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Libération - 31 05 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2,00 € Première édition. No 11510
JEUDI 31 MAI 2018
www.liberation.fr
Logement
social Le privé
tente de
forcer la porte
Ukraine
Y a pas mort
d’homme
Marion Maréchal(-Le Pen) le 29 avril 2017. PHOTO LAURENT TROUDE
REUTERS
Mardi,
Mardi, on
on apprenait
apprenait l’assassinat
l’assassinat par
par balles
balles à
à Kiev
Kiev d’Arkadi
d’ArBabtchenko,
journaliste
russe
reconnu
et
voix
kadi Babtchenko, journaliste russe reconnu et critique
voix
de
Poutine.
Mercredi,
de théâtre:
Babtchenko
critique
de Poutine.
Lecoup
lendemain,
coup
de théâtre:est bien
vivant.
Récit
d’une
mise
en
scène
rocambolesque
Babtchenko est bien vivant. Récit d’une histoire rodes
services secrets
ukrainiens.
PAGES 6-7
cambolesque.
PAGES
6-7
Le projet de loi Elan, actuellement examiné à
l’Assemblée nationale, prévoit d’accélérer fortement la vente de HLM y compris dans les communes qui en sont peu pourvues. Ce qui n’a pas
échappé aux fonds d’investissements, qui cherchent à peser sur le texte. PAGES 10-11
MARÉCHAL,
LA REVOILÀ
L’ancienne députée FN du Vaucluse, officiellement en retrait de
la vie politique, opère ces
jours-ci un retour sur la place
publique. Pour mieux se positionner en future championne
de la fusion des droites?
PAGES 2 À 5
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
Libération Jeudi 31 Mai 2018
ÉDITORIAL
Par
LAURENT JOFFRIN
Etouffant
Marion Maréchal(-Le Pen)
est en principe la petitefille de Jean-Marie Le Pen.
En fait, la dernière des
Le Pen serait plutôt celle
d’Alain de Benoist. Dans les
années 70, cet intellectuel
pédagogue au savoir encyclopédique avait théorisé
la nécessité pour l’extrême
droite, enfermée dans ses
obsessions post-pétainistes
et colonialistes, de mener
la bataille des idées, de
se lancer à la reconquête
de l’hégémonie culturelle
perdue, à l’image du magistère exercé dans les
années 30 par une pléiade
d’écrivains, d’historiens et
de philosophes nationalistes ou fascistes. Benoist
avait fondé une revue et un
groupe d’études. Marion
Maréchal crée une école,
dont les parrains ressortissent tous de la droite la
plus extrême, une sorte de
«Facho Business School».
La voie a été ouverte par
un certain nombre de publicistes et d’intellectuels
identitaires qui battent
les estrades depuis une dizaine d’années, jusqu’à
bénéficier d’une incontestable omniprésence médiatique. Autrement dit,
l’initiative de l’ancienne
députée du Vaucluse, retirée provisoirement de la
vie politique active, n’a rien
d’anecdotique. Elle surfe
au contraire sur un air du
temps souverainiste, populisto-nationaliste, souvent
xénophobe, qui tend à
devenir étouffant. Les
républicains, les progressistes, la gauche des idées
pourraient y opposer nombre d’universitaires de qualité, d’écrivains talentueux,
d’intellectuels de bon niveau. Las ! La vérité oblige
à dire qu’ils sont surtout
occupés à se tirer dans
les pattes, s’écharpant
avec une fureur masochiste
à propos de la laïcité,
de l’Europe ou de l’islam.
La gauche défaite sur
le plan électoral s’affaiblit
encore en menant une
vraie guerre civile symbolique, à coups d’anathèmes
et d’excommunications.
Pendant ce temps, les véritables ennemis, démiurges
protéiformes de l’identité
intolérante, creusent
peinardement
leur sillon. •
Marion
Maréchal
(-Le Pen),
le 4 février 2017
à Lyon. PHOTO
LAURENT TROUDE
Marion Maréchal
(-Le Pen), ce n’était
qu’un au revoir
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Libération Jeudi 31 Mai 2018
u 3
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CHANGEMENT DE NOM, LE MAKING-OF
Comment nommer l’«étoile montante» du Front national : Marion Maréchal-Le Pen,
comme elle s’est toujours fait appeler, ou Marion Maréchal, comme elle exige
qu’on l’appelle désormais ? Par réflexe, à Libération, on n’aime pas trop répondre
aux injonctions des politiques, et surtout quand elles viennent de l’extrême droite.
Marion Maréchal a jugé bon, pour sa reconversion professionnelle, de changer
de nom et revenir à celui de son état civil. Très bien. On comprend le pari politique :
si elle doit demain incarner cette hypothétique union des droites et se présenter
à la présidentielle de 2022, autant se défaire rapidement de ce blason familial, chargé
d’histoire, mais surtout de défaites électorales et de scandales financiers. Libération
doit-il alors être complice de cette opération de relifting ? Faire notre tête de mule
et en rester à Marion Maréchal-Le Pen était tentant. On a choisi de respecter
son souhait. Mais pour le plaisir du geste, et pour ce numéro uniquement,
elle s’appelle Marion Maréchal(-Le Pen).
Par
Il aura fallu à peine
un an après son
retrait de la vie
politique pour que
la nièce Le Pen
revienne sur le
devant de la scène.
En créant une école
destinée à l’élite
«des droites», elle
affiche son ambition
de recomposer
le paysage politique.
TRISTAN BERTELOOT
M
arine Le Pen peut se rassurer tant
qu’elle peut… Non, sa nièce Marion
Maréchal(-Le Pen) ne revient pas en
politique, et il n’en est vraiment pas question,
en tout cas pas tout de suite. Si on la voit beaucoup en ce moment, c’est parce qu’elle a un
projet d’entreprise, rien à voir avec le fait
qu’elle alimente volontairement le bruit médiatique autour de sa personne. «Je crois à sa
franchise, je crois à son honnêteté, elle n’a pas
d’agenda caché», a martelé la présidente
du FN mardi sur Radio Classique, douchant
autant que possible les espoirs des admirateurs de l’ancienne députée du Vaucluse
et conseillère régionale de Provence-AlpesCôte d’Azur quand eux voient dans chacune
des apparitions de l’«étoile montante» de l’extrême droite française, retournée à la «vie civile», un divin présage.
LE CHAUD ET LE FROID
Après une intervention remarquée en février
à Washington au raout de l’alt-right américaine, Marion Maréchal(-Le Pen) enchaîne
pourtant depuis plusieurs jours les «confidences» à la presse «de droite», Valeurs actuelles, Boulevard Voltaire… Elle vient aussi de relooker son patronyme en Maréchal tout court
(lire ci-dessus). Rien dans tout ça ne ressemble
vraiment à une «retraite» à proprement parler: l’ex-élue de 28 ans a encore lancé un projet
d’école de sciences politiques à Lyon (lire
aussi page 5) et est l’invitée d’honneur, ce
jeudi soir, d’une conférence-débat à Paris, sa
première prise de parole publique en France
depuis juin 2017.
L’événement, «Débranchons Mai 68», est organisé par l’Incorrect, magazine lié à la droite
conservatrice –lancé par des proches de Marion Maréchal(-Le Pen)–, et l’association versaillaise des «Eveilleurs d’espérance», avec
l’idée qu’il faut «liquider» ce Mai 68 tant
honni par la droite dure. Une occasion en or
pour elle de se montrer en championne de la
droite souverainiste, patriote, économiquement libérale et conservatrice sur les valeurs
sociétales qui se cherche un leader crédible.
La coqueluche des militants frontistes
(en 2014, elle était arrivée première des votes
des adhérents pour le comité central du parti,
et elle vient de gagner 7 points de popularité
auprès des sympathisants FN quand sa tante
en a perdu autant, selon un sondage BVA)
s’est mise en retrait de la vie politique en
mai 2017, après la défaite de Marine Le Pen
à la présidentielle, officiellement pour des
«raisons personnelles». Elle était aussi (surtout?) excédée par le niveau d’amateurisme
du Front national lors de la campagne. Une
mise à distance qui lui permettait également
de ne pas être associée aux multiples affaires
qui menacent le parti d’extrême droite, et
donc de mieux préparer son retour. Cela,
aucun observateur n’en doute vraiment,
même si les proches de Marion Maréchal(-Le Pen) font mine que pour l’instant,
«même elle ne sait pas», quand la principale
intéressée souffle le chaud et le froid un peu
partout dans les médias : «Si un jour j’ai le
sentiment que je peux être vraiment utile, que
j’ai la légitimité pour repartir, pourquoi pas…
Je referai peut-être des choses, je suis incapable de rester indifférente à l’état de mon
pays», a-t-elle déclaré sur le plateau de
TLM Lyon. Son come-back ne pourra de toute
façon se faire qu’après un passage réussi par
la case «projet professionnel», qu’elle a promis
d’entreprendre.
A l’époque de son départ, Marion Maréchal(-Le Pen) avait déjà laissé planer le doute
sur ses intentions futures, affirmant à ses soutiens qu’elle «n’[abandonnait] pas le combat
politique» définitivement. Mais celle qui a été
élue dès l’âge de 22 ans en 2012, sous la pression de son grand-père Jean-Marie Le Pen,
avait surtout assuré vouloir «connaître autre
chose». Elle a ainsi annoncé la semaine
dernière la création de l’Institut de sciences
sociales, économiques et politiques (Issep),
dont l’ouverture est prévue en septembre.
Cet établissement, dont elle sera la directrice,
n’est rien d’autre qu’un centre de formation
idéologique haut de gamme pour futurs CSP+
de droite et d’extrême droite. Là encore, il
ne faudrait surtout pas y voir un projet politique, mais «métapolitique», selon ses mots
(lire page 4).
«REFONDATION»
Vouloir préparer l’après avec une nouvelle génération de dirigeants de droite, un vivier de
cadres et de militants au service de son ambition future est tout sauf anodin. A condition
bien sûr de revenir un jour en politique… Ce
qui se fera forcément via le Front national. «On
reste en France prisonnier de la forme “parti”,
exception faite à Macron», analyse Jean-Yves
Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès.
Le politologue doute qu’un «LREM de droite»
puisse émerger un jour. Si elle a cette ambition, Marion Maréchal(-Le Pen) a un calendrier compliqué avant 2022.
Mais pour l’instant, elle a toutes les raisons
d’attendre : le Front national est encore en
pleine «refondation» (le parti d’extrême droite
devrait se doter vendredi de son nouveau
nom, «Rassemblement national») et sa dirigeante actuelle porte encore les stigmates de
sa présidentielle ratée, peinant toujours à faire
oublier à ses électeurs son calamiteux débat
d’entre-deux-tours. Quand l’image de Marion
Maréchal(-Le Pen) est, elle, intacte. Surtout,
à la différence de sa tante, la jeune femme apparaît libre de tout appareil (même si elle a encore sa carte au FN). Quant à LR, l’autre parti
d’opposition de droite, il souffre d’un grave
problème de leadership. Laurent Wauquiez,
détesté jusque dans son propre camp, est en
perte de crédibilité. Il est d’ailleurs régulièrement cité dans les sondages d’opinion parmi
les personnalités politiques les moins appréciées des Français après… Marine Le Pen. Ce
qui laisse une belle place à qui voudrait incarner un jour cette fameuse «réunion des droites»
que beaucoup, pariant sur la recomposition
politique post-Macron, croient possible.
A la prochaine présidentielle, selon Jean-Yves
Camus, l’ancienne députée aura deux options : «soit elle passe son tour et reprend le
parti sur des bases nouvelles après un troisième échec de Marine Le Pen, soit elle devient
candidate à la place de sa tante». Et il faudrait
pour cela que cette dernière lui en laisse l’occasion. Mardi, sur Radio Classique, Marine
Le Pen a redit que le moment venu, «si quelqu’un d’autre est mieux placé, alors je le soutiendrai car je me bats non pas pour moi-même
mais pour nos idées». Simple formule? •
LIBÉ.FR
Brandie sur les affiches électorales
du FN dès l’âge de 3 ans, députée
à 22 ans, soi-disant retirée de la vie
publique depuis 2017, Marion Maréchal(-Le Pen) a déjà connu une riche
carrière alors qu’elle n’a pas 30 ans.
Revisitez la chronologie de sa jeunesse
politique sur notre site.
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4 u
ÉVÉNEMENT
Libération Jeudi 31 Mai 2018
En attendant
le choc des
civilisations,
la rengaine du
combat culturel
pourrait aussi
être un bon
coup politique.
Après les résultats des législatives, le 17 juin 2012 dans le Vaucluse. PHOTO ALEXA BRUNET. TRANSIT
«Métapolitique», notion
magique de la frontiste
Marion Maréchal
(-Le Pen) récupère le
concept du philosophe
italien Gramsci selon
lequel la lutte politique
se mène d’abord
sur le terrain culturel.
M
arion Maréchal(-Le Pen)
parle. Depuis une semaine, la voilà qui «s’exprime» comme on dit en langage
politique. Mais attention, justement, avec son projet d’école de formation de la future élite de droite
(lire ci-contre), il ne s’agit pas de tique. Depuis le début de la Ve Répupolitique, non, mais de métapoliti- blique, l’ensemble des vecteurs de
que. C’est elle qui le dit : «Avec ce pensée est détenu par la gauche. Elle
projet entrepreneurial, je suis fidèle infuse sa domination culturelle
à ce que j’ai toujours déquasi hégémonique à
fendu durant mon manANALYSE travers la presse, l’éducadat : le combat culturel,
tion et la culture.»
métapolitique. Transmettre la Visiblement convaincue, la rédacculture, le savoir, nos valeurs civili- tion de Valeurs actuelles soutenait
sationnelles ne peut se faire unique- son entreprise et régurgitait son arment par le biais électoral». Un dis- gumentaire en titrant «Marion Macours déjà rodé en février, lors de réchal-Le Pen signe son retour
l’annonce de ce projet d’école dans métapolitique».
une tribune publiée par Valeurs actuelles. «Je suis convaincue que «Tambouille». Le concept a été
notre famille de pensée doit investir introduit dans le vocabulaire frandavantage le champ de la métapoli- çais au XVIIIe siècle par Joseph de
Maistre, penseur viscéralement
antirévolutionnaire, qui lui-même
était allé le chercher dans la philosophie allemande. Il désigne alors
l’étude de tout ce qui sous-tend la
politique, non pas de la «tambouille» ou de la «politique politicienne» mais des idéologies qui infusent dans la société et la
structurent. Mais c’est surtout le
philosophe italien Antonio
Gramsci qui popularise la métapolitique –sans pourtant jamais citer
le mot – en développant l’idée selon laquelle le combat politique se
mène sur le terrain culturel. Membre fondateur du Parti communiste
italien, il se distingue de la doctrine
marxiste en affirmant que l’économie n’est pas le seul enjeu dans la
lutte pour le pouvoir. Sans hégémonie idéologique, pas de victoire
dans les urnes. «Le mot métapolitique tel qu’il est utilisé par une partie de la droite est une tentative
d’utilisation de la réflexion faite par
Gramsci», explique le politologue
spécialiste de l’extrême droite
Jean-Yves Camus. Loin de s’en cacher, Marion Maréchal(-Le Pen)
écrivait en février dans Valeurs actuelles, toujours, qu’il était «temps
d’appliquer les leçons d’Antonio
Gramsci».
Bien avant elle, l’école de pensée
de la Nouvelle Droite, fondée
en 1969 autour du Groupement de
recherche et d’études pour la civilisation européenne (Grece), a déjà
misé sur cette stratégie. Située entre
la droite et l’extrême droite, elle
avait pour «ambition de contribuer
au renouvellement des représentations sociales historiques» en promouvant notamment l’ethno-différentialisme – pour faire simple : à
chacun sa culture, sans mixité possible. Alain de Benoist, penseurphilosophe-sociologue, est alors
l’un des principaux artisans de ce
laboratoire de refondation idéologique d’une droite extrême qui se
veut plus policée que le Front national. «La Nouvelle Droite a essayé de
populariser ses thèses dans des médias comme le Figaro magazine et
d’influencer des hommes politiques
comme Michel Poniatowski pour que
les partis de droite adoptent un
autre logiciel que celui de la droite
classique», raconte Jean-Yves Camus. Ministre de l’Intérieur de Valéry Giscard d’Estaing, Michel Poniatowski est aussi l’un de ceux qui,
au RPR, approuve en 1983 la fusion
de la liste RPR-UDF avec le FN lors
d’une élection municipale partielle
à Dreux (Eure-et-Loir).
Au sein du FN, cette stratégie
prend. François Duprat, essayiste et
figure du FN dans les années 70,
explique ainsi: «Nous ne devons pas
laisser à nos adversaires, marxistes
et régimistes, le monopole de la présentation historique des hommes,
des faits et des idées. Car l’histoire
est un merveilleux instrument de
combat et il serait vain de nier
qu’une des raisons importantes de
nos difficultés politiques réside dans
l’exploitation historique et la déformation systématique des expériences nationalistes du passé». Ou comment tenter de redonner du lustre
à une vision du monde disqualifiée
par l’histoire contemporaine. C’est
ce qu’entend faire aujourd’hui Marion Maréchal(-Le Pen): régénérer
la droite plutôt que de tracer son
sillon dans son coin, à l’image de
sa tante. En mai dernier, elle expliquait d’ailleurs vouloir «gagner
avant tout le combat culturel» dans
la revue Elements, fondée par…
Alain de Benoist. «Cette stratégie
part d’une constatation : la droite,
qui fait campagne sur des thèmes
durs, comme Sarkozy en 2007, ne va
pas au bout de ses engagements
lorsqu’elle est au pouvoir, explique
Jean-Yves Camus. Cette anomalie,
selon Marion Maréchal, tient au
fait que les élites de la droite sont
gagnées aux idées de l’adversaire,
gangrenée par celles issues de
Mai 68.»
Big-bang. C’est d’ailleurs le
thème de l’intervention de l’ancienne députée ce jeudi: la liquidation de l’héritage de 68. Seule solution pour cela, changer le logiciel
idéologique de la nouvelle génération politique. D’où l’école (lire
page 5). C’est l’un des objectifs de
l’approche métapolitique : provoquer un big-bang idéologique pour
faire bouger les clivages, avec en ligne de mire une droite alliant libre
entreprise et nationalisme, le tout
mâtiné de conservatisme et rassemblé autour de la question identitaire. Car plus que jamais, il y
aurait un combat culturel à mener
face à un islam offensif qui profiterait de l’affaissement de la culture
occidentale.
A voir l’audience qu’a atteinte la
thèse du grand remplacement, le
créneau est porteur. En attendant
le choc des civilisations, la rengaine
du combat culturel pourrait aussi
être un bon coup politique. Dans
une société où les partis ne sont pas
en vogue, elle n’est par ailleurs pas
la seule à revenir à Gramsci. Fin janvier, les insoumis lançaient aussi
leur école, moyen selon eux de «lutter contre l’idéologie dominante».
«Elle a besoin de faire ses preuves en
dehors du parti, de se doter d’une
épaisseur», explique Jean-Yves Camus. La dernière des Le Pen pourrait revenir dans le jeu politique
sans trop en avoir l’air et sans trop
brusquer quiconque. Interrogé en
février sur la visite de Marion Maréchal(-Le Pen) aux Etats-Unis, Sébastien Chenu, porte-parole du FN,
semblait se rassurer en répétant le
discours de cette dernière: «C’est ce
qu’on appelle aujourd’hui de la métapolitique, la capacité à faire avancer des idées en dehors du combat
électoral». Rien qui révélerait une
ambition politique donc.
CHARLOTTE BELAICH
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Jeudi 31 Mai 2018
Organigramme. Celle qui se fait
appeler sur la plaquette de présentation de l’école «Marion Maréchal»
parce que, juge-t-elle, le patronyme
«Le Pen» serait trop étroitement lié
au Front national, parti cofondé par
son grand-père Jean-Marie Le Pen
(dont elle est issue et d’ailleurs toujours encartée), en sera la directrice.
Le reste de l’organigramme, exclusi-
Avec son école,
l’ancienne députée
du Vaucluse s’est
fortement inspirée
de l’Institut de
formation politique,
basé dans le XVIe.
«Long terme». L’IFP et l’Issep
n’ont pas exactement les mêmes visées (le premier donne des cours du
soir, le second une formation plus
poussée), mais «ils sont sur la même
ligne», expliquait à l’Express Jacques
de Guillebon, qui va piloter le
«conseil scientifique» de l’école. Il a
depuis confirmé «des rencontres informelles» entre les équipes des deux
écoles. Et de fortes ressemblances.
Sur le site de l’IFP, on peut lire qu’il
«s’est engagé dans un travail de long
terme : former aujourd’hui les responsables de demain». Sur celui de
l’Issep, il est écrit ceci: «Notre objectif est de favoriser la naissance d’une
nouvelle génération de décideurs qui
placeront leurs ambitions au sein de
projets utiles à la société.»
Entendre par «nouvelle génération»
«ces “20-30 ans” chez qui il y a
aujourd’hui une libération de la parole très forte, déconnectés des appareils politiques actuels et qui se
retrouvent dans le “politiquement
incorrect” et l’idéologie catholique,
identitaire et conservatrice», explique un des confidents de l’ancienne
députée du Vaucluse. Selon ce dernier, Marion Maréchal(-Le Pen) a une
cote certaine parmi ces jeunes. Entre
les lignes, ses électeurs de demain.
CH.B. et T.B.
DR
JACQUES DE GUILLEBON
CHEF DE «L’INCORRECT»
Il préside le conseil scientifique de l’Issep
avec Patrick Louis. Journaliste et essayiste, il a fait à 39 ans le tour de la
presse plutôt très à droite : le Figaro Magazine, Valeurs actuelles, Causeur… Jusqu’à l’Incorrect, très
proche de la ligne de Marion Maréchal(-Le Pen), dont il est directeur de la rédaction. Dans une tribune publiée par Nouvelles
de France et supprimée depuis, il a écrit que l’homosexualité
«est un désordre comportemental, moral, social […], un mal
spirituel, un mal existentiel».
DR
taires, et n’a d’autre but que de «former la jeunesse militante de droite et
d’extrême droite, de lui offrir un corpus idéologique, des techniques de
propagande, mais aussi de jeter des
ponts entre les différentes sensibilités
qui la composent, entre soldats d’une
même bataille culturelle», selon le
Monde, qui a enquêté sur la structure.
Marion Maréchal(-Le Pen) a d’ailleurs
fait partie des étudiants de l’IFP
en 2015, participant à un séminaire.
Coprésident du conseil scientifique de
l’Issep, ce professeur agrégé de 62 ans enseigne aussi à Lyon-III. Il a commencé sa
carrière politique avec Charles Millon lors
des régionales de 1998, qui avait fait de l’ex-ministre le paria de
la droite après avoir été élu avec les voix du FN. Proche de Paul-Marie Coûteaux, ex-conseiller de Marine Le Pen et promoteur d’une
union des droites, il fut eurodéputé de 2004 à 2009. Depuis 2008,
il est aussi secrétaire général du Mouvement pour la France.
PASCAL GAUCHON
EX D’ORDRE NOUVEAU
Membre du conseil scientifique de
l’Issep, cet homme de 68 ans gravite dans
la fachosphère depuis les années 70.
Passé par Ordre nouveau, groupuscule
néofasciste qui participe à la création du FN en 1972, il dirige
à partir de 1974 le Parti des forces nouvelles, situé à l’extrême
droite. C’est sous cette étiquette qu’il tente de se présenter
à la présidentielle en 1981, sans y parvenir. Il est par ailleurs
rédacteur en chef de la revue de géopolitique Conflits.
DR
L
e projet était dans les tuyaux
depuis plusieurs mois et s’inscrit dans la volonté affichée de
Marion Maréchal(-Le Pen) de se forger une expérience professionnelle
dans le civil. Et dans celle, plus subtile, de préparer son futur retour sur
le devant de la scène politique. L’ancienne députée du Vaucluse, 28 ans,
a dévoilé cette semaine dans la
presse les grandes lignes de son
«académie politique», l’Issep, qui
devrait voir le jour à Lyon en septembre. L’acronyme pour Institut des
sciences sociales économiques et
politiques emprunte son nom aux
codes des dix Instituts d’études politiques (IEP et Sciences-Po) français.
Celui de Maréchal(-Le Pen) dispensera des formations diplômantes «du
magistère à la formation continue»
non reconnues par l’Etat (pour l’instant) mais, à leur sortie, les futurs
étudiants devraient quand même
être «en mesure d’analyser, d’agir et
d’influencer dans la société à travers
la politique ou l’entreprise», assurait
en février l’ancienne députée.
vement masculin, étant composé
d’autres figures de l’extrême droite
(lire ci-contre).
Lors de la présentation de sa future
université privée, il y a quelques semaines dans les colonnes de l’hebdomadaire Valeurs actuelles, Marion
Maréchal(-Le Pen) avait assuré que
son projet n’avait rien de «partisan»:
«Il n’est rattaché à aucun parti politique et ne sert aucun d’eux. En revanche, il est bien un projet politique.
Nous souhaitons être le terreau dans
lequel tous les courants de la droite
pourront se retrouver et s’épanouir»,
avait-elle expliqué. L’Issep sera en
réalité un centre de formation idéologique pour futures élites de droite
et d’extrême droite. Et, in fine, un
vivier de militants au service de
l’«union des droites» que pourrait
un jour incarner Marion Maréchal(-Le Pen) ?
Avec son école, l’ancienne députée
du Vaucluse s’est en tout cas fortement inspirée de l’Institut de formation politique (IFP), que son directeur, Alexandre Pesey, présente
justement comme une «école des
droites au sens large». Basé dans
le XVIe arrondissement de Paris, l’IFP
compte, parmi ses étudiants âgés
de 18 à 30 ans, des jeunes LR, FN, Debout la France, ou encore des identi-
PATRICK LOUIS
ENSEIGNANT À LYON-III
CHARLES BEIGBEDER
LE MINEUR DE FONDS
Il est de tous les projets de la réacosphère. Homme d’affaires de 54 ans,
passé par l’UMP, élu divers droite à Paris,
promoteur de la «droite hors les murs»,
il a notamment financé l’Incorrect. Cette fois, assure-t-il, il n’a
pas mis un centime dans l’école de Marion Maréchal(-Le Pen),
ne pouvant «pas matériellement être partout» mais, «conscient
de la qualité de son projet», a participé indirectement au financement en la mettant en contact avec «d’autres entrepreneurs».
AFP
L’Issep, une école des fans
pour les électeurs de demain?
L’institut de Marion
Maréchal(-Le Pen), qui
doit ouvrir en septembre,
est présenté comme
un «terreau» estudiantin
de toutes les droites.
u 5
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Jeunes LR et identitaires recherchent cheffe d’orchestre
Dans les rangs de la jeunesse
conservatrice, certains
assument vouloir une
convergence des droites,
avec Marion Maréchal
(-Le Pen) à sa tête.
P
our une partie de la jeunesse de droite,
la «convergence des droites» ne peut
être portée que par un nom : celui de
Marion Maréchal(-Le Pen). Certes l’ancienne
députée du Vaucluse s’est mise en retrait de
la vie politique, mais «elle est jeune, elle semble
savoir de quoi elle parle, son image ne déplaît
pas…» affirme Quentin, 22 ans, militant LR
depuis 2015. Il reconnaît à voix basse la popularité croissante de la retraitée politique chez
Les Républicains, en particulier «parmi une
frange jeune très conservatrice». Officiellement, en terre LR, on balaie toute accusation
de porosité avec l’extrême droite. Mais Clément Armato, porte-parole de l’UNI, associa-
tion militant pour «la fédération de la droite
dans l’éducation», confirme les propos de
Quentin. Malgré l’omerta imposée par le parti
de Laurent Wauquiez, il y a chez certains jeunes militants «cette idée qu’il faudrait parler
à de plus en plus de monde, ériger un parti de
droite capable de proposer autre chose que des
querelles d’ego». Mais hors de question pour
lui de voir en Marion Maréchal(-Le Pen) la
femme providentielle qui viendrait réunir la
droite. Le jeune délégué LR de la 2e circonscription de Paris Guilad Silver abonde: «Marion Maréchal, c’est le FN, […] elle aura du mal
à faire venir du monde parmi les LR… mis à
part quelques opportunistes.»
Tribune. Mais pour un jeune adhérent Les
Républicains qui témoigne sous couvert
d’anonymat, cette tendance à la convergence
n’a rien d’un fantasme d’une «minorité opportuniste». Selon lui, «80% des militants» souhaitent construire ce fameux «bloc de droite».
«Je veux que Marion Maréchal soit à l’origine
de cette grande alliance. Elle est la seule à pou-
voir le faire.» Il poursuit: «Macron est un gestionnaire, Marion est une visionnaire! Elle a
tout compris à la politique. Si demain elle s’engageait dans la course à la présidentielle, elle
aurait toute la jeunesse de droite avec elle.»
Pourquoi? Il analyse : «Il y a beaucoup d’érotisme en politique. Elle attire tous les regards.»
Un avis largement partagé par Erik Tegnér. On
se souvient de l’ancien responsable des jeunes
de DroiteLib (le mouvement libéral de Virginie Calmels, actuelle vice-présidente de LR),
qui publiait dans l’Obs en août 2017 une tribune intitulée «La droite doit refuser toute alliance avec le Front national». Aujourd’hui
simple militant LR, le point de vue d’Erik Tegnér sur la question a manifestement évolué.
«Il faut assumer que Marine Le Pen n’est pas
d’extrême droite», explique-t-il à Libération.
«Elle est même très républicaine!» De tous ses
vœux, il appelle les élus LR à «être capables de
discuter avec le FN», créer des alliances et fonder à l’horizon 2022 un «En marche de droite».
Avec Marion Maréchal(-Le Pen) pour mener
la révolution? «Pour l’instant, elle est en de-
hors de la politique. Mais il est certain que demain ou après-demain, on ne pourra pas faire
sans elle.»
«Au-delà». Du côté de l’extrême droite, chez
Génération identitaire, on ne cache pas non
plus sa passion pour le mariage républicain.
Le porte-parole du mouvement, Clément Galant, assume clairement ses positions: «On a
des points communs avec la droite. L’immigration, l’identité… On pourrait travailler ensemble !» Et Marion Maréchal(-Le Pen) ? «Elle a
porté les thématiques identitaires bien plus
loin qu’aucun autre responsable politique ces
dernières années», répond-il. Et d’inviter ceux
pour qui l’arbre généalogique de la jeune
retraitée politique pose problème à «voir audelà» car il y a «urgence» à traiter les sujets régaliens. «Comment vous faites quand vous
avez une fuite chez vous? Vous commencez par
éponger ou par fermer le robinet? Aujourd’hui,
la priorité, c’est de fermer le robinet de l’immigration. Marion l’a compris.»
MARK SAMBA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6 u
MONDE
Libération Jeudi 31 Mai 2018
Par
VERONIKA DORMAN
et SÉBASTIEN GOBERT
Correspondant à Kiev
N
ormalement, ça n’arrive que dans
les fictions. Après avoir laissé ses
amis et confrères pleurer sa mort et
chanter sa gloire posthume, et les journaux
du monde entier titrer sur l’assassinat d’un
opposant au Kremlin, le journaliste Arkadi
Babtchenko, abattu la veille à Kiev, est apparu mercredi en chair et en os dans les bureaux du SBU, les services secrets ukrainiens. «Je voudrais tout d’abord m’excuser
pour tout ce que vous avez dû vivre. […] Et je
voudrais demander pardon à ma femme
pour l’enfer qu’elle a dû traverser ces deux
derniers jours», a-t-il déclaré, penaud, devant les caméras. Ce qu’on avait pris pour un
énième assassinat politique dans la capitale
ukrainienne était en réalité une opération
«spéciale» –et très controversée–, orchestrée par les services secrets. «Il y a un mois,
des gens sont venus me voir. Ils m’ont dit, il
y a un contrat sur ta tête, l’argent a déjà été
transmis. 40 000 dollars [34 000 euros,
ndlr], de ce que je sais, a expliqué Babtchenko. Pendant un mois nous avons préparé l’opération.»
Babtchenko a joué le jeu. Vers midi, mardi,
il écrit un dernier post sur Facebook : «Il y
a quatre ans, le général Koultchitsky ne m’a
pas laissé monter dans cet hélicoptère. Trop
chargé. Manque de place. L’hélico trop
chargé s’est péniblement arraché du sol, le
chassis a failli heurter le parapet, et s’est envolé vers Karatchoun [dans l’est de
l’Ukraine]. Deux heures après cette photo,
il a été abattu. Quatorze personnes ont péri.
Moi, j’ai eu de la chance. [Ce jour] est comme
une deuxième naissance.» Le soir même,
il est abattu à bout portant, dans le dos,
alors qu’il rentre dans son appartement de
Kiev. Sa femme sort en entendant les coups
de feu et le retrouve dans une mare de sang.
Arkadi Babtchenko meurt dans l’ambulance qui l’emmène à l’hôpital. C’est la
version des autorités, corroborée par personne d’autre, mais reprise partout. Rapidement, des images de sa dépouille circulent,
ainsi qu’un portrait-robot de l’assassin
présumé.
ÉCRIVAIN
DE TALENT
La communauté des journalistes russes et
des correspondants étrangers qui ont croisé
Babtchenko sur les terrains des diverses
guerres ces dernières années, en Ossétie du
Sud en 2008, plus récemment dans le Donbass, pleurent l’intrépide reporter, le pourfendeur courageux du Kremlin, irrévérencieux et iconoclaste, un peu fou sur les
bords, mais à l’humanité immense. Un écrivain de talent, qui a combattu dans les deux
guerres de Tchétchénie et en a tiré des textes formidables. Les nécrologies succèdent
aux mea culpa. «Le meilleur d’entre nous»,
«nous n’avons pas su le protéger», «en lui tirant dessus, c’est nous tous qu’ils ont tués»,
peut-on lire sur les réseaux sociaux. «Absolument droit. Absolument honnête. Un véritable artiste, écrivain, pour lequel la prise
de position citoyenne était plus importante
que la description de ce qui se passait», résume le journal d’opposition russe Novaïa
Gazeta, pour lequel il a couvert la guerre en
Ossétie, et qui enterre souvent ses journalistes (Anna Politkovskaïa, Anastasia Babourova).
La police ukrainienne retient deux motifs
à son meurtre: «activité professionnelle» et
«position citoyenne». Crédible, puisque les
deux avaient fini par se confondre dans ce
reporter qui haïssait la guerre autant qu’il
UKRAINE
Censé avoir été tué par balles mardi,
le journaliste russe critique de Poutine
est réapparu vivant le lendemain.
Les services de renseignement ukrainiens
affirment avoir monté l’opération pour
éviter une tentative d’assassinat.
Trois hommes auraient été arrêtés. RÉCIT
Arkadi Babtchenko
mourra un autre jour
«
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
A Kiev, mercredi,
le journaliste russe
Arkadi Babtchenko
réapparaît lors
d’une conférence
de presse.
PHOTO VALENTYN
OGIRENKO. REUTERS
détestait Poutine. Pour des raisons de sécurité, Babtchenko, qui n’a jamais mâché ses
mots dans sa critique du pouvoir russe et
de ses complices, au point de paraître cynique et insensible, avait quitté la Russie début 2017. Quelques mois plus tôt, il avait
provoqué un esclandre en publiant un texte
sur Facebook dans lequel il disait ne pas
éprouver de compassion pour les victimes
du crash d’un avion russe, transportant un
chœur militaire et des journalistes vers
la Syrie. Des médias russes avaient porté
plainte. Son adresse personnelle avait été
rendue publique, assortie d’appels à
représailles.
DES ATTAQUES
EN PLEIN JOUR
Mercredi après-midi, ses amis et collègues,
à Moscou et à Kiev, s’apprêtaient à se retrouver pour commémorer le journaliste,
mort à 41 ans. L’annonce de son meurtre
avait été prise très au sérieux en Ukraine et
en Russie. Cette mort venait s’ajouter à une
longue liste d’assassinats, notamment de
personnalités politiques et de journalistes.
Depuis 2014, des attaques spectaculaires,
pour beaucoup menées dans le centre de
Kiev, en plein jour, ont visé des critiques du
Kremlin, des vétérans des guerres de Tchétchénie et du Donbass, dans l’est de
l’Ukraine. Les crises politiques et économiques, combinées au climat de guerre, et la
u 7
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
circulation illégale d’armes à feu, ont alimenté un climat d’insécurité qui semble ne
laisser personne indemne. En janvier, une
avocate des droits de l’homme a été kidnappée et retrouvée morte en banlieue de Kiev.
Pendant le briefing «résurrectionnel» de
Babtchenko, les dirigeants du SBU ont assuré que le commanditaire – un agent
russe– et les exécutants –deux Ukrainiens–
ont été interpellés. La mise en scène réaliste, et d’une violence inouïe était, toujours
selon le SBU, indispensable. «Afin de remonter la chaîne depuis le tueur jusqu’aux
organisateurs et commanditaires, il fallait
qu’ils soient absolument convaincus que la
commande avait été exécutée», a développé
sur sa page Facebook le député Anton Guerachtchenko, conseiller du ministre de l’Intérieur Arsen Avakov, et coordinateur officieux des services de sécurité ukrainiens.
Et de révéler la source d’inspiration du
SBU: «Sherlock Holmes a utilisé avec succès
ce stratagème de mise en scène de sa propre
mort comme moyen pour élucider des crimes
compliqués. Même si c’est très douloureux
pour ses proches et le Dr Watson.»
COUP
DE THÉÂTRE
Les autorités ukrainiennes, généralement
très critiquées pour leur manque de protection des personnes menacées, sont convaincues d’enregistrer avec ce coup de théâtre
un franc succès. Du moins peut-on en juger
au sourire du procureur général, Iouri Loutsenko, du chef des services de sécurité, Vasyl Hrytsak, et du ministre de l’Intérieur, Arsen Avakov, lors de la conférence de presse.
Reste que, outre le soulagement, le retour
à la vie d’Arkadi Babtchenko suscite des
réactions mitigées, et pose un certain nombre de questions. La précipitation du Premier ministre Volodymyr Hroïsman à condamner la Russie pour le meurtre du
journaliste, pendant les heures où on le pensait mort, laisse penser qu’il n’était pas au
courant, ce qui laisse présager des conflits
au sein de l’équipe dirigeante.
Cette opération spéciale ne peut non plus
faire oublier que la plupart des enquêtes sur
les assassinats politiques n’ont pas abouti.
Le responsable de l’explosion de la voiture
du journaliste d’origine biélorusse Pavel
Cheremet, en juillet 2016, dans le centre de
Kiev, n’a toujours pas été trouvé. Une enquête menée par des journalistes indépendants a par ailleurs montré que les services
de sécurité ont plutôt gêné l’investigation.
Plus grave. Plus on y pense, plus l’opération
paraît douteuse. «C’est peut-être un succès
tactique, mais cela risque d’être un fiasco
sur le long terme, explique à Libération l’expert en service de sécurité russes Mark Galeotti. A notre époque de postvérité, ce sont
des jeux dangereux. Au prochain meurtre,
personne n’y croira plus. Mais surtout, en
coopérant avec les services ukrainiens,
Babtchenko a validé la thèse de Moscou, selon laquelle les journalistes ne sont pas des
décrypteurs objectifs de la réalité, mais des
agents.»
Une fois passé le soulagement de retrouver
Babtchenko, les confrères, épuisés par la
douleur, subitement invalidée, ont
commencé à manifester leur déception et
leur inquiétude, et de questionner sa
démarche. «Malheureusement, les conséquences iront bien au-delà du choc et de la
vexation. Cela va poser toute une série
de nouvelles questions difficiles sur la sécurité des journalistes et la véracité des reportages à l’ère des fake news», note la journaliste Natalia Antelava sur Twitter. La
Fédération européenne des journalistes a
condamné une «manipulation inacceptable
de l’opinion publique». •
«Ce cas rappelle celui
d’un dissident roumain»
L’historien Rémi Kauffer
rappelle que le type de
méthode employé avec
Babtchenko n’est pas inédit.
fuge, il avait en réalité été mis à l’abri. La
fausse disparition avait fait grand bruit et
cela rendait difficile une tentative d’assassinat, y compris après, une fois qu’il a réapparu
trois mois plus tard.
Pensez-vous à d’autres cas ?
émi Kauffer est spécialiste du ren- Il y a aussi eu l’affaire Otto John. Il avait partiseignement. Il a notamment écrit cipé à la tentative d’assassinat de Hitler
Histoire mondiale des services le 20 juillet 1944, mais s’en était sorti et avait
secrets (Perrin).
été nommé après-guerre directeur des serLa fausse mort de Babtchenko, orches- vices de renseignement de l’Allemagne de
trée par les services ukrainiens, vous a-t- l’Ouest. Le 20 juillet 1954, il disparaît après
elle surpris ?
avoir été invité par un ami médecin à se
Oui, c’est à première vue assez curieux. Les recueillir sur la tombe de son frère, qui avait
Ukrainiens auraient pu faire courir le bruit aussi participé au complot contre Hitler,
qu’il avait mystérieusement dismais avait été tué. Il avait été
paru et laissé entendre que les
enterré dans ce qui deviendra
Russes étaient responsables. Ou
plus tard Berlin-Est. Quelques
ils auraient pu faire croire qu’il
jours plus tard, John réapparaît
était à l’abri pour désamorcer les
et se lance dans une critique
efforts d’éventuels assassins. Là,
terrible de la RFA, que le naen annonçant sa mort, ils ont
zisme y est de retour, que l’Allelaissé une vague d’indignation
magne est en danger, qu’elle
se développer avant d’annoncer
risque d’être une victime perpéque c’était faux.
INTERVIEW tuelle de la guerre froide. Et le
Y a-t-il des précédents ?
12 décembre 1955, il réapparaît
Oui, ce cas rappelle celui de Virgile Tanase, subitement à l’Ouest. Il explique qu’il a été
un dissident roumain qui s’était réfugié en attiré dans un traquenard, et a été drogué.
France. On est en 1982, et à cette époque, les Mais lors de son jugement, le tribunal ne
opposants à Ceausescu en exil ne sont pas à le croit pas et le condamne à quatre ans
l’abri. La DST, l’ancêtre de la DGSI, fait savoir de prison.
que Tanase a disparu. Mais c’était un subterRecueilli par LUC MATHIEU
R
DR
Libération Jeudi 31 Mai 2018
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MONDE
Libération Jeudi 31 Mai 2018
LIBÉ.FR
Un jeu de tuerie de masse ôté de
Steam Il ne sera finalement pas possible
d’incarner un tireur dans un lycée… Après
plusieurs jours de polémique, le jeu vidéo Active Shooter a
été retiré mercredi de la plateforme Steam. Le jeu vidéo, qui
devait être lancé le 6 juin, a été vivement critiqué, notamment par des familles de victimes, alors que les tueries dans
des établissements scolaires ces derniers mois ont relancé
le débat sur les armes aux Etats-Unis. PHOTO DR
Grenfell Tower: «Ma mère a été tuée par
la négligence des autorités»
L’enquête publique
sur les causes de
l’incendie de cette
tour de Londres,
qui a fait 72 morts,
a fini mercredi
d’auditionner les
proches de victimes.
Après les larmes,
défiance et colère
dominent.
Par
SONIA DELESALLESTOLPER
Correspondante à Londres
C
’est une mosaïque
qui se reconstruit par
petites touches. Une
anecdote, un souvenir, un
dessin ou une photo: chaque
témoignage, chaque détail
ressuscite un instant la vie
d’une communauté. Anglais,
Iraniens, Marocains, Italiens,
étudiants, retraités, aidessoignants, architectes, familles ou célibataires… Tous
vivaient en un seul lieu :
Grenfell Tower. Ils symbolisaient, à leur manière, la diversité de Londres. Tous sont
morts, asphyxiés et brûlés,
lors du tragique incendie de
cette tour du nord-est de la
ville, le 14 juin 2017.
«Sables mouvants». L’enquête publique a choisi
d’entamer ses travaux par
les hommages des proches
des 72 victimes et depuis
le 20 mai, les témoignages se
succèdent dans une salle de
conférences sans âme, au
centre de Londres. Mercredi,
comme les autres jours, les
interventions ont apporté
leurs lots de pleurs et le tout
dernier hommage, rendu à la
famille Choucair, a dû être
interrompu à la suite du
malaise d’une parente, submergée par l’émotion. Sirria
Choucair, 60 ans, est morte
avec sa fille Nadia, son gendre Bassem et ses trois petites-filles, Mierna, Fatima et
Zaynab, âgées de 3 à 13 ans.
Dans une vidéo, les rires
joyeux des enfants, en sortie
Le revêtement de la tour de 24 étages, inflammable, avait permis la propagation rapide de l’incendie. PHOTO IMMO KLINK
à la fête foraine, percent de la tour, installé peu de
les rideaux de larmes. Nabil temps avant le drame, est mis
Choucair, fils de Sirria et en cause pour sa combustibifrère de Nadia, raconte lité et pour avoir permis la
que leur perte est comme propagation rapide des flam«une noyade dans des sables mes après le départ du feu,
mouvants,
pendant vers minuit. En deux heures,
qu’un cancer vous mange de la tour de 24 étages resseml’intérieur».
blait à une torche. Les serviAu cours des prochains mois, ces sociaux du quartier de
l’enquête publique audi- Kensington and Chelsea, où
tionnera 519 individus dont se trouve Grenfell Tower,
19 enfants – des
sont également
L'HISTOIRE visés pour avoir
rescapés,
des voisins, des
négligé de mulDU JOUR
membres des
tiples signaleservices sociaux ou de santé– ments de conditions dangeet 28 organisations. Présidée reuses dans la tour.
par le juge Sir Martin Moore- «Prenez votre temps, prenez
Bick, elle doit établir les cir- une pause si vous en avez beconstances exactes de la tra- soin.» Face aux témoignages
gédie et les éventuelles res- déchirants, le juge montre un
ponsabilités.
tact impeccable. Aucune liParallèlement, l’enquête de mite, en nombre de personpolice en cours déterminera nes et en temps, n’a été fixée
si des poursuites judiciaires pour les hommages et chadoivent être entamées. Pour cun est libre de s’exprimer
les victimes, cela ne fait comme il le souhaite, avec
aucun doute. Le revêtement ses mots ou assis à côté de
quelqu’un qui lit à sa place,
ou même par vidéo. Avant
chaque diffusion, un avertissement est lancé à la salle
que certaines images, de l’incendie ou de funérailles, peuvent choquer. Au deuxième
jour de l’enquête, plusieurs
personnes, qui n’avaient pas
été prévenues avaient quitté
la salle en larmes. Chaque
témoignage est longuement
applaudi.
Le juge Moore-Bick sait qu’il
lui faut gagner la confiance
des rescapés et des familles
des victimes s’il souhaite
que le travail de l’enquête soit
considéré comme valable. La
méfiance face aux autorités
est palpable. Beaucoup se
sont sentis négligés, oubliés,
estiment que leur sécurité
avait moins de valeur pour
les autorités locales que si
leur tour avait été plus «chic»,
située à quelques rues de là,
parmi les maisons de Notting
Hill. Le sentiment d’injustice
est immense et affleure à
nouveau lorsqu’un fils de victime, Mohammed Samimi,
explique que son père, qui
souhaitait venir d’Iran pour
témoigner et se recueillir
sur la tombe de son épouse,
Fatemeh Afrasiabi, s’est vu
refuser un visa.
«Culpabilité». Il faudrait
des pages et des pages pour
raconter ces témoignages,
tant chacun d’eux est poignant. La sœur de Fatemeh,
Sakineh, 65 ans, adorait
les bus à impériale de Londres, coudre et dessiner.
Et elle cuisinait à merveille,
notamment une soupe de
poissons iranienne, raconte
sa fille. «Ma mère a été tuée
par la négligence des autorités», dénonce-t-elle. A moitié aveugle, perclue d’arthrose et ne se déplaçant
qu’avec un déambulateur,
Sakineh n’aurait pas dû vivre
plus haut qu’un quatrième
étage, mais les services du
logement lui avaient attribué
un appartement… au dix-huitième.
Au-delà de la douleur et des
larmes, percent sans cesse la
colère, le sentiment d’injustice, la conviction qu’un tel
drame aurait pu être évité.
Paulos Tekle a perdu son fils
de 5 ans, Isaac. Il est resté
dans leur appartement au
dix-huitième étage, suivant
les consignes des pompiers
qui lui ont dit «restez là, on va
venir vous chercher». Ils sont
revenus, mais trop tard. «Que
se serait-il passé si je ne les
avais pas écoutés? Il faut que
je vive avec cette culpabilité.»
Un rapport a été publié mercredi par l’organisation caritative Muslim Aid, qui blâme
les autorités locales pour leur
réponse inadéquate juste
après l’incendie. Ce sont les
habitants du quartier qui, au
début, ont pris en charge
l’aide aux rescapés. •
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Libération Jeudi 31 Mai 2018
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LIBÉ.FR
Sitcom Au lendemain de la déprogramma-
tion de la très populaire série Roseanne par
ABC, à cause d’un tweet raciste de sa vedette,
Roseanne Barr, la comédienne américaine a attribué son comportement à la prise d’un somnifère produit par Sanofi : «Il était
2 heures du matin et je tweetais sous Ambien», a-t-elle écrit
dans un message effacé par la suite. «Le racisme n’est pas un
effet secondaire connu de nos médicaments», a rétorqué le
géant pharmaceutique sur Twitter. PHOTO AFP
En Italie, les marchés financiers
font de la politique
IRAN
ZIMBABWE
Le ministre iranien du Pétrole a donné deux mois
à Total pour obtenir de
Washington une exemption
des sanctions américaines,
faute de quoi le pétrolier français perdra sa participation
dans l’exploitation du champ
gazier offshore de Pars Sud,
dans le Golfe. En vertu de
l’accord conclu en juillet 2017,
d’un montant de 4,8 milliards
de dollars, Total détient
50,1 % des parts du consortium pour le développement
de la phase 11 de Pars Sud,
avec le chinois CNPC (30%) et
l’iranien Petropars (19,9%).
Le Zimbabwe organisera le
30 juillet ses élections présidentielle et législatives,
premiers scrutins depuis la
chute du président Mugabe
en novembre. L’éventuel second tour de la présidentielle
a été fixé au 8 septembre. Le
favori est l’actuel chef de
l’Etat, Emmerson Mnangagwa, 75 ans, ancien proche de
Robert Mugabe, candidat du
parti de la Zanu-PF au pouvoir depuis l’indépendance
en 1980, alors que l’opposition est orpheline de son chef
historique, Morgan Tsvangirai, mort en février.
Certains expliqueront que
«c’est bien la preuve que les
marchés financiers font de
la politique et finissent par
imposer leur loi aux électeurs». D’autres rétorqueront que ce n’est là que la
meilleure façon de mesurer
la crédibilité d’une politique
économique. Entre ces deux
camps, la dispute risque
d’être agitée. Au centre du
désaccord ? L’Italie, face à
cette planète finance qui
tremble en consultant le
«spread», l’écart entre les
taux souverains à dix ans
allemands et italiens, dont
les premiers sont considérés
comme l’étalon du moindre
risque.
Ouragan Maria: un bilan
«déchirant» à Porto Rico
L’ouragan Maria, qui a ravagé
l’île américaine de Porto Rico
le 20 septembre, n’aurait pas
fait 64 morts (seul bilan reconnu par les autorités) mais
70 fois plus. Selon une étude
de terrain menée par quinze
chercheurs de Harvard et
publiée mardi, 4645 personnes seraient mortes des
conséquences directes de
l’ouragan de force 4 qui avait
privé d’eau, d’électricité,
de moyens de transport et
de communication la quasi-totalité des 3 millions de
Portoricains.
«Maria a causé des dégâts
massifs à Porto Rico, mais
ses effets sur la mortalité restent controversés», notent les
chercheurs, qui reconnaissent que «le nombre de décès
peut être difficile à évaluer à
la suite d’un désastre majeur». Depuis des mois, le
bilan officiel est fortement
contesté par les habitants de
l’île, des experts et des journalistes –le New York Times
parlait déjà de plus d’un millier de morts en décembre.
Pour en arriver à ce chiffre
très élevé (plus de deux fois
le nombre de victimes de
l’ouragan Katrina, en 2005,
qui s’est établi à 1833 décès),
les chercheurs ont étudié la
«surmortalité» dans le sillage
de Maria. Sur un échantillon
aléatoire de 3 300 foyers, ils
ont enregistré le nombre de
morts, quelle qu’en soit la
cause, sur une période allant
du jour de l’ouragan jusqu’au
31 décembre, et ont extrapolé
leurs résultats sur l’ensemble
de la population de l’île pour
établir le taux de mortalité
au dernier trimestre 2017. Ils
l’ont ensuite comparé au taux
de mortalité à la même époque l’année précédente pour
déterminer cette «surmortalité», soit «62% d’augmentation» par rapport à 2016.
Mais «ce chiffre est probablement sous-évalué, à cause du
biais de survie», notent les
auteurs de l’étude. Selon
leurs estimations, Maria serait donc le deuxième ouragan le plus meurtrier de l’histoire américaine, après celui
de Galveston (1900) qui avait
fait au moins 6 000 morts.
Ce nouveau bilan est «déchirant», a déploré le représentant démocrate du Missouri
et membre du Comité sur la
sécurité nationale à la Chambre des représentants, Bennie Thompson. Selon lui, la
réponse des autorités améri-
caines a été «terriblement insuffisante». «La saison des
ouragans reprend cette semaine et il est crucial de ne
pas répéter les erreurs de l’année passée», alerte le parlementaire. Huit mois après le
passage de Maria, certains
habitants de Porto Rico n’ont
toujours pas d’électricité ou
d’eau courante. «On sait que
la situation est encore fragile,
et qu’un seul ouragan suffit, a
reconnu Mike Byrne, officier
de coordination de l’agence
fédérale des situations d’urgence, lors d’une conférence
de presse à New York la semaine dernière. Des centaines de kilomètres de route
doivent encore être réparés.
On prend beaucoup de précautions supplémentaires
pour être prêts.» Byrne, qui
n’a pas voulu s’exprimer sur
le nombre de victimes, s’est
également refusé à un bilan
de l’action des autorités fédérales à Porto Rico : «Un examen critique approfondi sera
mené par une agence indépendante. Jusqu’ici, nous
avons simplement été trop occupés pour y réfléchir.»
ISABELLE HANNE
(à New York)
A lire en intégralité sur Libé.fr
A mesure qu’augmente l’ins- grande salle de marché. Si
tabilité politique à Rome, l’Italie se dirige vers de noul’écart entre ces taux souve- velles élections, comme cela
rains ne cesse de se creuser. semble être le cas, la probaEn moins de trois semaines, bilité de se retrouver avec la
le Trésor italien
même majorité
a vu se durcir les
ANALYSE de coalition Mouexigences des
vement Cinq
investisseurs internatio- Etoiles (M5S)-Ligue est loin
naux pour acheter des bons d’être négligeable.
souverains de dix ans. En Pour les investisseurs, si
clair, à chaque fois que le l’Italie s’enfonce dans une
Trésor italien se présente crise institutionnelle, c’est
sur les marchés des capitaux toute une partie de l’éconopour proposer des obliga- mie du pays qui s’en trouvetions, les investisseurs exi- rait alors fragilisée. Au cengent en contrepartie une tre des préoccupations, il y
hausse de leur rendement. a le vieillissement de l’appa«La lecture des marchés est reil productif transalpin. Pade plus en plus politique», trick Artus, chef économiste
confie le responsable d’une de la banque Natixis, est for-
mel: «Ce vieillissement est le
résultat d’un sous-investissement qui dure depuis plus de
vingt ans. La productivité du
travail ne cesse de chuter en
Italie alors qu’elle a augmenté d’environ 25 % en
moyenne dans l’ensemble des
pays industrialisés.» Cette
réalité prend de plus en plus
la forme d’un cercle vicieux
dans lequel la faible productivité pèse sur le résultat des
entreprises, qui ont encore
moins de raison d’investir.
Et, au bout du compte, cela
entraîne de moindres rentrées fiscales, qui à leur tour
ne manqueront pas de diminuer le niveau des dépenses
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10 u
FRANCE
Libération Jeudi 31 Mai 2018
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récolte
la tempête
La loi Elan, examinée depuis
mercredi à l’Assemblée, prévoit
d’accélérer la cession
de logements sociaux, même
dans les villes qui en manquent.
Objectif du gouvernement:
multiplier par six le nombre de
ventes de HLM, qui passeraient
de moins de 7000 aujourd’hui
à 40000 à moyen terme.
ANALYSE
Par
TONINO SERAFINI
L’
avenir du logement social,
qui permet à des millions de
ménages aux revenus modestes ou moyens de se loger à des
prix abordables dans les grandes agglomérations, se joue actuellement
au Parlement. Mercredi, l’Assemblée nationale a entamé l’examen
du projet de loi Elan (évolution du
logement, de l’aménagement et du
numérique), dont l’un des points
centraux est de multiplier par six les
ventes de HLM. Objectif: passer de
moins de 7000 logements cédés par
an actuellement, à 20000 dès 2020,
puis à 40 000. Une fois ce rythme
de croisière atteint, cela ferait
400000 HLM vendus au bout d’une
décennie. Du jamais-vu.
En l’état, le texte du gouvernement
ne prévoit aucun garde-fou. Les
ventes sont possibles partout. Y
compris dans les 1200 «communes
loi SRU», c’est-à-dire celles qui sont
déficitaires en HLM, comme
Neuilly-sur-Seine, Bordeaux, Vincennes, Nice, Saint-Cloud, Cannes,
Paris, Aix-en-Provence, Lyon…
Toutes sont en dessous du quota
de 25 % de HLM exigé par la loi.
Toutes sont tenues de rattraper leur
déficit.
TAMBOUR BATTANT
Mais paradoxalement, le projet de
loi Elan va quand même permettre
aux organismes de HLM de vendre
des logements dans ces localités,
sans que le maire ne puisse s’y opposer. On est dans des injonctions
législatives totalement contradictoires. «J’ai déposé des amendements interdisant les cessions dans
les communes qui ont déjà très peu
de logements sociaux. Ils ont été reje-
tés en commission des affaires économiques. Pour le gouvernement, la
priorité, c’est de vendre», rapporte
le député PCF de Seine-Saint-Denis
Stéphane Peu.
Le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, fait valoir
que la cession d’un logement rapporte à l’organisme de HLM des
fonds propres «lui permettant de
financer la construction de deux à
trois logements». Pour lui, l’édification de nouveaux immeubles devrait compenser les ventes. Sauf que
pour reconstituer l’offre locative sociale, il faut des terrains à bâtir. Or
dans les grandes agglomérations
déjà construites, les parcelles manquent cruellement. Dans la capitale,
par exemple, il faudrait trouver de
quoi reconstruire 2500 logements
sociaux chaque année, rien que
pour maintenir le parc au niveau
existant. La réforme est menée tambour battant, sans véritable étude
d’impact sur ses conséquences dans
les grandes agglomérations, où l’offre de logements aux loyers
accessibles est déjà notoirement insuffisante. La question de la compétitivité économique de ces bassins
d’habitat se trouve posée: les entre-
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Libération Jeudi 31 Mai 2018
aux organismes de HLM une baisse
colossale des loyers, d’un montant
total de 1,5 milliard d’euros, pour
compenser une baisse équivalente
des APL versées aux locataires HLM
par l’Etat. Une mesure destinée à
réduire le déficit public, mais qui
assèche les fonds propres des
bailleurs sociaux. Les ventes sont
une manière non dite de contraindre les organismes de HLM à se financer par eux-mêmes, par le biais
d’une marchandisation du logement social. Avec la loi Elan, leur
modèle économique va reposer
en grande partie sur les ventes.
Nouveaux logements
sociaux à Paris,
en décembre 2016,
sur une parcelle située
derrière l’ancienne gare
d’Auteuil. PHOTO CYRIL
ZANNETTACCI
prises auront du mal, demain, à
trouver de la main-d’œuvre si les salariés ne sont plus en mesure de se
loger à des prix en adéquation avec
leur fiche de paie.
Politiquement, avec cette mesure,
l’exécutif entend «favoriser l’accession à la propriété des locataires
HLM». «On veut les accompagner
dans leurs parcours résidentiels»,
affirme la députée LREM de Gironde Christelle Dubos, corapporteuse du projet de loi Elan avec son
collègue LREM de Moselle Richard
Lioger. La réalité est moins vertueuse. Le gouvernement a imposé
u 11
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CONVOITISES
La perspective d’une mise sur le
marché, à terme, de 40 000 HLM
par an, aiguise les appétits des
fonds d’investissement et des fonds
de pension à la recherche de placements sans risque, offrant une
bonne rentabilité et des plus-values
à terme. Le patrimoine situé dans
les grandes villes et les quartiers recherchés, où l’immobilier vaut de
l’or, suscite moult convoitises. A raison de 100000 euros par logement
vendu, la cession de 40 000 logements laisse présager un chiffre
d’affaire annuel de 4 milliards
d’euros. Les fonds privés sont donc
à l’affût. Ils veulent entrer dans le
capital des sociétés de portage créés
par Elan pour acheter des immeubles HLM en bloc et revendre ensuite les logements un à un. Dans le
projet de loi, seuls les organismes
de HLM eux-mêmes et Action
logement (le collecteur du 1 % qui
contribue à la construction de logements sociaux) peuvent être actionnaires de ces sociétés. Un amendement adopté par la commission des
affaires économiques de l’Assemblée nationale prévoit d’y ajouter la
Caisse des dépôts et des consignations, qui est le banquier des HLM.
La philosophie est claire : l’argent
provenant des ventes de HLM doit
rester aux HLM.
Mais au cours des derniers mois,
pendant que le gouvernement élaborait son projet de loi Elan, les lobbys s’activaient en coulisse pour
préparer des outils juridiques devant permettre aux investisseurs
privés d’entrer dans ces sociétés de
portage, avec l’objectif d’obtenir
une rentabilité de 3 % à 4 % par an
à court ou moyen terme, et de belles
plus values à long terme. Ainsi, un
amendement porté par le député LR
de Meurthe-et-Moselle Thibault Bazin propose de créer des «sociétés
foncières de partage et de valorisation», chargées de vendre des logements sociaux mêlant «actionnariat privé et actionnariat constitué
d’organismes de HLM» (lire ci-contre). Lors de son examen devant la
commission des affaires économiques la semaine dernière, l’amendement a été retiré par le député, à la
demande du secrétaire d’Etat à la
Cohésion des territoires, Julien
Denormandie, qui lui a indiqué
qu’il allait «réfléchir» au sujet. Contacté par Libération, ce dernier s’est
dit «opposé à cet amendement»: «Il
ne passera pas. L’argent provenant
de la vente du logement social doit
rester au logement social.» Débats à
suivre. •
Les fonds privés
à l’affût
du logement social
Un amendement
à la loi Elan, finalement
retiré, proposait
d’ouvrir le capital des
sociétés de vente HLM
aux investisseurs.
L’
exposé des motifs de
«l’amendement CE1400»
du député (LR) de Meurthe-et-Moselle Thibault Bazin a le
mérite de la transparence. Son
texte propose ni plus ni moins
d’ouvrir à des intérêts privés le capital des sociétés créés par le projet de loi Elan pour vendre des
HLM. Le député indique noir sur
blanc que son amendement «résulte des travaux de la fédération
des ESH» les entreprises sociales
pour l’habitat. Elle regroupe près
de 230 organismes de HLM liés au
monde de l’entreprise, détenant
un patrimoine de 2,1 millions de
logements. Ce qui représente près
de la moitié du parc total des HLM
du pays (lire ci-dessous). Sous couvert de «réflexions prospectives sur
le nouveau modèle économique du
logement HLM», la structure dirigeante des ESH a élaboré un «livre
blanc» avec le cabinet EY (anciennement Ernst&Young). Le document préconise notamment une
montée en charge des ventes de
HLM avec «la création de sociétés
foncières de partage et de valorisation (SFPV)» mêlant «de l’actionnariat privé et de l’actionnariat
constitué d’organismes de HLM».
Discrétion. Des intérêts privés
seraient ainsi invités de manière
très opportuniste à la table du partage des bénéfices résultant des
ventes de logements sociaux, alors
que ces mêmes intérêts n’ont contribué en rien à la constitution du
patrimoine immobilier en question. Tout cela s’est fait dans la discrétion et à l’insu de la plupart des
dirigeants des sociétés de HLM de
la fédération des ESH. «Récemment, lors d’une réunion de l’association des ESH de ma région, j’ai
demandé à mes collègues s’ils soutenaient un amendement qui permettrait aux personnes privées de
rentrer dans des sociétés de portage
des ventes des HLM, raconte à Libération l’un d’eux. Tout le monde
était contre. Là j’ai compris que
personne ne savait qu’un tel amendement avait été déposé par la fédération des ESH.» Et cela avant
même que les 60 membres du conseil fédéral des ESH aient connaissance du livre blanc.
Cette affaire menée en catimini a
suscité moult remous au sein de la
Fédération des ESH. Action logement (le collecteur du 1 % logement), instance paritaire Medefsyndicats, qui contrôle plusieurs
dizaines de sociétés de HLM totalisant 920000 logements sociaux,
est hostile à l’ouverture du capital
des sociétés de vente de HLM au
privé. «On se désolidarise totalement de cela. Je ne cautionne en
rien l’amendement qui a été proposé. L’argent des HLM doit rester
aux HLM», a indiqué à Libération
Bruno Arbouet, le directeur général d’Action logement.
«Privatisation». La CFDT a
aussi poussé son coup de gueule.
Libération s’est procuré une lettre
que Marie-Andrée Seguin, sa secrétaire nationale au logement a
adressée le 28 mai à tous les parlementaires pour faire «connaître
[l’]opposition totale» du syndicat
à des amendements –finalement
retirés– qui comportent «le risque
de voir à terme la privatisation du
logement social». Une menace
de «financiarisation», dénoncée
dans une tribune publiée dans
le Monde par Patrice Lanco, un ancien haut fonctionnaire au ministère du Logement.
Libération a contacté Philippe
Bry, président du directoire de la
société de HLM Logement français, et Dominique Duband, président du groupe HLM Batigère, qui
ont travaillé sur les propositions
du livre blanc. Le premier n’a pas
souhaité répondre. Le second a
botté en touche, laissant à Valérie
Fournier, la présidente de la Fédération des ESH, le soin de nous apporter des éléments. Cette dernière admet que sa fédération est
allée un peu vite en besogne. «Le
livre blanc va être envoyé à tous les
membres du conseil fédéral», nous
a-t-elle indiqué. Les amendements controversés déjà envoyés
au Sénat «sont retirés».
T.S.
LES TROIS FAMILLES DE HLM
Le monde du logement social est constitué de trois types
d’acteurs, dont les coop-HLM qui font surtout de l’accession à la
propriété. Le parc locatif social compte 4,3 millions de logements.
Il est détenu presque pour moitié (2,2 millions) par les offices
publics de HLM, rattachés aux collectivités (départements, villes,
intercommunalités) et pour moitié (2,1 millions de logements) par
des entreprises sociales de l’habitat (ESH), liées aux entreprises
(Axa, la Poste, SNCF…) et le 1% logement.
Carnet
DÉCÈS
Ses filles et sa famille
vous font part de la
disparition de
Françoise
DECRESSAC
«Je suis venue, j’ai vu et je
ne sais pas la suite» avaitelle écrit.
Françoise nous a quitté à
Paris le 25 mai.
Nous n’oublierons pas son
esprit libre et ludique et son
amour de la vie.
La cérémonie aura lieu à la
Coupole du crématorium du
Père Lachaise
lundi 4 juin à 10H30.
Michèle, Anne,
Béatrice et Jean Vallaeys,
ses enfants,
Alain Dugrand,
François Stefanaggi
et Sabine Durocher,
leurs conjoints,
Ses onze petits-enfants,
Ses quatorze
arrière-petits-enfants
ont la tristesse d’annoncer
la mort, le 22 mai à l’âge de
93 ans, de
Jeanne Vallaeys
née Thonon
Grande Jeanne
Pionnière de la Sabena
Elle repose au cimetière de
Cesson,
auprès de son époux,
Guy Vallaeys
1925-2001
Les obsèques ont eu lieu
dans une stricte intimité.
Famille Vallaeys,
18 rue de Seine-Port
77240 Cesson
SOUVENIRS
Le 31 mai 2011
Jacqueline
Beaulieu
nous a quittés.
Ses enfants, ses petits
enfants,
ses amis
pensent à elle
La reproduction de
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12 u
FRANCE
Libération Jeudi 31 Mai 2018
Canal +
Un sans
foot pour
Bolloré
A la surprise générale, le groupe espagnol
Mediapro a décroché, mardi, les droits
de diffusion de la Ligue 1. Un coup
de massue pour la chaîne cryptée, dont
l’économie tourne autour du ballon rond.
DÉCRYPTAGE
Par
JÉRÔME LEFILLIÂTRE
D
ans les mondes consanguins
du foot français et des médias, on n’en revient toujours pas: mardi, les droits de diffusion de la Ligue 1 entre 2020 et 2024
sont partis pour plus d’1,1 milliard
d’euros, sans que le partenaire
historique, Canal +, n’empoche le
moindre match. C’est le groupe
audiovisuel espagnol Mediapro qui,
à la surprise générale, a remporté la
timbale, laissant quelques miettes
à BeIn Sports. Deux jours après ce
coup de tonnerre, plusieurs questions agitent les amateurs de ballon
rond et les différents acteurs de
cette bataille des droits TV.
Quelles sont les vraies
intentions de Mediapro ?
C’est la grande question. En dépensant 780 millions d’euros (selon
l’Equipe) pour s’offrir 80 % de la
Ligue 1, le groupe espagnol a mis la
main sur un contenu puissant et attractif. Pour le diffuser sur une nouvelle chaîne, comme l’a annoncé
la Ligue de football profession-
nel (LFP) ? Ou pour le louer à
d’autres en espérant faire une plusvalue? Les dirigeants de Mediapro
viendront en France dans quelques
jours pour détailler leur projet. Mais
le directeur de Mediapro France,
Jérémie Roudaire, confirme à Libération que «l’idée est de valoriser nos
droits par la création d’une chaîne.
Notre modèle n’est pas d’être un intermédiaire. Nous ne sommes pas
des spéculateurs». Une réponse directe au président de Canal +,
Maxime Saada, qui a qualifié ce
nouveau rival ibérique de «courtier», sur Europe 1 mercredi.
Faut-il en déduire que Mediapro
compte garder l’ensemble des droits
de diffusion acquis mardi ? «Je ne
peux pas vous répondre», élude Roudaire, renvoyant à ses supérieurs.
Le scénario selon lequel une partie
des droits serait «sous-licenciée»
d’ici 2020 semble donc possible. Canal+ s’est dit prêt à étudier cette option, de même que le groupe Altice,
propriétaire de SFR (et de Libé). Le
PDG de l’opérateur télécoms, Alain
Weill, a révélé avoir reçu mardi un
coup de fil du directeur général de
la LFP, Didier Quillot, lui proposant
de rencontrer le big boss de Mediapro. «Ce n’est pas pour manger des
tapas», s’amuse un dirigeant de
SFR. Quant à BeIn Sports, nul doute
que le groupe qatari prendra rapidement langue avec son homologue
espagnol. Les deux se connaissent
très bien: ils sont associés à 50-50
dans une chaîne de foot de l’autre
côté des Pyrénées. «Est-ce qu’ils ont
déjà conclu un deal pour la France?»
s’interroge un ponte d’Altice. La
réaction officielle du patron de BeIn
Sports, Yousef al-Obaidly, ne plaide
pas pour cette hypothèse. «L’arrivée
de Mediapro dans ce marché français déjà hautement concurrentiel
nous surprend», a-t-il déclaré. Un
coup de bluff?
Est-ce la fin pour Canal+?
L’échec est historique et l’effet
d’image terrible. La Ligue 1 étant
l’un des piliers historiques de Canal +, le risque d’une nouvelle hémorragie des abonnés est grand. La
chaîne parle déjà de «se réinventer»
en se recentrant sur le cinéma et les
séries. Un mauvais signe… Il est
néanmoins trop tôt pour conclure
à la chute du premier groupe audio-
visuel français, même s’il accumule
les déconvenues depuis l’arrivée de
Vincent Bolloré aux commandes.
D’ici 2020, il peut se passer beaucoup de choses. «Deux ans, c’est
loin», tempère à raison Maxime
Saada, «sûr que Canal + survivra».
Des rachats ou des accords entre les
uns et les autres sont probables. Canal + pourrait s’entendre avec Mediapro pour louer la diffusion de
quelques matches de Ligue 1. Il
cherchera sans doute aussi à intégrer la future chaîne de l’entreprise
espagnole dans ses packs d’abonnement, comme il le fait aujourd’hui
avec BeIn Sports ou Eurosport afin
d’attirer le maximum de fans de
foot vers ses offres. Et pourquoi pas
se payer même sa distribution exclusive? Le problème, pour Canal+,
est que ses rivaux actuels (BeIn
Sports, Altice, voire Orange) ont le
même raisonnement. Il ne faudra
pas rater le prochain virage.
Mercredi, Maxime Saada a fustigé
l’investissement «déraisonnable»
de Mediapro, rappelant avoir vu
plusieurs challengers pleins d’ambitions (TPS, Orange…) se casser les
dents sur le sport. Et le président de
Canal+ d’expliquer ne pas avoir surenchéri par souci de la pérennité
de son entreprise. Ce n’est pas seulement l’argument d’un mauvais
perdant tenu rênes courtes par son
actionnaire Bolloré: défié par Netflix et d’autres, Canal+ voit toujours
son parc d’abonnés français,
descendu sous les 5 millions, se
contracter. Impossible de faire des
folies. En face, l’équation financière
de Mediapro paraît compliquée
à résoudre. «Personne ne croit au
fait de lancer une chaîne rentable
avec seulement la Ligue 1», commente le directeur général délégué
de SFR Média, Frank Lanoux, résumant le sentiment général. Mediapro a-t-il les reins assez solides? Ou
est-il prêt à perdre de l’argent ? Ce
qui pose la question des intentions
de son propriétaire chinois.
Quelles conséquences
pour le téléspectateur ?
La fragmentation de l’offre de foot
va encore s’accroître avec le surgissement de Mediapro, obligeant le
consommateur à faire des choix entre les compétitions auxquelles il
aura accès. Jusqu’à présent, le
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Libération Jeudi 31 Mai 2018
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Mediapro,
l’Espagnol
met le prix
Fondé en 1994,
le groupe qui a raflé
les droits de la Ligue 1
appartient désormais
à une multinationale
chinoise.
I
En 2008,
au stade Bonal
à Sochaux.
PHOTO JEFF PACHOUD. AFP
match se jouait essentiellement entre Canal+ et BeIn Sports, les deux
gros acteurs du marché. A la rentrée
de septembre, il faudra compter
avec la montée en puissance de SFR
Sport, bientôt rebaptisé RMC Sport.
Le bouquet de l’opérateur, qui diffuse déjà le championnat de foot anglais, aura l’exclusivité des trois prochaines saisons des prestigieuses
Ligue des champions et Ligue
Europa. A quel prix? Les dirigeants
de SFR ont seulement indiqué qu’il
serait plus élevé qu’actuellement. Il
dépassera donc 15 euros par mois
pour les non-clients aux offres de téléphonie et d’Internet de l’opérateur. Un tarif plutôt élevé…
C’est le problème de l’éclatement de
l’offre. Parce que les abonnés sont
rares et disputés, les acteurs de la
télé payante ne peuvent pas espérer
une augmentation formidable du
nombre des clients. Seule solution:
faire grimper le prix des abonnements. A l’avenir, il faudra sans
doute payer plus cher pour voir du
foot à la télé. Et l’envolée considérable des droits pour la Ligue 1 (environ 60% de hausse) n’est pas faite
pour inverser la tendance. •
PAS DE DROITS, PAS DE CINÉMA ?
Aucun retournement n’est à exclure, entre possibles souslicences et autres reventes à la découpe des droits attribués
mardi. Mais l’annonce de la LFP sonne la fin d’une ère, non
seulement pour Canal +, mais aussi, d’une façon toute aussi
décisive et criante, pour la production cinématographique en
France – et ce n’est rien de moins qu’un effondrement qui se
profile pour cette industrie, si les attributions actuelles devaient
persister. Canal avait édifié son succès sur la promesse d’une
«chaîne du foot et du cinéma». Détentrice dès ses débuts de
droits de diffusion du championnat de France, elle jouissait aussi
de la primeur de films récents parmi les plus désirables (en cet
âge pré-piratage, pré-VOD, pré-Netflix). Cela, en échange d’une
vaste politique de pré-achats encadrée par sa fameuse
obligation d’investissement à hauteur de 9,5 % de son chiffre
d’affaires, dans la production nationale.
Le visionnage de films diffusés à heure fixe sur téléviseur a beau
constituer aujourd’hui une activité plus concurrencée et
minorisée que jamais, Canal + reste le premier argentier du
cinéma français (autour de 15 % des investissements, selon le
CNC), et ce en dépit de l’affaissement de son enveloppe, au
diapason des recettes sous l’ère Bolloré. Et ainsi, nombre de
footeux pas spécialement cinéphiles abondaient-ils la
production de grasses comédies comme de films d’auteur
pointus depuis 1984 : selon le site les Jours, la Ligue 1 constitue le
moteur d’abonnement de plus de 60 % des clients actuels de
Canal. Peut-être amateurs de golf, tous ne résilieront pas
forcément de concert. Mais il n’en faudrait pas tant pour
accélérer encore l’obsolescence d’une chaîne de financement
du cinéma depuis trop longtemps en mal de révolution. J.G.
l y a longtemps que le groupe
Mediapro, qui a arraché
mardi les droits télés de la
Ligue 1, domine la scène espagnole. Même si le groupe dont le
siège se situe avenue Diagonale
de Barcelone a dû laisser filer les
droits de la Ligue italienne «pour
manque de garanties», Mediapro
est un prédateur aux dents longues, dans l’univers de la télévision, aussi bien dans la production que dans l’exploitation des
droits audiovisuels. Pour preuve,
ses performances financières de
l’année passée : 1,6 milliard
d’euros de chiffre d’affaires. Ces
dernières années, Mediapro a
assis son leadership dans le domaine de la télévision payante
grâce au football. L’audience de
sa chaîne, Gol, a doublé, avec désormais 1% de parts sur le marché global, alors que BeIn Sports
Espagne, de loin la plus en vue
des chaînes payantes, réunit
2,7 % de l’audience.
Padel. A l’origine modeste
groupe audiovisuel, Mediapro a
gagné du muscle avec les années. Fondé en 1994 par deux
journalistes catalans, Jaume
Roures et Josep Maria Benet
Ferran, il est longtemps demeuré plutôt discret. Premier virage en 2006, lorsque la société
fusionne avec GloboMedia, producteur de films de télévision et
de cinéma. La véritable épreuve
du feu intervient quatre ans plus
tard, en 2010, lors de «la guerre
du foot» contre Sogecable. Une
bataille à mort emportée par les
Catalans après de fracassants
passages devant les tribunaux et
une amende record de 105 millions d’euros. Peu importe, Me-
L’entreprise
catalane n’a pas
de concurrent
en Espagne
et rivalise avec
les plus grands
arsenaux
télévisuels
d’Europe.
diapro devient le principal propriétaire des droits du football
espagnol.
Depuis, le groupe catalan n’a
cessé de se renforcer, investissant tous azimuts dans les droits
télés, du foot féminin à la moto
en passant par le padel. Mais sa
vache à lait reste la Liga, la première division espagnole, dont
il diffuse à chaque journée huit
matchs sur dix en exclusivité. Ce
qui lui permet d’étaler les rencontres presque tout au long de
la semaine, et à des heures parfois inédites, à midi ou tout au
long de l’après-midi. Cette hégémonie dure depuis juillet 2015
lorsque Mediapro a lancé avec
BeIn Media Group la chaîne
BeIn Sports Espagne, qui diffuse
également l’essentiel des matchs
de la Ligue des champions et de
l’Europa League.
Trotskiste. Mediapro appartient depuis février 2018 à un
holding, Imagina Media Audiovisual, dont la multinationale
chinoise Orient Hontai Capital
est le principal actionnaire avec
53,5 % du capital. Les deux patrons de Mediapro, Roures et
Benet Ferran, possèdent tous les
deux 12 % des parts. Sur le plan
logistique, l’entreprise catalane
n’a pas de concurrent national et
rivalise avec les plus grands arsenaux télévisuels d’Europe,
avec 53 unités mobiles, 150 reporters couvrant l’Espagne et le
Portugal, et des sièges dans des
dizaines de pays. Sur fond de
success-story et avec sa réputation de génie des affaires, Jaume
Roures affiche une personnalité
singulière. Cet ancien trotskiste
ne cache pas ses préférences
pour la gauche. Il est sympathisant de Podemos et surtout de la
CUP, mouvement anticapitaliste
qui réclame l’indépendance unilatérale de la Catalogne. Celui
dont les productions (émissions,
séries) sont omniprésentes dans
le paysage audiovisuel espagnol
– sur Antena 3, la Sexta ou la
Cuatro – affirme sa parfaite cohérence. Outre le fait d’avoir financé plusieurs films récents de
Woody Allen (dont Minuit à Paris), il a produit des documentaires militants (comme celui d’Oliver Stone sur Fidel Castro) et
produit plusieurs programmes
phares de la chaîne Sexta,
comme El Intermedio, une émission de satire politique qui bat
chaque soir des records
d’audience en défendant des positions de gauche.
FRANÇOIS MUSSEAU
Correspondant à Madrid
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14 u
FRANCE
Libération Jeudi 31 Mai 2018
LIBÉ.FR
Histoire sans fin Ça faisait
longtemps… Manuel Valls a une
nouvelle fois dénoncé la nomination de Yassine Belattar au Conseil présidentiel
des villes. «Une faute», s’est-il indigné mercredi
sur France Inter. «Valls et ses amis du Printemps
républicain passent leur temps à exclure et à créer
des ghettos alors qu’ils prétendent les combattre»,
a rétorqué un proche de l’Elysée. PHOTO REUTERS
Aides sociales:
une «refonte» sur
un air improvisé
Simple
réorganisation
ou baisse des
montants?
Le gouvernement
tarde à dévoiler
ses intentions.
Une partie de la
majorité s’inquiète.
Par DOMINIQUE
ALBERTINI
et LILIAN ALEMAGNA
Photo ALBERT
FACELLY
T
manin : «Il y a trop» d’aides
différentes, avait estimé celui-ci mardi, les jugeant «parfois contradictoires, […] pas
assez incitatives pour sortir
de l’inactivité». Quelques
jours plus tôt, le même ministre avait évoqué une baisse
du «montant global» de la
prime d’activité, complément
de salaire versé aux travailleurs modestes, insistant
sur sa «dynamique» : 6 milliards d’euros en 2018 après
4 milliards en 2016. Darmanin se refusait pour autant de
toucher aux «aides sociales
individuelles», prenant là
quelques distances avec son
collègue de Bercy, Bruno
Le Maire. Le ministre de
l’Economie et des Finances
s’était interrogé avant lui sur
la possibilité de «réduire la
politique sociale sur l’emploi».
ant qu’il gagne, il joue.
En passe de faire
adopter sa réforme de
la SNCF, courant juin, l’exécutif a confirmé mercredi
qu’il s’apprête à ouvrir un
autre dossier sensible: la révision des aides sociales pour «Netteté». L’intervention
le retour à l’emploi – objet du Premier ministre merces derniers jours d’une com- credi n’a pas mis fin à cette
munication confuse de la impression d’improvisation.
part de Bercy. «Le gouverne- Edouard Philippe s’en est
ment va engager dans les tenu à de grands principes :
prochaines semaines une une «structure des prestanouvelle séquence de trans- tions favorisant le retour à
formation», comprenant no- l’emploi», «payer la juste prestamment «la retation en preL’HISTOIRE nant en compte
fonte de notre
système de presles ressources
DU JOUR
tations», a décontemporaiclaré Edouard Philippe. Le nes» des bénéficiaires, lutter
Premier ministre s’exprimait contre la fraude et la «gestion
à l’Elysée après un nouveau kafkaïenne» des indus. En
«séminaire gouvernemental» parallèle, le gouvernement a
pour fixer l’agenda des réfor- prévu de passer en revue les
mes et cadrer l’expression aides publiques aux entreprides ministres.
ses. Pour trancher, il s’ap«Nous ne sommes pas au ni- puiera notamment sur les
veau de service et d’efficacité conclusions du comité Acque nous sommes en droit tion publique 2022. Ce
d’attendre, alors que nous groupe d’experts doit remetsommes le pays d’Europe avec tre en juin des propositions
le plus haut niveau de dépen- censées améliorer le service
ses sociales», a justifié rendu, mais surtout permetEdouard Philippe. Précisant tre de substantielles éconoaussitôt que «la question n’est mies. Elles donneront lieu à
pas du tout de savoir s’il y a «des discussions serrées» avec
trop ou pas assez d’aides, les ministres, a prévenu
mais si elles fonctionnent». Le Edouard Philippe. La présencommentaire a sonné comme tation en juillet d’un «plan
un désaveu du ministre des pauvreté» précisera aussi la
Comptes publics, Gérald Dar- réforme des aides à l’emploi.
Mercredi, Edouard Philippe
a pourtant refusé de poser le
débat en termes d’économies. «La réponse est non», at-il rétorqué au sujet d’une
éventuelle baisse des aides,
évoquant plutôt une quête
d’efficacité et de simplification. Contactée par Libération, une source gouvernementale
est
moins
affirmative: «On ne peut pas
dire qu’on va baisser la dépense publique et ne pas toucher aux aides sociales. Il faut
assumer d’aider en priorité
ceux qui en ont le plus besoin.
C’est d’ailleurs ce que le Président a porté pendant sa campagne.» A Bercy, on assure
que «l’idée n’est pas d’y aller
au rabot ni de prendre à ceux
qui sont le plus dans le besoin». En évoquant directement des économies, «Bruno
Le Maire a parlé avec netteté,
fait remarquer le député socialiste Boris Vallaud. Qu’il
ait parlé avec cette franchise,
c’est ça qui gêne le reste du
gouvernement».
Un maintien en l’état des dépenses sociales est d’autant
plus incertain que la pression augmente sur le gouvernement en matière de dépenses publiques. Celui-ci
s’est engagé auprès de
Bruxelles à les réduire de
quatre points de PIB sur le
quinquennat. Mais dans son
récent rapport sur le budget
de l’Etat, la Cour des comptes a relevé une «forte hausse
des dépenses», dont l’impact
n’est resté limité qu’en rai-
«Cela entretient
le clivage, les
caricatures,
les “France d’en
haut contre
France
d’en bas”.»
Matthieu Orphelin
député LREM
Edouard Philippe au sortir du séminaire gouvernemental à l’Elysée, mercredi.
son d’une accélération imprévue de la croissance. Pour
ne rien arranger, de nouvelles incertitudes économiques risquent de compliquer
la donne budgétaire de la
majorité : «Je flippe un peu,
reconnaît une députée
LREM. Il y a la situation italienne, le ralentissement chinois, les derniers chiffres de
la croissance moins bons que
prévu… Or, ce n’est pas au
moment où les taux [d’emprunt pour l’Etat] remonteront qu’il faudra réfléchir à
réduire la dépense.» Le prochain budget, sur lequel les
discussions ont commencé
au sein du gouvernement,
s’annonce donc comme le
moment d’arbitrages douloureux. Et peut-être d’une
nouvelle épreuve pour la
tendance «sociale» de la majorité. Dès mercredi, le député LREM Matthieu Orphelin a critiqué les derniers
propos de Gérald Darmanin
sur le «trop d’aides sociales»,
y voyant «une gifle» infligée
aux allocataires: «Cela entretient le clivage, les caricatures, les “France d’en haut
contre France d’en bas”.»
Complément. «Darmanin
nous dit que la prime d’activité coûte de l’argent. Mais ça
fonctionne, fait valoir le député PS Boris Vallaud, partisan de ce dispositif mis en
place sous Hollande. Elle encourage la reprise du travail
et soutient la consommation.»
Depuis plusieurs jours, les so-
cialistes prennent un malin
plaisir à rappeler leur travail
sur la «simplification» des minimas sociaux. Dans un rapport rendu en avril 2016, l’exdéputé Christophe Sirugue
proposait notamment de
«réduire par deux le nombre
de dispositifs […] à horizon 2020» ou de refondre le
tout dans une «couverture-socle» de 400 euros par mois
pour les plus défavorisés avec
un complément d’«insertion»
ou de «soutien». Personne au
gouvernement ne reprend
l’idée. Pour cause : rien que
l’ouverture du RSA aux jeunes dès 18 ans représenterait
6,6 milliards d’euros de plus
par an. Pas vraiment une
«économie» pour cette nouvelle majorité. •
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Libération Jeudi 31 Mai 2018
u 15
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LIBÉ.FR
Un «ftour» avec… Samia
Orosemane, humoriste
délurée Tout au long de ce mois
de ramadan, Libération va partager un «ftour», le repas de rupture du jeûne, avec des personnalités.
Au menu – variable selon les us et coutumes – : les
souvenirs d’enfance liés à ce rituel, ce que signifie
«faire ramadan» et comment on vit sa religion au
quotidien en France. PHOTO LUCILE BOIRON
Mais où est passé le souffle
au ministère des Solidarités
et de la Santé ? Devant la
feuille de route «grand âge et
dépendance», rendue publique mercredi soir, on a l’impression de lire un plan :
sérieux, avec des mesures intéressantes, mais bien trop
technique. Voulant traiter de
tout, le texte ressemble à
un rapport d’administration
centrale bourré de bonnes
intentions mais manquant
de vie et de chaleur. L’équation est connue, avec des
chiffres clairs. En 2017, il y
avait en France 1,5 million de
personnes âgées de plus de
85 ans–en 2050, elles seront
4,8 millions. Aujourd’hui,
il existe environ 7 500 établissements d’hébergement
pour les personnes âgées dépendantes (Ehpad) où résident au moins 600000 personnes.
Urgence. Depuis quelque
temps, la problématique de
la grande vieillesse s’est cristallisée sur les Ehpad, les uns
pointant leur manque de
moyens, les autres, à l’instar
du Comité national d’éthique, s’interrogeant sur la
pertinence de ce modèle.
Dans les faits, la majorité des
personnes âgées viennent en
Ehpad pour vivre les deux
dernières années de leur vie,
souvent dans un état de forte
dépendance physique ou
mentale. En parallèle, pointe
le sentiment d’une maltraitance généralisée vis-àvis cette population. Il y a
donc urgence à porter une
parole publique.
«Je souhaite impulser une
transformation du modèle et
un changement de regard,
a expliqué la ministre de
la Santé, Agnès Buzyn. Le débat n’est pas d’abord budgétaire et financier, même si
nous savons tous qu’il faudra
dépenser plus à l’avenir.» Et
de pointer «trois blocs de réflexions à conduire d’ici la fin
de l’année 2018 et le début de
l’année 2019.»
Quel est le socle de biens et
de services qui doivent à
l’avenir être accessibles à
toutes les personnes âgées
pour accompagner le vieillissement et la perte d’autonomie? Quels sont les scénarios
de répartition des contributions de chaque acteur pour
assurer un financement pérenne et solidaire de la perte
d’autonomie ? Et comment
+ 1 270 %
C’est la hausse des demandes de retraits de
contenus adressées par la police aux éditeurs
et hébergeurs web, selon le rapport d’activité de
la Commission nationale de l’informatique et des
libertés (Cnil) chargée de contrôler ces demandes.
A 93%, ce sont des contenus à caractère terroriste
qui étaient ciblés, le reste concernant la pédopornographie. Environ 20% des contenus ont été retirés. Problème, selon la Cnil: le manque de contrôleurs, pour l’instant des agents volontaires de la
Commission, qui «a alerté les pouvoirs publics à
de multiples reprises depuis 2016 sur la nécessité
de renforcer les ressources humaines allouées».
faire évoluer la gouvernance
des politiques publiques du
vieillissement et de la perte
d’autonomie? «La concertation et le débat public seront
organisés aux niveaux national et territorial, a précisé
Agnès Buzyn. Une consultation citoyenne permettra à
chacun de s’exprimer et de
contribuer.»
Panacée. Des propos bien
froids, en somme, et dans
l’attente d’un débat, des mesures pour tout le monde
– autant de rustines, diront
les plus sceptiques. La prévention, d’abord : «15 millions d’euros seront alloués
en 2018» pour financer des
plans «ciblés sur la prévention de la perte d’autonomie
et de l’aggravation de l’état de
santé des résidents». Plus original, des mesures pour favoriser les sorties de l’hôpital:
«Pour réduire les durées
d’hospitalisation et faciliter
le retour à domicile, les personnes âgées qui souhaitent
être hébergées temporairement dans un Ehpad après
une hospitalisation continueront à payer le même tarif
qu’à l’hôpital.» Et puis –c’est
devenu la panacée – est
avancé le recours à la télémédecine pour pallier les manques de professionnels de
santé.
Afin d’éviter des hospitalisations d’urgence depuis les
Ehpad, le plan prévoit également «une présence mutualisée d’infirmière la nuit», soit
une personne de garde pour
plusieurs établissements :
36 millions seront consacrés
à la généralisation de ce dispositif. En outre, «40 millions permettront à certains
Ehpad de rémunérer directement des médecins généralistes, des auxiliaires médicaux
et de couvrir les dépenses
liées aux actes de laboratoire
et de radiologie».
Un peu d’argent est débloqué mais nous sommes très
loin des demandes des directeurs d’Ehpad, qui rêvent
d’arriver au ratio d’un professionnel de soin pour chaque résident. La feuille de
route s’achève par l’affirmation de bonnes résolutions,
comme «promouvoir la bientraitance» ou «développer les
enquêtes de satisfaction et
renforcer l’information». Qui
peut critiquer cela ? Mais
est-ce à la hauteur des défis?
ÉRIC FAVEREAU
«Je souhaite
qu’une fois le texte
voté, les syndicats
de cheminots
réfléchissent à
arrêter la grève.»
GÉRARD CORNU
sénateur
Les Républicains
Sénateur du parti Les Républicains d’Eure-et-Loir, Gérard Cornu a fait adopter en
commission des amendements sécurisant l’emploi
des cheminots transférés
chez des opérateurs ferroviaires privés dans le cadre de
l’ouverture à la concurrence.
«Il m’a semblé nécessaire de
pouvoir écouter les syndicats
réformistes de la SNCF,
l’Unsa et la CFDT, sur leurs
préoccupations afin que le
texte sorti du Sénat comporte
DR
Ehpad: la ministre Agnès Buzyn
présente un plan bien froid
un marqueur social», avancet-il dans un entretien à lire
sur Libération.fr. Le vote des
amendements suggérés par
ces syndicats conditionnet-il leur sortie de la grève ?
«Nous ne sommes pas dans un
marchandage», répond le sénateur. Qui considère toutefois qu’«un équilibre a été
trouvé». Et espère donc que
les syndicats réfléchissent
à l’arrêt du mouvement
après le vote du texte à la
Haute Assemblée.
Camp de migrants évacué: «On va
pouvoir se reposer, on verra après»
Par la fenêtre de l’autobus, on
voit défiler le bois de Boulogne, l’hippodrome de Longchamp, puis le stade RolandGarros, où se déroule ces
jours-ci le tournoi de tennis
du même nom. Mais les passagers n’en ont cure. Dans
quelques instants, ils arriveront à l’aire d’accueil pour
gens du voyage du XVIe arrondissement de Paris, aménagée avec 17 tentes pour héberger temporairement 170
des 1 016 migrants évacués
mercredi, au petit matin, du
«camp du Millénaire», Porte
de la Villette. Pour Ahmed,
20 ans, «c’est mieux que rien,
on va pouvoir se reposer… On
verra pour après».
Mercredi à Paris. PHOTO MICHAEL BUNEL. HANS LUCAS
Dans la cour arborée, le pain
et le jus de fruits offerts sont
largement boudés, ramadan
oblige, et tandis que l’on
explique les règles d’hygiène
et de sécurité («après 22 heures, plus de bruit, plus de dou-
che», «on fume dehors»…),
Mohamad, 18 ans, s’impatiente : «Je voudrais juste
m’allonger, je lirai les règles
plus tard.» S’allonger, dormir
au sec, reprendre des forces,
dans un premier temps ;
être orienté en fonction de
son profil, ensuite. Des bus
conduiront les volontaires
en préfecture pour effectuer
leurs démarches administratives. Responsable du site
pour l’association Aurore, qui
gère les lieux, Nicolas Hue résume: «On fait un travail de
recensement, d’identification
et d’accompagnement dans
les procédures administratives. Ici, c’est un point d’ancrage, une première rencontre
administrative, ça n’a pas vocation à être pérenne.» Aucun
contrôle de police ne doit
avoir lieu dans les sites de
mise à l’abri –l’Etat s’y est engagé auprès des associations.
K.H.-G. et M.Sa.
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16 u
FRANCE
Libération Jeudi 31 Mai 2018
Enfants sourds
à l’école
Le chant du signe?
O
ceana et Elyna, âgées de 9 ans, ont
planché mardi 22 mai sur un texte à
trous afin d’acquérir de nouveaux
mots de vocabulaire. Un exercice classique
pour des élèves de cet âge, à la seule différence
que cet enseignement leur est délivré en langue des signes française (LSF). Les deux fillettes sont scolarisées en unité localisée pour
l’inclusion scolaire (Ulis) des sourds, à l’école
élémentaire des Deux-Parcs de Champs-surMarne (Seine-et-Marne). Quatorze élèves, tous
sourds, y sont encadrés par Bastien Lamarque,
enseignant dans cet établissement depuis
deux ans: «La classe est divisée en groupes, j’essaie au maximum de respecter le niveau de la
tranche d’âge des élèves. J’ai des niveaux CP à
CM2 et trois élèves en groupe de suivi, qui n’ont
pas encore atteint le niveau CP.»
IMPLANT COCHLÉAIRE
Cette organisation est permise par la présence d’autres adultes. Ce jour-là, il y a à ses
côtés Karine, enseignante sourde de langue
des signes, Nathalie, éducatrice scolaire également sourde, Deborah, accompagnante des
élèves en situation de handicap, et Pascale
Wilmet, employée de l’Association régionale
pour l’intégration sociale et professionnelle
des personnes en situation de handicap. «Je
prépare un planning hebdomadaire, qu’on
élabore en fonction du programme de l’éducation nationale, explique Bastien Lamarque.
Je rencontre les élèves au moins une fois par
jour pour les nouveaux apprentissages et mes
collègues s’occupent des révisions. Cela me
permet de répondre aux besoins éducatifs
particuliers des enfants.»
Dans ces classes bilingues où l’on enseigne la
langue des signes et le français écrit, les enfants suivent le même programme que les
autres élèves, à la seule différence que l’apprentissage du français est plus long, puisqu’ils ne l’entendent pas. Ewenn et Amina se
sont attelés à un atelier de production d’écrit.
Amina signe une phrase que son camarade
doit écrire en français. Le garçon grommelle.
Il a oublié le «dans» de la phrase «Le chat est
dans la maison». «Ce n’est pas facile puisque
la LSF n’a ni la même grammaire ni la même
syntaxe que le français. Par exemple, le “dans”
Par manque
de demande
des familles,
l’apprentissage de
la langue des signes
est délaissé par les
écoles au grand dam
de ses défenseurs.
Les classes mixtes,
qui mêlent les
enfants entendants
et sourds, se raréfient.
Par
MARLÈNE THOMAS
Photos
FRED KIHN
REPORTAGE
n’existe pas, tout comme les articles», nous
précise Pascale Wilmet.
En sport, maths, sciences ou encore histoiregéographie, ces enfants suivent le cours dans
leur classe de référence avec les élèves entendants, aidés d’une médiatrice signante. Le
reste du temps, Bastien Lamarque leur propose une pédagogie adaptée: «L’important est
de rendre l’apprentissage visuel pour que les
connaissances soient bien assimilées.»
En France, 300000 personnes seraient concernées par la surdité et seul un tiers pratiquerait couramment la langue des signes, selon la Fédération nationale des sourds. En
effet, deux choix s’offrent aux familles: la LSF,
assez peu connue par les parents entendants
et trop peu mise en avant, ou la méthode
dite «oralisante». Nombre d’entre elles préfèrent la seconde option où les enfants apprennent à parler. Dans ce cas, les jeunes
portent un appareil d’aide auditive ou un
implant cochléaire pouvant offrir une récupération auditive.
«LANGUE À PART ENTIÈRE»
Les partisans de chacune de ces méthodes
s’affrontent depuis plus d’une centaine d’années. L’abbé Charles-Michel de l’Epée a ouvert
au milieu du XVIIIe siècle la première école
pour sourds utilisant la LSF. Mais, en 1880,
près d’un siècle après son décès, son enseignement est interdit lors d’un «congrès international pour l’amélioration du sort des sourds»
à Milan, sous prétexte que les enfants sourds
doivent apprendre à parler afin de s’intégrer
dans la société. Trois raisons sont invoquées:
la LSF ne serait pas une vraie langue, elle ne
permet pas de parler de Dieu, empêcherait de
bien respirer et favoriserait donc la tuberculose. La langue des signes est restée pratiquée,
mais clandestinement, au sein des associations de sourds. Cette mesure sera abrogée en
France en 1977 seulement. Il faudra attendre 1991 pour que la langue des signes soit officiellement encouragée par l’Education nationale et la loi sur l’égalité des chances de 2005,
pour qu’elle soit reconnue comme «une langue
à part entière». Depuis, «tout élève concerné
doit pouvoir recevoir un enseignement de la
langue des signes française». Mais, encore
aujourd’hui, certains partisans de la méthode
oralisante estiment qu’apprendre à parler est
nécessaire à l’intégration des sourds, tandis
que les défenseurs de la LSF regrettent une
logique de «réparation» de la surdité. Une fois
le mode de communication adopté, il reste
aux familles à sélectionner l’établissement
dans lequel leur enfant sera scolarisé. Le choix
s’effectue entre les instituts médico-sociaux
proposant des cursus mêlant bilinguisme et
«oralisme», dépendants du ministère de la
Santé, ou ceux de l’Education nationale.
Ce ministère favorise l’inclusion en classe
ordinaire. Dans ce cas, l’élève suit le cours
en lisant sur les lèvres, en théorie aidé d’un
auxiliaire de vie scolaire ou d’un enseignant
spécialisé pratiquant le code syllabique LPC
(langue française parlée complétée). Une
méthode controversée chez les associations
de parents d’enfants sourds car elle demande
notamment à l’élève une grande concentration.
Malgré la loi de 2005, les familles souhaitant
un cursus complet en LSF au sein de l’éducation nationale pour leurs enfants s’engagent
dans un réel parcours du combattant. Catherine Vella, présidente de l’Association nationale de parents d’enfants sourds, n’a répertorié que dix maternelles et dix primaires
proposant un dispositif Ulis bilingue, quatre
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Libération Jeudi 31 Mai 2018
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u 17
Oceana (à gauche) et Elyna (en bas à
droite) sont scolarisées dans une classe
bilingue français langue des signes,
à Champs-sur-Marne.
drine Lair, directrice académique adjointe en
Seine-Saint-Denis. Elle précise: «Si des élèves
souhaitant avoir un enseignement en LSF se
présentent, on rouvrira une classe l’année prochaine ou la suivante.» Une élève reste donc
sur la touche : Mélissa, en CE1. Farouk, son
père, déplore: «A la rentrée, on m’a informé de
cette fermeture, mais on ne m’a pas vraiment
laissé le choix. La seule solution qui m’a été présentée par le rectorat est de la mettre dans un
établissement médico-social à Noisy-le-Grand.
Catherine Vella m’a ensuite appris qu’à Paris,
il existe une école disposant d’un cursus bilingue. Personne ne m’en avait parlé. Ma fille se
sentait bien dans cette classe. Je ne veux pas
l’enfermer dans une bulle de sourds.»
«CLASSE ORDINAIRE»
collèges et autant de lycées: «Il existe seulement quatre filières de la maternelle au lycée
à Poitiers, Toulouse, Champs-sur-Marne et
Lyon. On avait demandé d’en ouvrir une à Paris pour les enfants de la petite couronne, mais
on nous l’a refusé sous prétexte que ce sont trois
académies différentes [Paris, Créteil, Versailles].» Un constat contre lequel se bat aussi
Nicole Gargam, présidente de l’Association
nationale des parents d’enfants déficients
auditifs (Anpeda): «En février 2017, on a travaillé avec l’éducation nationale sur une circulaire concernant le parcours de formation du
jeune sourd. Il devrait permettre d’ouvrir dans
chaque académie au moins un pôle d’enseigne-
«Des médecins
affirment encore
que la langue des signes
peut nuire à
l’apprentissage du
français, ce qui est
totalement faux.»
Nicole Gargam présidente de
l’Association nationale des parents
d’enfants déficients auditifs
ment bilingue de la maternelle au lycée. Les
choses n’ont pas bien avancé. A Rennes, notamment, on a du mal à en avoir un.»
Au contraire, la classe bilingue de l’école Georges-Valbon à Bobigny, la seule de Seine-SaintDenis, s’apprête à fermer en juin. L’aventure
aura été brève pour cette classe créée en 2014.
«Nous n’avons pas connaissance d’enfants
ayant fait le choix pour l’an prochain d’un parcours d’enseignement en LSF. Sur les quatre
élèves, trois entrent au collège à la rentrée. Une
élève n’a pas fini son parcours scolaire, mais un
autre projet, en cours de travail avec la famille,
devrait l’amener à rejoindre un autre type
d’établissement. C’est leur choix», justifie San-
Cette instabilité dans le parcours scolaire est
néfaste pour les enfants, selon Nicole Gargam
de l’Anpeda: «L’éducation nationale travaille
sur les parcours des élèves en situation de handicap. Les premiers chiffres révèlent qu’il y a
un pourcentage de sourds en retard ou en échec
un peu plus important que chez les autres enfants. Cela s’explique notamment par les difficultés à se scolariser.» Catherine Vella, dont le
fils Vincent est en CM2 à Bobigny, avance une
autre explication: «Ce sont les élèves qui doivent s’adapter dans le système scolaire actuel
pour les enfants sourds, d’où un échec scolaire
massif. On leur permet d’entrer en classe, mais
pas d’accéder aux contenus lorsqu’ils sont en
classe ordinaire avec les autres élèves. Tout le
monde ne peut pas déménager pour avoir accès
à un cursus bilingue, d’autant que ces derniers
sont peu nombreux et très inégalement répartis
sur le territoire.»
Tout comme Ewenn et Amina à Champs-surMarne, Vincent se sentait bien dans ce cursus
mixte: «J’étais heureux avec mes amis sourds
et entendants. Je suis triste que la classe
ferme.» Sa mère se remémore: «A chaque fête
de l’école, il y avait des chants signés par tous
les élèves. Un établissement qui accueille les enfants aux mêmes niveaux avec les mêmes
droits, les mêmes devoirs, c’était l’idéal. Cela
lui a vraiment appris à être un enfant comme
les autres.» Selon elle, ces cursus peinent à attirer du monde car ils ne sont pas assez défendus: «Ce qui est mené dans ces classes LSF n’est
pas assez mis en valeur. Il n’y a pas réellement
de volonté de les faire vivre. Certains parents
n’étaient même pas au courant de leur existence.» Nicole Gargam note: «Il y a peu de demandes car les enfants sourds naissent à plus
de 90% dans des familles entendantes. Dans
certains hôpitaux, des médecins affirment encore que la LSF peut nuire à l’apprentissage du
français, ce qui est totalement faux et peut influencer les parents dans leur choix.» Fanny
Costaramoune, enseignante dans un centre
médico-social bordelais, souligne : «On ne
peut pas estimer qu’un dispositif Ulis ne bougera jamais, il dépend des naissances d’enfants
sourds [environ 1 sur 1000, ndlr]. Comme cela
est fait avec les unités d’enseignement des instituts spécialisés, cette classe pourrait être déplacée là où il y a plus de besoins.» Malgré tout,
choisir un cursus bilingue pour des parents
entendants demande un vrai investissement:
«On a galéré à apprendre la LSF, on a dû avancer 4000 euros et prendre du temps. J’ai pu acquérir un niveau correct car j’étais au chômage. Pendant un an, je n’ai fait que ça»,
raconte Catherine Vella. Cette possibilité
n’étant pas offerte à tous les parents, l’apprentissage de la LSF se dresse comme un énième
obstacle sur la route de ces familles. •
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18 u
SPORTS
Libération Jeudi 31 Mai 2018
LIBÉ.FR
Mondial Qui succé-
dera à l’Allemagne
titrée il y a quatre ans ?
Faites votre pronostic sur l’appli de Libé
et partagez vos prévisions sur les réseaux sociaux. Pour l’instant, c’est la
France qui a vos faveurs, loin devant
l’Espagne et le Brésil. Mais il reste
quinze jours avant le premier match…
A Roland-Garros, Denis
Shapovalov à pas de loup
Le tennisman
canadien de 19 ans,
qui avait créé la
surprise l’an passé
en battant Rafael
Nadal à Montréal,
affronte ce jeudi
l’Allemand
Max Marterer
au deuxième tour
du tournoi.
Par
ADRIEN FRANQUE
«J
e me vois comme un
loup. J’aime traquer
mes proies et je peux
être assez vicieux sur le court
quand je veux.» A l’heure de
se choisir un animal-totem,
Denis Shapovalov, qui affronte l’Allemand Max Marterer au deuxième tour de
Roland-Garros ce jeudi, a
donc opté pour le loup. Une
peluche-mascotte l’accompagne d’ailleurs à chacun de
ses matchs. «Shapo», qui a
fêté ses 19 ans un mois avant
ce Roland-Garros, est encore
jeune après tout.
«La force du football réside
probablement dans son extraordinaire capacité à raconter
de belles histoires, dans ses
inépuisables ressources dramaturgiques.» Le premier numéro de la revue quadrimestrielle les Cahiers du football
interroge la beauté dans ce
sport sur une quarantaine de
pages. Le jeu, les gestes, les esthètes, la laideur, les stades…
Le dossier prend de la hauteur
mais laisse la place aux rêves. Dans cette dense et esthétisée
revue, le magazine qui est apparu sur le Net en 1997 emprunte aussi le RER pour raconter le club de la ville natale
de Mbappé, l’AS Bondy, ou, plus exotique, s’envole pour
l’Amérique latine: le Brésilien Rai parle de ses engagements;
Buenos Aires côté foot et fans nous est conté; l’ex-joueur des
deux Milan (où il est interviewé) Ronaldo revient sur sa carrière. Les Cahiers interrogent enfin l’arbitrage, avec un
homme et une femme en noir du ballon rond, et un arbitre
du versant ovale. Avec des formats alternant les longueurs,
la tactique ou l’humour, comme le dessin ou la littérature,
la revue montre que le foot est autre chose qu’un sport.
Finales NBA:
l’épreuve par quatre
Généreux. Né à Tel-Aviv de
parents russes avant de grandir au Canada, celui qui est
attendu Porte d’Auteuil dans
le rôle d’outsider a été formé
par sa mère, Tessa, ancienne
championne soviétique,
dans l’académie familiale en
Ontario. Il est de ces jeunes
tennismen formatés pour le
succès, à l’instar d’Alexander
Zverev, la tête de série numéro 2. Depuis ses 13 ans, la
start-up Shapovalov est
sponsorisée par le «business
angel» Andrzej Kepinski,
promoteur dans le tennis qui
a également fait fortune dans
les casinos. L’investissement
a porté ses fruits dès l’année 2017, le jeune loup étant
passé de la 250e à la 51e place
mondiale, avec notamment
une percée jusqu’en huitièmes de finale de l’US Open
après des victoires sur
Jo-Wilfried Tsonga ou Kyle
Edmund.
Pour le moment, Shapovalov,
25e mondial, est encore dans
Revue «Les Cahiers du football» :
tout nouveau tout beau
Denis Shapovalov, 25e mondial, mardi face à John Millman. PHOTO G. FUENTES. REUTERS
la salle d’attente du top ten: n’est pas encore arrêté: il a le
pour preuve, il n’avait jamais Suisse pour idole de toujours,
gagné de match sur terre bat- mais s’inspire de plus en plus
tue avant cette saison. Après du gaucher majorquin pour
des bons parcours à Madrid et affiner son jeu. Notamment
Rome, le blond, coiffé de son sur terre battue, où il est donc
inamovible casquette à l’en- encore en train d’apprendre:
vers, dans le plus pur style «Je n’ai pas de grosses attentes
Lleyton Hewitt, a
sur ce tournoi, a
L’HOMME ainsi modesteremporté son premier tour à Paris
DU JOUR ment commenté
contre l’Australien
mardi le Canadien
John Millman. Le public fran- après son premier succès à
çais a semblé apprécier le jeu Paris. A partir de maintenant,
de fond de court généreux du chaque victoire est un plus.
gaucher, tout en coups droits A l’avenir, remporter Rolanddémonstratifs et en services Garros serait un rêve qui deimprévisibles. Le circuit le viendrait réalité.»
voit déjà devenir, dans les années qui viennent, le nouveau Idoles. Nadal pourrait être
Federer ou Nadal, rien que ça. son adversaire en huitièmes
Au jeu des comparaisons gé- de finale ici. Son agressivité
nérationnelles, le modèle de chien fou et son jeu risqué
pourraient d’ailleurs bien poser des soucis à l’Espagnol
s’ils venaient à se rencontrer.
Shapovalov s’était fait un
nom en le battant à Montréal
l’an passé (3-6, 6-4, 7-6).
A l’époque, l’Ontarien séjournait pendant la compétition
chez son ami, l’autre futur
crack du tennis canadien, Félix Auger-Aliassime. Dans sa
chambre, un poster de
«Rafa». Avant son huitième,
comme le signe d’un passage
à l’âge adulte du tennis où les
idoles de jeunesse deviennent des adversaires, Shapovalov lui avait demandé de le
décrocher du mur. •
Suivez Roland-Garros au jour le
jour sur Libération.fr dans notre
dossier spécial.
Les finales NBA entre les
Golden State Warriors et les
Cleveland Cavaliers, qui débutent ce jeudi soir, sont
une digression sur le chiffre
quatre. Depuis la saison 2014-2015, on ne connaît que ces deux équipes à
ce stade de la compétition.
La NBA a toujours su produire des rivalités sur un
temps long (celle qui oppose Boston Celtics et
Los Angeles Lakers depuis
des lustres étant la plus fameuse) comme sur un
temps court (on pense aux
Chicago Bulls de Michael
Jordan éliminant les New
York Knicks de Patrick
Ewing six fois en huit ans).
Celle qui voit s’affronter
Cavs et Warriors est historique, puisque c’est la première fois qu’une même finale se répète quatre fois
d’affilée.
Ce chiffre, c’est aussi la
quantité d’«All Stars» (Stephen Curry, Kevin Durant,
Klay Thompson et Draymond Green ont été qualifiés pour le All Star Game,
censé sélectionner les
24 meilleurs joueurs de la
saison) que comporte l’effectif des Golden State War-
riors. Une concentration qui
n’est arrivée que de rares
fois dans l’histoire du basket nord-américain. La disproportion entre les qualités de cet effectif et celui de
Cleveland abolit en théorie
le suspense dans cette finale. Alors que la Cour suprême vient de lever l’interdiction des paris sportifs
dans 46 des 50 Etats du
pays, il faut d’ailleurs remonter à la saison 20002001 pour voir Las Vegas
donner une cote aussi faible
que celle distribuée aux Cavaliers cette année.
LeBron James peut être
l’homme qui fissure l’évidence que les chiffres et les
images assènent. L’idole de
l’Ohio porte son équipe depuis un mois et demi et paraît jouer l’un de ses
meilleurs baskets. On ne
sait pas trop quelles réponses physiques, tactiques et
techniques son équipe
pourrait opposer aux Californiens, mais le sport
reste le sport. Quatre serait
alors son nombre de titres,
la seule catégorie statistique dans laquelle il ne lévite pas.
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PRÉFECTURE
DIRECTION DE LA COORDINATION
DES POLITIQUES
PUBLIQUES ET DE L’APPUI TERRITORIAL
BUREAU DE L’UTILITÉ PUBLIQUE
ET DES AFFAIRES FONCIÈRES CB
Arrêté préfectoral n2018 - 1025
du 26 avril 2018
ARRÊTÉ DÉCLARANT
D’UTILITÉ PUBLIQUE
LE PROJET
D’AMÉNAGEMENT
DE LA ZAC COTEAUX
BEAUCLAIR À
ROSNY-SOUS-BOIS
Le préfet de la Seine-Saint-Denis,
Officier de la Légion d’honneur,
Officier de l’ordre national du Mérite
Vu le code de l’environnement ;
Vu le code de l’expropriation pour cause
d’utilité publique ;
Vu le code général des collectivités territoriales ;
Vu le décret n2004-374 du 29 avril 2004
modifié relatif aux pouvoirs des préfets, à l’organisation et à l’action des services de l’État
dans les régions et départements ;
Vu la délibération du conseil municipal de
Rosny-sous-Bois du 14 avril 2016 relative
à la désignation de la société publique locale (SPL) Rosny Développement en qualité
d’aménageur de la ZAC Coteaux Beauclair et
à la signature du traité de concession ;
Vu le traité de concession de la ZAC Coteaux
Beauclair signé le 19 mai 2016 entre la commune de Rosny-sous-Bois et la SPL Rosny
Développement ;
Vu la délibération du conseil municipal de
Rosny-sous-Bois du 8 décembre 2016 portant modification des statuts de la SPL Rosny
Développement et approuvant la nouvelle dénomination de la SPL Rosny Développement
en SPL PARis Est DEVeloppement (SPL
PAREDEV) ; Vu la délibération du conseil municipal de
Rosny-sous-Bois du 22 mai 2017 approuvant le recours à la procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique en vue de
l’aménagement de la zone d’aménagement
concertée (ZAC) Coteaux Beauclair, autorisant à solliciter du préfet l’ouverture d’une
enquête publique unique préalable à la déclaration d’utilité publique et parcellaire et
demandant à ce que la déclaration d’utilité
publique et la cessibilité soient prononcées
au bénéfice de la SPL PAREDEV ;
Vu le courrier du 24 mai 2017 de la SPL
PAREDEV sollicitant du préfet de la SeineSaint-Denis l’ouverture d’une enquête publique unique préalable à la déclaration
d’utilité publique et parcellaire relative au
projet d’aménagement de la ZAC Coteaux
Beauclair ;
Vu la note d’information du 29 août 2017 relative à l’absence d’observations de l’autorité environnementale, saisie par le préfet de
la Seine-Saint-Denis au titre de la procédure
de déclaration d’utilité publique du projet ;
Vu l’arrêté n2017-3084 du 20 octobre 2017
relatif à l’enquête publique unique regroupant une enquête préalable à la DUP et une
enquête parcellaire, qui s’est tenue du mardi 21 novembre 2017 au jeudi 21 décembre
2017 inclus ;
Vu le dossier soumis à l’enquête ;
Vu le rapport du commissaire enquêteur et
ses avis favorables sans réserves réceptionnés le 22 janvier 2018 ;
Vu la délibération nCT2018/04/10-22 du
10 avril 2018 par laquelle le conseil de territoire de l’établissement public territorial
Grand Paris Grand Est s’est prononcé, par
une déclaration de projet, sur l’intérêt général de l’opération projetée ;
Vu le courrier en date du 13 avril 2018 par
lequel la SPL PAREDEV sollicite le prononcé de la déclaration d’utilité publique du projet et la cessibilité des biens nécessaires à
sa réalisation ;
Vu l’arrêté n2017-3131 du 23 octobre 2017
donnant délégation de signature à Monsieur
Jean-Sébastien LAMONTAGNE, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de
la Seine-Saint-Denis, et publié au bulletin
d’informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 23 octobre 2017 (édition bis) ;
Considérant la nécessité d’acquérir les
biens immobiliers nécessaires à la réalisation du projet ;
Sur proposition du secrétaire général de la
préfecture de la Seine-Saint-Denis :
ARRÊTE
Article 1er : Est déclarée d’utilité publique,
au profit de la SPL PAREDEV, l’acquisition,
à l’amiable ou par voie d’expropriation, des
immeubles nécessaires à la réalisation du
projet d’aménagement de la ZAC Coteaux
Beauclair à Rosny-sous-Bois.
Le périmètre de la déclaration d’utilité publique est précisé sur le plan annexé au
présent arrêté.
Le document annexé au présent arrêté expose les motifs et considérations qui justifient son utilité publique.
Article 2 : La SPL PAREDEV assure la réalisation et le suivi des mesures destinées
à éviter, réduire, et lorsque c’est possible,
compenser les effets négatifs notables du
projet sur l’environnement ou la santé humaine, conformément au document annexé
au présent arrêté.
Article 3 : Le document annexé au présent
arrêté comprend, outre les éléments mentionnés aux articles 1er et 2, des informations relatives au processus de participation
du public et la synthèse des observations et
des autres consultations.
Il est mis en ligne sur le site de la préfecture :
www.seine-saint-denis.gouv.fr (rubrique
Politiques publiques / Aménagement du territoire et constructions / Enquêtes publiques).
Une version numérique du dossier d’enquête publique, comprenant l’étude d’impact, ainsi que le rapport et les conclusions
du commissaire enquêteur peuvent être
consultés sur Internet à l’adresse suivante : https://www.registredemat.fr/
rosny-sous-bois-dup-coteaux-beauclair.
Article 4 : L’expropriation doit être accomplie dans un délai de cinq ans à compter de
la publication du présent arrêté.
Article 5 : Le présent arrêté est publié au bulletin d’informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis.
Il est également inséré dans deux journaux
d’annonces judiciaires et légales du département par les soins et aux frais de la
SPL PARDEV.
Il est, en outre, rendu public par affichage,
pour un délai de deux mois, à la mairie de la commune de Rosny-sous-Bois.
L’accomplissement de cette mesure incombe au maire, qui en certifie la réalisation.
Article 6 : Le présent arrêté peut être déféré au tribunal administratif de Montreuil
dans un délai de deux mois à compter de
sa publication.
Article 7 : Le secrétaire général de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le sous-préfet du Raincy, le maire de la commune de
Rosny-sous-Bois et le président directeur
général de la SPL PAREDEV sont chargés,
chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté, dont copie est adressée au président de l’établissement public
territorial Grand Paris Grand Est, au commissaire enquêteur, au directeur de l’unité
départementale de la direction régionale et
interdépartementale de l’équipement et de
l’aménagement et à la présidente du tribunal administratif de Montreuil.
Les personnes intéressées autres que le
propriétaire, l’usufruitier, les fermiers, les
locataires, ceux qui ont des droits d’emphytéose, d’habitation ou d’usage et ceux
qui peuvent réclamer des servitudes sont
tenues de se faire connaître à l’expropriant
dans un délai d’un mois, à défaut de quoi
elles seront, en vertu des dispositions de
l’article L. 311-3, déchues de tous droits
à indemnité.
Le préfet,
Pour le préfet et par délégation,
Le secrétaire général
Signé
Jean-Sébastien LAMONTAGNE
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est interdite
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20 u
Libération Jeudi 31 Mai 2018
IDÉES/
«En Afrique, D
la lutte contre
le terrorisme
est la
nouvelle
rente des
régimes
autoritaires»
Recueilli par
DR
MARIA MALAGARDIS
Pour Marc-Antoine
Pérouse de Montclos,
auteur de «l’Afrique,
nouvelle frontière du
djihad?» les coalitions
antiterroristes ont
jusqu’à présent échoué
à gagner la confiance
des populations
locales.
e quoi le jihad est-il réellement le
nom en Afrique ? Les discours officiels le présentent avant tout comme
une «menace globale» contre l’Occident.
Mais est-ce vraiment le cas ? C’est la question que se pose Marc-Antoine Pérouse de
Montclos dans l’Afrique, nouvelle frontière
du djihad? un livre aussi percutant que dérangeant. L’analyse de ce chercheur de l’Institut de recherche pour le développement
(IRD) porte pour l’essentiel sur les trois principaux foyers jihadistes de l’Afrique subsaharienne: les shebab en Somalie, Boko Haram dans le nord-est du Nigeria, et la
nébuleuse Aqmi (Al-Qaeda au Maghreb islamique) au Mali. Elle le conduit à déconstruire les discours dominants et à critiquer
les opérations militaires menées par la
France au Sahel.
Comment différencier les trois mouvements jihadistes qui dominent
aujourd’hui en Afrique ?
Par leur enracinement tout d’abord. En Somalie, les shebab, même s’ils sont
aujourd’hui en recul, sont les seuls qui ont
tenu réellement un territoire dans un pays
où l’Etat s’est effondré. Au Mali, «la nébuleuse Aqmi», qui recouvre plusieurs groupes
se revendiquant d’Al-Qaeda, n’a finalement
gouverné que six mois en 2012, dans le nord
du pays. QuanT au Nigeria, Boko Haram a
contrôlé quelques zones rurales du Borno
mais n’a jamais réussi à gouverner quoi que
ce soit. Des trois nébuleuses jihadistes, c’est
la plus locale. Dans le cas du Mali, Aqmi a
une origine algérienne et est davantage connecté au monde arabe. Mais le prétendu
«Sahelistan» est un fantasme car ces groupes ne se coordonnent pas, n’ont pas d’ancrage outre-mer et n’ont pas commis d’attentats en Europe ou en Amérique du Nord.
Seuls les shebab ont quelques attaches avec
une diaspora somalienne «globale». En revanche, il n’y a pas de migrants kanouri (1)
qui soutiennent Boko Haram depuis Londres, ni de Français des banlieues partis en
masse au Mali pour combattre à Tombouctou. C’est une erreur d’appliquer à l’Afrique
subsaharienne les paradigmes d’analyse
que l’on utilise pour décrypter la situation
en Syrie ou en Irak.
Vous rejetez le qualificatif de «terroriste», alors même que ces groupes revendiquent des attentats sanglants.
Je qualifierais plutôt ces mouvements d’«insurrections». Il s’agit de guérillas qui ont
une base sociale et qui s’opposent à des
Etats jugés «impies» parce que corrompus
sur le plan politique et «moral». Mais la matrice idéologique n’est pas forcément la
cause principale de ces insurrections. J’ai
moi-même interviewé une soixantaine de
membres supposés de Boko Haram: un seul
a évoqué des motifs religieux pour justifier
son ralliement. Les insurgés se saisissent de
l’islam et des modèles révolutionnaires du
monde musulman pour justifier leur rébellion, d’où des références à Al-Qaeda et à
Daech qui relèvent plutôt de l’opération de
com. Et si on désigne par «terroristes» ceux
qui massacrent par surprise des civils innocents, alors il faudrait également qualifier
de «terroristes» certaines actions menées
par les armées africaines censées sauver des
vies en combattant ces groupes.
Vous dénoncez longuement dans votre
livre les effets pervers des coalitions antiterroristes…
Au Nigeria, je l’affirme, les forces de sécurité
tuent plus que Boko Haram. Et dans les prisons du pays, on assiste à des horreurs. Certes, les armées locales ne sont pas la cause de
l’émergence de ces groupes. Mais elles sont
devenues la cause de la prolongation des
conflits. Elles sont parfois perçues comme
des troupes d’occupation, commettent souvent des exactions, emprisonnent beaucoup
d’innocents, sont corrompues, se payent sur
la bête, etc. Ce qui pose une vraie question:
on présente la lutte antiterroriste comme un
moyen de sauver des vies et de stabiliser une
région, mais, en réalité, on se rend compte
que sur le terrain, ces forces armées perpétuent le cycle de la déstabilisation.
La France, qui est très engagée au Sahel,
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Libération Jeudi 31 Mai 2018
u 21
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Juillet 2013,
à Tombouctou (Mali)
les décombres
d’un mausolée détruit par
des islamistes.
PHOTO JOE PENNEY. REUTERS
tente pourtant de promouvoir depuis
un an la prise en charge par les Africains
eux-mêmes de la lutte antiterroriste,
avec la mise en place du G5 Sahel qui regroupe les armées de cinq pays de la région. C’est une erreur ?
Regardez la stratégie qui a été privilégiée
jusqu’à présent : les opérations militaires
conjointes se concentrent sur les zones frontalières, où il y a notamment de la contrebande. On cherche à l’éradiquer, sous prétexte qu’elle financerait les groupes
jihadistes. Mais, en réalité, dans ces zones
la contrebande fait vivre tout le monde !
Donc on voudrait faire accepter aux populations le principe d’une intervention militaire qui va les priver de ressources ? Pour
cette seule raison, j’ai de gros doutes sur la
capacité du G5 Sahel à avoir le soutien de la
population locale. Et s’il ne l’a pas, alors, ça
ne marchera pas.
Pensez-vous aussi que l’intervention
française au Sahel et au Mali soit vouée
à l’échec ?
Oui, et je l’ai écrit dès janvier 2013: le «terrorisme» n’est jamais que le symptôme de la
faiblesse de l’Etat malien. La réponse militaire ne suffit pas, c’est une œuvre de longue
haleine. Je ne suis pas opposé aux interventions militaires par principe. Elles sont parfois légitimes. Mais en intervenant au Mali,
on a dramatisé le risque que feraient peser
ces groupes jihadistes. On nous a présenté
Aqmi comme une menace transnationale
qui risquait de déstabiliser l’ensemble de la
zone en 2012. On nous a affirmé
droits des femmes, nous sort un
que l’intérêt national français
deuxième argument pour justiétait en jeu. Pourtant, est-ce que
fier la plus grosse intervention
la France a connu des attentats
militaire française depuis la
terroristes menés par des grouguerre d’Algérie: si la France est
pes jihadistes d’Afrique subsahaintervenue, c’est pour libérer les
rienne ? Non !
femmes voilées maliennes,
Mais il y avait tout de même, à
nous explique-t-il. Quand
l’époque, un contexte: les imaSarkozy avait sorti le même arges de destructions de mausogument, en 2008, pour justifier
lées, la charia imposée au
le prolongement de l’intervenNord-Mali, les jihadistes qui
tion française en Afghanistan,
descendaient vers Bamako…
MARC-ANTOINE
le PS avait dénoncé une «une
J’ai de sérieux doutes sur la capaPÉROUSE
guerre de civilisation». Et voilà
cité qu’auraient eu ces jihadistes
DE MONTCLOS
que Hollande, quatre ans plus
à poursuivre leur route au-delà
L’AFRIQUE,
tard, reprend le même discours.
de Mopti et à tenir Bamako, une
NOUVELLE
Au fond, est-ce qu’il ne faudrait
capitale d’un million d’habitants
FRONTIÈRE
pas commencer par «déradicaqui leur était hostile. Il y avait, de
DU DJIHAD ?
liser» nos propres dirigeants ?
toute façon, d’autres options sur
La Découverte
Car ces déclarations sont le
le plan militaire… Dans ce cas
160 pp., 14 €.
symptôme d’un aveuglement
précis, on a assisté à la mise en
idéologique. Lequel justifie
place d’un discours narratif parfois halluci- tout: pour combattre le spectre d’une prénant. Peu après le lancement de l’opération tendue menace globale, on n’hésite pas à
Serval, [le 19 septembre 2013 sur BFM TV, s’adosser à des dictatures, des régimes corndlr] Hollande justifiait son intervention au rompus et impopulaires. Du coup, on deMali en prétendant que les jihadistes massa- mande l’impossible aux militaires français:
craient des femmes et des enfants. C’était tenir des territoires sans avoir l’assentiment
totalement faux. Le seul massacre durant de la population.
cette période a été celui des soldats maliens C’est la pauvreté qui serait alors le cœur
d’Aguelhok, et encore, on ne sait pas avec du problème ?
certitude qui l’a commis. Reste que per- C’est un peu réducteur. La pauvreté est la
sonne, aucun média, n’a contredit Hol- toile de fond de tous les conflits africains
lande. Lequel, dans un discours tenu le qu’ils soient jihadistes ou pas. Mais les
8 mars 2013 à l’occasion de la Journée des foyers jihadistes n’émergent pas forcément
dans des zones les plus misérables. Et les
fondateurs de ces groupes ne sont pas non
plus issus des segments les plus pauvres de
la population. Bien plus que la pauvreté, ce
sont les inégalités sociales et le sentiment
d’injustice qui jouent un rôle important.
Une société où tout le monde est pauvre génère moins de conflit qu’une société où les
inégalités sont criantes et où le ressentiment contre les nantis génère de la colère.
On parie pourtant souvent sur l’aide au
développement pour apaiser ces tensions
Une aide au développement qui n’est pas accompagnée de garde-fous sérieux pour éviter son détournement, et d’un discours politique ferme, n’aura jamais aucun effet.
Prenons l’exemple du Tchad: aujourd’hui,
l’aide de la France consiste à payer les fins
de mois des fonctionnaires tchadiens. Pourquoi? Parce que l’argent de la manne pétrolière a été détourné. Donc au lieu de critiquer le président tchadien Idriss Déby,
fidèle allié sur le terrain militaire, on va continuer à injecter des fonds à perte. La France
ne critique pas ses alliés, elle refuse de conditionner l’aide à des changements de gouvernance. Les dirigeants concernés l’ont
bien compris: aujourd’hui, la lutte contre le
terrorisme, c’est la nouvelle rente des régimes autoritaires africains. De la même façon
qu’on fermait les yeux autrefois sur les dictatures africaines à cause de la guerre froide,
les régimes corrompus alliés à la France
jouent sur la peur du jihadisme pour obtenir
un soutien, et se racheter une conduite.
Les jihadistes peuvent-ils pour autant
prétendre proposer une vraie alternative ?
Ça n’a pas marché. A l’exception peut-être
des shebab qui ont tenu le sud de la Somalie
pendant quelques années, ces groupes n’ont
jamais démontré leur capacité à gérer durablement des territoires. Au contraire, c’est
bien la présence de Boko Haram dans le
nord-est du Nigeria qui a suscité un sursaut
démocratique et a permis l’élection de Muhammadu Buhari, en 2015. Quand on regarde la construction de nos Etats, on constate qu’elle s’est souvent réalisée par la
guerre. Ces crises fragilisent l’Etat mais obligent aussi la société à réagir, à créer de nouvelles solidarités. Rétrospectivement, les
historiens nous diront peut-être qu’il y a eu
des secousses dans les années 2010-2020
avec une résurgence de groupes jihadistes,
mais que tout ça faisait partie de la longue
histoire perturbée de la construction de
l’Etat dans cette zone du monde.
(1) Les Kanouri vivent à proximité du lac Tchad, au
nord-est du Nigeria dans l’Etat de Borno, au Niger,
et au Cameroun.
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22 u
Libération Jeudi 31 Mai 2018
IDÉES/
POLITIQUES
Par ALAIN DUHAMEL
Les fantômes de
l’aventure italienne
En nommant président du Conseil Carlo
Cottarelli, symbole de rigueur budgétaire
et d’orthodoxie européenne, Sergio
Mattarella a choisi la confrontation.
V
oilà de nouveau
l’Italie en homme
malade de l’Europe.
La victoire législative incontestable des deux partis
antisystème, la Ligue
(europhobe et xénophobe)
et
le
Mouvement
Cinq Etoiles (eurosceptique et démagogique), débouche sur une crise politique d’une extrême gravité.
Rome connaît à son tour un
fort courant de dégagisme.
Les partis de gouvernement traditionnels sont balayés. Les programmes des
deux mouvements victorieux sont aussi irréalistes
que contradictoires.
La Ligue prône des baisses
d’impôts radicales sur le
modèle de Trump. Le mouvement Cinq Etoiles préco-
L'ŒIL DE WILLEM
nise, au contraire, des dépenses sociales nouvelles
considérables. Les deux
sont néanmoins tombés
d’accord pour gouverner
ensemble. Ils ont en commun un rejet brutal de
l’énorme vague d’immigration à laquelle l’Italie a été
confrontée dans l’indifférence de ses partenaires
européens, une semblable
exécration de la classe politique et de l’administration.
Bref, leurs propositions les
opposent et leurs rejets les
unissent. Après l’échec de
la formation du gouvernement du Giuseppe Conte
en raison du refus du président de la République de
nommer au ministère de
l’Economie et des Finances
un europhobe notoire, c’est
un technocrate formé au
FMI, Carlo Cottarelli, qui
dirigera un gouvernement
de transition.
Bien entendu, ni la Ligue
ni
le
Mouvement
Cinq Etoiles ne lui accorderont la confiance, et ce sera
donc un simple ministère
chargé de conduire les affaires courantes jusqu’à de
nouvelles élections législatives cet automne. Tout est
en place pour que l’aventure italienne se termine
mal.
La crise politique menace,
en effet, de tourner à la
crise institutionnelle, le
président de la République,
Sergio Mattarella, un démocrate-chrétien proeuropéen étant violemment mis en cause. Son refus de nommer Paolo Savona (qui définit l’Europe
comme «une prison allemande») a été traité de
coup de force institutionnel. Le leader du Mouvement Cinq Etoiles appelle
à sa démission.
En fait, Sergio Mattarella a
utilisé l’un de ses maigres
pouvoirs institutionnels,
persuadé que la nomination de Paolo Savona
déclencherait sur le champ
une crise boursière et monétaire aiguë. Quelques signes en existaient en effet.
Reste qu’en nommant président du Conseil
Carlo Cottarelli, symbole
de rigueur budgétaire et
d’orthodoxie européenne,
il a choisi la voie d’une confrontation ou d’une provocation. Cela n’empêchera
sans doute pas le gouvernement de transition de remplir son rôle mais cela fait
encore grossir les tensions
politiques et économiques
italiennes. La Bourse de
Milan s’affole, les taux d’intérêt
remontent
rapidement.
Les conséquences sont redoutables. Politiquement,
le choix de Sergio Mattarella risque fort de provoquer une vague populiste et
nationaliste encore plus
violente que celle enregistrée aux élections législatives. La Ligue a d’ailleurs
déclenché une violente
campagne présentant
Carlo Cottarelli comme le
choix de Bruxelles, comme
la marionnette de l’Allema-
gne et de la France. Elle entame sa nouvelle offensive
électorale sur le thème de
l’«Italy First», et elle fait
théâtralement de Bruxelles, de Paris et de Berlin les
vrais responsables des malheurs italiens.
Or, l’Italie est déjà traversée
par un fort mouvement de
xénophobie contre les immigrés. Elle se divise désormais à propos de l’Europe.
Elle, qui fut l’un des
six pays fondateurs et longtemps un peuple europhile,
la voilà aujourd’hui partagée. Il est vrai que depuis la
récente amélioration de la
situation économique, le
sentiment pro-européen a
repris quelques couleurs.
Il n’empêche : la vague xénophobe déferle déjà, la
marée
nationaliste
s’avance. Les sondages préélectoraux promettent un
nouveau progrès de la Ligue qui appartient au
même groupe parlementaire européen que le Front
national. Les Italiens sont
devenus hostiles à tous les
pouvoirs en place, rêvent
de revanche et de sanction.
Il est probable qu’à la rentrée une majorité violemment protestataire, antisystème, certes, hétéroclite
et contradictoire se trouvera en position de force.
Or, il est évident que dans
cette hypothèse, une crise
financière et monétaire se
déclenchera en Italie. Elle
exaspérera encore plus les
passions. Elle peut réveiller
les fantômes des sentiments enfouis qui avaient
provoqué des décennies de
malheurs. La fibre nationaliste, xénophobe, antisystème mais autoritaire ne
prendra sans doute pas les
mêmes formes qu’au
XXe siècle.
Outre que les orages italiens auront inévitablement des répercussions en
Espagne, au Portugal et en
Grèce, il risque de rendre
les choix européens aussi
urgents et nécessaires
qu’impossibles. Les populismes et les nationalismes
progressent partout sur le
Vieux Continent. Si les partis antisystème se renforcent cet automne en Italie,
Paris, Berlin et Bruxelles
devront affronter l’une des
pires crises de l’histoire de
l’Union européenne. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Jeudi 31 Mai 2018
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HISTORIQUES
RENCONTRES
Philosopher sur le Rocher
Quels lieux la philosophie peut-elle construire ? Quel lieu
pourrait l’accueillir pour la transmettre aux générations futures? Ce sera le thème de la conférence d’ouverture, le 6 juin,
des Rencontres philosophiques de Monaco, présentée par les
philosophes Joseph Cohen, Benoît Goetz et Thierry Paquot.
Le soir, le sujet sera élargi à la culture: quelles maisons pour
les cultures ? Avec Raphael Zagury-Orly, Frédérique AïtTouati, Alain Fleischer et Bruno Racine. Le lendemain, plusieurs leçons de philosophie seront ouvertes à tous au Nouveau Musée national de Monaco. Il sera question de Wittgenstein et le langage avec Sandra Laugier, de Beauvoir et le sexe
avec Geneviève Fraisse ou encore de Deleuze et le désir avec
Miguel de Beistegui… Un prix 2018 honorera comme chaque
année un ouvrage de philosophie paru dans l’année.
Gratuit et ouvert à tous sur réservation : www.philomonaco.com
BLOG
La guerre, au-delà des mots
Laura Schwartz est franco-israélienne, Sabyl Ghoussoub franco-libanais, ils s’écrivent à travers un blog, En attendant la
guerre, pour conjurer leurs peurs. Cette fois, Sabyl se dit
au-delà des mots: «La guerre, ce mot qui me suit depuis mon
enfance. A cause d’elle, mes parents sont devenus des exilés.
Je suis né et j’ai grandi à Paris. Je suis retourné au Liban et
aujourd’hui, je ne veux plus y mettre un pied. Tout ça, à cause
de la guerre. La vivre, c’est recevoir des bombes sur la tête mais
aussi, se l’imaginer, se la projeter. C’est un mal qui ronge.
J’ai même peur en avion à cause d’elle, moi, qui n’ai jamais eu
la trouille dans les airs. Aussi bizarre que cela puisse paraître,
atterrir au Liban m’effraie. Je me demande toujours si, pendant
les quatre heures qui séparent Paris de Beyrouth, une guerre
ne se serait pas enclenchée entre nos deux pays. Le pilote aurait
alors à se poser sur une piste cabossée car notre aéroport reste
et restera toujours votre première cible. Je devrais te parler de
Gaza et Jérusalem mais je ne trouve plus les mots. Laura,
j’aimerais m’accorder une pause.»
Extrait du billet de blog de Sabyl Ghoussoub coauteur avec Laura
Schwartz de «En attendant la guerre» sur Libération.fr
REVUE
«L’Histoire» se raconte
Pour fêter son 40e anniversaire et insister sur le caractère toujours vivant et dynamique de cette discipline, la revue l’Histoire publie un numéro spécial : «40 ans de controverses».
C’est l’occasion pour Michel Winock de raconter en introduction le contexte historique de la création de la revue en 1978,
et d’évoquer quelques dates marquantes pour l’historiographie comme l’accession de la gauche au pouvoir en France,
le procès Barbie, la chute du Mur. Les thèmes de controverses
évoquées vont de la colonisation à l’antispécisme en passant
par l’histoire contrefactuelle, l’esclavage, les guerres de mémoires, l’identité nationale. La conclusion est laissée à Patrick
Boucheron, l’auteur de l’Histoire mondiale de la France, qui
interroge «la vérité en histoire».
En kiosque, l’Histoire, «40 ans de controverses», mai, 6,40 €.
Par
JOHANN CHAPOUTOT
Historien, professeur d’histoire contemporaine à
Paris-Sorbonne.
La SNCF, une histoire
française
Les viaducs et les tunnels en épingle, ce sont
nos pyramides d’Egypte. Et on voudrait fermer
10 000 kilomètres de voies, au nom de
la rentabilité ?
C
eux qui l’aiment prendront
le train. «Elle», c’est la
France: la beauté de ce pays
est sensible, palpable, au fil des parcours en TER, Corail ou TGV. Il y a
des lignes magnifiques : prenez
celle qui relie Marseille à Miramas,
au-dessus des ports et calanques,
ou celle, dite des «Hirondelles», qui
vous mène de Dole à Saint-Claude,
à travers le massif du Jura. Le train,
sur des lignes surchargées et sousdotées, peut être une épreuve, et la
gare Saint-Lazare, au petit matin, le
seuil d’une journée de fatigue. On
en oublie «la poésie» (j’ose à peine
ce mot, préempté par NKM pour le
métro parisien !) de la gare et du
train. La gare, lieu de projection et
de rêve, qui permet d’être encore ici
et déjà là-bas, par la poésie des indicateurs ferroviaires, des tableaux
d’affichage, des annonces, des vies
qui se croisent. Et puis, poésie du
voyage, de ce moment où l’on est en
tension douce entre là et l’ailleurs,
où l’on peut lire, travailler, réfléchir,
dîner tout en se déplaçant : c’est
magique, et c’est un pied de nez au
temps qui passe, une contradiction
proprement prométhéenne de notre finitude. Le train transforme
l’unidimensionnalité de notre existence en un univers en quatre dimensions: l’espace est là, celui dans
lequel on se meut, on agit, on pense
ou on aime – et il se déplace. Et
l’avion me direz-vous? Non: seul le
train nous permet de défier ainsi la
mort, en admirant, de notre siège,
la nature et l’œuvre des hommes.
Le train, c’est la France: notre pays
s’est construit par les 60 000 kilomètres de voies dont la IIIe République, essentiellement, l’a doté.
Des voies improbables, jalonnées
d’ouvrages d’art impressionnants,
en pierre de taille et fer forgé –viaducs, tunnels en épingle, et une voi-
rie titanesque. Ce sont nos pyramides d’Egypte – avec ces mairies
écoles et ses maisons de garde-barrière dont la République, au nom de
l’Etat, de l’égalité des territoires et
du droit de se mouvoir, a revêtu
l’Hexagone. Au nom de la rentabilité, il est des règles à calcul ambulantes qui, récitant pieusement leur
catéchisme managérial, veulent fermer, sur les 30 000 kilomètres qui
restent, environ 10000. Les conducteurs de travaux, les terrassiers et
les cheminots d’antan crieraient au
fou. Ils en pleurent, et nous aussi.
Qui dira aux gestionnaires, parfois
hauts fonctionnaires mais, surtout,
petits télégraphistes de la gestion,
que leur monde n’est décidément
pas le nôtre ? Que nous n’habitons
pas le même pays ?
Libéraliser ? Formidable : une fois
que la collectivité a payé les infrastructures, de son travail et de ses
deniers, une fois que le plus gros est
fait, accueillons les exploitants du
Le «nouveau
monde» a ses
exigences que
la raison ne connaît
point. On nous
promet rien moins
que le retour à
la situation de 1935,
quand les
«chemins de fer de
l’Etat» voisinaient
avec d’autres
compagnies.
u 23
privé qui vont concurrencer la
SNCF. La réussite, là où elle a été
mise en œuvre, est tellement éclatante, que l’on aurait tort de s’en
priver: voyez la Grande-Bretagne et
The Navigators, le film de Ken
Loach, si précis sur les conséquences techniques et humaines de la
balkanisation, de la valse des étiquettes, de la destruction d’un
monde de métiers, de techniques et
de compétences. Electrification
quasi inexistante (le diesel y est
roi), prix exorbitants, infrastructures en capilotade… Les Britanniques sont tellement heureux de
la privatisation de leurs lignes, par
Tony Blair, qu’ils réclament la renationalisation à 60 %. Quant à l’Allemagne… Disons que la Deutsche Bahn AG (société anonyme)
est la meilleure publicité imaginable pour BMW ou Volkswagen et
une vive incitation à passer son
temps sur l’autoroute. Mais le «nouveau monde» a ses exigences que la
raison ne connaît point. Quelle
nouveauté en effet: on nous promet
rien moins que le retour à la situation de 1935, quand les «chemins de
fer de l’Etat» voisinaient joyeusement avec d’autres compagnies,
dont les infrastructures avaient été
financées par la collectivité nationale, mais qui n’en étaient pas
moins ultra-déficitaires : 30 milliards de francs de déficit, soit 8 %
du PIB… A titre de comparaison, la
dette de la SNCF est de 2,2% du PIB
aujourd’hui –et il y aurait beaucoup
à dire sur la manière dont cette
dette est structurée.
Bref, nous avons un cas d’école: une
entreprise qui fonctionne, certes,
mal au regard de critères platoniciens, mais infiniment mieux que
les systèmes privés, va être affaiblie
et «mise en concurrence» pour
obéir à des dogmes qui ont fait
preuve de leur absurdité et de leur
nocivité un peu partout. C’est déjà
grave. Plus grave encore : le césarisme managérial actuel ne recule
devant rien – c’est à cela, entre
autres, qu’on le reconnaît –, pas
même devant des institutions chargées d’histoire et de symboles. La
SNCF, c’est la France, celle de la République, du Front populaire, puis
du CNR et de la Libération. Une
bien belle proie pour ceux qui accomplissent le programme que
Sarkozy, dans son épiphanie libérale, devait mener à bien, selon le
numéro 2 du Medef de l’époque,
Denis Kessler : «Défaire méthodiquement le programme du CNR.»
Déconstruire le territoire. Défaire la
France. •
Cette chronique est assurée en alternance
par Serge Gruzinski, Sophie Wahnich,
Johann Chapoutot et Laure Murat.
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24 u
Libération Jeudi 31 Mai 2018
Des Japonais dans un
bain public, vers 1930.
LIVRES/
ADOC-PHOTOS
«AuJapon, le bain
publicestrévélateur
d’unemanière
d’êtreavecautrui»
DR
Akira Mizubayashi, dont le nouvel ouvrage «Dans les
eaux profondes» revisite la tradition du «sentô» pour
appréhender la sociabilité nippone, analyse les
spécificités japonaises et s’inquiète pour la démocratie
dans son pays.
Recueilli par
ARNAUD VAULERIN
L
a chaleur et la moiteur, la propreté et la
nudité. L’expérience du bain japonais,
territoire de l’insouciance et de l’abandon, reste un moment rare, qui manque une
fois quitté l’archipel. Dans un livre personnel
qui oscille entre journal intime et essai discursif, Akira Mizubayashi s’immerge Dans les
eaux profondes du bain japonais. En évoquant
la coutume du sentô («bain public») qui est en
train de disparaître, l’écrivain revisite avec
nostalgie une certaine forme de sociabilité japonaise pour mieux sonder les travers de la
démocratie nippone. Entre Kyoto et Tokyo,
il revisionne le cinéma d’Ozu et son Printemps tardif, de Naruse et ses Nuages flottants, mais aussi celui de Miyazaki, Kore-eda
et Eastwood. Lecteur empathique et boulimique, il convoque Rousseau, Soseki, Patrick
Boucheron et son Trecento italien. Et au milieu de pages intimistes sur les siens, il se livre, en vigie inquiète, sur son pays.
L’an dernier, vous exploriez une passion
amoureuse et musicale dans Un amour
de mille ans (Gallimard). On vous retrouve aujourd’hui à évoquer le bain japonais. Comment est né ce livre ?
Ce livre part de mon premier texte rédigé en
français en 1983. J’étais encore élève à l’Ecole
normale supérieure. La revue Critique, alors
dirigée par Jean Piel, souhaitait consacrer un
numéro spécial au Japon. Quand j’ai évoqué
la passion des Japonais pour le bain, il m’a arrêté immédiatement : «C’est ça votre sujet.
Ecrivez-moi un texte sur la pratique du bain
au Japon.» Je me souviens de lui avoir demandé s’il était sérieux. J’ai donc conçu une
lettre à un ami fictif qui rendrait visite à mes
parents. J’ai décrit une forme d’initiation
pour un visiteur étranger introduit dans l’espace japonais et à qui on propose tout de suite
le passage dans la salle d’eau. Le bain public
reste quelque chose d’hybride, ni tout à fait
privé ni tout à fait public. Aujourd’hui, je profite de ce texte pour m’interroger sur l’espace
public et la question qui me préoccupe: après
soixante-dix ans d’expérience démocratique,
pourquoi en sommes-nous arrivés là ?
Mais comment faites-vous le lien entre le
bain public et l’étrangeté de la démocratie
japonaise ?
Le bain public est révélateur d’une manière
d’être particulière avec autrui dans la société
japonaise. Le mot-clé c’est l’«être-ensemble».
Je voulais partir du bain pour aller vers des
questions plus vastes, sociétales, existentielles et linguistiques. Nous vivons sous un gouvernement d’extrême droite qui cherche à
sortir du régime de l’après-guerre, selon une
expression chère à M. Abe [le Premier ministre, ndlr], c’est-à-dire de la démocratie tout
simplement.
Carrément ?
Carrément. On voit bien ce qu’il veut faire depuis qu’il est redevenu chef du gouvernement. Les lois qu’il a fait passer [sur les secrets
d’Etat, sur l’autodéfense collective] sont une
mise à mort de la Constitution de 1947. C’est
son plus grand projet, et il s’inscrit dans la lignée de son grand-père [Nobusuke Kishi, an-
cien criminel de guerre devenu à plusieurs reprises Premier ministre]. Je suis taraudé par
une question: «Pourquoi les Japonais attendent tranquillement la mort de la démocratie ?» C’est pourtant cette Constitution-là,
après l’hécatombe de la guerre de Quinze Ans, [entre 1931 et 1945, lorsque le Japon
conquiert une partie de l’Asie], et la catastrophe innommable des bombes atomiques en
août 1945, qui a permis au Japon de repartir
de zéro, de fonder une société entre guillemets «démocratique». A l’origine de cette indifférence structurelle, il y a la question de
l’être-ensemble.
Comment définissez-vous cet être-ensemble japonais, différent du français,
écrivez-vous ?
Les hommes vivent également en société
au Japon. Mais la notion occidentale de «société» ne peut pas vraiment s’appliquer à
quelque chose que l’on appellerait «société»
au Japon. A partir du XVIIe siècle, dans la conception européenne de philosophes comme
Hobbes, Locke, Montesquieu, Rousseau, la
grande idée, c’est le contrat social. Dans leur
esprit, les hommes vivent au départ dans
l’état de nature où ils ont la parfaite liberté de
poursuivre leurs intérêts privés. Ce qui peut
aboutir à un conflit, d’où la nécessité d’un
contrat social pour permettre à tous de vivre
de manière paisible. C’est l’ADN de la société
occidentale. Normalement, les gens se sentent responsables de ce qu’ils ont créé. Et
donc, ils peuvent le transformer.
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Libération Jeudi 31 Mai 2018
Au Japon, la société est une donnée naturelle.
Elle précède l’intervention des hommes, qui
ne l’ont pas fondée. En parlant du Japon,
M. Abe dit la «belle nature immuable de notre
pays». La nature est l’objet d’identification
des Japonais. Nous sommes arrivés en retard
par rapport à cette société. Donc nous ne pouvons rien faire, nous ne sommes pas responsables de cette chose-là, d’où cette indifférence structurelle des Japonais. On parle de
fatalisme japonais, c’est un peu cela.
Pourtant des projets collectifs ont existé
au Japon…
Oui, c’est l’ouverture du Japon vers le
monde occidental. Cela s’est fait sous pression américaine, comme avec les «vaisseaux
noirs» de Matthew Perry qui débarquent
dans l’archipel en 1853. Après 1945, nous
avons dû avaler des traités inégalitaires imposés par les puissances occidentales. Pour
ne pas être colonisés, il fallait se montrer à
la hauteur de ces nations, se doter d’une
Constitution, d’un Parlement, d’un système
juridique. Il y a eu, en effet, de la part du
peuple des projets et des efforts d’appropriation des valeurs issues des Lumières européennes, une sorte d’élan populaire pour les
libertés publiques et les droits fondamentaux. Mais cela a été vite étouffé. L’histoire
montre que c’est toujours l’Etat impérial,
dictatorial, qui l’emporte. En japonais, un
mot est important: «ikki», une forme de coalition, de contrat social avant la lettre, qui a
existé au Moyen Age. Mais ça ne dure jamais
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longtemps, c’est toujours écrasé par un autre
type de pouvoir autoritaire.
Pourquoi ça ne dure pas ?
D’abord, il y a cette conception naturaliste de
la société et aussi une approche ethnique de
la communauté fondée sur la pureté du sang
japonais. Sur ce plan-là, il y a très peu de pays
aussi fermés que le Japon. On a accepté combien de Syriens? Une dizaine! Cela fait partie
de l’inconscient collectif. Le mythe du sang
japonais, c’est l’opposé de l’esprit républicain.
Ce n’est pas le désir de vivre ensemble. C’est
avoir du sang japonais ou pas. L’étranger et la
pureté. Le dehors et le dedans. Ensuite, et cela
est lié au fait que j’écrive en français, il y a la
langue japonaise. Pourquoi y a-t-il cet immobilisme ? Pourquoi rien ne change dans ce
pays depuis des années ? Je me demande si
la langue japonaise n’a pas une part de responsabilité.
Dans sa propension à figer les choses ?
Oui. C’est une société fondée sur un système
de domination et de soumission qui passe par
la langue. Dans mon livre Une langue venue
d’ailleurs (Gallimard, 2011), j’évoquais ma rencontre avec le philosophe japonais Mori Arimasa. C’est lui qui m’a donné ce désir d’apprendre et d’écrire en français. Dans plusieurs
de ses ouvrages sur la langue japonaise, il s’intéresse au modèle d’existence binaire qui prévaut chez les Japonais. Ça veut dire que le locuteur japonais ne peut atteindre à la
conscience de son propre «moi» qu’en se
voyant comme le «toi» vis-à-vis d’un autre
«toi» qui est son interlocuteur. C’est ce qu’il
appelle le monde de la deuxième personne.
Cela signifie que les relations interpersonnelles japonaises ne sont pas construites sur la
base d’une confrontation entre le «je» et le
«tu». C’est comme si on fermait un espace où
le «moi» n’existe pas, où il y a deux «tu», l’un
à côté de l’autre. Selon un autre philosophe
de Kyoto, la forme d’existence la plus profonde, la plus pertinente chez les Japonais,
ce n’est pas la solitude, contrairement à ce que
l’on pourrait croire, mais plutôt l’existence
relationnelle à deux qui n’accepte qu’une
seule personne sous la forme de «tu».
Cela revient à dire que le locuteur se projette comme celui qui reçoit ses propres
paroles…
Exactement. Il s’agit du modèle de «tu» à «tu».
C’est ce que Mori appelle le monde de la
deuxième personne. Et le monde de la troisième personne, c’est le dehors. Donc l’univers se divise en deux: le dedans et le dehors.
Le dedans est occupé par les locuteurs, unis
par l’échange verbal, alors que le dehors reste
l’espace des inconnus, des monstres et de
l’autre finalement. Donc de la non-communication. C’est pour cela que le Japon peine à
faire exister la politique en tant que culture
du débat. Dans les conversations japonaises,
on a du mal à nommer ses interlocuteurs avec
la deuxième personne, on ne peut jamais dire
«anata» («tu», «vous»). Le modèle binaire de
«tu» à «tu» combiné avec le système des expressions honorifiques qui reflètent la struc-
u 25
ture verticale de la société constitue ce que
Mori appelle l’expérience japonaise.
Pourquoi écrivez-vous en français ?
Pour explorer d’autres possibilités. Avec une
autre langue, on peut construire un autre
type de relation. Quand je vis en France, dans
la langue, j’arrive à créer d’autres relations
que je n’aurais jamais au Japon.
C’est un renoncement ?
J’ai suspendu pour un temps non déterminé
mon activité d’écriture en japonais. Wittgenstein dit que les «limites de ma langue sont les
limites de mon monde». Il faut sortir de sa langue pour élargir les limites de son monde. Ce
n’est pas possible en japonais.
On a quitté le bain…
Le bain, c’est l’extension de l’espace familial.
On y est bien en famille, entre amis. On a l’impression que c’est un élément constitutif de
l’espace public, un peu comme le café, le théâtre ou le cabaret dans le monde occidental. On
peut amorcer une conversation dans le bain,
dans cet espace quasi public avec des gens
que l’on ne connaît pas, qui appartiennent au
monde du dehors. La politique, c’est l’art de
vivre avec des gens que l’on ne connaît pas,
l’art de rassembler les hommes afin qu’ils
s’expriment librement. Et c’est précisément
ce qui nous manque aujourd’hui au Japon. •
AKIRA MIZUBAYASHI
DANS LES EAUX PROFONDES :
LE BAIN JAPONAIS
Arléa, 220 pp., 19 €.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
26 u
Libération Jeudi 31 Mai 2018
LIBÉ WEEK-END
Chaque samedi, dans Libération, retrouvez
huit pages spéciales consacrées à l’actualité
littéraire. Cette semaine, rencontre avec
Emmanuel Ruben, romancier et «géographe
défroqué» obsédé par les frontières, qui a suivi
la route des migrants et longé le Danube à vélo.
Il publie Terminus Shengen (Le Realgar Editions)
et le Cœur de l’Europe (la Contre Allée).
LIVRES/
Dans «la Dernière
Photo», l’artiste
raconte son parcours
de naufragé de
la photographie,
qu’il a tant aimée
avant de la haïr.
L’
enterrement d’un photographe a ceci de bouleversant:
le corps part, les photos restent. Héritage précieux et encombrant, canevas de moments vécus et
de mémoire figée, les photographies
ont le pouvoir surnaturel d’ancrer la
présence alors que le temps défile.
Quand un photographe disparaît,
une page se tourne, laissant le triste
sentiment –peut-être plus fort que
pour n’importe quel autre artiste–
qu’il reste quelques cailloux sur le
chemin, des images comme des
échantillons du temps.
C’est à ses propres obsèques que
nous convie Franck Courtès au début de la Dernière Photo, son livre
en forme d’autoportrait. Car le photographe se considère «mort professionnellement». Alors qu’en 2016, un
cercle d’amis enterre Gérard Rondeau, portraitiste des peintres et
des écrivains, Franck Courtès s’imagine dans le cercueil à la place du
défunt. Cette agonie, il l’a pourtant
choisie, presque provoquée: photographe reconnu, signature en vogue
de la presse quotidienne et magazine, Franck Courtès a rangé Leica
et Hasselblad au placard à près
de 50 ans. Il a fourré négatifs, planches contact et tirages au grenier.
Dans la maison de campagne de la
Marne où il s’est isolé, une fuite du
toit goutte désormais sur ses archives : il n’en a cure. Chaviré par une
crise débordant largement celle de
la quarantaine, malade lors de ses
dernières prises de vue, Franck
Courtès a pris en horreur son ancien
métier. Qu’est-ce qui a tué le photographe en Franck Courtès ?
Humiliations. Dédicacé à un oncle marin pêcheur, «grand navigateur sujet au mal de mer», le livre
décrit un lent naufrage. Toute sa vie
professionnelle défile, de l’enthousiasme des débuts à la boulimie de
la maturité, jusqu’à la nausée des
derniers instants. Encore étudiant,
l’apprenti photographe s’invite candide chez Robert Doisneau dont il
fait le portrait. Souvenir charmant.
Puis, au fil des années, il épingle ses
proies comme un «collectionneur de
papillons», envoyé par les journaux,
sans cesse à la recherche de lieux
insolites pour faire ses photos :
Lionel Richie dans un parking,
Jacques Derrida dans des toilettes,
Jean-Louis Murat à New York,
Michel Polnareff à Los Angeles.
Franck Courtès, en 2014 à Paris.
PHOTO OLIVIER ROLLER. DIVERGENCE
Franck Courtès prend
ses déclics et ses claques
Philip Glass s’endort devant son objectif. Pierre Bérégovoy laisse paraître une grande solitude, peu avant
sa mort.
Enfant doué et gâté d’une période
faste pour la photographie de
presse, loué pour sa rapidité d’exécution et l’intuition de ses prises de
vue, Franck Courtès travaille pour
les Inrocks, Télérama, les maisons
de disque… C’est à Libération, journal à l’allure «d’école d’art» grâce au
directeur photo Christian Caujolle,
pape bienveillant, qu’il se sent le
plus libre. Puis, la lune de miel
tourne doucement au vinaigre.
Malgré une vie trépidante, le malaise affleure, la passion fusionnelle
pour la photographie devient asphyxiante. A trop étreindre,
l’amant fougueux a fini par se lasser… L’auteur souligne les paradoxes qui ont fait de lui le pantin
d’une presse devenue «servile» :
portraits exécutés en un rien de
temps, fatigue des voyages à l’autre
bout du monde, liberté de plus en
plus restreinte dans l’espace public,
images sous contrôle, dictature des
communicants, humiliations (Joey
Starr, sacré mufle), lutte pour se
faire payer comme si l’on demandait l’aumône et –c’est le pompon–
raz-de-marée de la technologie numérique qui relègue les utilisateurs
de l’argentique au rang de dinosaures. L’époque mutante achève de
faire vaciller le marin déboussolé,
naufragé dans les limbes de la détestation de soi.
Voyeurisme. Franck Courtès
peint son monde qui coule avec un
phrasé truffé d’images –et en images, il s’y connaît –, mitraillant les
métaphores méchantes : le photographe est soit un «pêcheur de grenouille» avec sa lourde cham-
bre 4x5, soit un chien qui «rapporte
la balle à son maître pour une tape
sur le flanc». «L’exposition photo,
c’est de la taxidermie», écrit-il joliment. Mais il n’est jamais aussi juste
que lorsqu’il raconte le sel de son
ex-métier. Portraitiste d’acteurs en
représentation, de compositeurs fatigués, de footballeurs perdus dans
des villes inconnues, d’hommes ou
femmes politiques méprisants, l’exphotographe éclaire le mystère de
la séance photo avec des mots plein
d’affects : un portrait, c’est avant
tout un face-à-face, entre deux
émotions, deux sensualités, deux
esprits qui se cherchent – parfois
sans se trouver – pour faire image.
Il est lucide sur sa façon toute
personnelle d’aborder les autres
pour en tirer le meilleur, entre naïveté, pudeur et déférence. Il décrit
aussi les silences, les agacements,
la sueur sur les mains, la tension
et parfois, l’état de grâce d’une
photo réussie.
Franck Courtès met des mots sur
l’implicite de la pose et du rapt que
constitue une prise de vue, moment
si intime et intrigant. Parfois excessivement nostalgique, vieux jeu, ingrat, arguant à tue-tête que c’était
mieux avant, il dénonce l’abêtissement généralisé, la foule droguée au
voyeurisme et dont – il en convient – il a été un rouage. Gorgé
d’amertume, Franck Courtès a troqué l’appareil photo pour la plume.
La Dernière Photo joue sur l’attente
de l’image terminale. Elle est forcément ratée. L’album se referme. Que
cela semble faire du bien de haïr ce
que l’on a tant aimé.
CLÉMENTINE MERCIER
FRANCK COURTÈS
LA DERNIÈRE PHOTO
JC Lattès, 300 pp., 19 €.
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Libération Jeudi 31 Mai 2018
u 27
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Récital «A présent : lâcher ce qu’on a connu/ n’être pas
étroit, mais/ somptueux : trouver un monde, un mot/
qu’on ne connaissait pas.» L’auteure de ces vers, la
poétesse américaine Eleni Sikelianos (photo), et sa
traductrice Béatrice Trotignon sont sur la scène du
Lieu unique, à Nantes, ce jeudi à 19h30. Lecture
concert avec Matthieu Prual (saxo), animée par
l’éditeur Bernard Martin (Joca Seria). PHOTO LEEMAGE
Le Lieu unique, quai Ferdinand Favre, Nantes (44).
Rencontre L’historienne Ludivine Bantigny (photo)
présente 1968, de grands soirs en petits matins (Seuil)
le 1er juin à 19 h 30 à la librairie Atout Livre. «L’événement 68, écrit-elle en introduction de son ouvrage, est
pétri d’expériences sensibles et affectives où les émotions jouent un rôle décisif. Emotions politiques s’il en
est, dans la joie soudain réveillée de bousculer l’ordre
des choses […].» PHOTO DR
Librairie Atout Livre, 203 bis, avenue Daumesnil, 75012.
Henry Spira, militant modèle de la cause animale
Ecrite en 1998 par
le philosophe Peter Singer,
la biographie de l’activiste,
traduite en français, montre le
rôle précurseur de ses actions.
C’
est un nom qu’on se refilait sous le
manteau, entre initiés de la cause
animale : Henry Spira. Sous la
plume du célèbre philosophe et théoricien du
droit des animaux Peter Singer, auteur de la
Libération animale, les néophytes francophones peuvent à leur tour saisir en quoi Spira est
un «modèle différent» pour qui entend «faire
de [ses] positions morales plus que de simples
mots – comment les transformer en actions,
afin qu’elles puissent avoir un impact sur le
monde». Derrière un titre énigmatique (Ethics
Into Action, initialement publié en 1998, est
devenu Théorie du tube de dentifrice), Singer
déroule la biographie «militante» d’Henry
Spira. Mort en 1998, Spira a établi au fil des
ans un mode d’emploi de l’engagement actif
dont se revendique aujourd’hui l’association
française L214, connue pour ses images des
lieux d’élevage ou d’abattage tournées en caméras discrètes. Considérant que «le pouvoir
n’accorde rien si on ne l’exige pas», le BelgoAméricain a tracé une ligne de conduite au
plus loin de ceux qui, selon sa formule, «prétendent défendre la liberté mais désapprouvent l’agitation» –ce qui reviendrait, dit-il, à
vouloir «la pluie sans le tonnerre et les
éclairs». Mais du temps de cet homme né
en 1927, on n’envisageait pas encore de réveiller l’opinion à grands coups d’images choc
sur les réseaux sociaux. Ce sont l’expérience
et les tâtonnements qui lui serviront de guides sur le chemin des revendications.
Marin, syndicaliste, journaliste, enseignant
et finalement activiste à temps complet, Spira
a d’abord défendu les travailleurs et les droits
civiques. Et c’est au début des années 70, en
assistant à un cours du soir pour adultes
donné par Peter Singer lui-même, qu’il en
vient à constater «que les animaux sont en bas
de l’échelle en matière d’oppression et d’exploitation et qu’ils ont donc plus besoin de notre
aide que quiconque». Et décide d’en faire son
combat personnel. Fort de ses engagements
précédents, il édifie alors une méthodologie
très concrète qui lui permet le plus souvent
de faire plier ses adversaires qui exploitent les
bêtes. D’abord, il identifie la meilleure cible
en fonction de l’opinion publique, de la souffrance causée et des possibilités de changement, puis il engage une médiation en proposant une voie de sortie réaliste (au besoin, il
intervient lors des assemblées d’actionnaires)
et finalement il alerte l’opinion. La recette
sera maintes fois éprouvée par le militant, au
point que sont dégagés dans le dernier chapitre de sa biographie les «principes essentiels
pour ceux qui souhaiteraient employer les méthodes d’Henry».
Et sa logique s’est révélée efficace –redoutable, même. Alors que des groupes de pression
anti-vivisection vivotaient depuis plusieurs
décennies, Spira va obtenir de réels succès.
C’est par exemple sous sa pression que le muséum d’Histoire naturelle de New York cesse
ses expériences sur le comportement sexuel
des chats, ou que la marque de cosmétique
Revlon finance des recherches sur les tests
sans animaux, entraînant ses concurrents
dans son sillage. Ainsi Spira –dont l’association ne comptait aucun membre – parviendra-t-il à réunir à plusieurs reprises de très
larges coalitions de militants derrière ses
coups de force. Pour l’auteur de Théorie du
tube de dentifrice, le bilan est sans appel: «En
vingt ans, ses méthodes de campagne uniques
ont fait davantage pour réduire la souffrance
animale qu’aucune autre action entreprise au
cours des cinquante années précédentes.»
AURÉLIE DELMAS
PETER SINGER
THÉORIE DU TUBE DE DENTIFRICE
Traduit de l’anglais (Australie) par
Anatole Pons. La Goutte d’or, 350 pp., 18 €.
Mon père, ce dictateur
L
e 22 décembre 2011,
dans une maison de
santé du Wisconsin
réservée aux démunis, décède à 85 ans Lana Peters.
Sa dernière volonté ? Qu’on
jette ses cendres dans le Pacifique, loin de la Russie.
Son identité ne saurait
tromper Poutine, ce «colonel du KGB sorti de l’ombre» : elle craint qu’il
veuille récupérer le corps
de la fille de Staline. Non
qu’elle soit, comme son
père, paranoïaque. Après
une existence de persécutions, elle ignore qu’elle
n’est plus un enjeu idéologique, comme du temps du
stalinisme, de la guerre
froide ou de la pérestroïka.
Ainsi ce récit de vie s’inscrit-il dans le registre des
biographies collectives qui,
partant d’un individu, renseignent sur tant d’autres.
Sur Staline, bien sûr, mais
aussi sur le cercle de ses intimes, parents et proches,
qui ne seront pas épargnés
par sa folie. Mais avant
d’être le dictateur devant
lequel chacun tremble, il
est d’abord pour Svetlana
un père, aimant et aimé,
dont, petite, elle est la préférée, avant de devoir se
soumettre à ses ordres.
«La petite princesse
du Kremlin» ne saisit pas
d’emblée leur sens politique ni leur impact sur son
existence. Mais si l’amour
filial est aveugle, la jeune
fille guérit de sa cécité face
aux condamnations qui
touchent les membres de
sa famille, à la disparition
inexpliquée de son entourage, à la froideur de ses camarades rendus orphelins
par la vindicte du «Père des
peuples». L’ouvrage enrichit les recherches sur
cette catégorie de victimes
collatérales à laquelle appartiennent, entre autres,
les enfants des nazis ou des
collaborateurs.
Si être épouse de dictateur
relève a priori d’un choix,
en être les descendants,
c’est être écartelés entre affection et réalité, devoir adhérer à celle-ci ou la haïr.
Svetlana se débat pour
échapper à ce piège alors
que, son père mort, elle ne
peut même pas épouser qui
elle veut ou vivre dans
l’anonymat auquel elle aspire. Son rejet d’un héritage trop lourd, sa quête
d’un amour qui ignorerait
son passé la conduit à la recherche obsessionnelle de
«l’homme de sa vie», en des
comportements excessifs
qui vouent projets et mariages à l’échec.
En 1967, elle cherche refuge
aux Etats-Unis, sans ses enfants. La voilà transfuge,
bien encombrante à cette
époque de dégel diplomatique. Le lecteur découvre le
quotidien des exilés communistes que rien n’a préparé à vivre dans une société de consommation, ni
à prendre en toute autonomie des décisions. Svetlana
devient la proie facile
d’une secte, attirée par la
fortune procurée par la publication de ses mémoires.
Dans son pays natal, retrouvé quelques mois, pas
plus qu’ailleurs, elle ne
trouve sa place, «toute [sa]
vie prisonnière politique de
[son] père».
YANNICK RIPA
CLAUDE-CATHERINE
KIEJMAN
SVETLANA.
LA FILLE DE STALINE
Tallandier, 350 pp., 20,90 €.
Gallimard
présente
ARTANA !
Photo F. Mantovani © Gallimard
La biographie de
la fille de Staline
décrit le poids
d’une figure
paternellle
envahissante
et l’impossibilité
de vivre dans
l’anonymat.
ARTANA !
roman
Gallimard
DIDIER
DAENINCKX
Artana ! Artana !
ROMAN
« Avec une écriture efficace et directe, Didier Daeninckx dresse
dans son roman Artana ! Artana ! un tableau accablant des
territoires oubliés de la République. »
Adeline Farge, Liaisons Sociales Magazine
gallimard.fr I facebook.com/gallimard
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28 u
L’ANNÉE 68
Libération Jeudi 31 Mai 2018
Jusqu’au 1er juin, Libération donne quotidiennement carte blanche à des
écrivains pour évoquer les événements, les souvenirs, l’héritage ou l’imaginaire
de chacun des jours de Mai.
Le 31 mai
vu par Thomas Clerc
«VOILÀ, 68 N’A ÉTÉ
QU’UNE FARCE…»
En cette fin de crise, reportage imaginaire dans
les pensées du Général.
de «tout le pouvoir aux Soviets»! On très français… Tout va rentrer dans
verra qui me soutient dans ce pays… l’ordre, l’ordre que j’aime tant, que
Les partis? Non! Les partisans? En- les Français réclament… Qu’a-t-on
core moins! Mais alors qui? Fernan- eu depuis trente jours ? Six morts?
del? Chaban? Brigitte Bardot? Peu c’est fâcheux… c’est sûr… mais
importe, je suis toujours seul mais quoi? Aux Etats-Unis, au Mexique,
j’ai retrouvé la France ! La France on fait tirer sur la foule (Il prononce
veut tourner la page de Mai, et nous “folle”)… Chez moi, on préserve la
allons l’y aider… La France est plus jeunesse… Une nuit de Pigalle regrande que les Franpeuplera tout ça ! Non,
çais… Je me suis toumais… six morts ! Les
jours battu pour la
maoïstes ont tué
France… Pompidou
40 millions de Chinois
n’est pas trop mal…
et on vient me chinoiser
on l’oubliera… mais il
six morts… La belle affait son devoir… un
faire ! Et soyons précis,
politicien doit saisir
parmi ces six morts,
le présent à la gorge…
il y a un poulet… ça n’a
Moi aussi je peux
pas pété, je me répète !
faire le politicien !
Né en 1965,
(Il émet un pet)… merci!
Ah ! ah ! ah ! (Il rote).
Thomas Clerc est
… Hier la France est veDonc, Fouchet part,
romancier,
nue me dire merci…
et Marcellin arrive à
essayiste et
bravo, mon Général !
l’Intérieur… Très
chroniqueur
Les Champs-Elysées,
bien… Marcellin, c’est
à Libération
eh! oui, il n’y a pas que
le “vrai Fouché” !
le Quartier latin dans la
(Il sourit de son bon
Dernier ouvrage
vie, il y a aussi la rive
mot)… Marcellin,
paru : POEASY.
droite… Ils étaient comc’est un vichysto-réGallimard,collection
bien dans la bataille ?
sistant… très utile,
«L’Arbalète», 2017.
Marcellin dit 700 000,
GALLIMARD
I
l faut imaginer le général de
Gaulle seul dans son austère bureau présidentiel. Il monologue.
C’est un crâne dans une tempête…
… Et voilà… je les ai eus… Tous… Je
peux perdre, mais je ne perds jamais… Qui disait cela, déjà? Napoléon ? Scapin ? Adamo ? Voyons…
nous sommes le 31 mai… Il y a
trois jours, j’étais perdu… oui,
perdu… perdu rime avec Massu !
Ah! ah! ah! (Il rit). Mais me revoilà
comme en 40, propre comme un
sou neuf, et demain Mai sera fini, en
barque sur le Rhin… comme disait
Apollinaire… J’ai repris la main…
Plus tard, on m’appellera Charlie…
On me caricaturera… puis on rendra
hommage à ceux qui m’ont caricaturé… les grands événements se
produisent d’abord comme tragédie, ensuite comme farce; voilà, 68
n’a été qu’une farce… Une farce qui
a failli nous coûter cher tout de
même… oui, c’est vrai… mais j’ai
évité la tragédie…
Donc, j’ai repris la main… J’ai dissous l’Assemblée nationale… Je remets en cause ma propre légitimité… Qui dit mieux?… On est loin
il exagère… Non… je dirais 500000,
c’est déjà pas mal… La démocratie
n’est pas la quantité, mais tout de
même… en plus, j’ai les artistes avec
moi… on s’en apercevra plus tard…
Malraux, Mauriac, Chagall, au cinéma Melville, oui, j’ai des juifs avec
moi, il n’y a pas que Cohn-Bendit…
(Il allume la radio. La radio crépite).
«Mesdames… sieurs… le bilan… manifestation du 30 mai… (Inaudible)… raz-de-marée… la rue a
parlé… une autre rue…» (Le Général
éteint d’un geste net…) et voilà… l’information, n’est-ce pas magnifique?
Les Français ne m’aiment plus, mais
ils me respectent encore un peu…
Les gauchistes, intelligents, mais ils
n’auront jamais de base populaire,
jamais… Elections, piège à cons! Ce
n’est pas faux… j’approuve secrètement… mais il faut se déprendre
de ses convictions… Les gauchistes
n’ont que des convictions, les communistes n’en ont même plus!
Bon… faisons les comptes, une fois
de plus… Qu’est-ce qu’on trouve à la
Chambre ? Des députés, oui, mais
des sûrs? Combien? Commençons
par les ennemis, on verra ce qui
nous reste… Les communistes vont
faire 20 %, peut-être 25, parce que
les gauchistes leur ont posé pas mal
de problèmes, bien plus que les
droitistes pour moi! Je n’ai pas d’ennemis à droite, puisqu’il n’y a personne à ma droite… Je n’ai pas eu de
Tixier-Vignancour pour me contester, Le Pen n’est qu’un soldat borgne… Bon, Mitterrand m’a mis en
ballottage il y a trois ans, mais il a
loupé son rendez-vous avec le peuple…il peut faire 10%, et encore, si
toute la Nièvre vote pour lui…
58…58…c’est mon chiffre, ce n’est
pas le sien…
Restent les gauchistes, la grande inconnue… ah ! ils m’auront barbé,
ceux-là ! Eh oui, c’est la jeunesse
éclairée, la plus dangereuse ! Cela
dit, l’avantage avec les anarchistes,
c’est qu’ils sont par essence incapables de fédérer… Oui, le PSU, c’est
trois mensonges… ni unifié, ni socialiste, ni parti…Mais ces mensonges – et tout le problème est là –
peuvent plaire… dans ce cas, je
l’aurai dans le baba! Je pense, malgré tout, que le Français de Laval
(sic) ou de Bruay-en-Artois (sic ulté-
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31 MAI : L’ÉTAT SE
REMET EN MARCHE
rieur) se moque du (Il détache les
syllabes) Pa-rti so-cia-liste u-n-ifié…
Rocard? C’est le nom d’une danse?
La France est une province, pas une
capitale… Donc, le PSU (Il prononce
«psu») fera 5 % et des poussières…
J’arrive à 35 % d’opposants… 40,
avec la marge d’erreur habituelle…
il me reste donc environ 60 % de
«favorables»… (Il s’interrompt, et
médite, se dirige vers la fenêtre du
bureau, l’ouvre, regrette de ne plus
fumer, la referme). J’ai 30 % de
«gaullistes», pas plus, c’est là que je
suis, comme toujours, «refait»! Enfin, en 40, j’en avais 1 %, et en 58
peut-être 10 ou 20… on progresse,
on progresse…
Bon, l’autre inconnue, c’est les
«mous»… c’est toujours l’inconnu,
les mous ! J’entends par là le Centre… Lecanuet! Je suis mis en danger par le maire de Rouen! Comme
ironie, c’est imparable… Un Normand vous défie et tout est à rejouer… Que je hais ces politicards…
ces centristes… ces couilles molles… ces Lecanuet… ces collabos…
qui sait s’ils me soutiendront ? Ils
poseront leurs conditions, ils feront
les importants… Lecanuet l’important ! L’homme de l’année ! Monsieur Bovary, oui… Bon, qu’est-ce
qui peut les pousser à voter pour
moi ? La peur du rouge, comme
d’habitude… Et les Républicains indépendants ? Giscard… un financier… plus quelques «divers
droite»… des forces d’appoint… des
supplétifs ! Je m’en tirerai grâce à
l’attraction inverse du PC, grâce au
désordre… quel énorme avantage
que le désordre ! En France, on
n’aime pas le bazar. 68, c’est un
grand bazar qui doit finir… qui doit
périr…qui doit mourir…
Donc, j’ai a priori ma Chambre…
Bien sûr, il y a les super-mous, les
abstentionnistes… mais ils ne représentent rien… les Français iront
voter parce qu’ils en ont assez… Ils
préféreront de Gaulle au bazar et de
Gaulle à Lecanuet, donc, théoriquement, j’ai gagné… J’ai eu raison de
dissoudre… (Il joue avec un ballon
de baudruche qui représente la
France. Il souffle dessus, il le pousse
de la main, s’amuse avec sa légèreté).
Sixmorts! Un jeune barricadé, deux
ouvriers de Sochaux, un lycéen à
Flins et un colleur d’affiches communiste… 51 millions de Français,
le monde entier rivé sur la France…
Tout de même, hier ce fut une réussite… avec ce que ça comporte de
chance, évidemment… j’ai toujours
eu la chance avec moi… on ne peut
pas gouverner sans… J’ai remarqué
que les gens de gauche n’avaient pas
de chance… en général… un mystère, une prédestination peut-être?
Mendès, pas de chance, Mitterrand,
pas de chance, les cocos zéro
chance… (Il fait un geste caractéristique de la main, il évente une mouche imaginaire)… Mon dieu, ce qu’il
fait chaud… oui j’ai eu chaud tout de
même… Enfin, l’été arrive, c’est
bientôt fini, j’attends les élections…
Nous aurons une nouvelle chambre… En 93, les Girondins furent
renversés par les Montagnards un
31 mai… Eh bien moi, je venge les
Girondins ! J’arase la Montagne !
Rendez-vous au Palais-Bourbon !
(Il baille).
THOMAS CLERC
Vendredi, dernier épisode de notre série,
le 1er juin vu par Laurence Cossé.
Gare de l’Est, Paris,
le 22 mai 1968. PHOTO
ÉLIE KAGAN. COLL.
LA CONTEMPORAINE.
Mi-photographe mimilitant, Elie Kagan
(1929-1999) est
témoin et acteur de
Mai 68. Au cœur
des manifs et des
révoltes étudiantes,
des premières barricades artisanales
de Denfert-Rochereau au Quartier
latin, aux luttes des
travailleurs,
il séquence ces
émeutes du 29 mars
au 30 mai et collecte
les traces historiques
de l’agitation des
occupations de
la Sorbonne
au Théâtre
de l’Odéon. L’ensemble du fonds Elie
Kagan est géré par
la Contemporaine.
A la fin était le verbe. L’extraordinaire
algarade du général de Gaulle a
produit ses effets. Apaisé, satisfait, il a
écouté de sa fenêtre de l’Elysée l’écho
de la grande manifestation des
Champs-Elysées. «Il y a du monde,
c’est bien !» Ajouté au discours
radiodiffusé, le fleuve gaulliste a
achevé de rasséréner les pouvoirs.
Aussitôt, l’Etat se remet en marche. Le
matin du 31, on organise le retour de
l’essence dans les pompes des
stations-services, qui permettront au
Français de partir en week-end
profiter du beau temps. Le Conseil
des ministres procède à un
remaniement très partiel : FrançoisXavier Ortoli succède à Alain
Peyrefitte au ministère de l’Education
nationale. D’autres ajustements
mineurs sont réalisés. Pompidou est
toujours en place. Il a devant lui la
perspective qu’il appelle de ses vœux
depuis une semaine : des élections
générales où il est sûr que le parti de
l’ordre, effrayé par «la chienlit»,
angoissé devant le danger
communiste pointé par le Général
dans son adresse au pays, ira voter en
masse pour le pouvoir en place. On
commence à préparer le scrutin, on
reprend langue avec les syndicats
pour mettre fin à la grève, moyennant
quelques concessions
supplémentaires. Déjà Mitterrand est
attaqué pour sa déclaration
prématurée, qu’on dénonce comme
une entreprise factieuse (alors que
Mendès, curieusement épargné, a
prononcé la même le 29 mai).
Dans les usines, les uns pensent déjà à
la reprise du travail. Les autres
veulent continuer la grève en dépit du
changement de situation, fascinés
par la brèche qui s’est entrouverte
dans le cours ordinaire du temps,
saisis de la folle espérance du
changement radical. Les étudiants
toujours fiévreux cherchent une
riposte. Ils convoquent une
manifestation pour le lendemain,
avec pour slogan «Elections,
trahison !» ce qui ne pas concourir à
leur popularité.
Mai va continuer en juin, mais comme
un codicille violent et de plus en plus
minoritaire. Les plus lucides ont
compris que la fête est finie. La peur
de l’opinion, la panique de la
bourgeoisie, l’inexpérience des
révolutionnaires, la prudence du Parti
communiste, les hésitations de la
gauche officielle ont fait manquer le
coche du grand chambardement.
De Gaulle reste, vainqueur affaibli de
l’épreuve de force. Il compte déjà se
lancer dans un vaste programme de
réformes qui répondra à la crise de
civilisation qu’il a diagnostiquée.
Pompidou reste, vainqueur renforcé,
qui songe déjà à l’après-gaullisme,
dont il compte bien devenir le
réceptacle et le successeur, porté par
le bloc conservateur allergique au
mouvement populaire et fatigué des
fulgurances du Général. Mai
s’estompe déjà. Mais dans les têtes,
l’aventure entrevue, la rupture de
l’ordre établi réussie pendant
quelques jours resteront comme une
graine qui ne demande qu’à fleurir.
LAURENT JOFFRIN
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Libération Jeudi 31 Mai 2018
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De né sous X à XXL
Olivier Rousteing Le directeur artistique
hyperconnecté de la maison Balmain s’est forgé
une identité et un ego en béton.
I
l sort de son cours de boxe quotidien mais n’a rien de l’essoré par l’effort. Plutôt d’attaque : poignée de main et
regard fermes, il ne tique pas quand on demande l’absence
d’attaché de presse. En marinière, il a la fraîcheur du matelot:
le maquillage «nude» est impeccable, le gloss sur la bouche
pulpeuse à peine décelable. Du bel ouvrage réalisé par Gregoris, «make up artist qui accompagne Olivier sur tous ses projets», a-t-on appris en amont. Falbalas de créature queer, sifflerait la vipère. Pour nous: confirmation qu’Olivier Rousteing
ne laisse rien au hasard en matière d’image, de communication. Il en est un as, pèse aujourd’hui 3,8 millions d’abonnés
sur Instagram où il chronique sa vie, son œuvre avec force selfies et duck faces. De quoi court-circuiter
les pythies alors qu’il y a sept ans (il en
avait 25), quand il est passé chez Balmain
d’assistant à remplaçant du fébrile Christophe Decarnin, parti sur burn-out, c’est en impétrant saugrenu (trop jeune, inconnu, et métis dans un biotope de cols
blancs) que Rousteing a été accueilli.
Et puis, il muscle le chiffre d’affaires, à la hausse constante
depuis une dizaine d’années. De quoi justifier l’enthousiasme
de la société qatarie Mayhoola for Investments, qui a claqué
500 millions d’euros en 2016 pour racheter la marque alors
que les estimations tournaient autour de 300 millions à
400 millions d’euros. Le nouveau PDG, Massimo Piombini,
pépie sur la pépite : «Balmain, aujourd’hui, c’est Olivier» ;
«Il s’implique dans tout, le vêtement bien sûr mais aussi
l’image, la commercialisation, le merchandising»; «De par son
âge, il est très proche de la génération future, ce que toute marque cherche» ; «On va lui donner les moyens de monter très
haut».
Emmenée par le gandin Rousteing, Balmain est devenue une
référence du bling pour bombasses, notamment du show-biz,
et le buzz a suivi. Le tandem R&B, c’est le too much à pleins
tuyaux. De la dorure à gogo, du lamé, de
la broderie, de la transparence, sur une silhouette fuselée à mort. Adeptes de la discrétion et du sempiternel chic s’abstenir,
même ses collections homme osent la fioriture. Mais la femme
est la locomotive, porte la culotte. Elle est une amazone triomphante, une pièce montée assumée, une jouisseuse. En défilé,
ça donne des ambiances festives, rutilantes, où les filles ont
moins l’air de zombies qu’ailleurs. Et hors podium, hors physiques millimétrés, Rousteing s’appuie sur des transgres-
LE PORTRAIT
seuses voluptueuses de première catégorie: ses amies divas
Kim Kardashian et Rihanna. Il confirme, en rigolant: «Ah oui!
j’aime l’over dans tout! D’ailleurs, overglam, oversexy, superficiel, on m’a collé toutes les étiquettes…» Et puis, sérieux: «Moi,
je dis que je suis pop, pour populaire, je veux faire rêver les gens.
Ce qui m’a toujours motivé, c’est la diversité, en termes de races,
de corps, de shapes [formes]. J’ai été critiqué dans le choix de
mes égéries, avec des mots comme “vulgaire”… Le milieu de la
mode qui se dit avant-gardiste est en fait très conservateur.
Moi, je ne m’adresse pas qu’au front row [le premier rang des
défilés, ndlr]. Les gens se plaignent beaucoup des blogueurs,
des influenceurs, et qu’on lise moins les magazines, mais il faudrait aussi se poser la question du pourquoi… Si les gens n’ont
pas su capter la nouvelle génération, c’est bien qu’il y a une remise en question à faire, non? On pourrait au moins me reconnaître la prise de risques.» Rousteing est poupin mais a le
verbe bien vertébré, musclé, voire brutal, loin de l’image de
folle du dancefloor qu’il promène. Il renvoie : «Je sais. Mais
si c’était le cas, on ne serait pas en train de faire cette interview.» Ambition XXL et gros bosseur revendiqué, il balance
en puncheur qui cherche le KO: «Dans la mode, les gens se plaignent tout le temps, “on a trop de collections à faire, trop de ci,
trop de ça”, ça me saoule… Mais changez de métier si vous n’êtes
pas content !» Le seul collègue qu’il loue spontanément
est le pape et métronome
23 septembre 1985
«Karl». «Je l’adore et je l’adNaissance à Bordeaux.
mire. C’est dans ce milieu le
2003 Travaille chez
plus bienveillant à mon
Roberto Cavalli
égard, et j’aime son ouverture
en Italie.
d’esprit, son approche vi2009 Entre
suelle, son ironie, on rigole
chez Balmain.
bien ensemble.» Mais c’est
2011 Nommé directeur
Jupiter qui a carrément fouartistique de Balmain.
droyé le frondeur fashion
– attention, avalanche de
Chantilly: «Je suis totalement fan de Macron, des Macron. Elle
représente la France dans toute sa splendeur. Et lui, c’est le rêve
français, pour moi, sa trajectoire prouve que la France est
ouverte à un nouveau type d’histoire, d’approche politique, et
que l’important n’est pas d’où on vient mais où on va.»
Le fonceur Rousteing ne sait pas d’où il vient et il en a fait son
moteur: «Du coup, je pense que je peux aller partout, je n’ai pas
de limites, c’est ma force.» Il est né sous X et l’a dit à maintes
reprises, comme le fait d’être gay – la mise à nu peut même
être littérale, pour une couverture de Têtu en 2015. Adopté
bébé par un couple de Bordelais (blancs), une opticienne et
un cadre du Port autonome, il décrit des parents très aimants,
«scientifiques mais cultivés, ouverts, j’ai eu beaucoup de chance
de les rencontrer». Ça n’empêche pas le syndrome d’abandon,
la peur de ne plus plaire. L’enfant s’efforce à la perfection,
excelle à l’école notamment, bachelier précoce. «D’ailleurs,
je continue de me comporter comme un bon élève, j’arrive le
plus tôt possible, je pars en dernier…» Et pas question d’être
quitté: «Dans le travail comme dans ma vie privée, je pars toujours le premier, avant d’être à terre, et j’ai conscience que tout
peut s’arrêter du jour au lendemain.» Sur le qui-vive constant,
donc, sous les airs «zen».
Il y a aussi le regard des autres. «J’ai pris conscience que j’étais
coloré alors qu’avec mes parents, ça n’avait pas d’importance.
Et “bâtard”, ça arrivait constamment. Mais ça a fait ma force:
quand je suis arrivé dans la mode, il y a aussi eu des regards,
mais il n’y a pas pire que la méchanceté des enfants.» «C’est ma
force» revient sans cesse, comme un mantra conjuratoire de
l’impuissance. Depuis, le «bâtard» de Bordeaux («j’aime bien
Juppé, ce qu’il a fait de la ville… J’ai été le petit ami d’un de ses
collaborateurs») s’est mué en héraut de la mixité mondialisée,
métisse systématiquement ses défilés et campagnes de pub
à rebours de l’omniprésence caucasienne, et il s’est fait un
plaisir d’habiller à Cannes les actrices du projet «Noir n’est
pas un métier.» On entrevoit un alliage de convictions et de
sens du business, d’intuitions et de stratégie, de grand brûlé
et d’animal à sang-froid.
Et maintenant? Un fait important s’est produit récemment:
Olivier Rousteing qui s’est mis en quête de ses racines, commence à savoir d’où il vient. «Ce que j’ai appris, que je ne vous
dirai pas, est très étonnant, pas du tout ce que j’avais pu imaginer. Mais je dois encore creuser. Connaître la raison de sa naissance, c’est important… l’aventure continue.» •
Par SABRINA CHAMPENOIS
Photo AUDOIN DESFORGES
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Libération Jeudi 31 Mai 2018
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21h00. Alice Nevers. Série.
Désir fatal. Avec Marine
Delterme, Jean-Michel
Tinivelli. 22h05. Alice Nevers.
Série. Livraison mortelle.
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20h55. Football : Coupe
de France Féminine. Finale.
LYON / PSG 22h55. Columbo Meurtre sous prescription.
21h00. Tattoo Cover :
Sauveurs de tatouages.
Magazine. 2 épisodes. 22h50.
Tattoo Cover : Sauveurs
de tatouages. Magazine.
FRANCE 2
20h55. Envoyé spécial.
Magazine. Présenté par Élise
Lucet. 22h40. L’angle éco.
Magazine. L’or des vacances.
Présenté par François Lenglet.
FRANCE 3
20h55. L’accident. Série.
Épisodes 1 & 2. Avec Bruno
Solo, Charlotte des Georges.
22h45. L’accident. Série.
Épisode 3.
FRANCE 5
21h00. Trust. Série.
Kodachrome. In the name of
the father. 22h55. Soupçons.
Documentaire. Crime ou accident. Secrets et mensonges.
ARTE
20h55. La bête curieuse Téléfilm de Laurent Perreau avec
Laura Smet, Samir Guesmi.
22h25. Jordskott. Série.
Épisodes 4, 5, 6.
M6
21h00. Cauchemar en cuisine. Magazine. Besançon.
Présenté par Philippe Etchebest. 22h55. Cauchemar
en cuisine, que sont-ils
devenus ?. Magazine.
21h00. Hitman. Thriller.
Avec Timothy Olyphant,
Dougray Scott. 22h45. Le flic
de San Francisco. Film.
PARIS PREMIÈRE
21h00. La voleuse de livres.
Drame. Avec Sophie Nélisse,
Emily Watson. 23h20. La
lumière de l’espoir. Téléfilm.
6TER
21h00. Départ Immédiat.
Magazine. Ils ont tout quitté
pour vivre sur une île paradisiaque. 22h40. Départ
Immédiat. Magazine.
W9
CHÉRIE 25
21h00. Démineurs. Action.
Avec Jeremy Renner, Anthony
Mackie. 23h15. État de choc.
20h55. Coup d’éclat. Comédie. Avec Pierce Brosnan,
Salma Hayek. 22h50. La firme.
Film.
NRJ12
20h55. Portraits de criminels.
Documentaire. 2 épisodes.
22h50. Portraits de criminels.
C8
LCP
21h00. Hunger Games –
La révolte : partie 2. Aventures. Avec Jennifer Lawrence.
23h40. Hunger games La révolte : partie 1. Film.
21h15. État de santé. Magazine. Les prématurés, de plus
en plus nombreux ?. 21h45.
Le journal de la Défense.
22h00. On va plus loin.
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HORIZONTALEMENT
I. Il est un peu trop tape-àl’œil II. Main tendue ; Métal
du dauphin III. Vieille boîte
partie en fumée ; Elle est
vachement dangereuse
IV. Trois lettres qui évoquent
le mouvement dada ; Quand
le J’accuse n’est pas de Zola,
il est de lui V. Fontaine
renversée VI. Ça marche ;
Après Mirabeau, il est le
deuxième à être entré au
Panthéon VII. Aires d’arrivées ;
Ne réussit pas à y mettre les
mots VIII. Avant JFK ; Qui a
perdu en intensité IX. Mettre
trop de protéines dans le vin
X. Ces lettres se succèdent sur
un clavier ; Marteau XI. Selfcontrôles
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VII
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Grille n°924
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. MENDICITÉ. II. ORÉE. OBI. III. NA. MEC. AD.
IV. TISIPHONE. V. BL. FIEU. VI. ÉLÉIS. ITT. VII. LANG. TSAR.
VIII. INFUSETTE. IX. ATARAXIES. X. RENÉGATES. XI. DST. ANISE.
Verticalement 1. MONTBÉLIARD. 2. ÉRAILLANTES. 3. NE. ENFANT.
4. DEMI-FIGURE. 5. ÉPIS. SAGA. 6. COCHE. TEXAN. 7. IB. OUISTITI.
8. TIAN. TÂTÉES. 9. DÉSTRESSE. libemots@gmail.com
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France métropolitaine: 391€
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tél. : 01 87 25 85 00
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Solutions des
grilles d’hier
RETROUVEZ LES ANCIENS NUMÉROS DE LIBÉRATION
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d’eutrophisation :
PTot 0.009 kg/t de papier
La responsabilité du
journal ne saurait être
engagée en cas de nonrestitution de documents.
Pour joindre un journaliste
par mail : initiale du
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Imprimé en France
Membre de OJD-Diffusion
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80064. ISSN 0335-1793.
Nice
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IMPRESSION
Midi Print (Gallargues)
POP (La Courneuve)
Nancy Print (Jarville)
CILA (Nantes)
Bordeaux
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Nice
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GORON
VERTICALEMENT
1. Victime de la mode 2. Noir ou jaune dans l’eau ; Ethnie majoritaire au
Kenya 3. C’est votre dernier mot ; Page du portrait 4. Couverts le couvrent ;
Pas hors bords mais pas loin ; Sigle de techniques informatiques facilitant
la création 5. Verbe qui doit se laisser le temps de la réflexion ; Il a fait
ses armes aux Etats-Unis 6. Son double est stupéfait ; Elle est singulière
7. Soumis 8. En connaissance de cause 9. Ils tirent un trait sur la règle
Dijon
Nantes
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Lille
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IV
Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon (société)
Le temps est majoritairement sec, avec un
risque d'averses principalement sur les
régions du nord-est. Quelques brumes et
brouillards sont possibles sur la moitié nord.
L’APRÈS-MIDI Le risque orageux reste très
localisé sur les régions du nord-est. Le soleil
se montre plus généreux sur les régions du
sud où la tendance est orageuse sur les
reliefs.
0,6 m/14º
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II
IX
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
VENDREDI 1ER
Lille
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III
Cogérants
Laurent Joffrin,
Clément Delpirou
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
NUMÉRO 23
20h55. Au cœur de.... Documentaire. Maternités : naissances sous haute tension.
23h00. Au cœur de....
1
I
VIII
21h00. Star Wars épisode 1 :
la menace fantôme. Sciencefiction. Avec Ewan McGregor,
Liam Neeson. 23h25.
Star Wars - Épisode VI Le retour du Jedi. Film.
Les nuages bas dominent sur une large
moitié ouest avec des orages qui continuent
localement d'intéresser certains
départements. Le temps est plus ensoleillé
sur la façade est de l'hexagone.
L’APRÈS-MIDI Le régime d'averses devrait à
nouveau se mettre en place, mais avec un
risque orageux plus limité que ces derniers
jours.
IP
Principal actionnaire
SFR Presse
TF1 SÉRIES FILMS
20h50. S.W.A.T. unité d’élite.
Action. Avec Samuel L.
Jackson. 23h10. Le Très Très
Bon dîner. Magazine.
JEUDI 31
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Edité par la SARL
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SARL au capital
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2, rue du Général Alain de
Boissieu - CS 41717
75741 Paris Cedex 15
RCS Paris : 382.028.199
CSTAR
20h50. La grande librairie.
Magazine. Présenté par
François Busnel. 22h20.
C dans l’air. Magazine.
TMC
CANAL+
www.liberation.fr
2, rue du Général
Alain de Boissieu
75015 Paris
tél. : 01 87 25 95 00
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Par GAËTAN
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