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Le Figaro - 30 05 2018

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mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 953 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
ENQUÊTE
LES MÉTHODES
MUSCLÉES DU LOBBY
VEGAN PAGE 12
EUROPE
LA CRISE ITALIENNE
FAIT TREMBLER
LES MARCHÉS PAGE 20
Gouvernement cherche
économies désespérément...
AGRICULTURE
L’exécutif
dans le piège
du glyphosate
PAGE 4
LIBYE
Accord à Paris
sur des élections
en décembre
Emmanuel Macron réunit ce mercredi un ultime séminaire gouvernemental avant l’annonce,
au début du mois de juin, d’un grand plan d’action pour réduire les dépenses publiques.
PAGE 6
SÉCURITÉ
ROUTIÈRE
Le passage en revue des 1 250
milliards d’euros de dépenses
publiques des collectivités locales, de l’État et de la Sécurité
sociale touche à sa fin. Ce tra-
Moins de morts
sur les routes
en 2017 mais plus
d’accidents PAGE 7
vail de fond, auquel ont participé tous les ministères, doit
alimenter un plan d’économies suffisamment conséquent pour ramener les finan-
ces publiques dans le vert à
l’issue du quinquennat. Tous
les éléments sont désormais en
place pour qu’Emmanuel Macron, qui réunit aujourd’hui le
gouvernement au grand complet en séminaire, lance ce délicat chantier. Parmi les pistes
évoquées figurent la baisse des
effectifs de fonctionnaires et la
diminution des aides sociales
et aux entreprises. Au-delà de
l’aspect budgétaire, le chef de
l’État souhaite renforcer l’efficacité de l’action publique.
è LES PREMIÈRES PISTES ÉVOQUÉES è AIDES SOCIALES : LE GOUVERNEMENT EN PLEIN CAFOUILLAGE è THOMAS CAZENAVE, UN SUPER TECHNO À LA RÉFORME DE L’ÉTAT
è AMÉLIE DE MONTCHALIN : « IL FAUT RENDRE LA DÉPENSE PUBLIQUE PLUS EFFICACE » PAGES 18, 19 ET L’ÉDITORIAL
SÉCURITÉ
Le Sénat enquête
sur le malaise
policier PAGE 8
Macron
et les
chasseurs :
opération
séduction
À Liège, la Belgique à nouveau frappée
par le terrorisme islamiste
DISTRIBUTION
Le plan de
Carrefour pour
relancer ses hypers
français
PAGE 21
CHAMPS LIBRES
PAGE 26
Macron a-t-il
plus voyagé
que Hollande
ou Sarkozy ?
La tribune
de Pierre
Vermeren
La tribune de
Stéphane Ratti
L’analyse
de Guillaume
Perrault
n
n
n
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mardi :
Approuvez-vous
la naturalisation
de Mamoudou Gassama,
le sauveur de l’enfant
suspendu à un balcon
à Paris ?
OUI
68 %
NON
32 %
TOTAL DE VOTANTS : 129 887
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Emmanuel Macron a-t-il
raison de soutenir la
chasse en France ?
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@p@n@a@a";
ÉDITORIAL par Gaëtan de Capèle gdecapele@lefigaro.fr
n
PAGES 13 À 15
M 00108 - 530 - F: 2,60 E
Un homme « radicalisé », dont l’objectif était d’attaquer la police, a tué trois personnes dont deux policières,
avant d’être abattu mardi à Liège, dans l’est du pays, un acte qualifié de « terroriste » par la justice belge. PAGE 5
MICHEL LE MOINE/DIVERGENCE RICHARD DREW/AP
À moins d’un an des élections
européennes, Emmanuel Macron s’emploie à faire les
yeux doux aux chasseurs. Le
président va accéder à certaines des revendications de la
puissante Fédération nationale des chasseurs. Avec notamment la baisse sensible du
prix du permis de chasse et
l’assouplissement apporté au
système de prélèvements des
espèces. Sur ce dossier éminemment sensible, l’exécutif
se veut pragmatique. Au risque de braquer à nouveau les
écologistes. PAGES 2 ET 3
E
Maintenant ou jamais
t maintenant, sus à la dépense
publique ! Promis, juré, le gouvernement va désormais s’attaquer pour de bon à ce fléau, qui
plombe la compétitivité de notre
économie depuis plus de quarante ans.
Réussira-t-il là où tous ses prédécesseurs
ont échoué ? La première année du quinquennat – il est vrai lestée d’un lourd héritage – a été peu convaincante. Comme l’a
implacablement démontré la Cour des
comptes, le timide début de redressement
de nos finances publiques doit beaucoup à
la croissance, quasiment rien aux économies budgétaires.
Pour parvenir à ses fins, Emmanuel Macron parie sur sa méthode, censée éviter les
écueils du monde d’avant. Exit le fétichisme comptable, la maladie des chiffres,
l’obsession budgétaire qui braquent et
exaspèrent. Place à la réflexion sur une
meilleure organisation de toutes les administrations du pays, sur une optimisation
des ressources financières, sans aucun tabou… Les milliards d’économies recherchées apparaîtront alors naturellement.
CQFD.
Nul ne conteste – au contraire – la pertinence de cet exercice de bon sens, qui coulerait de source dans n’importe quelle entreprise. Mais à la fin des fins, il faudra bien
dire où, quand, combien l’État et les collectivités économiseront. Puis le traduire en
espèces sonnantes et trébuchantes. Le
champ est vaste dans les 1 250 milliards (!)
que le pays dépense chaque année pour entretenir sa fonction
publique et régler
les prestations sociales les plus élevées du monde occidental.
La fenêtre de tir est
étroite. Le cycle de
croissance, qui fait
si aisément rentrer
les recettes fiscales, commence à faiblir.
Les marges de manœuvre budgétaire,
aujourd’hui exceptionnelles, ne tarderont
pas à rétrécir. En Europe, le ciel s’assombrit
sur les marchés financiers. Les pays en déficit et criblés de dettes, dont la France,
paieront bientôt plus cher leurs emprunts.
En un mot, le temps presse… ■
IWC PORTUGIESER.
L A LÉGENDE
PARMI LES ICÔNES.
Il faudra
bien dire
où, quand,
combien
le pays
économisera
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Portugieser Chronographe. Réf. 3714
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entre pédagogie
et aventure
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mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Emmanuel
Macron fait
les yeux doux
aux chasseurs
1,1
million
Le nombre de permis
de chasse en France,
contre 980 000 en Espagne
et 700 000 en Italie
98
%
d’hommes
parmi les chasseurs
Le chef de l’État veut séduire
le monde rural avant les européennes.
Au risque de froisser les écologistes.
Les 4
départements
où l’on chasse le plus
sont le Nord, la Somme,
le Pas-de-Calais
et la Gironde
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
ET MARCELO WESFREID
£@mwesfreid
LUDOVIC MARIN/AFP
PRÉSIDENT des villes et, en même temps,
président des champs. Emmanuel
Macron s’apprête à lancer la grande réforme de la chasse promise au monde rural durant sa campagne. Pour cela, il a
confié au secrétaire d’État à la Transition
écologique et solidaire, Sébastien Lecornu, la tâche de faire la tournée de toutes
les parties prenantes. Au sein du gouvernement, l’élu de l’Eure est un spécialiste
des dossiers minés - fermeture de la centrale de Fessenheim, suivi du centre
d’enfouissement des déchets nucléaires
de Bure, gestion des retards de l’EPR de
Flamanville… Sébastien Lecornu s’attaque, cette fois, à une réforme potentiellement explosive au regard des tensions
entre les trois publics concernés : les
chasseurs, bien sûr, mais aussi les écologistes et les agriculteurs, dont les intérêts
ne convergent jamais en même temps.
« La réforme de la chasse, c’est la boîte à
baffes, assure un fin connaisseur de la ruralité. L’ouvrir, c’est le meilleur moyen de
mécontenter tout le monde. Ce n’est pas un
hasard si la dernière réforme sur le sujet
remonte à Lionel Jospin. »
Cette mission va accoucher d’un rapport qui doit être rendu en juin au président de la République. Le document proposera plusieurs scénarios dont Le Figaro
vous révèle les grandes lignes. D’abord,
une remise à plat des règles d’« accessibilité » au monde de la chasse. Actuelle-
Il faut savoir
me mobiliser.
Je mouille la
chemise pour vous,
mais, maintenant,
il faut aller plus
loin. Il faut arrêter
d’être en défensive,
il faut passer
à l’offensive
»
A
EMMANUEL MACRON
AUX CHASSEURS,
LE 15 DÉCEMBRE 2017
ment, la plupart des chasseurs possèdent
un permis départemental. Moins cher
que la validation nationale, il ne permet
toutefois pas de pratiquer cette activité
loin de chez soi. Or, une nouvelle catégorie de chasseurs est en train d’apparaître :
celle des jeunes urbains partis s’installer à
la campagne, qui chassent peu souvent
mais sont mobiles et cherchent à découvrir de nouveaux terrains de jeu. Comme
annoncé il y a quelques semaines, le pari
du gouvernement est de revoir à la baisse
le prix du permis de chasse national.
Aujourd’hui, il s’établit, en moyenne, à
400 euros. Il pourrait descendre en dessous de 200 euros demain. « Le principe
de la baisse est acquis », confirme-t-on
au sein de l’exécutif.
Parallèlement, le gouvernement veut
instaurer une « gestion adaptative des
espèces ». En clair : au lieu d’interdire de
chasser certains animaux sur des
périodes de plusieurs années, les restrictions seraient revues et corrigées chaque
année, après un état des lieux établi par
des scientifiques. Les chasseurs seraient
également tenus de transmettre les
quantités abattues. Enfin, les ONG
seraient sollicitées pour rendre compte
de l’évolution des écosystèmes locaux.
« Il s’agit d’éviter l’effet “cliquet”, décrypte un proche du chef de l’État. Avec le
système actuel des moratoires, quand une
espèce est protégée, il devient presque impossible de revenir en arrière. Même si, entre-temps, elle a proliféré. »
Qui dit nouvelles règles dit nouvelles
formes de contrôle. L’exécutif prône la
création d’une « police rurale et environne-
Chasse à la perdrix,
à proximité du village
de Châlons-du-Maine,
dans la Mayenne.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
mentale ». Celle-ci se substituerait aux différents corps qui quadrillent actuellement
les territoires ruraux. Elle serait mobilisable par les préfets et par les maires. Son action porterait aussi bien sur le suivi des périodes de chasse que sur les atteintes à
l’environnement. L’idée du gouvernement
est d’arriver à surmonter la traditionnelle
opposition entre écolos et chasseurs.
En coulisses, trois hommes ont joué un
rôle clé dans la conversion d’Emmanuel
Macron. D’abord, le président du groupe
LaREM au Sénat, François Patriat. Ancien
président de la région Bourgogne, il est
un soutien historique du chef de l’État.
Ensuite, Willy Schraen, le puissant président de la Fédération nationale des chasseurs, dithyrambique sur le locataire de
l’Élysée : « Nous avons déjà fait beaucoup
plus avec Macron qu’avec tous les anciens
chefs de l’État réunis, souligne-t-il. On est
sur une écoute, sans démagogie, avec de
véritables projets à la clé. »
Puissants relais d’opinion
Plus étonnant, le chef de l’État est également conseillé par l’inoxydable Thierry
Coste, qui fut la plume de Nicolas Sarkozy
puis de François Hollande en matière de
chasse. « Je suis un Machiavel rural »,
plaisante-t-il à moitié en se disant fier de
sa capacité à « mobiliser les réseaux de
chasseurs ».
Une aide précieuse pour Emmanuel
Macron qui, dans cette histoire, n’est pas
dénué d’arrière-pensées politiques. Hors
de Paris, les fédérations départementales
sont de puissants relais d’opinion. Les
De la forêt de Chambord à l’Élysée,
une longue entreprise de séduction
Sébastien Lecornu : « Le système
ni pour la biodiversité, ni pour
LES PHARES de la voiture transpercent la pénombre de la forêt de
Chambord. En ce 15 décembre 2017,
Emmanuel Macron vient de quitter le
gîte qu’il a loué pour fêter son quarantième anniversaire en famille. Un
week-end privé durant lequel le président de la République s’est aménagé
une petite sortie en forme de coup
d’éclat à haute valeur symbolique.
Une visite sur un tableau de chasse, le
moment traditionnel qui clôt une
journée de chasse.
Au cœur de la forêt, 80 personnes
l’attendent, chasseurs, rabatteurs,
rassemblés en cercle autour de la venaison du jour, une quinzaine de sangliers et quelques biches posés à
même le sol. Ils n’ont été prévenus
qu’à la dernière minute de la visite du
président de la République. Une seule
consigne : ne pas prendre de photos,
ne rien diffuser sur les réseaux sociaux. C’est aux chasseurs qu’Emmanuel Macron veut s’adresser et aux
chasseurs seulement. De toute façon,
sa présence ne manquera pas de provoquer la colère des anti-chasse. Inutile, donc, d’en rajouter avec un cliché souvenir.
Dans le froid glacial qui fige le domaine de Chambord, les chasseurs
patientent à la lumière des projecteurs et des torches installés pour
éclairer la scène. Lorsque Emmanuel
Macron arrive et descend de sa voiture, accompagné de ses gardes du
corps, certains sont déjà frigorifiés.
Le chef de l’État entame un petit discours devant l’assemblée. « Je serai le
président du développement de la
chasse, et pas seulement de sa défense », leur assure-t-il en substance,
SÉBASTIEN LECORNU est secrétaire
d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire.
“
Emmanuel
Macron a compris
que la chasse
est beaucoup
plus qu’un simple loisir,
c’est un mode de vie
”
THIERRY COSTE, LOBBYISTE DES CHASSEURS
Dans l’assistance, Thierry Coste, le
lobbyiste historique des chasseurs,
n’en revient pas. « Je n’ai jamais vu un
président assumer autant, confie-t-il
quelques mois plus tard, encore estomaqué par la scène. Emmanuel Macron a compris que la chasse est beaucoup plus qu’un simple loisir, c’est un
mode de vie. » Il avait pourtant déjà
envoyé quelques signaux. C’était
pendant la campagne présidentielle.
Le 14 mars 2017, dans la dernière ligne droite, le candidat d’En marche !
passe son grand oral devant le
congrès annuel des chasseurs. Emmanuel Macron n’y est pas attendu comme le Messie, lui qui vient d’être rallié
par des figures de l’écologie politique,
dont Daniel Cohn-Bendit. Au micro,
le futur chef de l’État s’échine à démontrer qu’il n’est pas l’urbain qu’on
croit. Il défend le tourisme cynégétique, les chasses présidentielles comme facteur d’attractivité de la France,
explique qu’il ne faut pas élargir davantage le droit des animaux.
Sur les chasses traditionnelles, le
futur président monte au créneau :
« Je pense qu’il faut laisser respirer les
gens. Pompidou disait à ses ministres
qu’il faut arrêter d’emmerder les
Français. On a beaucoup mieux à
faire. Ces types de chasse font partie de
l’art de vivre, d’un temps qu’on organise, d’un rapport à la nature. Je ne
suis pas pour qu’on les arrête. Ça
n’enlève rien à personne. » Emmanuel
Macron promet d’« ouvrir de nouvelles dates de chasse ». La salle est
retournée. Il marque des points par
rapport à ses rivaux de la présidentielle. Marine Le Pen, Jean-Luc
Mélenchon et Benoît Hamon, eux, ne
sont pas venus plancher devant les
chasseurs.
Une fois au pouvoir, le chef de l’État
poursuit ses échanges. En février
2018, il organise à l’Élysée une réunion de travail avec le président de la
Fédération nationale des chasseurs de
France, Willy Schraen, et Thierry
Coste. Le chef de l’État y enclenche sa
réforme de la chasse. Il promet de
« mobiliser sa diplomatie » pour faire
avancer les dossiers au niveau européen. L’opération séduction change
alors de braquet. ■
F.-X. B. ET M. W.
partementales, qui concernent l’essentiel des permis, et des validations
nationales, bidépartementales, temporaires. Tout cela complexifie inutilement, ce qui n’est bon ni pour la
biodiversité ni pour les chasseurs.
Pour améliorer l’accessibilité à la
pratique de la chasse et permettre
une meilleure répartition des rôles
entre chaque acteur, nous proposerons, avec Nicolas Hulot, deux ou
trois scénarios de réforme au président de la République et au premier
ministre, après avoir rencontré tous
les acteurs concernés, les chasseurs,
les associations de protection de
l’environnement et les usagers de la
nature. Ces scénarios simplifieront
le système et baisseront le prix du
permis annuel. Ils devront aussi intégrer les problématiques de sécurité vis-à-vis des autres usagers, de
gestion des dégâts de gibier et de
durabilité des pratiques vis-à-vis de
la biodiversité.
LE FIGARO. - Pourquoi revoir
l’organisation de la chasse ?
Sébastien LECORNU. - Plus d’un
million de personnes disposent
aujourd’hui d’un permis de chasse.
Or, on est face à un système très
complexe, qui est parfois source
d’incompréhensions entre chasseurs, agriculteurs et écologistes.
Les circuits de financement sont eux
aussi difficiles à suivre… Aujourd’hui, il existe des validations dé-
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
CASTANIER /HANS LUCAS
avant de commencer à saluer un à un
tous les chasseurs et rabatteurs. Parmi eux, il reconnaît même une personne croisée une douzaine d’années
auparavant en Picardie. On lui annonce le nombre de cartouches tirées
pendant la journée.
Emmanuel Macron échange un mot
avec chacun, explique ce qu’il fait là,
dans ce décor inattendu, encourage
tout le monde à s’appuyer sur lui
pour défendre la chasse. « Il faut savoir me mobiliser, exhorte-t-il. Je
mouille la chemise pour vous, mais,
maintenant, il faut aller plus loin. Il
faut arrêter d’être en défensive, il faut
passer à l’offensive. »
Sébastien Lecornu, secrétaire d’État
auprès du ministre de la Transition
écologique et solidaire.
La liste des espèces chassables
fait débat. Qu’allez-vous changer ?
Il faut remettre les scientifiques au
cœur du dispositif pour remettre du
bon sens dans la gestion des prélèvements et faire preuve de pragmatisme. Certaines espèces sont en situation très préoccupante, d’autres
vont mieux, voire sont en surnombre au point de créer des dégâts
agricoles. Les chercheurs du Muséum national d’histoire naturelle et
ceux de l’Office national de la chasse
et de la faune sauvage (ONCFS)
pourraient être sollicités pour faire
un point régulier sur l’état de
conservation des espèces chassables
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LE FIGARO
mercredi 30 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
La ruralité, terre de mission
pour le chef de l’État
U
actuel n’est bon
les chasseurs »
et les quantités de prélèvements
possibles ou non. Cela s’appelle la
gestion adaptative des espèces. Pour
cela, les chasseurs doivent rendre
des comptes régulièrement sur le
nombre d’animaux prélevés. Nous
souhaitons que les ONG et les fédérations de chasse puissent participer
à la décision en produisant des
contributions sur la situation des espèces. Fort de ces analyses, le ministre en charge de la chasse sera à
même de prendre des décisions plus
éclairées.
Qui fera respecter
les nouvelles règles ?
Le nombre d’intervenants actuels est
très important : police de l’eau, police de la chasse, police de la nature,
directions départementales des territoires, etc. Sans compter les gendarmes, qui sont parfois appelés pour
faire respecter les périodes de chasse.
Le modèle est loin d’être optimal.
Nous réfléchissons à une réforme de
l’organisation et à renforcer la police
de l’environnement dans la ruralité
pour s’assurer de rendre exécutoires
toutes les décisions sur les prélèvements de la chasse, mais aussi
contrôler l’artificialisation des terres,
les dépôts d’ordures ou la qualité de
l’eau. C’est une approche qui s’inscrit également dans le plan biodiversité du ministère dont la consultation
est en cours. La consolidation de cette police marquera le retour de l’État
dans les territoires ruraux, ce qui est
une demande ancienne des acteurs
ruraux et témoigne de l’engagement
du gouvernement à leurs côtés. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR F.-X. B. ET M. W.
comme elles massacrent les terres agricoles, on en tue 150 000. Il y en a tellement
qu’il faut presque y aller à la sulfateuse.
Pourquoi ne pas autoriser à les chasser directement en France ? », se demande un
chasseur. Le problème se pose aussi pour
la pêche du bar par exemple.
Sur ce volet européen du dossier chasse
et pêche, Emmanuel Macron a demandé
à ses équipes diplomatiques d’engager
des discussions avec pour consigne
d’aboutir rapidement, si possible avant
l’automne. Mais la difficulté est aussi
hexagonale et très politique. Comment
convaincre l’écologiste Nicolas Hulot de
cautionner une réforme si favorable aux
chasseurs ?
Cette semaine, le ministre d’État vient
d’avaler une énième couleuvre avec le
rejet de l’amendement de l’un de ses proches, le député LaREM Matthieu Orphelin, sur l’interdiction du glyphosate (lire
page 4). Cela avait déjà été compliqué
pour l’ex-animateur d’Ushuaia d’accepter que le chef de l’État prenne la défense
de la chasse à courre. Sans oublier son
souhait de tirer profit des chasses présidentielles comme d’un outil diplomatique. Dans la perspective du sommet
franco-italien de Chambord, l’année
prochaine, à l’occasion du 500e anniversaire de la mort de Léonard de Vinci, une
battue présidentielle a déjà été organisée
en présence d’industriels italiens et
d’élus comme le maire de Venise. Une pilule d’autant plus amère pour Hulot qu’il
a la tutelle sur la chasse, Lecornu n’étant
que son secrétaire d’État. ■
Les six revendications
de la fédération
ÉRIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
LES CHASSEURS ont toujours été courtisés par le pouvoir en place sans pour
autant que leurs revendications soient
prises en compte. Aujourd’hui, le vent
semble avoir tourné et certaines de leurs
demandes – on en dénombre six importantes – pourraient aboutir rapidement.
Parmi elles, la baisse du permis de chasse.
« La France est un territoire de rêve pour la
chasse, c’est un loisir qui concerne tous les
milieux sociaux mais cette activité sportive, la troisième au niveau national avec
1,1 million d’adhérents, est trop coûteuse », regrette Willy Schraen, président de
la Fédération nationale des chasseurs
(FNC). Pour avoir le droit de chasser dans
la France entière, le prix dépasse les
400 euros. Seul un peu plus de 10 % des
chasseurs s’offrent ce privilège. La FNC
demande que le prix du permis national
soit compris entre 150 et 200 euros.
La deuxième demande porte sur la réforme du permis. « Il faut un assouplissement du parcours administratif de l’examen, note Thierry Coste, lobbyiste
notamment pour la FNC. Depuis cinq ans,
malgré un regain de 10 à 12 % du nombre
de candidats, on note que plus de la moitié
des inscrits ne passent pas l’examen car la
procédure est trop compliquée. » Seuls les
agents de l’Office national de la chasse et
de la faune sauvage sont habilités à faire
passer l’épreuve. La FNC suggère que des
policiers ou gendarmes à la retraite habitués au maniement d’armes puissent être
également examinateurs.
Le troisième vœu de la FNC est d’être
considérée par les pouvoirs publics
comme un acteur à part entière dans la
biodiversité. « Nous sommes force de
propositions, affirme haut et fort Willy
Schraen. Nous l’avons prouvé par le passé
en replantant des centaines de kilomètres
de haies, en réhabilitant de chemins ruraux disparus sous la charrue des agriculteurs ou en nous opposant à certains
pesticides comme les néonicotinoïdes. »
Police rurale
Le quatrième point est relatif à une gestion en temps réel des quotas de chasse
espèce par espèce. « Ils pourraient être
réactualisés chaque année avec une information directe sur smartphone accessible
à tous les chasseurs, commente Thierry
Coste. Cela se pratique déjà aux ÉtatsUnis. Actuellement, face au trop grand
nombre d’oies ou de cormorans qui causent des dégâts dans la nature, on pourrait augmenter les prélèvements. En revanche, pour les espèces fragiles, comme
la tourterelle, on pourrait les diminuer. »
Le cinquième point, un vieux serpent
de mer, pourrait aussi cette fois-ci aboutir. Les chasseurs voudraient que l’État
crée une police rurale. « Il s’agirait d’un
véritable gendarme de l’environnement
aux compétences élargies au sein de l’Office national de la chasse et de la faune
sauvage. Il cumulerait les fonctions de
protection de la biodiversité, de la politique
de l’eau, des pesticides et de garde-pêche
et bien évidemment de garde-chasse. »
Enfin la FNC, qui défend toutes les
chasses traditionnelles comme la chasse
à courre, propose une solution pour gracier les animaux réfugiés dans les villages
afin d’éviter les débordements et sécuriser les populations. Il faudra attendre fin
juin, lors de la rencontre entre le président de la République et celui de la FNC
pour savoir si le président reprend ou
non l’ensemble de ces revendications. ■
chasseur c’est être de gauche.
Autrement dit, en prenant au sérieux
les attentes des chasseurs, le
président de la République s’adresse
à une France qui transcende bien
des clivages et bien des clichés ; c’est
une des obsessions du macronisme.
Enfin, la chasse est porteuse
d’une vision du rapport à la nature,
de son respect et d’un art de vivre qui
permet de ne pas laisser la question
de la défense de l’environnement
à des écologistes qu’Emmanuel
Macron n’a jamais portés dans son
cœur ; du moins ceux qui ont voulu
organiser une écologie politique.
On le voit, le fondateur d’En
marche! cherche à attirer un électorat
plus divers qu’on le dit mais qu’il
n’avait pas réussi à séduire jusqu’à
présent. Une démarche nécessaire
pour lui à un an des européennes
qui seront son premier test électoral
national. Or c’est à l’occasion
d’un scrutin européen, celui de 1989,
qu’avait surgi le phénomène CPNT
(Chasse, pêche, nature et traditions)
qui, dix ans plus tard, avait obtenu
près de 7 % des voix. Et ce scrutin est
par nature propice à de telles offres
permettant à une colère ou à une
exigence de s’exprimer. D’autant
que face au sentiment d’abandon de
nombreux territoires, Macron n’est
pas à l’abri d’un tel vote sanction.
D’où ses attentions d’aujourd’hui. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
La population
des chasseurs
est un parfait
« en même
temps »
français
»
Un électorat hétéroclite
convoité par le FN
CHARLES SAPIN £@csapin
QUELLES que soient les élections, il
est un électorat que les hommes politiques aiment particulièrement braconner : celui des chasseurs.
En grande majorité issus du monde
rural, les quelque 1,1 million de détenteurs du permis de chasse ont longtemps été perçus comme une aubaine
pour la droite. La réalité est plus nuancée : « Il n’y a jamais eu de vote massif et
réellement homogène chez les chasseurs, ajuste le politologue Jérôme
Fourquet, directeur du département
opinion et stratégies à l’Ifop. C’est un
vote rural, donc plutôt à droite et
conservateur. Ce qui n’a pas empêché
des territoires de gauche, comme les
Landes, la Picardie ou le Pas-de-Calais,
d’être très attachés à ce droit de chasser, arraché lors de la Révolution française avec l’abolition des privilèges. »
« Un ras-le-bol général »
Historiquement, les chasseurs ont
ainsi voté en majorité à l’image de
leurs territoires respectifs. Pour
autant, le président de la Fédération
nationale des chasseurs, Willy
Schraen, a senti monter depuis quelques années « un ras-le-bol général »
du monde rural - et des chasseurs en
particulier - qui se traduit immanquablement dans les urnes. « Il y a une
fracture géographique qui se développe
depuis une dizaine d’années entre le
monde urbain et le monde rural, regrette-t-il. On sent aujourd’hui une
montée de l’antichasse, du dogmatisme
de certains écologistes qui nous font
passer pour des fous sanguinaires qui
se nourrissent de la douleur animale.
Des beaufs qu’il faudrait absolument
éliminer. Forcément, certains réagissent en se laissant tenter par un vote
extrême contestataire. »
De fait, les études démontrent une
progression importante du vote en faveur du Front national chez les chasseurs. Lors du premier tour de la dernière présidentielle, « 31 % d’entre
eux ont glissé un bulletin Marine Le Pen
dans l’urne. Soit 10 points de plus que la
moyenne nationale », note Jérôme
Fourquet. Un état de fait auquel ne
veut se résoudre Willy Schraen, qui
voit là moins « un vote pour un programme » qu’une envie de renverser
la table. « Ma volonté est de mieux fédérer le vote chasseur, ambitionne-til. Je ne veux plus subir ces élections. Il
nous faut établir un programme clair
afin qu’il y ait une prise de conscience
dans la société de tout ce que le monde
rural subit et du rôle social et sociétal
important que jouent les chasseurs. »
En septembre 1989, les mêmes
ambitions avaient conduit les chasseurs à créer leur propre parti, Chasse, pêche, nature, traditions (CPNT).
« Il s’agissait alors d’un contexte particulier, note Jérôme Fourquet. La formation visait les européennes de 1989
puis de 1994 pour faire entendre leurs
voix à Bruxelles. » Malgré une percée
aux européennes de 1999 (6,77 % des
suffrages) et à la présidentielle de
2002 (4,23 %), l’échec de leur candidat en 2007 leur a fait préférer jouer
l’entrisme : « Avec un parti, vous opposez les gens et les territoires entre
eux. La chasse doit faire beaucoup de
politique. Mais sans entrer en politique », théorise Willy Schraen. ■
A
chasseurs représentent une population
de 1,1 million de personnes mais concernent indirectement plus de 5 millions de
Français. Un électorat qui a penché fortement ces dernières années du côté de LR
et du FN (lire ci-dessous).
Face à ce public, Emmanuel Macron
espère bien pouvoir se présenter l’année
prochaine, à l’orée des élections européennes, avec quelques trophées dans sa
besace. Et pourquoi pas l’assouplissement des restrictions européennes pesant
sur la chasse aux oies cendrées ou aux
cormorans ? Deux espèces qui, protégées
par des réglementations européennes,
ont proliféré ces derniers temps. « En
France, il est interdit de chasser les oies
cendrées en février pour les laisser migrer.
Mais quand elles arrivent aux Pays-Bas,
ne image à changer, une
élection à gagner : deux
raisons pour Emmanuel
Macron de s’emparer
de cette question emblématique
et polémique à la fois de la chasse.
L’image, c’est celle de « président
des villes » qui lui est décidément
accolée. L’étiquette est large
d’ailleurs car elle ne renvoie pas
uniquement à une grille de lecture
urbaine, mais à un reproche plus
large, celui de ne s’intéresser
qu’aux « inclus » de la société
- les « premiers de cordée » - qu’à
l’univers de l’économie de services,
qu’aux échanges et à la production
de richesse ; tout cela étant censé
être résumé par le vocable aussi flou
que générique de « modernité ».
Cette reductio ad urbem vise
à instruire le procès du chef de l’État
en manque d’enracinement.
Ce n’est pas un hasard par exemple
si Laurent Wauquiez, président
des Républicains, met en avant
son ancrage électoral dans la HauteLoire, département rural s’il en est.
S’emparer de la question de la
chasse, c’est donc s’emparer d’un
symbole par excellence de la ruralité.
Avec la possibilité de faire des
« cadeaux » concrets et directement
perceptibles par la population
visée (baisse du prix du permis,
suppression du verrou géographique
à l’exercice de la chasse…).
Mais l’enjeu dépasse l’importance
arithmétique du quelque 1,1 million
de titulaires du permis de chasse.
La population des chasseurs est un
parfait « en même temps » français.
Elle regroupe bien sûr des habitants
des campagnes, mais aussi un grand
nombre d’urbains pour qui la chasse
est une passion de week-end. Elle
fédère dans un même attachement
des personnes de milieux favorisés,
parfois très favorisés, et des
personnes disposant de faibles,
parfois très faibles revenus.
Politiquement (lire ci-dessous),
si la droite y est dominante et si
Marine Le Pen y obtient des résultats
supérieurs à sa moyenne nationale,
le milieu de la chasse est loin d’être
uniforme. Dans certaines régions
(les Landes, le Massif central), être
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
L’exécutif dans le piège du glyphosate
Un amendement visant à faire interdire l’herbicide d’ici à 2021, défendu par des députés LaREM, a été rejeté.
JULES PECNARD £@JulesPec
AGRICULTURE Il faudra se contenter de
la parole jupitérienne. Durant la nuit de
lundi à mardi, alors que se déroulaient
les débats autour du projet de loi sur
l’agriculture et l’alimentation à l’Assemblée nationale, des députés ont tenté
de graver dans le marbre un engagement d’Emmanuel Macron : la fin du
glyphosate en France à compter du
1er juillet 2021. Leur objectif était d’aller
plus loin que la législation européenne,
qui a renouvelé la licence de l’herbicide
controversé pour les cinq années à venir. Plusieurs amendements allant dans
ce sens ont été déposés puis rejetés dans
l’hémicycle, après avoir connu le même
sort en commission.
Parmi ces amendements, il y avait un
texte signé par quelques dizaines de députés La République en marche (LaREM), chapeautés par Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot. Le ministre
de la Transition écologique et solidaire –
qui décidera avant l’été s’il abrège ou
non son bail au sein du gouvernement –
a soutenu cet amendement. Plus souple
que les autres, notamment ceux de La
France insoumise, il prévoyait des dérogations possibles pour prolonger l’usage
du glyphosate jusqu’en 2023. Mais rien
n’y a fait. L’amendement n’est pas passé.
Et, pour l’ex-animateur d’Ushuaïa, c’est
une couleuvre supplémentaire à avaler.
Matthieu Orphelin a immédiatement
fait part de sa déception au lendemain
du vote (20 pour, 63 contre), faisant état
sur Twitter d’un « rendez-vous manqué ». En séance, le rapporteur du projet
de loi, Jean-Baptiste Moreau, a réagi en
affirmant partager « l’objectif » de son
collègue, « mais pas la méthode ». « Le
président de la République s’est engagé
fermement et son engagement ne sera ni
trahi ni dévoyé. L’inscrire dans la loi, ce
“
Le président
de la République
s’est engagé fermement
et son engagement ne sera
ni trahi ni dévoyé
”
JEAN-BAPTISTE MOREAU (LAREM),
DÉPUTÉ DE LA CREUSE
serait […] nourrir des tensions apaisées »,
a argué le député LaREM de la Creuse.
Interrogé mardi matin sur Franceinfo, le
porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux s’est montré plus grinçant
vis-à-vis des signataires de l’amendement : « Inscrire dans la loi les choses,
c’est formidable. Mais ce n’est pas la garantie que ça arrive. »
Le ministre de l’Agriculture, Stéphane
Travert, sait qu’il est dans les clous de
l’arbitrage rendu par Édouard Philippe.
Qu’importent, donc, les « états d’âme »
de Nicolas Hulot, avec qui l’ancien frondeur socialiste entretient de fraîches relations. « Entre les cabinets, les choses
fonctionnent. C’est l’essentiel », souligne
l’entourage de Stéphane Travert, bien
décidé à tenir fermement les rênes de
son texte de loi. « On comprend la déception. Mais il y a un engagement présidentiel. Décréter les choses d’en haut, interdire par une loi puis dire “débrouillezvous pour trouver des solutions”, ce serait
trop facile. On ne va pas se dédouaner et
laisser les agriculteurs payer seuls la fin
des pesticides », prévient-on.
Du côté des élus LaREM qui ont signé
l’amendement, on veut croire que le camouflet de la nuit de lundi à mardi ne signifie pas qu’il faut s’attendre à un reniement d’Emmanuel Macron. « Le
président avait aussi promis de ne pas
“sur-normer”, tempère Sandrine Le
Feur, députée du Finistère et maraîchère
bio. Trois ans, cinq ans… Au final, le plus
important, c’est que l’on sorte du glyphosate. On a eu d’autres avancées dans le
texte, par exemple sur la rémunération
des producteurs. » L’élue bretonne assure toutefois qu’elle et ses collègues garderont un œil « très attentif » sur la mise
en œuvre de la promesse élyséenne.
Pour certains membres de la majorité,
cet épisode se résume à « beaucoup de
bruit pour rien ». « C’est l’exercice habituel d’Orphelin et de ses proches. Ils se
paient le luxe de faire les jusqu’au-boutistes, parce qu’ils savent très bien que le
groupe va voter contre. C’est un combat
totémique. Là, on a discuté deux heures
pour finalement dire qu’on va respecter les
engagements du chef de l’État… On aurait
pu s’en passer », raille un élu macroniste.
À Matignon, on assure qu’il n’y a pas
de distinguo à faire entre ligne Hulot et
ligne Travert. « Il y a une ligne, celle du
gouvernement, résume un membre de
l’entourage du premier ministre. On
sortira du glyphosate dans trois ans, par
la recherche et par des actions concrètes.
Pas par des oukases législatifs. » ■
Traitement, début mai, d’une parcelle
au glyphosate, l’herbicide
de Monsanto, dans une exploitation
de la Sarthe. JEAN-FRANCOIS MONIER/AFP
La gauche et les écolos dénoncent
les atermoiements du gouvernement
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
« MAKE HULOT free again ! » Dans la
manifestation de la gauche hostile à la
politique menée par l’exécutif, samedi, les écologistes étaient nombreux à
arborer cette pancarte. Elle faisait
certes référence à l’appel « Make our
planet great again », lancé en juin
2017 par le chef de l’État, alors soucieux d’apparaître en première ligne à
l’international dans la lutte contre le
réchauffement climatique.
Un an plus tard, le rejet à l’Assemblée d’amendements visant à graver
dans le marbre la promesse présidentielle d’une interdiction du glyphosate
- dont un de Matthieu Orphelin (LaREM), soutenu par Nicolas Hulot apparaît comme une rupture. « Si on
ne se fixe pas ces points d’étape, je sais
très, très bien qu’il ne se passera rien »,
avait justifié Nicolas Hulot le 18 mai
sur BFMTV.
À gauche, La France insoumise est
montée au créneau contre l’herbicide
controversé, mais pas seulement. À
les entendre, la promesse d’une interdiction à venir, sans passer par un ancrage législatif, ne tient pas. « La loi
doit au minimum installer une base légale pour une future interdiction du
glyphosate, pour crédibiliser le plan
d’action de sortie », a ainsi jugé l’écologiste Pascal Canfin, ex-ministre du
Développement sous François Hollande, ancien eurodéputé et aujourd’hui directeur général du WWF
(World Wide Fund for Nature).
Pour Loïc Prud’homme, député LFI
de la Gironde, le vote dans la nuit de
lundi à mardi a été « une grande déception », mais surtout « emblématique de ce qu’est le renoncement du
gouvernement sur le modèle agricole ».
Il s’agit pour lui d’un « scandale sanitaire majeur » et « discuter de cela à
2 heures du matin, c’est juste une façon
de glisser cela sous le tapis ».
Pressentie pour être dans le carré
de tête de LFI aux élections européennes, Charlotte Girard a voulu apporter
« la preuve par le glyphosate ». « En
matière d’écologie et de santé publique,
le #enmêmetemps ne marche pas », at-elle ironisé sur Twitter. « C’est forcément les lobbyistes qui gagnent. Il
faudrait le dire à Nicolas Hulot », a-telle poursuivi.
“
Je pensais avoir
tout vu ou presque des
agissements des lobbys
”
DELPHINE BATHO, EX-MINISTRE DE L’ÉCOLOGIE
Proche du ministre de la Transition
écologique justement, Pascal Durand
est aussi monté au créneau. Toujours
sur Twitter, le député européen écologiste a rediffusé un extrait d’échange très houleux entre Emmanuel
Macron et des agriculteurs. C’était en
février dernier, lors dun premier passage du président de la République au
Salon de l’agriculture. « Le glyphosate, il n’y a aucun rapport qui dit que
c’est innocent. Il y en a qui disent que
c’est très dangereux, d’autres moyennement dangereux […]. Dans le passé,
on a dit que l’amiante, ce n’était pas
dangereux. Et après, les dirigeants qui
ont laissé passer ont eu à en répondre », avait lancé le chef de l’État à de
jeunes agriculteurs lui reprochant de
renoncer à l’herbicide. Durand a aussi
estimé que le jour ou Macron devra
rendre des comptes, « la FNSEA et ses
laquais seront toujours là, à la différence de celles et ceux que Monsanto aura
empoisonnés ! » Ambiance.
Delphine Batho, habituée aux coups
d’éclat, a de son côté accusé les industriels d’avoir eu accès « 90 heures »
avant tout le monde à son amendement anti-glyphosate, au cours des
travaux préparatoires sur ce projet de
loi. En tribune, le 22 mai, la députée
naguère socialiste et ancienne ministre
de l’Écologie a ainsi dénoncé « une atteinte à la souveraineté des délibérations ». « Je pensais avoir tout vu ou
presque des agissements des lobbys. Je
ne pensais pas qu’ils auraient désormais
accès à la base de données des amendements déposés par les députés, avant
même que ceux-ci ne soient traités par
les services de l’Assemblée nationale ».
Un accès qui permettrait aux lobbys de
« déployer des stratégies pour courtcircuiter nos débats ». « C’est la crédibilité du Parlement qui est en cause », a
prévenu Delphine Batho.
« La santé pèse peu de chose face aux
lobbies agricoles et chimiques », a pour
sa part estimé l’ex-candidat à la présidentielle du PS, Benoît Hamon, qui
avait fait des questions écologiques un
axe majeur de sa campagne. « Mais
qui gouverne vraiment ? », s’est-il interrogé. ■
Dalloz (LR) : « Il faut un accord unanime en Europe »
A
1
CHARLES SAPIN £@csapin
« S’IL Y A BIEN UN SUJET sur lequel je
suis d’accord avec le ministre de l’Agriculture, c’est celui-ci ! » Invitée mardi
du « Talk-Le Figaro », la députée LR du
Jura, Marie-Christine Dalloz, se félicite
de l’abandon par le gouvernement de
l’inscription dans la loi de la date de sortie du glyphosate. Certes, l’interdiction
de cette substance classée cancérogène
probable par l’Organisation mondiale
de la Santé (OMS) était une promesse de
campagne d’Emmanuel Macron. Mais il
ne s’agissait pour la parlementaire que
d’« un effet de communication », puisque
la réglementation sur le sujet ne peut
être, selon elle, qu’européenne.
« La réalité est qu’il faut qu’il y ait un
accord unanime des partenaires européens. Quel serait le sens d’interdire ex-
clusivement le glyphosate aux producteurs français, tout en laissant entrer des
produits qui auraient été traités avec du
glyphosate ? Ça n’a pas de sens », argumente-t-elle.
« Utilisation parcimonieuse »
Si elle ne veut pas mettre de barrière à la
production française alors que partout
ailleurs c’est l’autorisation qui prévaut,
l’élue du Jura se fait également le portevoix des agriculteurs : « Ils sont inquiets.
En termes de substitution, la recherche
avance mais n’est pas aboutie, soulignet-elle. Il faut arrêter de prendre les exploitants, nos paysans exclusivement
pour des pollueurs. Ils ont tous pris
conscience de la dangerosité de ce produit
et en font une utilisation parcimonieuse. »
La députée se dit, par ailleurs, très
sceptique sur le projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation en préparation :
« Cette loi ne va pas révolutionner le
monde agricole. C’est de la communication », cingle-t-elle, assurant
qu’il s’agira uniquement de « régler
des aspects très techniques comme la
contractualisation des relations entre
le producteur et le distributeur ».
Plus largement, l’ancienne maire de
Martigna reproche au chef de l’État de
différer « toutes les annonces d’importances à la fin du quinquennat », citant
par exemple la reprise « significative et
progressive » de la dette de la SNCF, promise par le chef de l’État pour 2021, ou
encore la maîtrise des dépenses publiques, au sujet desquelles le gouvernement « nous raconte de douces histoires »,
assure la secrétaire de la commission des
finances de l’Assemblée. ■
+
» Lire aussi PAGES 18 ET 19
MARIE-CHRISTINE DALLOZ,
hier, dans le studio
du Figaro. F. BOUCHON/LE FIGARO
ZOOM
Comptes de campagne
de Mélenchon : le parquet
de Paris ouvre une enquête
Le parquet de Paris a lancé des
investigations sur le financement
de la campagne présidentielle
de 2017 de Jean-Luc Mélenchon. Il
va procéder à des « vérifications »
sur « une éventuelle violation des
prescriptions du Code électoral ».
Tout a commencé en novembre
dernier, lorsque le contrôleur
chargé d’éplucher les dépenses du
candidat Insoumis a claqué la porte
de la Commission nationale des
comptes de campagne et des
financements politiques (CNCCFP).
Il estimait que sur les 10,7 millions
d’euros dépensés par Jean-Luc
Mélenchon, 1,5 million ne relevait
pas de la campagne. Au final, seuls
430 000 euros ont été retoqués
par la CNCCFP. Notamment
ceux facturés par L’Ère du peuple,
association qui salariait des cadres
de La France insoumise pour
ensuite refacturer l’association
de financement du candidat.
De quoi se dégager des marges.
EN BREF
Simone Veil à l’honneur
dans la capitale
La place de l’Europe (Paris VIIIe)
et la station de métro du même
nom ont été renommées mardi
« Europe-Simone-Veil »,
en hommage à l’ancienne
ministre, qui fera son entrée
au Panthéon le mois prochain.
Les plaques ont été dévoilées
par la présidente de la région
Île-de-France, Valérie Pécresse,
et la maire de la capitale,
Anne Hidalgo.
L’ancien conseiller
économique de Marine Le
Pen quitte le Front national
Selon les informations de
L’Opinion confirmées au Figaro,
l’eurodéputé et ancien
responsable du programme
économique du FN Bernard
Monot vient de claquer la porte
du groupe parlementaire
européen ENL. Un premier pas
vers un départ en bonne et due
forme du parti de Marine Le Pen,
auquel il avait adhéré en 1989.
Auditionné par le groupe
européen EFDD, qui vient de
l’accepter dans ses rangs, l’élu a
expliqué son départ par le constat
que « le FN n’avait désormais plus
de stratégie, plus de direction, ni
de cap. Et que dans ses conditions,
il préférait partir ». « Ce n’est pas
une perte », a réagi Marine Le Pen
auprès de L’Opinion.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 30 mai 2018
INTERNATIONAL
5
Un Belge radicalisé sème la terreur à Liège
Cet homme de 31 ans a tué mardi trois personnes, dont deux policières, dans la ville de l’est de la Belgique.
CORRESPONDANT À BRUXELLES
TERRORISME Un homme tout en noir qui
poignarde deux femmes policières dans le
dos, les achève par balles près du trottoir,
tue une troisième personne de sangfroid, avant de prendre un otage dans une
école et d’être finalement abattu… La ville
de Liège et la Belgique ont replongé mardi
dans une atmosphère de terreur, trois ans
après avoir pleuré la trentaine de victimes
du double attentat djihadiste de Bruxelles
et Zaventem. Le bilan de la tuerie de Liège
s’élève à quatre morts : les deux policières
municipales, surprises en plein soleil lors
d’une paisible patrouille, un homme de 22
ans, qui avait le tort d’attendre dans une
voiture garée non loin, et le tueur. Des
policiers ont été blessés aux jambes dans
l’ultime échange de tirs, mais leurs jours
n’étaient pas en danger.
Les motivations du triple meurtrier se
sont précisées en fin de journée. L’enquête a été confiée à un juge d’instruction
antiterroriste, car « des éléments vont
dans la direction d’un acte terroriste », selon le parquet fédéral belge. Le parquet de
Liège n’a pas voulu confirmer que l’assaillant aurait crié « Allah akbar ! » en
s’attaquant aux policières, comme l’ont
évoqué certains médias belges.
L’homme, présenté comme « Benjamin
H. », né en 1987, était fiché par la police
pour ses contacts en prison avec des islamistes, d’après plusieurs sources. « Le suivi
des détenus radicalisés reste tragiquement
défaillant », commente sur Twitter le député fédéral Georges Dallemagne, autorité
dans plusieurs commissions parlementaires liées à la sécurité intérieure. Condamné
à une peine de prison non précisée pour
vols et trafic de stupéfiants, « Benjamin
H. » avait bénéficié lundi d’une permission
de sortie « afin de préparer sa réinsertion ».
Il pourrait avoir fait une quatrième victime : d’après le quotidien flamand De Standaard, la police lie sa présence à Liège au
meurtre d’un complice, dont le cadavre a
été retrouvé lundi au sud de la ville.
L’Ocam, organisme fédéral chargé
d’évaluer le risque terroriste, ne paraît
100 km
pas s’attendre à des répliques. Il a décidé
dans l’après-midi de maintenir l’alerte
au niveau 2, ce qui correspond à une menace « peu vraisemblable ». Sur cette
échelle, l’index avait été porté à 4 après
les attentats du 22 mars 2016, puis maintenu à 3 jusqu’en janvier dernier.
Une employée prise en otage
Le film de l’attaque s’est reconstitué au fil
de la journée. Mardi matin, à Liège, tout
commence vers 10 h 30 sur le boulevard
d’Avroy, une grande artère. Les deux femmes, employées de la police locale, sont
Mer du
Nord
A L L E M AG N E
Anvers
FLANDRE
Bruxelles
BELGIQUE
FRANCE
WALLONIE
L iè ge
LU X .
Infographie
banditisme commence, les enfants sont
évacués par l’arrière. Le tueur lâche sa prisonnière et sort de l’école comme pour inspecter la rue. Une arme dans chaque main,
il déclenche un feu nourri. Il est abattu par
les policiers.
Les deux policières tuées à Liège
étaient âgées de 45 et 53 ans. La première
était mère d’un garçon de 25 ans, la seconde élevait des jumelles de 13 ans.
Depuis les attentats de 2016, la Belgique
a connu une série d’attaques similaires
contre des policiers et des militaires. La
dernière considérée comme terroriste
La Belgique, un foyer du djihadisme européen
MÊME si les motivations djihadistes de
l’auteur de l’attaque restent à établir,
l’attentat de Liège rappelle que la Belgique est l’une des cibles européennes les
plus régulièrement visées par les terroristes islamistes, ces dernières années.
Le 22 mars 2016, deux attentats commis par des kamikazes, le premier à
l’aéroport de Bruxelles, le second dans le
métro, tuent 32 personnes et en blessent
plusieurs centaines d’autres. Ils sont revendiqués quelques heures après par
l’État islamique (EI). Le 6 août 2016, un
Algérien vivant en Belgique attaque à la
machette deux policières à Charleroi
aux cris d’« Allah Akbar » (Dieu est
grand), les blessant au cou avant d’être
abattu. Le lendemain, Daech revendi-
que, une nouvelle fois, l’attaque. Le
25 août 2017, un homme de 30 ans d’origine somalienne agresse des soldats au
couteau, blessant légèrement l’un
d’eux, en criant lui aussi « Allah Akbar »
en plein cœur de Bruxelles, avant d’être
abattu.
Quelque 450 Belges sont allés en Syrie
et en Irak faire le djihad, ce qui, en proportion de sa population, place la Belgique parmi les pays européens qui comptent le plus de djihadistes au Levant. Dix
pour cent d’entre eux étaient membres
ou gravitaient autour de l’organisation
islamiste dissoute Sharia4Belgium.
Des filières belgo-marocaines
De nombreux Belges ont été tués à Ramadi
en Irak, lorsque la coalition internationale
a repris la ville fin 2015 à Daech. D’autres
ont été arrêtés et sont emprisonnés à
Bagdad et dans le nord-est de la Syrie par
les Kurdes, alliés des Occidentaux contre
Daech. L’un d’eux, Tariq Jadaoun, alias
Abou Hamza al-Belgiki, attire l’attention
de nombreux services de renseignements.
À Bagdad, devant les agents de la CIA, alBelgiki, 30 ans, a reconnu qu’il était directement impliqué dans plusieurs projets
d’attentats, dont deux visant l’Europe, et
qu’il s’était, lui-même, porté candidat
pour y participer. Jadaoun a aussi déclaré
que l’EI cachait toujours des terroristes en
Europe. Le parquet fédéral belge veut l’interroger, mais Bagdad n’a pas encore répondu à cette demande. Arrêté en
juillet 2017 pendant la bataille de Mossoul,
Jadaoun a été condamné à mort, la semaine dernière, par un tribunal irakien.
En septembre, un ancien membre de
Daech, repenti, mettait en garde contre
le rôle que pourrait jouer al-Belgiki dans
Juncker met l’Europe centrale à la diète
La Commission européenne veut faire porter à la Pologne et à la Hongrie l’essentiel d’un effort d’économie.
AIDES AU DÉVELOPPEMENT Officiellement, il s’agit d’un redéploiement de
fonds et pas d’une sanction financière.
Mais c’est bien en Europe centrale – la
Pologne et la Hongrie en particulier – que
la Commission Juncker entend faire porter jusqu’en 2027 l’essentiel d’un effort
d’économie de 10 % sur les aides au développement et aux grands chantiers
d’infrastructure.
Ces enveloppes de « cohésion », censées aider les régions les moins avancées à
combler leur retard, représenteront encore 373 milliards d’euros sur la période
2011-2027, soit un bon tiers du total des
engagements de l’Union européenne. Ce
sera presque autant que les crédits alloués
à la Politique agricole commune, premier
budget de l’Europe, eux aussi promis à un
sérieux tour de vis. Sur les deux fronts, il
s’agit de compenser le « trou » creusé
par la fin de la contribution britannique
en 2022 et par l’inflation des nouvelles
missions comme les contrôles aux fron-
s’est produite le 25 août dernier : un
homme d’origine somalienne a agressé
des soldats au couteau, blessant légèrement un d’eux, en criant « Allah akbar »
au cœur de Bruxelles. Il a été abattu.
En septembre 2016 à Molenbeek, refuge
de Salah Abdeslam, deux policiers avaient
essuyé des coups de couteau sans être blessés, grâce au port de leur gilet pare-balles.
Le 6 août 2016, un Algérien vivant en Belgique avait attaqué à la machette deux policières à Charleroi, les blessant au visage et
au cou avant d’être abattu. L’État islamique
(EI) avait revendiqué l’attaque. ■
Une photo circulant sur les réseaux sociaux (en haut, à gauche) montrent des policiers en action, boulevard d’Avroy, à Liège, mardi matin. Des agents du peloton antibanditisme
(PAB) se sont déployés dans le quartier évacué, rejoints par les secours et la police scientifique. SOCIAL MEDIA/REUTERS, GEERT VANDEN WIJNGAERT/AP,
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
PAY S - B A S
« agressées par l’arrière », recevant « de
multiples coups de couteau », explique le
procureur Philippe Dulieu. La chaîne belge
RTBF mentionne un « cutter ». L’assaillant
s’empare d’une voire de deux armes portées par les policières et les abat sans ciller.
Il fait feu ensuite contre le passager d’une
voiture stationnée près de là. Les images
diffusées sur les réseaux sociaux et par les
télévisions belges permettent de reconstituer la suite de l’échappée de « Benjamin
H ». Il s’engouffre dans un lycée, l’Athénée
Leonie de Waha, et prend une employée en
otage. Le bouclage lancé par la police anti-
tières, la défense, la lutte antiterroriste et
l’action climatique.
Pour certains États, les coupes programmées vont bien au-delà de l’effort
chiffré à 10 % en moyenne. Une belle empoignade politique se prépare avec ceux
qui sont épargnés, voire primés comme la
Grèce et l’Italie. La Hongrie de Viktor
Orban verra ses crédits de cohésion amputés de 24 %, tout comme la République
Tchèque, d’après des documents de travail. La Pologne, en délicatesse avec
Bruxelles sur l’État de droit, subira une
baisse de 23 % de ses enveloppes. Elles
resteront néanmoins les plus élevées de
l’UE (64,4 milliards). Pour la Slovaquie ce
sera - 22 %. Les trois républiques baltes se
retrouvent à la même portion congrue.
Le projet, soumis au feu vert des capitales, est de moderniser et « de rendre
plus flexible » l’un des deux grands monolithes du budget européen. Les enveloppes pourront être révisées après deux
ans. La Commission reconnaît surtout
24 %
en moins
de crédits de cohésion
pour la Hongrie
que l’Europe centrale, cible d’investissements en centaines de milliards depuis la
vague d’adhésion de 2004, n’est plus la
seule région économiquement à la traîne
dans l’UE. La crise financière a rebattu les
cartes, notamment pour les pays méditerranéens qui ont frôlé la faillite au début
des années 2010.
Malgré un serrage de ceinture général,
la Grèce, l’Italie et l’Espagne verront
leurs crédits de cohésion respectivement
augmenter de 8,6 et 5 % jusqu’en 2027.
Pour Rome, en crise de confiance face à
l’UE, c’est peut-être une bonne nouvelle.
La Roumanie et la Bulgarie, négligées ces
dernières années, bénéficient aussi d’un
coup de pouce. Pour les Méditerranéens,
il s’agit d’un rééquilibrage, même si le
soutien programmé continue de privilégier le bloc oriental. L’Estonie reste, par
habitant, le premier récipiendaire de ces
aides : 317 euros, devant la Slovaquie
(310) le Portugal (292), la Hongrie (260),
la Grèce (254) et la Pologne (239).
Budapest et les autres capitales du groupe de Visegrad voient dans ce réalignement le révélateur d’un règlement de
comptes, sur fond de polémique migratoire et de « dumping » social. L’effort demandé n’est pas mince. En Hongrie, les
enveloppes de cohésion financent plus de
55 % de l’investissement public. En
Pologne, ce sont plus de 60 %. Avec
d’autres, elles pourraient tenter de bloquer le vote du budget pluriannuel. Mais
ce serait au risque de geler tous les crédits à
partir de 2021… ■
J.-J. M. (CORRESPONDANT À BRUXELLES)
de nouveaux attentats en Belgique.
Bruxelles n’entreprend aucune démarche pour faire revenir ses djihadistes
pour être jugés dans le pays. « Il n’est ni
dans l’intérêt de la Belgique, ni dans celui
de notre sécurité nationale que ces personnes reviennent », affirme Jan Jambon,
ministre de l’Intérieur. L’auteur de l’attentat de Liège entretenait-il des liens
avec Daech ? Était-il en contact avec un
« tutoriel » de l’EI dans le Nord-Est
syrien, qui essaie d’échapper à la traque
faite aux djihadistes étrangers par les
forces spéciales américaines et françaises ? Depuis le début des années 2000, les
filières belgo-marocaines sont au cœur
de l’islamisme radical. En 2005, Murielle
Degauque, surnommée la « boulangère
belge », était la première femme à devenir kamikaze en Irak, qu’elle avait rejoint au volant de sa Peugeot 205. ■
EN BREF
Pompeo va rencontrer
un haut gradé nord-coréen
Le secrétaire d’État américain, Mike
Pompeo, va rencontrer cette
semaine à New York le général Kim
Yong-chol, un des plus hauts
responsables nord-coréens, alors
que les États-Unis « continuent
de se préparer activement » pour
le sommet entre Donald Trump
et Kim Jong-un, assure la MaisonBlanche. Dans cette optique, le
premier ministre japonais Shinzo
Abe sera reçu le 7 juin à Washington.
Nouveau bilan de l’ouragan
à Porto Rico : 4 600 morts
L’ouragan Maria a tué plus
de 4 600 personnes sur l’île
américaine de Porto Rico l’an
dernier, selon une étude
indépendante publiée mardi qui
balaie le bilan officiel et contesté
de 64 morts. Dans les trois mois
après la catastrophe, le taux
de mortalité a bondi de 62 %,
les habitants, privés d’électricité,
d’eau ou de transports, n’ayant
plus accès aux soins.
A
JEAN-JACQUES MÉVEL £@jjmevel
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Accord à Paris sur des élections libyennes en décembre
À l’Élysée, les principaux acteurs libyens et la communauté internationale ont approuvé la tenue de législatives et d’une présidentielle.
THIERRY PORTES £@ThDoors
DIPLOMATIE Réunies à l’Élysée, mardi
matin, les différentes institutions politiques libyennes, sous l’égide de l’ONU,
et avec l’approbation de la communauté internationale, se sont mises d’accord pour fixer, d’ici au 16 septembre,
un cadre juridique permettant l’organisation d’élections présidentielle et
législatives le 10 décembre 2018.
« Nous nous sommes engagés […] à
œuvrer de manière constructive avec les
Nations unies pour organiser […] des
élections dignes de foi et pacifiques et à
respecter les résultats des élections lors-
qu’elles auront lieu », indique « la déclaration politique » endossée, à l’issue
de cette rencontre, par le premier ministre du gouvernement d’union nationale Fayez al-Sarraj, le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’est du
pays, le président de la Chambre des
représentants siégeant à l’Est (Benghazi), Aguila Salah, et celui du Conseil
d’État siégeant à l’Ouest (Tripoli), Khaled al-Mechri.
Le président Macron, comme l’envoyé spécial de l’ONU pour la Libye,
Ghassan Salamé, ont, l’un et l’autre,
parlé de « rencontre historique ». C’est
en effet la première fois que ces quatre
représentants libyens acceptaient de
dialoguer en un même lieu. C’est également la première fois que les différents
pays impliqués en Libye se retrouvaient
dans une même réunion consacrée à ce
pays, en déshérence depuis la révolution de 2011. Avaient ainsi accepté de se
retrouver à Paris, des représentants des
cinq membres permanents du Conseil
de sécurité de l’ONU, les responsables
des voisins de la Libye, un représentant
de l’Italie, l’ancienne puissance coloniale, et des responsables d’État, tels le
Qatar ou la Turquie, qui ont également
une influence sur le pays. Selon le président Macron, «en rassemblant tout le
monde sur un processus précis, et en
s’arrêtant sur des dates, plus personne
Libye n’a pas de Constitution formellement approuvée. Une validation de ce
travail politique et juridique seule permettra de convoquer pour la première
fois dans ce pays une élection présidentielle en décembre 2018.
La situation sécuritaire devra également s’améliorer pour que des scrutins
puissent se tenir. La Libye est encore
régulièrement frappée par des attentats. Des combats se déroulent même
actuellement autour de la ville de Derna, dans l’Ouest, entre l’armée du maréchal Haftar et des milices islamistes.
Et à Tripoli, deux des principales milices ont pris leur distance avec le chef
de gouvernement d’union nationale. ■
ne pourra dire : je ne suis pas d’accord. »
Les représentants libyens ayant refusé
de parapher l’accord, le président Macron a obtenu qu’ils le valident oralement lors de la présentation du texte en
conférence de presse.
Fixer un cadre juridique
« Jamais je n’ai vu autant de convergence entre la volonté populaire libyenne et
la volonté de la communauté internationale », a renchéri Ghassan Salamé. Il
est maintenant chargé de mener les
négociations interlibyennes afin que ce
processus ne déraille pas. Il lui faut notamment obtenir que soit fixé un cadre
juridique le 16 septembre, alors que la
Angola :
le mystérieux
président
Joao Lourenço
dence du parti. « Dos Santos a voulu tout
contrôler. Il a échoué, car Lourenço était en
fait très bien préparé. Il a un plan », veut
croire Daniel Ribant, banquier et président de l’European Fondation for Angola.
Ce plan, s’il existe, reste bien mystérieux. « Il ne faut pas aller trop vite. Lorenço, que l’on connaît mal, change des choses,
il y a un peu plus de liberté, mais le pouvoir
reste peu transparent et il n’y a toujours
aucune lisibilité sur l’avenir. Le pays et son
président conservent des mystères », souli-
“
Lorenço, que l’on connaît
mal, change des choses,
il y a un peu plus de liberté,
mais le pouvoir reste peu
transparent et il n’y a
toujours aucune lisibilité
sur l’avenir
En visite à Paris, le chef de l’État angolais,
que l’on pensait effacé, a pris en un an
les rênes du pouvoir, écartant ses rivaux.
AFRIQUE À son accession au pouvoir en
septembre, Joao Lourenço semblait destiné à jouer les simples utilités. Dix mois
plus tard, la question que suscite le président angolais, en visite officielle en France
lundi et mardi, est tout autre. Va-t-il révolutionner l’Angola ? L’ancien ministre
de la Défense un peu secondaire, le pilier
discret du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), le parti-État,
200 km
CONGO
RÉP. DÉM.
DU CONGO
Pointe-Noire
Cabinda
Ambriz
Luanda
OCÉAN
ATLANTIQUE
ANGOLA
Lobito
Infographie
s’est transformé en un chef d’État imposant ses vues et ses seules vues. « C’est vrai
que personne ne l’avait prévu. On est tous
surpris. Mais le régime angolais est particulièrement opaque », reconnaît Chloé
Buire, chargée de recherche au CNRS.
La mue n’a pris que quelques jours. À
peine élu, Lourenço s’est employé à miner
l’autorité de son puissant prédécesseur.
Car José Eduardo dos Santos, au pouvoir
depuis 1979, a quitté volontairement le
palais, mais en laissant quelques verrous
pour concentrer entre ses mains et celles
de son clan les vraies rênes du pays. Le
premier coup porté à ce dispositif par Lourenço fut direct. En novembre, il démet
Isabel dos Santos, la fille de l’ex-président.
La « Princesse », femme la plus riche
d’Afrique, dirigeait la Sonagol, la compagnie nationale pétrolière, véritable bourse
du pays. Et, pour montrer sa détermination, Lourenço nomme à sa place l’ex-numéro deux, qu’Isabel venait de limoger
pour « incompétence ». En janvier, Filomeno dos Santos, le fils, dirigeant du fonds
souverain doté de 5 milliards de dollars,
tombe à son tour. Pour celui que l’on surnomme « Zédu », les affaires se gâtent plus
encore. En mars, il est inculpé pour
« fraudes et détournements » et son passeport confisqué. On lui reproche un virement indu vers une banque de Londres de
500 millions de dollars. Le jeu des sept familles sanglant continue peu après, quand
deux autres enfants, « Chizé » et « Coréon
Du » voient leurs juteux contrats auprès
de la télévision nationale suspendus.
PHILIPPE WOJAZER/REUTERS
TANGUY BERTHEMET £@tanguyber
”
CHLOÉ BUIRE,
CHARGÉE DE RECHERCHE AU CNRS
Joao Lourenço est accueilli sur le perron de l’Élysée par Emmanuel Macron, lundi.
En Angola, un État « où la corruption et
le népotisme dépassent tout, même selon
les standards régionaux », indique un
homme d’affaires africain, le public, un
peu interloqué, applaudit. Joao Lourenço, que l’on n’écoutait guère quand, pendant la campagne, il promettait de lutter
contre un système furieusement injuste,
commence à être pris au sérieux. Ce qui
ne devait être qu’un simple rafraîchissement de façade du régime tourne à la révolution de palais. D’autant que « JLo »
ne se contente pas de limoger la famille
dos Santos. Plusieurs barons de parti ont
également dû quitter leurs postes, et notamment le puissant chef d’état-major ou
celui des services secrets. L’offensive du
nouveau président est telle que des diplomates s’inquiètent. Au sortir de l’hiver,
Washington redoute un coup d’État.
Dans les faits, le président renforce encore son emprise. Début mai, le MPLA décide d’une élection du bureau politique
pour septembre prochain, annonçant
ainsi le prochain départ de José Eduardo
dos Santos, qui avait conservé la prési-
gne Chloé Buire. Pour certains opposants,
comme le journaliste Rafael Marques, les
transformations ne sont qu’« un écran de
fumée derrière lequel se cache un pouvoir
toujours autoritaire ».
Les investisseurs semblent pour l’instant dans l’expectative. Or l’économie
angolaise va très mal, et, sans doute plus
que sur la démocratie, c’est sur ce point
que le nouveau président est attendu.
« Comme tous les pays qui dépendent du
pétrole et du gaz, l’Angola traverse une
crise aiguë », souligne Benjamin Augé,
chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Les revenus
pétroliers, qui forment les trois quarts du
budget de l’État, ont fondu de moitié en
quatre ans. Pour la première fois, l’Angola peine à payer ses fonctionnaires. Le
peuple, qui n’avait pas profité des années
de vaches grasses, subit l’ère des vaches
maigres et gronde. L’urgence est à diversifier l’économie. Lors de sa visite à Paris
et dans son entretien avec Emmanuel
Macron, João Lourenço a, avant tout, appelé les Français à investir. Cette ouverture du pays, longtemps méfiant vis-àvis de l’étranger, se double d’un
activisme sur le continent, où il cherche à
retrouver son statut de puissance régionale. Un objectif que Paris soutient. Le
premier test sérieux pour les deux pays
sera l’élection présidentielle à venir en
décembre chez le voisin congolais. Luanda comme Paris poussent le président
Joseph Kabila à désigner un successeur et
à passer la main. ■
Israël mène des raids aériens répétés sur Gaza
Un nouveau cycle d’attaques palestiniennes et de représailles israéliennes s’est enclenché mardi dans l’enclave.
CYRILLE LOUIS £@cyrille_louis
A
ENVOYÉ SPÉCIAL À GAZA
PROCHE ORIENT Le son mat des frappes
israéliennes a retenti mardi à un rythme
que les habitants de la bande de Gaza
n’avaient plus connu depuis la guerre de
l’été 2014. Selon un bilan communiqué
dans l’après-midi par l’armée, une trentaine de missiles ont visé sept sites dont un
tunnel reliant la ville de Rafah au territoire
israélien via la péninsule égyptienne du
Sinaï. Ces raids ont été présentés comme
une riposte au tir, peu après sept heures
du matin, d’une trentaine d’obus de mortiers et de roquettes depuis l’enclave palestinienne. L’un de ces projectiles a atterri dans l’enceinte d’un jardin d’enfants
sans faire de blessés, tandis que plusieurs
autres ont été interceptés par le système
de défense antimissile « Dôme de fer ». Ce
cycle d’attaques et de représailles se poursuivait en début de soirée sans qu’aucune
des deux parties ne semble, dans l’immédiat, vouloir baisser les armes.
L’armée israélienne était en état
d’alerte et ses drones bourdonnaient
sans interruption dans le ciel de Gaza depuis la mort, dimanche après-midi, de
trois membres de la branche armée du
Djihad islamique. Ces hommes ont été
tués par un tir de char alors qu’ils se tenaient sur une tour d’observation située
dans le sud de l’enclave. Un porte-parole
militaire israélien a justifié cette frappe
par la découverte, peu auparavant, d’un
engin explosif le long de la clôture qui
sépare les deux territoires. « L’entité sioniste, qui a tué 119 Palestiniens lors des ré-
centes manifestations pacifiques et se permet de tirer sur les combattants de la
résistance, est responsable de cette escalade », a déclaré mardi Khaled el-Batch,
un haut responsable du mouvement
islamiste.
Rumeurs de médiation
Cet échange de feu, lors duquel trois soldats israéliens ont été blessés par des
éclats d’obus, intervient alors qu’un calme tendu règne depuis plusieurs semaines à la frontière entre les deux territoires. Le Hamas, qui contrôle la bande de
Gaza depuis 2007, mais subit de plein
fouet l’isolement imposé par l’État hébreu et l’Égypte, a activement encouragé la « marche du retour » organisée
chaque vendredi depuis le 30 mars le
long de la clôture. Au moins 119 Palesti-
niens ont été tués par l’armée israélienne
au cours de ces rassemblements majoritairement non violents, mais en marge
desquels des groupes munis de pierres,
de cocktails molotov et de cisailles ont
visé les soldats et tenté de franchir l’obstacle. En dépit d’un très lourd bilan, pas
une roquette n’a été tirée par les factions
palestiniennes durant cette période.
« Nous sommes déterminés à poursuivre
cette mobilisation non-violente, promet
Ghazi Hamad, un ancien ministre du
Hamas, mais Israël ne doit pas croire pour
autant que nous allons nous laisser dévorer sans rien faire. »
Il est possible que le Hamas, déterminé à
obtenir un assouplissement du blocus en
contrepartie d’une trêve de longue durée,
ait autorisé une escalade militaire limitée
afin de faire pression sur Israël. Des ru-
meurs ont récemment fait état d’une médiation menée par le Qatar et l’Égypte mais
ses résultats se font attendre. « Nous avons
de claires indications que le Hamas est impliqué, de façon directe ou indirecte, dans ces
tirs de roquettes, explique le lieutenant-colonel Jonathan Conricus, porte-parole de
l’armée. Mais nous ne les laisserons pas
transformer la zone frontalière en zone de
combat. » Mardi soir, la compagnie israélienne d’électricité a affirmé avoir dû suspendre l’approvisionnement de la bande de
Gaza à la suite de dégâts provoqués par un
projectile venu de Gaza. Quelques heures
plus tôt, un bateau de pêche affrété par les
organisateurs de la « marche du retour » et
transportant une vingtaine de malades, de
blessés et d’étudiants qui cherchaient à fuir
l’enclave, avait été intercepté par la marine
militaire israélienne. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 30 mai 2018
SOCIÉTÉ
7
Alors que la limitation de vitesse à 80 km/h
entrera en vigueur dans un mois, le bilan de
la mortalité routière s’est amélioré l’an passé.
ANGÉLIQUE NÉGRONI anegroni@lefigaro.fr
SÉCURITÉ ROUTIÈRE Le « timing »
n’est sans doute pas le plus favorable à
la mise en place de la limitation de vitesse à 80 km/h, justifiée par la mortalité routière. Alors que dans un mois, le
1er juillet prochain, les automobilistes
vont devoir rouler moins vite sur
400 000 km de réseau secondaire, le
bilan 2017 de la sécurité routière fait
apparaître une légère embellie. Un total
de 3 684 personnes ont trouvé la mort
sur les routes de France l’an passé, soit
une baisse de 1,4 % par rapport à 2016.
Ce recul met ainsi un terme à trois années consécutives de hausse inquiétante. Les conducteurs se sont donc ressaisis et mieux comportés.
Or, au lieu d’être encouragés dans
leurs efforts, ces derniers vont être pénalisés, contraints de passer de 90 km/h
à 80 km/h sur les axes bidirectionnels à
double sens, sans séparateurs. Car,
même si elle est destinée à sauver entre
300 à 400 vies, selon les experts, cette
baisse de la vitesse est vécue par une
partie de la population comme une
sanction. De surcroît ciblée : elle va essentiellement s’abattre sur la France des
campagnes qui accueille la grande partie de ce réseau. Depuis l’annonce, en
janvier dernier, de cette mesure par le
premier ministre, Édouard Philippe, la
colère gronde. Motards et automobilistes multiplient toujours les manifestations et des élus ruraux, vent debout
contre cette annonce, se sont mobilisés
pour que le gouvernement revienne sur
sa décision. En vain.
«Alors pourquoi cette mesure ? », a
interrogé, mardi, lors de la présentation de ce bilan 2017, le délégué interministériel à la sécurité routière, Emmanuel Barbe. Pour lui, même en
PIERRE HECKLER/PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN
Moins de morts
sur les routes
en 2017, mais
plus d’accidents
3 684 personnes ont trouvé la mort sur les routes de France l’année dernière, soit une baisse de 1,4 % par rapport à 2016.
baisse, les chiffres de la mortalité routière ne sont pas acceptables et s’accompagnent de surcroît d’autres indicateurs inquiétants. Les accidents
corporels sont ainsi en hausse (+ 2,2 %),
les personnes blessées également
(+ 1,3 %) ainsi que le nombre d’hospitalisations (+ 2 %).
“
La ruralité reste
l’endroit où l’on meurt
le plus sur les routes
LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE
”
Dans leur ensemble, et avec quelques
variations, toutes les données chiffrées
présentées mardi font apparaître des
réalités qui se répètent d’année en année. Ainsi, les hommes meurent bien
plus au volant que les femmes, représentant 77 % des victimes en 2017. Ils
sont aussi en très grande majorité
(82 %) responsables de cette hécatombe. Quant aux motards, ils se tuent toujours plus sur nos routes, avec une
hausse notable de 9 %, soit 669 morts
en 2017.
La vitesse, enfin, reste la première
cause des accidents mortels, notamment sur ces fameuses voies bidirectionnelles. Ainsi, dans 45 % des cas, les
18-24 ans y périssent. De manière générale, les automobilistes ont roulé en
moyenne plus vite d’un à deux km/h.
Or, dans son communiqué, la sécurité
routière rappelle que ce réseau bidirectionnel concentre plus de la moitié de la
mortalité routière (55 %). « La ruralité
reste l’endroit où l’on meurt le plus sur les
routes », écrit-elle en précisant : « C’est
sur les routes situées en dehors des agglomérations que survient la majeure
partie des accidents (63 %), un pourcentage parmi des plus élevés d’Europe. »
Pour Emmanuel Barbe, la nouvelle
limitation va avoir un effet bénéfique
généralisé. « Si on baisse la vitesse, on
joue aussi sur toutes les autres causes
d’accidents parce que cela permet
d’éviter un certain nombre de drames,
mais aussi de réduire la gravité de ceux
qui ne peuvent pas être évités », a-t-il
expliqué.
Les résultats, en juillet 2019, seront
assurément décortiqués pour voir si
cette limitation à 80 km/h va produire
les effets annoncés.
Pour l’heure, les départements, en
partenariat avec l’État, se préparent au
changement. Une semaine avant le
1er juillet, tous les panneaux auront été
remplacés et seront coiffés d’un plastique noir, retiré le jour « J ». « Ces
changements de signalisation vont entraîner un coût estimé entre 6 et 10 millions d’euros », a précisé Emmanuel
Barbe. ■
Migrants : le maire de Grenoble appelle à désobéir
L’élu, qui a décoré un homme condamné pour l’accueil de migrants, a été recadré mardi par le préfet de l’Isère.
CLANDESTINS
« Condamnez-moi ! »,
avait-il lancé, bravache, dans un tweet à
l’adresse de « M. le Procureur de la République ». Autoproclamé « délinquant solidaire », Éric Piolle, le maire écologiste de
Grenoble, qui avait remis lundi la médaille
de sa ville au défenseur des migrants Cédric Herrou, n’a pas tardé à être recadré.
« Le préfet de l’Isère déplore des propos
qui appellent à commettre des infractions
ou des actes illégaux, écrit-il dans un
communiqué, alors même qu’ils sont tenus
par un maire auquel les lois de la République
confient des responsabilités d’officier de
police judiciaire et la charge de faire res-
pecter l’ordre public. » La condamnation
de Cédric Herrou « symbolise les travers
les plus marquants de la loi asile et immigration », avait souligné lundi Éric Piolle,
en remettant sa décoration à l’agriculteur
condamné en appel en août à quatre mois
de prison avec sursis pour avoir aidé des
migrants dans les Alpes-Maritimes.
« Du fait de son hospitalité envers les
exilé.e.s (sic), qui se manifeste par de nombreuses actions telles que la mise à disposition des familles des logements vacants
(sic), les actions d’aide à l’apprentissage
de la langue française dans les Maisons des
Habitants, le village d’insertion du Rondeau, l’accueil dans les crèches municipales d’enfants issus de famille en demande
d’asile, ou encore par la coordination de la
plateforme Grenoble Terre d’accueil, la
Ville de Grenoble tombe sous le coup du délit dit de solidarité », énumère l’édile sur
Facebook. « Peut-être même notre action
recouvre-t-elle la notion de “bande organisée” visée à l’article L. 622-5 du Ceseda
(Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, NDLR) qui est reprochée aux jeunes gens qui seront jugés ce
jeudi par le tribunal correctionnel de Gap
pour leur participation à une manifestation
à Briançon il y a quelques semaines ? »,
poursuit Éric Piolle.
Ce « délit de solidarité », même si
l’Assemblée nationale a voté le 22 avril un
amendement pour l’assouplir, est une
situation qui « nous tord le ventre, toutes
tendances
politiques
confondues »,
s’émeut le maire auprès du Figaro. « Le
préfet est dans son rôle, reconnaît-il, mais
nous, on est dans le nôtre quand on dénonce l’absurdité de cette loi. Je lance d’ailleurs
un appel à tous les maires humanistes qui
aident les migrants à le faire. C’est maintenant qu’il faut se lever, comme les médecins l’ont fait en 1973 pour l’avortement. »
« Devoir d’exemplarité »
Du côté de la préfecture, on rappelle que
« s’il n’est pas contestable qu’un élu puisse
exprimer des opinions qui s’inscrivent dans
un débat d’intérêt général […], le devoir
d’exemplarité auquel sont tenus tous les
responsables publics et les élus s’attache de
ce fait tout particulièrement à la fonction
de maire ». Ce mercredi se tiendra devant
Les Baumettes 2 ou la prison catastrophe
À Marseille, un syndicat de surveillants alerte sur la détérioration du bâtiment un an après son ouverture.
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
PRISON « C’est vrai, le bâtiment présente des signes de vieillissement prématuré
que l’on s’emploie à résoudre avec l’équipe de maintenance et le chef de centre.»
Guillaume Piney, le nouveau directeur
des Baumettes 2 arrivé en septembre
dernier, tente de désamorcer la bombe
lancée mardi par le Syndicat pénitentiaire de surveillants (SPS), l’une des
principales organisations professionnelles des Baumettes 2.
Cette prison, ouverte il y a un an seulement, accueille 860 des 1 180 détenus
répartis sur les deux sites marseillais.
Après les cris, les insultes et les agressions que subissent les riverains à cause
d’une proximité insoutenable, c’est
maintenant la vétusté prématurée qui
est dénoncée. Les syndicats ne décolèrent pas. Ils décrivent « des infiltrations
quand il pleut que l’eau entre dans les cellules par les prises d’antenne », « des
sous-sols inondés », « des évacuations
des eaux usagées défectueuses », « des
plafonds qui se sont effondrés lors de fortes pluies et grêle en avril dernier », « des
infiltrations d’eau de pluie dans les locaux
administratifs », « l’absence d’eau chaude dans certaines cellules » et « des alarmes incendie du quartier disciplinaire
défectueuses dues à un court-circuit
La prison des Baumettes 2, à Marseille, est prévue pour accueillir 600 détenus,
mais presque toutes les cellules ont été doublées. BORIS HORVAT/AFP
quand les détenus prennent la douche »,
« des serrures de cellule hors service ».
« Rapport dramatique »
« C’était censé être une prouesse architecturale », rappelle Cyrille Antolin du SPS
qui évoque la facture de 95 millions
d’euros de ce chantier pénitentiaire,
etrécise : « Avant l’ouverture du bâtiment,
les surveillants qui le faisaient tourner à
blanc ont rempli 421 fiches de signalement
de désordre de construction. On a fait
semblant d’y remédier. »
De son côté, le directeur de l’établissement regrette « un rapport dramatique et
doloriste. Les pluies diluviennes hors norme
du printemps sont à l’origine de ces complications. Des épisodes difficiles qui ne
mettent pas en cause la résistance du bâtiment », promet-il. Il rappelle combien
« le projet était contraint puisqu’il s’agissait de coiffer un bâtiment existant depuis
le XIXe siècle » enchâssé entre les collines
d’un côté et les habitations de l’autre, « le
tout avec des dénivelés importants. Tout
cela a créé des contraintes logistiques importantes. De plus, nous sommes face à
une population pénale abrasive qui multiplie les incivilités dans les espaces de circulation et les dégâts en cellule, arrachage de
supports de télé et feu de cellule ».
Pour les surveillants, la violence croissante des détenus vis-à-vis de l’encadrement pénitentiaire est en grande partie due à « l’exaspération croissante des
détenus par ailleurs victimes de conditions
de détention insupportables » et d’une
surpopulation carcérale qui dépasse les
135 %. Prévue pour 600 détenus, presque toutes les cellules ont été doublées.
Les insultes et menaces sont en hausse de
34 % et les violences sur agents représentent, selon la direction, un quart des
incidents en détention, une légère remontée par rapport à 2016. « L’une des
hypothèses de cette augmentation, c’est
que le contrôle social par les surveillants
sur les détenus est plus important que dans
le bâtiment historique. Nous disposons en
effet de 600 caméras à l’intérieur du bâtiment, avec un surveillant pour 60 détenus
contre 90 par le passé », émet Guillaume
Piney. Les syndicats mettent, eux, en
avant les 50 000 heures supplémentaires
et l’absence de personnel en nombre
suffisant. ■
le tribunal correctionnel de Nice le procès
d’une retraitée de 72 ans qui avait aidé
deux adolescents guinéens refoulés en
Italie à revenir en France. Cette responsable d’Amnesty International et membre de l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers
(Anafé) encourt cinq ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.
Jeudi, à Gap, trois militants, une Italienne et deux Suisses, comparaîtront,
eux, pour avoir facilité l’entrée en France
de réfugiés le 23 avril, lors d’une marche
de soutien aux migrants à la frontière
franco-italienne. Cette manifestation faisait suite à une action hostile aux réfugiés
organisée par le groupuscule d’extrême
droite Génération identitaire. ■
EN BREF
Financement libyen :
Éric Woerth mis en examen
L’ancien ministre Éric Woerth
a été mis en examen mardi pour
« complicité de financement illégal
de campagne » dans le cadre
de l’enquête sur des soupçons
de financement libyen de la
campagne de l’ancien président
français Nicolas Sarkozy en 2007.
Le fiché S évadé de Brest
interpellé en Espagne
Un détenu radicalisé, qui s’était
évadé mi-mai à Brest lors d’un
transfert médical, a été arrêté
dans la nuit de lundi à mardi
à San Sebastian (Espagne)
lors d’un contrôle d’identité.
Un homme qui l’accompagnait,
soupçonné d’être son complice,
a également été arrêté
par la police basque.
Tirs contre le domicile
du maire d’Issoudun
Le domicile d’André Laignel,
maire socialiste d’Issoudun (Indre)
et premier vice-président de
l’Association des maires de France
(AMF), a été la cible d’un tir à balle
réelle. Une attaque qui fait suite
à plusieurs incendies de véhicules
dans sa commune. « La balle
a traversé le double vitrage
et terminé sa course dans ma salle
à manger », a indiqué l’élu.
Une enquête a été ouverte
par la gendarmerie.
A
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Le Sénat enquête sur le malaise policier
Depuis janvier, une commission parlementaire dissèque les causes de la colère au sein des forces de l’ordre.
SÉCURITÉ En ce mardi 29 mai, à midi,
une scène insolite se déroule rue Albert,
dans le XIIIe arrondissement parisien,
sous les fenêtres de la Direction de l’ordre public et de la circulation. À l’appel
du Syndicat général de la police (SGP),
plusieurs policiers en pyjama ou coiffés
de bonnets de nuit s’installent sur un lit
planté au beau milieu du trottoir.
Autour d’eux, dans un concert de sifflets et sous les fumigènes, des collègues
déroulent une banderole où il est inscrit :
« On a le droit à une vie privée ». Un message en écho, selon Rocco Contento, responsable parisien du SGP, « aux arrêts
maladies, aux dépressions des gardiens et
gradés considérés comme de simples outils
de production, des “ETPT” (emploi du
temps plein travaillé), une appellation administrative derrière laquelle se trouvent
des hommes et des femmes qui souffrent ».
“
Le sentiment
d’insécurité qui règne au
sein des forces perce leur
propre sphère familiale
FRANÇOIS GROSDIDIER,
SÉNATEUR LR DE MOSELLE
”
Ce nouveau coup de gueule est la
énième démonstration du besoin de reconnaissance qui tenaille les forces de
l’ordre. Ce malaise lancinant, exacerbé
lors d’un mouvement de grogne au
printemps 2017 mais aussi par les suicides à répétition qui endeuillent la profession, est au cœur de la Commission
d’enquête sénatoriale créée à la demande des Républicains sur « l’état des forces de sécurité intérieure ». « L’idée, à
l’origine de Gérard Longuet, est de décrypter les causes multiples d’un profond
malaise », confie en fin connaisseur le
rapporteur François Grosdidier. Sénateur (LR) de la Moselle et ancien maire
de Woippy, cet élu de terrain s’était illustré en armant et en équipant pour la
Des policiers manifestent contre leurs conditions de travail, mardi, devant une antenne de la Direction de l’ordre public, dans le XIIIe arrondissement de Paris.
première fois en France sa police municipale de « caméras-piétons » pour
mettre fin aux zones de non-droit dans
sa commune. Les travaux, présidés par
le sénateur socialiste de la Charente,
Michel Boutant, sont menés tambour
battant et dans la profondeur.
Depuis janvier, la commission a ainsi
entendu le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et son prédécesseur place
Beauvau Bernard Cazeneuve, la garde
des Sceaux Nicole Belloubet, des responsables de la gendarmerie et de la
police, qu’elle soit nationale ou municipale mais aussi des agents pénitentiai-
res, des douaniers, le criminologue
Alain Bauer ou encore l’avocat spécialisé Thibault de Montbrial. Au total, une
cinquantaine de grands témoins ont
déposé sous serment.
Sur le terrain, les parlementaires ont
mené leurs investigations au sein de la
police aux frontières et du dispositif
« Sentinelle » à Calais, à l’Évêché qui est
le siège de la police marseillaise, au commissariat de Coulommiers longtemps
jugé comme l’un des plus vétustes de
France ou encore dans des casernements
de gendarmerie sur le site de Satory
(Yvelines).
« Nous avons parfois constaté des
conditions immobilières dégradées, avec
des logements indignes dépourvus de double vitrage, équipés d’installations électriques hors d’âge et de baignoires sabots
des années 1950 », grimace François
Grosdidier qui évoque « les centaines de
jeunes policiers qui ne trouvent pas de solutions de logements en Île-de-France et
qui pour certains dorment dans leur voiture » mais aussi le « parc vieillissant des
véhicules de service qui affichent plus de
200 000 kilomètres au compteur et qui
mettent potentiellement en péril les équipages », « l’interrogation sur le sens de
BERTRAND GUAY/AFP
leur action des membres de forces de l’ordre alors que 80 % des Français les
aiment », ou encore le « terrible syndrome Magnanville » (en référence au couple de policiers assassinés le 13 juin 2016 à
leur domicile par un islamiste) qui aurait
pénétré les cerveaux au point que « le
sentiment d’insécurité qui règne au sein
des forces perce leur propre sphère familiale ». Les sénateurs seraient-ils en train
de noircir le tableau ? Ils revendiquent
une « démarche objective », nourrie par
le terrain et renseignée par des témoignages recoupés. Leur rapport, attendu
fin juin, pourrait être explosif. ■
C. C.
Au Courbat, les « gueules cassées », brisées par le service, renouent avec la vie
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
A
ENVOYÉ SPÉCIAL AU LIÈGE (INDRE-ET-LOIRE)
DANS LA SALLE de télévision, où des
fauteuils style Louis XIII sont disposés
en cercle au pied d’une cheminée monumentale, l’heure est aux confidences
et à l’épanchement. À tour de rôle, un
peu à la manière d’un groupe de parole
où l’assistance privilégie l’écoute de
chacun, des policiers et un gardien de
prison racontent ce quotidien qui les a
« consumés à petit feu », l’épuisante
« course aux galons et aux stats », la
« procédure ingérable », le « lynchage
des médias », la « sanction pénale qui ne
suit jamais », les « syndicats coupés de la
réalité », le « harcèlement », les « nuits
passées dehors » et l’envie de « péter un
câble ».
Le débit verbal, d’abord timide, devient vite un torrent quasi ininterrompu. Pendant plus d’une heure, il charrie
de la bile noire, celle de toutes les
amertumes, des déceptions et des
rancœurs accumulées après des années
de service. Ces fonctionnaires cabossés
par la vie, entendus vendredi dernier
par la commission sénatoriale sur
« L’état des forces de sécurité intérieure », se livrent en confiance parce que
leur anonymat est garanti. Et que le cadre s’y prête.
Véritable cocon niché dans un écrin
de verdure de 82 hectares situé au Liège, village de 360 âmes dans la campagne tourangelle, l’établissement de
santé du Courbat accueille une soixantaine de pensionnaires. Des policiers,
donc, mais aussi des gendarmes, des
fonctionnaires du ministère de la Justice et parfois des militaires y sont admis
pour suivre une cure de huit semaines.
Ouvert dès 1949 comme sanatorium
pour recevoir des CRS alors rongés par
la tuberculose et administré par l’Association nationale d’action sociale
(Anas) des personnels de la police et du
ministère de l’Intérieur, l’endroit est
conçu comme une structure hospitalière où l’équipe médicale offre une prise
en charge individuelle pour des cas assez « lourds ».
Comme en témoigne une récente
étude clinique, 99 % des patients, en
proie à une « pathologie anxieuse importante », présentent « une estime de
soi dégradée ». Près d’un quart souffre
de « dépression sévère ». Toxicomanes
ayant tourné aux drogues douces puis
dures, alcooliques endurcis, victimes
de « burn-out », cet épuisement professionnel qui fait du ravage dans les
rangs…
Ces « gueules cassées » de la fonction
publique sont à la recherche d’un second souffle. Il n’est pas trop tard car la
moyenne d’âge est de 43,5 ans. Plus de
la moitié (63 %) ont été admis à leur demande tandis que les autres pensionnaires, parfois blessés en service ou en
« séjour de rupture post-attentats »,
sont venus sur les conseils de leur psychiatre ou de leur addictologue, à la demande de leur entourage, voire au terme d’une première hospitalisation.
Si l’esprit des lieux, un ancien château ayant appartenu à un vicomte descendant de Chateaubriand, invite à la
flânerie, les journées sont cadencées de
façon quasi militaire. « Entre 7 h 45 et
16 h 30, chaque patient doit répondre à
quatre appels de présence obligatoires et
non négociables », détaille Sarah Trotet,
directrice du centre du Courbat, avant
d’expliquer : « Cela permet de transmettre des informations, d’être vigilant
et, le cas échéant, de donner l’alerte si
quelqu’un disparaît dans le domaine. »
« C’est aussi une manière de rythmer
les journées des pensionnaires, souvent
déphasés et ayant pris l’habitude de vivre
dans leur canapé en raison de congés de
longue maladie », renchérit le Dr Nha
Do Cao, médecin du sport et ostéopathe. Pour ce praticien expérimenté, qui
a exercé une vingtaine d’années dans
l’armée de l’air auprès de pilotes de
chasse avant de prendre soin des agents
“
Je suis Charlie :
merci à la police
et à la gendarmerie
”
BANDEROLE AFFICHÉE DANS UNE DES SALLES
DU CENTRE DU COURBAT
L’établissement de santé du Courbat, au Liège, près de Tours, accueille une soixantaine
de pensionnaires pour une cure de huit semaines. SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
de la force publique, « les traumatismes
et les problèmes de stabilité émotionnelle
dont souffrent les patients du Courbat
racontent souvent l’histoire d’une vie où
peuvent s’accumuler la séparation des
parents, des antécédents de violences subies à l’enfance et d’addiction précoce.
Le travail, avec sa pression et ses problèmes d’horaires décalés pouvant mener au
divorce, est la dernière goutte d’eau dans
un vase déjà bien rempli ».
Entre les appels quotidiens sous le
drapeau à l’orée du parc et les consultations médicales ou psychologiques, les
naufragés du Courbat tentent de se
réapproprier la confiance en soi et le
sens de l’autonomie grâce à un remar-
quable accompagnement thérapeutique
où se mêlent des entretiens de prévention de la rechute, des ateliers de création ou de jardinage, des séances de
balnéothérapie et de relaxation. Des
sessions de « ré-athlétisation individualisée » rappellent aussi que le sport est
au cœur de la prise en charge. Tout est
mis en œuvre pour sortir de l’ornière
traumatique.
Dans la salle dite du « bateau », une
grande banderole noire estampillée « Je
suis Charlie : merci à la police et à la gendarmerie ». « Les attentats ont eu un effet terrible sur certains collègues, raconte un policier adossé à une baie vitrée
laissant filtrer des chants d’oiseaux. Je
me souviens d’un gardien qui a marché
parmi les cadavres du Bataclan. Il n’a
pas dormi pendant des nuits et a même
perdu un temps l’usage de la parole. Il
disait : “J’ai la mort sur la peau” et il a
recommencé à fumer tandis que
d’autres, peut-être plus fragiles, ont pris
quelques verres de whisky ou des comprimés pour décompresser… »
Pour tisser le lien avec des médecins
dont ils peuvent se défier, les policiers
savent compter sur l’indispensable entremise de leurs collègues détachés de
l’Anas qui parlent la même langue et,
surtout, ont partagé le même quotidien.
Des maillons essentiels dans ce dispositif entièrement dévolu à reconnecter
ces âmes meurtries.
Mais le chemin vers la rémission est
long. Deux tiers des patients, qui
quittent souvent l’oasis du Courbat
avec la larme à l’œil, sont sujets à une
rechute. ■
Alphonse : « Au service, je ne suis pas un surhomme… »
À L’OCCASION des groupes de parole
organisés dans le centre de santé du
Courbat, les langues des « patients » se
délient volontiers. Avec de la colère et
un sentiment de grosse fatigue souvent
au bord des lèvres. Le Figaro a été autorisé à assister à une séance, en garantissant l’anonymat de témoignages
assombris par le désarroi de fonctionnaires. Morceaux choisis.
Alphonse (*), officier de police judiciaire : « Les problèmes commencent par
de simples questions matérielles : nous
sommes obligés de venir avec nos stylos à
bille et nos ramettes de papier. Sur le terrain, on manque de personnel, et quand je
pars sur de grosses interventions avec
des adjoints de sécurité inexpérimentés,
cela met ma vie en danger […]. À cela
s’ajoutent les problèmes avec la hiérarchie : dans les années 2000, les “patrons”
venaient nous dire bonjour. Aujourd’hui,
ils sont enfermés dans leur bureau à faire
des statistiques et des camemberts. Moi,
je remplis des procédures et l’enquête, il
n’y a plus le temps pour la mener. On me
demandait toujours plus au service, alors
que je ne suis pas un surhomme. »
Alexandre (*), affecté à un groupe
criminel : « La réponse pénale n’est pas
au rendez-vous. Avant, j’essayais de suivre les jugements, de voir les résultats des
enquêtes. Maintenant, je ne veux même
plus savoir. Idem pour les insultes : si je
déposais une plainte pour chaque outrage, je passerais plus de temps au palais de
justice qu’au commissariat. Et pour nous
défendre en cas de pépins, inutile de
compter sur les syndicats : ils sont souvent coupés de la réalité. On patauge
donc au quotidien avec le pire de la société. J’ai vu des morts, des gamins morts,
personne ne m’a demandé comment j’allais. Dans le meilleur des cas, on prend
une canette avec les collègues pour se vider la tête avant de rentrer. » ■
PROPOS RECUEILLIS PAR C. C.
(*) Les prénoms ont été modifiés.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 30 mai 2018
SCIENCES
9
Buzyn va
dérembourser
les médicaments
contre Alzheimer
Dans un communiqué, l’association
France Alzheimer & maladies apparentées prenait acte dès lundi d’une
décision qu’elle juge « infondée et dangereuse » : « Pour les familles qui n’en
ont pas les moyens, l’Association craint
tout simplement la sortie dangereuse du
parcours de soins ».
Responsable du CMRR de Lille, Florence Pasquier, professeur de neurologie (CHU de Lille), se dit « complètement dépitée par cette annonce ! » :
« Des médecins généralistes me demandent : que va-t-on dire à nos patients qui allaient mieux depuis qu’ils
avaient le traitement? Que va-t-on faire pour ceux qui n’ont pas les moyens de
payer de leur poche les 30 euros mensuels que coûte le traitement ? »
La ministre de la Santé suit l’avis de la HAS,
qui juge trop modeste l’efficacité de ces
médicaments. Une décision très critiquée.
MÉDICAMENT « Déremboursement ».
Lundi soir, sur RTL, la ministre de la
Santé, Agnès Buzyn, a lâché le mot
confirmant une information révélée
samedi par Libération sur les médicaments donnés dans la maladie
d’Alzheimer : « Je devrais, dans les
jours qui viennent annoncer effectivement le fait que nous suivons les recommandations de la Haute Autorité de
santé », a-t-elle déclaré, ajoutant :
« La date n’est pas fixée, mais nous allons vers un déremboursement. »
Une décision prévisible, depuis
qu’en 2016 la commission de la transparence de la Haute Autorité de santé
(HAS), dont Agnès Buzyn était présidente, avait déclassé au rang de « service médical rendu insuffisant » les
médicaments suivants donnés dans la
maladie d’Alzheimer : Ebixa (Lundbeck), Aricept (Eisai), Exelon (Novartis Pharma) et Reminyl (Janssen Cilag).
La HAS rendait à la ministre de la Santé d’alors, Marisol Touraine, un avis
défavorable au remboursement de ces
médicaments.
Pour la HAS, deux raisons sous-tendaient cet avis. La première concerne
l’efficacité : « Les données nouvelles
confirment que l’efficacité des médicaments du traitement symptomatique de
la maladie d’Alzheimer est, au mieux,
modeste. Elle est établie uniquement à
court terme, essentiellement sur les
troubles cognitifs, dans des études cliniques versus placebo dont la pertinence
clinique et la transposabilité en vie réelle
ne sont pas assurées », estime la HAS.
La deuxième porte sur la sécurité :
« Les données accumulées depuis la
commercialisation des médicaments
confirment le risque de survenue d’effets
indésirables (troubles digestifs, cardiovasculaires ou neuropsychiatriques pour
les plus notables) potentiellement graves, pouvant altérer la qualité de vie »,
peut-on lire sur le site de la HAS.
Sur le plan scientifique, l’avis de la
HAS est aussitôt rejeté en bloc par la
Fédération des centres mémoire, la
Fédération française de neurologie, la
Société française de gériatrie et de gérontologie et la Société française de
psychogériatrie et de psychiatrie de la
personne âgée. « La position des spécialistes n’a pas changé », confie au Figaro le Pr Pierre Krolak-Salmon, président de la Fédération nationale des
centres mémoire de ressources et de
recherche (CMRR).
Mais, coup de théâtre, le 26 octobre
2016, Marisol Touraine déclarait : « Il
n’y aura pas de déremboursement en
l’état actuel des choses. » Autrement
dit, pas question de procéder à la hussarde du jour au lendemain, sans
qu’un protocole de soin soit d’abord
élaboré pour se substituer au système
actuel adopté à l’arrivée des médicaments, il y a vingt ans. « Tant que ce
”
PATRICK ERRARD, PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRATION
DES ENTREPRISES DU MÉDICAMENT (LEEM)
Des médicaments sont administrés à des patients atteints de la maladie d’Alzheimer,
dans un Ehpad, près de Bordeaux. BURGER/PHANIE
protocole de soin ne sera pas non seulement élaboré, mais mis en œuvre, la
question du déremboursement ne peut
pas et ne doit pas se poser », ajoutait la
ministre.
Or ce travail vient d’être achevé par
la HAS, qui a sorti vendredi dernier
son « Guide parcours de soins des patients présentant un trouble neurocognitif associé à la maladie d’Alzheimer
ou à une maladie apparentée ». L’objectif de ce guide et des nombreuses fiches qui l’accompagnent est notamment de mettre l’accent sur « les soins
et aides compensant le handicap notamment grâce aux thérapies psycho-comportementales et “réadaptatives” (traitements non médicamenteux) ». Mais
l’annonce du déremboursement passe
mal auprès des familles.
Fraude scientifique : une guerre de rapports
« anonymes » empoisonne le CNRS
Le travail d’une grande biologiste française est remis en cause par une nouvelle contre-expertise.
de déclarer « n’avoir pas trouvé, dans les
figures incriminées sur Internet, de fondement à une méconduite scientifique de
Mme Jessus ». Rappelons que pour des
faits similaires, dans le même domaine de
recherche, l’ex-présidente par intérim
du CNRS Anne Peyroche a fait l’objet
d’une procédure de mise à pied par le
CEA, provoquant son départ précipité de
la tête du CNRS en mars.
ÉTHIQUE La directrice de l’Institut des
sciences biologiques du CNRS, Catherine
Jessus, n’est pas tout à fait sortie d’affaire.
Accusée depuis septembre de méconduite scientifique, la grande patronne de la
biologie française avait un temps été innocentée fin février avec la publication
d’un premier rapport. Ce texte est issu
d’une commission d’enquête interne de
Sorbonne Université (où elle est responsable d’une équipe dans le laboratoire de
biologie du développement), à laquelle le
CNRS s’est associé, et dont la composition
est restée confidentielle.
Mais une contre-expertise minutieuse
menée par des spécialistes anonymes, datée du 18 avril, et diffusée le mois suivant
par le collectif Sauvons l’université, remet aujourd’hui complètement en cause
les conclusions de la première commission d’enquête et s’interroge à tout le
moins sur sa compétence, si ce n’est sur
son intégrité et son indépendance.
Rappelons brièvement l’objet des discussions. Tout commence en septembre 2017 lorsque le chercheur et blogueur
allemand Leonid Schneider, puis des
scientifiques anonymes sur la plate-forme d’échange et de veille PubPeer, mettent en cause l’« authenticité » de figures
publiées dans 11 articles scientifiques cosignés par Catherine Jessus entre 1997
et 2017.
Sans rentrer dans les détails techniques, de nombreuses expériences de biologie reposent sur des analyses permettant de comparer la présence et la
concentration de certaines molécules
dans des échantillons. Cela donne lieu à
des « planches » de résultats bruts qui
peuvent être découpées et réagencées,
THOMAS PADILLA/IP3 PRESS/MAXPPP
TRISTAN VEY £@veytristan
Un nouveau rapport dénonce un manque de rigueur au sein d’un laboratoire dirigé
par Catherine Jessus, directrice de l’Institut des sciences biologiques du CNRS.
pour des raisons de lisibilité et sous certaines conditions, afin de réaliser des figures.
Il est reproché a minima à Catherine
Jessus de n’avoir pas correctement suivi,
et fait suivre dans son laboratoire, les
« bonnes pratiques » en vigueur dans la
communauté scientifique. Les nombreuses manipulations identifiées auraient dû
être signalées. Elles laissent transparaître
un manque de rigueur coupable au sein
de son laboratoire.
Mais ce n’est pas le plus grave. Dans
certains cas, des duplications de
« contrôles », des références qui permettent d’interpréter les résultats des
autres échantillons, laissent planer un
doute sur les conclusions qui sont faites.
En principe, chaque planche doit disposer de son propre contrôle. Il n’est pas
possible de réutiliser un même contrôle
pour interpréter deux planches différentes. Catherine Jessus prétend qu’il s’agit
de duplications accidentelles qui ne remettent pas en cause ses résultats.
Pour lever les soupçons qui pèsent sur
ces expériences, il faudrait que les chercheurs incriminés (Catherine Jessus mais
aussi ses coauteurs) soient en mesure de
fournir les planches originales que les laboratoires sont censés conserver. Or,
dans de nombreux cas, celles-ci ont
mystérieusement disparu.
Cela n’a pas empêché la commission
d’experts Sorbonne Université-CNRS,
après avoir pris acte de ces disparitions,
Crainte de représailles
Impossible d’aller demander aux membres de la commission Sorbonne Université-CNRS ce qui a motivé leur décision
puisque leur identité est gardée secrète
par les institutions. Seules les initiales
« FAW », présentes dans les métadonnées de la version électronique du rapport, permettent de remonter à son
auteur principal présumé. Contacté par
nos soins, il n’a toutefois pas donné suite
à nos sollicitations.
Les auteurs de la contre-expertise justifient quant à eux leur propre anonymat
par la crainte des représailles, puisque,
pendant toute cette polémique, Catherine Jessus est restée à la tête de l’Institut
des sciences biologiques du CNRS. Cela
s’entend, mais comment juger alors de
leur degré d’expertise et de leur bonne
foi ? Pas simple.
Pour sa part, le nouveau président du
CNRS, Antoine Petit « (se) refuse à commenter des accusations anonymes. Leurs
auteurs peuvent prendre contact avec moi
s’ils le souhaitent. De manière générale, je
rappelle que j’ai découvert à mon arrivée
que le CNRS n’avait pas de dispositif pérenne, clair et partagé, pour traiter les cas
de soupçon de fraude scientifique. Nous
avons entamé une réflexion pour être en
mesure de mettre en place un tel dispositif
très prochainement. » ■
Patrick Errard, le président de la Fédération des entreprises du médicament, le Leem, s’est interrogé sur la
suite : « On ne peut pas prendre des décisions à l’emporte-pièce […]. Est-ce
qu’on ne fait pas une ânerie quand on
retire un remboursement faible, sachant
que, derrière, on ne maîtrise pas très
bien ce qu’il va se passer ? »
« Je comprends l’impact symbolique
d’une telle décision, commente Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale à l’université Paris-Sud (Paris
Saclay). Il y a quelque chose de désespérant à constater qu’il n’y a pas de traitement, en dépit de tous les investissements qui ont été faits par les industriels
du médicament, mais tout n’est pas
vain, car l’approche de la maladie a
considérablement évolué ces dernières
années. » D’abord, par la prise en
charge désormais largement pluridisciplinaire, mais le Pr Hirsch s’émerveille aussi de la créativité dont font
preuve les proches et les personnels
sur le terrain : « La réhabilitation du
handicap est le nouveau combat commun aux maladies neuro-évolutives et
aux personnes vulnérables, remarquet-il. À ce titre, les Ehpad sont des startup qui s’ignorent ! » ■
ZOOM
Les Européens sont
trop sédentaires
Les Européens passent en
moyenne 7 h 26 assis chaque jour,
selon la dernière enquête
sur la sédentarité de l’association
Attitude Prévention menée
auprès de 4 000 personnes dans
huit pays d’Europe. Avec 7 h 24,
les Français sont dans la moyenne
européenne. Ils font mieux
que les Britanniques (8 h 13)
mais vraiment moins bien
que les Néerlandais (6 h 13)
et les Finnois (5 h 50),
record d’Europe d’activité.
Un mode de vie sédentaire
qui ne semble pas inquiéter
les Européens. Près de trois quarts
d’entre eux ne savent pas que
rester assis durant des heures
augmente le risque de développer
de l’obésité, une maladie
cardiovasculaire, du diabète ou un
cancer. Et cette sensibilisation fait
particulièrement défaut chez les
jeunes : les 18-35 ans restent assis
en moyenne 8 h 19 par jour contre
6 h 53 pour les 50 ans et plus.
« Dans un monde idéal, il faudrait
être actif au moins 8 heures
par jour. Cela paraît beaucoup
mais c’est ce dont notre
métabolisme a besoin », a soulevé
le Pr Jean-François Toussaint,
directeur de l’Institut
de recherche biomédicale
et d’épidémiologie du sport.
Pour contrecarrer les méfaits de la
sédentarité, il conseille de saisir la
moindre occasion pour marcher,
monter des escaliers au lieu de
prendre l’ascenseur par exemple.
Au bureau, il incite vivement
à faire une pause toutes les heures
pour se lever de sa chaise et faire
quelques pas. Il indique également
que l’amélioration de l’accès
aux équipements sportifs
et le développement de pistes
inciteraient de nombreux
sédentaires à modifier
leur mode de vie.
A
DAMIEN MASCRET £@dmascret
“
Est-ce qu’on ne fait pas
une ânerie quand on retire
un remboursement faible,
sachant que, derrière,
on ne maîtrise pas très bien
ce qu’il va se passer ?
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO
10
SPORT
Tolisso et Fekir rêvent d’une révolution russe
Doublures chez les Bleus des stars Pogba et Griezmann, le milieu de terrain et l’attaquant ont marqué des points contre l’Irlande.
GUILLAUME LOISY £@Guiloisy
FOOTBALL Jusqu’ici tout va bien. À deux
semaines et demie de ses débuts en Coupe
du monde contre l’Australie (16 juin),
l’équipe de France a réussi son premier test
contre une faible Irlande lundi sous le déluge du Stade de France (2-0). « C’est une
bonne entame de préparation », a souligné
Olivier Giroud, auteur d’un 31e but en sélection face aux “Boys in green”, rejoignant
ainsi Zinédine Zidane. Nécessaire à défaut
d’être vraiment probante, car obtenue face
à des équipes souvent peu concernées
(comme l’Irlande, l’Italie et les États-Unis,
prochains adversaires des Bleus, ne sont pas
qualifiés pour le Mondial), la victoire dans
ces amicaux reste la matérialisation la plus
patente de la fameuse « montée en puissance » recherchée par tout sélectionneur.
Elle donne aussi du crédit aux joueurs
testés, ceux appelés à prendre le relais des
habituels titulaires. Doublures annoncées
de Paul Pogba et Antoine Griezmann en
Russie, Corentin Tolisso et Nabil Fekir
sont sortis gagnants du premier des
«matchs laboratoires», comme les appelait Aimé Jacquet. « Être titulaire ? Bien
sûr que c’est l’objectif. » Corentin Tolisso
affiche la couleur : il veut se rendre indispensable chez les Bleus. Depuis un
automne marqué par de belles performances en lieu et place de Paul Pogba,
alors blessé, le milieu relayeur du Bayern
Munich fait tout pour instiller le doute de
manière positive chez Didier Deschamps.
Deschamps l’adore
Brillant face aux Irlandais avec son gros
volume de jeu et sa qualité de passe, l’ancien Lyonnais (23 ans) a les atouts pour
devenir la courroie de transmission des
Bleus. « J’aime prendre le ballon un peu bas
et essayer de faire le jeu tout en me projetant vers l’avant, exposait l’intéressé lundi soir. J’aime aussi me retrouver dans les
zones offensives, être là lors de la finition
ou faire une passe décisive. » « Coco » n’a
plus besoin de se vendre, ses prestations
parlent pour lui. Deschamps l’adore. Il
n’hésitera pas à s’en servir, si besoin,
pour piquer au vif un Paul Pogba au talent
certain, mais trop irrégulier.
Comparé à Tolisso, son ancien coéquipier
à l’OL, Nabil Fekir part de plus loin. Titulaire pour la deuxième fois seulement en bleu
lundi - la première, en septembre 2015,
avait tourné au cauchemar (rupture du ligament croisé du genou droit) -, l’attaquant
lyonnais, habitué à la portion congrue en
sélection, a prouvé qu’il était une alternative crédible à Antoine Griezmann, le patron
incontesté de l’équipe. Positionné en meneur de jeu dans un 4-4-2 en losange derrière un duo Mbappé-Giroud, Fekir a brillé
en marquant et en tirant un corner décisif
pour l’ouverture du score de Giroud.
« Il a une qualité technique tellement audessus de la moyenne que c’est facile de
jouer avec lui. Moi, je joue la “planche”, je
la lui redonne », souriait, après le match,
Kylian Mbappé, dont la complicité avec
Fekir a séduit, y compris Deschamps
(« j’ai vu un très bon Nabil »). Mbappé
considère Fekir et Griezmann comme
« différents mais complémentaires », donc
associables, et beaucoup de supporteurs
aimeraient voir les deux artistes ensemble
sur le terrain. Mais Deschamps le pragmatique s’appuie sur ses certitudes et sait
déjà quel onze il alignera contre l’Australie. Fekir n’en fait pas partie, Tolisso sans
doute pas non plus. Mais, en secret, ils rêvent de fomenter une révolution russe. ■
Entrée accrochée
pour Nadal et Sharapova
Chahutés, l’Espagnol et la Russe ont évité l’écueil du premier tour
des Internationaux de France.
TENNIS La 3e journée de Roland-Garros, légèrement interrompue par la
pluie, a notamment été marquée par le
retour gagnant de Serena Williams.
des travaux d’entrée
uNadal,
Lors de ses campagnes parisiennes,
Rafael Nadal a régulièrement pu soigner son entrée. Sauf en 2011, contre
John Isner, l’un des deux seuls matchs
en cinq sets à Paris de l’Espagnol, et en
2013 (victoire étriquée en quatre sets
contre l’Allemand Daniel Brands).
Lundi et mardi, Rafael Nadal a été
bousculé par Simone Bolelli (32 ans,
129e mondial, nouveau lucky loser à se
mettre en lumière après l’Égyptien
Mohamed Safwat et l’Argentin Marco
Trungelliti), avant de parvenir à franchir l’obstacle 6-3, 6-3, 7-6 (9) en
2 h 57. Soulagé après avoir dû s’employer. Trois sets secs et un score sévère qui résument mal les difficultés qu’il
a éprouvées pour se débarrasser d’un
rival en réussite (44 coups gagnants
à 30, dont 26 en coup droit) qui a su se
procurer quelques occasions, mais a
fini par se crisper aux moments cru-
ciaux, l’Espagnol parvenant notamment à écarter quatre balles de set. Ces
points sur lesquels Rafael Nadal s’applique à serrer le jeu (5 balles de break
sauvées sur 7). L’Espagnol a, en conférence de presse, résumé : « Il a très bien
joué, pris beaucoup de risques et connu
beaucoup de réussite. C’est difficile
contre un joueur qui n’a rien à perdre. »
Rafael Nadal a montré qu’il ne négligerait rien ni personne dans sa quête d’un
onzième titre Porte d’Auteuil.
Sharapova, Serena
uMaria
Williams, le bal des revenantes
La Russe, lauréate à Paris en 2012 et
2014, a renoué avec les Internationaux
de France avec un succès après deux
ans d’absence. Mais ce fut laborieux.
Demi-finaliste à Rome, la tête de série
no 24 a eu besoin de près de deux heures pour se débarrasser de la Néerlandaise Richel Hogenkamp (133e au classement WTA), issue des qualifications.
Menée 3-0 dans le 3e set, elle a empoché les six derniers jeux consécutivement. Serena Williams, pour son premier tournoi du Grand Chelem depuis
l’Open d’Australie 2017 (remporté
alors qu’elle était enceinte de deux
mois), a surpris avec une combinaison
intégrale moulante et noire avant
d’enjamber l’obstacle représenté par
la Tchèque Kristyna Pliskova 7-6 (4),
6-4.
uFiona Ferro, sourire bleu
La jeune Française (257e mondiale,
21 ans) a dominé l’Allemande Carina
Witthoeft (61e) 6-4, 6-2. Aux anges,
elle a raconté : « C’est une victoire que
j’attendais depuis assez longtemps.
C’est ma quatrième participation. Quatre fois, j’ai eu des invitations. C’est important pour moi de montrer que j’ai ma
place dans ce genre de tournoi. Donc ça
me donne beaucoup de confiance. J’ai
envie d’aller encore plus loin. » Son prochain match la verra défier l’Espagnole
Garbine Muguruza (lauréate en 2016,
tête de série no 3) qui a éliminé Svetlana
Kuznetsova 7-6 (0), 6-2.
Caroline Garcia (tête de série no 7) est,
de son côté, entrée avec autorité dans
le tournoi en écartant sèchement la
Chinoise Yingying Duan 6-1, 6-0 en
58 minutes. En revanche, Adrian Mannarino, le numéro 2 français, a sombré.
Défait 7-6 (1), 6-2, 6-2 par l’Américain
Steve Johnson. Une partie à l’image de
sa terne saison sur terre battue (5 défaites-1 victoire). ■
CHRISTOPHE SIMON/AFP
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
Rafael Nadal au service contre l’Italien Simone Bolelli, mardi sur le Court central.
Dominic Thiem, l’homme qui bat (parfois) Rafael Nadal
A
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.
VOILÀ qui pose son homme. Dominic
Thiem a infligé à Rafael Nadal ses deux
dernières défaites sur terre battue depuis
un an. Déjà victorieux à Buenos Aires en
2016, il était le seul à avoir fait trébucher le
maître de la terre en 2017. Un succès en
deux sets (6-4, 6-3) en quart de finale de
Rome. Un triomphe romain qui a marqué
les esprits. Et il est le seul à lui avoir fait
mordre la poussière en 2018. À Madrid en
quart de finale (7-5, 6-3), il est devenu le
troisième homme à battre Nadal sur ocre à
au moins trois reprises, avec Djokovic
(7 fois) et Gaudio (3). « La victoire à Rome
m’a donné beaucoup de confiance, confiait
Thiem au Figaro lors du Rolex Monte-Carlo Masters. J’ai réalisé l’un de mes meilleurs
matchs. Je sais que je ne peux pas jouer tout
le temps comme cela. Mais, avec mon
meilleur tennis, je peux le battre. »
Vainqueur en trois sets lundi d’Ilya
Ivashka, Dominic Thiem s’est offert un
aimable galop d’essai. La suite devrait être
plus ardue. L’Autrichien croise sur sa
route ce mercredi le Grec Stefanos
Tsitsipas (ce dernier l’a nettement dominé à Barcelone
le mois dernier) et
pourrait retrouver
Alexander Zverev
en quarts
(ce
dernier
l’a
facilement battu
en finale à Madrid). Une certitude. Rafael
Nadal signerait, lui, pour éviter l’Autrichien lors d’une éventuelle finale, même
s’il mène dans leur face-à-face 6 à 3.
Façonné depuis qu’il a 9 ans à l’école du
rugueux Günter Bresnik, coach qui a notamment géré l’ascension de Boris Becker,
Thiem marche sur les traces de Thomas
Muster, seul Autrichien vainqueur de la
Coupe des Mousquetaires en 1995. Comme
son aîné, Thiem cultive le goût de l’effort
et s’est forgé une réputation de bourreau
de travail sous la houlette de Brenik. La légende assure qu’en 2012, pour tester sa résistance au stress, le natif de Wiener Neustadt avait ainsi porté
des bûches
sur le dos, traversé des rivières
tout habillé et
couru dans les
bois après minuit : « J’ai l’air
fort. Mais je ne
suis pas le gars
qui fait des milliers de push up
(exercices
Dominic Thiem a passé,
lundi, le premier tour
de Roland-Garros en
dominant le Biélorus
Ilya Ivashka.
ERIC FEFERBERG/AFP
nouvelle génération à s’installer dans le
top 10 (4e en novembre 2017). Et un sacre à
Roland-Garros lui semble promis.
Toujours poli et souriant
destinés à renforcer
le haut du corps) », assure pourtant Thiem. À
24 ans, il forme un « vieux
couple » avec Bresnik : « C’est
rare dans le tennis d’être avec le
même coach depuis si longtemps.
C’est comme entre un homme et une
femme, avec du bon temps, puis,
parfois, des disputes. Moi aussi, j’ai
une personnalité forte. Au début, il
m’a dirigé comme un enfant de
12 ans. Maintenant, je peux le regarder droit dans les yeux et donner mon opinion. Il me donne la
sienne. » Quand il avait 12 ans,
justement, l’Allemand lui a demandé d’abandonner son revers
à deux mains. « Je ne parvenais pas
à être agressif avec un revers à deux
mains. J’avais une mauvaise prise de
raquette. Un revers à une main apporte
plus de variété. Mais mes meilleurs coups
restent le service et le coup droit. »
Vainqueur de la finale de Roland-Garros
juniors en 2011, il s’était révélé au grand
public il y a deux ans en atteignant les demi-finales. Novak Djokovic lui avait alors
barré la route. Il a atteint le dernier carré
à Paris pour la deuxième année
consécutive en 2017. En attendant
mieux ? Avec déjà dix titres dans sa
raquette (dont huit sur terre depuis son succès à Lyon dimanche
dernier), il a été le premier de la
Dans son registre de « Dominator »
- lourdes frappes, prise de risques maximum -, Thiem avait agressé le coup droit
de Nadal en s’appuyant sur son fulgurant
revers à une main. Frappant chaque coup
comme si sa vie en dépendait, Thiem a
réussi les matchs parfaits à Rome en 2017 et
à Madrid en 2018 pour faire tomber l’Espagnol. Reste à savoir s’il est capable d’imprimer le même rythme dans un match en
cinq sets à Roland-Garros et sur le Philippe-Chatrier, le court préféré de Rafael Nadal, s’il devait le retrouver en finale. La
saison dernière, le Maître avait renvoyé le
jeune Thiem à ses chères études avec une
victoire expéditive en demi-finale (6-3,
6-4, 6-0). « J’avais de hautes attentes après
ma victoire à Rome, mais, ce jour-là, je
n’avais pas de bonnes sensations. C’est
vraiment un grand court, c’est dur d’y évoluer. Alors que Nadal l’adore. Ce sont des
conditions idéales pour lui. »
Toujours poli et souriant, l’Autrichien
tranche avec certains de ses collègues de
la nouvelle génération. Et n’est pas gêné
quand on évoque sa relation avec la
Française Kristina Mladenovic (ils sont
en couple depuis un an). « C’est une personnalité forte qui travaille dur. Je l’aide,
mais elle m’aide aussi, car on a tous des up
and down. Je la vois plus souvent que si
j’avais une petite amie qui n’est pas dans le
milieu. On parle beaucoup tennis. C’est la
chose qu’on connaît le mieux. Mais, parfois, quand on en a marre du tennis, on
parle d’autre chose… » ■
EN BREF
Football : Lille sauvé ?
« Lille devrait rester en Ligue 1 »,
a déclaré mardi à l’AFP une source
proche de la DNCG, peu après
l’audition des dirigeants du Losc
par le gendarme financier du foot
français. « La décision va être mise
en délibéré, car le transfert de fonds
est en cours. Elle pourrait être
officialisée mercredi. »
Rugby : Fickou arrive à Paris,
Nonu quitte Toulon
Le club parisien a officialisé
l’arrivée du centre international,
dont il a racheté la dernière année
de contrat au Stade Toulousain
(700 000 euros). Gaël Fickou
complète le recrutement haut
de gamme du Stade Français
(Yoann Maestri, Nicolas
Sanchez…). Toulon a, de son côté,
annoncé le départ pour « raisons
familiales » de Ma’a Nonu.
Le All Black de 36 ans met
sa « carrière en suspens ».
NBA : une finale
Cleveland-Golden State
Le champion en titre, Golden
State, s’est qualifié pour sa
quatrième finale NBA consécutive
en battant Houston, 101-92, lors
du 7e match décisif. Les Warriors
de Stephen et Kevin Durant
y retrouveront, également
pour la quatrième fois
de suite, Cleveland. Des Cavaliers
emmenés par leur star LeBron
James, qui disputera à titre
individuel sa huitième
finale consécutive !
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 30 mai 2018
LE CARNET DU JOUR
deuils
Mme Serge Dassault,
son épouse,
M. et Mme Olivier Dassault
et leurs enfants,
M. et Mme Laurent Dassault
et leurs enfants,
M. et Mme Thierry Dassault
et leurs enfants,
M. et Mme Benoît Habert
et leurs enfants,
Helena Dassault
et Victor Meilhan,
Julien et Kelly Dassault
et leurs enfants,
Adrien et Marguerite Dassault
et leurs enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Le gouverneur des Invalides,
le directeur,
le président du Foyer,
les pensionnaires
et les bénévoles de
l'Institution nationale
des Invalides
font part avec tristesse
du décès du
chef de bataillon
Yves de DARUVAR
pensionnaire de l'Institution
nationale des Invalides,
grand'croix
de la Légion d'honneur,
croix de la Libération,
croix de guerre 1939-1945
4 citations,
croix de guerre des TOE.
Ils lui feront leurs adieux
le lundi 4 juin 2018,
à 11 heures, en la cathédrale
Saint-Louis des Invalides,
Paris (7e).
Serge DASSAULT
X 47,
ingénieur Supaero,
grand officier
de la Légion d'honneur,
grand mécène de la Culture,
Le chancelier d'honneur,
le délégué national,
les Compagnons
et les maires
des communes Compagnons de
leur époux, père, grand-père
et arrière-grand-père,
l'Ordre de la Libération
survenu le 28 mai 2018,
dans sa 94e année.
ont la tristesse
de faire part du décès,
survenu le lundi 28 mai 2018,
dans sa 98e année, de
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 1er juin 2018,
à 14 h 30, en la cathédrale
Saint-Louis des Invalides,
à Paris (7e).
Les honneurs militaires
lui seront rendus
à l'issue de la cérémonie.
L'inhumation aura lieu
ultérieurement
dans l'intimité familiale.
Philippe Robinet,
directeur général,
René Guitton,
directeur de collection,
et l'ensemble
des collaboratrices
et collaborateurs des
Éditions 1
ont la grande tristesse
de faire part du décès de
Pierre BELLEMARE
qui depuis plus de trente ans
nous a confié l'édition
de ses livres, récits brillants
et haletants.
M. Yves de DARUVAR
grand-croix
de la Légion d'honneur,
Compagnon de la Libération,
croix de guerre 1939-1945,
croix de guerre des TOE,
ancien de la 2e DB.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi 4 juin,
à 11 heures, en la cathédrale
Saint-Louis des Invalides,
Paris (7e).
Les honneurs funèbres
militaires lui seront rendus
à l'issue de la cérémonie
M. (†) et Mme Gérard Decroix,
M. et Mme Alain Decroix,
M. (†) et Mme
François Decroix,
M. et Mme
Jean-Pierre Decroix,
M. et Mme Antoine Decroix,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
M. et Mme (†)
Philippe Decroix,
ses neveu et nièce,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Micheline DECROIX
née Penaud,
Patrick, Jacques
et Pierre-François,
ses fils, et leurs conjoints,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Conrad BERNSTEIN
chevalier
de la Légion d'honneur,
survenu le 21 mai 2018,
à l'âge de 94 ans.
L'inhumation a eu lieu
dans l'intimité familiale,
au cimetière de Maresville
(Pas-de-Calais).
Isabelle Cohen,
son épouse,
Yann Cohen,
Valérie Cohen,
Emilie Cohen,
Agathe Cohen-Trochu,
Eugénie Cohen,
ses enfants,
Jacqueline Jamet,
sa sœur,
ont la tristesse
de faire part du décès,
le 27 mai 2018,
à l'âge de 69 ans, du
docteur Jean-Yves COHEN
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
à Paris (7e),
le vendredi 1er juin, à 10 h 30.
le dimanche 27 mai 2018,
dans sa 97e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 1er juin, à 10 h 30,
en l'église Saint-Léon,
1, place du Cardinal-Amette,
Paris (15e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Bourges (Cher).
Mme Christine Devaux,
MM. Jean-Marie, Dominique
et Emmanuel Devaux,
ses enfants,
Mme Chantal Nicoulaud,
dom Augustin Jean Devaux,
Mme Monique Rias,
ses sœur, beau-frère
et belle-sœur,
et toute sa famille
vous font part
du rappel à Dieu de
Mme Paul DEVAUX
née Brigitte Dufourt,
le 28 mai 2018,
dans sa 87e année.
La messe de funérailles
sera célébrée
le vendredi 1er juin, à 14 h 30,
en la cathédrale de Bourges.
Merci d'unir dans vos prières
son défunt mari,
Me Paul Devaux
Edith Fossey,
son épouse,
Brigitte, Patrick, Caroline,
ses enfants,
Yves et Bruno,
ses beaux-enfants,
Marie, Camille, Annelise,
Octavio, Aurélien,
ses petits-enfants,
Paul, son arrière-petit-fils,
ainsi que toute sa famille
et tous ses amis
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Roger FOSSEY
poète devant l'Éternel,
qui a rejoint le Ciel.
Bruno et Solange,
Xavier et Emmanuelle,
ses fils et ses belles-filles,
Arthur, Hugo, Lola, Lisa,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jacqueline COMBE
née Dessause,
survenu le 26 mai 2018,
dans son sommeil,
à l'âge de 87 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 1er juin,
à 10 h 30,
en l'église Saint-Germain,
place Charles-de-Gaulle,
à Saint-Germain-en-Laye,
suivie de la crémation
dans l'intimité.
6, rue du Cèdre,
78100 Saint-Germain-en-Laye.
Mme Jean-Claude Guitton,
née Véronique Desbazeille,
son épouse,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 31 mai 2018,
à 14 h 30, en l'église
Saint-François-de-Sales,
6, rue Brémontier, Paris (17e),
suivie de l'inhumation
au cimetière nouveau
de Neuilly-sur-Seine,
rue de Vimy, à Nanterre.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme Paul Revel,
née Marie-Josée Keruel,
son épouse,
ont la très grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Fabienne, Sylvie, Laurence,
Jean-François,
ses enfants, et leurs conjoints,
Jean-Claude GUITTON
le 29 mai 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 1er juin,
à 14 heures,
en l'église Saint-Pierre
de Saint-Pée-sur-Nivelle
(Pyrénées-Atlantiques).
Boulogne-Billancourt
(Hauts-de-Seine).
Martine Albin,
sa fille,
Yan et Thierry Le Men,
ses fils,
Philippe, Catherine, Caroline,
ainsi que ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la douleur
de faire part du décès de
Ginette LE MEN
Philippe Gontier,
son époux,
Axelle et Adrien Kéruzoré,
Thibault Gontier
et Laura Gillard,
Sybille Gontier,
ses enfants, gendre
et future belle-fille,
Elise et Raphaël,
ses petits-enfants,
Mme Liliane Bizodot,
sa maman,
Jérôme et Christine Bizodot,
Antoine et Isabelle Bizodot,
Emmanuel et Caroline Bizodot,
ses frères et belles-sœurs,
ainsi que leurs enfants
et petits-enfants,
Quitterie Tempé,
Etienne Gontier,
sa belle-sœur et son beau-frère,
ainsi que leurs enfants,
Patrick Paix,
Christine et François Landolt,
ses très proches cousins,
ainsi que leurs enfants
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Frédérique GONTIER
le 25 mai 2018,
dans sa 65e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 1er juin, à 15 h 15,
en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
92, rue Saint-Dominique,
Paris (7e).
veuve de
Marcel Le Men
survenu le 26 mai 2018,
à l'âge de 90 ans, à Quimper.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Sainte-Cécile, 44, rue de l'Est,
à Boulogne-Billancourt,
le jeudi 31 mai 2018, à 14 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
35, rue de la Belle-Feuille,
92100 Boulogne-Billancourt.
Le comte
Thibaut de Poutier de Sone,
son fils,
Caroline, Bertrand,
Bénédicte et Jules,
ses petits-enfants,
ont l'immense tristesse
de vous faire part du décès de
Maud MIFSUD
le 26 mai 2018, à Paris,
à l'âge de 97 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée dans l'intimité,
le lundi 4 juin,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Julien-le-Pauvre,
à Paris (5e).
91, avenue des Ternes,
75017 Paris.
Anne-Marie Nancy Houël,
son épouse,
Eric, son fils,
et sa compagne Céline,
Maxime et Paul,
ses petits-fils,
la famille et les amis
Une messe,
suivie de l'inhumation,
aura lieu le samedi 2 juin,
à 14 heures, au cimetière
de Saint-Philibert (Morbihan),
dans le caveau familial.
ont le regret
de vous faire part du décès de
Ni fleurs ni couronnes,
des dons à Arcad
www.fondationarcad.org
le 19 mai 2018,
dans sa 78e année.
Le docteur Monique Guénel,
son épouse,
Anne et Pierre Lajoye,
Marie et Gaël Bougaran,
ses enfants,
ses petits-enfants
et sa famille
ont la tristesse de faire part
du decès du
professeur Jean GUÉNEL
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 1er juin 2018,
à 10 heures, en l'église
Notre-Dame-de-Bon-Port,
à Nantes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
28, boulevard Paul-Langevin,
44100 Nantes.
Jacques NANCY
Chantal et Bruno Rémond,
Marie-Anne et Jean-François
Gracieux,
Nathalie et Emmanuel
Rémond,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Josette RÉMOND
veuve de
René Rémond
historien,
le 27 mai 2018,
à l'âge de 96 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
par le père Henri Madelin, s.j.,
le vendredi 1er juin,
à 15 heures, en l'église
Saint-Pierre-de-Montrouge,
Paris (14e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Denicé (Rhône).
Corinne Gingembre,
son épouse,
Thierry et Alice, Emmanuel,
Guillaume et Elena,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants,
sa sœur, ses neveux et nièces,
sa famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Claude GINGEMBRE
survenu à Paris, le 28 mai 2018,
à l'âge de 83 ans.
Nicolas Mathieu,
Laurent Mathieu,
Benoît Mathieu,
Claudine Mathieu,
Martin Mathieu,
leurs épouses,
enfants et petits-enfants
ont la tristesse
de vous annoncer le décès de
Jacqueline MATHIEU
née Peronne,
survenu le 27 mai 2018,
à l'âge de 98 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 2 juin, à 10 h 15,
en la chapelle de l'Est
du cimetière du Père-Lachaise,
Paris (20e).
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 1er juin, à 11 h 30,
en l'église de Denicé.
Ni fleurs ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
La Baule (Loire-Atlantique).
Saint-Félix-d'Anglars
(Aveyron).
Ségolène et Hortense Guitton,
ses filles,
Priez pour lui.
Condoléances sur registre.
Henri Combe,
son époux,
11
Loïc Rivoalen,
Joëlle et Jean-Pierre Laroche,
ses enfants,
ses neuf petits-enfants,
ses huit arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Yves RIVOALEN
née Jacqueline Renaudin,
à l'âge de 91 ans,
le 28 mai 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée dans l'intimité,
en l'église
de Ruffey-le-Château (Doubs),
le vendredi 1er juin, à 15 heures.
Loïc Rivoalen,
20, rue du Lieutenant-André,
71100 Chalon-sur-Saône.
Joëlle Laroche,
14, rue de la Belle-Feuille,
92100 Boulogne-Billancourt.
ses seize petits-enfants,
ses neuf arrière-petits-enfants
et toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
commissaire général (2S)
Paul J.G REVEL
officier de la Légion d'honneur,
Saint-Cyr, promotion du
Lieutenant-Colonel Amilakvari,
M. et Mme Eric Levoir,
le comte et la comtesse
Yves de Saintignon,
M. et Mme Alexis Huc,
le comte et la comtesse
Olivier de Saintignon,
ses enfants,
ses 11 petits-enfants,
leurs époux et épouses,
ses 27 arrière-petits-enfants
font part du rappel à Dieu de la
comtesse
Jehan de SAINTIGNON
née Marie Rioult de Neuville,
dans sa 93e année,
le lundi 28 mai 2018.
le 27 mai 2018,
dans sa 86e année, muni
des sacrements de l'Église.
La messe d'A-Dieu
sera célébrée
le vendredi 1er juin, à 14 h 30,
en l'église
Saint-Jean-de-Montmartre,
Paris (18e).
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 1er juin,
à 14 heures, en l'église
Notre-Dame de La Baule.
La célébration d'inhumation
aura lieu
le samedi 2 juin, à 14 h 30,
en l'église Saint-Georges
de Basly (Calvados).
Une bénédiction
aura lieu en l'église
de Saint-Félix-d'Anglars,
le lundi 4 juin, à 15 heures,
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial,
au cimetière
de Saint-Félix-d'Anglars.
L'Alma. Nice. Paris.
Bormes-les-Mimosas.
Mme Marie-Thérèse Rocher,
née Scotto di Perto,
son épouse,
Marie-Dominique et Patrice
Clément,
sa fille et son gendre,
Patrick et Annie Rocher,
son fils et sa belle-fille,
Arthur, Pierre-Alexandre,
Nicolas, Thomas, Alexandra,
ses petits-enfants,
Lucienne Vénembre,
Marcelle Courtois,
ses sœurs,
Chantal et Vincent Raybaut,
sa nièce, son neveu,
et leurs enfants,
Jean-Philippe et Pascale
Courtois,
son neveu, sa nièce,
et leurs enfants
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Hugues, Hubert, Philippe
et Eric Sanderet de Valonne,
ses fils,
Elisabeth Bertin,
sa fille,
ses belles-filles,
Odile, Christine, Régine
et Catherine,
son gendre Guy,
ses 17 petits-enfants
et leurs conjoints,
ses 32 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
comtesse Charles
SANDERET de VALONNE
le 26 mai 2018,
dans sa 99e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 1er juin, à 15 heures,
en l'église Sainte-Colombe
de Champignelles (Yonne).
Château d'Asnières,
89350 Champignelles.
Mireille VERNET
née Baculard,
survenu à son domicile,
le 27 mai 2018,
dimanche de la Sainte Trinité.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 31 mai 2018,
à 10 h 30, en l'église
de Châteauneuf-de-Gadagne.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Les amis français
de l'Université hébraïque
de Jérusalem
très émus et attristés
par la disparition de
Denise LÉVY
amie fidèle
et ancienne présidente
de l'association UHJ-France,
lui rendent hommage
et présentent à Alain Sadoun,
Jacqueline, sa fille,
et toute sa famille,
leurs condoléances
les plus sincères.
remerciements
Charlotte Carrier,
son épouse,
ses petits-enfants
et leur maman,
son arrière-petit-fils,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Jean CARRIER
Michel Thévenin,
son époux,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 1er juin, à 10 h 30,
en l'église Saint-Trophyme
de Bormes-les-Mimosas,
suivie de l'inhumation
au cimetière
de Bormes-les-Mimosas.
Philippe et Pascale,
Anne et Emmanuel,
Claire et Patrick,
François, Marie,
Jean et Aurélie,
ses enfants et leurs conjoints,
ses quatorze petits-enfants
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
ont la douleur
de faire part du décès de
née Marie-Françoise
d'Achon de Mont de Jeux,
survenu le lundi 21 mai 2018,
à Paris, à l'âge de 88 ans.
ses 18 petits-enfants,
ses 32 arrière-petits-enfants
ses 27 petits-enfants,
ses 7 arrière-petits-enfants
condoléances
M. Ernest Louis Gustave
ROCHER
M. et Mme
Jean-Lech Saconney,
M. et Mme
Stéphane Dezaunay,
M. et Mme Claude Charles,
M. François Saconney,
M. et Mme
Richard Lindsay Simpson,
M. et Mme Philippe Saconney,
ses enfants,
Françoise Cochet,
Philippe et Marie Noëlle
Vernet,
Marc e t Isabelle Vernet,
Isabelle In,
Marie José et Bertrand
Moussel,
Jean et Deborah Vernet,
Laure Odile et Michel
Travaillé Vernet,
ses enfants,
ont la tristesse
de vous annoncer le décès de
Odile THÉVENIN
née Lizée,
le 27 mai 2018,
entourée de tous les siens.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le vendredi 1er juin,
à 11 heures, en l'église
Notre-Dame-de-l'Arched'Alliance, Paris (15e).
L'inhumation aura lieu
le samedi 2 juin, à 11 heures,
au cimetière de Muchedent
(Seine-Maritime).
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
messes
et anniversaires
L'Association des Amis
d'Yves Saint Laurent
et de Pierre Bergé
vous informe qu'une messe
sera célébrée
le vendredi 1er juin 2018,
à 11 heures précises,
en souvenir de
Yves SAINT LAURENT
pour le 10e anniversaire
de sa mort,
en l'église Saint-Roch,
284, rue Saint-Honoré,
Paris (1er).
Mme Jean-Louis SACONNEY
née Wieslawa Kawecka Malec,
le 28 mai 2018,
à l'âge de 94 ans.
Elle s'est endormie dans
la Paix du Seigneur, munie
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée par le père
Slawomir Wojciechowski
de la paroisse polonaise
Notre-Dame-de-Miséricorde,
en l'église Saint-Jean XXIII,
3, rue Etienne-Ricordel,
à Couëron (Loire-Atlantique),
le jeudi 31 mai, à 14 heures,
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial,
au cimetière de Dijon.
Le Thillot.
Mme Michel Sailley,
Mme Pierre Sailley,
M. Francis Georges,
son beau-frère
et ses belles-sœurs,
ses neveux et nièces,
ses petits-neveux
et petites-nièces
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Mlle Simone SAILLEY
M. Jérôme Wittlin
en union de prière avec
Mme Pascale Wittlin,
M. et Mme Gianmarco Asti,
M. et Mme Rodolphe Wittlin,
ses enfants,
communications
La Fête des Familles
de
Saint-Jean de Passy
Constance et Stanislas Polu,
Xavier et Marine Wittlin,
Sixtine, Domitille et Bérangère,
Matthieu, Marie et Thomas,
Margaux et Maxence Dumont,
Virgile, Agathe, Aurore et Jean,
ses petits-enfants,
aura lieu
le vendredi 1er juin 2018
de 15 h 30 à 18 h 30,
le samedi 2 juin
de 9 h 30 à 19 heures,
le dimanche 3 juin
de 10 heures à 18 heures.
Octave,
son arrière-petit-fils,
Viendront dédicacer
leurs ouvrages :
M. et Mme Patrice Plumez,
leurs enfants et petits-enfants,
- le samedi à partir de 14 heures,
Laurence Cossé,
Annabelle Combes,
Valentine de le Court,
jeunesse :
Jean-Michel Touche,
Olivier Bruzek :
chaque soir un « épizode »
d'une histoire adressée
chaque semaine dans
une enveloppe scellée,
Joëlle Chabert,
Sylvie Bagès,
Gertrud Dordor,
en union avec
M. Pierre-Michel Plumez,
M. et Mme Bernard Wittlin
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Anne-Claude WITTLIN
née Plumez,
le 25 mai 2018.
Ils rappellent à votre souvenir
son époux, le
docteur Roger Wittlin
survenu le 29 mai 2018,
à l'âge de 91 ans.
décédé le 2 novembre 1983.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le vendredi 1er juin,
à 10 h 30, en l'église du Thillot,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Haut-du-Them.
Une messe d'action de grâce
sera célébrée
le jeudi 31 mai, à 14 h 30,
en l'église Saint-Irénée,
Lyon (5e).
- le dimanche,
à partir de 14 heures,
le père Michel-Marie
Zanotti-Sorkine,
Christine Marquet de Vasselot,
Annabelle Combes,
le père Stéphane Esclef,
Claude Couderc,
jeunesse :
Olivier Bruzek,
Mymi Doinet.
72, rue Raynouard, 75016 Paris.
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CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
12
Mobilisation
des militants de
l’association L214
contre l’élevage
des poules en cage,
le 17 février à Paris.
MICHEL LE MOINE/
DIVERGENCE
L214, ce lobby vegan
aux méthodes musclées
Olivia Détroyat
et Éric de La Chesnais
£@Oliviader et
£@plumedeschamps
«
’
J
attends avec impatience le jour où ils seront reçus sur le plateau du 20 heures de
TF1. C’est sûr, ça arrivera. » De l’avis
d’un fin connaisseur des coulisses
agroalimentaires, le récent coup d’éclat
de l’association L214, qui a mobilisé il y a
peu Sophie Marceau pour défendre le
sort des poules en cage dans un élevage des Côtesd’Armor, est loin d’être anodin. Après Allain Bougrain-Dubourg, Raphaël Mezrahi ou Laurence Parisot sur la question de la fourrure, mais aussi
Stéphane Bern sur le sort des poules pondeuses, l’association végan signe, avec l’une des actrices préférées des Français, un gros coup d’éclat. Un coup
d’éclat couronné ce dimanche jusque dans les travées de l’Assemblée nationale. Après des jours de
polémique, les députés ont ainsi donné leur feu vert à
l’expérimentation de la vidéosurveillance dans les
abattoirs volontaires. Même si l’association plaidait
pour une obligation, ce vote est une petite victoire de
L214 contre ceux, FNSEA en tête, qui jugent ce dispositif inefficace, voire contre-productif.
Créée il y a dix ans, L214, dont le nom fait référence à l’article L214 du Code rural relatif à la protection
animale, prône un mode de vie excluant toute
consommation de protéines animales. Mais aussi
toute utilisation de produits issus des animaux. Exit,
donc, les œufs, le miel, le cuir ou encore la fourrure.
« Aux yeux du grand public, leur motivation reste de
faire évoluer les pratiques d’élevage et d’améliorer le
bien-être animal », souligne Amaury Bessard, de
l’agence de conseils en communication stratégique
Shan, coauteur d’une étude sur les méthodes explosives du lobby. Mais la finalité reste bien d’abolir
toute exploitation des animaux, placés au même niveau que les hommes. « En utilisant des ambassadeurs comme Sophie Marceau, L214 élargit son
audience bien au-delà des militants végan. C’est une
stratégie marketing rondement bien menée », ajoute
ce dernier. Une avance semi-masquée qui est devenue son fonds de commerce.
« Derrière les bonnes intentions, avec lesquelles on
ne peut être que d’accord pour faire reculer la maltraitance des animaux, il s’agit d’un mouvement idéologique radical antispéciste, qui veut convertir les êtres
humains sur l’égalité de toutes les espèces sur cette
terre », remarque Pascal Perri, journaliste indépendant, spécialiste des questions agricoles. « Je regrette
que L214 ne dénonce jamais publiquement les actions
violentes commises pour défendre la cause végan,
comme le saccage d’une boucherie, d’un McDonald ou
l’intrusion dans des lieux privés comme les bâtiments
d’élevage », complète Thierry Coste, lobbyiste pour
la Fédération nationale des chasseurs (FNC) et plume
pour les questions rurales et agricoles auprès d’Emmanuel Macron. Consciente de ces critiques, L214 se
défend de toute stratégie de communication. « Sophie Marceau fait partie de nos sympathisants sur les
réseaux sociaux, nous l’avons simplement contactée et
elle a dit oui tout de suite pour nous aider, explique
Brigitte Gothière, cofondatrice de L214 avec son
compagnon Sébastien Arsac en 2008. Nous sommes
sincères et le grand public le sent. Nous n’avons jamais
Depuis trois ans,
l’association végan,
qui multiplie les vidéos
chocs sur la maltraitance
des animaux dans
les abattoirs, est sortie
de l’ombre. Elle est
devenue un lanceur
d’alerte redouté des
agriculteurs et de toute
la filière agroalimentaire.
changé de discours depuis que l’association existe.
Nous sommes végan et prônons un mode de vie consistant à ne plus consommer aucun produit issu des animaux ou de leur exploitation. »
Considérée comme infréquentable à sa création,
l’association est en train de se faire une place de
choix sur la scène médiatique. « Ils sont passés d’une
communication ultramilitante et agressive à une approche plus pédagogique et informative, avec de nombreux chiffres et rapports pour étayer leurs images
brutes », indique Amaury Bessard. « Les gens que
nous rencontrions lors de nos tractages dans la rue ne
nous croyaient pas quand on leur parlait des conditions
d’élevage cruelles. Ils pensaient que cela n’existait pas
en France. Nous leur avons apporté les preuves grâce
aux images », appuie la fondatrice.
Place de choix dans les médias
Après des sorties au compte-gouttes, leurs enquêtes
vidéo se multiplient à partir de 2015. Comme des actes de cruauté dénoncés dans l’abattoir d’Alès, dans
le Gard, puis celui de Mauléon-Licharre, dans le Pays
basque, en 2016, ou encore lors du gazage de cochons
filmés à l’abattoir de Houdan, en 2017… Des images
qui non seulement captent de nouveaux adhérents ils sont aujourd’hui plus de 30 000, soit trois fois plus
qu’en 2015 -, mais qui entraînent aussi un afflux des
dons. « Nous sommes passés de 700 000 euros en
2014 à 3 millions d’euros de recettes en 2017, reconnaît
Brigitte Gothière. C’est un budget qui reste limité lorsqu’on le compare à celui d’Interbev, l’interprofession
de la viande, 10 fois plus élevé. »
Médiatiquement, l’apport des vidéos fait sortir
L214 de l’anonymat. Le tournant viendra le 6 septembre dernier. Les activistes arrivent à négocier la
diffusion en exclusivité des images dans un « access
prime time » phare du PAF : « Quotidien », de Yann
Barthès. Ces nouvelles images coups de poing dévoilent les conditions de vie désastreuses de poulets
dans un élevage suspecté de travailler pour un grand
industriel de la volaille. Soit une audience de plus
d’un million de personnes pour cette enquête baptisée : La Souffrance des poulets Doux. L’objectif est
clair : s’attaquer aux grands noms de la chaîne alimentaire pour faire bouger les lignes : Système U,
Panzani, Doux, Hénaff… Avec cette large audience, la
notoriété de l’association franchit un cap. Elle devient plus fréquentable et entre dans les réseaux
d’influence qui comptent. « L214 s’est imposée comme un lanceur d’alerte crédible, pertinent et efficace,
avoue Olivier Falorni, député radical de La Rochelle.
Brigitte Gothière domine parfaitement le sujet. Son expertise, notamment sur l’installation de caméras dans
les abattoirs, a nourri notre travail lors de la commission d’enquête sur le bien-être animal de 2016 à l’Assemblée nationale. » Au-delà du combat des idées,
l’association contribue aussi à faire du véganisme
une niche de croissance aussi bien sur le marché alimentaire que sur celui des cosmétiques. Le géant
Nous sommes à 3 millions d’euros de recettes
en 2017. C’est un budget qui reste limité
lorsqu’on le compare à celui de l’interprofession
de la viande, 10 fois plus élevé
»
BRIGITTE GOTHIÈRE, COFONDATRICE DE L214 SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
L’Oréal a lui-même cédé à la vague, en lançant récemment une gamme végan.
Mais, après dix années de combat, le principal fait
d’armes de L214 reste d’avoir fait bouger la filière
œufs, en bannissant les élevages hors sol où les poules
sont enfermées dans de toutes petites cages à l’abri de
la lumière du jour. Les producteurs tricolores, leaders
en Europe avec plus de 14 milliards d’œufs pondus
par an, ont dû se rendre à l’évidence. Même s’ils dénoncent un acharnement du lobby contre leur filière,
le tsunami du bien-être animal peut les faire couler
s’ils ne changent pas de méthodes. « D’ici à 2022, au
moins une poule pondeuse sur deux sera élevée dans un
élevage alternatif à la cage aménagée, s’est engagé récemment le CNPO (Comité national pour la promotion de l’œuf). Il pourra s’agir d’élevages au sol, en
plein air ou bio. » Le CNPO pouvait difficilement faire
autrement, le candidat à la présidentielle Emmanuel
Macron ayant repris cet objectif dans ses promesses
de campagne. Surtout, sentant le vent tourner, les
enseignes et les agro-industriels se sont engagés à
bannir les œufs de poules élevées en cage d’ici à 2022
ou 2025. Des engagements savamment relayés par
L214, à grands coups de communiqués.
Ces méthodes chocs font grincer les dents des
principaux mis en cause : les agriculteurs et leurs représentants. « Le problème de L214, c’est qu’ils n’en
ont rien à foutre du bien-être animal, fustige sur France Info, Étienne Gangneron, éleveur dans le Cher et
responsable du bien-être animal à la FNSEA. Ces vidéos, ils les ont en stock depuis un moment. Si, vraiment, ils voulaient protéger les animaux, ils les
auraient sorties au moment où ils ont filmé […] Ils inscrivent cela dans un calendrier médiatique qui est lié à
la loi post-EGA (États généraux de l’alimentation,
NDLR) ». Certains parlementaires concernés au premier plan ne sont pas en reste. « Ces méthodes violentes aux dérives sectaires, où l’on persécute les éleveurs, sont difficilement supportables, explique le
député LaREM Jean-Baptiste Moreau, lui-même éleveur et rapporteur du projet de loi alimentation. Ça
frôle la désinformation. » « Il y a une déconnexion totale entre la réalité des abattoirs et ceux qui en parlent,
juge Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA,
qui est aussi à la tête d’une porcherie dans le Maineet-Loire. Au-delà des dérives qui peuvent exister,
c’est scandaleux de décrédibiliser à ce point la totalité
d’une profession pour des raisons militantes. »
En attendant, la profession de la viande devra être
créative pour ne plus broyer vivants les poussins
mâles qui ne pondront pas d’œufs ou ces canetons
femelles qui ne produiront pas de foie gras. L’opinion
publique ne veut plus voir non plus ces porcelets castrés à vif ou leur queue coupée au sécateur. Tant que
ces images existeront, L214 aura encore un bel avenir
devant elle. « D’une poignée de bénévoles à nos débuts, nous en comptons 2000 dans toute la France, se
réjouit Brigitte Gothière. Mais avec 50 salariés, nous
devons encore nous structurer. » L’avenir semble
pourtant plus dégagé qu’aux premières heures du
combat. L’assise financière de L214 lui permet de
multiplier le nombre de ses actions de lobbying et de
ses enquêtes coups de poing. Quitte à supporter le
poids des amendes lorsque ses membres vont trop
loin. Comme en octobre 2017, quand deux de ses militants, dont Sébastien Arsac, ont été condamnés
pour « violation de domicile ». Ils avaient dissimulé
quelques mois plus tôt des caméras dans un abattoir
de porcs à Houdan dans les Yvelines, filmant les
conditions d’étourdissement des porcs. ■
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LE FIGARO
mercredi 30 mai 2018
CHAMPS LIBRES
POLITIQUE
13
Macron a-t-il plus voyagé
que Hollande et Sarkozy ?
établis par le Figaro. Sur la même durée,
les deux présidents corréziens avaient
tenu un rythme sensiblement moins
soutenu : 25 déplacements dans 19 pays
pour Jacques Chirac (1995-1996) ; 28 déplacements dans 22 pays pour François
Hollande (2012-2013).
Guillaume Tabard
£@GTabard
DIPLOMATIE Au Forum de Davos, où
il est intervenu le 24 janvier, Emmanuel
Macron s’était réjoui : « France is back. »
Le retour de la France sur la scène internationale est en effet un des éléments
mis en avant dans le bilan de sa première année à l’Élysée. Au-delà de la
nature et de l’impact de sa politique
étrangère, le chef de l’État a-t-il vraiment été, sur le plan géographique, plus
présent que ses prédécesseurs sur la
scène internationale ?
PREMIÈRE DESTINATION
❙DESL’ALLEMAGNE,
PRÉSIDENTS
C’est une sorte de rite, presque une obligation. Tout mandat présidentiel commence par une visite à la chancelière allemande. Nicolas Sarkozy avait fait le
voyage à Berlin le soir même de son installation, le 16 mai 2007. François Hollande aussi, son avion prenant soudainement la foudre. Lundi 15 mai 2017, au
lendemain de son installation, Emmanuel Macron est allé à son tour rencontrer Angela Merkel.
En un an, il est retourné cinq autres fois
en Allemagne. À Hambourg, en juin,
pour le sommet du G20, à Francfort en
octobre à l’occasion de la Foire du livre,
à Bonn en novembre pour la COP23, à
Berlin, une seconde fois, en avril, pour
une séance de travail sur la zone euro, à
Aix-la-Chapelle enfin, les 9 et 10 mai
dernier, où la chancelière allemande a
remis le prix Charlemagne au président
français. Six voyages en Allemagne,
c’est autant que Sarkozy et plus que
Hollande (4) et Chirac (2).
DÉPLACEMENTS,
VISITÉS
❙ 4629 PAYS
VOYAGES DU 15 MAI 2017
AU 23 MAI 2018(1)
mai 2017, juil. 2017 (G20), oct. 2017,
nov. 2017 (COP23), avril 2018, mai 2018
mars 2018
sept. 2017 (ONU),
avril 2018
Royaume-Uni
Autriche
janvier 2018
août 2017
Belgique
mai 2017 (OTAN)
12
D’un président l’autre, on retrouve un
certain nombre de constantes. À commencer par le voyage aux ÉtatsUnis. Trois fois pour
Chirac, deux
Allemagne
Pays-Bas
États-Unis
CARTOGRAPHIES
VOISINES
❙ DES
25
Roumanie
Bulgarie
août 2017
août 2017
Suisse
4
Grèce
sept. 2017
22
5
13
14
Sénégal
2
Inde
18
17
23
Émirats arabes unis
La c
juin 2017
novembre 2017
Mali
Qatar
mai 2017,
juillet 2017 (G5)
déc. 2017
hro
no
novembre 2017(2)
log
ie
novembre 2017
es
td
Italie
Australie
novembre 2017
mai 2017 (G7), juil. 2017
(SB3), janvier 2018
avril-mai 2018
Algérie
Tunisie
décembre 2017
janv.- fév. 2018
Burkina Faso
ep
ar
le p
rem
ie r
voy
age
effe
ctu
é da
ns l e
pays
26
Arabie saoudite
Ghana
in é
mars 2018
24
19
15
16
Maroc
janvier 2018
20
8
9
7
11
juillet 2017 (CIO),
janv. 2018 (Davos)
rm
Chine
1
3
10
6
août 2017
éte
mai 2018
21
Luxembourg
février 2018
Russie
27
Sources : service documentation Le Figaro
et service des archives de l’Élysée
Niger
décembre 2017
Infographie
Russie
Espagne
Maroc
Sénégal
Japon
Pologne
Royaume-Uni
Mexique
Italie
Afghanistan
Laos
Rép. dém.
du Congo
Émirats arabes unis
Qatar
Arabie saoudite
Pologne
Royaume-Uni
Autriche
Espagne
Saint-Siège
Maroc
Algérie
Chine
Inde
Éthiopie
La carte des déplacements présidentiels
souligne enfin le tropisme européen
d’Emmanuel Macron, plus prononcé
que celui de ses prédécesseurs. En plus
des six venues en Allemagne, il s’est
déjà rendu dans onze autres pays membres de l’Union européenne, pour des
rencontres bilatérales ou pour des événements internationaux. À trois reprises en Italie, à Taormina pour un G7
(mai 2017), à Trieste pour un sommet
des Balkans (juillet), puis à Rome le
11 janvier pour une visite officielle
consacrée à la crise migratoire, autre
priorité de la diplomatie macrononienne. Fin août 2017, il avait effectué
un périple de trois jours passant par
l’Autriche, la Roumanie et la Bulgarie.
Cette idée d’une petite tournée européenne avant la rentrée de septembre
pourrait d’ailleurs être pérennisée.
Autres pays de l’Union visités : le
Luxembourg (juillet), la Grèce (septembre), l’Estonie (pour un sommet en septembre sur le numérique), la Suède
(sommet social européen en novembre), les Pays-Bas, la Bulgarie, où il était
les 16 et 17 mai dernier pour un sommet
UE-Balkans, et le Royaume-Uni, le
Brexit n’étant pas encore effectif.
Par cette attention portée aux pays de
l’est de l’Union, Emmanuel Macron a
voulu traiter à part entière « des nations qui se sentaient regardées comme
appartenant à un bloc de l’Est indistinct », dit-on à l’Élysée. Le chef de
l’État veut aussi visiter une Europe du
Nord souvent négligée. S’il a reçu à Paris les chefs d’État des trois pays Baltes, il ira au Danemark fin août, pour
une visite d’État, premier déplacement sur place d’un président français
depuis 1992. ■
Allemagne
États-Unis
Grèce
Algérie
Mali
AUTRE APPROCHE
DE L’EUROPE ?
❙ UNE
Russie
Allemagne
États-Unis
en août dernier à Paris. Sarkozy, toujours dans sa première année s’était
rendu aussi en Libye, en Égypte, en Angola ou en Afrique du Sud. Et Hollande
en Éthiopie ou en République démocratique du Congo. Macron est en revanche
le seul des trois à être allé, sur cette
même échéance, au Ghana, au Niger et
au Burkina Faso. On se souvient notamment de son échange avec la jeunesse à
Ouagadougou. C’est un souhait d’Emmanuel Macron de s’adresser ainsi chaque fois qu’il le peut aux étudiants. Il l’a
fait notamment à Washington et à New
Delhi. Au Burkina Faso, il avait emmené
dans sa délégation la député LaREM Huguette Tiegna, élue du Lot, mais née
dans ce pays, à Bangassogo. C’est encore dans ce même pays qu’il a promis la
restitution d’œuvres d’art africaines,
toujours soucieux de donner une note
culturelle à ses déplacements. Dans
quelques semaines, en juillet, le chef de
l’État retournera en Afrique, au Niger,
où il avait effectué son stage de l’ENA.
Au sein de la cellule diplomatique élyséenne, dirigée par Philippe Étienne,
ancien ambassadeur à Berlin, on souligne que « la défense du multilatéralisme
est le fil rouge » de l’ensemble des déplacements du président, ainsi que la volonté d’obtenir des « résultats concrets »
et on insiste sur le lien entre voyages à
l’étranger et initiatives internationales
organisées à Paris, comme l’opération
« Choose France », par exemple.
Sénégal
Hongrie
Chine
Roumanie
Bulgarie
Afghanistan
Grèce
Inde
Égypte
Tunisie
Tchad
Brésil
Gabon
Émirats arabes unis
Qatar
Arabie saoudite
Angola
Afrique du Sud
2 22 pays visités en 1 an par François Hollande
VOYAGES DU 15 MAI 2012 AU 23 JUIN 2013(1)
3 Les 42 déplacements de Nicolas Sarkozy
VOYAGES DU 16 MAI 2007 AU 6 JUIN 2008(1)
1
1
Le tropisme européen
d'Emmanuel Macron
En rencontrant Vladimir Poutine à
Saint-Pétersbourg dans le cadre du
22e Forum économique, Emmanuel Macron a effectué son quarante-sixième
déplacement à l’étranger depuis son
installation officielle, le 14 mai 2017.
Parmi ceux-ci, il faut compter les cinq
Conseils ou sommets informels européens qui se sont tous tenus à Bruxelles
- le prochain a lieu les 28 et 29 juin - qui
ne figurent pas sur les cartes ci-dessous.
Ces 46 déplacements ont permis au chef
de l’État de visiter 29 pays dont 11 en
Europe et 18 hors Europe. Au total, il a
ainsi parcouru 201 000 km, selon le calcul effectué par l’Élysée, soit cinq fois le
tour de la Terre. Ces chiffres sont spectaculaires. Ils ne sont pourtant pas si
éloignés des « performances » de Nicolas Sarkozy qui, de mai 2007 à juin 2008,
avait effectué 42 déplacements dans
29 pays également, selon les comptages
fois pour ses trois successeurs. Avec
pour Sarkozy, Hollande et Macron, un
déplacement spécifique à Washington
concernant les États-Unis en tant que
nation, et une seconde occasion liée à
une rencontre internationale. François
Hollande avait ainsi participé, deux semaines après son élection, à un G8 et à
un sommet de l’Otan, organisés sur le
sol américain dans la foulée l’un de
l’autre. Emmanuel Macron, lui, a effectué son premier vol vers les États-Unis
pour l’Assemblée générale des Nations
unies, en septembre, avant d’effectuer,
il y a un mois, une visite d’État de quatre
jours à Washington. Une visite qui lui a
permis de s’exprimer devant le Congrès
américain, comme Nicolas Sarkozy
l’avait fait également en novembre 2007.
La Russie a également été au programme de la première année - à quelques
jours près - des quatre derniers présidents français -, à Saint-Pétersbourg
pour Macron. L’Inde et la Chine aussi
ont été au programme de Sarkozy, Hollande et Macron, mais pas de Chirac, qui
avait attendu 1997 pour aller à Pékin et
1998 pour aller à New Delhi. En revanche, avant de se rendre en NouvelleCalédonie, Emmanuel Macron a été le
seul président français à se rendre en
Australie, du 30 avril au 3 mai, dès la
première année de son mandat. Avant
lui, François Hollande s’y était rendu en
novembre 2014, pour un sommet du
G20 puis pour la toute première visite
d’État d’un président français dans ce
pays du continent océanien. Les ÉtatsUnis sont pour l’instant le seul pays du
continent américain visité par Macron.
Sur la même période d’un an, Jacques
Chirac était déjà allé au Canada, Nicolas
Sarkozy au Brésil et François Hollande
au Mexique. L’actuel chef de l’État aura
l’occasion de fouler le sol sud-américain
à l’occasion du prochain G20, qui se
réunira fin novembre en Argentine.
L’Afrique occupe une place importante
dans la géographie macronienne : 8
déplacements. C’est moins que
Sarkozy (10) et plus que Hollande (6). Comme Sarkozy,
Macron a visité les trois
pays du Maghreb. Avec
des formats différents :
une visite de travail
avec le roi du Maroc,
une visite d’État - le
plus haut degré de
solennité - à Tunis.
« Il faut tenir compte
des souhaits de chaque président pour
donner à chaque visite son efficacité
maximale », explique-t-on à l’Élysée.
Le premier déplacement africain fut pour
visiter les troupes françaises engagées au Mali, dès
le 19 mai. La lutte contre le
terrorisme et contre Daech est
en effet un des axes majeurs de sa
diplomatie, que ce soit à travers les
déplacements qu’il effectue ou par les
visites qu’il accueille en France, comme
le sommet avec des dirigeants africains,
1. Hors sommets européens
2. étape non prévue au retour
de son déplacement
aux Émirats (affaire de la démission
du Premier ministre libanais)
3. Sommet sur les Balkans
A
En un an
de présidence,
Emmanuel Macron
a effectué
46 déplacements,
visité 29 pays, passé
78 jours à l’étranger
et parcouru plus
de 200 000 km.
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mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Biodiversité : la France, l’Europe et le monde
connaîtront-ils le destin de l’île de Pâques ?
PIERRE
VERMEREN
La destruction de la
faune et de la flore
en France comme dans
l’ensemble du monde
atteint un tel degré
que l’épuisement des
ressources n’est plus une
hypothèse qui relève
de la science-fiction,
explique l’historien*.
u cœur du Pacifique,
l’île de Pâques et ses géants
de pierre demeurent
les témoins muets d’une
civilisation disparue. Des
hommes et des femmes
y ont vécu, aimé, habité et consommé.
Jusqu’à l’extinction des espèces par
épuisement complet des ressources.
Une civilisation a disparu. La nature a
reconquis le territoire.
Au rythme des destructions de la
nature qui sont opérées depuis les années
1980, il n’est pas exclu que la folie des
hommes les conduise au même chaos,
planétaire cette fois. Bien sûr ce
millénarisme apocalyptique peut paraître
risible. Mais à prolonger les courbes
de destruction de la faune et de la flore
en cours depuis quarante ans,
l’hypothèse prend sens.
Le 18 mai à Marseille, le ministre
Nicolas Hulot a annoncé un plan de
préservation de la biodiversité, qui sera
présenté en juillet. Il érige la protection
des animaux en politique prioritaire.
Entendre un écologiste parler du cœur
de l’écologie est assez rare pour être
relevé. Mesurons en effet la gravité
de la situation.
On apprenait à la mi-mars l’extinction
du dernier rhinocéros blanc du Nord
mâle. Les médias ont ensuite révélé la
disparition, en quinze ans, de 80 à 90 %
des alouettes dans les plaines agricoles
de France. Ces deux exemples dévoilent
la destruction systématique de la faune
africaine et le saccage de la faune
endogène d’Europe, par l’homme
et par la prolifération des espèces
invasives. Le ragondin d’Amérique du
Sud a traversé l’Atlantique et s’approprie
l’espace du Vieux Continent, comme
l’écrevisse de Louisiane ou encore
des vers de terre géants issus eux aussi
d’Amérique.
Du fait de son histoire et surtout de son
sous-peuplement, l’Afrique est
demeurée jusqu’au milieu du XXe siècle
le conservatoire mondial de la faune
sauvage la plus ancienne et la plus
diversifiée. Les Romains avaient pillé la
A
largement disparu, récemment ou de
firmes agroalimentaires) ou à une
longue date. C’est aujourd’hui le tour des
planification hors du temps de l’Union
oiseaux et des insectes. Le fait était connu
européenne. En tout cas, la pente est
pour les abeilles, malgré la prédiction
toujours celle qui mène à de tristes
sans appel d’Einstein, que tout le monde
lendemains. Une des rares bonnes
connaît sans vouloir la comprendre
politiques que l’Union avait adoptées en
(« Si l’abeille venait à disparaître, l’homme
matière agricole, celle des jachères et des
n’aurait plus que quelques années à
fleurs des champs, a été récemment
vivre »). Cette prédiction concerne
suspendue. Son principe était simple : en
désormais toutes les espèces : Pier Paolo
contrepartie d’une indemnisation, les
Pasolini avait repéré la disparition
agriculteurs devaient laisser une partie
des lucioles en Italie au début de la
de leurs terres en jachère et plantées de
modernisation des années 1970, prélude
fleurs des champs pour faciliter la
à leur disparition en Europe ; ce sont
pollinisation. La décision des institutions
désormais tous les insectes volants
européennes de mettre un terme à cette
qui sont concernés, et par voie de
politique tient à la pénurie de terres
conséquence, les
cultivables, en raison de l’artificialisation
oiseaux, dont près
des sols (recouvrement du sol par du bâti,
Il est plus commode de s’en prendre
de la moitié a
des routes, des voies ferrées, des parkings,
aux chasseurs, aux corridas et aux
disparu en Europe
NDLR) qui a concerné 600 000 hectares
cirques, pour se donner bonne conscience, depuis vingt ans
en dix ans en France, selon Eurostat.
(selon une étude
Notre pays porte le bonnet d’âne de
qu’aux vrais facteurs de l’extinction
publiée en 2013 par
l’Europe en la matière. Et, au fur et à
planétaire de la faune et de la flore
la revue
mesure que les terres agricoles
scientifique
disparaissent sous le béton et le
Ecology Letters, récemment confirmée).
macadam, il faut remettre en culture des
et gros mammifères, découpés à la
Papillons,
coccinelles
et
abeilles
terres en friches de moins bonne qualité,
machette sur les marchés aux étals
seront-ils bientôt des espèces
en commençant par les jachères…
des boucheries, jusqu’à la Goutte d’Or
menacées ? Nous avons tous appris
Récemment, un reportage sidérant de
à Paris. En Afrique, la viande de brousse
pieusement, lors de nos cours de sciences
l’émission « Cash Investigation » sur
(qui désigne ordinairement les espèces
naturelles, les mécanismes de la chaîne
France 2 soutenait, de façon rigoureuse
sauvages de l’Afrique rurale) reste
alimentaire. Mais nous feignons
autant qu’on puisse en juger, que de
un must chez les néo-urbains issus
d’ignorer que nous sommes à son
nombreux producteurs des meilleurs
de l’exode rural. Jusqu’à l’extinction
sommet. Or la pollinisation (c’est-à-dire
vins de France empoisonnaient sans
généralisée ? Il y a quelques années,
l’opération pendant laquelle les insectes
vergogne leurs vignes, leurs voisins et
de riches Américains avaient envisagé
jouent, par leur butinage, un rôle majeur
par conséquent leurs clients, pour
de créer de vastes réserves en Amérique
dans la fécondation des fleurs et des
éradiquer insectes et parasites. On ne
pour sauver la faune africaine menacée
arbres fruitiers) est la condition de la
sache pas qu’un procès ait été intenté aux
d’extinction. Il serait souhaitable
reproduction des espèces végétales dont
auteurs du reportage, ni d’ailleurs aux
de creuser cette idée. Est-il possible
nous sommes aussi tributaires.
aigrefins qui, d’après ce documentaire,
d’imaginer des solutions mutualisées
De sorte que l’agriculture moderne,
utilisent et exportent en Europe de l’Est
et collectives pour endiguer cette
pilotée et subventionnée à bout de bras
des poisons interdits depuis des années
nouvelle extinction des espèces qui n’est
par la Politique agricole commune et une
voire des décennies en France.
nullement due, cette fois, à des
armée de Docteur Folamour de
Certes, l’Europe semble avoir écarté
phénomènes naturels ?
l’agronomie (comme ceux qui ont promu
les importations de viande aux hormones
En France, il y a longtemps que
les néonicotinoïdes, ces produits
du Canada et de poulets javellisés du
spécialistes et organisations de défense
toxiques de la chimie moderne utilisés
Brésil. Mais à l’exception de ce sursaut,
de l’environnement et des animaux
comme pesticides et qui déciment
peu de choses bougent sous le soleil. Au
sauvages tirent l’alarme. Le commandant
précisément les abeilles), conduit à la
pays de la gastronomie, manger sain est
Cousteau le faisait dès les années 1970.
mort symbolique des paysans ; à la
devenu kafkaïen.
Mais personne ne les écoute : il est en
disparition des animaux de basse-cour et
Le plan de bataille annoncé par Nicolas
effet plus commode de s’en prendre
des animaux des prés, désormais
Hulot pour le mois de juillet est bienvenu.
aux chasseurs, aux corridas et aux
enfermés ; à l’élevage industriel intensif
On ne peut qu’espérer qu’il soit à la
cirques, pour se donner bonne
hauteur du défi, a
conscience, qu’aux vrais facteurs
fortiori en France,
de l’extinction planétaire de la faune
C’est la survie même de la planète,
pays européen où
et de la flore. Ainsi en est-il par exemple
la biodiversité a le
de la disparition de l’agriculture
en tant que sanctuaire de l’espèce
plus régressé en un
paysanne et des jardiniers de l’espace
humaine, qui est en péril
demi-siècle.
qu’étaient les paysans, ce qui contribue
Il est urgent de
à intensifier la destruction des espèces
hors sol des animaux de boucherie (le
considérer les voies et les moyens
(notamment les plus ordinaires, oiseaux
petit Danemark produit autant de porcs
d’éduquer à ces périls les jeunes
et insectes), du fait des ravages
que la France, la terre ne servant plus à
générations, mais aussi tous les décideurs
de l’agriculture industrielle.
rien quand le hors-sol se substitue aux
qui, sans attendre, peuvent contribuer à
La transformation de la France en une
prairies) ; puis à la disparition des
stopper net la catastrophe en cours ;
vaste zone d’aménagement et de
animaux sauvages, insectes compris, et
jusque-là, ces derniers se moquent
spéculation livrée à d’intenses flux
des fleurs des champs.
apparemment comme d’une guigne de
d’échanges rapides, aux nouveaux
La moitié des vertébrés sauvages a
ces problématiques.
acteurs des campagnes (pouvoirs publics,
disparu en quarante ans (rapport du
Espérons que deux prises de
transporteurs, industriels, grandes
WWF, Fonds mondial pour la nature,
conscience - il est nécessaire de manger
surfaces et maintenant plateformes
27 octobre 2016) et la totalité des
plus sainement ; il est vital de cantonner
commerciales) et à leurs financiers joue
mammifères sont affectés, du lapin à
les villes et leurs activités à leurs
aussi son rôle.
l’éléphant. Depuis 1970, la moitié de la
périmètres - entraînent des
Chaque année, un million
ressource marine mondiale a disparu
contreparties positives sur la vie animale
de hérissons sont massacrés
dans les mers et les océans (rapport du
et sauvage. Plus l’élevage sortira des
par les désherbeuses des
WWF, 16 septembre 2015), souvent
usines à viande pour revenir aux prairies
routes de campagnes
beaucoup
plus
pour
certaines
espèces
si abondantes dans notre pays, plus la vie
et autres véhicules.
devenues très rares. C’est la survie même
sauvage, notamment le couple
Amphibiens et
de la planète, en tant que sanctuaire de
inséparable insectes-oiseaux sera
mollusques d’eau
l’espèce humaine, qui est en péril.
préservé. Si la France devenait
douce sont
Il est à la fois drôle et tragique que les
exemplaire après avoir été le mauvais
résiduels du fait de
écologistes, en tant que partis politiques,
élève, elle n’en serait que plus crédible
la destruction des
soient nés et aient quasiment disparu en
pour porter la bonne parole à l’étranger.
mares et marais,
France - sauf à fournir des supplétifs
À l’aune de ce sujet vital pour la
remplacés par
ministériels dans les gouvernements de
France, l’Europe et le monde, les
des bassins d’eau
gauche et de droite - pendant que se
préoccupations constitutionnelles,
à fond plastifié.
déroulaient ces événements sans
financières et sociales qui accaparent
Même les
précédent. Rien n’a fait reculer le
l’attention publique sont très relatives.■
écrevisses
productivisme déchaîné (on entend par
d’Europe
* Ancien élève de l’École normale supérieure,
là la volonté de produire au maximum et
s’éteignent.
agrégé et docteur en histoire, Pierre
à coûts réduits par tous les moyens), dont
Les gros
Vermeren a notamment publié « Le Choc
on ne sait plus s’il faut l’attribuer à un
prédateurs
des décolonisations. De la guerre d’Algérie
libéralisme ravageur (par les effets d’une
(loups, lynx,
aux printemps arabes » (Odile Jacob, 2015)
concentration ininterrompue, nationale
ours, grands
et « La France en terre d’islam. Empire
puis mondiale, des exploitations et des
rapaces) ont
colonial et religions » (Belin, 2016).
faune d’Afrique du Nord et d’Égypte, y
faisant disparaître tous les gros animaux
(éléphants, girafes, rhinocéros).
La colonisation et les guerres ont donné
le coup de grâce au XXe siècle (lions,
autruches, antilopes ont disparu de la
faune du Maghreb). C’est au tour
de l’Afrique subsaharienne, désormais.
Partout, les parcs naturels y sont
menacés, pilleurs et braconniers étant
à la manœuvre. Les espèces les plus
abattues sont les plus lucratives, et toutes
menacées : éléphants, fauves, girafes,
rhinocéros, grands singes. Mais les
espèces à viande plus ordinaires le sont
tout autant, des divers singes aux petits
«
»
A
«
»
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LE FIGARO
mercredi 30 mai 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
15
Qu’est-ce qu’un héros ?
DESSIN CLAIREFOND
M
STÉPHANE RATTI
et surtout avec les persécutions
contre les chrétiens au début
du IVe siècle, le héros antique
est supplanté par le saint chrétien.
Ce dernier est d’abord un martyr,
un témoin de sa foi, mais aussi un soldat
de Dieu qui accomplit par son pacifisme
et son refus de plier devant l’État
et son prince, un exploit digne
d’être chanté à l’égal de ceux de ses
prédécesseurs païens. Saint Augustin,
dans La Cité de Dieu (10, 21), affirme que
les martyrs, « si l’usage dans l’Église
le permettait, il serait plus pertinent
de les appeler “nos héros” ».
nullement être craints : « Le premier,
un Grec, un homme, osa lever ses yeux
mortels contre la religion et, le premier,
osa se dresser contre elle » (1, 66-67).
Tertullien, dans son grand traité daté
de 197, L’Apologétique, explique
que les valeurs morales défendues par
les martyrs chrétiens et les philosophes
grecs sont, au fond, les mêmes, à savoir
le bien et le vrai. Cette communauté
axiologique n’empêche cependant
pas les chrétiens de se distinguer
en défendant une eschatologie
propre fondée sur la foi dans le Christ
et dans la croyance en la résurrection.
Le pionnier, enfin,
ou l’ingénieur est
Il y a quatre espèces de héros
la forme moderne
que l’on pourrait classer en autant
du héros et c’est
au XIXe siècle
de catégories : le guerrier épique
que sa figure s’est
(Achille), le saint chrétien (le martyr),
pleinement constituée
le génie (Socrate) et le pionnier
avec, notamment,
Jules Verne, qui
(l’aventurier)
confond progrès
Comme son modèle profane,
et foi en l’humanité. L’Île mystérieuse
qu’il imite consciemment,
ou bien le Nautilus sont alors, pour
car il partage avec lui la même
de nombreux lecteurs, les nouveaux
éducation et a été formé dans le même
jardins des Hespérides ou comme
bain civilisationnel, la paideia grécodes paradis de substitution.
romaine, le martyr cherche à atteindre
Il manque à cette trop simple
la vie éternelle, sauf qu’elle n’a plus
et trop brève typologie de l’héroïsme
désormais son siège aux Champsdeux éléments d’importance.
Élysées mais en des contrées plus
Le premier est la dimension littéraire
éthérées. Le génie ou le philosophe,
nécessaire à la fabrication d’un héros
quant à lui, est célébré dans toute
qui résiste aux épreuves du temps
l’Antiquité comme un héros véritable :
et à l’oubli. Un historien latin
l’exemple le plus fameux nous
de l’Antiquité tardive raconte
en est donné par une page magnifique
qu’Alexandre le Grand avait voulu
de Lucrèce qui, au Ier siècle avant notre
voir le tombeau d’Achille. Devant
la sépulture de ce dernier il se serait
ère, dans le De natura rerum, célèbre
écrié, évoquant le récit des ses exploits
son maître Épicure comme le héros
magnifiés dans L’Iliade par Homère :
qui libéra les hommes de la terreur
« Tu as bien de la chance, jeune héros,
qu’ils éprouvaient devant des dieux
d’avoir trouvé un écrivain pareil pour
qui, pourtant, affirme l’enseignement
raconter tes exploits ! » De fait, il n’y a
épicurien, ne se soucient guère
point de héros sans grand mémorialiste
de leur destin et ne doivent donc
«
»
et Cicéron déjà se plaignait que
personne, parmi ses amis, n’ait accepté
de célébrer sa gloire. Il faut ainsi que les
valeurs incarnées par un héros trouve
un écho dans un lectorat potentiel,
ce qui nous ramène à la question
des sentiments partagés entre un
protagoniste, un auteur et un public.
Le second élément qui mériterait
d’être mis en lumière est la notion
de sacrifice. Ni Achille ni Ulysse
ni Socrate ne sacrifient leur vie pour
leur cité ni, encore moins, pour leurs
concitoyens. Ils n’eurent point peur
de la mort mais ils ignorèrent
un concept qui n’adviendra dans
l’histoire qu’avec la destinée du Christ :
choisir la mort pour sauver autrui.
Socrate en acceptant la sentence de ses
concitoyens n’accomplit rien pour eux.
Sénèque, qui l’imita trois siècles plus
tard, ne sauva pas par son suicide
son bourreau, l’empereur Néron.
À quelle catégorie appartient
réellement l’homme qui a risqué
sa vie pour sauver un enfant ?
Il sera célébré par les réseaux sociaux
et par un discours présidentiel.
Cela suffira-t-il à sauver sa mémoire
de l’oubli ? Il a fait preuve de la virtus
du guerrier, de la force du soldat,
de l’intelligence pratique de l’athlète.
Mais surtout c’est, semble-t-il,
la compassion en face d’une vie
en danger qui a guidé son geste.
On mesure par là ce que l’histoire
de l’héroïsme doit au basculement
opéré dans notre civilisation, aux IIIe
et IVe siècles de notre ère, quand l’idée
du sacrifice de soi s’est imposée.
* Agrégé de lettres classiques.
Spécialiste reconnu des relations
entre païens et chrétiens dans l’Antiquité,
Stéphane Ratti a notamment publié
« Le Premier saint Augustin »
(Les Belles Lettres, 2016, 352 p., 23,90 €),
salué par la critique.
ANALYSE
Guillaume Perrault
£@GuilPerrault
Italie : le choc de deux légitimités
a controverse qui enflamme
l’Italie - le président
de la République Mattarella
avait-il le droit de récuser
l’eurosceptique Paolo
Savona pour le portefeuille
de l’Économie et des Finances, alors
que le chef de la Ligue faisait de sa
nomination une condition sine qua non
pour gouverner ? - est moins juridique
que politique. Deux conceptions
de la légitimité s’affrontent. De l’issue
du duel, aux prochaines législatives,
dépendra le visage des institutions
en Italie.
La conception traditionnelle
de la politique italienne, conçue aprèsguerre et consacrée par la Constitution
de 1947, répudie tout ce qui - à tort ou
à raison - pourrait rappeler Mussolini.
À l’époque, sous la double influence
de la Démocratie chrétienne et du Parti
communiste italien, l’idée d’un homme
providentiel est récusée. Désormais,
tout leadership s’exposera au reproche
de césarisme. Pendant des décennies,
des présidents du Conseil discrets,
aux allures d’évêque, dont on retenait
à peine les noms, ont permuté au Palais
Chigi sous l’œil moqueur et blasé des
Italiens. Souci du compromis et culture
de la médiation étaient d’autant plus
vitaux pour le président du Conseil
qu’il peut être renversé non seulement
par la Chambre mais également
- singularité italienne - par le Sénat,
élu lui aussi au suffrage universel direct.
L’inconvénient de cette culture
politique est une tendance à la
temporisation et aux replâtrages
de préférence aux décisions franches
et nettes. Aussi une partie des Italiens
ont-ils fini par s’irriter. Ceux-ci ont
soutenu, en réaction, le style volontaire
du socialiste Bettino Craxi (surnommé
decisionismo) dans les années 80. Craxi,
d’ailleurs, tenait François Mitterrand
L
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
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Dassault, Thierry Dassault,
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Président
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Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
pour son modèle et enviait à la France
les institutions de la Ve République.
Après le tremblement de terre qu’a
représenté l’opération « Mains propres »
(1992-1993), le besoin de rénovation
et d’autorité des Italiens s’est encore
accusé. Une part notable du pays a cru
en Silvio Berlusconi (au pouvoir en 1994,
2001-2006 et 2008-2011) par désir
d’avoir un chef et envie d’en finir
avec le cliché du « bordel italien ».
La vie politique de la péninsule
s’est ainsi, ces dernières décennies,
fortement personnalisée. Cette
évolution, cependant, n’a jamais
fait l’unanimité. Les adversaires
de Berlusconi, en particulier
à gauche, ont regardé la présidence
de la République comme le dernier
rempart de la Constitution de 1947
face au tempérament, selon eux
proconsulaire, du Cavaliere. Ces
Italiens-là applaudissaient le précédent
hôte du Quirinal (de 2006 à 2015), l’excommuniste Giorgio Napolitano. Et les
mêmes, aujourd’hui, applaudissent son
successeur, l’ex-démocrate chrétien
Mattarella, d’avoir jugé qu’il avait le
droit de récuser Savona. La présidence
de la République, tour à tour occupée
par deux anciens représentants
des deux grands partis qui ont dominé
la vie politique italienne pendant un
demi-siècle, est ainsi la dernière ligne
de défense de l’« ancien monde ».
Face au président de la République,
le « nouveau monde », représenté par
le M5S et la Ligue, traduit une défiance
envers le principe représentatif
et une volonté de démocratie directe
pour avoir le dernier mot. Certes,
le référendum d’initiative populaire
figure déjà dans la Constitution
italienne de 1947. Possible dans les faits
depuis le début des années 1970,
ce référendum - de plein droit
si 500 000 signatures sont réunies
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
et certaines conditions remplies a conduit à soumettre au peuple,
depuis lors, 67 questions d’importance
très variable. Pareille procédure
a permis au suffrage universel
d’imposer sa volonté au Parlement
en plusieurs occasions (ainsi, en 1993,
au sujet du mode de scrutin lors
de l’élection des sénateurs). Toutefois,
ce type de référendum demeure soumis
à des conditions très strictes qui
en rendent l’usage beaucoup
moins général qu’en Suisse. Le taux
de participation est d’ailleurs décevant
depuis plus de vingt ans. Les Italiens
qui soutiennent l’expérience populiste
ne se satisfont donc plus de cette
procédure et réclament davantage.
D’un côté, les partisans du
libéralisme politique et de l’équilibre
des pouvoirs, qui défendent Mattarella
(le Parti démocrate et Forza Italia,
adversaires et pourtant disposés
à gouverner ensemble à la manière
d’une grande coalition allemande)
et l’engagement proeuropéen de Rome,
qui a quasiment valeur d’un article non
écrit de la Constitution. De l’autre, les
tenants de la souveraineté populaire à
la Rousseau (M5S, la Ligue). « Le peuple
anglais pense être libre ; il se trompe
fort : il ne l’est que durant l’élection des
membres du Parlement ; sitôt qu’ils sont
élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les
courts moments de sa liberté, l’usage
qu’il en fait mérite bien qu’il la perde »,
écrivait Jean-Jacques dans Du contrat
social (1762). Pour lui, « les députés
du peuple ne sont donc ni ne peuvent
être ses représentants, ils ne sont que
ses commissaires », soumis à ses ordres
et astreints à un mandat impératif.
Il y a plus encore que l’euro en jeu
dans le conflit de légitimité à l’œuvre
en Italie : la question de savoir s’il faut,
ou non, faire prévaloir la démocratie
sur le libéralisme politique.
FIGAROMEDIAS
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VOX
… VOILE ISLAMIQUE
« Pourquoi le voile me fait
peur », par la journaliste
Christine Clerc, auteur
de « J’ai vu cinq présidents
faire naufrage » (Éditions
Robert Laffont, 2017).
…HISTOIRE
« Des héros de la
Révolution française à
Mamoudou Gassama, que
signifie la naturalisation
au mérite ? »,
par l’historien Michel
Renard, coauteur,
avec l’historien Daniel
Lefeuvre, de « Faut-il
avoir honte de l’identité
nationale ? » (Éditions
Larousse, 2008).
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
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Origine du papier : France. Taux de fibres recyclées : 100%. Ce journal
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sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 16 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
Édition IDF
Figaroscope
56 pages tabloïd
A
amoudou Gassama,
ce jeune homme
qui a sauvé un enfant
suspendu à un balcon,
est célébré désormais,
y compris par le
président de la République, comme un
héros. Le fait que l’on soit parfois tenté
de préciser « un héros du quotidien »
comme pour atténuer ce que l’on
ressent aussitôt comme une formule
quelque peu excessive, malgré
l’admiration que l’on éprouve pour
un acte que l’on aurait été incapable
d’accomplir soi-même, est le signe
d’une certaine incompréhension,
voire d’une gêne malgré le soulagement
éprouvé devant une issue heureuse :
qu’est-ce exactement qu’un « héros » ?
Il y en a, à mon sens, de quatre
espèces que l’on pourrait classer
en autant de catégories : le guerrier
épique (Achille), le saint chrétien
(le martyr), le génie (Socrate)
et le pionnier (l’aventurier).
À ces quatre catégories correspondent
des valeurs fondamentales propres :
patriotisme et recherche de la gloire
pour Achille, dévotion et compassion
pour le saint, sagesse et connaissance
pour le philosophe Socrate, défense
de la civilisation pour le pionnier.
Chez Homère l’on se bat pour obtenir
l’immortalité par la gloire (kleos)
et ce souci au fond de vanité est parfois
habillé des oripeaux du patriotisme,
car l’épopée, avec les poèmes
homériques et surtout depuis L’Énéide
de Virgile, commandité
par l’empereur
Auguste (27 av. J.-C.,
14 apr. J.-C .), est censé
saluer la naissance d’un
L’héroïsme a eu plusieurs visages
sentiment commun
dans l’histoire occidentale, raconte le professeur d’appartenance
d’histoire de l’Antiquité tardive à l’université
national. À partir de
de Bourgogne-Franche-Comté*,
Tertullien, au IIIe siècle,
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 953 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
ITALIE
LA CRISE POLITIQUE
ÉBRANLE LES MARCHÉS
EUROPÉENS PAGE 20
CAISSE DES DÉPÔTS
LE PATRON PRÉSENTE
SON PROJET DE BANQUE
DES TERRITOIRES PAGE 22
Éric
Lombard
Macron finalise son vaste
programme d’économies
Le chef de l’État doit baisser de 3 à 4 points le taux de dépenses publiques d’ici
à la fin du quinquennat, soit l’équivalent de 100 milliards d’euros d’ici à 2022.
Emmanuel Macron réunit ce mercredi le gouvernement à l’Élysée
pour un séminaire qui portera, entre autres, sur le plan d’économies
en préparation. Cela fait plusieurs
mois que les experts du « Comité
action public 2022 » et les ministres planchent sur ce chantier qui
doit permettre de tenir l’engagement présidentiel de baisser de 3 à
4 points le taux de dépenses publiques d’ici à la fin du quinquennat,
soit l’équivalent de 100 milliards
d’euros. Déjà, certaines pistes se
dégagent, sur le temps de travail
dans les collectivités locales, les
aides aux entreprises et les aides
sociales, les effectifs de fonction-
naires à l’étranger ou l’audiovisuel
public. Pour l’exécutif, l’enjeu ne
se borne pas à réaliser des économies mais aussi à « améliorer l’efficacité de la dépense publique ». Des
annonces sont prévues pour juin.
èLES PREMIÈRES PISTES ÉVOQUÉES èAIDES SOCIALES : LE GOUVERNEMENT EN PLEIN CAFOUILLAGE èAMÉLIE DE MONTCHALIN : « IL FAUT RENDRE LA DÉPENSE
PUBLIQUE PLUS EFFICACE » èTHOMAS CAZENAVE, UN SUPER TECHNO À LA RÉFORME DE L’ÉTAT PAGES 18 ET 19
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO, THONY DIBON/ICON SPORT, STOCK.ADOBE.COM
Mediapro
écarte Canal +
et rafle le
foot français
Les droits
du championnat
de France 2020-2024
ont été attribués
pour un montant
de 1,15 milliard d’euros
par saison. Le groupe
espagnol a trois lots,
beIN et Free en ont
un chacun. Canal +,
pas assez généreux,
n’en a aucun. PAGE 24
CARREFOUR
Le distributeur
s’attelle à la relance
de ses hypers
français PAGE 21
LA SÉANCE
DU MARDI 29 MAI 2018
CAC 40
5438,06
-1,29%
DOW JONES (18h)
24367,06 -1,56%
ONCE D’OR
1295,50 (1303,50)
PÉTROLE (lond)
74,990 (75,170)
EUROSTOXX 50
3428,14 -1,56%
FOOTSIE
7632,64 -1,26%
NASDAQ (18h)
6909,85 -0,73%
NIKKEI
22358,43 -0,55%
Les États-Unis ont autorisé mardi le
rachat par Bayer de son rival américain Monsanto. Mais le département
de la Justice exige en contrepartie la
cession de 9 milliards de dollars
d’actifs. Cette étape n’est pas la
dernière dans cette opération, mais
le groupe allemand a franchi les plus
importantes. « Avec le feu vert du
ministère de la Justice, nous sommes maintenant proches de l’objectif de créer une société leader dans
le secteur agricole », souligne Werner Baumann, PDG de Bayer.
Le géant allemand de chimie et de
pharmacie a déjà obtenu l’accord de
30 autorités de régulation dans le
monde. Celles de l’Union européenne, de la Chine et du Brésil ont déjà
approuvé, également sous réserve
de cessions d’actifs dans le cas de
Bruxelles. Le Canada et le Mexique
doivent encore se prononcer. Le
tout, pour Bayer, est que son acquisition soit bouclée le 14 juin. Ensuite,
selon les termes de l’opération,
Monsanto sera en position de dénoncer l’accord et de demander un
meilleur prix pour ses actionnaires.
Une fois les dernières autorisations
obtenues, les cessions d’actifs exigées par Washington devraient être
conclues « dans environ deux
mois », selon Bayer. Le groupe a
commencé à vendre certaines activités à BASF dès l’automne dernier,
afin d’anticiper les demandes des
autorités de régulation.
Pour devenir propriétaire de Monsanto, Bayer aura déboursé 66 milliards de dollars (56 milliards
d’euros). Il s’agit de la plus grande
acquisition à ce jour par un groupe
allemand à l’étranger.
Ce projet de mariage entre les deux
groupes avait suscité dès son annonce en septembre 2016 d’importantes vagues de protestations
dans le monde. Mais ce rapprochement était une nécessité pour que
les deux entreprises ne soient pas
marginalisées à l’issue du mouvement de concentration qui touche
l’agrochimie mondiale. Dow Chemical et Du Pont ont constitué un
géant américain ; ChemChina, un
poids lourd chinois avec le rachat du
suisse Syngenta. Bayer n’avait plus
que le choix de jeter son dévolu sur
Monsanto.
B. J.
Travail détaché :
le Parlement européen
Deux ans après, la CSMF décide de
signer la convention médicale en cours vote la directive
L'HISTOIRE
près deux ans de bataille,
la CSMF, premier syndicat
de médecins libéraux, a obtenu
gain de cause sur tous les points
bloquants qui l’empêchaient
de signer la convention médicale négociée
en août 2016 sous le précédent quinquennat.
Résultat, elle rentre
aujourd’hui dans le rang
en signant l’avenant sur la
télémédecine, estimant
avoir obtenu toutes les
garanties nécessaires de
l’exécutif. « La principale
raison est l’abandon de la
politique dogmatique de
Marisol Touraine vis-à-vis
de la médecine libérale et
l’avènement, depuis un an,
d’une politique beaucoup
plus réaliste », indique Luc
Duquesnel, représentant
des généralistes
au sein du syndicat.
L’abandon du tiers payant
généralisé, auquel la CSMF
s’est toujours opposée,
a été le premier signal
A
envoyé par Agnès Buzyn dès son arrivée
avenue Duquesne. Autre « casus belli » levé
par la ministre de la Santé : l’article 99
de la loi de financement de la Sécu pour 2017,
permettant au directeur de l’Assurancemaladie de baisser unilatéralement les tarifs
des radiologues. La CSMF y voyait une atteinte
à l’esprit conventionnel
et une porte ouverte
à de futures baisses de tarifs
dans d’autres spécialités.
« Un accord historique
novateur, basé sur la
pertinence des actes, a été
trouvé entre l’Assurancemaladie et les radiologues.
Cet accord gagnantgagnant a permis de
débloquer la situation »,
s’est réjoui Jean-Paul Ortiz,
président de la CSMF.
Les radiologues se sont
engagés à limiter les actes
inutiles ou redondants.
En contrepartie, l’article sur
leurs baisses de tarifs sera
abrogé en 2020. ■
MARIE-CÉCILE RENAULT
Réunis mardi à Strasbourg en
session plénière, les députés
du Parlement européen ont
approuvé à une écrasante majorité (456 pour et 147 contre)
la révision de la directive encadrant le statut des travailleurs détachés. « Après 27
mois d’intenses négociations,
nous y sommes finalement arrivés ! », s’est félicitée Élisabeth
Morin-Chartier, corapporteur
du texte.
Les travailleurs détachés sont
des personnes venues d’un
pays de l’UE pour travailler de
façon temporaire dans un
autre, comme la France ou
l’Allemagne, et qui payent des
cotisations dans leur pays
d’origine avec de nombreux
abus à la clé. La réforme
« permettra d’améliorer leurs
conditions tout en assurant une
concurrence plus loyale entre
les entreprises européennes qui
vont devoir se concurrencer sur
leurs compétences et non pas
sur le moins-disant social »,
insiste la députée européenne.
Première mesure phare : les
employeurs devront verser la
même rémunération aux travailleurs détachés qu’aux travailleurs locaux. Ce qui signifie qu’en plus du salaire
minimum, ils devront leur
payer les autres avantages,
comme les primes, prévus par
les conventions collectives
qui s’appliquent aux locaux.
Par ailleurs, les employeurs
ne pourront plus déduire du
salaire les frais d’hébergement, de nourriture et de
transport. Enfin, la durée
maximale du détachement
sera limitée à 12 mois, avec
une prolongation possible de
6 mois. Une mesure qui reste
avant tout symbolique puisque la durée du détachement
est de moins de quatre mois
en moyenne.
Les États membres disposeront de deux ans à partir de
cet été pour transposer cette
nouvelle directive - qui exclut
le secteur des transports dans leur droit national. M. M.
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
FEU VERT
AMÉRICAIN
POUR BAYER
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO
18
L'ÉVÉNEMENT
Emmanuel Macron
met la dernière main à
son plan d’économies
quinquennal
Le gouvernement
est réuni mercredi
en séminaire
à l’Élysée.
Les premières
mesures du plan
Action publique
2022 seront mises
en œuvre en 2019.
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
FINANCES PUBLIQUES Ultime
réunion de chantier avant lancement des travaux. Emmanuel Macron reçoit mercredi le gouvernement au grand complet en
séminaire gouvernemental. À l’ordre du jour doit notamment figurer
une ultime mise au point avant la
présentation, début juin, de la
grande réforme de la sphère publique baptisée « Action publique
2022 ».
Depuis octobre 2017, l’exécutif
Les dépenses publiques atteignent
onomie française est pénalisée par le poids trop
t des dépenses publiques. Cela se traduit
eau élevé de taxes, impôts de cotisations
es comme sur les ménages que n’atteint
s européen.
1 257 milliards d’euros en 2016,
soit 56,4 % du PIB
Dépenses de la
575
Sécurité sociale...
milliards d'euros
(Asso : hôpitaux, régimes
de Sécu, régimes spéciaux,
retraite complémentaire,
assurance-chômage)
Soit 45,7 %
passe en revue les 1 250 milliards
d’euros des collectivités locales, de
l’État et de la sécurité sociale. Il lui
faut en effet alimenter un plan
d’économies suffisamment conséquent pour ramener les finances
publiques dans le vert à l’issue du
quinquennat.
Cela
suppose
d’abaisser le niveau des dépenses
de 4 points de produit intérieur
brut (PIB), d’après le programme
de stabilité envoyé à la Commission européenne en avril.
Pour trouver des idées d’économies, deux méthodes ont été mises
en place en octobre dernier. Une
mission d’experts, baptisée « Comité action public 2022 » (CAP
2022), a été lancée par le premier
ministre. Elle a rendu ses propositions début mai. Celles-ci ont, depuis, été chiffrées par les services
de Bercy et des différents ministères. Depuis sept mois également,
les ministres ont présenté, semaine
après semaine et dans le secret du
Conseil des ministres, leurs propositions de réformes. Lorsque la copie n’était pas assez ambitieuse aux
yeux du chef de l’État, il fallait revenir en Conseil en proposant
mieux. Indépendamment, les députés de la commission des finances ont lancé le « printemps de
l’évaluation » (lire ci-contre). Chaque ministre va devoir justifier ses
crédits devant les élus, qui veulent
proposer des mesures d’économies
à l’issue des auditions.
Tous les éléments
sont donc en place pour
qu’Emmanuel Macron
lance ce délicat chantier. Il
faut maintenant trouver la
bonne fenêtre de communication. L’exécutif doit d’abord
avoir refermé le dossier de la réforme de la SNCF. Ce sera chose
faite le 6 juin, avec le vote de la réforme ferroviaire au Sénat - même
si les syndicats appellent toujours à
la grève intermittente jusqu’à la
mi-juin.
437
... de l'État
milliards d'euros
(Apuc : État et services
déconcentrés) et organismes
divers d’organisation centrale
(Odac : agences de l’État, CNC,
Ademe, universités, Pôle
emploi…)
Soit 34,8 %
Améliorer l’efficacité
de la dépense publique
Le gouvernement peut difficilement attendre davantage. Il s’est
donné jusqu’à début juillet pour
choisir, parmi les réformes qui lui
seront proposées par CAP 2022,
celles qu’il veut réellement mettre
en œuvre. Car il entend les inclure
dès le projet de budget 2019, qui
sera présenté fin septembre. C’est
plus tôt que le calendrier initialement prévu : dans la trajectoire de
finances publiques votée fin 2017,
le paquet « Action publique 2022 »
ne devait produire des économies
qu’à partir de 2020 - et à hauteur
de 4,5 milliards d’euros par an.
Aujourd’hui, l’exécutif insiste :
l’enjeu ne se limite pas à réaliser
des économies, mais surtout à
améliorer l’efficacité de la dé-
... des collectivités
245
locales
milliards d'euros
(Apul), constituées par
les collectivités territoriales
(régions, départements,
communes…) et les organismes
divers d’administration locale
(caisse des écoles, collèges…)
Soit 19,5 %
La France fait figure de mauvais élève
POIDS DES DÉPENSES, en % du PIB
France
56,4 %
Finlande
56,1
Belgique
53,3
Suède
50
Italie
-4
points
de dépenses publiques
sur le quinquennat,
c’est ce qui est prévu
dans les documents
budgétaires de Bercy
+ 0,3%
d’excédent
budgétaire
à la fin du quinquennat,
c’est l’engagement pris
par Emmanuel Macron
- 120 000
Zone euro
Emmanuel
Macron. PHILIPPE
le temps de
uAugmenter
travail dans les collectivités
C’est une demande des élus locaux, que le gouvernement s’apprête à satisfaire dans le cadre de
son plan d’économies. Pour maîtriser les dépenses de personnel, ils
veulent que l’exécutif tape du
poing sur la table et réaffirme que
les fonctionnaires territoriaux doivent travailler 1 607 heures par an.
Certains en sont loin, la moyenne
de temps de travail annuel s’élevant seulement à 1 584 heures. En
cause ? Les « jours du maire » et
autres jours fériés extralégaux,
ainsi qu’un passage mal négocié
aux 35 heures au début des années
2000.
A
u
Créer des plans de départs
volontaires au sein de l’État
Il s’agissait de l’annonce surprise
du dernier comité intergouvernemental sur la transformation publique, début février. L’État veut
pouvoir accompagner les départs
volontaires de fonctionnaires voulant se reconvertir alors que leur
poste est supprimé. Plus largement, le gouvernement a engagé
une concertation au long cours
(elle doit durer un an) avec les syndicats de fonctionnaires pour que
l’État puisse notamment recruter
davantage de contractuels. Autant
d’outils de gestion du personnel
que l’exécutif veut mettre en place
pour accompagner la suppression
de 50 000 fonctionnaires d’État.
uRevoir les aides sociales
Plusieurs pistes sont évoquées
dans le champ social. D’abord, la
révision de la prime d’activité.
Cette aide, qui vise à inciter les
chômeurs à reprendre un emploi,
coûte de plus en plus cher à l’État,
déplore Bercy. « En 2016, quand la
prime d’activité a été créée, c’était
quatre milliards d’euros. Aujourd’hui, c’est six, alors qu’on a une
croissance économique et des créations d’emplois », a critiqué mardi
le ministre des Comptes publics,
Gérald Darmanin. Qui s’est bien
gardé de préciser quelle réforme il
avait en tête. Autre piste : revoir les
revenus pris en compte pour calculer une aide. La Caisse nationale
d’allocations familiales (Cnaf)
planche d’ailleurs sur l’impact
qu’aurait une telle refonte sur les
allocataires.
les aides
uDiminuer
aux entreprises
Les entreprises pourraient perdre
certaines mesures qui leur profitent. Le ministre des Comptes publics a indiqué mi-mai que Bercy
envisageait de couper les aides aux
entreprises de 5 milliards d’euros
d’ici à 2022, sur un périmètre de
75 milliards.
l’audiovisuel
uRestructurer
public
Qu’adviendra-t-il des moyens de
France Télévision, Radio France ou
encore de l’INA sous le quinquennat Macron ? L’exécutif entend
réaliser des économies dans cette
« mission » du budget qui pèse
4,5 milliards, mais il entretient le
flou sur ses intentions.
dans les effectifs des
uCouper
fonctionnaires à l’étranger
Le Figaro l’avait révélé dès le début
du mois d’avril. Gérald Darmanin
a confirmé la réduction de 10 % des
effectifs de fonctionnaires en poste
à l’étranger devant la commission
des finances du Sénat. À la place,
l’État pourrait recruter notamment davantage de contractuels.
Le ministre des Affaires étrangères
s’est toutefois élevé contre cette
proposition.
Bercy, encore
uRéformer
et toujours
43,6
Espagne
42,4
Royaume-Uni
41,1
WOJAZER/REUTERS
Les premières pistes évoquées
Depuis le début de l’année, le gouvernement a mentionné quelques
pistes de réformes en attendant la
présentation officielle du plan
d’économies à venir Action publique 2022.
47,7
Allemagne
fonctionnaires
dans les trois fonctions
publiques (État,
collectivités locales,
hospitalières) prévus d’ici
à 2022
49,6
Le ministère de l’Économie, des
Finances et des Comptes publics se
veut exemplaire. Une des pistes
consiste à supprimer un doublon
dans la procédure de paiement des
plus grandes collectivités locales.
Aujourd’hui, le fonctionnaire qui
décide une dépense au sein d’une
collectivité (l’ordonnateur) n’est
pas celui qui la paye effectivement
(le comptable public). La réforme
consisterait à internaliser la fonction comptable dans les collectiviG. G.
tés de taille importante. ■
Source : Ministère des Finances, Insee
Aides sociales : le gouvernement en plein
MARCELO WESFREID £ @mwesfreid
Cafouillage au sommet sur la question des aides sociales. Le séminaire
gouvernemental, qui se tient mercredi à l’Élysée, risque de monter
en température. Car, une fois n’est
pas coutume, les membres du gouvernement ont débattu et fait étalage de leurs différences par voie de
presse. Une méthode qu’Emmanuel Macron se faisait fort d’avoir
éradiquée au sein de l’exécutif,
soucieux de pas revivre les affres du
quinquennat Hollande.
Tout a commencé, il y a une semaine, après une interview de
Bruno Le Maire. « À partir du moment où nous réussissons à créer des
emplois dans le secteur privé […], il
peut être légitime de réduire la politique sociale sur l’emploi », affirmait
le ministre de l’Économie sur Europe 1. « Il n’y aura pas de remise en
cause des aides sociales », rétorquait dans la foulée la ministre de la
Santé, Agnès Buzyn. « Je pense qu’il
ne faut pas toucher aux prestations
individuelles », avait également assuré le ministre de l’Action et des
Comptes publics, Gérald Darmanin, évoquant une différence de
« sensibilité » avec son voisin de
Bercy. Avant d’ajouter pourtant,
mardi sur RTL, qu’il y a « trop
d’aides » et « qu’elles sont parfois
contradictoires ».
Dans l’esprit de Gérald Darmanin, il ne s’agit pas de couper les
aides sociales pour les « gens qui
À partir du
moment où nous
réussissons à
créer des emplois
dans le secteur
privé […], il peut
être légitime de
réduire la
politique sociale
sur l’emploi
»
BRUNO LE MAIRE
sont cassés par la vie », ni de procéder à des coups de rabot. Les allocations handicapées et le minimum
vieillesse seront préservés. « Ce
sont des aides sociales légitimes que
nous augmenterons », précise le
ministre. En revanche, certains
dispositifs sont susceptibles d’être
remis à plat, car jugés trop complexes ou contre-productifs. Ainsi,
souligne l’entourage de Gérald
Darmanin, 30 % des bénéficiaires
potentiels du RSA n’en feraient pas
la demande, en raison de la lourdeur des démarches administratives. « Dix euros de plus ou de moins
sur le RSA ne rendront pas les gens
plus pauvres ou plus riches, estime
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 30 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
1 257 milliards d'euros
C’est parce que nous voulons casser cette spirale
qui progressivement fait reculer la France que nous
souhaitons réduire la dépense publique de 3 points
de PIB d’ici 2022. Ceci implique un effort en dépenses
de 60 milliards d’euros. »
EmmanuelMacron,mars2017
Les prestations représentent
plus de la moitié des dépenses
RÉPARTITION, en %
Charge de la dette
Prestations et autres transferts
(retraite, santé, assurance-chômage,
famille, invalidité…)
3%
6%
58 %
10 %
23 %
Rémunérations
Évolution du poids des dépenses publiques
dans le PIB en %
DÉPENSES en % du PIB
57,07
56,76
56,4 %
56
55,96
54
52,88
52,23
52
Le gouvernement est au pied du
mur. Pour respecter ses engagements européens, il doit réaliser
des économies structurelles, ce
qu’il n’a pas fait jusqu’à présent. La
Commission européenne a jugé que
le premier budget du quinquennat,
celui pour l’année 2018, manquait
cruellement d’économies pérennes et durables. À voir les exemples
de nos voisins européens, estime
France Stratégie dans un rapport
publié il y a quelques jours, redresser les comptes de la nation n’a
pourtant « rien d’inatteignable ».
En attendant, le flou demeure
sur les mesures concrètes que le
gouvernement mettra en place
pour équilibrer les comptes d’ici à
la fin de sa mandature - promesse
maintes fois répétée par les majorités précédentes, mais jamais tenue.
L’exécutif fait valoir qu’en 2017, il a
tenu parole et maintenu le déficit
public sous la barre de 3 % du PIB.
Mais il n’y aura pas tous les ans de
cagnotte fiscale générée par une
croissance surprise comme ce fut le
cas l’année dernière, a prévenu le
Haut Conseil aux finances publiques dans son dernier avis. Et de
préciser que seule « la mise en
œuvre des efforts annoncés, en particulier sur les dépenses publiques »
permettra à Emmanuel Macron de
tenir ses engagements. ■
21 PAYS
51,13
50
2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016
cafouillage
On a un système
social qui
malheureusement
n’a pas réglé le
problème de la
grande pauvreté
en France et qui
n’a pas réglé non
plus le problème
de l’activation vers
le travail
»
GÉRALD DARMANIN
Bruno Le Maire,
ministre
de l’Économie
et des Finances,
et Gérald Darmanin,
ministre de l’Action
et des Comptes publics,
ici à Bercy. FRANÇOIS
BOUCHON/LE FIGARO
la transformation numérique de
l’État ? Les subventions culturelles dans les territoires ruraux
sont-elles efficaces ? Comment
les moyens alloués aux services
pénitentiaires d’insertion s’adaptent-ils à l’aménagement des
courtes peines ? Voilà un échantillon des questions que nous
avons.
Et puis, il y a des endroits où l’on
sait que ça pourrait mieux marcher. Je pense notamment au domaine de la création d’entreprise.
On a tout complexifié : les entrepreneurs ne savent plus vers qui
se tourner car il existe trop de
points d’entrée et les aides sont
trop dispersées. Il faut rationaliser tout ça.
Objectif atteignable
Fonctionnement
2000
Amélie de Montchalin : « Il faut rendre
la dépense publique plus efficace »
EUROPÉENS SUR
27 ONT DÉJÀ RÉUSSI
À TAILLER DANS
LEURS DÉPENSES
Amélie de Montchalin, députée LaREM de l’Essonne, lors de la séance des
questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale. .S SORIANO/LE FIGARO
PROPOS RECUEILLIS PAR
MARIE VISOT £@MarieVisot
Amélie de Montchalin est députée
LaREM de l’Essonne, membre de
la commission des finances.
LE FIGARO. – Les députés
s’emparent de la question des
dépenses. Pouvez-vous nous
expliquer comment ?
Amélie de MONTCHALIN. – Il
faut redonner du sens aux impôts
que payent les Français. Et pour
cela, il faut rendre la dépense publique plus efficace. C’est pour
répondre à cette exigence que le
président de la République et le
premier ministre ont lancé Cap
2022, une réflexion sur les missions de la sphère publique. Et
dans la perspective de la préparation de la prochaine loi de finances, nous lançons le « printemps
de l’évaluation ». Dans le cadre
des commissions d’évaluation des
Réduire en 5 ans de 3 points le taux
de dépenses publiques, par rapport
au PIB, n’a rien d’inatteignable !
Plusieurs pays européens ont
en effet réussi cet exploit depuis
les années 1980 : Suède (par deux
fois), Royaume-Uni, Allemagne,
Pays-Bas, Finlande… D’après
France stratégie, qui vient de
publier une étude sur le sujet, « au
cours des vingt dernières années,
Sur quelles dépenses avez-vous
des interrogations ?
Je vous donne des exemples :
nous finançons des docteurs pour
faire de la recherche dans les entreprises. Est-ce un dispositif qui
fonctionne ? Doit-on mettre plus
ou moins d’argent dans ce système ?
Y a-t-il eu des problèmes d’insertion suite à la suppression des
contrats aidés l’an dernier ?
Pourquoi les ministères ne travaillent-ils pas davantage sur des
outils communs dans le cadre de
Pensez-vous aussi aux aides
sociales, par exemple ?
Pendant la campagne, La République en marche plaidait pour le
versement social unique. Notre
système d’aides sociales doit être
plus simple et plus lisible. C’est
parce qu’il ne l’est pas suffisamment aujourd’hui qu’il y a un
taux si élevé de non-recours c’est-à-dire le fait de ne pas demander ou toucher une prestation à laquelle on a pourtant
droit. Un système plus efficace
ferait faire des économies de gestion et donnerait plus de satisfaction aux Français qui en bénéficient.
Sur ce sujet, comme sur les
autres, nous avons besoin d’avoir
un débat rationnel, pour sortir
des débats de posture. C’est aussi
pour cela qu’à l’automne nous allons demander à des organismes
indépendants d’analyse économique de faire des états des lieux
sur certains sujets, évaluer les effets de certaines réformes et élaborer des scénarios pour que les
dépenses soient plus efficaces. ■
21 pays de l’Union européenne
sur 27 y sont parvenus au moins
une fois, parfois dans un contexte
de croissance modérée, hors toute
période de crise aiguë ».
S’il est impossible de « dégager
de recette magique », le think-tank
public tire deux enseignements
à ces expériences, dont la France
pourrait s’inspirer. Tous les pays
qui ont réduit fortement leurs
dépenses ont fait porter une part
importante de leurs ajustements
« sur la masse salariale publique
et sur les transferts sociaux »
(santé, retraite, éducation…).
Tous ont également mis en
œuvre en parallèle des
« réformes touchant les
procédures budgétaires ellesmêmes » (règle d’or, plafond
de dépenses…).
M. L.
politiques publiques, nous recevons à partir de ce mercredi tous
les ministres, à tour de rôle, pour
les interroger en détail sur l’argent dépensé et les résultats obtenus. Un euro dépensé doit être un
euro politiquement justifié. Bref,
nous voulons savoir si le système
actuel fonctionne. Un médecin ne
peut pas soigner un malade s’il ne
l’a jamais ausculté.
Thomas Cazenave, un super techno à la réforme de l’État
un membre du gouvernement. Il
faut rendre les aides plus pertinentes, en réfléchissant à leur articulation avec les formations. » Dans le
viseur également : la prime d’activité, décrite comme une « trappe à
bas salaire » et non un « tremplin ».
Plus de temps que prévu
Quoi qu’il en soit, cet imbroglio en
dit long sur les discussions qui agitent l’exécutif en interne. Pour
baisser de 4 points de PIB la dépense publique sur le quinquennat,
conformément à ses engagements,
le gouvernement doit puiser dans
les aides sociales et les aides aux entreprises. Mais lesquelles ? Les arbitrages ont pris plus de temps que
prévu. Certaines seront dévoilées
dans le cadre du plan Action publique 2022, dont le rapport est prévu
en juin. D’autres, dans le plan pauvreté, qui sera connu avant la mijuillet. Ce retard a créé un entredeux favorable à la prolifération des
expressions imprécises, des couacs,
voire des divergences. Un débat
rendu plus âpre par les premières
discussions en coulisses sur le budget 2019. Certaines voix, au sein du
gouvernement, estiment que Gérald Darmanin a délibérément
voulu se démarquer de Bruno Le
Maire, pour mieux peaufiner son
image d’élu d’une ville populaire
(Tourcoing), issu d’un milieu modeste. « Cette polémique est montée,
non pas de nos adversaires, mais au
sein de la majorité », s’étrangle un
conseiller. ■
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
Le chantier de la réforme de l’État
a été confié à un bon ambassadeur
de la macronie : Thomas Cazenave, un inspecteur des finances de
40 ans souriant et déterminé. En
le désignant à ce poste, Emmanuel
Macron a choisi un fidèle, son ancien directeur de cabinet adjoint à
Bercy et un pilier de sa campagne.
Quelques années plus tôt, le Bordelais, qui a terminé le quinquennat Hollande comme secrétaire
général adjoint de l’Élysée, avait
déjà planché avec l’actuel chef de
l’État sur le rapport Attali…
Ce surdiplômé - ENS Cachan,
Sciences Po Paris, DEA d’analyse
et de politique économique, agrégé en économie et gestion, ENA a développé de solides convictions
sur la nécessité de moderniser
l’État. Avec l’économiste Yann
Algan, il a codirigé l’ouvrage
L’État en mode start-up, où il défend l’idée que la révolution numérique annonce un « nouvel âge
d’or de l’État » qui se concrétisera
par la participation citoyenne, la
personnalisation du service public
et l’instauration d’une culture du
résultat dans les administrations.
Innovation publique
Nommé en novembre dernier, le
haut fonctionnaire, père de deux
garçons de 7 et 10 ans, occupe une
place singulière dans la machine
administrative. Il est à la fois délé-
gué interministériel à la transformation publique, sous l’autorité
d’Édouard Philippe, et le patron
d’une nouvelle direction de Bercy, la Direction interministérielle
de la transformation publique
(DITP), dans le périmètre de Gérald Darmanin. Conséquence un
peu ubuesque ? Les 80 personnes
de son équipe, regroupées dans le
bel immeuble Art déco de Matignon rue de Ségur, sont de facto
des agents de Bercy.
«Objectivement, le mode de
fonctionnement de l’administration
n’est pas adapté aux attentes de
nos concitoyens », pose d’emblée
ce pragmatique. Sa mission est
donc de « réussir une transformation très profonde » de l’État. Son
programme se décline par l’animation des travaux du comité
d’experts action publique (CAP)
2022, remis début juin au premier
ministre, et le suivi de chantiers
transversaux : numérique, ressources humaines, organisation
territoriale de l’État… La direction
planche encore sur la transparence des résultats du service public
et le développement de l’innovation publique.
La tâche est donc vaste, et la
pression maximale tant les précé-
dentes promesses de réforme de
l’État ont déçu. Thomas Cazenave
fera-t-il mieux ? À écouter Jean
Bassères, dont il fut l’adjoint pendant quatre ans à Pôle emploi, on
a envie de le croire. « Il m’impressionne beaucoup, juge l’ex-patron
de l’inspection générale des finances. Il allie une intelligence fine
avec un sens concret de l’opérationnel. C’est un bagarreur qui a de
fortes convictions. Lorsqu’il porte
un projet, il n’a pas peur de se battre pour qu’il aboutisse. » Ce super
techno aurait un seul défaut : la
susceptibilité. Une motivation de
plus pour réussir ! ■
l’isf devient l’ifi,
mais cela ne change pas
les besoins des plus fragiles.
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A
Investissement
pense publique. « Des réformes en
faveur de l’efficience budgétaire,
bien sûr, seront conduites dans le
cadre d’Action publique 2022, mais
aussi des réformes pour renforcer
l’efficacité du service public rendu
aux usagers, avait expliqué Emmanuel Macron devant la Cour des
comptes début janvier. Souvent, ce
sont les mêmes leviers, comme le
numérique, que nous mobiliserons
sur les deux tableaux. » Promi-juré, le gouvernement ne maniera
donc pas le rabot pour rogner indistinctement les dépenses. « Il ne
faut pas entrer dans la mêlée par
l’angle budgétaire, mais par les
grands objectifs que nous voulons
assigner aux politiques publiques »,
insiste un proche du dossier.
19
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO
20
ÉCONOMIE
Nouvelle hausse des retraites anticipées pour carrière longue
Grâce à ce dispositif, 171 100 salariés ayant commencé à travailler jeune ont pu partir avant l’âge légal en 2016.
19,7 %
Part des personnes
âgées de 61 ans
qui bénéficient
d’un dispositif
de cessation anticipée
d’activité (et 16,7 %
pour celles de 60 ans)
MARIE-CÉCILE RENAULT
£@Firenault
SOCIAL On dit le système de retraite complexe, mais les Français
ont très bien compris les avantages du dispositif « départ anticipé
pour carrière longue », dont le
succès ne se dément pas ! Mis en
place par Chirac en 2003 et assoupli par François Hollande en 2012,
ce dispositif permet aux actifs
ayant commencé à travailler avant
20 ans et ayant cotisé un nombre
suffisant de trimestres de prendre
leur retraite avant l’âge légal.
Après une forte hausse en 2013,
les départs pour carrière longue
n’ont cessé de progresser chaque
année pour atteindre 171 100 dans
le privé en 2016, soit une hausse
de 8,2 % en un an, selon les chiffres publiés mardi par le service
statistique du ministère du Travail
(Dares). Leur nombre a sensiblement augmenté du fait de l’élargissement des conditions d’éligi-
bilité à ce dispositif et du recul
progressif de l’âge légal de la retraite (à partir de 60 ans pour les
personnes nées après le 1er juillet
1951, et jusqu’à 62 ans pour ceux
nés en 1955 et après).
Résultat, le dispositif carrière
longue explique quasiment à lui
seul (92 %) les 186 400 cessations
anticipées d’activité enregistrées
dans le privé en 2016. Un chiffre
en hausse de 10,5 % par rapport à
2015, après un léger recul de 2,2 %
entre 2014 et 2015.
Le recours aux autres modalités
de retraite anticipée (handicap,
pénibilité, amiante) est nettement
moins fréquent : 11 700 entrées en
2016 (après 10 600 en 2015).
86 % sont âgés
de 60 ans
Même quand ils bénéficient d’un
dispositif de départ anticipé, les
Français n’échappent pas toutefois à l’allongement de l’âge de la
retraite : 86 % des salariés partant
pour carrière longue étaient âgés
de 60 ans en 2016, contre 57 ans
en 2006. De même, les bénéficiaires de dispositif pénibilité ou
amiante partent désormais à
60 ans. Seules les personnes entrant dans le dispositif handicap
partent plus tôt (58 ans).
En raison de ce vieillissement
des bénéficiaires de retraite anticipée, l’écart d’âge moyen de départ avec les autres retraités du
régime général s’est réduit : il
n’est plus que de 2,2 ans en 2016,
contre 4 ans entre 2005 et 2008. ■
L’Italie plonge un peu plus dans l’incertitude
Carlo Cottarelli est chargé par le président de former un gouvernement qui n’aura pas le soutien du Parlement.
RICHARD HEUZÉ rheuze@lefigaro.fr
ROME
EUROPE Carlo Cottarelli, l’économiste pressenti par le chef de
l’État pour former un gouvernement après l’échec de Giuseppe
Conte dimanche dernier, devrait
annoncer mercredi matin la liste
de son équipe. Douze membres en
feront partie, tous issus des institutions publiques et de la société
civile. Il a présenté mardi une
première liste au chef de l’État. Il
est toutefois certain qu’il n’obtiendra pas la confiance du Parlement, lors du vote, probablement
lundi. Tous les partis de droite et
les 5 Étoiles la lui refuseront. Le
Parti démocrate s’abstiendra.
Après cet échec, Carlo Cottarelli
donnera sa démission et sera
chargé d’expédier les affaires
courantes dans l’attente de nouvelles élections. Dans l’intervalle,
son gouvernement représentera
pourtant l’Italie dans les grandes
conférences internationales prévues d’ici à la mi-juillet, G7,
Conseil européen et sommet de
l’Otan.
La date des élections reste la
grande inconnue. Pour qu’elles
puissent se dérouler en septembre
ou octobre, il faudrait que le président de la République dissolve le
Parlement dans la deuxième
quinzaine de juillet. Mardi, une
hypothèse circulait : certains, au
Parti démocrate, mais aussi parmi
les 5 Étoiles, demandaient à les
organiser fin juillet. Ce qui impliquerait une dissolution des Chambres au plus tard vendredi prochain.
Mardi, une déclaration provocatrice du commissaire européen
au Budget, l’allemand Gunther
Oettinger, a enflammé les milieux
politiques italiens. Attisant un peu
plus les tensions entre Bruxelles et
les populistes. Alors que l’Italie est
l’un des pays où le sentiment antieuropéen est le plus élevé. « Les
marchés enseigneront aux Italiens
comment voter », a-t-il dit, en
réaction aux soubresauts sur les
marchés (lire ci-contre). Par la
suite, Gunther Oettinger a atténué
ses propos, sans faire retomber les
colères italiennes.
L’Europe - et la participation de
l’Italie à l’euro depuis 1999 - sera
au centre d’une campagne électorale qui s’annonce féroce. Cherchant à calmer les inquiétudes,
Ignazio Visco, le gouverneur de la
Banque d’Italie, a déclaré hier ne
voir « aucune justification, sinon
émotive », aux attaques des marchés. Il a réaffirmé que « le destin
de l’Italie est celui de l’Europe ».
« Il est important que l’Italie
conserve une voix faisant autorité
là où se décide le futur de l’Union
européenne », a-t-il insisté.
Faible compétitivité
Les milieux d’affaires tirent la
sonnette d’alarme. Pour Andrea
Illy, président du comité Alta
Gamma (équivalent du Comité
Colbert français) qui regroupe des
industries du luxe et de l’excellence, facturant 5 % du PIB, il faut
avant tout préserver la reprise qui
s’amorce : « L’Italie a été fortement impactée par la crise et par
deux récessions consécutives. Son
degré de compétitivité est très affaibli. Le monde a connu l’an dernier une croissance de 4 %, l’Europe 2 %, l’Italie 1,5 %. C’est encore
largement insuffisant. On est sur la
bonne voie, à condition de ne pas
dérailler », alerte l’homme d’affaires. ■
Une journaliste financière montre la baisse de la courbe du marché boursier italien, mardi, conséquence de l’incertitude politique.
La crise politique à Rome fait trembler les marchés européens
ANNE CHEYVIALLE £@AnneCheyviall
Envolée des taux de la dette italienne qui entraîne dans son sillage
les taux espagnols et les pays périphériques de la zone euro, recul
des Bourses européennes, plongeon à Milan et Madrid, valeurs
bancaires malmenées, chute de
l’euro… L’impasse politique italienne a provoqué mardi un sérieux coup de froid sur les marchés
européens, réveillant le spectre
d’un éclatement de la zone euro.
L’alerte sonne comme un air de
déjà-vu. Elle ramène quelques années en arrière au plus fort de la
crise des dettes souveraines. Et à ce
mois de novembre 2011, où le G20
de Cannes sous présidence française est dominé par la Grèce et
surtout l’Italie, troisième économie européenne, qui met en péril la
zone euro. Sous la pression du couple franco-allemand de l’époque,
Nicolas Sarkozy et Angela Merkel,
un certain Silvio Berlusconi, président du Conseil italien, sommé
d’appliquer une cure d’austérité,
est acculé à la démission, remplacé
par un gouvernement technique.
Six ans plus tard, l’Italie cristallise à nouveau les inquiétudes. « Les
marchés intègrent la probabilité de
nouvelles élections, la victoire d’un
programme anti-euro et une petite
probabilité de sortie de l’Italie de la
zone euro », souligne Jean-François Robin, expert marchés de Natixis, qui estime que les taux italiens
vont continuer à remonter. C’est le
principe de l’aversion à l’incertitude : lorsqu’un pays est jugé plus
fragile, la prime de risque sur la
dette augmente. Le taux italien à
dix ans a ainsi dépassé la barre des
3 %, un plus haut depuis juin 2014.
Et le spread - l’écart de taux - avec
le bund allemand, la référence, véritable baromètre de l’appréciation
du risque, a dépassé à mi-journée
les 300 points. « Ceux qui ont le plus
peur sont les Italiens, qui détiennent
les deux tiers de la dette du pays »,
ajoute l’économiste de Natixis. Signe de l’inquiétude à court terme,
le taux italien à deux ans s’est aussi
envolé, atteignant 2,49 % contre
0,9 à la clôture lundi. La Bourse de
Milan a enregistré sa troisième
baisse consécutive, perdant 6 % en
trois jours.
Ignazio Visco, le gouverneur de
la banque centrale italienne, a lancé un avertissement au futur exécutif italien, mettant en garde sur
un dérapage des finances publiques. « L’économie italienne donne
enfin des signes de redressement et
COURS DE LA BOURSE
DE MILAN (FTSE MIB),
TAUX DE L’EMPRUNT
D’ÉTAT À DIX ANS,
en points
en %
22 994
2,8
22 500
2,6
2,4
22 000
2,18 %
21 351
21 500
2
1,8
1,6
21 000
24 mai 2018
29 mai 2018
24 mai 2018
29 mai 2018
Source : Bloomberg
la situation des finances publiques
s’améliore après des années d’efforts, ce n’est donc pas le moment
d’accroître les déficits », a déclaré
le banquier central.
Effet contagion
Plus inquiétant, le regain de tensions en Italie se propage aux
autres pays de la zone euro. L’effet
contagion
cible
l’Espagne
confrontée également à des difficultés politiques : le premier ministre Mariano Rajoy est sous le
coup d’une motion de censure de
l’opposition socialiste. Les pays
e-beauté
A
3,14%
3
- 6,15 %
CONFÉRENCE
#JDNebeaute
DEL CASTILLO/AP
4ÈME ÉDITION
« périphériques » comme la Grèce
et le Portugal confrontés également à des tensions sur le marché
de la dette.
La Bourse de Madrid, emportée
par les valeurs bancaires, a reculé
de 2,5 %. « Sur les 1 000 points
perdus par la Bourse espagnole, je
calcule qu’environ 300 correspondent à la crise politique et 700 à la
crise politique italienne », explique
Juan Ignacio Crespo, conseiller du
fonds d’investissement Multiciclos
Global du broker Renta 4. Tout en
minimisant le risque espagnol.
« La crise espagnole sera résolue
rapidement. Ici, aucun parti susceptible de gouverner ne propose de
sortir de l’euro. »
Si les investisseurs font la différence entre l’Italie et l’Espagne,
considérée comme plus solide,
soutenue par une croissance dynamique, il y a une réappréciation du
risque européen. « La zone euro
était considérée comme un havre de
paix, note Jean-François Robin.
Aujourd’hui, il y a un gros coup
d’arrêt. » Cela se traduit par un net
repli de l’euro, au plus bas depuis
juillet 2017, au profit de valeurs refuges comme l’or et le dollar. ■
+
» Lire aussi PAGE 15
7 juin 2018
Paris
Programme et Inscription :
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LE FIGARO
ENTREPRISES
mercredi 30 mai 2018
21
Carrefour s’attelle
à la relance de
ses hypers français
Le distributeur réduit leur surface, lance des rayons
déstockage et mise sur les services omnicanaux.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
DISTRIBUTION Fin janvier, les patrons d’hyper Carrefour ont eu des
sueurs froides en écoutant Alexandre Bompard, le nouveau PDG du
distributeur, présenter son plan de
transformation. Finies les rénovations d’ampleur pour relancer un
format en perte de vitesse. Les investissements dans les grands paquebots seront plus sélectifs, la
priorité du PDG allant à la transformation digitale de l’enseigne.
Carrefour ne délaisse pas pour
autant ses 247 hypermarchés tricolores, qui réalisent 21 milliards
d’euros de chiffre d’affaires, soit
23,5 % de son activité globale et
52 % en France. Après moults plans
de relance et un retour à la croissance sous l’ère Plassat, ces grandes
surfaces sont en rechute depuis dix
trimestres.
Pour trouver une solution pérenne d’ici à 2020, Carrefour déploie
une feuille de route ambitieuse. Le
but : repenser le modèle « pour faire
de l’hypermarché et de son écosystème un véritable lieu de vie », explique Alain Rabec, le directeur exécutif des hypermarchés en France.
Alors que la rentabilité de ce format
ne cesse de baisser, Carrefour veut
l’optimiser en réallouant les surfaces. Quatre espaces outlet (déstockage) de 600 à 1 500 m2 ont été
ouverts depuis un mois à Lomme,
Nantes et Marseille pour écouler à
prix cassés (30 % à 70 %) les invendus des rayons non alimentaires
(textile, bazar, hi-fi). Les mètres
carrés seront pris sur ces mêmes
rayons, au prix d’un toilettage de
l’offre permanente.
Le groupe espère ainsi à la fois
créer du trafic en magasin et doper
le chiffre d’affaires au mètre carré.
« Les premiers résultats sur ces critères sont très satisfaisants. D’ici fin
2018, nous allons créer une douzaine
de ces outlets », précise Alain Rabec.
Dans d’autres magasins, les mètres carrés seront rétrocédés aux galeries attenantes, gérées dans 50 %
des cas par la foncière de Carrefour,
Carmila. Les premiers projets devraient se concrétiser fin 2018.
Ailleurs, un millier de mètres carrés
insuffisamment exploités accueilleront des Promocash, le concept de
grossiste alimentaire du groupe.
Les réserves ne sont pas exclues
de cette revue de détail, avec des
drives « hybrides » testés à Chartres
fin 2017, puis tout récemment à
Vitrolles. Cette zone en réserve regroupe les stocks destinés à préparer les commandes Internet. L’organisation permet de doubler les
capacités de commandes, à 300 par
jour. Ce système baissant de 20 % à
30% le temps de préparation peut
être à terme adopté pour plusieurs
dizaines de drives, assure le groupe.
Des espaces outlet
(déstockage) ont été
ouverts pour écouler
à prix cassés (de 30 %
à 70 %) les invendus des
rayons non alimentaires
(textile, bazar, hi-fi).
PIERRE GOBLED
restauration et traiteur dans ses
grandes surfaces, a ainsi fait entrer
la maison Cellerier, une institution
à Lyon, dans son magasin d’Écully.
Pour doper les performances et
réduire ses charges, l’enseigne mise
aussi sur la location-gérance. Ce
système, qui a fait couler beaucoup
d’encre, concerne pour l’instant
cinq sites. Le test sera pour l’instant
circonscrit à ce périmètre même si,
à plus long terme, le groupe ne s’interdit pas cette option pour d’autres
sites en difficultés chroniques.
L’idée est de réinsuffler une dynamique par un commerçant indépendant plus impliqué et motivé.
Autre axe de travail : les services
omnicanaux. « Nos magasins sont le
socle de cette stratégie omnicanale »,
ajoute le responsable. Disponible
dans tous les hypers, le retrait de
colis sera complété par le retour colis. Toujours sur le non-alimentaire,
le « click & collect » en deux heures
sera opérationnel dans certains
magasins fin 2018, et à terme sur
l’ensemble du parc. Coté alimentaire, la start-up récemment acquise de paniers-repas Qui Toque fera
entrer ses offres dans plusieurs sites
parisiens d’ici l’été.
La troisième transformation majeure concerne d’ailleurs l’offre alimentaire. Moteur de la fréquentation, les produits frais traditionnels
(boulangerie, boucherie, pâtisserie…) sont au centre de toutes les at-
tentions. « C’est le cœur de notre métier, nous avons lancé un très vaste
plan de formation interne des équipes
et des apprentis », appuie Alain Rabec. Le bio, un segment en croissance de plus de 10 % par an, vient compléter ces efforts. Une centaine de
corners de produits labellisés AB ont
déjà été déployés. À terme, tous les
hypers en accueilleront un, dont un
véritable « shop in shop » sur cinq
allées dans le magasin de Chambourcy. « L’offre vrac y sera très
conséquente, c’est un vrai marqueur
du bio », conclut Alain Rabec. Tout
comme les produits locaux, dont les
producteurs les plus en vue ont été
présentés la semaine dernière à l’ensemble des directeurs de magasin. ■
Approche locale
Au total, 100 000 m2, soit 5 % du
parc total des hypers, changeront
de fonction. « L’idée est de recentrer
l’hyper sur ses atouts. » Un travail
au cas par cas. « Nous privilégions
l’approche locale pour trouver la
meilleure solution. Le rôle du directeur de magasin est central dans
cette approche. » Le groupe, qui travaille aussi sur l’essor des activités
Les enseignes n’ont pas
encore trouvé la martingale
odetroyat@lefigaro.fr
Impensable il y a encore quelques
mois, la malédiction des hypers
s’est abattue sur Leclerc. Depuis le
début de l’année et après plus de dix
ans de progression, le leader français de la distribution (21 % du
marché) dont le format phare reste
la grande surface, cède en effet lui
aussi quelques pouces de terrain.
Pourtant, le groupement d’indépendants expliquait fin 2017 que
l’hyper tirait sa croissance. Comme
Auchan, Géant et Carrefour avant
lui, Leclerc n’échappe pas à la montée des commerces spécialisés et du
e-commerce non-alimentaire, à
l’essor de la proximité ou à la volonté d’une population plus âgée ou
plus urbaine de gagner du temps
dans ses courses du quotidien. Ces
phénomènes de fond érodent depuis des années la suprématie de
l’hypermarché, construite pendant
cinquante ans sur le dogme du tout
sous le même toit. Selon Kantar, le
poids des grands paquebots dans les
courses alimentaires a ainsi encore
cédé 0,6 % sur un an, pour tomber
à 52,2 % sur le début d’année.
Face à ces changements de mode
de consommation, les tentatives de
« réénchantement », « redéfinition » ou « réinvention » de l’hyper
se sont multipliées. Baisse des surfaces, notamment non-alimentaires,
refonte de l’offre, augmentation des
pouvoirs des équipes en magasin…
Rien n’y fait. Après un rebond, les
hypers de Carrefour ont rechuté fin
2015. Malgré le lest lâché sur les prix,
les Géant de Casino sont toujours
Trop de mètres carrés
Quels que soient les remèdes choisis, la relance tarde, car on construit
encore beaucoup (trop?) de mètres
carrés en France. La dichotomie entre la nécessité de bien gérer le business traditionnel et se mettre en ordre de bataille pour répondre aux
nouveaux modes de consommation
digitaux pose encore problème à
nombre d’enseignes. Si Carrefour a
impulsé un mouvement en annonçant un plan massif de près de
3 milliards d’euros sur cinq ans pour
sa transformation digitale, les efforts passés du secteur ont parfois
été trop timorés. Surtout face aux
16 milliards de dollars investis chaque année en R&D par Amazon.
Le format souffre aussi de l’attention que lui portent les Français, toujours prompts à brûler ce qu’ils ont
adoré. « L’hyper est victime de son
succès passé. On se concentre sur ses
problèmes en oubliant qu’il y a aussi
des supermarchés ou des drives qui
souffrent », rappelle Bernard Demeure au cabinet de conseil Oliver
Wyman. Les bonnes performances
d’Intermarché, construites depuis
un an « à l’ancienne » (contact humain, promotion), certes sur des
formats d’hypers plus réduits, prouvent que le format n’est pas mort. ■
1
Olivia Détroyat
dans le rouge. Quant à Auchan, s’il se
montre très audacieux à l’étranger et
notamment en Chine, ses « audastores » en France n’ont pas encore
porté leurs fruits, en tout cas sur le
format hypermarchés. « Et cela,
malgré un rebond sensible de l’économie en France », rappelle Jean-Marc
Liduena, associé chez Deloitte, qui
souligne malgré tout que les géants
français de la distribution gardent la
meilleure rentabilité nette des distributeurs européens.
A
DÉCRYPTAGE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
Éric Lombard : « La
Caisse des dépôts
doit faire mieux
et doit faire plus »
nous travaillons sur certaines
missions communes. Cela nous a
permis de développer des partenariats et nous allons continuer à
le faire. Nous coopérons efficacement, comme par exemple dans
le cadre des maisons de service au
public. Nous réfléchissons à utiliser les guichets de La Banque
postale pour renforcer notre présence auprès des élus. La Banque
postale est une banque de place,
dans le marché et la concurrence ; la banque des territoires est
au service de l’intérêt général.
Quel rôle allez-vous jouer dans
la concentration des organismes
de logement social prévue
dans le cadre de la loi Elan ?
Nous jouerons notre rôle, mais
pas plus que d’autres. Nous allons
soutenir le secteur, qui doit se
moderniser pour continuer à
exister, avec un plan de 10 milliards d’euros. Nous apporterons
ainsi une assistance aux organismes de logements sociaux, avec
des plateformes de service. En
tant que financeur nous allons
accompagner la restructuration
du secteur. Par ailleurs CDC Habitat, qui est un grand acteur du
logement social, gérant 425 000
logements, est désormais logée à
l’intérieur de la banque des territoires. Nous avons décidé d’augmenter son capital afin de lui
permettre d’accueillir des organismes souhaitant se rapprocher
d’eux. Mais il existe d’autres consolidateurs.
Le nouveau directeur général de l’institution
publique vante son projet de banque des territoires.
PROPOS RECUEILLIS PAR
BERTILLE BAYART £@BertilleBayart
ET DANIÈLE GUINOT£@DanieleGuinot
FINANCE La Caisse des dépôts
lance en grande pompe ce mercredi, la banque des territoires.
Édouard Philippe, le premier
ministre, Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, et Jacques
Mézard, le ministre de la Cohésion des territoires, se succéderont tout au long de la journée à
la Cité de la mode et du design à
Paris. Cette nouvelle entité est
désormais l’interlocuteur unique
des collectivités locales en quête
de financements et des organismes de logement social. Ses
moyens financiers ont été augmentés. Éric Lombard, arrivé à
la tête de l’institution publique il
y a six mois, détaille ses ambitions.
LE FIGARO. - Qu’apporte
de nouveau la banque
des territoires ?
Éric LOMBARD.- C’est une idée
qui part des territoires, du terrain
même. J’ai beaucoup circulé dans
le pays depuis mon arrivée à la
Caisse des dépôts. J’ai vu beaucoup d’élus de métropoles, de
ville moyennes, de communes
rurales. Ils sont – et c’est une
conséquence de la fin du cumul
des mandats – de plus en plus investis dans la rénovation de leur
ville. Ils ont plein de projets ! Mais
tous n’ont pas les outils ni les
compétences d’ingénierie ou financières, surtout les petites collectivités. La banque des territoires est là pour eux ! C’est
l’addition de nos expertises, c’est
un interlocuteur unique d’accès à
nos produits et à nos services
pour simplifier la vie des élus et
des organismes de logement social. Ce doit être le lieu où nos
clients trouveront des finance-
ments pour leurs projets, tels que
la construction de maisons de
santé, des travaux d’économie
d’énergie, ou de mobilité dans les
villes et des solutions concrètes
pour le logement, par exemple.
Et c’est une révolution
pour la Caisse ?
C’est le produit de ce qu’est la
Caisse des dépôts et de ma propre
expérience, venant du secteur
privé. Mon projet est donc managérial. La Caisse des dépôts est
une institution entrepreneuriale.
Elle doit penser clients. Sur le
terrain, les équipes ont déjà cette
approche. C’est moins vrai de la
maison dans son ensemble, dont
les équipes, dans la grande tradition de l’administration française, ont tendance à travailler chacune de leur côté… Avec la
banque des territoires, la Caisse
doit faire mieux. Elle doit faire
plus vite, plus simple. Et elle doit
faire plus.
Allez-vous donc augmenter votre
enveloppe d’investissement ?
Oui. Mon prédécesseur, PierreRené Lemas, avait multiplié par
quatre les investissements dans
les territoires, à près d’un milliard d’euros par an. Cela a permis la création d’une maison de
santé à Roanne, la construction
d’une centrale fonctionnant à la
biomasse et aux déchets dans le
Doubs, la rénovation de l’université de Bordeaux, l’aménagement
d’une ancienne zone militaire à
Brest, le projet de navette autonome à Rouen… Nous ferons plus
en investissant 1,5 milliard en
fonds propres par an, soit 50 %
de plus. Plus globalement, nous
allouerons en capital et en prêts
20 milliards d’euros par an en faveur des territoires pour rénover
les cœurs de villes et accompagner le secteur du logement social. Le message est simple : vous
Éric Lombard, directeur
général de la Caisse
des Dépôts.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
La Caisse
« doit
penser
clients. Sur
le terrain,
les équipes
ont déjà cette
approche.
C’est moins
vrai de
la maison
dans son
ensemble,
dont les
équipes, dans
la grande
tradition de
l’administration française,
ont tendance
à travailler
chacune de
leur côté…
ÉRIC LOMBARD
LES DÉCIDEURS
â JULIEN CARETTE
Havas Paris
Le président de l’agence de communication
renforce son organisation avec trois nouvelles
nominations de partners. Arielle Schwab,
d’abord, directrice associée depuis 2014 ; Yannick Augrandenis, ensuite, directeur associé
depuis 2015 ; Bertrand Fauquet, enfin, directeur associé depuis 2010.
â STANISLAS POTTIER
Amundi
Énarque et ESCP, il dirigera désormais
l’investissement responsable de la société de
gestion d’actifs. Depuis 2017, il était directeur
du développement durable et membre du
comité de direction du Crédit agricole. Il est
également administrateur du fonds d’investissement Livelihoods Carbon Fund.
A
â DOMITILLE DESSERTINE
AMF
Après avoir rejoint l’Autorité des
marchés financiers (AMF) en 2013
comme chargée de mission à la
direction de la régulation et des affaires internationales, elle prend désormais les rênes de la
division Fintech, innovation et compétitivité.
»
avez des projets ?
finançons.
Nous
les
La Caisse est-elle en train
de ressusciter son ex-filiale
Dexia, spécialiste du financement
des collectivités locales ?
Pas du tout. Nous ne voulons pas
empiéter sur les plates-bandes
des banques privées en nous
substituant à elles. Nous devons
permettre la réalisation de projets qui ne verraient pas le jour
sans nous. Notre présence en tant
qu’investisseurs
minoritaires
rassure et incite les banques et les
investisseurs privés à participer à
des financements.
Avec ses ressources, la Caisse
ne vient-elle pas suppléer l’État
auprès des collectivités locales
au moment où celles-ci craignent
une baisse des dotations ?
Non, nous n’avons pas le même
rôle, nous ne distribuons pas de
dotations. Avec l’État, nous sommes complémentaires, comme
l’illustre par exemple, le plan « action cœur de ville », qui prévoit la
rénovation de 222 centres-villes.
L’Anah, l’agence de l’amélioration
de l’habitat et Action Logement
vont investir à nos côtés.
Bpifrance est-elle un modèle
pour la banque des territoires ?
Entre la Caisse et Bpifrance, les
rôles sont complémentaires et
clairement définis. Bpifrance est
l’entité du groupe en charge du
financement et de l’investissement en fonds propres des entreprises. Ce n’est pas un modèle,
mais une vraie source d’inspiration. Nicolas Dufourcq, son dirigeant, est parvenu à faire de cette
institution publique une banque
énergique tournée vers l’innovation dans tout le pays. C’est pour
cela que je lui ai demandé de faire
partie du comité exécutif.
La Banque postale a-t-elle un rôle
à jouer avec la banque des
territoires ? Cela peut-il rendre
logique la prise de contrôle de
La Poste par la Caisse des dépôts ?
Le sujet est ouvert et fait l’objet
de discussions paisibles. Nous
sommes actionnaires, à 26 %, de
La Poste et cela a du sens, car
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Éric Plat, l’homme fort d’Atol,
repart pour un nouveau mandat
Avec 93,2 % de voix en
faveur de sa réélection,
Éric Plat a de quoi être fier.
PDG d’Atol depuis 2010, il
rempile donc pour un
mandat de deux ans à la tête des 350 points de
vente de la coopérative française. Une réussite pour ce natif de Lyon qui se décrit volontiers comme un « self-made-man que rien ne
destinait à un tel niveau de responsabilités ».
Rien, sinon son travail, son expérience et son
charisme naturel, trois atouts indispensables
pour prendre la tête d’une coopérative composée d’opticiens autonomes et percer le
plafond de verre professionnel.
Diplômé d’un BTS d’optique-lunetterie à
Morez et d’une licence à l’Idrac à Lyon, Éric
Plat s’est lancé dans la vie avec un rêve : celui
de devenir opticien. Rêve d’enfant qui se
concrétisera dès 1989 aux côtés de la famille
d’opticiens Lamy, pour lequel il créera les
universités L’Amy, puis chez le fabricant de
montures Logo. Élevé dans « une culture
entrepreneuriale entre un père vétérinaire et
une mère professeur de musique », ce père de
trois enfants se met à son compte en 1995
avec l’ouverture d’un centre de formation
d’opticiens à Bordeaux et, quasi simultanément, de son premier magasin. Passé sous
pavillon Atol en 1997, il intègre le conseil
d’administration de la coopérative à forte
notoriété et reprend plus de huit points de
vente dans la foulée.
Élu opticien de l’année en 2008
À la tête d’Atol, Éric Plat a su mener de nombreux chantiers pour imposer la marque
dans un paysage fortement concurrentiel.
Dernier en date, la segmentation des magasins en trois niveaux pour mieux couvrir
l’ensemble des besoins : Atol Access (entrée
de gamme), Atol depuis 1970 (haut de gamme) et Atol (généraliste). Autre chantier, la
digitalisation du parcours de vente, destinée
à développer une approche omnicanale. En
huit ans, la coopérative a réussi à augmenter
sa part de ventes en marque propre dans ses
magasins de 7 % en 2010 à 28 % en 2017.
Autant de réussites pour l’actuel PDG, passionné de musique baroque et polyphonique,
qui se définit volontiers comme « un chef
d’orchestre en quête de la perfection mozartienne », soucieux de conjuguer proximité
avec le terrain et… vision. Nommé « opticien
de l’année » en 2008 par le syndicat professionnel Sidol, il est aussi président de la Fédération du commerce coopératif et associé
depuis 2014. À 53 ans, ce père de trois enfants
a donc déjà coché toutes les cases de ce qu’on
peut appeler : une belle carrière.
A. B.
La ressource de la banque
des territoires provient
notamment du fonds d’épargne
et du livret A, le faible coût
de cette ressource est-il acquis ?
Oui. La nouvelle formule du livret A me paraît répondre à un
équilibre toujours délicat, et stimulant pour les épargnants. Elle
pérennise le système de financement des organismes de logement social. Nous serons très attentifs à maintenir son équilibre
financier, et à ce qu’il n’y ait pas
d’incident lors de la mise en
œuvre des réformes.
En six mois, comment avez-vous
déjà imprimé votre marque
à la Caisse des dépôts ?
J’espère que la maison est plus lisible, plus simple dans son fonctionnement et plus agile. Je pense
aussi qu’après une période assez
longue de transition et des réflexions au début du quinquennat
sur la réforme de ses statuts, elle
est redevenue plus sereine. Cette
réforme est une modernisation
qui va nous permettre de continuer à remplir notre mission tout
en restant sous la protection très
spéciale du Parlement à laquelle
nous sommes très attachés. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â SANJEEV GUPTA
AR Industries
Le tribunal de commerce d’Orléans a
validé l’offre de reprise du fabricant de
jantes AR Industries, par Liberty House, filiale du conglomérat Gupta Family Group
(GFG), piloté par l’homme d’affaires indien.
« Une étape majeure », a déclaré ce dernier, qui
cherche à s’imposer en France et prévoit un investissement de 1,4 million d’euros dès 2018.
â BERNARD CHARLES
Métropole européenne de Lille
La MEL a nommé Bernard Charles délégué à la
protection des données pour piloter la mise en
conformité de la collectivité aux obligations du
règlement général sur la protection des données
(RGPD).
â RONY GERMON
Pôle Léonard de Vinci
Recruté pour piloter le projet « De Vinci
Teaching Lab» du pôle d’établissements
supérieurs, Rony Germon devient directeur des pédagogies digitales. Docteur en
sciences des systèmes technologiques et organisationnels, il était responsable depuis 2014 du master data management de Paris School of Business.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 30 mai 2018
ENTREPRISES 23
Free casse les prix
du mobile en Italie
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
ILIAD EN ITALIE
5,99
euros par mois
pour son unique forfait
1 500
pylônes prévus pour la 4G
d’ici à la fin 2018
300
millions d’euros
d’investissement annuel
en 2017 et 2018 (hors
achat de fréquences)
TÉLÉCOMS On ne peut pas gagner
à tous les coups. Free avait fait les
gros titres de la presse française
pour le lancement de son offre mobile en 2012. Son arrivée en Italie
passe plus inaperçue. Xavier Niel
s’est fait voler la vedette par l’actualité politique italienne qui fait la
une de l’autre côté des Alpes.
Pourtant, l’opérateur français,
lancé sous la marque Iliad en Italie,
vient concurrencer l’opérateur
historique (TIM), le britannique
Vodafone et Wind Tre, le nouveau
numéro un du marché, né de la fusion de Wind et de Tre. C’est ce
mariage qui a permis à Xavier Niel
de se positionner en Italie pour venir y endosser le rôle du quatrième
opérateur mobile.
Le trublion des télécoms frappe
fort d’entrée de jeu avec un forfait
mobile 4G+ à 5,99 euros par mois.
Ce prix inclut les SMS et la voix en
illimité et 30 gigas de données par
mois. C’est deux à trois fois moins
cher que les offres concurrentes.
Surtout Iliad promet qu’il n’y aura
pas de « coûts cachés », avec des
contrats « transparents ».
Benedetto Levi, directeur général d’Iliad Italia, a pris des allures
de tribun politique lors de la présentation des nouvelles offres à
Milan, pour égrener les « Basta ! »
(ça suffit). Selon la recette éprouvée de Free, le patron d’Iliad Italia
a commencé par étriller les
concurrents en dénonçant l’opacité des contrats de ses concurrents.
« Nos conditions générales d’abonnement tiennent sur une page »,
promet-il.
Construire son réseau
À 5,99 euros par mois « à vie » et
avec « seulement » 10 euros de
frais d’activation, Iliad devra se
montrer très performant pour générer des marges. Le groupe a déjà
investi 300 millions d’euros en Italie en 2017 et prévoit d’en investir
autant cette année, hors achat de
licence. Or, l’État italien devrait
ouvrir les enchères pour la bande
des 700 MHz en septembre avec
une mise à prix de 2,5 milliards
d’euros. Même partagée entre les
quatre opérateurs, la note s’annonce salée. Iliad a déjà fait savoir
qu’il se porterait candidat à l’acquisition de bandes de fréquences.
Et cela s’ajoute à la nécessité de
construire son réseau mobile. Pour
ses débuts, Iliad bénéficie d’un
contrat d’itinérance, signé avec
Wind Tre. « Les conditions finan-
STEFANO RELLANDINI/REUTERS
Iliad fait ses premiers pas hors de France.
Un défi pour l’opérateur de Xavier Niel.
Benedetto Levi, directeur général d’Iliad Italia, lors de la présentation des nouvelles offres mardi, à Milan.
cières d’itinérance en Italie sont bien
plus avantageuses que celles obtenues auprès d’Orange, lors du lancement de Free Mobile en France »,
avait affirmé Xavier Niel en début
d’année. Iliad devrait néanmoins
rapidement déployer son propre
réseau. D’ici à la fin de l’année, il
devrait posséder 1 500 pylônes. Il
va en acquérir « jusqu’à 8 000 supplémentaires » auprès de Wind Tre.
Nouvelles offres en France
Iliad dispose aussi d’une centaine
de points de vente en Italie : boutiques dans des grandes villes, corners dans des centres commerciaux et SIM Box, ces distributeurs
de cartes SIM déjà déployés en
France. Iliad a bien l’intention de
mettre à profit son expérience et
ses outils déployés en France pour
minimiser ses coûts en Italie.
La prochaine étape du tour
d’Europe initié par Iliad devrait
d’ailleurs être française. Le groupe
a évoqué le lancement de nouvelles
offres dans les prochaines semaines. Le tarif dévoilé en Italie peut
laisser imaginer une nouvelle offensive tarifaire dans le mobile. Le
groupe pourrait lancer une troisième offre intermédiaire, comprise
entre 2 et 19,99 euros. Enfin, le rachat de l’opérateur irlandais Eire
devrait être bientôt finalisé, une
fois le feu vert de l’antitrust
obtenu.
Ces perspectives inquiètent les
marchés financiers, le titre a encore cédé 1,50 % mardi, à
146,35 euros. Il accuse désormais
une chute de 36 % en un an. Les
relais de croissance promis par le
management, qu’il s’agisse de
l’Italie ou du marché des entreprises, ne suffisent pas à rassurer les
investisseurs. ■
Le numéro deux mondial du café avale Pret A Manger
JAB, propriétaire de L’Or et Maison du Café, étend son empire pour rivaliser avec Nestlé.
Nous
« sommes
très
excités de
nous associer
à Pret
A Manger,
son équipe
talentueuse,
et de
continuer
ensemble
leur histoire
de croissance
extraordinaire
»
OLIVIER GOUDET,
PATRON DE JAB
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
RESTAURATION La richissime famille allemande Reimann étend
son empire, en y ajoutant les
sandwichs Pret A Manger. Son
fonds d’investissement JAB, basé
au Luxembourg, vient de racheter
la chaîne de restauration rapide
(530 points de vente) au britannique Bridgepoint, qui la contrôlait
depuis une dizaine d’années. Le
montant de la transaction s’élèverait à 1,5 milliard de livres
(1,7 milliard d’euros), selon le Financial Times. Une fois l’opération
bouclée à l’été, les 12 000 employés de la chaîne devraient toucher un bonus de 1 000 livres.
En 2008, Bridgepoint avait acquis la majorité du capital de Pret
A Manger pour 364 millions de li-
vres. Le fonds avait alors racheté à
McDonald’s sa part de 33 % dans
la société. Lancée en 1986 à Londres, Pret A Manger pèse 879 millions de livres de volume d’affaires. Chaque jour, ses équipes
accueillent plus de 300 000
clients. La chaîne est un incontournable au Royaume-Uni, où
sont situées plus de 70 % de ses
boutiques. Elle compte aussi
92 adresses aux États-Unis, 26 à
Hongkong, 24 en France, 2 en
Chine… Sa marque de fabrique ?
Des produits de qualité et des recettes simples (salades, wraps, jus
de fruits frais…).
Arbitrages
« Nous sommes très excités de nous
associer à Pret, son équipe talentueuse, et de continuer ensemble
leur histoire de croissance extraordinaire », a déclaré Olivier Gou-
det. À la tête de JAB, il est également le président du conseil
d’administration du géant de la
bière AB InBev.
En plus d’être présente dans les
parfums (Coty) et les détergents
(Reckitt Benckiser), la famille
Reimann est discrètement devenue un incontournable dans le
café. En quelques années, elle a
investi des dizaines de milliards
dans le secteur, marchant sur les
terres de Nestlé, mais aussi de
Starbucks. Car, en plus de la production, JAB mise sur les chaînes
de restauration rapide où l’on boit
du café. L’américain Starbucks
l’avait fait, à sa façon. Il vient de
conclure une alliance avec Nestlé
pour plus de 7 milliards de dollars,
permettant au Suisse de commercialiser ses cafés en capsules en
dehors de ses salons de café.
De son côté, JAB détient notam-
ment les chaînes de café Caribou
Coffee, Peet’s Coffee & Tea,
Stumptown Coffee Roasters ainsi
que les machines à café Keurig
Green Mountain. Depuis 2013, le
holding contrôle aussi le producteur de café néerlandais D.E Master Blenders 1753 (DEMB), propriétaire des marques L’Or,
Senseo, Maison du Café et Jacques
Vabre. L’an dernier, JAB a encore
acquis l’américain Panera Bread,
et ses 2 000 cafés-boulangeries de
plus aux États-Unis et au Canada,
pour environ 7,5 milliards de dollars. Pour cela, la famille Reimann
n’hésite pas à faire des arbitrages.
En début d’année, JAB a cédé le
contrôle du chausseur de luxe
Bally à une entreprise chinoise.
L’été dernier, il avait revendu ses
67 % dans Jimmy Choo à la marque de prêt-à-porter américaine
Michael Kors. ■
EN BREF
THALES MONTE DANS
LE TRAIN AUTONOME
£ Thales vient de finaliser
l’acquisition de Cubris, un
spécialiste des systèmes de
conduite assistée pour les trains
de grandes lignes, qui lui
« ouvre la voie au train
autonome ». Cubris, basé
à Copenhague, emploie quinze
personnes.
FONCIÈRE DES RÉGIONS
REBAPTISÉE COVIVIO
£ Foncière des Régions,
spécialiste français de
l’immobilier de bureaux,
change de nom et s’appelle
désormais Covivio. Quatrième
foncière européenne avec un
patrimoine de 21 milliards
d’euros, elle se rebaptise pour
tenir compte de son expansion
en Europe : la moitié de ses
actifs se trouvent désormais en
Allemagne et en Italie.
ELIOR PROMET UNE
STRICTE DISCIPLINE
FINANCIÈRE
£ Le groupe français de
restauration collective et
commerciale a promis mardi
une stricte discipline financière
dans la gestion du groupe,
après un premier semestre
décevant. « La rentabilité des
opérations a été plus faible que
prévu », a concédé Philippe
Guillemot, directeur général.
Elior a enregistré un bénéfice
net de 37 millions d’euros au
premier semestre de son
exercice 2017-2018, en baisse
de 36 % sur un an.
+@
» Pourquoi les prix de
l’essence et du diesel
continuent de grimper
» La génération Z, les réseaux
sociaux et la recherche d’emploi
www.lefigaro.fr/economie
LA SÉANCE DU MARDI 29 MAI
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 47,44
♣
AIR LIQUIDE ..................................
106,4
AIRBUS .............................................. 97,32
ARCELORMITTAL SA ..................................
27,72
ATOS .............................................. 113,8
AXA ..............................................
21,53
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
57,22
BOUYGUES ..............................................
39,82
CAPGEMINI ..............................................
114,4
CARREFOUR ..............................................
15,535
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,04
DANONE ..............................................66,84
ENGIE .............................................. 13,735
ESSILOR INTL. ..................................117,4
KERING ..............................................487,2
L'OREAL ..............................................207,1
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
44,71
LEGRAND ..............................................64,86
LVMH .............................................. 297,8
♣
MICHELIN ..............................................
111,75
%VAR.
+HAUTJOUR
-2,47 48,57
-0,7
107,5
+0,12
98,48
-1,6
28,135
-1,85 115,25
-3,41
22,1
-4,46 59,25
-1,53 40,29
-1,46 115,35
-1,99
15,78
-3,29
12,29
-0,95 67,35
-0,54
13,805
-0,3
118
-0,41 490,9
-0,43 209
-1
45,2
-2,61
66,22
-1,88 304,25
-3,25 115,1
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
47,33
106,1
95,62
27,39
113,45
21,34
56,76
39,59
113,55
15,385
11,805
66,61
13,505
116,4
482,2
205,1
44,26
64,72
297,7
111,75
0,375
0,388
0,199
0,21
0,339
0,777
0,912
0,283
0,274
0,864
0,74
0,309
0,344
0,347
0,158
0,148
0,077
0,291
0,194
0,464
+10,33
+1,29
+17,25
+2,23
-6,22
-12,96
-8,08
-8,06
+15,68
-13,89
-12,75
-4,45
-4,19
+2,13
+33,37
+11,98
-4,95
+1,04
+21,35
-6,52
JOUR
ORANGE ..............................................14,725
PERNOD RICARD ..................................
145,6
PEUGEOT ..............................................
20,14
♣ 59,06
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
83,55
SAFRAN ..............................................
100,4
SAINT GOBAIN ..................................
43,115
SANOFI ..............................................65,78
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
74,28
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
39,18
SODEXO ..............................................82,7
SOLVAY ..............................................
116,6
STMICROELECTRONICS .............................
20,27
TECHNIPFMC ..................................26,78
TOTAL .............................................. 51,01
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
187,25
VALEO .............................................. 54,36
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,6
♣
VINCI .............................................. 84,06
VIVENDI ..............................................22,24
%VAR.
-1,01
-0,17
-2,85
-2,73
-1,95
+0,75
-1,11
+0,4
-2,47
-2,86
-2,89
-1,19
-1,27
+2,02
+0,49
-1,27
-3,38
-1,26
-1,94
-1,11
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,83
146,2
20,58
60,58
84,71
101
43,415
66,08
75,86
40
85
117,5
20,72
26,93
51,48
189
56,06
19,805
85,08
22,51
14,58
144,8
19,915
58,86
82,23
98,3
42,605
64,45
74,1
38,69
81,88
115,45
20,15
25,62
49,49
186,15
54,36
19,45
84,06
22,04
%CAP.ECH
0,37
0,211
0,481
0,377
0,522
0,295
0,449
0,296
0,524
1,242
0,408
0,306
0,408
0
0,378
0,923
1,479
0,44
0,284
0,245
31/12
+1,73
+10,34
+18,79
+4,25
-0,43
+16,87
-6,23
-8,45
+4,83
-8,99
-26,19
+0,6
+11,34
+3,6
+10,78
-10,83
-12,7
-7,87
-1,28
-0,8
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5366
1,5058
0,8714
9,0681
125,88
1,1517
1,1558
2,9732
11,103
5,334
20,82
7,4174
78,406
135,75
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
35970
35690
+3,51
NAPOLEON ..................................................... 208,9
206
+0,97
PIECE 10 DOL USA .....................................................
589
588
+0,17
PIECE 10 FLORINS .....................................................
219
214
+2,91
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1220
1210
+4,45
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
210
208
+2,94
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
300
299
-1,64
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1325
1325
+1,15
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
113,7
113,7
+3,55
PIECE SUISSE 20F .....................................................
207,9
205,1
+2,57
PIECE LATINE 20F .....................................................
211
208
+3,99
SOUVERAIN ..................................................... 262
261,9
+0,5
KRUGERRAND .....................................................1195
1185
+6,82
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VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
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UNI HOCHE C ................................................
286,94 25/05/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
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Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
49,69 24/05/18
BELLATRIX C ................................................
339,55 24/05/18
SIRIUS ................................................57,10 25/05/18
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le du Conseil européen des relations internationales, un cercle de réflexion qu’il
a contribué à financer.
Conformément au vote des Britanniques en faveur du Brexit au mois de
juin 2016, le Royaume-Uni doit quitter
l’Union européenne d’ici au mois de
mars 2019. Le pays peut toutefois se
maintenir dans l’Union douanière pen-
dant une période de transition, jusqu’à la
fin de l’année 2020. Le temps pour les
partenaires de mettre en place un nouveau système.
« Au bout du compte, il revient au
peuple britannique de décider ce qu’il
veut, mais ce serait mieux qu’il se décide le plus rapidement possible », a lancé
le financier d’origine hongroise qui fi-
nance également l’organisation britannique pro-Union européenne Best for
Britain.
« Ce n’est plus une figure de style
que de dire que l’Europe est en danger
existentiel, c’est la dure réalité », a par
ailleurs estimé le milliardaire. Selon lui,
depuis la crise financière mondiale de
2008, l’Union européenne « semble
avoir perdu son chemin ». L’homme
d’affaires affirme que « l’Union européenne doit se réinventer ». Elle est
confrontée à trois problèmes urgents :
« la crise des réfugiés, la politique
d’austérité qui a entravé le développement économique de l’Europe et la désintégration territoriale, illustrée par le
Brexit ».
HERVÉ ROUSSEAU
A
LE FINANCIER AMÉRICAIN GEORGE SOROS VENT DEBOUT CONTRE LE BREXIT
Le milliardaire américain George Soros,
ne décolère pas contre le Brexit. Selon
lui « le Brexit est un processus immensément dommageable » qui nuit tout
autant au Royaume-Uni qu’à l’Union
européenne. Le divorce sera long, « il
prendra probablement cinq ans, une
éternité », a déclaré mardi à Paris
George Soros lors de la réunion annuel-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO
24
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Le fonds espagnol Mediapro
bouscule le foot français en raflant la Ligue 1
Le foot français a obtenu 1,15 milliard d’euros par saison. Toutes les cartes de la télévision payante sont rebattues.
CAROLINE SALLE £@carolinesalle
ET ENGUÉRAND RENAULT
£@erenault
AUDIOVISUEL Énorme surprise
dans le monde de la télé. Canal+,
chaîne du foot français depuis trente-quatre ans, a été sortie du jeu.
C’est un fonds espagnol, totalement
inconnu en France, Mediapro qui
raffle la mise. La veille, Mediapro
perdait sur le tapis vert les droits du
foot italien après un veto de la Ligue
de foot transalpine. Le lendemain,
Mediapro gagnait trois des plus importants lots lors de l’appel d’offres
sur les droits audiovisuels du foot
français pour les saisons 2020 à
2024. La Ligue de football professionnel a gagné son pari. Elle voulait
obtenir 1 milliard d’euros par saison. Elle obtient 1,15 milliard
d’euros, même si deux des sept lots
mis aux enchères n’ont pas encore
trouvé preneur.
«Le foot français change de dimension », s’est réjoui Didier
Quillot, le directeur général de la
LFP. En fait, les droits du foot on fait
un bond de près de 60 % par rapport aux 730 millions payés actuellement par Canal+ et beIN Sports.
Sur quatre ans du contrat, la LFP va
donc ramasser 4,6 milliards
d’euros, de quoi hisser le foot français parmi l’élite européenne à parité avec l’Allemagne et l’Espagne.
Pour maximiser leurs chances de
réussite, Didier Quillot, aidé du ca-
Une caméra
de retransmission
sur le terrain
de Rennes, en mai,
lors d’une rencontre
de Ligue 1
contre Strasbourg.
V. MICHEL/ICON SPORT
binet Clifford Chance, a ouvert le
jeu aux fonds d’investissement, en
autorisant le fait de sous-licencier
les droits. Mediapro s’est engagé a
créé une chaîne 100 % sport en
2020 et à nouer des accords avec
des distributeurs pour commercialiser cette chaîne.
Mediapro a acheté le lot 1, qui
compte le grand match du dimanche soir (autrefois chasse gardée de
Canal+). Il a mis la main sur le lot 2,
avec deux matchs, celui du vendredi soir et du samedi après-midi. Enfin le lot 4, avec 5 matchs, dont celui
du dimanche 15 heures et surtout le
tout nouveau match du dimanche 13 heures, spécialement taillé
pour le public chinois. Or le fonds
Mediapro vient d’être racheté par le
chinois Hontai Capital. C’est donc
un tandem sino-espagnol qui détient désormais les clés de la Ligue 1
de foot.
Pour sa part, la chaîne qatarienne
beIN Sports, sauve les meubles. Elle
a acheté le lot 3, avec les matchs du
samedi soir et du dimanche 17 heures, soit nettement moins de matchs
qu’il n’en diffuse actuellement.
Canal+ écarté du jeu
Pour Canal+, c’est le choc. Pour la
première fois depuis trente-quatre
ans, la chaîne cryptée est écartée des
droits du foot. Elle n’obtient aucun
lot. Maxime Saada, le président du
directoire du groupe Canal+, avait
prévenu qu’il ne ruinerait pas la
chaîne en misant beaucoup d’argent. Résultat, Canal+ a misé sur
tous les lots, mais pas suffisamment.
Il repart bredouille. Cela ne veut pas
dire pour autant qu’il n’y aura plus
de football pour les abonnés. Car la
chaîne pourrait distribuer la chaîne
de sport de Mediapro, comme elle le
fait déjà avec beIN Sports. «La seule
certitude est que Canal+ ne mourra
pas d’avoir payé trop cher pour les
droits du foot. Le vrai problème, c’est
de savoir comment Mediapro va créer
de la valeur avec des droits qu’il a surpayé. En Italie, Sky a contesté devant
la justice l’attribution des droits du
foot italien à Mediapro et a gagné.
Canal+ étudie toutes les options dont
celle d’un recours », a expliqué
Maxime Saada.
Canal+ risque de changer de dimension. À partir de 2020 ce ne sera
plus la chaîne du foot. La question
est aujourd’hui se savoir si Canal+
pourrait totalement changer de
modèle en se concentrant uniquement sur les thématiques cinéma et
série, comme l’avait évoqué Maxime Saada dans une interview au
Film français au mois de mai.
Autre grande surprise. On attendait l’arrivée de l’opérateur Altice,
mais c’est son concurrent Free qui a
fait son entrée dans le foot français.
Il gagne le lot 6 pour les matchs en
différé et des extraits qui peuvent
être diffusés sur les smartphones. ■
EN BREF
L’e-sport reste au cœur du modèle de Riot Games
Les équipes devront payer 10 millions d’euros pour participer à la ligue européenne.
60 000
euros
A
Salaire annuel
minimum d’un joueur
professionnel de
« League of Legends »
dans le championnat
européen
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
JEUX VIDÉO Pour consolider le
marché encore balbutiant de l’esport en Europe, Riot Games emploie les grands moyens. Le leader
mondial de l’e-sport, créateur du
jeu compétitif League of Legends et
propriété du chinois Tencent, a décidé au printemps de bouleverser
les règles du jeu pour sa « ligue 1 » à
partir de 2019. Adieu le championnat avec système de relégation pour
les lanternes rouges. Désormais, les
équipes sécurisent leur présence
dans le championnat européen (les
LCS) pour trois ans contre un chèque de 10 millions d’euros.
Ce système, dit de franchise, est
identique à celui du sport traditionnel américain. « Sans assurance sur
le long terme, les investisseurs sont
frileux pour se lancer dans l’e-sport.
Le système de franchise permet de les
rassurer : leur équipe ne sera pas reléguée », explique le PDG de Riot Games, le Français Nicolo Laurent. Ce
système est utilisé depuis un an aux
États-Unis et a permis l’éclosion
d’équipes professionnelles de League of Legends créées par des grands
clubs de basket ou de baseball. En
Europe, le processus de sélection a
débuté en avril et se terminera en
novembre. « Nous avons reçu plus de
candidatures que les dix places disponibles », souligne Nicolo Laurent. Il
se murmure que des clubs de football comme Arsenal ou Swansea seraient intéressés.
A contrario, le club allemand de
football Schalke, un précurseur sur
le marché de l’e-sport, ne souhaiterait pas faire un tel chèque. Le PSG a,
lui, abandonné League of Legends
fin 2017 par manque de retour sur
investissement. « Nous voulons des
partenaires sérieux qui vont s’engager sur le long terme. Si des équipes
ne parviennent pas à lever 10 millions
d’euros, nous avons des doutes sur
leur viabilité », argue Nicolo Laurent.
Investissement à perte
L’argent récolté, auxquels s’ajoutent les droits médias, le sponsoring
et les produits dérivés, est réinjecté
dans l’écosystème. Un tiers sert à
rémunérer les joueurs, qui devront
être sous contrat avec un salaire minimum de 60 000 euros par an. Un
autre tiers part chez les équipes. Enfin, le reliquat va chez Riot Games
pour financer l’organisation des
événements. « Nous investissons
énormément dans la scène e-sport de
League of Legends, avec 14 ligues
dans le monde, et cette activité est
déficitaire pour nous », indique Nicolo Laurent.
Les compétitions sont un plan
marketing géant pour promouvoir
le jeu, téléchargeable gratuitement,
avec achats optionnels d’objets vir-
tuels. « C’est sur ce versant que nous
gagnons de l’argent », précise le
PDG, qui note que la fièvre autour
des droits de retransmission télé est
retombée. « League of Legends n’est
pas un jeu facile à comprendre. Il est
plus adapté au public sur Internet.
Nous signons de nombreux accords
avec des plateformes mondiales comme Twitch, YouTube ou Niconico en
Asie. » Le PDG affirme que la popularité du jeu n’a pas souffert de la
concurrence des titres à succès Fortnite ou PUBG. « Notre année 2017 a
été meilleure que 2016 », indique-til.
League of Legends fêtera l’an prochain ses 10 ans. Une longévité inhabituelle pour un jeu vidéo. Mais
Riot Games songe à la suite. Plusieurs projets sont en incubation
dans ses studios. « L’idée est de lancer un jeu qui durera plusieurs années, sans délaisser League of
Legends », précise Nicolo Laurent. ■
CARREFOUR CESSE
LE SPONSORING
SPORTIF
£ L’enseigne a décidé d’arrêter
de sponsoriser l’équipe
de France de football
et le Tour de France à partir
de l’année prochaine, a révélé
mardi le site Slash Sport.
« VRAIMENT »
EN LIQUIDATION
£ Polaris News, éditeur
du newsmagazine dont
la parution a été stoppée début
mai, s’est déclaré en cessation
de paiements et va demander
sa liquidation judiciaire.
Il employait une quinzaine
de salariés.
DISPARITION
DE MAURICE SÉVENO
£ Figure de l’ORTF au moment
du premier journal télévisé
en 1949 et lors de la grève de mai
1968, le journaliste Maurice
Séveno est décédé à 92 ans.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 953 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
MODE
DESIGN
NICOLAS GHESQUIÈRE SIGNE
UNE COLLECTION CROISIÈRE
EXCENTRIQUE POUR
LOUIS VUITTON PAGE 29
ENTRETIEN AVEC PATRICK
FREY, PDG DE LA MAISON
PIERRE FREY, ET SES FILS
PAGE 30
Un charme inuit
AD VITAM
Dans « Une année polaire », Samuel Collardey filme avec empathie
le quotidien d’un village du Groenland vu par un jeune instituteur.
Un tournage réalisé dans des conditions extrêmes. PAGE 26
La nouvelle ère des Arctic Monkeys
MUSIQUE Armé d’un sixième album réussi, le groupe anglais joue ce soir à Paris.
MORCEAU CHOISI
Olivier Nuc
onuc@lefigaro.fr
ous
contestons
fermement la présentation de l’article « Il faut sauver
la Chapelle du Lételé » publié le 24 mai 2018
dans « Le Figaro et Vous ».
La chapelle du Lételé, qui est
la propriété de l’une des parties au litige, n’est pas concernée par la procédure et la vue
qu’elle possède et qui est offerte du domaine public n’est
pas compromise. Il est par
conséquent déplacé de mettre
en avant la chapelle de Lételé
afin de mettre de son côté
l’opinion publique alors qu’il
ne s’agit que de la défense
d’intérêts privés et non
sacrés !
En effet, ce litige a trait à une
N
demande d’annulation du permis de construire accordé le
26 avril 2017 par le maire de
Courchevel pour une maison
individuelle de deux étages
hors sol d’une superficie de
299 m2 tous étages confondus.
Nous ne sommes pas promoteurs immobiliers comme
mentionnés dans l’article mais
un couple franco-brésilien,
avec quatre enfants, vivant et
travaillant à Courchevel depuis
plus de vingt ans qui aspire
simplement à construire leur
maison.
Enfin, la procédure a été introduite, non par une association comme écrit, mais bien
par les voisins du terrain sur
lequel sera construite notre
habitation principale. ■
LOUIS VUITTON, DOROTHÉE DEMEY/PIERRE FREY
a sortie de Tranquility Hotel Base
and Casino, il y a une dizaine de
jours, marquait le retour aux affaires du groupe Arctic Monkeys
après cinq années de silence.
Dans le morceau d’ouverture du disque,
Star Treatment, Alex Turner s’amuse à
s’imaginer en membre des Strokes. C’est
par amour de cette formation américaine
surgie de New York en 2001 que Turner,
natif de Sheffield, avait assemblé les Arctic
Monkeys quelques années plus tard. Dès
2006, et leur premier album, Whatever
People Say I Am, That’s What I’m Not, le
succès a été immédiat. Douze ans et cinq
albums plus tard, le gang emmené par Turner trône parmi les meilleures illustrations
du rock britannique actuel.
Le groupe en profite pour amorcer un
tournant assez spectaculaire. Articulé
autour du piano, l’album voit les guitares
L
qui ont fait la réputation d’Arctic Monkeys
passer au second plan. À 32 ans, Alex Turner a sans doute jugé qu’une mutation était
nécessaire. Ce faisant, le jeune homme se
rapproche du son de son autre groupe, Last
Shadow Puppets, qu’il a formé avec Miles
Kane, et dont les deux albums ont été de jolies réussites. Rock star avérée à peine sorti
de l’adolescence, Alex Turner a cumulé
suffisamment d’expérience pour sonner
comme un vétéran de la scène. En tout cas
comme un homme à qui on ne la fait plus.
L’ombre de David Bowie
Installé à Los Angeles, il livre une réflexion
intéressante sur son travail d’artiste et la
part de représentation assumée dans la
production de musique. Même sa voix a
gagné en profondeur et en intensité sur
cette série de chansons moins spectaculaires à la première écoute. Le chanteur s’est
plongé avec gourmandise dans une série
d’albums rock des années 1970, s’attardant
sans doute au passage sur plusieurs références de David Bowie, dont l’ombre plane
au-dessus de l’ensemble.
C’est dans un studio francilien que Tranquility Base Hotel and Casino a été enregistré. Dans le manoir de La Frette-sur-Seine,
un bâtiment du XIXe siècle qui a déjà abrité
les travaux de Nick Cave, Feist ou Charlie
Winston. C’est là que Turner a retranscrit
les pièces composées sur le piano Steinway
modèle Vertegrand qu’il a reçu en cadeau
pour son 30e anniversaire. « La présence du
piano dans le studio fut définitivement une
énorme part de la conception de cet album,
car il en fut soudainement le centre », explique-t-il aujourd’hui. L’instrument partage
la vedette avec le reste de l’instrumentarium : synthés analogiques, guitares discrètes, basse ronde et batterie en sourdine.
Très bons sur scène, les Arctic Monkeys
sont actuellement en tournée pour défendre ce nouveau répertoire. Certains de
leurs fans ont déjà manifesté leur mécontentement envers ce disque qui tranche radicalement avec leur production antérieure. Cette évolution est pourtant ce que l’on
demande à un artiste. Mais les amateurs de
rock sont parfois très conservateurs…
En concert ce soir au Zénith (Paris XIXe).
A
Droit de réponse
de Flavia et de PierreÉric Ducros-Bourdens
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO
26
L'ÉVÉNEMENT
Classe de neige
Entre documentaire et fiction, « Une année polaire »
allie merveilleusement le sens de la pédagogie et celui de l’aventure.
CINÉMA
P
MARIE-NOËLLE
TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
our prendre ses distances
avec le monde familier et la tradition familiale, Anders a choisi l’enseignement
au lieu de la ferme de ses ancêtres et un
poste d’instituteur très loin de son
Danemark natal : au Groenland. Dépaysement garanti, dès l’arrivée dans une
baie où les maisons colorées posées çà et là
sur la neige ont l’air d’un dessin d’enfant.
La première classe chez les Inuits est assez
exotique. Les bouilles asiatiques, les enfants sont charmants et d’une insolence
déconcertante. Ils refusent de donner leur
nom ou de répondre aux questions, se désintéressent très naturellement du cours
mais s’intéressent beaucoup à leur nouvel
instituteur, comme à un animal bizarre
qu’ils chahutent le soir en faisant des grimaces à sa fenêtre. Anders répond avec
bonne humeur – du moins au début…
Mais bientôt il doit se reconnaître perdu face à la désinvolture de ses élèves et
de leurs familles. Luther n’éveille pas la
moindre curiosité chez les Inuits de
moins de 10 ans. Ni chez leurs parents,
qui ne voient aucun inconvénient à ce
qu’ils manquent la classe. Anders va
commencer à comprendre cette étrange
indifférence en rendant visite à la famille
d’Asser, 8 ans, absent depuis une semaine. L’enfant est élevé par ses grands-parents (souvent, paraît-il, les parents sont
défaillants), superbe vieux couple buriné
par le temps, d’une noblesse biblique.
« C’est son grand-père qui lui apprend ce
dont il aura besoin pour vivre », dit la
vieille dame : chasser, pêcher, dresser les
chiens…
Humilité et bonne volonté
Et la transmission est urgente : cette
mémoire des gestes et des sens doit
s’acquérir dès l’enfance, ensuite il est
trop tard. Anders découvre que, pour
eux, l’école de la vie et son savoir em-
pirique compte plus que son école à lui,
qui détourne d’un apprentissage essentiel. Il reçoit une seconde leçon
quand il se fait recadrer : « Tu regardes
tout de haut, tu arrives avec tes idées
toutes faites… »
Le film prend alors un autre cours – où
Anders devient l’élève. Un élève plein
d’humilité et de bonne volonté, qui mérite pas à pas son initiation au Grand
Nord. Samuel Collardey est un cinéaste
étonnant, doué d’un tour de main unique pour mélanger et cuisiner subtilement les ingrédients du documentaire et
de la fiction. On serait bien en peine de
déceler ce qui appartient au véritable
Anders et ce qui est joué, mais sa personnalité à la fois solidement charpentée
et pleine de fraîcheur, sa solitude plus
interrogative que mélancolique font de
lui un personnage discrètement romanesque qui assure l’équilibre du film, entre intériorité et aventure.
Une année polaire pivote du monde
scolaire d’Anders à la vie des Inuits avec
une très belle scène funèbre, la mort du
grand-père et ses funérailles chrétiennes. Admis dans la communauté, Anders
va participer avec le petit Asser à une
longue expédition de chasse à l’ours polaire, magnifiquement filmée. On y voit
à la fois les rituels quotidiens du petit
groupe et l’immensité fabuleuse de neige, de ciel et de vent. On marche, on
guette, on lit les traces des animaux, on
construit un igloo, on a le cœur qui bat
en voyant apparaître au loin la belle ourse majestueuse et ses deux oursons. Collardey recueille d’une caméra limpide la
beauté de la nature et la sagesse des
hommes qui savent y vivre avec justesse. Un accord miraculeux. ■
« Une année polaire »
Aventure de Samuel Collardey
Avec Anders Hvidegaard,
Asser Boassen, Thomasine Jonathansen
Durée 1 h 34
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Anders Hvidegaard,
au contact de ses élèves,
apprend d’eux en même temps
qu’il leur transmet son savoir.
AD VITAM
TOURNAGE
EXTRÊME
Pour réaliser un film au Groenland,
il faut apprendre à aimer
le phoque. « C’est le plat préféré
des Inuits et c’est ce qui tient
le mieux au corps », explique
Samuel Collardey. L’équipe d’Une
année polaire a fait cinq séjours
de deux semaines au Groenland,
plus un au Danemark, entre
octobre et fin août. Collardey,
chef opérateur de formation,
a choisi du matériel spécifique
et fait des tests en chambre froide.
Sur la neige, impossible de poser
un rail de travelling ou de marcher
avec un Steadicam. Seule solution :
le drone. « Avec mon assistant,
on a utilisé un drone pour
des prises de vues aériennes mais
aussi pour des travellings sur une
moto neige. Il encaisse très bien
les chocs, raconte-t-il. L’image
est stable grâce au système
gyroscopique, les mouvements
de caméra sont très fluides. » É. S.
Samuel Collardey, de la Franche-Comté au Groenland
A
ÉTIENNE SORIN esorin@lefigaro.fr
Partir pour mieux revenir. Samuel
Collardey est allé au Groenland pour
renouer avec l’esprit de son premier
long-métrage, L’Apprenti, prix LouisDelluc du meilleur premier film en
2008. L’envie d’exotisme et le retour
aux sources dans un même élan. « Avec
Une année polaire, je voulais retrouver
la simplicité de L’Apprenti et de Du
soleil en hiver, un court-métrage dans
lequel je filmais un village de FrancheComté sous la neige. Le personnage
principal était mon cousin, un paysan, et
son neveu apprenti. »
Direction Tiniteqilaaq, hameau inuit
de 80 âmes. Collardey et sa coscénariste Catherine Paillé effectuent plusieurs
voyages, rencontrent les habitants et
imaginent plusieurs histoires. « On a
pensé dès le début à l’instituteur, un personnage au cœur du village, qui permet
d’entrer dans les familles. On voulait raconter le Groenland et les Inuits. » Sauf
que l’institutrice de Tiniteqilaaq part à
la retraite. Au bout d’un an, Collardey
connaît tout le monde sauf le nouvel
instituteur qui va être le personnage
principal de son film. « Je suis allé voir
le recteur et lui ai demandé de participer
au choix de l’instituteur. Il m’a dit non,
mais il a été sympa. Normalement, il envoie là-bas des gens en fin de carrière,
les jeunes ont tendance à s’en aller au
bout de trois semaines. Cette fois, il avait
rencontré un Danois qui avait les épaules. Il a appelé Anders devant moi pour
lui proposer le poste. Il lui a aussi dit qu’il
y aurait un film à tourner. Anders a dit
d’accord. J’ai pris un avion pour le rencontrer au Danemark et on s’est donné
rendez-vous en octobre à Tiniteqilaaq. »
Le cinéma de Collardey part d’une
base documentaire pour aller vers la
fiction. Loin du nouvel académisme qui
fait des ravages depuis Rosetta, le
Français maîtrise le cadrage, la lumière
et les situations. Pas de caméra au
poing pour suivre le protagoniste dans
son combat quotidien contre la misère
du monde. Le dispositif évolue d’un
film à l’autre. « Dans Tempête, on partait de Dominique, un marin-pêcheur
des Sables-d’Olonne qui avait vécu une
histoire forte avec sa famille quelques
années auparavant. Tous rejouaient leur
propre histoire. Pour écrire le scénario
d’Une année polaire, on est parti d’entretiens avec d’anciens instituteurs. Les
anecdotes changent, mais le trajet est
sensiblement le même. On construit le
récit en mélangeant ces histoires. Au
moment du tournage, je mets en place un
plateau pour diriger des non-professionnels qui jouent leur propre rôle. »
Convaincre les Inuits de faire les acteurs n’a pas été une mince affaire. Ils
ont d’abord eu peur de la caméra, peur
d’être pris dans quelque chose qu’ils ne
contrôlent pas. « Il m’a fallu du temps
pour être accepté. Mais je suis retourné à
Tiniteqilaaq pour leur montrer le film et ils
étaient heureux de voir leur paysage inscrit dans une histoire de cinéma. Ils ne sont
pas du tout blasés. Le fjord qu’ils voient
tous les matins les émerveille à l’écran. La
scène de l’ours est leur scène préférée. »
En partant au Groenland, Collardey a
renoué avec ses thèmes de prédilection : la famille, la paternité, la transmission. Pourquoi une
telle
obsession ?
« Je ne sais pas. Il
y a plein de réalisateurs qui racontent toujours
la même histoire. La famille est
un sujet riche. J’ai
perdu mon père
quand
j’avais
13
ans. »
Collardey n’avait rien pour entrer dans
la grande famille du cinéma. Il grandit
en Franche-Comté, passe un BTS
audiovisuel et travaille quatre ans comme technicien pour France 3 Grand Est.
Il commence à faire des stages sur des
tournages près de chez lui. Un jour, il se
retrouve sur le plateau d’un film de fin
d’étude de la Fémis, celui de Raphaël
Jacoulot, franc-comtois comme lui.
Collaboration avec Rochant
«J’ai préparé le concours de la Fémis, j’ai
été pris et j’ai adoré. Les premiers
mois, tout le monde se renifle mais
j’ai trouvé des compères. On
était une bonne dizaine à venir
d’un milieu prolo. Si je n’avais
pas fait la Fémis, je ne ferais
pas de cinéma. Quand tu
habites dans un village de
70 habitants en FrancheComté et que tes parents
sont ouvriers, si tu ne passes pas par une école, tu
n’y arrives pas. »
Collardey, 43 ans, y
est arrivé. Une année
polaire est son quatrième long-métrage. Éric
« Je suis retourné
à Tiniteqilaaq pour
leur montrer le film
et ils étaient heureux
de voir leur paysage inscrit
dans une histoire
de cinéma », confie Samuel
Collardey. JEROD HARRIS/AFP FORUM
Rochant l’a pris pour réaliser plusieurs
épisodes du Bureau des légendes, notamment la partie marocaine de la saison 2, censée se passer en Irak et en Syrie. « Une bonne école. Sept minutes
utiles par jour, il faut aller vite. Rochant
veut qu’on filme le scénario à la virgule
près. Après, on lui soumet notre découpage et nos idées de mise en scène. On en
discute et il tranche. Et j’ai eu l’occasion
de travailler avec de très bons acteurs
qui connaissent leur personnage par
cœur puisqu’ils l’ont développé sur une,
deux ou trois saisons. »
Travailler sur Le Bureau des légendes
lui a donné le goût des séries. Il a un
projet de série documentaire sur la justice aux États-Unis, où l’on peut filmer
les procès et où la défense et les médias
ont accès à tous les dossiers. Il a déjà
trouvé l’affaire, le cas d’une femme assassinée dans sa baignoire près de Miami quelques mois après avoir hérité de
son père, une des plus grandes fortunes
pétrolières texanes. Son fils est un fumeur de crack et l’arme du crime, un
couteau, vient de sa collection mais la
police fait d’un jeune cambrioleur noir
le coupable idéal. D’autres rebondissements viennent corser l’affaire. « On
va véritablement commencer à filmer
quand les avocats, commis d’office, vont
débuter leur enquête. On a juste tourné
un teaser pour essayer de vendre le projet. » Peut-être à Netflix, dont Collardey a rencontré les représentants en
janvier dernier quand Une année polaire a été sélectionné au Sundance Film
Festival. Après la froideur du Groenland, le soleil de Floride. ■
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LE FIGARO
mercredi 30 mai 2018
CULTURE
27
Le supplice
du fakir
CHRONIQUE Adapté de « L’Extraordinaire
Voyage du fakir », best-seller loufoque
de Romain Puertolas, le film de Ken Scott
oscille entre le clinquant et le laborieux.
Éric Neuhoff
eneuhoff@lefigaro.fr
est ballot. Il ne faut jamais s’endormir dans
une armoire. Même si on
est un fakir en provenance d’Inde. C’est déjà
assez compliqué de monter un meuble
Ikea. Rester la nuit dans un magasin de
la marque peut avoir des conséquences
incalculables. Des déménageurs vous
expédient en Angleterre dans un camion rempli de migrants.
Quand il se réveille, Aja ouvre de
grands yeux. L’étonnement est l’unique registre de l’acteur qui sourit bêtement une fois sur deux. « Touriste »,
crie-t-il aux officiers de l’immigration
qui se lancent soudain dans un numéro
de comédie musicale digne d’une dis-
C’
cothèque du Grau-du-Roi. Reprenons.
Le fakir explique à trois gamins qui
vont être emprisonnés pourquoi ils
vont perdre les plus belles années de
leur vie. Pour les convaincre, le faux
magicien raconte la sienne.
Avec L’Extraordinaire Voyage du
fakir, Ken Scott (Starbuck) adapte le
best-seller de Romain Puertolas. Il fait
ça avec l’innocence, la maladresse d’un
enfant à qui on a offert une boîte de
peinture. Il met des couleurs partout, se
barbouille de bonne humeur, accompagne son Candide vêtu de lin et de
candeur. Le film doit-il être interdit
aux plus de 5 ans ?
Dans les valises de Bérénice
Ce voyage à travers l’Europe se gave
de sentimentalisme. Les images empestent le numérique. Les poursuites
succèdent aux quiproquos. Le réalisateur confond rythme et frénésie,
s’agite comme un hamster pédalant à
vide dans sa cage. Une esthétique
Dhanush et Bérénice Béjo se barbouillent de couleurs et de bonne humeur sur la piste de danse.
kitsch baigne l’écran. Des pétales de
roses tombent du ciel. Les costumes
multicolores brillent de mille feux.
À Paris, notre nigaud s’amourache
d’une Américaine. Plus nunuche que
cette blondinette, tu meurs. À Rome,
il se retrouve dans les valises de Bérénice Bejo, qui est obligée de danser
avec lui dans une boîte de nuit et
qu’un soupirant richissime poursuit
de ses assiduités. En Libye, il s’envole
à bord d’une montgolfière. Évidemment, elle tombe en panne. Le voilà
sur un cargo rempli de trafiquants
avec une mallette bourrée de billets
(vous suivez toujours ou vous êtes déjà
entré dans la salle voisine ?). Il y a des
rendez-vous sur la tour Eiffel, des
exercices de lévitation, des flash-back
à tire-larigot. C’est que le naïf cherche
à savoir qui était son père. Bien sûr,
cette quête exige de montrer le moindre décor comme une carte postale,
de feindre une allégresse constante,
de ne pas oublier le sort des damnés de
la terre. Le pauvre Gérard Jugnot joue
un chauffeur de taxi malhonnête. Il a
l’air un peu crispé, inquiet à l’idée de
ce que les anciens du Splendid vont
penser de lui.
Il est rare d’assister à un spectacle
aussi laid, clinquant, laborieux. Tout
SONY PICTURES RELEASING FRANCE
cet argent qu’il aurait été plus utile de
dépenser pour aider les clandestins de
toutes origines. S’il est risqué de ronfler dans une armoire en kit, il est
parfois déconseillé de rester éveillé
dans un cinéma. Pourquoi subir cela ?
On a dû faire quelque chose de mal
dans une vie antérieure. ■
« L’Extraordinaire
Voyage du fakir »
Comédie de Ken Scott
Avec Dhanush, Bérénice Bejo
Durée 1 h 40
■ L’avis du Figaro : ¡¡¡¡
Jacques Mayol,
la vérité sur « Le Grand Bleu »
Cherche François
Damiens désespérément
CINÉMA Dans « L’Homme dauphin », Lefteris Charitos livre un portrait
CINÉMA Tourné en caméra cachée,
contrasté du plongeur qui a inspiré le film à succès de Luc Besson.
« Mon Ket » aligne des saynètes bancales. Raté !
rente ans après la sortie du
Grand Bleu de Luc Besson, un
documentaire relate le parcours du célèbre plongeur
apnéiste, Jacques Mayol, qui
a inspiré le film. À mille lieues du personnage romantique joué par JeanMarc Barr qui a enthousiasmé les foules en mai 1988 (le film avait fait
9,2 millions d’entrées en France).
Lefteris Charitos brosse le portrait
contrasté d’un aventurier « vagabond » charismatique né à Shanghaï en
1927, qui a grandi et commencé à plonger dans les mers du Japon. Issu de la
« génération Grand Bleu », le réalisateur grec a rencontré ceux qui ont côtoyé le sportif de haut niveau : des
plongeurs, des photographes sousmarins, un moine bouddhiste zen Mayol a suivi les enseignements du
yoga pour maîtriser sa respiration -, et
ses enfants. Le marathonien a eu une
fille, Dottie, et un fils, Jean-Jacques,
nés de son mariage avec Vibeke Boje
Wadsholt. « Ils ont été très honnêtes »,
signale le cinéaste.
De nombreuses images d’archives
dont des « films rares tournés en 16 mm
par des cinéastes pionniers de l’aprèsguerre » relatent les exploits de Jac-
Luc Besson a su saisir
le mystère des profondeurs
et les relations entre
le plongeur et les dauphins,
le reste est de la fiction
LEFTERIS CHARITOS
”
ques Mayol. Il a été le premier plongeur à descendre en apnée à plus de
100 mètres de profondeur au large de
l’île d’Elbe en 1976. Il avait 49 ans. En
1983, il atteint les 105 mètres. « C’était
quelqu’un de charismatique et très
controversé, qui savait exactement ce
qu’il voulait. Très seul, il aimait plus les
animaux que les humains, il était heureux seulement quand il plongeait »,
explique Lefteris Charitos. C’est sa
« rencontre » avec un dauphin,
Clown, au Seaquarium de Miami qui a
conforté Jacques Mayol dans son désir
de vivre avec les mammifères marins.
Lefteris Charitos rappelle les propos
de Jean-Marc Barr. Le « personnage »
qu’il a incarné pour Besson n’était pas
le « vrai Jacques Mayol ». « Le vrai
ARCHIVES FAMILLE MAYOL/DESTINY DISTRIBUTION
T
“
l y a eu Espace détente tiré de la
série Caméra café (M6), Connasse,
princesse des cœurs des pastilles
de Camille Cottin (Canal+) ou Jackass. Le film, de l’Américain Jeff
Tremaine (MTV), des longs-métrages
adaptés de programmes courts humoristiques télévisés. François Damiens,
remarqué dans La Famille Bélier ou Rien
à déclarer, adopte à son tour la recette.
Le réalisateur belge a tourné son premier film, Mon Ket, comme les sketches qui l’ont fait connaître, en caméra
cachée. En se mettant en scène et cette
fois en moins drôle. Sous-titré La Face
cachée de l’embrouille, sa fiction tournée avec une vingtaine d’anonymes
raconte les aventures de Dany Versavel
- lui-même - qui s’évade de prison
pour prendre en main l’éducation de
son fils Sullivan (Matteo Salamone).
I
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
Jacques Mayol (à gauche) et Jean-Marc Barr sur le tournage du Grand Bleu (1988).
était cent fois plus intéressant, avec bien
plus d’aspérités », a indiqué le comédien qui a rencontré le plongeur lors
du tournage du Grand Bleu. Une aventure qui a duré neuf mois.
Conseiller technique sur le tournage, Jacques Mayol aurait préféré jouer
son propre rôle. Lors de la sortie du
Grand Bleu, il s’est senti « dépossédé »
de son histoire. « Luc Besson a su saisir
le mystère des profondeurs et les relations entre le plongeur et les dauphins, le
reste est de la fiction », observe Lefteris
Charitos, qui a demandé à Jean-Marc
Barr d’être le narrateur de son documentaire. Jacques Mayol n’y apparaît
pas forcément sympathique. « Cynique », assure un proche, il « aimait la
mer et les femmes », renchérit un
autre. Il a été chauffeur de stars américaines et chasseur de trésors et de
homards. Le public apprend qu’il a
tourné un film érotique sous l’eau.
« J’ai choisi d’en diffuser un court extrait », précise Lefteris Charitos.
Le metteur en scène n’oublie pas le
côté précurseur de l’athlète philosophe, ses préoccupations pour la préservation de l’environnement et la nécessité de vivre en harmonie avec la
nature. Les séquences filmées dans
l’eau parlent d’elles-mêmes.
Marqué par la mort tragique de sa
compagne, Gerda, « l’homo delphinus » a choisi d’en finir « comme les
vieux dauphins qui vont mourir seuls »,
raconte l’un de ses amis japonais. Jacques Mayol s’est suicidé dans sa maison sur l’île d’Elbe en 2001. ■
« L’homme dauphin, sur
les traces de Jacques Mayol »
Documentaire de Lefteris Charitos
Avec Jean-Marc Barr (narrateur)
Durée 1 h 19
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
Quand la consternation domine
Devant et derrière la caméra donc,
François Damiens manque de finesse
dans le fond et la forme. Vulgaire, mal
dégrossi, sûr de lui, son personnage de
père proche d’un Jean-Claude Van
Damme et d’une lourdeur sans nom
peine à faire rire. On sauvera deux ou
trois séquences dont celle où Dany
Versavel apprend à fumer à son rejeton devant une vieille dame indignée
piégée par l’objectif de l’humoriste ou
celle saisie dans un hôpital où François
Damiens tombe sur un ancien vrai détenu. Mais la consternation domine et
le capital sympathie dont le comique
jouit grâce au succès de ses séries
(François l’Embrouille et autres) ne
suffit pas.
Mon Ket pèche par un scénario succinct, pourtant coécrit avec son complice Benoît Mariage et des saynètes
bancales collées grossièrement les unes
aux autres. La relation père-fils est un
prétexte trop fragile pour élaborer une
histoire qui tienne la route. Le jeu des
deux acteurs relève de la pêche à la ligne sans le matériel adéquat. Les dialogues indigents ne suscitent aucune
émotion. Le fiston trimballé d’un lieu à
l’autre semble se demander où il est
tombé, le spectateur aussi. ■
N. S.
« Mon Ket »
Comédie de François Damiens
Avec François Damiens,
Matteo Salamone
Durée 1 h 29
■
L’avis du Figaro : ○¡¡¡
A
LE CINÉMA
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mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO
28 CULTURE
« Cinq et la peau » tombe sous les sens
DRAME Réalisé en 1981, ce film de Pierre Rissient est un vagabondage intime dans Manille. Cet esthète
du septième art s’en est allé quelques jours avant le début du Festival de Cannes, qui lui a rendu hommage.
inq et la peau ? Le titre
étrange du film de Pierre Rissient, qui a
des faux airs de western ou de polar, est
en réalité le nom d’un vin chinois particulièrement remarquable composé de
cinq parfums et de l’écorce, qui ajoute
son propre parfum. Un vin qui « vous
dégrise plus qu’il ne grise, vous apporte
l’essence des choses et vous fait vivre l’essentiel de ce que vous avez vécu ». Variation suggérée par le metteur en scène :
les cinq sens et la peau – du temps, de la
ville…
Voilà une bonne entrée en matière
pour ce vagabondage intime dans Manille, tout en perceptions, en sensations,
en pas perdus, en regards arrêtés sur la
grâce soyeuse d’une femme, sur une
scène de rue ou un coin de paysage, en
oreille tendue aux bruits des chambres
d’hôtel, en gestes caressants, en rêveries
mystérieuses. Féodor Atkine, double du
réalisateur, interprète ce visiteur solitaire, de retour dans la capitale philippine qu’il connaît bien, avec un mélange
de sensualité nonchalante et de tension
secrète.
Réalisé en 1981, Cinq et la peau ressort
aujourd’hui sur les écrans en version
restaurée, complété à partir de la semaine prochaine par un excellent coffret DVD et Blu-ray qui comporte en
outre un commentaire du film par Pierre Rissient et Nicolas Pariser, et deux
Féodor Atkine, double du réalisateur, interprète un visiteur solitaire, de retour dans la capitale philippine qu’il connaît bien,
avec un mélange de sensualité nonchalante et de tension secrète. PIERRE RISSIENT/CARLOTTA FILMS
documentaires, Homme de cinéma :
Pierre Rissient, du journaliste américain
Todd McCarthy, et Gentleman Rissient
(édition de prestige limitée, par TF1 et
Carlotta). Juste hommage à un esthète
du cinéma passionné, décédé à la veille
du Festival de Cannes, dont il était un
des piliers. Cet inlassable découvreur a
parcouru le monde pendant des années
pour amener à Cannes des cinéastes inconnus qui, grâce à lui, ne le sont pas
restés.
« Un certain engagement »
Né dans la cinéphilie parisienne, Pierre
Rissient, avec ses amis du Mac Mahon, a
d’abord été un fervent défenseur de
grands Américains méconnus comme
Raoul Walsh ou blacklistés comme Joseph
Losey. À partir de 1975, il a commencé à
explorer le cinéma asiatique, dont il est
bientôt devenu un des meilleurs connaisseurs. C’est ainsi qu’il a découvert Manille, au temps de la dictature de Marcos
(chassé en 1986 et décédé trois ans plus
tard), et le metteur en scène Lino Brocka,
dont on voit quelques citations filmiques
La comédie italienne au passé recomposé
CINÉMA « Nous nous sommes tant aimés ! » d’Ettore Scola revient sur les écrans. Avec un charme intact.
E
ttore Scola n’était pas encore
très connu en 1974, à la sortie
de Nous nous sommes tant
aimés ! Ce titre a beaucoup fait
pour sa célébrité, même
auprès de ceux qui n’ont pas vu son
film : c’est un mot de passe qui court à
travers les générations, un refrain de
chanson, un refrain de chanson qu’on
reconnaît. Il contient dans sa phrase talisman le sourire et la nostalgie, la tendresse et la dérision. Le temps a passé
sur le film comme il passe dans le film,
et le charme opère toujours. « C’est un
film sur l’amour et l’amitié, et sur la décadence de l’amour et de l’amitié, donc
sur la mélancolie », a dit le réalisateur.
Trente ans d’histoire italienne et de
passion pour le cinéma s’enchevêtrent
autour du destin de quatre amis de jeunesse qui se perdent et se retrouvent. Les
trois garçons, Antonio (Nino Manfredi),
Gianni (Vittorio Gassman) et Nicola
(Stefano Satta Flores) étaient de jeunes
partisans à la fin de la Seconde Guerre
mondiale. La jolie et frivole Luciana
(Stefania Sandrelli) enroule et déroule
autour d’eux comme un ruban sa féminité joueuse, assez roublarde en fait.
Une plume brillante
Elle est d’abord la fiancée d’Antonio,
infirmier au sortir de la guerre. Une
profession qu’il gardera, qui va bien à
sa simplicité généreuse de bonne pâte
humaine. À l’opposé de l’arrivisme
cynique du beau Gianni, avocat stagiaire. Quand Gianni retrouve par hasard Antonio, dans un restaurant de
Rome, c’est le coup de foudre entre lui
et Luciana. Mais cela ne durera pas.
Gianni fait un mariage d’intérêt tandis
que Luciana suit vaille que vaille son
rêve décevant de devenir actrice : dans
une scène célèbre, on la voit, obscure
figurante, mêlée au tournage de La
Dolce Vita à la fontaine de Trevi, entre
Fellini et Mastroianni (qui sont venus
en personne tenir leur propre rôle
pour Scola).
Et Nicola ? C’est l’intellectuel de gauche, animateur de ciné-clubs et critique
de cinéma engagé, fervent défenseur de
Vittorio De Sica, à qui le film est dédié.
Passion coûteuse à laquelle il sacrifie le
bien-être de sa famille dans une autre
scène célèbre : un jeu télévisé sur le cinéma, que la mauvaise foi des animateurs lui fera perdre lors du quitte ou
double de la dernière question. L’émission est suivie par les autres, reliant à
leur insu les copains dispersés : une des
nombreuses trouvailles d’écriture et de
mise en scène qui font de cette longue
chronique un petit bijou du cinéma italien. La plume brillante des scénaristes
Age et Scarpelli accompagne parfaitement la façon de Scola de traiter la réalité sociale comme un tout organique
pour faire ce que le critique Jacques
Lourcelles appelle des « films-bilans »,
à la saveur douce-amère. Tour à tour,
les protagonistes s’adressent au spectateur pour faire le point sur leur évolution, procédé plaisamment ironique qui
coud ensemble le spectacle et la vie, l’illusion et le désenchantement, l’humour
et la nostalgie : toute la grâce de Nous
nous sommes tant aimés ! ■
M.-N. T.
« Nous nous sommes
tant aimés ! »
Comédie dramatique d’Ettore Scola
Avec Nino Manfredi, Vittorio Gassman,
Stefania Sandrelli
Durée 1 h 55
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
dans Cinq et la peau. On y rencontrera
aussi Fritz Lang et Raoul Walsh : le passionné du septième art n’allait pas abandonner la compagnie de ses réalisateurs
favoris, dans un film aussi personnel.
« Cinq et la peau est une sorte de journal
de bord poétique que je voulais très charnel, organique, vivant, sensoriel, nous
avait-il confié. Il exprime mon goût de la
culture et aussi un certain engagement. Ce
n’est en aucun cas un film à message, mais
il est ancré dans la réalité et il touche à des
thèmes toujours actuels, la misère des bidonvilles, la dictature, l’émigration, l’écologie. » Ces notes sociales, jointes au sens
du libertinage, rappellent que Pierre Rissient se réclamait de Roger Vailland et de
sa quête de « souveraineté de soi-même ».
Il a choisi pour coécrire le scénario le
couple de poètes Eugène Guillevic et Lucie Albertini. Guillevic, qui admire chez
le cinéaste l’art de faire vivre les villes
(« Il vous les donne et vous y jette »), a noté
à propos de leur travail : « Il s’agissait
pour nous d’écrire une sorte de monologue
intérieur (…). Un travail de marqueterie. »
Avec Alain Derobe à l’image, Cinq et la
peau est une errance envoûtante qui fait
regretter que Pierre Rissient n’ait pas davantage tourné. Mais il était trop occupé
à faire aimer le cinéma des autres. ■
« Cinq et la peau »
Drame de Pierre Rissient
Avec Féodor Atkine,
Eiko Matsuda, Gloria Diaz
Durée 1 h 35
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Les autres
films
■ « RETOUR À BOLLÈNE »
Drame de Saïd Hamich, 1 h 07.
PYRAMIDE DISTRIBUTION
C
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
Homme d’affaires à Abu Dhabi,
où il a réussi sa vie, Nassim
revient en France après
plusieurs années d’absence.
Il retrouve sa famille dans
la banlieue de Bollène, ville
du Vaucluse, et doit faire face
à un passé qu’il a fui. Portrait
touchant d’un expatrié
déraciné, sur fond de fracture
sociale et politique.
MICHAËL NAULIN
■ L’avis
du Figaro : ○○¡¡
■ « JE VAIS MIEUX »
Comédie de Jean-Pierre Améris,
1 h 26.
Wonder, l’histoire d’un conflit inusable
le monde ». « On gagnait 1,32 franc de
l’heure », se souvient une ouvrière en
souriant.
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
A
À
l’origine, il y a une simple
photo aperçue dans une revue de cinéma. Puis, un peu
plus tard, une séquence avec
une jeune femme qui pleure
et crie dans un film en noir et blanc
tourné par des étudiants de l’Idhec le
10 juin 1968, devant l’usine de Wonder
à Saint-Ouen, près de Paris.
Après la grève mouvementée, il y eut
la « reprise » du travail. Reprise, tel est le
titre du passionnant documentaire
d’Hervé Le Roux, disparu l’an dernier,
qui était retourné sur le site de l’usine en
1995. Sorti une première fois en 1997,
présenté au Festival de Cannes dans le
cadre de l’Acid (l’Association du cinéma
indépendant pour sa diffusion), son film
ressort aujourd’hui en version restaurée.
Le réalisateur avait décidé de reconstituer le cours des événements ; il se
comparait à l’inspecteur Maigret. Il avait
longuement enquêté pour retrouver les
acteurs de cette époque. En particulier
une héroïne involontaire, l’étonnante
ouvrière en colère, cheveux relevés sur
la nuque, haranguant ceux qui l’entourent, collègues et patrons. « Je ne mettrai
plus les pieds dans cette taule ! », répète-
P. CHANTIER/EUROPACORP
DOCUMENTAIRE « Reprise », qui raconte la vie ouvrière après une grève, ressort en version restaurée.
Pléthore de détails
Des ouvrières de Wonder manifestent contre les nombreux licenciements induits
par le plan de restructuration élaboré par Bernard Tapie, en 1984. JHR FILMS
t-elle, excédée. Hervé Le Roux la retrouvera-t-il ? Le suspense reste entier
jusqu’à la fin. Conscient de sa durée
– 3 heures et 12 minutes –, le réalisateur
avait prévu une « pause pipi » avant de
projeter la seconde partie.
« Conditions de travail épouvantables, c’était comme dans Les Temps
modernes de Charlot », « cadence infernale », « on marchait à la sonnette »... Les témoignages des ouvriers,
dont de nombreuses femmes âgées de
14 à 16, 17 ans, ne sont pas tendres.
D’autres, au contraire, plus rares aussi, se souviennent d’une période heureuse où il y avait du travail « pour tout
« Le tournage s’est déroulé sur trois mois,
de mai à août 1995, d’une manière discontinue, et parallèlement à l’enquête »,
indiquait Hervé Le Roux, qui tenait à
« redonner la parole » à des anonymes.
Soucieux d’objectivité, journaliste plus
que juge ou contradicteur, le réalisateur
s’était entretenu avec tous les postes de
la hiérarchie, du directeur de l’usine, un
ancien tirailleur, au manutentionnaire
en passant par l’ajusteur, sans oublier
les responsables des divers syndicats et
l’« épisode » Bernard Tapie.
En empathie avec ses « personnages », se mettant parfois lui-même en
scène, il avait reconstitué avec force
détails, images d’archives et témoignages l’histoire des employés d’une usine
censée fabriquer des piles inusables.
Personne n’a oublié le slogan de la pile
qui « ne s’use que si l’on s’en sert ». ■
« Reprise »
Documentaire d’Hervé Le Roux
Durée 3 h 12
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Trop gentil, trop soumis,
Laurent, à force d’encaisser,
finit par y laisser santé, travail,
famille… Et s’il apprenait
l’agressivité ? Une comédie
à deux temps, sympathique
d’abord, trop molle ensuite.
Améris a de la sensibilité.
Et s’il essayait le punch ? M.-N. T
■ L’avis du Figaro : ○¡¡¡
■ « OPÉRATION
BEYROUTH » Espionnage
de Brad Anderson, 1 h 49.
Un nouvel épisode d’OSS 117 ?
Non, un film d’espionnage
à l’ancienne sans le savoir-faire
d’un Sydney Pollack ou des
frères Scott. Avec Jon Hamm
(Mad Men), en diplomate
qui se promène toujours
avec son verre de whisky.
Un alcoolique mondain
É. S.
tout terrain.
■ L’avis du Figaro : ○¡¡¡
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LE FIGARO
mercredi 30 mai 2018
STYLE
29
Louis Vuitton à la Fondation Maeght,
une nouvelle ère signée Nicolas Ghesquière
COLLECTION Lundi soir, à l’occasion de son défilé croisière 2019 à Saint-Paul-de-Vence, le directeur artistique
livrait un éloge de l’excentricité, libérant son style et célébrant ses cinq années passées auprès du malletier.
Travail d’orfèvre
L’ancienne grande rédactrice du Vogue américain, Britannique qui a
commencé sa carrière dans les années
1970 comme mannequin pour Mary
Quant et Guy Bourdin, assiste à ce défilé dont elle est l’inspiration jusque
dans sa bande-son composée par
Woodkid, où l’on entend des extraits
de ses Mémoires (parus il y a quelques
années), lus par l’actrice Jennifer
Connelly, autre proche du designer.
« Grace représente une forme de liberté, à travers les décennies, elle a changé souvent de style en restant la même.
Au fil des looks, il y avait des citations
très claires de son attitude dans les années 1970, 1980, 1990… » La styliste,
également illustratrice, a dessiné ses
propres chats, Pumpkin et Blanket,
pour en faire le profil de sacs et se mêler au Monogram des cuirs - une collaboration qu’avait déjà expérimentée
le duo, à l’époque où Nicolas
Ghesquière était chez Balenciaga.
Le principe du style excentrique réside dans un apparent illogisme, il est
d’autant plus factice d’identifier un fil
narratif dans cette collection riche à
plus d’un titre, si ce n’est dans la précision de chaque pièce exécutée par
les ateliers LV. Derrière le minimalisme néobourgeois d’une blouse en crêpe de soie taillée aux manches ouvrant
le show, derrière le clash des motifs
(tartan vs jacquard) et des imprimés
(fleurs vs graphisme au crayon), derrière encore la friction de plumes surréalistes et de short en dentelle, demeure toujours ce travail d’orfèvre à
la démesure de Louis Vuitton. Jusqu’aux baskets-cuissardes (éléments
clés de cette mode très courte) « plus
appropriés pour marcher sur ce gravier
dont le crissement sous la semelle fait
partie de l’expérience de la Fondation
Maeght ». Gravier changé intégralement, à cette occasion, par le malletier pour une version flambant neuve
et immaculée, qui restera dans les
lieux. Un truc volé au Petit Poucet,
histoire de laisser son empreinte… ■
+ @ SUR LE WEB
» Retrouvez plus de mode
www.lefigaro.fr/madame
LOUIS VUITTON
ENVOYÉE SPÉCIALE
À SAINT-PAUL-DE-VENCE
oupant court aux rumeurs d’un possible départ, Nicolas
Ghesquière a communiqué la semaine
dernière le renouvellement de son
contrat avec Louis Vuitton, afin de
présenter sereinement sa nouvelle
croisière (voir l’interview, ci-dessous).
Mais lundi, un autre suspense tenaille
les invités (et l’organisation) de la
Fondation Maeght à Saint-Paul-deVence : pleuvra-t-il ou pas ? Alors
que trois jours plus tôt, le défilé Dior à
Chantilly a été quelque peu perturbé
par la pluie, la météo est finalement
clémente le temps du show dévoilé
entre les sculptures de Giacometti et
celles de Miro.
Cette tension climatique sied puissamment au vestiaire de Ghesquière,
déroutant et poétique, parfois épuré,
délibérément dissonant, perfusé à un
vintage inattendu chez le designer.
Avec ses cinquante-neuf silhouettes,
c’est la plus prolixe (et personnelle)
de ses collections, « sans doute parce
que défiler en marge du calendrier de la
Fashion Week, hors de Paris, donne une
intense liberté, justifie-t-il à l’issue du
show. Il est toujours intéressant d’imaginer quel type de femme peut s’approprier un lieu. Ici, il me paraissait que
c’était une figure incarnant l’excentricité, une notion un peu désuète.
Qu’est-ce qu’être excentrique ? Être
quelqu’un d’original, une expression
qu’on n’utilise plus, définir sa propre
personnalité en mélangeant des éléments qui rendent votre style presque
indéfinissable. Ce qui peut devenir un
mouvement ensuite. Ce parti pris m’a
donné envie de travailler avec Grace
Coddington ».
Nicolas Ghesquière (à droite) a choisi de présenter sa collection croisière 2019 pour Louis Vuitton dans le parc de la Fondation Maeght.
« Il faut du temps pour que les clientes s’habituent
à des codes, adhèrent à une histoire originale »
Rencontre avec Nicolas Ghesquière, le
directeur artistique des collections féminines de Louis Vuitton, dans son bureau parisien, avant le défilé.
LE FIGARO. - Il y a quelques jours,
vous avez souhaité communiquer
sur votre renouvellement de contrat.
C’est plutôt inhabituel, non ?
Nicolas GHESQUIÈRE. - Sur le communiqué, je pensais écrire « renouveler mes vœux », mais quelqu’un m’a
dit : « On va penser qu’il y avait du divorce dans l’air ! » (rires). Outre le fait
que j’en avais assez des rumeurs désagréables, je voulais partager ce réengagement après cinq années riches
d’images fortes, pendant lesquelles j’ai
pu développer un vocabulaire.
Un luxe, quand le mercato des designers
offre de moins en moins de temps
pour imprimer une signature.
De nos jours, à peine un directeur artistique est nommé que son travail doit être
reconnu et reconnaissable. Ce qui n’est
pas favorable à la création, au sens littéral. Il faut du temps pour que les clientes
s’habituent à des codes, adhèrent à une
histoire originale. C’est difficile surtout
pour les jeunes créateurs qui doivent endosser instantanément le rôle de la star,
mais aussi vendre, devenir instagrammable, être au service d’une maison.
Il y a cinq ans, comment
avez-vous exprimé votre vision
de Louis Vuitton à M. Arnault ?
J’avais cette formule, que je trouve toujours juste même si elle paraît simple :
« Ce qui est un grand classique, ce qui est
établi a été une nouveauté. C’est ce que je
pense devoir accomplir chez LV. Il va falloir se préparer à une forme d’innovation,
mais je vous garantis que je ferai tout ce
qui est possible pour essayer de faire des
classiques inédits. » J’aspire à réinventer
un style et apporter des produits relais,
du sang neuf à Louis Vuitton et, de ce
fait, au chiffre d’affaires.
Catherine Deneuve dit au sujet
de votre style qu’il est « pointu voire
excessif, mais c’est ce qui fait bouger
les lignes de la mode ». Pour vous,
un designer ne doit pas se contenter
de satisfaire la demande du public ?
Surtout pas ! Tout ne doit pas être compris immédiatement, ni sembler évident
dans l’association. J’aime créer cette
tension dans le vêtement et dans la façon d’assembler les pièces. J’aspire à
cette gymnastique mentale qui fait
qu’au premier abord, on n’aime pas
quelque chose et puis, avec le temps, on
finit par l’apprécier. Cela implique d’essuyer des critiques. Il m’était plus difficile de les encaisser autrefois. Chez
Balenciaga, les gens adoraient ou détestaient, j’ai reçu des commentaires justes, d’autres qui l’étaient moins. Mais
j’ai appris qu’une collection compliquée
au début peut se révéler avec le temps.
La vie d’une collection est longue, si
longue que parfois elle renaît au gré des
revivals sur d’autres podiums. Quand je
vois certaines de mes pièces, Vuitton ou
Balenciaga, fortement influencer…
“
Si je suis très inspiré par
l’histoire de Louis Vuitton,
je sais aussi en prendre
le contre-pied…
NICOLAS GHESQUIÈRE
”
Comment savez-vous si une collection
est conforme à la maison ?
Dès les premiers jours, j’ai cherché à caractériser mon vocabulaire pour
Vuitton, mais je ne suis pas un caméléon, c’est aussi moi derrière ces collections. Et si je suis très inspiré par l’histoire de LV, je sais aussi en prendre le
contre-pied. Il faut du courage, pour aller à rebours, voire transgresser…
C’est pourtant la philosophie de Michael
Burke (président de Louis Vuitton)
qui parle d’une griffe de tout temps
transgressive.
Oui elle l’est, mais elle est aussi une maison extrêmement établie, aux codes
forts et universels, au succès commercial unique. Il faut être encore plus courageux et un peu inconscient pour sortir
des rails. Chaque décision est mesurée.
Néanmoins, quand je suis trop sage - ça
m’arrive -, je n’obtiens pas pour autant
le meilleur résultat.
Votre première collection,
en mars 2014, était-elle « trop sage » ?
La semaine dernière, nous avons posté
sur les réseaux sociaux de petits films
retraçant ces cinq années et j’ai donc
revu le premier show. C’est intéressant
car, sur le moment, j’ai présenté des codes forts de couleurs et de formes mais
ce n’était pas une collection qui visuellement a fait dire aux gens : « Waouh,
c’est dingue, il y a une révolution chez
Vuitton ! » Elle a parlé aux initiés, mais
sans être spectaculaire. Délibérément, je
n’étais plus dans l’expérimental qui était
ma spécialité pendant mes années
Balenciaga (1997-2012). Mais finalement, deux ans après, cette saison-là a
porté ses fruits. Après quatre, cinq
autres collections, c’est l’esthétique de
cette première fois qui a fait école.
La surprise venait surtout
de ce que l’on attendait de vous.
Exactement, je pense que beaucoup se
disaient : « Ah, il va faire des trucs à la
Balenciaga, avec des hybridations, des
collages, etc. » Je l’ai fait - on n’échappe
pas à sa nature - mais de façon différente, parce que c’était pour Vuitton et que
le temps a passé. Si j’ai réalisé par le passé des choses que j’assume et que j’aime,
j’adore surtout ce que je fais aujourd’hui. Je suis toujours aussi exigeant
mais avec plus de subtilité et de simplicité. En vieillissant, on synthétise, on va
à l’essentiel.
Ce qui reste, c’est ce rapport au temps,
à l’anachronisme et à l’anticipation…
C’est complexe à expliquer, mais ce qui
m’intéresse dans la création, c’est le
côté Stargate, la porte du temps, les juxtapositions anachroniques qui provoquent de très beaux accidents de mode.
C’est une formule mais c’est la mienne.
On n’invente rien, ce ne sont pas de
grandes révolutions mais cela crée une
sorte de désir et de stimulation pour la
nouveauté.
C’est le cas de la collection
printemps-été 2018, par exemple.
L’idée était d’aborder le costume comme élément d’une garde-robe quotidienne, comme si une femme pensait :
« Tiens, je vais mettre un frac et un short
de sport. » Ce conflit d’époque, de style
n’est pas juste drôle, il intrigue, questionne. L’une de mes inspirations était
L’Esquive (2003) d’Abdellatif Kechiche
avec ces jeunes d’un atelier de théâtre en
banlieue qui répètent Marivaux et Sara
Forestier dans sa robe de courtisane et
son jeans.
On en revient toujours au cinéma, une
de vos grandes passions et influences.
Je rêverais de participer à la direction
artistique d’un film de David Fincher,
Christopher Nolan, Jacques Audiard…
Ou plus simplement, en signer les costumes. J’ai déjà été approché pour ce type
de projet, sans jamais avoir la possibilité
de les réaliser. L’histoire entre le cinéma
et la mode est extraordinaire. J’ai revu
récemment Le Cuisinier, le Voleur, sa
Femme et son Amant (1989) de Peter
Greenaway dont Jean Paul Gaultier a signé les costumes… qui sont fantastiques ! J’aime aussi énormément la façon
dont Karl (Lagerfeld) époque Chloé a
habillé Stéphane Audran dans les
Chabrol, les Bunuel. J’adorerais collaborer à un polar français, me glisser dans
une histoire, imaginer qui sont les personnages, ce qu’ils pourraient porter.
À l’heure du placement produit,
vous êtes l’un des rares à partager,
avec un cercle fidèle d’actrices,
une relation créative et personnelle.
Comme le mercato des directeurs artistiques, les égéries et les maisons sont devenues interchangeables. Je ne vais pas
vous mentir, ma première ambassadrice
chère à mon cœur est Charlotte
Gainsbourg. Elle a débarqué dans ma vie
un jour, en backstage de mon troisième
défilé Balenciaga et je ne m’en suis jamais
remis. L’initiation a commencé ce jourlà. Pour le dernier Cannes, en habillant
Léa Seydoux, je me suis souvenu de ma
première fois au Festival, en 2001, quand
Charlotte était membre du jury. Nous ne
nous rendions pas du tout compte du
protocole, de la robe du soir, etc. Elle a
porté des trucs du défilé et était géniale.
Cette considération de ce que je propose
est toujours présente dans mon rapport
aux actrices aujourd’hui, de Catherine
Deneuve à Emma Stone, Michelle
Williams, Jennifer Connelly, Léa évidemment. Elles ont en commun de sortir
des conventions même dans l’exercice
très calibré du red carpet.
PROPOS RECUEILLIS PAR H. G.
A
C
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO
30 STYLE
La maison Frey cultive
l’esprit de famille
ANNE EMMANUELLE THION, PIERRE FREY, NORMA EDITIONS, PIERRE FREY
ENTRETIEN À l’occasion de la sortie d’un livre et d’une exposition,
le point sur le parcours d’une tribu d’hommes épris de créativité.
À gauche, collection La Smala, brodée sur lin, en collaboration avec les étudiants des Arts décoratifs. À droite, collections Arapahos et Grand Canyon, qui évoquent le Nouveau Monde.
L
d’Asie, nous avons créé une filiale làbas. C’est formidable d’avoir un « Frey à
Singapour ». Pierre est beaucoup plus
dans la communication, l’image, les
événements, la presse… La création, les
meubles sur lesquels il travaille. Vincent, lui, est directeur général du groupe, mais avec un aspect marketing, finances,
commerce
et
relations
humaines… Et puis moi, je compte les
points ! (rires). J’ai gardé la direction générale pour des décisions importantes
en prenant beaucoup de recul sur le
quotidien et la création d’une façon générale, parce que c’est comme ça depuis
presque cinquante ans. Il faut que tout
soit prêt pour que l’entreprise soit transmise, ce qui est difficile en France.
CATHERINE DEYDIER
cdeydier@lefigaro.fr
a monographie signée Anne
Bony aux Éditions Norma* et l’exposition dans le showroom Pierre Frey,
27, rue du Mail, à Paris, célèbrent René
Prou, ce grand-père ensemblier dont la
modernité se révèle on ne peut plus actuelle. Patrick Frey, son petit-fils, a dû
reprendre, seul et très jeune, le flambeau de la maison de textiles. En s’appuyant sur une tradition et des savoirfaire qu’il a su préserver, il a porté la
marque familiale dans le monde entier.
Aujourd’hui, ses trois fils, Pierre,
Vincent et Mathieu, en Asie, travaillent à
ses côtés. Rencontre.
A
LE FIGARO.- Que représente
pour vous cet hommage à René Prou,
votre grand-père ?
Patrick FREY.- Prou était un architecte
des années 1940, un « meublier » à
l’origine. On parlait déjà de meubles à
l’époque. J’ai voulu ce livre comme un
témoignage de la vie de maman qui adorait son père. Et rien n’avait été fait sur
lui. C’est un témoignage pour les générations à venir et pour mes fils, qu’ils sachent qui était ce monsieur et d’où nous
venons. Et rappeler que, curieusement,
si nous sommes ensemble aujourd’hui,
c’est grâce à lui, qui nous a donné cette
sensibilité et cet esprit maison. J’ai fait,
de mon vivant, ce que je voulais faire
pour leur ouvrir le chemin. C’est la première fois qu’autant de documents sont
rassemblés et montrés.
Avec l’acquisition de la maison Rosello,
vous redéveloppez le mobilier
chez Pierre Frey ?
Pierre FREY.- Les deux sont très liés,
mais cela a commencé il y a quelques
mois, bien avant que la maison Rosello
ne rejoigne le groupe. On discutait avec
eux depuis longtemps. Le mobilier était
la dernière ligne de produits que l’on
avait envie d’ajouter. Ça fait quinze ans
qu’on fait du meuble et près de trois ans
que l’on sait que c’est le département
qu’on a envie d’explorer. Les actualités
Rosello et Prou sont venues conforter
cette idée. C’est un joli hasard, finalement assez logique et très complémentaire.
Vincent FREY.- La vocation de Pierre
Frey a toujours été d’être fournisseur
des décorateurs et de leurs créations, et
le métier du meuble s’inscrit dans cette
idée-là. Certes, il faut des compétences
techniques un peu différentes et un atelier de fabrication qui va avec. Mais ce
n’est pas aux antipodes.
Patrick FREY. - C’est aussi une vocation. On essaye de défendre certaines
valeurs du « made in France », d’expli-
Patrick Frey et ses trois fils, Pierre, Vincent et Mathieu.
quer à travers le monde à nos clients décorateurs que le « made in France » est
toujours vivant et qu’il a toujours son
mot à dire. Le fait que nous ayons décidé
de reprendre cet atelier qui était en train
de disparaître est essentiel. Finalement,
on a fait la même chose pour le tissage,
avec l’idée, cette fois, de présenter à
l’ensemble de nos clients des meubles
« made in France ».
Comment défendez-vous
le « made in France » ?
Vincent FREY.- Depuis quelques années, nous nous sommes beaucoup organisés pour nous démarquer par notre
niveau de qualité et d’exigence. Nous fabriquons à Cambrai. La fabrication de
meubles est à Villers-Cotterêts et le tissage est à côté de Cambrai.
Patrick FREY.-Nous exportons quasi-
ment 75 % de notre chiffre d’affaires. Je
dis toujours que les Français qui n’exportent pas ne se rendent pas compte à
quel point notre image dans le monde
est reconnue. On le sait dans la mode,
mais les PME ont aussi un rôle à jouer.
Comment vous partagez-vous
les tâches ?
Vincent FREY.- Si on se compare à
d’autres PME familiales françaises, on a
beaucoup de chance, parce qu’on a tous
les trois (tous les quatre avec notre quatrième frère) des envies, des ambitions
et des savoirs qui sont complémentaires.
Chacun à son terrain de jeu et nous nous
retrouvons plusieurs fois par semaine
pour avancer et continuer à répartir les
projets à venir. Il n’y a pas de vraie règle… En famille, c’est plus fluide.
Patrick FREY. - Matthieu couvre 13 pays
Vous participez tous à la création ?
Patrick FREY. - Oui, bien sûr. Beaucoup
plus qu’ils ne le disent (rires). Et c’est
très bien ! Mais je me rends compte que
je prends de la place. Forcément… C’est
une équation complexe, mais pas impossible. Il est quand même assez rare de
voir quatre hommes arriver à travailler
ensemble en bonne intelligence pour
continuer une entreprise qui a maintenant plus de 80 ans.
Vincent FREY.- Et les créations dont on
parle n’ont jamais aussi bien marché.
Même si la création est dirigée par la
même personne depuis 1976 !
Patrick FREY.- Créer, ça prend du
temps. Il faut bouger, sortir, dialoguer, il
faut savoir perdre du temps… Le fait que
mes fils me rejoignent me permet d’être
plus libre, que je sois d’accord ou non,
que je les écoute ou pas. Et il y a le petit
bureau de création constitué de mes
quatre collaboratrices… J’ai quand
même 71 ans, donc, forcément, je vois
les choses avec un certain œil qui n’est
pas le leur. Le mot « maison » est essentiel. C’est ce qui fait qu’il y a une âme,
une philosophie, une famille, une volonté d’aller dans un certain sens. Bien
sûr, une entreprise doit gagner de l’argent, bien sûr, elle doit être profitable…
Mais il est absolument fondamental qu’il
y ait des valeurs humaines derrière.
Vos prochaines priorités ?
Patrick FREY.- Il y a quatre axes très
complémentaires, le tissu, le papier
peint, les tapis et le meuble, qu’on essaie
de développer en parallèle à peu près à la
même cadence. Le meuble vient vraiment, au sens industriel du terme, avec
cette petite usine que nous venons
d’acheter. Maîtriser tout cela va prendre
un certain temps, mais la volonté d’aller
dans cette direction est bien réelle.
Pierre FREY.- Oui, avec notamment
deux gros lancements en septembre,
alors que sort en ce moment la collection
Le Manach, qui fait des papiers peints une première - imprimés à la main.
Après, nous avons des panoramiques
chez Frey et une ligne qui s’inscrit plus
dans la tradition que l’on connaît… On
n’arrête pas!
Patrick FREY.- Cela fait quarante ans
que l’on fait du papier peint, dix ans que
l’on met l’accent sur ces collections et
trois/quatre ans que l’on met un grand
coup d’accélérateur.
Pierre FREY.- J’aime bien dire que les
dessins sont descendus des rideaux pour
grimper sur les murs.
Vous travaillez aussi avec les étudiants
des Arts décoratifs.
Pierre FREY.- Notre grand-père a commencé en faisant travailler ses amis et
son entourage qui étaient souvent des
artistes. Les Arts décoratifs nous ont approchés il y a deux ans, nous les avons
fait travailler sur la collection qui est
sortie en janvier, et les produits nous ont
tellement plu que nous avons décidé de
les éditer. Au départ, on devait remettre
un prix, au final on a acheté huit dessins
et édité cinq.
Patrick FREY.- Pour nourrir la création,
il faut pouvoir sortir de la création de la
maison elle-même. Je trouve bien prétentieux et bien présomptueux de dire
que tout est fait maison. On finit par
tourner en rond comme dans un bocal. Il
est nécessaire de temps en temps d’aller
chercher des gens de talent, que ce soit
India Mahdavi, les Arts déco, Louise
Bourgoin, un céramiste ou Castelbajac, il
y a quelques années. Cela doit rester exceptionnel sinon on perd son âme, mais
cela amène un sang neuf à notre propre
créativité. Il faut qu’il y ait l’air du temps
et notre empreinte à nous. Notre air du
temps. Ce qui ne veut pas dire que c’est
le bon, mais c’est le nôtre.
Des projets un peu fous… ?
Patrick FREY.- On adorerait ouvrir un
hôtel Pierre Frey (rires). S’il y a bien un
métier qui nous est légitime, c’est celuilà. Mon grand-père le faisait déjà. Il possédait une boutique faubourg Saint-Honoré et, au-dessus, il avait installé un
bistro pour ses amis et ses clients. Il passait derrière le bar et leur offrait un verre. Cela illustre l’esprit festif de la famille, on aime avoir nos amis avec nous.
Est-ce qu’il arrive que vos fils
se liguent contre vous ?
Vincent FREY.- Il n’est pas au courant !
Patrick FREY.- Même si j’ai du mal, il
faut que je recule et que je les laisse
avancer, parce que la roue tourne.
Quand on a repris Rosello, on était tous
d’accord, bien sûr.
Pierre FREY.- Quand il y en a deux sur
trois qui sont d’accord, on y va. Mais
quand il y en a deux sur trois qui ne sont
pas d’accord… ■
* « René Prou. Entre Art déco
et modernisme », d’Anne Bony
et Gavriella Abekassis, Éditions Norma.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 30 mai 2018
AUTOMOBILE
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mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
Dolto, une vie pour les enfants
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Anaïs Feuillette et Gérard Miller retracent le parcours atypique de la grande pédiatre et psychanalyste
disparue il y a trente ans. Les parents, aujourd’hui, appliquent encore les conseils de cette pionnière.
Kenavo,
Bécassine
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
«
« Europe Matin »
Europe 1 | 7 heures | Mardi
I
eaucoup de gens pensent
qu’au début, les bébés ne
comprennent pas la langue
qu’on leur parle […]. En réalité, ils comprennent la langue vraie du cœur. » Cet extrait d’une
interview télévisée des années 1970,
diffusée dans le documentaire de Gérard Miller et Anaïs Feuillette, La Révolution Dolto, reflète bien la simplicité
pleine de bon sens qui caractérisait la
célèbre psychanalyste disparue il y a
bientôt trente ans, le 25 août 1988 à
l’âge de 79 ans.
Mais mine de rien, nous montre ce
film, cette femme, avec son faux air de
mamie gâteau, a su, fort de son intuition, mais aussi de son savoir théorique
de médecin et de praticien, changer le
regard de chacun sur les enfants.
À tel point, souligne Gérard Miller en
voix off, qu’aujourd’hui les parents,
sans même toujours connaître Françoise Dolto, appliquent
ses conseils, fondés sur
l’écoute de la parole des
petits. Ce qui ne signifie
○○○¡
pas, comme certains ont
pu le croire et le pensent
parfois encore, que la mère du chanteur
Carlos était favorable à ce que les bambins bénéficient d’une liberté sans limite. Les écouter ne signifie pas les pousser à devenir des enfants rois, mais
simplement les aider à prendre
conscience de leurs difficultés.
B
l y a du rififi dans le Landerneau.
Jean-Paul Ollivier, dans son
Histoire insolite et passionnée
de la Bretagne (Larousse), nous
renseigne : « Bécassine est née en
1905 dans les pages de La Semaine
de Suzette, sous le crayon du Parisien
Joseph Porphyre Pinchon, pour
illustrer une histoire signée
Jacqueline Rivière et intitulée
Une erreur de Bécassine. À partir de
1913, l’éditeur Maurice Languereau
écrit, sous le pseudonyme de
Caumery, une série d’histoires dont
elle est l’héroïne et qui connaissent
un beau succès. » Mais la petite
Bretonne - sans bouche ! - ne fait
pas l’unanimité. D’aucuns
considèrent que cette gentille niaise
symbolise l’arriération culturelle
de ces petites immigrées montées
à Paris au début du XXe siècle,
bonnes bonasses venues s’occuper
des enfants de familles bourgeoises
méprisantes. Le 20 juin prochain
sortira sur les écrans une adaptation
réalisée par Bruno Podalydès
des aventures de Bécassine, et ça
commence déjà à tousser du côté
de Quimper, de Brest ou de Rennes.
Sur Europe 1, le journaliste PierreBaptiste Vanzini nous fait savoir
qu’un collectif d’indépendantistes
bretons, Dispac’h, appelle au
boycott du film. Leur porte-parole,
Erwan, déclare, énervé : « Bécassine
est un symbole qui est très trash.
On la prend dans son symbole, c’està-dire celui de la bêtise, celui de
toutes ces femmes montées à Paris
qui finissent bonnes à tout faire ou
dans un bordel… » Bref, le mépris
des gens de la ville pour les gens
de la campagne. « On les met dans
une situation culturelle inférieure,
dit un autre […]. On les réduit à des
ploucs. » Bécassine avait été adaptée
au cinéma, dans les années 1940,
et le ton était déjà monté d’un cran.
La chanson de Chantal Goya,
quarante ans plus tard, n’avait pas
arrangé les choses. Bécassine, pas
à la sauce armoricaine, sotte lotte
sans orgueil, n’est définitivement
pas la cousine des Bretons. À suivre.
interviewé par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez aujourd’hui sur :
Des difficultés, Françoise Dolto en rencontra de sérieuses pendant sa propre
enfance. Née dans une famille bourgeoise en 1908, la petite Françoise
Marette fut marquée à jamais par le décès de sa grande sœur Jacqueline, emportée par un cancer en 1920. Elle reve-
20:55
CONSTANCE JAMET£@constancejamet
après ses créateurs, elle
est aussi bien regardée
par les Israéliens que
par les Palestiniens. Le
Hamas aurait même mis
un lien de visionnage sur son site. Devenue un succès mondial grâce à Netflix Stephen King figure parmi ses adeptes -,
Fauda dévoile sur Ciné + Club sa deuxième saison. Imaginée par un acteur, Lior
Raz, ex-membre des forces spéciales, et
son ami journaliste Avi Issacharoff, la série israélienne raconte le conflit des deux
côtés. « Personne en Israël ne parle des
opérations de notre armée dans les Terri-
D’
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4739
VERTICALEMENT
1. Musicien romantique égaré
au XXe siècle, ses compositeurs
préférés furent Schubert, Schumann et Chopin (prénom et nom).
- 2. Paon humain. Dans sa vallée,
on a exhumé de vieux Homo. - 3.
Témoignage hostile. - 4. En train
de fondre. Il domine les mornes
plaines. Faure en est l’homme
fort. - 5. Côté vent. Certains y aspirent, d’autres le redoutent.
Il donne des sueurs froides. - 6.
Dans l’intimité de Senna. Roman
à suspense. - 7. Matière à combinaison. Sa tenue est légère. - 8.
Coche qui attire les mouches.
Brûlées par excès de vitesse.
1
2
3
très simple et ils étaient très attentifs à ce
qu’elle leur racontait », dit le psychanalyste Marc Cousant. Françoise - devenue Dolto après son mariage avec le kinésithérapeute Boris Dolto en 1942 fera connaître ses idées au plus grand
nombre, dans ses livres, mais aussi, à
partir de 1976, dans son émission à succès « Lorsque l’enfant paraît », sur
France Inter avec Jacques Pradel.
Au final, Gérard Miller brosse avec
empathie le portrait d’une pionnière.
Dommage toutefois qu’il n’évoque qu’à
peine la foi catholique de Françoise
Dolto, connue aussi pour avoir publié
La Foi au risque de la psychanalyse. ■
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4738
HORIZONTALEMENT 1. Flandrin. - 2. Luxueuse. - 3. Amoindri. - 4. Gin.
tiaS. - 5. Énée. Mes. - 6. Lé. Stèle. - 7. LSD. Uni. - 8. Aces. TEG. - 9. Têtus.
Nu. - 10. ENA. Acné. - 11. Utiliser. - 12. Relieuse.
VERTICALEMENT 1. Flagellateur. - 2. Luminescente. - 3. Axone.
Détail. - 4. Nui. Ès. Su. Li. - 5. Dent. Tu. Saie. - 6. Rudiment. CSU.
- 7. Israéliennes. - 8. Neisse. Guère.
2
3
4
5
6
7
8
toires occupés. Pourtant, le prix de la
guerre et de vivre dans une zone de guerre
est le même, peu importe où l’on est »,
confie au Figaro le comédien de 47 ans.
Unité d’infiltration
Sous sa carrure de colosse bouillonnant, il
campe Doron Kavilio. Ce vétéran des forces spéciales de Tsahal goûte peu à la retraite et réintègre son unité d’infiltration
à chaque crise majeure. Précédemment,
il s’agissait de capturer un chef du Hamas. Désormais, Doron et ses collègues,
qui parlent couramment
arabe, doivent neutraliser un terroriste, formé
par Daech en Syrie. Pour
○○○¡
ne rien arranger, une
BRIDGE
vendetta est nourrie contre Doron. Le
djihadiste met à mal les rapports de force
et défie les responsables du Hamas, dont
le jeune Walid, adoubé en fin de saison 1.
Fauda (« chaos » en arabe) n’atteint pas
une objectivité puisque son point de vue
reste israélien. Mais le feuilleton ne cherche pas d’excuse à ses héros. Personne
n’a la morale pour soi. Déjà renouvelée
pour une saison 3, Fauda a propulsé la
carrière de son showrunner. Lior Raz a
décroché des seconds rôles à Hollywood
(Marie Madeleine) et s’est engagé à
concevoir des séries pour
Netflix, notamment sur
une chasse à l’homme
menée par le Mossad et la
CIA. ■
20.45
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
PROBLÈME DE DÉFENSE N° 2838 : Légion d’honneurs
D V 10 3
V76
DV4
D 10 6
N
O
E
S
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
AR4
D98
9 7 6 5 3
A4
La séquence (Tous vuln.) :
Sud Ouest Nord
Est
1SA passe 3SA
Entame : 2 de pour le 6 d’Est. À vous !
4
5
6
7
8
A
quitter le domicile familial et s’installer
dans une chambre pour y étudier.
Enfin libre, Françoise, qui avait déjà
lu des ouvrages de Freud dans la bibliothèque paternelle, décide de suivre une
analyse chez René Laforgue. Puis elle
devient médecin et se spécialise en pédiatrie. Elle rencontre Jacques Lacan
dont elle restera longtemps très proche,
et adhère en 1939 à la Société psychanalytique de Paris. Pendant la Seconde
Guerre mondiale, elle soigne par
l’écoute les enfants perturbés par l’absence des pères. Sa méthode fonctionne, elle ne cessera plus de l’appliquer.
« Elle parlait aux enfants d’une façon
Créée par un ancien de Tsahal, la série « Fauda » raconte le conflit des deux côtés.
Lior Raz incarne le vétéran Doron Kavilio
sorti de sa retraite pour intégrer
les forces spéciales du Tsahal.
HORIZONTALEMENT
1. Le canard enchaîné. - 2. Se
répandre en gémissements. - 3.
Ornement aguichant. - 4. Mal fini.
Juge international. - 5. Au centreouest de l’Afrique ou à l’est de
la Suède. Trou dans le cuir. - 6.
Travaille à la mine. - 7. Attendues
au virage. Tout juste sorti. - 8.
Interrogatoire du juge d’instruction. Vent mauvais. - 9. Plan de
marche. - 10. Personnel. Cité
syrienne vieille de quelque deux
mille ans. - 11. Os de la ceinture
scapulaire. - 12. Circonférences au
sommet de chefs religieux.
Pour Françoise Dolto, écouter les enfants c’était les aider à prendre conscience de leurs difficultés.
nait dans les années 1970 sur ce drame
qui, disait-elle, est « certainement pour
beaucoup dans le fait que je suis devenue
psychanalyste ». Les relations très difficiles de la jeune Françoise avec sa mère
sont évoquées. Une mère qui espérait
marier sa fille au plus vite, comme cela
se faisait à l’époque. Si bien qu’elle
voyait d’un très mauvais œil que Françoise passe son bac. Ensuite, elle fut opposée à ce qu’elle se lance dans des études de médecine. À tel point que la jeune
et brillante bachelière dut attendre l’âge
de 25 ans pour commencer son cursus.
C’est finalement grâce à son père, avec
lequel elle s’entendait bien, qu’elle put
Au cœur du chaos israélo-palestinien
WILD BUNCH/CANAL
LE BUZZ TV
Invité : Laurent Luyat
Le soin par l’écoute
PROD/FTV
32
9
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11
12
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2837 : Forcément…
Contrat : Sud joue 4 Piques, après une ouverture de 1 en Est (E.-O. vuln.).
Entame : Valet de pour le Roi d’Est qui encaisse l’As de puis contre-attaque du 3 de pour votre Dame qui tient. Sur le Roi de , tout le monde fournit petit.
Rééditez l’impasse gagnante à et encaissez l’As de . Si les atouts sont 2-2, n’en parlons
plus.
- Si Est a trois atouts, encaissez l’As de et sortez à l‘atout. Est devra rejouer ou en
coupe et défausse ou bien dans la fourchette.
- Si Ouest a trois atouts, il a déjà montré 3 points. Il n’a
R762
sûrement pas la Dame de , pour la double raison qu’il
D8
aurait soutenu à et qu’Est aurait une ouverte fantoARV42
74
matique en premier rouge contre vert avec seulement
8
10 points. Donc, encaissez l’As de puis As et Roi de . D 10 9
N
V 10 4 3
AR975
La Dame tombe en Est ? Parfait. Rien ne vient ? Sortez à
O E D 10 9
87
S
l’atout. Ouest devra rejouer ou en coupe et défausse 9 8 6 5
R 10 3 2
(car il n’a plus de , forcément…), vous livrant ainsi le
AV543
dixième pli.
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653
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mercredi 30 mai 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
33
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Ferdinand
Soleil : Lever 05h52 - Coucher 21h43 - Pleine Lune
19.20 Demain nous appartient 20.00
Le 20h 20.35 Le 20h le mag 20.50
C’est Canteloup. Divertissement.
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu 20.45 Alcaline 20.50 Parents mode d’emploi
19.00 19/20 20.00 Tout le sport. Magazine 20.05 Le journal de RolandGarros 20.30 Plus belle la vie
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
21.00 Joséphine, ange gardien
21.00
20.55
20.55
Série. Comédie dramatique
Série. Drame
Documentaire. Société
MATIN
15
Série. Comédie. Fra. 2003. Saison 7.
Avec M. Mathy. Le compteur à zéro.
Joséphine arrive chez un concessionnaire de taxi pour venir en aide
à Marc, qui ne sait ni lire, ni écrire.
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22.45 Joséphine, ange gardien. Série
0.40 Confessions intimes. Mag.
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Grey’s Anatomy
EU. Saison 14. Avec Ellen Pompeo,
Justin Chambers, Chandra Wilson,
Giacomo Gianniotti, Kevin McKidd.
2 épisodes. Inédits. Un agent de
l’immigration est à la recherche d’un
employé de l’hôpital.
Maman a tort
Fra. Saison 1. Avec Anne Charrier,
Pascal Elbé, Sophie Quinton, Camille
Lou, Samuel Theis. 2 épisodes. Inédits. Le probable commanditaire d’un
casse se rappelle au bon souvenir de
Marianne et se fait menaçant.
La révolution Dolto
20.50 Nucléaire,
l’impasse française
21.55 Débat 22.40 C dans l’air. Magazine 23.50 C à vous. Mag.
22.40 Questions directes Mag.
22.30 Grandir après Dolto Débat.
rester soi-même. Inédit - Jour de
neige 0.30 Night Shift. Série.
Présentation : Julian Bugier 0.15
Cash investigation. Magazine.
Inédit 23.35 Soir/3 0.10 Enquêtes de
régions. Magazine.
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15
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17
Réal. : Gérard Miller et Anaïs Feuillette. 1h35. Inédit. Ses idées ont
souvent surpris, parfois choqué,
mais ceux qui l’ont connue restent
fascinés par sa connexion avec le
monde de l’enfance.
22.50 Chicago Med Série. Être et
14
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Entrée libre. Magazine.
20
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15
Doc. Fra. 2018. Réal. : P. Benquet.
1h05. Inédit. La France, très nucléarisée, est en train de louper le virage
de la transition énergétique.
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APRÈS-MIDI
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19.00 Le retour des loups, une
chance pour le parc de Yellowstone
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu 19.45
Le 19.45 20.25 Scènes de ménages.
Série. Avec Anne-Élisabeth Blateau.
21.00
20.55
21.00
Film. Comédie
Film. Drame
Magazine. Vie pratique
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20.55 XIII
24
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Série. Thriller. Fra. 2008. Saison 1.
Avec S. Dorff. Le jour du soleil noir
(1/2). Un homme est retrouvé dans
une forêt de la côte Est des ÉtatsUnis, blessé et amnésique.
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22.45 Elite Squad. Film TV 0.40 Apocalypse Revolution. Film TV.
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19.00 Constructions hors limites.
Téléréalité
Problemos
Fra. 2017. Réal. : Éric Judor. 1h25.
Inédit. Avec Célia Rosich, Éric Judor,
Blanche Gardin. Jeanne et Victor,
chantres du «vivre autrement»,
voient la population terrestre décimée par une pandémie.
22.20 Get up ! Stand up ! Doc.
23.55 The Child in Time. Film TV 1.25
Surprises. Divertissement.
Mammuth
Fra. 2009. Réal. : Benoît Delépine,
Gustave Kervern. 1h25. Avec Gérard
Depardieu, Yolande Moreau, Isabelle
Adjani. Un homme à la retraite part à
moto rechercher ses bulletins de salaire auprès d’anciens employeurs.
22.25 Les nuits blanches du facteur Film 0.00 Eva Hesse. Doc. 0.55
La vie d’Adèle - Chapitres 1 et 2. Film.
Recherche appartement
ou maison
Prés. : Stéphane Plaza. 1h35. Elisabeta et Paolo/Valérie et Pierre/Léa
et Antoine. Inédit. Elisabeta et Paolo
vont retourner vivre en Italie et recherchent un pied-à-terre à Paris.
24
T (en °c)
20.50 High Side
Magazine. 2h00. Road Trip électrique en Italie. Inédit. Bader Benlekehal et son équipe effectuent un
périple de 700 km en Italie - Stage
commando tout terrain. Inédit.
22.50 Les grandes heures de l’automobile française. Documentaire.
22.35 Recherche appartement
ou maison : que sont-ils devenus ? Mag. Prés. : Stéphane Plaza.
<-10 à 0
18.10 Once Upon a Time. Série. Avec
Ginnifer Goodwin. 2 épisodes.
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Burger Quiz
21.00 Enquêtes criminelles :
le magazine des faits divers
21.00 Strike
Jeu. Prés. : Alain Chabat. 0h50. Inédit. Seize ans après son arrêt, «Burger Quiz» a fait son grand retour,
et Alain Chabat est à nouveau aux
manettes.
22.45 Burger Quiz. Jeu 23.40
90’ enquêtes. Magazine.
Mag. Prés. : Nathalie Renoux. 2h05.
Inédit. Au sommaire, notamment :
«Les disparues de Perpignan : le
mystère enfin résolu».
Jeu. Prés. : Lagaf’. 2h50. Inédit. Invités, notamment : Sophie Thalmann,
Laurent Maistret. Vincent Lagaf’ effectue son grand retour avec ce jeu
alliant bowling et culture générale.
23.05 Enquêtes criminelles : le
magazine des faits divers
23.50 Langue de bois s’abstenir.
Mag. Présentation : Philippe Labro.
SU DO KU
GRILLE 2523 MOYEN
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par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
FORCE 2
BANNIR
QUI A LE
GOÛT DU
CHICOTIN
PÉNIBLE
UN PEU
D’OSEILLE
GONFLEMENT
COURS À
ANGERS
NOUS
RENDRONS
présente
CRI DE
PERSAN
IL FAIT LE
TOUR DE
LA MAISON
17
CERCLE
DE DANSEURS
GRONDER
BIEN
VISIBLE
CONTRE
L’USAGE
BÂTONNET
DE LA MER
LE CHRIST
SÉPARÉE
DE SA
MÈRE
À NOUS
LE PERSONNEL
OU LA
DIRECTION
MATIÈRES
À ZESTES
PAN DE
JUPE
SYMBOLE
DU
SCANDIUM
CALME
MÉMOIRE
DE DISQUE
ART À
TOKYO
REMISE
EN ORDRE
ELLE
PERCE
LE CUIR
DÉVÊTUE
DES
CHAÎNES
AU SALON
CHLORE
CE N’EST
QU’UNE
HYPOTHÈSE
L’INTÉGRALITÉ
REMONTEPENTE
Volume
SA VOIE
EST
MYTHIQUE
DE L’EAU
PETIT
ARRANGEMENT
RACINGCLUB
FEMELLE
D’UN ROI
20/26
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
LAPINE
SIGNE
POUR LE
LIMIER
ACTION À
LA
BOURSE
IRRITANTS
FLEURS
DANS DES
PARTERRES
SAMEDI
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22.20 Storage Wars : enchères surprises. Téléréalité.
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VENDREDI
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Téléréalité. 1h20. Le baptême du feu
de Brandi. Jarrod et Brandi s’occupent
des travaux de leur magasin - Hollywood. - Tambour battant.
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ÉCRITE
ANIMAUX
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enchères surprises
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
JEUDI
MOTS FLÉCHÉS N°1984
Chaque jour un peu plus difficile
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ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
IMPASSIBLE
P
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CONFISQUER AU
PASSAGE
L
ANCIENNE
MONNAIE
DE MILAN
B
O
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
G
A
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A
A
E
V
M
R E S S E C I T R O N
I N A
A S S O U R D I S S A N T E S
P T A I T
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E R I C
P O S E
C R A N
OM E G A
I N
S S O
I S S U
R E R
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A
L E U E
P A L A N
P E R D
E
B U S E
E X A C T
I E
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A
18.40 L’info du vrai (C). Magazine
20.40 Canalbis (C) 20.55 Catherine
et Liliane (C). Divertissement.
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18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 30 mai 2018 LE FIGARO
34
Dara Khosrowshahi,
disrupteur tranquille
Anne Fulda
afulda@lefigaro.fr
onjour, comment allez-vous ? »
Quand il sort de la berline noire
aux vitres teintées - un Uber évidemment -, qui doit le mener à
Polytechnique pour un débat avec
des étudiants, Dara Khosrowshahi tente quelques mots en français, assortis d’une franche poignée de main. Une ficelle de bon communicant ? Pas
vraiment, pas seulement. Le nouveau PDG d’Uber
monde, de passage la semaine dernière à Paris, en
marge du salon international des start-up, Vivatech,
entretient en effet une relation particulière avec la
France et pas seulement parce qu’elle a été le premier marché international de la plateforme de voitures avec chauffeurs.
Iranien d’origine, celui qui est aujourd’hui l’un des
nouveaux maîtres du monde de la Net économie, a
été élevé par une mère francophone et francophile
(elle écoute encore la radio en français sur Internet)
et a passé, enfant, tous ses étés dans le sud de la France, à Nice, « dans la baie des Anges » précise-t-il
avec un délicieux accent. À l’époque, le jeune garçon
évolue dans un cocon douillet, menant une vie de
rêve entre la propriété familiale à Téhéran (où son
père dirige un puissant conglomérat) et ses voyages à
l’étranger. Réunions joyeuses avec ses cousins, bains
sur la plage, virées pour acheter des bonbons au magasin du coin… Ces vacances niçoises sont les made-
B
«
ALAIN JOCARD/AFP
SUCCÈS Iranien d’origine, le nouveau PDG d’Uber monde a été élevé
par une mère francophone et francophile. Discret, à l’opposé
de la personnalité de son remuant prédécesseur, il a pour mission
de restaurer l’image de la start-up californienne en changeant sa culture.
leines de Proust de Dara Khosrowshahi. Elles repréquatre enfants a été choisi pour succéder à son resentent sa vie d’avant. Avant la révolution de 1978,
muant prédécesseur, le fondateur d’Uber, Travis
avant l’exil de sa famille - il a alors 9 ans -, en France
Kalanick. Avec un défi de taille : celui de restaurer
d’abord, brièvement, puis aux États-Unis, où l’un de
l’image de la start-up californienne, abîmée par de
ses oncles s’est installé, dans l’Upstate New York.
nombreux scandales, des batailles juridiques à la pelPreuve de ce lien particulier, ses grands-parents
le et des résultats financiers en berne.
sont enterrés au cimetière du PèreArrivé en août dernier à la tête de
Lachaise où il entend se rendre le lenl’entreprise implantée dans 65 pays,
demain avec sa femme.
« Dara », comme tout le monde l’appelle, entend ainsi y importer une
Sa femme, le PDG d’Uber y fait
nouvelle culture faite d’humilité et de
d’ailleurs souvent référence lors de
sobriété et empreinte de sa propre exnotre entretien. C’est son côté ins1969
périence, de cette incarnation du rêve
pecteur Columbo, M. Tout-le-MonNaissance
américain qu’il représente. Arrivé aux
de. Une simple apparence. Derrière
à Téhéran (Iran).
États-Unis « à une époque heureuse où
une allure classique (seule touche un
1978
les immigrants étaient encore bienvepeu funky, ses drôles de chaussettes
Sa famille quitte l’Iran
nus », ayant grandi près de New
tricolores) et une sorte de tranquille
peu de temps avant
York, « Dara » a en effet eu la vie d’un
assurance, derrière un abord direct et
la Révolution et s’installe
« parfait Américain de la classe
chaleureux, presque humble, l’anaux États-Unis, après un
moyenne » qui épatait ses copains par
cien patron d’Expédia affiche une décourt séjour en France.
ses prouesses au soccer (football), puis
termination en acier trempé et une
1991
a gravi les échelons à force de travail
philosophie de vie bien arrêtée.
Diplôme d’ingénieur
et de persévérance.
Convaincu que l’on doit faire des erde Brown University.
reurs pour progresser et qu’il faut
Patron le mieux payé
Intègre la banque
autant miser sur le caractère, le temdes États-Unis
d’affaires Allen
pérament des gens que sur leur QI
& Company.
(« c’est ce qui s’exprime quand les
Ingénieur, diplômé de la Brown Uni1998
temps sont durs »), il dit avoir été surversity (membre de la fameuse Ivy
Travaille avec Barry
tout influencé par deux modèles dans
League), il a en tout cas déjà derrière
Diller chez US Networks
sa vie : son père et Barry Diller qui lui
lui une carrière étonnante commenet IAC.
a donné la chance de réussir et lui a
cée dans le monde de la finance, à la
2005
appris la nécessité de vraiment écoubanque d’affaires Allen & Co. Nommé
Devient PDG d’Expédia.
ter ses interlocuteurs.
en 2005 à la tête d’Expédia, il en a fait
2017
l’un des plus gros voyagistes en ligne
C’est probablement pour cela, pour
Devient PDG
des États-Unis, multipliant par quatre
cette personnalité en même temps
d’Uber monde.
son chiffre d’affaires (de 2,1 milliards
apaisante et dense, que ce père de
Bio
EXPRESS
de dollars en 2005 à 8,7 milliards en 2017) et devenant
même en 2015 le patron le mieux payé des États-Unis.
Comme beaucoup de ses pairs de la Silicon Valley,
dont il n’est pas issu - « je viens de Seattle, une ville
endormie par rapport à San Francisco, je suis un outsider » -, Dara Khosrowshahi ne cache pas son opposition à la politique d’immigration de Donald Trump.
Estimant qu’il ne faut pas oublier « l’extraordinaire
liberté » que symbolise l’Amérique pour le reste du
monde, il se sent une responsabilité particulière en
raison de son passé d’immigré (il se souvient encore
de la nervosité de son père avant son entretien pour
obtenir la fameuse green card), mais aussi parce que
beaucoup de chauffeurs Uber sont immigrés : « Je
dois aussi être une voix pour les représenter. »
Lorsqu’il a rencontré, pendant quinze minutes en
tête à tête, Emmanuel Macron, à l’Élysée, mercredi
dernier, après que celui-ci a indiqué qu’il entendait
être en pointe à Bruxelles, notamment sur les questions de fiscalité des géants du numérique, Dara
Khosrowshahi n’a cependant pas parlé de politique.
« Cela a été assez direct. On a parlé business, et Emmanuel Macron a semblé content que nous nous engagions pour la couverture sociale de nos chauffeurs, le
statut de travailleur indépendant. » Estimant qu’il
faudrait « un Macron américain », le patron d’Uber a
trouvé le président français impressionnant. Est-ce
parce qu’il est lui aussi un produit de cette fameuse
« disruption » tant vantée dans le monde digital ?
« C’est vrai. Mais, nuance Khosrowshahi, il faut
pouvoir disrupter (innover par la rupture, NDLR)
sans rejeter. La mobilité dans les villes devait être repensée, réinventée, il ne s’agissait pas de disrupter
pour disrupter. Il faut de la disruption dans l’équilibre
et dans la durée. Cela doit aller avec le dialogue,
l’écoute. » Une loi universelle… ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Ligue [li-gh’] n. f.
Appartient à la Botte, mais pas à celle de l’Europe.
®
®
®
®
MEILLEUR FILM
D R A M AT I Q U E
MEILLEURE ACTRICE
MEILLEUR ACTEUR
MEILLEUR SCÉNARIO
DANS UN SECOND RÔLE
MEILLEURE ACTRICE
MEILLEUR ACTEUR
DANS
S UN
UN SECOND
SECOND RÔLE
RÔLE
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« LE FILM AMÉRICAIN DE L’ANNÉE »
A
© 2017 Twentieth Century Fox Film Corporation. All Rights Reserved. © 2018 Twentieth Century Fox Home Entertainment LLC. All Rights Reserved. Frédéric Andrieu pour FPE
- LE FIGARO
« MARTIN MCDONAGH SIGNE UN PETIT CHEF-D’ŒUVRE »
- LE PARISIEN
« UN FORMIDABLE FILM NOIR À LA MANIÈRE
DES FRÈRES COEN »
- L’EXPRESS
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
La photo qui tombe mal
pour la fille de Donald Trump
Ivanka Trump a involontairement déclenché une
polémique en postant, dimanche, sur son compte Twitter,
une innocente photo d’elle avec son fils. Elle est tombée
en pleine polémique sur la nouvelle politique migratoire
de son père, qui sépare les enfants de clandestins
de leurs parents avant d’expulser ces derniers.
Les services de santé ont, en outre, « perdu la trace »
de quelque 1 500 enfants ainsi isolés de leur famille.
Pour le glamour, c’est plutôt raté…
Éric Ciotti
et François Falletti
créent l’Institut Beccaria
EN BLU-RAY STEELBOOK
ET DVD À LA
Le député (LR) des Alpes-Maritimes
et l’ancien procureur général
de Paris ont lancé, lundi, un nouveau
think-tank consacré à la réflexion
sur les questions régaliennes.
Il associe des magistrats,
des universitaires et des avocats
comme l’ancien vice-bâtonnier
de Paris, Jean-Yves Leborgne. Prenant
acte de « l’affaiblissement progressif
de l’État », ils veulent « faire émerger
des propositions visant à renforcer
toute la chaîne pénale afin de répondre
aux menaces qui montent en France ».
Le vice-président
de la FCPE démissionne
Hervé-Jean Le Niger,
vice-président de la FCPE
(Fédération des conseils
de parents d’élèves) et président
de la section de Paris, a annoncé
le 25 mai sa démission.
« Je ne me reconnais plus
dans cette association, écrit-il.
Nous nous sommes bien éloignés
des valeurs que nous avons
toujours défendues : lutte contre
toute forme de discrimination,
tolérance, empathie, bienveillance,
sans parler des valeurs cardinales :
laïcité, gratuité, mixité sociale
et scolaire. »
TWITTER/IVANKATRUMP
2 OSCARS 4 GOLDEN
GLOBES
e bras de fer institutionnel se poursuit en Italie entre le président
de la République et les deux formations que sont 5 Étoiles et la Ligue.
Le mot vient de l’italien liga, qui lui-même descend du latin ligare, lier.
Une ligue désigne une alliance nouée pour défendre des intérêts communs.
Celle de Matteo Salvini s’appelait jadis la Ligue du Nord, ce qui en faisait une ligue
exclusivement ligure, ce vieux peuple du nord du pays. Ensuite, elle est devenue
la Ligue tout court, sans être pour autant être une sainte ou une communiste
révolutionnaire.
À quoi sert une ligue ? À se liguer. Tautologie, dira-t-on. Mais si ligue veut dire alliance,
se liguer signifie souvent se lier contre. Contre qui ? En l’occurrence le « système »,
l’Europe et son homme lige, Sergio Mattarella.
Ce programme fait une ligue. Mais une ligne? Car la Ligue est ligotée à son allié.
Mattarella, 5 Étoiles, la Ligue, la situation à Rome ressemble à un joli marigot
empli de crocodiles ; bien malin à ce jour celui qui peut dire si la formation de Salvini
a raison de faire de la surenchère, ou si le patron de la Ligue a tort ? ■
L
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