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Le Figaro - 14 05 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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lundi 14 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 939 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
BERNARD TAPIE
L’ÉTERNEL « BOSS » DE L’OM
LIVRE SON ANALYSE AVANT LA
FINALE DE COUPE D’EUROPE PAGE 16
FIGARO SANTÉ
CANCER DU COL : LE DÉPISTAGE
SYSTÉMATIQUE POUR LES FEMMES DE
25 À 65 ANS SE MET EN PLACE PAGES 11 À 14
L’attentat de Paris relance
le débat sur les fichés S
ITALIE
Feu vert au retour
en politique
de Berlusconi PAGE 10
INDONÉSIE
Une famille
de kamikazes
attaque
des églises PAGE 10
L’assaillant, un jeune Tchétchène naturalisé français, n’avait pas d’antécédents judiciaires
mais était fiché pour radicalisation et connu des services de l’antiterrorisme.
PRISON
À Vendin-le-Vieil,
un quartier
pour évaluer
les islamistes PAGE 15
Inscrit au Fichier des signalements pour la prévention de la
radicalisation terroriste (FSPRT), fiché S… l’auteur de la
sanglante attaque au couteau
EMPLOI
èLES BONS RÉFLEXES D’UNE SIMPLE PATROUILLE DE POLICE SECOURS èLES « MILLE ENTAILLES », LA STRATÉGIE DE DAECH POUR TERRORISER LA FRANCE èLA FILIÈRE
TCHÉTCHÈNE, CIBLE DE L’ANTITERRORISME èMONTBRIAL : « UNE PÉRIODE DE “FAUX CALME”, AVANT LE RETOUR D’ACTIONS DE GRANDE AMPLEUR » èMACRON PRÉPARE SON PLAN
POUR L’ISLAM DE FRANCE èLR ET FN DÉNONCENT « L’INACTION » DE L’EXÉCUTIF èGRIVEAUX REGRETTE LE MANQUE D’« UNITÉ NATIONALE » PAGES 2 À 5 ET L’ÉDITORIAL
La Garantie jeunes
a obtenu un
rarissime satisfecit
de la Cour
des comptes PAGE 24
qui a fait un mort et quatre blessés, samedi soir à Paris, était
connu des services de renseignements. Naturalisé français
en 2010, Khamzat Azimov, ce
Tchétchène de 21 ans avait
même été auditionné par la section antiterroriste de la brigade
criminelle de Paris, il y a un an.
De quoi relancer la polémique
sur le suivi de ces profils. Pour
l’avocat Thibault de Montbrial,
« le pire est devant nous ». Selon
lui, nous vivons « une période
de “faux calme”, avant le retour
Cannes : la
compétition
patine, les
sélections
parallèles
rayonnent
Ambassade américaine à Jérusalem :
le pari risqué de Donald Trump
LOGEMENT
Ces retraités
qui ouvrent la porte
de leur domicile
à des étudiants
étrangers PAGE 25
n
n
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de samedi :
Blocages des universités :
le gouvernement
doit-il dissoudre
les mouvements
d’ultragauche ?
NON
7%
OUI
93 %
TOTAL DE VOTANTS : 50 324
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Terrorisme : faut-il placer
les fichés S les plus
dangereux en détention ?
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@p@l@e@a";
ÉDITORIAL par Laurence de Charette ldecharette@lefigaro.fr
n
PAGES 20 ET 21
M 00108 - 514 - F: 2,60 E
Les États-Unis inaugurent ce lundi leur ambassade à Jérusalem, une date qui coïncide avec le 70e anniversaire de la création d’Israël en 1948, et à l’aube d’une semaine de protestation palestinienne potentiellement explosive. PAGES 6 à 9 ET 20
CHRISTOPHE CHEVALIN
Après cinq jours de Festival,
le bilan de mi-étape oblige à
reconnaître que sur les neuf
films vus en compétition officielle, une majorité est décevante. À l’inverse, les sélections parallèles – Un
certain regard, La Semaine de
la critique et la Quinzaine des
réalisateurs –, ont offert de
belles surprises. Comme Girl,
premier film du réalisateur
Lukas Dhont, en qui certains
voient déjà le Xavier Dolan
flamand. PAGES 32 À 34
S
Hier, et demain…
amedi soir, à Paris, un terroriste islamiste a assouvi sa passion meurtrière
en poignardant les passants près de
l’Opéra aux cris d’« Allah Akbar ».
C’était hier. C’était avant-hier, aussi :
à Marseille, au Louvre, dans l’église de SaintÉtienne-du-Rouvray, à Magnanville… Militaires, policiers, religieux, hommes et femmes
victimes jour après jour de l’hydre islamiste.Ce
sera demain, encore ; puisque « le risque zéro
n’existe pas », comme le répètent les apôtres du
renoncement drapés d’une prétendue sagesse
démocratique.
Comme Merah, Nemmouche, Coulibaly,
Lakdim, les frères Kouachi… l’auteur de l’attentat de Paris était déjà « connu des services de
renseignements », qui le suivaient à « bas bruit »
selon le jargon tristement consacré. Comme
celui de tant de ses prédécesseurs, son nom figurait dans plusieurs fichiers et ses contacts
avec la Syrie avaient été parfaitement identifiés. Mais « ses actes n’avaient pas attiré l’attention »… Ce sera demain, encore ; puisque, dans
leur conception actuelle, les fiches S ne servent
pas à enfermer ou expulser les terroristes en
puissance mais à « remonter les filières ».
Tragédie de cette répétition sans fin, l’Histoire
enfermée en boucle, prisonnière de ces aveuglements qui scellent notre impuissance. Demain sera encore le théâtre de tragiques attentats, tant l’expansionnisme salafiste se nourrit
de nos renoncements, petits abandons, grandes capitulations juridiques et culturels si souvent opérés au nom d’un « État de droit » ou
d’une « laïcité » dévoyés.
La France schizophrène pleure ses victimes
tout en fermant les yeux sur le fondamentalisme qui gangrène les
banlieues et les écoles.
Elle prétend défendre
l’égalité femme-homme dans les moindres
détails de la loi, mais
laisse, dans certains quartiers, les salafistes
contrôler la tenue et les cabas des femmes…
L’État, prisonnier d’une drôle de laïcité qui se
méfie plus des calottes que du voile, clame son
attachement à la loi de 1905 tout en organisant
la venue d’une cent!aine d’imams pour le ramadan… Mais il n’expulse pas tous les prédicateurs aux prêches antisémites ou prônant la
violence. Emmanuel Macron a dénoncé à raison le « relativisme morne » qui nous mine. Il lui
reste à transformer le verbe en action. ■
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La tribune
de Denis
Charbit
La tribune de
Gilles-William
Goldnadel
La chronique
de Nicolas
Baverez
L’analyse
de Jean-Pierre
Robin
AHMAD GHARABLI/AFP
TRANSPORTS
Hyperloop TT
assemble
ses prototypes
de train
supersonique
à Toulouse PAGE 27
d’actions de grande ampleur».
Emmanuel Macron devrait
prochainement livrer sa vision
sur la place de l’islam dans la
République. PAGES 2 À 5
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lundi 14mai 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
2
L’attaque de Paris relance la
UN ATTENTAT
AUSSITÔT
REVENDIQUÉ
PAR L’ÉTAT
ISLAMIQUE
L’État islamique (EI) n’aura pas
tardé à revendiquer ce nouvel
attentat en plein cœur de Paris.
À peine était-il commis qu’un
communiqué de l’organisation
tombait, employant
la formulation habituelle :
« L’auteur de cette attaque
au couteau à Paris est un soldat
de l’État islamique et l’opération
a été menée en représailles
envers les États de la coalition »
internationale antidjihadiste
en Irak et en Syrie, a déclaré
une « source sécuritaire »
à Amaq, l’agence de presse
de l’EI. Comme pour les attaques
perpétrées à Trèbes
et Carcassonne, le 23 mars
dernier, cette revendication
ne mentionnait pas
de « kunya » (nom de guerre)
qui contribuerait à l’étayer.
Quant au terroriste, Khamzat
Azimov, qui a crié « Allah
akbar ! » à plusieurs reprises
et d’après de nombreux
témoins, il aurait prêté
allégeance à l’EI dans une vidéo
qui circule depuis dimanche soir
sur les réseaux sociaux.
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PARIS
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Infographie
Le tueur au couteau avait été entendu
il y a un an par la police pour
son réseau douteux. Le système
antiterroriste reste perfectible.
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
KHAMZAT Azimov (connu également
sous le prénom de Hassan), 21 ans, barbe
fournie, né en Tchétchénie en 1997, naturalisé français en 2010, fiché S depuis
l’été 2016 et même inscrit au Fichier des
signalements pour la prévention de la
radicalisation islamiste (FSPRT) créé
sous Hollande… Le terroriste au couteau,
qui a tué samedi un passant de 29 ans et
fait quatre blessés, dont deux graves,
dans le quartier de l’Opéra, à Paris,
avant d’être abattu par une simple patrouille police secours, a le profil type
pour relancer une polémique.
Dans le rapport de police transmis au
ministre de l’Intérieur aussitôt après les
faits, il est spécifié : « Dix-huit témoins
des faits, dont certains avaient été regroupés au poste de police de la place
Vendôme, ont été recensés, parmi lesquels certains ont indiqué avoir entendu
crier “Allah Akbar”. »
Déjà à droite, des voix s’élèvent pour
demander pourquoi, malgré de nombreux cas similaires, rien n’est fait en
France pour durcir le régime appliqué à
ces suspects de sympathies terroristes
que l’on inscrit vaguement dans des fichiers, au risque de sous-estimer leur
dangerosité et de causer encore plus de
victimes. Ce à quoi les experts policiers
répondent qu’une fiche S n’est pas une
condamnation, qu’elle est une simple
mise en attention, un signalement fait à
tous les services requis pour rassembler
précisément des renseignements sur le
suspect. On sait que, sur les plus de
20 000 personnes fichées S, celles en lien
avec l’islamisme radical sont environ
12 000, dont un tiers dans le « haut du
spectre ». Le 29 juin 2015 (137 jours avant
le Bataclan), le juge Marc Trévidic, connu
pour son franc-parler, avait déjà mis en
garde : « Multiplier les écoutes et les fiches
S de signalement des djihadistes ne sert à
rien si l’exploitation judiciaire ne suit pas. »
Azimov est arrivé en France avec ses
parents au début des années 2000. Il a
d’abord grandi à Nice, puis à Strasbourg,
dans le quartier populaire d’Elsau, où vit
une importante communauté tchétchène. En 2004, sa famille bénéficie du statut de réfugiés. La mère obtient la nationalité française six ans plus tard. Ce qui
permet au fils de devenir français la
même année. La demande de naturalisation du père, séparé de sa femme, est,
quant à elle, refusée.
Ses parents se sont ensuite remis ensemble. Ils vivaient dans le XVIIIe arrondissement de Paris, rue Pajol. Ils ont été
placés dimanche matin en garde à vue. La
perquisition de la Brigade de recherche et
d’intervention (BRI) dans leur appartement n’a rien donné de très concluant,
selon une source policière. Les parents
seraient de pauvres gens « totalement dépassés ». Un ami de l’auteur de l’attaque
a aussi été placé en garde à vue en début
d’après-midi à Strasbourg.
“
Ceux qui ont commis
des attentats en France
étaient dans le bas
du spectre antiterroriste
JEAN-MICHEL FAUVERGUE, DÉPUTÉ LR
ET ANCIEN PATRON DU RAID
”
L’enquête en cours est menée sous les
qualifications d’« assassinat » et de
« tentatives d’assassinat sur personnes
dépositaires de l’autorité publique », « en
relation avec une entreprise terroriste »,
confiée conjointement à la brigade criminelle de la police judiciaire parisienne, à la Direction générale de la sécurité
intérieure (DGSI) et à la sous-direction
antiterroriste (Sdat).
L’assaillant n’avait pas d’antécédents
judiciaires. Il avait cependant été auditionné par la section antiterroriste de la
brigade criminelle de Paris il y a un an.
Motif invoqué : il était en contact avec
un homme dont la femme était partie en
Syrie. Dans le groupe qu’il fréquentait se
trouvaient deux Tchétchènes suivis de
près par la DGSI. Son nom était régulièrement évoqué dans les groupes d’évaluation départementaux (GED), chargés
d’estimer le degré de radicalisation des
personnes inscrites au FSPRT. Son comportement et ses activités sur les réseaux
sociaux n’avaient pas inquiété outre
mesure.
Comment a-t-on pu le louper ? Pour
l’ancien patron du Raid, le député LaREM
Jean-Michel Fauvergue, le problème depuis quelque temps en France est que
« ceux qui ont commis des attentats étaient
dans le bas du spectre » antiterroriste.
Bref, des personnages dont le passage à
l’acte fut aussi soudain qu’imprévisible
pour les autorités.
Objets d’un suivi « à bas bruit » de la
part des services, ces adeptes du terrorisme « low-cost » évoluent, d’une part,
dans un vaste vivier et agissent, d’autre
part, sans trop manifester de signes précurseurs. D’où la difficulté à les stopper
préventivement. Azimov est arrivé sur
les lieux du crime en métro armé d’un
vulgaire couteau de cuisine.
Le président de la République russe de
Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, s’est exprimé sur cet attentat parisien opportunément revendiqué par le groupe djihadiste État islamique (EI). Il a rappelé que
le terroriste originaire de Tchétchénie a
obtenu un passeport russe à l’âge de
14 ans, avant d’avoir la nationalité française. « Sachant cela, je considère important de faire remarquer que toute la responsabilité, pour le fait que Hassan Azimov
a décidé d’emprunter la voie de la criminalité, revient entièrement aux autorités
françaises », a déclaré M. Kadyrov sur la
messagerie Telegram. « Il n’a fait que naître en Tchétchénie, mais il a grandi et a
formé sa personnalité, ses opinions et ses
convictions au sein de la société française », a assuré le dirigeant. Et d’ajouter, un
brin perfide : « Je suis sûr que s’il avait
passé son enfance et son adolescence en
Tchétchénie, le sort de Hassan aurait été
différent. »
Une réunion d’urgence a été organisée
dès dimanche matin par Gérard Collomb
à la demande du premier ministre. L’hôte
de Beauvau a rappelé que « la menace est
grave, diffuse, une menace endogène […]
avec les moyens les plus élémentaires possible ». Le ministre a aussi concédé qu’il
était « compliqué de pouvoir prévenir » ce
type d’attentats. Éternel refrain du risque
zéro qui n’existe pas. ■
Les bons réflexes d’une simple patrouille de police secours
Les attentats
sont
imprévisibles, mais
nous ne pouvons
pas accepter
l’inaction de l’État !
Où est la task force
de Monsieur
Macron ? Où est
la loi antiterroriste ?
Où sont
les actes derrière la
communication du
gouvernement ?
A
NICOLAS DUPONT-AIGNAN,
PRÉSIDENT DE DEBOUT
LA FRANCE
»
QUATRE MINUTES pour arriver sur les
lieux de l’attentat et cinq de plus pour
neutraliser le terroriste. L’intervention
des policiers samedi soir, lors de l’attaque au couteau qui a fait un mort et
quatre blessés à Paris, dans le quartier
de l’Opéra, a été immédiatement saluée
par les autorités. « Je salue au nom de
tous les Français le courage des policiers
qui ont neutralisé le terroriste », a aussitôt tweeté le chef de l’État.
La patrouille de trois agents intervenue sur place était composée d’un équipage de la « PS 23 », service de police
secours mutualisé des IIe et IIIe arrondissements. Des policiers très jeunes.
L’un d’eux est même en voie de titularisation : une commission administrative paritaire (CAP) doit se prononcer
bientôt sur son cas. C’est lui qui a tiré
avec son arme de service, la première
balle se fichant dans une vitrine, une
autre touchant le terroriste sous le
cœur. L’un de ses collègues titulaires
avait, quant à lui, appliqué préalablement son pistolet électrique Taser en
mode contact sur le corps de l’assaillant, mais les décharges n’ont eu
aucun effet sur l’agresseur visiblement
« chargé » d’adrénaline, si ce n’est
d’une substance psychoactive, ce que
devront confirmer les analyses.
Une chose est sûre : « La patrouille a
bien réagi et ce de façon graduée, en
neutralisant la cible sans vider ses chargeurs. Du bon travail ! », se félicite
Frédéric Lagache, numéro deux d’Alliance, syndicat majoritaire chez les
gradés et gardiens.
D’emblée, certains ont cru pouvoir
affirmer que cette affaire illustre le bon
fonctionnement du plan Cazeneuve.
L’ancien ministre de l’Intérieur avait,
après les tragiques attentats de Paris et
Saint-Denis en 2015, revu les schémas
d’intervention de force de police. Ainsi
était né le plan « BAC-PSIG 2016 » qui
permet aux policiers et gendarmes
« primo intervenants » d’enrayer une
tuerie de masse, grâce à une nouvelle
panoplie comprenant des casques en
Kevlar, des gilets lourds et des fusils
d’assaut HK G36. Les unités d’élite ont
même été réorganisées pour pouvoir
être projetées plus vite. Le Raid a ainsi
déployé des antennes à Lille, Strasbourg, Lyon, Nice, Marseille, Bordeaux
et Rennes. Objectif : intervenir en
moins de vingt minutes en n’importe
quel point du territoire.
« C’est de la bonne
et vieille police »
Mais samedi, dans la capitale, il n’aura
pas fallu plus de neuf minutes à de
simples gardiens de la paix du service
général pour mettre un terme à une attaque. La ville, il est vrai, est quadrillée
par la police. Au reste, ils n’avaient que
leurs modestes pistolets de service pour
intervenir. « Ils ne savaient pas si l’affaire était terroriste et ignoraient qu’un
témoin a entendu l’assaillant crier “Allah
Des policiers montent la garde sur les lieux de l’attentat, samedi à Paris.
SAMSON/AFP
Akbar”. Ils intervenaient dans le cadre
classique de la flagrance, dans la continuité immédiate d’un périple meurtrier »,
explique Yves Lefebvre, le secrétaire
général d’Unité-SGP-police. Rien à voir
donc avec l’idée que les lois antiterroristes puissent aujourd’hui permettre à
des policiers de base d’intervenir au lieu
d’attendre l’arrivée des unités élites.
« C’est de la bonne et vieille police », assure le patron du SGP.
Celui-ci estime d’ailleurs que « cette
affaire remet en valeur le rôle essentiel et
souvent négligé de la police secours ».
Selon lui, « elle a tellement été méprisée
ces dernières années que l’administration
imaginait que muter un fonctionnaire en
police secours pouvait constituer une sorte de sanction intermédiaire. »
À l’entendre, cette police a longtemps
été victime de la politique du chiffre, car
elle gère les situations du quotidien qui
échappent souvent à une quantification.
Le syndicaliste rend aussi hommage au
public, aux riverains, aux passants, qui
ont eu les bonnes réactions samedi, en
sachant se confiner dans les établissements et en ne cédant pas à la panique.
Pour Patrice Ribeiro, numéro un de
Synergie-officiers, sans doute les nouvelles règles de légitime défense, plus
protectrices pour les policiers, ont-elles
« désinhibé » les agents pris dans le feu
de l’action, car « avant les attentats de
2015, il est fort probable que les agents
auraient hésité à utiliser aussi promptement leur arme de service. » Gérard
Collomb se trouve ainsi conforté dans
son désir de mieux prendre en compte à
l’avenir les exigences du terrain. ■
J.-M. L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 14 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
question des fichés S
Les « mille entailles »,
la stratégie de Daech
pour terroriser la France
djihadistes, agents dormants fichés S ou
non, voire déséquilibrés ayant abandonné
leur traitement... : une nébuleuse protéiforme est à l’œuvre, tapie dans les replis
du territoire et prête à passer à l’action.
« Dans cette programmation des esprits, le
plus redoutable est que les donneurs d’ordres ne se concentrent plus sur des professionnels du terrorisme mais sur des amateurs sans réseau, constate Frédéric
Gallois, ancien patron du GIGN. Plus que
l’intensité de la frappe, c’est la fréquence
qui compte car elle permet d’entretenir la
flamme dans les rangs djihadistes. »
Archétype du « lumpenterroriste »,
qui n’a a priori jamais posé le pied en zone
de combat, ni même peut-être jamais pris
physiquement contact avec un responsable de Daech - organisation qui a bien vite
revendiqué l’attaque du quartier de
l’Opéra - Khamzat Azimov apparaît
comme l’incarnation de ce terrorisme bas
WLX/AP
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
Le corps d’une personne
sans vie gît sur le sol,
samedi soir à Paris,
après l’attaque terroriste.
La plupart des auteurs des derniers attentats
connus des services de renseignements
TOUS FICHÉS S et suivis par les services
de renseignements, ces individus sont
parvenus à déjouer leur vigilance.
Coulibaly
trois kamikazes du Bataclan
u Amedy
u Les
Le 8 janvier 2015, il tue une policière à
Ismaël Omar Mostefaï, Samy Ami-
Montrouge. Le lendemain, il commet une
prise d’otages dans une supérette kasher,
et assassine quatre personnes.
mour et Foued Mohamed-Aggad ont
causé la mort de 90 personnes le 13 novembre 2015.
Soupçonné d’être l’auteur de l’attentat
du Musée juif de Bruxelles, le 24 mai 2014.
En juin 2015, ce chauffeur-livreur
avait décapité son patron et attaqué un
site gazier à Saint-Quentin-Fallavier, en
Isère.
Les deux auteurs de l’attentat de l’église
de Saint-Étienne-du-Rouvray du
26 juillet 2016.
Hebdo le 7 janvier 2015.
liciers en juin 2016 à Magnanville.
u
Mohamed Merah
Auteur des tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban.
u
Mehdi Nemmouche
u Yassin Salhi
3
Kermiche
u Adel
et Abdel Malik Petitjean
frères Chérif et Saïd Kouachi
Larossi Abballa
Lakdim
u Les
u Radouane
Auteurs de l’attentat contre Charlie u Auteur du meurtre d’un couple de poAuteur des attentats de Carcassonne
et Trèbes le 23 mars 2018. ■
L’ATTAQUE au couteau qui a ensanglanté, samedi soir, le IIe arrondissement parisien est le douzième attentat abouti perpétré sur le sol français depuis
octobre 2013 dans le cadre de la guerre
contre Daech. Dans le même temps, 17
projets terroristes ont avorté et une cinquantaine d’autres ont été déjoués. Ce qui
veut dire que notre pays aurait pu être
frappé 80 fois en moins de cinq ans. Le
plus souvent avec des moyens rudimentaires. La chronicité répétée de ces attaques de type « low-cost » n’est pas le
fruit du hasard. Bien au contraire, elle
correspond à la stratégie dite des « mille
entailles » qui vise à épuiser peu à peu
l’adversaire et vaincre sa capacité de résilience en lui infligeant une multitude de
blessures jusqu’à lui faire mettre un genou
à terre. Et ce, quel que soit le mode opératoire déployé.
Développée de manière embryonnaire
par al-Qaida il y a une dizaine d’années,
cette tactique a été reprise et modélisée en
2004 par le stratège Abou Moussab alSouri qui a livré une nouvelle conception
du djihad, dont la devise est « système et
non pas organisation » (« nizam la tanzim »). Un kit interne de prévention de la
radicalisation émis par le ministère de
l’Intérieur, que Le Figaro s’est procuré,
décrypte : « Selon ce théoricien, le djihad
devait évoluer non pas sous la forme d’une
organisation hiérarchique pyramidale
comme cela était le cas avec al-Qaida, mais
vers un système composé d’une multitude
d’acteurs autonomes, fonctionnant sur la
base d’une même matrice. »
Volontiers présenté comme le « ministre des attentats de Daech », l’émir alAdnani en a ensuite livré les modalités de
mise en œuvre. « C’est en quelque sorte le
discours de la méthode visant à exporter la
terreur dans les capitales européennes »,
résume un cadre français du renseignement. En septembre 2014, l’émir lance un
message publié en plusieurs langues : « Si
vous pouvez tuer un incroyant - en particulier les méchants et sales Français - ou tout
citoyen des pays qui sont entrés dans une
coalition contre l’État islamique, alors
comptez sur Allah et tuez-le de n’importe
quelle manière. » « Si vous ne pouvez pas
faire sauter une bombe ou tirer une balle,
expliquait-il, fracassez-lui le crâne avec
une pierre, tuez-le à coups de couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le d’une
falaise, étranglez-le, empoisonnez-le. »
Depuis lors, ce terrorisme à portée de
tous, difficile à détecter, se propage de façon virulente dans tous les pores de la société. Fanatiques autoradicalisés sur sites
“
Si vous ne pouvez pas
faire sauter une bombe (...)
fracassez-lui le crâne
L’ÉMIR AL-ADNANI
”
de gamme avec lequel les Français doivent et devront encore composer pendant des années. En visant ce que les experts appellent des « cibles molles » - qui
ne sont ni des policiers ni des militaires les soldats perdus de l’islam n’ont qu’un
objectif : essouffler et tendre la population, éprouver sa patience et la faire verser dans un calamiteux schéma de vengeance communautaire. « La finalité est
de créer des ruptures et de faire voler en
éclats la cohésion sociale », rappelle Frédéric Gallois.
Face à ce poison mortifère contre lequel
les services régaliens ne pourront lutter
seuls, la France doit sonner le tocsin général. « Outre tous les agents privés de sécurité et les polices municipales, il faut battre le rappel des forces vives de la nation,
des membres du corps enseignant, des
agents territoriaux, des directeurs de sécurité dans les entreprises, car chacun peut
devenir un capteur de signaux forts ou faibles avant de lancer une alerte », assure
Jean-Michel Fauvergue, ancien patron du
Raid et député (LaREM) qui travaille avec
sa collègue Alice Thourot à un rapport sur
le « continuum de sécurité ». « La population doit aussi se prendre en main », ajoute
Jean-Michel Fauvergue, qui estime que
« 65 millions de personnes qui se promènent
avec 50 millions de portables peuvent être
capables de porter des informations, des
images et des sons parfois très utiles aux
services de renseignements ». ■
Rue Monsigny, soudain la peur… et sitôt des réactions de protection
celles déjà vécues dans la capitale. À
deux reprises, la foule apeurée s’est
déversée dans son restaurant, renversant vaisselle et tables avant de se réfugier derrière le bar. « L’assaillant est
passé dans ma rue et ce fut par deux
fois un déferlement dans mon restaurant, raconte-t-il. Puis la police, qui
est intervenue très vite sur les lieux,
m’a demandé de garder les gens avec
moi. »
Quand les coups de feu des forces de
l’ordre ont été tirés sous les fenêtres de
son restaurant, Oliver Woodhead, le
responsable, a vu sa vingtaine de clients
se mettre à terre. « Puis les policiers ont
très vite bouclé le quartier et le calme est
revenu très rapidement. C’était très spécial », dit-il, avant de préciser : «Alors
on a même fini le service. Je suis fier de
mes clients qui ont très bien réagi. » Ces
derniers ont aussi voulu le remercier.
L’un d’eux, ce dimanche, est venu lui
offrir un bouquet de fleurs. « Je reviens
de la piscine avec mes enfants et je viens
bruncher avec eux. J’y tenais. C’est l’occasion de leur dire que les attentats font
aujourd’hui partie de notre vie », raconte
ainsi Stijn, ce père de famille.
Malgré l’intervention rapide des forces de l’ordre, qui a empêché la propagation d’un vent de panique, ce nouveau déchaînement de violence laisse
néanmoins tout un quartier sous le
choc. « Après ces images terrifiantes
dans la rue, le calme est revenu d’un coup
“
Dehors, on voyait
une femme qui avait
le visage tailladé
et un homme blessé
qui tenait son ventre
PHILIPPE, UN CLIENT DU PMU
Dimanche, au croisement des rues Monsigny et Saint-Augustin, où le tueur a fait ses derniers pas avant de tomber sous les balles.
”
mais je suis aujourd’hui anéantie »,
confie Hayfa. Son voisin, Gilles Ohana,
qui a aussi suivi l’attentat de sa fenêtre,
se préoccupe désormais de sa petite fille
de 5 ans. « Elle a entendu les cris dehors
et elle est choquée », dit-il.
Au milieu des rues de son quartier,
Monique, qui a trouvé un fleuriste,
cherche quant à elle le lieu où le tueur a
tué un jeune homme de 29 ans. Conduite par des passants, elle s’arrête rue
Marsollier où des traces de sang sont
encore visibles sur un passage piéton.
« C’est là », dit-elle en plaçant des roses blanches au pied d’un arbre. Les
premières déposées en souvenir de cette nouvelle tragédie. ■
A
DES MAINS ensanglantées, un regard
terrifiant et une froide détermination.
Telle est la description glaçante que
tous, dans le quartier parisien, non loin
de l’Opéra, font du terroriste. En ce dimanche matin, et alors qu’une courte
nuit vient de s’écouler depuis l’attaque
au couteau survenue la veille au soir,
des grappes d’habitants sont dehors.
Tous agglutinés au croisement des rues
Monsigny et Saint-Augustin, où le
tueur a fait ses derniers pas avant de
tomber sous les balles de la police. « Il
s’est avancé et a bravé les forces de l’ordre. Il n’avait vraiment pas peur », relate Hayfa qui, de la fenêtre de son appartement, a assisté à ce face-à-face
entre les policiers qui occupaient toute
la largeur de la rue et l’homme au couteau, résolu à avancer. « Il était comme
un drogué, prêt à prendre tous les
coups », dit-elle. Quelques secondes
plus tard, l’assaillant était abattu.
Malgré la peur qui a ainsi étreint tout
un quartier, et même si des scènes de
panique ont été relevées çà et là, la population semble avoir adopté des réflexes nouveaux. Encore gravées dans
tous les esprits, les premières attaques
parisiennes de 2015, ou encore celles de
Nice, ont permis aux habitants de
mieux réagir et mieux se protéger. Ainsi, rue Méhul, où le tueur est passé en
blessant plusieurs passants et en suscitant des hurlements, la responsable
d’un bar PMU a aussitôt baissé le rideau. À l’intérieur, les clients confinés
ont pu demeurer à l’abri. « C’était terrible. Dehors, on voyait une femme qui
avait le visage tailladé et un homme blessé qui tenait son ventre », relate Philippe, un client qui, ce dimanche, est revenu dans le même établissement,
poussé par le besoin de parler et d’évoquer ces événements dramatiques.
Un peu plus tôt dans un autre restaurant, le patron, Tomio Hama, a
quant à lui vécu des scènes rappelant
THIBAULT CAMUS/AP
ANGÉLIQUE NÉGRONI
£anegroni@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
Le vivier tchétchène, cible de « l’antiterro »
Depuis vingt ans, les services alertent sur le risque représenté par les membres radicalisés de cette communauté.
JEAN CHICHIZOLA jchichizola@lefigaro.fr
REVENDIQUÉE par l’État islamique (EI),
l’attaque de samedi était redoutée depuis
longtemps par les services de renseignements. Ils soulignent en effet depuis près
de deux décennies le risque représenté
par des membres radicalisés issus de la
communauté tchétchène en France ou
étant en contact avec elle. Une analyse
régulièrement confortée depuis le début
des années 2000 par l’interpellation d’individus poursuivis dans des enquêtes antiterroristes visant des filières d’acheminement de volontaires vers les terres de
djihad (Afghanistan, Tchétchénie, SyrieIrak) ou des projets d’attentats dans
l’Hexagone ou à l’étranger.
On se souvient ainsi, à la veille du premier tour de l’élection présidentielle de
2017, de ce « vrai faux Tchétchène »
français arrêté à Marseille avec un complice. Les deux hommes avaient été interpellés en possession d’armes et de plusieurs kilogrammes de TATP (explosif
artisanal apprécié des terroristes islamistes). Attentat aveugle dans la Cité phocéenne, attaque d’un meeting politique ?
Leur projet n’est pas connu avec certitude. Mais l’enquête a d’ores et déjà établi
que le « vrai faux Tchétchène », Clément
Baur, s’était converti à l’islam au contact
de membres de la communauté caucasienne des Alpes-Maritimes. L’homme
avait également appris le russe et le
tchétchène avec succès, au point de berner un traducteur-interprète et l’administration française. Interpellé en 2015
pour faux papiers, Clément Baur s’était
Au sein de la communauté
installée en France, un peu
partout sur le territoire,
des individus ont basculé
dans le grand banditisme
ou l’activisme islamiste
fait passer pour un certain Ismaïl Jabrailov, Tchétchène réfugié en Europe. Et
le Français avait passé plusieurs mois à la
maison d’arrêt de Lille-Sequedin en parvenant à préserver sa fausse identité et en
trompant un interprète qui avait affirmé
que l’accent du mis en cause indiquait
qu’il était originaire d’une région bien
spécifique de Tchétchénie !
Atypique, le cas de Clément Baur est
loin d’être isolé. En décembre 2015, un
Tchétchène de 27 ans, arrivé en France à
l’adolescence avec sa famille, était interpellé à Tours et mis en examen dans un
dossier antiterroriste. Alors qu’il était
connu pour sa radicalisation et assigné à
résidence après les attentats du 13 novembre, on avait découvert à son domicile une vidéo où il faisait allégeance à
l’État islamique et un drapeau de Daech.
Niant tout projet terroriste, le suspect
avait menacé les policiers à plusieurs reprises. Quelques mois auparavant, les attentats de janvier 2015 avaient été suivis
d’autres opérations préventives. Comme
l’interpellation et la mise en examen de
Dimanche à Strasbourg, des policiers procèdent à l’arrestation d’un homme soupçonné d’avoir des liens avec Khamzat Azimov (photo de droite), l’auteur des attaques
au couteau de la rue Monsigny, samedi soir dans le quartier de l’Opéra à Paris. AFP ; PATRICK HERTZOG/AFP
trois membres de la communauté qui,
placés sous surveillance, avaient évoqué
dans des écoutes l’intention de s’en prendre à la marche du 11 janvier 2015.
Mais les services de renseignement successifs (DST-RG puis DCRI et enfin DGSI)
ont tiré la sonnette d’alarme bien avant les
attentats de 2015. En s’inquiétant d’abord,
dans les années 2000, de l’envoi depuis la
France de volontaires pour le djihad
tchétchène - en 2002, la DST a ainsi démantelé une filière de combattants français et maghrébins qui avaient fait le
voyage et voulaient commettre des attentats en France. En alertant ensuite sur le
développement de noyaux islamistes radicaux dans la communauté installée en
France. Les deux guerres de Tchétchénie
(de 1994 à 1996, puis à partir de 1999) ont
en effet entraîné un flux régulier de réfugiés fuyant vers l’Europe des combats féroces et une répression très dure, documentée
par
les
organisations
internationales de défense des droits de
l’homme (tortures, viols, détentions arbitraires, exécutions sommaires…). Un flux
entretenu également par la main de fer de
l’actuel dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, soutenu par Moscou. Au sein de la
communauté installée en France, un peu
partout sur le territoire, avec des points
forts en Ile-de-France, Alsace ou encore
dans les Alpes-Maritimes, des individus
ont basculé dans le grand banditisme ou
l’activisme islamiste. Un phénomène particulièrement ardu à gérer pour les forces
de l’ordre car les communautés tchétchènes sont réputées très solidaires et relativement fermées.
Dans ce contexte, le recrutement de
sources ou de simples traducteurs devient une difficulté. Au fil des ans, les islamistes d’origine tchétchène ont en tout
cas pris place dans les groupes à risque,
aux côtés de leurs homologues d’origine
maghrébine, turque ou encore pakistanaise. Dans des endroits parfois inattendus comme à Albi, petite préfecture du
Tarn, où, en 2017, un Tchétchène au profil « psychiatrique » figurait au Fichier de
traitement des signalements pour la pré-
vention de la radicalisation à caractère
terroriste (FSPRT). Il y était inscrit pour
un comportement inquiétant (cri d’« Allah Akbar ! » sur la voie publique, dénonciation de psychiatres « bons pour les
juifs et les mécréants »). Deux ans plus tôt,
toujours à Albi, six Tchétchènes étaient
interpellés et mis en examen dans une filière d’acheminement de combattants
vers la Syrie. Avec la présence de quelque
1 500 combattants tchétchènes, venus
d’ex-URSS, du Proche et du MoyenOrient ou encore d’Europe, le djihad
irako-syrien a en effet suscité des vocations en France comme ailleurs. C’était
apparemment le cas de Khamzat Azimov.
Avant qu’il décide de tuer en France. ■
Des cas difficiles à juger en raison de leur statut de réfugié
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
CE NE SONT PAS les plus nombreux,
mais les tribunaux correctionnels et criminels français sont régulièrement
confrontés aux ressortissants ou individus originaires de Tchétchénie pour
faits de terrorisme. Tous bénéficient du
statut de réfugiés politiques. Ce qui rend
ces affaires plus compliquées à juger
pour les magistrats français, confrontés
à des avocats impliqués dans la défense
de la cause tchétchène.
En 2016 par exemple, ont été jugés
plusieurs individus interpellés au Mans
pour financement de Daech en 2013.
Comparaissant libres, tous ont fait l’objet de mandats de dépôt à l’issue de
l’audience. « Ils ont écopé de peines de
prison ferme mais, en appel, les interdictions de territoire français, qui avaient été
infligées par la formation de jugement de
première instance, ont été levées. Sans
doute à cause du risque que ces individus
encouraient en rentrant en Tchétchénie.
C’est l’une des principales difficultés à laquelle nous sommes confrontés avec ce
type de prévenus », analyse ce magistrat.
Les actions et implications terroristes
des Tchétchènes épousent les différentes zones de combat. En 2015 par exemple, a été jugé Akhmed Magomadov
pour des faits concernant l’Afghanistan
et remontant à 2010 et 2011. À son actif,
de la collecte de fonds mais aussi du djihadisme médiatique, c’est-à-dire de la
maintenance de sites et de la production
de vidéos. Réfugié en France depuis
2002, il était domicilié à Reims. L’est de
la France est en effet l’une des zones
d’accueil des Tchétchènes, avec Paris et
le Sud-Est.
« Des individus isolés »
En septembre 2017, le parquet général
de Paris a fait appel d’une ordonnance
de renvoi au tribunal correctionnel
concernant Khassanbeck Tourchaev,
afin que cette procédure soit criminalisée. Il avait été interpellé en France
après deux voyages en Syrie, en 2013
et 2015. Né en 1970 à Grozny, ce proche
de la mouvance Jabhat al-Nosra, est accusé d’avoir entraîné et mené des unités
au combat. Il est également soupçonné
d’exactions, des photos le montrant au
bord de fosses communes brandissant
des têtes décapitées. La chambre de
l’instruction a décidé de renvoyer son
dossier devant la cour d’assises. Au vu
de l’encombrement de celle-ci, il ne devrait pas être jugé avant 2019. Les bons
connaisseurs du dossier terroriste estiment qu’il n’existe pas de filière tchétchène à proprement parler, même si
c’est une communauté vivant souvent
en autarcie. « En tout état de cause, le
regroupement des apprentis terroristes se
fait surtout en opportunité et sur des bases territoriales, affirme ce magistrat. De
plus, à part la filière de Lunel ce printemps, les tribunaux jugent désormais à
tour de bras non pas des filières, mais des
individus isolés ayant projeté des attentats avec armes blanches. » ■
« Une période de “faux calme”, avant le retour d’actions de grande ampleur »
tions utiles. À ce jour, des dispositifs
sont mis en place pour que les gendarmes et les policiers collectent ces données. Mais les avancées sont variables
selon les départements, car cela dépend
encore de la bonne volonté des responsables en place.
PROPOS RECUEILLIS PAR
ANGÉLIQUE NÉGRONI anegroni@lefigaro.fr
A
1
AVOCAT au barreau de Paris et président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, Thibault de Montbrial
estime que le pire est devant nous.
LE FIGARO. - Faut-il revoir
le fonctionnement des fiches S ?
Thibault de MONTBRIAL. - Véritables
outils de travail pour les services de sécurité intérieure, les fiches Ès ne concernent pas seulement les islamistes. Elles
existent pour le hooliganisme, l’extrême
gauche, l’extrême droite. En réalité, il
faut surtout s’intéresser au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), créé en 2015. Constitué de 20 000
noms environ, il recense les personnes
identifiées comme des radicaux islamistes, susceptibles d’un passage à l’acte.
Pour le tenir à jour et pour évaluer le niveau de dangerosité des personnes y figurant, des réunions hebdomadaires ont
lieu dans chaque préfecture. Comme on
ne peut surveiller en même temps 20 000
personnes, celles-ci permettent de cibler
« Le pire est devant nous », estime l’avocat Thibault de Montbrial, président du Centre
de réflexion sur la sécurité intérieure. FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
en priorité quelques milliers d’entre elles. En parallèle, et pour les autres, des
surveillances par sondage sont menées.
Que faut-il faire pour améliorer
ce dispositif ?
Il faut renforcer le renseignement par
tous les moyens y compris par les nonprofessionnels, ce qu’on appelle les « signaux faibles ». Les clubs de sport ou les
services sociaux, par exemple, sont en
mesure de fournir une foule d’informa-
inquiétant car il s’agit de personnes
aguerries au combat. S’ajoutent à cela,
des milliers de djihadistes francophones
qui n’ont été ni arrêtés ni tués en Irak ou
en Syrie. Certains d’entre eux cherchent
à porter le combat en France. Expérimentés, ils sont en mesure de coordonner des attaques d’envergure en France.
Certains plaident pour
le rétablissement de l’état d’urgence.
Qu’en pensez-vous ?
L’état d’urgence répond à une situation
exceptionnelle. Il devait donc cesser car
nous sommes face à un combat à long
terme. En remplacement, une loi a été
votée en octobre dernier qui, bien qu’encore imparfaite selon moi, renforce les
pouvoirs judiciaires et administratifs.
Celles-ci vont-elles remplacer
le terrorisme « low-cost »
d’aujourd’hui ?
Mené avec de faibles moyens, ce terrorisme « low-cost » correspond à une
période transitoire que nous vivons actuellement : une période de « faux calme », avant le retour d’actions de grande ampleur.
Craignez-vous une hausse
des attentats ?
Le pire est devant nous. Les premiers
combattants à l’étranger et condamnés
en France en 2013 et 2014 commencent
aujourd’hui à sortir de prison. En 2020,
on estime que 64 % d’entre eux auront
quitté l’univers carcéral, soit plusieurs
centaines de personnes. Or une immense majorité d’entre eux reste déterminée
à combattre notre pays. Leur profil est
D’origine tchétchène, l’assaillant
avait été naturalisé en 2010.
Que faut-il en penser ?
Il existe des moyens permettant de déchoir de la nationalité française celui qui
porte atteinte à la sûreté de l’État et j’y
suis favorable. L’asile politique doit
pouvoir aussi être retiré. Il faut être encore plus vigilant avant d’accorder ces
statuts et pouvoir y mettre fin sans état
d’âme. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 14 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
5
Macron prépare
son plan
pour l’islam
de France
Le chef de l’État devrait bientôt donner
sa vision de la place de la deuxième
religion de France dans la République.
« Intraitable » sur le salafisme
Sur ce sujet extrêmement sensible,
Emmanuel Macron se donne toutefois
encore des marges de manœuvre.
Quitte à repousser le calendrier qu’il
s’est lui-même fixé. Pas question de
présenter un arsenal de mesures qui,
au bout du compte, se révéleraient
inapplicables. Le chef de l’État veut
des mesures bordées juridiquement,
acceptables sur le plan des valeurs et
surtout efficaces sur le terrain.
Avec la religion musulmane, tout
reste à inventer en France, d’où la
LR et FN dénoncent
« l’inaction » de l’exécutif
LORSQU’ILS ont appris dimanche que
l’assaillant responsable de l’attaque au
couteau samedi soir à Paris était fiché S, les cadres des Républicains et
du Front national n’ont pas caché leur
indignation. À chaque attentat, les
deux partis ont pris l’habitude de réclamer des mesures plus fermes de la
part du gouvernement envers les individus qui font l’objet d’une telle fiche de renseignements.
« Les services de renseignements font
particulièrement bien leur travail. Nous
connaissons le mal, nous le suivons,
nous le pistons, nous le référençons, et
pour autant, derrière, on a le sentiment
d’une forme d’inaction après cette étape d’identification », a regretté dimanche sur BFMTV la vice-présidente des
Républicains, Virginie Calmels. « Emmanuel Macron a fait un discours remarquable aux Invalides (pour l’hommage au colonel Beltrame, assassiné
lors de l’attentat de Trèbes, NDLR),
mais depuis il n’y a pas une annonce
pour prendre à bras-le-corps le problème », a poursuivi la numéro 2 de Laurent Wauquiez.
“
Par quelle filière
ce terroriste islamiste
et sa famille sont-ils
présents sur notre
territoire ?
MARINE LE PEN
”
« Les radicalisés islamistes représentent 4 000 individus sur un total d’environ 15 000 fichés S. Nous ne pouvons
pas les laisser dans la nature en attendant qu’ils passent à l’acte », a également prévenu dimanche sur Twitter
la porte-parole des Républicains, Lydia Guirous.
Dans un communiqué envoyé à la
presse dimanche après-midi, le président de LR, Laurent Wauquiez, a remis sur la table ses propositions pour
lutter contre le terrorisme, en « exigeant » qu’Emmanuel Macron les
prenne enfin en compte. Quatre mesures phares se dégagent du projet du
patron de la droite : « interner de manière préventive les individus fichés les
plus dangereux », « expulser systéma-
tiquement les fichés S qui n’ont pas la
nationalité française », « créer un délit
d’incitation à la haine de la France et
expulser les étrangers qui s’en rendent
coupables » et « refuser le retour des
djihadistes partis en Syrie ou en Irak ».
Pour Laurent Wauquiez, « il serait incompréhensible et coupable de ne pas
prendre ces mesures de bon sens pour
protéger les Français face à une menace qui ne faiblit pas ».
Les propositions du président des Républicains nécessiteraient cependant
d’importantes modifications juridiques. « Le droit doit évoluer pour assurer la sécurité de nos concitoyens. C’est
la règle de base de toute vie en société », a tempéré sur Twitter Gilles Platret, également porte-parole du parti
et maire de Chalon-sur-Saône (71).
Au-delà de la fiche S de l’assaillant,
c’est surtout sa naturalisation qui a indigné le Front national. Né en Tchétchénie en 1997, l’individu a obtenu la
nationalité française en 2010, après la
naturalisation de sa mère. Pour le FN,
cet épisode traduit une faille évidente
dans la politique migratoire menée par
les derniers gouvernements. « Par
quelle filière ce terroriste islamiste et sa
famille sont-ils présents sur notre territoire ? », a interrogé Marine Le Pen dimanche sur Twitter. « L’attentat de
Paris a été perpétré par un Tchétchène :
le lien entre la politique d’immigration
massive et le terrorisme se vérifie à
nouveau. À quand l’application du principe de précaution en matière migratoire ? L’accueil sans limite et sans vérification est une folie ! », a également
tweeté le député FN Bruno Bilde.
Marine Le Pen n’a pas non plus mâché ses mots à l’encontre de Gérard
Collomb, l’accusant de ne pas avoir su
gérer la situation. Le ministre de l’Intérieur a notamment été critiqué samedi soir après avoir évoqué une
« agression » et non un « attentat »
après l’attaque au couteau. « À quoi
sert le ministre de l’Intérieur qui balbutie à chaque attentat des commentaires
d’une vacuité affligeante ? » a-t-elle
raillé. « La France ne peut pas se permettre d’avoir un ministre de l’Intérieur
réduit à la fonction de commentateur
impuissant », l’a rejointe sur Twitter
son vice-président, Nicolas Bay. ■ P. L.
complexité du chantier et la prudence
du chef de l’exécutif. « Ceux qui pensent que l’islam en soi est un problème
font le jeu de ceux qui veulent nous diviser, avait assuré Emmanuel Macron
lors d’un entretien accordé en février
dernier à Tunis. Il y a, pense-t-on, un
peu plus de cinq millions de Français
dont la religion est l’islam (…) Une très
large majorité d’entre eux vivent très
bien dans la République (…) Certains ont
un projet politique qui n’est pas conforme. Il faut séparer cela en le dépassionnant. » L’islamisme radical et ses
dérives donc.
Sur le salafisme par exemple, Emmanuel Macron se veut « intraitable ».
« Il y a des mosquées ou des gens qui ne
respectent pas les lois de la République,
qui prêchent des choses qui ne sont pas
conformes aux lois de la République et
conduisent à la violence. Celles-ci seront fermées », avait-il assuré début
avril lors d’une interview sur TF1. Il se
sait particulièrement attendu par les
Français sur ce sujet. Il se sait aussi
dans la ligne de mire de son opposition
de droite et d’extrême droite qui lui
reproche de ne pas se montrer suffisamment ferme contre les dérives de
l’islam radical.
Le chef de l’État a beau rappeler avoir
fait fermer trois mosquées « avec la plus
grande rigueur » à Sartrouville, Aixen-Provence et Marseille, il subit toujours le procès en angélisme que lui intentent ses adversaires. Lui l’assure,
« le salafisme, c’est-à-dire l’extrémisme, le fondamentalisme religieux (…)
c’est un problème dans notre pays ».
Un risque politique aussi. À chaque
attentat terroriste commis sur le territoire au nom de cette idéologie, c’est
son action et sa détermination à lutter
contre les dérives de l’islam qui est
mise en cause. ■
Griveaux regrette le
manque d’« unité nationale »
PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
« MALHEUREUSEMENT, le risque zéro
n’existe pas. » Invité dimanche du
« Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI », le
porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a voulu répondre aux critiques de l’opposition à la suite de l’attentat perpétré samedi soir à Paris. « Ceux
qui expliquent qu’un coup de baguette magique ou que des mesures sorties du chapeau permettraient de régler le problème,
ceux-là mentent », a-t-il asséné, assurant
qu’il n’y avait « pas moyen d’empêcher ce
type d’événements ».
Pour autant, le porte-parole du gouvernement l’a martelé : tous les moyens
sont mis en œuvre par l’État pour lutter
efficacement contre le terrorisme. « La
loi sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme qui a été votée en novembre 2017 a
donné des moyens supplémentaires. Sur
les questions de pointage, sur la limitation
de déplacements de certaines personnes,
sur la possibilité de fermer des lieux de
culte… Trois lieux de culte ont été fermés
pour radicalisation », a souligné Benjamin Griveaux en rappelant l’embauche
de 1 900 personnes en plus au renseignement lors du quinquennat.
Benjamin Griveaux était l’invité
du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI.
RTL /FREDERIC BUKAJLO / SIPA PRES
« Quand on vit une tragédie comme
hier (samedi), évidemment c’est visible.
Le drame, c’est que nos succès sont, par
définition, invisibles », a noté le porteparole du gouvernement, rappelant que
vingt-deux attentats ont été déjoués en
France ces huit derniers mois. « Ce travail va se poursuivre et s’engager sur les
questions du financement de l’islam de
France, du financement des lieux de
culte, de la formation des imams, de
l’usage du français dans les prêches », at-il ajouté.
Emmanuel Macron,
invité par le Conseil français
du culte musulman, lors du dîner
de rupture du jeûne du ramadan,
en juin 2017. POOL ABACA
20 000
fichés S
sont recensés sur le
territoire dont 12 000
pour islamisme radical
La France
est déterminée
à ne céder en rien
aux menaces
que les assaillants
veulent faire
peser sur elle
»
ÉDOUARD PHILIPPE
PREMIER MINISTRE
« L’État pleinement mobilisé »
Benjamin Griveaux dénonce en revanche le manque d’« unité nationale » face
au problème du terrorisme. « Il faut savoir dépasser les oppositions de tribunes », a-t-il souhaité, s’en prenant frontalement à l’attitude des Républicains.
« Je note que le groupe Les Républicains
n’a pas voté la loi sécurité intérieure et
lutte contre le terrorisme au mois de novembre. C’est dommage qu’ils n’aient pas
été à ce rendez-vous. Ils parlent beaucoup
mais ils agissent peu », a déploré le porte-parole du gouvernement. Dans la
foulée, Benjamin Griveaux a balayé d’un
revers de main les propositions remises
sur la table par LR, demandant notamment l’internement des fichés S les plus
dangereux.
« Si vous les enfermez à nouveau, vous
ne pouvez pas remonter les filières, démanteler des opérations qui adviendraient demain », a-t-il tranché. « Ce n’est pas moi
qui le dis, c’est M. Péchenard », n’a pas
manqué de rappeler Benjamin Griveaux.
L’ancien directeur général de la police
nationale, Frédéric Péchenard, également vice-président Les Républicains du
conseil régional d’Île-de-France, avait
pris le contre-pied de sa famille politique
au lendemain des attentats dans l’Aude,
en mars dernier, en se prononçant publiquement contre les propositions de Laurent Wauquiez.
Benjamin Griveaux a également défendu Emmanuel Macron, qui a vu son
absence reprochée alors qu’il était en
week-end au fort de Brégançon, dans le
Var, au moment de l’attaque. « Le président a suivi les opérations minute par minute hier soir, a assuré le porte-parole du
gouvernement. L’État est pleinement
mobilisé. » ■
Il serait
incompréhensible
et coupable de
ne pas prendre
ces mesures de bon
sens pour protéger
les Français
face à une menace
qui ne faiblit pas.
Il n’y a plus
de place, Monsieur
le Président, pour
cet aveuglement
et cette inaction
qui n’ont
que trop duré
LAURENT WAUQUIEZ
»
PRÉSIDENT DES RÉPUBLICAINS
1
IL Y A URGENCE à temporiser. Sur le
sujet des rapports entre l’islam et la
République, Emmanuel Macron a voulu se donner du temps. Depuis son
élection, il a toujours refusé de réagir à
chaud ou dans l’urgence d’une crise.
Le moment approche pourtant ou le
chef de l’État livrera sa vision de la
place de l’islam dans la République. À
vrai dire, elle n’a cessé de se poser à lui
quasiment depuis le jour de son installation à l’Élysée. Lui-même a dévoilé
son calendrier en février dans le Journal du dimanche : c’est au cours du
premier semestre de l’année qu’il
compte dévoiler son plan pour l’islam
de France.
Le chef de l’État a d’ores et déjà fixé
son cap et ses priorités. Il veut d’abord
en finir avec l’« islam consulaire »,
c’est-à-dire la religion musulmane
sous influence étrangère, qu’il s’agisse
de pays comme le Maroc, l’Algérie, la
Turquie ou ceux du Golfe persique.
Objectif, donner de l’autonomie à la
deuxième religion pratiquée en France. Au-delà de la fin de l’«islam
consulaire », Emmanuel Macron veut
mener deux chantiers prioritaires
dans le pays. D’abord organiser la formation des imams, ensuite régler la
question du financement du culte. Ces
deux points sont au cœur des discrètes
consultations que mène actuellement
le président de la République. Ce sont
également des aspects que le chef de
l’État aborde lors de ses entretiens
avec des dirigeants de pays du Maghreb ou du Golfe.
A
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
INTERNATIONAL
6
Jérusalem : Donald Trump bouleverse le
L’inauguration, lundi, de l’ambassade
américaine intervient à l’aube d’une
semaine à hauts risques dans la région.
CYRILLE LOUIS £@cyrille_louis
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
ISRAËL Le contraste entre les deux Jérusalem pouvait difficilement apparaître de
façon plus criante. À l’Ouest, une atmosphère d’euphorie flottait sur les larges avenues pavoisées aux couleurs de la bannière
étoilée et du drapeau israélien en attendant
l’inauguration, ce lundi, de la nouvelle
ambassade des États-Unis. Dans la Vieille
Ville, au même moment, habitants et
commerçants palestiniens assistaient dans
une atmosphère tendue à la marche
triomphale de milliers de jeunes Israéliens
enveloppés dans l’étendard bleu et blanc.
Comme chaque année à la même date,
ceux-ci étaient venus célébrer la conquête
de Jérusalem-Est, en juin 1967, ainsi que
son intégration au sein de ce qu’ils appellent leur capitale éternelle et indivisible.
La police, comme l’armée, s’était déployée en force pour que rien ne vienne
gâcher la fête. Les autorités israéliennes,
qui voient dans le transfert de l’ambassade
américaine de Tel-Aviv à Jérusalem un
tournant historique, redoutent que celuici ne donne lieu à un pic de violence. Elles
ont mobilisé un millier d’hommes rien que
pour sécuriser la cérémonie d’inauguration qui doit se tenir lundi, à 16 heures, en
présence d’un millier de participants. La
nouvelle représentation va dans un premier temps emménager dans des locaux
jusqu’à présent utilisés par une annexe
consulaire dans le quartier d’Arnona, un
ancien no man’s land situé entre Jérusalem-Ouest et Jérusalem-Est. Seuls l’ambassadeur David Friedman et un petit
nombre de ses collaborateurs devraient s’y
installer, en attendant que le président
américain donne son éventuel feu vert à la
construction d’un bâtiment dimensionné
pour accueillir les centaines d’agents
qu’emploie l’ambassade.
Donald Trump, qui en avait fait une promesse de campagne, a formellement ordonné ce déménagement le 6 décembre.
Tel Aviv
500 m
ISRAËL
Knesset
Vieille
Ville
”
NATHAN THRALL, ANALYSTE AU CRISIS GROUP
appelé ces derniers jours à manifester
contre ce déménagement en Cisjordanie, à
Jérusalem et à Gaza, sans qu’il soit possible
de prédire l’ampleur de la mobilisation.
La délégation américaine, qui a atterri
dimanche en milieu de journée à Tel-Aviv,
est emmenée par le secrétaire d’État adjoint, John J. Sullivan, ainsi que par le secrétaire du Trésor, Steven Mnuchin. Le
président Donald Trump, qui a longtemps
laissé planer le suspense sur sa venue, devrait s’adresser aux participants par le
biais d’une allocution vidéo. Il sera par
ailleurs représenté par sa fille Ivanka ainsi
que par son gendre, Jared Kushner, qu’il a
chargé de piloter une relance du processus
de paix au Proche-Orient. Une réception a
été organisée en leur honneur, dimanche
soir, au ministère israélien des Affaires
étrangères. Benyamin Nétanyahou y a exprimé sa « reconnaissance éternelle » envers le président américain, avant d’appeler la trentaine de pays représentés dans
l’assistance à « déplacer à leur tour leur
ambassade à Jérusalem, car c’est la bonne
chose à faire ». Le Guatemala prévoit de
No man’s
land
Infographie
sauter bientôt le pas. De nombreux pays
européens dont la France et l’Allemagne,
ainsi que la Russie, ont, sans surprise, boudé la réception. Signe d’une division croissante de l’UE à ce propos, l’Autriche, la
Roumanie, la Hongrie et la République
tchèque ont répondu présents.
À quelques heures de ces réjouissances,
la tension était brusquement montée dans
la Vieille Ville lorsqu’une foule de juifs religieux s’est rendue sur l’esplanade des Mos-
quées. Un accord informel entre le gouvernement israélien et le royaume de
Jordanie, gardien des lieux saints islamiques à Jérusalem, prévoit que les non-musulmans ont le droit de s’y rendre à certains horaires et en nombre limité – pour
autant qu’ils s’abstiennent de prier. Selon
la police, plus de 1620 activistes du Temple
y ont convergé dimanche, à l’occasion de
la Journée de Jérusalem, ce qui constitue
apparemment un record depuis 1967. Trois
adolescents, dont le fils du député d’extrême droite Bezalel Smotrich, ont par ailleurs
déployé un drapeau israélien au pied du
Dôme du rocher, tandis que plusieurs personnes se sont prosternés en direction de
ce monument à la place duquel s’élevait il y
a 2 000 ans le « saint des saints ». Ces provocations ont été condamnées par divers
responsables musulmans, qui ont appelé la
population à se mobiliser pour « défendre »
la mosquée al-Aqsa.
Un cadeau empoisonné pour l’État hébreu
Patrick Saint-Paul
Ligne d’armistice
de 1949
Source : Reuters
“
Il s’agit d’un défi
redoutable pour Israël
DÉCRYPTAGE
Jérusalem
est
Jérusalem
ouest
Site de
l’ambassade
Sa décision a été saluée par le public et les
dirigeants israéliens comme la reconnaissance logique d’un fait indiscutable. Mais
elle a été critiquée par les Palestiniens, ainsi que par de nombreux pays européens,
comme un revirement doublé d’une entorse au droit international. La France,
comme la plupart des États membres de
l’Union européenne, considère que le statut de Jérusalem doit être déterminé dans
le cadre de négociations entre les parties et
s’oppose à tout règlement unilatéral. Le
président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a décidé de rompre tout
contact avec l’Administration américaine
depuis ce qu’il a décrit comme « la claque
du siècle ». Les factions palestiniennes ont
£@psaintpaul
DAVID BEN GOURION pouvait-il rêver d’un tel présent lorsqu’il proclama
la création d’Israël il y a soixante-dix
ans ? « Aucune ville dans le monde, ni
Athènes ni Rome, n’a joué un rôle aussi
important et depuis aussi longtemps
dans l’histoire de sa nation que Jérusalem dans l’histoire du peuple juif »,
avait-il souligné. Le père fondateur de
l’État hébreu laissait clairement trans-
paraître son désir de souveraineté sur
la Ville sainte. Et pourtant, c’est peutêtre un cadeau empoisonné que Donald Trump va offrir à son allié en déménageant l’ambassade des États-Unis
à Jérusalem.
Une fois encore, le président américain fait cavalier seul, contre l’avis de
ses partenaires traditionnels. Il n’a pas
hésité à faire voler en éclats les paramètres de sortie d’un conflit jamais résolu entre Israël et les Palestiniens en
prenant fait et cause pour l’une des
parties. Derrière cette décision il y a
sans doute des considérations de politique intérieure : tenir une promesse
électorale et cajoler le vote de la droite
évangélique, crucial en vue des élections de mi-mandat.
Depuis la conquête de la partie
orientale de la Ville sainte en 1967, les
grandes puissances s’étaient bien gardées de remettre en cause le statu quo
sur la question explosive de Jérusalem.
Israël avait pourtant déclaré dans la
foulée la ville comme sa capitale « éternelle » et « indivisible ».
Préoccupation commune
Pour la communauté internationale,
Jérusalem ne pouvait être reconnue
comme capitale d’Israël tant que les
Palestiniens n’auraient pas leur État…
Et les Palestiniens espèrent toujours
établir la capitale de leur futur État à
Jérusalem-Est.
Depuis la création d’Israël, les Occidentaux avaient une préoccupation
commune : la sécurité de l’État hébreu.
En reconnaissant Jérusalem comme
capitale, Trump prend le risque de miner un peu plus la solution de deux
États. Après soixante-dix ans d’échecs,
peut-être a-t-il jugé que celle-ci pouvait être définitivement enterrée ? Mais
s’il reste fidèle à son image de « grand
perturbateur », Trump ne propose pas
de plan de paix alternatif. Il choisit un
nouveau saut dans l’inconnu dans une
région où il suffit d’une étincelle pour
provoquer un embrasement. ■
Benyamin Nétanyahou savoure une série de victoires personnelles
MARC HENRY
A
JÉRUSALEM
BENYAMIN Nétanyahou connaît un véritable état de grâce. Alors qu’il apparaissait ces derniers mois comme un
homme traqué par la police pour des
affaires présumées de corruption, tout
semble désormais lui réussir. Une série
de paris gagnants lui permet de rebondir. Lundi, un de ses vieux rêves va se
réaliser lorsque les États-Unis vont
inaugurer leur ambassade à Jérusalem.
Échaudés, les Israéliens n’y croyaient
plus. Mais Donald Trump a tenu parole,
contrairement à de nombreux candidats à la présidence américaine qui
s’étaient engagés à un tel transfert
avant d’oublier très vite leur promesse,
une fois installés à la Maison-Blanche.
Mieux encore : ce déménagement
pourrait avoir un effet domino. Le Guatemala va également ouvrir son ambassade dans la Ville sainte cette semaine.
D’autres pourraient suivre.
Benyamin Nétanyahou vient de remporter une autre victoire diplomatique.
Après des années de vaine campagne
internationale, Donald Trump lui a
donné raison au sujet de l’accord sur le
nucléaire iranien qu’il a dénoncé, en
annonçant une reprise des sanctions
économiques américaines contre Téhéran dans des termes que le premier ministre israélien aurait pu reprendre mot
pour mot. Au passage, le président
américain a rendu hommage au
« coup » réalisé par le Mossad qui est
parvenu à mettre la main sur des dizaines de milliers documents des archives
secrètes iraniennes sur les projets secrets de construction d’un arsenal nucléaire.
La cote du Likoud en hausse
Le premier ministre a également remporté un autre pari sur l’ennemi numéro un d’Israël. Des avions israéliens ont
attaqué la semaine dernière une cinquantaine de bases présentées comme
iraniennes disséminées en Syrie. Ces
raids ont été lancés en représailles à des
tirs de missiles vers le territoire israélien qui ont été interceptés ou qui ont
explosé en Syrie. Bref, une opération
militaire nette et précise. À l’issue de
cette première confrontation directe
entre Israël et l’Iran, certains pouvaient
craindre un embrasement, voire une
guerre. Les Iraniens n’ont pas réagi
pour le moment. Dans ce cas aussi, Donald Trump s’est rangé résolument au
côté de Benyamin Nétanyahou. Même
Le premier ministre israélien, Benyamin
Nétanyahou, lors d’une réunion,
dimanche, à Jérusalem. AMIR COHEN/AP
les Européens, tout en exprimant leurs
inquiétudes, ont dénoncé dans un premier temps les attaques iraniennes.
Le premier ministre israélien est
également parvenu à « neutraliser »
Vladimir Poutine, sans doute l’acteur
clé en Syrie. Habilement, il a été pratiquement le seul chef d’un gouvernement étranger à participer aux commémorations de la victoire sur les
nazis, la semaine dernière à Moscou.
Bien lui en a pris. La Russie, qui aurait
pu prendre ombrage des attaques
contre l’Iran, son allié en Syrie, a fait
preuve d’une extrême prudence. L’État
hébreu redoutait que Moscou fournisse
des batteries de défense antiaérienne à
l’armée de Bachar el-Assad, ce qui limiterait la liberté d’action de l’aviation
israélienne en Syrie. Dans ce cas aussi
Benyamin Nétanyahou paraît avoir obtenu satisfaction. Selon le quotidien
Izvestia, aucune négociation sur le
transfert « d’armes sophistiquées »
russes n’a eu lieu jusqu’à présent avec
Damas.
Pour couronner le tout, la chanteuse
israélienne Netta Barzilai a remporté
l’Eurovision ce week-end devant
200 millions de téléspectateurs dans le
monde. Benyamin Nétanyahou l’a félicitée en la qualifiant « de meilleure am-
bassadrice d’Israël ». Résultat ; la prochaine édition du concours aura lieu à
Jérusalem. Ce succès, qui peut paraître
anecdotique, a fait chaud au cœur de
nombreux Israéliens qui ont parfois
tendance à considérer que le monde
entier est systématiquement contre
leur pays.
Pas étonnant dans ces conditions,
qu’après un passage à vide, la cote de
Nétanyahou et du Likoud, son parti, ne
cesse de grimper. Aucun rival ne lui
arrive pour le moment à la cheville.
Reste toutefois à savoir si cette embellie peut durer. Plusieurs commentateurs mettent en garde contre la tentation de l’euphorie. Israël a remporté
une série de victoires tactiques, mais
tout reste en suspens. L’Iran a perdu
une bataille en Syrie, mais rien ne dit
que Téhéran ne tentera pas de prendre
sa revanche. L’incertitude la plus totale
règne sur le dossier nucléaire iranien.
Tout est aussi bloqué sur la question
palestinienne. Un point d’interrogation à peine dissimulé demeure autour
de Donald Trump, qui se targue d’être
le seul à pouvoir régler le conflit israélo-palestinien à la manière d’un businessman. Jusqu’à présent, il a gâté Israël. Il n’est pas certain qu’il en sera
toujours ainsi. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 14 mai 2018
INTERNATIONAL
statu quo
Un geste de rupture qui constitue
un cas d’école du trumpisme
Un soldat israélien monte la garde
à l’extérieur du consulat des ÉtatsUnis à Jérusalem, dimanche, à côté
de l’« hôtel des diplomates »
qui accueillera la nouvelle ambassade
américaine. AHMAD GHARABLI/AFP
Autour de la bande de Gaza, au même
moment, l’armée israélienne achevait ses
préparatifs en vue de larges manifestations
attendues lundi le long de la frontière. Ses
stratèges redoutent que la « grande marche du retour », qui rassemble chaque
vendredi depuis le 30 mars des milliers de
Palestiniens aux abords de la clôture, ne se
traduise par des tentatives d’intrusion
massive auxquelles ils auraient sans doute
le plus grand mal à répondre sans provo-
quer un bain de sang. Une quarantaine de
protestataires ont déjà été tués et près de
2 000 autres ont été blessés par balles lors
des précédents rassemblements. « Il s’agit
d’un défi redoutable pour Israël », prévient
Nathan Thrall, analyste au centre de réflexion International Crisis Group, qui prédit « un grand nombre de victimes si le nombre de manifestants est réellement élevé ». ■
+
7
» Lire aussi PAGE 20
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
SON EMPLOI DU TEMPS chargé a
fourni une excuse à Donald Trump
pour esquiver ce lundi l’inauguration
de la nouvelle ambassade américaine à
Jérusalem. Même le vice-président
Mike Pence, chrétien évangélique
convaincu d’œuvrer à l’accomplissement d’une prophétie biblique, ne se
rendra pas en Terre sainte.
Le président s’adressera par vidéo
aux quelque 800 invités. Le niveau de
la délégation officielle – le secrétaire
d’État adjoint John Sullivan, le secrétaire au Trésor Steve Mnuchin, Ivanka
et Jared Kushner, fille et gendre aux
titres de conseillers – traduit une volonté de ne pas en rajouter dans l’affichage international. Dans son orchestration comme dans ses motivations,
l’opération de transfert de l’ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem constitue
un cas d’école du trumpisme. Tout y
est : l’unilatéralisme et le contre-pied,
l’intuition et le calcul, le pari et la prudence… Mais aux ressorts habituels
des décisions présidentielles s’ajoute
une lecture inédite des rapports de
force au Proche-Orient.
Sur le papier, Donald Trump a le
droit américain pour lui. Une loi de
1995 prévoyait le transfert de l’ambassade au plus tard en 1999, ouvrant au
président la possibilité de le reporter
pour raisons de sécurité. Tous les six
mois depuis près de vingt ans, Bill
Clinton, George W. Bush et Barack
Obama y ont eu recours, quoiqu’ils
eussent affiché leur soutien de principe à la reconnaissance de Jérusalem
comme capitale d’Israël, inscrite dans
cette loi. Donald Trump a fait l’exact
contraire : c’est au nom de la sécurité
nationale américaine qu’il a justifié
son passage à l’acte le 6 décembre
dernier. « Cette décision sert au mieux
les intérêts des États-Unis », affirme
l’ambassadeur David Friedman.
En attendant que l’avenir le démontre, la démarche remplit des objectifs
immédiats. Elle tient une nouvelle
promesse de campagne, « en avance
sur le calendrier et en dessous du budget », comme tout bon promoteur. Ce
que Rich Lowry, éditeur de la conservatrice National Review, résume comme « le paradoxe de Trump » : « Le
président qui dit le plus de choses lunaires et mensongères que quiconque
ayant occupé sa fonction est aussi extraordinairement déterminé à réaliser
ses grandes promesses. » Le geste
marque en outre une rupture comme
Trump les affectionne – avec ses prédécesseurs, avec les vieilles méthodes
qui n’ont pas donné de résultats et
avec le consensus international.
“
Sur le long terme,
nous sommes
convaincus
que cette décision
est une opportunité
de faire avancer la paix
sur la base des réalités
”
DAVID FRIEDMAN, AMBASSADEUR US EN ISRAËL
À cet égard, il est doublement assuré
de plaire à son électorat : par l’audace
du contre-pied et par son parti pris
pro-israélien. Peu de commentateurs
américains ont critiqué le choix politique de Jérusalem pour l’ambassade, y
voyant « la réparation d’une injustice
historique », comme le conservateur
Robert Satloff, ou « la destruction utile
d’un tabou », comme Daniel Shapiro,
ancien ambassadeur d’Obama en Israël. Les évangéliques sont littéralement aux anges : convaincus que la
restauration de l’Israël biblique hâtera
le retour du messie, ils avaient voté
pour Trump à 81 % et le soutiennent
toujours à 71 %, en dépit des révélations scabreuses d’une actrice porno.
L’annonce de sa décision il y a cinq
mois a beaucoup contribué à la prise
d’assurance du président sur la scène
internationale. Non seulement les prédictions de chaos des experts ne se sont
pas réalisées, mais il estime que les
violences à Gaza lui ont donné raison a
posteriori, comme les tirs de missiles
iraniens sur le Golan valident ses justifications pour dénoncer l’accord nucléaire. Le président ne croit pas que
son action unilatérale compromette les
chances de relancer le processus de
paix israélo-palestinien – tout au
contraire. Son pari a pour objet d’amener les Palestiniens à réduire leurs ambitions en les privant de ce qui était de
facto « un droit de veto sur Jérusalem ».
« Sur le long terme, nous sommes
convaincus que cette décision est une
opportunité de faire avancer la paix sur
la base des réalités plutôt que des fantasmes et qu’elle contribuera à la stabilité », dit David Friedman. Le transfert
de l’ambassade « ne signifie pas un renoncement à notre engagement de faciliter une paix durable, renchérit le département d’État. Il en est plutôt la
condition. »
À son crédit, Donald Trump a instinctivement compris le changement
au sein du monde arabe, lassé du dossier palestinien et plus uni contre
l’Iran que contre Israël. Lors d’une récente visite aux États-Unis, le prince
héritier saoudien, Mohammed Ben
Salman, dit MBS, aurait déclaré à des
représentants de la communauté juive
à New York : « Depuis des décennies,
les dirigeants palestiniens ont raté une
occasion après l’autre et rejeté toutes
les offres de paix. Il est temps qu’ils acceptent ce qu’on leur propose, s’assoient à la table de négociations ou se
taisent et cessent de se plaindre. »
Le prix de ce lâchage – un « plan de
paix » concocté par Jared Kushner
avec l’imprimatur de MBS, envisageant
un État palestinien à souveraineté limitée et sans continuité territoriale – se
fait toujours attendre. Mais la reconnaissance par Bahreïn du droit d’Israël
à se défendre contre l’Iran n’est pas
passée inaperçue à Washington :
« Trois jours avant l’ouverture de l’ambassade, une telle déclaration publique a
beaucoup de poids, s’enthousiasme
Victoria Coates, directrice de la stratégie au Conseil de sécurité nationale.
Cela montre que le président fait exactement ce qui doit être fait en l’espèce. » ■
Les métiers de demain ?
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dédiée à l’emploi à Paris, Rennes, Lille,
Caen, Montpellier, Lyon, Marseille,
Nancy, Bordeaux, Le Gosier (Guadeloupe)
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A
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
INTERNATIONAL
RUE DES ARCHIVES
8
L’arrivée à Hafa, en Palestine sous mandat britannique de l’Exodus transportant des rescapés de l’Holocauste, le 18 juillet 1947.
Israël, soixante-dix ans
de défis pour un pays
toujours en gestation
Depuis sa création, l’État hébreu a affronté les guerres
avec les pays arabes et les vagues de migration successives.
Ses frontières ne sont toujours pas fixées.
CYRILLE LOUIS £@cyrille_louis
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
PROCHE ORIENT Il y a les religieux, qui
voient dans l’existence d’Israël « un miracle », et ceux, plus terre à terre, qui se
contentent de saluer une incroyable
success story. Il y a aussi l’écrivain David
Grossman, critique infatigable de l’occupation imposée aux Palestiniens, qui
aimerait tant appeler cet endroit sa
« maison », mais se désole de n’y voir
qu’une « forteresse ». Et puis il y a les
perplexes, qui comparent leur pays à un
gigantesque chantier. Ce n’est pas seulement une image. Soixante-dix ans
après la déclaration d’indépendance,
des grues s’élèvent encore à chaque coin
de rue et des tractopelles rugissent des
collines de Galilée au désert du Néguev.
Le chaos des débuts s’est certes peu à
peu ordonné, et le pays exhibe fièrement sa part de modernité. Mais la sensation d’urgence qui étreignait les pères
fondateurs n’a jamais vraiment disparu.
« Malgré l’immense chemin parcouru,
reconnaît l’historien Tom Segev, nous
sommes bien incapables de dire ce à quoi
ressemblera l’État d’Israël dans un demisiècle. Existera-t-il seulement encore ? Il
y a bien sûr de nombreuses raisons de
l’espérer. Mais force est d’admettre que
ce n’est pas une certitude. »
A
Mémoire commune
Ces doutes, partagés par de nombreux
Israéliens, ne viennent pas de nulle
part. Alimentés par une mémoire commune où se mêlent les traumatismes de
l’exode, des pogroms, de la Shoah et
des violences qui émaillèrent les premiers pas du mouvement sioniste en
Palestine, ils sont chroniquement réactivés par l’actualité. Aujourd’hui, c’est
la crainte d’une guerre avec l’Iran. Il y a
soixante-dix ans, c’était le spectre
d’une annihilation par les armées arabes. David Ben Gourion, qui présidait
l’Agence juive, avait alors de solides
raisons d’espérer, mais aussi bien des
motifs d’inquiétude.
Quelques mois plus tôt, l’Assemblée
générale des Nations unies avait adopté
de justesse un plan de partage prévoyant la création d’un État juif sur
55 % du territoire de la Palestine mandataire. Les pays voisins, menaçants,
rejetèrent cette décision tandis que les
violences entre Juifs et Arabes redoublaient dans les rues de Jérusalem. À
l’approche du retrait des troupes britanniques, cependant, Ben Gourion décida de se jeter au-dessus du vide. Le
14 mai 1948, en milieu d’après-midi, il
réunit le parlement provisoire du mouvement sioniste dans la galerie principale du musée de Tel-Aviv. Debout
sous le portrait de Théodore Herzl, entouré de deux bannières frappées de
l’étoile de David, il déclara : « Nous
proclamons la fondation de l’État juif qui
portera le nom d’État d’Israël. » Sur les
toits du bâtiment comme dans les rues
voisines, une clameur parcourut la foule venue assister à cet événement historique. L’euphorie, toutefois, ne devait
pas durer. La première guerre israéloarabe était sur le point d’éclater.
La façon la plus commune de retracer
l’histoire d’Israël consiste à énumérer
les affrontements au fil desquels ce
pays, né fragile, a progressivement affirmé sa supériorité militaire aux dépens de ses voisins. Tout commença par
l’épreuve du feu de 1948-1949, lors de
laquelle son armée en situation d’infériorité numérique s’assura le contrôle
d’un territoire élargi. Plus de 700 000
Palestiniens furent simultanément
chassés par la force ou invités à quitter
leurs villages sans pouvoir y revenir par
la suite. Cette « catastrophe », dont
l’État hébreu a d’emblée refusé d’endosser la responsabilité, demeure
aujourd’hui encore l’une des clés du
conflit. Ou plutôt, pour le dire à la manière de l’écrivain Ari Shavit, l’un de
ses « trous noirs ». « Ben Gourion voulait un État à tout prix, résume Tom
Segev, l’auteur d’une récente biographie en hébreu consacrée au fondateur
d’Israël, et ce prix fut terriblement élevé. » Mais les dirigeants israéliens, l’œil
rivé sur les prochains défis, ne prirent
pas le temps de se retourner. Convaincus que l’Égypte et la Syrie, humiliées
par ce premier échange de feu, chercheraient bientôt à prendre leur revanche, ils se rapprochèrent de la France
pour lui acheter des armes, étoffer leur
armée de l’air - et, plus tard, se doter de
l’arme atomique. Des efforts qui se révélèrent payants lorsque, au printemps
1967, la tension régionale culmina de
nouveau. Après plusieurs semaines de
tergiversations, le premier ministre
Levi Eshkol donna l’ordre à son aviation de frapper les aérodromes égyptiens. Il ne lui fallut que quelques heures
pour clouer au sol les appareils ennemis
et ouvrir à ses blindés les portes de Gaza
et du Sinaï, de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et du plateau du Golan.
L’ivresse de la victoire
Cette victoire, inespérée, constitua un
tournant décisif dans l’histoire du Proche-Orient. Non seulement parce
qu’elle porta un coup psychologique
majeur aux pays arabes, qui, un demisiècle plus tard, ne s’en sont toujours
pas complètement remis. Mais aussi
parce qu’elle révéla Israël à ses propres
habitants. Le philosophe et rabbin Yuval Cherlow, actif au sein d’une organisation créée pour renforcer l’identité
juive du pays, se souvient : « A quelques
jours d’intervalle, nous avons successivement connu la terreur d’être exterminés, puis l’ivresse d’une victoire qui, soudain, semblait tout rendre possible. » La
conquête de la Vieille Ville de Jérusalem, où s’élèvent le Mur des lamenta-
tions et l’ancien mont du Temple, donne naissance à une variante
messianique du sionisme. De nombreux
Juifs de la diaspora, éblouis par les exploits de ce pays en gestation, quittent
tout pour venir s’y installer. L’atmosphère est à l’euphorie, et même à une
certaine forme d’insouciance. Le réveil
n’en sera que plus dur lorsque, le 6 octobre 1973, l’Égypte et la Syrie lancent
simultanément une attaque surprise
contre le Sinaï et le Golan. L’armée israélienne, assommée, met plusieurs
jours à reprendre ses esprits puis à repousser l’ennemi. Ce quasi-fiasco précipite la démission de la première ministre Golda Meir et entraîne un
examen de conscience national. Mais,
de façon paradoxale, il coupe court aux
visées offensives des pays arabes.
Auréolé de son incontestable supériorité aérienne, l’État hébreu pourra désormais choisir le lieu et le tempo de ses
engagements. Comme lorsqu’il frappe,
le 7 juin 1981, le réacteur nucléaire
d’Osirak pour mettre fin au programme
nucléaire de Saddam Hussein. Ou encore lorsqu’il envahit, un an plus tard,
le sud du Liban dans le but d’y détruire
les infrastructures de l’Organisation de
libération de la Palestine.
Un pays normal ?
Ce tableau de chasse, si spectaculaire
soit-il, n’éclaire qu’une partie du chemin parcouru. « Le plus impressionnant
réside ailleurs, dans le fait qu’Israël est à
certains égards – mais à certains égards
seulement – devenu un pays normal »,
estime Tom Segev. Yohanan Plesner,
directeur du centre de réflexion Israel
Democracy Institute, complète : « Il
faut se souvenir de ce qu’Israël était à sa
création. Ses habitants ne parlaient pas
la même langue, il n’y avait pas d’institutions, l’économie était minuscule et le
territoire n’était défendu que par un patchwork de groupes paramilitaires. »
Soixante-dix ans plus tard, l’État hébreu flirte avec le plein-emploi, occupe
une position plus qu’honorable dans la
plupart des classements de l’OCDE et
revendique le titre de « start-up nation ». L’irrigation au goutte-à-goutte,
l’application de guidage GPS Waze, la
clé USB ou la voiture autonome ont été
inventées par des Israéliens. Les élites
du pays ont raflé douze prix Nobel en
quarante ans. « Mais surtout, poursuit
M. Plesner, la grande majorité des habitants sont fiers d’être nés en Israël et envisagent d’y passer le reste de leur vie. »
La population, estimée à 805 000 ha-
bitants en 1948, en compte aujourd’hui
8,8 millions. Une croissance démographique à laquelle l’État a activement
œuvré en organisant le « rapatriement » de plusieurs communautés juives de la diaspora. En 1949, l’ancêtre du
Mossad lance l’opération « Tapis volant », un pont aérien pour exfiltrer la
quasi-totalité des Juifs du Yémen menacés par la famine. L’année suivante,
ce sont plus de 110 000 Juifs d’Irak qui
sont évacués vers Chypre, puis Israël.
Au début des années 1990, un million
de Juifs quittent l’ex-URSS et débarquent à l’aéroport de Tel-Aviv. En
1994, enfin, la compagnie El Al mobilise
34 gros-porteurs pour évacuer 14 000
Juifs éthiopiens en l’espace de quarante-huit heures. C’est la dernière des
grandes opérations de sauvetage menées par l’État hébreu.
Occupation des Territoires
palestiniens
Tandis que les admirateurs s’émerveillent, des voix nombreuses dénoncent les péchés d’Israël. L’occupation illégale des territoires arabes conquis
durant la guerre des Six-Jours, les violations continues du droit humanitaire
international au préjudice des Palestiniens… L’État hébreu, mis en accusation, se démène pour rompre son isolement. La visite du président Anouar elSadate à Jérusalem, en novembre 1977
«
Toute la question est de savoir s’il existe
un dénominateur commun de valeurs
qui permettrait de souder ces différentes « tribus »
autour d’un État à la fois juif et démocratique
REUVEN RIVLIN
»
puis la signature du traité de paix avec
l’Égypte lui offrent un premier succès
diplomatique. Le second, inachevé, intervient lorsque l’Organisation de libération de la Palestine accepte en 1988 de
reconnaître l’existence d’Israël. Cette
percée historique a été décidée dans le
tumulte de la première intifada. Elle
ouvre la voie aux accords d’Oslo, qui, à
défaut de permettre un règlement du
conflit, débouchent en 1994 sur la signature d’un accord de paix entre Israël
et la Jordanie.
Dans les années qui suivent, la multiplication des attentats suicides orchestrés dans les rues de Jérusalem et de
Tel-Aviv discrédite la cause palestinienne aux yeux d’une partie de l’opinion internationale. L’État hébreu,
croyant pouvoir se soustraire à la dialectique de l’oppresseur et de l’opprimé,
revendique dès lors un rôle moteur dans
le combat contre le terrorisme islamique. L’Europe et les États-Unis sont
priés de se rallier à son panache, et de
mettre leurs critiques en sourdine. Les
principaux pays arabes sunnites, obsédés par la menace iranienne, envisagent
à leur tour de tourner la page. Officiellement, l’Arabie saoudite et les monarchies du Golfe maintiennent qu’un rapprochement avec l’État hébreu ne
pourra intervenir que le jour où les Palestiniens disposeront de leur propre
État. Mais après l’élection de Donald
Trump et ses appels à créer une large
coalition régionale contre Téhéran, les
dirigeants israéliens veulent croire que
la normalisation des relations avec les
pays voisins n’est plus qu’une question
de temps.
Une partie de la droite, enivrée par le
transfert de l’ambassade des États-Unis
à Jérusalem, croit discerner un signe
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 14 mai 2018
9
Des soldats de l’armée israélienne prient devant le Mur des lamentations
après la conquête de Jérusalem, à l’issue de la guerre des Six-Jours, en juin 1967.
Cultivant son art de vivre
et sa modernité, Tel-Aviv
affiche une insolente
croissance écononomique.
CORINNA KERN/REUTERS
annonciateur de la fin de l’histoire. Elle
appelle à parachever l’ouvrage entamé
en 1967 en annexant la Cisjordanie au
territoire d’Israël. Mais d’autres personnalités, issues du même camp, mettent en garde. « Il y a seulement soixante-dix ans, la nation juive était dispersée
aux quatre coins du monde, elle n’avait
pas de langue commune et un tiers de sa
population venait d’être exterminée, rappelle le rabbin Yuval Cherlow, une voix
influente du camp sioniste religieux. Le
simple fait que nous ayons réussi à
construire ce pays relève évidemment du
miracle, mais le travail est encore loin
d’être achevé. Israël, après toutes ces années, n’a encore ni frontières reconnues,
ni Constitution, ni même une définition
claire de sa population. Et tant de fractures divisent notre société… » Les pères
fondateurs, conscients de ces défis, imposèrent une langue et un calendrier
partagés. L’hébreu a supplanté le yiddish, l’allemand ou le français. Mais de
là à cimenter une identité commune…
Les tribus d’Israël
Nation aux mille visages, Israël se présente comme une collection de tribus
qui, lorsqu’elles ne s’ignorent pas, se
regardent avec défiance. Le contraste
entre Tel-Aviv, capitale économique
d’un pays à la croissance insolente, et
l’austère Jérusalem, illustre efficacement ce lieu commun. En bord de mer,
l’insouciance et l’inventivité, les restaurants vegan et le coworking space,
la tolérance et l’hédonisme. Dans la ville sainte, une atmosphère empreinte de
gravité et assombrie par une tension incessante entre Israéliens et Palestiniens, religieux et laïcs, gauche moribonde et droite triomphante. Cette
opposition, nourrie de préjugés mu-
Les relations entre les Juifs séfarades,
qui sont arrivés au début des années
1950 d’Afrique du Nord, et les Ashkénazes originaires d’Europe orientale, ne
sont guère plus simples. Les premiers
ont été accueillis à la hussarde puis expédiés vers des « villes de développement » situées dans le désert du Néguev ou aux confins de la Galilée.
Ofaqim, Yeruham, Kyriat Chmona…
Soixante-dix ans après, ces bourgs sinistrés incarnent l’autre visage d’Israël.
Lestés par un taux de chômage deux
fois plus élevé que la moyenne nationale, ils traînent un sentiment d’abandon
dont les jeunes générations s’accommodent moins bien que leurs aînés.
« Les habitants de Tel-Aviv se rassurent
en constatant qu’il y a de plus en plus de
mariages mixtes, sourit l’ancien député
travailliste Daniel Ben Simon, arrivé du
Maroc en 1969, mais la vérité est que le
degré de défiance envers les Ashkénazes
n’a jamais été aussi élevé. Les Séfarades
ont le sentiment que leurs grands-parents ont été traités comme des primitifs
et ne le pardonnent pas aux élites qui
contrôlaient alors les leviers du pouvoir. » En 1977, cette rancœur entraîna
la chute du Parti travailliste après trente années de règne ininterrompu. « Depuis ce tournant, poursuit M. Ben Simon, la population séfarade demeure
persuadée que le Likoud est le mieux placé pour défendre ses intérêts et incarner
certaines traditions juives auxquelles elle
est profondément attachée. Le plus triste,
dans toute cette histoire, c’est que la
gauche n’a toujours pas compris pourquoi elle avait perdu la main. »
Un contrat social en péril
Le président d’Israël, Reuven Rivlin,
préoccupé par les multiples tensions
qui travaillent son pays, a tiré au printemps 2015 la sonnette d’alarme. Les
transformations démographiques en
cours, a-t-il prévenu, menacent la pérennité du contrat social négocié à la
création du pays. La minorité juive ultraorthodoxe, qui compte aujourd’hui
pour 10 % de la population mais bénéficie d’une forte natalité, en représentera
le quart à l’horizon 2050. Or la plupart
des jeunes hommes qui en sont issus refusent de faire le service militaire et un
grand nombre choisit d’étudier la Torah plutôt que de s’aventurer sur le
marché du travail. « Ils font peser une
grande inconnue sur l’avenir de l’État,
observe Denis Charbit, professeur de
sociologie à l’Université ouverte d’Israël*, non seulement d’un point de vue
économique, mais aussi en ce qui concerne l’influence de la religion dans la sphère
publique. »
Le poids de la minorité arabe, qui regroupe 1,8 million d’habitants mais représentera 25 % de la population dans
trente ans, constitue un autre point
Montée en puissance
du nationalisme religieux
La montée en puissance, relativement
récente mais spectaculaire, du courant
nationaliste religieux, constitue sans
doute la plus marquante des transformations en cours. Actifs et très organi-
sés, les tenants de cette idéologie considèrent que l’établissement d’un foyer
national juif sur l’antique terre d’Israël,
y compris la Cisjordanie peuplée majoritairement de Palestiniens, est l’expression de la volonté divine. Ils sont
favorables au développement des colonies, résolument hostiles à la création
d’un État palestinien et ont tout fait
pour miner les accords d’Oslo. Représentés par le parti Foyer juif, ils exercent une large influence au sein du
Likoud et contrôlent plusieurs ministères clés. Une position de force qu’ils
mettent à profit pour bloquer toute reprise des négociations, mais aussi pour
s’attaquer aux ONG qui dénoncent leur
emprise croissante. « Ils sont désormais
les seuls à porter une vision stratégique
forte, regrette l’historien Tom Segev, et
ils nous entraînent dans l’ornière avec
une énergie que nul n’est en mesure de
contrer. »
Minoritaires, les opposants à l’occupation soulignent qu’il y a désormais
presque autant d’Arabes que de Juifs
sur le territoire entre la Méditerranée et
le Jourdain. La présence d’environ
380 000 colons en Cisjordanie ayant
rendu improbable la création d’un État
palestinien, ils ajoutent qu’Israël devra
bientôt choisir entre deux mauvaises
solutions. Absorber les habitants non
juifs sans leur donner le droit de vote,
ce qui reviendrait à pérenniser un système légal à deux vitesses. Ou en faire
des citoyens de pleins droits, au risque
de les voir un jour devenir majoritaires
et menacer le caractère juif du pays. La
plupart des Israéliens, dont les rêves de
paix furent brisés par l’assassinat
d’Yitzhak Rabin et qui restent traumatisés par la vague d’attentats suicides du
début des années 2000, répugnent à affronter ce dilemme.
Le coût moral d’un conflit sans fin, de
même que la succession des opérations
meurtrières dans la bande de Gaza, leur
apparaît à la longue comme un moindre
mal. Un renoncement dont l’écrivain
David Grossman, père d’un jeune soldat
tué en 2006 durant la seconde guerre
du Liban, se désolait récemment lors
d’un rassemblement de parents endeuillés mêlant Israéliens et Palestiniens. « Israël fut créé pour que le peuple
juif, qui ne s’était jamais senti chez lui
ailleurs, ait finalement sa maison, a-t-il
rappelé ce soir-là. Mais quand ce pays
occupe et opprime une autre nation pendant 51 ans au point de créer une situation d’apartheid, alors on finit par ne plus
s’y sentir vraiment chez soi. » ■
* Il est l’auteur de « Israël et ses paradoxes », Éditions Le Cavalier Bleu.
+
» Lire aussi PAGE 20
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de toutes les causes
A
Fracture AshkénazesSéfarades
d’interrogation. S’ils disposent en
théorie des mêmes droits individuels
que leurs compatriotes juifs, les citoyens arabes d’Israël dénoncent des
discriminations persistantes et sont
nombreux à s’identifier aux Palestiniens des Territoires occupés. Les élites
libérales et laïques, qui constituèrent
longtemps la colonne vertébrale du
pays, sont concurrencées par d’autres
groupes porteurs d’identités et des projets bien distincts. « Toute la question,
relevait il y a trois ans le chef de l’État,
est de savoir s’il existe un dénominateur
commun de valeurs qui permettrait de
souder ces différentes “tribus” autour
d’un État à la fois juif et démocratique. »
Le rabbin Yuval Cherlow évoque « une
réelle incertitude ». « La population juive
d’Israël, résume-t-il, est soudée à la fois
par le sentiment d’appartenir à une
même famille et par la nécessité de faire
bloc face aux menaces extérieures. Mais
nul ne peut prédire ce qui adviendra le
jour où nous serons enfin parvenus à faire
la paix avec nos voisins. »
Un jeune colon israélien, juché sur le toit d’un véhicule arborant le drapeau de l’État
hébreu, entre dans Amona, une implantation illégale juive en Cisjordanie, en 2016.
Photographie : Olivier Roller
tuels, ne recouvre qu’imparfaitement la
diversité des lignes de faille. Riches
contre pauvres, centre contre périphérie, habitants de la plaine côtière contre
colons de Cisjordanie : la société israélienne n’est ni tout à fait un ring de
boxe, ni complètement une famille. Ou
plutôt elle fait songer à une famille dont
les membres longtemps dispersés se retrouveraient pour mesurer soudain tout
ce qui les sépare. « Que puis-je bien
avoir en commun avec les ultraorthodoxes de Méa Shéarim ? », illustre Tom
Segev. Ancienne plume du journal de
gauche Haaretz, l’historien ne se défend pas d’éprouver « une certaine
condescendance » envers les habitants
de ce quartier pauvre, qui ont calqué
leurs coutumes sur celles jadis observées dans les ghettos de Pologne et militent pour étendre le champ d’application de la Loi juive dans la sphère
publique.
RONEN ZVULUN/REUTERS
MICHA BAR AM / MAGNUM PHOTOS
INTERNATIONAL
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lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
10
INTERNATIONAL
Feu vert
au retour
en politique
de Berlusconi
L’ex-Cavaliere peut à nouveau se présenter
à des élections, a jugé le tribunal de Milan.
RICHARD HEUZÉ rheuze@lefigaro.fr
ROME
ITALIE Silvio Berlusconi peut à nouveau se
présenter aux élections. Le tribunal milanais de l’application des peines de Milan a
restitué vendredi au leader de Forza Italia la
plénitude de ses droits civiques. Ce même
tribunal l’avait condamné à six ans d’inéligibilité après sa condamnation définitive,
le 1er août 2013, pour fraude fiscale dans
une transaction financière sur des droits
télévisés. Depuis, estime la cour, l’ex-Cavaliere a « donné une preuve effective et
constante de bonne conduite ». Sur les quatre années de prison auxquelles il avait été
condamné en 2013, trois avaient été amnistiées, et Silvio Berlusconi avait purgé la
quatrième en prêtant assistance à des malades d’Alzheimer dans une communauté
thérapeutique milanaise, à raison de quatre
heures par semaine, jusqu’en mars 2015.
Silvio Berlusconi aura 82 ans le 29 septembre. Il a dirigé quatre exécutifs pendant neuf ans. Sa réhabilitation survient à
un moment crucial pour la formation du
nouveau gouvernement. Les membres du
Mouvement 5 étoiles (M5S), qui l’exècrent, voient en lui « le mal absolu ». Ils
ont contraint Matteo Salvini, le leader de
la Ligue et nouveau chef de file de la coalition de droite dont Forza Italia fait partie,
à l’exclure de leurs négociations. Berlusconi le leur rend bien : il les accuse d’être
« plus dangereux que les communistes »
qui ont motivé son entrée dans la vie politique en 1994 ; reproche à 65 % de leurs
parlementaires de n’avoir fait « aucune
déclaration d’impôts de leur vie » ; les
soupçonne de préparer contre son groupe
de télévision une loi taxant les patrimoines qu’il compare à une « expropriation
prolétaire » ; et raille le leader du M5S,
Luigi Di Maio, pour n’avoir fait dans sa vie
Silvio Berlusconi, le 7 mai, au palais du Quirinal, à Rome.
qu’« un seul métier, steward sur le stade de
foot de Naples pendant une saison pour voir
gratis les matchs du Napoli ».
« Une bonne nouvelle »
Pour Mariastella Gelmini, « c’est la fin d’un
calvaire pour les 5 millions d’électeurs qui
ont voté pour lui le 4 mars » : « S’il avait pu
se présenter librement aux élections des cinq
dernières années, beaucoup de choses se seraient passées différemment », commente
cette avocate de 44 ans, chef des députés
de Forza Italia dans la précédente législature. Son parti, confirme-t-elle, ne votera
TIZIANA FABI/AFP
pas la confiance au gouvernement qui
s’apprête à naître (voir ci-dessous) : « Nous
ferons opposition et serons au Parlement la
sentinelle des citoyens. »
« C’est une bonne nouvelle, s’est empressé de commenter Matteo Salvini, j’en suis
très heureux, surtout pour la démocratie. »
Pour l’historiographe de Berlusconi, Giovanni Orsina, cette réhabilitation risque
toutefois de rendre « plus compliqués » ses
rapports avec Luigi Di Maio. Grand analyste de la droite italienne, ce professeur de
sciences politiques à l’université Luiss de
Rome voit dans cette réhabilitation « une
Négociations difficiles pour former un gouvernement
Les négociations entre la Ligue
et le Mouvement 5 étoiles pour
constituer un gouvernement de
coalition « jaune-vert » s’effectuent
au milieu de grandes difficultés.
Le rendez-vous au Quirinal prévu
dimanche a été une nouvelle fois
retardé d’une journée, jusqu’à ce lundi.
Au grand agacement de Sergio
Mattarella. Le président de
la République refuse d’être « pris pour
un notaire » et revendique le droit
de s’ingérer dans les choix qui lui seront
présentés. Le futur gouvernement
devra rester dans les clous de l’Union
européenne, et les leaders politiques
devront proposer un président
du Conseil crédible et des réformes
soutenues par une couverture
financière adéquate. Les négociations
devaient reprendre dans la soirée.
Sur une majorité des quinze points
de leur « contrat de gouvernement »,
l’accord semble fait. « Le climat est
excellent », s’est risqué Luigi Di Maio,
dimanche midi, en quittant le gratte-ciel
de Milan où se déroulent depuis deux
jours les négociations. Les interviews
télévisées prévues dans la soirée
ont toutefois été annulées.
R. H.
bouffée d’oxygène qui permettra à Berlusconi de retrouver l’agilité politique perdue en
2013 ». « Sur le plan électoral, sa condamnation ne l’a pas empêché de continuer à faire de la politique. Il a été présent et bien présent dans tous les débats qui ont marqué la
scène politique. En revanche, elle revêt pour
lui une importance capitale car elle va le
convaincre de la possibilité d’un retour sur la
scène politique », explique-t-il.
Dans son dernier ouvrage, Le Berlusconisme dans l’histoire de l’Italie, qui vient de
paraître en France (Éditions Les Belles Lettres), Giovanni Orsina relève que « Forza
Italia a commencé à décliner à partir de
l’expulsion de son leader du Sénat (décembre 2013), qui a coïncidé avec l’élection de
Matteo Renzi à la tête du Parti démocrate et
celle de Matteo Salvini à la Ligue du Nord
(devenue ensuite la Ligue, NDLR) ».
L’acteur Toni Servillo, qui incarne magistralement Berlusconi dans Loro, le dernier film en deux épisodes de Paolo Sorrentino, souligne que l’homme politique
« cultive l’idée d’une immortalité qui se moque du temps » : « Il a une grande influence
sur la conscience des Italiens, agit sur leur
inconscient et donne la sensation que le public le juge sur la base de ce qu’il pense de
lui-même. Il est un corps politique qui se
propose comme immortel. » ■
Une famille de kamikazes
attaque des églises en Indonésie
L’État islamique a revendiqué les trois attentats commis par six membres
d’une famille rentrés de Syrie et qui ont fait au moins 13 morts et 40 blessés.
ADRIEN JAULMES £@AdrienJaulmes
ASIE DU SUD-EST Une famille rentrant
de Syrie a lancé trois attaques suicides
contre des églises de Surabaya, en Indonésie, faisant au moins treize morts et
quarante blessés. Selon la police de la
province orientale de Java, les membres
de cette famille s’étaient réparti les cibles de ces attentats perpétrés quasi simultanément en pleine messe dominicale. Le père s’est lancé au volant d’un
minivan bourré d’explosifs qui a explosé
contre le portail principal de l’église
pentecôtiste du centre de Surabaya.
Presque au même moment, la mère et
ses deux filles de 12 et 9 ans se sont fait
exploser à l’entrée d’une autre église,
GKI Diponegoro. Des témoins ont décrit
une femme voilée avec deux fillettes
chargées de sacs, que la police aurait
tenté d’empêcher d’entrer avant que
l’engin n’éclate.
Les deux fils, de 18 et 16 ans, ont commis un troisième attentat contre l’église
catholique Santa Maria, alors qu’une
première messe venait de se terminer, et
qu’une autre allait commencer. Les deux
jeunes gens se sont lancés dans la cour
sur une motocyclette transportant une
bombe qui a explosé aussitôt.
Les autorités indonésiennes ont identifié les six membres de cette famille :
Dita et Puji Kuswanti, leurs deux filles,
Fadila Sari et Pamela Rizkita, ainsi que
leurs deux fils Yusuf et Ali. Soupçonnés
d’appartenir à une branche locale de
l’État islamique, Jemaah Ansharut Daulah (JAD), ils auraient séjourné en Syrie
où ils auraient rejoint les rangs de Daech.
Les attentats ont été revendiqués par
Amaq, l’agence de presse de l’État islamique, dans un communiqué. Le chef et
principal idéologue de JAD, Aman Abdurrahman, est emprisonné à Jakarta où
il est jugé pour sa responsabilité dans
plusieurs attentats, dont une série d’attaques suicides dans le centre de Jakarta.
Son procès avait été interrompu au milieu de la semaine après le déclenchement d’une révolte dans la prison de
haute sécurité de Jakarta, où il était détenu. Des détenus appartenant à cette
organisation ont pris le contrôle de la
prison pendant 36 heures et tué cinq
membres d’une force d’élite antiterro-
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La police monte la garde, dimanche, devant une église de Banda Aceh, à Sumatra,
en Indonésie, à la suite d’attaques contre des églises de Surabaya, à Java. MAHYUDDIN/AFP
riste. La police suspecte un lien entre
cette révolte et les attentats.
Située dans l’est de la grande île de
Java, Surabaya est la deuxième ville
d’Indonésie, avec quelque 3 millions
d’habitants. Elle compte une importante
minorité chrétienne, représentant environ 11 % de la population.
Les minorités religieuses face
à une intolérance grandissante
L’Indonésie, le plus grand pays musulman
du monde, avait subi, lors du réveillon de
Noël 2000, une série d’attaques contre des
églises revendiquées par des adeptes locaux d’al-Qaida, faisant une vingtaine de
morts. En 2002, un autre attentat avait fait
202 morts sur l’île touristique de Bali et
obligé les autorités à réagir. Malgré les
mesures prises à l’époque, la propagation
de l’islam radical n’a cependant jamais été
véritablement endiguée. Les minorités
religieuses, chrétiens, hindous et bouddhistes, font face à une intolérance grandissante, et ces dernières années ont vu
une résurgence du militantisme, inspiré
cette fois par l’essor de l’État islamique.
En 2016, un groupe de militants affiliés
à l’EI avait attaqué un poste de police, un
café et un centre commercial à Jakarta,
faisant sept morts. Les attaques contre les
chrétiens se sont parallèlement multipliées. La même année, un jeune homme
a attaqué un prêtre pendant une messe à
Medan, sur l’île de Sumatra, le blessant
avec un couteau, puis a tenté de faire exploser une bombe avant d’être maîtrisé
par les fidèles. En février dernier, une
autre église a été attaquée en pleine messe à Sleman, sur l’île de Java, par un
homme armé d’une épée qui a blessé un
prêtre et quatre fidèles avant d’être arrêté par la police. ■
EN BREF
Pyongyang s’engage avant
le sommet avec Trump
La Corée du Nord démantèlera fin
mai son site d’essais nucléaires
avant son sommet avec les ÉtatsUnis du 12 juin, selon l’agence
officielle KCNA, en promettant de
détruire publiquement les tunnels
servant aux tests. « Merci, un geste
très intelligent et aimable ! »,
a réagi Donald Trump sur Twitter.
Irak : abstention massive
Selon la commission électorale,
seuls 44,52 % des Irakiens inscrits
ont voté samedi lors des premières
législatives après la victoire sur les
djihadistes. D’après une source au
ministère de l’Intérieur, la liste du
premier ministre Abadi, appuyée
par l’Occident, est talonnée par
celle des anciens combattants du
Hachd al-Chaabi, supplétif crucial
de l’armée dans la victoire l’EI.
Une évêque à Londres
Sarah Mullally est devenue samedi
la première femme évêque
de Londres, devenant la troisième
personne la plus importante
de l’Église anglicane d’Angleterre.
Cette ex-infirmière est devenue
la 133e évêque de Londres.
Attentat en Afghanistan
Au moins neuf personnes ont été
tuées dimanche lors d’une attaque
de plusieurs heures menée par
des hommes armés à Djalalabad,
dans l’est de l’Afghanistan.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 14 mai 2018
SANTÉ
11
lefigaro.fr/santé
DOSSIER
PSYCHO
POLYKYSTOSE RÉNALE :
UN DÉPISTAGE
PLUS QUE JAMAIS UTILE
L’ADOLESCENCE,
CE GISEMENT CRÉATIF
PAGE 14
Vers des
prothèses
biologiques
de valves
cardiaques
PAGE 12
Le dépistage organisé du cancer
du col de l’utérus
Les examens pour
détecter les lésions
précancéreuses
vont être proposés
à toutes les femmes
de 25 à 65 ans.
Sur cent frottis, cinq
vont se révéler anormaux.
Mais rappelons-le,
ce n’est pas un diagnostic.
Il sert juste à effectuer
un premier tri
”
PR OLIVIER GRAESSLIN, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
DU COLLÈGE NATIONAL DES GYNÉCOLOGUES
ET OBSTÉTRICIENS FRANÇAIS (CNGOF)
Chaque année, près de 3 000 cas de
cancers du col utérin sont diagnostiqués et 1 100 femmes en meurent. Or,
ce cancer passe toujours par des lésions
préinvasives qui, prises en charge à
temps, guérissent. D’où l’intérêt du dépistage par frottis. « Sur cent frottis,
cinq vont se révéler anormaux. Mais
rappelons-le, ce n’est pas un diagnostic.
Il sert juste à effectuer un premier tri »,
précise le Pr Olivier Graesslin, secrétaire général du collège national des gynécologues et obstétriciens français
(CNGOF). Le frottis permet de détecter
une dysplasie des cellules, c’est-à-dire
des lésions, à divers stades. Le médecin
peut alors proposer une simple surveillance car certaines de ces dysplasies
peuvent régresser spontanément, ou
alors il aura recours à une colposcopie,
un examen du col de l’utérus à la loupe.
« La colposcopie peut mettre en évidence
une lésion sur le col qui va alors être
biopsiée et donner lieu, en fonction des
résultats, à une surveillance ou un traitement », précise le Pr Olivier Graesslin.
Les lésions les plus bénignes pourront être éliminées par laser, les autres
le seront par « conisation ». Cet acte
chirurgical consiste à enlever chirurgicalement une partie du col de l’utérus. Un geste qui est loin d’être anodin
chez les femmes jeunes, car il peut
avoir des conséquences ultérieures
avec une augmentation du risque d’accouchements prématurés ou des fausses couches. « Or la majorité des conisations se déroule autour de 30 ans, âge
actuel de la première grossesse », rappelle le gynécologue. C’est pourquoi
l’objectif du dépistage organisé est
également d’éviter le surdiagnostic
chez les plus jeunes. « Chez elles, l’enjeu est d’espacer les frottis », insiste
Stéphanie Barré.
Paradoxalement, les plus jeunes femmes (moins de 35 ans) se font davantage dépister que les plus âgées (6065 ans). Ce qui peut s’expliquer par un
suivi gynécologique lié à une demande
de contraception. Avec le risque de se
voir proposer des frottis trop souvent,
voire trop tôt. Ainsi, en 2013, près de
17 % des femmes âgées de 20 à 24 ans
avaient eu un frottis dans l’année et
plus du tiers en avaient eu au moins un
dans les trois ans, selon les données de
Santé publique France. Or, avant
25 ans, les femmes ne devraient pas
avoir de frottis ! En effet, le cancer du
col de l’utérus est la conséquence à long
terme d’une infection par le papillomavirus (PVH). Dans la majorité des cas,
ces papillomavirus sont éliminés par
l’organisme. « Chez les plus jeunes, le
risque est donc de surtraiter des lésions
qui auraient spontanément guéri », insiste le Pr Olivier Graesslin.
Espacer des frottis parfois trop rapprochés chez les plus jeunes, assurer un
suivi suffisant chez les plus âgées… Pour
atteindre ses objectifs, le dépistage organisé du cancer du col de l’utérus mise
sur la formation des professionnels et
plus particulièrement des médecins
traitants et des sages-femmes, mais
aussi des biologistes. La ministre de la
Santé Agnès Buzyn a par ailleurs annoncé que le frottis sera pris en charge à
100 % par l’Assurance maladie. Une
mesure qui apparaît cependant incomplète aux spécialistes pour lutter efficacement contre le cancer du col tant que
la vaccination des jeunes filles contre le
papillomavirus demeure aussi faible
qu’elle l’est aujourd’hui. ■
COMMUNIQUÉ
Je passe enfin
des nuits tranquilles
Ancien contrôleur aérien, Stéphan profite
de sa retraite pour passer du temps avec ses enfants
et nombreux petits-enfants.
Je me levais souvent la nuit
Développé par un spécialiste américain
Depuis quelques temps je me levais 3 à 4 fois la nuit
pour soulager ma vessie, alors j’ai consulté un médecin qui m’a prescrit un médicament. Les résultats ont
été immédiats mais la durée de la cure était limitée, et
dès que j’ai arrêté mes problèmes ont recommencé.
Un jour je suis tombé sur une
publicité vantant les bienfaits
de ProstaSécurA. Sceptique de nature, j’ai regardé
la composition et j’ai constaté que les ingrédients étaient
naturels et que je pouvais en
prendre toute l’année.
Dans les années 90, le Dr. Ronald Wheeler, médecin et chirurgien urologue, réalise un fantastique
travail de recherche bibliographique afin d’identifier les plantes dont les effets sur le grossissement
de la prostate ont été démontrés. En 1997 il dépose
un brevet concernant l’élaboration d’une formule
naturelle à base d’extraits végétaux concentrés
et standardisés, de vitamines, de minéraux et
d’acides aminés. ProstaSécurA est né.
Le Dr. Wheeler soumet ensuite sa formule à des
études afin de confirmer son efficacité. Les excellents résultats obtenus*, notamment sur le soulagement des troubles urinaires (grâce à l’extrait de
Pygeum africanum), ne font que confirmer l’intelligence de ses recherches et de sa formule, qu’il
conseillera dès lors avec beaucoup de succès.
Les résultats sont au-delà
de mes espérances
Je prends ProstaSécurA depuis 3 ans maintenant
et les résultats sont au-delà de mes espérances. Je ne
me lève plus qu’une fois dans la nuit, ce qui m’apporte
un confort inespéré. J’emmène mes petits-enfants au
cinéma sans avoir peur de devoir aller aux toilettes
et n’ai plus besoin de m’arrêter toutes les heures
quand je vais leur rendre visite dans le Sud de la
France. Je suis ravi et recommande ProstaSécurA
à tout mon entourage, en particulier mon fils qui vient
d’avoir 50 ans.
Stéphan
“Pour votre santé, mangez au moins
cinq fruits et légumes par jour” www.mangerbouger.fr
*Etudes Dr Wheeler, 2005-2007
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Sa formule unique et brevetée
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il est conseillé
de consulter un médecin.
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A
“
Paradoxalement, les plus jeunes femmes (moins de 35 ans) se font davantage dépister que les plus âgées (60-65 ans).
Model image
CANCÉROLOGIE Après le cancer
du sein et le cancer colorectal, le cancer
du col de l’utérus est en passe de devenir le troisième cancer à faire l’objet
d’un dépistage organisé au niveau national. Les modalités de ce dépistage
ont en effet été publiées au Journal officiel début mai. Le texte prévoit ainsi
qu’un frottis soit réalisé tous les trois
ans chez toutes les femmes entre 25 et
65 ans après deux frottis normaux réalisés à un an d’intervalle.
Mais contrairement aux deux autres
dépistages organisés, seules les femmes
qui n’ont pas eu ce frottis depuis plus de
trois ans recevront un courrier. « Pour
ce dépistage nous sommes plutôt en
mode rattrapage », explique au Figaro
Stéphanie Barré, chef de projet, département dépistage du col de l’utérus à
l’Institut national du cancer (Inca).
En France, 17 millions de femmes
sont concernées. Le taux de couverture
spontané du dépistage du cancer du col
de l’utérus est de 60 %, comme le rappelait Santé publique France en janvier
2017. Il s’agit donc de cibler les 40 % de
femmes n’ayant pas fait de frottis au
cours des trois dernières années. En
particulier les femmes les plus âgées. Le
texte précise qu’au démarrage du programme il est recommandé d’inviter en
priorité toutes les femmes des tranches
d’âge les plus élevées entre 62 et 65 ans.
« L’objectif est de parvenir à un taux de
participation de 80 % pour diminuer l’incidence et la mortalité par cancer du col
de 30 % en dix ans », résume Stéphanie
Barré.
B. BOISSONNET/BSIP, ZEPHYR/SPL/PHANIE
ANNE PRIGENT
CŒUR Produire en laboratoire des tissus vivants ou des organes à partir de cellules humaines pour remplacer un tissu ou un
organe défaillant est l’un des principaux buts
de la médecine régénérative. Une étape importante vient d’être franchie par une équipe
réunissant des chercheurs de l’université de
Zurich, de l’université technologique d’Eindhoven et de l’hôpital universitaire de la Charité de Berlin : ils ont réussi à implanter des
valves cardiaques régénérées chez des
moutons, en s’aidant de simulations informatiques. Sur les onze greffes pratiqués sur ces
animaux, neuf sont restées parfaitement
fonctionnelles au bout d’un an (travaux publiés dans Science Translational Medicine).
L’équipe, dirigée par le Pr Simon P. Hoerstrup, a commencé par faire croître les tissus
formant la valve pulmonaire en laboratoire,
sur un substrat solide en forme de valve.
Une fois la valve formée (4 semaines), elle a
été implantée sur le cœur de moutons adultes. La grande nouveauté de ce type de valve est qu’elle peut s’autoréparer, fonctionner en s’adaptant à la croissance éventuelle
de l’organe, s’il s’agit d’un cœur d’enfant.
Une réussite qui doit beaucoup à l’aide de
programmes informatiques permettant un
design optimal de la valve puisqu’il prend en
compte des simulations de la façon dont les
cellules vont croître et dont la valve va pouvoir grandir. L’objectif principal des chercheurs est de pouvoir soigner de petits enfants atteints de malformations cardiaques
congénitales. Les prothèses de valves existantes ne savent pas grandir avec l’enfant,
ce qui oblige à de nombreuses opérations.
JEAN-LUC NOTHIAS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
12
DOSSIER SANTÉ
Polykystose rénale : un dépistage
plus que jamais utile
Cette maladie génétique peut désormais
bénéfier d’un traitement spécifique
qui ralentit l’évolution de la maladie.
Principe de la polykystose rénale
Entre
40 000
et 80 000
Français sont touchés
chaque année par la PKRAD
LES TROIS FONCTIONS
DES REINS
Les kystes apparaissent
progressivement
et perturbent le fonctionnement
rénal, jusqu’à provoquer
une insuffisance
• Épuration du sang.
Les déchets produits par
l’organisme sont éliminés
cibler ceux dont la maladie progressera et
dans l’urine
qu’il faudra traiter », explique le
Pr Le Meur. C’est d’autant plus utile avec
NÉPHROLOGIE C’est la plus fréquente
l’arrivée depuis deux ans du premier
des maladies génétiques rénales. La pomédicament spécifique de la polykysto• Régulation
lykystose rénale autosomique dominanse rénale, le tolvaptan. Ce traitement au
de l’équilibre en
Bassinet
te, ou PKRAD, touche en France une
long cours ralentit l’augmentation du
eau et en sels
Ils
se
développent
à
partir
personne sur 1 000 à 2 000, selon les étuvolume rénal et permet de retarder de
minéraux dans le
de petits conduits urinaires :
des. Soit entre 40 000 et 80 000 personplusieurs années l’entrée en dialyse.
corps, en filtrant
les tubes collecteurs distaux
nes. Elle se traduit par l’apparition de
Avec l’inconvénient d’accroître le volu180 litres d’eau
kystes rénaux qui vont, dans les formes
me des urines et la nécessité d’une surpar jour
sévères, envahir progressivement le rein
veillance hépatique. Plusieurs autres
et perturber peu à peu son fonctionnemédicaments spécifiques de la PKRAD
KYSTE
ment jusqu’à l’insuffisance rénale termisont en cours d’essais.
Vers
Cavité remplie de liquide
nale (le rein ne fonctionne plus), dont
« Les complications éventuelles de la
la vessie
et circonscrite par une membrane
•Production
elle est la première cause et qui rend inmaladie doivent aussi être prises en charde protéines
dispensable la dialyse rénale ou la greffe.
ge, et d’abord la plus fréquente, l’hyperqui agissent sur la
La PKRAD justifie 10 % des dialyses.
tension, qu’il faut plutôt traiter avec des
GÉNÉTIQUE
pression artérielle
C’est une maladie génétique autosomédicaments comme les IEC ou les sartans
La polykystose rénale autosomique
ou la formation des
mique dominante : chaque enfant d’un
chez ces patients », indique le Pr Stéphane
dominante est la plus fréquente :
globules rouges
parent porteur du gène muté a un risque
Burtey, néphrologue (CHRU Marseille).
sur les deux gènes transmis, un seul est anormal.
sur deux d’en hériter. « Deux gènes,
Ces kystes s’autonomisent à partir des
Le risque de transmission est alors de 50%
PKD1 et PKD2, sont responsables de 90 %
tubules rénaux, puis grossissent pour
à 93 % des cas, dont environ 75 % dus à
eux-mêmes. Emplis de liquide, ils peuIllustration : Sophie Jacopin
Infographie
une mutation de PKD1 et 15 % de PKD2 »,
vent se rompre, saigner, et sont parfois
explique la Dr Émilie Cornec-Le Gall,
le siège d’infections difficiles à identifier
et à traiter. « La douleur est aussi un pronéphrologue et chercheur (CHRU et Inblème majeur pour
plus de la moitié des
Les complications
La douleur est un problème majeur pour patients. Le volume
éventuelles
plus de la moitié des patients. Le volume rénal peut devenir
et il faut
de la maladie doivent
rénal peut devenir considérable et il faut considérable
COMMENT la mutation aboutit-elle aux
parfois ouvrir le kysnant le liquide sécrété », explique le Pr Le
parfois ouvrir le kyste par coelioscopie
aussi être prises
manifestations cliniques de la maladie ?
te par cœlioscopie
Meur. Les deux nouveaux gènes identiDans la polykystose rénale, certaines
fiés dans la polykystose rénale autosopour le vider. Cette douleur n’est pas encore pour le vider. Cette
en charge, et d’abord
réponses sont connues. Le gène PKD1
douleur n’est pas enmique dominante codent pour des proassez prise en compte par les médecins
la plus fréquente,
code pour une protéine, la polycysticore assez prise en
téines impliquées dans la maturation
R
P STEPHANE BURTEY, NÉPHROLOGUE AU CHRU DE MARSEILLE
ne 1, et PKD2 pour une autre, la polycompte par les ménormale des polycystines, perturbée
l’hypertension,
cystine 2. La première est fixée sur le cil
decins », estime le
par ces mutations, ce qui aboutit finaleprimaire, sorte de récepteur qui permet
néphrologue. Autre
ment au même processus pathologique.
qu’il faut plutôt traiter
notamment aux cellules formant les tucomplication, l’apparition de kystes héserm 1078, Brest). « Chez les porteurs de
avec des médicaments
Large éventail de sévérité
bules rénaux qui produisent l’urine de
patiques chez presque tous les malades et
la mutation PKD1, la maladie est plus prés’orienter correctement ; la seconde lui
un risque accru d’anévrismes cérébraux,
coce, plus grave, et l’insuffisance rénale
Reste le caractère très variable de la sécomme les IEC
est accolée et participe au trafic des ions
donc d’accident vasculaire cérébral.
terminale survient en moyenne à 58 ans,
vérité de la maladie. L’explication
ou les sartans chez
à travers les membranes de ces cellules.
Voici dix ans, personne ne s’intérescontre 79 ans pour les porteurs de PKD2. »
avancée repose sur l’existence de deux
PKRAD fait donc partie de ce qu’on
sait à cette maladie, dont le dépistage,
Longtemps, la maladie était surtout
copies ou allèles de chacun de nos gèces patients
appelle les « ciliopathies », un groupe de
faute de traitement, n’apportait pas de
découverte par hasard lors d’une échones, l’une venant du père, l’autre de la
PR STEPHANE BURTEY
maladies complexes génétiquement et
bénéfice thérapeutique aux malades. Ce
graphie, par ses complications ou plus
mère. C’est ce qu’on appelle la théorie
NÉPHROLOGUE
d’expression très variable. « Quand
n’est plus vrai désormais. Quand le stade
rarement parce qu’il y avait d’autres cas
du dosage des gènes : quand les deux
PKD1 ou PKD2 sont mutées, ces protéines
d’insuffisance rénale terminale est atdans la famille. « Aujourd’hui, nous escopies du gène sont intactes, la quantité
sont anormales et le cil primaire fonctionteint, la mise sous dialyse ou la greffe résayons, surtout avec l’arrivée de noude protéine formée est normale et tout
ne mal. Le flux de calcium à travers la
nale sont nécessaires. Les patients atveaux médicaments, de promouvoir le défonctionne bien. Quand une des deux
membrane est perturbé, d’où une baisse
teints de polykystose rénale répondent
pistage chez l’adulte jeune dans les
copies présente, par exemple, une mudu calcium dans ces cellules qui y active
bien aux deux traitements. Avec cette
familles atteintes, qui permettra d’être
tation PKD1 ou PKD2, la quantité de
d’autres voies. Conséquences : la cellule,
difficulté supplémentaire pour la greffe :
bien suivi et traité tôt si nécessaire. Les
protéine normale formée repose seulequi a perdu son orientation normale, proil faut parfois d’abord ôter les reins polynéphrologues sont convaincus de son intément sur la copie intacte. Elle est donc
Si la polykystose rénale
lifère en formant des poches le long des
kystiques pour faire la place nécessaire
rêt et plus de 30 % des polykystoses sont
moindre, mais peut cependant plus ou
autosomique dominante
tubules et commence à sécréter du liquiau greffon. ■
désormais découvertes ainsi », explique le
moins suffire malgré l’anomalie bien
de. Ces poches grossissent puis se sépaPr Le Meur, néphrologue (CHRU Brest).
réelle, et la maladie ne s’exprime pas
est de loin la plus fréquente,
rent du tubule pour former des kystes qui
forcément. Et c’est seulement s’il se
Une simple échographie rénale suffit
Publié dans American Journal of Human
il existe d’autres formes de
continuent ensuite à grossir, emprisonproduit en plus une autre mutation,
au diagnostic en montrant la présence de
Genetics, 3 mai 2018.
polykystoses rénales, comme
après la conception, sur cette seconde
kystes dans les deux reins, même si la
l’autosomique récessive,
copie du gène, que la quantité de protéimaladie ne se manifeste pas encore.
beaucoup plus rare et plus
ne normale deviendra inférieure aux
L’âge médian au diagnostic, 35 ans, peut
sévère que la première. Cette
besoins de l’organisme et que la maladie
être plus précoce ou très tardif, car la sémaladie génétique rare touche
apparaîtra.
vérité de la maladie est extrêmement
de 1/20 000 à 1/40 000 enfants.
Ainsi s’explique l’éventail de sévérité
variable : certains porteurs de PKD2
de la maladie. « Il est également probapeuvent avoir des kystes rénaux sans
Maintenant le plus souvent
e
ble qu’un 3 événement, par exemple des
souffrir d’insuffisance rénale manifeste.
diagnostiquée au cours
Toute la difficulté est donc de prévoir
infections rénales aiguës, par leurs stide la grossesse grâce aux
l’évolution de ces kystes rénaux présents
muli inflammatoires et la régénération
échographies prénatales, elle
sous forme microscopique dès la
rénale qu’elles activent, favorisent aussi
se caractérise par la présence
conception. Cette progression est très
la prolifération des kystes », indique le
de gros reins kystiques,
dépendante de la génétique. « On peut
Pr Burtey.
d’une fibrose hépatique
mieux la prévoir grâce à deux scores : l’un
La recherche a encore bien du pain sur
basé sur le volume du rein, dont l’augmenet d’anomalies des canaux
la planche puisque, récemment, deux
tation est corrélée à l’atteinte de la foncautres gènes bien plus rares ont été idenhépatobiliaires, avec souvent
tion rénale ; l’autre, mis au point dans notifiés, Ganab, par une équipe américaiune hypertension. Le
tre équipe grâce à Genkyst, qui combine
ne, et dernièrement DNAJB11, par
développement neurologique
des données génétiques et cliniques. Les
l’équipe du Dr Cornell-Legall chez 7 faest normal. L’atteinte de la
deux sont utiles, mais ce dernier permet de
milles issues de grandes cohortes de mafonction rénale est variable.
prédire l’âge d’arrivée au stade d’insuffilades, dont la cohorte française Genkyst,
Toutes les grossesses
sance rénale terminale chez un malade
créée en 2010 par le Pr Yannick Le Meur,
n’arrivent pas à terme. La moitié
Gros plan d’un kyste d’un rein atteint de polykystose rénale. S. GSCHMEISSNER/SPL/PHANIE
plus jeune que le premier, donc de mieux
néphrologue (CHRU Brest). ■
M. L.
MARTINE LOCHOUARN
e
tèr
Ure
Les principales mutations
génétiques sont identifiées
«
»
»
D’AUTRES
POLYKYSTOSES
A
« J’ai été greffée il y a 13 ans. Et depuis, tout va bien »
À 66 ANS, Catherine entretient aujourd’hui des relations plus paisibles avec sa
polykystose rénale. Très tôt, la maladie
est entrée dans sa vie car son père avant
elle en était atteint. « J’ai su à 25 ans que je
l’avais moi aussi. Lors d’une crise de coliques néphrétiques, mon médecin, qui soignait aussi mon père, avait en effet soupçonné ce diagnostic qu’une urographie a
confirmé. » Mais, à 25 ans, Catherine n’a
pas envie d’être malade et de se faire suivre. « Vers 40 ans, je me suis retrouvée un
jour vraiment pas bien, avec de la fièvre…
Mon médecin de famille m’a expliqué que
c’était sérieux et m’a adressée au Pr Grünfeld à l’hôpital Necker (Paris), qui a diagnostiqué une infection d’un kyste rénal. »
À 45 ans, nouvelle alerte, avec une tension artérielle à 19. Un suivi régulier, tous
les six mois, s’impose désormais. « Je savais que, tôt ou tard, ce serait la dialyse.
Mais j’avais vu mon père, commerçant,
devoir arrêter son travail à 57 ans, épuisé
par huit heures de dialyse trois fois par semaine, et je ne voulais pas de cela. J’ai décidé de profiter de la vie, de voyager, de
voir mes amis… »
À partir de 2003, cependant, la dialyse
devient nécessaire. Entre-temps, un
kyste hépatique est apparu, il grossit et
devient douloureux. « Comme il n’était
pas souhaitable de commencer la dialyse
ainsi, on m’envoie à l’hôpital Beaujon où ce
kyste, qui pesait 3,8 kg, est asséché. » Catherine opte pour l’hémodialyse à domicile, qui lui permet de poursuivre son
métier de commerciale, en se dialysant
chaque soir pendant deux heures. « En
même temps, j’étais inscrite en liste d’attente de greffe de rein au CHU de Tours. »
Le téléphone sonne un matin d’août 2005
pour annoncer qu’un rein est disponible.
« J’ai été greffée voici bientôt treize ans. Et
depuis, tout va bien ! »
La maladie court toujours dans la famille.
« J’ai eu mes enfants très jeune, avant de
savoir que j’étais malade. Mon fils aîné l’a
lui-même transmise à sa fille aînée avant de
savoir qu’il était atteint… » Catherine
consacre aujourd’hui une partie de son
temps libre à l’Airg (www.airg-france.fr),
une association dédiée aux maladies rénales génétiques. « Le dialogue médecinspatients pourrait être amélioré, même s’il
est plus aisé avec les jeunes médecins
qu’avec certains de leurs aînés… » ■ M. L.
de ces enfants atteignent
le stade d’insuffisance rénale
terminale avant l’âge de 20 ans.
Parfois, la dialyse doit
commencer dès la naissance.
À l’inverse, la fonction rénale
peut s’améliorer. Il existe bien
d’autres maladies kystiques
génétiques rénales rares,
parmi lesquelles la maladie
de von Hippel-Lindau, première
cause de cancer du rein, ou
encore la sclérose tubéreuse
de Bourneville, associant des
kystes pulmonaires et rénaux.
M. L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 14 mai 2018
QUESTIONS-RÉPONSES SANTÉ
États généraux de
la bioéthique : quel
monde voulonsnous pour demain ?
A
DOCTEUR
HERVÉ
CHNEIWEISS
Président du comité éthique
de l’Inserm et membre du comité
de pilotage des États généraux
de la bioéthique
vec plus de 200 000 participants via le site Internet
ou la participation à quelque 200 débats depuis le
18 janvier, les États généraux de la bioéthique sont un franc
succès. À titre d’exemple, l’édition
précédente, en 2009, avait fait appel à
trois panels citoyens de seize personnes lors de trois débats différents, et
les débats organisés en parallèle
n’avaient réuni que quelques centaines de personnes.
La tenue des États généraux, organisés par le Comité consultatif national
d’éthique, comme le prévoit la loi depuis 2011, est une phase préalable à la
révision de la loi de bioéthique qui
aura lieu dans le second semestre de
2018. La dernière révision date de
2011.
Or, en sept ans, la science a connu des avancées
considérables : développe-
13
ques et technologiques) dès le mois de
juin. Il sera rendu accessible à tous par
le site Internet d’ici au mois de juillet
et une réunion de restitution ouverte
qui aura lieu le 10 juillet. Le second
prendra la forme d’un rapport de synthèse final, accompagné des recommandations du comité citoyen et d’un
avis du CCNE. Son but est d’apporter
un éclairage aux acteurs qui porteront
la révision de la loi bioéthique, à la lumière de l’ensemble
des contributions réuIl serait heureux que le débat
nies. C’est un docubioéthique se développe de manière ment à visée consultative, dont le dessein
régulière et sereine sans attendre
est d’épauler la goul’examen d’une prochaine loi
vernance dans sa réflexion sans pour autant s’y substituer.
Enfin, et c’est inédit dans les États
La prise en compte ou non de cet
généraux de la bioéthique, un « comité
avis par les porteurs de la révision de
citoyen des États généraux » a été
la loi bioéthique est un autre débat,
constitué. Formé d’un échantillon
mais le processus des États généraux
d’individus représentatif de la populade la bioéthique a en tout cas été l’oction française, ce comité a été chargé
casion d’un véritable dialogue entre
de formuler un avis critique sur
scientifiques et société civile. On ne
l’avancée des consultations et les mépeut dès lors que se féliciter de la forte
thodes employées pendant toute la
implication citoyenne au cours de ces
durée des États généraux. Ce comité
quatre mois de consultation et appeler
citoyen remettra son avis ainsi que des
de nos vœux que ceci ne soit qu’un dérecommandations au CCNE.
but. Il serait heureux que le débat
À l’issue des États généraux de la
bioéthique se développe de manière
bioéthique, le CCNE produira deux
régulière et sereine sans attendre
documents.
l’examen d’une prochaine loi. ComLe premier est une synthèse du
VEZ
RETROUOS AVIS processus résumant les débats prendre les enjeux des avancées scientifiques et leur donner un sens dans
ayant eu lieu et sera remis à
N
S
U
TO
notre quotidien est un bel exercice de
l’OPECST (Office parlementaire
RTS
responsabilité démocratique. ■
d’évaluation des choix scientifiD’ EXPE
ment de la bio-informatique, nouvelles technologies d’ingénierie du génome, séquençage de l’ADN à haut débit
ou encore avènement de l’intelligence
artificielle. Comment donner du sens à
ces avancées d’un point de vue humain ? Il ne s’agit « ni de freiner ni de
stopper » les progrès de la science,
mais de donner du sens social au progrès scientifique.
Large consultation citoyenne, les
États généraux ont pris diverses formes afin de mobiliser au maximum
entre le 18 janvier et le 30 avril. Des
rencontres de différents formats ont
eu lieu dans toute la France, principalement à l’initiative des espaces éthiques régionaux : colloques universitaires, réunions publiques, groupes de
discussion, dispositifs de participation
citoyenne et actions de sensibilisation.
L’ensemble de ces rencontres était répertorié sur le site officiel des États généraux. Ce site Web, accessible à tous,
a permis de mettre en ligne l’intégralité des informations pratiques liées à la
journée, notamment son calendrier. Il
a aussi hébergé environ 40 000 contributions d’internautes, qui ont rédigé
des propositions, apporté des avis,
émis des votes sur les contributions
déposées.
Au-delà de la participation citoyenne, le CCNE a effectué depuis le
18 janvier près de quatre cents auditions d’associations, de sociétés savantes et d’institutions concernées par
les questions de bioéthique. Le comité
a également requis l’expertise des comités éthiques des principaux instituts
de recherche, académies et institutions, notamment le comité éthique de
l’Inserm.
«
»
SUR
RO.FR
LEFIGA
figaro.fr
sante.le
Q
uatre-vingts pour cent des
fumeurs commencent mineurs. Si rien n’est fait,
1 milliard de personnes
mourront à cause du tabac
au XXIe siècle. Depuis des
années, dans le monde, les gouvernements s’appliquent à tenter de pousser
les fumeurs à arrêter et à rendre le tabac moins attractif pour les jeunes,
multipliant les mesures fiscales et
contraignantes. L’industrie du tabac a
réussi son pari : nous faire oublier que
l’addiction au tabac est une maladie.
Il y a quelques semaines, le congrès
mondial de lutte contre le tabac (WCTOH) a eu lieu en Afrique du Sud. Au
cœur de la conférence, l’objectif d’une
génération sans tabac.
Cessons de stigmatiser les fumeurs.
Les ennemis, ce ne sont pas eux mais
les entreprises qui, depuis des dizaines
d’années, utilisent des stratagèmes
pour empoisonner des milliards de
personnes dans le simple but de gagner de l’argent. Les ennemis, ce sont
ces industries qui manipulent jusqu’à
notre vision de la maladie. Qui dépensent des millions à tour de bras pour
faire croire que fumer, c’est bien.
Protégeons ceux qui ne sont pas encore tombés dans le piège. Nos enfants. Offrons-leur la chance que nos
générations n’ont pas eue. La chance
d’être une génération sans tabac.
Pour y parvenir, il faut avoir l’audace d’appliquer le projet Tobacco
Free Generation, lancé à Singapour
par le Dr Koong, chirurgien thoraci-
que, il y a dix ans et présenté au WCTOH. Une partie des fonds consacrés à
la lutte contre le tabac doit être investie dans l’éducation des enfants et, en
parallèle, se crée une prohibition générationnelle : chaque État participant
décide d’une année de référence
(l’année 2000 a été choisie par les premiers à avoir commencé le projet) puis
interdit l’achat de tabac à vie pour les
personnes nées après cette date.
Pendant toute l’enfance et l’adolescence, grâce à de nombreuses heures
de discussion, en classe, de théories
adaptées à l’âge des participants mais
aussi d’activités ludiques, les jeunes
réussissent ce qui effraie le plus l’industrie du tabac : ils perçoivent le tabac comme une maladie et non plus
comme une mode. La pression sociale
disparaît. Le tabac devient progressivement un comportement du XXe siècle. Avec le temps, l’espace entre les
générations qui fument et la génération sans tabac grandit et aide à renforcer l’effet de cascade. Enfin, la loi
devient progressivement de plus en
plus acceptée et efficace. Fumer devient « un truc de vieux ».
« Effet d’imitation »
Cette mesure touche même de manière indirecte les fumeurs non concernés par la prohibition générationnelle.
« L’effet d’imitation » en est un bon
exemple. Un message fort d’une société évoluant vers un état sans tabac
est un signal fort pour ceux n’ayant
pas encore changé leurs habitudes.
Lutte contre
le tabac : faut-il
une prohibition
générationnelle ?
DOCTEUR
DOCTEUR
FLAVIA
SENKUBUGE
HÉLÈNE
ROSSINOT
Présidente du World
Conference
on Tobacco
or Health 2018
Membre de la
représentation
française d’EuroNet
MRPH et viceprésidente de la
Youth Conference
Cette perception de pression sociale
est un des facteurs contribuant au succès des mesures comme l’interdiction
de fumer au travail ou au restaurant.
De même, l’influence des enfants
sur le comportement de leurs parents
est importante. Cible de marque des
experts du marketing pour leur capacité à pousser leur famille à l’achat de
produits les attirant, les enfants sont
également capables d’infléchir le
comportement de leurs parents dans
le sens d’une diminution ou d’un arrêt
du tabac.
Certains parleront de discrimination. Mais qui discrimine-t-on ? Ceux
à qui on offre l’opportunité de vivre
sans tabac ? Ou ceux qui n’ont jamais
eu cette chance ?
D’autres invoqueront l’atteinte aux
libertés fondamentales. L’immixtion
dans la vie privée et la limitation de
l’autonomie personnelle sont d’autant
plus importantes que les préjudices
sont graves, comme le souligne la
Cour européenne des droits de l’homme, « plus grave est le dommage encouru et plus grand est le poids qui pèsera
dans la balance entre les considérations
de santé et de sécurité publiques et le
principe concurrent de l’autonomie personnelle ». Or « la consommation de tabac est l’une des plus graves menaces
ayant jamais pesé sur la santé publique
mondiale. Elle tue plus de 7 millions de
personnes chaque année. Plus de 6 millions d’entre elles sont des consommateurs ou d’anciens consommateurs et
environ 890 000 des non-fumeurs involontairement exposés à la fumée », affirme l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
La Déclaration universelle des droits
de l’homme affirme le droit à la santé.
De celui-ci découlent le droit de ne
pas être forcé au tabagisme passif et le
droit d’être libre de toute addiction.
Les enfants ont le droit de ne pas être
la cible d’un marketing criminel qui a
pour conséquence de les rendre malades et de causer une mort prématurée.
Sept des neuf grands traités concernant les droits de l’homme vont dans
le sens d’une politique restrictive. La
Déclaration du Cap sur les droits de
l’homme et un monde sans tabac a été
adoptée le 9 mars dernier. Ne laissons
pas une industrie altérer nos droits.
Parfois, il faut savoir prendre des décisions importantes pour protéger les
générations futures.
En aura-t-on le courage ? ■
A
CULTURA/IMAGE SOURCE / BSIP, AFRICA STUDIO/SHUTTERSTOCK
+@
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
14
SANTÉ PSYCHOLOGIE
L’adolescence,
ce gisement créatif
Des voix s’élèvent pour célébrer cette période qui impacte
de façon singulière chaque personne.
PASCALE SENK
PÉDIATRIE Ramollis, agressifs, incompréhensibles ? Telle est l’image plutôt
négative dont les « teens » se voient le
plus souvent affublés. Les parents
concernés en témoignent largement
auprès des pédopsychiatres qu’ils
consultent avec un espoir majeur : cerner cet être étrange et souvent pénible
venu « remplacer » insidieusement,
parfois en quelques mois, leur enfant
chéri, jusque-là plutôt docile, et réveiller leur propre vécu de la « crise
adolescente ».
Les professionnels de la psyché ont
donc développé un discours explicatif
s’attardant sur cet aspect « douloureux » et énigmatique de la période
adolescente. Oui, rappellent-ils dès que
possible, les adolescents sont à la fois « à
vif », à cause de la puberté qui les transforme, et « passifs » car cette traversée
hormonale les épuise.
Mais depuis quelques mois, des voix
différentes s’élèvent pour rappeler les
aspects plus enthousiasmants de cette
période adolescente qui impacte de
façon singulière chaque personne:
Marcel Rufo et son formidable Dictionnaire amoureux de l’enfance et de l’adolescence (Éditions Plon) – d’emblée labellisé « Le Dico-Rufo » par l’un de ses
patients (voir nos éditions du 26 novembre 2017) –, la psychiatre Marie Rose
Moro (lire ci-dessous) ou, tout dernièrement, le psychologue Samuel Dock.
Dans Punchlines. Des ados chez le psy
(Éditions First), il choisit de lever un
voile sur les assertions parfois acides,
toujours galvanisantes, que lui livrent,
tout au long de sa consultation, ses jeunes patients dits « difficiles ». « J’ai
préféré montrer les moments où ils se
montraient drôles, pertinents, parfois cyniques, souvent moqueurs, stupéfiants
dans leur habileté à manier le second degré et l’autodérision », explique-t-il. Et
l’on n’oubliera pas en effet Adrien,
13 ans, qui, lorsque le psychologue l’invite à parler de lui, se lance dans une litanie à la troisième personne : « Adrien
n’est pas un bon élève, mais il est calme et
discret… II doit faire des efforts plus soutenus, surtout en mathématiques et en
histoire-géo. » Ou Cécile, 13 ans, qui se
plaint d’être « désespérément sérieuse ».
Ces saynètes prises sur le vif permettent à chaque fois au clinicien de donner
son éclairage théorique. « Si ces ados
sont effectivement pris dans une zone
“frontière” entre l’enfance qui est morte
et la nécessité de se construire une identité adulte, ce remaniement de leur identité
en fait des témoins naturels extrêmement
sensibles à leur environnement, sur lequel
ils doivent prendre prise. Là où leurs parents les croient “avachis” devant leurs
écrans, eux expérimentent des manières
numériques (productions d’images,
d’histoires, de sons…) de donner forme à
leur univers intérieur si conflictuel. » Pas
de doute, si l’adulte s’endort, l’adolescent doit faire usage d’une créativité
flamboyante. « Celle-ci leur est imposée
par la nécessité de sublimer les pulsions
«
Là où leurs parents
les croient « avachis »
devant leurs écrans,
eux expérimentent
des manières numériques
(productions d’images,
d’histoires, de sons…)
de donner forme
à leur univers intérieur
si conflictuel
»
SAMUEL DOCK, PSYCHOLOGUE
sexuelles ou les angoisses qui les assaillent », observe, dans une vision très
freudienne, Samuel Dock.
Et une fois de plus, les neurosciences
viennent aujourd’hui confirmer les intuitions psychanalytiques. Dans Le
Cerveau de votre ado (Éditions Les
Arènes), le Dr Daniel Siegel, de l’université de Los Angeles, décrit le « remodelage cérébral » auquel sont soumis les
adolescents, avec ses impacts les plus
positifs sur leurs comportements : besoin d’expérimenter, d’innover, d’engagement social, de liens, de créativité
exploratrice faite de pensée conceptuelle, de raisonnement abstrait et
d’élargissement de la conscience… Des
exigences qui, bien sûr, ne peuvent laisser indifférents ou objectifs les adultes :
« Je crois que les atouts que possèdent
les adolescents, qui sont à la fois un
cadeau et un défi, sont nécessaires
aux adultes qui veulent continuer
à être portés par leur élan vital », affirme Daniel Siegel.
Mieux, « les caractéristiques
fondamentales de l’adolescence sont nécessaires non
seulement pour vivre à fond
cette période mais aussi pour permettre à notre cerveau de continuer
à se développer jusqu’au restant de
nos jours ».
Penser et revenir avec empathie
à l’adolescent que l’on a été est
d’ailleurs devenu un exercice classique en psychothérapie, aujourd’hui
repris dans Lettres à l’ado que j’ai été
(Éditions Flammarion), un livre collectif inspirant – qui n’a pas envie de
revisiter son adolescence intérieure ? Et si certains épistoliers rabrouent le « morveux » ou la
« boudeuse » qu’ils ont été pour
sa colère, son influençabilité ou
son manque d’audace, tous perçoivent et décrivent un réel gisement
toujours vivant au fond de ces cœurs
brouillons : l’envie de devenir soi,
d’aimer et de construire un
monde meilleur. ■
« Leur vitalité m’émerveille encore »
MARIE ROSE
MORO
Psychiatre
La Pr Marie Rose Moro, psychiatre, est directrice de la Maison de
Solenn-Maison des adolescentsCochin. Elle a notamment publié,
avec Odile Amblard, Et si nous
aimions nos ados ? (Éditions
Bayard).
LE FIGARO. - Pensez-vous
que le regard collectif
sur l’adolescence soit en train
de changer ?
Marie Rose MORO. - Pas vraiment. Aujourd’hui, comme à son
invention au début du XXe siècle,
la notion d’« adolescence », cette
période en soi qui se situe après
l’enfance et avant l’âge adulte,
continue à être considérée avec
une certaine inquiétude et méfiance. Les « ados » sont le plus
souvent envisagés comme des sujets transgressifs, des révolutionnaires. Pourtant, de réels changements concernant cet âge de la vie
sont en cours. D’abord, la période
adolescente s’allonge fortement
aujourd’hui. Les observateurs la
font débuter vers 11 ans et se
poursuivre
souvent
jusqu’à
25 ans ! C’est le reflet de l’organisation de la société, qui incite à
des études plus longues et à un âge
adulte qui n’est effectif qu’avec
l’autonomie financière. L’autre
grande évolution vient des neu-
rosciences, qui ont prouvé que la
maturation cérébrale avait cours
jusqu’à l’âge de 25 ans. Reste que
l’ambivalence demeure : à la fois,
les adultes ne croient guère dans
les adolescents tout en idéalisant
cette période une fois révolue.
“
Si leur estime
d’eux-mêmes
est très basse,
c’est souvent parce
que les adolescents
sont l’objet de notre
manque de confiance
et de nos projections
négatives
”
PR MARIE ROSE MORO
En même temps, vous soulignez
dans le livre que vous avez rédigé,
que ces jeunes ne vont pas bien.
Pourquoi ?
En effet, trop de pathologies de
l’adolescence pourraient être évitées ou prises en charge plus précocement, et il n’y a pas de raison
que cette jeunesse ne soit pas heureuse. Cette période de fragilité
devrait être l’objet d’une considération politique. Car les taux de
pathologies, comme l’anorexie ou
les tentatives de suicides, restent
élevés et même apparaissent plus
tôt, avec une vulnérabilité toujours plus grande des garçons.
Face à tant de risques, quels sont
les atouts de ces 11-25 ans ?
Comme je l’ai dit, la grande plasticité de leur cerveau. Cela veut
dire que tout peut se rejouer, tout
peut changer pour eux, même s’il
y a eu des errances ou des tendances destructrices, ou autodestructrices. Ensuite, ils ont en eux
une grande capacité à se construire des idéaux, des valeurs, des
objectifs qui peuvent leur servir
de guidance dans la vie. Et s’ils
ont une passion, c’est encore
mieux. J’ai vu des jeunes qui
avaient à la fois des pulsions suicidaires et en même temps un
grand idéal pour l’écologie. Aux
parents qui ne comprennent pas
ces deux facettes, j’explique :
« Oui, il est en souffrance, ne va
pas bien, mais comme c’est un ado,
il reste un passionné, avec de
grands potentiels. » Car moi, cette
vitalité des adolescents m’émerveille encore.
C’est notamment à la Maison
de Solenn que vous l’observez ?
Oui, combien de fois, même dans
les services, ai-je entendu dire :
« Il n’y a plus rien à faire, celui-ci
(ou celle-là) va trop mal », des
moments où parents et soignants
perdent espoir et, soudain, le ou la
jeune se trouve durant la thérapie
une passion, que ce soit le chant
ou la création de bijoux mais quelque chose qui fait sens pour lui ou
elle et devient « son » choix.
Parce que cela les ramène
à leur propre vécu adolescent ?
Oui, la puissance de ces jeunes
est de nous « brancher » sur notre adolescence et, si leur estime
d’eux-mêmes est très basse,
c’est souvent parce qu’ils sont
l’objet de notre manque de
confiance et de nos projections
négatives. Or nous pouvons agir
sur celles-ci et développer une
vision « suffisamment bonne »
d’eux-mêmes.
Vous nous invitez ainsi
à les « aimer ». Comment ?
Les aimer revient à pouvoir voir
leurs potentiels, à croire en eux,
en leurs compétences. Car ils sont
ceux qui, bientôt, prendront les
rênes de notre société et de notre
planète. Il est fondamental que
nous soyons capables de voir ce
qu’ils peuvent devenir et donner
de mieux. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR P. S.
A
De 1914 à 1918, le récit de guerre d’un médecin au front
C’EST un regard original. C’est surtout
un regard avisé que celui du Dr Georges
Legros, médecin à Montrichard en 1914,
alors âgé de 53 ans, fraîchement élu
député du Loir-et-Cher et engagé
volontaire. Ses carnets, lettres
amicales, familiales ou professionnelles
ont été heureusement exhumés,
par Anne-Marie Slézec, des archives du
Muséum national d’histoire naturelle où
les avait déposés en 2014 l’association
des Amis du Vieux Montrichard.
C’est l’histoire d’un médecin au front.
La mise en scène est intelligemment
et finement organisée par Anne-Marie
Slézec et les Éditions Sutton, qui n’ont
pas lésiné sur l’iconographie.
Les photos appuient le récit de Legros,
et il est saisissant de se retrouver dans
la tête du médecin d’ambulance
militaire jusqu’à voir ce qu’il a décrit,
camarades compris. Certaines photos
sont terribles, telle celle du capitaine
Foucher, aviateur dont l’avion a chuté
de 600 mètres : « Tous les membres sont
brisés, retournés, la figure est énorme,
déformée, aplatie : c’est tout ce qui
subsiste de l’image de l’élégant jeune
capitaine de 20 ans qu’il était il y a
deux jours ! », écrit le médecin
dans ses carnets.
Le Dr Legros commence la guerre
dans un hôpital auxiliaire à Boulognesur-Mer. « Hélas, je n’entends même pas
tirer le canon », écrit-il à sa femme !
Quand d’autres s’en satisferaient,
lui joue rapidement de ses relations
parlementaires pour se rapprocher
du front. Il faut toujours se méfier
du proverbe qui dit « Attention à ce que
LE PLAISIR
DES LIVRES
PAR DAMIEN MASCRET
£@dmascret
le 19 mai 1915, il s’interroge :
« Les Allemands s’apprêtent à lancer
des bombes d’acide sulfurique […],
on distribue à nos soldats des lunettes
d’automobiliste, des tubes de vaseline
pour s’enduire le visage. »
L’autopsie de Mata Hari
tu souhaites, tu pourrais l’obtenir ».
Deux ans plus tard, c’est sous le déluge
de bombes de la bataille du Chemin
des Dames qu’il opérera.
Georges Legros porte un regard
lucide sur la situation. Il brocarde
« l’ambulance automobile de M. Proust
qui ne fonctionne que depuis trente-six
heures et ne fonctionnera pas très
longtemps à l’avant, il ne faut pas
exposer une installation aussi coûteuse
(200 000 francs) ». À Bavincourt,
En 1916, près de Verdun, Legros raconte
la visite du général Pétain aux malades,
à qui il laisse une petite enveloppe
contenant sa carte et 100 francs :
« Il cause peu, même pas assez, aucun
mot ne semble partir vraiment du cœur,
il jette un froid presque glacial. » Le livre
d’Anne-Marie Slézec fourmille bien sûr
d’anecdotes médicales, parfois
surprenantes. Legros décrit ainsi
le cadavre de Mata Hari, fusillée
le matin même, dont le corps a été laissé
à la Faculté de médecine : « Il n’en reste
plus que la tête, la racine des épaules,
les seins et thorax ouvert, vidé et qui
laisse voir sur la peau ou au niveau
des côtes mises à nu les traces de balles.
Mais la tête est magnifique et les traits
ont conservé toute leur beauté. […]
Toute la musculature est splendide,
les chairs douces et souples, les seins très
beaux et très fermes. » Drôle de guerre.
MÉDECIN AU FRONT.
GEORGES LEGROS,
TÉMOIN DE LA GRANDE
GUERRE
Anne-Marie Slézec,
Éditions Sutton,
Muséum, 176 pages,
22 euros.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 14 mai 2018
SOCIÉTÉ
15
À Vendin-le-Vieil, un quartier
pour évaluer les islamistes
ZOOM
NDDL : dernières discussions
avant de nouvelles
expulsions
Après un répit de deux semaines
accordé aux zadistes, un comité
de pilotage doit se tenir lundi
à Nantes sur l’avenir des terres
agricoles de la ZAD de
Notre-Dame-des-Landes. Présidé
par le ministre de l’Agriculture
avec la préfète des Pays de la Loire,
il analysera les 29 dossiers déposés
par les occupants illégaux. Un
rassemblement est prévu devant
la préfecture pour s’opposer
à toute nouvelle expulsion.
Quatrième unité en France, elle compte 40 personnels pour une dizaine de détenus.
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
EN BREF
Bobigny : deux jeunes
chutent de 12 mètres
lors d’une rave party
Les détenus condamnés pour terrorisme transférés ces derniers jours à la maison centrale de Vendin-le-Vieil (ci-dessus),
dans le Pas-de-Calais, vont être évalués pendant quatre mois. PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP
aux plus prosélytes. Les détenus transférés ces derniers jours ont fait l’objet d’une
sélection extrêmement minutieuse afin
d’éviter toute connexion antérieure à leur
arrivée. « Personne ne vient de la même
“
Il s’agit de déterminer
qui est leader ou capable
d’emprise, qui est prosélyte
et qui a une chance de
sortir de la radicalisation
UN RESPONSABLE DE L’ADMINISTRATION
PÉNITENTIAIRE
”
ville, du même quartier, n’est impliqué dans
la même affaire ou n’a été en Syrie ou en
Irak au même moment », fait-on savoir à
la Direction de l’administration pénitentiaire. Cette dernière, qui a dédié à ce type
de vérification à une personne à plein
temps, est allée plus loin encore. « Nous
savons que, au sein de Daech et d’al-Qaida,
il existe des mouvances différentes, parfois
opposées et hostiles les unes aux autres.
Nous avons bien pris soin d’éviter ce type de
confrontation pour éviter toute tension. »
En tout état de cause, l’encellulement
individuel est de règle et les activités individuelles représentent 80 % de l’emploi
du temps. Dans les 20 % restants, les activités collectives ne réuniront pas plus de
quatre individus à la fois, comme le sport
par exemple. Et même en cour de promenade, ou aux parloirs, ces détenus seront
sous surveillance. « Nous voulons évaluer
comment ils interagissent entre eux, explique l’Administration pénitentiaire. Et
c’est souvent dans ces activités collectives
que les personnes se dévoilent le plus. Il
s’agit de déterminer qui est leader ou capable d’emprise, qui est prosélyte et qui a
Le risque routier
toujours sous-estimé
en entreprise
SÉCURITÉ ROUTIÈRE Révéler l’identité
du salarié responsable d’une infraction
avec un véhicule de société ? La mesure,
mise en place le 1er janvier 2017, semble
assimilée, et même porter ses fruits. Selon
une étude sur le risque routier dans les petites entreprises - qui peinent plus que les
grandes à appliquer des politiques de prévention - 93 % connaissent cette mesure.
Et deux tiers d’entre eux (65 %) la respectent désormais, soit une progression de 15
points après un peu plus d’un an d’application. Cette étude, publiée en exclusivité
par Le Figaro, a été menée par l’Ifop
auprès de 501 dirigeants d’entreprises de
moins de 50 salariés, pour le compte des
assurances MMA. « On avait pensé que
cette réglementation allait générer des
conflits entre salariés et patrons, rappelle
Stéphane Daescher, en charge de la prévention des risques routiers chez MMA. Or
ces derniers estiment finalement que ces
dispositions permettent de responsabiliser
les salariés. Il n’y a pas eu les tensions redoutées. » Mieux, les chefs d’entreprise lui
trouvent des vertus : 59 % voient aujourd’hui dans cette mesure une responsabilisation du salarié. Par opposition, de moins
en moins de dirigeants se disent prêts à
payer l’amende (28 %, soit une baisse de 11
points) et seuls 3 % contestent la sanction.
Depuis 2016, la mise à disposition d’un
véhicule au nom de la société est une pratique de plus en plus courante (+ 4 points).
Un tiers des dirigeants interrogés déclarent que certains de leurs salariés disposent d’un véhicule au nom de l’entreprise
(34 %), une proportion doublée lorsque
l’entreprise est issue du BTP (70 %), alors
que les entreprises issues des services le
font dans un cas sur cinq (22 %). Une pratique certes un peu plus répandue, mais
une sous-estimation, toutefois, de la responsabilité des chefs d’entreprise lors
d’un accident de la route impliquant un
salarié. Seuls 54 % d’entre eux savent
qu’un dirigeant peut être tenu responsable
d’un accident survenu lors d’un trajet de
mission et 31 % lorsqu’il s’agit d’un trajet
domicile-travail.
La ministre des Outre-mer
dément tout projet
de communauté d’archipel
des Comores
En déplacement à Mayotte,
Annick Girardin, la ministre des
Outre-mer, a démenti tout projet
prêté aux gouvernements français
et comorien de constituer une
« communauté de l’archipel des
Comores » (comprenant Mayotte
et les trois îles comoriennes).
Il y a trois jours, la perspective
de ce projet avait fait l’objet
d’une manifestation de plus
de mille personnes à Mamoudzou.
« Combien de fois faudra-t-il
le dire ? Mayotte est française
et restera française […] tant que les
élus de ce territoire le souhaitent »,
a martelé la ministre.
SPÉCIAL DÉFISCALISATION
VOUS PRÉFÉREZ :
La nouvelle mesure sur la responsabilité en cas
d’infraction est, elle, bien plus respectée qu’avant.
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
une chance de sortir de la radicalisation ».
De cette analyse dépendra leur affectation - d’ici à quatre mois -, soit dans un
quartier de prise en charge de la radicalisation, pour les plus prosélytes, soit à
l’isolement ou encore en quartiers dit
« étanches » que l’Administration est en
train de recenser.
Pour cette session de 17 semaines, les
quinze premiers jours sont destinés à la
mise en confiance des détenus, le reste à
l’évaluation de leur radicalisation. En
tout, une trentaine d’entretiens visant à
diagnostiquer « l’existence d’un risque de
passage à l’acte violent ou de prosélytisme
idéologique », détaille l’Administration,
« l’existence d’un phénomène de radicalisation », « des facteurs de radicalisation », « la capacité à adhérer à un programme de prise en charge » et, bien
entendu, l’affectation à une détention
particulière. ■
Deux jeunes femmes se sont
grièvement blessées après une
chute de 12 mètres, dimanche
matin, lors d’une rave party
organisée dans un bâtiment
désaffecté à Bobigny (SeineSaint-Denis). Selon la police, elles
auraient entrepris cette escalade
afin de rejoindre le toit.
Le pronostic vital d’une
des deux victimes est engagé.
Être taxé sur votre
patrimoine immobilier ?
Aider des personnes âgées
à vieillir dignement ?
Le fléau du téléphone au volant
Or, avec près de 400 décès en 2016, le risque routier reste la première cause d’accident mortel au travail. « Il y a encore du
chemin à parcourir avant que les chefs d’entreprise prennent conscience de ces enjeux,
observe Stéphane Daescher. Ils sont souvent débordés et on sent qu’ils aimeraient
qu’on les aide. Or il existe déjà nombre de
documents mis à leur disposition pour faire
de la prévention auprès de leurs salariés. »
Cette méconnaissance les empêche d’instaurer des actions de prévention concrètes, note l’étude, puisque seuls 17 % le font.
Parmi les évolutions notables dans cette
troisième édition de l’étude, l’importance
grandissante accordée à la thématique du
téléphone au volant. Parmi les actions de
prévention mises en place, le droit à la déconnexion complète du salarié durant ses
trajets professionnels augmente de 8
points cette année, passant à 40 %. Par
ailleurs, 40 % des chefs d’entreprise estiment prioritaire de déployer des actions
afin de lutter contre les distracteurs de
conduite (+ 10 points par rapport à 2017).
Pour accompagner les dirigeants, MMA
lance une série de courtes vidéos pédagogiques : le plan de prévention, le téléphone
au volant, la vitesse et la somnolence. ■
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directrice de la Fondation, au 01 49 23 14 15 ou
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A
PRISON Ils ne seront pas plus d’une dizaine de détenus à inaugurer lundi le
nouveau quartier d’évaluation de la radicalisation (QER) à la maison centrale de
Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), l’établissement pénitentiaire où avait commencé le mouvement social des surveillants.
Dix
condamnés
pour
terrorisme à des peines correctionnelles inférieure ou égale à dix ans - ou criminelles - au-delà de dix ans - vont être
évalués pendant quatre mois par une
équipe qui compte une quarantaine de
personnes, dont un peu plus de la moitié
sont des surveillants présents 24 heures
sur 24 mais aussi des éducateurs, des sociologues et des conseillers d’insertion et
de probation. Du cousu main qui sera
peut-être de plus en plus difficile à assurer compte tenu du nombre d’individus
détenus pour terrorisme, environ 500,
auxquels s’ajoutent les quelque 3 000
soupçonnés de radicalisation.
C’est la quatrième unité du genre à
ouvrir, après celles des prisons d’Osny, de
Fresnes et de Fleury-Mérogis, en région
parisienne. Sa proximité relative de Paris
en fait un site idéal. Car, à terme, outre les
condamnés, des prévenus devraient également y être évalués, avec l’accord des
magistrats de l’instruction. « Pour l’instant ce n’est pas le cas car Vendin est une
maison centrale. Le jour où elle accueillera
des prévenus, elle changera de nature pour
devenir un centre pénitentiaire, souligne-ton à la Chancellerie. Cette mutation administrative prend du temps. »
Une aile complètement étanche de la
détention classique, aménagée à l’entrée,
a donc été agencée pendant plusieurs
mois. À terme, elle abritera deux quartiers
d’évaluation mais aussi un quartier de
prise en charge de la radicalisation, comme il en existe à Lille-Annœullin, réservé
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
16
SPORT
Bernard Tapie : « Emmanuel Macron
est un enfant de l’OM 1993 »
L’éternel « boss » du club livre son analyse avant la finale de Coupe d’Europe entre l’Olympique de Marseille et
l’Atlético Madrid, mercredi. Le soutien du président de la République, supporteur de l’OM, lui va droit au cœur.
PROPOS RECUEILLIS PAR
LAURENT LOUËT £@LaurentLouet
FOOTBALL L’écran d’iPhone s’allume et
affiche « Bernard Tapie ». Dans le hautparleur, la voix est claire : « Vous voulez
parler football ? », interroge l’ex-président de l’OM, un brin fatigué. « J’aimerais aller voir la finale à Lyon, mais je ne
sais pas si je pourrai… Qu’est-ce que vous
voulez savoir ? » Vingt-cinq ans déjà que
Tapie a remporté la Ligue des champions
avec l’Olympique de Marseille en 1993.
La passion du ballon reste intacte. Et
même s’il n’est plus directement aux affaires du club phocéen, Tapie reste le
« boss ».
LE FIGARO. – À votre avis, sur quoi
va se jouer la finale de Ligue Europa
entre l’Olympique de Marseille
et l’Atlético Madrid, ce mercredi ?
Bernard TAPIE. – Je vais dire une banalité, mais, en football, sur un match, tout
est possible. Ceux qui aiment le foot le savent : il peut tout se passer entre deux
équipes pendant 90 ou 120 minutes de jeu.
Je le sais mieux que quiconque puisque en
1991, avant la finale de Coupe d’Europe à
Bari contre l’Étoile Rouge, personne ne
nous donnait perdant (0-0 et défaite de
l’OM aux tirs au but, NDLR). Nous avions
une équipe de fous, avec Waddle, Mozer,
Stojkovic, Papin… Tous les meilleurs ! Et
on est rentrés la tête basse. Cette année,
l’OM n’a rien à perdre contre l’Atlético.
Ça va donc se jouer sur l’engagement des
uns et des autres, sur l’envie partagée
dans l’équipe… Et le lendemain, on dira
que les meilleurs ont gagné.
Mais comme cela arrive à tout le monde.
La logique de Rudi Garcia nous indique
pourtant qu’on ne peut pas lui reprocher
les résultats du club par rapport à l’équipe qu’il a sous la main. Il serait onzième,
déjà éliminé de la Ligue Europa, on
pourrait dire quelque chose… Là, il va
être ou 4e ou 3e. Il a donc fait ce qu’il avait
à faire, ce qu’on pouvait espérer de lui.
Cet OM-là peut-il remporter la Ligue
Europa cette saison ?
J’espère que l’on va gagner cette Ligue
Europa ! Et comment ! Autant cela
m’énervait d’entendre que Salzbourg
était favori en demi-finale face à l’OM,
faut quand même pas charrier… Autant,
là, c’est un atout de ne pas être favori. Ne
pas être pronostiqué vainqueur devient
une force quand c’est vrai… Qui n’aurait
pas signé, en début de saison, pour que
l’OM aille en finale de la Ligue Europa ?
On n’a plus rien à perdre ! Ça veut dire
que cet OM peut tenter des choses qu’il
ne tenterait pas en temps normal. Si c’est
pour jouer contre l’Atlético comme
contre Guingamp, là, il faut oublier ! On
a perdu. Il faut jouer contre l’Atlético
comme contre une équipe plus forte : s’il
y a un dribble qu’un joueur ne tente pas
en temps normal, il doit le tenter ! Si ça
passe, tant mieux. Cela veut dire aussi
que les joueurs doivent se replacer immédiatement, parce qu’il n’y aura pas de
cadeaux. Sur chaque balle perdue, s’il
n’y a pas un repli collectif, efficace et
énergique, pfff… On ne doit pas leur laisser d’espaces. Y’a des équipes, tu peux
revenir pépère, au trot. Là non… Pas
contre l’Atlético ! Faut revenir dans ton
camp au turbo !
Jouer la finale à Lyon est-il un élément
positif ?
Oui, d’abord parce que je connais bien
Jean-Michel Aulas, c’est un ami, et je
peux vous dire qu’il va tout faire pour que
le stade soit à 80 % pro-marseillais. J’en
suis certain. Et puis, voilà, on est en France ! Croyez-moi, vaut mieux jouer là
qu’en Espagne ! Moi, je pense que la finale
de cette année est gagnée, quoi qu’il arri-
ve. Il n’y aura pas de mauvaise réaction.
Sur les matchs qu’on a vus récemment, il
y a des joueurs qui se sont révélés. Prenez
Rolando, le mec est plutôt lent, pas dans
l’équipe de départ… Il tente un truc incroyable en demi-finale et marque le but
de la qualification. C’est la démonstration
d’un collectif entièrement disposé à aller
de l’avant. Personne ne rechigne.
La polémique entre le président de l’OM,
Jacques-Henri Eyraud et celui de l’OL,
Jean-Michel Aulas avait-elle du sens ?
Elle est le fruit d’une contestation de la
suprématie d’un président (Aulas) qui est
là depuis longtemps, qui a gagné des trophées et des championnats en pagaille,
mais qui doit maintenant faire avec un
nouveau venu (Eyraud) qui a envie de faire son nid ! Heureusement que c’est comme ça, on ne voudrait pas à Marseille être
menés par un président qui pionce ! Eyraud a relevé le défi. Bien ou mal ? C’est
bien pris ou mal pris ? Enfin, il l’a fait.
C’est plutôt bon signe pour l’OM. Aulas
préfère les gens qui dorment…
Le président Macron s’est déclaré
très clairement supporteur de l’OM.
Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Ça nous rend ultrafiers, à Marseille.
Franchement. Il a dit un truc au moment des élections dont je me souviendrai jusqu’à la fin de ma vie… Il a prononcé un discours durant lequel il a
expliqué : « Je suis un enfant de
mai 1993. » Quand le président dit un
truc comme ça, ça veut dire qu’il a vibré, qu’il a adoré suivre les exploits de
l’équipe. Lui qui est gavé de marques de
prestige, de festivités… Bah voilà, je le
dis, cela m’a fait quand même vachement plaisir. La facilité pour lui,
ç’aurait été d’être supporteur de l’équipe qui gagne au moment où elle gagne.
Aujourd’hui, c’est ce qu’il fait, mais,
dans son cœur, il reste attaché à ce que
Marseille lui a procuré quand il avait
15 ans. Et il le dit. 15 ans, c’est l’âge
auquel on ne recule pas devant les vibrations. Il a 40 ans aujourd’hui. Macron est un enfant de l’OM 1993 et, moi,
je suis vraiment très fier de ça. ■
Au milieu de ses joueurs,
Bernard Tapie brandit la coupe
d’Europe des clubs champions
remportée par Marseille contre
l’AC Milan, le 26 mai 1993 à Munich.
“
BERNARD TAPIE CHRISTOPHE CHEVALIN
”
Qu’avez-vous pensé de la qualification
de l’Atlético Madrid en demi-finale
contre Arsenal (1-1 puis 1-0) ?
C’est une belle équipe, avec des individualités extraordinaires. Devant, Griezmann-Costa, c’est quand même très
fort. Ils sont capables de poser des problèmes à la défense, voilà, on le sait…
Mais Payet-Thauvin, ça a de la gueule
aussi, non ? On sait que l’Atlético a une
équipe redoutable. Elle n’est pas deuxième du championnat d’Espagne (derrière
le FC Barcelone) pour rien. On sait que la
Liga est plus forte que la Ligue 1.
Outre l’attaque, le potentiel défensif
de l’Atlético est impressionnant…
Si l’on doit comparer, je suis plus inquiet
sur la comparaison des défenses que sur
celle des attaques. Je pense qu’il y a plus
d’écart entre leur défense et la nôtre.
Oblak dans les buts, Godin, Filippe Luis,
le petit Hernandez… C’est bon. Le milieu
de terrain n’est pas leur point fort, et ce
n’est pas le point faible de l’OM. On a de
très bons joueurs, surtout si Luis Gustavo
peut remonter dans l’entrejeu…
Le bilan des comparaisons est…
(Il coupe) Au petit jeu des points forts et
des points faibles, la vérité c’est que les
joueurs de l’Atlético sont habitués à affronter dans leur championnat dix équipes fortes. Ce qui fait vingt matchs de
haut niveau par saison. Nous n’en avons
pas autant en France. C’est ça, le problème…
A
SVEN SIMON/PICTURE ALLIANCE/RUE DES ARCHIVES
la vérité c’est
que les joueurs
de l’Atlético
sont habitués
à affronter dans leur
championnat dix équipes
fortes. Ce qui fait vingt
matchs de haut niveau par
saison. Nous n’en avons
pas autant en France.
C’est ça, le problème…
Qu’est-ce que vous glisseriez
à Rudi Garcia, l’entraîneur,
si vous aviez son oreille ?
Rien ! Pour une raison simple : on ne
peut être concret et efficace qu’en s’appuyant sur ses propres idées. Quand je
regarde des matchs de l’OM, il m’arrive
de dire : « Tiens, je n’aurais pas fait ça ! »
L’éternelle histoire d’amour des supporteurs pour l’OM de Tapie
PRÉSENT mercredi dernier au Stade de
France pour le match entre le Paris-SG et
Les Herbiers (2-0), Emmanuel Macron n’a
jamais caché sa préférence pour l’Olympique de Marseille sur un terrain de football. « Pendant la campagne électorale,
rappelle Bernard Tapie, il a dit un truc lors
d’un discours dont je me souviendrai toute
ma vie : “Je suis un enfant de mai 1993…”
Alors, il est malin Macron, évidemment,
mais comme il a dit la vérité, franchement,
j’ai été très touché par ses mots. »
L’été dernier, pendant ses vacances, le
président de la République avait effectué
une visite surprise aux Marseillais en compagnie de son épouse Brigitte, lors d’un
entraînement au centre de la Commanderie, multipliant les posts sur les réseaux sociaux en compagnie de l’entraîneur et de
l’effectif professionnel. « Merci au président, au staff, à Rudi Garcia et aux joueurs
pour leur accueil », commentait-il, tout
sourire, posant en photo sur Instagram au
milieu du groupe. Et le 15 avril dernier,
alors qu’il était interrogé par des journalistes lors d’un débat télévisé, Emmanuel
Macron avait rappelé sa préférence en direct tandis qu’on l’informait sur le score de
Marseille en championnat : « Je me félicite
de cette victoire (à Troyes 2-3), même s’il ne
m’appartient pas ici d’être supporteur de
football, mais je vais suivre avec beaucoup
d’intérêt la suite du parcours (de l’OM). »
Depuis la qualification du club de son
cœur pour la finale de la Ligue Europa, et
malgré un agenda qui s’annonçait déjà
chargé avant les événements du weekend, le président tente de se dégager la
soirée de mercredi afin de pouvoir se
rendre à Lyon, où l’OM affrontera l’Atlético Madrid. « Il se décidera peut-être au
dernier moment », confie-t-on dans son
entourage. Supporteur depuis qu’il a
vécu, adolescent, l’épopée de l’OM en
Coupe d’Europe, Emmanuel Macron incarne à sa manière la passion que le club
phocéen suscite en France. Une véritable
histoire d’amour que beaucoup de supporteurs portent au fond d’eux depuis
près de vingt-cinq ans et la victoire en
Ligue 1 : Lyon cale, Rennes européen,
Lille et Strasbourg sauvés
À une journée du terme de la saison,
les premiers verdicts sont tombés.
Soulagement du côté de Lille et
de Strasbourg désormais assurés de
se maintenir en Ligue 1. Satisfaction
également au Stade Rennais, certain
de terminer, au pire, à la 6e place,
et donc de disputer la Ligue Europa
la saison prochaine. Sourire aussi du
côté de Monaco. Grâce à un penalty
accordé à l’ultime seconde, l’ASM
a battu sur le fil Saint-Étienne pour
reprendre la place de dauphin du PSG,
synonyme de qualification pour la
Ligue des champions. Les Lyonnais,
qui briguent également cette
2e place, peuvent nourrir des regrets.
Ils menaient 2-1 à la Meinau jusqu’à la
89e minute. Mais les Strasbourgeois
ont marqué deux fois pour doucher
les espoirs de l’OL et sauver leur tête.
37E JOURNÉE LIGUE 1
PARIS SG (1)
MONACO (2)
STRASBOURG (16)
GUINGAMP (11)
BORDEAUX (7)
ANGERS (14)
AMIENS (12)
MONTPELLIER (9)
NICE (6)
LILLE (15)
0-2
1-0
3-2
3-3
4-2
0-2
2-0
1-1
4-1
2-1
RENNES (5)
SAINT-ÉTIENNE (8)
LYON (3)
MARSEILLE (4)
TOULOUSE (18)
NANTES (10)
METZ (20)
TROYES (19)
CAEN (17)
DIJON (13)
La dernière journée sera décisive en
haut du tableau où Monaco, 77 points,
a pris l’avantage sur Lyon (75) et l’OM
(74). Autre suspense, qui de Nice (54),
Bordeaux (52) ou l’ASSE (52) sera
européen? En bas de classement,
Toulouse (34) et Troyes (33), voire
Caen (37), chercheront à éviter la
relégation en accrochant le barrage.
Ligue des champions. La première et la
seule d’un club français, encore aujourd’hui. Un engouement qui va bien audelà du département des Bouches-duRhône, ainsi que le souligne Bernard
Tapie : « À l’époque, on avait près de
500 000 supporteurs de l’OM partout en
France, qui avaient leur carte du club, à
Strasbourg, Limoges ou dans n’importe
quelle autre ville. Il n’y avait pas un stade
en championnat où nous allions jouer sans
avoir une tribune entière à nos couleurs. »
La qualification pour la finale en Ligue
Europa réveille les ardeurs. Et si les
11 556 billets alloués à l’OM ont tous trouvé preneurs chez les supporteurs en
moins d’une journée, le Groupama Stadium de Lyon devrait résonner bien audelà de ce nombre en faveur de Marseille.
« Les supporteurs sont un élément indispensable pour que le club grandisse,
conclut Tapie. Ils font partie des actifs
comme les joueurs et l’encadrement. Des
supporteurs extraordinaires avec un patron de club qui est un charlot, ça fait une
équipe qui descend en Ligue 2. Regardez
Lille, en ce moment ! Lui (Gérard Lopez)
fait n’importe quoi, et, alors que les supporteurs du Losc font partie des meilleurs
de France, le club a dû se battre pour pas
descendre. Je ne peux pas dire autre chose… On n’appelle pas les supporteurs le
“13e homme” pour rien. Ils ont vraiment
une influence considérable sur les performances de l’équipe et du club. » ■
L. L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
TRANSAT
AG2R LA
MONDIALE
CONCARNEAU
→ SAINT-BARTH
BRAVO À
ADRIEN HARDY ET THOMAS RUYANT
AGIR RECOUVREMENT
VAINQUEURS DE LA 14ÈME ÉDITION DE LA TRANSAT AG2R LA MONDIALE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
18
SPORT
Racing : tomber et encore se relever
Le club francilien,
battu en finale de
Coupe d’Europe, va
devoir rapidement
basculer sur sa demifinale du Top 14.
Devant les Irlandais
du Leinster triomphants,
samedi à Bilbao, l’ouvreur
du Racing, Rémi Talès
reste à terre, après l’échec
de son drop dans
les dernières secondes
du match.
GABRIEL BOUYS/AFP
ARNAUD COUDRY £@Arnaud Coudry
ENVOYÉ SPÉCIAL À BILBAO
RUGBY Jamais deux sans trois ? Dans son
malheur, le Racing 92, battu d’un rien en
finale de la Champions Cup par le Leinster (12-15), peut se dire que les deux derniers clubs français battus lors de la dernière marche continentale (Racing,
Clermont) ont soulevé le bouclier de
Brennus dans la foulée. Les Franciliens, il
y a deux ans, puis les « Jaunards », la saison dernière, étaient tombés contre les
Saracens avant d’être sacrés champions
de France. « Sauf qu’il y a deux ans, nous
n’avions pas existé en finale (revers 21-9).
Là, on est passé tout près. La déception est
bien plus grande », appuie le centre emblématique Henry Chavancy.
Dans les vestiaires de la « cathédrale »
de San Mamés, le président Jacky Lorenzetti a tenu à réconforter ses joueurs.
« Levez la tête, regardez devant vous, le
ciel est bleu », a insisté le dirigeant francilien. Pour l’instant, la désillusion est
cruelle. « Même si on voit qu’on n’est pas
très loin, on n’a pas remporté ce match et
c’était notre objectif, regrette le coentraîneur Laurent Labit. On voulait faire partie
des grandes équipes en Europe et ce soir,
on ne fait pas encore partie de ces équipes… » Les corps et les âmes sont mâchés.
Pat Lambie a tiré un trait sur sa saison,
Dan Carter doit soigner une élongation
(lire ci-dessous). Henry Chavancy avait
été ménagé la semaine avant la finale,
Bernard Le Roux a confié qu’il s’était tordu la cheville mercredi dernier.
La saison est longue pour le seul club
français qui était encore en lice sur les deux
tableaux. Les deux semaines pour préparer
la demi-finale du Top 14 contre le vainqueur du barrage entre Toulouse et Castres
vont faire du bien. « On apprend tout le
de déception. On aura à cœur de finir sur
temps, comme il y a deux ans, poursuit Labit.
une bonne note une saison qui a été pour
Ça fait partie de l’apprentissage du très haut
l’instant très positive. » Le demi de mêlée
niveau. On n’était pas invités il y a deux ans,
Teddy Iribaren, auteur d’un match plein
on était dans le match cette saison. On va se
contre les Irlandais, ne doute pas du surservir de cela pour, une fois de
saut de son équipe. « Il n’y a pas
plus, revenir, gagner cette
à se remobiliser, balaie-t-il.
compétition. En attendant, il
Quand on sera présent sur le
va falloir digérer, vite se reterrain pour jouer la demi-finamettre au travail car un autre
le, il n’y aura pas grand-chose à
gros match nous attend dans
dire. On sera présent et on va
quinze jours. » Une demi-fis’envoyer. »
pour le Leinster,
nale de Top 14 contre TouLes Franciliens vont toutefois
louse ou Castres, opposés sa- après 2009, 2011 et 2012. devoir proposer autre chose. À
La province irlandaise vouloir fermer le jeu, ils s’expomedi prochain en barrages.
égale ainsi le record
Henry Chavancy en
sent à la roulette russe d’une fin
du Stade Toulousain de match à quitte ou double.
écho : « À l’instar de ce qu’on
a réussi à faire il y a deux ans, (1996, 2003, 2005, 2010). « On a bien verrouillé, on était
bien en défense mais on perd à la
on va essayer de se relever, de
se servir de cette frustration comme d’une
fin. Malheureusement, on ne retient que le
vainqueur », déplore Yannick Nyanga, qui
force pour remporter le bouclier de Brennus.
Je crois que le groupe est assez fort et a asa annoncé qu’il prendra sa retraite à la fin
de la saison. Certes, leur rideau défensif - le
sez d’expérience pour se relever de ce genre
meilleur du Top 14 - a totalement cadenassé les coéquipiers de Jonathan Sexton, mais
ils ne se sont jamais montrés dangereux offensivement. Alors qu’ils avaient offert un
véritable récital, en demi-finale, contre le
Munster, les ailiers Tedy Thomas et Marc
Andreu n’ont quasiment rien eu à se mettre
sous la dent à Bilbao.
sept essais inscrits par des Isérois
déchaînés. « C’est un peu humiliant »,
Autre point noir : ces fautes rédhibitoia lâché l’entraîneur d’Oyonnax, Adrien
res commises dans les 20 dernières minuBuononato. Côté Grenoble, on savoure
tes qui ont permis aux Dublinois de passer
tout en prenant garde de rester les
en tête. Au pire moment, les Racingmen,
pieds sur terre. « On ne va pas faire
jusque-là solides et intraitables, ont cran’importe quoi. Partir, comme dans
qué. « On a fait preuve d’indiscipline, reconnaît Iribaren. On prend deux pénalités
un passé récent, dans la folie de la piste
et Nacewa les met. Les grands matchs se
aux étoiles », a prévenu le président
jouent sur des détails… » Laurent Travers,
délégué du FCG, Michel Martinez.
l’entraîneur des avants, répète souvent
Pour exister la saison prochaine
cette citation de Nelson Mandela : « Je ne
en Top 14, Grenoble tablera en priorité
perds jamais. Soit je gagne, soit j’apsur le caractère, et le talent, des jeunes
prends. » Le Racing a encore payé pour
joueurs du cru.
D. R.
apprendre. ■
4e
sacre
Grenoble punit Oyonnax et retrouve
le Top 14 un an après l’avoir quitté
Les observateurs imaginaient tous
que cette première - un barrage
entre le 13e du Top 14 et le finaliste
malheureux de ProD2 - tournerait
nettement à l’avantage du pensionnaire
de l’élite. Donc Oyonnax. Le coup de
tonnerre n’en est que plus retentissant.
Le « petit » de deuxième division,
Grenoble (qui certes bénéficiait de
l’avantage de recevoir et du soutien de
18 000 supporteurs qui ont transformé
le stade des Alpes en véritable volcan),
a largement dominé ce match à quitte
ou double. Un triomphe 47 à 22, avec
La malédiction qui frappe
la charnière francilienne
HÉCATOMBE chez les demis. À l’approche du sprint final, le Racing avait déjà
perdu son demi de mêlée et capitaine
Maxime Machenaud, victime d’une
rupture des ligaments croisés en Top 14.
Samedi, quelques minutes avant la
deuxième finale européenne de leur
histoire, les Franciliens ont annoncé le
forfait de leur demi d’ouverture star
Dan Carter, remplaçant de luxe, touché
aux ischio-jambiers lors du dernier entraînement.
Et la scoumoune s’est poursuivie
quasiment dès le coup d’envoi avec la
grave blessure de l’ouvreur sud-africain Pat Lambie, dont les ligaments
croisés ont lâché (au moins six mois
d’absence) sur un changement d’appui
dès la 3e minute. Un enchaînement de
pépins qui a forcément déstabilisé les
Racingmen contraint d’évoluer avec
une charnière improbable Teddy Iribaren-Rémi Talès, loin d’être le premier
choix pour les grandes échéances. Mais
qui pourrait bien être reconduite pour la
demi-finale du Top 14, dans deux semaines, si Carter n’est pas remis à temps
de son élongation.
Enchaînement de forfaits
Ces changements contraints ont forcément changé la physionomie du match.
Si Iribaren s’est mué en chef d’orchestre,
Talès, lui, a été plus que discret dans sa
gestion des événements. Cet enchaînement de forfaits « a été difficile. La blessure de Dan, hier à l’entraînement, c’était
déjà compliqué, a souligné Laurent Labit,
l’entraîneur des arrières franciliens. La
Quand Footix donne naissance à Ettie
La mascotte du Mondial féminin, en 2019 en France, a été dévoilée samedi. Elle est
la fille du célèbre, et souvent moqué, personnage de la Coupe du monde 1998.
A
ROMAIN BOUGOURD £@RomainBougourd
INSOLITE La Fifa a présenté samedi la
mascotte du Mondial féminin de football 2019, qui se déroulera en France.
Ettie, de son petit nom, n’est autre que
la fille de Footix, mascotte de France
1998. À l’époque, le fameux Footix avait
suscité la moquerie par un graphisme
jugé ringard. Son nom a même ensuite
été dévié et désigne aujourd’hui, de
manière péjorative, un supporteur qui
connaît mal le football, mais surtout
converti à l’amour du ballon rond par la
victoire de l’équipe de France. Un surnom négatif qu’Ettie tentera d’éviter.
Le football français, par le prisme de
sa Fédération, a donc fait part de sa joie
en annonçant la naissance de ce charmant poussin, qui sera la mascotte de la
Coupe du monde de football féminin,
qui aura lieu en France du 7 juin au
7 juillet 2019. « Ettie est avenante et sociale. Si elle est parfois d’humeur taquine,
elle n’en est pas moins adorable et elle ne
manquera pas d’apporter une note divertissante et une certaine chaleur à la compétition », est-il expliqué sur le site de la
Fédération internationale de football.
Pour la petite histoire, le prénom Ettie vient du mot « étoile », celle que
Footix a reçue en 1998 lors du sacre de
l’équipe de France lors de son Mondial.
« Footix l’avait à l’époque lancée aussi
loin qu’il a pu dans le ciel afin qu’elle
puisse illuminer la nuit, et après quelques
années de voyage intersidéral, elle lui revint sous la forme de sa fille », explique
la Fifa dans son communiqué.
Sémillante et scintillante comme une
étoile, la nouvelle mascotte illustre le
slogan du Mondial 2019: « Le moment de
briller. » «Ettie sera la grande star de la
Coupe du monde 2019 en France. Sa personnalité brille autant que sa passion
pour le football féminin et nous sommes
heureux qu’elle soit la jeune voix du tournoi. Elle représente l’espoir, la passion
pour le football et bien sûr le plaisir », se
réjouit Philippe Le Floc’h, directeur de
la division commerciale de la Fifa.
« Je l’ai trouvé très mignonne, elle a un
profil qui va plaire aux petites filles et
aux petits garçons. Ils vont pouvoir
s’identifier à elle, Ettie va susciter la curiosité, car l’histoire avec Footix lui donne un sens », apprécie de son côté l’ancienne internationale Sabrina Delannoy
(39 sélections de 2012 à 2016). « J’avais
12 ans en 1998 et ce sont mes premières
grandes émotions de football. J’identifie
Footix au titre des Bleus et à la descente
des Champs-Élysées. J’espère que ce sera
la même chose en 2019 », poursuit-elle.
Espérons en tout cas qu’Ettie portera
bonheur à l’équipe de France avec
autant de succès que Footix: un
premier sacre mondial pour
les Bleues du football. ■
« Ettie est avenante et sociale.
Si elle est parfois d’humeur
taquine, elle n’en est pas moins
adorable », explique le site de la Fifa.
FIFA TM
blessure de Pat d’entrée sur la première situation, avec ses qualités, le franchissement qu’il réalise, ça nous a déstabilisés.
Mais on ne va pas se cacher derrière ces
excuses-là… »
Rémi Talès, qui imaginait avoir disputé
son dernier match avec les Ciel et Blanc
une semaine plus tôt à Vannes contre
Agen, a vécu un véritable « ascenseur
émotionnel » : « Durant la semaine, j’étais
dans la peau de l’ouvreur du Leinster pour
préparer ceux qui étaient sur la feuille de
match. Ensuite, j’ai basculé sur la feuille de
match et je ne m’attendais pas à entrer si
vite… » L’ancien ouvreur international
(34 ans, 23 sél.) aurait même pu se muer
en héros s’il avait passé le drop qui aurait
arraché les prolongations. « Les Irlandais
sont montés très vite sur moi. J’ai voulu
éviter de me faire contrer et mes épaules
ont trop tourné », regrettait-il à chaud.
À ses côtés, Iribaren, arrivé de Brive
en début de saison, s’est comporté
comme un patron. « J’ai décidé de prendre le jeu au pied à mon compte, pour les
acculer chez eux», raconte le numéro 9,
qui concède avoir ressenti « un peu de
pression . Le stade, l’événement, le monde, ça change forcément les choses… ».
Avec cette charnière improvisée, le
Racing est parvenu à pousser le Leinster
dans ses retranchements mais pas à gagner. Laurent Labit en a profité pour régler un compte avec Leo Cullen, l’entraîneur irlandais. « Il a dit qu’on a une équipe
de riches. Et comme on est riches, on a
beaucoup de joueurs à tous les postes. Lui a
l’équipe d’Irlande en main. C’est sûr qu’on
est tombés sur une équipe de pauvres… » ■
EN BREF
Giro : Yates devance Pinot
Simon Yates, porteur du maillot
rose, a remporté en altitude
la 9e étape du Tour d’Italie.
Le Britannique devance sur la
ligne Thibaut Pinot. Au général,
le Français est 4e à 45 secondes.
Chris Froome est le grand perdant
du jour avec une minute concédée
(11e, à 2’27’’ au général).
F 1 : Hamilton fait le break
En dominant de bout en bout le GP
d’Espagne, le champion du monde
en titre a désormais 17 points
d’avance sur Vettel (Ferrari),
seulement 4e. Lewis Hamilton
(Mercedes) s’est imposé devant
son coéquipier Valtteri Bottas.
Golf : Lorenzo-Vera s’incline
lors du play-off en Sicile
Mike Lorenzo-Vera (33 ans)
est passé tout près de sa première
victoire sur le Tour européen lors
de l’Open de Sicile. Le Français,
à égalité avec le Suédois Joakim
Lagergren (268, -16) à l’issue des
quatre tours du tournoi, a été battu
au premier trou de play-off
sur le trou no 18. Julien Guerrier
finit à la 6e place (273, -13).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 14 mai 2018
LE CARNET DU JOUR
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communications
A l'issue d'un dîner de gala
le mercredi 23 mai 2018, le
Prix Renaissance
de l'économie 2018
sera remis par
Charles Millon
à
ancien ministre de la Défense,
Odile Damour,
née Baudoux, son épouse,
Mathieu, Antoine, Tristan,
Alexandre,
ses fils,
ses petits-enfants,
ses frères et sœurs,
sa famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
Thierry DAMOUR
survenu le 10 mai 2018,
à l'âge de 74 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Saint-Genis-Laval (Rhône),
le mercredi 16 mai, à 10 heures.
Renseignements sur le site
cerclerenaissance.info
ou par téléphone au
01 42 27 48 22 l'après-midi.
Réservations impératives
avant le jeudi 17 mai 2018.
conférences
L'église réformée
de Neuilly-sur-Seine
organise une conférence
sur Rembrandt,
au temple protestant,
18, boulevard d'Inkermann,
le mercredi 16 mai 2018,
à 20 h 30,
Rembrandt,
quel message chrétien
derrière sa représentation
du Christ ?
avec Béatrice Vingtrinier,
historienne de l'art
et le pasteur Bruno Gaudelet.
Entrée libre.
Mme Georges Pierre
Etchanchu,
Jean-Arnaud, François
et Pierre,
ses fils, et petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
général
Georges Pierre ETCHANCHU
officier de la Légion d'honneur,
Saint-Cyr,
promotion Général Frère,
le 11 mai 2018, à Saint-Malo,
dans sa 90e année.
La messe d'obsèques
sera célébrée en l'église
Saint-Jean-Baptistedu-Vic-Bilh, à Garlin
(Pyrénées-Atlantiques),
dans l'intimité familiale,
le vendredi 18 mai,
suivie de l'inhumation,
dans le caveau de famille.
Cet avis tient lieu de faire-part.
555, rue de Pré-Bailly,
01170 Gex.
Le merveilleux géographique :
l'exemple des romans
géographiques à travers
l'espace guyanais
Entrée gratuite. Amphithéâtre
de la Société de géographie,
184, boulevard Saint-Germain,
Paris (6e).
Marie-Elisabeth
et Stéphane (†) Nicolet,
Jean et Bénédicte Gamblin,
Pascal et Véronique Landau,
François et Blandine Gamblin,
ses enfants,
ses 15 petits-enfants
et leurs conjoints,
ses 9 arrière-petits-enfants,
Madeleine Breuvart,
sa belle-sœur,
Jean-Paul Laroudie
vous font part dans la peine
et l'Espérance
du retour à Dieu de
Anne-Marie GAMBLIN
née Codet,
le 12 mai 2018,
dans sa 91e année, munie
des sacrements de l'Église.
Une messe d'action de grâce
sera célébrée,
en union avec son époux,
René Gamblin (†),
le mercredi 16 mai,
à 10 heures,
en l'église Sainte-Odile,
Paris (17e).
Narbonne.
Son épouse,
Marie-Catherine Gessier,
née Radosevic,
et ses enfants,
Lukas, Klara et Léa Gessier,
ont la tristesse
de faire part du décès de
survenu le 14 avril 2018,
à Narbonne, à l'âge de 40 ans.
Noël et Violaine
Champetier de Ribes,
Jérôme Chadenet,
Benoît et Olivia Chadenet,
ses enfants,
Ferdinand et Gabriela
Champetier de Ribes,
Julien et Hélène
Champetier de Ribes,
Pauline et Klaus
Chadenet-Kowalski,
Grégoire Chadenet,
Clément Chadenet,
Thomas Chadenet,
ses petits-enfants,
Isaïa, Margaux, Vincent,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Sylvie CHADENET
née Lebée,
survenu le 10 mai 2018,
à l'âge de 94 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 17 mai, à 9 h 45,
en l'église Notre-Damede-Grâce-de-Passy, Paris (16e).
Ni fleurs ni couronnes.
ont l'immense tristesse
de vous annoncer le décès de
M. Yves GOÜIN
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi 16 mai,
à 14 h 30, en la chapelle
de la maison Saint-Joseph,
63, rue Gaston-Turpin,
à Nantes.
La cérémonie sera suivie
de l'inhumation au cimetière
Miséricorde de Nantes.
La famille remercie
chaleureusement le personnel
de la maison Saint-Joseph,
pour leur dévouement
et leur accompagnement.
Mme Gabrielle Ionesco,
son épouse,
Michel et Xavier Gomart,
ses fils,
ses 5 petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Luc GOMART
officier
de l'ordre national du Mérite,
survenu le 7 mai 2018,
dans sa 92e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 15 mai, à 14 h 15,
en l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine,
avenue du Roule.
L'inhumation aura lieu
au cimetière de Sauzon,
à Belle-Île-en-Mer,
le jeudi 17 mai.
Ghislaine Le Voyer,
Jacques et Béatrice Le Voyer,
Arnaud et Anne Le Voyer,
Jean-François et Brigitte
Boucher,
Bruno et Sabine Maitre,
ses 20 petits-enfants,
ses 21 arrière-petits-enfants
font part du rappel à Dieu de
M. Alain LE VOYER
le 11 mai 2018, à l'âge de 94 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-Kerdro,
à Locmariaquer (Morbihan),
le vendredi 18 mai, à 14 h 30.
L'inhumation aura lieu
ensuite au nouveau cimetière
de Locmariaquer.
Paul de Montchenu,
son époux,
Axel, son fils,
M. Alain de Vaucresson,
son père,
M. et Mme
Henri de Montchenu,
ses beaux-parents,
ses frère, sœurs, beaux-frères,
belles-sœurs, neveux et nièces
Guillemette de MONTCHENU
née Trutié de Vaucresson.
Mgr Jean-Paul Vesco,
évêque d'Oran,
le frère Loïc-Marie Le Bot,
prieur provincial
de la province de Toulouse,
le frère Michel Lachenaud,
prieur provincial
de la province de France,
le prieur
et les frères dominicains
du couvent de l'Annonciation,
frère Jean-Luc VESCO, o. p.
ancien prieur provincial
de la province de Toulouse,
ancien directeur de l'École
biblique et archéologique
française de Jérusalem,
officier de la Légion d'honneur,
survenu le 9 mai 2018,
à Paris, dans sa 85e année.
La messe de funérailles
sera célébrée
au couvent de l'Annonciation,
222, rue du FaubourgSaint-Honoré, Paris (8e),
le mercredi 16 mai, à 10 heures.
Une messe d'A-Dieu sera dite
en l'église Saint-Denis,
à Cougousse (Aveyron),
le jeudi 17 mai, à 16 heures,
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial.
Victoire, Axelle, Raphaëlle,
ses petites-filles,
font part du rappel à Dieu du
paul.demontchenu@gmail.com
Cet avis tient lieu de faire-part.
docteur Nicolas IONESCO
Ariane Raoul-Duval Pike,
Christian et Juliette
Raoul-Duval,
Pierre et Nathalie
Raoul-Duval,
Gilles Raoul-Duval
et Laure Dumereau,
Sylvie Raoul-Duval
et Bernard Gasquet,
Anne Raoul-Duval,
ses enfants et leurs conjoints,
Alice, Antoine, Camille,
Emmanuelle, François, Hugo,
Jean, Juliette, Léo, Marie,
Maxime et Yoann,
ses petits-enfants,
Ava, Axel, Blanche, Brune,
Elsa, Gabriel, Jeanne et Martin,
ses arrière-petits-enfants,
et Heidi Gueusquin
Florence et Olivier,
sa fille et son conjoint,
Thibaud, son petit-fils,
ont la grande tristesse
de vous annoncer le décès de
Claude RAOUL-DUVAL
survenu le 10 mai 2018,
dans sa quatre-vingtdix-neuvième année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 16 mai, à 14 h 30,
en la cathédrale Saint-Louis
des Invalides, Paris (7e).
A l'issue de la cérémonie,
les honneurs funèbres militaires
lui seront rendus
dans la cour d'honneur de
l'Hôtel national des Invalides.
l'Ordre de la Libération
ont la tristesse
de faire part du décès,
survenu le 10 mai 2018,
dans sa 99e année, de
M. Claude RAOUL-DUVAL
Compagnon de la Libération
décret du 16 octobre 1945,
grand officier
de la Légion d'honneur,
croix de guerre 1939-1945,
croix du combattant
volontaire de la Résistance,
médaille coloniale
avec agrafe « Libye ».
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 16 mai, à 14 h 30,
en la cathédrale Saint-Louis
des Invalides, Paris (7e).
A l'issue de la cérémonie,
les honneurs funèbres
militaires lui seront rendus
dans la cour d'honneur de
l'Hôtel national des Invalides.
Claude Raoul-Duval,
compagnon de la Libération
ont le regret
de vous faire part du décès du
Ni fleurs ni couronnes, des
dons au profit de l'association
des Dames du Calvaire,
maison médicale
Jeanne Garnier,
106, avenue Emile-Zola,
75015 Paris.
le 9 mai 2018, à Bordeaux.
disparition
M. et Mme Denis Vesco
et leurs enfants,
M. Antoine Vesco
et ses enfants,
M. et Mme André Vesco
et leurs enfants,
Mme Brigitte Vesco
et ses enfants,
ses frères, belles-sœurs,
neveux et nièces,
Le service religieux
sera célébré en l'église
Saint-Hippolyte,
à Mareau-aux-Prés (Loiret),
le mercredi 16 mai,
à 15 heures.
Marina Ionesco,
François Ionesco,
ses enfants,
Le chancelier d'honneur
et le délégué national de
Mme Luc Gomart,
née Claire Lugagne Delpon,
son épouse,
Mme Alain Le Voyer,
née Solange Lepercq,
son épouse,
ont la profonde tristesse
de faire part du décès,
à Paris, le 8 mai 2018,
à l'âge de 37 ans, de
grand officier
de la Légion d'honneur,
Compagnon de la Libération,
M. Mathieu GESSIER
deuils
ses frères et sœurs
et les familles associées
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Amand, à Bordeaux,
le mercredi 16 mai, à 10 h 30.
La Société de géographie
organise une conférence
le jeudi 17 mai 2018,
à 18 heures,
M. et Mme Dominique Goüin,
M. et Mme Bernard Goüin,
M. et Mme Pierre de l'Espinay,
M. et Mme Loïc Goüin,
M. et Mme Maxence Latrobe,
frère Hervé Goüin,
ses enfants,
ses 24 petits-enfants
et leurs conjoints,
ses 43 arrière-petits-enfants,
survenu le 12 mai 2018,
à l'âge de 94 ans.
Charles Beigbeder
Inauguré en 1981
par René Monory,
le Prix Renaissance
de l'économie
est le rendez-vous annuel
de l'économie de liberté.
Mme Yves Goüin,
née Soizick Mollat, son épouse,
19
Claude Raoul-Duval, jeune aviateur pendant
la Seconde Guerre mondiale, avait rejoint de Gaulle
à Londres en juin 1940. FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
ALAIN BARLUET £@abarluet
Monique Curren,
sa belle-sœur,
Didier, Thierry et Sophie
Curren,
ses neveux et nièce,
les familles Curren, Verchère,
Vanderschaeghe, Rey, Madala,
Rittaud et Gruffat,
ses amis
et ses anciens collaborateurs
ont l'immense tristesse
de vous faire part du décès de
Madge VERCHÈRE
née Curren,
docteur d'État
en chirurgie dentaire,
professeur émérite
de l'université
Reims Champagne-Ardennes,
ancienne secrétaire générale
du comité odontologique
d'éthique de l'Académie
nationale de chirurgie dentaire,
officier
des Palmes académiques,
survenu le 7 mai 2018,
à l'âge de 96 ans.
L'inhumation se déroulera
le mercredi 16 mai,
à 10 heures, au cimetière
de Saint-Julien-en-Genevois
(Haute-Savoie).
Thierry Curren,
2, impasse des Gardes,
63270 Saint-Maurice.
Élisabeth Deveille,
Béatrice Vernier
et Odile Billette de Villemeur,
ses filles,
accompagnées de leur famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Gabriel VERNIER
résistant,
ancien président
de la Fédération française
des clubs d'aéroglisseurs,
survenu le lundi 7 mai 2018,
à l'âge de 93 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 16 mai, à 14 h 30,
en l'église Saint-Jean-Baptiste
de Sceaux,
suivie de l'inhumation,
au cimetière de Sceaux.
Mme Lydia Viviez,
née Vignolet, son épouse,
Dominique et Véronique Viviez,
Bruno et Jacqueline Viviez,
Béatrice Viviez,
Benoît Viviez,
ses frères, sœur
et belles-sœurs,
ainsi que ses neveux, nièces
et toute sa famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Eric VIVIEZ
survenu le 6 mai 2018,
à l'âge de 68 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 17 mai,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Michel, à Versailles,
suivie de l'inhumation,
au cimetière des Gonards.
Martine et Bernard
Tavernier-Vèzes,
Anne-Sophie et Guillaume
Tavernier,
Anna Tavernier,
ses enfants, petits-enfants
et son arrière-petite-fille
ont la tristesse
de vous annoncer le décès de
Mme Pierre VÈZES
née Janine Pelletier,
le vendredi 11 mai 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 18 mai, à 14 h 30,
en l'église
Saint-François-de-Molitor,
44, rue Molitor, Paris (16e).
Elle sera inhumée
dans le cimetière
de la maison de famille
de Mornac-sur-Seudre
(Charente-Maritime).
Cet avis tient lieu de faire-part.
7, rue Victor-Considérant,
75014 Paris.
remerciements
Thierry, Sophie, Catherine,
Olivier, Frédérique, Pierre,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
M. Jean-Marie BRUGÈRE
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
Ses enfants, petits-enfants
et son arrière-petite-fille,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès du
comte Bernard de VIRY
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
messes
et anniversaires
Il y a un an,
Françoise et Philippe
PLANCHON
étaient rappelés à Dieu.
Une messe en leur mémoire
sera célébrée
le mercredi 16 mai 2018,
à 11 heures, en l'église
Sainte-Jeanne-de-Chantal,
place de la Portede-Saint-Cloud, Paris (16e).
Frédéric et Isabelle Planchon,
Guillaume et Nathalie
Planchon,
Ségolène et Christian Dollfus,
et leurs enfants.
Comme souvent avec les
compagnons de la Libération, c’est une humilité déconcertante qui frappait
d’abord chez Claude RaoulDuval. À croire que l’incroyable destin que ses camarades et lui-même se
forgèrent dans l’adversité
ne résultait au fond que
d’une évidence toute simple, celle de leur engagement pour la France libre. Et
quel destin que celui de
Claude Raoul-Duval, mort
le 10 mai près de Paris, à
l’âge de 98 ans.
En juin 1940, Claude
Raoul-Duval a 20 ans et
c’est un jeune sous-lieutenant tout juste sorti de
l’École de l’air. Sa famille a
donné à la France des polytechniciens, des industriels,
des négociants et des écrivains. Il est d’accord avec
Pétain, qui s’exprime le
17 juin à la radio, lorsque le
vieux maréchal déplore que
« l’esprit de jouissance l’ait
emporté sur l’esprit de sacrifice ». Il refuse en revanche
l’arrêt des combats qui va
jeter des centaines de milliers de prisonniers dans les
bras des Allemands.
Le 20 juin 1940, il s’embarque pour l’Angleterre
depuis le Verdon, en Gironde, près de Bordeaux où sa
famille s’est repliée. Son
père lui a parlé d’un certain
général de Gaulle, qui lui
aussi s’est exprimé à la radio
et dont personne n’a entendu l’Appel. Il débarque en
Angleterre le 22 juin et rejoint Londres pour être affecté dans les forces aériennes françaises libres, en
qualité
d’élève-pilote.
Après presque un an d’entraînement dans les rangs de
la Royal Air Force (RAF), il
obtient son brevet de pilote
anglais – les fameuses
wings.
160 missions
à son actif
À partir de juin 1941, il
connaît, enfin, l’épreuve du
feu à Suez où il a été envoyé
avec une dizaine d’autres
pilotes. Le groupe de chasse
« Alsace, composé d’aviateurs français, est créé en
septembre 1941 et rattaché
au 243e Wing de la RAF. Les
missions, d’Alexandrie à
Tobrouk, consistent à aller
« taper » l’Afrika Korps ou
les Italiens avec de vieux
Hurricane. Un certain nom-
bre de ses camarades partent en Russie former les
groupes de chasse no 3 de la
France libre, le futur « Normandie-Niemen ». Aucun
ne reviendra. « Je ne sais pas
exactement pourquoi je ne les
ai pas suivis, mais cette décision m’a sans doute sauvé la
vie », racontait Claude
Raoul-Duval au Figaro en
2015.
De retour en Angleterre
fin 1942, il reprend du service dès janvier 1943 au sein
de l’« Alsace » lorsque le
groupe de chasse est reformé, devenant le RAF 341
Squadron, sous les ordres du
commandant Mouchotte.
Le 17 avril 1943, il est
abattu à bord de son Spitfire
au-dessus du pont de Tancarville, en Normandie. Il
parvient à sauter en parachute et à échapper aux Allemands. S’ensuivent cinq
mois d’une cavale rocambolesque au cours de laquelle Claude Raoul-Duval rejoint les rangs de la
Résistance. Il sert notamment de convoyeur au sein
des réseaux « Comète et
Bourgogne » qui exfiltrent
les pilotes alliés abattus audessus de la France. Celle
qui deviendra sa femme, Josette, est à ses côtés dans la
Résistance. C’est l’aide de
son père qui, une seconde
fois, lui permettra de rallier
l’Angleterre, en septembre 1943.
Claude Raoul-Duval volera au-dessus des plages du
Normandie, lors du Débarquement, le 6 juin 1944, et
terminera la guerre en
mars 1945 avec 160 missions
à son actif. Il est fait compagnon de la Libération, le
16 octobre 1945. Après la
guerre, il quitte l’armée et
devient directeur général de
Berliet en Algérie, puis fait
carrière dans la banque, notamment au Crédit lyonnais.
Grand officier de la Légion d’honneur, Claude
Raoul-Duval était le dernier
représentant des Forces aériennes françaises libres
parmi les compagnons de la
Libération. Emmanuel Macron a exprimé la gratitude
de la nation pour ses actes
d’héroïsme. « Être compagnon, c’est un honneur », relatait-il au Figaro, il y a trois
ans. « J’ai été choisi par un
hasard heureux. Je ne dis pas
que je ne le méritais pas. Mais
bien d’autres le méritaient
aussi », ajoutait ce héros
discret et incroyablement
modeste. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
20
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
SOIXANTE-DIX ANS D’ISRAËL
■ Le 14 mai 1948, l’indépendance de l’État d’Israël était proclamée par David Ben
Gourion. Soixante-dix ans après, l’universitaire Denis Charbit décrit les espérances et les inquiétudes qui traversent l’inconscient collectif de ce jeune pays.
L’avocat
Gilles-William
Goldnadel analyse, pour sa
part, les évolutions du regard français sur l’État juif.
En Israël s’affrontent quatre visions de l’avenir
il y a bien un sentiment
qui prédomine parmi les
Israéliens en cette année
de célébration du 70e
anniversaire de l’État
d’Israël, c’est celui
d’être passé de la fragilité existentielle à la
sûreté de soi, de l’inquiétude à la sérénité.
Autrefois, Israël était une société où
régnait la rareté, elle est aujourd’hui une
société d’abondance ; on y menait une vie
ascétique et rude, une vie spartiate ;
et Sparte s’avère n’avoir pas étouffé
la vitalité d’une agora démocratique
inspirée d’Athènes avec des élections
à répétition et des milliers d’associations
émanant de la société civile qui animent
l’espace public.
« Ils veulent être heureux », ironisait le
philosophe allemand Hermann Cohen.
Cette quête de bonheur, incongrue il y
a soixante-dix ans, puisqu’il s’agissait
pour les exilés des quatre coins de la terre
de parer d’abord à l’essentiel – un
logement, un emploi -, est aujourd’hui
un horizon concevable. Pays en voie de
développement dans les années 1960,
Israël est aujourd’hui un pays développé,
à la pointe de la recherche scientifique et
technologique. Et, s’il y a un demi-siècle,
les prouesses agricoles et militaires
étaient la quintessence du nouvel homme
juif, de nos jours, la créativité se
manifeste également dans les champs
artistique, cinématographique et
littéraire. Ce constat, la plupart des
Israéliens y souscrivent, à ceci près
que si, pour les uns, il ne faut retenir que
les succès, compte tenu de la haine et
de la diffamation systématique dont
Israël est encore
l’objet, d’autres
plus exigeants
estiment capital,
malgré l’hostilité
D’ici vingt ou trente ans, l’État hébreu
extérieure,
pourrait compter un quart d’Arabes israéliens,
d’additionner à cette
tandis que les Juifs laïques, sionistes religieux
fierté collective une
et ultraorthodoxes représenteront
vigilance critique :
vraisemblablement trois groupes d’égale
qu’est devenu l’idéal
de la paix autrefois
importance, explique l’universitaire israélien*.
+
» Lire aussi PAGES 6 À 9
S’
DENIS CHARBIT
élection, en 2014, Israël ne peut plus être
perçu comme il était autrefois, c’est-àdire une collectivité homogène juive
et laïque autour de laquelle gravitent des
groupes minoritaires marginaux, arabes
et religieux. D’ici deux à trois décennies,
Israël pourrait bien émerger comme un
pays composé de quatre « tribus » à poids
démographique égal : un quart d’Arabes
israéliens, musulmans pour la plupart ;
un quart d’ultraorthodoxes juifs ;
un quart de sionistes religieux
soutenant avec détermination le
maintien d’Israël en Judée-Samarie ;
un quart de Juifs laïques.
Face à cette évolution, on devine
l’ampleur des nouveaux défis qu’Israël
aura à relever. Le premier est d’ordre
économique : Israël ne
pourra garantir sa
On risque de se transformer en
prospérité dans les
statue de sel à refuser de voir les
décennies à venir que si
mutations sociales, démographiques l’État parvient à intégrer
dans le marché du travail
et culturelles qui traversent le pays
deux populations qui
sont actuellement sousemployées : les hommes ultraorthodoxes
chaos qui règne dans le monde arabe,
qui privilégient l’étude talmudique et
ils s’accommodent de l’État d’Israël et
les femmes en secteur arabe qui restent
participent de la prospérité, de la stabilité
au foyer. Ce défi exige principalement
et de la sécurité qui y règnent, mais
des investissements considérables
s’interdisent d’exprimer la moindre
pour améliorer les infrastructures et
gratitude en public tant qu’Israël domine
les transports publics, mais également
les Territoires occupés où vivent leurs
des accommodements culturels.
frères palestiniens.
Le second défi est d’ordre politique : les
Les ultraorthodoxes refusent, eux
quatre « tribus » d’Israël sont chacune
aussi, de prendre part aux célébrations.
animées de visions du monde
Cependant, ils ne peuvent pas ne pas
contradictoires. Elles se perçoivent
admettre qu’au sein de cet État d’Israël
également comme menacées les unes par
laïque qu’ils réprouvent, il n’y a jamais
les autres, tels les laïques qui vivent à Teleu un si grand nombre de synagogues
Aviv en citadelle assiégée et redoutent
et de yeshivot (lieux d’étude) depuis que
la pression des partis religieux. Israël est
le judaïsme existe.
un pays moderne et démocratique où,
S’il n’est pas inopportun en cette
cependant, les communautarismes sont
circonstance de regarder en arrière, on
protégés, voire encouragés. L’intégration
risque de se transformer en statue de sel
ne signifie guère l’alignement de groupes
à refuser de voir les mutations sociales,
minoritaires sur un modèle dominant,
démographiques et culturelles qui
mais bien la reconnaissance de leur
traversent le pays. Comme l’a rappelé
droit à s’épanouir et à évoluer comme
Reuven Rivlin, le président de l’État
ils l’entendent, sans pression directe
d’Israël, dans un discours refondateur
venue d’en haut.
prononcé quelques mois après son
consensuel ? Et l’aspiration à créer
une nouvelle société solidaire, sinon
égalitaire ?
Il ne faut pas craindre de regarder
les choses en face, en commençant par
admettre qu’un tiers des Israéliens ne
se sentent pas concernés par ce bilan
exemplaire : ce sont tout d’abord les
Arabes israéliens - ou les Palestiniens
d’Israël. Idéologiquement parlant,
ils ne sont pas invités à la fête, pas plus
d’ailleurs qu’ils ne veulent y participer.
Défini comme État juif, Israël les exclut
symboliquement, alors même qu’ils
disposent, parallèlement, en tant que
citoyens d’un État démocratique, des
droits civils, civiques, politiques,
individuels et collectifs. Considérant le
«
»
Deux perspectives se dessinent.
Elles s’appuient sur la définition
officielle d’Israël comme État juif et
démocratique : la première entend
faire prévaloir la suprématie de son
caractère juif aux dépens de sa nature
démocratique. Sans mettre en cause
cet équilibre sur lequel Israël repose,
une seconde tendance prône le
développement d’un consensus inclusif
qui établirait le lien social sur le bien
commun au lieu de pousser les groupes
à se soumettre ou à se démettre.
Il implique de dépasser la peur pour
se connaître enfin, se parler, plutôt que
de s’ignorer, s’enfermer et de perpétuer
ainsi les fantasmes.
En soixante-dix ans, l’État d’Israël
a gagné la bataille de la légitimité
parmi les Juifs de la diaspora. Autrefois
méfiante voire hostile, la diaspora
adhère pleinement à Israël, ce qui ne
signifie pas nécessairement qu’elle
s’aligne sur tous ses choix. L’État d’Israël
a gagné également la bataille de la
légitimité internationale. Il entretient
aujourd’hui des relations diplomatiques
avec la plupart des pays de la planète.
Reste la reconnaissance du monde
arabe et du peuple palestinien. La paix
avec l’Égypte et avec la Jordanie est
un traité d’État à État, pas une
réconciliation entre les peuples. Trop
d’Israéliens et trop de Palestiniens
demeurent convaincus que leur droit
sur cette terre disputée est indiscutable,
et donc exclusif, niant le droit de l’autre
peuple à une patrie sur cette même terre.
Dès lors, l’occupation et la colonisation
nourrissent la prétention des Israéliens
à maintenir une autorité sans concession,
tandis que le terrorisme nourrit la
conviction que la présence des Juifs
en Palestine reste toujours indésirable.
* Maître de conférences en sociologie
et science politique à l’Université
ouverte d’Israël. A notamment publié
« Israël et ses paradoxes. Idées reçues
sur un pays qui attise les passions »,
préface d’Élie Barnavi (Le Cavalier Bleu,
2018).
Un État-nation occidental,
avec ses frontières et une identité culturelle
u moment où l’État juif
fête ses 70 ans, il est non
seulement intéressant
mais crucial d’interroger
les raisons qui font que
le regard que les Français
lui portent s’est modifié en profondeur.
On peut tenter de tergiverser, on peut
essayer, non sans raison, d’opposer
le regard médiatique et conformiste
à celui de la France charnelle. On peut
se consoler en consultant des sondages
en rien catastrophiques. Il n’empêche.
Quelles sont loin les années d’avant
l’indépendance où Français et sionistes
faisaient corps pour forcer
clandestinement les barrages de la Royal
Navy, les soutes des rafiots en partance
de Port-de-Bouc, pleines de réfugiés des
camps d’extermination. Elle est loin la
IVe République socialiste et radicale, celle
des Bourgès-Maunoury, Félix Gaillard,
Guy Mollet ou Christian Pineau, prête
à partir en guerre contre le nassérisme
ou à permettre à l’État hébreu d’assurer
sa survie avec l’arme suprême.
Le tournant, le virage tragique, on le
connaît : 1967, la guerre des Six-Jours et
la transformation symbolique du peuple
de déportés en nation occupante. Le
changement est brutal : la victoire de la
petite armée hébreue contre l’armée du
pharaon dans les sables du Sinaï, vécue
par le peuple de France comme une
manière de miracle. Las, quelques mois
plus tard, le maintien de soldats dans
des territoires où une large partie de la
population autochtone n’en veut pas
autorisera dès lors la dure réalité d’une
occupation et les pires fantasmes des
comparaisons
obscènes avec la
période hitlérienne.
Que l’on
De la création de l’État d’Israël à aujourd’hui, le regard m’entende bien : on
peut parfaitement
sur cette jeune nation a été profondément modifié
considérer,
par la nouvelle morale européenne explique l’avocat. comme le font
A
1
DESSINS CLAIREFOND
A
GILLES-WILLIAM GOLDNADEL
au demeurant de nombreux Israéliens,
que la poursuite de l’occupation en
Cisjordanie, et davantage encore la
politique d’implantations, aura gâché
durablement la perception à l’étranger
de la nation israélienne.
Au rebours, on peut tout à fait
soutenir que c’est l’irrédentisme
de l’islamo-nationalisme palestinien
consubstantiellement antisémite,
comme en attestent encore récemment
les propos de Mahmoud Abbas, qui a
placé l’État juif dans une alternative
diabolique : céder les Territoires et perdre
un glacis stratégique existentiel ou
les conserver au risque de se perdre.
Mais l’essentiel, à mes yeux, est
ailleurs : je veux soutenir ici que, quel
que soit le regard que l’on porte sur la
politique israélienne, celui que l’on porte
sur l’État démocratique est rien moins
que rationnel et en dit long, non
seulement sur l’État juif, mais plus
encore sur l’Occident.
Et nous ne sommes plus dans
la réflexion politique mais dans la
psychologie de l’inconscient collectif.
Après juin 1967, mai 1968. La première
génération quasi adulte, frappée en plein
cœur par la révélation de la Shoah et
des crimes de la collaboration. « Nous
sommes tous des Juifs allemands ! »,
crient les manifestants qui protestent
contre l’expulsion de Cohn-Bendit.
Soudain, voilà que l’être juif souffrant
devient une qualité. « CRS SS ! »
L’absurde amalgame entre l’État nazi
et l’État-nation occidental. Une nouvelle
religion postchrétienne est née.
Irrationnelle en diable. La Shoah est
vécue comme une nouvelle Crucifixion.
Il faut dire que le Juif en pyjama rayé
ressemble à s’y méprendre à Jésus le juif
crucifié : décharné, il ne sourit pas,
il ne se défend pas.
Et voilà où je veux en venir : l’Occident
postchrétien venait de se réconcilier avec
son Juif autrefois honni : il n’était plus le
leurs descendants, ont été souvent élevés
dans l’hostilité à l’État du peuple juif,
quand ce n’est pas à ce dernier.
Quittons pour terminer la
fantasmagorie collective qui explique la
réalité virtuelle pour revenir à la crudité
du réel. Soixante-dix ans plus tard,
Israël a changé et n’a pas changé. Les
kibboutzim existent toujours, mais le
rêve n’est plus le même. On ne confie
plus ses enfants à une garde commune
pour leur enseigner l’idéal sioniste et
collectiviste. La société israélienne est
dure aux faibles, y compris aux derniers
survivants de la Shoah. Le personnel
politique israélien
est d’une rare
Le tournant, le virage tragique, on
médiocrité morale
le connaît : 1967, la guerre des Six-Jours et intellectuelle,
la faute du mode
et la transformation symbolique du
de recrutement
de celui-ci à la
peuple de déportés en nation occupante
proportionnelle
intégrale. Du temps de Ben Gourion, ce
Voilà dans quel cadre fantasmatique
n’était pas très grave : l’élite de l’armée
un jeune Français d’aujourd’hui a grandi
et des kibboutzim formait le corps
sans le savoir.
des législateurs, mais à l’heure de la
Mais il y a autre chose, issu du même
professionnalisation des députés à la
traumatisme historique, qui explique
Knesset, le résultat est consternant. Mais
pour quelles raisons l’angle du regard sur
Israël, c’est aussi la start-up nation qui
l’État juif a changé et qui n’a rien à voir
produit des brevets d’invention, comme
avec l’Israël septuagénaire et tout avec la
nulle autre, à foison. C’est encore, c’est
France contemporaine. C’est le regard
toujours, l’armée d’un peuple décidé
que l’on porte aujourd’hui sur le devenir
à conjurer l’antique malédiction.
d’un État-nation occidental, avec ses
Surtout, Israël, assoiffé de paix pour
frontières et une identité culturelle –
autant qu’elle soit vraie et définitive,
pour ne pas écrire ethnique –, à protéger,
est
toujours menacé de destruction.
voire à défendre avec une police et une
De Gaza jusqu’à Téhéran en passant
armée. À un moment où la réticence
par Sevran. Ontologiquement détesté.
envers une immigration étrangère
Furieusement diffamé.
illégale est vécue par une partie des élites
Obsessionnellement observé.
et des médias comme la manifestation de
Raison et déraison de plus, quel que
la xénophobie et du racisme, comment
soit le regard énamouré ou lucide qu’on
vouloir que la force militaire israélienne
lui porte, pour lui souhaiter bon
soit vécue comme il y a un demi-siècle ?
anniversaire.
Sans parler, évidemment de la
*Président de l’Association France-Israël,
transformation de la démographie
Gilles-William Goldnadel
française, qui fait que nombre de
est chroniqueur au FigaroVox.
nouveaux arrivants et davantage
déicide mais au contraire le supplicié.
Et voici que le Judéen israélien, le Judas,
faisait le coup de feu et devenait
l’occupant ! Celui qui adorait le Juif
en pyjama rayé ne pouvait, dépité,
qu’abhorrer l’autre en uniforme kaki.
La nouvelle religion postchrétienne,
profondément honteuse du génocide
suprême commis par le plus détestable
de tous les Occidentaux, est devenue
fondamentalement antioccidentale
et elle a tôt fait de descendre de sa Croix
le juif israélien déchu pour le remplacer
par un Nazaréen de Palestine censé vivre
un nouveau calvaire.
«
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 14 mai 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Nicolas Baverez
£@NicolasBaverez
Les États-Unis pyromanes
onald Trump a mis
ses menaces à exécution
en annonçant la sortie
des États-Unis de l’accord
sur le nucléaire iranien,
signé à Vienne le 14 juillet
2015, et la remise en vigueur
des sanctions économiques visant
Téhéran. Pour n’être en aucun cas
une surprise, ce nouveau coup de force
est lourd de conséquences. Il renverse
en effet les rôles. L’Iran, souvent qualifié
d’État voyou, a rempli ses engagements
dans le domaine nucléaire, comme
en atteste l’Agence internationale
de l’énergie atomique. À l’inverse,
les États-Unis, après avoir sapé la levée
des sanctions par l’ambiguïté maintenue
dans le domaine de la finance,
qui a de facto interdit aux banques
d’accompagner l’ouverture du marché
iranien, s’affranchissent du droit
international en violant la résolution
des Nations unies validant l’accord
de Vienne.
Un engrenage infernal est lancé.
En Iran, les conservateurs, unis autour
du guide suprême, Ali Khamenei, voient
confirmée leur dénonciation de l’accord
de Vienne comme un marché de dupes.
Le risque est très élevé d’une relance
du programme nucléaire, avec pour
objectif de disposer de l’arme atomique
à horizon d’un an afin de sanctuariser
le régime, incitant en retour
les États-Unis et Israël à effectuer
des frappes préventives. En Syrie,
l’escalade est déjà engagée, avec
les raids israéliens du 9 mai ciblant
les sites des brigades iraniennes
al-Qods, dans la continuité des
opérations des 9 et 30 avril derniers.
Le chaos du Moyen-Orient
s’internationalise, ajoutant à la
dynamique de la guerre de religion
l’affrontement direct des puissances :
l’axe constitué par Israël, l’Arabie
saoudite et l’Égypte, bénéficiant
D
ANALYSE
Jean-Pierre Robin
jprobin@lefigaro.fr
site d’essai nucléaire de Punggye-ri
- qui met en porte à faux les menaces
de frappes et de sanctions
des États-Unis. Enfin la Corée du Nord
s’est réconciliée avec la Chine
et s’est assuré son soutien lors des deux
rencontres entre Kim Jong-un
et Xi Jinping, à Pékin puis à Dalian,
qui ont permis de réaligner les intérêts
des deux pays.
Dans le passé, la Corée du Nord
n’a jamais respecté les engagements
pris vis-à-vis de la communauté
internationale en 1994, en 2005 puis
en 2007, poursuivant ses programmes
nucléaire et balistique en dépit des aides
alimentaire, économique et énergétique
qui lui étaient apportées. Sous
la perspective d’un traité de paix pointe
la volonté d’obtenir le retrait militaire
des États-Unis de Corée du Sud. Sous
la dénucléarisation se dessine non pas
l’abandon par Pyongyang de l’arme
atomique qui constitue son assurance
de survie, mais sa participation à la
négociation sur de futurs accords de
désarmement. Sous l’éventuel abandon
des missiles intercontinentaux se cache
la conservation d’un imposant arsenal
de fusées à courte et moyenne portée qui
visent la Corée du Sud et le Japon. D’où
l’incohérence de Donald Trump, qui
cherche à conclure avec Kim Jong-un
le même type d’accord qu’il a dénoncé
avec l’Iran - validant au passage le fait
que la bombe nucléaire constitue l’arme
fatale entre les mains des dictateurs
pour se protéger contre les velléités
de changement de régime nourries par
les États-Unis. D’où l’inquiétude fondée
des alliés asiatiques des États-Unis,
Japon, Corée du Sud et Taïwan, dont
la sécurité est en passe d’être sacrifiée
à celle des États-Unis qui étaient censés
les garantir, notamment face à la Chine.
Le constat est brutal. Les États-Unis,
qui rassuraient les démocraties depuis
1945, deviennent un risque du fait de
Qu’a-t-on fait à Jupiter,
nous les « gens aisés » ?
mmanuel Macron est-il
« le président des riches » ?
« Non, ce n’est pas vrai, c’est
le président des très riches »,
expliquait récemment
François Hollande à propos
de son successeur à l’Élysée. La petite
blague, concentré de malveillance
ironique, vise la suppression de l’ISF,
l’impôt sur la fortune. Les actifs
financiers en sont désormais exonérés,
mais pas les biens immobiliers quand
leur montant dépasse 1,3 million d’euros.
L’ISF a fait place à l’IFI, l’impôt
sur la fortune immobilière.
Le distinguo de Hollande coule
de source. « Les riches, dit-il, ce sont ceux
qui, par leur travail, gagnent des revenus
importants et sont fiscalisés au taux
de 45 % (sur le revenu). Et ils restent
imposables sur l’ISF puisqu’ils détiennent
essentiellement un patrimoine
immobilier. » Quant aux très riches,
« ceux qui ont détenu, soit par héritage,
soit par leur propre activité, des capitaux
très importants, ils ne paient plus l’ISF »,
souligne l’ex-président.
Bercy estime à 280 000 le nombre
de ces foyers fiscaux qui bénéficient
de la réforme, soit 1 % des 28 millions
de ménages français recensés par le fisc
(chacun comptant un peu plus
de deux personnes en moyenne).
La sollicitude de François Hollande
vis-à-vis des « petits riches » malmenés
par Jupiter, son successeur, ne manque
pas de sel. N’avait-il pas déclaré à l’hiver
2007, « oui, je n’aime pas les riches »,
fixant le seuil de la richesse à 4 000 euros
par mois ! On était alors en pleine
campagne présidentielle, et ses propos
n’avaient guère aidé Ségolène Royal,
la candidate de la gauche.
E
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
du soutien des États-Unis, fait face
à l’Iran appuyé par la Turquie et la
Russie. Le tout sur fond de prolifération
nucléaire et balistique, l’Arabie saoudite,
la Turquie et l’Égypte n’entendant pas
laisser à l’Iran le monopole de l’arme
atomique. Le tout entraînant l’envolée
du prix du pétrole, qui menace
la reprise de l’économie mondiale.
Simultanément, Donald Trump
s’apprête à rencontrer le 12 juin
à Singapour Kim Jong-un, le dictateur
de la Corée du Nord qui dispose
désormais de 13 à 20 têtes nucléaires
et du potentiel pour en détenir
une cinquantaine à l’horizon de 2020,
d’une capacité balistique qui lui permet
de frapper le territoire des États-Unis
et d’une redoutable force de frappe
cybernétique. L’enjeu est décisif
pour la péninsule coréenne, qui reste
divisée de part et d’autre du 38e parallèle
en vertu de l’armistice intervenu
le 27 juillet 1953. Au-delà, l’avenir
de l’Asie se trouve suspendu à un
éventuel retrait des 28 500 soldats
américains présents en Corée du Sud
et à l’affaiblissement de la dissuasion
élargie aux alliés des États-Unis
qui laisseraient le champ libre
à l’expansion chinoise.
Or Kim Jong-un aborde cette
négociation vitale pour sa survie
et celle de son régime en position
de force, au plan stratégique
et diplomatique, sinon économique.
Le sommet constitue en soi un premier
succès pour le régime de Pyongyang,
qui se voit reconnaître une stature
mondiale et ouvrir la perspective
d’une réintégration dans la communauté
internationale en tant que puissance
nucléaire. L’offensive de charme lancée
lors des Jeux olympiques de Séoul
a été prolongée par la rencontre avec
le président sud-coréen, Moon Jae-in,
sur la ligne de front, le 27 avril dernier,
puis par l’annonce de la fermeture du
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
Depuis lors, le pli est pris :
les dirigeants politiques se plaisent
à attiser les antagonismes entre Français
dès qu’il s’agit d’argent et de fiscalité.
« Au-dessus de 4 000 euros (par mois),
je prends tout », proposait
Jean-Luc Mélenchon, adepte du fisc
castrateur et candidat à l’Élysée en 2017.
Dans un registre moins vindicatif,
Emmanuel Macron ne répugne pas, lui non
plus, à cette sociologie de comptoir à la
mode qui classe les Français pour mieux
les opposer : les centres-villes, les banlieues
et les périphéries. S’exprimant le 12 avril
au sujet de la taxe d’habitation (la TH) lors
du journal de TF1, il considère que « c’est
l’impôt le plus injuste qui soit. C’est un impôt
qui touche la France périphérique ».
VOX
… CORÉE DU NORD
d’habitation était réservée aux
« catégories populaires » et aux « classes
moyennes », mais elle le sera finalement
pour tous, en a décidé l’Élysée. Avec cet
argument, « un impôt qui n’est pas bon
pour 80 %, n’est bon pour personne »,
dixit Macron. Sauf que le raisonnement
ne tient pas la route : la taxe d’habitation
rapporte aujourd’hui 22 milliards d’euros
l’an et elle sert à financer les prestations
des collectivités locales. Dire que l’État
compensera les communes à l’« euro
près » n’a pas de sens fiscalement,
car « l’État, c’est moi, le contribuable ».
Les fiscalistes envisagent donc tous
les substituts possibles pour trouver
les 22 milliards manquants : relèvement
de la taxe foncière, taxe additionnelle sur
le revenu au profit des
communes, etc. D’ores
Les « petits riches » ne sont pas
et déjà, Bercy est résolu
mobiles comme les capitalistes
à faire payer la TH sur
et ils font plus envie
les résidences
secondaires (près de
que les milliardaires
3 millions), d’autant
que 10 % à 15 % sont occupées par des
Dans son programme électoral,
étrangers. D’une façon ou d’une autre,
le président de la République avait promis
le fardeau portera sur les « petits riches »,
de supprimer la TH pour 80 % des foyers,
les « gens aisés », comme les retraités les
la maintenant pour les autres, les deux
plus favorisés en ont déjà fait l’expérience
déciles supérieurs en matière de revenus.
avec la hausse de 1,7 % de la CSG.
Ce nombre magique de 80 % en a appâté
plus d’un par sa démagogie délibérée.
Sont-ils les mal-aimés du nouveau
Il correspond au regroupement des
régime ? Ils souffrent d’un double
Français en trois classes par le Crédoc
handicap. Ils ne sont pas mobiles comme
(le Centre de recherche pour l’étude
les capitalistes : l’ISF aura entraîné la sortie
et l’observation des conditions de vie) :
de centaines de milliards de capitaux qui
les « catégories populaires »
ne se sont pas investis en France depuis
(20 % de la population), les « classes
son instauration, en 1982. Seconde tare,
moyennes » (60 %) et les « catégories
leur relative aisance matérielle fait envie
aisées » (20 %). Précisons que le seuil
bien plus que celle des milliardaires. Les
de ces dernières se situe à 80 % au-dessus
Français admirent Neymar et ses millions
du revenu médian des Français.
gagnés au PSG, mais le train de vie de leur
voisin constitue une vexation intime.
Initialement, la suppression de la taxe
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
»
Directeur artistique
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direction.redaction@lefigaro.fr
l’incohérence de leur stratégie - mêlant
retrait du pacte transpacifique qui
organisait le cantonnement de la Chine
et sanctions commerciales contre Pékin,
dénonciation de l’accord sur le nucléaire
iranien et négociation bilatérale sur la
pseudo-dénucléarisation de la Corée du
Nord, frappes contre le régime de Damas
et retrait des troupes américaines
en Syrie -, comme de l’imprévisibilité
de Donald Trump qui décrédibilise la
dissuasion. D’un côté, les possibilités
d’un conflit armé majeur se renforcent.
De l’autre, la déstabilisation des
institutions et du droit international
conforte la dangerosité du monde,
divise les démocraties, légitime
les hommes forts et leurs coups de force,
à l’image de Pékin en mer de Chine,
Moscou en Crimée, Ankara contre
les Kurdes dans le nord de la Syrie.
En humiliant l’Europe par la brutalité
délibérée avec laquelle il a dénoncé
l’accord de Vienne après celui de Paris,
Donald Trump ouvre une crise
transatlantique d’une gravité sans
précédent car elle porte sur les valeurs.
Face à une administration américaine
dont l’objectif est de ramener le monde
à l’état d’une jungle que les États-Unis
entretiennent l’illusion de pouvoir
dominer alors qu’ils servent les
ambitions des démocratures, l’Europe
n’a d’autre choix que changer
radicalement de posture : elle doit acter
la fin de la garantie de sécurité
américaine et reprendre en main son
destin. En se mobilisant pour sauver
ce qui reste de communauté et de droit
international, notamment en essayant
de poursuivre la stratégie d’ouverture
avec l’Iran. En affirmant sa souveraineté
commerciale, fiscale et numérique face
aux menaces de sanctions américaines.
En réinvestissant massivement dans
sa sécurité, qui s’affirme plus que jamais
la condition première de sa liberté
comme de sa souveraineté.
« Dans la tête de Kim Jongun », par Thierry Wolton,
journaliste, auteur
d’une monumentale
« Histoire mondiale
du communisme »
en trois volumes
(Grasset, 2015-2017)
… ISRAËL
« Les Israéliens sont reliés
au passé, à la mémoire,
à l’histoire », par Martine
Gozlan, qui vient
de publier « Israël : 70 ans,
7 clés pour comprendre »
(éditions de l’Archipel)
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
Promo Portage
Hostmaker : diffusion
sur une partie
du territoire national
A
CHRONIQUE
21
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
22
Renaud Girard
rgirard@lefigaro.fr
À
LE FIGARO. – Haïti fut la première des colonies
de la Caraïbe à s’émanciper. Deux cent quatorze ans
plus tard, c’est le pays le plus pauvre de la région.
Comment l’expliquez-vous ?
Jovenel MOÏSE. – Premières responsables, nos turbulences politiques. L’instabilité gouvernementale a été
un fléau. Ensuite, Haïti a souffert d’un quasi-boycott
des puissances européennes au cours de ses soixante
premières années. Enfin, la libéralisation des marchés,
ces trente dernières années, a été trop rapide et trop
peu réfléchie. Jusqu’en 1978, Haïti exportait du sucre.
Aujourd’hui, elle importe toute sa consommation. La
réduction brutale des droits de douane a cassé le système de protection de l’agro-industrie. Le sucre vient
aujourd’hui surtout d’Amérique latine. Ce phénomène
se retrouve dans les autres secteurs productifs du pays.
Les investissements productifs qui auraient pu nous
préparer au choc de la mondialisation n’ont pas été au
rendez-vous en raison de l’instabilité politique. En
fait, on ne peut jamais développer durablement un
pays en l’absence d’un État de droit. Au début, on avait
très bien commencé avec Dessalines, qui avait une vision pour le pays. Mais nous l’avons assassiné en 1806.
C’est notre péché originel. Le pays fut aussitôt divisé
en trois parties (le Nord, l’Ouest et le Sud). Cet héritage
continue de nuire à l’idéal national. Depuis deux siècles, nous sommes perclus de dissensions.
RENCONTRE
49 ans, fils d’ouvrier mécanicien, entrepreneur dans l’agroalimentaire,
Jovenel Moïse crée la surprise quand
il se présente à l’élection présidentielle, sans jamais avoir fait de politique. Il est élu dès le premier tour du
scrutin de novembre 2016. Il a reçu Le Figaro à Portau-Prince, dans le palais national, qui fut entièrement détruit par le tremblement de terre de janvier 2010 et qui est en cours de reconstruction.
« Notre pays a la chance
d’être gorgé d’eau. Mais,
aujourd’hui, elle est plus
dévastatrice qu’utile.
Quarante milliards
de mètres cubes d’eau se
déversent chaque année
chaotiquement dans la
mer. Quel gâchis ! J’ai donc
entrepris la construction
d’une douzaine de
barrages-réservoirs. »
Jovenel Moïse : « Transformer l’État
en Haïti, pour transformer la société ! »
Le président de cette ancienne colonie française explique comment il veut
remettre son pays sur de bons rails après des décennies de mauvaise gouvernance.
En 1780, Haïti, par ses exportations agricoles,
représentait 25 % du commerce extérieur
de la France. Aujourd’hui, le pays importe
plus de la moitié de sa nourriture…
C’est cela, le grand scandale d’Haïti ! Y mettre fin est
le sens de mon engagement en politique. Notre pays
a la chance d’être gorgé d’eau. Mais, aujourd’hui,
elle est plus dévastatrice qu’utile. Quarante milliards
de mètres cubes d’eau se déversent chaque année
chaotiquement dans la mer. Quel gâchis ! J’ai donc
entrepris la construction d’une douzaine de barrages-réservoirs pour l’irrigation des terres en période
sèche (novembre-mai), pour la pisciculture et aussi
pour la production d’électricité. Sans courant, pas de
conservation des aliments, et donc pas d’industrie
agroalimentaire. Plus des trois quarts des délicieuses
mangues produites sur cette terre bénie des dieux
sont perdues, faute de pouvoir les conserver ou les
transformer.
Je compte
« remettre
Haïti
tout en haut de la
carte touristique
de la Caraïbe :
je rénoverai
notamment
la citadelle
Laferrière (1820),
classée au
patrimoine
mondial
de l’Unesco,
ainsi que le centre
historique
de Cap-Haïtien,
construit par les
marins bretons,
il y a 348 ans
A
»
L’électrification d’Haïti est-elle votre seconde
priorité, après la maîtrise des eaux de surface ?
Oui. Car 70 % des foyers haïtiens ne sont pas raccordés
au réseau électrique. Le plan d’électrification nationale se fera sur quatre fronts. J’ai mis en place l’Autorité
nationale de régulation du secteur énergie (Anarse),
qui a lancé l’appel international à manifestation d’intérêt pour la production et la commercialisation de
l’électricité. J’ai fait le choix de l’énergie renouvelable :
hydroélectricité, photovoltaïque, éolien, biomasse.
Comment expliquez-vous
l’extrême déforestation des mornes ?
La coupe illégale des arbres et leur transformation en
charbon de bois pour la cuisine représentent un braconnage gigantesque. Je me suis engagé à faire respecter la loi l’interdisant. Je suis en train de mettre
en place quatorze mégapépinières de 4,5 millions de
plantules chacune. Cela fait 63 millions d’arbres à
planter par an. J’ai décidé de mobiliser prioritairement les écoliers pour les planter. C’est seulement
ainsi qu’on sensibilisera les jeunes générations au
respect de leur environnement.
Dans les années 1930, Haïti était la première
destination touristique de la Caraïbe. Aujourd’hui,
elle a été distancée par ses rivales. Pourquoi ?
Dans les années 1980, une simple rumeur a suffi pour
tuer notre réputation touristique : elle disait que le
virus du sida était apparu chez nous. Les investissements internationaux se sont alors taris. Je compte
remettre Haïti tout en haut de la carte touristique de
la Caraïbe : je rénoverai notamment la citadelle Laferrière (1820), classée au patrimoine mondial de
l’Unesco, ainsi que le centre historique de Cap-Haïtien, construit par les marins bretons, il y a 348 ans.
Neuf milliards de dollars d’aides financières
internationales se sont déversés sur Haïti
depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010.
Où est passé tout cet argent ?
C’est vrai, le peuple haïtien n’a guère vu la couleur de
cet argent. Les interventions des agences internationales et des ONG ont été réalisées sans coordination
avec l’État. Les frais de gestion et du personnel expatrié sont gigantesques. Ces agences ont des procédures qui ne correspondent pas au cycle politique en
Haïti. Je veux aligner l’aide internationale sur les sept
axes prioritaires de développement que j’ai fixés. Le
développement du pays sera le fruit d’un consensus
national, ou ne sera pas. Dans un pays aussi pauvre,
l’État garde un rôle fondamental. Je me suis engagé
pour un État fort, dont le leitmotiv est l’amélioration
des services publics. En Haïti, il faut transformer
l’État pour transformer la société. ■
HECTOR RETAMAL/AFP
Envoyé spécial à Port-au-Prince (Haïti)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 14 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 939 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
AFRIQUE
LES CHAÎNES DE
FAST- FOOD ARRIVENT
HYPERLOOP TT ASSEMBLE SON TRAIN
EN ÉTHIOPIE
PAGE 25
SUPERSONIQUE À TOULOUSE PAGE 27
TRANSPORTS
Garantie jeunes, le dispositif
qui fait déjà ses preuves
Le mécanisme d’accompagnement renforcé de décrocheurs, généralisé début 2017
après quatre ans d’expérimentation, connaît de premiers résultats encourageants.
Le dispositif de la Garantie jeunes,
lancé sous forme d’expérimentation dans quelques zones pilotes
en 2013 et généralisé sur l’ensemble du territoire début 2017,
connaît de premiers résultats prometteurs. Quelque 200 000 jeunes
de 16 à 26 ans ni en emploi, ni en
études, ni en formation en ont bé-
néficié depuis son lancement, il y
a plus de cinq ans, et 100 000 devraient entrer dans le programme
sur la seule année 2018. Plébiscitée
par la Cour des comptes, la Garantie jeunes offre un taux de débouchés moyen nettement supérieur
à celui de cette population très
éloignée du marché du travail.
Muriel Pénicaud, la ministre du
Travail, qui y croit, a prévu de lui
consacrer près de 3 milliards
d’euros des 15 milliards du plan
d’investissement dans les compétences d’ici à 2022 pour permettre
à un demi-million de décrocheurs
d’en profiter sur l’ensemble du
quinquennat. Grâce à un accom-
pagnement renforcé en groupe
pendant un an, des stages d’insertion et de découverte des
métiers en entreprise et une aide
financière de 480 euros par mois,
la Garantie jeunes permet à ses
bénéficiaires
de
reprendre
confiance. Le taux d’abandon du
dispositif, de 13 %, est limité.
èDES DÉCROCHEURS QUI REPRENNENT CONFIANCE EN EUX èUNE PROLIFÉRATION, SANS EFFET, DE DISPOSITIFS DEPUIS 40 ANS PAGE 24
WALDO SWIEGERS/BLOOMBERG, HYPERLOOP TRANSPORTATION TECHNOLOGIES, STEFAN VIEHBACHER
Aux ÉtatsUnis, les
constructeurs
délaissent
les berlines
pour les SUV
Le PDG de Ford a créé
la surprise fin avril
en annonçant que son
groupe allait sortir de
ce segment historique
en Amérique du Nord.
Une décision identique
à celle déjà prise par
Fiat Chrysler. PAGE 26
RETRAITE
Des seniors
hébergent des
étudiants étrangers
en programme
Erasmus
pour rompre
la solitude
PAGE 25
ÉNERGIE
Comment l’usage
des satellites rend
le secteur pétrolier
moins opaque
PAGE 26
BUZZ MÉDIA
Guillaume Pannaud :
« Chez TBWA,
nous nous
concentrons
sur les
contenus »
PAGE 30
Baroud d’honneur ou résurgence de
la contestation cheminote ? Face à
un gouvernement « droit dans ses
bottes », les organisations syndicales de la SNCF veulent frapper un
grand coup ce lundi pour leur
18e journée de grève depuis début
avril, la 2e de la 9e séquence de deux
jours consécutifs de mobilisation.
Dans un communiqué, la direction de
l’entreprise prévoit un trafic « très
perturbé », avec 1 TGV, 1 TER et
1 Transilien en moyenne sur 3, 1 train
Intercités sur 5 et 2 trains internationaux sur 5. Mais aussi 1 RER A sur
2 en région parisienne, 1 RER B et E
sur 3, 1 RER C et D sur 4. Samedi,
Mathias Vicherat, le directeur adjoint
du groupe SNCF, projetait « une
journée particulière avec une forme
de sursaut de mobilisation ».
Ce lundi marque aussi le lancement
de la « vot’action » qui durera jusqu’au 21 mai : les syndicats vont
consulter les cheminots pour savoir
s’ils sont « pour ou contre le pacte
ferroviaire porté par le gouvernement ». La CGT, SUD-rail, l’Unsa et la
CFDT espèrent raviver la flamme
d’une mobilisation qui faiblit - le taux
de grève est tombé à 14 %, contre
37 % au début du conflit - et afficher
leur « solide » unité malgré la négociation que les deux centrales réformistes ont eue vendredi avec le
gouvernement sur les amendements au projet de loi. « Personne ne
peut confisquer le débat et le vote
au Parlement », a répété Guillaume
Pepy, le patron de la SNCF, pour qui
ce référendum n’a aucune valeur.
La réforme de la SNCF continue de
déchaîner les passions au sein de la
classe politique. Xavier Bertrand, le
président des Hauts-de-France, a
carrément traité Guillaume Pepy de
« radin », après l’opération reconquête lancée jeudi auprès de ses
clients malmenés par la grève, avec
des billets de TGV à petits prix tout
l’été et des ristournes sur les cartes
de réduction. « On nous dit clairement : “Pour les abonnés, on va faire
un geste, peut-être 50 %.” Mais ils
ont eu plus de 50 % de leur abonnement remis en cause dans ma région ! », a expliqué l’ancien ministre
du Travail.
G. P.
Énergie : le chinois
Jean-Michel Blanquer interdit les sorties CTG veut s’offrir
scolaires… dans les Apple Stores
le portugais EDP
L'HISTOIRE
Le ministère de l’Éducation nationale
a tranché : les sorties scolaires dans les
Apple Stores sont désormais interdites.
Cette décision répond à la polémique
engendrée par un reportage diffusé
début avril sur France 2. On y voyait
une classe de CM2 de la région
parisienne se rendre dans une
des boutiques de la marque et être
accueillie par les applaudissements
des vendeurs alignés dans une haie
d’honneur. Outre une initiation
au code, les enfants ont aussi
eu droit à un tee-shirt et une
clef USB, le tout frappé de la
célèbre pomme, emblème
de la marque, donnant à la
sortie scolaire un petit
goût de campagne
promotionnelle.
Les gamins étaient,
on s’en doute, ravis…
Apple a fait du marché
de l’éducation une de
ses priorités et organise
régulièrement des sessions
de formation gratuites à
destination des enfants.
L’entreprise de Cupertino n’étant pas
philanthropique, d’aucuns peuvent y voir une
façon de sensibiliser les jeunes esprits à ses
produits. Et les sessions d’initiation au
code - directement inspirées de celles
mises en place par Microsoft - sont
apparues comme une aubaine pour
certains enseignants soucieux d’offrir
des sorties à leurs élèves sans
toujours en avoir les moyens
financiers. Las, une visite,
fût-elle à visée
pédagogique, dans un
magasin Apple, n’en reste
pas moins une visite dans
une boutique, lieu par
excellence dédié à la
promotion et à la vente
de produits. Jean-Michel
Blanquer, le ministre de
l’Éducation nationale, a peu
goûté ce mélange des genres
et a décidé de mettre un
terme à ces sorties, qu’elles
se déroulent chez Apple ou
Microsoft, comme l’a
dévoilé Le Monde. ■
ELSA BEMBARON
Le groupe public chinois China
Three Gorges (CTG) a soumis
une offre vendredi pour prendre le contrôle d’EDP - la plus
grande entreprise du Portugal -, qui produit, distribue et
fournit de l’électricité. La valeur totale de l’opération s’élève à 9,07 milliards d’euros si
l’on ne tient pas compte de la
participation de 23 % que CTG
possède déjà dans EDP, dont il
est le premier actionnaire, a
précisé le groupe énergétique
chinois. Avec une offre à
3,26 euros par action, l’offensive du groupe chinois correspond à une prime légèrement
inférieure à 5 % par rapport au
cours de clôture du titre EDP
vendredi, à 3,11 euros.
China Three Gorges dit vouloir
monter à au moins 50 % plus
une action au capital d’EDP,
qui n’a pas réagi dans l’immédiat. CTG s’est par ailleurs dit
« pleinement engagé à préserver
l’identité portugaise d’EDP et
son autonomie ainsi que son
actuelle cotation en Bourse au
Portugal ». Le gouvernement
portugais n’a aucune objection
à cette offre de China Three
Gorges, avait auparavant déclaré à la presse le premier ministre, Antonio Costa, lorsque
les premières rumeurs sur les
projets du groupe chinois ont
fait surface, en ajoutant que le
gouvernement n’avait pas à
être consulté. « L’important,
c’est que les actionnaires puissent réfléchir au projet. Laissons
le marché fonctionner », a aussi
déclaré Antonio Costa.
Outre le Portugal, EDP est
aussi présent en Espagne, au
Brésil et aux États-Unis. L’entreprise compte près de
10 millions de clients sur le
marché de l’électricité et
1,6 million sur celui du gaz naturel, et dispose d’un réseau de
plus de 330 000 km de lignes
électriques. EDP affichait vendredi à la clôture une capitalisation boursière de près de
11,4 milliards d’euros. Son endettement s’élève à 13,8 milliards d’euros.
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
SNCF: ENCORE
UNE JOURNÉE
TRÈS
PERTURBÉE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
24
L'ÉVÉNEMENT
Généralisé au 1er janvier 2017, ce mécanisme d’insertion professionnelle à destination
des décrocheurs obtient des résultats encourageants qui restent à confirmer.
MANON MALHÈRE £@ManonMalhere
SOCIAL Parmi les nombreux dispositifs d’aide à l’insertion professionnelle des jeunes décrocheurs,
la Garantie jeunes fait partie des
rares à sortir du lot et sur lequel le
gouvernement Philippe entend
concentrer ses efforts. Généralisé
en 2017 après une période d’expérimentation qui avait débuté en
2013, le dispositif a déjà accompagné quelque 200 000 jeunes âgés
de 16 à 26 ans qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en étude
(NEET), sans soutien financier
familial, en situation précaire. Et la
cadence
devrait
s’accélérer.
L’exécutif s’est fixé l’objectif ambitieux d’atteindre 100 000 jeunes
sur l’année 2018 et 500 000 sur
tout le quinquennat dans le cadre
du plan d’investissement dans les
compétences (PIC).
Non sans raison. Le dispositif, financé par l’État et les fonds européens, a en effet obtenu un rarissime satisfecit de la Cour de comptes
qui ne manque pourtant jamais une
occasion de fustiger les « contrats
aidés », ces emplois subventionnés
coûteux et peu efficaces qui existent depuis les années 1980… Dans
leur rapport thématique sur l’emploi des jeunes publié en 2016, les
magistrats de la rue Cambon ont
vivement recommandé de redéployer l’ensemble des crédits budgétaires alloués à l’insertion des
jeunes « vers les dispositifs d’accompagnement les plus intensifs »
comme… la Garantie jeunes.
Outre l’allocation mensuelle
d’un montant maximum d’environ 480 euros, un jeune qui bénéficie du dispositif accepte un accompagnement renforcé et continu par
un conseiller d’une mission locale
pendant une année. L’objectif
visé ? L’aider à se resocialiser, à reprendre confiance pour ensuite fa-
Muriel Pénicaud,
ministre du Travail,
lors d’un déplacement
à Strasbourg en
novembre 2017,
consacré entre autres
à la Garantie jeunes.
FREDERIC MAIGROT/REA
ciliter son insertion professionnelle dans une entreprise.
Et ça marche ! Selon un rapport
d’évaluation publié en février 2018
portant essentiellement sur la phase d’expérimentation avant 2017,
l’impact sur le taux d’emploi est
jugé « positif et très significatif »
16 mois après l’entrée dans le dispositif. La part des jeunes ayant
trouvé un emploi est de 36,3 %,
contre 29,2 % généralement pour
cette population. En moyenne,
30 % des jeunes qui bénéficient de
la Garantie jeunes se retrouvent en
situation d’emploi, 9 % en formation et 4 % en contrat d’alternance, explique-t-on au ministère du
Travail. Par ailleurs, 21 % d’entre
eux ont effectué une immersion
professionnelle d’au moins quatre
mois. « Ils ont ainsi acquis une expérience qui leur permet d’être
autonomes dans leur recherche
d’emploi », précise la Rue de Grenelle. Enfin, avec un taux de rupture de seulement 13 %, les cas
d’abandons restent limités.
Simplifier la sélection
Le rapport d’évaluation pointe
néanmoins certaines faiblesses que
les équipes de Muriel Pénicaud
s’efforcent de prendre en compte
depuis la généralisation. Par
exemple, la sélection des jeunes.
A
La Garantie
jeunes n’est
pas un dispositif
de plus, mais
l’illustration
d’une approche
globale et
décloisonnée
des politiques
de jeunesse,
pour œuvrer
efficacement
à l’insertion
professionnelle
des jeunes qui
en ont le plus
besoin
»
MYRIAM EL KHOMRI,
MINISTRE DU TRAVAIL
AU MOMENT DE LA
GÉNÉRALISATION DU
DISPOSITIF EN JANVIER 2017
La jeunesse est une
chance ! Donnons-lui
la possibilité d’oser
et de réussir
»
MURIEL PÉNICAUD, MINISTRE DU TRAVAIL,
LE 13 OCTOBRE 2017
2,8
milliards €
Part du plan
d’investissement
compétences (PIC)
dédiée au
financement de
500 000 Garantie
jeunes sur le
quinquennat
36,3 %
Taux de débouchés
constaté des
bénéficiaires
Des décrocheurs qui reprennent confiance en eux
Steva, conseillère en insertion sociale et professionnelle, veut faire
passer le message. « La Garantie
jeunes est un tremplin vers l’emploi : elle permet de stabiliser le jeune en situation de grande précarité,
lui donner confiance en soi et ensuite seulement de trouver un emploi », souvent en intérim, explique la jeune femme, en charge,
avec trois autres personnes, de
200 jeunes bénéficiaires du dispositif à l’antenne de Viry-Châtillon
de la mission locale Nord-Essonne. « Si le jeune n’a pas confiance
en soi, pas même de logement,
comment voulez-vous débuter par
une formation ? », insiste la
conseillère qui se désole de voir
que près de 10 % des jeunes acceptés dans le dispositif dorment
dans la rue. « Il s’agit de prendre
les jeunes et de les construire. Et
pour ce faire, le collectif est la clé ».
Durant le premier mois, les jeunes se retrouvent ensemble, chaque jour. Au début, ils travaillent la
confiance en soi, la motivation, les
compétences, les règles de vie en
entreprise avant de se concentrer
sur des projets professionnels concrets. Témoignages de Julie, Elton,
Nina, Mona et Noémie, cinq bénéficiaires qui en sont à des stades
différents du parcours.
« La Garantie jeunes nous insère
dans la vie d’adulte. Les ateliers
nous apprennent par exemple à travailler en groupe ou à respecter les
horaires, explique ainsi Julie, âgée
d’une vingtaine d’années, qui,
contrairement à d’autres, avait depuis longtemps un projet en tête :
devenir agent d’escale aéroportuaire. Stone, mon conseiller, m’a
aidée pour que je puisse faire une
« Nous avons pris des mesures pour
simplifier la procédure d’entrée en
Garantie jeunes et contribuer ainsi à
éviter que certains profils soient
systématiquement écartés », explique le ministère. En outre, la qualité de l’accompagnement peut varier sur le territoire en raison de
difficultés dans la mise en œuvre
du dispositif. « Les vagues d’entrées sont de plus en plus importantes. Nous avons donc un enjeu de
professionnalisation des missions
locales. Des formations sont prévues
pour les conseillers », ajoute-t-il.
Dernier défi : la coordination des
différents dispositifs d’accompagnement des jeunes. ■
J.-C. TARDIVON/SIPA
La Garantie jeunes, le dispositif
de Hollande qui a fait ses preuves
formation de trois semaines ». Julie
cherche désormais un emploi en
intérim, passage obligé avant de
tenter de décrocher un CDI.
Le parcours d’Elton est plus
chaotique. « Je suis là depuis 2015.
Ils m’ont aidé à trouver une carte de
séjour, sortir de prison et trouver un
logement, car je n’avais pas de famille ici », explique le jeune homme, d’origine étrangère, qui ne
maîtrise pas bien le français. Elton,
qui a dormi pendant trois mois
dans la rue, commence seulement
à sortir la tête de l’eau : il a décroché un contrat de professionnalisation en peinture et espère maintenant passer un CAP.
Déposer un CV : un défi
Nina, en fin de programme, vit
pour sa part chez son grand-père.
La jeune femme avait un CAP de
sellerie générale en poche dont elle
ne savait quoi faire. « Je n’aimais
pas », confie-t-elle. Aujourd’hui,
elle a trouvé une formation dans la
petite enfance. « J’aurai des cours
le matin et je travaillerai l’après-midi », souligne-t-elle, fière de son
année sous la Garantie jeunes qui
lui a permis de devenir « indépendante » et de « remplir des papiers ». Assise à ses côtés, Mona,
également en fin de parcours,
insiste sur la « confiance que la mission locale lui a apportée » et se rappelle, non sans émotion, la première fois qu’elle a réussi à déposer un
CV. Un vrai défi pour cette brunette qui monte aujourd’hui un dossier en vue de se professionnaliser
dans le social.
Âgée de 24 ans, Noémie est quant
à elle sortie du dispositif en mars.
« C’est ma grande sœur qui m’avait
orientée, car j’étais dans le flou total,
se souvient-elle. On a fait des ateliers qui consistaient à échanger, à
voir ce qu’on renvoyait aux autres. »
Noémie, qui voulait s’orienter dans
le secteur paramédical, a depuis
décroché un stage en pharmacie.
« Mon conseiller de la mission locale
m’a soutenue, il venait me voir sur
place. Et j’ai décroché un contrat
d’alternance »,
explique-t-elle.
Aujourd’hui, elle travaille en intérim en attendant les résultats du
concours d’aide-soignante. ■ M. M.
La
Garantie
jeunes
C’EST QUOI ?
■ La cible
- Jeunes de 16 à 25 ans
révolus, pas ou peu
diplômés, qui ne sont
ni en cycle d’études,
ni en formation
- Avec des ressources
inférieures au plafond
du RSA
■ Le dispositif
- Accompagnement
collectif intensif
sur plusieurs mois
- Immersion régulière
en entreprise (stages,
apprentissage…)
- Aide de 480,02 euros
par mois et dégressive
avec les revenus
d’activité
■ Les bénéficiaires
- 80 % sont très peu
qualifiés ou sans diplôme
- 21 % résident dans
un quartier sensible
- 18 % sont inconnus
des missions locales
Atelier de réinsertion professionnelle dans le cadre du programme
Garantie jeunes, à Savigny-le-Temple. S. SORIANO/LE FIGARO
Une prolifération, sans effet,
de dispositifs depuis 40 ans
DÉCRYPTAGE
Marc Landré
mlandre@lefigaro.fr
On ne compte plus les dispositifs,
aux acronymes pour le moins barbares, inventés depuis quarante ans
pour venir en aide aux jeunes en
mal d’insertion. Le premier à avoir
gravé son nom dans le marbre de
tels plans d’urgence est… Raymond
Barre, en 1977, avec son « pacte national pour l’emploi des jeunes »
dans lequel le premier ministre de
Valéry Giscard d’Estaing avait lancé
les premiers « contrats jeune » sous
la forme de stages en entreprise bénéficiant - déjà - d’exonérations de
cotisations patronales.
Les premiers d’une longue liste à
la Prévert de dispositifs, où les TUC
(travaux d’utilité publique) de Fabius en 1984 ont succédé aux SIVP
(stages d’initiation à la vie professionnelle) de Mauroy de 1982, avant
que les CES (contrats emploi solidarité, ouverts aussi aux plus de
26 ans) de Rocard ne fassent leur
apparition en 1990. Puis vinrent les
fameux EJ (emplois jeunes) de Jospin en 1997, les CJ (contrats jeunes)
et autres Civis (contrats d’insertion
dans la vie sociale) de Raffarin en
2002 et, à partir de 2012, les EA
(emplois d’avenir), CG (contrats de
génération), EF (emplois francs) ou
encore CS (contrats starter) d’Ayrault et Valls sous Hollande.
Un minimum en fait car d’autres
dispositifs, comme le CIP (contrat
d’insertion professionnelle) de Balladur en 1993 ou le CPE (contrat
première embauche) de Villepin en
2006, n’ont pas pu être mis en
œuvre, suspendus ou supprimés à
cause de la fronde de la jeunesse qui
y voyait des « smics-jeunes » ou une
insertion professionnelle au rabais.
Macron dans la continuité
Cette prolifération de dispositifs, se
succédant ou se superposant les uns
aux autres sans évaluation de ceux
en cours, a eu deux effets qui font
que la France porte le bonnet d’âne
en matière d’insertion de la jeunesse. Primo, un nombre élevé de jeunes en emploi aidé par l’État (en incluant l’apprentissage), qui fluctue
depuis le milieu des années 1980
entre 25 % et 30 % (et au-delà de
50 % pour les sans-diplômes) des
emplois occupés par des jeunes. Au
dernier pointage en juin 2017, il
était, avec 25,7 %, au plus haut depuis plus de quinze ans. Secundo,
un taux d’emploi des 15-24 ans (de
29,8 % fin 2017), certes au plus haut
depuis 2011, qui navigue autour des
30 % depuis vingt-cinq ans et demeure l’un des plus bas en Europe.
Au-delà de la Garantie jeunes
qu’il n’a pas remise en cause, Emmanuel Macron n’a pas fait preuve
de grande originalité depuis son arrivée au pouvoir en matière d’aide à
l’insertion des jeunes. Le chef de
l’État a non seulement créé son
propre dispositif, le Parcours emploi compétences (PEC), nouveau
nom donné aux contrats aidés dont
il a cependant réduit drastiquement
le nombre. Mais il a aussi remodelé
les emplois francs de Hollande qui
avaient brillé par leur inefficacité
lors du quinquennat précédent. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 14 mai 2018
ÉCONOMIE
25
Ces retraités qui ouvrent la porte
de leur domicile à des étudiants étrangers
L’Assurance-vieillesse a lancé, en décembre, une plateforme intergénérationnelle pour rompre la solitude
des seniors et trouver des logements aux jeunes. Un programme ambitieux aux débuts prometteurs.
MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault
«
Le but
est de
développer
des relations
du type
grandsparents avec
leurs petitsenfants.
Certains
retraités
sont seuls
et veulent
rompre leur
isolement,
d’autres sont
en couple
et veulent
rester au
contact de
la jeunesse
ÉLISE DEBIÈS,
DIRECTRICE
DES RELATIONS
INTERNATIONALES
À LA CNAV
»
SOCIAL Premier bilan positif pour
l’opération « Toit + Moi », lancée
en décembre par la Caisse nationale d’assurance-vieillesse (Cnav),
qui prend la forme d’une plateforme de cohabitation intergénérationnelle visant à rompre la solitude des seniors tout en aidant les
étudiants européens en programme Erasmus à trouver un logement. Le principe est simple : les
étudiants en recherche de logement s’inscrivent sur le site Internet toitplusmoi.eu. De leur côté, les
retraités qui ont une chambre libre,
et acceptent de recevoir un jeune,
s’enregistrent. Puis la plateforme
de la Cnav les met en relation en
fonction de leurs centres d’intérêt
communs et de la localisation.
L’étudiant doit pouvoir disposer
d’une chambre indépendante et
user des parties communes (cuisine, sanitaires), ne paie pas de loyer
mais s’acquitte d’un défraiement
de 150 euros mensuels au maximum. En contrepartie, il n’est redevable ni de tâches ménagères ni
d’heures de présence mais doit
s’inscrire dans un esprit convivial,
de curiosité culturelle et d’intérêt
bienveillant.
« Le but est de développer des relations du type grands-parents
avec leurs petits-enfants, explique
Élise Debiès, directrice des relations internationales à la Cnav.
Certains retraités sont seuls et veulent rompre leur isolement, condi-
L’idée de faire cohabiter jeunes et seniors sous un même toit n’est pas nouvelle et s’insère dans de multiples
projets locaux, souvent associatifs. JEAN-PHILIPPE WALLET/ACP PROD/STOCK.ADOBE.COM
tion essentielle du bien-vieillir.
D’autres sont en couple et veulent
rester au contact de la jeunesse.
Mais on n’est ni dans le complément
de ressources ni dans l’accompagnement de la dépendance. »
Les étudiants français
peuvent s’inscrire aussi
Après quelque six mois d’existence, le projet compte déjà plusieurs
dizaines de binômes et en vise une
soixantaine en fin d’année. Les
premiers retours de ce dispositif,
qui a débuté avec des étudiants
espagnols et la caisse d’Aquitaine,
sont très positifs. « Les retraités
hôtes ont même créé entre eux un
réseau WhatsApp, s’invitent les uns
les autres, font des sorties cinéma,
des ateliers, se réjouit Élise Debiès.
Bref, ils ont créé une communauté. »
Le mouvement devrait maintenant s’étendre avec l’accueil d’étu-
diants allemands et belges grâce
aux liens privilégiés des caisses de
Strasbourg et Lille avec ces deux
pays. Rien n’interdit à des étudiants français de postuler : « Notre
communication est axée sur les étudiants européens en programme
Erasmus, mais la plateforme n’est
pas bridée », confirme Élise Debiès.
Trouver des hôtes pour accueillir
les étudiants est en revanche plus
compliqué, essentiellement par
ignorance du projet des candidats
potentiels, mauvaise maîtrise de la
plateforme numérique ou crainte
d’ouvrir son domicile à des inconnus. Pourtant, la Cnav s’engage et
s’appuie sur tout un réseau d’associations, qui accompagnent chaque
projet de cohabitation du début à la
fin. « Une association locale se déplace au domicile, s’assure que le retraité est satisfait et que le jeune est
bien reçu, rassure Élise Debiès. En
cas de mésentente, ils trouvent une
alternative : personne n’est pieds et
poings liés avec son binôme. »
L’idée de faire cohabiter jeunes
et seniors sous un même toit n’est
pas nouvelle et s’insère dans de
multiples projets locaux, souvent
associatifs. Mais c’est la première
fois qu’elle se traduit via un projet
numérique et qu’elle est lancée à
l’échelle nationale sous l’égide de
la branche vieillesse. L’initiative
intéresse d’ailleurs les caisses d’allocations familiales (CAF). Et pour
cause : puisqu’il n’y a pas de loyer à
payer, cela représente moins
d’APL à verser.
En Île-de-France, le projet a
aussi reçu le soutien de la Ville de
Paris et de Paris Habitat, qui y
voient un moyen de lutter contre la
sous-occupation des logements
sociaux. Quant à l’Assurance-maladie, elle regarde aussi l’opération
avec intérêt. Là encore, la raison
est simple : rompre son isolement,
être obligé de s’habiller, de parler,
de créer du lien social permet de
mieux vieillir… et de rester chez soi
plus longtemps ! ■
Les chaînes de restauration rapide se multiplient en Éthiopie
L’arrivée de l’américain Pizza Hut ou de concurrents sud-africains témoigne de l’émergence de la classe
moyenne dans ce pays de 94 millions d’âmes dont les réserves en dollars sont au plus bas.
ADDIS-ABEBA
Pizza Hut (ici à Soweto,
en Afrique du Sud)
compte une centaine
de restaurants
en Afrique
subsaharienne et vient
d’ouvrir sa première
franchise en Éthiopie.
WALDO SWIEGERS/
BLOOMBERG
AFRIQUE Dans le quartier chic de
CMC à Addis-Abeba, Éthiopiens
aisés et expatriés sont venus en famille le dimanche midi tester le
premier restaurant Pizza Hut du
pays, inauguré en avril. Certes, la
pizza n’est pas arrivée en Éthiopie
avec ce géant américain de la restauration rapide. Héritage de l’occupation italienne sous Mussolini,
de 1936 à 1941, on en trouve dans
de nombreux restaurants locaux.
Les leaders mondiaux du secteur
doivent donc trouver leur place.
Surtout, le débarquement de la
chaîne américaine témoigne du
développement de l’économie de
ce grand pays africain de 94 millions d’âmes et de sa classe
moyenne émergente, portée par
une croissance du PIB attendue,
selon le FMI, à 8,5 % en 2018.
« La question essentielle n’est pas
celle de la culture, de la nourriture
traditionnelle éthiopienne mais celle
du revenu, commente Atlaw Alemu, directeur du département
d’économie de l’université d’Addis-Abeba. Ici, même 3 euros est un
montant important pour beaucoup.
Cela peut expliquer pourquoi ces
marques n’arrivent que maintenant. » Chez Pizza Hut, les tarifs
varient entre 4 et 12 euros la pizza.
Or, en Éthiopie, une infirmière
dans un hôpital public gagne
autour de 120 euros par mois, un
chargé de cours à l’université
245 euros. « Ils ont probablement
fait une étude de marché et anticipent une demande dans les zones où
vivent des personnes qui ont des
moyens financiers », avance Atlaw
Alemu. Addis-Abeba, où se situe le
siège de l’Union africaine, est la
troisième ville au monde qui accueille le plus de diplomates après
New York et Genève.
Samson Demelash est le premier
à avoir ouvert une franchise de la
marque sud-africaine Debonairs
Pizza, il y a deux ans, dans la capitale éthiopienne. Même en plein
après-midi, des clients sont
attablés dans l’un de ses deux restaurants. « Ça a été une sacrée expérience, raconte l’homme d’affaires, qui prévoit l’inauguration de
deux établissements supplémentaires. La procédure a été fastidieuse mais on a réussi à ouvrir en
2016. » Dans son sillage, Michael
Ghebru, PDG de Belayab Foods, a
obtenu la franchise de Pizza Hut,
marque détenue par l’entreprise
américaine Yum!. Des restaurants
KFC, dont cette dernière est également propriétaire, devraient
ouvrir dans les prochains mois et
peut-être détrôner le Chicken Hut
local.
Nombreux défis à relever
Si le secteur de la restauration
n’est pas fermé aux investissements étrangers, comme celui de
la banque ou des télécoms, les défis
pour réussir son implantation restent néanmoins de taille : « Les
ressources humaines, la chaîne
d’approvisionnement, la pénurie de
devises étrangères », énumère Michael Ghebru, dont l’entreprise
investit près de 5 millions de dollars pour quatre restaurants. Pour
l’instant, tous les produits nécessaires à la préparation de ses plats
sont importés. Or les réserves en
dollars du pays sont au plus bas.
« C’est clairement un obstacle,
confirme Ewan Davenport, manager général de Pizza Hut Afrique,
qui compte une centaine de restaurants en Afrique subsaharienne. L’élément clé est d’avoir un partenaire local qui comprend comment
le système sur place fonctionne. »
Chez Debonairs Pizza, on importe
au minimum : « 95% de ce que
nous préparons dans nos restau-
rants est local et approuvé par la
marque », souligne Samson Demelash, qui vante des produits
frais, loin de l’image d’une cuisine
industrielle. Michael Ghebru envisage lui aussi, avec l’accord de Pizza Hut, d’utiliser sept ingrédients
fabriqués localement.
L’arrivée de ces leaders mondiaux de la restauration rapide
pourrait donc profiter à l’agriculture et à l’industrie locales. Elle représente également une opportunité d’emploi pour la jeunesse du
pays. Plus de 300 salariés travailleront pour les différentes franchises
d’ici à la fin de l’année. ■
l’isf devient l’ifi,
mais cela ne change pas
les besoins des plus fragiles.
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A
REPORTAGE
NATHALIE TISSOT £@Nathalie_Tissot
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
26
ENTREPRISES
États-Unis : les
constructeurs
abandonnent
les berlines
La demande sur ce segment
historique ne cesse de reculer
outre-Atlantique, au profit des SUV.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
AUTOMOBILE Les enfants américains des prochaines générations
pourraient bien dessiner différemment les voitures. Fini la berline avec son moteur à l’avant,
bien visible, et le coffre, qui entourent l’habitacle où se logent le
conducteur et les passagers. La
raison en est simple : cette berline
tri-corps traditionnelle se fait de
plus en plus rare sur les routes
américaines. Et le phénomène va
prendre de l’ampleur.
Le 25 avril, en présentant les résultats du premier trimestre 2018
de Ford, Jim Hackett, le PDG du
constructeur à l’ovale, nommé en
mai 2017, a surpris le monde de
l’automobile en annonçant que le
groupe allait sortir de ce segment
historique en Amérique du Nord.
« Nous n’investirons pas dans les
prochaines générations de berlines
traditionnelles en Amérique du
Nord, a expliqué le patron. D’ici à
2020, près de 90 % de notre portefeuille en Amérique du Nord sera
constitué de camions, d’utilitaires
et de véhicules commerciaux. »
Exit donc la Fusion, l’équivalent
nord-américain de la Mondeo, ou
la Focus. Ne resteront plus que
l’emblématique Mustang, le coupé
sportif le plus vendu au monde, et
la Focus Active, un crossover dont
le développement est déjà terminé
et qui doit sortir l’année prochaine. Cette décision n’est pas isolée.
En 2017, Fiat Chrysler (FCA) a décidé de stopper la Chrysler 200 et
la Dodge Dart, deux berlines lancées récemment mais aux performances commerciales mauvaises.
« Baisse de la profitabilité »
Le patron de Ford donne deux
éléments pour justifier sa décision
radicale. D’abord, « la baisse de la
demande des clients ». Ce qui est
très vrai. « Malgré un marché global en forte hausse entre 2008
et 2017, la demande pour les berlines a calé », constate le consultant
Jato. La part des berlines en Amérique du Nord est passée de 39 %,
en 2009, à seulement 27 % l’an
dernier. Ford a longtemps résisté
Ford a décidé
d’abandonner
la fabrication
de son modèle
Fusion. KEITH
SRAKOCIC/AP
LES VOITURES
LES PLUS
VENDUES AUX
ÉTATS-UNIS
EN 2017
(SOURCE: KELLEY BLUE BOOK)
PICK-UP
èFord F-150
897 000 unités
(+9,3 %)
SUV
èToyota RAV4,
408 000 unités
(+15,7 %)
BERLINE
èToyota Camry,
387 000 unités
(-0,4 %)
à cette érosion, avant de dégringoler l’année passée. Les ventes de
la Ford Fusion ont ainsi chuté de
21 % sur la seule année 2017.
Cette désaffection des consommateurs pour les berlines a été
compensée par le boom des SUV
qui, sur la période 2009-2017,
sont passés de 25 % à 41 % des
ventes. L’attrait pour ce type de
véhicule est mondial. Il se retrouve en Europe et en Chine. Cela
s’explique par un goût marqué des
consommateurs pour la position
de conduite plus haute des SUV,
mais également par l’amélioration
de la consommation, qui réduit le
différentiel de coût. « Beaucoup de
SUV petits et compacts sont devenus plus efficaces en termes de
consommation que les berlines traditionnelles », constate Jato.
Mais Jim Hackett met également en avant « la baisse de la
profitabilité » et la volonté de se
focaliser sur « les marchés où nous
pouvons gagner » pour justifier sa
décision. En clair, Ford ne gagne
pas d’argent sur ses berlines en
Amérique du Nord. Il s’agit toute-
fois
d’une
spécificité
des
constructeurs nord-américains.
Tous les constructeurs gagnent
mieux leur vie sur les plus gros
véhicules, mais la différence est
très marquée pour les Ford et
autre General Motors, qui ne disposent pas forcément du même
savoir-faire industriel que les japonais et les meilleurs européens
sur les plus petits véhicules.
Nouveaux usages
D’ailleurs, ce chemin n’est pas
suivi par ses concurrents, notamment japonais. Les Toyota, Honda
et Nissan sont, il est vrai, les spécialistes des berlines en Amérique
du Nord. Ce sont eux qui réalisent
les gros volumes sur ce type de
véhicule. Même en Europe, où les
berlines ne représentent que 5 %
du marché, la plupart des
constructeurs restent présents, à
l’exception notable de Fiat.
Ainsi, Peugeot a décidé de proposer en 2018 une nouvelle version de sa 508, au design modernisé et à l’allure plus haut de
gamme, avec la ferme intention
ZOOM
Le secteur pétrolier
prend de la hauteur
GAZ NATUREL : TOTAL
ET SHELL SIGNENT UN
ACCORD AVEC OMAN
L’imagerie satellite permet
de mieux connaître l’offre
et la demande et de lever en partie
le voile sur un marché opaque.
A
THOMAS LESTAVEL £@lestavelt
ÉNERGIE C’est une autre manifestation du boom économique provoqué par l’industrie spatiale. La
montée en puissance des nouveaux
lanceurs comme SpaceX, Blue Origin ou Rocket Lab a démocratisé
l’usage des satellites, ce dont profite
le monde de l’énergie. Car si « la
donnée est le nouveau pétrole »,
comme l’affirme le dicton, les images prises depuis l’espace fournissent des informations précieuses
pour estimer les quantités d’or noir
ou de gaz naturel stockées aux quatre coins de la planète ou transportées par les mers d’un continent à
l’autre. Des données utiles pour anticiper l’équilibre entre l’offre et la
demande, prévoir l’évolution des
prix et surveiller ce que font les
concurrents.
Le marché en question est aussi
immense qu’opaque. « Chaque jour,
200 milliards de dollars de pétrole et
de produits pétroliers sont échangés
sur la planète. Les compagnies nationales, qui pèsent presque 75 % de
la production, n’ont pas d’obligations de reporting. Même les majors
cotées en Bourse ne communiquent
pas l’état de leurs stocks », décrit
Antoine Rostand, président et fondateur de la start-up Kayrros dont
la mission est de « donner de la
transparence » aux compagnies pétrolières et gazières, aux négociants
et aux investisseurs du secteur. La
start-up, créée en février 2016 par
des anciens de Schlumberger, a levé
9 millions d’euros l’an dernier.
Dans ses locaux aux allures califor-
niennes, hébergés dans le très
confortable espace WeWork à
Paris, on croise surtout des jeunes
diplômés de moins de 30 ans, ingénieurs, informaticiens et spécialistes de la donnée. Grâce au machine
learning, la jeune pousse suit
100 000 « points » par jour - des
tankers, des puits de pétrole, des
raffineries, etc.
« Analyser le trafic
automobile en temps réel »
Le marché de l’intelligence sur
l’énergie vaudrait déjà, selon les estimations, plus de 4 milliards
d’euros par an. Les satellites jouent
un rôle de premier plan. Ils permettent de détecter les événements
provoquant des variations de production, par exemple un accident
qui entraîne l’arrêt d’un champ pétrolier en Libye - le négociant qui
prend connaissance d’une telle
nouvelle avant qu’elle ne soit annoncée dans les médias anticipera
une hausse imminente des cours et
achètera de l’or noir. Plus largement, l’analyse des images satellites
permet d’évaluer la production, les
flux et les stocks en croisant des
milliers d’informations isolées,
comme le remplissage d’une cuve
de stockage, via la position de son
toit qui est flottant, ou le poids de la
cargaison transportée par un tanker, grâce à l’ombre portée du bateau qui indique de combien de mètres il est enfoncé dans l’eau.
« Lorsqu’un nouveau champ entre en
service, j’utilise ce genre de plateforme pour repérer les raffineries qui
achètent du pétrole brut aux caractéristiques proches. Cela me permet
d’y dégager des marges confortables. Au-delà du profit, la décision
de Ford, et que pourraient aussi
prendre certains concurrents,
s’explique par l’évolution du
monde automobile. Nouveaux
usages, véhicules électriques et
hybrides, conduite autonome : les
constructeurs sont contraints de
multiplier les investissements. Jim
Hackett a décidé de faire des arbitrages. Il est difficile de faire l’impasse sur les nouvelles technologies. Le patron de Ford a donc
décidé de le faire sur les activités
traditionnelles du constructeur.
Développer un nouveau modèle
coûte cher. Compter moins de
modèles permet donc de réaliser
des économies. « Nos efforts nous
permettent de réduire notre
consommation de capital de 5 milliards sur la durée de notre plan »,
s’est félicité le patron de Ford.
Ce choix de faire des arbitrages
avait également été effectué par
Carlos Tavares lors de son plan de
redressement de PSA en 2014.
Mais ils n’avaient pas porté sur les
mêmes modèles. ■
La société française
Kpler surveille plus
de 20 000 bateaux
représentant près
de 95 % des volumes
de pétrole, gaz
et charbon échangés
par voie maritime. KPLER
d’identifier des débouchés commerciaux », témoigne un trader.
La société tricolore Kpler, qui
emploie une soixantaine de personnes réparties entre Paris, Singapour,
Londres et Houston, surveille ainsi
plus de 20 000 bateaux représentant
près de 95 % des volumes de pétrole, gaz et charbon échangés par voie
maritime. « On observe combien de
tankers sont chargés et déchargés et
on vérifie que la compagnie concernée
atteint ses objectifs », illustre François Cazor, le PDG de Kpler qui a fait
ses armes comme trader chez HSBC
avant de lancer la plateforme en
2014. Grâce à son outil, une compagnie peut également découvrir que
son client revend immédiatement,
avec une marge, le gaz qu’il vient de
lui acheter… et approcher le client
final pour la prochaine cargaison.
Bref la technologie vient diminuer
l’asymétrie d’informations. Ce qui
n’arrange pas tout le monde. « Un
jour un prospect a proposé de payer
pour que ses concurrents n’aient pas
accès aux données le concernant… »,
glisse François Cazor.
L’utilisation des satellites pour
mieux comprendre l’activité économique n’est pas un phénomène
nouveau. Les analystes financiers
s’y sont convertis depuis plusieurs
années pour suivre les chantiers de
BTP ou observer le taux de remplissage des parkings de Walmart et en
déduire la fréquentation de ses magasins. Afin de « cartographier les
échanges physiques » et de « suivre
les molécules de la production à la
consommation », Kpler croise 250
sources d’information provenant
des ports, des autorités douanières,
des compagnies pétrolières… et
donc des images satellites. La société
a accès à un parc de 100 nanosatellites exploités par quatre partenaires.
Le suivi des bateaux en temps réel
lui permet d’anticiper les flux. Le
Venezuela, par exemple, produit du
pétrole très lourd, qu’il faut mélanger avec du GPL avant de pouvoir
l’exporter. « En observant les importations du pays en GPL, on peut anticiper ses exportations dans les semaines qui viennent », illustre François
Cazor en pointant du doigt une impressionnante carte du monde parsemée de milliers de flèches représentant autant de tankers en transit.
Chez Kayrros, on prépare déjà
l’étape d’après. « D’ici un ou deux
ans, on pourra analyser le trafic
automobile en temps réel pour estimer la consommation de pétrole d’un
pays », prétend sans sourciller le
fondateur Antoine Rostand. En parallèle, Kayrros suit le développement des renouvelables en surveillant les fermes solaires, les parcs
d’éoliennes et depuis peu les mines
de lithium, minerai essentiel pour
fabriquer des batteries électriques.
La vague de fond ne s’arrêtera pas
au marché de l’énergie. Ce dernier
constitue certes un marché naturel
pour l’analyse satellite car il est à la
fois opaque et lucratif. Mais « à terme, toute activité humaine sera suivie depuis l’espace », prédit Antoine
Rostand. ■
£ Le groupe pétrolier et gazier
français Total et le géant
anglo-néerlandais des
hydrocarbures Shell ont
annoncé avoir signé un
protocole d’accord avec
le gouvernement d’Oman
en vue d’exploiter du gaz naturel
sur le sol du sultanat. L’objectif
est d’obtenir « une production
initiale de gaz d’environ
500 millions de pieds cubes par
jour », le site ayant le « potentiel
d’atteindre jusqu’à 1 milliard
de pieds cubes par jour
par la suite », précise Total.
EN BREF
RAFFINAGE : ABU
DHABI VEUT INVESTIR
MASSIVEMENT
£ La compagnie pétrolière
publique d’Abu Dhabi veut
investir 38 milliards d’euros
pour créer l’une des plus
grandes usines intégrées de
raffinage et de pétrochimie au
monde. L’investissement vise
à porter d’ici à 2025 la capacité
de raffinage de l’émirat à
1,5 million de barils par jour.
TRUMP TRAVAILLE
AVEC XI JINPING À UNE
SOLUTION POUR ZTE
£ Le président Trump
a indiqué travailler avec
son homologue Xi Jinping
à une solution pour donner
au géant chinois des télécoms
ZTE « un moyen de reprendre
ses activités, vite ».
Les autorités américaines
ont interdit mi-avril,
pour une durée de sept ans,
toutes les exportations de
composants destinés au groupe
chinois, entraînant l’arrêt
de ses principales activités.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 14 mai 2018
ENTREPRISES
27
Hyperloop TT assemble ses prototypes
de train supersonique en France
À Toulouse, le centre de R&D français de la start-up
californienne travaille à la certification du premier
exemplaire de l’histoire.
VÉRONIQUE GUILLERMARD
£@vguillermard
TRANSPORTS Les éléments des
deux premiers prototypes du train
supersonique développé par Hyperloop Transportation Technologies (HTT) viennent d’arriver à
Toulouse, en France. Le « tube » et
les capsules où prendront place les
passagers ont été fabriqués en Espagne par Carbures, un sous-traitant d’Airbus, pour le compte de la
start-up californienne. En 2019, le
partenaire espagnol promet de livrer des tubes plus légers, en fibre
de carbone. Pour l’heure, la quinzaine d’ingénieurs recrutée à Toulouse s’attaque à l’assemblage du
premier « wagon » du futur train
supersonique.
La promesse est folle : faire voyager des passagers (et/ou du fret)
installés dans des capsules propulsées par sustentation magnétique à
l’intérieur d’un tube sous vide, à la
vitesse de 1 200 km/h. Soit plus
vite qu’un Airbus ou un Boeing.
Cette promesse devrait devenir
réalité en 2020, avec la mise en service de la première ligne commerciale Hyperloop, aux Émirats arabes unis. Plus précisément d’un
premier tronçon de 10 km, inauguré à Abu Dhabi lors de l’Exposition
universelle de 2020.
Le compte à rebours est enclenché pour ne pas rater ce rendezvous, véritable vitrine mondiale
pour Hyperloop TT et les Émirats.
Dans cette course contre la montre, la France joue un rôle de premier plan. Installée sur l’ancienne
base aérienne de Francazal, l’équipe française va engager les tests en
vue de certifier les technologies du
train du futur afin qu’il soit autorisé
à faire voyager des passagers en
toute sécurité. C’est l’organisme
allemand TUV, considéré comme
un des plus sérieux et stricts dans le
monde, qui est chargé de délivrer
le précieux sésame. De son côté,
Munich Re, un des grands réassureurs mondiaux, a déjà publié une
évaluation positive sur les aspects
sécurité.
Premières esquisses mises
en ligne par Elon Musk
« Nous avons choisi la France au
printemps dernier pour y installer
notre troisième centre de R&D.
Pourquoi ? La France investit dans
l’innovation et a un processus de décision très rapide. L’État, la région,
le conseil de Toulouse Métropole
nous ont soutenus », développe Bibop Gresta, président et cofondateur de Hyperloop TT, dans un entretien au Figaro. Précédée par le
buzz entourant le concept Hyperloop, dont les premières esquisses
Les éléments
des deux premiers
prototypes du train
supersonique développé
par Hyperloop TT sont
arrivés à Toulouse.
HYPERLOOP TT
LES PROJETS
CONCURRENTS
■ Hyperloop One
La start-up, qui compte
pour investisseurs
principaux la SNCF et
Richard Branson, réalise
des essais sur une piste
construite dans le désert
du Nevada.
■ TransPod
Cofondée par le Français
Sébastien Gendron,
ex-salarié d’Airbus,
la start-up canadienne
parie sur la HauteVienne, en France.
■ Hard
D’origine néerlandaise,
la start-up a été créée
par un groupe d’étudiants
vainqueurs de la
compétition mondiale
organisée par Elon Musk.
ont été mises en ligne, à disposition
de quiconque voulait s’en emparer,
par Elon Musk, fondateur de SpaceX et de Tesla, en 2013, la start-up
n’a eu aucun mal à recruter.
« L’écosystème est fantastique à
Toulouse et les ingénieurs sont au
top niveau », sourit le jeune quadra
d’origine italienne, look de pop
star, sourire aux lèvres et discours
inspiré. « C’est vrai, à Toulouse, la
concurrence est rude pour attirer les
talents. Il y a Airbus, Thales, le
Cnes… Mais Hyperloop, c’est autre
chose. C’est un projet qui fait rêver
tous ceux qui veulent changer le
monde. » Hyperloop a réussi à
« piquer » des talents chez Airbus
« avec lequel nous avons des discussions pour un éventuel partenariat », lâche le président, qui, dans
une autre vie, a créé l’opérateur de
téléphone et d’Internet Alice, revendu à Telecom Italia à la fin des
années 1990.
Avant de révolutionner l’industrie des transports, Hyperloop TT a
innové en mettant en place un modèle de développement original. La
jeune pousse compte moins de
50 salariés mais sa communauté
rassemble plus de 900 personnes
dans 42 pays dans le monde. « Ce
sont nos contributeurs : ils nous donnent du temps et participent au projet, sous forme de travaux scientifiques ou d’apport financier »,
explique Bibop Gresta. La société a
établi un partenariat de cofinancement avec onze États au total. Parmi eux, les États-Unis, le Brésil, la
France, l’Inde, la Corée du Sud ou
encore l’Indonésie. À la signature
du contrat commercial, Hyperloop
cède une licence d’exploitation.
Charge à l’État qui fixera le prix du
ticket de financer la construction
de la ligne et l’achat du matériel,
confié à des sous-traitants, et de
déléguer ou non son exploitation.
La start-up évalue entre 22 et
24 millions de dollars, selon la topographie, le coût moyen du kilomètre de ligne, à comparer avec
30 à 36 millions du kilomètre pour
le TGV.
Bibop Gresta voit loin. Il vise la
construction de 2 000 km de lignes
nouvelles par an, dans le monde, à
partir de 2023. À terme, le président visionnaire imagine un
monde maillé par un réseau Hyperloop mondial : « Avec un unique
tube, je peux transporter 3 400 personnes par heure à plus de
1 200 km/h, soit 128 000 personnes
par jour ou 24 millions par an. Cela
signifie que Hyperloop pourrait,
avec le nombre de lignes suffisantes,
se substituer au transport aérien et
terrestre conventionnel en un an. »
Selon lui, ce mode de transport qui
abolit quasiment le temps du
voyage est universel et convient à
tous les pays. ■
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lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
CHRONIQUES
BLOC NOTES
JACQUES-OLIVIER MARTIN
JOMARTIN@LEFIGARO.FR
Air France,
un mal français
« Demandez-nous le monde »…
et vous aurez des grèves à répétition, des vols annulés et des
chemises arrachées. Malgré ses
slogans percutants, Air France
n’a jamais été « le plus bel endroit
de la terre ». C’est même tout le
contraire, si l’on en croit JeanMarc Janaillac, le pilote en chef
qui a décidé de quitter le cockpit
en pleine crise.
Il l’a cherché, ne manqueront
pas d’écrire les exégètes du
transporteur aérien. Mettre en
jeu son mandat dans une entreprise socialement explosive,
quelle maladresse ! L’occasion
de « se faire le patron » était
trop belle pour ne pas être saisie,
surtout chez Air France.
Cette société concentre en effet
tous les maux qui minent les
fleurons nationaux les plus mal
en point. Au premier chef, le
corporatisme. Depuis des décennies, le syndicat des pilotes
SNPL dispose de pouvoirs exorbitants et cogère la compagnie à
sa guise. Ils ne sont que 4 000 sur
50 000 salariés, mais ils font la
loi. C’est bien simple, ils sont à
l’origine de tous les mouvements sociaux ou presque de ces
dernières années. Leurs préoccupations ? Défendre leurs acquis et augmenter leur rémunération, au mépris d’à peu près
tout le monde, à commencer par
leurs clients.
Ensuite, la faiblesse de l’État actionnaire. Avec 22 % des droits
de vote, il peut beaucoup, mais
ne fait pas grand-chose. Il nomme un à un des dirigeants auxquels il promet son plein soutien
dans la réforme, et qu’il abandonne au moindre coût de Trafalgar social. Par sa seule présence au capital, l’État incite
surtout les salariés à penser qu’il
ne les abandonnera jamais
même si les affaires tournaient
mal, les confortant ainsi dans
leur stratégie jusqu’au-boutiste.
Plus que tout finalement, ces
grèves chez Air France, comme
celles de la SNCF, illustrent ce
mal français qui consiste à croire
qu’il y a une exception nationale
dans un monde en plein bouleversement. À penser que l’on
peut continuer à agir comme
avant, alors que tout le monde
ailleurs fait autrement. Cette
posture est un poison mortel. Il
y a quatorze ans, le rapprochement d’Air France avec KLM
propulsait la nouvelle compagnie au sommet de la hiérarchie
mondiale de l’aérien. Depuis,
elle ne cesse de reculer. Soyons
Pourquoi Macron et ses ministres
expliquent-ils aussi mal leur politique ?
L’exécutif ne parvient pas à convaincre qu’il agit pour le bien de tous.
réalistes, seule une remise en
question profonde empêchera la
disparition d’Air France !
RÉGULATION
POUR TOUS !
L’Europe n’a pas de Gafa, mais
elle a le RGPD. Ces quatre lettres
n’ont pas la puissance économique des géants américains du
Web, mais elles sont promises à
faire parler d’elles. Le « règlement général sur la protection
des données » est en effet le premier cadre organisant la gestion
et l’utilisation des données numériques. Il entrera en vigueur
le 25 mai prochain.
Même si les entreprises, surtout
les plus petites, s’arrachent les
cheveux pour s’y conformer, ne
blâmons pas l’Europe de vouloir
mettre un peu d’ordre, d’édicter
des règles qui protégeront les
internautes et rétabliront la
confiance. En réalité, il était
temps. Depuis une bonne décennie, les sites Internet collectent gratuitement des milliards
d’informations auprès des internautes et les exploitent dans
un quasi-no man’s land réglementaire. Et que dire du récent
scandale Cambridge Analytica,
du nom de cette société britannique qui a réussi à détourner les
données de dizaines de millions
d’internautes collectées par Facebook, sinon qu’il a révélé
combien ces précieuses « data »
sont mal protégées et font l’objet d’usages - politique et commercial - largement insoupçonnés par leurs propriétaires.
Comme pour la transition énergétique ou la lutte contre le réchauffement climatique, l’Europe joue les éclaireurs sur un
sujet plus que tout autre sans
frontières. Les internautes ne
sont-ils pas libres de se rendre
instantanément dans n’importe
quel site de la planète ? Les acteurs du Web ne sont-ils pas des
multinationales dès leur création ? Il est urgent, et même naturel, que les autres nations lui
emboîtent le pas et s’engagent à
leur tour dans la régulation de
l’espace numérique, en adoptant le Code européen ou en rédigeant un texte commun.
Les nombreuses allusions au
RGPD des parlementaires américains lors des récentes auditions de Mark Zuckerberg, le
patron de Facebook, au Congrès
sont encourageantes. Mais au
pays des « Gafa rois » comme
ailleurs, les mots ne suffisent
pas. Seuls comptent les actes. ■
U
n an jour pour jour
après son entrée effective à l’Élysée, un
dimanche matin pluvieux de mai, le 14,
Emmanuel Macron
aurait-il perdu la bataille de l’opinion et des affects ? Une vilaine étiquette colle à son costume d’être
« le président des riches ». Vrai ou
faux, 70 % des Français en sont persuadés selon un sondage Odoxa (Le
Figaro du 4 mai).
Et pour faire bonne mesure, la
rumeur, « de tous les maux le plus
véloce » comme chacun sait, le crédite de « la théorie du ruissellement ». Pour mieux le dénigrer. Selon cette conception assez fumeuse,
plus que séculaire aux États-Unis et
remise au goût du jour dans les années 1980 par l’Administration
Reagan, il faudrait réduire en priorité les impôts des riches, car leurs
dépenses de consommation, leurs
investissements et leur entreprenariat dynamiseront l’économie. La
richesse « ruissellera » (trickle down
en anglais) du haut vers le bas.
La polémique, orchestrée d’abord
à l’automne dernier par Jean-Luc
Mélenchon, le tribun de La France
insoumise, est liée bien sûr à la suppression de l’ISF. Cet impôt était à
l’évidence fort populaire en France,
puisqu’il était payé par très peu de
gens (1 % des foyers fiscaux). Introduit en 1982 au tout début du premier
septennat de François Mitterrand,
sous le terme d’IGF (impôt sur les
grandes fortunes), il avait été supprimé en 1987 par le gouvernement de
cohabitation de Jacques Chirac. Si ce
dernier a été battu à la présidentielle
de mai 1988, ce fut semble-t-il pour
avoir aboli l’IGF, lequel renaîtra de
ses cendres en 1988, par la grâce du
premier ministre Michel Rocard qui
le baptisera « impôt de solidarité sur
la fortune » (ISF).
Voilà comment se font les réputations d’homme de cœur ou de
président coupé du peuple. Qualifié
d’« impôt idéologique », l’ISF était
médicalement un édulcorant qui
calme les aigreurs d’estomac des
Français et leurs souffrances de fin
de mois. Leur enlever cet adjuvant
ne saurait donc être une décision
prise à la légère. Or, manifestement
le médecin s’y est mal pris.
Au lieu d’une psychanalyse en
profondeur pour faire ressortir le
refoulé - la haine de l’argent et de la
réussite de leurs compatriotes -,
Emmanuel Macron et son équipe y
sont allés à la hussarde, sans réellement affiner leurs arguments. L’ISF
amène « des centaines de contribuables à s’expatrier chaque année »,
avait plaidé Macron dans sa campagne présidentielle. L’ISF fait « fuir le
capital », a commenté le premier
ministre, Édouard Philippe. « Surtaxer le capital ne conduit pas à plus
LIBRES
ÉCHANGES
JEAN-PIERRE ROBIN
Confusion totale
Il n’y a pas que l’ISF pour lequel
l’exécutif peine à expliquer sa politique. Cela vaut pour tous les dossiers
où les discours s’avèrent à la fois très
techno (des tas de chiffres) et dénués
de précision, voire de principes. Ce
double vice plombe particulièrement
les débats sur les finances publiques.
Deux notions sont toujours mises en
avant : d’une part la « dépense publique » et de l’autre les « prélèvements
obligatoires ». Or chacun de ces concepts est beaucoup trop global pour
prétendre sensibiliser l’opinion publique, d’autant qu’on les présente
constamment en pourcentages du
PIB (56,5 % pour les dépenses et
45,4 % pour les prélèvements), ce qui
accroît leur abstraction.
Pour la réforme de la taxe
« d’habitation,
on va de comité
Théodule en rapport de Trucmuche,
donnant l’impression d’un arbitraire
fiscal sans foi ni loi
»
Il faudrait au contraire singulariser au maximum chacune des dépenses publiques, car leurs problématiques
respectives
sont
totalement différentes : rien de
commun entre les dépenses régaliennes de l’État (défense), de services publics (enseignement) et les
prestations d’assurance-maladie ou
les retraites. Quant aux « prélèvements obligatoires », ils instaurent
une confusion totale entre « impôt » et « cotisation sociale ». Ce
crime contre l’esprit a atteint son
comble avec la réforme Macron de
la CSG censée désormais financer
l’assurance-chômage. Rappelons
qu’un impôt est un prélèvement
obligatoire qui ne donne droit à
aucune compensation personnelle,
alors qu’une cotisation constitue
une prime d’assurance qui entraîne
des prestations individualisées. La
distinction est absolument fondamentale dans le système français.
Autre défaut dirimant pour la
compréhension de sa stratégie, le
gouvernement s’enferre dans un
bavardage permanent servi de trimestre en trimestre, un brouet indigeste faute de principes directeurs. Ainsi la réforme de la taxe
d’habitation va de comité Théodule
en rapport de Trucmuche, donnant
l’impression au contribuable d’être
face à un arbitraire fiscal sans foi ni
loi. En ouvrant son poste de radio le
matin, le propriétaire de résidence
secondaire éprouve le même effroi
que le citoyen soviétique d’antan
réveillé par le coup de sonnette matinal du laitier qui pouvait être celui
du NKVD l’emmenant au goulag.
Ces péchés de communication
peuvent paraître véniels en soi, car
l’an I de Macron a bénéficié d’une
météo économique internationale
exceptionnellement faste. Mais
attention à l’an II et aux frasques de
Donald Trump quand il faudra
expliquer le retournement de
conjoncture.
Le président de la République, Emmanuel Macron, et une partie du gouvernement, à l’Élysée.
IDÉES
LIVRES
de justice mais à plus de départs des
investisseurs et des créateurs de richesse », a renchéri Bruno Le Maire,
le ministre des Finances. Propos répétitifs, redondants et superficiels.
À aucun moment, le procès n’a été
véritablement instruit. L’enquête
économique sur les sorties de capitaux qui se chiffrent à plusieurs centaines de milliards d’euros depuis
1982 n’a jamais été entreprise par les
services de Bercy, qui en ont pourtant les moyens (par leur accès aux
statistiques fiscales). Cette perte de
substance énorme et très pénalisante
pour le pays, on en a pourtant une
idée indirecte : la part du capital des
grandes entreprises (CAC 40) détenue par des actionnaires ne payant
pas l’impôt en France est passée de
10 % à 50 % depuis le début des années 1980, selon la Banque de France !
OLIVIER CORSAN/PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP
28
Corinne Caillaud £@corinnecaillaud
A
Des lanceurs d’alerte frappés de plein fouet par l’isolement
lariés du privé ou d’agents de la
fonction publique recueillis à la
suite d’un appel à témoignages
lancé par la CFDT-cadres l’année
dernière. « Ce qui nous a frappés,
Jean-Paul
Bouchet
MARIE-NOËLLE AUBERGER ET JEAN-PAUL BOUCHET
OSER L’ALERTE ! SORTIR DU SILENCE AU TRAVAIL?
Les Éditions de l’Atelier
VINCENT COLIN/LES EDITIONS DE L’ATELIER
Si plusieurs livres et guides sur les
lanceurs d’alerte ont déjà été publiés, Oser l’alerte ! Sortir du silence au travail ? est le premier du
genre à avoir été rédigé sous la
plume de deux syndicalistes. Préfacé par Marylise Léon, secrétaire
nationale de la CFDT et probable
future numéro deux de la centrale
après son 49e congrès qui se
tiendra dans trois semaines à
Rennes, ses deux auteurs ont
multiplié les responsabilités dans
la branche cadres du syndicat :
Marie-Noëlle Auberger et JeanPaul Bouchet ont été respectivement, entre autres, secrétaire
nationale de l’Union confédérale
des cadres et secrétaire général de
la CFDT-cadres.
Jean-Paul Bouchet a lui-même
été un lanceur d’alerte dans le
secteur bancaire, et son propre
récit vient s’ajouter à ceux des sa-
c’est que la majorité d’entre eux
nous ont demandé l’anonymat,
souligne-t-il. Je me suis retrouvé
dans leurs histoires, dont l’isolement est le dénominateur commun. » Tous ont vécu, parfois en
première ligne, des situations relevant de non-respect de la réglementation, de manquement grave
à la déontologie professionnelle,
de contournements de règles internes allant parfois jusqu’à mettre en difficulté l’organisation et
leurs collaborateurs.
Ainsi le cas de Jean-Luc, responsable administratif et financier
dans une association, que sa direction aurait aimé pousser à une
fraude aux Assedic. Ou encore celui de Marie-Claude, auditrice interne au sein de la Cnam (Assurance-maladie), confrontée à de
faux achats de matériels, utilisation de voitures de service à des
fins privées et notes de grands restaurants sans mentions des personnes invitées. « J’aurais pu ne
pas exercer ma mission et avoir la
paix, mais il s’agissait d’argent public et je ne pouvais m’y résoudre »,
confesse ainsi Marie-Claude.
Rôle de la hiérarchie
Tous ces « lanceurs d’alerte » ont
été soumis à de terribles pressions, ont connu pour la plupart
des mises au placard et ont été
parfois poussés à la démission,
sans droit donc aux allocationschômage. « Les gens qui ont témoigné éprouvent un sentiment
d’injustice dans la mesure où ils ont
identifié un risque pour la pérennité
de l’entreprise, relève pour sa part
Marie-Noëlle Auberger. Pris dans
des cas de conscience mêlés d’éthique et de valeur morale, les choses
se sont retournées contre eux. La
souffrance psychologique est une
autre constante que l’on retrouve
chez les lanceurs d’alerte. »
La dernière partie du livre indique différents moyens de donner
l’alerte. Bien que l’ensemble des
faits relatés par les salariés soient
antérieurs à la loi Sapin 2 de décembre 2016, les auteurs notent
que le canal qui leur a semblé le
plus naturel a précisément été celui fixé par cette loi, à savoir la
hiérarchie. Ils se montrent cependant dubitatifs sur son efficacité.
« Lors de nos appels à témoignages, nous avons rencontré beaucoup de difficulté à recueillir des récits d’alerte passant par le canal de
la hiérarchie dont l’issue a été positive, rapportent les auteurs. C’est
évidemment révélateur. » Quoi
qu’il en soit, pour ces derniers,
l’enjeu de leur livre est bien
d’ouvrir le débat en entreprise. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
DÉCIDEURS
AVEC
PROPOS RECUEILLIS PAR
INTERVIEW Hervé Guillou, PDG
de Naval Group, le leader européen de l’industrie navale de défense, analyse sa manière de diriger.
LE FIGARO. - Les bons élèves
sont-ils de bons managers ?
Hervé GUILLOU. - Les grandes
entreprises ne doivent pas sélectionner que des bons élèves. Elles
doivent aussi sélectionner des entrepreneurs. C’est-à-dire des
personnes qui sortent du cadre,
qui ont commis des erreurs, qui
ont des cicatrices, de la volonté, et
qui osent.
Le PDG de Naval Group explique comment
le leader européen de la construction
navale de défense se transforme.
« Sortir du cadre » est-il possible
dans un grand groupe ?
Les hommes qui ont créé le groupe
Airbus, le numéro un européen de
la défense et de l’aéronautique,
ont pu le faire parce qu’ils sont
sortis du cadre. Il en est de même
pour la transformation de Naval
Group en société industrielle.
Quand avez-vous compris
que le dirigeant devait éprouver
de l’empathie pour les salariés ?
J’ai toujours éprouvé de l’empathie envers les autres. Mais, au début de ma carrière, j’étais plus
scolaire et moins tolérant. Plus
j’avance en âge, plus je pense que
le dirigeant doit d’abord s’occuper
de ses collaborateurs. Il doit parler
aux équipes, aux salariés. Il doit
s’engager physiquement, rencontrer les équipes dans les sites. J’ai
demandé aux autres dirigeants de
Naval Group de s’engager eux
aussi sur le terrain. Le directeur de
l’industrie et la directrice des services se déplacent chaque semaine
dans un site.
DCNS a changé de nom pour
devenir Naval Group en juillet
2017. Est-ce vraiment nécessaire
pour un constructeur de navires
militaires ?
Ce changement de nom signifie
que Naval Group a tourné la page
et a achevé la transformation
industrielle engagée lors du
changement de statut en 2003.
Naval Group est un nom compré-
hensible à l’étranger qui permet
d’attirer aussi bien un jeune apprenti qu’un étudiant en école
d’ingénieurs tentés par le naval.
Cela correspond à nos deux objectifs. Nous nous développons à l’international. Nous avons besoin de
recruter.
À quels signes constatez-vous que
le changement est en marche ?
J’ai pu le constater en janvier 2017
à Cherbourg lorsque deux chefs
d’équipe sont montés sur la scène
devant 400 cadres. Ils ont démontré par leur performance que nous
avons su changer nos méthodes de
management. Cet événement ne
se serait jamais produit il y a plusieurs années. Jamais deux chefs
d’équipe ne se seraient adressés
aux dirigeants et à leurs collègues
avec cette fierté de contribuer à la
transformation de l’entreprise.
Recrutez-vous plus de spécialistes
du numérique que de soudeurs
et de chaudronniers ?
Nos métiers se transforment. La
tôle représente 15 % de la valeur
d’un bateau et reste un métier essentiel. Mais, aujourd’hui, le commandant d’un navire peut le diriger sans regarder à l’extérieur
grâce à des projections en 3D qui
lui permettent de découvrir tout
son environnement sur 360°, alors
il faut aussi développer de nouveaux métiers.
« Plus j’avance en âge,
plus je pense que le
dirigeant doit d’abord
s’occuper de ses
collaborateurs. Il doit
s’engager physiquement,
rencontrer les équipes
dans les sites », estime
Hervé Guillou.
FRANCK DUNOUAU
Êtes-vous une entreprise
internationale ?
Nous ne le sommes pas encore.
L’internationalisation est une
transformation aussi importante
que le numérique. Nous sommes
encore largement, dans notre
culture, une société française qui
exporte, même si nous sommes
présents en Inde, en Malaisie, en
Australie, au Brésil, en Égypte…
CONFIDENCE
QUELLES PERSONNALITÉS ADMIREZ-VOUS ?
J’admire Yves Sillard, Henri Cazaban et Jacques
Grossi, qui ont été à la tête de la Direction
générale de l’armement dans les années 1980.
Tous les trois ont su enclencher
des transformations fondamentales.
J’admire Jean-Marie Poimbœuf, qui a conduit
le changement de statut de la DNCS, devenue
Naval Group. J’admire Philippe Camus,
l’un des créateurs du groupe Airbus.
Ce dirigeant d’une intelligence exceptionnelle
a une très forte expérience industrielle
et de grandes qualités humaines.
J’admire Louis Gallois, qui est une machine
intellectuelle impressionnante
et qui a un redoutable sens politique.
J’apprécie particulièrement le ministre
des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian,
avec qui je travaille depuis quarante ans.
Devez-vous donner
plus de responsabilités
aux managers
qui ne sont pas français ?
Nous ne pouvons plus réserver les
postes de responsabilité aux seuls
Français. Nous devons être capables de proposer des évolutions de
carrière aux dirigeants du Brésil,
de l’Inde, de l’Australie…
La transformation
sera-t-elle achevée
dans les dix années qui viennent ?
Elle ne sera jamais achevée.
Les transformations
ont-elles des conséquences
sur le moral des équipes ?
Les innovations et les réussites ont
un profond impact sur le moral
des salariés. Pendant près de quarante ans, DCN a fait la une des
pages sociales de la presse. La société était citée pour ses réductions d’effectif. Aujourd’hui, nous
remportons des succès à l’international. Nous avons gagné un
contrat en avril 2016 en Australie.
Nous sommes devenus une des
sociétés qui porte le développement de la France à l’international. Nous embauchons.
Les salariés sont-ils hostiles
aux changements ?
Les salariés de la base sont
conscients des réalités. Ils sont au
contact des équipes de nos clients.
TOP
MANAGEMENT PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
PAVIOT_TRISTAN
Frédéric
Baverez
Jean-Pierre
Farandou
DATES
CLÉS
1981
Entre au sein
de la SNCF
2004
Prend les
commandes
de Keolis Lyon
2006
Devient directeur
de la branche
SNCF Proximités
Est nommé
président
du groupe Keolis
Bernard
Tabary
â LES
Jacques
Damas
Bruno
Danet
Laurent
Kocher
Ils souhaitent une chose : que le
management et les dirigeants leur
fassent confiance.
Les plus inquiets sont souvent les
managers intermédiaires. Ils se
posent des questions sur leur avenir et l’avenir du site où ils travaillent. Ils craignent qu’il disparaisse au profit d’un site situé dans
une autre région. Ils ont peur de
perdre leur légitimité. Il faut donc
à la fois les rassurer et les encourager à changer.
Le dirigeant peut-il imposer
une transformation ?
Le dirigeant ne peut pas imposer
par le haut la transformation
d’une entreprise. Une transformation ne peut réussir que si les
salariés et les partenaires sociaux
sont fortement impliqués. Il est
indispensable de leur faire
confiance et qu’ils nous fassent
confiance.
Consacrez-vous du temps
à la transformation ?
Énormément. Le secrétaire général passe l’essentiel de son
temps à conduire la transformation que nous appelons « plan de
progrès », qui comprend de
nombreux chantiers. Il suit aussi
bien l’amélioration du management des programmes que la
mobilisation des équipes sur les
projets et la transformation du
management. ■
www.decideurs.lefigaro.fr
Thomas
Barbelet
Arnaud
van Troeyen
Kathleen
Wantz-O’Rourke
Asma
Aïdi
DÉCIDEURS du groupe Keolis
Participer activement à « la troisième révolution des mobilités », tel est le credo de
l’opérateur privé de transport public Keolis. Détenu à 70 % par la SNCF et à 30 % par
la Caisse de dépôt et placement du Québec,
le leader mondial des métros automatiques
et tramways entend bien s’imposer également sur le terrain de la voiture partagée.
« Il y a eu la révolution ferroviaire avec le
train, pétrolière avec les voitures, mais il y a
désormais la troisième révolution avec les
véhicules partagés et digitalisés », explique
son président Jean-Pierre Farandou, qui a
entrepris une réorganisation de son comité
exécutif en avril dernier. « En plus de la
création d’une branche d’activité nouvelles
mobilités, nous avons également fait venir
deux femmes aux profils internationaux. »
Car si 55 % des 5,4 milliards d’euros du
chiffre d’affaires se font aujourd’hui encore en France, « le rapport devrait s’inverser
d’ici à deux ans », affirme le président de la
société présente dans 16 pays, avec pas
moins de 63 000 salariés pour 3 milliards
d’utilisateurs par an.
Fidèle de la SNCF, où il est entré en 1981,
Jean-Pierre Farandou est un fin connaisseur du géant ferroviaire français. Après
vingt-trois ans à des postes variés (production, marketing, RH, juridique…) dans
les différentes structures du groupe, cet
ingénieur des Mines avait rejoint une première fois Keolis en 2004, à la tête de Keolis Lyon (TCL), le plus grand réseau du
groupe. Il avait donc toute légitimité pour
reprendre la présidence du directoire huit
ans plus tard, après avoir œuvré à la direction de la branche SNCF Proximités et à
l’Epic SNCF. Afin de « poursuivre la stratégie de développement et de diversification »,
le PDG a rassemblé autour de lui un comité
exécutif à la hauteur de ses ambitions.
Ancien de Suez, l’ingénieur du corps des
Mines Frédéric Baverez, entré chez Keolis
en 2005, a pris les rênes de la France en
2014 en plus de ses fonctions de PDG de la
filiale de stationnement Effia. Bernard
Tabary, ESC Rouen, ex-Bolloré et Plastic
Omnium, a lui aussi intégré Keolis en
2005. D’abord DGA France, puis directeur
de Keolis Lyon, il est aujourd’hui DG international. La direction de la sécurité, sûreté
et environnement revient au centralien
Jacques Damas, un homme 100 % SNCF.
Chez Keolis depuis 2014, il œuvrait jusqu’en avril à la direction ferroviaire et
industrielle. Bruno Danet, arrivé en 1990
chez Keolis après son diplôme d’école de
commerce à l’ESLSCA, pilote les ressources humaines depuis mai 2016. Choisi pour
prendre la tête de la branche nouvelles
mobilités, le polytechnicien Laurent
Kocher a dirigé de 2011 à 2013 les activités
d’Atos France, avant de rejoindre Keolis.
Aux commandes du marketing, de la marque et de la communication, Thomas
Barbelet s’est quant à lui forgé une
expérience dans des groupes tels que
PagesJaunes ou encore Vinci. Diplômé
d’un DESS à la Sorbonne, il avait rejoint
Keolis en 2015. Le Sciences Po Arnaud van
Troeyen dirige depuis avril la stratégie, le
développement et l’innovation du groupe
où il est entré en 2007 à la tête des acquisitions et des achats.
Enfin, deux femmes aux profils internationaux ont intégré ce comex. Diplômée de
Dauphine, ancienne de Siemens, Engie et
dernièrement Akka Technologies, la Franco-Australienne Kathleen Wantz-O’Rourke supervise la finance et le juridique. De
son côté, l’ingénieure Asma Aïdi, ancienne
de Sopra, prend la tête des activités performance industrielle et transformation. A. B.
A
Un dirigeant est-il uniquement
une machine à diriger ?
Accumuler de la compétence, de
l’expérience et des diplômes ne
suffit pas. Le dirigeant doit éprouver de l’empathie pour les femmes
et les hommes avec lesquels il travaille. Il doit aimer les salariés et
l’entreprise, leur communiquer
l’envie de se dépasser. Une société
ne se dirige pas comme un comité
de direction.
29
Hervé Guillou
« Le dirigeant
doit éprouver
de l’empathie »
YANN LE GALÈS £@YannLeGales
2012
lundi 14 mai 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
30
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Guillaume Pannaud :
« Chez TBWA, nous
nous concentrons
sur les contenus »
Nous avons développé une activité
de consulting nommée Disruption
Lab, qui met notre méthodologie au
service de nos clients dans le cadre
d’ateliers collaboratifs. Elle marche
très bien avec une croissance à
deux chiffres.
Alors que certains espaces de
consommation massive en ligne ne
diffusent pas de publicité, quels sont
les nouveaux chemins des marques
pour toucher les consommateurs ?
C’est tout le sujet et c’est pour cette
raison que je crois au modèle de
spécialiste dans les contenus. Notre
métier est en train de se réinventer.
Les audiences hier captives et faciles à toucher via la télévision migrent en partie vers des plateformes
non publicitaires de type Netflix. Et
cela va s’accélérer. Notre client
Apple se lance dans la production
de contenus en investissant 1 milliard de dollars, soit dix saisons de
Game of Thrones. Charge à nous de
retrouver ces audiences ailleurs, de
les reconstituer pour elles et de leur
créer des messages engageants. La
créativité sera de plus en plus essentielle. La délinéarisation de la
consommation de contenus est un
atout pour la créativité.
Le président du groupe TBWA France
est l’invité du « Buzz Média » du « Figaro ».
PROPOS RECUEILLIS PAR
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
PUBLICITÉ Guillaume Pannaud est
depuis 2013 le président de TBWA
France, troisième acteur du marché
français de la communication et filiale de TBWA Worldwide, l’un des
principaux réseaux internationaux
d’Omnicom, numéro deux mondial
du secteur.
LE FIGARO. - Parmi les « holding
companies », WPP et Publicis
enregistrent de faibles taux
de croissance. Omnicom s’en tire
mieux. Pourquoi ?
Guillaume PANNAUD. - Nous sommes très contents de surperformer
notre marché depuis plusieurs trimestres. En même temps, je trouve
que valider de grandes stratégies de
holding, qui sont très différentes,
sur la seule base de quelques performances trimestrielles n’est pas
très sérieux. Omnicom se porte
bien avec un positionnement assez
clair. Au fond, ce qui est en ce moment à l’œuvre sur notre marché,
c’est la question de la convergence
ou non entre ce qui relève du
contenant, les tuyaux, et ce qui relève du contenu. Publicis a choisi
une stratégie à cheval sur les conte-
nus et les contenants, c’est-à-dire
les plateformes digitales, en migrant vers une forme de SSII.
Havas, avec sa fusion avec Vivendi,
a choisi aussi d’entrer dans un
schéma de convergence. La stratégie d’Omnicom est différente. Elle
consiste à se concentrer sur les
contenus et viser le « best in class »
en termes de créativité de message
et de contenu. Il est trop tôt pour
dire quelle est la bonne stratégie.
On verra qui tirera le mieux son
épingle du jeu.
Le positionnement de WPP
ne semble pas très clair…
Je ne suis pas forcément le mieux
placé pour en parler. Mais il est vrai
que WPP s’est construit sous la forme d’un conglomérat, a eu son
heure de gloire et aujourd’hui doit
se trouver de nouvelles règles de
gouvernance, un nouveau patron et
probablement une nouvelle vision
stratégique à préciser.
GUILLAUME
PANNAUD
dans le studio
du Figaro.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
@
Le Buzz
MEDIA
en vidéo sur
www.lefigaro.fr/medias
créatives qui attirent ces meilleurs
talents. Cette notion de culture est
absolument clé dans l’exécution
des stratégies. Le grand défi de ceux
qui ont choisi la convergence, c’est
d’arriver à faire travailler ensemble
des codeurs et des concepteurs rédacteurs. De mon point de vue,
c’est très difficile. Le fait d’être assez clair sur notre culture d’agence
constitue selon moi un avantage
compétitif majeur.
Vous êtes un groupe de marketing.
Ne pas accompagner les entreprises
dans la transformation digitale,
n’est-ce pas se priver d’un relais
de croissance ?
Nous accompagnons nos clients
dans la transformation digitale de
leurs contenus, de leurs messages.
C’est un chantier colossal qui
Le holding Omnicom s’est-il
construit différemment ?
De façon historique, oui. Ce n’est
pas un hasard si Omnicom détient
les trois réseaux les plus créatifs.
C’est important, car cette situation
nous permet d’attirer les meilleurs
talents et de développer les cultures
RÉALITÉS AUGMENTÉES
constitue un relais de croissance.
Mais il est vrai que chez TBWA,
nous croyons au principe de
spécialité : celui de la créativité du
contenu. Et cela nous réussit
plutôt bien.
Les nouvelles organisations
qui prônent l’horizontalité
et le collaboratif, TBWA France
y adhère ?
Nous avons fusionné l’ensemble de
nos filiales il y a presque deux ans
dans cette perspective. Nous
l’avons fait pour mieux répondre à
la complexité des demandes, faire
intervenir des experts de chaque
discipline dans le cadre de groupes
projets créés pour nos clients. Il n’y
a plus qu’un seul groupe. Cela porte
ses fruits en croissance mais aussi
dans les compétitions créatives.
Qu’avez-vous recommandé
à Système U afin de regagner
ce budget ?
C’est trop tôt pour en parler. Du
point de vue de la méthode, c’est
tout le groupe TBWA qui a répondu
à cet appel d’offres. TBWA se sent
proche des valeurs de U et cela rend
la victoire plus belle.
Facebook connaît des difficultés
d’image. Cela va-t-il influer
sur les choix d’investissement
des annonceurs ?
Je ne crois pas qu’il y aura de reflux
des investissements sur les réseaux
sociaux. Mais il y aura une forme
de professionnalisation du sujet,
qui passe par une « réobjectivation » des audiences et de leur qualité. En les faisant certifier par un
tiers. Je crois que l’ensemble des
parties prenantes est d’accord sur
ce sujet. ■
PAR BENJAMIN FERRAN
Intelligence artificielle, je dis ton nom
« Bonjour, je vous appelle pour réserver un rendez-vous pour une
cliente. » La semaine dernière,
Google a franchi un grand pas en
matière d’intelligence artificielle et
a marqué les esprits. Durant une
poignée de minutes, son assistant
vocal a conversé, comme si de rien
n’était, avec une interlocutrice au
téléphone pour prendre rendezvous dans un salon de coiffure. La
femme à l’autre bout du fil ne s’est
aperçue de rien. Et pour cause ! Le
robot de Google, parfaitement à
l’aise durant la conversation, est
allé jusqu’à mimer des tics de langage bien humains (« hmm »,
« euh »). Le résultat était à la fois
confondant de naturel, et terrifiant.
Cet exploit a été rendu possible
par les avancées combinées en
matière d’apprentissage automatique et de synthèse vocale. Il laisse augurer d’indéniables progrès
pour le quotidien de toutes les
personnes sourdes, malentendantes ou souffrant de problèmes
d’élocution, pour qui le téléphone
est une épreuve. Il a aussi le potentiel de bouleverser le marché
du travail.
Les retombées économiques seront
majeures. L’assistant vocal, programmé selon nos désirs, sera dans
cette configuration vite supérieur à
l’homme. Dans les call-centers
délocalisés, parler un français sans
accent est le premier critère de
recrutement. Dans les médias, des
rencontres sportives pourront être
commentées un jour par des robots
mêlant une connaissance ency-
clopédique des joueurs avec une
touche d’émotion.
Depuis quelques jours, la prouesse
de Google est venue raviver des
questionnements plus profonds sur
notre rapport avec les robots. Les
développements de l’intelligence
artificielle visent-ils à imiter
l’homme en toute chose, jusque
dans l’art de la conversation ? Si la
machine y parvient, comme le prophétisait Alan Turing en 1950, a-telle vocation à nous duper, comme
Google l’a démontré sans se dévoiler au grand jour ? Lorsque l’on
parle à Siri, Alexa ou Cortana, ou
que l’on écrit à des bots sur Messenger, il est évident que l’on ne
s’adresse pas à un humain. Dans le
cas présent, la réceptionniste du salon de coiffure aurait peut-être
A
Un environnement
idéal pour s'épanouir
professionellement
préféré savoir qu’elle conversait
avec une machine. Le rapport à son
interlocuteur aurait été modifié.
Aurait-elle accumulé les formules
de politesse ? Demandé confirmation de l’heure, que la machine
avait du premier coup enregistrée ?
« DRAPEAU ROUGE »
Une attitude responsable, une marque de politesse également, aurait
été de se présenter au début de la
conversation. Google aurait perdu
une bonne part de son effet, et de
l’innovation à tous crins qu’il recherche. Critiqué sur ce point, il a
indiqué en fin de semaine réfléchir
à plus de transparence.
La Silicon Valley entre dans un moment charnière de son histoire. Ses
ingénieurs touchent du doigt leur
rêve : concevoir des intelligences
artificielles
indiscernables
de
l’homme. Le risque, en ces temps de
« fake news », est de ne plus pouvoir discerner le vrai du faux. Deux
écoles s’opposent. Ceux qui, comme
le chercheur en intelligence artificielle Toby Walsh, pensent que les
robots devront toujours se présenter comme tels et agiter un « drapeau rouge », qu’il s’agisse de voitures autonomes lancées sur la route
ou d’interlocuteurs au téléphone.
Ou ceux qui estiment qu’il faudra
apprendre à cohabiter avec les robots. Certes, nous sommes encore
très loin d’un scénario à la Blade
Runner, où les replicants traqués par
Harrison Ford sont indiscernables
de l’homme. Les bons choix éthiques se prennent dès à présent. ■
Les dévelop« pements
de
l’intelligence
artificielle
visent-ils
à imiter
l’homme en
toute chose,
jusque dans
l’art de la
conversation ?
»
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lundi 14 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 939 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
STYLE
MODE, BEAUTÉ...
LES INCONTOURNABLES
DE LA SEMAINE PAGE 35
Uniqlo
HIGH-TECH
LES MEILLEURS
TÉLÉVISEURS POUR
PROFITER DU MONDIAL
DE FOOTBALL PAGE 36
Un réalisateur en pointe
s
LIONEL HAHN/ABACA POUR LE FIGARO ; UNIQLO ; SAMSUNG ; RÉGIS DUVIGNAU/REUTERS
u
h
À 26 ans, le metteur en scène flamand impressionne la Croisette avec son premier film,
« Girl », présenté à Un certain regard. Dans son sillage, les sélections parallèles
réservent de belles surprises alors que la compétition patine. PAGES 32 À 34
24 heures
croisette
par François Aubel
DES FEMMES
PUISSANTES
« X + 3 = 1, donc X = – 2. » Pour Jean-Luc
Godard, la clé du cinéma serait cachée
quelque part dans cette équation. Samedi,
11 heures, le père de la Nouvelle Vague a fini
par honorer Cannes de sa présence en
conférence de presse. Enfin, par FaceTime
depuis Rolle
(ci-contre), son village
suisse ! Un téléphone,
un seul, sur lequel
la pythie du Léman
dispense ses oracles à
des journalistes éberlués.
Heidegger, Dostoïevski,
les frères Lumière,
Cézanne, son livre d’image déborde.
Jusqu’en Afrique. « Il y a plus d’enfants
là-bas qu’en Europe. Donc, plus d’amour
qu’en Europe… » Silence. Godard reprend :
« Ils n’ont rien compris là… » CQFD ?
« Qu’est-ce que je dois faire ? Je ne sais pas
quoi faire. » Cette actrice à qui l’on vient
d’annoncer sa participation à la montée
100 % des femmes, à 18 heures, vit un léger
moment d’angoisse. On lui a demandé
d’intégrer le bataillon des quatre-vingtdeux professionnelles du cinéma
pour réclamer une égalité des sexes
dans le monde du septième art.
Son agent la rassure. Après tout, ce n’est
que de la figuration.
Seules Cate Blanchett et Agnès Varda
prennent la parole. « 82, c’est le nombre
de films réalisés par des femmes invitées
à concourir en compétition depuis
la création du Festival en 1946. Dans
le même temps, 1 688 hommes ont été
sélectionnés », explique la présidente
du jury avec solennité. Avant de conclure :
« Il est temps que toutes les marches
de notre industrie nous soient accessibles.
Allez, on monte ! » Que celui qui a choisi
Pretty Woman pour rythmer ce cortège
se dénonce.
SUITE PAGE 32
Pour Cabu, les planches ont un dessein
EXPOSITION Le dessinateur aimait croquer comédiens et spectacles théâtraux.
MORCEAU CHOISI
Armelle Héliot
aheliot@lefigaro.fr
e théâtre était sa passion. Elle
l’avait saisi dès l’adolescence, à
Chalon-sur-Saône (Saône-etLoire), et il avait même songé devenir comédien. Cabu aimait le
théâtre et était un spectateur curieux que
l’on croisait aussi bien dans les théâtres privés que dans les institutions subventionnées ou, l’été, à Avignon, « in » et « off ».
Mais il avait sa préférence et c’était la Comédie-Française. Il savait que dans « la ruche », ainsi que l’on nomme la Maison de
Molière, c’est tout l’univers de l’art dramatique qui palpite, des ateliers de costumes
aux dessous de scène.
Il est donc logique qu’aujourd’hui Cabu
se retrouve à tous les étages du bâtiment de
la place Colette. Une exposition formidable,
rêvée par sa femme Véronique et dont le
commissaire est son ami Jean-François Pitet, se déploie dans l’ensemble des espaces
qui enveloppent la salle Richelieu. Pas
moins de deux cents dessins ont été réunis.
Un livre catalogue accompagne l’événe-
L
ment. Il est très bien édité (Michel Lafon
avec le soutien du Français et de l’Association Jean-Vilar). Vous serez étonnés par
l’étendue du travail de Cabu pour le théâtre.
Soyons chauvins et fiers, après La Dépêche de Constantine (lors de ses vingt-sept
mois en tant qu’appelé en Algérie), après
ses « Coins de nappe » au cabaret pour Hara-Kiri, c’est Le Figaro qui offre ses colonnes à Cabu. Pour un théâtre très particulier,
celui de la justice. En effet, dès octobre
1966, James de Coquet l’avait invité à suivre
le procès Ben Barka. Quarante audiences,
quarante dessins croqués sur le vif qui demeurent un témoignage essentiel de cette
page étrange de l’histoire. Trois ans plus
tard, en 1969, Cabu entame son travail de
dessinateur « dramatique », succédant à
Sennep qui aimait ajouter aux portraits des
phrases de commentaire, des traits d’esprit.
Puissance, rythme et humeur
C’était alors une grande tradition de la
presse : il y avait peu de photographes spécialisés, mais de nombreux caricaturistes,
ainsi que le rappelle Agathe Sanjuan, conservatrice-archiviste de la Comédie-Française. Le dessin théâtral de presse a ses règles : le plus souvent, il s’agit de profils
d’acteurs, présentés en brochette. Le jeune
Cabu va rompre avec ce style statique,
composant des groupes, saisissant les visages, les physionomies, l’atmosphère du
spectacle. Plus tard, il créera de nombreuses affiches, pour ses copains du Lucernaire, Christian Le Guillochet, ou du Grand
Edgar, Alain Mallet et les auteurs, Cavanna,
Claude Confortès, notamment. Il a du style,
Cabu. On est fasciné par la puissance, le
rythme, l’humeur de chaque dessin. Il ne
perdait rien des spectacles et il dessinait en
même temps, son calepin sur les genoux,
dans la pénombre des salles.
Il est encore au Figaro lorsqu’il compose
des planches pour Hara-Kiri puis Charlie
Hebdo. Des critiques élaborées comme des
BD à lire verticalement parfois, aussi cocasses que féroces. Et souvent en contradiction
avec les avis des critiques du Figaro ! On ne
se lasse pas de retrouver les comédiens qu’il
aimait tant. On sourit en prenant la mesure
de son espièglerie. Les obsèques de Jacques
Charon en sont un irrésistible exemple.
Mais tout séduit, amuse. Tout est de la main
et du cœur d’un très grand artiste. ■
« Cabu. Vive les comédiens ! », ComédieFrançaise (Paris Ier), jusqu’au 25 juillet.
L’album est publié par Michel Lafon (19,95 €).
A
Ses œuvres sont à voir à la Comédie-Française, à Paris.
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lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
32
L'ÉVÉNEMENT
SUITE DE LA PAGE 31
■ Dans la file d’attente pour accéder
à l’orchestre, on commence à
s’impatienter. Un agent de sécurité
intercepte une jeune journaliste.
Pas assez bien vêtue pour le protocole.
Un autre jour, moins symbolique, elle
aurait sans doute dû aller se rhabiller.
À la soirée organisée au club d’Albane
par Madame Figaro, Dior et UniFrance,
les quelques photographes accrédités
guettent l’arrivée de Mlle Isabelle Adjani.
Suivie à la trace par une équipe de télé, la
24 heures
croisette
par François Aubel
secrétaire d’État Marlène Schiappa,
qui n’a pas voulu monter les marches,
se félicite que le Festival ait pu renvoyer
une « image de femmes puissantes ».
Attendue à la fête de Gueule d’ange,
le premier film de Vanessa Filho dans
lequel elle incarne une mère indigne,
Marion Cotillard a envoyé un mot
d’excuse. Léa Seydoux (ci-contre) est
bien là, elle, pour représenter le jury.
La top Bella Hadid apparaît dans un long
fourreau rouge, sans le chanteur The
Weeknd. « Je n’y comprends plus rien,
Féminin
singulier
UN CERTAIN REGARD
Avec « Girl »,
le réalisateur belge
Lukas Dhont met
en scène une jeune
fille née dans un corps
de garçon qui souhaite
devenir danseuse.
Un sujet difficile traité
avec pudeur et intelligence.
Victor Polster interprète
Lara, héroïne de Girl.
Le film a reçu une standing
ovation de dix minutes
en projection de presse.
FDC 2018
C
ÉRIC NEUHOFF
eneuhoff@lefigaro.fr
e ne doit pas être simple. Lara est née fille dans un corps de
garçon. Elle a 15 ans. L’adolescence est
déjà cet âge où l’on a l’impression que
personne ne vous ressemble assez pour
vous comprendre. Son avenir est gros
de difficultés. Son désir forcené d’être
danseuse étoile ajoute à la performance. Lara vit avec son père et son petit
frère (étrangement, il n’est jamais
question de la mère). Ils ont déménagé
pour qu’elle puisse s’inscrire dans la
meilleure école de danse de Belgique.
Elle est d’une blondeur d’Ophélie.
Beaucoup de son temps est consacré à
s’observer dans les miroirs. Elle a des
excuses. Elle scrute les effets des hormones sur son physique. La famille accepte la chose avec bonhomie. Lara
– gare à celui qui continuerait à l’appeler Victor – envisage l’opération qui
la transformera définitivement avec
impatience. Elle n’en peut plus d’attendre.
Le père est plus inquiet. Le psychiatre conseille à la demoiselle de profiter
du présent. À l’académie, on ne sait
pas au juste comment la considèrent
ses condisciples. Elle s’invente des excuses pour ne pas se doucher avec les
autres. À un anniversaire, une des ballerines l’humilie avec une cruauté inconsciente. Chaque matin, Lara com-
prime son intimité avec du ruban
adhésif. Après les exercices, ses orteils
sont en charpie. Cette douleur n’est
rien à côté de ce qu’elle supporte en silence. Elle rêve de se réconcilier avec
elle-même. Cela passe par la chirurgie
et l’ouverture d’esprit. Sortir de son
cocon, tel est son vœu le plus cher.
Affronter l’infini
Le sujet était casse-gueule. Dans Girl,
Lukas Dhont le traite avec une pudeur,
une intelligence, une délicatesse qui
laissent pantois. Tout ça pour un premier film qui évite le voyeurisme et la
démonstration. Lara existe. On l’accepte telle quelle. On l’adopte. Elle a
ses instants de doute et de solitude.
Cela ne dure pas. Devenir soi, est-ce
donc trop demander ? Il y en a qui
mettent toute une vie pour y arriver.
Préfère-t-elle les filles ou les garçons ?
Elle ne répond pas. Son expérience
avec un voisin de palier la conduira à
brûler les étapes, ce qui nous vaut une
des séquences les plus insoutenables
que le cinéma nous ait offertes depuis
un moment. À la piscine ou sur les
pointes, elle bouge, virevolte, ne dévie
pas de sa trajectoire. Ses seins vont-ils
enfin se décider à pousser ? Et pourquoi une nature injuste l’a-t-elle dotée
de cet encombrant morceau de chair?
Lukas Dhont filme d’une main sûre
et alerte, dans des tons orangés, cette
héroïne qui marche au bord des gouffres, prête à affronter l’infini. Il la
scrute à la loupe, avec une tendresse
fraternelle. Victor Polster l’incarne
avec une sensibilité confondante. Il a
la solidité farouche d’un roseau qui
tremble. Cette lutte de tous les instants
a galvanisé le public de Cannes. Ainsi,
le cinéma gardait ses mystères, réservait des miracles. Tout est possible. Un
jour, Lara s’envolera, régnera sur une
scène d’Opéra. C’est tout le bonheur
qu’on lui souhaite. ■
est de tous les plans. « Victor avait une
manière à la fois très élégante et très fragile de danser, analyse Lukas Dhont. Il
était encore en train de se chercher, mais
était déjà très sûr de lui. J’ai vu qu’il donnait tout. Le hic, c’est qu’à 16 ans, il
n’avait encore jamais dansé sur pointe,
alors que les jeunes
ballerines s’entraînent dès l’âge de
12 ans. » Le
jeune Victor
relèvera ce défi
physique
et
apprendra en
l’espace
de
trois mois à
« danser
sur
pointe ».
Les
plans du film montrant les pieds ensanglantés n’ont pratiquement pas besoin
de maquillage au préalable. Le jeu du
jeune acteur avec les autres membres de
la famille est également au plus près de
la réalité.
Une chose étonne : l’absence de la
mère, jamais mentionnée. « Ce fut
avant tout un choix dramaturgique, répond du tac au tac le cinéaste. Il fallait
que la maman soit absente de la famille
pour que Lara puisse mieux trouver sa
place. J’avais également besoin de mettre
en place une relation père-fils forte et
unique. Je voulais un père absolu, qui
supporte son enfant, sans jamais se poser
la question de son identité sexuelle.
J’avoue qu’en créant le personnage de
Lara, j’ai pensé à Icare, cet être ambitieux qui se brûle les ailes à force de vouloir aller toujours plus loin. C’est typique
de l’adolescence. Je voulais que la radicalité de Lara soit au cœur du conflit qui
l’oppose à son père… »
Cette radicalité, on la retrouve aussi
dans sa manière de filmer, dont certains
n’hésitent pas à dire qu’il s’agit d’un
« Xavier Dolan flamand ». À cela, l’intéressé répond : « J’apprécie beaucoup
le travail de Xavier Dolan, je prends donc
cela pour un compliment!» ■
« Girl »
Drame de Lukas Dhont
Avec Victor Polster, Arieh Worthalter,
Valentijn Dhaenens
Durée 1 h 45
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Sortie le 10 octobre
Lukas Dhont, le Xavier Dolan flamand
OLIVIER DELCROIX £@Delcroixx
PORTRAIT La première projection de
presse cannoise de Girl a littéralement
mis le feu aux poudres, entraînant une
standing ovation de dix minutes dans la
salle Debussy, fait rare dans un amphithéâtre entièrement rempli par des critiques et des journalistes…
Nul doute que ce premier film flamand, sélectionné à Un certain regard,
a tout pour enflammer les passions.
Réalisé par un jeune homme de 26 ans,
Lukas Dhont, il raconte comment une
adolescente voulant devenir danseuse
étoile, se jette à corps perdu dans cette
quête absolue, quitte à dompter douloureusement un corps qui ne se plie pas
si facilement à la discipline que lui impose l’héroïne, car celle-ci est née
garçon.
À Cannes, sur l’une des terrasses du
Palais des festivals, Lukas Dhont appa-
raît décontracté, et souriant. « Lors de
la première projection officielle du film,
j’étais avec ma mère et mon père dans la
salle, se souvient-il. La réaction du public a été incroyable. Ce fut un compliment énorme. Le moment le plus fort de
ma vie, et comme une confirmation des
choix que j’ai fait jusqu’à présent. »
Une envie audacieuse
Né à Gand en 1992, il fait ses études à la
Kask (School of Arts) de Gand. Celui
qui, cette année, est le seul réalisateur
belge sélectionné à Cannes, n’est pas
totalement inconnu du petit monde du
cinéma. Son premier documentaire
Skin of Glass (2012) avait déjà été retenu
parmi les 50 demi-finalistes à la Mostra
de Venise. L’idée de Girl est née en 2014.
« J’avais lu un article dans un journal flamand, contant l’étrange destin d’une
jeune fille voulant devenir ballerine dans
un corps de garçon. Cela m’a rappelé
mon enfance. Quand j’étais gamin, mon
LES MATINS.
Guillaume Erner et la rédaction
© Radio France/Ch. Abramowitz
A
du lundi au vendredi > 7H
Retrouvez Eugénie Bastié ou
Alexandre Devecchio demain à 8H57.
franceculture.fr
@Franceculture
en partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
père voulait que je sois boy-scout. Il nous
emmenait, mon frère et moi, tous les
quinze jours jouer avec d’autres enfants
dans la boue ou faire du camping. Je détestais ça. Mes copains jugeaient bizarre
ma part de féminité. Je préférais le théâtre et la danse… À cette époque-là, je
trouvais difficile d’afficher mes goûts.
C’était tabou. »
À l’origine de Girl, il y a une envie
audacieuse et originale de conter cette
métamorphose moderne. Prendre un
personnage héroïque défiant les normes
de la société, surpassant les notions de
masculinité et de féminité, allant audelà du genre. Le plus incroyable, c’est
la manière dont le réalisateur a dû chercher l’acteur ou l’actrice capable d’incarner au plus près du script cet être
transgenre en pleine mutation. « Le
casting a duré une année, admet-il. J’ai
auditionné plus de 500 candidats. Parfois même de vraies personnes
transgenres. » Les auditions
auront lieu à Gand, à Anvers
et à Bruxelles. En désespoir
de cause, l’équipe décide de
faire passer les castings dans
une école de danse. « C’est
lors d’une de ces auditions de
groupe que j’ai vu entrer un
jeune homme, à l’aspect très
angélique. Il donnait l’impression de transcender le genre.
Quand il a commencé à danser,
j’ai su que c’était lui. » À 16 ans,
le jeune Victor Polster fascine. Il
« Le casting a duré une année.
J’ai auditionné plus de 500 candidats.
Parfois même de vraies personnes
transgenres », confie Lukas Dhont.
LIONEL HAHN/ABACA POUR LE FIGARO
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lundi 14 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
ils sont encore ensemble ou pas ? »,
demande un convive romantique.
Emmanuelle Seigner est venue avec
Dani. Pour chanter. Roman Polanski
n’a pas été encore aperçu la Croisette,
mais l’on apprend qu’il débutera
le tournage de son film sur l’affaire
Dreyfus en octobre. Avec un budget
bien moins élevé qu’il ne l’avait espéré.
Suivie de ses gardes du corps, Naomi
Campbell se glisse entre les tables.
Et fonce s’agenouiller auprès d’Agnès
Varda comme une groupie. « L’an
dernier, elle devait me remettre un prix,
mais quand j’ai vu que je faisais la taille
de ses jambes, j’ai demandé à ce que l’on
fasse cela assis », s’amuse la cinéaste,
avant de faire un selfie avec Dany Boon.
Son fils, Mathieu, la recoiffe tendrement :
« Allez, on remet la méduse en place. »
que je suis très amie avec Cyril Lignac, je
suis allée directement la prendre en
cuisine », explique-t-elle. Ce qui
s’appelle « avoir ses entrées »…
Son époux, le producteur Clément
Miserez, raconte à Sylvie Pialat la
difficulté qu’il a eue à monter l’an passé
L’École buissonnière, même avec
François Cluzet. « C’est plus dur qu’on
ne le croit de boxer dans la catégorie
populaire », confie-t-il. Près du bar,
le concert va bientôt commencer.
Mademoiselle Agnès chauffe la salle.
COMME UN BOOMERANG
L’animatrice Alessandra Sublet ne prend
pas d’entrée, une galette craquante,
tourteau au curry Madras, avocat
et citron vert. « Comme j’avais faim et
33
Accompagné d’une jeune guitariste,
le duo Dani-Seigner se lance dans
l’interprétation du Pull marine. On croit
distinguer un sourire sur le visage
d’Isabelle Adjani (ci-contre), assise en
retrait à côté de Thierry Frémaux. « Elle
était très émue », confiera plus tard
Anne-Florence Schmitt, directrice
de la rédaction du Madame Figaro.
Quelques portables commencent
à s’allumer. L’écho de l’attentat parisien
vient d’atteindre la Croisette. Ce n’est
hélas pas du cinéma.
VALERY HACHE/AFP ; PASCAL LE SEGRETAIN/GETTY
IMAGES/AFP FORUM
LE FIGARO
“
J’ai une chance folle
d’avoir le choix, je ne fais
pas de plan de carrière
ROMAIN DURIS
”
et maladroit en famille. » Lunettes de
soleil sur le nez, arrive Guillaume
Senez. Les deux hommes s’embrassent.
« Nous nous sommes entendus humainement et professionnellement », confie
le réalisateur belge qui espère l’avoir
dans son prochain film. « Romain est
quelqu’un de créatif, qui se renouvelle et
aime les challenges. » Donc jouer sans
« Gueule d’ange » :
Cotillard, la mère à boire
UN CERTAIN REGARD Marion Cotillard en mère prolo alcoolo, ça pique les yeux.
Dans Gueule d’ange, elle est Marlène. Une pauvresse blonde qui rate tout ce
qu’elle fait. Incapable de garder un mari et de trouver un travail. Le genre de fille
qui dit « j’ai changé » mais qui ne change que la couleur de son vernis à ongles.
Elle passe ses journées scotchée devant la télé à insulter des candidats de téléréalité. Elle a une fille de 8 ans, Elli, sa « Gueule d’ange » à qui elle n’a pas de quoi
payer un maillot de bain. Pourtant, elle aime sa Gueule d’ange, surnom qu’elle
braille sur tous les tons, selon le nombre de verres de chardonnay. « Ma gosse,
pour l’avoir réussie comme ça, j’ai dû baiser avec Einstein dans le noir. » Ça
sonne faux ? Pas du tout. Elli croit que son père s’appelle Einstein. La fillette
donne à boire du Jack Daniels à ses peluches avant de biberonner comme sa
mère. Les parents boivent, les enfants trinquent. Le premier film de Vanessa
Filho multiplie les exploits. Rendre l’alcoolisme glamour, le misérabilisme chic et
Cotillard pauvre, c’est possible.
É. S.
Sortie le 23 mai.
« Les Filles
du soleil » :
une rafale de clichés
EN COMPÉTITION Elle n’aurait pas pu ne
pas y être. Elle se sent investie
d’une mission. Quand Mathilde
(Emmanuelle Bercot, ci-contre) débarque
dans le nord de l’Irak, ses derniers
confrères abandonnent le terrain. Pour
camper son personnage de reporter
aguerrie, la réalisatrice des Filles du soleil,
Eva Husson, s’est inspirée de la journaliste
britannique Marie Colvin, tuée par les
Syriens à Homs. Comme elle, elle a perdu
un œil. Et son mari en Libye. Bahar (Golshifteh Farahani) se bat, elle, à la tête
d’une unité féminine d’anciennes captives de Daech contre les « extrémistes ».
La commandante des guerrières kurdes a un destin tragique, mais un regard
magnifique. Ces héroïnes marxistes poussent à l’offensive quand les hommes
veulent attendre. Flash-back sur leur détention ou leur évasion, crépitement
des kalachnikovs, conversations nocturnes sur l’engagement, on est de tout
cœur avec elles. Las, Eva Husson enchaîne les clichés en rafales. Sa guerre est
un roman-photo. Mathilde pleure au téléphone en appelant sa fille, Bahar
cherche son fils, enlevé par les hommes en noir. La poussière colle aux visages
comme un maquillage, la musique tombe sur les scènes d’action comme un
obus. Les vraies combattantes méritent mieux que cet œil unique de bobo.
BERTRAND DE SAINT VINCENT
Sortie le 21 novembre.
MANEKI FILMS/WILD BUNCH
mains dans les poches, Romain Duris
semble sortir tout droit d’une revue de
mode. « C’est Cannes ! », dit-il d’une
voix douce. L’acteur est le héros de Nos
batailles, le film de Guillaume Senez, la
bonne surprise de La Semaine de la critique. « Il a la barbe pour son tournage », signale son attaché de presse. Et
pas de téléphone portable à portée
d’oreille. « J’aimerais bien qu’il y ait des
journées sans comme aux États-Unis »,
lance-t-il.
L’acteur révélé dans Le Péril jeune de
Cédric Klapisch en 1995 est en train de
tourner Vernon Subutex, série tirée du
roman de Virginie Despentes avec
Cathy Verney. « C’est la première fois
que je tourne avec une femme, glisse Romain Duris en souriant. J’aime bien, elle
est spécialement inspirée et habitée par le
sujet. » À l’instar de Guillaume Senez
dont le comédien avait applaudi le premier long-métrage, Keeper. « Il m’a
raconté son principe de mise en scène qui
est assez dingue, c’est-à-dire pas de
dialogues pour les comédiens, de l’improvisation guidée par un canevas du
COUP DANS LE NEZ
PORTRAIT Très chic, en veste gilet,
texte. « Plus j’avance dans ce métier,
plus j’apprécie la notion d’écoute du metteur en scène, renchérit Duris. Je suis
comme un enfant qui adore qu’on lui propose des choses différentes et qui rebondit tout de suite. Il y a une vraie preuve
que le système fonctionne. Ce qui arrive à
Olivier est sombre, le montage a permis
d’amener de la vie, un peu de gaieté. »
Fils d’un architecte et d’une coloriste
et danseuse, l’acteur est lui-même père
de deux bambins. « Ça fait des raccourcis, mais je cherche de moins en moins à
mettre du vécu dans mes personnages,
précise-t-il. Je suis leurs trajectoires et
me protège. » Le costume est également
important : « Un vêtement large ou
étriqué change tout, une paire de chaussures détermine la façon de marcher, ils
me font plus d’effet que la barbe ou les
cheveux. »
Récemment dans la peau d’un kidnappeur dans Tout l’argent du monde
de Ridley Scott, l’acteur, qui fêtera ses
44 ans le 28 mai se sert « de tout ». Apprend toujours. « Parfois, j’arrive sur
un plateau en me demandant comment il
faut faire, observe-t-il modeste. Être
dirigé par un Klapisch, un Audiard, un
Gatlif ou un Chéreau, j’ai une assurance,
c’est le trajet que j’accomplis avec eux,
c’est la meilleure école. » Sa technique ?
« J’essaie de lâcher en permanence, il y a
des mauvais amis qu’il faut oublier, explique-t-il. Dans celui de Guillaume
comme dans celui de Cathy Verney, je
laisse déborder. Dans le débordement il y
a la clef… c’est agréable de bousculer
tout ça, de mettre des accidents, en tant
qu’acteur, on retend vers les débuts,
vers ce que je faisais dans Le Péril jeune.
On retourne vers une spontanéité fragile. On cherche à effacer les trucs, mais
ils nous habitent. Il y a un dosage à faire.
J’entends souvent Chéreau, mais ça ne
prend pas le pas sur le présent. » Le
metteur en scène l’avait dirigé dans
Persécution, le film adapté de l’œuvre
de Bernard-Marie Koltès (2009) et l’a
fait débuter au théâtre dans La Nuit
juste avant les forêts du même auteur
en 2011.
« J’ai une chance folle d’avoir le choix,
je ne fais pas de plan de carrière, de calcul, il y a des “non” qui sont parfois difficiles à dire, mais je suis privilégié »,
confie Romain Duris qui avait commencé par les arts appliqués - il dessine
toujours - avant d’être repéré par le directeur de casting de Cédric Klapisch.
Chaque personnage appelle le suivant.
« Souvent, je me dis que je me sers du film
précédent même s’il n’a pas marché, je
trouve immédiatement des résonances
avec le suivant. C’est génial ! » Le prochain, il le tournera sans doute avec
Thierry de Peretti. « J’ai adoré son dernier film, Une vie violente, on a quelque
chose à faire ensemble. » ■
film. » Et un personnage « inspirant ».
Olivier se retrouve seul avec ses deux
enfants Elliott (Basile) et Rose (Léna),
après le départ soudain de sa femme
(Lucie Debay). Il est obligé de composer
avec ses responsabilités de syndicaliste
à l’usine et son rôle de père.
« C’est une sorte de Kramer contre
Kramer revisité aujourd’hui. Un homme
d’entreprise qui lutte comme l’indique le
titre, remarque Romain Duris. J’ai trouvé intéressant de montrer qu’il était
tourné vers les autres, très investi sur son
lieu de travail et complètement débordé
COUP DE BARRE
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
MARS FILMS
Romain Duris, la liberté de jouer
« Nos batailles »
Drame de Guillaume Senez
Avec Romain Duris, Laetitia Dosch,
Maure Calamy
Durée 1 h 38
■
L’avis du Figaro : ○○○¡
OLIVIER NUC £@oliviernuc
Assigné à résidence, le réalisateur iranien Jafar Panahi figure cette année en
compétition, comme son compatriote
Asghar Farhadi. Si ce dernier se perd
dans une production bavarde et peu
inspirée (Everybody Knows), Panahi
poursuit avec grâce une filmographie
d’une grande délicatesse. Dans Trois
Visages, le cinéaste utilise le procédé
classique de la mise en abyme avec une
douce virtuosité. Son film montre en
effet le réalisateur lui-même, assigné à
résidence dans son véhicule – il ne
franchit jamais le seuil des maisons – à
la recherche d’une jeune femme aspi-
rant à une carrière artistique. Sans se
départir de sa légèreté et de son art de la
contemplation, le disciple de Kiarostami, chouchou des festivals de cinéma
internationaux, signe un grand film politique, dans la lignée de Taxi Téhéran.
Rencontres surréalistes
L’action – passablement alanguie – se
déroule dans un village montagneux du
nord-ouest de l’Iran. Avec sa compagne de voyage, l’actrice Behnaz Jafari,
assise à la place du passager, Panahi
met en scène une série de rencontres
surréalistes. Chacune des anecdotes,
dont la plupart tournent autour de la
circulation (un taureau reproducteur
barrant la route, le code des klaxons ré-
glant le trafic), renforcent le cœur du
propos : la possibilité de produire de
l’art dans un pays où la culture est sévèrement contrôlée. Les habitants du
village composent une galerie de portraits attachante, les dialogues sont justes, les images, frappantes de sincérité :
avec Trois Visages, Panahi s’inscrit joliment dans la compétition. ■
«Trois visages»
Drame de Jafar Panahi
Avec Jafar Panahi, Behnaz Jafari,
Maedeh Erteghaei
Durée 1 h 40
■
L’avis du Figaro : ○○○¡
Sortie le 6 juin
« Les Éternels » : l’amour sinon rien
EN COMPÉTITION C’est toujours un peu la même histoire avec Jia Zhang-ke
(Still Life, A Touch of Sin, Au-delà des montagnes). Une mise en scène virtuose,
un scénario frustrant. Depuis vingt ans, le cinéaste chinois met en images
les mutations de son pays, passé du communisme au capitalisme avec une
brutalité qui laisse pas mal de monde sur le carreau. Les Éternels commence
en 2001, à Datong. Les mines ferment, les ouvriers pleurent. Le père de Qiao
(Zhao Tao, ci-dessus) est de ceux-là. La jeune femme, elle, en pince pour Bin
(Fan Liao), petit chef de la pègre locale. Le couple mafieux a quelque chose de
scorsésien. Bin se fait attaquer à coups de pelle par une bande rivale. Qiao lui
sauve la peau et prend cinq ans de taule. Le remake chinois de Casino laisse
alors la place à autre chose. On ne sait pas bien quoi. L’amante sacrificielle part
à la recherche de Bin. La quête est longue et tortueuse. Plus tard, Qiao tiendra
une maison de jeu. Elle aura retrouvé Bin. Le caïd n’est plus qu’un pauvre type
en fauteuil. En Chine, comme ailleurs, l’argent ne fait pas le bonheur. L’amour
non plus. La démonstration s’achève en 2017, au bout de 2 h 21 d’un mélo
dépressif. Xanax, c’est du mandarin ?
ÉTIENNE SORIN
Sortie le 26 décembre.
A
« Trois Visages » : la bonne mine de Panahi
FDC 2018
Sortie le 10 octobre
COUP DE BLUES
Romain Duris est le héros de Nos batailles, de Guillaume Senez, la bonne surprise
de La Semaine de la critique. AURORE MARECHAL/ABACA POUR LE FIGARO
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
34
CULTURE
L'ÉVÉNEMENT
« Le monde est à toi »
sur de bons rails
Les Bernardins
ouvrent leurs portes
aux artistes
QUINZAINE DES RÉALISATEURS Avec Isabelle
Adjani et Vincent Cassel, Romain Gavras offre une
comédie déjantée et remarquée sur la Croisette.
CHRONIQUE Ce célèbre lieu de rencontres
du diocèse de Paris accueille de jeunes diplômés
des Beaux-Arts qui travaillent en public
dans la sacristie.
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
e bouche-à-oreille aidant, il a
fallu patienter près de deux
heures pour espérer voir le
nouveau film de Romain Gavras présenté à La Quinzaine
des réalisateurs. Le matin même de la
première séance, de nombreux spectateurs avaient été refoulés. Le fils de
Costa-Gavras, son style « à part » et
son casting prestigieux – Isabelle Adjani, Vincent Cassel – ont attiré ses fidèles de la première heure et des cinéphiles curieux d’observer l’évolution du
jeune réalisateur.
Une nouvelle fois, après Notre jour
viendra avec le même Vincent Cassel
(2010), Romain Gavras séduit en bâtonnant une comédie que n’aurait pas reniée les frères Coen ou le président de
Groland. Écrite avec le concours de Noé
Debré (Dheepan), elle dénote dans le
paysage habituel.
L
Un sens des affaires aléatoire
À commencer par une intrigue loufoque. Son « petit dealer » de fils, François (Karim Leklou), voit grand, estime sa mère, une Isabelle Adjani
décomplexée qui semble beaucoup
s’amuser. Le garçon envisage de développer la franchise des glaces Mr Freeze au Maghreb, compte sur l’argent
qu’il a mis de côté, mais sa génitrice,
joueuse, voleuse professionnelle et extravertie, l’a dilapidé. François part en
Espagne pour se refaire une cagnotte
dans une parfaite illégalité avec un
sens des affaires aléatoire. Évidemment, tout ne se passe pas comme prévu d’autant que Lamya, son amour de
jeunesse (Oulaya Amamra révélée
dans Divines de Houda Benyamina en
2016), est de retour.
Drôle et acide, le long-métrage Le
monde est à toi fait la part belle aux situations déjantées, borderline, absurdes. Les personnages sont des criminels
à la petite semaine, des Pieds Nickelés
qui s’enferrent dans des plans abraca-
LES ARTS
Adrien Goetz
Q
dabrants. Romain Gavras filme ces
margoulins comme sur une piste de
voitures de course. Sans temps morts.
Et sous le soleil méditerranéen où les
caïds jouent les gros bras. Bouille de
bébé, regard songeur et « cœur grenadine » (il y a bien la chanson de Laurent
Voulzy et même du Michel Sardou),
François est un gentil, lui. Plein de bonne volonté, ne demandant qu’à vivre
« tranquille » avec la belle Lamya. Il
voudrait bien couper le cordon, mais sa
mère, peau de colle, prend des initiatives fâcheuses et lui complique l’existence. Henri, son beau-père, se laisse
embobiner par une secte virtuelle
– Vincent Cassel en décérébré est hilarant – et ses comparses de la cité rivalisent de bêtise sous prétexte de l’aider.
Leurs « exploits » les amènent à côtoyer de dangereux tueurs. Avec Romain Gavras, la banlieue n’est pas morose. Le monde est à lui. ■
« Le monde est à toi »
Comédie de Romain Gavras
Avec Karim Leklou, Isabelle Adjani,
Oulaya Amamra
Durée 1 h 34
■
L’avis du Figaro : ○○○¡
Sortie le 22 août
Keir Dullea : « “2001 :
l’Odyssée de l’espace”
reste un film visionnaire»
OLIVIER DELCROIX £@Delcroixx
CANNES CLASSICS Grâce à Stanley
Kubrick, il est entré à la postérité par la
grande porte. Keir Dullea est l’homme
d’un seul rôle. Sa filmographie ne comporte que peu de chefs-d’œuvre, à l’exception de sa prestation dans 2001 :
l’Odyssée de l’espace, qui célèbre cette
année son 50e anniversaire sur la Croisette avec, entre autres, une masterclass
d’anthologie dirigée par le réalisateur
d’Interstellar Christopher Nolan.
À 81 ans, l’acteur américain savoure sa
présence à Cannes. Il figure aussi dans la
nouvelle version de Fahrenheit 451 signée Ramin Bahrani et également projeté sur la Croisette. Il conserve une élégance et une vivacité d’esprit qui forcent
l’admiration. « En revoyant récemment le
film, explique-t-il, je me suis rendu
compte à quel point j’avais été chanceux
de faire partie de ce voyage. C’est un peu
comme les acteurs qui jouaient dans le Citizen Kane d’Orson Welles. Comment
auraient-ils pu savoir à l’avance que la
moindre inflexion de leur jeu serait
aujourd’hui étudiée dans les écoles de cinéma ? » (Rires).
A
« Un voyage de la transition »
Keir Dullea est resté un homme modeste. Il sait qu’il a tourné avec l’un des
grands metteurs en scène du XXe siècle.
Quel est selon lui le souvenir le plus pénible du tournage qui s’étala à Londres
sur quatre à cinq mois ? « La scène la plus
difficile que j’ai eu à tourner est celle où
l’ordinateur Hal n’autorise pas mon personnage à entrer dans le vaisseau, me forçant à utiliser une issue de secours, raconte-t-il. Pour simuler l’apesanteur,
Stanley avait placé la caméra en bas d’un
uand un rayon de soleil traverse les baies gothiques,
sous les ogives de la sacristie du Collège des Bernardins, Charles-Henry de Pimodan, penché sur un long
rouleau de papier, avec sa barbe qui hésite entre mode hipster et style Édouard
VII, ressemble à un moine copiste médiéval. Il ne faut pas s’y tromper, ce jeune diplômé de l’École des beaux-arts est
bien de son temps. Sa feuille grouille de
minuscules silhouettes, tracées au
crayon, qui vibrent et vivent sur ce ruban qu’il rembobine au fur et à mesure
qu’il le sature de personnages.
Il sort une loupe de sa poche. C’est un
dispositif visuel, une miniature démesurée. Dix mètres ont disparu déjà, qu’il
déroulera pour les révéler devant ses
amis quand s’achèvera cette performance collective, dont il aura été acteur
et témoin. Ce sera un immense dessin,
qui mériterait d’être exposé avec la
broderie de Bayeux, où il raconte
l’aventure que neuf artistes sont en
train de vivre. On y reconnaît même un
pupitre où s’installe un orateur : c’est le
président Macron, quand il s’est exprimé ici il y a quelques semaines. Le célèbre centre de culture et de réflexion
voulu par Mgr Lustiger est ouvert depuis
longtemps à l’art contemporain.
conduit de trois étages. À l’écran, on avait
l’impression que je me déplaçais à l’horizontale. Quand Stanley a dit : “Action !”,
je me suis lancé dans le vide seulement
rattaché à un câble. Un technicien a violemment tiré sur la corde à deux reprises !
Et j’ai rebondi comme un yo-yo. Heureusement, il n’a fallu qu’une prise pour mettre en boîte la séquence. Dieu merci ! »
Keir Dullea garde de nombreux souvenirs de 2001. Il se souvient de l’accueil
catastrophique par la presse de l’époque.
« Le film était en avance sur son temps,
déclare-t-il. Les critiques ne l’ont pas
compris. Mais les jeunes générations y
sont allées en nombre. Le film a commencé
à bien fonctionner. C’était avant tout une
expérience visuelle. La production a alors
sorti une nouvelle affiche dont le slogan
était : “2001 : The Ultimate Trip” (“Le
Voyage ultime”). »
La question que les gens n’ont cessé de
poser à Keir Dullea ses cinquante
dernières années est : « Qu’est-ce
que signifie le film ? » Et la meilleure réponse qu’il leur a faite est celle de Kubrick lui-même : « Comment expliquez-vous avec des mots
une symphonie de Beethoven ? »
Aujourd’hui, pour Keir Dullea,
« 2001 est devenu un voyage de la
transition, une randonnée vers
l’ailleurs. Le film est demeuré visionnaire. En ce qui me concerne, la
séquence finale, où j’apparais très
vieux – il fallut douze heures de
maquillage ! –, reste impressionnante. Heureusement, je ne suis pas
aussi vieux que dans le film. Mais il
est intéressant de voir comment j’ai
été transformé en vieil homme, ce
que je suis maintenant… et sans
maquillage ! Cela prouve que Kubrick avait du génie. » ■
Vincent Cassel, Isabelle Adjani
et François Damiens
dans Le monde est à toi.
LA QUINZAINE DES RÉALISATEURS 2018
LE TAPIS ROUGE
+ @DU WEB
» Le road-trip « Trois Visages »
fait le plein de passagers
» « Les Filles du soleil »
passe à côté de son sujet
» Photo du jour : Ava DuVernay,
Cate Blanchett et Agnès Varda,
solidarité féminine
» Les femmes prennent le pouvoir,
Christopher Nolan crée l’émeute
» Le temps des amours
et les couleurs du ressentiment
» « Girl », vraie surprise
du Festival : revue de tweets
» Une montée des marches
de 82 femmes en quête d’égalité
pour le cinéma français
» Revivez en vidéo notre émission
« 24 Heures Croisette » :
« L’e-cinéma n’’exclut pas
le cinéma en salle »,
selon Audrey Pulvar
www.lefigaro.fr/festival de Cannes
9
films
en compétition officielle
ont été vus. À presque
mi-parcours du Festival,
pas de palme d’or
à l’horizon
Atelier collectif
Pour Jean-Marc Bustamante, directeur
des Beaux-Arts de Paris, et pour JeanMichel Alberola, qui y enseigne, cette
expérience en trois actes, passé, présent, futur, est déjà un succès. Le public
vient parler avec les artistes et les médiateurs, dans cet atelier collectif aux
portes grandes ouvertes. Avec Hervé de
Vaublanc, qui programme tout ce qui se
passe en ces lieux, ils ont souhaité dédier cette rencontre à la mémoire d’Alban Denuit, étudiant des Beaux-Arts
mort au Bataclan.
Ces jours-ci, Raphaël Tiberghien, sur
une table à tréteaux, joue avec des caractères d’imprimerie dont il fera des
céramiques. Jules Guissart sculpte un
labyrinthe de formes qu’il dispose au
Des caractères d’imprimerie dont
Raphaël Tiberghien fera des céramiques,
au Collège des Bernardins.
COLLÈGE DES BERNARDINS
sol. Des plaques de métal de petites dimensions, dans une boîte, sont une
œuvre qu’il a créée pour les enfants, qui
parfois viennent jouer dans la nef. Kealan Lambert élabore un système de
projection grâce auquel des insectes et
autres bêtes à Bon Dieu deviendront
d’inquiétants vitraux entre les voûtes.
Ceux qui regrettent d’avoir manqué les
trois artistes de la première saison
viendront voir les trois suivants, la relève, à partir du 1er juillet.
Tous se retrouveront à la fin de l’été,
autour de Bustamante et d’Alberola,
mais déjà on a noté leurs noms : Jonas
Delhaye, Sarah Feuillas, Gabrielle Conilh de Beyssac, Natalia Villanueva
Linares. Un seul sera resté du début à la
fin, présent chaque jour, l’enlumineur
de cette chronique. Et ensuite ? Quand
le jeune Pimodan aura fini ce qui sera
sans doute un des plus longs dessins
qu’il réalisera jamais, que fera-t-il ? Il a
en tête des expositions, mais c’est une
autre folie qui l’occupe : il va se marier.
Il épouse Lucie, celle à laquelle il n’a
cessé de penser en se perdant avec une
minutie d’orfèvre dans ces milliers de
figurants en mouvement, qui peuplent
sa vie et remplissent sa page, mais dont
aucun n’était elle.
Collèges des Bernardins (Paris Ve).
Entrée libre. Informations :
www.collegedesbernardins.fr
Leandre, un clown
qui tient parole
HUMOUR Dans « Rien à dire », le Catalan parvient
à exprimer beaucoup de sentiments sans un mot.
2001 : l’Odyssée de l’espace,
réalisé par Stanley Kubrick,
célèbre cette année
son 50e anniversaire
sur la Croisette.
RUE DES ARCHIVES/RDA
eandre Ribera, clown mime
catalan, dément le titre de son
spectacle Rien à dire. Il est au
contraire très bavard. Tout en
étant muet. Vêtu d’un costume moutarde, l’artiste déambule en
chaussettes jaunes dans un décor de
chantier. Une maison sans mur, garnie
d’une armoire, d’une commode et
d’escaliers en bois qui ne mènent nulle
part. Des centaines de paires de chaussettes jonchent le vaste plateau du
13ème Art. Elles serviront plus tard,
mais chut !
Le bonhomme aime surprendre,
jouer avec le public qu’il invite à entrer chez lui, - une saynète rappellera
ce soir-là le Kid de Charlie Chaplin -,
se transformer et disparaître pour
réapparaître. Si ce drôle de vagabond
ne dit rien, son regard est très expressif et son visage changeant comme la
météo. Il montre qu’on peut beaucoup
avec peu. Emportant le spectateur
dans son quotidien où l’inattendu est
roi. Quel que soit son âge, ce dernier
est conquis.
L
Leandre Ribera mise sur l’échange et
parfois la complicité d’un technicien
caché dans les coulisses. Tout est prétexte à rire, il signe sa propre mise en
scène qui lui a déjà valu des prix en Espagne. Et complète avec des musiques
ludiques (Victor Morato) et des lumières tamisées (Marco Rubio). « La fonction du clown est de créer un “trou” pour
regarder l’humanité d’une façon différente », explique Léandre Ribera.
Également poète et magicien, pilier
dans le monde du burlesque, installé à
Barcelone, Leandre Ribera tourne depuis
plus de vingt ans. Il a fait ses armes dans
la rue, en 1993, en Australie. A commencé dans un seul-en-scène trois ans plus
tard avant d’enchaîner les succès et les
collaborations. Dont un duo avec la danseuse Claire Ducreux qui a triomphé aux
quatre coins de la planète avec deux
spectacles, Fragile et Madame et Monsieur, plusieurs fois récompensés. ■ N. S.
Le 13ème Art (Paris XIIIe), du 15 au 20 mai.
Durée : 1 h 10. À partir de 6 ans.
Rés. : 01 53 31 13 13. En tournée partout
en France. Rens. : www.leandreclown.com.
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LE FIGARO
STYLE
lundi 14 mai 2018
35
1
Neuf
2
comme un lundi
Un polo plus cool que jamais, des céramiques textiles,
un bob en retour de hype et des effluves rive gauche.
Encore une semaine pleine de promesses.
8
4
5
PAGE RÉALISÉE PAR MADELEINE VOISIN
AVEC ÉMILIE FAURE, VALÉRIE GUÉDON ET ÉMILIE VEYRETOUT
CAMPING
Un tour dans les rues des
grandes villes vous le confirmera : le bob a
remplacé pour la jeunesse la sacro-sainte
casquette. La distribution massive de ce
chapeau rond aux couleurs d’un apéritif
anisé aux abords du Tour de France en
avait pourtant fait l’apanage du touriste en
claquettes. C’est la version adoptée par le
milieu hip-hop fin des années 1980 que les
branchés remixent aujourd’hui à l’envi.
Pour leur plaire, le luxe, de Louis
Vuitton (1) à Lanvin et Hugo Boss, s’empare avec talent du couvre-chef au nom
énigmatique - la légende évoque le diminutif de Robert, sobriquet français pour
désigner les marins américains ! [ 420 €, le
modèle en denim. Tél. : 09 77 40 40 77 ]
REVERS Est-ce parce qu’il est déboutonné, drapé, froncé, dédoublé que le polo
semble, cette saison, particulièrement désirable ? On retrouve dans ces modèles féminins, le sel des mouvements de la contre-culture britannique et le sens de la
créativité des designers qui s’y sont frottés.
À l’instar de Glenn Martens, le créateur de
Y/Project (2) (500 € sur www.ssense.
com), de Serge Ruffieux chez Carven (3)
(650 €, www.carven.com) et de Phoebe
Philo pour son dernier vestiaire chez
Céline (4) (1 250 €. www.celine.com).
Tomas Maier, lui, nous en offre une version
épurée à prix imbattable dans sa capsule en
collaboration avec Uniqlo (voir page 31)
(29,90 €. www.uniqlo.com).
RESSOURCÉ
Bien sûr qu’on apprécie
le lèche-vitrines digital depuis son lit.
Mais l’expérience en boutique a aussi ses
qualités. Par exemple, si vous êtes demain,
mardi, à Paris, il vous suffira de passer les
portes de l’italien Hogan (5), entre 19 heures et 21 heures, pour vivre une séance
shopping pas comme les autres. Pour le
lancement de sa collection baptisée « Urban Gypsetter » (comprenant ces tennis
en veau velours et liège, classiques avec un
twist, 440 €), la marque offre à toutes un
moment de bien-être : ateliers de relaxation dirigés par l’équipe du Tigre Yoga
Club, jus détox de Wild & The Moon, rencontre avec une naturopathe… [ 52, rue du
Faubourg-Saint-Honoré, Paris VIIIe ]
BIEN ASSORTIS Voilà un twin-set
d’un nouveau genre, griffé Hermès (7),
qui revisite avec audace ce grand classique du vestiaire féminin. Comment ?
En conservant l’indéboulonnable cardigan (ici en « twillaine », un twill de
soie remaillé de laine vermillon), mais
en substituant dessous, au pull à manches courtes, un maillot de bain coordonné. Cette saison, la maison du 24,
rue du Faubourg-Saint-Honoré imprime sur ce ravissant triangle et sa culotte les brides équestres et les motifs psychédéliques tirés du carré Festival, créé
par Henri d’Origny en 1992. [ 2 700 € le
cardigan, 235 € le triangle, 165 € la culotte. Tél. : 01 40 17 47 00 ]
POTERIE Rien ne semble rapprocher
la céramique de la mode. Et pourtant…
Chez Paule Ka (8), Serge Cajfinger célèbre les terres cuites et émaillées des années 1950 de Roger Capron, à travers
des chemises en popeline de coton, des
jupes légères et des robes colonnes en
crêpe de soie (notre photo, 550 €) aux
couleurs des brocs et des bols de Vallauris. Le couturier Rabih Kayrouz (6) et la
céramiste Hala Matta, sa compatriote libanaise, exposent leurs créations - veste
en drap de cachemire numérotée pour
lui (3 500 €), vases pour elle - inspirées
des toiles du peintre Pierre Malbec (jusqu’au 31 mai, dans le showroom de Rabih Kayrouz, 38, bd Raspail, Paris VIIe).
BOURGEOIS Il n’a plus de Bon Marché que le nom, mais le grand magasin
de la rive gauche reste une affaire pour
les fans de beauté. Au rez-de-chaussée,
les marques rivalisent de luxe pour gagner les faveurs des dames. Jusqu’au
17 juin, Guerlain (9) y installe une boutique dédiée à ses parfums (110 références
dont la nouvelle eau poudrée inspirée
des Météorites, notre photo), proposant
un flacon aux abeilles exclusif, un service de personnalisation et, en avantpremière, les très chics Sapoceti, des
savons aux notes de la Guerlinade (iris,
rose, vanille, bergamote…) pour rehausser le sillage de son Jicky ou de son
Mitsouko. [ 74 € et 25 € le savon ]
7
A
LOUIS VUITTON ; DANIELE OBERRAUCH/IMAXTREE.COM ; FILIPPO FIOR/IMAXTREE.COM ; HOGAN ; JEAN-FRANCOIS JAUSSAUD ; PAULE KA ; OLIVER HADLEE PEARCH ; GUERLAIN
6
3
9
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lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
36
HIGH-TECH
Un Mondial comme au stade
Question
du jour
GUIDE L’événement
sportif qui débute
mi-juin réjouira les
amateurs de ballon
rond et marquera
le véritable départ
de la télévision
en 4K. L’occasion
de renouveler
son équipement.
PANASONIC ; PHILIPS ; SAMSUNG
P
Que font les
pirates des mots
de passe volés ?
DIDIER SANZ
£@sanzdidier
lus que quelques jours
avant le coup d’envoi de la Coupe du
monde de football, qui se déroulera du
14 juin au 15 juillet prochain en Russie.
Et s’il est une bonne occasion pour
changer de téléviseur, c’est sans doute
celle-ci… Même pour ceux qui ne sont
pas des fans du ballon rond ! Car non
seulement la qualité d’image a nettement progressé en quelques années,
mais, à taille d’écran équivalente, les
prix ont tendance à baisser. D’autant
plus que les constructeurs se lancent
dans une course à la promotion qui se
traduit par des réductions spectaculaires (jusqu’à 500 euros !).
Les principales évolutions, cette année,
tiennent à la précision d’affichage avec
la généralisation de la norme Ultra HD
(ou 4K pour faire simple) qui restitue
3 840 × 2 160 pixels, soit le double des
dalles Full HD (1 920 × 1 080 pixels). Or,
s’il existait jusqu’à présent peu de
contenus diffusés en UHD, ils se généralisent aujourd’hui sur Netflix, sur
YouTube, sur disques Blu-ray et dans
les jeux vidéo, sans compter les téléphones capables de filmer en 4K, comme les derniers Sony Xperia et Samsung
Galaxy, les iPhone 8 et X ou encore les
modèles récents de Huawei et LG.
La bonne nouvelle, c’est que tous les
matchs de la Coupe du monde seront
diffusés en UHD. Une aubaine pour observer en détail la trajectoire du ballon
et vivre l’événement comme si on se
trouvait dans les tribunes. Pour en profiter, il faudra évidemment disposer
d’un téléviseur 4K, de préférence de
grande taille, mais aussi être équipé
d’une box Internet compatible UHD
comme la Livebox 4K d’Orange, la future Box 4K de Bouygues ou encore la
Box 4K de SFR (la question reste en suspens pour la Freebox). On pourra notamment regarder en UHD les 28 rencontres retransmises sur TF1 : tous les
matchs de l’équipe de France, une sélection de ceux de la phase de poules,
cinq huitièmes de finale, trois quarts de
finale, les demi-finales, la petite finale
et la finale. Il est possible de suivre les
autres matchs sur beIN Sports, moyennant un abonnement mensuel.
Et si l’image gagne en précision avec
l’affichage en ultra haute définition,
elle bénéficie également d’innovations
techniques qui améliorent le contraste,
la luminosité et les couleurs. Surtout
sur les téléviseurs à technologie Oled,
qui se distinguent par des nuances
étendues de gris et de noir mais aussi
par une large palette de couleurs. À
quoi s’ajoute une meilleure réactivité,
indispensable pour apprécier les scènes
d’action comme les mouvements rapi-
1
des des rencontres sportives. La principale différence entre tous les modèles
Oled repose sur le traitement numérique de l’image, propre à chaque marque, qui agit sur la netteté, la fluidité, la
gamme chromatique et la mise à
l’échelle d’images de résolution inférieure. De son côté, Samsung a fait le
choix d’un procédé différent, le QLed,
qui produit une image très lumineuse
avec des blancs éclatants et des couleurs saturées. Suivez le guide pour investir dans le téléviseur le mieux adapté
parmi les modèles les plus récents en
65 pouces.
u
Sony Bravia 65AF8 : bonne image
et bon son
Après un premier téléviseur Oled
exemplaire lancé l’an dernier, Sony en
propose cette année une version plus
abordable. Au menu : une qualité
d’image quasiment irréprochable, avec
un contraste intense et des couleurs vives sans être agressives. À l’instar de
son grand frère, ce modèle utilise
l’écran comme caisse de résonance du
son : les haut-parleurs sont en fait des
transducteurs fixés à l’arrière contre la
plaque de verre. Bilan : un son exceptionnel et un design plus épuré sans enceintes visibles. Lui aussi se distingue
en « upscaling », c’est-à-dire l’adaptation à l’affichage ultra-HD d’une image
de résolution inférieure. Aussi à l’aise
avec les chaînes de la TNT qu’avec des
disques Blu-ray 4K, il dispose d’un
mode Sport qui améliore la fluidité et la
netteté sur les images sportives. Enfin,
comme il fonctionne avec Android TV,
il offre une quantité d’applications bien
pratiques (Netflix, OCS, Molotov, MyCanal, SFR Sport, etc.). 3 500 euros.
2
TX-65EZ950 (1) :
uPanasonic
champion du rapport qualité-prix
Ce superbe téléviseur de 65 pouces à
technologie Oled se distingue par un
contraste remarquable, avec des noirs
profonds et des gris nuancés, qui en
font un écran de choix pour apprécier
les films en 4K. Mais grâce à son remarquable traitement numérique de
l’image, il démontre aussi d’excellentes dispositions pour les images sportives : les actions rapides sont nettes et
les mouvements fluides. À quoi
s’ajoutent un bon système de rééchantillonnage des sources HD et un
logiciel système simple et efficace qui
peut accueillir des applications
comme Netflix, Deezer, YouTube, etc.
Vendu à l’origine autour de
5 000 euros, il est aujourd’hui disponible à 2 990 euros.
65OLED783 (3) :
uPhilips
aux couleurs de chaque équipe
Ce nouveau modèle Oled de la marque
ne se contente pas d’une image impeccable, avec un beau contraste et des
couleurs éclatantes, il offre un traitement numérique hors pair, accentuant
la netteté, optimisant la palette de couleurs et améliorant la fluidité des images en mouvement. Idéal pour les
matchs de foot. Surtout qu’il est possible d’utiliser le système de rétroéclairage Ambilight, qui élargit l’image en diffusant les couleurs correspondantes sur
le mur, pour reproduire le drapeau de
l’équipe qu’on soutient. Qui plus est, le
processeur « nettoie » le signal provenant de différentes sources avant de
l’afficher, ce qui signifie que les chaînes
de télévision et les contenus vidéo provenant d’une box Internet, de YouTube
ou de services de streaming gagneront
en qualité. On peut aussi profiter des
applications qui s’exécutent sur son
système Android TV. Proposé à
3 490 euros, il est désormais en promotion à 2 700 euros…
QE65Q7F (2) :
uSamsung
il se fond dans le décor
Pas de technologie Oled sur ce bel
écran Ultra HD de 65 pouces, mais un
procédé différent, le QLed, évolution
du LED. S’il n’offre pas le même niveau de noirs que les dalles Oled, il les
3
dépasse nettement dans les blancs, qui
sont très lumineux (un peu trop peutêtre). L’image en mouvement est nette, un bon point pour les retransmissions sportives, et la mise à l’échelle
des contenus HD en Ultra HD plutôt
satisfaisante. Mais la bonne idée de ce
modèle, c’est le discret boîtier tuner, à
part, qui regroupe tous les connecteurs et qui se relie à l’aide d’un câble
unique, facilitant l’installation du téléviseur sur un mur. Autre bonne idée,
le mode Ambiant, qui permet
d’afficher des photos ou la météo
quand l’appareil est en veille, et même
de reproduire le motif du mur pour
que l’écran disparaisse totalement.
2 990 euros
65B7V : une référence
uLG
à bon prix
Principal fournisseur de dalles Oled, LG
a misé très tôt sur cette technologie
pour devenir aujourd’hui le premier
vendeur de téléviseurs à cette norme.
Alors que sa gamme se composait essentiellement de modèles plutôt
luxueux, le constructeur en propose
désormais des versions plus abordables
qu’illustre bien le 65B7V. Un téléviseur
élégant, ultrafin, et performant puisqu’il reprend l’essentiel de l’électronique des fleurons de la marque. Bilan :
une image précise et remarquablement
contrastée, des couleurs bien équilibrées et une luminosité supérieure à
celle des produits plus anciens. Et si le
traitement des objets en mouvements
est moins efficace que chez les concurrents, on apprécie la possibilité de zoomer dans une partie de l’image, pratique pour faire un gros plan sur le
gardien de but au moment du penalty.
2 990 euros. ■
Pas une semaine sans qu’on
apprenne que des millions
d’identifiants et de mots
de passe ont été dérobés
par des pirates informatiques
sur des boutiques en ligne,
des réseaux sociaux,
des plateformes de jeux,
des services commerciaux ou
administratifs. Si ces sésames
peuvent servir à exploiter
les données des comptes
concernés ou à usurper l’identité
d’un abonné, ils constituent
aussi une fructueuse source
de revenus pour les criminels.
■ Selon l’entreprise
Watchguard, spécialisée
dans la cybersécurité, le pirate
va commencer par établir un
inventaire des données volées
pour les classer par catégories
(identifiants, noms et adresses
des victimes, numéros de
téléphone, numéros de cartes
de crédit, informations
bancaires, etc.) et estimer
leur valeur. Il cherchera ensuite
à les revendre en vrac sur
le Darknet (jusqu’à 450 dollars
pour une fiche d’informations
personnelles complète et
récente) ou il conservera à part
les identifiants et mots de passe,
surtout dans le cas d’employés
de grandes entreprises et
d’administration pour mener
des attaques ciblées.
■ Watchguard observe d’ailleurs
que « les employés réutilisent
souvent les mêmes mots de
passe plusieurs fois », ce qui
permet aux hackeurs « d’utiliser
ces identifiants pour cibler
d’autres entreprises », comme
cela s’est produit en 2012 avec
le piratage de comptes Dropbox
à partir d’identifiants volés lors
de l’attaque du réseau LinkedIn.
■ Les numéros de cartes
de crédit sont en général
« blanchis » par une opération
qui consiste à s’en servir pour
acheter des cartes cadeaux
(iTunes, Google, Amazon, etc.),
puis à commander sur les sites
marchands concernés des
produits qui seront revendus
sur eBay et sur d’autres sites
légaux ou illégaux.
■ Chaque victime d’un piratage
contribue ainsi à enrichir les
cybercriminels. Raison pour
laquelle il est important de
prendre ses précautions :
adopter des mots de passe
robustes, différents pour
chaque service en ligne,
en changer régulièrement
et éventuellement activer
l’identification à deux facteurs
sur tous les comptes. Pour
vérifier si vos identifiants ont été
volés, saisissez votre adresse
e-mail sur haveibeenpwned.com.
Il sera alors temps de réagir. D. S.
Des smartphones d’occasion certifiés
SHOPPING Le site YesYes simplifie et sécurise la vente des appareils d’occasion en vérifiant l’origine et la qualité des produits.
ntre les sites de petites annonces et ceux spécialisés dans les
produits reconditionnés, une
nouvelle formule voit le jour
pour vendre et acheter des
smartphones d’occasion en bénéficiant
d’une garantie. Baptisé YesYes (yesyes.com), le service a été créé par deux
anciens de Sony mais se concentre pour
l’instant sur l’échange d’iPhone entre
particuliers. Son principe ? Tous les produits sont systématiquement vérifiés et
testés. « Une enquête récente montre que
85 % des Français n’ont pas confiance
A
E
dans la vente entre particuliers, observe
David Mignot, cofondateur du site et ancien directeur général de Sony Mobile.
En nous plaçant comme intermédiaires
avec notre formule de certification, nous
rassurons à la fois les acheteurs et les vendeurs. »
En pratique, les vendeurs proposent
leurs offres sur le site et les acheteurs y
déposent leur demande. Les premiers
doivent préciser l’état général de leur
produit et soumettre un tarif, tandis que
les seconds choisissent un modèle et
fixent le prix qu’ils sont prêts à débour-
ser. Toutes ces opérations se déroulent
très simplement grâce à une interface
claire et moderne. Des indicateurs signalent l’évolution des prix et chacun peut
modifier son offre d’achat ou de vente.
Commission de 20 %
Une fois la transaction acceptée, l’acheteur effectue le paiement en ligne et le
vendeur envoie (gratuitement) son
smartphone à YesYes, où l’appareil est
pris en charge dans un atelier spécialisé
en Normandie. « Nous vérifions d’abord si
le smartphone n’a pas été volé et s’il n’est
pas verrouillé, explique Christophe Perrin, cofondateur du site, qui a dirigé de
centres de réparation d’appareils électroniques. Puis nous procédons à un
contrôle sur soixante-dix points, nous
remplaçons éventuellement la batterie et
les pièces défectueuses, nous effaçons les
données et nous nettoyons l’appareil. Une
fois le mobile certifié, nous l’expédions à
l’acheteur, qui bénéficie d’une garantie de
six mois, et nous versons la somme convenue au vendeur, moins notre commission
de 20 %. » Et si le mobile n’est pas validé ? « Dans le cas d’une contrefaçon ou
d’un vol, nous pouvons en informer les
autorités, répond Christophe Perrin. Si le
produit ne correspond pas aux informations déclarées, nous proposons de corriger l’offre de vente. Enfin, pour les smartphones en panne, nous soumettons un
devis de réparation. »
Ce nouveau service bénéficie d’un
contexte favorable : 88 % des Français
achètent un nouveau téléphone alors que
leur ancien modèle fonctionne toujours.
Et sur 5 millions de smartphones d’occasion vendus en France, 3 millions sont
échangés entre particuliers. ■
D. S.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 14 mai 2018
HIGH-TECH
37
Comme dans Star Wars,
un système de projection
holographique assurera
la présence d’une personne
éloignée.
LUCASFILM/PHOTO12/AFP
Bientôt la téléportation virtuelle
FUTUR D’ici peu, les hologrammes et les casques de réalité augmentée nous permettront
de nous transporter dans différents espaces.
a-t-on bientôt pouvoir se
téléporter ? Ce thème récurrent de la
science-fiction fait l’objet de recherches
très poussées, notamment chez Microsoft, qui travaille sur la possibilité d’interagir dans un autre espace sous forme
d’hologramme.
Déjà, les progrès dans ce domaine ont
permis de remettre sur scène le rappeur
disparu Tupac, les feus chanteurs Mike
Brant, Claude François et d’autres, incarnés par des projections en 3D, ou encore à Jean-Luc Mélenchon, pendant la
campagne présidentielle, de se dupliquer
à Paris lors d’un meeting à Lyon. En novembre prochain, un spectacle complet
sera consacré à la Callas, ressuscitée par
hologramme, à la Salle Pleyel, à Paris.
Plus modestement, on commence à voir
apparaître des agents virtuels dans les
aéroports, représentés à l’aide des mêmes techniques.
Mais Microsoft veut aller plus loin avec
son projet Holoportation, qui tire parti
des technologies étrennées sur le casque
de réalité augmentée de la marque HoloLens. Le système repose sur la captation
d’images en 3D d’un sujet. Celles-ci sont
transmises en temps réel à un serveur, et
d’autres personnes, équipées de casques
HoloLens et connectées à ce même serveur, peuvent alors voir et entendre la
personne en question comme si elle se
trouvait dans le même espace physique.
Déjà, en 2016, une vidéo de Microsoft
montrait des employés, équipés de ce
casque, se « téléporter » pour travailler
ensemble dans un même espace. Réalisée
à grand renfort d’effets spéciaux, elle dé-
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Toutes les annonces qui ne comprennent pas la mention
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ou de promoteurs. Sans mention explicite d’honoraires dans les
annonces, les prix présentés s’entendent nets pour l’acquéreur.
Toutes les annonces des rubriques « appartements » sont réputées
être des lots de copropriétés, sauf mention contraire. Ces biens
faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien
proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
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Les honoraires de l’agence immobilière et les commissions de
chaque bien sont consultables sur le site de l’annonceur.
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MICROSOFT
voilait cependant l’objectif que s’est fixé
l’entreprise américaine.
Mais c’est cette année que la téléportatation devrait commencer à prendre for-
me, si l’on en croit Alex Kipman, l’un des
responsables de la division « réalité mixte » de Microsoft. « Pour moi, la killer app
sera la communication sociale, des expé-
Une vidéo illustre bien le concept. Elle
met en scène un père de famille, seul dans
un logement à l’étranger, qui matérialise
devant lui sa petite fille restée à la maison.
Un système de projection en 3D permet
de faire apparaître dans la pièce l’enfant
située à un autre endroit. Pour l’instant, il
faut encore que tous les participants
soient équipés d’un casque de réalité virtuelle qui leur permet de voir le nouvel
arrivant. Celui-ci peut alors interagir
avec les objets, détectés par l’ordinateur
qui gère la connexion, et même s’asseoir
sur une chaise.
L’idée de retrouver d’autres personnes
dans un espace virtuel, quel que soit l’endroit où l’on se trouve, inspire de plus en
plus les spécialistes de la réalité virtuelle.
Elle constitue d’ailleurs l’une des applications phares des derniers produits
d’Oculus : différents utilisateurs du casque de réalité virtuelle de la marque peuvent ainsi se rencontrer dans un appartement en 3D, s’affronter à des jeux de
cartes ou aux échecs et même regarder
ensemble un film ou une série télévisée.
Les personnes sont représentées non pas
par des hologrammes mais par des avatars. Pour l’instant… ■
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V
DIDIER SANZ
£@sanzdidier
riences qui abolissent les murs de l’isolement, explique-t-il sur sa page LinkedIn.
Je pense que la réalité mixte a le pouvoir de
relier les gens de façon convaincante et
significative. » Son équipe s’emploie
actuellement à doper à l’intelligence artificielle les équipements de réalité augmentée de manière à mieux saisir l’environnement réel. « En exploitant la puissance du
cloud, notre système pourra comprendre les
objets physiques, précise le chercheur. Associé à la réalité mixte, ce développement
nous permettra d’offrir des expériences réalistes avec les gens, les lieux et les objets. »
Une évolution qui servira à la fois dans un
contexte professionnel et familial. « En
tant que papa d’une petite fille de 7 ans dont
une partie de la famille vit au Brésil, j’imagine une réalité où elle pourra interagir avec
ses cousins, ses oncles et tantes pour jouer
avec eux à des jeux de société. »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
Figaro top,
Figaro flop
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
L’entracte
Brégançon
Un retour, vingt-cinq ans après, sur l’affaire de
la prise d’otages de la maternelle de Neuilly, un gros
plan sur l’Iran ou encore un road-movie marseillais :
que voir – ou pas – cette semaine à la télévision ?
Infos
LCI - Samedi
L
e couple Macron au fort de
Brégançon ce week-end .»
Tel était un des titres,
samedi, du journal matinal de LCI.
Les Anglais se régalent des
prochaines noces de Harry et
Meghan, nous, nous avons le
feuilleton Emmanuel et Brigitte
Macron. On ne s’en plaint pas.
Nos chers cousins d’outre-Manche
roulent à gauche, nous, nous filons
pied au plancher à droite. Une
charmante journaliste interviewe
le maire de Bormes-les-Mimosas,
François Arizzi. Extraits : « Est-ce
que les habitants, les commerçants
sont habitués à la venue d’un
président sur place ou est-ce que
chaque fois c’est un événement ? »
Réponse du maire : « Ça fait quand
même très longtemps que nous
n’avons pas eu de président au fort
de Brégançon. Je pense qu’ils avaient
perdu un peu l’habitude, mais nos
habitants, oui, sont tout excités de
penser que le président va venir
régulièrement sur notre commune.
[…] Ça tourne les caméras vers notre
belle ville. » Il se souvient de Jacques
Chirac, un assidu du lieu. Nous
aussi. De cette photo jamais publiée
sur laquelle, à poil, il regardait,
paraît-il, un hélicoptère faire des
ronds dans le ciel bleu du Var.
Sarkozy, lui, remuait de la guibolle,
faisait dès l’aube un footing ou une
sortie vélo. On dit que le général
de Gaulle s’était fait bouffer par les
moustiques et que son lit était trop
petit. Autres choses ? Les
hirondelles ne font pas cette année
le printemps. Un spécialiste sur
Europe 1 nous dit qu’elles ne sont
pas à l’heure. Question, sans doute,
de réchauffement climatique.
Quant aux roses, elles auraient de
moins en moins de parfum. La rose
Sénégal serait la plus embaumeuse.
Plus d’odeur car on privilégie le
transport (elles viennent
principalement d’Amérique du Sud
ou de l’Afrique de l’Est). Les
fleuristes veulent la rose résistante
alors qu’on la désire « odorante ».
Rassurez-vous, chères lectrices,
chers lecteurs, le monde va bien.
«
interviewée par Nicolas Vollaire et
Sarah Lecœuvre aujourd’hui sur :
15/20
« HUMAN BOMB, PRISE D’OTAGES
À LA MATERNELLE DE NEUILLY »
C8, lundi 14 mai à 21 heures
« IRAN, RÊVES D’EMPIRE »
Arte, mardi 15 mai à 20 h 50
Le 13 mai 1993, un homme cagoulé fait
irruption dans une maternelle à Neuillysur-Seine et prend en otages une classe
de 21 enfants âgés de 3 ans. Armé d’explosifs, il réclame 100 millions de francs
et menace de faire sauter la salle. La
France suivra les péripéties de cette incroyable histoire pendant près de quarante-huit heures, soit la durée de la
prise d’otages. Vingt-cinq ans après, C8
la retrace, heure par heure, à la manière
de la série à succès La Casa de Papel. La
chaîne s’offre le témoignage rare de Nicolas Sarkozy, qui a joué un rôle capital
pendant ces deux jours. Alors maire de
la commune des Hauts-de-Seine, il
avait directement négocié avec celui qui
se faisait appeler Human Bomb. « Je sentais la sueur couler dans mon dos », reconnaîtra-t-il notamment en se remémorant un échange avec le ravisseur.
Ces longues négociations lui avaient
permis de sortir trois enfants de la salle.
Outre l’ancien président de la République, les auteurs de ce documentaire ont
pu recueillir les souvenirs de l’institutrice, des enfants, des parents d’élèves ou
encore de l’homme du Raid qui finira
par abattre « HB ». Ces protagonistes
n’avaient, pour la plupart, jamais parlé.
Plus qu’un documentaire, C8 propose là
un film d’action haletant. Excellent.
La République islamique d’Iran intrigue autant qu’elle fait peur. Longtemps considérée comme un État paria, elle occupe aujourd’hui une place
prépondérante au Proche-Orient. Depuis l’accord international de 2015 sur
le nucléaire iranien, qui l’a sorti de son
isolement économique, le pays a renforcé son statut de puissance régionale
tout en s’aventurant à l’extérieur de
ses frontières : en Syrie, en Irak ou encore au Yémen – sans compter le Liban, où se trouvent ses alliés du Hezbollah. De Washington à Riyad, en
passant par les coulisses du pouvoir
iranien, le documentaire de Vincent de
Cointet analyse bien les ambitions de
Téhéran : son soutien indéfectible au
régime de Damas, le seul à l’avoir appuyé contre Saddam pendant la guerre
Iran-Irak ; sa double stratégie de « défense asymétrique », fondée sur un
programme balistique et le recours à
des leviers en dehors de ses frontières ;
sa capacité à instrumentaliser le
chiisme pour mobiliser, à l’étranger,
certaines milices dans la guerre d’influence qui l’oppose à l’Arabie saoudite sunnite. Brandi comme une punition par Donald Trump, le tout récent
retrait américain du deal nucléaire
pourrait ainsi, a contrario, renforcer
les velléités protectionnistes de Téhéran. À moins, comme le suggère le
film, que la population n’en décide
autrement.
8/20
« THE ISLAND CÉLÉBRITÉS »
M6, mardi 15 mai à 21 heures
Bien sûr, Mike Horn est solide comme
un roc et toujours aussi sympathique.
Bien sûr, l’aventurier de l’extrême glisse d’excellents conseils aux dix célébrités invitées à passer quinze jours sur
une île déserte au large du Panama.
Mais, outre le fait que l’on tarde à entrer
dans le vif du sujet, avec une présentation trop longue des candidats (parmi
eux, le rugbyman Christian Califano, le
patineur Gwendal Peizerat ou encore le
chanteur Stomy Bugsy), le côté artificiel de l’aventure apparaît vite. À peine
ont-ils posé les pieds sur l’île que les
premières tensions apparaissent entre
les « aventuriers ». Et quand deux
d’entre eux quittent le groupe en éclaireurs, et ne reviennent toujours pas
FRANÇOIS LEFEBVRE/TF1/EUROPACORP
LE BUZZ TV
Invitée : Maëlle
18/20
FIGARO FLOP La chanteuse Jenifer
est la tête d’affiche de Traqués ,
un road-movie marseillais gâché
par un scénario sans queue ni tête.
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4725
HORIZONTALEMENT
1. Chargées à dos de mule. - 2.
Bouillie de rosbif. - 3. État de
désœuvrement. - 4. Muet de
stupeur. Dix en peinture, en toute
objectivité. - 5. Ouvertures murales. Le prendre, c’est du vol.
- 6. Tranche de bonheur. Victime
d’un génocide au Rwanda. - 7.
Robert Allen Zimmerman. Paire
de lunettes. - 8. Sa vallée fut
le théâtre d’un carnage en 1914.
Diplôme de troisième cycle. - 9.
Faire du plat. - 10. Ordre d’évacuation immédiate. Rouge et noir.
- 11. S’exprime à haute voix. - 12.
Auteur du premier dictionnaire de
la langue française.
VERTICALEMENT
1. Touche les coudes. - 2. Opposés
aux nestoriens. - 3. Produise du
son pour avoir du son. Atteignent méchamment. - 4. Passage
triomphal. Elles prennent de gros
cachets. Louis XVI le 21 janvier
1793… - 5. Champion du nonalignement. Numéro de débutant.
Arrose Saragosse. - 6. Communiquât ses impressions. Fait passer
la mauvaise humeur. - 7. Variété
de narcisse. Traverse le Tyrol. - 8.
Leur robe est sombre ou à volants.
Un début d’œdème.
1
2
3
4
5
6
7
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4724
A
HORIZONTALEMENT 1. Déponent. - 2. Examiner. - 3. Lovelace.
- 4. Itère. TP. - 5. Chu. Vrai. - 6. Aère. Erg. - 7. Tr. Tapin. - 8. EMC. None.
- 9. Mira. Sem. - 10. Équine. - 11. Nuera. On. - 12. Téléport.
VERTICALEMENT 1. Délicatement. - 2. Exothermique. - 3. Paveur.
Cruel. - 4. Omer. Et. Aire. - 5. niléV. An. Nap. - 6. Éna. Repose. - 7. Nectarine.
Or. - 8. Trépignement.
9
10
11
12
2
3
4
5
6
7
8
VINCENT AMALVY/AFP FORUM
38
FIGARO TOP Dans un documentraire haletant, C8 retrace la prise d’otages
de 21 enfants et de leur institutrice dans une maternelle à Neuilly-sur-Seine, en 1993.
après de longues heures, les autres
s’énervent, tournent en rond et s’ennuient déjà… presque autant que les
téléspectateurs.
7/20
« ÉDOUARD, MON POTE
DE DROITE», ÉPISODE 2
France 3, mardi 15 mai à 22 h 30
« Je m’emmerde un peu, il se passe
rien », lâche le réalisateur dans une de
ses conversations avec son pote
Édouard Philippe. Après quarante-cinq
minutes de film et à mi-chemin du
deuxième volet de son portrait consacré à l’actuel premier ministre, Laurent
Cibien libère le téléspectateur de ses
derniers doutes. Oui, on s’« emmerde
un peu » devant Édouard, mon pote de
droite, épisode 2. Après avoir découvert
l’éveil politique du Havrais dans la première partie diffusée en 2007 (et à minuit le 16 mai), place maintenant au
juppéiste dans la campagne de la primaire. On le voit évoluer dans un monde aujourd’hui disparu. La droite, à
l’époque, se lançait dans une primaire
et le candidat qui en sortirait paraissait
assuré d’emporter la présidentielle
2017. Il n’en a rien été. Qu’est-ce qu’on
BRIDGE
PROBLÈME N° 2826 :
Une carte qui doit
vous alerter
10 3 2
A R V 10 7
10 9 4
53
N
O
E
S
ADV9876
43
V 8
AD
apprend ? Que le député-maire du
Havre ne siffle pas très bien Björk, qu’il
a souvent des problèmes de chargeur de
téléphone et qu’il doute. C’est un peu
court pour un long documentaire. Alain
Juppé, d’ailleurs, avait averti dans l’une
des premières séquences. « Nous
n’avons rien à cacher », lançait-il au
réalisateur qu’Édouard Philippe lui
présentait. Et effectivement, il n’y avait
pas grand-chose à voir.
2/20
« TRAQUÉS »
TF1, lundi 14 mai à 21 heures
Mais qu’est-ce que la chanteuse Jenifer
est allée faire dans cette galère ? Dans ce
road-movie marseillais, rien ne fonctionne. Un gamin a été enfermé par son
père, lors d’une fusillade dans un parking, dans le coffre de la voiture d’une
inconnue : Sarah (Jenifer). Quand la
jeune femme récupère son auto, elle
découvre l’enfant, dont le papa a été
tué. S’ensuit une histoire embrouillée
avec un scénario sans queue ni tête. Le
tout s’étire sur deux heures…
BLAISE DE CHABALIER,
JEAN-BAPTISTE GARAT,
SARAH LECŒUVRE ET DELPHINE MINOUI
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2825 :
Un peu moins de 10 %
Contrat : Sud joue Entame : 2 d’atout (Est défausse le 6 de ♣).
Si vous commencez par l’impasse indirecte à , même
en cas de réussite, vous devrez trouver le Roi de ♣ bien
placé. Bref, vous jouez à 25 %.
Si ♣, vous vous donnez
. Vous pourrez défausser
un sur l’As de ♣ puis, après avoir encaissé As-Roi de ,
coupé un pour tester la couleur. , plus
besoin de l’impasse indirecte à ! Si les s’avèrent
partagés 4-2 ou pire, il vous restera la chance intacte
à . Cette ligne est à environ 34 %. Elle améliore donc
la première d’un peu moins de 10 %, ce qui n’est pas
négligeable…
Contrat : Sud joue .
7542
10 9 8 6
82
AD5
Entame : 8 de .
D 10 9
72
A V 10 9
R 10 3 2
N
O
E
S
V83
D6543
V9876
AR6
ARDV543
R7
4
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
lundi 14 mai 2018
39
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Matthias
Soleil : Lever 06h09 - Coucher 21h24 - Dernier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Parents mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport. Magazine 20.15 30 ans de Roland-Garros 20.30 Plus belle la vie. Feuilleton
21.00
20.55
20.55
Film TV. Drame
Série. Comédie
Magazine. Mer
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
11
21.00 Appels d’urgence
Magazine. Société. 2h10. Accidents
et urgences vitales : Samu et pompiers sous tension à Melun. - Collisions, accidents : le Samu de Clermont sur tous les fronts.
40
11
10
11
10
9
11
11
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7
7
9
9
23.10 Appels d’urgence. Magazine.
8
8
8
6
9
8
40
Traqués
Rizzoli & Isles :
autopsie d’un meurtre
Fra. 2017. Réal. : Ludovic ColbeauJustin. 2h05. Inédit. Avec Jenifer
Bartoli. (1 et 2/2). Sarah mène une
vie monotone et solitaire jusqu’au
jour où elle rencontre Léo, 11 ans,
caché dans le coffre de sa voiture.
EU. Saison 7. Avec Angie Harmon.
2 épisodes. Inédits. Le corps d’un
entrepreneur de pompes funèbres
est retrouvé dans un cercueil de sa
propre entreprise funéraire.
23.05 New York, unité spéciale
22.20 Rizzoli & Isles : autopsie
d’un meurtre Série 23.05 Stupé-
Série. Policière. EU. Avec Christopher Meloni. 4 épisodes.
fiant ! Magazine.
7
Thalassa
10
4
8
7
Prés. : Fanny Agostini. 2h00. De La
Rochelle à Royan : l’Atlantique en héritage. Inédit. Au sommaire notamment : «Fort Boyard : quel destin !» ;
«Royan, le béton joyeux» ; «Dans le
secret des Bunkers».
20.50 Monsieur Klein
23.00 Soir/3 23.40 Qui sommes-
22.55 C dans l’air. Magazine 0.00
Avis de sorties 0.10 C à vous. Mag.
nous ? Documentaire 1.30 39-45 : la
guerre des enfants. Documentaire.
7
7
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
9
10
Film. Drame. Fra. 1976. Réal. : Joseph
Losey. 2h05. Avec Alain Delon. Dans
le Paris de l’Occupation, un marchand d’art sans scrupules est la
proie des persécutions antijuives.
10
8
8
10
11
60
12
APRÈS-MIDI
18
40
15
15
20.20 Le petit cercle 20.30 Le journal du Festival (C). Magazine 20.50
Catherine et Liliane (C)
19.00 La vie secrète des lacs. Série
documentaire 19.45 Arte journal
20.05 28 minutes. Magazine.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu 19.45
Le 19.45 20.25 Scènes de ménages.
Série. Avec Marion Game.
21.00
20.50
21.00
Série. Drame
Film. Drame
Film. Action
17
19
16
18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
16
15
15
17
19
14
14
12
16
20.55 Crimes
sur les bords de l’Oise
14
18
12
16
Magazine. Société. 1h55. Inédit. Au
sommaire de ce numéro : «Prise
d’otages à la banque» - «Petit
meurtre entre amants».
12
14
60
12
17
22.50 Crimes à la frontière suisse
0.45 Crimes dans la Sarthe. Mag.
13
14
16
16
14
14
12
16
16
50
14
19.00 Wheeler Dealers - Occasions
à saisir. Série documentaire.
Versailles
La vie d’Adèle Chapitres 1 et 2
F r a . S a i s o n 3. Avec George Blagden.
2 épisodes. Inédits. Louis et Philippe
veulent rencontrer la sage-femme
qui se serait occupé de leur frère
aîné. Pendant ce temps, Marchal et
ses hommes traquent Sophie.
Fra. 2013. Réal. : Abdellatif Kechiche.
2h53. Avec Léa Seydoux, Adèle
Exarchopoulos. À 15 ans, Adèle ne
se pose pas de question : une fille,
ça sort avec des garçons.
23.45 Les délices de Tokyo Film.
Comédie dramatique 1.30 Heart of a
dog. Doc. 2.50 Metropolis. Magazine.
22.45 L’effet papillon M a g a z i n e .
R e p o r t a g e . P r é s . : D . R o u l i e r 23.40
Visages villages. Film. 1.15 Ava. Film.
20.50 Wheeler Dealers
Occasions à saisir
Die Hard 4 :
retour en enfer
EU. 2007. Réal. : L. Wiseman. 2h04.
Avec B. Willis. John McClane est
confronté à une nouvelle menace
pour son pays : des informaticiens
sont décidés à détruire les États-Unis.
15
T (en °c)
-
<-10 à 0
Série doc. Science et technique.
GB. 2016. 1h40. Camaro RS. Inédit.
Mike veut transformer une Camaro
1973.- Cadillac V8 1916. Inédit.
23.25 Blood Ties Film. Policier.
Avec Clive Owen, Billy Crudup, Mila
Kunis, Marion Cotillard.
19.05 Once Upon a Time. Série. Avec
Liam Garrigan. (2 épisodes).
MARDI
21.00 Kaamelott
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Sécurité rapprochée
21.00 Nos étoiles contraires
Film. Thriller. EU-Afrique du Sud.
2012. Réal. : Daniel Espinosa. 1h56.
Avec Denzel Washington. En Afrique
du Sud, un jeune agent doit couvrir la
fuite d’un traître de la CIA.
Film. Drame. EU. 2014. Réal. : Josh
Boone. 2h05. Avec S. Woodley. La
rencontre d’Hazel Grace Lancaster
et de Gus Waters, deux adolescents
cruellement touchés par le cancer.
21.00 Human Bomb,
prise d’otages à la maternelle…
23.05 90’ enquêtes. Magazine. Présentation : Carole Rousseau.
23.20 Joséphine. Film. Comédie.
Avec Marilou Berry, Mehdi Nebbou.
… de Neuilly : 46 heures que la France
n’oubliera pas
Doc. Société. Fra. 2018. Réal. : Laurent Kouchner. 2h00. Inédit.
MOTS FLÉCHÉS N°1970
JOURS
EN AVRIL
STIMULANT
8/15
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9/16
12/20
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13/22
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16/23
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
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ORNER
JOLIMENT
Volume
17
ÉRAFLER
VESTON
DE LORD
DÉCONCERTER
COLOSSE
JOUR
DE LOISIR
IL EST FAIT
POUR
ÊTRE
BATTU
POISSON
DE
LA MÉDITERRANÉE
ASSEMBLÉES
LIGNE
DE CUBE
BLOQUANT
ASSISE
JEUDI
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13/21
12/21
14/20
16/21
SUR LA
BOUSSOLE
CELA AIDE
À RÊVER
ESTIMATION
LUTH
IRANIEN
OR DE
CHIMISTE
C’EST ÇA
MATIÈRE
À
BOULETTES
PATRON
NORMAND
MOT DE
DÉDAIN
IL BAT
LA DAME
SANS
PROBLÈME
UNITÉ
ÉLECTRIQUE
DEUX
VOYELLES
POUR UN
FLEUVE
UTOPISTES
PAYSAGE
D’AFRIQUE
DÉCOR EN
PLÂTRE
RAB DE
MOTS
LE TEMPS
D’UNE
RÉVOLUTION
LETTRE
BIBLIQUE
INSTITUT
D’ÉTUDES
IL DOIT
TENTER
L’ACHETEUR
INTÉRIMAIRE
DU PASSÉ
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
C
P
S O B
C O U
MA X I ME
C H A L O U P E R
R E G A T E R
R O U T I N E
M I N E R ME C O N T E N T E
C O SMO S
A U G E
I E
F A N
I R
S U D A C O T E
T
S T A T U T
B U G N E S
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A
HABITANT
DE MELBOURNE
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ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
11/17
12/17
11/21
22.30 Kaamelott. Série. Avec Anne
Girouard, Thomas Cousseau.
13/25
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8/15
12/21
16/20
MERCREDI
9/16
11/18
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
12/21
Série. Comédie. Fra. 2005. Saison 1.
Avec Alexandre Astier. Ve siècle, en
Bretagne. Le royaume de Kaamelott s’organise autour du roi Arthur
à la recherche du Saint Graal.
23.00 H.B. : maternelle en otage.
Documentaire.
15/22
9/19
6/15
13/20
8/20
13/23
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
22.30 Wheeler Dealers - Occasions
à saisir. Série documentaire.
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lundi 14 mai 2018 LE FIGARO
40
Le monde fou
d’Éric Métayer
Nathalie Simon
nsimon@lefigaro.fr
on côté midinette ressort,
je l’avoue », lâche Éric
Métayer, tout juste
60 ans. Il a appris à
« minuit et demi », la
veille de la conférence
de presse du Festival de
Cannes, que Les Chatouilles était sélectionné à Un certain regard.
« C’est tellement fou, magique, je ne suis jamais
allé sur la Croisette », signale le comédien et désormais réalisateur avec sa femme, Andréa Bescond, qui joue le premier rôle du film. Celui
d’Odette, abusée à l’âge de 8 ans par un proche de
la famille. Un récit « largement autobiographique » où elle donnera la réplique à Karin Viard et
Clovis Cornillac.
« J’ai mis deux choses sur Facebook : Les Chatouilles à Cannes et un cri sur la Croisette, indique
Éric Métayer. On a beaucoup de mal à faire comprendre ce qu’est la pédophilie. Chaque année,
750 enfants meurent de maltraitance, c’est important d’en parler. » Avant ce premier long-métrage, il y a eu la pièce d’Andréa Bescond, Les Chatouilles ou la Danse de la colère, dans laquelle
l’actrice incarnait une vingtaine de personnages
et dansait.
M
«
ÉDOUARD BERNAUX/ABACA
SUCCÈS Le premier film du comédien,
« Les Chatouilles », réalisé avec sa femme,
la danseuse Andréa Bescond, est sélectionné
à Un certain regard au Festival de Cannes.
Le fils de l’humoriste Alex Métayer et de la pro« Toujours à fond », en tournage à Bordeaux
ductrice, chanteuse, attachée de presse et costupour une série allemande pour Arte (Deutsch-lesmière Nanou se souvient de l’origine du projet :
Landes) avec Marie-Anne Chazel et Sylvie Testud,
« Nous sortions des 39 Marches
le comédien « bouffe la vie ». Tout
(triomphale adaptation de la pièce
en se promettant de prendre le
de John Buchan d’après Alfred Hittemps, de savourer sa joie jusqu’à la
chcock, NDLR). Andréa était enceinmontée des marches à Cannes. « Je
te de notre deuxième enfant et ne
suis néophyte, je découvre le milieu
pouvait pas travailler, mais elle m’a
du cinéma, se réjouit-il. C’est comme
1958
parlé de cette histoire terrifiante. Je
au Loto, j’avais besoin d’une confirNaissance
à
Paris.
mation. Je vais être le petit routard de
lui ai dit ce que je me dis toujours à
1982
moi-même : “N’attend personne,
Cannes, j’aurais une pochette avec
Ligue d’improvisation
vas-y.” » La jeune femme écrit alors
mon adresse à l’intérieur. »
d’Aubervilliers.
son spectacle, Éric Métayer la met en
1996
« Un avant-gardiste »
scène. Ils le présentent au Festival
Joue Aimez-moi
d’Avignon en 2014.
« C’est un éternel enfant, confirme
les
uns
les
autres
Andréa Bescond, qui l’a rencontré en
« Quand on a commencé, il n’y
d’Alex Métayer.
2008, pour le musical Les Aventures
avait que trois spectateurs dans la
2008
de Rabbi Jacob. Il a un regard frais.
salle. Si on nous avait dit qu’on arriMolière du meilleur
Nous avons vingt ans de différence,
verait là, s’esclaffe Éric Métayer.
spectacle seul en scène
mais il est plus moderne que moi sur
Nous délirions… Un film est plus fort
pour Un monde fou.
plein de choses, c’est un visionnaire et
qu’une pièce pour faire passer un
2011
un avant-gardiste. » Ancien monimessage. » Denis Pineau-ValenMonte
Les
39
Marches
teur de voile au Club Méditerranée,
ciennes et François Kraus, qui ont
(Molière de la meilleure
où son père avait été chef de village,
soutenu La Tête haute d’Emmapièce comique et de la
son mari jette un regard étonné sur
nuelle Bercot au Festival de Cannes
meilleure adaptation).
son parcours atypique. « Le Club
en 2014, y ont cru « tout de suite ».
2014
était une école de vie avec de la rêverie
« Ils nous ont demandé si on avait
Met en scène
et de la folie, je me sentais et me sens
déjà tourné. Non, à part des petits
Les Chatouilles.
encore ouvert à tout. »
trucs pour YouTube et j’ai été l’as2018
Voyant son fils attiré par des études
sistant de mon père pour ses films.
Les Chatouilles est
d’histoire de l’art et la musique, Alex
Entre l’écriture et le montage, il se
sélectionné à Un certain
Métayer l’envoie à un cours de théâsera passé trois ans », calcule Éric
regard, à Cannes.
tre. « Je ne sais pas s’il y a un destin,
Métayer.
Bio
EXPRESS
mais je suis tombé sur le bon, un cours d’improvisation », raconte Éric Métayer, qui a retenu les enseignements de Pierre-Olivier Scotto, alors pensionnaire de la Comédie-Française. Pendant un an,
l’acteur suit la classe libre du Cours Florent. Puis
abandonne pour se donner corps et âme à la Ligue
d’improvisation française à Aubervilliers (SeineSaint-Denis). À tel point qu’il en deviendra le champion du monde en 1986. « J’y ai découvert une capacité d’imagination illimitée », confie Éric Métayer.
Pierre Mondy lui offre plusieurs comédies dont
Sans rancune de Sam Bobrick et Ron Clark, Roger
Planchon le dirige dans Feydeau et Dostoïevski.
Au cinéma, l’acteur tourne avec Claude Lelouch
(La Belle Histoire) et Pierre Jolivet (À l’heure où les
grands fauves vont boire). La télévision lui fait également les yeux doux pour des séries diverses (Les
Monos, Maigret, Les Cordier, juge et flic…). Toujours, l’artiste revient sur les planches comme acteur ou metteur en scène. « Dans le générique de
fin des Chatouilles, nous remercions notre famille
théâtrale », précise-t-il.
Passer derrière la caméra était un rêve. « Nous
adorons créer et écrire, dit Andréa Bescond. Notre
film nous a pris tout notre quotient intellectuel,
adapter la pièce a été compliqué. Nous croyons au
talent, mais surtout à la rigueur, ça a toujours porté
ses fruits. » « On est fier de ce bébé », renchérit
son époux. Verdict en septembre prochain quand
Les Chatouilles sortira dans les salles. En octobre,
le couple partira en tournée avec La Leçon de danse, la pièce de l’Américain Mark St. Germain,
qu’ils ont adaptée en français. « J’aime tout faire »,
lance Éric Métayer, décidément insatiable. ■
Macron veut se rendre à Lyon
pour supporter l’OM en finale
VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE
PARIS SECRET
Paris est une fête, et surtout un mystère :
la ville de Saint Louis et d’Henri IV, de Victor
Hugo et de Balzac, de Modigliani et de Robert
Doisneau n’a pas fini d’éblouir. De Notre-Dame à
La Défense, de Montparnasse au Père Lachaise,
des hôtels particuliers aux passages couverts,
Le Figaro Hors-Série vous fait découvrir Paris tel
que vous ne l’avez jamais vu. Au fil de ses ponts,
de ses jardins, de ses palais, de ses boulevards,
Paris livre mille et un secrets. Partez à la chasse
aux trésors et revivez la légende des siècles, avec
la plus éblouissante des promenades parisiennes.
Le Figaro Hors-Série : Paris secret.
160 pages.
Présent mercredi dernier au Stade de France pour le match entre
le PSG et Les Herbiers (2-0), le chef de l’État n’a jamais caché
sa préférence pour l’Olympique de Marseille sur un terrain de
football. L’été dernier, il avait effectué une visite surprise aux
Marseillais lors d’un entraînement, multipliant les photos sur les réseaux
sociaux avec l’entraîneur et ses joueurs. Depuis deux jours, malgré un agenda
chargé, il tente de se dégager la soirée de mercredi prochain pour se rendre à
Lyon, où aura lieu la finale de Coupe d’Europe entre l’OM et l’Atlético Madrid.
Le meeting aérien
de La Ferté-Alais
renforce sa sécurité
Marcel Campion
attend Laura Smet
Une centaine de gendarmes, 40 pompiers,
40 secouristes, 3 kilomètres de barrières
et un poste de gestion de crise dernier cri
de la sécurité civile… La prochaine édition
du meeting aérien de La Ferté-Alais,
les 19 et 20 mai, fait la part belle
à la sécurité. Son président, Cyril Valente,
reconnaît que « depuis trois ans, avec le
risque terroriste, les exigences sécuritaires
ont encore été revues à la hausse ».
Plus de 40 000 personnes sont attendues
cette année pour un événement
qui a reçu le label du centenaire 14-18
et qui évoquera les combats aériens de la
Grande Guerre, entre deux vols de Rafale.
Volume
17
Le « roi des forains » qui,
sur décision de la Ville
de Paris, est contraint, en fin
de semaine, de démonter
définitivement sa grande
roue, place de la Concorde,
quittera les lieux en faisant
couler le champagne.
Le 18 mai, il organise,
au pied de son manège géant,
une soirée VIP au cours
de laquelle de nombreuses
vedettes sont attendues.
Selon l’entourage de Marcel
Campion, Laura Smet a fait
savoir qu’elle serait de la fête.
présente
Édition Collector
NUMÉRO
DO U BL E
160 pages
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Журналы и газеты
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