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Le Figaro - 19 05 2018

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samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 944 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
RÉCIT
PORTRAIT
IL Y A QUARANTE ANS,
LA LÉGION SAUTAIT
SUR KOLWEZI PAGES 17 ET 18
GINA HASPEL, UNE
ESPIONNE À LA TÊTE
DE LA CIA PAGE 8
Économie américaine :
et si Trump réussissait ?
EXÉCUTIF
80 km/h sur les
routes secondaires :
Collomb agace
Matignon PAGE 4
TURQUIE
Erdogan réunit le
monde musulman
autour de l’étendard
propalestinien PAGE 5
Volontarisme fiscal, brutalité commerciale : les critiques pleuvent sur la méthode du président
américain, mais les États-Unis affichent d’excellentes performances économiques.
VENEZUELA
Depuis plus d’un an à la
Maison-Blanche,
Donald
Trump mène une politique
économique agressive, tour-
Dans un pays
exsangue, l’élection
présidentielle
contestée PAGE 6
née vers la défense des seuls
intérêts américains.
Entre baisse massive des impôts - contre le gré d’une
partie des républicains - et
offensives tous azimuts
contre ses partenaires commerciaux, le président amé-
Pédophilie :
les évêques chiliens
démissionnent
Le rapport
Borloo sur
les banlieues
ne convainc
pas l’Élysée
PAGE 10
GLACIOLOGIE
La soif d’argent des
Romains se lit dans
les glaces du
Groenland PAGE 13
TRANSPORTS
Grèves : la justice
donne raison
à la SNCF PAGE 25
n
n
n
PAGES 18 ET 19
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de vendredi :
Pensez-vous que le
mariage entre Meghan et
Harry aura une influence
positive sur l’image de la
Couronne britannique ?
OUI
32 %
NON
68 %
TOTAL DE VOTANTS : 23 556
M 00108 - 519 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@f@l@j@k";
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sur lefigaro.fr
Le gouvernement doit-il
renoncer à la mise en
place du 80 km/h sur
les routes secondaires ?
VANEES / UPI / AFP - AARON
BERNSTEIN/REUTERS
Après un Festival de
Cannes en demi-teinte,
le palmarès du « Figaro »
Films décevants, absence de stars, la 71e édition n’a pas brillé. Palme d’or
de nos critiques, Leto, du Russe Kirill Serebrennikov, sauve la mise. PAGES 30 À 32
Le président de la République
réunit, mardi 22 mai à l’Élysée,
les principaux acteurs de la
politique de la ville pour faire
des annonces sur les banlieues. Pourtant, pas question
pour lui de reprendre telles
quelles les propositions de
Jean-Louis Borloo. Vu de
l’Élysée, le rapport de l’ancien
ministre, c’est un peu l’ancien
monde. Celui où les politiques
pensaient qu’il suffisait de déverser des milliards sur les
banlieues pour régler les problèmes. Au-delà, c’est la personnalité même du ministre
qui agace. PAGES 2 ET 3
ÉDITORIAL par Gaëtan de Capèle gdecapele@lefigaro.fr
U
Derrière les tweets
n éléphant peut-il se mouvoir
dans un magasin de porcelaine
sans tout casser ? Depuis plus
d’un an, Donald Trump conduit
sa politique économique avec
les mêmes gros sabots que sa diplomatie. De
tweets rageurs en déclarations à l’emportepièce, le président américain rudoie ses partenaires, remet les traités en question, brandit des menaces commerciales. Au Congrès,
il croise le fer avec son propre camp, jusqu’au bord de la rupture, impose une déréglementation massive et une baisse d’impôts sans précédent, au mépris de toute
préoccupation budgétaire. Ce mélange de
mauvaises manières, de brutalité et d’entêtement, nous promettait-on, se retournerait
aussitôt contre les États-Unis et provoquerait un désastre mondial.
Quoi que l’on pense de Donald Trump, rien
de tout cela n’est arrivé. Avec une croissance vigoureuse, un chômage au plus bas et
des marchés boursiers au zénith, l’économie américaine affiche une insolente santé.
Sans doute le doit-elle à la bonne conjoncture internationale et à la politique monétaire généreuse de sa banque centrale. Mais
aussi à l’exceptionnelle confiance des
consommateurs et des chefs d’entreprise,
qui applaudissent sans retenue le trumpisme économique.
La guerre commerciale, contrairement aux
apparences, n’a quant à elle toujours pas
commencé. Fidèle à sa foi dans « l’art du
deal », le président-entrepreneur accompagne son ton martial d’un pragmatisme absolu. Aux éclats et
aux invectives
succèdent les
négociations.
Pareille méthode, belliqueuse
à souhait, n’est
évidemment pas sans risques. Mais qu’il
s’agisse de la Chine, de l’Europe ou de ses alliés nord-américains, pour l’instant, elle
fonctionne : une confrontation n’étant de
l’intérêt de personne, le poison mortifère du
protectionnisme ne s’est jusqu’ici pas répandu, et tout le monde discute. En revanche, une chose a fondamentalement changé : ce sont désormais les États-Unis de
Donald Trump qui dictent leurs priorités et
leur agenda. Jusqu’ici à leur avantage… ■
Consommateurs
et entrepreneurs
applaudissent
le trumpisme
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LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
A
CHAMPS LIBRES
Les tribunes
du général
Bruno Dary
et de JeanPhilippe
Vincent
La chronique
de Natacha
Polony
L’analyse de
Nicolas Barotte
JEAN-PAUL PELISSIER/REUTERS
GASTRONOMIE
PAGE 25
l’emploi sont au beau fixe,
tandis qu’il a arraché des
concessions à ses alliés
étrangers.
è AVEC LE MEXIQUE ET LE CANADA, LES NÉGOCIATIONS SE PROLONGENT è LE PISTOLET SUR LA TEMPE, LE BRÉSIL A RECULÉ SUR L’ACIER è L’ALLIÉ SUD-CORÉEN COURBE
L’ÉCHINE è LE JAPON MENACE, TARDIVEMENT, DE RIPOSTER è LA BONNE CONJONCTURE OCCULTÉE PAR LE TRUBLION PAGES 22, 23 ET L’ÉDITORIAL
RELIGION
La cuisine grecque
séduit de plus en
plus de Français
ricain concentre toutes les
critiques. Mais il peut, pour
l’instant, se targuer d’un bilan flatteur : la croissance et
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samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
L’Élysée enterre déjà le rapport
ALAIN JOCARD/AFP
Macron qui « veut en finir » avec les plans Marshall pour les banlieues ne croit pas
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
ET MARCELO WESFREID £@mwesfreid
Je veux
que le visage
de nos quartiers
ait changé à la fin
de ce quinquennat.
Toute la politique
du gouvernement
concourt
à l’amélioration
de la vie dans
les banlieues
»
EMMANUEL MACRON
À TOURCOING AU MOIS
DE NOVEMBRE
48
milliards
d’euros
C’est le montant du plan
banlieue de Borloo
MAIS QUI a laissé entrer Jean-Louis
Borloo ? Depuis quelques semaines, de
l’Élysée à Matignon en passant par l’ensemble des ministères concernés, on
observe avec circonspection l’ancien
ministre de Jacques Chirac se promener
partout dans les médias avec, entre les
mains, son rapport sur les banlieues et
sa facture astronomique à 48 milliards
d’euros. Depuis les premières pistes du
rapport dévoilées dans la presse, on
s’étrangle au sein de l’exécutif. Au-delà
du montant du rapport, ce sont surtout
ses angles morts qui agacent. « Il y a une
grosse déception sur le rapport Borloo,
raconte un proche d’Emmanuel Macron. Il a fait un inventaire à la Prévert
rempli de trucs pas très nouveaux en laissant de côté les sujets d’ordre public, de
sécurité et de radicalisation. »
Hors de question, donc, de reprendre
telles quelles et dans leur ensemble les
propositions de Jean-Louis Borloo.
Principal reproche adressé par l’Élysée à
l’ancien ministre : des mesures trop
centrées sur le volet immobilier. « On a
beaucoup investi dans la pierre et il est
vrai que grâce à la rénovation urbaine, le
visage des banlieues a changé visuellement, reconnaît-on dans l’entourage du
chef de l’État, avant d’ajouter, cinglant :
Il n’en demeure pas moins que les gens y
sont toujours au chômage. » Vu de l’exécutif, le rapport Borloo c’est un peu
l’ancien monde, celui où les politiques
pensaient qu’il suffisait de déverser des
milliards sur les banlieues pour régler
les problèmes.
« D’abord, ce plan paraît infinançable,
tranche un ministre. Ensuite, il passe totalement à côté de ce que nous avons déjà
lancé, comme le dédoublement des classes
de CP dans les zones sensibles, les emplois
francs, la police de sécurité du quotidien.
Enfin, il oublie les chantiers en cours comme la réforme de l’apprentissage ». Ce
que l’on résume à l’Élysée en assurant
ne pas « avoir attendu un an pour agir
sur les quartiers ». Au sein de l’exécutif,
l’agacement est d’autant plus grand que
l’on juge certaines propositions du rapport en contradiction totale avec la philosophie d’Emmanuel Macron.
« Le président de la République veut en
finir avec les plans spécifiques pour la
banlieue et faire déjà en sorte que le droit
commun s’y applique comme partout
ailleurs », explique-t-on dans son entourage. D’où l’incompréhension face à
la proposition de créer une « académie
des leaders », cette sorte d’ENA destinée à former les élites issues des cités et
qui suscite un flot de critiques.
« 60 millions pour 500 étudiants, c’est
exorbitant, grince un membre du gouvernement. Je préfère utiliser cette enveloppe pour financer des bourses. » Un
proche du chef de l’État renchérit :
« Cette mesure revient à acter que l’ENA
n’est pas ouverte aux habitants des quartiers. » Bref, au sein de l’exécutif, la
question n’est plus de savoir que faire du
rapport Borloo mais plutôt comment
s’en débarrasser.
Thématique délaissée
Mardi prochain, pour le grand discours
d’Emmanuel Macron sur les banlieues,
l’Élysée a mis un grand soin à concocter
la liste des invités. En plus des acteurs
traditionnels de la politique de la ville,
comme les élus locaux, figureront également des profils moins institutionnels,
habitants des quartiers ou enseignants
par exemple. Dans son allocution, le
chef de l’État entend aborder ce dossier
ô combien sensible en prenant un peu
de hauteur. « Il n’est pas le chef du bureau B12 du ministère de la Cohésion des
territoires », justifie l’un de ses
conseillers. Ses propos seront très attendus, alors que les banlieues sont
considérées par beaucoup comme une
thématique délaissée par un gouvernement dénué de ministère de la Ville. « Il
y aura des éléments concrets dans le discours, promet un conseiller du chef de
VINCENT ISORE/IP3
Jean-François Copé : « Ce plan coûtera moins
cher que les dégats causés par l’inaction »
PROPOS RECUEILLIS PAR
EMMANUEL GALIERO egaliero@lefigaro.fr
C’est un plan
de relance
pour notre pays,
relance humaine,
des talents,
des travaux par
le renouvellement
urbain à amplifier,
mais il passe aussi
par les communes
et les
agglomérations
»
JEAN-LOUIS BORLOO DEVANT
LES ÉLUS DE LA COMMISSION
POLITIQUE DE LA VILLE
ET COHÉSION SOCIALE
DE L’ASSOCIATION DES MAIRES
DE FRANCE (AMF)
CONVAINCU par la nécessité du plan
banlieue, l’ancien ministre du Budget et
maire LR de Meaux monte au créneau
pour défendre Jean-Louis Borloo.
LE FIGARO. - L’avenir de ce plan
banlieues vous semble-t-il menacé ?
Jean-François COPÉ. - Ne pas prendre en
compte ce projet après l’avoir commandé
serait un camouflet à l’égard de tous les
acteurs impliqués, à commencer par les
maires. Ce serait aussi un message terrible de renoncement sur ce qui est une
priorité pas seulement pour les banlieues,
mais pour l’ensemble du pays. Et JeanLouis Borloo n’est pas n’importe qui. Il est
la personnalité politique française la plus
emblématique sur le sujet.
Pourquoi ?
De tous les ministres ayant travaillé sur le
sujet, il est certainement celui qui a rencontré le plus grand succès. Il est la plus
grande illustration de la réussite des poli-
tiques de la ville. Ministre du Budget, je
l’avais soutenu lors de la création de
l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine, NDLR). Cela s’était décidé
dans le bureau attenant à celui du premier ministre au cours d’une nuit de discussion budgétaire ! Borloo avait souligné
la nécessité de regrouper des crédits et de
privilégier la reconstruction plutôt que le
saupoudrage aux associations. Il voulait
lancer une « agence à l’américaine ». Ce
projet fut une rupture complète avec ce
qui existait. Et les résultats ont été remarquables, comme on l’a vu, par exemple, à
Mantes, Antony, Sartrouville ou Meaux.
Comment jugez-vous ce rapport ?
Il est de très bonne qualité et contient
dix-neuf propositions fortes. On peut
sans doute l’améliorer sur certains
points, comme la sécurité, la citoyenneté
ou la lutte contre le communautarisme,
mais il est très solide.
Ce plan est très ambitieux financièrement
(48 milliards). L’État peut-il l’assumer ?
Il n’est pas question que l’État le finance
seul, ni en quelques mois. C’est un plan qui
doit s’inscrire sur la durée du quinquennat
en s’appuyant sur de nombreux partenariats publics et privés, comme toujours.
Cela coûtera toujours moins cher que de
financer les dégâts causés par l’inaction.
Jean-Louis Borloo estime qu’il faut
un véritable « général Patton » pour
les banlieues. Qu’en pensez-vous ?
Ce qui est sûr, c’est que cela ne peut pas
être confié à un énième secrétaire d’État à
la Ville venu de je ne sais quel monde à
paillettes ! Le seul Patton possible, c’est
Macron ! Soit c’est un projet présidentiel,
comme l’avait fait Chirac, et cela a du
sens. Soit cela ne l’est pas, et ce sera alors
un grand rendez-vous manqué de ce
quinquennat. Le chef de l’État doit prendre le leadership lui-même sur ce dossier.
En mobilisant ses soutiens, Jean-Louis
Borloo n’a-t-il pas choisi une stratégie
risquée vis-à-vis de l’Élysée ?
J’ose espérer qu’Emmanuel Macron
n’imagine pas Jean-Louis Borloo en position de concurrent ! Je ne veux pas croire
un seul instant qu’il puisse y avoir un
problème d’ego. ■
En banlieue, les élus dans l’attente de mesures ambitieuses
A
1
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
« SI C’EST un simple débat de plus, je sens
que ça va couiner dans les coins… » Maire
classée à droite, mais sans étiquette, de
Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), Catherine Arenou est une figure du milieu
de la politique de la Ville. Comme son
camarade communiste de Grigny (Essonne), Philippe Rio, elle fait partie du
petit cercle de ceux que l’on va interroger lorsque ça ne va pas. « Cela fait des
mois que nous débattons ensemble, ditelle, avec Jean-Louis Borloo, avec le gouvernement, avec le chef de l’État. L’idée
maintenant, c’est vraiment de passer à
une décision gouvernementale et à une
mise en œuvre ! » Elle le répète, comme
si elle pouvait encore convaincre Emmanuel Macron du bien-fondé de ses
propos : « A un moment il faut qu’il se
positionne, et qu’il se positionne fort. »
Arenou n’est pas pour autant un ayatollah du plan Borloo. « Ce n’est pas l’alpha et l’oméga de ce qu’il faut faire », indique-t-elle. « Mais tout le monde
soutient la philosophie du projet. Jamais il
n’y a eu autant d’acteurs réunis et
convaincus par la nécessité d’agir, associations de maires, des sportifs, des intellectuels… Cela fait longtemps que nous
n’avons pas ressenti un tel souffle ! »
« Boîte à outils »
Jeudi, les associations des maires de
France (AMF), France Urbaine et Ville et
banlieue ont publié un communiqué
commun en soutien à la philosophie du
plan. Ils préviennent que « les attentes
des élus sur le terrain sont très fortes » et
qu’il faut « retrouver le souffle et l’ambi-
tion qui ont présidé aux premières années
de l’Anru », cette agence pour la rénovation urbaine créée par Jean-Louis Borloo
en 2004. Sans partager « chacune des
mesures très nombreuses, proposées par
l’ancien ministre de la Ville », ils soulignent que son rapport « met en évidence
l’absence depuis plusieurs années d’une
politique de la Ville volontariste et ambitieuse ainsi que la faiblesse des moyens
publics affectés aujourd’hui aux quartiers
et à leurs habitants ». La pression est bien
là, en faveur d’un discours concret du
chef de l’État, et surtout d’une mise en
œuvre. Le discours de Tourcoing sur la
politique de la Ville prononcé par Emmanuel Macron en novembre dernier,
s’il allait pour eux dans le bon sens, ne
semble pas avoir épuisé leurs attentes.
Ancien maire de Sevran (Seine-SaintDenis), Stéphane Gatignon - qui a dé-
missionné en mars de sa fonction en raison d’un trop-plein de terrain et de
bureaucratie - le dit à sa façon. « Mardi,
il ne faut pas qu’il se plante Macron ! Les
choses sont tendues, c’est très net… Audelà d’un beau discours, ce qui va être regardé de près, ce sont les moyens pour la
mise en œuvre… » Lui aussi parle du plan
Borloo comme d’une « boîte à outils ».
« Si on n’en saisit pas un minimum, ce
sera la poursuite du délitement de la société française, le chacun pour soi, l’opposition des populations. »
« Même si le chiffrage du plan Borloo,
c’est un peu du grand n’importe quoi, la
qualité de la réponse va beaucoup jouer »,
prévient de son côté le secrétaire général de l’AMF et maire UDI de Sceaux
(Hauts-de-Seine), Philippe Laurent.
« Sinon, le sentiment d’être négligé, voire
méprisé, va se développer encore. » ■
l’État, mais le président de la République
n’est pas là pour répondre à un QCM sur
le rapport Borloo. »
Emmanuel Macron n’avait plus abordé le sujet depuis son déplacement à
Tourcoing, en novembre dernier. C’est à
cette occasion qu’il avait promis « une
mobilisation nationale » et remercié
Un plan qui prône
la « réconciliation
nationale »
Remis le 26 avril dernier au chef
du gouvernement, Édouard Philippe,
le plan de Jean-Louis Borloo
a été élaboré ces derniers mois en
concertation avec plusieurs dizaines
d’élus et de responsables associatifs.
Il appelle à « un changement radical
dans la conduite de l’action publique »
avec 19 programmes ambitieux
allant de la « relance immédiate
de la rénovation urbaine » à la
réorganisation de l’école, en passant
par la création d’une « académie
des leaders » inspirée de l’ENA,
par la fondation de « 200 campus
numériques » ou par la mise en place
d’une « cour d’équité territoriale »
qui assure l’égal accès de tous aux
droits fondamentaux. Le plan propose
des axes forts pour développer les
crèches - 30 000 places financées par
les excédents de la CAF -, soulignant
que 40 % des quartiers prioritaires
n’en possèdent pas.
Sur le financement, l’ex-ministre
de la Ville et fondateur de l’Anru
rappelle que la rénovation urbaine
a généré la réalisation de travaux
à hauteur de 48 milliards de travaux
en dix ans. Il propose la création d’un
fonds de plus de 5 milliards d’euros
abondé notamment par « la cession
des participations de l’État en 2018 ».
Il assure que l’ensemble ne créerait
« pas de dépenses budgétaires
nouvelles pour l’État ».
À l’Élysée, mais aussi dans les
ministères, tout cela a été pris
avec intérêt, mais aussi beaucoup
de pincettes (voir ci-dessus).
Certaines observations cependant,
sont jugées « précieuses et
pertinentes », sur la rénovation
nécessaire de l’Agence nationale
pour la rénovation urbaine
en particulier. Sur ce lourd sujet,
le plan Borloo envisage deux
possibilités : soit la création d’une
nouvelle fondation, soit une
rénovation de l’agence existante.
C’est ce vers quoi semble tendre
l’exécutif même s’il va falloir encore
« du temps et des consultations »
avant toute décision.
S. DE R.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
Borloo
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Entre Macron et Borloo,
le rendez-vous manqué
que des milliards suffiraient à résoudre les problèmes.
E
Jean-Louis Borloo d’« avoir accepté de
remettre les gants pour aider à la bataille.
Je lui fais confiance. Je sais son énergie ».
Dans l’assistance, le centriste jubilait :
« J’avais dit entre les deux tours de la présidentielle que j’étais prêt à me retrousser
les manches pour aider Emmanuel Macron. Voilà, c’est fait. » Pas sûr toutefois
3
que l’aide apportée soit à la hauteur des
attentes de l’exécutif où l’activisme du
vibrionnant et incontrôlable Jean-Louis
Borloo en déconcerte plus d’un. « Il a
appelé partout et saoulé tout le monde. La
rédaction de ce rapport, on a fini par lui
confier à l’usure...», soupire-t-on au
sein d’un cabinet ministériel. ■
t si, avant son éventuel
coût financier, le problème
du plan Borloo était
son nom ? D’être identifié
au père de la rénovation urbaine
des années Chirac. Entre Emmanuel
Macron et Jean-Louis Borloo, il y a
quelque chose d’un rendez-vous
manqué. Le premier, méthodique et
rationnel, fait le choix de l’efficacité ;
le second, vibrionnant et affectif,
fait le pari de la contagion d’un élan.
Et surtout, le président n’apprécie
guère que d’autres que lui incarnent
l’action qu’il entend conduire.
Une question de hiérarchie
institutionnelle autant que
de tempérament personnel.
Lorsque, le 14 novembre dernier,
le chef de l’État lance à Tourcoing sa
« mobilisation nationale pour les villes
et les quartiers », l’ancien ministre
de la Cohésion sociale est présent.
Et Macron se félicite dans son
discours qu’il accepte de « remettre
les gants ». Mais dans son esprit,
le fondateur de l’Anru va travailler
pour lui, dans le cadre d’une politique
qui reste placée sous la houlette
du gouvernement. En aucun cas,
il n’entend lui confier les clés de
la politique de la ville. Pour le dire
autrement : si les quartiers peuvent
être « sauvés » par une action
énergique, le « sauveur » doit avoir
pour nom Macron et pas Borloo.
Mais l’ex-maire de Valenciennes
est ainsi fait. Alternant périodes
d’éloignement et phases
d’engagement, il se lance à corps
perdu, heureux de retrouver son
« bébé » de la rénovation urbaine.
Il fait l’ouverture du 20 heures de
France 2, il fait à nouveau rêver les
maires, il promet la « réconciliation
nationale » autour de ses dix-neuf
La Cité des Beaudottes,
à Sevran en Seine-Saint-Denis.
En mars, le maire de la ville,
Stéphane Gatignon, avait préféré
démissionner pour dénoncer
le « mépris de l’État
pour les banlieues ».
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
projets. Bref, Borloo prend la lumière.
Tout en jurant ne rien demander
il prend tout. Agacement élyséen.
L’agenda fournit un alibi utile
au président pour ne pas recevoir
le rapport en mains propres.
Nouvel agacement quand
- en représailles ? - l’ancien
ministre de Chirac organise
un raout de maires et un déjeuner
d’anciens ministres de la Ville.
Macron ne veut être réduit
à donner un coup de tampon sur
un projet entièrement rédigé par un
autre. Certes, depuis son accession
à l’Élysée, il confie des missions
à tour de bras. Mais pour préparer
le terrain ; pas pour l’occuper.
Ainsi, les neuf propositions chocs
pour réformer la SNCF rédigées
par Jean-Cyril Spinetta préparent
les esprits à la réforme annoncée
un mois plus tard par Édouard
Philippe. Étape indispensable ;
mais à l’arrivée, on ne parle pas
de la réforme Spinetta.
Une contribution Borloo pour
réveiller les ardeurs des acteurs
de la ville, oui. Mais pas de plan
Borloo. Déjà, dans l’entre-deuxtours de la présidentielle, dans
une longue interview au JDD,
Jean-Louis Borloo s’était dit
prêt à « aider Macron ». Mais en
assortissant cette offre de service
d’une feuille de route en trois points ;
comme s’il l’a lui dictait. Le président
élu s’était passé de son aide. De
nouveau, le président lui rappelle
qu’il n’entend dépendre de personne.
Et notamment pas de lui. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
Guerini (LaREM) : « C’est une Le scepticisme des députés marcheurs
contribution parmi d’autres » face aux « vieilles recettes »
STANISLAS GUERINI l’affirme :
« les résultats » de la politique
menée par l’exécutif « vont arriver ». « Nous avons décidé de
nous attaquer aux réformes
structurelles, je crois que c’est ça
qui est attendu pour que les résultats
soient durables pour le pays », explique
le député LaREM de Paris, invité vendredi du « Talk Le Figaro ».
Dans cette perspective, le porte-parole du groupe prend soin de remettre
le plan banlieue au cœur d’une politique plus globale. « L’approche doit être
plus large, elle doit embrasser toutes les
réalités, y compris des territoires les plus
reculés de notre République », fait-il savoir. Et d’insister : « Ça ne doit pas être
qu’une politique de banlieue, mais une
politique pour donner une chance à ceux
qui en ont le moins à la naissance ». Pour
Stanislas Guerini, qui vante une « politique d’émancipation », le rapport Borloo
est une « contribution précieuse », mais
une « contribution parmi d’autres » (lire
ci-contre). « Ce rapport a été demandé
par le gouvernement, il va évidemment
nourrir l’action du gouvernement », banalise-t-il. Cet ancien « DSK boy »
ajoute que c’est au président lui-même
de porter ce sujet-là, « puisque c’est au
cœur du projet de transformation ».
Trois enseignements
Guerini retient trois enseignements de
la première année du quinquennat : la
« confiance » retrouvée des Français, le
sentiment de « fierté » et aussi une
« impatience » dans le pays. Il exprime
un « regret de forme » : « Le discours
qu’on a adressé aux retraités n’a pas
toujours été le bon. On a donné l’impression de prendre les anciens pour des
portefeuilles. » Une référence à la
hausse de la CSG, qui a provoqué la colère d’une partie des retraités. ■ M. S.
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
LE RAPPORT Borloo passe mal du côté de
l’Élysée (lire ci-dessus). Et ce n’est pas
auprès des députés que le spécialiste des
quartiers trouvera plus de soutiens… L’ancien ministre emblématique de la Ville n’a
pas vraiment la cote auprès des parlementaires marcheurs. « Ce plan, comment
dire… Cela manque de logique de transformation », dénigre un député LaREM de
banlieue parisienne. « Ce qu’il propose ce
n’est pas disruptif !, dézingue un autre. Son
rapport, il aurait pu le sortir en 1995. Il faut
un vrai projet de mobilité sociale pour sortir
les habitants des quartiers de l’assignation à
résidence, pas des vieilles recettes. » Le coût
du plan proposé par l’ex-maire de Valenciennes fait aussi tousser des parlementaires attachés à l’impératif de réduction des
dépenses publiques. « C’est simple, 48 milliards d’euros, cela équivaut quasiment au
plan d’investissement du quinquennat »,
compare un pilier du groupe majoritaire.
Cette méfiance dans les rangs des macronistes s’explique aussi par le caractère
tempétueux de Jean-Louis Borloo. « C’est
un homme de droite qui peut aussi parler à
la gauche, il incarne quelque chose », analyse un parlementaire LaREM. Mais hors
de question de le laisser capter l’attention
et jouer le rapport de force avec le président de la République.
« L’essentiel est ailleurs »
Depuis janvier, un groupe de travail
d’une soixantaine de députés multiplie
les visites de terrain pour répondre à l’attente sociale dans les quartiers. « Il est nécessaire que les habitants des banlieues
aient les mêmes droits que les autres. La
clé, c’est d’associer les habitants », plaide
Saïd Ahamada, député LaREM des Bouches-du-Rhône, qui pilote le groupe de
travail. Pour cet élu marseillais, le plan
Borloo « n’est pas l’alpha et l’oméga de ce
qu’on doit faire ». « Créer une académie
des leaders, par exemple, ce n’est vraiment
pas la solution. Il faut plutôt renforcer
l’école de la République. »
Même constat d’Aurélien Taché, député
LaREM du Val-d’Oise, qui prend ses distances avec des « recettes institutionnelles » et « une forme de paternalisme ». Cet
auteur d’un rapport remarqué sur l’intégration défend dans une tribune « le choix
de l’universalité » pour casser les « plafonds de verre » qui privent une « minorité » d’accès au logement, à la formation, à
l’éducation, aux soins. « Il faut reprendre
deux trois mesures du plan Borloo, mais
l’essentiel est ailleurs », affirme le député
Taché, qui demande à passer un « accord
moral » avec le gouvernement pour « expérimenter » de nouveaux dispositifs, sur
le même modèle que les emplois francs,
lancés depuis le 1er avril pour lutter contre
le chômage dans les quartiers. ■
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samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
80 km/h :
Collomb agace
Matignon
Le ministre de l’Intérieur a réitéré
son désaccord avec la réduction
de la vitesse, chère à Édouard Philippe.
JULES PECNARD, JIM JARRASSÉ
£@JulesPec, @jimjarrasse
EXÉCUTIF C’est une polémique qui a le
mérite de tenir en un seul mot. Jeudi
soir, une trentaine de ministres ont
quadrillé le territoire pour répondre aux
questions des Français sur leur action.
Et défendre, par là même, les réformes
prévues pour la suite du quinquennat.
Une consigne que Gérard Collomb
n’avait vraisemblablement pas tout à
fait assimilée. Lors de la réunion publique qu’il a tenue à Rungis (Val-de-Marne), le ministre de l’Intérieur a été interrogé par un participant sur la
réduction de la vitesse maximale à
80 km/h sur les routes secondaires,
mesure controversée qui doit entrer en
vigueur en juillet. « Je prends un joker
sur la question », a répondu en souriant
le premier flic de France avant d’enchaîner prestement, sous les rires d’une
salle plutôt acquise à la politique du
gouvernement.
Censée faire baisser la mortalité routière, la réduction s’appliquera – à titre
d’expérimentation pendant deux ans –
sur 400 000 kilomètres de routes à double sens sans séparateur central. Une
mesure défendue bec et ongles par le
premier ministre, Édouard Philippe,
malgré les critiques émanant de la droite, des associations d’automobilistes et
des territoires ruraux. Qu’importe, aussi, le scepticisme de certains membres
du gouvernement, à commencer par
Gérard Collomb et son collègue de la
Cohésion des territoires, Jacques Mézard. Proche d’Emmanuel Macron, luimême dubitatif sur l’intérêt des 80 km/
h, le ministre de l’Intérieur s’est donc
permis jeudi de marquer une distance
courtoise avec ce dispositif impopulaire.
Invité le lendemain sur BFMTV, l’exmaire de Lyon a assumé sa divergence.
« Cette mesure ne vous plaît pas, […] vous
n’allez pas me contredire », lui a demandé Jean-Jacques Bourdin. Réponse malicieuse de l’intéressé : « Je ne vous
contredis jamais. » « Je pense que le but
recherché est un bon but. […] On a beaucoup de morts sur les routes de France, et
donc il convient de prendre l’ensemble des
mesures qui permettraient de diminuer
cela », a-t-il ajouté, précisant qu’il faudrait « peut-être travailler davantage »
Édouard Philippe (à gauche) et Gérard Collomb (à droite), mardi, à l’Assemblée nationale.
avec les départements pour sa mise en
place. « Le premier ministre a décidé. […]
Tout ce que fait le premier ministre me
plaît, par définition », a conclu le locataire de la Place Beauvau pour clore la
polémique naissante.
ministre. « C’est un sujet de sécurité routière, […] de santé publique, qui à mes
yeux est prioritaire, a-t-il poursuivi.
Quand on a l’honneur d’exercer des responsabilités publiques, il faut parfois
choisir entre de mauvaises décisions qui
rendent populaire et de bonnes décisions
qui rendent impopulaire. »
S’agit-il là d’un couac, ces divergences ministérielles courantes sous le
quinquennat de François Hollande,
qu’Emmanuel Macron veut éviter à tout
prix ? Christophe Castaner, secrétaire
d’État chargé des Relations avec le Parlement, récuse le terme. « Chacun peut
avoir ses réserves. Plusieurs ministres les
ont exprimées », a-t-il rappelé sur
France Info. Du côté de Matignon, on
estime que « la séquence est plus gênante
Réaction ferme
Pas suffisant, à en croire la réaction ferme d’Édouard Philippe, en marge d’un
déplacement à Strasbourg. « Nous avons
débattu au sein du gouvernement de cette
décision. Elle a été prise, elle est aujourd’hui la décision de l’ensemble du gouvernement. Je sais évidemment pouvoir
compter sur l’engagement du ministre de
l’Intérieur pour faire en sorte que cette
décision soit mise en œuvre dans d’excellentes conditions », a lancé le premier
CHRISTOPHE SIMON/AFP
pour Gérard Collomb que pour Édouard
Philippe. C’est dommage, ce n’est pas
agréable, mais c’est ainsi. Le premier ministre a pris une décision, elle s’impose à
tous. »
L’entourage du locataire de Beauvau
en est bien conscient. « On est face à une
polémique qui a été, il faut le dire, bien
entretenue par d’autres avant nous »,
s’agace-t-on en évoquant, sans le nommer, les doutes exprimés dès janvier par
Jacques Mézard. « Quand Gérard Collomb sort son “joker”, c’est une manière
de dire : “Je veux éviter des polémiques
stériles autour d’une mesure à laquelle le
premier ministre est attaché” », décrypte un proche. Fidèle parmi les fidèles du
chef de l’État, le soldat Collomb n’est
pas près de sortir du rang. ■
Un an après, Les Patriotes en zone de turbulences
Le parti de Florian Philippot tente de rassembler 1 million d’euros pour concourir aux prochaines européennes.
LES PATRIOTES « En cas de référendum,
38 % des Français voteraient déjà pour
sortir de l’Union européenne, […] chiffre
très encourageant », s’enthousiasme Florian Philippot sur sa page Facebook.
Qu’importe si l’enquête réalisée par l’Institut Yougov ne fait pas grand bruit. Elle
est un rayon de soleil dans le ciel embrumé de sa jeune formation, Les Patriotes,
créée initialement pour « défendre et porter le message de Marine Le Pen », avant
de changer radicalement de trajectoire.
Exactement un an après son lancement, l’association philippotiste - devenue parti politique en septembre - est à la
croisée des chemins. Douze mois ont passé depuis sa création. Il lui en reste tout
autant avant les prochaines élections
européennes, qui s’annoncent comme un
couperet : « C’est très simple : soit ça passe, soit ça casse, admet Maxime Thiébaut,
cofondateur du parti. Si on arrive à faire
réélire Florian Philippot, le pari sera en
partie gagné. Si ce n’est pas le cas, soyons
francs, ce sera très compliqué. » Le pari
s’annonce ambitieux. Selon un récent
sondage Ifop pour Valeurs actuelles, le
parti de Florian Philippot est crédité
de 1 % des suffrages aux prochaines européennes. Loin des 5 % nécessaires pour
obtenir un siège. « C’est incompréhensible. S’il était resté dans le parti, ce con serait aujourd’hui tête de liste nationale du
LEFEVRE SYLVAIN/ABACA
CHARLES SAPIN £@csapin
Florian Philippot lors du congrès des Patriotes, le 19 février, à Arras (Pas-de-Calais).
Front national pour les européennes… Là, il
va se prendre une sévère défaite, l’obligeant à retourner dans la fonction publique
et faisant fuir sa petite cour d’ambitieux »,
lâche le député FN Bruno Bilde.
La taille de l’obstacle
Le chemin parcouru ces derniers mois a
laissé entrevoir à la garde rapprochée du
député européen la taille de l’obstacle
qu’il reste à franchir. En participant aux
mobilisations sociales contre les réformes
du Code du travail ou de la SNCF, Florian
Philippot a réussi à trouver un ton qui lui
est propre. Son programme pour un
abandon de l’euro et une sortie de
l’Union européenne ne souffre d’aucune
ambiguïté. Mais les médias le convient
sur leurs plateaux plus pour parler de son
ancien parti que de ses propositions sur
l’Europe. « Il a un problème d’espace politique, analyse le politologue spécialiste de
l’extrême droite, Jean-Yves Camus.
L’histoire des partis politiques en Europe
est formelle. Lorsque deux formations
existent sur le même créneau et ont la
même matrice, une des deux disparaît. Les
scores des Patriotes lors des dernières législatives partielles, notamment de Sophie
Montel, candidate la plus implantée et la
plus connue à Belfort, ne sont pas encourageants pour l’avenir. »
Des déconvenues qui ont fini d’attaquer
l’enthousiasme des troupes, pourtant
exaltées il y a trois mois, lors du congrès de
lancement du parti à Arras. Sur fond de rivalités entre cadres, des proches de l’eurodéputée Sophie Montel, cofondatrice des
Patriotes, tels qu’Aloïs Navarro et le
conseiller régional de Bourgogne, Antoine
Chudzik, ont préféré faire disparaître de
leur biographie sur les réseaux sociaux la
mention « Les Patriotes », pour la remplacer par un éloquent « Avec Sophie Montel ». Certains vont jusqu’à leur attribuer
des messages hostiles à Florian Philippot
postés sur les réseaux sociaux. De quoi
tendre les relations entre Patriotes. « Nous
ne sommes pas d’accord sur toute la ligne, et
c’est normal. Certains nourrissent des jalousies, ça arrive dans toutes les formations politiques. Mais, le 5 mai dernier, toute l’équipe
nationale était rassemblée pour un bureau
politique, et il n’y a eu aucun souci », indique, rassurant, un membre de la direction.
Balayant ces rivalités, Florian Philippot
se concentre sur le seul objectif qui vaille :
réunir l’argent nécessaire pour figurer sur
la ligne de départ des prochaines européennes. « Nous visons une campagne à un
peu moins de 1 million d’euros, ce qui devrait
permettre de couvrir les frais indispensables », note Bertrand Dutheil de La Rochère, trésorier du parti. Une somme difficile
à rassembler, malgré les 7 000 adhérents
renvendiqués par la formation. ■
Marion Maréchal
efface « Le Pen »
Encore trop diabolique, le nom
« Le Pen » ? « Ce nom est et restera
toujours un boulet », notent des
proches de Marion Maréchal-Le Pen.
Partageant ce constat, l’ancienne
députée FN du Vaucluse, retirée
- pour l’instant - de la vie politique,
semble vouloir se débarrasser
du nom de sa mère, Yann Le Pen,
pour simplement conserver le nom de
son père, Samuel Maréchal. Vendredi,
ses comptes sur les réseaux sociaux
ont été rebaptisés en ce sens. D’une
minute à l’autre, ses profils Twitter
et Facebook « Marion MaréchalLe Pen » se sont transformés en un
simple… « Marion Maréchal ». Avant
de reconfigurer ses réseaux sociaux,
Marion Maréchal-Le Pen avait
déjà commencé à mettre le nom
« Le Pen » sous le tapis. Attendue
à une soirée organisée par
l’association Les Éveilleurs
d’espérance et le magazine
L’Incorrect le 31 mai prochain sur
le thème « Débranchons Mai 68 »,
l’ancienne députée n’avait pas
souhaité inscrire le nom de son
grand-père sur l’affiche
de l’événement.
P. L.
A
Marine Le Pen réduit l’organigramme du FN
C’EST ce qu’on appelle une équipe resserrée. Dans son nouvel organigramme, que
Le Figaro s’est procuré, la direction du
Front national a décidé de tailler dans le
vif. De 80 personnes, le nouveau tableau
opérationnel est passé à quelque 40 membres. Une simplification directement issue
des nouveaux statuts du parti, adoptés lors
du congrès du mois de mars, à Lille.
Sur l’autel de la « refondation » dans
laquelle s’est lancé le parti à la flamme
depuis le mois de septembre ont été sacrifiés les cinq vice-présidences du parti, le poste de secrétaire général, comme
leurs cabinets respectifs. Un régime
auquel même le cabinet de la présidente,
Marine Le Pen est assujetti. Jusqu’ici
composé d’une dizaine de membres, le
premier cercle ne fait désormais de place
qu’à la chef de cabinet historique de Marine Le Pen, Catherine Griset, et à ses
deux principaux conseillers : Éric Domard et le très influent Philippe Olivier.
Trois pôles
Alors qu’il était traditionnellement le reflet des rapports de force au sein du parti,
ce nouvel organigramme ne fait aucune
mention des poids lourds du FN. Ni Nicolas Bay, vice-président du groupe ENL au
Parlement européen, ni Louis Aliot, pourtant arrivé en tête lors de l’élection du
dernier comité national, n’y sont mentionnés. Même Steeve Briois, pourtant vice-président, statutairement numéro
deux du FN, n’y figure pas. Les rivalités
entre les différentes sensibilités du parti
cet été, avant le départ avec fracas de Florian Philippot, ont laissé des traces.
L’organigramme est subdivisé en trois
pôles, « Ressources », « Mobilisation »
et « Études et communication ». Le
conseiller régional d’Île-de-France JeanLin Lacapelle chapeautera les adhésions
et les services généraux. L’ancien proche
de Philippot resté fidèle à Marine Le Pen,
Kevin Pfeffer, est propulsé délégué national en charge de la mobilisation, du mouvement jeune et de la vie des « forums
thématiques ». La direction du pôle communication est attribuée à Laurent Jacobelli, ancien porte-parole de Nicolas Dupont-Aignan, qui a rallié le FN peu après
la présidentielle. ■
C. S.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
INTERNATIONAL
5
Erdogan réunit le monde musulman
autour de l’étendard propalestinien
Le chef de l’État turc
condamne d’autant
plus volontiers
« la tyrannie
israélienne »
que l’argument sert
sa campagne
présidentielle.
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
Recep Tayyip Erdogan a affirmé sa solidarité avec le peuple palestinien, vendredi à Istanbul, avant d’accueillir un sommet de l’Organisation de la coopération islamique.
partir. Dans un jeu de ping-pong verbal
révélateur de la crise, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a
affirmé n’avoir pas de « leçons de morale » à recevoir d’un dirigeant turc qui
« comprend parfaitement le terrorisme et
les massacres », en réponse aux déclarations d’Erdogan l’accusant de diriger
« un État d’apartheid » et d’avoir du
« sang » de Palestiniens sur les mains.
“
Erdogan est un vrai
leader. Il n’a pas peur
de défier Israël,
ni l’Amérique. Il fait
la fierté de la Turquie
ABDURRAHMAN, UN DES PARTISANS
DU PRÉSIDENT
”
Mais, dans les rangs de l’opposition
anti-Erdogan, certaines voix s’élèvent
contre l’instrumentalisation politique
de la situation à l’approche du scrutin
présidentiel et législatif du 24 juin. « Je
suis de tout cœur avec la Palestine. Mais
a-t-on besoin d’en faire autant ? Une fois
de plus, Erdogan cherche à tirer profit de
la situation », s’indigne un journaliste
turc qui préfère garder l’anonymat.
Issu de la mouvance islamo-conservatrice, le chef de l’État turc, qui brigue
un nouveau mandat, s’est volontairement érigé en défenseur de la cause palestinienne. Il ne cache pas, non plus,
son soutien au mouvement islamiste
palestinien Hamas, bête noire des autorités israéliennes. Ses supporters
aiment d’ailleurs citer ses virulents discours comme symboliques d’un homme fort qui a redonné toute sa place à la
Turquie sur l’échiquier mondial. « Erdogan est un vrai leader. Il n’a pas peur
de défier Israël, ni l’Amérique. Il fait la
fierté de la Turquie », avance Abdurrahman, l’un d’eux, en mentionnant fièrement que les diatribes présidentielles
sont également citées par la rue arabe.
La réunion d’Istanbul aura-t-elle
pour autant un impact sur la région ? Le
projet de communiqué commun, qui
devait être rendu public en fin de journée, accuse ouvertement l’Administration américaine « d’encourager les crimes d’Israël et de le protéger », tout en
condamnant « les actions criminelles des
forces israéliennes » et en appelant à
« fournir une protection internationale
au peuple palestinien ».
Mais, à l’heure où divisions et rivalités minent le monde arabo-musulman,
ce sommet exceptionnel rend peu probable toute mesure concrète à l’égard
d’Israël. L’Arabie saoudite, représentée
par son ministre des Affaires étrangères, et ses alliés du Golfe voient d’un
mauvais œil le soutien de la Turquie
d’Erdogan à des mouvements comme
les Frères musulmans et le Hamas, ainsi
qu’au Qatar, qu’ils tentent d’isoler.
L’Égypte de Sissi défend également la
même position. Riyad et ses alliés, plus
souples à l’égard d’Israël, veillent aussi
à ne faire aucun geste pouvant irriter
Washington, dont ils espèrent le soutien dans leur lutte d’influence intestine avec l’Iran chiite. Parmi les chefs
d’État ayant répondu à l’appel d’Ankara figurent également le roi Abdallah de
Jordanie, le président soudanais Omar
el-Béchir et les émirs du Qatar et du
Koweït. Opéré d’une oreille la semaine
dernière, le président Mahmoud Abbas
n’a pas fait le déplacement. Il était représenté par son premier ministre,
Rami Hamdallah. ■
Yoel Edelstein : « L’Iran est une menace
existentielle pour Israël, qu’il veut détruire »
PROPOS RECUEILLIS PAR
ISABELLE LASSERRE £@ilasserre
YOEL Edelstein, le président de la Knesset, le Parlement israélien, était l’invité
de l’Assemblée nationale mercredi
17 mai, dans le cadre du 70e anniversaire
de la création du pays. Membre du
Likoud, il est proche du premier ministre Benyamin Nétanyahou.
LE FIGARO. - Israël, qui redoute plus
que tout la nucléarisation de l’Iran,
a applaudi des deux mains la décision
de Donald Trump de se retirer
de l’accord de juillet 2015. Mais si
les dirigeants iraniens décidaient
de répondre en relançant leur
programme nucléaire, le remède ne
serait-il pas pire que le mal pour vous ?
Yoel EDELSTEIN. - Non, car il ne s’agit
pas seulement de quitter l’accord mais
de le remplacer par un nouveau texte qui
prenne en compte, outre le nucléaire, la
menace conventionnelle et la question
du terrorisme. L’Iran, dont le but est la
destruction d’Israël, représente en effet
pour nous une menace existentielle. S’il
devait un jour posséder la bombe, ce serait un désastre absolu pour toute la région. Même sans être utilisée, l’arme
nucléaire fournirait un dangereux parapluie sécuritaire à toutes les organisations terroristes et malfaisantes de la région. La menace iranienne n’est pas
imaginée par Israël – c’est une menace
Yoel Edelstein, résident de la Knesset,
mercredi à Paris. ALFONSO JIMENEZ/
SHUTTER/SIPA
mondiale. C’est seulement si l’on comprend cela que l’on pourra y faire face.
Ne pensez-vous pas néanmoins
que les lacunes de l’accord auraient pu
être traitées de manière moins radicale ?
Il est naïf de penser qu’on peut simplement renégocier cet accord. L’Iran n’a
aucune raison de le faire. Les Iraniens,
pendant des années, ont menti au monde entier en affirmant qu’ils n’avaient
pas de programme nucléaire. La levée
Les événements récents de Gaza, qui ont
fait plus de soixante morts palestiniens,
tués par l’armée israélienne, interrogent
sur les méthodes de Tsahal. L’armée
israélienne ne devrait-elle pas revoir
ses règles d’engagement ?
C’est un sujet sur lequel on a débattu
pendant des heures. Ce qui s’est passé à
Gaza est terrible. Je ne suis pas heureux
de voir l’armée israélienne tirer sur des
Palestiniens. Mais le problème, c’est que
dans ce type de situation, il n’y a pas de
bonne solution. Que faire en effet quand
le Hamas, dont l’un des buts était de tuer
et de kidnapper des soldats israéliens,
utilise les citoyens palestiniens, ses femmes et ses enfants, comme un bouclier
humain pour protéger ses activités terroristes ? Israël a beaucoup été critiqué.
Je considère que les deux parties doivent
apprendre à se restreindre. Mais je pense
aussi qu’il faut rappeler une chose que
beaucoup ont oubliée : l’affrontement
met aux prises d’un côté une démocratie, de l’autre un gang terroriste qui s’est
emparé de Gaza par un coup d’État après
le retrait israélien et qui depuis opprime
sa population. ■
L’ancienne présidente centriste
du Parlement européen et exministre de Jacques Chirac Nicole
Fontaine est décédée jeudi à l’âge
de 76 ans. Cette ancienne avocate
et responsable de l’enseignement
catholique, eurodéputée de 1984
à 2002, avait présidé le Parlement
européen de 1999 à 2002 avant
d’intégrer le gouvernement
Raffarin comme ministre déléguée
à l’Industrie (2002-2004).
Poutine ne change pas son
équipe gouvernementale
Après avoir renommé
Dmitri Medvedev premier
ministre, le président russe a
décidé vendredi de reconduire
la plupart des poids lourds
du gouvernement pour son
quatrième mandat, à l’exception
de Vitali Moutko, au cœur
du scandale de dopage,
écarté du dossier des Sports.
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MOYEN-ORIENT « Halte à l’oppression ». C’était le cri de ralliement du
rassemblement populaire qui s’est
tenu, vendredi après-midi, à Istanbul,
en marge du sommet de l’Organisation
de la coopération islamique (OCI). La
réunion extraordinaire des dirigeants
du monde arabo-musulman, la deuxième du genre en cinq mois, entend envoyer « un message fort » pour
condamner la mort, lundi, de 60 Palestiniens sous les balles israéliennes à
Gaza. Le carnage a eu lieu alors que des
milliers de Palestiniens manifestaient
près de la clôture de sécurité, le jour de
l’inauguration de la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem. La Turquie,
qui préside actuellement l’OCI, avait
déjà convoqué une réunion d’urgence,
en décembre dernier, pour condamner
la décision du président Donald Trump
de transférer la Chancellerie américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. « Si le silence persiste face à la tyrannie israélienne, le monde va s’enfoncer
rapidement dans un chaos où les bandits
feront la loi », a insisté dès mercredi le
président turc, Recep Tayyip Erdogan.
Le geste américain, hautement provocateur aux yeux d’Ankara, a également suscité l’émoi d’une majorité de la
population, sensible à la cause palestinienne. Mardi, plusieurs manifestations
ont déjà eu lieu à Istanbul et dans
d’autres villes du pays pour dénoncer le
bain de sang. Tandis qu’Ankara se disait
prêt à accueillir les blessés palestiniens
dans ses hôpitaux, les appels se démultipliaient sur les réseaux sociaux pour envoyer de l’aide aux enfants. Dans le
même temps, Ankara a sommé l’ambassadeur israélien, Eitan Naeh, de quitter
temporairement le pays, tandis que
l’État hébreu s’est empressé de répliquer
en ordonnant au consul général turc de
POOL PRESIDENTIAL PRESS SERVICE
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Présidentielle contestée au Venezuela
Nicolas Maduro veut obtenir un nouveau mandat présidentiel à tout prix à l’occasion d’un scrutin tronqué.
terdit les principaux candidats de l’opposition, d’avoir la main sur le Conseil
national électoral, de bénéficier à un accès privilégié aux médias nationaux.
Ces opposants l’accusent d’utiliser
l’argent public pour acheter les voix. Il a
en effet promis de verser une prime aux
votants, après avoir versé une prime de
Noël (500 000 bolivars), une prime des
Rois mages (50 000), une prime de carnaval (700 000) et enfin la semaine dernière une prime pour les mamans à l’occasion de la Fête des mères (1 500 000).
Ces primes sont versées aux détenteurs
du carnet de la patrie, mi-carte de rationnement, mi-carte d’identité. Dans un
pays où une grande partie de la population souffre de la faim, ces primes ont un
impact indéniable sur la population.
La plupart des partis d’opposition ont
décidé de boycotter ce scrutin, ces principaux partis et leaders n’ayant pas le
droit de se présenter. Pourtant Henri
Falcon a décidé de poser sa candidature.
Cet ancien chaviste avait rejoint les
rangs de la MUD (Table de l’unité démocratique) il y a quelques années. Ses anciens alliés au sein de la MUD lui reprochent de légitimer ainsi le scrutin.
Voter ou non ?
Pour d’autres, l’opposition a abandonné le
terrain politique, nombreux de ses chefs
étant depuis l’annonce du boycottage
partis à l’étranger. « Nous devons lutter, il
faut lire et interpréter correctement ce qui
se passe dans le pays, estime German Gonzales président du Centre des étudiants en
sciences politique de l’UCV. Certains politiques semblent avoir abandonné la politi-
que et nous avoir abandonnés. » Le débat
est vif entre les Vénézuéliens pour savoir
s’il faut aller voter ou non. De récents sondages plaçant Henri Falcon en tête avec
une confortable avance ont décidé certains à aller voter. Chuo Jesus Torrealba,
qui était secrétaire de la MUD quand l’opposition a remporté une large victoire aux
élections législatives de décembre 2015, a
appelé à voter Falcon. Eduardo Fernandez, membre du parti COPEI, candidat à la
présidentielle de 1988, a lui aussi annoncé
son ralliement à Falcon. « Toutes les enquêtes disent que 70 % des Vénézuéliens
veulent changer de gouvernement. Si nous
votons tous, nous pouvons obtenir ce changement. Je n’ai pas confiance dans le CNE
mais si la victoire est très large comme en
décembre 2015, il ne peut pas tricher. »
Un candidat surprise s’est glissé dans
la campagne : le pasteur évangélique Javier Bertucci. Il est crédité de 15 à 20 %
des voix. Des discussions se sont engagées avec Henri Falcon pour un rapprochement mais n’ont pas abouti.
Pour l’analyste politique Luis Vicente
Leon, « les promoteurs de la participation au vote n’ont pas su expliquer pourquoi voter à un scrutin illégitime et comment défendre son vote, et les défenseurs
de l’abstention n’ont pas su dire que faire
le jour suivant avec Maduro au pouvoir.
Alors il ne reste que la confusion. Ne pas
être parvenu à une position unitaire de
l’opposition est un péché originel. Cela
n’a pas de sens de culpabiliser maintenant ceux qui s’abstiennent ou ceux qui
votent car toutes les stratégies ont du
plomb dans l’aile ». ■
P. B.
Éprouvés par les pénuries alimentaires, des habitants de Caracas profitent d’une distribution gratuite de nourriture, le 13 mai, en marge d’un meeting du pasteur évangélique Javier Bertucci, candidat à la présidentielle.
À Caracas, survivre est une lutte quotidienne
300 km
PATRICK BÈLE pbele@lefigaro.fr
A
Un taux d'inflation record
IL N’AVAIT QUE 19 ans. Il s’appelait David Vieras Azocar. Il a été abattu d’une
balle dans le cœur dans le quartier de
Cuatro Esquinas de Petare. Il a été tué
pour un carton de Clap, ces colis fournis
par le gouvernement à prix subventionnés qui contiennent des produits de première nécessité : de l’huile, du riz, de la
farine de maïs pour faire les traditionnelles arepas (galettes de maïs). Les deux
hommes qui l’ont attaqué étaient à moto.
Celui qui a tiré est parti par un escalier
avec le petit sac de riz du Clap, l’autre sur
sa moto avec le reste du colis alimentaire
du gouvernement. Il y a encore un an,
dans cette ville considérée comme l’une
des plus dangereuses d’Amérique latine,
on se lamentait du risque de se faire tuer
pour un téléphone portable. On peut désormais mourir pour quelques grammes
de farine. La tragédie que vivent les Vénézuéliens est là : on meurt de faim à Caracas dans un climat de violence extrême.
María est employée de bureau. Chaque
jour, elle prend le bus pour se rendre à
son travail. Elle habite en banlieue et travaille dans le centre de Caracas. Un geste
banal pour le commun des mortels. Pas
pour elle. Le bus coûte 34 000 bolivars (*)
à payer en espèces. Les banques ne distribuent que 100 000 bolivars en liquide
par jour. Une fois payé le transport, il ne
reste plus à Maria que 66 000 bolivars. Le
lendemain elle devra encore se lever très
tôt pour pouvoir retirer les 100 000 bolivars quotidiens après deux heures de file.
« Avant j’appartenais à la classe
moyenne, explique-t-elle. Maintenant je
vis dans la pauvreté. Pourtant, je fais toujours le même travail. » Elle gagne deux
millions de bolivars par mois. « Avant,
quand je voulais manger du poulet, j’achetais quatre cuisses pour mon mari et mes
deux enfants. Maintenant, j’achète une
cuisse et je la coupe en quatre morceaux.
Ma fille voulait manger une seconde arepa,
ce matin. Je lui ai dit qu’elle pouvait le faire, mais que le soir elle n’aurait plus rien à
ÉVOLUTION MENSUELLE DE L’INFLATION,
en glissement annuel, en %
13 379 %
Mer
des Antilles
Caracas
Maracaibo
8 900
6 147
VENEZUELA
4 068
GUY.
COLOMBIE
Janvier
BRÉSIL
Février
Mars
Avril
2018
Infographie
Source : Trading Economics provides
manger. Nous ne pouvons plus inviter personne à la maison. Chaque jour je me demande ce que je vais pouvoir donner à
manger le lendemain à ma famille. »
Chez Maria, on ne se ressert plus à table. Chez Maria, les bons jours on mange
deux fois. Comme dans presque toutes
les familles vénézuéliennes. Le poisson a
disparu de la table de la maison depuis
plusieurs mois. Et la viande n’est plus
qu’un souvenir. Maria tente de compenser ce manque de protéines en cuisinant
le plus souvent possible des lentilles. Elle
utilise sa carte de crédit pour « profiter »
de l’hyperinflation, qui dépasse les 50 %
par mois depuis octobre.
Des quartiers privés d’eau
L’angoisse est quotidienne. Acheter de
quoi se nourrir se heurte à deux obstacles : il faut d’abord trouver le magasin
où les produits sont disponibles, puis il
faut pouvoir les payer. Le coût n’est pas
le seul obstacle, il y a aussi la disponibilité
de la monnaie.
Maria a un réseau d’amis qui s’échangent les « bons plans » sur WhatsApp. Il y
a du sucre dans tel magasin, il y a du lait
dans tel autre. Il faut ensuite avoir l’argent. Pratiquement plus aucune opération ne se fait en liquide mais par carte de
débit. Dans les kiosques à journaux, le
paquet de galettes se paie par carte. Cela
provoque des files dans tous les commerces, les transactions électroniques
prenant plus de temps que les transactions en liquide. Le système de paiement
est sursaturé.
Les billets de banque se font tellement
rares qu’« ils sont parfois rachetés trois
fois leur prix », selon la journaliste Jurate
Rosales de l’hebdomadaire Zeta. Car s’il
y a pénurie de cash, les espèces restent
très utiles pour régler des notes comme
celles des taxis. « J’ai acheté un kilo de
pommes de terre 600 000 bolivars samedi
dernier, raconte Maria. Une heure plus
tard, une amie m’a envoyé un message
pour me dire qu’elle en avait trouvé à
400 000 bolivars, mais payables en cash. »
María Graciela López est chef du service de désinfection à l’hôpital des enfants de Caracas. Ce matin-là, elle a été
prise d’angoisse : deux ampoules électriques de son appartement étaient grillées.
Elle gagne 2,5 millions de bolivars par
mois. Une ampoule vaut un million de
bolivars. « Depuis un an, je ne suis plus allée au restaurant. Je n’ai plus acheté de vêtements. Tout mon argent est consacré à la
nourriture. J’ai encore de la chance : j’ai un
second travail dans une clinique privée. »
Les parents de María Graciela López
sont plutôt en bonne santé, avec quelques problèmes d’hypertension. Son
frère, qui habite en Allemagne, a pu lui
envoyer les médicaments pour ses parents car ils sont introuvables ou hors de
prix au Venezuela depuis plusieurs mois.
Nydia Ruiz est professeur à l’université.
« Mon salaire était de 230 000 bolivars en
août. Il est aujourd’hui de 3 millions. Je suis
au grade le plus élevé dans la hiérarchie enseignante. » Un plateau de 15 œufs coûte
800 000 bolivars. Nydia Ruiz doit s’occuper de sa tante qui est dans un établissement spécialisé pour les vieilles personnes. Le gériatre coûte 10 millions par mois.
Son incontinence urinaire oblige à acheter
pour 50 millions de couches par mois. Il
faut ajouter à tout cela les médicaments.
“
Depuis un an, tout mon
argent est consacré
à la nourriture
UNE VÉNÉZUELIENNE
”
En août dernier, Nydia Ruyz nous
confiait qu’elle avait la chance que son
fils habite en Italie et puisse lui envoyer
des médicaments pour sa tante. Il doit
maintenant lui envoyer aussi de l’argent. Des remesas, comme au Honduras, à Cuba, ou au Salvador. Sa tante lui a
fait don de son appartement pour
qu’elle puisse vendre le sien et ainsi financer sa vie quotidienne. Mais personne n’achète un appartement aujourd’hui à Caracas. « J’ai de la chance,
j’habite un quartier voisin de Fuerte Tiuna
(une caserne militaire au centre de Caracas). Beaucoup de gradés y habitent.
Donc nous n’avons pas de problème d’eau
ni d’électricité. »
Car dans Caracas depuis plusieurs semaines, des quartiers entiers sont privés
d’eau. Le système de distribution a disjoncté par manque d’entretien et
d’électricité. Dans Caracas, de nombreux camions-citernes d’eau circulent, approvisionnant les immeubles et
les entreprises qui ont la capacité de
payer. À l’hôpital universitaire de Caracas, le service de dermatologie, situé au
huitième étage, n’a pas d’eau depuis
trois semaines.
Les voies d’une autoroute traversant le
centre de Caracas sont séparées par un
collecteur d’eaux usées. Depuis quelques
mois, des groupes sondent ces eaux pour
tenter de récupérer des métaux précieux. Ils se seraient réparti les zones de
fouilles. Dans les rues, des revendeurs
proposent des petits sacs de 10 grammes
de lait en poudre ou de riz. De plus en
plus de bus étant immobilisés, en panne
faute de pièces de rechange, des bétaillères ont pris le relais pour transporter
les personnes dans Caracas.
Mardi 8 mai, nous avons tenté
d’acheter des tickets de métro. Mais les
guichets étaient fermés. Un employé
nous a informés qu’il n’y avait plus de
tickets et que le métro était gratuit.
Pourquoi ? « Il n’y a plus de papier pour
imprimer les tickets. Ils vont mettre en
place un système de cartes rechargeables », nous a-t-il expliqué. Quand ?
Avec un grand sourire, il a levé les yeux
au ciel : « Quand ce sera possible. »
Le pays, qui dispose des plus importantes réserves de brut du monde, voit sa
production chuter dramatiquement depuis plusieurs mois. De plus d’un tiers
depuis août. Il y a dix ans, le pays extrayait 3,9 millions de barils de pétrole
par jour. Ce chiffre est tombé à 1,4 million en mai, selon l’Opep. Pour honorer
ces prévisions de livraison à Cuba, la
compagnie pétrolière nationale a dû
acheter du pétrole à l’étranger. La manne pétrolière, qui a permis à Hugo
Chávez de distribuer largement des aides
sociales pendant ses mandats se tarit. Nicolás Maduro ne propose pour l’instant
rien pour pallier cette baisse de revenus.
« Nous allons procéder à des réformes importantes après l’élection », a-t-il déclaré, comme s’il n’était pas au pouvoir depuis près de six ans. ■
(*) Prix et salaires datent du 10 mai 2018. Ils
changent chaque jour avec l’hyperinflation.
CARLOS JASSO/REUTERS
AMÉRIQUE LATINE Ce dimanche 20 mai,
les Vénézuéliens sont appelés à élire leur
président de la République. Les conditions
d’organisation du scrutin sont contestées
par l’Union européenne qui n’enverra pas
d’observateurs, les États-Unis et les pays
du Groupe de Lima (Argentine, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Mexique, notamment). Après avoir reçu une délégation de
l’opposition il y a trois semaines, le président Macron avait déclaré : « Les conditions d’organisation de l’élection présidentielle ne permettent pas, en l’état, un scrutin
juste, libre et transparent. » Le président
Maduro a violemment réagi en qualifiant
le président Macron de « tueur à gages de
l’oligarchie financière chargé de détruire
les droits sociaux du peuple français ».
Il est reproché à Nicolas Maduro, postulant à sa propre succession, d’avoir in-
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samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Gina Haspel,
l’espionne sort
de l’ombre pour
diriger la CIA
24 heures sur 24 pendant dix-neuf
jours.
Rien ne prouve qu’elle y ait personnellement participé. « Bloody Gina »
(Gina la sanglante), ont néanmoins crié
quelques manifestants au Sénat.
L’Union pour les libertés civiles
(ACLU) l’a dénoncée comme « criminelle de guerre ». Plusieurs élus démocrates l’ont pressée de dire si elle jugeait ces méthodes, bannies depuis,
« immorales ».
Elle s’est défilée, soulignant que « des
informations de valeur » avaient été obtenues à l’époque par la CIA. Mais elle a
assuré avoir « un compas moral fort » et
promis de ne « jamais retourner » à ce
sombre passé. « C’était comme interroger de la vapeur », a commenté le
Washington Post. John McCain, qui fut
torturé par le Viêt-cong, a appelé à voter contre elle, jugeant « son refus de
reconnaître l’immoralité de la torture
disqualifiant ».
Première femme à prendre la tête
de l’agence de renseignements, elle avait
supervisé un « site noir » en Thaïlande.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
ÉTATS-UNIS Elle a beau entrer dans
l’histoire comme la première femme à
prendre la tête de la CIA, Gina Haspel
n’est pas précédée des trompettes de la
renommée. Si chacun au siège de Langley connaît sa silhouette menue et
presque furtive, c’est qu’elle hante depuis trente-trois ans « les corridors
opaques de l’espionnage américain »,
selon la formule d’un de ses prédécesseurs, Michael Hayden. Mais en dehors
des professionnels de la guerre secrète,
qui ont applaudi sa nomination presque
sans réserve, personne ne connaît
vraiment la nouvelle directrice de
l’Agence centrale de renseignements
américaine.
Elle a surmonté l’obstacle du Sénat
jeudi avec 54 voix contre 45, l’appui de
cinq démocrates compensant la défection de trois républicains. Deux semaines plus tôt, elle était pourtant à deux
doigts de retirer sa candidature devant
la perspective d’une audition difficile,
« embarrassante » pour sa réputation
et celle de la CIA. Soutenue par la Maison-Blanche, elle a finalement affronté
cinq heures d’interrogatoire public et à
huis clos.
Pour cette femme de 61 ans rompue
aux combats de l’ombre, c’était un
renversement des rôles, mais aussi une
épreuve à laquelle elle s’était préparée
toute sa vie. Sous son apparence frêle
et son discours poli, elle n’a rien lâché.
Les sénateurs frustrés l’ont cuisinée sur
un épisode contesté de sa longue
carrière, notamment parce qu’ils en
ignoraient le reste.
Entrée à la CIA à 28 ans en 1985, Gina
Haspel a passé trente-deux ans under-
cover, espionne aux identités variables
et à l’action occulte. Jusqu’à sa nomination comme directrice adjointe au
côté de Mike Pompeo l’an dernier, on
ne trouve que de rares photos d’elle,
aucune trace sur les réseaux sociaux et
un seul enregistrement sonore, lors
d’un banquet d’anciens de l’OSS (ancêtre de la CIA).
La centrale de Langley, en Virginie,
n’a levé que très partiellement le voile
sur sa carrière : elle a occupé vingt postes différents, dont sept à l’étranger
– Afrique, Asie, Proche-Orient, Europe. Indice supplémentaire, elle a appris
au fil de ses pérégrinations le russe et le
turc. Seul son dernier poste de chef espion « dans la capitale d’un pays allié »,
Londres, est un secret de polichinelle.
La CIA a de bonnes raisons de garder
le mystère sur les anciennes affectations de son personnel : certaines sociétés écrans à l’étranger servent toujours de couverture aux agents
clandestins, ceux qui n’ont pas d’alibi
diplomatique. Mais Gina Haspel est
soupçonnée d’excès de zèle dans le
culte du secret.
« Une grande partie de ces informations pourrait être déclassifiée, estime le
sénateur Ron Wyden. Je pense que
l’agence couvre son passé parce que, si le
public savait ce que je sais, beaucoup de
sénateurs diraient qu’il n’y a pas d’autre
choix que de rejeter sa nomination. »
L’intéressée affirme au contraire s’être
appliquée les mêmes règles qu’à ses
collègues et soutient que, si elle en disait plus, « cela aiderait à ma confirmation, ce que je ne veux pas faire. »
La confidentialité ne condamne pas à
la modestie. « Dès mes premiers jours
au sein du service clandestin, j’ai excellé
dans la recherche et l’acquisition d’informations secrètes obtenues dans des
“
Je pense qu’elle fera
un excellent directeur
tant qu’elle sera prête
à être limogée à tout
moment
”
JAMES CLAPPER, EX-DIRECTEUR
NATIONAL DU RENSEIGNEMENT
Gina Haspel,
avant son audition
devant le Sénat
américain, mercredi
à Washington.
KEVIN LAMARQUE/
REUTERS
échanges furtifs, des planques ou des
rencontres dans les allées poussiéreuses
de capitales du tiers-monde, a-t-elle
raconté durant son audition. Une
aventure dont j’avais rêvé. […] J’aurais
pu me passer des longues nuits à dormir
sur le sol de ma station dans un poste
avancé. Mais je suis fière du travail accompli, y compris la capture de deux
terroristes importants, une opération
d’antiprolifération réussie et le démantèlement d’une cellule terroriste. » Sous
pression, la CIA a transmis à la commission du renseignement un dossier
confidentiel qui en dit sans doute un
peu plus.
Les élus ont fini par s’incliner devant
l’expérience de cette femme qui affir-
me « connaître la CIA comme la paume
de (sa) main », mais non sans l’avoir
auparavant passée à la question. En
2002, Gina Haspel avait été chargée de
superviser un « site noir » de la CIA en
Thaïlande, l’une de ces prisons secrètes où des suspects de terrorisme subirent des « interrogatoires renforcés »,
euphémisme alors utilisé par l’Administration Bush. Un rapport parlementaire de 6 700 pages a conclu en 2014
qu’il s’agissait de torture pure et simple. La version déclassifiée détaille jusqu’à la nausée les coups, les waterboardings (simulations de noyade) et le
confinement dans une boîte de
75 × 50 cm infligés en Thaïlande au Palestinien Abou Zoubeida en août 2002,
Trois ans après cet épisode, Gina
Haspel a recommandé que 92 enregistrements vidéo d’interrogatoires soient
détruits « pour protéger les agents » de
la CIA qui y apparaissent. Elle assume
« absolument » cette décision, qui n’est
sans doute pas étrangère à sa popularité
au sein de la centrale.
D’anciens directeurs peu suspects
de trumpisme, comme Leon Panetta et
John Brennan, l’ont défendue auprès
des élus. Dans une lettre postérieure à
son audition, elle a fini par admettre :
« Avec le recul et l’expérience, le programme d’interrogatoires musclés
n’aurait pas dû être entrepris par la
CIA. » La polémique a conduit Donald
Trump à voler au secours de sa « candidate très respectée, la personne la
plus qualifiée, une femme, critiquée
parce qu’elle était trop dure avec les
terroristes ! »
« Je ne l’ai jamais vue dépassée par les
circonstances », assure l’ancien chef
des opérations clandestines, Frank Archibald, dont elle fut l’adjointe. Cette
force de caractère lui sera utile face à
un président qui avait suggéré durant
la campagne de rétablir « le waterboarding et bien pire. »
James Clapper, l’ex-directeur national du renseignement sous Barack Obama, qui approuve le choix de Gina Haspel, l’a prévenue : « Je pense qu’elle fera
un excellent directeur tant qu’elle sera
prête à être limogée à tout moment. » ■
En Chine, un show télévisé met Marx à l’honneur
Avec « Marx avait raison », le PCC cherche à convaincre la jeunesse chinoise que son socle idéologique est toujours pertinent.
CYRILLE PLUYETTE cpluyette@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À PÉKIN
CHINE Une musique grandiloquente façon jeu télévisé retentit, puis surgit le
visage de Karl Marx, avec sa longue barbe blanche, au milieu d’images de synthèse évoquant différentes époques, de
la locomotive à vapeur aux satellites. Fin
du générique : l’animatrice, vêtue d’un
tailleur rouge, lance alors le show, sous
les applaudissements d’un sage public
juvénile. Baptisé « Marx avait raison »,
ce programme en cinq épisodes diffusés
récemment à la télévision publique
chinoise à une heure de grande écoute, a
tout, dans la forme, d’un divertissement
ou d’un talk-show classique. Mais c’est
avant tout un outil politique, qui s’inscrit dans le projet du président Xi
Jinping de convaincre la jeunesse du
pays que le socle idéologique du Parti
communiste chinois (PCC) est toujours
pertinent. Et, par conséquent, que le
maintien au pouvoir de ce dernier et son
contrôle sur la société sont légitimes.
Le régime a profité du bicentenaire de
la naissance du philosophe allemand, le
5 mai, pour le mettre à l’honneur tous
azimuts. Une exposition à Pékin le présente comme un bienfaiteur de l’humanité. Une flopée d’articles dans la presse
d’État évoquent un « guide pour les défis
du présent ». Présenté comme son héritier, Xi Jinping a lui-même largement
participé à ce concert de louanges : Karl
Marx est « le plus grand penseur des
temps modernes », et la Chine « continuera à brandir l’étendard du marxisme », a-t-il ainsi déclaré dans un discours solennel au Palais du peuple, à
Pékin.
Durant plus d’une demi-heure, chaque épisode de l’émission cherche à faire de la pédagogie auprès de Chinois
âgés d’une vingtaine d’années et généralement peu intéressés par la politique.
Et ce, à grand renfort d’interventions de
professeurs d’université présents sur le
plateau, de témoignages d’étudiants au
discours millimétré, et de vidéos et
d’animations rythmées. L’émission,
produite avec le département de la pro-
pagande du Parti, veut démontrer que,
malgré son ouverture aux marchés à
partir du début des années 1980, le pays
n’a pas renié ses idéaux.
D’ailleurs, « si Marx était vivant, les
droits d’auteur du Capital feraient de lui
un homme riche », souligne la présentatrice. Le show martèle ainsi que la Chine
est restée stable et solide économique-
“
Karl Marx est
le plus grand penseur
des temps modernes
XI JINPING, PRÉSIDENT CHINOIS
”
ment grâce à sa fidélité au parti unique
guidé par le marxisme, alors que le reste
du monde était secoué par la crise financière de 2008, le Brexit, le terrorisme ou des dissensions politiques. « Je
pense que la Chine est un pays avec une
grande sécurité, dynamique et très prospère », s’enthousiasme une étudiante. À
l’inverse, si l’Union soviétique s’est effondrée, ce n’est pas à cause du marxis-
me, mais parce qu’elle s’en est écartée,
avance un expert.
« L’influence du marxisme ne cesse de
croître », se réjouit l’animatrice. Toutefois, lorsqu’elle demande au public qui a
lu Le Capital, seules quelques mains se
lèvent. D’après certains observateurs, la
plupart des Chinois restent imperméables à la pensée communiste, qu’ils ont
pourtant étudiée à l’école. Il faut dire
que, malgré l’immense emblème doré
de la faucille et du marteau qui orne
l’intérieur du Palais du peuple, le caractère marxiste de la deuxième économie
de la planète ne saute pas aux yeux. La
Chine continentale, qui compte plus de
370 milliardaires en dollars - au deuxième rang derrière les États-Unis - est en
effet l’un des pays les plus inégalitaires
au monde.
Mais cela n’empêche pas Xi Jinping de
clamer un retour à l’orthodoxie marxiste depuis son arrivée au pouvoir, fin
2012. Dans un cocktail de communication qui peut dérouter, « l’empereur
rouge » incite les membres du PCC à lire
les travaux de Marx, mais cherche aussi
Dimanche 20 Mai 2018 I 12H-13H
A
JEAN-LUC
MÉLENCHON
Chef de File de La France Insoumise
BENJAMIN SPORTOUCH - RTL
GUILLAUME ROQUETTE - LE FIGARO / CHRISTOPHE JAKUBYSZYN - TF1-LCI
à siniser cette doctrine, en promouvant
les valeurs traditionnelles, comme le
confucianisme.
Il vante par ailleurs le libre-échange
devant le gratin du capitalisme international au Forum de Davos ; mais, parallèlement, ne cesse de renforcer l’emprise du Parti sur l’économie. « Même si le
PCC s’éloigne peu à peu du marxisme-léninisme classique, il ne peut pas se débarrasser de ses principes fondateurs et accumule donc les couches d’idéologie, au
risque de paraître incohérent », souligne
Jean-Pierre Cabestan, sinologue à l’université baptiste de Hongkong.
Pas sûr toutefois que Xi Jinping arrive
à susciter l’enthousiasme de la population. « Marx avait raison » s’est
d’ailleurs attiré des railleries sur les réseaux sociaux. « Aucune phrase dite par
l’animatrice, les invités ou les spectateurs
n’est prononcée sans réciter le scénario. Y
a-t-il vraiment des gens qui ont envie de
regarder cela ? » ironise un internaute
sur Weibo, le Twitter chinois. Le régime
n’a pas communiqué de chiffres
d’audience. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
SOCIÉTÉ
9
L’étudiant égyptien s’intéressait à la ricine
L’arrestation d’un jeune homme à Paris confirme les craintes sur les tutoriels envoyés par Daech à des « novices ».
JEAN CHICHIZOLA
TERRORISME Révélée vendredi par le
ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb,
l’affaire illustre une nouvelle fois l’extrême diversité des profils terroristes islamistes. Le 11 mai, à la veille de l’attentat au couteau perpétré par un Français
d’origine tchétchène dans la capitale,
deux Égyptiens étaient interpellés à Paris. L’un d’eux était rapidement mis hors
de cause. Véritable cible des policiers,
Mohammed M. né à Alexandrie en 1998
et étudiant en situation régulière, était
en revanche mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec
une entreprise terroriste et écroué le
15 mai. L’homme avait été repéré début
2018 par la veille de la Direction générale
de la sécurité intérieure (DGSI) sur les
réseaux sociaux. Inconnu jusqu’alors de
la police et de la justice françaises, il était
immédiatement fiché S. Le suspect était
très actif sur la Toile, professait des thèses pro-djihadistes et voulait passer à
l’action. Dans le cadre de la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte
contre le terrorisme (SILT), adoptée le
30 octobre avant la fin de l’état d’urgence, une visite domiciliaire dans son logement du XVIIIe arrondissement était décidée à l’initiative du préfet de police de
Paris. Le 11 mai, les enquêteurs y trou-
vaient de la poudre noire. Interpellé peu
après, Mohammed M. avait également
téléchargé des tutoriels pour la fabrication d’explosifs et de ricine. Vendredi en
fin de journée, une source proche du
dossier précisait, qu’en l’état de l’enquête, aucune cible n’était identifiée. Poison
relativement facile à produire, la ricine
est une vieille connaissance des services
antiterroristes. Dans les années 1990, alQaida avait testé le produit et en 2002, la
DST démantelait une cellule terroriste
voulant en produire.
Le premier enseignement à tirer de
l’affaire du 11 mai est l’utilisation, appelée à s’étendre, des visites domiciliaires.
Le ministère de l’Intérieur indiquait
vendredi que « depuis le vote de la loi
SILT, 18 autorisations de procéder à des
visites domiciliaires ont été délivrées par le
juge des libertés et de la détention de Paris », et précisait que 12 sur 18 avaient été
« obtenues au cours des deux derniers
mois ». Après l’attentat de CarcassonneTrèbes, le 23 mars, nombre de spécialistes et de policiers avaient recommandé
de passer à la vitesse supérieure en matière de mesures administratives.
Diversité de la menace
Second enseignement : la diversité de la
menace. D’abord dans les profils des terroristes. Étudiant étranger, Mohammed
M. rappelle un autre Égyptien « sans his-
toires », Abdallah el-Hamahmy, « touriste » attaquant des militaires en février 2017 au Carrousel du Louvre.
Diversité ensuite dans les modes opératoires. Au couteau ou à la voiture bélier,
le suspect du 11 mai préférait des méthodes plus élaborées à l’aide de tutoriels.
Dans Le Figaro du 13 novembre 2017, le
directeur de la DGSI, Laurent Nuñez,
rappelait que lors de plusieurs opérations
récentes de son service, « des tutoriels téléchargés sur des sites de l’État islamique »
avaient été découverts. Et de conclure :
« Nous pouvons craindre l’envoi de tutoriels très aboutis permettant à des “novices” de suivre une formation accélérée à la
fabrication et l’usage d’explosifs. » ■
21 386 personnes
surveillées par
les renseignements
en 2017
Un rapport très attendu, remis vendredi à
Emmanuel Macron, révèle que les agents ont invoqué
la prévention du terrorisme dans 49 % des cas.
Valises « Imsi catcher »
En 2016, ce mode de suivi à la trace des
mobiles suspects avait déjà explosé de
87 % ! Au chapitre des « autres techniques de renseignements », « parfois très
intrusives, dont la mise en œuvre nécessite une expertise forte et n’est pas d’un
usage banal », selon le rapport, la Commission a répondu à quelque 9 295 sollicitations. Outre les captations de données de connexions en temps réel, la
sonorisation ou la pose d’une caméra
« espion » dans un lieu privé, ces techniques « spéciales » incluent aussi dans
leur panoplie les fameuses valises « Imsi
catcher » permettant d’aspirer à distance les données de connexions des télé-
Prédominance de la prévention du terrorisme
LES MOTIVATIONS DES DEMANDES DE TECHNIQUES DE RENSEIGNEMENT EN 2017 EN %
1% 1 %
Les intérêts économiques,
industriels et scientifiques
majeurs de la France
6%
8%
Les intérêts majeurs
de la politique
étrangère, prévention
de toute forme
d’ingérence étrangère...
17 %
La prévention de la criminalité
et de la délinquance organisée
En 2017
49 %
La prévention
du terrorisme
18 %
La prévention d'activités déstabilisatrices de l'ordre public, violences collectives de nature à porter
gravement atteinte à la paix publique
La prévention de la prolifération des armes de destruction massive
L'indépendance nationale, l'intégrité du territoire et la défense nationale
Source : Commission nationale de contôle des techniques de renseignement
Infographie
Un agent de la douane judiciaire lors d’une écoute téléphonique.
phones mobiles détectés aux alentours.
Pour la première fois, le rapport révèle
que le premier ministre a décidé de
contingenter l’usage simultané de cette
technologie coûteuse à 60 au maximum.
De façon inédite, le rapport de la
CNCTR dévoile aussi la finalité la plus
fréquemment évoquée par les services
pour justifier la mise en place de techniques. Si la prévention du terrorisme
correspond à près de la moitié (49 %)
des sollicitations, la lutte contre la grande criminalité arrive en deuxième position (18 %), suivie de près par les questions liées à la « défense des intérêts
majeurs de la politique étrangère » ou la
détection de « toute forme d’ingérence
étrangère » (17 %). Interrogée vendredi
lors d’une conférence de presse, la
CNCTR a concédé mezza vocce que des
« personnes pas forcément de nationalité
française et agissant sous couverture de
professions protégées (journalistes,
avocats… NDLR) » ont pu être ciblées
par des moyens particuliers. Dans ce
panorama, le rapport relève en outre
que 6 % des demandes - soit environ
4 200 dossiers - ont concerné la « prévention d’activités déstabilisatrices de
l’ordre public telles que les violences collectives susceptibles de porter atteinte à la
paix publique ». L’ombre des black
blocs, zadistes et autres activistes de la
gauche ou de la droite « ultra » apparaît
en filigrane.
Au terme des examens, la Commission a retoqué 3,6 % des demandes. « Ce
taux, moins élevé que celui de 6,9 % observé en 2016, reflète l’adaptation des
services demandeurs à la doctrine de la
Commission, se félicite son président,
Francis Delon. Cela témoigne que la qualité du dialogue mené avec les services
paie. » Pour s’en convaincre, des
contrôles poussés sont diligentés a posteriori, tant « sur pièces et sur place » au
sein même des agences (elles ont été visitées 130 fois en un an), que sur les réseaux électroniques, où les « sages » revendiquent un « accès permanent,
complet, direct […] aux renseignements
collectés, transcrits, extraits, conservés ». « Aucune irrégularité sérieuse n’a
été révélée », relève Francis Delon avant
de prévenir : « Si l’envie prenait à
quelqu’un de sortir des clous, il sait qu’il
aurait à en payer les conséquences
pénales. » Sans faire le candide, le
conseiller d’État se dit persuadé que
« les services jouent le jeu car ils ont compris tout l’intérêt de respecter les règles,
qui est une façon de gagner en crédibilité
et en légitimité ». ■
DUBOIS / ANDIA.FR
La « boîte noire » vise ses premières cibles
Objet d’une fronde menée
par des acteurs du numérique qui
brandissaient le spectre d’une
« surveillance de masse » au moment
du débat sur la loi renseignement de
2015, un premier « algorithme » a été
activé en octobre dernier par une
agence de renseignement sur des
réseaux de traitement automatisés.
Mission ? « Détecter des données de
connexions susceptibles de révéler
une menace terroriste ». La mise en
œuvre de cette « boîte noire » n’a pu
se faire qu’au terme de multiples
échanges entre la Commission,
le gouvernement et les services.
« Avant d’être accepté en
septembre, le projet avait d’abord été
retoqué fin juillet 2017 car il n’offrait
pas les meillleures garanties de
protection de la vie privée »,
précise-t-on à la CNCTR. Depuis lors,
cette technique a permis de cibler des
connexions suspectes. Des levées
d’anonymats ont été obtenues dans
le but d’harponner des terroristes. C. C.
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A
SÉCURITÉ En 2017, les services de renseignement français ont placé sous surveillance technique 21 386 personnes.
Parmi elles, pas moins de 9 157 suspects,
soit 42,8 % du total, ont été suivis dans le
cadre de la prévention du terrorisme,
lorsque 5 528 autres (25,8 %) l’ont été au
titre de la lutte contre la criminalité et de
la délinquance organisées. Pour un pays
de 66 millions d’habitants, voilà de quoi
remettre en perspective, sinon achever,
le mythe d’un État orwellien ourdissant
de noirs desseins à l’insu des Français.
Cet état des lieux est l’un des enseignements du deuxième rapport de la
Commission nationale de contrôle des
techniques de renseignement (CNCTR),
chargée de « gendarmer » l’activité des
services secrets. Remis vendredi par le
conseiller d’État Francis Delon au président de la République, Emmanuel Macron, ce document lève nombre de tabous et confère, autant que faire se peut,
un peu de transparence aux eaux profondes dans lesquelles évoluent les
agents de l’ombre.
Globalement, le nombre de femmes et
d’hommes espionnés marque, précise le
document, une « augmentation de 5%
par rapport à 2016 » et « il a connu une
évolution du même ordre que celles des
demandes de techniques de renseignement ». De fait, en 2017, la CNCTR a rendu 70 432 avis sur des requêtes plus ou
moins intrusives. Ces dernières émanent des services dits du « premier cercle », comme la DGSE, la DGSI, Tracfin
ou encore la Direction du renseigne-
ment militaire (DRM), mais aussi du
« second cercle », où se trouve le renseignement territorial (RT) ou, plus récemment, celui en charge de la surveillance
pénitentiaire.
Si
30 116 demandes visaient à obtenir de
simples « identifications d’abonnés » ou
« numéros d’abonnement », les services
ont aussi sollicité 18 512 accès aux factures détaillées - les fameuses « fadettes »
- et formulé 8 758 requêtes pour mener
des « interceptions de sécurité ». Soit
une augmentation de 7,6 % en un an. Ce
nombre « a crû, comme en 2016, de façon
maîtrisée dans un contexte marqué par
une menace terroriste persistante », précise le rapport. Celui des géolocalisations en temps réel, très prisées par les
agents, qui trouvent cette technique
particulièrement efficace et assez facile
à installer, a quant à lui une nouvelle fois
bondi de 54 % pour atteindre les
3 751 demandes.
Christie’s France SNC - N° d’agrément 2001-003. Principal commissaire-priseur habilité : François de Ricqlès
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
Pédophilie : les
évêques chiliens
démissionnent
Ce geste collectif, du jamais-vu
dans l’histoire de l’Église, traduit la volonté
du Pape d’en finir avec ces scandales.
JEAN-MARIE GUÉNOIS
jmguenois@lefigaro.fr
RELIGION De tels coups de tonnerre sont
rares sous le ciel romain. On se souvient
de la démission surprise de Benoît XVI le
11 février 2013, mais personne ne s’attendait après le communiqué plutôt
apaisant du pape François publié jeudi
soir 17 mai 2018 - au terme de quatre
jours de réunions avec les 34 évêques
chiliens convoqués à Rome pour démêler l’écheveau de scandales pédophiles qu’ils donneraient leur démission en
bloc le 18 mai au matin.
Mais, après tout, le Pape avait scindé
cette réunion - qu’il avait fini par décider pour clore des mois d’une crise à rebonds - en deux parties : l’échange, puis
le silence. Afin de donner le temps au
« discernement » et à « l’examen de
conscience ».
Une méthode typiquement jésuite de
gestion des problèmes qui a donc donné
ce résultat aussi spectaculaire qu’inattendu, même s’il faut voir maintenant ce
que le Pape va faire : reconfirmer tous
ces évêques sur la base d’un strict recadrage, en choisir certains sans avoir la
responsabilité
d’en
démissionner
d’autres, repartir à zéro avec des hommes neufs.
Jamais en tout cas, dans l’histoire de
l’Église catholique, on n’aura vu un tel
acte collectif, décidé par les évêques
eux-mêmes : la démission d’un épiscopat ! Qui plus est, du fait de la reconnaissance d’une faute commune, et donc
d’une responsabilité collective, et non
par désaccord sur une question théologique ou ecclésiale.
On n’a pas fini non plus d’en tirer les
conséquences au Chili, mais aussi pour
d’autres épiscopats. Car la plaie, qui
n’est pas exclusive à l’Église, de la pédophilie chez une minorité de ses prêtres,
est partagée. Cette décision sans précédent pourrait donc en ouvrir d’autres.
Elle donne, en tout cas, le signal d’une
« purification », voulue par le pape François et engagée par ses prédécesseurs
(lire ci-dessous), d’une Église contrainte
par la force des choses et par le cri des
Des représentants de l’épiscopat chilien,
jeudi au Vatican, annoncent
la démission de l’ensemble des évêques
du pays. ANDREW MEDICHINI/AP
victimes à faire le ménage chez elle.
Elle indique aussi une volonté très déterminée du Pape d’aller jusqu’au bout.
Car, compte tenu de la culture très hiérarchisée de l’Église, la grave décision
prise - et annoncée hors les murs du Vatican - par les évêques chiliens a forcément dû recevoir l’aval informel et préalable du Pape, qui a vu ainsi une porte de
sortie à une crise d’une complexité rare.
En effet, cette démission collective ne
vaudra que si elle est formellement acceptée par le Pape. Aucun évêque dans le
droit canonique n’a le droit de se libérer
de sa charge sans l’accord du Pape, qui la
lui a confiée.
En clair, si François, la semaine dernière, avait une partie des cartes en
mains sur le dossier chilien, il les a maintenant toutes, même si rien n’est encore
réglé.
Un geste inouï
Mais d’où vient ce geste inouï ? La cause
de cette affaire est très ancienne, mais
l’incendie est très récent puisqu’il remonte au voyage du pape François au
Chili à la fin du mois de janvier 2018 : si le
pape François ne s’était rendu dans ce
pays et s’il n’avait pas tenu les propos
qu’il y a tenus, rien ne se serait produit.
La cause donc. Elle remonte aux an-
La lente prise de conscience de l’Église
DÉCRYPTAGE
Jean-Marie Guénois
jmguenois@lefigaro.fr
C’EST un acte historique. Jamais dans
l’Église catholique un épiscopat dans
son entier n’a ainsi donné sa démission.
Il appartient à présent au pape François
d’accepter l’acte collectif des évêques
chiliens. Mais ce geste spectaculaire une sortie par le haut de très basses affaires - marquera un tournant dans la
gestion des affaires de pédophilie dans
l’Église catholique.
On peut d’ores et déjà retenir deux
dates : le vendredi 13 décembre 2002,
lorsque Jean-Paul II avait fini par accepter la démission du cardinal Bernard Francis Law, archevêque de Boston. Rome reconnaissait explicitement
la responsabilité de cet homme d’Église, en tant qu’évêque, dans la gestion
irresponsable de prêtres pédophiles. Ils
étaient déplacés de paroisses en paroisses sans que les communautés soient
prévenues du danger pour les enfants.
Et le vendredi 18 mai 2018, quand la
conférence épiscopale chilienne a remis cette démission, reconnaissant implicitement une responsabilité partagée et non plus individuelle d’évêques
sur ce même type d’affaires sexuelles.
Que s’est-il passé entre 2002 et
2018 ? Trois papes et deux « âges » de la
crise pédophile dans l’Église… En avril
2002, Jean-Paul II avait dans un premier temps refusé, lors d’une rencontre secrète, la démission du cardinal
Law, avant de l’accepter en décembre.
Il était inconcevable pour ce pape
qu’un prêtre soit pédophile. La fin de
son pontificat marquera toutefois le
début de la prise de conscience de
l’ampleur du problème car le sujet était
vraiment tabou.
Benoît XVI arrive en 2005. Il déclare
courageusement la guerre totale à la
culture du secret sur ce sujet avec un
programme de tolérance zéro. Il ose
s’attaquer publiquement au fondateur
des Légionnaires du Christ, le père Maciel, qu’il met à pied. Ce religieux créateur d’une congrégation religieuse,
donnée comme un exemple, se révéla
être un pervers sexuel polymorphe,
avec au moins trois vies parallèles.
Benoît XVI change aussi les règles de
traitement de ces dossiers dans l’Église.
Il allonge la durée de prescription pour
rattraper des cas anciens. Il encourage
les procédures de signalement aux juridictions civiles.
Une chaîne de responsabilité
François accompagne ce mouvement
en renforçant le droit canonique pour
punir l’évêque qui aurait fermé les yeux
sur ce genre de comportement. Sa décision ne sera certes pas suivie d’effets
mais elle marque l’ouverture de l’âge II
EN BREF
Le Pape veut raviver
la Pentecôte
Il institue une nouvelle fête religieuse dans
le calendrier romain, celle de « la bienheureuse
Vierge Marie, Mère de l’Église ».
IMPORTANTE fête de Pentecôte cette
année dans l’Église catholique. Le pape
François institue une nouvelle fête religieuse dans le calendrier romain, « la
bienheureuse Vierge Marie, Mère de
l’Église » qui sera désormais célébrée
tous les lundis de Pentecôte dans l’ensemble des églises du monde. À l’exception de… l’Argentine et de la Pologne où cette fête, très populaire, existe
déjà depuis longtemps dans leur calen-
drier national. L’idée est venue du pape
François sur la base de cette expérience
argentine, mais aussi dans le contexte
d’une Église catholique doublement secouée ces derniers temps par les interminables scandales de pédophilie qui
affectent profondément son image.
Mais aussi, en interne, par la confusion
certaine qui s’est installée, chez les catholiques eux-mêmes, quant à l’indissolubilité du mariage à la suite des mesures
François encense une statut mariale, lors
d’une cérémonie, en mars, à Saint-Pierre
de Rome. STEFANO RELLANDINI/REUTERS
d’ouverture et d’accompagnement faites
aux divorcés remariés. Et où beaucoup
se demandent où va désormais l’Église
catholique.
Le mystère de la maternité
spirituelle de Marie
A
de la crise de la pédophilie dans l’Église. Cet âge II, ce n’est plus le règlement
au cas par cas de prêtres pédophiles –
qui ne sont qu’une minorité de minorité, rappelons-le – mais le procès de la
chaîne de responsabilité ne touchant
plus désormais « Monseigneur untel »
mais la communauté épiscopale.
Avec cette difficulté de discernement : dans cette communauté épiscopale, il y a des évêques exemplaires à
qui on reproche pourtant la complaisance de leurs prédécesseurs ; il y a des
évêques qui avaient quelques vagues
indices sur la base de rumeurs ou de la
mauvaise réputation de tel prêtre, mais
souvent sans informations avérées ; il y
a des évêques, plutôt âgés aujourd’hui,
moralement complices, qui ont sciemment couvert des scandales.
Cette démission collective ne résout
pas cette difficulté, mais elle a le mérite
de rompre avec cette culture de demisilence, glauque et communautaire. ■
nées 70 et 80. Le père Fernando Karadima est curé d’une paroisse d’un quartier
huppé de Santiago. Très charismatique,
il attire beaucoup et suscite de nombreuses vocations : quatre personnes sont désormais devenues des évêques : Mgrs Juan
Barros, Andrés Arteaga, Tomsilav Koljatic et Horacio Valenzuela.
Mais, au cours des années 1980, les accusations, systématiquement rejetées
par la hiérarchie puis finalement reconnues, conduisent, en 2006, le cardinal
Errázuriz, archevêque de Santiago, à retirer toute charge pastorale à ce prêtre.
En 2010, les victimes comprennent qu’il
n’a fait l’objet d’aucune sanction canonique. Ils le dénoncent alors par conférence de presse. Ce qui conduit le SaintSiège en 2011 à le réduire à une vie de
prière et de pénitence.
Mais l’affaire rebondit en 2015 quand
Mgr Juan Barros, alors évêque aux armées, est nommé évêque du diocèse
d’Osorno. Ce qui suscite une vive opposition au sein du diocèse. On l’accuse en
effet d’avoir connu les agissements du
père Karadima sans jamais les avoir dénoncés.
La déflagration se produit toutefois
quand François, en janvier dernier,
prend au Chili - et à plusieurs reprises la défense de l’évêque Barros. Et surtout
quand il récuse publiquement le témoignage des victimes du père Karadima.
Le tollé est tel que dès son retour il envoie une commission d’enquête. Elle livre début avril un rapport, de 2 300 pages, plus qu’accablant. François, dans
une lettre aux évêques chiliens, le
8 avril, pétri « de douleur et de honte »,
reconnaît « de graves erreurs » liées à
« un manque d’information vraie et équilibrée ». Il les convoque alors à Rome. Et
accepte finalement de recevoir trois victimes du père Karadima, fin avril, au Vatican. ■
Le pape François prie beaucoup la Vierge Marie. Dans la théologie spirituelle la
plus ancienne, elle est considérée comme la « protectrice » de l’Église. François a donc demandé au cours de l’hiver
au cardinal Robert Sarah, préfet de la
Congrégation pour le culte divin et la
discipline des sacrements, de préparer
un décret d’institution de cette nouvelle fête.
Le prélat originaire de Guinée a signé
ce document le 11 février 2018 - cent
soixantième anniversaire de la première apparition de Lourdes. Il y explique
que « la promotion de cette dévotion peut
favoriser, chez les pasteurs, les religieux
et les fidèles, la croissance du sens maternel de l’Église et de la vraie piété mariale ». Et précise l’intention du pape
François qui a pris en considération
« l’importance du mystère de la maternité spirituelle de Marie qui, dans l’attente de l’Esprit Saint à la Pentecôte, n’a
jamais cessé de prendre soin maternellement de l’Église pèlerine dans le temps ».
Autre nouvelle significative, samedi
19 mai, veille de la Pentecôte, le pape
François réunit à Rome tous ses cardinaux pour un consistoire extraordinaire
où il va annoncer la canonisation du
pape Paul VI (mort en 1978). Elle pourrait être célébrée à Rome, en octobre 2018, lors du synode des jeunes. Il
annoncera aussi la canonisation de Mgr
Oscar Romero, surnommé « l’évêque
des pauvres », qui fut assassiné au Salvador alors qu’il célébrait la messe en
mars 1980. François pourrait célébrer
sa canonisation à San Salvador, dont
Mgr Romero était l’archevêque, en janvier 2019. C’est sur la route du Pape
pour le Panama, où il présidera les
Journées mondiales de la jeunesse. ■
J.-M. G.
Marc Machin en garde à vue
pour viol
Ancienne victime d’une erreur
judiciaire, Marc Machin a été placé
jeudi soir en garde à vue dans
une enquête pour un viol sous
la menace d’une arme, vol avec
arme et escroquerie. En 2012,
sa condamnation pour meurtre
avait été annulée et la justice
lui avait versé 663 320 € en
compensation des 6 ans et demi
passés derrière les barreaux.
Mais depuis sa sortie de prison,
en 2008, Marc Machin a accumulé
les condamnations : en 2010, avec
trois ans d’emprisonnement pour
des agressions sexuelles et en 2013,
avec six mois de prison avec sursis
pour recel de vol et violences.
Mosquée de Nice : l’enquête
classée sans suite
L’enquête sur la nouvelle mosquée
En-Nour de Nice et son
financement par des fonds
étrangers et des dons en nature
a été classée sans suite, a annoncé
vendredi le parquet après un an
d’investigation. Le terrain, acheté
par un Saoudien devenu ministre
du Culte, ainsi que le loyer
et l’aménagement des locaux ont
été offerts à l’association qui gère
la mosquée, ce qui n’est pas illégal
selon le procureur.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
SOCIÉTÉ
11
Les Jirs s’unissent pour plus d’efficacité
Les huit super procureurs généraux se coordonnent pour doper la lutte contre la criminalité organisée.
Principales infractions visées dans les dossiers suivis par les Jirs*
en matière de criminalité organisée * juridictions interrégionales spécialisées
Rennes
Paris
Nancy
Grand trafic
de stupéfiants
Vol en bande
organisée
Association
de malfaiteurs
Blanchiment
Meurtre en bande
organisée
196
92
74
38
12
Lyon
Bordeaux
Marseille
394
108
Fort-deFrance
RÉPARTITION DES SAISINES EN MATIÈRE
DE CRIMINALITÉ ORGANISÉE (DEPUIS 2014)
Paris
3
11
85
4
31
24
39
6
55
51
21
2
34
6
13
134
6
Proxénétisme
aggravé
Immigration
clandestine
Traite des êtres
humains
Faux
7
12
5
5
18
158
142
Nancy
26
28
76
20
39
71
51
Trafic
d'armes
Lille
41
172
51
44
261
246
Lyon
76
175
64
174
209
88
319
Marseille
128
12
35
13
13
35
12
8
38
10
6
14
1
128
Bordeaux
89
Fort-de-France
50
15
24
120
7
Rennes
26
43
0
8
19
5
JUSTICE Se coordonner pour gagner en
efficacité. Ils sont environ 500 magistrats à traiter des affaires les plus graves
et les plus complexes, celles qui relèvent
de la criminalité organisée comme le
grand trafic de stupéfiants, le trafic
d’armes, les vols et les meurtres en bandes organisées, le proxénétisme aggravé, l’immigration clandestine, la traite
des êtres humains, le blanchiment, ou
l’association de malfaiteurs et même la
fausse monnaie.
En quinze ans, ces juridictions interrégionales spécialisées créées par la loi
du 9 mars 2004 se sont saisies de
3 756 procédures, dont 2 975 affaires de
criminalité organisée et 781 affaires économiques et financières. Mais, au fil du
temps et d’une délinquance de haut vol
toujours plus mobile et transfrontalière,
les Jirs, comme on les appelle dans le
jargon judiciaire, doivent, elles aussi,
évoluer malgré leur succès. Et amplifier
une action cantonnée à leur territoire, et
un travail que les magistrats mènent de
manière trop étanche les uns par rapport aux autres.
Aussi les huit super procureurs généraux, ceux de Paris, Marseille, Lille,
Lyon, Bordeaux, Nancy, Rennes et Fortde-France, viennent-ils de s’unir pour
créer un « collège » leur permettant de
se réunir régulièrement afin d’échanger
sur les affaires en cours et coordonner
leur action à une plus grande échelle.
« Cet outil de pilotage de la lutte contre la
criminalité organisée nous permettra de
mieux analyser les phénomènes criminels,
mais aussi de mieux nous coordonner
dans notre action judiciaire », affirme
Catherine Champrenault, procureur gé-
À Lille, des vegans
se muent en vandales
VIOLENCES C’est l’acte de vandalisme
que les bouchers du Vieux-Lille redoutaient depuis le saccage subi par l’un des
leurs, il y a trois jours. Il a finalement eu
lieu chez un poissonnier, vendredi au
petit matin : avec la même méthode et la
même signature. Des pavés ont été lancés à plusieurs reprises dans les vitrines
et l’inscription « Stop au spécisme » taguée sur le volet roulant de ce commerçant situé en plein centre-ville de Lille.
Une expression utilisée par ces militants
qui refusent que l’homme utilise les
animaux. « La dégradation provient des
extrémistes vegans », accuse Laurent
Rigaud, vice-président de la chambre
La vitrine de la poissonnerie du Petit
Mousse vandalisée par des antispécistes,
vendredi, à Lille. ALEXIS CHRISTIAEN (PIB)/
PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP
3
1
Infographie
néral de Paris à l’origine de cette idée
soutenue par la garde des Sceaux. « Cela
va nous permettre à la fois de mieux comprendre les modes opératoires criminels et
de rapprocher des affaires qui portent sur
les mêmes groupes criminels, alors qu’ils
sont trop souvent gérés en ordre dispersé
par différentes juridictions. Je pense par
exemple aux phénomènes de drogue par
conteneur que l’on va retrouver simultanément en Bretagne, dans le nord de la
France, à Marseille et à Bordeaux », souligne Jean-François Thony, procureur
général de Rennes et par ailleurs président de l’Institut international de droit
pénal de Syracuse.
« Depuis leur création, l’un des enjeux
des Jirs a été la difficulté d’un pilotage
global », avoue l’un de ses artisans. Cette
initiative des hauts magistrats arrive
aussi à un moment de particulière fragilité. À l’hiver, le débat sur la création
U
EA
V
U
O
N
Après la mise à sac d’une boucherie, des militants
« antispécistes » s’en sont pris à une poissonnerie.
MADELEINE VATEL £@vatelm
16
5
2
Source : ministère de la Justice
PAULE GONZALÈS pgonzalès@lefigaro.fr
6
5
17
2
13
1
d’un parquet national antiterroriste a
remis en cause l’existence de ces juridictions au profit d’une centralisation
totale de la criminalité organisée à Paris.
Relations parfois difficiles
D’autre part, la mise en examen de
François Thierry, l’ancien chef de l’Office central de lutte contre le trafic illicite
de stupéfiants (Ocrtis), pour « complicité de détention, transport et acquisition
de stupéfiants et complicité d’exportation de stupéfiants en bande organisée »,
en 2017, a aussi dévoilé les relations parfois difficiles et défiantes entre cette institution judiciaire et les grands offices
nationaux spécialisés. En l’occurrence,
l’affaire, qui avait commencé en 2015
avec une saisie record de 7 tonnes de
cannabis, avait mis au jour les méthodes
controversées des « stups » pour faire
tomber des trafiquants. Les enquêteurs
La France en manque
de base de données
Les Français en rêvent, les Italiens l’ont
fait… Depuis quelques décennies, l’Italie
dispose d’un fichier national antimafia.
Cette base de données hyperpuissante
et hyperconnectée permet aux policiers
de terrain d’y entrer tous les détails
de toutes les procédures, qui vont
alors s’interconnecter et faire
des rapprochements stratégiques.
En France, les parquets n’utilisent qu’un
bureau d’ordre national qui enregistre
les plaintes mais reste succinct sur les
détails des procédures. Cassiopée,
le fichier qui permet de suivre une
affaire de bout en bout est parfois
aveugle faute d’enregistrement dans
les temps par les services d’enquête.
Les réticences de la France en matière
de données personnelles y sont pour
beaucoup. La Chancellerie aurait lancé
un appel d’offres pour développer un
nouvel outil d’instruction à haute valeur
ajoutée d’intelligence artificielle.
P.G.
affirmant dans cette affaire que l’autorité judiciaire n’était pas sans savoir de
quoi il retournait. « Trop souvent, note
cependant, ce magistrat de Jirs, les
grands services d’enquête ont tendance à
s’imposer face aux différentes Jirs. Autrement dit, nous ne sommes pas toujours
maîtres du jeu. » « La nature régionale
des Jirs peut déséquilibrer le dialogue avec
les grands offices nationaux, du moins
pour les plus petites d’entre elles », estime
Pascal Gastineau, président de l’Association française des magistrats instructeurs. Le collège des procureurs permettra sans doute de rétablir ce rapport de
forces. « Nous attendons maintenant que
le rôle du collège soit précisé et conforté
par la Direction des affaires criminelles et
des grâces, qui fait le lien avec la politique
pénale voulue par la garde des Sceaux »,
soulignent encore Catherine Champrenault et Jean-François Thony. ■
présente
é
Volume
17
de métiers et de l’artisanat qui condamne ces méthodes violentes et parle de
pistes sérieuses pour trouver les coupables. « En multipliant les actes, ils cherchent à nous faire fermer nos boutiques.
C’est un coût pour les réparations, pour le
chiffre d’affaires, et ça pèsera pour les
assurances », estime-t-il. À la boucherie L’Esquermoise, la perte de chiffre
d’affaires pour le premier jour de fermeture serait de 2 000 euros, selon les
gérants.
Acharnement
De son côté, Albane Haquette, la gérante du Petit Mousse, la poissonnerie attaquée, chiffre les dégâts occasionnés sur
ses vitrines à 15 000 euros. « Quel message véhiculent ces saccages ? Être Vegan, c’est leur choix, pourquoi l’exprimer
en détruisant le travail des autres ? »,
s’interroge-t-elle. Les soutiens politiques locaux abondent. Pour le président
de région, Xavier Bertrand, « les responsables des dégradations ne sont pas
des militants, mais des délinquants ». La
maire de Lille, Martine Aubry, estime
que « rien ne justifie de tels actes de violence ». Elle se constituera partie civile
aux côtés des propriétaires.
Au-delà de l’émotion, c’est l’acharnement qui inquiète la profession. Déjà
l’an dernier, en avril, sept boucheries
de la métropole lilloise avaient été aspergées de faux sang. « C’est un acte citoyen, un coup de colère contre la violence
faite aux animaux », justifie pour sa part
Camille Ots, coordinatrice régionale du
réseau des bénévoles pour l’association
de défense des animaux L214. « Le bienêtre animal est une préoccupation pour
nous aussi », répond Bertrand Mouillon,
permanent régional de la coordination
rurale, qui estime que le combat des vegans devrait d’abord porter sur la traçabilité des steaks… de soja. ■
Édition collector
} Le Figaro Magazine rend hommage au pape des verbicrucistes. Une compilation de 40 de
ses meilleures grilles pour vous faire découvrir ou apprécier à nouveau l’art de croiser les mots.
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samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
12
SCIENCES
La stratégie de Hulot pour la biodiversité
Le ministre de la Transition écologique a lancé hier à Marseille son plan pour défendre les espèces vivantes.
CYRILLE VANLERBERGHE £@cyrillevan
ENVIRONNEMENT La biodiversité, « très
sincèrement, tout le monde s’en fiche »,
s’était énervé Nicolas Hulot fin mars à
l’Assemblée nationale. Le ministre de la
Transition écologique et solidaire dénonçait une de ces « tragédies invisibles et silencieuses dont on s’accommode tous les
jours ». Hier, à Marseille, il a lancé sa stratégie nationale de mobilisation, première
étape avant un plan interministériel pour
la biodiversité qui sera présenté en juillet.
Si le sujet peine à passionner les foules,
la faute est probablement due au nom
« biodiversité » lui-même. Trop vague,
trop fourre-tout. Le sujet est en revanche
plus concernant quand on évoque des
exemples précis. Comment rester insensible quand on apprend il y a quelques semaines qu’un tiers des oiseaux des campagnes françaises ont disparu en vingt
ans ? Qu’on risque de ne plus entendre le
chant des alouettes ? Ou que les popula-
tions d’abeilles et autres insectes pollinisateurs subissent de plein fouet les attaques conjointes d’insecticides et de
parasites ? Avec la bétonisation des sols,
l’agriculture intensive et diverses pollutions, les attaques contre les espèces végétales et animales sont nombreuses en
France. Or le pays a un patrimoine naturel
très riche, comptant plus de 16 500 espèces animales et végétales endémiques,
dont 80 % en outre-mer. Avant la présentation de sa stratégie, Nicolas Hulot a
embarqué vendredi matin à Marseille
pour une visite des îles du Frioul, au milieu du parc national des Calanques, crée
en 2012 par François Fillon, alors premier
ministre. Depuis cet environnement protégé, l’objectif du ministre est d’« éveiller
les consciences ». « C’est vraiment un sujet
que je veux faire monter au même niveau
que l’enjeu climatique », a-t-il expliqué à
l’AFP. « On va lancer toute une initiative
sur la biodiversité, et surtout lancer tout un
calendrier diplomatique international qui
va jalonner les trois prochaines années. »
Si le plan français est encore flou, à la
fois dans son ambition et ses applications
précises, il s’inscrit en revanche dans un
calendrier international bien rempli.
« Nous allons accueillir notamment l’an
Bataille autour des ours des Pyrénées
La volonté de la France de réintroduire
deux ours femelles a provoqué une
crispation dans le massif des Pyrénées,
car plantigrades et éleveurs ont du mal
à cohabiter. Comment préserver l’ours
brun pyrénéen, la vie des brebis et la
paix des alpages ? C’est l’équation à
résoudre pour le ministre de la
Transition écologique, Nicolas Hulot,
qui doit prochainement rencontrer
partisans et opposants de la
réintroduction. Le 30 avril, une
virulente manifestation a rassemblé à
Pau plus de 1 200 opposants à la
mesure : bergers, éleveurs, chasseurs,
élus. Dont une bonne partie venue des
Pyrénées centrales, où le conflit est
saillant depuis des années.
L’objectif du plan ours 2018-2028,
signé par Nicolas Hulot début mai,
est d’« assurer la pérennité
de la population sur le long terme »,
par un « croît interne » et des
renforcements « raisonnés et limités »,
afin de « parvenir sur le massif à une
population efficace d’une cinquantaine
d’individus sexuellement matures ».
prochain un G7 en France dont le sujet
principal sera la biodiversité : c’est un
changement d’échelle », rappelle le ministre. Et Marseille est la seule ville candidate pour l’organisation en 2020 du
grand congrès de l’Union internationale
pour la conservation de la nature (UICN),
l’organisme international qui dresse la
liste des espèces menacées dans le monde. Les grands axes du plan français sur la
biodiversité devraient être la lutte contre
l’urbanisation des terrains naturels, la
protection des océans pour éviter la surpêche et la limitation des pesticides, qui
ont le double effet de tuer des insectes et,
donc, de priver les oiseaux d’une de leurs
principales sources de nourriture.
Des dispositions souvent compliquées
à mettre en place, car de nature à faire de
nombreux mécontents. Les récentes mesures de protection des loups, et la réintroduction prochaine d’ours dans les
Pyrénées en sont deux exemples. Cela réjouit les écologistes, mais met les éleveurs
en colère. ■
Véritable cloaque en 1970, le cap Sicié reprend vie en Méditerranée
MARIELLE COURT £@MarielleCourt
ENVOYÉE SPÉCIALE AU CAP SICIÉ
« L’ENFER de Dante. » C’est ainsi que
Nardo Vicente, actuel délégué général de
l’Institut océanographique Paul-Ricard,
décrivait au milieu des années 1970 les
fonds marins du cap Sicié. Plus de quarante ans après, alors que l’eau de la Méditerranée dans cette extrémité de la
rade toulonnaise affiche une belle couleur de carte postale, sa propreté ne faisant plus guère de doute, le scientifique
de 82 ans, bon pied bon œil, raconte avec
toujours autant de passion le désastre
écologique de l’époque.
« On plongeait dans une eau brunâtre.
On ne voyait rien à moins de dix mètres de
profondeur, et l’odeur pestilentielle arrivait à pénétrer malgré les masques », témoigne-t-il. Un cloaque dans lequel
toute vie marine avait disparu. Les herbiers de posidonie, qui servent de nurserie aux poissons, n’existaient plus, et
seules des ophiures noires (des sortes
d’étoiles de mer) colonisaient les fonds
sur des hectares. « On aurait dit des
aliens », se remémore le scientifique. De
ce constat catastrophique naîtra un film
choc, Pollutions et nuisances sur le littoral
méditerranéen, qui recevra la palme d’or
du film scientifique à Rio en 1980. Seul
moyen de faire enfin réagir les politiques.
Pas une ville en effet de la côte méditerranéenne n’était équipée de station
d’épuration ! Au début des années 1970,
ce sont 440 émissaires (des tuyaux) qui
évacuent en mer les effluents des villes
côtières. Le choix du cap Sicié pour Toulon et les communes avoisinantes n’est
pas un hasard : c’est là qu’il y a le plus de
courants. « Dans les années 1980, se
baigner dans la Méditerranée, c’était
courir le risque une fois sur trois d’attraper une légionellose », raconte Pierre
Boissery, expert des eaux côtières et du
littoral à l’Agence de l’eau Rhône
Méditerranée Corse.
Grâce à l’installation de récifs artificiels, le projet Remora restaure la biodiversité au cap Sicié, près de Toulon.
Le film de Nardo Vicente sert d’électrochoc. Michel d’Ornano, alors ministre
de l’Environnement, débloquera les premiers fonds pour construire des stations
d’épuration. Pour Toulon et ses communes avoisinantes bien sûr. Mais Gaston
Defferre, alors maire de Marseille, s’engage également, même chose à Monaco…
Responsabilités partagées
À Toulon, la station Amphitria, après de
longues discussions et une bataille juridique, sera finalement construite au pied
des rochers du cap Sicié, au bord de
l’eau, faisant ainsi exception à la loi littorale. Une station Veolia qui, depuis 1997,
récupère et nettoie les quelque
350 000 m3 quotidiens d’eaux usées de la
région avant de rejeter l’eau à la mer.
Mais même si l’eau est désormais nettoyée avant d’être rejetée en mer, il faut
encore restaurer les fonctions écologiques d’un milieu dont les fonds ont accumulé pendant des années des couches de
sédiments pollués. « Cela peut se réparer
naturellement, mais il faudrait de très
nombreuses années », souligne Nardo
Vincente. De ce constat est donc né le
projet Remora, piloté par l’Agence de
l’eau Rhône Méditerranée Corse, l’Institut Paul-Ricard, Veolia et sa fondation.
L’objectif, immerger des récifs artificiels
dont on sait qu’ils peuvent permettre le
retour de la biodiversité. En 2015, deux
grands récifs composés chacun de
18 modules sont placés à 15 mètres de
profondeur. Ces structures, composées
de joncs en fibres de verre et résine
VEOLIA EAU
époxy fixés à des blocs de béton, ont en
fait très vite rempli leurs fonctions. « Il y
a d’abord eu un film microbien qui s’est
formé, puis sont apparues les algues et,
très vite, les petits invertébrés. Et enfin,
ces derniers mois, des poissons… La chaîne
alimentaire se met en place », se réjouit le
scientifique, qui ne rate pas une occasion
de plonger pour aller voir ses protégés.
« Au XIXe siècle, les gens, sur le modèle
romain, ont mis au point des systèmes
pour éloigner les effluents afin d’éviter les
maladies. Au XXe, on a trouvé les moyens
de stopper une part de la pression humaine avec les stations d’épuration. Le challenge du XXIe siècle est de restaurer les
systèmes écologiques », résume Emmanuel Plessis, directeur développement
chez Veolia Eau.
Même si la situation écologique de la
Méditerranée s’est améliorée depuis les
années 1970, tout au moins sur les côtes
européennes, les enjeux sont encore
immenses. En France, les rejets industriels en mer ont considérablement diminué, mais il reste encore 12 émissaires
sans traitement, contre 120 auparavant,
rappelle la revue Plongez. « Le problème,
aujourd’hui, c’est moins la pollution que
les usages que l’on fait de cette mer, estime Pierre Boissery, notamment sur les
petits fonds côtiers. Pêche, plaisance et
plongée ont leur responsabilité », insistet-il. Encore faut-il que l’on connaisse
bien mieux cette mer et notamment ses
grands fonds. « Il faut désormais comprendre la “machine” Méditerranée »,
affirme-t-il. ■
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samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
SCIENCES
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La soif d’argent des Romains
se lit dans les glaces du Groenland
Des analyses fines
de carottes de glace
permettent
de retracer l’activité
minière en Europe
dans l’Antiquité.
JEAN-LUC NOTHIAS jlnothias@lefigaro.fr
GLACIOLOGIE La guerre froide a eu de
drôles de conséquences. Les États-Unis
avaient créé à la fin des années 1950 une
base souterraine, le camp Mercury, à
une trentaine de mètres de profondeur,
à l’extrême nord-ouest du Groenland. Ils
avaient creusé une vingtaine de tunnels
et le projet à terme était que cette base
accueille des centaines de missiles balistiques pouvant frapper l’URSS. Le camp
fut officiellement fermé en 1967. Année
au cours de laquelle un scientifique danois demanda à analyser des carottes de
glace issues des travaux du camp.
Ce fut la première étude qui permit de
reconstituer les climats passés. Il a initié
la paléoclimatologie glaciaire, et bien
d’autres études ont été menées et bien
d’autres carottages réalisés, au Groenland, en Antarctique, dans des glaciers
alpins, andins… Plus de 800 000 années
de climat ont ainsi pu être reconstituées
dans leurs grandes lignes, avec des forages à 3,6 km de profondeur en Antarctique. Mais les techniques, aussi bien de
carottage que d’analyse des microbulles
d’air et des impuretés contenues dans la
glace, se sont bien raffinées.
Elles sont tellement sensibles que dans
des carottes de 423 m prélevées au Groenland, les chercheurs peuvent avoir accès à
ce qui se passait dans l’atmosphère de 1235
av. J.-C. à l’an 1257, avec une datation très
précise à un an près. Une équipe internationale a ainsi pu chercher les traces de
plomb issues de l’activité minière humaine en Europe du Sud, particulièrement
des mines de la péninsule Ibérique depuis
- 1100 jusqu’à 800 (travaux publiés dans
les Comptes rendus de l’académie américaine des sciences, PNAS). Et le niveau de
cette pollution, telle que relevée dans les
glaces, reflète le niveau de l’activité humaine en fonction des épidémies, des
guerres et de l’expansion des empires durant la fin de l’âge de bronze et l’Antiquité.
Grâce à des carottes prélevées
au Groenland, les chercheurs peuvent
avoir accès à ce qui se passait dans
l’atmosphère de 1235 av. J.-C. à l’an 1257.
JIM WEST/REPORT DIGITAL-REA
pour le commerce, les fameux deniers,
des pièces d’argent pesant de 3 à 4 grammes selon les époques.
Jusqu’aux environs de 200 av. J.-C., la
production minière augmente avec des
baisses ponctuelles liées aux guerres puniques (Carthage contre Rome). Puis
vient la succession de guerres civiles affaiblissant la République romaine, en
commençant par la guerre sertorienne,
Ibères et Romains contre Romains. La
baisse de production est importante. Il
faudra attendre la pacification de la Gaule
et de l’Espagne (50 av. J.-C.) pour que la
pax romana (- 30 à 180) apportée par
l’Empire permette une exploitation minière élevée. La pollution par le plomb au
cours du Ier siècle de notre ère est six fois
plus élevée qu’au cours du XIe siècle avant
Jésus-Christ. Puis la production baisse
beaucoup, ce que les chercheurs attribuent à deux grandes épidémies de peste,
celle d’Antonine (entre 165 et 190 sous
Marc-Aurèle et Commode) qui signe la fin
de l’âge d’or des Antonins, et le début de
la crise de l’Empire. Puis vint l’épidémie,
sans doute de variole, qui décima les populations entre 250 et 270, épidémie dite
de Cyprien. C’est elle qui aura finalement
eu raison de la civilisation romaine. Les
mines romaines ne retrouvèrent jamais
leurs niveaux antérieurs. Il faudra attendre le Xe siècle pour retrouver des niveaux de plomb équivalents dans les glaces du Groenland, donc un niveau
supérieur d’exploitation de mines un peu
partout en Europe. La « pollution » au
plomb des époques antiques, à leur niveau
le plus élevé, est tout de même de 50 fois
inférieure à ce qu’elle était en 1900. ■
La nouvelle technique de lecture en
continu des carottes de glace employée
par Joseph McConnell et ses collègues,
mesurant pour chaque année de couche
pas moins d’une trentaine d’éléments en
plus du plomb (sodium, magnésium,
sulfures, etc.) a produit une chronologie
incroyablement précise couvrant une
durée de 1 900 ans. Les premières études
de la pollution au plomb dans les neiges
glacées du Groenland, menées par le
Français Claude Boutron, avaient conclu
que l’économie romaine avait été au
mieux pendant la période agitée de la
République et avait stagné sous l’Empire.
Cette étude avait été réalisée non en
continu mais par des mesures ponctuelles dans la chronologie. La dernière étude en date montre le contraire.
Quand la civilisation phénicienne
prend son essor, les mines d’argent et de
plomb, surtout celles d’Espagne,
connaissent une augmentation de leur
activité. L’homme sait extraire l’argent et
le plomb du minerai appelé galène depuis
3000 ans avant J.-C. en le chauffant à
plus de 1 000 degrés pendant une dizaine
d’heures dans des fours en argile hémisphériques. On distingue donc très bien
des pics d’émissions de fumées contenant
du plomb qui sont emportées jusqu’au
Groenland, comme le confirment des
modèles de circulation atmosphérique.
Les Phéniciens avaient créé des
comptoirs, comme Carthage, près de sites miniers argentifères. Ce sont eux qui
ont développé la monnaie en argent
A
La nouvelle technique
de lecture en continu
des carottes de glace
a produit une chronologie
incroyablement précise
couvrant une durée
de 1 900 ans
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samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
14
SPORT
Le Stade
Toulousain
a repris son jeu
en mains
Toulouse, qui reçoit Castres ce samedi
en barrages, a renoué avec son ADN pour
reconquérir les sommets et son public.
DAVID REYRAT £@DavidReyrat
RUGBY Un leitmotiv. Et une nécessité,
tant le constat était accablant. En reniant progressivement son « jeu de
mains, jeu de Toulousains », le Stade
avait côtoyé le pire la saison dernière :
une non-qualification historique (le
précédent échec remontait à 1976) pour
les phases finales, avec une piètre 12e
place, et une désaffection progressive
du public (15 % de moins en deux saisons, pour tomber à 14 600 spectateurs
de moyenne). L’heure était grave. Alors
le nouveau président, Didier Lacroix, en
accord avec le manager Ugo Mola, a pris
une décision : renouer avec les racines,
l’identité du Stade. Une volonté brandie
en étendard, affirmée dans le nouveau
slogan du club rouge-et-noir : «Jouer
nous fera toujours grandir. »
Forcément, cette décision a ravi
l’ancien trois-quarts international.
« On a besoin de jouer. Ne serait-ce que
pour notre santé mentale », plaidait
Ugo Mola en début de saison. Une
conviction. Un credo. « Nos supporteurs et les amoureux du club ont envie
de nous voir jouer au rugby, pas de réciter un jeu sans vie. » Alors il a foncé.
Jean-Baptiste Elissalde parti, il a repris,
en plus de ses fonctions de manager
sportif, l’entraînement des troisquarts. Redonnant foi aux anciens de la
maison (Médard, Huget, Fickou), ré-
Castres veut sortir de l’ombre de son voisin
70 kilomètres séparent Castres de
Toulouse. La grande ville. Et le club
prestigieux de la région. Alors, quand le
derby approche, avec, qui plus est, une
qualification pour les demi-finales du
Top 14 en jeu, le petit se rebiffe.
«Dans l’esprit des gens, Castres reste
une petite ville, avec des paysans. On
est regardé comme les plus petits
parmi les six qualifiés. Mais, en fait, les
joueurs du CO ont les mêmes ambitions
que ceux du Stade Toulousain »,
prévient Mathieu Babillot, la révélation
de la saison côté CO.
Pour y croire un peu plus, les joueurs
tarnais se rappellent qu’ils l’ont, enfin,
fait il y a peu. En décembre dernier, un
succès (41-31) à Toulouse, le premier
depuis 1978, confirmé au match retour
(28-23). Christophe Urios, le manager
castrais, préfère en sourire. « Si on
pense que l’on est favori parce que l’on
a gagné deux fois contre Toulouse, je
veux bien être favori. Mais savoir si on
l’est vraiment, franchement, je m’en
fous. » En tout cas, Castres ne se rend
pas à la grande ville en victime
expiatoire.
D. R.
L’ouvreur australien de Toulouse, Zack Holmes (ici contre le Racing, le 15 avril), est le dépositaire d’un jeu de nouveau axé
sur l’enthousiasme, l’audace et la prise de risque. LUTTIAU NICOLAS/L’EQUIPE
clamant de l’audace aux nouveaux venus, le virevoltant ailier sud-africain
Cheslin Kolbe et l’ouvreur Zack Holmes entre autres.
De la vitesse plus
que de la force
Une sacrée bonne pioche que cet Australien en provenance de La Rochelle.
« Le discours d’Ugo m’avait convaincu,
car nous partageons la même vision du
jeu. » Enfin libéré de toute concurrence, et encouragé à oser, il donne sa pleine mesure. Se régale et régale. « J’adore
attaquer, confiait-il récemment à Midi
Olympique. Si je vois la moindre brèche,
je m’y engouffre. Ma nature, mon instinct
me pousse à attaquer chaque fois que
c’est possible. Il faut ne pas avoir peur de
prendre un risque, de sortir du plan de jeu
quand la situation le permet. On m’offre
cette chance, avec des joueurs autour de
moi qui le permettent. […] Quand vous
avez des gabarits comme les nôtres chez
les trois-quarts, cela oblige à tenter et à
aller vite avant que nos adversaires nous
attrapent. On cherche donc à jouer debout et rapidement, à déplacer le ballon
et à le tenir. »
Une philosophie qui s’illustre, entre
autres, sur les ballons de récupération.
Contres éclairs, relances chatoyantes.
On retrouve le « Toulouse Flair ».
« Cette manière de marquer des essais
fait partie de l’ADN du Stade Toulousain », souligne dans un sourire comblé
Ugo Mola. Qui se réjouit d’une statistique unique cette saison en Top 14 :
Le tableau des phases finales
BARRAGES
DEMI-FINALES
Vendredi 25 mai,
Samedi 2 juin,
21 heures, à Toulon sur C+
21 heures, à Lyon sur C+
21 heures, à Saint-Denis
4
5
Toulon
Lyon
Montpellier
Vainqueur du barrage
1
6
Toulouse
Castres
Samedi 19 mai,
Racing 92
Vainqueur du barrage
Samedi 26 mai,
16 h 15, à Toulouse sur C+
16 h 45, à Lyon sur C+
3
2
76,5% des essais du Stade Toulousain
ont été inscrits par les trois-quarts (58
sur 76, une fois retranchés les quatre essais de pénalité). « Cela prouve que l’envie de déplacer les hommes et le ballon
existe à nouveau », apprécie le manager.
La ligne d’attaque est insatiable et se
met en évidence dans son ensemble,
sans un joueur inarrêtable qui brillerait
dans les hauteurs du classement des
meilleurs marqueurs d’essais. À l’inverse, le listing a de quoi donner le
tournis à toutes les défenses : Yoann
Huget 10 essais, Cheslin Kolbe 9, Maxime Médard 8, Gaël Fickou 7, Zack Holmes et Thomas Ramos 6… Pas de Ashton (23 essais pour Toulon) ou de
Nadolo (18 pour Montpellier) donc,
mais une menace globale, permanente,
Ligue des champions, Ligue Europa, descente en L2, l’ultime soirée s’annonce bouillante. Et crispante.
FOOTBALL Les règles du jeu sont claires. Un match, 90 minutes et quelques-unes supplémentaires, souvent
décisives, pour livrer le verdict d’un
championnat de France qui aura tenu
(enfin) toutes ses promesses. Des buts,
du jeu, de l’incertitude, tout pour plaire. Et conclure en beauté une saison
lors d’une 38e et ultime soirée de feu où
le suspense sera à son comble à tous les
étages. L’enjeu ? Des places excitantes
en Ligue des champions, Ligue Europa
et des billets beaucoup plus tristes pour
la Ligue 2. En jeu également tout un tas
de jolis millions, une qualification en
Ligue des champions assurant un beau
pactole (12,70 M€ étaient garantis cette saison) et le système de dotation de
la Ligue de football professionnel distribuant des revenus fixes et fluctuants
qui dépendent du classement final. De
quoi rendre dingue tout président de
club qui verra son attaquant vedette
rater un penalty ou une occasion en or,
ce samedi, dans les arrêts de jeu. Et
une (ou plusieurs) place s’envoler au
classement…
A
des champions : Monaco,
uLigue
Lyon, Marseille à la lutte
Monaco (2e, 77 points), OL (3e, 75
points), OM (4e, 74 points)… Le trio infernal va serrer les fesses (et pas que)
pour terminer sur le podium cet exercice de folie qui n’aura cessé de les voir se
tirer la bourre. Au point d’engendrer de
multiples frictions entre leurs présidents, le récent duel Aulas-Eyraud
culminant au sommet du combat de
coqs. Derrière le PSG, redevenu intouchable cette année, ils sont donc trois
pour deux places qualificatives pour la
Ligue des champions. Et il n’est pas impossible que l’OM se retrouve à la fin de
Europa : Nice, Bordeaux
uLigue
et Saint-Étienne à la bagarre
Sur le départ à Nice, l’attaquant italien
Mario Balotelli est annoncé à Marseille
la saison prochaine par les rumeurs du
mercato. PHILIPPE LECOEUR/FEP / PANORAMIC
l’histoire comme le dindon de la farce.
Celui qui a, par sa finale (perdue) contre
l’Atlético Madrid, obtenu pour la France une 3e place sans tour préliminaire
en C1, au jeu pas facilement compréhensible des points et indices UEFA. Et
celui qui restera au pied du podium si
Monaco et Lyon font leur job, ce samedi. L’OM devrait, en oubliant sa fatigue
et sa déception, faire le sien devant ses
supporteurs, contre Amiens (12e) qui
n’a plus rien à espérer ou à perdre.
Avant de guetter un faux pas de ses rivaux. L’ASM, avec ses 3 points d’avan-
Derrière Monaco, Lyon et l’OM, dont le
« déçu » sera assuré de jouer la deuxième Coupe d’Europe, comme Rennes,
déjà qualifié, Nice (6e), Bordeaux (7e) et
Saint-Étienne (8e) sont à la lutte pour le
dernier ticket européen. Nice aura un
voyage plus compliqué à Lyon que Bordeaux à Metz, déjà relégué, les Verts accueillant des Lillois assurés de sauver
leur place en L1. La soirée s’annonce
donc risquée pour les Aiglons, sans
aucun droit à l’erreur.
Notre pronostic : Bordeaux 6e,
Saint-Étienne 7e, Nice 8e.
en Ligue 2 : Caen,
uDescente
Toulouse et Troyes en guerre
Metz (20e) déjà condamné, Caen (17e),
Toulouse (18e) et Troyes (19e) vont donc
se disputer la 19e place menant directement à la Ligue 2 et la 18e conduisant à
un barrage à haut risque (23, 27 mai)
contre un pensionnaire de L2 (Ajaccio
et Le Havre s’affrontaient vendredi
soir). Caen, qui reçoit le PSG, peut
compter sur ses 3 points d’avance sur
Toulouse, hôte de Guingamp pas loin
d’être désarmé. Troyes, sur la route de
Monaco, est quoi qu’il arrive condamné
à terminer au moins barragiste. Aux
portes de la cave, et donc de l’enfer,
comme pour les étages supérieurs, la
soirée s’annonce ainsi bouillante et incertaine jusqu’à la fin du temps additionnel. Attention au penalty raté…
Notre pronostic : Caen 17e, Toulouse 18e,
Troyes 19e. ■
PROGRAMME
ce sur Marseille, et un déplacement à
Troyes (19e, qui joue certes son avenir
en L1) semble plus à l’abri que Lyon,
avec sa petite unité d’avance et un affrontement compliqué, bien qu’à domicile, contre Nice (6e), en bagarre
pour la Ligue Europa. D’autant que les
rumeurs du mercato annoncent ces
dernières heures l’arrivée de Mario Balotelli sur la Canebière. De quoi donner
l’envie à l’Italien fantasque de briller, et
scorer contre Lyon, pour ramener la Ligue des champions sur les rives du
Vieux-Port et la jouer l’an prochain.
Notre pronostic : Monaco 2e, Lyon 3e,
Marseille 4e.
E
38 JOURNÉE LIGUE 1
samedi PARIS SG (1)
21 h
LYON (3)
- NICE (6)
MARSEILLE (4)
- AMIENS (12)
DIJON (13)
- ANGERS (14)
METZ (20)
- BORDEAUX (7)
NANTES (10)
- STRASBOURG (16)
RENNES (5)
- MONTPELLIER (9)
ST-ÉTIENNE (8)
- LILLE (15)
TOULOUSE (18)
- GUINGAMP (11)
TROYES (19)
- MONACO (2)
CAEN (17)
Multiplex sur Canal + et beIN Sports
CLASSEMENT LIGUE 1
PTS J.
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
Paris SG
Monaco
Lyon
Marseille
Rennes
Nice
Bordeaux
Saint-Étienne
Montpellier
Nantes
Guingamp
Amiens
Dijon
Angers
Lille
Strasbourg
Caen
Toulouse
Troyes
Metz
92
77
75
74
57
54
52
52
50
49
47
45
45
41
38
38
37
34
33
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37
37
37
37
37
37
37
37
Stade de France
sur C+, F2
Infographie
Source : Ligue nationale de rugby
Ligue 1 : suspense à tous les étages pour la der
MARTIN COUTURIÉ £@martincouturie
FINALE
Vendredi 18 mai,
G. N. P.
29
23
22
21
16
15
15
14
11
13
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12
12
9
10
9
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9
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14
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14
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19
22
23
p.
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35
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36
53
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36
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34
c. Diff.
29
45
41
46
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48
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57
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+37
+43
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+6
+2
+1
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+3
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-10
-4
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-9
-21
-22
-25
-17
-24
-38
pour une équipe qui n’est pas dépendante d’un seul finisseur.
De la vitesse plus que de la force, du
talent plus que de la puissance. Au profit
d’un jeu de nouveau axé sur l’enthousiasme, l’audace, la prise de risque. Le
tout agrémenté d’une maîtrise technique
peaufinée par le nouveau responsable
des skills - ces exercices d’adresse gestuelle -, un certain… Clément Poitrenaud. Le travail de l’ancien arrière toulousain, et tout frais retraité, est
d’ailleurs unanimement loué par les
trois-quarts. Pour le plus grand plaisir
des supporteurs du Stade. Qui se mettent
à rêver d’un retour au sommet, eux qui
sont sevrés de sacre depuis le bouclier de
Brennus soulevé en 2012. Une éternité
pour le club le plus titré de France. ■
EN BREF
Tennis : Nadal accroché
Rafael Nadal a abandonné un set
à Fabio Fognini (19e mondial)
avant d’accélérer et de décrocher
son billet pour les demi-finales
du Masters 1000 de Rome
en s’imposant 4-6, 6-1, 6-2.
Sept fois vainqueur sur les courts
du Foro Italico, Nadal n’avait plus
atteint le dernier carré à Rome
depuis 2014. Marin Cilic s’est,
lui, facilement qualifié en battant
Pablo Carreno Busta 6-3, 6-3.
Rallye-raid : le Dakar parle
d’un retour en Afrique
Le célèbre rallye-raid, qui aura
lieu pour la première fois en 2019
dans un seul pays, le Pérou,
voit son terrain de jeu se réduire
en Amérique du Sud, du fait
notamment des politiques
d’austérité. Il travaille du coup
à un retour en Afrique.
Des contacts ont été pris par ASO
avec certains pays, dont l’Algérie.
Cyclisme :
le triplé de Viviani
L’Italien Elia Viviani a remporté
la 13e étape du Giro, vendredi
à Nervesa della Battaglia, son
troisième sprint victorieux depuis
le départ. Simon Yates a gardé
le maillot rose de leader à la veille
de l’étape du Monte Zoncolan
et Thibaut Pinot, sa 3e place.
Football : Platini évoque une
« petite magouille » en 1998
L’ancien président de l’UEFA
a expliqué au micro de France
Bleu qu’une « petite magouille »
a permis d’empêcher que le Brésil
et la France ne se rencontrent
avant la finale de la Coupe
du monde en 1998. L’astuce ?
Préaffecter les deux pays têtes
de série dans un groupe avant
le tirage au sort : le Brésil avait
ainsi été reversé dans le groupe A
et la France dans le groupe C.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
LE CARNET DU JOUR
M. et Mme Laurent
LEGRIP de LA ROZIERE
Le service reçoit les annonces
tous les dimanches et jours fériés
de 9 heures à 13 heures
(excepté les 1er janvier, 1er mai, 15 août, 25 décembre)
M. et Mme Jean-Guy
MICOLON de GUERINES
partagent avec Godefroy,
la joie de vous faire part
de la naissance de
Enguerrand
le 2 mars 2018,
à Clermont-Ferrand, chez
par téléphone
01 56 52 27 27
Amable et Stéphanie
MICOLON de GUERINES
par courriel : carnetdujour@media.figaro.fr
sur notre site : www.carnetdujour.lefigaro.fr
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
Le comte et la comtesse
Alain de MONTMARIN
sont heureux
d'annoncer la naissance
de leurs petits-enfants
Theodore
le 11 novembre 2015, chez
Thomas et Dorothée
le 27 janvier 2017, chez
William et Clémence
Lothaire
Mme Nathalie BOURBON
M. et Mme Thierry FAUVAGE
ont la joie de vous annoncer
les fiançailles de leurs enfants
Mathilde CARADEC
et Edouard FAUVAGE
Le capitaine de vaisseau
Guillaume PIOT
et Mme, née Sibylle Morel,
sont heureux d'annoncer
les fiançailles de leurs fils
avec
Audouin
Mlle Victoire JOUFFREY
fille de M. Benoit Jouffrey
et Mme, née
Gabrielle Canonne,
avec
Sixte
Mlle Astrid HENDRICKX
fille de M. Sébastien Hendrickx
et Mme, née Bénédicte Jauffret.
Le comte Henri de CASTRIES
et la comtesse, née
Anne de Grandmaison,
Mme Raymond VAN EX
née Véronique Lasserre,
en union avec
M. Raymond Van Ex (†)
sont heureux de vous faire part
des fiançailles de leurs enfants
Hortense et Jean-Baptiste
naissances
Agnès et Bernard
de ALEXANDRIS
ont la joie de vous annoncer
la naissance de leur petit-fils
Anatole
frère de Astrid, le 16 mai 2018,
à Paris, chez
Armelle de ALEXANDRIS
et Paul PINTO
Josephine et Guillaume
BRUNE
en union avec
Francesca D'Agostino (†),
la comtesse Guy Aldonce
de ROHAN CHABOT
M. et Mme Edwin STANTON
Mme Véronique
de ROHAN CHABOT
ont la joie d'annoncer
les fiançailles de
Federica et Theodore
Le docteur et Mme
Marc ANDRÉ
M. et Mme Bruno CAULLERY
sont heureux d'annoncer
la naissance de
Constance
le 7 mai 2018,
sœur d'Apolline, chez
Régis et Aurore ANDRÉ
148, rue de Lourmel,
75015 Paris.
Céleste et Hector
partagent avec leurs parents,
Valentin et Marion AUTRET
le bonheur d'annoncer
la naissance de leur petit frère
M. Patrick EDELIN
et Mme, née Eliane Besseiche,
Ulysse
ont la joie d'annoncer
la naissance de
Jacques
le 12 mai 2018, chez
Alexandre et Héloïse
BOURGET
Le baron et la baronne
de SALVAING de BOISSIEU
sont heureux
d'annoncer la naissance de
Henri
le 12 mai 2018, fils de
Gabriela et Martin
de SALVAING de BOISSIEU
Jean-Jacques et Marie-Claude
THEN
ont la joie de vous annoncer
les fiançailles de leurs enfants
Lucie et Alban
Gabriel KAY
le 25 avril 2018, à Leicester,
comté de Leicestershire
(Angleterre), au foyer de
Christopher et Carla
communications
La vente de l'Entraide
de l'église réformée
de Neuilly-sur-Seine
se tiendra le vendredi 25 mai
de 15 heures à 19 h 30
et le samedi 26 mai 2018
de 11 heures à 19 h 30.
18, boulevard d'Inkermann,
92200 Neuilly-sur-Seine.
le 16 mai 2018.
le vicomte
Stanislas de ROUGÉ
et la vicomtesse, née
Angélique de Cossé Brissac,
Ingrid et Andrea
Ermenonville.
Camparada (Italie).
les vendredi 25, samedi 26
et dimanche 27 mai 2018,
12, rue Benjamin-Franklin,
Paris (16e).
Le dimanche à 10 h 30 :
messe des Missions.
Viendront dédicacer
leurs livres :
le vendredi 25 mai, à 17 heures :
le père Bruno Régent, sj,
Anne Soupa,
Jacqueline Barthes,
Jérémy Côme,
Maurice de Kervénoaël,
Stéphanie Rousselle,
Guillaume Debré,
à 14 heures :
Raphaël Enthoven,
Hubert Védrine,
ancien ministre
des Affaires étrangères,
Claire Chazal,
Gilles Marchand,
Marie-Caroline
Saglio-Yatzimirsky,
le père Henri Madelin, sj,
Béatrice Copper-Royer
et Marie Guyot,
Françoise Dargent,
à 16 heures :
Jean-René Van Der Plaetsen,
Nicolas d'Estienne d'Orves,
Jérôme Cordelier,
Lise Marzouk,
Bernard et Cécile Pivot,
Bandes dessinées :
à 14 heures :
Philippe Gauckler,
à 16 heures :
Régis Parenteau-Denoël,
Claude Plumail,
le dimanche 27 mai
à 14 heures :
Josef Schovanec
Jean-Christian Petitfils
Pauline Dreyfus
Reginald Gaillard
à 16 heures :
Mgr Benoist de Sinety,
Romain Gubert,
Caroline Laurent,
Mathieu Ménégaux,
Alice Ferney,
Adélaïde Bon,
Elisabeth de Feydeau,
Bandes dessinées
à 14 heures :
Ysa Python,
Antoine Chéreau.
conférences
Avant la fin de l'exposition
« Paternité » de
la Galerie Guillaume
M. et Mme André CALLIES
M. et Mme Francis BAIGTS
ont la joie de vous annoncer
la naissance de leur petite-fille
Gabrielle
Clémence et Antonin BAIGTS
sont heureux de vous faire part
des fiançailles de leurs enfants
seraient heureux
de vous recevoir aux
François-Xavier de Boissoudy
Le Collège des Bernardins
organise un concert
le jeudi 24 mai 2018,
à 20 h 30,
Mozart 1786 :
une année en ébullition
à Paris, le 13 avril 2018, chez
M. Jean-Charles MORIN
et Mme, née Anna Gyldén,
M. Carlo CESARO
et Mme, née Bruna Ferraris,
Saint-Louis de Gonzague
(Franklin)
le samedi 26 mai,
M. Luc PAMART
et Mme, née Camille Omont,
ont la joie d'annoncer
la naissance
de leur arrière-petit-fils
M. et Mme Aule
DALAMEL de BOURNET
Les pères jésuites,
la direction,
l'équipe éducative,
les familles
et les anciens élèves de
Eliott
le 21 avril 2018, chez
fiançailles
signatures
Journées Missionnaires
par télécopie
01 56 52 20 90
15
M. François
CHALMOT de LA MESLIÈRE
le baron et la baronne
Henry BAZIRE d'ARGUESSE
ont la joie de vous faire part
de la naissance de
Madeleine
le 8 mai 2018, à Paris, chez
Geoffroy et Eléonore OBALA
1786 offre un concentré
du jeune Mozart encore
en devenir s'essayant
dans des formes et des styles
d'une grande diversité.
Les Noces de Figaro (extraits),
concerto n°24 en ut mineur
K.491 et symphonie n°38
« Prague » K.504.
Participation à prévoir.
20, rue de Poissy, Paris (5e),
téléphone :01 53 10 74 44,
www.collegedesbernardins.fr
vous invite à deux conférences
avec
Raphaëlle Ziadé
responsable du département
byzantin du Petit Palais, à Paris,
Marie-Madeleine,
apôtre des apôtres
le mardi 29 mai 2018, à 19 h 30,
Gérard Leclerc
journaliste, philosophe
et essayiste,
Mai 1968 - mai 2018 :
où sont les pères ?
le mercredi 30 mai, à 19 h 30.
Entrée libre,
réservation préalable
au 01 44 71 07 72 ou par courriel
galerie.guillaume@wanadoo.fr
32, rue de Penthièvre, Paris (8e).
www.galerieguillaume.com
Le Collège des Bernardins
organise une conférence
le mardi 22 mai 2018,
à 20 heures,
Accueille-moi si tu peux
Face à certaines réalités,
l'accueil ne sonne plus comme
une évidence.
Plus il est urgent,
plus on souhaite le maîtriser,
le protocoliser, l'objectiver,
le rationaliser
et plus il nous échappe.
Participation à prévoir.
20, rue de Poissy,
Paris (5e),
téléphone : 01 53 10 74 44,
www.collegedesbernardins.fr
recherches
Noël et Nicole Alpi,
Eléonore, leur fille,
Frédéric et Zeina Alpi,
les familles Alpi, Baudry,
Fani, Valdès
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Huguette ALPI
née Marseille,
le 13 mai 2018, à son domicile.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 22 mai, à 10 heures,
en l'église Saint-Pierre
de Charenton-le-Pont,
place de l'Église
(métro Charenton-Écoles).
Ses enfants tiennent
à remercier de tout cœur
Mme Rita Fernandes,
sa dame de compagnie et amie,
ainsi que les équipes médicales
et soignantes du Clapa et de
l'Aidapac de Charenton pour
leur aide et leur présence si
précieuses auprès de leur mère.
Christine Bonneton,
Jean-Stéphane et Agnès
Bonneton,
Guillaume et Susanna
Bonneton,
Ludovic et Isabella Bonneton,
Jérôme et Anne Sophie
Bonneton,
ses fils et belles-filles,
ses dix petits-enfants
font part du rappel à Dieu de
André BONNETON
le 12 mai 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Pierre,
à Cayres (Haute-Loire),
le samedi 19 mai, à 15 heures.
Une messe aura lieu
dans la crypte de l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
à Paris (16e),
le lundi 21 mai, à 19 heures.
Dons au Secours catholique.
Merci à tous pour vos prières.
30, avenue de Gravelle,
94220 Charenton-le-Pont.
Dans le cadre d'une succession,
la maison de vente
aux enchères Rouillac
recherche les héritiers de
Mlle LE COAT de KERVEGUEN
décédée aux alentours de 2010,
à Illiers-l'Évêque (Eure).
Contacter :
Hôtel des ventes,
route de Blois,
41100 Vendôme.
rouillac@rouillac.com
deuils
Les Sables-d'Olonne.
Olonne-sur-Mer.
Château-d'Olonne.
Catherine Beylau,
son épouse,
Céleste et Stéphane,
Elisa et Erwan, Charles, Louis,
ses enfants,
Alice, Camille, Adèle,
Juliette, Martin,
ses petits-enfants,
Catherine, Annie et Albert,
ses sœurs et son beau-frère,
Roger et Geneviève Deshayes,
ses beaux-parents,
le comte et la comtesse
de Bausset-Roquefort,
le comte et la comtesse
Christian
de Bausset-Roquefort,
le comte (†) et la comtesse
André de Bausset-Roquefort,
ses enfants et beaux-enfants,
Mathilde, Antoine, Joy,
Guillaume, Laure, Bertrand,
Nicolas, Marin, Louis, Céleste,
ses petits-enfants,
M. Julien Hagnery,
M. et Mme Mathieu Hagnery,
ses beaux-enfants,
et leurs enfants,
Sohan, Martin, Arthur, Alice,
vous font part
du rappel à Dieu de
Philippe
marquis
de BAUSSET-ROQUEFORT
ancien secrétaire général
de la Société des Cincinnati,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
le 16 mai 2018, muni
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 23 mai, à 10 h 30,
en l'église
Saint-Vincent-de-Paul,
5, rue de Belzunce, Paris (10e).
L'inhumation aura lieu
dans le caveau familial
de Rouffignac-Saint-Cernin
(Dordogne),
le vendredi 25 mai, à 14 h 30.
Ni fleurs ni couronnes,
des dons à
la Fondation Arcad
www.fondationarcad.org
16, cour des Petites-Ecuries,
75010 Paris.
13, rue Alibert,
75010 Paris.
27, avenue de Brimont,
78400 Chatou.
25, rue Henri-Cloppet,
78110 Le Vésinet.
Maud et Jacques (†) Dillard,
leurs enfants et petits-enfants,
Jean-Pierre et Claire Dillard,
leurs enfants et petits-enfants,
Béatrice et Yves Duriau,
leur fils Vincent (†),
Véronique Neiertz,
ses enfants et petits-enfants,
ses sœurs, frères,
belles-sœurs, beau-frère,
ses neveux et nièces,
Karine Moreau-Neret,
sa nièce,
Nadine Potin,
son amie,
l'ensemble de la famille
et tous ses amis
Zakia Sliti,
sa fidèle seconde,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
ont la tristesse
de faire part du décès de
Pierre BEYLAU
La marquise
de Bausset-Roquefort,
née Françoise Verbrugge,
son épouse,
Florence Bouly,
sa fille,
journaliste,
ancien rédacteur en chef
du service monde du Point,
survenu le 10 mai 2018,
en Ethiopie, à l'âge de 70 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi 22 mai,
à 14 heures, en l'église
Notre-Dame-de-Bon-Port
des Sables-d'Olonne,
suivie de l'inhumation
au cimetière de la Rénaie,
aux Sables-d'Olonne.
Condoléances sur registre
et sur www.dansnoscœurs.fr
Cet avis tient lieu de faire-part.
Gisèle BOULY
née Dillard,
rappelée à Dieu
le 16 mai 2018,
et vous remercient de vous unir
dans le souvenir de son mari,
Jean-François Bouly (†),
et de sa fille,
Marie-Laure (†).
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi 23 mai,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy,
10, rue de l'Annonciation,
Paris (16e).
Selon sa volonté,
son inhumation se déroulera
dans l'intimité familiale.
Didier Gallot,
maire des Sables-d'Olonne,
a la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Pierre BEYLAU
président du festival Simenon
des Sables-d'Olonne,
survenu le 10 mai 2018,
en Ethiopie, à l'âge de 70 ans.
Il présente, au nom
des sablaises et des sablais,
toutes ses condoléances
à la famille.
Mme Patrice Bonnet,
née Nicole Thépaut,
Pierre-Yves et Emma Bonnet,
Brigitte Bonnet,
Isabelle et Laurent Costaz,
ses enfants,
Max-Antoine, Emily Bonnet,
Alexis, Ellyn Costaz,
ses chers petits-enfants,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Patrice BONNET
survenu le 18 mai 2018,
à l'âge de 75 ans.
La messe d'A Dieu aura lieu
le mercredi 23 mai 2018,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Jean-Baptistede-La-Salle, Paris (15e).
Ni fleurs ni couronnes.
12, rue Dulac, 75015 Paris.
Le samedi 19 mai 2018,
Meghan dira « Oui » à Harry !
Et vous ?
Publiez votre annonce de mariage dans le carnet du jour
Tél. 01 56 52 27 27
carnetdujour@media.figaro.fr
Mme Bernard Cabanel,
son épouse,
Guillaume et Marie-Sophie
Horreard,
Marie-Dominique Cabanel,
ses filles et son gendre,
Antoine, Baptiste et Alix,
ses petits-enfants,
ses frères, sœur, belles-sœurs
et beaux-frères
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu de
Bernard CABANEL
ingénieur
des Arts et Manufactures,
École centrale Paris 63,
le 12 mai 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le mardi 22 mai 2018, à 14 h 15,
en l'église Stella-Matutina,
68, avenue du Maréchal-Foch,
à Saint-Cloud.
Dons à la Fondation
diaconesses de Reuilly,
maison médicale
Notre-Dame-du-Lac,
à Rueil-Malmaison.
14, rue Alphonse-Moguez,
92210 Saint-Cloud.
le carnet du jour
suite en page 16
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
16
LE CARNET DU JOUR
Alexandra et Philippe
Burguière Zivy,
Valentine et Michel
Gierczak Zivy,
Pamela et Henry Confavreux,
ses enfants,
Nathaniel, Gaspard, Héloïse,
Anouck, Barnabé et Lucien,
ses petits-enfants,
Le comte et la comtesse
Raoul Langlois d'Estaintot,
Béatrice Langlois d'Estaintot,
ses enfants,
Wandrille, Mayeul et Béatrice,
Ségolène, Sixte,
ses petits-enfants,
a la douleur d'annoncer
le décès de
ont la tristesse
de faire part du décès du
survenu le 18 mai 2018,
à l'âge de 86 ans, à la clinique
de Saint-Germain-en-Laye.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
comte Robert
LANGLOIS d'ESTAINTOT
Marie-Laure DESVENAIN
survenu le 17 mai 2018, muni
des sacrements de l'Église.
survenu le 15 mai 2018.
La famille de
Nicole FONTAINE
ancienne présidente
du Parlement européen,
ancien ministre,
ancienne secrétaire générale
adjointe de l'enseignement
catholique,
a la douleur de vous faire part
de son décès, le 17 mai 2018,
dans sa 77e année, des suites
d'une longue maladie.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Pierre,
90, avenue du Roule,
à Neuilly-sur-Seine
(Hauts-de-Seine),
le jeudi 24 mai, à 10 h 30.
Elle sera conduite ensuite
vers sa dernière demeure
dans la stricte intimité familiale.
Afin de prévenir de votre
présence, vous pouvez écrire à:
nfontaine@aol.com
Didier Franc,
son époux,
Patrick et Isabelle,
Fabien et Anne Sofie,
André et Elisabeth,
Jérôme et Blanka,
ses fils et leurs épouses,
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mercredi
23 mai, à 15 h 30, en l'église
Saint-Bruno, à Bordeaux.
L'inhumation aura lieu
le jeudi 24 mai, à 15 h 30,
au cimetière
d'Heugleville-sur-Scie
(Seine-Maritime).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Brigitte Lefebvre Hamon,
son épouse,
Frédéric et Valérie Lefebvre,
Stéphane Lefebvre et Ludivine,
Valérie Lefebvre,
Quentin, Alix,
Austin, Marine, Manon,
ses petits-enfants,
Christophe Maincourt,
son filleul,
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
docteur Yann LEFEBVRE
survenu le 13 mai 2018.
Ils vous prient d'assister
ou de vous unir par la prière
à la messe qui aura lieu
le mardi 22 mai, à 14 h 30,
en l'église Saint-Louis
de Garches,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Vaucresson.
8, avenue Joffre,
92380 Garches.
Birgit FRANC
née Hermanson.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 22 mai 2018,
à 15 heures, en l'église
de Ferney-Voltaire (Ain).
La famille remercie de leurs
soins le service d'oncologie
et l'aumônerie des hôpitaux
d'Annecy et de Praz-Coutant.
Alix Marie
Louvart de Pontlevoye,
née de Brye, son épouse,
Thibaud, Geoffroy, Bénédicte,
ses enfants,
Maud et Olivia,
ses belles-filles,
ses petits-enfants
et toute la famille
font part avec tristesse
du décès, le 29 avril 2018, de
Christian
LOUVART de PONTLEVOYE
La cérémonie religieuse a été
célébrée le 9 mai, en l'église
Saint-Thibault du Pecq, suivie
de l'inhumation au cimetière de
la Genêtrière de Marly-le-Roi.
Paris (7e).
Léonore, Darius, Sixtine,
Aramis, Antonin,
Diotime, Cosimo,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Benno GRAZIANI
La cérémonie d'hommage
se tiendra dans la salle
de la Coupole au crématorium
du cimetière du Père-Lachaise,
Paris (20e),
le jeudi 24 mai, à 13 h 30.
32, rue Rousselet,
75007 Paris.
Philippe Imbert,
Christine et Ythier
de La Guéronnière,
Florence et Paul-Henri
d'Herbemont,
Caroline et Yann de Guillebon,
ses enfants,
Xavier, Marie-Suzanne,
Laure et Matias,
Marc et Julia, Diane et Xavier,
Sara et James, Marie et Adrien,
Guillaume et Nina,
Camille et Julien, Sophie,
Jean et Cerise,
Melchior, Maximilien,
ses petits-enfants,
ses quatorze
arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Antoine-Marie IMBERT
née Janine Mouret,
le 16 mai 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 22 mai, à 11 heures,
en l'église de Busset (Allier).
Paris (17e).
M. Samuel Pilcer,
son époux,
M. et Mme Patrick Pilcer,
Mme Sandrine Pilcer
et M. Alexandre Bekefi,
ses enfants,
Samuel et Michael Pilcer,
ses petits-enfants,
Mme Rosette Allali,
M. et Mme David Haddad,
Mme Fortuné Cantou,
ses frère, sœurs et belle-sœur,
et leurs enfants,
ses neveux et nièces,
ont la douleur
de faire part du décès de
Mme Esther PILCER
La comtesse
du Manoir de Juaye,
Guy et Marie-Henriette,
Christian (†) et Bénédicte,
Gérard et Christel,
ses enfants,
ses dix petits-enfants
et onze arrière-petits-enfants
ont la profonde tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
survenu le 16 mai 2018,
à l'âge de 88 ans.
Des dons sont possibles à
Vaincre le cancer NRB
et Keren Hayessod France.
Famille Pilcer,
9, rue Villebois-Mareuil,
75017 Paris.
Sa famille
a la tristesse
de vous annoncer le décès de
Une messe sera célébrée
le mercredi 23 mai,
à 15 heures, en l'église
de Saint-Côme-de-Fresné
(Calvados).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Claude-Henry, son fils,
Gaëlle, Elsa, Victoria,
ses filles,
et Danuta Tetlak
ont l'immense tristesse
de faire part du décès de
Un hommage civil
lui sera rendu
le mardi 22 mai, à 10 h 30,
à la maison funéraire,
7, boulevard de Ménilmontant,
Paris (11e).
L'inhumation aura lieu
le mercredi 23 mai, à 14 h 30,
au cimetière du Fournet
(Calvados).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Elisabeth, Pierre,
Bertrand et Martine,
ses enfants et belle-fille,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
et toute sa famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. François MONTY
officier
de l'ordre national du Mérite,
chevalier du Mérite maritime,
survenu le 17 mai 2018,
à l'âge de 88 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu ce samedi 19 mai,
à 15 heures, en l'église
de Saint-Élix-le-Château
(Haute-Garonne).
Gilles et Sophie Thiébault,
Quentin et Laurène Thiébault,
Grégoire Thiébault,
Anaëlle, Maylis et Aurélie Cann,
ses petits-enfants,
Louise, Jeanne et Adèle
Thiébault,
ses arrière-petites-filles,
les familles Orsel des Sagets,
Rémond, Baron et Doszpoly,
ses frères et sœurs,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu
dans sa 90e année,
le 13 mai 2018, de
ses beau-frère et belles-sœurs,
Michel et Nicole Agabriel,
Jacline Isnard,
ses dévoués auxiliaires de vie
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Daniel THOMAS
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
Une messe sera célébrée
le lundi 28 mai 2018,
à 19 h 15, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy,
10, rue de l'Annonciation,
Paris (16e),
à la mémoire de
François LECOMTE
décédé le 21 avril 2018.
La messe de funérailles
sera célébrée le mardi 22 mai,
à 14 heures, en l'église
du Sacré-Cœur, à Mulhouse.
Cet avis tient lieu de faire-part.
1, rue du Labour,
68100 Mulhouse.
Christian Treuer,
son époux,
Cassian et Saskia,
ses enfants,
Alain et Claire Treuer,
Patrick et Jessica Treuer,
Olivier et Daniela Treuer,
ses beaux-frères
et belles-sœurs,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Justine TREUER-FLAGEUL
le 16 mai 2018, à Paris,
à l'âge de 31 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée dans l'intimité
en l'église Saint-Michel,
à Grimaud (Var),
le jeudi 24 mai, à 14 heures.
remerciements
Ses sœurs,
ses belles-sœurs
et son beau-frère,
ses neveux et ses nièces,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
Les familles Dervieux-Théolas,
Wyler, Rosenqvist-Packalén
et ses amis
informent qu'une messe
de requiem à l'attention de
Alain S. TARDIEU
décédé le 21 avril 2018,
sera célébrée
le vendredi 25 mai 2018,
en 14 h 30, en l'église
Saint-Eugène-Sainte-Cécile,
à Paris (9e).
Psaume 23.
1 Corinthiens 15-20.
Job 1 9-25,26, 27.
Le Service catholique
des funérailles de Paris
vous convie
à une messe célébrée
par le père Marc Ketterer,
le mardi 29 mai 2018,
à 19 heures,
en l'église Sainte-Thérèse,
62, rue de l'Ancienne-Mairie,
à Boulogne-Billancourt,
remercient les très nombreux
amis proches et lointains
qui ont témoigné
leur compassion
à la suite du décès de
Chantal MEGRELIS
Un culte d'action de grâce
sera célébré
le samedi 2 juin 2018,
à 15 heures,
en l'église protestante unie
d'Enghien-les-Bains.
Ni fleurs ni couronnes.
4, rue Léo-Delibes,
75116 Paris.
55% de réduction
sur le prix de vente
en kiosque.
Pour le premier anniversaire
du rappel à Dieu de
Ségolène CHEVRILLON
née du Peloux de Saint-Romain
une messe sera dite
à son intention,
le mardi 22 mai 2018, à 18 h 15,
en la cathédrale Notre-Dame,
à Paris (4e).
M. Gabriel de Broglie,
chancelier honoraire
de l'Institut de France,
président de
la Fondation
Simone et Cino Del Duca,
a l'honneur de vous informer
qu'une messe annuelle
sera célébrée à la mémoire de
le mardi 22 mai 2018,
à 18 heures, en la chapelle
Saint-Symphorien de l'église
Saint-Germain-des-Prés,
Paris (6e).
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Ville :
Té l. :
Une messe à la mémoire de
E-mail :
@
en majuscules
Constance de LASTEYRIE
sera célébrée
en la chapelle de Jésus-Enfant,
29, rue Las Cases, Paris (7e),
le vendredi 25 mai 2018,
à 18 h 30.
Je joins mon règlement par :
Il y a un an, le 19 mai 2017,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
nous quittait.
Michel RISSE
HEC 57,
Que ceux qui l'ont aimé
et apprécié soient fidèles
à sa mémoire.
Rolande, son épouse,
Franck et Solveig,
ses enfants.
Date et signature :
Chèque bancaire ou postal
à l’ordre du Figaro
CB N°
Expire in :
Didier Meurisse,
son époux,
ses enfants, petits-enfants
et toute la famille,
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
209s
au lieu de 473,20E
messes
et anniversaires
souvenirs
Annette
MEURISSE-CUVELIER
6 mois
à la mémoire des défunts
et pour leurs familles
Cino et Simone DEL DUCA
Christian,
tous ses enfants
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et des magazines du week-end.
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pour les chrétiens d'Orient.
survenu dans sa 103e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu en l'église
Saint-Honoré-d'Eylau,
66 bis, avenue RaymondPoincaré, Paris (16e),
le mardi 22 mai 2018,
à 10 heures, suivie
de l'inhumation au cimetière
de Saint-Jeoire-Prieuré (Savoie).
chez vous
messes
Mme Jean THIÉBAULT
née Yolande Orsel des Sagets.
Mme Yves JOUVE
ses enfants,
en union avec
Gilles Thomas (†),
Maryelle et Jacques
Loustau-Chartez,
Rosine Penneçot,
Hubert et Agnès Thomas,
Cécile et Michel
Barbier-Thomas,
chaque jouR
Sigisbert et Sylvie Thiébault,
Régine et Jean-Philippe Cann,
ses enfants,
née Isabelle de Durand,
Son épouse,
Simone Thomas,
née Isnard,
Recevez
Le FigaRo
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Paul RAZEL
Elisabeth et Marcus
Treuer-Felder,
Georges Treuer,
ses beaux-parents,
Anka Rochenoir,
son épouse
Mme Paul Razel,
son épouse,
ses enfants, petits-enfants,
arrière-petits-enfants
et toute la famille,
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
Une bénédiction
dans la stricte intimité
a été donnée,
conformément à sa volonté.
ses petits-enfants,
ses 17 arrière-petits-enfants,
Mme François Monty,
son épouse,
nous a quittés le 10 mai 2018.
Dernier adieu de tes amies,
Frédérique et Gesa.
survenu le 13 mai 2018,
à Paris.
comte du MANOIR de JUAYE
le 17 mai 2018,
dans sa 98e année, muni
des sacrements de l'Église.
Hedda SCHNITGER
Catherine et Jean-Louis
Flageul,
ses parents,
Romain,
Erwan et Alison,
ses frères et sa belle-sœur,
Sabine RAILLARD
victor.rochenoir@wanadoo.fr
ancien combattant 39-45,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
maire honoraire,
Paris.
née Haddad,
le 16 mai 2018, à l'âge de 88 ans,
à Neuilly-sur-Seine.
officier des Arts et des Lettres,
survenu le 17 mai 2018.
Les obsèques auront lieu
le mardi 22 mai, à 14 heures,
au cimetière parisien de Bagneux.
Claude Victor ROCHENOIR
Ghislaine Lejeune Graziani,
son épouse,
Pauline, Romain, Stanislas,
ses enfants,
Pénélope et Julie,
ses belles-filles,
Jean René PAURET
chercheur et auteur,
ses onze petits-enfants
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu de
La famille Pauret
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LE FIGARO
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
17
VANEES/AFP
CHAMPS
RÉCIT
LIBRES
Des parachutistes de la Légion étrangère débarquent à Kolwezi, le 20 mai, quelques jours après que des ressortissants européens ont été massacrés par des rebelles, au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo).
Et la Légion sauta sur Kolwezi
e samedi 13 mai 1978, des nouvelles
alarmantes parviennent du Zaïre,
l’actuelle République démocratique du
Congo. Dans la province du Shaba,
l’ex-Katanga, des bataillons de
« Gendarmes », rebelles originaires
de cette région du sud du pays et entraînés en Angola par des conseillers cubains et estallemands, ont franchi la frontière et se sont emparées par surprise de la ville de Kolwezi. Quelque
2 500 Européens, en majorité des employés de la Gécamines, la société qui exploite les riches mines de
cuivre et de cobalt de la région, et leurs familles, sont
pris en otage ; plus d’une centaine sont massacrés.
Pendant que la Belgique, ancienne puissance coloniale, tergiverse, le président français Valéry Giscard d’Estaing décide d’intervenir. Le mercredi
17 mai, le 2e régiment étranger de parachutistes, est
mis en alerte dans sa garnison de Calvi, en Corse.
Dans la nuit, les légionnaires rejoignent à bord de
camions la base aérienne de Solenzara. En l’absence
d’avions gros-porteurs militaires, ils embarquent
avec armes et munitions dans des appareils civils
réquisitionnés : cinq DC-8 d’UTA et un Boeing 707
d’Air France décollent à destination de Kinshasa. À
peine posés à N’Djili, l’aéroport de la capitale zaïroise, le colonel Yves Gras, chef de la mission militaire
française sur place, le colonel Philippe Erulin, chef
de corps du 2e REP, et le colonel Stéphane Coevoet,
à l’époque capitaine et officier opérations du régiment, préparent en quelques heures une audacieuse
opération aéroportée sur Kolwezi.
L
Il y a quarante ans,
le 19 mai 1978,
le 2e régiment étranger
de parachutistes sautait
sur Kolwezi, mettant fin
à des massacres de civils
européens et africains.
Montée dans l’urgence,
lancée sur l’ancien Zaïre,
cette opération
est l’une des victoires
les plus emblématiques
de l’armée française
contemporaine.
300 km
Une affaire délicate
Un parachutage opérationnel est par définition une
affaire délicate. Les parachutistes ne disposent pas
d’armement lourd ou de moyens de transport, et
n’ont pas d’autres munitions que celles qu’ils emportent. L’opération « Bonite » comporte des risques supplémentaires. Le 2e REP sera parachuté seul
à une distance considérable : Kolwezi est située au
centre du continent africain, à 6 000 kilomètres de
la France, et à plus de 1 300 kilomètres de Kinshasa,
la capitale zaïroise. Il sera donc impossible d’évacuer des blessés ou de récupérer les légionnaires, si
les choses tournent mal. L’ordre du colonel Erulin
stipule en toutes lettres : « Aucun appui, aucun
ravitaillement n’est à espérer avant le 20 mai après
midi. »
Risque supplémentaire, en raison des massacres
des Européens en cours, le largage devra se faire
quasiment sur l’objectif. « Quand nous sommes partis, nous pensions que nous allions subir beaucoup de
pertes », dit le général Benoît Puga, qui était à l’époque lieutenant, chef de section à la 1re compagnie et
le plus jeune officier du régiment, « mais nous étions
aussi certains de réussir ».
Dans l’urgence, les légionnaires improvisent.
L’état-major du REP a emporté de Calvi quelques
cartes d’Afrique. « On avait aussi des copies de plans
de la compagnie des mines belge, qu’on avait assemblées avec du ruban adhésif dans l’avion », dit le colonel Coevoet. Les parachutes utilisés sont des modèles T-10 américains de l’armée zaïroise, inadaptés
SOUDAN
DU SUD
RCA
CONGO
Kisangani
Mbandaka
O.
GABON
RÉP. DÉM.
DU CONGO
Kinshasa
Kananga
Kolwezi
ANGOLA
ZAMBIE
Infographie
+
» Lire aussi PAGE 18
R.
B.
T.
à l’accrochage des gaines de transport françaises,
ces sacs que les parachutistes larguent au bout d’une
corde avant l’atterrissage. Il faut bricoler pendant la
nuit des systèmes d’attache avec du fil de fer. Les légionnaires remplissent leurs sacs avec le maximum
de munitions et de piles pour les radios, laissant tout
le matériel superflu, rations ou sacs de couchage.
Les mécomptes s’accumulent. Sur les sept avions
disponibles pour le largage, deux tombent en panne
pendant la nuit. On décide de charger au maximum
les avions restants, et de diviser le REP en deux vagues. À 11 heures du matin, cinq appareils finissent
par décoller. À bord, 381 parachutistes. On a juste
eu le temps d’embarquer le médecin chef, et
l’aumônier du régiment, le père Yannick Lallemand. La tradition des légionnaires parachutistes
veut que les officiers sautent de l’avion en tête. « On
a expliqué au colonel Erulin qu’il n’y avait qu’un seul
chef de corps, et qu’il valait quand même mieux qu’il
ne soit pas le premier à sauter », dit le colonel Coevoet. « C’est moi qui me suis retrouvé à la portière. »
Les avions arrivent au-dessus de Kolwezi à
15 h 30. Par la porte ouverte de l’appareil, le colonel
Coevoet voit la ville défiler sous ses pieds. « C’était
le bordel. Il y avait des tirs qui venaient du sol. Le pilote du premier avion n’était pas dans l’axe de la zone
de saut, et il a fallu que le Transall donne le cap: l’effet
de surprise était déjà un peu entamé. » Dans les carlingues, la lumière rouge s’allume, puis la lumière
verte, et la sonnerie du largage retentit. Les parachutistes sautent à 150 mètres d’altitude, la limite
de sécurité pour passer le moins de temps possible
sous voile.
La première compagnie (Vert) est larguée au centre du dispositif, avec pour objectif le centre de
l’« ancienne ville », et le lycée Jean XXIII, où sont
regroupés des ressortissants européens. À l’ouest, la
2e compagnie (Rouge) a pour mission de s’emparer
des ateliers de la Gécamines, où se trouvent des camions qui serviront de moyens de transport, et de
l’hôpital, crucial pour traiter d’éventuels blessés. À
l’est, la 3e compagnie (Noir), doit se porter en direction de la « nouvelle ville » et de l’hôtel Impala, où
des Européens sont détenus et ont peut-être été
déjà massacrés. La zone de saut, la « DZ », une ancienne piste qui jouxte le centre-ville de Kolwezi,
est couverte d’herbes à éléphants, au milieu desquelles il est difficile de s’orienter, encore plus de
retrouver les armes collectives larguées dans des
gaines séparées. « À peine la moitié des légionnaires
ont atterri sur la DZ. Il y avait des gens dans les arbres, accrochés aux immenses termitières qui parsèment la zone de saut, ou entre les maisons », dit le colonel Coevoet.
« L’effet de surprise à quand même joué », dit le
général Puga. « On a fait un assaut vertical sur la ville. Les rebelles étaient déployés face au sud-est, en direction de l’aérodrome de Kolwezi. Le temps qu’ils
réagissent, et nous étions déjà au sol en train de foncer
C’était le bordel. Il y avait des tirs qui
venaient du sol. Le pilote du premier avion
n’était pas dans l’axe de la zone de saut,
et il a fallu que le Transall donne le cap :
l’effet de surprise était déjà un peu entamé
»
LE COLONEL STÉPHANE COEVOET, À L’ÉPOQUE CAPITAINE ET OFFICIER OPÉRATIONS DU 2E REP
vers les objectifs ». Dans les rues désertes règne
l’odeur des cadavres en putréfaction, et les sections
du REP découvrent bientôt plusieurs charniers.
Mais apparaissent aussi les survivants. Les Européens, terrés dans leurs maisons depuis plusieurs
jours, sortent de leurs cachettes à la vue des bérets
verts des légionnaires.
Les combats font rage pendant l’après-midi, mais
les rebelles, bousculés, ne parviennent pas à se
réorganiser. À la fin de la journée, le REP a réussi à
s’emparer du centre de Kolwezi. Sur le toit du lycée
Jean XIII, le petit état-major du colonel Erulin décide de ne pas prendre de risque supplémentaire et de
reporter au lendemain le saut de la deuxième vague,
retardée sur l’aérodrome de Kamina, par l’absence
d’échelle pour débarquer d’un DC-10. Le lendemain matin à l’aube, la 4e compagnie (Gris), la section de mortiers et la section de reconnaissance,
sautent à leur tour sur Kolwezi. Moins de 48 heures
après avoir quitté sa garnison de Calvi, le 2e REP est
au complet à Kolwezi.
Rapide, efficace, sans bavure
Les combats se poursuivent encore plusieurs jours
dans les quartiers périphériques. Le 20 mai, la
4e compagnie accroche un fort parti de rebelles dans
l’usine Metal-Shaba. Le capitaine Coevoet prend la
direction de l’assaut avec la 2e compagnie et les
mortiers. Les jours suivants sont consacrés à la reprise des environs de Kolwezi, pendant que les paras commandos belges arrivés sur l’aérodrome évacuent les ressortissants. Le gros des rebelles
katangais a reflué vers la frontière angolaise. Début
juin, moins de trois semaines après le début de
l’opération, le gros du 2e REP rembarque, après
avoir été relevé par une force africaine et marocaine. L’opération « Bonite » a été un succès total : 250
rebelles tués, de nombreuses armes capturées et la
rébellion en déroute. Au retour en France, Valéry
Giscard d’Estaing passe en revue les troupes. Dans
les rangs ont été laissées vacantes les places des cinq
tués : le sergent-chef Daniel, le caporal Arnold, le
légionnaire Clément, le caporal Harte et le caporalchef Allioui.
Quarante ans après, l’opération « Bonite » est
restée un modèle du genre : rapide, efficace, sans
bavure. Engagé à des milliers de kilomètres de sa
base, équipé d’un armement un peu désuet, sans
préparation ni appuis extérieurs, le 2e REP a donné
l’exemple de ce qu’une troupe bien entraînée est
capable d’accomplir. Contrairement aux groupements tactiques à la mode de nos jours, composés de
soldats venant d’unités disparates, et rassemblés
pour les besoins d’une opération, le régiment a été
engagé au complet, en unité constituée, machine de
guerre bien huilée où tout le monde se connaît et à
l’habitude de manœuvrer ensemble. « On se reconnaissait à la voix sur le réseau radio, on aurait pu se
passer d’indicatifs », se souvient le colonel Coevoet.
« Ce que j’ai appris là-bas m’a servi toute ma carrière », dit le général Puga, aujourd’hui l’un des officiers les plus décorés de l’armée française après
avoir commandé à son tour le 2e REP en opérations,
puis le commandement des opérations spéciales, et
avoir servi comme chef d’état-major particulier des
présidents Sarkozy et Hollande. « L’exemple de Kolwezi rappelle que la guerre est avant tout une affaire
humaine : la cohésion du 2e REP, où tout le monde se
connaît, l’entraînement poussé, le professionnalisme
et la confiance de chacun dans les autres, ont été des
facteurs déterminants. » ■
A
Adrien Jaulmes
£@AdrienJaulmes
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samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Souvenir de Kolwezi
n ce mercredi 17 mai 1978,
à la tête de ma section
de tireurs d’élite du 2e REP
depuis presque deux ans,
j’avais organisé, avec
mon camarade Bertrand
Bourgain, une course d’orientation
dans le désert des Agriates (Corse).
En pleine course, on nous alerta que
» Lire aussi « Et la légion
nous devions rejoindre le régiment,
sauta sur Kolwezi » PAGE 17
pour cause d’alerte. Il nous arrivait
souvent de « prendre l’alerte ».
Toutefois, quand nous avons vu
un Transall ramener les légionnaires
en stage sur le continent, nous nous
sommes dit que l’affaire devenait
sérieuse. En nous câblant sur RFI,
en outre, nous avons appris que
des événements graves se passaient
au Katanga.
Au cours de la nuit, l’alerte fut
déclenchée et nous quittâmes Calvi,
à bord de nos vieux GMC, ces camions
increvables de la 2e Guerre mondiale,
qui consommaient un litre d’essence
à la minute. Nous rejoignîmes la base
de Solenzara. Le général commandant
la division parachutiste vint s’adresser
à nous, puis nous embarquâmes dans
des aéronefs civils, les uns par un vol
direct pour Kinshasa (Zaïre, actuelle
République démocratique du Congo,
NLDR), et les autres, dont ma
compagnie, avec une escale à Dakar,
ce qui nous fit arriver après les autres
à Kinshasa et constituer la deuxième
vague.
En ce 19 mai après-midi, tandis
qu’avait lieu le largage de la première
vague, la deuxième
se préparait
à Kamina, pour
nous rapprocher
de Kolwezi. Ce gain
40 ans jour pour jour après la bataille de Kolwezi,
de temps ne fut
le général Dary raconte cette opération à laquelle
pas
il a participé dans une unité de la Légion étrangère, toutefois
suffisant, car alors
pour délivrer des otages européens retenus
que nous survolions
dans la ville minière par des rebelles katangais.
la zone de largage
E
DESSINS CLAIREFOND
+
GÉNÉRAL BRUNO DARY
de récupérer, et donc de porter,
les armes abandonnées, ne serait-ce
que pour éviter qu’un adversaire ne
s’en empare et nous tire dans le dos.
Ma première mission me surprit.
Je reçus l’ordre de rechercher
un charnier, dans ce même quartier.
Alors que j’étais pressé d’en découdre,
ne serait-ce que pour « rattraper
le retard » sur mes camarades,
j’exécutai cet ordre par discipline
plus que par conviction personnelle ;
et comme je ne pourrais reprendre
la progression de ma compagnie
qu’une fois le charnier découvert,
la section a redoublé d’efforts,
pour finir par découvrir une trentaine
de cadavres amoncelés dans
une maison. Je me rendis compte
de l’importance de cette mission,
car les photos
des cadavres
Le souvenir principal sera certainement firent le tour
du monde avec
lié à la puissance de la structure
comme légende
militaire : les ordres donnés, que les
« Horreur
légionnaires vont exécuter sans mot dire à Kolwezi ! ».
Ce témoignage
et au péril de leur vie, vous confèrent
implacable
à la fois une puissance, une efficacité,
conduisit
à décrédibiliser
mais aussi une responsabilité immenses
les Katangais aux
yeux de l’opinion
publique et à conforter la nécessité
Dès notre arrivée au sol, je fus
de l’intervention militaire française.
impressionné par trois éléments.
Dans l’après-midi, je perdis mon
D’abord le silence, qui régnait dans
adjoint, le sergent-chef Norbert Daniel,
la ville : personne dans les rues,
sous-officier intelligent et exemplaire.
aucun véhicule, pas de cris d’oiseaux,
Chargé de regrouper les armes
un silence de mort, seulement ponctué
récupérées dans un véhicule
par les déflagrations des armes
abandonné, il suivait notre progression
automatiques ; ensuite, l’odeur
mais dut s’en écarter, car nous
de charogne, causée par des cadavres
cheminions sur une voie ferrée vers
humains en pleine décomposition, qui
une gare que nous devions reconnaître,
régnait et qui imprégnait tout ; et enfin,
Metal-Shaba ; comme il conduisait,
le poids de nos sacs à dos, car nous
il ne reçut pas à la radio les consignes
avions 48 heures de vivres et notre
données et tomba nez à nez avec
dotation initiale de munitions ; en
l’adversaire. Nous n’avons pu
outre, dès notre arrivée dans le quartier
le récupérer qu’une heure plus tard,
européen, nous fûmes contraints
à la tombée de la nuit, le colonel Erulin
décida fort pertinemment de reporter
le saut au lendemain. Malgré
notre déception, cette décision
était judicieuse, car un regroupement
de nuit, dans les hautes herbes, aurait
pris du temps, et surtout, aurait pu
entraîner des méprises. À cet égard,
ce fut une autre décision judicieuse
du colonel Erulin, de « geler »
les dispositifs tactiques la nuit
venue, d’une part pour éviter
les tirs fratricides, car à l’époque
nous n’avions aucun moyen
d’intensification de lumières (ils nous
furent livrés quelques jours plus tard…)
et, d’autre part, comme la population
se terrait chez elle, nous savions que
tous ceux qui se déplaçaient de nuit
ne pouvaient être que des ennemis.
«
»
une balle en plein cœur. Cet
accrochage de Metal-Shaba restera
sans doute l’un des plus intenses
de l’opération, au cours de laquelle
mes tireurs d’élite montrèrent
leur efficacité, en attendant l’assaut
de la 2e compagnie.
Les jours suivants virent le contrôle
des cités Manika, Kapita, Luilu,
à l’ouest de la ville. Ces opérations en
zone urbaine sont toujours complexes,
car elles sont menées au milieu
de la population civile, qui reste pour
tous un enjeu, pour nous une menace
potentielle et pour notre ennemi,
un moyen de se camoufler, voire un
bouclier humain. Ces opérations se sont
déroulées efficacement et en souplesse,
car elles n’étaient que l’adaptation
de gestes et de techniques répétés
des centaines de fois à l’instruction.
Le souvenir principal, resté gravé
dans ma mémoire, sera certainement
lié à la puissance de la structure
militaire : les ordres donnés, que
les légionnaires vont exécuter sans mot
dire et au péril de leur vie, vous
confèrent à la fois une puissance,
une efficacité, mais aussi
une responsabilité immenses.
La puissance du commandement exige
de tout chef de la force de caractère,
mais surtout du discernement. C’est
une constance qui dépasse le temps
et les générations et qui a d’ailleurs
fait la devise du 2e REP, More Majorum
(« À la manière de nos anciens »).
Je me souviendrai également
longtemps du regard des légionnaires
dans l’avion qui nous conduisait
au saut. Il en disait long sur la confiance
réciproque qui nous animait, sur
la fierté de partir enfin en opérations,
et de la plus belle manière qui soit,
par un saut opérationnel, et sur notre
fraternité d’armes, que traduisait
si bien l’un de nos chants de tradition :
« Là-bas, les ennemis t’attendent !
Sois fier ! Nous allons au combat ! »
La concurrence entre religions :
quelles conséquences ?
islam, en tant que
religion, est source de
beaucoup d’inquiétudes
en France. C’est
certainement lié
à l’islam lui-même,
mais c’est aussi, avouons-le, la
conséquence de la faiblesse des autres
religions : le « marché des religions »
n’est pas assez concurrentiel en France.
Les économistes, depuis Adam Smith
(La Richesse des nations date de 1776),
sont favorables à la concurrence,
dans laquelle le fondateur de la science
économique voyait le principe de toute
organisation économique efficace.
Mais dans un des chapitres du livre V
de La Richesse des nations, Adam Smith
posait une question subsidiaire :
la concurrence est-elle aussi
un fondement approprié pour
la régulation de la sphère religieuse ?
La concurrence entre religions
est-elle préférable au monopole,
de droit ou de fait, ou à l’oligopole ?
Adam Smith était opposé au monopole
en matière religieuse, car, selon lui,
à l’abri de celui-ci, les clercs perdent
le sens des réalités spirituelles,
se lancent dans des activités annexes
(politiques, en particulier) et perdent
de vue l’essentiel : la satisfaction
des besoins spirituels des fidèles qui
suppose un marché concurrentiel.
Où en est aujourd’hui le débat ?
Il s’est constitué, depuis le début des
années 1970, une science économique
des religions. Le très beau livre
de Rachel McCleary (Handbook of the
Economics of Religions, Oxford, 2011)
présente l’état de l’art dans cette
discipline nouvelle mais prometteuse.
Comme en économie en général,
le marché des religions est caractérisé
par une offre et une demande.
La demande, c’est celle des fidèles
qui sont à la recherche de services
spirituels, mais aussi d’autres biens, par
exemple l’éducation
qui a longtemps transité
par la religion et qui
continue de le faire
Il existe, dans les pays anglo-saxons,
en beaucoup d’endroits
une pensée économique des religions qui n’est
du monde. On apprend
nullement anticléricale, explique l’essayiste*.
grâce à trois
L’
A
JEAN-PHILIPPE VINCENT
économistes américains (Becker,
Woessmann et Woodberry, 2011) que ça
n’est pas l’éthique
du protestantisme (thèse de Max Weber)
qui a favorisé le développement et le
capitalisme, mais le fait que la politique
d’alphabétisation était plus poussée
dans les communautés protestantes,
de façon à pouvoir lire la Bible le plus tôt
possible. C’était la conséquence
du principe protestant « Sola scriptura »
(l’écriture sainte comme seule base
de la foi) qui a donné aux protestants
un léger avantage sur les catholiques
dans le développement.
À côté de la demande, il y a l’offre
de religions : catholicisme,
protestantisme (avec ses dissidences),
judaïsme, islam, hindouisme,
bouddhisme, etc. Laurence Iannaccone,
professeur à la George Mason
University, distingue deux modèles
d’organisations religieuses sur le plan
économique. Il y a d’abord les formes
« congrégationnistes » : ce sont celles du
christianisme, du judaïsme et de l’islam.
Ces religions offrent des biens collectifs
et encouragent l’action collective
et la production de biens communs.
Elles fonctionnent comme des clubs,
organisés autour de la recherche
de « rétributions » (rewards : la sainteté,
par exemple) et de « contreparties » :
le salut dans l’au-delà, pour l’essentiel.
D’autres religions, spécialement
les religions orientales, ne fonctionnent
pas comme des clubs, mais comme
des entreprises : elles délivrent aux
individus des prestations religieuses
contre paiement, sans que le fidèle soit
tenu de participer à une organisation
collective du type église. Ces formes
de religiosité sont appelées « clientpratiquant » (elles se développent très
rapidement) par opposition aux formes
« congrégationnistes ».
Ainsi se structurent l’offre
et la demande de religions. Il reste
à en organiser le marché et, pour
les pouvoirs publics, à définir les règles
minimales de son fonctionnement.
Toute religion tend, et c’est naturel,
à vouloir établir son monopole.
Dans le cas contraire, on pourrait dire
qu’une religion n’aurait plus la foi. Mais
(et dans d’autres pays d’Europe,
d’ailleurs) où les immigrés musulmans
le restent. C’est plutôt dans l’autre sens
que se font les conversions.
L’explication n’est pas à chercher
du côté de la demande, mais de l’offre :
le protestantisme (à l’exception
des évangélistes) est sécularisé,
le judaïsme (pour des raisons politiques)
n’est pas une alternative, quant
au catholicisme, il est si engagé
dans un dialogue interreligieux qu’il fait
tout son possible pour ne pas convertir
de musulmans. Et il réussit.
Enfin, l’alternative de la laïcité
est à ce point dépourvue de spiritualité
et de chaleur communautaire qu’elle
est incapable
de séduire
Faute de concurrents religieux
les musulmans.
suffisamment affirmés et dynamiques, Les musulmans
restent donc
on ne saurait exclure que les musulmans musulmans et faute
deviennent, à long terme, la force centrale de concurrents
religieux
de l’oligopole religieux de la France
suffisamment
affirmés
et dynamiques, on ne saurait exclure
le catholicisme et, en définitive, comme
qu’ils deviennent, à long terme, la force
une religion de substitution. Or cette
centrale de l’oligopole religieux
religion par défaut, sans spiritualité, sans
de la France.
guère de fidèles, sans rayons ni chaleur
Cette évolution se fera d’autant plus
est un pâle substitut. Notons tout d’abord
facilement que les fidèles musulmans
que la pire erreur des pouvoirs publics
de France sont issus de pays où
a certainement été la révocation
le monopole de droit est la règle,
de l’édit de Nantes en 1685. En se privant
ce qui leur confère dans les « pays
de la concurrence vivifiante des
de mission » ce qu’on appelle
protestants, l’Église de France s’est
en économie un avantage déloyal
installée dans une rente de situation
sur le marché des religions. Une vraie
qui l’a appauvrie intellectuellement
politique publique de la concurrence
et spirituellement jusqu’en 1789
en matière religieuse exigerait
et qui a fait d’elle le bouc émissaire
que les monopoles de droit
des révolutionnaires et des esprits
des pays musulmans deviennent
avancés depuis. L’offre catholique
« contestables », c’est-à-dire ouverts
en est sortie très affaiblie depuis les
à d’autres religions. Mais, hélas,
années 1960 et sa capacité à convertir,
comme disait Kipling :
dans le cadre de nos frontières,
«Ceci est une autre histoire.»
est désormais presque nulle. C’est
paradoxal. En effet, un des faits les mieux
* Ancien élève de l’ENA et haut
établis de l’économie des religions
fonctionnaire, Jean-Philippe Vincent
est que les immigrants tendent,
enseigne l’économie des grandes
au bout d’un certain temps, à adopter
questions démocratiques à Sciences Po.
la ou les religions de leur pays d’accueil.
Il est notamment l’auteur
C’est ce qu’a montré l’économiste
de « Qu’est-ce que le conservatisme ?
Darren Sherkat dans une étude en 2011.
Histoire intellectuelle d’une idée
Or rien de tel ne se produit en France
politique »(Les Belles Lettres, 2016).
lorsqu’un monopole de fait se constitue
(cas du catholicisme en Pologne),
les pouvoirs publics ont le devoir
de rendre ce monopole « contestable »,
pour reprendre l’expression
des économistes, c’est-à-dire faire
en sorte que l’entrée d’une nouvelle
religion sur le marché soit toujours
possible. C’est d’ailleurs très sain
pour la religion en place dont les dérives
possibles (risques de sclérose, rentes
de situation) sont ainsi contenues
par l’éventualité d’un concurrent.
Le cas français est complexe. La laïcité
est une belle chose, mais elle a été
conçue par beaucoup de ses thuriféraires
comme un instrument de lutte contre
«
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Natacha Polony
Appellation d’origine humiliée
ls ont voulu sonner le tocsin,
avant que d’avoir à sonner le glas.
Dans un texte commun publié
par Libération le lundi 14 mai,
des grands chefs, des vignerons,
des journalistes, des acteurs,
ont protesté contre l’autorisation
prochaine d’utiliser du lait pasteurisé
dans l’élaboration du camembert
de Normandie d’appellation d’origine
protégée. Oui, la défense d’un fromage
peut mobiliser tant de bonnes volontés.
Parce que le camembert, plus que toute
autre pâte fermentée, porte une part
du patrimoine français. Il raconte cette
géographie faite de bocages verdoyants,
ces siècles d’élevage pour aboutir à des
races de vaches aux vertus fabuleuses, et
ce savoir-faire transmis. Voilà du moins
ce qui devrait être. Mais le camembert
nous raconte aussi, à travers son histoire
récente, le sort de notre agriculture
et de notre artisanat, confrontés
I
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
à une industrialisation qui détruit
la nature même des produits.
Ce qui vaut cette mobilisation sans
précédent, de Jacques Weber à Michel
Troisgros, en passant par Anne-Sophie
Pic et Olivier Roellinger, c’est un accord
sur la révision du cahier des charges
de l’AOP Camembert de Normandie.
Un accord par lequel l’Institut national
de l’origine et de la qualité accepte
désormais la pasteurisation du lait.
« Chauffé à des températures élevées,
explique la tribune, le lait devient une
matière inerte, car on détruit des flores
aromatiques et des ferments indigènes. »
Le produit qui en résulte n’est donc
plus du camembert.
Pour le néophyte qui aurait raté
les précédentes étapes d’une guerre
culturelle menée depuis vingt ans (hélas
dans l’indifférence quasi générale),
il convient de préciser ce qui n’est pas
dans le texte des chefs : cet accord est
ENTRE GUILLEMETS
19 mai 1935 : mort de Thomas Edward Lawrence, dit « Lawrence d’Arabie »
Jacques Benoist-Méchin
RUE DES ARCHIVES/RDA
Il ne lui est plus rien resté
que cette implacable
volonté d’autodestruction
au terme de laquelle la mort
est venue le fracasser au
guidon de sa motocyclette»
ANALYSE
Nicolas Barotte
nbarotte@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À BERLIN
L
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
…
compter un budget de 80 milliards
d’euros. Même si l’économie allemande
génère des excédents budgétaires, c’est
un effort massif. L’enjeu est si grand
que Berlin continue d’en appeler à la
solidarité européenne. Le chef de l’État
français, Emmanuel Macron, a ainsi fait
un pas en direction d’Angela Merkel
en reprenant une idée allemande :
un soutien financier européen
aux communes assumant l’accueil des
demandeurs d’asile. Dans un donnantdonnant, il espère sans doute obtenir
en retour un geste de la chancelière
en faveur de ses propres propositions.
C’est la dernière conséquence de
la politique d’asile : en affaiblissant la
chancelière et en déportant le centre de
gravité de la politique
En affaiblissant la chancelière,
allemande, elle a
réduit les marges de
la politique d’asile a réduit
manœuvre de Berlin
les marges de manœuvre de Berlin
au plan européen.
Angela Merkel est
au plan européen
devenue l’adversaire
des pays de l’Europe centrale, de la
catastrophe, le leader du parti et
Hongrie à l’Autriche, qui ont fait de leur
ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer,
opposition à l’immigration l’axe central
durcit sa ligne, quitte à provoquer
de leur politique. Et de la même manière
les sociaux-démocrates. La grande
que la menace du FN paralysait les
coalition est déjà sous pression. Dans
responsables politiques français, Angela
les sondages, le SPD a sombré à 17 %.
Merkel doit désormais passer chacune
La société allemande est elle aussi
de ses décisions au crible de l’AfD.
sous tension. Le premier défi est
Or toute concession apparente ou réelle
d’intégrer les réfugiés sur le marché
à une Europe de transferts budgétaires
du travail. En 2017, 600 000 d’entre
risque de renforcer les voix
eux touchaient les allocations sociales
des populistes. C’est pourquoi elle est
Hartz IV faute d’avoir pu trouver
aussi réticente face aux propositions
un emploi. Selon Bild, l’accueil
d’Emmanuel Macron quand elles
des demandeurs d’asile a coûté, depuis
touchent à la gouvernance de la zone
2015, 43,25 milliards d’euros. Pour les
euro.
quatre prochaines années, il faudrait
devant la Cour constitutionnelle
contre la décision d’Angela Merkel
de maintenir les frontières ouvertes en
2015 sans avoir consulté le Bundestag.
En intégrant les institutions,
les populistes ne se sont pas assagis. Ils
n’ont pas non plus perdu leurs soutiens
dans l’opinion. Dans la dernière enquête
de l’institut Infratest Dimap pour l’ARD,
l’AfD obtient 14 % d’intentions de vote.
La menace n’est pas hypothétique :
en Bavière, la concurrence des
populistes force les conservateurs de
la CSU à se déporter vers la droite.
Ils craignent de perdre leur majorité
absolue dans le Parlement régional, qui
sera renouvelé en octobre. L’échéance
plombe le jeu politique. Pour éviter la
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
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Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
de Normandie AOP » (non pas
« de luxe », comme l’écrivent nos chefs,
mais véritable, ce qui signifie que les
autres ne le sont pas, et le consommateur
le saura) au lait cru de vache normande,
donc plus authentique que ce qui existait
jusqu’à présent.
Cette bataille se joue dans
un affrontement plus vaste. Faut-il
préciser qu’un fromage cantal AOP peut
aujourd’hui être fabriqué en usine avec
du lait pasteurisé de vache prim’holstein
(celle de la ferme des « mille vaches »)
nourrie au maïs d’ensilage (fermenté
sous bâche plastique car moins cher et
plus calorifique) alors que l’authentique
cantal ne devrait provenir que du lait
cru de vache salers nourrie à l’herbe de
la prairie du 15 avril au 15 novembre. Le
ver du mensonge est déjà dans le fruit de
cette appellation d’origine. Et pendant
que l’on trompe le consommateur,
les responsables de l’AOP s’acharnent
sur les six derniers héros qui se sont
regroupés sous le label « tradition
salers » pour perpétuer ce qu’était
le vrai cantal fermier d’estive. Au lieu
de soutenir les gardiens de ces trésors
et de défendre à tout prix le patrimoine
fromager de tradition, les instances
de l’appellation d’origine, relayées
par une administration policière, font
volontairement le jeu d’une industrie
laitière dont le but est d’éradiquer le lait
cru, parce qu’il ne permet ni les énormes
volumes, ni l’achat au rabais de laits
lointains qui ruinent les éleveurs
français. Dans le processus moderne
de banalisation, nos fromages résistent,
quand ce qu’il reste de notre artisanat
se fait éradiquer. Mais la résistance
passe par une réappropriation
de tous les processus de production,
par le maintien de la biodiversité,
par le refus des rendements financiers,
par la sauvegarde des paysans.
La résistance passe par l’émancipation
du consommateur redevenu un citoyen
et, tout simplement, un homme libre.
VOX
Merkel paralysée
face aux secousses de l’AfD
a crise migratoire n’est
pas terminée. La vague
de réfugiés accueillie
en Allemagne en 2015
et 2016 - plus d’un million de
personnes - continue
d’imprimer ses lignes de choc sur
la politique d’Angela Merkel.
Pour la chancelière, c’est un boulet dont
elle ne se délivre pas. Le bilan
ou les conséquences de sa politique
d’immigration la suivent partout
et à chaque débat.
Le thème continue de faire presque
chaque jour l’actualité. Dernier écho
en date : le scandale qui touche l’Office
des migrations de Brême où quelque
1 200 demandes d’asile y auraient été
accordées entre 2013 et 2017 sans raison
juridique. Une affaire locale ?
Au Bundestag, l’opposition populiste
de l’AfD s’est mise à frémir et à réclamer
une refonte du BAMF. Elle fait feu
de tout bois contre l’immigration,
mêlant tous les sujets à polémique.
« Ce pays est dirigé par des idiots »,
a même lancé la chef de file des
populistes, Alice Weidel.
Angela Merkel n’a pas répondu aux
provocations, agissant comme si les
secousses de l’AfD ne la touchaient pas.
Mais, au-delà de l’inhabituelle
violence verbale, le paysage politique
allemand a été durablement modifié.
Avec ses 92 députés, élus sur une ligne
anti-immigration et anti-islam,
l’Alternative für Deutschland mène
de manière tonitruante son travail
d’opposition, étouffant toutes les autres
voix. Vendredi, le parti a rendu
publique une plainte qu’il a déposée
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
le fruit du bras de fer qui oppose le lobby
industriel laitier et les derniers Mohicans
qui tentent de produire autre chose
qu’un plâtre standardisé. Pourquoi
ne pas les laisser vivre? Parce qu’ils
apportent la preuve que les produits de
l’industrie laitière, malgré le marketing à
coup de paysans en béret et de pâturages
rustiques, ne méritent pas d’être appelés
fromage, et qu’ils empêchent ces mêmes
industriels de s’emparer totalement de
ce formidable label d’authenticité qu’est
l’Appellation d’origine. C’est le principe
même de notre capitalisme : transformer
les objets en marques et les mots en
slogans publicitaires pour engranger
du profit. En l’occurrence, il y a déjà
longtemps que le vrai camembert, au lait
cru, était menacé de perdre la bataille.
D’abord parce que les industriels,
en toute illégalité, et dans le silence
lâche ou complice des pouvoirs publics,
apposent sur leurs fromages la formule
« fabriqué en Normandie » pour
tromper le consommateur. Si l’usine
est bien en Normandie, le lait peut
provenir de n’importe où et être produit
dans les pires conditions. Même
quand fut instauré le Camembert
de Normandie AOP, nul n’avait songé
a préciser ce qui, à l’époque, relevait
de l’évidence : le camembert normand,
c’est de l’herbe normande broutée par
une vache normande, parce que c’est
le métabolisme de cette race adaptée
à cet endroit qui donne sa flore au lait.
Nos grands chefs ont donc raison
de s’insurger, mais ils auraient dû
le faire plus encore avant. Ils ont raison
d’alerter, mais ils devraient également
soutenir celui qui a négocié cet accord,
Patrick Mercier, producteur du seul
et unique camembert fermier bio au lait
cru de vaches normandes, qui a obtenu
ces éléments essentiels : désormais,
le Camembert de Normandie AOP
pourra certes être pasteurisé, mais il sera
à 30 % au lait de vache normande,
et l’on crée un « Véritable Camembert
INTERNATIONAL
- « À Gaza, le Hamas
a gagné à plate couture
la bataille médiatique »,
la chronique de GillesWilliam Goldnadel.
- « Jusqu’où peut aller la
“guerre de Catalogne” ? »,
grand entretien
avec l’historien
Christophe Barret,
auteur de « La Guerre
de Catalogne »
(Cerf, mai 2018).
- « Nucléaire iranien :
le nouvel impérialisme
américain est juridique »,
la tribune de Damien
Martinez, secrétaire
général du Centre
d’analyse du terrorisme
(CAT).
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 112 pages
Sur certaines éditions
Supplément 4
Magazine 136 pages
Cahier TV 68 pages
Supplément 5
Madame 180 pages
A
CHRONIQUE
19
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
20
Jean-Marie Guénois
jmguenois@lefigaro.fr
onseigneur Antoine de Romanet,
55 ans, a été nommé évêque aux
armées par le pape François en
juin 2017. Ce week-end de Pentecôte, il préside pour la première
fois le Pèlerinage militaire international à Lourdes avec 15 000 militaires venus de
40 pays. Y seront présents environ 250 blessés, souvent handicapés à vie, ou malades. Un siècle après
l’armistice de 1918, l’un des thèmes de ce rassemblement unique sera « Quelle justice pour quelle
paix ? ». En France, les armées comptent 120 aumôniers militaires catholiques d’active.
Vous avez plongé, depuis bientôt un an,
dans l’univers de l’armée. Quel est le moral
des troupes ?
L’armée ressent plus que jamais sa place fondatrice
au cœur de nos institutions et au service de la nation. Elle est puissamment mise à contribution, aussi bien sur le territoire national que dans des opérations extérieures. Les soldats de l’armée de terre, les
marins, les aviateurs, les gendarmes, ainsi que tous
les hommes et les femmes des services qui les soutiennent, sont extrêmement sollicités. Le commandement est lui aussi mobilisé. Je perçois beaucoup
de fierté dans le service de la France et de ses idéaux.
Si les militaires font face sur le terrain avec courage,
cela met cependant à rude épreuve leur vie familiale… Le «plan famille» mis en œuvre par la ministre
des Armées est destiné à répondre à ce besoin clairement identifié.
N
V
OU
EA
Mgr de Romanet : « S’il est un lieu
de fraternité, c’est bien l’armée »
Le nouvel évêque aux armées préside ce week-end la 60e édition du Pèlerinage
militaire international à Lourdes.
Dans ce contexte tendu les aumôniers
militaires sont-ils aussi là pour soutenir le moral
des troupes ?
L’une des caractéristiques de l’aumônier est d’avoir
toujours le grade de celui à qui il parle. Il est donc à
l’aise avec chacun. Car la fonction première de
l’aumônier militaire est de partager la vie de tous,
dans une dimension d’écoute, de disponibilité et de
confidentialité… C’est une présence de gratuité, un
soutien hors hiérarchie et sans finalité opérationnelle. C’est essentiel pour le moral des troupes. La
guerre ne se fait pas d’abord avec des armes, mais
avec des hommes.
L’aumônier, pour autant, n’est pas un psychologue ?
Nous veillons à cette claire distinction des rôles. Notre registre, ce sont les questions de sens, de vie spirituelle. Il s’agit d’éclairer l’homme, d’humaniser la
guerre. On quitte alors le grade, la fonction : c’est
une personne qui rencontre une autre personne,
quelle que soit sa religion ou son absence de croyance. L’aumônier se rend disponible à tous, que sa demande soit simplement humaine, spirituelle ou,
plus directement, cultuelle.
L’islam, dans les rangs de l’armée française,
est-il un problème ?
PRÉSENTE
LA FRANCE
ET SES INVENTEURS DE GÉNIE !
TÉ
INVEN
ANCE
EN FR
Les Français sont fiers de compter dans
leur panthéon d’illustres inventeurs tels que
Louis Pasteur ou les frères Lumière.
Mais connaissent-ils le nom de Georges
Gauthier, l’inventeur du scooter, que tout
le monde croit italien ? Notre pays recèle de
merveilleux découvreurs dont les noms sont
souvent restés injustement méconnus.
Ces « 100 inventions » nous les remettent
en mémoire, en même temps qu’elles
témoignent de l’éternel génie de la France .
des
« L’une
caractéristiques
de l’aumônier est
d’avoir toujours
le grade de celui
à qui il parle.
Il est donc à l’aise
avec chacun. La
fonction première
de l’aumônier
militaire est
de partager la vie
de tous, dans
une dimension
d’écoute,
de disponibilité et
de confidentialité...
C’est une présence
de gratuité,
un soutien
hors hiérarchie
et sans finalité
opérationnelle
»
A
MGR ANTOINE DE ROMANET
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EN VENTE ACTUELLEMENT
chez tous les marchands de journaux et sur www.figarostore.fr
L’engagement d’un soldat se vit aux côtés d’un
compagnon d’arme que je n’ai pas choisi et qui ne
m’a pas choisi. En opération, je suis responsable de
ta vie et toi de la mienne. Les armées convoquent
ainsi à la vérité du réel. Il faut ici quitter les postures,
les théories… Il s’agit d’un creuset unique et exemplaire, où des jeunes de toute confession religieuse
ou non, de toute culture et de tous horizons rencontrent d’autres hommes dont ils ont à découvrir la
dignité, le respect, la richesse. S’il est un lieu de fraternité concret, quotidien et exemplaire, ce sont
bien les armées.
Mais pourquoi cette nécessité de redire ce qu’est
la laïcité : le ministère des Armées vient de publier
un livret spécifique à cet égard. Cette notion est-elle
menacée dans les rangs militaires ?
Tout au contraire ! La laïcité n’est en rien un problème, elle est en tout une solution. Dans les armées, on
n’est pas dans l’idéologie ou les concepts abstraits.
On est sur le terrain. Ce sont des hommes qui sont
avec d’autres hommes. Ces hommes servent leur
pays avec le tout de ce qu’ils sont. Il s’agit d’articuler
et de conjuguer les questions les plus essentielles de
chacun avec le service de tous, dans le plus grand
respect des libertés et des convictions des uns et des
autres.
U
9€
« Notre présence consiste
à rappeler la valeur
absolue et la dignité
de la vie humaine. L’autre,
à tout jamais, est d’abord
mon frère ! Ce ne sera
jamais par les armes,
mais par la justice,
la dignité et le
développement,
que l’humanité trouvera
la paix. »
La croix portée par l’aumônier chrétien
contredit-elle l’arme portée par le militaire ?
Le Christ invite Pierre à rentrer son arme au fourreau. Les aumôniers militaires ne portent pas d’armes, sauf circonstances exceptionnelles. Par exemple en cas d’embuscade, l’aumônier ne doit pas
mettre en danger la vie de ceux qu’il accompagne.
La question n’est donc pas tant l’arme que l’usage de
l’arme. Notre présence consiste à rappeler la valeur
absolue et la dignité de la vie humaine. L’autre, à
tout jamais, est d’abord mon frère ! Ce ne sera jamais
par les armes, mais par la justice, la dignité et le développement, que l’humanité trouvera la paix.
Quant à la force, elle ne se comprend que dans la défense du plus petit, du plus faible. Au fond, l’aumônier militaire est comme un veilleur, source humble
et fidèle de lumière et d’espérance qui doit toujours
conduire à élever les cœurs vers le meilleur. Sans ce
témoignage de gratuité, il y aurait à craindre l’apothéose d’un matérialisme déshumanisant, menant
tout droit à la barbarie.
Le pape François combat pourtant avec énergie
l’arme nucléaire, et les armes tout court…
C’est un sujet essentiel. Le Pape déploie une vision
qui est une invitation au désarmement pour libérer
notre planète des armes de destruction massive, au
premier rang desquelles le nucléaire. C’est l’honneur et la dignité de l’Église catholique de le dire et
d’interpeller notre monde sur cette capacité de
s’autodétruire plusieurs fois. Il convient aussi de
réaliser la complexité du sujet. Car la notion de dissuasion est distincte de l’arme nucléaire en tant que
telle. Il faut aussi prendre en compte les menaces
liées aux technologies nouvelles ou aux armes
chimiques. Elles pourraient nous faire regarder la
situation nucléaire actuelle comme une période privilégiée de paix à l’échelle de l’histoire humaine…
Enfin la dissuasion repose sur un équilibre. Il ne faudrait pas qu’une dénucléarisation malmenée ne
vienne tout déséquilibrer ! La position du Saint-Siège d’inviter à réunir les conditions d’une possible
dénucléarisation est prophétique. La question est
celle du chemin à emprunter pour y parvenir. C’est
un sujet sur lequel je travaille avec beaucoup d’attention en ce moment. ■
LUCAS BARIOULET
LE FIGARO. - Vous présidez pour la première fois
le Pèlerinage militaire international (PMI)
à Lourdes. Sera-t-il marqué par le souvenir
de la mort tragique du colonel Beltrame ?
Mgr Antoine DE ROMANET. - Le PMI a été fondé à la
suite de la Seconde Guerre mondiale dans le but
d’affermir la réconciliation franco-allemande. Il
s’agit de faire œuvre de paix, de réconciliation, de
fraternité. Arnaud Beltrame, par son acte, est une
lumière sur ce chemin. Il illustre les vertus militaires
de don de soi, d’honneur, de fidélité, sans limites et
sans réserves, jusqu’au sacrifice suprême. Avec lui,
la France a été saisie par le contraste entre une figure de lumière et une figure de ténèbres. Entre une
figure de vie, de don, d’offrande, et une figure de
prédation, de destruction, de mort. Par son geste,
les Français ont davantage réalisé combien leur
sécurité dépend de l’engagement des forces armées
et de la police. Il a rappelé que chaque militaire engage sa propre vie pour préserver celle de ses
concitoyens.
RENCONTRE
M
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 944 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
LE GRAND TÉMOIN
CHRISTOPHE CUVILLIER : « LES
ENSEIGNES TRADITIONNELLES
ONT UN AVENIR » PAGE 26
LE GOUVERNEMENT CHERCHE
À RÉDUIRE LES DÉPENSES
DE PRESTATIONS SOCIALES PAGE 24
Christope Cuvillier, président du directoire d’Unibail-Rodamco
Les premiers
succès de la
méthode Trump
STEVE HELBER/AP, NG HAN GUAN/AP, FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Concessions arrachées à ses
partenaires commerciaux, économie
florissante, le président américain
pavoise. Jusqu’à quand ? PAGES 22 ET 23
Donald Trump
pendant
sa campagne
électorale, en 2016.
EDF garde ses tarifs réglementés pour les ménages
C’est une bonne nouvelle pour
EDF. Le Conseil d’État a validé
vendredi le principe de tarifs régulés pour l’électricité, qui vise à
mettre à l’abri du marché ce « bien
de première nécessité ». Engie
(ex-GDF Suez) et l’Association
nationale des opérateurs détaillants en énergie (Anode), qui
regroupe des opérateurs alternatifs, avaient déposé un recours
contre une décision du 27 juillet
2017 du gouvernement fixant le
niveau des tarifs réglementés de
le PLUS du
FIGARO ÉCO
JENNYFER
La griffe de mode
pour jeunes filles
mise en vente
PAGE 25
LA SÉANCE
DU VENDREDI 18 MAI 2018
CAC 40
5614,51
-0,13%
DOW JONES (18h)
24751,08 +0,15%
ONCE D’OR
1288,30 (1289,50)
PÉTROLE (lond)
79,090 (80,310)
EUROSTOXX 50
3573,76 -0,51%
FOOTSIE
7778,79 -0,12%
NASDAQ (18h)
6892,76 -0,13%
NIKKEI
22930,36 +0,40%
vente (TRV) d’électricité. Leur argument était que ces tarifs que
seul EDF peut pratiquer constituent une entrave à la concurrence. Plus de 27 millions de
consommateurs en bénéficient.
Le Conseil d’État a finalement jugé
que cette entrave au développement de la concurrence se justifie :
l’électricité est une énergie « non
substituable », ne serait-ce que
pour l’éclairage ou l’usage d’appareils ménagers. Ce qui n’est pas le
cas pour le chauffage. Le juge esti-
me que la réglementation actuelle
est justifiée, et que sa suppression
« risquerait d’entraîner une volatilité
des prix qui ne pourrait être encadrée
de manière appropriée par des mesures temporaires ». Le juge ajoute
que cette réglementation n’est pas
discriminatoire dès lors que les
opérateurs alternatifs ont la possibilité de proposer des tarifs alignés
sur les tarifs réglementés.
Actuellement, selon la Commission
de régulation de l’énergie, le prix
du marché est en moyenne infé-
rieur de 9 % à 10 % à celui du tarif
réglementé dans l’électricité et de
8 % à 10 % dans le gaz pour l’offre
la moins chère à Paris.
Pour le gaz, le Conseil d’État avait
jugé en juillet que les tarifs réglementés - que seul Engie peut proposer - sont contraires au droit
européen. Le gouvernement envisage leur fin progressive, avec leur
extinction d’ici à 2023 pour les particuliers. Cette disposition pourrait
être contenue dans la loi pacte sur
la croissance des entreprises.
L'HISTOIRE
Les annonceurs chinois se ruent sur
Facebook, pourtant interdit dans le pays
oin des yeux, près du
portefeuille. Depuis 2009,
Facebook est interdit en Chine.
Pas de quoi freiner les ardeurs
des marques chinoises. L’empire
du Milieu est le deuxième pays en termes
de chiffre d’affaires publicitaire pour
Facebook, après les États-Unis, selon une
étude du cabinet Pivotal Research. Mieux
encore, les organes de propagande de
Pékin achètent des campagnes de publicité
sur Facebook… alors que ce même
gouvernement censure le réseau social
sur son territoire ! Mais les affaires restent
les affaires, la Chine et Facebook
se trouvent des
terrains d’entente.
La première voit
dans le réseau
social un potentiel
énorme pour
toucher un public
occidental.
Les marques
de smartphones
comme Huawei ou
Xaomi, le géant
L
du e-commerce Alibaba, ou encore
le fournisseur d’accès Internet Tencent
l’utilisent largement pour faire leur promotion.
Selon Pivotal Research, les développeurs
d’applications mobile chinois débourseraient
à eux seuls 1 à 1,5 milliard de dollars,
afin de toucher des clients à l’étranger.
De son côté, Facebook, toujours pragmatique,
y voit une manne d’utilisateurs potentiels
considérable : 700 millions d’internautes.
Pour placer ses pions malgré l’interdiction,
la firme a lancé en toute discrétion
en 2017 une application de partage
de photos (notre photo). Elle cherche
aussi à ouvrir un bureau à Shanghaï.
En 2017,
Facebook
a engrangé
40 milliards
de dollars
de revenus.
Cette année,
les annonceurs
chinois devraient
en investir près
de 5 milliards. ■
MARIUS FRANÇOIS
C’est une excellente nouvelle pour
le site d’Hambach, en Moselle.
Daimler, propriétaire des marques
Mercedes et Smart, annonce un investissement de 500 millions
d’euros pour y produire un véhicule
électrique qui sera siglé Mercedes
EQ, la « griffe » électrique de la
marque à l’étoile. L’usine d’Hambach, inaugurée en 1997, n’a fabriqué, jusqu’à aujourd’hui, que des
Smart, la marque de petits véhicules urbains de Daimler. La dernière génération 2-portes de ces
petits véhicules est assemblée sur
ce site. En revanche, c’est l’usine
Renault de Novo Mesto, en Slovénie, qui produit la version 4-portes.
Les ventes de Smart ont du mal à
décoller. Ce qui n’est pas sans
conséquence pour la pérennité de
l’usine d’Hambach. L’arrivée d’une
Mercedes sur les lignes représente
donc une excellente nouvelle.
Cette annonce s’inscrit dans une
stratégie « électrique » très volontariste de Daimler. Le constructeur
veut lancer plus de dix modèles
électriques d’ici à 2022. Avec des
initiatives originales dans la distribution. En France, Mercedes va ainsi
ouvrir un « corner » électrique et
hybride dans le centre commercial
de Parly 2, près de Paris.
Toutes les Smart vendues en Europe et aux États-Unis vont devenir
électriques à partir de 2020. L’usine
d’Hambach va, forcément, se spécialiser dans l’électrique. C’est pour
profiter de cette spécialisation
qu’une Mercedes compact sera
localisée sur le site lorrain. Le
constructeur allemand met en
avant l’accord de compétitivité signé en 2016 pour justifier l’investissement. « La signature il y a deux
ans par les coéquipiers de l’usine du
Pacte 2020 a contribué à une amélioration sensible de la compétitivité
du site », explique ainsi Annette
Winkler, responsable Smart Monde,
dans un communiqué.
Cette Mercedes ne sera toutefois
pas la première fabriquée en France.
L’utilitaire Mercedes Citan est produit depuis 2012 dans l’usine Renault de Maubeuge.
E. E.
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(incluant le résumé du Prospectus) sont disponibles sans frais et sur simple demande au siège social de ELSALYS
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Tout investissement en actions comporte des risques. Les investisseurs sont invités, avant de prendre leur décision
d’investissement, à se reporter au chapitre 4 « facteurs de risques » figurant dans le Document de base enregistré 19 avril
2018 sous le numéro I.18-019 et au chapitre 2 « facteurs de risques liés à l’offre » et en particulier sur le risque de liquidité
et les risques liés à une insuffisance des souscriptions entrainant un décalage du plan de développement de la Société.
A
ÉCONOMIES
UNE MERCEDES
ÉLECTRIQUE
FABRIQUÉE
EN FRANCE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
22
Trump le « négociateur en chef » engrange
Le très controversé président américain a obtenu des concessions de plusieurs partenaires commerciaux. Sur
Des indicateurs
au vert
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
TAUX DE CHÔMAGE, en %
Élection
de Trump
5
3,9 %
4
3
Janv. 2015
Avril 2018
Source : Bloomberg
EMPLOIS INDUSTRIELS
CRÉÉS CHAQUE MOIS,
en milliers
12,6
12,5
Élection
de Trump
12,4
12,3
12,2
2015
2016
2017 2018
Source : Bureau of Labor Statistics
CONFIANCE DES MÉNAGES,
Base 100 en 1966
100
95
Élection
de Trump
90
85
Juill. 2016
Janv. 2018
Source : Université du Michigan
Infographie
AMÉRIQUE Sur le climat, l’Iran, Israël, il s’est mis au ban de la communauté internationale. Ses tweets
rageurs matinaux, son imprévisibilité, sa brutalité, laissent pantois.
Ses démêlés avec le FBI et la justice
interrogent sur sa capacité à mener
son mandat jusqu’à son terme.
Et pourtant. La méthode de Donald Trump, exposée il y a trente
ans déjà, dans son best-seller l’Art
du deal, du temps où le futur président de la première puissance
mondiale n’était qu’un loup newyorkais de l’immobilier, semble
faire mouche. Depuis qu’il est installé à la Maison-Blanche, Donald
Trump l’a éprouvée à plusieurs reprises, notamment avec la Corée
du Nord. Il profère les pires menaces, exerce une pression maximale
sur l’adversaire ou le partenaire,
puis se dit prêt à discuter.
Sur le front commercial, le président américain a marqué des
points. Il a arraché des concessions
au Brésil, son deuxième fournisseur
d’acier (lire ci-dessous) ainsi qu’à la
Corée du Sud. Évidemment, disposer du plus gros budget militaire de
la planète (610 milliards de dollars,
davantage que les sept pays suivants réunis) et diriger la première
économie (un PIB de 19 000 milliards de dollars, une fois et demie
celui de la Chine) offre quelques arguments. « Face à des “petits”
pays, les États-Unis ont des leviers
de négociations, commente Steven
Friedman, économiste américain
chez BNP Paribas AM. Mais avec des
grands pays comme la Chine, il faudra sûrement de longues négociations pour trouver un compromis. »
vision pessimiste. À 3,9 %, le chômage est au plus bas depuis près de
vingt ans, l’industrie crée des emplois, les ménages ont davantage
confiance qu’au début du mandat.
Résumé en langage Trump, cela
donne ce tweet, publié jeudi :
« Malgré la chasse aux sorcières dégoûtante, illégale et injustifiée, nous
De fait, Washington et Pékin ont
repris leurs négociations vendredi.
L’Administration Trump a fixé un
ultimatum à mardi prochain,
22 mai : faute d’accord, les ÉtatsUnis imposeront des droits de
douane sur des produits chinois
importés représentant une valeur
de 50 milliards de dollars. L’issue
est encore très incertaine, mais
Trump a réussi à amener les
Chinois à la table pour discuter
d’une réduction du déficit commercial américain.
A
Une usine automobile
à Puebla, au Mexique.
GONZALEZ/BLOOMBERG
Les négociations butent sur
quatre sujets : la proportion de
contenu nord-américain dans les
automobiles, l’instance juridique
compétente pour trancher des litiges, l’accès des Canadiens et
Mexicains aux marchés publics
américains et l’insistance de l’Administration Trump pour laisser
l’Alena expirer tous les cinq ans si
l’accord ne semble pas fonctionner comme prévu.
108
milliards de dollars
déficit commercial
des États-Unis avec
le Mexique en 2017
64
milliards de dollars
Déficit commercial
des États-Unis
avec le Canada
en 2017
Un leg solide
« Il n’y a pas eu de changement majeur de tendance depuis l’arrivée de
Trump, nuance Christian Leuz,
économiste allemand installé de-
L’Europe prévient l’OMC
qu’elle est prête à riposter
Washington n’a pas non plus gagné
son bras de fer contre l’Europe.
L’Union européenne affiche au
moins une unité de façade. Elle a
même notifié, vendredi, à l’OMC
(Organisation mondiale du commerce) qu’elle est prête à prendre
des contre-mesures tarifaires. Au
sommet de Sofia, jeudi, les chefs
d’État européens ont répété qu’ils
voulaient d’abord une exemption
définitive des surtaxes sur l’acier et
l’aluminium avant de négocier une
plus grande ouverture de leur
marché.
«Au moins, Donald Trump a eu le
mérite d’encourager le débat sur
l’impact de la mondialisation sur
l’économie, c’est sain », remarque
Steven Friedman, pourtant critique
du président. « Sa tactique de négociation est de taper fort et de se faire
mousser auprès de son électorat,
ajoute Florence Pisani, économiste
chez Candriam et coauteur d’un livre sur l’économie américaine (*).
C’est un jeu assez dangereux, car
cela crée de l’incertitude et reporte
les projets d’investissement. » Les
bons indicateurs qui se succèdent
semblent pourtant démentir cette
Avec le Mexique et le Canada,
les négociations se prolongent
L’Alena 2.0 n’est pas prêt. Mais
pour le moment personne n’ose
déclarer morte cette version modernisée de l’accord de libreéchange nord-américain, regroupant États-Unis, Canada et
Mexique. Pas même Donald
Trump, qui a pourtant tant décrié
l’Alena. Les négociations continuent. Les trois parties « ne sont
en aucun cas proches d’un accord », juge Robert Lighthizer, le
négociateur américain.
Le suspense est synonyme de
statu quo. Plutôt une bonne nouvelle aux yeux des milieux d’affaires, très attachés à l’Alena et qui
s’alarmaient de la promesse du
candidat Trump de « déchirer ce
traité catastrophique, responsable
de la perte de millions d’emplois ».
La philosophie de Donald
Trump sur l’Alena a évolué depuis
son élection. Le président nationaliste a ainsi découvert que « déchirer » l’accord porterait gravement tort aux agriculteurs de son
pays qui tendent à voter républicain. En outre son idée naïve selon
laquelle les constructeurs automobiles pourraient facilement rapatrier du Mexique aux États-Unis
leurs productions pour relancer
l’emploi industriel, s’est heurtée à
la réalité plus complexe de chaînes
d’approvisionnement à cheval sur
deux frontières.
avons accompli les meilleurs 17 premiers mois d’une Administration
dans l’histoire américaine ».
Sur le premier point, des progrès ont été réalisés ces derniers
jours. Une solution augmentant à
la fois le contenu nord-américain
et une formule prenant en compte
la contribution à la valeur ajoutée
d’un véhicule, de main-d’œuvre
payée au moins à 16 dollars de
l’heure,
serait
envisageable.
L’idée est de réduire l’incitation
des constructeurs à localiser au
Mexique leurs emplois à valeur
ajoutée modeste. Pour autant les
Mexicains, eux aussi en campagne
électorale, ne sont pas prêts à jeter
leur modèle économique à la poubelle.
Calendrier électoral
Même si Donald Trump décidait
soudain de dénoncer l’Alena, en
vigueur depuis 1994, six mois
s’écouleraient avant que cela
puisse être effectif. Entre-temps
des négociations pourraient être
réamorcées. Sans compter qu’il
n’est pas certain que juridiquement le président des ÉtatsUnis puisse vraiment abandonner le traité sans un vote du
Congrès…
Le président de la Chambre des
représentants, Paul Ryan, avait
initialement donné à l’Administration Trump jusqu’au 17 mai
pour présenter le nouvel accord.
Adoptant une lecture plus souple
de la loi, il juge maintenant pouvoir attendre début juin. Mais audelà, les délais imposés par la loi
pour donner le temps aux législateurs d’étudier le traité, sont tels
que le Congrès ne pourrait pas se
prononcer avant la fin de l’année,
donc avant la fin du renouvellement du Parlement lors des élections de « mid-term », en novembre.
Sur ce dossier commercial, crucial pour les États-Unis, la complexité de la réalité a rattrapé Donald Trump ; la partie de bras de
fer à trois n’est pas jouée. ■
P.- Y. D.
Le pistolet sur la tempe,
le Brésil a reculé sur l’acier
MICHEL LECLERCQ £@mgmleclercq
RIO DE JANEIRO
Les Américains ont imposé « une négociation du style Al Capone ».
« Vous obtenez plus facilement ce que
vous voulez quand vous pointez un revolver sur la tempe de l’autre. » Le
président de l’Association des industriels brésiliens de l’aluminium,
Milton Rego, a résumé l’impuissance des Brésiliens après que
l’Administration de Donald
Trump n’eut laissé aucun
Le Brésil était en 2017
choix au pays sud-américain
le 2e fournisseur d’acier
sinon se plier à son diktat : lides États-Unis
miter volontairement ses exderrière le Canada
portations d’acier ou se voir
imposer des taxes.
Le Brésil, comme l’Union européenne, la Corée du Sud, le Mexique,
l’Argentine, l’Australie et le Canada,
était visé par les taxes de 25 % sur
l’acier et de 10 % sur l’aluminium
annoncées en mars par le président
américain pour protéger son industrie. Fin avril, les États-Unis ont annoncé être parvenus à un « accord de
principe » avec le Brésil, son deuxième fournisseur en acier, précisant
que les détails seraient rapidement
Une aciérie
finalisés. Pour le gouvernement bréd’ArcelorMittal Brasil,
silien et les industriels du secteur de
à Serra, dans l’État
l’acier qui espéraient une exemption
Espirito Santo.
au moins partielle, cette annonce a
RICH PRESS/BLOOMBERG
fait l’effet d’une douche froide. Ils
2e
ont fermement nié qu’il y ait eu un
accord. « Ce fut une décision unilatérale, il faut le dire clairement », a lancé le ministre de l’Industrie et du
Commerce extérieur Marcos Jorge.
En 2017, le Brésil a exporté aux
États-Unis près de 5 millions de tonnes d’acier, soit près du tiers de ses
exportations globales, pour 2,5 milliards de dollars. La plus grande part,
80 %, est constituée de produits
semi-finis utilisés par l’industrie sidérurgique américaine. Les Brésiliens en ont d’ailleurs fait leur principal argument pour tenter d’arracher
des concessions à Washington. En
vain. Le Brésil a donc assuré qu’il se
plierait aux quotas américains. Par
rapport à 2017, cela représente une
réduction allant de 7,4 % jusqu’à
60 % pour certains produits finis, selon l’Institut brésilien de l’acier.
Brasilia isolé
En revanche, les industriels de l’aluminium ont choisi de payer la taxe de
10 % plutôt que d’accepter une réduction d’un quart de leurs ventes.
« Le secteur de l’acier a déjà capitulé », estime Livio Ribeiro, économiste à l’Institut brésilien d’économie de
la Fondation Getulio Vargas. La bataille était perdue d’avance entre la
1re et la 9e économie mondiale. « Le
Brésil n’a pas une économie suffisamment forte et le secteur de l’acier a
beaucoup plus à perdre qu’à gagner
s’il n’accepte pas les quotas », ajoute
le chercheur.
Globalement, la balance commerciale entre les deux pays est à peu
près équilibrée, avec un solde positif
de 2 milliards de dollars en 2017 pour
le Brésil. Mais, depuis quelques années déjà, la Chine a détrôné les
États-Unis comme premier partenaire commercial du Brésil. Les liens
se sont aussi distendus politiquement, laissant Brasilia isolé. Le viceprésident américain, Mike Pence, a
ainsi visité deux fois l’Amérique latine mais a évité le géant brésilien englué dans des scandales de corruption. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
La bonne conjoncture
occultée par le trublion
puis quinze ans aux États-Unis, à
l’University of Chicago Booth
School of Business. Obama a laissé
une économie en bonne santé, il est
encore trop tôt pour attribuer les
bons résultats à Trump. »
Ce leg solide est aussi largement
imputable à dix ans de politique
monétaire généreuse de la Fed,
En février 2017,
Donald Trump avait invité
des mineurs de charbon
à la Maison-Blanche
pour assister à la signature
d’une résolution
allègeant les règles
environnementales
aux États-Unis. KASTER/AP
rappellent de nombreux économistes. Sa réforme fiscale, arrachée
de haute lutte au Congrès, devrait
tout de même avoir un impact positif sur l’économie. Elle a gonflé le
profit des entreprises et permis à
certaines comme Apple de rapatrier des milliards mis à l’abri à
l’étranger. Florence Pisani pondère
encore : une enquête récente de la
réserve fédérale d’Atlanta indique
que moins de 10 % des entreprises
envisagent d’investir davantage
malgré les réductions d’impôt.
Quant aux ménages, ils pourraient perdre en impôts locaux
(ceux des États) ce qu’ils ont gagné
sur les impôts fédéraux. Même si le
programme des grands travaux
reste encore dans le flou, les dépenses votées par le Congrès devraient
cependant soutenir l’activité de
0,3 % de PIB supplémentaire,
concède Florence Pisani.
Un surcroît de dépenses qui
pourrait léguer au successeur de
Trump « un déficit budgétaire de
plus de 5 % du PIB et une dette
alourdie », avertit Steven Friedman. Il faudra attendre la fin de
l’année pour mieux mesurer l’impact des mesures de Trump. Surtout, il ne faut jamais oublier
qu’aux États-Unis, en matière de
politique intérieure, rien ou presque ne se décide sans le Congrès.
« Il y a comme un pacte de Faust entre Trump et les parlementaires républicains, explique Christian Leuz.
En échange d’avancées sur des sujets qui leur sont chers, ils sont obligés d’accepter le style Trump. »
Jusqu’à ce que les divergences sur
l’immigration et le libre-échange,
ou les élections de novembre, ne
fassent voler ce pacte en éclats. ■
(*) « L’Économie américaine », avec Anton
Brender, éditions La Découverte.
L’allié sud-coréen
courbe l’échine
SÉBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
SHANGHAÏ
Donald Trump est encore loin
d’avoir arraché un « deal » sur le
nucléaire avec Kim Jong-un, mais il
a déjà tiré les bénéfices sur le front
commercial de son bras de fer avec le
« Leader suprême » nord-coréen.
L’une des premières victimes de sa
stratégie de « l’Amérique d’abord »,
est son propre allié la Corée du Sud, à
portée de l’artillerie de Pyongyang.
Washington a conclu en mars une
renégociation au pas de charge de
l’accord de libre-échange bilatéral
Korus, décrit comme « horrible », et
« tuant » 200 000 emplois, selon le
candidat Trump. Un symbole de sa
détermination à défendre coûte que
coûte les intérêts américains, même
à l’encontre de ses alliés les plus fidèles, affirme la Maison-Blanche.
En quelques mois, Séoul a fait des
concessions en particulier sur le secteur automobile, courbant l’échine
devant le bulldozer Trump qui enregistre un déficit commercial de
21 milliards de dollars. « Sa stratégie
paie et lui permet d’arracher des
meilleures conditions », constate un
diplomate européen, alors que l’UE a
également un accord bilatéral avec
Séoul depuis 2011, mais enregistre,
elle, un bénéfice commercial avec la
4e économie d’Asie.
Si les États-Unis n’ont rétabli
aucun droit de douane, ils ont arraché un doublement des quotas d’exportations de 25 000 à 50 000 véhicules américains pour chaque
constructeur sur un marché particulièrement fermé. Ils ont également
obtenu un allongement jusqu’en
2041 des protections pour les
constructeurs de camions américains face aux concurrents du pays
du Matin-Calme. Mieux, sur le front
monétaire, Séoul s’engage à ne plus
manipuler sa devise, le won, à la
baisse, comme il l’a fait pendant de
longues années.
Comment le trublion américain a-
t-il pu arracher si rapidement des
concessions de la part d’un partenaire
d’habitude si pugnace dans la négociation ? La réponse est géopolitique :
en pleine escalade des tensions dans la
péninsule, le président Moon Jae-in, a
lâché du lest sur le front commercial
pour mieux amadouer Trump, et le
convaincre d’engager le dialogue
avec Pyongyang. Craignant une frappe militaire américaine contre Kim
aux représailles dévastatrice pour
Séoul, à seulement 40 km de la ligne
de front, le dirigeant de centre gauche
joue les entremetteurs entre les
deux hommes forts.
Gains en trompe-l’œil
DÉCRYPTAGE
Pierre-Yves
Dugua
Aux yeux de la presse américaine, Donald Trump est si insupportable qu’il est devenu suspect de ne pas être négatif
lorsqu’on parle de sa politique. À
tel point que la perception de la
situation économique américaine
est affectée par l’animosité de la
presse à l’égard du président.
Bien entendu, ce dernier est
en partie responsable de la virulence des critiques qui lui sont
adressées. S’il le souhaitait, il
pourrait améliorer les choses en
cessant d’être délibérément politiquement incorrect. Ses improvisations permanentes, ses
colères sur Twitter, ses affirmations infondées et ses fréquentes
contradictions sont dûment
analysées dans les colonnes de
journaux qui n’ont jamais cru
qu’il accéderait un jour à la Maison-Blanche. Et qui, depuis, rêvent de l’en voir parti le plus vite
possible.
Si un autre que Donald Trump
occupait la présidence, on lirait
pourtant dans les journaux que
la situation économique américaine n’est pas si mauvaise. À
moins, bien sûr, de démontrer
que les bons aspects de la
conjoncture doivent tout à l’infaillible et sage Barack Obama.
L’impératif de critiquer le président nationaliste et populiste est
même devenu une nécessité
commerciale : l’antitrumpisme
assumé a bien relancé la diffusion du New York Times, du
Washington Post et l’audience de
CNN, entre autres.
L’Américain moyen ne lit pas
et ne regarde pas ces médias-là.
Promesses de campagne
En matière commerciale, de manière simpliste et au mépris des
réalités complexes de la dépendance des entreprises modernes
à l’égard de fournisseurs lointains, Donald Trump joue avec le
feu. Mais, pour le moment, ses
menaces de guerres commerciales débouchent sur des négociations et souvent des concessions de la part des partenaires
des États-Unis.
Donald Trump fait tout pour
tenir ses promesses et on ne cesse de lui en faire reproche : de
l’élimination de l’Obamacare
aux réductions d’impôts des
particuliers en passant par l’alignement des États-Unis sur la
norme internationale d’imposition des entreprises. Il est même
surprenant de voir à quel point
ceux qui, à gauche, doutaient
hier des vertus du libre-échange
ou de la nécessité de réduire le
déficit budgétaire sont les premiers à dénoncer Donald Trump
pour son dangereux mépris de
ces principes. ■
Le Japon menace,
tardivement, de riposter
ARMELLE BOHINEUST £@armelella
21
Mais, sur le fond, les gains
arrachés par Trump sont en
Déficit commercial
trompe-l’œil. « Dans l’endes États-Unis
semble, la renégociation du
avec la Corée du Sud
Korus ressemble à une légère
en 2017
entorse à l’échelle des échanges
commerciaux américains, plutôt
que la grande révolution annoncée
par les tweets de Trump », juge le
think-tank américain Cat.
Ainsi, le doublement des quotas, et
le chiffre spectaculaire de 50 000 véDes Chevrolet Camaro
hicules, n’aura aucun effet à court
destinées
terme vu qu’aucun constructeur
à l’exportation
américain n’a réussi à vendre plus de
sur un parking
11 000 véhicules par an en Corée du
de General Motors
Sud. Un hochet à agiter devant les
dans le Michigan.
électeurs, qui n’effacera pas le déficit
JEFF KOWALSKY/
commercial. ■
BLOOMBERG
milliards de dollars
Finalement, le Japon fait mine de se
rebeller dans la bataille de l’acier.
Le pays du Soleil-Levant envisage
d’imposer des droits de douane sur
les exportations américaines sur un
volume de plus de 400 millions de
dollars. Il en a informé l’Organisation mondiale du commerce (OMC)
vendredi.
Tokyo, comme tous les fournisseurs d’acier des États-Unis, est
visé par la taxe de 25 % sur l’acier et
de 10 % sur l’aluminium. « Jusqu’ici Tokyo avait privilégié une
stratégie plus coopérative que la
Chine et l’Union européenne. Entre
autres parce que Shinzo Abe pensait
pouvoir compter sur sa proximité
avec Trump. Mais faute de résultat,
et sous la pression de la rue à l’approche des élections du Parti libéraldémocrate en septembre, le premier
ministre préfère revenir à une politique plus agressive », détaille Alexis
Garatti, responsable des études
macroéconomiques chez l’assureur-crédit Euler Hermes
En réalité, explique Khalid Aït
Yahia, économiste métaux à la société d’assurance-crédit Coface, les
sidérurgistes japonais, sûrs de la
qualité de leurs produits, ne redoutent pas la concurrence des Américains qui produisent moins d’aciers
spéciaux haut de gamme. ■
C’est la date butoir fixée
par l’Administration Trump
à la Chine pour trouver
un compromis. Faute
d’accord, les États-Unis
imposeront des droits
de douane sur
des produits chinois
exportés en Amérique,
représentant une valeur
de 50 milliards de dollars.
La Chine est prête
à répliquer.
1ER JUIN
Les exemptions
provisoires sur les droits
de douane sur l’acier
et l’aluminium européens
exportés aux États-Unis
expirent. À l’issue
de cette date, si l’Union
européenne n’a pas trouvé
d’accord avec Washington,
ces surtaxes s’appliquent,
avec un risque d’escalade.
Trump
a annoncé
qu’il serait le
négociateur en
chef, mais il agit
surtout comme
un éléphant
dans
un magasin
de porcelaine.
Ce jeu peut
marcher à court
terme. À long
terme, il y aura
des dommages,
sur la scène
nationale ou
internationale
»
CHRISTIAN LEUZ,
UNIVERSITY OF CHICAGO
BOOTH SCHOOL
OF BUSINESS
CHICAGO BOOTH
l’isf devient l’ifi,
mais cela ne change pas
les besoins des plus fragiles.
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2
le front intérieur, il bénéficie d’une économie solide.
Et l’électeur moyen de Donald
Trump, encore moins. Seize
mois après l’arrivée au pouvoir
du président incorrect, les catastrophes prédites par l’establishment ne se sont pas produites. La
confiance des consommateurs
est au plus haut depuis 2004. Les
chefs d’entreprise sont euphoriques. Le chômage est au plus
bas depuis 2000, alors que le
nombre d’Américains au travail
et la production industrielle sont
à leur plus haut niveau jamais
observé.
L’investissement
connaît un net rebond, alors que
l’inflation atteint à peine 2 %. Au
deuxième trimestre, la croissance s’annonce même de l’ordre de 4 % en rythme annuel, du
jamais-vu depuis 2004.
ULTIMATUMS
22 MAI
A
les succès
23
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
24
ÉCONOMIE
L’exécutif veut s’attaquer aux aides sociales
Des mesures d’économies sont à l’étude concernant les 26 milliards d’euros de minima sociaux.
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
ET MARIE-CÉCILE RENAULT
£@Firenault
PROTECTION SOCIALE L’affaire
semble entendue : la Sécurité sociale n’échappera pas au plan d’économies que le gouvernement entend mettre en place dans le cadre
de son futur plan d’économie « Action publique 2022 ». Le comité
d’experts, qui doit alimenter le
gouvernement en propositions, devrait présenter en juin des mesures
fortes dans ce domaine. « Le champ
social, qui représente 50 % de la
sphère publique, doit être audité », a
déclaré début mai le ministre de
l’Action et des Comptes publics,
Gérald Darmanin. Il faut dire qu’il
s’agit de diminuer de 1 % par an les
« dépenses publiques pilotables »
(sur lesquelles il est possible de faire
des économies) à partir de 2020,
dépenses qui s’élèvent cette année à
257 milliards d’euros. Les huit principaux minima sociaux pèsent dans
cette enveloppe 25,6 milliards.
« Il est possible de produire des
économies qui ne sont pas purement
paramétriques, mais résultent de
mesures de simplification », explique un proche de l’exécutif. Au lieu,
donc, de donner un énième coup de
rabot, la mission d’experts devrait
notamment proposer de simplifier
le mode de calcul des aides sociales.
« Faut-il qu’autant de prestations
soient calculées à partir d’autant de
bases ressources (revenus pris en
compte pour calculer une aide,
NDLR) différentes ? », s’interroge
une partie prenante des discussions. La réponse est non. Le rapport de CAP 2022 « assumera de
proposer des économies », notamment dans le social, continue cette
source. Avant d’ajouter que « si cela
entraîne des perdants (parmi les bénéficiaires actuels), soit ».
Calcul des prestations
Les services de la Caisse nationale
d’allocations familiales (Cnaf) planchent déjà au chiffrage et à l’impact
auprès des allocataires qu’aurait
une refonte des bases ressources.
Mais le chantier est énorme tant le
type de ressources prises en compte
varie d’une prestation à l’autre : limité aux revenus imposables dans
le cas des prestations familiales,
alors qu’il tient aussi compte des
revenus du patrimoine exonérés
pour le minimum vieillesse, par
exemple, et d’une assiette encore
plus large pour le RSA ou la prime
d’activité. Si les ressources du
conjoint sont toujours prises en
compte, celles d’autres membres
du ménage peuvent ou non être in-
Gérald Darmanin,
ministre de l’Action
et des comptes publics,
jeudi à Vichy (Allier).
THIERRY ZOCCOLAN/AFP
tégrées. Quant à la période de référence retenue, elle varie aussi d’une
prestation à l’autre.
Le remplacement à la direction
générale de la Cnaf du « militant
social » Daniel Lenoir par le
« techno de Bercy » Vincent Mazauric, en novembre dernier, lais-
sait d’ailleurs bien augurer d’un
serrage de boulons. Le gouvernement peut aussi s’appuyer sur
l’imagination jamais prise en défaut
de la Direction du budget quand il
s’agit de proposer des économies.
Dans une note révélée par Le Monde
intitulée « Transformer les presta-
tions sociales », cette puissante
administration de Bercy liste une
série de mesures aussi explosives
les unes que les autres. De simples
« travaux techniques » qui n’ont
donné lieu à aucune validation
politique, a tenu à préciser le cabinet de Gérald Darmanin.
Parmi les dispositifs imaginés
dans ce « musée des horreurs »,
comme est souvent surnommé
dans les couloirs du ministère ce
type de catalogue, figure notamment le gel, en 2019, des prestations
sociales normalement indexées sur
l’inflation. De quoi rapporter
3,5 milliards d’euros. Et ce, même si
le gouvernement augmentait dans
le même temps, comme il l’a promis, la prime d’activité, l’allocation
adulte handicapé et le minimum
vieillesse.
Le document élaboré par les services du Budget s’attaque aussi dans
le détail aux dispositifs les plus sensibles politiquement du champ social.
L’idée générale ? Les aides sont versées trop généreusement à un public
trop large. Pour réduire le champ
des bénéficiaires, la Direction du
budget propose par exemple de
prendre en compte le patrimoine des
seniors dans le calcul de l’allocation
personnalisée d’autonomie (APA) ou
les « transferts familiaux » en faveur
des étudiants qui demandent les
APL. Quant à la bourse sur critères
sociaux des étudiants, il faudrait
« renforcer le contrôle d’assiduité »
des étudiants qui en bénéficient. Pas
le genre de mesures qui permettrait
au quinquennat de prendre un « virage social », comme le réclame une
partie de la majorité. ■
Le précieux outil des CAF pour éliminer les sommes versées en trop
Le nouveau
« dispositif
devrait
s’appliquer
pour les
prestations
logement à
partir de 2019
et pourrait
permettre
à la CAF
de récupérer
1 milliard
d’euros
»
Il va devenir très difficile à l’avenir de leurrer les caisses d’allocations familiales (CAF), qui versent
un grand nombre de prestations
sociales (prestations familiales
mais aussi APL, RSA, prime d’activité, etc.). Grâce au numérique,
data mining et autres recoupements de fichiers avec le fisc ou
Pôle emploi, les CAF ont déjà
multiplié par trois, en cinq ans, le
nombre de fraudes détectées.
Ainsi, 45 100 cas de fraudes aux
prestations ont été recensés en
2017, en hausse de 5 % par rapport à 2016, pour un montant de
291 millions d’euros.
Mais, les CAF vont aussi pouvoir aller plus loin dans la lutte
contre les « indus », ces sommes
versées en trop par erreur, ou
parce que les allocataires n’ont
pas signalé un changement de situation. Et ce, grâce à la déclaration sociale nominative (DSN)
- déjà généralisée dans les entreprises, et en cours de déploiement dans les organismes de protection sociale - qui automatise
toutes les déclarations sociales
obligatoires des employeurs.
Quand la situation d’un allocataire se détériore - lorsqu’il perd
son emploi par exemple -, les
prestations auxquelles il a droit
sont rapidement mises en place.
En revanche, en sens inverse, en
cas de retour à meilleure fortune,
il peut se passer plusieurs mois
avant que la situation soit mise à
jour. Soit parce que les allocataires « oublient » de signaler le
changement, soit parce qu’ils le
font tardivement. De nombreuses
reprises du travail ne sont, par
exemple, pas déclarées. Pendant
ce temps, l’allocataire continue
de percevoir des prestations.
Quand elle détecte des indus, la
CAF en demande le remboursement, selon un barème d’échelonnement fixé chaque année.
L’an dernier, 511 millions d’indus
ont ainsi été remboursés par des
allocataires aux CAF (mais
316 millions ont aussi été remboursés par les CAF à des allocataires qui n’avaient pas reçu tou-
tes leurs prestations). Cependant,
tous les indus ne sont pas détectés. Et surtout, la prescription est
de deux ans : passé ce délai, les
sommes sont perdues. L’Igas,
dans une étude de 2013, estimait à
2 milliards les indus détectés par
les caisses, mais à 20 % de plus
leur montant réel.
Situation en temps réel
« La CAF me réclame 1 000 euros,
car j’ai reçu trop d’APL. Cela fait
déjà longtemps que je ne suis plus
au chômage. Mais je ne l’ai pas signalé, car je pensais que la CAF le
savait automatiquement », se défend, dépité, un allocataire. Avec
la mise en place de la DSN, flux de
données issu de la paye des entreprises, cela va devenir le cas.
L’administration va être équipée d’un outil lui permettant
d’actualiser quasiment en temps
réel les situations sociales des
individus. Car elle aura une
connaissance « à la source »
(donc sans risque d’erreurs volontaires ou involontaires), ac-
tualisée mensuellement, des salaires perçus pour bénéficier de
prestations soumises à conditions de ressources (allocations
familiales, APL, RSA, prime
d’activité, etc.). « La CAF va y
gagner sans que les allocataires y
perdent : on continuera à leur
verser ce à quoi ils ont droit, mais
les droits seront actualisés beaucoup plus vite. Les sommes en jeu
sont importantes », explique un
expert.
Le nouveau dispositif devrait
s’appliquer pour les prestations
logement à partir de 2019 et
pourrait permettre à la CAF de
récupérer 1 milliard d’euros en
année pleine, selon les prévisions.
En 2020, ce devrait être au tour
des allocations familiales d’y passer, avec un gain à la clé estimé
cette fois-ci entre 300 et
400 millions. C’est-à-dire quasiment autant, mais avec beaucoup
moins de polémique, que ce que
le gouvernement récupérerait en
mettant fin à l’universalité des allocations familiales… ■
M.-C. R.
EN BREF
Les aides à la déclaration d’impôts se multiplient
Une conséquence de l’obligation presque généralisée de déclarer en ligne.
Tout contribuable
bénéficiant d’un revenu
annuel de 15 000 euros
ou plus doit le déclarer
par Internet.
A
JEAN-FRANÇOIS FREY/
L’ALSACE/MAXPPP
FISCALITÉ La déclaration en ligne
est quasiment généralisée cette année. Tout contribuable bénéficiant
d’un revenu annuel de 15 000 euros
ou plus doit en effet abandonner le
papier pour passer au site impôts.gouv.fr. L’année prochaine,
tous les ménages devront le faire,
quel que soit le revenu. Anticipant
le besoin d’aide technique de
contribuables fâchés avec l’informatique ou Internet, des sociétés se
sont lancées dans le soutien à la
déclaration en ligne.
Celle qui a fait le plus parler d’elle
est sans conteste La Poste. Pour
39 euros, un postier spécialement
formé aide le contribuable à se créer
un compte sur le site des impôts et à
remplir sa déclaration. La prestation dure environ 45 minutes. À ce
tarif, et pour un laps de temps aussi
limité, il ne faut pas attendre trop
de ce service. En effet, il ne s’agit
surtout pas d’une aide fiscale, comme celle que pourrait apporter un
avocat spécialisé. « La Poste ne saurait être responsable pour toute
erreur que pourrait constater l’administration fiscale dans la télédéclaration (ex. : montant erroné ; formulaire de déclaration non adapté à
la situation du bénéficiaire contribuable ; manquement dans le contenu de la déclaration) », est-il bien
précisé dans les conditions générales de vente.
Autre solution pour ceux que la
déclaration en ligne désoriente, la
tablette pour les séniors Ordimemo
Simplicitab propose une application dédiée. « La dématérialisation
de cette démarche, mise en place
pour simplifier la vie de tous, ajoute
une difficulté supplémentaire pour
les séniors », observe François Pernice, le concepteur de cette tablette. Là encore, pas de conseil fiscal,
mais une aide en ligne, avec des vidéos explicatives, pour bien remplir
sa feuille d’impôt numérique. C’est
gratuit, mais pour y accéder, il faut
acheter la tablette de cette start-up
(quelques centaines d’euros).
Conseil fiscal
Pour ceux qui cherchent des
conseils plus fiscaux, sans pour
autant avoir recours aux coûteux
avocats fiscalistes, des solutions
existent par ailleurs. L’agence de
services Officéo, par exemple, propose depuis quelques années - pour
tout de même 229 euros par déclaration - les conseils d’avocats fiscalistes indépendants. Ces derniers
sont cette fois-ci totalement responsables en cas de conseil erroné.
L’idée est inspirée de la tradition
américaine des « préparateurs fiscaux » qui, sans être des avocats
fiscalistes à proprement parler,
aident les foyers à déclarer leurs
revenus.
Mais il y a aussi le service gratuit
des experts-comptables. Comme
tous les ans, la profession organise
« Allô impôts » du 17 au 25 mai. Il
suffit d’appeler le numéro gratuit
(08 00 06 54 32). Les conseils prodigués n’engagent pas la responsabilité des experts. Cette année,
l’opération a failli être annulée. La
profession avait été échaudée par
des propos du ministre de l’Action
et des comptes publics, Gérald Darmanin, début avril. « Je serai attentif à ce que les experts-comptables
n’appliquent pas de surcoût sur le
prélèvement à la source », avait déclaré le ministre devant des chefs
d’entreprise.
«Allô impôt » est a contrario la
preuve qu’ils peuvent rendre service gratuitement, a finalement décidé la profession au niveau national.
Toutefois, les ordres régionaux
boudent l’opération. Les contribuables ne pourront donc se rendre
qu’à un siège des experts-comptables d’Ile-de-France s’ils veulent
un conseil en face-à-face. ■
G. G.
LES EX-DIA FIXÉS
SUR LEUR SORT
£ Une cinquantaine
d’anciennes supérettes Dia
sur les 273 que Carrefour
souhaitait fermer ou céder
dans le cadre de son plan
de transformation ont reçu
une offre de reprise.
Vingt-cinq offres fermes
devraient être acceptées,
et 24 autres restent encore à
étudier avant le 4 juin, date de
clôture du processus. Au total,
76 de 2 100 salariés de ces
magasins ont déjà été reclassés
en interne et 250 offres de
reclassement sont à l’étude.
MAINTIEN
DU TIRAGE AU SORT
DES NOTAIRES
£Le Conseil d’État a rejeté
un recours de la Chambre des
notaires de Paris afin d’annuler
le mode de recrutement des
nouveaux notaires par tirage au
sort. Cette procédure complexe
a ralenti leur installation fixée
à 1 650 par la loi Macron.
Sur les 1 322 offices créés
au 15 mai, seulement plus
de 500 sont opérationnels.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
ENTREPRISES 25
Richemont s’attelle
à la relance de ses
marques de montres
Le groupe suisse applique à son pôle
horloger la stratégie de relance qui a
si bien réussi à sa griffe phare, Cartier.
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
Un cheminot gréviste discute avec des usagers de la SNCF, lundi à Paris.
FRANCOIS MORI/AP
Grèves : la justice donne
raison à la SNCF
Saisi en référé, le TGI de Bobigny déboute les syndicats. La question
sur les retenues au titre des jours de repos sera jugée au fond fin mai.
DELPHINE DENUIT ddenuit@lefigaro.fr
TRANSPORT Le tribunal de grande instance (TGI) de Bobigny a rejeté hier la demande de référé de
la CFDT-cheminots et l’Unsa-ferroviaire. Les deux syndicats
contestent les retenues sur salaire
opérées par la SNCF sur certains
jours de repos pendant la grève.
En plus des jours de grève non
payés, la direction de la SNCF a
décidé de décompter des jours de
repos aux cheminots grévistes.
La procédure du référé permet à
un plaignant de saisir un juge en
urgence afin qu’il adopte des mesures provisoires mettant fin rapidement à un dommage ou à un
trouble illicite dans l’attente d’un
procès sur le fond. « En rejetant
ainsi cette procédure en référé, le
président du tribunal se dit incompétent et renvoie l’affaire à un traitement au fond, à une procédure
classique… Bref, c’est un coup pour
rien », résume Déborah David,
avocate spécialisée en droit du
travail au cabinet Jeantet.
Au cœur du conflit, c’est la formule de grève intermittente
- deux jours de débrayage, suivis
de trois jours de travail et deux
jours de grève pendant trois
mois - qui fait débat. Et le président du tribunal l’a bien compris :
« Au vu de chacune des interprétations du mouvement de grève, les-
quelles ont une logique intrinsèque,
le juge des référés ne saurait, sans
trancher la question de fond sur la
nature unique ou plurielle du mouvement de grève, caractériser
l’évidence d’un trouble illicite ou un
dommage imminent qui naîtraient
des retenues sur salaires ».
« Très déçu et en colère »
Pour la SNCF, les 18 préavis de
grève étalés jusqu’à la fin juin ne
constituent qu’une seule et unique
grève. Le transporteur public
s’estime donc en droit de mensualiser les jours de repos de ses
salariés grévistes et de les décompter conformément à la règle
en vigueur dans l’entreprise : celle-ci prévoit que pour deux jours
de grève il n’y a pas de retenue sur
salaire (lire ci-contre). « Les jours
de repos à la SNCF sont payés lorsque les jours travaillés ont existé.
Lorsqu’il n’y a pas de jours travaillés, les jours de repos n’ont pas
à être payés, ce n’est que du bon
sens », rappelait Guillaume Pepy,
président de la SNCF il y a quelques jours. Cette interprétation
est évidemment contestée par la
CFDT-cheminots et l’Unsa-ferroviaire, soutenus par la CGT. Ils
considèrent qu’il y a autant de
grèves de deux jours que de préavis. Ce qui exclue toute retenue à
ce titre.
« Une audience au fond aura lieu
le 31 mai à Bobigny », précise Joël
Grangé, avocat de la direction de
la SNCF. Une audience où la
CFDT-cheminots sera entendue,
confirme Rémi Aufrère-Privel,
secrétaire général adjoint de la
CFDT-cheminots. « Très déçu et
en colère », le syndicaliste « ne
comprend pas que le juge des référés, juge de l’évidence, n’ait pas reconnu la pratique manipulatoire de
la direction de la SNCF dans son
décompte des jours de grève. » Car
à ses yeux, cette « pratique » relève de la forme et non du fond.
« Avec le mode de calcul de la
SNCF, on peut estimer le manque à
gagner en mai pour les grévistes
présents à chaque rendez-vous
entre 25 % et 30 % selon leurs
plannings », insiste-t-il avant
d’évoquer « une possible radicalisation » du mouvement dans les
jours à venir.
Syndicat réformiste, la CFDTcheminots vit mal d’être déboutée alors qu’elle « joue le jeu »
depuis une semaine avec le gouvernement pour faire amender le
projet de loi de réforme ferroviaire présenté en séance publique au
Sénat le 29 mai. Même sentiment
de frustration chez l’Unsa-ferroviaire. Le syndicat, qui a lui aussi
déposé un référé dans la foulée de
la CFDT, prévoit de « déposer dès
le début de la semaine prochaine
une assignation devant le TGI de
Bobigny » afin d’être lui aussi
entendu. ■
Grève
LES
RETENUES
… sur salaires
Un trentième
du salaire est déduit
par jour de grève
… au titre des jours
de repos
Aucune retenue n’est
faite pour deux jours
de grève ou moins,
1/30e supplémentaire
s’applique entre trois
et quatre jours de
grève, et 2/30e entre
cinq et sept jours.
Au-delà de sept jours
de grève, chaque jour
de repos inclus dans
l’absence pour grève
fait l’objet d’une
retenue sur salaire.
LUXE Le retour à la croissance de
Richemont, après deux ans de recul, n’a pas suffi aux investisseurs.
Malgré la hausse de 8 % du chiffre
d’affaires sur l’exercice clos fin
mars, à 11 milliards d’euros, et la
confirmation de la réussite de la relance de Cartier, principal contributeur à ses ventes et à ses profits, le
cours du groupe suisse a reculé de
5 % vendredi à la Bourse de Zurich.
Outre une croissance ralentie au
dernier trimestre (1 % après un
premier semestre à + 14 % et un
troisième trimestre à + 7 %) et une
hausse du résultat opérationnel
bien moins forte que prévu (+ 5%, à
1,8 milliard), les marchés ont sanctionné le recul du pôle horloger du
groupe (A.Lange&Söhne, Baume&Mercier, IWC, Jaeger-LeCoultre, Piaget, Roger Dubuis et Vacheron Constantin). Les ventes de cette
division ont reculé de 6 % l’an passé, à 2,7 milliards d’euros. Le groupe explique ce recul par un rachat
de stocks de montres invendues
chez les distributeurs multimarques, pour un montant de 203 millions d’euros.
Le secteur des montres de luxe a
souffert pendant plusieurs années,
sous l’effet conjugué de la politique
anticorruption décidée à Pékin, de
la révolution des parapluies à
Hongkong, de la flambée du franc
suisse et du ralentissement global
du luxe. Cela a obligé les acteurs à
revoir leur offre et leur politique de
distribution pour « passer d’une logique de l’offre à une logique de la
demande, où le rapport qualité-prix
est important », résume un expert
du secteur.
Richemont applique à son pôle
horloger la recette qui a si bien
réussi à sa marque phare, Cartier,
fleuron du pôle joaillier au côté de
Van Cleef&Arpels. L’an passé, les
ventes de ce pôle ont bondi de 9 %,
à 6,4 milliards d’euros. Cartier, qui
réalise une part importante de son
activité avec les montres, a vu ses
ventes augmenter à deux chiffres
sur ce segment. Il reste à savoir si la
recette sera aussi efficace pour les
marques réalisant l’essentiel de leur
activité avec l’horlogerie.
Chez Richemont, l’activité montres (toutes marques confondues),
qui représentait la moitié de l’activité du groupe en 2015, en a réalisé
moins de 40 % l’an passé. Elle est
désormais inférieure à l’activité
joaillerie, alors qu’elle était 55 %
plus importante en 2015.
Une nouvelle marque
Le groupe vient de lancer une nouvelle marque de montres d’entrée
de gamme. Baume, qui s’engage à
n’utiliser ni or, ni pierre précieuse,
ni cuir, propose une série customisable à partie de 490 euros : le client
pourra personnaliser sa montre sur
Internet (2 000 variantes possibles)
et l’essayer à son poignet grâce à un
bracelet « équipé d’une puce NFC
capable d’offrir une expérience de
réalité augmentée ».
Richemont continuera donc à
gérer avec agilité son portefeuille,
que ce soit dans l’horlogerie, la
joaillerie et ses autres activités de
mode et accessoires. Sur le dernier
exercice, il a ainsi cédé Shanghai
Tang, engagé des pourparlers pour
vendre Lancel, lancé une OPA pour
prendre le contrôle du leader de l’ecommerce de luxe Yoox Net-àPorter et porté à 7,5 % sa participation dans Dufry (commerces
d’aéroports)… «Notre approche de
long terme ne nous empêche pas
d’envisager de nouveaux investissements ou cessions, comme nous
l’avons démontré l’an passé », assure Johann Rupert, président et premier actionnaire du groupe. ■
La boutique Cartier des ChampsÉlysées. La griffe a vu ses ventes
augmenter à deux chiffres sur son
pôle horloger. MARIO FOURMY/SIPA
Les propriétaires de Celio cherchent à revendre Jennyfer
ANNE-SOPHIE CATHALA
£@Ascathala
300
millions
d’euros
Chiffre d’affaires
de Jennyfer
HABILLEMENT Le nombre 13 n’a
pas porté chance à Jennyfer. Treize ans après sa prise de contrôle
par les propriétaires de Celio, la
griffe de mode féminine traverse
une mauvaise passe. Selon nos informations, que la société n’a pas
souhaité commenter, elle est
même entrée dans un processus de
négociation juridiquement encadré pour faire face à un problème
de trésorerie.
Propriétaires de l’enseigne masculine Celio, les frères Marc et
Laurent Grosman sont aussi actionnaires, via leur société Glam
Holding, de la marque de mode
pour jeunes filles de moins de
20 ans, dont les fondateurs, David
Tordjman et Gérard Depagniat,
restent actionnaires minoritaires.
Les frères Grosman ont pris le
contrôle de Jennyfer en 2005,
quand elle était au bord du dépôt
de bilan. S’ils l’ont depuis modernisée et rajeunie, ils songent à s’en
séparer et ont même mandaté une
banque d’affaires sur le sujet.
Leur priorité ? Se concentrer sur
le reste de leurs activités (hôtellerie, start-up) et sur Celio, dont le
chiffre d’affaires stagne selon nos
sources à 1,4 milliard d’euros depuis 2010, et dont l’Ebitda a fondu
de 100 à 35 millions.
Dans un contexte difficile pour
le marché de la mode, la situation
de Jennyfer (1 700 salariés) est plus
Etam cède son prêt-à-porter en Chine
Le groupe de lingerie (Etam,
Undiz, Livy) et de textile (Etam,
1.2.3) vend son prêt-à-porter
en Chine. Le chiffre d’affaires de
cette activité, réalisé dans
1 600 points de vente, a chuté
de 28,7 % au deuxième trimestre.
Les acquéreurs sont un
investisseur de Hongkong et
Jinguo Zhou, propriétaire de
Jaoboo, qui prend la direction de
cette activité. Jaoboo, fabricant
et distributeur de mode féminine,
compte, lui, 500 points de vente
en Chine. Les repreneurs
achètent aussi la licence pour
utiliser la marque Etam, mais pas
Etam Paris (qui griffe la lingerie
du groupe français à l’export).
La Chine pesait un tiers de
l’activité d’Etam fin 2015
(1,2 milliard d’euros au total),
avant que le groupe n’y réduise la
voilure, sous les 25 %. La mode
lui a permis d’aborder ce marché
dès 1994, quand les Chinoises
n’étaient pas demandeuses de
dessous. Les temps ont changé :
Etam a commencé à vendre sa
lingerie en Chine il y a peu. A.-S. C.
tendue. « L’entreprise, qui supporte très peu de dette, est en tension de trésorerie », reconnaît Michel Maire, nommé le 13 avril à la
tête de la société, dont le siège est à
Clichy (Hauts-de-Seine).
Accord avec les banques
Cet expert en redressement d’entreprise en difficulté, directeur général délégué de Dirigeants & Investisseurs, précise que Jennyfer
« a obtenu des facilités de caisse
auprès de ses banques pour financer
les opérations de début de saison,
c’est-à-dire la production de 60 à
70 % des volumes prévus », jusqu’à
la collection automne-hiver. Mais
les solutions de financement du
printemps-été 2019 n’ont, elles,
pas encore été trouvées.
Pour parvenir à un accord avec
les banques, les actionnaires ont
accepté d’apporter de l’argent.
« On a stabilisé la situation », souligne Michel Maire. Mais les sommes apportées par les actionnaires
sont très élevées et ils ne sont pas
disposés à réitérer. Les éventuels
repreneurs trouveront une enseigne aux 300 millions d’euros de
chiffre d’affaires, qui stagnent depuis deux ou trois ans, et avec des
comptes à l’équilibre. Mais le premier trimestre 2018 a été difficile,
comme pour l’ensemble des ventes de prêt-à-porter en France.
Ces dernières ont reculé de 3,3 %,
selon l’Institut français de la mode
(IFM).
Les ventes en ligne de Jennyfer
ont du mal à décoller, peu de ses
jeunes clientes disposant d’une
carte de crédit. Le réseau de magasins est resté important, malgré
la crise de l’habillement, qui a
déjà mis en péril plusieurs
concurrents d’entrée et milieu de
gamme, dont Mim ou Pimkie.
Jennyfer dispose de 348 magasins
en France (contre 280 en 2005), et
189 ailleurs dans le monde. Si
d’importants investissements ont
été réalisés depuis 2014 dans la rénovation des boutiques, certaines
restent peu rentables. ■
A
Marc et Laurent Grosman ont mandaté une banque d’affaires pour céder la griffe, qu’ils contrôlent depuis 2005.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
26 ENTREPRISES
LE GRAND
CHRISTOPHE
CUVILLIER
TÉMOIN
PRÉSIDENT
DU DIRECTOIRE D’UNIBAIL-RODAMCO
PROPOS RECUEILLIS PAR
BERTILLE BAYART £@BertilleBayart
Unibail-Rodamco est en passe de
boucler l’acquisition, à 21 milliards
d’euros, du groupe Westfield. Un
pas de géant pour la foncière spécialisée dans l’immobilier commercial. Et un défi dans un secteur
bousculé par l’e-commerce. Christophe Cuvillier, président du directoire, entend le relever.
N’est-ce pas paradoxal de réaliser
cette opération quand le secteur
du commerce traverse une crise
majeure, surtout aux États-Unis ?
Les États-Unis et le Royaume-Uni
sont certes des nouveaux marchés
pour nous, mais nous raisonnons plus
en termes de villes que de pays. Or
Westfield est présent dans les
meilleures zones de chalandises. Ses
centres sont insensibles à cette crise
du commerce américain dont on fait
une description apocalyptique. Les
moyennes statistiques ou nationales
n’ont pas grand sens. Unibail comme
Westfield, c’est tout sauf la moyenne : nous sommes sur le créneau très
spécifique, dont nous sommes incon-
Pour Christophe
Cuvillier,
président
du directoire
d’UnibailRodamco,
le commerce
physique
a encore
beaucoup
d’avenir.
FRANÇOIS BOUCHON / LE FIGARO
LE FIGARO. - Vos actionnaires
ont approuvé l’acquisition
du groupe Westfield. À quel point
cette opération transforme-t-elle
Unibail-Rodamco ?
Christophe CUVILLIER. – Le vote
de nos actionnaires est l’avant-dernière étape avant la concrétisation
de cette opération majeure. Le
24 mai, elle sera soumise aux actionnaires de Westfield. Le 7 juin, le
nouveau groupe sera constitué, et
coté, à Amsterdam, à Paris et à Sydney. Cette acquisition, amicale,
préparée de longue date, s’inscrit
totalement dans la stratégie d’Unibail-Rodamco. Le commerce est
engagé dans un mouvement de polarisation sous trois formes : Internet, la proximité et le commerce de
destination, expérientiel, qui est
notre métier. Unibail-Rodamco
développe des centres commerciaux très sélectionnés, dans les
meilleures zones de chalandises,
capables d’attirer de très nombreux
clients et donc les meilleures marques. Et Westfield, c’est exactement cela. Avec cette acquisition, la
stratégie d’Unibail-Rodamco ne
change donc pas ; notre taille, si !
« Tout le monde doit se
battre à armes égales »
testablement leader, des très grands
centres commerciaux pour lesquels
la croissance est au rendez-vous.
N’êtes-vous pas affecté
par les difficultés que rencontrent
de très grandes enseignes de
distribution, ou encore de mode ?
Comme un magasin renouvelle ses
collections, un centre commercial
renouvelle son offre. Nous visons un
taux de rotation des enseignes d’au
moins 10 % par an et par centre. Il ne
s’agit pas forcément de nouvelles
marques, mais au minimum de nouveaux concepts d’enseignes existantes. Aux Quatre Temps, à la Défense,
cela représente au minimum deux
nouveautés par mois ! On parle
beaucoup des enseignes qui souffrent
ou qui disparaissent, mais il y en a qui
se créent et rencontrent un grand
succès, comme Nyx, Snipes ou JOT.
Notre travail est de les identifier. Il y
a aujourd’hui tellement de bonnes
raisons de rester chez soi que nous
devons procurer aux clients de très
bonnes raisons de venir chez nous.
Votre stratégie ne fait-elle pas
que repousser le moment où,
à leur tour, vos centres seront
fragilisés par la concurrence ?
Quelle est la réalité de l’e-commer-
LES DÉCIDEURS
â RENZO EVANGELISTA
Edmond de Rothschild
Dans le groupe depuis 2000 et directeur délégué depuis l’an dernier, le quadragénaire est
promu directeur de la banque privée pour la
France. Stéphane Pardini, qui œuvrait aux
mêmes responsabilités, prend, lui, les manettes pour l’Europe.
â LOUIS GOUDON DE LALANDE
BNP Paribas
À 44 ans, il va désormais piloter les 146 agences de la région Grand Est. Diplômé de Dauphine, c’est un fidèle de la banque de détail.
A
â PIERRE GATTAZ
Business Europe
Le président sortant du Medef prend
de la hauteur. Élu à l’unanimité
patron des patrons européens au sein
de la confédération patronale Business Europe, il succède à la présidente du groupe d’écoles d’ingénieurs ENI, Emma Marcegaglia.
Parmi les nouveaux défis qui attendent le
patron de Radiall, entreprise familiale de
composants électroniques, le Brexit ou encore
les élections européennes et le renouvellement de la Commission en 2019.
ce ? Aux États-Unis, c’est un seul acteur - Amazon - qui occupe la moitié
du marché. Le reste, ce sont quelques challengers qui ont du mal à
gagner leur vie et… des marques qui
viennent du monde physique. Inversement - et c’est arrivé plus vite
que je ne le pensais -, Amazon ouvre
des magasins, des librairies… Et puis
Spartoo a racheté André, Monoprix
a racheté Sarenza, les Galeries Lafayette La Redoute. Les meilleures
enseignes font du clic et du magasin.
Il y a deux mouvements récents
dans l’e-commerce : le virage dans
l’alimentaire, au point qu’Amazon
a racheté la chaîne Whole Foods,
et les assistants personnels. Cela
peut-il affecter la fréquentation
de vos centres ?
L’e-commerce alimentaire s’est
beaucoup développé en France avec
le drive. Et il peut changer la donne
en centre-ville, même si le modèle
économique est difficile du fait des
coûts de livraison. Je pense que, si les
enseignes traditionnelles font leur
job de modernisation de leur offre,
avec plus de place pour le frais, pour
le bio, pour les services, pour la
proximité, elles auront un avenir.
Quant aux assistants personnels, ils
rendent la relation plus facile, mais
sans en changer fondamentalement
la nature. Et si cela dégage du
« temps de corvée » courses, cela libère du temps de plaisir ! Ce que nous
offrons - de l’exceptionnel, de l’expérience, du divertissement - sera
toujours pertinent, y compris pour
des clients toujours plus connectés.
Les centres
de Westfield
sont
insensibles
à cette crise
du commerce
américain
dont on
fait une
description
apocalyptique
Bio
EXPRESS
1986
Diplômé de HEC,
Christophe Cuvillier
rejoint la division
produits de luxe
de L’Oréal, dont
il dirigera la filiale
française
La puissance d’Amazon,
et plus largement celle des Gafa,
appelle-t-elle, selon vous,
des mesures de régulation ?
On peut décider de brider la croissance d’Amazon. Je crois qu’on doit
surtout permettre à tout le monde de
se battre à armes égales. Cela suppose, par exemple, de pouvoir ouvrir le
dimanche partout où cela fait sens.
Ce débat-là, à Paris notamment, est
d’arrière-garde. Il faut surtout une
équité fiscale entre Internet et le
commerce physique. On ne peut pas
solliciter à l’excès les magasins et
faire en même temps toutes les facilités pour l’ouverture d’entrepôts.
Le sujet mérite une réponse européenne. Parce que la fiscalité est
clairement la grande oubliée de la
construction européenne.
Les clients vont dans vos centres
commerciaux sans savoir qu’ils
sont chez Unibail. Ne vous faut-il
pas une politique de marque ?
Nous l’aurons. Westfield est la seule
marque grand public de cet univers.
Cela peut être intéressant que nos
clients, qui, lorsqu’ils voyagent, vont
chez Westfield à Londres ou Los Angeles, retrouvent à Paris Westfield
Les 4 Temps ou Westfield Les Halles.
Nous pouvons fédérer sous une bannière unique, avec des opérations
commerciales et des programmes de
fidélité communs. Et le 7 juin, le
groupe aura un nouveau nom… ■
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Benoit Soury, le patron de La Vie
claire en « M. Bio » de Carrefour
Nouvelle vie pour Benoit
Soury. Au virage de la cinquantaine, après avoir été
pendant plus de quinze ans
directeur
général
et
actionnaire de La Vie claire, Benoit Soury troque son costume d’entrepreneur pour celui
d’« animal de grand groupe » chez Carrefour,
dont il devient le « M. Bio ». L’alimentation
biologique, un axe prioritaire pour Alexandre
Bompard, inscrit dans le plan de transformation Carrefour 2022 présenté en janvier par le
nouveau PDG. Après avoir été un marché de
niche, le bio, qui ne représente encore que
4 % de la consommation alimentaire, est en
passe de devenir un marché de masse, « avec
une croissance dix fois supérieure à l’alimentaire en général », pointe Benoit Soury.
« Les consommateurs portent une attention de
plus en plus importante à ce qu’ils mangent. »
Tous les acteurs de la distribution s’y intéressent, et notamment Carrefour, avec une forte
légitimité, puisque l’enseigne fut la première
à démocratiser le bio avec sa marque Carrefour Bio il y a vingt ans. Le nouvel homme fort
aime rappeler que la « boule bio » maison,
lancée en 1992 en partenariat avec des minotiers, reste aujourd’hui l’article le plus vendu… Si Bompard s’est attaché son expertise,
c’est que Benoit Soury est à la fois un expert
«
pointu de la filière et un homme de la distribution. S’il a débuté après l’ISG en créant sa
propre enseigne, le Comptoir irlandais,
revendue en 1991, il a misé sur le biologique il
y a un quart de siècle, roulant pour la famille
Pelen, propriétaire d’abord de l’entreprise
Distriborg (Bjorg), cédée en 2001, puis de La
Vie claire. Il en deviendra à la fois directeur
général et actionnaire. Le Normand de 52
ans, marié et père de six enfants - élevés au
lait bio, donc ! -, relance, rajeunit et fait
monter en puissance l’enseigne qui fut un
temps dans le giron de Bernard Tapie. Pas peu
fier d’avoir fait passer de 60 à 340 le nombre
de magasins, de 90 à 340 celui des salariés et
de 10 à 300 millions le chiffre d’affaires.
Le tout sur fond de croissance rentable. Ce
qui a fait « craquer » cet amateur des hauts
sommets pour Carrefour ? « L’ambition du
projet, l’équipe, les valeurs maison… » Alors
que le groupe veut se poser en leader mondial
de la transition alimentaire, son défi est de
faire un projet bio « le plus efficace et identifiable possible ». En travaillant notamment en
amont sur les filières de production et de
transformation, via des partenariats durables. « Pour faire des produits bio de bonne
qualité. » L’enjeu est de taille : Bompard a fixé
un objectif de 5 milliards de chiffre d’affaires
dans le bio en 2022.
C. B.
2000
Rejoint PPR,
directeur général
marketing
de la Fnac
2005
PDG de Conforama
2008
PDG de la Fnac
2011
Rejoint
Unibail-Rodamco,
dont il devient
président
du directoire
en 2013
EN VIDÉO SUR
www.lefigaro.fr
www.lefigaro.fr/decideurs
â GERVAIS PELLISSIER
Wendel
Il siégera désormais à la droite de Nicolas ver Hulst comme vice-président du
conseil de surveillance de la société familiale tricentenaire, dont il était membre depuis
2015. Né en 1959, cet HEC est directeur général
délégué d’Orange, en charge de la transformation du groupe, depuis le début de l’année.
â BÉNÉDICTE BAHIER
Groupe Legrand
Changement de casquette pour la directrice juridique (depuis 2012), qui devient DRH du groupe d’installations électriques français.
â YANNICK BEZARD
PSA
Directeur du département achats et
qualité fournisseurs, ce centralien est
promu à la tête de la région Eurasie du
groupe automobile. Fidèle de PSA, qu’il avait
rejoint en 1985, il remplacera le Sciences PoHEC Christophe Bergerand, parti rejoindre la filiale Opel pour une mission stratégique en support du développement commercial. L’ESCP
Michelle Wen remplacera Yannick Bezard dans
ses anciennes fonctions.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
MARCHÉS
27
Grandes manœuvres
chez les producteurs
d’électricité en Europe
QUESTIONS
D’ARGENT AVEC
Comment échanger son
logement pour les vacances ?
IMMOBILIER Imaginé dans les
années 1950 par des universitaires américains, l’échange de
maisons ou d’appartements
connaît un nouvel essor grâce à
Internet. Le principe est simple :
vous prêtez, le temps des vacances, votre résidence principale ou
secondaire à une famille pendant
que vous habitez chez elle. Gratuité, confiance et convivialité
sont de mise. Prêt à vous lancer ?
Après de longues années de plomb, les fonds reviennent
prudemment sur ce secteur en pleine restructuration.
BOURSE
ROLAND LASKINE £@Roland Laskine
RESTRUCTURATION L’OPA du
groupe chinois sur le producteur
d’électricité EDP relance l’appétit
des investisseurs pour le secteur de
l’énergie. Cette opération, dont le
montant dépasse les 9 milliards
d’euros, porte sur la plus importante entreprise du Portugal. Mi-avril,
le groupe Total avait lancé une OPA
sur le distributeur d’électricité
français Direct Énergie d’un montant de 1,9 milliard d’euros. Le
groupe pétrolier français souhaite
s’implanter sur ce marché et directement concurrencer EDF et Engie.
Pour convaincre les actionnaires de
Direct Énergie, Total n’a pas hésité
à leur proposer une prime de 30 %
sur le dernier cours coté.
Ce regain d’intérêt pour le secteur de l’énergie s’explique par la
reprise de la croissance en Europe,
avec un redémarrage des dépenses
d’investissement de la part des entreprises. Le redressement des prix
de l’électricité depuis l’an dernier,
après plusieurs années de baisse entre 2011 et la fin de 2016 (- 40 % en
cinq ans), permet aussi de reconstituer les marges des opérateurs,
dans un contexte de réduction des
surcapacités de production.
Le retour d’une telle effervescence dans le secteur en Europe suscite
bien sûr l’intérêt des grands fonds
d’investissement. François Brottes,
le président du gestionnaire du réseau d’électricité français RTE,
avait déclaré en février dernier
qu’« il faut s’attendre à une consoli-
dation du marché du transport de
l’électricité dans quelques années ».
Les grandes manœuvres sont lancées, mais tous les acteurs du secteur ne partent pas sur un pied
d’égalité. « La santé financière des
producteurs constitue un élément essentiel pour investir et accélérer leur
développement, notamment vers les
énergies renouvelables soutenues par
les États et l’Union européenne. Celles-ci offrent désormais une bonne
visibilité et un bon niveau de rentabilité », précise Florian Ortega, responsable énergie chez Colombus
Consulting.
Des stratégies opposées
dans le nucléaire
Le virage radical opéré par l’Allemagne, qui a décidé de sortir du nucléaire en 2011 après la catastrophe
de Fukushima, a tracé la voie en
Europe. Après des pertes abyssales
accumulées entre 2013 et 2017, les
deux grands énergéticiens allemands, RWE et E.ON, commencent
à relever la tête. Ils ont conclu en
mars dernier un accord historique
consistant à procéder à un échange
d’actifs pour un montant équivalent
à 20 milliards d’euros. RWE va désormais se concentrer sur la production d’énergie, conventionnelle
(charbon et gaz) et renouvelables,
tandis qu’E.ON va se spécialiser
dans la distribution d’électricité et
la gestion des réseaux.
E.ON vient d’annoncer un bénéfice trimestriel avant intérêts et
impôts en hausse de 24 %, à
1,3 milliard d’euros, et prévoit
d’atteindre cette année un profit
d’exploitation compris entre 2,8 et
Remontée progressive des cours de Bourse
COURS DE L’ACTION
EDF, en euros
COURS DE L’ACTION
ENGIE, en euros
25
20
COURS DE L’ACTION
E.ON, en euros
13
12
18
20
11
15
5
20 mai 2013
14,6 9
12,3 14
10
9,4
10
16
8
7
12
10
18 mai 2018 20 mai 2013
18 mai 2018
6
5
20 mai 2013
18 mai 2018
Infographie
Source : Bloomberg
3 milliards d’euros. La capitalisation boursière du groupe a certes
été divisée par quatre en dix ans,
mais à 9,38 euros, le titre a déjà
progressé de 15 % sur les trois derniers mois. RWE présente un profit
boursier équivalent, avec un redressement encore plus spectaculaire de son cours de Bourse.
En Italie, le groupe Enel, qui s’est
fortement orienté vers les énergies
renouvelables dès le début de 2015,
est parvenu à enrayer la chute de
ses marges grâce à des prix de rachat subventionnés par l’Union
européenne. Le géant espagnol
Iberdrola s’est engagé dans la
même direction, mais il a accumulé
un sérieux retard sur ses projets
initiaux.
En France, les deux principaux
acteurs du secteur ont choisi des
stratégies opposées. Le titre EDF est
aujourd’hui porté par un contexte
plus porteur, mais il a tout de même
perdu 80 % de sa valeur en dix ans.
Les investisseurs sanctionnent un
manque de visibilité sur l’évolution
des résultats en raison des importants frais de maintenance du parc
nucléaire et d’un endettement de
33 milliards à fin 2017 que le groupe
risque de mettre du temps à résorber. En dépit des succès remportés
par EDF Énergies Nouvelles dans les
ressources alternatives, la confirmation de l’ancrage l’EDF sur le
nucléaire contraint les gérants
d’actifs les plus engagés dans l’investissement durable à se détourner
de la valeur.
Engie, sorti du rouge en 2017,
confirme son redressement. Le
groupe a fortement réduit sa dette,
passée sous la barre des 20 milliards d’euros, un niveau « historiquement bas », relève sa directrice
générale, Isabelle Kocher. Revenu
à 2,1, le ratio dette nette sur excédent brut d’exploitation est
aujourd’hui jugé satisfaisant. Le
fournisseur d’électricité et de gaz,
très présent dans les services énergétiques, a quasiment finalisé son
plan de transformation 2016-2018
portant sur un objectif de cession
d’actifs de 15 milliards et sur quelque 14 milliards d’investissements
de croissance essentiellement
orientés vers les énergies renouvelables. Le titre affiche un gain de
15 % sur les trois derniers mois.
Plusieurs brokers, dont Credit
Suisse, Berenberg et Société générale, recommandent désormais la
valeur « à l’achat ». ■
1
à suivre sur
lefigaro.fr/bourse
n
Les matières
premières et les
produits dérivés
n Le crible
des sicav
et des fonds
n Les portefeuilles
de Roland Laskine
n Les cotations
en direct
sur iPhone
Tous les logements
peuvent-ils s’échanger ?
Contrairement à une idée
reçue, vous n’aurez pas de difficulté à échanger votre appartement ou votre maison dès lors
qu’il présente un intérêt pour les
vacances. Et ce, quelles que
soient sa superficie et sa localisation. Il suffit de voir la diversité
des biens proposés sur les plateformes d’échanges pour en être
convaincu : maisonnette « so british » en périphérie de Londres,
appartement parisien, mas dans
le Luberon, ferme dans le Jura ou
vaste chalet au Canada.
Autre point important, vous
n’échangez pas un standing ou
des mètres carrés mais un dépaysement. Il est ainsi possible de
troquer une ferme restaurée
d’une centaine de mètres carrés
en pleine campagne bretonne
contre un superbe chalet avec jacuzzi et salle de sport au cœur des
Alpes autrichiennes !
2
Quelles sont les
formalités préalables
à l’échange ?
L’échange est beaucoup plus
simple à mettre en place qu’une
location
(ou
sous-location)
saisonnière. Si vous êtes locataire, vous n’êtes pas obligé d’obtenir l’accord de votre bailleur, les
personnes
accueillies
étant
considérées comme vos invitées.
Si vous êtes propriétaire, vous
n’avez, contrairement à ce qui
est exigé en meublé touristique,
aucune formalité administrative
à accomplir (déclaration ou
enregistrement
en
mairie,
notamment).
Pour contacter les « échangeurs »
- c’est le terme consacré -, là
aussi, la simplicité règne puisqu’il
suffit de s’inscrire sur une plateforme Internet : Guesttoguest,
Homeexchange, Homelink, Love
Home Swap, Switchome, Echanges Bovilé, etc. L’abonnement
annuel revient, en moyenne, entre 100 et 200 € mais certains sites sont gratuits (Guesttoguest et
Switchome animé uniquement
par des bénévoles, par exemple).
La plupart du temps, ces plate-
formes se contentent de mettre
les hôtes en relation. L’une d’entre elles, Echanges Bovilé, va plus
loin en présélectionnant les familles. Ce qui fait gagner un
temps précieux car trouver le bon
échange peut prendre plusieurs
semaines, voire des mois.
Lorsque vous aurez trouvé avec
qui troquer votre maison, il est
conseillé, même si la convivialité
et la confiance prévalent, de formaliser l’échange par un document écrit. Vous y indiquerez,
entre autres, les adresses des
biens, la durée de l’échange, ses
caractéristiques (s’occuper des
plantes ou de l’animal de compagnie de la maison, par exemple) et les modalités de remise
des clés.
N’oubliez pas, enfin, de vérifier
avec votre assureur l’étendue de
vos garanties, surtout si l’échange des logements s’assortit de celui des voitures.
3
Pourquoi échanger
son logement ?
Le facteur pécuniaire entre, bien sûr, en ligne de compte
(l’échange de logements permet
d’économiser de 50 à 70 % par
rapport à la traditionnelle location), mais ce n’est pas le seul.
Les échangeurs, pour la plupart
issus des classes moyennes et
supérieures, apprécient de se retrouver dans un cadre chaleureux, à l’opposé de ce que l’on
trouve dans les locations traditionnelles. Pour beaucoup, c’est
l’occasion de découvrir un mode
de vie et une culture. L’aspect
pratique a aussi son importance,
surtout pour les parents de jeunes enfants qui, en faisant affaire
avec une famille ayant un profil
similaire, sont assurés de trouver
une maison sécurisée (cacheprises, barrières de portes…)
avec des jouets et des équipements adaptés à l’âge de leur
progéniture.
Enfin, l’échange est une formule
où prime une certaine convivialité. Ainsi, il est d’usage de prévoir un cadeau de bienvenue,
une spécialité locale, par exemple. La coutume est, aussi, de
laisser un guide dans lequel sont
répertoriés vos commerçants et
restaurants favoris, les adresses
de médecins ainsi que le téléphone de votre baby-sitter et, bien
évidemment, le code du Wi-Fi !
Cette convivialité explique, sans
doute, que, contrairement à ce
qui peut parfois arriver dans le
cadre de locations, il n’y a pratiquement jamais de dégradations
volontaires… ■
VALÉRIE VALIN-STEIN
LA SÉANCE DU VENDREDI 18 MAI 2018
JOUR
%VAR.
+0,27
+0,04
-0,14
-1,27
-0,48
-0,2
-0,96
-1,81
0
-0,61
-1,39
-0,49
+0,48
+0,47
+0,25
+0,64
+0,11
-0,33
+0,13
-0,98
+HAUTJOUR
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
47,63
112,9
98,42
30,67
115,8
23,17
62,15
40,96
115,7
16,415
13,665
65,59
14,64
118,9
480
206,4
45,54
67,06
309,35
121,7
47,29
111,05
97,37
30,08
114,25
22,96
61,42
40,25
115
16,24
13,37
64,71
14,475
117,3
472,7
203,2
45,06
66,62
304,95
120,55
0,275 +10,67
0,508 +6,62
0,318 +17,88
0,134 +11,49
0,312 -5,27
0,418 -7,03
0,459 -1,08
0,512 -6,1
0,314 +16,59
0,34 -9,81
0,473 -2,64
0,511 -7,25
0,31
+1,95
0,438 +3,18
0,179 +31,07
0,174 +10,68
0,062 -3,89
0,175 +3,91
0,208 +25,92
0,234 +1
JOUR
ORANGE ..............................................14,39
PERNOD RICARD ..................................
139
PEUGEOT ..............................................
20,65
♣ 61,6
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
90,94
SAFRAN ..............................................
101,3
SAINT GOBAIN ..................................
45,58
SANOFI ..............................................66,44
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
77,64
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
41,535
SODEXO ..............................................83,96
SOLVAY ..............................................
118,05
STMICROELECTRONICS .............................
20,04
TECHNIPFMC ..................................28,94
TOTAL .............................................. 54,48
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
194,25
VALEO .............................................. 58,36
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,95
♣
VINCI .............................................. 86,94
VIVENDI ..............................................22,82
%VAR.
-1,64
-0,54
+0,19
-1,16
-0,92
-0,1
-0,23
+0,48
+0,6
-0,5
+1,28
-0,96
-1,91
-0,1
-0,04
+0,34
+0,1
+1,37
+1,45
-1,64
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,655
140
20,67
62,3
91,9
101,95
46
66,89
77,96
41,81
83,96
119,3
20,43
29,14
54,95
195,2
58,78
20,03
86,94
23,45
14,355
138,75
20,49
61,56
90,45
100,5
45,47
65,77
77,02
41,27
82,7
117,3
19,915
28,65
54,17
192,3
58,16
19,725
85,68
22,43
%CAP.ECH
0,389
0,151
0,265
0,261
0,3
0,278
0,393
0,365
0,364
0,708
0,207
0,252
0,26
0
0,418
0,604
0,821
0,516
0,47
0,605
31/12
-0,59
+5,34
+21,79
+8,74
+8,38
+17,91
-0,87
-7,53
+9,57
-3,52
-25,07
+1,86
+10,08
+11,95
+18,32
-7,5
-6,28
-6,23
+2,1
+1,78
LES DEVISES
tions des analystes. Le PDG de la société,
Yves Guillemot, a expliqué les bonnes
performances de l’éditeur par notamment
« les nouveaux records d’audience
e-sports et d’engagement pour Rainbow
Six Siege, le lancement réussi de Far Cry
5, la poursuite des solides performances
d’Assassin’s Creed Origins, de Mario +
Rabbids Kingdom Battle ».
1 EURO=
1,5673
1,5074
0,8733
9,248
130,69
1,1773
1,1781
2,9682
11,103
5,2714
20,93
7,5147
80,1115
136,674
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34990
35440
+0,69
NAPOLEON ..................................................... 205
205,9
-0,92
PIECE 10 DOL USA .....................................................
588
588
PIECE 10 FLORINS .....................................................
210
213
-1,32
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1190
1180
+1,88
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
207
207
+1,47
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
295
295
-3,28
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1311
1320
+0,08
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
110
108,1
+0,18
PIECE SUISSE 20F .....................................................
205,1
204,7
+1,18
PIECE LATINE 20F .....................................................
204
204
+0,54
SOUVERAIN ..................................................... 252
261,9
-3,34
KRUGERRAND .....................................................1163
1163
+3,96
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
287,93 16/05/18
UBISOFT SURPREND PAR LA VIGUEUR DE LA CROISSANCE DE SES PROFITS
Les excellentes performances de l’éditeur
français de jeux vidéo pour son exercice
décalé 2017-2018 ont fait décoller l’action
de 4,47 %, à 88,34 euros, vendredi. Le bénéfice net d’Ubisoft a augmenté de
29,3 %, à 139,5 millions d’euros, et le chiffre d’affaires du groupe des frères Guillemot a progressé de 18,6 %, à 1,73 milliard
d’euros, un niveau supérieur aux anticipa-
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
Les dépenses des joueurs au sein des
jeux sont en très forte augmentation
(+ 58,7 %) et représentent désormais
28 % des ventes globales du groupe.
Pour l’exercice en cours, Ubisoft anticipe un chiffre d’affaires autour de
2 milliards d’euros, avec un bénéfice opérationnel confirmé à environ 440 millions
d’euros, et une génération de cash atten-
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
49,85 16/05/18
BELLATRIX C ................................................
339,56 16/05/18
SIRIUS ................................................57,10 16/05/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
due autour de 300 millions d’euros.
Depuis le 20 mars 2018, date à laquelle le
géant des médias Vivendi a renoncé à
sa prise de contrôle hostile d’Ubisoft et a
décidé de céder sa participation de 27 %
dans le capital de l’éditeur français de jeux
vidéo, le titre a gagné 31 %. Il est vrai que
depuis cette date, Ubisoft a annoncé la
conclusion d’un partenariat stratégique
avec Tencent prévoyant que le groupe
chinois édite les jeux mobiles et PC
d’Ubisoft en Chine.
Les analystes financiers estiment qu’il
s’agit là d’un vecteur de croissance à
long terme, alors qu’Ubisoft ne dégage
pour le moment que 16 % de son chiffre
d’affaires hors Europe et Amérique du
Nord. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 47,59
♣
AIR LIQUIDE ..................................
112
AIRBUS .............................................. 97,84
ARCELORMITTAL SA ..................................
30,23
ATOS .............................................. 114,95
AXA .............................................. 22,995
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
61,58
BOUYGUES ..............................................
40,67
CAPGEMINI ..............................................
115,3
CARREFOUR ..............................................
16,27
CREDIT AGRICOLE ..................................
13,435
DANONE ..............................................64,88
ENGIE .............................................. 14,615
ESSILOR INTL. ..................................118,6
KERING ..............................................478,8
L'OREAL ..............................................
204,7
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
45,21
LEGRAND ..............................................66,7
LVMH .............................................. 309
♣
MICHELIN ..............................................
120,75
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Bras de fer entre Google et les éditeurs
Condé Nast, Bloomberg, Axel Springer ou encore le « Guardian » dénoncent une instrumentalisation du RGPD.
ELISA BRAUN £@ElisaBraun
Il y a
« désormais
une
préoccupation
importante
parmi
les éditeurs.
Celle de voir
Google
s’imposer
comme
arbitre de
l’écosystème,
au détriment
de la véritable
régulation
que doit être
le RGPD
JASON KINT
»
INTERNET C’est une conséquence
inattendue du nouveau règlement
européen sur les données personnelles (RGPD). Google, comme
toute entreprise concernée, a mis
à jour ses conditions d’utilisation.
Ce faisant, il s’est attiré les foudres
des plus grands médias au monde.
Ils accusent le géant de la publicité
de se décharger de sa responsabilité juridique sur eux, les exposant
à des risques juridiques et de fortes amendes.
Plusieurs associations professionnelles d’éditeurs représentant
notamment
Axel
Springer,
Bloomberg, Condé Nast, Hearst ou
encore le Guardian se sont mobilisées depuis fin avril. Ils reprochent à Google d’être plus soucieux de sa protection que du
respect de la loi « d’une manière
qui saperait les objectifs fondamentaux du RGPD et les efforts des éditeurs ». Les éditeurs ont adressé
leurs doléances au PDG de Google,
Sundar Pichai, dans une lettre
cinglante. Une analyse juridique
détaillée a également été demandée à un cabinet allemand par
l’association de médias américains Digital Content Next. Elle ne
se montre pas plus tendre : «La
proposition vague de Google laisse
les éditeurs dans le pétrin et semble
conçue pour détourner l’attention
des régulateurs européens des activités de Google ». « Il y a désormais une préoccupation importante
parmi les éditeurs, affirme au Figaro Jason Kint, PDG de Digital
Content Next. Celle de voir Google
s’imposer comme arbitre de l’écosystème, au détriment de la véritable régulation que doit être le
RGPD. »
Plusieurs éditeurs redoutent, en
effet, d’être exposés aux lourdes
sanctions du règlement européen,
qui peuvent atteindre jusqu’à 4 %
du chiffre d’affaires mondial de
l’entreprise incriminée. Une hypothétique sanction du New York
Times représenterait une amende
de plus de 56 millions de dollars,
soit plus que le montant investi
Au siège californien de Google, des employés du Codelab, lors de la conférence annuelle des développeurs du groupe début mai.
dans la croissance de son audience
numérique et de ses revenus en
dehors des États-Unis, selon le
Wall Street Journal. Toute l’astuce
de Google repose sur le choix du
statut choisi pour travailler avec
les éditeurs qui lui permet de se
dérober en cas de litige.
En outre, plusieurs éditeurs
s’attendent à une chute brutale de
leurs revenus à compter de l’entrée en application des nouvelles
règles de Google. Le géant exigera
de chaque éditeur utilisant ses incontournables outils publicitaires
qu’il transmette un sésame particulièrement difficile à obtenir : le
consentement de chaque visiteur.
Rien d’anormal en apparence,
puisque le RGPD et plusieurs lois
déjà en vigueur exigent que les
utilisateurs d’un site acceptent la
collecte et le traitement de leurs
données avant leur utilisation.
Mais Google a laissé planer le doute sur les dispositifs techniques à
mettre en œuvre pour satisfaire à
ses nouvelles exigences. Au point
où, à moins d’une semaine de
VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE
l’entrée en vigueur du texte, certains médias ne disposent toujours
pas du nouveau mode d’emploi.
Les médias qui ont principalement
recours à Double Click for Publishers, l’incontournable outil
publicitaire de Google, pourraient
voir disparaître 60 % de leurs revenus publicitaires. « C’est un peu
comme si tous les internautes effaçaient leurs cookies d’un coup »,
explique un expert.
Bond en arrière de 10 ans
De l’autre côté de la chaîne, les
annonceurs ne pourront plus
acheter d’emplacement publicitaire aux médias qui ne se sont pas
conformés aux exigences de Google. Cette rigueur avantage dès
lors le géant américain sur ses
propres services que sont le moteur de recherche Google, YouTube ou Gmail.
Le géant américain se défend de
toute arrière-pensée. Il nie vouloir instrumentaliser le RGPD
pour accroître son pouvoir tout
en limitant ses responsabilités.
« Nous travaillons en étroite collaboration avec nos partenaires éditeurs et nous nous engageons à
fournir une gamme d’outils afin de
les aider à obtenir le consentement
de leurs utilisateurs », explique un
porte-parole. L’américain affirme
avoir subi, lui aussi, les aléas de
l’adoption des nouveaux principes liés à la protection des données personnelles.
Google a répondu officieusement, en proposant des réunions
privées dans ses bureaux, le 24
mai, soit la veille de l’entrée en vigueur du RGPD, selon des sources
proches. « Ils ont le sens de l’humour », s’est exclamée l’une
d’entre elles, « étant donné les risques juridiques et commerciaux que
Google fait peser sur les éditeurs ».
Si les éditeurs n’ont pas obtenu
le consentement nécessaire à la
publicité ciblée, Google leur proposera de vendre de la publicité
contextuelle, ce qui reviendrait à
faire « un bond en arrière de plus
de dix ans », confiait un acteur de
la publicité au Journal du Net. ■
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
1,8
milliard
Le nombre
d’utilisateurs mensuels
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Retrouvez Le Figaro Hors-Série sur Twitter et Facebook
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d’utilisateurs sera disponible
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déjà partie des plus populaires
sur iPhone.
» Sur
« L’ACTUALITÉ
DES MÉDIAS »
dans le 17h-19h
par Catherine Pottier
et Enguérand Renault
chaque dimanche
à 17h25
et sur franceinfo.fr
Lancé mardi aux États-Unis et bientôt en France,
le service est un geste en faveur du secteur musical.
PARIS SECRET
NUMÉRO
DO UB LE
EN BREF
FORTNITE BIENTÔT
DISPONIBLE
SUR ANDROID
YouTube Music, nouveau
rival d’Apple et Spotify
Paris est une fête, et surtout un mystère :
la ville de Saint Louis et d’Henri IV, de Victor
Hugo et de Balzac, de Modigliani et de Robert
Doisneau n’a pas fini d’éblouir. De Notre-Dame à
La Défense, de Montparnasse au Père Lachaise,
des hôtels particuliers aux passages couverts,
Le Figaro Hors-Série vous fait découvrir Paris tel
que vous ne l’avez jamais vu. Au fil de ses ponts,
de ses jardins, de ses palais, de ses boulevards,
Paris livre mille et un secrets. Partez à la chasse
aux trésors et revivez la légende des siècles, avec
la plus éblouissante des promenades parisiennes.
Le Figaro Hors-Série : Paris secret.
160 pages.
STEPHEN LAM/REUTERS
MUSIQUE La ruée vers l’or du
streaming musical s’accélère. Après
Spotify, Apple et Amazon, c’est au
tour de YouTube de lancer son service de musique en ligne par abonnement. Baptisé YouTube Music, il
doit être inauguré mardi 22 mai aux
États-Unis, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Mexique et en
Corée du Sud. Puis déployé « prochainement » dans 14 autres pays,
dont la France, indique le géant de
la Tech.
En proposant une version gratuite financée par la publicité et une
autre sans coupure pub accessible
au prix de 9,99 euros, la filiale de
Google se positionne désormais
frontalement face à Spotify, Deezer
ou Apple. Jusqu’alors, YouTube ne
semblait pas vraiment pressé de
pousser ses pions dans le streaming
payant. Google Play Music, que
YouTube Music doit remplacer à
terme, n’a pas convaincu les foules.
Idem pour YouTube Red (renommé
YouTube Premium), service hybride entre musique et vidéo. La raison? Aucune nécessité ne l’oblige à
pivoter. Le modèle économique de
la plateforme de vidéos et de clips
musicaux repose avant tout sur la
publicité. Au fil des ans, YouTube
est même devenu l’acteur ultradominant de la vidéo en ligne. Selon
les estimations, ses revenus publicitaires oscilleraient entre 10 et
15 milliards de dollars.
S’il apparaît à rebours du cœur de
métier de YouTube, l’abonnement
est toutefois en train de s’imposer
comme un standard auprès des
consommateurs. Avec 1,8 milliard
d’utilisateurs mensuels à sa plateforme gratuite, YouTube dispose
d’un formidable réservoir de clients
à convertir au payant afin de rattraper Apple (50 millions de clients) ou
Spotify (75 millions d’abonnés).
Augmenter la contribution
Au-delà, YouTube Music peut être
perçu comme un geste en faveur de
l’industrie musicale. Alors qu’il est
le premier diffuseur de vidéos musicales sur le Web, YouTube reste
l’un des plus faibles contributeurs
au secteur. Dans son dernier rapport, la Fédération internationale
de l’industrie phonographique
(Ifpi) rappelle que Spotify a reversé
aux maisons de disques 20 dollars
par utilisateur en 2017, contre
moins de 1 dollar pour YouTube.
« Si YouTube commence à comprendre que la rémunération de la création doit être l’essentiel et non l’accessoire, c’est une bonne nouvelle
pour l’écosystème. Beaucoup reste
encore à faire pour la rémunération
issue de YouTube », estime Guillaume Leblanc, le DG du Snep, principal syndicat des producteurs. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 944 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
GASTRONOMIE
VIN
PAGE 34
PAGE 35
SAINE ET GOURMANDE,
LA CUISINE GRECQUE SÉDUIT
DE PLUS EN PLUS LES FRANÇAIS
JEAN GUYON, L’HOMME
QUI FAIT LE SUCCÈS
DU NORD DU MÉDOC
Cannes
descend
d’une marche
ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP
Films décevants, voire médiocres, absence
de stars américaines et surexposition des femmes
pour célébrer l’après-Weinstein… Cette 71e édition
du Festival ne restera pas dans les mémoires.
En attendant le palmarès officiel, celui de nos critiques
redonne l’espoir. PAGES 30 À 32
SOUS LA PLAGE, LES PAVÉS
cru dans un wagon japonais interdit aux
hommes. De leur côté, arguant du fait
qu’il était temps de mettre fin à la domination de ces derniers en tant qu’espions dans la fiction, une brochette de
stars réunies par Jessica Chastain et
Marion Cotillard a défendu le projet exclusivement féminin de 355. Ce n’était
plus un festival, mais un défilé de revendications féministes.
Pour ne pas paraître en reste, Françoise
Nyssen,
aimable baba cool,
a annoncé la création d’un fonds
pour les femmes
dans le cinéma.
Bertrand
Cela ne mange pas
de Saint Vincent
de pain puisque
plus personne ne
l’écoute et qu’elle
n’a aucun moyen
financier. Mais cela
commence à faire
beaucoup. Lasse de ces leçons de
conduite guidées par des critères extraartistiques, Catherine Deneuve, pourtant longtemps idole des beaux quar-
FIGURE
LIBRE
tiers de gauche, a laissé éclater son
exaspération : « Si j’étais un homme, at-elle persiflé, j’aurais peur. » On n’en
est pas encore là. Mais, à trop vouloir
jouer les élèves modèles, Thierry Frémaux s’est éloigné de sa mission première : attirer sur la Croisette le gotha
du 7e art. On ne demande pas au cinéma
de changer l’homme ; ni aux artistes
d’incarner la perfection. Mais on s’attend à trouver à Cannes les meilleurs
films du monde. Ce ne fut pas le cas. Les
grands réalisateurs ont surtout brillé par
leur absence ; et les films par leur ennui.
La réalité oblige à dire que les femmes
n’ont pas sauvé la mise. Trois d’entre
elles figuraient en compétition : Eva
Husson, Nadine Labaki et Alice Rohrwacher ; les trois ont déçu. De ce point
de vue, une stricte égalité règne avec les
hommes. Dans le pire des cas, le palmarès officiel consacrera cette course à la
bonne conscience. En attendant, pour
les amateurs de cinéma, voici le palmarès décerné par le jury du Figaro. Garantie sans affect, notre palme d’or
consacre Leto du Russe Kirill Serebrennikov. Bien qu’en noir et blanc, ce film
mélancolique et rythmé donne de magnifiques couleurs à cette édition.
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
BENEDETTA CHIALA ; PRESSE
A
O
n ne voudrait pas gâcher la
fête, mais il va falloir faire
mieux l’année prochaine.
Cinquante ans après son
interruption brutale en Mai 68 par
une Nouvelle Vague dont Le Livre
d’image de Godard fut la pathétique
et dernière mousse, le 71e Festival de
Cannes n’a pas réussi sa révolution.
Pour ce premier événement majeur
de l’après-Weinstein, les organisateurs, qui avaient déroulé le tapis
rouge au producteur banni, ont
multiplié jusqu’au ridicule les efforts pour se convertir à l’angélisme
ambiant.
Les femmes, envers qui le 7e art a si
longtemps fait preuve d’une insupportable goujaterie, ont été l’objet de
toutes les attentions. Tandis que chaque festivalier recevait par courriel
un numéro d’urgence à appeler en
cas de harcèlement sexuel, la moindre starlette était conviée à faire son
numéro. Pour souligner leur faible
représentation dans l’histoire de la
compétition, 82 actrices, réalisatrices
et productrices ont monté les marches dans le sillage de la présidente
du jury, Cate Blanchett. On se serait
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
30
L'ÉVÉNEMENT
Le Festival de Cannes
en cinq déceptions
Thierry Frémaux, Cate Blanchett
et Pierre Lescure, respectivement
délégué général, présidente
du jury et président du Festival
de Cannes, le 17 mai.
VIANNEY LE CAER/INVISION/AP
FESTIVAL Une
compétition terne, des stars qui brillent par leur absence, une
sécurité renforcée et la mise en avant des femmes à tout-va. Bilan en berne.
C
ÉTIENNE SORIN
esorin@lefigaro.fr
annes n’est plus dans
Cannes ? Cela ressemble à la fin d’un cycle. Cette 71e édition, on n’en attendait
pas grand-chose, on a quand même été
déçu.
u Une sélection sans coups d’éclat
Je crois qu’il y
a des questions
à se poser sur le
devenir du Festival
de Cannes. Il faut
qu’on travaille sur
le contenu proposé
pour que dans dix,
quinze ou vingt ans
l’événement
soit celui de tous
ceux qui font
le cinéma
»
DAVID LISNARD,
MAIRE DE CANNES,
INVITÉ « 24 HEURES CROISETTE »,
NOTRE ÉMISSION
RÉCOMPENSÉS
À UN CERTAIN
REGARD
Les bonnes sélections donnent des
mauvais palmarès et, inversement, les
mauvaises sélections donnent des bons
palmarès. On saura ce samedi si l’adage
se vérifie. La compétition qui s’achève
appartient clairement à la catégorie des
éditions faibles, sinon médiocres, malgré
quelques percées et surprises agréables.
On espère que les meilleurs films en lice
pour la palme d’or seront au palmarès de
Cate Blanchett et de son jury. L’Est a
fourni deux œuvres enthousiasmantes
(Leto, du Russe Kirill Serebrennikov,
Cold War, du Polonais Pawel Pawlikowski). Les Asiatiques ont été à la hauteur
(les Japonais Kore-Eda Hirokazu et Ryusuke Hamaguchi, le Coréen Lee ChangDong) – le Chinois Jia Zhang-Ke est
moins convaincant. Les Français ont séduit (Plaire, aimer ou courir vite, de
Christophe Honoré), déçu (En guerre, de
Stéphane Brizé) ou affligé (Un couteau
dans le cœur, de Yann Gonzales, Les Filles
du soleil, d’Eva Husson). L’Iranien Asghar Farhadi a joué les touristes en Espagne (Everybody Knows, aïe !). Son compatriote Jafar Panahi, assigné à
résidence, continue à filmer depuis une
voiture. Le retour en forme des uns (Matteo Garrone) et le sang frais des autres
(Yomeddine) peuvent donner le sourire.
Mais le plus grand festival de cinéma du
monde peut-il s’en contenter ? On peine
à trouver dans la sélection le « film
d’auteur grand public » qui parviendra à
exister une fois crevée la bulle cannoise.
Le renouvellement, plus subi que choisi
par Thierry Frémaux, n’a pas fait de miracles.
u
Recherche star désespérément
Cela n’était pas arrivé depuis une
éternité. Seulement deux films américains en compétition. Ils n’ont pas démérité. Le vieux briscard Spike Lee a retrouvé des couleurs avec sa comédie
antiraciste BlacKkKlansman. David Robert Mitchell a tenu son rang de néophyte doué avec sa déclaration
d’amour-haine à Hollywood (Under the
Silver Lake). Son acteur principal, Andrew Garfield, n’a pas pu monter dans
un avion pour fouler le tapis rouge, il
triomphe à Broadway. Les autres vedettes américaines avaient une excuse encore meilleure. Les films hollywoodiens
désertent la Croisette. Les studios préfèrent aller à Venise et Toronto en septembre, pour la course aux Oscars. Cette
année, Jacques Audiard et Xavier Dolan
ont eux aussi préféré la côte Ouest à la
Côte d’Azur. On aurait rêvé découvrir
Phantom Thread de Paul Thomas Anderson dans l’Auditorium Lumière, mais les
grands auteurs américains semblent
n’avoir plus grand-chose à gagner à
Cannes – la dernière palme d’or américaine est The Tree of Life de Terrence
Malick, en 2011. Les Mexicains ont aussi
changé de destination. Alejandro Inarritu (Birdman, The Revenant), Guillermo
del Toro (La Forme de l’eau) et Alfonso
Cuaron (Gravity) vont chercher la gloire
ailleurs.
vie sans Netflix
u La
Alfonso Cuaron, justement, aurait pu
électriser le festival avec Roma mais son
nouveau film est entre les mains de Netflix. La plate-forme américaine de streaming n’a pas cédé aux exigences de
Thierry Frémaux, demandant à ce que
désormais les films en sélection officielle
sortent en salle. Netflix a donc snobé
Cannes et a dû bien ricaner en apprenant
que Le Livre d’image, essai documentaire
abscons de Jean-Luc Godard présenté en
compétition, serait diffusé à la télévision,
sur Arte. Les dernières stars de Cannes
sont dans les jurys (Cate Blanchett, Kristen Stewart, Benicio del Toro). Les réalisateurs côtés passent en coup de vent le
temps d’une master class (Ryan Coogler,
Christopher Nolan). Martin Scorsese a
fait un aller-retour pour prendre son prix
(le carrosse d’or, remis par la Société des
réalisateurs de film) et retourner finir le
montage de The Irishman, produit par
Netflix. Sinon, on a vu John Travolta présenter Grease au cinéma de la plage.
u Tout feu, tout femme ?
Ce devait être l’année de la femme.
Édition post-Weinstein oblige, les phallocrates et harceleurs allaient voir ce
qu’ils allaient voir. On a eu droit à des
annonces symboliques et à une montée
des marches interdite aux hommes avec
Cate Blanchett et Agnès Varda en portevoix des revendications (égalité salariale,
parité dans les instances dirigeantes, appel à « genrer » les statistiques, rendre
transparente la liste des comités de sélection des festivals). Sans oublier trois
films de réalisatrices en compétition.
Trois œuvres indigentes et consternantes. Les Filles du soleil, film de guerre à
l’eau de rose d’Eva Husson, Lazzaro Felice, fable niaise d’Alice Rohrwacher, et
Capharnaüm, tire-larmes laborieux de
Nadine Labaki. Démonstration par l’absurde de Thierry Frémaux pour qu’on
arrête de le bassiner avec les films de
femmes ?
fête est finie
u La
Depuis les attentats de 2015, le Festival
de Cannes est devenu aussi sécurisé
qu’un aéroport. Policiers en civils ou en
uniformes lourdement armés quadrillent
la Croisette. Cette année, on a encore
franchi un palier. Même les chasseurs
d’autographes et le « gang des escabeaux » aux abords du Palais passe sous
un portique de sécurité, comme les milliers de journalistes. La presse a enduré la
nouvelle grille des projections, en voyant
les films après tout le monde – priorité
aux séances de gala du soir et aux standing ovation faisant croire que chaque
film était la palme. Réduite au rôle de
voiture-balai, écartée des débats qui
n’ont pas eu lieu, elle a le blues. Vivement la Coupe du monde de football. ■
La belle moisson des sections parallèles
1
2
3
Prix Un certain regard
Prix du scénario
CLAIRE NICOL
« Sofia »
de Meryem Benm’Barek
Prix d’interprétation
Victor Polster
dans « Girl » de Lukas Dhont
Prix de la mise en scène
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
pour « Donbass »
Lors de ce 71e Festival de Cannes, les
belles surprises sont venues des sections
parallèles. Plusieurs auraient même
mérité d’être en lice pour la palme.
D’abord à La Quinzaine des réalisateurs
qui célébrait sa 50e édition et proposait
six films français sur vingt au total. Le
délégué général, Édouard Waintrop a
choisi des œuvres de qualité qui ont été
Sergei Loznitsa
Prix spécial du jury
« Les Morts
et les autres »
De Joao Salaviza et Renée
Nader Messora
remarquées et/ou récompensées. Ainsi,
En liberté! (1) qui voit la reconnaissance
cannoise de Pierre Salvadori, qui a décroché le prix SACD (Société des
auteurs et compositeurs dramatiques).
Cette comédie réjouissante est portée
par Adèle Haenel. En inspecteur de police, l’actrice découvre que son flic de
mari n’était pas le héros qu’elle croyait.
Aussi drôles, Guy, le second long-métrage d’Alex Lutz, avec lui-même en
chanteur ringard (Semaine de la criti-
que) et Le monde est à toi de Romain Gavras avec un Vincent Cassel décérébré
et une Isabelle Adjani foldingue. Moins
subtil, mais aussi réjouissant, Troppa
Grazia de l’Italien Gianni Zanasi qui raconte la rencontre d’une mère de famille avec la Vierge (prix Label Europa
Cinemas). Dans un registre plus nuancé,
des films de la 57e Semaine de la critique
trouveront leur public. À commencer
par Wildlife (3) (Une saison ardente),
premier long-métrage de Paul Dano.
SUNDANCE INSTITUTE
De Ali Abbasi
2018 IOTA PRODUCTION
« Gräns »
L’acteur filme avec talent un adolescent
confronté aux disputes de ses parents
(Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal)
dans les années 1960. En séance spéciale, l’excellent Nos batailles (2) du réalisateur belge Guillaume Senez offre un
joli rôle à Romain Duris. Abandonné par
sa femme, ce syndicaliste très investi à
l’usine est obligé de s’occuper de ses enfants. Laetitia Dosch, Laure Calamy lui
donnent la réplique. Chaudement applaudi par les festivaliers. ■
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LE FIGARO
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
Olga Kurylenko
Dans L’homme qui tua Don Quichotte,
Jonathan Pryce ne se gêne pas
pour cabotiner. DIEGO LOPEZ CALVIN
Durée 2 h 12
■ L’avis du Figaro : ○¡¡¡
En salle ce samedi
31
« Un couteau dans le cœur » : planté !
EN COMPÉTITION Dans le cœur, vraiment ? Yann Gonzalez doit avoir
d’assez curieuses notions d’anatomie, le couteau du titre s’enfonçant
dans une autre partie du corps. Un dangereux psychopathe qui a volé
le masque de Belphégor assassine un par un les acteurs des pornos gays
que produit Vanessa Paradis. Elle carbure au whisky, car Lois, qui monte
ses films, vient de la quitter. L’amour, gross malheur ! L’arme du crime
consiste en un godemiché d’où jaillit une lame effilée. On espère au moins
qu’il y aura des produits dérivés. Ce solide nanar singe les giallos, cite Argento,
multiplie les séquences en négatif (jamais fait) ou éclairées en rouge
(nouveau). Kitsch, lourd, bête, le dernier pensum de Yann Gonzalez,
qui a déjà commis Les Rencontres d’après minuit, sidère par sa prétention,
son pseudo-second degré, la pauvreté de ses dialogues. À chaque fois,
un merle se pose sur les lieux du drame. Il est aveugle. Il ne sait pas la chance
qu’il a. Qu’est-ce que ce truc-là vient faire au plus grand festival du monde ?
É. N.
Sortie le 27 juin.
« Capharnaüm » : sentiments à l’eau
EN COMPÉTITION Bien sûr, on ne peut qu’avoir de la compassion pour Zain,
ce gamin des faubourgs pauvres de Beyrouth, qui grandit dans une famille
où l’invective et l’humiliation ont remplacé l’amour. L’adolescent qui l’incarne
est photogénique et charismatique en diable. Fable contemporaine qui
embrasse trop de misères du monde à la fois, Capharnaüm ne transcende
jamais son sujet, et c’est dommage. On aurait aimé une réalisation plus sobre
que ces gros plans trop chargés. Nadine Labaki a la main lourde. Les images
heurtées et le flou artistique sont autant de pléonasmes qui surlignent
cette histoire déjà bien assez tragique. Visuellement proche du documentaire,
le film pèche dans ses moments de fiction, comme ce procès intenté par l’ado
à ses parents pour l’avoir mis au monde, et l’utilisation systématique
de flash-back balourds. Le procédé visait sans doute à éveiller nos mauvaises
consciences d’Occidentaux privilégiés, il ne fait que contribuer à notre ennui.
Beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
OLIVIER NUC
Date de sortie non communiquée.
« Ayka » : un baby blues glaçant
EN COMPÉTITION Dès les premières images d’Ayka, du Kazakh Sergey Dvortsevoy,
on sent le film dur, intransigeant, tourné caméra à l’épaule. Dans une maternité
moscovite, une fournée de nouveau-nés emmaillotés est entassée dans un
chariot. Ils bâillent et crient. C’est l’heure de l’allaitement. Ayka (Samal
Yeslyamova) vient d’accoucher. Elle ne peut se permettre d’avoir un enfant. Elle
s’enfuit, traverse une ville apocalyptique envahie par la neige pour aller déplumer
des poulets dans un sous-sol crasseux. Furtivement, on pense à Los Olvidados
(1950). Comme chez Bunuel, le destin des « oubliés » de la terre ira forcément
de Charybde en Scylla. La jeune femme, qui rêve de monter son entreprise
de couture, a contracté des dettes avec la mafia locale. Elle se démène pour
trouver du boulot. Toutes ses tentatives sont filmées sans la moindre empathie,
avec ce ton du docu-fiction, à la mode il y a quelques années. Le surgissement
de l’instinct maternel est l’un des enjeux du film. Las, à aucun moment,
on ne le sent pointer. Le film reste froid comme les stalagtiques que l’héroïne
collecte pour anesthésier son ventre meurtri. Triste et glaçant. OLIVIER DELCROIX
Date de sortie non communiquée.
A
« L’homme qui tua
Don Quichotte »
Fantastique de Terry Gilliam
Avec Jonathan Pryce, Adam Driver,
COUP DU BARRE
Toby réalise des spots publicitaires. Le
cynisme est son royaume. Il est revenu
de tout. Dans sa jeunesse, il a mis en scène un Don Quichotte qui connaît depuis
une sorte de culte. Puis, il a prostitué son
talent. C’est la vie, n’est-ce pas ? À
l’époque, le tournage a semé la pagaille
dans un village reculé. Le cordonnier,
qui jouait le rôle-titre, se prend désormais pour le Chevalier à la Triste Figure.
Jonathan Pryce ne se gêne pas pour cabotiner. Le cinéaste blasé retourne sur
les lieux à moto, plante son équipe au
milieu d’un plan. L’auberge est tenue
par Sergi Lopez. Olga Kurylenko se déhanche. Un milliardaire russe a fait fortune en vendant de la vodka. Il donne
une fête à tout casser. L’ensemble brinquebale. Il y a quelque chose de forcé.
Cela patine. La caméra a l’air d’être toujours à l’endroit où il ne faut pas. Les effets spéciaux laissent à désirer. L’épisode des géants ne convainc guère. Les
moulins à vent tournent à vide. Ah, le
coup du film dans le film ! Ce pudding a
le don de peser sur l’estomac. Terry
Gilliam va dans le mur, mais il fait ça
avec panache, la tête haute. C’est comme si Adam Driver, pas dupe, essayait
de chuchoter discrètement : « Excusezmoi, mais je suis aussi dans le Spike Lee,
vous savez.» Wow, wow, wow. ■
COUP DE MASSUE
Les effets spéciaux
laissent à désirer
GAUMONT
HORS COMPÉTITION « Wow, wow,
wow ! », n’arrête pas de dire Adam Driver, affolé par ce qui lui arrive. On est
tenté de l’imiter, tellement ce Don Quichotte, présenté en clôture du Festival et
en salle ce soir, engendre l’effarement et
la gêne. Tout ça pour ça. Ce monde est
injuste. Vingt ans à se démener, les pires
ennuis de la terre, l’envie de jeter le
gant, Terry Gilliam s’est accroché coûte
que coûte, faisant entrer dans la légende
cette « Arlésienne du cinéma » marquée
par les déboires dès l’origine. On se souvient du tournage avorté avec Jean Rochefort pour cause d’aléas climatiques et
des problèmes de dos de l’acteur. On se
souvient que ces déboires avaient fait
l’objet du documentaire Lost in la Mancha en 2002. On sait aussi que l’association de l’ancien Monty Python avec le
producteur portugais Paulo Branco, en
2016, a tourné au vinaigre. Le feuilleton
judiciaire a connu son dénouement alors
que le Festival avait déjà commencé.
Si le film a été finalement bouclé avec
un tout nouveau casting (le troisième),
on en a plutôt écrit des tonnes sur le
procès qu’a intenté le producteur à
Gilliam pour empêcher la sortie du film.
Mais, enfin, le vieux projet a vu le jour.
Il n’est pas sûr qu’il s’agisse d’une
bonne chose. On sait, depuis Thérèse
d’Avila, que les prières exaucées ont un
prix. Gilliam l’a payé. Sa ténacité force
le respect. À l’arrivée, il y a ce film bâtard, bancal, démodé sans être vintage.
ARP SELECTION
ÉRIC NEUHOFF eneuhoff@lefigaro.fr
ELLA HERME
Terry Gilliam
mouline dans le vide
COUP DE MATRAQUE
L'ÉVÉNEMENT
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samedi 19 mai 2018 LE FIGARO
32
L'ÉVÉNEMENT
CAMÉRA D’OR
MEILLEURE ACTRICE MEILLEUR ACTEUR
PRIX DU JURY
« Girl » de Lukas Dhont
Joanna Kulig dans « Cold War »
Marcello Fonte dans « Dogman »
« BlacKkKlansman » de Spike Lee
Parmi les 19 premiers films, Girl
se détache haut la main. Il fallait
un talent fou pour brosser le portrait
de cet adolescent empêtré dans son
corps alors qu’il rêve de devenir une
ballerine. Sujet peu banal, traité avec
une délicatesse et une maîtrise hors
du commun. On a rarement exprimé
avec autant de force les souffrances
de cet âge. Le jeune acteur fait des
étincelles en jeune fille déchirée et
déchirante. Aucune scène n’est ratée
dans ce récit d’apprentissage rythmé
par des séances de danse. Élégance et
profondeur, Girl est porté par la grâce.
Actrice fétiche de Pawel Pawlikowski,
la trentenaire crève l’écran
en chanteuse au caractère volcanique.
Cette musicienne de formation passe
allègrement du répertoire folklorique
polonais au jazz soyeux des caves
de Saint-Germain. Capricieuse comme
une Romy Schneider, sexy comme une
jeune Bardot, têtue comme une Jeanne
Moreau, Joanna Kulig éclipse jusqu’à
son partenaire Tomasz Kot. Elle danse
le rock aussi bien qu’elle pleure
et ensoleille cette chronique d’un amour
en noir et blanc entre l’Est et l’Ouest. Elle
pourrait mettre le feu à la guerre froide.
Toiletteur pour chiens attentionné
et doux, avec son visage respirant
une gentillesse infinie, l’Italien
rafle la mise dans Dogman où
Matteo Garrone retrouve le mordant
de Gomorra. Il incarne à la perfection
un homme humilié, poussé à bout
par un tortionnaire cocaïnomane et
violent, auquel il pardonnait tout. Sa
fille, passionnée de plongée, l’adore et
le couve d’un regard qui devient vite
celui du spectateur. Ce fait divers réel
et tragique a au moins permis cette
révélation, qui renvoie dans les cordes
nombre de comédiens professionnels.
Après vingt-sept ans d’absence
à Cannes, Spike Lee revient plutôt
en forme avec une comédie grinçante
haute en couleur, tirée d’un fait
divers, où un policier noir avait réussi
à infiltrer le Ku Klux Klan. Le film
vaut surtout pour le duo d’acteurs
John David Washington (le fils
de Denzel) et Adam Driver. Un cru
plein d’humour, d’ironie et d’énergie
malgré une fin militante. Coupes afro,
dialogues pétaradants, ambiance
seventies, l’enfant terrible de
Brooklyn s’offre une cure de jouvence
à 60 ans passés. Il était temps.
24 heures
croisette
par François Aubel
RIDEAU DE FUMÉE
■ Pourquoi croit-on toujours
PALME D’OR
« Leto » de Kirill Serebrennikov
BAC FILMS/KINEVISTA, TEMPESTA, VALÉRY HACHE/AFP
À l’Est, du nouveau. Le réalisateur
russe Kirill Serebrennikov, assigné
à résidence, filme en noir et blanc
l’émergence de la scène rock
à Leningrad à la fin de l’ère Brejnev
avec une légèreté très Nouvelle
Vague. Jules et Jim sur vodka. Mike,
le Lou Reed soviétique, transmet
le flambeau au représentant de la
jeune garde pop Viktor Tsoï, leader
du groupe Kino. Tiré des Mémoires
de l’égérie de Mike Naumenko
(la piquante Irina Starshenbaum)
au centre d’un triangle amoureux,
Leto (L’Été, sortie le 5 décembre)
redonne du rose aux joues de la
Croisette, bien qu’il soit en noir
et blanc. Ou comment des chansons
sont devenues la bande-son
de la chute du mur de Berlin.
Le palmarès des critiques
du « Figaro »
FRANÇOISE DARGENT,
OLIVIER DELCROIX, ÉRIC NEUHOFF,
OLIVIER NUC, NATHALIE SIMON
ET ÉTIENNE SORIN
Avant la projection du « Poirier sauvage », du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan,
notre jury a décerné ses prix d’une 71e édition médiocre et décevante.
PALME DE PLOMB
« Heureux comme Lazzaro »
d’Alice Rohrwacher
Avec Gonzalez, Husson et Labaki
comme challengers, seule l’Italie
pouvait présenter cette parabole
lourde et faussement poétique
(Cocteau sauce bolognaise) signée
par la réalisatrice des Merveilles.
Dans une campagne, une méchante
tient sous son joug une communauté
de paysans. Parmi eux, Lazzaro, idiot
du village, qui murmure à l’oreille
des loups, rend service à tout
le monde et fraternise avec le gosse
de riches. Évidemment, à cause de
son prénom, il meurt puis ressuscite
pour se retrouver dans une ville
contemporaine. Avec en prime, Sergi
Lopez, seul Espagnol à baragouiner en
italien. Affreux, sales et gnangnan ?
GRAND PRIX
A
« Une affaire de famille »
de Hirokazu Kore-Eda
Le Japonais fait toujours le même film,
raconte toujours la même histoire.
Tous ses longs-métrages pourraient
s’intituler Une affaire de famille. Mais
celui-ci est sans doute l’un de ses plus
beaux depuis Nobody Knows, Still
Walking et Tel père, tel fils. Un couple
recueille une petite fille délaissée
par ses parents. Sous le même toit
cohabitent différentes générations.
Ils vivent de menus larcins,
partagent des bols de nouilles.
La fillette découvre les ficelles du
métier de pickpocket en même temps
que la tendresse et la générosité. La
plus belle scène d’amour de Cannes.
les critiques de cinéma blasés ?
Il a fallu quelques derniers films
éprouvants, le mot est faible,
pour qu’ils atteignent leur point
de non-retour. Le ton monte. On
se caricature, sous le poids d’une
passion devenue déraisonnable.
Faut-il que ses nerfs lâchent
pour considérer Un couteau dans
le cœur comme une « tragédie
romantico-ludique ». Yann
Gonzalez « sublimerait » Vanessa
Paradis dans les pantalons pattes
d’eph d’une réalisatrice de porno
gay. « On nous vend une parodie
de film noir, c’est surtout
pompeux et pompier », avance
un vieil habitué du Festival qui,
cette année, s’est demandé
quand débuterait la compétition
hétérosexuelle.
Directrice générale d’UniFrance,
organisme chargé d’exporter
notre cinéma à l’étranger, Isabelle
Giordano a connu des heures
meilleures. « Comment vais-je
pouvoir expliquer aux Chinois les
enjeux syndicaux d’En guerre de
Stéphane Brizé ? », s’inquiète-telle. Trêve de revendication chère
Madame, l’art ne s’explique pas.
De cette édition, on retiendra
l’image de 82 professionnelles
de cinéma sur le tapis rouge
pour réclamer l’égalité salariale,
juste avant de découvrir Les Filles
du soleil, le film d’une femme
(Eva Husson) sur des femmes
(des combattantes kurdes).
« On voulait que ce soit une fête,
une communion. Mais la plupart
des actrices présentes
symboliquement sur les marches
ont fui la salle, raconte un membre
de l’équipe de ce long-métrage.
On nous a expliqué qu’elles
avaient d’autres obligations. »
Ça fait mauvais genre.
« Ces gesticulations postWeinstein, c’est un rideau
de fumée pour cacher la faiblesse
des films en compétition »,
estime, frustré, un correspondant
étranger. La productrice Sylvie
Pialat, elle, n’en démord pas :
il n’y a pas de films d’hommes
ou de femmes. Il n’y a que
des bons et des mauvais.
Elle connaît son métier.
À la fête de clôture de La
Quinzaine des réalisateurs,
Édouard Waintrop savoure ses
dernières heures comme délégué
général d’une section parallèle qu’il
a su si bien revivifier. Son avenir ?
« Il y a de nombreux postes
de direction de festivals vacants,
confie-t-il. Mais en ce moment,
on ne recrute que des femmes… »
Un peu plus loin, dans l’ombre
du palais, se dessine le profil
vacillant d’Édouard Baer.
Le maître de cérémonie voulait
ouvrir cette édition sans, nous
disait-il, « en remettre une
couche sur la politique ». À croire
qu’il se doutait de quelque chose…
PIRE ACTRICE
PIRE ACTEUR
Vanessa Paradis
dans « Un couteau dans le cœur »
Javier Bardem
dans « Everybody Knows »
+ @ DU WEB
La Lolita de Joe le taxi est devenue
productrice de films pornos gays.
On est peu de chose. Elle pleurniche
saoule dans une cabine téléphonique,
court après sa monteuse, titube dans
ses bottes rouges. Il faut la voir diriger
des scènes érotiques, repérer ses futurs
comédiens sur des chantiers et répondre
effrontément à des enquêteurs
dubitatifs. Il faut dire qu’elle a du boulot,
entourée du casting le plus improbable
de la sélection. C’est à qui sera le plus
mauvais. Il est temps qu’elle retrouve
un metteur en scène digne de ce nom.
Rendez-nous La Fille sur le pont.
Javier Bardem en vigneron espagnol
avec un anneau dans l’oreille est
à nouveau obligé de donner la réplique à
Penélope Cruz dans la piquette d’Asghar
Farhadi. Ce paysan bourru retrouve
son grand amour de jeunesse lors
d’un mariage. Sûrement desservi par la
traduction approximative des conseils
prodigués en farsi par le cinéaste iranien,
Bardem ne sait plus où donner de la tête.
Il est déboussolé au point de refuser
de goûter son vin. Et décontenancé
de se retrouver dans cette sitcom
à consommer avec modération.
L’alcool tue. Le ridicule aussi.
» Revivez en vidéo notre émission
« 24 heures croisette »
avec David Lisnard, maire
de Cannes : « Nous n’avons pas
changé le dispositif de sécurité »
» Après le road-trip
de Cohn-Bendit, sortez vos
mouchoirs pour Capharnaüm
» Avec Dogman, Marcello Fonte
en route pour le prix
d’interprétation masculine
» Un couteau dans le cœur,
avec Vanessa Paradis, se fait tailler
des croupières : « kitschissime »,
« creux »…
www.lefigaro.fr/festival de Cannes
LE TAPIS ROUGE
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LE FIGARO
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
CULTURE 33
Photo London,
les bijoux
de la Couronne
LOVE, du photographe Tim
Walker (édition 1/10, chez
chez le galeriste Michael Hoppen
de Londres). TIM WALKER COURTESY
MICHAEL HOPPEN GALLERY.
FOIRE De cette 4e édition se dégage surtout
un fort tempérament britannique.
L
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
ENVOYÉE SPÉCIALE À LONDRES
a première photo vendue à
cette 4e édition de Photo London, la rivale
anglaise de Paris Photo, est un portrait de
S. M. la reine Elizabeth II, jeune femme
classique en kilt, perles et blazer, en promenade avec un de ses chiens, par le
photographe américain David Montgomery (2 500 livres, édition 2/25, à la Peter
Fetterman Gallery de Santa Monica). Ce
n’est pourtant pas l’image la plus choc de
ce photographe insolent, né en 1937, qui
fit poser Charlie Watts sans pantalon avec
la pochette de Sticky Fingers des Rolling
Stones en guise de paravent. Elle est
même plus sage que cet autre portrait de
la reine en 1967 par Montgomery, dans sa
robe trapèze vert d’eau, avec ses crans
déjà immuables, ses trois rangs de perles
et sa lourde broche, devant un faux feu de
cheminée électrique, digne d’un Bed
& Breakfast en Cornouailles.
Depuis son couronnement, le 2 juin
1953, en l’abbaye de Westminster, cette
femme de devoir garde, à 92 ans, une popularité souveraine. En ce samedi où elle
marie son petit-fils Harry à Windsor (lire
aussi page 38), la voici de nouveau sous
les objectifs. À côté de ces trophées trône
un superbe tirage Fresson de Sarah Moon,
Les Roses de 1998 (édition 11/15, 19 640 livres). Sombre et éthéré, il rappelle les années Biba à Londres lorsque, dans les seventies, cette Anglaise d’adoption faisait
poser la belle Susan Moncur comme une
vedette pâle des Années folles.
Glamour vif et décomplexé
Dans ce salon hors du temps qu’est un
stand de foire retentit la voix forte de
Martin Parr, le roi acide de la photo anglaise, natif d’Epsom en 1952. Son sourire
ne présage rien de bon pour les vaniteux,
les ridicules et les nouveaux riches de la
planète art. Il accueille une connaissance
d’un « how do you do ? » retentissant, digne d’un sketch de la BBC sur le bon usage de l’accent tonique. Plus loin, il taquinera Simon Baker, transfuge de la Tate
Modern et nouveau directeur de la MEP à
Paris, sur la qualité de son français. Il est
un tel héros de la scène britannique qu’il
est devenu le sujet d’objets photographiques dérisoires, entre le médaillon et
le memorabilia touristique, qui laissent
perplexes les amateurs.
colique au Vietnam en 1967, le lanceur de
pavé le 6 mai 1968, rue Saint-Jacques. Et
l’Irlande du Nord de Londonderry.
All you need is love ? En ce jour de
noces, on peut jouer avec Tim Walker,
photographe de mode né en 1970 au
Royaume-Uni, ex-assistant de Richard
Avedon. Il fait dessiner le mot LOVE en
rouge par un jeu de signes à la blondissime Elizabeth Moses (édition 1/10, chez
Connaisseur éclairé et collectionneur,
le photographe s’est concentré sur les tirages de feu Gilles Caron, de Mai 68 au
Biafra, à l’honneur à la School Gallery de
Paris et sur tout le flanc ouest du pavillon
central. Ici, les portraits du général de
Gaulle en Roumanie en 1968 sont plus petits qu’à l’Hôtel de Ville. Les vedettes restent Daniel Cohn-Bendit goguenard face
au CRS devant la Sorbonne, le GI mélan-
le galeriste Michael Hoppen de Londres).
Le glamour vif et décomplexé semble être
chez lui en cette ville qui a vu naître en
1938 le grand Terry O’Neill (David Bowie
With Jumping Dog, 1974, tirage moderne,
édition 16/50, 20 000 livres chez Iconic
Images).
Né en 1964 à Londres, Miles Aldridge
fait poser Lorna Foran en 2017 In the Garden, comme une beauté préraphaélite
avec peau d’albâtre, papillon bleu nuit,
toge de la Vierge et sein de jeune fille (archival pigment print, édition 1/6,
7 050 livres chez Fahey/Klein Gallery de
Los Angeles). En 2017, il avait déjà étonné
avec sa relecture du monde givré de
Maurizio Cattelan, roi de l’art contemporain italien. Au pied du cheval taxidermisé ou de Jean-Paul II écrasé par une météorite, il faisait apparaître une créature
nue, martienne, emperruquée et monochrome de la tête au sexe qui ajoutait encore du bizarre au décor.
Son humour et son peps paraissent encore respectables si on les compare au
trash insolent d’Alison Jackson, 48 ans.
Elle fait poser des sosies de la reine et des
Royals dans des situations incongrues,
voire sacrilèges (Queen Elizabeth on the
Loo, comme son nom l’indique, avec perles et culotte de combat, chez Raffaella De
Chirico Contemporary Art de Turin). Le
Royal Selfie avec la reine, Camilla, Kate,
les enfants et le portable customisé de
deux corgis et d’un cœur est assez drôle.
Tous les autres sujets, plus respectueux
des traditions, iront se recueillir devant
Windsor Castle Chapel du grand William
Henry Fox Talbot, 1844 (chez Robert
Hershkowitz LTD de Londres). Une pure
beauté et pas un artiste mal élevé à
l’horizon. ■
Photo London, Londres, jusqu’au 20 mai.
www.photolondon.org
À Angers, la danse insoumise
ANNIVERSAIRE Le Centre national de danse contemporaine célèbre ses 40 ans et ses maîtres, avec une tournée en France.
ARIANE BAVELIER£@arianebavelier
ENVOYÉE SPÉCIALE À VAL-DE-REUIL
ans la pénombre, une vingtaine de danseurs pris chacun
dans une bulle élastique servent d’écran de projection à
des couleurs et à des formes.
Sur la scène du Théâtre de l’Arsenal du
Val-de-Reuil, monument en acier vermillon et bois naturel planté au milieu des
champs, ils répètent Water Study d’Alwin
Nikolais. Ce sont les élèves du Centre national de danse contemporaine (CNDC)
d’Angers. Leurs en-dehors, flexions, stations dos au sol et pattes en l’air déforment la bulle immergée dans les projections de lumières. Leur unisson traduit la
manière dont le mouvement se propage.
À la manière d’une goutte tombant à la
surface de l’eau. C’est si créatif, si ludique
qu’on regrette que l’œuvre de Nikolais
(1910-1993), chorégraphe américain inspiré par le Bauhaus, soit si rare en France.
Il y a pourtant fait merveille, portant
en 1978 le CNDC sur les fonts baptismaux :
« C’était la première et la seule école de
danse contemporaine. Il y avait alors
NATHALIE STERNALSKI
D
Les élèves du Centre national de danse contemporaine (CNDC) d’Angers en répétition.
100 danseurs contemporains, contre 7 000
aujourd’hui », dit Philippe Decouflé. Depuis, l’école a formé maints chorégraphes : lui-même, Angelin Preljocaj, Dominique Boivin, Mathilde Monnier…
« Nikolais prônait des principes aujour-
d’hui complètement intégrés. Il disait que le
mouvement est le message. Qu’un corps
conscient de ce qu’il fait suffit sans qu’il
soit besoin d’ajouter une histoire. Il stimulait sans cesse notre désir de création », se
souvient Dominique Boivin.
Avec Philippe Decouflé, ils partagent la
responsabilité d’un spectacle du quarantenaire qui met bout à bout Water Study
de Nikolais, Trafic, création de Boivin en
clin d’œil à Jacques Tati, et l’adaptation à
la compagnie de soli ou duos de Decouflé.
« J’ai aussi intégré des créations d’élèves », dit Decouflé, qui s’ingénie à monter
cette macédoine chorégraphique. Il lui a
insufflé son ton de légèreté et de plaisir :
« C’est un groupe divers mais solidaire. J’ai
voulu leur transmettre la joie de vivre et le
bonheur qui, selon moi, sont les ingrédients
pour danser », confie-t-il.
D’une pépite à l’autre
Le spectacle court d’une pépite à l’autre.
Âgés de plus de 18 ans, en seconde et dernière année, les élèves sont encore un peu
verts. « Ta touffe, ça ne va pas, déclare
Decouflé à une fille qui ne sait pas comment se coiffer depuis qu’elle a renoncé
au chignon. Même en entrant en scène, tu
peux continuer à t’habiller, lance le chorégraphe à un garçon qui a fini en caleçon
sous les projecteurs.
« Ils viennent du hip-hop, du classique
ou du contemporain. On les choisit sur
leurs capacités techniques et artistiques. Ils
donnent 30 spectacles par an parce que
pour devenir danseur, il faut danser », explique Claire Rousier, directrice adjointe
du CNDC, aujourd’hui mené par Robert
Swinston, qui a passé trente ans auprès de
Merce Cunningham. Pour ce quarantième anniversaire, ils ont concocté des
festivités qui racontent les différentes directions du CNDC. Le festif, avec Nikolais
et ses émules, Cunningham, puisque,
bien avant Swinston, Viola Farber, danseuse chez Merce, succéda à Nikolais, le
lyrisme et le cinéma avec Régis Bouvier et
Joëlle Obadia, qui reviennent séparément, un bal en hommage à Michel
Reilhac, la performance avec Marcela
Santander formée par Emmanuelle
Huynh, directrice obnubilée par le
concept… Sans oublier Nadia Croquet, qui
a donné son assise au CNDC. L’aventure
avait commencé avec une vingtaine
d’élèves dans les sous-sols du théâtre
d’Angers. Elle s’est déployée magnifiquement. Il va falloir rester à la hauteur. ■
Spectacles au Théâtre de Chaillot (Paris XVIe),
au Musée d’art moderne de Paris (Paris XVIe),
au Musée de l’Orangerie (Paris Ier),
au Quai d’Angers (49)… Jusqu’au 4 juin.
Rens. : www.cndc.fr
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samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
34
À TABLE
Une épopée
grecque
moderne
MINUTES GOURMANDES
Stéphane
Durand-Souffland
sdurandsouffland@lefigaro.fr
Passage
de pelote
au Bascou
GASTRONOMIE Inscrite depuis 2010
au patrimoine culturel immatériel
de l’humanité par l’Unesco, la cuisine
hellène séduit de plus en plus les Français.
1
L
2
L
MARIE-CATHERINE DE LA ROCHE
oin des clichés de mauvaises
cartes postales - moussaka baignant dans
l’huile, tarama rose fluo, feta vacharde et
assiettes cassées -, la cuisine grecque est en
train de gagner ses lettres de noblesse. Pour
s’en convaincre, il suffit d’égrener le komboloï des récompenses qu’elle a raflées ces
derniers mois. Au Parnasse 2018 du Michelin : huit adresses en terre natale (étoilées et
Bib) auxquelles s’est adjointe une première
étoile au firmament hexagonal, décrochée
par Mavrommatis. Haut lieu gréco-parigot
enraciné au pied de la rue Mouffetard, la
parea (bande rieuse et ripailleuse d’amis de
toujours) des gastrolâtres n’avait pas attendu le Guide rouge pour y faire procession, mais la consécration est de taille. Au
menu : feuilles de vigne farcies de langoustine, épaule d’agneau confite en cannelloni
de céleri, tarte à l’orange servie avec
yaourt grec, glace au safran et olives de
Kalamata… Ici, c’est une Grèce gastronomique, subtile, qui s’exprime. Mais en restant droit dans les bottes de ses terroirs. Et
si, dixit Aristote, « une seule hirondelle ne
fait pas le printemps », la kyrielle des autres
récompenses tombées dans l’escarcelle
grecque ne laisse aucun doute sur ce changement de paradigme. Un Bib Gourmand
pour Étsi, jeune table hellénique du XVIIIe
arrondissement. Le trophée « Pop » de la
meilleure grignote attribué par Gault
& Millau à Yaya. Cette néotaverne ultrabranchée des docks de Saint-Ouen s’est
aussi vu décerner la palme du « meilleur
sandwich grec » par le Guide du Fooding.
Quant à Evi Evane, adresse germanopratine qui ne badine pas avec ses origines, elle
était sacrée « meilleure table étrangère »
par le guide Pudlo, il y a tout juste un an.
Ces nouveaux argonautes de la cuisine
grecque sont en train de faire tourner les
éoliennes de la critique. Exit la tambouille
de folklore, les décors d’Acropole en carton-pâte, les souvlakis à vous soulever le
3
cœur, les gargotes qui font danser le sirtaki aux estomacs. De cette mauvaise réputation, la génération des trentenaires,
souvent franco-grecs, a décidé de s’affranchir. Ils ont à cœur de faire valoir le
patrimoine de leur enfance, la cuisine de
soleil de leur yaya (grand-mère, en grec),
d’explorer les incroyables terroirs de ce
pays façonné par la mer, dessiné par les
montagnes, au pointillisme culinaire de
quelque 200 îles. « Il n’y a pas de raison que
la cuisine grecque ne soit pas à la même
hauteur que l’italienne », s’insurge Mikaela
Liaroutsos, la chef d’Étsi (« comme ça »,
en grec). Cette fille de l’île de Sefiros, qui a
fait ses classes chez Cyril Lignac et Michel
Rostang, n’a de cesse de « déringardiser »
la cuisine de ses origines. « La Grèce, c’est
une incroyable palette de saveurs, aussi variées que ses paysages. Nous sommes riches
d’une histoire culinaire de quatre mille ans
qui a sa source dans le bassin méditerranéen et au carrefour de l’Italie, des Balkans
et du Moyen-Orient », s’enthousiasme-telle. Et d’ajouter : « À Athènes, New York,
Paris, notre génération se bat pour faire
bouger les choses. On a envie de montrer
qu’on existe ! »
Couleurs et saveurs
Premier de cordée de ce retour en grâce,
Andreas Mavrommatis sourit en patriarche averti. « Voilà trente-sept ans qu’avec
mon frère Evagoras on travaille à changer
le regard de la France sur la cuisine grecque. » Aujourd’hui, la fratrie, qu’a rejointe
le benjamin Dionysos, est à la tête de cinq
restaurants, quatre dans la capitale, un à
Chypre, et de neuf boutiques traiteur à
Paris, Nice et Marseille. « Quand je suis arrivé en 1977 pour étudier la sociologie à
Censier, je n’avais pas un sou en poche. J’ai
cherché un boulot d’étudiant et suis naturellement tombé sur les grecs de la rue
Mouffetard. J’y ai fait la plonge. En fait, à la
tête de ces fourneaux, on trouvait des exilés, qui avaient échappé aux “colonels”.
Pour gagner leur vie, nombre d’entre eux
ont ouvert des tavernes à souvlakia, mais ils
n’étaient pas cuisiniers. Et, à l’époque, les
produits n’arrivaient pas jusqu’ici. » Forts
de ce constat, les deux frères, toujours
étudiants, ouvrent une épicerie-traiteur,
Banquet grec
A
e Bascou vient de changer
de patron. L’élégant
Bertrand Guéneron,
qui fut longtemps
le second d’Alain Senderens
chez Lucas Carton avant de
s’installer aux portes du Marais,
passe le relais en douceur
à Renaud Marcille, 37 ans.
Celui-ci, le monde est petit,
a aussi fait ses classes auprès
de Senderens, avant de se parfaire
comme chef à Racines, passage
des Panoramas. Le jeune homme
a rafraîchi la décoration
du bistrot tout en longueur
de la rue Réaumur. Un petit coup
de peinture blanche, un éclairage
soigné pour mettre en valeur
deux chisteras dans des niches
murales, et hop, le voici aux
commandes depuis le 14 mai.
Bien que placé sous le signe
de la pelote, le Bascou est bien
moins un restaurant basque
qu’une table d’habitués venus
du quartier, entre Arts-etMétiers et le square du Temple,
ou d’ailleurs, qu’il eût été
imprudent de chagriner.
Aussi quelques classiques
de l’ère Guéneron subsistent-ils
à l’ardoise, comme l’axoa
de veau (18 €) ou le fabuleux
millefeuille à la vanille,
gros comme un pavé de Mai 68,
léger comme un des merveilleux
nuages chers à Baudelaire,
nous y reviendrons.
Ce mercredi-là, deux convives,
dont on devine sans mal, à leur
façon de prendre leurs aises,
qu’ils sont familiers des lieux,
discutent ampérages et autres
joyeusetés bricolantes devant
le plat du jour (lieu jaune carottes
glacées) du menu déjeuner à 19 €.
Ils reviendront donc, en saison,
pour le lièvre à la royale,
l’un des meilleurs de Paris :
Bertrand Guéneron transmettra
aussi sa recette (mise au point
du temps de Lucas Carton) à
son successeur. En attendant
le gibier, c’est le printemps,
et Renaud Marcille envoie en
entrée une fricassée d’asperges
vertes flanquée de seiche et de
piment d’Espelette (15 €),
méli-mélo vert et blanc
saupoudré de rouge. Un joli
jeu de textures et de saveurs,
amertume contre piquant,
végétal contre mollusque,
croquant contre fondant.
Plan B : les pimientos del piquillo
farcis à la morue et associés à
une roquette pimpante (10 €)
jouent leur partition de classique
du Sud-Ouest océanique.
C’est bon, goûteux, coloré.
Suit un ris de veau de lait griffé
Hugo Desnoyer accompagné
de poivrades (35 €, la petite folie
de la carte). Sous la pomme d’abat
dorée et cuite à la perfection,
se cache un poireau onctueux
qui fait bonbon de potager,
quand les bébés artichauts,
préparés al dente (mais pas trop)
en barigoule rehaussée de thym,
libèrent une sapidité plus vive.
Une belle assiette bistrotière,
solaire, tenue par un jus de
cuisson court et concentré.
Pour le dessert, vous faites bien
comme vous voulez, mais
manquer le millefeuille (9 €)
serait ballot, avec son feuilletage
de compétition et sa crème
ni trop sucrée ni, comme souvent,
figée sous l’effet d’une
quelconque gélatine. Vous êtes
dans le fait minute, le monté
au dernier moment, vous n’en
laisserez pas une miette. La cave
est vaste, entrouvre sa porte
à des tarifs raisonnables avant de
monter gentiment dans les tours.
Et n’oubliez pas : à l’automne,
le lièvre.
Au Bascou. 38, rue Réaumur,
75003 Paris. 01 42 72 69 25.
Menus déjeuner à 19 ou 25 €.
À la carte, compter 40 € hors boisson.
Fermé samedi et dimanche.
Dimanche 3 juin, de 11 heures
à 18 heures, Profil Grec et Oenos,
dénicheurs de nectars helléniques,
organisent au Buttes-Chaumont
un Banquet de Platon.
Au programme : rencontre avec
des producteurs et des vignerons
d’excellence, dégustations de feta
AOP et d’huile d’olive parcellaire de
Kalamata, de miel du Mont Tagète,
de poutargue Trikalinos, de vins issus
de cépages inconnus… Également
des assiettes de partage, mitonnées
par de jeunes chefs de la scène
gréco-bistronomique.
Pavillon du Lac, place Armand-Carrel,
Paris XIXe. Entrée 10 €.
M.-C. D. L. R.
Chez Étsi (1 et 3) ou chez Yaya (2),
la cuisine grecque déploie
son « incroyable palette de saveurs »,
selon les mots de la chef Mikaela
Liaroutsos. ETSI, BENEDETTA CHIALA
les Délices d’Aphrodite, qu’ils approvisionnent des terres familiales. Et tandis
que le Tout-Paris se presse pour croquer
feta et tarama au vrai goût de la Grèce,
Andréas s’inscrit à l’école Lenôtre, se forme chez des chefs, « pour mettre à l’épreuve de la rigueur française notre cuisine matriarcale ». Quand l’étoile est tombée, en
février dernier, « ça a été une vraie fierté.
Tout à coup c’était la Grèce qui gagne, celle
de l’excellence ».
Cette fierté, cette volonté de se faire les
ambassadeurs de produits issus d’une
agriculture n’ayant jamais connu la déraison, c’est aussi celle de Dina Nikolaou.
Égérie d’une Grèce qui défend haut ses
couleurs et ses saveurs, elle a fondé avec
sa sœur Marie, Evi Evane, une trilogie
d’adresses parisiennes qui compte un restaurant, un bar à mezze et deux boutiques
traiteur. Et avec Grèce, cuisine authentique, somptueux livre de recettes publié
par Hachette, elle entend bien prouver
que « cette dernière mérite d’être au sommet de la pyramide du régime méditerranéen ». Même envie d’en découdre du
côté de Kritonas Poulis et Stavros Seretis,
qui ont ouvert dans le IIIe arrondissement, et en ligne, l’épicerie Kilikio. Et
d’Alexandre Rallis avec Profil Grec. Son
enfance a été nourrie de la Grèce grandmaternelle à Kalamata. À la fin de ses études, en pleine crise grecque, il se toque
d’en faire découvrir l’huile d’olive, le
miel, la feta… aux chefs français. Depuis,
il est à la table des plus grands. Et dans
quelques semaines, il tiendra Banquet au
Buttes-Chaumont (voir ci-contre). « Les
jeunes reprennent les exploitations familiales et ont conscience de posséder des produits en or. Avec le tourisme, ces derniers
seront le moteur de la reprise économique »,
prédit-il. Un augure partagé par les frères
Chantzios. Fondateurs de la maison
d’huile d’olive Kalios, ils ont ouvert Yaya,
dernier repère grec moderne en date,
avec pour chef Juan Arbelaez. Ce dernier,
pour être colombien, n’en a pas moins
adopté la Grèce – il a récolté ses olives,
voyagé tel Ulysse - et été adopté par elle.
Car ainsi que l’écrit Henry Miller : « Qui
pourrait oublier ce paradis après y avoir
goûté ? Pour moi, la Grèce n’est plus un endroit, un pays ; elle est un état d’esprit. »
Celui du partage, de plats généreux où
chacun pioche, joyeux. Et pour ça, les
Grecs restent numéro un. ■
Mavrommatis , 42, rue Daubenton (Paris Ve)
www.mavrommatis.com
Étsi , 23, rue Eugène-Carrière (Paris XVIIIe)
www.etsi-paris.fr
Evi Evane , 10, rue Guisarde (Paris VIe)
www.evievane.com
Yaya, 8, rue de l’Hippodrome, Saint-Ouen (93)
www.yayarestaurant.com
Kalios, www.mykalios.com
Kilikio, 34, rue Notre-Dame-de-Nazareth
(Paris IIIe) www.kilikio.com
Profil Grec, 7, rue de Savies (Paris XXe)
www.profilgrec.com
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LE FIGARO
samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
VIN
35
Vins gourmands et verbe libre
COUP DE CŒUR
RENCONTRE Propriétaire de plusieurs domaines dans le nord du Médoc, dont Rollan
MARION COUSIN
de By et Haut Condissas, ainsi qu’à Saint-Émilion, Jean Guyon électrise Bordeaux.
Le château
Rollan de By.
N
STÉPHANE REYNAUD
sreynaud@lefigaro.fr
i envie de tout plaquer, ni
fantasme de retour à la terre, son arrivée
dans l’univers viticole fut liée à un défi
personnel : « Il y a une trentaine d’années,
je critiquais beaucoup les vins et les
vignerons. Jusqu’au jour où je me suis demandé si j’étais capable d’en faire moimême. En 1989, j’ai acheté 2 hectares et un
cabanon du côté de Bégadan à un ancien
champion de jumping, pour l’équivalent de
300 000 euros. »
Nous sommes ici à 70 kilomètres de
Bordeaux, une heure et demie de route
depuis la capitale régionale, le bout du
monde pour certains. « L’idée était de
produire un vin de copains. D’un point de
vue stylistique, je voulais quelque chose qui
se situe entre Sociando-Mallet, qu’on aime
pour sa finesse, et Haut-Marbuzet, un peu
aguicheur, puissant. Au fil des années, des
occasions d’achat se sont présentées, j’ai
acquis deux autres hectares, puis dix de
plus… » Après une carrière internationale
largement réussie dans le secteur de l’immobilier et de la décoration d’intérieur,
en France, aux États-Unis, au MoyenOrient, l’homme devient donc vigneron.
Le Parisien a du nez, et l’œil pour repérer les rangs de vignes, parcelles et propriétés qu’il peut acquérir autour de chez
lui. Les domaines de Jean Guyon - château Rollan de By, château de By, château
La Clare, château Tour Seran, château
Greysac, château du Monthil, château
Haut Condissas - sont désormais regroupés autour de trois croupes, bien au nord
de Saint-Estèphe, près des villages de Bégadan et Saint-Christoly. « Ce sont
aujourd’hui 185 hectares qui emploient
45 personnes et produisent 1 200 000 bouteilles. Pour un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros. » À ce bel ensemble s’ajoutent les 7 hectares du château La Fleur
Perey, classé saint-émilion grand cru.
« Ils sont limitrophes au château Monbousquet et produisent des cuvées riches, puis-
santes… J’ai acquis cette propriété avec
notre maître de chai, Jean-Luc Marteau. À
terme, c’est lui qui devrait reprendre l’affaire. »
Son entreprise, Jean Guyon l’a développée et fait prospérer en marge du système local : « Je ne me suis jamais occupé
du milieu bordelais. D’ailleurs, les propriétaires locaux vivent un peu entre eux… Et
puis, quand nous organisons des dégustations à l’aveugle et que Château Haut Condissas obtient de meilleurs résultats que les
premiers grands crus classés, cela en énerve certains. » Le superbe équilibre des cuvées de Haut Condissas, dominé par le
merlot, en bluffe plus d’un. « Haut Condissas, c’est du gâteau au chocolat, on se
ressert, c’est du pur plaisir », dit-il. Les
millésimes 2005, 2009 et 2010 - par
ailleurs exceptionnels à Bordeaux - ont
hissé la propriété bien plus haut que ce
qui était attendu d’un domaine du nord
du médoc. Plus généralement, le succès
des vins de Guyon tient sans doute à cette
rondeur, ces tanins doux, parfois quelques pointes épicées, et cette belle buvabilité. Des cuvées gourmandes, faciles
d’accès en termes de goût et vendues à
prix doux.
Certains disent de lui qu’il a tendance à
jouer cavalier seul. Disons qu’il s’est affranchi de certaines pratiques commerciales bordelaises. Ainsi, il ne passe pas
Jean Guyon.
PROD
par l’intermédiaire des négociants bordelais pour vendre son vin, l’usage pour
la grande majorité des châteaux. « Sur un
marché très important comme les ÉtatsUnis, je connais tous mes importateurs,
tous mes clients. Cela fonctionne. Nous
vendons ainsi chaque année 200 000 bouteilles de Château Greysac aux USA. »
S’il fait partie de l’Alliance des crus
bourgeois qui regroupe aujourd’hui
271 domaines du Médoc, il évoque aussi
les limites de ce label : « Le système de dégustation est opaque. Certains vins sont
refusés, alors qu’ils obtiennent des notes
fabuleuses par ailleurs. J’aimerais savoir
qui sont les dégustateurs. Je n’ai pas cherché à connaître leur nom, car je respecte les
mesures qui sont prises pour éviter les
contacts avec les propriétaires. En revanche, j’ai voulu en savoir plus sur leurs diplômes, leurs aptitudes, leur qualification.
La société Veritas, qui supervise ces opérations, a refusé de me le dire… »
Certifié « haute valeur
environnementale »
Jean Guyon a pris ses distances avec la
Commanderie du Bontemps de Médoc,
des Graves, de Sauternes et de Barsac :
« Le travail réalisé par Jean-Michel Cazes
(de Château Lynch-Bages, NDLR) au sein
de cette organisation a été formidable. On
n’avait alors qu’une envie, c’était de le suivre. Mais, aujourd’hui, je trouve que la
commanderie manque de dynamisme d’un
point de vue commercial. » Il attend aussi
plus d’actions de la part du CIVB, le Comité interprofessionnel des vins de Bordeaux : « Je pense qu’il faudrait organiser
d’avantage d’événements à l’étranger.
Malgré le côté un peu condescendant dont
nous avons du mal à nous défaire, Bordeaux a encore une bonne image à l’étranger, il faut l’entretenir. » En règle générale, Jean Guyon se montre exigeant avec
lui-même comme avec les autres.
Il suit les grandes tendances avec circonspection. Le bio ? « Plus que les
consommateurs, ce sont les distributeurs et
les revendeurs qui en ont fait un cheval de
bataille pour vendre plus cher. Moi, je fais
un vin certifié à “haute valeur environnementale”. Il faut bien sûr être raisonnable,
traiter le moins possible. Mais, situé en
bordure de Gironde, avec le taux d’humidité que nous avons, je ne peux pas prendre le
risque de faire du 100 % bio. Quant aux
sulfites, nous avons baissé les dosages au
maximum. »
De l’œnologie au marketing, Jean
Guyon « manage tout ». Le sexagénaire
ne regrette pas une seconde ses investissements bordelais : « Dans le vignoble, on
ne se voit pas vieillir. Tous les ans, c’est de
l’espoir, du renouvellement. Et, quand j’ai
envie de me changer les idées, je prends
mon petit bateau, amarré au Verdon, et je
pars pêcher le bar. »
Autour de ses vins, notés de façon remarquable, mais « à partager entre amis
en accompagnement d’un bon gigot », le
fils d’antiquaire qui a évolué dans le milieu
de la haute couture, collectionneur d’art
et d’automobiles, propriétaire un temps
d’une fabrique de cigares en République
dominicaine et d’un élevage d’esturgeons
en Roumanie, a défini à Bordeaux les
contours d’un luxe plus brut, à la fois
convivial, abordable, très enviable. ■
CHÂTEAU GRAND CORBIN 2012,
SAINT-ÉMILION GRAND CRU,
BORDEAUX ROUGE
Après l’acquisition en 1980
de Château Cantemerle,
le groupe SMA, Mutuelle
d’Assurance des Entreprises
du Bâtiment et des Travaux
Publics, récidivait. Avec l’achat
du Château Haut Corbin en 1986,
au nord-est de la cité médiévale
de Saint-Émilion et dans
le lieu-dit de Corbin, puis avec
celui de Château Grand Corbin
en 2010. Hissées au rang
de Grand Cru Classé en 2012,
ces deux propriétés mitoyennes
furent, cette année-là,
autorisées par
l’INAO à se
regrouper
sous le nom
de Château
Grand Corbin.
Avec
l’ajout des
4 hectares
de vignes de Château Le Jurat
(propriété du Groupe) puis
de 3 hectares de vignes
enclavées dans Grand Corbin
rachetées à un voisin,
la superficie du domaine atteint
aujourd’hui 36 hectares dont
28,5 hectares classés d’un seul
tenant. 2012 c’est également
le premier millésime issu
de la réunion des deux
propriétés.
Un vin au nez puissant,
discrètement boisé, dont
la texture en bouche, fruitée,
évolue entre finesse
et souplesse, aux tanins
enveloppés. Finale fraîche
VALÉRIE FAUST
et fruitée.
23,70 € sur wineandco.com
+ @SUR LE WEB
» Les musicales œnologiques
de Châteauneuf
» Comment la Chine devient
l’eldorado du vin
avis-vin.lefigaro.fr
Extension du domaine
de la Romanée-Conti
CÔTE DE BEAUNE La propriété va prendre en fermage 2,5 hectares
du domaine Bonneau du Martray, en appellation corton-charlemagne.
S
compte 11 hectares et ne produit que
deux cuvées, un corton et un cortoncharlemagne.
Pourquoi un tel accord entre ces deux
entités ? Certains évoquent la difficulté
du domaine Bonneau du Martray - dont
le responsable n’a pas pu être joint par
Le Figaro - à bien mener l’ensemble du
vignoble en biodynamie. D’où le recours à un expert de ce mode de viticulture très exigeant comme Aubert de
Villaine. Pour ce dernier, « le domaine
Bonneau du Martray considère que les
11 hectares dont il dispose en corton représentent une production trop importante pour son marché. Ils nous ont donc
contactés pour reprendre 2,5 hectares
dans le cadre d’un contrat de fermage.
Cela a été facilité par nos très bonnes relations. C’est un beau challenge pour
nous, car nous sommes déjà présents sur
la colline avec le rouge (depuis 2008
dans le cadre d’un partenariat avec le
domaine Prince Florent de Merode
NDLR). Notre chef de cave Alexandre
Bernier va s’occuper de la parcelle. Bien
sûr, nous allons continuer à travailler les
vignes, qui sont magnifiques, dans le
même esprit. Le contrat de fermage sera
applicable dès novembre 2018. La première vendange réalisée par notre équipe
devrait avoir lieu en 2019. Nous devrions
sortir entre 8 000 et 10 000 bouteilles
chaque année. » Il va s’agir du deuxième
vin blanc produit par le domaine de la
Romanée-Conti, qui vinifie aussi un
chardonnay en montrachet. Une belle
opération pour Aubert de Villaine.
Reste un voile de mystère qui plane sur
la stratégie choisie par le nouveau propriétaire du domaine Bonneau du
Martray. ■
S. R.
fruit de la terre, du soleil et de la lune...
ChateauRomanin.com
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR L A SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION
A
elon Aubert de Villaine, cogérant du domaine de la
Romanée-Conti, il s’agit d’une
« toute petite affaire ». Certes, il
n’est pas question de vente.
L’accord conclu entre le domaine de la
Romanée-Conti et le domaine Bonneau
du Martray se résume à un contrat de
fermage. Mais ledit contrat va permettre au premier d’exploiter 2,5 hectares
du second en appellation corton-charlemagne. En Côte de Beaune, une telle
surface est un trésor.
Le domaine Bonneau du Martray a
appartenu à la même famille - les
Le Bault de La Morinière - pendant
deux siècles, avant d’être vendu à prix
d’or, en janvier 2017, à l’Américain
Stanley Kroenke, par ailleurs propriétaire du vignoble californien Screaming
Eagle, dans la Napa Valley. La propriété
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samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
36
STYLE
Dernier essayage
avant installation
RENCONTRE Le 23 mai, Jean-Marc Bustamante revêtira sous la
coupole de l’Institut de France l’habit de l’Académie griffé agnès b.
Q
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
ui, de l’artiste ou de la
styliste, a proposé à
l’autre cette collaboration ? Finalement,
on ne connaîtra pas la réponse. Mais, ce
mercredi-là, une semaine pile avant son
installation à l’Académie des beaux-arts,
Jean-Marc Bustamante ressemble à un
petit garçon dans un corps de géant, à
côté d’agnès b., minuscule, qui, de sa
voix saccadée et de son vouvoiement
gouailleur, donne des instructions qu’on
ne contredit pas.
Dans le bureau de la styliste, un sixième étage de la rue Dieu (Paris Xe) au bord
du Canal Saint-Martin, le bâti du costume
patiente sur un cintre. Le peintre tourne
autour, presque intimidé. « C’est votre
dernier essayage ? - Le premier et le dernier, rit-il. J’étais venu ici pour le patron,
mais les broderies dessinées par Agnès et
réalisées chez Lesage ont pris du retard.
Alors je le découvre comme vous. » Ses impressions ? « Je le trouve frais, élégant, léger et pas arrogant. Je dirais presque féminin… Il me tarde de le voir sur moi. »
Un quart d’heure plus tard, l’homme
sort de la cabine, le cheveu long et blanc
en bataille, la veste inachevée, la boutonnière encore absente, l’ourlet en
stand-by, les souliers, eux, sont parfaitement lustrés. Et ces rameaux d’olivier
grignotant les pans de la veste, les poignets, le dos, dans les tonalités de vert
changeant à la lumière au gré des fils
d’or, sont si beaux.
« On a l’impression que les habits sont
tous les mêmes, explique Bustamante. Ils
sont tous différents. Jusque dans ce vert
qui est un peu obligatoire, le vert de
l’Académie empruntant des reflets olive,
foncés ou plus clairs. Et surtout dans le
placement des broderies, ces échancrures
ici travaillées par Agnès à travers un dessin délicat. » Sous la veste, un petit
oiseau rouge brodé orne le gilet blanc
cassé. « Il sera caché, précise-t-il. On
cherchait avec Agnès une marque discrète, un signe, comme elle a ses points
d’ironie et sa salamandre. » Agnès b.
l’interrompt : « Sur la veste de François,
on avait caché un lézard dans les broderies ! » Car, pour elle, ce n’est pas une
première, cette histoire d’habit vert. En
2011, elle crée celui de Weyergans. Dans
un petit film visible sur Internet, elle dit
alors : « Ça n’arrive qu’une fois dans la
vie d’un styliste d’habiller un académicien. » La formule n’était pas vraie, pas
plus qu’elle ne l’a été pour Jeanne Lanvin, qui a signé les tenues d’Edmond
Rostand et de Paul Valéry.
Le nœud d’un poète
du XVIIIe siècle
« Agnès m’a proposé de s’occuper du costume (elle dit que la demande vient de
lui, NDLR). Moi, je ne savais pas comment
procéder, par qui le faire faire, Ça coûte
aussi très cher… C’est elle qui me l’offre »,
glisse l’artiste et directeur des BeauxArts de Paris, quand elle est présidente
des Amis… des Beaux-Arts de Paris. Les
beaux esprits se rencontrent. La créatrice, activiste par essence, nous tend aussitôt un formulaire de souscription à cette association qui a pour vocation de
soutenir l’institution parisienne, l’une
des plus anciennes, et surtout ses jeunes
étudiants.
« Agnès b., je connaissais ce nom par les
femmes de ma famille, ma mère qui lisait
Vogue. Puis, surtout, quand j’ai commencé
la photographie. On savait tous qu’elle
aidait des artistes. Finalement, elle est tout
de suite passée dans mon monde à moi, artistique, comme un mécène. Enfin, plus
qu’un mécène, quelqu’un de très intéressé
par la culture et humainement proche des
artistes, ce qui est rare. Quand je suis devenu professeur, plusieurs de mes étudiants ont bénéficié de son soutien pour des
productions de films. »
Il dit très justement et tendrement
qu’elle est décalée « avec ses origines versaillaises BCBG et sa personnalité non
conventionnelle, sa fraîcheur, son œil formidable. À la fois rebelle et classique. »
Mode et antimode, aussi. Qui surprend
par son enthousiasme devant l’exercice
délicat du sur-mesure. « Vous savez,
j’habille beaucoup d’hommes, de Teddy
Riner à Thomas Pesquet. Depuis vingtcinq ans, j’habille David Lynch, dit-elle.
Avec Jean-Marc, on se comprend, on se
rencontre souvent, j’admire son travail
chez Thaddeus Ropac. Et puis, il est une
grande beauté classique. J’aime les histoires naturelles, je fuis les rencontres forcées… J’adore m’adapter au style de la
personne, à son vécu. » Elle y met de sa
propre histoire aussi. À l’image du nœud
du futur académicien, inspiré de celui
que porte Constant du Bos, poète de la fin
L’artiste français Jean-Marc Bustamante essaie son habit de l’Académie des beaux-arts
créé par la styliste agnès b. (ci-dessus), mercredi, à Paris. FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
du XVIIIe siècle et son aïeul, sur un portrait de famille qu’elle a conservé à son
domicile. « Je passe devant cette toile tous
les jours, devant ce nœud si particulier
noué deux fois sous le col. Les hommes devraient porter des choses plus rigolotes, les
jeunes sont plus hardis, je le vois parce que
je suis la présidente du centre du hip-hop
des Halles, aussi. Oui, je fais le grand
écart ! » rit-elle.
L’essayage touche à sa fin. Il manque
cependant un détail de taille, l’épée qu’il
découvrira le lendemain à la Maison Arthus-Bertrand, fournisseur historique
de nombreux académiciens. « J’ai vu
toutes ces épées qui arborent de nombreux symboles, parfois cachés, dit JeanMarc Bustamante. La mienne est simple,
sa garde est en marbre blanc avec de la
nacre en haut, et sur la lame effilée, j’ai
fait graver : “Je funambule sur le tranchant”. Le fourreau plus flamboyant a été
façonné par un artisan dans un cuir turquoise foncé, doublé de suédine coq-deroche. C’était un plaisir en tant que sculp-
teur d’imaginer cet objet qui dit un peu de
vous-même. »
Le Toulousain se sent tel le toréador en
habit de lumière avant d’entrer dans
l’arène. « L’arène, je la connais, elle est
impressionnante, la Coupole avec son lustre de l’Institut de France fait partie de
notre culture, de même que la tradition de
ce discours à préparer, cet hommage à
celui que vous remplacez. Je suis content,
j’ai fini mon texte sur Zao Wou-ki plus vite
que je ne le croyais. Il a une vie si dense, si
riche, si fascinante. J’ai de la chance parce
qu’on peut remplacer des personnalités
ternes ou dont le travail est moins intéressant. Aujourd’hui, ce grand peintre est
l’objet d’un rattrapage historique inouï.
D’ailleurs, le Musée d’art moderne de Paris
consacre une exposition sur ses très grands
formats qui commence ce 1er juin.» ■
+ @ SUR LE WEB
» Plus de mode
www.lefigaro.fr/lifestyle
LES PERSONNAGES
EN BREF
A
J.-C. MARMARA/LE FIGARO, BEN BIRCHALL/AFP, SGP/BESTIMAGE, ÉRIC BARNABÉ, BALTEL/SIPA, F. BOUCHON/LE FIGARO, S. DE SAKUTIN/AFP
Par Jacques Pessis
Jean Michel Blanquer :
800 chœurs
pour un soir
Depuis mars, 10 000 élèves du
primaire, des collèges et lycées,
ont participé au Festival École en
chœur. Organisées à la demande
de Jean-Michel Blanquer pour
développer l’éducation musicale, ces chorales scolaires se sont
produites dans les régions.
Quelques-unes d’entre elles
participent, le 1er juin, à un
concert sur invitations à la Philharmonie de Paris. Des chœurs
de Versailles, Créteil, Bordeaux,
de Seine-Maritime et de Seineet-Marne, dirigés par les enseignants, se succéderont dans des
répertoires très différents. Le
Chœur des professeurs de l’Éducation nationale, réunissant
51 voix, figurera aussi au programme. Les 800 enfants composant ces ensembles interpréteront, entre autres, Mozart,
Brahms, Moussorgski, Gershwin, Piaf, Trenet, Gainsbourg et
Les Quatre Barbus. Un quatuor
assurera les enchaînements, et
80 jeunes musiciens de l’orchestre Demos accompagneront le
public qui, au final, entonnera,
en français, L’Hymne à la joie.
Un chœur de l’espoir. ■
Meghan Markle et les Mika : une finale
secrets de son passé au Stade de France
Gil Emmanuel
chasse les stars
Biographe des
royautés, Andrew
Morton
publie la première
biographie de Meghan
Markle
(Hugo
Doc). Il raconte, entre autres, le
passé de la nouvelle princesse
au service de causes humanitaires, mais aussi le temps où
elle tenait un blog, The Tig, très
suivi. Elle y évoquait, en textes
et images, l’égalité des sexes et
des origines ethniques. En le
découvrant, Buckingham a ordonné sa fermeture… ■
À Cannes, Gil
Emmanuel
a
couru après des
stars pour obtenir leur autographe. Pas pour
les collectionner, mais au nom de l’OMPE,
un organisme qu’il a fondé pour
défendre l’environnement. Ces
paraphes doivent l’aider à faire
connaître un organisme apolitique proposant des solutions
technologiques pour un avenir
durable. Sur une Terre où,
comme sur un tournage, on
puisse dire : « Ça tourne ! » ■
Mika pour la
première fois au
Stade de France !
Le 2 juin, il donnera un concert
clôturant la finale du Top 14 de
rugby. Il est donc assuré de
chanter devant 80 000 personnes. Le chanteur a donné son
feu vert à la Ligue nationale et
précisé qu’il sera accompagné
par ses musiciens et ses danseurs. Il promet un « show qui
fera date ». La moindre des
choses pour un enfant de la
balle, même ovale. ■
Johnny… Ce monstre sacré me surprenait
toujours. Sa présence avait quelque chose
de familier, tant il était bienveillant, attentif,
affectueux. Une voix hors du commun, du coffre,
un charisme rare. Une grande générosité aussi
CLAIRE CHAZAL - « PUISQUE TOUT PASSE » - GRASSET
Pierre Bergé :
première biographie
Pierre Bergé n’avait jamais mis
les pieds au Stade de France,
mais cela ne l’a pas empêché d’y
organiser, le 12 juillet 1998,
avant France-Brésil, le défilé
des 40 ans d’Yves Saint Laurent.
À ceux qui s’en
sont étonnés, il a
développé
une
théorie sur la
complémentarité
entre le football
et la mode. Cela
ne se discutait pas. Dans Pierre
Bergé sous toutes les coutures
»
(Albin Michel), Yann Kerlau,
qui a travaillé avec lui, dresse le
portrait d’un homme aussi impressionnant qu’insaisissable. Il
pouvait être frivole, philanthrope, mais jamais familier. Il
estimait que chacun devait être
à sa place, et ne doutait pas que
la sienne soit au sommet. ■
Catherine Alric
expose ses peintures
Avant de devenir actrice, Catherine Alric a fait des études
de peinture aux Beaux-Arts.
L’enchaînement des tournages
ne lui a jamais permis, ensuite,
de réaliser la moindre toile.
Voici trois ans, elle a décidé de
consacrer son temps à une passion héritée de sa mère. S’éloignant provisoirement des plateaux, elle a repris des cours et
commencé à réaliser des tableaux, essentiellement figuratifs. La plupart d’entre eux
évoquent des paysages ou des
univers liés à des scènes de
quelques-uns des films où elle a
tourné. Pour la première fois,
elle en expose une vingtaine,
depuis vendredi et pendant un
mois, à la galerie Dominique C,
au cœur d’un château, à
Auriac-sur-Vendinelle, un village proche de Toulouse. La
conséquence d’une rencontre
avec le propriétaire des lieux,
mécène du monde artistique,
qui a décidé de lui ouvrir ses
portes. Dans la foulée, il lui a
proposé de l’aider à poursuivre
l’aventure dans d’autres villes
de France. Afin qu’elle puisse
plus facilement tisser sa toile. ■
JEAN SICCARDI lauréat du
prix Nice-Baie des Anges
pour son roman L’Auberge du
gué. Didier van Cauwelaert,
membre du jury, a déclaré à
son propos : « Le couronnement de la carrière d’un écrivain toujours plébiscité par le
public mais souvent ignoré
par la critique » (CalmannLévy).
LA MADELEINE PROUST
fait ses adieux à la scène. Un
spectacle à l’Olympia clôturera les 35 ans de carrière de
Lola Sémonin. Elle ne prend
pas sa retraite pour autant.
Elle veut désormais se consacrer à l’écriture.
ANTOINE DE CAUNES va
présider le jury du 1er prix de la
Brasserie Barbès, à Paris. Il
sera décerné le 5 juin à une
œuvre littéraire s’inspirant de
l’univers de la musique.
LA FAMILLE D’ORLÉANS
vend aux enchères une partie
de ses collections. Parmi les
lots proposés le 20 juin à l’Hôtel Drouot, figure le mobilier
du château de Randan, entre
Vichy et Clermont-Ferrand.
ÉRIC
CLAPTON raconté
dans un documentaire réalisé
par Lili Fini Zanuck. Les grands
succès du musicien constituent la BO du film. Des mélodies réunies dans le CD Life in
12 bars. (Universal)
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samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
IMMOBILIER
37
avec
Une belle propriété sur la Côte Basque
Chaque semaine, quatre professionnels de l’immobilier nous présentent un bien aux caractéristiques exceptionnelles
ou atypiques. Aujourd’hui, notre sélection concerne une belle propriété sur la Côte Basque.
Par Stéphanie de Balorre
« Sur la plage »
Vue
« sur
les Pyrénées
PHILIPPE THOMINE-DESMAZURES
BARNES CÔTE BASQUE :
Cette maison dispose d’un emplacement rarissime en bord de plage
de Bidart : il suffit de pousser le portillon du jardin
pour être sur le sable. Elle a été entièrement rénovée
avec des matériaux haut de gamme et possède de
nombreuses ouvertures sur l’extérieur qui permettent de profiter d’un panorama exceptionnel sur
l’Océan. Cette ancienne maison de pêcheur est bâtie
sur un terrain de 1 170 m2 et possède 3 chambres,
2 salles de bains et 1 salle d’eau. A noter, un ancien
bunker transformé en chambre avec salle d’eau.
DENIS PEYTOURET
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Cette maison des années 30 avec
énormément de charme a été
entièrement restaurée. Bâtie au milieu d’un jardin
paysager de 770 m2, elle offre une superbe vue sur les
montagnes. L’entrée avec bow window dessert un
séjour double avec cheminée d’époque, une cuisine
spacieuse ouvrant sur le jardin et une suite parentale
avec salle d’eau ouvrant sur un patio. A l’étage,
2 chambres avec 1 salle d’eau et 1 chambre avec sa
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samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
La télévision française en boucle
pour Harry et Meghan
BIEN VU
Blaise de Chabalier
bdechabalier@lefigaro.fr
Excellence
TF1, France 2, M6 et les chaînes d’info se mobilisent samedi pour couvrir en direct le mariage
entre le petit-fils d’Elizabeth II et l’actrice américaine. W9 prévoit une programmation jusqu’à minuit.
« Les bonnes
conditions »
Arte | 23 h 20 | Jeudi
L
a bonne éducation, celle qui
permet aux jeunes des beaux
quartiers d’user leurs fonds
de culotte sur les bancs des
meilleurs établissements scolaires,
permet-elle d’accéder au succès
professionnel et au bonheur ?
Pour tenter de répondre à cette
question, la réalisatrice Julie
Gavras, fille du célèbre cinéaste,
a choisi de donner du temps
au temps dans son excellent
documentaire Les Bonnes
Conditions, vu jeudi soir sur Arte.
Pendant une quinzaine d’années,
entre 2003 et 2016, la réalisatrice
a filmé huit jeunes. Ces derniers
sont d’abord interrogés à
l’adolescence. Ils ont alors 16 ans
et sont en classe de seconde au
prestigieux lycée parisien VictorDury, dans le VIIe arrondissement.
Leurs sourires sont rafraîchissants
et leurs emplois du temps bien
remplis. Entre leur scolarité,
les cours de piano, de catéchisme,
d’équitation et les voyages
en famille, ils affichent une belle
vitalité. Et la conscience
qu’ils ont de leur chance
et de leurs privilèges les rend
particulièrement sympathiques
et attachants. Tout comme
leur naturel et leur humilité.
Bien évidemment, les soucis,
les épreuves, parfois graves, de
l’existence, ne les épargnent pas.
Au fils des ans, jusqu’à leur entrée
dans la vie active, ils se confient
avec pudeur, mais sans détours.
Leur milieu bourgeois ? Bien sûr,
ils n’ont aucune gêne à le critiquer
sur certains points. Mais ils savent
aussi ce qu’ils lui doivent : une
réelle et profonde liberté. Celle
que procure l’aisance financière,
mais aussi et peut-être surtout,
celle qui leur permet, grâce
à un ensemble de repères moraux
et culturels, de voir la vie
avec recul et espoir. Une fois
polytechnicien, consultant,
avocat, communiquant, dentiste,
musicien ou encore metteur
en scène d’opéra, ces jeunes
dont le destin est placé sous
le signe de l’excellence n’ont
plus qu’à transformer l’essai
en trouvant le bonheur. Une quête
universelle également menée
de façon décisive aujourd’hui
par le prince Harry au moment
où il dira yes à Meghan.
SARAH LECOEUVRE £@SarahLecoeuvre
outes les caméras de la planète seront tournées ce samedi
vers le Royaume-Uni et plus
précisément la chapelle Saint
George à Windsor, où le prince Harry et sa dulcinée, Meghan
Markle, doivent se dire « Yes ». Deux
milliards de téléspectateurs sont attendus dans le monde, 10 millions en France, répartis principalement entre TF1,
France 2 et M6. Les chaînes d’information en continu se mobilisent également pour retransmettre l’événement.
BFMTV ouvrira même son édition spéciale dès 6 heures du matin, soit quatre
heures avant les chaînes généralistes.
Objectif de la concurrence : gratter
des parts d’audience à France 2 qui, à
chaque royal wedding, remporte la bataille de l’audience. Il faut dire que la
chaîne du service public accueille toujours sur son plateau l’expert vedette
Stéphane Bern. C’est encore le cas
aujourd’hui. Pour rivaliser avec cette
tête d’affiche, la Une fait appel cette fois
à tous ses présentateurs de l’information : de Pascale de La Tour du Pin et Julien Arnaud de LCI à Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau de TF1. Audrey
Crespo-Mara sera même parmi les envoyés spéciaux outre-Manche pour assurer des duplex.
DANIEL LEAL-OLIVAS/AFP
T
Le prince Harry et Meghan Markle après l’annonce de leurs fiançailles, le 27 novembre dernier à Kensington Palace.
de Charlene avait passionné 7 millions
de téléspectateurs. Deux mois plus tôt,
les noces du prince William et de Kate
Middleton avaient attiré plus de 9 millions de personnes sur TF1 et France 2.
Un pic à 15,1 millions avait même été
noté au début de la cérémonie religieuse, à 13 h 15.
Après la retransmission en direct,
certaines chaînes prolongeront les
festivités. À l’instar de W9 qui brossera le portrait des deux stars de la journée dans un documentaire britan-
Jusqu’à 15 millions
de téléspectateurs
Ce genre de célébration est une aubaine pour une chaîne de télévision. En
2005, près de 10 millions de Français
avaient assisté au mariage du prince
Charles et de Camilla Parker Bowles.
En juillet 2011, la retransmission de
l’union du prince Albert de Monaco et
nique inédit diffusé à 18 h 55. D’un
côté, le prince Harry, le membre de la
famille royale préféré des Anglais (devant la reine Elizabeth II, selon un
sondage de 2014). De l’autre, Meghan
Markle, actrice de série télévisée américaine, métisse, divorcée et en passe
de devenir duchesse. Historiens et
journalistes expliquent pourquoi ce
mariage modernise la monarchie britannique. La future épouse de Harry
pourrait bien devenir la nouvelle Diana et ainsi éclipser Kate Middleton,
l’épouse du prince William. Un témoignage fort également à voir dans ce
film : celui de la demi-sœur de Meghan Markle, écartée de la noce.
Toujours pas rassasié par le sujet ?
Bonne nouvelle : à 20 heures, nouveau
documentaire sur W9 pour découvrir
les préparatifs du mariage de l’année.
Puis, une heure plus tard, en plateau,
Stéphanie Renouvin, entourée d’experts, décryptera l’événement, images
à l’appui. Ce qui tiendra en éveil les fans
jusqu’à près de… minuit ! ■
La planète des champignons
Un étonnant documentaire australo-canadien montre leur rôle essentiel dans l’évolution de la Terre.
gnons microscopiques transforment
petit à petit les pierres en terre, ceci en
les pénétrant. Ils préparent ainsi le
terrain pour les futures plantes. Cinq
cent millions d’années plus tard, les
algues, pour pousser hors de l’eau,
s’allient aux mycètes auxquels elles
fournissent du sucre, alors que ces
derniers leur offre des minéraux et de
l’eau. Cinquante millions d’années
après, les premières plantes s’accrochent sur les bords des rivières. Pour
s’en éloigner, et prospérer sur la terre
ferme, elles aussi s’associent aux
champignons.
Avec l’arrivée des arbres et des forêts,
de nouveaux champignons apparais-
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
ans les champignons, rien, ou
presque, n’aurait été possible
sur Terre, nous explique
l’étonnant documentaire australo-canadien intitulé Au
royaume des champignons, diffusé ce
samedi sur Arte.
Pour comprendre ce que nous devons aux mycètes, le film, riche de témoignages de scientifiques, commence par nous projeter il y a un milliard
d’années. Notre planète sort alors
d’une période glaciaire et son climat
est aride. Sur les roches, des champi-
S
MOTS CROISÉS
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+ @ SUR LE WEB
SAMEDI
» Pascale de La Tour du Pin :
«Le mariage princier mobilise
plus les Français que les Anglais »
www.lefigaro.fr
22.15
SU DO KU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne,
chaque colonne, et chaque carré de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
GRILLE 2512 FACILE
Chaque jour un peu plus difficile
GRILLE 2513 CHAMPION
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SOLUTION DU PROBLÈME N° 4729
HORIZONTALEMENT 1. Kronborg. - 2. Lamiacée. - 3. Elseneur. - 4. Pe. Calte. - 5. Tuée. Lee.
- 6. Ost. Sers. - 7. Mérités. - 8. Asiles. - 9. Pet. Aï.
- 10. Isa. Sacs. - 11. Épinoche. - 12. Satinées.
VERTICALEMENT 1. Kleptomanies. - 2.
Râleuses. Spa. - 3. OMS. Étripait. - 4. Nièce. Île.
Ni. - 5. Bana. Stetson. - 6. Ocellées. Ace. - 7.
Reuters. Ache. - 8. Gérées. Mises.
SOLUTION DU N° 2511
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En fait, il existe deux réseaux. L’un désintègre les matières
organiques et libère les
nutriments nécessaires
aux plantes. L’autre se
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forme entre les végé-
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VERTICALEMENT
1. Régimes à base de repas simples. - 2.
S’en tient aux faits divers. - 3. Circule à
Johannesburg. Liaison interdite. - 4. A du
cran. Loue un bâtiment. - 5. Tognazzi
intime. Imagerie médicale. Vieille syrienne.
- 6. Fit chanvre à part. Coupe d’Italie. - 7.
Seconde épouse de François Ier. Femme
à barbe. - 8. Change le cadre. Rhum et
eau.
Internet écologique
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HORIZONTALEMENT
1. Égarer en chemin. - 2. « Bonne nouvelle »
mise par écrit. - 3. Poissons de roche
méditerranéens proches des picarels.
- 4. Ne nous revient pas. Règle du jeu de
société. - 5. Le saint au bas de Luchon.
Vite familier. - 6. Briser menu. Dans une
question de lieu. - 7. Cours d’Angleterre.
L’eau des canettes. - 8. La compagnie
des durs. Personnel. - 9. Multipliât les
opérations. - 10. Il s’enrichit quand son
commerce bat de l’aile. - 11. Mise au point.
Bleu des Pyrénées. - 12. Pour coucher
avec la Madone de Maurice Dekobra ?
2
taux, car les filaments ayant besoin de
nourriture, ils enveloppent et parfois
pénètrent les racines des arbres et leur
fournissent, comme avec les algues, de
l’eau et des minéraux en échange de
sucre.
Par ailleurs, et c’est assez ébouriffant, l’immense réseau de filaments
fongiques qui tapissent le sous-sol
forestier permettrait également aux
arbres de communiquer entre eux !
Non seulement les champignons nous
soignent, les antibiotiques en sont un bel
exemple, mais en plus
ils ont inventé l’Internet écologique ! ■
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PROBLÈME N° 4730
Par Louis Morand
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sent : ils ressemblent à ceux d’aujourd’hui. « Ils sont capables de faire des
choses très différentes de ceux qui ont
aidé les plantes à coloniser la Terre. À la
surface, ils ont un corps de fructification,
mais sous le sol, ils forment un réseau
complexe de filaments, les scientifiques le
nomment le Wood Wide Web », dit le
mycologue Martin Bidartondo.
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samedi 19 - dimanche 20 mai 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
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PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Yves
Soleil : Lever 06h03 - Coucher 21h31 - Premier croissant de Lune
19.05 50 mn Inside. Magazine 20.00
Le 20h 20.50 Quotidien express.
Talk-show.
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.45 Stade 2. Magazine 20.50 Vestiaires. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Zorro. Série. Les
regrets du capitaine.
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20.55
Divertissement
Divertissement
Série. Policière
19.35 Appels d’urgence. Magazine.
Société.
SAMEDI
20.55 Chroniques criminelles
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Magazine. Société. Présentation :
Magali Lunel. 1h50. Au sommaire :
«L’affaire Maeva Rousseau : vengeance aveugle» - «Meurtre à
Central Park».
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22.45 Chroniques criminelles. Magazine. Présentation : Magali Lunel.
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Vendredi, tout est
permis avec Arthur
Prés. : Arthur. 2h25. Invitée, notamment : Anne-Sophie Girard. No Limit.
Inédit. Arthur propose une version
«No Limit» de son émission culte
«Vendredi tout est permis» !
23.25 Vendredi, tout est permis
avec Arthur Divertissement. Présentation : Arthur. Inédit.
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Les années bonheur
Mongeville
Prés. : Patrick Sébastien. 2h30. Inédit. Invités, notamment : Vincent
Lagaf, Yannick, Féfé, Eddy Mitchell.
Patrick Sébastien est entouré de
nombreux artistes pour égrener
ces fameuses «Années bonheur».
Fra. Saison 6. Avec Francis Perrin,
Gaëlle Bona, Pierre Aussedat, JeanPhilippe Lachaud. La porte de fer.
Inédit. Mongeville et Valentine Duteil
assistent impuissants à l’exécution
d’un crime inexplicable.
20.50 Échappées belles
23.30 On n’est pas couché Talk-
22.30 Mongeville Série. Policière.
show. Invité, notamment : Malek
Boutih. Inédit 2.15 Vu. Magazine.
Fra. 2013. Saison 1. La nuit des loups
0.10 Soir/3 0.35 Carmen. Opéra.
22.25 Échappées belles 23.55 C
dans l’air 1.00 L’œil et la main. Mag.
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l’hebdo, la suite 20.20 Nature fragile
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Magazine. Découverte. Prés. : Jérôme Pitorin. 1h35. Destination Corée du Sud. Inédit. Au sommaire : «Ils
sont fous ces Coréens» - «Grandeur nature» - «Korea on Ice».
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DIMANCHE
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18.55 71e Festival de Cannes (C)
20.25 La boîte à questions (C). Divertissement.
19.30 Le dessous des cartes. Magazine 19.45 Arte journal 20.05 Vox
pop 20.35 Karambolage
19.45 Le 19.45. Présentation :
Nathalie Renoux 20.25 Scènes de
ménages. Série.
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Documentaire. Historique
Série. Policière
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18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! Téléréalité.
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20.55 The Big Bang Theory
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Série. Comédie. EU. 2011. Saison 5.
Avec Johnny Galecki, Jim Parsons.
3 épisodes. Les garçons organisent
l’enterrement de vie de garçon de
Howard, entre hommes.
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Avec Melissa Rauch, Mayim Bialik.
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19.00 Les maîtres de l’auto. Série
documentaire.
Ligue 1. 38e journée, multiplex. En
direct. Dijon/Angers ; Lyon/Nice ;
St-Étienne/Lille ; Marseille/Amiens ;
Nantes/Strasbourg ; Metz/Bordeaux ;
Toulouse/Guinguamp ; Caen/PSG ;
Troyes/Monaco ; Rennes/Montpellier.
22.55 Jour de foot M a g a z i n e .
Sportif 0.00 Profession 0.55 The
Jane Dœ Identity. Film. Horreur.
1618: la défenestration
de Prague
Fra. 2017. Réal. : Zdenek Jirasky.
1h25. Retour sur l’incident diplomatique à l’origine de la guerre de
Trente Ans entre catholiques et
protestants.
22.20 Au royaume des champignons Documentaire. Nature. Inédit
23.10 Streetphilosophy. Magazine.
20.50 Alone
Hawaii 5-0
EU. Saison 8. Avec Alex O’Loughlin,
Scott Caan, Meaghan Rath, Michelle
Borth. 2 épisodes. Inédits. Catherine
Rollins revient à Oahu afin de solliciter l’aide du 5-O sur une affaire
qu’elle suit pour la CIA.
Téléréalité. 0h55. Le prédateur.
Inédit. Cela fait neuf jours que les
«randonneurs» sillonnent l’île, et
leur état psychologique se dégrade.
Ils sont menacés d’épuisement.
21.45 Alone. Téléréalité 23.35 Alien
Theory. Série documentaire.
22.50 Hawaii 5-0 Série. Mo’o ‘olelo
Pu - Le crochet - Kekoa 1.20 Supernatural. Série. Lune de papier.
<-10 à 0
19.20 Norbert commis d’office.
Magazine.
19.55 Harry et Meghan : une love
story des temps modernes. Doc.
18.50 Salut les Terriens ! Talk-show.
Invité, notamment : Thomas Sotto.
21.00 Daredevil
21.00 Harry et Meghan : les
coulisses d’un mariage princier
21.00 Les Chevaliers du Fiel :
Noël à Miami
Magazine. Société. Prés. : S. Renouvin. 1h35. En direct. Cette émission
spéciale reviendra sur les moments
les plus marquants de la cérémonie.
Film TV. Comédie. Fra. 2017. Réal. :
É. Carrière, F. Ginibre. 2h00. Avec
F. Ginibre. Les Lambert gagnent un
voyage. Or, ils détestent les voyages.
22.35 Meghan et le prince Harry : les
secrets du mariage qui bouscule…
23.00 Les plus belles histoires de
Cannes. Documentaire.
Série. Action. EU. 2015. Saison 1.
Avec Charlie Cox. 2 épisodes. Inédits.
Matt, Foggy et Karen décident de
tout mettre en œuvre pour mettre
un terme aux activités de Fisk.
22.55 Daredevil. Série 0.55 90’ enquêtes. Magazine.
TA KU ZU
LOURDE
PEINE
RESTE
AU FOYER
ACCEPTABLE
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CARRÉ
RESPIRE
ENFIN
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et sur
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TÉMOIN
TOUCHER
LE FOND
CHEF DE
TRIBU
D’ISRAËL
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Volume
17
ALOUETTE
AFRICAINE
EN
CHALDÉE
MONNAIE
À L’EST
RELIGIEUSES
CHIFFRE
ANTIQUE
ÉLIMONS
OCCUPATION
DE CHOIX
POUAH !
PÉRIODES
ABRIS SAISONNIERS
PETITE
PLANCHE
GESTE EN
JAMBOREE
RÉCIT
IMAGÉ
IL FIT
LE POIDS
FACE
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ALÉSA
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22.35 Rénovation impossible. Téléréalité.
MERCREDI
FORCE 3
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MOTS FLÉCHÉS N°1975
Remplir la grille avec les chiffres 0 et 1. Chaque
ligne et chaque colonne doit contenir autant de 0
que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1
placés l’un à côté ou en dessous de l’autre.
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Téléréalité. 1h35. Maison de campagne. Inédit. À Weatherford, Toni
a acheté une vieille maison de campagne sans consulter sa sœur.
Maison de caractère.
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18.15 Nos chers voisins. Série 19.50
Les mystères de l’amour. Série.
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samedi 19 - dimanche 20 mai 2018 LE FIGARO
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Dimitri Tolstoï,
la fougue russe
Jean-Baptiste Semerdjian
jbsemerdjian@lefigaro.fr
omme une évidence. « Je ne supporte pas que l’on m’enferme ! »
Avec ses airs de Vincent Cassel au
poil grisonnant, Dimitri Tolstoï
s’horripile quand on lui parle de
salariat ou, pire, de son service
militaire, passé en partie dans un
cagibi de l’armée de l’air. Il préfère
les dangers de l’indépendance et les grands espaces. C’est dans une vaste galerie du Marais à Paris
que l’arrière-petit-fils de Léon Tolstoï, génial écrivain de Guerre et Paix, expose ses photos de la majestueuse cordillère des Andes. Avec son bouc imposant, ses mains robustes et son regard bleu-vert
perçant, on lui ajouterait bien une chapka, un che-
C
val et une épée pour entonner ce couplet adapté de
Katioucha, un chant folklorique russe : « Dès le
soir quand la nuit est rebelle, mon cheval s’empresse
au grand galop : Mais mon cœur, lui, reste aussi fidèle, non, jamais le monde fut si beau. » Il chanterait à coup sûr ! Ce mercredi de mai est une belle
journée pour lui. Dimitri Tolstoï se réjouit de scruter la réaction des invités et badauds du quartier
lors du vernissage le soir même. « Je veux montrer
exactement ce que je vois dans mes photos. Malheureusement, c’est presque impossible tant la grandeur
se capture difficilement. Quand on voit la cordillère
et ses perspectives, l’imaginaire va bien au-delà du
perceptible », confie-t-il avec de grands mouvements de mains. Sa série de photos présentée s’appelle « Landescape », pour landscape, paysage en
anglais et Andes, le massif. Mais il y a aussi escape,
échapper dans la langue de Shakespeare.
Même s’ils descendent de l’écrivain, les Tolstoï
ont dû fuir la Russie après la victoire bolchevique
en 1919. Il raconte. « Ils n’avaient pas le choix. S’ils
ne partaient pas, c’était la mort assurée. Tous ces
IGOR BITMAN
SUCCÈS Le photographe et arrière-petit-fils
de l’écrivain Léon Tolstoï expose ses œuvres à Paris.
Quand histoire et modernité se rencontrent.
exilés étaient l’élite de la Russie. Je suis d’ailleurs
moi-même comte ! Ce déracinement a été très difficile pour eux. La famine et la pauvreté. Pour payer
ses études de médecine en France, mon père a même
été porteur de bagages à la gare de Lyon. Mais comme disait mon trisaïeul, les années qui restent à vivre
sont plus importantes que celles que l’on a vécues. »
« Des traces de ma vie »
La Grande Russie, les Tolstoï l’ont emportée dans
leurs bagages. À la maison, des amis tziganes de
son père passent, chantent et refont le monde. Dimitri Tolstoï, lui, fils de médecin du XVIe arrondissement de Paris, est bien moins studieux que son
père ! Il veut être photographe. À la vingtaine,
comme l’illustre ancêtre Léon, Dimitri est « jeune,
fougueux, joueur et dragueur ». « Très russe,
donc », sourit notre photographe, qui s’empresse
d’ajouter : « Je n’ai pas changé ! J’adore faire la
fête, recevoir, débattre, sortir… » Son ami l’acteur
José Garcia vante cette « âme slave affable et profonde, car déracinée ». Tolstoï, un nom qui réson-
Bio
EXPRESS
1959
Naissance à Neuilly-surSeine (Hauts-de-Seine).
1980
Service militaire dans
l’armée de l’air.
1991
Campagne de publicité
pour Pioneer.
2000
Naissance de sa fille,
Ajna.
2007
Expose ses photos
pour la 1re fois à Miami
2018
Exposition
« Landescape »,
à l’Espace Commines,
à Paris.
ne avec l’histoire de la Russie bien sûr, mais aussi
avec tout l’imaginaire du pays des tsars. Les grandes batailles, les histoires d’amour au bord de la
Neva, Raspoutine, etc. Pour Dimitri Tolstoï, ce
grand pays est « comme à la maison ». Tous les
deux ans, les héritiers se retrouvent d’ailleurs
pour commémorer la mémoire de l’aïeul en commun. Quand il parle de lui, Dimitri gagne en épaisseur de propos. Le poids de l’histoire sûrement.
L’habitude peut-être. « Léon Tolstoï a façonné une
philosophie qui défend la non-violence. Il entretenait
d’ailleurs une correspondance avec Gandhi. Tolstoï,
c’était le communisme dans le sens générique et
beau de ce terme que je déteste maintenant, à cause
de l’Union soviétique. C’était “commun’’, dans le
sens de ce qui rassemble, qui a une vraie valeur. Tout
était dans le partage. Il travaillait pieds nus avec les
paysans, avait donné ses droits d’auteur, car il ne
voulait pas que l’on s’enrichisse sans travailler et reprochait à l’Église d’abandonner les pauvres. » Un
nom encombrant parfois aussi. Comme ces patronymes historiques qui intriguent et imposent
comme une responsabilité. « Mon père me parlait
de la famille tous les jours. C’était saoulant ! »,
grince notre comte.
Un jour, ce nom si lourd a changé d’histoire.
« Tu te rends compte, on m’a demandé si mon nom
était en rapport avec le photographe et pas
l’écrivain ! », lui lance avec fierté son père. Depuis
ses 14 ans, Dimitri photographie tout ce qu’il voit.
C’était avant les selfies… « Toutes ces photos sont
des traces de ma vie. » Après son service militaire
assommant, dont il fait encore des cauchemars,
Dimitri apprend le métier dans le studio de Paul
Goirand, l’un des papes de la photographie de publicité. C’est la grande période de la pub avec ses
budgets pharaoniques. Tolstoï devient un photographe en vue. « La prise d’une photo pouvait durer
parfois deux jours. On photographiait une idée pour
soutenir un produit. Maintenant, ce n’est plus de la
publicité, c’est de la réclame », regrette-t-il. Les
temps changent. Et ça ne l’amuse plus. Il s’éloigne
donc. Et, en 2007, expose pour la première fois ses
photos à Miami, en artiste. Il y prend goût. José
Garcia se dit « bluffé par son sens du détail. Il excelle à capturer les choses inertes ». Tolstoï résume : « Grâce au numérique, je m’amuse à recolorer
le réel avec l’idée que je m’en fais. Je ne trahis pas la
vérité, je l’arrange. » Une tradition familiale. ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Joker [jo-kêr] n. m.
Carte routière du ministre de l’Intérieur.
nterrogé sur le projet de réduction de la vitesse à 80 km/h sur les routes,
Gérard Collomb a répondu qu’il prenait son joker.
Le mot est évidemment anglais (to joke : plaisanter) mais vient plus lointainement
du latin jocus : le jeu. Un jeu ? On ne savait pas que le sujet des panneaux ronds
de limitation pouvait devenir dans l’esprit d’un ministre un cercle de jeu.
Car la vitesse est un thème sensible dans un pays qui ne compte pas que des
conducteurs modèles. S’il n’y avait en France que des as au volant, Collomb n’aurait
pas eu besoin de sortir un joker.
À quoi joue le gouvernement, lui qui dans cette histoire ne cesse d’accélérer et de
freiner ? On peut dire qu’il joue avec les nerfs des Français qui ne savent plus très bien
à quelle limitation se vouer. L’expression utilisée par le ministre signifie qu’il prend soin
de se défausser face à une question qui ressemble à un piège.
Pourtant le message est clair : prendre son joker, c’est avouer que l’affaire
des 80 km/h est en train de devenir chez les ministres un véritable mistigri… ■
I
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Frédéric Mitterrand candidat à l’Académie française
L’ancien ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy a envoyé sa lettre de
candidature pour occuper le fauteuil de Michel Déon sous la Coupole. La
place est très convoitée. Qu’on en juge : il sera opposé à Jérôme Clément,
Bruno Racine, au romancier François Taillandier et au musicologue Alain
Duault. Le scrutin est prévu le jeudi 21 juin.
CHAQUE MOIS, RETROUVEZ
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DÉDIÉ À L’ART DE VIVRE
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PA R U T I O N L E 2 2 M A I AV E C L E F I G A R O
Un livre à charge
sur « Javanka »
Nouveau dircab pour
François de Rugy
La journaliste new-yorkaise Vicky
Ward a enquêté sur le couple Ivanka
Trump-Jared Kushner, surnommé
« Javanka ». Cette plume de Vanity
Fair, d’Esquire et du HuffPost prépare
un livre qui paraîtra l’an prochain
sous le titre : Kushner Inc. Elle compte
démontrer comment la fille
et le gendre de Trump ont transformé
la Maison-Blanche en « tirelire ».
Le président de l’Assemblée
nationale vient de recruter
Véronique Hamayon, ancienne
magistrate de la Cour des
comptes, comme directrice
de cabinet. Cette énarque, passée
par les cabinets des socialistes
Frédéric Cuvillier puis Alain
Vidalies, remplace Eric Fallourd,
qui a été remercié le 20 avril.
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