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Libération - 30 05 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2,00 € Première édition. No 11509
MERCREDI 30 MAI 2018
www.liberation.fr
VINCENT NGUYEN. RIVA PRESS
LOI ALIMENTATION
COMMENT
LES LOBBYS
CUISINENT
LES DÉPUTÉS
Amendements clés en main
et en série, invitations au
restaurant… Les industriels et les
syndicats agricoles ont pesé sur
le texte actuellement débattu
à l’Assemblée.
ENQUÊTE, PAGES 2-4
A Liège, une
attaque meurtrière
visant la police
Droits télé de
la Ligue 1 : Canal +
sur la touche
CINÉMA «Cinq et la
peau», un parfum
de Manille
Un délinquant de droit commun de 32 ans, qui avait obtenu
une permission de sortie de prison, a tué par balles trois personnes, dont deux policières, mardi matin, avant d’être abattu
par les forces de l’ordre. Une instruction a été ouverte pour
«présomption d’infraction terroriste». PAGE 10
Diffuseur historique du foot français, la chaîne cryptée
vient de perdre ses droits pour la période 2020-2024. La
Ligue de football professionnel lui a préféré le groupe espagnol Mediapro et BeIn Sports pour un montant qui franchit
pour la première fois la barre du milliard d’euros. PAGE 18
Longtemps introuvable, le film tourné en 1982 par Pierre
Rissient ressort en salles moins d’un mois après la mort du
réalisateur et producteur. Ode à la capitale philippine, ce
long métrage inclassable suit les déambulations, physiques
comme mentales, d’un dandy antipathique. PAGES 24-29
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
ALIMENTATION
ÉDITORIAL
Par
LAURENT JOFFRIN
Bénéfice
Dans toutes les démocraties, c’est une pratique inévitable et néanmoins pernicieuse. Personne ne peut
contester à chaque secteur
économique, à chaque profession, à chaque groupement d’opinion, le droit de
faire valoir auprès des parlementaires les arguments
favorables à ses intérêts.
Le Parlement n’est pas une
tour d’ivoire qui déciderait
de tout dans une neutralité
éthérée, sans tenir aucun
compte des doléances ou
des revendications de
la société, qui n’est pas
seulement une collection
d’individus mais aussi un
entrelacs d’intérêts et de
convictions, parfois nuisibles, parfois légitimes.
Les médias, par exemple,
par le truchement de leurs
organisations professionnelles, plaident eux aussi
auprès des élus pour
obtenir des lois plus
favorables. Rien que de
très banal.
Là où tout se complique,
c’est quand les intérêts
privés, par un mélange
de pressions «amicales»,
de voyages d’études plus
ou moins distractifs, de
dîners fins, de déjeuners
dans des restaurants de
luxe, ou d’aides plus ou
moins déguisées, interfèrent dans les débats parlementaires, orientant la discussion à leur profit,
contrôlant les rapports
d’experts et rédigeant
eux-mêmes, ou par
l’intermédiaire de cabinets
spécialisés, les amendements qui leur sont agréables. C’est ce qui vient de
se passer dans l’élaboration de la loi alimentation,
pour le plus grand bénéfice
de l’industrie agro-alimentaire et au détriment de la
protection de l’environnement ou du consommateur. Sans parler de ces victimes muettes sur la place
publique que sont les animaux d’élevage soumis à
des traitements d’une
cruauté inouïe. Il n’est
qu’un remède à ces pratiques démocratiquement
douteuses : une transparence totale. Une loi avait
été votée en ce sens il y a
un an. Les décrets d’application l’ont soigneusement
édulcorée. Sous la pression
de mystérieux lobbys… •
Libération Mercredi 30 Mai 2018
Une loi
à la sauce
lobbys
L’examen du texte porté par Stéphane Travert
donne lieu à des luttes d’influence à l’Assemblée
nationale entre syndicats, ONG, fédérations
professionnelles ou cabinets, qui profitent d’une
exigence de transparence encore très relative.
ENQUÊTE
Par
LILIAN ALEMAGNA
et LAURE EQUY
U
n festival. A l’occasion de
l’examen du projet de loi
«pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur
agroalimentaire» qui doit être voté
mercredi, l’Assemblée nationale a
été le théâtre d’une offensive de
grande ampleur de la part des lobbys en tout genre: syndicats agricoles, grande distribution, firmes de
l’agroalimentaire et de l’agrochimie
ou ONG environnementales. Amendements clés en main transmis aux
députés, pétitions et campagne en
ligne, rencontres et pressions, ces
lobbys sont sur les dents depuis des
mois pour infléchir le texte, repousser ou ajouter des mesures au gré de
leurs intérêts, plus ou moins particuliers. «Le poids des industriels est
là. Les intérêts privés l’ont emporté
sur les enjeux de santé publique»,
dénonce auprès de Libération la
responsable des campagnes de
l’ONG Foodwatch France.
Fuite
L’eurodéputé (Europe Ecologie-les
Verts) Yannick Jadot y est aussi allé
de sa charge matinale, mardi sur
France Inter : «C’est le lobby de la
malbouffe, le lobby de la souffrance
animale, le lobby de l’industrie concentrationnaire qui a dicté la loi et
gagné contre la société, contre la
santé, contre l’environnement et
contre tous les paysans.» L’écologiste balance même le ministre de
l’agriculture, Stéphane Travert: «Il
est LE lobby!» Déjà visé la semaine
dernière après la révélation de la
fuite d’un amendement anti-glyphosate dont les producteurs de
pesticides avaient eu vent en avantpremière (lire ci-contre), le ministre
de l’Agriculture et de l’Alimentation
avait vertement riposté aux «petits
marquis de l’écologie» : «Je ne suis
A l’Assemblée nationale. PHOTOS
pas aux mains des lobbys, je ne reçois jamais les lobbys.»
Si les représentants de groupes d’intérêt scrutent attentivement tous
les projets de loi (lire page 4), les
textes agricoles sont traditionnellement un appât à lobbys. «Le monde
agricole est très structuré, entre interpros, syndicats, filières, etc. Et
dans les années 70-80, on disait du
ministère de l’Agriculture qu’il était
celui de la cogestion avec la FNSEA»,
rappelle Guillaume Garot, député
Nouvelle Gauche. D’autant que
pour cet ex-ministre délégué à
l’Agroalimentaire, «l’impasse de ce
projet de loi, c’est qu’il n’est pas au
rendez-vous des attentes des Etats
généraux de l’alimentation. Très peu
de propositions ont trouvé un débouché dans la loi, donc cela ouvre cet
espace». Maureen Jorand, de l’ONG
CCFD-Terre solidaire, fait la même
analyse sur les consultations ouvertes à la société civile en amont du
projet de loi : «Tout le monde était
dans la même salle. On avait pu arriver à certains consensus. Mais une
fois le texte dans l’hémicycle, tout le
monde est revenu sur ses positions
premières.»
«Même source»
Encadrement des promos dans la
grande distribution, révision de la
construction des prix aux agriculteurs, relèvement du seuil de revente à perte, mais aussi mauvais
traitements dans les abattoirs, lapins et poules en cage, bio dans la
restauration collective, étiquetage
des produits, etc. Avec ce texte attrape-tout, chaque camp a l’occasion de s’en donner à cœur joie.
Ils ont chacun leurs pratiques. Dans
les départements, les fédérations de
la FNSEA ont rencontré les parlementaires locaux. Paris leur a
adressé un mail type à diffuser aux
députés, que Libération s’est procuré, n’y allant pas par quatre chemins: «Nous comp- Suite page 4
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Libération Mercredi 30 Mai 2018
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u 3
DENIS ALLARD ET SÉBASTIEN CALVET
L’étrange parcours de l’amendement Batho
Un géant de la chimie
a eu accès à la proposition
de la députée bien avant
le reste des parlementaires.
«C
e qui s’est passé cette nuit est gravissime et éloquent.» La députée
(non inscrite) Delphine Batho ne
cachait pas sa colère, mardi, après le rejet
massif de tous les amendements visant à
inscrire dans la loi agriculture et alimentation
la promesse présidentielle d’interdire le
glyphosate en trois ans. Derrière cette bataille autour de l’herbicide le plus vendu au
monde, l’ancienne ministre socialiste voit «un
concentré du débat sur la santé environnementale, à savoir la capacité, ou pas, de la démocratie à se faire respecter face à des manipulations, voire des falsifications» de la
part des industriels. La députée des Deux-Sè-
vres fulmine d’autant plus qu’elle a révélé,
le 23 mai à la tribune de l’Assemblée
nationale, que l’Union des industries de la
protection des plantes (UIPP, lobby des industriels des pesticides, dont Monsanto, Bayer,
Syngenta, etc.), avait eu accès à son amendement proposant l’interdiction du glyphosate en 2021 «plus de quatre-vingt-dix heures»
avant les députés.
Batho affirme ainsi avoir déposé son amendement dans la base de données interne de
l’Assemblée prévue à cet effet «le 22 mars
après 22 heures», depuis son domicile de
Melle (Deux-Sèvres). La liste des signataires
de l’amendement était erronée, et son
assistant l’a corrigée «le 23 mars vers 14 heures», soit trois heures avant la clôture du délai
de dépôt des amendements. Or, dans la soirée
du 27 mars, un lanceur d’alerte transmet à
l’élue un mail de la firme Dow Chemical, qui
demande aux destinataires de sensibiliser
«[leurs] députés» et contient un argumentaire
de l’UIPP faisant référence à la version de
l’amendement de Batho enregistrée entre
le 22 mars à 22 heures et le 23 mars à 14 heures, erreur de signataires comprise…
Banale inattention ? C’est ce que prétend
l’UIPP. Delphine Guey, sa directrice de la
communication, assure que le lobby des industriels n’a «jamais eu accès à des bases internes du Parlement. Nous travaillons avec un
cabinet de conseil, M&M Conseil, qui effectue
une veille sur la mise en ligne des amendements. Ils nous ont envoyé un mail avec la liste
des amendements qui pouvaient concerner
notre secteur. Sur la liste des signataires, c’est
une erreur de copier-coller [des signatures d’un
autre amendement]». Le président de l’Assemblée, François de Rugy, a indiqué qu’une
enquête interne n’avait «pas permis de déterminer d’où venait la fuite». «Sans doute que la
copie de l’amendement a été faite avec un do-
cument papier et il n’y a pas de traces. En tout
cas, ce ne sont pas les fonctionnaires de l’Assemblée […] qui diffusent les amendements»,
a-t-il précisé, estimant que cet «exemple est
rarissime».
Interpellé, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, s’est emporté contre «les petits
marquis de l’écologie» qui l’accuseraient d’être
«aux mains des lobbys» de l’agrochimie. «Je
ne suis jamais en contact avec l’UIPP. […] Je
ne reçois jamais les lobbys […] et je n’ai aucun
intérêt avec eux», a-t-il juré. «Stéphane Travert n’a jamais voulu nous rencontrer, c’est une
première de la part d’un ministre de l’Agriculture. En revanche, nous avons été reçus par
ses conseillers», confirme Delphine Guey. Qui
trouve «inacceptable que Mme Batho sous-entende que nous puissions avoir des pratiques
illégales».
TIMOTHÉE DE RAUGLAUDRE
et CORALIE SCHAUB
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4 u
ÉVÉNEMENT
Suite de la page 2 tons vivement
sur vous pour appréhender avec une
attention toute particulière les modifications proposées et espérons que
vous saurez porter ces différentes
propositions d’amendements». Le
syndicat majoritaire a prémâché le
boulot et s’est ainsi chargé de rédiger une quarantaine d’amendements, dont certains floqués de la
mention «prioritaire». La FNSEA a
pensé à tout: les passages du texte
qui ne lui conviennent pas sont surlignés et un «code couleur» précise
«l’alinéa concerné par une modification de rédaction». Certains amendements ont été repris tels quels par
plusieurs dizaines de députés.
Dans la liasse de 2 400 amendements, ils ne sont pas difficiles à repérer. Des clones repris à la file, parfois dix ou quinze fois, par des
députés différents, parfois de bords
opposés. «Il y a de nombreux sujets
sur lesquels vous avez manifestement eu la même source d’inspiration…» avait fait remarquer Roland
Lescure, président (LREM) de la
commission des affaires économiques de l’Assemblée, au début de
l’examen du projet de loi.
Cocktails
Prisé à droite, le copier-coller se
pratique néanmoins sur tous les
bancs de l’hémicycle. Il n’est pas
rare de retrouver les mêmes amendements portés par des députés de
camps opposés. Jusqu’à laisser passer la même faute d’orthographe.
Ainsi d’un amendement voté en
commission et déposé quasiment à
l’identique une vingtaine de fois,
Libération Mercredi 30 Mai 2018
Certains
amendements
rédigés par
la FNSEA ont été
repris tels quels.
Prisé à droite,
le copier-coller
se pratique sur tous
les bancs.
autorisant une expérimentation
d’épandage de pesticides par drones sur les vignes en pente. «Est-ce
qu’il vient des marchands de drones,
des fabricants de pesticides ou du
lobby du vin? J’ai posé la question en
commission sans obtenir de réponse», explique Loïc Prud’homme,
député de La France insoumise. Du
côté des industriels, on a dragué les
députés à coups de «cocktails dînatoires ou de repas thématiques dans
des restos sympas», dixit Sébastien
Jumel, député communiste qui assure avoir «jeté les cartons d’invitation à la poubelle». En février, le patron de la grande distribution
Michel-Edouard Leclerc a invité à
déjeuner une dizaine de parlementaires pour plaider sa cause.
Mobilisés sur le volet «alimentation» du projet de loi, les ONG ont,
de leur côté, frappé fort, choisissant
de prendre à témoin l’opinion. L’association L214, qui bataillait contre
l’élevage en cage des poules pondeuses, la castration à vif des porce-
lets le broyage des poussins, et militait pour instaurer le contrôle vidéo
dans les abattoirs, a fait inonder les
boîtes mails des députés par ses
sympathisants. «Ça approchait
les 200 mails par jour», soupire une
collaboratrice. Forts d’une pétition
anti-glyphosate, les responsables de
la plateforme Avaaz ont indiqué à
un responsable LREM de la loi avoir
«proposé à [leurs] membres de [leur]
transmettre directement leurs préoccupations, sur les réseaux sociaux
et par téléphone». Et pour peser face
à la FNSEA et aux poids lourds de
l’agroalimentaire et de l’agrochimie,
une soixantaine d’ONG s’est réunie
dans une «plateforme citoyenne»:
«Nous avons ciblé une dizaine de députés dans chaque groupe et défendu un cahier d’amendements
consultables en ligne par tous les citoyens», explique François Veillerette, directeur de l’association Générations futures.
Argumentaires
Evidemment, tout ce petit monde
fustige les méthodes du camp d’en
face et considère que «le lobby
c’est l’autre», observe le député
Guillaume Garot. Les ONG se défendent de faire du lobbying et s’affublent du vocable de «plaidoyer».
Stéphane Travert fait, lui, la distinction inverse, taxant de lobbys les
ONG comme Foodwatch et L214 :
«La FNSEA n’est pas un lobby mais
un syndicat, mandaté par ses adhérents. Ils peuvent se rapprocher des
députés et leur proposer des amendements. Comme la CFDT ou des
syndicats de salariés sur des projets
de loi qui les concernent», rétorquet-il. «Le ministre a repris les argumentaires des industriels, par exemple lorsqu’il a expliqué qu’il fallait
une “loi qui incite”, qui “accompagne”… Une loi, c’est fait pour réguler
et interdire!», renvoie Maureen Jorand chez CCFD-Terre Solidaire.
Où s’arrête la sensibilisation et où
commence la pression? «La notion
de lobbying est complexe. Quand un
électeur de ma circo me dit “attention aux poussins ou vous n’aurez
pas ma voix”, c’est aussi du lobbying», objecte Olivier Veran
(LREM). Il est logique que les députés rencontrent tous les acteurs pour
se forger une opinion. «Tout cela fait
partie du jeu démocratique, fait valoir l’ex-eurodéputée (EE-LV) Sandrine Bélier, aujourd’hui directrice
de l’ONG Humanité et Biodiversité.
L’important est d’installer une traçabilité, il faut que l’élu assume ses
influences.» En début de législature,
une poignée de députés s’étaient
engagés à rendre publiques leurs
rencontres avec les représentants
d’intérêts. Dans l’hémicycle, François Ruffin (France insoumise) annonce la provenance de certains de
ses amendements (Fondation pour
la nature et l’homme, par exemple)
«par souci de transparence». De
même que Delphine Batho, quand
son amendement «est proposé par
Foodwatch et l’Association des familles victimes du lait contaminé
aux salmonelles». Stéphane Travert
lui-même applaudit le geste. Une ligne de conduite que ne s’impose pas
le gouvernement, ni la majorité. •
LOI ÉLAN : FEU DE TOUT BOIS
Des lobbys issus d’horizons très variés se sont bousculés auprès
du gouvernement et des parlementaires, pour obtenir des infléchissements dans le projet de loi Elan (Evolution du logement,
de l’aménagement et du numérique). Sous couvert de lutter
contre les déserts numériques, les quatre grands opérateurs télécoms sont montés au créneau de concert pour demander l’assouplissement des contraintes administratives pour le déploiement des antennes relais. Les promoteurs immobiliers se sont
activés pour revoir à la baisse les normes de construction, réduire le nombre de logement adaptés aux handicapés dans
leurs programmes ou des mesures contre les «recours abusifs»
visant les permis de construire. Les fonds d’investissement agissent, eux, pour se faire une place au capital de sociétés spécialement constituées pour assurer la montée en puissance des ventes de HLM (40 000 par an), l’un des dispositifs principaux du
projet de loi Elan examiné à partir de ce mercredi. Sur chaque
article veillait un groupe d’intérêt : 2 500 amendements ont été
examinés par la commission des affaires économiques. T.S.
Loi Sapin II: de la bravade à la dérobade
Ambitieux dans ses
principes, le texte de 2016
sur la moralisation
de la vie publique, qui
concernait notamment
les lobbys, a depuis été
vidé de sa substance.
D
e l’art de détricoter une loi
en moins de six mois. Le
6 décembre 2016 était adoptée dans l’enthousiasme général la
loi dite Sapin II sur la moralisation
de la vie politique, avec un gros chapitre consacré au lobbying. «Les citoyens sauront qui est intervenu et
à quel niveau auprès des décideurs
publics pour améliorer, corriger ou
modifier une réforme, et avec quels
arguments», proclamait François
Hollande. On croirait relire JeanJacques Rousseau dans le texte :
«Rien n’est plus dangereux que l’influence des intérêts privés dans la
sphère publique.»
Dès le 9 mai 2017, c’est la soupe à la
grimace. Deux jours après le second
tour de l’élection présidentielle, un
décret d’application cosigné par
Bernard Cazeneuve et Michel Sapin,
encore en poste respectivement à
Matignon et à Bercy, va vider le
texte de sa substance. Avant de plier
définitivement les gaules, ils
Répartition des lobbys déclarés à la HATAVP
36%
SOCIÉTÉS
7%
14%
ASSOCIATIONS
ET ONG
5%
ORGANISATIONS
PROFESSIONNELLES
28%
7%
CABINETS CONSEIL
ET CONSULTANTS
CHAMBRES
CONSULAIRES
SYNDICATS
3%
AUTRES
Les cinq principaux secteurs concernés
25%
26%
27%
28%
29%
SANTÉ ET SÉCURITÉ SOCIALE
FISCALITÉ ET
FINANCES PUBLIQUES
TRAVAIL, EMPLOI
ET SOLIDARITÉ
ÉCONOMIE
ENVIRONNEMENT
Source : Rapport 2017 de la Haute Autorité pour la transparence de la vie politique
n’avaient manifestement rien de
plus urgent à faire… C’est un décret
authentiquement scélérat, et ce
n’est pas seulement Libération qui
l’écrit : la Haute Autorité pour la
transparence de la vie publique
(HATVP) le pense très fort, mais le
dit en termes plus choisis. Dans son
récent rapport annuel, la HATVP, à
qui le législateur avait confié le soin
de gérer le registre officiel des lob-
byistes, écrit toute sa rancœur: «exigences extrêmement réduites», «volonté du législateur affaiblie»,
«restriction excessive du dispositif»
initial… N’en jetez plus.
Embrouille. Motif essentiel du
courroux, les obligations déclaratives des lobbyistes : «faiblesse du
contenu des informations» à dévoiler, déplore la HATVP. Lors du dé-
bat parlementaire, le rapporteur PS
Sébastien Denaja avait sommairement clos le débat : «Trop d’information nuit à l’information. Est-ce
bien utile de savoir qui a réservé un
restaurant ou que sais-je encore ?
Une profusion d’éléments obscurcirait ce que l’on souhaite rendre intelligible.» En clair, il ne faut pas attendre de la loi qu’elle renseigne le
citoyen sur l’organisation des campagnes de lobbying auprès des élus.
L’embrouille est amplifiée par le décret du 9 mai, évoquant seulement
«le type d’actions» de lobbying engagées et «le type de décisions publiques» influencées.
La HATVP avait pourtant suggéré
que soit également mentionnée «la
fonction exercée par les responsables
publics» visés par une action de lobbying. En vue, dans cet inimitable
sabir administratif, d’établir une
«empreinte normative» du processus de décision publique… La Haute
Autorité allait même au-delà et
suggérait la publication des agendas des lobbyistes, seul gage à ses
yeux d’une «véritable transparence
grâce à un niveau de détails bien
plus avancés». D’ici là, le registre de
la HATVP se cantonne à un listing
de noms de sociétés. Il en comporte
à ce jour 1 257, les deux tiers visant
des entreprises ou groupements
d’entreprises, pratiquant le lobbying en direct, sans passer par un
cabinet spécialisé (7% des cas), sans
plus de précisions sur leurs actions.
Mais on nous promet un saut qualitatif pour 2019…
«Droit à l’erreur». Et Macron
dans tout ça ? Le candidat avait
brandi sa volonté sans fard en la
matière, promettant «d’imposer un
horaire et un lieu précis pour les réunions qui relèvent du lobbying au
Parlement» afin que nul n’en ignore.
Une foi élu, il se gardera bien de revenir sur le sujet, mais sa touche
personnelle se glisse toutefois dans
un cavalier législatif au sein de sa récente loi portant sur le «droit à l’erreur». En son article 38, il est dit que
les associations cultuelles, déjà exonérées de la loi sur le lobbying pour
toutes leurs relations sur les questions exclusivement religieuses (essentiellement avec le ministère de
l’Intérieur), le seront désormais
pour tout autre objet de débats sociétaux (PMA, GPA…). Notamment
au nom de la «nécessité de préserver
un climat de confiance entre les associations cultuelles et les pouvoirs publics». Comme si les autres lobbys,
soumis à déclaration, n’étaient pas
dignes d’une telle «confiance».
RENAUD LECADRE
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Libération Mercredi 30 Mai 2018
u 5
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ÉDITOS/
Par LAURENT JOFFRIN
Directeur de la rédaction de «Libération»
Pour le fun, on ne résiste pas à la tentation
de citer les deux tweets d’Esther Benbassa,
très estimable sénatrice qui ne semble
guère obsédée par le souci de cohérence.
Commentant la décision d’Emmanuel Macron recevant à l’Elysée Mamoudou Gassama, le jeune Malien qui a risqué sa vie
pour sauver un enfant accroché dans le
vide au balcon d’un immeuble parisien,
elle écrivait ceci : «La com à l’état pur. Emmanuel Macron reçoit Mamoudou Gassama le migrant héroïque. Pendant ce
temps, sa police continuera de pourchasser
tous ses frères d’infortune et de harceler les
solidaires qui leur viennent en aide. Sinistre et immorale comédie d’un pouvoir sans
principes.» Mais la veille au soir, réagissant
à l’acte d’héroïsme du même migrant, elle
tweetait cet appel fiévreux : «Homme courageux, plein d’audace, auquel un enfant
de France doit la vie, Mamoudou Gassama
doit voir sa situation régularisée sans délai. Il incarne les valeurs de solidarité et
d’humanisme que la République se doit
d’honorer et de promouvoir. Merci à lui de
tout cœur.» Que n’aurait-elle dit si le Président, appliquant strictement la politique
en cours, avait négligé son appel, omis de
saluer le geste du sauveteur et refusé de
modifier la situation juridique de Mamoudou Gassama ? A vouloir s’opposer à Macron quoi qu’il fasse, en mal ou en bien, on
finit par perdre tout crédit.
Bien sûr, Emmanuel Macron, expert en
communication instantanée, a vu tout de
suite le bénéfice moral qu’il pouvait tirer de
ce geste courageux massivement médiatisé. Après une entrevue à l’Elysée, elle-
Emmanuel Macron et Mamoudou Gassama, lundi, à l’Elysée. PHOTO T. CAMUS. REUTERS
Emmanuel
et Mamoudou
même télévisée, il a été décidé que Mamoudou Gassama, jusque-là dépourvu de titre
de séjour, serait régularisé, bientôt naturalisé et intégré dans le corps des sapeurspompiers. Faut-il s’en plaindre? Après tout,
si un homme politique tire avantage d’une
décision humaine en faveur d’un sans-papiers, quelles que soient ses motivations,
n’est-ce pas une bonne nouvelle? Ceux qui
le critiquent doivent se demander ce qu’ils
auraient dit si Emmanuel Macron avait pris
la décision inverse… A moins de jeter,
comme Esther Benbassa, toute espèce de
logique par-dessus les moulins.
D’autres stigmatisent l’incohérence qu’il y
aurait à régulariser un sans-papiers et à
laisser les autres affronter les rigueurs
d’une politique migratoire que le gouvernement vient de renforcer par le truchement
des lois votées sous l’égide de Gérard Collomb. Encore une erreur logique: en distinguant un homme au comportement exceptionnel, le Président a bien précisé qu’il
s’agissait d’une décision exceptionnelle, qui
ne changeait rien à sa politique envers les
immigrés sans-papiers. Comme on dit dans
ces cas-là, l’exception confirme la règle. Ce
qu’il faudrait critiquer en l’occurrence, c’est
plutôt son excès de cohérence…
Il y a une autre manière de considérer ce
fait divers qui prend valeur d’exemple.
L’acte héroïque de Mamoudou Gassama
n’a rien à voir avec sa condition de réprouvé ou son statut juridique incertain.
C’est un geste qui procède de la simple humanité, magnifié par le danger qu’il a
couru. Il exprime, sans calcul, le réflexe de
solidarité qu’on observe sous toutes les latitudes et dans toutes les cultures, où le
courage individuel et la couardise sont
également répartis. Il démontre, dans sa
simplicité, que les valeurs universelles,
principes généraux s’il en est, n’ont rien
d’abstrait ou de théorique. Ils relèvent au
contraire de cette «common decency» dont
parlait Orwell, ou encore de cette notion
de fraternité inscrite au fronton des bâtiments publics en France, qui ne vaut pas
seulement pour les Français ou pour les
résidents réguliers, mais s’applique à l’ensemble du genre humain, comme une règle élémentaire de la vie en société. Non
pour ouvrir toutes grandes les frontières,
ce que personne ou presque ne réclame.
Mais pour traiter ceux qui sont ici et ceux
qui viennent d’ailleurs avec le souci d’une
égale dignité. En ce sens, et en ce sens seulement, on peut stigmatiser la contradiction qui entache le geste présidentiel. •
LE GUIDE DES
FESTIVALS
DE L’ÉTÉ
Aux migrants extraordinaires
la patrie reconnaissante…
et aux autres ?
Par BALLA FOFANA
Journaliste au service Web
Mamoudou Gassama est un
héros. C’est le Spider-Man de
Paris. Il a sauvé un enfant
de 4 ans. Aux migrants extraordinaires, la patrie est reconnaissante. Derrière la dictature de l’émotion choisie,
derrière la belle histoire déculpabilisante, derrière la leçon d’humanisme, que restet-il ? Que dalle. Cachez cette
lèpre sans visage que la
France ne saurait voir.
Si vous êtes un exilé et que
vous avez bravé la faim, la
soif, si vous avez brûlé les
frontières sans que votre
carcasse ne s’échoue en Tunisie ou en Libye, si vous
n’êtes pas allé remplir la
panse insatiable de la Méditerranée, si vous venez d’atteindre l’Europe, encore un
effort. Vous n’êtes qu’en demi-finale ! Vous n’êtes qu’à
un acte de bravoure. Vous
n’êtes qu’à une marche de
l’exploit. Qu’à un coup
d’éclat de rejoindre les modèles républicains que sont
Lassana Bathily et Mamoudou Gassama. Vous n’êtes
qu’à une prouesse d’être le
Omar Sy des «migrants économiques» –qui ne peuvent
pas prétendre au statut de
réfugié.
Attention. Seuls les plus forts
obtiennent le sésame. Pour
les autres, vous serez confinés sur un bout de trottoir,
rongés par le désespoir, l’ennui et la tristesse. Consumés
par l’impossibilité d’un retour bredouille au pays. La
mort plutôt que l’anathème.
Vous autres les riens. Vautrés
sur le bitume, psalmodiant
une prière incertaine à un
néon blafard qui fait office de
lune. Vous les statistiques,
les sans-nom, les numéros.
Sur le boulevard des rêves
brisés, l’Histoire vous toise,
la chronique griffonne des
traces indistinctes de votre
traversée du monde. Vous les
silenciés, les minorés, l’obscurité et les abysses vous
siéent à merveille. Formez
une armée de réserve, faites
la queue pour l’African
Dream. Attendez votre KohLanta. Fantasmez de votre
épreuve du poteau. Vous serez super-héros ou rien. •
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6 u
MONDE
ESPAGNE
Libération Mercredi 30 Mai 2018
Au pouvoir depuis 2011, le chef
de l’exécutif conservateur, qui a pris
pour habitude de laisser pourrir
les situations, pourrait être rattrapé
par la condamnation de son parti dans
une affaire de corruption. Une motion
de censure est débattue à partir de jeudi.
«L’autruche» Rajoy
bientôt chassée ?
Par
FRANÇOIS MUSSEAU
Correspondant à Madrid
L
es jours de Mariano Rajoy à la tête
de l’exécutif espagnol sont comptés. Au sein du Parti populaire
(PP), le mouvement conservateur qui
gouverne en minorité depuis 2011, on
donne cette législature pour perdue tant
les preuves de corruption sont accablantes. Signe de faiblesse inusuel : d’ordinaire calme et paisible, le chef de l’exécutif se montre agressif à l’endroit de
Pedro Sánchez. Lançant, à l’adresse du
leader des socialistes qui le menace
d’une motion de censure –qui sera débattue jeudi et vendredi: «Ne faites pas
cela ! Vous risquez de mettre en danger
l’Espagne et sa reprise économique. Avec
cette motion de censure, monsieur Sánchez, vous ne pensez qu’à votre personne,
et non aux intérêts du pays !»
En quelques jours, Rajoy et les siens sont
en effet passés de l’euphorie à une noire
dépression teintée de colère. Mercredi
dernier, à la Chambre des députés, les
conservateurs poussaient des cris de joie
avec l’approbation du budget annuel, ce
qui leur donnait a priori la garantie de
demeurer aux commandes du pays jusqu’à 2020. Mais le lendemain, patatras:
une décision judiciaire historique, dans
l’affaire dite Gürtel, confirmait la «corruption institutionnalisée» du parti au
pouvoir (lire ci-contre).
«La loi c’est la loi»
L’an dernier, Podemos tentait, déjà, de
déposer une motion de censure contre
le gouvernement. A Pablo Iglesias, leur
chef de file, Mariano Rajoy avait alors
lancé: «Comme disait Galilée, le mouvement s’accélère toujours au moment où
il est sur le point de s’arrêter.» S’il n’est
pas toujours aisé de comprendre le chef
du gouvernement, aux commandes depuis 2011, on saisit le sens de la citation,
applicable à la singulière personnalité
de ce Galicien taciturne et sans cha-
risme aucun: c’est lorsque l’agitation est
au plus fort que le retour à l’immobilisme est au plus près. Une stratégie que
ce technocrate, entré en politique dès
l’âge de 26 ans comme député régional
à Saint-Jacques-de-Compostelle et qui
a ensuite occupé tous les ministères importants de l’ère de José María Aznar
(1996-2004), a appliqué avec ténacité. La
politique de Rajoy, en cas de difficulté,
de danger, voire de tsunami ? Celle de
l’autruche : oublions ce qui a été dit et
fait, et concentrons-nous sur ce qui se
passe actuellement. Le Parti populaire,
qu’il dirige depuis 2012, pratique-t-il la
corruption généralisée? «Dans mon exécutif, il n’y a pas de corrompu, que je sache», se défend-il ainsi.
Dans son entourage, on le dit ces derniers jours «fatigué», «en colère», «usé».
C’est une nouveauté. Car cet amoureux
de la bicyclette et du jogging, qui se
maintient en bonne forme physique,
est d’une résistance à toute épreuve.
En 2003, lorsque le très droitier José
María Aznar l’avait désigné pour lui
succéder, tous les dirigeants du Parti
populaire pensaient que ce barbu
morne allait se borner à perpétuer son
héritage. Crasse erreur. Avec son style
discret, ses discours peuplés de formules plates («La loi c’est la loi», «La Constitution doit s’appliquer», «Nous devons
faire notre devoir»…) ou de phrases ambiguës, le Galicien a su renforcer son
leadership, grandir dans l’adversité
–quand il était chef de l’opposition en-
«Rajoy est un chef
de gouvernement
sans aucun projet,
sans aucune
direction ni
boussole»
Josep Ramoneda politologue
tre 2004 et 2011 notamment – puis apparaître comme le «sauveur» d’une Espagne qui, au lendemain de la crise
économique, voyait ses banques en
plein naufrage. «Grâce à moi et à mes
réformes, nous avons évité le pire et renoué avec la croissance», réaffirmait-il
la semaine dernière.
Ni vu ni connu
La relative reprise économique –le chômage a baissé de 23% à 16%, mais la précarité de l’emploi a fortement augmenté– lui a certes permis de marquer
des points. «Mais Mariano Rajoy est un
chef de gouvernement sans aucun projet,
sans aucune direction ni boussole», dit
de lui le politologue Josep Ramoneda.
A partir de 2012, le défi sécessionniste
catalan le laisse par exemple de marbre : pas de contre-proposition et
aucune négociation avec les dirigeants
séparatistes. «Il était évident que le choc
institutionnel allait se produire, résume le sociologue Enrique Gil Calvo.
Rajoy est le pire aveugle, celui qui ne
veut pas voir. Persuadé que les problèmes se règlent via la passivité, le silence,
le pourrissement des situations.» Le
1er octobre, lorsque les sécessionnistes
organisent à Barcelone un référendum
d’autodétermination illégal, Rajoy se
résout à employer la manière forte avec
les charges policières. Depuis, le chef
du gouvernement s’est retranché derrière les tribunaux : que les juges se
chargent du problème catalan.
Depuis 2009, lorsque le juge Baltasar
Garzón s’est attelé à désarticuler la corruption au sein de son parti, Rajoy a appliqué la même stratégie : ni vu ni
connu. Depuis l’an dernier, et l’affaire
Gürtel, Rajoy recourt systématiquement
à cette même parade: «Cela appartient
au passé.» Problème : des poids lourds
de sa formation, et même des fidèles,
sont récemment tombés du fait d’autres
scandales… «En même temps, rappelle
l’analyste Sandra Barneda, le phénix Rajoy renaît toujours de ses cendres.» •
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Libération Mercredi 30 Mai 2018
Le Parti populaire
mis hors jeu
par les affaires
Durablement discréditée,
la formation conservatrice
devrait perdre son hégémonie
à droite de l’échiquier politique,
au profit des jeunes centristes
de Ciudadanos.
L
tions politiques. Pedro Sánchez, le leader socialiste qui avait raté en 2016 l’occasion de former un
gouvernement avec Podemos, s’est engouffré dans
la brèche : il a annoncé une motion de défiance
contre l’exécutif («Par dignité, vous ne pouvez plus
rester à la tête du pays !»). Cette initiative a des
chances d’aboutir si elle obtient l’assentiment des
indépendantistes catalans ou des centristes libéraux de Ciudadanos (Citoyens).
Certes, ce ne sera pas facile car le leader de Ciudadanos, Albert Rivera, n’a aucune envie de gouverner en coalition avec ses deux rivaux de gauche,
Pedro Sánchez et le chef de Podemos, Pablo Iglesias. Mais, quoi qu’il arrive, de l’avis général, Mariano Rajoy est un cadavre politique. «Notre cause
est perdue, confie un dirigeant du PP. Les perspectives pour les municipales, régionales et européennes de 2019 sont catastrophiques. Tôt ou tard, il
faudra renoncer.»
e Parti populaire (PP), qui, avec les socialistes,
s’est partagé le pouvoir depuis la fin du franquisme, a vécu jeudi le verdict du tribunal de
l’Audience nationale comme une gifle sans précédent. Et pour cause: jamais auparavant les magistrats de cette instance judiciaire n’avaient assené
un coup aussi dur à une formation politique, en dénonçant «un authentique système de corruption
institutionnalisé» mis en place par le parti conservateur. En statuant sur l’«affaire Gürtel», le scandale de malversations le plus grave de ces quatre
dernières décennies –un réseau délictuel ayant financé les caisses du mouvement entre 1999 et «Pardon». Au-delà de la réussite ou non de la
2005 –, l’Audience nationale a condamné motion de censure qui sera débattue jeudi et ven29 des 37 accusés, anciens dirigeants du parti et en- dredi, la tenue d’élections anticipées apparaît
trepreneurs véreux, à un tocomme le seul scénario ental de 351 ans de prison.
visageable à court ou moyen
Francisco Correa, le chef de
terme. Et ce, même si cette
ce réseau, a été condamné
perspective effraie le Parti
à cinquante et un ans de
socialiste – en chute dans
réclusion ; quant à Luis
les sondages, de par le flou
Bárcenas, longtemps le
de ses propositions – et le
grand argentier du PP, il demouvement Podemos
vra passer trente-trois ans
–ébranlé par l’achat polémiderrière les barreaux et
que par Pablo Iglesias d’une
rembourser la somme
cossue villa avec piscine
de 44 millions. Jusqu’alors,
près de Madrid. Le seul béMariano Rajoy qualifiait ce
néficiaire serait le fringuant
scandale de simples «faits
et très «macronien» Albert
Javier Ayuso
isolés». Mais ce n’est plus
Rivera, le chef de file de Ciucommentateur à El País
possible : «Avec cette sendadanos – la quatrième
tence, dit l’analyste Lucia
force
parlementaire
Méndez, le Parti populaire est disqualifié dans son aujourd’hui, mais que les sondages donnent vainensemble pour son caractère délictueux. Il a été queur d’un hypothétique scrutin. Ce week-end,
prouvé que la corruption faisait partie de son plusieurs dirigeants du PP, dont la figure monADN.» Quant à Rajoy, le tribunal a mis en cause la tante Andrea Levy, ont publiquement demandé
«crédibilité» de ses dires.
«pardon» pour la corruption ratifiée par
l’Audience nationale. Pour sa formation, il est sû«Autorité morale». Le scandale Gürtel marque rement trop tard.
la fin d’une époque. Celle de la domination de la
F.M. (à Madrid)
formation conservatrice et de la stabilité institutionnelle. «Dans le sillon de l’Italie, et pour des raisons différentes, l’Espagne entre désormais dans
la très dangereuse spirale de l’instabilité chronique», souligne l’analyste Ignacio Camacho, du
quotidien conservateur ABC. Quoique gouvernant
Vingt-neuf personnes condamnées pour
en minorité, dans un panorama marqué par l’ascorruption, détournement de fonds publics
cension de nouvelles formations (Podemos et Ciuou blanchiment : le jugement rendu jeudi à
dadanos), le Parti populaire assurait tant bien que
Madrid est l’épilogue du plus retentissant
mal la gouvernance du pays.
des scandales financiers qui ont affecté le
Cette situation a vécu. «Le parti au pouvoir ne se
Parti populaire. Dans cette enquête
relèvera jamais de ce camouflet, assure le commenbaptisée Gürtel par la police («courroie» en
tateur Javier Ayuso. Son image a été écornée pour
allemand, jeu de mots sur le nom du
très longtemps: une formation gangrenée par une
principal prévenu, Francisco Correa), la
corruption institutionnalisée, profonde, qui n’éparjustice a disséqué un système de
gne personne, directement ou non.» Sans compter
versement de pots-de-vin à des élus PP en
l’interminable série d’autres affaires ayant causé
échange de juteux contrats publics
récemment le départ de poids lourds du parti,
entre 1999 et 2005, dans différentes
dont l’ancienne présidente de la région madrilène,
régions. L’ancien trésorier du PP, Luis
Cristina Cifuentes, accusée d’avoir falsifié son
Bárcenas, qui avait avoué au juge avoir
master. «Désormais, poursuit Ayuso, l’administraremis mensuellement aux plus hauts
tion Rajoy a perdu toute légitimité et toute autorité
dirigeants du PP des milliers d’euros «en
morale pour diriger le futur des Espagnols.»
billets de 500» tirés d’une caisse noire,
Considérablement affaibli, le gouvernement cenécope de trente-trois ans de prison et d’une
tral est plus que jamais la proie des autres formaamende de 44 millions d’euros.
«Le parti au pouvoir ne
se relèvera jamais de ce
camouflet. Son image a
été écornée pour très
longtemps: une
formation gangrenée
par la corruption.»
«GÜRTEL», SCANDALE
TAILLE XXL
Mariano Rajoy,
à Madrid le 31 janvier.
PHOTO SHUTTERSTOCK. SIPA
u 7
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Carnet
DÉCÈS
Daniel et Mona Flammer, ses enfants,
Ami Flammer, son frère,
Maurice Flammer, son père,
Ses proches, ses amis,
ont l’immense tristesse de
faire part du décès de
M. Ilan FLAMMER
cinéaste, psychiatre et
Papa,
un homme libre
survenu le 27 mai 2018,
à l’âge de 67 ans.
L’inhumation aura lieu ce
mercredi 30 mai à 16h30,
au cimetière de
Montmartre.
Il y rejoint Yaarit.
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8 u
MONDE
Libération Mercredi 30 Mai 2018
GAZDE
SCHISTE
L’Australie
perd le Nord
Zones de présence
potentielle de schiste
TERRITOIRE
DU NORD
1 420 968 km2
Mer
de Timor
Darwin
Katherine
FRANCE
543 940 km2
TERRITOIRE
DU NORD
Darwin
Perth
AUSTRALIE
Océan
Indien
Par
ESTELLE PATTÉE
Envoyée spéciale à Darwin
(Territoire du Nord)
RÉCIT
L
e bruit des sabots résonne sur le bitume
du campus de l’université de Darwin,
capitale du Territoire du Nord australien. Daniel Tapp, chapeau de cow-boy sur la
tête et pieds à l’étrier, fait tournoyer son fouet
avant de le faire claquer au sol. L’éleveur
scande «Gunner gonna go» («Gunner va s’en
aller»), du nom du chef de l’exécutif du Territoire du Nord, repris en chœur par la centaine
de personnes présentes le 12 mai. Parmi eux,
des militants écologistes, des fermiers, des représentants de différentes communautés
aborigènes, ou bien de simples habitants accompagnés de leurs enfants. Tous sont venus
porter un message au Parti travailliste qui
tient au même moment sa conférence annuelle dans les locaux de l’université: non à
la fracturation hydraulique.
«TERRE MÈRE»
Alice Springs
Canberra
500 km
Les habitants du
Territoire du Nord
protestent contre
la décision de leur
exécutif local
de lever
un moratoire sur
la fracturation
hydraulique.
Un choix qui
tranche avec
les engagements
pris par le pays
lors de l’accord
de Paris.
200 km
Cette technique très controversée consiste à
injecter à très haute pression de grandes
quantités d’eau, de sable et de centaines de
produits chimiques pour fracturer la roche
en profondeur et libérer le gaz. Alors que plusieurs pays, à l’instar de la France, ont récemment légiféré pour interdire cette pratique,
le gouvernement du Territoire du Nord fait
machine arrière. Le 16 avril, le chef du gouvernement, Michael Gunner, a annoncé la levée
d’un moratoire sur le «fracking» datant
de 2016 et espère lancer les premières exploitations de gaz de schiste dès l’année prochaine. Au sein du Territoire du Nord,
(1,4 million de km², soit environ deux fois la
France), 51% des terres seront concernées. Un
certain nombre de zones, incluant les villes,
les parcs nationaux ou encore les réserves seront néanmoins préservées.
Le gouvernement a appuyé sa décision sur
les résultats d’une étude de quinze mois sur
les risques environnementaux, sociaux et
économiques associés à cette pratique. Le
rapport final conclut que si 135 recommandations sont mises en place, «les risques liés
à la fracturation hydraulique peuvent être réduits à des niveaux acceptables». Insuffisant
pour convaincre la population. «Nous nous
sommes sentis absolument trahis par le gouvernement, commente Lauren Mellor, de
l’ONG Frack Free NT Alliance. Les gens rejettent massivement cette industrie. Comment
peut-il aller contre la volonté du peuple ?»
Même discours du côté des communautés
aborigènes, qui redoutent la pollution de
leurs terres et de leur eau, partie intégrante
de leurs traditions et de leur survie. «On parle
de la Terre mère. Quand ils utilisent la fracturation hydraulique, pour nous c’est comme
s’ils ouvraient le ventre d’une mère pour lui
prendre son bébé», explique Miliwanga Wurrben, venue manifester la veille à Katherine,
deuxième ville du territoire située à 300 kilomètres de la capitale.
Les risques environnementaux sont bien connus: gaspillage d’eau, perte de la biodiversité,
risque systémique ou encore pollution des
nappes phréatiques. En 2016, les images du
député écologiste australien Jeremy Buckingham mettant le feu à la rivière Condamine
(dans l’Etat voisin du Queensland) à l’aide
d’un simple allume-gaz faisaient le tour du
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Libération Mercredi 30 Mai 2018
u 9
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En 2016, un député écologiste
a mis le feu à la rivière Condamine
pour dénoncer la présence
dans l’eau de méthane liée
à la fracturation hydraulique.
CAPTURE D’ÉCRAN YOUTUBE
Lauren Mellor
de l’ONG Frack Free NT Alliance
monde. Il voulait dénoncer les rejets de méthane dans l’eau, provoqués selon lui par la
fracturation hydraulique pratiquée par l’entreprise d’extraction de gaz Origin Energy.
La communauté scientifique fait elle aussi
part de son inquiétude. Dans une lettre
adressée au gouvernement le 27 février, soit
peu de temps avant l’annonce du chef de
l’exécutif, 31 scientifiques et doctorants australiens l’exhortaient à ne pas lever le moratoire sur la fracturation hydraulique mais à
accélérer au contraire la transition vers les
énergies renouvelables. «La décision est en
totale contradiction avec les engagements pris
par l’Australie lors de l’accord de Paris sur le
climat [une réduction de ses émissions de gaz
à effet de serre de 26% à 28% d’ici à 2030 par
rapport au niveau de 2005, ndlr], s’insurge
Will Steffen, expert du changement climatique au Climate Council. Pour limiter la
hausse des températures à 1,5 degré, il est absolument clair qu’aucune nouvelle réserve de
combustible fossile –classique ou via des gisements de gaz non conventionnels nécessitant
la fracturation hydraulique– ne doit être développée.»
BOOM
L’Australie est encore loin du compte. Selon
le dernier rapport de l’Agence internationale
de l’énergie (AIE) sur le pays, publié en février, les énergies fossiles y représentent
85 % du mix énergétique, avec encore une
grande place accordée au charbon (l’Australie
dispose de la quatrième réserve mondiale).
Le pays, qui dispose d’une géologie et d’une
industrie similaires à celles des Etats-Unis et
du Canada, a dans son sol d’importantes ressources de gaz naturel. Mais elles ne sont pas
extensibles, et les compagnies misent davantage sur les exportations pour le marché
mondial. Or, en septembre, de nouveaux rapports de l’Australian Energy Market Operator
(AEMO) prédisaient une pénurie de gaz massive en 2018 pour le marché domestique australien, chiffrée à 110 pétajoules, soit un
sixième de la demande annuelle. «Quand on
regarde les plus grands terminaux d’exportation de gaz naturel liquéfié (LNG) dans le
Queensland, ils n’ont pas assez de ressources
sur le long terme pour maintenir la production et cherchent désespérément à obtenir
n’importe quel gaz n’importe où», commente
Gavin Mudd, professeur au département de
l’ingénierie environnementale à l’université
RMIT de Melbourne. Le gouvernement fédéral accuse les Etats de bloquer les projets
d’exploitation de gaz naturel et de limiter l’offre disponible. «Je voudrais que tous les moratoires et interdictions de part et d’autre de
l’Australie soient levés, car plus de gaz est bénéfique pour les emplois ainsi que pour la sécurité et l’approvisionnement énergétique»,
déclarait il y a peu le ministre de l’environnement et de l’énergie, Josh Frydenberg. Des
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Photo non contractuelle
«Nous nous sommes
sentis absolument
trahis par le
gouvernement.
Les gens rejettent
massivement cette
industrie. Comment
peut-il aller contre la
volonté du peuple ?»
moratoires sur la fracturation hydraulique
sont en effet toujours en cours dans les Etats
de la Nouvelle-Galles-du-Sud, de l’AustralieOccidentale et de la Tasmanie. Le Victoria a
quant à lui totalement banni cette technique
l’année dernière.
Inspiré par le modèle américain, Michael
Gunner espère que lever le moratoire sur
la fracturation hydraulique permettra
un boom économique et de nouvelles
créations d’emplois. Mais, selon le rapport
sur lequel l’exécutif s’appuie, le scénario le
plus probable résultant de la mise en place
de cette industrie est un «échec du point de
vue commercial». «Dans le meilleur des cas,
l’évaluation économique prédit une faible, très
faible, probabilité de 524 emplois créés,
analyse Roderick Campbell, de l’Australia
Institute, un think thank indépendant basé
à Canberra. La fracturation hydraulique est
très intensive en capital: elle utilise beaucoup
de machines et d’infrastructures, mais n’emploie pas beaucoup de gens.»
Les opposants à la fracturation hydraulique
dénoncent en outre un important lobbying.
«Les industries minières et gazières sont très
puissantes sur le plan politique. Il est courant
de voir d’anciens dirigeants politiques
travailler désormais pour des sociétés minières et gazières, ajoute Roderick Campbell.
J’ai participé à une réunion dans le bureau
du ministère où ils buvaient leur café dans
des tasses à l’effigie d’Appea, l’Australian
Petroleum Production and Exploration Association.» Si la lutte contre le projet de fracturation hydraulique peine encore à mobiliser
les foules, les militants ont connu le 12 mai
une première victoire. Au terme de la
conférence annuelle du Parti travailliste,
deux tiers des membres ont voté contre
la fracturation hydraulique, plaçant Michael
Gunner en minorité au sein de son propre
parti. Si les motions et résolutions adoptées
par la conférence annuelle n’ont pas de valeur contraignante pour le gouvernement
en place, elles ont au moins le mérite de
montrer les divisions politiques internes au
sujet de la fracturation hydraulique. «La bataille ne fait que commencer», prévient
Lauren Mellor. •
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10 u
MONDE
Libération Mercredi 30 Mai 2018
LIBÉ.FR
La crise politique italienne vue
d’Allemagne Après les récents rebondis-
sements dans la crise politique italienne, l’Allemagne hésite entre légère inquiétude et soulagement discret. De manière générale, «les Allemands se montrent bien
plus réservés dans leurs commentaires sur la situation italienne que lors de la crise grecque», analyse l’économiste
Theocharis Grigoriadis, de l’Université libre de Berlin.
PHOTO «FRANKFURTER ALLGEMEINE WOCHE». DR
Dans les rues de Liège, mardi, après l’attaque. PHOTO GEERT VANDEN WIJNGAERT. AP
Liège: «L’objectif de l’assassin était
de s’en prendre à la police»
Un délinquant en
permission, réputé
«très violent» et
soupçonné
de «radicalisme»
islamiste par la
police belge, a tué
trois personnes
mardi avant d’être
abattu. Le parquet
parle d’un possible
«acte terroriste».
Par
CÉDRIC VALLET
Correspondance à Bruxelles
L
a ville de Liège est sous
le choc. Sept ans après
la fusillade qui avait
fait sept morts au cœur de la
«Cité ardente», un homme a
tué trois personnes, dont
deux policières, mardi matin.
Une instruction a été ouverte
par le parquet fédéral pour
«présomption d’infraction
terroriste». Peu d’éléments
ont filtré quant aux motivations de l’assaillant. Ce dernier aurait, selon des sources
policières, crié «Allah akbar»
lors de son assaut final, avant
de mourir sous les balles du
peloton antibanditisme de
Liège. «Il est clair que l’objectif de l’assassin était de s’en
prendre à la police», a annoncé Christian Beaupère, le
chef de la police de la ville, au
cours d’une conférence de
presse. Le parquet fédéral,
lui, reste laconique: «Des premiers pas de l’investigation
vont dans la direction d’un
acte terroriste.»
L’auteur de ces trois meurtres
se nomme Benjamin Herman. Il avait 32 ans et était
originaire de Rochefort, une
petite commune rurale et
touristique de Wallonie. Son
casier judiciaire était plutôt
chargé: vols avec violences,
dégradation de biens publics
et trafics de drogue à répétition. Les condamnations
n’ont cessé de s’enchaîner depuis la fin de son adolescence.
ment de Lantin, à Liège. C’est
en prison qu’il aurait été influencé par des tenants d’un
islam violent, même si les
autorités restent très prudentes à ce sujet. Lundi, Benjamin Herman a pu sortir de
l’établissement pénitentiaire
dans le cadre d’un congé destiné à sa réinsertion. La sortie
ne devait pas durer plus de
quelques heures. Mais
l’homme n’est jamais rentré
à la prison de Lantin. Il se se-
rait dirigé tout d’abord vers
sa ville natale. Une perquisition a eu lieu, mardi aprèsmidi, au domicile de sa mère,
qui habite toujours à Rochefort.
Des sources proches du dossier pensent que Herman a
pu commettre un premier
meurtre dans la nuit de lundi
à mardi, à Marche-en-Famenne. Celui d’un jeune toxicomane qu’il côtoyait depuis
plusieurs années. On re-
«Instable». Le parcours
«classique» d’un délinquant
de droit commun qui, selon
la Radio-télévision belge
francophone (RTBF), aurait
été dans le collimateur de la
sûreté de l’Etat depuis 2017,
soupçonné de «radicalisme».
L’homme était réputé «très
violent» et «instable». Il était
incarcéré dans l’établisse-
Dans le casier judiciaire de
Benjamin Herman: vols avec
violences, dégradation de biens
publics et trafics de drogue
à répétition. Les condamnations
n’ont cessé de s’enchaîner.
trouve ensuite Benjamin Herman à 10 h 30, au centre de
Liège, vers le boulevard
d’Avroy, non loin du Café
des augustins. Il prend en
filature deux policières et
les frappe de multiples coups
de couteau avant de s’emparer de leurs armes et de les
abattre froidement, au sol.
La panique s’empare du centre-ville. Une journaliste,
présente sur les lieux, témoigne sur le site de la RTBF :
«J’ai entendu au moins
cinq coups de feu. Deux personnes ont commencé à courir, depuis un café du quartier vers le parc d’Avroy. J’ai
vu un homme avec une arme
à feu qu’il pointait vers les
gens qui couraient. Il portait
une casquette noire, un haut
noir et une sacoche à la
taille.»
L’assaillant entame alors une
courte course meurtrière, en
tirant à l’aveugle dans les
rues. Un homme de 22 ans
décède d’une balle perdue au
volant de sa voiture. Benjamin Herman prend alors la
direction d’un établissement
scolaire, situé sur le boulevard d’Avroy. Il s’agit de
l’Athénée Léonie-de-Waha,
un établissement d’enseignement secondaire. Il
prend en otage la femme de
ménage du lieu pendant
quelques instants. On ne sait
pas dans quelles conditions
l’otage a été libérée par
l’assaillant.
En masse. Ce dernier a stationné quelques minutes
dans le hall d’entrée de l’école
secondaire, dont les élèves
avaient été évacués, avant
d’entamer sa sortie spectaculaire et violente. Il franchit les
portes de l’Athénée et tire sur
les policiers qui l’attendent
en masse et en blesse quatre
– leurs jours ne sont pas en
danger. Le peloton antibanditisme contre-attaque et
abat le tueur. Le roi Philippe,
le Premier ministre, Charles
Michel, et le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, se sont
rendus à Liège pour marquer
leur soutien aux victimes et
s’informer de la situation. Un
conseil national de sécurité
s’est réuni en urgence mardi,
en fin d’après-midi. Malgré ce
drame, l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (Ocam) maintient le niveau de la menace terroriste
à «2» (sur une échelle
de 4). •
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Libération Mercredi 30 Mai 2018
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CheckNews «Que se
passe-t-il avec Tommy Robinson au Royaume-Uni ?»
L’activiste d’extrême droite a écopé de
treize mois de prison pour avoir filmé les
suspects d’un procès dont les médias ont,
pour l’heure, interdiction de parler. Son arrestation elle-même faisait l’objet, jusqu’à ce
jour, d’un black-out juridique. PHOTO AP
LIBÉ.FR
A Paris, les représentants libyens
amorcent une solution politique
Qualifiée de «rencontre historique» par Emmanuel Macron comme par l’envoyé
spécial de l’ONU Ghassan
Salamé, la Conférence internationale sur la Libye, organisée à Paris mardi, pourrat-elle amorcer une solution
politique dans un pays déchiré? Quatre responsables
libyens, représentants de
factions rivales, se sont engagés à travailler ensemble
en vue de tenir des élections
législatives et présidentielle
le 10 décembre. Une «déclaration politique» dans ce
sens a été endossée par le
Premier ministre du gouvernement d’union nationale,
Fayez al-Sarraj, le maréchal
Khalifa Haftar, homme fort
de l’est du pays, le président
de la Chambre des représentants, Aguila Salah, et celui
du Conseil d’Etat, Khaled alMechri. La déclaration lue
en arabe et approuvée oralement par les quatre hommes, à la demande du président français, n’a pas donné
lieu toutefois à une signature devant les caméras
comme prévu initialement.
Depuis la chute, en 2011, de
la dictature de Muammar alKadhafi après l’intervention
militaire lancée par la
France, la Libye reste un
pays morcelé. Une multitude
de forces rivales se livrent
une lutte acharnée pour la
domination du pays. Les signataires de la déclaration
de Paris ne semblent pas en
mesure d’imposer à ces forces émiettées, une unification prévue sous l’égide des
Nations unies. La situation
chaotique a favorisé l’activité
des groupes terroristes dans
la région ainsi que l’ouverture des routes des migrations clandestines.
«Seul Macron réussit à imposer à nouveau une dynamique politique en Libye grâce
à ses invitations à Paris»,
note Hasni Abidi, directeur
du Centre d’études et de recherche du monde méditerranéen et arabe, à Genève.
Rappelant la précédente
ÉCOSSE
PORTUGAL
La clinique Castle Craig, en
Ecosse (comté du Peeblesshire), spécialisée dans
la lutte contre les addictions, a annoncé vouloir
s’attaquer à la dépendance
aux cryptomonnaies, dont
la plus célèbre est le bitcoin.
«Le marché des cryptomonnaies, fluctuant et à haut risque, séduit le joueur à problème [et sa forte volatilité]
crée de l’excitation et une
fuite en dehors de la réalité»,
a expliqué Chris Burn, thérapeute dans cet hôpital, l’un
des principaux centres antiaddiction du Royaume-Uni.
Le Parlement portugais
devait se prononcer mardi
sur quatre propositions de
loi légalisant l’euthanasie
ou le suicide assisté, mais le
résultat restait incertain. Le
texte déposé par des élus socialistes entend fixer «les conditions spéciales dans lesquelles la pratique de l’euthanasie
n’est pas sanctionnée», tandis
que celui du Bloc de gauche
(gauche radicale) se réfère à
une «anticipation de la
mort». Le président portugais pourrait, lui, opposer
son veto, selon l’hebdomadaire Expresso.
COMMENT L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE VA CHANGER NOS VIES
Mozambique
Dix personnes
décapitées par un
groupe islamiste
Une nouvelle opération
meurtrière, attribuée à un
groupe de jeunes musulmans
radicaux qui défie les autorités depuis plusieurs mois, a
eu lieu dimanche aux premières heures du jour, dans
le village de Monjane (nordest). Dix personnes, dont des
enfants, ont été décapitées.
Les islamistes «visaient le
chef du village parce qu’il
avait fourni des informations
à la police sur l’endroit où le
groupe était caché, a expliqué
à l’AFP une source locale. La
police est arrivée beaucoup
plus tard, les assaillants
étaient déjà repartis pour se
cacher dans la forêt.» Le représentant du gouvernement
de ce district (Palma, province du Cabo Delgado), David Machimbuko, a confirmé
à l’AFP avoir été «informé de
cette tragédie». Connue sous
le non de Al-Shabab («les jeunes» en arabe), cette bande
islamiste avait émergé en octobre, lors d’une attaque
spectaculaire visant un commissariat et une caserne de
l’armée dans la ville de Mocimba da Praia, dans la
même province. Les forces de
l’ordre n’avaient repris le
contrôle de la ville qu’en bout
de deux jours de combats.
conférence sur la Libye qui
a réuni en juillet 2017 à Paris
les deux grands rivaux
libyens, Fayez al-Sarraj et le
maréchal Haftar, le chercheur relève que «les deux
hommes ne s’étaient pas revus depuis. Ils ne se sont
d’ailleurs pas engagés sur
une véritable feuille de
route». L’engagement oral à
tenir des élections en décembre prochain semble en
effet difficile à tenir selon le
spécialiste. «Il reste encore
beaucoup de chemin à
parcourir pour qu’un effort
de paix aboutisse», confirme dans un communiqué l’International Crisis
Group. H.K.
Porto Rico Le bilan de l’ouragan
Maria passe de 64… à 4 600 morts
D’après une étude réalisée par des institutions américaines
dont Harvard, l’ouragan Maria qui avait balayé Porto Rico
le 20 septembre a causé environ 4600 morts. Loin, très loin
des 64 décès du bilan officiel. La plupart ont souffert du
manque de soins dû aux dysfonctionnements du système
de santé, d’électricité et de transports. Le rapport établit que
le taux de mortalité sur le territoire américain, trois mois
après la catastrophe, a bondi de 62%. La totalité des réseaux
électriques seront remis en service jeudi… à la veille du début de la saison des ouragans. PHOTO H. RETAMAL. AFP
Gaza-Israël La confrontation la plus
violente depuis 2014
L’armée israélienne a frappé, mardi, des dizaines de cibles
dans la bande de Gaza, en représailles à un feu nourri de
roquettes et d’obus de mortier. Il s’agit de l’escalade la plus
sévère entre Israël et les groupes armés palestiniens depuis
la guerre de 2014. Trois soldats israéliens ont été blessés
par les tirs (un modérément et deux légèrement), et ont été
évacués, a déclaré l’Etat hébreu. Aucune victime n’a pour
l’instant été rapportée côté palestinien. L’épisode fait resurgir le spectre d’un nouveau conflit dans l’enclave, qui
a connu trois guerres depuis 2008.
De nouveau en vente,
notre hors-série de 108 pages
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12 u
FRANCE
Libération Mercredi 30 Mai 2018
Faut-il lâcher
les noms des
fichés S aux maires ?
Alors qu’Emmanuel Macron et le procureur de Paris, François
Molins, se sont prononcés en faveur de la divulgation aux maires
et préfets d’informations sur l’identité des personnes surveillées
potentiellement dangereuses. Au risque de dérapages
dans la population et d’un affaiblissement du renseignement.
ANALYSE
Par
WILLY LE DEVIN
Dessin
SIMON BAILLY
C’
est le grand sujet du moment en matière de lutte
antiterroriste : le partage
d’informations sur l’identité des
personnes fichées doit-il être
étendu aux maires et aux préfets ?
Vieille antienne de la droite et du
Front national, l’idée fait désormais
son chemin à l’Elysée, au point
qu’Emmanuel Macron lui-même a
entrouvert une porte le 22 mai. Un
mois après la remise du plan Borloo,
le Président présentait ce jour-là ses
mesures à l’attention des quartiers
populaires.
Parmi elles, sa volonté que les préfets «échangent» donc avec les maires, sur la présence dans leurs communes de personnes inscrites au
Fichier des signalements pour la
prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Créé par
décret juste après les attaques de
janvier 2015, ce listing consigne
l’ensemble des personnes radicali-
sées susceptibles d’être dangereuses. Le 20 février, 19 745 noms y figuraient.
HOOLIGANS, MILITANTS
ANTINUCLÉAIRES…
De façon plus surprenante, le procureur de Paris, François Molins, a
poussé la logique encore plus loin
lundi soir lors d’une interview dif-
fusée sur BFM TV. Le magistrat a
jugé «légitime» et «évident» qu’un
maire soit informé quand un individu fiché S –pour sûreté de l’Etat–
habite dans sa commune. Le procureur n’ignore rien de la sensibilité
d’une telle proposition, alors même
que les fiches S sont l’objet de polémiques récurrentes après chaque
attentat. A la différence du FSPRT,
les fiches S, édictées par la DGSI, répertorient l’ensemble des personnes susceptibles d’attenter à la sécurité nationale. En clair, on y
trouve, outre de potentiels terroristes, des hooligans, des militants antinucléaires, ainsi que de supposés
espions des services étrangers.
C’est dire si les propos de François
Molins, même s’ils concernent évidemment les personnes sensibles
à l’idéologie jihadiste, n’ont rien
d’anodin…
Au sein des services de renseignement, donner aux maires l’identité
des fichés S suscite la méfiance,
voire de vives controverses. Spontanément, les agents font le distinguo
entre les individus classés en «haut
du spectre» – à savoir les plus dangereux – et les autres. «Pour l’adolescent qui a surfé dix fois sur des
comptes jihadistes, il ne paraît pas
déconnant de faire circuler son profil, estime un gradé du renseignement. Cela permet de mettre en
place un suivi autre que purement
sécuritaire, en impliquant l’établissement de scolarisation, la mission
locale, le club de sport, etc. En revanche, pour les cibles sulfureuses,
l’absence de discrétion menace
directement l’efficacité de la
surveillance, et met donc les Français en danger. Il y a pas mal de
choses que l’on ne dit même pas aux
préfets…»
De fait, un élu local ne présente pas
les garanties exigées pour devenir
policier. Il n’est soumis à aucune
enquête de moralité et ne se soucie
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Libération Mercredi 30 Mai 2018
UN FICHÉ S AU CONSEIL
MUNICIPAL
Ces derniers jours, Libération a eu
connaissance de deux anecdotes
particulièrement éloquentes. La
première s’est déroulée à Bobigny,
commune de 52 000 habitants située au nord de Paris. Longtemps
à gauche, la ville a basculé aux dernières élections municipales aux
mains de l’UDI Stéphane De Paoli.
Pour bouter les communistes hors
de leur bastion, la nouvelle majorité s’est appuyée sur certains leaders religieux, au point qu’un fiché S a fini par entrer au conseil
municipal. Dans un premier temps,
moult spéculations ont circulé sur
son identité. Puis surviennent les
attentats du 13 Novembre. Rapidement, les policiers reçoivent la consigne de proposer des cibles à perquisitionner dans le cadre de l’état
d’urgence. Les agents associent
alors à leurs recherches certains
élus de la majorité, avec la crainte
que l’adjoint fiché ne finisse par
vendre la mèche…
L’autre anecdote, tout aussi symptomatique, se déroule en mars, peu
après l’attaque perpétrée par Ra-
douane Lakdim –4 morts et 15 blessés– au Super U de Trèbes (Aude).
Dans les petits villages alentour, une
rumeur se répand, selon laquelle les
maires disposent de la liste des fichés S du département. En plein
traumatisme, certains édiles se retrouvent harcelés par des adminis-
«
trés bien décidés à savoir de qui il
faut se méfier. Entre parents d’élèves à la sortie de l’école, chez le docteur ou à l’arrêt de bus, là aussi les
spéculations vont bon train. Dans
l’un des hameaux, des chasseurs se
sont même associés pour repérer les
familles concernées. Ambiance…
«La lutte antiterroriste est un savant
mélange entre la nécessité d’informer
la population et le secret inhérent au
travail de renseignement. A terme,
une plus ample circulation de l’information pourrait générer des discriminations au faciès, des troubles à
l’ordre public, voire des accès de psy-
chose. Ce que l’on gagne en pédagogie,
on pourrait le perdre en sérénité»,
avertit un policier spécialisé. Emmanuel Macron a donné jusqu’à juillet
au ministre de l’Intérieur, Gérard
Collomb, pour formuler des propositions concrètes en vue d’améliorer
l’information des maires. •
«Les élus locaux sont déjà
détenteurs de nombreux secrets»
Le sénateur de l’Eure Hervé
Maurey, qui proposait dès 2016
d’informer les maires de
la présence de fichés S dans
leur commune, estime que
l’argument d’une surveillance
fragilisée est fallacieux.
I
l avait déposé à l’automne 2016, au nom de
«la sécurité publique», une proposition de
loi visant à permettre aux édiles de disposer de l’identité des personnes fichées S résidant dans leur commune. Pour Hervé Maurey,
sénateur UDI de l’Eure et maire de Bernay durant quinze ans, ces informations sensibles ne
doivent pas rester l’apanage des services.
Etes-vous satisfait de l’annonce d’Emmanuel Macron, qui souhaite que les préfets
échangent avec les édiles sur les fichés les
plus à risque ?
Sur le principe, oui. Cette annonce va dans le
sens de ma proposition de loi d’il y a plus
d’un an. Mais il faut attendre de voir comment le dispositif sera mis en œuvre en
juillet, car la vraie question repose sur les modalités. L’accès à ces informations ne doit pas
dépendre du simple bon vouloir des préfets.
Ils doivent avoir l’obligation de communiquer
systématiquement aux maires la liste des personnes fichées.
En quoi est-ce important que les édiles
puissent accéder au Fichier des signale- ter des informations.
ments pour la prévention et la radicalisa- Les services de renseignements s’inquiètion à caractère terroriste (FSPRT) ?
tent de voir les surveillances fragilisées…
Ces dernières années, les élus locaux se sont Et ne risque-t-on pas d’ouvrir la boîte de
beaucoup impliqués en termes de maintien de Pandore? Comment garantir la confidentil’ordre et de sécurité publique. On leur en de- alité?
mande de plus en plus, il faut donc leur donner C’est un argument fallacieux –typique des serles moyens de remplir leur mission. Il est légi- vices de l’Etat qui ne veulent pas partager l’intime que les maires sachent s’il y
formation– dès lors que le maire
a des personnes à risque dans leur
est tenu à la confidentialité,
commune, en particulier lorsqu’il
comme je le suggérais dans ma
s’agit d’agents municipaux.
proposition de loi. Celui-ci ne
Avez-vous été confronté à
pourra les utiliser que dans le
cette problématique en tant
cadre de ses missions légales. Au
que maire ?
quotidien, les maires sont déjà
J’avais cette inquiétude. Nous
détenteurs de nombreux secrets,
n’avons jamais eu de problème,
qu’ils ne partagent pas nécessaimais cela ne veut pas dire que je
rement. Ils ne sont pas obligés
INTERVIEW
n’avais pas de fiché S pour radicade tout dire à leur conseil munilisation parmi mes administrés. Si c’est le cas, cipal. Le partage d’informations peut se faire,
il est préférable que la personne ne soit pas par exemple, uniquement avec sa police muniembauchée pour mener des actions dans le cipale, pour développer une surveillance accadre de la ville, ni au service informatique de crue. Et encore, il peut juste dire «vous surla commune, ni auprès des enfants en tant veillez le 32» sans expliquer pourquoi. Si on
qu’animateur ou éducateur sportif, par exem- inscrit dans le dispositif que le maire a une
ple. Ce qui est déjà arrivé dans certaines villes. obligation de discrétion, il n’y a aucun risque.
S’il est au courant, le maire peut faire en sorte Car, bien sûr, il ne faut pas que ces personnes
d’éloigner l’individu de ces fonctions pour les- ou leurs familles soient montrées du doigt, ou
quelles sa radicalisation pourrait constituer un leur identité dévoilée, ça risquerait de susciter
danger. Enfin, si un édile sait qu’un fiché S vit des troubles à l’ordre public.
dans telle ou telle rue, il pourra être particulièRecueilli par
rement vigilant à son encontre et faire remonCHLOÉ PILORGET-REZZOUK
DR
guère du secret professionnel. Enfin, il peut ne pas avoir conscience
des enjeux qui se jouent en coulisse. «Même si l’article 16-1 du code
de procédure pénale confère au
maire et à ses adjoints le statut d’officier de police judiciaire (OPJ), certains élus ont des casiers longs
comme le bras, voire sont eux-mêmes fichés S, observe un délégué du
syndicat Vigi. Dès lors, la question
du partage de l’information devient
kafkaïenne. Et ce d’autant que certains représentants municipaux
peuvent agir selon des réflexes électoralistes. Imaginez que pour déstabiliser un opposant, un candidat
dise qu’untel ou untel est fiché S sur
sa liste…»
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FRANCE
Libération Mercredi 30 Mai 2018
LIBÉ.FR
Tribune «Pourquoi
nous saisissons le
défenseur des droits» :
A la suite de l’intervention des forces
de l’ordre lors d’une assemblée générale
au lycée Arago, le 22 mai, à Paris,
des parents et citoyens dénoncent les
droits bafoués de 40 mineurs et
de 88 majeurs. PHOTO MICHAEL BUNEL
Interpellations
en manif: Collomb
ressuscite la droite
Les textes utilisés
par la police,
vivement critiqués
car ils justifient
des arrestations
massives de
manifestants,
sont issus d’une
proposition
législative
de Christian
Estrosi en 2010.
ment les éventuelles dégradations ou violences commises. Ce délit est passible d’un
an d’emprisonnement (qui
monte à trois ans avec la circonstance aggravante d’une
action menée en réunion,
comme c’était le cas au lycée
Arago) et de 7 500 euros
d’amende. Tandis que le délit
de participation à un groupement, qui a été utilisé pour
l’interpellation 283 manifestants lors de la manifestation
du 1er mai, est passible d’un
an d’emprisonnement et de
15 000 euros d’amende.
G
«Un filet assez large». A
ront au cœur ce mercredi des
premiers procès des manifestants arrêtés le 1er mai, nous
renvoient quelques années
en arrière. A l’époque où Nicolas Sarkozy était président
de la République, et l’un de
ses poulains, Christian Estrosi, député des Alpes-Maritimes. L’actuel maire de Nice,
déjà très inspiré pour suggérer de nouvelles mesures sécuritaires, avait proposé le
vote d’une loi pour lutter contre «les bandes» qui s’adonnent aux «violences aux perPar
sonnes, commises sur des tiers
ISMAËL HALISSAT
ou des membres de bandes riérard Collomb culti- vales», ainsi qu’aux «dégradave-t-il, à sa façon, tions et destructions de
une nostalgie pour biens». Avec une logique préMai 68 ? Une passion dont il ventive, voire prédictive, partirerait un certain goût pour fois difficilement compatible
les interpellations massives avec les fondamentaux du
et la gestion policière des droit.
mouvements sociaux. «Si on «Il s’agit avant tout par ce
veut garder demain le droit texte de démanteler les bande manifester, qui est une li- des pour prévenir les violences
berté fondamentale, il faut qu’elles pourraient commetque les personnes qui veulent tre» indiquait l’exposé des
exprimer leur opinion puis- motifs de cette proposition de
sent aussi s’oppoloi portée par le
L’HISTOIRE parlementaire
ser aux casseurs», a dit le
Estrosi. L’idée
DU JOUR
ministre de l’Inn’est donc pas de
térieur après la dernière ma- rechercher la matérialité de
nifestation parisienne contre violences ou de dégradations
la politique du gouverne- imputables à une personne,
ment, le 26 mai. Pour Col- mais de constater par sa prélomb, la «passivité» des ma- sence dans un groupe, son innifestants les rend «d’un tention d’y prendre part. Ce
certain point de vue, comp- texte, adopté en 2010, introlices de ce qui se passe».
duit notamment deux nouveaux délits : la «participa«Bandes». De ces propos tion à un groupement en vue
transparaît la logique, con- de commettre des violences ou
nue dans l’histoire des mou- des dégradations» et «l’intruvements sociaux, d’une re- sion dans un établissement
cherche de la responsabilité scolaire».
collective des manifestants. C’est sur le fondement de ce
Une conception juridique de dernier délit qu’ont été internouveau présente dans le pellés plus d’une centaine
code pénal depuis une loi vo- de lycéens et étudiants,
tée par la droite en 2010. C’est le 22 mai au lycée Arago, à Padans ces dispositions, très ris. Son application extensive
peu utilisées jusqu’à présent, permet de poursuivre toutes
que la préfecture est allée les personnes présentes dans
piocher deux délits pour l’enceinte de l’établissement
procéder récemment à de très au moment de l’intervention
nombreuses interpellations. de la police. Sans nécessité
Ces deux infractions, qui se- de constater individuelle-
peine nommé préfet de police de Paris, en avril 2017,
Michel Delpuech a fait le
choix d’un retour à la philosophie classique de maintien
de l’ordre, en repoussant au
plus tard les contacts avec
les manifestants. Avec un résultat probant le 1er mai :
malgré d’importants affrontements entre un black bloc
composé d’environ 1 000
personnes et les policiers, il
n’y a eu, d’un côté comme de
l’autre, pratiquement aucun
blessé.
Mais avec un corollaire: quelques dégradations matérielles sur le parcours. Pour y répondre judiciairement, la
préfecture a fait le choix d’interpeller près de 300 personnes en retenant systématiquement l’infraction de
participation à un groupement. «On s’est calé avec le
parquet de Paris pour que les
procédures rédigées par nos
équipes visent ce texte», précise Michel Delpuech à Libération. Il reconnaît que ces
interpellations ont tout de
même été effectuées avec
«un filet assez large».
«Cela crée un spectacle où l’on
jette en pâture des gens pour
les médias», réplique l’avocat
Raphaël Kempf, qui a assisté
plusieurs prévenus lors des
comparutions immédiates
organisées dans la foulée des
gardes à vue. «Ces interpella-
Lors de la manifestation du 1er mai, à Paris. PHOTO ALBERT FACELLY.
tions avaient pour seul but de
faire du nombre pour les télés
le soir, estime un manifestant
présent dans le black bloc ce
jour-là. Et poursuit : «A ma
connaissance, aucune des personnes du black bloc n’a été interpellée. C’est ceux qui
étaient à l’arrière et qui se
sont écartés des affrontements
qui se sont retrouvés en garde
à vue. D’ailleurs, on a réfléchi
à écrire un texte pour s’excu-
«Ces
interpellations
avaient pour
seul but de faire
du nombre
pour les télés.»
Un manifestant
ser auprès d’eux.» Pour l’avocat Henri Leclerc, qui a obtenu la relaxe, fin 2017, d’un
prévenu poursuivi à ce titre
dans l’affaire du quai de
Valmy – ou des policiers
avaient été agressés et leur
voiture incendiée– cette infraction «permet d’arrêter
n’importe qui dans une manifestation et s’inscrit dans la
grande tradition de répression des mouvements sociaux,
de ce qu’on avait appelé les
lois scélérates à la fin
du XIXe siècle, ou encore de la
loi anticasseurs au début
des années 70». A l’époque,
deux ans après les événements de Mai 68, la droite
vote plusieurs articles de loi
permettant de réprimer durement les manifestations.
Il était alors possible de
condamner les auteurs de
violences commises au sein
d’un groupe, ainsi que ceux
qui bien que présents, ne
participaient pas aux violences. Avec une subtilité supplémentaire, toutes ces personnes pouvaient être tenues
responsables financièrement
des dégradations. Michel Rocard avait qualifié ces dispositions de «monstres juridiques» et ce texte avait
finalement été abrogé par la
gauche, après son arrivée au
pouvoir en 1981.
En 2010, le risque d’une application trop extensive des
délits votés par la droite sous
Nicolas Sarkozy avait déjà été
soulevé. Au Parlement, la
gauche s’était élevée contre
les risques d’atteintes au
droit fondamental de manifestation en saisissant le
Conseil constitutionnel.
Parmi eux, il y avait un certain Gérard Collomb. •
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Libération Mercredi 30 Mai 2018
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LIBÉ.FR
La bataille des
scoots Ils sont
bleus et blancs
et ont débarqué dans la capitale
il y a environ deux ans. Cityscoot
(en concurrence avec Coup ou encore
Troopy) annonce 75000 utilisateurs
et étend sa flotte à 3400 véhicules.
PHOTO GEOFFROY VAN DER HASSELT.AFP
Nouvelle mise en
examen pour Woerth
Affaire
Ramadan
Une plaignante
change son récit
Ça lui pendait au nez, c’est
automatiquement arrivé :
Eric Woerth, trésorier de la
campagne présidentielle de
Nicolas Sarkozy en 2007, a été
mis en examen mardi pour
«complicité de financement
illégal», comme l’a annoncé à
l’AFP son avocat, Jean-Yves
Le Borgne, comme pour
mieux désamorcer la polémique. De fait, on
est loin des millions que Kadhafi serait censé
avoir versés à
Sarkozy, en
échange de plus
ou moins bons
procédés. Faute
de traçabilité,
les enquêteurs se sont donc
focalisés sur cette sous-affaire dans l’affaire: le versement en liquide aux petites
mains de la campagne. Les
montants sont loin d’être colossaux, entre 30 000
et 35000 euros, distribués à
la bonne franquette. Pour éviter toutes confusions avec les
possibles millions de Khadafi, Woerth a jugé nécessaire
de tweeter: «Je l’affirme catégoriquement, je n’ai rien à
voir avec cette prétendue “affaire libyenne”.»
Henda Ayari, la première
femme à avoir porté
plainte pour viol contre
Tariq Ramadan, a été entendue jeudi pour la
deuxième fois par les juges d’instruction en
charge du dossier. La quadragénaire a exposé, selon France Info, une nouvelle version des faits.
Si elle accuse toujours le
théologien de viol, elle
affirme désormais que
celui-ci a eu lieu
le 26 mai 2012. Devant les
juges, Ayari a raconté
avoir rejoint Ramadan en
fin de soirée dans un hôtel
de la place de la République, à Paris, où l’intellectuel avait ses habitudes. Dans sa plainte
déposée en octobre, elle
avait affirmé que les
faits s’étaient produits
en mars 2012 à l’hôtel Holiday Inn, près de la gare
de l’Est. Sous le coup de
quatre plaintes pour viols,
le théologien, placé en détention provisoire depuis
début février, sera auditionné pour la première
fois le 5 juin. Il nie catégoriquement les faits qui lui
sont reprochés. B.S.
AFP
Déjà entendu par les enquêteurs, Woerth a bémolisé : il
s’agissait simplement de
«faire plaisir, de gratifier
ceux qui avaient participé à
la campagne ou engagé des
frais qui n’auraient pu être
remboursés suffisamment».
Or ces sommes auraient dû
être déclarées. On peut comprendre la pudeur de l’ex-trésorier de la sarkozie
quand il évoque
l’origine des fonds:
«Je pensais que l’argent provenait de
personnes qui voulaient aider sans
apparaître.» Là
aussi, cela se déclare. Or Sarkozy
n ’a v a i t
déclaré
que 9712 euros de dons en espèces auprès de la Commission nationale des comptes
de campagne et des financements politiques (CNCCFP).
Pour Jérôme Lavrilleux, mis
en examen dans le cadre de la
campagne 2012 du même
Sarkozy (affaire Bygmalion):
«Ne pas penser à saisir la
CNCCFP, c’est ne pas voir
qu’il y a un problème; refuser
de le faire, c’est savoir qu’on
est confronté à un problème.»
RENAUD LECADRE
3
Aides sociales «Il y en a trop»,
selon Gérald Darmanin
Le dossier est donc bien ouvert. Après de premières déclarations la semaine dernière par médias interposés avec son
voisin de Bercy, Gérald Darmanin a récidivé mardi matin
sur RTL. A la question «Combien y a-t-il d’aides sociales
en France?» le ministre de l’Action et des Comptes publics
a répondu: «Je ne sais pas mais il y en a trop.» De quoi déclencher les foudres de l’opposition de gauche. Darmanin
a précisé que l’exécutif allait mener une réflexion pour «revoir le système social sans revenir sur les aides individuelles»
et laissé entendre qu’il pourrait revoir les conditions d’attribution de la prime d’activité. L.A. PHOTO T. ZOCCOLAN. AFP
Présidentielle Enquête sur les
comptes de campagne de Mélenchon
Saisi par un signalement de la Commission nationale des
comptes de campagne, le parquet de Paris a confié en avril
à l’Office anticorruption de la police judiciaire «le soin
de procéder à des vérifications sur une éventuelle violation
des prescriptions du code électoral relatives au financement
des campagnes électorales» dans le cadre de la candidature
de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2017, a-t-on
appris mardi de source judiciaire.
Avec Parcoursup, le casse-tête
des demandes de logement Crous
Nicolas, 19 ans, a attendu le
dernier moment pour demander un logement social
auprès du Crous. Comme
tous les futurs boursiers, il a
jusqu’à jeudi pour remplir
son dossier. Il faut dire
qu’avec sa position dans les
listes d’attente sur Parcoursup – 588 sur 1 124, 525 sur
567, 248 sur 360 et 936 sur 1
214– impossible pour lui de
savoir où il étudiera à la rentrée. Sur la nouvelle plateforme post-bac, il a formulé
4 vœux pour commencer des
études de ciné. Lui qui a
connu APB l’an dernier –il a
arrêté sa 1ère année de licence
en cours d’année– ne s’attendait pas à se retrouver sans
aucune affectation.
Si l’un de ses vœux est accepté, il pourra se retrouver
à Bordeaux, Rennes, Lyon ou
Strasbourg. C’est donc dans
ces villes qu’il va déposer ses
demandes de logement.
Avec une chance relative de
s’en voir attribuer un, étant
boursier échelon 0 bis, sur
une échelle de 7 (les plus démunis). «Parcoursup et le
Crous, ce sont deux sites indépendants, alors qu’ils devraient fonctionner ensemble, estime Nicolas. On peut
se retrouver avec un vœu de
fac accepté à un endroit et un
vœu de logement accepté à un
autre…»
Contacté par Libé, le Cnous,
qui coordonne les Crous,
rappelle que tout n’est pas
perdu après fin juin, lorsque
les candidats à un logement
recevront les premières réponses: «Le 3 juillet, une période complémentaire sera
ouverte pour les logements
encore disponibles.» «Le
31 mai n’est pas une date où
tout s’arrête, s’efforce de rassurer aussi le ministère de
l’Enseignement supérieur.
On donne cette date pour ne
pas trop étaler les demandes.
Si une admission arrive tardivement, la demande est
bien entendu traitée.» Mais
avec quelle chance de succès ? Du côté des syndicats
lycéens, le dossier est hors
des radars. «On est tellement
débordé avec Parcoursup
qu’on n’a même pas pu appe-
ler les lycéens à ne pas oublier
de déposer ce fameux dossier
logement», avoue Marouane
Majrar, vice-président de la
Fédération indépendante et
démocratique lycéenne.
Mais il pointe du doigt les
dommages collatéraux liés
aux «vœux de secours», ces
propositions faites sur Parcoursup aux candidats qui
n’ont essuyé que des refus.
«Une lycéenne s’est par exemple vue proposer une “roue de
secours” à Bordeaux. Elle est
donc obligée de remplir son
dossier Crous en urgence, car
elle prévoyait de rester vivre
chez ses parents.»
TIMOTHÉE
DE RAUGLAUDRE
A lire en intégralité sur Libé.fr.
C’est le nombre
de polluants «typiques des émissions
industrielles» auxquels sont exposés
les habitants de
Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône),
riverains de la zone industrialo-portuaire
voisine (l’une des plus
importante d’Europe),
selon une étude
de l’Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions.
Elle révèle qu’ils sont
soumis à une «surimprégnation» au plomb,
aux furanes et au benzène. Si les taux ne dépassent pas les seuils
réglementaires, les
scientifiques pointent
le risque d’un «effet
cocktail» sur la santé.
«Aujourd’hui, je n’ai plus foi dans
le système scolaire français. Et je
ne vais pas refaire le pays du haut
de mes 19 ans.»
GARANCE A.
étudiante en
réorientation,
à propos de
Parcoursup
«Je vous écris aujourd’hui pour parler de Parcoursup.»
Garance, 19 ans, est étudiante en réorientation. Elle a envoyé
une lettre à Libé avec l’espoir que «sa voix porte»: «Nous demander de déterminer notre futur en quelques mois, à l’aide
d’un logiciel, c’est profondément agressif et douloureux. C’est
beaucoup trop dur de nous demander de choisir “vite et bien”»,
écrit-elle notamment dans un texte à lire en intégralité sur
Libération.fr. Mardi, le ministère de l’Enseignement supérieur
a assuré que «plus de deux tiers des élèves ont au moins une
proposition dans Parcoursup», une semaine après la publication des premiers résultats d’affectation des élèves.
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16 u
FRANCE
Libération Mercredi 30 Mai 2018
A Grande-Synthe, l’écologie
entre les usines et les HLM
Par
STEPHANIE MAURICE
Envoyée spéciale à Grande-Synthe
Photos RICHARD BARON.
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GrandeSynthe
PASDE-CALAIS
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BE
Le maire EE-LV a changé
l’image de cette ville
industrielle, construite
entre une centrale
nucléaire et ArcelorMittal.
Elle sert désormais de
modèle à des élus belges
venus s’inspirer de
l’enclave verte du Nord.
NORD
SOMME
E
SN
AI
20 km
A
u pied des tours HLM, ça mord.
Les cannes à pêche sont de sortie à Grande-Synthe (Nord) en ce
mardi de beau temps. Ici, l’eau est mise
en valeur. Elle court le long des canaux.
Bucolique, pour une ville-champignon
construite dans les années 60 afin d’accueillir les ouvriers de la nouvelle usine
sidérurgique Usinor, aujourd’hui passée
dans le giron d’ArcelorMittal. Dans le
bus rempli d’élus et de techniciens flamands venus en voisins, le maire, Damien Carême (EE-LV), fait office de
tour-opérateur: «Vous avez l’habitude en
Belgique de l’eau dans les villes, mais en
France, c’est plutôt rare.» En aparté, un
Belge explique sa présence : «GrandeSynthe est connu pour être une ville qui
travaille sur la durabilité.» Et se moque
gentiment: «Damien Carême, c’est une
star !» Plus connu, en France, pour sa
politique généreuse d’accueil des migrants que pour sa fibre écologiste.
Pourtant, Grande-Synthe est la preuve
concrète qu’une ville étiquetée banlieue,
avec 33% de sa population sous le seuil
de pauvreté, peut être écolo sans être
perçue comme bobo. Bobo. Le terme fait
pouffer Julien, 29 ans, rencontré dans
les locaux de l’Université populaire. Il
gagne sa vie en vendant du matériel de
puériculture sur le Web, en solo. «C’est
un peu cliché, non? Chaque personne devrait s’intéresser à l’écologie, car tout le
monde est concerné.» Il a un lombricomposteur sur son balcon, offert par la mai-
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Libération Mercredi 30 Mai 2018
u 17
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Une
délégation
belge en
visite à
GrandeSynthe
(Nord), le
22 mai,
avec
Damien
Carême
(en haut à
gauche), le
maire de la
ville.
rie. Il apprécie sa ville, et c’est vrai imaginé que le Dunkerquois doublerait
qu’elle est agréable, avec ses pistes cy- sa population grâce à son dynamisme
clables, où on voit pédaler de vieux mes- industriel. Mais le choc pétrolier est
sieurs en djellaba. Quelques tristesses passé par là, l’industrie s’est étiolée, et
architecturales subsistent, là où l’Anru la crise de 2008 a fait mal : le chômage
(Agence nationale pour la rénovation a grimpé de 16 à 24 %. Il est à 28 %
urbaine) n’a pas œuvré. Pas
aujourd’hui. La sidérurgie
de dealers visibles qui tienREPORTAGE faisait vivre 11000 ouvriers
nent les murs, pas de quads
du temps de sa splendeur,
rugissant sur les pelouses, pas de pou- elle n’emploie plus que 2800 personnes.
belles balancées par les fenêtres. Julien Entre 1982 et 2010, Grande-Synthe passe
sourit: «J’ai vécu à Montfermeil [en Sei- de 26 482 à 20 900 habitants.
ne-Saint-Denis], je peux vous dire qu’ici, Aujourd’hui, la municipalité reprend du
c’est presque la campagne. Vous sortez le poil de la bête, à la fierté de son maire :
soir, il n’y a personne dans les rues.» Syl- «Au dernier recensement, on était
vie, à côté de lui, ajoute : «Je me suis tou- à 24200 habitants», claironne Damien
jours sentie en sécurité.» Les rodéos ont Carême. Grande-Synthe n’a pas toujours
disparu avec le remplacement des eu bonne réputation. «C’est le désavanmornes espaces verts par des potagers tage de la politique de la ville: on amène
partagés en pied d’immeuble, où des re- des moyens, mais on colle une étiquette
traités aux accents d’ailleurs soignent de banlieue», juge l’édile. Un soir
oignons et salades. Sylvie sourit: «C’est de 2002, un drame projette la commune
là où je peux discuter avec mon voisin qui sous les feux médiatiques : un homme
est d’origine marocaine des attentats, abat un jeune de 17 ans, à la sortie d’une
voir comment il les vit.»
salle de prières, choisi au hasard, par racisme. Mais la ville ne part pas en vrille,
Tout-voiture
sûrement grâce à l’épaisseur de son réPourtant, les alentours ne font pas rêver. seau associatif (250 organisations sont
La ville est bordée par l’autoroute A16, actives). Sans doute aussi grâce à son ofavec une bretelle de sortie pour l’hyper- fre sociale, sportive et culturelle à bas
marché Auchan et sa zone commerciale. coût. Sylvie, 60 ans, secrétaire à la reSi on continue, on tombe sur les usines, traite, énumère: «La piscine municipale
avec le complexe sidérurgique étalé sur est à 1 euro l’entrée et l’aquagym
plus de 10 kilomètres du littoral, coincé à 15 euros les dix séances, ce n’est rien du
entre la centrale nucléaire de Gravelines tout. Le cinéma est le moins cher à la
et le port de Dunkerque. Grande-Synthe, ronde, la médiathèque est gratuite. Et la
pensé pour le tout-voiture, avec ses carte pour les écoles de musique, de
tours et ses parkings, revient de loin. danse, de théâtre coûte 15 euros à l’anUne ville de HLM, avec un quartier plus née.» Sans compter la cantine bio à 40
chic, pour les ingénieurs. L’Etat avait centimes le repas pour les plus pauvres.
Il a fallu changer l’image. La mairie s’y
est attelée, tous azimuts. Elle a payé une
campagne choc contre les discriminations, en quatre par trois. Les affiches
clamaient «chefs d’entreprise, c’est mon
CV ou mon quartier qui vous embête?»
Au Puythouck, une zone en périphérie,
60000 arbres ont été plantés pour séparer ville et usines. Damien Carême prend
son bâton de pèlerin et va chercher les
bonnes pratiques en Allemagne, au Danemark, en Suède, en Angleterre.
«En 2006, je vois ma première maison
passive [isolée pour conserver au mieux
la chaleur et éviter les dépenses de
chauffage, ndlr] en Allemagne, dans une
ville plus au nord que nous, avec un seul
radiateur, le sèche-serviettes dans la salle
de bains. Je me suis dit, c’est donc possible, pourquoi ça n’existe pas chez nous?»
se souvient-il. Il avait déjà engagé la première opération Haute qualité environnementale (HQE) de France, avec la rénovation de 104 logements en 2002 :
isolation par l’extérieur, remplacement
des parquets chauffants électriques par
une chaudière centrale au gaz. La consommation énergétique est divisée par
deux, de 240 à 119 kw/h par m² et par an.
Le Bâtiment basse consommation (BBC)
est généralisé dès 2012 dans toutes les
opérations immobilières, avant que la
norme ne devienne obligatoire. Et Grande-Synthe s’enorgueillit aujourd’hui de
sa première résidence HLM passive, avec
une consommation de 15 kw/h par m² et
par an. Un vrai défi technique, car il
n’était pas question d’exploser les coûts,
à moins de se retrouver avec des appartements impossibles à louer.
Air de guingois
Carême a une idée fixe, améliorer le
reste à vivre de ses administrés, une fois
les charges fixes payées, tout en améliorant la qualité de vie. L’ancien socialiste
en est sûr, l’écologie est la réponse adaptée. L’approche intéresse la délégation
belge : «En France, vous savez faire un
projet global, alors que chez nous, ce sont
des initiatives individuelles éparpillées»,
remarque l’un des participants. Mais il
faut convaincre. Pour y parvenir, Damien Carême achète la maison-prototype RuralZed, de l’architecte anglais
Bill Dunster, à zéro émission de carbone.
Il l’installe en 2008 en bordure de l’écoquartier qu’il prévoit au Basroch. Elle
doit servir de maison-témoin. Le projet
n’est toujours pas sorti des cartons, mais
la bâtisse de bois, avec son air de guingois, est entrée dans le paysage. Des ateliers de fabrication de produits ménagers et cosmétiques s’y tiennent, sous le
nom de Fabrique de l’autonomie. Moins
chers et sans perturbateurs endocriniens. La logique reste la même, l’écologie est facteur de bien-être et d’économie. Grande-Synthe a aussi diversifié
son habitat, avec l’arrivée d’investisseurs privés. Le quota de HLM est passé
de 80 à 63%, au fil des reconstructions,
moins hautes, moins denses. Dans l’îlot
des Peintres, par exemple, 224 logements ont remplacé les 304 démolis. Les
barres ont été cassées. Désormais, l’avenue est longée de petits bâtiments modernes, aux bardages de bois issu des forêts locales, avec un balcon pour chaque
appartement, et le plus souvent des entrées privatives, pour accentuer le côté
chez-soi. Terminé les grands halls avec
des rangées interminables de boîtes aux
lettres. Mais cette restauration urbaine
se fait au prix du départ d’une partie de
la population, relogée ailleurs dans le
parc HLM, sur la communauté urbaine
de Dunkerque. Un sujet qui fait râler le
maire : «Je voudrais pouvoir les garder
chez moi, mais je n’ai pas le droit de construire de nouveaux HLM.» Pas de sa
faute, donc. Antonio, rencontré dans
son potager, depuis quarante-cinq ans
à Grande-Synthe, le reconnaît : «C’est
une belle ville maintenant, mais les nouveaux blocs sont plus chers, 800 euros de
loyer par mois. Moi, je paye 400.»
La délégation belge garde les pieds sur
terre: «Vous avez combien de personnes
pour entretenir tous ces arbres ?» demande l’un des participants. Le maire
répond : «Nous avons plus de 700 employés municipaux, dont une centaine
aux espaces verts.» Les
yeux s’écarquillent, et
ça chuchote : «Comment il fait pour payer
tout cela ?» GrandeSynthe vit un paradoxe : une population
pauvre, mais une ville
riche, grâce à ArcelorMittal. La chambre régionale des comptes
note «le niveau particulièrement élevé des recettes, de 63,7 millions d’euros en 2016,
soit le double de la moyenne par habitant» des communes de cette taille. Et le
nombre d’employés municipaux est digne d’une ville de 60000 habitants, soit
trois fois la taille de Grande-Synthe, avec
beaucoup de contractuels. «Ces emplois
aident des familles à remettre le pied à
l’étrier, assume Damien Carême. La mairie ne peut pas régler le problème de la
pauvreté, mais la politique menée a servi
à préserver la dignité des habitants.» Il
sait la manne précaire. Sa ville vit avec
une épée de Damoclès au-dessus de la
tête: la fermeture du site sidérurgique et
un scénario à la Florange. Mais ce défi
–anticiper un désastre annoncé– sera
pour le maire suivant: Damien Carême,
après trois mandats, ne se représentera
pas aux municipales de 2020. •
Grande-Synthe est
la preuve concrète
qu’une ville
étiquetée banlieue
peut être écolo sans
être perçue comme
bobo.
Retrouvez
dans 28 minutes
presente par elisabeth quin
du lundi au jeudi a 20h05 sur
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18 u
SPORTS
Libération Mercredi 30 Mai 2018
LIBÉ.FR
Le clash En remportant le Giro, dimanche,
Chris Froome a rejoint Merckx et Hinault
dans le club des vainqueurs des trois grands
tours cyclistes. «Il ne fait pas partie de la légende de cette liste», a
critiqué Hinault, en référence à la situation de Froome, sous le
coup d’une procédure après un contrôle anormal: «Mon vieux
Bernard! […] Ne serait-il pas plus sage de fermer ta grande
gueule? Monsieur “Mémoire Courte”», a rétorqué l’ancien
directeur de l’équipe Armstrong, Johan Bruynel. PHOTO REUTERS
Ligue 1: un outsider espagnol éjecte
Canal+ du terrain des droits télé
Diffuseur
historique du foot
français, la chaîne
cryptée n’obtient
aucun lot.
Mediapro, un
opérateur ibérique,
rafle la mise à la
surprise générale.
loisir de faire distribuer par
les opérateurs classiques, tels
Orange, SFR, Bouygues Telecom, Free ou… Canal +, qui
s’est dit prêt à regarder cette
possibilité.
A côté de Mediapro, BeIn
Sports sauve à peine les meubles. Le groupe qatari empoche le troisième lot : deux
rencontres le samedi soir et
le dimanche en fin d’aprèsmidi. Un résultat très, très
maigre. Le petit lot numérique, donnant accès à des extraits de la Ligue 1 en «quasi
direct», revient à Free. Deux
lots mineurs n’ont pas trouvé
preneurs. Ils seront bientôt
remis en jeu. Ce qui pourrait
encore augmenter la valeur
des droits. Comme prévu,
Altice, propriétaire de SFR (et
de Libération), qui a refréné
ses ardeurs financières dans
les contenus, n’a pas
concouru. Quant aux géants
du numérique américains,
les Facebook, Amazon ou
Google, ils n’ont pas non plus
pointé le bout de leur nez.
Par
JÉRÔME
LEFILLIATRE
C
ette bonne vieille Ligue 1 Conforama,
dont on raillait il y a
peu encore la ringardise, vaut
désormais plus d’un milliard
d’euros. L’appel d’offres lancé
par la Ligue de football professionnel pour les droits de
diffusion du championnat de
France des saisons 2020-2021
à 2023-2024 a rendu son verdict mardi: cinq des sept lots
mis en jeu ont été attribués
pour un montant annuel de
1,153 milliard d’euros. Soit
4,6 milliards sur l’ensemble
du contrat. Une hausse
de 60 % par rapport à la période en cours, s’est félicité le
directeur général de la LFP,
Didier Quillot, l’artisan cet
incroyable succès. Les prix
par lot n’ont pas été détaillés.
«Tournant». «Canal n’a
Révolution. La grande surprise de ces enchères est l’absence de Canal + parmi les
vainqueurs. Candidat sur les
sept lots, le diffuseur historique du foot français a été
battu sur chacun. Une claque
énorme pour l’entreprise dont
l’actionnaire de référence est
Vincent Bolloré, et qui perd
encore un contenu sportif
structurant. Il faut prendre la
mesure de la révolution en
cours: la chaîne qui a construit en partie son modèle sur
le ballon rond pourrait ne
plus diffuser aucun match de
Ligue 1 à partir de 2020.
On dit «pourrait», car le système complexe mis en place
par la ligue prévoit que les lots
attribués mardi puissent être
«sous-licenciés» à des tiers.
C’est-à-dire revendus à
Mediapro pourrait diffuser huit matchs sur dix. PHOTO MICHEL MAESTRACCI. ICON SPORT
d’autres. Canal+ a donc l’opportunité de revenir par la fenêtre. Dire que la chaîne cryptée sort du jeu semble donc
prématuré. Les deux années
qui viennent risquent d’être
riches en négociations. Canal
a d’ailleurs immédiatement
réagi en assurant qu’il examinerait «les possibilités de souslicence».
Dans l’affaire, c’est le groupe
espagnol de production et
diffusion Mediapro qui se retrouve au centre du jeu. A la
surprise générale, il a décroché trois des quatre meilleurs
lots. Propriété du fonds d’in-
vestissement chinois Orient
Hontai Capital, cette société
inconnue du grand public
français se retrouve avec les
droits de retransmission de
huit matchs sur dix à partir
de 2020: les affiches du vendredi soir, du samedi aprèsmidi et du dimanche soir,
ainsi que cinq rencontres du
dimanche après-midi. «Le
projet de Mediapro est d’éditer une chaîne 100% football,
comme ils le font aujourd’hui
en Espagne avec la Liga», affirme Quillot. Ils se sont donc
engagés à créer une chaîne à
l’été 2020, qu’ils auront tout
La répartition des matchs de Ligue 1
à partir de 2020
Vendredi
Samedi
13h
15h
17h
21h
4 matchs
en multiplex
Dimanche
rien vu venir… C’est incroyable», s’étonne un ancien dirigeant de la chaîne cryptée,
parti peu après l’arrivée de
Bolloré aux commandes.
«C’est un tournant. Nous en
avons bien conscience»,
concède Didier Quillot, qui a
longuement remercié Canal+
pour son engagement depuis
trente-cinq ans, dans une déclaration qui avait des allures
d’oraison funèbre. Sourire
jusqu’aux oreilles, le président de l’Olympique lyonnais, Jean-Michel Aulas, se
réjouit: «C’est pour les clubs et
les investisseurs la meilleure
nouvelle. Ça va permettre de
continuer à investir dans les
joueurs, les stades…» Le
choix des dirigeants du foot
français risque d’être très
contesté: en Italie, l’attribution à Mediapro des prochains droits de diffusion du
Calcio vient d’être annulée,
faute de garanties financières. «Nous sommes très sereins», assure Didier Quillot.
Avec un milliard dans la poche, c’est plus facile. •
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Libération Mercredi 30 Mai 2018
u 19
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Les Warriors suivent leur étoile
Par ADRIEN FRANQUE
Lorsque la sirène annonçant
la fin du match 7 entre les
Houston Rockets et les Golden State Warriors a retenti,
on a regardé vers le ciel encore assombri et tout s’est
éclairé: Stephen Curry, Kevin
Durant, Klay Thompson sont
l’incarnation des Parques en
NBA. Dans la mythologie
romaine, elles symbolisent le
destin inéluctable des hommes et des dieux, celui dont
on ne peut réchapper, quand
bien même on tente de le
contourner. Dans le basket
nord-américain, cette fatalité
depuis que Steve Kerr est arrivé en 2014 sur le banc des
Warriors, est l’accession de
ces derniers en finale.
Les Houston Rockets ont
failli renverser le destin. Ils
avaient le sacro-saint avantage du terrain, perdu lors de
C’est le nombre de balles de troisième manche
obtenues (et pas converties) lors du tie-break
par Simone Bolelli face à Rafael Nadal. On a
ainsi failli assister mardi au premier set perdu par
l’Espagnol en trois ans, alors qu’on pensait que la
quinzaine du tenant du titre allait être une promenade de santé. L’Italien, 129e mondial, a joué sans
pression lundi et mardi –le match avait été interrompu par la pluie – ses multiples revers à une
main bien rasants allant à chaque fois accrocher
la ligne du couloir. Nadal s’est finalement imposé
6-4, 6-3, 7-6.
la première escarmouche,
récupéré dans la quatrième.
L’instant décisif se réglerait
sur leur parquet en cas de
match 7. Qui a eu lieu. A la mitemps de cette rencontre ils
menaient de 7 points; à la fin
ils s’inclinent (92-101). Les
Warriors ne sont pas pour
Mondial Privés de grand écran ?
Les retransmissions sur grand écran des rencontres de la
Coupe du monde de football en Russie, qui débutera le 14
juin interdites sur la voie publique? «Je vous demande d’appeler l’attention des élus sur le fait que les zones “grands
écrans” ne pourront en aucun cas être organisées sur l’espace
public ouvert», a indiqué le ministre de l’Intérieur, Gérard
Collomb, aux préfets et patrons de la police et de la gendarmerie nationales, invoquant «le contexte de menace terroriste actuel». Mais si des maires souhaitaient organiser des
rencontres sur grand écran, cela ne pourrait «être envisagé
que dans des espaces clos ou strictement délimités», dont l’accès devra être «strictement contrôlé» par un dispositif de sécurité «à la charge de l’organisateur».
Foot Giroud a marqué autant
de buts que Zidane en Bleu
En ouvrant le score lundi
soir contre l’Eire en
match amical au Stade de
France, le Français Olivier
Giroud est devenu le quatrième meilleur buteur de
l’histoire des Bleus, à égalité avec Zinédine Zidane.
L’attaquant de Chelsea a
marqué 31 buts en 72 sélections en bleu –son premier date de février 2012.
Seuls David Trézéguet
(34 buts), Michel Platini
(41) et Thierry Henry (51)
sont encore devant lui au
classement. «Il fait partie
d’un cercle fermé, a pointé
Didier Deschamps à l’issue du match. C’est un joueur trop
souvent, injustement, critiqué.» Prochain match amical de
préparation au Mondial des Bleus : vendredi soir à Nice
face à l’Italie. PHOTO CHARLES PLATIAU. REUTERS
rien la meilleure équipe de
NBA dans le quatrième quarttemps.
L’inéluctable que représente
ce nouveau triomphe des
Warriors à l’Ouest en soustend un autre. Les Parques
californiennes rencontreront
en finale NBA LeBron James
BeIn piraté: le Qatar
contre-attaque
Le Qatar réussira-t-il à sauver
les droits pour BeIn Sports
à la veille de la Coupe du
monde ? Il vient de demander à la Fifa «d’entreprendre
une action légale directe
contre Arabsat». Cet opérateur basé en Arabie Saoudite
est soupçonné d’être derrière
un piratage. Un mystérieux
bouquet au nom évocateur
de «BeoutQ» diffuse depuis
octobre l’essentiel des
matchs et programmes de
BeIn au Moyen-Orient et au
Maghreb. Les téléspectateurs
arabes peuvent s’offrir un décodeur au prix de 107 dollars
(92 euros) par an pour accéder à l’offre. Face à ce piratage, la chaîne qatarie a décidé de diffuser gratuitement
les 22 matchs des quatre
équipes arabes participant à
la Coupe du monde (Egypte,
Maroc, Tunisie… et Arabie
Saoudite) dans les pays
concernés.
Aux enjeux déjà de sport et
d’argent s’ajoute dans cette
affaire un conflit politique
majeur entre les deux pays.
Cela fera un an le 10 juin que
la rupture brutale et totale
est intervenue entre ces pétromonarchies. La querelle
avait d’ailleurs commencé
par une affaire de piratage de
l’agence de presse qatarie,
avec la publication de «fausses» déclarations du prince
du Qatar, selon Doha. Emmenés par les Saoudiens,
trois autres pays de la région
(l’Egypte, les Emirats arabes
unis et le Bahreïn) ont rompu
leurs relations diplomatiques et commerciales avec
le petit émirat. Le retrait des
licences de BeIn Sports et
l’interdiction de vente de ses
décodeurs figuraient parmi
les mesures du blocus imposé au Qatar.
L’Arabie Saoudite, qui dément formellement les accusations portées par son voisin, a condamné le piratage.
L’appel du Qatar à la Fifa, qui
a déclaré «prendre les violations de sa propriété intellectuelle très au sérieux» et
combattre les infractions,
a-t-il troublé les responsables du royaume saoudien ? Le prince héritier
Mohammed ben Salmane a
en tout cas reçu la visite
samedi à Djedda du président de la Fifa, Gianni
Infantino.
HALA KODMANI
4
Serena Williams Retour gagnant
L’incertitude était de mise
avant le retour en Grand
Chelem de Serena
Williams. Après son congé
maternité, elle a été reléguée à la 453e place du
classement WTA. Face à la
Tchèque Pliskova, dans
une combinaison qui a
fait gloser, elle a rassuré
sur sa forme: 7-6, 6-4, avec
des points abrégés en 2
ou 3 coups afin de s’épargner des déplacements
épuisants. PHOTO AFP
«Je voulais montrer
que j’avais
ma place ici.»
FIONA
FERRO après
sa victoire
contre Carina
Witthöft
AFP
Lundi, à Houston. PHOTO RONALD MARTINEZ. GETTY. AFP
et ses disciples pour la quatrième fois de suite. En devenant les seules équipes de
l’histoire avec les Lakers, les
Celtics et le Heat à réaliser
cette performance, elles instaurent une rivalité tout aussi
fatale qu’unique: c’est la première fois qu’une telle répétition en finale se reproduit
dans les sports majeurs américains (hockey sur glace, base-ball, basket et football
américain). Les Warriors ont
remporté deux duels sur
trois, ils sont plus forts, plus
complets. Le destin de cette
équipe est de devenir l’une
des dynasties les plus puissantes et irrésistibles du sport
mondial. Pour briser la prophétie, il ne reste plus que
LeBron James, membre de
droit du Panthéon de la balle
orange. D.D.
ROLAND-GARROS
Cela fait quatre ans que Fiona Ferro est invitée à RolandGarros. Et pourtant, tous les ans, la Française est éliminée
dès le premier tour. Pas cette fois: Ferro s’est payée l’Allemande Carina Witthöft (61e) en deux manches (6-4, 6-2).
«Ça fait quelques tournois que j’arrive à accrocher des adversaires de ce calibre», s’est réjoui la 256e mondiale, 21 ans,
après la rencontre, pas surprise par sa victoire. Elle aura
même peut-être l’occasion de fouler la terre battue d’un
des courts principaux à l’occasion de son deuxième tour:
elle affrontera en effet la n°3 mondiale Muguruza.
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20 u
Libération Mercredi 30 Mai 2018
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Maître Thierry SORRENTINO
notaire à SARRIANS (84260)
AVIS DE MODIFICATIONS
Aux termes d’une assemblée générale extraordinaire en date du 2/12/2017, et d’un
acte reçu par Maître Thierry SORRENTINO,
notaire à SARRIANS (84260), en date du
30/04/2018, les associés de la société dénommée
SOCIETE CIVILE DE
FONTFREGE
au capital de 18.318,27 Euros
ayant son siège social à PARIS (75017)
7 rue du Colonel Moll
immatriculée au RCS PARIS-XVII
sous le numéro 443 732 698,
ont décidé d’accepter le retrait purement et
simple de la SOCIETE CIVILE D’ATTRIBUTION
DE PIVAUT, au capital de 228.000E immatriculé au RCS de DRAGUIGNAN NSIREN
443733761, associée de ladite société, et
d’annuler ses 120 parts sociales numérotées de 8.893 à 9.012 ; le capital social est
désormais fixé à la somme de 18.135,87
Euros et est divisé en 11.896 parts sociales numérotées de 1 à 8.892 et de 9.013
à 12.016.L’article 7 des statuts a été modifié en conséquence.
Suivant procès verbal d’assemblée générale
en date du 2 décembre 2017, les associés
ont également accepté de transférer le siège
social de Paris (75017) 7 rue du Colonel Moll
au nouveau siège à MAZAUGUES (83136),
Les Glacières de Font-Frège, 9857 route
de la Sainte Baume, à compter du 2 décembre 2017.
Mention sera faite au RCS de PARIS et de
DRAGUIGNAN.Pour avis Pour insertion - Me
Thierry SORRENTINO»
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Libération Mercredi 30 Mai 2018
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FRANCE 4
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21h00. Grey’s Anatomy. Série.
La fin d’un rêve. Ça plane pour
moi. 22h50. Chicago Med.
Série. Être et rester soi-même.
Jour de neige.
20h50. Rugby : France /
Irlande. Sport. Championnat
du monde de rugby U20.
22h55. Un petit jeu sans
conséquence. Théâtre.
De Francis Veber. Avec Isabelle Gélinas, Bruno Solo.
21h00. Joséphine, ange
gardien. Téléfilm. Le
compteur à zéro. 22h45. Joséphine, ange gardien. Téléfilm.
FRANCE 2
20h55. Maman a tort. Série.
Épisodes 3 & 4. Avec Anne
Charrier, Pascal Elbé. 22h40.
Questions directes. Magazine.
Présenté par Julian Bugier.
FRANCE 3
CSTAR
21h00. Tokarev. Action. Avec
Nicolas Cage, Rachel Nichols.
22h40. The prince. Téléfilm.
FRANCE 5
20h50. Nucléaire, l’impasse
française. Documentaire.
22h00. Débat. 22h40.
C dans l’air. Magazine.
TF1 SÉRIES FILMS
21h00. Section de
recherches. Série. À corps
perdu. Dernier tango. 22h55.
Section de recherches. Série.
PARIS PREMIÈRE
20h55. La révolution Dolto.
Documentaire. 22h30.
Grandir après Dolto. Débat.
Présenté par Carole Gaessler.
20h50. Zemmour & Naulleau.
Magazine. Présenté par Éric
Naulleau et Éric Zemmour.
23h00. Les Grosses Têtes.
CANAL+
21h00. Burger Quiz. Jeu.
Présenté par Alain Chabat.
21h50. Burger Quiz. Jeu.
ARTE
W9
20h55. Mammuth. Comédie.
Avec Gérard Depardieu,
Yolande Moreau. 22h25.
Les nuits blanches du facteur.
Drame. Avec Aleksey
Tryapitsyn, Ziad Bakri.
21h00. Enquêtes criminelles.
Magazine. 2 reportages.
Présenté par Nathalie Renoux.
23h05. Enquêtes criminelles.
M6
NUMÉRO 23
C8
LCP
21h00. Strike !. Divertissement. Présenté par Vincent
Lagaf'. 23h50. Langue de bois
s’abstenir. Magazine.
20h30. Un caméraman dans
la résistance. Documentaire.
22h00. On va plus loin.
Magazine.
Le temps sera à l'assèchement avec moins
d'averses par rapport à la veille, même si
localement le risque n'est pas totalement
exclu. La matinée sera moins douce par
rapport à la veille.
L’APRÈS-MIDI Le régime d'averse devrait à
nouveau se mettre en place, mais avec un
risque orageux se cantonnant surtout sur
les reliefs du Massif central et du Centre-Est.
Lille
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Caen
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Orléans
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HORIZONTALEMENT
I. Main creuse qui espère
une main tendue II. Bout
de bois ; Son agencement
est art III. Mi-miss ; Son
histoire est drôle ; Au choix
avant lib. IV. Mégère ? Non,
mais comme elle, elle est
infernale V. Fromage avant
un trou normand ; Fils de
Picardie VI. Réserve d’huile ;
Elle éloigne du poste VII. Si
vous ne pouvez pas dormir
quand l’été pointe son nez,
c’est de sa faute ; Alexandre
ou Nicolas VIII. Sachet de
thé IX. Idéaux du sage
X. Méfiez-vous d’elles
XI. Ancien service de
renseignements ; Rappelle
la Provence
9
IV
V
VI
VII
Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
XI
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
GORON
X
Grille n°923
VERTICALEMENT
1. Tanière d’un Lion 2. Qui font changer de voix 3. Amorce de pas ;
Petit bout 4. Sur ce portrait, on ne voit jamais les pieds 5. Ils
blondissent l’été ; Genre épique 6. Mieux vaut ne pas le rater ;
Il vit possiblement à Paris 7. Dans le même passage ; Drôle d’animal
8. Plat provençal ; Contrôlées par les phalanges 9. Est de retour au
calme
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. ÉGYPTIENS. II. RIO. ENNUI. III. GEL. URL.
IV. KHAN. QCM. V. LE. DHULIA. VI. ERRONÉE. VII. RIEL. RAPT.
VIII. OSMOMÈTRE. IX. USER. LIAS. X. GODILLOTS. XI. ÉNERVANTE.
Verticalement 1. ERIK LE ROUGE. 2. GI. HÉRISSON. 3. YOGA. REMÈDE.
4. ENDOLORIR. 5. TEL. HN. LV. 6. IN. QUERELLA. 7. ENUCLÉATION.
8. NURMI. PRATT. 9. SIL. ALTESSE.
libemots@gmail.com
◗ SUDOKU 3679 MOYEN
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◗ SUDOKU 3679 DIFFICILE
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Boissieu - 75015 Paris
tél. : 01 87 25 85 00
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d’eutrophisation :
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engagée en cas de nonrestitution de documents.
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de la rédaction
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20h55. Trauma. Série. Une vie
brisée. Un père en colère.
22h50. Trauma. Série. Quitte
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de la rédaction
Paul Quinio
NRJ12
Le temps est généralement calme et sec
mais la grisaille est prédominante dans
l'Ouest, tandis qu'il y a davantage
d'éclaircies dans l'Est où le ciel est même
parfois dégagé.
L’APRÈS-MIDI Reprise d'un temps plus
instable, avec des orages autour du Massif
central, des Alpes et des averses dans les
Pyrénées et le long de la Manche.
IP
21h00. Storage Wars :
enchères surprises. Divertissement. Le baptême du feu
de Brandi. Hollywood. Tambour battant. 22h20. Storage
Wars : enchères surprises.
20h55. XIII. Série. Le jour
du soleil noir. Avec Stephen
Dorff, Val Kilmer. 22h45.
Elite Squad. Téléfilm.
MERCREDI 30
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TMC
21h00. Problemos. Comédie.
Avec Éric Judor, Blanche Gardin. 22h20. Get up ! stand up !.
Documentaire.
21h00. Recherche appartement ou maison. Magazine.
3 reportages. Présenté par
Stéphane Plaza. 22h35.
Recherche appartement
ou maison : Que Sont-Ils
Devenus ?. Magazine.
Un an après.
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Libération Mercredi 30 Mai 2018
IDÉES/
Va-t-on bientôt payer
ses études en licence?
La multiplication de
cursus universitaires
payants risque
de renforcer
la concurrence
entre les écoles et
les facs. Et annonce
la généralisation des
frais d’inscription.
L’
Ecole polytechnique a
ouvert en septembre 2017
un cursus payant de «Bachelor»
(nom donné à la licence dans les
pays anglo-saxons) avec l’assenti-
ment de ses ministères de tutelle.
Or, ce cursus pourrait être autorisé à délivrer le grade de licence
(bac + 3). Jusque-là pourtant,
celui-ci était réservé aux universités. Mais les temps changent, et
les logiques de mise en marché
de l’enseignement supérieur se
développent à grande vitesse.
Si le niveau de ce diplôme n’est
pas en cause, lui octroyer le grade
de licence ouvrira la voie à des
demandes similaires de toutes les
écoles. Elles pourront alors concurrencer les diplômes de l’université avec des moyens souvent
bien supérieurs, et d’autant plus
L'ŒIL DE WILLEM
importants que les études en
question s’annoncent payantes et
fort chères! A l’Ecole polytechnique, le Bachelor est facturé
entre 12000 euros et 15000 euros
par an en même temps qu’il a bénéficié de 36 millions d’euros sur
cinq ans de fonds publics pour
moins de 100 étudiants par an!
Face au développement de ce
«marché», tous les établissements, y compris les universités,
décideront vraisemblablement
de facturer leurs diplômes de
licence. Ainsi, les écoles draineront l’essentiel de la manne
financière car elles attirent les
étudiants socialement les plus
aisés et susceptibles de payer,
pendant que les universités, à
quelques exceptions près, se retrouveront piégées entre une population étudiante moins favorisée à laquelle on demandera de
s’endetter et un désengagement
de l’Etat.
La pression pour instituer des
frais d’inscription se renforce
depuis des années. Il s’agit de
créer un marché profitable et de
rendre docile les futurs travailleurs : les diplômés endettés
n’auront d’autres choix que d’accepter les emplois qui leur seront
proposés et les conditions de travail qui leur seront imposées.
Dans la droite ligne de la politique de flexibilisation du marché du travail, il s’agit de développer et de faire accepter une
précarisation de l’emploi, un
asservissement aux lois du marché et une remise en cause de
l’accès de tous à l’éducation.
On aurait tort de penser que cette
interprétation est du pur mauvais
esprit : les révélations de
WikiLeaks ont fait fuiter une note
datée du 16 novembre 2016, attribuée à Robert Gary-Bobo [professeur d’économie, ndlr], et destinée
à l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. L’augmentation des
frais d’inscription y est décrite
comme «le nerf de la guerre», de
même que le développement du
crédit aux étudiants. Cette note
distingue crûment «ce qui serait
souhaitable» (mais indicible tel
quel à la population) des éléments stratégiques et communicationnels permettant de faire
passer la pilule. Il s’agit, en effet,
d’atteindre des frais d’inscription
allant vers les 10 000 euros par an
en master (et même 20 000 euros
pour les grandes écoles), sans
épargner les licences. Pour faire
passer une telle révolution, la
note fournit les éléments de langage. Le crédit ? Un nouveau
droit pour l’autonomie des jeunes, mettant «tout le monde, “fils
de bourgeois” et autres, sur un
pied de plus grande égalité». Il
«faut bannir du vocabulaire les
mots de “concurrence” et “d’excellence”, détestés par les syndicats
d’enseignants et d’étudiants. Remplacer systématiquement ces mots
par “ouverture” et “diversité”.
[…]. La sélection ne signifie pas
exclusion mais orientation». La
méthode ? «Y aller doucement
mais commencer tout de suite
avec les droits d’inscription.» Il
est même suggéré de conserver
des formations gratuites pour
mieux les éradiquer.
Il est évident que face à un sujet
aussi sensible, le «saucissonnage» de la réforme est un moyen
de faire passer cette transformation radicale de l’enseignement
supérieur par étapes, en limitant
la contestation étudiante : les
frais ont été augmentés dans plusieurs grandes écoles publiques
(3 500 euros à Centrale Supéléc,
2 600 euros à 4 600 euros à Télécom Paris-Tech ou aux Mines de
Paris, 2 870 à 5 740 euros aux
WikiLeaks a fait
fuiter une note
destinée à l’équipe
de campagne
d’Emmanuel
Macron.
L’augmentation des
frais d’inscription
y est décrite
comme «le nerf
de la guerre».
Ponts et Chaussées). De même,
des expérimentations ont été menées à Sciences-Po et à Dauphine
(les frais d’inscription en master
y allant jusqu’à respectivement
24 000 et 6 160 euros). A chaque
fois dans des institutions prestigieuses, donnant un accès privilégié au marché du travail, et
peuplées d’une population particulièrement favorisée et peu
revendicative. Cette tendance à
l’augmentation des frais d’inscription s’est poursuivie avec la
multiplication des diplômes
d’universités (DU), non reconnus
nationalement mais créant de
discrètes poches de marchandisation dans le supérieur. Avec la
volonté de conférer à ces diplômes les grades de licence et de
master, c’est tout un système
d’enseignement public et quasi
gratuit que le gouvernement
emmène vers un modèle marchand, payant et cher, sans tenir
compte des désastreuses expériences étrangères en la matière !
Le gouvernement doit clarifier sa
position et dire s’il veut ou non
remettre en cause un modèle
fondé sur un accès gratuit à l’enseignement supérieur. S’il veut
rassurer les (futurs) étudiants et
leurs familles, le président de la
République et le gouvernement
ont les moyens de profiter de la
réforme constitutionnelle
annoncée pour y inscrire la gratuité de tous les cursus de l’enseignement supérieur public. Il en
résulterait nécessairement une
remise en cause des tarifs pratiqués par certains établissements
(Sciences-Po, Dauphine, les écoles d’ingénieurs) et une suppression des droits demandés aux
étudiants dans chaque université. Le coût demeurerait très
limité mais la portée majeure.
Il en va du modèle de société que
nous voulons pour le pays. •
Par
DAVID FLACHER
Université de technologie
de Compiègne
HUGO HARARIKERMADEC
ENS Paris-Saclay
LÉONARD
MOULIN Institut national
et
d’études démographiques (Ined)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 30 Mai 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
La PMA pour toutes,
un acte d’égalité
Des parlementaires de la majorité rappellent leur volonté
de voir aboutir une promesse du Président : légaliser
la PMA pour toutes les femmes célibataires, en couple
hétérosexuel ou en couple lesbien.
A
lors que la consultation publique
des états généraux de la bioéthique
sur nos territoires a pris fin et que le
Comité consultatif national d’éthique
(CCNE) s’apprête à rendre son rapport,
nous, parlementaires de la majorité, souhaitons rappeler notre attachement à l’extension de la procréation médicale assistée à toutes les femmes, célibataires, en
couple hétérosexuel ou en couple lesbien.
Lors de ces débats sur nos territoires, nos
concitoyennes et nos concitoyens ont pu
s’exprimer et ainsi être entendus, permettant au CCNE d’avoir une pleine et entière
appréhension et compréhension des at-
tentes des Françaises et des Français sur
un sujet qui relève de l’intimité de chacune et chacun. Après le temps du débat
citoyen qui fonde notre action et sur
lequel nous nous appuierons pleinement,
viendra celui du débat parlementaire
poursuivi dans un climat calme et serein,
propice à l’écoute et au respect de toutes et
tous. Nous, parlementaires, dès à présent,
refusons que la PMA soit instrumentalisée
comme l’a été la loi autorisant le mariage
et l’adoption aux couples de même sexe
il y a cinq ans. Nous le refusons car il s’agit
d’un engagement de campagne du président de la République et nous avons été
LA CITÉ DES LIVRES
Par
LAURENT JOFFRIN
Un héritage pour
la gauche future
La gauche actuelle serait inspirée de se ressourcer
dans le rocardisme, objet politique mal identifié
dont un essai fait le brillant inventaire.
L
a social-démocratie, si mal
en point, est-elle sur le point
de disparaître? Ayant réalisé
dès la fin du siècle dernier une
grande partie de son programme
historique, éclipsée par l’affrontement décourageant du libéralisme
et du nationalisme, voyant son
rêve européen se défaire sous les
coups de boutoir du Brexit, de la
crise italienne, des dérives hongroises ou polonaises, va-t-elle
quitter sans rémission la scène politique dans une longue agonie minoritaire, effacée par la lutte planétaire entre mondialisation sans
principe et prurit identitaire? Ceux
qui récusent cette perspective
sinistre, qui croient encore aux
valeurs de solidarité et d’égalité,
qui espèrent encore dans une gauche du réel apte à gouverner, liront
le nouveau livre d’Alain Bergounioux et de Jean-François Merle
consacré à cet objet politique mal
identifié qu’on appelle «le rocardisme».
Largement respectée, objet de tant
d’hommages admiratifs, la figure
de Michel Rocard, disparu
en juillet 2016, permet de réfléchir
sans œillères à cette question décisive pour la vie politique française
et pour l’avenir de l’Europe.
Homme de pensée et de réalisation, porteur d’une haute vision de
l’action politique, Michel Rocard
n’était pas un doctrinaire. Pourtant, il laisse à la France et à la gauche un héritage intellectuel et pra-
élus pour faire en sorte qu’il soit tenu. Près
de six Français sur dix se déclarent favorables à l’extension de la PMA aux couples de
femmes hétérosexuels ou lesbiens ainsi
qu’aux femmes seules. L’extension à toutes
de la PMA n’enlèvera aucun droit à personne. Il n’y a pas de modèle unique qui
représenterait la famille. La société évolue,
les familles sont de plus en plus diverses.
Qu’ils soient couples mariés, pacsés, concubins, des parents unis ou séparés, des
familles monoparentales, des familles recomposées, des familles homoparentales,
toutes et tous ont des devoirs et droits
égaux envers leurs enfants. Il faut sortir de
l’hypocrisie de celles et ceux qui refusent
de voir que la famille a changé et de
l’égoïsme de celles et ceux qui s’opposent à
l’extension de la PMA pour toutes en niant
la frustration, la souffrance, la colère, l’injustice qu’une femme peut ressentir lorsque son corps ne l’autorise pas à devenir
mère. Nous, parlementaires, nous devons
permettre à chacune et chacun de vivre sa
vie de parent comme il l’entend, mais surtout de reconnaître à égalité de droit et de
dignité les différentes façons de le devenir.
Aujourd’hui, l’accès à la parentalité n’est
pas possible pour toutes et injuste, notamment lorsque la PMA fait ressortir des inégalités socio-économiques en permettant
à certaines femmes d’y avoir recours à
l’étranger pour 30 000 euros environ hors
frais médicaux préalables aux injections et
suivi postnatal. Au-delà, ces femmes prennent des risques pour leur santé en se rendant dans des cliniques à l’étranger. Face à
ce désir si intense et intime et parfois telle-
tique précieux dont les deux
auteurs, eux-mêmes rocardiens,
dressent l’inventaire érudit, sans
acrimonie ni complaisance. On a
souvent présenté Rocard, dans les
cercles de la «vraie gauche» si
prompte à excommunier les acteurs du socialisme plus réaliste
qu’eux, comme un pragmatique
honnête mais sans vertèbres idéologiques, contempteur des tabous
de la gauche française, qui aurait
ouvert la voie au social-libéralisme, qu’ils confondent par vindicte polémique avec le libéralisme pur et simple. Première
erreur volontaire, première affabulation intéressée : jusqu’au bout,
intransigeant jusqu’à la virulence,
Michel Rocard fut socialiste. Jusqu’au bout, il dénonça les exactions de la finance dominatrice, les
méfaits du capitalisme prédateur,
les dégâts planétaires commis par
une mondialisation productiviste
et sans loi, envers les réprouvés de
la terre et envers la terre ellemême. Il rejetait les illusions révolutionnaires, se méfiait de l’Etat
omnipotent, croyait en la société,
acceptait le marché comme un instrument efficace de la production
de richesses, mais dénonçait sa
prétention destructrice à dominer
tous les aspects de la vie humaine.
Il concevait le socialisme comme
un impératif moral d’émancipation des individus par l’action collective et démocratique.
Il n’a laissé derrière lui ni manifeste prophétique, ni organisation
structurée, mais il a formé, promu,
fédéré au moins trois générations
de militants et de responsables.
u 23
ment inaccessible, et compte tenu des risques encourus, nous, parlementaires, ne
pouvons plus fermer les yeux. C’est la raison pour laquelle nous devons donner le
choix à toutes celles qui le souhaitent et
qui ne le peuvent pas aujourd’hui, de fonder une famille. Ce choix, cette liberté
assumée de décider de sa maternité, nous
l’avons aujourd’hui entre nos mains. Nous
devons nous en saisir, et faire évoluer les
droits des célibataires, hétérosexuelles ou
homosexuelles. Nous sommes convaincus
que cette réforme synonyme de progrès
social et d’égalité est indispensable. L’égalité de droits ne nuit pas à notre société, au
contraire, elle l’élève. •
PARMI LES SIGNATAIRES
Des député·e·s : Guillaume Chiche
(Deux-Sèvres) Coralie Dubost (Hérault)
Matthieu Orphelin (Maine-et-Loire)
Laetitia Avia (Paris) Thomas Mesnier
(Charente) Laurence VanceunebrockMialon (Allier) Raphaël Gérard
(Charente-Maritime) Elise Fajeles
(Paris) Hugues Renson (Paris)
Carole Grandjean (Meurthe-etMoselle) Aurélien Tache (Val-d’Oise)
Cécile Muschotti (Var) PieyreAlexandre Anglade (Français établis
hors de France) Claire Pitollat
(Bouches-du-Rhône) Sacha Houlié
(Vienne) Stéphanie Rist (Loiret)
Pierre Person (Paris) Sophie
Beaudoin-Hubiere (Haute-Vienne)
Damien Pichereau (Sarthe) Martine
Wonner (Bas-Rhin).
Celle de la guerre d’Aldans sa conception de
gérie, qui combattit les
la communication goucompromissions de la
vernementale, pour laSFIO en devenant la
quelle Rocard n’avait
cheville ouvrière de la
pas de mots assez durs,
«nouvelle gauche» réule macronisme, sur tous
nie autour de la CFDT
ces points qui ne sont
et du PSU. Celle de
pas mineurs, est un
Mai 68 dont Rocard traantirocardisme. Ces roduisait en programme
cardiens-là, suggèrentrationnel et réformiste
ils sans agressivité, ne
les aspirations libertaiALAIN
sont pas des héritiers
res et révolutionnaires.
BERGOUNIOUX
mais des transfuges.
Celle de la gauche au
ET JEANL’erreur de Rocard ? Se
pouvoir après 1981, FRANÇOIS MERLE définir avant tout par
dont les idées, si longLE ROCARDISME
rapport à l’autre gautemps combattues au
Le Seuil
che, étatique et irréasein de la «première
300 pp., 22 €.
liste, ce qui était légigauche» communiste
time en son temps,
ou mitterrandienne, furent finale- mais dépassé quand le véritable
ment légitimées par l’expérience adversaire, le capitalisme financier
du pouvoir et adoptées par Lionel maître de la mondialisation, preJospin Premier ministre, ou Fran- nait le pouvoir dans les démocraçois Hollande président. Il n’y a ties et suscitait une opposition dispas de «rocardisme» mué en idéo- parate indignée par le saccage de
logie, en catéchisme ou en parti, l’environnement, l’explosion des
mais il y a des «rocardiens», célè- inégalités et l’excès de pouvoir des
bres ou anonymes, formant un nouveaux féodaux que sont les
courant informel et divers qui a in- banques impérieuses, les Gafa «arflué sans relâche sur la vie du pays rogants et tentaculaires, au total
et de la gauche.
une classe dominante qui gouCertains d’entre eux, croyant à tort verne à son seul profit.
que le social-libéralisme était l’ho- La tâche de l’heure découle naturizon naturel des idées de Rocard, rellement de cette réflexion
se sont ralliés sans précaution à brillante et savante sur le rocarEmmanuel Macron. C’est un disme: redéfinir, à nouveaux frais,
contresens, démontrent Merle et à partir des conflits et des luttes en
Bergounioux. Libéral bien plus cours, en s’appuyant sur l’invenque social, adepte d’une concep- taire lucide –et non masochiste–
tion verticale du pouvoir, mépri- de l’expérience gouvernementale
sant à l’égard des «corps intermé- de la gauche, le socialisme du sièdiaires» – syndicats, ONG ou cle qui vient, dont Rocard était,
associations, dont Rocard faisait le jusqu’à la fin de sa vie, l’infatigable
plus grand cas – quasi populiste pèlerin. •
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24 u
«Cinq et la peau»,
vapeurs des sens
Dénicheur de talents, producteur et homme d’influence de la
cinéphilie internationale depuis cinquante ans, Pierre Rissient,
mort le 6 mai, a aussi réalisé deux longs métrages en Asie.
Entre film mental et collage envoûtant, celui tourné en 1982
à Manille, longtemps introuvable, ressort en salles et en DVD.
Libération Mercredi 30 Mai 2018
Par
MARCOS UZAL
U
ne triste coïncidence aura voulu que
Cinq et la peau (1982) ressorte dans
une copie flambant neuve (grâce à
Carlotta Films), après trente-cinq ans de
quasi-invisibilité (seule une VHS de piètre
qualité, éditée par Fil à Film, circulait jusqu’à
lors), moins d’un mois après la mort de son
auteur. En apprenant la disparition de Pierre
Rissient, le 6 mai, on a cependant moins
pensé à lui en tant que cinéaste que comme
dénicheur et promoteur de talents –en tant
qu’attaché de presse, programmateur de
salle et de festival, distributeur, assistant
(notamment de Godard sur A bout de souffle), conseiller artistique, producteur (son
intervention sur l’Anglaise et le Duc d’Eric
Rohmer fut décisive), cinéphile voyageur,
éminence grise.
Ce que l’on doit à cet homme de l’ombre est
difficile à estimer, tant il permit ou accéléra
la reconnaissance de nombreux cinéastes,
mais c’est sans doute au service du cinéma
asiatique que son action aura été la plus importante, son nom étant indissociable de la
découverte en France du Philippin Lino
Brocka, du Chinois King Hu, des Coréens Im
Kwan-taek et Lee Chang-dong, du Taïwanais
Edward Yang, pour ne citer que quelques
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Libération Mercredi 30 Mai 2018
u 25
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Féodor Atkine interprète
Ivan, un intellectuel
dandy et phallocrate,
dans un film qui est
une ode à Manille.
CINÉMA/
PHOTOS CARLOTTA FILMS
exemples. Or, les deux longs métrages qu’il
a réalisés témoignent justement de sa fascination pour l’Asie et ses cinématographies:
Hongkong dans Alibis (1977) et les Philippines dans Cinq et la peau, ode à la ville de
Manille.
ANTIHÉROS DE ROMANS
AMÉRICAINS
Cinq et la peau a le charme des œuvres inclassables, des films prototypes qui inventent un
genre pour eux seuls. Ici, le récit tient à la fois
du journal de voyage, de l’essai lyrique, de
l’érotisme tropical et du collage dandy. On y
suit un homme, Ivan (Féodor Atkine), déambulant dans les rues de Manille, papillonnant
entre ses conquêtes féminines, ses livres, ses
estampes et ses verres d’alcool, tandis qu’une
voix off presque constante nous délivre ses
états d’âme et sa vision du monde. La voix
d’Atkine est parfois remplacée par celle de
Roger Blin, déclamant des bribes de poèmes
d’Eugène Guillevic écrits pour l’occasion.
D’autres écrivains ou artistes sont cités :
Pessoa, Michaux, Kenneth White, Alain
Archambault, Balthus, entre autres. Des montages de photographies ou d’extraits rendent
hommage à des cinéastes admirés : Fritz
Lang, Raoul Walsh, Gerardo de León. Et Lino
Brocka, sorte de frère spirituel de Rissient, apparaît dans son propre rôle.
Par son mélange de références et sa forme
hétéroclite, à la fois documentaire et très littéraire, où le son est toujours dissocié de
l’image, Cinq et la peau carbure à un curieux
mélange de modernité et de nostalgie, de fulgurances poétiques et d’exotisme désuet.
Quelque part entre Marguerite Duras et Emmanuelle, entre Hiroshima mon amour et les
écrits de Cizia Zykë. On peut être gêné par la
légère antipathie qu’inspire ce personnage
que l’on ne quitte pas d’une semelle, assez
imbu de lui-même («de toutes mes fringales,
la plus forte est celle que j’ai de moi»), phallocrate, d’une virilité hautaine, antisentimental (il évoque sa «frigidité émotionnelle»),
perché sur son pessimiste. Mais il faut le
prendre tel qu’il est, c’est-à-dire comme un
archétype renvoyant à certains antihéros de
romans américains aussi bien qu’aux dandys
à la Paul Gégauff tels qu’on en croise chez
Eric Rohmer. Et ça n’est probablement pas
un hasard si, un an plus tard, ce dernier a
choisi Atkine pour interpréter Henri, le séducteur baroudeur de Pauline à la plage,
dont les idées sur le désir et l’amour semblent prolonger, avec plus de douceur, celles
du Ivan de Cinq et la peau.
Bien que l’on traverse les rues, les bidonvilles
et les boîtes de strip-tease de Manille, et que
dans cette part documentaire transparaît quelque chose des Philippines de l’époque –appauvries et corrompues par la dictature du
président Marcos–, Cinq et la peau est avant
tout un film mental, où tout est en permanence perçu depuis le cerveau du très cultivé
protagoniste. Ivan gamberge en toutes circonstances, comme le démontre ce plan, très
emblématique de son rapport au désir, où il lit
le Nuage de l’inconnaissance (ouvrage mystique anglais du XIVe siècle) pendant une fella-
tion. C’est tout le paradoxe d’un film qui évoque des questions très physiques –les cinq
sens et la peau– tout en étant éminemment
intellectuel. Comme si cet admirateur de
Walsh qu’est Rissient intégrait le fait qu’il est
désormais impossible de faire un cinéma aussi
limpide et frontal qu’au temps du grand classicisme hollywoodien, et que pour retrouver
quelque chose du rapport très physique au
monde qui faisait la grandeur de ce cinéma,
il fallait désormais en passer par des chemins
plus scabreux et dénués d’innocence.
UN GOÛT INSATIABLE
DE LA PAROLE
Même si l’on n’approuve pas tout ce que le
protagoniste assène, et qu’il nous irrite souvent, on est d’abord emporté par la vitesse du
montage, par son laconisme et son tranchant.
Et c’est finalement ce qui rend le film si intéressant: ici, le mouvement même de la pensée importe au moins autant que les propos
Pierre Rissient et Robert Redford en 1972
au Festival de Cannes. ROGER-VIOLLET
qu’elle charrie. Cette pensée mobile se déploie dans la flânerie, au rythme de la marche, sans cesse nourrie et relancée par les collages de textes et les montages d’images. En
cela, toutes proportions gardées, Rissient se
rapproche ici de Godard ou du Marker de
Sans soleil, en ne différenciant pas le monde
des manières dont on le réfléchit, en réinventant une ville, des rencontres, des expériences à travers une permanente cogitation.
C’est aussi ce qui rend Ivan un peu monstrueux : plus qu’un personnage, c’est un
porte-parole, une bibliothèque incarnée, une
encyclopédie lubrique.
En bonus du très beau coffret DVD-Blu-Ray de
Cinq et la peau qui sort le 6 juin (toujours chez
Carlotta), on trouve deux documentaires consacrés à Pierre Rissient: Homme de cinéma:
Pierre Rissient (réalisé en 2007 par Todd McCarthy) et Gentleman Rissient (réalisé en 2015
par Benoît Jacquot, Pascal Mérigeau, Guy Seligmann). Rissient y parle essentiellement des
autres, des cinéastes qu’il a connus et soutenus, mais on reconnaît dans son débit très net
quelque chose de son propre film: un insatiable goût de la parole, une volonté d’aller droit
à l’essentiel, sans s’appesantir, pour mieux rendre hommage aux nombreux hommes et femmes de cinéma qu’il a aimés. C’est aussi ainsi
qu’il faut voir Cinq et la peau: derrière son apparent narcissisme, c’est avant tout un exercice d’admiration où, dans une ville envoûtante, le cinéaste tente de faire s’entrecroiser
et dialoguer à peu près tout ce qu’il adore. •
CINQ ET LA PEAU de Pierre Rissient
(reprise, 1981) avec Féodor Atkine,
Eiko Matsuda, Gloria Diaz… 1 h 35.
Sortie en salles ce mercredi puis en coffret
DVD-Blu-Ray (Carlotta Films) le 6 juin.
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26 u
Libération Mercredi 30 Mai 2018
Ci-contre, Paul Vecchiali
et Astrid Adverbe dans
Train de vies. En bas,
la même actrice
et Pascal Cervo dans
les Sept Déserteurs.
PHOTOS DIALECTIK
que des comédies hollywoodiennes qu’à Bernadette Lafont dans
n’importe quel film de la Nouvelle
Vague. Astrid Adverbe, qui vit un
genre de roman d’initiation, appartient à la curiosité piquante des héroïnes rohmériennes. Les deux
sont donc légèrement datées,
comme si elles portaient la trace
des actrices et films fétiches du cinéaste, et en même temps en prise
avec le présent.
Sexe. Ce que bouleverse Paul Vec-
Paul Vecchiali, libre à deux têtes
Avec «Trains de vies»
et «les Sept Déserteurs»,
deux films qui sortent
le même jour et
partagent les mêmes
acteurs, le cinéaste de
88 ans montre qu’il fait
toujours ce qu’il veut.
U
n cinéaste de 88 ans qui
tourne deux longs métrages
en même temps, l’un en
deux jours et demi, l’autre en cinq,
avec une ribambelle d’acteurs dont
l’étonnante Astrid Adverbe et la
trop rare Marianne Basler, c’est
comme la fourmi de dix-huit mètres
de Robert Desnos, ça n’existe pas, ça
n’existe pas. Sauf si on s’appelle
Paul Vecchiali, qu’on n’a peur de
rien et surtout pas d’être horsnorme, en se situant à l’orée de tout
système, qu’il soit financier ou esthétique. Train de vies ou les Voyages d’Angélique et les Sept Déserteurs
ou la Guerre en vrac sortent donc le
même jour, et ils ont, à une actrice
près, la même distribution.
Rêve. Dans l’un, on ne quitte pas
le compartiment d’un train et l’héroïne, Angélique, on s’installe face
à elle et on l’écoute plus ou moins
distraitement raconter sa vie et ses
questionnements sur le désir et le
sexe des hommes à différents voisins, dont principalement son amie
d’enfance, Clarisse (Marianne Basler). Dans l’autre, tourné à l’inverse
entièrement en extérieur, c’est la
guerre, on le sait au bruit des attaques à la mitraillette et aux explosions des bombes, mais on ne la voit
pas. Les sept déserteurs se sont
échoués dans un genre de clairière
lumineuse et l’étrangeté est qu’on
ne parvient à circonscrire ni l’époque de cette guerre – début
du XXe ? –, ni ses buts, ni l’adversaire. De même, on oublie le trajet
d’Angélique, qui cependant passe
de compartiment en compartiment
–comme l’atteste la couleur variable des housses froissées qui suffit
à désigner l’espace confiné, alors
même que la jeune femme ne se
lève jamais de son siège. Les deux
films sont séquencés en chapitres
–lesquels permettent des ellipses–
et sont la plupart du temps cadrés
en plan fixe.
Dans les deux cas, ils agissent dans
la mémoire comme un rêve, qui se
transforme et s’efface au fur et à
mesure qu’on y songe. Ce qui tient
en haleine, c’est le visage des acteurs – et surtout des actrices –,
leur expressivité un brin outrée,
leur voix et le texte, qui semble être
dit au cordeau et très écrit, avec
des expressions d’un autre temps.
Les deux films jouent sur des minicontrastes. Marianne Basler, avec
son brushing soigné et sa pétulance, renvoie autant à la belle épo-
chiali, ce ne sont pas seulement les
règles qui régissent la fabrique d’un
film –comment s’y prend-on pour
tourner autant de minutes par
jour?– que nos habitudes de spectateurs, notre manière de regarder,
d’être capté, de fuir, ou de somnoler
(comme dans tout bon train). Dans
le dossier de presse de Train de vies,
Paul Vecchiali explique qu’il n’a pu
tourner aussi vite qu’en préparant
d’arrache-pied chaque plan et en
comptant sur la clémence du dieu
de la météo pour les Sept Déserteurs
ou la Guerre en vrac. Ce dernier film
est cependant plus surprenant que
Train de vies, qui nous enferme
dans un compartiment, donc dans
un dispositif dont on comprend assez vite que ni nous ni les personnages ne sortiront. Comme dans Train
de vies, il s’agit de sexe. Sauf que ce
qu’ont à en dire les personnages est
imprévisible. Tout comme leur mort
inexplicable, les décimant un à un,
à la manière de la guerre qu’ils
fuient. Dans un entretien à Libération, le 7 février 2015, Paul Vecchiali
notait : «J’ai réalisé mon premier
film en 1961, les Petits Drames
–mais le film a été perdu, détruit ensuite. J’ai tout fait à l’envers, finalement : d’abord un long, puis un
court. D’abord réaliser des films, puis
devenir assistant, puis faire de la critique. Mon premier film, je l’ai monté
seul, dans le salon de Nicole Courcel
et Michel Piccoli, qui jouaient dedans. […] En deux nuits, et en faisant un peu n’importe quoi du point
de vue technique, par innocence.»
Tout faire à l’envers: Paul Vecchiali
n’a sans doute jamais perdu cette faculté. Et l’on peut regarder ces deux
derniers films comme ses deux premiers. Ne serait-ce que dans leur
confection.
ANNE DIATKINE
TRAIN DE VIES
OU LES VOYAGES D’ANGÉLIQUE
de PAUL VECCHIALI
avec Astrid Adverbe,
Marianne Basler… 1h16.
LES SEPT DÉSERTEURS
OU LA GUERRE EN VRAC
de PAUL VECCHIALI
avec les mêmes. 1h31.
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Libération Mercredi 30 Mai 2018
u 27
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CINÉMA/
VITE VU
François Damiens,
le grimé ne paie plus
Pour «Mon Ket»,
son premier film
en tant que
réalisateur,
le comédien
à postiches et
sans gêne creuse
le sillon de la
caméra cachée
jusqu’à l’usure.
E
n un peu plus d’une
dizaine d’années,
François Damiens
est parvenu à devenir une
figure fédératrice capable
de naviguer à l’aise entre
grosses comédies populaires (de Taxi 4 à Danny
Boon) et cinéma d’auteur
(Katell Quillévéré, Serge
Bozon…). Un des traits
distinctifs de son jeu ou
de sa présence à l’écran à
travers ses différents personnages repose sur leur
imprévisibilité, l’espèce
de force aveugle ou d’inertie seulement à demiclairvoyante qui le jette
dans les situations
comme s’il les avait déjà
vécues plusieurs fois et
qu’en même temps, il n’y
comprenait rien et devait
trouver le bon ajustement
pour tenir, ou donner le
change.
Cette disposition spéciale
le préserve de la surprise
ou de l’intempestif. Complètement ahuri ou éternellement goguenard, il
maîtrise. Mais il faut
croire qu’il est du coup en
manque de réactions à vif,
d’expressions prises sur
l’instant et qu’il n’aurait
pas été possible d’anticiper. Sa fortune dans le registre des caméras cachées est en grande partie
alimentée par ce besoin
d’être diverti de sa propre
insensibilité en attrapant
le débordement sensible
d’interlocuteurs floués.
Logique de voyeur et humour de vampire qu’il
réactive une fois encore
dans sa première réalisation au cinéma, puisque
Mon Ket aurait été fabriqué à partir de dizaines de
prises en caméras cachées
avec des non-professionnels plongés au cœur de
scènes dont ils ignorent le
caractère fictif et secrètement agencé.
Damiens s’est grimé en
beauf repris de justice, le
caïd et loser Dany Versavel qui a décidé de sortir
de prison «à la verticale»
(un complice vient le
chercher en hélico) pour
récupérer son fils, son
«ket» d’une dizaine d’années, et lui apprendre les
rudiments de la vraie vie,
tels que boire de la bière,
fumer des clopes, arrêter
d’aller à l’école qui ne sert
à rien, fréquenter des
prostituées, etc.
La trame du récit n’est en
réalité qu’un prétexte
pour l’acteur-truqueur à
enchaîner des moments
d’incompréhension,
d’exaspération ou de malaise face à son personnage exubérant de bêtise
et de sans-gêne : l’infirmière s’occupant de Dany
qui prétend s’être introduit dans le côlon plusieurs rouleaux de billets
de banque et un téléphone portable allumé,
les banquiers confrontés à
son plan d’investissement
ridicule capable de générer des milliards en un
mois, les parents de sa
nouvelle fiancée découvrant qu’il a éliminé sa
précédente épouse devenue inutile, un footballeur
convié à l’anniversaire du
petit qui ne fait pas du
tout attention à lui…
Le problème, c’est qu’au
nom d’un principe de démocratie participative
(même si c’est à l’insu
de leur plein gré, puisque
les gens ont quand même
signé pour accepter
de figurer à l’écran),
rien ni personne n’existe
durablement, chassé par
la logique du zapping et
les limites du canular,
laissant François Damiens
tout seul pour boucler
son tour de piste à
multiples postiches et son
numéro éculé de relou
professionnel.
DIDIER PÉRON
MON KET de et avec
FRANÇOIS DAMIENS
et Matteo Salamone,
Tatiana Rojo... 1 h 29.
LES RIVES DU DESTIN
d’ABDOLREZA KAHANI (1 h 15).
Ce premier long métrage, réalisé sans argent et dans l’urgence par le jeune producteur Saïd Hamich, relate le retour à sa ville
natale de Nassim, trentenaire embourgeoisé et franco-marocain désormais installé à Abou Dhabi, dont la famille est restée à Bollène (Vaucluse) malgré la
dégradation d’un environnement social ne
présentant guère d’espoir. A la faveur de
ses rencontres avec frères, sœurs, parents
et vieilles connaissances sur fond d’une désespérance qui a conduit la ville à être tenue par la très xénophobe Ligue du Sud, il
éprouve la distance creusée entre lui et les
siens, ce territoire et sa trajectoire, la culture (et la religion) ayant présidé à son éducation et ce qu’il est parvenu à inventer de
lui-même, pour le meilleur et pour le pire.
Par delà ses plans apprêtés, souvent touchant malgré des fragilités –notamment
dans l’écriture–, le film séduit surtout par
sa singulière vue en coupes d’une communauté aux perspectives brisées. J.G.
Il faut se laisser happer par la force
et la ténacité placide de Samira pour tenir
le long des Rives du destin du cinéaste iranien Abdolreza Kahani. Le récit trace le
parcours d’une femme divorcée qui retourne à Téhéran avec sa fille, contre
hontes et marées d’insultes. Elle sait se débrouiller – ce qui n’est pas le cas de son
mari violent qui préfère vociférer aux quatre vents (et beaucoup hurler, ce qui est
agaçant pour tout le monde, y compris
pour nous). On saisit la volonté du
cinéaste de sensibiliser à la cause des
femmes iraniennes qui, parfois, retrouvant un tant soit peu de liberté, se font
tout bonnement marcher dessus. Mais excepté la prestation élégante de Taraneh
Alidoosti (Samira), ce film empesé semble
lancer à tout-va actions et tensions qui
tournent à vide. Les motivations des
autres personnages, bonnes ou mauvaises,
sonnent d’un creux qui s’allie à merveille
avec leur triste caractère velléitaire. J.Pi.
200 films du monde entier !
www.festival-larochelle.org
Affiche 2018 par Stanislas Bouvier
Dany Versavel (François Damiens) est un beauf repris de justice. STUDIOCANAL
RETOUR À BOLLÈNE
de SAÏD HAMICH (1 h 07).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
28 u
Libération Mercredi 30 Mai 2018
CINÉMA/
Anders va devoir se familiariser avec les enfants du village inuit de Tiniteqilaaq, au Groenland. PHOTO AD VITAM
«Une année polaire», l’empathie
pour briser la glace
Entrecroisant
documentaire
et fiction, le film
de Samuel
Collardey suit
avec sensibilité la
lente immersion
d’un instituteur
danois auprès
d’enfants d’un
village inuit.
Léché.
«V
ous avez le regard
d’un Danois»,
lance une vieille
dame à Anders, ce nouvel
instituteur de 29 ans fraîchement arrivé du Danemark
pour transmettre sa langue à
une classe de primaire dans
un petit village du Groenland. Les gamins inuits de
Tiniteqilaaq –aux alentours
de 7 ans – ne lui laissent pas
vraiment le temps d’asseoir
une quelconque autorité.
Dans cette langue qu’Anders
ne comprend pas, ils se
paient sa tête, l’invectivent,
le traitent de «trou du cul».
Méfiance. Au beau milieu
de la banquise – qui, filmée
en plongée, s’apparente à une
somptueuse plaine de grandes feuilles de choux aplaties
et gelées –, les brisures se
font multiples et forment de
petites frontières qui veinent
la glace, délimitations à
l’image de celles, culturelles,
qui séparent l’homme de
cette population craignant de
subir un autre dialecte (qui
menacerait sur le long terme
d’annihiler le leur).
Le regard du Danois évoqué
par cette femme est un regard de surplomb, ce regard
que l’on peut adopter lorsqu’on pense apporter plus à
quelqu’un qu’il ne peut en retour nous donner. On a l’impression d’observer tout bas,
avec respect, mais la condescendance est là, sous une figure de bonne volonté. Anders demande : «Est-ce qu’il
y a des enfants qui n’ont pas à
manger ?» C’est là que le ci-
néaste français Samuel Collardey (qui n’en est pas à son
premier long métrage mêlant
docu et fiction d’une manière singulière – voir par
exemple son Tempête) arrive
à jouer de plans qui accompagnent le mouvement de
va-et-vient, de la méfiance à
la confiance, du survol de
paysages enneigés saupoudrant de son aveuglante
beauté les dangers (climat,
pauvreté, isolement) à la
proximité des peaux et des
mots qu’on laisse s’échapper
avec franchise.
Grand dadais. Quelques
pas en arrière, un joli pas en
avant, Collardey se laisse un
an pour observer le village et
l’arrivée de ce nouvel enseignant, puis se décide à filmer. Le récit est écrit, dirigé.
Anders y joue son propre
rôle. Un quadrille bien
mené : le cinéaste reconstitue alors diverses péripéties
qui ont permis à l’un (l’enseignant) et aux autres (le village) de laisser les suspicions
de côté. Anders se rapproche
d’un des enfants, le plus revêche: Asser. Il est fascinant
de voir ce grand dadais décontenancé obligé de trouver
un terrain d’entente face à
des kids inuits hauts comme
trois pommes qui se coupent
les ongles de pied au couteau
suisse et font semblant de tirer au fusil. Anders pense que
tout est facile. Il doit abandonner cette idée. Il faut fabriquer des harnais pour les
chiens de traîneaux avec de
la peau de phoque, dépecer,
tirer avec les dents.
Et tout le film avec lui, après
étude du terrain, semble se
laisser comme emporter par
ce que ce peuple a à montrer,
et non l’inverse. Anders
abandonne ses idées préconçues, sa fierté, il apprend leur
langue, il se laisse accueillir,
il se laisse enseigner. Peutêtre le film manque-t-il d’une
certaine brutalité, quelque
chose de vif qui s’attrape,
branlant, à la volée entre
deux plans malheureusement trop bien léchés, et
quelques ours blancs si apprêtés qu’ils en feront couiner d’attendrissement plus
d’un.
JÉRÉMY PIETTE
UNE ANNÉE POLAIRE
de SAMUEL COLLARDEY
avec Anders Hvidegaard,
Asser Boassen, Gert
Jonathansen, Thomasine
Jonathansen… 1 h 34.
«Opération Beyrouth», une fiction option déroute
Malgré ses bons
acteurs, le tâcheron
indie Brad Anderson
réalise un film balourd,
plan-plan et imprécis.
C
ertains diront qu’il ne faut
pas dix secondes à Opération Beyrouth et le déballage de la musique moyenneorientale la plus générique qu’on
peut trouver à Hollywood (oud,
percussions mates et mélismes
féminins) pour tout foutre en
l’air. D’autres, dont la voix se fait
entendre sur les forums de l’encyclopédie en ligne IMDB, sont
particulièrement remontés
contre le peu de crédit que ce
thriller d’espionnage vintage
donne à la vraisemblance de sa
reconstitution de la capitale libanaise en pleine guerre civile («En
tant que citoyen libanais, je suis
plus qu’écœuré»). De fait, à l’exception de plans de coupe vraisemblablement captés au drone
à Alep après la bataille de
l’été 2016, Opération Beyrouth a
été intégralement tourné à Tanger – et ce n’est effectivement pas
la délicatesse ni la précision psychogéographique qui étouffent le
tâcheron indie Brad Anderson
(The Machinist) et le scénariste
(et script doctor star) Tony Gilroy
(Rogue One) – une plage avec un
tank et un dromadaire et c’est
plié. Avant d’en arriver au stade
de l’indignation, certes légitime
mais pas plus que pour la majorité des films américains plantés
dans la région depuis une trentaine d’années, il y a de grandes
chances qu’une majorité de spectateurs piquent du nez, tant cette
course à l’échalote géopolitique
est plan-plan dans son déroulé et
dans sa mise en forme de plans
mordorés et cadres à l’épaule légèrement tremblés. Le fait que la
fiction se glisse de force entre la
prise d’otages des Jeux olympiques de Munich, dont les répercussions ont été évoquées avec la
Rosamund Pike dans un film d’espion bas de gamme. WARNER BROS
maniaquerie muséale que l’on
sait dans le Munich de Spielberg
en 2006, et la veille de l’intervention militaire israélienne de 1982,
n’aide pas non plus – avec
ses 5 millions de dollars de bud-
get, cette reconstitution était
condamnée à ruser plus que le
film n’en est capable. Mais audelà d’une absence de point de
vue sur son sujet, son lieu et le
sous-genre auquel il ambitionne
de se rattacher qui le fait ressembler au tout-venant de la série télévisée contemporaine en costume, la faiblesse la plus
accablante d’Opération Beyrouth
est sans doute le point d’arrivée
de son intrigue, qui nous abandonne à une énième affaire de filiation brisée (et le plan interminable d’une bannière étoilée
flottant au vent) après avoir fait
mine de nous balader dans les
plus sombres arcanes de l’histoire récente, façon Syriana ou
John Le Carré. Les acteurs,
échappés pour la plupart de la
«prestige TV» de ces dernières
années (Jon Hamm de Mad Men,
Dean Norris de Breaking Bad)
sont pas mal du tout et nous font
regretter la série qu’une chaîne
un peu fortunée aurait pu tirer
du pitch initial.
OLIVIER LAMM
OPÉRATION BEYROUTH
de BRAD ANDERSON avec
Rosamund Pike, Jon Hamm… 1h49.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 30 Mai 2018
TICKET
D'ENTRÉE
u 29
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
FILM
SEMAINE
ÉCRANS
ENTRÉES
ENTRÉES/ÉCRAN
CUMUL
Deadpool 2
2
601
409 615
682
1 596 222
Solo: A Star Wars Story
1
844
449 986
533
449 986
Mutafukaz
1
60
14 231
237
14 231
Gueule d’ange
1
185
40 976
221
40 976
La Fête des mères
1
267
58 413
219
58 413
Le Ciel étoilé au-dessus…
1
24
4 952
206
4 952
Le Cerveau des enfants
1
27
4 845
179
4 845
Action ou Vérité
4
247
39 476
160
521 313
A l’exception notable du Everybody Knows d’Asghar Fahradi
et sans compter le blockbuster Solo, les films sortis dans la
foulée de leur présentation cannoise, cette année, ne font pas
recette. Les entrées aussi bien d’En guerre (Stéphane Brizé),
de Plaire, aimer et courir vite (Christophe Honoré), de Gueule
d’ange (Vanessa Filho) et tout le barouf autour du Don Quichotte (Terry Gilliam) reflètent par leurs contre-performances
en salles le climat étrangement atone de l’édition 2018.
(SOURCE «ÉCRAN TOTAL», CHIFFRES AU 27 MAI)
Portrait de Madame Manet sur un
canapé bleu, dont un montage fut
montré cet automne lors d’un hommage à la Cinémathèque–, aura été
pratiquement l’œuvre de sa vie.
Si l’enquête méticuleuse qu’il mène
pour retrouver sa belle inconnue,
part à la rencontre des «acteurs» du
petit film de 1968, et, au fil des entretiens, réveille tout un pan de
l’histoire française du monde
ouvrier –la fabrique des piles Wonder, les conditions de travail moyenâgeuses, le rythme infernal des
chaînes, le rachat par Tapie puis par
le géant américain Ralston, la fermeture du site de Saint-Ouen
en 1986 jusqu’à la liquidation complète en 1994–, le film pétrit surtout
une matière romanesque qui semble puiser dans la mémoire hypnotique du cinéma hollywoodien. De
Laura d’Otto Preminger à Vertigo
de Hitchcock, Le Roux, cinéasteenquêteur fasciné par son sujet, rejoint la cohorte des détectives
amoureux ensorcelés par l’image
d’une femme évanescente que leur
amour ressuscite.
Canevas subtil. Tâche un peu
Hervé Le Roux a été fasciné toute sa vie par cette ouvrière vue dans un film réalisé en 1968 par des étudiants de l’Idhec. PHOTO JHR FILMS
«Reprise», recherche éperdue
de la gréviste rebelle
En 1996, Hervé Le Roux
partait sur les traces
d’une ouvrière des
usines Wonder aperçue
dans un docu en 1968.
Son film ressort en
version restaurée.
C’
est l’histoire d’un homme
tombé amoureux d’une
image. L’image d’une inconnue. Au début des années 80, reclus dans un studio de la rue SaintAndré-des-Arts (Paris VIe), Hervé
Le Roux occupe sa vingtaine solitaire à la préparation d’une thèse
que seule vient troubler une sortie
quotidienne pour se ravitailler en
clopes et en journaux, Libé, Charlie
Hebdo et une fois par mois les Cahiers du cinéma. Dans un numéro
de mai 1981, marqué par l’arrivée de
la gauche au pouvoir, Serge Daney
et Serge Le Péron avaient rédigé un
bref dossier sur le cinéma direct
illustré par quelques photogram-
mes de documentaires: des œuvres
de Depardon, de Luc Moullet, de Joris Ivens, et un petit film amateur,
réalisé par des étudiants de l’Idhec
dans l’effervescence insurrectionnelle de Mai 68 : la Reprise du travail aux usines Wonder.
Colère viscérale. C’est là qu’elle
lui apparut pour la première fois,
fille brune en blouse blanche dans
le chaos d’un piquet de grève sur le
site de Saint-Ouen, immobile au milieu d’une foule agitée, les bras croisés dans une attitude de refus, la
mine frondeuse sous sa frange.
Mais de ce moment saisi au plus
près du vif quelque chose semblait
déjà prophétiser la disparition, un
charme orphique que conférait le
grain charbonneux et brouillé de la
photo. Plus tard quand il vit le court
métrage à la Cinémathèque, c’est
sa voix faubourienne de petite
démone butée qui vint cogner les
limbes fracassés de sa mémoire
pour ne jamais le quitter. De rage et
de révolte, l’ouvrière gueulait: «Non
je veux pas, j’rentrerai pas, je foutrai
plus jamais les pieds dans cette
taule !» Autour d’elle, le délégué
syndical de la CGT, l’étudiant gauchiste qui vient lui porter la contradiction, le chef du personnel en
blouse grise qui appelle les ouvriers
à «rentrer tranquillement» et d’un
geste paternaliste de la main, les
pousse déjà vers l’entrée de l’usine…
Mais rien n’y fait, de toutes ses tripes, la rebelle ne veut plus de cette
«dégueulasserie qui vous laisse avec
du noir jusqu’à mi-bras». L’image
tremble un peu dans l’urgence du
plan séquence. La colère viscérale
de la fille n’aura eu droit qu’à une
seule prise de neuf minutes, mais sa
présence cannibalise l’écran et
phosphore dans l’esprit du futur cinéaste qui n’aura de cesse de se lancer sur ses traces, pour lui offrir une
deuxième prise, d’où le titre du film,
qu’il réalisera en 1996 : Reprise.
Ressortant sur les écrans en version
restaurée, Reprise d’Hervé Le Roux
–retrouvé mort en juillet dernier à
son domicile alors qu’il mettait la
dernière main à son nouveau film,
L’enquête méticuleuse qu’il mène
pour retrouver sa belle inconnue
réveille tout un pan de l’histoire
française du monde ouvrier
–la fabrique des piles Wonder, les
conditions de travail moyenâgeuses,
le rythme infernal des chaînes…
folle comme peuvent l’être l’obsession et le travail entêtant de la cristallisation, Reprise, par son art discret du montage et le temps qu’il
donne au temps, refusant de trancher dans la chair d’une parole qui
a si rarement eu l’occasion de s’exprimer, dessine un canevas subtil.
Tout part d’un dispositif identique,
répété d’un entretien à l’autre :
montrer les images du film de 1968
à ceux qui en furent les témoins
plus ou moins proches, puis observer les réactions, laisser le flot des
émotions agir, la mémoire trébucher, les digressions affleurer, la vie
de chacun se raconter, et recueillir
en passant des bribes d’informations, glaner un nom, parfois juste
un prénom, une vague adresse, et
l’espoir d’en savoir un peu plus sur
la fille, que nul ne semble reconnaître, ni savoir ce qu’elle est devenue.
Sous l’apparence faussement brute
de cette matière s’opère un invisible
travail de mise en scène, où le suspense s’arrime à une réflexion sur la
mémoire et l’oubli. Que reste-t-il
d’un être dont nul n’a gardé la
trace? Quelle empreinte les paysages industriels auront-ils retenue
des corps qui les ont traversés? Entre suspense et contemplation, Reprise prend le sens d’une allégorie,
dont chaque «témoin» s’empare
pour puiser en soi l’écho d’un
monde perdu dont il porte le deuil:
la mémoire ouvrière.
NATHALIE DRAY
REPRISE film documentaire
d’HERVÉ LE ROUX (1996, 3 h 12).
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30 u
L’ANNÉE 68
Libération Mercredi 30 Mai 2018
Jusqu’au 1er juin, Libération donne quotidiennement carte blanche à des
écrivains pour évoquer les événements, les souvenirs, l’héritage ou l’imaginaire
de chacun des jours de Mai.
Le 30 mai vu par
Agnès Mathieu-Daudé
L’EMPIRE
D’ESSENCE
La pénurie des carburants a rendu palpable
le cauchemar d’une société à sec. La voiture,
héros méconnu de Mai?
D
DR
emain, 31 mai 1968, dernier jour d’un la première fois qu’elle revient, et elle va coumois qui cette année-là déborde ler à flots au moins jusqu’en 1973. Toutes les
en juin. Retour de l’essence à Paris : crises subséquentes ressembleront à cette
ces mots choisis dans la chronologie, entre absurde photographie en une du Parisien
«remaniement ministériel» et «négociations le 28 mai 1968: «Rue Réaumur: à la recherche
syndicales», je les ai inventés –après vérifica- d’essence». Cinq files anarchiques de voitution, il s’agissait de «la distribution d’essence res gaspillent ce qui reste de carburant dans
redevient normale à Paris» (ville étalon de la leur réservoir pour aller chercher ce qui reste
pénurie et de l’abondance). Si le retour a pré- de carburant dans les stations-service. Le
valu, c’est qu’on parle beaucoup de celui de spectre de la pénurie suscite des angoisses
la veille, venu clore le mystère de la dispari- eschatologiques, et la ruée vers les nouveaux
tion éclair de De Gaulle.
supermarchés de ces jeunes
Les retours du Général, il y en
ménages qui, à force d’entena déjà eu. Le 18, de Roumanie.
dre qu’ils n’ont pas connu la
Le retour au pouvoir de 1958.
guerre, se battent pour des paEt le retour originel, ce débarquets de lessive –la télévision
quement du 14 juin 1944 sur la
filme des rayons que l’on imaplage de Courseulles-sur-Mer.
gine pop, colorisés depuis quelLe retour, c’est ce qu’il semble
ques mois par cet ORTF tempofaire le mieux. C’est peut-être
rairement en grève, imitant les
pour ça qu’il est parti,
Campbell’s Soup Cans qui ont
d’ailleurs. Mais de ce 30 mai et
donné le ton dès 1962. On s’imNée en 1975, Agnès
de la dissolution de l’Assemprovise aussi généreux, tel
Mathieu-Daudé
blée, De Gaulle ne reviendra
agriculteur offrant à telle comest conservateure
vraiment jamais, quittant le
mune des tonnes de pommes
du patrimoine
pouvoir moins d’un an après,
de terre, à en remplacer les teret romancière.
et notre monde dans la foulée.
rils en berne par des montaQuant au gouvernement remagnes de tubercules (notons que
Dernier ouvrage
nié le 31 mai, il ne tiendra pas
l’énergie reste souterraine).
paru : L’OMBRE
au-delà du 11 juillet.
C’est que, pour la première fois
SUR LA LUNE
Tandis que l’essence, elle, c’est
depuis que l’essence est parGallimard, 2017.
tout, on a dû imaginer un monde sans elle.
A notre tour, imaginons.
Sans carburant, fin des périples surprises du
Président en hélicoptère, et de ces tanks lâchés dans les rues de Paris, qui ont ce 31 mai
fait la une de plusieurs quotidiens américains, fins connaisseurs. Adieu, les fleurons
de l’industrie française, l’Etabli, et la grève,
commencée à Sud-Aviation et chez Renault,
encore deux morts chez Peugeot en juin. Il
faudrait abandonner aussi les projets d’enlèvement dudit Président, dans un véhicule
au coffre assez grand pour qu’on puisse y
plier les jambes du grand homme. Une autre
question d’espace: les fusées clouées au sol,
la Lune resterait vierge des empreintes
d’Armstrong. Mais il faudrait aussi oublier
2001, qui va diviser les cinéphiles à la rentrée 1968.
Sans les DS, déesses barthiennes, puis martiennes (prédominance absolue de la berline
de Citroën dans les films d’anticipation),
plus d’officiels. C’est dans l’une d’elles que
De Gaulle a failli devenir notre Kennedy,
échappant à la mort sur la route de Colombey en 1961 et au Petit-Clamart en 1962. Le
28 mai, Yvonne a été insultée, et ce par un
homme «dans une DS, c’est-à-dire pas n’importe qui», comme elle en justifiera pendant
ce voyage à Baden-Baden qui a tout d’une
fuite. Sans les DS encore, pas de Samouraï
fin 1967. Le rêve français : Delon criminel
sanglé dans un trench, en possession d’un
trousseau de clés ouvrant toutes les DS du
monde.
Et sans les Renault 4, les sempiternelles 4L
assez hautes pour y rentrer leurs képis, plus
de gendarmes. Mais plus non plus de révolutionnaires prolétaires. Jean Rolin, homme
sans permis de conduire, multiplie dans
l’Organisation les types de voiture dans lesquelles police ou militants se pourchassent,
jusqu’à cette scène d’embarras au moment
de se cacher dans une voyante et peu
maoïste Austin-Cooper crème et noir.
Sans Peugeot 403, ni 404, plus de pique-nique familial à l’ombre des bornes Michelin.
Et plus d’embouteillages, comme celui du
plan-séquence de sept minutes en travelling
de Week-end (catalogue complet de la production automobile française), qui en décembre 1967 annonce Mai 68, pour moi plus
que la Chinoise : la société que Godard y
filme au son des klaxons est au bord du carambolage général. On projette de saboter les
freins des uns et des autres, on s’y entre-tue
pour une éraflure sur un capot, on promène
sur les nationales la vacuité de son couple
bourgeois, on vole les pantalons griffés sur
les cadavres des accidentés de la route.
Sans voiture, plus de marqueurs sociaux,
plus de hiérarchie. Bientôt l’anarchie. «Tais-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 30 Mai 2018
u 31
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
A Paris, le 16 mai 1968.
PHOTO ÉLIE KAGAN. COLL. LA CONTEMPORAINE.
Mi-photographe mi-militant, Elie Kagan
(1929-1999) est témoin et acteur de Mai 68.
Au cœur des manifs et des révoltes étudiantes, des premières barricades artisanales de Denfert-Rochereau au Quartier latin,
aux luttes des travailleurs, il séquence ces
émeutes du 29 mars au 30 mai et collecte
les traces historiques de l’agitation des
occupations de la Sorbonne au Théâtre
de l’Odéon. L’ensemble du fonds Elie
Kagan est géré par la Contemporaine.
30 MAI : LE PEUPLE
APPELÉ AUX URNES
toi et roule», affiché sur les murs de Paris.
Les voitures sillonnent les écrans avant 1968
et nous savons, nous, que c’est le début de la
fin d’un monde. En l’absence de désastre
écologique manifeste qui convaincrait les
Français d’abandonner le pétrole – et cela
ne suffira pas–, c’est l’argument économique
qui modérera leur vitesse. Quant à se dépêtrer des voitures, c’est autre chose – en
2018, Tesla veut encore les envoyer embouteiller l’espace.
Au-delà du masochisme, c’est à ce titre nostalgique que j’ai aimé le retour de l’essence.
Que reste-t-il du temps perdu sinon les souvenirs plus ou moins littéraires des uns et,
parmi les traces de l’histoire, la musique et
les images ? En 1968, la musique est au
volant. Le sympathique Devil des Stones
conduit un tank, Steppenwolf hurle Born To
Be Wild (l’aventure sur l’autoroute), Detroit
chauffe dans ses usines automobiles et son
creuset d’inégalités la soul de Motown, et les
premiers albums que préparent le MC5 et les
Stooges. L’après-midi du 31 mai, les Beatles
enregistrent eux leur ambiguë Revolution,
à Abbey Road. Premiers signes du passage
au piéton.
Quant à mes images de Mai, ce sont bien
celles d’une voiture, si possible indéfiniment conduite par Belmondo sur toutes les
routes de France. Cela commence dès 1960
En 1968, la musique est
au volant. Steppenwolf
hurle «Born To Be
Wild», Detroit chauffe
dans ses usines
automobiles et
son creuset d’inégalités
la soul de Motown,
et les premiers albums
que préparent le MC5
et les Stooges.
avec A bout de souffle: «Les voitures sont faites pour rouler, pas pour s’arrêter.» Michel
n’a pas lu Faulkner mais il cite le vieux Bugatti. D’un point de vue philosophique, l’essence s’oppose à l’accident: c’est en quittant
le volant qu’on se fait abattre.
Cela s’arrête en 1969. Au début de la Sirène
du Mississippi, Louis accélère en 403 sous
les palmiers de la Réunion. Mais cette fois
c’est Truffaut qui filme, Truffaut qui avait
vu Week-end et qui dans la Nuit américaine
dira à Léaud : «Les films sont plus harmo-
nieux que la vie, […] il n’y a pas d’embouteillage dans les films, il n’y a pas de temps
mort.» Et le couple que Belmondo-Louis
forme avec Deneuve-Marion terminera à
pied, presque en noir et blanc dans la neige.
On est désormais loin du baiser échangé
aux volants respectifs de Ferdinand et Marianne, affiché cette année à Cannes, ce
Pierrot le fou dans lequel le tragique revêtait
encore des couleurs primaires de supermarché («pas du sang, du rouge», déclarait
Godard. Détail, c’est dans une Dyane rouge
que Rolin précise «s’être entassé pour foncer
revoir Pierrot le fou»).
L’essence est revenue mais en cet été 68
Frank Perry (d’après une nouvelle de Cheever) montrera au cinéma un monde américain sans voitures. Le Swimmer Burt Lancaster rejoint son domicile en traversant à
la nage les piscines de ses voisins, éclaboussant au passage les cocktails mondains et
leur sollicitude factice. Un road-movie sans
carburant, un film plus harmonieux que la
vie brisée de son héros, boitant vers une
maison vide. Mais un homme qui s’est en
chemin libéré de toute la vacuité du monde
dont il est contemporain. On the Road, c’est
désormais à pied.
AGNÈS MATHIEU-DAUDÉ
Jeudi, le 31 mai vu par Thomas Clerc.
Les mots claquent comme des ordres.
«Dans les circonstances présentes, je
ne me retirerai pas. J’ai un mandat du
peuple, je le remplirai. Je ne changerai
pas le Premier ministre. Je dissous
aujourd’hui l’Assemblée nationale. Quant
aux élections législatives, elles auront
lieu dans les délais prévus par la
Constitution, à moins qu’on entende
bâillonner le peuple français tout entier,
en l’empêchant de s’exprimer en même
temps qu’on l’empêche de vivre, par les
mêmes moyens qu’on empêche les
étudiants d’étudier, les enseignants
d’enseigner, les travailleurs de travailler.»
Ragaillardi, requinqué, rendu à luimême, De Gaulle est revenu le matin de
Colombey après une nuit de sommeil.
Avant le Conseil des ministres, il a vu
Pompidou qui tient en main sa lettre de
démission, balayée d’un mot. Il lui a lu
le discours, qu’il prononcera à la radio
à 16 h 30. Pompidou a approuvé, à une
nuance près : il y manque l’annonce
d’une dissolution, qu’il réclame depuis
de longs jours. De Gaulle voudrait
gagner par son seul verbe. Une victoire
électorale serait celle de Pompidou.
Il résiste. Mais le Premier ministre finit
par mettre sa démission dans la balance.
De Gaulle a encore besoin de lui. Il cède.
Comme naguère de Londres, la voix
caverneuse et coupante change
l’histoire. La France, écoutant le
discours, comprend que la fête – ou le
cauchemar – est finie. De Gaulle appelle
le peuple aux urnes. Comment refuser ?
Les étudiants, cette fois mal inspirés,
vont bien crier «Elections piège à con !»,
le slogan le plus maladroit de 1968, qui
traduit un refus de la démocratie, la
France ira évidemment voter.
Et dans cette ambiance révolutionnaire,
le parti de l’ordre, désormais majoritaire,
se ralliera, comme un seul homme, au
grand homme ressuscité. La preuve en
est faite aussitôt le discours achevé. A la
place de la Concorde, que les gaullistes
trouvaient trop grande pour leur défilé
trois jours plus tôt, une marée humaine
se rassemble et monte vers l’Etoile.
Toute la droite, gaulliste ou antigaulliste,
est là, avec la bourgeoisie qui bat le
pavé, les notables, les cadres, les
ouvriers apeurés par le communisme,
toute la France du juste milieu,
mélangée à celle de la réaction.
A l’Etoile, Malraux et Debré, éperdus,
entonnent une Marseillaise tonitruante
à la tête d’un cortège immense. Mai 68
n’est pas terminé. La France est toujours
en grève et le pays est encore arrêté.
Mais cette fois, la Révolution qui a
montré le bout de son nez est bien finie.
LAURENT JOFFRIN
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Libération Mercredi 30 Mai 2018
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Non académique
Barbara Cassin Visite en Corse à la philologue et
philosophe, laquelle vient d’être élue à l’Académie
française, 9e femme après Marguerite Yourcenar.
O
n arrive sur la terrasse de la buvette, à l’extrémité du
cap Corse où elle vit une partie de l’année, et Barbara
Cassin, en maillot de bain et un masque à la main,
convie les habitants du village à boire une coupette chez elle.
«Ils t’ont élue, mais ils ont oublié de te donner les palmes!» C’est
bien trouvé. L’élection de la nouvelle académicienne –de gauche mais parrainée par des gens de droite– met en joie, sans
doute à cause de sa légitimité. Elle vient couronner une vie
centrée sur la puissance du langage, la sédimentation en mouvement des mots, et l’étonnement toujours renouvelé de leurs équivoques.
Pour prendre un exemple, le mot grec
xenos désigne à la fois «l’hôte» dans les
deux sens et «l’étranger», tandis que sa traduction en latin,
hostis, signifie aussi «l’ennemi» et place donc dans un même
terme la confiance et la méfiance. «Mais dit-on tout à fait la
même chose, lorsqu’on passe de xenos à hostis?» questionne
Barbara Cassin. Ce que produit la langue est le sujet de la philologue et philosophe, celui qui s’est imposé à elle et qui rassemble les sentiers de traverse d’une existence même si leur
cohérence ne se découvre que plus tard.
La voici donc, neuvième femme dans l’institution depuis l’entrée en 1980 de Marguerite Yourcenar qui inaugura la mixité
chez les immortels, et pour l’instant, il s’agit surtout de ne pas
se faire piquer par les méduses, un autre type d’immortelles,
urticant celui-ci, ce qui explique la présence du masque.
Barbara Cassin n’a rien d’une petite chose. Elle nage par tout
temps, débroussaille, nourrit humains et animaux, jure,
guette les œillets sauvages, s’émerveille de l’intelligence langagière des merles, conduit sa voiture en regrettant son antique Peugeot, est prompte à saisir toute découverte qu’on lui
tend, que ce soit celle d’un lieu, d’une personne, d’une œuvre.
«La vie devant elle», pense-t-on tandis
qu’elle s’attelle au nettoyage de sa maison.
Ce qu’elle confirme en disant que cette
élection impromptue (mais désirée), qui
surgit peu de temps après sa retraite du CNRS, lui procure «un
fabuleux coup de jeune». Comme si à 70 ans, une hache invisible venait ouvrir un bout d’avenir et contredire l’amoncellement des décennies passées. «Le dictionnaire de la langue
française est un flux qui ne s’arrête jamais. Les académiciens
norment la langue en même temps qu’ils la suivent. Ils la prennent dans son énergie.»
Rien d’une frêle personne, donc, mais rien non plus de l’autorité d’une personne qui se suffirait à elle-même, engoncée
dans un savoir constitué et infaillible. Son œuvre la plus
LE PORTRAIT
connue est collective. C’est le Dictionnaire des intraduisibles,
conçu avec une centaine de chercheurs. Son champ de prédilection est à la marge de la philo : la sophistique et les
sophistes, ceux qui ont été exclus par Platon. Ses étudiants
ont d’abord été des élèves de terminale porte de Vanves, puis
des postiers qui préparaient l’épreuve de culture générale au
concours de l’ENA, des enfants psychotiques dans un hôpital
de jour à Paris, ou encore des chevaux. Elle en a élevé jusqu’à
vingt-cinq à la maison, avec son mari, Etienne Legendre,
lequel fonda, un temps, un centre hippique. «Il avait du génie,
se souvient-elle. Il m’a sauvé plusieurs fois la vie, grâce à sa
prescience de la manière dont l’animal allait réagir. C’est lui
qui m’a fait devenir cavalière. Mais j’aimais la danse, j’aurais
pu être danseuse, j’ai suivi encore lycéenne les cours de l’école
de théâtre de Charles-Dullin, j’aurais adoré continuer, j’aimais
et j’aime toujours peindre.» Elle se ravise : «La grande différence avec l’écriture, c’est que si je suis mécontente d’un tableau, je le mets de côté. Et lorsque j’en suis contente, je le mets
également de côté ! Alors qu’un texte me résiste ou non, je
poursuis l’écriture.»
Comment contourne-t-elle
toute position de surplomb,
1947 Naissance.
comment évite-t-elle ce
1969 Séminaire du
qu’elle honnit chez les
Thor avec Heidegger.
autres: l’intimidation et l’ar1995 L’Effet
gument d’autorité ? Comsophistique.
ment, dans le fond, accueille2004 Vocabulaire
t-elle la différence? «En se coeuropéen des
gnant aux questions. Je n’ai
philosophies ;
jamais oublié un élève postier
Dictionnaire des
qui m’a demandé à partir
intraduisibles.
de combien de livres on était
2018 Election à
cultivé. Son interrogation tral’Académie française.
verse l’Antiquité. Personne ne
sait à partir de combien de
grains de sable on constitue un tas. Ce dont j’étais certaine, c’est
qu’il fallait que je lui réponde. Si on ne veut pas être supérieur,
il faut se laisser atteindre.» Avec les adolescents psychotiques,
elle affronte un autre type de problème au cœur de sa recherche : comment produire de la communication, malgré l’incommunicable? «J’ai écrit des mots en grec au tableau. Je leur
ai lu un bout du Cratyle sur l’étymologie. A partir de là, ils ont
commencé à inventer de fausses étymologies, et à comprendre
que s’ils pouvaient exploser les cases, c’est justement parce qu’ils
avaient une langue maternelle.»
Un jour, René Char lui lance: «Toi, tu es poète!» Barbara Cassin: «C’est toujours l’autre qui désigne qui on est.» Elle a moins
de 20 ans et fréquente le séminaire du Thor où Heidegger officie. Elle a choisi philo, enchantée de découvrir que se poser
des questions sur la vérité puisse être un métier. L’institution,
cependant, la refuse. Elle rate une demi-douzaine de fois
l’agrégation de philo avant d’entrer au CNRS par une petite
porte. Ces ratages sont sa chance. Ils la propulsent dans une
philosophie en actes, qu’elle parte en Afrique du Sud participer à une commission vérité réconciliation ou qu’elle imagine
aujourd’hui des Maisons de la sagesse, sans porte ni fenêtres,
sur le modèle des Bayt al-hikma, «où se croisaient à Bagdad
des passeurs de savoirs de toutes langues, religions, disciplines,
générations», explique-t-elle. On croit comprendre que ce sont
des sortes de caravanes de la traduction, dont l’une s’est baladée en Iran, avec un clavecin dans son coffre, en dépit de l’interdiction religieuse de jouer de la musique.
Une maison est-elle le portrait de ceux qui l’ont rêvée ?
Oui, pense-t-elle, qui adolescente était partie dans le village
où habitait René Char, persuadée que la maison qui abritait
un tel homme se verrait. Oui, si on songe que la sienne sur un
rocher légèrement au-dessus de la mer, ouverte à tous vents,
abolit la frontière entre l’intérieur et l’extérieur, les lauzes des
terrasses recouvrant en continuité le sol des pièces. Elle l’a
conçue avec son mari, et elle abrite sa tombe plus haut, dans
le jardin, où la sienne, creuse, l’attend. Ils ont eu deux enfants,
Victor et Samuel, la trentaine aujourd’hui. Elle a deux frères
et sœur nés avant-guerre. Ses parents, avocat et peintre,
étaient juifs. Elle est née après-guerre, petite dernière, «aimée
sans fond et sans limite». Ajoute: «Je me suis toujours perçue
comme la preuve qu’ils étaient vivants.» Dans la Nostalgie.
Quand donc est-on chez soi? son livre le plus autobiographique,
elle écrit qu’elle n’est pas corse, et que c’est justement parce
qu’elle est accueillie dans l’île qu’elle peut y être chez elle. •
Par ANNE DIATKINE
Photo RITA SCAGLIA
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