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Le Figaro - 18 05 2018

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vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 943 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
PÈRE HAMEL
COMMENT L’ÉGLISE PRÉPARE LA
BÉATIFICATION DU PRÊTRE ASSASSINÉ
À SAINT-ÉTIENNE-DU-ROUVRAY PAGE 11
ALLEMAGNE
ENQUÊTE SUR
LA RÉSURGENCE DU
SENTIMENT PATRIOTE
PAGE 15
Le mariage qui bouscule
la monarchie britannique
PAGE 6
ITALIE
Les populistes ont
leur programme
commun PAGE 8
L’union
du prince Harry
avec l’actrice
américaine
Meghan Markle,
métisse
et divorcée,
rencontre
un très large
écho dans
l’opinion,
qui y voit le
symbole de la
modernisation
de la famille
royale.
SÉCURITÉ
À Notre-Damedes-Landes,
de nouvelles
expulsions dans un
calme relatif PAGE 9
POLÉMIQUE
Cette France libre
qui dérange
un maire PS PAGE 10
Comment les Bleus
vont préparer
leur Mondial
PAGE 13
CANNES
Matteo Garrone
retrouve
du mordant
et le Festival prend
un coup de fouet
PAGES 28 ET 29
JARDIN
CHAMPS LIBRES
Le seringat, florifère
et odorant PAGE 31
La chronique
de Mathieu
Bock-Côté
La chronique
de Mathieu
Laine
Le bloc-notes
d’Ivan Rioufol
L’analyse
d’Anne
de Guigné
n
n
Après l’évasion d’un
fiché S, les escortes
judiciaires en question
Engie : changement
à la tête du géant français
de l’énergie
L’évasion, mercredi, d’un détenu de Brest, lors d’une « extraction médicale », repose la question des escortes. Malgré le
protocole, faute de moyens matériels et d’effectifs, les évasions
Alors que le patron historique,
Gérard Mestrallet, tire sa révérence, l’assemblée générale
des actionnaires va installer ce
vendredi le duo Jean-Pierre
Clamadieu-Isabelle Kocher à
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de jeudi :
Accord nucléaire iranien :
face à Donald Trump,
les Européens
peuvent-ils rester unis ?
NON
44 %
OUI
56 %
TOTAL DE VOTANTS : 22 474
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Pensez-vous que le
mariage entre Meghan et
Harry aura une influence
positive sur l’image de la
Couronne britannique ?
M. ZEPPETELLA/AFP-J.-C. MARMARA/
LE FIGARO-M. SKOLIMOWSKA/DPA
PICTURE-ALLIANCE/AFP
ne sont pas rares. À la Chancellerie, une réforme est prête depuis
2017. La pénitentiaire d’Île-deFrance, elle, s’apprête à recruter
24 chauffeurs privés afin de
convoyer les détenus. PAGE 10
ÉDITORIAL par Arnaud de La Grange adelagrange@lefigaro.fr
n
@
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@p@b@i@a";
PAGES 2 À 5 ET L’ÉDITORIAL
n
PAGES 16 ET 17
M 00108 - 518 - F: 2,60 E
GIDDENS JOE/PA PHOTOS/ABACA
FOOTBALL
I
Parenthèse royale
l en va parfois ainsi dans les grandes et
vieilles familles. Rien ne vaut un beau
mariage pour faire oublier les affres d’un
divorce. En ces temps houleux de séparation européenne, le peuple britannique s’offre une parenthèse royale, avec
l’union de Meghan et Harry. Un moment
d’unité alors que le pays semble englué dans
un « purgatoire éternel », selon l’expression de
Brexiters impatients.
De l’eau a coulé sous le Tower Bridge depuis
l’abdication d’Edward VIII, amouraché d’une
sulfureuse Américaine. À son rythme, lent et
solennel, la monarchie suit l’évolution de la
société britannique. Sans qu’une famille
royale puisse être aussi « normale » qu’un
président français…
Les temps ont changé, et pourtant il flotte
autour de ce mariage un parfum d’audace et
de transgression. Étrangère, métisse, actrice,
divorcée, le profil de la mariée alimente les
passions. Certains y voient un signal d’ouverture et de diversité. D’autres, à l’inverse,
s’offusquent. Harry a dénoncé le harcèlement et les propos racistes subis par sa fiancée. Le prince, lui, a une personnalité attachante. Un peu mauvais garçon, rebelle et
fêtard, mais au rendez-vous quand il faut
monter au front afghan.
Le jeune couple pourrait dépoussiérer un peu
plus la Couronne. Servir son image, si longtemps malmenée. À tel point qu’il fut un temps
où l’on ne donnait pas cher de sa survie. La tragédie de Lady Di avait ébranlé la monarchie,
mais aussi contribué à la sauver, après tant de
scandales en cascade. La mort de la « princesse
du peuple » avait profondément marqué la
société anglaise.
Au-delà du royaume,
ce mariage passionne.
Il en va de cet événement comme des revues « people » : on se défend d’y toucher,
mais on les feuillette en cachette… On se moque, on ironise sur une institution anachronique et caricaturale. Mais, en même temps,
s’exerce une indéniable curiosité pour le décorum et des rites intemporels. Et peut-être, plus
profondément, pour une certaine permanence
des choses. Comme si, en ces temps d’invectives et de déchirures sociales, jouait une étrange fascination pour ce qui dépasse les peuples
et les cimente. ■
Un moment
d’unité
au milieu
du Brexit
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1
Les déplacements
prudents
des ministres
A
GOUVERNEMENT
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vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
UNE JOURNÉE
À SUIVRE SUR
FIGARO LIVE
Dès 10 heures, samedi,
vivez en direct l’arrivée
des invités à la chapelle
Saint George, à Windsor.
À partir de 11 h 30, édition
spéciale autour de Frédéric
Picard, rédacteur en chef,
et de Marion Galy-Ramounot ,
journaliste Madame Figaro.
En plateau , l’historien Philippe
Delorme, la styliste Deborah
Reyner-Sebag apporteront
leurs éclairages aux côtés
du pasteur Andrew Rossiter
et du spécialiste des bonnes
manières Jérémy Côme.
En duplex de Windsor,
Florentin Collomp,
correspondant à Londres,
donnera les dernières
informations sur
l’ambiance, les préparatifs
et le programme de la journée.
Philippe Gélie, correspondant
à Washington, racontera
comment les médias
américains et les États-Unis
vivent cet événement qui
passionne outre-Atlantique.
Le mariage princier qui se
L’union du prince Harry avec l’actrice américaine Meghan Markle, samedi, prend
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
SONNEZ HAUTBOIS, résonnez musettes ! Pour le mariage du prince Harry
avec Meghan Markle, les pubs du
royaume pourront fermer deux heures
plus tard que d’habitude, vendredi et
samedi. Certains arborent les photos
des amoureux enlacés dans un Union
Jack. Plus de 2 600 privilégiés sont invi-
tés samedi midi à l’union du prince et
de sa promise, célébrée en la chapelle
Saint George du château de Windsor.
Parmi les heureux élus, 1 200 « membres du public » ont été conviés – et
priés d’apporter leur pique-nique, le
lunch préparé par les cuisiniers du palais étant réservé au gratin. La liste des
personnalités attendues reste confidentielle. Des dizaines de milliers de badauds et touristes s’apprêtent aussi à
déferler sur la petite ville située à une
trentaine de kilomètres à l’ouest de
Londres, qui a chassé les SDF de ses
rues ces derniers jours. La cérémonie
religieuse ne rassemblera « que »
600 personnes. L’union sera scellée par
l’archevêque de Canterbury, Justin
Welby. À la sortie, les jeunes mariés entameront une procession en calèche à
travers la ville, avant une réception officielle l’après-midi, suivie d’une seconde, plus intime, le soir. Même le soleil sera au rendez-vous !
Dans l’interminable feuilleton du
Brexit et le ralentissement de l’économie
britannique qualifiée cette semaine de
« ménopausée » par la Banque d’Angleterre, la parenthèse enchantée apporte
un peu de joie à un pays qui semble perdre confiance en lui. L’affaire est pourtant loin d’atteindre les sommets d’enthousiasme connus il y a sept ans pour le
mariage de l’aîné de Harry, William,
avec Kate Middleton. Est-ce parce qu’ils
ont été privés d’un jour férié supplé-
2
milliards
de téléspectateurs
potentiels
STEVE PARSONS/AP
suivront la
retransmission
des noces
Sachez
maintenant
que nous
avons consenti,
et par la présente,
que nous
signifions notre
consentement
à la signature
du mariage entre
notre bien-aimé
petit-fils, le prince
Henry Charles
Albert David
de Galles, KCVO,
et Rachel Meghan
Markle
A
1
»
L’ACTE DE CONSENTEMENT
(« INSTRUMENT OF CONSENT »),
LE DOCUMENT QUI ÉTABLIT
LE CONSENTEMENT OFFICIEL
DE LA REINE ELIZABETH II
AU MARIAGE DE SON PETIT-FILS,
LE PRINCE HARRY,
AVEC MEGHAN MARKLE
Meghan Markle, un nouveau visage pour moderniser la famille
LOIN DES CAMÉRAS du monde entier
posées à Windsor, Brixton se prépare
aussi au royal wedding. Le pub Prince of
Peckham organise une fête reggae dans
la rue pour célébrer l’événement à sa
façon. Ce quartier du sud de Londres
compte l’une des plus importantes
communautés afro-caribéennes du
pays. C’est là que des émeutes raciales
avaient éclaté en 1981. C’est là que Nelson Mandela s’était rendu en 1996 lors
d’une visite d’État au Royaume-Uni.
Là, aussi, que le prince Harry et Meghan Markle ont effectué, en janvier,
leur deuxième sortie publique après
l’annonce de leurs fiançailles, accueillis
par une foule en liesse.
Le mois dernier, le couple représentait la famille royale à la commémoration du meurtre raciste de l’adolescent
noir Stephen Lawrence il y a vingt-cinq
ans, qui avait vigoureusement secoué
les préjugés en vigueur dans la police.
Les tourtereaux ont aussi été dépêchés
au forum de la jeunesse du sommet du
Commonwealth à Londres.
Avant même la consécration de
l’union, l’« atout » Meghan n’a pas
échappé à la machine de relations publiques de la Couronne. Ou comment
transformer une différence par rapport
aux canons d’une institution millénaire
en accélérateur de modernisation. Une
princesse étrangère, métisse, actrice et
divorcée ? La monarchie a failli déraper
pour moins que ça. L’abdication d’Edward VIII en 1936 pour épouser Wallis
Simpson, autre américaine divorcée,
reste la hantise des mémoires de la
« Firme ». Mais de l’eau a coulé sous les
ponts.
La reine Elizabeth a vu avec résignation trois de ses quatre enfants divorcer
tour à tour. Après ces crises en série
couronnées par le traumatisme de la
mort de Diana, Simon Lewis avait été
recruté comme directeur de la communication pour redorer l’image de Buckingham Palace. Il constate le chemin
parcouru depuis. « La monarchie est un
miroir de la société. La crise de 1936 reflétait l’état de l’opinion. Le pays est devenu beaucoup plus libéral. La famille
royale n’est pas à l’avant-garde en tant
qu’institution, mais la jeune génération
contribue à assurer sa pertinence aux
yeux de la population. C’est important de
maintenir une connexion avec le peuple », explique-t-il. Après l’aristo mélancolique Diana, la sage roturière parvenue Kate Middleton, Meghan Markle
apporte une bouffée de fraîcheur à un
monde compassé. Et permet à la Couronne d’intéresser des couches de la
population qui ne se sentaient guère
concernées.
Dans ses premiers pas sur cette scène
aux multiples chausse-trapes, Meghan
a été « parfaite », juge l’ancien dircom
du palais. Une image à peine entachée
par l’épisode des photos arrangées de
son père, éclairagiste de cinéma à la retraite, divorcé de sa mère. La presse
britannique a publié des clichés où l’on
voyait Thomas Markle en train de
consulter des pages Internet sur Harry
et sa fille dans un café au Mexique, où il
vit. Des photos monnayées par la demi-sœur de Meghan, avec qui elle est
brouillée, a-t-on appris à une semaine
du mariage. Sa facétie découverte, le
père a prétexté des problèmes cardiaques pour ne plus venir accompagner sa
fille devant l’autel, et lui épargner davantage de gêne auprès de la belle-famille. Un baptême du feu de la culture
des tabloïds, tant décriée par Harry.
“
Il est temps de moins se
focaliser sur les pantoufles
de vair et plus sur
les plafonds de verre
MEGHAN MARKLE
”
Qu’importe ! La mère de Meghan,
Doria Ragland, prof de yoga en Californie, sera sans doute l’autre star de
l’événement. Depuis six siècles, la chapelle Saint George du château de Windsor n’a pas vu beaucoup de belles-mères en dreadlocks. Mais, comme le
réclame Meghan, « il est temps de moins
se focaliser sur les pantoufles de vair et
plus sur les plafonds de verre ».
Qu’elle le veuille ou non, c’est un
conte de fées version XXIe siècle que la
féministe Meghan Markle, descendante
d’esclaves par sa mère, est en train
d’écrire. « Mon héritage mixte peut
avoir créé une zone grise pour mon identité. On se crée l’identité qu’on se choisit,
comme mes ancêtres quand ils ont été libérés », plaide-t-elle. À sa libération,
son trisaïeul s’était choisi pour nom de
famille Wisdom (« sagesse »). Pour elle,
il s’agit « de dire qui je suis, d’où je viens
et d’affirmer ma fierté d’être une femme
métisse, forte et confiante ». Une princesse « woke » (conscientisée). Loin des
pudeurs de gazelle de Kate Middleton,
comparée à un mannequin sans âme
par la romancière spécialiste de la
royauté Hilary Mantel.
L’historien Ted Powell se réjouit
« d’avoir un membre de la famille royale
métis qui embrasse pleinement son héritage ». « C’est immensément positif pour la
Grande-Bretagne, particulièrement au
lendemain du Brexit et des controverses
sur les politiques d’immigration et le racisme », saluait-il dans The Observer.
Cela renvoie aussi le pays à sa propre histoire de l’esclavage et du colonialisme.
Le gouvernement britannique est
empêtré depuis des semaines dans le
scandale de la « génération Windrush », ces immigrés d’origine cari-
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LE FIGARO
vendredi 18 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
Le crieur public
Tony Appleton annonce
les fiançailles du prince
Harry et de Meghan
Markle, le 27 novembre
dernier devant
Kensington Palace,
à Londres, où les rues
ont été décorées
de drapeaux britanniques
tandis qu’à WIndsor,
les souvenirs à l’effigie
des futurs mariés
ont envahi les étals.
PA PHOTOS/ABACA, TOLGA
AKMEN/AFP, TOBY MELVILLE/
REUTERS
coue la monarchie britannique
des proportions particulières et attire la sympathie du peuple, essentielle à la survie de l’institution.
mentaire, octroyé à l’époque ? En tout
cas, 66 % des Britanniques avouent leur
désintérêt pour l’événement (sondage
YouGov), malgré la déferlante médiatique. L’intérêt est même parfois plus vif à
l’étranger, comme en Inde, en Afrique
du Sud ou en Arabie saoudite.
Sans le père de la mariée
Reste que, pour un numéro six dans
l’ordre de succession au trône, les noces
prennent des proportions particulières.
« Un mariage royal est une déclinaison
princière d’une pratique universelle, et le
couple semble s’apprêter à jouer un rôle
intrigant dans la fabrique sociale de la famille royale », commente l’historien de
la monarchie Frank Prochaska, professeur à Oxford. Chouchou du public,
Harry reste à ses yeux l’orphelin blessé
par la mort tragique de sa mère. Quand
son frère et témoin, le futur roi, affiche
une image des plus lisses, le cadet a toujours revendiqué une personnalité fou-
Le prince Harry et Meghan
Markle dans les jardins
de Kensington Palace,
le 27 novembre dernier,
à Londres, après l’annonce
de leurs fiançailles.
gueuse et (relativement) anticonformiste. Sa future épouse sort aussi du lot,
par ses origines géographiques, ethniques, son parcours et son franc-parler
(lire ci-dessous).
De quoi attirer la sympathie du peuple, sentiment essentiel à la survie de
l’institution. Près de huit Britanniques
sur dix soutiennent la monarchie
contre vents et marées. Un mariage
royal est le cauchemar des républicains
du Royaume-Uni, même s’ils en profitent pour faire parler d’eux. Mais les
plus jeunes sujets se montrent plus distants dans leur soutien au régime (66 %
seulement chez les 18-34 ans, selon Ipsos-Mori). D’où le rôle crucial de la
nouvelle génération de royals dans le
dispositif marketing de la « Firme ». Ce
n’est pas tout à fait un hasard si la nouvelle princesse est tout droit sortie
d’une série télévisée à succès (Suits), à
l’heure où les aventures de la reine Elizabeth, de son époux Philip ou de sa
sœur tumultueuse Margaret fascinent
les spectateurs au fil des épisodes de The
Crown, en mondiovision sur Netflix.
Les déboires de la famille Markle,
dont les tabloïds font leurs choux gras,
nourrissent la saga. Le père de la mariée, Thomas Markle, ne lui tiendra
donc pas le bras jusqu’à l’autel, en raison d’une opération cardiaque de dernière minute et, surtout, d’une série de
photos arrangées et payées par des paparazzis qui ont déplu. Une branche de
cette belle-famille peu respectable a
bien compris les gains à tirer du conte
de fées de Meghan. Un demi-frère et
une demi-sœur pas invités à la cérémonie s’incrustent en se répandant en
commentaires pas toujours bienveillants – et grassement rémunérés –
dans la presse à scandale. Une ex-belle-mère qui n’a pas vu Meghan depuis
vingt ans a débarqué à Heathrow cette
semaine pour attirer la lumière à elle.
Cela fait tache mais ne gâchera pas la
fête. D’Edward VIII et Wallis Simpson,
de Margaret et Peter Townsend à Charles et Diana, le palais en a vu d’autres. ■
PA PHOTOS/ABACA
ton Palace s’est même fendu d’un communiqué cinglant sur le sujet à l’initiative
de Harry, dénonçant un « harcèlement »
aux « connotations raciales ».
Reste que les mêmes arguments sont
repris par des défenseurs de la cause
noire. « Le mariage royal est un nonévénement total », tranche Kehinde
Andrews, professeur de sociologie à
l’université de Birmingham. Selon lui,
l’idée que le climat social pourrait
changer grâce à « un nuage de café »
est « franchement choquante ». Meghan
serait, à l’en croire, à peine plus noire
que Pippa Middleton et s’habille comme Diana. « Markle n’est pas l’Obama
de la Grande-Bretagne et ne doit pas
être traitée comme telle. Être choisie par
un prince n’est pas la démocratie »,
renchérit sur Twitter l’écrivain Reni
Eddo-Lodge, auteur de Why I’m No
Longer Talking to White People About
Race (« Pourquoi je ne parle plus de
race avec des Blancs »).
“
béenne arrivés après la Seconde Guerre
mondiale, expulsés ou menacés de
l’être par les autorités, malgré la légalité de leur présence dans le pays depuis
des décennies. La semaine dernière, un
rapporteur des Nations unies jetait de
l’huile sur le feu en constatant que le
Brexit et les politiques de Theresa May
avaient rendu les minorités ethniques
du pays « plus vulnérables à la discrimination raciale et à l’intolérance ». Si un
couple sur dix en Grande-Bretagne est
mixte, 12 % des habitants du pays
condamnent l’union de Harry et Meghan pour cette raison et 25 % avouent
ne pas souhaiter une chose pareille
pour leurs enfants, selon un sondage de
British Future.
Les futurs époux se sont émus de ce
« climat discriminatoire ». Le tabloïd
Daily Mail avait décrit Meghan comme
« (presque) tout droit sortie de Compton », banlieue de Los Angeles dominée
par les gangs, en référence au film
Straight Outta Compton sur un groupe
de rap américain. Il faisait mine de se
demander comment elle pourrait prendre le thé avec la reine. Dans le même
journal, l’éditorialiste Rachel Johnson
(sœur du ministre Boris) relevait l’apport de son « ADN exotique » pour la famille royale.
Meghan Markle s’est indignée lors
d’une interview télévisée de ces commentaires « décourageants ». Kensing-
FRANK PROCHASKA, HISTORIEN
”
À quel point la mariée va-t-elle fondre sa singularité dans la culture écrasante des Windsor ? Saluée pour ses
convictions, elle a déjà sacrifié à l’autel
des conventions. Protestante, elle s’est
fait baptiser dans la foi anglicane par
l’archevêque de Canterbury par respect
pour la reine, chef de l’Église d’Angleterre. Son féminisme ne l’empêche pas
d’abandonner sa carrière d’actrice pour
épouser son prince. Elle a lâché les
2 millions de followers de son compte
Instagram et arrêté son blog.
L’attend une vie de représentation au
service de la maison royale. « Tandis que
l’importance politique de la monarchie a
décliné à travers les siècles, la famille
royale a rempli le vide par des œuvres sociales, rappelle l’historien Frank Prochaska, à Oxford. Cette évolution a été
largement conduite par des membres féminins de la famille, depuis le règne de
Victoria. Aux côtés du prince Harry, Meghan Markle va poursuivre les bonnes
œuvres de la princesse Diana. Comme
Diana, elle apportera une nouvelle dimension aux activités de la Couronne pour les
causes humanitaires et féministes dans
lesquelles elle s’est déjà engagée. » Pour
l’actrice de série B, le rôle le plus difficile
de sa vie commence. ■ F. C. (À LONDRES)
A
royale
Comme Diana,
elle apportera une nouvelle
dimension aux activités
de la Couronne pour les
causes humanitaires et
féministes dans lesquelles
elle s’est déjà engagée
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vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
STÉPHANE BERN £@bernstepha
FAUDRAIT-IL croire aux contes
de fées ? Il n’aura fallu que six
mois pour que Meghan Markle,
une ravissante jeune Américaine
métisse divorcée et actrice de
série télévisée, se métamorphose sous les yeux d’un RoyaumeUni énamouré en une princesse
moderne, adoubée par la
doyenne des chefs d’État, la
reine Elizabeth II, qui a donné
avec enthousiasme son consentement au mariage de son petitfils Harry. Par amour, l’héroïne
de Suits : Avocats sur mesure a
donc renoncé à son métier d’actrice, à sa religion puisqu’elle
vient de se faire baptiser anglicane, à son million de « followers » sur les réseaux sociaux,
à ses propres combats caritatifs,
à ses amis d’hier et à certains
membres peu reluisants de sa
famille… mais aussi sans doute à
son nom, puisque, en toute logique, la reine va octroyer samedi
au couple le titre de duc et duchesse de Sussex.
« Je n’ai pas le sentiment de renoncer à quoi que ce soit. Pour
moi, il s’agit juste d’un changement. Le moment est venu de former une équipe avec Harry. »
Lors de la promotion de Suits à
Londres, en juillet 2016, le prince Harry, subjugué par la personnalité et la beauté de la jeune
femme de trois ans son aînée, a
demandé à la revoir le lendemain, puis l’a convaincue de
l’accompagner pour un trek au
Botswana. « On était vraiment
seuls, ce qui était capital pour
moi, dira-t-il, je voulais qu’on
puisse avoir une vraie occasion de
se découvrir. » Quand elle a su
qui elle allait rencontrer,
Meghan aurait demandé : « Il est
sympa ? » « Quand je l’ai vue, je
me suis dit : “Il va falloir que je
sois à la hauteur” », se souvient
Harry. Quand Harry rencontre
Meghan, Cupidon leur envoie
des flèches qui effacent sans
doute les blessures du passé.
Assurément, sur le papier, la
fiancée du fils cadet de l’héritier
du trône britannique n’a pas le
pedigree que l’establishment
était autrefois en droit d’attendre des fiancées princières,
puisqu’elle a divorcé d’un producteur californien, Trevor
Engelson, avant de vivre ensuite
“
Il est très doué
pour plaire aux gens
en restant lui-même
A
1
DUNCAN LARCOMBE,
ROYAL CORRESPONDANTAU SUN
”
avec un chef gastronomique canadien, Cory Vitiello. Le prince
Harry, pour sa part, a vécu deux
grandes histoires d’amour, avec
Chelsy Davy et Cressida Bonas,
qui n’ont pas résisté à la pression médiatique, ni aux exigences de sacrifice qu’impose la
Couronne.
Harry et Meghan ont aussi en
commun l’amour de l’Afrique,
où il s’est investi, notamment
auprès des orphelins du sida au
Lesotho et où il va assumer ses
nouvelles fonctions, confiées
par sa grand-mère, d’ambassadeur des jeunes du Commonwealth ; Meghan s’était engagée dans de nombreux projets
humanitaires, comme ambassadrice de l’association World
Vision, qui lutte contre la pauvreté dans le monde et notamment en mission au Rwanda,
tandis qu’elle avait été nommée
défenseur de l’ONU Femmes,
militant sans relâche pour l’égalité homme femme. Parmi ses
combats, la lutte contre le racisme, elle qui a confié avoir
souvent été confrontée à ceux
qui la « trouvaient trop blanche
pour une métisse ou pas assez
noire », car issue d’une mère
d’origine
afro-américaine,
Doria Ragland, et d’un père,
Thomas Markle, aux origines
néerlandaise et irlandaise.
C’est avec joie que la reine a
donné son consentement au
mariage de ce petit-fils qu’elle
aime tendrement et qui l’amuse
follement. D’autant que, relégué
à la sixième place dans l’ordre
de succession au trône par la
Meghan Markle et
le prince Harry, lors
de leur première
apparition publique,
le 26 septembre
2017, à Toronto.
LAWSON DANNY/
PA PHOTOS/ABACA
Quand Harry rencontre Meghan
Depuis leur première entrevue en juillet 2016, le chouchou de la monarchie britannique
et la jeune actrice américaine ont réussi à « former une équipe ».
Meghan Markle, actrice, dans une des épisodes de la série Suits :
avocats sur mesure, en juin 2014. EVERETT COLLECTION/ABACA
Elle pose, en octobre 2016, avec des enfants au Rwanda où elle est
ambassadrice mondiale pour World Vision. PICTURE-ALLIANCE/AFP
Le prince Harry et Meghan, lors d’une cérémonie, à l’abbaye
de Westminster, à Londres, le 25 avril. EDDIE MULHOLLAND/AP
naissance du petit prince Louis,
son union n’est pas une affaire
d’État. Mais, pragmatique, la
reine sait aussi que ce mariage
envoie à tous un signal fort de
l’évolution de la Couronne avec
son temps.
Meghan est devenue au-delà
de sa personne le symbole d’une
nouvelle étape franchie par la
monarchie, qui prend en compte l’évolution du royaume vers
une société multiraciale et multiethnique. C’est dire aussi le
chemin parcouru par le prince
Harry, marqué à l’âge de 12 ans
par la mort tragique de sa mère,
la princesse Diana. « Je peux dire
aujourd’hui que la perte de ma
mère, quand j’avais 12 ans, et le
fait d’avoir ignoré mes émotions
pendant presque vingt ans ont eu
des conséquences très néfastes
sur ma vie personnelle et mon
travail », a confié récemment le
prince Harry, comme le rapporte Angela Levin dans Harry,
conversations avec le prince
(Plon). « Pendant trop d’années,
je n’ai pas voulu grandir », avoue
celui qui défraya la chronique et
consolida une solide réputation
de noceur.
On ne compte plus le nombre
de ses frasques ou des scandales :
en janvier 2002, alors qu’il n’a
que 16 ans, il fume du cannabis
avec des amis à Highgrove, la
propriété de son père, qui l’emmène visiter un centre de désintoxication pour lui faire passer
l’envie de recommencer ; en
janvier 2005, il est photographié
lors d’une soirée déguisée en
uniforme nazi de l’Afrikakorps
et doit présenter des excuses
publiques ; pendant son année
sabbatique à Eton et à l’Académie royale militaire de Sandhurst, il perd son sang-froid et
envoie un coup de poing à un
photographe qui le harcèle à la
sortie d’un night-club ; en août
2012, il est photographié à son
insu dans une suite d’hôtel à Las
Vegas dans une partie dénudée
de « strip-billard » : voilà pour
ses faux pas montés en épingle
par les tabloïds.
Étrangement, cela n’a jamais
nui à sa popularité, bien au
contraire. Duncan Larcombe,
royal correspondant au Sun, et
auteur d’une excellente biographie Prince Harry (Harper
Collins),
explique
combien
Harry, plus fragile émotionnellement que son frère aîné
William, a souffert de la mort de
sa mère. « Il n’était pas un garçon
studieux et la mort de sa mère
l’autorisa à exprimer sa désinvolture vis-à-vis des études. Il devint
le rebelle, le clown de la classe et il
aimait ça. Malgré cela, il était
très populaire et même les professeurs tombaient sous le charme.
Le public a toujours été acquis à
Harry (dont il révèle au passage
une légère dyslexie) parce qu’il
suscite une certaine fascination,
du fait qu’il ne ressemble pas aux
autres membres de la famille
royale : il a un contact facile et le
don de ravir toutes les personnes
qu’il rencontre. »
Spontané, drôle, doté d’un
grand sens de l’autodérision, il
est vite devenu la coqueluche du
pays, le membre le plus populaire des Windsor. « Il est très doué
pour plaire aux gens en restant
lui-même », explique Duncan
Larcombe. Quant à Harry le facétieux, qui convainc la reine de
donner la réplique à James Bond
dans la vidéo d’ouverture des JO
de Londres en 2012, demande à
sa grand-mère de mettre Barack
Obama au défi en lançant les
Invictus Games, ou dispute une
course avec Usain Bolt en Jamaïque sans être ridicule, il sait
que la malédiction des cadets le
poursuivra toute sa vie. Son frè-
“
Les médias préfèrent
me voir comme
un play-boy, un prince
fêtard, mais je ne suis
rien de tout ça
LE PRINCE HARRY
”
re est l’héritier, lui, la pièce de
rechange – le jeu de mots anglais est « heir and spare » - et
s’il n’a pas la pression de monter
sur le trône, il ne peut pas pour
autant entrer dans l’anonymat.
« Je ne suis pas normal, même si
j’aurais aimé l’être. William et
moi ne pouvons pas vivre comme
les autres. Les médias préfèrent
me voir comme un play-boy, un
prince fêtard, mais je ne suis rien
de tout ça. »
Il serait injuste d’ignorer le
rôle que joue le prince Harry sur
l’échiquier des Windsor. Prenant exemple sur sa mère, il a
embrassé de nombreuses causes
caritatives et humanitaires. Il a
créé une fondation Sentebale au
Lesotho pour les orphelins du
sida et, contre toute attente, a
appris à se servir des médias
pour défendre ses combats. « Je
le fais parce que je veux le faire et
parce que ma mère aurait voulu
me voir ici », dira-t-il. Les médias restent sa bête noire : à cause d’eux, il perd son grand
amour, Chelsy Davy, ne peut
pas partir combattre en Irak et
doit écourter sa mission en
Afghanistan à cause des rumeurs
d’enlèvement et de risques que
sa présence fait courir aux soldats britanniques engagés…
Un cadet a-t-il d’autre choix
que celui d’embrasser une carrière militaire ? Dès l’enfance,
Harry aime l’armée et rêve « de
servir sa reine et son pays ». Devenu officier, le sous-lieutenant
Wales est autorisé en février
2007 par le général Sir Richard
Dannatt à intégrer le régiment
de la Household Cavalry Blues
and Royals et à se déployer en
Irak à la tête de douze hommes.
L’état-major devra renoncer en
mai 2007. En décembre, il est
déployé en Afghanistan, mais,
en raison de fuites sur sa présence, il est contraint de rentrer
après dix semaines sur le terrain
d’opérations. Il apprendra à piloter des hélicoptères Apache en
suivant une formation d’élite à
l’Army Air Corps pour retourner
combattre en Afghanistan. Le
capitaine Wales arrive le 7 septembre 2012 sur la base opérationnelle britannique Bastion.
De cette expérience militaire
sur le terrain, le prince reviendra mûri et marqué : il créera les
Invictus Games pour les soldats
blessés au combat, compétition
sportive à l’image des Jeux paralympiques. L’armée était devenue sa deuxième famille, elle
lui avait offert une échappatoire
à son rôle public. Pourtant,
après dix ans de loyaux services,
il annonce en mars 2015 qu’il la
quitte pour se consacrer à son
rôle public, alors que la reine, à
92 ans, encourage ses petits-fils
à assumer un plus grand nombre
d’obligations officielles. « J’adore ma grand-mère de tout mon
cœur, dit-il, plein d’amour et
d’admiration. Il y a tant de choses négatives dans le monde que
notre famille cherche à apporter
une lueur positive dans ce monde
qui change à toute allure »,
confie le prince Harry à Angela
Levin.
Meghan a apporté à Harry
l’équilibre qui lui manquait. Elle
l’a aussi rassuré sur un point
crucial : elle n’a peur ni des médias, ni d’assumer un rôle public. Ils ont trouvé l’un et l’autre
une personne normale qui va
accepter de partager une vie qui
ne l’est guère. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 18 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
5
En manteau Line The
Label, lors d’une
visite en Irlande
du Nord, le 23 mars.
POOL/GETTY IMAGES/AFP
En robe SelfPortrait,
le 21 avril,
à Londres.
BERETTA/SIMS/SHUTTERSTO/SIPA
Miss Markle, une influenceuse à Buckingham
NON DÉNUÉE d’humour, Meghan
Markle se qualifiait sur son blog (fermé
en avril pour les raisons qu’on imagine)
« de Californienne typique » pour qui « la
plupart des problèmes dans la vie peuvent s’arranger avec du yoga, une plage
et quelques avocats ». Cette fraîcheur de
ton, cette forme d’autodérision lui ont
valu la sympathie du public, elle qui ne
possédait a priori pas le pedigree de la
future duchesse de Sussex. C’est pourtant cette fille d’éclairagiste d’origine
irlandaise et d’une professeur de yoga
afro-américaine qui est en train de redorer le blason de la famille royale… et
de booster l’économie de la mode britannique.
Les journaux spécialisés dans l’industrie du luxe outre-Manche l’ont déjà
couronnée « la plus grande influenceuse
de tous », mesurant son pouvoir de
prescription en pounds. Ainsi, la jeune
femme classée (avec Harry) par le Times
parmi les « 100 plus influentes personnalités de l’année 2018 », contribuerait,
selon l’agence Brand Finance, à près de
150 millions de livres par an au marché
du prêt-à-porter, tandis que le mariage
devrait générer près de 500 millions de
livres (574 millions d’euros) dans le
secteur du tourisme local.
Le phénomène est observé dès l’« officialisation » de la relation de Meghan
Markle avec le prince, en septembre,
dans les tribunes de la compétition
sportive Invictus Games à Toronto : à
peine les images de la demoiselle en
jean slim délavé étaient-elles relayées
dans les médias que le trafic sur l’eshop de Mother, la marque du pantalon
en question, augmente de 200 %, tandis
que les recherches sur Google la
concernant bondissent de 60 %. En
trois jours, le modèle en denim baptisé
Looker Ankle Fray in Love Gun est
épuisé. « Plus de personnes ont visité notre site ce jour-là que lors du Black
Friday. À la suite de la très forte demande qui n’a jamais faibli, nous avons dû
prolonger sa commercialisation pour la
troisième saison consécutive », raconte
Lela Becker, cofondatrice et directrice
des ventes du jeanneur.
Dans le soap opera
des Windsor
Autre exemple ? Pour ses premiers
« engagements publics », en décembre,
elle balade au pli du coude un petit sac
du jeune label écossais Strathberry. Sold
out en onze minutes. Régulièrement,
elle arbore des bijoux griffés du joaillier
canadien Birks. Un fantastique coup de
pub mondial (400 % de visites en plus
sur la boutique en ligne et rupture de
stock sur les pièces qu’elle porte) pour
cette maison basée à Toronto où
Meghan a vécu lors du tournage de
Suits, la série télévisée qui l’a rendue
célèbre. « Elle aimait nos modèles quand
elle était “simple” comédienne et elle y
reste attachée, fidèle à son image de
princesse moderne et indépendante qui
fait ses propres choix, explique JeanChristophe Bedos, le PDG. Son conte de
500
millions de livres
(574 millions d’euros)
Montant que le mariage de Harry
et Megan devrait générer dans
le secteur du tourisme local
fées est bien différent de celui de Grace de
Monaco, Lady Di ou Kate Middleton. Son
style est plus simple et décomplexé. Elle
semble en dehors du système sans jamais
provoquer. »
On ose à peine imaginer l’impact du
D-Day sur les ventes de la griffe de la
robe de mariée. Au jeu des pronostics,
les créateurs australiens basés à Londres Ralph & Russo tiennent la corde.
Plus statutaires, la vénérable maison
Burberry, le très British Erdem et
Alexander McQueen (mais, bémol, il
était déjà le couturier de Kate Middleton) font figure d’outsiders.
Il faut néanmoins lire l’influence de
Meghan à l’aune du royal effect. « Tout
ce que touche la famille royale, et plus
précisément la jeune génération, est instantanément un succès en boutique, analyse Catherine Ivanichtchenko, chef
des informations au magazine Voici. Les
tenues de Harry, de William, de Kate et
des trois enfants, George, 4 ans, Charlotte, 3 ans et le dernier-né, Louis, sont
également décryptées par la presse et des
milliers de comptes de fans sur les réseaux sociaux. Ils cultivent un fort pouvoir prescripteur tout simplement parce
qu’ils incarnent la modernité, donnant
l’image de vivre et de s’habiller comme
des gens de leur âge. » Une proximité et
une décontraction savamment orchestrées par Buckingham, qui met en scène
comme dans une téléréalité à succès,
chaque « personnage » des Royals. Au
générique de ce soap opera, Harry est le
rebelle dont les tabloïds ont relaté les
frasques d’adolescent, le petit dernier
et orphelin de Diana, le préféré de la
reine et de ses sujets. Dans son sillage,
Meghan Markle bouscule, elle aussi, les
dogmes avec la bénédiction de la
Couronne.
« Il n’existe aucune personnalité publique comparable, analyse Mme Ivanichtchenko. Elle est un pur produit de
Hollywood au service du renouveau
d’une des plus vieilles monarchies de la
Vieille Europe. » Quand Kate Middleton,
future reine, est conforme aux conventions du Palais, l’Américaine déroge à
tous les critères - américaine, métisse,
protestante, divorcée… - et c’est ce qui
fait sa force à l’heure du mouvement
inclusif, ce principe de s’adresser à tout
le monde sans distinction de sexe,
d’âge, de religion, de couleur de peau
qui prévaut dans le marketing actuel et
sur les réseaux sociaux. Windsor est bel
et bien une marque comme les autres,
Meghan sa nouvelle égérie.
« Pourquoi Mlle Markle bénéficie d’une
telle aura ?, questionnait Edward
Enninful, le rédacteur en chef de Vogue
UK, qui opère sa mue « inclusive » depuis quelques mois avec ses gros titres
sur la diversité. Je suppose que c’est
parce qu’elle offre une nouvelle vision de
l’aristocratie au XXIe siècle. Une métisse
née en Californie, avec une si belle carrière d’actrice et son expérience de militante pour le changement social, Meghan
Markle est, disons-le, extraordinaire. Au
vu de ses premiers pas dans cette vieille
institution qu’est la monarchie, elle sera
sans nul doute l’incarnation de la modernité. Elle qui se dresse pour la diversité,
pour son genre, pour l’égalité est, en
deux mots, une femme d’aujourd’hui. »
Quand une autre rebelle, Wallis
Photographie : Olivier Roller
VALÉRIE GUÉDON vguedon@lefigaro.com
Simpson, avait fait vaciller la royauté il
y a presque un siècle, Mlle Markle insuffle un vent d’optimisme à l’heure du
Brexit. « Meghan et Harry sont des ambassadeurs de choix de l’art de vivre anglais, décrypte Serge Carreira, directeur général de la marque anglaise Mary
Katrantzou et enseignant à Science Po.
À un moment crucial pour l’Angleterre,
le pays montre une autre facette de luimême, plus ouvert. » Il est vrai que, face
à une scène politique britannique plutôt
âgée et conservatrice, Markle offre un
visage jeune et différent, reflétant le
métissage et la diversité de la population, en particulier londonienne. ■
- 10 heures (heure de Paris) : les
premières des 2 640 personnes
invitées dans le parc
du château de Windsor y
pénètrent pour assister à
l’arrivée des mariés et de leurs
invités, ainsi qu’à la procession
en calèche.
- 10 h 30 : les premiers
des 600 invités entrent dans
la chapelle Saint George.
- 12 heures : les derniers invités
non membres de la famille
royale prennent place dans
la chapelle.
- 12 h 20 : les membres de la
famille royale, dont le prince
Harry et son témoin, le prince
William, arrivent à pied et en
voiture. Meghan Markle
et sa mère se rendent
au château en voiture.
- 13 heures : début de la
célébration.
- 14 heures : les jeunes mariés
sortent. L’itinéraire les emmène
à High Street et sur Long Walk.
Le voyage se fait dans un
landau Ascot (voiture attelée
à quatre roues), tiré par quatre
chevaux gris. Si le temps est
mauvais, le couple voyagera
dans une calèche.
- 14 h 30 : déjeuner. Une
réception est donnée par la
reine Elizabeth II au château de
Windsor pour le couple et ses
600 invités. Ensuite, le couple
et la famille royale poseront
pour les photos officielles.
- Soirée : le père de Harry, le
prince Charles, organise une
réception privée pour la famille
et 200 amis proches à
Frogmore House, un manoir
du XVIIe siècle à environ
un kilomètre du château
de Windsor.
Mes iMpOts peuvent baisser,
Mais pas Ma generOsite.
DéCLARATION 2018 : FAITES UN DON A LA FONDATION DE FRANCE
Que vous soyez assujetti à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) ou à l’impôt
sur le revenu, vous pouvez toujours le transformer en don pour la cause qui
vous tient à cœur : recherche médicale, aide à l’enfance ou aux personnes
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contactantundenosconseillersau 01 44 21 87 87,ousur ifi.fondationdefrance.org
La Fondation
de toutes les causes
A
Meghan Markle porte
à la main un petit sac
du jeune label écossais
Strathberry,
en décembre 2017.
WENN / ALLPIX PRESS
LE PROGRAMME
DES NOCES
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Les déplacements
prudents des ministres
Les membres du gouvernement étaient dans toute la France, jeudi
soir, pour faire la pédagogie des réformes auprès des Français.
EXÉCUTIF « Soyez bons et à l’écoute. »
C’est le message lancé par Emmanuel
Macron pendant le Conseil des ministres, alors qu’une vingtaine de membres du gouvernement se sont déployés
sur le terrain, jeudi soir, pour « dialoguer directement avec les Français » à
l’occasion du premier anniversaire de
l’arrivée du chef de l’État au pouvoir.
Le but de l’opération « Les rencontres
du gouvernement » ? Expliquer le sens
des réformes, écouter les citoyens et
éviter un procès en déconnexion.
La cohérence des réformes d’Emmanuel Macron n’est pas encore perçue
par l’opinion publique. Mais ce genre
d’initiatives n’est pas sans risques,
avec la radicalisation de la grogne sociale. Sifflets, questions véhémentes,
banderoles, provocations : les images
des incidents peuvent être redoutables.
Alors, certaines précautions ont été
prises : les personnes souhaitant assister à ces réunions avec les ministres
devaient faire une demande auprès de
la préfecture, officiellement « pour des
raisons de sécurité ».
Certains ministres ont reçu, quelques heures avant leur grand oral, une
note les alertant de la présence possible
de manifestants, à l’extérieur. À Toulouse, la CGT, SUD, Solidaires et la FSU
avaient ainsi appelé à attendre de pied
ferme la ministre des Transports, Élisabeth Borne, en marge de sa venue.
Pour l’exécutif, l’équation n’est pas
simple. « Il faut distinguer le contact
avec les citoyens, qu’il faut encourager,
et la confrontation avec les opposants,
qu’il faut éviter », explique un proche
du chef de l’État.
L’exécutif n’hésite pas à jouer à cache-cache. Certains déplacements officiels sont annoncés au dernier moment pour éviter les mauvaises
surprises. À Bourges, le 2 mai, le premier ministre, Édouard Philippe, avait
annulé in extremis une « déambulation » dans la ville, alors qu’une centaine de manifestants CGT se massaient
devant l’hôtel de ville. Officiellement,
ce changement d’agenda s’expliquait
par un rendez-vous avec le gérant d’un
La fête du 15 mai délocalisée
Les organisateurs de la fête du 15 mai
ont, eux, redoublé de prudence pour
éviter un comité d’accueil de cheminots. Le gouvernement et les parlementaires de la majorité étaient invités
à « un moment convivial » en soirée
pour souffler la première bougie de
l’ère Macron. Quand l’adresse a fuité,
un jour avant la « fête », l’événement a
été délocalisé en catastrophe dans un
autre endroit, en l’occurrence le Musée
des arts forains, près de Bercy. Les invités n’ont été prévenus de l’adresse du
rendez-vous que deux heures avant le
début.
Même Emmanuel Macron, qui semble pourtant apprécier les échanges
cash (avec les cheminots au Salon de
l’agriculture ou dans les rues de SaintDié, par exemple), n’est pas épargné
par cette prudence.
Pour le lancement des consultations
citoyennes, le 17 avril à Épinal, le chef
de l’État s’est prêté au jeu des questions-réponses au milieu d’une assistance triée sur le volet. Parmi les participants se trouvaient de nombreux
sympathisants de La République en
marche.
La bunkérisation est un danger qui
menace tout pouvoir. Nicolas Sarkozy
puis François Hollande avaient fini leur
quinquennat en fuyant les sorties à risque. « Emmanuel Macron n’a pas eu
peur d’aller ouvrir le match de la finale
de la Coupe de France, sur le terrain, ce
que ses prédécesseurs ne faisaient
plus », rappelle un conseiller gouvernemental. Il avait même pris son temps
pour saluer un à un tous les joueurs. Le
chef de l’État avait essuyé des sifflets
pendant quelques instants. ■
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Missi dominici de l’exécutif
et généraux du macronisme
E
nvoyés aux quatre coins
de France pour expliquer
l’action du gouvernement,
les ministres de l’équipe
d’Édouard Philippe se font « missi
dominici » de la macronie.
L’opération a des airs de coup
de communication, pour marquer
le premier anniversaire du
quinquennat. Elle peut aussi marquer
un tournant dans l’expression
gouvernementale. Car elle est une
incitation - presque une injonction faite à chaque ministre de sortir
de son seul secteur de compétence
pour se faire porte-parole et
défenseur de la totalité de l’exécutif.
Ce serait en effet une nouveauté.
Édouard Philippe aime à se présenter
en « chef d’orchestre ». L’image
est parlante, et valorisante.
Or, si dans un orchestre les
instrumentistes sont priés de jouer
ensemble et de s’écouter les uns les
autres, personne ne joue la partition
d’un autre. Et c’était bien l’intention
initiale d’Emmanuel Macron : faire
travailler ensemble les meilleurs
spécialistes possible, pas aligner une
armée de généralistes.
CHRISTOPHE MORIN/IP3 PRESS/MAXPPP
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
« magasin multiservice » qui « avait
pris plus de temps que prévu ». Le lendemain, à Vierzon, les manifestants
étaient maintenus à bonne distance de
la rue du centre-ville où le chef du
gouvernement faisait une brève sortie.
CONTRE-POINT
Ce choix a ses avantages ; il a aussi
ses inconvénients. L’avantage est la
reconnaissance de la compétence de
la plupart des ministres issus de la
société civile (de Muriel Pénicaud
au Travail à Sophie Cluzel chargée
des Personnes handicapées).
C’est aussi l’absence de querelles
de frontières comme on en a tant
connu dans le passé. Et c’est surtout
la certitude que chacun s’épanouit
et se consacre pleinement à sa tâche
sans échafauder de plan de carrière
passant par la récupération d’un
autre portefeuille.
L’inconvénient, c’est
l’insuffisance de portage politique
et médiatique. L’action
gouvernementale n’est pas hors sol.
Elle est soumise aux réactions, par
définition impatientes, de l’opinion
et aux flèches, par définition acérées,
des oppositions. Ce qui exige une
capacité d’explication et de riposte
de la part des intéressés. Or être
un poids lourd politique et être
un expert technique, ce n’est pas
la même chose.
Un gouvernement de techniciens
est-il donc une faiblesse ?
Pas forcément. Depuis novembre,
des novices se sont imposés,
parfois mieux que certains briscards
de la politique. Un Jean-Michel
Blanquer a réussi l’exercice de
l’émission politique par exemple,
alors qu’un Gérard Collomb
ou un Bruno Le Maire sont parfois
accusés d’insuffisamment
incarner leurs dossiers.
Ensuite, le dispositif politique
d’une majorité ne se réduit pas
au gouvernement. Et c’est là le
point faible de la macronie.
Des ministres peuvent rester dans
leur couloir si, « en même temps »,
des personnalités animent haut et
fort le débat national depuis le parti,
le groupe, une collectivité, une
formation alliée. À ce jour, ces relais
n’existent pas. Ce « en même
temps »-là ne fonctionne pas.
Si le chef de l’État peut compter
sur des missi dominici efficaces, il a
un impérieux besoin de généraux
offensifs. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8h10
sur Radio Classique
La ministre des Transports, Élisabeth Borne, était attendue à Toulouse, jeudi soir, pour « Les rencontres du gouvernement ».
L’incroyable retour de Didier Guillaume au Sénat
Le poste d’organisateur de la Coupe du monde de rugby qu’il lorgnait est non rémunéré. S’en rendant compte, il y a renoncé.
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
PARLEMENT Sa décision était pourtant
« mûrement réfléchie ». Mi-janvier, le
choix du socialiste Didier Guillaume de
quitter la politique avait pris tout le
monde de court. Au premier rang desquels les sénateurs PS, qu’il avait la
charge de conduire. Cinq mois plus
tard, ce proche de Manuel Valls a décidé de faire marche arrière. Et ce à l’is-
sue d’un incroyable malentendu… Celui
qui devait se reconvertir en devenant
directeur général du comité d’organisation de la Coupe du monde de rugby
de 2023 s’est rendu compte que le poste
était… non rémunéré et simplement
honorifique, contrairement à ce qu’il
avait compris quand il avait évoqué le
sujet avec le président de la République,
lors de son voyage en Chine, en début
d’année. Bien que Didier Guillaume ait
tenu à organiser un pot de départ le
20 mars dernier dans les salons de la
Questure du Sénat, il avait eu la prudence de ne pas définitivement acter sa
démission. « Heureusement, sinon il
aurait été dans une situation matérielle
difficile », commente un sénateur PS.
Sympathie pour Macron
Une partie du groupe, qui lui reprochait
sa trop grande sympathie pour Emmanuel Macron, ricane. « Il redevient sénateur de base », note l’un d’eux. Entre-temps, c’est Patrick Kanner qui a
été élu président du groupe.
C’était sans compter la tentative de
Didier Guillaume de retrouver une position de choix au Sénat. À peine son retour confirmé, il a réuni mardi soir huit
de ses proches dans un restaurant parisien pour tenter de constituer un nouveau groupe de socialistes constructifs.
« Je vous confirme qu’il y a eu une tentative avortée », confirme un pilier de
Solferino. Le même s’étonne : « J’aurais
préféré un retour plus modeste. » La tentative n’a pas abouti, faute d’avoir pu
réunir les dix sénateurs requis.
Contacté par Le Figaro, Didier
Guillaume reste mutique. Mais Françoise Cartron, une sénatrice PS de Gironde
proche de l’intéressé, reconnaît que
« plusieurs élus ont été contactés ». À
défaut d’avoir réussi à retrouver le
confort d’une présidence de groupe,
Didier Guillaume aurait fait le choix de
quitter le groupe PS. « C’est compliqué
de revenir dans le groupe que vous avez
quitté. Il devrait bientôt annoncer son
choix de rejoindre les radicaux », précise
Françoise Cartron. ■
Di Filippo : « Nous sommes la seule alternative »
Le député LR de Moselle accuse le gouvernement de « naïveté » et de « lâcheté » pour ne pas avoir
consenti à fixer dans la loi un âge minimum du consentement sexuel à 15 ans.
A
CHARLES SAPIN £@csapin
LES RÉPUBLICAINS La sortie n’est pas
passée inaperçue avant-hier à l’Assemblée nationale, en pleine discussion sur
le projet de loi contre les violences
sexuelles et sexistes. En accusant la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène
Schiappa, de faire passer sa « conception
libertaire des rapports sexuels avant la
protection de nos enfants », le député LR
de Moselle, Fabien Di Filippo, a provoqué une suspension de séance. Qu’im-
porte. Invité ce jeudi du « Talk Le Figaro », celui que certains surnomment
« le puncheur de l’opposition » récidive :
« Ce texte n’est pas fidèle à l’idée de départ […] Il était prévu qu’on fixe dans la
loi un âge minimum au-dessous duquel
un enfant ne peut pas être considéré
comme consentant à un acte sexuel. »
Des dispositions existantes « dans le
droit allemand, autrichien ou le droit belge », rappelle le député mais qui ont été
retirées par le gouvernement, notamment en raison de craintes de censures
constitutionnelles.
L’élu n’y voit pas moins une preuve
« de lâcheté et de naïveté » de la part du
gouvernement comme de la majorité
qui - « sauf exception » - a un comportement « très suiviste et ne prend pas ses
responsabilités ».
Des critiques virulentes également
dirigées contre le chef de l’État : « Les
Français découvrent quelqu’un d’arrogant, quelqu’un d’obtus. Malgré ses discours grandiloquents, leur vie quotidienne s’est dégradée avec la hausse de la
CSG, des taxes sur le gas-oil, et bientôt la
vitesse à 80 km/h… Il montre les muscles,
mais quand il s’agit de passer aux actes,
c’est très “petit bras” », conclut le parle-
mentaire. Un constat qui le persuade
d’être optimiste quant à l’avenir de son
parti, Les Républicains : « Nous sommes
la seule alternative crédible à long terme à
Emmanuel Macron. C’est le début d’une
grande aventure de clarification de nos
valeurs », veut-il croire. Quant aux
mauvais sondages dont fait l’objet son
chef de file, Laurent Wauquiez, l’élu de
Sarrebourg appelle à la patience : « Il
n’est président du parti que depuis cinq
mois et a récupéré un parti très endetté,
dans une situation compliquée. » Une
chose est sûre, selon lui : « On ne lâchera
plus rien sur nos idées. » ■
FABIEN DI FILIPPO, hier, dans le studio
du Figaro. STÉPHANE CORREA/LE FIGARO
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
INTERNATIONAL
vendredi 18 mai 2018
7
À Istanbul,
une mosquée
pour islamiser
Taksim
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
BOSPHORE Ozlem Unsal n’aurait jamais
imaginé qu’un des premiers clichés
qu’elle prendrait pour son fils d’un an,
Doga, serait celui d’une mosquée en
construction sur l’emblématique place
Taksim, au cœur d’Istanbul. « Tout à
l’heure, en sortant du bus, je suis tombée
nez à nez sur l’édifice qui avait surgi de
terre. J’étais sous le choc. Je n’avais pas
mis les pieds dans le quartier depuis douze
mois. J’ai aussitôt envoyé la photo par
courriel à mon enfant. Depuis sa naissance, je documente les transformations
radicales du pays : une sorte de journal intime de ses premières années pour que,
plus grand, il sache à quoi ressemblait
auparavant sa ville », lance-t-elle, essoufflée.
Attablée au café Kitchenette, la jeune
sociologue en jeans et baskets n’en croit
toujours pas ses yeux. Derrière la vitre de
cette enseigne branchée de Taksim, des
ouvriers s’affairent à combler le dôme
principal de la mosquée, prélude à l’érection des minarets, qui pousse à l’entrée
de l’avenue Istiklal, les Champs-Élysées
d’Istanbul. Dehors, le staccato des marteaux se perd dans un tube de pop, illustration sonore d’une mégalopole schizophrénique de plus de 15 millions
d’habitants, plus que jamais déchirée entre ses identités plurielles. « Ce projet
courait depuis si longtemps qu’on avait
pris l’habitude d’en rire en se disant : ça
n’arrivera jamais. Aujourd’hui, ce n’est
plus une blague. L’impensable devient
vrai ! » grimace-t-elle.
L’avancée rapide des travaux, lancés il
y a un an, a soudain ravivé les craintes
d’une islamisation accélérée de la société
turque, sous l’impulsion du président
Recep Tayyip Erdogan et de son parti,
l’AKP (le Parti de la justice et du développement) au pouvoir depuis 2002. L’idée
d’une mosquée en plein Taksim n’est pas
nouvelle. Elle remonte aux années 90. À
l’époque, le premier ministre, islamiste,
Necmettin Erbakan, y voyait une façon
de réaffirmer l’identité musulmane d’Istanbul. Ses ambitions avaient vite été
freinées par le veto des héritiers du kémalisme. Mais les temps ont changé. Et
malgré l’opposition des milieux libéraux
et de gauche lors des grandes manifestations – sévèrement réprimées - de Gezi,
en 2013, le projet a cette fois-ci fini par
être entériné. Lors de la cérémonie
d’ouverture du chantier, en février 2017,
Kadir Topbas, alors maire d’Istanbul, a
tenté de balayer les craintes en parlant
d’un « symbole de l’extraordinaire tolérance de cette ville ». Et de sa pluralité :
cette mosquée, la première du genre sur
Taksim, s’élève non loin de trois églises,
La mosquée en construction, sur la place Taksim, fin mars au cœur d’Istanbul.
dont la grecque-orthodoxe Ana Triada,
et à quelques mètres d’une statue commémorant la fondation de la République
par Atatürk.
Difficile, pourtant, de rassurer ses détracteurs. « Cette mosquée n’est qu’une
provocation de plus dans la bataille
idéologique qui se joue sur la place Taksim », s’insurge Tuna Kuyucu, professeur de sociologie urbaine à l’université
du Bosphore. « Avait-on besoin d’une
énième mosquée ? Certainement pas !
Nous avons suffisamment de mosquées à
Istanbul, y compris dans les environs de la
place Taksim. Mais nos dirigeants sont
obsédés par la construction de nouveaux
établissements religieux pour consolider
leur base et marquer leur territoire »,
estime-t-il.
Si ce nouvel édifice fait tant grincer des
dents, c’est que sa construction va de pair
avec la destruction concomitante de l’exCentre culturel Atatürk, situé à l’extrême
opposé de la place, qu’Erdogan rêve de
remplacer par un opéra. Sur cette place si
convoitée, considérée comme le cœur
névralgique de la rive européenne d’Istanbul, un symbole en chasse un autre.
« Tous ces changements architecturaux ne
font que renforcer la transformation sociodémographique de Taksim et de ses environs. Le quartier était autrefois prisé des
jeunes et des visiteurs européens pour ses
cafés, ses restaurants et ses cinémas,
ARNAUD ANDRIEU/SIPA
nombreux à avoir fermé et à avoir migré
sur la rive asiatique. Il attire de plus en plus
de touristes des pays arabes du Golfe : une
clientèle plus conservatrice et religieuse,
séduite par les valeurs islamo-capitalistes
de l’AKP, friand de centres commerciaux
et de mosquées », observe-t-il.
“
Cette mosquée n’est
qu’une provocation
de plus dans la bataille
idéologique qui se joue
sur la place Taksim
”
TUNA KUYUCU, PROFESSEUR DE SOCIOLOGIE
URBAINE À L’UNIVERSITÉ DU BOSPHORE
Mais les critiques ne sont pas qu’idéologiques. Pour nombre d’experts, le problème est avant tout technique : la nouvelle mosquée, disent-ils, se révèle
totalement disproportionnée par rapport
au paysage environnant. Collée au site du
consulat général de France, qui héberge
également l’Institut français, elle occupe
une superficie de près de 1 500 mètres
carrés dans un périmètre déjà largement
saturé de bâtisses. « C’est d’ailleurs sur
des critères de pures normes urbaines que
la chambre des architectes avait formellement signifié son opposition auprès du tribunal. En vain », note Ozlem Unsal qui
n’hésite pas à parler de « désastre archi-
tectural ». D’une hauteur de trente mètres, la mosquée accueillera également
une salle de conférences et disposera
d’un parking souterrain d’une capacité
d’accueil de 180 véhicules.
Les voix critiques se font néanmoins
bien discrètes. « Honnêtement, on n’a plus
vraiment le cœur à sortir dans la rue pour
exprimer notre opposition en public. Depuis le coup d’État avorté de juillet 2016, la
presse est muselée. Les manifestations sont
réprimées. À la moindre tentative de rassemblement, il y a plus de policiers que de
protestataires », confie un activiste et exmanifestant de Gezi, sous couvert d’anonymat. « Les gens ont peur, c’est évident.
Et en plus, personne ne veut être perçu
comme anti-mosquée. Après tout, AKP ou
pas, la Turquie est un pays pétri de traditions religieuses », relève Tuna Kuyucu.
« Aujourd’hui, les Turcs qui veulent signifier leur désaccord en sont réduits à se dire :
quel impact ma parole peut-elle avoir ? Du
coup, ils préfèrent se taire », concède pour
sa part Ozlem Unsal. Restent les souvenirs, impérissables, d’un temps qui semble déjà si lointain : « Aujourd’hui, nos repères sont chamboulés. Quand je pense au
Taksim d’avant, c’était la verdure,
c’étaient les jeunes qui se donnaient rendez-vous devant le centre culturel Atatürk,
ou à l’arrêt du vieux tramway rouge. »
C’est tout cela, photos à l’appui, qu’elle
racontera un jour à son fils. ■
A
Un imposant édifice religieux est
en construction sur la célèbre place
qui incarne l’histoire politique turque.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Macron appelle Merkel à se mobiliser
À Sofia, le président français a estimé que l’Europe est sur une pente déclinante depuis quinze ans.
ont confirmé leur volonté de préserver les
bénéfices stratégiques de l’accord nucléaire de 2015, dénoncé par Washington, et de
sauvegarder les intérêts de leurs entreprises. La Commission Juncker va activer à
partir d’aujourd’hui (vendredi) le règlement de 1996, un « bouclier » juridique
censé protéger les exportateurs et les investisseurs des sanctions programmées
par Donald Trump.
JEAN-JACQUES MÉVEL £@jjmevel
ENVOYÉ SPÉCIAL À SOFIA
“
La France a réformé,
la France a proposé
et puis la France a attendu.
J’attends beaucoup de
la réponse allemande
EMMANUEL MACRON
STEPHANE LEMOUTON/AFP
UE La fatigue vient de loin et tout le monde a pu la mesurer. Mais à l’heure où Donald Trump et les choix d’avenir poussent
l’UE vers l’épreuve de vérité, Emmanuel
Macron a parlé hier avec une franchise
inaccoutumée : cela fait quinze ans que
l’Europe est sur la mauvaise pente, elle doit
aujourd’hui relever les défis en position de
faiblesse et l’Allemagne d’Angela Merkel
tarde à se mobiliser.
Quinze ans en arrière ? À Sofia, le chef
de l’Élysée a fait sa sortie en sortant d’un
tête-à-tête avec Viktor Orban, le trublion
d’Europe centrale. Coïncidence ou pas, il a
clairement situé le point tournant au printemps 2004, quand l’ouverture à l’Est a
porté l’UE de 15 à 25 membres, Hongrie
comprise : « Les quinze dernières années
ont montré un chemin qui a affaibli l’Europe
en pensant l’élargir », a dit Emmanuel Macron. L’entourage du président ajoute une
cause hexagonale au déclenchement de ce
malaise ancien: le non des Français au référendum de mai 2005, pour ou contre
une Constitution européenne. Cette déroute électorale inattendue reste de sombre mémoire, à douze mois du premier
test politique grandeur nature que va affronter Emmanuel Macron : le renouvellement du Parlement de Strasbourg, en
mai 2019. Une échéance que redoute désormais l’Élysée, quand la plupart des
promesses européennes du chef de l’État
restent en plan.
Les mauvaises langues rappellent un
autre événement majeur de l’année 2005 :
l’élection, en novembre, d’Angela Merkel
Emmanuel Macron, la première ministre britannique, Theresa May, et la chancelière allemande, Angela Merkel, jeudi à Sofia.
à la Chancellerie. C’est un partenaire indispensable avec lequel, vu de Paris, les
sujets de frustration se multiplient en 2018.
« La France a réformé, la France a proposé
et puis la France a attendu, insiste le chef de
l’État. J’attends beaucoup de la réponse allemande. […] L’été qui vient est un moment
de vérité. »
Le président et la chancelière sont arrivés ensemble au rendez-vous de Sofia, accompagnés par Theresa May, un atout
dans le bras de fer qui s’annonce avec la
Maison-Blanche. Mais le Français et l’Allemande ont évité la conférence de presse
commune qui, en fin de sommet, témoigne
souvent de l’intensité de leur alliance.
Pressée, Angela Merkel a expédié l’exercice en dix minutes à peine. De son côté,
Emmanuel Macron a longuement manifesté son impatience. « L’Europe ne sait
plus propulser vers des projets d’ambitions.
C’est ce que je souhaite à partir de l’été, ce
que j’attends de l’Allemagne et de nos autres
partenaires. […] Depuis la Seconde Guerre
mondiale, il n’y a jamais eu un moment avec
cette force et cette gravité historique. Pour
ceux qui en doutaient ou pensaient pouvoir y
échapper, l’histoire revient frapper à la porte et le temps des décisions est là. » Suivez
mon regard…
À Sofia, les Vingt-Huit ont affiché leur
unité et réitéré les grands principes, sans
surprise ni avancée notable. Sur l’Iran, ils
”
Il s’agit plutôt d’une arme politique, car
elle est difficile à mettre en œuvre. « Elle
pourrait n’avoir qu’une efficacité limitée,
compte tenu de l’exposition des grandes
banques (européennes) au système financier américain et aux transactions en dollars
américains », prévient Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission
européenne.
Le président Macron a également salué
la fermeté des Européens face aux menaces
américaines concernant les exportations
d’acier et d’aluminium. Aucune discussion
sur le commerce transatlantique ne pourra
avoir lieu sans l’obtention préalable par
Washington d’une exemption permanente
pour les exportateurs européens. ■
+
» Lire aussi PAGE 22
Italie : les populistes ont leur programme commun
Le M5S et la Ligue ont bouclé un contrat de gouvernement qui propose de s’affranchir des règles budgétaires européennes.
RICHARD HEUZÉ
ROME
EUROPE Une fois de plus, le Mouvement
5 étoiles et la Ligue n’ont pu s’entendre
jeudi sur la personnalité qui serait appelée
à diriger un gouvernement de coalition,
le premier en Europe entièrement populiste. Leurs leaders respectifs, Luigi Di
Maio et Matteo Salvini, se sont séparés
après trois heures de discussion au Parlement sans trouver d’accord. Un nouveau
rendez-vous est prévu demain. Lundi les
deux leaders devraient retourner devant
le président de la République, Sergio
Mattarella, qui attend leur réponse.
Le « contrat », qui constitue le programme d’un futur gouvernement commun, est en revanche prêt et sera soumis
ce week-end aux votes de leurs bases militantes respectives. Il s’agit d’un document de 29 articles et 39 pages, couvrant
tous les domaines de la vie politique du
pays - le fonctionnement des institutions, l’économie, la défense, la sécurité,
l’immigration, les relations avec l’Union
européenne. Il se présente comme un recueil d’engagements volontaristes et ambitieux pour changer le visage de l’Italie.
Avec un seul défaut, mais de taille : l’absence d’indications sur le financement
des réformes envisagées.
La partie sur l’Europe était la plus attendue, après les déclarations, renouve-
lées jeudi, du fondateur du M5S, le comique Beppe Grillo, sur l’opportunité de
tenir un référendum consultatif sur
l’abandon de l’euro et sur l’adoption de
deux monnaies, l’une pour l’Europe du
Nord, l’autre pour les pays méditerranéens. À propos donc de l’Union européenne, le document réaffirme des positions déjà exprimées, visant à
abandonner la directive Bolkestein, à
renforcer le rôle et les pouvoirs du Parlement européen, « unique institution démocratique » de l’Union, à rediscuter la
part de l’Italie dans le budget pluriannuel
européen. Il est dit que l’Italie devra jouer
un « rôle actif » dans la refonte du règlement de Dublin (sur l’accueil des migrants). Et exiger des sanctions plus dures
contre les pays européens refusant d’accueillir sur leur territoire les migrants débarqués dans le sud de l’Europe.
Un chapitre fiscal fourni
Mais il n’est nulle part question d’un
abandon de la monnaie unique. Le
contrat exprime toutefois la demande de
l’Italie de négocier une révision des traités européens et de revoir les compétences de Bruxelles en matière de gouvernance économique. Il prévoit aussi de
faire des réformes sans tenir compte de la
limite de 3 % du PIB imposée au déficit
public. Il exige une révision comptable du
calcul des titres italiens (250 milliards
d’euros) détenus par la Banque centrale
Luigi Di Maio et Matteo Salvini, respectivement leaders du Mouvement 5 étoiles (M5S)
et de la Ligue, le 14 mai au palais du Quirinal, à Rome. RICCARDO ANTIMIANI/AP
européenne (BCE), pour qu’ils ne
concourent plus à former le déficit public
italien.
Le futur gouvernement « jaune-vert »
s’engage par ailleurs à conduire une série
de mesures disparates - la lutte contre la
corruption, une loi reconnaissant le droit
à la légitime défense, une nouvelle réforme des retraites, l’imposition d’un salaire
horaire minimal, la lutte contre le gaspillage dans les dépenses pharmaceutiques. Le chapitre fiscal est fourni. S’agis-
sant des impôts, le document prévoit une
seule tranche d’imposition de 15 % pour
les sociétés et deux tranches pour les personnes physiques (15 % sous 80 000 euros
par an, 20 % au-delà). Selon le document, 17 milliards d’euros seraient dégagés dès 2019 pour accorder, pour une durée initiale de deux ans, un « revenu de
citoyenneté » de 780 euros par mois à toute personne à la recherche d’un emploi
ou aux retraités dans la pauvreté. Une
nouvelle loi devra redéfinir les conflits
Les projets de la coalition italienne inquiètent les marchés
Envolée des taux italiens
OAT À 10 ANS, en %
2,15
2,1
2,0
1,9
A
1,8
1,7
2 janvier
Source : Bloomberg
17 mai (16h00)
Infographie
ARMELLE BOHINEUST £@armelella
AVANT MÊME d’exister, le futur gouvernement italien perturbe les marchés et les
investisseurs internationaux. Pour preuve, le taux d’emprunt de la dette de l’État
italien ne cesse de monter. Jeudi, le taux
d’intérêt à dix ans a atteint 2,17 % à la mijournée, son plus haut niveau de l’année,
contre 2,077 % mercredi soir. Surtout, le
spread - c’est-à-dire l’écart, très regardé
dans la péninsule - entre les taux d’emprunt italien et allemand à dix ans était
aussi à son plus haut depuis janvier.
Les motifs d’inquiétude s’accumulent.
La dette de l’Italie représentait, fin mars,
2 302 milliards d’euros, soit près de 132 %
de son produit intérieur brut (PIB). C’est
le ratio le plus élevé en Europe après celui
de la Grèce.
Dans ce contexte fragile, les mesures
annoncées par les deux partis qui tentent
de s’unir pour former un gouvernement
« antisystème », le populiste Mouvement
5 étoiles (M5S) et la Ligue, une formation
d’extrême droite, alimentent un peu plus
les craintes. Parmi les différentes ébauches de contrats de gouvernement qui
circulent depuis quelques jours, l’une
évoquait une sortie de l’euro. Y figurait
également la demande d’effacer quelque
250 milliards d’euros de dette publique
italienne détenus par la Banque centrale
européenne (BCE).
Des coûts par milliards d’euros
Ces programmes ont été, pour une partie
d’entre eux, dénoncés comme déjà « dépassés » par les responsables des partis.
Mais d’autres mesures, qui pourraient
coûter des dizaines de milliards d’euros,
sont toujours à l’ordre du jour sans que
l’on sache quel serait leur financement.
C’est le cas de l’impôt sur le revenu, ramené à 15 % et 20 %, d’un revenu de citoyenneté (une promesse du M5S qui a
contribué à son succès dans le sud du
pays) ou encore d’une réforme des retraites assouplissant les conditions actuelles.
Luigi Di Maio, du M5S, et Matteo Salvini, de la Ligue, ont annoncé la conclusion du contrat final. Une énième rencontre entre les deux leaders a permis
« de dénouer les nœuds politiques du
contrat » et d’ajouter « quelques passages sur la sécurité et l’immigration », a
précisé Luigi Di Maio, en ajoutant que le
nom du chef du gouvernement serait
déterminé « dans les prochains jours ».
Cette fin annoncée de l’incertitude a rassuré la Bourse de Milan, finalement en
hausse de 0,29 % jeudi. ■
d’intérêts. En revanche, aucune taxation
des patrimoines n’est envisagée.
Un autre chapitre controversé concerne la maîtrise des flux migratoires. Matteo Salvini veut devenir ministre de l’Intérieur pour mener une action énergique
contre la présence de 500 000 émigrés en
situation irrégulière sur le territoire national. « Leur rapatriement sera prioritaire
et ne pourra être différé », affirme ce
contrat, en donnant dix-huit mois pour y
parvenir. Il faudra aussi revoir les normes
sur le regroupement familial. Les mosquées irrégulières seront fermées. Les
imams devront obligatoirement faire leur
prédication en italien. Quant aux campements de nomades (40 000 nomades environ), ils devront être fermés – et pas
seulement les campements sauvages »–,
et les enfants de ces nomades seront obligés d’aller à l’école publique.
En politique étrangère, le document
réaffirme l’appartenance de l’Italie à
l’Otan. Il appelle en même temps à
« l’abandon immédiat » des sanctions économiques envers la Russie. Celle-ci n’est
pas considérée « comme une menace, mais
comme un partenaire potentiel auquel il
faut recourir pour freiner les facteurs d’instabilité qui secouent le monde, de l’extrémisme islamique aux flux migratoires et
aux tensions régionales en Syrie, Libye et
au Yémen ». Quant à la participation de
militaires italiens à des missions internationales de paix, elle devrait être revue. ■
EN BREF
Ukraine : deux morts
dans un bombardement
Deux soldats ukrainiens
ont été tués dans l’Est séparatiste
prorusse de l’Ukraine,
où une école a été touchée
par un bombardement.
En dépit d’une trêve en vigueur,
des tirs rebelles, dont certains
par des systèmes de
lance-roquettes multiples
Grad, visent les forces
ukrainiennes.
Égypte : 19 djihadistes tués
Dix-neuf djihadistes ont été
tués dans le Sinaï égyptien
« au cours des derniers jours »,
dans le cadre une vaste opération
« antiterroristes » lancée
en février, a annoncé jeudi
l’armée égyptienne.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 18 mai 2018
SOCIÉTÉ
9
Attaque de l’Opéra : la piste du tueur solitaire s’émousse
Deux jeunes femmes ont été interpellées jeudi en région parisienne, dans le cadre de l’enquête sur l’attentat djihadiste au couteau
qui a fait un mort samedi soir à Paris. Un ami de l’agresseur devait être présenté à un juge jeudi soir.
CHRISTOPHE CORNEVIN £@Cornevin
Le procureur de la République de Paris,
François Molins. THOMAS SAMSON/AFP
TERRORISME «Frapper à tout moment et
en tout lieu, telle est la propagande fanatique et criminelle de Daech qui imprègne
des individus qui se trouvent sur notre sol
et qui passent à l’acte, déterminés à faucher la vie de victimes innocentes… » : par
ces mots graves, le procureur de la République de Paris, François Molins, a dépeint la menace djihadiste qui étreint le
pays et dont Khamzat Azimov, qui a
semé la mort et l’effroi samedi dans le
cœur de paris, incarne une forme de
quintessence. Lors d’une conférence de
presse, le haut magistrat a détaillé la glaçante équipée du terroriste. À 20 h 33, il
est identifié en train de déambuler avenue de l’Opéra en direction du Louvre.
Sa main gauche dissimule un objet. Empruntant soudain la rue Marsollier à
21 h 41, il croise un jeune homme qui
marche tranquillement sur le trottoir
avant de le poignarder à près de dix reprises dans le dos et de tenter de l’égorger. La victime, qui devait avoir 30 ans
dans quelques jours, est décédée sur place d’une hémorragie interne aiguë. Dans
sa trajectoire sanglante, l’islamiste blesse grièvement deux personnes, un
Chinois en l’attaquant par-derrière rue
Saint-Augustin, puis une jeune femme
qui se trouvait dans la file d’attente d’un
restaurant. Sa lame lacère aussi, plus légèrement, au moins trois autres passants
qui l’ont entendu crier « Allah Akbar »
dans un Arabe qualifié « d’incorrect »
par l’un des témoins. Sa furie est telle
qu’il a brisé la lame de son arme blanche.
À la vue des gardiens de la paix, Azimov
s’époumone « je vais vous butter », « je
vais vous planter ». Ciblé par un tir manqué de « Taser », cet adepte du « suicide
by cop » (NDLR : « suicide en se faisant
tuer par un flic ») défie le fonctionnaire
qui le met en joue : « Je vais te planter,
tire, tire, tire ! » et est abattu par un tir de
riposte.
Fascination morbide
Franco-russe naturalisé en 2010 identifié grâce à ses empreintes digitales, fiché
S depuis 2016, Azimov offre le profil d’un
individu sans repère qui a raté ses études
de médecine avant de verser dans une
fascination morbide pour Daech comme
en témoignent ses recherches internet
sur l’islamisme et la guerre en Syrie. Il a
été reconnu par ses parents sur la vidéo
d’allégeance à Daech diffusée par
l’agence de propagande Amaq sur le réseau crypté Telegram.
Comme l’a confirmé François Molins,
son ami d’enfance Abdoul Hakim A.,
déféré jeudi soir devant un juge parisien
au terme d’une garde à vue prolongée,
présente le même profil inquiétant. À
19 ans, ce Franco-Russe lui aussi fiché
par les services antiterroristes terroristes depuis 2016, abritait dans son ordinateur le drapeau noir de l’état islamique. La veille de l’attentat, ce complice
présumé avait téléchargé une messagerie instantanée et envoyé des chants religieux djihadistes sur son portable. Réfutant toute implication dans les
agressions de l’Opéra et soutenant avoir
égaré son appareil le matin même, il devait être lui aussi mis en examen dans
cette procédure d’« assassinat et de tentative d’assassinats en lien avec une entreprise terroriste ». Deux femmes, proches du tueur et de son ami, ont été à
leur tour placées en garde à vue. La piste
du djihadiste solitaire isolé pourrait s’effriter à mesure que progressent les investigations. ■
À Notre-Dame-des-Landes, de nouvelles
expulsions dans un calme relatif
Les divisions entre zadistes ont eu un impact sur leur mobilisation contre les forces de l’ordre.
ENVOYÉ SPÉCIAL À NOTRE-DAME DES LANDES
SÉCURITÉ En avril dernier, durant près
d’une semaine, les forces de l’ordre ont
démantelé une partie importante de la
ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique). Ce jeudi, lors de la
deuxième phase d’expulsions visant
quatre lieux, elles ont ciblé le secteur le
plus difficile : le bois de Rohanne, situé
au cœur de ces 1 650 hectares de bocage. Pouvant cacher de nombreux combattants, cet endroit avait scellé le sort
de l’opération d’évacuation César, qui a
viré au fiasco en 2012.
Mais le même lieu n’a pas produit les
mêmes effets, ce jeudi, les gendarmes
n’ayant plus affaire aujourd’hui à un
front aussi uni et aussi déterminé.
L’abandon du projet d’aéroport en janvier dernier par le gouvernement a démobilisé nombre d’opposants et les
300 zadistes encore présents sont
aujourd’hui divisés. Tandis que certains
acceptent de rester sur place et de se
mettre dans la légalité en présentant
des projets en cours d’étude par l’État,
d’autres s’y refusent. Cette double position a de toute évidence affaibli la résistance.
Du coup, même annoncée, cette
deuxième vague de démolition des
squats a à peine créé un sursaut au sein
de la ZAD. Après la première opération
d’avril au cours de laquelle 29 lieux de
vie avaient été démolis, le premier ministre, Édouard Philippe, avait ainsi
averti que tous ceux qui ne respecteraient pas la loi seraient expulsés. Mais
pressentant que les violentes scènes de
guérillas urbaines du mois précédent
n’allaient pas se répéter, la gendarmerie a, ce jeudi, allégé son dispositif :
1 500 hommes au lieu des 2 500 en avril
dernier. Vers 5 heures du matin, des dizaines de fourgons se sont ainsi déployés tout le long de la D81, cet axe
central qui traverse du nord au sud la
ZAD. Ils se sont ensuite emparés du bois
de Rohanne situé à l’ouest de cette route, pour détruire quatre cibles. « Mais
on peut y découvrir d’autres habitations
car la forêt réserve bien des surprises. Le
survol de l’hélicoptère ou d’un drone ne
permet pas de voir ce qui s’y passe »,
avertissait un gendarme en début
d’opération.
Opposants tenus à distance
À peine entrée dans le sous-bois, une
équipe est d’ailleurs tombée sur une cabane non recensée. Aussitôt, toutes les
précautions d’approche ont été prises
pour déjouer tout piège possible en cas
d’occupation. Finalement, cet habitat
de fortune était vide et, avant qu’il
tombe sous les coups des forces de l’ordre, un huissier est intervenu pour en
prendre quelques clichés. « De quoi
constituer mes dossiers d’expulsion »,
dit-il, allant d’une habitation à l’autre.
Puis les quatre lieux désignés comme
les objectifs de la journée ont vite été
pris d’assaut par les forces de l’ordre.
Parmi eux, la Chat Teigne, un groupe de
cabanes colorées aux allures de ville
western, version bocage nantais. Perché sur l’un des toits, un occupant s’est
distingué en refusant de descendre.
« La Chat Teigne est le regroupement
d’habitations le plus emblématique de la
ZAD, il avait été bâti après l’opération
César », se désole l’un des zadistes. Il
sera le premier à être détruit ce jeudi.
En début d’après-midi, après une remise en état rapide du chemin de Suez
- axe d’accès à la forêt -, les pelleteuses
ont vite fait leur apparition pour démolir le site.
Toute la journée, pour cette nouvelle
opération, les forces de l’ordre ont
surveillé les lieux alentour. Partout
dans les champs, les gendarmes se
sont alors dispersés pour tenir à distance les zadistes. Ces derniers ont envoyé quelques bombes de gaz lacrymogène et divers projectiles au moyen
de frondes. Bénéficiant de quelques
nouveaux soutiens venus la veille, ils
ont aussi tenté quelques approches en
invectivant les forces de l’ordre. Mais
la ZAD, semblant un peu essoufflée, ne
s’est pas montrée aussi offensive qu’en
avril. Toutefois, des renforts pouvant
vite de nouveau faire leur apparition,
la vigilance restait maintenue. Les
opérations doivent se poursuivre ce
vendredi. ■
Les pelleteuses ont détruit
quatre groupes de cabanes
jeudi dans le bois de Rohanne,
à Notre-Dame-des-Landes.
FRED TANNEAU/AFP
Quand le général Lizurey tente de rassurer les zadistes
EN CHEF du dispositif, le général Richard Lizurey était tôt, ce jeudi matin,
auprès de ses 1 500 hommes déployés
sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Mais, rôle plus inhabituel, ce dernier s’est livré à un exercice de pédagogie auprès des zadistes et a même
voulu les rassurer en leur rappelant les
objectifs du gouvernement. Il n’y aura
pas, a-t-il rappelé, d’expulsions de
ceux qui ont accepté de soumettre à
l’État des projets nominatifs agricoles,
artisanaux et culturels.
Les premiers entretiens se sont déroulés tôt le matin à la Rolandière, cet
endroit qui dispose d’une bibliothèque
et qui est le lieu d’accueil de la ZAD.
De toute sa longue silhouette, Richard
Lizurey est allé au contact des quelques zadistes présents. Parmi eux, une
femme qui tenait en avril dernier « le
camp des cheveux blancs » à l’est de
ces 1 650 hectares de bocage. « Que les
gens non concernés ne s’inquiètent
pas », assure le responsable de la gendarmerie. Des propos qui déconcertent son interlocutrice, qui marque un
silence et qui se ressaisit. « Vous ne
pensez pas qu’on ne s’inquiète pas pour
ceux qui vont être tabassés aujourd’hui ! » lance-t-elle avant d’entonner
un chant de la Commune et de tourner
les talons.
« Je veux être transparent »
Mais Richard Lizurey persiste et veut
continuer à jouer l’apaisement en sortant un plan. Il s’agit de la carte de
travail de la gendarmerie où figurent
quatre points correspondant aux lieux
qui seront détruits ce jeudi. « Je veux
être transparent », dit-il.
Ce rôle surprenant du directeur de
la DGGN est, pour certains zadistes, à
l’image du gouvernement, qui souffle
le chaud et le froid en permanence,
qui tend la main et qui en même temps
envoie les pelleteuses pour détruire les
lieux de vie. Ainsi, Richard Lizurey
vient avec ses 1 500 hommes caparaçonnés et demande qu’on ne s’en fasse
pas. « Je n’y crois pas », lâche l’un des
occupants illégaux, dérouté.
Un peu loin et aux abords de la forêt
de Rohanne où des démolitions sont
prévues, Richard Lizurey, toujours à
contre-emploi, continue son porte-àporte. Mais, cette fois, il est vertement
accueilli par un zadiste. « Je vous par-
1500
gendarmes mobilisés
contre 2500 lors de la première
évacuation en avril
lerai quand vous aurez retiré votre
arme », lui dit-il tandis qu’un autre en
espagnol lui fait comprendre qu’il est
sur une propriété privée et qu’il doit
partir. L’entretien s’achève par un
« fuck you ».
Ce rôle a-t-il contribué à calmer les
tensions ce jeudi sur la ZAD, où la
moindre information se répand comme
une traînée de poudre ? Pour les gendarmes, leur directeur a eu « le cran »
de venir discuter sur place. « Car on ne
sait jamais comment les choses peuvent
tourner », commente l’un d’eux. En
avril dernier, lors de la première phase
d’expulsion, un pareil rôle n’aurait pas
été envisageable, tant les affrontements
étaient nombreux. « Il y a moins de violence sur la ZAD », reconnaît le responsable de la gendarmerie nationale. La
journée s’est d’ailleurs achevée sans
aucun blessé du côté des forces de
l’ordre. ■
A. N.
A
ANGÉLIQUE NÉGRONI
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
Les escortes,
talon d’Achille de
la pénitentiaire
L’évasion du fiché S de Brest repose
la question de ces dispositifs. Depuis plus
d’un an, la loi permet de renforcer leur
sécurité. Or l’opérationnel suit difficilement.
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
JUSTICE Un capharnaüm qui met l’administration pénitentiaire au bord de la crise de nerfs. Depuis trois ans maintenant,
magistrats et personnels pénitentiaires
tirent la sonnette d’alarme au sujet des
escortes de détenus, devenues un cassetête quotidien partout en France.
Évadé mercredi, le détenu radical islamiste de la maison d’arrêt de Brest, fiché
S, ne se serait sans doute pas fait la belle
s’il avait été traité conformément à son
degré de dangerosité, c’est-à-dire le plus
élevé sur l’échelle pénitentiaire. Selon le
protocole, son extraction pour une
consultation ophtalmologique à l’hôpital
nécessitait la présence dans le fourgon de
trois surveillants pénitentiaires, d’une escorte policière ainsi qu’une entrave.
D’ailleurs, c’est sous bonne escorte armée
que, deux jours auparavant, il avait été
présenté à son juge d’instruction. Au lieu
de cela et faute de moyens ce jour-là,
seuls un chauffeur et deux surveillants,
simplement armés de leur gilet pare-balles et de leur sifflet, ont accompagné le
détenu à l’hôpital sans que personne n’ait
jugé bon de l’entraver. « Pourquoi le même
profil est traité différemment selon qu’il est
prévenu devant son juge ou considéré comme patient médical ? » fulmine Wilfried
Fonck de l’Unsa-pénitentiaire. « Et si
c’est une question de moyens pour l’administration pénitentiaire, cette consultation
était-elle réellement urgente ? » « Nous
sommes en pleine idéologie, s’indigne Emmanuel Baudin, le secrétaire général de
SNPFO. Il ne faut surtout pas entraver les
détenus, pour des questions humanitaires.
Nous payons le coup d’arrêt de la réforme
des extractions judiciaires, et cela pèse sur
les évasions ou tentatives d’évasion au moment des extractions médicales ou judiciaires. » Le syndicat en dénombre 27 depuis
le début de l’année. Des chiffres que dément l’administration pénitentiaire, qui
ne compte que six évasions depuis janvier
dernier, dont quatre au titre d’extractions
médicales ou judiciaires.
Distinction entre « évasions »
et « non-retours »
En 2017, sur 16 évasions qui ont fonctionné, trois relevaient d’extractions médicales. Par ailleurs, l’administration pénitentiaire fait une distinction subtile entre
L’hôpital Morvan de Brest où devait être conduit le détenu, mercredi, qui s’est échappé.
ces évasions et les non-retours de permission de sortir qui se situent bon an
mal an autour de 300. « Ce ne sont pas des
évasions mais des non-réintégrations,
puisque cela ne dépend pas de l’administration pénitentiaire mais de la décision
d’un juge », explique-t-on à l’administration pénitentiaire. De quoi faire sourire bien des cadres qui, par ailleurs, regrettent d’être incapables de vérifier les
pièces d’identité aux parloirs et d’être
aveugles sur un certain nombre de fichiers, comme celui des personnes recherchées. « Il est arrivé qu’un détenu reçoive au parloir des individus qui auraient
dû se présenter aux juges et qui étaient
recherchés », souligne-t-on en région
parisienne.
« En attendant, en matière d’escorte,
plus rien ne se passe, alors que les textes
législatifs pour réformer les extractions
judiciaires sont prêts depuis le précédent
garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas. »
En 2017, ce dernier concoctait à marche
forcée une réforme de ces escortes dont la
charge avait échu, en 2013, aux personnels pénitentiaires pour décharger les
services de police et de gendarmerie
d’une tâche chronophage et très
consommatrice en moyens humains. La
Chancellerie décidait de fusionner plusieurs corps d’intervention : celui des pôles de rattachement d’extractions judiciaires (Prej), des extractions médicales,
des équipes locales d’appui et de contrôle
(Elac) ainsi que les surveillants affectés à
la sécurité périmétrique. Ils ne devaient
plus former que le corps des équipes locales de sécurité pénitentiaire, enfin armé,
doté de la capacité de procéder à des interpellations et de mettre en rétention
administrative.
Des chauffeurs privés recrutés pour convoyer les détenus
La pénitentiaire d’Ile-de-France
recrute. Faute d’effectifs suffisants
dans ses rangs, elle vient de lancer
un appel d’offres pour embaucher, d’ici
au mois de septembre, 24 chauffeurs
privés afin de convoyer demain les
détenus des établissements de Poissy,
Osny et Villepinte. De quoi faire bondir
les personnels pénitentiaires,
qui rappellent que ces chauffeurs
ne peuvent pas être des chauffeurs
comme les autres et qui s’insurgent de
la « fiche de poste ». Le salaire net est
de 2 000 euros net, une aubaine quand
on connaît les salaires mensuels des
surveillants pénitentiaires. De plus, ces
chauffeurs seraient aux 35 heures.
Or les organisations syndicales
estiment que les besoins sont plutôt
autour du double. Enfin, certains
cadres affirment : « Si nous avons
beaucoup de contractuels, il y en a
des biens mais aussi quelques-uns
de corrompus et d’autres qui craquent
bien vite. Ce qui signifie
un renouvellement important
de ce type de personnels. »
P. G.
Cette France libre qui dérange un maire PS
Un habitant de Sainte-Terre, en Gironde, a accroché à sa fenêtre un drapeau français à croix de Lorraine.
L’élu de cette bourgade de 2 000 habitants souhaite prendre un arrêté pour l’interdire.
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
A
POLÉMIQUE Le drapeau de la France libre est-il un « signe ostentatoire », « gênant » pour une « commune paisible » ?
Lorsqu’il s’est installé il y a deux ans à
Sainte-Terre, une bourgade de
2 000 habitants, en Gironde, Christophe
a accroché un drapeau bleu-blanc-rouge à sa fenêtre. Il y a quelques mois, il l’a
remplacé par un étendard « plus patriotique » : celui de la France libre, avec une
croix de Lorraine au centre. Sauf que ce
n’est pas du tout du goût du maire, socialiste, qui, de l’autre côté de l’avenue
Charles-de-Gaulle, a sous les yeux « ce
drapeau en permanence ».
Le maire, Guy Marty, a donc écrit à
son administré que « plusieurs personnes
de la commune et des communes environnantes » étaient « interpellées » de voir
ce drapeau « à longueur d’année ».
« Sainte-Terre se veut être une commune
paisible, se justifie-t-il. Tout signe ostentatoire devient gênant pour la quiétude
recherchée. » Il termine en priant son
voisin de « faire le nécessaire » avant
qu’il n’engage « une action auprès de
l’activité (sic) de l’autorité de tutelle ». Au
Figaro, l’édile précise qu’« en période de
commémoration, ça va, mais pas en per-
manence ! ». « Si chacun s’amusait à mettre ses idées politiques ou religieuses sur
sa façade, où irait-on ?, interroge-t-il.
Avec ce grand drapeau, on peut penser
qu’il veut signifier “La France aux Français !”. Ici, ça choque, pas forcément que
les immigrés. »
« J’ai tout à fait le droit »
À la réception de la lettre, il y a quelques
jours, Christophe a immédiatement enlevé son drapeau. « J’ai regardé sur Internet ce qui est autorisé en la matière,
raconte ce cuisinier quadragénaire. Je
suis allé voir les gendarmes, pour leur demander conseil : je n’ai pas envie d’avoir
de problèmes ! Mais ils m’ont dit que
j’avais tout à fait le droit. Alors je l’ai remis. » À la mairie, Guy Marty s’agace :
« Je pensais qu’il allait réfléchir ! Il ne le
fait pas, donc je vais en informer la souspréfecture et prendre un arrêté pour interdire ce drapeau surplombant le domaine public. »
Que ce soit à la boulangerie, à la supérette, à la poste, au bar-tabac, à la boucherie, personne ne se dit gêné par ce
drapeau. « Ça montre qu’il est gaulliste,
et alors ?, lance la pharmacienne. Je préférerais que notre maire s’active pour
nous trouver un nouveau médecin… »
Christophe se présente comme un
membre du parti souverainiste UPR,
« absolument pas radical » et « antiraciste convaincu ». « Ce drapeau, il est ostentatoire de quoi ?, s’indigne-t-il. Je trouve
ça dommage que l’on ne puisse pas être
fier de son pays et le dire. » « Mon arrièregrand-père était résistant, chef de réseau, et a été déporté, indique-t-il. Et ici,
les gens, surtout les personnes âgées qui
ont vécu la guerre, sont tout à fait
contents d’en parler avec moi. Mon intention était d’essayer de réconcilier tout le
monde autour de l’amour de notre pays,
les Républicains, Debout la France,
l’UPR, le FN… pas d’être traité de facho. »
Magistrat et ancien député LR de cette
circonscription, Jean-Paul Garraud se
dit « scandalisé qu’un maire envisage
d’interdire un drapeau français à croix de
Lorraine ». « À l’approche du 18 juin,
prendre un tel arrêté - à mon sens totalement illégal - serait encore plus grotesque !, raille-t-il. Et si ce monsieur ne
retirait pas le drapeau, le maire enverrait
sa police municipale pour l’arracher ? Audelà de l’aspect juridique, il est vrai que
nos concitoyens sont en manque d’identité. Moi qui ai dans mon jardin, à Libourne,
un mât de 12 m de haut avec un drapeau
français, je ne peux qu’encourager nos
concitoyens à sortir leurs drapeaux, et pas
uniquement pour les matchs de foot ! » ■
PRIGENT/PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/MAXPPP
Un garde des Sceaux plus loin, « la formation se fait au compte-gouttes, le matériel n’est pas arrivé et nous n’avons aucun
lieu pour faire de la rétention administrative, pourtant ce ne sont pas les cellules qui
manquent », se désespère ce directeur
d’établissement pénitentiaire. « Nous
n’avons même pas droit au tazer, ce pistolet électrique qui aurait permis d’éviter une
telle évasion », regrette encore SNPFO.
Au lendemain de l’évasion de Brest, la
Chancellerie avoue penaudement dans
un communiqué : « cet événement montre
la nécessité de poursuivre et d’achever désormais rapidement les travaux engagés
par le ministère de la Justice pour harmoniser les règles, les procédures et les moyens
mis en œuvre pour l’ensemble des missions
extérieures assurées par l’administration
pénitentiaire, que ce soit des extractions
judiciaires ou médicales, ou des permissions de sortie sous escorte. » Il serait
temps.
Par ailleurs, les prisons sont et restent
des passoires. Le détenu de Brest comptait deux téléphones portables dans sa
cellule. Et, comble de malchance, il a été
informé de son extraction par écrit la
veille. Ce qui a été dénoncé par les syndicats. Habituellement, les détenus ne sont
informés que 15 minutes avant leur départ. De quoi avoir largement le temps de
planifier son évasion. D’autant plus aisément que les structures hospitalières ne
prévoient pas forcément de places de
parking sécurisées pour accueillir ces patients si particuliers. ■
ZOOM
L’Église catholique veut
donner une leçon de morale
à l’économie mondiale
Le nouveau ministère du Vatican,
créé par le pape François,
le « dicastère pour le service du
développement humain intégral »,
a publié jeudi un document intitulé
« Considérations pour un
discernement éthique sur certains
aspects du système économique
et financier actuel », cosigné par
la Congrégation pour la doctrine
de la foi. Il critique « l’égoïsme
aveugle » qui « semble parfois
prévaloir » dans le système
financier. Comme le marché
« n’est pas en mesure de se réguler
par lui-même », il appelle de
« nouvelles formes » économiques
pour pallier « l’essoufflement »
de la conception « individualiste »
de l’homme-consommateur.
EN BREF
Affaire Kerviel : la demande
de révision du procès
examinée le 18 juin
Nouvel épisode dans la guérilla
judiciaire que se livrent depuis
dix ans Jérôme Kerviel et la Société
générale : une audience doit
se tenir le 18 juin pour examiner
la demande en révision du procès,
déposée par l’ancien trader. Il avait
été condamné en 2014 à cinq ans de
prison, dont deux avec sursis, pour
abus de confiance, faux et usage
de faux, pour avoir fait perdre
4,9 milliards d’euros à la banque.
Nord : pompiers et hôpital
condamnés après la prise en
charge tardive d’une victime
Le service départemental
d’incendie et de secours (Sdis)
du Nord et l’hôpital de Roubaix
ont été condamnés mercredi par
le tribunal administratif de Lille
à verser plus de 300 000 euros
à une victime d’AVC prise
en charge tardivement en 2012.
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LE FIGARO
vendredi 18 mai 2018
SOCIÉTÉ
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Saint-Étienne-du-Rouvray : l’archevêché
de Rouen veut se porter partie civile
L’une des sœurs
du père Hamel, en
revanche, se retire
de la procédure.
gram ». L’attaque est prévue le 25 juillet,
mais l’église est fermée et elle a lieu le 26.
Les terroristes étant morts, deux hommes sont mis en examen. Farid K., 32 ans,
un cousin de Petitjean, avait, selon le parquet, « parfaitement connaissance, si ce
n’est du lieu et du jour précis, de l’imminence d’un projet d’action violente de son cousin ». L’homme nie. Le 1er juillet 2016,
Petitjean est venu rencontrer Farid K. à
Nancy et est reparti le 12 juillet. Entre le
16 juin et le 27 juillet, les deux hommes
échangent 38 fichiers via Telegram, essentiellement de la propagande islamiste.
Le second mis en examen, Yassine S.,
23 ans, a passé une partie de la nuit du
24 au 25 juillet avec Petitjean et Kermiche,
qu’il avait connus sur Internet, avant de
quitter Rouen le 25. Yassine S. nie avoir eu
connaissance du projet d’attentat. Mais les
enquêteurs, qui rappellent que l’attaque
était prévue le 25 juillet, s’étonnent de sa
présence. Quel sort leur sera-t-il réservé
en cas de procès ?
JEAN CHICHIZOLA
TERRORISME L’acte est des plus symboliques. L’archevêché de Rouen veut se
porter partie civile dans le dossier de
Saint-Étienne-du-Rouvray et attend la
réponse imminente des juges. Le 26 juillet
2016, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean égorgeaient un prêtre de 85 ans, Jacques Hamel, et blessaient un paroissien,
Guy Coponet, 87 ans. L’archevêché rejoindrait d’autres parties civiles comme
Guy Coponet et son épouse, représentés
par Me Mouhou, l’une des sœurs du prêtre
(Me Saint-Palais) ou encore un de ses neveux (Me Muller). Chose rare, la seconde
sœur du religieux a, quant à elle, fait
savoir qu’elle ne voulait plus être partie
civile « pour raisons personnelles ». Une
source judiciaire avance que l’Église
aurait déconseillé aux victimes de se
constituer, ce que l’archevêché conteste
vigoureusement.
Kermiche et Petitjean ont été tués par
les policiers, mais leurs échanges ont été
reconstitués. Dans la nuit du 24 au
25 juillet, à 2 h 39, Kermiche envoie ce
message à Petitjean : « Demain à 10 h 45,
vérification du nombre de personnes, attente discrète. Cacher bombes (de faux explosifs, NDLR), couteaux. À 14 heures, voir s’il
y a beaucoup de gens, et me prévenir par le
signal “trop/peu/beaucoup”. Ensuite je décolle et on rentre dans l’église. Créer un
groupe d’hommes, de femmes et d’enfants,
parler de bombes, de frères qui vont nous
rejoindre. Prendre le chef, le prêtre, faire
une vidéo avec discours préalable, le décapiter et envoyer la photo sur mon Tele-
Une « immense attente »
Avocat de la Fédération nationale des victimes d’attentats, la Fenvac, Me Éric Morain note, en rappelant les procès de Jawad
Bendaoud et d’Abdelkader Merah, que
« les poursuites à tout prix posent question »
et redoute une déception face à une « immense attente ». Un procès rendu encore
plus difficile par la polémique lancée par
Mediapart sur des notes de renseignement
qui auraient pu éviter le pire. La préfecture
de police de Paris a expliqué que la première note, du 22 juillet, n’évoque « en
aucun cas l’imminence d’un passage à l’acte
et encore moins le ciblage d’un lieu précis ».
Et l’enquête ouverte par le parquet pour
« faux et usage de faux » aurait établi qu’il
n’y a pas eu de falsification de notes après
l’attentat. Selon nos sources, cette enquête
a été classée sans suite. Quoi qu’il en soit,
l’affaire sera très probablement évoquée
au cours de débats. Venant encore troubler les parties civiles. ■
Le père Hamel a été assassiné par deux terroristes islamistes dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2016.
HO/AFP, PASCAL ROSSIGNOL/REUTERS
Mgr Lebrun : une décision « au service du procès en béatification »
LE FIGARO. - Pourquoi être partie
civile ?
Mgr LEBRUN. - Tout est lié dans cette
affaire. Il y a une souffrance humaine
forte, qui continue. Je pense aux proches. Il y a aussi un événement de foi,
puisqu’il y a une réputation de martyr
qui se manifeste ici et ailleurs. Par le
courrier, les visites, les conversations
que je peux avoir, à Rome également,
où est déposé le bréviaire du père Hamel. Et il y a enfin un procès en béatification.
C’est à la croisée de ces chemins qu’au
bout d’un an, j’ai décidé de me constituer partie civile. Essentiellement au
service du procès en béatification, qui
doit établir les circonstances de la mort,
en particulier les dialogues que les assassins ont eus avec les personnes présentes. La justice française est plus
compétente que moi pour recueillir ces
éléments. Or, pour avoir accès au
dossier pénal, il faut se constituer partie
civile. Secondairement, nous faisons le
chemin ensemble avec la famille.
Comme le dit Roseline, l’une des sœurs
de Jacques Hamel, il « était aussi de la
famille des prêtres ». Enfin je ne peux
me désintéresser, l’Église catholique ne
peut se désintéresser de ce qui se dit, se
fait autour du père Hamel. Cela dit, je
n’ai pas communiqué sur cette démarche relativement secondaire et elle ne
doit pas être mal interprétée. Aujourd’hui, je ne suis pas à la recherche d’un
coupable et la justice n’est pas la
vengeance.
Où en est le procès en béatification ?
Nous devrions avoir terminé les auditions pour recueillir des témoignages en
octobre. Pour l’examen des écrits du
père Hamel, nous espérons pouvoir
confier l’ensemble de ses homélies fin
juin aux théologiens qui doivent les
examiner. Il faut aussi rédiger un résumé de sa vie à partir des auditions. J’espère que, dans un an, l’enquête diocésaine, ouverte en avril 2017, aura été
portée à Rome.
Recevez-vous des témoignages
sur les bienfaits du père Hamel ?
Cela arrive souvent. Il y a quelques
jours, un anonyme est venu me voir et
m’a confié : « Je me suis endormi au volant, j’ai fait trois tonneaux et ma femme
et moi sommes indemnes, nous sommes
de Saint-Étienne-du-Rouvray et je suis
sûr que le père Jacques nous a protégés. » Je lui ai dit : si vous voulez
l’écrire, écrivez ! Des prêtres du diocèse
du Mans sont récemment venus avec
leur évêque et j’ai le sentiment que
c’était pour demander en particulier au
père Jacques la grâce de vocations. On
le prie aussi pour le dialogue avec les
musulmans ou pour la vie paroissiale. Je
le prie aussi pour les familles. Sa vie
n’est pas banale pour son époque, car il
y avait peu de prêtres dont les parents
étaient divorcés. Je l’invoque pour
les familles qui vivent, subissent le
divorce.
Aujourd’hui,
je ne suis
pas à la
recherche
d’un
coupable,
et la justice
n’est pas la
vengeance
»
Mgr Dominique
Lebrun, archevêque
de Rouen. CHARLY
Et le dialogue avec les musulmans ?
Il s’approfondit. Lentement, car les at-
TRIBALLEAU/AFP
Yamina, mariée au terroriste par téléphone
« etYamina
Kermiche
se sont
connus… sur
Facebook.
Il lui
« mettait
la pression »
et refusait
de la
rencontrer
sans
mariage
»
C’EST une plongée surréaliste
dans un monde fou où la crédulité le dispute au fanatisme sur
fond de mariage express et
d’échanges sur les réseaux sociaux. En 2017, Yamina *, une
adolescente, ex-épouse d’Adel
Kermiche, est entendue par les
enquêteurs sans être mise en
cause.
Issue d’une famille kabyle
non pratiquante, elle bascule
dans l’islam radical à 15 ans, en
janvier 2015. Quelques semaines de conversation sur Facebook avec un certain « Abdel de
Roubaix » ont suffi. Yamina est
interpellée en Belgique avant de
partir pour la Syrie. À compter
de ce jour, l’adolescente et ses
parents sont en contact régulier
avec un policier de Rouen. Yamina ne dit pas tout au fonctionnaire : elle ne se vante notamment
pas
que,
en
« novembre ou décembre 2015 »,
une certaine Inès Madani, qui
tentera de faire sauter une voiture piégée à Paris en 2016, lui
propose sur Telegram de commettre une action terroriste en
France. « Je n’étais pas intéressée », explique Yamina aux enquêteurs en 2017, ajoutant : «Je
savais qu’ils (Inès Madani et des
membres du groupe de discussions sur la messagerie, ndlr)
voulaient commettre un attentat,
mais à aucun moment ils n’en ont
évoqué les modalités. À l’époque,
j’étais partisan de l’EI et je
n’avais aucun intérêt à dénoncer
les faits. »
En mai 2016, Yamina parle en
revanche au policier de Rouen.
Elle dénonce Adel Kermiche
qu’elle a épousé religieusement,
par l’intermédiaire d’un imam
syrien officiant au téléphone,
avant d’être répudiée de façon
expresse car elle refusait la polygamie. Yamina explique que
Kermiche « est dangereux ».
Yamina et Kermiche se sont
connus… sur Facebook. Il lui
« mettait la pression » et refusait de la rencontrer sans mariage. Le 17 avril 2016, jour de la
cérémonie, en dix minutes avec
deux témoins et l’imam au téléphone, Kermiche critique la
robe de Yamina « trop découverte à son goût » et lui dit
qu’elle allait « être punie et
maudite ». Il lui reproche aussi
d’écouter de la musique. Il a
promis de ne pas avoir d’autres
épouses mais, après consommation de leur union, Yamina
apprend qu’il a demandé en
mariage une autre femme.
« Adel m’a expliqué que je
n’avais rien à dire, se souvientelle, que je n’étais qu’une femme, que lui il avait le droit d’être
polygame en tant qu’homme.
[…] Le soir (il) m’a envoyé des
messages me disant que je
n’étais pas vierge et que j’avais
menti. »
* Le prénom a été modifié
tentats provoquent des réactions épidermiques. Une étape décisive a été
franchie quand, au bout d’un an, le président de la mosquée de Saint-Étiennedu-Rouvray a dit : « En fait, nous avons
eu peur que les chrétiens ne nous aiment
plus. » Là on n’est pas simplement dans
le discours : « Nous sommes une religion
de la paix, on s’aime bien et on ne voit pas
où est le problème. » On entend leurs
sentiments et on peut poser des questions de plus en plus profondes.
Il y a quelques mois, nous avons organisé une conférence publique dans le cadre du comité interconfessionnel créé
après les attentats de 2015. Nous avons
parlé de « l’engagement politique du
croyant ». Interrogé par la salle sur les
Frères musulmans, le représentant de
l’islam a esquivé en expliquant que cela
n’existait pas en France. Je lui ai dit que
je pensais que ce n’était pas juste. J’interroge aussi mes amis musulmans sur
leurs liens à Dieu comme absolu. Notre
Dieu s’est fait homme. Je ne peux plus
dire : la vie humaine n’est rien par rapport à Dieu. Un musulman peut-il me
dire la même chose puisque Dieu ne
s’est pas fait homme pour lui ?
Pour certains, vous fermez les yeux
devant le péril ?
On peut comprendre la colère, la peine,
la peur. Si nous n’avions pas peur, nous
serions idiots, aveugles et sourds. Je ne
balaie pas ces critiques, je me dis que
ceux-là ont sûrement en partie raison.
Si on ne s’interrogeait pas comme
croyant sur la place de l’islam en France, en Occident, alors nous ne serions
pas croyants. Dans l’Évangile l’autre
jour, on a lu cette phrase de Jésus, dans
saint Jean (16, 2) : « L’heure vient où tous
ceux qui vous tueront s’imagineront
qu’ils rendent un culte à Dieu. » Je l’entends maintenant différemment. Quand
quelqu’un me dit : avec votre comportement, dans dix ans, dans quinze ans,
la France sera musulmane. Je réponds :
peut-être. Mais est-ce que Jésus nous a
promis que la France ne serait pas musulmane ? Je n’en ai pas envie et la seule
bonne question est : chrétiens, que faisons-nous, avec les armes qui sont les
nôtres, pour que les musulmans aient
envie de devenir disciples de Jésus ? ■
PROPOS RECUEILLIS PAR J. C.
A
Mgr Dominique Lebrun, 61 ans, est
archevêque de Rouen depuis 2015.
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vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO
12
SCIENCES
Ebola : l’épidémie s’étend à des zones urbaines en RDC
Des cas de fièvre hémorragique ont été isolés à Mbandaka, une ville de plus de 1 million d’habitants, à 150 km du foyer épidémique.
ANNE-LAURE LEBRUN £@LebrunAnneLaure
SANTÉ PUBLIQUE L’épidémie d’Ebola en
République démocratique du Congo
(RDC) n’est plus circonscrite à la zone forestière de Bikoro. « Quatre cas de fièvre
hémorragique, dont un cas confirmé, ont
été recensés à Mbandaka. L’arrivée du virus dans cette grande ville de plus de 1 million d’habitants est très préoccupante »,
indique Axelle Ronsse, coordinatrice
d’urgence pour Médecins sans frontières
(MSF).
Ces malades ont contracté Ebola après
avoir été en contact avec des personnes
infectées à Bikoro. Au 17 mai, 44 cas suspects et 3 cas confirmés, dont 23 décès,
sont rapportés par l’Organisation mon-
diale de la santé (OMS) en RDC.
L’introduction du virus Ebola dans cette vaste zone urbaine et commerciale située sur les rives du fleuve Congo était le
scénario le plus redouté. Mais il était malheureusement difficile de l’empêcher.
« Mbandaka est à 150 km de Bikoro, soit
moins de trois heures à moto. Il y a beaucoup d’échanges de marchandises et de
personnes. Des flux qui sont difficiles à
contrôler », décrit le Pr Éric Delaporte,
membre d’une unité internationale de recherche de l’IRD, de l’Inserm et de l’université de Montpellier. Son unité est associée à l’Institut national de recherche
biologique (INRB) de Kinshasa, chargé de
surveiller et de diagnostiquer la fièvre hémorragique. Sur place, ses collègues déplorent la défaillance du système de sur-
veillance. « Un cas suspect aurait traversé
le lac avec sa famille pour aller mourir dans
son village natal, rapporte-t-il. Il semblerait que les habitants soient réticents à participer aux enquêtes de surveillance, en
raison notamment de la stigmatisation liée
à Ebola. » Les équipes de MSF ont également confié que certains villages ne les
avaient pas accueillis à bras ouverts.
4 000 doses de vaccin
Même si le pays est habitué à Ebola - neuf
épidémies ont frappé la RDC en quarante
ans -, la population a peur. Craignant
d’être placées à l’isolement en cas de fièvre, les personnes ayant été en contact
avec des malades ne veulent pas être surveillées pendant 21 jours (la période d’incubation du virus). « Nous devons faire de
contact avec des cas confirmés ainsi que les
contacts de ces contacts », explique Axelle
Ronsse, précisant qu’une seule dose suffit.
Plus de 500 personnes ont d’ores et déjà
été identifiées, selon les autorités du pays.
Mais elles pourraient être bien plus nombreuses. « La confirmation des cas prend
beaucoup de temps, nous devons avancer
plus rapidement si nous souhaitons utiliser
efficacement ce vaccin », relève l’humanitaire. Pour accélérer le diagnostic, l’INRB
a installé il y a quelques jours un laboratoire à Bikoro. La ville de Mbandaka vient
d’en être dotée. « Grâce à ces structures,
l’INRB a diagnostiqué, hier, la fièvre hémorragique chez 11 cas suspects de Bikoro
qui n’avaient pas encore été testés », indique le Pr Delaporte. Contactée, l’OMS ne
confirme pas encore ces chiffres. ■
gros efforts de sensibilisation auprès des
communautés à propos de la maladie et
adopter des mesures essentielles pour endiguer rapidement l’épidémie », soulève
Axelle Ronsse.
Et la priorité est bel et bien d’expliquer
l’importance de la surveillance et du diagnostic de la fièvre hémorragique. Le succès de la campagne de vaccination organisée par l’OMS, les autorités congolaises
ainsi que MSF en dépend. Hier, plus de
4 000 doses du vaccin développé lors de
l’épidémie en Afrique de l’Ouest sont arrivées à Kinshasa. La cargaison doit
maintenant être transportée jusqu’à la région reculée de Bikoro, ce qui devrait
prendre plusieurs jours. « Outre les soignants en première ligne, le vaccin sera
utilisé chez les personnes ayant été en
En Inde, le Taj Mahal vire au vert
Attaqué par
des insectes
et la pollution,
le monument
change de couleur.
Une catastrophe
pour les écologistes
et les passionnés
d’histoire.
particules poussiéreuses et carboniques
absorbant la lumière est la cause de la décoloration de la surface du Taj Mahal. »
L’année suivante, une commission parlementaire rendait public un rapport
selon lequel certaines particules « réagissent à l’humidité et se convertissent en
une matière acide qui provoque la corrosion du marbre ».
La dégradation du Taj Mahal est
d’autant plus étonnante que le problème est connu et étudié depuis plus de
40 ans. En 1978, un comité gouvernemental avait alerté sur la concentration
de dioxyde de soufre et autres particules
fines émises par les centrales à charbon
dans la région. Le texte recommandait
d’interdire la construction d’usines
d’engrais et pétrochimiques. Las ! En
1990, un rapport scientifique déplorait
la hausse « alarmante » des « émissions
EMMANUEL DERVILLE
À NEW DELHI
“
CHANDAN KHANNA/AFP ET BBC
POLLUTION Le phénomène s’est déclaré
il y a deux ans. De minuscules taches
vertes maculent le marbre blanc du Taj
Mahal et l’affaire fait la une des médias
indiens, inquiets de voir l’édifice changer de couleur. L’Archeological Survey
of India (ASI) a beau nettoyer, les taches
reviennent encore et encore. De quoi
désespérer l’avocat et écologiste Mahesh Chandra Mehta qui a saisi la Cour
suprême le 1er mai. Il espère faire pression sur les autorités pour qu’elles
prennent le problème à bras-lecorps.
Le 9 mai, les juges interrogent un
représentant de l’ASI. Commence
alors un échange surréaliste.
L’ASI explique que les taches
vertes sont une algue qui vient de
la Yamuna, la rivière qui coule à
Agra, en bordure du Taj Mahal.
« Comment cette algue s’est-elle
retrouvée sur le bâtiment ? », demande un magistrat qui se voit répondre : « Elle a volé jusque-là. » Interloquée, la Cour réplique : « Les
algues peuvent voler ? »
Pour Mahesh Chandra Mehta, l’anecdote est révélatrice du désintérêt des
autorités pour un monument inscrit au
patrimoine mondial de l’Unesco : « Le
gouvernement ne s’est jamais occupé du
Taj Mahal, que ce soit au niveau local ou
au niveau fédéral. C’est de la négligence
pure et simple. » D’ailleurs, la substance
verte n’est pas une algue. Il s’agit des
excréments d’un insecte de l’allure d’un
Les ordures ont conquis les berges
de la Yamuna, la rivière qui coule
en bordure du Taj Mahal (en haut).
Dans cette eau aux allures de marécage
fétide, des moustiques prolifèrent. Ce sont
leurs excréments qui recouvrent les murs
de l’édifice indien (ci-dessus).
moustique qui prolifère dans la
Yamuna, le Goeldichironomus. Ce
dernier est d’ordinaire mangé par
les poissons, mais la Yamuna est
si polluée que la vie aquatique y a
presque disparu, laissant les insectes volants libres comme l’air.
Une brève promenade au bord du
fleuve, que ce soit à Delhi ou près du
Taj Mahal, suffit à comprendre le problème: l’eau est d’une saleté repoussante et les ordures ont conquis les berges.
Le cours d’eau a des allures de marécage
fétide. Pire encore, chaque soir, pour
des raisons de sécurité, des projecteurs
illuminent le monument. « La lumière
attire ces insectes, et ils attaquent la
nuit », explique Mahesh Chandra Mehta. Il n’y a pas que les excréments verdâtres qui dénaturent le Taj Mahal. Par
endroits, la pierre apparaît jaunâtre,
grisâtre, ou parsemée de taches brunâtres. L’assaut est triple : les insectes, les
pieds sales des touristes et la pollution
de l’air. Agra est la huitième ville la plus
polluée du monde selon un classement
de l’OMS sorti le 2 mai. Mercredi, la
concentration de particules fines de
type PM 2,5 s’y élevait à 166 microgrammes par mètre cube, 16 fois supérieure au seuil moyen annuel recommandé par l’OMS.
Parmi les particules présentes dans
l’air et qui décolorent le Taj Mahal, les
scientifiques pointent le noir de carbone, le carbone brun et la poussière. En
2014, une étude rédigée par neuf chercheurs indiens et américains, publiée
dans la revue Environmental Science &
Technology, soulignait que « le dépôt de
L’assaut est triple :
les insectes, les pieds
sales des touristes
et la pollution de l’air.
Agra est la huitième ville
la plus polluée du monde
”
acides dans l’atmosphère » à cause de la
pollution industrielle et automobile,
avertissant que cela abîmait le Taj Mahal. Peu après, des taches noires apparaissaient ici et là.
Du coup, en 1996, la Cour suprême
avait rendu un arrêt listant 22 mesures
à appliquer : construction d’un périphérique pour détourner le trafic
automobile du centre d’Agra, déménagement des usines polluantes, reforestation, interdiction du charbon et son
remplacement par le gaz, déboursement de 995 millions de roupies
(12 millions d’euros) pour mettre un
terme aux coupures de courant et décourager ainsi le recours aux générateurs diesel, chantiers pour ranimer le
débit de la Yamuna…
« À l’époque, les juges avaient entendu
tous les experts et accouché d’une feuille
de route clé en main. Si seulement elle
avait été appliquée ! Le Taj Mahal serait
un endroit merveilleux aujourd’hui »,
s’attriste Mahesh Chandra Mehta qui
conclut : « Le gouvernement reste indifférent. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi. » ■
Depuis le 3 mai, le volcan Kilauea est en éruption sur la grande île de Hawaï.
Des coulées de lave, l’ouverture de grandes failles et d’énormes nuages
de cendres volcaniques compliquent la vie de la population,
avec des évacuations dans l’est de l’île et des restrictions de circulation.
Mais c’est surtout une évolution inattendue qui inquiète les vulcanologues
de l’US Geological Survey à Hawaï : des experts ont retrouvé
de gros « blocs balistiques » de la taille de « fours à micro-ondes »,
des rochers de 60 cm de large tombés sur un parking situé à quelques centaines
de mètres de Halemaumau, l’un des cratères les plus actifs du volcan.
C’est la première fois depuis presque un siècle qu’on retrouve les traces
d’un volcanisme de type explosif, et cela pourrait annoncer
« le début d’une activité explosive liée à de la vapeur d’eau », précise l’USGS.
Si cela se produisait, une telle éruption phréatique, née de la rencontre
entre le magma et de grandes quantités d’eau dans le sous-sol,
pourrait émettre des cendres jusqu’à 6 000 mètres d’altitude
et éjecter des blocs rocheux d’une dizaine de tonnes jusqu’à des centaines
de mètres du cratère.
S. V.
U.S. GEOLOGICAL SURVEY/AP
A
Crainte d’éruptions explosives à Hawaï
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 18 mai 2018
SPORT
13
Le staff de l’équipe de France n’a rien laissé
au hasard dans le programme qui attend
les Bleus d’ici à la Coupe du monde.
BAPTISTE DESPREZ £@Batdesprez
FOOTBALL Le compte à rebours est lancé. Après la divulgation de la liste des
23 jeudi soir sur TF1, Didier Deschamps et
son staff ont donné rendez-vous à leur
groupe mercredi prochain à Clairefontaine, date du lancement officiel de la préparation à la Coupe du monde (14 juin15 juillet). Pour entamer le début de stage
au sein du mythique château situé à un
peu plus d’une heure de Paris dans les
Yvelines, le sélectionneur des Bleus
pourra compter sur le gros de ses troupes, à défaut de Raphaël Varane, engagé
avec le Real Madrid pour la finale de la Ligue des champions le 26 mai prochain à
Kiev face à Liverpool. L’objectif est clair,
la feuille de route, connue de tous : être
prêt pour l’entame du Mondial face à
l’Australie le 16 juin prochain à Kazan. Au
programme, trois matchs amicaux
contre l’Irlande (28 mai au Stade de
France), l’Italie (2 juin à Nice) et les ÉtatsUnis (9 juin à Lyon) permettront aux
partenaires de Paul Pogba de se dégourdir les jambes, d’affiner les ultimes réglages et de rassurer Didier Deschamps.
Comme en 2014 avant le Mondial auriverde, le staff de l’équipe de France a
préféré miser sur une préparation à Clairefontaine plutôt que de partir en stage
en province ou à l’étranger. Adieu Tignes
et les efforts en altitude chers à certains
prédécesseurs de « DD ».
Guy Stéphan, bras droit de Deschamps,
explique un tel choix. « La décision a été
facile à prendre. Pour l’Euro en France, on
était allé à Biarritz et en Autriche, car on
savait qu’on jouait à domicile derrière. Là,
on va en Russie pendant plusieurs semaines
TASS/ABACA
Comment
les Bleus
vont préparer
leur Mondial
Antoine Griezmann et Paul Pogba pourront compter sur le staff technique pour panser les petits bobos d’une saison à rallonge.
(Notre photo, avant la rencontre France-Russie, en mars 2018)
et on a préféré rester en France avec l’enchaînement des trois matchs amicaux. » Et
le fidèle adjoint de louer les qualités du
cadre verdoyant des Yvelines. « À Clairefontaine, il y a des installations de haut niveau pour bien travailler et récupérer. Cela
évite tout problème d’usure, qui pourrait
être malencontreux avant le départ prévu
le 10 juin à Moscou. »
« Tout sera personnalisé »
Pour le début de stage, le staff technique
sait déjà à quoi s’en tenir. Panser les petits bobos d’une saison à rallonge, sculpter les corps de joueurs éreintés et maintenir le degré de forme des éléments en
confiance. « On va débuter avec un travail
à la carte où tout sera personnalisé, souffle
Stéphan. On sait le nombre de matchs
joués par chacun, on a suivi l’évolution des
pépins physiques et tous les joueurs ne vont
pas débarquer avec la même fraîcheur
mentale ou physique. »
Entre les « Allemands » et les « Anglais » (en dehors des éléments prenant
part à la finale de FA Cup entre Chelsea et
Manchester United samedi) en vacances
depuis le week-end dernier ou les « Français » et les « Espagnols » encore sur le
pont ce samedi, l’encadrement des Bleus a
l’obligation de s’adapter. Sachant que Didier Deschamps, en cas de pépin, a jusqu’au 4 juin pour déposer sa liste officielle
auprès de la Fifa. D’où la mise en place
d’une liste de réservistes, censés pallier la
moindre défection durant le stage. Henri
Emile, sémillant intendant des Bleus lors
du sacre en 1998, loue et salue leur importance. « À l’époque, cela avait été critiqué,
alors qu’aujourd’hui tous les sélectionneurs
le font. Si au bout de 15 jours il y en a un qui
se blesse et que tu rappelles un joueur : pour
qu’il retrouve le rythme de la compétition, il
faut le double, soit un mois. Ce n’est pas sérieux et gérable. » Didier Deschamps, digne représentant et héritier de l’épopée
98, ne dira pas le contraire. Vingt ans
après, il applique les mêmes méthodes.
Pour une même issue? ■
LE PROGRAMME DES BLEUS
28 mai (amical) IRLANDE
Stade de France
1er juin (amical) ITALIE
FRANCE
Nice
9 juin (amical) ÉTATS-UNIS
FRANCE
Lyon
16 juin (Mondial) AUSTRALIE
FRANCE
Kazan
21 juin (Mondial) PÉROU
FRANCE
Lekaterinbourg
26 juin (Mondial) DANEMARK
FRANCE
Moscou
FRANCE
Olympique de Marseille, la peur du vide
Après leur désillusion européenne, les Olympiens doivent relever la tête pour tenter d’accrocher une place en Ligue des champions.
ENVOYÉ SPÉCIAL À LYON
FOOTBALL Finalistes malheureux en Ligue Europa et quatrièmes en Ligue 1 ?
C’est le (pire) scénario tant redouté par
les Marseillais depuis quelques semaines,
alors que les joueurs de Rudi Garcia s’invitaient à Lyon tout en menant bataille
avec Monaco et Lyon pour une place dans
le trio de tête, et donc en Ligue des champions. Las, malgré une bonne entame de
match, le froid réalisme de l’Atlético Madrid d’Antoine Griezmann a douché les
espoirs olympiens (3-0). « On a eu nos
moments, mais on n’a pas su en profiter. Ils
ont eu les leurs, et ils ne les ont pas gâchés », résume Adil Rami. Il aurait fallu
un exploit. Il n’a pas eu lieu. Vaillants durant 20 minutes, les Marseillais ont laissé
passer leur chance.
Le destin avait pourtant souri aux
joueurs de l’OM jusqu’ici, depuis le triplé
de Germain contre Ostende (4-2) en
juillet, jusqu’au carton face à Leipzig
(5-2) en quarts, en passant par le but salvateur de Rolando en prolongation
contre Salzbourg (défaite 1-2) en demies.
Si c’était si simple d’atteindre ce stade de
la compétition, les clubs français y parviendraient plus souvent… « Merci, l’OM !
Bravo pour le parcours. [Il y en a] beaucoup qui parlent de la finale, mais personne
ne la joue », lance l’ex-Marseillais Benjamin Mendy.
« Ils ont fait une grosse saison, que ce
soit en championnat ou en Europe. Je salue
le travail du coach, des joueurs. C’est beau
à voir jouer et ils ont le public à fond derrière eux, et ça aussi, c’est énorme », félicite Antoine Griezmann, bourreau d’un
soir de cet OM qui a fait rêver la Canebière et au-delà. Mais, du rêve au cauchemar, il n’y a qu’un pas. Cauchemar, le
terme est un poil fort. Mais terminer sans
titre ni place en Ligue des champions
serait finalement une terrible déception
pour l’escouade de Coach Garcia. Charge
aux Olympiens de faire le travail samedi
(21 heures) contre Amiens, lors de la 38e
et dernière journée de championnat. Il
faudra évacuer la déception. Ou s’en
servir ? « Le coach en a parlé dès la fin de
la finale, il nous a dit qu’il faudra mettre
toute notre rage dans cette partie. C’est le
dernier match de la saison, on veut essayer
de finir en beauté », promet Maxime
Lopez.
Problème : une victoire ne suffira
peut-être pas. Monaco (2e, 77 points, + 37)
et Lyon (3e, 75 points, + 43) devancent en
effet l’OM (4e, 74 points, + 32). « Gagnons
déjà notre match », enchaîne Lopez. « Fa-
Michalak, un clap de fin face à Toulon ?
Lyon défie le RCT, ce vendredi, en barrages du Top 14. Peut-être la dernière représentation d’une icône.
mances qui lui permettent d’être appelé
par Marc Lièvremont et de participer à un
nouveau Grand Chelem, celui de 2010.
CLÉMENT BESSOUDOUX £@ClBessoudoux
RUGBY Propulsé star du XV de France à
21 ans, Frédéric Michalak aurait pu être
une étoile filante. Quinze ans plus tard,
l’ancien Toulousain s’apprête peut-être à
disputer son dernier match ce vendredi
(21 heures, Canal+), en cas de défaite en
barrages à Toulon avec Lyon. Une ultime
représentation qui, avec celles d’Aurélien
Rougerie ou Vincent Clerc, marquera la fin
d’une époque.
Il y a bientôt dix-sept ans, un petit gars
de la Ville Rose épatait tout son monde. On
joue alors la finale du championnat de
France et le Stade Toulousain s’impose
contre l’AS Montferrand. L’homme du
match ? Frédéric Michalak, qui, en janvier
2001, avait disputé son premier match en
pro. À 19 ans, le « pitchoun » impressionne
en passant quatre pénalités de plus de
50 mètres. Michalak, qui a rejoint le Stade
Toulousain à 7 ans après avoir été lancé
dans le rugby trois ans plus tôt par son
père, est très vite appelé par Bernard Laporte en équipe de France. Il connaît sa
première cape le 10 novembre 2001 contre
l’Afrique du Sud. Entré en toute fin de
match, il participe à la victoire des Bleus.
Idem une semaine plus tard contre l’Australie, mais cette fois il est titulaire. Le début d’une longue histoire pour le meilleur
réalisateur de l’histoire du XV de France
(436 points).
L’Australie, c’est aussi une Coupe du
monde pour Fred Michalak. En 2003, les
hommes de Laporte atteignent les demi-
Une légende du rugby français
Frédéric Michalak (ici à Toulouse, lors du match Stade Toulousain-Lyon, en 2018)
a porté quatorze ans le maillot de l’équipe de France. REMY GABALDA/AFP
finales avec le Toulousain comme maître à
jouer. C’est le début de la Michalakmania.
Le beau gosse devient une star. Mais la
pluie de Sydney et le pied gauche d’un certain Jonny Wilkinson douchent les espoirs
de finale des Bleus. Sa première grosse déception. Comme lot de consolation, sa
gueule et sa vista ont permis au rugby
d’entrer dans une nouvelle dimension
médiatique. Plus de femmes, notamment,
s’intéressent à ce sport et Michalak tournera de nombreuses publicités avant, des
années plus tard, de rendre visite aux Lolos
noirs avec Frédéric Lopez dans « Voyage
en terre inconnue ».
Malgré les titres (trois tournois des Six
Nations, dont deux Grand Chelem, un
bouclier de Brennus et deux Coupes d’Europe avec le Stade Toulousain) ou sa participation à l’exploit de Cardiff contre les All
Blacks lors de la Coupe du monde 2007,
Michalak peine souvent à convaincre, certains lui reprochant une défaillance au
pied. Il part alors pour l’Afrique du Sud et
les Natal Sharks, avec lesquels il gagne la
Currie Cup et améliore son coup de botte.
Les cheveux teints en blond, il revient en
Haute-Garonne, où il ne s’impose pas mais
redevient champion d’Europe (2010) et
champion de France (2011). Des perfor-
Après un nouveau détour par l’Afrique du
Sud, marqué par une finale du Super 15, il
signe à Toulon en 2012. Dans l’ombre de
Wilkinson à l’ouverture et en concurrence
avec Sébastien Tillous-Borde à la mêlée, il
participe quand même aux campagnes
victorieuses en Coupe d’Europe (2013,
2014 et 2015). Vient alors le Mondial 2015,
sa troisième Coupe du monde. Homme de
base de l’équipe coachée par Saint-André,
Michalak réalise une bonne phase de poules. Avant le naufrage en quarts de finale
face aux All Blacks. Blessé dès la 11e minute,
sur un coup de pied contré menant au premier essai néo-zélandais, il fait ses adieux
au rugby international en regardant ses
coéquipiers se faire humilier (62-13).
Comme un symbole d’une carrière hachée
par les blessures.
Michalak (77 capes) n’en reste pas moins
une légende du rugby français avec, en un
peu moins de quatorze ans, le record de
longévité sous le maillot frappé du Coq.
Après deux bonnes saisons au Lyon olympique universitaire, il s’apprête donc à dire
adieu au rugby pro. Mais pas au rugby. Celui qui a grandi à Ancely, un quartier toulousain limitrophe de Blagnac, est maintenant actionnaire majoritaire du club de
cette ville, pour l’instant en Fédérale 1.
Avec, entre autres projets, l’envie d’y développer le rugby féminin. Une nouvelle
façon de transmettre son amour du jeu. ■
cile de basculer ? Bien sûr que ce sera facile.
Notre public nous attendra. On ne peut
qu’être fiers de nous. On a fait une belle
saison. Il faut être intelligent, garder la tête
froide et ne pas se dire que cette défaite ternit le bilan de la saison », analyse Rami.
En cas de quatrième place, la saison
marseillaise resterait positive. Mais
moins savoureuse… Les émotions sont
une chose, loin d’être négligeable, les
titres ou la C1 en sont une autre. À noter
que l’adversaire amiénois de l’OM n’a
plus rien à espérer ni à craindre. Contrairement à Nice et Troyes, qui affronteront
respectivement l’OL et l’ASM samedi lors
de l’ultime levée en championnat. ■
EN BREF
Football : Buffon futur
gardien du PSG ?
Après avoir annoncé la fin de
son aventure longue de 17 ans
avec la Juventus Turin, Gianluigi
Buffon pourrait rebondir au
PSG. Selon Infosport+, le portier
de 40 ans serait en contact très
avancé avec le club de la
capitale. Son peut-être futur
entraîneur, l’Allemand Thomas
Tuchel, sera officiellement
présenté dimanche à 19 heures
au Parc des Princes.
Nantes officialise
le départ de Ranieri
Le FC Nantes a annoncé la fin
de sa collaboration avec Claudio
Ranieri. Le coach italien ne sera
au final resté qu’une saison
sur les bords de Loire.
Tennis : Paire échoue en 8es
Dernier Français en lice, Benoît
Paire a été éliminé par Marin
Cilic, 6-3, 6-4, en 8es de finale
à Rome. Rafael Nadal n’a, lui,
pas eu trop de soucis pour
se débarrasser de Denis
Shapovalov, 6-4, 6-1. Venus
Williams s’est inclinée contre la
jeune Anett Kontaveit 6-2, 7-6.
Cyclisme : Pinot au niveau
L’Irlandais Sam Bennett (Bora)
s’est adjugé la 12e étape du Giro,
jeudi, sur le circuit automobile
d’Imola, son deuxième succès
depuis le départ. Simon Yates
a conservé le maillot rose
de leader et Thibaut Pinot, sa
3e place derrière Tom Dumoulin.
A
CHRISTOPHE REMISE £@CRemise77
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 18 mai 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
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naissances
Le docteur et Mme
Marc ANDRÉ
M. et Mme Bruno CAULLERY
sont heureux d'annoncer
la naissance de
Constance
le 7 mai 2018,
sœur d'Apolline, chez
Régis et Aurore ANDRÉ
148, rue de Lourmel,
75015 Paris.
conférences
Les Associations Familiales
Catholiques (AFC)
organisent une conférence
Chrétiens et politique :
comment s'engager ?
le jeudi 24 mai 2018,
à 19 heures,
à l'Institut catholique de Paris,
74, rue de Vaugirard, Paris (6e),
avec Rémi Brague,
Edouard Tétreau
et Valérie Boyer.
Entrée libre. Renseignements
et inscription sur
http://www.afc-france.org/
Les minorités créatrices
changent le monde.
Benoît XVI.
01 70 37 31 70
Renaud, Julia, Emma, Manon,
Cassandra, Eliott,
ses petits-enfants,
Marguerite, sa sœur,
ainsi que toute sa famille
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Robert BACCI
le 30 avril 2018,
jour de la saint Robert,
dans sa 86e année.
La cérémonie religieuse
a été célébrée le 7 mai,
par le père Bernard Roux,
en l'église Jésus-Ouvrier,
à Montferrand (Puy-de-Dôme),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Montferrand,
au côté de son épouse,
Myriam-Hélène
décédée le 22 janvier 2010.
Marseille.
André Gasquy,
son époux,
Françoise et Hubert
de Courtivron,
Bruno et Béatrix Gasquy,
ses enfants et beaux-enfants,
Arnaud et Cécile,
Thierry et Marie,
Sébastien et Angélique,
Thibault et Marie
de Courtivron,
Adrien, Marie-Amélie,
Matthieu, Benoît Gasquy,
ses petits-enfants,
ses neuf arrière-petits-enfants,
Avant la fin de l'exposition
« Paternité » de
Simone Escudier,
Jacques et Colette Escudier,
son frère et ses belles-sœurs,
la Galerie Guillaume
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
François-Xavier de Boissoudy
vous invite à deux conférences
avec
Raphaëlle Ziadé
responsable du département
byzantin du Petit Palais, à Paris,
Marie-Madeleine,
apôtre des apôtres
le mardi 29 mai 2018, à 19 h 30,
Gérard Leclerc
journaliste, philosophe
et essayiste,
le mercredi 30 mai, à 19 h 30.
Entrée libre,
réservation préalable
au 01 44 71 07 72 ou par courriel
galerie.guillaume@wanadoo.fr
32, rue de Penthièvre, Paris (8e).
www.galerieguillaume.com
deuils
Mme Olivier de Gaulle,
sa mère,
ses frère et sœurs,
ses nièces
ont la grande douleur
de faire part du décès de
née Escudier,
La messe d'action de grâce
sera célébrée
le samedi 19 mai, à 14 h 30,
en l'église Saint-Matthieu
de Château-Gombert,
Marseille (13e).
Hervé et Laurence Guéneau,
Bénédicte et Thierry Michon,
Mathieu Guéneau,
Raphaëlle et Jean Levoir,
Stanislas et Frédérique
Guéneau,
ses enfants,
Victor et Vanessa,
Hortense et Boris, Emmanuel,
Sophie, Paul,
Quentin, Violaine et Thomas,
Olivier, Bérengère,
Alain et Anne-Caliste, Oscar,
Mechior, Amaury,
Antoine, Augustin, Cyriaque,
Clémence,
Suzanne, Emilie, Gisèle,
ses petits-enfants,
vous font part
du rappel à Dieu de
Mme Alain GUÉNEAU
née Marie-Claude Rémy,
La cérémonie religieuse
a eu lieu dans l'intimité,
en l'église Saint-Sulpice,
à Paris (6e).
Adriers (Vienne). Paris.
On nous prie d'annoncer
le rappel à Dieu de
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Anne-Marie LAMARCHE
« Nane »,
le 14 mai 2018, munie
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 19 mai 2018,
à 10 heures, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy,
10, rue de l'Annonciation,
Paris (16e).
gueneau.michon.levoir@gmail.
com
Jeannie Mathieu,
son épouse,
Meghan dira « Oui »
à Harry !
Et vous ?
Publiez votre annonce de mariage dans
le carnet du jour
Tél. 01 56 52 27 27
carnetdujour@media.figaro.fr
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 22 mai, à 15 heures,
en l'église d'Adriers.
La cérémonie aura lieu
le mercredi 23 mai 2018,
à 11 heures,
en l'église de Carquefou.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Malcolm et Marie-Laure Ross,
Wladimir et Isabelle
de Kéchilava,
Bruno et Florence de Feraudy,
Nicolas et Béatrix de Mathan,
Guillaume et Marie-Brigitte
de Mathan,
ses enfants,
Wladimir et Armelle,
Dimitri et Anastasie,
Alexandre, Tristan et Olivia,
Antoine (†),
François et Eléonore,
Isaure, Claire, Jacques,
Géraud, Alyette, Louis,
Charlotte, Marguerite, Paul,
ses petits-enfants,
Wladimir et Cyrille,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
comte Olivier de MATHAN
chevalier du Mérite agricole,
chevalier
de l'ordre souverain de Malte,
survenu le 14 mai 2018,
dans sa 88e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce vendredi 18 mai, à 15 heures,
en l'église d'Ardon.
Boisgibault, 45160 Ardon.
Geneviève Millet-Taunay,
née Poumeau de Lafforest,
son épouse,
M. et Mme
Stanislas de Lambilly,
Mme Antoinette
Millet-Taunay,
ses enfants,
Inès, Nicolas et Alix,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du décès accidentel, du
lieutenant-colonel
Martial Henri
MILLET-TAUNAY
chevalier
de l'ordre national du Mérite.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce vendredi 18 mai 2018,
à 14 h 30,
en la chapelle Saint-Pierre
de Saint-Pol-de-Léon
(Finistère).
Ses enfants,
sa sœur,
ses belle-fille, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès,
à l'âge de 102 ans, de
Colette PITHON
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi
22 mai 2018, à 10 heures,
en l'église de La Pommeraye
de Saint-Désir (Calvados).
Anka Rochenoir,
son épouse
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
et Danuta Tetlak
Maurice MATHIEU
La cérémonie religieuse
aura lieu le mardi 22 mai,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Jean-Baptiste
de Neuilly-sur-Seine.
L'inhumation se déroulera
au cimetière du Père-Lachaise,
Paris (20e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
28, rue Jacques-Dulud,
92200 Neuilly-sur-Seine.
Gérard Jouannest,
pianiste et compositeur
39, avenue Victor-Hugo,
75116 Paris.
Nous sommes priés
de faire part du décès,
le mercredi 16 mai 2018, de
François TRUTTMANN
La comtesse Olivier de Mathan
née Nicole Desfriches Doria,
son épouse,
Bertrand, Xavier,
ses neveux,
Damien, Chloé, Aude, Vincent,
Anne, Geoffroy, Clémence,
François,
ses petits-neveux,
survenu le 15 mai 2018,
à Neuilly-sur-Seine,
à l'âge de 89 ans.
disparition
dans sa 93e année.
Nicolle Mathieu,
sa belle-sœur,
Le 19 mai 2018,
Claude RONDEAU
décédée le 15 mai 2018.
ancien élève du
Prytanée militaire de La Flèche,
dans sa 93e année, muni
du sacrement des malades.
De la part de
Jean et Sophie,
Thierry et Ghyslaine,
Bertrand et Sabine,
ses fils et leurs conjointes,
Guillaume et Morgane,
Vincent et Rana,
Clémence,
Caroline et Louis Marie,
Mathieu, Grégoire, Thibault,
Alexandre,
ses petits-enfants,
Paul et Selim,
ses arrière-petits-enfants.
La cérémonie religieuse
aura lieu le samedi 19 mai 2018,
à 10 heures, en l'église
Saint-Germain-l'Auxerrois
de Fontenay-sous-Bois,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Saujon
(Charente-Maritime),
le mardi 22 mai, à 16 heures.
remerciements
Ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
André MILERS
Xavier de GAULLE
professeur au collège Stanislas
à Paris,
Carquefou (Loire-Atlantique).
Jean-Philippe Quin (†),
Françoise Quin
et Jean-Claude Huard,
ses enfants,
Erwan, Ronan, Jildaz,
ses petits-enfants,
Joann et Éloïse,
ses arrière-petits-enfants,
Simone GASQUY
survenu le 16 mai 2018,
dans sa 92e année.
Mai 1968 - mai 2018 :
où sont les pères ?
survenu le 11 mai 2018.
Tél Abonnements :
Michel et Roselyne,
Bernard et Aimé,
Christophe et Frédérique,
ses enfants,
Claude-Henry, son fils,
Gaëlle, Elsa, Victoria,
ses filles,
ont l'immense tristesse
de faire part du décès de
Claude Victor ROCHENOIR
le 16 mai 2018, à l'âge de 88 ans,
à Neuilly-sur-Seine.
Un hommage civil
lui sera rendu
le mardi 22 mai, à 10 h 30,
à la maison funéraire,
7, boulevard de Ménilmontant,
Paris (11e).
L'inhumation aura lieu
le mercredi 23 mai, à 14 h 30,
au cimetière du Fournet
(Calvados).
Cet avis tient lieu de faire-part.
victor.rochenoir@wanadoo.fr
SADAKA EDMOND/SIPA
14
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
services religieux
Le hazkara de
M. René Samuel EMSALEM
notre bien-aimé, mari, père,
grand-père, frère,
aura lieu le mardi 22 mai 2018,
à 19 heures, en la synagogue
de Neuilly-sur-Seine,
12, rue Ancelle.
Sache René que tu continues
de vivre dans nos cœurs
et que pas un jour ne se passe
sans penser à toi.
offices religieux
La Fondation
Shmouel et Bassie Azimov
vous informe que
l'allumage des bougies
de Chabbat avec bénédiction
deux bougies pour
les femmes mariées, une bougie
pour les jeunes filles, se fera
ce vendredi 18 mai 2018,
avant 21 h 12,
(horaire pour l'Ile-de-France).
Le respect des lumières
de Chabbat conduira
aux lumières de la Rédemption.
Renseignements
Beth Loubavitch : 01 45 26 87 60.
Gérard Jouannest, en 2015, lors de sa tournée d’adieux.
OLIVIER NUC £@oliviernuc
Son talent et son influence
n’avaient d’égal que sa discrétion. C’est dans l’ombre
des géants de la chanson
française Jacques Brel et
Juliette Gréco que le pianiste et mélodiste Gérard
Jouannest avait passé sa vie
de musicien. Il vient de
mourir mercredi 16 mai à
Ramatuelle, à l’âge de
85 ans. C’est sur scène,
pendant l’ultime tournée
de son épouse – il était marié à Juliette Gréco depuis
1988 –, qu’il avait fait sa
dernière apparition publique.
Né à Vanves (Hauts-deSeine) dans une famille
d’ouvriers, le jeune Jouannest tombe amoureux de la
musique dès l’enfance,
grâce à un grand-père facteur de pianos. Il s’assied
derrière un clavier dès
l’âge de 8 ans, cinq ans
avant d’intégrer le Conservatoire national supérieur
de musique de Paris. Il en
ressortira à 21 ans, en 1954,
armé de l’enseignement
solide d’Yvonne Lefébure
et d’un premier prix. Après
trente mois de service militaire en Algérie, et alors
qu’il se destine à une carrière
d’instrumentiste
classique, la mort de son
père décide de sa bifurcation vers le music-hall,
afin de subvenir aux besoins de la famille.
Partenaire idéal
Au théâtre des Trois Baudets, dont la programmation est signée Jacques Canetti, il accompagne le
groupe vocal Les Trois Ménestrels. Au même programme, un débutant
nommé Jacques Brel,
auquel son pianiste François Rauber a donné son
congé. Survenue en décembre 1958, leur rencon-
tre changera le cours de
leurs destins.
Effacé, réservé et travailleur, le Parisien trouve
dans le Belge démonstratif
un partenaire idéal. La
route, et ses 300 concerts
annuels, scelle définitivement cette complicité, qui
prend bientôt un tour
créatif. Après une première
composition
originale,
Ne me quitte pas, qu’il ne
signe pas – il n’est pas inscrit à la Sacem –, Jouannest
signera la musique d’une
trentaine de chansons de
Brel : J’arrive, La Chanson
des vieux amants, Madeleine, Bruxelles, Les Vieux,
Ces gens-là, Mathilde,
La Chanson de Jacky…
En 1961, il rencontre Juliette Gréco à son domicile
pour lui présenter On
n’oublie rien, que Brel a décidé d’offrir à son interprète. Après l’arrêt définitif
des tournées du Belge en
1967, Jouannest devient
l’accompagnateur de scène
de Juliette Gréco dès l’année
suivante.
Auprès
d’elle, il devient vite compositeur quasi exclusif des
chansons qu’elle interprète, en studio comme sur les
planches.
Il avait aussi travaillé
avec les chanteurs Henri
Tachan et Maurice Fanet,
et collaboré avec plusieurs
artistes de la nouvelle génération.
Christophe Miossec racontait un compositeur
très exigeant et attentif
vis-à-vis des paroliers de
Gréco. Le slameur Abd
al Malik, grand admirateur
de Brel, fait appel à lui sur
ses albums Gibraltar et
Dante, en 2006 et 2008. Le
dernier album sur lequel il
avait travaillé en 2013, avec
son épouse, consistait en
des reprises de chansons de
Jacques Brel, qu’il avait
composées cinquante ans
auparavant. ■
Guide des Obsèques
Prévoir, organiser, accompagner.
La Fondation
Shmouel et Bassie Azimov
vous adresse ses vœux
à l'occasion de la
fête juive de Chavouot
jour du don de la Torah
au Mont Sinaï,
qui aura lieu du samedi 19 mai
au lundi 21 mai 2018.
Allumage des bougies
le samedi, à 22 h 30,
le dimanche, après 22 h 32, à
partir d'une flamme existante
(horaires pour l'Ile-de-France).
Écoutez
les dix commandements
dans votre synagogue
avec vos enfants,
le dimanche dans la matinée.
Beth Loubavitch,
8, rue Lamartine, 75009 Paris,
téléphone : 01 45 26 87 60.
www.loubavitch.fr
Demandez-le par courrier :
Le Carnet du Jour • Le Figaro
14 boulevard Haussmann • 75009 Paris
Par courriel : obseques@media.figaro.fr
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LE FIGARO
vendredi 18 mai 2018
CHAMPS LIBRES
REPORTAGE
15
Après le choc migratoire l’identité
troublée de la Heimat allemande
nbarotte@lefigaro.fr
Envoyé spécial à Asbeck
our rien au monde il ne voudrait partir
d’Asbeck. Thierno Diallo se sent « chez
lui » dans ce petit village du Münsterland, région privilégiée et prospère de
Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Ici,
les pelouses sont taillées au millimètre,
les riverains se saluent aimablement, et
la « Heimatverein », l’association locale pour la préservation du patrimoine comme il en existe partout,
s’occupe des animations au pied de l’église du
XIIe siècle épargnée par la guerre. Arrivé en Allemagne il y a quatre ans après avoir quitté la Guinée-Conakry à 15 ans en 2010, Thierno Diallo, qui parle
aujourd’hui un allemand impeccable, a intégré la direction de la petite association il y a un an. Il a fait sien
ce mot intraduisible dans d’autres langues, « Heimat ». « La Heimat, c’est là où l’on vit », explique-t-il
autour d’une tarte à la rhubarbe. En saison, les Allemands en raffolent. « Je suis né en Guinée, mais je n’y
ai plus rien. Ce n’est plus ma Heimat », poursuit le jeune ex-réfugié.
Faussement suranné, le mot, qui fait partie intégrante de l’identité du pays, a ressurgi dans le débat
public allemand avec la crise des réfugiés. Comme une
réponse à une montée d’angoisse identitaire, le nouveau gouvernement d’Angela Merkel s’est même doté
pour la première fois d’un ministère de la Heimat,
adossé à celui de l’Intérieur. « Avec sa diversité [de
définition], le terme “Heimat” est moins chargé de polémique que “nation” ou “culture dominante” », a souligné prudemment Horst Seehofer, le ministre de l’Intérieur et de la Heimat, dans une tribune parue dans la
FAZ. Le leader de la CSU est le fondateur du ministère
de la Heimat bavarois, le premier du genre, en 2013.
Un autre a suivi en 2017, en Rhénanie-du-NordWestphalie, reconquis par les conservateurs de la
CDU. Au sein du parti d’Angela Merkel, le débat sur la
culture allemande fait rage. Mais le passé nazi du pays
a durablement contaminé et empoisonné tout débat
évoquant l’idée de peuple. Le patriotisme local de la
Heimat est en revanche demeuré moins sulfureux.
Tant que personne n’a pris soin d’en définir les
contours. Horst Seehofer s’est donc bien gardé d’en
débattre. « Il ne faut pas en faire un débat idéologique.
Il faut en discuter avec les gens, pour savoir comment ils
le ressentent », explique-t-il.
P
« Est-ce encore mon pays ? »
Les racines du mot remontent aux romantiques du
XIXe siècle et à leur exaltation des campagnes et des
forêts. Il évoque aussi la libération des territoires occupés par les armées napoléoniennes. En allemand, il
renvoie à un concept qui se situerait entre la famille et
la nationalité, une sorte de « là d’où l’on vient » qui
peut aussi se comprendre comme « là où l’on veut
être ». Mais la vague migratoire de 2015 a bouleversé
cet entre-soi et a obligé toute une société à réfléchir
sur elle-même. « Est-ce encore mon pays ? » s’interrogeait Der Spiegel en avril en illustrant sa une d’un
nain de jardin déboussolé, symbole affectif d’un certain esprit allemand replié sur son jardin. « Défendre
sa Heimat, ce n’est pas dire “personne ne doit venir” »,
En allemand, la Heimat
renvoie à un concept
qui se situerait entre la
famille et la nationalité,
une sorte de « là d’où
l’on vient » qui peut aussi
se comprendre comme
« là où l’on veut être ».
Mais la vague migratoire
de 2015 a bouleversé
cet entre-soi et obligé
toute une société
à réfléchir sur elle-même.
assure Rebecca Brüggemann, la marraine de Thierno
Diallo, qui s’est engagée à Asbeck avec cœur dans
l’accueil des demandeurs d’asile sur place. Ils
n’étaient que quelques dizaines. « C’est montrer comment nous vivons, comment les femmes se comportent
ici. Certains de nos amis d’origine arabe ont eu des problèmes avec ça », sourit-elle avec franchise. « Mais ils
doivent apprendre que c’est ainsi et que cela restera
ainsi. Ceux qui l’ont accepté sont encore là, ceux qui ne
l’ont pas accepté sont partis dans les grandes villes, où
ils peuvent se cacher dans leurs “structures” communautaires », ajoute-t-elle. À Asbeck, l’équilibre social
a été préservé et le parti anti-migrants AfD y a obtenu,
avec moins de 5 %, son pire résultat électoral. Mais
Thierno Diallo et Asbeck tiennent de l’exception.
À Zützen, petit village de 300 habitants entre Berlin
et Cottbus, la rencontre s’est moins bien passée.
L’installation d’un centre de réfugiés pouvant accueillir une centaine de personnes a déboussolé les
habitants durant l’été 2015. « Nous avons essayé de
discuter avec les responsables pour comprendre ce qui
allait se passer, raconte Christoph Berndt. Mais personne ne nous a pris au sérieux. Alors, pour empêcher
notre identité de changer, pour préserver notre village,
nous nous sommes organisés. » Cet ancien Berlinois a
fondé l’association Zukunft Heimat (l’avenir de la
Heimat), qui organise encore aujourd’hui des manifestations contre la politique d’asile. « Angela Merkel
est la pire ennemie de notre patrie », dit-il en donnant
sa définition de la Heimat : « C’est ce lieu où l’on peut
vivre sans avoir à se justifier. Les migrants arrivés en
Allemagne ne partagent pas nos valeurs, nos façons de
vivre. Certains sont bruyants, menaçants. Ils construisent une autre société contre la nôtre. » Christoph
Berndt ne dissimule pas sa proximité avec le parti de
droite radicale AfD, qui nourrit les cortèges qui se rassemblent à Cottbus pour dénoncer notamment la criminalité des migrants. Dans cette ville de l’est, l’AfD a
obtenu 26,8 %.
Fragile équilibre local
L’Alternative für Deutschland, le parti de droite radicale qui a fait son entrée au Bundestag l’année dernière, a fait de la défense de la Heimat une des clés de son
succès, le versant positif de son opposition à la société
« multikulti » : « Nous voulons reconquérir notre
pays », a lancé pendant la campagne sa chef de file
Alice Weidel tandis que le mot fleurissait sur les affiches de campagne. C’est ce qui explique la percée de
l’AfD dans des régions économiquement prospères
mais conservatrices, comme la Basse-Bavière. Près de
Deggendorf, où se présente Katrin Ebner-Steiner aux
élections régionales d’octobre, le chômage est inexistant, mais l’Alternative für Deutschland a obtenu plus
de 19 % des voix en septembre. Parce qu’elle a ce
« patriotisme local » en elle, Katrin Ebner-Steiner
veut défendre sa région contre le parti dominant, la
CSU, qui se serait « merkélisé », c’est-à-dire qu’il
aurait cédé à la mondialisation et au relativisme culturel. Elle s’oppose à tout ce qui remettrait en cause le
Avec sa diversité [de définition], le terme
« Heimat » est moins chargé de polémique
que « nation » ou « culture dominante »
HORST SEEHOFER, MINISTRE DE L’INTÉRIEUR ET DE LA HEIMAT
»
fragile équilibre local auquel elle tient : l’aménagement de la rivière Donau, l’implantation d’éoliennes,
le projet de construction d’une mosquée. « La patrie
de ces gens-là, c’est au Moyen-Orient », dit-elle. Elle
balaie les remarques sur l’utilisation du mot Heimat
par l’extrême droite allemande et ses connotations
nationalistes. « On ne peut pas réduire l’histoire de
l’Allemagne aux douze ans du national-socialisme, réplique Katrin Ebner-Steiner. Ce sont douze années difficiles, mais ce n’est pas toute notre histoire. »
« Le mot Heimat est imprécis », souligne Christian
Schüle, auteur de Heimat, une douleur fantôme, pour
expliquer son utilisation par les tenants d’une société
ouverte et ses opposants. « Le débat ne porte pas sur
nos campagnes, nos villages, nos traditions, mais sur la
façon dont nous nous percevons, et si nous pouvons être
fiers de notre pays », dit-il. « Avec la crise des réfugiés,
la question de savoir qui nous sommes, en tant qu’Allemands, est rapidement devenue hystérique, extrême. Il
y avait d’un côté la volonté de montrer que l’Allemagne
avait retenu les leçons de l’histoire. Mais il y a aussi eu
une autre réaction, celle de refuser les étrangers sur le
sol allemand », poursuit-il.
Un parfum de soupçon
La Heimat conserve toujours un parfum de soupçon.
Ina Scharrenbach, la ministre de la Heimat, des
Communes, du Logement et de l’Égalité des territoires de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en a encore
eu une leçon au mois de mars dernier, le jour où
Heino, vieille star de variété allemande aux cheveux
blonds peroxydés lui a remis l’exemplaire d’un album sorti en 1981 : « Les plus belles chansons allemandes de la Heimat et de la patrie. » L’épouse du
chanteur était allée « dans la cave chercher cette rareté » pour l’offrir à la ministre, qui venait de nommer son compagnon « ambassadeur pour la Heimat ». À 79 ans, il est lui-même une figure du
patrimoine musical national. Mais elle n’a pas pris le
temps de lire la liste des titres avant de poser en photo avec lui : certains morceaux de ce double album
figurent aussi dans le « livre de chants des SS », et
notamment « Wenn alle untreu werden » (quand
tous se renieront). Si le chant date du XIXe siècle,
certaines strophes ont été particulièrement utilisées
par la propagande nazie. Heino s’est mollement défendu face à la polémique : « Les chansons n’y peuvent rien, si elles ont été instrumentalisées. »
La ministre, quand on l’interroge, plaide d’avoir été
prise de court. « Quand il est question de Heimat, le
débat tourne vite à la confrontation. Et la confrontation
tue la discussion », regrette-t-elle aussi. Il semble en
effet impossible. Mercredi dernier, à Düsseldorf, elle
s’est de nouveau retrouvée prise en étau entre les
coups de la gauche et des populistes. « Votre non-définition de la Heimat a ouvert la porte à tous les abus du
terme », s’est écrié, pour le SPD, Stefan Kämmerling,
alors que l’AfD avait lancé un débat sur « la Heimat
contre l’islamisation ».
En menant la bataille de la Heimat, Ina Scharrenbach veut « créer du lien », dit-elle. « Les ruptures et
les changements dans la société créent des peurs,
confie-t-elle. La Heimat permet de créer un sentiment
de communauté. » Pour redonner une fierté nationale
aux Allemands ? Elle répond d’abord par un long silence. « Je suis fière de mon pays, poursuit-elle. Mais
tout dépend ce que l’on comprend : j’ai une fierté saine
pour la République fédérale d’Allemagne. Il ne s’agit pas
d’un nationalisme. » C’est un choix de vie. ■
A
Nicolas Barotte
MONIKA SKOLIMOWSKA/DPA PICTURE-ALLIANCE/AFP
Le 10 mars, à Goerlitz,
ville frontalière de l’est de
l’Allemagne, des manifestants
portent une banderole sur laquelle
on peut lire : « Notre Patrie,
Notre avenir ! Participez ! ».
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vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
L’habitant des métropoles sous surveillance
in avril, les Québécois
apprenaient que pour contrer
leurs préjugés négatifs
supposés à l’encontre des
immigrés, la ville de Montréal,
à la suite de Barcelone et dans
l’esprit du « Programme des villes
interculturelles » conçu par le Conseil
de l’Europe, a décidé de mettre en place
pour l’automne 2018 un programme
d’« agents antirumeurs », chargés
de répandre une vision positive
de la diversité. Ceux-ci seront formés
par le Bureau d’intégration des nouveaux
arrivants de Montréal et par les groupes
communautaires qui y sont associés.
Essentiellement, il s’agit de former des
personnalités publiques et des citoyens
ordinaires qui pourront influencer
l’opinion par des conférences ou au cours
des conversations quotidiennes, en se
mêlant des échanges entre le commun
des mortels, quelquefois en s’ingérant
directement dans les conversations.
L’initiative se veut pédagogique.
Ses promoteurs la disent même ludique.
Mais nous sommes surtout devant une
entreprise décomplexée de contrôle
de la pensée, maquillée en programme
de transformation des mentalités,
comme si l’État était en droit
de rééduquer sa population
pour déconstruire et reconstruire
la conscience collective selon
de nouveaux plans. L’ingénierie sociale
vire à l’ingénierie identitaire.
Au Québec, l’ambition ne date pas
d’hier : depuis 2008, le gouvernement
a intégré de manière obligatoire
aux programmes scolaires un cours
d’« éthique et culture religieuse », qui
relève du principe
de la pédagogie
diversitaire: à défaut
de convaincre
« VENTS D’OUEST »
les adultes
des vertus du
Notre chroniqueur, figure de la vie intellectuelle
multiculturalisme,
québécoise*, voit dans une initiative
on en convaincra
de la ville de Montréal la volonté d’imposer
les nouvelles
une orthodoxie idéologique.
générations, en leur
F
MATHIEU BOCK-CÔTÉ
un rapport détaillé de leurs interventions
en entreprise, au supermarché, au parc,
au restaurant ou en famille pour
désamorcer les préjugés quant aux
grandeurs et merveilles de la diversité?
Sans verser dans une paranoïa inutile
et contre-productive, on est en droit
de s’inquiéter de la tentation autoritaire
d’une ville qui enrôle sur le mode de la
police de la pensée des volontaires zélés
chargés de faire entendre partout
les consignes du politiquement correct.
L’actualité laisse deviner à quoi
pourrait ressembler cette manipulation
à grande échelle de l’opinion par la
bureaucratie diversitaire avec la crise
des migrants qui frappe le Canada, à la
frontière québéco-américaine. Depuis
l’été 2017, plusieurs
milliers
La municipalité de Montréal va former d’immigrés
illégaux se
des « agents antirumeurs » censés
présentant comme
lutter contre les préjugés en matière
réfugiés ont
d’immigration. Ils pourront se mêler
traversé la
frontière par le
des échanges entre le commun des
Roxham,
mortels, quelquefois s’ingérer directement chemin
un chemin non
dans les conversations
surveillé par la
police. Ce chemin
est désormais connu par les réseaux
contre les idées qui prennent le
internationaux de passeurs qui profitent
contrepied du récit médiatique officiel.
de la bonne entente canado-américaine
On le devine, celui qui s’oppose
pour violer la frontière, avec la
à l’immigration massive, qui constate
bienveillance du gouvernement de Justin
que l’islam s’intègre mal en Occident,
Trudeau. Le 28 janvier 2017, sur Twitter,
qui ne croit pas à la thèse du racisme
le premier ministre du Canada avait
systémique, ou qui remet en question
d’ailleurs écrit: « À ceux qui fuient la
le système des accommodements
persécution, la terreur et la guerre, sachez
raisonnables n’aura pas une opinion
que le Canada vous accueillera… »
respectable: ce sera un colporteur
Trudeau n’avait manifestement pas
de rumeurs à contredire.
prévu que sa déclaration créerait
Mieux encore: les promoteurs
un véritable appel d’air.
montréalais de ce nouveau programme
Malgré la complaisance des élites
d’« agents antirumeurs » veulent
politico-médiatiques devant
l’élaborer de telle manière qu’il soit
ce mouvement, le commun des mortels
permis d’enregistrer une progression
se questionne sur ce détournement
de la pensée correcte dans l’opinion
à grande échelle du droit d’asile.
publique. Les « agents antirumeurs »,
Le droit des réfugiés n’a pas été pensé
qui recevront une formation idéologique
pour réguler des mouvements
appropriée auprès des autorités
migratoires de masse. Les incantations
compétentes, devront-ils faire
inculquant à l’école des attitudes
favorables à la « diversité ». L’école
devient un laboratoire politique ayant
pour mission de fabriquer un nouveau
peuple malléable et prêt à se soumettre
à l’idéologie dominante.
Mais avec les « agents antirumeurs »,
la rééducation est toutefois poussée
plus loin qu’elle ne l’a jamais été, avec la
surveillance et la censure au quotidien de
la conversation du commun des mortels,
pour la soumettre aux codes de la pensée
correcte. Les rumeurs à corriger seront
en fait les pensées en rupture avec
le discours favorable à l’immigration
massive et au multiculturalisme. Comme
souvent, le discours sur les « fake news »
est instrumentalisé pour justifier la lutte
«
»
sur les obligations internationales ne
veulent plus dire grand-chose dans ce
contexte, sinon qu’on invite à normaliser
juridiquement une immigration de masse
illégale. Mais on a vu le système
médiatique et plusieurs autorités
décréter qu’il ne fallait plus parler
d’immigrés illégaux – le terme serait
discriminatoire et péjoratif. Il faudrait
désormais parler des migrants
irréguliers. La consigne est suivie par
la plupart des commentateurs. Ceux qui
ne s’y plient pas sont présentés comme
des xénophobes incapables de
comprendre les subtilités du droit
international. L’euphémisation
de la réalité annonce sa censure.
Les futurs « agents antirumeurs »
devront probablement reprendre
les citoyens qui s’entêtent à parler
des illégaux et qui auront en plus le culot
de ne pas se réjouir de leur présence. On
le sait depuis Orwell: qui veut contrôler
la pensée contrôle d’abord les mots pour
l’exprimer. Lorsque la langue devient
novlangue, certaines zones de la réalité
deviennent inaccessibles. Les mots pour
la saisir ne sont plus disponibles ou sont
décrétés radioactifs. Pire encore: on
ne peut la mentionner qu’à la manière
d’un scandale moral. C’est ainsi partout
en Occident: on assimilera au racisme
le droit des peuples à demeurer euxmêmes, à la xénophobie leur manque
d’enthousiasme devant leur rééducation
diversitaire et à la discrimination
leur attachement à une communauté
politique substantielle distinguant ceux
qui sont citoyens et ceux qui ne le sont
pas. Le réel devient une rumeur
malveillante à dissiper. Celui qui veut
voir le monde sans les lunettes officielles
devient un dissident malgré lui.
* Sociologue, chargé de cours à HEC
Montréal et chroniqueur à Radio-Canada.
Parmi les ouvrages de Mathieu Bock-Côté,
signalons « Le Multiculturalisme comme
religion politique » (Éditions du Cerf, 2016),
salué par la critique, et « Le Nouveau
Régime. Essais sur les enjeux démocratiques
actuels » (Éditions du Boréal, 2017).
Zweig et Mann pour une Europe puissante
lors que Donald Trump
a confirmé sa préférence
pour l’unilatéralisme
en reniant brutalement les
engagements de son pays
sur le sujet iranien,
le président français a tenté de réveiller
la conscience européenne pour
recouvrer l’unité carolingienne, cette
« concorde conquise sur les différences »,
cette « vaste communauté marchant dans
la même direction ». Parce que le monde
tremble de cette recomposition des
alliances, la résurrection d’une Europe
puissante est plus que jamais nécessaire.
Deux géants de la littérature peuvent
nous y aider : Stefan Zweig et Thomas
Mann. Ils nous ont légué deux œuvresmondes, deux sensibilités, ainsi qu’une
précieuse unité de cœur et de combat
dans leur commune aptitude
à penser la résistance aux dérives
antidémocratiques. Les relire
aujourd’hui ravive la lucidité en ces
temps menaçants où le populisme
et le nationalisme ambitionnent
de dévorer nos aspirations européennes
à agir de concert.
Tout déterminé qu’il était à « donner
à (s)on existence l’amplitude, la plénitude,
la force et la connaissance, aussi de la lier
à l’essentiel et à la profondeur des
choses », Zweig avait dû courir à l’exil
dès 1934, à Londres,
puis à New York,
et de là au Brésil.
En 1933,
« À LIVRE OUVERT »
l’antisémitisme
hurlait partout.
Les deux grands écrivains, respectivement autrichien Sa maison de
et allemand, nous livrent de précieux conseils sur
Salzbourg avait été
la question européenne, observe notre chroniqueur*. perquisitionnée par
DESSINS CLAIREFOND
A
MATHIEU LAINE
le régime. Son œuvre, brûlante
d’intelligence et de sensibilité, était
partie en cendres dans un autodafé
à Munich. Sa littérature libératrice qui,
pour Zweig, n’était « pas la vie » mais
« un moyen d’exaltation de la vie, un
moyen d’en saisir le drame de façon plus
claire et plus intelligible », était jetée
au feu, révélant par l’indignité
de ce geste sa puissance intrinsèque.
Avant de connaître lui aussi
le départ contraint, Thomas Mann
prend, en 1930, ses distances
avec Weimar dans un vibrant
« Appel à la raison » prononcé à Berlin
contre le « retour à l’état sauvage »,
cette « dictature de la violence »
qui mènera au « naufrage
de la civilisation ».
Apatrides, errants, Zweig et Mann
sont les voix de l’« autre Allemagne »,
« celle de Goethe » comme la défend
Mann, de la culture, d’une Bildung
nourrie d’esprit critique, de philosophie,
de progrès individuel et d’universalisme
dont aucun cauchemar ne peut venir
à bout puisque même le nazisme
n’en a été capable. Ils sont la voix
de l’humanisme, la langue de la liberté,
celle qu’il convient, tant elle manque
aujourd’hui, de retrouver à nouveau
pour réenchanter notre avenir commun.
Il n’y a là rien de déconnecté
ni d’élitiste. Les mots de Mann recèlent
de trésors pour notre temps. Qu’on
en juge : « Tout humanisme comporte
un élément de faiblesse qui tient à son
mépris du fanatisme, à sa tolérance
et à son penchant pour le doute, bref,
à sa bonté naturelle et peut, dans certains
cas, lui être fatal. Ce qu’il faudrait
aujourd’hui, c’est un humanisme militant,
JEAN-LUC MÉLENCHON
A
Chef de File de La France Insoumise
BENJAMIN SPORTOUCH - RTL
GUILLAUME ROQUETTE - LE FIGARO / CHRISTOPHE JAKUBYSZYN - TF1-LCI
Dimanche 20 Mai 2018 I 12H-13H
un humanisme qui découvrirait sa virilité
et se convaincrait que le principe de liberté,
de tolérance et de doute ne doit pas
se laisser exploiter et renverser
par un fanatisme dépourvu de vergogne
et de scepticisme. »
Il en va de même chez Zweig,
notamment quand il publie le Castellion
contre Calvin, ce vibrant plaidoyer pour
la liberté de conscience, et le sublime
Le Joueur d’échecs, dans lequel
un prisonnier autrichien survit
à l’enfermement absolu en jouant
mentalement aux échecs contre
lui-même. C’est épris d’un même souffle
que Zweig choisit, tout au long de son
œuvre, de dresser les portraits
de personnalités aux confins
de la tyrannie et d’une soif d’exister, de
penser, de comprendre l’homme : Marie
Stuart, Magellan, Marie-Antoinette,
Montaigne, Érasme et bien d’autres.
Tout, d’ailleurs, était déjà là quand,
quelques années plus tôt, en 1919, Zweig
signait avec Romain Rolland, Albert
Einstein, Georges Duhamel et d’autres
intellectuels la Déclaration
de l’indépendance de l’esprit : « Seul
l’individu introduit l’indépendance dans
le monde, et toujours pour lui seul. »
Immense Zweig, responsable
et dépositaire clairvoyant d’un projet
européen mûri de culture, de paix
et de cette notion phare qu’est la défense
de la plus petite des minorités,
la personne humaine, contre ses
oppresseurs : « Il ne peut être défendu
à personne de rédiger lui-même dès
aujourd’hui sa carte d’identité d’Européen,
de se dire citoyen d’Europe, et, malgré les
frontières, de considérer fraternellement
comme une unité notre monde multiple. »
Porteur d’une utopie réaliste comme
on se doit, aujourd’hui, d’être europhile
et non euro-béat, Zweig prévient :
« Il est possible que ce soit
de l’illusionnisme, mais qui pense
résolument par-dessus le monde existant
se crée tout au moins une liberté
personnelle en face de notre époque
absurde. Il peut considérer avec un sourire
les vains et invraisemblables artifices
de la diplomatie dilatoire, avec mépris
les campagnes d’excitation à la haine
des journaux de chaque côté des frontières,
les chicanes entre nations, avec regrets
l’irritabilité maladive des peuples dressés
les uns contre les autres. Lui-même libre
à l’égard de tout cela, il peut garder son
âme pure de la haine effroyable qui s’étend
aujourd’hui sur la terre comme une nappe
de gaz asphyxiants, et, se tenant ainsi
à l’écart de ces conflits pour lui abolis,
il peut mieux comprendre l’humain sur
notre terre et s’élever à cette justice
sereine, claire et sans préjugés grâce
à laquelle – admirable parole de Goethe –
il ressentira comme le sien propre
le sort de tous les peuples. » Quelle
saisissante pensée européenne dans
son développement historique, cette
conférence d’une actualité troublante
donnée en 1932 à Florence.
Ce « non » universel de Zweig et Mann
à la fatalité des vents contraires doit
vibrer à nouveau en nous. Réinventer
l’Europe ne peut être le dessein d’un
homme mais d’un peuple tout entier.
Cela impose d’en finir avec
la monstruosité technocratique, de doser
subtilement l’harmonisation pour éviter
que l’absence de comparaison nous
rende aveugles à la prévalence des bons
modèles, et de répondre sans naïveté
aux enjeux migratoires
et environnementaux tout en nous
réconciliant avec ce « oui »
à l’humanité : oui à l’autre, au voisin,
à ce frère de culture et de rêve grâce
auquel nous serons, nous européens,
plus forts ensemble que divisés.
Zweig et Mann, ces grands amoureux
de la liberté et de la vie, jusqu’à, pour
Zweig, décider d’en mourir, nous
éclairent sur l’exigence première
de ce pari européen, à la fois concret
dans ses déclinaisons mais habité
d’un absolu à réanimer. Comme
écrivait Zweig, « La vérité à demi
ne vaut rien, il la faut toujours entière. »
Il en va de même de l’élan européen qui,
de l’union économique à celle
de la défense en passant par
ce fragile mais bien vivant esprit
commun nous unissant malgré tout,
impose d’être pensé et porté
sans limite.
*Auteur avec Jean-Philippe Feldman
de « Transformer la France. En finir
avec mille ans de mal français » (Plon).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 18 mai 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Ivan Rioufol
irioufol@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/rioufol
La France en guerre laisse l’ennemi en paix
elui qui tue au nom d’Allah
sait attendrir et culpabiliser
l’humaniste benêt qu’il
combat. Il lui suffit d’exposer
sa communauté en victime :
ce statut vaut protection
chez les belles âmes. Emmanuel Macron
est de celles-là, quand il redoute de
nommer l’idéologie islamiste qui excite
les égorgeurs. Réagissant à l’attentat
au couteau commis samedi soir à Paris
(quartier de l’Opéra) par un djihadiste
français d’origine tchétchène (un mort,
quatre blessés), le chef de l’État s’est
contenté en effet de dénoncer un
« terroriste ». Il a aussi assuré, dans
un tweet envoyé depuis sa villégiature
de Brégançon (Var) : « La France ne cède
pas un pouce aux ennemis de la liberté. »
C
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
ENTRE GUILLEMETS
18 mai 1799 : mort
de Beaumarchais.
Le monologue
de Figaro
BRIDGEMAN IMAGES/RDA
Est-il rien de plus
bizarre que ma
destinée ? Fils de
je ne sais pas qui,
volé par des bandits,
élevé dans leurs
mœurs, je m’en
dégoûte et veux
courir une carrière
honnête ; et partout
je suis repoussé !
»
Les grands mots cachent souvent des
faiblesses. De fait, lundi, Macron a aussi
tenu Israël pour seul responsable des
60 morts palestiniens tombés ce jour-là
à Gaza sous les balles de son armée. Le
Hamas a dû apprécier la condamnation.
Ce mouvement terroriste islamiste veut
qu’Israël disparaisse de la carte.
Observer le chef de l’État cautionner
la stratégie de provocation du djihadisme
palestinien et taire l’inspiration
coranique de Khamzat Azimov, qui a tué
Ronan, 29 ans, fait douter de sa capacité
de résistance à l’islamiste en guerre.
Macron n’ignore rien du jeu du Hamas,
qui tient Gaza sous sa botte. Lundi,
prétextant du 70e anniversaire d’Israël
et de l’inauguration de l’ambassade des
États-Unis à Jérusalem, ce bras armé de
l’Iran a encouragé les foules, adolescents
en première ligne, à cisailler les clôtures
de séparation avec les premiers kibboutz
et à franchir la frontière défendue par
l’armée israélienne. Les tirs à balles
réelles ont été les réponses,
préalablement annoncées, aux tentatives
d’invasions. L’encouragement islamiste à
braver la mort est assorti de subventions
versées par le Hamas : 3 000 dollars pour
la famille d’un « martyr », 500 dollars
pour un blessé grave, 200 pour un blessé
léger. Comme le rappelle Jeannette
Bougrab (Le Figaro, mardi) : « La France
doit comprendre qu’elle se trouve face
à un ennemi qui divinise la mort. »
Le fanatique qui accepte de mourir à
Gaza pour tenter de tuer l’image d’Israël,
à défaut de tuer un Israélien, est semblable
à celui qui se sacrifie en France pour
justifier son djihad. C’est pourquoi l’État
hébreu, confronté au Hamas, préfigure ce
qui pourrait s’installer en France demain.
Notre pays est déjà la cible prioritaire
du terrorisme déclenché en Europe
par l’islam conquérant. Depuis 2015,
247 personnes ont été tuées en France lors
d’attentats commis par des islamistes.
L’intifada des couteaux n’est plus réservée
à Israël. Outre Ronan, tué samedi,
les victimes françaises deviennent
nombreuses, depuis la décapitation
du chef d’entreprise Hervé Cornara
en juin 2015. À Magnanville, un couple
de policiers (Jean-Baptiste Salvaing
et Jessica Schneider) a été poignardé sous
les yeux de leur enfant de 3 ans. Le père
Hamel a été égorgé dans son église.
À Marseille, gare Saint- Charles, Laura
et Maurane ont été lardées de coups.
Ces crimes se poursuivront tant que
la République laissera l’ennemi en paix.
Il est trop commode de désigner Israël
et les États-Unis de Donald Trump
comme les fauteurs de troubles.
L’émotion devant les images ne doit pas
faire oublier la perversité de ceux qui
poussent une foule sous les feux d’une
armée. D’autant que la reconnaissance
de Jérusalem comme capitale d’Israël par
les États-Unis n’est que la confirmation
d’une évidence vieille de 3 000 ans : une
mémoire que le narratif islamique tente
d’effacer avec l’appui de l’ONU ou
de l’Unesco. La protection d’un pays
en guerre ne peut s’exonérer du recours
à la force quand des assauts tentent de
provoquer l’intrusion, fût-elle désarmée.
La Marche du retour, mise en scène
médiatique qui a servi de prétexte
au Hamas pour tenter de pénétrer en
territoire israélien, a fait comprendre que
ce mouvement refusait la solution de
deux États séparés. Les près de 60 morts
palestiniens (dont 50 combattants
du Hamas) et les 2 500 blessés sont
évidemment de trop. Mais qui a incité
à ce drame sinon la stratégie victimaire ?
Israël : choix légitime
Au lieu de dénoncer la responsabilité
d’Israël, dans un zèle qui rejoint
inutilement l’ambigu antisionisme
de l’extrême gauche, Macron devrait
s’inspirer de cette démocratie qui se bat
pour ne pas mourir. Faudrait-il que
Tsahal baisse les armes pour laisser
entrer le peuple gazaoui fanatisé ? Les
Palestiniens de la Cisjordanie voisine
n’ont pas cherché un tel affrontement.
Israël a certes renoncé à gagner la guerre
des images, pour ne privilégier que sa
sécurité. Mais son choix d’ouvrir le feu,
s’il indigne une partie de l’opinion bercée
par l’angélisme, était légitime au vu de la
menace collective. En France, même les
pleureuses professionnelles ont d’ailleurs
gardé les yeux secs devant la mort
d’Azimov. Le djihadiste a été abattu,
samedi soir à Paris par un agent de police
secours. Il a fait usage de son arme
de service après les sommations d’usage.
Azimov a eu dix minutes pour tuer, au
hasard de son parcours dans le quartier
de l’Opéra. Il y a encore peu, un tel
dénouement aurait scandalisé les droitsde-l’hommistes qui auraient fustigé la
brutalité policière. Mercredi, le ministre
de l’Intérieur a salué « le bon geste »…
Il faut observer ceux qui détestent
Israël pour comprendre ce qui les
révulse : l’État hébreu représente tout
ce que combat la pensée dominante
occidentale, entichée d’universalisme,
d’ouverture à l’Autre,
de multiculturalisme, de relativisme
culturel, d’indifférenciation
identitaire, etc. Parce qu’Israël, jeune
nation multiethnique ressuscitée, défend
fièrement son enracinement,
sa mémoire, son peuple, ses frontières,
sa cohésion, ce pays est considéré
comme irrécupérable par la bien
pensance européenne. Tout ce que
le petit État-nation assume, dans son
combat pour sa survie et dans son
dynamisme, est vu comme une
provocation par le politiquement correct
qui tient le haut du pavé en France et qui
sévit à l’Élysée. Or la capitulation est un
état d’esprit qui se corrige pour peu que
les dirigeants en donnent l’exemple. Les
mentalités françaises sont prêtes à sortir
de la léthargie où les ont mises depuis des
décennies les marchands d’orviétan.
Laxisme
Le laxisme répond à la pression
salafiste en France. Gérard Collomb,
ministre de l’Intérieur, admet n’avoir pu
fermer que « moins de cinq » mosquées
se réclamant de ce courant subversif.
Le gouvernement a renouvelé un feu vert
pour l’arrivée de 300 imans étrangers
à l’occasion du ramadan. Il trouve
des arguties pour ne pas expulser les
étrangers fichés S, tandis qu’il tente
de faire revenir des djihadistes français
lourdement condamnés en Irak. Reste la
question : que ferait Israël à notre place ?
VOX
ANALYSE
Anne de Guigné
adeguigne@lefigaro.fr
Quelle est la bonne méthode
pour réduire les inégalités ?
a France est un des pays les
moins inégalitaires du monde.
Malgré les polémiques et biais
de perception, c’est un fait
tenace que démontrent chaque
année les données de l’OCDE.
Le taux de pauvreté atteint dans
l’Hexagone 8,1 %, contre une moyenne
de 11,5 % pour l’ensemble des pays
membres de l’organisation. Ces résultats
comparativement honorables sont le fruit
d’un immense effort de redistribution,
dont le prix est bien connu : l’Hexagone
caracole en tête des champions
de la dépense publique et de la pression
fiscale en Europe.
L’égalité est au cœur de la devise de la
République française. « C’est donc une des
plus importantes affaires du gouvernement
de prévenir l’extrême inégalité des fortunes,
non en enlevant les trésors à leurs
possesseurs, mais en ôtant à tous les moyens
d’en accumuler, ni en bâtissant des hôpitaux
pour les pauvres, mais en garantissant les
citoyens de le devenir », plaidait le père
du contrat social, Jean-Jacques Rousseau.
Héritiers de cette promesse,
les gouvernements successifs tentent
de la réaliser. Les politiques débattent
volontiers égalité des chances versus
égalité réelle, mais peu s’interrogent sur
la méthode à suivre. Depuis l’introduction
de l’impôt progressif sur le revenu,
par la loi du 15 juillet 1914, l’État
a résolument opté pour la redistribution.
L
Dassault Médias
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Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
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Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
Une politique qui permet à la France
de corriger un niveau d’inégalités – avant
intervention de la puissance publique –
parmi les plus élevés des pays
occidentaux. En 2016, avant
redistribution, les 10 % des personnes les
plus pauvres en France disposaient d’un
niveau de vie moyen de l’ordre de
3 080 euros par an, contre 72 690 pour les
10 % les plus riches. Qui pourrait vivre
avec 255 euros par mois, voire beaucoup
moins pour les personnes les plus
modestes du décile ? Si l’État n’intervenait
dans aucun de ces pays, le taux de
pauvreté atteindrait 36,4 % en France,
contre 26,7 % aux États-Unis, 29,8 %
en Grande-Bretagne ou 33,3 %
en Allemagne, selon l’OCDE. Parmi nos
grands voisins, seule l’Espagne ferait pire.
Comment expliquer cette situation,
à savoir une échelle des revenus primaires
très inégalitaire, que corrige une
redistribution massive ? L’école française
est devenue une des plus inégalitaires
de l’OCDE. Nulle part ailleurs, la variation
des résultats des élèves ne correspond
autant à leur milieu socio-économique.
À la fin du collège, les élèves des
établissements les plus défavorisés ne
maîtrisent que 35 % des compétences
attendues en français, contre 80 % pour
les élèves scolarisés dans un contexte
privilégié.
L’inégalité du système scolaire entraîne
celle du marché du travail. Le taux
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
de chômage des non-diplômés est de trois
fois supérieur à celui des diplômés
d’études supérieures. Signe tangible
de l’existence de trappes à exclusion,
la durée moyenne du chômage ne cesse
de croître. Au premier trimestre 2018, elle
atteignait de 312 jours, alors que, depuis
trente ans, le taux de chômage des moins
de 25 ans n’a jamais été inférieur à 15 %.
Le constat est clair : la France, bien plus
que les pays anglo-saxons (pourtant
réputés plus « durs » envers les pauvres),
assigne les personnes défavorisées
à résidence, pour reprendre une
expression chère au président Macron,
qui a le mérite de vouloir s’attaquer
de front au sujet. Il s’est fixé l’objectif
de réduire dans un même mouvement
les inégalités à la source et le poids
de la redistribution. S’il réussit, ce qui
n’est pas acquis, la nature de l’État
français sera substantiellement modifiée.
Il quitterait ses habits confortables mais
usés de super État-providence pour
devenir une force émancipatrice.
L’ambition du président doit se traduire
par une baisse des prélèvements
obligatoires et une vaste réforme de
l’école et de la formation professionnelle,
principales sources des inégalités
en France. La première partie - baisse des
impôts - reste à l’état de promesse. Les
chantiers de l’école et de la formation ont
en revanche été lancés. Il faudra quelques
années pour en mesurer l’efficacité.
FIGAROMEDIAS
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… HISTOIRE
« Le président
de la Commission
européenne, Jean-Claude
Juncker, veut que l’Europe
s’inspire de… Karl Marx ! »,
par André Senik, agrégé
de philosophie et auteur
du Manifeste du parti
communiste aux yeux
de l’histoire (Éditions
Pierre-Guillaume de Roux,
2015).
…
CATHOLICISME
« Même en latin,
les catholiques
ne prêchent pas l’appel
au meurtre ! », par Céline
Pina, essayiste et auteur
de Silence coupable
(Éditions Kero, 2016).
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
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Cahier TV 68 pages
Supplément 5 Madame
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Promo Portage
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du territoire national
A
LE BLOC-NOTES
17
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vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO
18
Laurence Benaïm
lbenaim@lefigaro.fr
nthropologue, directeur d’études à
l’École des hautes études en sciences
sociales, Marc Abélès publie Un ethnologue au pays du luxe (Odile Jacob,
avril 2018). C’est en Chine continentale, où le nombre de milliardaires va
quintupler d’ici à 2025, qu’il a entrepris de s’intéresser au sujet. Un luxe que l’on ne peut réduire, selon
lui, aux clichés de l’inutilité et de « l’inessentiel ».
Mais il pointe aussi les limites d’un luxe dont la banalisation va à l’encontre des « valeurs d’exceptionnalité » qui lui sont associées.
Vous montrez la fulgurante progression
de l’industrie du luxe, à travers la valorisation
de produits comme le vin, les grandes griffes
de mode, de joaillerie, mais aussi des œuvres d’art.
Mais en France, le luxe semble tenu à l’écart par
les universitaires. S’agit-il d’un tabou national ?
Le luxe fait preuve d’un dynamisme impressionnant.
Des groupes comme LVMH ou Kering présentent une
croissance du chiffre d’affaires de plus de 6 %. À l’intérieur de ces conglomérats, Dior, Louis Vuitton,
Saint Laurent, Gucci n’ont jamais été aussi prospères.
Au CAC 40, LVMH a dépassé Total. Et pourtant, c’est
vrai, les politiques, quand ils exaltent les résultats de
l’industrie française, n’insistent pas trop sur la performance du luxe. Cela pourrait faire mauvais genre,
même si, pour nombre d’étrangers, l’image de la
France est avant tout associé au luxe et au tourisme.
Marc Abélès : « Le luxe
conserve un parfum d’interdit »
L’ethnologue témoigne de la fulgurante ascension du luxe, de sa globalisation.
Et de la fascination qu’il exerce, notamment en Chine.
Les mots « dilapidation », « dépense improductive »
collent à la peau du luxe. Pensez-vous comme
le philosophe Étienne Condillac qu’il existe encore
trois sortes de luxe ? « Le luxe de magnificence,
le luxe de commodité, le luxe de frivolité » ?
Le luxe a toujours conservé un parfum d’interdit.
Rousseau, déjà, en dénonçait les effets pervers.
Aujourd’hui dans les milieux universitaires, s’intéresser au luxe apparaît, si j’ose dire, comme un luxe.
À côté des grands problèmes du monde, on est suspect, au mieux, de futilité, au pire, de fascination
pour le monde des riches.
Pourtant le luxe est un phénomène anthropologique
majeur, synonyme de la capacité des humains à
s’émanciper de la sphère étroite de la nécessité.
Trente mille ans avant notre ère on trouve déjà des
objets de luxe dans des sépultures.
Mais voilà, le luxe est, dans son étymologie même,
associé à la luxure, à l’excès. Et la morale s’en mêle.
Le luxe, c’est le superflu, et même si Voltaire ricane
(« Le superflu chose très nécessaire », écrit-il dans
son poème Le Mondain), la moralisation plane, et
même Roland Barthes en vient à se justifier d’avoir
écrit son grand livre sur la mode. Avant lui de
VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE
PARIS SECRET
Paris est une fête, et surtout un mystère :
la ville de Saint Louis et d’Henri IV, de Victor
Hugo et de Balzac, de Modigliani et de Robert
Doisneau n’a pas fini d’éblouir. De Notre-Dame à
La Défense, de Montparnasse au Père Lachaise,
des hôtels particuliers aux passages couverts,
Le Figaro Hors-Série vous fait découvrir Paris tel
que vous ne l’avez jamais vu. Au fil de ses ponts,
de ses jardins, de ses palais, de ses boulevards,
Paris livre mille et un secrets. Partez à la chasse
aux trésors et revivez la légende des siècles, avec
la plus éblouissante des promenades parisiennes.
Le Figaro Hors-Série : Paris secret.
160 pages.
luxe est
« unLe phénomène
anthropologique
majeur,
synonyme
de la capacité
des humains
à s’émanciper
de la sphère
étroite de
la nécessité.
Trente mille ans
avant notre ère,
on trouve déjà
des objets
de luxe dans
des sépultures
MARC ABÉLÈS
NUMÉRO
DO U BL E
160 pages
12 €,90 Actuellement disponible
chez votre marchand de journaux et sur www.figarostore.fr/hors-serie
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A
« Aujourd’hui, le luxe est
à un tournant. Il est partout
à travers la multiplication
des lieux commerciaux
et des images qu’on injecte
à de larges populations
avides de mobilité sociale,
mais l’on peut
raisonnablement augurer
que, très bientôt, la Chine
va s’affirmer comme
protagoniste dynamique
sur le marché du luxe. »
STÉPHANE CORREA/LE FIGARO
LE FIGARO. - Il y a tout juste dix-huit ans, vous avez
publié, Un ethnologue à l’Assemblée. Comment
passe-t-on d’un lieu à ce que vous définissez
d’emblée comme un « objet intellectuel » ?
Marc ABÉLÈS. - Je n’étais nullement prédestiné à
écrire sur le luxe. Je suis un spécialiste d’anthropologie politique et depuis mes premiers travaux en
Éthiopie méridionale, je me suis intéressé aux pratiques d’assemblée, aux élus, aux rituels politiques.
Après l’Éthiopie il m’a paru important d’appliquer
mes méthodes à ma propre société, notamment à
l’Assemblée nationale. C’est en travaillant sur la globalisation que j’ai ouvert un terrain en Chine dans un
lieu d’art très important, le 798, à Pékin. J’ai observé
là l’imbrication croissante de l’industrie du luxe et de
l’art contemporain. L’extraordinaire dynamique de
cette industrie m’a amené à entreprendre une réflexion sur la question du luxe. Encore faut-il savoir
ce qu’on entend par luxe. Le luxe n’est pas seulement
bon à consommer, il est aussi bon à penser. Je ne le
traite pas ici en termes de marketing, mais comme
un objet intellectuel passionnant et énigmatique.
RENCONTRE
A
»
grands esprits comme Condillac, et plus tard JeanBaptiste Say, avait pris soin de distinguer les différentes formes de luxe auxquelles vous faites allusion. Ce dernier opposait la « satisfaction réelle » du
luxe de commodité à la « satisfaction creuse » du
luxe d’ostentation, voué à une « consommation
improductive ».
En réalité, tout effort pour comprendre le phénomène du luxe est guetté par deux écueils : d’un côté
un moralisme sous-jacent, une bien-pensance académique qui en vient à interdire une prise en compte du luxe dans son excès même, alors qu’il implique
dépense et « consumation » (Georges Bataille). De
l’autre, une tendance à rabattre le luxe sur une sociologie de la consommation, voire à une question
de marketing. On nous conte un narratif édifiant
(cf. Gilles Lipovetsky et Yves Michaud), où le luxe
signe le triomphe de l’individualisme et de l’hédonisme. Un discours séduisant qui déculpabilise le
luxe à destination de l’upper middle class, mais qui
ne nous dit pas grand-chose sur les mutations
contemporaines.
Vous évoquez le cas de cette Mercedes achetée
à prix d’or en Chine, qui, malgré cinq réparations
successives, ne fonctionna jamais. Le propriétaire
organisa un « grand défilé de protestation » au cours
duquel la voiture fut traînée dans les rues de Wuhan
par un buffle avant d’être « publiquement frappée
à coups de masse par les membres de la sécurité
et complètement démolie ». Que vous inspire
ce fait divers du luxe ?
Le triomphe d’un luxe avant tout occidental, incarné
dans des vêtements, des accessoires, des automobiles, de l’horlogerie qu’on retrouve un peu partout,
finit par être ressenti comme invasif et dominateur.
D’où ces réactions qui reflètent la volonté de la part
de ce grand pays de se réapproprier le luxe. Il y a aussi un souci d’authenticité, et le rejet de produits qui
finissent par apparaître artificiels, « hors-sol ».
Aussi voit-on se développer un luxe associé au terroir et au savoir-faire local. Et surtout, l’art est mis à
contribution, avec le développement exponentiel
des foires d’art contemporain et des fondations.
C’est une manière de redonner au luxe les prestiges
de la création et cela impacte considérablement le
marché de l’art. Aujourd’hui, le luxe est bien à un
tournant. Il est partout à travers la multiplication des
lieux commerciaux et des images qu’on injecte à de
larges populations avides de mobilité sociale, mais
l’on peut raisonnablement augurer que, très bientôt,
la Chine va s’affirmer comme protagoniste dynamique sur le marché du luxe. Cela s’observe déjà dans le
domaine de la mode, et si cette tendance se confirme, on assistera à une reconfiguration en profondeur
de ce marché.
Quel serait votre luxe ?
Posséder un clavecin, même si je n’en joue pas. Peutêtre parce qu’il concentre dans sa sonorité comme
dans son esthétique l’idée que je me fais du
XVIIIe siècle. Le clavecin n’a pas un son aussi puissant que le piano. Ce sont des cordes pincées. On ne
peut pas colorier un clavecin avec des sentiments.
Son double clavier harmonique n’offre que la quintessence d’un moment. Le piano appelle l’applaudissement, le bis. Le clavecin, il faut l’écouter, il ne
s’impose pas. Il est la fugacité même. Le luxe par
excellence.
Comment vivez vous le luxe au quotidien ?
En me mettant à l’écoute. J’aime être dans des endroits isolés, dans des montagnes, au cœur d’un
paysage. Mon vrai luxe, c’est le silence. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 943 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
BANQUE
LES SALARIÉS D’ARKÉA
MANIFESTENT POUR LEUR
« INDÉPENDANCE » PAGE 24
SYSTÈME U
LE NOUVEAU PATRON
DÉVOILE SA STRATÉGIE
PAGE 23
Iran : les Européens ripostent
aux menaces de Trump
L’Union européenne a annoncé des mesures pour protéger les entreprises
européennes traitant en Iran. Leur portée risque d’être surtout symbolique.
Réunis en sommet à Sofia, en Bulgarie, les Vingt-Huit ont surpris les
plus sceptiques par la célérité de leur
réplique. Jean-Claude Juncker, le
président de la Commission, va
réactiver dès ce vendredi matin une
« loi de blocage », un texte de 1996
censé prémunir les entreprises européennes contre les sanctions extraterritoriales américaines. Bruxelles
demande aussi à la Banque européenne d’investissement (BEI) de
pouvoir garantir des financements
en euros aux exportateurs européens. Les spécialistes mettent en
doute l’efficacité pratique et juridique de ces mesures. Mais leur portée
est symbolique et démontre la volonté des Vingt-Huit d’afficher un
front uni. ■
èMOSCOU ACCUEILLE À POINT NOMMÉ TÉHÉRAN DANS SON UNION ÉCONOMIQUE EURASIENNE PAGE 22
Un nouveau
tandem à la
tête d’Engie
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
L’assemblée générale
d’Engie doit entériner
ce vendredi
la nomination
de Jean-Pierre
Clamadieu comme
président non exécutif
du groupe.
Avec la directrice
générale, Isabelle
Kocher, il doit relever
un double défi : réparer
la gouvernance
et réussir le virage
stratégique engagé
en 2016. PAGE 20
VIVENDI
Le groupe repart
à la charge chez
Telecom Italia
PAGE 26
LA SÉANCE
DU JEUDI 17 MAI 2018
CAC 40
5621,92
+0,98%
DOW JONES (18h)
24765,81 -0,01%
ONCE D’OR
1289,50 (1291,25)
PÉTROLE (lond)
80,310 (78,200)
EUROSTOXX 50
3592,18 +0,82%
FOOTSIE
7787,97 +0,70%
NASDAQ (18h)
6929,45 -0,01%
NIKKEI
22838,37 +0,53%
L'HISTOIRE
Les départements devraient pouvoir
à nouveau augmenter les droits de
mutation, plus communément appelés « frais de notaire », réglés par
l’acheteur lors d’une transaction immobilière. C’est ce qu’a indiqué l’Assemblée des départements de France
(ADF) jeudi dans un communiqué :
« Les départements ont accueilli
avec intérêt l’offre d’un déplafonnement des droits de mutation à titre
onéreux (DMTO) qui permettrait de
dégager de nouvelles recettes et
d’abonder les ressources des départements les plus démunis. »
Le premier ministre, Édouard Philippe, a
proposé que le taux départemental des
DMTO, plafonné à 4,5 % depuis la précédente hausse en 2014, puisse être
augmenté jusqu’à 4,7 % en 2019 par les
départements qui le décident, préciset-on à l’ADF. Contacté, Matignon n’a
pas donné suite à nos sollicitations.
Si elle était confirmée, il s’agirait d’une
mauvaise nouvelle pour les Français.
À la suite de la hausse du plafond en
2014, la quasi-totalité des conseils
départementaux ont relevé les
DMTO. On voit mal pourquoi ils agiraient autrement cette fois…
D’autant que, depuis trois ans, les départements manquent cruellement de
moyens pour financer les aides sociales (RSA, allocation personnalisée
d’autonomie, allocation adulte handicapé). Ils négocient donc des financements supplémentaires avec l’État.
S’ils ont obtenu partiellement gain de
cause sur le plafond des DMTO (qu’ils
souhaitaient à 4,9 %), les représentants
des départements ont rejeté à ce stade le chèque de 250 millions d’euros
que leur propose par ailleurs l’exécutif
pour financer les aides sociales.
La possibilité offerte aux collectivités
d’augmenter les droits de mutation
va à l’encontre des préconisations du
rapport sur la fiscalité locale, écrit par
le préfet Dominique Bur et le sénateur
LaREM Alain Richard et commandé
par le gouvernement. Ce rapport
souligne la nocivité des DMTO pour
l’économie (ils contribuent à rigidifier
les marchés immobiliers et du travail).
Les deux experts proposent de
confier les droits de mutation à l’État
pour que celui-ci… baisse cet impôt.
GUILLAUME GUICHARD
PUBLICITÉ
Démission du PDG de « La Provence »
après l’achat de billets frauduleux
ean-Christophe Serfati pensait bien
faire, mais son opération de RP
à l’occasion du match OM-Atlético
de mercredi a viré au fiasco. À tel point
que le PDG de La Provence a remis
sans délai, jeudi, sa démission à Bernard Tapie,
propriétaire du groupe de
presse. Son erreur? Avoir
fait acheter par la régie
du quotidien des places
pour assister à la finale
de l’Europa League auprès
d’une agence non agréée
par l’UEFA, en charge
de la billetterie de tous les
matchs de la Ligue Europa.
Sur les 120 heureux
détenteurs de billets
conviés à Lyon, seuls
cinquante ont pu accéder
au stade. Les autres, avec
des tickets non conformes,
ont été interdits d’entrée.
Les invités éconduits
se sont consolés autour
d’une bonne table
lyonnaise où ils ont pu
suivre le match à la télé.
J
Mercredi, Le Canard enchaîné et le site Web
marseillais Marsactu avaient déjà fait état d’une
opération de la régie marseillaise consistant
à vendre des « packs » aux annonceurs.
De 6 900 euros (2 places) à 30 000 euros
(6 places) pour assister à la finale, match vendu
« en couplage » avec
de l’achat d’espace dans
La Provence. Une offre
qui contreviendrait au
règlement de l’UEFA,
qui stipule que les billets
« ne peuvent être utilisés
dans le cadre de toute
publicité, promotion, levée de
fonds », rappelle Le Canard.
Jean-Christophe Serfati
s’est dit « victime d’une
escroquerie » et en a tiré les
conséquences en présentant
sa démission. Quant
à Bernard Tapie, qui se
désolidarise totalement de
l’opération, il a déposé plainte
contre l’agence qui a vendu
les billets, tout comme
l’UEFA. ■
ALEXANDRE DEBOUTÉ
BÉNÉFICIEZ
D’UNE EXPERTISE
RECONNUE
EN BOURSE
ÉLUE MEILLEURE BANQUE
POUR ALLER EN BOURSE
Classement des
MEILLEURES
BANQUES
PAR LE MAGAZINE
Capital
1ère BANQUE POUR ALLER EN
BOURSE
Parmi 110 établissements sur 7 profils et 3 produits.
J’aime ma banque.
Source Capital, juin 2017
Fortuneo est une marque commerciale d’Arkéa Direct Bank. Arkéa Direct Bank,
Société Anonyme à Directoire et Conseil de Surveillance au capital de 89 198 952
euros. RCS Nanterre 384 288 890. Siège social : Tour Ariane - 5 , place de la Pyramide
92088 Paris La Défense. Courtier en assurance n° Orias 07 008 441.– Adresse postale :
FORTUNEO - TSA 41707 - 35917 RENNES CEDEX 9.
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
LES DROITS
DE MUTATION
POURRAIENT
AUGMENTER
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vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
ENGIE,
EN CHIFFRES
Avec un nouveau président,
Engie change d’époque
LE COURS DE BOURSE
EN EUROS
15,0
Gouvernance et stratégie : les deux défis du tandem Jean-Pierre Clamadieu-Isabelle Kocher.
BERTILLE BAYART £@BertilleBayart
ÉNERGIE L’atmosphère va devenir
plus respirable au 36e étage de la
tour Engie à la Défense, où l’air
s’était épaissi, au fil de leurs deux
années de cohabitation, des tensions latentes entre le président
Gérard Mestrallet et la directrice
générale Isabelle Kocher. Le premier, à 69 ans et après trente-cinq
années dans le groupe, passe la
main ce vendredi. Désormais, c’est
avec
Jean-Pierre
Clamadieu,
59 ans, encore patron du chimiste
Solvay pour quelques mois, qu’Isabelle Kocher va faire tandem.
« Ça va bien se passer », ont promis les deux, dans les colonnes du
Figaro, après que le conseil d’administration d’Engie avait choisi JeanPierre Clamadieu comme futur président non exécutif. Les voilà face à
un double défi : réparer la gouvernance et réussir le virage stratégique engagé par Engie en 2016. Le
patron de Solvay a commencé son
acculturation à Engie ces deux derniers mois, profitant de ses déplacements pour rencontrer parfois les
équipes de son futur
groupe, testant
auprès de quelques fins experts ses pre-
mières impressions. Il s’est préparé
mais ne s’est pas encore forgé de
convictions. Les observateurs, qui
ont commenté mi-effarés, miamusés les bagarres de ces derniers
mois chez Engie, se chargent de
spéculer sur son attitude future.
« Jean-Pierre Clamadieu ne vient
pas en spectateur, assure un banquier. Cela promet du mouvement. »
La priorité devrait être donnée à
la gouvernance. « Ça ne fonctionne
pas très bien », euphémise un proche du dossier. L’échéance, l’an
prochain, des mandats de 6 des
19 administrateurs, devrait être
l’occasion d’un renouvellement.
L’arrivée de Jean-Pierre Clamadieu, rompu à la gouvernance dissociée, devrait rationaliser des
procédures marquées par l’empreinte personnelle de Gérard
Mestrallet et dans lesquelles Isabelle Kocher se sentait piégée. Bref, on
espère chez Engie retrouver plus
de sérénité. Et la directrice générale, marquée par les attaques qui
l’ont visée, la première. « Elle a
connu une entreprise de sape systématique. Elle aura prouvé une capacité certaine de résilience… », sourit
un proche.
Le duo Clamadieu-Kocher doit
donc vite trouver ses marques. De
part et d’autre, leurs proches l’assurent : la relation est bonne et
promet d’être fluide à l’avenir.
Ils n’auront pas droit au dérapage. Ces derniers mois, le petit
Paris des affaires a fait dire beaucoup de choses à l’État actionnaire
(à 23 %) quant à son jugement sur la
direction d’Engie. Seule certitude,
Emmanuel Macron, ministre puis
président, n’a guère goûté les affres
récurrentes de la gouvernance.
Le nouveau tandem a du pain sur
la planche. Engie est engagé dans
un virage stratégique majeur, qui l’a
conduit à céder pour 15 milliards
d’euros d’actifs pour se repositionner sur la production d’énergie bas
carbone (renouvelables et gaz), les
infrastructures et les services. Isabelle Kocher l’affirme : Engie a
réussi ce pivot et est en avance. « La
vision est la bonne, mais l’exécution
pèche peut-être en cela qu’elle a du
mal à “embarquer » tout le monde »,
commente un bon observateur.
“
Jean-Pierre
Clamadieu ne vient pas
en spectateur.
Cela promet
du mouvement
UN BANQUIER
”
Le défi d’Engie depuis deux ans a
été de se projeter dans le monde de
la transition énergétique quand la
réalité de son portefeuille est celui
d’un développement encore trop
faible dans les énergies renouvelables (hors hydraulique) et d’un
poids important des activités liées
au gaz. « Les gaziers ont encore toute leur place dans le groupe », grince
un détracteur d’Isabelle Kocher. Ce
hiatus entre le cœur historique de
l’entreprise et la communication
stratégique doit être traité.
Autre défi : finaliser le reprofilage
du groupe. Le programme de cessions est achevé pour l’essentiel.
Mais l’activité nucléaire belge reste
une épine dans le pied d’Engie. Les
négociations en Belgique piétinent.
Jean-Pierre Clamadieu, après plusieurs années passées à la tête d’une
entreprise belge, apportera peutêtre sa patte.
Enfin, Engie devra donner rapidement de la consistance à son programme de réinvestissement. Le
groupe a beaucoup de projets en
soute, dans la droite ligne de sa stratégie actuelle : le développement de
parcs éoliens et solaires, les contrats
de services avec de grands clients
ou des territoires, dont Engie peut
assurer tous les besoins en énergie,
en chaud, en froid… Fort de ses
« troupes au sol », ses 100 000 et
plus salariés des activités de service,
le groupe se dit convaincu de son
avenir dans ces métiers concessifs.
Pour exécuter la stratégie décidée
il y a deux ans, Isabelle Kocher s’appuiera notamment sur Paulo Almirante, nommé COO (chief operating
officer). L’organisation sera alors au
carré et dégagera un peu de temps à
la directrice générale pour évaluer
ses options dans un contexte de
marché en mutation rapide. L’énergie européenne résonne de bruits de
bottes après les opérations de
consolidation en Allemagne entre
E.ON et RWE, la tentative de rachat
du groupe portugais EDP par le
chinois CTG ou encore l’acquisition
de Direct Énergie par Total. « Personne n’a encore trouvé le modèle
gagnant, explique un bon observateur, mais la roue tourne vite. » Engie, fort d’un bilan sain, devra décider comment il participe aux
grandes manœuvres qui se profilent. Avec aussi la perspective d’être
dans les mois qui viennent affranchi
de la présence de l’État à son capital.
La loi Pacte devrait en effet autoriser l’État à passer sous la
barre du tiers des
droits de vote. ■
14,49
14,5
14,0
13,5
13,0
12,5
Isabelle
Kocher
1966
Naissance à Neuillysur-Seine (92).
École des mines
de Paris, ENA
12,0
17 Mai
2017
17 Mai
2018
LES RÉSULTATS 2017
65
milliards d'euros
de chiffre d'affaires
1999
Conseillère pour les
affaires industrielles
du premier ministre
Lionel Jospin
d'euros
d'Ebitda
9,3 milliards
2016
net
2,6 departrésultat
du Groupe
Directrice générale
d’Engie
milliards d'euros
d'euros
de dette
20,9 milliards
TROIS ACTIVITÉS,
EN % DE L'EXCÉDENT BRUT
D'EXPLOITATION EN 2017
40 %
Production
d’énergie
( gaz, renouvelables,
centrales nucléaires
belges)
Réseaux
37 %
Jean-Pierre
Clamadieu
1958
Naissance à Paris.
École des mines
de Paris
2008
PDG de Rhodia
2012
Président exécutif
de Solvay
23 %
(GRTgaz, GRDF...)
Services
(Cofely, Ineo...)
Sources : Bloomberg, société
Infographie
A
La der de Gérard Mestrallet
Il détient, au CAC 40, un record de
longévité seulement battu par les
patrons d’entreprises familiales
comme Bouygues ou LVMH. Gérard
Mestrallet préside ce vendredi sa
23e et dernière assemblée générale
annuelle chez Engie, qui s’appelait
auparavant GDF Suez, et, encore
avant, Suez… L’épilogue d’une carrière hors norme.
À la veille de l’événement, il
confie « un peu d’émotion, mais pas
de nostalgie ». À 69 ans, Gérard
Mestrallet se dit prêt à se contenter
de (toutes) ses autres vies. Il y a bien
longtemps, l’investisseur belge
Albert Frère, son actionnaire, le lui
reprochait : « Il fait trop de choses,
Gérard ! » Aujourd’hui, rien ne l’en
empêche. Gérard Mestrallet est
pour un an encore président de
Suez, et pour un mois de Paris
Europlace. Il est aussi depuis peu
coprésident du Carbon Pricing Leadership Coalition, ou encore président de l’agence pour le développement
d’Al-Ula,
la
Petra
saoudienne. Il participe aux conseils
internationaux qui épaulent certains maires, comme à Shanghaï, ou
encore celui qui s’est formé autour
du premier ministre grec Alexis
Tsipras, etc., etc.
Gérard Mestrallet multiplie les
fonctions comme il a additionné les
métiers, les crises et les coups chez
Engie. Polytechnicien et énarque, il
a passé peu de temps dans l’administration en début de carrière (au
Trésor), pour vite rejoindre cette
Compagnie de Suez, qui bientôt
allait se lancer à la conquête de la
Société générale de Belgique. Première bataille, et premières responsabilités, puisque Suez l’a alors envoyé, à moins de 40 ans, diriger
cette vieille dame « dont on disait
abusivement qu’elle pesait un tiers du
PIB belge ». Première occasion aussi
de toucher à tout dans ce bric-àbrac qui allait de l’industrie lourde à
la finance en passant par l’énergie et
les transports. En 1995, retour à Paris, dans une ambiance de crise. Les
actionnaires de Suez ont débarqué
Gérard Worms, Mestrallet lui succède. Pour vingt-trois ans, donc.
« Mestrallet, c’est celui qui achète
et qui vend ? » s’amusait il y a quelques années un de ses confrères du
fusion la plus longue de l’histoire,
qui dut être suspendue le temps
d’une élection présidentielle. « Nicolas Sarkozy ne voulait pas de cette
opération négociée sous Villepin. J’ai
eu un mois d’août 2007 très difficile », sourit aujourd’hui celui qui, à
l’époque, a mis son poste dans la
balance pour résister aux pressions
qui le poussaient à vendre l’environnement (l’actuel Suez, dont Engie détient encore 30 % du capital).
« Je n’allais pas vendre mes enfants
pour m’acheter une maison », raconte-t-il maintenant.
Gérard
Mestrallet
1949
Naissance à Paris.
Polytechnique, ENA
1995
PDG de Suez
2003
Président de Paris
Europlace
CAC 40. De fait, sous la houlette de
Gérard Mestrallet, Suez/Engie a
beaucoup acheté et beaucoup vendu. Il a fait quitter au groupe l’univers de la finance, notamment en
vendant l’emblématique banque
Indosuez, un an avant la crise asiatique. « Un sacré coup de chance ! »
reconnaît-il. Engie s’est progressivement construit au travers de quatre grandes fusions, se remémore le
patron. Dont celle avec Lyonnaise
des eaux en 1997 et celle avec GDF
dix ans plus tard. Cette opération a
été la plus dure. C’est peut-être la
À travers les crises
Cette fusion avec le GDF de l’époque a définitivement ancré le
groupe dans l’univers de l’énergie, au moment où celui-ci allait
connaître des bouleversements
exceptionnels de brutalité. « Ça a
été dur, en particulier sur le marché européen où nous avons successivement traversé la crise gazière, puis la crise électrique. On
nous a fait payer en partie le prix
des turpitudes allemandes. Mais
Engie a mieux résisté que les
autres. Nous avons aussi plutôt
mieux anticipé les évolutions.
Quand j’ai dit en 2013 que je “dépréciais l’ancien monde” (Engie a
enregistré 15 milliards d’euros de
dépréciations d’actifs en 2013,
NDLR), nous étions les premiers à
le dire. »
Demain, Jean-Pierre Clamadieu
prend le relais. Mestrallet reconnaît
en celui qu’il a souvent croisé dans
les événements internationaux sur
les thèmes climatiques un « grand
industriel ». Il se dit donc confiant
sur l’avenir du groupe, dont il espère, en indécrottable adepte des fusions-acquisitions, qu’il participera
aux prochains mouvements de
consolidation. Il se dit aussi confiant
dans le futur fonctionnement de la
gouvernance. Pour le désormais expatron historique d’Engie, l’heure
n’est plus à ressasser les querelles de
ces derniers mois avec Isabelle Kocher. Mais tout de même… « Je lui ai
fichu une paix royale. C’est elle qui a
décidé de la réorganisation du groupe, qui a proposé toutes les nominations (sauf une, je le reconnais, mais
une sur 130) que j’ai entérinées. Je l’ai
soutenue sur tous les projets industriels », affirme-t-il. ■
B. B.
LEMOUTON STEPHANE/ABACA, JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO, VINCENT ISORE/IP3 PRESS/MAXPPP
20
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 18 mai 2018
ÉCONOMIE
21
Medef : oral crucial pour les candidats en lice
Les fédérations de la métallurgie et du bâtiment ont entendu les six postulants à la succession de Pierre Gattaz.
SOCIAL Le marathon pour l’élection
à la présidence du Medef s’est accéléré cette semaine. Après le retrait
mercredi du candidat le plus libéral,
Jean-Charles Simon, au profit de
Geoffroy Roux de Bézieux, les six entrepreneurs encore en lice pour succéder à Pierre Gattaz ont été auditionnés ce jeudi par les équipes de la
métallurgie et du bâtiment. Chacun a
bénéficié de 15 à 20 minutes - les ordres de passage avaient été tirés au
sort - pour défendre son projet et répondre aux questions des membres
présents. Des auditions cruciales
quant à la suite de l’aventure…
La raison? Ces deux fédérations,
parmi les plus puissantes du Medef
en raison du montant de leur cotisation, disposeront le 3 juillet, jour
de l’élection, de 54 voix sur les 651
autorisées à s’exprimer lors de l’assemblée générale. Soit 9,6 % des
L’outsider Frédéric Motte
se présente comme
« le candidat des territoires »
Petit Poucet de l’élection, le nordiste Frédéric Motte, 53 ans, ne
ménage pas sa peine. Depuis son
entrée en campagne en décembre
dernier, ce patron de PME qui se
présente comme « le candidat des
territoires » - il a été maire de
Beaucamps-Ligny pendant 19 ans
et préside le Medef Hauts-deFrance depuis 2013 - a effectué plus
d’une cinquantaine d’auditions
pour se présenter et décliner son
projet. Sans oublier personne. Et
pour cause, car « chaque voix
compte », assure-t-il. Avant de
s’envoler, mercredi, pour Toulouse
et être auditionné ce jeudi par les
fédérations de l’assurance, du bâtiment et de la métallurgie, le président du groupe Cèdres Industries
avait ainsi réuni, mardi à déjeuner
à Paris, six représentants des Medef
Charente-Maritime et Deux-Sèvres qui disposeront le 3 juillet, à
eux deux, de 3 voix. Une rencontre
classique, d’un candidat en campagne, qui ressemble à des dizaines
d’autres. Récit.
Conscient de son manque de notoriété, cet outsider à la succession
de Pierre Gattaz commence par se
présenter à ses interlocuteurs qui
ont vu, il y a trois semaines, Geoffroy Roux de Bézieux et recevront,
le 29 juin, Alexandre Saubot. « Je
suis un entrepreneur de terrain, patron d’un groupe industriel en développement depuis 20 ans, résume ce
père de deux jeunes filles, dont
l’une fait ses études au Canada et
l’autre passe le bac en juin. Je fais
deux fois 35 heures par semaine :
une fois dans mon entreprise et
l’autre fois dans mon territoire. Je
connais donc les enjeux territoriaux
qui sont les vôtres. » Le patron de
Cèdres Industries, fédération de
PME de 5 à 115 personnes réalisant
60 millions d’euros de chiffre d’affaires et implantée sur 17 sites,
égrène ensuite les points forts de
son projet, qu’il résume en trois
mots : « Rassemblement, transformation et engagement. » Lui président, il lancera des États généraux
du Medef pour caler la doctrine des
cinq ans à venir, fera plus de places
aux femmes, aux jeunes et à la diversité, repositionnera le mouvement dans le débat d’idées.
Développement des PME
Les autres candidats ? Pas question
de taper sur Alexandre, Geoffroy
ou Patrick (Martin). « Qui sait, ils
vont peut-être me rallier d’ici au
3 juillet ?, ironise-t-il, avant de redevenir sérieux. L’élection, c’est un
projet et un homme. Je ne vais pas
vous parler de baisse des dépenses
publiques, de fiscalité, d’Europe ou
d’innovation : on propose tous, peu
ou prou, la même chose sur les fondamentaux. Ma différence, c’est ma
capacité à rassembler et à être représentatif des PME/TPE ». Et pour
le démontrer, l’ancien patron du
Conseil économique et social NordPas-de-Calais a un credo : les pénuries de main-d’œuvre freinent le
développement des petites et
moyennes entreprises. « Toi, dans
tes McDo, tu arrives à trouver du
personnel ? », demande-t-il à Lau-
LES 561
VOTANTS
QUI DÉSIGNERONT
LE 3 JUILLET LE FUTUR
PATRON DES PATRONS
èFédérations
professionnelles
(380 voix, dont
34 à la métallurgie,
33 aux assurances,
30 aux banques,
20 au bâtiment…)
èMedef
territoriaux (170)
èPersonnalités
qualifiées (10)
èPierre Gattaz (1)
votes et même 20 %, au sens large,
en intégrant les bulletins des Medef
territoriaux qui dépendent d’elles…
« Un candidat qui se plante lors de
ces auditions perd toute chance de
l’emporter », avoue le conseiller de
l’un des six auditionnés ce jeudi.
Audition le 29 mai
C’est dire le poids des branches dans
l’élection par rapport aux organisations territoriales (Medef local et régional) qui ne représenteront, le jour
La seule femme candidate,
Dominique Carlac’h, présente
ce vendredi son programme.
L’ex-athlète de haut niveau veut
« un Medef en phase avec son
époque : pragmatique, ouvert
et à l’écoute », et dévoile 54 pistes
pour y parvenir. « Le Medef
doit être la clé de voûte de
la transformation des entreprises
face aux nouveaux enjeux
de compétitivité de l’économie,
passant par la circulation
de masse des informations,
par leur utilisation, mais aussi
par leur sécurisation », explique
la patronne de D&Consultants,
société de conseil en stratégie et
financement de l’innovation. Son
projet se décompose en 4 volets,
dont l’un, central, dédié au « Medef
4.0 » pour inscrire l’organisation
patronale « dans une dynamique
digitale et décloisonnée ».
M. L.
Maire de BeaucampsLigny pendant 19 ans,
Frédéric Motte préside
le Medef Hauts-deFrance depuis 2013.
FRANCK CRUSIAUX/REA
Le Medef
« national
doit,
comme une
entreprise,
se mettre
en mode
service client,
c’est-à-dire
se demander
ce que veulent
les adhérents
et déterminer
comment
répondre
à leurs
besoins
»
FRÉDÉRIC MOTTE
rent Lopez, franchisé en CharenteMaritime. « Et toi, tu manques de
main-d’œuvre sur ton site ? », rebondit-il avec un sous-traitant
d’Alstom dans les Deux-Sèvres,
Les plaintes d’épargnants se multiplient. L’Autorité des marchés
financiers a recensé 9 millions d’euros de pertes depuis janvier.
le montant
moyen perdu
avoisine les
50 000 euros.
Et les
escroqueries
liées au
bitcoin ne
touchent pas
seulement
les jeunes,
mais tous
les profils
»
CLAIRE CASTANET,
DIRECTRICE
DES RELATIONS
AVEC LES ÉPARGNANTS
À L’AMF
MARIE BARTNIK £@mariebartnik
PLACEMENT Les escroqueries financières sont « comme l’hydre de
Lerne : lorsque l’on coupe une tête,
une autre repousse aussitôt », s’est
désolé jeudi Robert Ophèle, président de l’Autorité des marchés financiers (AMF), lors de la présentation du rapport annuel du
gendarme de la Bourse. Les plaintes d’épargnants liées aux investissements sur le marché des
changes, les options binaires ou
les diamants décroissent peu à peu
depuis la fin de l’année dernière.
L’interdiction par la loi Sapin 2
de la publicité pour les deux premiers a contribué à détourner les
investisseurs de ces placements
extrêmement risqués, qui s’apparentent souvent à un jeu de hasard. Mais les réclamations liées
aux investissements dans les
cryptomonnaies sont de leur côté
en hausse continue depuis octobre. La forte poussée du cours du
bitcoin en fin d’année dernière
semble avoir inspiré les aigrefins... «Il semblerait que les sites
frauduleux proposant du diamant
d’investissement se soient rapidement convertis en sites de trading
de pseudo crypto-monnaies»,
constate l’AMF. Depuis janvier,
l’Autorité a recensé plus de 9 millions d’euros de pertes liées aux
crypto-actifs, comme elle préfère
les appeler. « Par personne, le
montant moyen perdu avoisine les
50 000 euros. Et les escroqueries
liées au bitcoin ne touchent pas
seulement les jeunes, mais tous les
profils », constate Claire Castanet, directrice des relations avec
les épargnants à l’AMF. En témoigne cette retraitée qui y a englouti 24 000 euros, la totalité de
ses économies. Ou encore ce couple aisé qui a déboursé près de
200 000 euros pour miser sur le
bitcoin et auquel il a été réclamé
50 000 euros de «taxe» pour récupérer sa mise.
Nouvelles armes
L’AMF disposera bientôt de nouvelles armes pour lutter contre
ces placements utra-risqués,
quand ils ne sont pas purement et
simplement
des
arnaques.
L’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA en anglais)
a décidé en mars d’interdire la
vente d’options binaires aux particuliers et de restreindre fortement celle de contrats sur diffé-
l’élection », juge le conseil de l’un
d’eux. Une incertitude qui maintient
les deux outsiders de la course, Frédéric Motte et Patrick Martin, présidents des Medef Hauts-de-France et
Auvergne-Rhône-Alpes, dans l’espoir que ce sera enfin un candidat
issu des territoires, et non du système, qui l’emportera. Prochaine étape ? L’audition des mêmes - tout du
moins de ceux encore en lice - le
29 mai devant les 45 membres du
conseil exécutif du Medef… ■
Carlac’h dévoile
son programme
Les arnaques au bitcoin en forte hausse
Par
« personne,
J, qu’un tiers de voix et dont certaines
sont déjà captées par les grandes fédérations. « On sait que notre avis pèse
peu à côté de celui du conseil exécutif
du Medef (direction élargie, NDLR) et
des branches professionnelles qui feront, encore une fois, le président »,
reconnaît le patron d’un Medef local.
Pour l’heure, les jeux ne sont pas
faits. Aucun des deux favoris (Roux
de Bézieux et Saubot) ne se détache
et une surprise reste donc possible.
« Ça risque de se jouer le jour de
rences (CFD), que leur sousjacent soit le marché des changes
ou celui de crypto-monnaies.
Cette réglementation devrait être
traduite en droit français à partir
du mois de juin. ■
pour mieux affirmer que la priorité
des priorités, c’est la formation.
Reste que les préoccupations de
ses invités du jour - c’est Frédéric
Motte qui payera l’addition - ne
portent pas sur l’emploi mais sur la
place des Medef territoriaux par
rapport à la maison mère, avenue
Bosquet à Paris. « Aujourd’hui, tu
nous courtises, parce que tu es en
campagne, mais, si tu es élu, tu seras aussi vite happé que Pierre Gattaz l’a été par les questions de lobbying, et tu nous oublieras », assène
Paul-François Arrighi, patron du
Medef Deux-Sèvres et directeur
régional du groupe Eiffage
Construction. « La moitié de nos
adhérents sont des TPE qui ne se
sentent pas représentées par le Medef national, abonde son voisin. La
vraie question est de savoir comment
on s’intéresse vraiment à leurs pro-
blèmes et comment on fait remonter
l’information de la base. »
Frédéric Motte, qui cumule depuis deux ans ses fonctions territoriales avec le poste de vice-président national chargé des…
territoires, feint d’encaisser. Pour
mieux dérouler ses promesses
« terrain » de campagne : un représentant de chaque région au conseil
exécutif (organe de direction du
Medef); la nomination d’« un vrai
manageur, type DG et pas directeur
de cabinet » aux commandes de
l’organisation pour épauler le grand
patron sur le réseau; la mutualisation des moyens entre Medef territoriaux pour répondre partout, à
Lille comme dans la Creuse, aux
demandes des adhérents. Et,
surtout, un moindre crédit accordé
aux fédérations malgré leur poids,
lié à leur cotisation, dans la maison
Medef. Applaudissements.
« Le drapeau du Medef, c’est nous
qui le portons », conclut Frédéric
Motte, avant de s’engager, s’il est
élu le 3 juillet, à se rendre une fois
par semaine dans un Medef local
pour rencontrer les équipes, visiter
une entreprise, discuter avec les
adhérents… À ceci près que « les
promesses n’engagent que ceux qui
les reçoivent », lui rétorque PaulFrançois Arrighi qui, depuis le
temps que les candidats défilent en
province, en a vu d’autres… ■ M. L.
ASSEMBLÉE
GÉNÉRALE
JEUDI 7 JUIN 2018
à
15 h
GRAND AUDITORIUM
DU PALAIS
DES CONGRÈS
2 place
de la Porte Maillot
75017 Paris
PROCHAIN RENDEZ-VOUS
26 juillet 2018
Résultats du 1er semestre
actionnaires@saint-gobain.com
2018
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tard le mardi 5 juin 2018, l’attestation de participation qui vous sera
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A
MARC LANDRÉ £@marclandre
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
Iran : l’Europe amorce
sa riposte à Trump
Bruxelles réactive une « loi de blocage » de 1996,
pour protéger les entreprises, à l’efficacité limitée.
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
80,2
dollars
Le prix du baril
de pétrole Brent,
au plus haut depuis
le 21 novembre 2014
MONDE Une fois n’est pas coutume. Alors qu’on pouvait s’attendre
à ce que son inertie et ses divisions
reportent aux calendes grecques
sa réplique à Donald Trump sur
l’Iran, l’Europe a annoncé, jeudi,
des mesures de défense. Et ceci par
les voix conjuguées des deux patrons de son exécutif, le Polonais
Donald Tusk et le Luxembourgeois
Jean-Claude Juncker. Les deux
présidents, du Conseil et de la
Commission, ont pris la parole à
l’issue du sommet de Sofia (lire
aussi page 8) où les chefs d’État et
de gouvernement des Vingt-Huit
avaient consacré une partie de leur
dîner, la veille, à la crise iranienne.
Première décision, dès ce vendredi matin « à 10 h 30 », a précisé Jean-Claude Juncker, la Commission va réactiver un règlement
européen datant de 1996. Cette
« loi de blocage » avait été adoptée pour riposter à des sanctions
américaines visant les entreprises
commerçant avec Cuba. En théorie, ce dispositif permet aux entreprises et tribunaux européens
de ne pas se soumettre à des réglementations sur des sanctions
prises par des pays tiers, les ÉtatsUnis en l’espèce.
« Le règlement de 1996 ne va pas
empêcher Trump de dormir », relativise toutefois Michel Makinsky, directeur général d’Ageromys, qui conseille des entreprises
en Iran. De fait, au sein des entreprises du CAC 40 actives à Téhéran, ainsi que dans la haute administration, on ne se fait guère
d’illusions sur la portée réelle de
ce texte.
Dans le détail, explique Olivier
Dorgans, avocat au barreau de Paris spécialiste des sanctions, le règlement de 1996 « interdit de se
soumettre aux sanctions américaines sous peine de sanctions européennes ». Problème : la France
n’a pas retranscrit ce texte ancien
dans son droit national et ne prévoit pas de sanctions. Surtout, la
menace de sanctions européennes
ne dissuaderait en rien les États-
Jean-Claude Juncker, ici en compagnie de Donald Tusk, jeudi, à Sofia, veut contrer les effets extraterritoriaux
des sanctions américaines pour les entreprises européennes voulant investir en Iran. LUDOVIC MARIN/AFP
Unis et pourrait s’apparenter à
une double peine, glisse un autre
spécialiste. Une autre disposition
du texte de 1996 prévoit qu’une
entreprise dont les avoirs seraient
gelés par l’Administration ou la
justice américaine pourrait obtenir réparation en saisissant la justice européenne.
Financement par la BEI
Il y a vingt ans, dans leur bras de
fer contre l’Administration Clinton, les Européens avaient arraché
des exemptions. Cependant, rappelle Me Dorgans, « ce n’était pas
lié au règlement de 1996, mais à des
négociations menées dans le cadre
d’une autre procédure, lancée par
l’Europe auprès de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) ».
En d’autres termes, la portée de
la réactivation de l’instrument
somme toute fragile qu’est ce règlement de 1996, semble plus politique que juridique.
Jean-Claude Juncker va appuyer sur un autre bouton, ce
vendredi. « Nous avons également
décidé d’autoriser la Banque européenne d’investissement (BEI) à faciliter les investissements des entreprises européennes en Iran. »
L’idée est d’accorder des garanties
financières aux entreprises, sans
recourir au dollar, via une institution publique, inattaquable par
l’Administration
américaine.
« J’imagine mal PSA demander à
bénéficier d’un financement de la
BEI si le 7 août au matin (date prévue par le Trésor américain) les
sanctions américaines sont réactivées », réagit Olivier Dorgans.
Dans l’immédiat, seules des
exemptions accordées au cas par
cas par Washington épargneraient les entreprises européennes. Mais les intéressés ne se font
guère d’illusion. Airbus ne prendra pas la peine de demander une
exemption, assure une source informée. Or, comme l’a assuré luimême Emmanuel Macron depuis
Sofia, « on ne va pas sanctionner
ou contre-sanctionner des entreprises américaines pour répondre
sur ce sujet-là (l’Iran), ça n’aurait
pas de sens […] parce que l’objectif
final est quand même d’avoir cet
accord large. » Le chef de l’État a
salué les décisions « claires et fortes » de l’Europe. Tout en reconnaissant que les décisions américaines sur l’Iran « vont favoriser
la position russe et chinoise dans la
région ». ■
+
» Lire aussi PAGE 8
Moscou accueille à point nommé Téhéran dans son union économique eurasienne
Au moment où l’étau américain se
referme sur l’Iran, Moscou, et Pékin plus discrètement, tentent de le
desserrer. La Russie et ses partenaires de l’Union économique eurasienne (UEEA) ont en effet signé
jeudi un accord avec l’Iran. Dans
l’immédiat, Téhéran bénéficiera
d’une baisse des tarifs douaniers sur
plusieurs centaines de produits
dans ses échanges avec les cinq
membres de l’UEEA, la Russie, le
Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie et le Kirghizstan. Le texte, signé
à Astana, au Kazakhstan, prévoit
l’ouverture de négociations pour
faire entrer l’Iran d’ici à trois ans
dans la zone de libre-échange.
Les pourparlers entre Téhéran et
l’alliance eurasienne étaient lancés
depuis longtemps. Mais pour Michel
Makinsky,
directeur
général
d’Ageromys, société de conseil
d’entreprises qui opèrent en Iran, il
ne fait guère de doute que l’abandon de l’accord nucléaire par Donald Trump a eu un effet accélérateur pour conclure cet accord
intérimaire. Créée en 2014, l’Union
eurasienne « marche très mal »,
juge Michel Makinsky. Davantage
qu’un grand marché unique, elle est
un instrument sous influence du
Kremlin au service de la stratégie de
restauration de la puissance russe.
Supériorité technologique
Téhéran n’a guère d’autre choix
que de se tourner vers ses grands
partenaires eurasiatiques, Russie et
Chine, si les entreprises européennes plient bagage. Mercredi, Total a
annoncé qu’il serait contraint
d’abandonner le projet de développement du gisement gazier South
Pars 11 dans le golfe Persique si les
autorités européennes n’obtiennent pas d’exemptions auprès de
Washington. « L’Iran préférerait
poursuivre la coopération avec les
Occidentaux comme Total, assure
Makinsky, car ils possèdent une supériorité technologique évidente. »
L’expert n’exclut pas que le projet
South Pars 11, gelé pendant les
sanctions après 2012, ne connaisse
de nouvelles difficultés si, comme
prévu dans les contrats, le chinois
Petrochina reprenait les parts du
groupe français.
Pour Moscou, qui a exporté l’an
dernier 1,3 milliard de dollars de
marchandises en Iran et acheté pour
près de 400 millions de dollars de
biens, l’Iran n’est pas tant un enjeu
commercial que stratégique. Rosa-
Hassan Rouhani et
Vladimir Poutine,
en avril 2018,
à Ankara. AFP
tom, la puissante entreprise publique du nucléaire russe, bâtisseur de
l’unique réacteur atomique en service en Iran, Boucherh 1, compte
deux autres réacteurs dans son carnet de commandes et a une option
pour six réacteurs supplémentaires.
À l’époque des négociations de l’accord sur le programme nucléaire
militaire iranien, Barack Obama
avait accepté le développement de
l’atome civil car l’Iran s’était engagé
à renvoyer en Russie le combustible
usé de ses centrales, une garantie
contre un détournement de l’uranium et autres matières fissiles à des
fins militaires. Mais aussi un bel
avantage consenti à Moscou.
Puissant client chinois
En dehors de la Russie, l’autre partenaire eurasiatique incontournable
pour Téhéran est bien sûr la Chine.
Pour les Iraniens, estime Michel
Makinsky, « les relations avec les
Chinois sont de pure nécessité ». Pékin achète actuellement environ
660 000 barils de brut iranien par
jour, soit le quart des exportations
du pays. Lorsque l’or noir iranien
était frappé par l’embargo européen
et américain, après 2012, la Chine a
continué d’acheter cette ressource
vitale pour le régime des mollahs,
mais en imposant des rabais.
Téhéran a demandé en début de
semaine que Pékin s’engage à poursuivre ses achats de pétrole malgré
les menaces de sanctions américaines, susceptibles de frapper les entreprises chinoises présentes aux
États-Unis. Des contrats à terme
pétroliers libellés en yuans, lancés
en mars par Pékin, ont vu leurs volumes doubler depuis le retrait de
Trump de l’accord nucléaire. Pour
autant, les autorités chinoises sont
restées très prudentes dans leurs
réponses au régime iranien tout en
assurant la poursuit « d’une coopération concrète transparente ». Un
rapprochement plus poussé avec
Moscou et Pékin serait somme toute, juge Michel Makinsky, « une alliance de consolation ». ■
F. N.- L.
Bataille pour la reprise des charentaises Rondinaud
Le tribunal doit choisir ce vendredi entre deux candidats : l’ex-ministre Renaud Dutreil et un entrepreneur.
ANNE-SOPHIE CATHALA
£@Ascathala
INDUSTRIE Bataille de pantoufles,
jeudi, au tribunal de commerce
d’Angoulême. Les juges examinaient les deux offres de reprise de
Rondinaud, pointure de la charentaise « made in France » avec 66
salariés et 9,6 millions d’euros de
chiffre d’affaires. La décision est
attendue ce vendredi matin. Cette
PME familiale labellisée Entreprise
du patrimoine vivant (EPV) implantée à Rivières (Charente) a été
mise en redressement judiciaire en
février. Jeudi, à la sortie de
l’audience, les deux hommes qui
s’affrontaient n’étaient pas de
même humeur.
Éric Lefranc, ingénieur, ex-Motorola puis Caravelle, dirigeant de
Renaissance Luxury Group, attaché au « made in France » et offensif à l’export était plutôt pessimiste
après avoir défendu son projet
face à un ex-ministre. Renaud
Dutreil se montrait plus confiant.
Déjà entrepreneur dans la région,
il a repris il y a quelques années
l’eau de source, Jolival (2 millions
d’euros de chiffre d’affaires) puis,
récemment, à la barre du tribunal,
deux PME de chaussons et chaussures locales, Degorce et Laubuge.
Éric Lefranc a, lui, réussi six redressements, dont celui du maroquinier breton Texier. Il possède
les bijoux fantaisie Les Georgettes
- chers à Brigitte Macron -, fers de
lance de sa société Altesse (45 millions d’euros de chiffre d’affaires),
fabricant et distributeur français
de bijoux. Il a prévu d’apporter un
million dans la modernisation de
Une paire
de charentaise
Rondinaud.
COTATIONS HEBDOMADAIRES
Nom du Fonds
Date de valorisation :
Valeur a la
Valeur
Valeur
création précédente liquidative
16/05/2018
AFER ACTIONS EURO
AFER-SFER
AFER PATRIMOINE
A. DIVERSIFIE DURABLE
AFER ACTIONS MONDE
A
Aviva Investors France
24-26, rue de la Pépinière 75008 Paris
Tél. : 01 76 62 90 00 / 01 76 62 91 01
Vocation
Pôle de la charentaise
ACTIONS ZONE EURO
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIE
ACTIONSINTERNATIONALES
76,00
15,00
500,00
500,00
500,00
145,57
64,97
619,93
771,41
942,00
145,55
65,00
619,25
770,59
946,68
PROCHAINE PARUTION : 25/05/2018
(1) Dédoublé 2 fois. (2) divisée par 2. (3) divisée par 8. (4) divisée par 30. (5) divisée par 100. (6) divisée par 10. (7) divisée par 5. (8) divisée par 6.
RONDINAUD
Rondinaud, de reprendre 54 emplois et d’en créer 10 en réintégrant en partie la sous-traitance
au Maroc de Rondinaud qui ne fait
pas tout en France.
*Ou dernier cours connu.
Renaud Dutreil assurait 55 emplois
repris et 2,7 millions d’euros d’apport, dont 700 000 euros en fonds
propres, et 2 millions en prêts
(bancaires, de la région...). Son
idée: constituer un pôle de la charentaise, chez Rondinaud, dont il
propose de racheter les murs, pour
y réunir aussi Degorce, Laubuge...
et Ferrand, autre société de pantoufles en péril, pour laquelle une
décision est attendue plus tard.
Vers Rivières, le duel divise et
attriste. La mise en redressement
judiciaire de Rondinaud, fierté locale, a surpris. Profitant de l’attrait
pour la production héxagonale, La
PME est montée en gamme, pour
compenser les vents contraires de
la grande distribution et la baisse
de ses ventes. Elle a fait parler
d’elle en expédiant par voilier ses
chaussons au Canada. Elle collabore avec des griffes en vogue, tel
Le Slip français. Mais elle a trébuché sur 800 000 euros de pertes et
une dette fiscale. Ses diversifications, à la saisonnalité différente,
ont épuisé sa trésorerie. Sa dette
de TVA, de 600 000 euros, aurait
pu être étalée mais il aurait fallu
mettre en garantie les murs, propriété en indivision de Frédéric
Rondinaud et de ses deux frères.
L’un a refusé. Frédéric Rondinaud
n’a pas eu d’autre choix que le redressement judiciaire. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 18 mai 2018
ENTREPRISES 23
Changement de génération chez Système U
À 62 ans, Serge Papin, emblématique patron du groupe coopératif depuis 2005, cède la place à son dauphin
désigné il y a deux ans. Dominique Schelcher, 47 ans, devra faire oublier le mariage avorté avec Auchan.
trons de la distribution ayant décidé de ne pas rempiler pour un
troisième mandat. Elle n’en reste
pas moins une étape importante
pour les U. Au terme de quarantetrois ans dans le groupement,
dont plus d’une décennie à la tête
de la coopérative, Serge Papin a
marqué l’enseigne de son empreinte. À la tête des 1 300 associés
de U depuis 2005, et d’un réseau
de 1 570 magasins (Hyper U, Super
U, Utile, U Express…), le volubile
dirigeant, grand communiquant,
a été l’artisan du tournant de l’enseigne vers un commerce plus
responsable, et plus respectueux
du monde agricole. Un choix qui a
fait de lui un des animateurs les
plus en vue des récents États généraux de l’alimentation, dont il
coanimait l’atelier sur la meilleure
rémunération des agriculteurs.
Coopérative plus agile
S’il quitte le groupement sur une
bonne année, le parcours n’aura
pas été sans embûches. Il y a deux
ans, un projet de rapprochement
poussé, qualifiée de « quasi-fusion » avec Auchan, a fait long feu.
Présenté comme indispensable
pour assurer la survie de l’enseigne dans un secteur en plein bouleversement, le projet en est resté
à une alliance aux achats, rompue
19,5
milliards
d’euros
Chiffre d’affaires
des magasins U
en 2017
tout récemment. Entre-temps, le
dirigeant aura mené à bien son
plus gros chantier : la mutualisation du groupement, qui fonctionnait en quatre centrales régionales avec leur logistique et leur
informatique propres. Désormais
unifiée, la coopérative se veut plus
agile.
La cheville ouvrière de l’harmonisation informatique de Système U n’est d’ailleurs autre que
Dominique Schelcher, qui arrive
donc à la tête du 5e distributeur
français pour un mandat de six
ans. « Même si je m’étais juré de ne
pas faire la même chose que mes
parents, j’ai été rattrapé par l’in-
ne, il faut aussi faire preuve de
créativité interne. À Lyon, une dizaine de nos associés vont ouvrir un
drive commun à la rentrée. C’est
une réponse coopérative originale à
de nouvelles concurrences sur une
grande ville française. Je suis certain que cette initiative va se démultiplier dans d’autres métropoles. Quant à Paris, ce n’est pas notre
territoire d’expression privilégié,
même si nous continuons notre travail de défrichage. Notre travail y
est plus qualitatif que quantitatif.
« Avec Carrefour, notre
alliance ira au-delà des
simples volumes d’achats »
PROPOS RECUEILLIS PAR
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
Associé U depuis 2004, Dominique
Schelcher a pris jeudi les rênes du
groupement, pour un mandat renouvelable de six ans.
LE FIGARO. - Vous avez été élu
président de Système U au terme
d’une transition longuement
préparée. Qu’est-ce qui
a convaincu les administrateurs
de porter leur choix sur vous ?
Dominique SCHELCHER. - Contrairement à d’autres groupes où les
transitions sont parfois compliquées, la gouvernance est très stable
chez U. Nous avons travaillé depuis
deux ans avec Serge Papin et les
présidents de région pour que les
choses se fassent dans la sérénité. La
priorité dans notre modèle est en
effet de garder la confiance du réseau. Mon projet repose sur trois piliers. Le premier concerne le commerce. Avec le développement
d’Internet, le client a repris le pouvoir. Il est devenu plus renseigné et
plus exigeant. Le temps où l’on
poussait massivement des produits
très standardisés sur les têtes de
gondole est terminé. Cette nouvelle
donne exige plus de personnalisation et d’efficacité dans le magasin,
ce que le digital peut nous apporter.
Il ne s’agit pas de supprimer les
caissières en robotisant tout le magasin. Mais le numérique et l’intelligence artificielle permettront très
bientôt de simplifier des tâches rébarbatives pour se concentrer sur le
contact humain. Par exemple, Tesco
l’a fait en ouvrant des lignes de caisse où les clients peuvent discuter
avec les caissières. C’est aussi ça, la
modernité du commerce, ce n’est
pas faire table rase du passé.
Et quels sont les autres piliers
de votre projet ?
Le deuxième pilier, c’est de tirer
profit de l’unification de nos structures. Maintenant que tous les magasins U parlent le même langage, il
faut atteindre nos objectifs fixés l’an
dernier : passer de 19,5 à 25 milliards de chiffres d’affaires d’ici
2025 et de 10,6 à 12,5 % de part de
marché. Le troisième pilier est interne. C’est celui de faire vivre le
projet et les valeurs coopératives,
basées sur l’égalité de voix de tous
les associés. En tant que nouveau
président, les associés m’attendent
beaucoup sur ces sujets.
Système U s’est lancé il y a quelques
années dans une vaste refonte
logistique, informatique
et de vos centrales régionales.
Où en êtes-vous ?
C’est un chantier abouti techniquement depuis le 1er juillet 2017. Nous
avions cinq informatiques, cinq logistiques, cinq comptabilités… Désormais, nous avons une organisation unique pour chaque domaine.
Ma responsabilité est de tirer le fruit
de cette unification et de pousser au
plus loin les synergies. Sur chaque
domaine, il y a plusieurs dizaines de
millions d’euros de gains en jeu.
Les produits de grande
consommation ont reculé
en volumes au premier trimestre
(- 1,5 %), selon IRI. Vos adhérents
ont-ils senti ce coup de froid ?
Absolument pas. Nous gagnons des
parts de marché depuis 25 périodes
consécutives, avec 10,9 % sur la
dernière période. Et nous sommes
agréablement surpris par nos chiffres depuis le début de l’année. Le
modèle coopératif est extrêmement
résilient. Un patron qui se bat pour
son magasin et son patrimoine a
souvent plus de résultat qu’un directeur de magasin d’un groupe intégré qui est là pour deux ans. En
revanche, il n’y a pas de déconsommation chez Système U, le panier se
construit différemment.
Les habitudes de consommation
de vos clients sont
en plein bouleversement.
Comment vous y adaptez-vous ?
Nous misons d’abord sur les moteurs de la croissance que sont les
produits locaux. Système U est
l’enseigne qui s’exprime le mieux
sur ce point : chaque patron de magasin s’approvisionne à 20 % en direct auprès de producteurs locaux.
Nous comptons aussi sur les PME.
Les produits de grandes marques
sont en perte de vitesse, car ils
n’ont pas assez su faire la chasse aux
substances controversées. Ce travail de fond, la marque U l’a entamé
il y a plus de douze ans. Ce qui a
permis d’en faire la première marque de distributeur en poids dans le
chiffre d’affaires, avec 32 % des
ventes de nos magasins. Enfin, nous
jouons aussi beaucoup sur le bio et
l’innovation.
Le paysage de la distribution
française se recompose fortement,
avec de nouvelles alliances
aux achats. Vous venez de vous
allier avec Carrefour. Qu’est-ce que
vous ne trouviez plus avec Auchan ?
D’abord, je ne crois pas à l’alliance
suprême qui règle tous les problèmes, mais plutôt aux alliances multiples avec plusieurs partenaires à
l’amont et à l’aval : achats, digital,
vente… Nous concernant plus précisément, il y avait une perte de
confiance avec notre précédent
partenaire, et nous n’imaginions
pas travailler à trois. Il n’y a pas de
drame, l’histoire des alliances
montre qu’elles durent entre quatre
et cinq ans, ce qui a été le cas avec
Auchan. Avec Carrefour, nous voulons une alliance de nouvelle génération. Elle permettra certes des
gains aux achats sur une cinquantaine de grands fournisseurs. Mais,
dans la foulée des États généraux de
l’alimentation, nous voulions vraiment tenir nos promesses faites au
monde agricole. Nous réfléchissons
avec Carrefour à de nouvelles façons de travailler avec les filières en
difficulté pour mieux les aider.
dépendance et la liberté du commerce coopératif, explique le nouveau dirigeant. Je suis un pur
produit U. J’ai d’ailleurs coutume
de dire que j’ai fait tous les métiers,
à la fois dans le magasin et dans la
coopérative. » Moins showman
que son prédécesseur, le nouveau
président ne s’inscrit pas moins
dans sa continuité, puisqu’ils ont
écrit ensemble les grandes orientations stratégiques pour les trois
prochaines années (lire ci-dessous). Avec peut-être un penchant plus appuyé pour les nouvelles
technologies,
pour
continuer à rester un « nouveau
commerçant ». ■
O.D.
« Nous gagnons
des parts de marché
depuis 25 périodes
consécutives.
Le modèle coopératif
est extrêmement
résilient », explique
Dominique Schelcher.
BRIGITTE GERROLDT
Avec
« Carrefour,
nous voulons
une alliance
de nouvelle
génération.
Dans la foulée
des États
généraux de
l’alimentation,
nous
réfléchissons
à de nouvelles
façons
de travailler
avec
les filières
agricoles
en difficulté
pour mieux
les aider
Nous n’aurons pas terminé ce travail avant le 30 juin, date à laquelle
nous remettrons notre dossier à
l’autorité de la concurrence, mais
notre alliance ira bien au-delà que
d’une simple notion de volumes
d’achats.
Votre prédécesseur caressait l’idée
de s’allier avec Amazon, qui a choisi
Monoprix. Quelle est votre vision
sur l’e-commerce ?
J’ai davantage envie de travailler
avec des gens qui veulent construire qu’avec des acteurs qui sont dans
la prédation. Nous travaillons déjà
avec des start-up. D’autres pourraient suivre. Mais, dans ce domai-
La loi alimentation arrive
au Parlement mardi.
Elle pourrait mettre fin
aux négociations commerciales
annuelles. Est-ce une bonne chose ?
On a toujours pensé qu’il était intéressant de sortir du rythme annuel,
qui est brutal. Malheureusement,
ceux qui dénoncent les négociations annuelles sont peut-être ceux
qui luttent le plus en coulisses pour
que cet amendement à la loi soit
supprimé. Je pense quand même
qu’il y a un avant et un après-états
généraux de l’alimentation, avec la
compréhension qu’on ne peut pas
continuer comme ça. Pour entériner ces changements inédits d’approche, la loi alimentation est bienvenue, notamment sur la question
des indicateurs de prix définis en
interprofession. ■
Participez à la révolution de la santé numérique
dans le traitement du diabète et du cancer
Voluntis, pionnier des thérapies digitales,
pour augmenter l’eicacité des traitements
»
DOMINIQUE SHELCHER,
PRÉSIDENT
DE SYSTÈME U
L’introduction en Bourse de Voluntis permettra à la société d’obtenir des moyens supplémentaires pour
inancer son activité et accélérer son développement commercial, en renforçant ses équipes en Amérique
du Nord et en Europe, en poursuivant les développements de sa solution multi-cancer propriétaire et les
investissements dans sa plateforme technologique.
A
DISTRIBUTION L’émotion était
palpable jeudi matin à Marne-laVallée aux alentours du parc
Disneyland Paris, où les associés
Système U tiennent depuis jeudi
et jusqu’à ce vendredi midi leur
congrès. Et pour cause, Serge Papin, l’emblématique patron à la
tête des « nouveaux commerçants » depuis 2005, a tiré officiellement sa révérence devant un
parterre d’un millier d’associés. Il
a passé le relais à son dauphin désigné depuis deux ans, Dominique
Schelcher, 47 ans et associé U depuis quatorze ans.
La transition était attendue,
l’un des plus médiatiques des pa-
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vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO
24 ENTREPRISES
Arkéa mobilise ses troupes à Paris
Les salariés de cette fédération du Crédit mutuel ont défilé pour soutenir le projet de sécession de leur direction.
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
BANQUE « La “Confé”, on en a assez ; Bercy, aide-nous à divorcer…
Bercy, Bercy, entends-nous ; pour
nos emplois on ira jusqu’au bout… »
Environ 5 500 salariés et administrateurs du Crédit mutuel Arkéa,
tous vêtus de rouge, ont scandé
leurs slogans jeudi entre la place de
la Bastille et le ministère de l’Économie et des Finances. Tous ou presque avaient fait le déplacement,
tous frais payés (train, repas, salaire…) depuis la Bretagne pour réclamer qu’Arkéa (qui regroupe les fédérations Bretagne, Sud-Ouest et
Massif central) puisse divorcer de la
Confédération nationale du Crédit
mutuel (CNCM), structure de tête
centrale du groupe mutualiste. Du
jamais-vu dans le monde bancaire
français. Une cinquantaine d’élus
locaux et une centaine d’acteurs du
monde économique ont aussi participé à cette manifestation. Des
membres des familles des salariés
étaient aussi conviés. Une cagnotte
a même été ouverte sur Litchee, filiale d’Arkéa, pour financer leur
voyage ! Les salariés semblent donc
déterminés. Peu de voix s’élèvent
contre ce projet. Mais, sous le sceau
de l’anonymat, certains soulignent
les pressions exercées pour qu’ils
participent au défilé.
« En cas d’agression
constatée »
En tout cas, la direction est décidée à
obtenir qu’Arkéa puisse voler de ses
propres ailes, au risque de perdre
l’usage de la marque Crédit mutuel.
Arkéa qui emploie 10 000 salariés et
que dirigé Jean-Pierre Denis s’oppose à la réforme centralisatrice
mise en place afin de rendre la
structure juridique du Crédit mutuel
compatible avec la réglementation
mise en place il y a quatre ans, après
la crise financière. À ses yeux, cette
réforme européenne aboutit à une
prise de contrôle par la puissante
entité du Crédit mutuel (CM11). Installée à Strasbourg, celle-ci coiffe 11
des 18 fédérations régionales de
l’ensemble mutualiste et elle est
aussi la maison mère du CIC. En réponse, la CNCM a dernièrement
modifié ses statuts pour renforcer
l’autonomie de ses fédérations.
Après quatre années de guérilla
fratricide et juridique, le conflit s’est
durci en début d’année, lorsque
Arkéa a dévoilé son intention de divorcer de la Confédération. En avril,
les administrateurs de ses 300 cais-
Les salariés d’Arkéa,
ont défilé entre
la place de la Bastille
et le ministère
de l’Économie, jeudi, à
Paris. J. DEMARTHON/AFP
ses locales ont très massivement approuvé le principe. Mais ils n’ont pas
pu se prononcer sur un projet de
nouvelle banque mutualiste et coopérative, ce projet étant toujours en
cours d’élaboration, en concerta-
tion avec les superviseurs bancaires.
Nul ne sait quel serait le nouveau
statut juridique d’un Arkéa indépendant. Quant aux 2 millions de
sociétaires, ils n’ont pas été consultés sur cette sécession.
Une première mouture du projet
de divorce a été refusée par la BCE et
l’Autorité de contrôle prudentiel et
de résolution (ACPR). L’indépendance d’Arkéa reviendrait à créer un
nouvel organe central mutualiste :
seule une loi peut le faire. Or, Bercy
s’y oppose, de crainte que l’exemple
soit contagieux dans d’autres groupes mutualistes. « Ce type de conflit
ne devrait pas faire tache d’huile, estime pourtant Alain Laurin, directeur général de Moody’s Investors
Service. Le Crédit mutuel est très différent des autres groupes mutualistes,
BPCE et le Crédit Agricole. Il n’y a
aucune stratégie commune aux différentes fédérations qui sont très autonomes. » Malgré les mises en garde
de la BCE et de l’ACPR, Arkéa a fait
voter en assemblée générale mercredi une résolution lui permettant
d’engager « en cas d’agression
constatée, une désaffiliation unilatérale ». La guerre n’est pas finie. ■
Pour soutenir sa croissance, Imerys se déleste de ses tuiles
Le numéro un mondial des spécialités minérales vend cette division en perte de vitesse au fonds Lone Star.
ANNE BODESCOT
£abodescot@lefigaro.fr
INDUSTRIE Imerys dit adieu à son
activité la plus traditionnelle : les
tuiles en terre cuite et les matériaux
pour les toitures. Il la vend, pour un
milliard d’euros, au fonds d’investissement américain Lone Star. Celui-ci, qui dispose d’une expertise
dans les matériaux de construction,
s’aventure ainsi pour la première
fois en France, après avoir réalisé
plusieurs investissements en Europe depuis 2015.
Imerys n’avait pas caché, ces
derniers mois, son désir de se délester de cette activité qui représente
environ 6 % de son chiffre d’affaires
(300 millions d’euros sur un total de
4,6 milliards). Réalisée essentiellement dans l’Hexagone, avec
1 000 salariés et 14 usines, elle est
dépendante du marché de la rénovation des maisons, qui avait marqué le pas l’an dernier. Malgré les signes de reprise, elle ne rentrait plus
dans la stratégie d’un groupe devenu très international, et qui, pour
améliorer son profil de croissance, a
désormais d’autres priorités.
Imerys, qui emploie 18 000 salariés, veut en effet pousser ses pions
sur des marchés plus prometteurs,
comme celui du graphite, utilisé
pour les batteries des voitures électriques, « un secteur qui affiche une
croissance à deux chiffres dans le
monde », rappelle Vincent Gouley,
directeur de la communication financière. L’entreprise, dont le siège
social est en France, fonde aussi
beaucoup d’espoirs sur sa capacité à
utiliser le talc, dont elle est le premier producteur mondial, pour accroître la résistance des plastiques.
Ce savoir-faire est convoité notam-
Imerys est le leader en
France de la fabrication
des tuiles en terre cuite
pour les maisons, qui
pèse 6% de son chiffre
d’affaires. MAXPPP/
PHOTOPQR/LE PROGRES
Il est le nouveau « M. Après-Vente » en France, succédant à Soufiane El Khomri, promu
chez Nissan Motor Corporation, au siège de
Yokohama, general manager Global Dealer
Network Power. Barbel intègre le comité de
direction de Nissan West Europe et reporte au
DG Bernard Loire. Homme maison depuis
douze ans, il a fait ses preuves depuis 2015
comme responsable marchés importateurs.
A
â JÉRÔME DIAN,
TIMOTHÉE FONTAINE
Bucéphale
Finance
Jean-Marc Forneri, le fondateur de la « boutique »,
renforce ses équipes de fusions-acquisitions.
Jérôme Dian (photo), 42 ans, transfuge de
l’Inspection des finances, arrive comme
directeur aux côtés du président et de David
Orban, partner. Il a également conduit des
missions d’expertise pour le premier ministre
et la Cour des comptes. Timothée Fontaine,
33 ans, Dauphine, arrivé en 2009, est, lui,
promu directeur. À son actif, de nombreuses
opérations dans la chimie, l’industrie du
pétrole, la distribution et le luxe.
Le numéro un mondial des spécialités minérales vient aussi de lancer
une nouvelle capacité de production
de perlite, une roche dotée d’une
très forte capacité d’absorption. Cela
la rend très utile dans la construction
(pour l’insonorisation, notamment)
mais aussi dans les cosmétiques,
pour les exfoliants par exemple…
De nombreuses
acquisitions
Les projets d’investissement ne
manquent donc pas. Le milliard
d’euros retiré de la vente de la division toitures pourrait ainsi servir à
accélérer certains développements
en interne, à ouvrir de nouvelles
usines… ou à financer la croissance
externe, menée bon train ces derniers mois. Le groupe français a
réalisé dix acquisitions l’an dernier
et encore une autre, en Inde, au début 2018. Il a notamment acquis en
LES DÉCIDEURS
â GUILLAUME BARBEL
Nissan
ment par les constructeurs automobiles car cette matière est précieuse pour alléger le poids des
voitures. « C’est un gros marché
pour le groupe, dans lequel nous
pouvons poursuivre les investissements », indique Vincent Gouley.
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Hugues Jallon, un retour en force
aux Editions du Seuil
L’heure est au regroupement dans l’édition. Avec
l’alliance du groupe
Media-Participations
(Dargaud, Dupuis, Fleurus, Rustica…) et de La Martinière (La Martinière, Le Seuil, Abrams), les éditions du Seuil
intègrent désormais le troisième groupe de
presse français, derrière Hachette Livre et
Editis. Un beau défi pour Hugues Jallon, tout
juste nommé président du Seuil, à la suite
d’Olivier Bétourné, parti rejoindre le conseil
d’administration. Un défi, et un retour. Car
l’éditeur de 47 ans n’a connu que deux maisons d’éditions, Le Seuil et La Découverte,
entre lesquelles il a forgé sa carrière.
Deux maisons « aux engagements forts » où
cet « homme de gauche » a pu s’épanouir à
différents échelons. Il aura successivement
été directeur éditorial de La Découverte,
directeur éditorial des sciences humaines et
documents au Seuil, PDG de La Découverte
et maintenant, donc, président du Seuil. Joli
parcours donc, pour celui qui est« entré par
hasard dans l’édition » après des études de
lettres, de philo et sciences politiques. Parmi
ses fiertés, l’ouverture du segment bandes
dessinées aux éditions de La Découverte, ou
encore le lancement de la revue du cireur
avec Mediapart. « Mais un éditeur c’est sur-
tout quelqu’un qui apprend de ses déceptions
et ne se décourage jamais », confie le quadra,
loin de renier ses échecs.
À la tête du Seuil, Hugues Jallon compte bien
rester proche de sa passion et ne pas « devenir un simple gestionnaire ». Manager direct
au tutoiement facile, assez différent de son
prédécesseur, il continuera à présider les
comités de lecture pour « faire vivre une
maison où peuvent se côtoyer ouvrages exigeants et livres accessibles à tous », et garder
ainsi un œil expert sur les 600 nouveautés
qui sortent chaque année des éditions du
Seuil, avec des auteurs comme Patrick Boucheron, Thomas Piketti, Alain Mabanckou
ou encore Deon Meyer.
C’est donc bien un éditeur qui tiendra les
rênes du Seuil pour en faire « une maison
autonome » et respecter ainsi la volonté du
groupe. Mais les ambitions littéraires
d’Hugues Jallon dépassent le seul cadre éditorial, puisque ce père de deux enfants prépare également la sortie de son sixième livre,
« une histoire d’amour », dont il a confié la
publication aux éditions Verticales « pour ne
pas mélanger son travail d’auteur et d’éditeur ». Également passionné de performance
littéraire musicale, cet homme volontaire,
voire « volontariste », monte régulièrement
sur la scène pour réciter ses textes.
A.B.
juillet 2017 Kerneos, le leader mondial des liants de haute performance
à base d’aluminates de calcium
(417 millions d’euros de chiffre
d’affaires). Ce qui lui a permis
d’augmenter sa taille de 10 %, et
d’ajouter à son portefeuille de nouvelles solutions innovantes pour ses
clients de la construction (mortiers,
dalles adhésives), du génie civil…
Les nouveaux investissements
pourraient rapidement se dessiner.
Imerys estime que la vente de sa division toitures pourrait être finalisée d’ici au quatrième trimestre de
2018. « L’offre de Lone Star est ferme
et intégralement financée », a précisé le groupe, qui a accueilli depuis le
4 mai un nouveau directeur général, le Néerlandais Conrad Keijzer.
Son prédécesseur, Gilles Michel, qui
a dirigé l’entreprise pendant sept
ans, est désormais président du
conseil d’administration. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â NICOLAS NAMIAS
Groupe BPCE
L’actuel directeur finance et stratégie
de Natixis va suivre son patron Laurent Mignon aux cîmes de BPCE. En
même temps que lui, le 1er juin, il deviendra membre du directoire du groupe bancaire, coiffant les finances, la stratégie, les affaires juridiques et le secrétariat du conseil de
surveillance. À 42 ans, l’énarque-StanfordEssec et Sciences Po arrivé en 2008 chez BPCE
après avoir œuvré à Bercy succédera à François
Riahi nommé directeur général de la filiale Natixis. En 2012, Nicolas Namias a aussi été
conseiller technique du premier ministre pour
le financement de l’économie, les entreprises et
les affaires économiques internationales, avant
de retrouver le groupe BPCE deux ans plus tard.
â STANISLAS CEBRON DE LISLE
SNCF
Le directeur de l’agence de conseil
spécialisée en urbanisme commercial
Bérénice rejoint SNCF retail &
connexions, où il créera une nouvelle « fonction urbaine » destinée « à redynamiser les
centres-villes ». Ce diplômé de Neoma œuvre
depuis trente ans dans les domaines du commerce, de l’urbanisme et de l’immobilier commercial.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 18 mai 2018
TECH
25
Apple et Amazon
mettent le cap sur
l’est des États-Unis
Les deux entreprises souhaitent
construire de nouveaux bureaux
loin de la Californie et de Seattle.
Bouygues Telecom et SFR
ont respectivement gagné
50 000 et 71 000 clients
dans le fixe lors des trois
premiers mois de l’année.
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
J- F. FREY/PHOTOPQR/L’ALSACE
SFR et Bouygues Telecom
profitent des faiblesses de Free
Les filiales de Bouygues et d’Altice ont bouclé leur premier trimestre
sur de bonnes performances commerciales.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
TÉLÉCOMS Simple accident de
parcours ou véritable retournement de situation ? Mardi, Free
publiait des résultats trimestriels
décevants et son action plongeait
en Bourse de 20 % (nos éditions du
16 mai). Ce jeudi, SFR met fin à trois
ans de baisse de son portefeuille de
clients, provoquant l’envolée de
11,72 % du titre, à 8,79 euros. De
son côté, Bouygues Telecom
confirme sa bonne santé retrouvée.
Alain Weil, le PDG d’Altice France, la maison-mère de SFR, estime
que « l’entreprise a été remise en ordre de marché par les actionnaires
(Patrick Drahi et Armando Perreira,
NDLR) et la direction. Aujourd’hui,
nous pouvons être satisfait d’être le
premier recruteur en France ». Sans
faire de triomphalisme, il rappelle
néanmoins que « SFR a bouclé son
meilleur trimestre depuis son rachat
par Numericable Altice en 2014 ». Au
cours des trois premiers mois de
l’année, SFR a stabilisé ses revenus à
2,5 milliards d’euros. Surtout,
l’opérateur a gagné 71 000 clients
dans le fixe, pour une base installée
de 6 millions. Cela faisait trois ans
que l’opérateur voyait cette base de
clientèle s’éroder. Le changement
de stratégie mis en place en novembre commence à porter ses fruits.
« Nous avons amélioré notre service
clients et réduit les délais de raccordement », explique Alain Weill. Cela
se traduit donc par une amélioration de la fidélisation des clients
existants et la conquête de nouveaux. Dans le mobile aussi, SFR
peut se targuer d’avoir amélioré ses
résultats, affichant même un gain
de 239 000 abonnés, pour en totaliser 12,7 millions. Ce bon trimestre
ne suffit toutefois pas à ramener SFR
à ses niveaux d’il y a trois ans. Il
manque encore à l’appel plus de
500 000 clients dans le fixe !
Viable à quatre ?
Le groupe devra confirmer au fil
des mois son retour en grâce auprès
des consommateurs. « Nous allons
continuer à investir dans nos réseaux
fixe et mobile, particulièrement pour
la fibre, la 4G et demain dans la 5G.
Sans oublier l’investissement dans les
contenus, qui sont un vecteur de recrutement, de fidélisation et d’amélioration des marges », ajoute-t-il.
De son côté, Bouygues Telecom
boucle son trimestre avec un chiffre d’affaires en légère hausse, à
1,28 milliard d’euros, pour un
résultat net de 68 millions d’euros.
Il gagne lui aussi des abonnés,
453 000 clients mobile, pour un
parc total à 14,8 millions et
50 000 dans le fixe, pour un total
de 3,5 millions. Comme tous les
opérateurs français, Bouygues Telecom gagne des abonnés grâce à la
fibre, alors que les clients ADLS
sont de moins en moins nombreux.
La France compte désormais plus
de 3,5 millions d’abonnés à la fibre.
Ces évolutions de parc sont aussi
dues à la guerre des promotions que
se livrent Orange, Free, SFR et Bouygues Telecom. Chacun accusant
l’autre d’en être à l’origine. « Nous
ne faisons pas de promotions, mais
des prix attractifs qui durent au-delà
de douze mois », souligne Alain
Weill, estimant que ce type de tarifs
est un réel outil de fidélisation des
abonnés. La période est compliquée, alors que Free a annoncé la
mise en place d’une nouvelle politique commerciale dans les prochaines semaines. Le trublion des télécoms peut-il encore déstabiliser le
secteur ? Cela dépendra aussi de la
capacité des autres opérateurs à innover sur le plan marketing. Ces
évolutions posent une question : le
marché des télécoms français peutil supporter quatre opérateurs en
pleine forme ? Jusqu’à présent, il
semble qu’à quatre, il y a en toujours un qui souffre. ■
3,5
millions
de Français
sont désormais
abonnés à la fibre
TECHNOLOGIE Apple en a-t-il assez du soleil californien ? Le géant
des nouvelles technologies est à la
recherche d’un État où installer un
nouveau « campus », des bureaux
où s’installeront plus de 20 000 employés américains. Il envisagerait
pour le moment deux locations : en
Virginie et en Caroline du Nord. Ces
deux États se situent sur la côte Est
des États-Unis, à des milliers de
kilomètres du siège d’Apple à
Cupertino.
Le fabricant de l’iPhone n’est pas
le seul à regarder vers l’est. Le
géant de l’e-commerce Amazon est
lui aussi à la recherche d’un nouvel
endroit où s’établir. Ses ambitions
sont encore plus grandes que celles
d’Apple : il souhaite bâtir un
deuxième siège social pour y employer plus de 50 000 personnes.
Contrairement à la plupart des
géants du Web, Amazon est originaire de la région de Seattle, dans
l’État de Washington, dans le
nord-ouest du pays. Wholes Food,
sa principale filiale, rachetée l’année dernière, est installée à Austin,
au Texas, donc dans le sud du pays.
Ce projet colossal est suivi de très
près par les médias, encouragés par
Amazon, qui en a fait un véritable
spectacle. Le groupe a d’abord publié ses critères de sélection en ligne, puis une liste de 20 villes candidates susceptibles d’accueillir ses
nouveaux bureaux. Elles se situent
un peu partout aux États-Unis et
même au Canada, à Toronto. Pour
attirer l’entreprise, certains élus
n’ont pas hésité à promettre des réductions d’impôts conséquentes
(jusqu’à 7 milliards de dollars pour
l’État du New Jersey) ou des terrains cédés à des prix bas.
Cette mise en scène très médiatisée a été critiquée par Tim Cook,
PDG d’Apple. « Nous n’avons pas
envie d’organiser un concours de
beauté. Ce n’est pas comme ça que
nous fonctionnons chez Apple »,
commentait-il fin mars dans une
interview accordée au média amé-
ricain Recode. Les propres recherches de l’entreprise sont beaucoup
plus discrètes.
Comme Apple, Amazon s’intéresse à la Virginie et la Caroline du
Nord. Certains sites déjà proposés
au géant de l’e-commerce sont
d’ailleurs les mêmes que ceux envisagés par le fabricant de l’iPhone,
d’après les informations du
Washington Post. La Caroline du
Nord et la Virginie du Nord sont
deux candidates sérieuses. La première est un État avec plusieurs
universités réputées, dont celle de
Duke, d’où est diplômé Tim Cook.
La région accueille déjà plusieurs
Le géant du
e-commerce veut
bâtir un deuxième
siège social pour
y employer plus
de 50 000 personnes
entreprises des nouvelles technologies comme Cisco, Lenovo ou Red
Hat. La Virginie, de son côté, héberge quelques institutions majeures du pays, comme le Pentagone
ou la CIA, qui ont de forts besoins
en informatique. Les deux États ont
enfin l’avantage d’être proches de
New York et de Washington DC, et
d’être sur le même fuseau horaire
que les principales Bourses du pays.
La perspective de l’installation
d’Amazon ou d’Apple enthousiasme les élus locaux, du fait des retombées économiques considérables. Mais elle inquiète aussi les
habitants des zones concernées,
soucieux de la capacité de leur région à absorber un tel afflux de
nouvelles personnes. Ils craignent
un phénomène de gentrification,
similaire à celui vécu par les citoyens de San Francisco, poussés
loin de leur ville par l’explosion du
coût de la vie et des logements. Ce
qui est aussi, paradoxalement, l’un
des arguments qui pousse les entreprises de nouvelles technologies
à s’éloigner de la Californie. ■
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JOUR
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+HAUTJOUR
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+0,71
30,765
-1,11
117
+1,77 23,055
-0,14
62,75
-0,31
41,66
-1,11
116,55
+0,37
16,4
+0,96
13,68
+0,91
65,24
+2,07
14,545
+1,37 118,15
-0,04 479,1
+0,35 203,7
+0,6
45,29
+0,57 66,92
+0,52 308,6
+1,84 121,95
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
46,5
110,2
96,41
30,285
114,6
22,695
61,8
40,26
115
16,22
13,5
64,32
14,275
116,2
472,5
202
44,89
66,5
303,45
119,95
0,325
0,276
0,162
0,138
0,415
0,31
0,268
0,378
0,274
0,351
0,358
0,236
0,25
0,231
0,135
0,082
0,07
0,109
0,117
0,251
+10,37
+6,57
+18,05
+12,93
-4,82
-6,85
-0,11
-4,36
+16,59
-9,26
-1,27
-6,79
+1,46
+2,7
+30,74
+9,98
-3,1
+4,25
+25,75
+2,01
JOUR
ORANGE ..............................................14,63
PERNOD RICARD ..................................
139,75
PEUGEOT ..............................................
20,61
♣ 62,32
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
91,78
SAFRAN ..............................................
101,4
SAINT GOBAIN ..................................
45,685
SANOFI ..............................................66,12
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
77,18
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
41,745
SODEXO ..............................................82,9
SOLVAY ..............................................
119,2
STMICROELECTRONICS .............................
20,43
TECHNIPFMC ..................................28,97
TOTAL .............................................. 54,5
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
193,6
VALEO .............................................. 58,3
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,68
♣
VINCI .............................................. 85,7
VIVENDI ..............................................23,2
%VAR.
+0,76
0
+2,23
+1,76
+3,54
+1,48
+1,31
+1,5
+1,29
-0,65
+1,1
+1,71
+1,34
+2,95
+1,79
+0,21
+1,46
+1,39
+0,35
-0,47
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,63
139,9
20,61
62,32
92,49
101,4
45,685
66,28
77,18
42,25
83,04
119,7
20,44
29,11
54,6
194,15
58,42
19,785
85,76
23,4
14,515
138,95
20,16
61,16
88,8
99,66
45,05
65,39
75,98
41,545
81,92
117,2
20,16
28,15
53,47
192,55
57,6
19,42
84,84
23,01
%CAP.ECH
0,17
0,114
0,289
0,199
0,584
0,195
0,253
0,239
0,225
0,505
0,236
0,371
0,264
0
0,24
0,379
1,128
0,371
0,194
0,25
31/12
+1,07
+5,91
+21,56
+10,01
+9,38
+18,03
-0,64
-7,97
+8,92
-3,03
-26,02
+2,85
+12,22
+12,07
+18,36
-7,81
-6,38
-7,5
+0,65
+3,48
LES DEVISES
10,2 %. Ces bonnes performances ont été
accueillies par une hausse de 3,14 % du titre à la clôture, à 12,17 euros, ce qui permet de réduire à 17 % le recul du cours
depuis le début de l’année. Tous les secteurs d’activité - distribution d’eau, recyclage des déchets et services à l’industrie
- ont bénéficié d’une reprise de l’activité,
avec un carnet de commandes en pro-
1 EURO=
1,5681
1,5077
0,8735
9,2666
130,66
1,1819
1,1805
2,9816
11,103
5,2497
21,33
7,5174
79,9645
138,204
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
35440
35370
+1,99
NAPOLEON ..................................................... 205,9
208,9
-0,48
PIECE 10 DOL USA .....................................................
588
588
PIECE 10 FLORINS .....................................................
213
212
+0,09
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1180
1180
+1,03
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
207
207
+1,47
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
295
295
-3,28
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1320
1311
+0,76
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
108,1
113,7
-1,55
PIECE SUISSE 20F .....................................................
204,7
206,8
+0,99
PIECE LATINE 20F .....................................................
204
204
+0,54
SOUVERAIN ..................................................... 261,9
261,9
+0,46
KRUGERRAND .....................................................1163
1163
+3,96
SICAV ET FCP
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SICAV
UNI HOCHE C ................................................
287,05 15/05/18
LA VISIBILITÉ S’AMÉLIORE SUR L’ÉVOLUTION DES RÉSULTATS DE SUEZ
Le groupe Suez renoue avec la croissance. Le numéro deux mondial de la gestion
de l’eau et des déchets, qui a tenu son assemblée générale ce jeudi, a fait état
d’une hausse de 9,1 % du chiffre d’affaires
du premier trimestre à 4,058 milliards
d’euros. À structure comparable, le bénéfice d’exploitation, qui sert de référence
aux objectifs du groupe, progresse de
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
BETELGEUSE ................................................
49,90 15/05/18
BELLATRIX C ................................................
339,67 15/05/18
SIRIUS ................................................57,11 15/05/18
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gression de 30 %. À l’international, Suez a
notamment signé un contrat de 30 ans
avec l’office de l’eau de Changshu, dans
l’est de la Chine, pour un montant de
436 millions d’euros.
Pour l’exercice 2018, les dirigeants de
Suez visent une croissance du chiffre
d’affaires de 9 % à changes constants et
une progression de 10 % du résultat d’ex-
ploitation. Cette annonce a rassuré les investisseurs, qui avaient été échaudés le
24 janvier par la révision à la baisse des
prévisions de résultat annuel du groupe,
qui avait fait chuter le titre de 16 %.
Lors de l’assemblée générale, JeanLouis Chaussade a proposé de renoncer à
sa rémunération variable pluriannuelle
pour l’exercice 2018, mentionnant les dif-
ficultés rencontrées par Suez au début de
l’année. Cette proposition a été validée
par les actionnaires. Le montant du dividende, fixé à 0,65 euro par action, a également été approuvé. Son maintien au titre du présent exercice, et au-delà, ne
semble plus préoccuper le marché. À ce
niveau, le titre offre un rendement plutôt
attrayant de 5,30 %. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 47,46
♣
AIR LIQUIDE ..................................
111,95
AIRBUS .............................................. 97,98
ARCELORMITTAL SA ..................................
30,62
ATOS .............................................. 115,5
AXA .............................................. 23,04
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
62,18
BOUYGUES ..............................................
41,42
CAPGEMINI ..............................................
115,3
CARREFOUR ..............................................
16,37
CREDIT AGRICOLE ..................................
13,625
DANONE ..............................................65,2
ENGIE .............................................. 14,545
ESSILOR INTL. ..................................118,05
KERING ..............................................477,6
L'OREAL ..............................................
203,4
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
45,16
LEGRAND ..............................................66,92
LVMH .............................................. 308,6
♣
MICHELIN ..............................................
121,95
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Vivendi repart à la charge pour reconquérir
la direction de Telecom Italia
En marge de la publication
de ses résultats, le groupe annonce
une nouvelle offensive en Italie.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
ET ENGUÉRAND RENAULT
£@erenault
MÉDIAS Mieux que Game of Thrones. Le groupe de Vincent Bolloré a
annoncé, en marge de la publication de ses résultats trimestriels,
une nouvelle offensive en Italie.
« Inquiet de la nouvelle gouvernance », il pourrait demander la convocation d’une assemblée générale
des actionnaires (AG) dans quarante jours pour procéder à l’élection
d’un nouveau conseil d’administration. Cette demande intervient
deux semaines seulement après
avoir été défait par le fonds d’investissement Elliott Capital lors de la
précédente assemblée générale.
Longtemps le fonds Eliott a reproché à Vivendi une mauvaise gestion
conduisant à une chute du cours de
Bourse. Vivendi ne s’est donc pas
privé de répliquer en remarquant
que l’action Telecom Italia a encore
perdu 11 % depuis la prise de pouvoir du fonds activiste.
Le 4 mai dernier, les actionnaires de Telecom Italia ont voté en
faveur de la liste présentée par Elliott, aux dépens de celle du français. L’américain s’est donc vu at-
tribuer 10 sièges au conseil d’administration, les cinq restants
revenant à Vivendi, comme le prévoit la loi italienne. Ce vote a sonné
comme un véritable camouflet
pour Vivendi, qui détient 23,9 %
du capital de l’opérateur italien
quand Elliott en a acquis 9 %. Depuis, un premier conseil d’administration a confirmé Amos Genish
à la direction générale de Telecom
Italia. Ce dernier, nommé en 2017 à
ce poste par Vivendi, fait l’unanimité. C’est d’ailleurs le seul point
de convergence entre Elliott et Vivendi chez TIM. Le fonds prône
notamment une vente du réseau
fixe de Telecom Italia, qui permettrait de redonner rapidement de la
valeur aux actionnaires. Vivendi
hurle à la destruction de valeur,
mettant en avant le fait que la richesse d’un opérateur vient avant
tout de son réseau. La question est
d’autant plus critique chez TIM
qu’il réalise 67 % de son chiffre
d’affaires dans le fixe.
Vincent Bolloré,
premier actionnaire
de Vivendi.
V. ISORE/IP3 PRESS/MAXPPP
Le contraste de Canal+
Vivendi a lui publié jeudi soir un
chiffre d’affaires trimestriel de
3,1 milliards d’euros, en hausse de
16%. Pourtant, la locomotive Universal Music a marqué un coup
d’arrêt avec une baisse de 4,8 % de
son chiffre d’affaires (+4,5 % à taux
de change et périmètre constant)
en raison d’un décalage de sortie
de certains albums. Le streaming
continue sur sa lancée avec un
bond de 31 % mais qui ne compense pas la chute des ventes physiques et celles du téléchargement.
Ce qui n’empêche pas le groupe de
lancer le processus d’ouverture du
Vivendi va ouvrir le capital d’Universal Music
Le conseil de surveillance de
Vivendi a donné son feu vert pour
étudier toutes les possibilités
concernant l’évolution du capital
d’Universal Music. Le numéro un
mondial de la musique est
actuellement détenu à 100 %
par Vivendi. Mais le spectaculaire
retournement du marché de la
musique et l’engouement
des investisseurs pour Spotify
ont modifié la donne. En 2014,
Universal Music était valorisé
environ 7 milliards de dollars.
Quatre ans plus tard, les analystes
évaluent cette pépite entre 20
et 30 milliards de dollars.
Vivendi étudie donc soit une mise
en bourse d’une part minoritaire
du capital (entre 10 % et 20 %)
soit un placement privé auprès
d’investisseurs. Cela donnerait un
prix de marché à Universal Music
et par conséquent permettrait
d’accroître mécaniquement
la valeur boursière de Vivendi qui
stagne à 30 milliards d’euros. E. R.
capital d’Universal Music (lire l’encadré ci dessous).
Les résultats de Canal+ sont toujours mitigés. Le chiffre d’affaires
du groupe de télévision progresse
de 2,1% à 1,3 milliard d’euros, en
raison du gain de 685 000 abonnés
à l’international, surtout en Afrique. En France, Canal+ affiche une
baisse de 73 000 du total de ses
abonnés par rapport à l’an dernier.
Le droit voisin pour la presse
avance au Parlement
La ministre de la Culture promet une « mobilisation
sans faille » contre une situation « inadmissible ».
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
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décrits au chapitre 4 du document de référence, l’investisseur est invité à prendre en considération les facteurs de risques
complémentaires figurant dans la note d’opération.
Le contraste est grand entre la
chaîne Canal+ qui a regagné
250 000 abonnés et la poursuite de
la chute de l’ex-CanalSat et de CanalPlay. Ensemble, ils perdent encore 323 000 abonnés. CanalPlay,
le service concurrent de Netflix,
n’a plus que 200 000 abonnés
contre près de 700 000 il y a quelques années. Le groupe aurait renoncé à redresser la situation. ■
Patrick Mignola, député
MoDem de Savoie.
AURELIEN MORISSARD/IP3
PRESS/MAXPPP
PRESSE C’est un texte de loi qui
pourrait mener à une révolution
dans le rapport de forces aujourd’hui très déséquilibré entre les
éditeurs de presse et les Gafam
(Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). Il était présenté
jeudi pour la première fois dans
l’hémicycle par le député de Savoie
Patrick Mignola (MoDem) qui a
alerté la représentation nationale :
« La démocratie est en danger car la
presse est en danger. »
Au sujet de la domination des
plateformes dans l’économie numérique, et particulièrement dans
le domaine de l’information, Patrick Mignola estime que « toute
puissance porte en son sein les germes de sa toute-puissance. Il faut
donc tenir ferme sur les principes : en
démocratie, tout pouvoir doit être
équilibré par des contre-pouvoirs. »
Son idée est de créer un nouveau
droit économique, un « droit voisin », à l’image du droit d’auteur,
qui fonctionnerait de la même manière que la Sacem dans le secteur
de la musique en collectant et redistribuant les droits. Il permettrait
aux éditeurs et agences de presse,
producteurs des contenus qui circulent sur le Web, de faire rémunérer leur diffusion par les plateformes numériques. « Les Gafam
captent 90 % des investissements
publicitaires dans le digital », a rappelé le député, la presse ne parvenant pas « à compenser par les revenus numériques la chute des
revenus du papier ».
L’Assemblée a renvoyé le texte
en commission à l’initiative de LaREM. Mais le gouvernement, jusqu’ici peu loquace sur le sujet, juge
désormais « impératif » que ce
nouveau droit soit créé. Il souhaite
qu’il se fasse d’abord au niveau
européen. Une révision de la directive sur le droit d’auteur est en discussion depuis deux ans à Bruxel-
les. Selon la ministre de la Culture,
Françoise Nyssen, « une initiative
nationale ferait peser un risque sérieux sur le bon avancement des discussions ».
Sur le principe, la rue de Valois
se montre toutefois favorable à la
création d’un droit voisin, observant, comme tout le marché, que
les éditeurs de presse sont « victimes des pratiques déloyales des plateformes, des moteurs de recherche
et des agrégateurs de contenu, qui
réutilisent leurs contenus sans les
rémunérer », situation « inadmissible » sur le plan concurrentiel et
philosophique, a-t-elle estimé,
promettant sa « mobilisation sans
faille ». « Le principe de la reconnaissance du droit voisin est acté
dans le cadre de la révision de la directive » et les discussions « vont
aboutir d’ici à la fin de l’année », a
assuré la ministre.
Faire avancer le débat
Quoi qu’il en soit, Patrick Mignola
souhaite accélérer le processus en
poussant également le texte au Sénat. « On peut pécher par action, par
omission, mais aussi par procrastination », souligne le parlementaire,
qui estime qu’il y a une forme d’urgence à sensibiliser l’opinion et faire avancer le débat. Le député s’est
ainsi saisi il y a trois mois du sujet,
très soutenu dans sa démarche par
les principaux syndicats de presse
(presse quotidienne nationale et
régionale, presse hebdomadaire,
éditeurs de sites en ligne).
Google, Amazon ou Facebook
misent sur l’inertie des structures
européennes et sur les possibles
dissensions entre États membres
de l’UE pour repousser le plus tard
possible le moment où il faudra
réguler le marché. Mais dans un
contexte qui s’est durci en matière de fiscalité, de diffusion de
fausses informations ou d’exploitation mal contrôlée des données,
le vent est manifestement en train
de tourner. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 943 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
JOAILLERIE
PENÉLOPE CRUZ,
ISABELLE ADJANI…
LE FESTIVAL DE CANNES
EN SIX INSTANTANÉS PAGE 32
JARDIN
LES CHARMES
PARFUMÉS DU
SERINGAT, LE JASMIN
DES POÈTES PAGE 31
24 heures
croisette
par François Aubel
LA FIÈVRE DU
MERCREDI SOIR
Festival de Cannes
Deux hommes en colère
Alors que la 71e édition touche à sa fin, la compétition
se réveille. « Dogman » met en scène un toiletteur
acculé à la vengeance. Et « Burning », un jeune
homme obsédé par la disparition de sa copine.
Deux sérieux prétendants à la palme. PAGE 28
GRETA DE LAZZARIS, PINEHOUSEFILM
Dogman (en haut)
et Burning.
Accoster au VIP de Jean Roch passé
4 heures, lorsque la nuit cannoise vient de
perdre son plus gros contingent de fêtards,
peut ressembler à un naufrage. Une fausse
manœuvre, une perte de contrôle et l’on
se retrouve cramponné au bras de l’enfer.
Novice de la vie festivalière, un de nos
confrères trouve un certain réconfort sur
ces rives du Styx. « Avec chaque shot de
vodka Grey Goose, une petite bouteille
d’eau est offerte. C’est Uber bien », ose-t-il,
perturbé par les succubes siliconés qui
processionnent autour de la piste dans
leurs robes XXXS. Perché au-dessus du
comptoir, le corps longiligne d’une danseuse
aux pommettes slaves ondule et hypnotise
notre compagnon d’infortune. « Ce n’est
pas vraiment le gala de l’AmfAR ici. J’ai
l’impression d’avoir été téléporté au bord
de la piscine des “Anges de la Téléréalité” »,
glisse-t-il dans un éclair de lucidité.
Le scénario de la soirée avait pourtant bien
commencé. Avec un soupçon de nostalgie,
lorsque John Travolta est apparu dans une
veste en jean au cinéma de la plage (bondé
comme jamais malgré le froid) pour célébrer
les 40 ans de Grease. Plus tôt dans la
journée, en masterclass, la star réfute l’idée
selon laquelle sa carrière ne serait qu’une
succession de come-back. « Je ne suis
jamais parti ! Je ne cesse de me réinventer,
a-t-il confié. J’ai choisi ce métier pour
changer de look, d’attitude. Être moi,
ça m’ennuie vite. »
Le souffle coupé, mais vivant, on a réussi
à s’extirper de l’immense mêlée formée
au pied de la Villa Schweppes pour le showcase d’Orelsan. Après JoeyStarr, 50 Cent
(qui a fait danser Travolta à l’Eden Roc)
ou l’apparition surprise de PNL pour la soirée
du Monde est à toi, le film de Romain Gavras,
le rap a pris ses quartiers sur la Croisette.
Au son de Basique, le Normand, bob bleu et
marinière, demande au public de s’accroupir.
Sadique pour les filles en tenue de soirée.
Éric Garandeau, ex-conseiller culturel de
Nicolas Sarkozy et ancien patron du CNC,
tressaille dans son smoking. Lorie Pester,
ancienne chanteuse populaire, a la positive
attitude sur le photocall, tout à sa joie de
s’afficher au côté du rappeur. C’est à
ce moment-là qu’il aurait fallu rentrer.
Le Louvre au chevet de son grand gisant
ARTS Le plus spectaculaire des tombeaux conservés au musée, celui du grand sénéchal de Bourgogne Philippe Pot,
entre en restauration.
Q
ui, à la fin du Moyen Âge,
a sculpté cette œuvre aussi originale que sans suite ?
À qui doit-on cette idée de
figurer dans le calcaire
huit pleurants presque grandeur nature, portant l’effigie du grand sénéchal
de Bourgogne Philippe Pot (1428-1493)
un griffon héraldique à ses pieds ?
La restauration de ce tombeau, l’un
des plus spectaculaires du Louvre,
éclaircira peut-être ce mystère. Déjà
des noms sont avancés. Celui d’Antoine Le Moiturier, père des célèbres anges du Musée d’Avignon, auteur avec
Jean de la Huerta du non moins fameux mausolée de Jean sans Peur à Dijon, ou encore de la splendide mise au
tombeau de la collégiale Notre-Dame
Mise en scène originale
Le public pourra voir travailler les sept spécialistes choisis pour rénover l’œuvre.
FABIENNE REYBAUD, PARC DE BAGATELLE, RAPHAËL CHIPAULT/MUSÉE DU LOUVRE, DIST. RMN
Ces hypothèses sont débattues tandis
que, jusqu’en novembre, le public verra travailler autour du monument, salle 210 de l’aile Richelieu, sept spécialistes placés sous la houlette de la
directrice du département des sculptures Sophie Jugie et d’un comité
scientifique spécialement constitué.
« Une dizaine de déménagements impliquant démontages et remontages, et
surtout un moulage d’ensemble effectué
en 1993, ont abîmé la surface », explique la responsable. Cela est d’autant
plus regrettable que la réplique faite
pour la chapelle du château de Philippe
Pot, à Châteauneuf-en-Auxois (Côted’Or) a été installée sur place de
manière aberrante. Les impressionnants pleurants, visages encapuchonnés et corps drapés de noir avec écus
armoriés, ne portent plus rien. Ils
semblent seulement se recueillir
autour du chevalier placé au sol, en armure et tunique.
Cette disposition ne correspond pas
à la pompe voulue par Philippe Pot luimême. Ce filleul du duc Philippe le Bon
opportunément rallié à Louis XI avait
en effet imaginé que sa puissance soit
visible pour toujours, matérialisée par
un cortège de sujets fidèles soutenant
son gisant. Des Bourguignons comme
lui, mais comme lui inféodés à la Couronne de France. Une enveloppe de
85 000 euros, en partie dotée par le
Centre français des fonds et fondations
Terre de cultures, devrait suffire à la
réparation. ■
A
de Semur-en-Auxois. Celui de
Guillaume Chandelier, artiste prolifique, actif à Dijon entre 1481 et 1501,
mais à qui on ne peut à ce jour donner
formellement la moindre œuvre subsistante…
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
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vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO
28
L'ÉVÉNEMENT
Matteo Garrone retrouve du mordant
EN COMPÉTITION
Un toiletteur pour
chiens en apparence
sans histoires
fréquente un malfrat
sans foi ni loi.
Avec « Dogman »,
le réalisateur de
« Gomorra » fait
son grand retour.
Et donne un coup
de fouet au Festival.
L
ÉRIC NEUHOFF
eneuhoff@lefigaro.fr
LE TAPIS ROUGE
DU WEB
+
ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP
» Revivez en vidéo notre émission
« 24 heures Croisette » : le retour
du cinéma italien
» Le sacre de Diamantino
à la Semaine de la critique
» « Noire n’est pas mon métier » :
naissance d’un mouvement
à Cannes
» La photo du jour : le regard
de Jong-seo, de Burning, embrase
le tapis rouge
» Alex Lutz, brillant ringard
dans Guy
» Un tapis rouge très politique
pour le Festival de Cannes 2018
www.lefigaro.fr/festivaldecannes
A
Des actrices et auteures à l’origine
du mouvement « Noire n’est pas
mon métier », à Cannes.
Marcello (Marcello Fonte) est un toiletteur pour chien qui s’adonne au trafic de drogue pour arrondir ses fins de mois et offrir à sa fille des vacances de rêve.
adore son papa. Elle ne sait pas qu’il
est tombé sous la coupe du redoutable
Simone. Cette brute épaisse est violente, cocaïnomane au dernier degré.
Avec son crâne rasé, son quintal de
muscles et de sauvagerie, il rendrait
Hulk inoffensif.
Un soir, il démolit à coups de boule
une machine à sous. Lâcheté ? Solitude ? Marcello lui passe tout. Il le fournit
en substances, pardonne ses diverses
turpitudes, l’accompagne dans ses
cambriolages nocturnes. Durant une
de ses expéditions, Simone a enfermé
dans le congélateur un chihuahua qui
avait le tort d’aboyer. Marcello retourne sur les lieux du forfait et sauve avec
des gestes d’une infinie tendresse la
bestiole déjà raidie par le froid. Il a un
cœur gros comme ça. C’est lui qui soigne Simone quand il est atteint par les
balles de ses ennemis, qui l’emmène
chez sa mère au bout du rouleau (le fiston ensanglanté étreint sa maman : pas
pour lui manifester son affection, mais
pour que Marcello puisse ramasser en
douce la poudre que la dame a balancée dans un mouvement de colère).
Une noirceur retrouvée
On voit qu’on a ici affaire à un sérieux
numéro. Ce Simone n’hésite pas à dévaliser la boutique du prêteur sur gages
mitoyenne du commerce de Marcello.
Ce dernier ne le dénonce pas. La
loyauté a un prix : un an de prison. À sa
sortie, Marcello découvre que son ami
a dilapidé l’argent qu’il lui devait. Le
GRETA DE LAZZARIS
Il fallait toute la subtilité fragile de
Marcello Fonte, avec son profil de
médaille, pour rendre fréquentable ce
désert de l’âme. Un prix d’interprétation est à craindre. Ce fait divers réel
remet les pendules cannoises à l’heure.
Trois lignes dans les journaux. Cent
minutes sur les écrans. Des années en
mémoire. ■
gentil toutou se transforme alors en
bête féroce.
Le film saute à la gorge. Il fait oublier
les échecs de Reality et du Conte des
contes. Matteo Garrone retrouve la
noirceur, la fougue de Gomorra. Dans
des décors à pleurer de désolation, des
êtres frappés de disgrâce tentent de préserver une part de lumière. Ce sont les
moments où le père et la fille explorent
les fonds marins au milieu d’une tempête de bulles, les matchs entre copains du
coin, les séances où Marcello chuchote
leur nom à ses pensionnaires sur pattes,
ce danois dont le séchoir agite les babines comme un drapeau qui flotte au
vent. Ce monde où la beauté n’a plus
guère le droit de cité est si cruel que la
rage ne saisit pas que les rottweillers.
« Dogman »
Drame de Matteo Garrone
Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce,
Alida Baldari Calabria
Durée 1 h 42
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Sortie le 11 juillet
« Burning », les illusions dangereuses
FRANÇOISE DARGENT fdargent@lefigaro.fr
EN COMPÉTITION La jeune Haemi a
tout d’une écervelée. Lorsqu’elle se rappelle au souvenir de son ami d’enfance
Jongsu, en lui glissant un ticket de loto à
la sortie du magasin où elle travaille
comme animatrice et où il entre comme
livreur, on ne donne pas cher de leurs
retrouvailles. Jongsu est du genre laconique, peu porté sur les effusions. Face à
cette tornade volubile, il reste coi. Celui
qui se présente comme un apprenti
écrivain se laisse pourtant embarquer
par la jeune Coréenne le temps d’un
verre. Là, Haemi lui explique qu’elle
pratique l’art de la pantomine, épluche
une mandarine imaginaire, en sépare
les quartiers qu’elle porte à sa bouche et
de ses lèvres coule le jus du fruit. On ne
le voit pas mais l’illusion est parfaite.
Bingo ! Jongsu est amoureux, le spectateur avec. Ils ne cesseront de penser à la
gracieuse et singulière Haemi tout au
long du film de Lee Chang-dong (prix
du meilleur scénario à Cannes 2010 pour
Poetry, prix d’interpération féminine
pour Secret Sunshine en 2007).
Deux heures et demie pour adapter
une nouvelle du Japonais Haruki
Murakami, cela peut sembler long,
d’autant que le texte des Granges brûlées est elliptique. Murakami y raconte
l’histoire d’un Japonais qui brûle des
granges abandonnées pour le plaisir
sans donner toutes les clefs de ce mystère. Lee Chang-dong, lui-même écrivain, s’engouffre avec une grande classe
dans les blancs de la nouvelle et livre sa
version coréenne de l’univers murakamien. Même goût pour les intrigues
sinueuses, même touche d’élégance so-
PINEHOUSE FILM
e cinéma italien reprend
du poil de la bête. Il les brosse. Il les
coiffe. Il les pomponne. Caniches,
bulldogs, dobermans : Marcello est
toiletteur pour chiens. Malgré son prénom, il n’a rien du Mastroianni de La
Dolce Vita. Personne ne risque de
confondre cette bourgade en bord de
mer avec la via Veneto. La plage ressemble à un terrain vague. Les immeubles, visiblement construits à la
va-vite, sont déjà décrépis. Les parcs
pour enfants rouillent tranquillement,
parmi les mauvaises herbes et les flaques d’eau. C’est un endroit où on ne
s’attendrait certainement pas à voir
apparaître une Monica Vitti.
Dans la première scène, Marcello
essaie de shampouiner un pitbull.
L’animal montre les crocs. Notre homme, en professionnel, l’amadoue et le
transforme en peluche. Tel est le personnage, petit bonhomme tout droit
sorti d’un dessin de Sempé. Ce gringalet voûté, à la voix haut perchée, semble populaire. Il joue au football avec
ses voisins. Le genre de type à qui on
n’hésite pas à demander un service.
Marcello n’est pas un ange pour
autant. Pour arrondir ses fins de
mois, il revend un peu de drogue, ce
qui lui permet d’offrir à sa fille les vacances de ses rêves. Ensemble, ils
plongent avec des bouteilles. Alida
Avec Burning, Lee Chang-dong signe un très beau film sur la solitude des hommes.
phistiquée avec plus de rugosité ici.
Burning nous parle bien de la solitude
des hommes et de la recherche de l’âme
sœur, mais cache sous le vernis d’un
drame sentimental les charmes puissants d’un thriller cinématographique.
Un « Gatsby coréen »
S’il ne le lui révèle pas, Jongsu est devenu accro à la jolie Haemi. Elle est partie
en voyage en Afrique, il va nourrir son
chat en son absence. Il ne verra jamais le
matou, mais comme la mandarine,
l’animal ne semble exister que parce que
Haemi l’a décidé. Brave homme qui
tombe néanmoins de haut lorsque sa
copine, de retour de voyage, lui présente Ben, un Sud-Coréen rencontré à
Nairobi. Ben est un peu plus âgé qu’eux,
il est beau gosse tendance intello, roule
en Porsche et cuisine des pâtes italiennes en musique. Un « Gatsby coréen »
persifle Jongsu, physique rustique, qui
se déplace avec la camionette pourrie de
son père, un éleveur de vaches, et aspire
bruyamment des nouilles au bouillon.
La lutte des classes pointe son nez. On
s’en doutait.
Haemi choisi de se faire déposer chez
elle en Porsche et l’écrivain en herbe
rentre piteux dans la ferme familiale à la
frontière des deux Corées. De sa maison,
on entend les haut-parleurs de la propagande nord-coréenne qui braillent
par-delà les monts. Les deux autres débarquent pour lui rendre visite. Jongsu
se crispe surtout lorsque Haemi, en une
scène magnifique, danse à moitié dévê-
tue devant les deux hommes. Ben choisit ce moment-là pour confier à son rival qu’il se livre à une curieuse
distraction : tous les deux mois il brûle
une de ces serres abandonnées qui jonchent la campagne coréenne. À michemin du film, l’intrigue opère un subtil glissement en se concentrant sur la
relation entre les deux hommes,
d’autant que Haemi s’évapore dans la
nature.
La première fois que Jongsu recroise
Ben, le « Gatsby coréen » lit Faulkner,
justement son écrivain préféré (et celui
de Murakami). Jongsu se met à la course
à pied – le hobby favori du romancier
japonais – autour de sa ferme pour vérifier que les serres sont toujours intactes.
Il est alors presque trop tard pour que le
spectateur se remémore les indices glissés depuis le début de la rencontre du
trio, et qui pourraient expliquer la disparition de la jeune fille. Ils sont les pièces d’un puzzle qui se recompose implacablement jusqu’à la saisissante scène
finale.
Sans jamais trahir l’esprit de la nouvelle tout en la réécrivant presque totalement, multipliant les références à
l’écrivain japonais, Lee Chang-dong signe un très beau film sur la force de l’illusion. De quoi bercer plus d’un jury
cannois ■
« Burning »
Thriller de Lee Chang-Dong
Avec Yoo Ah-In, Steven Yeun,
Jeon Jong-seo
Durée 2 h 28
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Sortie le 29 août
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LE FIGARO
vendredi 18 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
29
Alex Lutz : « On a tous un Guy dans le cœur »
IIIe République avec Pompidou, Valéry
Giscard d’Estaing, la gauche, ces années
1980 charity business dans l’industrie du
disque…
PROPOS RECUEILLIS PAR
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
SEMAINE DE LA CRITIQUE Le second
long-métrage d’Alex Lutz, Guy (qui sort
en salle le 29 août), est présenté en clôture à la Semaine de la critique. Il y incarne
Guy Jamet, chanteur de variétés très célèbre dans les années 1960, et sur lequel
Gauthier, un journaliste qui pense être
son fils illégitime, décide de réaliser un
documentaire. Vieilli de plusieurs décennies pour ce rôle, Alex Lutz parvient à faire oublier le comédien qu’il est et livre
une performance à couper le souffle. Si le
film suscite des rires, ce n’est pas une comédie. Plutôt une réflexion mélancolique
et émouvante sur un homme qui sait que
sa jeunesse est derrière lui, mais n’entend
pas baisser les bras. À Cannes, l’acteur,
humoriste et désormais réalisateur, boite.
Il ne sait plus trop pourquoi. Il porte encore la bague de son héros, Guy Jamet.
Vous êtes-vous inspiré de chanteurs
comme Michel Sardou, par exemple,
ou d’Alain Delon ?
Pas plus que ça. Le film est construit
comme un roman. Tout est inventé, les
amis, l’entourage, cette rencontre avec
de l’indicible et un récit d’apprentissage
pour les deux personnages principaux,
Guy et Gauthier. On m’a dit que Guy rappelait Sardou, Belmondo, Hervé Vilard,
Adamo, Cabrel et Delpech. Mais il n’y en
a pas un en particulier. Je veux bien être
moche comme Alain Delon à son âge !
LE FIGARO. – Est-ce une consécration
d’être sélectionné en clôture à la Semaine
de la critique ?
Alex LUTZ. – Je me pince ! Je suis très honoré, cette présence est une belle naissance pour le film. La sélection est pointue. J’aime le Festival de Cannes, j’y avais
mis en scène Monica (Bellucci, NDLR)
l’année dernière lors de la cérémonie
d’ouverture. Ici, on a la chance de
découvrir des œuvres.
Vous cosignez le scénario à trois,
avec Anaïs Deban et Thibault Segouin…
Thibault était mon administrateur de
tournée, il est acteur et maintenant
auteur et met en scène l’humoriste Ben.
On a des visions communes. Anaïs
Deban, sa femme, vient du journalisme et
du documentaire. C’était intéressant
pour la facture de Guy qui devait ressembler à un vrai documentaire de cinéma.
L’exercice d’écriture est particulier. J’ai
fait l’arche et après ça a été un jeu de
ping-pong pour construire le séquencier.
C’est un film très libre, une fois que le
maquillage - long ! - était fait, on s’amusait et s’abandonnait sur le plateau.
Oui, c’est une ode à la vie et à une vie, et
une vie ne peut pas être mono-émotionnelle. Je cite souvent Françoise Sagan qui
suggère de « regarder derrière l’épaule »
et les mots d’Annie Ernaux à la fin de son
livre, Les Années.
Quelle est la genèse de Guy ?
Mon premier long-métrage, Le Talent de
mes amis, m’a donné envie d’en réaliser
un second. J’ai résisté aux sirènes qui me
suggéraient de faire un film tiré de la série
Catherine et Liliane ou je ne sais quelle
autre franchise. J’ai eu de la chance avec
la presse pour Le Talent de mes amis, mais
quand on me dit des choses, je dois les
entendre. Je crois que Guy est plus abouti
et me ressemble plus, les tripes sont sur la
table, j’ai moins de pudeur. Je voulais une
économie plus contraignante pour avoir
davantage de possibilités d’inventions.
Le faux documentaire pouvait donner
lieu à une explosion de créativité. J’avais
envie de parler de la vie, de la filiation, du
temps, à travers un chanteur de variétés,
parce que ce personnage nous prend la
main. J’ai choisi un chanteur de divertissement, parce qu’on a tous un Guy Jamet
dans le cœur. Il nous raconte une page
d’histoire, de l’héritage d’une France
Avez-vous tout de suite décidé de
le mettre en scène, l’écrire et le jouer ?
Oui, j’avais envie d’avoir un vrai kif d’acteur. J’aime proposer des histoires comme au théâtre. C’est un travail de bande,
j’ai eu en particulier deux monteurs formidables et un créateur musique magnifique. J’adore tous les postes. Je donne les
bornes, les rendez-vous, après, il faut se
laisser vivre. Il y a beaucoup d’improvisation, mais cadrée, une patine de réel et
de sincérité. J’ai donné mon cahier des
chansons.
Y a-t-il des réalisateurs
qui vous nourrissent ?
Plein ! Vanessa Filho qui a tourné Gueule
d’ange, Justine Triet. Dans les plus anciens, Lelouch et notamment un homme
qui me plaît, Sautet, la période 19701980, Verneuil, Oury, pour le sens de la
comédie absolu, Danièle Thompson pour
les dialogues, Sydney Pollack ou encore
Aziz Chouaki et Ken Loach. ■
La musique occupe une belle
place au Festival de Cannes.
Non contente d’accompagner
les films des différentes sélections,
elle est au cœur de certains d’entre
eux. Ainsi du film russe Leto,
qui se penche sur la scène rock
du Leningrad des années 1980,
et de Cold War, qui suit
le parcours d’une chanteuse
depuis la campagne polonaise
jusqu’aux clubs de jazz parisien
d’après- guerre. Mais aussi Under
The Silver Lake, où un démiurge
reclus façon Citizen Kane prétend
avoir composé l’intégralité
des tubes de la pop. Plusieurs
compositeurs de musique de film
ont même fait le déplacement.
Ils se disputent le prix de la
meilleure musique de film,
qui sera décerné par un jury
de journalistes dans le cadre de
Cannes Soundtrack. Morgan Kibby
concourt avec le score des Filles
du Soleil. Cette Américaine, qui fit
partie du groupe M83, est novice
au cinéma. Le film d’Eva Husson
est sa seconde partition, après
qu’elle a déjà composé pour
le premier long-métrage de la
réalisatrice. Elle assume le lyrisme
d’une écriture pour cordes qui
emprunte les codes de l’âge d’or
hollywoodien. Bertrand Blessing
est, lui, à la manœuvre sur
En guerre, de Stéphane Brizé.
Venu du théâtre et du spectacle
de rue, le Suisse signe un BO
remarquable. Ses thèmes
instrumentaux en spirale
soutiennent idéalement les scènes
de manifestations. La contribution
de Roma Zver sur Leto est
différente : ce musicien célèbre
s’est chargé d’adapter les titres du
groupe pionnier du rock soviétique
Zoopark aux exigences des
auditeurs actuels.
O. N.
COUP DE CŒUR
« Troppa grazia » : l’état de grâce
COUP DE GRISOU
PUPKIN PRODUCTIONS
Lors de la présentation, vous avez dit
que le film était une « ode à la vie »…
Alex Lutz s’est
vieilli de plusieurs
décennies pour incarner
Guy Jamet, un chanteur
de variétés sur le retour.
APOLLO FILMS
Dans votre film, Guy dit : « Je suis
tombé dans toutes les caricatures
dans lesquelles je pouvais tomber. »
Oui, il a eu les labels qui viennent, qui
partent, la drogue, la réussite, sans doute
le melon, les divorces… Et il continue de
se produire sur scène, même s’il est
moins médiatisé. Il est là, il en a envie, il
aime bien le verre plein et se cabre encore
un peu. Le spectateur regarde Guy comme Gauthier (Tom Dingler, meilleur ami
d’Alex Lutz, NDLR).
Une bande sonore
« In My Room » ne touche pas terre
UN CERTAIN REGARD
Armin, quadragénaire qui a refusé de grandir, est un loser au stade terminal.
Sa vie sentimentale est ponctuée d’échecs, sa carrière est à la dérive
et sa grand-mère bien aimée est mourante. Il a besoin d’un électrochoc.
Qui se produit. Un matin, Armin se réveille, et toute trace de forme humaine
a disparu. Seuls les animaux subsistent. Film catastrophe ? Ode à la nature ?
Message misanthrope ? In My Room est un peu tout cela à la fois. Pleutre
et faible dans le monde d’avant, Armin (Hans Löw) devient homme au contact
des éléments. Sa silhouette s’amincit, son appétit de vivre revient, au diapason
de sa libido. Il ne manque qu’une Eve à cet Adam : elle ne tarde pas à surgir,
sous les traits de l’actrice italienne Elena Radonicich. Las, le couple
de comédiens peine à incarner les deux derniers tenants de l’espèce humaine.
La réalisation d’Ulrich Köhler ne tient pas la distance de son ambition.
Trop déséquilibré, le film souffre d’un manque de direction dans une seconde
partie qui s’étire. Dommage, en regard de l’originalité du scénario et d’images
fortes d’une civilisation désolée.
OLIVIER NUC
Date de sortie non communiquée.
A
QUINZAINE DES RÉALISATEURS
Lucia, mère indépendante et pleine d’énergie, ne sait plus où donner de la tête.
Elle met son ex à la porte, s’occupe de sa fille adolescente et travaille comme
géomètre sur un terrain convoité par des promoteurs immobiliers. Un jour,
alors qu’elle prend des mesures, elle tombe sur une femme brune portant un voile
qu’elle croit être une réfugiée. C’est la Vierge Marie. Qui la charge d’une curieuse
mission. Esprit délirant, Gianni Zanasi s’attache, avec Lucia, à une pétroleuse de
charme qui tient tête à l’Immaculée Conception ainsi qu’aux décideurs du chantier.
Ses « visions » la font passer pour une folle. Les échanges entre les deux femmes
déclenchent les rires. La Vierge a un sacré toupet et Lucia n’est pas Bernadette
Soubirous ni mère Teresa. Alba Rohrwacher prête au personnage son caractère
intrépide et sa blondeur angélique. Sa partenaire, Hadas Yaron, compose
une Madone à qui on ne donnerait pas le bon Dieu sans confession. Une bonne
surprise pour la clôture de la 50e Quinzaine des réalisateurs couronnée par
le Prix Europa cinémas.
N. S.
Date de sortie non communiquée.
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vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO
30
CULTURE
Suivez « L’Oiseau vert », et envolez-vous !
CHRONIQUE Au Théâtre de la Porte Saint-Martin, le spectacle mis en scène par Laurent Pelly il y a trois ans,
à Toulouse, renaît, dans ses couleurs acidulées. Sa poésie est merveilleuse et son interprétation épatante.
LE THÉÂTRE
Armelle Héliot
aheliot@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/theatre
ne grande nappe dégringole du haut du plateau jusqu’au bord de la scène. Une
large nappe qui se replie
sur elle-même, formant
des reliefs, des talus comme le ferait un
rouleau de papier tombant du haut jusqu’en bas. Des guirlandes d’ampoules
bordent cet espace neutre, qui se métamorphose tout au long du spectacle, selon les scènes. Au début, cette feuille est
noire. Elle deviendra blanche, vert vif,
orangée au gré des lumières nettes et
vives créées par Michel Le Borgne.
Laurent Pelly, qui signe cette mise en
scène enchantée, a imaginé l’espace et
les costumes et choisi de représenter la
magie de L’Oiseau vert avec les moyens
les plus artisanaux du théâtre. Dans
l’ombre, les techniciens manipulent les
éléments de décor qui surgissent, façades de maisons, pommes qui chantent,
statues qui parlent, eau qui danse, par
exemple.
L’Oiseau ? C’est un homme fin et
alerte (Olivier Augrond), qui tient un
oiseau de papier au bout d’une longue
tige et le fait voleter, puis, que l’on retrouve à la fin, accroché à une échelle
qui tient lieu de perchoir, en haut d’une
montagne que l’on « voit » sans qu’elle
soit montrée.
Cette production, née au Théâtre national de Toulouse il y a trois ans, reprise parfois en tournée, revit dans l’un
des théâtres privés parisiens les plus
U
L’Oiseau vert, un voyage initiatique, broché de scènes cruelles comme dans un conte, mais aussi de philosophie, de farce.
actifs. Comme il l’avait fait avec la Cendrillon de Joël Pommerat la saison dernière, Jean Robert-Charrier jette un
pont du public au privé et offre ainsi à
un vaste bassin de spectateurs l’occasion de découvrir ce spectacle extraordinaire qui éblouit les plus jeunes comme les adultes.
Si L’Oiseau vert est une merveille,
c’est qu’il ne se contente pas d’offrir
des solutions subtiles et espiègles à la
fois à la représentation du fantastique. Il
est magistralement interprété par un
groupe de comédiens qui demeure pour
l’essentiel inchangé depuis la création.
Curieuses rencontres
De très fortes personnalités, qui portent
avec un éblouissant talent les personnages de la pièce du Vénitien Carlo
Gozzi, grand rival de Goldoni. L’Oiseau
vert date de 1765. L’écrivain use de tou-
POLO GARAT
tes sortes de vers et Agathe Mélinand,
qui a pour l’occasion retraduit la comédie, a su donner une juste idée de cette
variété de formes et de registres.
L’histoire de L’Oiseau vert ? Sans tout
déflorer on peut dire qu’il était une fois
une reine très méchante. Tartagliona,
incarnée par Marilu Marini, la star du
légendaire groupe théâtral TSE, danseuse autant que comédienne audacieuse.
Elle compose une femme qui fait peur,
Ferdinand Hodler, les cimes et au-delà
ARTS Il y aura un siècle le 19 mai, le peintre s’éteignait dans son appartement genevois, quai du Mont-Blanc.
En savoir plus
La Suisse, qui a fait de ce chantre des lacs et des montagnes un héros national, s’en souvient.
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
ENVOYÉ SPÉCIAL À GENÈVE
«
i j’entre dans une forêt dont
les troncs sont allongés, j’ai
autour de moi une ligne verticale, une même ligne répétée de nombreuses fois à
l’infini. » Ainsi allaient, toujours méditatives, les randonnées de Ferdinand
Hodler. La Suisse célébrera le 19 mai prochain le centenaire de la mort de ce peintre (né à Berne en 1853 et mort à Genève)
qu’elle considère comme national, notamment à cause de son portrait en pied
de Guillaume Tell. Un colosse roux, un
brin ridicule en short et sandales, mais
qui, armé d’une arbalète, barre aux intrus l’accès aux doux lacs et aux riches
alpages.
Déjà à Genève, Laurence Madeline,
commissaire d’exposition, et Nina
Zimmer, directrice du Kunstmuseum de
Berne, ont ouvert ce qui est plus qu’une
rétrospective, une relecture très éclairante de l’œuvre. On y constate partout
que les rêveries de ce promeneur solitaire
aboutissent, tel le paysage de frondaisons
de Bois des frères (Le Bois de la châtelaine), à des structures de parallèles. Même
avant une théorisation développée dans
les deux dernières décennies, les compositions de Hodler, qu’elles soient paysages, portraits simples ou de groupes, scènes agrestes ou d’histoire, se trouvent
puissamment charpentées par différents
jeux de symétrie.
A
1
Autoportraits jusqu’à la redite
Ici, une des cimes minérales et bleutées
tant prisées des collectionneurs se dédouble par son reflet aqueux. Là les traits
et les membres d’un inconnu saisi frontalement (Vigneron assis) se répondent
de part et d’autre d’une verticale centrale. Tout comme dans le portrait du commissaire de police Félix Vibert dont l’impressionnante barbe tombe en double
queue-de-cheval. L’horizontalité des
lances et de la cavalcade striant sa Bataille
de Morat, étude est la même que celle qui
donne leur puissance à des travaux tels
La salle permanente Hodler
privilégie l’intime avec
de nombreux portraits autour
des pièces de mobilier conçues
par l’architecte et designer
autrichien Josef Hofmann
pour l’appartement du peintre.
AU CABINET D’ARTS
GRAPHIQUES
Une exposition est consacrée
au pleinairiste Barthélemy Menn
qui fut le professeur de Hodler.
Jusqu’au 8 juillet.
+
S
AU MUSÉE D’HISTOIRE
DE GENÈVE
MUSÉE D’ART DE PULLY
Ferdinand Hodler, La Bataille de Morat, étude (1917).
MUSÉE D’ART ET D’HISTOIRE DE GENÈVE/Y. SIZA
Les Dents du Midi depuis Champéry ou Le
Lac Léman et le Mont-Blanc à l’aube. Lignes basses ou hautes, droites ou gauches
mais aussi diagonales simples (le geste du
Bûcheron levant sa hache pour couper un
tronc à sa base) ou en croix (la femme de
Chant lointain) abondent pareillement.
En outre l’exposition ne cesse de souligner qu’à ce parallélisme formel s’ajoute
celui entre les sujets (Les Buveurs est accroché à côté de La Dispute, la scandaleuse Nuit, qui fut saluée par Puvis de
Chavannes et Rodin, est placée en face de
La Vérité) ; celui des motifs (le corps et la
nature), et enfin celui des modèles
(Augustine et Valentine, les deux amours
du peintre).
Le caractère éternel et sacré du monde
se lit dans ses lignes et ses nappes de couleurs harmonieuses, soutient l’artiste. À
charge pour lui de les révéler au plus
grand nombre. Une telle dévotion à
dame Nature explique le vitalisme triomphant de Communion avec l’Infini, corps
féminin en prière sur champ de gazon, ou
de Regard dans l’infini, alpiniste nu sur
fond de brume d’altitude. De même, le
paradoxe n’est qu’apparent quand le
peintre suit pas à pas, fasciné, les progrès
de la maladie chez ses compagnes. Au
Musée Rath on voit quelques épisodes de
l’agonie de Valentine. Son décès est intervenu en 1915, après 18 tableaux et plus
de 120 dessins d’elle, tous réalistes.
Déjà en 1909, s’inscrivant dans la tradition du Christ cadavérique de Holbein
conservé à Bâle, Hodler avait figuré
Augustine, mère de son fils Hector, sur
son lit de mort. L’horizontalité du gisant
se voit confortée dans la partie supérieure de la toile par trois bandes bleues symbolisant l’âme. Voilà Augustine élevée ici
au rang de panorama. Comme, plus tard,
le visage décharné de Valentine sur des
draps immaculés deviendra piton rocheux émergeant d’un tapis neigeux.
Un égal de Monet ou Klimt
De plus en plus synthétique, Hodler multiplie aussi les autoportraits jusqu’à la redite (environ 200 !). Fini l’air furieux de
celui de 1881, quand par un froncement
de sourcil mimant celui du Désespéré de
Courbet, le Bernois, novateur quoique
féru d’ordre classique, signifie son mépris à la critique. Désormais le sexagénaire qui nous fixe est un roc immuable et
parfaitement identifiable.
Des peintures du Léman issues de
collections privées, inédites pour
certaines, y sont réunies. Un sujet
de prédilection puisque, sur les
600 paysages d’Hodler, un sur six a
le lac comme motif. Jusqu’au 6 juin.
Il recommence enfin constamment ces
montagnes qui lui ont procuré la gloire. Il
les agrandit et les simplifie jusqu’à l’épure. Ce dépouillement final donne une
sorte de sublime zen très original.
Globalement, l’esthétique du parallélisme lasserait si elle n’était émaillée de
quelques écarts ou différences en contrepoint. De telles licences font le charme de
ces toiles à mi-chemin entre sentiment et
raison, entre symbolisme et abstraction ;
Kandinsky, Klee et Mondrian les ayant
attentivement regardées.
Européen à la croisée des chemins,
Hodler avait de son vivant été applaudi
comme un égal de Monet ou de Klimt,
cela des Expositions universelles aux cercles de la Sécession viennoise. Son centenaire contribuera-t-il à restaurer cette
notoriété internationale ? La sélection de
très haute qualité installée au Musée Rath
sous de gros lustres à éclairage insensiblement changeant, bleu, jaune ou mauve, incite à le penser. ■
« Hodler//Parallélisme », jusqu’au 19 août au
Musée Rath, Genève (Suisse). Cat. disponible
en français Scheidegger & Spiess Verlag,
192 p., 49 CHF. Tél. : +41 (0)22 418 26 00.
www.mah-geneve.ch
une silhouette à la Louise Bourgeois,
cruelle et rageuse, formidable ! Elle rugit
et trépigne, elle est incroyable !
Autrefois, elle a profité du départ à la
guerre de son fils, Tartaglia (Emmanuel
Daumas, excellent), pour enterrer sa
belle-fille Ninetta (Fabienne Rocaboy)
sous un évier et faire tuer ses jumeaux
nouveau-nés. Pantalone (Eddy Letexier, idéal), chargé de cette atroce
besogne, n’en a pas eu le cœur. Il a enveloppé les enfants dans une toile cirée
et les a jetés à la rivière. Ils ont été recueillis par un couple de charcutiers
(touchante Nanou Garcia, savoureux
Georges Bigot). Le temps a passé… Les
jumeaux (excellentissimes, Antoine
Raffalli et Jeanne Piponnier) vont faire
de curieuses rencontres. Ils ont étudié,
ils sont savants et épris d’absolu… On
croise aussi un poète piètre rimailleur
(irrésistible Pierre Aussedat), des statues qui conseillent, Calmon (Régis
Lux), ou dont on tombe amoureux,
Pompea (Sabine Zovighian).
L’Oiseau vert est un voyage initiatique, broché de scènes cruelles comme
dans un conte, mais aussi de poésie, de
philosophie, de farce. Une liberté digne
de Shakespeare, quelque chose comme
une « ironie féerique » dit bien Laurent
Pelly qui retrouve une candeur d’enfant
pour résoudre les mille et un problèmes
de représentation. On rit sans cesse, on
est ému, étonné. Les tableaux qui se
succèdent sont d’une beauté sidérante.
Les couleurs, le graphisme, les mouvements, tout enchante et subjugue.
Envolez-vous !
L’Oiseau vert, au Théâtre de la Porte
Saint-Martin (Paris Xe), jusqu’à fin juin,
à 20 h 30 du mardi au samedi, le dimanche à
15 heures. Durée : 2 h 20. Tél. : 01 42 08 00 32.
ZOOM
La Vieille Grille menacée
C’est l’un des lieux mythiques
de Paris. Un cabaret où musique,
poésie et théâtre palpitent depuis
plusieurs dizaines d’années.
Entre la place Monge et la
mosquée de Paris, au cœur
du Ve arrondissement, la Vieille
Grille a vu les débuts de Zouc,
Rufus, Brigitte Fontaine, Jacques
Higelin, Colette Magny, Coluche,
Maurane ou Areski, et, depuis,
on y découvre de merveilleux
talents. Or le propriétaire des
murs vend. Malgré la
détermination de Florence
Berthout, maire du Ve, le Conseil
de Paris, sur avis négatif de la
Semaest (société d’économie
mixte), refuse d’user de son droit
de préemption. Une pétition
a été lancée pour tenter de
convaincre le Conseil de Paris de
sauver cette perle du patrimoine
artistique parisien.
Pour soutenir la Vieille Grille :
01 47 07 22 11.
EN BREF
André Marcon lit « Ulysse »
Rendez-vous exceptionnel,
mercredi 23 mai, à 20 heures,
avec André Marcon, qui lira
des pages d’Ulysse de James Joyce
dans le cadre des Rencontres
de la nuit. Le grand interprète
a choisi l’exposition du peintre
Pierre Zanzucchi,
« Les Illuminures », à la mairie du
XVIIe, 16-20, rue des Batignolles,
pour ce moment. Entrée libre.
Judith Magre au Poche
Une mauvaise bronchite
l’avait éloignée de la scène du
Poche-Montparnasse (Paris VIe),
où elle jouait, avec Pierre et Marie
Notte, la pièce de Philippe
Minyana Une actrice. Judith
Magre revient, très en forme.
Pierre Notte étant retenu par
des créations pour Avignon, c’est
Thierry Harcourt qui reprend
le rôle. À voir à partir du 25 mai,
à 19 heures, du mercredi au
samedi, 15 heures le dimanche.
Il sera remplacé les 30 et 31 mai,
3, 4 et 5 juillet par Christophe
Barbier. Rens. : 01 45 44 50 21.
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LE FIGARO
vendredi 18 mai 2018
JARDIN
31
CHRONIQUE
MARC
MENNESSIER
£@MarcMennessier
BROCHET-LANVIN, PARC DE BAGATELLE ET HORIZONFEATURES/LEEMAGE
Désherbage
« naturel »
F
Agenda
18, 19 et 20 mai
Journées des plantes
au château de Chantilly (Oise).
31 mai au 3 juin
15e salon « Jardins, jardin »
sur le thème « Expérience(s)
de nature », Jardin des Tuileries,
Paris.
8, 9 et 10 juin
17e Journées de la rose,
abbaye de Chaalis,
Senlis-Ermenonville (Oise).
Le seringat compte de multiples espèces comme le Philadelphus purpurascens (ci-dessus), le seringat à fleurs doubles (en bas, à gauche), et le Philadelphus coronarius (à droite).
Le seringat,
florifère et odorant
BOTANIQUE Pour profiter de son parfum de mai à juin,
cet arbuste a besoin de se faire une place au soleil…
en bordure d’allée ou sur un balcon.
O
NICOLE TARBOURIECH
ntarbouriech@lefigaro.fr
n l’appelle le jasmin
des poètes, sans savoir véritablement
pourquoi. Probablement en raison du
parfum qu’il répand - « Beaucoup de
variétés ont été créées dans l’est de la
France, région où le jasmin a du mal à
survivre, explique Erik Benoît, chef jardinier du parc de Bagatelle (Paris),
alors que lui s’adapte très bien… »
D’autres évoquent plutôt l’odeur de la
fleur d’oranger ou parfois de l’ananas…
En tout cas, le seringat compte bien
parmi les arbrisseaux les plus odoriférants de la création. « Certains peuvent
même être entêtants », insiste Erik
Benoît. Avec le joli mois de mai, la pleine saison a démarré et peut s’étirer jusqu’en juillet pour les plus tardifs. C’est
l’occasion de profiter de cette explosion de fleurs et de s’enivrer de toutes
ses senteurs qui embaumeront les premières soirées sous le ciel étoilé.
Quatre pétales d’un blanc pur, un
bouquet d’étamines jaunes et une
feuille verte ovale légèrement dentée :
cette combinaison chromatique élémentaire fait toute la fraîcheur du
Philadelphus, son nom scientifique. Le
terme aurait été attribué par un botaniste grec empruntant le surnom du
monarque égyptien Ptolémée II, dit
Philadelphe. Les fleurs, solitaires ou
réunies en grappe, s’accrochent à une
tige pleine et moelleuse d’un beau port.
Plus de soixante-dix espèces
+ @SUR LE WEB
» VIDÉO - Comment aménager
un jardin sur son balcon avec
le paysagiste Pierre-Alexandre Risser
» Histoire de plantes : l’impertinent
jardinier de Louis-Philippe
www.lefigaro.fr/jardin
Avec quelque soixante-dix espèces,
l’arbuste, qui grimpe de 50 cm jusqu’à
6 mètres, se dissimule un peu partout
dans les jardins publics ou privés. Les
sujets à fleurs simples sont les plus
odorants, comme Philadelphus coronarius - le plus ancien -, P. microphyllus
ou P. purpurascens reconnaissable à
son calice violacé. Il existe également
les seringats à fleurs doubles. « Ceuxlà sont issus des manipulations des horticulteurs, explique Pascal Prieur (pascalprieur.com),
spécialiste
des
arbustes d’ornement et expert jardin
sur France Bleu Maine. Ils sentent potentiellement moins, car on transforme
les étamines – ce sont elles qui portent
l’odeur – en pétales pour obtenir des
plantes plus charnues en fleurs et qui
poussent plus haut ! Aujourd’hui, on dénombre plus de variétés créées par
l’homme qu’à l’état sauvage. La plupart
ont été obtenues par un botaniste de
Nancy nommé Lemoine. »
À partir de la deuxième moitié du
XIXe siècle, la ville lorraine connaît en
effet un essor horticole sans précédent. « À l’issue de l’annexion de Metz
par l’Allemagne, en 1871, de nombreuses familles riches s’installent à Nancy
et font construire de grandes maisons
entourées de très beaux jardins », raconte Jean-François Gonot, responsable adjoint des collections de climat
tempéré et spécialiste des lilas au jardin botanique Jean-Marie Pelt
(www.jardinbotaniquedenancy.eu) à
Villers-lès-Nancy. Ce qui a probablement stimulé ce vif intérêt pour l’horticulture. Fils de jardinier et génie du
végétal, « Victor Lemoine (1823-1911) a
créé une cinquantaine de variétés »,
rappelle M. Gonot.
De cette époque florissante, la ville
garde un conservatoire installé dans
son jardin botanique regroupant le
« patrimoine horticole lorrain », avec,
entre autres, un ensemble de Philadelphus, auxquels on peut rendre visite
pour en découvrir les différentes
variétés.
Bon vivant et passe-partout, le seringat s’adapte à tous les terrains et supporte tous les climats. Il peut cependant
souffrir en zone méditerranéenne un
peu trop aride à son goût. On le considère parfois comme une « plante de
deuxième rang, mais il donne du volume
dans les massifs, il masque les creux »,
explique Erik Benoît. Attention qu’il ne
soit pas caché par de grands arbres, en
arrière-plan. « Il supporte assez bien
l’ombre, même s’il y fleurit un peu
moins », détaille Dominique Brochet,
pépiniériste dans la montagne de Reims
qui possède également une remarquable collection ouverte au public
(www.pepiniere-brochetlanvin.com).
Bon vivant et passe-partout
Car c’est bien au soleil qu’il atteindra
son plus bel épanouissement et offrira
ses meilleures senteurs. « Enfin c’est un
peu plus compliqué, car certaines plantes
sentent le matin, d’autres l’après-midi ou
le soir, précise Erik Benoît. Le seringat
dégage son parfum en milieu ou en fin de
journée. » Il faudra donc trouver la bonne exposition et, pour choisir la variété,
« évaluer la place qui lui sera allouée pour
qu’il pousse librement, recommande
Pascal Prieur. Enfin, pour en profiter
pleinement, préférer un endroit de passage, près de la maison ou sur un balcon. »
Voire créer un véritable couloir olfactif.
Dominique Brochet acquiesce : «Il sera
très élégant à côté d’un rosier ancien.
Mais pourquoi ne pas l’associer à d’autres
arbustes parfumés à floraison hâtive ou
tardive pour prendre le relais esthétique,
tels la viorne (Viburnum), le lilas (Syringa, à ne pas confondre avec le seringat !),
l’oranger du Mexique (Choisya) ou le
buddleia, tous possiblement blancs… Accompagnés de plantes vivaces herbacées
à floraison blanche également ou à feuilles
grises. » Quoi qu’il en soit, le Philadelphus se mariera aussi très facilement à
toutes les autres couleurs du jardin.
Aujourd’hui, dans la création, la
mode va vers un feuillage coloré, doré,
panaché, très clair, mais qui a hélas
tendance à brûler au soleil. À la question quelle est votre variété préférée?
Les professionnels, à l’unanimité, citent comme la plus désirable celle née
en 1930, P. purpureo maculatus « Belle
Étoile », avec sa tache purpurine à la
base. On n’a pas fini de la suivre… ■
en
8
jours
dans votre
v
jardin !
01 47 03 05 05
w w w.t e c t o n a . n e t
A
aut-il bannir l’expression
« mauvaises herbes »
comme le prônent certains
puristes? Si, à l’évidence,
aucune plante n’est en soi
mauvaise, certaines n’en sont
pas moins hautement
indésirables dès lors qu’elles
s’invitent au milieu des salades,
des parterres de fleurs
ou des allées gravillonnées.
Liserons, chardons, chiendent,
renoncules, « herbe
aux goutteux » sont parmi
les plus envahissantes.
Ces vivaces, comme on les
appelle, ont l’inconvénient
majeur de repousser sans cesse.
Un peu à la manière de l’hydre
de Lerne, dont les multiples
têtes se régénéraient au fur
et à mesure qu’on les coupait.
Leur enracinement
très profond (jusqu’à un mètre
pour le liseron !) et leur capacité
à renaître à partir d’un simple
bout de racine ou de tige
expliquent leur incroyable
vitalité. Les désherbants
systémiques, comme
le glyphosate ou le 2,4-D
permettaient jusqu’à présent
de les contrôler bon an mal an.
Mais leur interdiction,
à compter du 1er janvier 2019, va
obliger les jardiniers à recourir
à d’autres méthodes, certes plus
« naturelles » mais, quoi
qu’on en dise, moins efficaces.
L’une d’elles consiste à brûler
les indésirables. Soit avec
un désherbeur thermique
(électrique ou à gaz), soit en
pulvérisant un herbicide « bio »
à base d’acide gras, substances
corrosives extraites de plantes,
qui tuent les cellules végétales
en les exposant aux UV solaires.
Avantage : l’effet est immédiat.
Dans les deux cas,
les « mauvaises herbes » grillent
en quelques heures. Mais si
les plantules trépassent,
les plus âgées et, notamment,
les fameuses vivaces repoussent
au bout de quelques semaines.
Ce qui oblige à pratiquer
3 à 4 passages sur la saison au
lieu d’un avec les désherbants
« chimiques », cinq à trente fois
moins chers que les formules
« bio ». Quant aux désherbeurs
thermiques, ils consomment
beaucoup d’énergie.
On complétera donc avec
un bon paillage et des binages
répétés, opérations bénéfiques,
à plus d’un titre, pour le sol et les
cultures. Le premier empêchera
les graines indésirables
de germer en occultant
la lumière et les seconds
les épuiseront à la longue, en les
empêchant de reconstituer leurs
réserves de sucres. Mais, pour
le jardinier, gare au mal de dos !
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vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO
STYLE
32
Dans la peau d’un paparazzi
JOAILLERIE Sur la Croisette, nous avons suivi, pendant dix jours, des stars parées de bijoux par les plus grands
noms de la Place Vendôme. Reportage.
’
L
FABIENNE REYBAUD
£freybaud@lefigaro.fr
ENVOYÉE SPÉCIALE À CANNES
photo prévues. Chaque rendez-vous
supplémentaire peut faire l’objet d’une
nouvelle facturation. » Bien que les
montants de ces cachets soient mieux
gardés que les joyaux de la Couronne,
il semblerait que cela soit l’un des rares domaines où les femmes sont
payées davantage que les hommes.
« Lorsqu’un acteur arbore une montre
griffée sur un tapis rouge, cela fait
beaucoup moins rêver qu’une actrice
couverte de diamants. À moins de
porter le garde-temps sur la manche du
smoking, ce qui ne se fait pas, la visibilité est moindre », décrypte l’attachée de presse d’un fameux comédien
étranger.
Même son de cloche chez les photographes professionnels qui suivent à
l’année les « people ». « À Cannes,
quand une star porte une montre, elle se
fait plaisir, confie l’un d’entre eux. Si
c’est un bijou, elle nous fait plaisir.
Même celles qui n’aiment pas particulièrement la joaillerie se sentent
obligées ici d’en arborer. Sinon elles
sont nues. » ■
PHOTOS FABIENNE REYBAUD
enfer est toujours pavé
de bonnes intentions. Les nôtres
étaient de saisir des instantanés de la
vie d’actrices et d’acteurs pendant
le 71e Festival international du film de
Cannes. Seule contrainte : que nous
prenions nous-mêmes les photographies et que nos interlocuteurs répondent à trois questions simples.
L’exercice s’est révélé extrêmement
compliqué. D’abord parce que la star
(ou plus exactement son agent/attaché
de presse/publiciste) varie. Souvent.
Rappelons que depuis plusieurs décennies, à l’exception notable de Gina
Lollobrigida et des regrettées Anna
Magnani et Liz Taylor, quasiment plus
aucune actrice n’achète et ne porte
ses propres bijoux lorsqu’elle apparaît
en public. Les accords passés - dont
les montants fluctuent selon la notoriété et l’actualité de la personnalité -
peuvent se ranger dans plusieurs catégories. Ainsi, pour les « amis de la
marque », le prêt de joaillerie ou
d’une montre se révèle gracieux. Celles ou ceux qui sont de « vrais bons
amis » peuvent être défrayés de leur
séjour cannois. Voire repartir avec
« un cadeau », précise un responsable
de communication d’une entreprise
de luxe.
Ensuite, point de règles. « Il n’y a
pas de contrat type, confirme, sous
couvert d’anonymat, un célèbre agent
français. Tout peut être négociable, la
même actrice peut porter une bague
griffée X le matin et un collier labellisé Z à un dîner, il faudra que l’accord
spécifie la différence entre “bijoux de
jour et bijoux de soirée”. Les comédiennes peuvent être rémunérées pour arborer une parure de joaillerie lors d’une
seule ou de plusieurs montées des marches. Lorsqu’elles sont égéries ou ambassadrices, leur contrat précise non
seulement le nombre de jours ouvrés où
elles opèrent pour la marque, mais aussi le nombre d’interviews et de séances
Vanessa Paradis et sa bague
en céramique rouge
Isabelle Adjani et son collier
en tanzanite
Penélope Cruz et ses boucles
d’oreilles éthiques
Son retard devait frôler l’heure. Mais elle n’y était pour rien.
Quand Penélope Cruz, dans une robe bustier ivoire à effets multiples,
apparaît pour ce déjeuner Swarovski, elle attire immédiatement
l’empathie. Serait-ce cette faconde ibérique qui semble cacher
un besoin viscéral de bien faire ? Ou cette propension à distiller,
mine de rien, une réelle bienveillance ? Cruz inonde d’huile d’olive sa
tomate burrata et affirme que ses « plus beaux fous rires à Cannes
ont été avec Almodovar ». Qu’à l’âge de 4 ans, elle voulait déjà être
actrice. Que sa vie de famille passe avant le cinéma. Qu’elle a accepté
de dessiner cette collection Swarovski en or éthique et pierres
de synthèse parce que c’est l’avenir. « Comparons à l’agriculture
biologique, au début, nul n’y croyait. C’est important de savoir quelle
planète nous léguerons à nos enfants. » Mater - non - dolorosa.
L’arrivée de « la reine Margot », à 10 heures du soir,
sur la terrasse de Chopard, déclenche une hystérie
des photographes. Elle se plie à l’exercice avec une
grâce orageuse. Adjani a une voix claire, cristalline.
Son verbe sonne moqueur. Cannes ? « Ça tapine
rouge ! » Elle enfonce le clou : « Oui, vous pouvez
l’écrire, cela me fait rire ! » Quid de ses souvenirs
du Festival, où elle obtint le prix d’interprétation
féminine pour Possession (1981) d’Andrzej Zuławski
et Quartet (1981) de James Ivory : « Je ne m’en
souviens plus ! » Pourquoi a-t-elle choisi de porter
ce collier en tanzanite, améthystes et brillants
de Chopard ? « Parce qu’il va avec ma robe. Et puis,
avec des diamants autour du cou, je me sens plus
riche, dans tous les sens du terme. Cela fait des
années que je connais et que j’apprécie Caroline
Scheufele (coprésidente du joaillier genevois, NDLR).
Il y a une fidélité entre nous. » Avec elle, la langue
de bois n’existe pas.
A
Les précieuses
Cate Blanchett,
Jane Fonda,
Elizabeth Debicki
À 22 h 30, la présidente du 71e Festival du
film de Cannes entre sur la terrasse de
Chopard. Sanglée dans une robe ivoire,
éclairée d’un plastron en pierres
multicolores du joaillier genevois,
Blanchett affiche un physique
spectaculaire. Elle autorise les photos mais
refuse de répondre aux questions, trempe
ses lèvres dans un cocktail sugarless
« Caroline » et commence à discuter
avec Jane Fonda, sa voisine de droite.
L’Américaine, en smoking blanc, collier
et boucles d’oreilles en diamants signés de
la même maison, fume de fines cigarettes.
Son maintien et son allure sidèrent.
La star qui, ces derniers jours, confiait
avoir été « élevée pour plaire aux
hommes » fait l’objet d’un documentaire
Jane Fonda, in Five Acts retraçant sa
carrière d’actrice et de militante. À ses
côtés, l’Australienne, Elizabeth Debicki,
27 ans à peine, lauréate du Trophée
Chopard 2018 sera Virginia Woolf dans
Vita and Virginia de Chanya Button.
Les prédateurs vont raser les murs.
Sa voix au timbre si particulier la précède. Lorsque Vanessa Paradis entre dans la
suite Chanel au Majestic, elle entraîne dans son sillage un babil de gaieté. Frêle
dans sa robe rose poudré signée du double C, elle confie sans aucune afféterie sa
joie d’être ici. « C’est la première fois que je monte les marches pour présenter
un film en compétition. Cannes, c’est un grand rêve de cinéma qui arrive au bon
moment. Venir avec ce film, Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez, qu’on
aime tant, est très émouvant. Et puis, on sait l’importance de ce festival pour
l’avenir des œuvres cinématographiques. » Celle qui dit avoir adoré être membre
du jury à Cannes en 2016 porte aujourd’hui une bague en or jaune et céramique
rouge de Chanel Joaillerie. « Les bijoux sont comme les vêtements, c’est un truc
qui me renvoie à mon enfance quand j’essayais les chaussures et les bagues de
ma mère. » Cette fille est une eau vive.
Golshifteh Farahani
et son plastron
de rubis
Dans une suite du Majestic, celle dont
le prénom en persan signifie « éprise
de fleur » ressemble à une ballerine
tournant sur une boîte à musique.
« Mets-toi de profil ma chérie », lui
suggère le coiffeur des stars. « Regardemoi que je finisse de te poser le gloss »,
lui intime la maquilleuse. Soudainement,
la poupée de son en émet un. « Je suis
venue à Cannes, pour la première fois
en 2003. On présentait Deux Anges
dans lequel je jouais une bergère kurde.
Le voyage des montagnes jusqu’à la
Croisette avait pris 24 heures. Sur le
tapis rouge, mes cheveux sentaient
le mouton… Je me suis demandé ce que
je faisais là. À Cannes, il y a une double
hystérie : celle des films et celle de la
beauté. » Pourquoi ce plastron en rubis
et diamants de Cartier ? « La réponse
est dans le collier. Regardez-le. » Quelle
« fleur éprise » est-elle ? « Un lotus.
Ses pieds sont dans la vase et sa tête
cherche la lumière. C’est une belle
métaphore de la vie, non ? »
Virginie Efira et sa
parure en émeraudes
et diamants
L’actrice traverse le couloir d’un palace
cannois suivie d’une foule de
personnes. La photo d’abord. Efira
prend la pose, demande à voir le
résultat, questionne son entourage,
puis jette les épreuves à la poubelle.
Au bout de la quatrième prise, le cliché
est validé, elle peut parler. « Je suis
venue à Cannes il y a deux ans
car je présentais mon premier film
en compétition à La Semaine de la
critique. J’ai été frappée par le glamour
du tapis rouge et par cette célébration
de l’art cinématographique qui
peut aller jusqu’à une certaine
anormalité. » Pourquoi a-t-elle choisi
ces boucles d’oreilles et ce bracelet
de Bulgari ? « Parce qu’ils sont
dans le même style Art déco que
mon fourreau. » Celle qui jouera dans
Un Amour impossible de Catherine
Corsini et qui incarnera une nonne
lesbienne dans le prochain film de Paul
Verhoeven, porte-t-elle des bijoux à
Paris ? Elle préfère: «Être peau nue. »
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LE FIGARO
vendredi 18 mai 2018
TÉLÉVISION
33
L’adolescence jusqu’à la lie
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Critiquée pour avoir montré le suicide de son héroïne harcelée et violée, « 13 Reasons Why » cherche,
dans sa saison 2, la rédemption au tribunal. Une plongée poignante dans la violence des années lycée.
Un homme
du terroir
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
e la salle de classe à la barre
du tribunal. Tirée du roman à
succès de Jay Asher, la série
phénomène
de
Netflix
13 Reasons Why sur le harcèlement scolaire dévoile vendredi sa
deuxième saison. Comme pour The
Handmaid’s Tale, le feuilleton a dépassé
l’intrigue du texte originel et vole de ses
propres ailes. Treize nouveaux épisodes
nécessaires, selon le showrunner Brian
Yorkey, pour évoquer les conséquences
du suicide d’Hannah et du harcèlement
scolaire endémique qui sévit dans son lycée de Californie. Manière aussi de répondre aux critiques qui se sont déversées sur la saison 1 pour avoir filmé son
héroïne en train de se taillader les veines.
« Nous nous attendions à la controverse,
mais nous devions être honnêtes, sans céder à la violence gratuite, ni rendre ce geste romanesque. Nous avons refusé toute
musique ou mouvements de caméra »,
rappelle au Figaro le créateur.
Cette
nouvelle
saison
s’ouvre sur le procès qu’intentent les parents de la jeune fille
○○○¡
à son établissement de Liberty
Bryce (Justin Prentice), la coqueluche de l’équipe sportive du lycée de Liberty High, cache une face sombre.
High. « Les élèves vont être appelés à témoigner et vont raconter leur
cée aux États-Unis, telles les armes à
loureux processus de guérison qu’entaados qui ont plébiscité le feuilleton sur le
version de l’histoire. Certains mentiront,
feux, l’addiction aux drogues. Le moument les « survivants ». Jessica refuse de
Web et leurs parents qui découvrent le
d’autres révéleront des choses qu’Hannah
vement #MeToo n’est pas non plus
révéler qu’elle a été violée par Bryce, coquotidien âpre de leurs rejetons, quitte à
n’a pas mentionnées sur ses cassettes
oublié.
queluche de l’équipe sportive du lycée,
le dépeindre dans sa cruauté : la série va
audio. Deux personnes peuvent vivre le
qui avait aussi agressé Hannah. Le bouc
continuer de souffler sur des braises poDans l’actualité de #metoo
même événement, l’analyser et s’en
émissaire de la promotion Tyler essaie de
lémiques.
souvenir de manière radicalement diffésortir de son isolement. Clay peine à faire
« Si les réseaux sociaux, le cyberharcè« Nous avions écrit le scénario bien avant
rente », rappelle Brian Yorkey. L’usage
le deuil de son amie et premier amour.
lement avaient existé quand j’étais au lyl’affaire Weinstein, mais l’intrigue autour
de flashback permet de revoir Katherine
Des amitiés inattendues vont se nouer
cée, j’en aurais bien bavé », confie Brian
de Jessica est, sans le vouloir, dans cette
Langford. La troublante interprète
dans une atmosphère délétère : une vaYorkey pour qui « l’environnement scoactualité, prévient Brian Yorkey. J’espèd’Hannah apparaît aussi en tant qu’halgue de courriers anonymes et de Polaroid
laire est devenu plus difficile ». « Avec 13
re que 13 Reasons Why peut donner lieu à
lucination à son meilleur ami, Clay. Seule
intimide les témoins.
Reasons Why, nous voulons montrer aux
une prise de conscience. Le harcèlement
la spontanéité du comédien Dylan MinL’ajout d’une intrigue de thriller donjeunes qu’ils ne sont pas seuls. On sait ce
sexuel n’est pas cantonné à la sphère pronette permet à ce maladroit stratagème
ne des accents « soap » à 13 Reasons
qu’ils traversent. Beaucoup de mes amis
fessionnelle. Aux États-Unis, le viol est un
narratif de ne pas faire dérailler la série.
Why, qui ploie parfois sous son ambition
ont regardé avec leurs enfants et sont
problème latent au sein des universités et
Le fil d’Ariane émouvant est le doud’aborder tous les fléaux des années lytombés des nues. » ■
des lycées. » Provoquer le débat entre les
« Les Grandes
Gueules »
O
n aime bien Denis Tillinac,
ce n’est pas un mauvais
bougre. Un écrivain qu’on
appelait, à l’époque, néo-hussard,
ce qui ne voulait rien dire. Tout
cela, maintenant, nous semble
si vieux. Tillinac est un homme
de Brive, un homme qui sent bon
le foie gras et la truffe, un homme
du terroir, un homme de foire.
Il a encore Mai 68 direct à
l’estomac, il ne le digère pas.
On ne saurait trop lui conseiller
du Gaviscon. Pas de quoi s’énerver.
Mai 68 n’était qu’une histoire
d’amour, une petite chose, rien
qu’une histoire de dortoir, de jeune
fille en décolleté, et le père Tillinac
nous en fait tout un plat. Calmonsnous, calmons-nous. De quoi nous
cause-t-il dans son pamphlet ?
Il semble en forme, remonté
comme une pendule (Mai 68,
l’arnaque du siècle, Albin Michel) ?
On l’écoute : « On porte encore
le deuil du parti communiste .»
Denis Tillinac, le chiraquien
sympa, a toujours eu ce côté
charmant de la rêveuse
bourgeoisie.
« Le XXIe siècle doit sortir du
capitalisme », dit-il, ou encore :
« Mai 68 a fabriqué une génération
de jeunes trop égocentrés, trop
jouisseurs… » Quoi d’autre ?
Quoi d’autre ? Tentons une recette
de cuisine, osons, pourquoi pas,
cette omelette à la truffe,
à la Tillinac à la Mai 68 :
ingrédients : 1 truffe entière de 30 g
environ, 4 œufs extra-frais,
1 cuillère à soupe de crème fraîche,
1 autre de graisse d’oie, sel et
poivre du moulin. Pelez et émincez
la truffe. Battez les œufs et la truffe
émincée. Faites monter en neige
un blanc. Faites chauffer la graisse
d’oie dans une poêle, versez-y
les œufs battus mélangés à la truffe
émincée. Faites cuire l’omelette
sur feu vif en la gardant un peu
baveuse. Servez l’omelette pliée
et dégustez aussitôt. Bon appétit.
Votre palais est une révolution.
Gros plan sur le château de Fontainebleau vu par ceux qui y travaillent.
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
our moi Fontainebleau,
avant tout, […] c’est le lieu
même de la Renaissance
française, dit Vincent Droguet, conservateur en chef,
directeur du patrimoine et des collections du château de Fontainebleau (Seine-et-Marne). Et la galerie François Ier,
sans doute, est le lieu emblématique de
l’éclosion extraordinaire de cette
Renaissance qui fait venir des artistes
italiens qui délivrent un message spécifique. » En effet, c’est une atmosphère
unique qui transparaît dans le documentaire de Salvatore Guadagnino
P
«
Longue de 64 mètres, la galerie
François Ier reliait les appartements
du roi à la chapelle de la Trinité.
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4729
HORIZONTALEMENT
1. Ses remparts ne s’élevaient pas
contre la folie, bien au contraire. 2. Menthe ou sauge. - 3. Lieu d’un
dilemme essentiel. - 4. Patron ou
chef de personnel. Se tire. - 5.
Mise à mort. A perdu face aux
Yankees. - 6. Armée carolingienne. Essaie de tenir mes engagements. - 7. Attribués à juste
titre. - 8. Violons de dingues. - 9.
Celui du lapin ne vaut vraiment
rien. Jumeau de l’unau. - 10. Très
intime pour Adjani. Nettoyages
des villes. - 11. Petit poisson fusiforme aux redoutables aiguillons.
- 12. Ont un aspect doux et
soyeux.
VERTICALEMENT
1. Maladies qui soulagent les
autres. - 2. Fument beaucoup.
Franchi de façon cavalière. - 3.
Branche médicale de l’ONU. Découpait un morceau de brioche.
- 4. Fille de famille. Envisagée
comme une possibilité par
Houellebecq. Devient luisant avec
un ver. - 5. Maître du roman sanscrit ou ville du Burkina Faso. Fait
de l’ombre à la famille Bush. - 6.
Parsemées de ronds d’aile. Arme
de service. - 7. Agence de presse
londonienne. Fleuron de la couronne. - 8. Bien organisées.
Donnes les jetons.
1
2
HORIZONTALEMENT 1. Primates. - 2. Rémanent. - 3. Implanta. - 4.
Varennes. - 5. Ases. Ite. - 6. TTC. CSA. - 7. Déité. If. - 8. Orsini. - 9. Cie.
Tsar. - 10. Essorage. - 11. Né. Laide. - 12. Triplées.
VERTICALEMENT 1. Privat-docent. - 2. Remastériser. - 3. Imprécises.
- 4. Mâles. OLP. - 5. anaN. Central. - 6. Tennis. Isaïe. - 7. Entêtai. Agde. - 8.
Stase. Forées.
3
4
5
6
7
8
Les adieux de Napoléon
Le conservateur nous entraîne dans la
galerie de plus de soixante mètres de
long et y analyse deux fresques : «On
voit ici François Ier portant un costume à
l’antique […] donc il est l’héritier des empereurs romains […] » En face de cette
œuvre, une autre représente un éléphant royal, « symbole de la force, de
l’invincibilité, mais aussi
de la sagesse du roi ».
Le palais, construit par
François Ier à partir de
○○○¡
1528 sur les vestiges du
BRIDGE
4
5
6
7
9
10
11
12
château médiéval, a été agrandi par
Henri IV. Il fit construire l’aile en briques et en pierres qui longe le jardin de
Diane. Louis XIII édifia, lui, l’escalier en
fer à cheval actuellement en rénovation.
Napoléon, déclarant que ce château
est « la vraie demeure des rois, la maison
des siècles », marqua l’endroit. Aujourd’hui, le guide conférencier Kevin
Daënens, né au château où il a grandi en
tant que fils du tapissier, ouvre chaque
matin avec émotion les volets de la
chambre de l’Empereur. L’Empereur
qui fit ses adieux à sa
garde, sur le fameux
escalier, le 20 avril
1814, avant son exil
sur l’île d’Elbe. ■
20.55
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
PROBLÈME N° 2830 : Une seule répartition plausible
A653
85
ARD
9543
N
O
3
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4728
2
consacré à Fontainebleau, dans le cadre
de la série « Les châteaux de France »
diffusée sur Voyage.
E
S
R72
A 10 4 3
V 10
10 8 7 6
Contrat : Sud joue 1 Sans-Atout.
La séquence (Tous vuln.) :
Sud Ouest Nord
Est
passe
1♣
1
1 passe passe
1SA
Entame : ARDV de ♣ (Est défausse trois , montrant
sept cartes) puis Dame de (Est fournissant le 8).
Indice : comment faire deux ?
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2829 : Maître chantage
Contrat : Sud joue 5 Carreaux.
La séquence (Pers. vuln.) : Sud ouvre de 1, Ouest intervient à 1, Nord dit 2♣, Est barre à
3 et Nord réveille à 5.
Entame : As de (le 6 en Est) et Dame de pour votre As (le 2 en Est). Vous jouez pour
l’As et pour la Dame (Ouest défausse un ).
Pour garder le contrôle du coup, défilez vos ♣.
- Est coupe du 10 au troisième tour. Vous surcoupez, coupez un
et présentez la Dame de ♣. Est coupe cette fois du Roi et
vous défaussez un de votre main. Vous pourrez encore
couper un et concéderez un atout et un , rien de plus.
- Est défausse un . Vous aussi ! Sur la Dame de ♣, il écarte son
dernier et vous défaussez un nouveau . Sur le dernier ♣
maître, s’il refuse encore de couper, abandonnant cette fois
un , vous jetez brillamment votre Roi de et terminez par
coupé du 4 (Est ayant encore défaussé), coupé et pour faire votre Valet en passant.
10
743
A653
ADV43
ARV32
D654
N
D V 10
982
O E R 10 9 8
7
S
8752
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DV42
R6
A
interviewée par Nicolas Vollaire
et Damien Canivez aujourd’hui sur :
L’envoûtante « maison des siècles »
ÉRIC SANDER/LE FIGARO MAGAZINE
LE BUZZ TV
Invitée : Pascale de La Tour
du Pin
BETH DUBBER/NETFLIX
D
RMC | 10 heures | Jeudi
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vendredi 18 mai 2018 LE FIGARO
34 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Eric
Soleil : Lever 06h04 - Coucher 21h29 - Premier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Vestiaires. Série. Vengeance.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport. Magazine 20.15 30 ans de Roland-Garros 20.30 Plus belle la vie. Feuilleton.
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
21.00 Super Nanny
1 ƒ- .  
—& § „ S u p e N a n n y
c h a q u e
 r e d é c o u ƒ §
21.00
20.55
20.55
Jeu
Série. Comédie
Divertissement
MATIN
6
30
5
5
5
4
6
6
8
6
8
6
22.50 Super Nanny. Divertissement.
6
7
8
8
8
9
9
9
30
Koh-Lanta,
le combat des héros
Candice Renoir
Š ‚ † 2 ƒI n é ' « K ƒ L a n t a » a v a n t l g r a n f i n a l e !
“ i m p o r ( 23.00 Pas de ça entre nous !
Š ‚ ƒ „ „ n o t a m ‚  † … Š *
  
'
R a ƒ+ “  „ L a
Π
" D a v e n n e
n o u t r a u m a t i s m e p o u r
'
'  “
22.40 Candice Renoir S é r i e .
C o m é d i e 0.30 Alcaline, le concert.
Concert 1.35 Faites entrer l’accusé
300 chœurs chantent
les plus belles…
9
11
11
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
13
12
10
13
¨ ƒ ,
2 ƒ- „ „ :
ª
.
 'ƒ
! ƒ 23.25 Soir/3 0.05 Libre court
20.50 La maison France 5
—  Š :
ƒ ƒ1 ƒ˜ „ 
‚ « C h a n / ‚ ƒ a m é n a 0.45 Imitateurs, des voix pas
comme les autres † 2.35 La vie
22.20 Silence, ça pousse ! Magazine
23.15 C dans l’air 0.20 C à vous
14
14
14
13
15
15
14
10
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APRÈS-MIDI
16
secrète des chansons. Mag.
20
16
16
20.05 71e Festival de Cannes (C).
Magazine 20.20 Le petit cercle (C)
20.30 Le journal du Festival (C)
19.00 La vie secrète des lacs. Série
documentaire 19.45 Arte journal
20.05 28 minutes. Magazine.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu. Présentation : S. Plaza 19.45 Le 19.45
20.25 Scènes de ménages. Série.
21.05
20.55
21.00
Rugby
Film TV. Comédie dramatique
Série. Action
18
16
13
18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
19
19
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20.55 Julie Lescaut
 Š    1 3 .

ª Œ * ! h o m m e
0 “ D a r z a c
%  F r a n c i s
† 19
20
20
20
21
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22.50 Julie Lescaut. Série. Vengeances - Hors-la-loi.
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25
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19
19
10
22
19.00 Wheeler Dealers - Occasions
à saisir. Série documentaire.
Toulon/Lyon
Nom d’un chien
MacGyver
C d e r n i p a s r e c e v o ri .
  ­ ‚  S t e r n .
1 ƒ„
… D o h n a … ‡ƒ ­
Z i m m e Š  ŒŒ
 Ž ‘ m è n e
ƒ !   
“  „ …
" ­  r e c h e r c h é
# 
$
23.40 Alien : Covenant 
22.00 Personne ne bouge ! M a g a — ƒ 22.55 Sgt. Pep-
22.50 MacGyver  
S u p e r s t ti i o n 23.35 NCIS : Los Angeles.
Série 2.10 The Strain. Série.
23.10 Selon Thomas.
S c i e n c e - f i c t i o n 1.35 La 5e vague.
Film. Science-fiction 3.20 Surprises
per’s Musical Revolution. Doc.
20
T (en °c)
20.50 Opération Foxley :
l’assassinat d’Hitler
† Ž Œ  2 0 1 7 .
­ ‚ * † ƒ-- L ’ o p é r a  1 t e r m e
  Ž
<-10 à 0
19.05 Once Upon a Time. Série. Avec
Lana Parrilla. 2 épisodes.
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Mentalist
 Š !   ˜

 " ™ € ›
ƒ %  ƒ Š N o ë l
%
21.00 Enquête d’action
 Š ‚ &' 2 h 0 0 .
Š '$ —‚t o l é r a n c e
— Œ
„ À
( p l u s
ƒ t e r m e .
21.00 Il était une fois le prince
Harry et Meghan Markle
†  ) 1 h 1 5 .
„ † A m é r i c a i n e ,
ƒ " p r i n a n g l a i s e .
22.40 Mentalist. Série. Avec Simon
Baker. (3 épisodes).
23.00 Enquête d’action. Magazine.
Présentation : Marie-Ange Casalta.
22.15 William & Harry, qui sont-ils
vraiment ? Documentaire.
SU DO KU
GRILLE 2511 DIFFICILE
2
9 8
4
9
SOLUTION DU N° 2510
A
8
4
2
5
1
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4
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13/23
14/23
17/24
18/22
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
FORCE 2
RÉGION
DE VENISE
PALEFRENIER
TAMPONNÉ
ÉCRITURE
ABRÉGÉE
CLUB
PHOCÉEN
GROUPE
RELIGIEUX
BOÎTE
À IDÉES
TROP
ARROSÉ
présente
Volume
17
DÉPART
DEPUIS
LA BASE
BALAI
VIEUX
MARIN
MONDE DE
ROCAILLE
BIENHEUREUX
VOIE À
ÉCLUSES
FÉLIN
QUI
DEVIENDRA
GRAND
PRÉFIXE
PRIVATIF
ANNÉE
D’ÂGE
MUSIQUE
SCANDÉE
HOMMES
D’ÉTAT
14/22
13/22
lachainemeteo.com
par téléphone :
BRADYPE
4 3
6
3
9
1
3
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7
4
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EXISTE
13/21
12/21
11/21
17/25
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
ELLE FAIT
DU VILAIN
JUSTE
SOUS
LE PRINCE
1
6
1
6
4
3
9
5
2
8
7
ACCOUTUMÉS
PIÈCE
AU JAPON
CIGARILLO
LUNDI
12/20
DIVISÉE
EN PARCELLES
COUVERT
5 4
9 1
8
6
CLIMAT
PESANT
INSURMONTABLE
DINGO
SIXIÈME
LETTRE
GRECQUE
7
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1 7
5
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ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
10/20
10/20
11/18
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8/15
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6/17
8/16
14/25
14/26
DIMANCHE
8/18
9/18
22.40 Un soupçon de magie. Série.
Avec James Dentonl. 4 épisodes.
9
2
3
9
3
2
9
8
7
1
6
5
4
21.00 Un soupçon de magie
 Œ !  S a i ˜ 
… † “   ' u n
Π( *
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
SAMEDI
MOTS FLÉCHÉS N°1974
Chaque jour un peu plus difficile
7
2
17/20
16/19
7/20
13/18
6/18
18/25
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
21.45 Les grains de sable de l’histoire. Série documentaire.
0 à 10
ACTINIUM
POUR
LE CHIMISTE
RENDUE
LISSE
COLÈRE
DU PASSÉ
CONFIRME
UN OUI
ARTICLE
ANDALOU
DORADE
DU MIDI
IL TROTTE
DANS
LA TÊTE
PEINE
ENFANT
DU PIRÉE
Édition Collector
PILE
POUR EN
RAJOUTER
LE CÉRIUM
BOMBÉE
BOULETTE
DES
ANTILLES
TOUTES
RÂPÉES
BORDURES
DES
FORÊTS
C
U
B
F
D
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
N
T
K
R
A
F
E
M
A M E R A M A N S
L E V R E
R A T E R A I
S A U T O I R
R G E N T I S T E
T A L A I
A E R O
S O U R C E
U N S
T S
I T O N
T A
P E T E
R
O R A N
F I S S U R E S
I S C
C
C L O S E
C A
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LE FIGARO
vendredi 18 mai 2018
35
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA / LE FIGARO
Éric Vannier,
un Mont sinon rien
SUCCÈS À l’occasion des 130 ans de La Mère Poulard,
son président, qui fut également maire du Mont-Saint-Michel,
sort un livre rassemblant souvenirs et recettes.
Alyette Debray-Mauduy
adebray@lefigaro.fr
e jour de notre rendez-vous, il sort
de chez le dentiste et a encore la
mâchoire totalement anesthésiée.
Cela ne l’empêche pas de nous parler infatigablement de son enfance
au Mont-Saint-Michel, de son
amour pour l’îlot rocheux et de La
Mère Poulard, dont il est président
depuis plus de trente ans.
Pour évoquer les 130 ans de cette institution, Éric
Vannier n’a que le chiffre huit à la bouche. « Celui
de la prospérité et de l’harmonie, le porte-bonheur
d’Annette Poulard », explique-t-il, dont l’auberge
a ouvert en 1888 au Mont-Saint-Michel, lui-même
créé au VIIIe siècle et considéré, au Moyen Âge,
« comme la huitième merveille du monde ». Il en a
fait le fil rouge de cet anniversaire et vient de sortir
pour l’occasion un livre reprenant les 88 meilleures recettes de la reine de l’omelette au feu de bois.
Un ouvrage qui est bien plus qu’un simple livre
de cuisine. Une sorte de thérapie pour ce sexagénaire qui se relève tout juste d’une période difficile.
Avec des ennuis judiciaires d’abord, une condamnation pour prise illégale d’intérêts sur les navettes
L
Mes parents étaient divorcés et ma grand-mère patouristiques du Mont-Saint-Michel dont le point
ternelle était un peu ma seconde maman. »
de départ se situait au pied des commerces lui apLe jeune homme grandit à Paris avec ses deux
partenant. Une attaque venant de son ennemi de
sœurs cadettes, étudie à Janson-de-Sailly avant de
toujours et qu’il juge « injuste, un peu folle », lui qui
partir aux États-Unis, à l’université de Californie à
s’est battu pendant trente ans pour le réaménageLos Angeles (UCLA)… Il reviendra huit mois plus
ment du Mont et qui « n’avait pas choisi ledit emtard, suite au décès de son père. Quand sa grandplacement », précise-t-il. Suivra le décès coup sur
mère disparaît, il hérite de sa maison
coup de deux de ses sept enfants,
au Mont-Saint-Michel et s’y installe,
en 2014 et 2016. Anéanti, cherchant
animé par le besoin de se rapprocher
« un sens à sa vie », il décide de lever
de ses racines, de redonner au lieu
le pied professionnellement. Se
son caractère d’antan. « J’avais replongeant dans la méditation et
marqué la progression rapide de l’ens’imposant une heure de natation
1952
sablement et la dégradation de la fapar jour pour « faire le vide et évaNaissance à Issyçade principale qui accueillait les
cuer les ondes négatives ». Aujourles-Moulineaux
visiteurs. Côté nord-ouest, la “Pyrad’hui, il veut donner un second
(Hauts-de-Seine)
mide des mers” décrite par Victor
souffle à La Mère Poulard.
1983
Hugo était bien plus sauvage. Il y avait
Ses souvenirs dans la région reÉlu maire
là deux mondes, à quelques centaines
montent à l’âge de 2 ou 3 ans, avec
du Mont-Saint-Michel
de mètres ».
ses grands-parents, propriétaires
1986
d’une petite maison sur le Mont.
Reprend l’Auberge
De belles rencontres
« J’y passais toutes mes vacances. Je
de la Mère Poulard
me souviens de mes premières traverÉlu maire en 1983 puis conseiller gé2011
sées de la baie sur les épaules de ma
néral de la Manche et conseiller réOuvre son premier
grand-mère, de nos expéditions sur
gional de la Basse-Normandie, il
restaurant, à Tokyo.
l’îlot de Tombelaine, où nous attenparticipe alors au grand projet de ré2018
dions que l’eau nous encercle pour
tablissement du caractère maritime
Célèbre les 130 ans
rentrer à la nuit tombée en récitant le
du Mont-Saint-Michel. « Il fallait
de la Mère Poulard
René de Chateaubriand… Ou encore
détruire les ouvrages qui contrariaient
avec un livre
du rituel de nos déjeuners à l’Auberge
la nature, supprimer les parkings et la
anniversaire
de La Mère Poulard, deux fois par an.
digue-route construite à la fin du
Bio
EXPRESS
XIXe siècle, dégager les remparts pour faire revenir
l’eau autour du rocher ». Le projet est définitivement adopté en 1995 et sera inauguré en 2015 par
François Hollande. « Il représente trente-deux ans
de ma vie. » Et de belles rencontres. Le maire Éric
Vannier a reçu au Mont-Saint-Michel plusieurs
présidents de la République, dont François Mitterrand et Nicolas Sarkozy, « tous deux particulièrement à l’écoute de mon projet de réaménagement », se souvient-il.
Sa carrière de chef d’entreprise démarre quant à
elle en 1986, lorsqu’il rachète l’Auberge de La Mère
Poulard, en passe d’être reprise par des Américains
ou des Japonais. Ceux-là mêmes qu’il fera venir par
milliers quelque temps plus tard pour visiter « la
merveille de l’Occident ».
Pour relancer cette vieille endormie, Éric Vannier rénove l’auberge, l’ouvre à l’année et cherche
des idées pour prolonger l’expérience au-delà des
murs du Mont-Saint-Michel. Il ouvre un atelier de
fabrication de biscuits dans la région et inonde la
grande distribution de ses galettes au beurre, ouvre
des boutiques – à Paris, avenue de l’Opéra - et des
restaurants à Tokyo, Yokohama et récemment à
Manille.
Aujourd’hui, épaulé par son fils Léo - tout juste
diplômé de l’Edhec -, l’homme d’affaires a retrouvé l’envie de travailler, de penser au renouveau de
son entreprise. Il réédite, entre autres, les gâteaux
porte-bonheur, estampillés 1888, qu’Annette Poulard offrait aux pèlerins et aux enfants… ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Liste [li-st’] n. f.
Inventaire pour un pré vert.
idier Deschamps devait dévoiler hier sa liste des 23 joueurs retenus pour
le Mondial de football.
Le mot vient du germanique leiste, qui signifie la bordure. Étymologie amusante
pour le cas qui nous occupe : les joueurs de la liste sont justement ceux qui ne
resteront pas sur le bord de la piste à regarder l’avion emportant leurs camarades vers
la Russie. Appelons-la la liste bleue.
Il existe d’autres couleurs pour une liste : la rouge, par exemple où figurent peut-être
des joueurs, alors injoignables. Et la noire, redoutable. Chargé de former un groupe,
un sélectionneur a forcément ses têtes. De Turc, mais aussi de liste.
Mais il n’y a pas que la tête qui compte, et Deschamps ne peut pas négliger les jambes.
Gageons que sa liste tient donc un peu de la liste de course : lequel de ces joueurs est
le plus rapide?
Par essence, un sélectionneur est un individu à liste : il ne doit se fier qu’à son
jugement, sans penser au qu’en-dira-t-on : car en face de lui, se tiennent soixante
millions de Français, avec un avis sur ce qu’elle aurait dû être : des spécialistes. ■
D
ÉVÉNEMENT
CE SOIR À 19H00
La vente d’une Lamborghini
signée par le Pape
pour les chrétiens d’Irak
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Le prix Récamier
à Jean-Marie Rouart
L’académicien s’est vu décerner, mercredi,
le prix Récamier, au restaurant du même
nom, à Paris, pour La Vérité sur la comtesse
Berdaiev (Gallimard). Ce roman, qui raconte
le destin singulier d’une aristocrate russe
exilée en France, a été salué par les membres
du jury présidé par Jean-Luc Barré. L’auteur,
au cours de cette soirée dédiée à la mémoire
de son ami Jean d’Ormesson, s’est montré
touché par cette récompense, lui qui, par
le passé, a obtenu de nombreux prix, dont
l’Interallié et le Renaudot. Visiblement
ému, Jean-Marie Rouart a invité les
nombreux convives présents à partager
son « bonheur ».
La région Sud à la pointe
de l’intelligence
artificielle
Renaud Muselier veut
que sa région soit à la pointe
de l’intelligence artificielle.
Le 16 mai, le président
de la région Sud (ex-Paca)
sera, avec Xavier Niel,
à la Station F pour rencontrer
les 50 start-up de ProvenceAlpes-Côte d’Azur
qui ont reçu un financement
de la région pour être présents sur
ce campus. C’est la première
région française à prendre
une telle initiative.
A
Photo Yann ORHAN
La vente d’une Lamborghini, offerte
par le constructeur automobile et dédicacée par
le pape François, a permis de recueillir
715 000 euros, dont l’essentiel sera versé au profit des chrétiens d’Irak, via
l’association Aide à l’Église en Détresse. Le véhicule – un modèle unique de la
gamme Huracan – a été vendu aux enchères par la maison Sotheby’s, à Monaco.
« La touche finale a été ajoutée par le Pape lui-même, qui a signé le capot
de la voiture » le 15 novembre dernier, selon le descriptif du lot 161.
La vente a largement dépassé les estimations. Sotheby’s estimait sa valeur
entre 250 000 et 350 000 euros, soit le prix catalogue d’un tel modèle.
ESPECIAL/NOTIMEX/AFP
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AU DIAPASON DU MONDE
Nouvelle sélection de notre Collection
du 11 avril
au 27 août 2018
Giovanni Anselmo, Mathew Barney, Christian Boltanski,
Mark Bradford, James Lee Byars, Maurizio Catelan,
Ian Cheng, Andrea Crespo, Trisha Donnelly, Dan Flavin, Cyprien Gaillard,
Alberto Giacometi, Dominique Gonzalez-Foerster, Jacqueline Humphries,
Pierre Huyghe, Yves Klein, Mark Leckey, Henri Matisse,
François Morellet, Takashi Murakami, Philippe Parreno, Sigmar Polke,
Gerhard Richter, Bunny Rogers, Wilhelm Sasnal, Shimabuku,
Kiki Smith, Adrián Villar Rojas, Anicka Yi
8 AVENUE DU MAHATMA GANDHI,
BOIS DE BOULOGNE, PARIS
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Wilhelm Sasnal, Bathers at Asnières, 2010
© Wilhelm Sasnal
Courtesy Foksal Gallery Foundation, Varsovie
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