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Le Figaro - 16 05 2018

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mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 941 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
MARSEILLE
LA VILLE QUI VIT AU RYTHME
DU FOOTBALL RÊVE D’UNE NOUVELLE
COUPE D’EUROPE PAGES 12 ET 13
Les cours du pétrole
se remettent à flamber
FINANCES
LOCALES
Des collectivités
méfiantes à l’égard
de l’État PAGES 4 ET 5
PROCHE-ORIENT
Gaza enterre
ses morts PAGE 6
CRIMÉE
Le pont qui entérine
l’annexion PAGE 8
JUSTICE
Condamné,
Cahuzac devrait
éviter la prison PAGE 9
Free cherche
un nouveau modèle
pour se relancer
CANNES
Le Festival change
de ton PAGES 28 À 30
n
La dénonciation par Donald Trump de l’accord sur
le nucléaire iranien ravive les tensions sur le marché
pétrolier. Déjà soutenu par une forte demande, le cours
du baril de brut s’approche des 80 dollars, soit une
progression de 50 % en un an. Par ricochet, les prix des
carburants s’envolent : en France, le litre de diesel atteint
1,43 euro et le litre de sans-plomb, 1,52 euro. PAGES 20 ET 21
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mardi :
Terrorisme : faut-il durcir
les conditions d’obtention
de la naturalisation
en France ?
NON
4%
OUI
96 %
TOTAL DE VOTANTS : 33 228
M 00108 - 516 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@f@b@q@a";
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Approuvez-vous
la venue en France
de 300 imams étrangers
pour le ramadan ?
ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP STÉPHANE FEUGÈRE - VOISIN/PHANIE
La défiance envers
les vaccins amplifiée par les
réseaux sociaux et Internet
Sur Facebook, Twitter et YouTube, les militants antivaccins
occupent le terrain et propagent des messages anxiogènes
dénués de fondement scientifique. Leur activisme éclipse la
communication des autorités,
peu relayée par les internautes.
Le ministère de la Santé tente
d’inverser la tendance en
commandant à des « youtubeurs » des vidéos défendant
l’innocuité des vaccins.
PAGE 11
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
n
PAGES 15 À 17
de de jeûne, jugée « délicate »
par les forces de l’ordre, s’ouvre
aussi sur fond de querelles au
sein de la communauté musulmane, qui se divise pour trouver celui qui prendra la tête de
l’islam de France.
Q
Boîte de Pandore
uelque trois cents imams étrangers sont attendus en France à
l’occasion du ramadan. Il en est
ainsi depuis des années, au terme d’accords entre notre gouvernement et leurs pays d’origine, principalement l’Algérie, le Maroc et la
Turquie. Cette pratique paraît pourtant peu
compatible avec la volonté de mettre sur pied
un islam de France à l’abri des influences
étrangères. Nicolas Sarkozy s’y était employé
avec la création du Conseil français du culte
musulman. Noyautée par les intégristes et au
cœur de vives rivalités au sein de la communauté, l’entreprise fut un cuisant échec. Emmanuel Macron souhaiterait néanmoins reprendre le flambeau. Il pourrait bientôt
s’exprimer à ce propos.
Cette nouvelle tentative risque encore de se
solder par un fiasco. Elle n’est donc pas souhaitable. N’est pas Napoléon qui veut. L’expérience du Grand Sanhédrin, qui, en 1806,
sous la tutelle de l’Empereur, jeta les bases de
l’intégration des juifs en France, n’est en
aucun cas transposable aujourd’hui, qui plus
est aux musulmans.
L’islam, dans notre pays, très majoritaire-
ment sunnite, n’obéit à aucune hiérarchie
cléricale ni autorité théologique. À la difficulté de trouver des interlocuteurs reconnus par
les 4 à 5 millions de mahométans sur notre sol
s’ajouterait un autre obstacle : comment procéder sans réviser la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État ?
Le sujet est hautement inflammable, propre à
rallumer une guerre des religions. Cela reviendrait à ouvrir la
boîte de Pandore.
On imagine mal les
contribuables accepter, par exemple, de financer
l’édification
de
mosquées…
L’objectif des pouvoirs publics est
d’abord d’éradiquer l’islam radical. Or l’État
dispose des moyens nécessaires pour contrôler les flux d’argent, fermer les mosquées fondamentalistes, dissoudre les associations suspectes, mettre hors d’état de nuire les
prédicateurs séditieux, y compris sur Internet. Qu’il commence par là avant de s’égarer
dans d’improbables labyrinthes… ■
Tenter
d’organiser
l’islam de
France risque
de se solder
par un fiasco
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
A
n
HAIDAR MOHAMMED ALI/AFP
CHAMPS LIBRES
n
terroge dans le contexte des attentats islamistes perpétrés
dans le pays. Or cette pratique
strictement
encadrée
et
contrôlée, issue d’un vieil accord avec la France, existe depuis des décennies. Cette pério-
è QUERELLES ET DIVISIONS AU SEIN DE LA COMMUNAUTÉ MUSULMANE POUR PRENDRE LA TÊTE
DE L’ISLAM DE FRANCE è PRÉFETS ET FORCES DE L’ORDRE MOBILISÉS DURANT TOUTE
CETTE « PÉRIODE DÉLICATE » è « NOUS EN AVONS BESOIN POUR ASSURER LES OFFICES LA NUIT »
è L’ISLAM DE FRANCE, UN CHANTIER TOUJOURS AU POINT MORT PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
DISPARITION
n
Ramadan :
pourquoi faire
venir des imams
étrangers ?
Alors que le ramadan débute
jeudi, plus de 300 imams étrangers, venant essentiellement du
Maroc et d’Algérie, débarquent
sur le sol français pour un mois.
Un détachement organisé avec
les autorités françaises qui in-
PAGE 25
Comment a
évolué l’image
de Macron ?
La tribune
de Bruno
Retailleau
La tribune
d’Édouard
Tétreau
La tribune
de JeanPhilippe Delsol
et Nicolas
Lecaussin
L’analyse
de Guillaume
Perrault
SES CONFIDENCES AU
« FIGARO » SUR SA CONCEPTION
DE LA BEAUTÉ PAGE 31
À l’heure des attentats islamistes qui ensanglantent
le pays, l’arrivée en France de plus de 300 religieux,
venus pour un mois, suscite émotion et interrogations.
TÉLÉCOMS
Tom Wolfe,
dandy de grands
chemins PAGE 36
KARL LAGERFELD
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mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
300 imams
étrangers en
France pour
le ramadan
Ce détachement de religieux
est encadré administrativement.
JEAN-MARIE GUÉNOIS £@jmguenois
UNE « HÉRÉSIE ». Le coup a été donné
par Jeannette Bougrab, ancienne secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et des
Sports dans le dernier gouvernement
Fillon (2010 et 2012). Interrogée fin mars
par Le Figaro à l’occasion de la publication de son dernier livre, Lettre d’exil. La
barbarie et nous (Éditions du Cerf), elle a
attaqué le principe du détachement
d’imams étrangers en France pour la période du ramadan. Ce temps religieux
commencera jeudi - comme l’a confirmé
mardi soir la mosquée de Paris -, pour un
mois marqué notamment par le jeûne
diurne, l’aumône et davantage de prières
à la mosquée.
« Organiser la venue d’imams étrangers en France est une hérésie », avait
lancé cette fille de harki dont la famille
en Algérie a payé par le sang son attachement à la France. Femme de conviction,
elle réagissait à l’annonce du ministre
des Cultes algérien, Mohammed Aïssa,
qui venait de confirmer à Gérard Collomb l’envoi de cent imams en France
pour le ramadan 2018. « Comment, dans
un État laïque, le ministre de l’Intérieur,
certes ministre des Cultes, se préoccupe de
faire venir des imams d’Algérie pour le ramadan ? On nous casse les oreilles avec la
création d’un islam de France, et on fait
venir des imams d’Algérie. »
La charge fit mouche. Manuel Valls,
ancien premier ministre socialiste, renchérit. Il demanda « de mettre un terme le
plus vite possible » aux accords bilatéraux
permettant la venue de ces religieux au
nom même de « l’idée qu’on doit se faire
d’un islam des Lumières ». Quant à Nathalie Goulet, sénatrice UDI, sensible aux
« risques qui pèsent sur la société française », elle pointa la question du « contrôle » de ces imams, jugeant peu « raisonnable » l’attitude de l’État et du
gouvernement. « Certains imams viennent avec des visas touristiques, s’est-elle
interrogée, comment voulez-vous les
contrôler ? »
Polémique significative dans le
contexte des attentats, mais sans lendemain. Et surtout sans mémoire, car la venue d’imams en France pour la période
du ramadan remonte à plusieurs décennies. Une pratique assumée par des gouvernements de droite - avec Charles
Pasqua à l’Intérieur - et de gauche, dont
celui de… Manuel Valls !
Des fidèles pendant la prière lors de l’Aid el-fitr, en juin 2017, dans une rue bordant la Grande mosquée de Paris, dans le Ve arrondissement.
Ci-dessous, un imam lit le Coran lors d’un service religieux à Nantes. ZAKARIA ABDELKAFI/AFP; JEAN-SEBASTIEN EVRARD/AFP
Des listes contrôlées
De plus, ce ne sont pas « cent imams »
étrangers qui débarquent sur le sol français, mais le triple. Avec un gros bataillon
de Marocains - environ deux cents - et
une poignée de Turcs. Ce détachement de
ressortissants religieux étrangers est administrativement encadré par un échange de courrier diplomatique entre le ministère des Affaires étrangères français et
les gouvernements concernés. Les listes
d’imams sont contrôlées, à la source,
dans leur pays d’origine, mais aussi au
ministère de l’Intérieur. Sur plusieurs décennies, « les cas de refus de visa pour radicalisme se comptent sur les doigts d’une
main », assure une source administrative
experte de ce dossier.
Ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve avait été interrogé sur ce point en
février 2016 par Nathalie Goulet, auteur,
avec le sénateur André Reichardt, de
rapports de référence sur l’islam en
France qui demandent la prise en main
sérieuse de la formation des imams. Bernard Cazeneuve avait assuré : « La liste de
ces personnes nous est transmise un mois
avant leur arrivée, ce qui permet de procéder au criblage. Ces personnes, qui sont
des fonctionnaires des États avec lesquels
nous avons signé ces accords, bénéficient
d’un visa de court séjour dont l’expiration
est fixée au dernier jour du ramadan. » ■
A
« Nous en avons besoin pour Préfets et forces de l’ordre mobilisés
assurer les offices la nuit »
durant toute cette « période délicate »
FONDAMENTALEMENT, « le ramadan
est le mois du Coran : nous commémorons
la révélation du Coran », précise Mohammed Moussaoui, ancien président
du Conseil français du culte musulman
(CFCM). « Cela explique que nous avons
besoin de renforts dans les mosquées parce que nous récitons davantage le Coran,
qui est notre texte sacré. » Ce Français
marocain d’origine, maître de conférences en mathématiques à Lyon, est
aussi le président de l’une des plus importantes fédérations de l’islam marocain en France, l’Union des mosquées de
France (UMF).
À ce titre, c’est lui qui est chargé par le
Maroc de gérer l’organisation de l’accueil de 140 psalmodieurs, 10 prédicateurs et 10 morchidates, des femmes enseignantes. Soit 160 personnes envoyées
directement par le ministère des Habous
et des Affaires islamiques, qui est le ministère des affaires religieuses du royaume. S’y ajoutent 50 imans envoyés par la
fondation marocaine Hassan II. Tous les
frais, transports et salaires, sont à la
charge du Maroc.
L’UMF est une fédération proche « du
Palais », comme l’on dit au Maroc,
c’est-à-dire du roi Mohammed VI, qui a
aussi le titre de commandeur des
croyants. Du coup, cette organisation
prône un islam modéré qui n’est pas celui du PJD (Parti de la justice et du développement), parti d’inspiration islamiste qui partage le pouvoir depuis 2011 en
occupant toutefois le poste de premier
ministre.
Autant dire que les 210 religieux et religieuses marocains qui arrivent en
France pour le ramadan sont sous la
coupe du royaume, qui contrôle le ministère des Habous - un ministère régalien, donc hors du champ de compétence du gouvernement élu - et qui combat
frontalement les mouvances salafistes et
islamistes, même si celles-ci échappent
en grande partie aux réseaux de pouvoir
traditionnels marocains.
« Pendant le mois du ramadan, observe Mohammed Moussaoui, la cinquième
prière de la journée est complétée par des
prières surogatoires. Ces prières supplémentaires consistent à psalmodier le Coran. Si nous avons donc besoin de psalmodieurs qui connaissent par cœur le Coran
et qui savent le réciter presque comme une
musique, c’est que l’imam de la mosquée
ne peut pas assurer, à lui seul, les offices
du jour et de la nuit. La majorité des
imams venus pour le ramadan sont donc
là pour assurer les nuits de prières. Cette
prière supplémentaire de nuit n’est pas
obligatoire, mais est souvent bien observée par les gens qui restent après le repas
de rupture du jeûne pour écouter le psalmodieur. Quant aux dix prédicateurs, de
niveaux universitaires, ils se déplacent de
mosquée en mosquée pour prêcher. Cette
année, le thème choisi est la lutte contre la
radicalisation à partir d’une juste interprétation du Coran. » ■
J.-M.G.
Les
« mesures
particulières
seront
surtout
importantes
en juin,
à la fin
de la période,
lors
de la rupture
du jeûne
UN PRÉFET
»
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
LE RAMADAN commence en
France dans un contexte tendu.
Quelques semaines après les attaques de Carcassonne et Trèbes
(quatre morts, quinze blessés),
le 23 mars dernier, mais aussi et
surtout quelques jours seulement après l’attaque islamiste
dans le quartier de l’Opéra à Paris, le 12 mai, (un mort, quatre
blessés).
La Place Beauvau ne peut pas
mettre un policier devant chaque mosquée. 2 500 lieux de
culte musulman sont officiellement recensés à ce jour. « Les
effectifs de forces mobiles sont
déjà mobilisés à flux tendu sur les
conflits sociaux, de la SNCF aux
zadistes en passant par les universités, et la réserve n’est pas
extensible à l’infini », prévient
un responsable d’unité chez les
CRS.
« Le ramadan est toujours une
période délicate, qui modifie les
rythmes de vie dans des milliers
de quartiers, les familles sortant
à la nuit tombée, ce qui peut créer
ici ou là une animation peut commune et quelques perturbations,
mais d’ordinaire, cela se passe en
bonne intelligence », assure un
directeur départemental de la
sécurité publique d’une grande
agglomération du sud de la
France.
Le ministère de l’Intérieur fait
valoir que les actes racistes, antisémites et antimusulmans ont
baissé en 2017. Un bilan publié
fait état de 950 actes racistes,
antisémites et antimusulmans
l’an dernier, contre 1 128 en 2016
(- 16 %).
« Criblage » de la police
Dans le détail, les actes antimusulmans ont connu la plus forte
baisse (-34,5 %, avec 121 faits)
devant les actes racistes
(-14,8 %, avec 518 faits) et les
actes antisémites (-7,2 % avec
311 faits). « Cette baisse globale
ne doit cependant pas masquer
l’augmentation des actions violentes », nuance-t-on dans
l’entourage de Gérard Collomb.
Préservée, la France ? Aux
États-Unis, en tout cas, la principale organisation musulmane
pour la défense des droits civiques, le CAIR, a appelé les mosquées à travers le pays à multiplier les mesures de sécurité
pour ce mois du jeûne. L’organisation redoute une recrudescence des actes islamophobes.
Ce que confirme la statistique
depuis l’élection de Donald
Trump fin 2016.
La France échappe, pour
l’heure, à ces dérives, même si
le débat public peut exprimer
des inquiétudes. En mars dernier, l’opposition de droite au
Parlement s’est ainsi émue que
les mosquées françaises puissent
recevoir pour le ramadan environ 300 imams étrangers.
Jacqueline Gourault, ministre
auprès du ministre de l’Intérieur, a rappelé que la police effectue toujours un « criblage »
pour s’assurer que les imams
aient un certain niveau de formation et qu’ils parlent français.
Sans parler des vérifications faites au travers des fichiers antiterroristes.
Un préfet très au fait des
questions de sécurité l’assure :
« Concernant le ramadan, les
mesures particulières seront surtout importantes en juin, à la fin
de la période, lors de la rupture
du jeûne. »
La crise au Proche-Orient et
les dizaines de morts palestiniens de ces derniers jours incitent à sécuriser davantage les
fêtes juives de Chavouot, du 19
au 21 mai prochain, vu les risques de représailles partout
dans le monde. ■
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LE FIGARO
mercredi 16 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
la perspective des prochaines élections
du CFCM, prévues en juin 2019.
Car cette institution n’est pas divisée
sur le plan théologique, mais, du point de
vue des nationalités, entre Algériens, Marocains et Turcs. Elle doit aussi intégrer
les plus jeunes générations musulmanes,
qui ne s’y reconnaissent pas. Et doit également gérer, sans y être parvenue jusque-là, des conflits d’intérêts notamment
liés au marché de la viande halal.
Jusqu’à présent, une figure tutélaire,
Dalil Boubakeur, d’origine algérienne,
directeur de la mosquée de Paris et président d’honneur du CFCM, assurait une
certaine cohésion face aux sempiternelles
disputes - et réconciliations - des responsables musulmans. Aujourd’hui, les
plus jeunes générations estiment qu’il est
l’heure de tourner la page des fondateurs
considérés comme trop liés aux pays
d’origine sans rapport avec la nouvelle
sociologie de la communauté. En fait,
plusieurs personnalités de talent se préparent discrètement, et la bataille
promet… ■
J.- M. G.
Tel. 01.55.35.20.20
vue et très écouté, militant d’un islam républicain, récuse le mot de « rupture »,
mais il ne cache pas qu’il se sent intellectuellement trop à l’étroit dans cette
structure très disciplinée, inspirée par la
culture religieuse des Frères musulmans.
Si cette recomposition globale des personnalités de l’islam de France est causée
par l’onde de choc des attentats - qui a
mis en exergue l’impuissance des fédérations musulmanes, quelles qu’elles
soient, à prévenir et à conjurer les réseaux salafistes - elle s’explique aussi par
POLÉMIQUE SUR
LE VOILE D’UNE
MILITANTE
DE L’UNEF
Samedi, le journal télévisé
de la chaîne M6 revenait
sur la situation dans les
universités et la mobilisation
étudiante. Un reportage banal
qui crée pourtant la polémique
depuis sa diffusion.
En cause, l’apparition à l’écran
de Maryam Pougetoux,
présidente du syndicat Unef
à l’université Paris-IV.
La militante, dont les cheveux
sont couverts d’un voile
islamique, a déclenché
malgré elle une controverse
sur la laïcité et l’islam.
La première mèche a été
allumée par Laurent Bouvet,
politologue à l’université
de Versailles-Saint-Quentinen-Yvelines et cofondateur
du Printemps républicain.
Dans un message posté
sur Facebook peu après la
diffusion du reportage, il s’en
prend à Maryam Pougetoux et
au syndicat. Quelques minutes
plus tard, l’essayiste Céline
Pina s’indigne à son tour
et dénonce l’infiltration
des mouvements de jeunesse
par les Frères musulmans et le
« développement des filières
indigénistes et islamistes ».
Suite à ces prises de position,
et face au déferlement
de commentaires, une défense
de la jeune femme s’organise
autour du mot-clé
#SoutienAMaryam.
La militante antiraciste
Rokhaya Diallo dénonce alors
la « chasse aux musulman.e.s
(présumé.e.s) qui ont
l’outrecuidance de se rendre
visibles ». Une chasse
« orchestrée », selon elle,
« par le Printemps
républicain ».
Après plusieurs heures
de tension sur les réseaux
sociaux, le syndicat Unef
réagit par la voie
d’un communiqué de presse,
en condamnant « le
déferlement de haine raciste,
sexiste et islamophobe » et en
accusant Laurent Bouvet de
dissimuler « une islamophobie
décomplexée » derrière
« son débat sur la laïcité
excluante ».
*Laisse ton empreinte
L’HEURE est aux divisions au sein des
institutions de l’islam de France. Chacun
y va de sa propre initiative pour tenter de
prendre un leadership, aujourd’hui désincarné. Ainsi de la tribune publiée par
le journal Le Monde, le 9 mai dernier,
donnant la parole à Marwan Muhammad,
ancien directeur exécutif du Collectif
contre l’islamophobie en France (CCIF),
pourtant souvent accusé de promouvoir
un islam identitaire.
Dans ce texte, ce dernier appelle à une
large « consultation » des musulmans
pour « définir les bases de ce que pourrait
être l’organisation des communautés musulmanes » et « poser les fondations d’une
relation constructive et franche avec
l’État ». Critiquant « l’interminable déshérence » du Conseil français du culte
musulman (CFCM) - l’instance officielle
de représentation de l’islam de France -,
Marwan Muhammad considère que les
5 millions de musulmans vivant en France « n’ont toujours pas d’instance représentative d’ampleur nationale qui soit à la
hauteur des enjeux de notre temps ».
Ce statisticien de 39 ans, ancien trader,
français, de père égyptien et de mère algérienne, attaque également « les ministres de
l’Intérieur successifs », parce qu’ils auraient
choisi, selon lui, « leurs interlocuteurs comme un fait du prince », obligeant « les musulmans » à s’en « accommoder », au « mépris », affirme-t-il, du « principe de
laïcité ». Soit une remise en cause radicale
de tout ce que l’État français a cherché à faire depuis 1990, avec Pierre Joxe, pour mettre sur pied une institution représentative
de l’islam de France. Et que Nicolas Sarkozy,
alors ministre de l’Intérieur, a finalement
réussi à établir en 2003 avec la création du
CFCM, fondé sur les élections organisées
dans la communauté musulmane.
CAPTURE BFM TV
Querelles et divisions au sein de la communauté
musulmane pour prendre la tête de l’islam de France
“
Si cette recomposition
globale des personnalités
de l’islam de France
est causée par l’onde
de choc des attentats,
elle s’explique aussi
par la perspective
des prochaines élections
du CFCM, en juin 2019
”
La tribune de Marwan Muhammad n’a
pas suscité de commentaires au sein de
l’administration tant il est considéré
comme peu représentatif, même s’il est
susceptible d’incarner les plus jeunes générations de l’islam en France. Mais elle
n’a pas été appréciée par l’actuel président du CFCM, Ahmet Ogras, d’origine
turque, qui l’a jugée peu « fair-play ».
Quant à Abdallah Zekri, le délégué général du CFCM, il a contre-attaqué : « Je
considère que ce monsieur (Muhammad)
ne représente que lui-même. Je n’approuve
pas du tout son initiative. » Abdallah Zekri
estime au contraire que « le dialogue doit
se faire avec le CFCM », même si « nous
sommes conscients de ne pas avoir l’assentiment de tous » et que l’organisation, qui
n’a que « 15 ans d’âge », démontre des
« insuffisances ». D’annoncer au passage
que le CFCM envisage de se « renouveler », en intégrant davantage « de jeunes
et de femmes » dans sa représentation nationale. Une passe d’armes publique qui
est significative de la recomposition en
cours des personnalités représentatives
de la religion musulmane en France.
Autre exemple - qui ne concerne pas le
CFCM -, la rupture officielle, annoncée le
14 mai, de l’imam de Bordeaux avec
l’Union des organisations islamiques de
France (UOIF), rebaptisée depuis un an
Musulmans de France. Ce théologien en
TOUS LES PRÉSIDENTS et ministres de
l’Intérieur, sans exception, de droite
comme de gauche, se sont cassé les
dents sur l’organisation de l’islam de
France. Emmanuel Macron le sait. Fort
de son expérience de terrain lyonnaise,
Gérard Collomb, son ministre de l’Intérieur, en charge des Cultes, le sait
mieux que quiconque.
Pour sortir de l’impasse institutionnelle dans laquelle l’islam de France est
englué (lire ci dessus), ces deux hommes d’État cherchent à ouvrir une nouvelle voie et consultent activement, ces
derniers temps. Beaucoup les jugent silencieux, voire « angéliques » face à
l’islamisme, mais Emmanuel Macron et
Gérard Collomb savent, depuis la vague
d’attentats, que le temps des discours
rassurants est fini. Chez les responsables musulmans aussi. Si l’opinion s’accorde pour ne pas faire d’« amalgame »
entre les musulmans et les terroristes
islamistes, la crédibilité des représentants de l’islam est minée dans la communauté musulmane un peu plus à
chaque nouvel attentat. Celle des autorités de la République l’est tout autant,
à chaque coup de feu ou de couteau signé par un islamiste.
Dans ce contexte de désillusion générale, il n’est même pas certain que le
président de la République fera de
grandes annonces lors du dîner officiel
de rupture du jeûne à Paris, organisé
par le Conseil français du culte musulman (CFCM) à la mi-juin, marquant la
fin du ramadan. « Si le dossier n’est pas
mûr, il attendra, car il voudrait vraiment
annoncer une réforme fondamentale de
l’organisation de l’islam en France », assure un bon connaisseur du dossier.
Mise à plat des flux financiers
L’an passé, fraîchement élu, Emmanuel Macron était le premier chef d’État
à venir présider ce dîner du CFCM. Il
avait pointé trois questions : la « repré-
sentativité » du CFCM, qui fédère seulement « la moitié de l’islam de France »,
appelant à une « représentativité toujours plus large ». Il avait aussi insisté
sur « le combat contre le fanatisme et sa
diffusion », en appelant - au même titre
que la réponse « sécuritaire » - les musulmans à s’engager au « combat » sur
le « terrain théologique et religieux »,
notamment en direction des « populations les plus jeunes, dont nous savons
tous qu’elles ont des réticences à passer
les portes de vos institutions ». Emmanuel Macron avait ensuite insisté sur la
formation pour combattre une « pratique de l’islam organisant une ségréga-
tion au sein de la République » avec un
« repli identitaire » visant à rendre l’islam « incompatible avec la République ».
Le président avait alors peu évoqué le
dossier financier, qu’il considère pourtant comme la véritable clé de voûte de
la réforme. Celle-ci pourrait passer par
la création d’une structure de collecte
de fonds, très incitative fiscalement,
pour l’investissement et la construction
de mosquées. Et par une mise à plat des
flux financiers de fonctionnement.
Dont ceux générés par la filière de la
viande halal. Mais là, les intérêts établis
seront difficiles à déloger, et il n’y a
aucun consensus. ■
J.- M. G.
A
L’organisation du culte, un chantier toujours au point mort
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Finances locales : méfiance accrue
des collectivités à l’égard de l’État
Le gouvernement cherche à contrôler les dépenses des collectivités. Cette stratégie agace nombre d’élus
qui y voient un recul « inédit » de la décentralisation et une offensive de la « technostructure ».
EMMANUEL GALIERO egaliero@lefigaro.fr
TERRITOIRES Les élus locaux ne se font
aucune illusion sur une évolution positive des intentions gouvernementales à
leur égard. Leur participation à la réunion organisée à Matignon jeudi, pour
préparer la prochaine Conférence nationale des territoires, prévue en juillet,
dissimule mal leurs inquiétudes. Dans
les Hautes-Alpes, celles de Jean-Marie
Bernard, président LR du département,
trahissent une immense exaspération.
« J’ai décidé de ne pas signer le contrat
État-collectivité. Et s’il le faut, j’irai
m’enchaîner aux grilles de la préfecture,
voire à Matignon ou à l’Élysée. Ces pressions sont insupportables ! » accuse l’élu,
confronté à une croissance exponentielle des migrants mineurs non accompagnés (MNA) venus d’Italie, pour lesquels
il ne sait plus comment financer l’accueil. Il s’attend à un flot de 2 500 réfu-
lisation ne trouve pas un écho plus favorable. « Débile », dénonce à son tour
Hervé Morin. Le président de l’Association des régions de France est furieux
contre la « mise sous tutelle » des dépenses, poussée aujourd’hui par le gouvernement, après un premier mouvement,
« sous Sarkozy et Hollande », qui avait
déjà acté la fin de l’autonomie des ressources, selon lui. « La technostructure
n’a jamais pris une telle place. Rien ne
peut s’arranger quand on met en œuvre de
tels moyens pour empêcher la réussite de
la France », tance le président centriste
de la région Normandie. Il fustige le « ja-
cobinisme » et la dérive centralisatrice du
pouvoir. Pointant la suppression annoncée de la taxe d’habitation, dont le financement serait assuré par une « refonte de
la fiscalité locale », selon le porte-parole
du gouvernement, Benjamin Griveaux,
Hervé Morin interroge, avec ironie :
« Qui peut croire un seul instant que l’État
est capable de faire plus de 20 milliards
d’euros de réduction des dépenses ? C’est
un tour de passe-passe », moque-t-il.
À deux mois d’une nouvelle conférence nationale, les interrogations des
territoires sont entières. « On a l’impression que la Confédération nationale
des territoires n’est pour eux qu’une occasion de vendre leur projet. Ils agissent
comme avec les syndicats : ils décident
d’abord », dénonce André Laignel, vice-président de l’Association des maires de France et maire PS d’Issoudun.
Le 10 avril dernier, l’AMF, les régions
de France et l’Assemblée des départements de France avaient menacé
conjointement de boycotter la prochaine
Conférence des territoires. « L’immense
majorité des élus est défavorable à ce
qu’ils perçoivent comme une fausse contractualisation, car, dans cette affaire, les
deux partenaires ne sont pas libres », re-
grette Laignel. Le 17 avril, Édouard Philippe avait salué les premières signatures
de ces contrats à Matignon par onze collectivités (soit cinq communes, trois intercommunalités et trois départements).
Mais, pour les maires de France, les élus
réellement convaincus seront minoritaires. « C’est un grand maquignonnage.
Certains préfets disent aux réfractaires
qu’ils devront attendre pour leurs subventions », accuse enfin André Laignel. Pour
le président du comité des finances locales, un tel niveau de contrainte et de recentralisation est « inédit ». « Jamais vu »
même, « depuis les lois de 1982 ». ■
“
Rien ne peut s’arranger
quand on met en œuvre
de tels moyens pour
empêcher la réussite
de la France
”
HERVÉ MORIN, PRÉSIDENT CENTRISTE
DE LA RÉGION NORMANDIE
giés en 2018. « L’État ne tient pas ses engagements », poursuit-il en rappelant
les promesses « non tenues » de prise en
charge, formulées publiquement par
Édouard Philippe, à Marseille, en octobre 2017, lors du 87e congrès de l’Assemblée des départements de France.
Les nouveaux contrats proposés par
l’État concernent les 322 collectivités
les plus importantes du pays, celles
dont les dépenses annuelles dépassent
les 60 millions d’euros. Édouard Philippe a défendu le projet en exposant un
objectif de maîtrise des finances locales.
Une hausse maximale de 1,2 % des dépenses de fonctionnement a été fixée.
Du côté des régions, cette contractua-
Le 100e Congrès des maires
de France, en novembre dernier
à Paris. SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Des dépenses mieux
maîtrisées en 2018
A
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
LA GROGNE des élus locaux n’a pas cessé
depuis l’élection d’Emmanuel Macron,
mais la situation financière des collectivités s’améliore. À tel point que, cette année, communes, intercommunalités, départements et régions pourraient bien
dépenser moins que ce qu’avait prévu
pour eux l’État. D’après l’étude « Tendances 2018 » de La Banque postale publiée mardi, les collectivités devraient
voir augmenter leurs dépenses de fonctionnement de 0,9 % cette année, pour
atteindre 182,5 milliards d’euros.
Un rythme moins rapide que l’objectif
de 1,2 % que leur a assigné le gouvernement dans le cadre de pactes financiers pluriannuels en cours de négociation. « Cette évolution contenue
s’expliquerait principalement par une décélération des dépenses de personnel »,
qui connaîtrait « un des taux de croissance les plus faibles de ces 20 dernières
années », écrivent les experts de la première banque des collectivités.
Les élus locaux peuvent remercier le
ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin. En effet, l’exmaire de Tourcoing a gelé cette année les
hausses générales de rémunération des
fonctionnaires actées à la fin du quinquennat de François Hollande, qui
avaient fait gonfler la masse salariale en
2017. Mieux, la réinstauration du jour de
carence dans la fonction publique devrait
permettre aux collectivités de réaliser
100 millions d’euros d’économies. De
plus, la suppression de 120 000 contrats
aidés, mesure combattue par les élus locaux, devrait paradoxalement faire fondre leurs dépenses de personnel, ajoute
La Banque postale.
Pour compléter une équation financière
générale favorable, les collectivités devraient par ailleurs bénéficier cette année
de recettes « relativement dynamiques ».
Les dotations versées par l’État ne baisseront pas au niveau national. Surtout, les
recettes fiscales devraient continuer
d’augmenter rapidement, de 2,1 % pour
les impôts directement payés par les
contribuables. Ce cocktail devrait permettre aux collectivités de relancer l’investissement. Celui-ci devrait bondir de
6,1 % en 2018, après avoir progressé de 5%
en 2017. Mieux, les collectivités pourront
financer ces investissements grâce à leurs
réserves. À tel point que leur dette ne devrait progresser que de 0,4 %, à 183,1 milliards d’euros (soit 8,1 % seulement de la
dette publique totale, qui compte également celle de l’État et de la Sécu).
Un trou de plus de 20 milliards
La suite du quinquennat pourrait tout de
même se révéler plus compliquée pour
les collectivités que l’année 2018. « La
trajectoire financière tracée par le gouvernement ne manque pas d’interroger pour
les années à venir », conclut La Banque
postale. Le gouvernement compte beaucoup sur les efforts des communes, les
départements et les régions pour redresser les finances publiques. Il pourrait
même faire caler à nouveau l’investissement local.
D’autant plus que « s’y ajoutent les incertitudes liées à la réforme fiscale annoncée », rappellent les experts. La suppression de la taxe d’habitation à horizon 2021
promise par l’exécutif creusera un trou de
plus de 20 milliards d’euros dans les finances des communes et des intercommunalités. Le gouvernement a promis de
compenser « à l’euro près » cette perte de
recettes. Mais il n’a pas dévoilé à ce jour
comment il comptait faire précisément. ■
« On assiste à un phénomène
de recentralisation rarement connu »
PROPOS RECUEILLIS PAR
MARION MOURGUE
£@MarionMourgue
MATHIEU DARNAUD, sénateur LR de l’Ardèche, est spécialiste des collectivités et de la
ruralité.
Le
mouvement
historique
qui consistait
à confier
les
compétences
aux acteurs
les plus
proches des
réalités s’est
soudainement
inversé
»
MATHIEU DARNAUD
LE FIGARO. - CSG, taxe
d’habitation, 80 km/h…
les sujets de tension entre
les territoires et le président
sont nombreux. C’est le choc
des cultures entre l’ancien
et le nouveau monde ?
Mathieu DARNAUD. - Les
80 km/h ou la hausse de la CSG
qui abaisse le revenu net des
retraités et porte atteinte à leur
pouvoir d’achat, je ne suis pas
sûr que ce soit vécu comme un
choc des cultures, mais plutôt
comme une double peine ! Si la
France d’Emmanuel Macron
est celle d’un Parlement affaibli
par les projets de réforme
constitutionnelle et institutionnelle, si ce nouveau monde
consiste à réguler les territoires
depuis Paris et à placer les initiatives locales sous tutelle, s’il
s’agit enfin de revenir à une situation antérieure aux grandes
lois de la décentralisation de
1982 et 2003, je lui trouve
moins l’éclat de la nouveauté
que l’aspect d’une vieille carte
postale jaunie par le temps !
Vous parlez de
recentralisation : c’est un
fantasme, une crainte,
ou déjà une réalité ?
Les Français ont cru élire un
président girondin. Emmanuel
Macron l’affirmait encore en
juillet dernier lors de la première conférence nationale des territoires. Or on assiste à un phénomène de recentralisation
rarement connu dans notre
pays. Plusieurs exemples en attestent. Malgré les promesses,
on ne voit rien venir de concret
sur le droit à l’expérimentation
des politiques publiques de façon décentralisée dans les territoires. Comme sur les 80 km/h,
il aurait été plus simple de suivre la préconisation du sénateur
Michel Raison et d’entendre les
départements qui ont une véritable expertise sur le réseau
routier. On peut encore évoquer la question du transfert des
compétences eau et assainissement aux intercommunalités
sur lesquels les élus locaux voulaient revenir et qui va dans de
nombreux cas se traduire par
une augmentation du prix de
l’eau. Le mouvement historique
qui consistait à confier les compétences aux acteurs les plus
proches des réalités s’est soudainement inversé.
Peut-on parler
d’un « président des villes »
qui abandonnerait
les territoires ?
On a effectivement le sentiment
qu’il y a une France à deux visages. Celle des métropoles qui
prélève une large partie des ressources économiques ; celle des
espaces ruraux ou périurbains
qui n’est pas comprise et qui a
besoin de plus de solidarité en
matière d’aide au développement économique, au développement numérique, d’un désenclavement routier, d’accès
aux services publics ou encore
d’accès aux soins. Il faut s’attaquer à la vraie problématique :
celle qui consiste à inventer une
nouvelle forme de péréquation
entre les territoires, entre ceux
qui captent les richesses et ceux
qui ont peu ou pas de ressources. Malheureusement, nous
n’avons pas l’impression que
ces sujets, qui sont pourtant relayés par les associations d’élus
et par le Parlement, soient suffisamment pris en compte au plus
haut niveau de l’État.
Quel est dans ce contexte
l’avenir du Sénat, représentant
des territoires ?
Le Sénat, c’est la voix des territoires. De tous les territoires.
Vouloir s’attaquer par le biais
de la réforme constitutionnelle
à l’équilibre des pouvoirs et affaiblir le Parlement constitue
pour moi une faute.
Les territoires deviennent-ils
l’épée de Damoclès
pour le président ?
À ne pas les entendre, Emmanuel Macron peut en ressortir
affaibli. L’avenir de la France
passe par un travail urgent de
cohésion entre les territoires
ruraux et urbains. Le président
et le gouvernement doivent
désormais prendre la mesure
de la situation et écouter la colère du terrain. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 16 mai 2018
POLITIQUE
Borloo a réuni les anciens
ministres de la Ville
Dans un esprit transpartisan, tous les convives du déjeuner
ont partagé le constat dressé dans son rapport sur les banlieues.
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
RÉNOVATION URBAINE La présentation
de son plan sur les banlieues, fin avril,
n’aura été qu’une petite étape. JeanLouis Borloo continue d’enchaîner les
rendez-vous avec les présidents de région, les associations d’élus, les associations, etc. Selon les informations du Figaro, Jean-Louis Borloo a aussi réuni
mardi, dans un restaurant proche de
l’Assemblée, les ex-ministres de la Ville
qui lui ont succédé. Autour de l’ancien
maire de Valenciennes, ils étaient une dizaine à table, toutes couleurs politiques
confondues : les LR Catherine Vautrin et
Marc-Philippe Daubresse, les centristes
Maurice Leroy et Valérie Létard, le socialiste François Lamy. Plusieurs autres exministres, absents du déjeuner, ont fait
connaître leur soutien à l’initiative, comme Fadela Amara, Patrick Kanner ou encore Claude Bartolone. Si Bernard Tapie
n’a pas pu venir, il avait envoyé un SMS à
Jean-Louis Borloo.
« Les ministres de la Ville, c’est un club
informel », confie Maurice Leroy, qui a
exercé la fonction entre 2010 et 2012,
pendant le quinquennat de Nicolas
Sarkozy. « Ils sont transcourants, transpartisans. Ils se sont battus pour faire
avancer la politique de la ville. » « On a
tous été confrontés aux mêmes maux : l’indifférence polie de nos collègues et l’hostilité de Bercy », détaille de son côté François
Lamy, qui a occupé le poste sous la présidence de François Hollande. « Un Martien
n’aurait pas su si on était de droite, de gauche ou du centre, s’amuse un autre participant. On parlait de politique de la ville ! »
Tous les convives qui l’avaient lu partagent avec Jean-Louis Borloo le constat
et les grandes lignes de son rapport. « Sur
ces sujets qui engagent la France et la Ré-
Jean-Louis Borloo, le 27 avril à Paris.
BERNARD BISSON/DIVERGENCE
publique, il y a une unanimité de position et
d’analyses », fait valoir Jean-Louis Borloo. « L’année 2017 a été terrible pour les
quartiers, s’alarme un autre convive.
10 % de budget a été supprimé. Ça représente des centaines de projets et d’emplois
aidés. Si on peut contester telle ou telle mesure du rapport, il est global et cohérent. »
« Au bord d’une explosion »
Avant l’intervention d’Emmanuel Macron sur la politique de la ville, prévue le
22 mai, les anciens ministres en charge
de ce dossier comptent ne pas baisser la
garde. « Le combat continue pour soutenir le plan de Jean-Louis Borloo et pour
sauver les territoires oubliés de la République », réagit Marc-Philippe Daubresse. « On ne peut pas ne pas bouger face à
la situation dramatique dans les banlieues, qui rappelle celle de 2005, avec en
plus des ferments de communautarisme et
d’idéologie salafiste ! Tous les clignotants
sont au rouge. On est au bord d’une explosion », s’alarme-t-il.
Les participants à ce déjeuner ont aussi apporté leur soutien au projet d’une
fondation pour la rénovation urbaine,
« avec ou sans l’État », indique MarcPhilippe Daubresse. Celle-ci regrouperait les collectivités territoriales, les financeurs, les partenaires sociaux, les
bailleurs et aurait pour objectif de mettre en place des projets dans les quartiers
difficiles, dans les zones rurales et les
territoires d’outre-mer. « Beaucoup
d’entre nous sont des élus locaux. On se
met à disposition pour s’engager financièrement. Il ne faut pas oublier que la rénovation urbaine, c’est 40 000 emplois
sur dix ans », précise Catherine Vautrin.
Les anciens ministres sont convenus de
se revoir tous les six mois et de signer
ensemble une tribune pour « lancer un
cri d’alarme et un appel à la réalisation du
plan. Avec ou sans l’État ». ■
5
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Édouard Philippe, exister
sans chercher à exister
D
ans la longue liste
des couples exécutifs
de la Ve République,
le tandem Emmanuel
Macron-Édouard Philippe n’est
comparable à aucun autre. Ils ont
en commun - et c’est la première fois
en soixante ans - que ni l’un ni l’autre
n’avaient été imaginés par qui
que ce soit dans la fonction qu’ils ont
décrochée. Certes, le chef de l’État,
on l’a compris maintenant, y pensait
pour lui-même bien avant de se
lancer officiellement à la conquête
de l’Élysée. Mais le premier ministre,
non. Bras droit d’Alain Juppé, qu’il a
cru vainqueur autant qu’il l’a désiré,
il s’espérait sans doute ministre
dans un gouvernement de droite,
peut-être élargi, mais « classique ».
Mais certainement pas le premier
d’entre eux ; ni même le deuxième.
Au moins autant que l’élection
de Macron, son entrée à Matignon
est donc « le fruit d’une effraction ».
Et c’est cette heureuse surprise qui
lui donne cette forme de tranquillité
à la fois politique et psychologique.
S’il n’est pas un novice en politique
- conseiller municipal du Havre
depuis 2001, maire de la ville en 2010,
conseiller général, régional, député en
2012 -, il n’était pas dans le « radar »
des Français avant sa nomination.
Il n’avait pas de véritable existence
politique propre avant ce 15 mai 2017
où il est passé, en une matinée, de
l’anonymat à la notoriété maximale.
Autrement dit, Édouard Philippe
n’avait pas à entretenir un capital
personnel préalable. Rien à voir avec
un Chaban, un Chirac, un Mauroy,
un Rocard, un Fillon, un Ayrault
ou un Valls, qui avaient déjà accumulé
mandats nationaux ou baronnies
locales. Tous devaient leur promotion
au président qui les avait nommés,
mais ils ne lui devaient pas tout.
D’une certaine manière, Édouard
Philippe n’a rien apporté à Emmanuel
Macron : ni troupes, ni parti, ni
électorat particulier. Mais il était
l’illustration de ce que le nouveau
président prétendait réaliser :
un renouvellement du personnel
politique et un éclatement des
appartenances anciennes. Une sorte
de capital immatériel qui explique
cette insouciante assurance de
l’occupant de Matignon. Et lui permet
d’assurer aujourd’hui dans Le Monde
n’avoir pas d’autre ambition qu’être
« un bon premier ministre ». Il n’a en
effet ni l’obsession de faire entendre
une petite musique propre ni
l’angoisse d’être traité en simple
« collaborateur ». Et, pour l’instant,
ça lui réussit. Au fond, Philippe existe
parce qu’il ne cherche pas à exister.
Ce qui arrange le président de la
République - ne pas avoir un rival
à surveiller - sert aussi le premier
ministre, qui se satisfait du rôle de
bouclier du chef de l’État, en gérant
les dossiers les plus embrouillés
(Notre-Dame-des-Landes, GrandParis-Express) ou les crises les plus
délicates (débordements du 1er Mai,
attentat islamiste de samedi).
Par-delà la question du bien-fondé
de la politique menée, Macron
et Philippe incarnent ainsi le couple
exécutif le plus proche de l’esprit de la
Ve République. Mais le quinquennat
n’en est encore qu’à sa première
année. Et l’histoire rappelle que
même avec un premier ministre
devant tout au président (Pompidou,
Barre), la vie d’un couple exécutif
n’est jamais durablement un long
fleuve tranquille. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
Les métiers de demain ?
Nous pouvons vous en parler dès aujourd’hui
et même vous en proposer…
Le 17 mai, Orange organise sa journée
dédiée à l’emploi à Paris, Rennes, Lille,
Caen, Montpellier, Lyon, Marseille,
Nancy, Bordeaux, Le Gosier (Guadeloupe)
et Saint-André (La Réunion).
A
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mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Après la tempête, Gaza enterre ses morts
La mobilisation a faibli, mardi, au lendemain de la journée sanglante qui a coûté la vie à 60 Palestiniens.
CYRILLE LOUIS £@cyrille_louis
ENVOYÉ SPÉCIAL À GAZA
PROCHE-ORIENT La mère de Wisal
Sheikh Khalil a bien tenté de la retenir.
« J’ai même voulu l’enfermer à double
tour, explique-t-elle, les yeux embués
de larmes, mais elle ne s’est pas laissé
faire. » L’adolescente, qui n’a pas manqué une manifestation depuis le début
de la « marche du retour », attendait ce
lundi 14 mai avec trop d’impatience.
Peu après 9 heures, elle a enfilé sa robe
noire, attrapé son sac à dos et quitté le
domicile familial pour rejoindre, à pied,
le rassemblement organisé en lisière du
camp de réfugiés d’al-Bureij. Son frère
Mohammed, 11 ans, s’est glissé dans son
sillage et a été témoin de ses derniers
instants. « Comme à son habitude, elle
faisait des allers et retours entre les lignes
arrière et les abords de la frontière pour
ravitailler les chebabs en pierres et en eau
potable, raconte sa mère, mais je crois
aussi qu’on lui avait confié une pince coupante pour découper la clôture. D’après
ce qu’on m’a dit, il était 10 h 30 lorsqu’elle
a été touchée d’une balle dans la tête. »
Wisal Sheikh Khalil, qui était sur le
point de fêter ses 15 ans, a été inhumée
le jour même. Comme elle, soixante Palestiniens, dont huit âgés de moins de
16 ans, ont été tués lundi alors qu’ils
prenaient part à des rassemblements le
long de la frontière avec Israël. Un
grand nombre de manifestants ont brûlé des pneus et jeté des pierres en direction des soldats. L’armée israélienne affirme par ailleurs avoir été visée par des
tirs dans le nord de l’enclave, mais elle
reconnaît qu’aucun Palestinien n’a
réussi à franchir la clôture. À l’exception notable des États-Unis, une large
partie de la communauté internationale
a dénoncé son usage excessif de la force.
Plusieurs pays européens, dont la France et la Grande-Bretagne, ont réclamé
une enquête indépendante. La procureure de la Cour pénale internationale,
Fatou Bensouda, a promis de « prendre
toute mesure appropriée ».
La journée de mardi, qui coïncidait
avec le soixante-dixième anniversaire
de la « Catastrophe » lors de laquelle
plus de 700 000 Palestiniens durent
quitter leurs terres et furent empêchés
d’y retourner, devait à l’origine être
marquée par d’importantes manifestations. Mais, face au lourd bilan enregistré la veille, il a été décidé de marquer
une pause. « Nous allons mettre ce moment à profit pour présenter nos condoléances aux familles de martyrs et rendre
visite aux blessés », expliquait dans la
La foule accompagne
la dépouille d’un Palestinien,
mardi, tué lors
des événements
de la veille à Gaza.
IBRAHEEM ABU MUSTAFA/
REUTERS
Plus de 100 morts
NOMBRE DE MORTS DEPUIS LE DÉBUT
DES MANIFESTATIONS DE
LA « MARCHE DU RETOUR »
LE 30 MARS**
15
12
7
5
4e
sem.
5e
sem.
1
1re
sem.
59*
2e
sem.
3e
sem.
2
6e
sem.
7e
sem.
*chiffres provisoires le 14 mai
**13 autres Palestiniens ont été tués sur la même période
mais dans d'autres circonstances (hors « Marche du retour »)
Infographie
Source : Ocha
matinée Bilal Yassine, membre du comité d’organisation. Des rassemblements de taille plus modeste, lors desquels deux Palestiniens ont été tués par
balle, se sont déroulés dans l’après-midi. « Il y a désormais un consensus
démocratique pour privilégier une approche non violente, et notre combat
contre Israël va se jouer à long terme,
prédit Ahmed Youssef, une figure
modérée du Hamas. C’est pourquoi
notre priorité doit être d’éduquer la
population afin que cette mobilisation devienne un mode de vie. »
Loin de ces grands mots, au cœur
d’un labyrinthe de ruelles lépreuses où
s’entassent des machines à laver à
l’abandon, la mère de Wisal Sheikh
Khalil reçoit les condoléances au domicile de sa belle-mère. La pièce principale, recouverte d’un toit de tôle et ornée
de drapeaux du Fatah, n’a rien d’un palais. Mais c’est toujours mieux que la
minuscule chambre où elle croupit seule, depuis son divorce, avec les cinq enfants qui lui restent. « C’est en partie
parce qu’elle ne supportait plus la misère
dans laquelle nous vivons que Wisal voulait mourir en martyre », affirme Rim alIrmana, 43 ans, le visage entièrement
recouvert d’un niqab. Mais il y avait,
précisent ses sœurs, autre chose : le
rêve de sortir un jour de l’enclave où
elle vivait enfermée depuis sa naissance
pour voir Jérusalem et « retourner »
dans le village proche de Jaffa où son
grand-père maternel vivait jusqu’en
1948. « Il y a une dizaine de jours, poursuit sa mère, Wisal avait été hospitalisée
après avoir inhalé trop de gaz lacrymogènes. Mais quand je lui demandais de
rester à la maison, elle me répondait
qu’elle ne méritait pas davantage de vivre
que les autres jeunes tombés sous les balles des Israéliens. »
Stoltenberg : « Malgré
les désaccords, l’Otan
est unie sur l’essentiel »
ALAIN BARLUET £@abarluet
GÉOPOLITIQUE L’ancien premier ministre norvégien Jens Stoltenberg, secrétaire
général de l’Otan depuis 2014, analyse
l’état des relations transatlantiques et
précise les défis auxquels est confrontée
l’Alliance.
A
LE FIGARO. - Comment réagissez-vous à
l’ouverture de l’ambassade américaine à
Jérusalem et au nouvel accès de fièvre à
Gaza ?
Jens STOLTENBERG. – Nous sommes
bien évidemment préoccupés par la situation au Proche-Orient. Nous soutiendrons tous les efforts pour trouver une
solution pacifique à travers des négociations. Mais l’Otan ne participe pas au
processus de paix et n’a pas à prendre position sur ce sujet.
Regrettez-vous la décision
de Donald Trump de sortir
de l’accord sur le nucléaire iranien ?
Tous les membres de l’Alliance soutiennent les efforts menés pour que l’Iran ne
puisse jamais développer des armes nucléaires. Nous sommes inquiets du programme balistique de Téhéran et de ses
activités de déstabilisation dans la région.
Au sein de l’Otan, on constate des vues
différentes sur l’accord iranien et sur le
fait de savoir si c’est un bon outil. Beaucoup de membres européens de l’Alliance
désapprouvent la position des ÉtatsUnis. De telles divergences ne sont pas
nouvelles, on a déjà vu cela au moment
de la crise de Suez en 1956 ou de la guerre
en Irak en 2003. L’Alliance a toujours
réussi à rester unie autour de sa mission
fondamentale, qui est de protéger ses
membres et de faire qu’ils se défendent
les uns les autres.
La relation transatlantique - qui est
au cœur de l’Alliance - n’est-elle pas
sérieusement mise à mal par les initiatives
du président américain ?
Les États-Unis sont engagés vis-à-vis de
l’Otan, pas seulement en paroles, mais en
actes. Ils accroissent actuellement leur
“
Ces jeunes ne font que
réclamer ce à quoi ils ont
droit et c’est grâce à leur
sacrifice qu’un jour, si Dieu
le veut, nous finirons par
faire plier les Israéliens
UNE GRAND-MÈRE PALESTINIENNE
”
son temps à répéter une chanson qu’elle
voulait absolument chanter pour mon anniversaire. Mais dès que le vendredi approchait, elle se mettait à la fenêtre et
tendait l’oreille pour capter les appels à
manifester diffusés par des hautparleurs. » Un mouvement dont aucun
membre de la famille n’a vraiment eu le
cœur de la détourner. « Après tout, ces
jeunes ne font que réclamer ce à quoi ils
avons déclenché l’article 5 du traité de
l’Atlantique-Nord (stipulant qu’une attaque armée contre l’un des membres équivaut à une attaque contre tous, NDLR) a
été après l’attaque terroriste du 11 septembre 2001. Deux guerres mondiales et
une guerre froide nous ont appris que
nous sommes davantage en sécurité et
plus forts ensemble que séparés. Nous
sommes 29 démocraties, des deux côtés
de l’Atlantique, avec des histoires, des
géographies et parfois des politiques dif-
Le secrétaire général de l’Otan a été reçu mardi
à l’Élysée par Emmanuel Macron avant le sommet
de l’Alliance qui se tiendra début juin à Bruxelles.
PROPOS RECUEILLIS PAR
La dernière photo de l’adolescente,
prise à la morgue avec un téléphone
portable, révèle des traits gracieux assombris par un hématome qui recouvre
l’ensemble de son front. Sa grand-mère
et ses sœurs évoquent une adolescente
« active », « pleine de joie » et « raffolant
des enfants », qui s’était récemment
laissé happer par l’excitation collective
des manifestations à la frontière. « Les
bons jours, soupire sa mère, elle passait
“
Nous ne voulons pas
de nouvelle guerre froide
ou de nouvelle course
aux armements
”
Jens Stoltenberg, à l’Hotel Marigny,
mardi à Paris. LUCAS BARIOULET / LE FIGARO
présence en Europe, avec plus de troupes, de matériels prépositionnés et
d’exercices. Ils ont plus que triplé leurs
financements en faveur de l’initiative de
dissuasion européenne (destinée à rassurer les alliés est-européens face à la Russie,
NDLR). De même, le Canada dirige actuellement un des quatre battle groups
déployés par l’Otan dans les pays Baltes
et en Pologne. Une Otan forte, c’est une
bonne chose pour l’Europe, mais aussi
pour les États-Unis. La seule fois où nous
férentes – on l’a vu à propos de l’accord
sur le nucléaire iranien ou de l’accord de
Paris sur le climat. Je ne dis pas qu’il n’y a
pas entre nous de sérieuses différences,
comme il a pu y en avoir dans le passé.
L’important à mes yeux est que, malgré
ces différences, nous assumions notre
responsabilité essentielle en faisant la
preuve que nous sommes unis, un pour
tous et tous pour un.
Comment évoluent les relations
de l’Alliance avec la Russie ?
La Russie s’affirme, modernise ses forces
armées de manière significative, ses capacités nucléaires notamment. Elle entraîne ses forces conventionnelles et nucléaires de façon plus intégrée et abaisse
donc le seuil d’une utilisation potentielle
de l’arme nucléaire. Moscou a montré sa
volonté d’utiliser la force en Ukraine et a
annexé illégalement la Crimée. Il est derrière des cyberattaques et des activités
« hybrides » visant à affaiblir nos institu-
ont droit, glisse sa grand-mère, et c’est
grâce à leur sacrifice qu’un jour, si Dieu
le veut, nous finirons par faire plier les Israéliens. »
Mardi en fin de journée, une atmosphère plus martiale flottait sur le rassemblement organisé dans le centreville de Gaza en hommage à Moataz alNounou. Visage cagoulé et kalachnikov
en bandoulière, plusieurs combattants
des brigades Ezzeddine al-Qassam, la
branche armée du Hamas, étaient venus rendre hommage à leur camarade
tué, lundi, lors d’un rassemblement organisé dans le nord du territoire. Selon
Taher al-Nounou, un haut responsable
du mouvement islamiste qui fait partie
de la famille du défunt, celui-ci était
venu les mains nues. L’armée israélienne, qui accuse le Hamas de piloter ces
manifestations, affirme avoir établi que
24 des 62 manifestants tués lundi
avaient « un profil terroriste documenté ». « La vérité, plaide Taher al-Nounou, c’est que de nombreux combattants
de la résistance ont accepté de poser les
armes pour défendre leurs droits de façon
pacifique. Mais la communauté internationale doit maintenant prendre ses responsabilités et faire cesser le siège imposé
à Gaza, car notre jeunesse n’acceptera
pas éternellement de se laisser tirer dessus sans répondre. » ■
tions démocratiques. L’Otan a répondu à
cela, de façon proportionnée, en renforçant sa défense collective. La Russie reste
notre voisine. Nous ne voulons pas de
nouvelle guerre froide ou de nouvelle
course aux armements. Nous continuerons à rechercher le dialogue avec la Russie parce que le dialogue est possible – je
l’ai constaté lorsque j’étais premier ministre de Norvège (entre 2005 et 2013,
NDLR). Il faut améliorer nos relations et,
même si ce n’est pas possible dans l’immédiat, faire en sorte d’éviter les incidents qui, compte tenu des tensions,
aboutiraient à des situations dangereuses.
Je remercie la France pour son soutien
très appréciable à la stratégie de l’Alliance, qui est de mettre en œuvre à la fois la
dissuasion et le dialogue vis-à-vis de la
Russie. L’engagement personnel d’Emmanuel Macron en faveur du lien transatlantique est important pour l’Alliance.
Quelles sont vos priorités
pour le prochain sommet de l’Otan,
en juin à Bruxelles ?
Montrer l’unité de l’Otan et sa capacité à
s’adapter à un monde plus imprévisible.
Nous sommes en train d’augmenter de
façon inédite nos moyens de défense collective. L’Alliance doit aussi renforcer sa
lutte contre le terrorisme. Elle a un rôle
clé à jouer dans ce domaine, notamment
en assurant les formations des forces locales, comme en Afghanistan. Nous devrons faire la même chose en Irak pour
nous assurer que Daech ne revienne pas.
Nous devrons aussi nous accorder sur la
modernisation des structures de commandement de l’Otan et sur la « mobilité
militaire », c’est-à-dire la capacité de
déplacer nos troupes sur le territoire
européen. Un thème phare de notre coopération avec l’UE. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 16 mai 2018
INTERNATIONAL
7
Italie : l’hypothèse d’un retour aux urnes se renforce
Faute d’un accord entre le M5S et la Ligue, qui peinent à former un gouvernement, de nouvelles élections seraient convoquées.
RICHARD HEUZÉ
ROME
ITALIE « Un bluff, un imbroglio, une farce » : les commentateurs n’ont pas de
mots assez forts pour qualifier la décevante prestation de Luigi Di Maio, le chef
de file du M5S, le Mouvement 5 étoiles,
antisystème, et de Matteo Salvini, le responsable de la Ligue d’extrême droite,
lundi au Quirinal, devant le président de
la République, Sergio Mattarella. Le chef
de l’État a accordé aux deux formations
populistes un nouveau délai d’une semaine pour conclure leur « contrat de gouvernement ». Mais déjà Matteo Salvini
envisage l’hypothèse d’un retour aux urnes en juillet, sinon à l’automne. Pour son
numéro deux à la Ligue, Giancarlo Giorgetti, c’est même « la solution la plus probable ». Personne ne sait ce qui peut ressortir des consultations « référendaires »
que chaque parti veut organiser sur leur
programme commun en fin de semaine –
le M5S par Internet auprès de ses 37 000
affiliés, la Ligue dans des kiosques de
rues. Mais l’impression est qu’à tout moment tout pourrait basculer.
Le Corriere della Sera estime ces
consultations « bien peu transparentes » :
« Tout cela a l’air d’expédients pour ne pas
assumer les responsabilités d’une entente
qui vacille. » Entre les deux formations,
les divergences demeurent grandes sur
des points fondamentaux comme l’Europe, l’immigration, la sécurité, le déficit
public, la justice ou encore la politique de
grands travaux. Le principal désaccord
porte toutefois sur le choix du personnage appelé à conduire le futur gouvernement. Le fait qu’aucun nom n’ait été
communiqué lundi au président Mattarella a beaucoup surpris. Matteo Salvini
s’opposant fermement au choix de Luigi
Di Maio, une dizaine de candidatures ont
été examinées avant d’être écartées, tant
elles étaient improbables. Celle du professeur d’économie Giulio Sapelli, un ancien professeur du leader de la Ligue âgé
de 71 ans, qui semblait le mieux placé, n’a
duré qu’une soirée. Les M5S avancent
maintenant la candidature de Giuseppe
Conte, un universitaire de 54 ans enseignant le droit privé à Florence. La Ligue
réserve son jugement.
Incertitudes
Avant de se rendre au Quirinal, Matteo
Salvini avait pris conseil auprès de Silvio
Berlusconi, qui déclarait il y a encore dix
jours : « Qu’ils fassent l’accord tous les
deux… S’ils en sont capables. » Giorgia
Meloni, leader de Frères d’Italie (extrême
droite), appelle Matteo Salvini à « ne pas
se lancer dans une aventure à l’issue incertaine » : « Mieux vaut retourner tout de
suite aux urnes. »
Ces incertitudes alarment Bruxelles.
Deux commissaires européens ont mis,
mardi, en garde l’Italie contre tout manquement à la discipline communautaire,
alors que le programme des deux formations populistes implique de nombreuses
dépenses. Le vice-président de la Commission, Valdis Dombrovskis, a appelé au
respect de la stabilité financière qui implique « une réduction graduelle du déficit
et une réduction parallèlement graduelle de
la dette publique », remontée à 2 300 milliards d’euros en mars, selon la Banque
d’Italie. Dimitris Avramopoulos, commissaire européen aux Migrations, espère
lui qu’il « n’y aura pas de changement
dans la politique migratoire de l’Italie ». ■
Face à Trump,
l’UE cherche la
parade sur l’Iran
Les 28 veulent opposer un front commun
aux menaces économiques américaines,
et ranimer l’accord nucléaire avec l’Iran.
CORRESPONDANT À BRUXELLES
DIPLOMATIE Une chose est de jurer
que le pacte nucléaire avec l’Iran tient
toujours, malgré le coup de massue asséné par Donald Trump. Une autre est
de garantir sa survie et de fournir aux
entreprises comme aux banques européennes l’oxygène indispensable pour
contrer la stratégie d’étouffement ourdie par les États-Unis. C’est ce passage
de la théorie à la pratique que la France,
l’Allemagne et le Royaume-Uni ont
abordé mardi, avant qu’un rendezvous au sommet à 28 ne débrouille les
premières pistes, mercredi soir à Sofia
(Bulgarie).
Mohammad Javad Zarif, chef de la
diplomatie iranienne, a fait le voyage de
Bruxelles pour promettre à Jean-Yves
Le Drian, à l’Allemand Heiko Haas et au
Britannique Boris Johnson que son pays
tiendra sa part du contrat, si les Européens en font autant. L’affaire est « en
bonne voie », juge-t-il. Dans ce menuet
diplomatique, Téhéran et l’UE se tiennent par la main, afin d’isoler
Washington. Depuis lundi, l’Iranien a
déjà rempli son carnet de bal à Pékin et
à Moscou, les deux autres parties à l’accord de Vienne.
Le plus dur reste à faire
À huis clos, c’était une autre affaire. Le
régime iranien doute de l’aptitude des
Européens à lui fournir des compensations et à brusquer la maison Trump.
Abbas Araghchi, numéro 2 de la diplomatie, leur a donné 60 jours pour faire
leurs preuves, avant que s’appliquent
les sanctions économiques planifiées à
Washington. De son côté, l’UE met une
sourdine - mais en public seulement - à
ses propres exigences : pour faire vivre
l’accord nucléaire de Vienne, la République islamique doit accepter une prolongation de celui-ci au-delà de 2025,
soumettre son programme de fusées
balistiques à la surveillance internationale et cesser l’ingérence de ses troupes
au Moyen-Orient.
Face à Donald Trump, à la punition et
à l’asphyxie programmée, le plus dur
reste à faire entre Européens. S’ils répondent mollement, le président américain se tirerait sans frais du déni de si-
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, et la haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères,
Federica Mogherini, mardi au siège de l’UE, à Bruxelles pour discuter de l’accord sur le nucléaire. THIERRY MONASSE/AFP
gnature et de la mort lente du pacte de
2015. S’ils répliquent trop fort, la Maison-Blanche risque de frapper ailleurs.
Elle pourrait relancer une guerre commerciale transatlantique qui effarouche
déjà l’Allemagne, le premier des exportateurs. Pour l’heure, Paris, Berlin et
Londres n’ont exploré que des « options » avec Bruxelles. Il n’est pas sûr
que le dîner de Sofia permette de charpenter une stratégie à vingt-huit. Dans
la forme, les trois grands devraient recevoir ce soir l’assentiment de tous les
autres, mais ce ne sera pas une décision
de l’UE. Sur le fond, « il faudra
peut-être attendre », concède le côté
français.
La méthode suit trois paliers d’intensité croissante. Le premier revient à né-
Le temps presse pour les sociétés françaises
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
FACE AUX quelque 60 entrepreneurs
français en affaires avec l’Iran qu’ils
avaient réunis à Bercy mardi, Bruno Le
Maire, le ministre des Finances, et
Jean-Yves Le Drian, son collègue des
Affaires étrangères, ont affiché leur
« détermination » à les défendre contre
les sanctions américaines.
Les représentants de Total, PSA,
Renault, Airbus, Sanofi mais aussi de
fédérations professionnelles comme les
équipementiers automobiles ou les semenciers, ainsi que des PME, ont pour
la plupart manifesté leur souhait de
rester en Iran. Selon plusieurs sources,
Carlos Tavares, le président du directoire de PSA, qui a investi dans des
chaînes de montage, envisagerait de se
rendre en Iran dans les toutes prochaines semaines. Un geste que ne peuvent pas se permettre certains patrons
dont les entreprises sont très présentes
aux États-Unis.
Depuis la réouverture de ce marché
de 80 millions d’habitants à la suite de
l’accord de 2015 sur le nucléaire - déchiré la semaine dernière par Donald
Trump -, les exportations françaises
vers l’Iran ont triplé, à 1,5 milliard
d’euros. Et les projets d’investissements se sont multipliés. Lors de cette
réunion fermée à la presse, les entrepreneurs sont souvent restés sur leur
1,5
milliard d’euros
le montant des exportations
françaises vers l’Iran,
depuis la réouverture de ce marché,
à la suite de l’accord de 2015
faim en matière de réponses concrètes.
Or le temps presse. Selon les précisions
de l’Ofac, la toute-puissante agence du
Trésor américain chargée des actifs à
l’étranger, dès le 6 août, les sanctions
américaines s’appliqueront aux secteurs de l’automobile et de l’aéronautique civile. Et le 4 novembre, le secteur
de l’énergie, le pétrole et le gaz en l’occurrence, ainsi que certains services financiers seront à leur tour dans le collimateur implacable de Washington.
Demandes d’exemption
Dans l’immédiat, le gouvernement
français va tenter de négocier, au cas
par cas, des délais ou des exemptions
sur certains contrats. « Mais là, on est
entièrement entre les mains des Américains », concède une source proche du
dossier. Sans instaurer un rapport de
force, difficile d’espérer obtenir un
geste gratuit de la part de l’Administra-
tion Trump. Malgré tout, le gouvernement met sur la table plusieurs solutions pour protéger les entreprises
françaises en Iran. Bruno Le Maire a
ainsi évoqué « un canal spécifique
d’autonomie complète de financement »
pour les entreprises européennes. Il
s’agirait d’un instrument financé sur
fonds public, étanche aux circuits de financement en dollars, donc immunisé
contre les sanctions. À l’échelon français, la banque publique Bpifrance travaillait depuis des mois à fournir un tel
outil de financement aux entreprises
investissant en Iran. Donald Trump a
coupé l’initiative dans son élan. À
l’échelon européen, les banques centrales pourraient être sollicitées pour
constituer ce bras financier, a évoqué
Bruno Le Maire. Pour l’heure, cet instrument est « encore très conceptuel »,
reconnaît un expert.
L’argent reste le nerf de la guerre,
dans ce dossier iranien complexe. Dès
novembre, l’entreprise Swift, qui opère
les règlements interbancaires, pourrait
cesser toutes ses opérations avec l’Iran.
Les Européens cherchent à voir si
Targuer 2, un équivalent opéré sous
l’égide de la Banque centrale européenne (BCE) pourrait prendre le relais.
Dans l’état actuel du rapport de forces, « il est probable que la majorité des
entreprises européennes ne s’exposeront
pas aux sanctions, étant donné le poids
du marché américain pour elles », estime
une source proche de ces discussions. ■
gocier des dispenses avec le Trésor
américain pour les grands groupes,
ceux qui, confrontés à l’imminence de
sanctions, choisiraient de geler leur position en République islamique plutôt
que de mettre en péril leur activité aux
États-Unis. Résultat non garanti. Pour
la France, Bruno Le Maire a cité
Renault, Total, Sanofi, Danone et
Peugeot.
Le deuxième est d’apporter des garanties financières publiques - européennes ou nationales - aux entreprises
menacées dans leur activité en Iran,
sans être exposées sur le marché américain. Pour l’essentiel des PME.
Le dernier serait de ressusciter un règlement européen de 1996 : ce bouclier
juridique mettrait les Européens à l’abri
des représailles en « éliminant, neutralisant, bloquant ou contrecarrant […] les
effets de la législation » américaine. Son
efficacité est douteuse, dans des filières
commerciales et financières dominées
par le dollar. Elle placerait aussi les
Européens sur une trajectoire de collision avec Donald Trump. ■
EN BREF
Hongrie : Soros s’en va
La pression du gouvernement
de Viktor Orban aura eu raison
de décennies de présence
en Hongrie pour la fondation
du milliardaire George Soros,
qui déménage ses activités
de Budapest à Berlin et dénonce
la politique « répressive »
des autorités hongroises.
Algérie : apparition
de Bouteflika
Abdelaziz Bouteflika a fait une
nouvelle apparition publique
- la deuxième en un mois - mardi
en inaugurant dans la banlieue
d’Alger une « zaouia », édifice
religieux lié à une confrérie soufie.
Âgé de 81 ans, il est diminué
depuis un accident vasculaire
cérébral (AVC) remontant à 2013
qui a affecté sa motricité
et son élocution.
l’isf devient l’ifi,
mais cela ne change
pas les besoins
des plus fragiles.
Soutenez la Fondation Caritas France
Votre don et plus d’informations sur
don-ifi.fondationcaritasfrance.org
A
JEAN-JACQUES MÉVEL £@jjmevel
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mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Crimée : le pont qui entérine l’annexion
Poutine a inauguré
mardi le premier
pont reliant
la péninsule à
la Russie, quatre ans
après son annexion.
PIERRE AVRIL pavril@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À MOSCOU
DÉTROIT DE KERTCH Dix-neuf kilomètres d’asphalte et seulement quinze minutes de conduite pour entériner l’absence de frontière entre Russie et
Crimée : mardi après-midi, quatre ans
après l’annexion par Moscou de l’ex-péninsule ukrainienne, Vladimir Poutine a
inauguré le premier pont routier reliant
cette dernière au territoire russe, 35 mètres au-dessus de la mer d’Azov et de la
mer Noire. À partir de mercredi, les voitures ordinaires pourront traverser gratuitement - l’estuaire, de la péninsule
de Taman, dans le sud-ouest du pays,
jusqu’à la ville de Kertch, autrefois placée sous contrôle de Kiev.
À l’automne, les automobiles individuelles devraient être suivies par les
poids lourds et, en décembre 2019, le tout
sera complété par une ligne de chemin de
fer. Filmé dans la cabine aux côtés du
chef du chantier, Alexandre Ostrovski, le
chef du Kremlin a lui-même inauguré
l’ouvrage au volant d’un camion Kamaz
de 9 tonnes de couleur orange, roulant à
la tête d’un cortège de 36 poids lourds.
« On est partis », a lâché le président en
allumant le contact : la formule était destinée à faire écho au célèbre mot de
Gagarine, lorsque le cosmonaute soviétique décolla pour l’espace, le 12 avril 1961.
Vladimir Poutine a traversé
au volant d’un camion les 19 km
du pont de Crimée, mardi, lors
de l’inauguration de l’ouvrage.
ALEXANDER NEMENOV/AP
ARTCURIAL
Crimée
UKRAINE
Fer
ry
Kerch
RUSSIE
Crimée
Pont de Crimée
Mer Noire
Île de Touzla
UKRAINE
Arche
permettant
le passage
des navires
Mer d’Azov
Crimée
(Annexée par la Russie en 2014)
Amis entrepreneurs
« Il s’agit d’un jour historique, d’un résultat remarquable qui rend la Crimée et la légendaire Sébastopol encore plus fortes, et
nous tous, plus proches les uns des
autres », s’est félicité le chef de l’État
russe. Vladimir Poutine a évalué à 14 millions de passagers et à 13 millions de
tonnes de marchandises le trafic annuel
potentiel généré par le pont, au lieu des
6 millions de personnes transportées par
le ferry. Son exploitation était dépendante des conditions météo, très
capricieuses dans le détroit à cause du
vent. En cas d’interruption du trafic,
priorité était donnée à l’acheminement
des carburants.
À Kertch, même si 323 salariés de la
compagnie maritime ont reçu leur lettre
de licenciement, « les gens espèrent que
5 km
Un pont de 19 km pour désenclaver la Crimée
Sébastopol
Kertch
Simféropol
Mer Noire
RUSSIE
Détroi t de Kertch
RUSSIE
75 km
Infographie
les prix baisseront. Et ils sont contents de
ne plus devoir faire la queue pour traverser », constate Ekaterina Aliabova, journaliste à l’hebdomadaire local Argoumenty Nedeli.
D’un coût estimé à 228 milliards de
roubles en février 2016 (2,9 milliards
d’euros), le chantier a été confié à un
entrepreneur proche de Poutine, Arkadi
Rotenberg, après qu’un autre milliardaire ami, Guennadi Timtchenko, a
décliné l’offre, par crainte des sanctions
occidentales. Finalement, aucun des
deux hommes n’a échappé aux mesures
de représailles.
Source : Graphic News
Par le passé, de multiples souverains et
dirigeants politiques avaient imaginé relier les deux morceaux de terre, à commencer par le Grec Mithridate VI, en
65 avant Jésus-Christ. Défait à Stalingrad
en 1943, Hitler avait confié à son architecte Albert Speer un projet de pont qui
lui aurait permis de prendre sa revanche
plus au sud, dans le Caucase soviétique.
C’est finalement Staline qui s’y essaya
avec succès un an plus tard avant que
l’ouvrage ne soit emporté par les flots, au
moment de la débâcle du printemps
1945. Vladimir Poutine a préféré emprunter ses références historiques au
dernier empereur, Nicolas II : « à l’époque
du tsar grand-père, les gens avaient rêvé
de construire ce pont. Et aujourd’hui, le
miracle s’est accompli », a-t-il lancé devant les ouvriers.
« Quelles que soient les vicissitudes
politiques, celui-ci permettra de relier
l’Europe à l’Asie, et aux États de se développer », veut croire Alexandre Belsky,
historien à l’Institut maritime de Kertch.
En attendant, la Cour de justice européenne a assimilé la construction du pont
à une « violation de l’intégrité territoriale
de l’Ukraine », un argument répété mardi
par l’Union européenne et le Quai
d’Orsay.
« Haute trahison »
Dans le même temps, à Kiev, les autorités
ukrainiennes ont perquisitionné les bureaux de la télévision Russia Today et de
l’agence de presse russe Ria Novosti.
L’un de ses journalistes a été accusé de
« haute trahison » et arrêté.
« L’Ukraine a décidé de se venger sur
nous pour le pont de Crimée », a dénoncé
sa rédactrice en chef, Margarita Simonian. Même si Kiev n’a établi aucun lien
entre les deux événements, le premier
ministre ukrainien a menacé la Russie de
devoir « payer très cher » cette initiative
qui « bafoue le droit international ». « Dans
tous les cas, l’occupant russe aura besoin
du pont lorsqu’il devra quitter en toute urgence notre Crimée », a conclu le chef de
l’État ukrainien, Petro Porochenko. ■
Navalny condamné
à 45 jours de prison
Le principal opposant russe,
Alexeï Navalny, a été condamné mardi
à 30 jours de détention pour avoir
organisé une manifestation non
autorisée, deux jours avant la cérémonie
d’investiture de Vladimir Poutine pour
son quatrième mandat. M. Navalny
« est reconnu coupable en vertu
de l’article 20.2 (sur l’organisation
de manifestations non autorisées)
et condamné à 30 jours de rétention
administrative », a indiqué le juge Dmitri
Gordeïev, après environ cinq heures
d’audience. Dans la foulée de ce premier
verdict, le militant anticorruption a écopé
de quinze jours supplémentaires dans un
autre procès, diligenté celui-ci pour
« désobéissance aux forces de l’ordre ».
Sous le mot d’ordre « Il n’est pas notre
tsar », Alexeï Navalny avait demandé
le 5 mai à ses partisans de manifester,
appel auquel plusieurs milliers
de personnes avaient répondu dans
de nombreuses villes du pays. Aidée
par des milices cosaques, la police avait
brutalement dispersé le rassemblement.
En octobre 2017, l’opposant de 41 ans
avait déjà été condamné à 20 jours
de détention pour appels à des
manifestations non autorisées.
P. A.
La Catalogne entrevoit la fin
de la tutelle imposée par Madrid
Tête d’Aphrodite en marbre,
art romain, vers le 2e siècle
Estimation : 60 000 – 70 000 €
Une fois les ministres nommés, Barcelone retrouvera une partie de son pouvoir.
MATHIEU DE TAILLAC £@mdetaillac
ARCHÉOLOGIE,
ARTS D’ORIENT
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Mardi 22 mai 2018
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Agrément cvv du 25/10/2001 - Commissaire-priseur : François Tajan
MADRID
ESPAGNE De la tutelle à la surveillance.
Dès que Quim Torra, le nouveau président de la Catalogne, aura formé son
gouvernement, l’exécutif de Mariano Rajoy restituera à Barcelone le contrôle de
son administration. Le 27 octobre dernier, alors que le Parlement catalan proclamait l’indépendance, le Sénat espagnol, en vertu de l’article 155 de la
Constitution, autorisait Rajoy à suspendre de ses fonctions le président indépendantiste Carles Puigdemont et l’ensemble de son cabinet, à convoquer des
élections anticipées et à se substituer au
gouvernement catalan dans l’exercice de
ses fonctions. Comme il s’y était engagé,
Rajoy mettra fin à cette tutelle quand
Torra aura nommé ses ministres régionaux, probablement jeudi. Mais Madrid
souhaite s’assurer que le retour des indépendantistes aux commandes ne conduise pas à une nouvelle rébellion.
D’abord, le contrôle des comptes de la
région reste en vigueur. Sur le plan politique, Mariano Rajoy a convaincu le secrétaire général du Parti socialiste (PSOE),
Pedro Sánchez, de faire front commun.
Tous deux ont signé un communiqué dans
lequel ils critiquent le discours « diviseur
et xénophobe » de Quim Torra. Ils mena-
cent de réactiver l’article 155 en cas de
nouvel écart à la loi. Rajoy souhaite attirer
d’autres partis dans ce pacte. Le rapprochement avec la quatrième force du pays,
Ciudadanos (C’s, centre libéral), semble
compliquée, car cette formation, principal rival électoral du Parti populaire (PP,
droite) de Rajoy, taxe le gouvernement
d’un manque de fermeté sur le sujet.
Torra adoubé par Puigdemont
Les indépendantistes veulent aujourd’hui
éviter le choc frontal avec la légalité. Les
élus sont bien conscients que le jusqu’auboutisme du gouvernement Puigdemont a
provoqué, outre l’application inédite de
l’article 155, le placement en détention
préventive de neuf dirigeants sécessionnistes et le départ à l’étranger de six
autres. Cher payé pour une indépendance
reconnue par aucun pays et ne se traduisant par aucune réalité concrète. Si le discours de Torra en faveur de la « République
catalane » a pu sembler radical, le nouveau président n’a rien promis qui enfreigne la loi, ni à faire voter ou même discuter son hypothétique Constitution par le
Parlement. Quant au « Conseil de la République » que Puigdemont veut instituer
pour légitimer son action à travers l’Europe, il pourrait prendre la forme d’une
fondation privée, étrangère au fonctionnement des institutions catalanes. À Berlin où il réside dans l’attente de la décision
d’un tribunal allemand de le remettre ou
non à la justice espagnole, Puigdemont a
adoubé son successeur venu lui rendre visite ce mardi : « La Catalogne est en de
bonnes mains », a-t-il déclaré.
Un constat est établi aussi bien par la
formation de Puigdemont et de Torra,
Junts per Catalunya (JpC, centre droit)
que par son principal rival, Esquerra Republicana de Catalunya (ERC, centre
gauche). À quelques nuances près. « Il n’y
aura pas de désobéissance, parce qu’ERC
ne le souhaite pas », attaque un proche de
Puigdemont. « Il n’y aura pas de rupture
frontale, rectifie le député ERC Ernest
Maragall, parce que nous savons que les
proclamations unilatérales ne sont pas suffisantes et qu’un dialogue avec l’État est
nécessaire. À présent, c’est à l’État de faire
un mouvement au lieu de rester sur des positions inamovibles. »
Madrid a fait quelques gestes, aussitôt
critiqués par son aile droite et par C’s. Le
ministre des Finances a exclu que le référendum du 1er octobre ait été financé par
des fonds publics, rendant plus ardue la
tâche du juge espagnol qui accuse Puigdemont de malversation. Le gouvernement a évité de porter un recours contre
le vote par procuration de Puigdemont et
d’un autre député installé à l’étranger,
permettant l’investiture de Torra. Le signe, peut-être, d’une accalmie provisoire, à défaut d’un apaisement durable. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 16 mai 2018
SOCIÉTÉ
9
Condamné, Cahuzac
devrait éviter la prison
STÉPHANE DURAND-SOUFFLAND
sdurandsouffland@lefigaro.fr
JUSTICE Jérôme Cahuzac a été
condamné, mardi, à quatre ans de
prison, dont deux avec sursis, et
300 000 euros d’amende. La cour
d’appel de Paris a reconnu l’ancien
ministre du Budget coupable de fraude
fiscale et blanchiment dans les années
2009-2012.
Le quantum qu’elle a prononcé par
la voix du président Dominique
Pauthe, s’il dépasse celui de la première instance (trois ans ferme), doit cependant permettre à Jérôme Cahuzac
d’obtenir un aménagement de la partie
ferme de la sentence. En clair, un juge
d’application des peines pourra dispenser l’intéressé, dont le casier judiciaire est vierge, de l’incarcération, en
échange de diverses obligations, comme, par exemple, le port d’un bracelet
électronique.
L’ancien ministre encourait 7 ans de
prison et 1 million d’euros d’amende :
cet arrêt constitue un vif soulagement
pour sa défense, emmenée par le cabinet de Mes Éric Dupond-Moretti et Antoine Vey, avec l’appui de Me JeanAlain Michel, ami fidèle du prévenu.
Devant le tribunal, Mes Jean Veil et Michel avaient subi un lourd revers. Pour
l’appel, Me Dupond-Moretti s’est attaché à humaniser Jérôme Cahuzac, apparu précédemment comme hautain et
peu tenaillé par le remords. L’avocat a,
notamment, demandé à un psychiatre
de grand renom une expertise privée de
son client. Le rapport du Dr Daniel Zagury, largement cité dans les considérants de la cour, a joué en faveur du
prévenu. Pour résumer, il y aurait deux
Jérôme Cahuzac. Le premier, chirurgien capillaire, dissimule ses honoraires
en Suisse ou à Singapour. L’autre, homme politique, défend les valeurs inculquées par ses parents. Il traque les fraudeurs à Bercy, comme s’il avait oublié
qu’il en était un lui-même. Et quand
Mediapart révèle son forfait, il com-
“
Me Dupond-Moretti
a soutenu que Cahuzac
avait déjà lourdement
payé sa malhonnêteté :
fin de sa carrière politique,
redressement fiscal,
opprobre difficilement
supportable qui avait failli
le pousser au suicide
”
mence par nier, dans un déni pathétique qui ne peut perdurer. D’où la mise
au ban de la société d’un individu qui a
juré à la France entière qu’il n’avait jamais eu de compte à l’étranger.
Me Dupond-Moretti a également mis
en exergue la jurisprudence en matière
de fraude fiscale, citant plusieurs arrêts de la Cour de cassation pour démontrer que ce type de délit n’a jamais
conduit, jusque-là, les coupables au
cachot. Le pénaliste, enfin, a soutenu
que le ministre déchu avait déjà lour-
dement payé sa malhonnêteté : fin de
sa carrière politique, redressement fiscal de plusieurs millions, opprobre difficilement supportable qui avait failli le
pousser au suicide - la cour ne met pas
en doute l’« intervention salvatrice » de
son fils, narrée à l’audience.
L’épilogue de ce dossier, qui avait
causé le plus grand scandale du quinquennat précédent, n’est pas celui que
souhaitait le parquet national financier
(PNF). Créé, justement, pour apaiser le
séisme, il a pour mission de faire
condamner lourdement les grands
fraudeurs. Le PNF a requis de la prison
ferme, exécutoire. Le tribunal l’a suivi ; la cour, non. On peut tracer un parallèle avec l’affaire Paul Giacobbi :
l’ex-député (DVG) de Corse s’était vu
condamner à 3 ans ferme en première
instance, assortis du sursis en appel.
Comme si les juges commençaient,
dans certains dossiers éminemment
médiatiques, par livrer une lecture
« dure » du Code pénal qui a le mérite
de satisfaire l’opinion publique, sachant que leur jugement sera frappé
d’appel. Une fois au pied du mur, des
années après les faits, la pression de la
rue s’étant amoindrie, les magistrats de
la cour se montrent alors plus coulants.
Mais il est clair que l’étau se resserre
autour des délinquants en col blanc.
S’ils ont jusqu’ici bénéficié d’une relative bienveillance, le jour approche où
tribunaux et cours d’appel accorderont leurs violons - sans quoi, autant
ôter du Code pénal des peines jamais
prononcées. Ce jour-là, le parquet
prendra sa revanche. ■
ERIC FEFERBERG/AFP
L’ex-ministre du Budget écope de deux ans ferme en appel.
Une peine qui pourrait lui permettre d’échapper à l’incarcération.
Jérôme Cahuzac, mardi,
à sa sortie du tribunal
correctionnel de Paris.
Attentats de Catalogne : interpellations en France
Deux suspects, soupçonnés d’avoir gravité dans l’entourage indirect d’un des djihadistes écroués, ont été placés en garde à vue.
TERRORISME Les investigations menées depuis samedi pour tenter d’établir
d’éventuelles complicités dans l’attaque
au couteau qui a fait un mort et quatre
blessés à Paris n’empêchent pas les services antiterroristes de maintenir la
pression sur tous les fronts. Mardi matin, deux suspects ont été interpellés en
Haute-Garonne, notamment à SaintLoup-Cammas, dans le cadre des attentats commis à Barcelone et Cambrils les
17 et 18 août 2017. Placés en garde à vue
par la Direction générale de la sécurité
intérieure (DGSI) sur commission rogatoire d’un juge d’instruction, ils sont
écroués. Ils seraient proches d’un des
protagonistes incarcérés dans ce dossier. Il s’agirait de Driss Oukabir, mem-
bre présumé de la cellule responsable
des attentats djihadistes qui s’étaient
soldés par un bilan de 16 morts et
120 blessés. Les papiers d’identité de ce
Marocain né en 1986 avaient servi à
louer, prétendument pour « un déménagement », la camionnette ayant semé
la mort sur les Ramblas. Le conducteur,
Younes Abouyaaqoub, avait été tué le
21 août par la police.
Dans la procédure française, lancée
au lendemain des attentats en raison de
la présence de victimes françaises, le
parquet de Paris a ouvert une informa-
L’ami d’Azimov était employé à l’Ofii
Abdul Hakim A., l’ami d’enfance
de Khamzat Azimov gardé
à vue par la DGSI, était employé
à l’Office français de l’immigration
et de l’intégration (Ofii), à Strasbourg.
Âgé de 21 ans, il est suivi par les
services depuis son mariage religieux
avec Inès Hamza, une Francilienne
radicalisée de 19 ans qui a tenté
de partir en Syrie. « Tous les
contrôles légaux ont été effectués
et il n’avait pas de casier », plaide
le patron de l’Office, Didier Leschi.
Affecté en CDD à l’accueil, un « poste
qui n’était pas à responsabilités »,
Abdul Hakim A. a été mis à pied. C. C.
tion judiciaire le 31 janvier pour tentatives d’assassinats en relation avec une
entreprise terroriste et association de
malfaiteurs terroriste criminelle.
Le mardi 20 février dernier, un premier suspect, dont le nom apparaissait
dans le sillage de Driss Oukabir et de son
frère Moussa, mort à Cambrils, avait été
appréhendé dans le Tarn. Âgé de 32 ans,
il avait été mis en examen pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle » tandis que deux autres personnes,
arrêtées dans la même enquête, avaient
vu leur garde à vue levée « en l’absence
d’éléments incriminant à ce stade ».
Dans un tout autre dossier, la DGSI a
par ailleurs interpellé mardi
deux
hommes de 29 ans et 36 ans, dans l’agglomération de Strasbourg, dans le cadre d’une « filière tchétchène ». Cette
opération, programmée semble-t-il de
Les notaires veulent dépoussiérer l’agriculture
Dans le cadre de leur 114e congrès à Cannes, ils avancent une vingtaine de propositions
pour adapter le Code rural aux évolutions du métier et des pratiques culturales.
ÉRIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
RURALITÉ Agriculture urbaine, « néoruraux » ou montée en puissance du bio… Le
modèle agricole français est en pleine révolution et cela entraîne des répercussions, y compris dans le domaine juridique. Les notaires ont décidé de prendre
le sujet en main pour accompagner ces
changements, alors même que le Parlement prépare une nouvelle loi sur le foncier agricole. Réunies dans un recueil de
près d’un millier de pages dont Le Figaro a
obtenu une copie, une vingtaine de propositions seront présentées lors du
114e congrès des notaires, fin mai à
Cannes, mais rendues publiques ce mercredi. « Le système d’exploitation agricole
tel que conçu dans les années 50 en France,
avec des critères de taille, a vécu, souligne
Emmanuel Clerget, notaire à La Charitésur-Loire et président du Congrès des no-
taires. Nous voyons de nouveaux profils
d’agriculteurs avec l’arrivée de néoruraux,
des paysans passer du conventionnel au bio,
d’autres qui diversifient leurs revenus dans
la méthanisation sans oublier les projets
d’agriculture en ville ou la pression sur le
foncier agricole. »
Les notaires, tout en garantissant des
relations équilibrées entre les exploitants
agricoles et les propriétaires terriens, veulent dépoussiérer des lois de l’après-guerre dictées dans un contexte d’opposition
entre ces deux parties.
Parmi les changements avancés, cinq
propositions retiennent l’attention. La
première et sûrement la plus emblématique porte sur la fusion des Safer (sociétés
d’aménagement foncier et d’établissement rural), qui possèdent un droit de
préemption sur les terres agricoles, et la
commission des structures chargées
d’autoriser le droit de les exploiter.
« Nous proposons la fusion de ces deux en-
tités au profit d’un établissement public
dont le rôle serait d’autoriser ou non l’exploitation de terres en fonction d’un projet
d’entreprise et de critères de compétences », explique Emmanuel Clerget.
Réduire la pression foncière
Dans ce prolongement, et pour réduire la
pression foncière qui pèse sur les épaules
des exploitants, les notaires souhaitent
que des personnes morales puissent investir dans les groupements fonciers agricoles. « Cela soulagerait les exploitants, qui
pourraient investir dans du matériel nécessaire à leur activité plutôt que de s’endetter
dans l’achat de terres, indique Emmanuel
Clerget. La société propriétaire s’engagerait à signer avec le fermier un bail de 30 ans
minimum. Elle ne pourrait résilier le bail en
cas de changement du plan local d’urbanisme rendant les terres constructibles. De son
côté, le locataire devrait respecter des pratiques culturales environnementales. »
Troisième évolution : l’élargissement du
métier d’agriculteur à des activités annexes mais vitales pour la poursuite de
l’exploitation. « La diversification dans la
production d’énergie comme la méthanisation doit être considérée comme une activité
agricole et non plus commerciale afin de
simplifier les baux et la fiscalité », lance
Emmanuel Clerget. Le quatrième point
porte sur la création d’un pas-de-porte ou
droit d’entrée payé par le nouveau locataire sur les terres agricoles, comme dans
un fonds de commerce, pour permettre la
cessibilité des baux ruraux, qui ne sont pas
cessibles aujourd’hui. Enfin, les notaires
proposent une « dérogation du statut du
fermage » pour les cas d’agriculture urbaine, visant à permettre une plus grande liberté contractuelle. Tout ce programme
sera présenté aux parlementaires, à commencer par Dominique Potier (PS), en
charge des questions agricoles à l’Assemblée, le 6 juin prochain. ■
longue date, est sans lien aucun avec
l’équipée glaçante dans le quartier de
l’Opéra de Khamzat Azimov, Français
de 20 ans né en Tchétchénie.
Concernant cet attentat revendiqué
par Daech, les gardes à vue des parents
de l’agresseur ont été levées. Celle
d’Abdul Hakim A., un des amis proches
du terroriste abattu (voir notre encadré), se poursuit. Lui aussi d’origine
tchétchène, il pourrait être un acteur
clef du dossier, en marge duquel
d’autres interpellations de radicaux
pourraient intervenir. Entre le début
des filières syro-irakiennes, en 2013, et
un dernier bilan fourni au Figaro en
novembre dernier, la DGSI avait déjà
procédé à 798 gardes à vue dans
581 dossiers judiciaires. Depuis lors, la
machine policière continue de tourner
à plein régime. ■
ZOOM
Un plan pour Mayotte
de 1,3 milliard d’euros
Mardi, au troisième et dernier
jour de son déplacement
à Mayotte, la ministre
des Outre-mer, Annick
Girardin, a détaillé le plan
du gouvernement pour
le 101e département français,
situé dans l’océan Indien
et élaboré en réaction
au mouvement social d’ampleur
contre l’insécurité qui a paralysé
l’île ces dernières semaines.
Le montant de ce plan d’action
avoisine 1,3 milliard d’euros,
hors ressources humaines, mais
comporte une série de projets
connus de longue date. Annick
Girardin a notamment annoncé
la création d’une compagnie
départementale d’intervention
de la police nationale,
l’affectation de 20 millions
d’euros dès cette année pour
moderniser l’hôpital ou encore
la construction de 400 logements
dès 2018. La couverture maladie
universelle (CMU) sera mise
en place à Mayotte en 2022.
A
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
Partiels empêchés : les facs improvisent
Plusieurs épreuves sur table sont remplacées par des examens en ligne ou du contrôle continu.
UNIVERSITÉS Plusieurs sessions de partiels universitaires ont été annulées en
raison de blocages causés par des dizaines
d’étudiants opposés à la loi d’accès à
l’université. Du jamais-vu depuis 1968,
même si le nombre d’étudiants concerné
est bien plus faible.
Après Nanterre, vendredi, les examens
de 850 étudiants de sciences ont été reportés lundi à Aix-Marseille, comme
ceux de psychologie des étudiants de Paris-VIII. Ils étaient 800 étudiants à être
empêchés de plancher lors d’examens à
Lyon-II. Aussi les épreuves sur table de
fin d’année ont-elles été annulées. La
présidente de l’université, Nathalie
Dompnier, va organiser des modalités
d’évaluation alternatives : évaluation basée uniquement sur le contrôle continu
pour les étudiants de première et deuxième année de licence. Devoir en ligne pour
les étudiants de troisième année de licence et de master. Ceci concerne
20 000 étudiants sur les 28 000 de son
université. « La situation n’est pas optimale, mais l’essentiel est préservé », pour
Nathalie Dompnier.
Ces modalités d’examens constituent
un « bricolage » de dernière minute qui
rejaillira « négativement sur l’image de
toutes les universités françaises. Les étudiants étrangers et les recruteurs s’en souviendront », estime au contraire Olivier
Vial, président de l’organisation universitaire française de droite, l’UNI. Comment garantir que ce sont les bons étu-
VALLAURI NICOLAS/PHOTOPQR/LA PROVENCE/MAXPPP
MARIE-ESTELLE PECH
Devant la faculté des sciences de Saint-Jérôme à Marseille, mardi, des étudiants font face aux forces de l’ordre.
diants qui rédigent leur devoir à la
maison ? « Le père avocat pourra toujours
rédiger à la place de son fils étudiant en
droit. Sans compter que le niveau demandé
risque fort, par prudence, d’être plus bas
que d’habitude », argumente-t-il. Président de l’université de Cergy-Pontoise,
François Germinet reconnaît que la situation actuelle est « mauvaise pour la ré-
putation de l’université, mais le nombre
d’examens concernés par ces particularités sera epsilonesque ».
« Devoirs à la maison »
De fait, les deux tiers des 15 000 sessions
d’examens sont déjà passées. Et la majorité des partiels restant se dérouleront
normalement : seuls 5 établissements
sur 77 sont bloqués ou perturbés. Enfin,
les universités françaises sont rodées au
contrôle continu, comme celles d’Avignon ou de Strasbourg, qui ont mis en
place le contrôle continu intégral, respectivement en 2008 et 2012. Des « devoirs à la maison » sont déjà prévus dans
ce cadre. Certes, le plus grand risque,
c’est le copier-coller dans les copies
Débat houleux sur les violences sexuelles
La polémique sur la question du consentement des mineurs à un acte sexuel se poursuit à l’Assemblée
nationale. Marlène Schiappa s’emporte pour dénoncer « manipulations » et « mensonges ».
AGNÈS LECLAIR £@AgnesLeclair
DROIT DES FEMMES Le phénomène
mondial de libération de la parole des
femmes après l’affaire Harvey Weinstein
semblait tracer une voie royale au projet
de loi contre les violences sexistes et
sexuelles. À l’Assemblée nationale, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a défendu lundi un texte qui « permettra à la
honte de changer de camp ». Marlène
Schiappa, la secrétaire d’État chargée de
l’Égalité entre les femmes et les hommes,
évoquait pour sa part un « enjeu de civilisation ». Mais les critiques ont fusé sur les
bancs de l’opposition pour dénoncer une
loi « misérable », « manquant d’ambition »
ou encore « d’affichage ».
L’examen du texte a surtout entraîné
une bataille féroce sur le thème délicat de
la protection juridique des enfants contre
les violences sexuelles. Au cœur de cette
polémique qui monte en puissance depuis
plusieurs jours, la question du viol des mineurs, abordée dans l’article 2 du projet de
loi. Cet aspect du projet de loi était particulièrement attendu après deux affaires, à
Pontoise et à Melun, où la qualification de
« viol » n’avait pas été retenue dans un
premier temps, en l’absence de preuve de
« contrainte » sur des petites filles de
11 ans. Mardi, dans un climat houleux,
nombre de députés ont repris les critiques
des associations féministes et de protection de l’enfance. Ces dernières redoutent
que le texte aboutisse à une « correction-
“
L’article 2 aggrave
la repression des atteintes
sexuelles sur mineurs.
Ce n’est pas du tout
une marche arrière !
JACKY COULON (USM)
”
nalisation accrue des viols sur mineurs »,
soit à minimiser les viols sur mineurs en
les jugeant comme des délits et non comme des crimes. Mardi, la pétition « Le viol
est un crime » appelant à la réécriture du
texte, portée par 250 personnalités, avait
rassemblé plus de 100 000 signatures.
Averti par le Conseil d’État d’un risque
d’inconstitutionnalité, le gouvernement
n’a finalement pas opté pour la création
d’une présomption de non-consentement
des mineurs de moins de 15 ans à un acte
sexuel avec une personne majeure. À la
place, le texte, remanié en commission
des lois, stipule que « lorsque les faits sont
commis sur la personne d’un mineur de
15 ans », la contrainte morale ou la surprise, deux éléments constitutifs du viol, sont
caractérisées par « l’abus de vulnérabilité »
de la victime ne disposant pas « du discernement nécessaire pour consentir à ces actes ». Autrement dit, son jeune âge permet
de faciliter la caractérisation du viol.
L’article 2 double aussi la peine pour le
délit d’atteinte sexuelle « avec pénétration » sur les mineurs de moins de 15 ans.
Cette disposition pose « un interdit clair »
et permet d’« éviter les acquittements
d’agresseurs sexuels », selon Marlène
Schiappa. Mardi, la secrétaire d’État à
l’Égalité femmes hommes s’est enflammée pour défendre le texte. Après avoir
déploré des « manipulations », des « mensonges », elle a haussé le ton. « Vous envoyez un message qui est faux aux agresseurs, s’est-elle emportée. Vous dites aux
agresseurs qu’ils seront désormais moins
punis alors que le sens de ce projet de loi,
c’est de punir toutes les violences sexistes et
sexuelles, du harcèlement de rue, du cybe-
rharcèlement, au viol commis sur des mineurs en allongeant les délais de prescription, en condamnant un viol comme tel. »
« L’article 2 aggrave la répression des atteintes sexuelle sur mineurs. Ce n’est pas du
tout une marche arrière, abonde Jacky
Coulon, secrétaire national de l’Union
syndicale des magistrats (USM). Il était impossible de créer une présomption de
non-consentement d’un mineur à un acte
sexuel, soutient-il également. Cela reviendrait à créer une présomption de culpabilité
en matière criminelle. Ce serait aller à l’encontre de la présomption d’innocence, qui
fonde notre droit. »
À l’inverse, le Haut Conseil à l’égalité
entre les femmes et les hommes (HCE) invite le gouvernement à revoir sa copie. Le
texte « augmente le risque de déqualification de viols en atteintes sexuelles » et « fait
toujours porter sur la victime la preuve du
crime qu’elle a subi, en laissant aux juges
l’appréciation, au cas par cas, de l’absence
de discernement de la victime mineure ». Il
appelle enfin à fixer un « interdit absolu »
aux adultes de « pénétrer sexuellement les
enfants ». Des préconisations largement
reprises dans les quelque 250 amendements déposés sur le texte. ■
« mais nous les soumettons systématiquement à des logiciels anti-plagiat »,
assure François Germinet. Quant aux
examens électroniques, pour Pierre
Beust, enseignant-chercheur à l’université de Caen et spécialiste du numérique au ministère, c’est l’avenir. Caen a
systématisé la télésurveillance des examens à domicile lorsqu’ils sont passés en
ligne, rappelle-t-il.
Mis en contact avec un surveillant humain, l’étudiant doit brancher sa caméra,
montrer sa carte d’identité, faire un tour
à 360 degrés avec sa webcam pour montrer son environnement. Le surveillant
contrôle en temps réel cinq à sept étudiants pendant la durée de l’examen.
« En termes de sécurité et de triche, ce
n’est pas différent d’un professeur pour
quarante étudiants dans un amphithéâtre. » Reste que cette surveillance à distance rodée à Caen ou Paris-VI est balbutiante ailleurs. Et nécessite beaucoup de
monde…
Dans la majorité des universités perturbées, les examens ont simplement été
reportés et se tiendront bien sur table, du
17 au 19 mai à Rennes-II, par exemple,
alors qu’ils étaient prévus du 30 avril au
5 mai. D’autres universités ont préféré
délocaliser leurs examens, parfois à plusieurs kilomètres, pour éviter les blocages. Pour louer des salles à Arcueil (Valde-Marne) et assurer leur sécurité,
l’université de Nanterre a déboursé
30 000 euros, malheureusement partis en
fumée, la semaine dernière, puisque le
centre a finalement été bloqué par des
opposants à la loi. ■
EN BREF
Attentats du 13 novembre :
un convoyeur d’Abdeslam
remis en liberté par la France
Un des convoyeurs
de Salah Abdeslam au lendemain
des attentats de 2015 à Paris,
le Belge Hamza Attou, a été remis
en liberté sous conditions, lundi,
par la justice française.
La directive européenne
« travel » annulée pour
les scouts et les colonies
Le ministre de l’Éducation
a confirmé lundi l’exclusion
des associations organisatrices de
séjours de jeunesse d’une directive
européenne. La transcription
erronée de cette directive,
renforçant leurs obligations
financières, menaçait l’existence des
scouts et des colonies de vacances.
La compagne de Gonzague
Saint Bris condamnée
à six mois de prison
avec sursis
La compagne de l’écrivain
Gonzague Saint Bris, décédé
en août 2017 dans un accident
de voiture en Normandie, a été
condamnée mardi à Lisieux
à six mois de prison avec sursis
pour « homicide involontaire
par conducteur sous l’empire
d’un état alcoolique ».
Le mystère de la Bretonne à la croix de guerre résolu
Après un avis de recherche sur les réseaux sociaux, l’histoire de « la mère Samson » sort de l’oubli.
MARIE CASTREC
A
BREST
Marie Julienne Gautier, ici en costume
traditionnel, a été décorée
de la croix de guerre avec palme
par le général de Gaulle le 27 juillet 1947.
MUSÉE DE LA RÉSISTANCE BRETONNE
HISTOIRE Son visage a fait le tour du
Web et a été partagé des milliers de fois
sur les réseaux sociaux. Il y a quelques
jours, Marie Julienne Gautier, celle
qu’on surnommait « la mère Samson »,
matriarche d’une famille de résistants
en grande partie devenue martyre à
l’été 44, est enfin sortie de l’ombre.
Voilà un peu plus d’un mois, les équipes du Musée de la Résistance bretonne,
situé au cœur de ce qui fut son plus important maquis, à Saint-Marcel dans le
Morbihan, ont diffusé un cliché saisissant. Il s’agit du portrait d’une femme
- alors inconnue - l’air grave, arborant
coiffe et costume traditionnels, et surtout l’insigne de l’Association nationale
des familles de fusillés et massacrés de la
Résistance française ainsi que la croix de
guerre avec palme, l’une des plus importantes distinctions militaires pour
hauts faits de résistance. La photo est
datée du 27 juillet 1947, et a été prise lors
de la venue du général de Gaulle à SaintMarcel. « Plusieurs milliers de personnes
ainsi que de nombreuses personnalités de
premier plan étaient présentes pour honorer les combattants du plus grand maquis
breton, explique Christophe Guillouët,
adjoint du patrimoine au sein du musée.
Le général de Gaulle a ce jour-là scellé la
première pierre du futur monument du
maquis et remis plusieurs décorations.
Cette photo nous a vraiment marqués, et
nous souhaitions vivement pouvoir la légender comme il se devait. »
Le musée morbihannais, n’ayant que
peu de pistes pour retrouver l’identité
de cette femme, s’est alors décidé à lancer un appel sur Facebook et auprès des
médias locaux. « Et finalement, c’est un
lecteur du Télégramme qui a débloqué la
situation », se réjouit Christophe
Guillouët. Un dénommé René Pichot,
86 ans, qui n’est autre que le petit-fils de
la mère Samson, s’est ainsi confié au
journal sur le douloureux passé de son
aïeule. Il évoque « le poste de radio planqué dans le grenier derrière les patates »,
et surtout l’effroyable destin de presque
toute sa famille.
Dénoncés, arrêtés, exécutés
En l’espace de deux mois, à la fin de
l’Occupation, la mère Samson aura perdu cinq membres de sa famille : son second mari, Ernest Samson, engagé dans
la Résistance comme responsable des
transports de son secteur au sein de la
7e compagnie du 8e bataillon FFI du Morbihan, qui fut dénoncé et arrêté à son domicile le 27 juin 1944 ; son petit-fils, Robert Pichot, et son neveu, Jean Maréchal,
qui furent exécutés au fort de Penthièvre
le 12 juillet 1944 ; son plus jeune fils,
Eugène Morizur, chef des FFI de Plumelec (56), exécuté à Kérihuel le 12 juillet
1944 ; sa belle-fille, Armande Morizur,
qui a succombé après un effroyable supplice, sans jamais avoir parlé.
Toutes ces informations, recoupées
grâce aux archives d’époque du département, de Ouest-France, de nombreux
sites dédiés à la mémoire résistante
(dont le Maitron des fusillés ) ainsi que
des recherches citoyennes, ont permis
au musée de reconstituer le puzzle.
« Marie Julienne a quitté le Morbihan et
ses fantômes pour se retirer auprès de ses
proches dans l’Aisne, où elle s’est éteinte
le 3 novembre 1953, conclut Christophe
Guillouët. Notre démarche, un peu une
bouteille jetée à la mer, aura porté ses
fruits. Aujourd’hui, on comprend mieux
l’émotion forte qui se dégage de ce regard
intense. Et nous ne laisserons pas sombrer
dans l’oubli cette femme qui a payé un si
lourd tribut pour la Libération. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 16 mai 2018
SCIENCES
11
Les antivaccins contaminent Internet
Les opposants à la vaccination sont très actifs sur Facebook et Twitter, éclipsant les messages officiels.
CÉCILE THIBERT £@CecileThibss
VACCINS « Encore un bébé de 2 mois qui
décède après avoir reçu 8 vaccins ! »,
« Une maman raconte comment les vaccins ont tué son bébé de 6 mois », « Suite
au vaccin ROR, mon fils est devenu autiste non verbal »… Chaque jour, des dizaines d’articles alarmistes et de témoignages mettant en cause l’utilité et
l’innocuité des vaccins circulent sur les
réseaux sociaux. Très anxiogènes, ces
discours n’ont aucun fondement scientifique, et ils continuent de colporter des
idées reçues invalidées depuis des années par les spécialistes de la santé publique. Ils sont le fait d’une poignée de
militants très actifs, qui fédèrent autour
d’eux des communautés entières sur
Facebook ou Twitter
En quelques années, ces réseaux sociaux sont ainsi devenus les caisses de
résonance d’un phénomène difficilement perceptible dans la vie réelle. Plus
dynamiques que les sites gouvernementaux, ces groupes nourrissent les peurs
des parents inquiets et achèvent de
convaincre les méfiants. En témoigne le
nombre de requêtes antivaccination tapées dans la barre de recherche Google
qui, au cours des cinq dernières années,
a progressé de 130 %.
Pour estimer plus finement ce phénomène, l’agence de conseils en politique
de santé Nile s’est associée à Antidox,
cabinet de conseil en communication
spécialisé dans l’analyse de l’opinion en
ligne. Pendant trois mois, des analystes
ont scruté la Toile francophone et en ont
extrait plus de 840 000 publications
mentionnant les vaccins. « Cela représente environ 8 200 articles en ligne,
250 000 partages d’articles sur Facebook, 46 000 tweets et 1 500 discussions
chaque mois », énumère Vincent Hospital, consultant au sein de l’agence Antidox. « En parcourant ces publications, il
nous a semblé que les messages antivaccins étaient majoritaires », indique le
Dr Olivier Mariotte de l’agence Nile. Une
intuition confirmée par l’analyse des
données. « Les “antivax” sont de loin les
plus actifs sur les réseaux sociaux lorsqu’il s’agit de dénoncer le bien-fondé et la
sécurité de la vaccination : ils publient et
relaient des messages bien plus régulièrement que les “provax” », indiquent les
auteurs de l’enquête.
À l’École des hautes études en santé
publique (Ehesp, Rennes), le sociologue
Jocelyn Raude s’est également intéressé
à ce phénomène. « On distingue trois
principaux courants parmi les antivaccins : ceux qui appartiennent à des mouvements politiques, en particulier d’extrême droite et d’extrême gauche, ceux
proches des sphères conspirationnistes et
les adeptes des médecines alternatives »,
explique-t-il. Avec plusieurs centaines
de milliers de partages d’articles, Facebook semble être le terrain privilégié de
ces militants. L’un des porte-étendards
du mouvement, le chirurgien cancérologue à la retraite Henri Joyeux, y anime
un groupe qui fédère près de 150 000 adhérents. Alors qu’il fait actuellement
l’objet d’une procédure de radiation de
l’ordre des médecins, Henri Joyeux
continue de propager des rumeurs, tout
en faisant la promotion de séjours « détox » et « bioénergétiques ». « Allaiter
l’enfant une année et demie, matin et soir,
c’est le meilleur vaccin si vous êtes en
bonne santé », déclarait-il encore très
récemment.
« La question des vaccins sur les réseaux sociaux a longtemps été abandonnée aux militants, indique Jocelyn Raude. Ce n’est que récemment que les
autorités sanitaires ont pris conscience de
l’impact que cela pouvait avoir. » Il y a
encore deux ans, les sites Internet qui
apparaissaient en premier à l’issue
d’une recherche sur la vaccination
étaient des sites vaccino-critiques.
« Pour pallier ce manque de visibilité, les
autorités sanitaires ont finalement payé
pour bénéficier d’un meilleur référencement de leurs sites sur Google », renseigne le sociologue.
Autre levier d’influence, YouTube,
qui, avec près de 100 000 vidéos consa-
“
Sur le Web, parmi
les 25 vidéos les plus
populaires sur ce thème,
plus de la moitié
développent
un argumentaire
contre la vaccination
et seulement 10 %
y sont favorables
”
VINCENT HOSPITAL, AGENCE ANTIDOX
crées aux vaccins, est au cœur de la bataille. « Parmi les 25 vidéos les plus populaires sur ce thème, plus de la moitié
développe un argumentaire contre la vaccination et seulement 10 % y sont favorables », indique Vincent Hospital. On y
retrouve d’ailleurs Henri Joyeux en
bonne position, dans une vidéo intitulée
11 vaccins : Big Pharma exulte !, qui cumule plus de 100 000 visionnages. « Ces
vidéos sont toutefois moins visionnées et
donc moins influentes que les autres »,
poursuit le consultant.
Et là encore, les autorités sanitaires ne
se sont pas laissé faire. En décembre
dernier, elles ont fait appel à deux vidéastes très populaires sur YouTube (Julien Ménielle, de la chaîne Dans ton
corps, et Bruce Benamran, animateur de
la chaîne E-penser) pour réaliser des vidéos pédagogiques. Une stratégie
payante, puisque leurs productions, très
éloignées du style institutionnel habituel, ont été regardées près de 800 000
fois en moins de cinq mois.
Malgré cette initiative, force est de
constater que la balance reste déséquilibrée. « Il est étonnant de voir tant d’informations erronées et irrationnelles dans
le pays de Pasteur, s’indigne le Dr Olivier
Mariotte. Il faut qu’en face de ces messages il y ait une communauté de personnes
capables d’apporter une information
scientifique de qualité. »
C’est justement ce qu’a entrepris une
dizaine de jeunes gens chevronnés. En
septembre 2017, ces médecins, pharmaciens, scientifiques et passionnés de
science ont créé « Vaccins France-Information et discussions », le premier et l’un des rares - groupe Facebook
francophone d’information scientifique
et rationnelle sur les vaccins. Le principe est simple : des personnes posent
leurs questions et des membres du
groupe y répondent publiquement.
Avec deux mots d’ordre : la pédagogie et
la bienveillance. « L’idée de créer ce
groupe est née du constat que sur les réseaux sociaux, la majorité des groupes de
discussion sur la vaccination est antivaccins, explique Thibaut, l’un des fondateurs, au Figaro.
Chaque jour, le jeune homme et
d’autres bénévoles prennent le temps de
répondre minutieusement aux questions. « On a beaucoup de personnes qui
s’interrogent sur les sels d’aluminium, les
effets secondaires ou encore sur l’utilité
de faire autant de vaccins, explique-t-il.
Sans compter les parents paniqués par la
lecture de témoignages catastrophiques.
« Nous les aidons à faire le tri entre les informations et nous les rassurons. J’y
consacre une bonne partie de mon temps
libre, environ deux à trois heures chaque
soir. C’est un travail de longue haleine »,
sourit-il. Aujourd’hui, ce groupe rassemble un peu plus de 2 300 membres.
Une initiative admirable, qui ne pèse
toutefois pas lourd face aux dizaines de
groupes de discussion antivaccins,
comme « NON aux nouveaux vaccins ! », qui réunit plus de 10 000 membres.
Autre initiative, également bénévole,
celle du Dr Jérémy Descoux. Dans la vie,
ce trentenaire est cardiologue. Mais sur
Internet, il anime Asclépios, une chaîne
YouTube de vulgarisation scientifique
nommée ainsi en référence au dieu
gréco-romain de la médecine. « J’ai été
confronté à la sphère des antivaccins
après avoir réalisé deux vidéos sur la vaccination, raconte-t-il. J’ai reçu beaucoup
de réactions très violentes, que je n’ai pas
l’habitude de voir en consultation. Il est
clair que nous traversons une crise de
confiance vis-à-vis de la médecine. »
Pour le Dr Olivier Mariotte, coordinateur de l’étude, les leçons à tirer sont
claires : « Il faut que l’on soit en mesure
d’apporter des messages rationnels et
scientifiques en flux constant, sans quoi la
communication vaccino-sceptique prendra le dessus. » ■
11 vaccins obligatoires
pour la rentrée
Tous les enfants nés à partir du
1er janvier 2018 devront être vaccinés
contre 11 maladies pour pouvoir être
inscrits en crèche, à l’école ou
en colonie de vacances à compter
de septembre 2018. Jusque-là, seuls
trois vaccins étaient obligatoires :
la diphtérie, le tétanos et
la poliomyélite. À ceux-ci s’ajoutent
désormais la coqueluche, l’hépatite B,
la rougeole, les oreillons, la rubéole,
le méningocoque C (une bactérie
provoquant des méningites),
ainsi que le pneumocoque et
l’Haemophilus influenzae de type B,
des bactéries provoquant
notamment des pneumopathies
et des méningites. En pratique,
cette obligation vaccinale élargie
représente 10 injections étalées sur
deux ans. Plus de 70 % des enfants
recevaient déjà ces 10 injections, et
pourtant, cette nouvelle disposition
réglementaire a suscité une levée
de boucliers de la part des militants
anti-vaccins, ainsi que de
nombreuses interrogations
sur le bien-fondé de cette réforme.
L’annonce de l’élargissement
de l’obligation vaccinale en juin 2017
a d’ailleurs été suivie par plusieurs
C. T.
pics de recherches sur Google.
Les enfants nés
à partir du 1er janvier
2018 devront être
vaccinés contre
11 maladies pour
pouvoir être inscrits
en crèche.
HOOTON/SPL/PHANIE
JOCELYN RAUDE est sociologue à
l’École des hautes études en santé
publique de Rennes (EHESP). Spécialiste des controverses sanitaires,
il explique la progression de l’hésitation vaccinale en France par des
crises de santé publique répétées et
la transformation radicale des façons de s’informer.
LE FIGARO. - La défiance
envers les vaccins
est-elle répandue ?
Jocelyn RAUDE. - Jusqu’en 2005,
plus des 90 % des Français étaient
favorables à la vaccination. Le basculement s’est opéré vers 20092010. La France est alors devenue
l’un des pays les plus vaccino-sceptique au monde, avec près de 40 %
de la population défavorable aux
vaccins. Cela se traduit par une baisse de la couverture vaccinale, notamment pour la grippe. C’est assez
rare de voir un changement d’atti-
tude aussi rapide et radical, en particulier sur des questions de santé.
Comment expliquer que cette
tendance se soit accentuée ?
Pendant longtemps, il y a eu un
consensus assez fort sur l’intérêt de la
vaccination dans la société française.
Plusieurs événements sont venus entacher la réputation des vaccins. Il y a
d’abord eu l’affaire du vaccin contre
l’hépatite B, soupçonné de provoquer des cas de sclérose en plaques.
Depuis, toutes les données épidémiologiques ont infirmé l’existence
d’un tel lien, mais cela a tout de
même marqué les esprits. Deux événements ont ensuite accentué la
controverse. Il y a eu l’affaire Mediator, qui a révélé d’importants conflits
d’intérêts et a considérablement
ébranlé la confiance des Français
dans les autorités sanitaires. À cela
s’est ajoutée une pétition lancée en
2015 par le Pr Henri Joyeux, qui dé-
nonçait notamment la présence
d’aluminium dans les vaccins.
Jocelyn Raude :
« C’est compliqué de
motiver la population
à se vacciner
alors qu’elle n’a pas
conscience
de la menace. » EHESP
En quoi les réseaux sociaux
aggravent-ils la situation ?
Aujourd’hui, une grande partie de la
population s’informe davantage sur
les réseaux sociaux que par les canaux d’information traditionnels.
Le problème est que l’information
n’y est pas filtrée. Il n’y a pas d’assurance qualité, comme c’est le cas
dans les journaux traditionnels, qui
emploient des journalistes scientifiques ou médicaux. Là, chacun peut
donner son point de vue sans se
soucier des faits.
Pourquoi les arguments des
anti-vaccins sont-ils convaincants ?
Plusieurs biais cognitifs sont à
l’œuvre. D’abord, nous retenons
plus facilement les informations négatives que positives. Or, pour
prendre une décision ou émettre un
jugement dans une situation complexe, nous utilisons la mémoire que
l’on a de situations similaires. Pour
ce qui est des vaccins, l’essentiel de
la communication faite entre 2009
et 2017 était surtout lié aux controverses autour de leurs risques potentiels. Les gens se basent souvent
sur ces informations alarmistes pour
se faire un avis sur la vaccination.
L’un des arguments des antivaccins
consiste à dire que les vaccins
ne sont pas naturels.
Oui, c’est un discours qui s’est développé depuis les années 1990 dans
le milieu des médecines alternatives. On y soutient l’idée que la vaccination n’est pas naturelle, qu’il
s’agit d’une médecine de confort. Le
mythe de la naturalité est aujourd’hui omniprésent, il sature l’espace
publicitaire.
Par ailleurs, cet argument est renforcé par l’invisibilité dans l’espace
public des maladies contre lesquelles les vaccins protègent. C’est compliqué de motiver la population à se
vacciner alors qu’elle n’a pas
conscience de la menace. On voit
d’ailleurs qu’il y a un effet générationnel : les personnes plus âgées,
qui ont connu ces maladies, sont généralement plus favorables à la vaccination. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR C. T.
A
« Sur les réseaux sociaux, l’information n’est pas filtrée »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
12
SPORT
Ligue Europa :
le défi ultime de l’OM
face à l’Atlético
Après son sacre de légende en 1993, le club phocéen vise une
deuxième Coupe d’Europe à Lyon. Contre le club de Griezmann.
GUILLAUME LOISY £@guiloisy
L’OM compte sur la sérénité et sur l’expérience de son défenseur brésilien,
Luiz Gustavo (ici à Marseille contre Salzbourg, en demi-finale de la Ligue Europa),
pour créer la surprise contre l’Atlético Madrid. PHILIPPE LECOEUR/FEP/PANORAMIC
FOOTBALL Vingt-cinq ans après avoir décroché la première - et unique à ce jour –
« Coupe aux Grandes Oreilles » du football
français, l’Olympique de Marseille rêve de
conquérir un nouveau trophée, la Ligue
Europa, dont il dispute la finale contre l’Atlético Madrid, ce mercredi, à Lyon (20 h 45,
M6 et beIN Sports).
Moins prestigieuse que la « C1 », la
deuxième Coupe d’Europe, remportée par
le géant anglais Manchester United l’an
dernier, n’est cependant pas dénuée d’attraits. Il ne manquerait plus que le football
français, véritable nain sur l’échiquier
continental (deux trophées glanés seulement, dont la défunte Coupe des vainqueurs de coupe par le PSG en 1996), fasse la
fine bouche… À Marseille, en attendant de
renouer avec les années folles de l’ère Tapie
et de mener à bien le « Champions Project »
du président américain Frank McCourt, on
ne boude pas son plaisir. « Personne ne nous
voyait là en début de saison. On est évidemment les outsiders pour cette finale, mais on
va tout faire pour décrocher le titre, ce serait
tellement magnifique », rêve tout haut Jacques-Henri Eyraud, le président de l’OM
placé à la tête du club par le milliardaire
américain il y a à peine deux ans. Champion
d’Europe 1993 contre le grand Milan, Marcel Desailly trépigne et voit déjà plus loin :
« Marseille doit nous faire vibrer comme il y a
vingt-cinq ans. C’est aussi nécessaire pour
faire perdurer les ambitions de McCourt. » Et
rivaliser avec le PSG en Ligue 1, où l’ambition de l’OM se résume pour le moment à
accrocher le podium.
1 250 policiers, gendarmes et CRS
Après Bastia (1978) et Bordeaux (1996),
l’OM a raté par deux fois la dernière marche
en Coupe UEFA (l’ancien nom de la Ligue
Europa), sans parvenir à marquer le moindre but (défaites 0-3 contre Parme en 1999
et 0-2 contre Valence en 2004). Faire trembler les filets de l’Atlético Madrid, meilleure
défense d’Europe, s’annonce encore ardu,
ce mercredi. « L’Atlético a l’expérience pour
lui (5e finale européenne en huit ans, Ligue
des champions et Ligue Europa confondues) et ne présente pas beaucoup de failles
avec son 4-4-2 bien rodé et sa défense de fer.
Il possède aussi un gardien exceptionnel, Jan
Oblak, sans doute l’un des meilleurs d’Europe, résume l’ancien Olympien Robert Pirès.
Devant, il faudra bien
sûr surveiller Antoine
Griezmann. Le duo
qu’il forme avec Die-
go Costa est redoutable. » Pour percer le
mur madrilène et brandir le trophée, Marseille espère prolonger la douce folie qui escorte son printemps et ses joutes européennes en particulier.
Bâtisseur d’un groupe auquel il a insufflé
« sa culture de la gagne et le goût de l’effort », dixit le défenseur Adil Rami, Rudi
Garcia misera encore sur le talent de ses artistes Dimitri Payet et Florian Thauvin, la
sérénité et l’expérience d’un Luiz Gustavo,
la combativité et le sens du sacrifice de son
guerrier japonais Hiroki Sakai ou les sprints
échevelés de Bouna Sarr.
Redoutée par des autorités craignant des
incidents avec leurs rivaux lyonnais
(1 250 policiers, gendarmes et CRS déployés
pour un dispositif de sécurité « exceptionnel »), la marée de supporters attendue au
Groupama Stadium jouera aussi un rôle
majeur. Avant de déferler sur la Canebière
et le Vieux-Port
pour une nouvelle nuit de
folie ? ■
Star à domicile, Antoine Griezmann rêve
d’un premier grand titre
MERCREDI dernier au Wanda Metropolitano, le stade flambant neuf de l’Atlético
Madrid, la conférence de presse dédiée à la
finale de la Ligue Europa a tourné au déluge
de questions sur l’avenir d’Antoine Griezmann, reléguant le choc contre Marseille
au second plan. De quoi provoquer un certain agacement chez les coéquipiers du
Français. « Moi, je reste. Je suis heureux ici
et je suis aussi important pour l’équipe », a
fini par lancer en pied de nez le Brésilien
Diego Costa pour éluder un énième commentaire sur « Grizou » que les dirigeants
avaient soigneusement évité d’envoyer au
feu. La veille, deux radios espagnoles, Cadena Cope et Cadena Ser, avaient craqué
une allumette en révélant la volonté du FC
Barcelone de faire sauter la clause libératoire du Français (100 M€) cet été. Malgré
le pont d’or que ses dirigeants sont prêts à
construire pour le retenir (un salaire de
20 M€ net par an est évoqué), la perspective de rejoindre Messi, Suarez et Dembélé
en Catalogne est plus que tentante pour
Griezmann.
« C’est le moment de partir pour lui », estime Omar Da Fonseca. Le consultant foot
espagnol de beIN Sports voit en la Catalogne
la destination idéale pour le Français :
« Même s’il devait moins jouer du fait d’une
forte concurrence, le Barça est une équipe qui
Real Sociedad en 2010). Finaliste malheului conviendrait avec un jeu d’attaque fait de
reux de la Ligue des champions et de l’Euro
passes, de dribbles et de comen 2016, le Français a une noubinaisons. À l’Atlético, c’est
velle occasion de remporter son
FER DE LANCE
la star mais Diego Simeone a
DE L’ATLÉTICO MADRID premier grand trophée au Grouun peu dénaturé son football.
pama Stadium de Lyon, où il se
On le voit beaucoup courir
sentira un peu comme à la maiderrière, tacler, se sacrifier
son. Si son papa lui a transmis
pour le collectif… S’il veut
son amour pour… l’OM qu’il
Antoine Griezmann
dispute sa 4e saison sous croisera donc ce mercredi, le
progresser et obtenir une plus
les couleurs de l’Atlético natif de Mâcon, à 70 km au nord
haute estime de son football,
Madrid avec lequel il n’a
il doit partir. Et à Barcelone, il
de Lyon, a connu ses premières
remporté qu’un titre : la
gagnerait forcément plus de
émotions footballistiques dans
Supercoupe d’Espagne.
titres. » Le dernier argules travées de Gerland. « C’est le
ment est loin d’être anodin.
stade que j’ai le plus arpenté. Mon
père n’était pas abonné mais nous
Car à 27 ans, Antoine
y allions souvent […] J’étais préGriezmann est à la croisée
sent quand le club a été sacré pour
des chemins. Débarqué à
millions d’euros,
le montant de la clause
la première fois de son histoire, le
l’Atlético à l’été 2014 quellibératoire dont il fait
4 mai 2002, en battant Lens […]
ques mois après le titre de
l’objet et que les clubs
J’avais l’habitude de me trouver
champion d’Espagne des
intéressés devront
Colchoneros, l’attaquant des
débourser pour s’attacher en tribune latérale, la Jean-Jauses services cet été.
rès, puis je suis passé en virage »,
Bleus n’a encore rien gagné
racontait-il dans son autobiode majeur dans sa carrière.
graphie publiée l’an dernier
Seule une Supercoupe d’Es(Derrière le sourire, éditions Ropagne, décrochée dès son
bert Laffont). Bien qu’il ne soit
arrivée, donne un peu
Le nombre de buts
jamais parvenu à intégrer le
d’épaisseur à un palmarès
inscrits par le Français
centre de formation de l’OL - il
maigrelet (il fut sacré chamavec les Colchoneros.
devra s’exiler en Espagne à
pion de D2 espagnole avec la
4
100
110
14 ans pour poursuivre son rêve de
devenir pro -, « Grizou » a déjà flambé sur les
pelouses lyonnaises. À l’été
2013, il avait réussi un retourné acrobatique
magnifique à Gerland avec la Real Sociedad,
privant l’OL de Ligue des champions. Trois
ans plus tard, son doublé contre l’Irlande
avait évité aux Bleus une élimination embarrassante en 8es de finale de l’Euro au
Groupama Stadium. Dans cette même enceinte, devant sa famille et ses amis venus
en nombre pour le soutenir, Griezmann
voudra encore briller pour offrir à l’Atlético sa 3e Ligue Europa. Et quitter Madrid par la grande porte ?
«Je ne pense pas que le résultat de ce
match influera sur son choix même si
une victoire pourrait être un argument supplémentaire pour finir
l’histoire sur une bonne note »,
prédit Omar Da Fonseca. En
2014, les huiles de l’Atlético et
le clan Griezmann avaient
scellé leur destin dans un restaurant de… Lyon. Cet été, il
faudra plus qu’un bouchon
pour conserver le grand cru
mâconnais. ■
G. L.
Diego Simeone, le gourou qui a transformé les Colchoneros
A
CHRISTOPHE REMISE £@Cremise77
BÂTISSEUR, destructeur et un peu fou.
Si Antoine Griezmann est la star incontestée de l’Atlético, son symbole, son
guide, son leader n’est autre que Diego
Simeone. Âgé de 48 ans, le technicien
argentin est à l’origine d’un changement de culture et de perception de Colchoneros abonnés à la « lose » pendant
longtemps. Le deuxième club de Madrid
a en effet mangé son pain noir depuis
l’époque dorée du doublé Liga-Coupe
du roi de 1996, quand le capitaine rojiblanco se nommait… Diego Simeone,
avec notamment un passage par la case
deuxième division (de 2000 à 2002).
Certes, les Colchoneros ont remporté la
Ligue Europa en 2010. Mais un an et
demi plus tard, en décembre 2011, c’est
une équipe en pleine décomposition qui
était éliminée sans gloire par Albacete
(3e division), en Coupe du roi.
Exit Gregorio Manzano. Buenos dias
Diego Simeone. Et ce dernier ne tarde
Diego Simeone : une mentalité
de guerrier. PIERRE-PHILIPPE MARCOU/AFP
pas à chambouler les habitudes des Matelassiers, leur imprimant une mentalité
de guerrier, à son image du temps de sa
carrière de joueur. Car l’ancien milieu de
l’équipe d’Argentine, notamment passé
par l’Atlético, la Lazio et l’Inter, n’était
pas un esthète. Plutôt un gladiateur toujours prêt à se battre comme un chien
sur le pré, un obsédé de la victoire. Hargne, détermination, grinta : des valeurs
qui collent parfaitement à un club qui
puise ses origines dans un bassin de population plus modeste que celui de son
voisin du Real. La greffe ne pouvait que
prendre. Et le public de l’Atlético adore
son « Cholo »… Ses joueurs aussi. Sa capacité à transcender ses ouailles, voilà
l’une de ses forces. Sa science de la tactique en est une autre.
Avec une équipe compacte, disciplinée, solidaire et qui se projette le plus
vite possible devant. Surtout, l’Atlético
gagne sous la houlette de son gourou
argentin : Ligue Europa et Super Coupe
d’Europe en 2012, Coupe du roi en 2013,
Liga et Super Coupe d’Espagne en 2014,
ainsi que deux finales de la Ligue des
champions. Deux défaites face au rival
merengue, en 2014 et 2016. D’autant
plus fort que l’Atlético n’a pas le budget
du Barça ou du Real, mais des idées et le
nez creux en matière de recrutement, à
l’image de « Grizou » (30 M€) ou de
l’excellent Jan Oblak (16).
Le génie de Simeone fait le reste.
L’Atlético devra toutefois faire sans son
gourou sur le banc à Lyon, l’intéressé
étant suspendu pour avoir insulté Clément Turpin au tour précédent et donc
coincé en tribune. « Sa suspension ne
changera rien, prévient le consultant
Omar da Fonseca. Son équipe a une parfaite connaissance de la manière dont il
veut qu’elle joue. D’autant plus que son
adjoint (German Burgos) a le même profil que lui. Son football est pensé, réfléchi,
pas dans l’intuition. Si son équipe marque, il va plutôt sortir un attaquant pour
faire rentrer un milieu défensif qu’essayer de mettre un deuxième but ! » Or,
avec des talents de la trempe de Griezmann ou de Diego Costa devant, l’Atlético a les moyens de faire payer cash la
moindre erreur. À charge pour les Marseillais d’en faire le moins possible… ■
FINALE LIGUE EUROPA
MARSEILLE
20h45
M6 beIN
ATLÉTICO MADRID
Antoine Griezmann
lors de la victoire de
l’Atlético contre Arsenal,
en demi-finale de la Ligue
Europa, le 3 mai à Madrid.
GABRIEL BOUYS/AFP
EN BREF
Rugby : le Stade Français
se renforce
Après une saison médiocre,
les dirigeants du Stade Français
vont annoncer ce mercredi
le recrutement de renforts
de poids, en l’occurrence
Yoann Maestri, Gaël Fickou, et
Pieter de Villiers comme adjoint
du coach Heyneke Meyer.
La Roumanie, l’Espagne et la
Belgique exclues pour 2019
La fédération internationale
de rugby a décidé d’exclure
la Roumanie, l’Espagne
et la Belgique pour une éventuelle
qualification à la Coupe
du monde 2019. Les trois pays
sont accusés d’avoir fait jouer
des joueurs inéligibles.
Cyclisme : Pinot troisième
Matej Mohoric a remporté au
sprint la 10e étape du Giro, la plus
longue, qui a permis à Thibaut
Pinot de grimper sur le podium.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 16 mai 2018
SPORT
Le 16 mai 2010, toute la ville était descendue sur le Vieux-Port, au cœur de la Cité phocéenne, pour vibrer à l’unisson et fêter son club, champion de France.
13
FREDERIC SPEICH /PHOTOPQR/LA PROVENCE TEAMSHOOT
Christophe Remise
£@CRemise77
A
ux armes ! » Le cri de ralliement
des supporteurs de l’OM fera
trembler les murs du Groupama
Stadium, ce mercredi, à Lyon,
quand Dimitri Payet, Steve
Mandanda, Florian Thauvin et
compagnie entreront sur la pelouse chère au président Aulas pour affronter l’Atlético Madrid. Et ce dans le cadre de la cinquième finale
européenne de la glorieuse histoire du club phocéen,
vingt-cinq ans après la finale de la Ligue des champions 1993, remportée face au grand Milan (1-0), à
l’Olympiastadion de Munich, sur un coup de tête signé Basile Boli. « À jamais les premiers », aiment à
rappeler les supporteurs marseillais à la France du
football, et notamment leurs rivaux parisiens, toujours en quête d’une première Ligue des champions.
Marseille, « ville de foot par excellence », comme l’a
décrit un certain Bernard Tapie. « En revenant de Munich, j’ai pleuré pendant les trois heures de bus entre
Marignane et le Vélodrome, raconte au Figaro celui
qui fut, pour le pire (OM-VA) et surtout le meilleur
(sacre de 1993), le patron de l’OM. Tous ces gens en
scooters, en mobylettes, sur le bord des routes… C’était
incroyable ! Et alors, le soir de la victoire – je ne l’ai pas
vu parce qu’on était à Munich –, tout Marseille, y compris ceux qui n’étaient pas intéressés par le foot, est
descendu dans la rue. Toutes les rues de la ville étaient
pleines ! Après ça, on m’appelle pour que je défile aux
Champs-Élysées. N’importe quoi ! Tout le monde a
quand même oublié un événement exceptionnel. C’est
que, dans la semaine qui précédait, mon frère qui présidait l’OM-Vitrolles, avait gagné la Coupe d’Europe de
handball. Et on a défilé avec les deux équipes sur le Prado, la Corniche, avec les joueurs de foot et de hand et les
deux frères présidents. C’était inimaginable ! On leur
donnait un bonheur dont ils se rappellent encore, à
Marseille, cette ville de foot et de sport. »
«
Fanatique du ballon rond,
la ville vit sa passion
pour son club avec
une générosité unique.
Une folie communicative,
jusqu’à l’excès, nourrie
aux exploits des joueurs
olympiens. Ce sera
encore le cas lors
de la finale de la Ligue
Europa, face à l’Atlético
Madrid, ce mercredi.
« Cette ferveur, c’est la force du club »
C’est aussi cela, la folie marseillaise. D’où le fait que
les autorités sont sur les dents quand la chanson
Jean-Michel (Aulas), on va tout casser chez toi est
d’ores et déjà devenue un classique à Marseille. Lequel « JMA » aurait bien aimé voir son OL disputer
cette finale de Ligue Europa face aux Colchoneros
dans sa ville, sur sa pelouse. Las, c’est un autre
Olympique qui défiera les Madrilènes. Des Marseillais remontés comme des pendules après la récente passe d’armes entre les présidents des deux
clubs. Comportement irresponsable de messieurs
Aulas et Eyraud ?
L’avenir et cette soirée du 16 mai le diront. Les
groupes de supporteurs phocéens multiplient en tout
cas les messages rassurants en la matière, arguant
qu’ils n’ont évidemment pas l’intention de « tout
casser » au sens premier du terme. Ils entendent
simplement aider leurs protégés en les poussant encore et encore pour remporter le deuxième titre
européen de l’histoire du club. Le fait que la finale se
déroule à Lyon ne ferait qu’ajouter à leur bonheur.
Un bonus savoureux, on l’imagine…
« Marseille, c’est une ville à part, nous expose l’ancien Marseillais Robert Pirès, consultant pour beIN
Sports. Là-bas il y a la religion et le football. Les supporteurs ne vivent qu’à travers l’OM. Il y a cette ferveur et cette pression qu’ils essaient de te mettre quand
on joue au Vélodrome. Ils te transcendent par leur
énergie. Que ça marche ou que ça ne marche pas, il n’y
a pas de juste milieu. Il faut toujours faire le maximum,
tout donner. Et, quand tu ne le fais pas, ils viennent te
le dire, à leur manière. C’est comme ça depuis tou-
Un facteur d’intégration fort
Ville de foot et de sport où l’OM règne en maître absolu des cœurs et des âmes, prêt à enflammer un
peuple qui ne demande que cela. Ces jours derniers,
des boulangeries aux balcons, en passant par les
ponts et les parcs, la Cité phocéenne est aux couleurs
de son club, de son OM. Nul doute que la ville s’arrêtera ce mercredi soir, pendant 90 minutes ou plus.
« La ville a un très grand cœur, et, quand il bat pour
l’OM, il bat très fort », savoure le président JacquesHenri Eyraud. Une passion qui va même au-delà des
plus ardents supporteurs et des amateurs de ballon.
Marseille, c’est l’OM. Et inversement. Il n’y a
qu’à écouter le maire (LR) Jean-Claude Gaudin
conter à l’envi ses pérégrinations de Mazargues jusqu’au Vélodrome, alors qu’il n’était qu’un minot…
Jean-Claude Gaudin qui a bien compris, comme ses
prédécesseurs, que le pouvoir du club à la tunique
ciel et blanc dépasse largement le cadre du rectangle vert. L’occasion de montrer que la ville à la
mauvaise réputation peut aussi briller. « Au-delà de
la compétition sportive, pour le maire que je suis,
l’OM est surtout un facteur d’intégration des populations, ça représente un facteur d’identité fort, a-t-il
raconté sur RMC, radio historiquement sudiste
dont les couleurs ont longtemps orné les travées du
Vélodrome et le maillot du club. L’OM facilite l’intégration des Marseillais. Je souhaite une ville fraternelle, généreuse, ouverte. Et l’OM contribue beaucoup à cela. » Vendre le Vél’ aux propriétaires du
club ? Hors de question, pour l’édile, bien trop attaché à son joyau et à ce qu’il représente pour la
deuxième ville de France. « Le Stade-Vélodrome,
c’est comme le Vieux-Port, Notre-Dame-de-laGarde, ça appartient aux Marseillais. »
Des mots forts pour un lien qui l’est tout autant depuis 1924 et la victoire en Coupe de France, la première d’un club non parisien. L’amour fou. Une passion
dévorante, jusqu’à l’excès. Les supporteurs olympiens font d’ailleurs partie des plus ciblés par les mesures répressives des forces de l’ordre ou de la Ligue
de football professionnel, qu’il s’agisse d’usage d’engins pyrotechniques (notamment les si sensibles fumigènes) ou d’indisciplines plus graves. Il n’y a qu’à
Marseille qu’on peut voir quelques farfelus en venir
aux mains avec l’un de leurs joueurs, Patrice Évra, en
début de saison, lors d’un match au Portugal.
Si l’OM perd le week-end, la ville est groggy
toute la semaine suivante. C’est sa vie.
Ici, les supporteurs sont des fanatiques
CHRIS WADDLE, ANCIEN JOUEUR DE L’OM
»
RICHARD HEATHCOTE / GETTY IMAGES EUROPE /AFP
jours, ce sera encore comme ça dans dix ou vingt ans.
Cette ferveur, c’est la force du club. Quand on parle de
Marseille, on parle des supporteurs. Au Vélodrome ou
à l’extérieur, c’était un régal. Quand les stades sont
pleins, c’est souvent parce qu’il y a l’OM sur le terrain.
Mercredi, les fans vont faire beaucoup, beaucoup,
beaucoup (il insiste) de bruit. »
Ce sera le cas au Parc OL pour cette finale de Ligue
Europa, la première depuis 2004 (défaite contre Valence en Coupe UEFA, 0-2), et également au Vélodrome, où 22 000 petits chanceux pourront vivre cet
OM-Atlético sur un écran géant. Mais aussi aux quatre coins de la ville, où les bars vont être pris d’assaut. Et du pays tout entier ! Car, à l’applaudimètre,
l’Olympique de Marseille est toujours le club le plus
populaire de France. Loin devant un Paris SaintGermain qui s’est pourtant hissé parmi les très
grands d’Europe, avec des superstars comme Neymar. Selon un sondage RTL, 70 % des amateurs de
football ont une bonne opinion de l’OM, contre seulement 53 % en janvier 2017. Un beau parcours en
Ligue 1 (4e avant la 38e journée) et surtout des émotions à la sauce européenne sont passés par là. Et
pourtant, on se souvient que les plus fervents amoureux du club étaient prêts à… tout casser, chez eux,
début septembre, après une déroute à Monaco (1-6)
et une défaite face à Rennes (1-3). D’ailleurs, le Vélodrome a eu du mal à s’enflammer pour cette Ligue
Europa, avec moins de 10 000 fidèles pour voir Luiz
Gustavo et consorts s’imposer de justesse face à Konyaspor (1-0) en septembre dernier.
Mais, comme une histoire d’amour sans fin, la passion ne demande qu’à brûler à nouveau. Surtout
quand l’équipe gagne en montrant des valeurs chères
aux Marseillais, valeurs de combativité et de hargne.
Bernard Tapie se souvient : « Les supporteurs veulent
voir des mecs qui se déchirent sur le terrain ! Ils vibrent
plus grâce au comportement de leur équipe qu’en regardant le classement. Ils espèrent pouvoir s’identifier à
une équipe qui donne tout ce qu’elle a pour le maillot.
L’élément qui déclenche la fierté à Marseille, c’est la
bravoure et le courage. Alors, évidemment, il y a des limites à ça. Les supporteurs sont très connaisseurs et
savent faire la part des choses. La déception aurait été
grande d’être éliminés en demi-finale par les Autrichiens (du RB Salzbourg), elle serait différente si l’OM
venait à perdre la finale contre l’Atlético avec la manière. Moi, je pense que la finale de cette année est gagnée,
quoi qu’il arrive. Il n’y aura pas de mauvaise réaction
des Marseillais en cas de défaite. »
Des précautions oratoires bien compréhensibles
quand on sait à quel point l’Atlético Madrid est le favori de cette finale. Qu’importe : en tribunes, les
supporteurs marseillais feront au moins jeu égal avec
leurs homologues espagnols. Charge à leurs protégés
de créer l’exploit sur le terrain. « Les supporteurs
sont devenus un joueur de plus, en un sens. Ils apportaient tout ce que le club représentait pour eux. Et leur
passion tendait vers la folie, se souvient l’ex-idole du
Vélodrome, Chris Waddle. Si l’OM perd le week-end,
la ville est groggy toute la semaine suivante. C’est sa
vie. Ici, les supporteurs sont des fanatiques. En Angleterre, les gens arrivent au stade juste avant le début du
match. Ici, ils sont là deux ou trois heures avant le coup
d’envoi. C’est juste un mode de vie différent. » Un
mode de vie couleur ciel et blanc, qui virera au rouge
vif ce mercredi, comme la passion, l’amour que porte le peuple marseillais à son OM. ■
A
Marseille a le football chevillé
au cœur et au corps
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 16 mai 2018
LE CARNET DU JOUR
14
Christine Bonneton,
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deuils
On nous prie d'annoncer
le décès de
M. Gaston BANDERIER
ancien élève
de l'École polytechnique,
contrôleur d'État honoraire,
survenu le 11 mai 2018,
dans sa 77e année.
L'inhumation aura lieu
le mardi 22 mai, à 16 heures,
au cimetière du Montparnasse,
Paris (14e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Flavigny-sur-Ozerain
(Côte-d'Or).
France et Baudouin
de Cremoux,
Patrick et Véronique
Benoist d'Anthenay,
Claire et Philippe Vinson,
Fanny et Paul Mignot,
Marie-Pierre
Benoist d'Anthenay,
ses enfants,
ses vingt-huit petits-enfants
et trente-huit
arrière-petits-enfants
et toute la famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Hubert
BENOIST d'ANTHENAY
survenu à Semur-en-Auxois,
le 14 mai 2018,
à l'aube de ses 99 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 18 mai, à 14 heures,
en l'église Saint-Genest
de Flavigny-sur-Ozerain.
Une pensée pour son épouse,
Claude
décédée le 27 février 2014.
Mme Jean Delvigne,
née Marie-France Kergall,
son épouse,
Jean-Stéphane et Agnès
Bonneton,
Guillaume et Susanna
Bonneton,
Ludovic et Isabella Bonneton,
Jérôme et Anne Sophie
Bonneton,
ses fils et belles-filles,
ses dix petits-enfants
M. et Mme Antoine Besins,
Mme Magali Delvigne,
Mme Jean-Pierre Lamson,
ses filles, son gendre
et sa belle-fille,
ses petits-enfants
et leurs conjoints,
ses arrière-petits-enfants
font part du rappel à Dieu de
André BONNETON
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
le 12 mai 2018.
Jean DELVIGNE
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Pierre,
à Cayres (Haute-Loire),
le samedi 19 mai, à 15 heures.
survenu le 12 mai 2018,
dans sa 99e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, à Paris (16e),
le vendredi 18 mai, à 10 h 30.
Une messe aura lieu
dans la crypte de l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
à Paris (16e),
le lundi 21 mai, à 19 heures.
L'inhumation aura lieu
au cimetière de Linxe (Landes).
Dons au Secours catholique.
Merci à tous pour vos prières.
16, rue de Passy, 75016 Paris.
Toute sa famille
a la douleur
de vous faire part du décès de
Paris (6e).
Isabelle, Philippe, Anne,
Laurence, Xavier,
ses enfants,
leurs conjoints,
Jean François Peralta,
son gendre,
et tous ses petits-enfants,
Geneviève et Bernard Droz,
sa sœur et son frère,
et toute sa famille
M. Dominique F. CAMILLI
survenu le 13 mai 2018,
à New York.
Patricia Barkin-Camilli,
1020, Park Avenue,
10028 New York, NYC.
François et Anne Camilli,
2 bis, Grande rue,
78850 Thiverval-Grignon.
ont la tristesse
de faire part du décès de
Catherine FREDET
née Droz,
François Debiesse,
Georges Debiesse,
Hélène de la Selle,
ses enfants,
et leurs conjoints,
Nelly, Margot et Olivier,
survenu le 11 mai 2018,
à l'âge de 79 ans, à Paris.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Sulpice,
place Saint-Sulpice,
à Paris (6e),
le jeudi 17 mai 2018, à 10 h 30.
Thomas, Augustin, Pauline,
Elsa, Rémi, Marianne, Bastien,
Gaspard,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Jocelyne LACOMBE
Janick Grignon
et toute sa famille
ont la grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Rosanne DEBIESSE
Mme Pascale GRIGNON
le 14 mai 2018,
à l'âge de 96 ans.
survenu le 11 mai 2018.
Une messe sera célébrée
le vendredi 18 mai, à 10 h 30,
en l'église Saint-Séverin,
Paris (5e).
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 18 mai,
en l'église Saint-Justin,
place d'Estienne-d'Orves,
à Levallois-Perret,
où l'on se réunira à 14 h 30,
suivie de l'inhumation
dans la sépulture de famille,
au cimetière d'Esches (Oise).
Le Seigneur a accueilli
dans Sa Paix et Sa Lumière,
Georges DELESALLE
Cet avis tient lieu de faire-part.
décédé à Linselles,
le 12 mai 2018, à l'âge de 85 ans.
Mme Pierre Haas,
née Jacqueline Follot,
son épouse,
Daphné de Saint Marceaux,
sa belle-fille,
Melchior et Sara
de Saint Marceaux,
ses petits-enfants,
Assemblée à l'église à 10 h 45.
L'offrande en fin de cérémonie
tiendra lieu de condoléances.
ont la grande tristesse
de faire part du décès de
De la part de
Fabienne Delesalle-Boutry,
son épouse,
Pierre HAAS
officier de la Légion d'honneur,
médaille militaire,
croix de guerre 1939-1945,
médaille
de la Résistance française,
médaille des évadés,
Inès et Gilles
Pollet-Delesalle,
Maïta et Luc
Fruchart-Delesalle,
Dorothée et Christophe
Bigo-Delesalle,
Hervé et Carole
Delesalle-Lepoutre,
ses enfants,
ses quatorze petits-enfants,
survenu le 13 mai 2018,
dans sa 99e année.
Ni fleurs ni plaques,
des prières et des messes.
toute la famille
et tous ceux qui l'ont connu,
aimé et soigné.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Fête des mères
Les obsèques auront lieu
au cimetière du Montparnasse,
3, boulevard Edgar-Quinet,
à Paris (14e),
le jeudi 17 mai, à 15 heures.
Une messe sera célébrée
ultérieurement.
Diane, son épouse,
© iStock
Dites-lui votre affection
dans Le Figaro du samedi 26 mai !
Charlotte, Rodolphe,
Guillaume,
ses enfants,
ainsi que ses petits-enfants
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Joseph
LEFEBVRE de la BOULAYE
survenu le 5 mai 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Rémi,
13, rue Henri-Amodru,
à Gif-sur-Yvette,
le samedi 19 mai 2018, à 10 h 30.
La crémation aura lieu
le mercredi 23 mai, à 10 h 30,
au crématorium du cimetière
du Père-Lachaise, Paris (20e).
Roger MOURAIT
directeur honoraire
de BNP Paribas,
survenu le 13 mai 2018,
à l'âge de 96 ans.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le mardi 22 mai 2018,
en l'église Saint-Justin,
place d'Estienne-d'Orves,
à Levallois-Perret,
où l'on se réunira à 14 h 30.
La messe de funérailles
aura lieu
le vendredi 18 mai, à 10 heures,
en l'église Saint-Léon,
place du Cardinal-Amette,
Paris (15e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
marie.mourait@gmail.com
M. Pierre Martin,
son époux,
Cécile et Alain Benoiston,
Benoît et Chantal Martin,
Olivier Martin-Clerc
et Marion Devezin,
Béatrice et Olivier Lenormand,
ses enfants,
ses petits-enfants,
en union avec
Sophie (†), sa fille,
et Catherine
Martin-Clerc (†)
ont la tristesse
de vous annoncer
le rappel à Dieu,
dans l'espérance
de la Résurrection, de
Chantal MARTIN
née Clerc,
le 14 mai 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 18 mai,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, Paris (16e).
L'inhumation aura lieu
le samedi 19 mai, à 15 heures,
au cimetière Charrière-Neuve
de Chambéry.
La comtesse Olivier de Mathan,
née Nicole Desfriches Doria,
son épouse,
Malcolm et Marie-Laure Ross,
Wladimir et Isabelle
de Kéchilava,
Bruno et Florence de Feraudy,
Nicolas et Béatrix de Mathan,
Guillaume et Marie-Brigitte
de Mathan,
ses enfants,
Wladimir et Armelle,
Dimitri et Anastasie,
Alexandre, Tristan et Olivia,
Antoine (†),
François et Eléonore,
Isaure, Claire, Jacques,
Géraud, Alyette, Louis,
Charlotte, Marguerite, Paul,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
comte Olivier de MATHAN
chevalier du Mérite agricole,
chevalier
de l'ordre souverain de Malte,
survenu le 14 mai 2018,
dans sa 88e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 18 mai, à 15 heures,
en l'église d'Ardon.
Boisgibault, 45160 Ardon.
Diane, Raphaëlle, Maÿlis,
Geoffroy,
Alexis, Cédric, Quentin,
Gaspard, Prune,
Théo, Clara, Agathe, Margaux,
ses petits-enfants,
et leurs conjoints,
Léa, Victoire, Bertille,
Timothée, Amicie, Cyprien,
Benjamin et Zoé,
ses arrière-petits-enfants,
Marie-France et Fabienne,
ses sœurs,
en union avec leur frère
Jacques et leurs conjoints
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Michel MELLINI
ingénieur de l'École centrale
des Arts et Manufactures
de Paris,
le 14 mai 2018, dans sa
quatre-vingt-seizième année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 18 mai, à 15 heures,
en l'église de Samois-sur-Seine
(Seine-et-Marne),
suivie de l'inhumation au
cimetière de Samois-sur-Seine.
William Vance,
dessinateur héroïque
Gilles et Sophie Thiébault,
Quentin et Laurène Thiébault,
Grégoire Thiébault,
Anaëlle, Maylis et Aurélie Cann,
ses petits-enfants,
Louise, Jeanne et Adèle
Thiébault,
ses arrière-petites-filles,
les familles Orsel des Sagets,
Rémond, Baron et Doszpoly,
ses frères et sœurs,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu
dans sa 90e année,
le 13 mai 2018, de
Mme Jean THIÉBAULT
née Yolande Orsel des Sagets.
La messe de funérailles
sera célébrée le mardi 22 mai,
à 14 heures, en l'église
du Sacré-Cœur, à Mulhouse.
Cet avis tient lieu de faire-part.
1, rue du Labour,
68100 Mulhouse.
La Baule-Escoublac. Paris (7e).
Catherine et Bertrand
Julien-Laferrière,
sa fille et son gendre,
Amélie, Louise,
ses petites-filles,
vous font part
du rappel à Dieu de
Mme Colette VACHER
dans sa 89e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le vendredi
18 mai 2018, à 14 h 30,
en la chapelle Saint-Jean
de l'église Notre-Dame,
à La Baule-Escoublac.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Nathalie de Valois,
née Renom de La Baume,
Félix et Ratana de Valois,
Arthur et Clémentine,
son fils, sa belle-fille
et ses petits-enfants,
Mr Ian Moncrieff Whitman,
le comte
Philippe de Chastellux,
M. Jean-Noël de Valois,
ses beaux-frères et son frère,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Enguerrand de VALOIS
comte de SAINT-AYMOUR
répertorié au Syndicat national
des auteurs et des compositeurs
(Snac),
le 13 mai 2018,
dans sa 69e année.
Didier et Anne Mellini,
Eric Mellini,
Florence et Jean-Dominique
Missoffe,
Jérôme et Christine Mellini,
ses enfants et leurs conjoints,
disparition
Sigisbert et Sylvie Thiébault,
Régine et Jean-Philippe Cann,
ses enfants,
Cet avis tient lieu de faire-part.
Wladimir et Cyrille,
ses arrière-petits-enfants,
La cérémonie religieuse aura
lieu le samedi 19 mai 2018,
à 11 heures, en l'église
Saint-Vaast, à Bondues (Nord),
suivie de l'inhumation
à 16 h 30, au cimetière
de Beaucamps-Ligny.
Mme Roger Mourait,
née Marie Troubnikoff
vous fait part
du décès de son mari,
survenu le 13 mai 2018,
à l'âge de 90 ans.
11, rue Claude-Chahu,
75116 Paris.
et ses neuf
arrière-petits-enfants
Tél. : 01 56 52 27 27
carnetdujour@media.figaro.fr
Didier et Patricia,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
Ils vous prient d'assister
ou de vous unir par la prière
à la messe qui aura lieu
le vendredi 18 mai, à 15 heures,
en l'église Notre-Dame
d'Aumâtre (Somme),
suivie de l'inhumation
dans le caveau de famille.
Cet avis tient lieu de faire-part.
offices religieux
La Fondation
Shmouel et Bassie Azimov
vous adresse ses vœux
à l'occasion de la
fête juive de Chavouot
jour du don de la Torah
au Mont Sinaï,
qui aura lieu du samedi 19 mai
au lundi 21 mai 2018.
Allumage des bougies
le samedi, à 22 h 30,
le dimanche, après 22 h 32, à
partir d'une flamme existante
(horaires pour l'Ile-de-France).
Écoutez
les dix commandements
dans votre synagogue
avec vos enfants,
le dimanche dans la matinée.
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William Vance (ici en 2007) a croqué les plus grands
aventuriers du 9e art, de Bob Morane à Howard Flynn, en
passant par Marshal Blueberry et XIII. MICHEL KRAKOWSKI/AFP
AURÉLIA VERTALDI
avertaldi@lefigaro.fr
Son
immense
talent
n’avait d’égal que sa gentillesse. Maître incontesté
de la bande dessinée réaliste, William Vance s’est
éteint, lundi, à l’âge de
82 ans, à Santander, en
Espagne, pays de son
épouse, Petra, où il s’était
retiré. Il était atteint de la
maladie de Parkinson.
Il a croqué les plus
grands aventuriers du
9e art, de Bob Morane à
Howard Flynn, en passant
par Marshal Blueberry,
Bruno Brazil et le héros
amnésique XIII. Le phénomène éditorial, vendu à
plus de 14 millions
d’exemplaires, est né de sa
rencontre avec l’autre
géant de la bande dessinée, Jean Van Hamme.
Dans le premier album
de la série, Le Jour du soleil
noir, paru en 1984, un
couple de retraités découvre sur la plage un homme
inanimé et blessé à la tête.
La femme repère un
étrange tatouage sur sa
clavicule représentant le
chiffre XIII.
Amnésique,
l’homme
ignore tout de son passé et
part à la recherche de ses
souvenirs. Complot, espionnage, ribambelle de
personnages charismatiques, arcanes du pouvoir,
jolies femmes au caractère
bien trempé… Les deux
hommes ont su réunir les
ingrédients essentiels au
succès colossal de la saga,
jamais démenti depuis
plus de trente ans. Un
triomphe qui tient entre
autres à la puissance du
graphisme méticuleux de
William Vance. Grand
amateur de polars et de
films d’action, il maîtrisait
parfaitement la mise en
scène spectaculaire propre
au genre.
Héros solitaire
Né William Van Cutsem
dans la région de Bruxelles
le 8 septembre 1935, ce
dessinateur au trait unique
a suivi les cours de l’Académie royale des beauxarts de Bruxelles avant de
travailler pendant six ans
dans la publicité.
En 1962, il débute sa
carrière au Journal de Tintin, illustrant de courts récits historiques, souvent
scénarisés par Yves Duval.
La diversité de ces nouvelles BD oblige le jeune dessinateur à aborder une
époque différente à chaque fois. Une excellente
école. Tout au long de sa
carrière, William Vance
s’accommodera de tous les
décors. De la marine anglaise aux plaines du Far
West.
En 1967, avec le scénariste Greg, il plonge le lecteur dans les rouages des
services secrets américains. Il crée Bruno Brazil,
un héros solitaire proche
de James Bond qui constitue une solide référence
dans le monde de la BD
des années 1970. Bruno
Brazil permettra à Vance
de rencontrer Van Hamme
quand Greg voulut confier
à ce dernier l’écriture de la
série. Si le projet ne se
concrétise pas, Vance et
Van Hamme gardent malgré tout l’envie de travailler un jour ensemble.
Intarrissable
De 1969 à 1979, le dessinateur se consacre au héros
sans peur et sans reproche
Bob Morane, célèbre parangon de la bande dessinée pour adolescent. La
série scénarisée par le romancier belge Henri Vernes, entremêle exotisme,
science-fiction et fantastique. En 1984, la collaboration entre Vance et Van
Hamme prend enfin forme
avec XIII. Elle durera jusqu’en 2007.
En 2010, le dessinateur,
qui a illustré 18 des 19 premiers tomes, malade, se
voit contraint d’abandonner la série : « J’ai dû arrêter XIII parce que ça n’allait plus », confiait-il alors
au Figaro, qu’il avait reçu
dans son atelier espagnol.
Tout en déployant de magnifiques planches inachevées, William Vance
scandait avec lucidité le
nom de sa maladie pour
expliquer les raisons de
son retrait : « Par-kinson », comme pour accentuer l’inéluctable.
Le maître passe alors la
main au non moins talentueux Youri Jigounov : « Il
aime mes dessins depuis
qu’il est tout jeune. Son
dessin est très proche du
mien », expliquait-il, rassuré. William Vance était
intarissable lorsqu’il parlait de la saga qui l’a
consacré, évoquant généreusement les arcanes
d’un succès hors norme.
Profondément amoureux de sa femme, coloriste de la série, il n’oubliait
pas de saluer sa précieuse
contribution. L’ovni XIII
résultait indéniablement
de leur harmonie sans
faille : « Petra, est toujours
là, pour la couleur, le soutien. Elle a toujours la façon
de vous tranquiliser », déclarait celui qui a su épouser le talent des plus
grands, bien au-delà du
simple trait. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 16 mai 2018
LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
15
POLITIQUE
Comment a évolué l’image de Macron ?
£@Gtabard
SONDAGES Un
Comme Sarkozy
et contrairement
à Hollande, Macron
jouit de la solidité
de son socle
électoral initial.
Mais sur le plan
sociologique, les
écarts de popularité
se sont accrus.
1 Une popularité qui s’effrite...
de la gauche, il n’y a pas rupture du
contrat ». Même si ce regard pourra se
retourner lorsque Macron ne sera plus
jugé sur ses intentions ou son action,
mais sur ses résultats.
Guillaume Tabard
président « normal » ? Sur le plan de la popularité, oui.
Comme tous ses prédécesseurs, Emmanuel Macron a démarré très haut dans
les sondages avant d’enregistrer une
baisse rapide et forte. L’évolution et la
structure de cette popularité recèlent
toutefois plusieurs particularités.
ÉVOLUTION DE LA POPULARITÉ D’EMMANUEL MACRON SELON…
en % de satisfaction, de bonnes opinions, de confiance ou de personnes favorables à l’action du président
UN SOCLE SOLIDE ET UNE
POPULARITÉ INDEXÉE
SUR LES REVENUS
❙
… Ifop-Paris Match
… Kantar- Le Figaro Magazine
… Elabe
… Harris
… Odoxa
… BVA
… Ipsos
66
65
Élu par la gauche, Emmanuel Macron
est-il aujourd’hui soutenu par la droite ? La réalité est plus complexe. Le ressort de sa popularité est d’abord la
conservation de son socle initial.
Aujourd’hui encore, 82 % de ses élecCHUTE CLASSIQUE,
teurs de premier tour approuvent son
REBOND INÉDIT
action (Ifop-Paris Match). C’est un recul
de 14 points depuis son entrée en foncEn un an, le chef de l’État a perdu 16
tion, mais c’est de loin la catégorie polipoints dans l’enquête Kantar (ex-TNS
tique où il a le moins perdu en un an. De
Sofres) - Le Figaro Magazine (de 57 % à
ce point de vue, sa structure de popula41 %). C’est moins que Jacques Chirac
rité ressemble à celle de Nicolas
qui avait perdu 20 points de mai 1995 à
Sarkozy, qui, même une fois devenu
avril 1996, et surtout que Nicolas
minoritaire auprès de l’ensemble des
Sarkozy et François Hollande, qui
Français, avait conservé un socle solide,
avaient tous les deux chuté de 31 points.
auprès des électeurs UMP. À l’inverse,
De même, sa perte de 18 points dans
François Hollande a pâti de l’avoir rapil’enquête Ifop-JDD (de 62 % à 44 %) est
dement perdu, au sein de l’électorat de
inférieure à celles de Chirac (- 22 points,
gauche. « On constate une évolution side 59 à 37 %), Sarkozy (- 29 points) et
nusoïdale du soutien des sympathisants
Hollande (- 36 points, de 61 à 25 %).
LR et PS, selon l’actualité et les réforComme ses prédécesseurs, Emmanuel
mes », fait remarquer Carine Marcé. La
Macron a dévissé dès l’été. Plus vite que
réforme de la SNCF, par exemple, a perHollande même ! Un repli qui s’explique
mis au chef de l’État de progresser à
par la polémique sur la baisse des APL et
droite au point d’y être désormais macelle sur la démission du général de Viljoritaire. Autre trompe-l’œil : avec la
liers. Mais c’est la première fois - à part
hausse de la CSG,
Macron n’a pas
Dans une sorte de point d’étape,
perdu les retraités.
Malgré un recul de
les Français lui donnent acte d’avoir
21 points, les plus
fait bouger les choses
de 65 ans restent,
CARINE MARCÉ, DIRECTRICE ASSOCIÉE DE KANTAR PUBLIC
et largement, la
tranche d’âge où la
popularité macronienne reste la plus
un léger rebond de Hollande après l’inforte.
tervention au Mali - qu’un président de
Mais la force de Macron, c’est l’éclatela République arrive à enrayer cette
ment des oppositions. « À 40 %, un prétendance à la baisse et à retrouver des
sident est en danger quand une opposition
couleurs (entre 5 et 9 points repris entre
unique représente une alternative possinovembre et janvier selon les instituts).
ble. Un 40 % est plus solide pour Macron
« Dans une sorte de point d’étape, les
avec des oppositions incompatibles entre
Français lui donnent acte d’avoir fait
elles », souligne Frédéric Dabi.
bouger les choses », explique Carine
C’est sur le plan sociologique surtout
Marcé, directrice associée de Kantar
que la structure de popularité du présiPublic. « Chirac avec la fracture sociale,
dent a changé. Elle était plutôt homogèSarkozy sur le pouvoir d’achat ou Hollanne, elle est devenue bien plus clivée. Il
de avec le discours du Bourget ont donné,
n’a ainsi perdu « que » 12 points auprès
à tort ou à raison, le sentiment d’avoir
des cadres et professions intellectuelles
trahi leurs promesses de campagne »,
(Kantar), mais 26 auprès des employés ;
rappelle Frédéric Dabi, directeur géné12 points également chez les diplômés
ral d’Ifop, alors que pour l’instant, l’acde l’enseignement supérieur, mais,
tuel président ne peut pas être mis en
29 auprès de ceux qui n’ont aucun
contradiction avec ses engagements de
diplôme.
campagne. Ainsi, la suppression d’une
Plus encore il y a une corrélation parfaipartie de l’ISF a construit son image de
te entre le niveau de revenu des Fran« président des riches », mais la mesure
çais et la popularité de Macron. Et là enn’a pas surpris en mal dans la mesure où
core, avec un écart qui s’est creusé en
elle avait été clairement annoncée.
un an. Il avait initialement la confiance
D’ailleurs, « la justice ou l’amélioration
de 69 % des personnes appartenant à la
immédiate des conditions de vie n’ont jacatégorie « aisée » et de 50 % de celles
mais été identifiées comme des fondaappartenant à la catégorie « modeste »,
mentaux de sa campagne, poursuit
soit un différentiel de 19 points. Un an
Chloé Morin, directrice de l’observatoiplus tard, il est de 28 points. Un résultat
re de l’opinion de la Fondation Jeanqui illustre cette fameuse étiquette de
Jaurès. Ainsi, sa politique est majoritai« président des riches » désormais acrement perçue comme injuste, mais pour
colée à son image. ■
ses électeurs, y compris ceux qui viennent
62-62
60
58
57
55
❙
«
… Ifop-JDD
50
50
47
46
45
45
44
43
40
45
40
41
41
35
30
Mai
2017
Juil.
Juin
Août
Sept.
Oct.
Nov.
Déc. Janvier Fév.
2018
Mars
Avril
Mai
2018
2 ... notamment à gauche...
% DE PERSONNES SATISFAITES DU PRÉSIDENT...
ÂGE (1)
18-24 ans
25-34 ans
35-49 ans
50-64 ans
65 ans et plus
»
... en mai 2018
... en juin 2017
0%
100 %
39
49
38
50
57
34
42
52
69
48
CATÉGORIE SOCIO- PROFESSIONNELLE (1)
Cadres, prof. intellectuelles
Prof. intermédiaires
36
Employés
28
Ouvriers
29
Inactifs, retraités
CATÉGORIE DE REVENU (1)
Aisée
Moyenne supérieure
Moyenne inférieure
Modeste
65
53
56
54
42
45
62
69
60
61
46
35
51
50
32
NIVEAU D’ÉTUDES (1)
Sans diplôme
Enseignement sup.
63
34
62
50
AGGLOMÉRATION (2)
Rurale
Urbaine de province
Parisienne
41
61
78
43
70
52
VOTE AU 1ER TOUR DE LA PRÉSIDENTIELLE DE 2017 (2)
J.-L. Mélenchon
27
B. Hamon
31
E. Macron
F. Fillon
54
N. Dupont-Aignan
46
M. Le Pen
27
23
58
75
96
82
76
76
Sources : 1. Kantar- Le Figaro Magazine et 2. Ifop-Paris Match
En un an, autant de unes que Hollande en 2012-2013, mais moins sévères
violente : celle du chef de l’État sur fond
de barbelés à la une de L’Obs avec ce titre
au second degré « bienvenue au pays des
droits de l’homme », à propos de la circulaire Collomb.
3 ... et ce malgré une forte couverture médiatique
LES UNES DES 5 GRANDS NEWS MAGAZINES...
Belle performance
Ironie de l’histoire, c’est le même hebdomadaire qui avait consacré le plus de
« covers » au phénomène Macron dans
son année d’ascension avant la présidentielle et de manière positive, dont une
l’habillant déjà en président. Ce nombre
de unes consacrées au ministre puis au
candidat (29 en un an sur les cinq news)
était pour le coup inédit pour une personnalité politique autre que le président de
la République. À l’ombre de Macron,
Édouard Philippe s’en tire bien : 8 unes,
dont celle très bienveillante du Point il y a
quinze jours : « Et si c’était lui le patron ».
Belle performance aussi pour Jean-Michel Blanquer : 5 unes en un an alors qu’il
était inconnu avant d’être nommé à
l’Éducation. Parmi les chefs de parti de
l’opposition, Laurent Wauquiez (4 unes)
devance Jean-Luc Mélenchon (3). Dans la
famille Le Pen, le fondateur du FN et
Marion Maréchal-Le Pen ont chacun décroché une « une », la finaliste de la présidentielle de 2017 aucune. ■
G. T.
... ET TOUTES LEURS UNES
AVEC DES POLITIQUES (mai 2017 - mai 2018)
... avec Macron
... avec Macron
... avec Hollande
avant son élection
(mai 2016 - avril 2017)
après son élection
(mai 2017 - mai 2018)
après son élection
(mai 2012 - mai 2013)
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11 12 13 14 15 16 17 18 19 20
LE POINT
6
8
8
21 22 23 24 25 26 27 28 29 30
31 32 33 34 35 36 37 38 39 40
L’EXPRESS
L’OBS
PARIS MATCH
LE FIGARO
MAGAZINE
7
8
4
4
10
8
6
8
16
5
4
9
1
2
3
4
5
1
2
3
4
5 Blanquer
1
2
3
4 Veil, Wauquiez
1
2
3
Hidalgo, Hulot, Mélenchon
1
2
Baroin, Hollande, Le Maire, Maréchal-Le Pen
1
Bayrou, Borloo, Calmels, Cazeneuve, Chirac,
Estrosi, Fillon, Jacob, Le Pen*, Kosciusko-Morizet,
Pécresse, Retailleau, Villani
*Jean-Marie
6
7
8
Macron
Infographie
Philippe
A
MACRON à la une. Le nombre de « covers » consacrées au chef de l’État est un
bon baromètre de l’intérêt qu’il suscite.
En un an, il est la personnalité qui a été
mise le plus à la une des cinq principaux
news magazine (en diffusion) : 10 fois
pour L’Express, 8 fois pour Le Figaro
Magazine L’Obs et Le Point, 6 fois pour
Paris Match (dont 5 aux côtés de son
épouse Brigitte).
Ce podium a une logique institutionnelle. Cette exposition est en effet équivalente à celle dont avait bénéficié François Hollande dans la première année de
son mandat (40 unes en tout, 42 pour son
prédécesseur). Avec toutefois une différence radicale de tonalité. Toutes les unes
consacrées à Hollande, à de très rares exceptions, eurent un titre négatif ou polémique. « On arrête les bêtises ? » s’interrogeait Le Point dès juillet 2012 - dans ses
Mémoires, l’ancien chef d’État s’en amuse même : « Arrêter les bêtises ? On ne les
avait pas encore commencées… » Il y eut
aussi la « débâcle », « pépère est-il à la
hauteur ? », « pourquoi il n’y arrive pas »,
et autres amabilités. Les unes sur Macron
sont plus neutres : « l’acrobate » (L’Express ce mois-ci), « Fait-il le job ? » (Le
Figaro Magazine en décembre), « Jupiter
à l’Élysée » (Le Point en juin). Seule image
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Un an de présidence Macron
■ Emmanuel
Macron gouverne la France depuis un an. L’occasion de faire le bilan de ces
douze premiers mois de présidence, où les réformes se sont multipliées. Code du travail,
immigration, fiscalité : les mesures se succèdent à un rythme inédit. Pour le sénateur LR
Bruno Retailleau, l’exécutif ne s’est pas encore attaqué à l’essentiel : la réduction de la dette publique. Il n’est pas, selon lui, assez clair sur les enjeux majeurs de l’identité et de la
défense de notre civilisation
sous les assauts de l’islamisme. Pour l’essayiste Édouard
Tétreau, au contraire, le président affiche un cap ferme.
Malheureusement, des zadistes aux pilotes d’Air France, ils sont nombreux à refuser son projet de cohésion
l y a un an, nous quittions
d’impôts, ni baisse d’envergure
nationale.
soulagés la présidence normale
du chômage de masse, et notre
La frénésie des annonces masque
trop souvent la timidité des réformes
I
de François Hollande.
Au terme d’une campagne
escamotée, Emmanuel Macron
était élu sur une triple
promesse. La transformation de la
France, l’incarnation de la fonction
présidentielle et la réconciliation
des Français.
Un an plus tard, que reste-t-il
de ses promesses ?
Certes, Emmanuel Macron est
un homme d’action. Depuis son
élection, tout va très vite. Mais la
frénésie des annonces masque trop
compétitivité en berne continuera,
elle aussi, de stagner au bas du
classement européen. Comment faire
la leçon à l’Europe dans une telle
situation ? Surtout comment faire
la leçon aux Français, alors que trop
souvent les décisions portent
la marque de l’injustice ? La fin
programmée de l’exit tax pour les
hyper riches est le symbole de ce
« deux poids deux mesures », alors
que des millions de familles modestes
subissent l’augmentation des impôts
et des taxes : CSG, écotaxe, fiscalité
du livret A…
L’incarnation,
Il manque l’essentiel, la mère
ensuite. De la
cour du Louvre
des réformes : la baisse des dépenses
au château
publiques, alors que la France est
de Versailles,
Emmanuel
désormais lanterne rouge européenne,
Macron aime se
à la vingt-huitième place sur vingt-huit !
mettre en scène
en majesté.
Mais la verticalité ne résume pas
souvent la timidité des réformes.
à elle seule la présidentialité. Trop
Certaines vont dans le bon sens,
souvent, Emmanuel Macron confond
concernant le Code du travail ou
l’exaltation de son individualité
la SNCF. Mais il manque l’essentiel,
et la restauration de l’autorité.
la mère des réformes : la baisse des
Qu’un chef d’état-major des armées
dépenses publiques, alors que la
ait l’impudence d’émettre des
France est désormais lanterne rouge
réserves, le voilà démissionné.
européenne, à la vingt-huitième
Que la presse critique son action,
place sur vingt-huit ! Emmanuel
la voilà rabrouée ou convoquée
Macron a renoncé à réformer l’État,
sur le ring médiatique pour subir
renvoyant à la fin du quinquennat
les punchlines présidentielles.
des économies
Mais pour d’autres,
pourtant
la foudre jupitérienne s’éteint
indispensables.
souvent très vite comme un pétard
Or, sans cette
mouillé. À Notre-Dame-des-Landes,
transformation
Pour le président du groupe LR au Sénat, le vrai
l’État a cédé à la violence des
exigeante mais
défi de la France n’est pas de s’adapter à la monzadistes. Résultat : non seulement
absolument
dialisation, mais de sauver sa civilisation. Il se
il n’y aura ni aéroport, ni évacuation,
nécessaire, il n’y
demande si Emmanuel Macron saura le relever.
mais les zadistes requinqués viennent
aura ni baisse
«
»
BRUNO RETAILLEAU
se confondre avec lui-même,
jusqu’aux tentatives de diminuer
encore un Parlement déjà affaibli.
Mais quel idéal français porte-t-il
au-delà de ses références littéraires
et philosophiques ? Quelles raisons
nous donne-t-il de persévérer
dans notre être collectif, de
continuer à former un seul peuple ?
Alors qu’il laisse ses lieutenants
comparer le voile islamique au fichu
de nos grands-mères, Emmanuel
Macron fait l’éloge du
multiculturalisme à la tribune du
Congrès américain. Je le dis tout net :
ce relativisme est mortel alors que
l’islamisme, qui déborde sur fond
d’immigration incontrôlée
et d’assimilation abandonnée,
menace notre cohésion nationale.
Au fond, Emmanuel Macron
est le produit de l’individualisme
postmoderne. Celui qui fait primer
la mobilité sur l’enracinement,
le désir sur le droit et le
communautarisme sur l’unité
nationale. Mais cette postmodernité
est déjà bien
ancienne.
Alors qu’il laisse ses lieutenants
Héritier d’une
comparer le voile islamique au fichu
troisième voie
de nos grands-mères, Emmanuel Macron qui est en réalité
une troisième
fait l’éloge du multiculturalisme
gauche - celle
à la tribune du Congrès américain
de Renzi,
de Shroeder,
de Blair -, Emmanuel Macron
autres ! L’autre étant qualifié,
se contente de gérer les effets
c’est selon, de représentant
heureux ou malheureux
du vieux monde, de nationaliste,
de la mondialisation.
de conservateur ou de bourgeois
Or notre avenir ne se joue déjà plus
du XIXe siècle… En clair,
sur le théâtre d’une mondialisation
ceux qui ne jouent pas
à maîtriser mais sur le front
son jeu sont hors jeu.
d’une civilisation à sauver.
En réalité, de même que son parti
Voilà le vrai défi pour demain.
se résume à ses initiales, le projet
La seule révolution qui vaille.
d’Emmanuel Macron semble
désormais grossir les rangs des
guérillas urbaines qui enflamment
nos villes. En l’occurrence, l’État
récolte à Paris ce qu’il a semé
à Notre-Dame-des-Landes.
Reste la cohésion. Emmanuel
Macron avait théorisé la fin du
clivage. Chaque catégorie de Français
bénéficie donc à tour de rôle d’un
discours sur mesure du président de
la République, qui n’a pas son pareil
pour s’adapter à ses interlocuteurs.
Mais, à force de catégoriser, on finit
par diviser : les retraités contre les
actifs, les urbains contre les ruraux,
les actionnaires contre les
propriétaires. On n’a jamais parlé
autant de fractures depuis qu’on a
officiellement aboli le clivage !
Ce paradoxe n’en est pas un.
C’est même la conséquence logique
du « en même temps ». Car en
prétendant récapituler en lui-même
les termes du débat public,
Emmanuel Macron réinstalle
le clivage démocratique entre
lui seul et le parti… de tous les
«
»
Emmanuel Macron ou la politique
de la main tendue
e mois de mai 2018 marque
le premier anniversaire
d’une présidence inédite
où la droite, la gauche
et le centre travaillent main
dans la main au difficile
redressement du pays. Mais cette
présidence de la main ouverte doit faire
face à une armée de poings fermés.
Surgit d’abord le poing fermé ganté
de noir des casseurs. Ceux qui veulent
indifféremment « casser du flic »
ou des devantures : pour les black blocs
sans visage ni projet, le prix d’une vie
humaine, l’intégrité d’un corps,
l’équilibre de la famille d’un gendarme
ou d’un policier ne valent pas davantage
qu’une devanture de fast-food.
À l’autre bout du spectre se dressent
les poings en or massif des pilotes
de ligne d’Air France. Ceux qui
préfèrent tuer une entreprise
de 80 000 personnes, vitrine de la
France dans le monde, plutôt que de
renoncer à des revendications salariales
hors de toute proportion et légitimité.
Apparaissent ensuite les poings
terreux des zadistes de Notre-Damedes-Landes, n’ayant pas d’autre projet
que d’occuper et d’abîmer des terres
qui ne leur appartiennent pas.
À côté d’eux, voici les poings rougis
des Insoumis, ces nouveaux
révisionnistes qui refusent la légitimité
de l’élection présidentielle et
rêvent de faire de la France un autre
Venezuela, ce pays
aux 15 000 %
d’inflation, aux
libertés publiques
et individuelles
D’après l’essayiste, jamais l’exécutif n’a été aussi
bafouées, aux
favorable à l’entreprise. Mais la bonne volonté
élections truquées,
d’un président réformateur se heurte aux blocages
et où la famine
de minorités attachées à des privilèges obsolètes.
règne. On ne
DESSINS CLAIREFOND
C
A
ÉDOUARD TÉTREAU
La participation des salariés,
notamment dans les PME, va-t-elle
suivre ? Ou le capital, frileux, va-t-il
rester attentiste ?
En dehors du champ économique,
trois partenaires majeurs, sans doute
les plus structurants du devenir du
pays, ne savent pas quoi faire de la main
tendue du président. Il s’agit de
l’Allemagne, des États-Unis et de
l’Église de France. L’Allemagne
d’Angela Merkel, telle une poule devant
un couteau, ne fait toujours rien des
propositions françaises, pourtant
pertinentes et urgentes, d’une
refondation de l’Europe et de
l’affirmation de sa puissance,
notamment budgétaire et militaire.
Que dire de la main tendue du
président français vers l’Amérique de
Donald Trump, pour protéger
l’imparfait mais nécessaire accord sur le
nucléaire iranien,
sauver les accords
Une critique monte, mezza vocce, sur
de Paris, éviter
un exercice qui deviendrait toujours
une guerre
plus solitaire, du pouvoir actuel. Mais à qui commerciale
mondiale et tenter
la faute ? À celui qui tend la main, envers de maintenir
un ordre
et contre tout, et cherche à réconcilier
international
une France fracturée de toutes parts ?
que les puissances
rivales de
l’Occident
veulent
faire
voler en éclats ?
l’extérieur de nos frontières, le pouvoir
Cette main ouverte vers notre principal
tend la main à ceux qui ont la capacité
allié a été repoussée avec la force d’un
de faire ou de défaire la France au
aliéné. Nous en mesurons, hélas,
XXIe siècle. La main est grande ouverte
déjà les conséquences pour la paix
vers les salariés comme les chefs
dans le monde, en particulier
d’entreprise, avec un « New Deal »
au Proche-Orient.
fiscal et social. Jamais l’exécutif
Enfin, comment ne pas voir que la
n’a été aussi favorable à l’entreprise,
main tendue, historique, du président
à la création et à la circulation des
vers les catholiques, à l’occasion du
richesses en France, sans doute depuis
discours aux Bernardins du 9 avril 2018,
Napoléon III : les créations d’emplois
vont-elles pour autant suivre en masse ? n’a toujours pas été saisie par la tête de
compte plus les poings usés de ceux qui
veulent prolonger
dans le XXIe siècle leurs rentes du
XXe siècle. Ceux qui tiennent pour
négligeable la détresse d’un pays où
20 % des 18-29 ans vivent en dessous du
seuil de pauvreté ; où 2 millions de
jeunes de moins de 25 ans n’ont ni
emploi, ni diplôme, ni formation
(ceux qu’on appelle les « NEET ») ;
où le terrorisme islamiste a fait ce
week-end une 245e victime depuis
2015 ; où les prochaines vagues de
migrants vont venir tester notre
identité et nos valeurs : notre capacité
à accueillir l’autre tout en restant
nous-mêmes.
Face à tous ces poings levés et fermés,
complices objectifs de ceux qui veulent
mettre la France à terre, que fait
le nouvel exécutif, inlassablement
depuis un an ? À l’intérieur comme à
«
»
l’Église de France ? Une hiérarchie
catholique timorée, doutant d’ellemême au point de nier la double réalité
de la France de 2018 : celle d’une
pratique catholique minoritaire
mais renaissante, comme en
témoignent le renouveau des vocations
et la multiplication des pèlerinages ;
et celle d’un pouvoir exécutif qui dit
aux catholiques, en substance :
« Si vous aussi, vous vous repliez
sur vous-mêmes et faites sécession,
comment relever ce pays, alors que
vous en êtes la sève, la structure et
l’âme depuis des siècles ? »
Une critique monte, mezza voce,
sur un exercice qui deviendrait toujours
plus solitaire du pouvoir actuel.
Mais à qui la faute ? À celui qui tend la
main, envers et contre tout, et cherche
à réconcilier une France fracturée
de toutes parts ? Ou à ceux qui ferment
le poing, se bouchent les oreilles
et rêvent de conflits, de violences
et de sécession ?
Ultima ratio regum. Dans la Cour
d’honneur des Invalides, où résonne
encore l’hommage du président à
Arnaud Beltrame, héros français,
catholique et républicain, la devise
chère au cardinal Richelieu s’inscrit
sur les canons de Louis XIV. Alors que
les tensions montent en France et dans
le monde, que le terrorisme islamiste
n’a pas dit son dernier mot, la force
militaire, ce « dernier argument des
rois », reste à la disposition d’un
président qui cherche encore, par tous
les moyens, à préserver pacifiquement
l’unité du pays. Mais si les circonstances
devaient s’aggraver davantage,
qui s’étonnera que cette main ouverte
se fasse beaucoup plus ferme contre
les adversaires de l’unité du pays,
à l’intérieur comme à l’extérieur ?
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 16 mai 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
17
Les riches, détestés en France, sont
indispensables à la prospérité d’un pays
DESSINS CLAIREFOND
L
JEAN-PHILIPPE DELSOL
ET NICOLAS LECAUSSIN
ANALYSE
Guillaume Perrault
£@GuilPerrault
«
»
D
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
Pierre Soisson, député de l’Yonne de 1968
à 2012, maire d’Auxerre de 1971 à 1998
puis président de la communauté de
communes de l’Auxerrois, président de la
région Bourgogne (1998-2004), membre
du gouvernement pendant douze ans
(1974-1981, 1988-1993), nourri dans le
sérail, en connaissait les détours.
L’homme avait accès aux antichambres
ministérielles pour obtenir une nouvelle
école, sauver un bureau de poste,
négocier l’implantation d’un grand
groupe privé de concert avec l’État.
Quelle que soit leur bonne volonté, les
députés du « nouveau monde »,
dépourvus de mandat de maire
(sauf si la commune compte moins de
9 000 habitants) et, le plus souvent,
d’expérience gouvernementale, n’auront
pas le bras aussi long. Les conséquences
risquent d’être particulièrement
fâcheuses dans les départements ruraux.
Certes, même les départements
urbains et très peuplés vont perdre des
représentants à l’Assemblée, puisque
seuls 335 députés seront, demain, élus
au scrutin majoritaire dans le cadre de
circonscriptions territoriales (ils sont
577 aujourd’hui) et 69 à la proportionnelle
dans le cadre d’un scrutin de liste à
l’échelle nationale. Mais passer de 6 à
5 députés n’a pas les mêmes
conséquences que de 2 à 1. Le poids
relatif des métropoles sera accru dans
l’Assemblée nationale de demain.
La part modeste de sièges pourvus à la
proportionnelle (18 %) garantira-t-elle
au moins une représentation plus
équitable de la variété des courants de
pensée ? Rien n’est moins sûr. Comme
l’ont expliqué Emmanuel Galiero, Marion
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
… HOMMAGE
Mourgue et Guillaume Tabard (nos
éditions du 9 mai), le Front national
et La France insoumise peuvent perdre
davantage de sièges, à l’occasion de la
diminution du nombre de députés élus au
scrutin majoritaire, qu’ils n’en gagneront
à la proportionnelle. Une opération
blanche est également possible. À titre
de comparaison, en Allemagne, la moitié
au moins des sièges du Bundestag est
pourvue à la proportionnelle dans le
cadre d’un scrutin de liste à l’échelle des
Länder, tandis que l’autre moitié des
députés est élue au scrutin majoritaire
dans le cadre de circonscriptions comme
en France. Avant la réforme décidée par
Macron, le rapport entre le nombre de
députés et la population plaçait la France
dans la moyenne des démocraties
contemporaines. Il est certes toujours
agréable de voir tomber des têtes dans
notre pays. Mais nulle économie pour
les finances publiques n’est à espérer.
La seule conséquence certaine du
changement en préparation sera de
rendre plus difficile encore l’apparition
de fortes personnalités au Parlement,
comme un Charles de Courson (UDI,
Marne), croisé du contrôle
parlementaire. Car tenir tête à l’exécutif
exige de pouvoir s’appuyer sur un fort
enracinement local dans une
circonscription à taille humaine.
Le Parlement de demain sera gage
de confort pour le gouvernement. Mais
peut-être, les jours de tempête, Macron
vérifiera-t-il à ses dépens ce jugement
de Guizot en 1821 : « La France est
tranquille ; le pouvoir s’exerce sans
obstacle : mais la France est sans confiance
et le pouvoir sans force. »
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
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capable d’atteindre par exemple 66,2 %
d’impôt sur les revenus fonciers, majorés
de l’impôt sur la fortune immobilière,
jusqu’à 1,5 %, et de droits de
transmission exorbitants. Ce qui conduit
encore beaucoup trop de Français
à choisir l’exil fiscal : selon un rapport
de Bercy remis aux parlementaires, plus
de 4 326 contribuables ayant des revenus
supérieurs à 100 000 euros ont quitté
la France en 2015, soit trois fois plus
qu’en 2010. En envisageant de supprimer
l’exit tax, Emmanuel Macron a souligné
à juste titre qu’en pénalisant la sortie
du territoire, la France inquiétait
les entrepreneurs étrangers souhaitant
venir y développer des affaires,
car ils pouvaient légitimement craindre
d’y rester prisonniers de leurs
investissements. Alors, pourquoi ne pas
aller plus loin et supprimer l’IFI ?
Les propriétaires fonciers sont aussi utiles
que les fonds d’investissement.
Or ils sont les plus taxés d’Europe.
La France a besoin de tous ses talents
pour prospérer. Il vaut mieux les
encourager tous que de les briser. Plus
de riches à la richesse bien acquise,
c’est plus d’épargne, plus de progrès,
plus de chantiers, plus d’entreprises, plus
d’emplois, plus de prospérité pour tous
ceux qui sont prêts, quand c’est possible,
à l’effort. C’est en ce sens, autant que
pour leur permettre de devenir électeurs,
que François Guizot disait jadis aux
Français avec raison : « Enrichissez-vous
par le travail et l’épargne. »
* Et avocat à la cour.
** Think-tank libéral. Jean-Philippe Delsol
et Nicolas Lecaussin ont notamment publié
« Échec de l’État. Pour une société de libre
choix » (Éditions du Rocher, 2017).
VOX
Requiem pour les députés
du « monde ancien »
ans les années 1980, en
Creuse, le prêtre de l’église
d’un modeste village,
lorsqu’il fut sollicité par
courrier pour obtenir un
certificat de baptême,
adressa le document sur un papier à entête où l’on découvrait la longue liste des
paroisses dont le curé de campagne avait
la charge. L’homme d’Église avait ajouté
cette citation des Évangiles : « La moisson
est abondante, mais les ouvriers peu
nombreux ; priez. » Puis la raréfaction des
prêtres se doubla de celle des députés. En
2009, à l’occasion d’un redécoupage des
circonscriptions, la Creuse perdit un de
ses deux représentants à l’Assemblée
nationale. Désormais, un seul député est
censé sillonner les 5 500 kilomètres
carrés et les 258 communes du
département. Il en va de même en Lozère.
Les Français applaudiront-ils toujours
la diminution du nombre des députés
voulue par Emmanuel Macron lorsqu’ils
sauront qu’un département sur cinq, en
2022, connaîtra sans doute la même
situation que la Creuse et la Lozère
aujourd’hui ? La Meuse, la Nièvre, la
Haute-Saône, la Haute-Loire, l’Indre
sont sur la sellette. D’autres
départements ruraux, de surcroît l’Aveyron, l’Allier - perdraient un de
leurs trois sièges actuels. Les petites villes
et les sous-préfectures, la « France
périphérique » étudiée par le géographe
Christophe Guilluy, va perdre des relais
dans l’appareil d’État.
Pour tout arranger, le redécoupage des
circonscriptions s’ajoute à l’interdiction
quasi absolue du cumul des mandats et à
sa limitation dans le temps. Un Jean-
Dassault Médias
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Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
Sur le plan mondial, le niveau de vie
des habitants les plus pauvres de la
planète converge vers le niveau de vie
des pays développés, de même que
l’espérance de vie, les conditions
sanitaires, la scolarisation et l’accès
au confort des technologies modernes.
En même temps que croît la richesse
des plus fortunés, la grande pauvreté
a été réduite de 80 % depuis trente ans,
malgré l’augmentation considérable de
population.
Plutôt que de malmener sans cesse les
riches, il vaudrait mieux les respecter
- dans la mesure, bien
où ils se
En France, parmi les dix personnes entendu,
montrent respectables.
les plus fortunées, six ont créé leur Certes, leur position
peut rendre certains
propre entreprise. Ces entreprises
d’entre eux indûment
françaises emploient 750 000 salariés
suffisants, voire
méprisants, oublieux
du travail des autres et des misères
et des investissements leur principale
humaines. Mais beaucoup sont généreux
activité : des couverts Guy Degrenne aux
aussi. Ces riches-là ne sont pas
montres Bell & Ross, des fusils de chasse
seulement créateurs d’emplois mais aussi
Holland & Holland aux maillots de bain
souvent donateurs. Nous leur devons
Eres.
des musées, de celui de Villefranche,
Au demeurant, les fortunes bougent.
dû à Paul Dini, ou celui du bois
En Grande-Bretagne, 80 % des riches
de Boulogne, fondé par Bernard Arnault,
sont des entrepreneurs, contre 20 %
et bien d’autres œuvres, notamment
voilà un quart de siècle ! Si l’on considère
caritatives. C’est parce qu’il y a plus de
les États-Unis, parmi les dix premières
riches aux États-Unis qu’en France qu’on
fortunes dans le classement Forbes,
trouve plus de 87 000 fondations outreun seul (Warren Buffett) était déjà
Atlantique et à peine 2 300 dans notre
présent il y a vingt ans. Les autres
pays. C’est pour la même raison que,
sont de nouveaux entrepreneurs,
en 2016, les dons individuels s’élevaient
comme Jeff Bezos ou Mark Zuckerberg.
à 281 milliards d’euros aux États-Unis,
Presque tous les ans, le classement
contre seulement 2,2 milliards d’euros
évolue. En moyenne, aux États-Unis,
en France !
seuls deux riches sur cinq figurent
Il serait préférable de tempérer un
parmi le 1 % des plus riches
niveau d’imposition encore très excessif,
depuis plus de dix ans.
qui provenait d’une famille d’industriels
du textile.
En outre, les riches, aujourd’hui, ne
sont plus guère des rentiers. En France,
parmi les dix personnes les plus
fortunées, six ont créé leur propre
entreprise. Ces entreprises françaises
emploient 750 000 salariés. Considérés
dans leur ensemble, la quasi-totalité des
plus riches sont des entrepreneurs de
première ou de seconde génération, qui
ont contribué au développement de
l’entreprise familiale. Les Wertheimer,
par exemple, ont fait de l’entrepreneuriat
Le célèbre écrivain
américain Tom Wolfe,
auteur du roman
Le Bûcher des vanités,
est mort hier.
Il avait accordé
un grand entretien
au Figaro Magazine
le 29 décembre dernier :
« Le politiquement
correct, le journalisme
et Trump ».
… SOCIÉTÉ
Polémique sur la militante
voilée de l’Unef :
la réponse de Laurent
Bouvet, professeur
des universités et auteur
de La Gauche zombie
- chroniques d’une
malédiction politique
(Lemieux éditeur).
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
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Édition nationale
1er cahier 18 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
Édition Île-de-France
Cahier 4 Figaroscope
52 pages tabloïd
A
es riches sont les bannis de
l’opinion en France. Après
avoir accusé Nicolas Sarkozy
d’être le « président des
riches » pour le faire tomber,
beaucoup désignent
désormais Emmanuel Macron comme
celui des « ultrariches ». Voilà une
pathologie bien française : l’envie.
Certes, il est des richesses mal acquises
- par la violence, la corruption
ou la spoliation, aussi injustes que
malfaisantes. Mais la liberté reconnue
à tous et l’égalité des droits ont permis
de libérer l’initiative des individus qui
voulaient entreprendre, créer, innover.
Ceux qui ont réussi se sont enrichis
en proposant sur le marché des produits
et services librement acquis par les
consommateurs, dans l’intérêt des uns
et des autres. Il faut des riches pour que
le plus grand nombre puisse profiter du
développement économique que tirent
en avant les « premiers de cordée ».
S’ils sont cloués au pilori, c’est aussi
la dynamique d’une société qui est
tarie, la pauvreté qui gagne
et d’autres formes d’inégalités
fondées sur une connivence
malsaine au sein d’un parti
ou de l’État.
Même les
idéologues qui font
feu de tout bois
contre les riches
ont besoin d’eux.
Karl Marx n’aurait
La France ne connaîtra pas la renaissance
jamais pu écrire
économique et le progrès social si elle ne surmonte
le Manifeste
pas son aversion pour les riches, argumentent les
et le Capital sans le
auteurs, respectivement président* et directeur
soutien financier
de l’Institut de recherches économiques et fiscales**. de Friedrich Engels,
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
18
Propos recueillis par Anne Fulda
afulda@lefigaro.fr
ans Ce n’est qu’un début, livre paru en
juillet 1968 et réédité aujourd’hui (JC
Lattès), Philippe Labro raconte avec
d’autres journalistes les événements
de 1968, jour après jour, heure après
heure, à Nanterre, la Sorbonne, au
ministère de l’Intérieur ou derrière les barricades.
À l’époque, vous êtes à France-Soir,
vous n’êtes pas tenté de rejoindre le mouvement ?
Je revenais de la guerre d’Algérie, j’y avais été bles-
« Quel que soit le regard
que l’on porte aujourd’hui
sur Mai 68, qui a tout de
même été la plus grande
grève nationale de l’histoire
de France, avoir de la
nostalgie est ridicule.
Les étudiants avaient
réussi à faire bouger
le monde du travail,
mais dès que l’essence est
revenue, le mouvement
s’est arrêté. »
Philippe Labro : « Macron est
un arrière-petit-enfant de 68 »
Le journaliste et romancier, à l’époque à « France-Soir », revient sur ces quelques jours
de mai qui ont ébranlé la France. Cinquante ans ont passé, sa mémoire est vive…
sé, l’un de mes amis était mort, j’avais connu la
guerre. Je trouvais que 68 était un simulacre de
guerre. À France-Soir - où mon grand patron, Pierre Lazareff, détestait ce qui se passait - j’ai couvert
en partie les événements. J’ai été rue Gay-Lussac de
nuit, vu l’Odéon, les barricades, senti les gaz lacrymogènes dont j’ai encore l’odeur, cet étrange goût
d’orange, en mémoire. Je me suis retrouvé aussi à la
Sorbonne à côté d’un ludion, un feu follet aux cheveux rouges qui illuminait l’amphi, Dany CohnBendit. Il était fascinant et était d’ailleurs entouré
comme une rock star, attirant autour de lui des personnes comme Lucien Bodard, pourtant revenu de
tout et qui, sa clope au bec, grommelait : « J’ai jamais vu un type comme ça ! »
VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE
PARIS SECRET
Paris est une fête, et surtout un mystère :
la ville de Saint Louis et d’Henri IV, de Victor
Hugo et de Balzac, de Modigliani et de Robert
Doisneau n’a pas fini d’éblouir. De Notre-Dame à
La Défense, de Montparnasse au Père Lachaise,
des hôtels particuliers aux passages couverts,
Le Figaro Hors-Série vous fait découvrir Paris tel
que vous ne l’avez jamais vu. Au fil de ses ponts,
de ses jardins, de ses palais, de ses boulevards,
Paris livre mille et un secrets. Partez à la chasse
aux trésors et revivez la légende des siècles, avec
la plus éblouissante des promenades parisiennes.
Le Figaro Hors-Série : Paris secret.
160 pages.
« deLesMaienfants
68 étaient
plus intelligents
que ceux
de mai 2018,
ils avaient un peu
plus de culture.
Tous ces insoumis
n’ont rien à voir
avec le rêve
romanesque
et romantique
de 1968
»
PHILIPPE LABRO
NUMÉRO
DO U BL E
160 pages
12 €,90 Actuellement disponible
chez votre marchand de journaux et sur www.figarostore.fr/hors-serie
A
Retrouvez Le Figaro Hors-Série sur Twitter et Facebook
Certains tentent un parallèle entre 68
et les mouvements sociaux d’aujourd’hui…
C’est ridicule, cela n’est pas comparable. À l’époque, il n’y avait pas de globalisation, les mœurs médiatiques n’avaient rien à voir. Ce sont les radios
comme Europe 1 et RTL qui faisaient office de réseaux sociaux. Et puis il y a surtout une différence de
fond : il n’y a rien à voir entre la dialectique de
l’époque, l’intelligence des mômes de 1968 et l’espèce de gloubi-boulga des « Tolbiac people ». Leur
conférence de presse, avec ses participants masqués
et le chien, c’était un vaste éclat de rire, une scène
digne des meilleures farces d’Ubu. Les enfants de
Mai 68 étaient plus intelligents que ceux de
mai 2018, ils avaient un peu plus de culture. Tous ces
insoumis n’ont rien à voir avec le rêve romanesque
et romantique de 1968.
Que reste-t-il de ce rêve romanesque ?
Ce n’était effectivement qu’un début. Avec le recul,
c’est sûr que ce mouvement – qui n’a en rien été une
révolution - a changé les mœurs et la société française, mais rien d’autre. En 68 on est dans l’ardeur et la
bousculade, un mouvement où les mots et l’imaginaire comptent énormément. 68 a été l’un des
grands tournants sociétaux de notre époque qui s’est
vraiment concrétisé sous la France de Giscard, six
ans plus tard. La sexualité, le langage, la place des
femmes, les comportements, les postures des parents
envers les enfants, des maîtres envers les élèves et
plus largement des dominants envers les dominés
ont changé. Dans le même temps, on a assisté à la
prise de pouvoir culturelle et intellectuelle de toute
une génération de cinéastes, artistes, écrivains…
Quel que soit le regard que l’on porte aujourd’hui sur
ce mouvement, qui a tout de même été la plus grande
grève nationale de l’histoire de France, avoir de la
nostalgie est ridicule. Les étudiants avaient réussi à
faire bouger le monde du travail, mais dès que l’essence est revenue, le mouvement s’est arrêté.
Et puis, dans la dimension romanesque, il y a aussi,
bien sûr, le départ du général de Gaulle à Baden.
Quelle dramaturgie ! Que de questions non résolues !
Que se passe-t-il dans sa tête ? Qu’est-ce qui le fait
basculer ? La part de mystère est là.
1968, c’était « il est interdit d’interdire ».
Cela a bien changé, non ? Emmanuel Macron
a-t-il raison de ne pas le célébrer ?
Oui, après il est « interdit d’interdire », maintenant
il est désormais autorisé d’interdire. Et on interdit
tout ou presque : l’humour trop subversif, à Carmen
de mourir… Et cette nouvelle censure ne vient pas de
l’État mais de la sphère privée, des réseaux sociaux.
En 1968, les manifestants disaient tous : « Il faut
changer la vie. » Mais c’est la vie qui les a changés.
Emmanuel Macron, lui, ne loue ni ne condamne
Mai 68, il l’ignore. Mais, dans sa manière de « bousculer » la donne, il est un arrière-petit-enfant de 68. ■
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
LE FIGARO. – Il y a cinquante ans, en 1968,
vous n’êtes pas dans la rue avec les manifestants,
mais vous publiez un livre collectif,
Ce n’est qu’un début, réédité aujourd’hui.
Philippe LABRO. – Nous étions à l’époque, avec Michèle Manceaux, une dizaine de journalistes, reporters, chercheurs ou documentalistes qui avions pris
des notes, réalisé des entretiens et collecté des chiffres et des statistiques. Nous nous étions regroupés
dans une petite maison prêtée par Marguerite Duras.
L’idée de Jean-Claude Lattès, alors inconnu, était de
faire paraître une sorte d’édition spéciale, de livrer
de l’information brute, sous la forme d’un vrai livre
pour raconter les événements que nous avions vu se
dérouler sous nos yeux ; contribuer à retranscrire
« l’air du temps ». Le livre est paru en juillet 1968.
Truffaut y raconte le Festival de Cannes, le grotesque
de certains festivaliers qui s’accrochaient aux rideaux, la sociologue Évelyne Sullerot parle du rôle
de la radio. J’enregistre dans une cave un jeune
« militant du 22 mars » anonyme, un certain Serge
qui - je le découvrirai plus tard - est Serge July…
Tous ces jeunes que nous avons rencontrés à l’époque
sont devenus aujourd’hui pour la plupart des septuagénaires, souvent figés, installés, eux qui couraient à
l’époque, emportés par ce qu’Edgar Morin a tellement bien décrit comme « l’extase de l’histoire »…
RENCONTRE
D
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 941 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> EXCLUSIF
lefigaro.fr/economie
DELACHAUX
REPREND LE CHEMIN
DE LA BOURSE PAGE 24
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO, DELACHAUX, LUKAS SCHULZE/PICTURE-ALLIANCE/DPA/AP IMAGES, HALFPOINT - STOCK.ADOBE.COM
Première alerte
pour le trublion
des télécoms
Mark
Zuckerberg,
fondateur
de Facebook
FACEBOOK
LA PLATEFORME
FAIT LE MÉNAGE
POUR RASSURER PAGE 26
Le pétrole
retrouve
des sommets
La crise iranienne accentue la nervosité sur
le marché de l’or noir. Le baril frôle 80 dollars.
Le prix du baril atteint un niveau inégalé depuis trois ans et demi. Le
brent, la principale référence du
marché mondial, a dépassé 79 dollars
à Londres dans la journée de mardi.
La décision de Donald Trump de déchirer l’accord sur le nucléaire iranien a encore fait grimper le cours
depuis une semaine. Les traders redoutent qu’une partie de la production de l’Iran ne vienne à manquer
sur un marché mondial où l’offre est
rationnée depuis deux ans par l’Opep
dans le but, précisément, de soutenir
les cours.
Va-t-on vers une flambée ? Un retour aux 100 dollars d’il y a quatre
ans ? Les experts restent divisés, no-
tamment à cause du rôle du pétrole
de schiste produit en grande quantité
aux États-Unis.
Dans l’immédiat, les automobilistes,
en France, voient les prix à la pompe
s’envoler. Les cours du brut y sont
pour beaucoup. Mais les hausses de
taxes, sur le gazole en particulier,
également.
Avec le retour du pétrole cher, l’alignement des astres - or noir, euro et
taux bas -, cher à François Hollande
pendant son quinquennat, n’est plus
d’actualité. La facture pétrolière de la
France va mécaniquement s’alourdir
et l’inflation rognant du pouvoir
d’achat devrait se réveiller. Et la
croissance pourrait être freinée.
è LE PÉTROLE CHER FAIT SON RETOUR, PORTÉ PAR LA CRISE IRANIENNE
è L’ENVOLÉE DES PRIX À LA POMPE DEVRAIT SE POURSUIVRE èUN FREIN POUR
LA CROISSANCE FRANÇAISE è LA CLIM POMPE TROP D’ÉNERGIE PAGES 20 ET 21
L’économie française se porte mieux
et crée des emplois
Xavier Niel,
fondateur
de Free.
Pour la première fois de son histoire, Free a perdu
des abonnés dans le fixe au premier trimestre.
Après cette annonce, l’action de sa maison mère, Iliad,
a chuté de près de 20 % à la Bourse. L’opérateur
télécoms compte rebondir en lançant de nouvelles offres
et en renouvelant son management. PAGE 25
le PLUS du
FIGARO ÉCO
AIR FRANCE
Les adieux inquiets
de Jean-Marc
Janaillac
PAGE 23
LA SÉANCE
DU MARDI 15 MAI 2018
CAC 40
5553,16
+0,23%
DOW JONES (18h)
24671,53 -0,92%
ONCE D’OR
1295,00 (1319,85)
PÉTROLE (lond)
78,640 (78,130)
EUROSTOXX 50
3564,29 -0,04%
FOOTSIE
7722,98 +0,16%
NASDAQ (18h)
6872,03 -1,33%
NIKKEI
22818,02 -0,21%
La croissance en France a été plus
dynamique que prévu en 2017, atteignant le rythme inédit depuis dix
ans de 2,2 %. « Est-ce que cela veut
dire qu’on aura éternellement un tel
niveau de croissance ? Pas spécialement », mais « cela signifie que c’est
le bon moment pour continuer à faire
les réformes », indique l’Élysée, où
l’on exclut de redistribuer aux Français une « cagnotte » qui n’existe
pas.
Par ailleurs, sur les trois premiers
mois de l’année, le secteur privé a
créé 57 900 emplois, un peu moins
que lors du trimestre précédent. Il
s’agit du douzième trimestre conséPAGE 22
cutif de hausse.
L'HISTOIRE
Ces adultes accros aux jouets
C
e constat risque de faire sourire
bien des enfants, peut-être de
désacraliser certains parents :
les adultes n’ont
jamais été aussi
accros aux jouets ! Ils s’en
sont offert l’an dernier pour
plus de 367 millions d’euros,
selon les chiffres du cabinet
d’études NPD. Un jouet sur
dix achetés en 2017 était
destiné à un adulte. Les
ventes de ce marché - qui
représente 11 % du chiffre
d’affaires total du secteur ont ainsi doublé en cinq ans.
« Tout comme la technologie,
qui s’est imposée pour faire
partie intégrante de notre
quotidien, les jeux et jouets
occupent une place
grandissante dans notre
société », commente
Frédérique Tutt, spécialiste
des jouets chez NPD, qui
voit dans ce vif intérêt
des adultes une réponse à un
« besoin de décompresser
ou de se replonger avec
nostalgie dans l’enfance ».
Si les millenials concentrent quasiment la
moitié des dépenses, la génération X
(35-54 ans) n’est pas en reste, puisqu’elle
pèse un tiers de ce marché.
Parmi ces acheteurs, les
hommes sont surreprésentés
(61 % des ventes). La plupart
effectuent leurs achats en ligne.
En tête des ventes, on retrouve
des grands classiques
transgénérationnels comme
le Monopoly, le Rubik’s Cube,
les jeux de construction Lego
et les puzzles. Les drones sont
également plébiscités par les
plus geek. Très appréciées aussi,
les figurines de super-héros, de
DC Comics à Marvel en passant
par Star Wars, au centre de
l’actualité cinématographique.
Les jeux de cartes transgressifs
appréciés à l’heure de l’apéro
comme « Blanc Manger Coco »
ont également la cote. « Le
pouvoir d’achat de ces éternels
enfants représente un énorme
potentiel pour le marché, conclut
Frédérique Tutt. Répondre
à leurs attentes est un enjeu
de taille. » ■ KEREN LENTSCHNER
CDiscount, la filiale d’e-commerce
de Casino, n’en finit pas d’élargir son
champ d’action. Après avoir surpris
en fin d’année dernière, en commercialisant de l’électricité auprès des
particuliers, le site débarque maintenant dans les voyages. Le lancement de CDiscount Voyage, qui a
été annoncé ce mardi aux actionnaires de Casino, réunis en assemblée générale, sera officialisé le
17 mai. Pour se faire rapidement un
nom sur un marché très compétitif,
la société a, selon nos informations,
noué un partenariat avec un spécialiste du secteur, MisterFly. Lancée
en septembre 2015 par les deux expatrons de Go Voyages, cette
start-up vend des billets d’avion et
des chambres d’hôtel sur son propre site Internet. Elle se développe
aussi, en nouant des partenariats.
Avant CDiscount, elle s’est ainsi associée à AccorHotels, pour vendre
des voyages à forfait (comprenant
vol et hôtel) sur la plateforme
Accorhotels.com. Dans le même
genre, elle a aussi fait affaire avec
Groupe ADP, qui commercialise
désormais des billets d’avion et des
chambres d’hôtel sur son site. En
2016, Misterfly a réalisé un volume
d’affaires de 111 millions d’euros, et
fait voyager 367 000 personnes. En
forte croissance, la société compte
dans son tour de table le fonds
Montefiore Investissement ainsi
que… vente-privee.
Revendiquant la place de deuxième
acteur de l’e-commerce en France
derrière Amazon, avec 18 millions
de visiteurs uniques mensuels,
CDiscount ne veut plus se contenter d’être leader dans la vente de
produits techniques, avec 30 % de
parts de marché. Son plan stratégique est axé sur le développement
de l’offre et de nouveaux services.
Fin 2016, l’e-commerçant s’est lancé successivement dans la téléphonie mobile puis le streaming culturel
en concurrence frontale avec les
géants en place, Free et Netflix.
CDiscount - qui a réalisé l’an passé
2,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires - commercialise aussi des
prêts à la consommation avec son
offre Coup de Pouce. Prochaine
étape, l’expansion à l’international.
K. L. ET M. V.
Michelin sacré
employeur de l’année
par les Américains
Le pays des Gafa et de la Silicon Valley réserve parfois
des surprises. Selon une
étude du magazine américain Forbes, le groupe Michelin est le « meilleur employeur des États-Unis »
pour cette année 2018. Une
excellente nouvelle pour
l’entreprise française qui
occupait l’année dernière la
34e place du classement. Le
groupe Michelin possède
19 sites
de
production
outre-Atlantique (en Alabama,
dans
l’Indiana,
l’Ohio, l’Oklahoma, en
Caroline du Nord et du Sud)
et y emploie 22 000 personnes. Deuxième bonne
nouvelle pour Michelin, le
champion des pneumatiques est également la seule
entreprise « non américaine » présente dans le top 10.
Afin d’établir ce classement,
le bureau d’études Statista a
interrogé de façon anonyme
plus de 30 000 salariés amé-
ricains travaillant dans des
grandes entreprises d’au
moins 1 000 salariés. Il leur
était notamment demandé
d’expliquer s’ils étaient
prêts à recommander leur
employeur. La note obtenue
par Michelin est excellente :
avec 9,9/10, l’entreprise
auvergnate arrive en tête du
classement, devant Trader
Joe’s ou Google.
Selon David Stafford, directeur des ressources humaines du groupe Michelin aux
États-Unis, ce sacre est
amplement mérité : « Nous
offrons des opportunités
d’évolution à nos salariés qui
se retrouvent dans les objectifs du groupe Michelin. C’est
quelque chose de très important aujourd’hui parce que
les gens ont besoin d’appartenir à une entreprise et pas
seulement à un business. Ici,
les gens arrivent pour un travail. Et ils restent pour une
carrière. » QUENTIN PÉRINEL
A
INDUSTRIE
CDISCOUNT
SE LANCE DANS
LE VOYAGE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
20
L'ÉVÉNEMENT
Le pétrole cher fait
son retour, porté
par la crise iranienne
La sortie de Trump de l’accord sur le nucléaire iranien
tend les cours de l’or noir. Le baril peut-il remonter
à 100 dollars ? La question divise les experts.
ÉNERGIE Un tel cours n’avait pas
été atteint depuis trois ans et demi.
Le baril de pétrole brent a dépassé,
mardi dans la journée, 79 dollars.
La décision de Donald Trump de
déchirer l’accord sur le nucléaire
iranien, le 8 mai dernier, attise la
tension sur le marché pétrolier. Le
baril de brut est-il reparti vers des
sommets à 100 dollars comme il y a
quatre ans ? En un an, il a regagné
plus de 50 %. Et le contexte géopolitique semble devoir le porter plus
haut encore.
C’est l’opinion de plusieurs
analystes, dont ceux de Bank of
America, qui pronostiquent une
flambée de l’or noir jusqu’à 90 ou
100 dollars d’ici à l’année prochaine. Mais, à l’opposé du spectre des prévisions, les experts de
l’agence de notation Moody’s
pointent la forte « hausse de la
production hors Opep » (Organisation des pays exportateurs de pétrole). Cela devrait faire retomber
les cours vers « une fourchette de
45 à 65 dollars le baril à moyen terme », prévoient-ils.
Le principal facteur haussier
s’appelle Donald Trump. Le président américain a pris le risque de
faire bondir le prix en jetant un
pavé sur l’équilibre précaire obtenu
avec l’Iran. La sortie des États-Unis
de l’accord sur le nucléaire assortie
de la volonté d’étouffer l’économie
iranienne comme le transfert de
l’ambassade des États-Unis en Israël à Jérusalem - risquent de déstabiliser le Moyen-Orient.
Or le Golfe produit environ un
tiers du pétrole mondial. Téhéran,
dont les exportations représentent
aujourd’hui près de 2 % de la production mondiale, risque de devoir
diminuer sa production sous les
menaces américaines. « Celles-ci
pourraient dissuader des pays comme le Japon et la Corée du Sud
d’acheter du pétrole iranien », pointe Francis Perrin, directeur de recherche à l’Iris.
La politique iranienne de Donald
Trump n’est pas le seul soutien du
cours de l’or noir. La demande
d’hydrocarbures est portée par la
croissance, dynamique un peu partout dans le monde. À court terme,
l’arrivée de l’été et des déplacements estivaux va l’exacerber. Si
l’on ajoute les soucis de l’industrie
vénézuélienne, dont la production
s’est effondrée, tout cela forme « une
combinaison à même de faire grimper
le baril au-dessus de 100 dollars »,
résumait il y a quelques jours Stephen Brennock, analyste de la société de courtage PVM Oil.
L’Arabie entre deux feux
Les cours du pétrole dépendent cependant aussi de la décision que
pourra prendre l’Opep, qui se réunit
le 22 juin. Le cartel et une dizaine
d’autres producteurs, dont le géant
russe, ont conclu en 2016 un accord
pour limiter l’extraction de pétrole
afin de rééquilibrer le marché. Pari
largement gagné : les prix ont flambé et l’offre mondiale de pétrole a
été contenue. Le cartel a d’ailleurs
annoncé lundi que le marché était
quasiment désengorgé, estimant
ÉVOLUTION DES PRIX
EN BASE 100 (janvier 2014)
Le pétrole au plus haut depuis 2014
Base 100
COURS DU BRENT, en dollars par baril
108,12 $
ainsi qu’il n’y a plus d’excédents de
stocks. Cela l’entraînera-t-il à mettre fin aux accords de réduction de
la production ?
L’Arabie saoudite, chef de file de
l’Opep, a annoncé dès la dénonciation de l’accord iranien qu’elle était
100
Super SP95
111,8 $
80
Gazole
60
100
Brent
20
80
15 Mai 2018
2014
2015
2016
1
A
Pour autant, la CLCV refuse qu’on
impute cette flambée essentiellement à la hausse du prix du baril,
exprimé en dollar. « Son impact
reste relatif et a été largement
amorti par un euro fort face à un
dollar plus faible », explique son
président, François Carlier.
À qui la faute, alors ? Une fois
n’est pas coutume, l’association
de défense des consommateurs et
78,7 $
2017
Sources : DGEC, Reuters
60
47,71 $
40
30,69 $
20
J F M A M J J A S O N D J F M A M J J A S O N D J F M A M J J A S O N D J F M A M J J A S O N D J F M A M
2014
2015
2016
DELPHINE DENUIT £@ddenuit
Fin de l’écart de fiscalité
diesel-essence d’ici à 2022
108,3
101,4
Le poids des taxes
limite les variations
73 du prix
des carburants
par rapport à celles
du prix du brut.
40
L’envolée des prix à la pompe devrait se poursuivre
La flambée des prix à la pompe
s’amplifie au fil des semaines. Rien
qu’entre le 4 et le 11 mai, le diesel a
grimpé de 1,47 centime d’euro, à
1,43 euro, tandis que le sansplomb 95 a augmenté de 1,61 centime d’euro, à 1,52 euro, selon les tout
derniers chiffres de la Direction générale de l’énergie et du climat
(DGEC), du ministère de l’Écologie.
Le prix des carburants fluctue
selon de nombreux critères :
l’évolution du cours du brent,
principalement, mais aussi la demande nationale, le niveau des
stocks pétroliers, les taxes et la
parité euro-dollar. Dans sa dernière étude, l’association de défense des consommateurs CLCV
tire la sonnette d’alarme. « Les
automobilistes n’ont pas payé leur
plein d’essence aussi cher depuis
quatre ans », remarque-t-elle.
Mai 2018
l’Union française des industries
pétrolières (Ufip) se rejoignent
pour dénoncer la hausse des taxes
opérée depuis le 1er janvier par le
gouvernement.
Les taxes sur le carburant représentent désormais près des
trois quarts du prix du gazole et du
sans-plomb 95. « Depuis janvier, le
montant total des taxes a augmenté
de 10 centimes par litre pour le diesel et de 6 centimes par litre pour
l’essence, c’est une hausse considérable », s’insurge le président de
l’Ufip, Francis Duseux.
Surtout qu’à ses yeux ce n’est
que le début. « La volonté politique
affichée est de rattraper l’écart de
fiscalité de 18 centimes qui existait
entre le diesel et l’essence d’ici à la
fin 2022, précise le représentant
des grands groupes pétroliers. Or
le gouvernement semble oublier que
80 % des Français utilisent quotidiennement leur voiture. » Et l’Ufip
d’appeler avec la CLCV l’exécutif
« à réagir dès maintenant et à s’engager à modérer ses hausses de
taxes à venir sur le carburant ».
Si l’on ajoute le déclin naturel
des champs pétroliers, qui représente 5 % de la production chaque
année, qu’il faut compenser par
des investissements, lesquels ont
fondu ces dernières années,
« tous les éléments sont réunis pour
que cette flambée dure… Avec, à la
clé, de très sérieuses répercussions
sur le pouvoir d’achat des Français », conclut le président de
l’Ufip. Une inquiétude partagée
par la CLCV. ■
Entre le 4 et le 11 mai,
le diesel a grimpé
de 1,47 centime d’euro
à 1,43 euro tandis
que le sans-plomb 95
a augmenté
de 1,61 centime d’euro
à 1,52 euro.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
2017
2018
Infographie
ARMELLE BOHINEUST £@armelella
prête à augmenter ses exportations.
Elle a les moyens et les ressources
nécessaires pour augmenter très
vite sa production d’au moins 20 %.
Une telle mesure limiterait, bien
sûr, la hausse des prix, ce qui plairait à Donald Trump. Le président
américain avait laissé éclater sa colère en avril face à la montée des
cours du baril, qui s’étaient envolés
de plus de 10 % en l’espace de trois
semaines. « On dirait que l’Opep fait
encore des siennes. […] les prix du
pétrole sont artificiellement élevés !
Ce n’est pas bien, et ce ne sera pas
accepté ! » avait tweeté rageusement le patron de la Maison-Blanche. En faisant fondre le pouvoir
d’achat des ménages, un cours du
pétrole élevé neutralise en partie
l’impact des réformes fiscales américaines et menace ainsi les résultats des élections de mi-mandat en
novembre.
Pour Riyad, le jeu est complexe.
Les dirigeants du royaume sont
prêts à renvoyer la balle à Donald
Trump qui a répondu à leurs attentes en s’attaquant à leur vieil ennemi iranien. Ils ont donc annoncé
qu’ils étaient prêts à ouvrir les vannes pour éviter tout risque de pénurie. Pourtant, la flambée des prix est
une bonne nouvelle pour l’Arabie
saoudite. Le royaume, pénalisé par
la chute des cours fin 2014, a besoin
de recettes pour soutenir son budget. Il entend également optimiser
la valorisation de Saudi Aramco, le
mastodonte public qui gère le pé-
Un frein pour la croissance fran
Le cours du brent dépasse désormais largement les 75 dollars,
quand il tournait autour de
65 dollars mi-mars. Cette hausse
n’est pas une bonne nouvelle
pour Emmanuel Macron. Classiquement, une augmentation du
prix du baril provoque un double
effet négatif : un choc d’offre, via
une hausse du prix des consommations intermédiaires des entreprises, et de demande, via une
baisse du pouvoir d’achat des
ménages et de la demande
étrangère.
La France importe la quasitotalité du pétrole que le pays
consomme. Un renchérissement
du cours du brent détériore
donc également sa balance
commerciale. En 2017, avant la
récente hausse, les approvisionnements en hydrocarbures naturels et pétrole raffiné s’étaient
soldés par un déficit de
43,2 milliards d’euros.
L’alignement des planètes, avec
à la fois un baril, un euro et des
taux d’intérêt très bas, dont la
France et l’Europe ont bénéficié
de 2014 à 2017, touche donc à son
terme. « La hausse du pétrole n’est
pour l’instant pas de nature à provoquer un choc sur l’économie
hexagonale, mais c’est un élément
de plus qui conforte l’impression
qu’on a passé un point haut en termes de croissance », juge Denis
Ferrand, le directeur de COERexecode.
Dans le détail, l’envolée du pétrole ne s’est pas encore répercutée sur l’inflation. Selon les dernières données de l’Insee, en
avril, elle s’est maintenue à 1,6 %
sur un an avec une hausse limitée
à 0,2 % sur le mois, malgré le net
rebond des prix de l’énergie
(+ 0,9 % après − 0,7 % en mars).
Un décalage devrait s’observer
dans les prochains mois. Selon
une note d’économistes de la
Banque de France, une hausse de
10 euros du prix du pétrole augmente les prix à la consommation
de 0,4 % en zone euro et en France ; 0,25 point s’explique par l’effet direct de la hausse du prix de
l’énergie et 0,15 point par l’effet
indirect via les chaînes de production des entreprises.
Hausse de la facture
pétrolière
Le passage du baril de 50 à
75 dollars augmente ainsi la
facture pétrolière d’environ un
demi-point de PIB. « Mais les
conséquences macroéconomiques
d’une telle augmentation dépendent de l’origine de la hausse,
précise Bruno Cavalier, le chef
économiste d’Oddo. Si le pétrole
augmente parce que la demande
est plus forte en raison d’un mouvement de reprise mondiale, cela
n’a évidemment pas les mêmes
répercussions qu’un baril qui
flambe à cause d’une restriction
de l’offre. » Comme souvent, les
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 16 mai 2018
ÉCONOMIE
L'ÉVÉNEMENT
trole du royaume et qu’il prévoit
d’introduire en Bourse en 2019.
Mais, l’Opep et ses alliés ne maîtrisent pas complètement la partie.
La production de pétrole de schiste
aux États-Unis, relancée grâce à
l’embellie des cours, a placé le pays
en première place pour la production mondiale de pétrole. Si les producteurs américains recommencent à pomper à fond, ils pourraient
inonder le marché et faire chuter
les prix, comme en 2014, avertissent des analystes. ■
Les exportations
iraniennes de pétrole
représentent
aujourd’hui près
de 2 % de la production
mondiale. (Notre photo :
une plate-forme
pétrolière iranienne
à Soroush, dans
le golfe Persique.)
R. HOMAVANDI/REUTERS
43,2
Engorgement d’huile de schiste
aux États-Unis
Aux États-Unis, le pétrole
de schiste abonde car sa
production devient de plus
en plus rentable avec la hausse
des cours de l’or noir.
Mais la logistique ne suit pas.
En particulier, les réseaux
de pipelines nécessaires pour
transférer le précieux liquide
du désert du Texas aux
raffineries de la côte du golfe
du Mexique sont submergés.
La construction de nouveaux
réseaux a beau avoir été
lancée, « près de 200 millions
de barils de pétrole » seront
incapables d’atteindre leurs
clients potentiels au cours
Les climatiseurs
menacent la lutte contre
les émissions de gaz
à effet de serre,
a averti mardi l’Agence
internationale
de l’énergie (AIE).
Si rien n’est fait
pour contrer leur
développement,
la demande énergétique
liée à la seule
climatisation va plus
que tripler d’ici à 2050.
Elle « équivaudra aux
besoins en électricité
actuels de la Chine »,
souligne Fatih Birol,
directeur exécutif
de l’AIE. Les climatiseurs,
au nombre de 1,6 milliard
aujourd’hui,
consomment 20 %
de l’électricité utilisée
dans les bâtiments,
essentiellement aux
États-Unis, au Japon et
de plus en plus en Chine.
Ils vont se développer, en
particulier dans des pays
émergents comme l’Inde
et devraient représenter
5,6 milliards d’appareils
en 2050.
des seize prochains mois,
pronostique la société PLG
Consulting, spécialiste
des huiles de schiste.
Les contraintes logistiques
qui pèsent sur les producteurs
américains de pétrole de schiste
créent des incertitudes,
a estimé de son côté l’Opep
dans son rapport mensuel
sur la production des pays nonmembres du cartel en 2018.
Cela ne l’empêche toutefois pas
d’estimer que les États-Unis
seront de très loin le principal
contributeur de la hausse
de la production non-Opep,
estimée à 3 % cette année. A. BOH
milliards
d’euros
facture pétrolière et
gazière de la France
en 2017
Répartition
du prix à la pompe
SP 95
MARGE BRUTE
DE DISTRIBUTION
7,4
45,5 %
BRENT
TICPE*
16,6 %
deux leviers, offre et demande,
sont à l’œuvre en même temps,
et il est bien complexe aujourd’hui d’attribuer à chacun un
poids précis dans le mouvement
de hausse du baril observé depuis quelques mois.
Au-delà du facteur inflation,
somme toute - pour l’instant - digérable pour un pays comme la
France, l’évolution erratique du
baril introduit un élément d’incertitude, plus inquiétant pour la
croissance. « En 2016 et 2017, il y
avait un consensus pour fixer un
prix d’équilibre du pétrole à
50 dollars, note Bruno Cavalier.
Cet équilibre est aujourd’hui totalement remis en cause. Plus personne
ne s’avance à donner des prévisions
de prix. Cette incertitude pourrait
peser sur le climat des affaires »,
craint l’économiste. ■
A. G.
«
BRUNO CAVALIER,
CHEF ÉCONOMISTE
D’ODDO
»
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
POLITIQUE ÉCONOMIQUE Après
des semaines d’interrogation,
l’Élysée semble avoir tranché l’épineux sujet des privatisations d’Aéroports de Paris (ADP) ou de La
Française des jeux (FDJ). C’est ce
qu’a laissé entendre un proche
conseiller d’Emmanuel Macron, ce
mardi, lors d’une rencontre avec
l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef).
« Dans ces entreprises, la détention
majoritaire du capital n’est pas forcément indispensable au respect des
intérêts de l’État », a-t-il affirmé,
précisant qu’un retrait capitalistique de l’État devrait s’accompagner d’« un renforcement des outils
de régulation ».
Un passage législatif est nécessaire pour que l’État descende
sous les 50 % du capital d’ADP,
sous le tiers des droits de vote chez
Engie et pour faire évoluer le capital de La Française des jeux, dont il
détient 72 %. Il est prévu depuis
des mois que ces points figurent
dans un article de la future loi Pacte, défendue par Bruno Le Maire.
Face aux critiques, l’Élysée et Bercy ont affiné leur copie : dans un
esprit bien macronien, ils souhaitent désormais que le texte présente à la fois ces autorisations
mais aussi les contreparties réglementaires « préalables » qui protégeront les intérêts publics.
« Aujourd’hui, ces instruments ne
sont pas en place », a précisé cette
source, sans donner davantage de
détails. Le dispositif des actions
spécifiques (golden shares) qui permettent à un État de conserver un
droit de veto sur l’évolution du capital et des activités des entreprises
devrait notamment être au centre
de ces mécanismes de régulation.
L’attention de l’exécutif est clairement centrée sur le cas sensible
du capital d’ADP, gestionnaire des trois plateformes aéroportuaires
d’Île-de-France (Orly, Le Bourget et Roissy, ci-dessus).
L’attention de l’exécutif est
clairement centrée sur le cas particulièrement sensible d’ADP, le
gestionnaire des trois plateformes
aéroportuaires d’Île-de-France
(Roissy, Orly et Le Bourget). « En
cédant ses parts, l’État prend le risque de voir évoluer à la hausse les
taxes aéroportuaires et ne pas pouvoir bénéficier de la croissance du
secteur. De surcroît, cette privatisation complexifiera la gestion des
emprises foncières stratégiques associées aux aéroports, soit 412 hectares », dénonçait, il y a quelques
semaines à l’Assemblée, JeanPaul Mattei, député (MoDem) des
Pyrénées-Atlantiques. La critique, qui s’appuie sur le précédent
de la cession des autoroutes, a été
entendue.
« Privatiser ADP, une société
propriétaire de son foncier, n’est pas
neutre », a reconnu ce conseiller de
l’Élysée. « La question est de savoir
quels sont les droits dont l’État doit
bénéficier comme représentant de
l’intérêt général. Il ne saurait y avoir
un désengagement de l’État si ses
droits ne sont pas garantis. L’État
devra conserver un pouvoir particulier sur le foncier, la sécurité… », at-il soutenu.
Vote de la loi en 2019 ?
En attendant que l’Élysée et Bercy
précisent leur dispositif de régulation, la présentation de la loi Pacte
ne cesse d’être décalée. Le projet de
loi n’a toujours pas été remis au
Conseil d’État et la date du 20 juin
est avancée pour la délibération en
Conseil des ministres. Ce retard
pourrait finir par provoquer le décalage d’un an de l’entrée en vigueur des mesures (forfait social
sur l’intéressement, seuil…) contenues dans la future loi. Pour éviter
cette issue, l’Élysée a deux options :
boucler rapidement ses réflexions
sur les dispositifs réglementaires ou
renoncer à évoquer les privatisations dans la loi Pacte. La première
est très clairement favorisée. ■
GAZOLE
1,44 €/litre au 11 mai 2018
MARGE BRUTE
DE DISTRIBUTION
7,7
42,4 %
33,3 %
TICPE*
BRENT
Quelque 1,6 million de retraités
vivent à l’étranger
La Cour des comptes a pointé le risque de fraude.
MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault
TVA
L’incertitude
autour
du prix
du pétrole
pourrait
peser sur
le climat
des affaires
L’exécutif voudrait que la loi Pacte permette les privatisations
tout en assurant la protection des intérêts publics.
1,52 €/litre au 11 mai 2018
30,5 %
çaise
Privatisations : l’Élysée
affine son plan
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
LA CLIM
POMPE
TROP
D’ÉNERGIE
21
16,6 %
TVA
Source : UFIP
*Taxe intérieure de consommation
sur les produits énergétiques
SOCIAL Sur les 17,2 millions de retraités qui perçoivent une pension
du système de retraite français, et
dont le service statistique du ministère (Drees) dresse un intéressant portait (lire notre édition Web),
1,6 million vit à l’étranger.
Loin du cliché du retraité français qui irait passer ses vieux jours
au soleil - notamment au Portugal
pour payer moins d’impôts -, « ce
sont souvent des gens qui sont nés à
l’étranger, ont travaillé quelques
années en France, puis sont repartis
dans leur pays », indique JeanMarc Aubert, directeur général de
la Drees. « Ils ont donc acquis des
droits, souvent faibles, donnant lieu
au versement de petites pensions,
qui peuvent être complétées par une
retraite versée par leur propre
pays. Mais nous avons peu de données les concernant », poursuit-il.
En septembre dernier, dans son
rapport sur les comptes de la Sécurité sociale, la Cour des comptes
estimait que « les prestations retraites versées à des résidents à
l’étranger représentent un enjeu significatif, mais imparfaitement
cerné, car les données disponibles
manquent de fiabilité ».
Des anomalies
En particulier, le nombre de prestations versées par la branche
vieillesse du régime général est affecté par une incertitude à hauteur
de 50 000 versements, soit près de
200 millions d’euros de dépenses
annuelles. Sous réserve de ce manque de fiabilité, la Cour indiquait
que 1,65 million de retraites de base
et 1,12 million de retraites complémentaires ont été versés à l’étran-
ger pour 6,5 milliards d’euros au
total en 2015 (soit 2,2 % du total des
prestations de retraite). Cinq pays
(Algérie, Portugal, Espagne, Maroc
et Italie) concentrent 70 % des
prestations. Ces dépenses sont très
dynamiques : elles ont augmenté
de 1,7 milliard d’euros, soit une
hausse de 35 % entre 2006 et 2015.
La Cour s’étonnait en outre d’un
certain nombre d’anomalies, comme le versement de pensions à des
assurés particulièrement âgés (jusqu’à 117 ans !) et pointait des risques de fraude insuffisamment pris
en compte par les caisses de retraite. Notamment, le fait que les familles ne déclarent pas toujours
dans les temps le décès de l’assuré.
La Cour recommandait aux caisses
de mieux s’organiser et de mener
des contrôles sur place, dans les
pays qui concentrent les principaux enjeux financiers. ■
30 000€ de dotation
Composé d’un jury de personnalités reconnues dans le monde de la Culture et de la restauration du Patrimoine, Le Grand Trophée récompensera la plus belle
restauration d’un édi�ce ou d’un jardin pri�é proté�é au titre des monuments histori�ues et accessible au public�
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A
Édition 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
22
ÉCONOMIE
L’exécutif ne veut pas profiter du regain
de croissance pour soutenir le pouvoir d’achat
L’Insee a revu à la hausse
la croissance 2017, à 2,2 %.
L’Élysée réfute le principe
d’une « cagnotte » à distribuer.
MARIE VISOT £@MarieVisot
y ait de
malentendu
sur la
promesse
qui a toujours
été celle
du candidat
puis du
président ;
et cette
promesse
porte sur
le travail,
pas sur
le pouvoir
d’achat
POLITIQUE ÉCONOMIQUE
La
croissance française a été encore
plus dynamique que prévu, l’an
dernier. Mois après mois, les prévisions n’avaient cessé d’être revues à la hausse, l’Insee s’étant finalement arrêté sur le chiffre
d’une progression du PIB de 2 % en
2017. Quelques semaines plus tard,
les données affinées de l’Institut de
statistiques font finalement état
d’une croissance de 2,2 %. Il faut
remonter à 2007, avant la crise
financière, pour trouver une
meilleure performance - la croissance avait alors atteint cette année-là 2,4 %. La raison ? En 2017, si
la consommation des ménages a
nettement ralenti (à 1 %, après
2,1 % en 2016), l’investissement
des entreprises a été, lui, très dynamique (4,1 % après 3,4 %).
UN CONSEILLER
D’EMMANUEL MACRON
Pas d’ajustement
»
« Est-ce que cela veut dire qu’on
aura éternellement un tel niveau de
croissance ? Pas spécialement »,
répond un proche du chef de
l’État, alors qu’un tassement de
l’activité est constaté en ce début
d’année 2018. Mais « cela signifie
que c’est le bon moment pour continuer à faire les réformes », a-t-il
poursuivi, ce mardi matin, devant
l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef).
Lesquelles ? L’Élysée cite la loi
pacte pour la croissance des entreprises, la réforme des transports
ou encore de l’action publique.
Mais certains - y compris dans la
majorité présidentielle - brandissent l’argument d’une croissance
La reprise de la croissance en 2017 est à mettre au crédit de l’investissement dynamique des entreprises (4,1 % après 3,4 % en 2016).
plus importante que prévu pour
réclamer aussi des gestes sur les
ménages. Et rappellent que le programme du candidat Macron tablait sur une croissance de 1,4 % en
2017 avant 1,8 % en 2018. Le chiffre
de l’Insee, publié ce mardi, va leur
donner du grain à moudre tant il
est désormais acquis que la progression de la richesse nationale a
été bien plus élevée que cela l’an
dernier ; et qu’elle a toutes les
chances de l’être cette année encore.
Mais, à l’Élysée, l’heure n’est
pas à réfléchir à un potentiel ajustement de la politique économique
définie pendant la campagne.
Même si le cadre conjoncturel
n’est effectivement plus le même.
L’exécutif avait déjà tenté de
tuer dans l’œuf il y a quelques se-
maines la petite musique montante sur l’existence d’une « cagnotte
fiscale ». Les 2,2 % de croissance de
2017 ne le font pas changer d’avis.
Et ce, pour plusieurs raisons.
Redistribution importante
D’abord, parce que le gouvernement estime ne pas avoir brimé les
ménages en cette première année
de pouvoir. « Jamais autant n’a été
fait en termes de redistribution depuis dix ans », assure un proche du
chef de l’État, en citant la bascule
de la CSG en baisse de cotisation
sur le travail, la suppression programmée (en trois fois) de la taxe
d’habitation ou la revalorisation de
certains minima sociaux.
Ensuite, parce que le chef de
l’État n’a jamais fait des baisses
d’impôts un engagement. « Il ne
faut pas qu’il y ait de malentendu
sur la promesse qui a toujours été
celle du candidat puis du président ;
et cette promesse porte sur le travail, pas sur le pouvoir d’achat »,
rappelle l’un de ses collaborateurs.
Le tout dans un contexte où « il
n’y a pas de marges de manœuvre
extraordinaires », a conclu ce proche d’Emmanuel Macron, rappelant au passage que l’État allait reprendre « une part importante » le montant de 35 milliards est
avancé - de la dette de la SNCF. De
fait, la France - dont le budget est
en déficit depuis plus de quarante
ans - s’est engagée auprès de ses
partenaires européens à tenir une
trajectoire de finances publiques
ambitieuse qui doit lui permettre
de revenir à l’équilibre d’ici à la fin
du quinquennat. ■
Un tiers des Français
inquiets pour leur emploi
Les entreprises ont créé près de
60 000 emplois au premier trimestre
Problème, seuls 4 Français sur
Les Français ne perçoivent pas en10 interrogés indiquent le savoir core les résultats de la reprise sur
dans le détail, 44 % des hommes,
leur vie quotidienne. Selon les ré53 % des salariés de plus de 50 ans,
sultats de la deuxième vague du ba41 % des cadres et des salariés des
romètre de l’employabilité, réalisé
grandes entreprises. « Face à ce
par BVA pour BPI group et dévoilés
véritable défi d’information, il appar Le Figaro, un tiers des Français
partient aux pouvoirs publics, aux
continuent de « se sentir exposés à
branches professionnelles, aux
un risque de perte d’emploi au cours
fédérations de mener des campades trois années à venir ». Et, parmi
gnes régulières et adaptées à tous »,
eux, plus particulièrement les emnote Sabine Lochmann, présidente
ployés (39 %) travaillant dans une
du directoire de BPI
entreprise de moins de
Group.
500 personnes, et pluComment les salariés
tôt dans l’industrie.
envisagent-ils d’utili« À l’inverse, les cadres
ser le budget dont ils
et les salariés du public
disposeront dans leur
se sentent moins expoCPF ? Si la réforme est
sés à un risque de perte
disent connaître les votée, ils l’utiliseront à
d’emploi (27 % et
modalités de réforme 33 % dans une forma22 %) », précise BVA.
Conscient de cette du compte personnel tion destinée à se rede formation (CPF)
convertir, à 32 % pour
défiance et du besoin
s’adapter aux évolude sécuriser les partions de leur métier ou
cours professionnels
encore à 26 % pour renforcer leur
des individus, le gouvernement a
expertise, montre l’étude. À noter
prévu dans sa loi « avenir profesque 17 % de ceux qui ont répondu
sionnel » - qui sera débattue en
indiquent qu’ils ne feront rien de
commission des affaires sociales de
leur CPF…
l’Assemblée à la fin du mois - plu« La prise de conscience est bien
sieurs dispositions pour renforcer
amorcée, juge Sabine Lochmann.
l’employabilité des salariés. Et noLes salariés sont prêts à faire preuve
tamment la monétisation du
d’adaptabilité, de souplesse et de
compte personnel de formation
pragmatisme. Ils ont la volonté de
(CPF), qui sera, à l’avenir, disponidevenir pleinement partie prenante
ble en euros et non plus en heures,
du choix de leurs formations, c’est un
comme Emmanuel Macron l’avait
beau défi que les dirigeants d’entrepromis au cours de la campagne
prise, les DRH mais aussi les syndiprésidentielle. Un salarié recevra
cats vont devoir relever. » Reste que,
ainsi 500 euros par an de crédits
comme le note aussi la patronne de
pour se former (avec un plafond de
BPI, le CPF ne sera pas suffisant du
5 000 euros sur dix ans) et
tout pour ceux qui souhaitent se re800 euros s’il est sans qualification
convertir par eux-mêmes. Désillu(avec un plafond de 8 000 euros sur
sions en perspective… ■
dix ans).
M. L.
UNE TENDANCE
PLUTÔT POSITIVE
40 %
des Français
A
CHARLES PLATIAU/REUTERS
Il ne faut
« pas
qu’il
MARC LANDRÉ £@marclandre
SOURCE: DARES
57900
emplois créés sur trois
mois et 270 200 sur un an
19,340
millions
Emplois salarié
recensés fin mars
dans les entreprises,
un record absolu
4 200
emplois détruits dans
l’industrie sur les trois
derniers mois de 2017,
après la création
de 6 400 postes fin 2017
(une première
en 66 trimestres)
Les bonnes nouvelles se suivent et
se ressemblent. Selon les toutes
dernières statistiques publiées ce
mardi par le ministère du Travail,
le secteur marchand - c’est-à-dire les entreprises privées - a créé
pas moins de 57 900 emplois au
premier trimestre de cette année.
Bien que ce chiffre soit moins bon
que sur les trois derniers mois de
2017 (au cours desquels 81 500
nouveaux postes avaient été recensés), il s’agit là d’un douzième
trimestre consécutif de hausse. Et
il maintient à plus de 270 000 le
nombre d’emplois créés sur un an
dans les entreprises, un record
depuis le milieu de la décennie
2000.
Ce dynamisme de l’emploi est la
conséquence directe de la croissance enregistrée à la mi-2017 - il
y a en effet un décalage de deux
trimestres de l’effet de l’activité
Dans le secteur privé, le nombre de recrutements en CDI
a bondi de plus de 14 % sur un an. A. KARELIAS - STOCK.ADOBE.COM
sur l’emploi. Il tient essentiellement au secteur tertiaire, où le
nombre de nouveaux postes recensés entre janvier et mars a dépassé, hors intérim, les 52 000 sur
trois mois et 213 000 sur un an, du
jamais vu depuis la fin 2007. Ces
emplois sont, de surcroît, de
moins en moins précaires, le
nombre de recrutement en CDI
ayant bondi de plus de 14 % sur un
an - et celui en CDD stagné -, selon
le décompte effectué fin mars par
l’Acoss, la fédération des Urssaf.
L’industrie, qui était repassée
dans le vert à la fin 2017 (+ 6 400
emplois, une première depuis…
début 2001), a replongé dans le
rouge sur les trois premiers mois
de l’année 2018 en détruisant
4 200 postes de plus, contrastant
avec les 7 900 créés dans la
construction.
Difficultés de recrutement
La bonne tendance actuelle de
l’emploi salarié pourrait toutefois
buter sur deux écueils. D’abord un
léger tassement de la croissance
observé en ce début 2018 et les
difficultés de recrutement rencontrées, par les petites entreprises notamment.
Une étude de Bpifrance et COERexecode, rendue publique mardi, relève d’ailleurs que six sociétés sur dix ont rencontré, depuis le
début de l’année, des difficultés
pour recruter le personnel nécessaire au développement de leur
activité. Et ce, à une écrasante
majorité, à cause essentiellement
de l’absence de candidats « adaptés » ou en inadéquation avec
leurs besoins. ■
ZOOM
LA CGT POURRAIT
SE JOINDRE
À LA FRANCE
INSOUMISE LE 26 MAI
£ Le parlement de la CGT
(appelé comité confédéral
national) s’est réuni mardi
et aurait décidé, selon
Le Parisien, d’appeler à
participer aux manifestations
du 26 mai, lancées par La France
insoumise et divers partis
et organisations de gauche.
À la CGT, on précisait toutefois
mardi soir qu’« aucune décision
définitive n’avait été prise à ce
stade ». Jusqu’à présent, la
centrale s’était gardée de se
joindre aux actions de La France
insoumise. Et ce, au nom de
l’indépendance syndicale.
EN BREF
EASYJET RÉDUIT
SES PERTES
£ EasyJet a réduit ses pertes,
à 54 millions de livres
(61 millions d’euros),
au premier semestre (clos
en mars) de son exercice 20172018, contre 192 millions
un an plus tôt. La compagnie
a transporté 3 millions
de personnes de plus,
d’un semestre sur l’autre,
à 38,8 millions.
CRÉDIT AGRICOLE :
RÉSULTATS EN HAUSSE
£ Au premier trimestre,
le résultat de Crédit Agricole
SA, entité cotée de la Banque
verte, a progressé de 1,2 % à
856 millions d’euros). Elle a été
pénalisée par la banque de
détail et les activités de marché
à l’instar des autres banques
françaises.
FNAC DARTY ET MEDIA
MARKT FONTALLIANCE
£ Dix mois après l’entrée
au capital de Fnac Darty
de l’allemand Ceconomy
(à hauteur de 24 %), les deux
acteurs franchissent une
nouvelle étape. Media Markt,
filiale de Ceconomy, et le
distributeur français concluent
une alliance stratégique
européenne, centrée sur les
achats, les relations avec leurs
fournisseurs et l’innovation.
+@
» Des employés de Google
démissionnent à cause
d’un projet d’intelligence
artificielle militaire
www.lefigaro.fr/economie
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 16 mai 2018
ENTREPRISES
23
Air France : les adieux inquiets de Janaillac
Le PDG démissionnaire décrit une compagnie confrontée « à la plus grave crise de son histoire ».
BERTILLE BAYART £@BertilleBayart
TRANSPORTS Une assemblée générale est un exercice codifié. Et le
déroulement de la réunion des actionnaires d’Air France-KLM mardi
a à peine été altéré par les circonstances exceptionnelles que traverse
le groupe. Jean-Marc Janaillac a
présidé la séance. À l’issue de celleci, il n’était plus PDG. Sa démission,
remise le 4 mai à la suite de la
consultation des salariés d’Air France sur l’accord salarial, est effective.
Cette situation lui donnait peutêtre, mardi, une plus grande liberté
de ton. Son exposé des défis qui sont
ceux d’Air France-KLM a résonné
avec plus de force. « Air FranceKLM est en croissance, mais moins
rapide que les autres. Cela veut dire
que nous perdons du terrain », a-t-il
mis en garde.
Il lègue à ses successeurs des axes
stratégiques. Pour l’heure, c’est une
gouvernance de transition qui est
mise en place (lire nos éditions du
15 mai). L’ancienne dirigeante de
Hachette et Presstalis et ex-ministre
Anne-Marie Couderc, 68 ans, prend
la présidence non exécutive d’Air
France-KLM et du conseil d’Air
France. Un comité de direction collégiale formé par les patrons d’Air
France et de KLM, Franck Terner et
Pieter Elbers, et le directeur financier, Frédéric Gagey, qui fera fonction de directeur général groupe, est
mis sur pied. Jean-Marc Janaillac a
dit sa confiance en cette équipe pour
piloter la compagnie « dans cette
période sensible ».
« Cette gouvernance de transition
est instaurée pour la période nécessaire pour finaliser le processus de
succession de Jean-Marc Janaillac,
période qui devra être la plus brève
possible », précise la compagnie. Il
faudra pourtant des semaines, peutêtre des mois, pour trouver un nouveau patron à la compagnie.
Pourtant, a souligné Jean-Marc
Janaillac, « Air France n’a pas les
moyens de perdre plus de temps ». Il a
appelé à une « transformation profonde » de la compagnie française,
en particulier, qui, selon lui, « traverse une des crises les plus difficiles
de son histoire ». Le PDG ne s’est pas
appesanti sur les raisons de son départ et de son référendum perdu.
Pas un mot ou presque sur le Syndicat national des pilotes de ligne
(SNPL), dont il dénonce pourtant en
privé la responsabilité du bureau et
de son président, Philippe Evain.
Taille critique
Jean-Marc Janaillac a davantage insisté sur une « culture héritée de
fonctionnement vertical et administratif » et un « sentiment de subir
une succession de plans d’attrition ».
Entre KLM et les dernières-nées du
groupe, Hop !, Joon et Transavia, Air
France semble perdre son identité.
Jean-Marc Janaillac,
PDG démissionnaire
d’Air France-KLM
et Anne-Marie
Couderc, présidente
par intérim, lors
de leur arrivée
à l’assemblée
générale de la
compagnie aérienne,
mardi. PHILIPPE
WOJAZER/ REUTERS
La cohésion est donc l’un des défis
du groupe. Le désormais ex-PDG en
a décrit deux autres, majeurs. Celui
de la compétitivité, illustré par une
marge d’exploitation de 4 % chez
Air France, contre 9 % chez KLM ou
Lufthansa, ou 12 % chez British
Airways. « Les salariés ne le relèveront pas seuls », a-t-il affirmé. Il a
appelé l’État à prendre des mesures
sur le niveau des cotisations sociales,
non plafonnées, et à « s’abstenir
d’accorder de nouveaux droits de trafic » aux compagnies du Golfe qui,
soutenues par leur État d’origine,
fausseraient la concurrence.
Ensuite, Air France-KLM a devant elle un défi de taille critique et
de modèle, face à des concurrents
comme EasyJet, Ryanair, IAG et
Lufthansa, face au modèle du lowcost long-courrier que les nouveaux
appareils rendent pertinent, face
enfin à l’appropriation par les
clients, grâce au numérique, de leurs
propres correspondances. Ce phénomène de « self connect » affaiblit
« le modèle dominant du hub sur lequel
Air
France-KLM
s’est
construit ». Mardi, Jean-Marc Janaillac a pu signer les accords finaux
avec Delta et Virgin qu’il avait négociés l’an dernier. Ensuite, il a quitté
Air France-KLM avec les remerciements appuyés de son conseil et sans
indemnités de départ. À 65 ans, il
compte, dit-il, se trouver quelques
missions, faire du bénévolat et prendre le temps de lire les piles de livres
achetés mais pas encore ouverts qui
s’entassent chez lui. ■
Subventions aéronautiques : Airbus prône une solution négociée
Un nouveau jugement de l’OMC ajoute un épisode à un long feuilleton engagé en 2004.
VÉRONIQUE GUILLERMARD
£@vguillermard
1992
Accord aéronautique
États-Unis - Europe.
Il comporte un volet
sur les aides publiques.
2003
Airbus livre davantage
d’avions que Boeing.
2004
Les États-Unis portent
plainte contre l’Europe
devant l’OMC,
l’accusant de verser
des aides publiques
illégales à Airbus.
L’Europe réplique et
porte plainte, accusant
les États-Unis de
subventionner Boeing.
AÉRONAUTIQUE Nouveau verdict
dans le litige commercial qui oppose les États-Unis à l’Europe sur la
question des subventions aéronautiques. L’affaire a pris la forme d’un
long feuilleton, dont le premier épisode s’est joué en octobre 2004,
avec le dépôt de plaintes croisées
devant l’Organisation mondiale du
commerce (OMC). Airbus et Boeing
s’accusent mutuellement de recevoir des aides publiques illégales
- 22 milliards versés à Airbus, selon
les calculs de l’américain ; 20 milliards versés à Boeing, selon l’estimation européenne. Ces aides ont
pour effet de fausser la concurrence
et de leur porter préjudice sur le
marché commercial.
Mardi 15 mai, l’organe d’appel de
l’OMC a donné gain de cause aux
États-Unis sur les aides reçues par
Airbus pour développer l’A380 et
l’A350. « Boeing a établi que les taux
d’intérêt des prêts accordés à Airbus
par l’Europe étaient inférieurs aux
taux du marché à l’époque, créant
une distorsion de concurrence, qui
peut être sanctionnée », souligne une
source proche du dossier. De quoi
crier victoire outre-Atlantique.
Mais l’OMC a exclu du champ de
la plainte, tous les autres programmes, dont l’A320 et l’A330. Dans le
camp européen, ce jugement est
jugé « satisfaisant » puisque « la
plainte américaine a été vidée à 95 %
de sa substance » et que « le système
des avances remboursables est jugé
légal ». Airbus « procède aux ajustements mineurs requis » pour mettre
en conformité ses deux programmes épinglés (A380 et A350).
De son côté, Boeing estime que ce
verdict « autorise le représentant
américain au commerce (USTR) » de
remédier « aux dommages provoqués par les subventions illégales à
Airbus ». Boeing n’hésite pas à suggérer que Washington a en droit de
taxer « les importations de produits
européens aux États-Unis », à hauteur de « plusieurs milliards de dollars ». En Europe, on souligne que
ces sanctions ne peuvent être que
« mineures ». Elles doivent être calculées à partir de l’impact des aides
publiques (et non de leur montant),
sur l’activité commerciale de
Boeing. Charge à lui de le démontrer, chiffres à l’appui.
« Ce sera très difficile, relève un
expert. L’A380 n’est pas un succès
commercial. On ne voit pas comment
cet avion aurait fait du tort à Boeing.
Quant à l’A350, le prêt remboursable
a été inférieur à 20 % du coût du programme. Le différentiel entre les taux
d’intérêt représente une petite fraction de 1 %. À l’époque, les taux
étaient très bas. »
Airbus veut éviter que l’USTR ne
se saisisse de l’affaire. Afin de gagner
du temps, ses avocats demanderont
à l’OMC que le calcul de l’impact des
aides publiques sur le marché couvre la période 2012-2018. Il s’agit de
prendre en compte la décélération
du programme A380, en panne de
nouvelles commandes. Airbus joue
la montre car l’OMC doit rendre un
second verdict fin 2018. Elle doit
statuer sur la plainte européenne
contre les aides à Boeing.
Rouleau compresseur
L’Europe veut éviter que l’aéronautique ne crispe davantage les relations avec les États-Unis. Déjà, la
justice américaine suit de près l’évolution des enquêtes judiciaires en
Europe pour soupçon de corruption
sur des contrats Airbus. Et les tensions sont encore fortes autour du
CSeries du canadien Bombardier,
programme racheté par Airbus au
nez et à la barbe de Boeing. En janvier 2018, le ministère américain du
Commerce a été débouté par la
Commission américaine du com-
Barclays France change
de nom et de stratégie
L’ex-filiale de la banque britannique devient
Milleis Banque et cible les clients patrimoniaux.
100 000
clients
aujourd’hui
Milleis Banque
ambitionne de doubler
ce nombre d’ici à 2024
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
FINANCE Huit mois après son rachat par le fonds britannique AnaCap, Barclays France change de
nom. L’ancienne filiale de la banque
britannique Barclays, qui avait jusqu’au 31 août pour trouver une
nouvelle identité, s’appelle désormais Milleis Banque. Cette nouvelle
marque n’est pas sans rappeler le
nom anglais millennials, qui désigne
les 25-35 ans, cette génération qui
vit depuis sa naissance avec Internet. Milleis Banque, qui compte
100 000 clients et 9 milliards d’euros d’encours, ambitionne d’ailleurs de devenir une banque patri-
moniale (et non pas de détail) pour
les jeunes cadres et entrepreneurs.
Elle cible de façon générale les
épargnants à la tête d’un patrimoine financier compris entre 50 000
et 1 million d’euros, avec une prédilection pour ceux détenant entre
100 000 et 500 000 euros. Ce qui représente au total 2,5 millions de
Français.
Comptes dans le rouge
« Ces clients sont de plus en plus mal
traités par les grandes banques de
réseau et ils sont trop pauvres pour
les banques privées, dont certaines
sont en train de se défaire d’eux »,
justifie Philippe Vayssettes, directeur général de Milleis Banque.
Philippe Vayssettes, directeur général de Milleis Banque.
Confrontées aux taux bas qui compressent leurs revenus, une inflation réglementaire et l’adaptation
aux évolutions numériques générant des coûts importants, les banques privées montent en gamme.
Dans ce cadre, Neuflize OBC s’apprête à transférer ses clients les
moins fortunés vers la Financière de
l’Échiquier (nos éditions du 3 mai).
Pour conquérir de nouveaux
clients, Milleis Banque, qui se décrit
comme une start-up bancaire, mise
à la fois sur le conseil et sur le numérique. Elle est en train d’investir
P. CHIQUELIN
pour moderniser son informatique
et quitter le réseau très centralisé
du britannique Barclays.
« Les conseillers joueront un rôle de
chef d’orchestre et accompagneront
les clients pendant sept ans en moyenne », précise Philippe Vayssettes. La
banque, qui jouera la carte de l’architecture ouverte, a noué des partenariats avec plusieurs établissements pour distribuer leurs produits
d’épargne (BNP Paribas, Amundi,
Rothschild & Cie, Cafpi…). Elle proposera aussi à nouveau des crédits
immobiliers aux clients ayant au mi-
merce international de sa demande
de surtaxer à 300 % le CSeries. Sans
oublier la menace américaine de
surtaxer l’acier européen.
Face à une administration Trump
qualifiée d’« agressive » et un Boeing
très offensif, l’Union européenne
joue l’apaisement. En privé, Airbus
admet que le litige tourne en rond.
Les décisions de l’OMC ne sont pas
contraignantes. L’affaire pourrait
encore s’éterniser. Elle ne fait qu’enrichir les avocats des deux bords.
Pendant qu’Airbus et Boeing
s’épuisent en vaines querelles, la
Chine et la Russie développent de
nouveaux avions sur fonds publics.
Les Occidentaux devraient faire
front commun face au rouleau
compresseur chinois et aux ambitions russes. Airbus a appelé hier, à
une solution négociée « à l’amiable » entre les États-Unis et l’Europe ou « dans l’idéal à l’échelle mondiale ». Il n’est pas sûr que cet appel
soit entendu… ■
nimum 100 000 euros d’actifs financiers. En septembre, une nouvelle
grille tarifaire sera appliquée, avec
des prix à la carte en fonction des
avoirs domiciliés dans la banque.
Milleis Banque espère renaître de
ses cendres grâce à cette nouvelle
stratégie. Alors que, dans les années
1990, Barclays France comptait parmi les banques privées les plus prestigieuses, elle vivote depuis quelques
années, perd des clients et ses
comptes sont dans le rouge. « Cette
filiale n’était plus un actif stratégique
pour Barclays, qui n’investissait plus
car il souhaitait la vendre », justifie
Philippe Vayssettes. Le dirigeant,
qui n’exclut pas des opérations de
croissance externe, ambitionne de
doubler le nombre de clients à
200 000 d’ici à 2024. Il espère renouer avec la rentabilité à partir de
2020. Pour atteindre cet objectif, la
banque s’apprête à fermer une bonne partie des 72 agences qui emploient 1 100 personnes. « Il y aura
moins de 1 000 employés en 2024»,
indique Philippe Vayssettes. Tous les
objectifs sont fixés pour 2024, soit la
durée moyenne d’investissement
pour un fonds comme Anacap. ■
A
EN DATES
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
24 ENTREPRISES
Delachaux prépare son retour en Bourse
L’entreprise familiale, spécialiste des infrastructures de transports, offre une porte de sortie au fonds CVC.
ANNE BODESCOT
abodescot@lefigaro.fr
INDUSTRIE Sept ans après avoir
quitté la Bourse, Delachaux y prépare son retour. Il vient d’enregistrer son document de base auprès
de l’Autorité des marchés financiers (AMF), pour ce qui pourrait
être l’une des plus importantes introductions de l’année. Le groupe
créé en 1902 par Clarence Delachaux, qui participait alors à la
création du métro parisien, y voit
l’occasion d’accroître sa notoriété
auprès de ses clients internationaux. Mais il s’agit d’offrir une porte de sortie au fonds d’investissement CVC Capital Partners.
Celui-ci, entré au capital en 2011,
avait organisé le retrait de la cote. Il
venait alors de financer la transmission de l’entreprise familiale qui
est un leader mondial dans les
équipements pour le rail, les systèmes de transports ou les ports. L’un
des enfants de Clarence, André
Delachaux, devait en effet à l’époque racheter leurs parts aux autres
branches de la famille. Il est décédé
début 2018.
C’est aujourd’hui l’un de ses propres enfants, Stéphane, 53 ans, le
plus jeune des petits-fils du fondateur, qui préside le conseil d’administration. La famille contrôle la société avec 50,1 % des droits de vote
et détient 49,9 % du capital, à égalité avec CVC, le management possédant le 0,2 % restant.
Même après l’introduction en
Bourse, la famille promet de rester
l’actionnaire majoritaire de l’entreprise tricolore. Mais l’opération
permettrait à CVC de mettre sur le
marché plusieurs centaines de millions d’euros de titres, tandis que
l’entreprise en profiterait de son
côté pour lancer une augmentation
de capital de 100 millions d’euros,
« destinée à réduire son endettement », précise le directeur général, Guy Talbourdet.
« Un modèle flexible »
Delachaux a réalisé l’an dernier
858 millions de chiffre d’affaires, le
plus haut score de son histoire, dépassant le niveau record de 2012.
À la différence de certains concurrents, dont la production est
concentrée dans de grandes et coûteuses usines, le groupe, qui em-
ploie 3 000 personnes, a opté « pour
un modèle flexible, avec des équipes
commerciales et des unités industrielles réparties dans le monde »,
souligne Guy Talbourdet. Une stratégie qui mobilise moins de capitaux et qui permet de mieux résister aux variations des commandes,
explique-t-il. Le groupe gère ainsi
90 sites dans 35 pays.
Les marchés du ferroviaire représentent un peu plus de la moitié
(57 %) du chiffre d’affaires, avec,
Système de fixation
Vipa développé
par la marque Pandrol
(Delachaux) et installé
à Arnside (Angleterre).
GRAEME BICKERDIKE
sous la marque Pandrol, des systèmes de fixation et de soudure pour
les rails par exemple, du matériel
de voie et de contrôle, etc. Mais le
groupe est aussi leader mondial
pour les barres conductrices
d’énergie et de données (utiles par
exemple pour gérer une grue à distance), sous la marque Conductix
Wampfler. Enfin, il livre du chrome
métal à haute teneur, utilisé pour
optimiser le rendement des moteurs d’avions.
Pour rassurer les investisseurs
sur son endettement, Delachaux
compte sur sa forte capacité à dégager de la trésorerie et des perspectives de développement attrayantes.
« Le redémarrage de l’activité minière est un atout pour nous, pour
l’électrification des mines, comme le
transport et la manutention des matières premières dans les ports », relève le directeur général.
Pour la période 2019-2021, le
groupe avance une croissance organique annuelle de 3 % à 5 % et un
chiffre d’affaires additionnel cumulé de 50 à 70 millions d’euros
grâce à des acquisitions ciblées.
Une stratégie qu’il a toujours pratiquée dans le passé. Delachaux veut
ainsi poursuivre son expansion en
Inde, en Chine et en Russie. Il promet aussi de continuer à investir
dans l’innovation. Chaque année, il
consacre 3 % de son chiffre d’affaires à la R&D. ■
Faurecia muscle sa croissance et ses marges
L’équipementier automobile mise sur son développement en Chine et sur la pile à combustible.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
Patrick Koller, directeur
général de Faurecia.
ÉRIC PIERMONT/AFP
AUTOMOBILE
Un
milliard
d’euros de chiffre d’affaires additionnel chaque année d’ici à
2020. C’est l’objectif, ambitieux,
que se fixe Faurecia. L’équipementier automobile a présenté,
mardi 15 mai, son nouveau plan
stratégique devant les investisseurs. Il vise donc une forte
croissance de l’activité, qui devrait atteindre 20 milliards
d’euros en 2020, mais aussi une
nette amélioration de la marge.
Les progrès sont déjà notables ces
dernières années, la marge opérationnelle étant passée de 4,3 %
des ventes en 2014 à 6,9 % l’an
dernier. Mais Patrick Koller, directeur général de Faurecia,
compte faire mieux : 8 % d’ici à
2020.
Pour y parvenir, le groupe fera
de gros efforts sur les coûts.
D’abord, les dépenses de recherche et développement (R&D).
L’objectif est de faire passer le
coût horaire de la R&D de
64 euros en 2017 à 50 euros en
2020. « Il n’y a qu’une solution
pour y parvenir, détaille Patrick
Koller. C’est de déplacer des ressources des pays à coût de maind’œuvre élevé à des pays à bas
coût de main-d’œuvre. » Principale destination : l’Inde, où le
groupe compte augmenter de
1 200 le nombre d’ingénieurs en-
LES DÉCIDEURS
â VÉRONIQUE GOUTELLE
Groupe Crédit agricole
À 56 ans, l’actuelle DRH de la branche consumer finance du Crédit agricole est promue aux
mêmes fonctions pour la filiale LCL.
â BENOÎT SOURY
Carrefour
Le DG de La Vie claire rejoint le PDG Alexandre
Bompard comme directeur Marché Bio, rattaché
au secrétaire général, Laurent Vallée. Le développement du bio est un axe prioritaire dans le
cadre du plan de transformation Carrefour 2022.
A
â NICK READ
Vodafone
Le géant britannique des télécoms
change de patron après dix ans de
règne de Vittorio Calo. Directeur
financier depuis 2014, Nick Read le remplacera
le 1er octobre. Ce dernier a joué un rôle clef dans
la gestion des activités de Vodafone en GrandeBretagne, Afrique, Moyen-Orient et Asie Pacifique. Ce changement a lieu dans un contexte de
croissance externe, avec le rachat pour
18,4 milliards d’euros d’actifs en Europe de
Liberty Global et la fusion de sa branche indienne avec Idea Cellular.
tre 2017 et 2020. Ces pays à faible
coût devraient représenter 55 %
des dépenses de R&D en 2020,
contre 35 % en 2016.
Faurecia fera aussi des efforts
dans ses 300 usines dans le monde. « Ce qui est fondamental dans
notre métier, c’est l’exécution, explique Patrick Koller. Un patron
d’usine doit se concentrer sur la
satisfaction du client et la profitabilité du site. »
Ambitions chinoises
Le groupe vient d’effectuer un
premier classement de ses usines.
Celles qui ne donneront pas satisfaction seront privées d’investissement de développement. Et si
elles ne parviennent pas à redres-
ser la barre, le dirigeant envisage
de les sortir du périmètre.
Il vise, d’une manière plus positive, à se développer en Chine.
Les trois branches du groupe
- mobilité propre, vie à bord des
véhicules, sièges - doivent croître
dans l’empire du Milieu. Le mouvement est entamé. L’an dernier,
les commandes enregistrées en
Chine atteignaient 6,7 milliards
d’euros. En octobre 2017, Faurecia a créé une coentreprise avec
le chinois BYD. La nouvelle entreprise récupère les activités
d’équipementier automobile qui
étaient auparavant internalisées.
« Nous avons une discussion du
même genre avec un autre groupe
chinois », confie Patrick Koller.
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Système U : Dominique Schelcher, un
commerçant « branché » au sommet
Il ne figure pas (encore) au
Who’s Who, mais est un
adepte de tous les réseaux
sociaux. Dominique Schelcher, qui doit officiellement
être élu ce mercredi, par le conseil d’administration, successeur du PDG Serge Papin à la tête
du groupement Super U, n’est pas encore très
connu du monde des affaires. Même s’il s’est
imposé à vitesse grand V dans le sérail de la
grande distribution. Son charismatique mentor
de 63 ans, aux commandes depuis 2005, qui ne
souhaitait pas rempiler, l’aurait identifié dès
2010 comme son successeur. Mais il ne faisait
réellement figure de dauphin que depuis deux
ans. Dominique Schelcher allie discrétion,
détermination, convictions. À la fois homme de
terrain et de vision, celui qui avait encore gagné
des galons l’an dernier comme vice-président
de Système U en charge du marketing et de la
communication était aux yeux des « associés U » l’homme de la situation pour écrire la
suite de l’histoire. Une histoire débutée en 1894
à Savenay (Loire-Atlantique) où l’épicier
Auguste Juhel décida de fédérer les commerçants de sa région pour qu’ils puissent faire face
à la concurrence des grandes maisons. En
naquit une des premières sociétés d’achats en
commun baptisée à l’origine Le Pain quotidien.
L’association ne cessera dès lors de grandir…
Pour Dominique Schelcher, se retrouver à
47 ans à la tête d’un acteur majeur de la distribution, classé, selon les critères, entre la quatrième et la sixième place dans le club des Carrefour, Auchan, Leclerc et autres Casino, est
une sorte de consécration. Lève-tôt, infatigable travailleur, ce fils d’épicier de Fessenheim,
lui-même père de trois enfants, n’avait d’yeux
pourtant au départ que pour le journalisme.
Un diplôme d’école de commerce (Essca
Angers), il débute à Ouest France et à L’Alsace,
mais le désir d’indépendance est là, et très vite
l’atavisme familial reprend le dessus. Propriétaire du Super U de Fessenheim depuis 2004,
l’homme à l’accent alsacien s’implique parallèlement dans le développement de l’enseigne. Pas à pas, il devient administrateur, responsable du développement de la coopérative
Système U Est, PDG de la centrale régionale
d’achat, puis, en 2012, du GIE informatique de
Système U. Le commerçant branché y exprime son goût très fort pour les nouvelles technologies. Prenant aujourd’hui les rênes d’un
ensemble dynamique de quelque 20 milliards
de chiffre d’affaires et de 1 559 points de vente,
il est convaincu que, sur fond de numérisation
de l’économie, les indépendants à taille
humaine ont tous les atouts pour jouer un rôle
moteur dans la transformation du commerce.
C. B.
Même la baisse du diesel en Europe n’inquiète pas le patron de
Faurecia : « Plusieurs modes de
propulsion vont exister dans le futur, dit-il, mais l’essence restera
prédominante. » Faurecia reste
très présent dans le thermique
mais prend des positions dans
l’électrique à batterie et dans la
pile à combustible. Patrick Koller
est d’ailleurs persuadé de l’avenir
de ce mode de propulsion. Et il y
investit, avec une proposition
portant sur un réservoir, une valve et un système de stockage. Au
total, cela pourrait représenter, à
terme, 6 000 euros par véhicule
pour Faurecia. Un beau potentiel
de croissance quand le niveau actuel se situe plutôt à 200 euros. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â LAURENT HABIB
Medef
Président de l’Association des
agences-conseil en communication
(AACC) ainsi que de l’agence de
communication Babel, qu’il a fondée, cet ancien dirigeant d’Havas France est élu au
conseil exécutif du mouvement patronal.
â PASCAL METTEY
Paprec
Directeur délégué du spécialiste du recyclage
depuis 2001, cet Insa Lyon de 58 ans, qui a
participé au fort développement du goupe
créé par Jean-Luc Petithuguenin, monte au
comité exécutif de Paprec.
â MARIE-JOSÉ DONSION
Arkema
Directrice financière d’Alstom depuis 2015, elle devient la grande argentière du premier chimiste français. Dans le cadre de ses nouvelles
responsabilités et à la suite de Thierry
Lemonnier, parti à la retraite, elle intégrera le
comité exécutif du groupe, dont elle était depuis 2016 membre du conseil d’administration et présidente du comité d’audit.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 16 mai 2018
TECH
25
Donald Trump fait
un geste pour sauver
le chinois ZTE
En jeu : les exportations agricoles et
les négociations en cours avec Pékin.
PIERRE-YVES DUGUA £@pdugua
CORRESPONDANT À WASHINGTON
Thomas Reynaud, le nouveau directeur général de Free au côté de Xavier Niel, fondateur du groupe, en 2017, à Paris.
ÉRIC PIERMONT / AFP
Free cherche un nouveau
modèle pour se relancer
Pour la première fois de son histoire, l’opérateur perd des abonnés
dans le fixe. Mardi, le titre Iliad a chuté très lourdement en Bourse.
FREE EN CHIFFRES
AU PREMIER TRIMESTRE 2018
1,2
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
TÉLÉCOMS Xavier Niel et Thomas
Reynaud, tout juste nommé au
poste de directeur général de Free,
jouent aux pompiers de service. La
publication, mardi, des résultats
trimestriels de l’opérateur télécoms a déçu. Le titre Iliad, la maison mère de Free, a cédé 19,52 %, à
133,20 euros, un plus bas depuis
janvier 2013. En une séance, la capitalisation d’Iliad a fondu de près
de 1,9 milliard d’euros, et elle a
perdu 42 % en douze mois ! « Au
cours actuel, le marché considère
qu’Iliad est devenu un acteur mature. Il est traité comme tel et non plus
comme un acteur en croissance »,
explique Alexandre Iatrides, analyste télécoms chez Oddo Securities. Au premier trimestre, le chiffre d’affaires du groupe progresse à
peine, en hausse de 0,8 %, à
1,2 milliard d’euros.
Les doutes ont été renforcés par
le changement de management
annoncé la veille de la publication
des résultats. Au poste de directeur
général de Free, Thomas Reynaud
va succéder à Maxime Lombardini. Ce dernier devient président du
conseil d’administration d’Iliad.
Xavier Niel a, lui, redit son implication dans le groupe, en tant que
principal actionnaire, directeur
stratégique et vice-président du
conseil. Le fondateur de Free a
d’ailleurs sorti le grand jeu, mardi
matin, auprès des analystes financier, d’abord pour rappeler « l’at-
milliard d’euros
de chiffre d’affaires
(- 1,08 % sur un an)
13,8
millions d’abonnés
mobile (en hausse
de 130 000 sur
un trimestre)
6,5
millions d’abonnés
fixe (en baisse
de 19 000 en
un trimestre)
tachement des Français à la marque
Free » et pour mettre en avant des
perspectives qu’il estime alléchantes.
« Mal profond »
Cela n’a pas suffi à faire oublier les
performances décevantes du premier trimestre. « Le mal est plus
profond que ce à quoi on s’attendait », souligne Thomas Coudry,
analyste chez Bryan & Garnier, qui
note « un essoufflement de la politique traditionnelle d’Iliad dans un
environnement très compétitif ».
Pour la première fois de son histoire, le chiffre d’affaires de Free dans
le fixe a en effet reculé de 1,6 %, à
672 millions d’euros. L’opérateur a
perdu 19 000 clients et le revenu
mensuel moyen par abonné recule
de 1 euro, à 32,90 euros. Certes,
l’opérateur compte 6,5 millions
d’abonnés au fixe, mais a-t-il encore la capacité de les conserver
tous, dans un marché de plus en
plus concurrentiel ? Orange taille
des croupières à ses concurrents
grâce à la fibre. SFR et Bouygues
Telecom sont, eux, partis à l’offensive à grand renfort d’offres promotionnelles. Une baisse des revenus du fixe, vache à lait du groupe,
place Free dans une situation critique alors que le mobile n’a pas encore pris le relais.
« Nous allons mettre en place une
approche commerciale segmentée
qui reflète mieux les attentes des
abonnés », annonce Thomas Reynaud. Une façon de reconnaître
que les offres de Free ne sont plus
adaptées au marché. L’opérateur
dispose de deux contrats dans le
fixe (l’un à 29,99 euros et l’autre à
39,99 euros par mois) et deux dans
le mobile (à 2 euros et 19,99 euros).
Elles sont agrémentées de promotion sur vente-privée.com. Free va
donc tourner la page de sa sacrosainte politique marketing fondée
sur deux offres, pour proposer trois
ou quatre niveaux d’abonnement.
Et il va aussi mettre l’accent sur la
fidélisation de ses clients. Un
avant-goût a été donné avec le lancement des « jours Very Free » et
de la Freebox Mini 4K à 14,99 euros
pendant un an, au lieu de
29,99 euros. De quoi rivaliser avec
les offres de Bouygues Telecom et
SFR. Xavier Niel a aussi donné des
précisions sur la date de lancement
de la nouvelle Freebox, alors que la
Révolution a déjà sept ans. La prochaine box arrivera en septembre.
Cela fait près de deux ans que les
« Freenautes » l’attendent, mais le
groupe préfère laisser passer la
Coupe du monde de football avant
de lancer ce nouvel équipement.
Toutefois, le tableau n’est pas
complètement noir. Free continue
de gagner des abonnés dans le mobile, même si la croissance ralentit,
et dans la fibre. Free a aussi annoncé qu’il allait se lancer sur le marché des entreprises. Le groupe a
par ailleurs confirmé son arrivée
sur le marché italien avant le
21 juin. Une façon d’expliquer que
les principaux relais de croissance
du groupe se situent désormais
hors de son marché d’origine. ■
ÉLECTRONIQUE Visiblement sans
consulter son cabinet, Donald
Trump a potentiellement offert une
concession spectaculaire au président chinois Xi Jinping : sauver la
vie du géant des équipements téléphoniques ZTE, pourtant pris en
flagrant délit de mensonge dans
une affaire de violation de l’embargo américain sur les États voyous.
L’initiative choque nombre
d’élus au Congrès, convaincus
qu’elle affaiblit la position américaine alors que s’engagent des tractations à Washington entre responsables chinois et américains afin de
réduire l’énorme déséquilibre des
échanges entre les deux pays.
À la surprise générale, le geste a
été révélé par Donald Trump dans
l’un de ses tweets. Notant « trop
d’emplois perdus en Chine », le président y annonce travailler avec
son homologue chinois pour permettre à ZTE de « trouver un moyen
de reprendre vite son activité ».
Depuis le mois dernier, la firme
de Shenzen est paralysée par l’interdiction faite à toute société américaine de lui vendre des composants. Ce bannissement pour sept
ans a été décrété par le département du Commerce dans le cadre
d’une affaire qui couve depuis des
années et n’a rien à voir avec les
sanctions commerciales brandies
par Donald Trump au cours des
derniers mois.
Le département du Commerce a
agi ainsi jugeant que ZTE lui avait
menti. En effet, loin d’avoir sanctionné comme promis les responsables de violations de l’embargo
américain frappant plusieurs pays
dont l’Iran ou la Corée du Nord,
ZTE leur a versé des primes. En
2016, Barack Obama avait déjà interdit aux fabricants américains de
composants de commercer avec
ZTE. La sanction avait paralysé
ZTE. Toutefois, dans un geste de
clémence, l’Administration
Obama
avait fini par lever
la sanction, pour
la remplacer par
une amende de 1,2
milliard de dollars
et obtenir la promesse que les responsables seraient punis. En
découvrant
récemment par des fuites que
rien n’avait été fait, le
département du Commerce avait choisi de frap-
per fort, quitte à couper ZTE de ses
fournisseurs.
L’affaire est d’autant plus grave
que ZTE, tout comme l’autre équipementier chinois, Huawei, est
jugé par ailleurs au Congrès, au
Pentagone et par la CIA comme
pourvoyeur de matériels dangereux car susceptibles d’être utilisés
par les services chinois pour espionner les Américains.
Confiance personnelle
Dans ce contexte lourd, Donald
Trump ordonne au département du
Commerce de trouver « très vite »
une alternative à la sanction radicale. Mais qu’a-t-il obtenu en
échange ? D’abord un climat plus
cordial pour les négociations qui
s’engagent avec Pékin. Donald
Trump semble convaincu d’avoir
obtenu la confiance personnelle de
son homologue chinois, utile pour
gérer la crise avec la Corée du Nord.
Mais le « deal » implicite semble
aller plus loin. Une résolution plus
douce du litige avec ZTE, avec, par
exemple, une suspension temporaire des sanctions le temps d’une
enquête, conviendrait d’abord aux
fournisseurs américains de ZTE.
Elle pourrait ensuite aboutir à
exempter les denrées agricoles
américaines de sanctions commerciales chinoises. Un point capital en
cette période préélectorale où les
bastions républicains du Midwest
sont vulnérables.
Enfin, on comprend que le toutpuissant Xi Jinping soit aussi intervenu pour brusquement débloquer
la procédure d’examen par les
autorités chinoises du rachat de
NXP Semiconductors NV par
Qualcomm. La Chine est à ce jour
le dernier grand pays à bloquer
cette opération de 44 milliards de
dollars. ■
Un smartphone
fabriqué par ZTE. Depuis le mois
dernier, le géant chinois des
télécoms est paralysé
par l’interdiction faite
à toute société
américaine de
lui vendre des
composants.
JOE RAEDLE/AFP
LA SÉANCE DU MARDI 15 MAI
LE CAC
JOUR
%VAR.
ACCOR .............................................. 46,78
♣
AIR LIQUIDE ..................................
108,3
AIRBUS .............................................. 96,25
ARCELORMITTAL SA ..................................
30,175
ATOS .............................................. 113,6
AXA .............................................. 22,68
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
63,19
BOUYGUES ..............................................
42,07
CAPGEMINI ..............................................
115,55
CARREFOUR ..............................................
16,32
CREDIT AGRICOLE ..................................
13,565
DANONE ..............................................64,86
ENGIE .............................................. 14,77
ESSILOR INTL. ..................................115,95
KERING ..............................................466,7
L'OREAL ..............................................202,5
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
44,57
LEGRAND ..............................................66,16
LVMH .............................................. 298,45
♣
MICHELIN ..............................................
119,2
+HAUTJOUR
-0,11
46,88
+0,37 108,45
-0,85 97,98
-0,98 30,55
+1,97 114,7
+0,51
22,76
+0,49 63,37
-1,08 42,49
-0,34 116,35
+0,06
16,49
+1,16
13,77
+0,12
64,92
+0,54 14,785
+0,87 116
+1,77 466,7
+0,4 202,8
+1,62 45,03
-0,03 66,46
+1,26 298,45
+0,59 119,55
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
46,31
107,3
95,36
30,005
111,4
22,48
62,74
41,67
115,2
16,205
13,18
64,41
14,595
114,65
455,6
199,75
43,89
65,96
293,15
118,05
0,302
0,335
0,267
0,151
0,593
0,262
0,246
0,37
0,244
0,386
0,346
0,274
0,239
0,191
0,191
0,077
0,047
0,143
0,106
0,372
+8,79
+3,09
+15,96
+11,29
-6,39
-8,31
+1,51
-2,86
+16,85
-9,53
-1,7
-7,28
+3,03
+0,87
+27,76
+9,49
-5,25
+3,07
+21,62
-0,29
JOUR
ORANGE ..............................................14,53
PERNOD RICARD ..................................
139,1
PEUGEOT ..............................................
20,17
♣ 61,3
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
88,78
SAFRAN ..............................................99,18
SAINT GOBAIN ..................................
44,94
SANOFI ..............................................64,64
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
75,6
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
42,655
SODEXO ..............................................83,5
SOLVAY ..............................................
116
STMICROELECTRONICS .............................
20,41
TECHNIPFMC ..................................27,03
TOTAL .............................................. 53,9
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
195,15
VALEO .............................................. 57,76
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,625
♣
VINCI .............................................. 85,12
VIVENDI ..............................................23,16
%VAR.
-3,2
+0,04
+0,55
-0,03
+0,12
+0,32
+0,29
+0,37
+0,45
-0,19
+0,24
+0,83
+0,2
+0,86
+0,37
-0,43
+0,66
-0,53
-0,77
-1,15
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,98
140,25
20,29
62,04
89,38
99,5
45,135
64,75
75,76
43,01
83,58
116,05
20,98
27,12
54,14
195,65
57,92
19,8
85,74
23,45
14,42
138,55
20,01
61,22
88,23
98,54
44,58
64,21
74,26
42,455
82,96
114,5
20,33
26,56
53,58
193,35
57,06
19,58
84,72
23,13
%CAP.ECH
0,633
0,15
0,22
0,24
0,228
0,178
0,294
0,179
0,233
0,343
0,196
0,237
0,469
0
0,226
0,356
0,835
0,363
0,196
0,225
31/12
+0,38
+5,42
+18,96
+8,21
+5,8
+15,45
-2,26
-10,03
+6,69
-0,92
-25,48
+0,09
+12,11
+4,56
+17,06
-7,07
-7,24
-7,76
-0,04
+3,3
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5857
1,5253
0,879
9,328
130,77
1,191
1,1883
2,9816
11,103
5,2719
21,33
7,5606
80,872
138,204
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
35150
35300
+1,15
NAPOLEON ..................................................... 208,9
208,9
+0,97
PIECE 10 DOL USA .....................................................
588
588
PIECE 10 FLORINS .....................................................
214,7
214,7
+0,89
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1131
1130
-3,17
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
207
207
+1,47
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
300
300
-1,64
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1322,75
1322,75
+0,97
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
113,7
113,7
+3,55
PIECE SUISSE 20F .....................................................
206,9
206,9
+2,07
PIECE LATINE 20F .....................................................
202
205
-0,44
SOUVERAIN ..................................................... 260
261,9
-0,27
KRUGERRAND .....................................................1163
1163
+3,96
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
286,40
11/05/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
50,01
11/05/18
BELLATRIX C ................................................
340,38
11/05/18
SIRIUS ................................................57,22
11/05/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
visions comprise entre - 1 % et - 2 %. La
direction a cependant prévenu que cette
performance ne sera atteinte que si des
« autres revenus » sur lesquels elle
compte sont au rendez-vous au quatrième trimestre. Si ce n’est pas le cas, « le
repli du chiffre d’affaires pourrait aller
jusqu’à - 3,5 % », annonce-t-elle.
Cette douche froide intervient au mo-
ment de la publication d’une performance
décevante pour le troisième trimestre
écoulé. Au cours de cette période, les revenus ont reculé de 7,4 %, soit un chiffre
encore moins bon que les attentes des
analystes. Pour l’heure, les fameux
« autres revenus » dont parle la direction
ont chuté sur le trimestre à 100 000 euros,
contre 7 millions un an plus tôt.
Dans de telles conditions, les analystes
financiers qui suivent Eutelsat ont fortement révisé leurs attentes bénéficiaires à
la baisse et mettent la valeur sous observation, avec un risque de nouvelles sanctions en cas de mauvaises surprises.
L’opérateur satellitaire a longtemps fait
office de valeur refuge, peu sensible aux
aléas de la conjoncture. Mais la concur-
rence s’est durcie dans les activités de
transmission de données par satellites et
de contenus vidéo. Le titre affiche désormais une baisse de 24,6 % sur un an. Pour
l’heure, le marché ne doute pas de la capacité du groupe à maintenir son dividende. Sur la base du dernier coupon versé
de 1,21 euro, le titre offre aujourd’hui un
rendement de 7,5 %. ■
A
EUTELSAT DÉCROCHE EN BOURSE APRÈS DES MAUVAIS CHIFFRES D’ACTIVITÉ rlaskine@lefigaro.fr
Le titre de l’opérateur de satellites Eutelsat s’est effondré mardi de 12,84 %, à
16,06 euros. La Bourse a sanctionné un
avertissement sur les perspectives de
croissance, qui ne dit pas son nom mais
qui ne trompe personne. Eutelsat a indiqué que son chiffre d’affaires annuel était
attendu pour l’exercice en cours (clos fin
juin) dans le bas de sa fourchette de pré-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Netflix promet 1 000 programmes originaux d’ici à la fin 2018
Près de 500 nouveautés seront lancées dans les prochains mois. La plateforme veut conserver son avance.
8
milliards
de dollars dépensés
par Netflix dans les
contenus en 2018
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
VIDÉO Netflix poursuit son pilonnage systématique des lignes ennemies. Dernière manœuvre en
date, le responsable des contenus
de la plateforme, Ted Sarandos, a
révélé lundi à New York lors de la
conférence média du cabinet MoffettNathanson que ses dépenses
dans les nouveaux programmes
concerneraient très majoritairement (à 85 %) des productions originales. L’investissement est colossal, sachant que le leader de la
vidéo par abonnement prévoit
d’injecter au total 8 milliards de
dollars dans les films, les séries, les
documentaires ou encore les des-
sins animés, rien qu’en 2018. D’ici
à la fin de l’année, Ted Sarandos a
ainsi promis que Netflix serait en
mesure d’offrir un millier de programmes originaux à ses abonnés,
dont 470 nouveautés lancées entre
aujourd’hui et décembre, ont rapporté plusieurs organes de presse
présents à la conférence.
Le service, qui compte à date
125 millions d’abonnés dans le
monde, n’hésite pas à s’endetter
fortement ni à brûler énormément
de cash pour produire frénétiquement. Fin avril, la firme de Los
Gatos avait levé près de 2 milliards
de dollars sur le marché obligataire
après avoir emprunté 1,6 milliard
de dollars en octobre dernier. Elle
creuse certes sa dette. Mais elle y
trouve son compte puisque les
productions originales constituent
un vecteur d’abonnement important. D’après Ted Sarandos, environ 90 % des utilisateurs de la plateforme regardent régulièrement
les programmes que la société produit elle-même.
Politique du tapis
de bombes
Netflix ne multiplie pas les annonces fracassantes ni les démonstrations de force pour rien. Cette politique du tapis de bombes vise très
certainement à asseoir la suprématie du service, avant que le reste
de la cavalerie n’arrive.
Jusqu’à présent, les grandes majors ont toutes noué des accords
avec le géant du streaming afin de
lui vendre des contenus premium
afin qu’il étoffe son offre. Mais la
donne est en train de changer. Désormais, outre les Amazon, Apple,
Facebook ou Google, les studios
tentent tous à leur tour de rentrer
dans la course en lançant leurs
propres services de streaming.
Disney doit par exemple inaugurer
le sien en 2019. La firme, qui espère
mettre la main sur les franchises
de la Fox, a déjà annoncé qu’elle ne
renouvellerait pas son contrat avec
Netflix. Demain, toutes les majors
hollywoodiennes auprès desquelles la plateforme s’approvisionne
aujourd’hui pourraient aussi décider de couper leur robinet à films
et séries, asséchant son catalogue.
Pour éviter la double peine, une
offre réduite à peau de chagrin au
moment où la concurrence s’exacerbe, Netflix prend donc de la vitesse. Afin de conserver une bonne
longueur d’avance, il s’offre des
talents (les producteurs Shonda
Rhimes, Ryan Murphy, le cinéaste
Martin Scorsese…), multiplie les
séries et films originaux et gonfle
au maximum son contingent
d’abonnés. Plus ils seront nombreux et satisfaits, plus Netflix aura
de moyens à réinjecter dans la
production de contenus exclusifs,
moins ses utilisateurs seront disposés à passer à l’ennemi. Le géant
du streaming l’a bien compris :
mieux vaut anticiper et tuer la
concurrence dans l’œuf. ■
Facebook chasse les voleurs de données
La plateforme a suspendu l’activité
de 200 applications suspectées de
faire un usage frauduleux de données.
ELISA BRAUN £@ElisaBraun
INTERNET Forcé de colmater les
brèches, Facebook a découvert de
nouvelles fuites. Le réseau social a
annoncé lundi avoir suspendu
200 applications ayant profité de
sa plateforme pour accéder aux
données de millions d’utilisateurs. « Jusqu’ici, des milliers
d’applications ont été analysées et
environ 200 ont été suspendues en
attendant une enquête complète
pour déterminer si elles ont réellement détourné des données », a expliqué Ime Archibong, vice-président des partenariats produits
chez Facebook, dans un communiqué.
Cet audit des applications était
une promesse à laquelle s’était
engagé Mark Zuckerberg après
qu’a explosé en mars dernier le
scandale Cambridge Analytica.
Cette entreprise est accusée
d’avoir collecté et exploité les données personnelles de 87 millions
d’utilisateurs de Facebook à des
fins politiques. Leurs informations,
obtenues par un simple test de personnalité via une application disponible sur le réseau social, ont
notamment été utilisées pour influencer la campagne présidentielle américaine de 2016 en faveur de
Donald Trump. Facebook avait repéré les agissements douteux de
Cambridge Analytica à la même
période et avait également suspendu son accès à sa plateforme. Pour
sa défense, le réseau social a souvent affirmé que Cambridge Analytica avait dévoyé ses conditions
d’utilisation.
Facebook n’a pas souhaité don-
ner le nom des applications susceptibles d’être de nouveaux
« Cambridge Analytica », mais affirme qu’elle informera individuellement les utilisateurs en cas
d’abus constatés. Le média New
Scientist rapporte que l’application
myPersonnality, reposant également sur un principe de test de
personnalité sur Facebook, aurait
permis d’accéder aux informations
de 3 millions de comptes. « Il y a
encore beaucoup de travail à accomplir pour découvrir toutes les
applications qui auraient pu mettre
la main sur les données d’utilisateurs
de Facebook - et cela prendra du
temps », a relevé Ime Archibong.
Plusieurs enquêtes
Facebook fait encore aujourd’hui
face aux multiples conséquences
de ces révélations sur sa politique
de protection des données. Accusée de laxisme en la matière, l’entreprise est sous le coup de plusieurs enquêtes et poursuites aux
États-Unis et en Europe. Après
avoir été auditionné par le Congrès
américain, Mark Zuckerberg a été
assigné par le Parlement britannique à se rendre à Londres pour répondre à ses questions. Mais le PDG
de Facebook a fait savoir qu’il ne se
rendrait pas au Royaume-Uni. Il
laisse également planer le doute
sur sa venue à Bruxelles. Dans le
même temps, plusieurs actions
collectives ont été engagées au Canada et aux États-Unis pour atteinte à la vie privée. En France, un
recours collectif est également
préparé par l’association La Quadrature du Net.
Outre ce volet juridique et politique sensible, Facebook doit aussi
Mark Zuckerberg,
PDG de Facebook,
en Californie, le 1 er mai.
JOSH EDELSON/AFP
gérer ses problèmes d’image.
L’entreprise a multiplié les prises
de parole ces dernières semaines
pour tenter de rassurer ses utilisateurs. À grand renfort de pages de
publicité dans la presse, Facebook
a beaucoup communiqué auprès de
ses utilisateurs européens sur les
changements induits par l’arrivée
prochaine du règlement sur la pro-
Opération transparence dans la modération
Facebook n’est pas sous
pression que sur le sujet des
données personnelles. Mardi,
le réseau social a dévoilé
pour la première fois des
chiffres sur sa modération.
Il a annoncé avoir supprimé
3,5 millions de contenus
violents ou haineux et
1,9 million de documents
de propagande terroriste
au premier trimestre 2018.
Facebook a retiré 837 millions
de contenus relatifs à des
spams. La nudité adulte
et la pornographie ont, elles,
représenté 21 millions
d’images ou de vidéos
enlevées du réseau social sur
la même période. Facebook
précise également avoir
désactivé 583 millions de faux
comptes. L’entreprise ne dit
pas, en revanche, combien
de temps un contenu
problématique reste en ligne
en moyenne avant d’être
supprimé. Il n’est pas précisé
non plus combien d’images,
de vidéos ou de textes
signalés par des internautes
sont finalement maintenus
en ligne par Facebook.
La modération n’est pas qu’un
problème pour Facebook.
En avril, YouTube,
la plateforme de vidéos de
Google, a également publié
son premier rapport sur la
modération des contenus
en ligne. Elle a notamment
indiqué avoir supprimé
8,3 millions de vidéos
au cours des trois premiers
mois de l’année.
L. R.
tection des données (RGPD). L’entreprise en a aussi profité pour
introduire une nouvelle fonctionnalité de reconnaissance faciale,
glissée parmi les nouvelles conditions d’utilisation. Du côté de ses
activités publicitaires, Facebook
multiplie également les opérations
de transparence. Elle a ainsi tourné
le dos aux agrégateurs de données
auprès desquels elle recueillait des
informations sur ses utilisateurs.
Elle a également communiqué
auprès des annonceurs, affolés par
toutes ces controverses, et opéré
d’importants changements organisationnels.
Malgré le scandale sur sa gestion des données privées, Facebook a réalisé près de 5 milliards
de dollars de profit au premier trimestre. Surtout, le nombre d’utilisateurs actifs quotidiens de ses
services a bondi de 13 % en mars.
Ils sont désormais près de
1,45 milliard à lui confier chaque
jour leurs données. ■
La start-up S4M lève 10 millions d’euros pour la pub mobile
Cette société française mise sur l’essor des campagnes sur smartphone pour créer du trafic en magasin.
A
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
« Le mobile offre
des potentialités
nouvelles », explique
Christophe Collet,
président et fondateur
de S4M. S4M
PUBLICITÉ La publicité sur mobile
se perfectionne et devient un vrai
levier de création de trafic dans les
magasins. La start-up S4M surfe
justement sur cette tendance. Cette
société française fondée en 2011
vient de lever 10 millions d’euros
auprès de Sofiouest, le family office
du groupe Ouest France, du fonds
Ambition Numérique géré par Bpifrance dans le cadre du Programme
d’investissement d’avenir, et d’Entrepreneur Venture. La précédente
levée de fonds, d’un montant de
6 millions d’euros, remontait à 2015.
Spécialiste de la publicité sur mobile, S4M s’est taillé une solide ré-
putation dans la publicité programmatique (automatisée) de qualité.
Elle emploie aujourd’hui 160 salariés répartis dans 8 bureaux en
France, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Italie, en Espagne, en
Allemagne et à Singapour. Au total,
elle délivre plus de 5 000 campagnes par an pour 600 annonceurs.
Parmi eux, Renault, L’Oréal, Pernod Ricard, Subway ou Levi’s.
Dévoilée en février dernier au
Mobile World Congress de Barcelone, sa nouvelle plateforme, exploitable en self-service, intègre des
nouvelles fonctionnalités qui permettent de mesurer en temps réel
l’impact de campagnes sur le trafic
en magasins, avec des indicateurs
sur leurs effets online (clics, visites
de sites, demande d’info…) comme
offline (visites en magasin, achat).
Soucieux d’assurer aux annonceurs des outils de pilotage sûrs,
S4M fait contrôler tous les indicateurs de sa plateforme par des tiers
mesureurs. L’entreprise a également enrichi sa technologie d’algorithmes propriétaires exclusifs,
notamment une fonctionnalité permettant de géocibler les utilisateurs
en fonction de leur affinité avec une
marque et de leur temps de trajet à
pied ou en voiture jusqu’aux points
de vente.
« L’essor du e-commerce est impressionnant mais il ne représente
encore que 10 % du commerce total,
contre 90 % des achats qui sont toujours réalisés dans les magasins phy-
siques, rappelle Christophe Collet,
président et fondateur de S4M.
Alors qu’il est très difficile de mesurer le retour sur investissement des
dépenses faites en affichage, en radio
ou en prospectus pour conduire les
consommateurs sur les points de
vente, le mobile offre des potentialités nouvelles. Nous n’en sommes
qu’au début. »
Objectif : les États-Unis
La plateforme de S4M dispose ainsi,
rien qu’en France, d’une base de
47 millions de mobinautes qu’il est
ainsi possible d’exposer à des publicités pertinentes, selon leur localisation et leurs affinités.
Les 100 millions d’euros levés
doivent permettre à S4M de pour-
suivre son développement sur deux
marchés principaux, les États-Unis
et le Royaume-Uni. « L’objectif en
2018 est d’atteindre 30 % de nos revenus aux États-Unis, contre 15 %
actuellement », précise Christophe
Collet. À fin 2017, la société réalisait
40 % de son chiffre d’affaires à l’international. Or les relais de croissance sont désormais à l’étranger.
S4M ne manque pas d’ambition
puisqu’elle table sur un revenu de
100 millions de dollars (84 millions
d’euros) d’ici à la fin 2020. L’an
dernier, son chiffre d’affaires s’est
élevé à 24 millions d’euros. « Nos
relais de croissance sont puissants,
on devrait atteindre de 30 à 40 millions d’euros de revenu dès cette année », assure Christophe Collet. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 941 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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KARL LAGERFELD SIGNE
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RENCONTRE PAGE 31
ESCAPADE
À LA DÉCOUVERTE
DU PAYS DE CAUX,
TERRITOIRE FLUVIAL
ET MARITIME PAGE 32
24 heures
croisette
par François Aubel
HOMMES EN LUTTE
« Brooklyn est dans la place ! » Le cri
de Spike Lee a résonné dans le Grand
Théâtre Lumière juste avant
la présentation officielle de
BlacKkKlansman, à la croisée du film
policier, de la comédie et du pamphlet
anti-Trump. Vingt-sept ans que
le cinéaste n’a pas foulé le tapis rouge.
Sur les marches, il montre aux
photographes les poings américains
qui recouvrent ses phalanges. On peut
y lire « Hate » et « Love ». À ses pieds,
une basket noire, l’autre blanche
(ci-dessous). Il n’a jamais vraiment donné
NORD-OUEST FILMS ; DAVID LEE
Le Rouge et le Noir
En compétition à Cannes, le militant syndical d’« En guerre » de Stéphane Brizé et le policier
afro-américain de « BlacKkKlansman » de Spike Lee luttent contre les injustices sociales
ou raciales. Avec manichéisme pour le premier et humour pour le second. PAGES 28 ET 29
dans la nuance. Make cinéma great again ?
« Le spectateur rit, mais c’est le problème.
Spike Lee n’a pas l’air de prendre
au sérieux son sujet », estime Régis
Wargnier, président du jury de la meilleure
création sonore cette année. Cette
distinction ne juge, faut-il le préciser, que
les films de la sélection Un certain regard…
« Répugnant », « vomitif », « pervers
provocateur… » Sept ans après ses délires
sur le nazisme en marge de Melancholia,
Lars von Trier n’a donc pas failli à sa
réputation avec The House That Jack
Built, projeté hors compétition. Des
dizaines de spectateurs, épouvantés, ont
quitté la salle avant la fin. « Des petites
natures », commente un festivalier
qui vante le sens pratique du tueur en série
incarné par le démoniaque Matt Dillon.
Avec le sein tranché d’une de ses victimes,
il s’est confectionné un porte-monnaie.
En plus, ça la fout mal, son film ne respecte
pas la parité : aucun homme n’y est
massacré.
« Je suis plus cinéphile que certains
journalistes de cinéma ne le croient,
surtout ceux qui m’assassinent », nous
a expliqué Dany Boon avant de quitter
la Croisette, ce mardi. Il a beaucoup aimé
Le Grand Bain de Gilles Lellouche, comédie
qui a trouvé son surnom sur la Croisette :
« Pool Monty ! »
SUITE PAGE 28
Quand les pièces s’esquissent à petits traits
THÉÂTRE À Ivry, « Noire », tiré d’un livre de Tania de Montaigne, est un spectacle dessiné en direct. Un procédé qui revient.
Armelle Héliot
aheliot@lefigaro.fr
Tandis que la technologie la plus pointue envahit les plateaux, parfois inutilement – on subit souvent de médiocres vidéos qui n’apportent rien,
artistiquement –, le théâtre ne cesse de
réinventer ses plus anciennes techniques pour les mettre au service du
récit. La merveilleuse Louise Moaty
nous offre des séances de lanterne magique ou s’éclaire à la bougie, comme
son ami Benjamin Lazar. Certaines
compagnies se sont fait une spécialité
de récits à la fois incarnés par des ac-
teurs et qui se développent en dessins
– animés ou non – projetés sur un
écran blanc, au fond du plateau. Des
dessins composés en direct, sur une
table latérale.
Poésie bouleversante
Avec leur compagnie, Stereoptik, Romain Bermond, qui dessine, et JeanBaptiste Maillet, qui est musicien, ont
mis au point l’orchestration vive et
fascinante du dessin, du théâtre
d’ombres, d’objets et de marionnettes, de films muets, de concerts
acoustiques ou électroniques, de
contes. Tout cela naît sous nos yeux
éberlués, et les deux virtuoses, actuellement au Mans, pourraient, ne serait-ce qu’avec leur spectacle Dark
KARL LAGERFELD ; COLLECTIF F71 ; RÉGIS DUVIGNAU/REUTERS
Sophie Richelieu joue Claudette, 15 ans, qui
avait fait acte de résistance dans un bus.
Circus, faire le tour du monde des années durant (1).
C’est cette méthode qu’a choisie la
metteuse en scène Lucie Nicolas, du
Collectif F71, pour déployer sur un plateau le très intéressant livre de Tania
de Montaigne, Noire. La vie méconnue
de Claudette Colvin (2), paru chez
Grasset il y a trois ans. La journaliste et
écrivain y évoquait le destin d’une jeune femme recouvert par l’ombre célèbre de Rosa Parks, la femme dont on
dit qu’elle fut la première à résister à la
ségrégation de l’Amérique des années
1950. Or, neuf mois avant Rosa Parks,
la jeune Claudette, 15 ans, avait déjà
fait acte de résistance dans un bus.
Deux très jeunes femmes d’un merveilleux talent sont réunies : Charlotte
Melly, qui dessine en direct, avec une
force et une poésie bouleversantes, et
Sophie Richelieu, qui joue, expressive
et mobile, s’adressant au public. Une
bande-son parfois trop écrasante les
accompagne. L’exercice qu’elles mènent est très difficile. Au fil des représentations, elles iront plus vite, elles
ne prendront plus de « temps », certains dessins seront peut-être moins
développés, et le propos de Noire n’en
sera que plus fort. Telle quelle, on ne
peut qu’applaudir cette performance
remarquable. ■
(1) Dark Circus, à L’Espal du Mans (72),
jusqu’au 18 mai. Tél. : 02 43 50 21 50.
(2) Noire, à la Manufacture des Œillets,
Ivry (94) jusqu’au 19 mai.
Tél. : 01 43 90 11 11.
A
MORCEAU CHOISI
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
28
L'ÉVÉNEMENT
La convergence des luttes
»» SUITE DE LA PAGE 27
Spike Lee avec « BlacKkKlansman » et Stéphane Brizé avec « En guerre » montent au
F
ÉTIENNE SORIN
esorin@lefigaro.fr
A
« En guerre »
Drame de Stéphane Brizé
Avec Vincent Lindon, Mélanie Rover,
Jacques Borderie
Durée 1 h 53
■
L’avis du Figaro : ○¡¡¡
Sortie ce mercredi
« BlacKkKlansman »
Biopic de Spike Lee
Avec John David Washington,
Adam Driver, Laura Harrier
Durée 2 h 08
■
L’avis du Figaro : ○○○¡
Sortie le 22 août
NORD-OUEST FILMS
« En guerre » : Lindon joue avec le feu
EN COMPÉTITION On ne change pas luttes, camarades ! Tournées à une,
une équipe qui gagne. En 2015, Vincent
Lindon remportait le prix d’interprétation à Cannes pour La Loi du marché, de
Stéphane Brizé. Lindon jouait un chômeur en galère, essayant de garder sa dignité dans un système ultralibéral prompt
à broyer les êtres.
Trois ans plus tard, l’acteur enfile de
nouveau son smoking pour fouler le tapis
rouge. La tenue et le lieu adéquats pour
dénoncer le capitalisme sauvage. Dans En
guerre, Brizé lui confie le rôle de Laurent
Amédéo, un représentant syndical de la
CGT. La direction de l’usine Perrin Industrie a décidé la fermeture du site. Elle bafoue l’accord passé avec les salariés. Les
actionnaires se goinfrent, les travailleurs
morflent, 1 100 personnes sont menacées.
Amédéo est à la pointe du combat et mobilise les troupes pour faire durer la grève
tant que les « salauds de patron » ne reviennent pas sur leur décision.
Après les réunions hebdomadaires des
militants d’Act Up dans 120 battements
par minute, voici les assemblées des
ouvriers en grève. La convergence des
deux, ou trois caméras, les scènes visent
l’hyperréalisme, la vérité documentaire.
La télévision ment quand elle se contente de montrer des salariés énervés et
violents, capables de retourner la voiture du grand patron allemand amoureux
de la France (il a une maison en Camargue), à défaut de déchirer sa chemise. Le
cinéma de Brizé, lui, dévoile les tractations, les engueulades entre syndicats
(prendre la prime ou pas ?), l’impuissance des gouvernants (l’État ne peut
pas tout), le cynisme des dirigeants (« Il
ne faut pas faire fuir les investisseurs
étrangers »).
Bons et mauvais points
Le principe est le même que dans La Loi
du marché. La star germanopratine est
entourée de non-professionnels - certains jouent ici quasiment leur propre
rôle. Le collectif, la solidarité, c’est bien
gentil, mais la tête d’affiche, c’est Lindon.
Il tient le crachoir, monte au créneau,
distribue les bons et les mauvais points. Il
a toujours le dernier mot. Quand des ca-
marades virent au jaune, il voit rouge :
« Avec des types comme vous en face, ils
sont tranquilles et pendant très longtemps. »
Lors d’une réunion, une ouvrière demande à un cadre prêt à rejoindre la lutte
combien il gagne. Il esquive. Elle lui balance son salaire : 1 400 euros. On s’inquiète pour le camarade Lindon. Et si elle
osait demander à l’acteur le montant de
son cachet pour le film ? Une angoisse
exagérée. De toute façon, Brizé ne garderait pas la prise au montage.
On prend tout avec un acteur. Ses
films, sa vie, ses interventions dans les
médias. Lindon confond les plateaux de
cinéma et de télévision. L’indigné permanent joue au donneur de leçons. Dans
En guerre, il est à la fois un héros et un
martyr. L’acteur a trouvé en Brizé un
partenaire idéal à sa vision du monde.
Nulle place pour le doute, l’ambiguïté.
Pour Brizé, la fiction n’est pas le lieu de la
friction, de la confrontation des points
de vue. Il déroule son tract cégétiste sans
ciller. Et le cinéma dans tout ça ? ■
É. S.
PRESSE
Farahani parce qu’elle joue une
combattante kurde. Un autre
à John David Washington pour
son rôle de flic noir infiltré
au Ku Klux Klan. Et une palme
ex aequo pour Kirill Serebrennikov
et Jafar Panahi, tous deux
assignés à résidence dans leurs
pays », s’alarme un journaliste.
Cate Blanchett a pourtant
prévenu. Elle est présidente
d’un jury de cinéma. Pas de l’ONU.
« Le problème avec Thierry
Frémaux, c’est qu’il est partagé
entre l’envie de montrer ses goûts
de cinéphile et celui, toujours plus
grand, de faire de la politique »,
explique un producteur qui tient
à garder l’anonymat. Il ne voudrait
pas connaître la même
mésaventure que son confrère
Paulo Branco. L’homme qui voulait
tuer le Don Quichotte
de Terry Gilliam a dû rejoindre
ses pénates. Son accréditation
lui a été retirée par le Festival
ainsi qu’à tous les membres
de l’équipe d’Alfama, sa société
de production. Il avait, paraît-il,
triste figure.
Dominique Besnehard, l’ex-agent
des stars, va produire le premier
court-métrage de sa filleule, Laura
Smet. On n’en saura pas beaucoup
plus, si ce n’est qu’il ne devrait pas
s’intituler Ma belle-mère et moi.
Dans l’âpre concurrence qui règne
sur les soirées cannoises, la Villa
Schweppes a marqué des points
dans la catégorie du plus gros son :
on a entendu le rugissement
de JoeyStarr d’un bout à l’autre
du port. De nombreuses oreilles
en saignent encore.
Une convergence des luttes
se prépare sur la Croisette. Après
la montée des marches de l’équipe
d’En guerre, chronique
hyperréaliste des luttes
syndicales signée Stéphane Brizé,
avec un Vincent Lindon tout feu
tout flamme dans la peau d’un
leader CGT, Romain Goupil
et Daniel Cohn-Bendit présentent
aujourd’hui leur Traversée
à 13 h 45. En séance spéciale !
Une question a motivé, avouentils, leur périple à travers la France
d’Emmanuel Macron : « Et si on
faisait les vieux schnocks,
cinquante ans après 68 ? »
La lucidité vient parfois
avec les années.
ini de rire. La parenthèse
comique est refermée. Place au cinéma
engagé, à la lutte sous toutes ses formes.
Encore que Spike Lee n’ait pas complètement perdu le sens de l’humour.
BlacKkKlansman, son nouveau longmétrage sur l’histoire vraie d’un policier
afro-américain infiltré dans l’organisation du Ku Klux Klan dans les années
1970, est autant une comédie qu’un polar. Mais, en conférence de presse, mardi, le cinéaste new-yorkais a très vite
donné une couleur politique à son film,
évoquant l’attaque de Charlottesville
perpétrée par des néonazis en août 2017
(une voiture avait foncé dans la foule de
manifestants anti-KKK). Il a parlé de
Trump comme du « motherfucker » qui
occupe la Maison-Blanche. On verra
aujourd’hui en quels termes Vincent
Lindon parle d’Emmanuel Macron. Son
nouveau film, En guerre, réalisé par Stéphane Brizé, devait s’intituler Un autre
monde. Trop téléphoné, trop doux. Lindon est colère. Le marxiste de la rive
gauche ne lâche rien.
Pas sûr que le cinéma en sorte gagnant.
Nanni Moretti, quand on l’avait rencontré
à propos de Mia madre en 2015, nous disait
sa méfiance à l’égard du cinéma militant :
« Les rares fois où j’ai raconté une histoire
politique, je ne me suis pas contenté d’avoir
un sujet important. Je me suis demandé
comment le traiter de manière personnelle.
Palombella rossa parle de la fin du Parti
communiste italien à travers une partie de
water-polo qui semble ne jamais finir. Je me
méfie de ces réalisateurs qui prétendent
changer ce qu’il y a dans la tête des spectateurs. Un film peut sans doute changer la
façon de penser de quelques spectateurs,
mais un film qui s’assigne la mission d’améliorer le monde et la manière de voir du public, cette voie me semble dangereuse. » Il
faudrait toujours écouter Nanni Moretti. ■
« Comprame un revolver » : à l’ombre
d’une jeune fille en pleurs
COUP DE FEU
JEAN-PAUL PELISSIER/REUTERS
■ Le Ch’ti (photo) n’a pas monté
les marches pour le Spike Lee.
Les States, il connaît. « D’ailleurs,
je ne vais certainement pas rester
vivre à Los Angeles, cela prend
une très curieuse tournure
en ce moment », confie-t-il.
Va-t-il revenir en France, pays
gagné selon lui par le même
puritanisme qu’aux États-Unis ?
Rien n’est moins sûr. « Regardez
Polanski. Il vit un véritable enfer,
ici. C’est une honte ! »
Il s’interrompt. Sous la pluie
de bons sentiments cannois,
il sait le sujet glissant.
Le scénario du palmarès le plus
politiquement correct se dessine.
« C’est facile. Vous donnez un prix
d’interprétation à Golshifteh
Dans En guerre, Vincent
Lindon interprète un
représentant syndical
de la CGT qui lutte contre
le capitalisme sauvage.
TATJANA KRSTEVSKI
croisette
EN COMPÉTITION Une comédie pour épingler l’extrême droite américaine, un drame
QUINZAINE DES RÉALISATEURS Dans un Mexique intemporel, les narcotrafiquants
ont pris le pouvoir et les femmes ont quasiment disparu. Une petite fille, Huck,
survit auprès de son père, un junkie vaguement lâche qui s’occupe d’un terrain
de base-ball où les trafiquants viennent s’amuser. Le vent du désert souffle sur les
restes de cette civilisation réduite à la sauvagerie. À chaque instant, l’héroïne, qui
porte un masque pour cacher sa féminité, risque d’être enlevée. Son père l’attache
à une chaîne. Leur relation, délicate et belle, brille au milieu de cet enfer barbare.
Même si l’on comprend que le papa devra détacher sa fille chérie. Ses amis,
une bande de garçons perdus, jouent avec elle. L’un d’eux veut récupérer
son avant-bras amputé par un caïd local… Sans le savoir, les enfants réinventent
la loi du talion. Le cinéaste américain Julio Hernandez Cordon filme l’odyssée
de cette survivante avec une âpreté touchante. Et l’on comprend que l’avenir
de l’homme passe par la vivacité pugnace d’une petite fille…
O. D.
Date de sortie non communiquée.
« La Charge » : transport exceptionnel
COUP D’ÉCLAT
24 heures
QUINZAINE DES RÉALISATEURS En 1999, prisonniers d’eux-mêmes, coincés
entre le régime national-communiste de Milosevic et les bombardements
de l’Otan, les Serbes tentaient de survivre, de rêver d’un avenir meilleur,
de se tenir droits. Et de fuir la réalité en émigrant ou en fermant les yeux.
C’est de ces invisibles, dont parle le réalisateur serbe Ognjen Glavonic (32 ans),
à travers un chauffeur de camion frigorifique effectuant de délicats allersretours entre le Kosovo et Belgrade. Ce qu’il transporte ? Il n’en sait rien. Ce qui
le plonge dans des affres d’autant plus douloureuses qu’il est un homme de
valeurs. Cette manière d’évoquer de manière elliptique une horreur perpétrée
par l’État yougoslave (ici contre les civils albanais) permet à La Charge d’éviter
le piège BHLien du film de dénonciation démonstratif au profit d’une œuvre
brute et sensible, subtile et implacable, sincère et originale. Cadre, son, lumière,
image, rythme : tout fait sens. Y compris la production : l’acteur principal,
bloc de masse physique taciturne tout en émotion rentrée (Leon Lucev),
est croate, et Belgrade a cofinancé le film.
JEAN-CHRISTOPHE BUISSON
Date de sortie non communiquée.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 16 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
29
« Les Moissonneurs » : une
famille en circuit fermier
pour évoquer les ravages de la mondialisation :
front. Changement de ton sur la Croisette.
BlacKkKlansman raconte
l’histoire vraie d’un policier
afro-américain (John David
Washington) infiltré dans
l’organisation du Ku Klux Klan
dans les années 1970. DAVID LEE
UN CERTAIN REGARD Depuis le début
du Festival, le Graal se trouve plutôt
du côté des sélections parallèles que
de la compétition. À l’instar de Girl, du
jeune réalisateur belge Lukas Dhont
(lire nos éditions du lundi 14 mai 2018)
vu à Un certain regard, ou de Wildlife,
apprécié à la Semaine de la critique,
Les Moissonneurs est une excellente
découverte. Qui confirme le questionnement de la structure familiale comme une thématique forte de cette
71e édition, notamment l’excellent
Une affaire de famille, du Japonais
Kore-eda.
Réalisé par le Sud-Africain Etienne
Kallos, dont c’est le premier longmétrage, Les Moissonneurs a pour cadre l’Afrique du Sud des fermiers
blancs, enclave conservatrice où règne la religion protestante. Les paysages tiennent une place de choix, avec
des images souvent stupéfiantes, pour
un cadre qui contribue aux mystères
de l’intrigue. On pense parfois aux
plans des Moissons du ciel, de Terrence
Malick, avec cette luminosité qui
écrase et restitue la sensation d’étouffement du contexte.
Un tableau trop lisse
« BlacKkKlansman » : Spike Lee sur le ring
OLIVIER DELCROIX £@Delcroixx
EN COMPÉTITION Spike Lee n’était
pas revenu en compétition officielle à
Cannes depuis Jungle Fever, en 1991.
Vingt-sept ans d’absence. En sortant de
la projection de BlacKkKlansman, on a
pourtant le sentiment que la même rage
anime toujours son cinéma… À un détail
près, et il est de taille : l’humour, l’ironie
et certains effets « cartoonesques », voire
burlesques. Car oui, même si le fond du
film aborde comme toujours le racisme
afro-américain, à 61 ans le réalisateur de
Do the Right Thing revient sur le ring avec
l’envie farouche de divertir.
L’histoire, tirée de faits réels, raconte
comment un Noir ayant envie de devenir
flic dans le Colorado Springs des années
1970 va finir par infiltrer l’antenne locale
du Ku Klux Klan. Dès le prégénérique, un
Alec Baldwin (celui-là même qui a imité
Donald Trump dans Saturday Night Live)
grimé en suprémaciste blanc vitupère les
Noirs et les Juifs américains, dans une séquence parodique survitaminée.
Depuis l’échec du très controversé
Miracle à Santa-Anna, en 2008, on avait
un peu perdu de vue ce bon vieux Spike
Lee. L’histoire vraie de Ron Stallworth
(incarné avec talent par John David
Washington, fils de Denzel Washington)
semble avoir été un vrai bain de jouvence. L’humour et la dérision affleurent à
chaque scène de cette comédie grinçante.
en comédie, Spike Lee livre son meilleur
film depuis longtemps. Son pamphlet antiraciste joue, lui aussi, les flics sous couverture. Et même si la barque est chargée
sans la moindre subtilité, son thriller est
efficace et vibrionnant d’énergie. ■
Le réalisateur prend son temps pour
planter le décor de cette famille dont
les failles apparaissent au fil du récit.
La tension est palpable à chacun des
plans, soulignée avec une belle élégance par la musique du Franco-Russe Evgueni Galperine, qui taille une
bande-son qui s’harmonise à merveille avec ces paysages.
Au cœur de l’intrigue, deux personnages se disputent l’amour d’une
mère. Le premier a les apparences de
la normalité. Il est assuré de reprendre
l’exploitation, tandis que le second
porte son mal de vivre comme un
étendard. Pourtant, bien vite, les paradoxes et les contradictions s’installent au sein de ce duo magnifiquement
incarné par des acteurs au jeu subtil.
PYRAMIDE FILMS
OLIVIER NUC £@oliviernuc
Au cœur de l’intrigue des Moissonneurs,
deux personnages se disputent l’amour
d’une mère. Un film prometteur.
Baignée par la peur, la mère se réfugie dans la religion, paravent derrière lequel elle justifie les difficultés
de la vie. Les journées sont rythmées
par le labeur et les prières, sans qu’on
n’accorde la moindre place à la psychologie. C’est celle-ci qu’explore
habilement Etienne Kallos, qui fait
progressivement craquer le vernis de
ce tableau trop lisse, digne des peintures hollandaises du XVIIe siècle.
Dans sa seconde partie, le film passe
de la contemplation à l’action, avec
des scènes de plus en plus sèches. La
bascule entre les deux personnages
s’opère brutalement, à la faveur
d’une virée nocturne qui marque
l’irruption de la communauté noire
dans le film. Avec ce film prometteur, Kallos fait montre d’une maîtrise impeccable. ■
« Les Moissonneurs »
Drame d’Etienne Kallos
Avec Brent Vermeulen, Alex van Dyk,
Juliana Venter
Durée 1 h 44
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Sortie le 13 février 2019
Charge politique anti-Trump
Spike Lee est à l’aise dans ces années
d’affrontements interraciaux. Il l’a prouvé en 1992 avec Malcolm X. Ici, il s’amuse
avec les « coupes afro » des jeunes militantes, jubile à mettre en scène un « buddy movie » avec des flics sous couverture
enfoncés jusqu’au cou dans la stupidité
crasse des membres du KKK. Adam Driver est excellent en flic juif obligé de tenir
des propos antisémites à tout-va, face à
ces Pieds nickelés du Klan, qui veuelnt
qu’on appelle leur groupe « l’Organisation ». Les scènes où le héros discute au
téléphone avec le chef à l’échelon national David Duke sont hilarantes. En maquillant sa charge politique anti-Trump
L’exposition événement !
Au-delà des limites
HORS COMPÉTITION 1963. Retour sur le procès de Rivonia. Nelson Mandela et une
partie de l’état-major de l’African National Congress sont accusés de 221 actes de
sabotage. Les 9 militants écoperont de la prison à perpétuité. Les « autres » sont les
derniers survivants à témoigner. Andrew Mlangeni (ci-dessus), 92 ans, est venu à
Cannes. « Je savais qu’un jour je sortirais de prison… Mais je n’avais jamais imaginé
venir en France, encore moins être dans un film montré au monde entier », confiet-il. Winnie Mandela, ex-femme du leader sud-africain, morte le 2 avril dernier,
rappelle le cri de ralliement : « Amandla ! Ngawethu ! (« Pouvoir au peuple »). Mais
le plus beau du documentaire se niche dans ses silences. À l’origine de ce projet, il y
a 256 heures d’enregistrements audio issues des audiences. Mais pas de vidéo. Pour
raconter l’invisible, Nicolas Champeaux et Gilles Porte ont recours à l’animation
avec le trait épais du fusain. Le procureur zélé devient un immense corbeau de
malheur. « Madiba » aurait eu 100 ans cette année. Le film sort à pic. JEAN TALABOT
Sortie le 17 octobre.
15 mai - 9 septembre 2018 Grande Halle de La Villette
01 40 03 75 75 • lavillette.teamlab.art • #teamLabLaVillette
A
« L’État contre Mandela et les autres » :
procès de bonne intention
teamLab : Au-delà des limites, 2018, La Villette, Paris © teamLab
COUP DE CHAPEAU
GILLES PORTE
teamLab
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
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L'ÉVÉNEMENT
Lars von Trier :
l’architecte
du mal
HORS COMPÉTITION Après sept ans
d’absence sur la Croisette, le réalisateur
revient avec « The House that Jack Built ».
Un film où le sadisme est de tous les plans.
D
ÉRIC NEUHOFF
eneuhoff@lefigaro.fr
Pique-nique macabre
Il y a aussi la veuve d’un cheminot à qui
il promet de doubler sa retraite. On sait
combien les vieilles dames sont vénales. Notre homme, qui a le sens de la famille, tire sur son épouse et ses deux
enfants au cours d’une partie de chasse
qui se transforme en pique-nique macabre. À côté, le Patrick Bateman
d’American Psycho sort de la comtesse
de Ségur. Les cadavres sont conservés
dans une chambre froide. Jack les photographie et poste les clichés aux journaux locaux, signant « Mister Sophistication ». L’assassin, qui est atteint de
TOC, émet une théorie fumeuse selon
laquelle ses actes constitueraient des
œuvres d’art. Dans le noir, Ganz ne paraît pas très convaincu. Il s’appelle
Verge. Le diminutif de Virgile puisqu’il
avoue avoir écrit l’Énéide ? L’enfer est
un décor de train-fantôme.
Lars von Trier s’amuse, joue les misogynes, en rajoute dans le sadisme. Ce
brillant patchwork fait l’éloge des Stuka, détaille l’élaboration des vins doux
et s’extasie devant les cathédrales gothiques, mêle ses propres films aux
images d’Hitler et de Staline. Il y a à
boire et à manger, de l’humour et de la
complaisance, un hommage à Glenn
Gould, une citation de Dylan. C’est un
philosophe pour terminales qui, caméra
à l’épaule, frôle les abîmes, traque la
souffrance et la beauté. La provocation
est sa résidence secondaire. Voici le
pire : enfant, le héros a tranché la patte
d’un caneton au sécateur. Une victime
de plus. Pauvre Saturnin. ■
« The House that Jack Built »
Thriller de Lars von Trier
Avec Matt Dillon, Bruno Ganz,
Uma Thurman
Durée 2 h 35
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
Date de sortie non communiquée
UNIVERSAL PICTURES
rôle de PV. Dans The
House that Jack Built, Matt Dillon colle
un sein découpé aux ciseaux sur le pare-brise d’une voiture de police. Comme c’est un tempérament bricoleur et
inventif, avec l’autre moitié de poitrine, il se confectionne un porte-monnaie. On voit donc que les serial killers
devraient se repérer dès les classes de
travaux manuels. Déjà, dans Antichrist,
l’accessoiriste s’était ravitaillé à la Manufacture des armes et cycles de SaintÉtienne.
Jack utilise des outils rudimentaires :
un cric défectueux, un banal couteau,
un brave fusil à lunette. Pour les strangulations, ses mains suffisent. Il a une
soixantaine de meurtres à son actif. Il
en confesse cinq à un interlocuteur
dont on n’entend que la voix pendant
deux heures (ensuite, on découvrira
qu’il s’agit de Bruno Ganz), sinon le film
aurait duré trois jours. Ces tueurs sont
d’un bavard. Ils adorent parler d’eux.
Jack, lunettes cerclées de fer et cheveux collés sur le haut du crâne, ressemble à un contrôleur de la RATP. Il a
des talents d’architecte et bâtit la maison de ses rêves au bord d’un lac. Il la
démolit plusieurs fois avant de la reconstruire. Durant ses loisirs, cet esprit
indécis zigouille de préférence des femmes (« Plus facile »). Cela commence
par une Uma Thurman en panne au
bord de la route et qui l’horripile avec
ses discours condescendants. L’actrice
est devenue le clone de Gena Rowlands,
mais Cassavetes ne lui aurait jamais fait
subir de telles avanies.
Wim Wenders a réalisé librement son portrait de François commandé par le Vatican.
A
HORS COMPÉTITION Wim Wenders a
présenté à Cannes son documentaire
Le pape François. Un homme de parole.
Une commande du Vatican, a-t-il expliqué, qu’il a acceptée à la condition
de pouvoir la remplir librement. C’est
le cas : il a fait sa propre anthologie
d’archives et le Souverain Pontife lui a
accordé quatre entretiens (une seule
prise, pas de répétitions, pas de maquillage) qui transmettent directement sa parole. Le résultat est un compromis intelligent entre la ligne
d’action de François, telle qu’on peut
la percevoir à travers ses voyages
apostoliques dans le monde, et la vision personnelle du cinéaste, le style
artistique et spirituel qui lui est propre.
Wenders suit le Pape un peu comme
il a suivi le photographe Sebastiao
Salgado dans ses pérégrinations immenses pour Le Sel de la terre, épopée
d’un monde dévasté par la violence
des guerres entre les hommes et
contre la nature. Wenders a le sens de
ces grands mouvements planétaires
saisis par la conscience d’un homme
qui ne se contente pas de les observer
mais les récapitule, les médite, leur
donne une forme puissante. Chez Salgado, c’était le témoignage esthétique
individuel d’un artiste engagé. Chef
de l’Église, le pape François parle aux
puissants (contre le confort, l’argent…) et regarde les humbles. Ce
qu’on voit de lui à travers le montage
réalisé par Wim Wenders, c’est le témoignage du service. Où qu’il se rende, il est là pour les plus vulnérables,
les orphelins, les handicapés, les prisonniers, les victimes de guerre ou de
catastrophes naturelles. On le voit
« se faire tout à tous », selon le mot de
saint Paul.
Sa filiation franciscaine
Sans doute y a-t-il un petit côté almanach dans cette recension des voyages
pontificaux, mais Wenders sait en tirer
des images à la beauté symbolique
étonnante, comme lors d’une messe
aux Philippines noyée de pluie et de
vent, où tout le monde est vêtu d’anoraks de nylon jaune fluo. Cet uniforme
de tempête crée une unité plus que
chromatique entre célébrants et assistants fouettés par les mêmes bourrasques, centrés sur le même autel.
À plusieurs reprises, le film fait le
lien avec le Poverello d’Assise, soulignant la filiation franciscaine du Pape,
qui est selon Wenders la véritable clef
spirituelle (et celle qu’il préfère).
L’amour de Dieu invisible passe par
l’amour des hommes et de la création
qu’on voit. ■
« Le pape François, un homme
de parole »
Documentaire de Wim Wenders
Durée 1 h 36
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Sortie le 12 septembre
SOUVENIRS
DE RÉGIS
WARGNIER
En refusant
de présenter
« Indochine »
en 1992 à Cannes,
j’ai sans doute
empêché Catherine
Deneuve d’avoir
le prix
d’interprétation.
J’avais peur
de passer après
un film albanais
que toute
la critique aurait
trouvé génial et de
me faire laminer
»
Emmanuelle Devos, toujours parfaite, dans Amin, de Philippe Faucon.
PYRAMIDE FILMS
Wim Wenders et le pape « Amin » : brouillons
François font un voyage de culture
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
Dans The House that Jack
Built, Matt Dillon a une
soixantaine de meurtres
à son actif. ZENTROPA/GEISNAES
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
QUINZAINE DES RÉALISATEURS Présenté à la Quinzaine des réalisateurs
en 2015, le précédent film de Philippe
Faucon, Fatima, avait recueilli les faveurs des critiques et obtenu plusieurs prix : trois César dont celui du
meilleur film. Le réalisateur aborde
de nouveau le sujet de l’immigration
et du déracinement avec Amin, également projeté à Cannes dans la même
section parallèle.
Amin, donc (Moustapha Mbengue
très inégal), travaille sur un chantier
en France. Aïcha, sa femme (Marème
N’Diaye), et leurs trois enfants sont
restés au Sénégal. Mais il doit gagner de
l’argent pour payer la construction de
la maison. « Rien n’est facile ni ici, ni
là-bas », dit Amin à son fils. Attentif à
l’évolution de la société, Philippe Faucon effectue des allers-retours entre
les deux pays, filmant et la famille
d’Amin et ce dernier, qui la rejoint trop
rarement. « Demandez à votre père de
revenir », insiste Aïcha.
Un puzzle bancal
L’éloignement géographique isole
Amin, mais il trouve du réconfort
auprès de Gabrielle, une infirmière
divorcée (Emmanuelle Devos, toujours parfaite). D’emblée, on ne croit
pas à leur rencontre. Amin creuse une
tranchée dans son jardin, Gabrielle
lui offre à boire, puis sans prévenir
saisit sa main. La seconde suivante, ils
se retrouvent dans un lit. La relation
entre ces deux êtres esseulés sonne
faux.
Soucieux de n’oublier aucun sujet,
le metteur en scène a tendance à
s’égarer dans des directions improbables. Évoque les doutes d’Aïcha sur la
fidélité d’Amin, les relations entre
Gabrielle et son ex-mari aigri, qui
n’accepte pas la séparation (Samuel
Churin), et sa fille (Fantine Harduin),
dont l’agressivité surprend face à une
mère aimante et ouverte. Il y a aussi le
quotidien du foyer de Saint-Denis,
près de Paris, où logent les ouvriers,
dont Abdelaziz, qui a travaillé toute sa
vie sans être déclaré, et l’amitié qui
naît entre les hommes.
Philippe Faucon compose un puzzle
bancal en collant les pièces les unes aux
autres de façon artificielle. Les acteurs
dirigés à la va comme je te pousse
jouent maladroitement. En particulier
Moustapha Mbengue. Dans la peau
d’Amin, il est tellement effacé qu’on a
l’impression qu’il ne se sent pas
concerné par la situation (à l’instar
d’ailleurs du spectateur). Ses partenaires essaient de s’adapter. Seule Emmanuelle Devos est à la hauteur. ■
« Amin »
Drame de Philippe Faucon
Avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle
Devos, Fantine Harduin
Durée 1 h 31
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
Sortie le 3 octobre
Ce qu’il y a
de mieux à
Cannes, c’est d’être
dans le jury. J’en ai
fait partie en 2002
avec Sharon Stone,
Michelle Yeoh
et les regrettés
Claude Miller
et Raoul Ruiz.
Nous avions donné
la palme d’or
au « Pianiste » de
Roman Polanski
»
LE TAPIS ROUGE
+ @DU WEB
» Revivez en vidéo notre émission
« 24 heures croisette »
avec notre invité Régis Wargnier
» Après La Loi du marché,
Vincent Lindon toujours
plus engagé dans le film social
En guerre
» « Sombrement drôle », mais
« inégal », le BlacKkKlansman
de Spike Lee séduit la Croisette
» Photo du jour à Cannes :
Kristen Stewart, la Cendrillon
du tapis rouge
» Le Festival de Cannes s’engage
pour la parité des femmes
www.lefigaro.fr/festival de Cannes
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LE FIGARO
mercredi 16 mai 2018
STYLE
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Karl Lagerfeld : « Je suis une marque
ambulante, je m’appelle Logofeld »
ENTRETIEN Alors qu’il lance une ligne de maquillage en collaboration avec ModelCo, l’Allemand, éternellement
pressé, prend le temps d’échanger sur sa notion de la beauté, son rapport à la notoriété et à la liberté de parole.
L
quement correct. Quand je pense à ce que
disait ma mère… Elle était plutôt féministe, en faveur du matriarcat, car les mères
n’envoient pas leurs enfants comme
chair à canon. Un jour, une célèbre féministe, dont je tairai le nom, lui a demandé
pourquoi elle n’avait pas fait partie de ce
mouvement. Ma mère a répondu : « Je
n’étais pas assez laide. »
PROPOS RECUEILLIS PAR
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
Descendre du piédestal comme
lorsque vous avez quitté la couture
pour le prêt-à-porter ?
Quand mon contrat chez Patou s’est
achevé, j’ai pensé : « La couture, ça suffit
comme ça. » Trop figé ! Nous étions en
1963, le prêt-à-porter commençait à
avoir une identité. L’avenir était là : en
moins de deux ans, j’étais devenu styliste
et je dessinais les collections pour Fendi,
Chloé, Max Mara… Krizia également, qui
était la Miuccia Prada des années 19601970. Mais lorsque je lui ai dit : « Maintenant, allons dans cette direction », elle n’y
a pas cru. Alors nous nous sommes quittés. Vingt ans plus tard, en 1982, quand
les frères Wertheimer m’ont proposé de
S’ils avaient vendu, auraient-ils gardé
le parfum ?
On ne sait pas, à l’époque ils possédaient
encore Bourjois. La question ne s’est pas
posée, tout s’est enchaîné. Aujourd’hui,
trente-six ans après, en prêt-à-porter de
luxe, Chanel est numéro un mondial.
Si, mais ce n’était pas les gens qui avaient
le pouvoir de m’interdire quoi que ce soit.
Il y a quatorze ans, j’avais compris dans
quel sens le vent tournait, l’émergence de
nouvelles marques, de nouvelles façons
de distribuer et de consommer, le principe des collaborations, etc. Certains me
reprochent d’être responsable de l’accélération des saisons, que, par ma faute, les
directeurs artistiques n’ont plus le temps
de se poser pour penser une collection.
Mais si je fais quelque chose pour une
griffe, ce n’est pas pour ma personne.
Lagerfeld, c’est une planète ; Chanel,
Fendi en sont d’autres… Je ne me pose pas
la question de me galvauder quand je collabore avec H&M. Je suis une marque
ambulante : je m’appelle Logofeld.
La communication a également changé.
Devez-vous aujourd’hui faire attention
à vos propos publics ?
Faire attention par peur de ces tribunaux
sans procès, quelle horreur. Les réseaux
sociaux n’ont pas beaucoup d’humour et
de complexité quand moi je pratique le
troisième degré. Autrefois, on avait le
goût des plaisanteries horribles qui devaient rester dans un certain milieu. Lesquelles ? Je ne vais pas vous en dire une là
tout de suite, mes reparties sont des réactions, je ne pratique pas l’humour à la demande comme Chamfort, le poète du
XVIIIe, qui cherchait des mots d’esprit le
matin et dirigeait la journée les conversations afin de pouvoir les placer ! Les gens
vont finir par avoir marre de ce politi-
Les femmes qui vous entourent sont peu
maquillées, d’une élégance parisienne…
« Élégance » ? Ah non, ce mot n’a plus
cours dans la mode, ça sent le conventionnel… Ce n’est pas un maquillage ni des
vêtements qui vont rendre une femme
élégante. À la limite, cela peut aider et accentuer, mais ce n’est pas garanti. Pour
moi, un make-up doit rester naturel, ce
n’est pas une peinture de guerrier tribal.
J’admire les gens dont le métier est de maquiller, j’en serais incapable, tout comme
coiffer. Je sais à peine me faire un catogan.
+ @SUR LE WEB
» Plus de mode
www.lefigaro.fr/madame
Ce succès a-t-il été immédiat ?
Pas si rapide que ça… Les premières années étaient bonnes et
très amusantes, on y allait
fort, rappelez-vous Claudia
Schiffer en slip d’homme
(printemps-été 1993) ! Mais
le véritable boom du business a eu lieu dans les années
2000. Les causes ? Les circonstances, avec un marché en
train de se globaliser, et moimême, parce que j’avais la tête
dégagée. Plus jeune, j’avais
d’autres priorités.
C’est alors que vous êtes
devenu célèbre. Ce qui
n’était pas prévu
puisque, en tant que
styliste, vous travailliez
dans l’ombre d’une
maison.
Être connu n’était pas une obsession. Et puis, vous êtes trop jeune, mais je
jouissais d’une certaine notoriété quand
je dessinais Chloé. Avant, il n’y avait pas
Internet ni les réseaux sociaux, le grand
public n’existait pas vraiment. On ne
compare pas la préhistoire et le
XVIIIe siècle.
Aviez-vous envie d’être reconnu ?
Je ne sais même pas… Toute ma vie, j’ai
travaillé pour d’autres, je n’ai jamais
voulu être gestionnaire. Mais j’ai eu de la
chance d’être entouré de gens de qualité
chez Chanel et chez Fendi, et pour Karl
Lagerfeld, après des années compliquées,
maintenant c’est génial. En tout cas, je
n’ai jamais demandé à une maison d’apposer mon nom à sa griffe comme ça se
pratique chez d’autres. Une marque,
c’est une marque et, en tant que directeur
artistique, vous êtes simplement sous
contrat et à son service. Par ailleurs, étant
donné la période de chaises musicales
que vivent les entreprises de luxe ces
derniers temps, je ne suis pas sûr que d’y
associer le nom du designer soit une bonne idée. Si ce que vous faites est bien, ça
se sait, et si ce n’est pas bien, il vaut
mieux que ça ne se sache pas.
Votre image est devenue mondiale
en 2004 lors de votre collaboration
avec H&M. Ne vous a-t-on pas
déconseillé de vous associer
à des projets populaires ?
“Un portrait iconoclaste
et passionnant…
Gary Oldman y est
juste exceptionnel.”
– LCI
En DVD et Blu-ray ™
A
L’univers du maquillage vous intéresse ?
Vu le nombre de défilés à mon actif, heureusement que le make-up m’intéresse !
Un monde sans produit de beauté ne
pourrait pas exister. Même lors de la
Grande Dépression, en 1929, aux ÉtatsUnis, le rouge à lèvres d’Elizabeth Arden
continuait de marcher ! Cette ligne pour
ModelCo s’adresse à tout le monde, quel
que soit son budget, c’est amusant, léger,
pas prétentieux. Et puis, tout m’intéresse, je ne suis pas un type en exclusivité
dans une tour d’ivoire, cette posture stérile est d’une autre époque.
reprendre Chanel, le monde avait changé. Non pas que le prêt-à-porter se fût
essoufflé, mais il n’était plus une nouveauté. Il était donc redevenu amusant de
faire de la couture, d’autant que les
conditions étaient plus que favorables
- Chanel n’avait alors plus aucun prestige. Alain Wertheimer m’avait prévenu :
« Faites ce que vous voulez. De toute façon,
je vends la maison si la mode ne marche
pas. » J’ai répondu : « Mettez-moi ça sur
un papier. »
otion icture rt nd ciences. olden
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Aujourd’hui, nous nous voyons
pour cette nouvelle collaboration,
Karl Lagerfeld × ModelCo.
Pourquoi avoir signé ?
Parce que je n’avais jamais créé de maquillage et que je choisis des projets
que je n’ai pas encore expérimentés. Ce partenariat avec ce
label de beauté australien ne
fait pas concurrence à Chanel !
J’aime bien l’histoire de
ModelCo et ses produits accessibles, de bonne qualité, non
testés sur les animaux et drôles,
quand la plupart des marques de
maquillage n’ont pas d’humour.
Ces rouges à lèvres liquides, la palette d’ombres à paupières (en forme de Choupette) ou encore la minaudière (contenant un kit pour
les lèvres) s’adressent aux jeunes filles. J’adore le design des
gloss et des baumes à lèvres
qui reprend ma tête, enfin
plutôt le pictogramme de
moi-même. Derrière vous
(dit-il en désignant une sculpture), c’est mon visage d’autrefois
sculpté par Lalanne. Je n’ai pas tant
changé, non ?
Votre mère vous disait-elle qu’elle était
fière de votre réussite ?
Non ! Elle trouvait ça « fournisseur », elle
n’est jamais venue voir une collection
Chloé : elle ne voulait pas rencontrer les
gens pour lesquels je travaillais.
D’ailleurs, quand j’étais enfant, j’ai vu des
photographies, depuis disparues, de ma
mère dans les années 1920 : elle en avait
une couche de fards, sur les cheveux, les
yeux, la bouche ! C’était la mode ! Dans
mon enfance, elle était rentrée dans le
droit chemin et, surtout, c’étaient les années de la guerre, de la restriction.
Karl Lagerfeld cosigne avec une marque australienne la gamme de cosmétiques Karl Lagerfeld × ModelCo.
01 ocus eature LC ou roits éservés scar
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LE FIGARO. - Avant tout, à la fin
du dernier défilé Chanel, vous êtes sorti
avec Virginie Viard, votre bras droit
au studio…
Karl LAGERFELD. - Ah oui, quelle histoire, on a pensé que j’allais me retirer et
qu’il s’agissait de la passation de pouvoir ! Mais ce n’est pas la première fois
qu’elle salue avec moi. Il se trouve que
mon filleul, Hudson, en raison de l’heure
du défilé, n’a pas eu le droit d’y participer et je déteste « sortir » seul. Et puis,
Sam (McKnight, coiffeur de longue date
des shows de KL, NDLR) l’avait bien coiffée, elle était superbe. Je vais vous dire
une chose : sans Virginie, le défilé
n’existerait pas. Elle est derrière toutes
les collections, les métiers d’art, la couture et le reste. Elle est l’une des personnes essentielles chez Chanel avec Bruno
(Pavlovsky, président des activités mode),
Éric (Pfrunder, directeur de l’image de la
mode) et moi.
S. FEUGÈRE ; KARL LAGERFELDXMODELCO
a veille, début mai, il avait
présenté le défilé croisière Chanel, au
Grand Palais, suscitant l’émoi en venant
saluer avec son bras droit. Ce vendredi,
fin de journée, dans son studio-librairie
7L, rue de Lille (Paris VIIe), Karl Lagerfeld
s’apprête à photographier l’actrice
Margot Robbie (égérie de la maison de la
rue Cambon), converse avec Carine
Roitfeld sur le politiquement correct qui
régit l’industrie et dévoile sa collaboration avec la marque australienne ModelCo, autour d’une ligne de maquillage.
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mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
32
VOYAGE
Pauses normandes
entre Seine et mer
ESCAPADES Au bord du fleuve, en pleine forêt
e pays de Caux, tout le
monde connaît. Quant à le situer précisément sur la carte… Révision de géo :
viser le département de la Seine-Maritime, pointer Rouen puis à l’ouest toute, en suivant la Seine qui boucle à qui
mieux mieux à l’approche de l’estuaire,
comme si elle cherchait à retarder le
moment de se jeter dans la Manche.
Du Havre, remonter alors vers le nord
jusqu’à Dieppe, le long de la mer qui
n’en finit pas de butiner les falaises de
craie aux tons laiteux, cette fameuse
couleur d’albâtre qui a valu son nom à
la côte. Voilà, grosso modo, les
contours de ce territoire fluvial, champêtre et maritime. Et, c’est là tout son
attrait pour l’escapade, ce patchwork
d’ambiances tient dans un mouchoir de
poche. Nouvelles haltes choisies pour
(re)voir ce petit coin de Normandie.
: le gîte du quai
uFécamp
Quand le peintre Jean Duranel a mis
A
: la maison sur le fleuve
uVillequier
À presque 130 ans, le bâtiment en U
vient de s’offrir un sacré coup de jeune.
Rénové de fond en comble, et ce n’est
pas tout à fait fini, par ses nouveaux
propriétaires trentenaires, Jeanne et Simon. Ils l’ont rebaptisé « la Maison
Plûme ». Et Jeanne d’expliquer cette
coquetterie orthographique : « L’accent circonflexe rappelle la forme du toit
et fait également référence aux écrivains
venus autrefois dans le coin, Apollinaire
et, avant lui, Victor Hugo. » Nous sommes à Villequier, un tout petit village de
750 habitants, lové rive droite, dans
l’avant-dernière boucle de la Seine.
Depuis deux ans, il porte aussi le nom
de Rives-en-Seine, nouvelle commune
née de la fusion avec Caudebec-enCaux et Saint-Wandrille-Rançon, ses
voisines en amont du fleuve.
Celui-ci coule au pied de la Maison
Plûme, reconvertie en maison d’hôtes
de trois chambres (pour l’instant car
deux autres sont en projet). Tout est
simple, frais et de bon goût, le vieux
parquet d’origine, la table de campagne dans la salle du petit déjeuner, les
bols en faïence pastel, le mélange de
meubles de bois traditionnels et vintage fifties, le linge de maison griffé « La
cerise sur le gâteau », où Jeanne
œuvrait à Paris avant de revenir ici,
dans le village de son enfance. C’est
dire si elle connaît la région comme sa
poche, inutile de surfer comme des
fous pour savoir quoi faire et où aller,
elle vous dira tout.
Les trois chambres sont toutes différentes. La plus belle s’appelle « L’amour ».
L’histoire ne dit pas si ce fut celle
qu’occupèrent Guillaume Apollinaire et
Marie Laurencin lorsqu’ils séjournèrent
dans cette maison, alors l’Hôtel de
France. Mais rien n’interdit de l’imaginer en se prélassant sous la couette
blanche et l’édredon vieux rose du lit
disposé face à la Seine. Ou en rêvant sur
le balcon devant le spectacle apaisant
du fleuve. Un fleuve pas si tranquille,
cela dit. Le 4 septembre 1843, il fit cha-
Villequier (ci-dessus), lové rive droite dans l’avant-dernière boucle de la Seine,
abrite la Maison Plûme (en haut), la nouvelle adresse du village au bord du fleuve.
MAISON PLÛME ; GILLES RIGOULET/SMT
virer le canot à voile de Léopoldine et
Charles Vacquerie, la fille et le gendre
de Victor Hugo. Les jeunes mariés se
noyèrent. Sans ce drame, le fameux
« Demain, dès l’aube… » n’aurait pas
été écrit. Et, à Villequier, la maison de la
famille Vacquerie, où Hugo n’avait jamais mis les pieds du vivant de sa fille,
ne serait sans doute pas devenue un
musée à son nom, remplie de souvenirs
et documents sur la vie intime de l’écrivain. À deux pas de la Maison Plûme,
c’est évidemment la visite obligée.
u
Saint-Jouin : l’hôtel de la forêt
Se mettre au vert. L’expression
prend ici toute sa signification. Des arbres, rien que des arbres pour horizon
rapproché. La maison blanche et ses
dépendances occupent une clairière au
cœur d’une forêt privée, vingt hectares
de pinède - pour un peu, on se croirait
dans les Landes, étonnant à cinq minutes des falaises d’Étretat. Sur la commune de Saint-Jouin-Bruneval, ce domaine s’appelle depuis peu Les Pins de
César. C’est le nouvel hôtel 4 étoiles de
Didier et Léa Lassarat, déjà propriétaires de plusieurs belles adresses et bonnes tables dans la région (Vent d’Ouest
et Les Enfants Sages au Havre, Les Maisons de Léa et Tourbillon à Honfleur) et
en montagne (Le Chamois d’Or à l’Alpe-d’Huez). Sauf que pour Didier Lassarat, le dernier-né ne sera jamais tout
à fait comme les autres : c’est César, son
arrière-grand-père qui avait acheté ce
domaine et fait construire cette grande
demeure pour abriter sa nombreuse
progéniture.
L’hôtel abrite quatorze chambres, cinq
dans la maison, trois dans l’ex-garage
réhabilité, trois dans un petit chalet indépendant à louer entièrement. Et trois
autres à l’étage dans le bâtiment qui
coiffe la piscine et le spa Nuxe, près du
Jacuzzi extérieur. La déco n’a pas lésiné
sur les couleurs et le style cosy, aux antipodes du design épuré minimaliste
branché. C’est un choix, comme la baignoire et le lavabo dans la chambre,
également équipée, qu’on se rassure,
d’une immense douche à l’italienne bel
et bien fermée.
en vente sa maison du quai Bérigny, au
bord du port de plaisance, Laurent Le
Bouëtté a sauté sur l’occasion. Le développement du tourisme à Fécamp, il y
croit dur comme fer. Et en tant qu’architecte, la rénovation, il maîtrise. Résultat : derrière sa façade coquille d’œuf
ravalée de frais, la fière maison bourgeoise, Norwegian Stern, abrite aujourd’hui deux appartements lumineux, un
par étage, labellisés Gîtes de France.
Pour prendre ses aises en famille ou entre amis, c’est le bon plan. Au 1er étage,
le « petit » gîte (86 m²) se compose d’un
séjour, de deux chambres, d’une cuisine séparée et d’une salle de bains. Plafonds à moulures, murs gris pâle bleuté,
parquet laqué blanc, meubles design et
ordinateur à disposition, c’est superbe.
Au-dessus, le grand gîte est un duplex
de 140 m², murs blancs et parquet couleur bois. État des lieux : salle à manger,
cuisine, buanderie, une chambre et une
salle de douche au premier niveau et,
au second, deux chambres, une salle de
douche et un salon mansardé. Et si ces
appartements portent des noms vikings
- Norwegian Stern au 1er, Drakkar
au 2e -, c’est parce que la maison abritait à l’origine, en 1852, le consulat de
Norvège. Info pratique pour terminer :
juste en bas, à la porte, la poissonnerie
prépare des plateaux de fruits de mer à
emporter.
En face, de l’autre côté du port, un bâtiment interpelle : une cage de verre est
posée sur le toit. C’est un nouveau musée, ouvert en décembre dans une ancienne usine de transformation du
poisson, les Pêcheries. De style paquebot, le bâtiment, est une reconstruction
d’après-guerre mais la « cage vitrée »
est toute neuve. Ce belvédère offre la
plus belle vue, 360°, sur la ville, le port,
la mer et la Côte d’Albâtre. D’ailleurs la
visite commence par là. De là-haut, on
comprend mieux l’évolution de la cité,
expliquée sur trois plans-maquettes en
relief. Les Pêcheries regroupent les collections de plusieurs musées municipaux, dont celui de la pêche à la morue.
Un siècle durant, du milieu du XIXe à
celui du XXe, Fécamp fut la capitale
normande des terre-neuvas. Des centaines périrent dans les eaux glaciales
de l’Atlantique Nord. Les souvenirs de
cette épopée maritime de tous les dangers sont les plus émouvants du musée.
On y passerait des heures.
Mieux vaut être motorisé sur
place. Si vous ne venez pas par
la route (environ 1 h 30 de route
depuis Paris et 2 h 30 de Lille
et Rennes), louez une voiture
à Rouen ou au Havre. Trains
Intercités direct depuis ParisSaint-Lazare (www.oui.sncf).
En avion : Lyon/Rouen avec Hop!
(www.hop.com) sinon, vols pour
Caen, dans le Calvados (environ
80 km) depuis dix villes françaises
(www.www.caen.aeroport.fr).
DORMIR
À la Maison Plûme à Villequier,
selon la chambre, 177 €, 166 €
et 133 € la nuit pour une ou deux
personnes, avec le petit
déjeuner. Tél. : 06 88 30 98 58
et www.lamaisonplume.com
Aux Pins de César à SaintJouin-Bruneval, chambre double
à partir de 150 € avec
le petit déjeuner en semaine
et de 180 € le week-end et en
juillet-août. Tél. : 02 32 73 69 10
et lespinsdecesar.com
Au Norwegian Stern à Fécamp,
2 nuits au minimum, à partir
de 358 €, pour le « petit »
appartement, à 423 €, pour le
grand, garage compris. Ménage
de fin de séjour en option, 50 €.
Tél. : 06 75 22 63 86 et
www.norwegian-stern.fr
VISITER
À Villequier, la Maison Jacquerie,
tous les jours
(sauf mardi et dimanche matin)
de 10 heures à 12 h 30 et
de 14 heures à 18 heures, entrée
4 € (gratuit pour les moins
de 18 ans). Tél. : 02 35 56 78 31
et www.museevictorhugo.fr
À Fécamp, Les Pêcheries,
tous les jours de 11 heures
à 19 heures, entrée 7 € (gratuit
pour les moins de 18 ans),
audioguide 2 €, visite guidée
12 €. Tél. : 02 35 28 31 99
et www.ville-fecamp.fr
SE RENSEIGNER
Seine-Maritime Attractivité,
Tél. : 02 35 12 10 10 et
www.seine-maritimetourisme.com
Vallée de Seine,
Tél. : 02 32 70 46 32
et www.normandie-cauxseine-tourisme.com
+@
SUR LE WEB
» Soldes d’été de la SNCF :
vrai bon plan ou poudre
de perlimpinpin ?
www.lefigaro.fr/voyages
A. BARBACCIA/LE FIGARO
ENVOYÉE SPÉCIALE EN PAYS DE CAUX
Y ALLER
+
L
On vient ici pour souffler. Se promener
dans la pinède, s’y pauser, installé sur le
fauteuil pliable prévu à cet effet dans
chaque chambre, saluer les animaux du
domaine, des poules, des chèvres, l’âne
Marius, le lama prénommé Serge (ça ne
s’invente pas) et les chevaux (à terme,
on pourra les monter). On peut aussi
jouer au tennis (il y a un court) ou louer
un vélo électrique pour aller à la plage
de Saint-Jouin, la seule plage de sable
du pays de Caux. Petit déjeuner tardif
(8 h 30 à 11 h 30) mais servi plus tôt à la
demande. Pas de restaurant mais planches gourmandes (et copieuses) à commander pour le dîner.
ANNIE BARBACCIA
abarbaccia@lefigaro.fr
Carnet de route
Les falaises du cap
Fagnet, à Fécamp.
OT FÉCAMP
et sur la Côte d’Albâtre, de nouvelles maisons
accueillent les visiteurs du pays de Caux.
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mercredi 16 mai 2018
AUTOMOBILE
33
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mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
34
TÉLÉVISION
La méditation, une hygiène
de vie pour le bien-être de l’esprit
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Et vogue
Tabarly
L’imagerie médicale du cerveau a permis de voir les modifications cérébrales apportées
par cette gymnastique mentale qui permet, notamment, de lutter contre le stress et certaines dépressions.
« Thalassa »
France 3 | 20 h 55 | Lundi
JEAN-LUC NOTHIAS jlnothias@lefigaro.fr
D
éjà vingt ans. Éric Tabarly,
disparu en mer le 13 juin
1998, méritait bien cet
hommage de « Thalassa », un
documentaire présenté par Fanny
Agostini. Ce marin de génie se fit
connaître quand, à peine âgé
de 35 ans, il gagna, sur son Pen
Duick II, la Transat anglaise de
1964, reliant Plymouth à Newport.
Un record historique en vingtsept jours et trois heures. Il entre
avec une décontraction concentrée
dans la légende. Pen Duick en
breton signifie « mésange à la tête
noire ». C’est beau. La Transat
anglaise de 1964 fut le début
d’une incroyable série d’exploits.
Le bonhomme au physique de
bûcheron, aux mains brûlées et au
visage salé, n’était pas très bavard.
Tout plongé dans sa passion,
il n’aura cessé de rechercher,
nous dit-on, la forme, le gréement,
le matériau optimaux. On lui doit
le foil et l’hydroptère. Il y a eu,
il y a encore une « école » Tabarly.
Il en a formé des champions,
des noms qui flottent encore
dans l’imaginaire nautique. Citons
Kersauson, Poupon, Le Cam,
Lamazou, Desjoyeaux… Chacun
d’eux décrit la simplicité,
l’humilité du héros. Desjoyeaux :
« Lorsque vous êtes à la recherche
d’un sponsor, si l’on voit dans un
CV : “a été équipier de Tabarly”,
cela fait son effet. » Avons revu
cet extrait, celui où le maître, invité
à « Apostrophes », dit, timide, à un
Bernard Pivot un peu cueilli : « Vous
savez, ce que je n’aime pas, c’est
d’être obligé de communiquer. »
Il n’avait rien à déclarer, surtout
pas de messages. Restait dehors.
Pas le genre à aimer les corvées. Les
avaries, pour lui, se rencontraient
plutôt sur le plancher des vaches.
La Bretagne (le Finistère sud) fut
son point d’ancrage. La Bretagne,
« immense tremplin d’où la France
s’élance et plonge dans l’océan »,
écrivait Paul Morand et tel l’auteur
de Rien que la terre, toute sa vie,
Tabarly s’échappa.
LE BUZZ TV
Invitée : Carole Gaessler
interviewée par Philippe Larroque
et Damien Canivez aujourd’hui
sur :
lle a incontestablement le vent
en poupe. Des millions de
Français s’y adonneraient car
elle aurait beaucoup de vertus
sur le bien-être et sur la santé
en général. La méditation de pleine
conscience (mindfulness), qui tient une
place centrale dans le bouddhisme (Matthieu Ricard, le moine bouddhiste le plus
célèbre de France, fait une apparition),
est utilisée principalement dans la lutte
contre le stress et dans le traitement de
certaines dépressions. C’est ce qu’explique Alexandra Combe dans son documentaire Méditation, une révolution dans
le cerveau, diffusé dans le cadre d’« Enquête de santé ». Au travers de nombreux exemples concrets et de témoignages de personnes ayant expérimenté
positivement cette forme de méditation,
sur fond de nouvelles
connaissances acquises
par l’imagerie cérébrale, ce documentaire
○○○¡
donne bien envie de
s’y essayer 10 minutes
par jour.
E
Rumination d’idées noires
Qu’est-ce que la méditation de pleine
conscience ? Elle consiste à ramener son
attention sur l’instant présent, en commençant par se concentrer sur sa respiration (on peut aussi méditer en marchant), et à examiner les sensations,
agréables ou pas, qui se présentent
spontanément à l’esprit. L’attention
fixée sur le souffle devient l’objet « par
défaut » de la concentration et permet
d’examiner les autres objets qui se présentent en pensée de manière plus neutre. « La méditation est au cerveau, ce
que le sport est au corps », résume un
intervenant.
20.55
Et il semble bien que la méditation ait
un impact concret sur le cerveau et son
fonctionnement. Ainsi, des volontaires,
pratiquant ou non cet exercice, ont été
examinés par IRM et ont subi - ils
étaient prévenus - une légère et rapide
sensation de brûlure au bras. Ceux qui
ne méditaient pas ont montré une montée de stress bien avant que la douleur
ne survienne, de l’anticipation de la
douleur explique un intervenant, tandis
que ceux qui méditaient n’avaient pas
cette montée anticipatrice et, surtout,
avaient un retour « à la normale »
beaucoup plus rapide que les autres. Il
semble qu’une zone du cerveau appelée
insula, qui est impliquée dans la
conscience intéroceptive (perception
La conscience est comme une radio qui
diffuse en permanence un flot de pensées (60 000 par jour). Parfois, elle reste
bloquée sur une mauvaise fréquence,
d’où la rumination d’idées noires. Et là,
c’est une zone du cerveau appelée
amygdale, très impliquée dans la gestion
et les réponses aux émotions, particulièrement la peur et l’anxiété, qui serait au
centre du processus. Elle serait surstimulée par les ruminations et une semaine de pratique de la méditation serait
suffisante pour la ramener à la normale.
Côté Alzheimer, on soupçonne l’hippocampe cérébral d’être impliqué. L’impact de la méditation sur le vieillissement des cellules reste, lui, très
hypothétique. ■
Le film de la Turque Deniz Gamze Ergüven avait reçu un bel accueil à Cannes en 2015, puis quatre César.
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
est un vent de fraîcheur
et de liberté que fait
souffler la réalisatrice
turque Deniz Gamze
Ergüven dans Mustang,
accueilli chaleureusement à Cannes en
2015 dans le cadre de la Quinzaine des
réalisateurs. Ce long-métrage (César
2016 du premier film, du scénario, de la
musique et du montage), dont la diffusion ce soir sur Arte est suivie d’un do-
C’
cumentaire sur son making of, traite
d’un sujet difficile - à savoir les conditions de vie des jeunes filles dans la Turquie d’aujourd’hui - avec force, délicatesse et poésie.
Rage de vivre
Pour décrire l’oppression (mariages
forcés, violences sexuelles, restrictions
des libertés en tout
genre) que vivent les
adolescentes dans la
société patriarcale tra○○○¡
ditionnelle turque, la
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4727
VERTICALEMENT
1. Et trouvera pourtant un avocat...
- 2. Philosophe de la subjectivité,
il fut d’après Victor Cousin « le
plus grand métaphysicien qui
ait honoré la France depuis
Malebranche » (trois mots). - 3.
Vraiment minables. Un art vaguement maîtrisé. - 4. Viennent de
quelque part. Pêchée à la ligne.
Rondelle de rondelle. - 5. Le vent
se lève… Mitraille au Cambodge.
- 6. Ancienne capitale du rideau.
Il permet des accélérations
foudroyantes ou bien il se déplace
à une vitesse d’escargot. - 7.
École alsacienne. Est attique. - 8.
Fins connaisseurs de Julien Sorel
et de Fabrice del Dongo.
1
2
3
4
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4726
HORIZONTALEMENT 1. Aggraver. - 2. Fauteuse. - 3. Flétries. - 4. Élu.
Être. - 5. Colée. IC. - 6. Tressent. - 7. Iota. CEI. - 8. Omo. Maso. - 9. Nantir.
- 10. Nino. Tas. - 11. Énerver. - 12. Serrures.
VERTICALEMENT 1. Affectionnes. - 2. Gallo-romaine. - 3. Gueuletonner.
- 4. RTT. ESA. Torr. - 5. Aérées. Mi. Vu. 6. Vuit. Écarter. - 7. Ésérines. Are.
- 8. Résections.
2
3
4
5
6
7
8
réalisatrice, qui, fille de diplomate, à
fait ses études à la Fémis à Paris, a choisi
de suivre le destin de cinq jeunes filles.
Cinq personnages joués par des comédiennes non professionnelles, ce qui
explique la formidable spontanéité de
leur jeu.
Ces adolescentes interprètent des orphelines élevées par leur grand-mère et
leur oncle dans un village au bord de la mer
Noire. Alors que l’année
scolaire s’achève, elles
filent se baigner tout ha-
20.55
BRIDGE
billées et s’amusent dans les vagues
avec des garçons. Il n’en faut pas plus
pour mettre en émois le voisinage et
entraîner de sévères réprimandes de la
grand-mère.
À partir de là, entre fougue et espièglerie, désespoir et rage de vivre, ces
filles aux belles et longues chevelures,
comme des crinières de chevaux sauvages, mènent une lutte acharnée, dramatique et pleine d’espoir. Un hymne à
la liberté des femmes, qui, depuis
l’émergence du mouvement MeToo,
prend une nouvelle dimension. ■
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
PROBLÈME DE DÉFENSE N° 2828 : Signal fatal
A7654
DV43
A6
R4
N
O
E
S
Contrat : Sud joue 6 Piques.
932
9876
10 5
DV76
La séquence (Tous vuln.) :
Sud Ouest Nord
Est
1
3
4 passe
4SA passe 5 passe
6
Entame : Roi de pris de l’As.
Comment voyez-vous la suite du coup ?
5
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2827 : Quadruple option
6
Contrat : Sud joue 6 Cœurs.
Entame : Valet de pris du Roi. Vous encaissez As-Roi d’atout (tout le monde fournit),
la tierce à ♣ en écartant deux puis coupez un ♣ (Est défaussant un ).
7
8
A
des événements internes, comme le
rythme cardiaque) et le contrôle de certaines émotions, en soit responsable.
« La méditation ne supprime pas la douleur », explique un médecin. « Elle permet de mieux la gérer. La méditation
n’est pas un remède miracle, elle ne vous
fera pas maigrir, elle ne vous empêchera
pas de vieillir. Mais c’est une hygiène de
vie pour le bien-être de l’esprit. »
Cette gymnastique mentale a montré
qu’elle pouvait améliorer certains états
dépressifs et qu’elle pouvait retarder
l’apparition de maladies neurodégénératives comme Alzheimer en permettant
une meilleure plasticité du cerveau.
Dans le cas de la dépression, elle permet
de surmonter les états de ruminations.
« Mustang », un hymne à la liberté féminine
MOTS CROISÉS
HORIZONTALEMENT
1. Sentiments contraires à la religion.
- 2. En voie de développement.
- 3. Poème qui raconte le jour du
jugement dernier (deux mots).
- 4. Pluma. - 5. Ils sont bons
pour repasser. Remplace le gray.
- 6. Au Nigeria, aux Pays-Bas et
même en Suède. Dieu jaloux
qui découpa Osiris en quatorze
morceaux. - 7. Tour de vices.
Surface réduite. - 8. Commandée
par Leclerc. Truc ou machin. - 9.
Vraiment sans gêne. En position
de force, donc. - 10. A épousé
un fils à papa. Coule à Meaux.
- 11. Protecteur à domicile. Plus
connu que Benjamin Vautier. - 12.
Dupions vulgairement.
« La méditation est au cerveau ce que le sport est au corps », résume un intervenant du documentaire
d’Alexandra Combe. 17 JUIN MEDIA
9
10
11
12
Après avoir éliminé le dernier , un assortiment de maniements s’offre à vous. Jouer vers
le 10 (pris du Valet) et mettre la Dame sur le retour forcé à d’Ouest. Ou jouer As de et vers la Dame. Ou bien encore jouer vers la Dame puis vers le 10. Tous ces maniements
ont environ 8 chances sur 10 de vous laisser un bon souvenir.
AD
Il en existe pourtant un quatrième, le meilleur de tous. Partez
RD87
D65
de la Dame de . Au pire, Est couvre du Roi, pris de l’As.
ARD6
Remontez au mort à l’atout et jouez vers le 10. Vous ne
76543
chuterez que si Est posssède R(x) à , teneur d’autant plus V 10 9 2
N
32
10 6
improbable qu’Est détient deux cartes de moins que son
O E R98
V7
S
partenaire entre les et les ♣. Vous jouez ainsi à près de V 9 8 5 4
10 3 2
9 chances sur 10.
R8
AV954
A 10 4 3 2
7
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mercredi 16 mai 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
35
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Honoré
Soleil : Lever 06h06 - Coucher 21h27 - Premier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient 20.00
Le 20h 20.35 Le 20h le mag 20.50
C’est Canteloup. Divertissement.
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu 20.45 Alcaline 20.50 Parents mode d’emploi
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Laëtitia Milot.
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
21.00 Joséphine, ange gardien
21.00
20.55
20.55
Série. Comédie dramatique
Film TV. Policier
Magazine. Reportage
10
Série. Comédie. Fra. 2007. Saison 11.
Avec Mimie Mathy, Cathy Min Jung.
Sur les traces de Yen. En Asie, Joséphine vient en aide à un couple dont
le dossier d’adoption a disparu.
20
9
9
11
12
10
12
11
11
12
11
22.50 Joséphine, ange gardien. Série
0.35 Confessions intimes. Mag.
12
12
10
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11
10
11
9
20
12
Grey’s Anatomy
Flic tout simplement
Des racines et des ailes
EU. Saison 14. Avec Kelly McCreary,
Jesse Williams. 2 épisodes. Inédits.
Après avoir passé la nuit avec April,
Koracick essaie de l’amener à lui en
dire plus sur elle et il finit par lui parler
de la mort accidentelle de son fils.
Fra. 2014. Réal. : Yves Rénier. 1h45.
Avec Mathilde Seigner, Philippe Torreton, Yves Rénier, Jean-Marie Winling. L’itinéraire de Martine Monteil,
première femme à avoir dirigé les
Stups, l’Anti-Gang et la PJ.
Prés. : Carole Gaessler. 2h00. Jardins
d’exception depuis la villa Ephrussi
de Rothschild. Inédit. Ce numéro
propose de découvrir les plus beaux
jardins d’Europe, et notamment
de la Côte d’Azur.
20.50 Enquête de santé
22.50 Chicago Med Série. Le
22.35 Dans les yeux d’Olivier
dernier combat. Inédit - Rechute.
Inédit 0.30 Night Shift. Série.
Magazine. Inédit 0.10 Les invisibles.
Film. Documentaire.
23.00 Soir/3 23.25 Avenue de
l’Europe, le mag Magazine 0.30
La carte aux trésors. Jeu.
22.00 Débat 22.35 C dans l’air 23.40
C à vous 0.35 C à vous, la suite
Magazine. Santé. Présentation : M.
Cymes, M. Carrère d’Encausse, B.
Thevenet. 1h10. Invité, notamment :
Christophe André. Méditation : une
révolution dans le cerveau.
11
12
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
13
10
12
12
14
13
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10
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13
10
13
APRÈS-MIDI
20
40
20
20
19.00 La vie secrète des lacs. Série doc. 19.45 Arte journal 20.05
28 minutes. Magazine.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu 19.45
Le 19.45 20.25 100 % foot. Magazine.
Présentation : David Ginola.
21.00
20.55
20.45
Film. Comédie dramatique
Film. Drame
Football. Sport
23
20
16
22
20
22
23
17
23
20.55 Apocalypse Revolution
22
24
Film TV. Action. All. 2013. Réal. : H.
Thurn. 2h23. Avec Christiane Paul.
Une expérience provoque la destruction de tous les satellites, coupant les communications sur Terre.
20
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21
23
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23.20 Bad Asses on the Bayou.
Film TV. Action.
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18
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19.00 Wheeler Dealers - Occasions
à saisir. Série documentaire.
Rodin
Fra . 2 01
Réal. : Jacques Doillon.
1h59. Inédit. Avec Vincent Lindon,
Izïa Higelin, Séverine Caneele. À
Paris, en 1880 l’État commande
une œuvre du nom de «La Porte de
L’enfer» à Auguste Rodin.
22.55 L’amant double
T h r i l le r
0.45 Versailles. Série 2.45 Zapsport
2.50 Late Football Club. Magazine.
Mustang
Turquie-Fra-All-Qatar. 2014. Réal. :
Deniz Gamze Ergüven. 1h35. Avec
Günes Sensoy. En Turquie, cinq
sœurs se trouvent soumises à un
programme de rééducation pour
être mariées.
22.30 Il était une fois... «Mustang» 23.20 Amnesia. Film 0.55
Jordskott, la forêt des disparus
17
T (en °c)
20.50 High Side
Marseille/
Atlético Madrid
Ligue Europa. Finale. En direct
du Groupama Stadium. Après sa
qualification héroïque à Salzbourg, l’OM va disputer à Lyon sa
cinquième finale européenne.
Mag. Prés. : B. Benlekehal. 1h. Cocorico ! Invité : P. Etchebest. La France
est le pays de la moto. Pour le prouver, Bader Benlekehal passe au banc
d’essai des motos françaises.
21.50 High Side. Magazine 23.30
Dans le monde des bikers. Doc.
23.10 100 % foot Magazine. Présentation : David Ginola 0.20 Recherche
appartement ou maison.
<-10 à 0
19.05 Once Upon a Time. Série.
Nimué - La flamme de Prométhée.
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
20.30 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Burger Quiz
21.00 Enquêtes criminelles :
le magazine des faits divers
21.00 À droite, à gauche
Jeu. Prés. : Alain Chabat. 1h45. Inédit. Seize ans après son arrêt, «Burger Quiz» a fait son grand retour,
et Alain Chabat est à nouveau aux
manettes.
22.45 Burger Quiz. Jeu 23.45
90’ enquêtes. Magazine.
Mag. Prés. : Nathalie Renoux. 2h00.
Inédit. Au sommaire, notamment :
«Affaire Mathieu Buelens : un gendarme au-dessus de tout soupçon».
Théâtre. 2018. Pièce de Laurent
Ruquier. Réal. : Serge Khalfon. Mise
en scène : Steve Suissa. 1h27. Avec
Francis Huster, Régis Laspalès,
Charlotte Kady, François Berland.
23.00 Enquêtes criminelles : le magazine des faits divers. Magazine.
22.50 Chevallier et Laspalès : «Vous
reprendrez bien… Spectacle.
SU DO KU
GRILLE 2509 MOYEN
2
3 5 8
3 5 6 7
5 2 4 1 6
7
2 8 1 4 9
3 8 6 2
7 4 6
2
9
1
6 7
SOLUTION DU N° 2508
5 1
2
CE N’EST
PAS UN
LUSTRE
INCERTAINS
MISE
AU PAS
BOURSOUFLÉES
21.00 Storage Wars :
enchères surprises
4
9
3
8
1
7
6
2
5
11/19
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2
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7
9
3
8
1
5
3
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2
8
1
4
6
9
SAMEDI
7/16
10/19
8/16
8/18
15/23
21.25 Storage Wars : enchères surprises. Téléréalité.
14/21
21/29
14/21
14/20
15/28
11/18
15/23
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
7/15
8/16
11/19
11/17
13/19
13/22
12/22
5/12
13/24
13/20
VENDREDI
10/16
Téléréalité. 0h25. L’art de se jeter à
l’eau. Les acheteurs se rendent dans
la ville de Santa Ana, en Californie, où
sont stockés des biens de valeur.
11/19
8/18
13/21
17/23
17/24
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
FORCE 2
À LUI
ENDUIT
IL SE FÊTE
À HANOÏ
INTACTS
GRAVER
EN RELIEF
OU
EN CREUX
ENNUYÉ
8
8
5
1
6
2
4
7
9
3
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
JEUDI
MOTS FLÉCHÉS N°1972
Chaque jour un peu plus difficile
6
7
2
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1
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14/20
10/16
13/20
10/18
17/28
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
10 à 20 20 à 30 30 à >40
0 à 10
OUBLIES
BAILLEURS
HÉROÏNE
DE CONTE
POISSON
DANSE
DE CUBA
COUSIN
DU LORI
APPENDICE SENSORIEL
LIFT
présente
Volume
17
S’EXPOSE
À
LA GALERIE
ARRIVER
SOUDAIN
PASCAL
DOUBLÉ,
C’EST OSÉ
COUVERTURE
ALCOOLS
DE
RAISINS
BRAILLER
LETTRE
BLÊMIT
NUL AUX
ÉCHECS
SE
GRATTE
SUR LE DO
SINGE
ON Y
ENTRE À
SIX ANS
POILU
FLEUVE
RUSSE
DÉCOUPER
EN
ORFÈVRE
LE MATIN
SUR
L’HORLOGE
PRIT LE
MEILLEUR
CAP
À TENIR
ELLE
SOIGNE LE
MONDE
ENTIER
BELLE
PLANTE...
À L’ŒIL
ARRACHES
DE
L’HERBE
SYMBOLE
CHIMIQUE
DE
L’ARGON
N
MÈTRE
PAR
SECONDE
BORDURE
UNE
COURSE
QUI VAUT
DE L’OR
P
A
L
M
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
P
S
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E
E
C
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E C E S S I T E R
R A T O N
R OM A I N E
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N
M
U I
L I E S S E S
A C R A
S E X E S
T O T
C L E A N
E N E
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Édition Collector
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Contact service client au
01 70 37 31 70
A
20.20 Le petit cercle (C) 20.30 Le
journal du Festival (C). Magazine
20.50 Catherine et Liliane (C)
20
20
16
18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 16 mai 2018 LE FIGARO
36
Tom Wolfe,
dandy des lettres
américaines
DISPARITION L’auteur du « Bûcher
des vanités », qui fut aussi, avec Gay Talese,
Norman Mailer, Hunter S.Thompson
et Truman Capote, l’un des pères
du Nouveau journalisme,
est décédé à l’âge de 87 ans.
L’
Post et le New York Herald Tribune. Il y
publie des articles novateurs qui font
dire au spécialiste de la littérature américaine Pierre-Yves Pétillon : « C’est le
stream of consciousness de Joyce, ou
plutôt de Faulkner, dans une version pop
art. Une écriture haletante et onirique à
la fois qui donne à chaque instant au lecteur l’impression d’être du voyage. »
Wolfe est également influencé par le
travail du journaliste écrivain Émile
Zola, dont il connaît par cœur les Carnets, qui contiennent toutes les recherches effectuées pour l’écriture de Germinal. Dans de nombreux entretiens,
l’écrivain dira que Zola a été le modèle
pour ses trois premiers romans.
Des articles au long cours
transformés en livres
S’il n’a pas à proprement parler inventé
le « Nouveau journalisme » (Pétillon
rappelle à juste titre qu’Erskine Caldwell et James Agee étaient passés par là
avant lui…), Tom Wolfe et ses émules,
Gay Talese, Hunter S. Thompson, Truman Capote, Norman Mailer, Joan Didion, ont quand même transformé le
journalisme de reportage pataud de
l’époque en un exercice littéraire de
haute volée qui produira des chefsd’œuvre comme De sang-froid, Les Armées de la nuit ou Las Vegas Parano.
Comme Joseph Kessel en son temps,
Tom Wolfe, dans les années 1960
et 1970, publie des articles au long cours
qu’il transforme ensuite en livres aux
titres à rallonge et pétaradants comme
The Kandy-Kolored Tangerine-Flake
Streamline Baby, Radical Chic & MauMauing the Flak Catchers ou encore le
cultissime The Electric Kool-Aid Acid
Test, paru en français sous le titre plus
sobre d’Acid Test.
Qui ne s’est jamais plongé dans cette
chronique jubilatoire de l’aventure des
Merry Pranksters, marginaux de tous
poils embarqués en 1964 à bord du bus
de Ken Kesey (auteur de Vol au-dessus
d’un nid de coucous), conduit par le my-
Tom Wolfe, en octobre 2016,
à New York. DAN CALLISTER/
SHUTTERSTOCK/SIPA
CHRONO
1931 Naissance de Thomas Kennerly
Wolfe Jr à Richmond (Virginie).
1958 Commence une carrière
de journaliste au Washington Post.
1968 Publie Acid Test, récit
du voyage déjanté à travers
l’Amérique de Ken Kesey et ses
amis à bord d’un bus psychédélique.
1979 Publie L’Étoffe des héros, tiré
d’un reportage pour Rolling Stone.
1987 Son premier vrai roman, Le
Bûcher des vanités, est un énorme
best-seller international vendu
à plus de 2 millions d’exemplaires.
2013 Son dernier roman, Bloody
Miami, montre un Tom Wolfe
en pleine forme après quelques
demi-succès.
thique Neal Cassady, le héros de Sur la
route de Kerouac, ne peut espérer comprendre le génie de Tom Wolfe. Alors
qu’il n’était pas présent à bord du bus
psychédélique, Wolfe interroge à leur
retour ceux qui étaient de la partie et le
résultat est absolument grandiose. Sans
qu’il soit besoin pour lui de se gaver de
LSD ou autres substances prohibées.
En 1969, le patron de Rolling Stone,
Jann S.Wenner, demande à Wolfe s’il
souhaite collaborer à son tout nouveau
magazine. L’idylle durera plusieurs décennies. S’il échoue à dresser le portrait
du guitariste Jimi Hendrix, Wolfe couvrira avec succès en 1972 l’aventure du
lancement d’Apollo 17. En immersion
dans ce milieu qu’il ne connaît pas, le
journaliste publie en quatre parties un
texte mémorable écrit à la première
personne du pluriel. En 1979, Wolfe le
transformera en livre et L’Étoffe des héros fera un triomphe, prolongé en 1983
par le film de Philip Kaufman, interprété par une brochette de tough guys allant d’Ed Harris à Scott Glenn en passant par Sam Shepard.
Prenant modèle sur Dickens et Thackeray (l’auteur de La Foire aux vanités),
Wolfe décide de continuer à publier ses
fictions en prenant la forme du feuilleton. Là encore, Rolling Stone accepte de
suivre l’aventure sur un an. Lorsque
Wenner, qui vénère Wolfe, reçoit les
premiers chapitres de ce qui deviendra
Le Bûcher des vanités, il ne peut se résoudre à étaler la parution et publie les trois
premiers dans le numéro double de l’été
1984. L’écrivain qui pensait avoir un peu
d’avance se retrouve à devoir cravacher
pour fournir la suite de son histoire quitte à squatter les bureaux du magazine et
à y passer des nuits blanches. Une tâche
dont il s’acquittera, tout en se réservant
le droit de modifier l’histoire pour la parution en livre en 1987. Son antihéros,
Sherman McCoy, devenant courtier en
Bourse alors qu’il était écrivain dans la
version publiée dans Rolling Stone. Le
magazine accompagnera l’écrivain superstar jusqu’à ses dernières années. Une
collaboration qui fera dire à Tom Wolfe,
reconnaissant : « Quand on y pense, l’idée
qu’un magazine basé sur le rock puisse
produire tant de grands moments de journalisme est une sacrée réussite. » ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Prison [pri-zon] n. f.
Geôle pour un enjôleur.
’ancien ministre Jérôme Cahuzac a été condamné à quatre ans de prison.
Le mot vient du latin prehensio, action de prendre, appréhender.
Par dérivation, le mot a peu à peu désigné un lieu de privation de liberté.
Ira en prison une personne qui est prise d’abord, puis aux prises avec la justice.
À noter que de son côté, un avocat digne de ce nom, parce qu’il est issu du barreau,
fera tout pour en préserver son client.
Avant d’être pris la main dans le sac, Jérôme Cahuzac l’avait déjà été plusieurs fois :
d’abord d’une sorte de dédoublement, il l’avait été ensuite dans un engrenage infernal,
celui du mensonge dont on dit que c’est une prison. L’ancien ministre indélicat évite
cependant un réel emprisonnement.
Heureusement pour lui, car la prison n’est guère prisée. À telle enseigne que,
souvent, l’emprisonné plaide la surprise, puis la méprise. Quels que soient la faute
de l’ancien ministre et les montants d’argent en jeu, sa prison n’eût pas été dorée.
Et même un spécialiste de l’évasion fiscale ne peut être assuré de pouvoir soustraire
à une cellule son être aussi facilement que ses avoirs. ■
L
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Gérard Larcher vient encourager
les athlètes français de l’Insep
Le président du Sénat et Michel Savin, sénateur
de l’Isère et président du groupe d’études sur les pratiques
sportives et les grands événements sportifs, se sont rendus
lundi à l’Institut national du sport, de l’expertise
et de la performance (Insep). Sur place, au cœur du bois
de Vincennes, à Paris, ils ont pu évoquer les enjeux
de la préparation des futurs champions olympiques
et paralympiques, et rencontrer les athlètes dans leurs
conditions d’entraînement. Surtout, Gérard Larcher
et Michel Savin ont réaffirmé leur attachement et leur
soutien au double parcours - sportif et scolaire - des élèves
et étudiants de l’Insep, qui représentent la France au plus
haut niveau international.
Pierre de Villiers en conférence à Paris
À l’invitation de Philippe Goujon, le général d’armée et ancien chef
d’état-major des armées donnera une conférence, inspirée de son ouvrage
Servir, à la mairie du XVe arrondissement, ce jeudi, à 19 heures.
Sa venue s’inscrit dans Les Rencontres du XVe, cycle de réunions
lancé par le maire autour de personnalités du monde économique,
politique et de la société civile. Nicolas Baverez, Dominique Reynié,
Christian de Boissieu, Hubert Védrine, Jean-Marie Rouart, Mgr Gollnisch,
Claudie Haigneré ou encore Alain Duhamel et Édouard Balladur sont venus
s’exprimer dans ce cadre.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
élégant de la littérature américaine,
l’homme à l’éternel costume blanc
coiffé d’un chapeau
en feutre gris, a
donc quitté la scène à 87 ans. Né le
2 mars 1931 à Richmond (Virginie),
Thomas Kennerly Wolfe Jr viendra sur
le tard au roman, comme Toni Morrison, puisqu’il attendra 1987 pour publier Le Bûcher des vanités, une satire
féroce de la société américaine des années Reagan à New York.
Après ce coup de maître, vendu à plusieurs millions d’exemplaires dans le
monde, adapté au cinéma par Brian De
Palma en 1990, avec Tom Hanks, le succès fut de nouveau au rendez-vous, dix
ans plus tard, avec Un homme, un vrai,
situé à Atlanta. Ce livre ultradocumenté
suscita une vive polémique entre Wolfe
et trois ténors des lettres américaines de
l’époque, Norman Mailer, John Irving et
John Updike. Exaspéré, ce dernier écrivit dans le New Yorker : « Ce n’est pas de
la littérature, pas même une aspiration à
faire de la littérature, juste un divertissement. » Wolfe ne se démonta pas, se
contentant de traiter Updike et ses comparses de « vieux croûtons ».
Son troisième roman, Moi, Charlotte
Simmons, radioscopie des campus américains parue en 2004, fut en revanche
assez froidement accueilli par la presse.
Et le public bouda l’histoire peu crédible
de cette jeune, jolie et trop fragile étudiante sortie de son trou de Caroline du
Nord pour affronter des hordes de garçons mal dégrossis. Ce revers
(300 000 exemplaires en grand format,
quand même) marqua la rupture de
l’écrivain sudiste avec son éditeur
depuis 1965, Farrar, Straus & Giroux.
Lequel, au vu des scores très moyens du
livre, commis l’irréparable en refusant
les exigences financières de l’agent de
Wolfe. Little, Brown & Company ne se
fit pas prier pour récupérer celui qui restait, malgré tout, comme l’un des écrivains américains les plus bankables. En
2008, Wolfe signa donc avec son nouvel
éditeur un contrat à sept chiffres,
l’avance qui lui fut octroyée étant alors
estimée à quelque 7 millions de dollars.
Son dernier roman, Bloody Miami
(2013), nouvelle satire, met en scène un
jeune policier d’origine cubaine qui
réussit l’exploit de passer, du jour au
lendemain, du statut de héros à celui de
traître pour sa communauté. On croise
aussi dans Back to Blood (son titre original) l’ancienne petite amie du policier,
infirmière ambitieuse, un oligarque russe amateur d’art, le patron étrange du
Miami Herald, un professeur haïtien malade de ses racines, un psychiatre spécialisé dans l’addiction pornographique…
Avec son habituelle écriture survitaminée, ses phrases criblées de mots en italique, de points de suspension, Tom Wolfe
assure le spectacle comme dans ses
meilleurs jours. La presse américaine
dans son ensemble a salué la forme retrouvée du dandy, tout en lui reprochant
l’usage de stéréotypes douteux sur les
communautés et des généralisations
inutiles du style : « À Miami, tout le monde déteste tout le monde. »
Quatre romans en trente ans, cela ferait une bibliographie un peu courte si
l’on n’y ajoutait treize ouvrages de
« non-fiction » qui représentent peutêtre le meilleur de Tom Wolfe. Ce qui
nous oblige à faire un petit retour en arrière. Après des études solides à Yale, le
dandy s’oriente en 1957 vers le journalisme. Il travaille pour le Washington
JIM COOPER/AP
A
PAR BRUNO CORTY bcorty@lefigaro.fr
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Журналы и газеты
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Le Figaro, newspaper
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