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Le Figaro - 01 06 2018

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vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO - N° 22 955 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
MUSIQUE
3DVARIUS, HYVIBE…
QUAND LA HIGH-TECH RÉINVENTE
LES INSTRUMENTS PAGE 28
FOOTBALL
ZINÉDINE ZIDANE CHOISIT
DE QUITTER LE REAL MADRID
EN PLEINE GLOIRE PAGE 12
Yémen : dans le chaos
d’une guerre oubliée
OPPOSITION
Marion Maréchal,
entre promotion
et retour PAGE 2
CORÉE DU NORD
Kim envoie
son général
chez « l’ennemi
impérialiste » PAGE 5
NDDL
L’État prêt à céder
les terres agricoles
de la ZAD PAGE 8
JUSTICE
LORENZO MELONI / MAGNUM PHOTOS
Nice : le bijoutier
condamné
à 5 ans de prison
avec sursis PAGE 9
PARIS
Anne Hidalgo
face au fiasco
financier d’Autolib’
PAGE 10
TABAC
La cigarette
électronique
plébiscitée
par les Français
Coupé en deux par la guerre entre l’Arabie saoudite et l’Iran, qui a déjà fait 10 000 morts, le pays est livré
aux groupes armés. La France organise, fin juin, une conférence internationale humanitaire. PAGES 6, 7 ET L’ÉDITORIAL
PAGE 11
Gasquet retrouve
son bourreau
Nadal PAGE 13
BANQUE
Les défis
du nouveau patron
de BPCE PAGE 22
PHARMACIE
CHAMPS LIBRES
Coup de froid sur
les médicaments
génériques PAGE 24
Musique
baroque
et banlieues :
rencontres du
troisième type
La tribune de
Chantal Delsol
Le bloc-notes
d’Ivan Rioufol
L’analyse
de Guillaume
Guichard
n
n
n
n
PAGES 15 À 17
@
M 00108 - 601 - F: 2,60 E
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FIGARO OUI
FIGARO NON
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Souhaitez-vous que
Marion Maréchal revienne
en politique ?
3DVARIUS-PIERRE- PHILIPPE MARCOU/
AFP-FRANCISCO SECO/AP
Commerce : l’Europe
cherche sa réplique
à l’offensive de Trump
La chute annoncée
de Rajoy plonge l’Espagne
dans l’incertitude
La guerre commerciale, que
tout le monde dit vouloir éviter,
est enclenchée. Jeudi, Donald
Trump a mis à exécution sa menace d’appliquer des droits de
douane de 25 % sur l’acier im-
Les heures du conservateur
Mariano Rajoy à la tête du
gouvernement espagnol semblaient comptées jeudi, après
que le Parti nationaliste basque (PNV) eut décidé de vo-
porté aux États-Unis et de 10 %
sur l’aluminium. L’Europe s’apprête en représailles à taxer des
produits américains comme les
jeans, le bourbon ou les HarleyDavidson. PAGE 20
ter, vendredi, la motion de
censure contre le chef du
gouvernement. Pedro Sanchez, chef de file du Parti socialiste (PSOE), pourrait être
élu dès vendredi. PAGE 4
ÉDITORIAL par Arnaud de La Grange adelagrange@lefigaro.fr
Au cœur des ténèbres
C’
est un de ces conflits dont le
fracas des armes, pourtant
violent, ne franchit pas les
méridiens. On se tue au Yémen, avec application. On y
meurt de malnutrition, d’absence de soins ou
de désespoir. Plus de 10 000 morts en quatre
ans, 3 millions de déplacés, un pays coupé en
deux. Et cette tragédie s’étire dans l’indifférence presque générale d’un monde saturé de
crises et de violence. Le Figaro a plongé au
cœur de ces ténèbres moyen-orientales.
Cyniquement, certaines chancelleries se disent que le Yémen n’est pas au centre du
grand jeu planétaire. Qu’au-delà de la tragédie humaine, rien d’essentiel ne s’y joue. Ni le
sort du monde ni même la destinée de la région. Cette vision est à courte vue. Certes, le
Yémen n’est pas la Syrie, malheureuse arène
où se retrouvent tous les acteurs et les maux
de la région. Mais ce conflit total n’a de périphérique que le nom. Il est au cœur de choses
qui nous concernent.
Le Yémen fait ainsi penser à ces théâtres tropicaux de la guerre froide, où les deux blocs
se livraient à des guerres par procuration, par
adversaires interposés. Ici, ce sont les deux
grands rivaux du Moyen-Orient qui s’affrontent. L’Arabie saoudite et l’Iran. Un pays
phare du monde sunnite contre le champion
de l’islam chiite. Or l’on sait que ce grand
choc est essentiel dans le bras de fer à propos
de l’accord sur le nucléaire iranien. Et qu’il
menace d’embraser la région.
La leçon afghane doit aussi être retenue. Laisser un pays s’enfoncer indéfiniment dans le
chaos, aux mains de
milices et de chefs de
guerre, est un choix à
haut risque. Le néant
ouvre toujours la porte
au Mal. L’anomie étatique fait le lit des organisations terroristes. Après al-Qaida,
dont la filiale yéménite est depuis longtemps
très active, Daech a pris souche dans le pays.
Le sud de la péninsule arabique peut devenir
une dangereuse base arrière du djihadisme.
Les dynamiques de guerre qui y sont à l’œuvre
dépassent depuis longtemps le malheureux
Yémen. L’endiguement est illusoire. Prenons
garde à ne pas repousser ce pays dans les zones
ombreuses des cartes. ■
IWC PORTUGIESER.
L A LÉGENDE
PARMI LES ICÔNES.
Le conflit
yéménite
n’a de
périphérique
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vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Marion Maréchal,
entre promotion et retour
À la tête de son école, elle entretient le flou sur son avenir politique.
Si un jour
je sens que
je peux être
vraiment utile,
que j’ai la légitimité
pour repartir (…),
je referai peut-être
des choses
»
MARION MARÉCHAL
CHARLES SAPIN £@csapin
AU-DELÀ du journal L’Incorrect et de
l’association Les Éveilleurs d’espérance, c’est tout un pan de la droite
conservatrice qui s’était donné rendezvous, jeudi soir, à la Palmeraie de Paris.
Outre la philosophe Chantal Delsol, le
libéral conservateur Charles Millon ou
l’essayiste Gérard Leclerc, plus d’un
millier de personnes ont réservé leurs
places - dont près de 200 étudiants -,
contraignant les organisateurs à « bloquer toutes les inscriptions » 48 heures
avant l’événement.
Un succès que ne peut expliquer à lui
seul le leitmotiv officiel de la soirée :
« Débranchons Mai 68. » La clé résidait
peut-être dans la présence annoncée
de l’ancienne députée FN du Vaucluse,
Marion Maréchal, désormais directrice
de la nouvelle académie politique lyonnaise, l’Issep, qui a accepté de participer au vaste programme.
« Destruction de l’éducation »
Invitée phare de la soirée, la trentenaire devait s’exprimer lors d’une table
ronde en seconde partie de soirée, sur
le thème « Comment débattre de 68 ».
Face à elle, la journaliste Charlotte
d’Ornellas comme le directeur de la revue L’Incorrect, Jacques de Guillebon,
avec qui elle partage la génération et le
goût pour les idées « antimodernes ».
Accessoirement coprésident du conseil
scientifique de l’école marioniste,
Jacques de Guillebon se félicite de la
venue de sa jeune directrice : « Mai 68
a provoqué une destruction de l’éducation. En créant une nouvelle académie
qui s’affranchit du cadre institutionnel
imposé aujourd’hui par les “genders
studies” américaines et les petits-enfants de 68, Marion a beaucoup de choses à dire sur le sujet. Beaucoup de journalistes présents devraient guetter la
petite phrase politicienne. Ce ne sera pas
le cas du public présent », voulait croire
l’hôte quelques heures avant le début
des festivités.
Un an après sa prise de distance de la
politique, l’ex-benjamine de l’Assemblée se garde bien d’évoquer toute vel-
léité de retour dans l’arène électorale.
Sa période de retrait médiatique est
pourtant bel est bien terminée. « Ce
n’est que pour populariser son école »,
jurent ses proches.
Reste qu’au gré des interviews ou
confidences, multiples ces dernières
semaines, au Point, dans les colonnes
de Boulevard Voltaire, de Valeurs actuelles ou devant les caméras de Télé
Lyon Métropole, la petite-fille de JeanMarie Le Pen entretient savamment le
flou sur son avenir politique : « Si un
jour je sens que je peux être vraiment
utile, que j’ai la légitimité pour repartir.
Pourquoi pas, je referai peut-être des
choses », faisait mine de s’interroger
Marion Maréchal sur le plateau de la
chaîne locale privée lyonnaise la semaine dernière. Un procédé aussi habile que dangereux, car si cette ambiguïté attise la curiosité médiatique au
grand bénéfice de son jeune établissement, elle pourrait aussi bien grimer
son académie en simple instrument
politique au profit d’un camp bien
identifié. De quoi faire fuir enseignants,
entreprises partenaires comme, en
toute logique, ses futurs étudiants. Un
risque que synthétisait Marion Maréchal elle-même dans Valeurs actuelles
en confiant être à la fois « l’atout et le
handicap de cette école ».
Un exercice d’équilibrisme dont fait
peu de cas l’opinion : « La victoire de
Macron a acté un renouvellement
politique, mais également générationnel, analyse Jérôme Fourquet, politologue et directeur du département
opinion de l’Ifop. La preuve est que
ressortent clairement de nos études
deux forces contestataires qui montent,
Marion Maréchal d’un côté et le député
Insoumis François Ruffin de l’autre.
Comme si Marine Le Pen et Jean-Luc
Mélenchon étaient déjà assimilés à l’ancien monde. »
Selon une étude de l’Ifop du mois de
mars, 33 % des Français souhaitaient
un retour rapide de Marion Maréchal en
politique. Un chiffre grimpant à 83 %
chez les électeurs du Front national et,
surtout, à 44 % chez ceux du parti Les
Républicains. De quoi songer sérieusement à jeter ses livres d’école. ■
A
La tête économique du FN
rejoint Nicolas Dupont-Aignan
« NICOLAS DUPONT-AIGNAN représente pour moi l’alternative la plus crédible à Emmanuel Macron. Ses compétences
et ses qualités font de lui un homme
d’État. » En annonçant ce jeudi son départ du Front national pour rejoindre les
rangs de Debout la France, l’eurodéputé
Bernard Monot est venu gonfler une terrible statistique pour le parti de Marine
Le Pen. Sur les sept têtes de listes régionales désignées par le parti lors des dernières européennes en 2014, quatre ne
sont désormais plus au FN. L’ancienne
tête de liste dans la circonscription Massif central-Centre suit ainsi la route tracée avant lui par Aymeric Chauprade,
ex-tête de liste en Île-de-France, Florian Philippot, ex-tête de liste dans la région Grand Est, ou Jean-Marie Le Pen,
ex-tête de liste de la région Sud-Est.
Après avoir milité trente-neuf ans
pour le parti à la flamme, Bernard Monot
a expliqué lors d’une conférence de
presse quitter le FN « non pour diviser
mais pour rassembler. C’est une décision
douloureuse. Je laisse d’excellents camarades », a-t-il assuré avant de vilipender
« la mauvaise communication du parti, en
particulier sur l’économie », « la disparition de l’agriculture, du social ou de l’économie » dans son discours comme « le
manque de méthode » des équipes autour
de Marine Le Pen. « Plus d’une fois j’ai
tiré le signal d’alarme, notamment en bureau politique. Je n’ai pas été entendu en
temps et en heure. Cela ne nécessite pas de
plus amples explications », lâche Bernard
Monot, qui précise ne pas avoir voulu
discuter avec Marine Le Pen de son départ. La chef de file du FN n’a pas tardé à
réagir. « Ce n’est pas une grande perte »,
a-t-elle préféré balayer dès mardi à
L’Opinion, quand le responsable de la
délégation FN auprès du Parlement
européen, Gilles Lebreton, dénonçait sur
Twitter une « défection qui n’est dictée
que par son espoir de se faire réélire sous
les couleurs d’un autre parti ».
Désaccord coûteux
Ancien financier de la Caisse des dépôts
et consignation, Bernard Monot était
progressivement devenu, avec Jean-Richard Sulzer, l’un des principaux
conseillers économiques de Marine
Le Pen à partir de 2005. Partisan du retour à une monnaie nationale à côté d’un
euro commercial - le fameux « écu »
mentionné par Marine Le Pen durant le
débat d’entre-deux-tours -, l’eurodéputé s’est vu écarté des instances dirigeantes du parti à la flamme suite à des
désaccords avec Marine Le Pen. Lors du
dernier congrès du parti, le 10 mars à
Lille, il n’avait en effet pas été renouvelé
au sein du bureau national.
Une marginalisation susceptible d’expliquer en partie ce ralliement à Debout
la France, douze mois avant les prochaines européennes : « J’aimerais pouvoir
poursuivre ma mission au Parlement
européen pour proposer un projet constructif, reconnaît volontiers Bernard Monot. Pour
les prochaines européennes,
Nicolas Dupont-Aignan préparera vraisemblablement
une liste que je pourrai rejoindre. » ■
C. S.
Bernard Monot.
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Marion Maréchal,
lors de son discours à la
Conférence d’action politique
conservatrice (CPAC), près
de Washington, le 22 février.
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
JIM WATSON/AFP
La bataille culturelle
avant le combat politique
D
ébranchons Mai 68 », oui ;
mais méditons Mai 68,
aussi. Tel pourrait être la
leçon de la soirée qui était
organisée ce jeudi par le mouvement
les Éveilleurs d’espérance et par
la revue l’Incorrect, et dont
l’intervenante principale était Marion
Maréchal. « Débranchons Mai 68 »
– c’était l’intitulé de la soirée –
sur le plan idéologique, mais
méditons-le sur le plan politique.
Ce que révèle l’événement dont
le cinquantenaire est célébré est le
décalage chronologique entre les
victoires culturelles et les victoires
électorales. Sur l’évolution
des mœurs et l’effritement
des institutions (l’école, la famille,
l’Église, les syndicats…), personne
ne conteste la fracture qui s’est
opérée en mai 68. Et ça n’est que
treize ans plus tard, en mai 1981 que
fut présentée la facture politique,
avec l’arrivée de la gauche au
pouvoir ; une bascule institutionnelle
préparée par une lente installation de
l’esprit et des enfants de Mai 68 dans
les sphères culturelles, associatives
et locales. Avec, rappelons-le, un
effet trompe-l’œil. À la sortie des
événements, aux législatives de juin,
c’était pourtant le pouvoir gaulliste
qui, ébranlé dans la rue et dans les
usines, avait triomphé dans les urnes.
Les circonstances, les enjeux
et les rapports de force ne sont
évidemment pas les mêmes. Mais il y
a de cela dans le projet de l’ancienne
benjamine de l’Assemblée. Nourrir
d’abord un terreau culturel
avant de poser les jalons d’une
offensive politique. C’est la
raison d’être de son Institut
de sciences sociales,
économiques et politiques
(ISSEP). Et c’est l’espoir
de toute une mouvance qui
espère la voir prendre un jour
la tête d’une droite
recomposée. Les
Éveilleurs de
l’espérance sont
par exemple issus
des veilleurs, créés
par Pierre Nicolas
et Benoît Sévillia en
marge de la Manif
pour tous. Et si,
comme nombre
d’initiatives étudiantes
de mai 68, la Manif pour
Tous fut un échec
politique – même à droite la page a été
tournée –, elle a conduit à s’engager
une génération de jeunes, le plus
souvent catholiques, ne se
reconnaissant dans aucune structure
politique actuelle. Plus globalement,
Marion Maréchal fait le pari de
l’impossibilité de reconstruire
idéologiquement une droite capable
d’incarner une alternative majoritaire
à Emmanuel Macron à partir des
partis existants, que ce soit les
Républicains ou le Rassemblement
national – comme il faudra appeler
le FN à partir de demain. Tout comme
elle fait le constat de l’impossibilité à
renverser aujourd’hui la table de jeu
actuel. « Il ne sert à rien de parler dès
maintenant de recomposition alors que
la décomposition est loin d’être arrivée
à son terme », confie-t-elle.
Cette impossibilité immédiate de
jouer au chamboule-tout, de refaire à
droite le « coup » de Macron, est une
chance pour Marion Maréchal. Elle
lui donne le temps de travailler sur
le fond et de former ces futures élites
pour l’heure minoritaires et isolées.
Elle lui permet aussi de faire fructifier
le capital de popularité qu’elle a
acquis sans attaquer frontalement
ou même verbalement sa tante,
consciente que des Atrides familiales
ne font que des vaincus et aucun
vainqueur. La percée de 5 points
qu’elle enregistre dans le baromètre
Kantar-Sofres-Figaro Magazine
confirme qu’elle peut jouer en
première division tout en restant sur
le banc de touche. Une position
confortable. Même si, en politique,
aucun fruit ne tombe jamais de luimême. Mai 68 le rappelle. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
Marion
Maréchal
a choisi de
former ces
futures élites
pour l’heure
minoritaires
et isolées
»
MARINE LE PEN
PROPOSE
UNE LISTE
COMMUNE
AVEC DEBOUT
LA FRANCE
Dans une lettre ouverte
publiée ce jeudi, Marine Le Pen
propose à son homologue
de Debout la France,
Nicolas Dupont-Aignan,
de faire liste commune pour
les élections européennes
de 2019. Un an après leur
alliance « historique » scellée
durant l’entre-deux-tours de
la présidentielle, la dirigeante
frontiste appelle le député
de l’Essonne à participer
à la rédaction d’une « charte
commune qui établira
les priorités et les mesures
essentielles pour transformer
l’Union européenne en une
Europe des nations, des
coopérations et des libertés ».
« Je t’ai suggéré notre
présence symbolique aux
deux dernières places de cette
liste avec un double objectif :
pousser la liste vers les
sommets en démontrant
notre totale implication
dans ces élections
européennes et nous mettre,
nous deux, présidentiables,
chefs de parti et députés
nationaux, au seul service
de l’intérêt supérieur de notre
pays au-delà de toute
ambition personnelle »,
écrit Marine Le Pen au député
souverainiste de l’Essonne.
Selon l’intéressée, FN et DLF
sont devenus « des acteurs
incontournables d’une
recomposition autour
du véritable clivage
mondialistes-nationaux ».
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LE FIGARO
vendredi 1er juin 2018
POLITIQUE
L’« énigme » Wauquiez au
cœur d’un livre enquête
À 43 ans, le président des Républicains est l’objet d’une deuxième
biographie, « Laurent Wauquiez, l’impétueux ».
chance et une once de risque : voilà comment je résumerai ce garçon aux chemises
à carreaux », prévient-il.
Laurent Wauquiez n’a donc pas vu
d’un bon œil qu’un journaliste se penche
sur sa vie, lui qui dit si peu de lui et qui
« a tant de mal à accorder sa confiance ».
« Il redoutait - j’en ai acquis la conviction ce jour où quelqu’un ou quelqu’une viendrait fouiller dans sa vie, ses secrets, ses
blessures pour coucher sur le papier ses petits et gros défauts », soutient l’auteur.
Tel. 01.55.35.20.20
DROITE Six mois après son élection à la
présidence des Républicains, Laurent
Wauquiez est déjà l’objet de plusieurs
biographies. Après Le Dangereux, livre à
charge de Philippe Langenieux-Villard,
voici Laurent Wauquiez, l’impétueux de
Fabrice Veysseyre-Redon (Mareuil éditions) à paraître le 4 juin. Le choix du titre
n’a rien d’innocent. Il renvoie au portrait
de Catherine Nay sur… Nicolas Sarkozy,
un livre qui fait référence.
Au cours de son enquête au long cours,
Fabrice Veysseyre-Redon, qui connaît
Laurent Wauquiez depuis plus de vingt
ans et qui explore précisément ses années
en Haute-Loire, essaye de cerner au
mieux la personnalité du président des
Républicains. Si le livre fait parler des politiques et des proches (peu d’opposants),
les dates des entretiens, utiles au lecteur
pour contextualiser les déclarations et juger de leur évolution dans le temps, ne
sont pas mentionnées.
Alors, qui est Laurent Wauquiez ? Comment fonctionne-t-il ? Quel est son moteur ? Autant de questions auxquelles
tente de répondre Fabrice VeysseyreRedon. Ce « descendant de puissantes familles industrielles du Nord » « ne rêve que
d’une chose », écrit l’auteur, « d’histoire
de France, de la grande Histoire de France !
[…] C’est en réalité la France de Napoléon
et celle de Barrès qui lui tient à cœur. Celle
de Napoléon pour son esprit de conquête,
celle de Barrès à la fois pour son culte du
moi et pour son enracinement. » Le décor
est planté.
“sur un coup de bluff ”, écrit l’auteur.« L’aplomb avec lequel il avait prononcé ces deux lettres et ces six chiffres
avait suffi à convaincre l’examinateur », se
souvient le journaliste. « De l’intelligence,
de l’assurance, de l’audace, une once de
*Laisse ton empreinte
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
Laurent Wauquiez,
le 18 avril, au siège
de LR, à Paris.
“
De l’intelligence,
de l’assurance, de l’audace,
une once de chance et
une once de risque : voilà
comment je résumerai
ce garçon aux chemises
à carreaux
CHARLES PLATIAU/REUTERS
3
Pour comprendre l’« énigme » Laurent
Wauquiez, qui déteste baisser la garde, il
faut revenir à ses parents. À commencer
par sa mère, qu’il adore et admire, lui
qu’un proche appelle « un fils à maman ».
Avec son père, les relations sont plus distantes. Le divorce de ses parents ? « Il en
tient son père pour seul responsable. Cette
blessure le rapproche chaque jour un peu
plus de sa mère. Il grandit avec elle, s’inspire d’elle », relate Fabrice VeysseyreRedon. « Depuis 1981, Laurent compte
également une demi-sœur, Marie-Julie. Il
vit cette naissance comme une nouvelle injustice, peut-on lire. Ceux qui le côtoient
de longue date ont détecté une blessure,
mais il ne leur permet jamais d’y accéder,
encore moins de l’expliquer. » L’auteur
parle ainsi du « syndrome de l’abandon »
de Laurent Wauquiez, comme lorsque
son père souhaite « réévaluer la pension
alimentaire qu’il verse à son ex-épouse, à
la fin des années 1990 ».
La biographie revient également sur les
relations entre Laurent Wauquiez et Jacques Barrot, à qui il a succédé en HauteLoire. « Jacques Barrot ouvre alors toutes
les portes à son successeur désigné, l’associe aux décisions et lui fait partager les
coulisses de l’élection présidentielle qui bat
son plein », écrit l’auteur. « Dès son entrée
au Palais Bourbon, Laurent Wauquiez ne
veut plus entendre parler de tutelle. Il n’accepte plus d’être ainsi soumis aux volontés
de celui qui l’a mis en selle. » Sa carrière est
lancée. Mais les deux hommes s’éloignent
franchement. « J’ai souvent pensé à toutes
les phrases qu’on n’a pas pu se dire »,
confie Laurent Wauquiez à l’auteur. Et le
journaliste de préciser : « Jacques Barrot
n’attendait qu’une seule chose de la part de
Laurent Wauquiez, […] qu’il n’oublie pas
“qui l’avait fait roi”. » ■
EN BREF
Macron justifie
ses nombreux voyages
à l’étranger
”
Emmanuel Macron a justifié
jeudi ses nombreux voyages
à l’étranger en déclarant
« défendre les intérêts
de la France » et « jouer un rôle
de médiateur » dans « un monde
qui devient un peu fou ».
« J’ai passé beaucoup de temps
à l’étranger parce qu’il y avait
de grands rendez-vous
internationaux et qu’il fallait être
présent », a déclaré le chef
de l’État en marge d’une visite
du château de Voltaire à FerneyVoltaire, près de la frontière
suisse. « C’est très important
pour notre pays […] Les gens
attendent aussi de leur président
qu’il défende leurs intérêts
à l’international », a-t-il estimé.
FABRICE VEYSSEYRE-REDON, AUTEUR DU LIVRE
Laurent Wauquiez ne se contentera pas
de petit dessein et ne s’effacera pas derrière un autre. « En fait, Wauquiez a su
retenir l’enseignement d’une vieille connaissance d’Yssingeaux, ce territoire qu’il
a fait sien : “Si tu es comme les autres, la
politique n’a pas besoin de toi” », assure
l’auteur de la biographie qui parle du
« double visage » de Laurent Wauquiez :
« L’un, serviable, qu’il réserve à ses électeurs […] dans sa bonne ville du Puy.
L’autre, tranchant et autoritaire, pour le
microcosme parisien rue de Vaugirard et
au Palais Bourbon, dont il a fait son meilleur ennemi », décrit-il.
Pas question, donc, pour Laurent
Wauquiez de se laisser embarrasser par
quelques anicroches sur son chemin.
« Chacune de ses rencontres est pour lui
une occasion de mesurer la pertinence de
son propos et sa force de séduction », assure Fabrice Veysseyre-Redon. L’auteur se
rappelle ainsi leur examen pour le permis. « Pouvez-vous me lire l’immatriculation du véhicule rouge qui est garé un peu
plus loin devant nous ? », demande l’examinateur à Laurent Wauquiez. « Le jeune
Laurent, conscient de la difficulté, annonça
alors un numéro au hasard. Laurent Wauquiez obtient alors son permis de conduire
La cote du chef de l’État
à son plus bas niveau
La cote de confiance d’Emmanuel
Macron s’érode de trois points
pour s’établir à 38 % dans la
dernière livraison du baromètre
mensuel de Kantar Sofres-One
Point pour Le Figaro Magazine,
publiée jeudi. Le chef de l’État
retombe à son plus bas niveau,
déjà atteint en novembre 2017.
Anglade : « La recomposition n’est pas terminée »
F. BOUCHON/LE FIGARO
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL£@TristanQM
PIEYRE-ALEXANDRE ANGLADE,
jeudi, dans le studio du Figaro.
EUROPÉENNES Les élections européennes de mai 2019 seront décisives pour la
majorité. Il s’agira, deux ans après l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, de
prouver qu’il est encore capable de
bousculer le paysage politique. « La recomposition politique n’est pas terminée
et l’élection européenne sera un moment
supplémentaire dans cette phase de recomposition politique », a expliqué Piey-
re-Alexandre Anglade, invité jeudi du
« Talk Le Figaro ». Le député de La République en marche est chargé de préparer ce scrutin. Il se donne pour mission « de rassembler les progressistes et
les européens » autour du parti présidentiel alors que dans « tous les autres
partis politiques français il y a une fracturation très profonde sur l’Europe ».
« Quand, à l’automne dernier, Laurent
Wauquiez décide d’exclure des Républicains ceux qui s’appellent aujourd’hui les
Constructifs ou Agir, ça se fait évidem-
ment sur des rancœurs passées mais aussi
et surtout sur l’Europe », a-t-il relevé.
« Une approche ambitieuse »
Quid, toutefois, de la présence dans ce
rassemblement du MoDem de François
Bayrou, qui pourrait être tenté par
l’autonomie. « Libre à eux de s’organiser
comme ils le veulent mais aujourd’hui
nous sommes dans la responsabilité ensemble. J’ai bon espoir de continuer à travailler ensemble », glisse Pieyre-Alexandre Anglade.
Quant à la composition de la future
liste de la majorité, Anglade promet
« d’avoir une approche ambitieuse ».
« Nous ne considérons pas le Parlement
européen comme la seconde division de la
vie politique ou une institution dans laquelle on envoie les défaits des scrutins
passés ou les membres encombrants de sa
famille politique », affirme-t-il. Ajoutant : « Ces élections sont importantes
pour la France et son influence dans les
institutions européennes, qui a considérablement diminué ces dernières années ». ■
A
Le député LaREM est chargé de préparer les prochaines élections européennes pour son parti.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
4
INTERNATIONAL
La chute annoncée de Mariano Rajoy
Le président du gouvernement espagnol devrait être renversé ce vendredi par une motion de censure.
MATHIEU DE TAILLAC £@mdetaillac
MADRID
ESPAGNE Une majorité des députés espagnols est prête à voter la censure
contre Mariano Rajoy (Parti populaire,
PP, droite) et à investir du même coup
son remplaçant, le socialiste Pedro Sanchez. Après l’annonce du Parti nationaliste basque (PNV, nationalistes modérés) de sa disposition à voter oui à la
censure, le président du gouvernement
est en minorité au Parlement. La motion
de censure de Sanchez, qui doit être votée ce vendredi, devrait engranger les
soutiens du Parti socialiste (PSOE), de
Podemos (gauche radicale), du PNV, des
indépendantistes catalans (PDECat et
ERC) et des indépendantistes basques
(Bildu). Soit quelques votes de plus que la
majorité absolue de 176 des 350 sièges du
Congrès des députés. La fidélité du PP et
le soutien à contre-chœur de Ciudadanos (C’s, centre libéral) ne sont plus suffisants pour garantir son fauteuil. Rajoy
n’avait qu’une option pour éviter d’être
chassé du pouvoir : la démission. La numéro 2 de son parti, María Dolores de
Cospedal, a exclu cette possibilité jeudi
soir.
« constructives » : en même temps que
les députés démettent le chef de l’exécutif, ils doivent désigner un nouveau dirigeant. Les intérêts antagonistes des différentes composantes de l’opposition
rendent l’exercice extrêmement complexe. À tel point que, depuis l’adoption
de la Constitution en 1978, sur les trois
motions de censure votées avant celle de
Sanchez, aucune n’a été adoptée.
En l’espèce, le PSOE souhaitait gouverner un temps suffisant - le maximum
est la durée restante du mandat de Rajoy,
qui expire à l’automne 2020 - pour remonter dans les sondages. C’s, favori de
l’opinion, voulait au contraire un scrutin
au plus vite. Le PNV, effrayé par le discours centralisateur de ces derniers, dé-
sirait éviter un retour aux urnes précipité. Les nationalistes basques voulaient
également que le budget qu’ils avaient
tout juste voté avec le PP, et qui assure
des investissements considérables dans
leur région, soit honoré.
Une réaction en chaîne a provoqué
l’irruption d’une majorité au dernier
moment. Podemos, prenant C’s et le PNV
à leur propre jeu, a annoncé son intention de présenter une nouvelle motion si
Sanchez échouait. Cette hypothétique
motion, qualifiée d’« instrumentale »,
aurait dû permettre à un candidat « indépendant » de convoquer des élections
sitôt investi président du gouvernement.
Le PNV a donc dû choisir : soit il favorisait la censure de Rajoy promue par le
PSOE et portait Sanchez au pouvoir, soit
il laissait passer la censure de Rajoy par
Podemos et se risquait à une victoire
électorale de C’s à court terme.
Lors des débats parlementaires, le
candidat socialiste a achevé de les
convaincre. Son gouvernement, s’est-il
engagé, « conservera le budget pour protéger la gouvernabilité » du pays. Les
rangs du PP hésitaient entre le rire jaune
et l’indignation : sous couvert de responsabilité, Sanchez venait d’offrir aux nationalistes basques le dernier motif qu’ils
réclamaient pour lui accorder leurs cinq
votes.
Rajoy a résisté en deux mouvements.
D’abord en relativisant les affaires qui
frappent son parti. « Aucun militant ac-
tuel ni aucun membre du gouvernement
n’ont été condamnés », s’est-il défendu,
avant de rappeler les dossiers dans lesquels le PSOE fait figure d’accusé. « Avec
quelle autorité morale me parlez-vous ?
Êtes-vous Mère Teresa ? », a-t-il demandé à Sanchez. Rajoy a ensuite stigmatisé la majorité de circonstances, qualifiée de « Frankenstein » par la droite,
qui doit porter son adversaire au pouvoir. Il a cité les déclarations passées de
Sanchez contre ses nouveaux amis politiques et résumé la motion de censure à
une question d’ambitions personnelles.
Sanchez a répliqué : « Vous ne pouvez pas
exiger que l’on choisisse entre la démocratie et la stabilité, car la pire des instabilités
est celle qui émane de la corruption. » ■
Sanchez en embuscade
Sept ans après son arrivée de la Moncloa
et deux ans avant la fin de son second
mandat, Rajoy, qui a survécu à l’une des
pires crises économiques de l’histoire de
l’Espagne et à la recomposition inédite
du paysage politique, tombe sous le coup
des scandales de corruption qui ont agité
ses deux mandats. C’est au lendemain du
verdict de l’affaire Gürtel que le PSOE a
annoncé sa décision de présenter la censure, et c’est une semaine après qu’elle
emporte Rajoy sur son passage. Dans ce
dossier, l’ex-trésorier de la formation a
été condamné à trente-trois ans de prison, le parti a été jugé responsable de
s’être enrichi grâce aux pots-de-vin
d’élus locaux, et le témoignage à la barre
de Rajoy a été qualifié de « peu crédible »
par les juges.
Seule une condamnation juridique et
morale de cette ampleur a pu souder une
opposition hétéroclite, unanime pour
renvoyer Rajoy, mais divisée sur le soutien à son remplaçant. Les motions de
censure sont qualifiées en Espagne de
Deux ans avant la fin de son second mandat, Mariano Rajoy est sous la menace d’une motion de censure du Parlement.
P.-P. MARCOU/AFP
A
L’éternel survivant en politique rattrapé par les affaires du PP
MARIANO Rajoy a résisté à tout et jusqu’au bout. Au sein de son parti: aux
tentatives répétées de mutineries de
ses lieutenants quand, par deux fois, en
2004 puis en 2008, il échouait à battre
son rival, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero. Une fois au pouvoir en
2011 : à une crise économique internationale, qui a emporté sur son passage
la plupart des dirigeants européens.
Lors de sa nouvelle victoire aux élections de 2015 et de 2016 : à la disparition du bipartisme, qui assurait l’alternance tranquille entre sa formation, le
Parti populaire (PP, droite), et le Parti
socialiste (PSOE), et à l’arrivée fracassante de Podemos (gauche radicale) et
de Ciudadanos (C’s, centre libéral). Et
lors de son deuxième mandat: à la crise
indépendantiste sans précédent en Catalogne, qui a inquiété tout un pays et
jusqu’aux chancelleries européennes
sans amincir pour autant son pouvoir.
On a même cru que les affaires de
corruption n’avaient aucune prise sur
lui ni sur son parti, qui continuait à séduire les électeurs jusque dans la région de Madrid, épicentre du scandale
Gürtel. Rajoy, se moquaient ses critiques, résistait par l’immobilisme,
comme un « Don Tancredo », ces toreros amateurs qui, au XIXe siècle,
pensaient tromper la bête en restant
figés. « Il se contente de flotter », complétait récemment celui qui lui a mis le
pied à l’étrier, l’ex-chef du gouvernement José María Aznar (1996-2004).
La corruption de son parti, pourtant,
a fini par écarter Rajoy du gouvernement, parce qu’elle a ressuscité toutes
les autres crises qu’il n’avait jamais réglées en profondeur. Le sévère verdict
de la justice a permis au PSOE de déposer une motion de censure. Podemos, le
premier nouveau venu de la législature,
a retourné contre lui les effets sociaux
de la crise. Les ambitions de C’s, le second parti émergent, ont suffisamment
effrayé le PNV pour l’éloigner du PP. Et
les indépendantistes catalans ne pouvaient rêver meilleure occasion de lui
faire payer sa fermeté.
Les vents mauvais jamais apaisés par
le capitaine ont constitué une tempête
parfaite que même son quiétisme,
d’ordinaire si efficace, n’a pu freiner.
Rajoy, toutefois, a exclu de démissionner. Au cœur du cyclone, le doyen des
chefs des partis - 63 ans - continue de
ne pas bouger.
“
Rajoy veut mourir
en tuant ses adversaires
politiques. Il veut
discréditer Sanchez
”
FERNANDO VALLESPÍN, PROFESSEUR
DE SCIENCES POLITIQUES À L’UNIVERSITÉ
AUTONOME DE MADRID
Le politologue Anton Losada, auteur
de l’essai biographique Codigo Mariano
(le code Mariano), galicien comme lui,
est l’un de ceux qui ont le mieux cerné
le sens politique de Rajoy. « Une image
de Rajoy a été construite et lui n’a rien
fait pour la démonter, explique-t-il.
Celle d’un homme indolent, occupé à lire
la presse sportive et à fumer son cigare
sans s’intéresser ni vraiment comprendre la politique. Alors que Rajoy, au
contraire, sait parfaitement définir ses
objectifs et joue au mieux ses cartes.
Mais il a utilisé cette caricature pour
mieux tromper ses adversaires. »
Une députée qui lui est proche a raconté en ces termes le jour où fut débarqué par ses actionnaires le directeur d’un journal dont les révélations
préoccupaient le PP : « Rajoy, qui est
un grand calme et qui passait pour un
pusillanime, ce Rajoy-là vient de se faire
un directeur de journal. »
Jeudi matin, à l’occasion de ce qui
était peut-être son dernier débat au
Congrès des députés, le chef du gouvernement a revêtu le costume de
bretteur parlementaire qui semble lui
procurer tant de plaisir. Il fallait le voir
ironiser sur la nouvelle amitié entre le
PSOE et Podemos, répéter à Pablo Iglesias, le chef de la gauche radicale, les
durs mots qu’avait eu contre lui le candidat socialiste, Pedro Sanchez! «Ce
n’est pas moi qui le dis !», lançait-il à
Podemos, pendant que les députés PP
s’esclaffaient.
«Il veut, jusqu’au bout, mourir en
tuant ses adversaires politiques, décrypte Fernando Vallespín, professeur de sciences politiques à l’université autonome de Madrid. Il veut
discréditer Sanchez, il pense déjà à
l’affaiblir pour les prochaines élections. » Losada voit une dernière stratégie dans son refus de démissionner :
« Il veut faire voir qu’une majorité opportuniste l’a expulsé. Ce sera, le jour
venu, le premier argument de campagne du PP. »
Les spécialistes rechignent encore à
établir l’inventaire d’un animal politique que l’on a tant de fois enterré trop
vite. « C’est un peu tôt, non ?, s’étonne
Losada. Ce n’est pas le Rajoy aux cigares qui passera à la postérité, mais celui
qui perd deux élections (en 2004 et en
2008) et survit, qui obtient les pires résultats de l’histoire de son parti (en 2015
et en 2016) et parvient tout de même à
gouverner. On se souviendra de ses politiques comme d’une contre-réforme
conservatrice et de sa personnalité comme celle d’un homme politique extraordinairement habile. » ■
M. DE T. (À MADRID)
Un contexte économique différent de l’Italie
S’ils se sont inquiétés la semaine
dernière quand l’incertitude politique
en Espagne a fait écho à la crise
en Italie, les marchés semblaient
rassurés jeudi. Alors que le départ
du chef du gouvernement, Mariano
Rajoy, paraissait inéluctable, le taux
de la dette espagnole s’est détendu,
retombant sous 1,5 %.
Les investisseurs ont pris en compte
les différences entre Madrid et Rome,
pointe Hervé Goulletquer, directeur
adjoint de la recherche à La Banque
postale Asset Management.
Si la crise financière a été
particulièrement forte en Espagne
et que l’économie affiche toujours
des points noirs, avec un taux
de chômage élevé (16,7 %) et
un déficit encore excessif aux yeux
de Bruxelles, le pays a su rebondir.
Il affiche depuis trois ans
une croissance de son PIB supérieure
à 3 %, de loin la plus élevée parmi les
grandes économies de la zone euro.
La réalité politique en Espagne est,
par ailleurs, peu comparable à celle
de l’Italie, dominée aujourd’hui par
des partis antisystème. À Madrid,
le Parlement est composé aux deux
tiers d’élus appartenant à des partis
traditionnels, socialistes ou de droite,
dont la vision économique est en ligne
avec l’Union européenne. Et comme,
en cas d’élections, les sondages
donnent la part belle à Ciudadanos,
un parti comparable à celui
d’Emmanuel Macron, les investisseurs
ont peu de raison de s’affoler.
A. BOH
ZOOM
Ligue et M5S concluent
un accord de gouvernement
Les chefs de file du Mouvement
5 étoiles (M5S, antisystème)
et de la Ligue (extrême droite)
ont conclu jeudi soir un accord
sur un gouvernement d’union,
d’après des sources de deux
partis. Selon cet accord, qui
doit être présenté et accepté
par le président italien Sergio
Mattarella, Giovanni Tria, 69 ans,
serait ministre de l’Économie.
L’eurosceptique Paolo Savona que Mattarella avait refusé
de voir à l’Économie se verrait attribuer les affaires
européennes, et Giuseppe Conte,
le juriste novice en politique,
serait président du Conseil.
EN BREF
Ukraine : le reporter russe
revient sur sa fausse mort
Le journaliste russe Arkadi
Babtchenko, dont le faux meurtre
mis en scène a été très critiqué, a
expliqué jeudi avoir cherché par
ce stratagème à « rester en vie »
face aux menaces dont il faisait
l’objet. Il a révélé que du sang de
cochon avait été utilisé pour la
photo de son « cadavre » et qu’il
avait regardé l’annonce de sa mort
à la télévision depuis la morgue.
Prisons secrètes de la CIA :
la Lituanie et la Roumanie
condamnées
La Cour européenne des droits
de l’homme a condamné la
Lituanie et la Roumanie pour leur
participation au programme de
prisons secrètes de la CIA. La CEDH
a donné raison à deux prisonniers
de Guantanamo, détenus au secret
dans ces pays de 2004 à 2006.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 1er juin 2018
INTERNATIONAL
5
Kim envoie
son général
chez « l’ennemi
impérialiste »
Kim Yong-chol, dur du régime nord-coréen,
était en mission diplomatique aux États-Unis.
CORRESPONDANT À PÉKIN
PROLIFÉRATION Il a longtemps incarné la face la plus sombre du régime
nord-coréen. Âgé de 72 ans, le général
Kim Yong-chol, bras droit du jeune dirigeant Kim Jong-un, a été pointé du
doigt en 2010 par la Corée du Sud après
le torpillage de sa corvette Cheonan, qui
fit 46 morts puis lors du bombardement
meurtrier d’une île frontalière, la
même année. Il est aussi suspecté par
les États-Unis d’avoir organisé une cyberattaque dévastatrice contre le groupe Sony en 2014.
Placé sur des listes noires internationales pour avoir contribué au développement du programme nucléaire nordcoréen, l’ancien patron des services
secrets du pays reclus avait jusqu’à encore tout récemment l’interdiction de
fouler le sol américain. Mais cette sanction a été levée et Kim Yong-chol est
devenu le plus haut gradé nord-coréen
à se rendre chez « l’ennemi impérialiste » depuis 18 ans. Alors que Pyongyang
et Washington avaient multiplié les menaces de destruction nucléaire mutuelle
l’an dernier, il a été chaleureusement
accueilli mercredi par un autre maître
de l’espionnage, Mike Pompeo, secrétaire d’État américain, et ex-directeur
de la CIA. Et ce, pour préparer un éventuel futur sommet entre leurs deux
boss : Kim Jong-un et Donald Trump.
au passé trouble se retrouve en première
ligne diplomatique depuis des mois.
Coiffé d’une toque en fourrure noire et
le visage renfrogné, il était visible tout
près d’Ivanka Trump, la fille du prési-
Kim Jong-un mise notamment sur
l’expérience Kim Yong-chol, qui fait
preuve d’une longévité exceptionnelle
dans le cercle restreint du pouvoir à
Pyongyang. L’un des hommes les plus
The Breitling Jet Squad
L’escadron Breitling Jet
Jacques Bothelin
Christophe Deketelaere
Paco Wallaert
HO/AFP
puissants de Corée du Nord, qui a en effet servi sous les trois dictateurs de la
dynastie Kim. Après avoir commencé sa
carrière dans la police militaire dans la
« zone démilitarisée », à la frontière entre les deux Corées, il est devenu le garde du corps de Kim Jong-il, le père de
l’actuel « Dirigeant suprême », selon les
chercheurs du think-tank 38 North.
Mais c’est sa carrière d’espion qui lui a
donné sa stature. Entré au Bureau général de reconnaissance, chargé des opérations de renseignement à l’étranger,
dans les années 1980, il en prend la tête
en 2009, et demeure à sa direction jusqu’en 2016. Parallèlement, il devient un
expert incollable du « frère ennemi »
sud-coréen, et participe à de nombreux
sommets intercoréens dans les années 1990 et 2000.
“
Bonjour, je suis l’homme
que vous accusez d’avoir
coulé le Cheonan
(corvette sud-coréenne
torpillée en 2010)
”
KIM YONG-CHOL À DES JOURNALISTES SUD-CORÉENS
VENUS À PYONGYANG POUR UN CONCERT DE K-POP
Kim Yong-chol, l’un des
hommes les plus puissants
de Corée du Nord, a servi
sous les trois dictateurs
de la dynastie Kim
Les deux diplomates, qui se sont revus
jeudi, chercheront à trouver un terrain
d’entente pour qu’ait finalement lieu le
rendez-vous historique, qui était prévu
le 12 juin à Singapour, avant d’être annulé la semaine dernière par le président américain. La tâche s’annonce extrêmement ardue : Washington exige
une « dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible ». Mais Pyongyang,
qui a toujours considéré l’arme nucléaire comme une garantie de survie, souhaite des mesures « progressives » et la
fin de la « politique hostile » des ÉtatsUnis – qui ont déployé près de 30 000
soldats au Sud – dans la péninsule.
Au moment où le régime nord-coréen
multiplie les initiatives pour sortir de
son isolement, le général quatre étoiles
dent américain, lors de la cérémonie de
clôture des Jeux olympiques d’hiver. Il
est aussi aux côtés de Kim Jong-un, lors
de sa rencontre avec le président sudcoréen, Moon Jae-in, en avril dernier.
A IR
TERRE
NAVITIMER 8
CYRILLE PLUYETTE £@CyrillePluyette
Le général nord-coréen Kim Yong-chol (à gauche) et Mike Pompeo, secrétaire d’État américain, jeudi à New York.
ME
#SQUADONAMISSION
R
Décennie après décennie, il parvient à
conserver la confiance des Kim, pourtant volontiers paranoïaques. Il a notamment réussi à survivre aux purges et
exécutions lancées par Kim Jong-un à
son arrivée aux manettes en 2011, en démontrant sa fidélité au régime. Son attitude de « faucon » a sans doute aussi été
appréciée par le nouveau dirigeant - il a
menacé en 2013 de transformer les
États-Unis en « mer de flammes » -, de
même que sa redoutable efficacité.
Désormais vice-président du Parti des
travailleurs et responsable des relations
intercoréennes, ce haut dignitaire est un
self-made-man. Il s’est fait remarquer
grâce à ce que le « régime ermite » nomme le « dur labeur » et « ses accomplissements », mais pas à cause de son entregent, souligne 38 North. Il a été décrit
comme un homme brillant, doté d’une
intelligence vive. Mais aussi comme un
personnage cassant et arrogant. Il est
aussi doté d’un humour féroce, qui n’est
pas toujours compris par ses interlocuteurs. Lors d’une rencontre avec des officiels sud-coréens, il leur avait lancé :
« Avez-vous une autre mallette ? Vous
avez sûrement une autre mallette de propositions avec vous. » Plus récemment, il
s’est présenté ainsi, d’un ton badin, devant des journalistes sud-coréens venus
à Pyongyang pour un concert de K-pop :
« Bonjour, je suis l’homme que vous accusez d’avoir coulé le Cheonan. » ■
Le budget de la zone euro dans les limbes
JEAN-JACQUES MÉVEL £@jjmevel
CORRESPONDANT À BRUXELLES
EUROPE Il reste quatre semaines, et le
sort s’acharne contre le projet fétiche du
président Macron pour la zone euro : la
création d’un budget propre aux 19 pays
de la monnaie commune, censé donner
une impulsion politique décisive à ce qui
reste pour l’essentiel un numéraire facilitant les échanges entre Européens.
L’Allemagne est aussi froide que le
permet le maintien de bonnes relations
avec la France. Deux autres piliers de
l’euro, l’Italie et l’Espagne, ont pour
l’heure d’autres soucis que les plans de
l’Élysée. Hier, c’est la commission Juncker qui a lâché prise, avec une version
plutôt ténue du levier espéré à Paris : il
n’est question ni de budget, ni de « capa-
cité », ni même de « ligne », mais d’une
simple « fonction » qui ne coûterait pas
un sou au contribuable européen.
Depuis l’an dernier, Emmanuel Macron a renoncé à l’enveloppe qui devait,
selon lui, « représenter plusieurs points de
PIB », c’est-à-dire des centaines de milliards tous les ans. Il a délaissé l’idée d’un
ministre des Finances de la zone monétaire et d’un parlement chargé du
contrôle des 19 pays. Mais le président
n’a jamais abandonné l’idée d’un budget
exprimant à la fois l’ambition de l’union
monétaire et la solidarité obligée entre
ses membres.
L’argument est partagé à droite comme à gauche. Les économistes y ajoutent
une nécessité pratique, grande leçon des
années de vaches maigres à partir de
2010 : le monopole d’émission de la BCE
et la discipline budgétaire imposée par
l’euro ont privé les États membres - surtout ceux qui ne tiennent pas leurs
comptes - de toute marge de manœuvre
« nationale » face aux crises, aux chocs et
à la récession. Le Trésor américain et la
Réserve fédérale peuvent agir avant
qu’un des 50 États subisse une pénurie
foudroyante d’argent public. La Grèce, le
Portugal ou l’Irlande ont dû plonger
d’abord pour qu’interviennent enfin des
fonds de secours montés à la hâte, avec
l’aide du FMI.
Deux visions de l’euro
Sauver le malade avant qu’il se noie est
précisément l’objectif de la « fonction de
stabilisation des investissements (FSI) »
proposée hier par la Commission aux
pays qui sont dans l’euro, ou qui s’apprêtent à y entrer. Sur le papier, ce poste serait doté d’un total de 30 milliards sur
sept ans, de 2021 à 2027. C’est un instrument financier, pas un budget. Il s’agira
de prêts remboursables, financés sur les
marchés avec une garantie de l’UE. Les
intérêts seront couverts par une subvention « européenne », mais elle viendra
de Francfort, autrement dit de la BCE.
Pour Bruxelles et les États, « le coût est
négligeable », précise l’un des architectes du FSI. L’élément de solidarité aussi.
C’est l’hostilité allemande à tout transfert incontrôlé d’argent public d’un État
de la zone euro vers l’autre qui contraint
la commission Juncker à ces contorsions.
L’Europe du Nord n’est pas mieux disposée. Le résultat est un « embryon » de
budget de l’euro, constate le commissaire Moscovici. L’intransigeance germanique augure aussi mal du contenu de la
« feuille de route » qu’Angela Merkel et
Emmanuel Macron doivent présenter -
juré craché - à leurs pairs de l’euro, lors
d’un sommet le 29 juin. Il y est question
de l’union bancaire et du futur fonds monétaire européen. Mais, sur le budget de
l’euro, « il n’y a pratiquement rien »,
avance un responsable européen.
Pour éviter à son chef de rentrer les
mains vides de Bruxelles, Bruno Le Maire
s’envolera donc le 9 juin pour Berlin et
une nouvelle nuit blanche avec son homologue allemand Olaf Scholz. Le ministre français est sans illusion : « Le point
dur, c’est évidemment la capacité budgétaire, dit-il au Figaro. Nous sommes sur
deux conceptions différentes de l’euro.
Pour les Allemands, c’est une monnaie
commune qui facilite les échanges commerciaux. Pour les Français, l’euro doit
rapprocher les États pour plus de compétitivité et de convergence. Il reste à réconcilier les deux visions. » ■
A
L’intransigeance germanique augure mal du contenu de la « feuille de route » que Merkel et Macron doivent présenter fin juin.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
6 INTERNATIONAL
$! "
Plongée dans le chaos d’une guerre
oubliée, entre l’Arabie saoudite et
Plus de 10 000 morts, 2 millions d’enfants
malnutris, un choléra menaçant : le pays,
coupé en deux, est livré à la loi des groupes
armés. La France organise fin juin
une conférence internationale humanitaire.
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
ENVOYÉ SPÉCIAL A ADEN, LAHEJ
ET BAB AL-MANDAB
MOYEN-ORIENT Du jour au lendemain, Abdel Khalek a troqué ses
filets de pêche contre un kalachnikov. Son village d’Abnazer sur la
mer Rouge était menacé par les
rebelles houthistes, qui s’en approchaient. « Ils sont rentrés en
progressant maison par maison. Ils
avaient des listes d’habitants ayant
rejoint la résistance, qui leur avait
été fournies par certains collaborateurs », se rappelle ce jeune pêcheur à la peau cuivrée, vêtu de la
fouta traditionnelle, sorte de kilt
version yéménite.
Comme tant d’autres, la guerre
s’est imposée à lui. « On était incapable de manier un kalachnikov, ditil. Mais avec mes amis, on a décidé de
faire le maximum pour chasser les
houthistes. » À Abnazer, les miliciens chiites ont transformé certaines maisons en postes d’observation, d’autres, comme celle d’Abdel
Khalek, ont été dynamitées. « Dès
qu’ils attaquent un village, les houthistes disent à la population : ne
vous inquiétez pas ! On est là pour
lutter contre Daech, pas contre le
peuple yéménite. Le problème, c’est
qu’ils nous prennent tous pour des
djihadistes. » Abdel Khalek s’est retrouvé « piégé » : « On pensait que
la résistance allait rapidement chasser les houthistes ». Mais les combats ont duré. Ils ont fait plus de
quarante martyrs chez les « résistants ». Finalement, la coalition
anti-houthistes a repris Hays. Mais
autour, la guerre fait toujours rage.
A
1
La colère des déplacés
Comme des milliers d’autres déplacés, Abdel Khalek a tout laissé
derrière lui, avant de partir seul.
Puis, son épouse et leurs deux enfants l’ont rejoint. La famille s’entasse désormais dans une masure
en brique d’un camp de réfugiés à
130 km plus au sud, près du mythique détroit de Bab al-Mandab,
à la pointe sud de la péninsule arabique, où se mêlent les eaux de
l’océan Indien et de la mer Rouge.
Sans climatisation, ni électricité,
la chaleur est écrasante. Mais Abdel Khalek est accoutumé. Ce qui
manque cruellement, c’est l’eau
potable. « On doit aller loin, au pied
de la montagne pour en récupérer »,
se plaint le pêcheur. Ailleurs, sur la
ligne de front, les mines laissées
par les houthistes dans leur retraite
empêchent les villageois d’aller en
quête du précieux liquide.
Depuis Moka jusqu’à Bab alMandab, la région côtière est submergée de déplacés. Plus de
100 000 personnes ont été jetées
sur les routes, depuis décembre.
« Bien sûr que je veux rentrer chez
moi, même si je dois mourir sur une
mine, je ne veux pas être un immigré », peste Abdel Khalek, nupieds dans le sable.
À deux pas d’une mer turquoise,
un autre groupe de déplacés sort
de ses abris de fortune. Eux aussi
voudraient rentrer dans leur village de Simar, maintenant qu’il a été
libéré par les hommes de Tareq Sa-
de Sanaa et en ont chassé le gouvernement, avant de progresser
jusque dans le Sud. Grâce à l’intervention en mars 2015 d’une coalition militaire arabe, conduite par
l’Arabie saoudite avec les Émirats
arabes unis en appui, et épaulée par
les Occidentaux, les troupes gouvernementales ont reconquis une
partie du Sud, y compris le siège du
gouvernement à Aden.
le port de Hodeïda au nord, et une
fois de plus, les ONG redoutent un
afflux de déplacés. Les forces de la
coalition, qui n’en sont plus qu’à
20 km, veulent couper la route de
Sanaa aux houthistes qui tiennent
la capitale, avant d’encercler Hodeïda et son port, par lequel l’Iran
livrerait des armes, notamment
des missiles, aux houthistes.
À 80 km dans les terres, plus à
l’est, il y a aussi le front de Taizz,
où 39 groupes armés s’affrontent
dans cette guerre oubliée qui a
coupé le Yémen en deux. Dans six
provinces du Nord, les houthistes.
Au sud et à l’ouest, un gouvernement légitime d’un pays failli, livré à une myriade de factions armées, souvent instrumentalisées
par ses voisins, où l’Arabie saoudite et l’Iran s’affrontent par relais
interposés.
Depuis 2014, le pays le plus pauvre de la péninsule arabique est déchiré par une guerre entre les forces loyales au président Abd Rabbo
Mansour Hadi, soutenues par les
États-Unis, la Grande-Bretagne et
la France, et les houthistes, des rebelles chiites venus du Nord, appuyés par l’Iran. Ces derniers, qui
se plaignaient d’être marginalisés,
se sont emparés en septembre 2014
39
groupes
armés s’affrontent
sur le front de Taez,
qui a coupé le pays
en deux
rage est tenu par des forces sudistes, qui déploient leur drapeau,
frappé de l’étoile verte.
À Aden, le conflit contre les
houthistes s’est terminé fin 2015.
Mais depuis, c’est le règne des
chefs de guerre, et des liquidations.
Le 16 mai, la doyenne de l’Université des sciences a été assassinée
avec son fils et sa petite-fille.
Avant l’occupation houthiste,
Ayman, 27 ans, était comptable
dans un hôtel. Il a participé à la libération d’Aden, mais depuis, il
est au chômage, et rumine sa
rancœur. « Au début, dit-il, le rôle
de la coalition était clair, il s’agissait de chasser les houthistes. Mais
depuis leur départ, l’objectif de la
coalition a dérivé vers une occupation de la région par les Émirats. Ils
ont formé des milices armées, qui
opèrent en dehors de l’armée du
président Hadi. Dans chaque gouvernorat, à Aden, Lahej, Hadramaout et Shabwa, les Émirats ont
établi une base militaire qui recrute
ce qu’ils appellent les élites de la région qu’ils paient bien. »
Libérés des houthistes, les Adénis n’en continuent pas moins de
tirer le diable par la queue. Dans
une rue du quartier de Khor Matsar, trois fois par semaine, des di-
Anarchie à Aden
« Le Yémen n’existe plus ! » : combien de fois a-t-on entendu cette
complainte en une semaine de reportage dans ce pays meurtri ? À
côté, la Syrie ou l’Irak font presque figure de havre de stabilité. Le
Yémen et ses 25 millions d’habitants, majoritairement sunnites
avec une forte minorité chiite, est
quasiment coupé du monde.
L’Arabie a fermé l’aéroport de Sanaa aux vols internationaux.
Riyad n’autorise que les avions de
certaines ONG à se poser dans la
capitale, mais sans journalistes.
Celui d’Aden au sud reste ouvert à
quelques liaisons improbables vers
l’Égypte, la Jordanie et le Soudan.
Le bâtiment sans panache garde
encore les stigmates d’affrontements. À la sortie, un premier bar-
50 km
Une guerre civile qui dure depuis bientôt quatre ans
“
Bien sûr que je veux
rentrer chez moi,
même si je dois mourir
sur une mine,
je ne veux pas être
un immigré !
Depuis 2014 les rebelles chiites houthistes soutenus par l’Iran s’opposent au gouvernement Hadi, élu en 2012 à la suite du printemps arabe
et du départ du président Ali Abdallah Saleh. Le conflit s’internationalise en 2015 avec l’intervention
d’une coalition menée
par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.
Saada
0
00
”
ABDEL KHALEK, UN PÊCHEUR DÉPLACÉ
leh, le neveu de l’ancien président
du Yémen, assassiné en fin d’année dernière. « Les houthistes et la
coalition sont tous méchants ! »,
s’emporte Ahmed. Pendant de
longs mois, les Émiriens leur ont
interdit la pêche autour de Moka.
Ils redoutaient les attaques houthistes au bateau kamikaze.
Maher, 50 ans, enrage, lui aussi,
mais pour une autre raison. Depuis
deux ans, Dubab, sa ville, un peu
plus au nord, a été reprise aux
houthistes, mais elle reste occupée
par des soldats soudanais de la
coalition, qui interdisent le retour
des déplacés. « Il y a un mois, des
habitants de Dubab ont essayé de
revenir, mais la coalition nous a tiré
dessus, regrette Maher. Tout notre
matériel de pêche est là-bas, on
voudrait au moins le récupérer pour
pêcher ici. »
La ligne de front n’est qu’à quelques dizaines de kilomètres. Elle
n’a guère bougé en quatre ans de
conflit. Le prochain objectif, c’est
OMAN
ARABIE SAOUDITE
Ligne de front
Amran
Kamaran
Marib
Sanaa
Me r
Ro u g e
Al-Hodeïda
ie
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ao
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no
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nn
Fro
t2
an
av
H A D R A M A O U T
Seyoun
YÉMEN
Dhamar
Ibb
Hays
Abnazer
Al-Mukalla
Frontière entre les deux Yémens avant 1990
Lahej
Fiyouch
Combattants loyalistes du gouvernement Hadi et
les forces du Conseil de transition du Sud soutenus
par la coalition menée par l’Arabie saoudite
et les Émirats arabes unis
Zinjibar
Aden
DJIBOUTI
Détroit de
Bab al-Mandab
Djibouti
Source : @Suriyakmap
Combattants houthistes soutenus par l’Iran
Présence d’al-Qaida dans la péninsule arabique
Golfe d’Aden
(Base de drones
des États-Unis)
SOMALIE
(Somaliland)
Région d’origine d’Hussein al-Houthi,
fondateur du mouvement houthiste
en 1992 et controlée par lui depuis 2004
LE CONTRÔLE TERRITORIAL FIN MAI
Dubab
ÉRYT.
Al-Bayda
Taiz
Assab Moka
(E.A.U.)
Infographie
AUX ORIGINES DU CONFLIT
Zabid
Îles
Hanish
L’ACTION DE LA COALITION AU YÉMEN
Base de la coalition
hors du Yémen
Berbera
(E.A.U.)
Tentative émirienne
de prise de contrôle
de l’Île de Socotra
Abd al-Kuri
Samhah
Offensive de la coalition
Socotra
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 1er juin 2018
INTERNATIONAL
dénommait en fait Rambo. L’époque coloniale britannique, qui prit
fin en 1967 avec le départ de
30 000 soldats, n’est plus qu’un
lointain souvenir. Au coin d’une
rue, une pancarte kitsch signale le
parc de la reine Victoria. La réplique en miniature de Big Ben a survécu tant bien que mal, au sommet
du quartier Tawahi. Entre chiens
et loups, alors que les chants des
muezzins résonnent des mosquées
en contrebas, des enfants jouent
au ballon au pied de l’édifice en
briques grises, dont trois horloges
sur quatre sont arrêtées depuis
bien longtemps. Une grappe de
jeunes en haillons mâche le qat l’herbe euphorisante dont la
culture absorbe la moitié des réserves en eau du pays - assis par
terre avec une vue imprenable sur
le port où quelques navires de
commerce mouillent encore. Difficile d’imaginer qu’en 1958, Aden
était le deuxième port du monde
en volume de trafic, derrière New
York. Au pied de Big Ben, une
église témoigne encore d’un passé
révolu : il y a bien longtemps qu’il
n’y a plus de chrétiens à Aden,
sauf une poignée d’Indiens.
Les plus jeunes ne regrettent pas
l’Aden cosmopolite - sublimée par
À gauche, échange
de tirs entre les troupes
yéménites, soutenues
par les Saoudiens,
et les rebelles houthistes
lors d’une offensive
sur la ville portuaire
d’al-Hodeïda, le 15 mai.
En haut, un homme,
dimanche, à Sanaa,
au milieu des ruines d’un
bombardement aérien
sur la capitale.
En bas, des femmes
pendant une distribution
alimentaire dans le port
d’al-Hodeïda, principal
point d’entrée
de l’aide internationale.
ASMAA WAGUIH/REDUX-REA;
MOHAMMED HUWAIS/AFP;
ABDO HYDER/AFP
Un Français détenu deux mois
dans une prison secrète
MI-NOVEMBRE, la vie d’Élie – un
pseudonyme – a basculé. Ce Français installé à Aden depuis quatre
ans est kidnappé chez lui. Ses ravisseurs l’emmènent au camp militaire de Dar Saad, où ils l’accusent de trafic de drogue. Le
sexagénaire partage le quotidien
de jeunes qui s’entraînent au sein
d’une mystérieuse « Armée de
l’islam » contre les houthistes.
Une semaine après, Élie est lavé de
ces accusations mais vendu aux
troupes émiriennes qui le transfèrent, les yeux bandés, dans une de
leurs prisons secrètes.
Jeté dans une cellule de 4 m2, il
est interrogé, torturé, par des
geôliers de différentes nationalités, et accusé, cette fois, d’espionnage au profit du Qatar, l’ennemi
juré des Émirats. Élie, qui assiste à
des exécutions, tente de se suicider. Dans la geôle où sont détenus
une cinquantaine de prisonniers
sévissent une dizaine de médecins, majoritairement syriens. Il
soupçonne des trafics d’organe. La
première semaine de détention, il
avait pu téléphoner à un membre
de sa famille, qui alerta le ministère des Affaires étrangères à Paris.
Mais on répond à ce parent
qu’Élie n’avait pas suivi en 2015 les
consignes officielles, demandant
aux ressortissants français de quitter le Yémen. Mi-décembre, un diplomate français en Arabie appelle
Élie. Un mois plus tard, un de ses
geôliers vient le prendre en photo
pour lui établir un passeport d’urgence. Mais Paris, allié des Émirats
au Yémen, impose le black-out.
Nul ne doit savoir qu’un Français
est otage de nos partenaires dans la
guerre, et sa famille devra prendre
en charge les frais de retour.
Le 18 janvier, dans son cul-debasse-fosse, pour la première fois,
Élie a droit à un copieux petit déjeuner, avant de monter à bord
d’un hélicoptère militaire en
compagnie d’autres détenus d’Europe de l’Est, avec lesquels on lui
interdit de communiquer.
À son arrivée à Dubaï, un diplomate français lui remet son passeport d’urgence. Il rejoint sa sœur
dans un hôtel, avant de retrouver
la France, incognito. Élie, amoureux du Yémen, laisse derrière lui
un enfant d’un second mariage.
Depuis son retour, il se bat contre
un cancer. ■
G. M.
Nul ne doit
« savoir
qu’un
Français est
otage de nos
partenaires
dans la guerre,
et sa famille
devra prendre
en charge
les frais
de retour
»
Joseph Kessel ou les guérilleros révolutionnaires Carlos, Georges Habache et la bande à Baader. Mais
certains anciens si. Chaque matin,
la canne à la main, Ahmed, un
charpentier de 74 ans, s’assoit dans
la rue Arwa et ressasse le glorieux
passé. « Dans le monde arabe, chaque groupe de musulmans se mange
entre eux, dit-il, mais au Yémen,
c’est encore pire, chacun dépèce
l’autre. À l’époque des Britanniques,
c’était parfait. Il y avait des Somaliens, des Juifs, des Perses, des chrétiens, et personne ne t’empêchait de
vivre, comme tu l’entendais. Il y
avait des cafés, des cinémas ! Regardez en face c’était un cinéma,
maintenant le bâtiment est muré. »
L’indépendance du Sud
Sur la corniche, les grands hôtels,
comme le Mercure, sont éventrés.
La guerre de libération des houthistes a été sanglante. Mais quand
les miliciens chiites ont été chassés
d’Aden, ce sont les djihadistes de
Daech et d’al-Qaida, qui ont comblé le vide. « Ils tenaient des barrages avec leurs drapeaux noirs dans
certains quartiers comme al-Mansoura », se souvient un employé
d’une ONG. Des gangs criminels,
agissant pour le compte de Daech,
pillèrent le Comité international
de la Croix-Rouge (CICR), qui fut
contraint de quitter Aden.
Le piège se refermait : les djihadistes, qui avaient participé aux
côtés des sudistes et des forces de
Hadi à la guerre contre les houthistes, attaquèrent le gouvernement
loyaliste et des troupes de la coalition. Les alliés américains et français de cette dernière s’inquiétèrent
de
la
complaisance
saoudienne envers les extrémistes.
En coulisses, les Émirats, alliés de
Riyad mais obsédés par la menace
islamiste, passèrent à l’action et
formèrent la « Ceinture de sécurité ». C’est le plus puissant des
groupes armés aujourd’hui à Aden.
Milice ? Escadrons de la mort ?
Force régulière ? Ses hommes circulent sans plaque minéralogique.
« OK, mais en juin 2016, le président
Hadi m’a nommé par décret à leur
tête », fait valoir leur chef Mounir
al-Yafeï, dit Abou Yamamah.
En tenue léopard, l’écouteur de
son portable à l’oreille, il nous reçoit, flanqué d’une escouade de
gardes du corps. Sa tête est mise à
prix, il a échappé à plusieurs attentats. « Notre mission, dit-il, est
de réagir dans l’urgence contre les
terroristes ». Daech et al-Qaida ?
« Bien sûr, mais aussi les Frères
musulmans, qui ont créé al-Qaida
et Daech. » La preuve ? « On a arrêté le 16 mars le fils de Mohammed
al-Makhtiari. Ce dernier était le
garde du corps d’Abdel Majid alZindani, le chef d’al-Islah, le parti
“
Dans le monde
arabe, chaque groupe
de musulmans
se mange entre eux,
mais au Yémen, c’est
encore pire, chacun
dépèce l’autre
”
AHMAD, 74 ANS, CHARPENTIER À ADEN
présidentielle au camp d’alMaashiq sur un fortin. Un camp
presque vide aujourd’hui.
En janvier, les hommes de la
« Ceinture de sécurité » ont affronté pendant 40 heures les militaires pro-Hadi, retranchés dans le
camp. Il a fallu une intervention
des Émirats pour que leurs relais ne
fassent pas une bouchée des prosaoudiens. Depuis, se plaint un de
ces derniers, « les généraux de la
garde présidentielle ont été écartés,
ne restent que les troufions comme
moi qui n’avons qu’une arme légère
et restons à la maison ».
Gouvernement fantoche
Surfant sur l’impopularité du gouvernement Hadi, les Sudistes
poussent les feux de l’indépendance. « C’est notre objectif à
moyen terme que même nos enfants
répètent chaque matin dans les écoles », affirme Ahmed Lamlas, secrétaire général du Conseil de
transition du Sud, sorte de gouvernement en attente.
Après l’épisode djihadiste, les
Sudistes ont ramené un certain
calme à Aden grâce à la « Ceinture
de sécurité ». Mais à quel prix ?
Certains les soupçonnent d’être
derrière la récente campagne d’assassinats d’une vingtaine d’imams,
proches des islamistes d’al-Islah,
leur bête noire. Les Sudistes ne
contrôlent qu’une partie d’Aden.
Certains quartiers où vivent de
nombreux islamistes leur échappent encore. Entre Sudistes proémiriens et islamistes soutenus par
l’Arabie, l’indépendance du Sud ne
sera pas une partie de plaisir.
Émiriens et Saoudiens sont alliés à l’ouest et au nord contre les
houthistes, mais ils n’ont pas le
même ordre de priorité. Riyad
veut d’abord le départ des miliciens pro-iraniens de Sanaa, pour
sécuriser sa frontière sud avec le
L’effondrement des
structures de santé
Allongé sur son lit à l’hôpital IbnKhaldoun de Lahej, Racha crie.
Visage décharné, joues creuses, le
bébé de deux mois a contracté une
diarrhée aiguë et souffre de malnutrition, un fléau qui touche
deux millions d’enfants. Racha fait
partie du flot des déplacés de
Moka. Ses parents ont dû parcourir 200 km avant de trouver un
centre de santé.
« La pauvreté, la mauvaise qualité de l’eau et l’éducation familiale
sont les causes de ces maladies »,
répond Dounia, l’infirmière qui
veille sur Racha. Ses parents sont
réfugiés au camp de Fiyouch à une
dizaine de kilomètres. Une séance
de vaccination se tient ce matin-là
au centre de l’ONG Save The Children. « Ah, vous êtres français ! »,
lance Mohammed, un assistant.
« On avait des Français au centre
salafiste de Fiyouch », se rappelle
notre interlocuteur. « Mais au début de la guerre, le cheikh qui dirige
la madrasa leur a demandé de partir. Il avait peur qu’ils rejoignent les
djihadistes. Le gouverneur de Lahej
et le consul algérien à Aden sont venus. Le consul leur a fourni des passeports algériens. La plupart sont
rentrés en France ou en Algérie,
mais deux ou trois Français sont
restés et ont ouvert des restaurants
à Aden. » Quant au cheikh, il a été
liquidé ensuite par al-Qaida.
Sans chef pour tenir les composantes de la mosaïque tribale, le
Yémen se meurt, mais Ubu y est
roi. Dans le bidonville d’al-Eswa,
près d’Aden, Rima, 15 ans et ses
trois sœurs, des déplacés du front
de l’ouest, ont voulu retourner à
l’école. « L’école qu’on voulait intégrer réclamait nos certificats de
naissance, mais comme on a tout
laissé au village, on ne les avait pas.
Ils nous ont alors demandé de retourner dans notre village ! Mais il
est occupé, leur a-t-on répondu. »
C’est pourtant dans ce pays
maudit que débarquent encore
chaque jour des dizaines de migrants, venus de la Corne de
l’Afrique. Croisés sur la route de
Bab al-Mandab, Ali et cinq copains, âgés de 15 à 20 ans, étaient
arrivés la veille de Somalie. Un
jour qu’ils marchaient sous le soleil, avec une bouteille d’eau sous
le bras. « On cherche à rejoindre
Marib. Peut-être qu’il y a du travail
là-bas », lâche Ali. Vérification
faite, il s’agissait d’Érythréens
chrétiens qui, de peur de représailles, se faisaient passer pour des
Somaliens musulmans.
Un million de cas de choléra ont
été recensés dans le pays l’an dernier, 10 000 à 12 000 morts liés directement au conflit. Mais au-delà, s’alarme Alexandre Faite, qui a
fait le tour des capitales occidentales après avoir passé trois ans à la
tête du CICR à Sanaa, « le plus inquiétant, c’est l’effondrement des
structures sanitaires et en eau du
pays, mais aussi de ses ministères,
où les fonctionnaires ne sont plus
payés depuis trois ans ». Le tableau
est encore plus dramatique chez
les houthistes au Nord, inaccessible à la presse, soumis à un blocus
étouffant de la part de l’Arabie et
des Émirats. « J’ai fait au Yémen ce
que je n’ai jamais fait en 22 ans de
Croix-Rouge, lâche Alexandre
Faite, fournir des kits de dialyse
pour malades. » Emmanuel Macron organise le 25 juin une conférence internationale pour sauver
le Yémen. Il y a urgence. ■
1
zaines de personnes attendent
pour s’approvisionner en gaz de
cuisine. « La vie est très difficile,
s’insurge Zaïd Saleh, 64 ans, en
poussant sa bonbonne vide. On ne
peut acheter qu’une bouteille par
famille. Et le prix a beaucoup augmenté. On a de l’électricité que par
tranches de deux heures. La plupart
des stations d’essence sont fermées.
Il n’y a plus d’État. C’est le chaos. »
Ce général en retraite de l’ancienne armée du Yémen du Sud
est nostalgique de la période
(1967-1990) où le Sud s’était séparé du Nord. « Cela fait huit mois
que je n’ai pas touché ma retraite et
25 ans qu’on réclame une amélioration de notre condition », grognet-il, les lunettes de soleil sous son
chaal, le keffieh yéménite.
À Aden, la nostalgie s’est estompée. Tel un écrin autour de la
ville, les crêtes des pitons volcaniques du mont Shamsan se découpent sur un ciel invariablement
bleu. Mais ses lieux mythiques
sont délabrés. En face de la mosquée al-Rihab, la maison, où séjourna Arthur Rimbaud, s’appelle
le Rambo Tourist Hotel. Les fenêtres sont murées, et personne ne
se souvient plus de l’écrivain, sauf
quelques jeunes, persuadés qu’il se
Yémen. Les Émirats, de leur côté,
jouent à fond la carte d’un Sud indépendant qui leur donnerait un
contrôle sur le trafic maritime
dans l’océan Indien. Entre alliés, le
fossé s’est encore creusé avec la
tentative récente d’OPA des Émirats sur l’île yéménite de Socotra,
où Abu Dhabi a installé une base
militaire. « Les Saoudiens qui dirigent la coalition sont agacés, relève
un autre humanitaire, mais comme
c’est du sud que l’offensive antihouthistes progresse, les Émiriens
peuvent leur répondre que ce sont
eux qui se battent au sol, tandis que
les Saoudiens ne font que bombarder depuis le ciel. » Et les Sudistes
sont, désormais, écoutés du nouvel envoyé des Nations unies pour
le Yémen, le Britannique Martin
Griffith, qui vient de rencontrer
les leaders sudistes à Abu Dhabi,
après avoir été interdit de le faire à
Aden, par le gouvernement Hadi.
A
l’Iran
lié ici aux Frères musulmans. Un de
ses fils est parti au djihad en Syrie,
l’autre commandait une cellule de
Daech à Aden qui a commis des assassinats, mais le père lui a réussi à
fuir à Marib ». Le fils a parlé pendant les interrogatoires, probablement musclés. S’en est suivie l’arrestation d’une centaine de
personnes liées à cette cellule,
dont des anciens prisonniers yéménites, rentrés de Guantanamo.
De son portable, Abou Yamamah exhibe des photos montrant
des talkies-walkies, des ordinateurs, des caméras, de nombreux
téléphones portables, pris aux djihadistes. « Et regardez ça : des caméras de haute qualité que les terroristes collaient à leur front pour
filmer leurs crimes. Elles ont été
données par la CIA aux unités antiterroristes du gouvernement, avant
la révolution de 2011 ! »
Au Yémen, la lutte antiterroriste
a toujours pris la forme d’un
gruyère. Dans ce pays de tribus,
les alliances sont éminemment
fragiles. Mais ce qui rend furieux
Abou Yamamah, c’est que le père
Makhtiari ait réussi à trouver refuge dans la province de Marib plus
au nord, où al-Qaida dispose encore de sanctuaires, ainsi que dans
la région d’al-Bayda où les drones
américains éliminent régulièrement des ténors djihadistes. « Il
est protégé par Ali Mohsen », juret-il. Qui est Ali Mohsen ? Le viceprésident de Hadi, que tout le
monde accuse d’avoir partie liée
avec des islamistes radicaux.
« Comment la France peut-elle appuyer un tel gouvernement ? », interpelle Abou Yamamah.
À Aden et dans le Sud, le président soutenu par la communauté
internationale est nu. Ses portraits
jalonnent les artères du bord de
mer. Mais ses ministres sont absents. « C’est un gouvernement en
décomposition », confirme un humanitaire. Depuis plus d’un an,
Hadi lui-même n’a pas remis les
pieds à Aden. Et lorsqu’il venait, il
prenait un hélicoptère de l’aéroport jusqu’au siège de la garde
7
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vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
L’État prêt
à céder les
terres agricoles
de la ZAD
Le département de Loire-Atlantique
devrait redevenir propriétaire
de 895 hectares à Notre-Dame-des-Landes.
ÉRIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
AMÉNAGEMENT Les 895 hectares de terres qui appartenaient au département de
Loire-Atlantique avant que l’État ne les
rachète, en 2012, pour son projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, devraient lui revenir. L’État aurait pris la
décision de lui vendre ces terres agricoles.
Selon le quotidien régional Ouest-France,
qui évoque une source ministérielle,
« l’annonce officielle tombera avant la fin
de l’été et il faudra encore six mois pour
mettre en œuvre cette décision ».
En attendant, ni la préfecture ni le
conseil départemental n’ont voulu
confirmer ou démentir cette information. Seul le ministère de l’Agriculture a
indiqué que « cette vente s’inscrivait dans
la logique du processus et que la phase opé-
rationnelle était pilotée par la préfète de
Loire-Atlantique ». Une fois actée, cette
transaction se fera sur la base du barème
des prix de vente des terres agricoles par
les domaines de l’État. Ces surfaces
avaient été acquises dès 1974 par le département de Loire-Atlantique dans le
but de construire un aéroport interrégional et une desserte routière.
Appel à projets
Après l’abandon du projet, en janvier
dernier, par le gouvernement, le département avait signé un protocole d’accord
avec la chambre d’agriculture de LoireAtlantique pour que cette dernière prenne en charge, sur le plan opérationnel et
juridique, l’exploitation de ces terres.
« Une fois la rétrocession effective, nous
allons examiner les conventions de reprise
des terres par les agriculteurs historiques.
La « route des chicanes » sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.
LOUAPRE/DIVERGENCE
conventions précaires d’occupation devraient être signées dès lundi 4 juin. Par
ailleurs, un appel à projets départemental
pour des candidats installés à l’extérieur de
la ZAD de Notre-Dame-des-Landes sera
lancé. Dans tous ces cas, nous apporterons
Cela concerne environ deux tiers des surfaces en jeu, explique Axel Gayraud, expert
foncier à la Chambre d’agriculture de
Loire-Atlantique. Le reste des surfaces
porte sur les 15 projets des zadistes sélectionnés par la préfecture et dont les
un éclairage technique et regarderons si les
projets sont cohérents et économiquement
viables et respectueux des normes sanitaires et environnementales. » En clair, tous
ces projets devront respecter le Code rural, à savoir que le titulaire devra avoir la
capacité juridique d’exploiter et être en
possession d’un bail.
En attendant, sur le terrain, la mobilisation des zadistes faiblit un peu plus
chaque jour. Selon un occupant, il ne resterait qu’à peine une centaine de militants sur la ZAD. Dans ces conditions, les
travaux de remise en état des routes départementales traversant la ZAD ont pu
débuter jeudi matin sous haute protection. Soit près de deux mois après le début
des opérations d’expulsions sur le site.
Encadrés par quelques dizaines de gendarmes et aidés de tractopelles et d’un
tracteur balai, sept agents du conseil départemental de Loire-Atlantique ont effectué des travaux de débroussaillage et
de nettoyage des fossés, préalables à la
réfection de la chaussée, sur la route départementale 81, dans un axe sud nord.
Ils ont aussi procédé à l’enlèvement des
restes de barricades subsistant au carrefour de la Saulce, haut lieu d’affrontements entre opposants et forces de l’ordre depuis début avril.
Ce chantier de remise en état de la voirie, qui doit durer environ deux semaines,
selon le conseil départemental, concerne
aussi la D281. Il s’agit de l’emblématique
« route des chicanes », fermée à la circulation depuis novembre 2012. Une réouverture qui devrait redonner le sourire
aux habitants, quotidiennement empêchés de l’emprunter et devant faire mille
détours pour se rendre au travail. Au chapitre juridique, Hervé Gerbi, l’avocat du
jeune Maxime, militant et étudiant de
Sciences Po qui, le 22 mai, a perdu une
main sur la ZAD en ramassant une bombe
lacrymogène, doit déposer sa plainte formelle la semaine prochaine au TGI. ■
Querelle sémantique autour d’un hommage à Beltrame
La qualification « victime du terrorisme islamiste », voulue par la mairie de Montfermeil, est critiquée par des élus de l’opposition.
POLÉMIQUE Comme des dizaines
d’autres communes en France qui ont rebaptisé rues, places ou écoles, la ville de
Montfermeil (Seine-Saint-Denis) a décidé de rendre hommage au colonel Arnaud
Beltrame. Avec une spécificité sémantique qui ne plaît pas à tout le monde. Le
parvis de la mairie devrait être rebaptisé :
« Parvis Colonel-Arnaud-Beltrame, officier de gendarmerie, 1973-2018, mort en
héros, victime du terrorisme islamiste ».
C’est ce terme « d’islamiste » qui, le
23 mai, a conduit trois élus d’opposition
(Front de gauche) à quitter la salle au moment de la délibération, adoptée à la majorité. Arnaud Beltrame est « mort en héros, victime du terrorisme […] Nous serions
fiers qu’une place montfermeilloise rende
hommage à son humanisme et à son sacrifice », ont-ils expliqué dans un communiqué. Mais, poursuivent-ils, à Montfermeil, en ajoutant « la notion de terrorisme
islamiste dans la délibération et sur la stèle, le maire poursuit ses provocations et
inscrit dans le marbre sa vision de la guer-
re de religion. » Seul un autre maire a estimé que cette notion était « essentielle et
devait apparaître sur la stèle » de sa ville :
Robert Ménard, le maire de Béziers, « qui
ne cache pas ses liens avec l’extrême droite
et a déjà été soutenu par Xavier Lemoine
(maire de droite de Montfermeil, NDLR).
Ces termes ne sont pas innocents quand
ils viennent de ces maires », insistent-ils.
Pour Angélique Planet-Ledieu, conseillère municipale Front de gauche, c’est
« d’abord le contexte de Montfermeil qui
explique notre opposition. Celui d’un maire
qui ne cesse de stigmatiser les musulmans
dans ses propos, comme Robert Menard ».
Le terme « d’islamiste », pourtant entré
dans le langage courant politique et
médiatique, lui pose problème car « tout
le monde n’est pas au clair sur cette terminologie qui n’est pas anodine. Dans le terme islamiste, on entend d’abord islam. Du
coup, beaucoup amalgament islam et
terrorisme. C’est un néologisme maladroit.
Pourquoi ne pas parler simplement de
terrorisme ? »
« Réalité factuelle »
ANDBZ/ABACA
MARIE-ESTELLE PECH mepech@lefigaro.fr
Comme à Béziers, la municipalité de Montfermeil souhaiterait rendre hommage
au colonel Arnaud Beltrame en baptisant de son nom le parvis de la mairie.
Xavier Lemoine, lui, se défend de toute
intention polémique. Après tout, le
chef de l’État lui-même n’a-t-il pas
parlé d’une « attaque terroriste islamiste » au sujet de l’attentat de Trèbes,
lors duquel Arnaud Beltrame a été tué ?
« Ce terme, Emmanuel Macron l’a même
répété plusieurs fois pendant son hommage national !, insiste l’élu. J’y tiens
parce qu’il décrit une réalité factuelle.
Quand on se promène dans les rues de
Paris, les plaques n’évoquent-elles pas le
nazisme ou les Allemands au sujet de telle personne tuée dans la rue ? Pourquoi
le taire ? On évite l’amalgame en parlant
Interpellation violente : la France
condamnée à une indemnisation record
La Cour européenne des droits de l’homme impose à l’État français de verser 6,5 millions d’euros
à un homme devenu lourdement handicapé après une arrestation policière musclée en 2004.
A
AGNÈS LECLAIR £@AgnesLeclair
JUSTICE 6,5 millions d’euros : c’est
l’indemnisation record que la France a
été condamnée à payer par la Cour
européenne des droits de l’homme
(CEDH) à un homme devenu lourdement handicapé après son interpellation par des agents SNCF et des policiers en 2004. Rendu le 15 février, cet
arrêt de la CEDH est devenu définitif le
15 mai, car la France n’a pas fait appel,
a dévoilé Le Parisien.
Aujourd’hui âgé de 35 ans, Abdelkader Ghedir, cloué dans un fauteuil
roulant ou sur un lit médicalisé, « est
diminué à l’extrême, physiquement et
intellectuellement, avec un taux d’invalidité permanente partielle de
85 % », ont fait valoir ses avocats
auprès des juges de Strasbourg. Il y a
quatorze ans, il a sombré dans un
coma profond pendant sa garde à
vue, après son arrestation dans la
gare RER de Mitry-Mory en Seineet-Marne.
Soupçonné de faire partie d’un
groupe de lanceurs de cailloux sur des
trains, il avait été interpellé par des
agents de sécurité de la SNCF, qui
l’avaient ensuite remis à la police. En
France, l’affaire s’était soldée par un
non-lieu au tribunal de Meaux. Une
décision ensuite confirmée par la cour
d’appel de Paris et par la Cour de cassation, en 2011. La justice française
avait alors pointé un « comportement
violent » de la part d’Abdelkader Ghedir et « une incertitude » tant sur la
réalité du coup porté que sur son caractère volontaire.
La CEDH, elle, a jugé dans un premier arrêt du 16 juillet 2015 que l’état
du requérant pouvait bien être lié aux
mauvais traitements subis lors de son
interpellation, notamment une balayette et un coup de genou à la tête
alors qu’il était au sol.
Un calcul délicat
Après la condamnation de la France
pour « traitements inhumains et dégradants », la CEDH a dû procéder à
un calcul délicat du montant à verser
au requérant, au titre du préjudice
matériel et moral. Un processus qui a
pris trois ans. « À ma connaissance,
c’est le plus gros montant payé par la
France dans des condamnations de ce
type, relève le juriste Nicolas Hervieu, spécialiste des questions de
droit public et de droit européen.
Mais il ne faut pas y voir une volonté
de la CEDH de taper du poing sur la
table. Le montant atteint des sommets
parce que le préjudice subi est particulièrement lourd. »
Dans son calcul, la CEDH a notamment dû prendre en compte les frais
d’assistance par une tierce personne, le
préjudice professionnel, les dépenses
consécutives à la réduction d’autonomie et le dommage moral. Tous ces
montants ont fait l’objet de propositions
et de négociations serrées entre le gouvernement français et les avocats d’Abdelkader Ghedir. In fine, la CEDH a souligné que le dommage moral était
« considérable » et justifiait « l’octroi
d’une somme importante ». Une somme
à laquelle s’ajoutent encore 39 950 euros
pour les frais engagés dans le cadre de
cette longue procédure. ■
d’islamisme puisqu’on vise une frange
particulière de personnes, pas l’ensemble des musulmans. »
L’élue Front de gauche, elle, renvoie à
l’étymologie, selon elle ambiguë, de ce
mot français, les anglophones préférant
par exemple parler de « fondamentalisme
islamique ». Synonyme d’« islam », depuis le XVIIe siècle, le terme d’islamisme,
tombé en désuétude, a été à nouveau utilisé à partir des années 1980 par des universitaires français avec un sens différent, pour évoquer les ambitions
politiques de mouvements comme les
Frères musulmans. Dans les années
1990, la signification s’élargit, certains
parlant d’islamisme pour évoquer les
polémiques sur le voile à l’école. Le terme heurte aujourd’hui une partie des
musulmans qui y lisent d’autant plus une
confusion de sens que ce dernier se rapproche de l’adjectif « islamique ». Une
librairie islamique, par exemple, n’est
pas forcément islamiste… Pour autant,
certains courants utilisent aussi à bon
compte ce débat sémantique pour éviter
toute critique d’une dérive intégriste
d’un certain islam. ■
EN BREF
Nancy : frappée par ses frères
pour son comportement
pendant le ramadan
À Nancy (Meurthe-et-Moselle),
deux hommes devaient être
présentés jeudi devant la justice
pour avoir tabassé leur sœur
et lui avoir coupé les cheveux
en raison de son comportement
pendant le ramadan. Ils ont
également tenté de renverser
son compagnon avec leur voiture,
puis l’ont menacé de mort devant
le commissariat où il avait trouvé
refuge. Une information judiciaire
pour « acte de torture ou de
barbarie, violences volontaires
aggravées, tentative de meurtre
et menaces de mort réitérées »
devait être ouverte par le parquet.
Petites annonces en ligne :
une information judiciaire
ouverte pour proxénétisme
Le parquet de Paris a ouvert une
information judiciaire contre X
pour « proxénétisme aggravé »
après une enquête préliminaire
sur des soupçons de prostitution
déguisée dans les petites annonces
du site internet Vivastreet.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 1er juin 2018
SOCIÉTÉ
9
Le bijoutier condamné à 5 ans avec sursis
La thèse de la légitime défense a définitivement été écartée, mais pas de prison ferme pour Stéphane Turk.
ne soit pas prononcée », a jugé Me Philippe Soussi, l’avocat des parties civiles, qui
était revenu dans sa plaidoirie sur le
combat mené depuis cinq ans contre
« l’illégitime défense » et contre « la
bande de dingues » venus crier deux
jours après les faits, sous les fenêtres du
palais de justice, « Non à la racaille, oui à
la mitraille » en soutien au bijoutier.
En face, à la défense du bijoutier,
VINCENT-XAVIER MORVAN
£@vincentxaviermo
NICE
JUSTICE Il a renoncé à faire appel : le bijoutier de Nice a été condamné jeudi à 5
ans de prison avec sursis pour violences
volontaires ayant entraîné la mort sans
intention de la donner. Le réquisitoire
cinglant de la procureur adjoint a donc
été écouté. Dans l’après-midi, elle avait
balayé la question de la légitime défense,
l’une des trois conditions cumulatives
posées par l’article 122-5 du Code pénal à
propos de la légitime défense, la simultanéité de la riposte, n’étant pas remplie.
« La question est réglée dès lors que les
agresseurs prenaient la fuite, M. Turk
n’était plus en danger », avait-elle estimé. La magistrate avait créé la surprise
en demandant aux jurés d’écarter tout
placement en détention et de condamner l’accusé à 5 ans d’emprisonnement
intégralement assortis du sursis. « Seule
une peine symbolique peut apporter la
paix dans ce dossier, même si personne ne
sera content », a-t-elle expliqué.
Le choix d’une arme à feu létale, utilisée à bout portant par un auteur ayant
une connaissance intime de son maniement, posant le genou à terre pour ajuster son tir de manière à éviter toute balle
perdue tout en ayant une visibilité suffisante de la scène : pour l’avocat général,
aucun doute. L’intention homicide, chez
Stéphane Turk, le bijoutier niçois qui
comparaissait depuis lundi devant la
cour d’assises des Alpes-Maritimes pour
le meurtre, le 11 septembre 2013, de l’un
de ses braqueurs, pouvait se déduire de
ce faisceau d’indices.
La légitime défense, Stéphane Turk et
ses avocats ont pourtant toute la semaine tenté d’en imposer l’idée. Le bijoutier
lui-même, un Français d’origine libanaise aujourd’hui âgé de 72 ans, l’invoque pour expliquer son geste. Selon lui,
“
Seule une peine
symbolique peut apporter
la paix dans ce dossier,
même si personne
ne sera content
”
CAROLINE CHASSAIN, PROCUREUR ADJOINT
Stéphane Turk, mardi, lors de son procès devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes.
alors que les braqueurs viennent de
quitter sa boutique, prennent place sur
leur scooter garé juste devant pour s’enfuir et qu’il s’approche de la porte avec
son 7.65 dissimulé dans le dos, il est mis
en joue par le passager du scooter, Anthony Asli, 19 ans, jeune homme originaire de Carros, dans l’arrière-pays niçois. Problème : aucun témoin ne
confirme sa version.
Les 2 minutes 43 de la vidéosurveillance de la bijouterie qui ont intégralement enregistré le braquage puis les
tirs du bijoutier, ne permettent pas non
plus d’étayer la thèse de M. Turk. Le rideau de fer de la boutique, à cette heure
matinale, était à demi baissé. On devine
seulement le bas du scooter démarrant
en trombe avec les deux fuyards, le passager Anthony Asli et le pilote Ramzi
Khachroub, déjà condamné en appel à
dix ans de réclusion criminelle. Seule la
parole du bijoutier peut faire foi. Mais
comment, s’il est effectivement braqué
LIONEL URMAN/PANORAMIC/STARFACE
avec un fusil à pompe par le passager
d’un deux-roues se retournant, ce dernier a-t-il pu être touché dans le dos ?
Seulement cinq ans de sursis requis
pour un homicide? «Ce qui m’importe,
c’est uniquement que la légitime défense
Franck De Vita, autre ténor du barreau
local, a au contraire, après avoir dénoncé
« une instruction à charge », plaidé pour
l’acquittement de son client, s’attachant
à démontrer qu’Anthony Asli était bien
porteur du fusil à pompe au moment de
la fuite. « J’ai cinq témoins oculaires sur
six qui disent que c’est Anthony Asli qui
portait l’arme longue, rien ni personne ne
peut exclure ce qu’a toujours dit M. Turk,
c’est la raison pour laquelle je vous demande l’acquittement », a soutenu l’avocat. Les six jurés, cinq hommes et une
femme, devront trancher. Le verdict
était attendu jeudi dans la soirée. ■
« UNE ŒUVRE BOULEVERSANTE,
À HAUTEUR D’HOMME »
LE FIGARO
Naomi Musenga,
un cas d’école pour
les apprentis du Samu
LILLE
SANTÉ À la Madeleine, dans la métropole lilloise, on étudie encore le cas de Naomi Musenga, morte alors que le Samu de
Strasbourg n’avait pas pris son appel au
sérieux. Le pôle santé du lycée professionnel Valentine-Labbé est le seul centre en France à proposer une formation
dédiée aux assistants de régulation médicale (ARM). Ici plus qu’ailleurs, le cas
de Naomi reste difficile à comprendre.
« Même quand on fait des appels simulés caricaturaux, ce n’est pas à ce
point-là. Nos élèves ont du mal à imaginer pouvoir décrocher le téléphone sans
prendre le motif d’appel, sans tenir
compte de la souffrance ou sans envoyer
aucun moyen », relève Caroline Delbaere, professeur de techniques hospitalières dans cette école qui forme 300 des
2 300 ARM en poste. « La bande sonore
de l’appel de Naomi ne sera pas étudiée,
parce que les symptômes de douleurs
thoraciques sont déjà dans nos études de
cas. Mais on a fait des réunions de travail
pour améliorer notre formation, ajouter
des entraînements, faire venir plus de
professionnels. On s’est remis en question : même après la fatigue, même après
8 heures d’appel, nos étudiants doivent
pouvoir prendre tous les appels au sérieux », explique Yahyah Amrir, formateur infirmier et cadre de santé.
Gestion du stress
Parmi les décisions, celles d’imposer
plus de stages, et plus d’exercices.
Aujourd’hui, les élèves suivent
560 heures de cours pratique et théorique, et vivent durant quatre semaines la
double écoute aux urgences. « Ce sont
des situations qui génèrent beaucoup de
stress. Rester vigilant, ça s’apprend »,
complète Yahyah Amrir. Après les diffé-
rentes plaintes portées par des familles
pour une mauvaise prise en charge des
urgences, la formation lilloise entend
jouer sa carte. Et se distinguer de la formation d’adaptation à l’emploi (FAE),
dispensée par les Samu via de courts
modules en gestion du stress, ou sur certaines pathologies. Elle attend beaucoup
du plan global de transformation du système de santé de la ministre de la Santé
Agnès Buzyn.
L’objectif est d’obtenir une meilleure
reconnaissance de son cursus : au lieu
d’une certification, la formation ARM
pourrait délivrer un diplôme d’État. La
conséquence serait une augmentation
des salaires, pour dépasser les
18 000 euros bruts annuels et rémunérer
la responsabilité engagée. « On les met
en garde sur la partie judiciaire de leur
métier en leur répétant que tout ce qui est
dit peut être enregistré, et saisi par la justice. Ils doivent rester professionnels du
premier au dernier appel », rappelle Yves
Huddlestone, formateur en technique de
communication et application des protocoles, quand il n’est pas ARM au Samu
d’Arras. Il insiste aussi pour que, face à
un doute, le choix se fasse toujours en faveur du patient.
« On est à la fois très bien formés pour
aborder tous les types de situation et utiliser les bons termes. Mais est-on jamais
prêt au pire ? » résume Fabien Carette,
élève dans ce centre de la métropole lilloise. L’an dernier, un stagiaire de sa
promo avait dû répondre à l’appel d’une
maman dont l’enfant avait pris une balle
dans la tête. « On n’oublie jamais certains
appels. » Cet ancien brancardier à SOS
Mains, à Lesquin est pourtant, comme la
majorité des élèves, issu de métiers proches des secours, comme pompiers volontaires, aides-soignantes, et ambulanciers. Il sait que les 40 cas d’affilée de ses
ateliers d’écoute ne sont rien par rapport
aux 250 appels par jour qui l’attendent. ■
A
MADELEINE VATEL £@vatelm
1
À Lille, dans le seul établissement formant des futurs
régulateurs, on tire les leçons de ce drame.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
Anne Hidalgo
face au fiasco
financier
d’Autolib’
Le déficit cumulé du réseau de voitures
électriques en libre-service pourrait
atteindre 293 millions d’euros d’ici à 2023.
JEAN-YVES GUÉRIN, WILLIAM PLUMMER
ET SOPHIE DE RAVINEL
£@jyguerin @PlummerWilliam @S2RVNL
PARIS C’est un nouvel échec qui pourrait coûter très cher à la Mairie de Paris… Sept années après son lancement,
Autolib’, le service public de voitures
électriques en libre-service, s’avère être
un véritable fiasco financier. D’après le
groupe Bolloré, à qui appartient la flotte
de voitures grises, le déficit cumulé du
service d’autopartage disponible à Paris
et dans 97 communes d’Île-de-France
pourrait atteindre, à la fin de la concession - en 2023 -, près de 293 millions
d’euros, indique le quotidien Le Monde.
Et ce montant pourrait s’inscrire dans le
budget des différentes villes où Autolib’
est implanté… En effet, lors de l’élabo-
Anne Hidalgo dans une Autolib’, lors de sa campagne pour conquérir la Mairie de Paris en avril 2013.
ration du contrat entre la société de
Vincent Bolloré et les collectivités, le
groupe industriel avait conclu d’assurer
les pertes du service mais uniquement à
hauteur de 60 millions d’euros au total.
Le reste revenant à la charge des communes, en fonction du nombre de bornes Autolib’ dont elles disposent.
Dès 2016, le groupe Bolloré avait
adressé au syndicat mixte Autolib’
Vélib’ Métropole (SAVM) un premier
plan d’affaires déficitaire de 179,3 millions d’euros. « Le syndicat a immédiatement contesté ce montant aberrant »,
souligne le SAVM. Ces derniers ont alors
déclenché un audit auprès du cabinet
Ernst & Young. Le rapport, rendu au
printemps 2017, « a confirmé qu’une
partie du déficit que l’entreprise voulait
faire peser sur les collectivités était
contestable », note le SAVM. D’un com-
mun accord, les deux parties ont opté
pour une procédure de conciliation, peu
concluante… « Sans tenir compte de
l’avis du syndicat, le groupe Bolloré a mis
fin, par courrier daté du 25 mai, à toute
procédure de conciliation », explique le
SAVM. Contacté par Le Figaro, le groupe industriel a confirmé avoir envoyé
une « notification du défaut d’intérêt
économique », « mais reste ouvert à la
poursuite des discussions ». Selon Le
Monde, le groupe réclame 40 millions
d’euros chaque année à l’ensemble des
villes concernées par le service Autolib’.
Bruno Julliard, le premier adjoint de
Paris, a dénoncé un « montant largement excessif et en partie injustifié »,
contestant « radicalement et fermement
l’ampleur des chiffres ».
Au sein du Conseil de Paris, ce dossier
Autolib’ a été saisi par la vice-présiden-
te du groupe UDI-MoDem, Maud Gatel.
Lors du dernier Conseil, la jeune élue
avait pointé l’absence de transparence.
Souhaitant « un débat éclairé sur cette
question qui concerne tous les Parisiens », elle avait regretté la non-diffusion d’un rapport d’audit réalisé à la demande du syndicat mixte « en dépit des
multiples demandes des élus ».
« Problème démocratique »
Au Figaro, Maud Gatel confirme aujourd’hui que « ce dossier Autolib’ est a
minima un nouveau coup dur pour Anne
Hidalgo ». Selon elle, l’exécutif de la capitale « ne peut pas s’abriter derrière le
syndicat qui gère ces deux moyens de
transport. Un syndicat auquel appartiennent certes deux élus de la ville, mais tous
deux de la majorité de la maire ». Ce qui
« pose un vrai problème démocratique ».
MARLENE AWAAD/IP3
Maud Gatel reconnaît volontiers qu’en
raison des négociations en cours « le
syndicat ne peut pas communiquer sur
tous les sujets ». « Mais il va falloir à un
moment, dit-elle, mettre en face le coût
et le service. Dans six mois, lorsque nous
serons officiellement avertis, où en sera le
niveau de la dette ? Sachant que Paris devra en éponger plus de la moitié… »
« À l’heure où la majorité cherche des
recettes financières, au moment où la
dette explose, le contribuable parisien
sera-t-il mis à contribution pour régler
l’addition d’une nouvelle faiblesse de la
Ville ? », s’est interrogé le député Les
Constructifs de Paris, Pierre-Yves
Bournazel. Autre députée LR de la capitale, Brigitte Kuster se demande « qui a
noué les contrats avec les concessionnaires, et quelles conclusions en tire Anne
Hidalgo ». ■
Nomination stratégique à la Cour de cassation
Pour la première fois, le procureur général sera désigné par « une transparence », comme le sont les magistrats de grades inférieurs.
PAULE GONZALÈS £@paulegonzales
JUSTICE Une première. Elle a pris le
temps de tous les recevoir, longuement.
Nicole Belloubet, la garde des Sceaux,
traite avec un soin particulier la nomination prochaine d’un des plus hauts magistrats de l’État, le procureur général près la
Cour de cassation. Elle rappelle ainsi son
rôle politique et hiérarchique à travers un
choix qui en dira long sur la manière dont
l’exécutif conçoit la justice. Même si ce super-magistrat du parquet n’a pas d’autorité sur les autres juridictions, ni même
sur les avocats généraux qui composent
son parquet, c’est par sa personnalité et
son autorité morale qu’il imprime sa marque. D’autant que, coprésident du Conseil
supérieur de la magistrature (CSM), il est
aussi celui qui nomme les magistrats du
parquet. Un rôle que la future réforme
constitutionnelle renforcera en dotant le
CSM de l’avis conforme, la Chancellerie ne
pouvant passer outre ce dernier, même si
elle garde un pouvoir de proposition.
Il est rare que les quatre candidats en
lice pour ce poste, en principe attribué fin
juin, aient des profils aussi divers. François Molins, l’actuel procureur de Paris,
fait d’emblée figure de favori. Son parcours impeccable, lors de ces trois années
marquées par le terrorisme, a permis de
donner aux Français un visage et un nom à
la justice. Le gouvernement est fortement
tenté de le voir comme une opportunité
vertueuse, alors que le divorce entre les
citoyens et leurs grandes institutions
semble consommé. En quête de têtes d’affiche, il serait pour l’exécutif le candidat
idéal. Cette solution aurait aussi l’avantage de laisser à la Chancellerie les coudées
franches pour repenser son parquet national antiterroriste (PNAT) sans être accusée de l’inventer pour assurer un avenir
à François Molins.
Cependant, la tradition républicaine
veut aussi que d’autres qualités que celle
de l’action soient requises pour la nomination de ce haut magistrat. Souvent, en
effet, c’est un savant et un intellectuel
spécialiste du droit qui est choisi pour codiriger cette cour suprême qui n’en a pas
le nom mais qui fixe la pratique du droit.
Philippe Ingall-Montagnier, actuel premier avocat général à la première chambre civile de la Cour de cassation, a la reconnaissance de ses pairs. Ils lui prêtent la
finesse d’analyse d’un grand juriste, qui
aurait séduit la garde des Sceaux, mais
aussi une carrière sans accroc ni impair
politique, qui l’a conduit jusqu’au parquet
général de Versailles. « Il a l’imperium
pour s’imposer à la Cour de cassation »,
soulignent certains de ses confrères du
Quai de l’Horloge.
Deux autres candidats ont été auditionnés par la garde des Sceaux. Des profils
plus politiques, mais qui ont aussi le mérite de bien connaître le terrain. Robert Gélie, actuel procureur général d’Aix-enProvence et ancien directeur des affaires
criminelles et des grâces, a posé sa candidature. Les procureurs lui doivent d’avoir
porté sur la place publique les grandes
problématiques du parquet quand il était
président de la Conférence nationale des
procureurs. De son côté, le discret Pierre
Valleix, actuel procureur général de
Montpellier, est moins connu de la profession. Ancien conseiller de François
Hollande pour la justice, il est rompu aux
arcanes du pouvoir. Ce qui n’est pas négligeable alors que la justice a de grands
combats devant elle. ■
À Limoges, les « boutiques
du droit » mal vues par le barreau
Depuis plusieurs mois, les barreaux de Limoges et de Toulouse s’opposent à
l’installation d’un établissement AGN, un réseau national d’avocats franchisés.
JUSTICE Une bagarre de chiffonniers
qui ne fera pas du bien à la profession.
Depuis plus de six mois maintenant, les
barreaux de Toulouse et de Limoges
résistent sans désarmer à l’installation
dans leur ressort d’AGN. Ce réseau national d’avocats franchisés a l’ambition de dépoussiérer le métier d’avocat. Il installe des cabinets-boutiques
dans toute la France. Il rompt avec la
traditionnelle et discrète plaque de
cuivre à l’entrée des immeubles au
profit de vitrines où s’affichent spécialités et tarifs. L’offre de service se double d’une plateforme en ligne permettant de démarrer les procédures de
manière numérique et ainsi d’amender
les coûts habituels pour les justiciables.
Si le développement de cette nouvelle
manière de faire du droit s’est fait sans
encombre à Paris, Nantes ou Lyon, la
guerre est telle à Limoges qu’AGN a
décidé d’ouvrir sa franchise malgré les
deux actions en justice portées devant
la Cour d’appel et sans attendre la troisième demande adressée au Conseil de
l’ordre de Limoges.
« Par deux fois, nos demandes d’installation ont été refusées au prétexte
que nos agences n’étaient pas conformes à la déontologie. Nous ne voyons
pas pourquoi la déontologie est à géométrie variable selon les barreaux et
pourquoi notre concept est validé à Lyon
et dénoncé à Limoges », regrettent
Mes Philippe Charles et Frédéric Moréas, les fondateurs d’AGN, qui revendiquent « une application homogène »
des règles de déontologie sur l’ensemble du territoire. « Lors de la première
demande, les pictogrammes présents
sur les vitrines étaient contraires aux
règles de la profession d’avocat, répond Abel-Henri Pleinevert, le bâtonnier de Limoges. Si l’on annonce une
spécialité, il faut en être véritablement
doté. De plus, nous ne sommes pas
d’accord avec certaines pratiques
d’AGN, notamment en matière de divorce par consentement mutuel. Lors de
la deuxième demande, c’est tout simplement parce que l’avocat pressenti est
inscrit au barreau de Paris et non à celui
de Limoges, comme ce devrait être le
cas selon l’article 3 du décret de 1993
qui régit la profession. L’affaire sera de
toute façon tranchée par la Cour d’ap-
A
MARINE LE PEN
BENJAMIN SPORTOUCH - RTL
GUILLAUME ROQUETTE - LE FIGARO / CHRISTOPHE JAKUBYSZYN - TF1-LCI
Dimanche 3 Juin 2018 I 12H-13H
L’enseigne AGN à Limoges a décidé d’ouvrir sa franchise malgré les deux actions
en justice portées devant la Cour d’appel. COLLECTION PARTICULIÈRE
pel mais nous attendons toujours les
conclusions d’AGN alors que l’audience
est prévue pour le 13 juin prochain. »
« Troisième tentative »
Pour les fondateurs d’AGN, il s’agit ni
plus ni moins que de « la volonté de bloquer l’accès à la profession. C’est le
match retour de ceux qui ne voulaient
pas de la loi croissance d’Emmanuel Macron, qui facilite l’installation des professions réglementées. Si la profession
n’est pas capable de saisir les opportunités de marché, les avocats auront du mal
à exister face aux experts-comptables,
aux notaires et aux huissiers », affirment-ils. « Nous faisons une troisième
tentative par le biais d’une nouvelle société au simple statut d’EURL et c’est
sous cette dernière que nous avons décidé d’ouvrir malgré tout avec des avocats
limougeauds qui vivent à Limoges et ont
une moyenne d’âge de 32 ans», affirment-ils. Pour Jérôme Gavaudan, le
président de la Conférence des bâtonniers, « il ne suffit pas de donner un coup
de pied dans la fourmilière. Les ordres
sont là pour garantir aux justiciables un
service transparent et égalitaire pour
tous. Ce n’est pas parce que nous parlons de marché du droit que ce doit être
la loi de la jungle. La vigilance de l’ordre
ne me choque pas tant qu’il ne s’agit pas
d’empêcher l’exercice réel de confrères », affirme-t-il.
En attendant, AGN a déposé un
recours devant la Direction de la
concurrence pour « entente anticoncurrentielle » et « restriction au marché ».
Un jeu dangereux qui pourrait se
conclure par une position de l’autorité
administrative pénalisante pour l’ensemble du marché. « Imaginez que cette
dernière décrète que les Conseils de l’ordre ne sont pas là pour décider de l’installation des avocats : la profession perdrait
une précieuse indépendance », souligne
ce bon connaisseur du dossier. ■
P. G.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SCIENCES
QUESTION Le nombre de fumeurs en France a récemment fortement baissé. Pour chacun des
facteurs suivants, dites-moi si vous pensez qu’il a joué un rôle très important, assez important,
peu important ou pas important du tout dans cette baisse du nombre de fumeurs
La cigarette
électronique
plébiscitée
par les Français
Un sondage Odoxa-Dentsu montre
que les Français attribuent à la vapoteuse
la baisse du tabagisme.
CÉCILE THIBERT £@CecileThibss
TABAC Lundi dernier, la ministre de la
Santé, Agnès Buzyn, a annoncé un recul
historique du tabagisme en France :
1 million de fumeurs quotidiens sont
parvenus à écraser leur dernière cigarette entre 2016 et 2017, selon des chiffres de Santé publique France. Une victoire qui, selon les autorités, trouve en
partie son origine dans diverses mesures
de lutte antitabac (paquet neutre, triplement du remboursement des substituts nicotiniques, « Mois sans tabac »…).
Toutes ont été initiées sous la gouvernance de l’ancienne ministre de la Santé
Marisol Touraine.
Mais selon le sondage Odoxa-Dentsu Consulting réalisé pour Le Figaro et
France Info auprès de 1 030 personnes
par Internet les 30 et 31 mai, le « vapotage est un facteur bien plus important que toutes les autres dimensions
des politiques de santé publique contre
le tabac ». La cigarette électronique
est en effet bien identifiée comme une
aide au sevrage tabagique par une
partie des Français. Plus des deux tiers
des participants estiment ainsi que son
développement a joué un rôle majeur.
Également convaincus (80 %) que la
hausse des prix est une mesure efficace
pour faire diminuer le nombre de fu-
vendredi 1er juin 2018
meurs, les Français sont logiquement
favorables à sa poursuite. Ainsi, près des
deux tiers des sondés plébiscitent le paquet à 10 euros, objectif qui, quoi qu’il
arrive, devrait être atteint d’ici à novembre 2020. Bien sûr, les fumeurs, pénalisés par cette mesure, ne sont pas de
cet avis : près des deux tiers y sont opposés.
L’e-cigarette serait
le moyen le plus populaire
pour arrêter de fumer,
loin devant les substituts
nicotiniques
Très important
Assez important
Peu important
La hausse des prix du tabac
Pas important du tout
47 %
33 %
Le développement
de la cigarette électronique
20 %
48 %
Le meilleur accompagnement
des fumeurs
14 %
35 %
Les campagnes d'information
de l'État et les initiatives comme
« le mois sans tabac »
11 %
Le paquet neutre et l'affichage
sur les paquets d'avertissements
sanitaires très visibles
QUESTION
Fumez-vous des cigarettes
électroniques ?
8%
15 %
11
12 % 8 %
23 %
37 %
30 %
37 %
14 %
20 %
39 %
21 %
9%
33 %
Ne se prononce pas 1 %
de personnes fument régulièrement ou de temps
en temps des cigarettes électroniques. Parmi elles :
1%
... n'ont jamais fumé
de cigarettes
... ont arrêté de fumer
des cigarettes
30 %
69 % ... sont toujours
fumeurs
de cigarettes
Le Plan canicule
déclenché le 1er juin
« Compte tenu du changement
climatique, les phénomènes
météorologiques de fortes
chaleurs s’avèrent chaque année
de plus en plus fréquents
et intenses en France
métropolitaine ». Voilà pourquoi
le premier échelon du Plan
national canicule (PNC), qui
en compte quatre, est déclenché
à compter de ce 1er juin. Il le
restera jusqu’au 15 septembre,
a indiqué jeudi le ministère
de la Santé. Objectif : mobiliser
et impliquer l’ensemble
des partenaires concernés dans
leurs missions de prévention
et d’accompagnement
des populations, notamment
les plus vulnérables.
Prix Kavli :
deux scientifiques
françaises distinguées
QUESTION Pour chacun des qualificatifs suivants, dites-moi s’il s’applique plutôt bien
ou plutôt mal au tabac :
S'applique plutôt bien
S'applique plutôt mal
ENSEMBLE
Coûteux
92 % 8
Drogue
79 % 20 % 1 %
Anti-stress
NSP
FUMEURS
61 %
38 % 1 %
Coûteux
92 % 8
Anti-stress
81 % 18 % 1 %
Source de plaisir
80 % 19 % 1 %
Étude réalisée par Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Figaro et Franceinfo, les 30 et 31 mai 2018. Échantillon de 1 030 Français représentatif de la population
française âgée de 18 ans et plus, parmi lesquelles 69 sympathisants de la France Insoumise.
« La dernière hausse des prix n’est toutefois pas à l’origine de la baisse du nombre de fumeurs puisqu’elle est intervenue
après l’étude de Santé publique France,
indique le Pr Bertrand Dautzenberg,
pneumologoque-tabacologue à l’hôpital
de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP). L’effet
de cette mesure ne sera visible que dans
les chiffres de l’année prochaine. Par
contre, je suis convaincu que la vape a
joué un rôle majeur. »
Une perception qui rejoint les dernières données de Santé publique France,
selon lesquelles la cigarette électronique
serait actuellement le moyen le plus populaire pour arrêter de fumer, loin de-
EN BREF
Infographie
vant les substituts nicotiniques (patchs,
gommes, comprimés…).
Parmi les personnes interrogées,
15 % ont déclaré vapoter régulièrement ou occasionnellement. La majorité d’entre elles (69 %) a déclaré cumuler l’usage de la cigarette électronique et du tabac. Seules 30 % ont
admis avoir un usage exclusif de la
vape, pourtant reconnu comme le seul
moyen de diminuer les risques par
rapport à un usage associé à la cigarette. Autre enseignement du sondage :
les Français ont globalement une mauvaise image du tabac. Une écrasante
majorité des personnes interrogées le
trouve coûteux (92 %) et estime qu’il
s’agit d’une « drogue » (79 %). Pour
60 % d’entre elles, fumer n’est finalement « pas si convivial » et près de la
moitié pense même que cette pratique
est désormais « stigmatisée » par la
société. Pour autant, ils sont nombreux
(61 %) à reconnaître que le tabac est
aussi un « antistress » et une « source
de plaisir. ■
Les prix Kavli (1 million de
dollars chacun) ont récompensé
jeudi sept scientifiques
internationaux, parmi
lesquels deux Françaises,
Emmanuelle Charpentier en
nanosciences et Christine
Petit en neurosciences.
Mme Charpentier de l’Institut
Max-Planck a été récompensée
conjointement avec
l’Américaine Jennifer Doudna
et le Lituanien Virginijus
Siksnys pour l’invention d’un
« scalpel pour le code de la
vie », le CRISPR-Cas9. Pour sa
part, Christine Petit, professeur
au Collège de France et à
l’Institut Pasteur, partage
le prix de neurosciences avec
l’Américain James Hudspeth et
le Britannique Robert Fettiplace
pour leurs découvertes sur
les mécanismes moléculaires
et neuraux de l’audition.
Un troisième prix, celui
d’astrophysique, a été attribué
à la Néerlandaise Ewine
van Dishoeck pour ses travaux
sur les nuages interstellaires.
Sardines et anchois
toujours plus petits
OCÉAN Les pêcheurs de petits poissons
pélagiques du golfe de Gascogne (sardines, anchois, maquereaux, chinchards…)
devraient être satisfaits. Alors que le Thalassa, le navire océanographique de
l’Ifremer rentre ce jeudi, après un mois en
mer, de sa campagne annuelle de comptage, les premiers résultats montrent que
la biomasse globale de ces espèces est
bonne. « C’est une très bonne année pour
les anchois et une année habituelle pour les
sardines », explique Matthieu Doray,
chercheur à l’institut et co-chef de la
mission Pelgas 2018.
Mais il est une question qui est apparue
ces dernières années (depuis 2008 environ) et qui n’a toujours pas trouvé de
réponse : la taille et le poids de ces poissons, lorsqu’ils ont entre un et deux ans
(70 à 80 % du stock), ne cessent de diminuer. « Ce sont quelques grammes en
moyenne, mais la tendance est très significative, explique le spécialiste. À l’âge d’un
ou deux ans, les sardines sont passées
de 35 à 20 grammes et les anchois de 15 à
5 grammes. »
Comptage acoustique
Les campagnes de mesures qui s’effectuent sur le plateau continental du golfe
de Gascogne ont commencé en 2000 (la
même chose est effectuée du côté espagnol), toujours au printemps, entre zéro
et 200 mètres de profondeur. L’objectif
est d’établir des relevés scientifiques qui
permettent ensuite de fixer les quotas de
pêche. « Pour cela nous combinons les résultats de deux méthodes », explique Matthieu Doray. La méthode officielle pour
compter les poissons est acoustique.
« Avec des sonars, nous détectons les
bancs de poissons, leur densité et leur forme, précise le scientifique, et nous les cou-
plons à des observations issues de pêches . » La deuxième méthode consiste à
prélever des échantillons d’œufs. En
fonction de la quantité obtenue, il est
possible de déterminer le nombre de géniteurs. Les résultats sont le fruit de la
comparaison entre ces deux méthodes.
Ces campagnes ont également pour objectif de mesurer la température de l’eau,
la quantité de prédateurs pour ces espèces
- ce sont notamment des observateurs
qui, à l’œil nu, comptent les oiseaux - et
enfin la quantité et la qualité du plancton.
« Il n’y a pas toujours eu beaucoup de
poissons », souligne le scientifique. En
2005 notamment, le stock des anchois
s’est écroulé, ce qui a conduit les autorités à interdire la pêche. Il a fallu cinq ans
pour qu’il se reconstitue et la pêche a repris en 2010.
Reste que, depuis cette période, ce
n’est donc pas la quantité qui fait défaut
mais la qualité. L’hypothèse émise par les
spécialistes est que si le nombre des poissons s’accroît, « la quantité de nourriture
disponible dans le milieu n’a pas augmenté.
Il y aurait donc moins de nourriture pour
chaque individu ».
Un même phénomène s’est produit en
Méditerranée où les sardines sont également de plus en plus petites. Mais dans
cette région les chercheurs supposent que
le réchauffement de l’eau, beaucoup plus
important que dans l’Atlantique, a participé à une raréfaction du plancton. Dans
le golfe de Gascogne, « les individus plus
âgés de sardines ou d’anchois n’ont
d’ailleurs pas disparu des populations, à la
différence de ce qui a été observé dans le
golfe du Lion », assure Matthieu Doray.
Comprendre ce qui se passe est un enjeu essentiel pour les années à venir si les
pêcheurs ne veulent pas se retrouver avec
des poissons toujours plus nombreux
mais tellement petits qu’ils ne pourront
plus les pêcher. ■
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A
MARIELLE COURT £@MarielleCourt
Photographie : Olivier Roller
Dans le golfe de Gascogne, les poissons pélagiques
sont abondants mais diminuent en poids et en taille.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
12
SPORT
Au sommet
de sa gloire,
Zidane reprend
sa liberté
À la surprise générale, l’entraîneur français
auréolé d’un triplé inédit en Ligue
des champions a annoncé jeudi son départ
du Real Madrid.
GUILLAUME LOISY £@Guiloisy
FOOTBALL Zinédine Zidane ne foule
plus les terrains depuis douze ans mais
il reste le roi de la feinte. Cinq jours seulement après avoir remporté sa troisième Ligue des champions consécutive
sur le banc du Real Madrid, l’entraîneur
français a annoncé, à la surprise générale, son départ du club espagnol lors
d’une conférence de presse organisée
jeudi au centre d’entraînement de Valdebebas, dans la banlieue madrilène.
À 45 ans, « Zizou » entraînait les Merengue depuis janvier 2016 après avoir
patiemment fait ses classes, dans l’ombre, à la tête de l’équipe réserve. En
deux ans et demi, et alors qu’il s’agissait
de sa première expérience au plus haut
niveau, le champion du monde 1998 a
tout raflé avec trois Ligues des champions donc, un titre de champion d’Espagne mais aussi une Supercoupe d’Espagne, deux Supercoupes d’Europe et
deux Coupes du monde des clubs. Carton plein. Zidane tire sa révérence au
sommet et soigne un peu plus sa légende. Les supporters de l’autoproclamé
« plus grand club du monde », eux, sont
sous le choc.
« Après trois ans, je crois que c’est le
moment pour moi, mais aussi pour l’effectif et le club. Pour que l’équipe continue de gagner, cela nécessite un changement. Il faut un autre discours, une
autre méthode de travail », a déclaré
Zinédine Zidane pour justifier son départ. Col roulé noir sous veste bleue et
jeans délavé, il est apparu serein,
apaisé tout en reconnaissant que le
moment était « bizarre ». On pourrait
dire inconcevable. Véritable broyeuse
à entraîneurs, le Real Madrid est plus
habitué à couper leurs têtes qu’à les
voir reprendre leur liberté. Mais Zidane n’est pas un coach comme un
autre.
Présent à ses côtés face aux journalistes, Florentino Pérez n’a rien vu venir.
« Quand il me l’a annoncé hier (mercredi), cela a été un choc. Une telle décision
après une victoire en Coupe d’Europe,
c’est inattendu, a avoué, l’air grave, le
président du Real Madrid et ami de la
star. J’ai tenté de le convaincre de rester
mais je le connais. Je n’ai aucun doute sur
le fait qu’il reviendra un jour. » « Avoir le
courage de laisser ce poste au sommet,
c’est loin d’être évident, je trouve ça fantastique, éclaire pour Le Figaro Henri
Émile, ancien intendant des Bleus
« Je ne vais pas entraîner d’équipe tout de suite et je n’en cherche pas », a assuré Zinédine Zidane, jeudi, à Madrid.
champions du monde et proche de Zizou. Ça correspond à ce qu’il est : un
homme qui va au bout de ce qu’il ressent
et qui ne calcule pas. »
Une équipe en fin de cycle
Même si son bilan est exceptionnel avec
neuf titres gagnés, Zizou a aussi connu
« des moments difficiles » à la tête de
l’institution madrilène, club où l’échec
n’est pas permis. « Je ne les oublie pas.
Je ne veux pas vivre une saison où cela ne
se passe pas bien. Cela s’est bien terminé
comme joueur (en 2006), je veux que ça
se termine bien comme entraîneur », a
ajouté le Marseillais. Malgré le fabuleux
triplé réussi en Coupe d’Europe – ce
qu’aucun technicien n’était parvenu à
faire consécutivement –, c’est un Real
Madrid en fin de cycle que Zizou laisse
derrière lui. Dominé par l’ennemi de
Barcelone en championnat (3e avec 17
points de retard), le club a sauvé sa saison samedi dernier contre Liverpool à
Kiev (3-1), mais son été s’annonce
chaud. Plusieurs de ses stars, et pas des
moindres (Ronaldo, Bale), pourraient
quitter la Maison blanche. Milliardaire
ayant fait fortune dans la construction,
Pérez doit se trouver un nouveau chef
de chantier.
Que va faire Zinédine Zidane après
ce coup de canif inattendu dans un
contrat qui courait jusqu’en 2020 ?
« Je ne vais pas entraîner d’équipe tout
de suite et je n’en cherche pas », a-t-il
P.-P. MARCOU/AFP
assuré jeudi, tout en précisant qu’il
n’était pas « fatigué d’entraîner. C’est
juste une question de timing ». Tous les
regards convergent forcément vers
l’équipe de France. « C’est quelque
chose qu’il a programmé dans sa tête,
avant même d’aller au Real Madrid. On
en avait d’ailleurs parlé ensemble,
confie Henri Émile. C’est quelque chose
qui sera naturel, si cela doit arriver un
jour ». Pour revoir Zidane sur un banc,
il faudrait donc attendre 2020, quand
le contrat de Didier Deschamps arrivera à son terme. À moins que la campagne de Russie ne vire à la Bérezina
cet été. Le Coq accroché au cœur, ce
n’est certainement pas ce que souhaite
le légendaire numéro 10. ■
Le champion du monde de l’humilité
«
Si j’ai la
sensation
que je ne vais
pas gagner,
il faut faire un
changement
ZINÉDINE ZIDANE
»
DÉCRYPTAGE
Guillaume Loisy
£@guiloisy
« IL FAUT que tout change pour
que rien ne change. » Dans un
remake du Guépard, le chefd’œuvre de Luchino Visconti où
les conquêtes footballistiques
remplaceraient les calculs politiques, un Zinédine Zidane « delonien », le cynisme de Tancrède Falconeri en moins, a donc
exposé ses vues à un Florentino
Perez interdit, abasourdi. Pour
que le Real Madrid puisse rester
une machine à gagner des trophées, « Zizou » décide de tour-
ner les talons. « Si j’ai la sensation que je ne vais pas gagner, il
faut faire un changement », a expliqué l’intéressé. Tenir un tel
discours, cinq jours seulement
après avoir raflé une 3e Ligue des
champions consécutive, ce
qu’aucun entraîneur n’était parvenu à faire avant lui, dénote
d’une lucidité et d’un recul exceptionnels dans un milieu où les
ego hypertrophiés pullulent, où
les courtisans – nombreux et pas
toujours bien intentionnés –
vous soufflent quotidiennement
à l’oreille que vous êtes le
meilleur, le plus beau, le plus
fort. Que sans vous, le club dont
vous défendez les couleurs court
à sa perte. « Paroles, paroles »,
pourrait chanter Zidane, homme
de peu de mots.
En 2006, à 34 ans et à bout de
souffle, il avait décidé de raccrocher les crampons, ne se sentant
plus capable de faire gagner
- déjà - son Real Madrid. « Je dis
stop parce que mon corps me le
dit, parce que ma tête me le dit… Il
ne faut pas tricher. Moi, j’ai toujours été honnête avec moi-même », avait-il raconté avant de
retrouver une seconde jeunesse
le temps d’un été allemand marqué par une seconde finale de
Coupe du monde et un malheureux coup de boule. Douze ans
plus tard, la logique est la même
pour le Marseillais chez qui, il
faut bien le reconnaître, le talent
le dispute à l’humilité. Propulsé à
la tête d’une équipe déjà mature
composée de stars et récupérée
« clés en main » en janvier 2016,
il a usé de son charisme, de sa
science du jeu et de son impressionnant flair – le PSG et le
Bayern se souviennent de ses leçons de coaching – pour marquer, de manière inattendue,
l’histoire à vitesse grand V comme entraîneur. La fatigue inhérente au poste et ses doutes sur sa
capacité à prolonger l’exploit
l’ont poussé à mettre les pouces
pour ne pas gâcher l’idylle avec
son « club de cœur ». Les histoires d’amour finissent mal en général. Pas entre Zinédine Zidane
et le Real. ■
Deschamps : « Zizou sera sélectionneur,
ça me semble logique »
BAPTISTE DESPREZ £@Batdesprez
ENVOYÉ SPÉCIAL À NICE
LA QUESTION n’a pas tardé à fuser. Dès
son arrivée devant les médias jeudi soir
à Nice (où les Bleus affronteront ce vendredi à 21 h l’Italie pour leur deuxième
match de préparation à la Coupe du
monde), Didier Deschamps savait qu’il
ne pouvait couper au sujet du jour : le
départ de Zinédine Zidane du Real Madrid. Aussi malin que roublard, « DD »
a d’abord répondu par un sourire, avant
de livrer son sentiment sur un homme
qu’il connaît par cœur et qui se vouent
« un respect mutuel » depuis leur épopée commune en équipe de France.
« C’est sa décision, je la respecte évidemment et ce qu’il fait depuis trois ans
est fabuleux. Pour le connaître un peu, il
a dû énormément réfléchir et je peux
imaginer les raisons (de son départ). »
Relancé sur les conditions du départ
de Zidane après le gain d’une troisième
Ligue des champions, « DD » n’a pas
tourné autour du pot, rendant un bel
hommage à l’ancien meneur de jeu.
« Zizou, qu’il sorte par une porte, elle
sera toujours grande, elle l’a toujours
été. Il a un parcours de joueur hors norme et en tant qu’entraîneur, c’est pareil. » Sans surprise, le sujet a éclipsé
dans ses grandes largeurs le match
amical face à l’Italie prévu ce vendredi
à Nice. Au total, cinq questions ont
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Huissiers de Justice Associés à MONTARGIS (45) – Tél. : 02 38 98 01 08
tourné autour du départ de « ZZ » et, à
chaque fois, le sélectionneur des Bleus
a donné le change, en aucun cas crispé
et surtout très détendu. « Je suis en
immersion et rien ne me pourra me faire
perdre mon calme et ma sérénité », répond-il avec le sourire, plus que jamais concentré sur son unique objectif : briller avec son groupe en Russie.
“
Pour le connaître
un peu, Zizou a dû
énormément réfléchir
et je peux imaginer
les raisons de son départ
DIDIER DESCHAMPS, SÉLECTIONNEUR
DE L’ÉQUIPE DE FRANCE
”
Malgré tout, « DD » reste conscient
de la réalité. Lui comme tout technicien reste soumis à la culture du résultat et s’il ne s’imagine pas (encore)
être remplacé par Zidane, les médias
se sont chargés de lui poser des questions. Et lui d’y répondre. « Il y aura
un après-Coupe du monde pour moi et
les joueurs », souffle-t-il après une interrogation sur la supposée pression
supplémentaire émise par le choix de
son ancien partenaire. Sous contrat
avec l’équipe de France jusqu’en 2020,
Deschamps sait malgré tout que Zidane « sera un moment sélectionneur ».
Et le coach des Bleus de s’en sortir par
une pirouette : « Quand ? Je ne peux
pas le dire, mais ça me semble logique.
Ça arrivera quand ça arrivera. »
Didier Deschamps en discussion avec Antoine Griezmann, mercredi, à Clairefontaine,
lors d’une séance d’entraînement de l’équipe de France. FRANCK FIFE/AFP
Du côté des joueurs et notamment
du capitaine Hugo Lloris - qui l’ont
appris après le déjeuner à leur hôtel
situé sur la promenade des Anglais -,
même attitude et discours élogieux à
l’encontre de la star du jour. « Comme tout le monde, on était surpris,
mais on ne peut qu’avoir de l’admiration et du respect pour son travail. »
Interrogé sur son rôle de capitaine et
s’il se sentait un des héritiers de
« ZZ » avec le brassard, le portier des
Bleus a refusé d’endosser un tel rôle,
idole oblige. « Il est difficile de se
comparer à une personnalité comme
Zizou, rétorque Lloris, titulaire contre
les Italiens chez lui à Nice ce vendredi
soir. Encore plus quand on l’a vu jouer
et admiré et qu’on l’adule encore en
tant qu’entraîneur.» ■
EN BREF
Rugby : Mourad Boudjellal
rétrograde Fabien Galthié
Le patron du RCT est catégorique.
Fabien Galthié ne sera plus
le manager du club varois
la saison prochaine. Il peut rester
s’il accepte le poste d’adjoint de son
remplaçant, nommé d’ici à 10 jours.
Cyclisme : Bernard Hinault
s’en prend à Froome
« Le contrôle de Froome a révélé
une prise de ce médicament du plus
du double de la limite autorisée.
C’est incroyable qu’on l’ait laissé
s’aligner au Giro », s’est insurgé
Bernard Hinault dans Le Parisien.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 1er juin 2018
SPORT
13
Gasquet retrouve son bourreau Nadal
Le Français affrontera samedi le décuple lauréat de Roland-Garros. Qu’il n’a jamais battu…
client, 8e de finaliste la saison dernière.
« On s’est affronté à Marseille (victoire
du Russe) et à Dubaï (succès du Français) à quatre jours d’intervalle en février. Il va falloir faire un match plein
pour espérer gagner. J’ai plutôt de bonnes sensations. » Planque prédit : « On le
connaît. C’est un joueur redoutable de la
nouvelle génération qui frappe très fort.
Ce sera forcément compliqué. Il va imposer un sacré niveau d’exigence. C’est du
50-50. »
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
TENNIS ll y aura au moins cinq Français
en 16es de finale dans le tableau masculin de Roland-Garros. Lucas Pouille et
Richard Gasquet ont notamment validé
leur ticket pour le 3e tour, jeudi.
et l’impossible défi Nadal
uGasquet
Vite fait, très bien fait. Après un pre-
mier tour un peu compliqué contre
l’Italien Simone Bolelli, Rafael Nadal
n’a pas traîné jeudi sur le court Suzanne-Lenglen, en infligeant un 6-2, 6-1,
6-1 à l’Argentin Guido Pela en 2 h 03.
Place désormais à Richard Gasquet, à
qui l’on souhaite bien du courage si le
Majorquin imprime le même rythme
infernal que contre Pela. Vainqueur du
Tunisien Malek Jaziri (6-2, 3-6, 6-3,
6-0), le Biterrois s’est donné le droit de
défier samedi son bourreau favori. Gasquet, qui n’a jamais battu le décuple
lauréat de Roland-Garros en 15 matchs
sur le circuit, tentera donc un improbable exploit. « C’est comme à l’Open
d’Australie, où j’ai rencontré Roger Federer (élimination au 3e tour). Je suis
arrivé où il fallait. J’ai envie d’être sur le
court et de faire un grand match. J’ai envie de profiter de ce moment, même si je
sais que c’est l’adversaire le plus compliqué à jouer. » Le numéro 3 français n’a
ainsi pas pris un set au numéro 1 mondial depuis dix ans ! « C’est long, dix
ans », sourit le Français, surclassé (6-4,
6-3, 6-2) par Nadal dans leur seul duel à
Roland-Garros, il y a dix ans.
s’en sort dans la douleur
uPouille
En deux jours et quatre manches
(6-2, 6-4, 5-7, 7-6), le numéro 1 français s’en est sorti pour rejoindre le
nouvelle vague
uLa
encore un peu tendre
Richard Gasquet a éliminé le Tunisien Malek Jaziri en quatre sets, jeudi, au deuxième tour de Roland-Garros.
3e tour. En montagnes russes. Lucas
Pouille n’avait pas réussi à terminer le
travail mercredi soir - la rencontre
étant interrompue par la nuit -, mais a
fini le job jeudi en décrochant le quatrième set face à Cameron Norrie (6-2,
6-4, 5-7, 7-6). « Les deux premiers sets
sont allés vite, mercredi. Dans ma tête, je
me suis dit que j’avais une chance de ter-
miner avant la nuit pour éviter de rejouer
le lendemain, affirme Pouille. Ce n’est
jamais facile de repartir sur un match interrompu au troisième set. Ça peut être
un match piège. Je fais plutôt un bon tiebreak. C’est positif. Je me sens de mieux
en mieux. » L’impatience l’avait parfois
fait un peu déjouer mercredi soir. Jeudi,
il s’est encore montré inconstant face
Deux membres éminents de la nouvelle
génération. Denis Shapovalov (19 ans,
tête de série no 24) et Stefanos Tsitsipas
(19 ans, 39e) ont quitté le tournoi jeudi.
Si la défaite sur deux jours du Grec
Tsitsipas contre l’Autrichien Dominic
Thiem (6-2, 2-6, 6-4, 6-4), outsider du
tournoi, n’a rien de surprenante, celle
du Canadien, sorti par l’Allemand
Maximilian Marterer (22 ans, 70e mondial) 5-7, 7-6, 7-5, 7-6, l’est un peu
plus. Auteur de 82 fautes directes, le
récent demi-finaliste du tournoi de
Madrid a un peu bafouillé son tennis,
lui qui n’avait encore jamais remporté
un match sur terre battue avant cette
saison : « Je suis déçu d’avoir perdu,
mais, après tout, je n’ai que 19 ans. Je ne
peux pas dire que je vais faire des demifinales de grands tournois toutes les semaines. » Le Canadien pourrait fait de
nouveau parler de lui, par exemple à
Wimbledon. ■
Principaux résultats du 2e tour, simples
dames : Halep (Rou/1)-Townsend (E-U)
6-3, 6-1 ; Sharapova (Rus/28)-Vekic
(Cro) 7-5, 6-4 ; Muguruza (Esp/3)-Ferro
(Fra) 6-4, 6-3 ; Pliskova (Rtc, 6)-Safarova (Rtc) 3-6, 6-4, 6-1...
ERIC FEFERBERG/AFP
au récent demi-finaliste à Lyon qui disputait son premier Roland-Garros. « Il
s’en voulait un peu de ne pas avoir conclu
mercredi soir, a déclaré de son côté son
entraîneur, Emmanuel Planque. Ça l’a
un peu tendu, mais il a réussi à faire la
différence quand il le fallait. » Il lui faudra être plus régulier ce vendredi face à
Khachanov, 38e mondial. Un sacré
Revol : « Castres représente le rugby des sous-préfectures »
Le président du CO, finaliste du Top 14 samedi face
à Montpellier, livre les recettes de cette réussite.
RUGBY Le Castres Olympique en finale,
ça ne devrait plus surprendre. Quatre
titres (le dernier en 2013), et trois fois
finalistes ces six dernières années… Le
club du Tarn rivalise encore et toujours
avec les ogres du Top 14, comme Montpellier, son adversaire en finale samedi
soir au Stade de France. Le président du
CO, également président du groupe
Pierre Fabre, actionnaire principal et
premier soutien financier, décrypte,
pour Le Figaro, le modèle de son « petit » club.
LE FIGARO.- Castres en finale
du Top 14 pour la troisième fois
en six ans, c’est normal ou un miracle
permanent ?
Pierre-Yves REVOL.- Entre les deux
(sourire). Au-delà de ces trois finales,
sur la dernière décennie, on est dans
les trois ou quatre meilleures équipes
françaises (8 participations à la phase
finale, NDLR), sans être jamais considéré comme un favori en début de saison. Ce qui est logique vu notre budget
(21,73 M€, le 11e du Top 14, contre
27 M€ pour Montpellier, le 4e, NDLR) et
l’évolution du rugby qui se fait désormais de façon prioritaire dans les
grandes métropoles. Mais on essaie de
rester concurrentiel. Et je crois que
c’est bon pour le rugby que le modèle
reste diversifié. Qu’une sous-préfecture parvienne encore à tirer son
épingle du jeu.
Vous revendiquez cette image du petit
club face aux gros budgets…
On s’en amuse un peu, oui. Pour un
club comme le nôtre, il s’agit d’optimiser au maximum les moyens à notre
disposition. Et dont nous sommes très
satisfaits. On fait avec notre réalité économique, celle d’une ville de 43 000
habitants. Mais on n’envie personne.
Quelle est la recette pour rivaliser ?
Contrairement à d’autres, on ne peut
pas attirer les meilleurs joueurs. On bâtit donc un groupe très homogène et
capable de se transcender. Chez nous,
“
Tant qu’il y aura
un « salary cap » et que
la LNR parviendra à le faire
respecter, on pourra
espérer rivaliser
”
le collectif est roi. Il est sanctuarisé.
Mais ça ne se fait pas du jour au lendemain. Ça signifie savoir recruter des
joueurs revanchards après un échec et
des étrangers qui ont envie de vivre notre aventure, promouvoir de jeunes potentiels. Et ensuite, les fidéliser le plus
longtemps possible pour renforcer l’esprit de groupe. Pas seulement celui de
l’équipe, car on cherche une symbiose
avec une ville et une entreprise.
C’est une leçon pour les clubs
qui dépensent des fortunes
pour attirer des stars ?
« Chez nous, le collectif est roi. Il est sanctuarisé », souligne Pierre-Yves Revol
(ici avec Rodrigo Capo Ortega, le 26 mai, à Lyon, après la victoire sur le Racing 92).
Ce serait très prétentieux de vouloir
donner des leçons au rugby français. Il
y a différents modèles et chacun a sa
légitimité. Dans un Top 14 aussi
concurrentiel, notre recette est fragile,
la marge entre le succès et l’échec, infime. C’est sans doute plus « secure »
d’avoir une approche comme celle du
Racing et de Montpellier pour obtenir
de bons résultats sur la durée. La nôtre
est plus aléatoire.
Pourra-t-elle résister à l’essor du rugby
des grandes métropoles ?
Ça dépendra de l’évolution de l’environnement. Tant qu’il y aura un « salary cap » (limitation de la masse salariale, NDLR) et que la Ligue nationale de
rugby (LNR) parviendra à le faire respecter, on pourra espérer rivaliser.
Vous sous-entendez qu’il n’est pas
toujours respecté ?
Je constate que de nombreux présidents
ont des doutes sur certains clubs. La LNR
a pris des dispositions pour renforcer les
contrôles. Même si c’est difficile, j’espère
qu’elle parviendra à démasquer les abus.
Castres bénéficie néanmoins du soutien
des laboratoires Pierre Fabre, ce qui lui
évite d’être sur le fil côté finances…
Le CO a l’immense avantage par rapport à d’autres clubs de petites villes de
disposer d’un gros partenaire fidèle depuis plus de 30 ans. C’est effectivement
un atout. Le groupe Pierre Fabre est
éminemment citoyen. Son partenariat
est dicté par son implication locale. Je
rappelle que 4 000 de nos 14 000 collaborateurs travaillent à Castres…
Votre modèle économique
ne repose cependant pas seulement
sur cet actionnaire principal…
Deux soutiens nationaux nous sont très
fidèles : la Matmut et le groupe Bigard.
Sans oublier non plus ces 200 partenaires locaux qui se mobilisent pour le CO.
L’ancrage régional ainsi privilégié, c’est
tout un département qui vous soutient ?
Pour une finale, oui. Mais Castres est un
club d’arrondissement. Une partie du
département est tournée vers Toulouse,
c’est le cas de Lavaur ou Gaillac… Mais
pour une finale, oui, tout le Tarn est
derrière nous (sourire).
Castres peut-il être sacré champion de
France samedi soir au Stade de France ?
Tous les observateurs donnent Montpellier largement favori. Et c’est normal. Je sais que notre groupe donnera
tout sur le terrain. Est-ce que ce sera
suffisant pour les inquiéter ? Réponse
samedi…
Pourquoi avez-vous déclaré
que «toute la France du rugby»
sera derrière Castres?
La France des sous-préfectures, des
villes moyennes, des territoires oubliés
sera plus naturellement derrière nous.
Donc j’espère, oui, que le plus grand
nombre de supporteurs soutiendra le
CO samedi. ■
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A
DAVID REYRAT £@DavidReyrat
PHILIPPE JUSTE/PHOTOPQR/LE PROGRÈS/MAXPPP
PROPOS RECUEILLIS PAR
En tant que président du groupe
Pierre Fabre, en êtes-vous le garant ?
Pierre Fabre a soutenu le club pendant
30 ans par souci de valoriser son territoire en difficulté économique. Pour
apporter à une petite ville enclavée du
bonheur et, surtout, de la fierté. C’est la
vraie motivation. On essaie de pérenniser son action.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 1er juin 2018
LE CARNET DU JOUR
14
Les annonces sont reçues avec justification d’identité
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communications
A l'occasion de la
25e Fête des Jardiniers
qui se tiendra les samedi 2
et dimanche 3 juin 2018
de 10 heures à 19 heures,
au château du Lude,
Le Lude (Sarthe),
le 19e Prix P.J. Redouté
sera décerné
au meilleur livre de jardin,
le samedi 2 juin, à 15 heures.
www.lelude.com
deuils
Mme Marie-Alice Baratte,
sa fille,
Clément et Pauline Faure,
ses petits-enfants,
ses frère, sœurs,
beaux-frères, belle-sœur,
neveux et nièces
et toute la famille
ont la tristesse
d'annoncer le décès de
Mme Roger BARATTE
née Monique Verheghe,
survenu le 28 mai 2018,
à l'âge de 86 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi 4 juin,
à 15 heures, en l'église
Saint-Denys de Vaucresson.
L'inhumation aura lieu
au cimetière de Vaucresson.
Marie et Yvon Pérès,
le père François Bouttin,
Philippe et Hélène Bouttin,
sœur Marie-Hélène Bouttin (†),
sœur Claire Bouttin,
Brigitte Bouttin,
Xavier et Claudine Bouttin,
Pierre-Olivier et Magalie
Bouttin,
Véronique Bouttin,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
vous font part
du rappel à Dieu de
70 37 31 70
Nantes, Les Sorinières
(Loire-Atlantique).
Saint-Philibert
(Morbihan).
Ses enfants,
Maïté et Christian Buet,
Patrick et Sylvie Bartra,
Christine et Theo Elzinga,
Laurence Le Claquin,
Hervé et Bouchra Bartra,
Gaëtan et Frédérique Bartra,
sa filleule et son époux,
Catherine et Alain Chaussée,
ses petits-enfants,
Jérôme et Marie Buet,
Céline et Charles Buet-Plut,
Olivier et Céline Buet,
Alexis et Nathalie Bartra,
Rozenn Bartra,
Matthieu et Marika Elzinga,
Alexandra et Emmanuel
Elzinga,
Aude Le Claquin
et Elodie Desgouillons,
Aloys Le Claquin
et Elsa Courtel,
Divy et Stéphanie Bartra,
Kévin Bartra,
Marine Bartra et Yvan Ronne,
Romain et Charlotte Bartra,
William Bartra,
Laura Bartra,
Yanis Bartra,
Alexandre Bartra,
Maxime Bartra,
Clémentine Bartra,
Antoine et Marie Chaussée,
Agathe Chaussée,
ses 26 arrière-petits-enfants,
les familles Bartra et Bonnet
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Marie-Thérèse BARTRA
née Bonnet,
à l'aube de ses 98 ans,
à la résidence l'Enchanterie
de Nantes, où elle repose.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le samedi 2 juin 2018,
à 16 heures, en la cathédrale
de Nantes.
La crémation aura lieu
dans l'intimité familiale.
Notre chère maman « Manine »
reposera à Saint-Philibert,
qu'elle aimait tant.
Nous remercions
chaleureusement les p ersonnes
ayant partagé ces dernières
années à son service.
bartrafamille@gmail.com
Mme Madeleine BOUTTIN
Alexandra Clert,
Vanessa Clert,
Vassili Clert
et son épouse Claire,
ses enfants,
Florence de Montalembert,
Patrick et Magena Le Maire,
Charles et Géraldine Le Maire,
Christian Le Maire,
ses enfants,
Jean et Paul Greffe,
Horace et Madeleine Clert,
ses petits-enfants,
Gwénola, Geoffroy,
Gonzague, Ariane, Ronan,
Gildas, Agathe,
ses petits-enfants,
Sabine Marchal,
sa compagne, et ses enfants,
ont l'immense tristesse
d'annoncer la disparition de
Alain CLERT
survenue à l'âge de 76 ans,
le 29 mai 2018, à Paris.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
par le père de La Morandais,
en l'église Saint-Roch,
Paris (1er),
le lundi 4 juin, à 10 h 30.
Ni fleurs ni couronnes,
des dons peuvent être faits
à la fondation de recherche
sur le cancer :
francis.taulelle@kuleuven.be
Anne Maitre,
sa compagne,
Patricia et Hina,
ses filles,
Jean-Michel Boris,
son neveu,
ont la douleur de faire part
du décès, le 28 mai 2018, de
Paulette COQUATRIX
veuve de
Bruno Coquatrix
Les obsèques auront lieu
au cimetière du Père-Lachaise,
à Paris (20e),
le mardi 5 juin 2018, à 10 h 30.
Denis et Olivier George,
ses enfants,
Xavier, Claire, Alban,
ses petits-enfants,
ses neveux et nièces
des familles Batherosse,
Mercier et Tisserand,
le 30 mai 2018.
Tours.
Il a plu au Seigneur
de rappeler à Lui, le
lieutenant-colonel (h.)
de CHARRY
Saint-Cyr,
promotion Nouveau Bahut,
officier de la Légion d'honneur,
le lundi 28 mai 2018.
Partagez votre bonheur
...et recevez Le Figaro
gracieusement
pendant 3 mois
La cérémonie religieuse
aura lieu
le samedi 2 juin 2018,
à 11 heures, en l'église
de Château-la-Vallière
(Indre-et-Loire).
De la part de
la vicomtesse de Charry (†),
son épouse,
Renaud de Charry (†),
Georges de Charry (†),
Stéphane de Charry,
Xavier (†) et Joëlle de Charry,
Paul et Caroline (†) de Charry,
Martine de Charry,
ses enfants,
ses petits-enfants
et ses arrière-petits-enfants,
Tél. 01 56 52 27 27
Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
www.carnetdujour.lefigaro.fr
le lundi 28 mai 2018,
dans sa 88e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le lundi 4 juin,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Honoré-d'Eylau,
66 bis, avenue
Raymond-Poincaré
Paris (16e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Chantal et Bruno Rémond,
Marie-Anne et Jean-François
Gracieux,
Nathalie et Emmanuel
Rémond,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Josette R ÉMOND
veuve de
historien,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
par le père Henri Madelin, s.j.,
ce vendredi 1er juin,
à 15 heures, en l'église
Saint-Pierre-de-Montrouge,
Paris (14e).
Edmond GEORGE-FALQUE
survenu le 28 mai 2018,
à l'âge de 97 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 5 juin, à 15 heures,
en l'église Saint-Sulpice,
place Saint-Sulpice,
Paris (6e),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Montparnasse,
3, boulevard Edgar-Quinet,
Paris (14e).
38, rue de Vaugirard,
75006 Paris.
La Tronche (Isère).
Mme Yves Gilbert,
son épouse,
Florence et Philippe Gascon,
Isabelle et Martin Riegler,
Nathalie Gilbert,
Bénédicte Gilbert,
Armelle et Nicolas Viollet,
ses enfants,
ses 13 petits-enfants,
ses 7 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du décès du
Le vicomte
François Roy de Lachaise,
Thierry et Caroline
Roy de Lachaise,
Hugues et Marie-Alix
Roy de Lachaise,
Guillaume et Delphine
de Broch d'Hotelans,
Fabrice et Constance
Roy de Lachaise,
Géraud et Léonore, Gauthier,
Thaddée, Nicolas, Stanislas,
Esther, Maïlys, Mahaut,
Olivia, Romé, Théotime,
Mayeul, Nathanaël et Pacôme
ont la grande tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu
le 30 mai 2018, de la
vicomtesse François
ROY de LACHAISE
née Suzanne Canat de Chizy.
La messe d'enterrement
aura lieu en l'église
de Granieu (Isère),
le samedi 2 juin, à 15 heures.
Pour ceux pour qui ne pourront
être présents, une messe
sera célébrée le même jour,
à 10 heures, en l'église
de la Rédemption, à Lyon (6e).
survenu le 29 mai 2018,
à l'âge de 89 ans, à La Tronche.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Ferjus, à La Tronche,
le samedi 2 juin 2018, à 10 h 30,
suivie de l'inhumation
au cimetière des Salles (Loire).
comtesse Charles
SANDERET de VALONNE
née Marie-Françoise
d'Achon de Mont de Jeux,
le 26 mai 2018,
dans sa 99e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce vendredi 1er juin,
à 15 heures
en l'église Sainte-Colombe
de Champignelles (Yonne).
Château d'Asnières,
89350 Champignelles.
Caroline et Bruno Fournier,
sa fille et son gendre,
Alexandre et Arthur,
ses petits-fils,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Françoise TASSIN
M. et Mme Eric Levoir,
le comte et la comtesse
Yves de Saintignon,
M. et Mme Alexis Huc,
le comte et la comtesse
Olivier de Saintignon,
ses enfants,
ses 11 petits-enfants,
leurs époux et épouses,
JACQUES PESSIS
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi 4 juin,
à 15 heures, en la chapelle
de l'hôpital de Rambouillet,
5-7, rue Pierre-et-Marie-Curie.
Paulette Coquatrix nous a
quittés aussi discrètement
qu’elle a vécu. Elle s’est
éteinte à 102 ans, dans la
maison de Bourgogne où elle
avait choisi de s’installer
après la vente, à Jean-Marie
Messier, d’un Olympia, lié
dans son cœur à Bruno Coquatrix. Elle a 8 ans quand
sur la plage de Trouville, elle
croise un copain de son frère, sans imaginer qu’il deviendra, plus tard, l’homme
de sa vie.
Elle le retrouve par hasard, quelques années après,
en assistant à un spectacle
dans un cabaret de Pigalle,
dont il assurait la direction
artistique. Ce soir-là, il l’a
invitée à danser et ils ne se
sont plus jamais séparés.
C’est en pensant à elle qu’il a
écrit Mon ange qui veillait sur
moi, chanson devenue un
succès des années 1950.
C’était sa façon de remercier
celle qu’il surnommait « sa
petite fée », d’être présente,
à ses côtés, les soirs de
triomphe, mais aussi dans
les moments difficiles. Elle a
connu, entre autres, le
temps des productions
d’opérettes ou des pièces de
théâtre à la Comédie Caumartin, souvent déficitaires.
Elle est parvenue à combler
quelques trous en se lançant,
avec succès, dans la réalisation de costumes pour le
théâtre et le cinéma. Elle a
passé de longs week-ends
harassants à Cabourg,
quand Bruno Coquatrix a été
élu maire de cette ville chère
à Marcel Proust.
L'inhumation aura lieu
le mardi 5 juin, à 15 h 30,
au cimetière de Charroux
(Vienne), dans la sépulture
de famille.
condoléances
In memoriam
Le président
et les membres
du conseil d'administration de
l'association Les Ailes Brisées
s'associent
à la peine de la famille de
Serge DASSAULT
disparu le 28 mai 2018.
M. et Mme
Pascal Renouard de Vallière
et leurs enfants
ont appris avec tristesse
le décès de
un grand serviteur
de la France.
Ils adressent à
Mme Serge Dassault,
Olivier, Laurent,
Thierry, Marie-Hélène,
leurs enfants
et toute leur famille,
leurs sincères condoléances
et leurs vœux de réconfort.
ses frères, beaux-frères
et belles-sœurs,
les familles de Charry
et Budan de Russé.
font part du rappel à Dieu de la
Deauville.
Mme Arlette Le Roux
a la grande douleur
de vous faire part du décès
de son époux,
M. Francis LE ROUX
le 14 mars 2018.
La cérémonie religieuse
a été célébrée à Deauville,
le 21 mars 2018.
Denicé (Rhône).
Nicolas Mathieu,
Laurent Mathieu,
Benoît Mathieu,
Claudine Mathieu,
Martin Mathieu,
leurs épouses,
enfants et petits-enfants
ont la tristesse
de vous annoncer le décès de
Jacqueline MATHIEU
née Peronne,
survenu le 27 mai 2018,
à l'âge de 98 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce vendredi 1er juin, à 11 h 30,
en l'église de Denicé.
Cet avis tient lieu de faire-part.
comtesse
Jehan de SAINTIGNON
remerciements
Piaf, Brel et Montand
née Marie Rioult de Neuville,
dans sa 93e année,
le lundi 28 mai 2018.
La messe d'A-Dieu
sera célébrée
ce vendredi 1er juin, à 14 h 30,
en l'église
Saint-Jean-de-Montmartre,
Paris (18e).
La célébration d'inhumation
aura lieu
le samedi 2 juin, à 14 h 30,
en l'église Saint-Georges
de Basly (Calvados).
Charlotte Carrier,
son épouse,
ses petits-enfants
et leur maman,
son arrière-petit-fils,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Jean CARRIER
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
offices religieux
Saint-Arnoult (Yvelines). Paris.
Sophie Seveno,
Stanislas Seveno
ont la tristesse
de vous faire part du décès,
le mardi 29 mai 2018, de
M. Maurice SEVENO
chevalier
de la Légion d'honneur.
Une célébration religieuse
aura lieu dans la chapelle
de la basilique Sainte-Clotilde,
Paris (7e),
le mercredi 6 juin, à 11 heures.
Paulette Coquatrix, en 2003.
survenu à Rambouillet,
le mardi 29 mai 2018.
Serge DASSAULT
docteur Yves GILBERT
officier
de l'ordre national du Mérite,
Paulette Coquatrix,
la « petite fée » de l’Olympia
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
René Rémond
le 27 mai 2018,
à l'âge de 96 ans.
disparition
ses 17 petits-enfants
et leurs conjoints,
ses 32 arrière-petits-enfants
ses 27 arrière-petits-enfants
« Celui qui croit en moi,
même s'il meurt vivra. »
Jean, 11, 25.
Mariage
Mme Henry LE MAIRE
née
Véronique Marion de Procé,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
née Garnier,
La messe sera célébrée
le samedi 2 juin 2018,
à 10 h 30, en l'église
de Correns (Var),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Correns.
font part du rappel à Dieu de
Hugues, Hubert, Philippe
et Eric Sanderet de Valonne,
ses fils,
Elisabeth Bertin,
sa fille,
ses belles-filles,
Odile, Christine, Régine
et Catherine,
son gendre Guy,
La Fondation
Shmouel et Bassie Azimov
vous informe que
l'allumage des bougies
de Chabbat avec bénédiction
deux bougies pour
les femmes mariées, une bougie
pour les jeunes filles, se fera
ce vendredi 1er juin 2018,
avant 21 h 28,
(horaire pour l'Ile-de-France).
Le respect des lumières
de Chabbat conduira
aux lumières de la Rédemption.
Renseignements
Beth Loubavitch : 01 45 26 87 60.
Enfin, à partir du 5 février
1954, elle a vécu à l’Olympia. Maîtresse d’une maison
pas comme les autres, elle
est passée, pendant des jours
et d’innombrables nuits de
la salle à un appartement du
premier étage, où, après une
première, celles et ceux qui
étaient à l’affiche s’attablaient dans une petite cuisine pour savourer des pâtes
mitonnées
par
Bruno.
C’était l’instant du bilan
d’une soirée à laquelle Paulette avait assisté depuis un
fauteuil du rang F, qui lui
était
traditionnellement
réservé à l’occasion des
générales.
C’est là qu’elle a applaudi
des débutants qui s’appelaient Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Claude François,
Paul Anka, les Beatles, Michel Sardou ou Julien Clerc.
Elle a croisé Sacha Distel,
bien avant qu’il enregistre
Des pommes, des poires et
LECOEUVRE PHOTOTHEQUE/ABACA
des Scoubidous. Il travaillait
alors à un autre étage de
l’immeuble, dans les bureaux d’une édition musicale dirigée par Ray Ventura,
son oncle. Elle est restée debout pendant seize minutes,
comme les 2 000 autres
spectateurs, quand, en décembre 1960, Édith Piaf,
physiquement malade, a
entamé d’une voix intacte,
une série de récitals entrés
dans l’histoire. Elle était
également aux adieux de Joséphine Baker, mais aussi à
ceux de Jacques Brel, à l’instant des huit rappels, ou au
cours du dîner offert ensuite
par le créateur de Ne me
quitte pas. Elle n’a pas manqué d’essuyer une larme en
comprenant qu’à l’inverse
du titre de cette chanson, il
ne reviendrait pas sur sa
décision.
Des stars sont devenues
ses amis. À chacune de leurs
venues à Paris, Ginger Rogers et Caterina Valente
n’ont jamais manqué de
passer une journée avec elle.
Dans les années 1970, puis
peu de temps avant sa disparition, Yves Montand lui a
téléphoné pour lui demander l’autorisation de passer
quelques matins discrets à
l’Olympia, afin de vérifier
sur le terrain, ou plus exactement sur la scène, qu’il
était physiquement capable
d’assurer une rentrée au
music-hall.
La dame du rang F
Après la disparition de son
mari, le 1er avril 1979, Paulette Coquatrix a assuré la
relève, avec l’aide de Patricia, sa fille, et de Jean-Michel Boris, son neveu.
Quand la Société générale a
annoncé son intention de
mettre fin au bail de l’Olympia, afin de construire un
immeuble à la place du
music-hall, elle a entamé
une croisade avec le soutien
d’innombrables artistes, des
professionnels du spectacle
et du ministère de la Culture. Elle a ainsi gagné un
combat que peu de gens
prédisaient victorieux et obtenu de l’établissement bancaire qu’une nouvelle salle,
à l’identique, soit construite
à 80 mètres de celle qui était
condamnée à disparaître.
Certains soirs, quand le
spectacle était terminé et le
public parti, elle s’installait,
seule au premier rang d’une
salle seulement éclairée par
une veilleuse. Elle était alors
une ombre minuscule, dans
un immense décor étoilé, où
pour l’éternité, son âme occupe désormais une petite
place. Juste au-dessus du
rang F… ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 1er juin 2018
CHAMPS LIBRES
REPORTAGE
Quelque quatre-vingts collégiens issus de différents établissements de Trappes et Saint-Quentin (Yvelines) ont chanté Lully en costumes d’époque. Avec gestuelle et prononciation XVIIe de rigueur !
15
BAPTISTE OP CHABRIDON
ls le confessent. Leur passion, d’ordinaire,
c’est le basket ou les jeux vidéo. Les 15 et
17 mai dernier, ils étaient pourtant quatrevingts collégiens, issus de différents établissements de Trappes et Saint-Quentin, dans
les Yvelines, à chanter Lully en costumes
d’époque. D’abord à La Merise de Trappes.
Puis sous les ors de l’Opéra Royal du château de
Versailles. Avec gestuelle et prononciation XVIIe de
rigueur !
Un univers qui, il y a neuf mois, leur était pour la
plupart totalement étranger. « Ils ont fait un cheminement incroyable. Leur rapidité de réaction, rien que
sur les quinze jours de stage à La Merise qui ont précédé le spectacle, nous a sidérés. À commencer par leurs
professeurs. Ces derniers nous ont confirmé que depuis, ce n’étaient plus les mêmes collégiens », témoigne le metteur en scène Vincent Tavernier. Le directeur de la compagnie Les Malins Plaisirs s’est fait une
spécialité du « goût français » sous l’ère baroque.
Avec le chef d’orchestre Olivier Schneebeli et toute
l’équipe du Centre de musique baroque de Versailles
(CMBV), il est l’un des principaux maîtres d’œuvre
de Baptiste ou l’Opéra des farceurs. Une comédieballet écrite dans la manière du Grand Siècle, racontant la vie de Jean-Baptiste Lully à travers plusieurs
extraits d’opéras du surintendant de la musique de
Louis XIV et de vaudevilles populaires des XVIIe et
XVIIIe siècles. Une comédie-ballet qui est le fruit de
neuf mois de travail commun entre des collégiens,
des jeunes et des habitants de Trappes et les jeunes
Versaillais de la Maîtrise du CMBV.
« Ce spectacle vient couronner deux années de collaboration entre notre centre et la ville de Trappes. Ses
collèges mais aussi des centres sociaux. Des associations de réinsertion comme l’école de la deuxième
chance. Et des associations culturelles aussi diverses
que le Cercle celtique Seiz Avel, qui date des années
1970, ou la compagnie de hip-hop Black Blanc Beur.
Une cohabitation qui pouvait sembler improbable mais
qui a permis, au sein même de la ville de Trappes, de
changer le regard des générations les unes sur les
autres. Et de prouver que jeunes fous de hip-hop ou
gardiens du temple de la musique bretonne pouvaient
se retrouver autour d’un patrimoine commun », explique Cécile Rault, chef de mission de Générations
Lully. C’est sous ce nom de code qu’a été pensé le
projet de rapprochement entre le CMBV et la commune de Trappes, devenue zone de sécurité prioritaire en 2014.
« Un premier rapprochement s’était fait il y a trois
ans, de moindre envergure, sous la forme d’un simple
spectacle avec des scolaires autour des Indes galantes
de Rameau », poursuit-elle. Mais c’est l’État, par la
voix du précédent préfet d’Île-de-France, qui l’a
entériné il y a deux ans avec la signature de conventions de jumelages entre vingt et une zones de sécurité prioritaires et les établissements culturels publics nationaux. Une initiative que le préfet de
I
À l’instar du Centre
de musique baroque
de Versailles, qui a mené
un ambitieux projet
artistique avec des
collégiens et habitants
de Trappes sur Lully,
de plus en plus
de spécialistes
des musiques anciennes
soulignent la pertinence
de leur répertoire dans
les actions culturelles
à destination
des banlieues.
CMBV
Thierry Hillériteau
£@thilleriteau
l’époque, Jean-François Carenco, avait qualifiée de
« mariage entre culture et public fragilisé ». Mais un
projet qui, sur le papier, pouvait sembler pour le
moins… baroque ! Même pour les équipes du CMBV.
« En interne, beaucoup de voix considéraient que ce
n’était pas à nous de faire ça, glisse Nicolas Bucher,
directeur du Centre. Mais force est de constater qu’au
lendemain du spectacle, on ne parlait plus que de ça
dans les couloirs. » Arrivé depuis peu aux manettes
de l’institution - dont on fêtait l’an dernier le trentième anniversaire -, Bucher entend bien faire de
l’action culturelle l’un des axes forts du centre.
« Les accompagner dans cette éclosion »
À sa création, en 1987, par l’historien Philippe
Beaussant et l’organiste Vincent Berthier de Lioncourt (un familier du ministère de la Culture), l’établissement public donna une impulsion décisive au
renouveau baroque. Le mouvement était alors en
pleine éclosion. William Christie avait créé son ensemble Les Arts florissants quelques années plus tôt.
À la fois centre de recherche, de formation, grâce à
sa Maîtrise, et d’interprétation, le CMBV peut
s’enorgueillir d’avoir joué un rôle clef dans la redécouverte de nombreux compositeurs dont des pans
entiers de la musique avaient été oubliés. Mais « trop
longtemps, le Centre a été vu comme le simple gendarme de la musique baroque française, de sa redécouverte, de son interprétation et de son bon goût. Je suis
convaincu que le devoir de nos équipes est aussi d’aller
vers des publics qui ignorent jusqu’à l’existence de
cette musique, et de la formidable communion des arts
qui en découlait », proclame Nicolas Bucher.
Entre la première année (centrée sur des actions
de sensibilisation) et la création de Baptiste ou l’Opéra des farceurs, « Générations Lully aura touché mille
personnes ». Bucher ne compte pas en rester là. Pas
question de voir s’écrire, sans eux, la page qui vient
de s’ouvrir chez les Trappistes « qui ont été mordus
par le baroque dans le cadre de ce projet. À nous de
trouver une manière de les accompagner dans cette
éclosion ». Un avis partagé par Vincent Tavernier.
« Depuis la fin du spectacle, nous avons eu plusieurs
demandes de jeunes de Trappes qui voudraient savoir
comment continuer. » Même son de cloche du côté du
collège Gustave-Courbet de Trappes, où Marie-Pascale Périllon, la professeur de musique, a réussi à
embarquer toute une classe dans le projet. « Pour
beaucoup, l’assiduité fut difficile. Les quinze derniers
jours notamment étaient épuisants pour eux. Mais,
depuis que le spectacle est terminé, tous me disent que
ça leur manque. Ils ont beaucoup appris. Sur la
construction d’un projet dans la durée. Sur le vivreensemble. Sur la confiance et l’écoute. Chez certains,
cela a même permis de nouer avec leurs parents, impressionnés et intrigués par leur intérêt pour cette musique inconnue, un rapport privilégié. Et puis, pour eux
Souvent, ces jeunes n’osent pas franchir
les portes des écoles de théâtre
ou de musique de Trappes
»
NICOLAS BUCHER, DIRECTEUR DU CENTRE DE MUSIQUE BAROQUE DE VERSAILLES (CMBV)
comme pour nous, il était important de montrer qu’ils
pouvaient être au rendez-vous dans quelque chose qui,
dans l’imaginaire collectif, n’est pas Trappes. »
Ne pas perdre le lien qui vient de s’établir entre ces
jeunes et les autres associations culturelles de Trappes et le Centre de musique baroque ? Nicolas Bucher
y travaille. « C’est essentiel, car souvent ces jeunes
n’osent pas franchir les portes des écoles de théâtre ou
de musique de Trappes. » Il a rendez-vous sous quinze jours avec le conseil départemental des Yvelines.
Il aimerait pouvoir mettre en place une action culturelle structurelle sur le territoire. Pour cela, il lui faut
des soutiens. « Générations Lully a été financé en dehors du budget de fonctionnement du CMBV. La Région a apporté 180 000 euros, le Centre en a fait venir
autant du privé. » Il n’ambitionne pas de refaire tous
les ans Baptiste ou l’Opéra des farceurs. Mais « cette
action pourrait prendre la forme d’ateliers menés par
des intervenants du CMBV, à Versailles comme à
Trappes ». Il souhaiterait aussi que la Maîtrise puisse
collaborer plus régulièrement avec celle de Trappes.
Peut-être aussi avec la compagnie de danse Black
Blanc Beur. « Leur implication a été très importante,
raconte Vincent Tavernier. Les jeunes nous ont fait
confiance dès lors qu’ils savaient la compagnie associée au projet. C’était comme un parrainage. Cela leur
a permis de s’approprier plus facilement cet univers,
qu’ils croyaient à tort très éloigné du leur. »
Omniprésence de la danse. Idée d’un art agissant.
Mais aussi d’un art contestataire cohabitant avec
l’art officiel, comme dans les opéras de foire. Présence de l’improvisation. Influence sensible des musiques traditionnelles. Exotisme des instruments,
tant sur le plan sonore que visuel… Nombreux sont
les musiciens baroques qui soulignent, en effet, la
force d’évocation de leur répertoire sur les jeunes
d’aujourd’hui. A fortiori sur les jeunes de banlieues.
« La société baroque s’est beaucoup construite sur
des histoires d’immigrations, comme en témoigne le
personnage de Lully », rappelle Vincent Tavernier.
Ce que confirme encore Charles Minvielle, coordinateur du festival Passe ton Bach d’abord, organisé
par l’ensemble baroque de Toulouse et qui s’ouvre
aujourd’hui même dans la Ville rose. Dans le cadre
des préludes du festival, il organisait le mois dernier
une rencontre « Bach dans le rap » entre le rappeur
Ange B et un altiste baroque, à destination des jeunes
du quartier sensible du Mirail. «Tout le monde, musiciens comme spectateurs, en est sorti transformé.
Avec cette certitude que le monde baroque et les musiques d’aujourd’hui étaient finalement bien plus proches qu’on le pense. Ce pouvoir d’évocation est
d’autant plus fort qu’il peut s’incarner chez de jeunes
interprètes, soit dans l’âge soit dans l’esprit, très attachés au côté artisanal du spectacle vivant. Il échappe à
la codification des grandes institutions de musique
classique qui souvent fait peur. »
À la faveur d’un renouveau qui ne s’est jamais démenti, on voit en effet émerger des baroqueux de la
sixième ou septième génération à peine plus âgés que
les collégiens ou lycéens qu’ils rencontrent lors de
ces actions culturelles. Comme Valentin Tournet.
À 21 ans, ce jeune gambiste entre ce soir, pour trois
ans, en résidence au Festival d’Auvers-sur-Oise.
Résidence qui sera assortie d’un programme de sensibilisation auprès des scolaires. ■
A
Musique baroque en banlieue pour
des rencontres du troisième type
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vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
16
Devrons-nous choisir entre la démocratie
et notre modèle de liberté ?
l’Europe est fustigée parce que trop
libérale. D’où la surprise : les peuples
refusent-ils donc d’être libres ?
D’où la question angoissée des élites
de nos pays : faudra-t-il donc
« les forcer à être libres », selon
le mot d’ordre de Lénine - effaçant
ainsi la démocratie ?
Ou bien faudra-t-il,
démocratiquement, nous plier
à cette volonté populaire et
abandonner des pans de liberté ?
Allons-nous devoir choisir entre
la démocratie
et notre modèle
Une partie de nos élites ne croient
de liberté ?
plus à la démocratie, en raison
La vieille
Europe tremble
précisément des préférences
et
se défait devant
à leurs yeux inacceptables des peuples
cette question.
La réponse a déjà
été amorcée : une partie de nos élites
sortir de l’Europe, ils expriment
ne croient plus à la démocratie,
pourtant la ferme détermination
en raison précisément des préférences
de la transformer de l’intérieur.
à leurs yeux inacceptables des
C’est dans cet espoir que s’est
peuples. L’Europe institutionnelle
maintenu le groupe de Visegrad,
est dominée par une « idéologie
lequel, encore sous présidence
des professionnels », pour utiliser
hongroise, a tenu ces derniers jours
l’expression de Thomas Frank
à Budapest un important colloque
(dans son livre Pourquoi
sur le thème « L’avenir de
les riches votent à gauche), Europe
l’Europe », avec la participation
institutionnelle qui défend la liberté
de nombreux universitaires et
postmoderne contre les peuples.
politiques de tous
Ces derniers arguent de la démocratie
les pays d’Europe centrale.
(le nombre est de leur côté) pour
L’euroscepticisme, développé
imposer leurs opinions illibérales.
à ce point, par tant de pays et tant
Cette querelle idéologique est à la fois
d’acteurs, traduit pour commencer
lutte des classes et guerre des dieux,
un échec de l’Europe institutionnelle,
bataille entre deux nouveaux
sur lequel il faut réfléchir et dont
« grands récits », énième combat
il faudra tenir compte. Au reste, on
des antimodernes contre
voit bien que les critiques de l’Europe
les modernes. Parce qu’elle est lutte
s’affichent au nom d’une vision plus
des classes, elle porte le ressentiment
générale, qu’on pourrait dire illibérale
et le mépris ; parce qu’elle est guerre
- d’où l’existence d’une internationale
des dieux, elle porte la colère et
dépassant les frontières de l’Europe :
la mauvaise foi. Elle brise nos sociétés
l’un des invités du colloque
en clans irréconciliables, ouvrant
de Budapest était Steve Bannon.
des brèches profondes au sein même
Il apparaît clairement
des familles, comme toute brisure
que l’euroscepticisme est
nouvelle et, à ce titre, cruelle.
une conséquence de l’illibéralisme :
C’est la plus mauvaise passe
que nous traversons depuis la chute
du communisme.
Le rejet de la modernité ou
de certains de ses aspects commence
au début du XIXe siècle, anime
le romantisme allemand, inspire
les fascismes et corporatismes
d’entre-deux-guerres et voit
finalement sa légitimité fracassée
par le nazisme, qui, au nom
d’une idéologie antimoderne, a fait
ce que l’on sait. Le nazisme a profané
la contestation antimoderne. Ainsi,
la raison moderne devenue entretemps postmoderne, dès lors privée
de contradicteurs (aussitôt assimilés
au nazisme, donc jetés à la géhenne),
a exalté au-delà de toute limite
les libertés diverses, récusant
les identités particulières et
Italie s’ajoute
à la Grèce,
au Royaume-Uni,
à la Pologne,
à la Hongrie,
à l’Autriche,
à la République tchèque et
à la Slovaquie, soit à la très longue
liste des pays qui ont annoncé
démocratiquement ne plus vouloir
du modèle européen. Même si nombre
d’entre eux ne souhaitent pas,
contrairement au Royaume-Uni,
L’
«
qui réclame un certain
protectionnisme économique
n’est pas pour autant une injure
à l’État de droit. Remplacer
les directeurs des grands médias,
redécouper à son avantage
les circonscriptions : ce sont
des mesures que prennent la plupart
de nos gouvernements, quelle
que soit leur obédience. Mais mettre
en cause les pouvoirs de la Cour
constitutionnelle ? Il faut dire qu’en ce
qui concerne les gouffres, nous avons
tout connu au long du XXe siècle. Il est
donc naturel et plutôt sain que nous
soyons vigilants. Cependant, nous ne
pouvons plus continuer à décrire tous
ces acteurs comme des imbéciles
et des extrémistes. Car l’affaire est
infiniment plus complexe et vaut
qu’on s’y attarde. Face aux élites qui
ont tendance à vouloir une liberté
absolue, c’est-à-dire indépendante
des facteurs et des circonstances,
les peuples ont tendance à vouloir une
liberté située, inscrite dans les réalités.
Prenons l’exemple périlleux de
l’immigration. Nous avons l’habitude
de considérer comme des xénophobes
et des racistes, donc à réduire
ad hitlerum, tout pays qui refuse
des migrants ou érige des murs.
Nous considérons la question de
l’immigration comme un drame.
Un drame est une situation grave dans
laquelle on sait où est le Bien, sans
savoir si l’on parviendra à le rejoindre,
étant donné les difficultés. Le Bien
consiste à accueillir chez nous
les immigrés demandeurs, mais
y parviendrons-nous ? Voilà le drame.
Cependant, pour les démocraties
illibérales, la question
de l’immigration n’est pas un drame,
mais une tragédie. La tragédie est
une situation dans laquelle deux
valeurs se combattent, l’une et l’autre
tout aussi importante et affamée. Ici,
le Bien consiste à accueillir les réfugiés
errants, et le Bien consiste aussi
à préserver notre culture et notre
identité. En situation de tragédie,
la décision ne consiste pas à courir
vers le Bien à toutes jambes en
s’oubliant soi-même, mais à mesurer
au regard de la situation les deux
valeurs qui se contredisent. Il faut
ajouter que, dans toute situation
de tragédie, qu’elle soit personnelle
ou collective, la conscience seule
peut décider, tant la chose
est complexe.
C’est pourquoi les peuples
en question jugent assez répugnantes
les admonestations morales venues
des autres.
Les peuples d’Europe centrale, par
exemple, ont fait le choix d’assumer
l’accueil des réfugiés ukrainiens
(sans doute près de 2 millions à ce jour
en Pologne) et trouvent assez mal
venu qu’on leur
reproche de ne
Nous ne pouvons plus continuer
pas s’ouvrir aux
à décrire tous les dirigeants d’Europe
Syriens ou aux
Afghans. De quoi
centrale et les électeurs comme
se mêle-t-on ?
des imbéciles et des extrémistes
La situation
de tragédie
n’a d’instance
surplombante que la conscience –
les définitions, effaçant, comme
j’entends la sienne propre,
le disaient Horkheimer et Adorno,
et non celle des autres !
« les dieux et les qualités ». L’Europe
Vouloir réduire une tragédie
institutionnelle, à cet égard, n’a pas
à un drame, c’est tronquer la réalité.
échappé aux excès, en termes
La situation actuelle est très grave
de déni de l’identité, par exemple.
parce qu’elle ne concerne pas
Mais l’apparition sur la scène
seulement un combat idéologique,
des peuples d’Europe centrale,
mais une guerre de classes. Il est
dont l’histoire est assez douloureuse
peu probable que nous ayons à choisir
pour leur épargner la crainte
entre la démocratie et la liberté.
de la reductio ad hitlerum, a changé
Les démocraties illibérales ne
la donne. Aussitôt entrés, ils entament
réclament pas des dictatures,
la récusation des modèles libéraux
comme c’était le cas pour plusieurs
postmodernes - incluant la liberté
pays européens dans les années 1930.
politique, économique et sociétale –
Elles réclament de replacer la liberté
et, au fond, la société de marché,
dans la réalité – la liberté de circuler
où, par la grâce de la liberté
ne saurait être absolue, elle se heurte
toute-puissante, l’esprit lui-même
à la question de l’identité culturelle.
a valeur marchande. Il s’agit encore
Cependant, si les élites s’entêtent
d’une résistance au déploiement
à récuser les réalités, elles finiront
de la vision moderne, ici
par rendre les peuples fous, menaçant
postmoderne : mondialisme
ainsi les libertés : on finit toujours
et cosmopolitisme, émancipation,
par perdre ce qu’on a refusé
libéralisme sur tous les plans.
de définir – donc de limiter.
Tout courant politique peut s’avérer
* Membre de l’Institut, Chantal Delsol
dangereux en raison des fous furieux
dirige, avec Joanna Nowicki,
qui naviguent sur ses bords.
le « Dictionnaire encyclopédique
Et les démocraties illibérales,
des auteurs d’Europe centrale et
qu’on appelle ainsi parce que ce ne
orientale depuis 1945 », en préparation,
sont pas des dictatures, nous donnent
et qui sera publié en 2019 aux Éditions
l’impression de se tenir tout près
Robert Laffont.
des gouffres. Un gouvernement
DESSIN CLAIREFOND
»
CHANTAL DELSOL POUR « LE FIGARO »
Les Italiens rejoignent désormais Polonais, Hongrois et Tchèques
dans leur volonté, non pas de sacrifier les libertés individuelles,
mais de prendre aussi en compte leurs mœurs et leurs valeurs
nationales, explique la professeur de philosophie politique*.
U
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V
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J
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Louis XVI, l’incompris
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Peu préparé à régner, Louis XVI n’en mit pas moins en
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LE FIGARO
vendredi 1er juin 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Ivan Rioufol
irioufol@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/rioufol
L’Europe se perd, en étouffant les peuples
a politique de l’étouffoir,
encouragée par l’Union
européenne aux abois, ne fera
pas taire la colère des peuples.
C’est à un jeu dangereux que
se prêtent les dirigeants,
à commencer par Emmanuel Macron,
qui justifient la censure sur Internet,
veulent interdire les « fake news »
(fausses nouvelles), rejettent les votes
des électeurs indociles. Les sermonnaires
dénoncent en Vladimir Poutine une
injure à la démocratie. Mais eux-mêmes
se comportent en autocrates quand ils
craignent la parole libérée. Cette
intolérance attise les braises. Il faut
vouloir être sourd pour ne pas entendre
les protestations des réseaux sociaux ou
des consultations électorales. Le sommet
L
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
ENTRE GUILLEMETS
1er juin 1815 : mort
de Berthier, organisateur
des campagnes
de Napoléon.
Mémorial
de Saint-Hélène
BRIDGEMAN IMAGES/RDA/BRIDGEMAN IMAGES
Berthier […] expédiait
à son tour
tous les ordres
et les différents
détails particuliers
avec une régularité,
une précision
et une promptitude
admirables,
disait l’Empereur
»
dans la provocation de la caste a été
atteint, dimanche, avec le pied de nez
de Sergio Mattarella, le président italien,
aux électeurs de la péninsule. Ceux-ci
avaient donné, le 4 mars, une majorité
parlementaire aux mouvements
antisystème : un choix que l’UE et ses
soutiens ont jugé inacceptable.
Il est loisible de parler de coup d’État
légal pour qualifier la décision
de Mattarella d’entraver la formation
du gouvernement issu des urnes. Certes,
la Constitution italienne permet
au président d’avoir son mot à dire sur
la préservation des intérêts supérieurs
de l’Italie. Mais lui-même est dépourvu
de légitimité : Mattarella a été désigné
par l’ancienne majorité parlementaire
du Parti démocrate, qui a perdu les
élections. Son refus de nommer
à l’Économie Paolo Savona, coupable
d’avoir qualifié l’euro de « prison
allemande », s’est opposé à la volonté
des vainqueurs du scrutin (la Ligue
et le Mouvement 5 étoiles). La pression
de l’UE, c’est-à-dire des marchés
financiers et des agences de notation,
a été plus forte que l’expression
majoritaire. Or c’est ce coup de force que
Macron a approuvé en déclarant :
« Mattarella a fait preuve de courage
et d’un grand esprit de responsabilité. »
Cette violation d’un processus
démocratique révèle la dérive
autocratique de l’UE, dont le chef de
l’État français est l’avocat de moins en
moins convaincant. Ceux qui reprochent
à cette Union sans affect son éloignement
des gens et son mépris des nations ont,
avec cette déclaration de guerre aux
populistes, confirmation de leurs
accusations. Lors de l’accord de coalition
passé entre les deux mouvements
antisystème, le ministre français de
l’Économie, Bruno Le Maire, avait déjà
jugé bon, l’autre jour, de faire la leçon
aux Italiens : « Chacun doit comprendre en
Italie que l’avenir de l’Italie est en Europe
et nulle part ailleurs. » Matteo Salvini (la
Ligue) avait eu beau jeu de lui rétorquer :
« Que les Français s’occupent de la France
et ne mettent pas leur nez dans les affaires
des autres. » Les nouvelles élections,
rendues nécessaires depuis ce blocage
institutionnel, s’annoncent risquées pour
l’avenir de l’UE, voire de l’euro. La chute
du Système est envisageable.
Le rejet des États souverains a toujours
été la faille de cette Europe de la
globalisation. En 2015, Jean-Claude
Juncker, président de la Commission
européenne, avait avoué : « Il ne peut pas
y avoir de choix démocratique entre les
traités européens. On ne peut pas sortir de
l’euro sans sortir de l’Union européenne. »
Mardi, le commissaire Günther Oettinger
a renchéri : « Les marchés vont apprendre
aux Italiens à bien voter. » Cette
arrogance souligne l’irresponsabilité des
eurocrates. Qui pleurerait leur mise en
congé ? Dans C’était de Gaulle, Alain
Peyrefitte relate sa conversation avec le
Général, en 1964, à propos de
l’impossibilité de quitter le traité de
Rome. De Gaulle : « C’est de la rigolade !
Vous avez déjà vu un grand pays s’engager
à rester couillonné […] ? Non. Quand on est
couillonné, on dit : “Je suis couillonné. Eh
bien, voilà, je fous le camp !” » Les Italiens,
et bien d’autres, commencent à penser
tout pareillement…
Despotisme bruxellois
Plus l’UE peine à séduire, plus elle
se fait despote. Les citoyens réclament,
partout, plus de démocratie directe
et moins d’interdictions de penser. Mais
Bruxelles s’entête dans une résistance
incongrue. L’Europe force au silence
des urnes insolentes et veut mettre sous
surveillance le trop libre Internet.
Au prétexte de lutter contre les « discours
de haine », l’UE impose depuis 2016
un « Code de conduite » aux acteurs des
réseaux sociaux. Facebook, Twitter,
YouTube, Microsoft, Instagram, Google+,
Snapchat ont avalisé la traque
au politiquement incorrect, également
promu par la Silicon Valley
et la macronie. Cette préoccupation
est légitime quand il s’agit de terrorisme
ou de pédophilie en ligne. Elle est
inquiétante quand l’UE prétend lutter
contre des « propos racistes
ou xénophobes ». Quiconque émet des
réserves sur les bienfaits de
l’immigration ou de l’islam peut tomber
sous ces accusations des censeurs. C’est
ainsi que le compte Facebook
de Génération identitaire a été fermé
à la demande des pouvoirs publics, tandis
que celui des black blocs, néofachos
d’extrême gauche, reste ouvert.
En apparence, Macron se montre
sensible à la liberté d’expression. À ceux
de la communauté turque en France qui
ont exigé cette semaine le retrait des
kiosques de la une du Point qualifiant le
président turc de « dictateur », il a
tweeté : « La liberté de la presse n’a pas de
prix : sans elle, c’est la dictature. » C’est
pourtant le chef de l’État qui est à
l’origine de la proposition de loi
liberticide sur les « fake news »,
actuellement examinée en commission
des lois. Cette législation viserait à faire
cesser en référé la diffusion
d’informations « manipulées » en période
électorale. Cependant, le risque est de
voir la justice décider ce qu’il serait
permis de dire, en fonction d’une vérité
d’État qui entrerait en contradiction avec
la liberté d’expression et ses inévitables
excès. Alors que les lois sur la presse
multiplient, depuis 1881, les entraves à la
libre parole, rien n’est moins urgent que
ces nouveaux obstacles qui s’ajoutent à la
dictature de la pensée officielle. Le
nouveau monde ne se reconnaît pas dans
cette macrocrature.
Geste héroïque
Même le FN n’a pas émis la moindre
réserve après la décision du chef de l’État
d’honorer Mamoudou Gassama pour
son geste héroïque, filmé et diffusé sur
Internet. Ce jeune clandestin malien, qui
a sauvé un enfant en escaladant quatre
étages d’un immeuble parisien en moins
de 40 secondes, a été reçu à l’Élysée
avant d’être régularisé. Sa naturalisation
sera accélérée. Le geste de Marin, jeune
Lyonnais grièvement blessé en 2016 pour
être venu à l’aide d’un couple agressé
parce qu’il s’embrassait, n’a pas eu droit
à un tel engouement. La naturalisation
des héros étrangers accélèrera-t-elle
semblablement la déchéance
de nationalité des crapules ?
VOX
ANALYSE
Guillaume Guichard
gguichard@lefigaro.fr
Hollande, Macron : gare à ces
impôts qui tuent la croissance
a fiscalité n’est pas seulement
un art complexe, c’est aussi
un art dangereux. Les
politiques ayant la main trop
lourde en cette matière
risquent de casser
la croissance. François Hollande avait
étouffé l’économie au début de son
mandat sous une masse d’impôts en plus.
Même s‘il a actionné ce levier fiscal avec
moins de brutalité que son prédécesseur
socialiste, Emmanuel Macron fait face à
un risque similaire. Il a, certes, réformé
l’ISF (limité désormais au patrimoine
immobilier et rebaptisé IFI), instauré une
flat tax de 30 % sur les revenus financiers
et réduit d’un tiers la taxe d’habitation
pour 80 % des ménages.
Mais faute de réaliser des économies
suffisantes pour financer ces « cadeaux »
faits d’une main, le président a augmenté
les impôts de l’autre. La CSG a été
alourdie, en premier lieu pour les
retraités. Les taxes sur le carburant ont
été augmentées plus fortement encore
que les années passées. Cette dernière
mesure est d’autant plus douloureuse
pour les ménages qu’elle se conjugue
à la hausse des prix du pétrole.
Macron va-t-il subir le même sort que
Hollande ? Dès l’été 2012, l’ex-président
socialiste avait cassé la croissance en
voulant redresser les finances publiques
et financer ses généreuses mesures
sociales par un matraquage fiscal
L
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
le risque, sans en saisir complètement
l’ampleur. En décembre, il avait anticipé
que les hausses de taxe « ralentiraient
franchement» le pouvoir d’achat durant
la première moitié de l’année et tablait
sur une consommation « modérée »
des ménages. Mercredi, ses dernières
statistiques ont montré qu’il a péché
par optimisme. Déjà fragile,
la consommation est devenue atone.
Plus inquiétant, les ménages ne sont
pas les seuls maltraités cette année.
Les entreprises
le sont aussi.
Les mesures fiscales ont assommé
crédit d’impôt
les consommateurs en début d’année. Le
compétitivité
La croissance a ralenti et la surprenante emploi (CICE)
est devenu moins
reprise de 2017 paraît déjà fragilisée
favorable cette
année, ce qui devrait rogner leurs marges
Aujourd’hui, certains dans l’entourage
de plusieurs milliards d’euros. De quoi
de Hollande regrettent cette folie fiscale.
refroidir les dirigeants qui hésitent
Même l’OFCE, centre de recherche
encore à investir en cette période
économique classé à gauche, critique
de reprise fragile.
la frénésie fiscale de 2012 : « L’ampleur
À écouter les uns et les autres au sein
du choc fiscal, dont l’impact négatif avait
de la majorité, ce début de mandat serait
été sous-estimé par le gouvernement,
un mauvais moment à passer.
n’était pas compatible avec une baisse
À la différence de Hollande, Macron
du chômage au cours de la première moitié
a prévu une trajectoire de baisse
du mandat. » Le « ras-le-bol fiscal »
d’impôts d’ici 2022, pour les ménages
a tué « l’inversion de la courbe ».
comme pour les entreprises. Il faut
En ce début 2018, les mesures fiscales
espérer que les Français, échaudés
de Macron ont contribué à assommer les
par ce début de quinquennat
consommateurs. La croissance a ralenti
fiscalement pesant, en voient réellement
et la surprenante reprise de 2017 paraît
les fruits.
déjà fragilisée. L’Insee avait perçu
en règle. Imposition progressive
des revenus du capital, tranche
supplémentaire de l’impôt sur le revenu
à 45 %, coup de rabot sur le quotient
familial, déplafonnement des cotisations
maladie des indépendants… À cause
de ces mesures, le pouvoir d’achat
a reculé durant les deux premières
années de mandat. La consommation
en a grandement souffert, maintenant
la croissance française à un niveau
désastreusement bas.
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
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Président-directeur général
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Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
… ITALIE
- « Les dirigeants de la Ligue
et du M5S sont bien plus
futés que Marine Le Pen
et Jean-Luc Mélenchon »,
par Christophe Bigot,
essayiste.
- « La coalition Lega/M5S
avait pour elle une
légitimité démocratique
indéniable », par Coralie
Delaume, essayiste
et coauteur de « La Fin
de l’Union européenne »
Michalon, 2017).
…
LOGEMENT
« Ce n’est pas une loi
qui résoudra la crise
du logement », par Hervé
Legros, présidentfondateur du groupe Alila.
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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1er cahier 18 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
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Sur certaines éditions :
Supplément 4
Magazine 184 pages
Cahier TV 72 pages
Supplément 5 Madame
104 pages
Promo Portage Audi,
Collector Square
et Engel & Völkers :
diffusion sur une partie
du territoire national
A
LE BLOC-NOTES
17
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
18
Jean-Marie Guénois
jmguenois@lefigaro.fr
l en impose, le patriarche Béchara Boutros
Raï. Ce patriarche de l’Église maronite
- une des grandes Églises orientales de
l’Église catholique, qui autorise notamment
les prêtres mariés - est l’une des grandes figures du Liban. Dans cet univers politique
et social complexe, il incarne la stabilité d’une Église qui a forgé ce pays depuis des siècles et qui garde
toujours un rôle « politique », au sens sociétal du
terme. En particulier aux heures sombres, quand
cette Église a aidé ce peuple à traverser tant
d’épreuves. Mais l’Église maronite, dont il est le
chef, n’est pas seulement une institution au pays du
Cèdre, elle joue aussi un rôle décisif sur le plan international pour la défense des chrétiens d’Orient.
Rayonnement d’autant plus efficace que les maronites libanais vivent en partie en diaspora sur tous
les continents du monde. Tous les deux ans environ, le patriarche Raï, 78 ans, qui est aussi cardinal,
parfait francophone, visite ses communautés en
France, une occasion d’entretenir des contacts au
plus haut niveau. Cet homme qui compte sur
l’échiquier du Moyen-Orient a notamment été
reçu cette semaine, en France, par le président de
la République et le premier ministre.
LE FIGARO. - Vous avez rencontré le président
Macron pour la première fois à l’Élysée.
Le Liban découvre-t-il en lui un ami proche ?
Béchara RAÏ. - Emmanuel Macron est une personne qui n’entend pas seulement avec les oreilles,
mais aussi avec le cœur. Il comprend ce que vous
dites. Il « sent » avec vous. Il n’est pas figé sur ses
positions. Il vous donne confiance. Ça, c’est grand !
Nous disons qu’écouter avec le cœur, c’est déjà résoudre la moitié du problème de votre interlocuteur. Et, parfois, on a vraiment besoin d’avoir quelqu’un qui vous écoute. Évidemment, en France,
nous sommes toujours à l’aise : nous parlons avec
RENCONTRE
I
En France, nous sommes
toujours à l’aise : nous
parlons avec des amis,
parce que mille ans de vie
avec les Français, cela crée
une amitié vraie. Ce
ne sont pas des amis
de circonstances… Ainsi,
la France, qui est une voix
importante, a toujours été
du côté du Liban dans
toutes les péripéties de son
histoire. F. NASSER/REUTERS
Béchara Raï : « On donne de la valeur
au pétrole, mais pas aux chrétiens d’Orient »
En visite en France, le patriarche des maronites a rencontré Emmanuel Macron
pour évoquer les tensions liées à la présence des réfugiés syriens au Liban.
des amis, parce que mille ans de vie avec les Français, cela crée une amitié vraie. Ce ne sont pas des
amis de circonstances… Ainsi, la France, qui est
une voix importante, a toujours été du côté du Liban dans toutes les péripéties de son histoire,
même si les décisions pour le Moyen-Orient dépendent de la communauté internationale.
Il est vraiment
« temps
de terminer
cette guerre.
La communauté
internationale
est-elle incapable
de parler de paix ?
Faut-il ne parler
que de guerre !
C’est une honte
pour notre
siècle
»
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BÉCHARA BOUTROS RAÏ,
PATRIARCHE DE L’ÉGLISE
MARONITE
L’avez-vous alerté sur le sort des chrétiens
d’Orient ?
Ce fut l’un des points de notre conversation. Au
Moyen-Orient, les chrétiens ne sont pas des intrus.
Et encore moins une « minorité ». Les chrétiens
sont arrivés 600 ans avant l’islam. Cela veut dire
que la culture de base de tout le Moyen-Orient est
une culture chrétienne. Nous avons aussi formé la
modération musulmane. Car il faut distinguer les
musulmans du Moyen-Orient de ceux qui font la
guerre. Or, si la présence chrétienne se réduit encore, nous perdrons un élément essentiel qui assure la modération musulmane. Nous transmettons
aussi nos valeurs chrétiennes, les valeurs de la
francophonie, l’aspect moderne de la vie, la liberté,
l’égalité, le pluralisme, des droits de l’homme. Je
ne nie pas la culture musulmane, elle a ses valeurs.
Mais, quand les chrétiens ne sont plus suffisants en
nombre, nous perdons beaucoup. On donne une
valeur au pétrole, aux ressources naturelles, on ne
donne pas une valeur aux chrétiens du MoyenOrient. Cette ressource importante est négligée.
Pourquoi les chrétiens quittent-ils le Liban ?
Ce fut le point essentiel de notre conversation. Si
les chrétiens - comme les musulmans - quittent le
Liban, c’est parce que le pays va très mal économiquement. On nous félicite parce que nous accueillons 1 750 000 réfugiés syriens et 500 000 Palestiniens, soit plus de la moitié de notre
population, mais la Syrie est trois fois plus grande
que le Liban. Il y a des zones immenses qui sont sécurisées. Les Syriens peuvent donc rentrer chez
eux. C’est leur droit, c’est leur pays, c’est leur
culture, leur civilisation. Mais ces réfugiés ne sont
pas encouragés à rentrer pour des raisons politiques. J’ai donc demandé au président Macron de
nous aider à les encourager à rentrer. Nous sommes très solidaires avec les réfugiés, humainement
et socialement, mais nous avons aussi une population qui vit à 30 % en dessous du seuil de pauvreté.
Il est donc temps de laisser le peuple syrien rentrer
chez lui. Sinon le Liban encourra un sort fatal à
long terme. Cette guerre en Syrie nous a aussi détruits, et nous ne voyons pas venir la paix. C’est
pourquoi nous avons aussi évoqué la possibilité et
l’utilité d’organiser une conférence internationale
de paix pour le Moyen-Orient. Il est vraiment
temps de terminer cette guerre. La communauté
internationale est-elle incapable de parler de
paix ? Faut-il ne parler que de guerre ! C’est une
honte pour notre siècle.
Vous êtes très inquiet pour la francophonie ?
En août 2017, le Parlement a voté une loi pour augmenter le salaire des professeurs, mais cette mesure menace les écoles privées et catholiques qui ne
sont pas du tout subventionnées. La scolarité doit
augmenter d’environ 500 euros. Imaginez si vous
avez trois enfants ! La majorité des parents sont incapables de payer cela. C’est une catastrophe sociale. Résultat : ces écoles vont fermer leurs portes
et, avec elles, une éducation de qualité, en particulier pour l’enseignement du français. J’ai aussi évoqué ce sujet avec Emmanuel Macron, car le lycée
français, qui a dû fermer ses portes, est aussi
concerné. La francophonie est en jeu. ■
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vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO - N° 22 955 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
SOFTBANK MISE
2,25 MILLIARDS
SUR LA VOITURE
AUTONOME DE
GENERAL MOTORS
lefigaro.fr/economie
WEWORK
LE GÉANT AMÉRICAIN
DU COWORKING DÉBARQUE
SUR LES CHAMPS-ÉLYSÉES PAGE 23
BPCE
LES DÉFIS DU NOUVEAU
PATRON DU GROUPE
Laurent
BANCAIRE PAGE 22
Mignon
VINCENT ISORE/IP3 PRESS/MAXPPP , MARA ZEMGALIETE - STOCK.ADOBE.COM, NICHOLAS KAMM/AFP
Trump déclenche
la guerre
commerciale
Washington a mis ses menaces à exécution
en taxant l’acier et l’aluminium importés.
L’Europe riposte. PAGE 20
La grève coûtera 400 millions d’euros à la SNCF
Quatre cents millions d’euros.
C’est le coût estimé de la grève à la
SNCF si celle-ci se termine mijuin, comme l’espèrent ses dirigeants. Ce montant, évalué par la
direction de l’entreprise, comprend le manque à gagner pour
une trentaine de journées de grève
et le montant des remboursements et mesures de compensation. Jusqu’à présent, la SNCF estimait à 20 millions d’euros le coût
d’une journée de débrayage. Mais
le coût d’un mouvement de lon-
LOISIRS
Rénové, le jardin
d’Acclimatation
rouvre ses portes
PAGE 23
LA SÉANCE
DU JEUDI 31 MAI 2018
CAC 40
5398,40 -0,53%
DOW JONES (18h)
24502,82 -0,67%
ONCE D’OR
1305,35 (1300,70)
PÉTROLE (lond)
77,730 (77,380)
EUROSTOXX 50
3406,65 -1,00%
FOOTSIE
7678,20 -0,15%
NASDAQ (18h)
7005,37 +0,42%
NIKKEI
22201,82 +0,83%
magés pour les mois d’avril et de
mai. Guillaume Pepy, le président
de SNCF Mobilités, a aussi promis
le mois dernier qu’une vaste opération de « reconquête des
clients » avec 3 millions de billets
de TGV à petit prix réconcilierait
les voyageurs avec le train cet été.
Mais la Fnaut, la principale association de voyageurs, a rétorqué
que cette opération - déjà orchestrée l’année dernière - n’était
qu’un rideau de fumée. La Fnaut
s’attendait à un geste commercial
plus généreux. Les quatre organisations syndicales à l’origine de la
grève « en pointillé » n’ont toujours pas mis fin à leur mouvement contre le projet de réforme
ferroviaire dont le vote solennel
au Sénat est prévu le 5 juin. Les
députés et les sénateurs devraient
ensuite se mettre d’accord sur le
texte de loi en commission mixte
paritaire le 13 juin, date à laquelle
la CFDT et l’Unsa pourraient sortir
de la grève.
L'HISTOIRE
VALÉRIE COLLET
PUBLICITÉ
Hambourg franchit le pas
de l’interdiction de circulation du diesel
L
a décision est symbolique et son
impact sera limité. Mais en décidant
d’interdire deux rues de son
centre-ville aux véhicules diesels
les plus polluants, Hambourg a
franchi un pas décisif pour toute l’Allemagne.
Depuis jeudi, la cité hanséatique est la
première ville du pays à avoir mis en œuvre
une interdiction de circulation tant redoutée
par les industriels, les conducteurs
et le gouvernement. Deux tronçons sont
concernés, l’un
de 1 600 mètres, où
sont interdits les vieux
camions diesels, l’autre
de 580 mètres autorisé
seulement aux
véhicules respectant la
norme Euro-6 sur les
émissions d’oxyde
d’azote (NOx). Des
itinéraires de délestage
sont possibles et
nombre d’exceptions
ont été accordées pour
les riverains ou les
livraisons. Mais peu
importe : l’interdiction
de circulation des véhicules diesels trop
polluants est une menace qui plane depuis
plusieurs années sur l’Allemagne. Alors, c’est un
choc dans ce pays où le diesel a longtemps été
érigé en modèle. Après que le gouvernement
et les autorités locales ont tardé à réagir,
les tribunaux s’en sont saisis l’année dernière.
Des militants écologistes ont déposé des
plaintes dans quelque 90 villes où ne sont pas
respectées les normes d’émission de NOx.
En leur donnant raison, les juges ont estimé que
seules des interdictions
permettront d’obtenir
un résultat à court
terme. Affolés,
les constructeurs
et le gouvernement
ont cherché à gagner
du temps en promettant
le rééquipement des
véhicules trop anciens.
Mais Hambourg a décidé
d’agir sans attendre
pour éviter
d’éventuelles
amendes. ■
NICOLAS BAROTTE
(À BERLIN)
LABEL EXCELLENCE 2018
BÉNÉFICIEZ
D’UNE EXPERTISE
RECONNUE
EN BOURSE
J’aime ma banque.
Source Profideo, septembre 2017
Fortuneo est une marque commerciale d’Arkéa Direct Bank. Arkéa Direct Bank,
Société Anonyme à Directoire et Conseil de Surveillance au capital de 89 198 952
euros. RCS Nanterre 384 288 890. Siège social : Tour Ariane - 5, place de la Pyramide
92088 Paris La Défense. Courtier en assurance n° Orias 07 008 441.– Adresse postale :
FORTUNEO - TSA 41707 - 35917 RENNES CEDEX 9.
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
gue durée est moins élevé. Ces
400 millions d’euros comprendront les nouvelles mesures d’indemnisation que la SNCF devrait
annoncer ces prochains jours.
Début mai, la SNCF avait déjà
averti que les abonnements au
TER seraient vendus à moitié prix
en juin pour compenser la grève
d’avril. Cette fois, il s’agit d’indemniser les voyageurs du TER
pour les perturbations du mois de
mai. Les voyageurs d’Île-deFrance seront également dédom-
General Motors a trouvé un allié de
poids et aux poches profondes pour
accélérer dans la voiture autonome.
Le constructeur américain a décidé
d’ouvrir le capital de sa division GM
Cruise, consacrée au développement des véhicules autonomes. Le
japonais Softbank va y investir
2,25 milliards de dollars (1,92 milliard
d’euros), ce qui lui permettra d’en
acquérir 19,6 %. Une fois cette opération effectuée, General Motors
apportera pour sa part 1,1 milliard de
dollars à GM Cruise.
Une opération bienvenue, tant les
investissements pour développer la
voiture sans chauffeur sont colossaux. Dan Ammann, le président de
GM, a précisé, lors d’une conférence
de presse, que ces investissements
permettront de déployer des véhicules autonomes « à grande échelle ». Mary Barra, directrice générale
de GM, a confirmé le calendrier d’un
déploiement de sa technologie de
conduite autonome à partir de 2019
dans des flottes de véhicules destinés à l’autopartage.
Le constructeur américain a décidé
d’investir massivement dans la
conduite autonome à partir de 2016,
quand il a racheté Cruise Automation pour environ 1 milliard de dollars. Les équipes de cette start-up
sont toujours au cœur de GM Cruise.
Softbank est un investisseur particulièrement dynamique dans le domaine des nouvelles mobilités. Le
groupe japonais dispose de participation dans Uber, le chinois Didi ou
l’indien Ola. GM est présent de son
côté chez Lyft, le principal concurrent d’Uber en Amérique du Nord.
Outre l’apport d’argent frais,
l’ouverture du capital de GM Cruise
permet de montrer sa valeur aux investisseurs. En effet, Softbank
l’évalue à 10 milliards de dollars,
puisque son apport de 2,25 milliards
lui permet d’en acquérir près de
20 %. Les marchés ne s’y sont pas
trompés, le titre General Motors
s’envolant de plus de 10 % en séance, le 31 mai. La capitalisation boursière de GM dépasse désormais
58 milliards de dollars.
E. E.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
20
L'ÉVÉNEMENT
La riposte
des pays
européens
ne devrait
pas avoir
beaucoup
d’impact sur
l’économie
américaine
WILBUR ROSS,
MINISTRE
DU COMMERCE
DES ÉTATS-UNIS
»
F. BOUCHON/LE FIGARO
Une aciérie, propriété
d’ArcelorMittal,
à Ostrava,
en République
tchèque. BLOOMBERG
VIA GETTY IMAGES
Trump déclenche
les hostilités sur l’acier
L’Europe mais aussi le Canada et le Mexique sont visés par les surtaxes.
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
COMMERCE Donald Trump a mis
sa menace à exécution. À compter
de ce jeudi minuit (vendredi 1er juin
à 6 heures du matin, heure de Paris), l’acier et l’aluminium importés
par les États-Unis depuis l’Union
européenne et de nombreux autres
pays sont taxés, à hauteur de 25 %
et 10 % respectivement.
Tant dans son interview au Figaro (nos éditions du 31 mai) que
dans ses échanges avec ses homologues européens dont Bruno Le
Maire qu’il a encore vu jeudi matin
à Bercy, Wilbur Ross, le ministre
américain du Commerce ne laissait
guère de doute sur l’inflexibilité de
Washington. C’est lui qui a annoncé les mesures, par conférence téléphonique, depuis Paris où il assistait à la réunion des ministres de
l’OCDE, et non pas Donald Trump
dans un tweet matinal comme on
pouvait s’y attendre.
Cela fait trois mois que le président de la première puissance
mondiale a brandi la menace de
droits de douane punitifs sur l’acier
et l’aluminium. Depuis, fidèle à sa
méthode de « dealmaker », il soufflait le chaud et froid. Il avait accordé des exemptions provisoires à
l’Union européenne, qui expiraient
le 31 mai à minuit. Il avait fait plier
la Corée du Sud et le Brésil qui ont
consenti à réduire leurs exporta-
tions d’acier en échange d’une
exemption de ces surtaxes punitives.
Le Canada et le Mexique, partenaires des États-Unis de l’accord de
libre-échange Alena, et surtout
premier et quatrième fournisseurs
d’acier, avaient aussi été épargnés.
Provisoirement. Finalement, les
deux voisins seront taxés, comme
les Européens, parce que les négociations sur la refonte de l’Alena
n’avancent toujours pas assez vite
au goût de Washington, a expliqué
Wilbur Ross. Le Mexique, à un mois
d’un scrutin présidentiel, a aussitôt
réagi en annonçant des « mesures
équivalentes sur divers produits »
dont certains aciers, des fruits et
des fromages américains.
Persuadée d’amener ses partenaires à la reddition, c’est-à-dire à
discuter pour réduire les déficits
commerciaux des États-Unis, la
Maison-Blanche prend le risque de
se fâcher avec tous ses grands partenaires. Wilbur Ross expliquait la
veille au Figaro que l’imposition de
tarifs sur l’acier, effective pour la
Chine depuis le 23 mars, n’avait pas
empêché les Chinois d’ouvrir des
négociations commerciales. Le secrétaire au Commerce devait
d’ailleurs s’envoler ce vendredi
pour Pékin pour poursuivre une
partie d’échecs à plusieurs dizaines
de milliards de dollars où les gestes
conciliants succèdent aux menaces
et contre-menaces.
Risque d’escalade
En riposte, l’Union européenne va taxer
des produits américains emblématiques
F.BOUCHON/LE FIGARO
La réponse
de l’UE sera
proportionnée
et conforme
aux règles de
l’Organisation
mondiale du
commerce
»
CECILIA MALMSTRÖM,
COMMISSAIRE
EUROPÉENNE
AU COMMERCE
A
ERIC VIDAL/REUTERS
Allemagne
65,8
Italie
33
JEAN COMTE £@JeanComte
BRUXELLES
L’annonce a fini par tomber :
après deux courtes exemptions
d’un mois chacune, les États-Unis
ont confirmé jeudi après-midi la
mise en place de droits de douane
sur la plupart de leurs exportations d’acier et d’aluminium
- respectivement de 25 % et 10 %.
« Une mauvaise journée pour le
commerce », a déploré Cecilia
Malmström, la commissaire européenne chargée du Commerce.
« Ces droits de douane unilatéraux
vont à l’encontre des règles de
l’Organisation mondiale du commerce, a déclaré le président de la
Commission, Jean-Claude Juncker. C’est du protectionnisme pur
et simple. »
Soucieuse de ne pas être prise
au pied levé, Bruxelles avait soigneusement préparé ses contremesures en amont. « Nous ne partons pas de zéro, nous sommes
préparés », affirmait début mars
une source européenne.
La stratégie de défense obéit à
un impératif : ne pas suivre Trump
dans la guerre commerciale sauvage, mais rester dans la mesure.
« Il ne faut pas d’escalade, mais on
ne peut pas non plus se contenter de
tendre l’autre joue », résume pour
Le Figaro Markus Beyrer, le directeur général de BusinessEurope
- l’équivalent européen du Medef.
La stratégie européenne se décompose en trois volets - tous en
« conformité totale » avec le droit
de l’OMC, précise la Commission.
Sur le plan politique, la Commission européenne a indiqué qu’elle
porterait plainte dès ce vendredi à
l’Organisation mondiale du commerce.
Deuxièmement, Bruxelles veut
finaliser dans les prochaines semaines un ensemble de droits de
douane défensifs contre des produits emblématiques incluant les
Harley Davidson, les blue-jeans et
le bourbon. Une liste de plus de
300 produits a déjà été notifiée à
l’OMC à la mi-mai, mais doit encore être affinée et validée par les
vingt-huit États membres.
Selon une source européenne,
ces droits devraient rester inférieurs aux droits imposés par la
partie américaine. L’UE veut en
effet rester strictement dans les
clous du droit de l’OMC - ce qui
lui impose un certain nombre de
restrictions dans le choix des mesures défensives.
Mesures de sauvegarde
contre un afflux d’acier
Moins impressionnant, le troisième volet de la stratégie est en fait
le plus important pour les aciéries.
Une enquête jugera du besoin
éventuel de mesures de sauvegarde contre un afflux soudain de
produits en acier provenant non
pas des États-Unis mais d’autres
partenaires mondiaux touchés par
ces droits de douane qui décideraient de rediriger leurs flux vers
le Vieux Continent. Si besoin, ces
mesures peuvent être prises rapidement, dès que la Commission
constate une augmentation des
volumes entrants. « On peut avoir
des décisions dès juin ou juillet »,
explique Charles de Lusignan,
porte-parole d’Eurofer, l’association européenne de producteurs
d’acier. La Commission a également indiqué se tenir prête à agir
de la même manière sur l’aluminium. Un geste qui pourrait être
« rapide » selon une source de cette industrie.
« À ce stade, nous ne sommes pas
encore dans la guerre commerciale,
plutôt dans l’escarmouche », modère toutefois André Sapir, chercheur au think-tank bruxellois
Bruegel. Mais il pourrait y avoir
guerre si l’UE prend des contremesures auquel Trump répondrait à
nouveau. » ■
Dans le cadre des règles de l’OMC, la mythique marque de Milwaukee
pourrait être frappée de droits de douane défensifs.
31,6
France
16,4
Autriche
7,4
Source : Bloomberg
TOP 10
des fournisseurs
d'acier des États-Unis
En 2017, en millions de tonnes
Canada
4,3
Brésil
3,6
Corée du Sud
2,7
Mexique
2,4
Russie
2,4
Turquie
1,9
Japon
1,4
Taïwan
1,1
0,81
Inde
0,54
Allemagne,
1er fournisseur
européen d'acier
des États-Unis,
mais seulement
9e fournisseur
mondial
Source : International Trade Administration
Infographie
Les sidérurgistes veulent
que Bruxelles les protège
ANNE BODESCOT
abodescot@lefigaro.fr
MORRY GASH/ASSOCIATED PRESS
»
BRUNO LE MAIRE,
MINISTRE
DE L’ÉCONOMIE
ET DES FINANCES
AVEC LEURS PARTENAIRES
EUROPÉENS, en 2017,
en milliards de dollars
Irlande
Dans la bataille déclenchée par Donald Trump, les surcapacités mondiales d’acier chinois sont visées.
Mais le marché américain ne représente que 1 % des exportations
chinoises. Les Européens ne sont
pas non plus très exposés. L’Allemagne, premier fournisseur parmi
les pays de l’UE - n’est que le neuvième des États-Unis.
L’assureur-crédit Euler Hermes
a calculé que le Canada pourrait
perdre directement l’équivalent de
2 milliards de dollars d’exportations d’acier et d’aluminium en un
an ; la Chine 500 millions et l’Allemagne 380 millions. Bien plus préoccupant pour l’économie mondiale aux yeux du FMI, de la BCE ou de
l’OCDE, qui alertent depuis le début
de l’année, est le risque d’escalade.
Des ripostes successives pèseraient
sur le commerce international et in
fine sur la croissance. La course,
version La Fureur de vivre, avec James Dean, a démarré. Quelle voiture s’arrêtera avant le précipice ? ■
Le
commerce
mondial,
ce n’est pas
« Règlements
de comptes
à OK
Corral »
Les 5 plus grands
déficits commerciaux
des États-Unis
Les sidérurgistes européens sont
très inquiets, mais ce ne se sont pas
les droits de douane appliqués par
Donald Trump à l’Europe qu’ils
craignent le plus. Car l’Union européenne, qui a produit 168,7 millions
de tonnes d’acier l’an dernier, en a
exporté seulement un peu plus de
5 millions vers les États-Unis, en
provenance, pour l’essentiel, d’Allemagne, le premier producteur
européen d’acier.
Nul ne se réjouit de voir ces ventes pénalisées à l’avenir par les
taxes américaines. Mais cela ne met
pas en péril les grands groupes du
Vieux Continent (ArcelorMittal et
ThyssenKrupps en tête), assis sur
un marché intérieur important. Les
entreprises européennes les plus
touchées par les décisions de Donald Trump sont de petites sociétés, sur des marchés de niche, qui
exportent vers les États-Unis des
aciers très spécialisés.
Depuis des semaines, les sidérurgistes européens clament que le
véritable danger vient de Chine.
L’empire du Milieu, qui produit environ la moitié de l’acier dans le
monde, a certes fait des efforts pour
réduire ses surcapacités de production, mais est encore loin d’y être
parvenu. Si les États-Unis lui ferment leurs portes, des millions de
tonnes d’acier chinois risquent de
chercher d’autres débouchés, à
commencer par l’Europe, « un des
marchés les plus ouverts au monde », selon Philippe Darmayan,
président d’ArcelorMittal France.
La Commission européenne a
déjà pris des mesures antidumping
pour freiner l’invasion d’acier
chinois sur le Vieux Continent.
Mais, malgré cet effort, les importations ont continué à progresser, à
la faveur de la reprise économique
en Europe, qui a tiré à la hausse la
demande d’acier: 2,5 millions de
tonnes chaque mois en 2016,
2,7 millions de tonnes mensuelles
l’an dernier, et 2,9 millions par
mois au cours du premier trimestre
2018.
Les sidérurgistes pressent donc
l’Europe de les protéger à leur tour,
en adoptant des mesures de sauvegarde. Ce dispositif garantit aux
pays tiers des quotas d’importation
vers l’Europe sans droits de douane
(en fonction de ce qu’ils exportaient déjà avant), mais prévoit,
au-delà, des taxes de l’ordre de
25 %.
L’aluminium menacé
Les producteurs européens d’aluminium pourraient bénéficier des
mêmes mesures, car eux aussi craignent une concurrence plus forte
encore des Chinois et des Russes.
Alors que les importations d’aluminium ont déjà atteint presque
6 millions de tonnes l’an dernier,
« la Commission européenne a déjà
mis sous surveillance les flux d’aluminium vers l’Europe, pour mesurer
leur éventuelle augmentation »,
rappelle Cyrille Mounier, délégué
général d’Aluminium France.
La facture de la guerre commerciale engagée par Donald Trump
menace déjà d’être assez lourde
pour cette filière qui a exporté l’an
dernier aux États-Unis 1,1 million
de tonnes, comme le fameux
Airware, une spécialité utilisée
pour l’aéronautique. « Si nous ne
sommes plus compétitifs à cause des
taxes, nos clients américains se
fourniront ailleurs ou trouveront des
produits de substitution » s’inquiète
Cyrille Mounier. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 1er juin 2018
ÉCONOMIE
21
Pension, cotisations,
réversion : la retraite
en points
va tout changer
Pour l’heure, que sait-on du futur système ? Les quarante-deux
régimes de retraite vont être remplacés par un régime universel. Ce
qui, au passage, va amener de
nombreuses caisses de retraite et
leurs salariés à disparaître progressivement. Un effet de bord de
la réforme, mais non des moindres.
Mêmes règles pour tous
Les Français sont invités à donner leur avis via
Internet sur cette réforme qui les concerne tous.
MARIE-CÉCILE RENAULT
£@Firenault
SOCIAL Après avoir engagé la
concertation avec les syndicats et
le patronat, et prévu cent vingt
réunions
bilatérales
jusqu’à
l’automne, le haut-commissaire à
la réforme des retraites (HCRR),
Jean-Paul Delevoye, se lance à la
conquête de l’opinion. Car sur ce
chantier politiquement sensible et
éminemment complexe, le HCRR
a besoin de convaincre les Français. Et de préparer les esprits.
D’où le lancement, jeudi, d’une
large consultation citoyenne : jusqu’au 25 octobre, les Français sont
invités, sur Internet (www.participez.reforme-retraite.gouv.fr)
ou à travers des « ateliers participatifs » dans les régions, à réfléchir à la future réforme. Car pour
l’heure ils se sont peu approprié le
sujet. Tout au plus ont-ils retenu
que les régimes spéciaux étaient
sur la sellette.
Or la réforme va bien au-delà,
et concerne tout le monde. À quel
âge prendre sa retraite ? Quels
droits accorder au conjoint en cas
de décès ? Quelles majorations
pour ceux qui ont eu des enfants ?
Faut-il prendre en compte la durée des études dans le calcul des
droits ? Comment corriger les inégalités de pensions entre hommes
et femmes ?, etc. Autant de questions très concrètes sur lesquelles
le HCRR va prendre des décisions,
qui feront des perdants et des gagnants…
« Il y a une vraie volonté de
concertation » et la discussion paraît « sincère » et « loyale », a estimé jeudi le secrétaire général de la
CFDT, Laurent Berger. Mais la
Jean-Paul Delevoye,
président du HautCommissariat à la
réforme des retraites
(HCRR). JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
crainte d’une baisse, à terme, du
niveau des pensions n’a pas été
dissipée. « Même le plus grand volontarisme politique se heurte à la
réalité des choses », note Philippe
Pihet, secrétaire confédéral de
FO. « Beaucoup d’inconnues » subsistent, déplore quant à elle Catherine Perret, membre de la direction de la CGT.
Le système actuel en annuités
(basé sur le nombre de trimestres
travaillés) sera remplacé par un
système en points. Ceux-ci seront
acquis en fonction des cotisations
versées tout au long de la carrière,
selon les mêmes règles pour tous.
« Qu’il s’agisse d’un fonctionnaire
ou d’un salarié du privé, s’ils gagnent la même somme d’argent
pendant quarante ans, l’un et
l’autre auront la même retraite », a
répété Jean-Claude Delevoye
dans une interview au Parisien.
Si la notion de durée disparaît,
toutefois l’âge de départ actuel à
62 ans devrait être conservé. Un
seuil pour éviter que certains ne
partent trop tôt avec des retraites
trop faibles et ne dépendent ensuite de la solidarité nationale.
L’objectif est désormais d’avoir
un projet de loi prêt à l’été 2019.
Une fois votée, la réforme devrait
se mettre en place à partir de
2025. ■
Dell recommande Windows 10 Pro.
Une dose de capitalisation
pour les hauts revenus
Les dentistes fixés
sur leurs tarifs
Après des mois d’âpres négociations
avec l’Assurance-maladie,
les dentistes devraient être fixés
aujourd’hui sur la réforme
de leurs tarifs. Celle-ci prévoit une
revalorisation des soins
conservateurs en contrepartie
du plafonnement des prothèses.
Un sujet complexe auquel est venue
s’ajouter la promesse d’Emmanuel
Macron de rembourser à 100 %
les prothèses dentaires. Après une
ultime séance de négociations
vendredi dernier avec l’Assurancemaladie, les trois syndicats
représentatifs de la profession
doivent se prononcer. Il faut au moins
2 signataires sur 3 pour valider la
nouvelle convention. Jeudi soir, l’Union
dentaire s’est prononcée pour à 75 %.
La FSDL, qui avait claqué la porte des
négociations, a déjà fait savoir qu’elle
ne signera pas. Tout dépend donc du
vote de la CNSD ce vendredi. M.-C. R.
au plafond de la Sécurité sociale
(soit jusqu’à 3 311 euros bruts
mensuels en 2018), la tranche B
entre 1 et 4 fois le plafond (soit de
3 311 à 13 244 euros) et la tranche C
entre 4 et 8 fois le plafond (de
13 244 à 26 488 euros). Chaque
tranche détermine un montant de
cotisations.
Pour les plus hauts revenus, la
partie de salaire dépassant 8 fois le
plafond de la Sécu n’entre pas dans
le calcul de la retraite puisqu’elle
n’est pas soumise à cotisation. À
l’exception toutefois de la cotisation dite « déplafonnée » de 2,3 %
en 2018, mais qui est une cotisation de solidarité ne donnant pas
de droits supplémentaires.
Cotisation déplafonnée
Avec la réforme, dans un système
universel où « chaque euro cotisé
donne les mêmes droits pour tous »,
ce système disparaît. La question
est donc de savoir quel plafond de
salaire retenir pour le calcul des
cotisations et couvrir le maximum
d’actifs. « Si on cotise jusqu’à 3 ou 4
fois le plafond de la Sécurité sociale,
c’est-à-dire jusqu’à 160 000 euros
bruts annuels, on couvre 99 % des
gens », fait observer Sophie Lebret
membre de l’équipe du HCRR.
La question d’introduire une
dose de capitalisation se pose pour
couvrir ceux qui sont au-delà de
ce seuil. « Mais ce ne serait pas de
la capitalisation obligatoire, seuls
ceux qui le souhaitent le feraient »,
indique l’experte du HCRR. « En
revanche, la question se pose de savoir s’il faut instaurer une cotisation
déplafonnée. »
«Au final, c’est un sujet qui
concerne très peu de monde, essentiellement des professions libérales,
très peu de salariés », observe Philippe Pihet, secrétaire confédéral
de FO. Selon lui, dans le privé,
seulement 100 000 salariés sur
18 millions auraient une rémunération dépassant 4 fois le plafond
de la Sécu. « De toute façon à ce niveau de salaire, on peut supposer
qu’ils ont déjà souscrit des dispositifs d’épargne retraite supplémentaire, ne serait-ce que pour des raisons de défiscalisation », ajoute-til. Et de conclure « ce n’est
vraiment pas le sujet central de la
réforme, ni le plus conflictuel ! ». ■
M.-C. R
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A
Le futur système universel de retraite restera un régime par répartition (où les actifs paient les pensions des retraités). Emmanuel
Macron l’a promis. Mais la question se pose d’introduire, pour les
hauts revenus, une dose de capitalisation (où les actifs épargnent
pour leur propre retraite).
« Plusieurs scénarios sont sur la
table. Faut-il un régime complémentaire obligatoire ? Ou une
épargne individuelle, éventuellement en capitalisation ? », s’interroge à haute voix Jean-Paul Delevoye, président du HautCommissariat à la réforme des
retraites (HCRR) dans Le Parisien.
Le débat est ouvert, mais loin
d’être tranché. Le sujet va être
soumis à une concertation avec les
partenaires sociaux la semaine
prochaine.
Concrètement, quel est l’enjeu ?
Peu de salariés le savent, mais
pour calculer les cotisations, les
caisses de retraite découpent leur
salaire en tranches. Deux tranches
(1 et 2) pour les non-cadres. Trois
tranches pour les cadres : la tranche A ou partie du salaire limitée
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vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
Les défis du nouveau patron de BPCE
Laurent Mignon devra en préserver la rentabilité dans un univers de plus en plus cconcurrentiel et de taux bas.
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
BANQUE Une nouvelle page de
l’histoire de BPCE s’ouvre ce vendredi. Laurent Mignon, jusqu’ici
patron de Natixis, succède à
François Pérol à la tête du groupe
bancaire mutualiste, né en 2009 du
rapprochement des Caisses d’épargne et des Banques populaires.
Après avoir restructuré BPCE,
François Pérol a décidé de commencer une nouvelle aventure professionnelle et de rejoindre le
groupe Rothschild comme coprésident du comité exécutif. « Il laisse
un groupe assaini et en bonne forme,
qui a considérablement renforcé sa
structure financière, développé des
modèles d’activités plus économes en
capital et renforcé ses positions dans
la banque de détail en intégrant l’assurance », souligne Nicolas Malaterre, directeur (senior) chez S&P
Global Ratings. Le groupe bancaire
a diversifié ses sources de revenus
avec sa filiale Natixis, repositionnée
dans la gestion d’actifs, la banque
d’investissement (qui consomme
peu de fonds propres), l’assurance
et de plus en plus les moyens de
paiement. Des activités générant
des commissions importantes.
La huitième banque européenne
a cependant encore des défis à relever. « Le plus important pour elle est
de parvenir à préserver son bon ni-
veau de rentabilité dans un univers de
plus en plus concurrentiel et de taux
bas », estime Laurent Le Mouël,
analyste senior chez Moody’s.
Réduction des coûts
Dans la banque de détail, qui représente environ la moitié des revenus
du groupe, les marges restent sous
pression. De fait, les taux d’intérêt
sont toujours très bas et l’établissement mutualiste, qui a gagné ces
dernières années des parts de marché dans le crédit immobilier, ne
peut plus autant compter sur cet
outil pour conquérir de nouveaux
clients. Il doit donc trouver des relais de croissance. En parallèle,
alors qu’il vient de lancer, à l’instar
Laurent Mignon
a été désigné pour
diriger le groupe BPCE,
le 27 avril dernier.
J.-C.MARMARA/LE FIGARO
de ses concurrentes, un important
plan de dépenses technologiques
pour se mettre à l’heure numérique, BPCE doit continuer à réduire
ses coûts de fonctionnement. « Ils
restent relativement élevés dans ce
groupe qui compte deux réseaux distincts, explique Laurent Le Mouël.
Pour les réduire, la banque va chercher à augmenter les synergies, notamment en vendant davantage ses
produits d’assurance et de gestion
d’actifs dans les réseaux. »
Natixis, la bonne élève, dont la
rentabilité est supérieure à celle des
autres banques cotées françaises,
pourrait aussi affronter quelques
vents contraires. « Dans un environnement de marché plus difficile,
sa stratégie dans la gestion d’actifs
avec des fonds gérés activement
pourrait un peu souffrir, estime
Jérôme Legras, responsable de la
recherche chez Axiom AI. La banque risque aussi d’être désavantagée, par rapport à ses concurrents,
par une éventuelle hausse des taux. »
François Riahi, le nouveau patron
de la banque, est confiant. « Je suis
très ambitieux pour Natixis,
confie-t-il. Nous pouvons faire de
grandes choses, tout en conservant
notre état d’esprit de challenger qui
nous permet de progresser. Nous ne
sommes pas dans la course à la taille
et nous continuerons à exercer les
activités que nous avons choisies
pour nos clients. » ■
« Il n’a pas mis sa vie mondaine au
service de sa carrière », dit un ami.
Pourtant, la table des Mignon est
réputée de très bonne tenue pour
les bons vivants. Simplement, on y
retrouve souvent les mêmes amis, à
Paris comme à Saint-Lunaire, en
Ille-et-Vilaine. Le Parisien Laurent
et la fille du Sud Laurence sont devenus plus bretons que des Bretons,
de vrais prosélytes de la région. Ce
week-end, il s’y rendra certainement, et goûtera le plaisir de ces
sorties en mer « pendant lesquelles
la banque n’existe plus ». Pour cette
fois pourtant, il aurait préféré être
ailleurs. Au Stade de France, pour la
finale du Top 14. Seulement voilà,
samedi dernier, le Racing dont
Natixis est le sponsor et lui le premier supporteur, a perdu face à
Castres. Et si ces derniers jours,
Laurent Mignon avait parfois la
mine un peu chiffonnée, ce n’est
pas tant parce qu’il a bûché sur les
dossiers de BPCE que parce que,
comme toujours, il s’est longuement rejoué ce match décevant. ■
Laurent Mignon, gentleman
banquier
BERTILLE BAYART £@BertilleBayart
Jeudi 17 mai. Le conseil de surveillance de BPCE se réunit, alors
que, sous ses fenêtres ou presque,
les salariés du Crédit mutuel-Arkéa
défilent dans une manifestation
surréaliste pour l’indépendance de
leur groupe. Pour le coup, la chienlit mutualiste n’est pas aux Caisses
d’épargne et Banques populaires.
Trois semaines plus tôt, le 27 avril,
BPCE s’est choisi un nouveau patron sans se payer le luxe d’une crise de gouvernance. « Il était, selon
le président du conseil Michel
Grass, hors de question que le groupe
renoue avec ses vieux démons. »
Quelques jours seulement après
que François Pérol a annoncé son
départ pour Rothschild, Laurent
Mignon a été désigné pour prendre
la suite. Avec la force de l’évidence.
Le patron de Natixis, la filiale de
banque de grande clientèle du
groupe, avait déjà failli être appelé à
la barre de BPCE. C’était à l’automne 2015, quand François Pérol a été
jugé pour prise illégale d’intérêt
concernant les conditions de son
arrivée, depuis l’Élysée, à la tête des
Caisses d’épargne et des Banques
populaires. Il a été relaxé. Aurait-il
été condamné qu’il aurait démissionné et que Laurent Mignon
aurait certainement pris sa place. À
l’époque, le groupe tangue et les
candidats font campagne. Pas
Laurent Mignon. « Il n’a pas bougé
une oreille », témoigne Nicolas de
Tavernost, le patron de M6 et administrateur de Natixis. « J’ai apprécié
en toutes circonstances sa droiture », dit François Pérol.
Un CV long comme le bras
Cette possibilité d’une succession
dès 2015 aurait pu, dû même, laisser
des traces entre Mignon et Pérol.
Mais il y a entre eux la loyauté du
lien qui se forge entre deux hommes
qui ne se connaissaient pas mais ont
fait la guerre ensemble. En 2009,
quand François Pérol débarque
chez des Caisses d’épargne et des
Banques populaires pas encore fusionnées mais au bord du même
gouffre creusé par la crise financière, il choisit Laurent Mignon pour
piloter Natixis. Il l’embauche après
deux fois deux heures de rendezvous. « Il y avait une ambiance de
barricades dans le groupe. Et c’était
peut-être encore pire chez Natixis
qui incarnait la crise », témoigne
Marwan Lahoud, administrateur de
BPCE. La filiale commune aux Caisses d’épargne et aux Banques popu-
laires menaçait d’emporter tout le
monde par le fond. « Laurent
Mignon a été le capitaine hors pair de
son sauvetage », affirme Cyril de
Mont-Marin, chez Rothschild.
En neuf ans et trois plans stratégiques, Natixis a été transfiguré.
« L’obsession de Laurent a été de faire maigrir le bilan le plus vite possible, en protégeant le plus possible le
chiffre d’affaires. À la fin, on a inventé un modèle ! », témoigne un membre de son équipe. Natixis est
aujourd’hui une banque pas comme
les autres, qui s’est choisi ses métiers. Le marché salue la performance. Le 22 mai, les salariés ont eu
un instant d’ivresse devant leurs
écrans quand, en séance, la capitalisation boursière de Natixis a dépassé celle de la Deutsche Bank.
La loyauté est contagieuse, et
Laurent Mignon a réuni autour de
lui une équipe soudée. Jeudi soir, on
lui a organisé chez Natixis une fête
de départ et retracé pour lui l’histoire de cette épopée. Ce vendredi,
il prendra possession du bureau de
François Pérol chez BPCE, à une
centaine de mètres de ses anciens
quartiers. Une simple translation.
Sauf que d’un bureau à l’autre, les
enjeux changent. « Il est prêt », affirme François Pérol. « Laurent est
exigeant, pragmatique, réactif,
complet. Et il a le bon âge », affirme
Michel Grass. À 54 ans, Laurent
Mignon a pour lui un CV long comme le bras qui l’a amené à exercer
de nombreux métiers de la banque
et de l’assurance. À la sortie d’HEC,
il a commencé chez Indosuez, ce
qui l’a mis sur la route d’Antoine
Jeancourt-Galignani qui en fera, à
33 ans, son directeur financier aux
AGF. Culotté ! « C’est le meilleur de
sa génération », affirme aujourd’hui Antoine Jeancourt-Galignani,
qui salue « la capacité d’initiative et
en même temps la grande prudence »
de son ancien poulain. Laurent
Mignon quittera les AGF plusieurs
années après son mentor et après en
avoir été le directeur général. Direction la maison familiale Oddo.
Laurent Mignon veut faire l’expérience d’une aventure entrepreneuriale. Elle commence par une
« aventure d’écopage ». On est à
l’été 2007. Le marché des fonds
monétaires se fige sous les premiers
effets de la crise des subprimes.
Mais Laurent Mignon est fait de
ce bois des financiers qui n’aiment
rien tant que les situations compliquées. Qu’il évoque l’offre d’Allianz
sur les AGF face à Generali, ou encore la garantie de BPCE sur les actifs douteux de Natixis, il conclut
toujours de la même façon : « On
s’est bien marrés ! » Ce fils de médecins a dû hériter de son oncle Patrice Mignon, « deal maker » de la
grande époque de la banque Indosuez, ce goût de l’esthétique des
montages financiers.
Des marques d’intérêt
Laurent Mignon a toujours eu l’air
sage et l’allure du bon élève. Plus
jeune, cela a pu agacer. Plus tard,
cela a rassuré. L’ambition est mieux
acceptée dans la force de l’âge que
chez les jeunes loups. Son parcours
lui a valu des marques d’intérêt. Au
mois d’avril, l’espace de quelques
jours, il aurait pu quitter BPCE. Une
proposition de numéro deux de la
Société générale était sur la table.
Michel Grass positive : « J’en déduis
que BPCE aura un patron “bankable” ! », sourit-il.
Pour Laurent Mignon, la direction de BPCE était certes une ambition, « mais pas un Graal » pour lequel il aurait été prêt à tout.
« Laurent n’est pas tordu. Il a toujours voulu avancer, mais il n’a pas
l’ambition malsaine », témoigne son
ami Alexandre de Juniac, l’ancien
patron d’Air France. Fan de rugby,
le nouveau patron de BPCE ne voit
certes pas la banque comme un métier de voyous, mais il entend la
pratiquer en gentleman.
Sa promotion chez BPCE braque
la lumière sur un banquier jusquelà très discret. « Il n’est pas show
off », dit Nicolas de Tavernost.
Laurent Mignon n’aura été qu’une
fois au dîner du Siècle, une fois aussi
aux
rencontres
économiques
d’Aix-en-Provence, une fois encore à Davos… « Il ne faut pas forcer sa
nature », sourit Marwan Lahoud.
COTATIONS HEBDOMADAIRES
Nom du Fonds
Date de valorisation :
Valeur a la
Valeur
Valeur
création précédente liquidative
30/05/2018
AFER ACTIONS EURO
AFER-SFER
AFER PATRIMOINE
A. DIVERSIFIE DURABLE
AFER ACTIONS MONDE
A
Aviva Investors France
24-26, rue de la Pépinière 75008 Paris
Tél. : 01 76 62 90 00 / 01 76 62 91 01
Vocation
ACTIONS ZONE EURO
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIE
ACTIONSINTERNATIONALES
76,00
15,00
500,00
500,00
500,00
140,91
63,40
610,32
754,74
945,55
141,55
63,47
607,94
755,86
948,05
PROCHAINE PARUTION : 08/06/2018
(1) Dédoublé 2 fois. (2) divisée par 2. (3) divisée par 8. (4) divisée par 30. (5) divisée par 100. (6) divisée par 10. (7) divisée par 5. (8) divisée par 6.
*Ou dernier cours connu.
François Riahi, un fidèle de François
Pérol promu à la tête de Natixis
François Riahi
a participé au sauvetage
de la banque
et au rapprochement
des Caisses d’épargne
et des Banques
populaires.
GREG GONZALEZ/BPCE
Lorsque François Pérol lui a proposé
de succéder à Laurent Mignon à la
tête de Natixis, François Riahi n’a
pas été surpris. Cette perspective
avait été évoquée fin 2017, lorsqu’il
a quitté cette filiale pour remplacer
au débotté Marguerite Bérard-Andrieu au poste de numéro deux du
groupe BPCE. En interne non plus,
son nom n’a pas étonné. Ce choix
est la suite logique de l’histoire de
Natixis et de la sienne, intimement
liées depuis 2009.
Ce centralien, inspecteur des finances et énarque de 45 ans a participé au sauvetage de la banque et au
rapprochement des Caisses d’épargne et des Banques populaires.
François Pérol lui avait proposé de
le suivre dans cette aventure. Les
deux hommes se connaissent depuis le début des années 2000.
Après s’être côtoyés à la direction
du budget, ils ont travaillé ensemble à l’Élysée sous la présidence de
Nicolas Sarkozy, où, appelé par
Claude Guéant, François Riahi était
conseiller technique en charge de la
réforme des politiques publiques.
Chez BPCE, cet ingénieur a vite
appris son nouveau métier de banquier. À son arrivée, il s’est livré
sans relâche pendant cinq mois à un
audit des 37 milliards de dollars des
produits financiers toxiques détenus par la banque, qu’il a placés
dans une structure dédiée. « Il
s’agit de la période la plus intense et
la plus lourde de ma vie professionnelle », avoue François Riahi. Après
avoir mené à bien cette mission délicate, il s’est attelé à la stratégie du
groupe BPCE, avant de rejoindre la
banque d’investissement de Natixis.
Franc et direct
En 2012, le banquier humble et calme qui aime être dans l’action mais
apprécie peu l’arrogance, s’installe
avec son épouse et ses trois enfants
à Hongkong, où il développe les activités de banque grande clientèle
de Natixis. À son retour, en 2016,
cette expérience lui ouvre la porte
du comité de direction de Natixis,
en tant que coresponsable des activités de banque de grande clientèle.
« C’est un homme extrêmement
intelligent, mais aussi franc et direct,
qui réfléchit toujours en profondeur
aux problèmes, notamment humains,
avant de décider, souligne son ami
Jean-Pierre Landau, ex-sous-gouverneur de la Banque de France. Il
est fait pour exercer des responsabilités. » Le passage de témoin entre
Laurent Mignon et François Riahi se
passe en douceur. Les deux hommes ont l’habitude de travailler ensemble et s’apprécient. Le mandat
du nouveau dirigeant de Natixis
s’inscrit dans la continuité. « Il n’est
pas facile de succéder à Laurent Mignon », souffle-t-il. ■
D. G.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 1er juin 2018
ENTREPRISES 23
Le jardin d’Acclimatation s’offre une nouvelle jeunesse
Il rouvre après 60 millions d’euros investis par son concessionnaire LVMH, associé à la Compagnie des Alpes.
40
millions
d’euros
Le chiffre d’affaires
attendu en 2025
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
TOURISME Le petit train reprend
du service, les dromadaires et les
poneys aussi. La rivière est plus
« enchantée » que jamais… Après
huit mois de fermeture et 60 millions d’euros d’investissements, le
jardin d’Acclimatation installé dans
le bois de Boulogne, à Paris, rouvre
ce vendredi, entièrement rénové.
« Nous l’avons modernisé, en préservant son authenticité », affirme
Marc-Antoine Jamet, son président. Trois montagnes russes ont
été installées. Le « jardin coréen » a
retrouvé de son lustre, grâce à
400 000 euros apportés par la maire
de Séoul.
Inauguré en 1860 par Napoléon III, le jardin aura les honneurs,
ce samedi, d’Anne Hidalgo, la maire de Paris, et de Bernard Arnault,
PDG de LVMH. En 2017, le groupe
de luxe a remporté pour vingt-cinq
ans la concession de service public
du parc, avec la Compagnie des
Alpes (à hauteur de 20 %). Il en
avait hérité dès 1984, en rachetant
le groupe de textile Boussac. Mais
jusqu’en 2017, les manèges étaient
exploités par le forain Roger Sacreste, en sous-concession.
Objectif : 3 millions d’entrées
« C’était un héritage de l’histoire, raconte Marc-Antoine Jamet, également secrétaire général de LVMH.
Roger Sacreste percevait l’essentiel
des recettes et nous supportions la
plupart des charges. Ce n’était pas
équitable. Nous gérons désormais
tout en direct. » Avec la Compagnie
des Alpes - propriétaire du Parc Astérix et du Futuroscope -, LVMH reprend donc le pouvoir et nourrit de
nouvelles ambitions. Objectif :
3 millions de visiteurs d’ici à 2025,
dont 20 % de clientèle étrangère
(contre environ 2 millions avant la
fermeture) et un chiffre d’affaires
doublé à 40 millions.
LVMH espère attirer 50 % des
visiteurs de la Fondation Vuitton,
juste à côté. « Avec 3 millions d’entrées, nous parviendrons à être numéro trois en France, ex æquo avec
le Futuroscope et le Puy du Fou,
précise le président du parc. Notre
gestion est surtout mécénale: rentrer dans nos coûts à la fin de la
concession». La Ville de Paris perçoit une redevance de 2 millions
d’euros par an, plus un pourcentage du chiffre d’affaires. Les manèges génèrent toujours la moitié
des recettes. Un autre quart vient
des billets, plus chers (4,90 euros
l’entrée, 2,90 euros le ticket de
manège, 29 euros le pass illimité).
Et le reste des restaurants, boutiques et événements (colloques,
concerts privés…). ■
WeWork convertit la France au coworking
Cette licorne, valorisée 20 milliards de dollars, ouvre sur les Champs-Élysées son quatrième espace en France.
BENOIT FLORENÇON
DÉJÀ UN GÉANT
MONDIAL
DE L’IMMOBILIER
DE BUREAU
68
Nombre de villes dans
le monde où la start-up
a des espaces de
coworking. Parmi elles,
New York, Seattle, Berlin,
Londres, Bombay, Pékin
ou Tel-Aviv
255 000
clients composent
la « communauté »
WeWork dans le monde
75 %
Participation détenue
par Adam Neumann,
qui a créé WeWork
en 2010
concept décliné de façon identique
dans les 253 espaces disséminés
dans 24 pays : de grandes surfaces à
l’architecture spectaculaire avec du
parquet par terre et des plafonds
dénudés, une multitude d’espaces
communs avec du mobilier comme
à la maison (canapés, sofas…), une
appli qui permet de joindre tous les
membres de la communauté
WeWork, des événements pour
permettre aux clients d’échanger,
Thales et Casino adoptent cette mode
En bermuda et en tee-shirt, un
trentenaire pianote sur son ordinateur portable. Plus loin, les
membres d’une équipe projet collent des Post-it sur un tableau.
Bienvenue à la Digital Factory de
Thales, où 150 personnes occupent
deux plateaux à l’espace de coworking WeWork de la rue Lafayette
dans le IXe arrondissement de Paris.
Le spécialiste de défense et de hautes technologies n’est pas le seul
grand groupe à implanter des équipes chez le roi du coworking. Ainsi,
Casino a installé sa filiale, RelevanC,
qui scrute les comportements des
acheteurs du groupe de distribution, au sein du WeWork du Marais,
dans le IIIe arrondissement de Paris.
À côté des startuppeurs en solo
qui n’ont pas de bureau fixe, il y a
donc chez WeWork des acteurs internationaux qui ont des espaces
fermés. Ces mastodontes y localisent plutôt leurs équipes digitales,
celles qui ont besoin de recruter
des développeurs informatiques,
des data scientists, des spécialistes
de l’intelligence artificielle entre
25 et 40 ans. Des profils rares donc
très exigeants. « Nous nous battons
pour attirer les mêmes talents que
Facebook ou Google, estime Olivier
Flous, vice-président de Thales
chargé de la Digital Factory et de la
transformation numérique. Or cette
population aspire à travailler dans le
centre de Paris. »
Au passage, ces bureaux organi-
sés sur un mode inhabituel permettent d’être plus efficace. « Le fait de
ne pas être au siège dans la moquette
mais ici sur du parquet nous donne de
l’agilité », résume Adrien Vincent,
directeur général de RelevanC.
Ainsi, à la Digital Factory, il n’y a
pas une cascade de chefs mais une
organisation plate où cent personnes ont pour patron le responsable
de l’ingénierie.
Méthodes de start-up
Chaque équipe composée de huit
personnes dispose d’un îlot où elle
aménage les bureaux à sa convenance. Et les procédures sont réduites pour qu’on puisse sortir un
embryon de produit en trois mois.
Avec ce système, Thales a mis au
point un système de divertissement
plus personnalisé (écoute de la musique ou visionnage de fillms…)
pour les passagers dans les avions.
De son côté, RelevanC applique
aussi les méthodes des start-up
avec des réunions de cinq minutes
debout pour faire le point sur un
dossier. Une méthode qui permettra à Casino de disposer en juin
d’une plateforme de la data transactionnelle. Un outil indispensable
pour un suivi très fin des performances de marques dans les
rayons. Cela vaut bien que les trente
collaborateurs de RelevanC puissent déjeuner dans le jardin du
WeWork Marais à la belle saison. ■
J.-Y. G.
fait de
« neLe pas
être
au siège dans
la moquette
mais ici sur
du parquet
nous donne
de l’agilité
»
ADRIEN VINCENT,
DIRECTEUR GÉNÉRAL
DE RELEVANC,
FILIALE DE CASINO
un modèle économique où l’on loue
un poste de travail pour un mois
minimum… et surtout le café, le thé
et la bière (à partir de 17h) gratuits.
« Nous ne sommes pas un espace de
coworking, mais une plateforme
communautaire, répète Audrey
Barbier-Litvak. 50 % de nos membres font du business entre eux. »
Expansion à marche forcée
C’est pour toutes ces raisons que
Delight, une start-up qui propose
aux organisateurs de spectacles
d’écouler leurs places invendues, a
élu domicile au cœur du IXe arrondissement dans le site de la rue Lafayette, qui compte 2 300 postes de
travail. À la place de l’ex-siège
d’Areva. Son directeur général,
Marc Gonnet, n’a pas trop de mal à
attirer des clients quand il fait des
réunions sur la terrasse de l’ex-
bureau d’Anne Lauvergeon, avec
une vue imprenable sur le
Sacré-Cœur. Ou au cœur de
l’atrium du rez-de-chaussée, doté
d’une verrière impressionnante.
« Comme nous sommes une jeune
pousse avec dix salariés, nous cherchons à rencontrer d’autres sociétés,
souligne-t-il. Grâce à l’appli, nous
sommes entrés en contact avec des
graphistes qui vont faire l’habillage
de notre stand sur un salon professionnel en octobre. » Vidéaste, Louis
Foucher, qui travaille en solo a aussi
choisi le site de la rue Lafayette pour
son côté vibrionnant. « Ici, j’ai rencontré un autre vidéaste à qui je soustraite du montage », raconte-t-il.
La formule ne fait peut-être pas
l’unanimité. « Leurs bureaux sont
des poulaillers, estime Clément
Alteresco, fondateur et directeur
général de BAP. Les gens sont entas-
sés. » Mais le concept séduit et cette
jeune pousse est devenue en huit
ans une licorne valant des fortunes.
En levant 4,4 milliards de dollars
(3,7 milliards d’euros) auprès du japonais Softbank en 2017, WeWork a
vu sa valorisation bondir à 20 milliards de dollars. Mais, comme
Uber, le roi du coworking a des résultats qui font déchanter. Selon
Bloomberg, le groupe a perdu
934 millions de dollars l’an passé.
De quoi faire oublier que son chiffre
d’affaires a été multiplié par deux
pour atteindre 822 millions de dollars en 2017.
Son modèle économique pas tout
à fait calé n’empêche pas cette licorne de continuer son expansion à
marche accélérée avec les milliards
levés. En France, par exemple, le
groupe ouvrira deux nouveaux espaces en 2020 à Paris. « Notre objectif
est d’avoir 20 000 membres dans
deux ans en France », affirme
Audrey Barbier-Litvak.
Parallèlement, WeWork multiplie les diversifications. En 2017, il a
racheté Flatiron School, une école
pour former des codeurs informatiques. Il a aussi lancé Rise By We, un
concept de salle de sport installé
dans les WeWork. Ou WeLive, une
solution de colocation améliorée où
la start-up gère l’appartement de A
à Z pour les locataires. Power By
We, une démarche qui consiste à
mettre à la sauce WeWork de vieux
bâtiments de grands groupes. Il va
même ouvrir à l’automne à New
York WeGrow, une école maternelle. Pour l’instant, aucune de ces innovations n’est arrivée en France.
« WeWork commencera par les
implanter à Londres où nous avons
déjà cinquante espaces, souligne
Audrey
Barbier-Litvak.
Mais
j’aimerais bien ouvrir une Flatiron
School en France à l’horizon 20192020. » On n’a pas fini d’entendre
parler de WeWork. ■
l’isf devient l’ifi,
mais cela ne change pas
les besoins des plus fragiles.
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1
IMMOBILIER Oubliés, les costumes
gris des avocats d’affaires qui occupaient cet immeuble encore récemment. À partir de ce vendredi, on
croisera plutôt des jeunes gens en
jeans-baskets au 92 avenue des
Champs-Élysées. C’est là que
WeWork ouvre son quatrième espace de coworking en France. Pour
l’instant, il est occupé à près de
50 %. « Mais, en août, le site devrait
être plein », glisse Audrey BarbierLitvak, directrice générale de cette
start-up américaine pour l’Europe
du Sud (France, Italie, Espagne,
Portugal).
Une confiance née de ses premiers pas réussis dans l’Hexagone.
Ses trois premiers espaces ouverts
au cours des douze derniers mois à
Paris affichent tous complet. Avec
le site des Champs-Élysées, l’entreprise qui a son siège à New York va
compter près de 5 000 locataires,
pardon « membres » comme le répètent ses managers.
Cela n’en fera pas forcément le
plus gros acteur des bureaux partagés en France, car beaucoup d’opérateurs se bousculent sur ce marché
en plein boom : Nextdoor, possédé
par Bouygues et Accor, Spaces, qui
appartient à Regus, Kwerk, BAP…
En revanche, à la manière d’Uber
pour le VTC, c’est WeWork qui se
développe le plus vite sur le coworking à l’échelle mondiale, avec un
L’espace de coworking
WeWork de la rue
Lafayette, à Paris,
compte 2 300 postes
de travail.
A
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
24 ENTREPRISES
PHILIPPE PAUCHET/PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP
Coup de froid
sur les médicaments
génériques
Les industriels du secteur proposent d’inciter
financièrement les médecins à en prescrire.
KEREN LENTSCHNER £@Klentschner
PHARMACIE C’est une première
depuis l’apparition en France des
médicaments génériques, il y a vingt
ans. Avec 937 millions de boîtes
vendues et 3,4 milliards d’euros de
Les labos dénoncent un projet
de « paquet neutre » pour les OTC
L’association française des
fabricants de médicaments
vendus sans ordonnance
(OTC) s’insurge contre des
recommandations de l’Agence
nationale de sécurité du
médicament sur l’aspect
des boîtes. Elle dénonce
un « paquet neutre » risquant
de créer une « confusion ».
L’agence avait publié fin
février des recommandations
pour rendre moins visibles
le nom des marques et les
arômes sur la boîte, au profit
de la dénomination scientifique
des substances actives
et de l’indication du produit.
Elle propose ainsi, pour
l’Imodium, « chlorhydrate
lopéramide » et « diarrhées
aiguës passagères ».
K. L.
chiffre d’affaires, leurs ventes ont
reculé l’an passé de 2,4 % en volume, 3,9 % en valeur. Si l’on inclut le
lancement de nouveaux médicaments, le marché est tout juste stable
(+ 0,2 %). « C’est une situation inédite, alors que la France est déjà à la
traîne en Europe en termes de pénétration des génériques, s’alarme
Erick Roche, président du Gemme,
qui regroupe 21 industriels du secteur (Teva, Sandoz, Mylan). Il reste
pourtant un fort potentiel de croissance du marché. » Les génériques représentent, en effet, 36 % des médicaments vendus dans l’Hexagone,
contre plus de 70 % dans des pays
comme l’Italie, l’Allemagne ou
l’Angleterre.
Or seulement 45 % des médicaments prescrits sont substituables.
Une part que la ministre de la santé,
Agnès Buzyn, souhaite porter à 50 %
d’ici à 2020. L’enjeu est crucial pour
l’État, qui veut réduire le déficit de
l’Assurance-maladie. Les génériques permettent 2 milliards d’euros
d’économies par an. Le recul du
Les ventes de médicaments génériques ont reculé de 2,4% en France, en 2017, avec 937 millions de boîtes achetées.
marché est une mauvaise nouvelle
pour l’ensemble des acteurs. Côté
industriels, elle accroît la pression
sur les marges, conduisant certains à
retirer les médicaments les moins
rentables, voire à sortir du marché.
Sanofi vient de céder son activité de
génériques en Europe, Zentiva, au
fonds Advent.
Confiance insuffisante
Si les pharmaciens font figure de
bons élèves (huit sur dix jouent le jeu
de la substitution), les médecins sont
les principaux freins à la croissance,
selon les défenseurs du générique.
Le Gemme dénonce leur « regard
critique » vis-à-vis des génériques
et leur « propension à prescrire sans
considérer le périmètre de substitution ». Deux tiers des médecins
considèrent que leurs patients se
méfient des génériques, selon le
Gemme.
La faute, selon ce syndicat, au lobbying des laboratoires pharmaceutiques vantant les mérites de leurs
médicaments même quand les brevets sont tombés dans le domaine
public. Le Gemme pointe aussi le
manque de connaissance des médecins du répertoire des génériques et
une incitation financière à les prescrire insuffisante. Elle ne représente
que 2,6 % de la rémunération annuelle d’un médecin. « C’est trop
faible pour faire changer de comportement », estime Erick Roche. Souvent évoquée, l’idée d’un malus
pour les mauvais élèves n’a jamais
été adoptée.
Le Gemme propose d’inciter les
médecins en majorant le remboursement de leur consultation. L’Assurance-maladie pourrait leur attribuer une prime à chaque
consultation si le médecin atteint
l’objectif fixé. Un euro les trois pre-
mières années, 1,50 euro ensuite.
Cette panoplie de mesures coûterait 1,5 milliard d’euros sur cinq ans,
mais serait financée par les économies générées.
Autre proposition : alléger de
moitié la franchise payée par les patients sur chaque boîte de médicament (50 centimes) et non remboursée par les mutuelles. Si beaucoup de
patients n’en ont pas connaissance,
il s’agit d’un montant significatif
pour les petits budgets et pour les
patients atteints de maladies chroniques. Cette mesure, qui impliquerait
financièrement les patients, permettrait d’accroître leur adhésion
aux génériques. Au total, le Gemme
estime que ses propositions, présentées en début d’année aux pouvoirs
publics, généreraient 4,2 milliards
d’économies sur cinq ans. Il cherche
aujourd’hui des agences régionales
de santé (ARS) prêtes à les tester. ■
Le plan hydrogène de Nicolas Hulot déçoit déjà
L’enveloppe globale de 100 millions d’euros d’aides n’est pas considérée à la hauteur des enjeux.
5
DELPHINE DENUIT £@ddenuit
milliards
d’euros
Montant des
investissements
nécessaires dans
l’hydrogène en France
d’ici à 2030
ÉNERGIE Le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot
lance ce matin en grande pompe
un « plan hydrogène », une série
de mesures pour faire de la France
« un leader mondial » dans la
production de ce gaz. Selon son
entourage, le ministre doit débloquer « une enveloppe de 100 millions d’euros d’aides à l’investissement » à destination des acteurs
de la filière, invités pour l’occasion ce matin au ministère. Cette
somme, disponible dès 2019, permettra de cofinancer (à hauteur
de 20 % en moyenne par dossier)
les projets de développement de la
filière hydrogène. Il s’agit d’aider
à la construction d’usines d’électrolyse, capables de casser la molécule d’eau pour séparer l’oxygène de l’hydrogène et de stocker
cette dernière.
De telles usines, installées à
proximité de sites de production
d’énergies renouvelables comme
le solaire et l’éolien offriraient une
solution de stockage à ces énergies
intermittentes, dont les excédents
de production sont aujourd’hui
perdus. L’hydrogène rend « possible le stockage à grande échelle
des énergies renouvelables, rendant crédible un monde où l’hydrogène vient se substituer petit à petit
LES DÉCIDEURS
â JEAN-MARC SAUVÉ
Apprentis d’Auteuil
L’ancien vice-président du Conseil d’État,
parti à la retraite le 28 mai, vient d’être élu
président de la fondation par le conseil
d’administration. L’énarque et haut fonctionnaire de 68 ans, qui avait notamment occupé
le secrétariat général du gouvernement en
1995 sous Jacques Chirac, succède à Bernard
Prévost (2009-2018).
â NICOLAS THÉRY
Crédit mutuel
À la tête de l’organe central du groupe bancaire mutualiste, l’énarque et ancien haut
fonctionnaire est reconduit dans ses fonctions
pour six années supplémentaires.
A
â MARTIN SORRELL
S4 Capital
Le patron britannique fait son retour
dans les affaires, quelques semaines
seulement après son départ précipité
du géant de la publicité WPP, à la suite d’une
enquête sur de possibles irrégularités financières. Futur président exécutif de S4 Capital,
il prévoit d’en faire « une entreprise multinationale dans la communication ».
aux (énergies) fossiles, au nucléaire », a insisté le ministre, mercredi, devant l’Assemblée. D’ici à
2023, Nicolas Hulot entend fixer à
10 % la part d’hydrogène produit
à base de sources renouvelables et
à 40 % en 2028.
Industriels sceptiques
En matière de mobilité, l’enveloppe doit soutenir la construction de
stations-service hydrogène, dont
le cadre réglementaire devrait être
précisé dans les prochains mois. La
France en compte seulement une
vingtaine pour 263 véhicules hydrogènes en service (flottes d’entreprises, collectivités, taxis…).
D’ici à 2023, le gouvernement table
sur une centaine de bornes, plus de
5 000 véhicules utilitaires (dont
des taxis) et 200 véhicules lourds.
Ce plan, très ambitieux sur le
papier, laisse sceptiques de nombreux industriels, dont certains invités ce matin aux côtés du ministre de la Transition énergétique.
« On ne peut que se féliciter de la
prise de conscience politique de la
nécessité urgente de créer une filière
de l’hydrogène autour d’un cadre
législatif et réglementaire », souligne Franck Bruel, directeur général adjoint d’Engie.
L’Association française pour
l’hydrogène et les piles à combustibles (Afhypac) salue cette « reconnaissance concrète ». Mais la
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Jean-Marc Chéry monte la dernière
marche chez STMicroelectronics
Pas de brusque parachutage chez STMicroelectronice, mais au contraire une
belle ascension. Jean-Marc
Chéry, « l’option interne », n’attendait plus que l’accord des actionnaires pour accéder au poste suprême. C’est
désormais chose faite, et en beauté, avec
99,87 % de voix en faveur de sa nomination.
Un sacre auquel l’avait préparé l’ex-patron
Carlo Bozotti, dont il était le bras droit depuis
2012, en lui confiant les fonctions opérationnelles en janvier 2017. À 57 ans, Jean-Marc
Chéry prend donc les rênes d’une entreprise
de 45 500 employés, réalisant 8,35 milliards de
dollars de chiffre d’affaires, tout juste intégrée
au CAC 40. Spécialisé dans les composants
électroniques, le groupe issu de la fusion franco-italienne de Thomson Semiconducteurs et
SGS Microelettronica a su s’imposer dans
l’automobile, la téléphonie ou encore la production industrielle.
« Confiant » face aux responsabilités qui
l’attendent, Jean-Marc Chéry a déjà mis ses
pas dans ceux de son prédécesseur. Ensemble,
ils sillonnaient depuis trois mois les différents
sites du groupe pour « rester proche du terrain » et ne pas sombrer dans l’isolement des
hautes sphères. Mais rares sont les coins
d’ombre pour ce natif d’Orléans qui a fait son
entrée en 1986 chez STMicroelectronics juste
avant la fusion, au moment où le groupe, marqué par des restructurations, traversait de fortes turbulences. Avec onze autres jeunes
talents, il est choisi par le patron de l’époque,
Jacques Noels, pour redresser la qualité du
service client sur les différents sites. Dès lors,
cet ingénieur des Arts et Métiers collectionne
les casquettes : approvisionnement, production, service client, recherche et développement… Mais surtout directeur d’usine, « rêve
depuis toujours » et véritable accomplissement
personnel, qui lui vaut aujourd’hui encore
cette « sérénité professionnelle » avec laquelle
il aborde l’avenir et affronte « le mauvais
stress ».
Son défi désormais, en tant que PDG, est de
« parvenir à concilier excellence opérationnelle
et hauteur », à l’image du patron de Tesla, Elon
Musk, dont il admire la polyvalence. Loué
pour son caractère « chaleureux » par ses collaborateurs, ce père de trois enfants connaît
aussi d’autres ascensions le week-end, montagnardes cette fois-ci. Du haut de la montagne Sainte-Victoire, grimpée à vélo, il
contemple la Provence, où il vit désormais
avec sa famille. Car la famille est primordiale
aux yeux de ce « voileux » qui, enfant, se
rêvait footballeur, mais sans regrets : « Question coiffure, je n’aurais pas pu suivre ! » A. B.
déception est bien là. « C’est peanuts, cette somme n’est pas à la
hauteur des enjeux », s’inquiète
Lucien Malais, fondateur de H2V,
qui compte lever 1,5 milliard
d’euros pour construire trois usines d’électrolyse en France.
L’amertume atteint même Montréal où, rassemblés au salon
Mobilité Movin On, les constructeurs automobiles se sont dit, jeudi, « à la fois surpris et pas au courant ». Dans une récente étude, le
cabinet McKinsey estime entre 5 et
10 milliards d’euros le montant des
investissements nécessaires pour
développer les infrastructures et la
production d’hydrogène en France
d’ici à 2030. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â THIERRY DALLARD
Société du Grand Paris
L’ingénieur des Ponts est nommé président du directoire de l’établissement
public chargé du pilotage du Grand
Paris Express (réseau métropolitain). Également normalien, il dirigeait plusieurs sociétés
dans le fonds d’investissement Meridiam, spécialisé dans le développement et le financement
d’infrastructures publiques.
â VÉRONIQUE DESCACQ
Caisse des dépôts
Secrétaire générale adjointe de la CFDT, elle va
rejoindre l’institution financière publique à la
direction des retraites et des solidarités.
â FRANÇOISE BÉZIAT
Fondation Jacques Chirac
Succédant à Jean-Pierre Dupont
(1995-2018), Françoise Béziat monte à
des fonctions non exécutives, après
avoir occupé la direction générale de la fondation pendant dix ans. Femme politique française
(Les Républicains), elle sera secondée par le
nouveau vice-président Patrick Gohet, administrateur depuis 2007, ainsi que par Michel
Vergne, qui reprend la direction générale.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 1er juin 2018
TECH
25
Box, le petit génie
du cloud qui vaut
4 milliards
L’entreprise a été l’une
des premières sur un marché porteur.
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
INFORMATIQUE Box est inconnue du grand public, mais valorisée à presque 4 milliards de dollars en Bourse. Cette société
américaine a compris, avant toutes les autres, l’importance de
l’informatique
dématérialisée
pour les professionnels. « Pendant un an, nous n’avions presque
aucune compétition, se souvient
Aaron Levie, PDG de Box. C’était
une période sympa. »
Comme tout dirigeant de la Silicon Valley qui se respecte, Aaron Levie a une histoire à raconter sur les origines de son
entreprise. Elle n’est pas née dans
un garage, mais à l’université :
son créateur voulait un moyen
simple pour consulter ses devoirs
sur son ordinateur, à la bibliothèque ou chez ses parents. L’idée
est devenue une entreprise en
2006. Aujourd’hui, Box propose
aux plus grandes sociétés de régler un casse-tête : héberger,
protéger et pouvoir modifier en
temps réel tous les contenus
d’une société. Elles sont 82 000
clientes de sa plateforme. Box a
réalisé 506 millions de dollars de
chiffre d’affaires entre février
2017 et février 2018. Soit une
hausse de 300 % en quatre ans.
Forte concurrence
Depuis la naissance de Box, le
marché du cloud professionnel a
explosé. Les offres sont très nombreuses, dans l’hébergement
(Amazon Web Services, Microsoft Azure), les logiciels en ligne
de bureautique (Office 365), de
communication (Slack) ou plus
spécialisés (Salesforce, Zendesk,
DocuSign). En mars, Dropbox,
qui se positionne à la fois sur le
marché grand public et des professionnels, a fait une entrée tonitruante en Bourse, où l’entreprise est désormais valorisée à
plus de 12 milliards de dollars.
Pour rester dans la course, Box a
lancé une stratégie qui peut paraître a priori paradoxale : elle
s’est rapprochée de ses concur-
rents. Sa plateforme est compatible avec plus de mille applications tierces. Box est partenaire
avec Microsoft, IBM, Google, Apple ou Salesforce et propose certains de leurs services à ses
clients. « La réalité de l’industrie
des nouvelles technologies en 2018,
c’est que nos concurrents doivent
aussi être nos partenaires », raisonne Aaron Levie. Le pari de Box
est de s’imposer comme la plateforme capable de connecter tous
les services professionnels du
cloud, dans un marché de plus en
plus fragmenté.
Cette stratégie de collaboration
s’étend jusqu’aux domaines les
plus cruciaux pour l’avenir de
l’entreprise. Fin 2017, Box a annoncé le lancement de Box Skills,
une boîte à outils en intelligence
artificielle. Ses clients peuvent
s’en servir afin d’analyser leurs
documents et de les traiter selon
certains critères : peut-on obtenir toutes les vidéos dans lesquelles apparaît le PDG d’une société ? Comment retrouver toutes
les photos de chaussures réalisées
pour un site d’e-commerce ?
Quel pourcentage d’interlocuteurs du service clients a exprimé
sa satisfaction ? Ce service est
proposé grâce aux technologies
d’intelligence artificielle d’IBM,
de Microsoft et de Google. Cela
permet à Box d’économiser les
coûts, tout en proposant un service innovant à ses clients. « L’intelligence artificielle va changer la
manière dont nous gérons les informations : comment nous les
stockons, organisons ou collaborons autour d’elles. C’est l’avenir
du cloud », assure Aaron Levie.
Reste à convaincre les investisseurs de cette vision sur le très
long terme. Mercredi, Box a présenté ses résultats financiers pour
le premier trimestre de l’exercice
fiscal 2019. Sa croissance - de
20 %, alors que ses revenus augmentaient de 30 % au premier
trimestre 2018 - n’a pas satisfait
les marchés. Le niveau action de
Box chutait de 10 % à l’ouverture
de la Bourse de New York hier
matin. ■
Pour la première fois de son histoire, Free, l’opérateur de Xavier Niel, a perdu des abonnés.
ISOPIX/SIPA
Free augmente ses tarifs
sous couvert de promotion
L’opérateur de Xavier Niel change de stratégie dans le fixe.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
LES TARIFS DE FREE
DANS L’INTERNET FIXE
9,99
euros par mois pendant
un an, Freebox Crystal,
puis 24,99 € / mois
pour Internet
et la téléphonie fixe
14,99
euros par mois pendant
un an, Freebox mini 4K,
puis 34,99 € / mois
pour Internet fibre,
téléphonie fixe et TV 4K
19,99
euros par mois pendant
un an, Freebox
Révolution, puis
44,99 € / mois
pour Internet fibre,
téléphonie fixe, TV (dont
TV by Canal Panorama)
TÉLÉCOMS C’est la douche froide.
Les abonnés de Free qui s’attendaient à une baisse de tarifs dans le
fixe en seront pour leurs frais. Derrière l’annonce de prix promotionnels sur douze mois, Free glisse
une augmentation de 5 euros par
mois, pour les abonnements à la
Freebox Mini K et à la Freebox Revolution, passant respectivement à
34,99 euros et 44,99 euros, hors
promotion. Des prix comparables à
ceux de Sosh (Orange) et supérieurs à ceux pratiqués par B&You
(Bouygues Telecom) et Red (SFR).
Autre changement, et non des
moindres, Free introduit un engagement de douze mois à la souscription pour bénéficier de la remise sur un an. Les tarifs chutent
alors à 14,99 et 19,99 euros.
Après avoir bâti son succès sur
ses offres fixes, Free doit faire face
à une nouvelle problématique.
Pour la première fois de son histoire, il subit une attrition de sa base
d’abonnés, sous les coups de boutoir de ses trois rivaux, Bouygues
Telecom, Orange et SFR. Ce alors
même que le développement de la
fibre en France redistribue les cartes, avec à la clef un changement
de modèle économique. En outre,
le renouvellement de la Freebox se
fait attendre depuis près de deux
ans. La nouvelle « V7 », son nom
de code, est désormais promise par
le management de Free pour septembre.
Pression
de Bouygues Telecom
Ce revirement s’explique aussi par
l’évolution du marché du fixe ces
dernières années. Bouygues Telecom y mène une offensive en règle
depuis trois ans, sous l’impulsion
de Martin Bouygues lui-même. Le
patron du groupe éponyme avait
alors clairement énoncé sa stratégie : priver Free d’une partie de ses
marges générées par le fixe, et utilisée pour le développement du
mobile. Après avoir longtemps résisté, SFR et Orange, via leurs marques low-cost et des offres promotionnelles, ont finalement pris le
chemin de la baisse de prix. Paradoxalement, Free vient donc de
décider de relever les siens.
Il complète aussi sa proposition
commerciale avec un troisième
abonnement d’entrée de gamme,
comprenant uniquement l’accès à
Internet et à la téléphonie fixe à
9,99 euros pendant douze mois.
Ensuite, le tarif passe à 24,99 euros
par mois. Pour cela, l’opérateur
ressort de ses cartons la Freebox
Crystal, qui avait été lancée en
2013 et alors surnommée « le Tupperware » en raison de son design.
Avec cette offre, Free se positionne
ainsi sur le marché du « dual
play », initié par Bouygues Telecom, dont la Bbox Fit est commercialisée 12,99 euros par mois pendant douze mois, puis 22,99 euros
mensuels. Ces offres plus simples
sont là pour répondre aux attentes
de consommateurs qui souscrivent
à des offres de vidéo à la demande.
Il s’agit généralement d’une population jeune, urbaine, cliente des
grandes plateformes de services en
ligne (OTT)… Juste dans la cible de
Free.
Il reste encore de nombreuses
inconnues dans la stratégie de
Free. Son nouveau directeur général, Thomas Reynaud, a évoqué à
plusieurs reprises une évolution
des offres tarifaires dans le mobile,
laissant entendre que là aussi une
troisième offre pourrait venir se
greffer dans le dispositif. Mais s’accompagnera-t-elle d’une hausse
des prix en place depuis janvier
2013 ? Alors que l’opérateur de Xavier Niel vient de se lancer en Italie
avec un abonnement 4G à
5,99 euros, la question se pose. ■
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BOURSE
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LA SÉANCE DU VENDREDI 31 MAI
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 46,81
♣
AIR LIQUIDE ..................................
105,4
AIRBUS .............................................. 97,31
ARCELORMITTAL SA ..................................
27,7
ATOS .............................................. 116,2
AXA ..............................................
21,325
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
53,06
BOUYGUES ..............................................
39,54
CAPGEMINI ..............................................
112,65
CARREFOUR ..............................................
15,425
CREDIT AGRICOLE ..................................
11,74
DANONE ..............................................65,39
ENGIE .............................................. 13,535
ESSILOR INTL. ..................................116,9
KERING ..............................................489,7
L'OREAL ..............................................
205,6
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
44,13
LEGRAND ..............................................64,54
LVMH .............................................. 297,05
♣
MICHELIN ..............................................
110,7
%VAR.
+HAUTJOUR
-1,18
47,74
-1,36 107,85
+0,6
98,24
+0,33 28,095
+3,7
116,2
-0,12
21,6
-2,18 54,73
-0,45 39,99
-0,62 113,9
-1,66
15,76
-1,22
12,08
-2,02 67,06
-1,35
13,8
-0,04 117,7
+0,41 492,2
-0,82 209,8
-1,14 45,02
-0,4
65,6
-0,83 301,55
-2,12 113,5
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
46,74
105,25
97,01
27,47
111,9
21,15
52,74
39,35
112,4
15,4
11,61
65,24
13,46
116,4
484,9
204,5
44
64,28
296,1
110,1
0,553
0,499
0,263
0,272
0,817
0,457
0,74
0,517
0,509
0,566
0,568
0,371
0,358
0,303
0,173
0,139
0,063
0,37
0,168
0,656
+8,86
+0,33
+17,24
+2,16
-4,24
-13,79
-14,76
-8,7
+13,91
-14,5
-14,93
-6,52
-5,58
+1,7
+34,06
+11,17
-6,19
+0,55
+21,05
-7,4
JOUR
ORANGE ..............................................14,725
PERNOD RICARD ..................................
143,7
PEUGEOT ..............................................
19,945
♣ 59,54
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
82,63
SAFRAN ..............................................
102,15
SAINT GOBAIN ..................................
42,875
SANOFI ..............................................65,63
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
73,78
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
36,855
SODEXO ..............................................83,02
SOLVAY ..............................................
115
STMICROELECTRONICS .............................
20,36
TECHNIPFMC ..................................26,98
TOTAL .............................................. 52,05
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
192,55
VALEO .............................................. 54,32
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,42
♣
VINCI .............................................. 83,72
VIVENDI ..............................................21,52
%VAR.
-0,2
-0,52
-2,13
-0,77
-1,25
+1,39
-0,99
-0,71
+0,14
-1,65
-0,34
-2
-0,39
-1,5
+0,29
+0,89
+0,26
-0,33
-0,45
+0,42
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,87
145,65
20,44
60,3
84,1
102,45
43,61
66,64
74,76
38,115
83,6
118
20,58
27,87
52,38
192,55
54,98
19,56
84,68
21,8
14,61
143,5
19,94
59,14
82,17
100,7
42,78
65,13
73,12
36,67
82,62
115
20,19
26,82
51,6
190,65
53,42
19,365
83,52
21,42
%CAP.ECH
0,382
0,229
0,624
0,474
0,511
0,433
0,446
0,31
0,778
1,096
0,365
0,529
0,852
0
0,351
0,898
2,256
1,224
0,304
0,392
31/12
+1,73
+8,9
+17,63
+5,1
-1,53
+18,9
-6,75
-8,66
+4,12
-14,39
-25,91
-0,78
+11,84
+4,37
+13,04
-8,31
-12,77
-8,72
-1,68
-4,01
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5414
1,5038
0,8768
9,1818
127,33
1,1526
1,1699
2,9732
11,103
5,2628
20,82
7,4951
78,802
135,75
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
35800
35990
+3,02
NAPOLEON ..................................................... 209,7
205,6
+1,35
PIECE 10 DOL USA .....................................................
599
589
+1,87
PIECE 10 FLORINS .....................................................
218,8
219
+2,82
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1220
1220
+4,45
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
210
210
+2,94
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
310
300
+1,64
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1346
1325
+2,75
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
113,7
113,7
+3,55
PIECE SUISSE 20F .....................................................
208,9
205,1
+3,06
PIECE LATINE 20F .....................................................
210
213
+3,5
SOUVERAIN ..................................................... 259,9
258
-0,31
KRUGERRAND .....................................................1190
1130
+6,37
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
282,41 29/05/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
48,84 29/05/18
BELLATRIX C ................................................
336,36 29/05/18
SIRIUS ................................................56,41 29/05/18
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4,3 % sur l’ensemble de cette année. Il
dépasserait le pic de 29 mois atteint le
23 janvier dernier, à 403,72 points.
L’EuroStoxx 50, lui, devrait progresser
légèrement plus, d’environ 8 %, pour atteindre 3 700 points d’ici à fin décembre.
Les perspectives d’évolution des actions européennes se sont un peu dégradées depuis le début de l’année. Mais
les analystes continuent de croire que la
croissance économique sera suffisante
pour soutenir les bénéfices des entreprises, et par ricochet les cours de
Bourse. Les analystes attendent une
hausse de 8,7 % des bénéfices des sociétés composant le Stoxx 600 pour
l’ensemble de l’année.
Parmi les risques que redoutent les
investisseurs figure bien évidemment
l’Italie, mais aussi les négociations sur le
Brexit, les différends commerciaux entre les États-Unis et la Chine, ou encore
la hausse des cours du pétrole.
La possibilité d’une montée plus rapide qu’attendu de l’inflation et des taux
d’intérêt aux États-Unis est également
considérée comme une menace poten-
tielle. Les investisseurs interrogés
considèrent que l’appréciation du dollar
qui découle de la hausse des taux américains fait planer une menace particulièrement forte sur les marchés émergents. Elle incite en effet les
investisseurs à délaisser ces régions
réputées plus risquées pour se tourner
vers les États-Unis.
H. R.
A
ACTIONS EUROPÉENNES : LES PROFESSIONNELS RESTENT CONFIANTS POUR LA SUITE DE L’ANNÉE 2018
Les actions européennes devraient terminer l’année légèrement au-dessus de
leur record du mois de janvier dernier,
selon une enquête menée par Reuters.
Les gérants de fonds et analystes estiment que l’indice large européen Stoxx
600 devrait atteindre 406 points en fin
d’année, soit environ 5,5 % au-dessus
de son niveau actuel et en hausse de
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Le Seuil reprend
« XXI » et « 6 Mois »
Jaume Roures
(à gauche), directeur
de Mediapro,
et Olivier Seibert,
directeur media,
lors d’une conférence
de presse, jeudi
à Paris.
PHILIPPE WOJAZER/REUTERS
Près de 50 emplois sont supprimés.
Mediapro : une chaîne foot
à 25 euros par mois
Le groupe va négocier avec les opérateurs. Il vise 5 millions d’abonnés.
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
AUDIOVISUEL Opération séduction
et exercice de pédagogie. Pour sa
première prise de parole, le groupe
Mediapro, grand vainqueur de l’appel d’offres de la Ligue 1 de football
pour les saisons 2020-2024, n’a rien
laissé au hasard. À commencer par
le choix du lieu, le Bristol, palace
parisien situé rue du FaubourgSaint-Honoré. « C’est ici qu’on a
fait un film avec Woody Allen,
Midnight in Paris, et pour lequel on a
eu un oscar », glisse Jaume Roures,
le fondateur du groupe espagnol
détenu par un fonds chinois. Manière de préciser que si elle n’est pas
connue en France, sa société n’en
est pas moins un acteur de poids
dans les médias et l’audiovisuel.
Mediapro compte d’ailleurs faire
correctement les choses pour le
football français. « Nous avons un
vrai projet stratégique. Nous ne sommes pas venus pour acheter des droits
à 10 puis les revendre à 12 avant de
repartir à la maison », a assuré Jaume Roures. Le dirigeant a confirmé
que les 780 millions d’euros dépensés pour acquérir la majorité des
matchs du championnat français
allait alimenter une chaîne intégralement dédiée au football qui pourrait être commercialisée au prix de
25 euros. Un montant que Mediapro
estime raisonnable. « Nous avons
travaillé sur des études de marché.
25 euros par mois pour voir quasiment tout le foot, ce n’est pas cher »,
a lancé Jaume Roures.
Pour aboutir à ce montant, le
président de Mediapro a fait ses calculs. « Si vous divisez le prix que
nous avons payé pour la Ligue 1,
780 millions d’euros, par les 3 à
3,5 millions de fans de foot en France,
nous pouvons faire une chaîne à
25 euros par mois », a expliqué le dirigeant.
Pour Mediapro, l’objectif n’est
pas de revendre des lots aux diffuseurs comme Canal+, beIN Sports
ou SFR mais plutôt de nouer des accords de distribution. Le groupe
souhaite « ouvrir toutes les fenêtres
possibles » afin de faire grossir la
jauge de fans à 5 millions d’ici à
2023. Autrement dit, il n’est pas favorable à un partenariat exclusif.
L’opérateur s’est également
montré rassurant sur sa capacité à
investir en France, alors que certains restent dubitatifs. En Italie, le
tribunal de Milan a en effet suspendu l’appel d’offres de la Serie A
remporté par Mediapro. Le groupe
n’avait pas encore apporté de garanties bancaires. « Nous allons le
faire dans la semaine », a déclaré
Jaume Roures. ■
MEDIAPRO
EN CHIFFRES
1,6
milliard d’euros
de chiffre d’affaires
en 2017
6 600
employés
780
millions d’euros
Somme dépensée par
saison à partir de 2020
pour les principaux lots
proposés par la L1
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
PRESSE L’épilogue de l’échec
du newsmagazine Ebdo s’est
joué mercredi devant le tribunal
de commerce de Paris. Les juges
ont choisi l’offre déposée par les
Éditions du Seuil et les créateurs
du mook La Revue dessinée pour
reprendre les revues XXI et
6 Mois. Ces dernières se sont retrouvées en vente après la liquidation judiciaire de leur éditeur,
Rollin Publications.
Le prix de cession serait de
350 000 euros, selon Libération.
Le coût social est important : Le
Seuil ne conservera que 15 salariés sur les 63 que compte Rollin
Publications. Pour les représentants du personnel, « cette décision signifie le licenciement de
48 personnes. L’échec d’Ebdo devient très concret pour tous ses
salariés », dont la majeure partie avait été recrutée pour le lancement de ce newsmagazine.
Ebdo avait dû cesser sa parution
en trois mois en raison d’un
montage financier bancal et de
ventes insuffisantes. « Certains,
précisent les salariés, travaillaient pour XXI ou 6 Mois et
subissent les conséquences d’un
projet qui ne les concernaient
pas. »
Editis et Le Monde
sur les rangs
L’offre du Seuil, associé à La Revue dessinée, avait les faveurs du
personnel. Elle faisait face à la
proposition de Thierry Mandon,
directeur de la publication de
Rollin. D’autres acteurs majeurs
de la presse et de l’édition, comme Editis et le groupe Le Monde,
s’étaient intéressés de près à la
reprise de XXI et 6 Mois, avant
de se retirer. XXI et 6 Mois vont
désormais être cousins avec les
mooks La Revue dessinée, un trimestriel publiant des enquêtes
sous forme de bande dessinée, et
son dérivé Topo, destiné aux
moins de 20 ans.
L’attelage à parité avec Le
Seuil s’explique en partie par les
liens entre les créateurs de ces
mooks et Hugues Jallon, PDG de
l’éditeur. Lorsqu’il était encore
PDG de La Découverte, il avait
signé un partenariat avec La Revue dessinée pour une série de
20 albums de BD, L’Histoire dessinée de la France. Le regroupement des quatre mooks renforce
par ailleurs les activités presse
de la maison mère du Seuil, le
poids lourd de la bande dessinée
Média Participations, qui édite
les magazines Famille chrétienne,
Rustica ou Le Journal de Spirou. ■
EN BREF
DELCOURT S’OUVRE
À UN FONDS
£ Le fonds d’investissement
Florac est entré en discussion
avec le groupe Delcourt,
deuxième éditeur de BD
francophone (100 millions
d’euros de chiffre d’affaires),
en vue d’entrer dans
son capital.
UNE PRÉSIDENTE
POUR TBWA PARIS
£ Ex-BETC et DDB, Marina
Zuber a été nommée présidente
de l’agence TBWA Paris
(Omnicom).
COMMUNIQUÉ
LES ENFANTS, LAISSÉS-POUR-COMPTE DE LA
RÉFORME DE L’AUDIOVISUEL PUBLIC ?
FAIRE DISPARAÎTRE
, c’est éliminer la
seule chaîne gratuite et sans publicité accessible* à tous les
enfants.
FAIRE VIVRE
FAIRE DISPARAÎTRE
, c’est prendre le
chemin inverse de tous les services publics européens (BBC,
ZDF/ARD, Rai, TVE, …).
FAIRE VIVRE
, c’est permettre au service
public de garantir une offre dédiée aux enfants et sécurisée
face à l’offre indistincte et incontrôlée du numérique.
, c’est construire une offre
ambitieuse qui permette de défendre nos valeurs et notre
modèle de société auprès des nouvelles générations.
A
FAIRE LE CHOIX DE
, c’est aussi participer au rayonnement de
l’animation française, n°2 mondiale, reconnue pour la qualité de ses écoles, ses
créations d’emplois sur tout le territoire et ses exportations.
* 25% des foyers français n’ont accès à la télévision que par la TNT (Source : CSA).
www.animation-france.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO - N° 22 955 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
DÉFILÉ
À ARLES, GUCCI A PRÉSENTÉ
SA CROISIÈRE 2019 DANS UNE MISE
EN SCÈNE À COUPER LE SOUFFLE PAGE 31
HORLOGERIE
LES MONTRES GMT PLUS
QUE JAMAIS AU GOÛT
DU JOUR PAGE 32
Breguet
%$"#%!
Au diapason du futur
Au salon Musicora,
à Paris, des
musiciens férus
de technologie
présentent
leurs inventions.
Panorama de
ces instruments
d’un nouveau type.
Laurent Bernadac,
ingénieur en génie
mécanique et énergique,
joue sur le 3Dvarius,
un violon électrique
né de son imagination.
La « chance ! » tire le bon numéro
MUSICAL Créé en 2001 par Hervé Devolder, ce spectacle est sur le point
de fêter sa millième représentation au Théâtre La Bruyère à Paris.
MORCEAU CHOISI
Nathalie Simon
nsimon@lefigaro.fr
ne tendance à la déprime,
en ce début d’été orageux ?
Courez voir Chance !, la première comédie musicale
d’Hervé Devolder, au Théâtre La Bruyère, à Paris. On y danse,
chante et joue avec un enthousiasme
communicatif. L’histoire de cette pièce
créée en 2002 narre le quotidien d’un
cabinet d’avocats loufoques. Qui songent
davantage à s’amuser et à jouer au loto
qu’à travailler.
Il y a le patron baryton qui plaide pour
une bonne ambiance (Arnaud Léonard),
deux secrétaires qui se complètent, une
Latino rousse qui ne tient pas en place
(Catherine Arondel) et une BCBG amoureuse du chef (Léovanie Raud). Un assistant collectionneur de tours Eiffel en miniature (Hervé Lewandowski), une
stagiaire intimidée qui ne sait pas où se
mettre (Julie Wingens aux faux airs
U
BREGUET, COURTESY OF GUCCI BY DAN LECCA
d’Isabelle Aubret) et un coursier séduisant (Grégory Benchenafi) complètent
ce petit monde.
Des artistes tout-terrain interprètent
le spectacle en alternance et avec justesse. Accompagnés de trois musiciens installés sur le plateau, ils entonnent un
hymne à la vie digne de Chantons sous la
pluie ou des Parapluies de Cherbourg,
deux comédies musicales cultes auxquelles ils multiplient les clins d’œil.
“
C’est une fable qui relate
un monde idéal comme dans
les comédies musicales
HERVÉ DEVOLDER
”
Les « aventures » des protagonistes
sont doublées d’un hommage à Paris,
qu’on regardera autrement en sortant du
théâtre.
Créé au Théâtre Déjazet, Chance ! a été
repris partout en France et en Europe. En
2005, il a reçu le prix de la meilleure comédie musicale aux Musicals de Béziers
(Hérault). Sur le point de fêter sa millième représentation - il s’est bonifié avec
le temps -, il appartient désormais à
l’histoire du musical. « C’est une fable
qui relate un monde idéal comme dans les
comédies musicales », définit Hervé
Devolder, qui compare volontiers le métier d’avocat à celui de comédien.
Maître d’œuvre du projet, il signe tout
à la fois le livret - malin, coquin et parfois
un peu trop léger -, la musique vibrionnante et la mise en scène enlevée.
Formé au Conservatoire de musique et
d’art dramatique, passé par une école de
cinéma, Hervé Devolder est connu et
reconnu dans le milieu du spectacle
vivant. Compositeur hors pair, récompensé en 2013 par le prix Maurice Yvan
décerné par la SACD, il a autrefois écrit
des chansons pour le « Petit Théâtre de
Bouvard ». Côté scène, il a monté une
dizaine de pièces et régalé le public avec
notamment Les Fiancées de Loches de
Georges Feydeau (Molière du spectacle
musical 2016), Tout Offenbach ou presque
et Kiki de Montparnasse avec Milena
Marinelli où il saluait déjà la Ville Lumière. En chantant. ■
Jusqu’au 31 juillet, Théâtre La Bruyère,
(Paris IXe). Rens. : 01 48 74 76 99.
A
THOMAS TETU
PAGE 28
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
28
L'ÉVÉNEMENT
Des instruments pleins d’avenir
ENQUÊTE Flûte électronique, guitare connectée, violon réalisé en 3D...
Les nouvelles technologies font évoluer la facture traditionnelle. Sélection pointue.
D
THIERRY HILLÉRITEAU
£@thilleriteau
ès ce matin et jusqu’à dimanche soir, quelque 15 000 visiteurs
sont attendus à La Villette, à Paris,
pour le 29e salon Musicora. Créé il y a
plus de trente ans, ce « grand rendezvous de la musique et des musiciens »
fait se rencontrer amateurs et professionnels autour de leur passion pour la
musique et pour les instruments. Diffuseurs et programmateurs, artistes,
ensembles de musiciens, éditeurs spécialisés, mais aussi de très nombreux
luthiers… Au total, ce ne sont pas
moins de 220 exposants qui feront résonner la grande halle de la Villette au
son de la musique classique (qui reste
le genre le plus représentatif du salon), mais aussi du jazz et des musiques du monde. Le choix comme parrain, cette année, de l’accordéoniste
Richard Galliano, dont le talent
s’étend sur de très nombreux répertoires, est emblématique de cette
ouverture progressive du salon. Tout
comme la mise à l’honneur de la guitare, instrument dont la pratique
massive couvre la plus grande
variété de genres, de styles et
d’influences. Mais l’ouverture, c’est aussi celle du
monde de la facture
instrumentale aux
nouvelles technologies… Et à
travers ces
dernières, aux instruments de demain. Le salon en a bien conscience.
Lui qui dévoilera ce matin même les
résultats de la première étude sur le
marché de la facture instrumentale
française, commandée conjointement
par la direction générale des entreprises et la chambre syndicale de la facture instrumentale. Un marché évalué
entre 375 et 417 millions d’euros hors
taxe, rien que pour les instruments
neufs (environ 1,1 million d’unités
vendues chaque année), et que se partagent 1 000 entreprises.
Parmi elles, de plus en plus de startup spécialisées dans la musique, dont
une proportion non négligeable (près
de 10 %) serait liée au développement
et à la commercialisation de nouveaux
instruments.
Rien d’étonnant, donc, à ce que ces
derniers occupent une place incontournable à Musicora. « Il était important pour nous de rappeler que la facture instrumentale, a fortiori en
France, n’est pas figée. Cela passe par
les nombreuses innovations des facteurs traditionnels (mis au défi par la
nouvelle réglementation sur les bois
exotiques, NDLR). Mais aussi par ces
nouveaux instruments qui sortent chaque année et dont nous présentons une
partie à Musicora », explique Marianne Rollet, directrice de la programmation du salon. Nous en avons retenu cinq, présents ou non à Musicora,
mais emblématiques de la diversité et
des enjeux artistiques de ces « instruments du futur ». Bienvenue dans le
conservatoire du XXIe siècle. ■
LE PROGRAMME
Avec 200 activités gratuites
(concerts, ateliers d’éveil
et d’initiation, conférences…),
Musicora met la pratique en
avant. Parmi les rendez-vous
à ne pas manquer, le récital
de Richard Galliano (3 juin
à 15 h 30). Un grand concert
participatif, le Soundpainting
(2 juin à 14 h 30). Un focus
guitares autour de Jean-Félix
Lalanne (2 juin à 17 h 30).
Sans oublier les animations
proposées tout le week-end
par France Musique, dont un
blind-test animé par Clément
Rochefort, une table ronde
sur l’enseignement de la
musique à l’heure numérique,
ou un débat sur comment
écouter la musique en… 2028 !
www.musicora.com
● Dans l’apparence, cette guitare imaginée
dans les labos de recherche du prestigieux Institut
de recherche et coordination acoustique/musique,
fondé par Pierre Boulez, a tout d’une guitare
électroacoustique normale. À ce détail près qu’elle
est emblématique de la nouvelle génération des
instruments connectés. Dans le cas de la HyVibe,
« la table d’harmonie, sous laquelle on a passé
des transducteurs électrodynamiques et un
système de contrôle vibratoire, agit comme un
haut-parleur Bluetooth », résume son inventeur,
Adrien Mamou-Mani, docteur en acoustique et
mécanique et guitariste amateur. En d’autres
termes, la guitare est sa propre enceinte.
Mais peut aussi recevoir d’autres musiques, et
ainsi communiquer à distance avec
un professeur, par exemple, ou un autre
musicien. Depuis novembre 2017, cinquante
exemplaires ont été vendus en un mois en
précommande sur la plateforme Indiegogo.
Une nouvelle campagne vient de s’ouvrir
(549 dollars la guitare), pour une livraison
T. H.
prévue en septembre.
Korn Bass
Guitare HyVibe
● Croisement parfaitement assumé
du didgeridoo et du trombone à coulisse,
cet hybride de la famille des cuivres est né dans
l’esprit du facteur breton David Defois. Rare
spécialiste français de l’instrument aborigène,
il confesse avoir créé le Korn Bass (« trompe
grave ») d’une frustration : « Le didgeridoo
est un instrument monotonique. Celui
d’une seule note, en général la fondamentale.
Dès lors que l’on veut le jouer avec d’autres
instruments, suivre les changements d’accords
restait extrêmement compliqué sinon
impossible. » Après trois années de
développement, il est parvenu à cet
authentique « didgeridoo à coulisse ». Pour
le moment, celui-ci n’a conquis que des joueurs
de didgeridoo mais David espère profiter
de Musicora pour toucher des trombonistes
« à la recherche de modulations de timbre ». T. H.
● Le Dualo, surnommé depuis
sa commercialisation en 2015 « accordéon
de Dark Vador », est l’une des stars
des nouveaux instruments français. La
personnalité de son créateur Jules Hotrique,
très investi pour faire entendre la voix
des facteurs 3.0, n’y est pas étrangère.
Cet ancien prof de maths de banlieue
revendique un instrument « très intuitif,
capable de s’adresser à des débutants
n’ayant jamais fait d’instrument ou
de solfège. » Synthétiseur mobile
et autonome s’inspirant de l’ergonomie
de l’accordéon mais proposant
une disposition des touches et
une disposition des notes inédite,
il a même fait l’objet de cours
au conservatoire d’Aubervilliers
ou à l’école de musique de BoisColombes. Accessible à partir
de 500 euros, il s’en est vendu
plus de 2 000 en Europe.
T. H.
HYVIBE, CHRISTIAN HARTMANN/REUTERS, KORN BASS, SYLPHYO, DUALO
A
le plus impressionnant de ces nouveaux
instruments. Imaginé par Laurent Bernadac,
ingénieur en génie mécanique
et énergétique, mais aussi violoniste
professionnel, ce violon électrique est réalisé
sur mesure pour ses interprètes en résine
époxy grâce à une imprimante 3D. « Le
3Dvarius n’est constitué que d’une seule
pièce, explique l’intéressé. Cette prouesse
technologique, alliée à son design, lui permet
de conduire le son de manière optimale. »
Autre avantage : sa confection sur
imprimante 3D lui permet d’être entièrement
adapté à la morphologie de son propriétaire
pour lui offrir le meilleur confort de jeu. « Cela
implique beaucoup d’allers-retours avec
les acheteurs, pas toujours évidents lorsque
l’on sait que le marché du violon
électrique est encore très
américain et asiatique »,
confesse Laurent
Bernadac. Depuis
sa commercialisation
en janvier 2016, il s’en
vend tout de même
entre 15 et 20 unités
par an, pour un prix
de départ de
6 999 euros.
T. H.
inventeur, Laurent Pouillard. Sauf qu’en plus de pouvoir la jouer
au casque ou l’amplifier, on peut produire plusieurs types de sons,
tout en gardant le contrôle par le souffle et les sensations
d’un instrument à vent classique. » Outre ce contrôle et la
reproduction de systèmes de doigtés proches des instruments
acoustiques, des capteurs permettent d’agir sur le son ou
engendrer des nuances par simple mouvement, ce qui en fait
un instrument numérique particulièrement adapté au
spectacle vivant. Clarinettiste amateur, Laurent Pouillard
en a eu l’idée lors de ses études, « car mes camarades
me reprochaient de faire trop de bruit en jouant ».
S’adressant plutôt à des pros, touchant aussi bien
des artistes jazz ou électro que des spécialistes
des musiques de films, le Sylphyo, vendu
800 euros, s’est écoulé à 500 exemplaires
depuis septembre 2016.
T. H.
Dua
lo
3Dvarius
● Sur le plan visuel, c’est sans conteste
yo
lph
Sy
● « Sur le principe, c’est une flûte électronique, résume son
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LE FIGARO
vendredi 1er juin 2018
CULTURE
29
Montpellier :
que la fête
commence !
FESTIVAL Le Printemps des comédiens
est devenu le plus brillant des rendez-vous
du théâtre. Ouverture ce soir.
I
ARMELLE HÉLIOT
l y a le noir métallique des
bâtiments de l’administration, à droite,
et les façades recouvertes de losanges
de bois, rouges, de la très grande salle
qui porte le nom du président de la
manifestation, un enfant de la terre
d’Hérault, un chaman, Jean-Claude
Carrière. Il y a le théâtre en plein air et
la haute pinède sous laquelle sont installés des bâtiments légers qui abritent
la restauration, des chapiteaux à taille
humaine, une bibliothèque accueillante. Des chaises longues sont posées un
peu partout. Des loupiotes multicolores
s’allument entre chien et loup et jusque
tard dans la nuit. On est au domaine
d’O comme sur une île. Une île où le
théâtre, le cirque, la musique, la danse
sont partout. C’est le Printemps des
comédiens, en sa trente-deuxième
édition.
Jean Varela a pris en mains les destinées artistiques du lieu et du festival en
2011. Le Printemps des comédiens avait
été fondé par Daniel Bedos, qui, au fil
du temps, s’était plus tourné vers les
horizons lointains, à la manière d’une
maison des cultures du monde. Ariane
Mnouchkine, Peter Brook, avaient
pourtant été les premiers à goûter aux
charmes des ténèbres vertes de la belle
saison au cœur de ce domaine de
23 hectares qui appartient au département. Des allées tirées au cordeau descendent vers le château XVIIIe ; un
grand bassin asséché sert, parfois, aux
représentations ; une oliveraie, une
roseraie, tout ici enchante et les cigales
et les grillons s’en donnent à cœur joie
très tôt.
L’Italienne et les oiseaux
Au fil du temps, avec sa discrétion
d’homme des terres du Sud qui est né, a
grandi, est devenu comédien, directeur
de troupe, connaisseur exceptionnel du
monde du théâtre, sans quitter longtemps sa région, Jean Varela a fait du
Printemps des comédiens le meilleur
festival de théâtre de France, éclipsant
Avignon et ses moyens beaucoup plus
importants.
Les deux manifestations n’ont pas la
même échelle. Avignon dure trois semaines, le Printemps, qui démarre ce
1er juin, tout un mois, mais les spectacles ne s’y donnent pas sur de longues
séquences et les jauges sont loin d’être
les mêmes. Au Printemps on construit
une programmation avec le désir de
faire découvrir à un public aussi populaire qu’exigeant, de très grands artistes, des œuvres fortes. Mais on n’oublie
jamais la jeunesse et les compagnies
émergentes, notamment celles d’Occitanie. Une trentaine de productions à
Le Procès de Kafka,
de Krystian Lupa.
MAGDA HUECKEL
Montpellier, et, comme un grand livre
qui se déploierait, deux artistes polonais hors normes, en ouverture et presque à la fermeture de la manifestation.
« On avait sûrement calomnié Joseph K.,
car, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté un matin. » Ainsi commence Le
Procès de Kafka qui ouvre ce soir le
Printemps avec le spectacle de Krystian
Lupa. Il y a deux étés, alors qu’il travaillait déjà à cette adaptation, un acteur de peu de mérite avait été nommé
à la direction de « son » théâtre. Un
scandale. Bâillonnés, les comédiens
avaient manifesté. L’homme de paille a
fini par tomber. Mais le travail du grand
maître est évidemment marqué par cet
épisode… « kafkaïen ». À la fin du
mois, les 29 et 30 juin, c’est Krzysztof
Warlikowski qui créera On s’en va de
Hanokh Levin dont il a déjà monté un
inoubliable Kroum. Deux grands maîtres, dont le second a toujours admis sa
dette. Il est puissant, original, unique,
comme l’est Lupa.
Autres pépites, la renaissance de La
Conférence des oiseaux de Farid al-Din
Attar, telle que la transfigurèrent JeanClaude Carrière et Peter Brook, reprise
par Guy Pierre Couleau et les retrouvailles avec la légendaire « Italienne »
de Jean-François Sivadier qui, sous le
titre Italienne, scène et orchestre renoue
avec cette mémorable répétition de La
Traviata. N’en disons pas plus. Si vous
ne le connaissez pas, le spectacle vaut le
voyage même s’il s’annonce d’une durée de 3 h 30, ce qui semble bien étoffé
pour la merveilleuse fantaisie d’il y a
vingt ans ! Allez, partagez la fête. Elle
est merveilleuse et aussi riche qu’inattendue. ■
Printemps des comédiens, jusqu’au 30 juin.
Renseignements et réservations sur le site :
www.printempsdescomediens.com
et au 04 67 63 66 67. Voir, sur lefigaro.fr,
une sélection des meilleurs spectacles
et un entretien avec Jean Varela.
Le Mois Molière à Versailles : la diversité au pouvoir
Ce fut l’idée simple et généreuse
d’un jeune adjoint au maire chargé
de la culture. Il aimait le théâtre,
il aimait sa ville. Il lança, avec le soutien
des tutelles, mais sans budget
démesuré, le Mois Molière. François
de Mazières est devenu maire
et la manifestation a grandi,
s’est développée, sans devenir
une foire insupportable. Pour
sa 23e édition, elle demeure une fête
populaire qui mêle tous les publics.
Le secret ? Une offre très large
où les valeurs reconnues,
Anne Delbée, Jean-Luc Jeener, Éric
Bouvron et les compagnies en
résidence à Versailles, notamment
Jean Hervé Appéré, Carlo Boso,
Gwenhaël de Gouvello, Anthony
Magnier, Ronan Rivière, côtoient de
toutes jeunes pousses, des inconnus
galvanisés par l’idée de jouer devant
des spectateurs curieux et sans
préjugés. L’autre secret de la réussite
tient à la beauté des lieux, de la cour
des Grandes Écuries au potager du
Roi, du Théâtre Montansier à l’Espace
Richaud. C’est justement dans
la verdure foisonnante et heureuse
du potager que l’on retrouvera
les Fables de La Fontaine
par Stéphanie Tesson et sa troupe
et que l’on applaudira, pour une
représentation exceptionnelle,
L’Histoire du soldat de Ramuz
et Stravinsky, qui a reçu lundi dernier
le Molière du spectacle musical.
A. H.
Jusqu’au 30 juin. Rens. : 01 30 21 51 39.
moismoliere.com
L’Oiseau-Mouche,
à tire-d’aile
CHRONIQUE Depuis 40 ans, la compagnie forme
des adultes handicapés au métier de comédien.
Armelle Héliot
aheliot@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/theatre
ne fête ! Un festival à la
Maison des métallos à Paris ! Il faut bien cela pour
donner tout son éclat au vol
de L’Oiseau-Mouche, compagnie de théâtre unique qui, depuis
quarante ans, forme des adultes en situation de handicap mental au métier de
comédien. Quarante ans et une kyrielle
de mémorables spectacles, des textes du
répertoire, des créations, tous mis en
scène par des artistes de renom.
L’Oiseau-Mouche a été fondé en 1978
et est devenu une compagnie professionnelle en 1981. Depuis, la troupe de
vingt-trois comédiens permanents, renouvelée au fil du temps, a joué quarante-six spectacles différents, donné mille
six cents représentations, fait des tournées dans dix-neuf pays, obtenu des
prix. Et époustouflé un large public, de
toutes générations et de tous horizons.
Jusqu’en 1987, c’est plutôt un théâtre
de gestes, aux frontières de la danse, du
mime, que pratiquait le groupe, dans la
lignée d’un élève de Marcel Marceau.
Mais avec Rapt de Philippe Vaernewyck
et les Dramaticules de Samuel Beckett,
dirigées par Stéphane Verrue, le texte, la
parole ont fait leur entrée sur les plateaux. Depuis Racine, Shakespeare,
Brecht, Kipling, Homère ont été à l’affiche. Et même Valère Novarina. En 2011
Cédric Orain a guidé les interprètes dans
Sortir du corps, moment extraordinaire
où la langue effervescente de l’écrivain
paraissait d’une clarté cristalline. Novarina n’en revenait pas. Il était revenu
trois fois pour savourer le spectacle.
C’est à Roubaix qu’est installé
U
L’Oiseau-Mouche. Un ancien garage et
deux maisons bourgeoises ont été réunis
et transformés. La belle brique du Nord,
bien sûr, de vastes baies vitrées sur l’avenue des Nations unies et des espaces où
répéter, travailler, accueillir le public et
créer les spectacles. Au rez-de-chaussée,
la salle, les cimaises des expositions, mais
aussi le restaurant lui aussi tenu par des
adultes en situation de handicap qui font
la cuisine et servent. On y déjeune très
bien, que l’on soit ou non spectateur.
Bibi, l’écorché vif
Stéphane Frimat, ancien secrétaire général de La Rose des Vents de Villeneuved’Ascq, est le directeur très actif de
L’Oiseau-Mouche. Depuis six ans, la
compagnie est conventionnée. « La seule
sur huit cents en France, à ne pas être dirigée par un artiste », dit-il, modestement.
Mais sa clairvoyance et sa volonté font
merveille dans ce lieu dont les comédiens
sont le cœur. Un peu la Comédie-Française pour l’idée de la troupe et de l’alternance, un peu le Théâtre du Soleil pour
l’engagement de chacun dans la responsabilité de la maison. Les comédiens accueillent le public, servent au bar,
veillent au ménage. C’est leur théâtre. Ils
viennent de la région et pour moitié du
reste de la France. En dix ans, dix nouveaux acteurs ont intégré le groupe. Ils
vivent en foyers ou dans leurs appartements, leurs maisons. Ils ont acquis leur
liberté, donné un sens à leur vie. Leur
énergie, leur hypersensibilité sont palpables. Sur le plateau, ils sont impressionnants. Cette saison, c’est Sylvain Maurice, directeur du centre dramatique de
Sartrouville qui les a dirigés dans Bibi,
d’après Pamphlet contre la mort de
Charles Pennequin. Formidable ! ■
Maison des métallos (Paris Xie), du 5 au 13 juin
avec Bibi, Clément ou le courage de
Peter Pan , un concert des Humming Dogs,
des rencontres, etc. Rens. : 01 47 00 25 20.
A
LE THÉÂTRE
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vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
30 CULTURE
O
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
ENVOYÉE SPÉCIALE À BORDEAUX
n ne pouvait rêver plus
bel écrin que l’ancienne prison à matelots construite en 1880 à l’arrière de
l’Hôtel Lalande et devenue en 2016 une
extension du musée bordelais, pour y
exposer les innovations aux lignes bien
construites de Martin Szekely. Se réclamant plus du chercheur que du designer, ce créateur réservé et atypique,
la petite soixantaine, crâne chauve de
moine et silhouette ascétique de marathonien, a investi en majesté tout l’espace. C’est d’ailleurs sous le titre
« Construction » qu’il a réuni, dans
une scénographie dépouillée, une quarantaine de ses icônes des quarante
dernières années, mariant rigueur et
technologie pour un résultat hautement esthétique.
On n’avait pas vu Szekely publiquement depuis 2011, au Centre Pompidou, avec « Ne plus dessiner », titre
montrant sa volonté de mettre en retrait l’auteur pour mieux faire éclater
la vérité de l’objet. Pendant la dernière
Fiac, en octobre 2017, il avait convié
discrètement ses plus fidèles adeptes
par l’intermédiaire de son agent,
Aurélie Julien, dans l’écrin de boiseries
jouxtant le siège de la société Artemis
de François Pinault, place François 1er,
à Paris. Le revoilà, cette fois, en pleine
lumière – bien que dans la pénombre
de la prison ! – au musée des Arts décoratifs de Bordeaux avec des pièces
conçues entre 1978 et 2018 – la plus
ancienne est la chaise Cornette jamais
fabriquée en série et la plus récente,
The Drawers and I, en cours de production – pour une rétrospective sur
son chemin parcouru.
Depuis ses débuts, l’homme est habité par cette constante interrogation
sur la forme des objets qui nous entourent pour atteindre une simplification
visuelle, et par là même l’essence de
leur fonction et de leur usage. La réponse s’impose aujourd’hui à travers
des pièces qui ont un dénominateur
commun : celui d’être le manifeste
d’une prouesse technique longuement
Martin Szekely,
cherche son
équilibre
EXPOSITION
Le MADD
de Bordeaux
expose en
majesté ce
designer qui
repousse sans
cesse les limites
du possible.
pensée et calculée, avec cette dose
d’intuition, de génie et d’audace qui en
font de purs chefs-d’œuvre.
« Construire est un langage de spécialiste même si chacun de nous, à un
moment donné de sa vie, en a fait l’expérience », a expliqué cet équilibriste à
Constance Rubini, directrice du musée
des Arts décoratifs*. « J’ai une approche dans ce domaine plus intuitive que
savante, ajoute-t-il. Quand une nouvelle question se présente, ma réponse se
nourrit d’une multitude d’expériences
vécues. Je ne suis pas en mesure de calculer une structure à l’état de projet,
mais je la ressens tant d’un point de vue
physique que cérébral… À l’origine d’une
construction, il y a le matériau, lui-même fait de réseaux de forces complexes
souvent invisibles à l’œil nu. Les ingénieurs essaient de traduire la construction en modèle mathématique, mais seule
“
Je suis toujours troublé
en regardant un silex taillé
et transformé en couteau.
Aujourd’hui, rares
sont ceux qui savent
en faire autant
MARTIN SZEKELY
”
l’expérimentation matérielle embrasse
l’ensemble des données en jeu. Mon travail est de penser ce qu’il adviendra du
dispositif structurel a minima imaginé en
situation dynamique ou en charge. »
Pour chaque typologie d’objets,
Martin Szekely s’interroge. Qu’est-ce
qu’une armoire, sinon une boîte avec
deux portes devant supporter un poids,
construit à partir d’une feuille pliée,
comme une boîte en carton ? Tout paraît simple, efficace et logique, avec
cette armoire cabinet de 1997 éditée
par Kréo, l’une de ses premières pièces
nées par programmation numérique
dont il suffit de plier le matériau, à la
façon d’un origami, pour obtenir un
rangement fonctionnel.
Tel un sanctuaire, l’espace minimaliste de l’ancienne prison bordelaise
magnifie les meubles que Martin Szekely a voulu épurer au maximum. Mais
Martin Szekely avoue avoir
« du mal avec le superflu ».
FABRICE GOUSSET
Soixante photos
sous les mers
Récif corallien au sud de la mer Rouge.
ALEXIS ROSENFELD
monter à la surface l’image la plus fidèle
de ce gigantesque paradis immergé.
Réalité virtuelle
EXPOSITION Après deux ans d’exploration
sous-marine, Alexis Rosenfeld captive, à l’Unesco
à Paris, avec ses clichés de récifs coralliens menacés.
MICHAËL NAULIN mnaulin@lefigaro.fr
lerter par l’image. Le photojournaliste Alexis Rosenfeld a
plongé au cœur des plus
grands récifs coralliens de la
planète pour témoigner de
l’importance et de la fragilité de cet être
vivant menacé. Du 2 juin au 30 août, le
siège de l’Unesco présente son travail en
grand format - 60 panneaux de deux mètres de large sur un mètre de haut - à travers l’exposition « Récifs coralliens, un
enjeu pour l’humanité ». À l’origine de ce
projet de deux ans, réalisé en binôme
A
A
avec la journaliste Alexie Valois, un
constat : « Les récifs coralliens correspondent à 0,2 % de la surface des océans, mais
ils représentent 30 % de l’ensemble de la
biodiversité des mers, ce chiffre est phénoménal ! », rappelle avec enthousiasme le
photographe. Un écosystème aussi important que la forêt amazonienne, lui
aussi menacé par le réchauffement climatique et l’activité humaine. Aujourd’hui, 20 % des récifs coralliens ont définitivement disparu.
Maldives, mer Rouge, Philippines,
Polynésie française, Mayotte… Ce spécialiste de la photo sous-marine de 48 ans a
plongé au plus près des coraux. Alexis
d’où lui vient cette obsession de l’économie du matériau, de l’allégement de
la forme, de la réduction des lignes, de
l’effacement de la structure qui n’a
cessé de grandir avec les années ? « J’ai
du mal avec le superflu, avoue ce créateur qui ne se laisse pas facilement
aborder. Il doit avant tout s’agir d’une
forme d’économie, apprise à une époque
de ma vie où j’avais peu ». Il précise :
« C’est dans un environnement où foisonnent les excès que cette notion de minimum prend toute sa mesure… Je suis
toujours troublé en regardant un silex
taillé et transformé en couteau. Aujourd’hui, rares sont ceux qui savent en faire
autant. Nous citadins, sommes désormais éloignés des nécessités premières.
Peut-être ma démarche est-elle empreinte de cet état des choses où il fallait
faire beaucoup avec peu, le maximum
avec le minimum ? »
C’est pour cette rigueur extrême qui
fascine les purs et durs de l’art
contemporain que Martin Szekely dénote. Chacune de ses inventions est
posée là, presque sacralisée comme
une installation d’art contemporain.
Au lieu d’écraser l’espace, elle l’épouse
avec grâce, telle sa fameuse bibliothèque bambou (2015) animée par le décalage systématique des tablettes entre
elles, lui donnant l’allure d’une structure en mouvement perpétuel ou celle
en aluminium anodisé (2016) dont les
tranches laissent voir le nid d’abeilles
et qui semble croître à l’infini. « Resserrées à leur plus simple expression,
elles évoquent les premières compositions abstraites de Mondrian, ce monde
de lignes horizontales et verticales en
noir et blanc offrant une représentation
du paysage réduit à l’essentiel », observe Constance Rubini. Toute l’œuvre de
Martin Szekely est d’une haute précision mathématique. Son travail ne
laisse place à aucune approximation.
Et de cette précision naît justement sa
beauté plastique ! ■
* Conversation épistolaire entre
Martin Szekely et Constance Rubini
(octobre 2017-janvier 2018) dans le
catalogue de l’exposition (à paraître).
Exposition jusqu’au 16 septembre
au Musée des Arts décoratifs
et du Design (MADD), Bordeaux.
Rosenfeld est formel, son métier n’a rien
à voir avec celui de ses collègues « terriens » : «Il faut avoir une maîtrise absolue
de la plongée, pour se concentrer essentiellement sur la photo. Je suis accompagné
d’un assistant pour la lumière », explique
celui qui a fait ses premières armes auprès
du commandant Cousteau et a participé à
la découverte de l’épave de l’avion de
Saint-Exupéry.
En plus d’avoir un véritable studio
photo immergé, peu de visibilité et les paliers de décompression à respecter, une
autre contrainte vient s’ajouter au travail
de photographe sous-marin : le temps.
« Parfois on a seulement cinq minutes dans
une journée pour prendre une photo avec la
bonne lumière et il faut trois heures de préparation. » Une technique photographique, gardée secrète, lui permet de re-
« Je veux montrer l’importance pour l’humanité du récif corallien, souligne-t-il. Il
faut arrêter de tout mettre sur le dos du réchauffement climatique, l’agriculture, le
tourisme mal géré, le plastique sont les
principales causes de sa destruction. » Il
ne reste ainsi plus que 30 % du récif des
Maldives.
Pour inviter le spectateur à s’immerger, Alexis Rosenfeld fait également appel
aux technologies de réalité virtuelle et de
photo 360° : « L’intérêt est de pouvoir offrir au visiteur la vision la plus proche de la
mienne, leur montrer ce que je vois moi,
cette immensité de l’océan », explique-til. S’il se défend de tout catastrophisme, il
prévient: une telle beauté ne doit pas faire
oublier le péril en cours. ■
« Récifs coralliens, un enjeu pour l’humanité »,
du 2 juin au 30 août, siège de l’Unesco,
7, place de Fontenoy (Paris VIIe).
Exposition gratuite.
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LE FIGARO
vendredi 1er juin 2018
STYLE
31
Gucci Superstar
COLLECTION Dans la nécropole
L
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
ENVOYÉE SPÉCIALE À ARLES
a veille du show, la maison
Gucci diffusait sur les réseaux sociaux
un court-métrage dévoilant le cadre de
son événement : la promenade des
Alyscamps (Champs-Élysées en provençal), bordés de tombaux antiques, à
Arles. En guise de bande-son du film,
Les Vêpres de la Vierge de Monteverdi,
le chant des cigales et la voix chuintante
d’Anna Karina dans Vivre sa vie (1962) :
« Vouloir s’évader, c’est de la blague.
Après tout, tout est beau, y a qu’à s’intéresser aux choses, et les trouver belles. Si,
après tout, les choses sont comme elles
sont, rien d’autre. Un message, c’est un
message, des assiettes sont des assiettes,
les hommes sont des hommes. Et la vie,
c’est la vie. » Une profession de foi qui
parle au directeur artistique, Alessandro Michele, même si la remarquable dramatisation de cette croisière 2019
tient davantage du septième art version
Dario Argento que celui de Jean-Luc
Godard.
De Dante à WeChat
Les images de cette procession nocturne, jaillissant du cimetière romain du
IVe siècle éclairé aux bougies et avançant sur l’allée en feu, ont fait, depuis
vingt-quatre heures, le tour de WeChat
et d’Instagram. Aux deux bouts du
spectre, la culture classique colossale de
Michele et son génie à transformer le
textile en or. Le Romain, grand admirateur de Dante, avait-il en mémoire
ces lignes de L’Enfer, référant aux
Alyscamps, « Tout comme à Arles, où le
Rhône s’attarde, Les sépulcres font le sol
inégal », en imaginant ses jeunes veuves
fouler le gravier ?
Si les grands noms rivalisent de créativité et d’efforts pour « événementaliser » leurs défilés, Gucci projette l’exer-
cice dans une nouvelle ère, avec un
souffle spectaculaire. Seule marque à
présenter hommes et femmes à travers
une même croisière (et, pour la première fois, en France), elle s’affranchit de la
perception du simple vestiaire. Vivre sa
vie, pour des millions de clients du luxe,
c’est désormais vivre Gucci. Car si ce
lifestyle cultive ses codes, ses logos, son
double « G » (décliné pour cette cruise
dans une nouvelle typographie), sa
bande Web identitaire, etc., il n’exclut
personne, ni aucun style.
Alessandro Michele s’impose aujourd’hui comme le directeur artistique
parvenant le mieux à concilier le high et
le low, le luxe et le populaire, le savoirfaire le plus statutaire et un langage vernaculaire. Les parkas monogrammées
et les tennis maculées, qui en appellent
à l’incontournable sportswear, le body
léopard sorti d’une boutique vintage ou
d’une vieille collection H&M, les accessoires (lunettes en veux-tu en voilà,
sacs à dos, sandales genre de Teva, chapeaux…) portés en accumulation tendent la main, saison après saison, à une
nouvelle génération. Pour autant, sa
force est de surclasser ce premier degré
et de rendre acceptables, aux yeux des
millennials, des pièces plus sophistiquées, chargées en références, souvent
extraverties dans leurs couleurs et leurs
imprimés.
C’était, dès la première saison, présentée en janvier 2015, le pari de
Michele et de son PDG, Marco Bizzarri,
que de prendre le contre-pied du minimalisme ambiant à travers un orientalisme réinventé, coupant net avec l’héritage de l’ex-styliste Frida Giannini
pour s’inscrire dans le sillage d’un Paul
Poiret. Affinités électives ou sens du
marketing qui force le respect ? Les
deux probablement, la finalité de la
chose étant que les Asiatiques ont
d’emblée adhéré à ce foisonnement de
motifs et de tonalités vibrantes résonnant avec leur propre culture. Un article récent de Bloomberg.com étudiait le
cas de très jeunes clients chinois, nommés les Moonlight Clans, qui, bercés par
l’idéologie actuelle d’une Chine terre
d’abondance et de prodigalité, flambent
leur salaire à peine tombé, dans des
biens de luxe décomplexés, griffés
Gucci en particulier.
BERRAND LANGLOIS/AFP
des Alyscamps à Arles, mercredi soir,
Alessandro Michele élevait la dramatisation
d’un défilé croisière à un niveau rare.
Pour sa collection croisière 2019 à Arles, Gucci fait à nouveau défiler les femmes (ci-dessus) et les hommes (ci-dessous).
Jeanne Lanvin exposée au Met dans le
cadre de « Heavenly Bodies : Fashion
and the Catholic Imagination », ellemême inspirée d’une tenue de saint
Dominique peint par Fra Angelico. Sur
une autre robe de velours à l’austérité
médiévale est greffé en plastron un
thorax de gisant grignoté de perles, de
pierres, de broderies que d’aucuns ont
cru reconnaître comme la relique de
saint Prosper, conservée au Musée de
Fribourg, en Suisse.
Clôturant le cortège à l’esthétique
gothique version Netflix, une « dame
blanche » spectrale balaie dangereusement le catwalk en flamme, de sa sublime robe traîne. Michele joue avec le feu,
mais c’est un jeu bon enfant, loin des
années sulfureuses d’un Tom Ford pour
Gucci (1990-2004). Quand le Texan incarnait le designer-star maniaque (avec
talent), le Romain par son sourire, son
look de Jésus Christ Superstar, ses références à Roger Caillois et aux peintres
de la Renaissance, insuffle une sorte de
spiritualité… participant aux insolents
chiffres de croissance. Après le show,
les trois cents invités rejoignent les jardins de la maison de Maja Hoffmann,
non loin de sa Fondation Luma pour
l’art. Sur la scène, Elton John, se fend
d’un concert privé pour son grand ami
Michele, accroupi aux premières loges
avec, dans les yeux, la candeur d’une
groupie. Il semble marcher sur l’eau
quand d’autres se résignent à la pluie. ■
“ UN PASSIONNANT PORTRAIT
DE FEMME ”
LE JOURNAL DES FEMMES
Le beau bizarre,
le beau tout court
En 2013, Morgane Sézalory,
rompue aux codes d’Internet
depuis l’adolescence, s’impose
comme la première pure player
de la mode en France avec Sézane.
Cinq ans plus tard, sa marque
devenue une success story
hexagonale affiche un chiffre
d’affaires à plusieurs zéros.
Désormais, la trentenaire souhaite
« exprimer toute (sa) gratitude
d’avoir été si bien accompagnée
jusque-là » et « concernée par le
combat pour l’égalité des chances »,
lance un grand programme caritatif.
Baptisé « Demain », il devrait
permettre de rassembler autour
de 1 million d’euros en faveur
de La Voix de l’Enfant. Dernière étape
de ce dispositif, l’ouverture, il y a
quelques jours, d’une boutique
solidaire en plein Paris.
Du mardi au samedi, à partir du
21 de chaque mois, la petite échoppe
commercialise des invendus
de Sézane, mais aussi des modèles
portés lors des shootings des
catalogues ainsi que des prototypes,
tous disponibles à prix doux et dont
100 % des bénéfices sont reversés
à l’association. L’adresse organise
aussi des collectes de vêtements
(toutes marques confondues)
destinés à être recyclés en isolants,
tandis que, durant les jours de
fermeture, elle accueillera différents
ateliers solidaires pour aider,
entre autres, à la réinsertion.
Du mardi au samedi,
de 11 heures à 20 heures,
à la boutique Solidaire Demain,
3, rue Saint-Fiacre (Paris IIe).
A
L’ENGAGEMENT
SELON SÉZANE
+
Enbref
Alessandro Michele ne se contente pas
de ferrer la jeunesse à coups de jogging,
de vintage et de pyjama chinois. Il éduque ses fans du monde entier, les entraînant vers une forme de baroque, de
beau bizarre, de beau tout court, s’attirant dans le même élan les faveurs d’un
public plus âgé, à son image. À 46 ans
(et avec l’assentiment de son président), il libère toute sa créativité avec
une jubilation touchante, lui qui, dans
l’ombre des studios jusqu’à il y a trois
ans, pensait sans doute avoir dépassé
l’âge de devenir tête d’affiche et d’exprimer sa vision personnelle.
Mercredi, bien des passages flirtaient
avec la couture d’un autre temps, notamment dans certains détails reprenant des parements religieux ou dans
cette cape bleu nuit brodée d’or qui
n’est pas sans rappeler la robe de
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vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
Les GMT dans
l’air du temps
HORLOGERIE Apparues il y a plus
de 200 ans, les montres à double fuseau
horaire ont toujours un succès fou.
R
FABRICE ESCHMANN
épétition minutes, calendrier, phases de Lune, chronographe… : de tout temps, l’horlogerie mécanique s’est évertuée à traduire sur le
cadran des phénomènes astronomiques
ou des mesures chronométriques. La
fonction GMT (Greenwich Mean Time)
est la seule – avec les heures universelles – à ne pas appartenir à l’une de ces
catégories. Elle est, en effet, le témoin
de la division du globe terrestre en
24 fuseaux horaires.
Avant le XIXe siècle et la normalisation, le monde connaît des centaines
d’heures locales, basées sur la course du
Soleil. L’Amérique du Nord en compte
alors plus de soixante-dix, l’Europe
près d’une trentaine. Cette réalité oblige le voyageur à changer en permanence de référent horaire, et donc à régler
sa montre. Mais l’avènement du chemin de fer – d’abord aux États-Unis
vers 1812, puis sur le Vieux Continent
vers 1825 – et le développement du télégraphe vont bientôt sonner la fin de
ces pratiques régionales. La multiplication des échanges entre villes, d’une
part, entre pays, d’autre part, va
conduire à l’universalisation de l’heure.
En 1847, la British Railway Clearing
House recommande ainsi à toutes les
compagnies d’adopter le temps moyen
de l’observatoire de Greenwich, qui
servait déjà de référence aux navigateurs. En 1883, les entreprises ferroviaires américaines et canadiennes
scindent leur territoire en cinq zones
égales, introduisant du même coup la
nouvelle notion de « fuseau horaire ».
Un an plus tard, la conférence internationale de Washington instaure le partage du globe terrestre en vingt-quatre
zones d’1 heure, avec comme référence
le méridien de Greenwich – également
appelé « méridien zéro ». Ce système
fut rapidement adopté par la plupart
des pays du monde – sauf la France, qui
ne s’y rallia qu’en 1911. Paris est ainsi à
GMT+1 et New York à GMT-5.
Rolex
Vacheron Constantin
Jaeger-LeCoultre
Tudor
TAG Heuer
Mido
jour ou nuit chez soi. Les deux autres
aiguilles, quant à elles, affichent les
heures et les minutes de l’endroit où
l’on se trouve (« local time » ou « travel time »).
permet de prendre en compte les décalages à la demi-heure voire au quart
d’heure près. D’autres comme Patek
Philippe développent des aiguilles
superposables, de manière à rendre le
pointeur GMT invisible lorsqu’il n’est
pas utilisé. En 2012, Rolex se distingue
de nouveau avec la Sky-Dweller qui
offre une lisibilité et une simplicité
d’utilisation extrêmes. La date et le
second fuseau se règlent en tournant la
lunette : en trois clic-clac apparaissent
le jour, l’heure d’ici et l’heure
d’ailleurs. Quatorze brevets ont été
déposés pour ce sujet…
L’imaginaire que ces garde-temps
véhiculent, leur caractère pratique les
rendent extrêmement populaires. Et
abordables puisque les premiers prix
commencent à 800 euros (Certina,
Mido, Tissot, etc.) et montent à plusieurs
dizaines de milliers d’euros pour les pièces les plus luxueuses développées par
Patek Philippe, Breguet, etc. Ou encore
Rolex dont la nouvelle GMT-Master II,
avec sa lunette bicolore en céramique, a
enflammé la dernière foire de Bâle. Une
« talking piece » que Tudor, petite sœur
de la marque à la couronne, a réinterprété avec la Black Bay GMT. ■
« Local time », « travel time »
Les premières montres de poche à double fuseau sont équipées de deux mouvements et de deux cadrans séparés. Il
faut attendre 1940 et l’Aéro-Compax
d’Universal pour voir apparaître la première montre-bracelet développée à la
demande de l’aviation – en l’occurrence brésilienne. (Pilotes et aiguilleurs du
ciel adoptent en effet l’heure GMT
comme référence pour le calcul des
plans de vols long-courriers). Ce modèle présente ainsi un cadran indépendant à 12h, lequel permet de mémoriser
une heure spécifique grâce à des
aiguilles supplémentaires des heures et
des minutes. Cependant, ce cadran
auxiliaire reste fixe, car il n’est pas
connecté au mouvement de la montre.
En 1955, Rolex met tout le monde
d’accord. Sa GMT-Master préfigure
l’ensemble des modèles GMT qui vont
suivre. Développée en partenariat avec
la compagnie Pan American World
Airways, cette montre dispose d’une
deuxième aiguille des heures au centre,
en forme de flèche. Celle-ci indique
l’heure du domicile lorsque l’on voyage
(« home time »), sur une échelle de
24 heures – un moyen de savoir s’il fait
Un second jeu d’aiguilles
De nombreuses marques vont alors
produire des montres à double ou
multiples fuseaux horaires. Et les innovations se multiplient : certains
horlogers proposent un double affichage heures-minutes, avec un second jeu d’aiguilles placé dans un petit
cadran auxiliaire – une solution qui
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vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
Vendredi
« 13 Novembre »,
la résilience
n’a pas d’agenda
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Cher
patrimoine
« Rococo »
Histoire | 15h55 | Mercredi
L’
ingénieux Stéphane Bern
et le perspicace
Emmanuel Macron ont
eu une bien bonne idée, le loto
du patrimoine. De quoi s’agit-il ?
Si nous avons bien compris,
prenons le ton, il y aura un jackpot
de 13 millions d’euros et un jeu
à gratter avec un maximum de
1,5 million de gains. C’est tentant.
« L’idée, nous dit Olivier Truchot
sur Numéro 23, c’est de restaurer
des monuments en péril. La mission
de Stéphane Bern était de trouver des
idées et il est vrai que ce loto pour
sauver le patrimoine existait ailleurs.
Il sera organisé le 14 septembre qui
est la veille de la Journée du
patrimoine, cette journée où les gens
font la queue pour voir des
monuments. » On aimerait
tellement y être seuls. Qu’importe.
Les buralistes sont prêts à jouer
leurs rôles. Dix-huit millions
de tickets, imprimés aux ÉtatsUnis, à Détroit, devraient
être mis en vente.
Autre chose : sur la chaîne Histoire,
cette émission remarquable signée
Waldemar Januszczak. Il nous
donne toujours une leçon sur l’art.
Ici, sur le « baroco ». Nous
a emballés comme personne dans
le XVIIIe siècle. Janusjewak est
le prof que l’on eut aimé avoir.
Il se balade admirablement dans
l’art, il se balade dans les musées.
Nous a servi sur un plateau,
mercredi, l’histoire du rococo.
Le rococo en France, en Italie, en
Angleterre et c’était si passionnant.
Watteau, Boucher, Fragonard,
Tiepolo, Gainsborough. Ce dernier
avait peint ses filles, nous en avons
encore des larmes. La cadette qui
essaie de saisir un papillon tentant
de se poser sur un rosier. Sa sœur
aînée – qui deviendra folle –
la retient. Tout est là, dans
ce tableau de Gainsborough. Et puis
cette vision de L’Escarpolette
de Fragonard. Du pur rococo.
Souvenez-vous de cet homme
couché dans l’herbe, élégamment
posé tel l’Adam de Michel-Ange,
cet homme qui regardait cette
femme qui n’avait pas de culotte.
LE BUZZ TV
Invité : Arthur et Jarry
interviewés par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez aujourd’hui sur :
Salués pour leur documentaire sur
le 11 Septembre, les deux Français reviennent sur
Netflix avec un formidable recueil de témoignages
sur les attentats parisiens. Interview croisée.
Mais la résilience n’a pas d’agenda. Il faut
du temps. Ce temps est différent pour
chacun et c’est un travail au quotidien.
PROPOS RECUEILLIS PAR
JULIA BAUDIN £@BaudinJ
Les réalisateurs français Jules et Gédéon
Naudet sont devenus célèbres en 2002
avec New York : 11 Septembre, documentaire réalisé sur le vif lors de l’attaque des tours jumelles, alors qu’ils tournaient un reportage sur les pompiers
new-yorkais. Dix-sept ans plus tard, ils
livrent 13 Novembre : Fluctuat nec mergitur, disponible à partir d’aujourd’hui
sur Netflix, dans lequel ils donnent la
paroles à quarante survivants des attaques parisiennes de 2015. Rencontre
avec des documentaristes marqués à jamais par leur expérience du terrorisme.
LE FIGARO. – Comment est né
ce documentaire ?
Gédéon NAUDET. – 13 Novembre est né
presque par accident. Il y a un an et
demi, Jules a été contacté par le chef des
pompiers antiterroristes de New York –
celui-là même qui lui avait sauvé la vie
le 11 septembre – pour lui proposer de le
suivre à Paris, à la rencontre des pompiers parisiens.
“
C’était dur. Mais pour
beaucoup, ça a été comme
une cession de thérapie
”
JULES NAUDET
Jules NAUDET. – Grâce à ce soldat du
feu, nous avons pris contact avec les officiels français et avons très vite reconnu dans leurs récits cette même force,
ce même « héroïsme discret » que définit l’un des témoins, et toutes ces histoires inspirantes qui nous ont permis
de survivre nous-mêmes psychologiquement. C’est là qu’on a commencé à
réfléchir à un nouveau travail. Ni un
documentaire sur le terrorisme, ni une
enquête, ni une reconstitution minutieuse de la soirée. Juste de l’humain.
C’est aussi l’exploration de notre propre
traumatisme. Nous sommes parisiens
de naissance. Nous avons souhaité partager cette beauté de l’être humain au
moment de sa confrontation avec le
pire de l’humanité.
Se remet-on jamais de tels drames ?
Jules. – Un an, deux ans, cinq ans, dix
ans… Les gens qui nous aiment nous disent qu’il est temps de tourner la page.
La parole est-elle une étape ?
Jules. – Elle est indispensable à la reconstruction. Après les attentats du
11 septembre, dans le milieu des pompiers américains, il était encore assez
mal vu d’aller voir un psychologue. Résultat : deux ans après, quasiment la
moitié est partie à la retraite. Ils étaient
tous bouffés par la dépression.
Gédéon. – Ce dont on n’a peut-être
moins idée, sauf à avoir vécu soi-même
un grand traumatisme, c’est du courage
dont il faut s’armer pour raconter, se
mettre à nu comme l’ont fait les témoins de 13 Novembre. C’était dur. Mais
pour beaucoup, ça a été comme une
cession de thérapie.
Pouvez-vous nous expliquer
votre façon de filmer ?
Jules. – La plupart des témoins ont été
interviewés dans une installation
conçue pour qu’ils ne voient ni l’équipe
ni les caméras et se sentent plus libres.
Je leur posais des questions via un téléprompteur. Eux-mêmes étaient filmés
en plans serrés et en regard-caméra –
un procédé classique qui permet d’inviter le spectateur dans le récit.
Comment avez-vous choisi
les intervenants ?
Jules. – Nous avons rencontré cent cinquante personnes. Les quarante que
nous avons choisies sont représentatives de la géographie des attaques, de la
configuration même du Bataclan et de
la diversité de leurs profils.
Dans les journaux, les studios, sur les
plateaux. Les frères Naudet, témoins
« privilégiés » et rescapés des attentats
du 11 septembre 2011, auteurs réalisateurs d’un premier documentaire multirécompensé et vu par plus de 40 millions de personnes, signent pour
Netflix cette nouvelle réflexion sur ce
que l’un d’eux décrit comme « la beauté de l’être humain au moment de sa
confrontation avec le pire de l’humanité », mais aussi sur la reconstruction de
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4741
VERTICALEMENT
1. A de hauts sommets en Afrique.
- 2. Louvois ou son père (deux
mots). Cafard. - 3. Presse pour en
faire sortir le jus. Rêve de l’athlète,
cauchemar de l’hospitalisé. - 4.
Voilà qui arrange tout. Blanc chez
Albert Lamorisse. - 5. Fait disparaître l’envie de vivres. Morceau
d’Aznavour. - 6. Sa philosophie
sentait l’empirisme. Futur cardinal
ou futur tyran ? - 7. Licence de
lettres. Dépasse les trois cents
degrés. Fondateur de l’Oratoire
d’Italie. - 8. Nouvelle formule.
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4740
A
HORIZONTALEMENT 1. Après-ski. - 2. Trusquin. - 3. Torturés.
- 4. Eva. Isle. - 5. Silure. - 6. Tsé. Rosi. - 7. Aï. Chien. - 8. Toi. Erra.
- 9. Indes. Ut. - 10. Onet. PMI. - 11. Néants. - 12. Sélacien.
VERTICALEMENT 1. Attestations. - 2. Provisionnée. - 3. Rurale.
Idéal. - 4. Est. Etna. - 5. Squirrhes. Tc. - 6. Surseoir. Psi. - 7. Kiel. Sérum.
- 8. Insémination.
2
Les réalisateurs
Gédéon (debout)
et Jules Naudet.
Gédéon. – L’idée n’était pas de faire LE
documentaire sur le 13 Novembre, mais de
raconter quarante histoires sur les 3 000
histoires qui se sont écrites ce soir-là.
Pourquoi avez-vous opté pour Netflix ?
Jules. – Pour la totale liberté de création qu’ils allaient nous offrir. Pour la
durée de vie indéfinie de leurs programmes. Pour sa diffusion dans le
monde entier.
Vous n’êtes pas adeptes des sujets
légers : il y a eu le 11 Septembre
mais aussi les chefs spirituels, la CIA,
les conseillers des présidents. Pourquoi ?
Jules. – Nous avons l’un et l’autre foi en
l’humanité et pour objectif de montrer
qu’au fond nous sommes identiques
3
4
5
6
7
8
soi quand on a fait face à la mort. La
mort parce qu’on a perdu un enfant, un
ami, l’être aimé, dans les attentats. La
mort parce que ce soir du 13 novembre
2015, on l’a côtoyée de si près qu’il faut
désormais travailler au quotidien pour
redevenir vivant.
Pas de clichés morbides. Pas de sirènes hurlantes. Pas de flaques de sang.
Juste le recueil inestimable d’une quarantaine de témoignages pudiques,
précieux, bouleversants qui, loin d’attiser le ressentiment, rappellent que
BRIDGE
PROBLÈME N° 2840 :
À coup sûr
1
2
3
DV4
V3
R6543
10 9 7
N
O
4
5
6
E
S
A32
AR4
A D 8 7
DV6
7
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
8
Entame : 7 de .
9
10
11
12
dans notre très grande diversité comme
dans la très grande diversité de nos destinées.
Que vouliez-vous montrer avec
le beau plan de la fin sur l’un des
couples qui témoignent, au square,
avec leur petit garçon ?
Gédéon. – L’amour, face à l’horreur,
face à l’envie de tuer, est le truc le plus
déroutant, car face à lui rien ne tient, ni
les vestes explosives ni les balles.
Jules. – Les entretiens avec ce couple,
Valérie et Nicolas, sont une immense
déclaration d’amour l’un à l’autre
et à leur petit garçon. Quelle autre
manière de conclure 13 Novembre :
Fluctuat nec mergitur qu’en parlant
d’amour ? ■
L’amour pour réparer les vivants
D epuis quelques jours, ils sont partout.
MOTS CROISÉS
HORIZONTALEMENT
1. Moins connu comme rival de
Shakespeare que comme rival du
capitaine Bligh. - 2. Condamne
avec sévérité. - 3. Cour de latin.
- 4. Bienvenue chez les petits.
A le vent en poupe. - 5. Fend
un cœur de pierre. Ouverture
d’Offenbach. - 6. Coupe de Volnay.
Gratté avec le nez. - 7. Terminus
pour le 1 horizontal. - 8. Appel
anonyme. Retenus par des garcettes. - 9. Jaune de Perse.
- 10. Intériorise tout. Liquide en
Transylvanie. - 11. Renversé de
son trône ? Chiffre rond. - 12.
Se résout sans problème.
○○○○
STEPHANE DE SAKUTIN/AFP
34
rien n’est plus fort que l’amour. Dans
un paysage audiovisuel largement dominé par le sensationnalisme et le dévoiement, il fallait le faire.
Coproduit par les frères Naudet et la
journaliste Marie Drucker, 13 Novembre : Fluctuat nec mergitur se décline en
trois parties d’une heure. L’impression
que chacune laisse est si forte qu’il
convient peut-être de les regarder séparément. Mais il faut les voir tous, absolument. ■
J. B.
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2839 :
Deux échecs pour un succès
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : 4 de pour la Dame d’Est prise du Roi.
Ouest ne pouvant pas rejouer impunément sans vous
offrir votre neuvième levée, vous devez affranchir vos
mineures en évitant Est, l’adversaire dangereux.
Encaissez l’As de et jouez précisément le 6 de pour
l’As. Puis jouez pour 10. Ouest prend de la Dame et
contre-attaque à pour le Roi du mort. Poursuivez
maintenant d’un petit pour le Valet. Ouest fait la levée
de la Dame (pas de chance, bis !) et insiste à pour l’As.
Maintenant, vous encaissez le Roi de , le Roi de puis
prenez le 2 de du 5 pour accéder au mort et récupérer
le Valet de . Malgré l’échec des deux impasses mineures,
deux , un , trois et trois , soit neuf plis, sont
vôtres.
AR5
82
A543
V765
986
A9743
D9
D32
N
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E
S
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RV6
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D V 10 3
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vendredi 1er juin 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
35
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Justin
Soleil : Lever 05h51 - Coucher 21h45 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton. Avec Ingrid Chauvin 20.00 Le
20h 20.35 Le 20h le mag. Magazine.
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Vestiaires. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport
20.05 Le journal de Roland-Garros
20.30 Plus belle la vie. Feuilleton.
20.55
20.55
20.55
Football
Série. Comédie
Divertissement
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
21.00 Super Nanny
16
20
1h50. Avec deux têtes brûlées à la
maison, c’est les bêtises à répétition ! Inédit. Super Nanny a rendezvous dans une nouvelle famille installée au Mans, dans la Sarthe.
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22.50 Super Nanny. Divertissement.
14
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15
15
10
14
France/Italie
Candice Renoir
Mr. Eddy & sa tribu
Match amical. En direct de l’Allianz
Riviera, à Nice. Commentaires : Grégoire Margotton, Bixente Lizarazu.
L’équipe de France reçoit l’Italie pour
son avant-dernier match de préparation à la Coupe du monde.
Fra. Saison 4. Avec Cécile Bois.
2 épisodes. Un cadavre est découvert dans le coffre d’une voiture
abandonnée. Aline, la responsable
de l’identité judiciaire, dissimule l’un
des éléments de la scène de crime.
2h15. Inédit. Réunis au Théâtre
Mogador à Paris, les plus grands
artistes français se retrouvent sur
scène en solo, en duo ou en collégiale
pour un prime exceptionnel autour
du grand Eddy Mitchell.
20.50 La maison France 5
23.05 Esprits criminels Série.
22.45 Candice Renoir Série.
Policière. EU. 3 épisodes 1.35 New
York, police judiciaire. Série.
Comédie. Fra. 1.30 Ça commence
aujourd’hui. Magazine.
23.05 Pierre Bellemare, l’histoire extraordinaire Doc. 0.00
22.20 Silence, ça pousse ! 23.15 C
dans l’air. Magazine 0.25 C à vous
16
14
20.00 C à vous, la suite 20.20 Entrée
libre. Invité : Jean-Louis Trintignant.
15
14
15
16
18
15
Magazine. Société. Prés. : Stéphane
Thebaut. 1h30. Inédit. Au sommaire,
notamment : «Changer : Stéphane
Millet doit créer un espace modulable bureau/salle à manger.
16
16
17
16
17
20
16
APRÈS-MIDI
22
Soir/3 0.35 Libre court. Magazine.
20
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17
19.00 L’iguane marin des Galápagos,
une mystérieuse disparition. Doc.
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu 19.45
Le 19.45 20.25 Scènes de ménages.
Série. Avec Marion Game.
21.00
20.55
21.00
Film. Animation
Série. Policière
Série. Action
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16
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23
21
20
20
22
20.55 Julie Lescaut
19
22
Série. Policière. Fra. 2004. Saison 13. Avec Véronique Genest.
Secrets d’enfants. Julie entame une
enquête sur l’assassinat d’une jeune
fille de 17 ans, Anne-Laure de Clavel.
20
21
22
24
20
20
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22.50 Julie Lescaut. Série. Avec
Véronique Genest. 2 épisodes.
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21
30
25
19.00 Constructions hors limites.
Téléréalité.
22
T (en °c)
20.50 Été 44
Baby Boss
Squadra criminale
MacGyver
EU. 2017. Réal. : Tom McGrath. 1h35.
Inédit. C’est toujours un choc de voir
ses parents rentrer à la maison avec
un bébé dans les bras, surtout quand
il porte une cravate et qu’il a la voix
d’un quinquagénaire !
Ital. Saison 2. Avec Miriam Leone,
Francesca Piroi, Luca Filippi. 2 épisodes. Inédits. Gloria, une secrétaire
divorcée qui vivait seule avec son fils
adolescent, Stefano, est retrouvée
morte à son domicile.
EU. Saison 2. Avec Lucas Till, George
Eads, Justin Hires. 2 épisodes. Inédits. Accompagné de Jack, Riley et
Bozer, Mac vient aider son ami Carlos à reconstruire sa maison après le
passage d’un ouragan à Porto Rico.
22.35 Selon Thomas Divertisse-
22.55 Personne ne bouge ! Mag.
ment 23.00 Baywatch - Alerte à
Malibu. Film. Comédie.
23.30 Paul Simon, «Graceland» :
retour aux sources africaines. Doc.
22.45 MacGyver Série. Action. EU
23.35 NCIS : Los Angeles. Série. 3
épisodes 2.10 The Strain. Série.
Documentaire. Historique. Fra.
2004. Réal. : Patrick Rotman. 2h00.
Inédit. Entre le printemps et l’automne 1944, la France, après quatre
années d’occupation, est libérée.
22.50 Les hommes de la victoire
0.30 6 juin 44 : paroles de soldats
<-10 à 0
19.05 Once Upon a Time. Série. Le
soulier de verre - Le vrai méchant.
19.20 Quotidien, première partie
19.40 Quotidien. Talk-show.
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Mentalist
21.00 Enquête d’action
Série. Policière. EU. 2010. Saison 3.
Avec Simon Baker, Robin Tunney.
2 épisodes. Alors qu’elle était de
garde chez un témoin sous protection, Grace Van Pelt est assommée.
Magazine. Société. Prés. : MarieAnge Casalta. 2h00. Familles nombreuses : le choix qui a transformé
leur vie. Trois tribus XXL ont décidé
d’effectuer des choix radicaux.
21.00 Elizabeth II,
65 ans de règne et de secrets
22.40 Mentalist. Série. Avec Simon
Baker, Tim Kang. 3 épisodes.
23.00 Enquête d’action. Magazine.
Prés. : Marie-Ange Casalta.
SU DO KU
GRILLE 2525 DIFFICILE
PETIT
VÉHICULE
ROSSA
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FOND DE
TASSE
RUMINAIT
JADIS
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LUNDI
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20/25
lachainemeteo.com
Tous les programmes
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FORCE 2
ÊTRE
INFÂME
MÉTAL
CLEAN
IL FERME
LA
BOUTIQUE
GÂTEAU
BRETON
FAUX
ÉCLAT
C’EST UNE
BONNE
BASE
SENTIR
DE PRÈS
GESTES
D’AMOUR
ESTONIEN
PREMIER
MORCEAU
présente
QUI NE
PEUVENT
ÊTRE
ROMPUS
Volume
17
RAYONNE
COMPOSITION DE
PLÂTRE
ZÉBRANT
CE N’EST
PAS UN
LIEU
COMMUN
LUEUR DE
GÉNIE
FATIGUAS
HABITUDES
DOCTEUR
ABRÉGÉ
DÉTRUIRA
EN ATTAQUANT
IMAGE
ALCOOL
DE RIZ
RALLER
SYMBOLE
CHIMIQUE
DE
L’ARGON
CONFIA À
LA TERRE
LA
VEDETTE
FOURBERIES
DOMICILE
IL SERRE
FORT
ANIMAL
MARIN
20/30
22/31
21/29
13/19
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ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
15/24
16/24
15/22
15/23
22.15 Le zapping au poil 23.50 Le
zapping des petites canailles
19/24
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16/21
15/20
18/25
20/30
DIMANCHE
13/21
13/22
Film TV. Animation. EU. 2001. Réal. :
D. Rooney, J. Roussel. 1h05. Scamp,
le fils de la Belle et le Clochard, n’aspire qu’à la liberté.
23.00 Il était une fois le prince Harry
et Meghan Markle. Documentaire.
6
4
6
3
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21.00 La Belle et le Clochard 2 :
l’appel de la rue
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
SAMEDI
MOTS FLÉCHÉS N°1986
Chaque jour un peu plus difficile
SOLUTION DU N° 2524
Documentaire. Société. 2h00. Inédit.
Portrait d’Elizabeth II, qui détient le
record du règne le plus long de l’histoire britannique.
19/24
18/23
14/21
15/24
15/23
16/23
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
GRANDE
NAPPE
FRAÎCHE
PENDANT
ABRÉVIATION À
ROME
PIEU
BELLE
FILLE
C’EST DE
L’ARGENT
CAPITALE
ALBANAISE
FORME
LE PRONOMINAL
ORGANISME
D’AÉRONAUTIQUE
CABOCHES
TOMBER
EN PLUIE
DE GLACE
MOYEN
DE TRANSPORT SUR
RAILS
S
N
B
L
A
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
A
A
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T R I D E N T
M I M I N E S
T E L E G U I D E
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F I N A S S E R
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A
18.40 L’info du vrai (C) 20.40 Canalbis (C). Divertissement 20.55 Catherine et Liliane (C). Avec Alex Lutz.
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18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
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vendredi 1er juin 2018 LE FIGARO
36
CONSTANT FORME-BECHERAT/HANS LUCAS/AFP
Karol Beffa,
l’incompressible
SUCCÈS Le compositeur normalien participe ce soir,
comme pianiste, aux Nuits de l’incertitude
de la Fondation Cartier à Paris. Il vient de publier
deux livres sur la musique.
Thierry Hillériteau
£@thilleriteau
omment résumer, en quelques
lignes, l’œuvre et la vie de Karol
Beffa ? À la fois compositeur et musicologue. Penseur et passeur de la
musique. Interprète et improvisateur. Enseignant dispenseur de leçons, mais en perpétuel questionnement. Son CV est de ceux qui
donneraient des sueurs froides à tous les rédacteurs
de notices biographiques. Huit premiers prix au
Conservatoire de Paris. Un doctorat de musicologie.
Un parcours de normalien récompensé d’une licence d’histoire, de philosophie, d’une maîtrise d’anglais. Un diplôme d’ingénieur statisticien décroché
à la prestigieuse École nationale de la statistique et
de l’administration économique…
Il le confesse de lui-même : « J’ai toujours eu une
certaine appétence pour les études. » Et un goût manifeste pour l’euphémisme. Sans doute faut-il y
voir, au-delà de son amour pour la réflexion et les
travaux universitaires, la marque d’une personnalité aussi riche que complexe. Considérant, comme il
le professe dans son dernier ouvrage, Par volonté et
par hasard (Éd. de La Sorbonne), que création et
transmission n’étaient que les deux facettes d’une
seule et même vocation. « Mon parcours ne s’est pas
présenté à moi comme un effort pour affranchir, puis
concilier des disciplines ou des domaines dont le cloisonnement m’étouffait. »
C
« hommage à une droite défunte » pour une exécution
Confirmation ce soir, aux Nuits de l’incertitude de
privée, en mars dernier. Une récupération à la tourla Fondation Cartier, à Paris. En compagnie de son
nure décalée que le compositeur assume parfaiteami et ancien camarade normalien (le député
ment. « Déjà enfant, j’adorais les canulars téléphoniLaREM Cédric Villani, animateur de la soirée), il y
ques. Il y a toujours un côté enfantin, puéril à se moquer
fera rimer musique avec une thématique aussi poétidu monde », s’amuse-t-il. Tout en citant l’influence
que que philosophique : celle du « nuage. » Gageons
en la matière de l’un de ses modèles : le compositeur
que leur échange n’aura rien de nébuleux. Car Beffa,
György Ligeti, auquel il consacra la
l’auteur, met un point d’honneur à
part la plus importante de ses rechertraquer le narcissisme de l’écrit et de
ches et dont il découvrit avec délectala pensée. « J’ai toujours la même métion la passion pour Lewis Carroll ou
fiance envers un certain jargon musiAlfred Jarry. Un humour « très
cologique, qui peut paraître rassurant
Mitteleuropa », qu’il estime hérité de
mais ne donne en réalité aucune clef.
1973
son père, le linguiste et logicien d’oriJ’aime les textes sur la musique qui ont
Naissance à Paris.
gine polonaise Richard Zuber. Un hule mérite de la clarté. Si en plus ils ont
1988
mour teinté de mélancolie sousl’élégance du style, ça ne gâte rien.
Entrée au Conservatoire
jacente, liée à « cette part solitaire,
Mais peu d’auteurs arrivent à tenir le
national supérieur
légèrement déprimante, de la composicap. Hormis Vladimir Jankélévitch,
de musique de Paris.
tion. La crainte d’une page blanche. Le
bien sûr. » Il y a quelques années, il
1993
doute fondamental qui vous ronge ».
poussa même le vice jusqu’à rédiger
Reçu à l’ENS
lui-même une notice explicative à
Aveu de paresse
de la rue d’Ulm.
l’une de ses œuvres, dans un vocable
2002
volontairement abscons, comme il le
Humour et mélancolie ne sont pas le
Plus jeune compositeur
relata lors de sa leçon inaugurale au
seul héritage de sa généalogie. Avec
français joué au festival
Collège de France en octobre 2012
un père et une mère linguistes reconPrésences.
(« Comment parler de musique »).
nus, un oncle homme d’affaires
2012
Car sous ses dehors raisonnables
– Jean-Louis Beffa, ex-PDG de SaintDevient le plus jeune
d’universitaire, Karol Beffa ne cache
Gobain et président de l’Arop (Assotitulaire de la chaire
pas son penchant pour les canulars en
ciation pour le rayonnement de
de création artistique
tous genres. Dans une vie où les instil’Opéra national de Paris) -, une scodu Collège de France.
tutions et les réseaux sont omniprélarité au collège Rognoni (plus connu
2013
sents, celui-ci prend parfois des cousous le surnom d’école des enfants des
Compositeur de l’année
leurs politiques. Comme avec
arts du spectacle) et une jeunesse sur
aux Victoires de la
Tenebrae. Un « requiem » en miniales bancs de l’École normale de la rue
musique. Titre qui lui
ture, que lui commanda l’homme
d’Ulm, sa vie de créateur s’est souvent
revient encore en 2018.
d’affaires Philippe Villin comme un
trouvée à la croisée des institutions et
Bio
EXPRESS
des réseaux d’influence. La Rue d’Ulm, d’ailleurs,
continue d’occuper une large part dans sa vie et son
imaginaire. Maître de conférences en histoire et
théorie des arts, il y a son bureau. Un « QG » où il reçoit… Sauf lorsque la contestation sociale entraîne
l’occupation de l’établissement, comme au début du
mois dernier, jour de notre entrevue. C’est là que
germent la plupart de ses créations et ouvrages sur la
musique. « Il m’était indispensable d’avoir un lieu en
dehors de chez moi car j’ai toujours du mal à me mettre
au travail. »
Ce n’est pas la première fois qu’il fait aveu de paresse mais on peine à le croire. Tout juste auréolé de
sa deuxième Victoire de la musique au titre de compositeur de l’année (pour Le Bateau ivre, commande
du Grand Prix lycéens des compositeurs qu’il avait
obtenu l’année précédente), le pianiste qui multiplie
par ailleurs les récitals d’improvisation ou les
ciné-concerts a trouvé le temps de publier deux livres, dont Diabolus in opéra (Alma). Il y aborde le
genre lyrique aussi bien en tant que spectateur que
comme compositeur. « Je suis surtout connu pour la
musique instrumentale, mais l’opéra ne m’a jamais
quitté. Je l’ai chanté enfant. Et au Conservatoire, j’ai
côtoyé beaucoup de chanteurs en classe d’accompagnement de lieder et mélodies », explique-t-il.
Il vient de signer la préface d’une nouvelle traduction de Hary Janos, poème hongrois qui inspira
la comédie lyrique du même nom au compositeur
Zoltan Kodaly. Prépare un ouvrage sur Ravel, coédité par Actes Sud et Delcourt, qui prendra la forme
d’un roman graphique. Et un autre avec le spécialiste des anagrammes Jacques Perry-Salkow. Et planche déjà sur une nouvelle pièce avec voix, en hommage à l’un des plus grands compositeurs français :
Hector Berlioz. Création à l’été 2019. ■
UN DERNIER MOT
"UNE
INCROYABLE ÉPOPÉE HUMAINE "
TÉLÉRAMA
" SUBLIME ET FASCINANT " "PASSIONNANT"
POSITIF
LE PARISIEN
"ÉMOUVANT"
"UN
DÉPAYSEMENT TOTAL !"
20 MINUTES
CINEMATEASER
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Assassinat [a-sa-si-na] n. m.
Commis à Kiev par un tueur à gags.
’Ukraine a annoncé que l’annonce de l’assassinat d’un journaliste
était une mascarade pour accuser la Russie.
Le mot vient de l’italien assassino, qui trouverait son origine dans l’arabe
assas, le gardien – et non pas comme on l’a cru hassasin, fumeur de haschisch.
Même si le fameux club des Haschischins n’est pour rien dans cette affaire,
on est fondé à y trouver quelque chose de fumeux, tout de même.
Ukraine, Russie : pour qui sont ces serpents qui sifflent sur leurs têtes ?
Au commencement, il y a une assertion sensationnelle : un journaliste a été assassiné.
L’Ukraine l’assure, elle accuse. Qui ? Sans suspense, la Russie. Ses séides auraient
assassiné, pour ainsi dire, en Suisses.
Ne sont-ils pas des as ?
Ça monte aussitôt : des as ? Ah ! Ah ça ! Assassins !
Stop ! Cette accusation n’était qu’une astuce.
Est-ce assez amusant, cet assassinat sans sang versé ?
Nul n’a été assassiné, et pourtant, il y a une victime : la crédibilité d’un pays. ■
L
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Un haut responsable du Quai d’Orsay a fait passer le message
suivant à la cellule diplomatique de l’Élysée : « N’utilisez
plus l’expression “gaullo-mitterrandienne” » pour qualifier
la diplomatie d’Emmanuel Macron. Cette invitation,
qui date du printemps, s’inscrit dans la lutte d’influence
à laquelle se livrent au ministère des Affaires étrangères
les « néoconservateurs » et les « réalistes » qui pensaient
trouver en Macron un défenseur de leurs idées, dans la lignée
de celles défendues par le général de Gaulle et François
Mitterrand. Mais, avec la crise iranienne, les « néocons »
ont repris du poil de la bête.
A
Des députés LR ruent
dans les brancards
Selon quelques députés Les Républicains,
Laurent Wauquiez, le président du parti,
n’attache pas assez d’importance à
l’activité parlementaire. « Il n’y a aucune
production. On est un groupe stérile en
plus d’être un parti stérile », se plaint un
élu qui estime que la moitié des députés
LR seraient prêts à bientôt « monter
le volume » pour bousculer le chef
s’il n’inspirait pas tant de crainte
à ses troupes. « On fait moins de bruit
qu’Emmanuelle Ménard, vous vous rendez
compte ? Même Hollande fait plus parler
de lui avec sa tournée des Leclerc »
pour vendre son livre, peste cet élu.
Bruno Le Maire
aux Rencontres
d’Aix-en-Provence
La dernière session des
Rencontres économiques
d’Aix-en-Provence, organisées
par le Cercle des économistes à
partir du 6 juillet sur le thème des
« Métamorphoses du monde », se
penchera sur la situation française
et les défis que le pays doit
relever. Autour de la table :
Bruno Le Maire, Thomas Buberl
(Groupe AXA), John Chambers
(ancien PDG de Cisco)
et Agnès Troublé (Agnès b.).
PHILIPPE WOJAZER/AFP
Lutte d’influence au sein du Quai d’Orsay
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