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Le Figaro - 29 05 2018

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mardi 29 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 952 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
PASCAL ROSSIGNOL/REUTERS - JC MARMARA/LE FIGARO - ZABULON LAURENT/ABACA - MICHEL EULER / POOL/EPA/MAXPPP
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
Serge Dassault
1925 - 2018
La belle
épopée
industrielle
d’un héritier
bâtisseur
L’hommage
d’Emmanuel
Macron et des
responsables
politiques
Un homme
de convictions
fortes et un
chef de famille
attentif
PAGES 2 À 5 ET L’ÉDITORIAL
ÉDITORIAL par Marc Feuillée, directeur général, et Alexis Brézet, directeur des rédactions
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@f@c@t@a";
M 00108 - 529 - F: 2,60 E
ler ensuite des affaires du journal :
les ventes, la publicité, les développements futurs, les investissements… tout ce qui fait la vie d’un
grand groupe de presse, la vie de ce
Figaro qu’il aimait tant.
Mais voilà, lundi, Serge Dassault
nous a quittés, brutalement, à l’âge
de 93 ans. Avec lui, la France perd
un de ses grands serviteurs ; l’aéro-
nautique française, un capitaine
d’industrie aux succès éclatants. Le
Groupe Figaro, lui, voit partir celui
qui, depuis 2004, dans le respect de
son indépendance éditoriale, l’a accompagné sans relâche, soutenu
dans ses initiatives, encouragé dans
ses projets, avec un intérêt, une
constance et une bienveillance qui
ne se sont jamais démentis.
Venus de tous les horizons, politiques et économiques, les témoignages se succèdent, qui rendent hommage à l’ingénieur qu’il n’a jamais
cessé d’être, à l’industriel et au financier qu’il fut aussi. Les succès
impressionnants de Dassault Systèmes et de Dassault Aviation – ceux
de « son » Rafale, qu’il lui aura été
donné de voir enfin s’imposer à
l’exportation – parlent d’eux-mêmes. De son père, Marcel, Serge
Dassault avait hérité un royaume ;
gardien vigilant de son indépendance, il a su, de ce royaume, faire
un empire.
Au fond, Serge Dassault était un
homme libre. Il n’avait ni l’esprit de
système ni l’esprit de parti.
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 € LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
SUITE PAGE 15
ISSN 0182.5852
A
I
l nous avait donné rendezvous ce mardi dans son bureau
du Rond-Point des ChampsÉlysées. C’était un rite : comme chaque semaine, nous devions évoquer avec lui cette
actualité, politique, économique et
internationale, qu’il n’a jamais cessé de scruter avec passion ; comme
chaque semaine, nous devions par-
La France au cœur
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2
HOMMAGE
Serge
Dassault, un
homme de
convictions
La France
perd un
homme qui a
consacré sa vie
à développer
un fleuron
de l’industrie
DISPARITION Capitaine d’industrie,
patron de presse et homme politique,
Serge Dassault est mort lundi, à 93 ans,
dans son bureau du Rond-Point
des Champs-Élysées. Il laisse derrière
lui un empire immense.
»
EMMANUEL MACRON
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
PAR FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
Si on veut
garder
une image de
Serge Dassault,
c’est celle
de l’abnégation
et de la force
de conviction.
Il a été capable
de donner
à l’industrie
française une
place éminente
FRANÇOIS HOLLANDE
MARIO FOURMY/REA, JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO, ZABULON LAURENT/ABACA, BISSON BERNARD/JDD/ABACA, ROLLE/TAVERNIER/REA, BOE ROMAIN/ABACA
S. SORIANO/LE FIGARO
A
»
u travail jusqu’à la
fin. C’est dans son
bureau parisien
du Rond-Point
des Champs Élysée que Serge
Dassault est décédé le lundi 28 mai
2018, à l’âge de 93 ans, d’une « défaillance cardiaque », selon ses proches. Sa famille et le Groupe Dassault n’ont pas encore précisé les
détails de l’hommage qui sera rendu à cette figure de l’industrie militaire et aéronautique française.
À la tête de l’une des plus grandes
fortunes du pays, Serge Dassault était
l’un des plus éminents représentants
du capitalisme familial français. Héritier du groupe d’aviation fondé par
son père, Marcel Dassault, Serge
Dassault en avait pris la relève en
1987 et orchestré l’un des programmes phares du groupe : le développement de l’aviation d’affaires avec le
programme Falcon. Dans le domaine
militaire, c’est avec l’avion de chasse
Rafale qu’il aura laissé son empreinte.
Serge Dassault
était l’un des plus
éminents représentants
du capitalisme
familial français
C’est le
pays tout
entier qui voit
disparaître
un artisan
acharné
de la grandeur
française
»
NICOLAS SARKOZY
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Capitaine d’industrie, Serge Dassault était également un homme politique engagé à droite. Conseiller
régional d’Île-de-France de 1986 à
1995, il avait ensuite été régulièrement élu maire de Corbeil-Essonnes, ville dont il avait fait son fief
électoral, sous la bannière du RPR,
puis de l’UMP. Un an après avoir une
nouvelle fois remporté le scrutin
municipal, en 2008, il avait toutefois
vu le Conseil d’État annuler sa réélection. Serge Dassault avait également été élu sénateur, d’abord sous
les couleurs de l’UMP, puis sous celles des Républicains. Dans ces fonctions politiques, il avait affronté des
démêlés judiciaires. Capitaine d’industrie, homme politique, Serge
Dassault était également patron de
presse, propriétaire du Figaro.
Dès l’annonce de son décès, les
hommages se sont multipliés, à
commencer par celui du président
de la République. « La France perd un
homme qui a consacré sa vie à développer un fleuron de l’industrie », a salué Emmanuel Macron, en soulignant l’« attention extrême » portée
« aux choix stratégiques du groupe
hérité de son père, lui permettant
d’opérer les virages indispensables et
de conduire des innovations multiples ». Le chef de l’État a également
rappelé le souci de Serge Dassault
« de donner un espace aux idées libérales » en soutenant « avec ardeur le
développement du Figaro ». Tous les
ans, en début d’année, Serge Dassault y signait une tribune pour livrer
sa vision des réformes à mener pour
le pays, libéralisation du marché du
travail, assouplissement des 35 heures, actionnariat salarié, intéressement ou encore baisse de la fiscalité
pour les entreprises et les ménages.
Dans ses derniers vœux, publiés
dans Le Figaro du 2 janvier 2018, Serge Dassault se réjouissait des premiers pas d’Emmanuel Macron à
l’Élysée. « En sept mois, il faut reconnaître que le nouveau président n’a
pas perdu de temps, inscrivant même
à son actif des réformes que la France
attendait depuis trente ans », écrivait-il. Mais c’est sans doute en Nicolas Sarkozy qu’il avait placé le plus
d’espoir lors de son élection en 2007.
L’ancien président de la République a
lui aussi salué la mémoire de l’homme sans qui « la France perd un très
grand industriel ; le monde de l’aviation, un pionnier ; l’opinion publique, un
grand patron de presse ; et moi, plus
simplement, un ami ». Ami, François
Hollande ne l’était pas forcément,
avec Serge Dassault, qui critiquait
sans relâche sa politique. Ce qui
n’empêche pas l’ancien président de
saluer sa mémoire. « Si on veut garder une image de Serge Dassault, c’est
celle de l’abnégation et de la force de
conviction, confie François Hollande
au Figaro. Il a été capable de donner à
l’industrie française une place éminente. » Trois présidents, dont un en
exercice, pour honorer la mémoire
de Serge Dassault, voilà pour illustrer
la place de l’homme dans le paysage
industriel, politique et médiatique
français. ■
Serge Dassault
à la convention
sociale de l’UMP à
l’Assemblée nationale,
en mars 2005. MARTINE
ARCHAMBAULT/LE FIGARO
Ci-dessous et
de gauche à droite :
Serge Dassault
aux côtés de François
Mitterrand, en 1991,
de Jacques Chirac,
en 2006, et de Nicolas
Sarkozy, en 2009.
L’hommage des politiques
QU’ELLES proviennent du monde
politique ou économique, les voix
n’ont pas manqué pour saluer la
mémoire du capitaine d’industrie et
ancien sénateur-maire LR de Corbeil-Essonnes, Serge Dassault, également propriétaire du groupe Le
Figaro.
À la tête du parti Les Républicains
- héritier du RPR qu’avait rejoint
Serge Dassault en 1986 -, Laurent
Wauquiez a tenu à exprimer sa
« profonde tristesse » suite à la disparition de ce « gaulliste » qui « a
toujours eu à cœur de défendre nos
valeurs dans le cadre des mandats
que les électeurs lui ont confiés pendant de très nombreuses années ».
Une même émotion étreint la présidente LR de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, qui se dit
« bouleversée » : « C’est un choc.
Serge Dassault était une figure de la
vie économique et politique de notre
pays. Ça restera pour moi un homme
de 93 ans sillonnant dans un monospace les villes et les villages de l’Essonne avec une attention aux autres
qui n’avait rien de feint. La singularité Dassault venait de là. Il avait
cette passion inextinguible pour les
autres, la politique, les quartiers populaires. »
Des hommages, qui se sont également succédé sur les bancs du Sénat,
où Serge Dassault a siégé de 2004 à
2017 et où il laissera « le souvenir de
ses interventions pleines de conviction
sur l’emploi, la compétitivité et tout
autant sur la participation des salariés aux résultats des entreprises dans
laquelle il voyait les fondements d’un
renouveau des relations sociales dans
les entreprises et dans le pays », souligne le président du Palais du
Luxembourg, Gérard Larcher.
Sur les réseaux sociaux, l’ancien
premier ministre et ex-sénateur de
la Vienne, Jean-Pierre Raffarin, a
salué une « personnalité remarquable ». « Un passionné, renchérit
l’élu des Hauts-de-Seine, Roger
Karoutchi. Passionné par la vie, par
l’innovation dans l’industrie, par la
Défense, par sa ville de Corbeil, par
son activité inlassable au Sénat.
Adieu à un gaulliste convaincu, à un
Français jusqu’au bout des ongles. »
« Des grands patrons comme
lui, il n’y en aura plus »
Chez ses adversaires politiques
d’hier aussi, on applaudit le parcours de ce « grand industriel ».
L’ancien premier ministre socialiste, Manuel Valls, élu du même département de l’Essonne et dont la
carrière politique a fréquemment
croisé celle de l’avionneur, a salué
ce maire qui a « marqué l’histoire de
Corbeil-Essonnes ». « Nous nous
sommes souvent opposés, parfois
avec vigueur, j’ai contesté certaines
de ses pratiques, mais nous avons
aussi trouvé les chemins ensemble
pour faire avancer notre territoire,
nos villes et notre hôpital. Personne
ne peut être insensible à cette dispa-
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HOMMAGE
3
Un chef de famille très attentif
CAROLE BELLEMARE
cbellemare@lefigaro.fr
IL Y AVAIT l’industriel, l’homme
politique, mais aussi l’homme tout
simplement. L’époux, le père, le
grand-père, qui se posait toujours
en chef de famille protecteur. Un
patriarche qui aimait gâter et réunir sa famille à l’occasion de fêtes
qu’il affectionnait tout particulièrement. Il en organisait souvent,
avec son épouse Nicole, l’autre ciment de la famille. Pour les anniversaires notamment, dans les
grands salons du Rond-Point des
Champs-Élysées, siège de son
holding, en y associant volontiers
des collaborateurs et des amis.
Parfois, plus d’une centaine de
personnes étaient conviées. Le
cercle familial se retrouvait alors
le lendemain, autour d’un déjeuner ou d’un dîner plus intimiste.
Pour le centenaire de l’épopée
familiale et industrielle, célébrée
au Grand Palais, en avril 2016, les
trois générations de la famille Dassault étaient présentes et sur leur
« 31 », pour assister au grand
show. Jeunes et moins jeunes
s’étaient ensuite déchaînés, une
fois les VIP partis, sur le « dance
floor » spécialement aménagé.
quait pas un article, traquant la
moindre faute d’orthographe.
Claude, mort d’un cancer, avait un
sens du détail aigu, lui qui s’intéressait peu à la vie industrielle.
Serge Dassault était riche, mais
ne menait pas pour autant une vie
de milliardaire, comme il aurait pu
se l’offrir. Rien d’ostentatoire, ce
n’était pas du tout son style. Il ne
sacrifiait jamais, en revanche, ses
traditionnelles vacances de Noël à
l’île Maurice où il emmenait son
épouse, ses enfants et petits-enfants. Ses autres moments de répit
étaient plus classiques : un séjour
en thalasso à Quiberon au printemps et un mois l’été dans sa résidence du Midi, à Théoule-sur-Mer.
Une maison sans luxe, nichée dans
la verdure, au sein d’un hameau
dominant la mer. Là, il aimait aller
à la pêche sur son bateau. Lorsque
le temps était trop maussade, il
troquait sa passion de la mer contre
celle du golf. Son entrain à enchaîner les swings sur le practice eut
même raison de son dos. En dépit
des soins qui lui furent prodigués,
son état de santé allait se dégrader
ces derniers mois. Il continuera
pourtant d’arpenter ses bureaux de
l’hôtel particulier du Rond-Point
des Champs-Élysées avec la même
bonhomie jusqu’au dernier instant.
Les week-ends, eux, s’enchaînaient toujours selon le même rituel. Il quittait son appartement du
boulevard Suchet, à Paris, le vendredi soir, pour rejoindre son domaine de Coignières, dans les Yvelines, où il s’adonnait à la chasse et,
là aussi, au golf. Serge et Nicole
Dassault y conviaient leurs amis et
leurs enfants, Olivier, Laurent,
Thierry, Marie-Hélène, accompagnée de son mari Benoît Habert. En
réalité, Serge Dassault n’aimait pas
s’arrêter trop longtemps. Quand
on lui demandait le secret de son
dynamisme, il ne répondait pas le
ginseng, qu’il prenait chaque matin, mais « le travail, le travail, le
travail, le travail ». Chaque mardi,
il réunissait les patrons de chacune
de ses « business unit » - Dassault
Aviation, Dassault Systèmes,
Groupe Figaro, Artcurial… - pour
faire le point. Jamais, pour lui, il ne
fut question d’une véritable retraite. Toujours, il maintenait le
rythme… ■
« Le travail, le travail... »
Serge Dassault chérissait sa famille.
Son autre réussite. Sa femme Nicole, bien sûr, qu’il avait épousée en
1950, et ses quatre enfants : Olivier, député de l’Oise, Laurent,
très engagé dans la viticulture et
cogérant d’Artcurial Développement, Thierry, spécialisé dans l’intelligence économique, et MarieHélène.
Le capitaine d’industrie portait
aussi une attention toute particulière à son frère Claude, si différent
de lui, grand mélomane et lecteur
assidu du Figaro, dont il ne man-
rition et à l’œuvre qui a été celle de
Serge Dassault pour qui j’avais estime et affection », réagit-il.
Les réactions ont également été
vives auprès des décideurs économiques. Première à rendre hommage, l’ancienne présidente du
Medef, Laurence Parisot, s’est exprimée sur Twitter : « Des grands
patrons comme lui, il n’y en aura
plus. Déterminé, attachant, roublard, patriote. Il a non seulement
fait prospérer l’œuvre de son père
mais ouvert son groupe à la modernité avec @3DSfrance. »
Dans un communiqué, Pierre
Gattaz, actuel président du Medef,
évoque « une grande perte pour notre pays. Serge Dassault était un véritable capitaine d’industrie, visionnaire et courageux. Il aura marqué
son temps par son engagement infatigable au service de l’économie ».
Une émotion partagée par l’ancien
président exécutif d’EADS Airbus,
Philippe Camus : « Serge Dassault
était le père de la grande famille de
l’aéronautique française […]. Comme tout grand entrepreneur, il était
exigeant mais loyal, fidèle en amitié
et soucieux de la dimension sociale de
l’entreprise. »
Nicolas Orlowski, président-directeur général, groupe Artcurial a
salué « un homme très attachant,
joyeux, curieux de la vie et profondément ouvert à l’innovation, à la jeunesse et à l’entrepreneuriat ». ■
D. D. ET C. S.
Quarante ans de combat politique dans l’Essonne
GUILLAUME TABARD £@GTabard
Ci-dessous et
de gauche à droite :
Serge Dassault
et Emmanuel Macron,
en 2015, au Salon
international
de l’aéronautique
et de l’espace.
Le maire de CorbeilEssonnes célèbre
les noces de platine
d’un couple de seniors,
en 1996, dans sa mairie.
L’industriel, en 2014,
au Sénat.
COMME une ultime coquetterie. Jusqu’au bout Serge Dassault avait espéré décrocher un nouveau mandat
sénatorial. Non par obsession d’une
quelconque longévité, mais pour
réaliser un vœu en forme d’hommage et de clin d’œil à son père, Marcel.
S’il avait été réélu sénateur de l’Essonne, il aurait en effet été le doyen
de la Haute Assemblée et il aurait
prononcé le traditionnel discours
d’ouverture de la session. Comme
son père, en tant que député de
l’Oise, avait prononcé le discours de
doyen de l’Assemblée, en 1978 puis
en 1981, au lendemain de l’élection
de François Mitterrand. Cet honneur
aurait pu se produire trois ans plus
tôt, lors du renouvellement de 2014.
Mais voilà, sénateur de la Réunion, le
communiste Paul Vergès, décédé en
2016, né le 5 mars 1925, avait un mois
de plus que lui. Serge Dassault, finalement, avait décidé de ne pas se représenter, mettant un terme à une
carrière politique de quarante ans
dans le département de l’Essonne.
C’est en 1977 en effet, dix ans
avant de devenir PDG de Dassault
Industries, qu’il s’était lancé dans
l’aventure politique et électorale. La
droite étant au pouvoir et le RPR,
auquel il appartenait, le parti dominant de la majorité, il aurait pu obtenir facilement une investiture dans
un fief confortable. Il a au contraire
choisi la difficulté : s’attaquer à un
maire communiste, aisément élu à
Corbeil-Essonnes depuis 1959, Roger
Combrisson. 1977, c’est le plus grand
cru électoral de la gauche qui permit
au PS et au PC de rafler des dizaines
de mairies jusqu’ici à droite. Le résultat fut sans surprise et sans appel :
65,17 % pour Combrisson dès le premier tour. Au lieu de se décourager,
Serge Dassault s’accrocha, acceptant
d’inévitables défaites successives
pour approfondir son enracinement
et préparer ses victoires futures.
“
Il faudra tout faire
pour annuler nos
divisions gauche-droite
qui nuisent à notre
développement
économique et
à notre paix sociale
SERGE DASSAULT
”
Le succès arrivera au bout de dix
ans. En 1988, il est élu conseiller général du canton de Corbeil-Essonnes-Est, en battant la sortante communiste, canton qu’il conservera
aisément six ans plus tard. Un mandat de conseiller régional est venu
compléter entre-temps son palmarès d’élu local, mais c’est la mairie de
Corbeil qui reste son objectif. La quatrième tentative fut la bonne. Après
trois défaites contre Roger Combris-
son, c’est lui qui le bat en 1995, avec
plus de 55 % des voix dans une ville
qui, un mois plus tôt, avait placé à la
présidentielle Lionel Jospin devant
Jacques Chirac. Une telle ténacité
électorale est rare. Dans la même période, on trouve un seul exemple
identique, celui d’Antoine Rufenacht
qui fut élu maire du Havre en 1995
après également trois tentatives infructueuses, lui aussi contre le Parti
communiste.
À 70 ans, Serge Dassault commence une carrière de maire. Dans
la deuxième ville du département de
l’Essonne, née en 1951 de la fusion
des deux communes de Corbeil et
d’Essonnes. Une commune qui subit
l’explosion démographique de la
grande couronne parisienne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (23 000 habitants en 1954,
40 000 en 1990, plus de 50 000
aujourd’hui). Une ville marquée
aussi par les arrivées massives de
l’immigration et par l’essor d’un
urbanisme de l’urgence, dont la
cité des Tarterêts en est l’un des
symboles.
Réélu en 2001 (au premier tour) et
en 2008 (au second tour), Serge Dassault s’est engagé pleinement dans
l’action municipale, multipliant les
opérations de rénovation urbaine et
attirant de nombreuses entreprises.
Le scrutin de 2008 est cependant annulé un an plus tard par le Conseil
d’État en raison d’irrégularités des
comptes de campagne du maire
UMP mais aussi de son concurrent
communiste. Lors d’une élection
partielle, son premier adjoint JeanPierre Bechter l’emporte ; il sera
réélu en 2014.
Serge Dassault n’a pas eu de chance avec l’Assemblée nationale. En
2002, il essuie un échec face au maire
PS de la commune voisine d’Évry,
Manuel Valls. Mais la lutte politique
n’empêche pas l’estime réciproque,
notamment lorsque Valls est au ministère de l’Intérieur. « Nous nous
sommes opposés avec vigueur, mais
nous avons trouvé des chemins ensemble pour faire avancer nos territoires », dit aujourd’hui l’ancien
premier ministre.
Mais c’est le Sénat qui lui a offert
une tribune qu’il a savourée. Élu sénateur de l’Essonne en 2004 et réélu
en 2011, il fut un parlementaire dont
l’assiduité et l’engagement au sein de
la commission des finances furent
salués par tous ses collègues. Au Sénat, il s’est battu pour la baisse des
charges, pour la participation des salariés aux bénéfices des entreprises,
pour l’instauration de la « flat tax »,
contre les 35 heures et pour l’abaissement de la majorité pénale à 16
ans. « Comme dernier message, permettez-moi de vous rappeler qu’il
faudra tout faire pour annuler nos divisions gauche-droite qui nuisent à
notre développement économique et à
notre paix sociale », avait-il dit le
25 juillet dernier dans son ultime discours à la Haute Assemblée. ■
A
et des patrons
Serge Dassault pose avec sa famille à l’occasion de la messe d’anniversaire
de la mort de son père, Marcel, le 21 avril 2006. PAUL DELORT/LE FIGARO
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4
HOMMAGE
L’épopée industrielle d’un héritier
DISPARITION Serge Dassault a succédé en 1986
à son père, Marcel, véritable légende de l’industrie française.
En 32 ans, il a développé et fait prospérer le groupe
aéronautique familial, constructeur de l’avion de combat
Rafale, en conservant jalousement son indépendance.
PAR VÉRONIQUE GUILLERMARD £@vguillermard
A
Serge Dassault au côté de son père, Marcel Dassault, le 25 décembre 1985 à Paris.
la tête d’une des
dynasties les plus
fortunées
de
France,
Serge
Dassault laisse
derrière lui un
groupe
solide,
présent
dans
l’aéronautique et la défense avec
Dassault Aviation et Thales, les logiciels de conception sur ordinateur pour l’industrie avec Dassault
Systèmes, les médias avec Le Figaro, ainsi que des participations
industrielles. Sans oublier un important patrimoine immobilier,
dont le fleuron est l’ancienne demeure du duc de Morny, sise au
rond-point des Champs-ÉlyséesMarcel Dassault à Paris, ainsi que
des vignobles, avec notamment un
grand cru de saint-émilion, Château Dassault. Et enfin, une magnifique collection de tableaux : des
Renoir, Boudin, Sisley, Utrillo et
autres Greuze. Une passion qui a
fait d’Artcurial, une des filiales du
groupe, la première maison française de vente aux enchères
d’œuvres d’art.
Aux commandes du puissant et
influent holding familial Groupe
industriel Marcel Dassault (GIMD),
Serge Dassault a réalisé un sansfaute pour valoriser un groupe
dont la valeur a plus que quintuplé
sous sa présidence. En trente-deux
ans, il a transformé l’entreprise familiale en difficulté, dont il avait
pris la tête en 1986, en un empire
diversifié. L’héritier, devenu l’un
des hommes les plus riches du
monde avec une fortune estimée
par le magazine Forbes à 16 milliards de dollars, s’est révélé un
bâtisseur.
Conquérir un à un
tous ses galons
« Patience et longueur de temps
font plus que force ni que rage. »
Serge Dassault aurait pu faire sienne la morale de La Fontaine, tant il
sut attendre son heure pour atteindre son but. Car pour lui, rien
ne fut acquis. Il dut conquérir un à
un tous ses galons pour se hisser au
firmament et convaincre ceux qui
l’avaient un peu vite méjugé.
Dans le monde des affaires et de
la politique, Serge Dassault, né le
4 avril 1925, est d’abord considéré
comme le fils de son père, véritable monument de l’histoire entrepreneuriale et aéronautique française. Héros de la résistance,
Marcel Dassault fut l’inventeur génial de l’hélice Éclair en 1916, puis
du célèbre Mirage, l’avion de combat qui porta la force nucléaire
française, ainsi que des avions
d’affaires Mystère 20. En 1999, le
magazine L’Usine nouvelle l’avait
désigné comme l’entrepreneur du
XXe siècle. Le trophée trône encore au siège de GIMD.
Véritable statue du commandeur, Marcel Dassault ne ménage
pas son fils cadet. « Chez Dassault,
on n’emploie que des X et seuls ceux
qui sont dans les premiers m’intéressent », lui lance-t-il. Serge Dassault relève le défi et entre à Polytechnique en 1947, ce qui lui vaut
de défiler le 14 juillet 1948 sur les
Champs-Élysées.
L’obstination
toujours. Une fois diplômé, il entre
comme ingénieur dans l’entreprise
où il va gravir tous les échelons.
Nous sommes en 1951. C’est là qu’il
croise un futur grand fauve de l’aéronautique et de la défense, JeanLuc Lagardère, qui, parvenu à la
tête de Matra, lui livrera bataille
des années plus tard pour le
contrôle de Thomson-CSF, aujourd’hui Thales.
Le père est rude avec le fils, mais
contrairement à la légende, il le
choisit très vite comme son héritier industriel. « Tout en conservant la direction des affaires, Marcel y avait discrètement associé
Serge, dès sa majorité en 1946, en le
faisant entrer comme actionnaire et
administrateur de toutes les sociétés
de son groupe », rappelle l’historien de l’aéronautique Claude Carlier, biographe officiel de Dassault,
le seul à avoir eu accès aux archives familiales. Le jeune ingénieur
démontre rapidement des qualités
Tout en
conservant
la direction
des affaires,
Marcel y avait
discrètement
associé Serge,
dès sa
majorité
en 1946, en
le faisant
entrer comme
actionnaire et
administrateur
de toutes
les sociétés
de son groupe
CLAUDE CARLIER,
BIOGRAPHE OFFICIEL
DE DASSAULT ET HISTORIEN
DE L’AÉRONAUTIQUE
CHARLES PLATIAU/REUTERS
de manager moderne, soucieux
d’organisation et de contrôle, ce
qui ne plaît pas toujours à son toutpuissant patron de père. « Mon
père n’aimait pas la double direction, il voulait tout diriger. Quand je
faisais des propositions, je n’étais
pas toujours bien reçu », racontera
des années plus tard Serge Dassault. Ainsi, lorsqu’il rejoint le
centre de Melun-Villaroche, en
Seine-et-Marne, comme directeur
des essais en vol, un poste prestigieux, il se heurte à lui en soutenant la proposition de la Direction
générale de l’aviation civile
(DGAC) de déménager de la région
parisienne à Istres, dans le sud.
Transféré aux exportations, il s’y
révèle un bon vendeur en décrochant des contrats de Mirage en
Australie et de Mystère 20 aux
États-Unis. À la fin des années
1960, son père décide de lui confier
la présidence d’une nouvelle société, Marcel Dassault Électronique, créée en 1967. Serge Dassault
va la développer pendant vingtcinq ans. Une expérience enrichissante, qui lui permet patiemment
de faire ses classes et de se préparer à diriger le groupe le jour où…
Se battre coûte que coûte
pour rester indépendant
De là, il observe son père se débattre face à l’État qui, en 1977, entre
au capital du groupe à hauteur de
20 %, s’octroie des droits de vote
double et obtient ainsi la minorité
de blocage. En 1981, Marcel finit
par concéder 26 % du capital à
l’État pour échapper à la nationalisation totale voulue par François
Mitterrand. L’État détient alors,
directement et indirectement,
46 % de la société, ainsi que 55 %
des droits de vote, mais la gestion
reste du ressort de Marcel Dassault.
Ces péripéties forgent la conviction de Serge Dassault de la nécessité de se battre coûte que coûte
pour rester indépendant. Ce qui,
dans un groupe comme le sien, requiert une énergie et une volonté
de tous les instants : l’État n’est-il
pas à la fois l’investisseur qui finance les programmes d’avions de
combat, le client qui passe commande, mais aussi l’actionnaire
interventionniste ? L’histoire du
groupe Dassault témoigne de cette
relation complexe avec la puissance publique. Dès 1936, six ans après
le premier vol d’un avion Bloch,
l’entreprise aéronautique de Marcel Dassault est nationalisée. L’industriel en recrée une autre qui fusionnera avec les avions Breguet
en 1971.
Quand sonne l’heure de prendre
le pouvoir en 1986, Serge Dassault
mène à son tour ce qu’il qualifiera
plus tard « d’une des épreuves les
Serge Dassault dans
le cockpit d’un Rafale
à son arrivée
à l’aéroport du Bourget,
le 11 juin 1999.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
plus dures de son existence ». Alors
qu’en ce milieu des années 1980,
peu parient sur lui, il démontre à
cette occasion tout son talent industriel, mais aussi politique. André Giraud, le ministre de la Défense de l’époque, tente de lui faire
barrage, ne le jugeant pas prêt à
prendre les rênes d’une entreprise
stratégique pour la sécurité et l’indépendance de la France. Des instructions sont données aux six représentants de l’État - sur douze
administrateurs - qui siègent au
conseil. La vieille amitié entre Jacques Chirac et Serge Dassault ne
semble pas peser lourd face à l’enjeu. Pourtant, le 29 octobre 1986,
six mois après la disparition de son
père, c’est la surprise : le conseil se
réunit et désigne Serge Dassault
comme nouveau président par
sept voix contre cinq lors d’un
vote à bulletin secret. Un des représentants de l’État n’a pas suivi
les consignes !
Lorsqu’il prend la tête de la société, qu’il rebaptisera Dassault
Aviation en 1990, Serge Dassault
sent qu’elle est à un tournant de
son histoire. Le 4 juillet 1986, assistant au premier vol d’essai à Istres d’un démonstrateur technologique qui préfigure le Rafale, il
sait « qu’une nouvelle ère démarre
pour la société et qu’il ne faut pas la
rater ». Réduction radicale des
budgets militaires, effondrement
de la production d’avions de combat dans le monde, concurrence
internationale féroce face à la surpuissance américaine, dévaluation
du dollar (la monnaie des contrats
internationaux), crise économi-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
HOMMAGE
5
bâtisseur
Convaincre
le pouvoir en place
Bibliographie
« Marcel Dassault.
La Légende
d’un siècle »,
Claude Carlier,
Éditions Perrin, 2002.
« Dassault.
1945-1995,
50 ans d’aventure
aéronautique »,
Claude Carlier
et Luc Berger,
Éditions du Chêne,
1997.
« L’Épopée
Dassault »,
Jean-Pierre Bechter,
Luc Berger
et Claude Carlier,
Timée éditions, 2006.
Parallèlement, Serge Dassault se
bat pour que le Rafale prenne son
envol. Il doit pour cela à chaque
fois convaincre le pouvoir en place. C’est Jacques Chirac qui annonce en février 1987 le lancement
du nouvel avion opérationnel, dérivé du prototype pour l’armée de
l’air et la marine. Jean-Pierre Chevènement confirme le programme
en 1989, mettant fin à une polémique sur l’opportunité d’acheter le
F-18 américain. Pierre Joxe signe
en 1992 le contrat d’industrialisation du Rafale, qui prévoit à l’origine 234 appareils pour l’armée de
l’air et 84 exemplaires pour la
Royale, pour un coût de 192 milliards de francs (valeur 1992). La
première commande est enfin
passée en 1993.
Le Rafale est le premier chasseur moderne de l’histoire : poly-
valent, il remplace sept types
d’appareils et ses différentes versions partagent 90 % de composants communs. Chaque avion
commandé est une bonne nouvelle pour l’industrie française et au
premier chef pour le motoriste
Safran et l’électronicien de défense Thales, qui forment avec
Dassault Aviation le « Team Rafale ». Mais aussi pour les 500 entreprises et leurs 7 000 salariés qui
participent au programme.
À cette même époque, Serge
Dassault accélère dans l’aéronautique civile en développant le Falcon
2000, un biréacteur transcontinental de nouvelle génération qui
se place sur le segment haut gamme des jets d’affaires. Dassault
Aviation est le seul avionneur familial dans le monde à mener de
front une activité civile et militaire.
Assez rapidement, la première
prend une place dominante dans
l’activité du groupe, allant même
jusqu’à représenter 70 % du total.
Il est vrai que l’aviation d’affaires
n’est pas soumise aux aléas de la
commande publique d’avions de
combat et des contrats à l’exportation. En revanche, le bureau d’études est, aujourd’hui encore, civil et
militaire, les ingénieurs passant de
l’un à l’autre. Ces vases communicants, qui font la force de la société,
sont également uniques au monde.
Réorganiser l’industrie
En ce début des années 90, qui voit
le monde de l’aéronautique et de la
défense changer radicalement
d’environnement, l’État n’abandonne pas l’idée d’en réorganiser
l’industrie. La France est l’un des
rares pays à compter deux avionneurs avec l’entreprise privée
Dassault Aviation et le groupe public Aérospatiale, qui construit des
Airbus en coopération avec l’Allemagne, la Grande-Bretagne et
l’Espagne. Dans les allées du pouvoir, les scénarios s’ébauchent.
L’idée générale est de rapprocher
les deux avionneurs pour favoriser
les alliances européennes, au moment où des groupes géants émergent aux États-Unis. Il devient
évident que l’Europe n’a plus les
moyens de développer plusieurs
avions de combat comme cela a
été le cas jusqu’à présent avec le
Rafale, l’Eurofighter (Allemagne,
Grande-Bretagne et Italie) et le
Gripen suédois. Serge Dassault entend le message, mais reste sur ses
gardes. « Nous sommes prêts à
travailler en coopération quand
nous sommes convaincus que cela
devient utile et nécessaire », affirme-t-il en 1995, en initiant un
accord avec le britannique BAE
Systems pour développer un démonstrateur technologique afin de
préparer le futur avion de combat
européen. Le patron français a
toujours eu un faible pour les
Britanniques, qui ont mis au point
avec lui le chasseur Jaguar. Il se
rapprochera d’eux en 2010 avec le
traité de Lancaster House, qui
scelle un accord de coopération en
matière de sécurité et de défense
entre la France et la Grande-Bretagne. Les deux premières puissances militaires européennes
confient à leur champion respectif
– BAE Systems et Dassault Aviation – la création d’une filière d’avions sans pilotes (les drones) en
Europe. Quatre ans plus tard, les
deux industriels se voient notifier
une étude de faisabilité pour
150 millions d’euros, visant à préparer le lancement d’un programme de démonstrateur technologique de système de combat aérien
du futur.
Mais les discussions de 1995 avec
les Anglais, elles, n’aboutissent
pas. L’État se fait pressant. Les
événements se précipitent et Serge
Dassault doit se battre avec pugnacité pour sauvegarder l’indépendance de son groupe. Après de
longs mois de tractations, l’industriel est sauvé par le gong lorsque
la dissolution de l’Assemblée nationale est décrétée par Jacques
Chirac le 21 avril 1997. La grande
réorganisation des industries aérospatiales voulue par le gouvernement Juppé tombe à l’eau : Dassault Aviation ne fusionnera pas
Il ne faut
jamais se
reposer sur
ses lauriers,
mais toujours
tout remettre
en question.
C’est ce qu’il
faut faire
chaque
jour
»
SERGE DASSAULT
avec l’Aérospatiale, et Lagardère
ne reprendra pas l’électronicien de
défense Thomson-CSF, devenu
Thales. En revanche, c’est finalement Dassault Aviation qui entre
au capital de ce dernier, en lui apportant en échange Électronique
Serge Dassault (EDS).
Au cours de ces deux folles années, Serge Dassault avance avec
méthode et détermination. Pour
certains, il ressort certes indépendant de la bataille, mais petit et
isolé. À ses yeux, c’est tout l’inverse : Dassault Aviation a préservé
l’essentiel en évitant de se trouver
dilué dans le nouveau géant franco-allemand EADS. Il échappe à la
tourmente dans laquelle plonge le
géant aéronautique européen entre 2004 et 2007, avec le dérapage
du programme A 380, la guerre des
chefs, les dissensions franco-allemandes et les soupçons de délits
d’initiés. Le constructeur du Rafale
est en revanche en embuscade
chez Thales. Pour ce chasseur patient qu’est Serge Dassault, il suffit
d’attendre. « Je suis derrière mon
arbre. Il ne faut jamais être pressé
dans la vie. Il faut savoir tirer, mais
il aussi savoir attendre », aimait-il
dire.
Au tournant du siècle, atteint par
la limite d’âge, 75 ans, Serge Dassault cède la présidence opérationnelle de Dassault Aviation à son
homme de confiance, Charles
Edelstenne. Comme son père, il se
soumet au rituel du conseil d’administration. Il est, comme c’est la
tradition, intronisé conseiller du
nouveau président. Serge Dassault
s’enquiert de sa rémunération. « Ce
sera comme votre père, le smic », lui
répond Charles Edelstenne. S’il
n’est plus président – il demeure à
la tête de son holding familial –,
Serge Dassault reste très impliqué
dans les affaires du groupe.
L’homme adore avoir plusieurs
fers au feu et ne supporte pas
l’inactivité. Il continue à courir le
monde, il écume les salons de l’aéronautique de la planète, suit les
conférences de presse qui se tiennent deux fois par an sur la péniche Diamant amarrée quai MarcelDassault, en face du siège de
Dassault Aviation à Saint-Cloud.
« Je m’intéresserai toujours à ma
société, confie-t-il avant la passation de pouvoir. Et puis, je n’ai pas
encore dit mon dernier mot dans ces
histoires de restructuration aéronautiques, tant françaises qu’européennes. » Une petite phrase qui
en dit long sur la ténacité de Serge
Dassault, ainsi que sa capacité à ne
jamais fermer la porte. Comme
tous les grands capitaines d’industrie, il sait que tout est toujours
possible.
Décennie florissante
Les années 2000 seront celles de
plusieurs opérations d’envergure.
Alors qu’il continue à se livrer à
l’une de ses passions, investir dans
des entreprises innovantes, Serge
Dassault signe deux coups d’éclat.
Dans la presse d’abord, en 2004,
en devenant propriétaire du Figaro, le premier quotidien français. Il entre alors dans le club des
industriels-patrons de presse aux
côtés de François Pinault (Le
Point), Bernard Arnault (Les
Échos), Arnaud Lagardère (Europe
1, Paris Match, le JDD) ou encore
Vincent Bolloré (Direct 8, Canal +).
Puis dans la défense, en 2009, lorsqu’il devient l’actionnaire de référence (26 %) de Thales aux côtés
de l’État. Entre-temps, il aura encore dû batailler - encore et toujours - contre la puissance publique, notamment pour ne pas
entrer au capital du géant européen EADS comme le pouvoir politique le souhaitait.
En janvier 2013, Dassault Aviation connaît un nouveau passage
de témoin. Éric Trappier, directeur général international du
groupe, succède à Charles Edelstenne, à son tour atteint par la limite d’âge statutaire. Après cinquante-deux ans passés chez
l’avionneur, ce dernier rejoint
Serge Dassault à la direction générale de GIMD. Sous sa houlette, le
groupe est encore monté en puissance dans la défense, notamment
à travers Thales, devenu un pivot
de l’industrie militaire française
en montant (de 25 à 35 %) au capital de DCNS, le constructeur de
porte-avions, sous-marins et
autres frégates et le leader européen du naval militaire.
La décennie se révèle florissante
pour le Rafale, qui entame sa carrière à l’international grâce aux
premiers contrats signés à l’exportation, avec l’Égypte en février 2015 et le Qatar en mai de la
même année. Puis, avec l’Inde à
l’automne 2016. Ces succès
conduisent François Hollande à se
rendre à Mérignac, où est assemblé
l’avion de combat français, pour
partager avec les salariés, la direction et la famille ce qu’il qualifie de
« remarquable succès du Rafale ».
Il est le premier président de la
Ve République à visiter le site dont
Serge Dassault, visiblement ému,
lui fait les honneurs.
Resserrement des liens
avec l’État
Serge Dassault au côté du général de Bénouville
au milieu des années 1980. SERGE FOUCAULT/LE FIGARO
Serge Dassault devant un Falcon 7X, un des avions d’affaires fabriqués
par le Groupe Dassault, en juin 2009 au Salon du Bourget. GILLES ROLLE/REA
Au cours de cette période, les relations avec l’État se détendent. Le
courant passe bien avec Jean-Yves
Le Drian, le très apprécié ministre
de la Défense des gouvernements
Ayrault et Valls. La puissance publique continue cependant à
veiller sur cette entreprise stratégique. En décembre 2014, l’État
annonce avoir signé avec la famille
Dassault une « convention historique » qui marque un resserrement
des liens entre les deux parties. Le
catalyseur est la décision d’Airbus
Group de se désengager de Dassault Aviation dont il détient toujours 46,32 % du capital hérités de
l’ex-Aérospatiale. D’une durée de
vingt ans reconductible, cette
convention accorde à l’État un
droit de préemption en cas de cession d’actions par GIMD, entraînant la perte de contrôle de l’avionneur. Quoi qu’il advienne,
Dassault Aviation restera sous
contrôle français.
Serge Dassault aussi anticipe
l’avenir. Fin juin 2014, il choisit
Charles Edelstenne pour lui succéder « automatiquement en cas de
vacance de la présidence de GIMD
pour quel que motif que ce soit ». Un
poste de « président statutaire successif » est spécialement créé pour
lui. La décision annoncée par un
communiqué très bref est prise « à
l’unanimité » avec l’accord de toute la famille Dassault.
C’est en patriarche comblé et en
industriel accompli que Serge
Dassault fête le centenaire du
groupe au Grand Palais en
avril 2016 à Paris. Sous la grande
nef qui accueillit le premier salon
aéronautique, le spectacle grand
format, « La Conquête de l’air,
l’épopée Dassault » retrace un siècle d’histoire depuis les débuts de
l’aviation et l’invention de l’hélice
Éclair par Marcel Dassault jusqu’aux avions de combat Rafale.
Une épopée dont Serge Dassault a
été l’un des grands artisans. ■
A
que… les années 86-95 seront celles de l’adaptation à cette situation
inédite. Pour Dassault, il s’agit de
se mettre en ordre de marche dans
un monde qui est en train de
changer radicalement. Le nouveau patron sait que derrière l’excellence technologique et l’innovation permanente, la société
Dassault demeure fragile. En 1986,
les ventes militaires reposent essentiellement sur le seul Mirage
2 000 et l’avenir sur un grand projet, le programme Rafale, qui n’est
pas encore lancé. Il va falloir se
battre pour l’imposer et signer des
commandes fermes. Si Marcel
Dassault a présidé aux premières
esquisses du Rafale et assisté à sa
première présentation publique le
14 décembre 1985, le chasseur de
nouvelle génération est bien
l’œuvre de son fils, sans qui il
n’aurait pu prendre son envol. De
même, toujours en ce milieu des
années 80, Dassault Aviation
peut-il s’appuyer sur l’essor de
l’aviation d’affaires grâce à la famille des Falcon, un marché
auquel Serge Dassault a été l’un
des tout premiers à croire vingt
ans plus tôt.
La prise de pouvoir de Serge
Dassault provoque un choc. L’héritier aborde l’avenir sans tabou.
« Le passé, c’est la culture de l’entreprise, le savoir-faire de l’équipe
qui l’a construite. Il est précieux, il
ne doit pas être paralysant. Il ne
faut jamais se reposer sur ses lauriers, mais toujours tout remettre
en question. C’est ce qu’il faut faire
chaque jour », affirme le nouveau
patron. Sous l’impulsion de sa
nouvelle direction, la société,
d’une culture jusqu’ici essentiellement technique, intègre la gestion des coûts financiers et une
maîtrise rigoureuse des programmes. Désormais, il faut ajouter à la
performance un bon prix et des
délais tenus. Le tout en réalisant
des bénéfices. Ces exigences
conduisent au lancement d’un
vaste plan de réorganisation, de
spécialisation des usines, d’adaptation de la production aux commandes. Ce chantier préfigure
avant l’heure les grandes restructurations décidées dans l’industrie au milieu des années 90, en
particulier aux États-Unis. Le
plan est rude et surprend. Salariés, syndicats et observateurs
croyaient le groupe sans failles…
ils découvrent ses faiblesses. Habitué à gérer la croissance, Dassault doit apprendre à dompter la
stagnation, voire la pénurie. Deux
ans durant, de 1987 à 1989, Serge
Dassault mène sa révolution industrielle. Des sites ferment, des
emplois sont supprimés, les salaires sont gelés, pendant que l’entreprise intègre la révolution informatique issue de la CFAO et de
CATIA, le logiciel de conception
assistée par ordinateur développé
par Dassault Systèmes, devenu le
standard dans l’industrie avec des
clients aussi prestigieux que
Mercedes, Northrop Grumman ou
Boeing. Dassault Aviation investit
massivement dans la robotique et
les matériaux composites. Si les
ingénieurs restent son atout maître, ils ne décident plus de tout.
Les managers ont pris le pouvoir.
Serge Dassault lecteur du Figaro, le 5 février 2002, deux avant qu’il ne
rachète le quotidien, en mars 2004. JOEL ROBINE/AFP
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 29 mai 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
L’Italie au bord de la crise de nerfs
Le président a nommé l’économiste Carlo Cottarelli à la tête d’un gouvernement de transition chargé de
RICHARD HEUZÉ rheuze@lefigaro.fr
ROME
POLITIQUE « Absurde », « incompréhensible », « irresponsable » : les commentateurs italiens n’avaient pas de mots assez
forts lundi pour dénoncer la crise politique d’une gravité sans précédent qui
menace le pays. La formation d’un
« gouvernement du changement » ayant
misérablement capoté dimanche aprèsmidi, le président de la République Sergio Mattarella n’avait d’autre choix que
de désigner une personnalité libre de
toute affiliation politique et choisie parmi les meilleurs serviteurs de l’État pour
former un gouvernement « neutre » devant conduire le pays aux élections.
Carlo Cottarelli (64 ans), un économiste aux lettres de créance incontestables, ancien commissaire à la Révision
des comptes publics dans le gouvernement Letta, a été appelé lundi matin au
Quirinal pour être investi de cette tâche
ingrate par le chef de l’État. En acceptant
cette mission, celui qu’on surnomme
« M. Ciseaux », en raison de son programme de réductions des dépenses publiques, a annoncé qu’il formerait rapidement
un
gouvernement
de
techniciens reconnus pour leur bonne
gestion des affaires de l’État. Si le Parlement lui accorde la confiance, il rédigera
un projet de budget pour l’an prochain
avant de préparer un retour aux urnes au
début de l’année 2019, auquel il s’engage
à ne pas prendre part. S’il ne l’obtient pas
- hypothèse la plus probable -, son gouvernement gérera les affaires courantes
jusqu’aux nouvelles élections qui
auraient lieu « après le mois d’août », at-il dit.
« Représentant des banques
et des marchés »
C’est donc lui qui représentera l’Italie
dans les prochains grands rendez-vous
internationaux : le G7 du 7 au 9 juin au
Canada, l’important Conseil européen
du 28 juin prochain et le sommet de
l’Otan les 11 et 12 juillet à Bruxelles. Les
populistes l’ont aussitôt attaqué, voyant
en lui le « représentant des banques et des
marchés », un « ennemi du peuple italien ». En assurant Sergio Mattarella de
leur pleine solidarité, deux anciens présidents démocrates du Conseil, Paolo
Gentiloni et Matteo Renzi, ont accusé
Luigi Di Maio (Mouvement 5 étoiles) et
Matteo Salvini (Ligue) de « tenir l’Italie en
otage depuis trois mois » et d’abuser
d’« alibis pour générer des conflits, voire
le chaos ».
À la sortie du Quirinal, dimanche, les
deux vainqueurs des législatives du
4 mars se sont également répandus en
violentes diatribes contre le chef de
l’État. Di Maio l’a même menacé d’une
procédure d’« impeachment » (destitution) pour avoir « trahi le peuple italien »,
avant de se rétracter lundi après-midi.
Le leader du M5S a été le plus virulent, ce
qui a surpris car il avait fait preuve jusqu’à ces jours-ci d’une grande retenue.
Cela traduit sans doute les difficultés
croissantes qu’il rencontre au sein du
Mouvement 5 étoiles. Il appelle à une
grande « marche sur Rome » ce 2 juin,
lendemain de la Fête nationale.
Luigi Di Maio dit avoir tout tenté pour
convaincre l’économiste europhobe
Paolo Savona (81 ans) - que Mattarella a
refusé de nommer au ministère des Finances dimanche - de se retirer de la
Sergio Mattarella,
le rigoureux gardien
du Temple
« LE PRÉSIDENT de la République n’est
pas un notaire », avait averti Sergio
Mattarella le 12 mai, en réponse à la Ligue et au Mouvement 5 Étoiles (M5S)
qui lui enjoignaient d’entériner leur
« diktat » pour constituer le nouveau
gouvernement. Pour bien enfoncer le
clou, le chef de l’État avait cité le président Luigi Einaudi, qui avait pressenti en 1953 un président du Conseil,
Giuseppe Pella, dont le parti majoritaire, la Démocratie chrétienne, ne
voulait pas.
Ainsi va Sergio Mattarella, catholique sicilien de 77 ans, élu le 3 février
2015 douzième président de la République italienne. Magistrat rigoureux
dans le respect de la Constitution, il est
intraitable sur les principes et inflexible dans la lutte contre la mafia, qui a
assassiné en 1980 son frère Piersanti,
président de la région Sicile. Son ton
grave et la solennité de son propos
s’accompagnent d’une détermination
sans pareille.
Ce n’est pas un hasard si tous les leaders européens, Angela Merkel, Emmanuel Macron, Jean-Claude Juncker
entre autres, l’ont appelé dans cette
bourrasque politique sans précédent
pour lui signifier leur espoir qu’il parvienne à maintenir l’Italie dans la
grande famille européenne.
Et c’est au nom de ces sacro-saints
principes que Sergio Mattarella a
conduit pendant 84 jours et avec une
infinie patience des négociations particulièrement complexes pour venir à
bout des résistances de Luigi Di Maio
(M5S) et de Matteo Salvini (Ligue).
Sergio Mattarella s’en est expliqué dimanche soir à 20 h 30 devant les journalistes présents au Quirinal, après la
sortie de scène de Giuseppe Conte,
éphémère chef d’un gouvernement
qu’il n’a pu constituer.
La défense de l’Europe
et de ses valeurs
A
Mesurant chaque parole, le président
de la République a rappelé qu’il avait
tout tenté pendant deux mois pour
permettre la nomination d’un « gouvernement du changement ». Concédant aux deux leaders tous les délais
qu’ils demandaient, il les a toutefois
avertis qu’il aurait « une attention particulièrement haute » sur certains ministères. En clair, l’Économie, où il
n’entendait pas nommer un europhobe déclaré, Paolo Savona. Jusqu’au
dernier moment, le président a demandé que ce portefeuille très sensible
soit attribué à une « haute personnalité
Sergio Mattarella,
le président
de la République
italienne, dimanche,
au palais du Quirinal
à Rome. V. PINTO/AFP
de la majorité », proposant le « numéro deux » de la Ligue Giancarlo Giorgetti (52 ans), un habile médiateur.
« Avec regret, j’ai enregistré un refus
(de Matteo Salvini) », a-t-il ajouté,
encore interloqué.
Sergio Mattarella incarne son mandat de président de la République avec
une profonde conscience du devoir.
Recevant Le Figaro en mars 2015, il
avait déclaré qu’il s’était rendu aussitôt après son élection au Mémorial des
fosses Ardéatines (commémorant les
victimes du massacre nazi de
mars 1944) pour « rappeler les grands
sacrifices consentis pour retrouver la liberté » et honorer « les valeurs qui
nous ont permis de renouer avec la démocratie ».
Remise en cause inédite
Lutte sans faille contre la mafia et le
terrorisme face auquel il appelait dans
Le Figaro à « un pacte de civilisation »,
bataille farouche contre une corruption « intolérable », défense de la famille, des libertés civiles et religieuses : autant de valeurs que cet homme
« droit », tenace, intransigeant sur les
principes républicains, défend jour
après jour.
Mais le combat qui tient le plus à
cœur à Sergio Mattarella est celui de la
défense de l’Europe et de ses valeurs.
En mars 2017, s’adressant à la Chambre des députés, il avait invité une Europe « repliée sur elle-même » à se
ressaisir « face au défi des souverainistes » et à affronter « avec courage de
nouvelles étapes et une réforme inévitable des traités ». Et, le 10 mai, ouvrant
à Florence une « conférence internationale sur l’état de l’Union », il avait
appelé, citant Stefan Zweig, à « un effort commun pour entretenir le grand
dessein de l’unité spirituelle de l’Europe
et éviter qu’il ne sombre dans l’oubli » :
« des paroles, avait-il dit, qui résonnent encore aujourd’hui comme un
avertissement ».
Sergio Mattarella recueille aujourd’hui 55 % d’opinions favorables.
C’est l’homme politique le plus populaire d’Italie. Les électeurs du Parti démocrate le plébiscitent à 92 %. Ceux
du Mouvement 5 étoiles lui accordent
45 % et la Ligue 39 %. C’était du moins
le cas avant la désastreuse soirée de
dimanche à la fin de laquelle Ligue et
M5S ont réclamé l’impeachment du
chef de l’État qu’ils avaient jusqu’alors
toujours respecté. Un appel subversif
qui en dit long sur la dégradation du
climat politique en Italie. ■
R. H.
Carlo Cottarelli,
lors de son allocution
aux médias, lundi,
au palais présidentiel,
après sa nomination
au poste de président
du Conseil.
ALESSANDRO DI MEO/AP
Marc Lazar : « Il y a lieu de s’inquiéter pour la
PROPOS RECUEILLIS PAR
ADRIEN JAULMES £@AdrienJaulmes
MARC LAZAR est directeur du Centre
d’histoire de Sciences Po et président de
la School of Government de l’université
Luiss à Rome. Il vient de publier en Italie,
avec Ilvo Diamanti, Popolocrazia : La
metamorfosi delle nostre democrazie
(Éditions Laterza, pas encore traduit en
français).
Le FIGARO. - Le président italien
Sergio Mattarella respecte-t-il
la Constitution en refusant la nomination
de l’eurosceptique Paolo Savona
au poste de ministère des Finances ?
Marc LAZAR. - Il existe deux interprétations opposées de la situation actuelle. Le
président Sergio Mattarella estime qu’il
ne fait qu’appliquer la Constitution : l’article 92 stipule que le président nomme
les ministres sur proposition du premier
ministre. Mattarella a expliqué qu’il refusait de nommer Paolo Savona au ministère des Finances parce que ce dernier
risquait de mettre en danger l’Italie.
D’un point de vue constitutionnel, il est
tout à fait dans un cadre légal. Mais cette
interprétation est remise en cause par le
Mouvement 5 étoiles et par la Ligue, qui
considèrent que la volonté populaire exprimée dans les urnes doit l’emporter
sur les règles de droit. Le Mouvement
5 étoiles va même jusqu’à réclamer
l’empêchement du président, procédure
qui n’existe pas, sauf en cas de violation
de la Constitution ou de haute trahison.
Pour le moment, la Ligue ne suit pas le
Mouvement 5 étoiles sur ce terrain, mais
elle menace d’organiser des manifestations, une perspective qui fait très peur :
cela rappelle le précédent de la Marche
sur Rome de Mussolini en 1922, un moment très traumatisant dans l’opinion
italienne.
Y a-t-il aujourd’hui un danger
en Italie de voir naître une nouvelle
forme de fascisme ?
Non, je ne crois pas à cette possibilité.
La société italienne a beaucoup évolué,
et les pratiques démocratiques y sont
aujourd’hui profondément ancrées, ce
“
La perspective
de voir se déplacer
la crise politique
dans la rue reste
préoccupante. Alors que
le Mouvement 5 étoiles
demande la destitution
du président, la Ligue
appelle à manifester
”
MARC LAZAR, DIRECTEUR DU CENTRE
D’HISTOIRE DE SCIENCES PO À ROME
qui n’était pas le cas dans les années
1920. La Ligue et le Mouvement 5 étoiles
sont aussi des formations bien différentes du fascisme ; le Mouvement 5 étoiles
par exemple a des pratiques de démocratie directe qui n’ont rien à voir avec
la dictature. Mais il y a néanmoins des
évolutions inquiétantes, et notamment
une exaltation de ce que j’appelle un
sentiment « nationalitaire » exacerbé.
Les Italiens ne veulent plus que des pays
étrangers leur dictent leur conduite, interventions qu’ils qualifient de « diktats ». Dans ce climat, des déclarations
maladroites comme celle de Bruno Le
Maire la semaine dernière (qui a mis en
garde dimanche contre le non-respect
des engagements italiens, NDLR) ont des
effets totalement contre-productifs. À
ceci s’ajoute la question des migrants,
qui est sous-jacente à toute cette crise
et qui pose une fois de plus l’ancienne
question toujours ouverte de l’identité
italienne. S’ajoutent à ces sujets de préoccupation de récentes études montrant qu’environ un tiers des Italiens
n’excluent pas qu’il puisse exister de
meilleurs régimes politiques que la démocratie. Enfin, la perspective de voir
se déplacer la crise politique dans la rue
reste aussi préoccupante. Alors que le
Mouvement 5 étoiles demande la destitution du président, la Ligue appelle à
manifester. Le récent défilé de Matteo
Salvini avec ses partisans dans les rues
de Terni a été symboliquement très fort,
comme si le peuple se dressait contre les
institutions. S’il n’existe pas de risque
de dérive autoritaire, il y a quand même
des sujets d’inquiétude pour la démocratie en Italie. Même s’il ne faut pas
non plus sous-estimer les contrepoids
qui existent dans la société italienne.
Quels sont-ils ?
Une grande partie de la société civile reste attachée à la démocratie. On assiste sur
les réseaux sociaux à des attaques d’une
violence inouïe contre le président Mattarella, mais aussi à une forte mobilisation en sa faveur, des gens se déclarent
prêts à aller défendre en cas de besoin le
palais présidentiel.
L’ampleur des bouleversements
actuels signifie-t-elle l’entrée dans
une « troisième république » italienne ?
Je n’utiliserais pas ce qualificatif de troisième république ; après tout, la Constitution n’a pas changé. Mais il ne fait
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 29 mai 2018
INTERNATIONAL
politique
préparer le budget et d’organiser des législatives anticipées.
démocratie »
aucun doute que l’Italie traverse une crise politique d’une ampleur comparable à
celle de 1994, qui avait vu la disparition
de la plupart des partis politiques qui
avaient gouverné l’Italie depuis la
Seconde Guerre mondiale, la transformation profonde du Parti communiste et
l’apparition de nouvelles formations :
celle de Forza Italia, le parti de Silvio
Berlusconi, et de la Ligue, qui s’appelait à
l’époque la Ligue lombarde. L’Italie traverse à nouveau une crise majeure : on
assiste aujourd’hui à la marginalisation
des deux grandes formations de centre
gauche et de centre droit qui ont gouverné alternativement l’Italie depuis un demi-siècle, et l’émergence de deux nouvelles forces dominantes, le Mouvement
5 étoiles et la Ligue. Il se déroule en ce
moment une transformation de fond, en
même temps qu’un bouleversement majeur à l’issue totalement incertaine.
La crise italienne est aussi
une crise pour l’Europe ?
Oui, d’un point de vue européen, ce qui
se passe en Italie est très grave. Et aussi
pour Emmanuel Macron, qui voit son
projet européen tué dans l’œuf.
Personne ne sait où va l’Italie et si la
crise politique se transforme en référendum sur l’Europe, il n’est pas certain
que les proeuropéens l’emportent. Pour
tempérer un peu ces inquiétudes, tous
les indicateurs ne sont pas identiques.
Un récent sondage a montré que le
nombre d’Italiens ayant confiance dans
l’Europe a paradoxalement augmenté
ces dernières semaines, passant de 30 à
41 %, comme si une partie de l’électorat,
y compris dans les rangs du Mouvement
5 étoiles, prenait conscience qu’une
sortie de l’Union européenne était pleine de dangers. ■
d’eux, Michele Ainis. Luciano Fontana,
directeur du Corriere della sera, s’indigne de ce « défi aux institutions » : « M5S
et Ligue ne peuvent que s’en prendre à
eux-mêmes pour cet échec », écrit-il. Il
dénonce un « défi arrogant destiné à humilier la plus haute figure de la République
au nom d’une (prétendue) investiture populaire ». Le directeur de La Repubblica
Mario Calabresi se demande, lui, ce que
serait devenue l’Italie « si le président
avait cédé » au chantage : « L’équilibre
entre les pouvoirs de l’État aurait volé en
miettes. »
Matteo Salvini est déjà reparti en campagne. Dès dimanche soir, trois heures
après avoir rencontré le chef de l’État, il
Les taux de la dette
italienne au plus
haut depuis 2013
tenait un meeting à Terni (80 km au
nord de Rome), où il s’est emporté
contre « les pouvoirs forts, le Quirinal, le
patronat, la Banque d’Italie » qui commandent l’Italie : « La prochaine consultation ne sera pas une élection politique.
Ce sera un véritable référendum. Aujourd’hui, l’Italie n’est plus un pays libre. Elle
est occupée financièrement par les Allemands, les Français, les eurocrates. Et
cela ne me va pas. »
Avec des populistes prêts à se déchaîner contre les pouvoirs établis, l’été s’annonce incandescent. Le Quirinal dénonçait lundi après-midi l’envoi de menaces
par Internet - y compris des menaces de
mort - contre la personne du président. ■
DELPHINE ALLAIRE
ROME
VÉRITABLE incarnation de l’austérité
budgétaire, son profil avait tout pour irriter les populistes de la Ligue et du M5S.
Très introduit auprès des sphères politico-économiques italiennes et européennes, Carlo Cottarelli est, comme
son éphémère prédécesseur, peu connu
du grand public. Agé de 64 ans, ce spécialiste de la première heure sur les sujets de fiscalité a derrière lui le parcours
classique d’un grand fonctionnaire
d’État, serti de vingt-cinq années passés
au FMI.
Originaire de Crémone, joyau lombard de la Renaissance, il poursuit des
études en sciences économiques et bancaires dans la Toscane voisine, à l’université de Sienne, avant de gagner en
épaisseur à la London School of Economics. Armé pour le monde des affaires, il
fait ses premiers pas six ans durant au
service des secteurs financiers de la
Banque d’Italie, vivier de talents économiques sur la péninsule. Après une année à la compagnie pétrolière italienne
ENI, il s’envole pour le siège du FMI, à
Washington, en 1988. À l’instar de son
épouse, cadre à la Banque mondiale, il y
explore les arcanes de la fiscalité globale.
Pour cette raison, il est nommé en
2013 commissaire extraordinaire à la
Révision des dépenses publiques par
Enrico Letta, président du Conseil italien de 2013 à 2014 (centre gauche). Fort
d’un audacieux objectif de coupes budgétaires à hauteur de 32 milliards
d’euros, il acquiert sa réputation de
« Mister Furbici », « M. Ciseaux », comme s’en amuse la presse transalpine.
Converti à l’efficacité américaine, il se
heurte à la pesante bureaucratie romaine, qui le conduit à démissionner. Le
gouvernement suivant de Matteo Renzi
l’envoie de nouveau outre-Atlantique
superviser une cascade de pays méditerranéens, dont l’Italie et la Grèce, en
tant que directeur exécutif du Conseil
du FMI.
À ce poste influent, il se tisse un réseau de sommités économiques : le nouveau chef du gouvernement italien
connaît personnellement Jean-Claude
Juncker ; il entretient des relations privilégiées avec Federica Mogherini, et est
apprécié à tous les étages de la Commission européenne.
De retour sur la péninsule, il y a quelques mois à peine, il publie Les Sept Pé-
chés capitaux de l’économie italienne, en
février dernier. Cet ouvrage, que les
analystes politiques s’arrachent aujourd’hui, en dit long sur la philosophie libérale et pro-austérité qui traversera
son futur gouvernement, dont les jours
sont déjà comptés. Évasion fiscale, corruption, bureaucratie, lenteur de la justice, effondrement démographique,
écart Nord-Sud ou encore difficultés
autour de l’euro y sont égrenés comme
les sept plaies italiennes.
Malgré d’abondantes publications,
cet homme, dont même l’allure élégante semble rigoureuse et technique, préfère les chiffres aux lettres. Le nouvel
hôte du Palais Chigi, le Matignon italien,
parle peu, et laisse ses amis en faire
autant pour lui. Sa communication
s’annonce donc parfaitement maîtrisée
à la manière de son CV, « qui résume au
millimètre le personnage, sans qu’aucun
ajout ne soit nécessaire », précise Loren-
“
Carlo Cottarelli n’est
pas un mathématicien
d’économie à la manière
de Jean Tirole, mais un
pur expert, sans calcul,
ni logiciel politique
”
GIUSEPPE BETTONI, POLITOLOGUE À
L’UNIVERSITÉ TOR VERGATA DE ROME
zo Forni, professeur d’économie à l’université de Padoue, qui a côtoyé Carlo
Cottarelli durant ses années FMI.
Et pour cause, « Carlo Cottarelli n’est
pas un mathématicien d’économie à la
manière de Jean Tirole, mais un pur expert, sans calcul ni logiciel politique »,
explique Giuseppe Bettoni, politologue à
l’université Tor Vergata de Rome. Dans
l’opinion, néanmoins, cette désastreuse
image du technocrate imprimera jusqu’aux prochaines élections. Celles-ci
devraient être organisées à l’automne
2018 ou début 2019, car en dehors d’un
douteux scénario de tractations obscures et alambiquées entre Parti démocrate, Forza Italia et quelques égarés du
Mouvement 5 étoiles, il est improbable
que Carlo Cottarelli gagne la confiance
de la moitié du Parlement italien, largement acquis à la Ligue et aux 5 étoiles.
Sans aucune attache politique, Cottarelli
aura donc plus à perdre qu’à gagner
dans cette courte expérience. Surtout
qu’à la différence de Giuseppe Conte, il
n’avait aucunement besoin d’un tel
poste dans son CV. ■
Les craintes de Merkel et de la zone euro
DÉCRYPTAGE
L’annonce du président italien
de reconvoquer des élections
n’a pas rassuré les marchés. Tout au
contraire. La Bourse de Milan a clôturé
en baisse lundi de 2,08 % et les
marchés de la dette italienne ont
atteint un sommet depuis fin 2013.
Le spread, l’écart entre le taux de
rendement des obligations d’État
italiennes et le taux allemand (Bund) à
dix ans, a atteint 235 points. Cet écart
entre le taux référence en Europe
(du fait de la taille et de la solidité du
marché allemand) et le taux italien
(2,6 %) « donne une vision du degré
de peur des investisseurs », explique
Alexandre Delaigue, professeur
d’économie à l’université de Lille.
Moins les investisseurs ont confiance
dans un pays, plus ils vendent ses
titres et plus le taux de rendement
augmente.
Ce niveau élevé signifie que les
investisseurs « redoutent une sortie
de la zone euro. Le maintien ou non
sera d’ailleurs le sujet principal des
élections à venir », pointe Philippe
Waechter, chef économiste d’Ostrum
Asset management. L’agence
Moody’s envisage de dégrader la note
du pays en raison de l’énorme dette
publique (à 2302 milliards d’euros, elle
représente 132 % du PIB). L’inquiétude
se porte en domino sur les banques
italiennes, qui en détiennent plus de
20 %. Une perte d’accès aux marchés
après une dégradation de la note
serait « dramatique » pour l’Italie,
résume le Peterson Institute for
International Economics (PIIE). A. BOH
Cottarelli, un chantre
de l’austérité pour diriger
le pays jusqu’aux élections
Jean-Jacques Mével
@jjmevel
BRUXELLES
CE DIMANCHE-LÀ, au paroxysme
d’un sommet secoué par la crise de
l’euro, le président français et la
chancelière allemande s’isolent dans
un coin avec le premier ministre italien, autour d’une petite table. Le
gouvernement de Rome est aux
abois, sur sa dette galopante comme
dans le puits sans fond des retraites.
D’un côté, les Européens poussent la
Botte à l’austérité sur-le-champ,
afin de sauver la monnaie commune.
De l’autre, la Ligue du Nord veut
rompre sans délai avec l’orthodoxie
financière venue de Berlin. Tard dans
la nuit, l’Italien va sortir cassé de ce
long « confessionnal ». Dix jours plus
tard, il fait annoncer sa démission.
Un gouvernement technique va
prendre le relais.
L’Histoire bégaie. Ce 23 novembre
2011, l’Italien s’appelle Silvio Berlusconi et le Français Nicolas Sarkozy.
La Chancellerie, depuis, n’a pas
changé de locataire. Dans sa version
2018, le scénario est en apparence
plus apaisé. Officiellement, ni les
Allemands, ni les Français, ni l’UE
n’ont eu besoin de taper du poing sur
la table. L’affaire se règle entre Italiens, le président Sergio Mattarella
prend sur lui d’exécuter une coalition gouvernementale où la Ligue tenait à nouveau la ligne de front.
Angela Merkel et Emmanuel Macron
n’ont pas eu besoin de confessionnal
pour se défaire du pâle Giuseppe
Conte, éliminé avant d’endosser
l’habit de premier ministre. Hier, le
chef de l’Élysée n’avait pas de mots
assez forts pour saluer « le courage »
et « la responsabilité » de son ami
Mattarella.
À sept ans d’écart, c’est aussi un
dangereux quitte ou double. Le premier ministre Carlo Cottarelli n’a à
peu près aucune chance d’obtenir la
confiance du Parlement italien, à la
différence de l’économiste Mario
Monti en 2011. Il a déjà une majorité
d’europhobes contre lui. Les élections escomptées à la fin de l’été
risquent de renvoyer dans l’Hémicycle une majorité Ligue-M5S ressoudée par l’adversité. La réforme des
À Rome, la classe politique
est dévastée, privant
les autres capitales
d’interlocuteurs connus
ou crédibles
retraites persiste à dresser l’opinion
contre Rome. La dette de l’État
continue de s’alourdir.
Quant à l’électorat, il est bien plus
défiant que sous le troisième mandat
du Cavaliere. Quatre Italiens sur dix
estiment que l’introduction de l’euro
a été une mauvaise affaire, contre
25 % dans le reste de l’UE, d’après le
sondage régulier d’Eurobaromètre.
Moins de la moitié (44 %) considèrent que le pays a tiré profit de
l’appartenance à l’UE. Les Britanniques disaient à peu près la même
chose à l’approche du référendum
sur le Brexit… L’ennui est que per-
sonne, excepté le président Mattarella, ne semble avoir le pouvoir et/
ou la volonté de freiner la marche
des somnambules vers le prochain
précipice. « Il faut prendre ce que les
peuples décident […] ils créent des
réalités politiques, il faut les regarder
en face et travailler avec les dirigeants
qui
en
procèdent »,
avançait
Emmanuel Macron questionné il y a
quelques jours. Pour quelle réponse ?
À Rome la classe politique est dévastée, privant les autres capitales
d’interlocuteurs connus ou crédibles. Le reste du continent est tétanisé par l’essor des partis « antisystème », à un an des élections
européennes.
Avant le succès d’Alexis Tsipras en
2015, avant le vote sur le Brexit en
2016, avant la présidentielle disputée
en 2017 par Marine Le Pen, JeanClaude Juncker et quelques autres
têtes d’affiche avaient dit leur préférence - avec des fortunes électorales
diverses. Cette fois, c’est silence
radio. « Quand nous donnons des leçons, elles viennent nourrir les europhobes et braquer les opinions », déplore un pilier de l’exécutif
européen.
À visage découvert Margrethe
Vestager, étoile montante de la
Commission, confirme la ligne :
« Attendre et voir. Il ne nous appartient pas d’interférer », dit-elle au
Figaro.
Quant à Paris et Berlin, tout occupés à esquisser (sans Rome) une
nouvelle réforme de la zone euro, ils
n’ont, semble-t-il, pas de meilleure
réponse à la question politique posée
par les Italiens. Sept ans plus tard… ■
A
course. À ses yeux, comme à ceux du
chef de l’État, la candidature du numéro
deux de la Ligue, Giorgio Georgetti, était
parfaitement acceptable. Mais Matteo
Salvini, qui avait besoin de Savona pour
nourrir ses thèses souverainistes et antieuropéennes, n’en a pas voulu.
Di Maio devra maintenant se confronter en campagne électorale à Matteo Salvini, tribun virulent, habile à dresser des
barricades. Les constitutionnalistes estiment que « le président a scrupuleusement respecté ses prérogatives » : « On
court actuellement le risque d’un dérapage
vers une conception jacobine de la souveraineté populaire qui pourrait porter à une
véritable crise de système », relève l’un
7
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 29 mai 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Victoire de la droite dure colombienne
Ivan Duque, soutenu
par l’ancien
président Alvaro
Uribe, est largement
en tête du premier
tour de la
présidentielle.
PATRICK BÈLE pbele@lefigaro.fr
AMÉRIQUE LATINE Près de 40 % des
Colombiens ont voté pour Ivan Duque,
le candidat du parti d’Alvaro Uribe, le
Centre démocratique lors de la présidentielle du dimanche 27 mai. C’est un
succès pour cet avocat de 41 ans qui se
montre très réservé sur les accords de
paix avec les Farc comme son mentor
Alvaro Uribe. Il a voulu se présenter
comme un « uribiste apaisé » et se définit comme un centriste qui rejette les
extrêmes qui « veulent manger la viande de la vache et boire son lait ». Un second tour sera organisé le 17 juin pour
départager Ivan Duque de Gustavo
Petro.
Gustavo Petro obtient 25,08 % des
voix, talonné par Sergio Fajardo avec
23,73 %. Si ce dernier ne peut être classé à gauche, il est soutenu par le Polo
democratico de Jorge Robledo, ancré à
gauche. Ils ont tous les deux de farouches défenseurs des accords de paix.
Gustavo Petro se revendique du camp
« progressiste » et a promis une réforme du système économique avec un
changement radical de la politique fiscale. Ses détracteurs le qualifient de
chaviste, cette référence étant susceptible d’effrayer les Colombiens témoins
effarés de la grave crise que subissent
leurs voisins vénézuéliens.
Gustavo Petro est un ancien guérillero du M19, qui a déposé les armes en
1992. Il a ensuite été plusieurs fois élu
sénateur puis maire de Bogotá, un
mandat pendant lequel il a été très
contesté. Sergio Fajardo a, lui, été gouverneur de la province d’Antioquia
puis maire de Medellin. Au cours de son
mandat, la ville a été profondément
transformée, et modernisée, mais les
résultats n’ont pas tous été durables.
Ivan Duque célèbre sa victoire au milieu des sympathisants du parti d’Alvaro Uribe, dimanche à Bogota. FERNANDO VERGARA/AP
German Vargas Lleras obtient, lui,
7,28 % des voix. Il paie ses hésitations :
opposé aux accords de paix, il est resté
le vice-président de Juan Manuel
Santos qui a obtenu le prix Nobel de la
paix pour avoir réussi à signer avec les
Farc la fin d’un conflit de 50 ans. Humberto de la Calle ne recueille que 2,06 %
des voix. Son rôle de chef de la délégation du gouvernement lors des discussions de La Havane avec la guérilla ne
l’a pas fait sortir de l’ombre. Enfin
Jorge Antonio Trujillo doit lui se
contenter de 0,39 %.
Opposé aux accords
de paix avec Les Farc
Le parti d’Ivan Duque est farouchement opposé aux accords de paix signés avec les Farc et, si le candidat à la
présidentielle a tenté de montrer une
position plus modérée qu’Alvaro Uribe
sur le sujet, sa volonté de revoir une
partie des accords pourrait fragiliser
leur équilibre général. Contestant la
« justice transitionnelle » du tribunal
spécial pour la paix, il estimait dans les
colonnes du Figaro en décembre dernier que « la justice spéciale est une
source d’impunité. C’est une insulte
39,14 %
Le nombre de voix,
en pourcentage, recueillies
par Ivan Duque lors du premier
tour des élections présidentielles
colombiennes
inacceptable aux victimes ». Il contestait également l’idée que des responsables des Farc puissent prétendre se
présenter à des élections car « les criminels contre l’humanité ne peuvent
être élus tant qu’ils n’ont pas payé pour
les dommages aux victimes, qu’ils n’ont
pas dit toute la vérité et qu’ils n’ont pas
accompli leurs condamnations ».
Nul doute que les accords de paix
avec les Farc cristalliseront les débats
pour le second tour. L’ex-guérilla accuse le gouvernement de ne pas respecter ses engagements : la protection
promise par le gouvernement n’a pas
empêché l’assassinat de 20 ex-guérilleros depuis janvier. Les trois mil-
lions d’hectares de terres qui devaient
être distribués se font toujours attendre. Du côté des détracteurs de l’accord, on relève que Jesus Santrich,
haut responsable des Farc, a été arrêté
pour avoir cherché à négocier l’exportation de plusieurs tonnes de cocaïne vers les États-Unis après la signature des accords, prouvant ainsi
les liens entre les narcotrafiquants et
la guérilla.
Le score d’Ivan Duque ne doit pas
masquer que ce résultat est le meilleur
jamais obtenu par les « forces progressistes » ou la gauche colombienne. Entre Gustavo Petro et Sergio
Fajardo, soutenu par des partis de
gauche, c’est plus de 5,4 millions de
voix que peut revendiquer la gauche.
Cela montre qu’une grande partie des
Colombiens n’hésitent plus à voter
pour la gauche débarrassée du stigmate de la lutte armée depuis les accords
de paix. « La gauche ne pouvait pas
obtenir de votes massifs, analyse Cesar
Rodriguez de l’ONG Dejusticia. Une
fois écarté ce stigmate, le champ politique s’ouvre et cela donne à la gauche
légale et pacifique une chance de briguer la présidentielle. » ■
ZOOM
Les chefs de Podemos
gardent la confiance
des adhérents malgré
une polémique
La base du parti de la gauche
« radicale » espagnole Podemos
a voté dimanche à 68 % en faveur
du maintien à sa tête de son couple
de dirigeants après la polémique
sur leur villa. Après la révélation
par la presse de l’achat
par Pablo Iglesias et Irene Montero,
numéro un et numéro deux
du troisième parti d’Espagne,
d’une villa de plus
de 600 000 euros avec piscine
dans une banlieue cossue
de Madrid, le couple avait lancé
une consultation pour savoir
si les militants les soutenaient
encore pour diriger la formation.
Près de 190 000 militants sur les
500 000 que compte la formation
ont voté. Iglesias avait considéré
que si plus de 120 000 personnes
y participaient, cette consultation
serait un succès.
EN BREF
La question de l’avortement rattrape l’Ulster
La Pologne veut sur son sol
des militaires américains
La Pologne a proposé aux
États-Unis d’avoir une présence
militaire permanente sur
son territoire, et le gouvernement
de Varsovie pourrait débloquer
jusqu’à 2 milliards de dollars
pour ce projet.
Après la victoire du « oui » à la légalisation en République d’Irlande, Londres
est sous pression pour légiférer en Irlande du Nord. Un casse-tête politique.
CORRESPONDANT À LONDRES
ROYAUME-UNI L’onde de choc du référendum par lequel le peuple irlandais
s’est prononcé à 66 % vendredi pour
légaliser l’avortement secoue la province britannique voisine d’Irlande du
Nord. Coincée entre le changement en
marche en République d’Irlande et la
situation en Grande-Bretagne, l’Ulster
se retrouve isolée avec l’une des législations les plus dures sur la question
dans le monde occidental. La province
n’a en effet jamais adopté la loi britannique sur la légalisation de 1967. Une
loi de 1860 toujours en vigueur punit
l’avortement de prison à vie, même en
cas de viol, d’inceste ou de malformation du fœtus. De très rares exceptions
(16 en 2015) sont tolérées en cas de
danger extrême pour la vie de la mère.
Plus de 700 femmes par an se rendent
en Grande-Bretagne, où une loi a été
adoptée l’an dernier pour leur permettre d’avorter gratuitement.
Une situation jugée intolérable par
de nombreux politiciens britanniques.
Sous pression pour intervenir, la première ministre Theresa May se retrouve face à un inextricable casse-tête
politique. Déjà empêtrée sur le Brexit
par la question de la frontière entre
l’Irlande et l’Ulster, le référendum irlandais menace à nouveau la stabilité
de son gouvernement. Sa ministre des
Femmes et de l’Égalité, Penny Mor-
“
Une loi de 1860
toujours en vigueur punit
l’avortement de prison
à vie, même en cas
de viol, d’inceste ou de
malformation du fœtus
”
daunt, pousse pour un vote à la Chambre des communes sur la légalisation
de l’avortement en Irlande du Nord.
Elle a salué le plébiscite de vendredi
comme « un grand jour pour l’Irlande et
un espoir pour l’Irlande du Nord ». Celui-ci « ne doit pas être déçu », a-t-elle
ajouté. La ministre conservatrice a le
soutien de ses quatre prédécesseurs,
Les informés de franceinfo
A
Une émission de Jean-Mathieu Pernin,
du lundi au vendredi de 20h à 21h
chaque mardi avec
de plusieurs collègues du gouvernement et d’au moins 160 députés signataires d’une lettre de soutien au dépôt
d’un amendement sur l’avortement à
un projet de loi en discussion sur les
violences domestiques. Les chefs des
partis d’opposition travailliste et libéral-démocrate appellent également de
leurs vœux une telle réforme.
Le hic, c’est qu’un vote à Westminster risquerait d’être anticonstitutionnel. L’avortement relève en effet des
prérogatives décentralisées du pouvoir
régional à Belfast. Or l’assemblée et le
gouvernement locaux ne siègent plus
depuis un an et demi, faute d’entente
entre les frères ennemis du Sinn Féin,
républicain, et du Democratic Unionist Party (DUP), loyaliste. La clé est
entre les mains de ce dernier, premier
parti d’Irlande du Nord. Ancré sur des
convictions chrétiennes intégristes, il
reste fermement opposé à toute évolution sur l’avortement, à la différence
des catholiques du Sinn Féin ou des
protestants loyalistes modérés du
Social Democratic and Labour Party,
prêts à revoir la législation.
Theresa May n’a aucun intérêt à
brusquer le DUP : son gouvernement
survit grâce au soutien de ses dix députés au Parlement de Westminster,
qui forment un appoint aux conservateurs privés de majorité depuis les
élections anticipées d’il y a un an.
Downing Street écarte donc l’idée de
légiférer, refusant de se substituer
aux compétences de Belfast. Arlene
Foster, chef du DUP dénonce à
l’avance toute tentative de contourner le rôle dévolu au pouvoir en Irlande du Nord.
Merkel rencontre des
dissidents chinois à Pékin
TOBY MELVILLE/REUTERS
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
Déjà empêtrée sur le Brexit
par la question de la frontière entre
l’Irlande et l’Ulster, Theresa May voit
la stabilité de son gouvernement menacée
par le référendum irlandais.
Pour tenter de contourner l’obstacle, d’aucuns appellent à l’organisation d’un référendum local, difficile
toutefois à envisager en l’absence
d’administration. Selon de récents
sondages, une majorité des Nord-Irlandais soutiendraient la légalisation
de l’avortement, plus encore en cas de
viol, de risque pour la santé de la mère
ou de malformation fœtale. Une voie
légale est également explorée : un recours doit être examiné cette année
par la Cour suprême britannique sur la
compatibilité de la situation nord-irlandaise avec la législation internationale sur les droits de l’homme. ■
+
» Lire aussi PAGE 15
La chancelière allemande Angela
Merkel a rencontré durant
sa récente visite en Chine à Pékin
les épouses de deux avocats
en détention, une initiative rare
pour un dirigeant occidental.
L’UE impose des sanctions
contre le Venezuela
L’Union européenne a décidé
lundi d’imposer de nouvelles
sanctions « restrictives, ciblées
et réversibles » contre le régime
au pouvoir au Venezuela afin
de sanctionner les nombreuses
irrégularités constatées lors
de l’élection présidentielle
remportée par Nicolas Maduro.
Abbas a quitté l’hôpital
Le président palestinien Mahmoud
Abbas a quitté lundi l’hôpital
de Ramallah en Cisjordanie
occupée après huit jours
d’une hospitalisation qui a ranimé
les spéculations sur son avenir
et sa succession.
Pays-Bas : un citoyen intersexué reconnu comme tel
Un citoyen néerlandais né
intersexué a obtenu lundi le droit
de ne pas avoir à s’inscrire comme
un homme ou une femme sur son
acte de naissance, la justice faisant
un pas inédit vers la reconnaissance
d’un « troisième sexe ».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 29 mai 2018
POLITIQUE
9
Macron glorifie les héros du quotidien
Le président, qui a décidé de régulariser et de naturaliser Mamoudou Gassama, le jeune Malien sans papiers
qui a sauvé un enfant, veut l’ériger, comme le colonel Arnaud Beltrame, en modèle républicain pour les jeunes.
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
EXÉCUTIF L’Élysée ou la fabrique des
héros. Lundi matin, Emmanuel Macron
a aménagé son agenda pour recevoir
Mamoudou Gassama, un jeune Malien
sans papiers qui, samedi, avait sauvé un
enfant suspendu à un balcon.
Un geste héroïque et salué comme tel
par le président de la République qui a
immédiatement proposé au jeune homme de le régulariser, d’entrer dans la
procédure de naturalisation française et
d’intégrer la brigade des sapeurs-pompiers de Paris dans le cadre d’un service
civique. « C’est un acte exceptionnel, un
acte d’héroïsme. J’ai souhaité qu’on
puisse prendre une décision exceptionnelle pour vous », a expliqué Emmanuel
Macron lors de son entretien avec Mamoudou Gassama.
Une décision qui s’inscrit dans le
droit-fil de sa volonté de glorifier les
héros du quotidien. La semaine dernière encore, à l’occasion de son discours
sur les banlieues, le chef de l’État rappelait encore sa volonté de « créer des
héros républicains » pour donner des
modèles aux jeunes. Un axe de sa politique qu’il évoquait déjà à la rentrée de
septembre dans un long entretien accordé au magazine Le Point. « Nous devons redevenir un pays fier. Il faut expliquer qu’il y a des héros en France, des
génies et des gens qui s’engagent au quotidien. Et, au-delà, que chacun peut
trouver une juste place dans notre société », expliquait alors le chef de l’État.
Forcément, le geste de Mamoudou Gassama lui a été rapporté très vite dimanche soir.
Alerté par les réseaux sociaux, l’Élysée s’est tenu informé de près des circonstances de ce fait divers hors norme.
Le profil du jeune a été passé au crible
par le ministère de l’Intérieur, histoire
d’éviter de recevoir à l’Élysée, et sous le
coup de l’émotion, une personnalité à
risque. Ce n’est qu’une fois l’enquête
réalisée que le chef de l’État a annoncé
vouloir recevoir le jeune homme en tête
à tête lundi matin.
“
Des millions de gens
vous ont vu, beaucoup
de jeunes vous ont regardé
et donc il faut être
un exemple
EMMANUEL MACRON
”
« Vous avez maintenant une responsabilité, lui a expliqué Emmanuel Macron lors de leur entretien. Vous êtes
devenu un exemple. Des millions de gens
vous ont vu, beaucoup de jeunes vous ont
regardé et donc il faut être un exemple. »
C’est désormais le poids du symbole qui
pèse sur les épaules de Mamoudou Gassama, pas le plus simple à porter.
Le dernier héros, et salué comme tel
par Emmanuel Macron, était Arnaud
Beltrame, le gendarme qui a sacrifié sa
vie pour sauver des otages lors de l’attentat terroriste de Trèbes en mars dernier. Le nom de « l’héroïsme français »
selon le président de la République,
« porteur de cet esprit de résistance qui
est l’affirmation suprême de ce que nous
sommes, de ce pour quoi la France toujours s’est battue […] : son indépendance,
sa liberté, son esprit de tolérance et de
paix contre toutes les hégémonies, tous
les fanatismes, tous les totalitarismes ».
Des héros comme modèle donc pour façonner la France de demain.
« Le président de la République veut
pousser les gens à saluer et à reconnaître
les actes héroïques, explique-t-on dans
l’entourage du chef de l’État. Il veut inverser cette tendance des Français à se
taper dessus en disant qu’ils sont nuls. »
Mamoudou Gassama n’est pas encore
français mais son geste a déjà valeur
d’exemple, notamment pour la simplicité confondante avec laquelle le jeune
homme explique et raconte son acte.
« Je n’ai rien pensé, j’ai pensé à le sauver
et Dieu merci, je l’ai sauvé », a raconté le
jeune homme après avoir escaladé quatre étages et récupéré l’enfant.
Ce n’est pas la première fois que la
République honore l’un de ces héros du
quotidien et sans-papiers. Avant Mamoudou Gassama, Lassana Bathily avait
lui aussi été naturalisé par François Hollande. Lors de l’attentat terroriste de
l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes en 2015, ce jeune Malien avait sauvé
six personnes dont un bébé en les aidant
à se cacher dans une chambre froide.
À la différence de son prédécesseur,
Emmanuel Macron a décidé de faire de
cet acte un outil de communication politique. « Nous sommes un pays de
conquête. Il ne faut plus céder un pouce à
tous les esprits chagrins. Je crois au
contraire en la reconstruction d’un héroïsme politique, d’une vraie ambition,
pour atteindre y compris ce qui est décrit
comme impossible », expliquait-il en
septembre 2017. ■
« Une naturalisation, c’est toujours
un cadeau. » Patrick Berdugo, avocat
spécialisé dans le droit des étrangers,
rappelle ainsi que « techniquement,
il s’agit toujours d’une décision plus
ou moins discrétionnaire faisant l’objet
d’un décret en Conseil des ministres sur
demande du ministère de l’Intérieur ».
Les critères sont plus ou moins
objectifs : cela peut-être, en effet, en
réponse à des actes particuliers, mais
aussi parce que la personne a contribué
au rayonnement de la France
ou encore parce qu’elle aura illustré
les valeurs républicaines. « Artistes
ou sportifs en bénéficient. Peut-être
moins en France que dans d’autres
pays. C’est souvent un acte politique
et une façon pour l’exécutif de faire
preuve d’humanisme », rappelle
Patrick Berdugo. Et d’affirmer
que pour ceux qui font des demandes
de naturalisation en bonne
et due forme, et qui sont déboutés,
leur recours ne pourra porter que sur
le mauvais examen par l’administration
mais pas sur la décision elle-même.
Quoi qu’il en soit, Mamoudou Gassama
sera d’abord pris en charge par
la préfecture pour être régularisé,
avant d’obtenir sa naturalisation.
P. G.
Lundi, à l’Élysée,
Mamoudou Gassama
a raconté les circonstances
de son acte de bravoure
à Emmanuel Macron.
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
« C’EST la première fois que je
gagne un trophée comme ça »,
s’émerveille-t-il. Mamoudou
Gassama, le jeune Malien qui a
sauvé un enfant samedi à Paris, a
vu ses papiers régularisés dès
lundi, avant d’être naturalisé et
d’intégrer le service civique des
sapeurs-pompiers. Invité à
l’Élysée, « Spiderman », comme
il est désormais surnommé pour
avoir escaladé en quelques secondes, à mains nues, quatre
étages d’un immeuble du
XVIIIe arrondissement, a également reçu une médaille. Elle
était accompagnée d’un diplôme
pour « acte de courage et de dévouement », signé par le préfet
de police de Paris, qui récompense « toute personne qui, au
péril de sa vie, se porte au secours
d’une ou plusieurs personnes en
danger de mort ».
En jean et chemise blanche à
manches courtes, visiblement
ému, Mamoudou Gassama,
22 ans, a parlé quelques minutes
avec Emmanuel Macron devant
les caméras, avant que l’entretien
ne se poursuive en tête-à-tête.
« Bravo ! lui a lancé le président.
Vous êtes devenu un exemple. »
Après l’Élysée, c’est à la mairie de Montreuil que le jeune
Malien a été reçu. « Je proposerai
au prochain conseil municipal de
le faire citoyen d’honneur de la
ville de Montreuil », a promis Patrice Bessac, le maire communiste de cette ville de SeineSaint-Denis, parfois surnommée
« le petit Bamako » pour sa forte
population malienne. C’est là
que, depuis son arrivée clandestine en France en septembre
dernier, Mamoudou a rejoint ses
frères, dans le foyer pour travailleurs migrants de la rue Rochebrune. « Ils sont huit : trois
frères et des cousins dans la même
chambre, raconte Hamidou,
51 ans, un représentant des
membres du foyer. Il y a deux lits
superposés et plusieurs matelas
dans 11 m². »
Des petits boulots
Le héros revient de loin. « Au
Mali je n’avais pas de moyens, pas
de personnes qui m’aident. Mon
père n’était pas là », a-t-il expliqué à Emmanuel Macron, en lui
rappelant que « beaucoup de
monde part pour aller chercher
ailleurs ». Mamoudou avait quitté
son village de Yaguiné il y a cinq
ans. « Il vient plus précisément de
la région de Kayes, au sud-ouest
du Mali, comme moi, indique Hamidou. C’est son frère qui l’a fait
venir. Il est passé par le Burkina
Faso, le Niger et la Libye. » Dans
ce dernier pays, où, pendant plus
d’un an, Mamoudou survit en
travaillant avec des amis, a-t-il
précisé à Emmanuel Macron, il a
« beaucoup souffert » : « On nous
a attrapés, frappés, mais je ne me
suis pas découragé », a-t-il commenté.
Il traverse ensuite la Méditerranée en bateau pour rejoindre
l’Italie. En mars 2014, après avoir
été intercepté en mer par la police, poursuit le voisin de chambrée de Mamoudou, « il a eu un
bout de papier italien pour dire
qu’il était réfugié, et sa famille lui a
envoyé de l’argent pour qu’il puisse venir en train à Paris ». Au président, le jeune Malien a indiqué
que, ne connaissant « personne
en Italie », il a voulu rejoindre son
frère, installé en France « depuis
vingt ou trente ans ».
Depuis son arrivée en France,
Mamoudou travaille de temps en
temps « au noir dans le bâtiment ». « Là, il est ouvrier sur un
chantier à Montreuil, témoigne
un colocataire. Comme on a un
peu la même tête, on se prête les
papiers, et on peut travailler chacun son tour ». « Quand Mamoudou aura fini toutes ses rencontres, on va lui faire une grande
fête car on est tous fiers !, conclut
ce compatriote. En attendant,
comme il a trouvé un logement et
qu’il vient de partir avec toutes
ses affaires, dès ce soir, c’est un
autre Malien qui va pouvoir occuper son matelas. » ■
« Son geste permet
d’envoyer un signal fort »
PROPOS RECUEILLIS PAR
AGNÈS LECLAIR £@AgnesLeclair
LE LIEUTENANT-colonel Gabriel Plus est
porte-parole de la brigade des sapeurspompiers de Paris.
Chaque
« citoyen,
avec ses
forces et ses
faiblesses,
peut être
un acteur
du secours
LE LIEUTENANTCOLONEL
GABRIEL PLUS
»
LE FIGARO.- La devise des sapeurspompiers de Paris est « Sauver ou périr ».
Elle caractérise aussi l’acte de courage
de Mamoudou Gassama…
Gabriel PLUS.- Tout à fait. Il partage déjà
les valeurs nécessaires pour rejoindre les
pompiers. Son geste était mesuré, habile, efficient, altruiste. Il a mis sa vie en
péril pour sauver celle d’un plus jeune et
non par volonté de réaliser un exploit
personnel.
Emmanuel Macron lui a proposé
d’intégrer le service civique
chez les sapeurs-pompiers de Paris.
Quel va être son parcours ?
C’est un engagement de dix mois, non renouvelable, avec des gardes de 24 heures
par semaine. Il permet aux jeunes de découvrir progressivement notre métier et
nos valeurs. Durant cette période, ils
prennent un poste à part entière d’équipier dans un véhicule de secours et d’assistance aux personnes. Si Mamoudou
Gassama nous rejoint, il devra auparavant
suivre comme les autres volontaires une
formation de secourisme de quinze jours
pour devenir un vrai soldat de la vie. Tous
les jeunes de 18 à 25 ans, de nationalité
française et médicalement aptes peuvent
faire acte de candidature. Ils sont ensuite
sélectionnés sur des critères de conditions
physiques et de motivation. Nous avons
actuellement 300 volontaires. Beaucoup
sont étudiants et passent par cette étape
avant de décider d’en faire leur métier.
Son geste héroïque sonne comme
un rappel aux valeurs de solidarité.
Faut-il s’en servir pour faire passer
un message aux Français ?
Son geste permet d’envoyer un signal
fort. Nous voulons faire passer le message
que chaque citoyen, avec ses forces et ses
faiblesses, peut être acteur du secours.
Sans forcément réaliser un exploit physique, tout le monde peut apprendre les
gestes qui sauvent : faire un massage cardiaque, poser un garrot, mettre un blessé
en position de sécurité… C’est un message
qui est parfois un peu oublié et qui doit
encore être répété car il peut sauver des
vies. 50 000 personnes meurent tous les
ans en France d’un arrêt cardiaque. Dans
les pays nordiques, 80 % des citoyens
connaissent les bons gestes, contre à peine 30 % en France.
Les pompiers ne jugent-ils pas parfois
ces actes de bravoure spontanés
trop risqués ?
L’acte de Mamoudou Gassama relève
d’une situation extraordinaire. Il avait la
condition physique pour le faire mais tout
le monde ne peut pas prendre ces risques.
Il ne faut pas oublier que nous nous entraînons chaque jour, que nous sommes
formés à intervenir en équipe, à effectuer
les bons gestes… On ne s’improvise pas
pompier de Paris. ■
A
Mamoudou, des enfers de
la clandestinité aux ors de l’Élysée
THIBAULT CAMUS/AFP
La naturalisation,
toujours un cadeau
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 29 mai 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
De glaçantes images du braquage au procès du bijoutier
Stéphane Turk comparaît depuis lundi devant les assises des Alpes-Maritimes pour le meurtre de son agresseur, en 2013.
VINCENT-XAVIER MORVAN
£@vincentxaviermo
NICE
JUSTICE Salle comble lundi à Nice pour
l’ouverture, devant la cour d’assises des
Alpes-Maritimes, du procès de Stéphane
Turk, 72 ans, le bijoutier niçois qui avait
abattu en 2013 l’un des braqueurs venus
dévaliser sa boutique. L’affaire avait fait
grand bruit à l’époque, une partie de
l’opinion, au travers des réseaux sociaux, prenant fait et cause pour le commerçant.
La thèse de la légitime défense, invoquée par l’accusé, pourra-t-elle tenir à
l’examen des faits ? C’est l’enjeu des dé-
bats qui doivent se dérouler toute la semaine et qui ont été marqués lundi par
un premier tournant, en fin d’après-midi, quand la cour a visionné les images du
braquage issues de la caméra de vidéosurveillance de la bijouterie elle-même.
Extrêmement déterminés
Ces quelques minutes d’enregistrement
n’ont pas manqué d’impressionner les
jurés de la cour d’assises, cinq hommes
et une femme tirés au sort le matin
même. La bande-vidéo dure très précisément deux minutes et quarante-trois
secondes et elle fait froid dans le dos.
Elle montre les deux braqueurs, extrêmement déterminés, cagoule et casque
intégral sur la tête, se ruer sur leur victi-
Notre-Dame-desLandes, le choix
d’une évacuation
« perlée »
me en la frappant pour l’obliger, sous la
menace d’un fusil à pompe, à vider le
contenu de son coffre, 2 kilos de bijoux
en or et 12 000 euros, dans un sac de
sport. Puis les malfaiteurs sortent de la
boutique une fois leur forfait accompli.
Stéphane Turk, arme dissimulée dans le
dos, s’approche alors jusqu’au pas de sa
porte. Il s’agenouille en observant pendant trois secondes ses agresseurs se
préparer à fuir sur leur scooter puis, au
moment où l’engin démarre, fait feu à
trois reprises et à bout portant sur le
deux-roues. Il ne s’écoule pas plus de
sept secondes entre la fin du braquage et
le moment où le bijoutier, qui s’est emparé de son pistolet semi-automatique
7.65 et l’a chargé, s’agenouille à sa por-
te, dissimulé par le rideau de fer encore
à moitié baissé.
Le matin, l’accusé avait raconté la
peur de mourir qui s’était emparé de lui
au moment du hold-up puis, de nouveau, quand il s’était posté à l’entrée de
sa boutique, arme au poing, lors la fuite
des malfrats. Selon lui, il fait feu une première fois dans le bas du scooter « pour
récupérer » ses affaires, puis tire à deux
reprises parce que le passager du scooter
se retourne avec son fusil. Le président
lui fait remarquer qu’en décrivant son
agresseur, l’accusé ne mime pas le geste
de quelqu’un qui le menacerait avec une
arme, mais plutôt celui d’une personne
qui la tiendrait contre lui. « J’ai eu peur
de mourir, j’ai tiré instinctivement », se
contente de répéter le bijoutier, qui peine aussi à fournir des explications sur sa
pratique du maniement des armes.
« Oui, au Liban, j’ai déjà utilisé une arme,
mais jamais en France », finit par admettre le commerçant originaire de Beyrouth venu s’installer à Nice en 1983.
Les témoins visuels attendus mardi
devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes devraient permettre d’étayer, ou
non, la thèse de la légitime défense
avancée par la défense de Stéphane
Turk. Une version que les parties civiles,
les proches d’Anthony Asli, le jeune braqueur de 19 ans tué pendant le hold-up,
contestent vivement. Le verdict est attendu vendredi. Stéphane Turk encourt
30 ans de réclusion criminelle. ■
ve, le temps de poursuivre les négociations engagées avec les zadistes. En parallèle des expulsions musclées, la
préfète, Nicole Klein, est, en effet, parvenue à maintenir le lien avec ces derniers. Elle compte désormais faire
aboutir les projets agricoles de 29 d’entre eux qui ont fait le choix de la légali-
té. Or, si des avancées réelles ont été
faites, il y a encore du chemin à parcourir pour que ces occupants sans titre, devenus non expulsables, deviennent des agriculteurs.
Des gendarmes sécurisent
les travaux de déblaiement
d’un cabanon, le 22 mai
à Notre-Dame-des-Landes.
SALOM GOMIS/SIPA
Alors que de nombreux occupants illégaux
sont toujours sur place, l’État privilégie,
pour l’heure, une trêve.
ANGÉLIQUE NÉGRONI anegroni@lefigaro.fr
SÉCURITÉ Plus d’une semaine après la
deuxième phase d’expulsion de la ZAD
de Notre-Dame-des-Landes (LoireAtlantique), les pelleteuses viennent
d’achever leurs travaux de déblaiement dans un calme très relatif. La
tension, qui s’est ravivée mardi dernier après qu’une grenade des forces
de l’ordre a arraché la main d’un jeune militant de 21 ans lors de nouveaux
affrontements, semble être retombée.
En témoigne le dispositif permanent
de maintien de l’ordre, qui a été revu à
la baisse : au lieu d’une dizaine d’escadrons de gendarmes, six, en ce début de cette semaine, sont mobilisés
sur place.
Pour autant, la situation est loin
d’être réglée. Même si l’État a respecté
ses objectifs en détruisant, depuis avril,
39 des 97 squats recensés, tous les occupants illégaux sont loin d’avoir été
expulsés. Certains de ceux qui ont vu
leur habitation rasée sont revenus ou
n’ont d’ailleurs jamais quitté les lieux,
aussitôt hébergés dans d’autres logements de fortune.
Dans ce contexte, le gouvernement
ne semble pas exclure de nouvelles actions sur la ZAD. De nouvelles expul-
sions d’opposants à l’ancien projet
d’aéroport pourraient avoir lieu «tant
que l’État de droit ne sera pas totalement
rétabli», confirme-t-on au ministère
de l’Intérieur. Une déclaration qui
conforte celle faite quelques jours plus
tôt par la préfecture de Loire-Atlantique : « Les opérations à Notre-Dame-
des-Landes ne seront terminées que le
jour où l’État de droit sera totalement
respecté, c’est-à-dire lorsque la libre
circulation sera rétablie et que l’ensemble des terres et des bâtiments sera occupé de manière légale. »
Malgré ces prises de position, l’État
semble, pour l’heure, vouloir une trê-
Usée, une riveraine écrit à Brigitte Macron
DE GUERRE lasse, après
23 plaintes, autant de vols avec
effraction et de squats, cette
propriétaire d’une ferme en lisière de la ZAD a décidé le 22 mai
de prendre sa plume et d’écrire à
Brigitte Macron. « C’est avec une
grande lassitude et un grand désespoir que je tiens à vous informer sur notre situation », commence-t-elle. En quelques
lignes, cette femme retraitée
évoque ce corps de ferme qui de
« havre de paix » est devenu en
2010 avec la venue des zadistes
son « pire cauchemar ». Et ce
dernier continue. Cette maison
qu’elle devait habiter pour couler des jours tranquilles avec son
mari a encore été visitée la semaine dernière. Une intrusion,
vécue comme une violente
agression avec au passage le vol
d’un vélo et d’une friteuse.
La loi des zadistes
Le couple s’est alors résigné à
visser portes et fenêtres. Obligée
de se plier à la loi des zadistes,
cette retraitée écrit : « Depuis un
mois, nous devons passer à travers champs pour aller chez nous
car la seule route pour mener à
notre maison traverse la ZAD. »
Cette femme au caractère pourtant bien trempé le dit, elle a
peur. « Est-il normal de trembler
sans savoir ce qui nous attend ? »
« Tout s’effondre », poursuitelle : « Nous voulions transmettre
à nos cinq enfants le fruit de notre
travail mais […] la maison ne vaut
plus rien après toutes les dégradations qu’elle a subies, et les assurances nous disent qu’elles ne
prennent pas en charge le vandalisme, car nous sommes dans une
zone à risque. » Cette habitante
glisse à la première dame qu’elle
a déjà écrit au président de la République, sans réponse. « Je suis
épuisée et ne sais plus quoi faire. » La semaine dernière, elle a
déposé une plainte. Une de plus.
« Je ne vois pas la fin de cette histoire. Je n’en peux plus », dit-elle
hors courrier. ■
A. N.
maison
« neLa vaut
plus
rien après
toutes les
dégradations
qu’elle
a subies
»
UNE PROPRIÉTAIRE
EN LISIÈRE DE LA ZAD
Éviter les reconstructions
Douze projets posent notamment problème car les terres occupées par les
zadistes veulent être récupérées par
d’anciens exploitants qui, croyant à la
réalisation de l’aéroport, avaient quitté
les lieux. Malgré les obstacles à lever, la
préfète compte respecter le calendrier
qu’elle s’est fixé. « L’ensemble des projets devra faire l’objet en tout état de
cause, à compter de l’automne 2018,
d’une procédure d’installation agricole
qui sera instruite dans le respect des règles », a-t-elle fait savoir dans un
communiqué en précisant que les
autres dossiers non agricoles « seront
examinés en associant les élus locaux et
les services compétents ».
En parallèle de ces discussions, les
forces de l’ordre veillent toutefois à ce
que la ZAD ne renaisse pas de ses cendres. Pour l’instant, aucune nouvelle
habitation et aucune reconstruction de
squat détruit n’ont été signalées. Mais
avec les beaux jours, les lieux pourraient attirer de nouveaux candidats à
l’aventure zadiste… ■
Procédure disciplinaire à la fac de droit de Montpellier
L’inspection générale conclut à la « responsabilité entière » de l’ex-doyen Philippe Pétel et du professeur de droit Jean-Luc Coronel.
CAROLINE BEYER £@BeyerCaroline
UNIVERSITE Philippe Pétel, le doyen
démissionnaire de la faculté de droit de
Montpellier, a bel et bien joué un rôle
actif dans les violences perpétrées la
nuit du 22 au 23 mars, dans un amphithéâtre de la faculté, par un commando
Hélène Roussel
le 5/7
A
avec tous les mercredis
Marcelo Wesfreid
du quotidien
d’individus encagoulés. C’est ce qu’établit le rapport de la mission d’inspection
diligentée par la ministre de l’Enseignement supérieur, et publié le 28 mai.
Dans la foulée, le président de l’université de Montpellier a annoncé qu’une
procédure disciplinaire serait lancée à
l’encontre des deux personnes mises en
cause, l’ex-doyen Pétel et le professeur
d’histoire du droit Jean-Luc Coronel,
connu pour ses positions réactionnaires.
Elle pourrait mener à une révocation des
deux hommes qui, depuis le 28 mars,
ont été suspendus pour trois mois, à titre
conservatoire par la présidence.
Factuel, le rapport revient dans le
détail sur cette nuit de violence montpelliéraine, qui a agi comme un catalyseur dans le mouvement étudiant de
blocage des universités contre la loi Vidal, laquelle introduit la sélection à
l’université. Dans son rapport, la mission décrit une assemblée générale or-
ganisée par « experts en déstabilisation,
très organisés, filmant et photographiant
toutes les scènes », face à « un doyen qui
n’a pas su gérer la situation ». Dans
l’amphithéâtre, s’affrontent les juristes
qui soutiennent la loi Vidal et des étudiants de l’université de lettres Paul-
“
Ils les frappent quand
ils résistent. Ils se servent
aussi de taser
”
LE RAPPORT DE LA MISSION D’INSPECTION
Valéry. Les mots « gauchistes » et
« fascistes » fusent. Puis, c’est la bousculade, « qui ressemble à une mêlée »,
selon les témoins. Le doyen fait alors
« plusieurs allers-retours entre le hall et
le parking », là où quelques instants
auparavant, le professeur Jean-Luc Coronel s’est concerté avec « une petite
dizaine de personnes ». S’ensuit alors la
scène de violence que l’on a pu voir
dans les médias et sur les réseaux sociaux. En cinq minutes, des individus
« pour la plupart encagoulés, armés de
planches de palette », font violemment
sortir les étudiants de l’amphi. « Ils les
frappent quand ils résistent. Ils se servent
aussi de Taser », explique le rapport. À
l’issue de la scène, à l’extérieur de
l’université, deux réactions se font entendre : d’un côté des applaudissements adressés au doyen, de l’autre de
cris de consternation.
«Caution de violence et mise en danger
d’autrui, instrumentalisation »… La
mission conclut à la « responsabilité entière et à la complicité avérée des deux
hommes ». De quoi apaiser le climat très
tendu depuis ces événements, au sein
de la faculté de droit ? « Le clan des vestales continuera de défendre l’ex-doyen
Pétel, quelles que soient les circonstan-
ces », ironise un enseignant-chercheur, qui décrit une communauté totalement divisée. « Professeur à la
faculté de droit depuis 1989, Philippe Pétel est un pilier, un bon encadrant de thèse et un homme très conservateur »,
poursuit ce professeur qui veut garder
l’anonymat. Il explique préférer, lui,
« raisonner en prof de droit » et attendre les résultats de l’enquête judiciaire.
Le 29 mars, l’ancien doyen et le professeur de droit Coronel ont été mis en
examen, le premier « pour complicité
d’intrusion », le second « pour complicité d’intrusion et violence en récidive ».
L’enquête qui se poursuit devra aussi
faire la lumière sur l’identité des membres du commando. Si elle « correspond
à des personnels de l’UFR (de droit,
NDLR) », le président de l’université
devra « prendre des mesures conservatoires immédiatement », indique le rapport de l’inspection. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 29 mai 2018
SOCIÉTÉ
11
entreprises. La nouvelle carte des formations devrait réduire les effectifs d’élèves
dans les filières qui insèrent mal sur le
marché de l’emploi.
En seconde, les quelque 80 filières professionnelles seront regroupées en « familles de métiers », par exemple « numérique », « métiers de la beauté et du bienêtre », « métiers de bouche », etc. Elles
seront définies d’ici à la rentrée 2019. Le
choix de la spécialité professionnelle finale ne se ferait plus qu’en classe de première, année où le lycée devra aussi
peaufiner un « chef-d’œuvre », sur le
modèle de ce qui se fait chez les Compagnons du tour de France. « La spécialisation professionnelle à un métier sera réduite
à deux ans au lieu de trois actuellement : ce
sera synonyme d’une perte avérée de savoirs et de savoir-faire pour les jeunes, critique le syndicat des professeurs de l’enseignement professionnel (SNUEP-FSU),
très opposé à cette réforme. C’est en
contradiction totale avec les annonces médiatiques du ministre, qui prétend avoir
pour objectif d’améliorer l’insertion professionnelle des jeunes. »
« Nous sommes partagés sur le sujet, car
si les élèves se retrouvent en voie professionnelle, c’est qu’ils cherchent autre chose
que l’enseignement général… », indique
Philippe Vincent, secrétaire général du
SNPDEN-Unsa, pour qui cette réforme
MARIE-ESTELLE PECH
mepech@lefigaro.fr
ÉDUCATION Après le lycée général, dont
la réforme va commencer dès septembre
prochain avec la classe de seconde, c’est
le lycée professionnel qui va être remanié
entre 2019 et 2020. « De trop nombreux
emplois ne sont pas pourvus, autour de
300 000. Ce chiffre n’est pas acceptable.
S’il y avait des formations plus insérantes
pour nos élèves, ces offres trouveraient
preneurs », a déclaré Jean-Michel Blanquer lundi, en présentant ce plan après
trois mois de concertation avec les organisations syndicales.
Cette filière, qui concerne un lycéen
sur trois, connaît des taux d’insertion insuffisants (35 % des jeunes sont au chômage sept mois après la fin de leurs études), avec des situations très contrastées
suivant les formations et les secteurs
d’activité, affirme le ministère. Pour un
sortant de niveau baccalauréat professionnel, les formations coiffure-esthétique ou hôtellerie-restauration-tourisme
offrent de bons débouchés (autour de
60 %), contre 34 % pour gestion-administration, par exemple. Jean-Michel
Blanquer a donc annoncé une refonte
complète des diplômes pour qu’ils correspondent davantage aux besoins des
Une proposition de loi pour
interdire le portable à l’école
C’EST UN TEXTE qui fait parler de lui tant
l’usage des téléphones portables chez les
jeunes déchaîne systématiquement les
passions des parents et des professeurs.
Les députés LaREM, dont leur chef de file
Richard Ferrand, ont déposé une proposition de loi « relative à l’interdiction de
l’usage du téléphone portable dans les écoles et les collèges » qui sera examinée ce
mardi 29 mai par la commission des affaires culturelles et de l’éducation. Suivra
une discussion en séance publique le
7 juin pour une application dès septembre 2018. Cette question concerne toutes
les familles puisque 93 % des 12-17 ans
étaient équipés d’un portable en 2016, selon le baromètre du numérique.
Emmanuel Macron avait promis l’interdiction de l’usage des portables « dans
l’enceinte des écoles primaires et des collèges ». Toutefois, on ne peut pas « parler
d’un big bang », selon Philippe Vincent, le
nouveau secrétaire général du SNPDEN,
principal syndicat des chefs d’établissement, qui évoque un texte surtout « symbolique ». La plupart des professeurs interdisent déjà l’usage du téléphone pendant
les heures de cours, sauf autorisation particulière. Et demandent à leurs élèves de
« ne constitue néanmoins pas un tremblement de terre ». Sur un plan plus pédagogique, la co-intervention entre un enseignant de matière générale et un
enseignant de matière professionnelle est
introduite en français et en mathématiques. Une nouveauté plutôt appréciée par
le syndicat des chefs d’établissements,
mais critiquée par celui des professeurs
qui y voit l’occasion de diminuer les horaires des lycéens. Lesquels vont passer
“
La spécialisation
à un métier sera réduite
à deux ans au lieu de trois :
ce sera synonyme d’une
perte avérée de savoirs
et de savoir-faire
pour les jeunes
LE SNUEP-FSU
”
de 33 heures à 30 heures hebdomadaires.
Le ministre souhaite également la mise
en place de campus dotés d’internats, regroupant des lycées professionnels, des
incubateurs d’entreprises, des centres de
formation d’apprentis ou encore des établissements d’enseignement supérieur.
L’objectif est de faire émerger trois campus de ce type par région d’ici à 2022. En-
CHANTAL BEAUVOIS
EN BREF
Vidéosurveillance dans
les abattoirs : l’Assemblée
vote une expérimentation
L’Assemblée nationale a voté le
principe d’une expérimentation
de la vidéosurveillance dans des
abattoirs volontaires. Des caméras
devraient être installées pour
deux ans aux postes de saignée
et de mise à mort, avec l’accord
des représentants du personnel.
Ces vidéos seront consultables en
interne à des fins d’autocontrôle,
ainsi que par les services
vétérinaires.
Le corps d’un bébé
découvert en Gironde
C’est probablement un cas de déni
de grossesse. À Saint-Seurinsur-l’Isle (Gironde), un homme
a découvert dans sa maison,
dissimulé dans un sac à dos, le
corps d’un nourrisson qui serait
né il y a plusieurs semaines.
L’enfant serait celui de la sœur
de sa femme, qu’il hébergeait. Son
état étant incompatible avec une
garde à vue, elle a été hospitalisée.
FRANCK BAILLE
VENTES AUX ENCHÈRES
DE JUILLET À MONACO
Liste des lieux autorisés
La loi « contraindra l’ensemble des collèges
à se positionner là-dessus et servira de
point d’appui pour réduire » les perturbations causées par les portables. La proposition de loi envisage de modifier l’article
L. 511-5 du code de l’éducation. Cet article
datant de 2010 prévoit déjà que « dans les
écoles maternelles, les écoles élémentaires
et les collèges, l’utilisation durant toute activité d’enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur, par un élève,
d’un téléphone mobile est interdite ».
Dans les faits, le nouveau texte ne changera donc pas grand-chose. Il devrait cette fois préciser « qu’à l’exception des lieux
où, dans les conditions qu’il précise, le règlement intérieur l’autorise expressément,
l’utilisation d’un téléphone mobile par un
élève est interdite dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges ».
Les règlements intérieurs seront plus simples à rédiger pour les établissements scolaires. Au lieu d’énumérer tous les lieux où
le téléphone est interdit (classes, préau,
cantine, couloirs, etc.), le règlement intérieur de l’établissement précisera les lieux
où le portable est autorisé. Une liste forcément plus courte… Et variable, donc, selon
les établissements, certains choisissant
d’autoriser le portable pendant la récréation, d’autres non. Ce sera à chaque établissement de fixer ses limites, comme
c’est déjà le cas actuellement. Le plus dur
reste de faire respecter cette règle, surtout
au collège… Malgré les textes existants, 30
à 40 % des sanctions scolaires sont liées à
l’usage du portable pendant les cours :
sons lors de notifications, élève tapant des
SMS ou consultant des sites… Quant au
harcèlement via les réseaux sociaux, à
l’aide des smartphones, il ne sera pas résolu par l’interdiction du portable à l’école, puisqu’il s’effectue aussi en dehors de la
journée de classe… ■
M.-E. P.
fin, la classe de terminale proposera deux
modules : un pour les élèves visant l’insertion professionnelle après le bac,
l’autre pour ceux qui souhaitent poursuivre en études supérieures. La rentrée
2018 verra ainsi l’ouverture de 2 000 places en « classes passerelles », sas entre la
terminale et le BTS, afin de mieux préparer les jeunes aux études supérieures.
Jean-Michel Blanquer veut par ailleurs
que tous les lycées comptent une unité de
formation par apprentissage, afin de
« dépasser l’opposition entre apprentissage et enseignement professionnel scolaire ». Le syndicat SE-Unsa, plutôt favorable à la réforme, appelle toutefois à
« surveiller de très près » le développement de l’apprentissage dans les lycées,
craignant une concurrence entre ces
deux systèmes.
Si l’Association des régions de France
considère que plusieurs des mesures annoncées vont dans le bon sens, comme la
progressivité des choix (familles de métiers puis spécialité) ou l’ouverture plus
grande au monde économique, y compris
sur la redéfinition des diplômes, elle souligne le « risque de cloisonnement des formations professionnelles initiales avec la
politique de l’apprentissage livrée à la loi de
l’offre et de la demande » et le pilotage de
la voie professionnelle confié au ministère
de l’Éducation nationale et aux régions. ■
Hôtel des Ventes de Monte-Carlo
laisser leur portable éteint au fond de leur
sac. Environ la moitié des collèges ont inscrit dans leur règlement intérieur l’interdiction du téléphone en classe voire dans la
totalité ou une partie de la cour de récréation, affirme Philippe Vincent.
GILLES BASSIGNAC/DIVERGENCE
Des lycéens consultent leur téléphone
pendant la récréation.
Jean-Michel Blanquer (au centre) en visite au lycée professionnel de Rompsay à La Rochelle, en Charente-Maritime, le 16 mars.
sur 3 lieux : Café de Paris, Yacht Club de Monaco et Hôtel des Ventes
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A
Cette filière, qui concerne un lycéen
sur trois, connaît des taux d’insertion
insuffisants dans le monde du travail.
JEAN MICHEL NOSSANT/SIPA
Le lycée
professionnel
entame sa mue
dès 2019
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 29 mai 2018 LE FIGARO
12
SPORT
Une désillusion de plus pour Mladenovic
La numéro 2 française, quart-de-finaliste en 2017, quitte Roland-Garros dès le premier tour.
TENNIS Lestée par ce mauvais résultat, la
Tricolore devrait prochainement quitter
le top 50 mondial.
Nikoloz Basilashvili (6-4, 6-0, 6-7 [4],
6-4). Il prend au passage sa revanche sur
le Géorgien, qui l’avait sorti dès le 1er tour
la saison dernière… Le Français retrouvera au prochain tour la tête de série no 12,
l’Américain Sam Querrey.
Et ça continue encore et encore… La
numéro 2 française ne s’en sort pas. « Je
sens des ondes positives », disait-elle en
amont du tournoi. La réalité du terrain est
tout autre. Depuis son quart de finale de
l’an passé, la Nordiste enchaîne les contre-performances sur le circuit. La tête de
série no 29 a quitté ce lundi le tournoi la
tête basse, giflée en deux manches par
une solide Andrea Petkovic (7-6, 6-2).
L’Allemande n’avait pourtant gagné que
deux matchs depuis le début de saison…
C’est la première fois depuis six ans que
Mladenovic quitte le tournoi dès le premier tour. Plus dure va être la chute pour
la leader des Bleus en Fed Cup, qui devrait
quitter le top 50 à l’issue de la quinzaine.
Sur le court Suzanne Lenglen, elle a pourtant mené 4-1 dans le premier set face à la
107e mondiale. Avant de se tendre. Fébrile au service, Mladenovic a craqué dans le
tie-break concédé 12-10, après avoir obtenu quatre balles de set. La suite a été pénible. Clap (déjà) de fin.
Sur courant alternatif, Novak Djokovic
n’a pas rendu une copie parfaite pour son
entrée en lice face au Brésilien Rogerio
Dutra Silva (134e). Un succès en trois
manches, 6-3, 6-4, 6-4, 2 h 05 de jeu et
quelques fausses notes. Il aura l’occasion
de monter en puissance au 2e tour face à
Jaume Munar, issu des qualifications
(155e mondial). Outsider de choix, Dominic Thiem enchaîne. Seulement deux
jours après son titre gagné sur la terre battue lyonnaise, il a dominé sans trembler le
qualifié biélorusse Ilya Ivashka (119e) (6-2,
6-4, 6-1). L’Autrichien va passer au prochain tour un test plus sérieux contre le
prometteur grec Stefanos Tsitsipas, qui
l’avait fait chuter récemment à Barcelone.
Principaux résultats du 1er tour.
Simples messieurs : Gasquet (Fra/27) bat
Seppi (Ita) 6-0, 6-2, 6-2 ; Schwartzman
(Arg/11) bat Hemery (Fra) 6-1, 6-3, 6-1.
Dames : Wozniacki (Dan/2) bat Collins
(E-U) 7-6, 6-1 ; Parmentier (Fra) bat
Paquet (Fra) 3-6, 7-6, 6-2... ■
u Mladenovic n’avance plus
u Paire et Simon OK
Benoît Paire a réussi ses premiers pas
sur la terre battue parisienne en dominant dans la douleur l’Espagnol Roberto
Carballes Baena, 77e mondial (6-3, 6-7,
7-6, 6-1). « Ce n’est jamais simple de commencer un Roland-Garros. Mon niveau de
jeu est plutôt bon sur ces dernières semaines. J’aborde ce tournoi avec forcément un
peu d’ambition. » Place, au 2e tour, au Japonais Kei Nishikori, tête de série no 19.
Un sacré défi, pour le 51e mondial : « Ce
sera un gros match contre Nishikori. C’est
un joueur qui prend la balle tôt. Moi, je suis
en confiance, je me sens bien dans mes
coups et dans mon tennis. Je m’attends à
une grosse bataille. » Finaliste la semaine
précédente à Lyon, Gilles Simon a confirmé son regain de forme en dominant
u Djokovic peut mieux faire
Kristina Mladenovic, après
sa défaite (7-6, 6-2), face
à l’Allemande Andrea Petkovic
(107e), lundi, à Roland-Garros.
PASCAL ROSSIGNOL/REUTERS
Stan Wawrinka, le lauréat 2015 à genoux
Lauréat des Internationaux en 2015,
finaliste l’an dernier, le Suisse a été
éliminé d’entrée et va dégringoler au
classement ATP. Stan Wawrinka a
cédé 2-6, 6-3, 6-4, 6-7 (5/7), 3-6
contre Guillermo Garcia-Lopez (67e
mondial) après avoir rendu une copie
remplie de fautes (72, dont 35 en
revers). Après deux opérations du
genou gauche, le Suisse, en
reconstruction, tente de retrouver son
rang. Et c’est laborieux. Après la
déception, viendra le nouveau
classement mondial. Allergique au
gazon, il plongera au 256e rang du
prochain classement mondial. Une
chute vertigineuse pour celui qui avait
ses habitudes à Roland-Garros et
n’avait été éliminé à ce stade de la
compétition à Paris qu’en 2006 et 2014.
Touché, il a souligné : « Je savais depuis
l’opération, qu’il faudrait au moins un an
pour revenir au niveau que je voulais.
C’est difficile mentalement mais je suis
sur la bonne voie. Le genou va bien et,
physiquement, je commence à être
plus fort chaque jour, à pouvoir me
pousser pour aller là où je veux. » J.-J. E.
Marco Trungelliti, le héros
de dernière minute
GILLES FESTOR gfestor@lefigaro.fr
AVEC sa tignasse hirsute, sa barbe de
bûcheron et son look de skateur, Marco
Trungelliti a tout pour devenir très vite
la coqueluche du public parisien cette
année. Lundi, après un combat de près
de trois heures face à l’imprévisible
Bernard Tomic (6-4, 5-7, 6-4, 6-4),
l’Argentin classé dans les profondeurs
du classement ATP (190e mondial) a enfin passé un premier tour dans un Grand
Chelem.
Heureux comme un gamin, le sourire
jusqu’aux oreilles au moment de sortir
du court, le Sud-Américain a même eu
le droit à une standing-ovation du public. Un honneur mérité pour celui qui a
débarqué dans la capitale dimanche soir,
juste avant minuit, après un périple
d’environ neuf heures en voiture, avec
son petit frère Andre, sa maman Susana
et sa grand-mère Daphné (89 ans) à ses
côtés, en provenance de Barcelone. Pas
idéal pour préparer un grand rendezvous…
Car Trungilletti n’aurait jamais dû se
retrouver lundi sur les courts de RolandGarros. Sorti en qualifications jeudi, il
avait retrouvé la Catalogne, son lieu de
résidence. C’était avant dimanche midi
et un coup de fil inattendu des organisateurs du tournoi parisien à la recherche
désespérée d’un lucky-loser disponible
(ces joueurs repêchés dans le grand tableau après avoir été sorti en qualifications, suite à un nouveau forfait).
« J’étais rentré de Paris et on avait loué
une voiture pour nous balader à Barcelone », a raconté le joueur tout étonné
d’avoir rempli la grande salle d’interview de Roland-Garros. L’appel terminé, la décision n’a pas été longue à prendre. « Ma grand-mère était sous la
douche et je lui ai dit : “Grand-mère, on
repart à Paris !” Il y avait plein de vols annulés et il n’y a pas beaucoup de trains en
ce moment en France. La voiture, c’était
la meilleure des solutions. En une demiheure, les bagages étaient faits », a-t-il
poursuivi.
A
Cinq heures de sommeil
Le clan Trungilletti a alors mis le cap
vers la France à 13 h 30. « On s’arrêtait
toutes les deux heures pour prendre le café
et j’ai conduit un peu parce que j’aime bien
cela », a enchaîné l’Argentin. Ce drôle
de périple, sa femme l’a immortalisé sur
les réseaux sociaux, car lui n’a pas (encore) de compte. Neuf heures trente plus
tard, la voiture de location passe le boulevard périphérique. Il est alors 23 h 50.
« J’ai dormi cinq heures et à 7 h 30 j’étais
au stade », raconte-t-il.
À 11 heures du matin, Marco Trungelliti était effectivement sur le court no 9
pour défendre ses chances face à Bernard Tomic, sous les yeux de sa famille et
de son inséparable grand-mère, assaillie
par les médias à l’issue de la rencontre.
« Elle n’y connaît rien en tennis. Elle a
compris que c’était la fin du match quand
le public a applaudi », s’amuse le héros
du jour. Le match, lui, n’a pas atteint des
sommets techniques. Qu’importe, le
coup droit lourd de ce « Gaucho » a fini
par avoir raison de l’Australien très inconstant.
« Mentalement, j’étais prêt, mais physiquement, je n’avais aucune idée d’où
j’en étais. Mais je n’avais aucune pression », a renchéri le joueur qui n’a amassé « que » 290 000 dollars de gains en
dix ans passés sur le circuit. Grâce à son
exploit, le voilà assuré de toucher 79 000
euros (prime en cas de défaite au
deuxième tour). Il rencontrera l’Italien
Cecchinato pour prolonger cette formidable aventure. Avec, peut-être, le secret espoir de réaliser un parcours identique à celui du Belge Filip Dewulf, qui,
en 1997, avait atteint les demi-finales du
tournoi de Roland-Garros après s’être
extirpé des qualifications. ■
ALESSANDRA TARANTINO/AP
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
L’Argentin Marco Trungelleti, 190e mondial,
a enfin passé le premier tour dans un Grand
Chelem en gagnant, lundi à Roland-Garros
face à l’Australien Bernard Tomic.
EN BREF
Foot : Thuram juge Rabiot
« prétentieux et puéril »
Lilian Thuram est revenu dans
La Provence sur le refus d’Adrien
Rabiot d’être suppléant pour le
Mondial 2018. « Il ne se rend pas
compte du message qu’il renvoie.
C’est prétentieux, extrêmement
puéril et très peu professionnel »,
l’a laminé le champion du monde.
Rugby : premier capitaine
noir pour les Springboks
Siya Kolisi a été désigné capitaine
de l’Afrique du Sud pour le test
face à l’Angleterre, en juin.
Une première pour un joueur noir.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 29 mai 2018
LE CARNET DU JOUR
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deuils
Mme Serge Abel,
son épouse,
Nicole et Eric Abel,
Carline Abel,
ses enfants,
Marc-Antoine et Ségolène,
Manon et João,
ses petits-enfants,
Gabriel, s onarrière-petit-fils,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Serge ABEL
ingénieur Supélec,
chevalier
de la Légion d'honneur,
survenu le 23 mai 2018,
dans sa 93e année.
Les obsèques auront lieu
le vendredi 1er juin, à 10 h 30,
au crématorium du cimetière
du Père-Lachaise, Paris (20e).
70, rue Hallé, 75014 Paris.
Patrick, Jacques
et Pierre-François,
ses fils, et leurs conjoints,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Conrad BERNSTEIN
chevalier
de la Légion d'honneur,
survenu le 21 mai 2018,
à l'âge de 94 ans.
L'inhumation a eu lieu
dans l'intimité familiale,
au cimetière de Maresville
(Pas-de-Calais).
Le président
et les membres de
Marianne Joly,
son épouse,
Philippe Lance,
son mari,
l'Académie des technologies
Pascal et Rémille,
Anne-Laure et Thomas,
Stéphanie,
ses enfants,
sa belle-fille et son gendre,
Jean, Chloé, Paul, Lucie,
ses petits-enfants,
Charlotte et Grégoire Poisson,
Guillaume et Camille Lance,
ses enfants,
Matthieu et Louise Lance,
Raphaël et Sarah Lance,
ses beaux-enfants,
Tristan, Camille Poisson,
ses petits-fils,
Jeanne, Thomas, Manon,
Romain, Gabriel, A riane,
Victoire, A ngèle Lance,
ses beaux-petits-enfants,
ont la profonde tristesse
de vous faire part
du décès de leur confrère,
Michel COMBARNOUS
membre fondateur de
l'Académie des technologies,
officier de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
commandeur
des Palmes académiques,
Marie-Laurence Chateau
et Jean Delahousse,
Patrick Chateau
et Christelle Sanchez,
ses enfants et leurs conjoints,
Stella, sa petite-fille,
Delphine et Nicolas Gellé,
Guillaume et Bénédicte
Delattre,
ses beaux-enfants,
Marion, C apucine, Agathe,
Charles, Axelle, A lexis (†),
Apolline,
ses petits-enfants de cœur,
La messe de funérailles
sera célébrée
le vendredi 1er juin,
à 14 h 30, en l'église
Saint-François-de-Sales,
6, rue Brémontier, Paris (17e).
Henri Combe,
son époux,
M. Philippe Josereau,
son fils,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
a la tristesse
de vous faire part du décès de
Jacqueline COMBE
née Dessause,
survenu le 26 mai 2018,
dans son sommeil,
à l'âge de 87 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 1er juin,
à 10 h 30,
en l'église Saint-Germain,
place Charles-de-Gaulle,
à Saint-Germain-en-Laye,
suivie de la crémation
dans l'intimité.
6, rue du Cèdre,
78100 Saint-Germain-en-Laye.
Nieul (Haute-Vienne).
M. et Mme François Ruelle,
M. et Mme Régis Courtoux,
M. et Mme Didier Courtoux,
M. et Mme
Alain Hême de Lacotte,
Mme Bénédicte Courtoux,
ses enfants,
Une bénédiction, suivie
de l'inhumation, aura lieu
le vendredi 1er juin, à 14 h 15,
en l'église de Saint-Ennemond
(Allier).
Des dons préférés aux fleurs.
www.jeanne-garnier.org
survenu le 25 mai 2018, à Eu,
dans sa 83e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-du-Rosaire,
aux Lilas,
le jeudi 31 mai, à 14 h 30.
Condoléances sur registre.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Eu (Seine-Maritime).
Les Lilas (Seine-Saint-Denis).
Ses 11 neveux et nièces,
les familles Palencher,
Courbon, Reyt, Augarde,
parents et amis
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Bernard JOSEREAU
vous font part
du rappel à Dieu de
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-du-Rosaire,
aux Lilas, le jeudi 31 mai,
à 14 h 30.
née Marie-Christine
Boutaud de la Combe,
le 26 mai 2018,
à l'âge de 86 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce mardi 29 mai 2018,
à 14 h 30, en l'église
de Saint-Priest-Taurion
(Haute-Vienne).
Ses enfants, petits-enfants
et son arrière-petite-fille,
Thérèse Tisserand,
sa compagne,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
François DREUX
général
de brigade aérienne (c.r.),
survenu le 26 mai 2018.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le mercredi 30 mai,
à 15 h 30, en la chapelle
Saint-Louis de l'École militaire,
Paris (7e).
Condoléances sur registre.
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Ilan FLAMMER
cinéaste, psychiatre et papa,
un homme libre,
survenu le 27 mai 2018,
à l'âge de 67 ans, à Paris.
Jouy-en-Josas (Yvelines).
Sa belle-sœur,
Annie Jouannet,
ses neveux et nièces,
Jean-Marie, Rémi, François,
Claire, Véronique, Pascale,
Catherine, Marie-Agnès,
Philippe, Odile, Isabelle
et Anne-Gabrielle,
font part du rappel à Dieu de
Marie-Thérèse JOUANNET
le 23 mai 2018,
dans sa 93e année, dans
l'espérance de la Résurrection.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
à Paris (16e),
le mardi 29 mai, à 10 h 30.
L'inhumation aura lieu
au cimetière de la Caucade,
à Nice, le mercredi 30 mai,
à 14 h 30.
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Anne GIBERT
survenu à l'âge de 74 ans.
La cérémonie religieuse aura
lieu le vendredi 1er juin 2018,
à 10 h 30, en l'église
de Sauvian (Hérault).
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 31 mai, à 13 h 30,
en l'église de Ville-d'Avray,
4, rue de Sèvres.
« Yes...I have had my vision. »
« Oui...J'ai eu ma vision. »
Virginia Woolf.
Mildred Camille-Martin,
son épouse,
Marika, Bénédicte (†),
Olivier, S éverine,
ses enfants, et leurs conjoints,
Sinika et Soren,
Axel et Ségolène,
Ludwig et Léopold,
ses petits-enfants,
François et Françoise Martin,
son frère et sa belle-sœur,
ses neveux et nièces,
ses nombreux amis
ont la tristesse
de faire part du décès de
Jean-Claude MARTIN
professeur, poète, photographe,
étudiant à Harvard
de 1951 à 1952,
professeur à Harvard
de 1960 à 1968,
professeur émérite à la
City University of New York,
officier dans l'ordre
des Palmes académiques,
survenu le 26 mai 2018,
dans sa 90e année.
Les obsèques auront lieu
dans l'intimité familiale,
en Normandie.
La baronne Michel de Mercey,
née Marie-Nelly
de Montpeiroux,
sa sœur, ses beaux-frères,
ses neveux et nièces,
ses petits-neveux
et petites-nièces
ont la profonde tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
baron Michel de MERCEY
le 26 mai 2018,
à l'âge de 91 ans,
muni des sacrements
de l'Église.
La célébration religieuse
aura lieu le mercredi 30 mai,
à 10 heures, en l'église
Saint-Thomas-d'Aquin,
Paris (7e),
suivie de l'inhumation,
à 17 h 30, au cimetière
d'Archignat (Allier).
Le gouverneur des Invalides,
le directeur,
le président du Foyer,
les pensionnaires
et les bénévoles de
l'Institution nationale
des Invalides
font part avec tristesse
du décès de
M. Jean LECONTE
pensionnaire de l'Institution
nationale des Invalides,
chevalier
de la Légion d'honneur,
médaille militaire,
croix de guerre 1939-1945.
Ils lui feront leurs adieux
le jeudi 31 mai 2018,
à 11 heures, en la cathédrale
Saint-Louis des Invalides,
Paris (7e).
l'Académie des technologies
ont la profonde tristesse
de vous faire part
du décès de leur confrère,
Alain MONGON
membre fondateur de
l'Académie des technologies,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
ont la douleur
de vous annoncer le décès de
Denise LÉVY
née Berdah.
La cérémonie d'adieu
aura lieu au cimetière
parisien de Bagneux,
le jeudi 31 mai 2018, à 15 h 15.
font part du rappel à Dieu de
M. Francis PIGANEAU
dispartion
Pierre Hassner, le goût
des passions et de la liberté
le 27 mai 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Germain-des-Prés,
à Paris (6e),
le jeudi 31 mai, à 11 heures.
Orgeval (Yvelines).
Mme Jean-Pierre Pigeon,
née Catherine Rolland,
son épouse,
Christophe et Caroline,
Jean-Laurent et Elisabeth,
Stéphane et Stéphanie,
ses fils et belles-filles,
ses 9 petits-enfants
et toute sa famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
Jean-Pierre PIGEON
survenu le 25 mai 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre-Saint-Paul,
à Orgeval,
le jeudi 31 mai 2018,
à 15 heures.
13, allée des Coquelicots,
78630 Orgeval.
Jean Ubelmann,
son époux,
Corinne et Hugues Bailly,
Hervé et Esther Ubelmann,
ses enfants,
Hadrien, T hibaut,
Valentina, Gaspard,
ses petits-enfants,
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès,
le 26 mai 2018, de
Andrée-Ghislaine UBELMANN
née Houillon,
« Misky ».
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Jean-Baptiste,
à Neuilly-sur-Seine,
le jeudi 31 mai, à 14 h 30.
Françoise Cochet,
Philippe et Marie Noëlle
Vernet,
Marc et Isabelle Vernet,
Isabelle In,
Marie José et Bertrand
Moussel,
Jean et Deborah Vernet,
Laure Odile et Michel
Travaillé Vernet,
ses enfants,
ses 27 petits-enfants,
ses 7 arrière-petits-enfants
ont la douleur
de faire part du décès de
Mireille VERNET
survenu à son domicile,
le 27 mai 2018,
dimanche de la Sainte Trinité.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le jeudi 31 mai 2018, à 10 h 30,
en l'église
de Châteauneuf-de-Gadagne.
Cet avis tient lieu de faire-part.
ISABELLE LASSERRE
La retraite n’était pas faite
pour lui. Jusqu’à la fin ou
presque, sa silhouette à la
fois discrète et décidée
s’est glissée dans les colloques, les réunions internationales ou les conférences
du Ceri (Sciences Po) où il
avait conservé un bureau
encombré sur lequel s’empilaient, dans une sorte de
désordre ordonné, livres,
revues et vieux papiers.
Jusqu’au bout il attrapait
le micro pour commenter,
provoquer, contredire ou
éclairer les sujets d’actualité et les soubresauts du
monde. Dans les déjeuners
officiels, il nouait parfois
sa serviette de table autour
du cou et commençait à
manger avant les autres,
s’il avait faim. Il a aussi refusé la Légion d’honneur
dont on voulait le décorer.
Il était dans la vie réelle
comme il était avec les
idées : droit, indépendant
et insensible au qu’en-dira-t-on. Libre, en somme.
Toujours disponible, empathique et généreux, il
était aussi doté d’une humilité qui soulignait sa très
grande classe intellectuelle et son immense intelligence.
Un brillant penseur
Considéré en Europe comme l’un des penseurs les
plus brillants des relations
internationales,
Pierre
Hassner est né le 31 janvier
1933 à Bucarest, en Roumanie, au moment où Hitler prend le pouvoir en Allemagne. Il est issu d’une
famille juive de Kichinev,
l’actuelle Moldavie, qui à
l’époque faisait partie de la
Roumanie. Elle se convertit au catholicisme pour se
protéger du régime pronazi de Ion Victor Antonescu,
qui engagea son pays aux
côtés de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre
mondiale. Pierre Hassner,
lui, restera athée jusqu’à la
fin de sa vie. Il a 15 ans
quand il quitte la Roumanie avec ses parents pour
fuir le régime communiste
et s’installer en France.
Ces deux expériences politiques extrêmes feront de
lui très tôt un militant
acharné de la cause antitotalitaire. Elles expliqueront
aussi la constance avec laquelle il défendra toute sa
vie la liberté et la démocratie, ce « goût », disaitil, qu’on trouve surtout
chez les peuples qui en
sont privés ou en ont été
privés pendant longtemps.
Lorsqu’il arrive à Paris,
Pierre Hassner,
en novembre 2015.
MARMARA/LE FIGARO
dans le XVIe arrondissement, l’ancien élève du
Lycée français est déjà
francophone. Il décroche
son bac à 16 ans, rentre à
l’École normale supérieure
à 19, et obtient l’agrégation
de philosophie à 22. Sa
rencontre avec Raymond
Aron, qui le considérait
comme son « meilleur étudiant » et qui devint son
maître à penser, constitue
une étape fondamentale
dans sa carrière intellectuelle. Entré au Ceri en
1959, il restera jusqu’au
bout fidèle à Sciences Po.
Ce qui ne l’empêchera pas
de traverser régulièrement
l’Atlantique et aussi d’enseigner pendant vingt ans
à la John Hopkins University de Bologne.
Toute sa vie, il fut un
pont. Entre l’Est et l’Ouest,
entre la Vieille Europe et le
Nouveau Monde, entre les
deux rives de l’Atlantique.
Comme sa vie, il était un
concentré de paradoxes et
d’oppositions. Ses textes
reflétaient
toutes
les
contradictions du monde
de l’après-guerre froide,
dont il savait analyser les
subtilités et les complexités mieux que personne.
Entré en relations internationales par la philosophie,
il se définissait comme un
« libéral-libertaire ». Mais
dans le monde intellectuel
français, il était inclassable. Sa marque de fabrique
était surtout son indépendance d’esprit, qui opposait une grande résistance
aux idéologies. Très européen, inquiet de la montée
des populismes qui menacent la démocratie libérale, il a consacré ses dernières années d’étude au rôle
joué par les passions collectives dans les relations
internationales. Il a développé ses analyses dans un
livre, La Revanche des passions. Sa disparition laisse
de nombreux orphelins
dans les milieux des relations internationales et de
la philosophie. ■
survenu le 7 mai 2018.
Ils s'associent
à la douleur de la famille
à laquelle ils présentent leurs
plus sincères condoléances.
Malansac. Rennes. Brest.
Paris. Marseille.
On nous prie d'annoncer
le décès de
Jean-François NAËL
Jeannette Natier,
sa sœur,
Alain Sadoun,
son compagnon,
Jacqueline Lévy Igestedt,
sa fille,
ses petits-enfants,
sa famille,
ses amis
Paris (6e).
Ses enfants et petits-enfants
née Baculard,
Le président
et les membres de
Patrick Gibert,
son époux,
Caroline et Nicolas Gibert,
ses enfants,
Mélanie, Antoine, Jules, Lise,
ses petits-enfants,
Colette, Gian Laurens,
sa sœur et son frère,
Christian et Cathy Gibert,
ainsi que leurs parents et alliés
née Cornille,
avocat au barreau de Paris.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Daniel et Mona Flammer,
ses enfants,
Ami Flammer,
son frère,
Maurice Flammer,
son père,
ses proches et amis
ont la tristesse
de faire part du décès,
le 27 mai 2018, de
M. Bernard JOSEREAU
survenu le 25 mai 2018,
à Eu, dans sa 83e année.
Il y rejoint Yaarit.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 31 mai, à 14 h 45,
en l'église Saint-Justin,
36, rue Rivay,
à Levallois-Perret
(parking Wilson, sortie Rivay).
Eu (Seine-Maritime).
Les Lilas (Seine-Saint-Denis).
ses 17 petits-enfants
et toute sa famille
Mme Jacques COURTOUX
Jean-Jacques et Catherine
Cornille,
son frère et sa belle-sœur,
Dominique et Christel Lance,
son beau-frère et sa belle-sœur,
Christine Lance,
sa belle-sœur,
Marie-Françoise LANCE
Bruno et Solange,
Xavier et Emmanuelle,
ses fils et ses belles-filles,
Arthur, Hugo, L ola, L isa,
ses petits-enfants,
ses amis
survenu le 25 mai 2018, à Paris,
dans sa 77e année.
Essec 56,
le 27 mai 2018.
les familles Chateau, Jallerat,
Gauthier, Bouvier,
Bernard CHATEAU
Patrick JOLY
Ils s'associent à la douleur
de la famille
à laquelle ils présentent leurs
plus sincères condoléances.
Les obsèques auront lieu
au cimetière de Montmartre,
à Paris (18e),
le mercredi 30 mai, à 16 h 30.
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
survenu le 10 mai 2018.
Paris.
Annick Chateau,
née Bouvier, son épouse,
13
trésorier-payeur général
de région honoraire,
chevalier
de la Légion d'honneur,
officier dans l'ordre
national du Mérite,
officier du Mérite agricole,
survenu le 25 mai 2018,
à Marseille.
Ses obsèques ont été célébrées
dans l'intimité familiale,
le 28 mai 2018.
Sa dépouille incinérée est
désormais en rade de Marseille
Ayez une pensée pour lui.
Avis à tous.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Les docteurs Anne-Sylvie
et Jean-Fred Warlin,
ses enfants,
Ariane et Michel Thirapounho,
David et Claire Warlin,
Isabelle Warlin,
Laure-Anne Warlin,
ses petits-enfants,
Ses guides thématiques
pour accompagner les événements de votre vie.
Benjamin, Domitille,
Charles, Eva,
ses arrière-petits-enfants,
Béatrice Philippe,
Diane Prévost,
ses nièces,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Marguerite-Andrée WARLIN
née Bloch,
officier de la Légion d'honneur,
médaille militaire,
croix de guerre 1939-1945,
survenu le 28 mai 2018,
à l'âge de 103 ans.
Elle rejoint son époux bien-aimé,
Marc-Adrien Warlin
décédé le 4 novembre 1995.
Prénoms
Obsèques
Mariage
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Le Carnet du Jour • Le Figaro
14 boulevard Haussmann • 75009 Paris
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mardi 29 mai 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Réseaux sociaux : entre libération
de la parole et nouvelle culture inquisitoriale
e plus en plus, dans le
monde occidental,
Facebook s’impose
comme un enjeu
politique à part entière,
comme en témoigne
l’actuelle préoccupation pour la
sécurité des données. Mais il nous faut
élargir considérablement la réflexion
pour voir comment les réseaux sociaux
bouleversent la démocratie. En moins
d’une décennie, l’espace public des
sociétés occidentales a été transformé
de part en part par l’arrivée des médias
sociaux. Si les grands médias
traditionnels encadrent encore
globalement le débat public, ils n’ont
plus le monopole sur sa définition.
En fait, l’espace public et l’espace
médiatique ne se recoupent plus
nécessairement. Longtemps,
les courants politiques minoritaires
étaient condamnés aux marges et aux
publications confidentielles. Il arrivait
qu’on parle d’eux, mais rarement
ils parvenaient à parler en leur propre
nom : ils jouaient le rôle qu’on leur
réservait et il était rarement
avantageux. Associés à une étiquette
infamante, ils représentaient souvent
dans le débat public la mauvaise part de
l’homme, dont la cité devait se méfier.
Le conservatisme a connu ce mauvais
sort. La donne a changé avec les médias
sociaux. Ils ont permis une
démocratisation du débat public :
des inquiétudes populaires peuvent
remonter à la surface de la vie publique
et il est de plus difficile de les censurer
pour éviter qu’elles ne fissurent
l’idéologie dominante, qui se déploie
aujourd’hui grâce au grand récit de la
diversité heureuse.
La pression
populaire oblige
la cléricature
« VENTS D’OUEST »
médiatique à tenir
compte de certains
Pour notre chroniqueur, la révolution des médias
aspects du réel
sociaux permet d’imposer dans le débat public
qu’elle avait
des sujets auparavant ignorés, mais encourage
tendance à bouder.
aussi la traque du « dérapage ».
Mais on voit de
D
MATHIEU BOCK-CÔTÉ
plus en plus : doivent-ils resserrer
le périmètre des propos autorisés
sur le web ? On l’a vu concrètement,
tout récemment, lorsque Facebook,
sous l’apparente pression du pouvoir
politique, a fermé sans préavis la page
des Identitaires, après leur coup d’éclat
du col de l’échelle. Il n’est nul besoin
d’éprouver la moindre sympathie pour
cette mouvance pour s’inquiéter de
cette forme brutale de censure, qui
consiste à bloquer directement l’accès à
l’espace public à un courant de pensée.
Le rôle joué par Facebook dans la
construction de la vie publique
aujourd’hui nous empêche d’y voir
seulement une entreprise privée
discriminant selon des critères
arbitraires entre ceux qui ont accès à
l’espace public et
les autres. L’appel
On assiste moins à la polarisation
à la responsabilité
éthique des
de la vie politique qu’à son
médias sociaux,
hystérisation et au développement
régulièrement
lancé par les
de méthodes policières qui en viennent
à corrompre l’esprit public en normalisant gouvernants,
semble
une culture inquisitoriale
correspondre à un
désir de régulation
idéologique du débat public. De la
relevé en d’autres temps de la
même manière, la volonté de
conversation de bistrot est
combattre les fake news relève peutrétrospectivement considéré comme
être moins d’un désir d’assurer
une prise de parole publique pouvant
une information de qualité au débat
servir à condamner l’imprudent d’hier
démocratique que de maîtriser
ou d’avant-hier. C’est la culture de la
pleinement le récit public.
capture d’écran : on surveille l’autre
La question de la parole publique
à la recherche d’un dérapage qu’on
légitime va bien au-delà de la tentative
pourra ensuite transformer en buzz.
de contenir les mouvements politiques
On assiste moins à la polarisation de la
protestataires. On en a la triste
vie politique qu’à son hystérisation
confirmation, en fait, lorsqu’on
et au développement de méthodes
constate que cette censure s’applique
policières qui en viennent à corrompre
à des intellectuels qui font le pari de
l’esprit public en normalisant une
se faire entendre sur la place publique.
culture inquisitoriale. On débat moins
Le professeur Laurent Bouvet s’est
entre camps adverses qu’on cherche
distingué, ces dernières années,
avec malveillance le tweet qu’on
comme un critique aussi brillant
pourra alors monter en épingle.
qu’efficace de l’éclatement
Mais ce contrôle idéologique peut
communautariste de la société
aller plus loin surtout lorsqu’il est pris
française. Mais sa parole dérange,
en charge par les géants numériques
manifestement. Récemment, sur
eux-mêmes. La question se pose de
plus en plus l’envers du décor de cette
nouvelle réalité. Ce nouvel espace
public est soumis à un encadrement
de plus en plus tatillon et se montre
particulièrement favorable à des
pratiques qui relèvent de la délation
pure et simple. On l’a vu au Québec
tout récemment. De plus en plus,
lorsque de nouveaux candidats se
lancent en politique, on scrute leur
historique sur les médias sociaux pour y
retrouver un « like » malheureux ou
un partage Facebook inconvenant ou
clairement regrettable. On comprend
qu’il faut se présenter dans la vie
publique avec un dossier numérique
vierge. La transparence, ici, confirme
encore qu’elle est traversée par une
tentation totalitaire : ce qui aurait
«
»
Twitter, il a vu ses messages associés
à une mise en garde avertissant que
leur contenu pouvait être outrageant et
contredisait les règles du réseau social
concernant les comportements
inappropriés. Qui décide de telles mises
en garde, et selon quels critères ?
On notera qu’au même moment,
les comptes qui font l’apologie
de l’islamisme ne manquent pas et ne
sont pas systématiquement inquiétés.
Pour peu qu’on parle sérieusement,
nous assistons à une entreprise de
disqualification d’une figure publique
essentielle en lui associant une
étiquette infamante. En d’autres mots,
Twitter accroche au cou de certains
une clochette de mise en garde pour
annoncer que leurs positions sont
moralement inadmissibles.
Le pluralisme intellectuel en souffre
terriblement et la démocratie est
falsifiée.
On en tirera une leçon : l’espace
public est rarement neutre. Certains y
sont bienvenus, d’autre pas.
Aujourd’hui, tout ce qui n’alimente pas
la pédagogie diversitaire y est suspect.
L’idéologie dominante chercher
naturellement à exclure de la vie
publique ses détracteurs, ou du moins,
à les placer dans une situation
désavantageuse, à les présenter de telle
manière qu’ils auront le triste rôle de
repoussoir. On ruinera leur réputation :
on les décrétera infréquentable. Avant
même de les entendre, on avertira qu’il
faut se méfier d’eux. On les dira
sulfureux ou même nauséabonds, pour
les tenir à distance. Le lexique est
connu et il faudra un jour écrire un
dictionnaire de la diabolisation
politique. Notre époque secouée par de
vrais bouleversements exige un débat
politique qui doit se délivrer du
dispositif inhibiteur qu’est le
politiquement correct. Un temps, il ne
s’imposait pas aux réseaux sociaux. Ce
n’est plus le cas. Comme quoi il faudra
aussi y mener la bataille pour la liberté
d’expression pour redonner une
substance authentique à la démocratie.
Euro, immigration… le malaise de La France
insoumise face à la crise italienne
a crise politique italienne
constitue-t-elle un moment
de vérité pour La France
insoumise ? Un regard
superficiel trouverait plutôt
la situation confortable pour
Jean-Luc Mélenchon. Quelques jours
après qu’il a choisi, lors de « L’Émission
politique », une paire de ciseaux pour
caractériser la politique libérale
et austéritaire à ses yeux menée
par Emmanuel Macron, voici qu’est
annoncée à Rome la nomination d’un
« Monsieur Ciseaux », surnom de Carlo
Cottarelli, pour diriger le nouveau
gouvernement. La rhétorique du leader
de La France insoumise trouverait donc
un écho inattendu de l’autre côté
des Alpes, avec l’arrivée au pouvoir,
à grand renfort de soutiens européens
et patronaux, d’un adepte de la réduction
de la dépense publique. Réduite à ces
éléments, la crise italienne offrirait
à la « mouvance progressiste » dont
se réclame Jean-Luc Mélenchon une
illustration commode pour développer
son discours antilibéral.
Malheureusement pour elle, ce qui se
passe à Rome risque de révéler
des fractures mal refermées et de
l’obliger à éclaircir certains choix
stratégiques.
Le premier problème est bien entendu
le rapport à l’euro. L’impression donnée
par l’attitude du président italien est
encore pire que les propos tenus en
janvier 2015 par le président de la
Commission
européenne, JeanClaude Juncker,
selon lesquels « il ne
peut y avoir de choix
Le politologue, fondateur de Polling Vox, analyse
démocratiques
le dilemme de Jean-Luc Mélenchon : comment
contre les traités
critiquer l’austérité de la Commission européenne
européens ». Le
sans soutenir les populistes italiens.
soutien apporté par
CLAIREFOND
L
A
JÉRÔME SAINTE-MARIE
Emmanuel Macron au président
Mattarella souligne la dimension
internationale de la question.
Pour bien des Français, cette affaire
italienne leur rappellera le sort étrange
de leur vote en 2005, lorsqu’un texte,
le Traité constitutionnel européen,
refusé par 55 % des suffrages exprimés
par les citoyens, fut adopté, avec
quelques modifications légères, trois ans
plus tard par le Parlement. La France
insoumise est plutôt à l’aise sur le sujet,
certains de ses leaders n’étant pas loin
de considérer l’euro comme une nouvelle
« prison des peuples ». Et, de fait, 70 %
des sympathisants de gauche avaient
voté « non » en 2005.
La situation n’est pourtant pas si
simple. Tout d’abord, les sondages ont
montré tout au long de la campagne
présidentielle que si les Français étaient
très réservés sur le bilan de la monnaie
unique, ils craignaient beaucoup les
conséquences d’une éventuelle sortie. De
ce fait, Jean-Luc Mélenchon n’avait pas
trop repris son propre slogan, « l’Europe,
on la change ou on la quitte ». Depuis,
deux obstacles supplémentaires ont
surgi. D’une part, La France insoumise
entend bien occuper l’ancien territoire
de la gauche et, plus concrètement,
étriller les formations politiques se
réclamant encore de celle-ci lors des
prochaines élections européennes. Dès
lors, certains hésitent à développer un
discours trop effrayant pour tout ce que
l’ancien électorat de gauche compte de
partisans de l’énigmatique « Europe
sociale ». D’autre part, l’alliance conclue
pour le scrutin de 2019 avec Podemos
en Espagne et le Bloco au Portugal incite
à une certaine prudence sémantique,
les Espagnols et les Portugais ayant
davantage que les Français des raisons
historiques et financières d’être attachés
à l’Union européenne. Critiquer
les « antifascistes » des « élites »
abhorrées ?
Dès lors, la crise italienne n’est pas un
dérivatif simple pour une France
insoumise qui après s’être imposée
comme la force d’opposition principale,
bute sur la puissance du « bloc élitaire »
rassemblé autour d’Emmanuel Macron.
Si une bonne partie des électeurs du
Front national, près du quart,
considèrent La France insoumise et
surtout son leader
avec sympathie,
Comment dénoncer un éventuel abus l’inverse n’est pas
vrai. Loin d’être
de pouvoir du président italien,
gommée,
et indirectement de la Commission
l’opposition entre
ces deux courants
européenne, si celui-ci bloque la voie
sur l’immigration a
du pouvoir à ce qui serait un quasiété exacerbée lors
fascisme ?
du débat sur la loi
Accueil et
immigration. Lors des dernières
droite ». Il est vrai que ses préférences
mobilisations, toute une culture
allaient plutôt lors des dernières élections
gauchisante s’est même réveillée, au
générales italiennes aux candidats du
risque de décourager davantage les
Potere al Popolo, qui ont à peine dépassé
catégories populaires. Aucune formule
1 % des suffrages exprimés. Or, il est très
de rassemblement de la représentation
difficile de masquer que les électeurs
politique de celles-ci ne semble
italiens ont largement tenu compte
s’imposer, ni même être recherchée.
de la question migratoire dans leur choix
C’est pourquoi l’heure italienne
de mars dernier. Ceci ne les distingue
s’impose à la vie politique française, et en
guère désormais des électeurs
premier lieu à la mouvance de La France
britanniques, allemands et autres
insoumise. Comme à peu près partout en
– le contrôle de l’immigration ayant été
Europe aujourd’hui, l’affrontement entre
la deuxième motivation déclarée par
souveraineté nationale et adhésion
les électeurs français lors du premier tour
européenne transforme les clivages
de la présidentielle –, mais pose un
politiques et fait vaciller les identités de
problème évident à la « mouvance
gauche et de droite. La République en
progressiste ». Comment dénoncer un
marche l’a parfaitement compris. La
éventuel abus de pouvoir du président
préparation des prochaines élections
italien, et indirectement de la
européennes permettra de vérifier si sa
Commission européenne, si celui-ci
principale opposition, dans la rue comme
bloque la voie du pouvoir à ce qui serait
dans les sondages, La France insoumise
un quasi-fascisme ? Comment également
donc, réussit ou non à se hisser au niveau
ne pas verser dans une délégitimation
du défi italien.
du vote populaire, laquelle rapprocherait
la Commission européenne est une
chose, assez facile, s’en prendre à l’Union
européenne en est une autre, bien plus
risquée.
Le problème pour La France insoumise
et sa mouvance se complique avec
l’identité des protagonistes de l’affaire
italienne. L’alliance entre la Lega
et le M5S a été présentée par Jean-Luc
Mélenchon comme une « catastrophe »
ayant « de forts relents d’extrême
«
»
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LE FIGARO
mardi 29 mai 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Les deux laxismes
qui tueront l’UE
CHRONIQUE
La droite, la gauche,
ce
libéral
pragmatique, profondément attaché au pluralisme, n’y avait jamais vraiment cru, et il y croyait
moins que jamais. Sa seule
boussole, c’était l’intérêt du
pays et l’idée qu’il s’en faisait. D’un projet de loi, d’une
réforme, d’une décision ministérielle, il demandait :
« C’est bon pour la France ? »
Si la réponse était positive,
tout était dit.
Il avait la passion de convaincre et le goût des idées. Tous
les ans, ses vœux aux lecteurs
du Figaro étaient l’occasion
d’en préciser les contours.
Ses idées ? Elles étaient
concrètes, mais toujours
d’une inspiration élevée :
l’équilibre financier d’un
pays est la première condition de son indépendance ; la
dette est un danger mortel ; la
formation de la jeunesse, le
seul enjeu qui mérite la mobilisation de tous. Persuadé des
vertus de la pédagogie, il aura
voulu croire jusqu’au bout,
avec un enthousiasme étonnant et quasi juvénile, que le
bon sens pouvait l’emporter.
Il avait compris, enfin, que la
presse est une industrie, pas
tout à fait comme une autre,
mais une industrie quand
Renaud Girard
même. Internet, le mobile, le
premium, Figaro Live, les
nouvelles formes de publicité : le passionné de technologie comprenait d’instinct les
enjeux du futur. Il avait fait
aussi le constat que dans le
monde si bouleversé des médias, Le Figaro devait s’appuyer sur une diversification
forte, un portefeuille d’activités digitales en croissance.
Avec l’acquisition de CCM
Benchmark et de ses sites Internet, qu’il avait personnellement souhaitée, le Groupe
Figaro est ainsi devenu en
2016 le premier groupe média
digital français par son
audience.
Serge Dassault portait sur notre groupe et ses collaborateurs un regard chaleureux et
attentif. Sa légendaire ténacité, sa conviction que les efforts de long terme payent,
dans tous les métiers, nous
donnaient
une
grande
confiance dans l’avenir. Sa
disparition nous laisse tous
dans la peine. À son épouse,
Nicole, à ses enfants et petitsenfants, nous présentons, au
nom de tous les collaborateurs du Groupe Figaro, nos
condoléances attristées. ■
rgirard@lefigaro.fr
P
our la première fois depuis la
guerre, l’Italie va connaître
deux élections législatives la
même année. Cela témoigne
du dysfonctionnement de la
démocratie italienne ; mais
cela annonce aussi une grave crise en
gestation pour l’Union européenne (UE).
Le scrutin de mars 2018 avait vu
l’effondrement des partis politiques
traditionnels et la poussée des deux
formations antisystème. Le protestataire
Mouvement 5 étoiles de l’ancien clown
Beppe Grillo et la Ligue, fondée dans les
années 1980 pour réclamer l’autonomie
du Nord de la péninsule, se sont donc
entendus pour former une majorité
parlementaire et proposer le nom de
Giuseppe Conte, un professeur de droit
jusque-là inconnu, comme nouveau
président du Conseil de l’Italie. Mais, à
peine nommé, ce dernier a démissionné,
car le président de la République, Sergio
Mattarella, a accepté toutes ses
nominations de ministres, à l’exception
de celui des Finances. En effet, le ministre
des Finances proposé, Paolo Savona,
célèbre économiste, est un eurosceptique
notoire. Ministre de l’Industrie en 1993,
il a toujours depuis dénoncé l’euro comme
un carcan pour les entreprises, comme
une « prison allemande » et fustigé les
« dérives institutionnelles » de l’Union
européenne (UE) vers la supranationalité.
Pour cet économiste réputé, il n’y a plus
de véritable Europe, mais seulement une
« Allemagne entourée de peureux »…
M. Mattarella a justifié son veto,
PAR MARC FEUILLÉE
ET ALEXIS BRÉZET
inhabituel dans la vie politique italienne,
en affirmant que l’arrivée d’un
eurosceptique à la tête du ministère des
Finances affolerait les marchés et ferait
donc peser de grands risques à l’économie
italienne. « Dans mon rôle de garant, je ne
pouvais pas accepter un choix qui aurait pu
conduire à la sortie de l’Italie de l’euro, et
provoquer les inquiétudes des investisseurs
italiens et étrangers », a expliqué
le président de la République italienne,
dimanche 27 mai 2018 au soir,
dans un discours télévisé à la nation.
Cette crise politique a provoqué
une forte hausse du spread, l’écart entre
les taux d’emprunt à dix ans allemand
et italien. L’Italie a la troisième dette
publique du monde, laquelle représente
132 % de son produit national brut, c’està-dire plus du double de ce qu’autorise
le traité de Maastricht sur la monnaie
européenne commune.
Les partis antisystèmes ont dénoncé un
« déni de démocratie » de la part du
président de la République. « Nous ne
serons plus jamais les larbins de personne.
L’Italie n’est pas une colonie, nous ne
sommes pas les esclaves des Allemands ou
des Français, du spread ou de la finance », a
tweeté Matteo Salvini, le chef de la Ligue.
Pour gérer les affaires courantes,
le président de la République a nommé
chef du gouvernement Carlo Cottarelli,
un ancien haut responsable du FMI,
proeuropéen, grand défenseur
de l’austérité budgétaire, et connu
pour ses critiques des dérives financières
du programme de la Ligue
et du Mouvement 5 étoiles.
Personne ne peut prévoir le futur
proche en Italie. Mais les virulents propos
de M. Salvini sont une première dans un
pays fondateur du Marché commun.
Depuis la guerre, on n’avait jamais
entendu un tel langage dans la bouche de
Passage difficile pour l’Église catholique
et le pape François
ANALYSE
Jean-Marie Guénois
jmguenois@lefigaro.fr
L
a barque de Pierre tangue
fort ces temps-ci.
À l’extérieur, les eaux
sont très agitées.
À commencer par l’Italie.
La décomposition politique
italienne illustrée dimanche 27 mai
par l’échec de la formation d’un
gouvernement inquiète
profondément le Saint-Siège.
Certains y voient
un coup bas du Vatican pour
empêcher la très antieuropéenne
Lega d’accéder au pouvoir mais c’est
prêter beaucoup d’autorité à l’Église
catholique italienne. Elle fut certes
très puissante dans la péninsule
mais son pouvoir d’influence
sociétale et politique
s’est fortement réduit. Les résultats
des élections législatives du 4 mars
2018 l’ont prouvé.
Mais le coup de grâce a été porté,
samedi 26 mai, avec le résultat
sans appel du référendum irlandais
sur l’avortement. Impuissant,
le Vatican constate, là aussi, la perte
d’ascendance de l’Église catholique.
L’ampleur du oui à l’avortement
- 66,4 % - détonne dans une nation
où près de 80 % de la population
se déclare catholique avec une
pratique à 40 % en moyenne.
Dassault Médias
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Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
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Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
de saint Pierre. On a cru en effet
cette bataille chilienne quasi réglée
il y a deux semaines.
François avait convoqué
à Rome tout l’épiscopat
de ce pays pour laver
ce linge sale à huis clos et repartir
sur une nouvelle base (Le Figaro
du 19 mai). On reprochait
à certains de ces évêques chiliens
d’avoir couvert les agissements
d’un prêtre pédophile notoire,
le père Karadima, au détriment
des victimes longtemps méprisées
par la hiérarchie.
Mais il apparaît
de plus en plus
Mais le coup de grâce a été porté,
clairement que
la démission
samedi 26 mai, avec le résultat
collective de 29
sans appel du référendum irlandais
des 34 évêques
sur l’avortement
chiliens
au lendemain
de cette réunion n’était pas une sortie
Le problème est que la crédibilité
élégante pour donner toute liberté
de cette « logique de l’Évangile »
au Pape d’agir… Il s’agit d’un acte
est directement indexée sur l’état
de rébellion épiscopal caractérisée
moral de l’Église catholique
contre le Pape… La preuve en est
dont autorité publique - l’Irlande
donnée chaque jour qui passe : non
vient de le démontrer - est sapée
seulement cette démission n’a pas été
par les affaires de pédophilie.
formellement acceptée par le Pape
Un pays qui est loin d’être isolé.
pour être validée, mais aucun média
Des Églises jusque-là sans histoire
du Vatican n’en a strictement dit mot.
apparentes voient maintenant
Ce silence officiel est corroboré
ce genre de scandales sortir.
par des informations internes :
Ainsi du Chili.
ces évêques refusent de porter
Sur ce dossier, le pape François
collectivement cette responsabilité
doit faire face à une crise beaucoup
comme le Pape le leur a demandé.
plus grave que prévu qui affecte
Enfin, troisième élément
aussi l’intérieur de la barque
Ce n’est toutefois pas une surprise.
L’Église sait qu’elle paye sa perte
de crédibilité après l’explosion
des scandales de la pédophilie,
il y a une dizaine d’années.
Dans ce tumulte politique,
le pape François a simplement
rappelé dans une interview
le 24 mai, à l’« Eco di Bergamo »
(ville natale de Jean XXIII),
que la mission de l’Église n’était
« pas de changer les gouvernements
mais d’intégrer la logique
de l’Évangile dans la pensée
et les gestes des dirigeants ».
«
»
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Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
de troubles : sur cette crise se greffe
une série de propos que François
a prononcés en privé et qui
se retrouvent sur la place publique,
notamment sur le thème
de l’homosexualité. Ce qui ajoute
à la confusion. L’une des victimes
du père Karadima, Juan Carlos Cruz,
reçu en privé par François
le 2 mai, a ainsi assuré le 19 mai,
dans le quotidien espagnol El Pais
que le pape lui aurait dit : « Juan
Carlos, que tu sois gay n’importe pas.
Dieu t’a fait ainsi, et Il t’aime ainsi
et moi ça ne m’importe pas.
Le Pape t’aime ainsi, tu dois être
heureux avec ce que tu es. »
Ce qui a valu une cinglante mise
au point du Vatican, qui a rappelé
que ces propos étaient « strictement
confidentiels » et qu’ils n’auraient pas
dû être rapportés. Et une mise
au point, en apparence
contradictoire, du Pape – également
exprimée à huis clos devant les
évêques italiens :
« Si vous avez ne serait-ce qu’un doute
minime [sur l’homosexualité
d’un candidat, NDLR],
mieux vaut ne pas le faire entrer. »
« La logique de l’Évangile »
voulue par François est certes l
impide mais elle doit aussi faire
avec la complexité et l’histoire
de l’Église en tant qu’institution.
+
» Lire aussi PAGE 9
FIGAROMEDIAS
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leaders de grands partis politiques
européens. Après le Brexit, ne nous
faisons aucune illusion. Si le pays
dépositaire du traité de Rome venait à
quitter l’UE, cela signifierait la mort à
moyen terme de cette dernière.
Comment en est-on venu là ? L’UE, qui
est la plus belle réalisation diplomatique
du monde depuis soixante ans, a été,
depuis le début de ce millénaire, victime
de deux grands laxismes au sein de ses
deux appareils de décision, la Commission
et le Conseil. Bruxelles n’a pas été capable
de faire respecter leurs engagements
budgétaires par les membres de l’UE. En
outre, aucune harmonie fiscale, sociale et
budgétaire n’a été dessinée, alors qu’elle
est indispensable au bon fonctionnement
de toute Union monétaire. Les premiers
responsables sont bien sûr les
gouvernements des membres de l’UE,
aveuglés par leur court-termisme et leur
électoralisme. Qui plus est, depuis Delors,
ils n’ont désigné à la tête de la Commission
que des médiocres, incapables de corriger
une crise des ciseaux : la double
accumulation des excédents des pays
du Nord et des déficits des pays du Sud.
Le deuxième laxisme de l’UE n’est pas
économique, mais policier.
En se montrant incapable de contrôler
ses frontières et de maîtriser les flux
de migrants venus du monde araboislamique et d’Afrique noire, l’UE a
provoqué successivement la rébellion au
sein du groupe de Visegrad, la cassure du
Brexit, et l’accroissement des suffrages
eurosceptiques partout sur son territoire.
L’UE est un club. Aucun club ne peut
survivre longtemps sans le strict respect
de ses règles par ses membres et sans une
autorité supérieure (ici, le président
de la Commission, qui a le monopole
de l’initiative), capable de fixer un cap
et de s’y tenir.
VOX
…
ÉCOLOGIE
« L’homme doit vivre
au cœur des
écosystèmes, et non
de leurs décombres ! »,
entretien avec Johannes
et Mahaut Herrmann,
auteurs de « La Vie
oubliée. Crise
d’extinction : agir avant
que tout s’effondre »
(Première Partie).
…
SOCIÉTÉ
« En parlant du mâle
blanc, Macron acte
inconsciemment le
scénario de la partition »
La chronique de GillesWilliam Goldnadel
…
INTERNATIONAL
« Emmanuel Macron
face au défi italien »,
l’analyse
du géopolitologue
Alphonse Moura
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Carrières Grand Ouest
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1
ÉDITORIAL Suite de la page 1
A
La France
au cœur
[...]
15
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mardi 29 mai 2018 LE FIGARO
16
Propos recueillis par Paul Sugy
X
LE FIGARO. – Lorsque surviennent les événements
de Mai 68, vous êtes tous deux étudiants à Sciences Po,
et notoirement favorables au général de Gaulle…
Pierre HABIB-DELONCLE. – Absolument. Mon père,
Michel Habib-Deloncle, avait été secrétaire d’État dans
le gouvernement de Pompidou, et était au moment de
Mai 68 député de Paris. Il était encore directeur politique du quotidien gaulliste La Nation.
Xavier LOUY. – J’étais bien connu de mes collègues de
la rue Saint-Guillaume, car j’étais à l’époque élu sur
une liste étudiante : cela m’a valu le privilège d’être
inscrit sur les « listes grises » des gauchistes, c’est-àdire que je n’étais autorisé à pénétrer dans les locaux de
Sciences Po qu’à condition d’y être escorté en permanence par des gorilles de leur service d’ordre. C’est
vous dire l’ambiance qu’il régnait alors !
Vous vivez ensuite dans un climat d’incertitude,
et vous racontez que tout paraissait prêt à basculer…
X.L. – Oui, la période qui va du 24 au 30 mai est marquée par un immense flottement ! Certains commencent à murmurer que le général ne pourra plus
reprendre le pays en main, qu’il doit céder la place à
Pompidou. Le pays, lui, est entièrement bloqué : il
n’y a plus d’essence ni de trains, les fonctionnaires
commencent déjà à se replacer, et même dans les
rangs des députés gaullistes, certains réfléchissent à
retourner leur veste.
P.H.-D. – Même le général ne semble plus sûr de lui. Il a
des informations précises par son ministre de l’Intérieur, Christian Fouchet : il y a de bonnes raisons de
RENCONTRE
avier Louy vient de publier 30 mai 68,
le sursaut populaire*, un témoignage
passionné dans lequel il retrace, heure
par heure, le récit du défilé qui mit un
frein à la contestation de Mai 68. Avec
son compère de toujours, Pierre Habib-Deloncle, qui fut le premier manifestant du 30 mai,
il revient sur ce printemps mouvementé.
Xavier Louy (à gauche,
au côté de Pierre HabibDeloncle) : « Après le défilé
du 30 mai, la France s’est
aussitôt remise au travail.
La pénurie et les grèves
ont cessé, les anarchistes
ont renoncé à renverser
le régime en place, et nous
n’avons pas assisté
à l’instauration d’une
dictature communiste ! »
Xavier Louy : « Nous avons
remporté la bataille de Mai 68 »
Avec Pierre Habib-Deloncle, ils étaient les premiers à manifester le 30 mai 1968,
en soutien au général de Gaulle : ce jour-là, Mai 68 a vécu ses dernières heures.
penser que les militants gauchistes souhaitent marcher
sur l’Élysée, peut-être même de Gaulle craint-il que sa
famille ne soit prise en otage. Le 27 mai, nous assistons
à l’échec des négociations avec le gouvernement : le
pays est au bord de la crise politique totale.
C’est alors que le général disparaît, laissant ses fidèles
dans un complet désarroi. Il n’avait plus même
confiance dans sa police ?
X.L. – Je ne pense pas que ce soit l’explication. Son
départ est surtout une diversion pour laisser vide
l’Élysée, et pour mettre sa famille en lieu sûr : elle
restera d’ailleurs à Baden-Baden un moment après
son retour. Il va surtout s’assurer auprès du général
Massu que l’armée le soutiendra jusqu’au bout : depuis 1962, il n’était plus à l’abri d’une défection des
militaires…
C’est ce jour-là que vous prenez la décision, historique,
de manifester votre soutien au général ?
P.H.-D. – C’est à Pierre-Charles Krieg, un député
parisien, que revient la paternité de cette manifestation ! Il était aux locaux de La Nation avec Alain Ternoir ce jour-là, et s’est écrié : « Faites ce que vous
voulez, mais j’irai manifester demain place de la
Concorde… » Et mon père de l’en dissuader : « Si
nous sommes 20 000, nous remplirons à peine la place ; si nous sommes 50 000, nous pourrons aller jusqu’au rond-point des Champs-Élysées ; il faut être
100 000 pour aller jusqu’à l’Arc de Triomphe ! » Mais
Krieg, qui était alsacien, restait têtu. À ce moment
seulement, la machine se met en branle : on imprime
des tracts, je tente de réquisitionner une voiture avec
des haut-parleurs, puis je rejoins Pasqua rue de Lille
pour organiser un service d’ordre.
Crédit photo : Cyrille Choupas -
Je ne me
« reconnais
pas
DONNER À LA FONDATION ABBÉ PIERRE PERMET D’AIDER
LES PLUS DÉMUNIS TOUT EN RÉDUISANT VOTRE IFI.
Aider les plus démunis, c’est créer des « Pensions de famille » pour
loger les personnes en détresse, développer le réseau d’accueils de
jour des « Boutiques solidarité » destiné aux sans-abri, améliorer et
rendre l’habitat décent grâce à « SOS Taudis », construire des logements
d’insertion avec le programme « Toits d’abord ». Réduire son IFI, c’est
déduire 75% du montant de votre don fait à la Fondation Abbé Pierre,
reconnue d’utilité publique.
A
AIDEZ-NOUS À AGIR ! DONNEZ. don.fondationabbepierre.org
dans la société
actuelle, où
chacun fait passer
ses intérêts
particuliers avant
ceux de son pays.
Mais malgré tout,
cette société reste
bâtie sur l’œuvre
accomplie par
de Gaulle, car les
soixante-huitards,
eux, n’ont rien
construit depuis
cinquante ans.
PIERRE HABIB-DELONCLE
»
Vous avez donc réussi, en 24 heures, à rassembler
un million de personnes… à l’heure où l’on
ne communiquait ni par tweet, ni par SMS !
X.L. – Oui, et encore ne s’agissait-il que de Parisiens,
car la province était immobilisée par la pénurie d’essence. Le général devait parler à la télévision à
20 heures le 30 mai : finalement, il s’exprimera à la
radio, comme pour ranimer « l’esprit du 18 juin », et
avancera son discours à 16 h 30 : les Français l’écoutent sur leur transistor… Et, alors que nous n’étions
que quelques-uns sur la place de la Concorde, nous
avons vu tout à coup des dizaines de milliers de personnes nous rejoindre, c’était impressionnant !
Quittant l’Assemblée pour nous rejoindre, les députés n’en sont pas revenus. Cette vague de soutien populaire au général était totalement spontanée ! C’est
alors que notre cortège s’est ébranlé, Pierre et moi
nous sommes placés en tête, et lorsque nous avons
atteint l’Arc de Triomphe, nous avons contemplé
derrière nous une véritable marée humaine. Ce fut
certainement, de toute l’histoire des démocraties, le
rassemblement le plus important en faveur d’un régime en place !
Vous affirmez dans le livre que vous avez « remporté
la bataille de Mai 68 ». Pourtant, il est permis
d’en douter : cinquante ans plus tard, la bataille
des idées n’a-t-elle pas été gagnée
par les soixante-huitards ?
X.L. – Nous avons remporté la bataille de Mai 68
dans la mesure où, après le défilé du 30 mai, la France s’est aussitôt remise au travail. La pénurie et les
grèves ont cessé, les anarchistes ont renoncé à renverser le régime en place, et nous n’avons pas assisté
à l’instauration d’une dictature communiste ! S’ils
avaient pris le pouvoir à ce moment, que serionsnous devenus ? Ensuite, c’est vrai que la bataille
culturelle nous a en partie échappé. Je crois que c’est
essentiellement parce que les médias de l’époque,
très hostiles au général, ont fait triompher ensuite le
gauchisme culturel et « l’esprit de 68 ».
P.H.-D. – En affichant un tel soutien au général,
nous lui avons permis de revenir dans le jeu et de reprendre en main le pays, ce qu’il a pu faire tout en
écoutant les revendications du camp d’en face, car
une manifestation n’aurait pas suffi pour gommer le
vent de contestation qui s’était levé. Mais si nous
n’avions été que 100 000, de Gaulle aurait dû probablement quitter le pouvoir et la France serait tombée
dans le chaos. Du reste, je ne me reconnais pas dans
la société actuelle, où chacun fait passer ses intérêts
particuliers avant ceux de son pays. Mais malgré
tout, cette société reste bâtie sur l’œuvre accomplie
par de Gaulle, car les soixante-huitards, eux, n’ont
rien construit depuis cinquante ans. ■
*« 30 mai 68 , le sursaut populaire», par Xavier Louy,
éd. L’Harmattan, avril 2018, 12 €.
DENIS DUPOUY/LE FIGARO
psugy@lefigaro.fr
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mardi 29 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 952 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
FISCALITÉ
SHISEIDO
LA TVA RÉDUITE A PLUS BÉNÉFICIÉ
AUX RESTAURATEURS
QU’AUX CLIENTS PAGE 21
Gurria :
« On ne peut
pas stopper
la mondialisation »
LE GÉANT JAPONAIS
DES COSMÉTIQUES PRÊT
À ACCÉLÉRER PAGE 22
La charge de
Procter & Gamble
contre les géants
de l’Internet
WILD WATERS VENTURES , JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO, FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Marc Pritchard, le directeur marketing
du groupe, exige plus de transparence.
Le premier annonceur mondial avec
un budget de 10 milliards de dollars,
Procter & Gamble, est en mesure de
peser sur l’organisation du marché publicitaire. Depuis deux ans, Marc Pritchard, le directeur marketing du leader américain des produits d’entretien, bataille pour forcer les géants
de la publicité numérique à être plus
transparents.
Dans un entretien exclusif au Figaro,
Marc Pritchard explique pourquoi il a
coupé ses investissements publicitaires
digitaux de 200 millions de dollars. Se-
lon lui, une part importante de la publicité digitale est investie en pure perte car elle est vue par des robots, mise
sur des sites aux contenus peu recommandables ou alors elle exaspère les
internautes car elle est trop intrusive.
Grand défenseur du nouveau règlement européen pour la protection des
données personnelles (RGPD), Marc
Pritchard plaide pour que les agences
médias et les plateformes numériques
se réforment. Il exige d’obtenir plus de
résultats tout en dépensant moins
d’argent. PAGE 25
Le projet de loi avenir professionnel
arrive à l’Assemblée
À la veille de sa réunion annuelle qui accueille
cette année Emmanuel Macron, Angel Gurria, le secrétaire
général de l’OCDE, accorde un entretien au Figaro.
Un moment délicat pour l’organisation internationale,
chantre du multilatéralisme, alors que les États-Unis
de Donald Trump prônent le protectionnisme. PAGE 18
TECHNOLOGIE
Salwa Toko,
à la tête du nouveau
Conseil national
du numérique PAGE 24
LA SÉANCE
DU LUNDI 28 MAI 2018
CAC 40
5508,93
-0,61%
DOW JONES
Marché clos
ONCE D’OR
1303,50 (1303,50)
PÉTROLE (lond)
75,170 (76,190)
EUROSTOXX 50
3482,64 -0,93%
FOOTSIE
Marché clos
NASDAQ
Marché clos
NIKKEI
22481,09 +0,13%
président de la République de simplifier les systèmes de formation et d’apprentissage pour coller plus aux besoins des entreprises, mais aussi
d’accorder des allocations-chômage
aux démissionnaires et indépendants.
Toutes ces dispositions forment
l’acte II de la rénovation du modèle
social promis par Emmanuel Macron
aux Français. PAGE 20
Goldman Sachs place ses pions dans
une des jeunes pépites du jeu vidéo
français. La banque a investi pas
moins de 200 millions de dollars dans
la start-up Voodoo, spécialisée dans
la création et l’édition de jeux vidéo
pour mobile. Elle en devient l’actionnaire de référence via son fonds West
Street Capital Partners VII, aux côtés
des deux fondateurs de la société, qui
restent majoritaires au capital.
Voodoo a été fondé en 2013 et n’avait
jusqu’à présent levé que 3 millions
d’euros. Avec l’arrivée de Goldman
Sachs, la start-up change de dimension. Elle entend utiliser les fonds pour
se développer à l’international et se
renforcer aux États-Unis, qui sont
déjà son premier marché. Son effectif
devrait plus que doubler d’ici la fin
2018, passant de 60 à 150 personnes.
La société, basée dans le IXe arrondissement de Paris, couvre les principaux métiers de l’industrie du jeu vidéo sur smartphone. Elle conçoit des
jeux dits « casuals » (destinés au
grand public), finance et édite des
projets extérieurs et distribue sur les
plateformes de téléchargement
d’autres jeux de studios externes.
Voodoo est spécialisée dans l’acquisition d’audience et dans la monétisation de jeux téléchargeables gratuitement. Elle propose aux studios de les
aider à affiner leurs mécaniques de
monétisation et s’occupe d’en faire la
promotion sur l’App Store ou Google
Play, contre une part sur les ventes.
Voodoo revendique 300 millions de
téléchargements de jeux sur mobile
en 2017, et espère franchir la barre du
milliard en 2018. Parmi ses succès figurent les jeux Paper.io, Helix Jump
ou Flying Arrow. Les titres qu’il produit ou édite figurent en bonne place
dans le top 20 des jeux mobiles les
plus téléchargés et les plus lucratifs
sur smartphone, en France comme
aux États-Unis. La société reste toutefois loin des cadors du genre comme King (Candy Crush) ou Supercell
(Clash of Clans). Son concurrent direct est le français Ketchapp (2048),
qui propose des services similaires
aux studios. La start-up a été rachetée en 2016 par le géant Ubisoft, qui
voulait ainsi se renforcer sur le marché du mobile.
CHLOÉ WOITIER
La Cour des comptes
s’inquiète des fraudes
Un investisseur français plonge
au secours de la source italienne Frisia à la Sécurité sociale
L'HISTOIRE
maginez un monde où la Volvic
ou la Vichy disparaîtrait des rayons
et des tables françaises. C’est ce qu’ont
connu il y a deux ans les Italiens, après
la liquidation de la société exploitant
la source Frisia. Ce cours transalpin situé
dans le massif glacier de la Bernina a donné
son nom à l’une des eaux phares d’Italie,
bien connue des trattorias locales. Selon nos
informations, un Français
se pose en sauveur de
cette eau de source. Parmi
la dizaine de candidats
à la reprise, Wild Waters
Ventures (WWV), un fonds
créé par Édouard Le Marié,
a obtenu la concession
pour le groupe de sources
comprenant la Frisia
et ses 3 milliards de litres
de flux annuel, mais aussi
la Bernina et l’Acqua degli
Angeli (l’eau des anges).
Le fonds a mis 30 millions
d’euros sur la table
(investissements
marketing compris) pour
s’adjuger la concession
I
des sources pendant trente ans et relancer
la production de l’usine d’embouteillage de
Santa Croce Di Piuro. À terme, celle-ci produira
300 millions de bouteilles par an, dont un tiers
pour Frisia. Les premières bouteilles seront
commercialisées d’ici à octobre.
« Trois enseignes nous ont déjà appelés pour
s’assurer qu’on ne les oublierait pas, explique
Édouard Le Marié. C’est une position plutôt
confortable, car le marché
semble déjà acquis. »
Les deux tiers des volumes
restants seront consacrés
à la Saint-Moritz, nouvelle
marque premium que WWV
destine aux restaurateurs
et hôteliers haut de gamme.
Puisées dans les flots
de la Bernina, ses premières
bouteilles arriveront
en novembre sur les tables
de la commune du même
nom, puis partout dans
le monde. Pour apporter
de l’eau à son moulin,
WWV embauchera
de 150 à 160 personnes. ■
OLIVIA DÉTROYAT
La Cour des comptes a certifié
lundi les comptes 2017 de la
Sécurité sociale - soit un déficit, toutes branches confondues, de 2,2 milliards d’euros
(contre 4,1 milliards en
2016) - mais demande plus
d’efforts dans la lutte contre
la fraude et les prestations indûment versées.
Les magistrats de la Rue Cambon notent que le risque de
fraude et d’indus s’est « nettement accru » dans la branche maladie, où les anomalies
détectées sur un échantillon
de dossiers ont conduit la
Cour à revoir son estimation
de 1 à 1,9 milliard d’euros
pour les seuls frais de santé.
Ce quasi-doublement « coïncide avec l’allègement, à partir
de 2016, des contrôles a priori », relève la Cour, précisant
que les irrégularités « constituent des indus à hauteur de
90 % », principalement au
profit de pharmaciens, infirmiers, ambulances et taxis.
Pour les indemnités journa-
lières (versées en cas de maladie ou maternité), le risque
financier est évalué à
418 millions d’euros, mais ce
montant est « une valeur minimale », selon la Cour, qui juge
la détection des erreurs « très
insuffisante ».
Dans la branche famille, le
risque d’irrégularités est stable mais demeure à un niveau
élevé : 4,3 milliards d’euros,
dont 1,5 milliard pour le RSA,
1,2 milliard pour les allocations logement et 0,9 milliard
pour la prime d’activité. Là
encore, la Cour pointe « les
faiblesses du contrôle interne »
de la Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf).
Le même reproche est adressé
à la Caisse nationale d’allocation vieillesse (Cnav), dont les
erreurs lors du calcul des retraites attribuées en 2017
coûteront à terme environ
700 millions d’euros « sur
toute la durée de versement des
pensions », soit un peu plus de
vingt ans en moyenne.
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
Les députés entament ce mardi aprèsmidi en commission des affaires sociales l’examen du projet de loi réformant la formation professionnelle,
l’assurance-chômage et l’apprentissage, baptisé « pour la liberté de choisir
son avenir professionnel ». Le texte,
porté par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, reprend les principales
promesses sociales de campagne du
GOLDMAN
SACHS INVESTIT
DANS LE JEU
VIDÉO FRANÇAIS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 29 mai 2018 LE FIGARO
18
L'ÉVÉNEMENT
Bio EXPRESS
37
374
1950 Né à Tampico au Mexique, Angel Gurria a étudié l’économie à Mexico
puis à l’université de Leeds, en Grande-Bretagne, où il a obtenu un master
en économie. 1994 Après avoir accompli une partie de sa carrière dans
la fonction publique, il est nommé ministre des Affaires étrangères puis
en 1998 ministre des Finances. Il s’est illustré dans la gestion de la crise
financière en renégociant la dette du pays. Il a aussi participé aux
négociations commerciales sur le traité de libre-échange avec les États-Unis
et le Canada (Alena) 2006 Il devient secrétaire général de l’OCDE. Reconduit
en 2015 pour la deuxième fois, son mandat expire en 2021.
États membres
millions d’euros
depuis l’adhésion de la
Colombie, vendredi dernier.
L’OCDE, assimilée au
« club des pays développés »
a des adhérents en Europe,
en Asie et en Amérique latine
Budget de l’OCDE en 2017.
Les États-Unis financent 20 %
de la partie pérenne du budget
(200 millions d’euros). Le reste est
financé par certains membres selon
les programmes concernés
70
ministres
réunis pour le forum
qui attend 3 000 personnes.
Emmanuel Macron ouvrira
la session ministérielle,
présidée cette année
par la France
Avis de tempête sur le multilatéralisme
Macron intervient à la réunion annuelle de l’OCDE sur fond de protectionnisme défendu par Trump.
INTERNATIONAL Jamais des vents
contraires n’ont soufflé aussi fort
sur l’OCDE, l’organisation internationale basée à Paris, à la veille
de sa grande réunion annuelle
marquée par la présence d’Emmanuel Macron. Il faut dire que la
mondialisation et la coopération
multilatérale, « raison d’être » de
l’institution, selon les propres termes d’Angel Gurria, son secrétaire
général, sont mis à mal.
Ironie de l’histoire, l’offensive la
plus bruyante contre le libreéchange vient des États-Unis. La
première puissance mondiale est
pourtant à l’origine de la création
de l’OCDE (Organisation pour la
coopération et le développement
économique), en 1961. L’institution installée au château de la
Muette à Paris, en bordure du bois
de Boulogne, prenait alors la suite
de l’OECE, créée en 1948 afin de
répartir en Europe l’aide massive
du plan Marshall et de consolider
le bloc atlantiste face au camp soviétique. Fort de cette histoire, et
en application d’un financement
proportionnel au poids économique de chacun, l’Amérique de Donald Trump reste le premier pourvoyeur de fonds de l’OCDE, à
hauteur de 20 % de son budget en
2017. Une situation délicate qui
explique la prudence d’Angel Gurria, le Mexicain qui dirige l’institution depuis douze ans dans ses
propos à l’égard des États-Unis.
des multiples tables rondes : « Refonder le multilatéralisme ».
Comme toutes les enceintes internationales où se concertent des
dizaines de pays (une centaine
d’États, bien davantage que les
37 membres, participent aux tra-
vaux de l’OCDE), l’efficacité de
l’organisation de la Muette est régulièrement mise en cause.
L’OCDE s’est fait connaître du
grand public en publiant son classement Pisa, sur l’éducation, devenu une référence internationa-
Efficacité en question
Ce contexte particulier lié à l’hostilité de Donald Trump pour le
multilatéralisme va animer le forum annuel de l’OCDE, qui réunit
environ 70 ministres venus des
États membres ou de pays observateurs et 3 000 participants. La
réunion ministérielle 2018 aura
décidément un relief particulier.
La France la préside cette année et
Emmanuel Macron prononcera un
discours, mercredi en début
d’après-midi. C’est le président
français qui a soufflé le thème retenu cette année comme fil rouge
Gurria : « On ne peut pas
stopper la mondialisation,
il faut la maîtriser »
PROPOS RECUEILLIS PAR
ANNE CHEYVIALLE£@AnneCheyvialle
ET FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
Angel Gurria, le secrétaire général
de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), en appelle aux États pour
soutenir la croissance et réduire les
déséquilibres mondiaux.
A
LE FIGARO. - La coopération
multilatérale est mise à mal
par les États-Unis,
première puissance économique
qui est à l’origine même de l’OCDE.
Êtes-vous préoccupé ?
Angel GURRIA. - Naturellement. Et
c’est bien pour cette raison que
nous insistons dans notre forum
cette année sur le multilatéralisme.
La montée du protectionnisme et
du nationalisme ne concerne pas
que les États-Unis. C’est une tendance générale. C’est peut-être
parce qu’il s’agit de la première
économie du monde qu’on en parle
tant au sujet des États-Unis. Nous
sommes face au défi de la mondialisation. Tout comme la révolution
numérique, il est impossible de la
stopper mais il faut la maîtriser, la
corriger, l’ajuster, car trop de gens
sont laissés de côté.
Quelles solutions proposez-vous
aux exclus de la mondialisation ?
Des politiques publiques ! Cela veut
dire du soutien, des systèmes de sécurité sociale, des assurances-chômage. Il faut des politiques adaptées
pour faciliter la réinsertion des
chômeurs. Certains perdent leur
emploi après des fermetures d’usines, d’autres pour des raisons plus
structurelles car ils sont par exemple dépassés par les nouvelles technologies. Le problème vient d’une
inadéquation des compétences aux
besoins du marché du travail. Il faut
dresser un diagnostic et cibler les
opportunités. Avec une difficulté
particulière en Europe : un plus
grand frein à la mobilité. C’est
culturel. Les Européens sont atta-
José Ángel Gurría Treviño,
secrétaire général de l’OCDE,
vendredi à Paris.
J.-C. MARMARA LE FIGARO
chés à la terre. Alors qu’aux ÉtatsUnis, la mobilité est beaucoup plus
facile, les personnes n’hésitent pas
à changer d’État, à lâcher leur logement. La clé, ce sont les compétences. Notre rôle à l’OCDE est d’encourager les meilleures pratiques,
de faire circuler les plans d’action
pour inspirer les pays.
elles ont un point commun : elles
prennent du temps pour donner
des résultats.
Les dirigeants
« politiques
doivent
C’est ce qui explique
l’Europe
à deux vitesses ?
L’Allemagne a comdonner une direction,
mencé
beaucoup
exprimer une volonté.
plus tôt avec les lois
Hartz. Treize ans
D’autant plus dans
plus tard, elle contile contexte actuel
nue à en bénéficier
compliqué en raison des
avec une situation
de quasi-plein emtensions commerciales
ploi. Les Espagnols,
et géopolitiques
qui ont introduit la
ANGEL GURRIA, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
flexibilité à partir de
DE L’OCDE
2012, engrangent les
premiers bénéfices
depuis deux ans. Le
chômage, même s’il
reste élevé, a reculé de
10 % ! L’Italie, après le
Jobs Act de Renzi, a créé
1 million d’emplois en trois
ans. En France, les résultats
sont plus récents, sous l’effet
de la loi El Khomri et des réformes engagées par Macron. Cela
montre bien que les performances
sont directement liées à la législation,
donc que les réformes fonctionnent.
Donald Trump n’est pas un adepte
de la coopération multilatérale,
il préfère le rapport de force
bilatéral…
Certes, mais prenez l’accord sur le
climat. L’annonce du retrait américain était une mauvaise nouvelle,
nous avons exprimé notre regret
dans un communiqué. Mais la réalité du terrain montre qu’à l’échelle
des États, des villes, des entreprises, des syndicats, de la société civile, aux États-Unis, la lutte contre
le changement climatique avance.
On redoutait que d’autres pays imitent les États-Unis et se retirent. Au
contraire, il y a eu un renforcement
autour de l’accord de Paris. On espère que les États-Unis reconsidéreront leur décision.
Beaucoup redoutent une escalade
et une vraie guerre commerciale.
À ce stade, il n’y a pas de guerre.
Des menaces, oui, mais aucune
hausse de tarif effective, ni sur la
Chine, ni sur le Mexique, ni sur la
Corée. Il y a eu certes une annonce
sur des tarifs douaniers, différée
deux fois. C’est peut-être une forme de provocation. Depuis, il y a
des négociations, beaucoup de
voyages, de coups de téléphone.
Sur la question des surcapacités
d’acier, nous – l’OCDE - avons proposé une alternative en lançant un
forum. Cela a été fait dans l’enceinte du G20, lors du sommet de Hangzhou, en Chine, le pays précisément
responsable des surcapacités.
L’Administration Trump a ratifié ce
forum. C’est un exemple concret
d’initiative où l’on parle d’autre
chose que de tarifs douaniers.
D’ailleurs, les industriels de l’aluminium voudraient s’en inspirer.
le. Elle ausculte la conjoncture
mondiale et produit des études
comparatives sur le travail ou la
croissance avec pour objectif de
« définir les bonnes pratiques ».
Ces dernières années, mandatée
par les grandes puissances du G20,
l’OCDE s’est attelée à la lutte
contre l’évasion fiscale, et plus récemment, à la taxation des entreprises du numérique. Enfin, depuis deux ans, l’organisation a été
chargée, toujours par le G20, de
réduire les surcapacités mondiales
d’acier. Angel Gurria défend l’utilité de ce forum sur l’acier, quand
Washington déplore son absence
de résultats.
Malgré ce contexte tendu, le
secrétaire général espère que la
réunion produira un communiqué
final unique. L’an dernier, faute
d’accord de l’Administration
Trump pour condamner le protectionnisme, l’organisation chantre
du multilatéralisme et du libreéchange n’était pas parvenue à en
publier un. ■
F. N.-L.
»
Emmanuel Macron va prononcer
un discours mercredi au forum
de l’OCDE. En attendez-vous
des initiatives concrètes ?
Les dirigeants politiques ne sont
pas là pour apporter des solutions
techniques, mais ils doivent donner une direction, exprimer une
volonté. D’autant plus dans le
contexte actuel compliqué en raison des tensions commerciales et
géopolitiques.
Entre le regain de tensions,
la hausse des prix du pétrole
et le renchérissement du dollar,
le panorama de la conjoncture
mondiale ne s’est-il pas nettement
assombri ?
Notre grand défi, c’est de consolider la croissance. Il existe pour cela
trois instruments : la politique monétaire, la flexibilité budgétaire et
les réformes structurelles. La politique monétaire arrive à son terme, les banques centrales avancent progressivement vers la
normalisation ; on ne peut pas rester drogué aux liquidités monétaires. Il reste encore un peu de
temps. La crise a commencé deux
ans plus tôt aux États-Unis qu’en
Europe. Sur le plan budgétaire, les
marges de manœuvre sont limitées, sachant que la dette moyenne
des pays de l’OCDE atteint 100 %
du PIB. Le Mexique ou le Chili sont
très peu endettés comparés à l’Italie, la Grèce ou le Japon. Quant aux
réformes structurelles - éducation, marchés du travail, concurrence, régulation, innovation… –,
Sur la taxation du numérique,
combat mené activement par
l’OCDE, on est loin d’un consensus.
Êtes-vous favorable à des mesures
de court terme comme le propose
l’UE, poussée par la France ?
C’est une certitude, il faut taxer le
numérique. Et nous comprenons
l’impératif politique de beaucoup
de pays d’être mobilisés et d’agir
face aux géants du numérique qui
engrangent des centaines de milliards de profits et paient très peu
d’impôts. La question, c’est comment et quand. Le sujet est très
compliqué et il faut trouver une solution acceptée par tous. Nous
avons décidé d’avancer l’échéance
initiale de 2020, on va essayer pour
2019. Mais il ne faut pas faire à court
terme des choses qui pourraient
peut-être bloquer le long terme. ■
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mardi 29 mai 2018 LE FIGARO
20
ÉCONOMIE
Les députés veulent
amender, un peu,
le projet de loi
avenir professionnel
Le texte réformant la formation, l’apprentissage
et l’assurance-chômage débarque en commission.
MANON MALHÈRE £@ManonMalhere
SOCIAL La semaine s’annonce
particulièrement chargée pour les
députés de la commission des
Affaires sociales, qui débutent, ce
mardi après-midi, l’examen du
projet de loi « pour la liberté de
choisir son avenir professionnel »
porté par Muriel Pénicaud. Il s’agit
de l’acte II des réformes sociales,
engagé par le gouvernement
Philippe après l’adoption à
l’automne des ordonnances réformant le Code du travail.
Plus de 1 200 amendements
(1 230 à ce stade) ont été déposés
par les différents groupes politiques pour amender ce texte clé du
quinquennat qui vise à réformer,
en même temps, la formation professionnelle, l’apprentissage et
l’assurance-chômage. Et le calendrier est serré. Les parlementaires
de la commission espèrent procéder au vote d’ici à la fin de la semaine en vue d’entamer l’examen,
en session, le 11 juin. L’objectif du
gouvernement est de boucler le
dossier avant la fin de l’été pour se
consacrer, ensuite, à la mise en
œuvre opérationnelle de ces réformes structurelles, qui s’annonce
fastidieuse.
Et pour cause ! Avec ce texte, le
gouvernement entend transformer en profondeur les systèmes de
formation et d’apprentissage afin
d’inciter les individus à se former
et à acquérir des compétences qui
répondent aux besoins du marché
du travail en pleine mutation. « La
compétence, c’est très clairement et
sans aucun doute la meilleure protection contre le chômage et la précarité – c’est ce que j’appelle la protection active, insistait lors de son
audition par la commission, le
23 mai, la ministre du Travail. Il
faut des filets de sécurité défensifs,
notamment sur le plan financier.
Mais la meilleure protection active,
je le répète, c’est la compétence. »
Le texte présenté en Conseil des
ministres le 27 avril dernier ne devrait pas être profondément modifié, et encore moins bloqué, dans la
mesure où le gouvernement a une
confortable majorité à l’Assemblée. Toutefois, les débats s’annoncent intenses, voire mouvementés, sur plusieurs points. « Le
projet de loi ne passera pas comme
1 230
Nombre
d’amendements
déposés
en commission
une lettre à la poste : en dehors de la
majorité, ça va être très compliqué », estime ainsi Gérard Cherpion, député LR des Vosges et spécialiste des questions d’emploi. Et
ce sans compter, précise-t-il, que
« les députés ne connaissent pas le
texte dans son intégralité ». L’élu
critique notamment l’adoption
d’un bon nombre de décrets et de
quelques ordonnances pour préciser des aspects clés une fois le projet de loi adopté.
Une critique également formulée du côté gauche par le communiste Pierre Dharréville, qui fustige
« des renvois par trop systématiques
à des décrets qui empêchent de
connaître réellement les modalités
d’application ». Quant au fond du
dossier, « il n’y a pas de sécurisation des parcours individuels, comme le disait la ministre. Rien, dans
cette réforme, ne fait en sorte que le
système sera moins compliqué
qu’aujourd’hui », estime encore
Gérard Cherpion.
Concernant le volet formation,
nombre d’amendements visent les
dispositions relatives au compte
Le premier ministre, Édouard Philippe, et Muriel Pénicaud, ministre du Travail, à Matignon.
personnel de formation (CPF) qui
permet à chaque actif de se former
et qui ne fonctionne pas aujourd’hui. Pour inciter davantage les
individus à le mobiliser, le gouvernement veut l’alimenter en euros
et non plus en heures. Ce qui est
loin de faire l’unanimité des députés qui craignent des effets pervers.
“
La meilleure
protection active,
c’est la compétence
”
MURIEL PÉNICAUD, MINISTRE DU TRAVAIL
Comme, par exemple, une marchandisation poussée de la formation. « Je reste particulièrement
convaincue que la monétisation du
CPF permettra aux salariés de s’en
saisir et de gagner en autonomie
pour se former », rétorque la rap-
porteure LaREM Catherine Fabre,
en charge de la formation professionnelle et de l’apprentissage.
Autre aspect sensible, la création
d’une agence nationale - baptisée
France Compétences - pour réguler la formation et l’alternance. Selon le projet de loi, cette agence
remplacera les (trop) nombreuses
instances paritaires qui gèrent
aujourd’hui le système de formation et fait craindre, aux plus sceptiques des députés, une décentralisation non assumée. Le volet
apprentissage de la réforme risque
également susciter de vives discussions. Le texte prévoit en effet
de retirer le pilotage du système (et
les financements qui vont avec)
aux régions pour le confier aux
branches professionnelles. Un sujet politiquement sensible.
Enfin, les députés plancheront
sur la réforme de l’assurance-chô-
Nocibé recrute et déploie sa politique handicap
Jusqu’alors,
« Nocibé
organisait
ses journées
de
recrutement
dans
des hôtels
et donnait
l’impression
de faire
les choses
en catimini
»
DAVID HERZ,
COFONDATEUR
DE L’AGENCE
DE COMMUNICATION
TELL ME THE TRUFFE
CORINNE CAILLAUD
£@corinnecaillaud
Alors que le gouvernement prépare le projet de loi avenir professionnel, 500 000 personnes en
situation de handicap sont privées
d’emploi en France. Leur taux de
chômage, qui s’établit à 19 %, est
aujourd’hui deux fois plus élevé
que la moyenne. Or « la société
n’est pas un club où certains
auraient le droit d’entrer et où
d’autres resteraient sur le seuil »,
souligne le professeur Charles Gardou, anthropologue, spécialiste
des questions du handicap et du
mouvement inclusif. Lorsque des
entreprises veulent déployer leur
politique handicap, certains clichés ont pourtant la vie dure, et
elles ont toutes les peines du monde à recruter.
C’est le cas du distributeur de
parfum et cosmétique Nocibé, numéro deux du marché français
derrière Sephora. Aujourd’hui,
l’enseigne emploie seulement
85 collaborateurs handicapés (sur
un total de 4 000 salariés). Elle
souhaiterait faire plus, mais se
heurte à un frein : les candidats
pensent que le monde de la beauté
leur est fermé. Le distributeur lance donc pour la première fois, jusqu’au 5 juin, le Handi Talent Tour
by Nocibé, une campagne de
recrutement pour personnes handicapées dans cinq villes de France
(Aix-les-Bains,
Saint-Nazaire,
Cannes, Le Mans et Sète). Des
dizaines d’emplois, allant du
conseiller vente à l’esthéticienne
en passant par celui de responsable
adjoint de magasin, sont ouverts,
tant aux femmes qu’aux hommes.
Message d’ouverture
Il s’agit de postes à temps complet
comme à temps partiel, en CDI et
CDD. Une caravane, de type caravane américaine en aluminium,
relookée aux couleurs de l’ensei-
gne, et munie d’une rampe d’accès
stationnera dans ces communes.
Les personnes intéressées pourront s’y présenter pour des entretiens d’embauche, même sans
préinscription sur le site de l’enseigne. « Jusqu’alors, Nocibé organisait ses journées de recrutement
dans des hôtels et donnait l’impression de faire les choses en catimini.
L’habillage de la caravane est un
média publicitaire en lui-même et
permet d’éveiller la curiosité »,
souligne David Herz cofondateur
de l’agence de communication Tell
me the Truffe, spécialiste des questions de diversité, qui conseille
l’enseigne dans cette campagne de
recrutement. Le but est de favoriser le bouche-à-oreille et de faire
passer un message d’ouverture.
Nocibé accompagne en effet ses
collaborateurs handicapés. Des
ergothérapeutes organisent leurs
lieux de travail en fonction de leurs
besoins et le reste du personnel est
formé pour s’adapter à eux. ■
Gabriel Attal : « Il faut aider les Français à s’émanciper »
J’entends
« des
gens
qui disent
qu’il faut
faire plus
et plus vite.
Qu’ils
commencent
à dire
ce qu’on
a déjà fait
A
GABRIEL ATTAL,
DÉPUTÉ LAREM
»
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
Député des Hauts-de-Seine,
Gabriel Attal défend le projet de
loi avenir professionnel qui va
« aider les Français à s’émanciper
par le travail et la formation ».
« Un ouvrier a dix fois moins de
chances qu’un cadre supérieur de
bénéficier de la formation professionnelle alors qu’il en a sans doute
dix fois plus besoin », souligne le
parlementaire de la République en
marche, invité lundi du « Talk
Le Figaro ». Le texte du gouvernement a pour but de « faire sauter des intermédiaires » entre les
salariés et les offres de formation.
« Il faut un accès plus direct avec
les formateurs », argue Gabriel
Attal, rappelant que l’exécutif
veut passer « d’un système où le
compte formation est crédité en
heures à un compte en euros »,
permettant aux salariés de « savoir plus facilement à quelles formations » ils ont le droit.
Le député indique que le texte
doit également répondre à la problématique des NEET, ces jeunes
de 18 à 25 ans qui n’ont ni emploi
ni formation. Ils seraient un million dans l’Hexagone. « L’idée
c’est de dire qu’à partir du lycée,
jusqu’à l’entrée dans la vie active,
on refond complètement la manière
dont les jeunes sont accompagnés
vers l’emploi », plaide l’élu.
D’une manière générale, il défend le projet global de l’exécutif :
« Il y a des Français qui sont freinés
par des blocages pour saisir un emploi et s’émanciper. Nous, on va répondre à leurs demandes en cassant tous ces blocages. » Et de faire
fi de certaines critiques, y compris
émises au sein de la majorité, qui
laissent entendre que le gouvernement ne porte pas une politique
suffisamment sociale. « J’entends
des gens qui disent qu’il faut faire
plus et plus vite. Qu’ils commencent à dire ce qu’on a déjà fait.
Quand on dédouble les classes,
dans les zones en réseau d’éducation prioritaire, quand on transforme la formation professionnelle et
l’apprentissage, quand on double le
budget de l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine,
NDLR) dans les quartiers, quand on
fait des emplois francs, quand on
lance la police de sécurité du quotidien, il faut le dire », tance Gabriel
Attal, qui a fait ses classes au Parti
socialiste avant de rejoindre
LaREM.
Interrogé sur l’éventualité
d’une baisse prochaine des aides
sociales, comme l’a évoqué Bruno
Le Maire, il élude. « Il s’agit de
dire comment les prestations qui
sont proposées aujourd’hui sont
efficaces pour inciter à la reprise
d’emploi. Il ne s’agit pas de faire du
rabot », assure-t-il. ■
ALBERT FACELLY/DIVERGENCE
mage qui vise, notamment, à créer
un nouveau droit à l’indemnisation pour les démissionnaires et les
indépendants
sous
certaines
conditions. Lors du débat en commission avec la ministre du Travail, le rapporteur LaREM en charge du dossier, Aurélien Taché, a
déjà fait savoir qu’il voulait « enrichir le texte ». Par exemple,
concernant le droit à indemnisation chômage pour les indépendants, le projet de texte impose
notamment d’être en liquidation
ou en redressement judiciaire.
« On risque de laisser en dehors du
dispositif une partie de ceux que l’on
pourrait nommer les nouveaux indépendants, comme les microentrepreneurs et les personnes qui travaillent pour des plateformes »,
explique le député, qui va donc
proposer qu’ils aient aussi droit à
l’assurance-chômage. ■
EN BREF
UNE « VIGNETTE »
POUR FINANCER
LES INFRASTRUCTURES
£ Le gouvernement proposera
la création d’une « vignette
temporaire », acquittée par
les transporteurs routiers,
pour financer les infrastructures
de transport, a déclaré
Élisabeth Borne, la ministre
des Transports, lundi. Cette
contribution serait intégrée
à la loi d’orientation sur
les mobilités (LOM) dont le texte
sera présenté prochainement
en Conseil des ministres.
CRÉDIT MUTUEL : L’ACPR
APPELLE AU DIALOGUE
£ Pour sortir du groupe
bancaire mutualiste Crédit
mutuel, Arkéa devra rétablir
le dialogue avec la holding
de tête, la Confédération
nationale du Crédit mutuel,
a expliqué lundi l’ACPR,
le gendarme financier.
« Une sortie éventuelle […]
serait une opération complexe
soulevant une problématique
inédite », a déclaré
François Villeroy de Galhau,
le gouverneur de la Banque
de France.
CUBA VA OUVRIR UN
PEU PLUS L’ÉCONOMIE
£ Le Parlement cubain
va lancer samedi une réforme
de la Constitution afin d’ouvrir
un peu plus l’économie, sans
modifier toutefois le « caractère
irrévocable du socialisme » sur
l’île, ont annoncé les autorités
lundi. Ces réformes instillent
une dose d’économie de marché
dans un système largement
étatisé, où le salaire mensuel
moyen ne dépasse pas
30 dollars. L’objectif
est aussi d’attirer davantage
d’investissements étrangers.
GABRIEL ATTAL, hier,
dans le studio du Figaro.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
+@
» RGPD : premières
plaintes contre les géants
du Web en France et en Europe
» Les doggy bags vont devenir
obligatoires dans les restaurants
www.lefigaro.fr/economie
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 29 mai 2018
ÉCONOMIE
21
Le Sénat compte améliorer le projet de réforme ferroviaire
Après un votre massif à l’Assemblée, le texte du projet de loi est débattu au Sénat. Vote solennel le 5 juin.
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
TRANSPORT Cette fois, c’est au
Sénat que le projet de loi de réforme ferroviaire entre en piste.
Trois jours de débat sont prévus,
avant un vote solennel le 5 juin.
Le texte soumis aux sénateurs a
été enrichi de nouveaux amendements en commission. Certains
ont été réclamés par les organisations syndicales, la CFDT et
l’Unsa. Les deux syndicats réformistes ont en effet demandé des
garanties sur l’incessibilité des capitaux de la SNCF, et non pas seulement de la société tenant lieu de
holding pour le groupe. Le capital
de SNCF Réseau, le gestionnaire
des infrastructures, et celui de
SNCF Mobilités, qui fait rouler les
trains, seront entièrement publics
et les titres de ces sociétés ne
pourront pas être cédés à un investisseur. La CGT et SUD, persuadés que la réforme ferroviaire
prépare une privatisation du
groupe SNCF, ne seront probablement pas convaincus par cette
inscription noir sur blanc dans le
texte de loi. Autre précision : la
logistique et le transport de marchandises restent dans le champ
des missions du groupe public.
D’autres inquiétudes, portant
sur les modalités de « transfert »
des salariés, ont été pointées par
les organisations syndicales. En
effet, lorsqu’un concurrent de la
SNCF remportera un appel d’offres pour l’exploitation des TER,
les salariés, dont plus de 50 % de
l’activité est concernée par ce
contrat, seront « obligatoirement » transférés.
Priorité au volontariat
Le texte adopté en commission par
le Sénat prévoit de donner la priorité « la plus large possible au volontariat » pour ces salariés : pas
de transfert s’il implique un changement de résidence en dehors de
la région ; proposition de reclassement faite par la SNCF en cas de
refus pour un salarié qui consacre
moins de la moitié de son activité à
ce lot. Par ailleurs, les salariés
transférés pourront bénéficier
d’une condition de retour à la
SNCF. Ils conserveront également
la garantie de l’emploi, le régime
spécial de retraite et, selon les discussions au sein de la branche
professionnelle, les facilités de circulation et l’accès au logement ou
à la médecine de spécialiste.
Le Sénat doit également préciser les contours de la fameuse
« règle d’or » destinée à limiter
l’endettement de l’ensemble du
groupe SNCF. Un point crucial,
puisqu’il doit éviter qu’au cours
des prochaines décennies, le futur
groupe public ne s’endette de manière insoutenable.
Les sénateurs ont aussi intégré
au texte une proposition sur les
dessertes TGV « utiles à l’aména-
gement du territoire ». Ils souhaitent maintenir des liaisons directes de villes moyennes en TGV
dont les coûts ne seraient pas uniquement supportés par les régions. Des « contrats de service
public » pourraient préserver le
financement de ces dessertes.
La prise en compte des amendements proposés par les organisations syndicales n’a toutefois
pas mis fin à la grève. Deux nouvelles journées sont programmées
samedi et dimanche prochains. La
CFDT et l’Unsa se donnent deux
semaines encore pour peser sur le
projet de loi. La CGT et SUD iront
certainement au-delà. Mais les
feuilles de paie des cheminots ne
pourront pas rétrécir à l’infini… ■
La baisse de la TVA
sur la restauration
a très peu bénéficié
aux clients
Les restaurateurs ont empoché 56 % des gains de
cette réforme qui a coûté 3 milliards par an à l’État.
Mode
D’EMPLOI
Pour aboutir à leurs
résultats, les deux
économistes ont
comparé la situation
des restaurants
avec la restauration
à emporter et
d’autres services
de restauration
qui, eux, n’ont pas
bénéficié de TVA
réduite. Ils ont ensuite
comparé l’évolution
des prix, des
bénéfices, du coût
du travail et des
fournitures entre
les deux ensembles.
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
FISCALITÉ Alors que le gouvernement cherche à réduire les
aides aux entreprises de 5 milliards d’euros d’ici à 2022, une
nouvelle étude vient remettre en
cause l’utilité de la TVA réduite
dans la restauration. La baisse de
la taxe sur la consommation dans
ce secteur en juillet 2009, de
19,6 % à 5,5 %, n’a pas produit
les effets promis, estiment les
économistes Youssef Benzarti et
Doriah Carloni, de l’Institut des
politiques publiques (IPP), dans
une étude à paraître dans l’American Economic Journal. Le taux a
depuis été remonté en deux
temps, en 2012 et 2014, à 10 %.
Quand Nicolas Sarkozy décide
de mettre en place la TVA réduite
dans la restauration, c’est déjà
une vieille promesse, faite par
Jacques Chirac en 2002. Le geste
fiscal accordé en 2009, évalué à
3 milliards d’euros par an, ne va
pas sans contrepartie. Le gouver-
nement signe un « contrat d’avenir » avec les restaurateurs afin
que ceux-ci répartissent à parts
égales les gains entre baisse des
prix pour les clients, hausse des
salaires-créations d’emplois et
restauration des marges des établissements.
Ce contrat n’a pas été respecté,
à en croire les conclusions de
l’étude. « Trente mois après la
baisse de la TVA, les prix ont seulement diminué de 1,9 %, tandis
Le secteur de la restauration avait promis 40 000 emplois sur deux ans. À ce jour, seules 6 000 à 9 000 embauches
auraient été créées, selon des études de l’Insee ou d’universitaires. FRANK PERRY/AFP
que le coût des salaires et des fournitures a seulement augmenté de
4,1 % et 5 % respectivement et que
les bénéfices des propriétaires ont
augmenté d’environ 24 % », écrivent les deux économistes, dont
Pas de baisse additionnelle
des impôts de production en 2019
À l’issue d’une réunion
du Conseil national de l’industrie
et alors qu’un rapport vient
de lui être remis sur le sujet,
le premier ministre, Édouard
Philippe, a écarté lundi
l’hypothèse d’une baisse
additionnelle des impôts de
production l’an prochain, en
évoquant la forte contrainte
budgétaire. Il a néanmoins dit
son souhait d’y parvenir quand
des marges de manœuvre
auront été trouvées. Des
baisses sont d’ores et déjà
prévues pour l’an prochain, pour
plus de 1,5 milliard d’euros d’ici
à la fin du quinquennat.
le premier enseigne à l’université
de Californie (UCLA) et l’autre
travaille au Congressional Budget
Office (agence fédérale d’évaluation des politiques publiques dépendant du Congrès américain).
En d’autres termes, « la réforme a
surtout bénéficié aux propriétaires
des restaurants, qui ont empoché
environ 56 % de la baisse de la
taxe ». Un résultat conforme à la
conclusion du rapport de 2015 du
Conseil des prélèvements obligatoires sur la TVA.
Les aliments issus des
cycles courts en question
Les salariés ont pour leur part récupéré 18,6 % des gains de la
baisse de taxation. Quant à l’emploi, les deux économistes ne
trouvent « aucun signe indiquant
que les restaurants ont augmenté
leur nombre d’employés ». Les
études précédentes de l’Insee ou
d’universitaires aboutissaient à la
création de 6 000 à 9 000 emplois. Ces chiffres sont, quoi qu’il
en soit, loin des engagements du
secteur, qui avait promis la création de 40 000 emplois sur deux
ans.
L’étude, qui met à mal l’intérêt
d’une baisse ciblée de la TVA, ne
tombe pas bien pour le secteur de
la restauration collective. Cette
dernière demande en effet à bénéficier du taux réduit de TVA de
5,5 % (contre 10 % aujourd’hui,
comme le reste de la restauration) pour compenser la coûteuse
obligation qui lui est faite, d’ici à
2022, d’utiliser 50 % d’aliments
issus des cycles courts (dont 20 %
de bio), plus chers que les produits traditionnels. ■
Investissements étrangers : l’Europe peaufine sa protection
JEAN COMTE £@JeanComte
BRUXELLES
UNION EUROPÉENNE Le sujet est
au cœur du thème macronien de
l’« Europe qui protège » : la création d’un mécanisme européen visant à mieux contrôler les investissements étrangers - chinois
notamment - sur le Vieux Continent, a franchi une étape.
Le projet, dévoilé en septembre
dernier par la Commission européenne, a été approuvé lundi soir
par les eurodéputés de la commission chargée du commerce international. Avec à la clé un renforcement du texte initial qui n’imposait
aucune obligation aux 28 - il s’agissait principalement de créer un cadre de concertation européen.
Deux ajouts, en particulier, permettent de dépasser cette timidité.
Premièrement, les députés ont
ajouté dans le texte un mécanisme
pour faire pression sur un État refusant de se pencher sur un investissement litigieux : un tiers des
28 pourront l’interpeller ensemble
et le forcer à discuter.
Deuxièmement, le rôle de la
Commission européenne est renforcé concernant les investissements ayant un impact sur des projets européens, avec une obligation
pour l’exécutif d’analyser et de
présenter une opinion sur chacun
de ces cas.
« Il est temps de montrer que
l’Europe n’est plus naïve dans la
mondialisation », se félicite l’eurodéputé français (Les Républicains)
Franck Proust, le rapporteur du
texte. « Lorsqu’elle est pionnière
dans des secteurs stratégiques,
l’Europe doit être en mesure de pouvoir les conserver ! »
La balle est maintenant dans le
ce, en particulier, seraient inquiets
à l’idée de perdre des investisseurs
importants. « Il ne faut pas oublier
que la Grèce a beaucoup bénéficié
des investissements chinois durant la
crise financière », souligne une
source européenne. Le port du Pirée est ainsi contrôlé par le chinois
Cosco, un « vrai problème de souveraineté », s’était ému l’Élysée il y
a quelques mois. À Lisbonne, le
gouvernement a annoncé qu’il ne
s’opposerait pas à l’OPA que le
chinois Three Gorges veut opérer
sur l’électricien EDP.
Paris enthousiaste
Le port du Pirée est
contrôlé depuis 2017
par l’armateur chinois
Cosco. GRARD GUITTOT/
PHOTONONSTOP
camp du Conseil de l’UE - l’institution qui réunit les 28 États membres
- qui doit adopter sa propre version
du texte, avant de négocier un
compromis final avec le Parlement.
De ce côté, les discussions sont
compliquées. Le Portugal et la Grè-
La France - qui avait porté la question l’année dernière aux côtés de
l’Allemagne et de l’Italie - reste enthousiaste. « Cette proposition
constitue une avancée majeure »,
précisaient hier les autorités françaises dans une note envoyée aux
Parlementaires. Cette nouvelle disposition « est le gage d’une plus
grande sécurité juridique et d’une
cohérence accrue des pratiques et
législations des États membres ».
La Bulgarie, qui préside le
Conseil jusqu’à fin juin, compte atteindre un accord d’ici à la fin de
son mandat. « On espère que notre
vote montrera que le dossier progresse et entraînera une dynamique
positive chez les 28 », commentait
la semaine dernière une source
parlementaire.
En attendant, Paris pourra toujours célébrer une autre avancée en
matière commerciale : le Parlement doit approuver ce mardi définitivement la modernisation de la
méthodologie antidumping de
l’UE, un arsenal visant la Chine
sans la discriminer. Un dossier qui
avait longtemps été bloqué par les
États les plus libéraux. ■
A
Le Parlement européen veut renforcer le filtrage des prises de participation, chinoises en particulier.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 29 mai 2018 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
Le médiateur
national
de l’énergie
étrille ENI
Facturations et démarchages
à domicile sont les principales causes
de contentieux entre fournisseurs
et consommateurs.
DELPHINE DENUIT £@ddenuit
ÉNERGIE La mésaventure de Jacques n’a rien d’exceptionnelle.
« Malgré mes relances répétées, je
n’ai eu aucune nouvelle de mon
fournisseur de gaz, ENI, pendant
deux ans : aucun courrier, aucun
échéancier ni prélèvement. Et, un
beau matin, je reçois une facture de
plus de 2 400 euros que je dois acquitter sous trois semaines sous peine de coupure », raconte ce retraité
breton. Incapable de payer une telle somme, Jacques saisit le médiateur national de l’énergie, qui lui
octroie dans un premier temps une
remise de 100 euros, avant que le
fournisseur italien, numéro deux
du gaz en France, ne finisse de luimême par diviser par deux son ardoise.
« Dans son courrier, ENI évoque un
“bug informatique” pour justifier son
long silence, mais un bug de deux
ans, c’est abusif », s’agace le retrai-
té, qui a décidé de changer d’opérateur. Blocage de facture, incapacité
de mettre en place ou d’interrompre
des échéanciers et des prélèvements
mensuels, demandes de règlements
et soldes erronés, prélèvements intempestifs, sans oublier les contentieux liés au démarchage à domicile… En 2017, ENI remporte pour la
troisième année consécutive le bonnet d’âne des fournisseurs - gaz et
électricité confondus - avec le plus
grand nombre de litiges, selon le
rapport annuel du médiateur national de l’énergie, Jean Gaubert, à paraître ce mardi.
« Sur 100 000 contrats, ENI affiche 207 litiges, loin devant Total
Spring en deuxième position avec 89
litiges recensés », précise le médiateur, qui lui assène un sévère carton rouge. « Sur les 14 548 litiges
enregistrés l’an dernier, 3 712 sont
liés à l’établissement des factures,
les prix appliqués ou leur paiement,
soit plus de « 25 % du total des litiges enregistrés », souligne le mé-
Le siège social d’ENI,
près de Milan. AFP
5
ENTREPRISES
ÉPINGLÉES
NOMBRE DE LITIGES REÇUS
EN 2017 RAPPORTÉS
À 100 000 CONTRATS
GAZ OU ÉLECTRICITÉ
EN PORTEFEUILLE
èENI : 207
èTotal Spring : 89
èEngie : 85
èDirect Énergie :
61
èEDF : 34
diateur. Sur ce total, tous ne sont
pas recevables par ses services, qui
en ont instruit au final un tiers, soit
près de 4 000 en 2017. « Et s’agissant d’ENI, 51 % de ses litiges recevables en 2017 sont liés à des problèmes de facturation (contre 23 %
tous fournisseurs confondus)… Un
litige sur deux, c’est énorme, alors
que cela fait trois ans que je m’alarme sur leurs conditions de facturation, qu’ils me répondent en avoir
conscience, mais que rien ne change », s’insurge Jean Gaubert.
Contacté, le fournisseur italien n’a
pas souhaité s’exprimer.
ENI n’est pas le seul pointé du
doigt par ce rapport d’activité.
Onze ans après l’ouverture des
marchés du gaz et de l’électricité,
le médiateur note une hausse
continue des tarifs : « Entre 2007 et
2016, la facture des personnes
chauffées à l’électricité a bondi
d’environ 40 % et celle des individus
chauffés au gaz de plus de 20 %. »
Pour 2017, son bilan est « mitigé »,
avec une hausse de 19 % des dossiers enregistrés. Le médiateur
épingle entre autres Antargaz, peu
soucieux de répondre à ses clients,
ou encore Engie, contraint de
“
Bien vendre,
ce n’est pas seulement
faire souscrire
des contrats
”
JEAN GAUBERT,
MÉDIATEUR NATIONAL DE L’ÉNERGIE
stopper la commercialisation
d’une de ses offres de gaz Vertuoz
dédiée aux copropriétés faute de
réussir à facturer ses clients…
Avec 85 litiges pour 100 000
contrats, Engie relativise : « Ce
chiffre reste faible rapporté à la
croissance de notre portefeuille
clients électriques en hausse de 20 %
par an (à 4 millions fin mars,
NDLR) ».
« Bien vendre, ce n’est pas seulement faire souscrire des contrats,
mais satisfaire ses nouveaux clients
dans la durée », rappelle le médiateur de l’énergie, toujours étonné
du haut niveau de réclamations
liées aux démarchages à domicile.
Plus d’un tiers des litiges traités
(1 519) concernent des contestations de souscriptions ou des
« pratiques de démarchage trompeuses et déloyales », typiquement
des clients basculés sans accord
chez un nouvel opérateur ou dont
on a forcé la main.
« Ces contentieux persistent, voire sont en recrudescence », remarque-t-il avec l’arrivée de nouveaux entrants, comme Total
Spring. Mis à l’amende l’an dernier, Direct Énergie est le seul à renoncer au porte-à-porte. ■
Sa cure de jouvence réussie, Shiseido est prêt à accélérer
Le géant nippon des cosmétiques a opéré un recentrage stratégique. Il n’exclut pas de nouvelles acquisitions.
A
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
COSMÉTIQUES À 146 ans, Shiseido se sent plus jeune que jamais.
Le groupe de cosmétiques japonais, fondé en 1872 dans une
échoppe de Ginza, un quartier
chic de Tokyo, a réussi la première phase de Rejuvenate, le plan
d’actions établi en 2014 par son
nouveau patron Masahiko Uotani.
Vu les difficultés rencontrées par
le groupe à l’époque, le conseil
d’administration avait préféré aller chercher son nouvel homme
fort à l’extérieur, pour la première
fois de son histoire.
La potion semble efficace : Shiseido a atteint dès 2017 l’objectif
fixé par Masahiko Uotani pour
2020, avec un chiffre d’affaires supérieur à 1 000 milliards de yens
(7,5 milliards d’euros). L’an passé,
le groupe a connu une croissance
record de 16 % par rapport à 2016,
dont 5 % sous l’impact des rachats
du maquillage Laura Mercier et des
parfums Dolce & Gabbana.
Fort de ses résultats, le big boss a
porté à 1 200 milliards de yens
(9,4 milliards d’euros) l’objectif de
chiffre d’affaires pour 2020. Cela
implique une croissance annuelle
de 8 %, deux fois plus forte que
celle du marché mondial des cosmétiques. Le groupe vise par
ailleurs désormais un résultat opérationnel de 120 milliards de yens
en 2020 (940 millions d’euros), un
chiffre supérieur de 20 % à l’objectif fixé en 2014.
Les secrets de ce retour en forme
éclatante ? Le recentrage sur la catégorie « prestige » (distribuée en
parfumeries et grands magasins),
qui contribue à 71 % de l’activité
du groupe. Le reste est réalisé par
des marques grand public, uniquement distribuées en Asie : un segment où Shiseido dispose de positions fortes, en particulier au
Japon, mais dont la croissance
mondiale est plus faible que celles
de la catégorie « prestige ». C’est
Masahiko Uotani,
le PDG de Shiseido
(ici en mars), envisage
« des lancements pour
séduire d’une part les
millennials, d’autre part
les seniors ». YOSHIKAZU
TSUNO/GAMMA-RAPHO
Les
« acquisitions
sont
intéressantes
si nous
pouvons
en tirer des
synergies.
Il faut
que notre
organisation
soit
suffisamment
forte pour
cela. Nous
avons encore
des efforts
à faire dans
ce domaine
MASAHIKO UOTANI
»
aux marques haut de gamme, au
premier rang desquelles Shiseido,
que sont désormais accordées les
priorités d’innovation, de R&D et
d’investissement marketing.
Tout aussi important, le groupe a
revu depuis 2014 son organisation
globale. « Nous étions organisés selon un modèle typiquement japonais,
avec le siège de Tokyo comme point
central du groupe, d’où sont envoyés
les expatriés dirigeants les filiales
partout dans le monde, explique
Masahiko Uotani. J’ai décentralisé,
en créant des filiales régionales à
New York, Paris et Singapour qui ne
sont pas seulement des succursales
commerciales, et j’ai effectué des
recrutements locaux, nommant des
non-Japonais à leur tête. » Une organisation dont d’autres groupes
nippons sont tentés de s’inspirer,
selon le patron de Shiseido.
Preuve du retour en forme du
groupe : même ses ventes sur son
marché domestique, qui étaient à
la peine depuis des années, sont
revenues en croissance : de 5 %
l’an passé, et de 10 % au premier
trimestre de 2018. Si ce phénomène est en grande partie dû aux touristes chinois en visite dans l’ar-
chipel, les achats des clients locaux
sont aussi en hausse. Malgré sa
priorité accordée au segment prestige, le groupe refuse de se séparer
de ses marques de moyenne gamme (Elixir, Auprès, Anessa, Integrate), dont il compte accélérer le
déploiement dans le reste de l’Asie,
à commencer par la Chine. Dans ce
pays où des marques locales tendent à émerger, le groupe nippon
“
Certains Chinois
trouvent les marques
européennes cool, mais
ils reconnaissent aux
japonaises la qualité
MASAHIKO UOTANI
”
assure gagner des parts de marché.
« Certains consommateurs chinois
trouvent que les marques européennes sont cool, assure Masahiko Uotani, mais ils reconnaissent aux
marques japonaises la qualité. »
Partout dans le monde, le groupe mise avant tout sur sa marque
éponyme pour tirer la croissance.
« La marque Shiseido (qui a réalisé
plus de 130 milliards de yens de
chiffre d’affaires l’an passé, NDLR)
a encore du potentiel, confie le PDG,
qui vise pour cette marque une
croissance annuelle de 12 % d’ici à
2020. Nous envisageons des lancements pour séduire d’une part les
millennials, d’autre part les seniors.
Nous allons par ailleurs relancer notre gamme de maquillage cet été et
nous pourrions étoffer notre gamme
de parfums Shiseido. » Le groupe
mise surtout sur la croissance organique pour accélérer, notamment dans le travel retail et l’ecommerce. Mais il n’exclut pas
d’éventuelles acquisitions. « Elles
sont intéressantes si nous pouvons
en tirer des synergies, précise Masahiko Uotani. Pour cela, il faut
d’abord que notre organisation soit
suffisamment forte ; or, nous avons
encore des efforts à faire dans ce domaine. De plus, nous avons dans notre portefeuille des joyaux à polir.
Cela dit, si des opportunités se présentent, nous pourrions faire des
acquisitions, quelle que soit la
taille. »
Le groupe a d’ailleurs annoncé
vendredi la nomination d’Isabelle
Gex à la présidence mondiale des
parfums, avec notamment pour
mission d’examiner des opportunités de croissance externe et de
rachat de licences.
Seules ombres au tableau : la
croissance reste encore faible dans
les zones Amériques (10,7 % des
ventes) et Europe-Moyen-OrientAfrique (9,5 %). « Les marchés ne
sont pas les mêmes et il faut une
stratégie adaptée à chaque région,
précise Masahiko Uotani. Aux
États-Unis, marché dominé par le
maquillage, nous pouvons nous renforcer par des acquisitions. Mais
notre priorité est de redresser Bare
Mineral, acquis en 2010. Nous sommes en train d’y parvenir. »
Shiseido, qui nourrit de fortes
ambitions dans les parfums, a par
ailleurs remis Dolce & Gabbana sur
les rails. Le groupe avait repris cette licence en 2016 suite au rachat
de la branche beauté de Procter &
Gamble, pour compenser la perte
de celle de Jean Paul Gaultier. Mais
l’intégration s’est avérée plus
compliquée que prévu. Pas tant
parce que les distributeurs n’ont
pas apprécié la relance marketing.
« Ils ont augmenté les commandes
et nous ont accordé plus de place en
parfumeries, assure Masahiko Uotani. Mais nous avons eu des ruptures de stocks car la production n’a
pas pu suivre. » Le transfert de la
production, assurée par Procter &
Gamble jusqu’au rachat, à l’usine
de Gien (Loiret) a été complexe.
Les ventes ont baissé pendant neuf
mois, mais elles remontent depuis
le dernier trimestre. « Cela continue, nous sommes optimistes et nous
investissons pour augmenter la production », confie le patron.
Les difficultés du marché mondial du parfum, dont la croissance
est faible depuis des années, ne
font pas peur à Shiseido. « La bonne nouvelle, c’est que nous ne sommes pas gros et que nous construisons notre business », relativise le
patron, qui vise la place de numéro 5 mondial du marché en 2020,
avec une croissance annuelle de
10 % de ses parfums d’ici là. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 29 mai 2018
ENTREPRISES 23
Le jet d’affaires, un vrai « bureau volant »
Sur un marché qui donne des signes de reprise, les constructeurs s’affrontent sur le terrain de la connectivité.
MARCHÉ
DE L’AVIATION
D’AFFAIRES
VÉRONIQUE GUILLERMARD
£@Guillermard
CHIFFRES CLEFS AU
1ER TRIMESTRE 2018 *
132
livraisons de jets (+ 1,5 %)
par rapport
au 1er trimestre 2017
3,8
milliards de dollars :
valeur des livraisons
d’appareils d’aviation
générale dont les jets
d’affaires (+ 3,3 %)
63,8%
Part des États-Unis
sur le marché mondial
de l’aviation d’affaires.
Ils sont au 1er rang, loin
devant l’Europe (18 %)
et l’Asie (10 % en Asie).
* Source GAMA +
Industries
AÉRONAUTIQUE C’est avec une
note d’espoir dans la reprise que se
réunit le Gotha de l’aviation d’affaires à Genève, dans le cadre de
l’édition 2018 du salon Ebace (du 29
au 31 mai), le plus important du
Vieux Continent dans ce domaine.
Certes, le marché n’est toujours pas
revenu à son niveau d’avant la crise
financière de 2008 avec ses 1 300 livraisons annuelles (moins de 680
en 2017), mais les signaux positifs se
multiplient. Et cela sur tous les segments du marché, des jets de poche
aux grands jets intercontinentaux à
large cabine et long rayon d’action.
Première tendance positive sur
le marché de l’occasion, qui est redevenu actif. Les stocks baissent.
Ils auraient atteint 10 % dans chaque segment. Tandis que le marché
des avions neufs sort d’une longue
léthargie. En particulier aux ÉtatsUnis, ce qui est crucial puisque le
marché américain représente
63,8 % des ventes d’avions d’affaires dans le monde, contre 18 % en
Europe et près de 10 % en Asie.
Nouveaux modèles
Les constructeurs se veulent prudents car leurs espoirs ont souvent
été douchés. À peine amorcée en
2014, la reprise avait flanché dès
l’année suivante. « Notre industrie
Dassault Aviation a annoncé, lundi 28, un accord de partenariat avec Honeywell dans le développement d’une offre
de services d’Internet à haut débit à bord des jets d’affaires Falcon. FALCON CONNECT
est sur une voie positive […]. L’innovation et le lancement de nouveaux
produits soutiendront le marché »,
estime Pete Bunce, président de
l’Association des constructeurs de
l’aviation générale (Gama). Selon ses
dernières statistiques, les livraisons
ont progressé de 2,8 % au premier
trimestre 2018, à 447 appareils, par
rapport à la même période de 2017.
Sur ce total, les jets d’affaires affichent une croissance de 1,5 %. En
revanche, et c’est une bonne nouvelle, le marché a cessé de baisser
en valeur, tout en restant sous la
barre symbolique des 4 milliards
de dollars, à 3,83 milliards précisément, en hausse de 3,3 % (- 10,9 %
en 2017 au 1er trimestre). Malgré ce
mieux, le marché reste très
concurrentiel.
Dans ce contexte, les constructeurs se battent avec de nouveaux
modèles plus performants et moins
gourmands en carburant. Parmi
les nouveautés présentées au salon, le canadien Bombardier a dévoilé, à côté de son Global 7500 qui
doit être mis en service fin 2018,
deux nouveaux jets, les Global
5500 et Global 6500, dont les premières livraisons sont attendues
fin 2019. Remarquée aussi à Genève, la première exposition en Europe du Gulfstream G6000, qui
doit être certifié en fin d’année.
Dans cette catégorie reine des jets à
large cabine et long rayon d’action, Dassault * présente son fleuron, le Falcon 8X, ainsi que - et
pour la première fois, dans un salon - le Falcon 6X, le nouveau biréacteur à long rayon d’action,
dont les visiteurs pourront vivre
« une expérience cabine en réalité
virtuelle ».
Ces nouveaux jets sont hyperconnectés. Au-delà des qualités des
avions en tant que telles, la bataille
se déplace en effet vers les services
offerts, en particulier de connectivité. Dassault Aviation a annoncé,
lundi 28 mai, un accord de partenariat avec le géant américain
Honeywell, plus précisément sa division de services, dans le développement d’une offre de services
d’Internet à haut débit à bord qui
soit « simple à utiliser, fiable (assurant un service continu partout sur la
planète) et très rapide ». À partir du
second semestre 2018, ce service
- sous forme de forfaits souscrits
tous les mois, comme celui d’une
box Orange ou Free pour l’Internet,
le téléphone et la TV - sera proposé
à tous les nouveaux propriétaires
de Falcon mais aussi à une grande
partie de la flotte en service. C’est la
première fois qu’un avionneur et
un spécialiste des services Internet
s’allient pour faire du jet d’affaires
un véritable « bureau volant ». ■
* Le groupe Dassault est propriétaire
du « Figaro. »
Lunchr, trublion du titre-restaurant, lève 11 millions d’euros
Installée à Montpellier, cette jeune entreprise a séduit les fonds Daphni et Idinvest Partners.
utilisateurs
Objectif de la start-up
Lunchr pour son
service de titresrestaurants
dématérialisés
à horizon fin 2018
MONTPELLIER (HÉRAULT)
SERVICES C’est une table à laquelle
il est difficile de s’inviter. Oligopole
tenu par quatre acteurs, le marché
du titre-restaurant a peu l’habitude
de se voir bousculé. Pourtant, le
vent de la dématérialisation donne
des ailes à de nouveaux venus. Aux
côtés de Ticket-restaurant (Edenred), Chèque déjeuner (groupe Up),
Chèque de table (Natixis-Intertitres) et Pass restaurant (Sodexo)
sont apparus trois acteurs offrant
une solution sans papier : Monetico
Resto (racheté l’an passé par Edenred), Resto Flash et Lunchr.
Petit dernier de la bande, cette
entreprise montpelliéraine créée en
novembre 2016 vient de lever
11 millions d’euros. Cet argent frais
correspond à une augmentation de
capital au profit des fonds Daphni,
qui avait déjà apporté 2,5 millions
lors de la création de l’entreprise, et
Idinvest Partners. « Cette somme est
complétée, dans une moindre mesure,
par un prêt de la BPI », détaille, sans
plus de précision, Loïc Soubeyrand,
le fondateur de Lunchr.
Anonyme il y a quelques mois du
marché de la restauration, l’entrepreneur de 31 ans est connu du milieu de la French tech puisqu’il est le
cofondateur Teads, société de publicité vidéo sur Internet Teads, ra-
LES DÉCIDEURS
â HÉLÈNE LEDUC-FONNESU
McDonald’s
La célébrissime marque de restauration américaine, premier recruteur français, promeut
une nouvelle vice-présidente en charge des
ressources humaines pour la France. Formée à
la fois en droit et en RH, Hélène Leduc-Fonnesu a commencé sa carrière à la Caisse des
dépôts, avant de rejoindre Otis en 1999. Elle
était DRH pour la France depuis 2010.
â ADRIEN BLANC
Altarea Cogedim
À 46 ans, il rejoint la société d’immobilier
comme président de la branche entreprise.
Membre du comex, il aura notamment en
charge les investissements en immobilier
d’entreprise. Passé chez Goldman Sachs,
Morgan Stanley, UBS, Eurosic et Paref, il dispose de vingt ans d’expérience dans le secteur.
â LAURE DE LA BRETÈCHE
Caisse des dépôts
Énarque passée par la rue d’Ulm, la quadra est
nommée directrice déléguée des retraites et
de la solidarité. De juillet 2014 à fin 2017, elle
était secrétaire générale pour la modernisation de l’action publique, auprès du premier
ministre.
chetée par Altice pour 285 millions
d’euros en mars 2017.
Commande à emporter
L’offre 100 % dématérialisée de sa
nouvelle entreprise se distingue de
ses concurrentes par la possibilité
de réaliser en ligne une commande
à emporter, dans le même restaurant et entre collègues de travail,
pour obtenir une réduction sur la
note de chacun. « Nous négocions
avec des restaurants la possibilité
d’obtenir jusqu’à 30 % de rabais en
fonction du nombre de participants », explique Loïc Soubeyrand.
Quand il ne s’agit pas de vente à
emporter dans un restaurant partenaire, les salariés n’utilisent plus
leur mobile, mais, comme cela est
également possible avec d’autres
opérateurs, une carte Mastercard
valable dans quelque 180 000 points
de ventes alimentaires. En revanche, pas question pour Lunchr de se
joindre à la solution de transfert de
paiement Conecs, possédée à parts
égales par les quatre grandes entreprises du secteur. Elle aussi semblable à une carte de crédit, cette solution est à ce jour déployée dans un
peu plus de 120 000 points de ventes, selon le dernier bulletin d’information de l’entreprise.
Le modèle d’affaires de Lunchr
est à la fois basé sur un abonnement
pouvant aller jusqu’à 2 € par mois et
par salarié en fonction de la taille de
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Rüdiger Koppelmann, un pro du
marketing pour Sodastream France
Anglais, allemand, espagnol
et même… chinois. Rüdiger
Koppelmann parle toutes
ces langues, mais c’est
désormais le français que le
polyglotte aura l’occasion de pratiquer. Promu
directeur tricolore de la marque de machines à
eau gazeuse et sodas, cet ex-proctérien se
réjouit du défi qui lui est lancé. « La France a un
énorme potentiel. D’ici à la fin de l’année nous
allons dépasser le no 1 Perrier et, à terme, doubler
notre chiffre d’affaires. » En déclin depuis trois
ans dans l’Hexagone, la multinationale israélienne cotée au Nasdaq a décidé de réagir en
s’offrant une présence directe sur le territoire,
troisième marché après l’Allemagne et les
États-Unis. Racheté en début d’année, son distributeur historique français, OPM, passe
désormais sous pavillon Sodastream, avec
Rüdiger Koppelmann aux commandes.
Homme du marketing pour l’Allemagne et
l’Autriche, d’abord, ce natif de Berlin, sportif
et élégant, entend bien définitivement ringardiser l’eau gazeuse en bouteille « responsable
de plusieurs milliers de tonnes de déchets plastiques chaque année ». Une conscience écologique nouvelle pour cet as du marketing, qui a
fait ses premiers pas dans les lessives, chez
l’américain Procter & Gamble. Carrière classique, donc, mais non moins exotique, puisque
après l’Allemagne et la Suisse, le quadra pose
ses valises au Pakistan en 2006, comme directeur marketing, puis en Chine, à la tête de la
branche lessive.
Pause de cinq ans dans sa carrière
De retour en 2010 en Allemagne, il œuvre aux
commandes de la direction marketing des
bonbons Haribo, qu’il quitte un an plus tard
pour réaliser un rêve : apprendre le chinois.
Marié à une journaliste ambitieuse, il marque
une pause de cinq ans dans sa carrière pour
s’occuper de ses trois enfants et maîtriser parfaitement le mandarin. « J’ai même hésité à me
reconvertir dans une carrière d’universitaire en
sino-économie. » Mais la tentation de replonger dans les affaires est plus forte. À l’appel du
président Europe de Sodastream, ancien
membre du clan Procter, Rüdiger Koppelmann répond présent.
Sans regret. « Sodastream est une entreprise où
l’on peut évoluer très rapidement. » De fait, un
an et demi après son arrivée, son ascension
commence. Désormais basé à Nantes, siège
français du groupe aux 535 millions de dollars
de chiffre d’affaires, cet ex-accro d’aviron
reconverti dans le vélo et la natation a déjà pris
les choses bien en main. « Grâce à notre première campagne de communication les ventes
explosent déjà. »
A.B.
l’entreprise, et sur la prise de 3,5 %
du montant de la commande côté
restaurant pour un service en salle,
et 5 % quand la commande est à
emporter. En ce sens, l’entreprise
montpelliéraine verrait d’un bon
œil un partenariat avec des entreprises telles que Deliveroo ou UberEats, qui lui permettrait d’élargir la
zone de chalandise autour des entreprises clientes de sa solution.
Quatre mois après le lancement de
son offre, Lunchr affirme que 600
entreprises allant de 1 à 1.000 salariés ont adopté ses titres-restaurant. Sans dévoiler le nombre actuel
de ses utilisateurs, l’entreprise dit
tabler sur 100 000 utilisateurs d’ici
à la fin de l’année. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â CHRISTOPHE CHENUT
Hopscotch
Membre depuis plus de dix ans du
conseil de surveillance de l’agence de
communication, il en prend désormais la présidence. À 55 ans, celui-ci dispose
d’une riche carrière tissée entre le groupe DDB
France, L’Équipe, Lacoste, Comptoir des Cotonniers et, enfin, l’agence Elite, qu’il dirigea tour à
tour. Cofondateur de L’Opinion, il est également
administrateur du Stade Rennais. Il succède à
Lionel Chouchan, fondateur de l’agence, qui
reste président d’honneur.
â OLIVIER PÉCHEREAU
Mars Petcare
Aux commandes de Mars Petcare
France (Pedigree, Nutro, Cesar…),
Olivier Péchereau fait émerger de
nouveaux visages au sein du comité de direction. Nada Saliba est nommée directrice commerciale, succédant à Romain Dumas, lui-même promu à des responsabilités européennes.
Ex-Danone, elle avait rejoint Mars Petcare en
2006, puis Mars Food en 2010, jusqu’en 2013.
Stéphanie Brooks, succède quant à elle à Camille de Vitrac à la tête des ressources humaines. Fidèle du groupe américain, elle avait rejoint la branche RH en 2009. Ex-Unilever,
Simon Lesage chapeautera enfin la direction
marketing, à la suite de Lucile Deschamps.
A
100 000
GUILLAUME MOLLARET
£@Newsdusud6
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 29 mai 2018 LE FIGARO
24
TECH
Salwa Toko,
à la tête du nouveau
Conseil national
du numérique
Salwa Toko (ici en 2016) est
la fondatrice de Becomtech,
une association dédiée à l’initiation
des jeunes filles au numérique.
MARC CHAUMEIL/POUR LIBÉRA
sation de la société, pour créer un
relais entre la vie civile et le gouvernement ». Gilles Babinet, qui fut le
premier président du CNNum à sa
création, en 2011, y fait son retour.
Parmi les dix personnalités
« impliquées dans le développement
du numérique aux niveaux local,
national ou européen, ou concernées par ses effets » figurent la
nouvelle présidente du CNNum,
ou encore, Karine Dognin-Sauze,
vice-présidente de la Métropole
de Lyon, en charge de l’innovation
et du développement numérique.
La première est issue des banlieues, la seconde de province, illustrant aussi le souci d’équité
géographique du ministre dans ses
choix.
Six mois après l’implosion du précédent CNNum,
Mounir Mahjoubi revient avec une liste finement choisie.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
NUMÉRIQUE Mounir Mahjoubi,
secrétaire d’État au Numérique, a
pris le temps de la réflexion avant
de proposer au premier ministre
les noms des trente membres du
nouveau Conseil national du numérique (CNNum). Six mois après
l’implosion du précédent, il sera à
nouveau présidé par une femme :
Salwa Toko.
Le choix de celle-ci, comme celui des « trente sages » qui travailleront avec elle, est lourd de
symboles. Salwa Toko est la fondatrice de Becomtech (l’ex-Wifilles), une association dédiée à
l’initiation des jeunes filles au numérique et à l’informatique. Son
objectif étant de faire tomber les
barrières à l’entrée pour les femmes, quel que soit leur âge, dans
un secteur encore très masculin.
Or « l’inclusion », qu’elle concerne les femmes dans la tech, les jeunes des quartiers dans les entreprises, les minorités dans la
société, est au cœur des préoccu-
« leC’est
CNNum
le plus
ouvert
de son
histoire
»
MOUNIR MAHJOUBI,
SECRÉTAIRE D’ÉTAT
AU NUMÉRIQUE
pations de Mounir Mahjoubi. À elle
seule, Salwa Toko coche toutes les
cases ! Le ministre et la présidente
du CNNum se sont entretenus avec
chacune des trente personnalités
appelées. Il s’agissait de fixer les
grandes lignes de réflexion et
d’éviter le fiasco qui a conduit à
l’implosion en un temps record du
précédent conseil. Celui-ci ayant
vu sa présidente et son collège démissionner après le tollé suscité
par la nomination de l’essayiste
Rokhaya Diallo et du rappeur
Axiom.
Le CNNum 2018 compte autant
de femmes que d’hommes, « représentant tous les aspects de la société : académiques, entrepreneurs,
associations. C’est le CNNum le plus
ouvert de son histoire », précise le
secrétaire d’État. Leur mission est
de réfléchir sur « les grands sujets
et les nouvelles régulations du numérique », ajoute-il. La palette est
large : fiscalité (à commencer par
celle des Gafa), concurrence, économie collaborative, statut social
des travailleurs du secteur, sans
oublier les problématiques liées
Outil collaboratif
aux addictions et à la dépendance
aux écrans. Sur ces derniers
points, « des mesures similaires à
celles prises pour les jeux d’argent
pourraient être imaginées », glisse
Mounir Mahjoubi.
Nathalie Collin, directrice générale adjointe du groupe La Poste,
en charge de la branche numérique et communication, est une des
dix personnalités issues du secteur
du numérique. Elle est très impliquée dans la transformation
digitale de La Poste, les développements de l’entreprise dans
l’e-santé, en collaboration avec de
nombreuses start-up. Membre du
CNNum quand il était présidé par
Mounir Mahjoubi, elle est « motivée par l’accélération de la digitali-
Le CNNum se dote aussi d’un nouvel outil collaboratif. « Le Forum
du numérique sera ouvert à tous
ceux qui manifestent un intérêt à
participer à ses discussions. Nous
estimons ce nombre de 200 à 300
personnes, dont les contributions
seront animées par le CNNum. Nous
voulons donner voix au chapitre à
tous ceux et celles qui veulent s’exprimer sur le sujet du numérique,
afin de représenter tout le spectre de
la société », explique Mounir Mahjoubi. Ce Forum permet de donner la parole à des personnalités ou
des associations légitimes dans le
domaine du numérique, dont la
présence au sein même du CNNum
ne se justifierait pas.
Certaines discussions du Forum
seront publiques, d’autre pas, à la
discrétion du CNNum. « Ce Forum fonctionnera en mode consultatif ouvert », résume Mounir
Mahjoubi. ■
Free se lance en Italie, sur fond de turbulences
Xavier Niel déploie son opérateur télécoms dans la péninsule, dans un contexte politique compliqué.
Xavier Niel,
fondateur de Free.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
TÉLÉCOMS L’Italie n’a plus de
gouvernement. Mais elle a un quatrième opérateur télécoms. L’intitulé de la conférence de presse
donnée ce mardi matin par Iliad, la
maison mère de Free, laisse peu de
place au doute « Pronti per la rivoluzione ? » (prêts pour la révolution). En pleine tourmente politique, cela ne manque pas de
piquant.
Xavier Niel, fondateur de Free,
et Thomas Reynaud, son nouveau
PDG, ont laissé entendre à plusieurs reprises qu’Iliad ferait son
entrée sur le marché italien avec
des offres « réellement compétitives
et innovantes ». La marque pour le
grand public sera bien Iliad et non
pas Free - déjà prise en Italie !
Actuellement, trois opérateurs
se partagent le marché de la téléphonie mobile en Italie, à peu près
à parts égales. Wind Tre (né en 2017
de la fusion de ces deux opérateurs)
devance ses rivaux d’une courte
tête. Il est suivi du britannique Vodafone et de l’opérateur historique
Telecom Italia (TIM). Ce dernier
traverse lui-même une période
compliquée. Son principal actionnaire Vivendi est aux prises avec le
fonds d’investissement Elliot. Le
précédent gouvernement avait à
plusieurs reprises manifesté une
certaine hostilité à l’égard de l’actionnaire français de TIM. Le flou
régnant autour de la composition
du prochain gouvernement italien
rend difficile toute spéculation sur
l’attitude de Rome face au nouvel
entrant, Iliad.
Retard à l’allumage
Les prix pratiqués en Italie dans le
mobile sont sensiblement plus bas
que ceux qui préexistaient à l’arrivée de Free en France. Du moins
sur le papier. Les contrats mobiles
sont truffés de petites lignes et de
coûts additionnels souvent compliqués à détecter : frais de mises
en service, de rétraction… sans
compter une fiscalité plus favorable aux cartes prépayées qu’aux
abonnements. Pour s’imposer,
Iliad ne devra pas seulement séduire les Italiens en leur offrant des tarifs ultracompétitifs. Il devra aussi
leur faire les yeux doux pour les
convaincre de changer de mœurs.
La situation italienne des télécoms
est encore compliquée par le dossier de la fibre. L’État italien a reproché à plusieurs reprises à TIM
de ne l’avoir pas développée suffisamment vite. Il a mandaté Open
Fibre, une entreprise détenue par
l’énergéticien Enel et la Caisse des
dépôts italienne pour en accélérer
le déploiement. Cela pourrait être
une aubaine pour Iliad. L’opérateur réfléchit déjà à des partenariats qui lui permettraient de disposer d’une offre convergente,
alliant fixe et mobile en Italie. Iliad
se targue aussi de disposer d’un
contrat d’itinérance en Italie « bien
plus avantageux » que celui dont il
disposait avec Orange lors de son
lancement en France. En outre, il a
commencé à déployer son propre
réseau, ce qui expliquerait le retard
à l’allumage de la fusée. L’arrivée
d’Iliad en Italie était initialement
attendue pour la fin 2017.
Or, cette étape est primordiale
pour le groupe. C’est la première
fois qu’il se lance en dehors de
France, après s’être cassé le nez
aux États-Unis et au RoyaumeUni. Ses activités italiennes vont
notamment devoir servir de relais
de croissance, alors que celle-ci
s’essouffle en France. Free y est de
plus en plus attaqué sur son marché d’origine, le fixe, et doit mettre
les bouchées doubles dans le mobile, pour atteindre ses objectifs de
déploiement. ■
E. B.
LA SÉANCE DU LUNDI 28 MAI
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 48,64
♣
AIR LIQUIDE ..................................
107,15
AIRBUS .............................................. 97,2
ARCELORMITTAL SA ..................................
28,17
ATOS .............................................. 115,95
AXA .............................................. 22,29
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
59,89
BOUYGUES ..............................................
40,44
CAPGEMINI ..............................................
116,1
CARREFOUR ..............................................
15,85
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,45
DANONE ..............................................67,48
ENGIE .............................................. 13,81
ESSILOR INTL. ..................................117,75
KERING ..............................................489,2
L'OREAL ..............................................
208
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
45,16
LEGRAND ..............................................66,6
LVMH .............................................. 303,5
♣
MICHELIN ..............................................
115,5
%VAR.
+HAUTJOUR
+0,23 48,95
-1,47 110
-1,03 99,54
-1,11
28,645
+0,17 116,4
-0,69 22,705
-1,07
61,59
+0,05 40,97
+0,09 116,8
-0,88 16,1
-1,66
12,845
+0,43 67,64
-1
14,11
-1,75 120,25
+0,35 490,9
+0,43 209,3
+0,16 45,5
-0,3
67,36
-0,77 308,3
-0,52 117,15
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
48,45
107,15
97
28,115
115,25
22,125
59
40,41
115,75
15,805
12,22
67,14
13,765
117,75
485,8
207,2
45,07
66,38
302,9
115,05
0,165
0,201
0,095
0,069
0,161
0,179
0,469
0,159
0,119
0,293
0,395
0,171
0,186
0,206
0,062
0,073
0,035
0,094
0,084
0,129
+13,12
+1,1
+17,11
+3,89
-4,45
-9,88
-3,79
-6,63
+17,4
-12,14
-9,78
-3,53
-3,66
+2,44
+33,92
+12,46
-3,1
+3,75
+23,68
-3,39
JOUR
ORANGE ..............................................14,875
PERNOD RICARD ..................................
145,85
PEUGEOT ..............................................
20,73
♣ 60,72
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
85,21
SAFRAN ..............................................
101,25
SAINT GOBAIN ..................................
43,6
SANOFI ..............................................65,52
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
76,16
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
40,335
SODEXO ..............................................85,16
SOLVAY ..............................................
118
STMICROELECTRONICS .............................
20,53
TECHNIPFMC ..................................26,25
TOTAL .............................................. 50,76
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
189,65
VALEO .............................................. 56,26
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,85
♣
VINCI .............................................. 85,72
VIVENDI ..............................................22,49
%VAR.
-0,4
+0,17
+0,24
+0,1
-0,49
-0,25
-1,16
-0,4
-0,34
-0,75
-1,11
-0,21
+0,05
-0,19
-0,59
+0,96
+0,11
-0,3
+0,02
-0,88
+HAUTJOUR +BAS JOUR
15,01
146,45
20,84
61,34
86,14
102,9
44,585
66,41
77,42
41,43
86,26
119
20,82
26,63
51,39
189,9
56,82
20,01
86,68
22,87
14,855
145,15
20,55
60,36
84,39
101
43,6
65,25
75,98
39,98
85,14
117,7
20,25
26,25
50,58
187,2
56,12
19,8
85,56
22,39
%CAP.ECH
0,12
0,084
0,141
0,164
0,205
0,124
0,2
0,103
0,144
0,568
0,207
0,189
0,199
0
0,145
0,418
0,453
0,198
0,13
0,13
31/12
+2,76
+10,53
+22,26
+7,18
+1,55
+17,86
-5,18
-8,81
+7,48
-6,31
-23,1
+1,81
+12,77
+1,55
+10,24
-9,69
-9,65
-6,7
+0,67
+0,31
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,541
1,5114
0,8747
9,1354
127,33
1,1577
1,1644
2,9732
11,103
5,3482
20,82
7,4508
78,528
135,75
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
35690
35450
+2,71
NAPOLEON ..................................................... 206
207,8
-0,43
PIECE 10 DOL USA .....................................................
588
588
PIECE 10 FLORINS .....................................................
214
214
+0,56
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1210
1215
+3,6
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
208
208
+1,96
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
299
299
-1,97
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1325
1335
+1,15
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
113,7
113,7
+3,55
PIECE SUISSE 20F .....................................................
205,1
207,8
+1,18
PIECE LATINE 20F .....................................................
208
208
+2,51
SOUVERAIN ..................................................... 261,9
261,8
+0,46
KRUGERRAND .....................................................1185
1185
+5,92
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
286,63 24/05/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
49,69 24/05/18
BELLATRIX C ................................................
339,55 24/05/18
SIRIUS ................................................57,10 24/05/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
A
MINÉE PAR LA CRISE POLITIQUE EN ITALIE, LA BOURSE DE PARIS FAIT GRISE MINE
La Bourse de Paris a terminé en baisse
lundi. Le CAC 40 a reculé de 0,61 %, à
5 508,93 points. Le volume d’échanges a
été limité à 2,5 milliards d’euros, en raison de la fermeture des marchés américains pour le Memorial Day, qui rend
hommage aux soldats américains et britanniques tombés au combat pour le
Spring Bank Holiday. Vendredi, l’indice
avait fini en baisse de 0,11 %. « Les investisseurs présents ce lundi se focalisent
sur l’Italie, mais aussi sur l’Espagne désormais après la motion de censure déposée vendredi midi, qui pourrait faire
tomber Mariano Rajoy », le chef du gouvernement, ont souligné dans une note
les analystes du courtier Aurel BGC. En
Italie, le président Sergio Mattarella a re-
fusé dimanche de nommer un ministre
des Finances eurosceptique, ouvrant la
voie à une crise politique sans précédent.
Carlo Cottarelli, ancien haut responsable du Fonds monétaire international, a
été chargé de former un gouvernement
de transition. Le marché continuait parallèlement à suivre les échanges diplomatiques entre les États-Unis et la Co-
rée du Nord. Après avoir annulé jeudi un
sommet sur le nucléaire avec le dirigeant
nord-coréen Kim Jong-un, le président
américain Donald Trump semblait vouloir
faire volte-face.
Parmi les valeurs, le fabricant français
de drones Parrot a terminé en baisse de
4,82 %, affecté par une chute de 23 % de
son chiffre d’affaires au premier trimes-
tre et par des pertes nettes qui ont atteint 18,9 millions d’euros. Bouygues a
grignoté 0,05 %. Sa filiale Bouygues
Construction a annoncé lundi l’acquisition de l’entreprise familiale australienne
AW Edwards, spécialisée dans le bâtiment, sans révéler le montant de l’opération qui doit être finalisée à l’été
2018. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 29 mai 2018
MÉDIAS et PUBLICITÉ
25
Marc Pritchard : « Une grande partie de la
publicité digitale est investie en pure perte »
Le directeur marketing de P&G, premier annonceur mondial, demande aux Gafa de se réformer.
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
ET IVAN LETESSIER £@ivanLetessier
COMMUNICATION C’est l’homme
le plus écouté du marché publicitaire mondial. Normal, il gère le
budget marketing de Procter &
Gamble, le plus important au
monde avec 10 milliards de dollars. Il a pris la tête de la croisade
des annonceurs pour obliger les
Gafa à plus de transparence et
d’efficacité publicitaire.
LE FIGARO.- Le RGPD vient
d’entrer en vigueur.
Qu’en pensez- vous ?
Marc PRITCHARD. - Nous avons
toujours considéré très sérieusement le respect de la vie privée.
Nous allons suivre l’esprit et la
lettre de ce nouveau règlement. Il
y a quelques années, quand nous
avons commencé à collecter les
données personnelles, nous avons
eu un débat sur notre politique de
respect de la vie privée. Nous
avons conclu qu’elle doit être
transparente et acceptée explicitement par les internautes. Nous
avons mis cette politique en place
à l’échelle mondiale. Résultat,
dans la plupart des pays, nous
sommes plus stricts que les règles
locales. Nous travaillons sur le
RGPD depuis deux ans. Aujourd’hui qu’il rentre en activité, nous
sommes prêts.
ternaliser. Ainsi, nous avons rapatrié le media analytic et le media planning. Dans certains cas,
nous achetons nous-même de la
publicité en temps réel.
Pouvez-vous vous passer
des agences média ?
Je pense que pour un certain nombre de tâches, c’est possible. Mais,
pour autant, nous n’allons pas nous
en passer complètement. Ce qui
change, c’est la fin du travail en
silo. Nous ne voulons plus travailler
d’un côté avec les agences créatives, de l’autre avec les agences
média et les relations presse. Nous
voulons des partenaires globaux.
Comme Publicis. Nous travaillons
ensemble main dans la main pour
trouver quelle est la meilleure manière de créer de la valeur. Publicis
met à notre disposition tous ses
créatifs de Publicis, Saatchi ou Leo
Burnett, ses spécialistes des relations presse et Publicis média. Le
cycle de décision est plus rapide,
plus créatif et plus puissant.
Quels sont les points importants :
la créativité, une vision globale
de vos problèmes ou la capacité
d’aller plus vite sur le marché ?
Tous ces points sont importants.
Nous devons faire croître nos ventes, notre profitabilité et générer
plus de cash pour nos actionnaires.
Nous devons faire tout cela tout en
offrant à nos consommateurs un
produit amélioré, être présent dans
la distribution physique et en ligne,
Cela rend-il le business
avoir une communication brillanplus compliqué ?
te et obtenir un meilleur engageLa technologie doit être bonne
ment des consommateurs. Le tout
pour le consommateur. Nous depour le bon prix. Avec toutes ces
vons être capables de ne pas
considérations, ce qui fait la diffél’abreuver de publicités mais de
rence aujourd’hui c’est la rapidité.
Et la possibilité de
plus avec
Nous allons suivre l’esprit et la faire
moins de moyens.
lettre de ce nouveau règlement L’exemple type
est la campagne
européen sur la protection
vidéo d’Ariel sur
des données personnelles
le partage des tâches au sein des
MARC PRITCHARD
foyers. Cette campagne a été extrêmement partagée
lui proposer la meilleure offre
sur le digital. Nous n’avons pas
commerciale au meilleur modépensé beau-coup d’argent et
ment. Dans ce cas, la technologie
tout le monde en a parlé.
est une chose positive. Nous touchons 1 milliard de personnes par
jour, nous devons savoir ce dont
Vous avez annoncé la réduction
elles ont besoin. Cela donne une
de 200 millions de dollars
grande responsabilité aux entrede vos dépenses publicitaires
prises et le RGPD est là pour le
dans le digital. Pourquoi ?
rappeler. Je suis un supporter de
Nous avons pris cette décision car
ce règlement européen.
nous avons fait le constat qu’une
grande partie de cette publicité
Vous avez secoué le marché
était investie en pure perte. Nous
avec votre décision de réduire
avons identifié 200 millions de
votre budget publicitaire
dollars de dépenses publicitaires
de 1,2 milliard en cinq ans.
qui ne servaient à rien et les avons
Nous avons déjà économisé
supprimés. La plupart de ces pu750 millions de dollars dans notre
blicités étaient regardées par des
budget publicitaire. Et dans les
robots et certaines sur YouTube
quatre années venir, nous éconoétaient liées à des vidéos auxquelmiserons encore 400 millions, soit
les nous ne voulions pas être assoenviron un total de 1,2 milliard.
ciés. YouTube doit faire des efforts
Nous avons déjà réduit de moitié
dans la « brand safety ». Nous
le nombre d’agences avec lesquelsommes passés de la publicité sur
les nous travaillons. Et nous allons
3 millions de chaînes YouTube à
poursuivre ce mouvement.
seulement 10 000. De plus, en
analysant les données, nous avons
vu que beaucoup de nos publicités
Vos dépenses n’étaient
étaient vues moins de 2 secondes.
pas assez efficaces ?
Enfin, nous avons constaté que les
Nous sommes en face d’un bouleconsommateurs étaient trop exversement du marché. Avec l’arposés aux mêmes publicités. Ce
rivée de la technologie et l’analyse
qui est très ennuyeux. Nous avons
des données, nous sommes capastoppé cette surexposition qui est
bles d’atteindre les consommacontre-productive.
teurs avec une grande précision.
Cela nous permet de réduire le
volume de publicité total. AupaAprès le scandale Cambridge
ravant, nous devions dépenser
Analytica, avez-vous réduit
très largement sans véritable prévos dépenses chez Facebook ?
cision. Il y avait beaucoup de déNous avions pris la décision de réchets. Aujourd’hui, l’objectif est
duire nos investissements de 30 %
d’obtenir plus d’engagement avec
à 50 % chez YouTube et les autres
le consommateur. Nous avons regrands acteurs du digital avant ce
pensé nos marques comme des
scandale. Nos préoccupations
start-up avec des project manaétaient basées sur la transparence,
gers à leurs têtes.
la visibilité de nos publicités, la
mesure d’efficacité et l’exposition
Avez-vous changé la manière
de nos marques dans un environde travailler avec les agences ?
nement sain. Au sein de l’AssociaPar le passé, nous avons externation nationale des annonceurs
lisé trop de tâches aux agences.
(Association of National AdvertiNous sommes en train de les réinsers), tous les directeurs marke-
Marc Pritchard,
directeur marketing
de Procter & Gamble
(ici lors d’une
conférence à New York
en 2016).
SLAVEN VLASIC/GETTY
IMAGES NORTH AMERICA/
AFP
«
ting américains ont discuté avec
Facebook et Google de nombreuses fois sur ces problèmes. Ces
derniers ont pris cela très au sérieux et ils ont fait des progrès. La
prochaine frontière sera d’être
complètement satisfait des résultats et comprendre comment ces
acteurs respectent la vie privée.
numérique, les moteurs de recherche et l’e-commerce. Mais
cette moyenne recouvre des réalités différentes selon les pays et les
marques. Ainsi, en Chine, le numérique représente 70 % de nos
dépenses. Certaines marques sont
plus digitales et d’autres sont plus
investies dans la télé et la presse.
Avez-vous réinvesti ces sommes
dans d’autres médias ?
Nous avons réorienté une grande
partie de ces budgets publicitaires
dans les médias traditionnels.
Dans la télé qui est efficace, dans
les sites de grands journaux mais
aussi en radio et même dans des
échantillons physiques.
Misez-vous toujours
sur les influenceurs ?
Oui. Mais nous sommes de plus en
plus vigilants à mieux choisir ceux
avec qui nous travaillons. Leur
nombre de followers sur Instagram, Facebook ou YouTube n’est
pas aussi important que la façon
dont leurs fans réagissent à leurs
publications. Avec ceux qui ont
réellement une influence, nous
voulons travailler plus étroitement, faire en sorte qu’ils connaissent mieux nos marques, qu’ils
soient plus engagés avec elles. ■
Quelle est la part du digital dans
vos dépenses publicitaires ?
Le numérique représente en
moyenne 30 % de nos dépenses.
Cela inclut les réseaux sociaux, le
»
EN BREF
LE SÉNAT PRÉPARE
UN COLLOQUE SUR
L’AUDIOVISUEL PUBLIC
£ Alors que les premières
annonces du gouvernement
concernant la réforme
de l’audiovisuel public
sont attendues la semaine
prochaine, le Sénat compte
bien s’inviter dans les
discussions parlementaires.
La commission de la culture
organisera le 12 juillet prochain
un grand colloque sur les
missions et les défis que doit
relever le secteur à l’heure
des mutations numériques.
Les débats se feront en
présence des principaux
dirigeants européens
de l’audiovisuel public.
Nous avons
« réorienté
une grande
partie de
ces budgets
publicitaires
dans les
médias
traditionnels.
Dans la télé
qui est efficace,
dans les sites
de grands
journaux,
mais aussi
en radio
et dans des
échantillons
MARC PRITCHARD
PUISSANCE - BRAND SAFETY - TRANSPARENCE - VISIBILITÉ
Ils ont choisi la coniance
»
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A
PROPOS RECUEILLIS PAR
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 29 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 952 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
AUTOMOBILE
MODE
LE SUV C5 AIRCROSS
DE CITROËN FAIT LE PARI
DU CONFORT FAMILIAL
TOD’S RENOUVELLE SES
CÉLÈBRES MOCASSINS
AVEC DU DENIM PAGE 30
PAGE 31
La nouvelle jeunesse de Gounod
LEBRECHT/RUE DES ARCHIVES
Son bicentenaire est l’occasion d’explorer les mille
et une facettes du compositeur de « Faust ». Une œuvre multiple
et envoûtante réinterprétée sur plusieurs scènes. PAGE 28
Charles Gounod
entouré de muses,
1906, sur une gravure
de Guillaume Dubufe.
La petite musique d’attente de Springsteen
MUSIQUE Alors que son nouvel album tarde à sortir, le « Boss » se raconte
à Broadway et publie un coffret sur sa période la plus décriée.
1ÈRE
MAISON INDÉPENDANTE EN FRANCE EN 2017 *
VENTES AUX ENCHÈRES EN PRÉPARATION
25 JUIN ET 22 OCTOBRE 2018 • DROUOT
PEINTRES D’ASIE DU XXe SIÈCLE
Olivier Nuc
onuc@lefigaro.fr
ruce Springsteen a choisi de
prolonger le one-man-show
qu’il donne chaque soir depuis
le 3 octobre dernier au Walter
Kerr Theatre de Manhattan,
une salle de 975 places. Intitulé Springsteen on Broadway, ce spectacle s’achèvera le 15 décembre prochain, ce qui ne suffira pas à contenter les centaines de
milliers de fans qui rêvent de le voir lire
des extraits de son autobiographie Born
to Run et chanter des titres en version
acoustique, à la guitare et au piano.
L’homme ne semble pas pressé de commercialiser l’album qu’il a complété voici
près de deux ans, qui était assuré surprendre son public de par son contenu.
Surprendre son public, Springsteen l’a
déjà fait. C’était au début des années 1990
et cela lui avait valu une volée de bois
B
EVERETT/RUE DES ARCHIVES/BCA, CITROËN, TOD’S
tes. L’album fait partie des disques intimistes de son auteur, comme The Ghost
of Tom Joad (1995), autre perle de cette
période contrastée. Limité et numéroté,
ce coffret bénéficie d’une impressionnante restauration du son par Bob Ludwig, référence absolue en la matière,
et Toby Scott. Les albums Tunnel of
Love et Human Touch sont présentés pour la première fois sous le
format double. En sus des albums
de la période, le coffret inclut
des raretés. Ainsi de Chimes of
Freedom, enregistré pendant
la tournée de 1988 avec le E
Street Band, et Blood Brothers, qui marquait les retrouvailles du chanteur avec
le groupe huit années plus
tard. Depuis cette date, Bruce Springsteen n’a plus jamais
été accompagné par une autre
formation. ■
Bruce Springsteen, en 1995.
ART CONTEMPORAIN • SPÉCIAL FIAC
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CHARLOTTE REYNIER-AGUTTES
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*sans actionnariat extérieur
A
MORCEAU CHOISI
vert. En limogeant son groupe fétiche
The E Street Band pour enregistrer deux
albums sortis le même jour, le « Boss »
s’était attiré les foudres de ses exégètes,
pour cause de trahison et d’affadissement
du propos. Il faut dire que lesdits disques,
Human Touch et Lucky Town, n’ont
pas très bien vieilli. Ils font partie du
nouveau coffret proposé par son label historique, Columbia, peut-être
pour faire patienter les amateurs.
Après un premier volume consacré
aux glorieuses années 1973-1984,
cette somme s’attarde sur une période plus difficile de la carrière du
musicien: les années 1990. Le coffret ouvre néanmoins en beauté
avec le merveilleux album Tunnel
of Love, que la patine des ans a
rendu encore plus attachant
encore. Enregistrée par un
Springsteen triomphant et
déprimé à la fois, cette collection de chansons s’inscrit
parmi ses plus belles réussi-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 29 mai 2018 LE FIGARO
28
L'ÉVÉNEMENT
Le sang neuf de Gounod
GOTHIQUE ET
TRANSGENRE(S)
CLASSIQUE On fête les 200 ans du compositeur.
PALAZZETTO BRU ZANE
L’occasion de redécouvrir une œuvre
injustement réduite à deux tubes lyriques :
« Faust » et « Roméo et Juliette ».
CANTATES
ET MUSIQUE SACRÉE
C
THIERRY HILLÉRITEAU
£@thilleriteau
hâteau hanté, revenants,
malédiction, sabbat infernal… Ce n’est
pas le scénario du prochain film de
Guillermo Del Toro mais les ingrédients
d’un opéra oublié de Charles Gounod :
La Nonne sanglante. Cette dernière
nous revient des limbes après 150 ans
d’oubli pour tourmenter notre imaginaire collectif. Et venger son créateur
de notre mémoire sélective. Rappelant
au monde que Charles Gounod ne se limite pas à Faust ou Roméo et Juliette.
Dans le rôle des profanateurs de sépulture ? L’Opéra Comique, à Paris.
Mais aussi le Palazzetto Bru Zane, centre de musique romantique française
basé à Venise, coproducteur du spectacle. Et l’orchestre Insula Orchestra de
Laurence Equilbey, que l’on retrouvera
dans la fosse. Pour elle, « dès ce deuxième opéra, Gounod démontre une parfaite
maîtrise de l’adéquation des moyens musicaux au service du drame ». Ce que
confirme le musicologue Alexandre
Dratwicki, directeur artistique du Palazzetto Bru Zane. « Cet opéra n’est pas
une petite chose dans l’œuvre de Gounod.
Il montre que dès ses premiers ouvrages
le compositeur avait les deux pieds dans
le grand opéra. Pourtant, c’est une
œuvre qui aujourd’hui surprend. » Et
pour cause. Charles Gounod a composé
de son vivant douze opéras. Le grand
public n’en connaît que deux : Faust et
Roméo et Juliette. « Douze opéras, ce
n’est pourtant pas énorme si l’on compare avec d’autres compositeurs. Mais c’est
une tendance assez française de toujours
circonscrire l’œuvre de nos musiciens à
un ou deux ouvrages. »
C’est toutefois une autre malédiction
qui frappe La Nonne sanglante en 1854.
Avec ses 387 costumes, ses décors signés
par six peintres différents, sa distribution superlative et ses douze mois de
préparation, l’ouvrage avait tout pour
devenir un événement lyrique. C’était
compter sans les guerres intestines qui
frappent l’administration des théâtres.
Victime d’un changement de directeur
de l’Opéra au milieu des représentations, La Nonne sanglante fut retirée de
l’affiche au bout de onze soirs seulement. Sans doute plus par volonté du
nouveau maître des lieux de ne pas voir
triompher davantage la programmation
de son prédécesseur, que par pudibonderie. Quoi qu’il en soit, l’œuvre ne revit
jamais la scène parisienne depuis. Or
cette Nonne sanglante nous en dit long
sur l’audace du jeune Gounod, alors âgé
de 36 ans. Et sur l’amplitude de son
spectre musical. Certes, le livret, adapté
par Eugène Scribe d’un best-seller anglais (The Monk de M. G. Lewis) faisait
l’impasse sur la dimension ouvertement
anticléricale de l’original. Mais « s’attaquer à pareil ouvrage reste pour l’époque
ambitieux. Cela dénote une grande exigence littéraire. Et montre que contrairement aux accusations d’académisme dont
S. BRION /OPÉRA-COMIQUE
il a souffert, entre autres parce qu’il s’intéressait à la musique sacrée, Gounod
était parfaitement à l’écoute de son temps
et des goûts parisiens de l’époque »,
poursuit Dratwicki.
Ce dernier s’attachera, tout ce mois
de juin, à faire entendre les innombrables facettes insoupçonnées du compositeur, dans le cadre du Festival du Palazzetto Bru Zane à Paris. Outre La
Nonne sanglante, le public pourra y redécouvrir ses rarissimes quatuors. Mais
aussi des mélodies (il y en a 150 en tout
et elles ne sont jamais données). Une
passionnante messe vocale. La version
de 1859 de Faust de 1859, sur instruments d’époque (avec Christophe
Rousset à la baguette). Ainsi que des extraits d’opéras, « dont la scène du breuvage de Roméo et Juliette, dans sa version d’origine jamais donnée » (le 16 juin
à Radio France, lors d’un gala anniversaire la veille du jour de sa naissance).
Infinie variété de styles
Car le chercheur l’assure : « Il reste
énormément à redécouvrir ! » Sa musique sacrée en est un bon exemple. « On
ne soupçonne pas l’infinie variété de styles dans lesquels Gounod s’adonna à sa
passion. Cela va de la messe très théâtrale au style néo-palestrinien. Comme
cette messe vocale a cappella, dont chaque prière est introduite par un choral digne de Bach. » Une messe composée à
Vienne au début des années 1840, et qui
fait suite à sa Messe de Rome, créée dans
le style des musiques entendues à Rome
lors de son séjour à la Villa Médicis.
« Un style singulier en France, où la Révolution avait mis fin aux maîtrises. »
La musique sacrée, pour laquelle il
délaissa l’opéra à la fin de sa vie, n’est
toutefois pas le seul genre à redécouvrir
chez Gounod. Tant s’en faut. Témoins
ses quatuors, qui viennent d’être gravés
dans leur intégralité. Au même titre que
sa musique pour piano « dont certaines
pièces comme la Veneziana mériteraient
d’être étudiées au conservatoire ». Ou
ses deux symphonies, « qui devraient
trouver leur place à côté de la Symphonie en ut de Bizet ». Sans parler des manuscrits inédits : plusieurs messes, des
cantates pour le prix de Rome, une sonate pour piano à quatre mains… «Et
des autographes, que la famille a vendus
au Musée des lettres et manuscrits de
Bruxelles, aujourd’hui sous scellés suite à
l’affaire Aristophil, avec impossibilité de
les consulter », déplore le spécialiste.
Tout en affirmant que les opéras encore
inconnus de Gounod ne tarderont pas à
rentrer au répertoire des grandes maisons d’opéra, comme ce fut le cas pour
Hamlet d’Ambroise Thomas et Cendrillon de Massenet, « qui, il y a quinze
ans, étaient encore éradiqués ». Et de
promettre pour septembre une nouvelle révélation, avec la parution discographique du Tribut de Zamora… Ultime
opéra de Charles Gounod. ■
La Nonne sanglante : du 2 au 14 juin
à l’Opéra Comique (Paris IIe).
Festival du Palazzetto Bru Zane à Paris :
du 1er au 29 juin. parisfestival.bru-zane.fr
« SAINT FRANÇOIS
D’ASSISE »
Faisant partie des oratorios que
Gounod composa à la fin de sa vie,
celui-ci témoigne plus que jamais
de sa volonté de concilier
lyrisme et spiritualité. À la tête
de l’Orchestre de chambre de Paris,
aidée par les voix superlatives de
Stanislas de Barbeyrac et Florian
Sempey, Laurence Equilbey
en livre une très belle première
lecture au disque (Naïve).
PALAZZETTO BRU ZANE/APARTÉ
La Nonne sanglante, l’opéra oublié de Charles Gounod. L’œuvre n’avait jamais revu la scène parisienne depuis 1854.
PALAZZETTO BRU ZANE/NAÏVE
Ce nouvel opus de la collection
« Prix de Rome » du Palazzetto
Bru Zane, avec Hervé Niquet
à la direction, éclaire de manière
passionnante la personnalité du
jeune Gounod. Montrant à la fois
son sens précoce du théâtre,
son inspiration littéraire gothique,
et le tiraillement qui le suivra
toute sa vie entre ses aspirations
religieuses et la carrière lyrique
à laquelle sa mère le destinait.
INTÉGRALE
DES QUATUORS
Premier enregistrement
de ces quatuors sur instruments
d’époque, ce tout nouvel opus
du Quatuor Cambini-Paris
est une révélation. Et dénote,
chez le compositeur français,
en plus d’un métier indéniable
et de l’influence du classicisme
viennois, un sens mélodique
d’une grande profondeur (Aparté).
A
CHRISTIAN MERLIN
Portrait de Charles Gounod, en 1875.
RUE DES ARCHIVES/PVDE
Si le bicentenaire de Gounod permet de
découvrir des pans entiers de son œuvre,
cet anniversaire est aussi l’occasion de
réfléchir sérieusement à la manière d’interpréter sa musique. Certes, un chef
d’orchestre comme Michel Plasson a
œuvré toute sa vie pour que l’on ne perde pas totalement le fil d’un style français
peut-être plus fragile qu’aucun autre.
Son récent Faust à Genève a montré
combien il était encore la caution d’un
jeu orchestral transparent et délicat,
d’une opalescence toute française, loin
de toute lourdeur germanique ou clinquant latin. Mais il a enregistré ces
œuvres à une époque où l’on privilégiait des distributions internationales,
qui n’avaient pas bu le chant français au
biberon. La discographie de Faust, par
exemple, regorge de versions affichant
grands noms et grandes voix, arborant
un chant romantique flamboyant mais
totalement hors style : les verdiens
Placido Domingo et Mirella Freni en
Faust et Marguerite, sans parler des
basses bulgares comme Boris Christoff
ou Nicolai Ghiaurov qui chantaient Méphisto comme Boris Godounov, et voilà
Gounod passé à la moulinette.
Déclamation française limpide
Aujourd’hui, grâce à des institutions
comme le Palazzetto Bru Zane à Venise,
l’Opéra Comique à Paris ou la Fondation Royaumont, on encourage les nouvelles générations de chanteurs à se
réapproprier un chant français fondé
sur la netteté de la diction, la clarté de
l’émission vocale, l’élégance de la ligne
et l’amour du mot. Aujourd’hui, une
Sabine Devieilhe, un Cyrille Dubois, un
Mathias Vidal, un Florian Sempey, remettent à l’honneur une déclamation
française limpide et sans pathos que
l’on avait fini par croire disparue.
Il est vrai qu’un chef comme Hervé
Niquet, qui a enregistré les cantates de
Gounod, était pianiste répétiteur à
l’Opéra de Paris dans les années 1980 :
de quoi faire le lien entre les époques.
De fait, ce culte d’un chant dont les
couleurs suivent les inflexions du mot,
on le doit aux baroqueux, et ce n’est pas
un hasard si Véronique Gens, la plus
grande tragédienne française actuelle, a
fait ses armes avec William Christie. Les
orchestres s’y mettent désormais, la
musique du XIXe siècle ne pouvant
échapper au mouvement des instruments anciens.
Le 14 juin, au Théâtre des ChampsÉlysées, c’est l’inattendu Christophe
Rousset qui mettra au service de Gounod
sa connaissance de Rameau et Gluck,
avec des cordes en boyau et des cors naturels. Ceux qu’utilisent déjà Les Siècles,
l’ensemble de François-Xavier Roth, et
Les Musiciens du Louvre, celui de Marc
Minkowski, qui se sont donné pour mission de retirer la patine recouvrant l’exécution d’une musique qui a tout à gagner
à retrouver sa fraîcheur d’origine. ■
DECCA
Une légèreté de style à reconquérir
L’ŒUVRE
POUR PIANO
Sans doute l’un des visages les
plus méconnus du compositeur.
Sous les doigts empreints de
tendresse - pas toujours des plus
subtils - de Roberto Prosseda,
ces pièces pour piano révèlent,
au-delà des facilités mélodiques,
le profond sens harmonique
de Gounod. Que ce soit
dans ses Romances sans
paroles, dans la continuité de
Mendelssohn. Ou l’envoûtante
barcarolle La Veneziana,
qui ouvre le disque (Decca).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 29 mai 2018
CULTURE
29
L’or et le velours de l’Orchestre de Philadelphie
CHRONIQUE À la Philharmonie de Paris, la formation américaine déploie ce son inimitable que cultive Yannick Nézet-Seguin.
LE CLASSIQUE
e concert donné par l’Orchestre de Philadelphie à la Philharmonie de Paris samedi remet bien des pendules à
l’heure. Après y avoir assisté,
vous ne pourrez plus jamais dire que la
mondialisation fait sonner tous les orchestres de manière standardisée. Car
le « Philly » a conservé un son absolument unique, que l’on ne peut confondre avec aucun autre. Vous ne pourrez
plus non plus parler, comme on le fait
souvent par commodité, d’un « son
américain », que l’on pourrait opposer
à un « son français » ou à un « son alle-
CHRISTOPHE CAUDROY/PHILHARMONIE DE PARIS
Christian Merlin
L
Le Philadelphia Orchestra, le 26 mai
à la Philharmonie de Paris.
mand ». Car en écoutant à quinze jours
d’intervalle le Los Angeles Philharmonic et le Philadelphia Orchestra, on a
entendu successivement un orchestre
clair et brillant, pour ne pas dire éclatant, et un orchestre d’or et de velours,
à la sonorité chaude et enveloppante.
Le toucher tendu et sec
d’Hélène Grimaud
Le « Philly » a une mémoire collective
telle, que, depuis ses légendaires directeurs musicaux Stokowski et Ormandy,
il continue à cultiver ce jeu ample, large, onctueux et ambré, reposant sur un
mélange de noblesse et de volupté qui
vous résonne dans le ventre.
L’intelligence suprême de l’actuel
patron de l’orchestre, le charismatique
Yannick Nézet-Séguin, est de ne pas
avoir cherché à changer cette personnalité sonore. Ce qui ne veut pas dire
qu’il n’apporte pas sa touche personnelle. Ainsi, la mémorable Quatrième
de Schumann qu’ils ont donnée étaitelle parcourue d’un frémissement de
vie, d’une urgence, d’une tonicité que
l’on n’associe pas spontanément à cet
orchestre au moteur de Boeing plus que
de Formule 1. Le miracle, c’est que
l’alchimie se produit : l’énergie du chef
et la dignité de l’orchestre s’allient pour
trouver l’équilibre rare d’un Schumann
tout à la fois vif et puissant. Quant au
Don Juan de Strauss, il trouve ici son
pur accomplissement. La plénitude
orchestrale s’y épanouit sans jamais
tourner à la démonstration, prenant le
temps de se déployer et de laisser
chanter chaque séquence jusqu’au
bout, avec une science enivrante des
enchaînements.
En première partie, le Concerto pour
piano en ré mineur de Brahms avait déjà
sonné comme une symphonie avec
piano obligé, avec une sonorité pleine
et sombre, comme si altos, violoncelles
et contrebasses déterminaient la chaleur et la rondeur du son de tous les
autres pupitres. Hélène Grimaud et
Yannick Nézet-Séguin s’entendent
bien et leur Brahms, lyrique et
contemplatif, est tout à fait cohérent.
On regrettera seulement que le toucher
délibérément tendu et sec de la pianiste
fasse ainsi contraste avec le son capitonné de l’orchestre. Et l’on ne peut
s’empêcher de se dire que le grand
brahmsien qu’est Geoffroy Couteau,
entendu l’après-midi même dans une
mémorable interprétation des Ballades
à la Cité de la musique voisine, avait
des basses autrement larges et une pâte
sonore plus profonde. On a parfois,
comme ça, un très léger sentiment
d’injustice. ■
EXPOSITION En montrant des documents
inédits, les Archives nationales racontent
les événements de mai du côté du pouvoir.
e pouvoir, dans les années
1960, est incarné par une Citroën DS. Dans
la cour des Archives nationales, à Paris,
celle mise à la disposition de Georges
Pompidou entre 1966 et 1968, est installée
sous un dais. On ne sait pas dans quel hangar l’État l’a conservée pendant 50 ans.
Mais elle est là, noire et élégante, bien
qu’un peu lourde, ouvrant l’exposition sur
les archives du pouvoir, en mai 1968. On
sait que Georges Pompidou, alors premier
ministre, aimait le sport et les Porsche, et
qu’il se passait volontiers de chauffeur
pour
se
déplacer.
Qu’importe ! Les voitures officielles sont, autant
que les casques et les matraques des CRS, exposées
à l’étage, les marqueurs
de ceux qui étaient de
l’autre côté des barrières.
Alors qu’un nombre incalculable d’institutions
« fêtent » Mai 68 à grand
renfort de slogans étudiants, les Archives nationales ont pris le parti de
présenter la manière dont
l’autorité a vacillé pendant
deux mois. Mai 68, aujourd’hui réduit à une contestation joyeuse, fut une crise
majeure pour le gouvernement en place,
et un tournant dans l’usage du pouvoir.
Comme souvent avec les Archives, il
faut savoir lire (ou prendre le temps de le
faire) si l’on veut comprendre le propos l’intérêt résidant dans les déliés de Georges Pompidou présentant sa démission au
général de Gaulle, le 30 mai, les faits relatés dans des centaines de notes des RG, ou
les dossiers de procédure liés au mouvement d’extrême gauche poursuivis par la
Cour de sûreté de l’État.
Fossé des générations
À coups de grands panneaux et d’archives
filmées, l’exposition rappelle les tournants
du conflit et met en lumière la manière
dont le gouvernement cherche, à chaque
étape, à assurer la permanence de l’État ou
à endiguer la contestation. Sur fond d’une
crise de régime, on y perçoit de la peur, de
l’urgence, de l’incompréhension - l’interview du Général de Gaulle, projetée dans
une salle, résume à elle seule le fossé des
générations et l’usure du pouvoir.
Le gouvernement de mai 68 semble appartenir au passé, celui qui puise sa légitimité dans la Seconde Guerre mondiale et la
Résistance. Il apparaît comme vacant, décalé, débordé. « Quelques groupes se révoltent contre la société moderne de consom-
mation », juge ainsi le président de la
République devant les caméras de l’ORTF,
le 30 mai, « ils ne savent pas par quoi ils la
remplaceraient, mais par contagion, les usines et les jeunes suivent ». Interrogé sur son
voyage officiel dans la Roumanie de Nicolae Ceausescu, au lendemain de l’appel à la
grève générale du 13 mai, de Gaulle estime
que la postérité retiendra qu’il a fait son
devoir pour la France.
Le mouvement social prend d’abord par
surprise. Mi-février, la préfecture de police de Paris écrit une note sur « l’agitation
grandissante » à l’université de Nanterre,
occupée depuis mars. La réponse des
autorités est classique : elles convoquent
sept étudiants, dont Daniel Cohn-Bendit
(qui aura droit à une note de synthèse des
RG, le 24 mai), en conseil
de discipline. Par la suite,
les notes des RG se multiplient (elles font l’objet
d’une très longue vitrine),
faisant état de la montée
des troubles dans toutes les
universités. Le recteur de
Nice observe : « Police débordée. Restaurant et loge
de concierge violés. Cité occupée. Si on n’a pas donné
droit à leurs revendications
ce soir, mettent la cité à
sac. » En réponse, l’Intérieur mobilise massivement ses forces de police,
les CRS et la gendarmerie.
En dépit du slogan « CRS =
SS », qui a fait florès, on lit dans
un premier temps une forme de retenue de
la part de la police. Le précédent meurtrier
de la nuit du 17 octobre 1961, contre les
militants du FLN, est dans toutes les têtes,
et le gouvernement enjoint les 25 000 policiers parisiens à « une maîtrise ». La
mort, en juin 1968, de trois personnes, un
lycéen tentant d’échapper à la police et
noyé dans la Seine, puis deux ouvriers de
Renault et de Peugeot tués par balles, mettra fin à cette concorde. Les violences policières s’invitent dans la contestation, avec
Raymond Marcellin en tête d’affiche - elles mettront de longues décennies à
s’éteindre dans les esprits français.
À partir de juin, les autorités nourrissent une hostilité grandissante envers les
leaders étudiants : une note des RG,
« Pour le retour à l’ordre », fait état de la
lassitude de l’opinion, qui n’a plus d’essence. « Il est temps de prendre des mesures contre les fauteurs de troubles », juge le
fonctionnaire.
Après les élections législatives, fin juin,
on assiste enfin à une tentative d’adaptation de la machine État pour éviter que la
« chienlit » ne recommence. Les réformes
sociales, dont celle de l’université, se mettent en place et l’exposition termine sur
ces ouvertures. ■
1
1. Grève des éboueurs aux Halles de Paris, le 21 mai 1968. 2. Scellé de journaux de comités d’action lycéens saisis le 11 juillet 1968.
2
A
L
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
LIPCHITZ/AP, ARCHIVES NATIONALES
68, dans les
petits papiers
des RG
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mardi 29 mai 2018 LE FIGARO
STYLE
30
Andrea Incontri, droit
dans les picots de Tod’s
MODE HOMME
Nommé en 2014,
le designer italien
de l’univers
masculin a gagné
la confiance
de la maison
et opère une petite
révolution en
lançant des premiers
mocassins en tissu.
L
’
FRÉDÉRIC MARTIN-BERNARD,
ENVOYÉ SPÉCIAL À MILAN
fmartinbernard@lefigaro.fr
idée de la campagne
« Leave your mark » qui bat actuellement son plein sur les réseaux sociaux,
dans les magazines et les vitrines de
Tod’s, provient de l’observation d’un
aléa du printemps milanais. Chaque année, quand le thermomètre commence
à grimper, le macadam de Corso
Venezia devenu malléable, imprime la
marque des picots de la multitude de
mocassins qui convergent vers le numéro 30 où sont situés les bureaux de la
griffe. Sur les images publicitaires, cette
empreinte du Gommino est transposée
sur la toile de jeans. Du denim ? Exactement, le tissu le plus porté au monde
dont Andrea Incontri est parvenu à faire la matière phare de la saison, après
deux ans de recherche et d’essais. De
négociations, aussi. « Il faut souvent
être patient avant d’obtenir un bon produit », explique le directeur créatif,
officiellement nommé en juin 2014, qui
aborde l’univers masculin du chausseur
comme un designer d’objet plutôt
qu’un créateur de mode.
La difficulté entourant cette innovation est avant tout technique. À
Brancadoro, dans la région des Marches
où sont implantés les ateliers historiques, les artisans sont habitués à monter
des chaussons de conduite, quasiment
les yeux fermés, depuis pile quarante
ans en 2018. Or les tours de main spécifiques au travail du cuir ne sont pas reproductibles avec un tissu prenant forme d’une façon différente et, de
surcroît, s’effilochant rapidement. Il y a
Avant de parvenir à mettre au point des mocassins en véritable denim (ci-contre),
Andrea Incontri (en haut à gauche) a travaillé sur les cuirs façon jean
qui sont aujourd’hui utilisés pour des baskets et des blousons (ci-dessus). TOD’S
aussi des machines de découpe des
peausseries inadaptées aux matériaux
textiles. D’autant que ces outils sont la
fierté de Diego Della Valle. Lorsque le
PDG du groupe reprend les rênes de
l’affaire familiale, à la fin des années
1970, il imagine un processus inédit de
production, à la fois artisanal et en série,
qui sera la clef de l’expansion de l’entreprise et du succès du mocassin maison. Un best-seller jamais démenti au fil
des saisons qu’il est d’autant plus tentant de ne pas le changer d’un iota.
« C’est un modèle phare que l’on peut habiller de mille façons, préfère penser
Andrea Incontri. Mon challenge est
d’entraîner la marque, plutôt conservatrice dans son attachement à la qualité et
au produit, sur le chemin de la modernité
sans la brusquer ni la dénaturer. »
Ainsi, l’an passé, il initiait l’exercice
par une version en nubuck imprimé
imitant la couleur et l’aspect de la toile
indigo. Il ne restait qu’un pas à franchir
pour créer les premiers mocassins en
véritable tissu de l’histoire de Tod’s
ouvrant la voie à d’infinies possibilités.
Chemins de traverse
En aparté, Andrea Incontri ne cache pas
que la montée en puissance du mouvement vegan et la remise en cause, dans
l’industrie du luxe, des matières d’origine animale, l’ont incité à défendre davantage ce projet de diversification dans
des étoffes. « Tod’s est une entreprise familiale italienne et, en même temps, une
griffe au rayonnement international qui
se doit de répondre aux aspirations du
monde. Aujourd’hui, je pense en maîtriser
les codes et le fonctionnement. J’ai beaucoup appris au contact des équipes. Et
vice versa. » En d’autres mots, le discret
Italien a su gagner, pas à pas, la
confiance en interne, quand ses alter
ego plus médiatisés, côté collections féminines, ont échoué à s’inscrire dans la
durée. De par sa formation d’architecte,
son vécu et son goût personnel, il a toujours perçu le temps comme un allié. Si
l’univers de la mode ne faisait pas partie
de ses plans de carrière, ses grands-parents ont tenu une échoppe de tailleur à
Milan, sur le Corso Buenos Aires, à deux
pas de son studio de création chez
Tod’s. « Dans la vie, tu pars dans une direction, tu bifurques parfois, tu es amené
à prendre des sentiers de traverse et,
souvent, tu reviens à tes racines », philosophe ce talent qui a eu sa marque de
prêt-à-porter et d’accessoires entre 2009 et 2016, et collaboré avec de
nombreux labels en free-lance.
De ses expériences multiples, il
conserve le souvenir ému de sa première visite d’un atelier de maroquinerie.
« Ce jour-là, j’ai saisi ce qui faisait le
luxe. Cette relation particulière qui se
noue entre un produit et une personne,
d’abord l’artisan, puis celui qui en fait
l’acquisition. Chaque matin, lorsqu’un
homme se tourne vers son dressing, il est
face à une multitude de vêtements qui,
dans bien des cas, ne sont pas foncièrement différents. Il a cependant le réflexe
d’en choisir un plus qu’un autre, car cette
pièce-là est parfaite à ses yeux, moderne
sans être extravagante, d’une grande
qualité. Je travaille sur cette idée d’actualiser des intemporels du dressing
masculin chez Tod’s. Mon approche est
plus soft que celle d’un styliste pur et dur.
Ici, il n’est pas question de tout révolutionner et, en même temps, il est nécessaire d’embrasser des partis pris forts. »
Sous ses airs familiers, le Gommino en
denim ouvre un nouveau chapitre de
l’histoire de Tod’s. ■
Le parcours atypique de Own
FOCUS La marque, imaginée entre 1999 à 2007 par les Français Thierry Rondenet
et Hervé Yvrenogeau, fait l’objet d’une rétrospective au MAD de Bruxelles.
A
À
la manière des griffes Neil
Barrett, OAMC et AMI,
Own se veut un dressing du
quotidien qui change des
classiques sans esbroufe.
De nombreuses pièces s’inscrivent
dans le style sportswear réinterprété
en version luxe sur les podiums. Des
baskets Stan Smith sont customisées au
fil de collections qui – là est le plus
bluffant -, ne datent pas des saisons
dernières, mais des années 1999 à
2007, quand Thierry Rondenet et
Hervé Yvrenogeau développaient cette
marque, en parallèle à leur poste de
coordinateurs de deux classes du cycle
mode de l’école de La Cambre à
Bruxelles. Alors que le MAD, nouvelle
maison de la mode et du design de la
capitale belge, consacre sa première
exposition au label disparu de ces deux
Français installés là-bas depuis plus de
vingt-cinq ans, eux s’apprêtent à déménager à Paris. En septembre, le duo
prend la direction d’un nouveau cursus
de création postbaccalauréat, fruit du
rapprochement de l’Institut français de
la mode et de l’École de la chambre
syndicale de la couture parisienne.
«Cette exposition ferme un chapitre et
en ouvre un autre, résument-ils. Face à
Thierry Rondenet et Hervé Yvrenogeau.
NICOLAS KARAKATSANIS
Prize 2017 dans la catégorie « diplômé
d’école de mode »), le fleuriste Thierry
Boutemy, le chorégraphe Thomas
Haubert et les photographes Nicolas
Karakatsanis et Leonardo van Dijl, ont
pris part à ce projet d’installation qui dépasse le champ du prêt-à-porter.
Transversalité
La rétrospective Own est visible au MAD de Bruxelles jusqu’au 17 juin.
un système de la mode en perpétuel renouvellement, comment redonner vie à des
éléments du passé sans paraître daté ? »
pointe Hervé Yvrenogeau, tandis que
Thierry Rondenet rappelle leur volonté
initiale de ne pas conserver d’archives
de Own : « Nous faisions des vêtements
A. BERTELS
pour habiller les gens, raison pour laquelle
nous n’avons rien gardé. » L’accrochage
au MAD a été réalisé à partir d’habits
précieusement conservés et prêtés par
des fans. Par ailleurs, huit créatifs issus
d’autres domaines, dont l’illustratrice
Mariam Mazmishvili (primée au LVMH
« La démarche de Thierry et de Hervé
est à l’image du système créatif bruxellois qui brasse les identités, les nationalités et les spécialités, compare Dominique Junne, la directrice adjointe du
MAD. Tour à tour, ils ont été designers,
enseignants, producteurs de vêtements
et d’images, commerçants même, puisqu’ils avaient inauguré, à l’époque, une
boutique concept-store associant Own à
d’autres labels. »
Cette transversalité étaye l’exposition. « Les métiers de la mode ques-
tionnent de multiples aspects, rebondit
Thierry Rondenet. Ils amènent à travailler avec toutes sortes de gens et de
talents. À l’origine, c’est cette pluridisciplinarité qui nous a attirés et nous a
conduits vers de nouvelles études à La
Cambre alors que j’étais jeune instituteur, et Hervé en fac de droit. » Un
parcours qu’ils devraient transmettre
à leurs futurs étudiants, à Paris, courant 2019. « Ce qui nous intéresse dans
le profil d’un élève, complète Hervé
Yvrenogeau, n’est pas uniquement sa
capacité à créer un modèle original,
mais aussi sa quête de sens, son souci
de l’image, sa gestion du processus
créatif et du développement d’une
collection. » ■
« It’s my Own. An Everyday Fashion
Story » jusqu’au 17 juin au Brussels
Fashion and Design Platform, à Bruxelles.
www.mad.brussels.com
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LE FIGARO
AUTOMOBILE
mardi 29 mai 2018
31
Citroën passe de
la routière au SUV
PRÉSENTATION Avec le C5 Aircross, la firme aux
chevrons rêve d’installer les familles en hauteur.
L
SYLVAIN REISSER
sreisser@lefigaro.fr
a marque aux chevrons at-elle encore foi en la berline? Si l’on en
croit Alexandre Malval, en charge du
design de Citroën, un vaisseau amiral
chargé de succéder à la regrettée C6 fi-
gure bien au programme, mais il ne
verra pas le jour avant 2022. Aux échelons inférieurs, le constructeur de l’exquai de Javel, qui apprend à vivre sans
DS, devenue une marque à part entière,
joue à fond la carte du SUV, une espèce
qui prospère sur le dos de la berline.
C’est si vrai, que les chevrons se sont
mis en tête de convertir la clientèle de
la C5, arrêtée depuis un an, au C5 Air-
Haute technologie
à tous les étages
CONTACT La nouvelle mouture de l’Audi A6
propose le meilleur de la technique
et des systèmes de dernière génération.
PHILIPPE DOUCET pdoucet@lefigaro.fr
epuis quelques années, les
technologies réservées aux
vaisseaux amiraux des
constructeurs se démocratisent sur des voitures de
catégorie intermédiaire. L’Audi A6
s’inscrit parfaitement dans cette tendance, dont le trio allemand du « premium » (Audi, BMW, et Mercedes) est
l’un des étendards. Il faut tout de même
relativiser en ce qui concerne l’A6, une
élégante berline dont la seule audace
stylistique est une calandre béante.
Certes, l’A8 se situe encore un cran audessus. Mais avec une longueur de
4,94 m, l’A6 n’offre pas un format spécialement compact. Avec un coffre
d’un volume de 530 litres, elle séduira
les familles réfractaires aux SUV.
Recenser tous les systèmes dont elle
est équipée exige un peu de temps et de
concentration. Elle est dotée d’une quarantaine d’aides à la conduite ! Radar,
caméras, capteurs ultrasons, la voiture
allemande est bardée de 24 senseurs.
Tous ces dispositifs confèrent à l’A6 un
niveau de sécurité qu’aucune limitation
de vitesse ne pourra jamais égaler. À
l’intérieur, imitant l’ergonomie aéronautique, Audi a doté sa planche de
bord de plusieurs écrans de contrôle. Au
centre, le principal (10,1 pouces) permet
de gérer le système multimédia, le second (8,6 pouces), placé sur la console
du tunnel central, est réservé aux fonctions secondaires. Derrière le volant, un
troisième écran haute résolution de
12,3 pouces affiche un cockpit « virtuel ». Affiché en grand, le GPS nous
donne en permanence une belle leçon
de géographie. Sous le capot, les moteurs V6 possèdent une architecture
électrique sous 48 volts, assurant notamment le fonctionnement d’un puissant alterno-démarreur et permettant
une légère hybridation.
L’A6 est disponible avec trois moteurs Diesel (4 cylindres de 204 ch et V6
3 litres de 231 et 286 ch) et un bloc essence (V6 3 litres 340 ch). Curieuse-
Copieux catalogue d’options
Les deux V6 diesel apparaissent paradoxalement presque plus sonores. Mais
comme ils confèrent plus d’agilité au
véhicule, ils ont tendance à être plus
sollicités. La motorisation essence de
340 ch est la plus agréable. Son fonctionnement soyeux correspond au statut de voiture de luxe de l’A6. Le
confort de cette berline aux cinq anneaux peut être encore augmenté si
l’on opte pour la suspension pilotée
(1 850 €), ou, mieux, pneumatique.
Disponible uniquement sur les motorisations 6 cylindres, elle exige un effort
de 1 850 ou 2 350 € selon les niveaux de
finition. Pareil pour les quatre roues directrices (2 250 €), tout comme la direction dynamique, qui réduit l’effort
sur le volant et le rayon de braquage.
Telle est l’Audi A6 : pour profiter pleinement de sa technologie et de ses
charmes, il faudra puiser dans un copieux catalogue d’options. La facture
pourra alors atteindre une altitude insoupçonnée. ■
u
Des volumes sympathiques
À force de multiplier les apparitions
dans les salons, depuis le concept Aircross d’avril 2015, la silhouette de la
C5 Aircross nous apparaît familière.
L’esprit de famille transpire, avec la
face avant intégrant des feux sur deux
étages, le pavillon paraissant flotter et
les fameux Airbumps allégés sur les
bas de caisse. Développé sur la plateforme EMP2 du groupe - partagée
avec les Peugeot 3008 et 5008, l’Opel
Grandland X et le DS7 Crossback -, le
baroudeur de Citroën affiche une longueur de 4,50 m, loin des 4,78 m de la
C5 à laquelle elle succède sur les chaînes de l’usine de Rennes, mais proche
de la DS7 (4,57 m). L’empattement a
été allongé de 55 mm par rapport à sa
cousine 3008. De tous les SUV de PSA,
il est le plus haut (1,67 m) et celui qui
dispose de la plus grande garde au sol
(23 cm). Pour attirer dans ses filets
une clientèle déboussolée par une offre pléthorique, le nouveau bébé des
chevrons revendique des formes dénuées de toute agressivité et une personnalisation poussée. En associant
les 7 teintes de carrosserie, les 3 colo-
ris d’inserts au choix et le toit bi-ton
noir, pas moins de 30 combinaisons
sont proposées.
confort mis en scène
uLe
Elle y ajoute, selon les niveaux de fi-
nition et les options, 5 ambiances intérieures coordonnant les matières (tissu,
mixte tissu-cuir ou cuir nappa) et les
couleurs. Dans tous les cas, le résultat
est de qualité en dépit de quelques économies mal placées. Les contre-portes
sont recouvertes d’un plastique non
moussé et le mécanisme en dessous des
sièges arrière est apparent. Malgré des
détails renvoyant, comme sur la
C4 Cactus, à l’univers de la bagagerie,
une pointe d’audace aurait été la bienvenue dans cet habitacle bien agencé
autour d’une dalle numérique paramétrable de 12,3 pouces et d’un écran central tactile de 8 pouces. L’adoption de la
plateforme EMP2 garantit la présence
des dernières aides à la conduite, dont
certaines pallient le défaut de vigilance
des conducteurs. Contrairement à la
version chinoise, le modèle européen
dispose d’une fonctionnalité accrue reposant sur trois sièges individuels à
l’arrière, escamotables, inclinables et
coulissants sur une amplitude de
150 mm. Le volume de coffre généreux
varie donc de 580 à 1 630 litres suivant
la configuration des sièges. Autre atout
de la version européenne : le programme Advanced Comfort, inauguré par la
C4 Cactus et couvert par 20 brevets.
Cela passe par des sièges rembourrés
(+ 15 mm d’épaisseur) et plus moelleux,
ainsi que des amortisseurs à butées hydrauliques dont nous avons pu mesurer
l’efficacité en termes de confort lors
d’une brève mise en mains dans le parc
de Saint-Cloud, près de Paris. Le SUV
chevronné absorbe parfaitement les irrégularités de la chaussée et les dosd’âne, ménageant les lombaires des
passagers arrière.
hybride à recharger
uUn
Sans grande surprise, le C5 Aircross
puise ses motorisations dans la banque
d’organes du groupe. L’offre réduite
s’articule autour de deux versions turbo
essence PureTech à injection directe,
un 3-cylindres 130 ch associé exclusivement à une boîte manuelle à 6 rapports et un 4-cylindres 180 ch, ainsi
que deux turbodiesels BlueHDi 130 et
180. La transmission automatique à
8 rapports est de série sur les versions
les plus puissantes et en option avec le
HDi 130. La transmission intégrale restera l’apanage de la DS7 Crossback hybride rechargeable. Prévue fin 2019, la
première Citroën à embarquer un moteur électrique sera une deux-roues
motrices et ne dépassera pas 225 ch,
contre 300 ch pour la DS7. Cela ne
l’empêchera pas d’offrir un rayon d’action de 60 km en mode zéro émission.
La C5 Aircross sera lancée fin novembre 2018. Son tarif la situera au cœur du
segment. Autour de 25 000 euros. ■
38e Festival
International
de Piano
La Roque d’Anthéron
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A
D
ment, seules les deux plus puissantes
(50 TDI et 55 TFSI), peu adaptées au
marché français, seront rapidement
disponibles, aux tarifs respectifs de
60 300 € et 64 000 € (79 800 € et
83 500 € en finition haut de gamme
Avus Extended). Il faudra patienter jusqu’à la fin de l’année pour disposer du
diesel de 204 ch. Son tarif devrait être
connu à la rentrée. Cette entrée de
gamme constituera sans aucun doute
l’essentiel des ventes tricolores, en majorité réalisées auprès des entreprises
(60 %). Ce groupe convient bien à l’A6.
Malgré une puissance pouvant sembler
contenue, la voiture ne paraît jamais
sous-motorisée. Peu vibrant, il est quasiment inaudible à vitesse constante sur
autoroute. Bien profilée et bien isolée,
l’Audi A6 plonge conducteur et passagers dans le monde du silence. La tenue
de route de ce grand véhicule est
conforme à son esprit : nette, précise et
sûre. Les enchaînements rapides révèlent néanmoins des sièges avant manquant de maintien.
cross. Signe d’une inversion du centre
de gravité, ce baroudeur des familles a
commencé sa carrière en Chine fin 2017
où 40 000 unités ont déjà été écoulées.
Sa version européenne dotée d’aménagements mineurs pointe enfin le bout
de son capot rond.
L’Audi A6 est dotée d’une quarantaine d’aides à la conduite.
GRAEME FORDHAM
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mardi 29 mai 2018
32
IMMOBILIER
avec
Une icône : Saint-Germain-des-Prés
avis.de.recherche
Une villa, un loft, un studio ?
Pour Paris et l’Île-de-France, nos experts
immobiliers répondent directement
chaque semaine dans le Figaro.
Chaque semaine, quatre professionnels de l’immobilier s’expriment sur un marché et présentent une sélection de biens.
Aujourd’hui, un des quartiers les plus parisiens, dont la notoriété est internationale.
Par Nelly Chevais
Typique du 6ème : le
« pied-à-terre
»
Rare dans cet univers
« minéral
: le jardin »
Un marché d’adresses
« emblématiques
»
EMMANUEL REINERT,
ENGEL & VÖLKERS PARIS :
Le 6e s’est valorisé de 10,8 % l’an
dernier. Ce fut la plus forte augmentation de prix après celle du 18e Sud à 13,4 %. Les
stocks se sont épuisés d’autant que des propriétaires
attendent de trouver la perle rare avant de revendre
la leur… L’engouement pour Saint-Germain ne se
dément pas si le bien est lumineux, en étage élevé,
rénové et dans un immeuble historique bien placé,
comme ce pied-à-terre de la rue Princesse, où se
situe Castel. Des biens au prix du marché peuvent se
vendre en une journée.
NADIA SKHIRI,
AGENCE VARENNE :
Dans la dynamique haussière de
2017, nous observons une phase de
consolidation au cours des premiers mois de l’année
2018. Parmi les adresses emblématiques de SaintGermain-des-Prés, la rue des Beaux-Arts aux
galeries d’art, où vécurent des artistes comme Corot,
Gérard de Nerval et Prosper Mérimée, incarne à la
fois l’enracinement culturel et l’élégance discrète de
la rive gauche. Rénové avec goût, cet appartement
avec deux suites symbolise parfaitement l’imaginaire
intemporel de ce quartier.
LOCALISATION :
Rue Princesse (6e)
SURFACE :
26 m2, 4e étage,
immeuble XVIIe
PRIX :
455 000 €
CONTACT :
01 45 64 30 30
MANUELA BARON,
EMILE GARCIN RIVE GAUCHE :
Cet appartement se situe dans
un ancien hôtel particulier du
XVIIe siècle, dissimulé à la vue par une porte
« cochère » sur rue. On retrouve les attributs de cette
époque classique : construction en pierre d’Arcueil,
escalier d’honneur, configuration entre cour et
jardin… L’appartement s’oriente sur le jardin, au
calme et exposé Sud-Ouest. A Saint-Germain, les
biens avec surfaces extérieures ou sur jardin sont
rares et très prisés. Près du Jardin du Luxembourg,
les prix peuvent coter 30 000 €/m2.
LOCALISATION :
Rue des BeauxArts (6e)
SURFACE :
143 m2, 2e étage,
im. fin XVIIIe
PRIX :
3 495 000 €
CONTACT :
01 45 55 79 10
Une prime aux grands
« appartements
»
NICOLAS HUG,
MENAGER & HUG :
Hormis sur le boulevard SaintGermain, les grands appartements
supérieurs à 200 m2 sont très rares à SaintGermain-des-Prés. Recherchés, ils affichent des
valeurs plus élevées (17 800 €/m2) que les surfaces
plus petites, à l’inverse des autres quartiers parisiens. L’appartement que nous avons sélectionné est
un grand classique de ces beaux appartements :
hauteur sous plafond de 3m40, bel immeuble 1900,
cadre familial affirmé et confirmé par la proximité
des bonnes infrastructures scolaires du quartier.
LOCALISATION :
Rue de Grenelle
(7e)
SURFACE :
152 m2, 3e étage,
ascenseur, parking
PRIX :
3 790 000 €
CONTACT :
01 42 61 73 38
LOCALISATION :
Rue de Grenelle (7e)
SURFACE :
253 m2, 2e étage,
4 chambres
PRIX :
4 500 000 €
CONTACT :
01 53 10 22 60
Rubrique réalisée par PROPRIÉTÉS LE FIGARO - 01 56 52 80 00
AVIS À NOS LECTEURS - MENTIONS LÉGALES
Toutes les annonces qui ne comprennent pas la mention
« Part. » pour les particuliers ou « Agents Co. » pour les agents
commerciaux sont des annonces émanant d’agents immobiliers
ou de promoteurs. Sans mention explicite d’honoraires dans les
annonces, les prix présentés s’entendent nets pour l’acquéreur.
Toutes les annonces des rubriques « appartements » sont réputées
être des lots de copropriétés, sauf mention contraire. Ces biens
faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien
proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
l’encontre de la copropriété à la date de la parution de l’annonce.
Les honoraires de l’agence immobilière et les commissions de
chaque bien sont consultables sur le site de l’annonceur.
Légende des sigles utilisés dans nos annonces : ◆ membre
F.N.A.I.M (Fédération nationale de l’immobilier) membre
S.N.P.I (Syndicat national des professionnels immobiliers)
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LE FIGARO
mardi 29 mai 2018
TÉLÉVISION
33
Dubosc, au nom du grand-père
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Dans ce nouvel épisode de la collection « Retour aux sources », Marie Drucker accompagne le comédien
sur les traces de son aïeul fait prisonnier par les nazis en juin 1940. Émotion et suspense au rendez-vous.
Berceuse
LÉNA LUTAUD £@LenaLutaud
« Journal»
TF1 | 13 heures | Lundi
ne émission de qualité sur
l’histoire qui tienne en
haleine les amateurs d’enquêtes et séduise les spécialistes des fonds d’archives,
c’est exceptionnel. Produit par Phare
Ouest, la société d’Arnaud Poivre
d’Arvor, Retour aux sources est l’adaptation française de Who Do You Think
You Are ? sur la BBC.
Le résultat est remarquable. « L’idée
est de traiter la grande histoire à hauteur
d’homme pour la rendre plus concrète et
plus attachante », explique Arnaud
Poivre d’Arvor. La clé d’entrée est une
personnalité que le public aime bien, qui
a de « bons taux d’agrément » comme
on dit dans le jargon du petit écran. Interviewée par Marie Drucker, cette
« célébrité » va partir sur la trace d’un
ancêtre et chercher à
éclaircir plusieurs zones d’ombre. L’enquête
filmée comme un « polar » est entrecoupée
○○○¡
d’explications d’historiens, de généalogistes, d’archivistes,
de cartes animées et de nombreuses
d’images d’époque. Ce soir, après François Berléand, Sonia Rolland et Barbara
Schultz, c’est au tour de Franck Dubosc.
La thématique ? Le sort des prisonniers
de guerre français sous le IIIe Reich.
U
P
Invité : Vincent Lagaf’
interviewé par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez aujourd’hui sur :
Le 24 juin 1940, « Pépère », le grandpère adoré de l’acteur-réalisateur, est
fait prisonnier par les nazis à Caen.
Ouvrier couvreur, il a 31 ans et deux petites filles, dont la future maman de
Franck Dubosc, qui l’attendent à la maison à Grand-Quevilly près de Rouen.
Quand Robert Planterou revient chez lui
le 14 mai 1945, il épargne à sa famille les
détails de ses quatre ans de captivité en
L’acteur et réalisateur Franck Dubosc face au portrait de « Pépère », son grand-père adoré.
Allemagne. Des décennies plus tard,
« Pépère » racontera par bribes ses évasions à ses petits-fils Franck et Régis
Dubosc. « Pour nous, il était La Vache et
le Prisonnier, il était le plus fort », se
souvient Franck Dubosc qui a perdu ce
cher grand-père il y a trente ans. Mais
voilà : Robert Planterou n’a jamais obtenu la médaille des anciens combattants.
A-t-il tout inventé ? Après des investigations fouillées menées par le journaliste Pascal Petit, Franck Dubosc, 55 ans,
part sur les traces de son grand-père filmé par le réalisateur David Perrier.
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
ue penser de l’actuel premier ministre canadien, arrivé au pouvoir en novembre 2015 à l’âge de 43 ans ?
Qui se cache derrière
l’image de ce jeune premier
au sourire éclatant qui rappelle celui de
John Kennedy ? Dans le documentaire
inédit Justin Trudeau, l’autre Amérique,
diffusé ce soir sur Arte, Gilles Cayatte
brosse un portrait contrasté de celui qui
est souvent vu comme l’anti-Trump.
Bien sûr, le fils de Pierre-Elliott Trudeau
a su imposer à son pays et au monde,
son aura de défenseur des droits de
Q
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4738
HORIZONTALEMENT
PROD/FTV
blette. L’entrée avec son immense drapeau nazi qui claque au vent est impressionnante. « Pour un petit couvreur
normand, quel voyage », soupire
Franck Dubosc dont on découvre une
facette méconnue. Des archives de
l’International Tracing Service, ITS, à
Bad Arolsen, colossal centre géré par
onze pays, à celles de Krupp, dans le
complexe militaire du IIIe Reich dans la
ville industrielle d’Essen, l’humoriste
va découvrir peu à peu le passé secret
de son grand-père. Palpitant, émouvant et instructif. ■
Sur l’environnement et les Amérindiens, il n’a pas tenu toutes ses promesses.
Le documentaire inédit de Gilles Cayatte
brosse un portrait contrasté de l’actuel
premier ministre canadien (ci-dessus).
1. Grand dadais. - 2. De grand
standing. - 3. Diminué par le mal.
- 4. Un habitué des cocktails. Ne
prend connaissance qu’une fois
retourné. - 5. Héros pré-Rome
antique. Possessif. - 6. On y
allait pour haler. Colonne de feu.
- 7. Créateur de spectacles psychédéliques. A fait bloc. - 8.
Points de non-retour. Sigle pour
un taux de crédit. - 9. Sourds à
l’idée même de composer. Lettre
ou chiffre, selon le sens. - 10. La
filière du pouvoir. Provoque des
éruptions. - 11. C’est donc avoir
connaissance des problèmes de
l’emploi. - 12. Sera la dernière
à pleurer si elle a beaucoup de
chagrin.
En train, en voiture, on le suit au pôle
d’archives militaires à Caen où il retrouve la fiche matricule de son grandpère. Le numéro 130 indique qu’il a été
interné dans le Calvados au Front stalag
n° 130, l’un des 62 camps de transit des
Allemands en France. Quand Hitler
tourne ses troupes vers l’Ouest, le régime nazi a besoin de main-d’œuvre et
« Pépère », comme 1,8 million d’autres
prisonniers, est transféré en Allemagne.
Du stalag de Bocholt, il ne reste plus
qu’une stèle dans la forêt mais le camp
a été reconstitué à 360 degrés sur ta-
Justin Trudeau, vert pas si tendre
DOMAINE PUBLIC/DPA PICTURE-ALLIANCE/ARTE
LE BUZZ TV
« La Vache et le Prisonnier »
23.15
VERTICALEMENT
1. Ses leçons sont cinglantes. - 2.
Brille comme un lampyre. - 3. Fibre
nerveuse. Élément accessoire.
- 4. S’est avéré nocif. Va au
docteur. Mis en mémoire. Romains
ou chinois. - 5. Pic à glace. Hors
de propos. Manteau court des
soldats gaulois et romains. - 6.
Organe à l’état embryonnaire. Parti
d’Allemagne. - 7. Font-elles des
scènes à monsieur du Jourdain ?
- 8. Est en ligne avec l’Oder. Pas
souvent.
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4737
HORIZONTALEMENT 1. Cromlech. - 2. Houaiche. - 3. Antichoc.
- 4. PC. Loupa. - 5. Ohm. Lest. - 6. Coué. Sue. - 7. hpelA. - 8. Na. Freyr.
- 9. ITT. RF. - 10. Khalifes. - 11. Oisiveté. - 12. Vestales.
VERTICALEMENT 1. Chapochnikov. - 2. Ronchopathie. - 3. Out.
Mue. Tass. - 4. Mail. Elf. Lit. - 5. Licol. Arriva. - 6. Échues. Effel. - 7. Chop
suey. Été. - 8. Hécate. Rasés.
2
3
4
5
6
7
8
l’homme en menant une politique d’accueil généreuse des migrants syriens.
Bien sûr aussi, ce représentant du parti
libéral canadien a affirmé son engagement pour la défense des Amérindiens,
ces « peuples premiers ». Quant à sa
ferveur pour défendre l’environnement, il l’a notamment exprimée lors de
la COP21 à Paris en décembre 2015.
Pratique du pouvoir
Problème, les convictions écologiques
affichées de Justin Trudeau ne l’ont pas
empêché de donner son
accord à l’exploitation
massive des sables bitumineux dans la provin○○○¡
ce de l’Alberta. Ainsi, à
BRIDGE
PROBLÈME N° 2837 :
Forcément…
1
2
3
R762
D8
ARV42
74
N
O
4
5
6
7
8
9
10
11
12
E
S
AV543
62
6 5 3
ADV
Contrat : Sud joue 4 Piques,
après une ouverture de 1 en
Est (E.-O. vuln.).
Entame : Valet de pour le Roi
d’Est qui encaisse l’As de puis
contre-attaque du 3 de pour
votre Dame qui tient. Sur le
Roi de , tout le monde fournit
petit.
peine un an après la COP21, son gouvernement approuvait la construction de
deux méga-pipelines… Quant au site naturel de la Vallée de la paix, en Colombie-Britannique, le même gouvernement a autorisé la construction d’un
barrage hydraulique géant, avec, à la clé,
la mise sous les eaux de cette vallée sur
plus de 80 kilomètres. En plus d’être une
atteinte à l’environnement, ce projet
touche les terres ancestrales des Amérindiens et bafoue un traité selon lequel
les peuples premiers bénéficient d’un
droit de regard. Comme
quoi, des idéaux à la pratique du pouvoir, le passage est parfois difficile. ■
21.45
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2836 :
Paresse coupable
Contrat : Sud joue 5 Carreaux.
Entame : Valet de pris de l’As.
Vous en remettre à la seule impasse au Roi de (meilleur
maniement avec dix cartes dans la ligne) serait faire
preuve d’une paresse coupable.
Cumulez vos chances. Commencez par tirer trois tours
de ( pour le Roi, pour l’As et ). De trois choses
l’une :
- La couleur est 3-3. Après la contre-attaque à (meilleure défense), encaissez l’As de et défaussez
le perdant sur le maître. Si Ouest a trois atouts,
vous aurez certes chuté un coup sur table…
- Ouest a quatre . Il vous restera la chance de l’impasse
au Roi de .
- Est a quatre . Sur une continuation à , défaussez
votre perdant et, là encore, il vous restera la chance
intacte de l’impasse à .
A85
72
AD82
A765
D9632
V 10 9 8
7
943
N
O
E
S
R V 10
D6543
R5
D V 10
74
AR
V 10 9 6 4 3
R82
A
rendre un enfant par
la main », chantait Yves
Duteil. Eh bien, cette
berceuse, Mamoudou Gassama
l’a prise au mot, ou plutôt,
courageusement, à bras-le-corps.
Ce jeune homme, un Malien
sans papiers de 22 ans, a escaladé
quatre étages d’un immeuble dans
le XVIIIe arrondissement de Paris,
rue Marx-Dormoy. Il a sauvé
un enfant de 4 ans suspendu
dans le vide au quatrième étage.
La façade ne lui a pas fait peur.
Mamoudou a grimpé, Spider-Man,
sans réfléchir. La léthargie n’a pas
eu le temps de le saisir, il n’était
pas dans le frisson ou le vertige et
on lui dit chapeau ! Cet acte filmé
nous ramène à nos fondamentaux.
Quand on pense que votre Palou,
53 ans, se couche encore en chien
de fusil appelant sa mère alors
qu’un orage point, ce n’est pas
brillant. Il se fait petit. Voyant ce
petit garçon, il se serait drapé dans
la dignité verticale de sa lâcheté.
L’héroïsme n’est pas le truc de
tout le monde. Notre président
Macron a reçu, hier matin,
Mamoudou Gassama à l’Élysée
pour son geste, c’est remarquable.
Sur BFMTV, le correspondant de la
chaîne, en direct du Château, nous
informe, un renseigné : « Quelques
minutes qui vont changer la vie
de Mamoudou Gassama. Le jeune
homme a eu un entretien en tête
à tête avec le chef de l’État,
et, pendant ces minutes, il a appris
pas mal de bonnes nouvelles.
La première, c’est qu’il va devenir
français, ça va se faire en plusieurs
étapes, d’abord il va avoir
un titre de séjour qui va permettre
de régulariser sa situation, et
ensuite il lui faudra faire un dossier
afin d’être intégré ans le service
civique des sapeurs-pompiers […].
Mamoudou a reçu le titre
honorifique : la médaille d’or
du dévouement pour son acte
de courage. » Mamoudou est
un peu perdu à l’Élysée,
il se gratte les genoux, demande
ce qu’il fait là. Sa nationalité
française va nous oxygéner.
Tu seras pompier, mon fils !
«
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mardi 29 mai 2018 LE FIGARO
34 TÉLÉVISION
MÉTÉO
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Soleil : Lever 05h53 - Coucher 21h42 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 C’est Canteloup
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu 20.45 Alcaline 20.50 Parents mode d’emploi
19.00 19/20 20.00 Tout le sport
20.05 Le journal de Roland-Garros
20.30 Plus belle la vie. Feuilleton.
21.00
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19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
21.00 Fonzy
15
Film. Comédie. Fra. 2013. Réal. : Isabelle Doval. 1h39. Avec José Garcia.
Un homme qui a donné son sperme à
maintes reprises découvre qu’il est
le géniteur de 533 enfants.
30
16
16
16
16
14
17
16
15
13
15
22.55 Chroniques criminelles. Mag.
Présentation : Magali Lunel.
16
15
15
15
14
14
14
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Damon Wayans Jr., Clayne Crawford, Keesha Sharp. 2 épisodes.
Inédits. Alors que tous les convives
sont réunis pour célébrer le mariage
de Leo, la mariée se fait attendre.
Tandem
Prés. : Nagui, Anne-Laure Bonnet.
2h20. En direct. Anne-Laure Bonnet
et Nagui dévoilent aux téléspectateurs des anecdotes sur la Coupe
du monde de football.
22.50 L’arme fatale Série. Famille
23.15 Retour aux sources Série
décomposée 23.35 Chicago Police
Department 1.15 Les experts : Miami
doc. Franck Dubosc. Inédit 0.55
Aventure, retour au pays natal. Doc.
15
14
13
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
15
15
15
18
Fra. Saison 2. Avec Astrid Veillon,
Fanny Rudelle, Stéphane Blancafort, Piérick Tournier. 2 épisodes.
Inédits. Une femme est retrouvée
pendue dans son jardin. Il s’agirait
d’un meurtre déguisé en suicide.
20.50 La cité perdue
de Ramsès II
22.40 La Comédie-Française
chante Brassens Spectacle. Inédit
21.35 La Grande Pyramide d’Égypte.
Documentaire 22.30 C dans l’air
19
18
14
Doc. 2016. Réal. : Simon Chu. 0h45.
Ramsès II est l’un des plus grands
pharaons d’Egypte ; son règne a été
marqué par une grande stabilité.
23.50 Soir/3
14
18
17
19
40
21
APRÈS-MIDI
27
30
26
25
18.40 L’info du vrai (C). Magazine
20.40 Canalbis (C). Divertissement
20.55 Catherine et Liliane (C)
19.00 Le loup arctique. Documentaire. La meute, c’est sacré 19.45
Arte journal 20.05 28 minutes
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu 19.45
Le 19.45 20.25 Scènes de ménages.
Série. Avec Frédéric Bouraly.
21.00
20.50
21.00
Film. Drame
Documentaire. Sport
Téléréalité
26
24
24
18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
26
26
23
21
28
27
25
25
23
20.55 Le tombeau
Film. Aventures. EU-Israël-GB.
2001. Réal. : J. McCord. 1h50. Avec A.
Banderas. Un jésuite se rend à Jérusalem pour enquêter sur un squelette qui pourrait être celui du Christ.
23
21
26
20
21
29
10
25
21
23.00 Limitless. Film. Thriller 1.00
Dernière mission. Film TV. Action.
28
22
28
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25
20
20
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23
40
22
19.00 Constructions hors limites.
Téléréalité.
Les hommes du feu
La Coupe du monde
des espions
Fra. 2016. Réal. : Pierre Jolivet. 1h30.
Avec Roschdy Zem, Émilie Dequenne, Michaël Abitebou. Bénédicte, adjudant-chef, intègre une
caserne de pompiers dans le sud de
la France, dirigée par Philippe.
The Island célébrités
All. 2018. Réal. : N. Borchert Holm et
J. Adelsten. 0h55. Inédit. Corruption,
espionnage... Les dessous du match
Russie/Angleterre pour organiser le
Mondial de football 2018.
22.30 Tchi tcha Magazine. Inédit
21.45 Justin Trudeau, l’autre
Amérique 22.45 Homo digitalis : vers
23.20 Ce qui nous lie. Film. Drame
1.10 Rencontres de cinéma. Mag.
une nouvelle espèce d’humains ?
Prés. : Mike Horn. 2h25. Inédit. Dans
le groupe des dix célébrités, après
les premiers jours chaotiques, le
camp s’organise. Sous l’impulsion
de Gwendal Peizerat, toutes les
personnalités travaillent à l’unisson.
<-10 à 0
Série doc. 2014. 1h55. Des héros et
des hommes. Début 1944, les Alliés
entament la préparation d’un débarquement- Dans l’enfer normand.
22.45 Les traces cachées. 0.10 La
recherche de l’arme absolue
23.25 The Island célébrités, les
secrets de l’île 0.45 Primal survivor, l’aventurier de l’extrême
18.10 Once Upon a Time. Série. Avec
Emilie De Ravin. 2 épisodes.
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 90’ enquêtes
21.00 État de choc
21.00 Safe
Magazine. Société. Présentation :
Carole Rousseau. 1h20. Au sommaire : Rodéos sauvages, délits de
fuite : les deux-roues de tous les
dangers. Inédit.
Magazine. Société. Présentation :
Stéphanie Renouvin. 2h10. Prisons
de haute sécurité, villes interdites
et paradis de la fête : la face cachée
de la Russie. Inédit.
Série. Thriller. GB. 2018. Saison 1.
Avec Michael C. Hall. 2 épisodes. Inédits. Sophie s’oppose à Tom quand
il souhaite interroger un nouveau
suspect pour retrouver Jenny.
22.20 90’ enquêtes. Magazine. Présentation : Carole Rousseau.
23.10 État de choc. Magazine. Présentation : Stéphanie Renouvin.
23.00 The Code. Film. Thriller. Avec
Antonio Banderas.
26
T (en °c)
20.50 6 juin 44 :
paroles de soldats
19/24
17/25
15/26
17/23
15/25
16/22
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
16/21
16/20
VENDREDI
16/20
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18/25
15/18
17/24
13/19
15/21
20/23
16/21
23.10 Tiny House : mini-maison à
emporter. Téléréalité.
20/27
21/31
19/27
14/20
18/26
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ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
JEUDI
16/23
Film. Drame. Fra. 2012. Réal. : C.
Telerman. 2h02. Avec J. Depardieu.
Ayant prétendu écrire un roman, Iris
persuade sa sœur de l’écrire pour elle.
17/28
19/27
18/28
13/18
16/23
20/31
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
MERCREDI
21.00 Les yeux jaunes
des crocodiles
10 à 20 20 à 30 30 à >40
16/21
14/20
14/24
18/24
19/26
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MOTS FLÉCHÉS N°1983
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3
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3 9
1
GLANER
ÇÀ ET LÀ
SOURCE
DE JUS
FACULTÉ
DE PARIS
ÉTAT
BALTE
6 3
1
5 6
2 9
8
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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FABRIQUE
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7
RÉSERVE
D’IMAGES
CRÊPE
ROULÉE
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Volume
17
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LE FIGARO
mardi 29 mai 2018
35
CELINE NIESZAWER/LEEXTRA VIA LEEMAGE
La deuxième vie
d’Antoine Audouard
SUCCÈS ll vient de publier « Partie gratuite », un récit plein d’humour
sur son AVC. Avec cet auteur, filleul d’Antoine Blondin, la légèreté
n’est pas le contraire de la profondeur. Mais un état d’esprit.
Mohammed Aïssaoui
maissaoui@lefigaro.fr
Q
uai de Valmy, Xe arrondissement de Paris. Un bistro en face
du canal Saint-Martin. On attend Antoine Audouard, écrivain et longtemps éditeur – il a
été directeur général des Éditions Robert Laffont, il a travaillé avec Bernard Fixot. Une
belle réputation dans le milieu
littéraire. Pour sa plume alerte, pas dénuée
d’humour, et de l’autodérision servie généreusement. Une façon d’écrire pleine d’aisance mais qui
ne se la ramène pas – il a aussi beaucoup écrit pour
les autres.
Il est né en littérature comme un footballeur ferait ses premiers pas dans un stade – première photo, nu sur une machine à écrire ! Premier roman
publié à 20 ans, chez Gallimard. Son père n’est
autre qu’Yvan Audouard, écrivain et célèbre chroniqueur au Canard enchaîné (il est mort en 2004 à
90 ans) ; il est le petit-fils du surréaliste André Thirion (ami d’Aragon et de Breton). Antoine Blondin
est son parrain. Et il est l’époux de Susanna Lea,
éditrice et fondatrice d’une prestigieuse agence littéraire internationale installée à Paris, Londres et
New York.
L’attente n’est pas longue. Antoine Audouard arrive à l’heure. On sait qu’il a subi un AVC il y a six
ans. C’est l’objet de son récit Partie gratuite qui
suite duquel le régime s’effondre… Nul besoin de lire
vient de paraître chez Robert Laffont, son ancienne
ces fruits de mon écervellement dans l’ordre où ils
maison, alors que la plupart de ses romans sont
sont présentés ; on peut les lire comme je les ai
chez Gallimard. Le 28 juin 2012, à 55 ans, au réveil
cueillis, faisant confiance au grand Blagueur céleste
de la sieste, l’auteur a tout le côté gauche de son
pour que chacun s’y perde et s’y retrouve… »
corps paralysé et « toute la partie gauche du monde
Partie gratuite se lit comme une suite désordonavait disparu ». Il doit sa survie à son fils qui, pour
née de tranches de vie. Comme la vie. Le livre resune fois, n’était pas allé à l’école, et à sa femme vesemble à son auteur. On sourit beaucoup. « Il n’y a
nue à son secours. On s’attend à voir un être dimipas de raison, dit-il, ce peut même
nué, et c’est sa belle allure, son œil péêtre un sujet de blagues ! Et je
tillant et son sourire espiègle que l’on
n’aime pas le ton larmoyant. » Derremarque. On l’avait compris en lisant
rière l’humour, il y a d’incroyables
son livre : l’homme n’est pas du genre à
portraits touchés par la grâce. Imse plaindre ou à regarder la vie via son
possible de tous les citer, il s’en
nombril. L’esprit de sérieux, très peu
1956
trouve parmi le personnel hospitapour lui.
Naissance à Paris.
lier, les amis, les ex (Audouard a
L’histoire d’un « après-coup »
1976
cinq enfants de trois compagnes,
Publie son premier roman qui s’entendent bien et se relaient
On lui a tellement dit que lui, l’écriMarie en quelques mots
pour l’aider !). Sa femme, Susanna
vain, il devrait écrire. Il a longtemps
(Gallimard).
Lea, est sans conteste le plus beau
répondu non. « Au cours des dernières
1994
des portraits, esquissé çà et là à
années, j’ai souvent raconté les épisodes
Directeur général
travers des scènes où elle se révèle
marquants ayant précédé et suivi mon
des éditions
exceptionnelle – rien ne résiste à
AVC - les questions des amis, les échanRobert Laffont.
son optimisme, ni à sa combativité
ges d’histoires avec des camarades
2000
ni à sa douceur.
d’hôpital m’amènent à évoquer des déPublie
Adieu,
mon
unique
tails qui semblent les faire sourire et réLa vie comme un bonus
(Gallimard), traduit
fléchir. Écrivain, je me suis exposé à la
en 14 langues.
question : “Pourquoi tu ne fais pas un
Derrière l’histoire d’un « après2014
livre de tout ça… ?” Ce récit s’est
coup », Antoine Audouard fait
Coscénariste du Temps
construit au coup par coup, fragments
l’éloge de l’amitié, de l’amour, de
des aveux, de Régis
détachés au flot du temps et qui évoquent
l’humour et de la littérature. Ce
Wargnier.
l’histoire d’un “coup” - je reprends le
sont ses mots-clés. Sa marque de
2018
mot anglais de stroke qui me plaît plus
fabrique. Son style. Ses chapitres
Publie Partie gratuite,
que le froid et technique acronyme AVC.
sont coiffés d’un titre des Beatles et
(Robert Laffont)
Le coup, c’est ce que tu prends sur la
de citations plus ou moins fantaisur son AVC.
tronche, c’est aussi le coup d’État à la
sistes (exemple : « Je suis un hémi
Bio
EXPRESS
gauche, comme ils disent », Charles Aznavour). « Je
déteste la littérature affreusement sérieuse. » Il préfère partager son « étonnement joyeux d’être en
vie ». C’est vrai qu’une fois la dernière page tournée, l’existence a meilleur goût. Partie gratuite,
c’est tout un état d’esprit, une manière de vivre la
vie comme un bonus. Une vie déjà bien remplie.
Vingt années en tant qu’éditeur où il travaille de
près avec des auteurs tels qu’Alphonse Boudard,
Claude Michelet, Bret Easton Ellis, Christian Jacq,
Jean-Dominique Bauby… Une dizaine de romans
dont le magnifique Adieu, mon unique, autour
d’Héloïse et Abélard, Le Rendez-vous de Saïgon (sur
son père) ou Un pont d’oiseaux (sur l’Indochine)
qu’il a lui-même traduit en anglais et qui s’est vendu aux États-Unis, pays dans lequel il a vécu durant
trois ans et qu’il ne cesse de retrouver…
L’être humain est complexe. Çà et là, l’humour
laisse place à une émotion, à une angoisse.
Audouard évoque sa peur de l’abandon : « Il m’en
reste une fragilité qui parfois me déborde : un coup de
fil non retourné, un mail sans réponse et je suis capable de me mettre en panique et nulles raisons ne me
ramènent alors à la raison – enfant inconsolable venant après des lignées d’enfants inconsolables. »
Est-ce un hasard ?, S’il s’en sort si bien, c’est
qu’il a subi le « bon » AVC. Susanna Lea, qui à force
de fréquenter les médecins et de surfer sur Internet
est devenue un « avatar de professeur de neurologie,
une autorité mondiale, vous expliquera très bien que,
l’hémisphère droit commandant le côté gauche (et
vice versa), mon hémiplégie a cogné sur toute la partie gauche de mon corps – tandis que les fonctions de
la mémoire et du langage n’ont pas été affectées… ».
Cela lui a permis de publier un savoureux livre
« entièrement écrit de l’index droit » ! ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Bouquet [bou-kê] n. m.
Fleurs que Jeff Koons voulait faire à la France.
e Bouquet, œuvre que l’artiste Jeff Koons a offerte à Paris, ne sera finalement
pas installé devant le Palais de Tokyo.
Le mot vient du francien boschet qui désigne un petit bois. Depuis le XIVe siècle,
le petit bois a évolué, est devenu un assemblage de fleurs, jadis vendu par de
gracieuses bouquetières. Par le génie encombrant de Koons, c’est désormais une
œuvre pesant 33 tonnes : ne serait-ce que de ce point de vue, il pèse déjà dans l’art.
Cette histoire de fleurs est savoureuse : on ne parlera pas ici de bouquet (mot réservé
au vin) mais de parfum : celui de la polémique qui accompagne le créateur, et surtout
sa cote. On se souvient de son arrivée tonitruante dans le majestueux château
de Versailles. Et maintenant les tulipes près de la tour Eiffel : c’est effectivement
le bouquet. Koons dispose et c’est aux autorités de la ville de s’adapter. De l’art
de marcher sur les plates-bandes d’autrui…
Comment s’arranger de ce bouquet ? En le refusant ? La mairie va trouver un nouveau
lieu pour installer l’œuvre ; ce sera le dernier épisode de cette affaire, un épisode que
l’on espère, à l’instar du bouquet, final. ■
Copyright : AdobeStock
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Le député européen et vice-président
de la région Île-de-France lancera,
ce mercredi, un site Internet dédié
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de sommeil. Pour mieux s’attaquer
à ces criminels qui exploitent des êtres
humains en leur louant des logements
insalubres à prix d’or, il a conçu, avec
Valérie Pécresse, un arsenal législatif
inédit. Jean-Louis Borloo y a consacré
une partie de son rapport et Emmanuel
Macron en a parlé lors de son discours
sur les banlieues. Dans six mois, Geoffroy
Didier fera un point d’étape public
sur la mise en œuvre de ce combat.
Bernard Pivot
au théâtre : c’est déjà
complet !
Bernard Pivot avait joué au
Théâtre du Rond-Point, à Paris,
son texte Au secours ! Les mots
m’ont mangé, l’histoire
d’un homme qui, malgré
ses succès de romancier
- invitation à « Apostrophes »,
consécration au Goncourt -, a
toujours eu l’impression d’être
dévoré par les mots. Un succès.
Au point que six représentations
sont reprogrammées du 29 mai
au 3 juin. Mais c’est déjà complet !
A
JEAN-CHRISTOPHE BUISSON
SÉJOUR
4 JOURS / 3 NUITS
Le jury du prix Chateaubriand, présidé par Philippe de Saint
Robert, a été reçu le 16 mai au Quai d’Orsay par Jean-Yves
Le Drian, à l’occasion du 20e prix Combourg-Chateaubriand
et du 250e anniversaire de la naissance de François-René de
Chateaubriand. À l’issue de cette rencontre, le jury a décidé
de couronner Philippe de Villiers pour son livre Le Puy du
Fou. Un rêve d’enfance (Éditions du Rocher). Ce prix compte
parmi ses lauréats Christophe Barbier, François Sureau et
Emmanuel de Waresquiel (2017), qui le remettra à son
successeur le 8 septembre, au château de Combourg.
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Philippe de Villiers, prix CombourgChateaubriand
Avec Jean-Christophe Buisson
Du 13 au 16 septembre 2018
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tumultueux sur laquelle souflent depuis des
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