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Le Figaro - 02 06 2018

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samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO - N° 22 956 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
ENVIRONNEMENT
REPORTAGE
L’INCROYABLE RICHESSE
DE LA DIVERSITÉ ANIMALE
À PARIS PAGE 14
CES DJIHADISTES FRANÇAIS
PRISONNIERS EN IRAK
ET EN SYRIE PAGE 9
DÉFENSE
Le général
Jean-Pierre Bosser :
« Il faut maintenir
l’esprit guerrier »
PAGE 5
ESPAGNE
Mariano Rajoy
chassé
du pouvoir PAGE 8
RELIGION
Des imams
« homologués »
pour
le ramadan PAGE 10
TERRORISME
AUTOMOBILE
Fiat Chrysler
mise sur
le premium pour
accélérer PAGE 22
AGRICULTURE
La France vent
debout contre
la baisse
du budget de
la PAC PAGE 23
MUSIQUE
La tribune de
Jean-Thomas
Lesueur
La chronique
de Natacha
Polony
L’analyse
de Fabrice
Nodé-Langlois
n
è L’ÉMOUVANTE CÉRÉMONIE è LE DISCOURS D’ÉDOUARD PHILIPPE è DES RELATIONS CONTINUES, ET PARFOIS AMICALES, AVEC CINQ PRÉSIDENTS
è LA GRANDE FAMILLE DE L’AÉRONAUTIQUE UNIE PAGES 2 ET 3
Italie : les antisystème
à l’épreuve du pouvoir
Après trois mois d’incertitude
politique, le premier gouvernement « populiste » d’Europe a prêté serment hier à
Rome. Cette coalition formée
par le Mouvement 5 étoiles de
Luigi Di Maio et la Ligue de
Matteo Salvini se retrouve dé-
sormais à l’épreuve d’un pouvoir si longtemps critiqué.
Rassurée par le choix de ministres moins eurosceptiques,
l’UE a félicité le nouveau président du Conseil, Giuseppe
Conte.
PAGES 6, 7, 17, 18, 19 ET L’ÉDITORIAL
Avec le Rassemblement
national, Marine Le Pen
tente de se relancer
Au terme d’un conseil national
élargi, Marine Le Pen a entériné
vendredi le changement de nom
du parti créé en 1972 par son
père. Le Front national devient
le Rassemblement national.
L’objectif de l’ex-candidate est
de tourner la page de 2017 et de
s’allier à d’autres partis en vue
des européennes de 2019. Elle a
d’ailleurs tendu la main vendredi à Debout la France. PAGE 4
ÉDITORIAL par Arnaud de La Grange adelagrange@lefigaro.fr
Le fossé qui se creuse
n
PAGES 18 ET 19
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de vendredi :
Souhaitez-vous que
Marion Maréchal revienne
en politique ?
NON
40 %
OUI
60 %
TOTAL DE VOTANTS : 47 759
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Italie : le nouveau
gouvernement
antisystème est-il une
menace pour l’Europe ?
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@g@a@m@a";
Dans la cour des Invalides, le premier ministre a salué une haute figure « visionnaire et patriote ».
n
@
M 00108 - 602 - F: 2,60 E
L’hommage à Serge Dassault
DICK MUDDE - STRINGER/AFP JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/
LE FIGARO
C’
est ainsi, les temps sombres
de la Seconde Guerre mondiale continuent à servir de
vivier sémantique quand les
crises surviennent. En témoigne la pièce tragique que viennent de
jouer les politiques italiens. Les antisystème
n’ont pas hésité à comparer la politique
d’Angela Merkel à celle de l’Allemagne nazie.
Et à parler d’« occupation », non plus militaire
mais financière de l’Italie…
Derrière ces outrances verbales pointe une
sourde colère. Le patron de la Ligue, Matteo
Salvini, a traité « les Allemands, les Français et
les bureaucrates de Bruxelles » de nouveaux
occupants. Son acolyte, le chef de file du
Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, a fustigé
les « agences de notation, les lobbies financier et
bancaire », qui font les gouvernements en lieu
et place des électeurs. On voulait leur voler le
pouvoir. C’était le diktat des technocrates
contre la volonté populaire. Finalement, un
armistice a été signé, un compromis trouvé…
On oppose facilement deux logiques, celle des
dogmes et celle des peuples. En l’occurrence,
ici, celle des « élites européanistes » et celle
de la rue italienne. L’affaire est moins simple.
Et s’en tenir à cette grille de lecture risque de
faire le lit des utopies démagogues. Mais on ne
peut non plus nier l’existence du fossé qui se
creuse. Ce serait encore plus sûrement leur
ouvrir la voie.
Sur la carte de l’Europe, la tache des pays qui
ruent dans les brancards bruxellois ne cesse
de s’agrandir. On peut déplorer la percée de
ces mouvements « populistes », on ne peut
l’ignorer. Ils sont là, au pouvoir, par les urnes.
Au lieu de pousser des
cris d’orfraie, il est urgent de proposer autre
chose. L’Europe ne peut
camper sur des institutions, des procédures et
des habitudes. Elle doit
aussi asseoir sa légitimité sur l’efficacité et la réponse aux aspirations populaires. Et l’on voit
monter partout les profondes inquiétudes en
matière de sécurité, d’immigration et d’identité culturelle.
Si l’Europe s’enferme dans son rôle de censeur et de grand horloger de nos démocraties
sans se remettre en question, on ne peut donner cher de sa peau. ■
L’Europe
ne peut
camper
sur des
habitudes
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ISSN 0182.5852
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
A
CHAMPS LIBRES
Le monde
impitoyable
des festivals PAGE 30
SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
La « task force »
se déploie sur tous
les fronts PAGE 11
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samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Aux Invalides, l’émouvant hommage
Après la cérémonie religieuse, les honneurs militaires funèbres ont été rendus au défunt. Deux Rafale
MARION MOURGUE
£@MarionMourgue
« JE CONTINUERAI toujours de
travailler, comme mon père l’a
fait, jusqu’à ses derniers jours »,
avait coutume de dire Serge Dassault. Lundi, à 93 ans, le capitaine
d’industrie était dans son bureau.
Aux commandes. Geste rare pour
un industriel, ses obsèques se
sont déroulées vendredi aux Invalides, comme trente-deux ans
plus tôt pour Marcel Dassault. En
ce 1er juin, ils étaient nombreux à
vouloir rendre un dernier hommage au chef d’entreprise, à
l’homme politique et au patron
de presse. Anciens présidents de
la République, anciens premiers
ministres, président du Sénat,
anciens ministres, parlementaires, élus locaux, chefs d’entreprise, salariés du groupe Dassault, amis, anonymes… Tous
étaient réunis en l’église SaintLouis des Invalides, comble à
cette occasion.
Assis dans les premiers rangs,
Nicolas Sarkozy et Valéry Giscard
d’Estaing devisaient avec Gérard
Larcher avant la cérémonie. François Fillon et Manuel Valls, côte à
côte, échangeaient quelques mots,
tandis que Valérie Pécresse et
Laurent Wauquiez, après s’être
embrassés, choisissaient de s’asseoir, chacun, à un rang différent.
François Baroin préférait lui se te-
nir à distance, au milieu de ceux
qui n’avaient pas réussi à trouver
une place assise.
Les proches étaient également
là, bien sûr. Il y avait les quatre
enfants de Serge Dassault - Olivier, Laurent, Thierry, MarieHélène -, leurs épouses et mari à
leurs côtés ainsi que les nombreux
petits-enfants.
Tous
avaient des visages marqués par
le chagrin. Unis dans l’émotion,
à laquelle ils ont associé Nicole
Dassault, chacun a parlé de son
admiration pour son père ou
grand-père, a salué sa « ténacité », son « sens de l’effort »,
son « envie de transmission », lui
qui « comme Charles de Gaulle
avait une certaine idée de la
France », a appuyé son fils
Olivier Dassault.
Les louanges ont été nombreuses au cours de cette cérémonie.
Après la lecture de l’Évangile selon saint Luc, Monseigneur Ravel,
ancien évêque aux Armées et archevêque de Strasbourg, a salué
au cours de son homélie, dans un
style aussi direct que personnel,
« l’attachement de Serge Dassault
pour la France », « son implication
dans le travail », sa « concentration ».
Mais dans l’église des soldats, il
y avait aussi les autres « familles »
du défunt, avec Charles Edelstenne choisi par Serge Dassault pour
prendre à sa suite les rênes du
groupe familial, Éric Trappier,
PDG de Dassault Aviation, Bernard Charlès, PDG de Dassault
Systèmes, Patrice Caine, PDG de
Thales, ou encore Marc Feuillée,
directeur général du Figaro, et
Alexis Brézet, directeur des rédactions, rendant hommage par
leur présence à l’actionnaire du
quotidien. Tout autour, venus
pour dire un dernier au revoir, de
nombreux salariés du groupe Dassault et des habitants de CorbeilEssonnes, la ville dont Serge Dassault a été maire de 1995 et 2009 et
à laquelle il était si attaché.
L’« élan de conquête »
Et alors que la foule s’était déjà
amassée dans la cour d’honneur
des Invalides, le cercueil de Serge
Dassault, porté par des polytechniciens, des marins et des aviateurs, quittait la cathédrale au
son émouvant des Grandes orgues. Il était 16 heures passées de
quelques minutes quand le premier ministre, Édouard Philippe,
s’est avancé sous une pluie fine et
froide pour saluer la famille avant
que les honneurs militaires ne
soient rendus à Serge Dassault,
grand officier de la Légion d’honneur. Comme le veut la tradition,
le cercueil a été déposé à même le
sol, sur un simple brancard de
bois, tandis que l’assistance observait une minute de silence. Au
cours de son éloge funèbre d’une
dizaine de minutes (lire ci-dessous), le premier ministre a salué
Le premier ministre,
Édouard Philippe,
se recueille
devant la dépouille
de Serge Dassault.
FRANCOIS GUILLOT/AFP
Édouard Philippe : « Il était visionnaire
mais aussi et avant tout patriote »
A
1
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
UNE FOIS n’est pas coutume dans
ce genre de cérémonies. Après un
long silence, des applaudissements se sont élevés dans la cour
d’honneur des Invalides, au terme
de l’éloge funèbre prononcé par
Édouard Philippe. Une façon pour
les invités, notamment les 200 salariés du groupe présents, de partager l’hommage du premier ministre à « l’épopée industrielle et
nationale » de Serge Dassault.
« Les hommes et les femmes qui font
la France ne sont pas seulement les
écrivains et les savants que statufiait à juste titre le XIXe siècle, ou
les héros qui peuplent le Panthéon, a
lancé d’une voix grave Édouard
Philippe. Ce sont aussi ces grands
industriels dont les empires sont les
vivants piliers de notre économie. »
Le locataire de Matignon, qui
avait été accueilli à son arrivée par
la ministre des Armées, Florence
Parly, a rappelé le parcours du capitaine d’industrie, passé de Polytechnique à l’entreprise paternelle,
où il occupa rapidement des postes
opérationnels sensibles. « Notre
dissuasion nucléaire est ainsi née
avec le Mirage IV, mis en service en
1964, dont Serge Dassault avait supervisé la mise au point quand il
était directeur des essais en vol », a
rappelé Édouard Philippe. Mais,
au-delà des rappels historiques, le
chef du gouvernement a surtout
tenu à vanter le « patriotisme » de
l’ancien industriel. « Il n’incarnait
pas seulement un capitalisme fami-
lial solide et conquérant, il avait à
cœur de participer à la construction
de notre autonomie stratégique en
contribuant au développement des
grandes fonctions de notre défense.
Pour lui, l’innovation n’avait de sens
qu’au service de l’indépendance et
de la puissance industrielle de la
France. »
Serge Dassault
n’a jamais cessé
de servir
son pays.
Il était légitime
que le pays
lui témoigne
sa gratitude
aujourd'hui
ÉDOUARD PHILIPPE
Homme aux mille vies, Serge
Dassault s’est également investi en
politique pour défendre ses idées.
« Sans choisir la facilité », a insisté
le premier ministre. Il chercha à
s’implanter à Corbeil-Essonnes, un
bastion communiste et y subit
quelques défaites. « De 2004 à 2017,
devenu sénateur de l’Essonne, il défend ses idées libérales au Palais du
Luxembourg, avec passion et assiduité, a rappelé Édouard Philippe. Il
était en effet convaincu qu’il fallait
libéraliser le marché du travail, par
un libéralisme responsable favorisant l’intéressement des salariés
pour rénover les relations sociales au
sein des entreprises. » Dans la sphère publique, Serge Dassault était
peu adepte des circonlocutions.
« Ses convictions, il les exprimait
sans détour, sans crainte parfois de
provoquer. Mais la liberté de blâmer, sans laquelle chacun sait qu’il
n’est point d’éloge flatteur, la liberté
de choquer aussi, sont des libertés
bien françaises. » Le premier ministre a ensuite affirmé son « soutien » à Charles Edelstenne, « successeur » de Serge Dassault, ainsi
que sa confiance dans la famille
« pour assurer la pérennité et l’essor
du groupe ».
Rappelant que Serge Dassault
est mort à l’âge de 93 ans, alors
qu’il travaillait à son bureau donnant sur les Champs-Élysées,
Édouard Philippe a conclu : « Il ne
voulait pas prendre sa retraite ; il ne
voulait jamais battre en retraite.» ■
Le texte intégral de l’hommage du premier
ministre est à consulter sur lefigaro.fr.
Deux avions de combat
Rafale et un jet
d’affaires Falcon 8X,
fleurons du groupe
Dassault, survolent
l’hôtel des Invalides.
FRANCOIS GUILLOT/AFP
le « génie français » et l’« élan de
conquête » de Serge Dassault, qui
ont « contribué à la grandeur de
notre pays ». Mais si Édouard
Philippe a loué les qualités du
« capitaine d’industrie visionnaire », il a aussi vanté son « patriotisme » et « son souci brûlant du
destin » de la France. « Ses
convictions, il les exprimait sans
détours, sans crainte parfois de
provoquer », a indiqué Édouard
Philippe avant de reprendre la
célèbre phrase de Beaumarchais,
devise du Figaro. « Mais la liberté
de blâmer, sans laquelle chacun
sait qu’il n’est point d’éloge flatteur, la liberté de choquer aussi,
sont des libertés bien françaises »,
a-t-il poursuivi. Après l’éloge funèbre, le premier ministre a salué
une dernière fois le cercueil de
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
L'ÉVÉNEMENT
Serge Dassault, avant que La
Marseillaise ne commence à résonner. Et alors que l’assemblée
silencieuse observait ensuite un
ultime moment de recueillement
dans la cour des Invalides, deux
Rafale et un Falcon 8X, fleurons
du groupe Dassault et symboles
de la réussite aéronautique française, ont survolé les Invalides.
Tous ont regardé les aéronefs
s’éloigner majestueusement dans
le ciel orageux de Paris qui, à cet
instant, s’éclaircissait un peu.
Comme un dernier au revoir à
Serge Dassault, leur plus grand
ambassadeur, applaudi par l’assistance. Et alors que retentissait
la marche funèbre de Chopin, le
cercueil de Serge Dassault quittait
la cour des Invalides suivi de ses
enfants et du premier ministre. ■
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Des relations continues, et parfois
amicales, avec cinq présidents
D
urant les trois décennies
qu’il a passées à la tête
de son groupe,
Serge Dassault a travaillé
avec cinq présidents de la
République. Une relation
professionnelle, mais parfois aussi
amicale, comme avec Jacques Chirac
et, plus encore, Nicolas Sarkozy.
Rien de personnel avec François
Mitterrand. Le premier président
socialiste n’a jamais témoigné
d’un grand intérêt pour les questions
industrielles ou de défense,
si ce n’est pour inscrire
à son programme la nationalisation
totale du groupe Marcel Dassault
auquel l’inventeur de l’hélice Éclair
réussit à échapper en concédant
26 % du capital à l’État. Il est possible
toutefois que Serge Dassault dut
son accession à la tête du groupe
en partie à François Mitterrand.
En 1986, le ministre
de la Défense, André Giraud,
s’oppose à sa désignation, mais il est
désigné président du groupe
avec une voix d’avance au conseil
d’administration. Un représentant
de l’État a changé son vote
à la demande du chef de l’État.
François Mitterrand a été convaincu
de faire confiance à Serge Dassault
par le général Pierre de Bénouville,
l’ami le plus intime de son père
Marcel mais toujours resté complice
d’un Mitterrand connu enfant
chez les jésuites d’Angoulême.
Ci-dessus,
Nicolas Sarkozy.
À droite, au premier
rang, Charles
Edelstenne,
président du groupe
Dassault, à sa droite
Éric Trappier, PDG
de Dassault Aviation,
et derrière lui,
Bernard Charlès,
PDG de Dassault
Systèmes.
STEPHEN CAILLET /
PANORAMIC,
SEBASTIEN SORIANO/
LE FIGARO
Main dans la main,
Laurent Dassault,
Olivier Dassault,
Marie-Hélène HabertDassault
et Thierry Dassault
marchent derrière
le cercueil
de leur père.
FRANCOIS GUILLOT/AFP
Mais là s’arrête le lien entre
les deux hommes. Rien à voir avec
l’amitié qui liait le patron du groupe
Dassault à Jacques Chirac.
Pour des raisons familiales, le jeune
loup pompidolien ayant fait la
connaissance de Marcel Dassault dès
son jeune âge, son père travaillant
dans une société de l’avionneur.
Pour des raisons politiques,
Serge Dassault ayant rejoint, dès
sa première campagne à Corbeil,
en 1977, le RPR que Chirac venait
de fonder. Pour des raisons de style
enfin, les deux hommes ayant un
même goût du contact direct et non
protocolaire. Leur amitié a résisté
aux tensions apparues lorsque
le gouvernement d’Alain Juppé
voudra fusionner Dassault Aviation
et l’Aérospatiale.
Mais c’est avec Nicolas Sarkozy
que l’amitié fut la plus forte.
« J’ai connu Serge en même temps que
son père lorsque je suis devenu maire
de Neuilly, en 1983 », se souvient
l’ancien président qui, bien avant
d’entrer à l’Élysée, partageait
plusieurs fois par an un petit déjeuner
avec le président du groupe
aéronautique au Rond-Point des
Champs-Élysées. Les deux hommes
se sont toujours tutoyés.
Serge Dassault témoignait auprès
de ses proches de sa grande affection
pour Nicolas Sarkozy dont il admirait
l’énergie et encourageait la volonté
réformatrice.
Rien ne prédisposait Serge
Dassault et François Hollande
à se connaître et à s’entendre.
Mais les relations furent excellentes
avec son ministre de la Défense,
Jean-Yves Le Drian. Et le PDG du
groupe Dassault a été reconnaissant
à Hollande de ses efforts pour aider
à la vente à l’étranger du Rafale. Il fut
touché que le chef de l’État fête
ces succès commerciaux en venant
à l’usine d’assemblage de Mérignac ;
premier chef de l’État à le faire.
Au point d’embrasser devant les
caméras le président, surpris mais
touché. Hollande a d’ailleurs salué
« l’abnégation et la force de
conviction » de Serge Dassault.
Celui-ci avait enfin connu
Emmanuel Macron dans
ses fonctions de secrétaire général
adjoint de l’Élysée puis de ministre
de l’Économie. Après son élection,
il continuait de lui adresser des
messages de soutien, comme après sa
dernière émission télévisée sur BFM.
« Toute sa vie, Serge Dassault aura
veillé avec une attention extrême aux
choix stratégiques du groupe hérité
de son père, lui permettant d’opérer les
virages indispensables et de conduire
des innovations multiples », a dit lundi
le chef de l’État dans son hommage. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
La grande famille de l’aéronautique unie
VÉRONIQUE GUILLERMARD
£@vguillermard
LA GRANDE FAMILLE de l’aéronautique a rendu hommage à un de ses
plus éminents représentants, Serge
Dassault, père du programme
Rafale, l’avion de combat qui équipe
les armées françaises, ainsi que de la
gamme d’avions d’affaires Falcon.
De nombreux dirigeants et des salariés venus de toute la filière
aéronautique étaient présents,
vendredi aux Invalides pour honorer
sa mémoire.
Tweets, courriers, communiqués,
déclarations à la presse… Les témoignages mêlant émotion et admiration se sont multipliés depuis lundi
28 mai, jour du décès de Serge
Dassault. « C’est avec une profonde
tristesse et une très grande émotion
que le Groupement des industries
françaises aéronautiques et spatiales
(Gifas) et l’ensemble de la profession
ont appris la disparition de M. Serge
Dassault […], l’un des plus grands
capitaines d’industrie que la France
ait connus. Son décès constitue une
perte immense pour la filière aéronautique et spatiale française », a souligné le Gifas, présidé par Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation.
Président d’honneur de l’organisation patronale depuis 1997, Serge
Dassault avait piloté le Gifas de 1993 à
1997. Très impliqué dans l’animation
et le rayonnement de l’aéronautique
française, il avait été commissaire
général du Salon international de
l’aéronautique et de l’espace du
Bourget (1974-1993), le plus grand
salon au monde dans ce domaine.
« Serge Dassault a consacré sa vie à
l’aéronautique et à l’industrie de notre
pays. Il a défendu avec passion et détermination Dassault Aviation et ses
salariés avec comme seule ambition, la
pérennité des ailes françaises. Il a su
entretenir un réel esprit de famille au
sein de notre société. Aujourd’hui,
c’est toute l’entreprise qui est en
deuil », a déclaré Éric Trappier, qui
est « à titre personnel, très touché par
la disparition de Serge Dassault ». Le
PDG du groupe était accompagné par
l’équipe de direction dont Loïk
Segalen, directeur général délégué.
Plus de 200 salariés « des Avions »,
selon l’expression interne, venus des
usines françaises et représentant
toutes les catégories de personnels,
des compagnons aux cadres en
passant par les ingénieurs, ont assisté
à la cérémonie.
Capitaine d’industrie
Les autres dirigeants du GIE Rafale,
qui regroupe Dassault Aviation,
maître d’œuvre de l’avion de
combat, Thales, son électronicien et
son motoriste Safran, étaient également présents aux Invalides. En tant
qu’« actionnaire depuis près de vingt
ans et partenaire industriel, M. Serge
Dassault a soutenu les grands projets
de développement de notre groupe », a
souligné Patrice Caine, PDG de
Thales. « Nous lui témoignons toute
notre reconnaissance. » Le PDG était
accompagné de plusieurs membres
de son comité exécutif. De son côté,
Philippe Petitcolin, directeur général
de Safran, a adressé un courrier personnel à Nicole Dassault et s’est
rendu aux obsèques, accompagné
d’Olivier Andriès, président de
Safran Aircraft Engines. Autre dirigeant à honorer la mémoire du capitaine d’industrie, Hervé Guillou, PDG
de Naval Group, le fabricant de
porte-avions, sous-marins et autres
frégates. La société est entrée dans la
galaxie Dassault, via Thales qui détient 35 % de son capital aux côtés de
l’État. « J’avais beaucoup d’admiration pour lui […], je l’ai côtoyé régulièrement depuis plus de trente ans
[…]. La France et la défense lui doivent
beaucoup […]. Sans lui, le Rafale
n’aurait jamais pris son envol »,
témoigne Hervé Guillou.
Grande émotion également au
sein de Dassault Systèmes, la société
sœur de Dassault Aviation, leader
mondial des logiciels spécialisés
dans la conception 3D et les maquettes numériques pour l’industrie.
Son directeur général, Bernard
Charlès, venait d’atterrir en Corée,
point de départ d’une tournée en
Asie, lorsqu’il a appris le décès de
Serge Dassault. Il est revenu à temps
pour assister à la cérémonie aux Invalides. « Nous avons perdu un ami.
Serge Dassault a joué un rôle fondamental dans l’innovation industrielle
en France, en ayant toujours à l’esprit
le rayonnement de notre pays dans le
monde », a-t-il déclaré, de concert
avec Charles Edelstenne, président
du conseil d’administration de Dassault Systèmes, société qu’il a fondée
en 1981, et successeur de Serge
Dassault à la présidence du holding
familial, Groupe Industriel Marcel
Dassault (GIMD).
Parmi les autres représentants de
la filière, Denis Ranque, président du
conseil d’administration d’Airbus,
était présent vendredi au nom des
salariés du géant européen de l’aéronautique. En déplacement, Tom
Enders, président exécutif d’Airbus,
avait salué, dès lundi, « un homme
exceptionnel et un compétiteur
acharné ». ■
1
et un Falcon 8X ont ensuite survolé Paris.
CONTRE-POINT
A
à Serge Dassault
3
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samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
POLITIQUE
L’ex-candidate a acté vendredi
le changement de nom du parti. Le Front
national devient Rassemblement national.
CHARLES SAPIN £@csapin
FN C’est un nom qui ne figurera bientôt
plus que dans les livres d’histoire. Celui
d’un acteur majeur de la politique française qui aura, trente ans durant, servi de
chiffon rouge à la quasi-totalité de la
classe politique : le Front national. En
clôture du conseil national élargi du FN
– sorte de Parlement du parti – qui se tenait vendredi à Lyon, Marine Le Pen a
dévoilé en début de soirée le large assentiment donné par ses adhérents à l’abandon de l’appellation historique du parti
cofondé par Jean-Marie Le Pen en 1972.
Proposé par la candidate malheureuse
à la présidentielle lors du dernier congrès
du parti, les 10 et 11 mars à Lille, la nouvelle dénomination, Rassemblement national, a été adoptée par scrutin postal,
faute d’opposant : « Après le congrès et la
campagne de Marine Le Pen pour le changement de nom, tout le monde a bien compris de quel côté la balance allait pencher.
Ceux qui sont pour ont voté oui, quand les
contres ont préféré s’abstenir », prédisait
un cadre du parti se faisant peu d’illusion
sur le résultat de la consultation militante, quelques jours avant sa proclamation.
Départs en cascade
Tout neuf, ce nom de Rassemblement
national n’est pas immaculé pour autant.
C’est sous cette même appellation que
Jean-Marie Le Pen, en 1986, a réussi –
proportionnelle intégrale aidant - à faire
entrer 35 députés à l’Assemblée nationale. Et ce, au moyen d’une « liste
d’ouverture » comptant dans ses rangs
des membres du FN et du CNI, comme
des déçus du RPR ou d’anciens de l’UDF.
Un clin d’œil à l’histoire assumé : « Ce
nom, accolé à celui du Front national, fait
le lien avec une période où le FN s’était
beaucoup ouvert. Or c’est exactement ce
que nous voulons faire », plaidait Marine
Le Pen devant la presse parlementaire à
la mi-mars.
Le parallèle est audacieux tant le parti
semble - aujourd’hui plus qu’hier - être
au contraire tenté par le repli sur luimême, le temps de cicatriser des dernières présidentielle et législatives.
Avec le départ de Florian Philippot et sa
ligne sociale, l’émancipation de Marion
Maréchal et sa voix libérale-conservatrice, comme avec la marginalisation
des « frontistes historiques », ces vieux
briscards toujours fidèles à Le Pen père,
le FN s’est comme asséché de ses courants. Au point que le délégué national
du parti, Jean-Lin Lacapelle, se félicite
ouvertement qu’« il n’y (ait) désormais
plus qu’une chapelle, plus qu’une seule
sensibilité au Front national : celle de Marine Le Pen ».
Un état de fait qui permet d’expliquer
les départs en cascade enregistrés chez
les élus régionaux du FN ou, plus récemment, celui de l’ancien conseiller écono-
SYLVAIN LEFEVRE/GETTY IMAGES EUROPE
Pour se relancer,
Le Pen tourne
définitivement
la page du FN
Marine Le Pen avait proposé le nom de Rassemblement national lors du dernier congrès du FN, les 10 et 11 mars à Lille.
Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, multiplie les signes de détermination à porter
ses propres couleurs en mai prochain,
avec son association, Les Amoureux de la
France. L’appel de Marine Le Pen à dépasser leurs « divergences mineures » en
faisant liste commune, dans une lettre
ouverte publiée jeudi soir, pourrait
changer la donne, tant le poids d’un refus pourrait s’avérer lourd à porter face à
une base militante qui y aspire.
En cas de fin de non-recevoir, le Ras-
mique de Marine Le Pen, l’eurodéputé
Bernard Monot, parti pour rejoindre Nicolas Dupont-Aignan et son parti Debout
la France.
Quant au « rassemblement » tant
brandi, le parti de Marine Le Pen n’en a
pour l’instant que le nom. À un an des
prochaines européennes, les potentiels
partenaires du Front national tardent à
se faire connaître, quand l’ancien complice du second tour de la présidentielle
et premier ministre d’un jour de Marine
Fourquet : « L’effet répulsif du RN sera
le même que du temps du Front national »
«
Dans un
scénario
où Marine
Le Pen
n’aurait pas
raté son débat
d’entre-deuxtours, aurait
atteint les 40 %
au second
tour et serait
à la tête
d’un groupe
de 30 à
40 députés, un
changement
de nom aurait
été autrement
plus
significatif
»
JÉRÔME FOURQUET
Jérôme Fourquet, politologue et
directeur du département opinion, doute de l’impact du
changement de nom du Front
national.
LE FIGARO. - De quoi
le Rassemblement national
est-il le nom ?
Jérôme FOURQUET. - C’est le
nom nouveau du Front national
post-élection présidentielle de
2017. Une tentative de reprendre
la main, de rebondir de la part de
Marine Le Pen au lendemain
d’une séquence électorale ratée.
Le FN se devait de donner le sentiment que des choses changent.
Mais comme il n’était pas à l’ordre du jour de changer ni les dirigeants ni le logiciel idéologique, on s’est rabattu sur un
changement de nom, pour donner un gage de renouveau. Mais
même sur ce seul changement
de nom, la direction frontiste n’a
pas fait preuve d’une grande
audace. En conservant le terme
« national» dans cette nouvelle
appellation, on est dans le changement dans la continuité. Cette
opération apparaît comme quelque chose de cosmétique.
Le constat, fait de longue date
par Marine Le Pen, que la marque Front national a une très
forte connotation négative dans
toute une part de l’électorat est
exact. On peut cependant douter
sérieusement de l’impact de ce
changement de nom. Si on se
place sur un plan purement
marketing, passer du FN au RN,
ce n’est pas faire preuve d’une
inventivité ni d’une hardiesse
sémantique folle quand, au
même moment, Marion Maréchal décide par exemple d’abandonner le nom Le Pen. Au jeu de
la dédiabolisation, la nièce a
l’avantage. Le parti gardant le
même programme et étant toujours dirigé par une Le Pen, l’effet répulsif du Rassemblent national sera, de mon point de vue,
toujours aussi marqué que du
temps du FN. De surcroît, l’appellation Rassemblement national est très proche du Rassemblement national populaire
(RNP), nom du parti de Marcel
Déat. Cette proximité ne devrait
pas manquer d’alimenter le procès récurrent sur les racines vichystes et collaborationnistes du
mouvement…
Ce changement de nom est-il
susceptible de lever les freins
à la progression du parti
de Marine Le Pen dans les urnes ?
Changer de nom pour un parti
politique est-il toujours
une mauvaise idée ?
On peut faire un parallèle avec le
Mouvement social italien (MSI)
dont le Front national s’est largement inspiré lors de sa création. En 1995, cette formation a
changé de nom et est devenue
l’Alliance nationale. Cela a été
un succès, parce que c’était cohérent avec la rupture profonde,
tant générationnelle qu’idéologique qu’opérait alors le mouvement. Ce n’était pas cosmétique
comme l’a été par exemple la
transformation en 2015 de
l’UMP en Les Républicains, qui
n’a rien changé à la sociologie de
son électorat. Évidemment, ce
changement de nom du FN aurait pris une tout autre tournure
sans les revers de la présidentielle et des législatives. Dans un
scénario où Marine Le Pen
n’aurait pas raté son débat d’entre-deux-tours, aurait atteint
les 40 % au second tour, et grâce à cette dynamique serait à la
tête d’un groupe de 30 à 40 députés, un changement de nom
aurait été autrement plus significatif. Il aurait alors accompagné une dynamique, plutôt que
donner l’impression d’en chercher une. De la même façon, la
main tendue à Nicolas DupontAignan pour les élections européennes s’inscrit aussi dans cette volonté de renouer avec un
élan qui s’est brisé. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR C. S.
Des tentatives d’ouverture plus ou moins heureuses
ment » avec le RPR et plusieurs divers
droite. Une fusion jugée « tout à fait naturelle » par le patron du RPR de l’époque, Jacques Chirac, malgré les polémiques dans son camp.
A
● 1972. Création du Front national
pour l’unité française (FNUF)
Dans le premier tome de ses Mémoires, Jean-Marie Le Pen ne s’en cache
pas. « J’ai toujours été, écrit-il, en faveur
d’un rassemblement des patriotes. » Dès
sa création en 1972, le Front national
poursuit cet objectif. Un parti pris qui le
conduira à s’engager dans les premières
municipales de son histoire, en 1977, en
s’alliant à la droite dans plusieurs communes comme Toulouse, Millau, Forcalquier ou Villefranche-sur-Mer. « Le
FNUF affiche son indépendance avec la
droite classique dès sa constitution mais
se présente comme une fédération natio-
GEORGES BENDRIHEM/AFP
L’HISTOIRE politique ne serait qu’un
éternel recommencement. La vie du
Front national ne dément pas l’adage
tant ses 45 ans d’existence sont une succession de tentatives de « rassemblement ». De sa création jusqu’à la conclusion d’un accord de coalition avec le
parti de Nicolas Dupont-Aignan, Debout
la France, lors du second tour de la présidentielle de 2017, le parti lepéniste a plus
d’une fois tendu la main à droite pour espérer élargir sa base électorale.
Le FN Jean-Pierre Stirbois (à gauche) et le RPR Jean Hieaux (pipe) fêtent la victoire
de leur liste commune à l’élection municipale de Dreux, le 11 septembre 1983.
naliste unitaire souhaitant devenir une
“structure d’accueil pour tous les patriotes” », appuie l’historienne spécialiste
de l’extrême droite, Valérie Igounet,
auteur de Front national, de 1972 à nos
jours, publié aux éditions du Seuil.
● 1983. « Le coup de tonnerre de Dreux »
Avec le nouveau scrutin municipal, le
parti enregistre ses premiers résultats
palpables dans les urnes. Mais ce ne sont
pas les 11,26 % de voix recueillies par
Jean-Marie Le Pen à Paris qui font date
cette année-là. C’est surtout l’élection,
quelques mois plus tard, du frontiste
Jean-Pierre Stirbois en tant que maire
adjoint, lors d’une municipale partielle à
Dreux, grâce à une liste de « Rassemble-
● 1986. Le « Rassemblement national »
entre à l’Assemblée
Proportionnelle intégrale aidant, le
FN fait entrer 35 députés à l’Assemblée
nationale grâce à une liste d’ouverture
« Rassemblement national » unissant
responsables du FN, du CNI comme
d’anciens du RPR et de l’UDF. Le rassemblement sera cependant de courte
durée et explosera suite au vote contre la
déclaration générale de Jacques Chirac,
alors premier ministre.
● 1998. Les régionales
de la discorde
Entre les deux tours des régionales, la
droite a besoin du Front national (qui a
réuni 15 % des suffrages au premier
tour) dans 12 régions. Dans quatre, l’alliance RPR-UDF se défait pour se recomposer avec le FN, faisant imploser la
droite. 275 conseillers régionaux FN sont
élus grâce à ces alliances. ■
C. S.
semblement national ne perdrait pas
pour autant toutes raisons d’espérer.
Loin s’en faut. Même sans allié, les différents instituts de sondages s’accordent
pour octroyer au « RN » entre 17 % et
19,5 % des suffrages lors des prochaines
européennes. Soit plus que la totalité des
autres listes souverainistes ou eurosceptiques réunies, celle de La France insoumise comprise. « La vie commence toujours demain », avait l’habitude de
chantonner Jean-Marie Le Pen. ■
ZOOM
Claude Goasguen ironise sur
le « collège de pataphysique »
de Marion Maréchal
Pour Claude Goasguen, député LR
de Paris, le changement de nom
du Front national « ne changera
pas grand-chose ». « Sans doute ils
essayent de ramasser, par-ci,
par-là, quelques pépites des
Républicains ou chez DupontAignan. Je crois qu’ils se trompent »,
a jugé le parlementaire, vendredi,
sur le plateau du « Talk Le Figaro ».
Claude Goasguen estime « plus
gênante » la droite hors les murs,
en phase de construction autour
de Debout la France, que celle des
frontistes. « Il faut y faire attention
parce qu’elle
a un peu
la même
démarche
que la nôtre »,
a-t-il souligné.
Concernant
Marion
Maréchal, l’élu
parisien s’est
montré très
critique. « Elle fait de la
métapolitique. Cela m’a toujours
fait rigoler et me fait penser à
Alfred Jarry : elle nous fait un
collège de pataphysique. Tout cela
n’est pas très sérieux. » Aussi,
Claude Goasguen ne veut pas voir
en la nièce de Marine Le Pen
une concurrente potentielle
de Laurent Wauquiez sur la droite
des valeurs. Pessimiste face aux
performances des Républicains
aux prochaines européennes,
l’invité anticipe des « difficultés »
pour LR, une « déception » pour
Macron et un FN en dynamique.
« Nous, on peut faire un score
honorable, mais je ne crois pas que
ce soit décisif pour notre avenir »,
a-t-il conclu, en appelant l’UE à
« sortir de la génération Juncker ».
« Sinon, l’Europe va se casser
la figure », a prévenu le député LR.
EN BREF
Décès du maire du Mans,
Jean-Claude Boulard
Maire PS du Mans depuis 2001
et président de la communauté
urbaine, Jean-Claude Boulard
est décédé à l’âge de 75 ans
des suites d’une longue maladie.
Figure de la vie politique
sarthoise, il fut conseiller
général, député de 1988 à 1993,
puis de 1997 à 2002, puis
sénateur. Emmanuel Macron
a rendu hommage à cet énarque
qui l’avait rejoint durant
la campagne présidentielle dès
janvier 2017. « Le président perd,
à titre personnel, un ami et un
soutien de la première heure »,
indique le communiqué diffusé
vendredi par l’Élysée.
S. SORIANO/LE FIGARO
4
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
INTERNATIONAL
5
Général Jean-Pierre Bosser :
« Il faut maintenir l’esprit guerrier »
Pour le chef d’état-major de l’armée de terre, technologie et rusticité du soldat vont de pair.
PROPOS RECUEILLIS PAR
ALAIN BARLUET £@abarluet
INTERVIEW Le chef d’état-major de l’armée de terre était vendredi l’invité du
« Talk stratégique ». Son intervention est
à retrouver en vidéo sur lefigaro.fr.
terre, et nous avons de plus en plus de femmes volontaires, motivées et compétentes.
Que disent-elles ? Militaire, au masculin ou
au féminin, s’écrit de la même façon – les
filles que nous recrutons ont la même motivation que les garçons et refusent la discrimination positive. Cela impose de créer
les conditions d’une mixité bien vécue, et
d’une véritable égalité des chances dans le
parcours professionnel. Sous l’impulsion
de la ministre des Armées, nous lancerons
un grand plan sur ce sujet à la rentrée.
Avez-vous des réserves concernant
le projet de service national universel ?
Je n’ai aucune réserve concernant cette
ambition. Nous avons des savoir-faire et
des savoir-être, et nous pouvons appor-
ter notre compétence auprès de cette
jeunesse qui est notre pâte quotidienne.
Aujourd’hui, les dispositifs existant sont
relativement artisanaux. Avec un service
national universel pour 700 000 jeunes,
on passe au stade industriel. Ma responsabilité est d’être attentif à ce que cela ne
comporte pas de risques pour notre remontée en puissance. ■
LE FIGARO. - Comment se porte l’armée
de terre ?
Général Jean-Pierre BOSSER. – Le moral
est bon. D’abord parce que c’est une armée professionnelle, mature et expérimentée. Ensuite parce qu’elle remonte en
puissance depuis deux ans. Enfin, elle est
déployée sur le territoire national et a la
confiance des Français.
ZOOM
Londres veut un statut à part
pour l’Irlande du Nord
Dans les négociations du Brexit,
le gouvernement britannique
entend proposer aux Européens
de maintenir un double statut
pour l’Irlande du Nord : à la fois
britannique et européen. Une
option inspirée de ce qui existe
au Liechtenstein, qui permettrait
d’éviter le spectre du retour
d’une frontière physique entre
la province britannique d’Ulster
et la République d’Irlande,
seule démarcation terrestre
entre le Royaume-Uni et l’Union
européenne après le Brexit.
L’idée, développée par le ministre
de la Sortie de l’UE, David Davis,
s’accompagnerait d’une zone
tampon de 10 miles (16 kilomètres)
de part et d’autre de la frontière
baptisée « zone économique
spéciale » afin de minimiser
l’impact économique pour
qui travaille aujourd’hui
indifféremment au nord et au sud.
Elle permettrait d’éviter le retour
de check-points, redouté sur
place et refusé par Bruxelles.
Emmanuel Macron a fixé à nos armées
l’ambition de parvenir au premier rang
en Europe…
Six grands critères ont été retenus pour
cela. Un modèle complet, une masse critique, des équipements de dernière génération, une capacité à agir sur un mode
global, car l’enjeu n’est pas seulement de
gagner la guerre sur le plan militaire, mais
aussi de gagner la paix. J’y ajoute la spécificité du métier des armes, et l’« esprit
guerrier », qui combine la capacité à agir
dans des milieux difficiles, l’utilisation de
la haute technologie et les traditions.
La loi de programmation militaire
(2019-2025) vous donne-t-elle les
moyens d’accomplir vos missions ?
Oui, le soldat reste l’instrument premier
du combat. Cette LPM « à hauteur
d’homme » répond à nos attentes. Cela signifie des soldats bien équipés, bien entraînés, bien commandés, avec des fa-
“
L’enjeu n’est pas seulement
de gagner la guerre
sur le plan militaire, mais
aussi de gagner la paix
GÉNÉRAL JEAN-PIERRE BOSSER
LE GÉNÉRAL BOSSER, jeudi, dans
le studio du Figaro. F. BOUCHON/LE FIGARO
EN BREF
”
Syrie : mai, le mois le moins
meurtrier depuis 2011
milles bien dans leur peau. Elle prend
aussi en compte la réparation de capacités
comme l’artillerie, le renouvellement de
de nos véhicules blindés et l’innovation
pour garder l’ascendant sur l’ennemi.
Avec 244 civils tués, mai a été le
mois le moins meurtrier pour les
civils en Syrie depuis le début de
la révolte contre Bachar el-Assad
en 2011, selon l’Observatoire
syrien des droits de l’homme.
Qu’attendez-vous du salon EuroSatory
qui s’ouvrira le 11 juin ?
J’attends beaucoup des équipements qui
seront présentés, ainsi que de la mise en
synergie entre les industriels, la Délégation générale à l’armement (DGA) et l’armée de terre. Pour répondre ensemble
aux objectifs élevés de la modernisation
capacitaire, nous devons améliorer nos
dispositifs d’acquisition, qui sont encore
trop longs, et marcher du même pas.
Rencontre le 11 juin
sur le dossier de l’Ukraine
Le chef de la diplomatie allemande
Heiko Maas a annoncé vendredi
une rencontre le 11 juin à Berlin
avec ses homologues ukrainien,
russe et français pour relancer
le processus de paix dans l’Est
séparatiste prorusse de l’Ukraine.
Égypte : Sissi prête serment
L’opération « Sentinelle » est-elle
toujours nécessaire ?
Je pense que oui. Ce dispositif est pertinent
s’il s’adapte à la menace, qui se caractérise
par l’effet de surprise et la capacité d’évitement. Le dispositif est aménagé en trois
échelons. Le premier est déployé en permanence, le deuxième vient en renfort et
permet aussi de s’entraîner sur des scenarii de crise. Le troisième est une réserve
stratégique. La cuirasse parfaite n’existe
pas, mais il ne faut pas être pris en flagrant
délit d’impréparation.
Le président égyptien Abdel
Fattah al-Sissi va entamer samedi
un nouveau mandat de quatre ans,
en pleine vague d’arrestations
d’opposants, qui reflète
selon des experts les craintes
du pouvoir face à de possibles
mouvements sociaux.
Guinée équatoriale :
un proche d’un opposant tué
Un proche du leader du principal
parti d’opposition dissous
en février, Citoyens pour
l’Innovation (CI), a été assassiné
à la prison centrale de Malabo,
en Guinée équatoriale.
Il y a 9 % de femmes dans l’armée
de terre. Est-ce suffisant ?
Elles ont toute leur place dans l’armée de
La Bavière impose le crucifix dans les bâtiments publics
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
ALLEMAGNE Depuis ce vendredi, chaque
bâtiment officiel de « l’État libre de Bavière » doit arborer dans son entrée une croix
chrétienne. Ainsi en a décidé Markus
Söder. À moins de cinq mois d’une élection régionale sensible, le ministre président CSU du Land adresse un message
clair à l’électorat catholique conservateur,
qui pourrait être tenté de voter en partie
pour la droite radicale AfD, et une fin de
non-recevoir aux tenants de la diversité
culturelle. « Il s’agit d’une reconnaissance
de notre identité bavaroise et de nos valeurs
chrétiennes », s’est félicité celui qui s’est
imposé à la tête du Land en début d’année.
Si l’Allemagne ne connaît pas la laïcité à la
française, l’État est censé respecter une
neutralité religieuse. Markus Söder a balayé la remarque en ne voyant dans le crucifix qu’un signe « culturel et historique »
imprégnant la Bavière. Sur les 12,9 millions d’habitants du Land le plus conser-
vateur du pays, près de 6,7 millions se disent catholiques (et 2,6 millions
protestants). Face aux protestations, Söder
a consenti à des exceptions pour les écoles
supérieures, les théâtres ou les musées.
Alors que les Allemands s’interrogent
sur l’intégration des centaines de milliers
de musulmans qui ont rejoint le pays lors
de la vague migratoire de 2015-2016, le
sujet est explosif. Le gouvernement fédéral est mal à l’aise face à l’offensive bavaroise. Horst Seehofer, le prédécesseur et
rival de Söder en Bavière, devenu minis-
tre de l’Intérieur en mars, s’est gardé de
tout commentaire. L’Église a aussi pris
ses distances. L’effet escompté ne s’est
pas fait sentir : à 41 % d’intentions de
vote dans la dernière enquête, la CSU recule par rapport au vote de 2013 (47,7 %)
et pourrait perdre sa majorité absolue.
Donnée à 13 %, l’AfD veut troubler le jeu.
La CSU a donc opéré un virage à droite.
Mais le débat sur la place du christianisme
en Bavière ne date pas de Söder et on trouve depuis longtemps des croix dans nombre d’administrations ou dans presque
toutes les écoles. En 1985, un parent d’élève avait protesté contre ce signe ostentatoire. En 1995, la Cour constitutionnelle lui
avait donné raison. Après d’importantes
manifestations catholiques, le pouvoir bavarois avait introduit une possibilité de retrait des croix dans les écoles quand des
parents présentaient « des motifs sérieux »
de plainte. Mais en 2011, la Cour européenne des droits de l’homme avait considéré
que les croix dans les écoles ne portaient
pas atteinte aux droits fondamentaux, fermant, apparemment, le débat. ■
A
Obligatoire depuis vendredi dans ce Land très conservateur, cette mesure est dénoncée comme une manœuvre politique.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
En Italie, les antisystème font l’expérience
Le juriste Giuseppe Conte a pris la tête du
gouvernement associant le parti d’extrême
droite la Ligue aux populistes du M5S.
RICHARD HEUZÉ £rheuze@lefigaro.fr
ROME
« AINSI SE CONCLUT un itinéraire complexe » : il était 21 h 50 quand le président de la République Sergio Mattarella
a pris congé, jeudi soir, des journalistes
présents au Quirinal. Quelques minutes
auparavant, le juriste Giuseppe Conte,
de retour de Florence, avait lu la liste
des dix-neuf ministres composant le
premier gouvernement populiste d’Europe occidentale, un gouvernement qui
marque une rupture radicale avec le
passé.
La prestation de serment a eu lieu,
vendredi après-midi, devant le chef de
l’État. Le vote de confiance se déroulera
lundi matin au Sénat, où la coalition
« jaune-verte » dispose d’une courte
majorité de six voix, et le lendemain à la
Chambre des députés, où elle peut
compter sur 31 voix de plus.
Sixième président du Conseil de la
République italienne qui ne soit pas parlementaire – ce qui a suscité la « perplexité » du chef de l’État -, Giuseppe
Conte (54 ans), présenté par le M5S, sera
un locataire du Palais Chigi (le Matignon
italien) sous étroite surveillance. Il sera
flanqué des deux leaders de la coalition
avec rang de vice-présidents, Matteo
Salvini (45 ans) à l’Intérieur, Luigi Di
Maio (31 ans) au super-ministère du Développement économique, du Travail et
des Politiques sociales. De surcroît le
bras droit du leader de la Ligue, Giancarlo Giorgetti (51 ans), sera le véritable
chef d’orchestre du gouvernement,
comme secrétaire général à la présidence du Conseil.
Le cabinet compte huit ministres
M5S, six de la Ligue et cinq « techniciens ». Il y a seulement cinq femmes.
Le portefeuille très sensible de l’Économie a été attribué au recteur d’une faculté romaine, l’économiste Giovanni
Tria (69 ans). Matteo Salvini a finalement accepté que son candidat Paolo
Savona (81 ans) soit relégué aux Affaires
européennes. Un diplomate de haut niveau, Enzo Moavero Milanesi (63 ans),
l’excellent « M. Europe » du gouvernement Mario Monti, dirigera les Affaires
étrangères. Un juriste sicilien, Alfonso
Bonafede (42 ans), très proche de Di
Maio, prend la Justice. Cette nomination alarme particulièrement Silvio Berlusconi. Et une femme de 51 ans, Elisabetta Trenta, capitaine de réserve de
l’armée, va à la Défense.
Le président Sergio
Mattarella a évité
au pays de sombrer dans
un chaos que de nouvelles
élections n’auraient
pas manqué de créer
Visiblement, le président Sergio Mattarella était soulagé jeudi soir d’avoir
conclu un cycle d’affrontements politiques d’une grande violence qui a duré
88 jours. Et d’y être parvenu symboliquement à la veille de la Fête de la République, célébrée ce samedi par un
grand défilé militaire à Rome, auquel le
nouveau gouvernement assistera, et par
des manifestations dans toute l’Italie.
Dimanche dernier encore, la situation
politique semblait sur le point d’exploser. Giuseppe Conte avait renoncé à former un gouvernement après le veto opposé par le chef de l’État à la nomination
d’un ministre europhobe à l’Économie.
Matteo Salvini et Luigi Di Maio avaient
appelé à la révolte populaire dans les
rues pour protester contre la désignation de l’économiste Carlo Cottarelli,
chantre de la rigueur budgétaire, à la
tête d’une administration « technique »
politiquement neutre. Ce grand commis
Le nouveau président du Conseil, Giuseppe Conte (à droite), reçoit une clochette en argent - symbole de la passation de pouvoirs - des
de l’État aurait dû conduire le pays à de
nouvelles élections. Les deuxièmes de
l’année après le 4 mars qui n’ont fait apparaître aucun vainqueur : « Elles ont
fait émerger les deux meilleurs perdants
qui se sont arrogé la prétention de parler
au nom du peuple italien sans avoir obtenu une majorité dans le pays », relève le
juge constitutionnel Sabino Cassese.
La classe politique s’est déchirée pendant trois jours sur le mandat et le degré
de confiance à accorder ou non à un
gouvernement « non politique ». De ses
meetings en Toscane et en Lombardie,
Matteo Salvini appelait à retourner aux
urnes en septembre ou octobre. Le versatile Luigi Di Maio exigeait, lui, que ces
élections se tiennent fin juillet ou début
août. Pour couper court aux critiques
dans son camp, mécontent des concessions faites à la Ligue. Les meetings des
deux leaders et les médias sociaux
étaient chargés de menaces haineuses et
d’insultes contre le chef de l’État. Ligue
et M5S appelaient à une nouvelle
« Marche sur Rome » et dans les gran-
des villes du pays, samedi. Celle-ci a finalement été annulée.
La crise s’est dénouée jeudi. Prenant
conscience des dangers et sommé par
Luigi Di Maio de lâcher l’europhobe Paolo Savona, qu’il avait soutenu envers et
contre tout, Matteo Salvini interrompait
un meeting en Lombardie pour regagner précipitamment la capitale et s’enfermer avec Di Maio dans un nouveau
conclave à la Chambre. En début de soirée un accord était conclu. Carlo Cottarelli retournait au Quirinal pour officia-
Giovanni Tria :
Salvini-Di Maio : un duo de circonstance
un économiste souverainiste
Giovanni Tria, vendredi à Rome.
GREGORIO BORGIA/AP
VALÉRIE SEGOND
A
ROME
GIOVANNI TRIA est le nouveau venu qui a
permis la naissance du gouvernement. Ce
Romain de 69 ans, professeur d’économie,
sans réelle expérience politique, aurait,
dit-on, été suggéré par la Banque d’Italie
et la Confindustria, le patronat italien. Salué comme « garantie intellectuelle », « pivot de la fiabilité du gouvernement et de la
cohérence globale de sa politique », il est
qualifié par Silvio Berlusconi de « rempart
contre la dérive populiste ». « Avec le professeur Tria, nous ferons un travail d’équipe », a pourtant annoncé Matteo Salvini.
Plus doux et moins provocateur que
Salvona, l’économiste européen, il n’en
partage pas moins avec lui quelques
convictions fortes. À commencer par son
analyse sur l’origine des déséquilibres
dans la zone euro. Pour lui, l’erreur a été
de créer une monnaie sans unité politique, en pensant qu’elle suivrait nécessairement pour combler les déficiences de la
monnaie. Pour lui, une monnaie sans
convergence budgétaire nourrit les déséquilibres au sein de la zone euro. Quant à
la déflation interne imposée aux pays déficitaires depuis dix ans, elle a engendré
une déflation généralisée sans consolidation budgétaire. Il en est résulté une Europe de plus en plus inégalitaire, et qui
étouffe sa croissance potentielle. Pour
autant, lui n’a jamais prôné, ni même
suggéré, la sortie de l’Italie de l’euro.
Pour lui, « la monnaie est irréversible », si
l’on parvient à corriger l’origine de ses
dysfonctionnements.
Son parcours permet de mieux comprendre son logiciel intellectuel. Depuis
trente-cinq ans, ses sujets de prédilection
ont porté sur les économies en développement, la croissance et les cycles, l’investissement public et l’évaluation des
politiques publiques et de leur gouvernance. Il en a nourri une conception volontariste de la politique de croissance,
par l’investissement public et par la baisse
des impôts directs. Non pour accroître les
revenus des ménages, mais pour favoriser
la croissance par les gains de productivité,
alors que l’Italie connaît une forte baisse
de sa productivité globale depuis dix ans.
« Nous avons besoin d’un plan européen
pour construire de nouvelles infrastructures, dit-il, améliorer l’approvisionnement
en énergie, stimuler l’investissement dans
la recherche et le développement, l’innovation, le capital humain et la sécurité. »
Partisan du réalisme
Comment les financer ? C’est là que commencent les difficultés. Il envisage
d’abord de financer la flat tax promise
dans le contrat Ligue-5 étoiles par une
hausse de la TVA (alors que l’Italie a déjà
une TVA ordinaire de 22 %). Une proposition qui fait déjà grincer des dents chez
les partisans du mouvement 5 étoiles. Et il
a toujours défendu que la seule politique
de croissance durable passait par la « monétisation de la dette », à savoir l’achat de
dettes publiques par les banques centrales. À condition, insiste-t-il, que l’on
maintienne un excédent primaire… qui
rassurera les marchés. Mais il ne croit pas
être en mesure de changer les règles du
jeu. Plus souverainiste que populiste, il
est peut-être aussi plus économiste et
plus réaliste que souverainiste. Et encore
proeuropéen. ■
« CE QUE NOUS voulons, c’est un gouvernement fort. Si c’est que veut aussi
Luigi Di Maio, parlons-en sérieusement » : Matteo Salvini, le chef de la
Ligue (extrême droite), était en pleine
réunion électorale, jeudi à Bareggio,
petite commune de Lombardie,
quand Gianfranco Giorgetti, son fidèle
lieutenant, l’a appelé de Rome. Pour
l’informer de la dernière proposition
du leader 5 étoiles. Écourtant une
tournée qui prévoyait dix autres meetings dans la journée, il est rentré en
toute hâte à Rome. « Vas-y, capitaine ! », lui ont lancé ses supporteurs,
galvanisés à l’idée que la fin de la partie était proche.
Dans la capitale, il a retrouvé Luigi
Di Maio. « Pas besoin de longs discours
entre nous. On se comprend au vol », di- Luigi Di Maio et Matteo Salvini, vendredi au Palais du Quirinal, à Rome. A. PIZZOLI/AFP
sent-ils. Quand Matteo Salvini n’est
pas disponible, c’est Gianfranco GiorHabile tacticien, le Milanais Matteo
mation, contraignant Di Maio à réaffirgetti, secrétaire général du gouverneSalvini sort grand vainqueur de cette
mer que M5S et Ligue ne sont pas des alment, qui assure la permanence. C’est
confrontation, et a conforté sa position
liés, mais « deux forces concurrentes qui
d’ailleurs lui qui a poussé au rapprotout en se détachant de Forza Italia. Il a
resteront comme telles ».
chement et jeté les bases du « contrat »
fait un bond spectaculaire dans les sonUne fois conclu l’accord de gouverprésenté le 16 mai comme programme
dages, la Ligue progressant de dix points
nement, reste à voir comment il leur
de la coalition.
en trois mois (à 27 %) en siphonnant le
sera possible de mettre en œuvre leur
« J’ai le droit et le devoir de gouverparti de Silvio Berlusconi. Il donne l’im« pacte ». La liste des ministres ne « laisner », avaient, l’un comme l’autre,
pression d’avoir montré un sens de la
se pas présager un exécutif prêt à faire la
proclamé les deux leaders, dès le lenresponsabilité en lâchant son candidat
révolution », relèvent les observateurs.
demain des élections du 4 mars. Et
au ministère de l’Économie, l’europhoEntre le « revenu citoyen » de 780 euros
pendant deux mois, ils se sont affrontés
be Paolo Savona. Il a voulu faire entrer
par mois avancé par les 5 étoiles et la resans concession. Luigi Di Maio, fort des
au gouvernement Giorgia Meloni, son
fonte de l’impôt qui constitue le fer de
alliée néofasciste. N’y renonçant que
onze millions d’électeurs (32 % du
lance de la Ligue (la « flat tax »), il faudevant le refus net de son partenaire en
corps électoral) ayant voté pour le
dra bien faire des choix. D’autant que
coalition, prêt à tout faire capoter.
M5S, Matteo Salvini affirmant qu’avec
bien d’autres promesses du programme
un score de 37 % la coalition de droite
vont entraîner un surcroît de dépenses
formée avec Silvio Berlusconi et les
publiques. Qui se chargera des arbitranéofascistes de Fratelli d’Italia était en
ges ? Quand, par exemple, la gratuité
Pas besoin de longs
droit de revendiquer seule le pouvoir.
des crèches, inscrite au programme, se
discours entre nous.
heurtera à la volonté déjà affirmée de la
Matteo Salvini a été le premier à faire
On se comprend au vol
Ligue d’en exclure les enfants d’immi« un pas en arrière ». Acceptant de regrés ? Distinction que la Constitution ne
noncer au Palais Chigi (le Matignon itaLUIGI DI MAIO ET MATTEO SALVINI
consent pas. La coexistence au sein du
lien). En contrepartie, il a imposé ses
Au sein des 5 Étoiles, le Napolitain
gouvernement risque de ne pas durer
thèmes souverainistes, le défi permaLuigi Di Maio se retrouve en position inbien longtemps. Matteo Salvini et Luigi
nent à « l’Europe de Merkel et de la ficonfortable. Certains, dans son groupe
Di Maio semblent avoir tout « pour ne
nance », une réforme fiscale qui priviléparlementaire, lui reprochent d’avoir
pas s’entendre longtemps», relevait un
gie sa clientèle électorale de petits
cédé trop de terrain à Matteo Salvini et
commentateur. Pour Carlo Cottarelli,
entrepreneurs du Nord, l’expulsion de
de « penser plus au gouvernement qu’au
qui a failli composer son gouverne500 000 irréguliers. Encore en campaMouvement ». Le faux pas commis en
ment, « c’est impossible de réaliser ces
gne électorale vendredi matin, le leader
appelant à mettre en accusation (impeapromesses. Mettez d’abord les comptes
de la Ligue a annoncé qu’il supprimerait
chment) le chef de l’État a été critiqué
en sécurité et ne portez pas atteinte à la
5 milliards d’euros pour l’accueil des
dans les instances dirigeantes de sa forcroissance ». ■
immigrés en Italie.
R. H.
“
”
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LE FIGARO
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
INTERNATIONAL
du pouvoir
Bruxelles soulagé mais prudent
face au nouvel exécutif italien
JEAN COMTE £@JeanComte
L’UE AIME BIEN les messages implicites, et les lettres envoyées par les institutions européennes aux chefs de gouvernement nouvellement nommés en
sont souvent un bon exemple. « Votre
entrée en fonction arrive à un moment
crucial pour l’Italie et l’Union européenne. (…) Plus que jamais, nous avons besoin d’unité et de solidarité », a écrit Donald Tusk, le président du Conseil
européen - l’institution qui réunit les
28 chefs d’État et de gouvernement du
continent. Le courrier, envoyé dès
vendredi après-midi au nouveau président du Conseil italien, Giuseppe
Conte, soulignait également le besoin
d’un « dialogue respectueux ».
Coté Commission européenne, la
porte-parole, Mina Andreeva, a diplomatiquement déclaré : « Le président
Juncker est engagé à travailler avec le
nouveau gouvernement italien pour
s’attaquer aux nombreux défis communs auxquels l’Italie et l’Europe font
face. » « Nous attendons la formation du
gouvernement et serons ouverts à son
encontre et ferons tout notre possible
pour avoir une bonne collaboration »,
précisait au même moment Steffen
Seibert, le porte-parole du gouvernement allemand.
Règles budgétaires critiquées
constitutionnel. Intransigeant sur le
respect de ses prérogatives, faisant
preuve d’une infinie patience et déterminé à éviter au pays de sombrer dans
un chaos que de nouvelles élections
n’auraient pas manqué de créer. « J’ai
défendu les pouvoirs que me donne la
Constitution (de 1947), protégé l’épargne
des Italiens et respecté le vote du
4 mars », a-t-il dit. ■
+
» Lire aussi PAGES 17, 18 ET 19
Milanesi : un europhile
aux Affaires étrangères
« Il est là pour apaiser »
Il est resté très proche de Mario Monti,
qui, alors qu’il était commissaire européen
entre 1995 et 2004, l’avait choisi comme
directeur de cabinet. Milanesi a ensuite
continué sa carrière de haut fonctionnaire
européen, où ce négociateur ferme mais
poli a noué des liens dans à peu près toutes
les chancelleries. « C’est un homme discret
et lisse qui est là pour apaiser », analyse
Hervé Rayner, spécialiste de l’Italie, professeur de sciences politiques à l’université de Lausanne, en notant que Milanesi est
le seul « indépendant » du gouvernement.
Ce rôle de contrepoids doit surtout
s’exercer vis-à-vis de Paolo Savona, désigné pour le portefeuille des Affaires européennes. Une nomination qui a tout d’une
provocation de la part de la Ligue et du
M5S. Économiste, Savona, aussi rugueux
que Milanesi est courtois, est connu pour
ses positions eurosceptiques et son plaidoyer pour une sortie de l’euro. S’il se défend d’être antieuropéen, ses déclarations
« L’instabilité autour de marchés italiens n’a pas rassuré les États les plus réticents, comme l’Allemagne et les PaysBas, raconte une source impliquée dans
le dossier. Cela a ravivé des peurs liées à
la crise grecque et limité la possibilité
d’avoir un texte ambitieux fin juin. »
Accalmie sur les marchés financiers
Le calme après la tempête…
La constitution d’un gouvernement
italien, aussi baroque soit l’alliance
entre la Ligue et le Mouvement 5
étoiles composée d’eurosceptiques,
a fini par rassurer les marchés.
Le coup de chaud du début
de semaine, où la perspective
de nouvelles élections et donc de
mois d’incertitude avait fait flamber
les taux de la dette italienne, avait
entraîné dans son sillage ceux de
l’Espagne, de la Grèce et du Portugal.
Faisant ainsi ressurgir le spectre de
l’éclatement de la zone euro.
Les Bourses européennes ont fini
dans le vert vendredi. Milan a clôturé
en hausse de 1,49 %.
Si les taux d’emprunt de l’État
italien se sont détendus, ils restent
élevés, reflétant l’inquiétude
des investisseurs. « Une fois
le nouveau gouvernement en
fonction, la politique économique et,
en particulier, les finances publiques
seront au centre de l’attention »,
commente William de Vijlder, chef
économiste de BNP Paribas.
A. C.
Une Histoire,
Une Oeuvre
A. BENEDETTI/CORBIS
TANGUY BERTHEMET £@tanguyber
LE CHOIX d’Enzo Moavero Milanesi pour
diriger les Affaires étrangères n’a pas été
simple mais le message est clair. Ce technicien bon teint, aux convictions européennes affichées, doit rassurer une Europe inquiète de l’arrivée de ces antisystème
au pouvoir.
Contrairement au président du Conseil,
Giuseppe Conte, un autre juriste
« techno » mais totalement novice en politique, Milanesi peut se prévaloir d’une
solide expérience. À 63 ans, cet avocat et
professeur de droit communautaire à la
famille prestigieuse - il est un descendant
de Ferdinando Bocconi, fondateur de
l’université de Milan - entre au gouvernement pour la troisième fois. Il a d’abord été
secrétaire d’État à l’Europe du gouvernement Ciampi (1993), puis de 2011 à 2014
ministre des Affaires européennes dans les
cabinets de Mario Monti et d’Enrico Letta.
Il a laissé à Rome le souvenir d’un homme
compétent, tout comme à Bruxelles, où il
était loin d’être un inconnu.
« Plus que jamais, nous avons besoin
d’unité et de solidarité », a écrit Donald
Tusk (ici jeudi, à Bruxelles), président
du Conseil européen, à Giuseppe Conte.
Toujours dans la série des messages
implicites, la Commission européenne
a essayé dans la semaine de maintenir
une communication prudente - rappelant la dimension sacrée de la démocratie, tout en soulignant tout ce
que l’UE avait fait pour l’Italie. « C’est
(le président) Jean-Claude Juncker qui a
introduit une flexibilité supplémentaire
dans les règles budgétaires. C’est lui qui
a débloqué des fonds pour reconstruire
la ville de Norcia après le tremblement
de terre (de 2016). C’est lui qui a demandé plus de solidarité avec l’Italie
durant la crise migratoire », a énuméré
Mina Andreeva.
« C’est la démocratie qui doit prévaloir, et elle seule, précisait la veille Pierre Moscovici, le commissaire chargé
des Affaires économiques. Mais je veux
rappeler que l’économie italienne émerge d’une longue période de crise, qu’elle
renoue avec la croissance, que nous prévoyons une baisse du chômage cette année et que la dette publique est sur une
trajectoire décroissante. »
Des propos plus prudents que ceux
tenus par le commissaire allemand
Günther Oettinger en début de semaine. Il avait jugé que la réaction des
marchés pourrait convaincre les électeurs « de ne pas choisir des populistes » - déclenchant la fureur de la classe politique italienne. ■
Enzo Moavero Milanesi entre au
gouvernement pour la troisième fois.
sur la monnaie unique traitée de « prison
allemande » et ses comparaisons de la politique économique de Berlin avec celle du
IIIe Reich ont un rien électrisé l’ambiance.
« Milanesi va avoir une tâche délicate. Mais
il est difficile de prévoir ce qui va passer car
nous sommes dans une situation totalement
inédite », souligne Hervé Rayner.
Le nouveau ministre des Affaires
étrangères va aussi devoir s’attacher à
déminer le dossier russe. Le contrat de
gouvernement conclu entre la Ligue et le
M5S prévoit clairement la levée des sanctions contre Moscou, qualifié de « partenaire », contre l’avis de Paris, Berlin ou
Londres. Or Matteo Salvini, nommé à la
tête du ministère de l’Intérieur et qui ne
cache pas son admiration pour Vladimir
Poutine, a toute latitude pour autoriser
l’entrée du territoire à certains « bannis ».
En attendant, l’urgence pour Milanesi
est d’encadrer Conte pour les grandes
échéances diplomatiques qui s’approchent, le sommet du G7 au Canada la semaine prochaine puis le Conseil européen
fin juin. La presse italienne, tout en saluant son arrivée et son expérience de la
chose européenne, s’interroge cependant
sur ses capacités à gérer les questions
sensibles au Moyen-Orient ou en Afrique
du Nord, notamment le dossier Libye. ■
Millésimes
2015
2016
Wine Advocate
96-98
98-100
James Suckling
100
99-100
Wine Spectator
98
97-100
Bettane & Desseauve
98
97-98
Yves Beck
98-99
98-100
The Wine Cellar Insider
98-100
98-100
Vinous
98
97-100
VIGNOBLESPERSE.COM
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
A
liser la fin de sa mission. Se déclarant
« soulagé » de céder sa place à un gouvernement politique. Fait unique dans
les annales de la présidence de la République, des applaudissements nourris
ont salué sa déclaration dans la salle de
presse. Le président Mattarella a rendu
hommage à « son sérieux et son attachement aux institutions ». Pour l’ancien
président du Conseil Paolo Gentiloni,
Cottarelli a donné une « leçon de style ».
Le chef de l’État, pour sa part, a donné au pays une véritable leçon de droit
Bien que soulagé d’avoir enfin un gouvernement à Rome, Bruxelles reste inquiet du résultat des élections italiennes du 4 mars. Parce qu’elles indiquent
que les partis populistes restent forts en
Europe, alors qu’approchent les élections européennes de 2019. Et aussi
parce que le Mouvement 5 étoiles - allié
à la Ligue (extrême droite) dans la coalition intronisée vendredi après-midi a critiqué les règles budgétaires européennes, mettant même en cause
l’euro. Ce, au moment où les chefs
d’État et de gouvernement européens
essaient de se mettre d’accord sur une
série de réformes de la zone euro, prévue pour fin juin.
A. SOLARO/AFP
EMMANUEL DUNAND/AFP
BRUXELLES
mains de Paolo Gentiloni, son prédécesseur, vendredi au Palais Chigi, à Rome.
7
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samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Rajoy chassé du pouvoir en Espagne
Le socialiste Pedro Sanchez est devenu vendredi président du gouvernement après une motion de censure.
MATHIEU DE TAILLAC £@mdetaillac
RÉPARTITION DES VOTES DE LA MOTION DE CENSURE CONTRE MARIANO RAJOY AU PARLEMENT
MADRID
POLITIQUE Mariano Rajoy a accepté en
bon perdant d’être le premier président
du gouvernement espagnol, en quarante
ans de démocratie, à être chassé du pouvoir par une motion de censure. Vendredi matin, avant même le vote, qu’il savait
perdu d’avance, Rajoy a tenu à « être le
premier à féliciter » son remplaçant, le
socialiste Pedro Sanchez. Tout en manifestant son profond désaccord avec les
motifs de la motion, il lui a souhaité
« bonne chance pour le bien de l’Espagne ». Une sortie « élégante » du dirigeant de la droite espagnole, selon le mot
repris par ses adversaires.
Rajoy a perdu la confiance du Parlement
une semaine après le lourd verdict prononcé contre sa formation, le Parti populaire (PP), dans une vaste affaire de corruption. Peu avant 11 h 30, la censure était
adoptée par 180 votes oui (Parti socialiste,
PSOE ; Podemos, gauche radicale ; nationalistes et indépendantistes basques, PNV
et Bildu ; indépendantistes catalans, PDECat et ERC), 169 non (PP ; Ciudadanos, C’s,
centre libéral) et une abstention (régionaliste des Canaries).
La motion de censure espagnole, dite
« constructive », prévoit que les députés,
en même temps qu’ils démettent le chef de
l’exécutif, désignent son remplaçant. Au
terme du vote, Pedro Sanchez était donc
investi nouveau président du gouvernement. Après la publication de sa nomina-
POUR
18 0
Abstention
PSOE 84
(socialistes)
ERC
9
PDeCAT
8
4
2
(séparatistes
catalans)
Compromis
EH Bildu
Nueva
Canarias
Unidos Podemos 67
(gauche radicale)
1
C. Canaria 1
PNV 5
CONTRE
16 9
134 Parti populaire
(Conservateurs)
32 Ciudadanos
(nationalistes
basques)
(Centre-droit)
2 UPN
1 Foro Asturias
“
1
Source : El Pais
Leurs priorités politiques sont tout aussi
variées. À ERC (gauche indépendantiste
catalane), le député Gabriel Rufian explique que son parti ressentait « l’obligation
morale de renvoyer chez eux des gens qui
ont fait tant de mal à leur pays ». Il souhaite « contribuer à une majorité de gauche » et que Pedro Sanchez commence
par honorer son engagement de rétablir
des lois sociales votées par le Parlement
catalan et retoquées par Madrid.
176
majorité absolue
tion au journal officiel, il prêtera serment
ce samedi et formera son gouvernement
dans les prochains jours. Sanchez a remercié sobrement ses soutiens. Au cours de sa
dernière prise de parole avant le vote, il a
promis de « tendre la main à tous les groupes parlementaires ».
Investi dans des conditions inédites,
Sanchez devra à présent gouverner dans
un contexte d’une difficulté et d’une précarité jamais vues jusqu’alors. Au Congrès
des députés, qui comprend 350 sièges, sa
formation, le PSOE, n’a que 84 élus, alors
que le PP, qui devient la première force de
l’opposition, en contrôle 137. Podemos
(71 sièges) l’a certes soutenu sans conditions, mais le parti cherchera à peser sur
la conduite du gouvernement en le pous-
Infographie
sant vers sa gauche. « La situation actuelle
se caractérise à nos yeux par trois éléments, diagnostique Ramon Espinar, porte-parole de Podemos au Sénat : une crise
territoriale, une répartition inégale des richesses et le besoin d’une régénération démocratique. Aujourd’hui, en expulsant Rajoy, nous avons avancé sur ce dernier point.
Les deux premiers dépendent d’une inconnue : le projet de Sánchez. »
Les autres partis qui ont défendu la
motion de censure ont expliqué que leur
vote était uniquement motivé par le départ de Rajoy et aucunement par l’arrivée
de Sanchez. Leurs inspirations idéologiques sont parfois aux antipodes, de la
gauche radicale de Podemos au centre
droit incarné par le PNV ou le PDECat.
Nous honorerons
religieusement nos
engagements européens et
respecterons au millimètre
nos objectifs de déficit
”
MANUEL ESCUDERO, RESPONSABLE
DES QUESTIONS ÉCONOMIQUES AU PSOE
Au PSOE, le responsable des questions
économiques marque les lignes rouges.
« Nous honorerons religieusement nos engagements européens et respecterons au
millimètre nos objectifs de déficit », déclare Manuel Escudero. « Le parti au gouvernement est un parti proeuropéen et anti-indépendantiste », assure-t-il dans la
cour du Congrès des députés.
Pour commencer, Sanchez appliquera
le budget 2018 préparé par son prédécesseur et approuvé par le Parlement il y a
seulement dix jours. Une mesure présentée comme un gage de stabilité qui a surtout permis d’assurer le vote du PNV,
soucieux de garantir d’importants inves-
tissements dans la région. « Nous nous
attellerons rapidement à la préparation du
budget 2019, précise Escudero, afin de répondre aux urgences sociales du pays. »
Selon les déclarations du nouveau chef
de l’exécutif, qui a promis « un gouvernement socialiste », son cabinet devrait être
monocolore, comme c’est la tradition en
Espagne, et chercher ses majorités au coup
par coup en fonction des textes qu’il souhaite faire adopter. « Je crois que nous allons voir beaucoup de mesures symboliques
qui n’auront quasiment aucun coût économique », analyse Pablo Simón, professeur
de sciences politiques à l’Université Carlos-III de Madrid. « Par exemple, je ne suis
pas sûr que la sépulture de Franco reste encore longtemps au mausolée du Valle de los
Caidos », illustre-t-il. « Lors d’une première étape, nous allons commencer par démonter les lois les plus polémiques prises par
la droite », précise une source socialiste.
Le meilleur exemple est la loi de sécurité
qualifiée de « loi muselière » par la gauche.
La droite prépare une opposition sans
concession, à l’image du discours prononcé ce jeudi par le porte-parole du PP. Rafael Hernando a mis en cause la légitimité
du candidat arrivé deuxième aux dernières
législatives et a lancé à Sánchez : « Vous ne
respectez ni la démocratie ni l’opinion des
citoyens. Vous devenez président à travers
un processus marqué par la triche. » Les socialistes disent ne pas être surpris par un
ton « prévisible » et annonciateur d’un climat de « crispation ». La tradition française des 100 jours de grâce ne devrait pas
s’appliquer outre-Pyrénées. ■
Pedro Sanchez salue Mariano Rajoy
après le vote de la motion de censure
par le Parlement espagnol,
vendredi à Madrid. REUTERS
A
L’heure enfin venue de l’insubmersible Pedro Sanchez
PEDRO SANCHEZ n’est jamais arrivé de
manière normale aux responsabilités. La
première fois que cet économiste
aujourd’hui âgé de 46 ans devient député, en 2009, c’est pour remplacer le ministre de l’Économie Pedro Solbes, qui
abandonne son siège au Parlement en
même temps que le gouvernement. La
seconde, en 2012, Pedro Sanchez relève
une ex-ministre de l’Environnement,
Cristina Narbona, qui renonce elle aussi
à la politique.
La première fois que ce Madrilène né
dans une famille aisée accède au fauteuil
de secrétaire général du Parti socialiste
(PSOE), en 2014, c’est en vertu d’une
formule inédite : un processus de primaires ouvert à tous les militants. Sanchez gagne par procuration : la femme
forte du parti, la présidente de l’Andalousie, juge qu’il était trop tôt pour se
présenter elle-même et indique aux
troupes de la puissante fédération de sa
région de se reporter sur lui. « Ce garçon
ne vaut rien, mais il nous va bien », se justifie-t-elle devant ses proches.
La première fois qu’il brigue la présidence du gouvernement, c’est après être
arrivé second aux élections de décembre
2015, derrière Mariano Rajoy. Il noue
alors un pacte avec les centristes de Ciudadanos (C’s) que ne veut pas cautionner
la gauche radicale incarnée par Podemos. La seconde tentative semble signer
sa mort politique. Après le nouveau
scrutin de juin 2016, son rapprochement
de Podemos et des indépendantistes ca-
talans effraie l’establishment du PSOE.
La même Susana Diaz qui avait porté « ce
garçon » à la tête du parti, manœuvre
alors avec succès pour la lui faire abandonner. Et la direction provisoire du
parti décide de s’abstenir au Parlement
pour laisser Rajoy gouverner. Une position qu’il récuse d’un slogan devenu célèbre : « No es no (non, c’est non) ».
Capacité de résilience
Pour éviter de se plier à la décision de la
direction provisoire qui l’a remplacé,
Sanchez quitte le Congrès des députés.
Peut-être médite-t-il alors sur ce principe acquis lorsqu’il jouait au basket, l’une
de ses passions juvéniles, et qu’il rappelle
sur son site Internet personnel : « J’ai ap-
pris à me démener jusqu’au moment où
l’arbitre siffle la fin de la rencontre. »
Contre tout pronostic, en tout cas, Sanchez prend sa revanche quelques mois
après son éviction. Les militants lui renouvellent leur confiance et il bat largement sa grande rivale andalouse, cette
fois-ci candidate au secrétariat général. Il
hérite d’un PSOE divisé à l’intérieur et en
pleine dégringolade dans les sondages.
C’était il y a un an à peine. Une éternité
dans la vie politique espagnole à laquelle
Sanchez imprime un rythme soutenu.
« Ce qui définit cet homme, ce sont ses
résurrections », indique une source socialiste qui n’était pas dans le camp de
Sanchez quand ce dernier a été écarté de
la direction. Sanchez, qui n’a jamais été
le chouchou des médias, a suscité des résistances dans son parti. Mais sa capacité
de résilience et de surmonter les obstacles est étonnante. Difficile de définir ses
convictions idéologiques si l’on se fie aux
évolutions de son discours. En 2014,
Sanchez prend le PSOE sur des postulats
de centre gauche. Il stigmatise le « populisme », sa manière de parler de Podemos sans les nommer, et s’engage à ne
pas passer d’alliance avec eux. En se rapprochant de Ciudadamos, qu’il appelait
quelques semaines plus tôt « la nouvelle
droite », il défend avec enthousiasme
« le métissage idéologique »… Et quelques mois plus tard, après son départ
contraint du secrétariat général, il se rétracte de manière spectaculaire et affi-
Catalogne : les marges de manœuvre s’annoncent étroites
L’arrivée d’un nouveau chef de
gouvernement, investi grâce aux votes
des députés indépendantistes, peut-elle
changer la donne en Catalogne ?
Sur le papier, les différences semblent
claires. À la place d’un conservateur qui
est redevable à un électorat en partie
cocardier, le pays hérite d’un socialiste
qui défend une Espagne conçue comme
une « nation de nations ». Mais le PSOE
de Sanchez a voté sans coup frémir
la mise sous tutelle de la région rebelle
le soir de la déclaration d’indépendance.
Et le nouveau dirigeant a défendu
avec emphase, lors des débats
parlementaires, l’intégrité territoriale et
sa détermination à « respecter et à faire
respecter la Constitution ». Pour Manuel
Escudero, responsable du parti aux
questions économiques, « en Catalogne,
on peut passer d’une réponse purement
juridique et judiciaire à une réponse
politique. Sous quelle forme ? C’est au
président Sanchez de le déterminer. »
Les marges de manœuvre sont étroites,
entre la droite qui surveillera de près
son adversaire, qu’elle accuse d’être
« prêt à tout » pour occuper le pouvoir,
et les sécessionnistes qui comptent
profiter de l’aubaine pour faire avancer
leur cause. Le PSOE défend depuis
longtemps une évolution « fédérale »
du pays encore mal définie et dont il reste
à savoir si elle peut faire consensus en
Catalogne et dans le reste de l’Espagne.
M. DE T. (À MADRID)
che une affection nouvelle pour la gauche de la gauche…
Pragmatique, malléable, ou opportuniste ? Pablo Simon, professeur de
sciences politiques à l’université Carlos III de Madrid, a un jugement plus élégant. « Machiavel dit dans Le Prince que
les circonstances politiques changent plus
rapidement que le caractère des personnes. » La source socialiste résout le mystère : « Pedro a toujours été un social-démocrate classique. Après, dans certains
contextes, on est bien obligé d’exciter un
peu nos électeurs les plus enthousiastes. »
Il semblait écrit que Pedro Sanchez ne
pouvait pas arriver de manière ordinaire
à la Moncloa, la résidence du chef du
gouvernement espagnol. Il est le seul à y
être parvenu par une motion de censure.
Il y a encore une semaine, quand il annonça son intention de présenter la motion, elle semblait impossible à la quasitotalité des observateurs. Lui-même y
croyait-il ? « Ce n’était pas vraiment la
question, dit-on dans son parti. Il fallait
la présenter par hygiène démocratique.
Même s’il avait perdu le vote, il aurait
remporté une bataille morale face à la corruption. » Saura-t-il à présent gouverner
son pays en ne contrôlant directement
que 24 % de l’hémicycle ? À Podemos, le
parti tour à tour ennemi, rival et allié du
PSOE, Ramon Espinar met en garde :
« Sanchez a été sous-estimé tout au long
de son parcours, y compris dans son parti.
C’est sans aucun doute un homme à prendre au sérieux. » ■
M. DE T. (À MADRID)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
INTERNATIONAL
9
Mélina Boughedir (à gauche) arrive
au tribunal pour son premier procès,
le 19 février à Bagdad. Propagandiste
et recruteuse de Daech, Émilie König
(ci-dessus) est détenue dans un
camp kurde en Syrie avec son
garçon de 4 ans et ses jumelles
de 1 an. Figures du djihadisme
français, l’Albigeois Thomas Barnouin
(ci-dessus à droite) et le FrancComtois Romain Garnier (à droite)
sont également détenus en Syrie
par les forces kurdes.
AFP, YPG, FRANCE2
L’imbroglio des familles de djihadistes
français détenus en Syrie et en Irak
Mélina Boughedir, une Française de 27 ans, doit être jugée ce dimanche à Bagdad.
MOYEN-ORIENT Mélina Boughedir est
rejugée ce dimanche à Bagdad pour
« terrorisme, complicité de terrorisme
et non-dénonciation de crimes terroristes ». Cette Française de 27 ans risque
la peine de mort par pendaison. Son
cas est devenu emblématique de l’histoire du djihadisme en famille. Une
histoire de haine et de violence fracassée par la chute de l’État islamique.
S’ils ne sont qu’une poignée en Irak, ils
sont plusieurs centaines de Français,
hommes et femmes avec leurs enfants,
à être détenus dans des camps dans le
nord de la Syrie. En Irak, pays qui
connaît une période de paix inédite et
fragile, ils sont emprisonnés et jugés,
selon des procédures imparfaites, par
une justice d’État. En Syrie, nation
disloquée par la guerre, règne le flou
tant sur leur incarcération que sur
leurs perspectives judiciaires.
Mélina Boughedir s’est rendue aux
forces antiterroristes irakiennes en
juillet 2017 en sortant indemne avec
ses quatre enfants des décombres de
la vieille ville de Mossoul. Son mari,
Maximilien Thibaut, un Français de
souche converti à l’islam radical, est
porté disparu. Il appartenait au dernier carré des djihadistes qui combattaient jusqu’à la mort dans les
ruelles de la capitale déchue de l’État
islamique. Le couple et leurs enfants
en bas âge avaient rejoint l’Irak durant l’été 2015 via la Turquie et la Syrie. Il s’était installé à Tall Kaïf, une
grosse bourgade de la plaine de Ninive, siège d’une katiba de francophones. Trois de leurs enfants, âgés de
3 à 8 ans, ont été rapatriés en France,
en décembre. Le quatrième un bambin de 18 mois aux mèches blondes,
est aux côtés de sa mère.
Mélina Boughedir a écopé en février
de sept mois de prison pour séjour illégal en Irak, mais les faits ont été depuis
requalifiés. Le 30 avril, peu avant une
audience devant la Cour d’appel, elle
s’était confiée au Figaro au cours d’un
“
Venir sciemment
dans un territoire
sous le contrôle de Daech
est une preuve
de culpabilité
”
LE PRÉSIDENT DE LA COUR DE BAGDAD
bref entretien. Elle avait affirmé avoir
été interrogée à deux reprises en décembre par des policiers français dans
sa prison pour femmes djihadistes de
Bagdad. La justice française souhaitait
l’entendre dans le cadre d’informations judiciaires ouvertes à Paris. Les
enquêteurs cherchaient notamment à
cerner son champ de relations au sein
de l’organisation terroriste.
Sa ligne de défense est classique :
elle a suivi son mari en Turquie, où elle
a découvert qu’il voulait rejoindre
l’État islamique en Syrie. Il l’aurait
forcée à le suivre en menaçant d’enlever les enfants. Mais rien ne vient
étayer cette version. Et selon le président de la cour, « venir sciemment
dans un territoire sous le contrôle de
Daech est une preuve de culpabilité ».
À Bagdad, la plupart des procès de
femmes de djihadistes étrangers ont
Ces encombrantes épouses
de membres de Daech renvoyées
à l’État islamique
Selon RMC, les forces kurdes
de Syrie auraient remis, à la mi-avril,
plusieurs dizaines de femmes
et d’enfants de djihadistes
à l’État islamique en échange
de combattants kurdes prisonniers
de Daech. Des étrangères
- il s’agirait de Marocaines,
de Russes et d’Indonésiennes figureraient dans le lot.
La radio, qui se base sur un rapport
confidentiel des Nations unies,
précise que ces femmes auraient
été renvoyées vers les poches
toujours sous le contrôle de Daech,
près de la frontière syro-irakienne.
Des défenseurs de Françaises
détenues par les forces kurdes
craignent qu’elles soient renvoyées
à leur tour dans les zones de
combat, alors qu’elles souhaitent
leur rapatriement ou celui de leurs
enfants en France. Ils défendent
le principe selon lequel il vaudrait
mieux les renvoyer sur le sol
national, pour des raisons
humanitaires en ce qui concerne
les enfants et pour des raisons
de sécurité, pour les adultes.
Ils seraient selon eux, sous contrôle
en France.
De leur côté, les forces kurdes ont
déjà indiqué qu’elles ne pourraient
gérer longtemps ces étrangers,
en raison du manque
d’infrastructures pénitentiaires et
d’une justice naissante débordée.
Présentes dans le nord de la Syrie
pour soutenir les unités
combattantes kurdes, les forces
spéciales françaises continuent
par ailleurs à traquer les membres
de Daech, en particulier
des djihadistes français.
T. O.
mis en évidence des discours stéréotypés. Ils ont pu être élaborés et diffusés
par les cadres de cette organisation
terroriste très structurée avant la
débâcle.
Ou
tout
simplement
construits
en
prison.
Quelque
1 800 djihadistes étrangers sont en effet entassés dans les geôles des forces
antiterroristes à Bagdad où s’organise
un puissant système.
La plupart des épouses affirment
aujourd’hui avoir été contraintes de
suivre leur mari. Si elles ont toutes
connu le même cheminement, chaque histoire est pourtant différente.
Des femmes ont pu jouer un rôle moteur dans la décision d’un couple de
rejoindre Daech. Et les plus enthousiastes ont intégré sur place la police
féminine des mœurs pour surveiller
et punir les civils. Les épouses disent
aussi ne plus adhérer à l’idéologie de
l’État islamique. Une affirmation qui
suscite le doute. « Passé la période de
“romantisme” des débuts marquée
par des départs pour soutenir les rebelles dans leur lutte contre le régime
syrien, il est clair que ceux qui prenaient la route du djihad savaient
dans quoi ils s’engageaient », explique un des spécialistes du volet français du dossier. « La grande vague de
ralliement de fanatisés coïncide avec
l’attentat contre Charlie Hebdo en
janvier 2015. Elle a connu son apogée
en 2016. Il est peu probable que ces
gens aient changé de convictions depuis malgré les horreurs de la guerre
et la défaite. Les prises de distance
avec la pensée de Daech laissent sceptiques », poursuit-il.
Selon une source officielle française,
la situation d’une demi-douzaine de
prisonniers djihadistes français en
Irak, parmi lesquels au moins un homme, est étudiée par le ministre des Affaires étrangères. Les chiffres sont
d’une autre ampleur en Syrie. Une
quarantaine d’adultes et une soixantaine d’enfants se trouvent actuellement dans des camps de la région kurde du Rojava, sous contrôle des YPG et
des FDS, les forces kurdo-arabes alliées des États-Unis et de la France. La
moyenne d’âge des enfants est de 5 à
6 ans. Les plus âgés sont deux adolescents de 13 et 14 ans. Les autorités
françaises ont été également saisies de
près d’une cinquantaine de signalements de disparition par des familles
en France. Souvent vagues, les indications ne permettent pas, dans la plupart des cas, une géolocalisation. Elles
“
Il est peu probable
que ces gens aient changé
de convictions malgré
les horreurs de la guerre
et la défaite. Les prises de
distance avec la pensée de
Daech laissent sceptiques
UN SPÉCIALISTE DU DOSSIER
”
ont été transmises au HCR, au CICR et
à l’Unicef. « Quand on aura suffisamment d’informations, une mission de diplomates se rendra sur place dans l’intérêt des enfants » précise-t-on au
Quai d’Orsay.
Les forces kurdes détiennent quelques figures du djihadisme français,
comme Thomas Barnouin, un Albi-
geois converti à l’islam, ou encore Romain Garnier, un Franc-Comtois.
Venu avec son épouse, il aurait été
l’une des voix des communiqués de
Daech. Côté femme, Émilie König,
une propagandiste et recruteuse de
Daech, est détenue avec ses trois enfants après s’être rendue aux Kurdes
en compagnie d’autres femmes françaises et de leurs progénitures. Sa famille et son avocate réclament son rapatriement. Âgée de 33 ans, elle est
recherchée par la justice française depuis 2015 dans le cadre d’une enquête
liée à la filière dite « de Nîmes » dans
le Gard. Arrêtée début décembre, cette propagandiste et recruteuse notoire
est détenue dans un camp kurde en
Syrie avec son garçon de 4 ans et ses
jumelles de 1 an, en compagnie
d’autres femmes françaises.
Ces djihadistes étrangers détenus en
Syrie représentent un casse-tête.
Faut-il les juger sur place ou dans leur
pays d’origine ? Même les organisations de défense des droits de l’homme
sont divisées sur la question. La France
comme la plupart des pays occidentaux ne souhaitent pas les voir revenir.
Les Kurdes n’en ont que faire, si ce
n’est de monnayer leur présence dans
leur rapport de force avec leurs partenaires occidentaux. Dans le nord de la
Syrie, l’entité kurde du Rojava dispose
d’institutions judiciaires précaires et
n’est pas reconnue sur le plan international. Dans l’hypothèse d’un retour
du Rojava dans le giron syrien, leur
procès pourrait devenir une occasion
de chantage sur Paris. En attendant, la
vie des membres de cette étrange tribu
ralliée au drapeau noir de l’État islamique est en suspens. ■
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samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
SOCIÉTÉ
10
Des imams « homologués » pour le ramadan
Parmi les quelque 350 religieux envoyés
par le Maroc, l’Algérie et la Turquie pour
cette période de jeûne, 18 ont posé
leurs valises dans les mosquées
des Hauts-de-France pour réciter le Coran.
MADELEINE VATEL £@Vatelm
LILLE
RELIGION Depuis quinze jours, l’imam
Abdessamad Hamza, 39 ans, a posé ses
valises à Quiévrechain, 6 000 habitants,
près de Valenciennes. Ce fils d’agriculteurs a su convaincre les autorités du Maroc lors d’un concours de psalmodie.
« On sait qu’il a une belle voix, mais surtout on est sûr qu’il respectera la République », insiste Brahim Ouajou, président
local de l’Amicale des travailleurs et
commerçants marocains, une association
affiliée à l’Union des mosquées de France.
« Rien à voir avec ces deux ou trois imams
autoproclamés du coin qui se laissent
pousser un collier de barbe, portent une
sacoche en bandoulière et frappent aux
portes des mosquées de la région en espérant y prêcher alors qu’ils ne sont même
pas formés ! »
Abdessamad Hamza, qui officie d’habitude à Marrakech, fait partie des
18 imams envoyés dans la région, et des
quelque 350 dans toute la France, par le
Maroc, l’Algérie et la Turquie pour le ramadan. « Je suis venu pour transmettre la
foi et pour ajuster la pratique des musulmans », explique ce père de quatre enfants. Sa mission est de réciter chaque
soir et par cœur, les hizbs, versets du Coran. Il prêche le vendredi. Décalé dans
ses horaires, il dit qu’il ne sort pas beaucoup, discute peu avec les fidèles, prends
du temps l’après-midi pour répéter le
Coran.
Qu’ils soient du Maroc ou d’Algérie,
ces récitateurs rappellent qu’ils ont passé
plusieurs filtres. Ils sont identifiés par le
ministère des Cultes de leur pays et l’État
français. Ils ont aussi reçu des consignes
claires avant leur départ : ne pas parler de
politique, de différences entre les obédiences, respecter la laïcité, les autres religions, donner un message de paix.
Abdelaziz Lebiod, 31 ans, imam envoyé
à Lille, via la Grande Mosquée de Paris, a
passé un entretien individuel en Algérie.
« Ils m’ont demandé si j’étais déjà allé en
France, si j’avais de la famille, ils ont regardé mon passé, mon comportement, mes
diplômes, énumère-t-il. Nous sommes
d’une certaine façon homologués. » Fonctionnaire de l’État algérien, qui finance sa
venue et lui verse des frais de mission, il
enseigne le Coran aux élèves d’une école
“
Si le Coran est très bien
lu et que nous pouvons
prier, c’est le principal.
L’origine du psalmodieur
n’a pas d’importance
”
ABDEL, UN JEUNE FIDÈLE
située à 500 kilomètres à l’est d’Alger.
« On est les représentants du vrai islam,
contre ces prédicateurs de l’Internet et des
réseaux sociaux. On combat la radicalisation », affirme-t-il par la voix de son traducteur.
C’est ce même combat que disent mener les « conférenciers », également du
voyage pour le ramadan. Chaque jour, ils
Le Conseil constitutionnel a validé, ce
vendredi, la fermeture de l’école
musulmane privée hors contrat alBadr, à Toulouse. Le point final d’un
feuilleton judiciaire entamé en
novembre 2016, avec l’audience du
fondateur et directeur de l’école,
Abdelfattah Rahhaoui, au tribunal
correctionnel de Toulouse. Imam au
discours rigoriste, ce dernier était
accusé de ne pas avoir fermé
l’établissement confessionnel, malgré
la mise en demeure de l’Éducation
Sans religion
FINLANDE
35 44
Chrétiens pratiquants
54
SUÈDE
30 45 %
PAYS-BAS
41
35
DANEMARK
30 55
55
32
55 ALLEMAGNE
48
AUTRICHE
SUISSE
FRANCE
20
67
33 43
BELGIQUE
35 61
34 53
45
PORTUGAL
25 26
ESPAGNE
Moyenne Europe
de l’Ouest
ITALIE
29 38
29
32
63
Population
globale
49
42
SUR LES 15 PAYS D’EUROPE DE L’OUEST, MOYENNE DES RÉPONDANTS QUI...
… disent qu’il faut réduire
l’immigration
... sont
baptisés
... se déclarent
chrétiens
A
... assistent à
des services
religieux*
91 %
22 %
*au moins une fois par mois
Source : Pew Research Center
38
Population
globale
71 %
Abderrazzak Al Jayi, francophone et professeur des études islamiques à l’université Mohammed VI à Casablanca, spécialisé dans le hadith.
Depuis plusieurs années, la demande
est grandissante pour faire venir aussi des
40 %
37
28
Chrétiens
pratiquants
Chrétiens
non pratiquants
Sans religion
Infographie
nationale. Laquelle avait constaté des
enseignements « très déficitaires »,
en dehors de l’arabe et de l’étude du
Coran, ainsi que l’existence d’un
collège non déclaré. En
décembre 2016, le tribunal
correctionnel avait ordonné la
fermeture pour enseignement « non
conforme » et condamné son
directeur à quatre mois de prison avec
sursis et à une interdiction de diriger
un établissement d’éducation. L’imam
avait ensuite déposé une question
prioritaire de constitutionnalité (QPC)
que le Conseil constitutionnel vient de
rejeter. Le cas de l’école al-Badr avait
été cité en exemple au Parlement lors
des débats sur la proposition de loi qui
a renforcé, en avril, l’encadrement des
écoles libres hors contrat pour
prévenir, notamment, les risques de
radicalisation. Aujourd’hui, l’école est
toujours ouverte, gérée par une autre
association, dont l’imam est membre.
Elle envisage l’ouverture de classes de
collège à la rentrée.
C. B.
femmes prédicatrices : une seule en France en 2014, plus d’une trentaine en 2018.
Après avoir été envoyée pour le ramadan
au Danemark, puis en Espagne, Faouzia
Abou vient pour la première fois en France. « Il y a une très forte attente pour me
rencontrer, et particulièrement sur des
questions intimes », précise-t-elle.
Toutes les mosquées ne font pas appel à
des imams de l’étranger. « Quatre jeunes
se sont organisés et ont appris par cœur un
morceau du Coran pour assurer la dernière
prière. C’est une chance énorme de les
avoir sur notre commune et c’est ce qui fait
aussi notre liberté », explique Mohamed
Badaoui président de l’association musulmane d’Halluin. Dans les Hauts-deFrance, aucune des mosquées francoturques n’a fait appel à des récitateurs
étrangers. « Pour nous, ce qui compte,
c’est que le boulot soit bien fait », témoigne Abdel, un jeune fidèle qui s’apprête à
entrer dans sa mosquée à Roubaix. « Si le
Coran est très bien lu et que nous pouvons
prier, c’est le principal. L’origine du psalmodieur n’a pas d’importance.» ■
Sondage : la présence de l’islam réveillerait
la conscience chrétienne de l’Europe
% DÉCLARANT QUE « L’ISLAM EST FONDAMENTALEMENT
INCOMPATIBLE AVEC LA CULTURE
ET LES VALEURS DE MON PAYS »
NORVÈGE
IRLANDE 28 49
s’arrêtent dans une mosquée différente,
pour un discours sur le comportement
d’un bon musulman. « Je vois bien, quand
je rencontre les fidèles, qu’il y a des incompréhensions du Coran. Cela vient du fait
que l’arabe n’est pas maîtrisé », explique
L’école musulmane toulousaine al-Badr officiellement fermée
Les Européens sceptiques sur la compatibilité
de l'islam avec leurs valeurs
ROYAUME-UNI
Le récitateur algérien Abdelaziz Lebiod (à gauche), venu spécialement pour le ramadan, en compagnie du représentant de la Grande
Mosquée de Paris dans les Hauts-de-France, Abdelkader Aoussedj, vendredi, à Hénin-Beaumont. STÉPHANE DUBROMEL
JEAN-MARIE GUÉNOIS £@jmguenois
IL FAUT ÊTRE AMÉRICAIN pour aborder un tel sujet. Ou plutôt non européen, tant la question posée de
« l’identité chrétienne de l’Europe »,
mise en balance avec la montée de l’islam, est, au mieux, taboue, au pire, explosive car politiquement incorrecte.
Des Américains pourtant l’ont fait. Le
très sérieux et reconnu Pew Research
Center, basé à Washington, centre de
sondage, d’étude et de recherche sur les
évolutions des sociétés, a publié une
passionnante enquête cette semaine,
intitulée « Être chrétien en Europe de
l’Ouest », sur la base de sondages récents réalisés dans 15 pays du Vieux
Continent.
Elle offre d’abord une photographie
saisissante de la permanence du christianisme comme religion d’appartenance, spontanément et majoritairement citée par les habitants : 91 % sont
baptisés, 71 % se disent chrétiens, 22 %
pratiquent régulièrement.
Une permanence qui conduit les
concepteurs de l’étude à observer :
« L’identité chrétienne demeure un marqueur identitaire important en Europe de
l’Ouest, même parmi ceux qui n’assistent
que rarement à des services religieux. »
Une appartenance qui n’est pas seulement anecdotique : « Il ne s’agit pas
simplement d’une identité symbolique
sans importance », insistent ces analystes, car elle a un impact direct sur l’opinion des Européens sur des questions de
société, dont l’islam et l’immigration.
C’est ainsi que les chrétiens pratiquants européens seraient plus enclins
à déclarer l’islam « fondamentalement
incompatible avec la culture et les valeurs » de son pays. Avec des pointes
particulièrement frappantes en Autriche, Finlande et Italie où ce rejet de l’is-
lam par des chrétiens pratiquants dépasse la barre des 60 %.
La France, sur cette même question
et comparée à ses voisins, apparaît plutôt comme tolérante, puisque les chrétiens pratiquants qui jugeraient l’islam
« incompatible » avec la culture du
pays sont 45 %.
C’est, au reste, l’un des grands enseignements de ce sondage pour l’Hexagone. Plusieurs sondages nationaux récents - de différents instituts mais tous
liés à la période des attentats - avaient
en effet mis en évidence la montée d’un
rejet de l’islam comme culture et comme religion en France. Mais, pour la
La France, comparée à
ses voisins, apparaît plutôt
comme tolérante, puisque
les chrétiens pratiquants
qui jugeraient l’islam
« incompatible » avec la
culture du pays sont 45 %
première fois, ce sondage met en perspective cette tendance vérifiée avec les
autres pays européens. Et démontre que
les Français - bien que plus frappés par
les attentats commis au nom de l’islam
que leurs voisins - demeurent en fait
dans une moyenne européenne sur ce
thème, alors qu’ils s’accusent volontiers d’être très intolérants.
L’étude appelle pourtant à la prudence sur l’interprétation de ces chiffres,
car l’opinion face à l’islam n’est pas
seulement liée à l’appartenance religieuse. L’histoire et la culture des pays
et le sens de l’identité nationale jouent
également à plein dans la perception de
ce sujet. Certes, affirme l’étude, « les
catholiques sont plus susceptibles que les
protestants d’exprimer une opinion né-
gative à l’égard des musulmans » mais,
corrigent les auteurs, il faut vraiment
nuancer en plongeant dans la réalité
culturelle de chaque pays européen.
« Par exemple, au Royaume-Uni, 35 %
des catholiques et 16 % des protestants
disent que les femmes musulmanes qui
vivent dans leur pays ne devraient pas
être autorisées à porter des vêtements
religieux. À l’inverse, en Suisse, 35 % des
protestants expriment ce point de vue
contre 22 % des catholiques. »
Mêmes nuances sur la question de
l’immigration. Comme celle de l’islam,
elle est foncièrement liée à la situation
réelle des pays. En France, par exemple, 35 % des chrétiens, pratiquants ou
non, déclarent que le « taux d’immigration devrait diminuer », contre 21 %
des « sans religion ». Mais en Finlande,
un chrétien sur cinq est en faveur d’une
réduction de l’immigration, soit 19 %,
alors que ceux qui n’ont pas de religion
repoussent l’immigration à 33 %. Attention donc aux idées reçues…
Islam, immigration, l’étude aborde
enfin la question de l’identité européenne avec cette question crue, très
débattue implicitement ou explicitement ces derniers temps en Europe :
« L’identité chrétienne et l’immigration
musulmane sont-elles liées ? ». Réponse : « Certains spécialistes ont affirmé
que l’afflux de réfugiés, notamment en
provenance de pays majoritairement
musulmans, a suscité un renouveau de
l’identité chrétienne », mais « l’enquête
ne peut prouver que l’identité chrétienne
est en croissance en Europe ». Et au cas
où ce processus serait réel, l’enquête ne
peut pas « non plus prouver que la croissance de l’identité chrétienne est une
conséquence de l’immigration »…
Sans doute, suggère prudemment
l’étude, qu’une attention nouvelle « à
la culture chrétienne » des Européens se
serait davantage développée. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
SOCIÉTÉ
Terrorisme :
la « task force »
se déploie sur
tous les fronts
en raison de sa présence dans l’entourage de son complice, a priori considéré
comme plus venimeux. « On ne peut
mettre des agents aux basques de chacun
des 25 000 individus fichés S et des quelque 10 000 autres ayant une fiche active
au fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère
terroriste (FSPRT) », confie-t-on à
l’Élysée.
Une « charte d’interaction »
L’équipe élyséenne travaille sur un suivi
renforcé des radicalisés et des fichés S.
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
SÉCURITÉ Un an après sa création, la
Coordination nationale du renseignement (CNR) a trouvé sa vitesse de croisière. Et rien ne semble échapper à cette
structure entièrement dévolue à Emmanuel Macron, conçue comme un
« outil de pilotage » dans le champ tourmenté de la lutte antiterroriste et du
contre-espionnage. Se voulant souple et
réactive, cette équipe composée à l’origine d’une trentaine d’experts dirigés
par le préfet Pierre de Bousquet de Florian, figure incontestée du renseignement, a déjà produit 200 notes classifiées à l’intention du président de la
République. Sans parler de celles que le
chef de l’État reçoit en provenance des
services de renseignement qui gardent
la haute main sur l’opérationnel.
L’ensemble offre un panorama guère
rassurant de la menace islamiste où il
apparaît que, selon une source à l’Élysée, « Daech conserve sa capacité d’organiser des attentats, de projeter vers
l’Europe des équipes qui existent encore,
même si l’organisation terroriste a faibli
après la neutralisation de nombre de ses
cadres ». En embuscade, al-Qaida,
« distancé médiatiquement », semble reprendre du terrain au Levant tandis que
son chef, Ayman al-Zawahiri, « désigne
de manière périodique la France comme
un pays à abattre ». Dans l’Hexagone,
poursuit-on de même source, le « terrorisme endogène reste une vraie réalité »,
mettant en scène « des garçons jeunes,
sans consistance, peu formés, pas toujours dans le haut du spectre ». Pour
mieux assurer la détection de ces terroristes ourdissant leur projet à « bas
bruit », les stratèges élyséens proposent
de muscler encore les « groupes d’évaluations départementaux », les fameux
GED réunissant les services de renseignement autour du préfet pour « cribler », au cas par cas, tous les radicaux
susceptibles de passer à l’action. Outre
la police judiciaire et la gendarmerie,
des « GED thématiques » pourraient
très prochainement voir le jour en association avec l’inspection d’académie, la
direction départementale de la cohésion
sociale, les services sociaux longtemps
rétifs à coopérer avec la police ou les
services pénitentiaires dont le rôle est
devenu déterminant dans l’évaluation
des « sortants » de prison, où s’entas-
11
Le préfet Pierre de Bousquet de Florian, directeur de la Coordination nationale
du renseignement, le 10 avril, à l’Élysée. LUDOVIC MARIN / AFP
sent quelque 500 condamnés dans des
affaires de terrorisme ainsi que 1 200 à
1 300 détenus de droit commun qui se
sont radicalisés derrière les barreaux.
Face au flux massif des libérations qui se
profilent d’ici fin 2019, des décisions devraient être prises dès la semaine prochaine au plus haut sommet de l’État.
Attentat après attentat, la « task force », qu’Emmanuel Macron avait appelée de ses vœux lors de la campagne,
mène avec méthode de véritables re-
tours d’expérience, très prisés par les
militaires et que Beauvau a trop longtemps négligés. « Il s’agit de réunir les
acteurs non pas pour les mettre en cause,
mais pour comprendre ce qui a été bien
fait et qui a été loupé », précise-t-on à
l’Élysée. Exemple ? Le déménagement
de Khamzat Azimov, l’auteur des attaques au couteau perpétrées le 12 mai
dernier dans le quartier de l’Opéra, qui
n’avait pas été identifié par les services.
Par ailleurs, il faisait l’objet d’une fiche S
Face à cette impression de trop-plein,
les experts du renseignement, bravant
le paradoxe, maintiennent cependant
que plus les fichiers sont garnis, plus la
police sera efficace. Notamment parce
qu’une « purge » des bases de données
handicaperait les capacités de repérages, mais aussi parce qu’un tel nettoyage viserait d’abord les individus placés
en bas de spectre. C’est-à-dire ceux qui
ont commis les derniers attentats. En
revanche, les fiches S devraient être
« complétées » et « enrichies » en mentionnant systématiquement la nationalité des intéressés, mais aussi leurs alias,
les différentes orthographes de leur
nom ou encore… les déménagements
connus. Si les services se montrent peu
enclins à transmettre leurs fiches S aux
maires, le ministère de l’Intérieur met la
dernière main à une « charte d’interaction » entre les élus et les préfets afin de
suivre au plus près l’évolution d’une
salle de prière ou de familles gangrenées
par la radicalisation. Enfin, sur le plan
opérationnel, des réflexions sont menées pour tenter de mieux judiciariser
des renseignements obtenus par des
« sources humaines » infiltrées, sans
que celles-ci soient soupçonnées de
complicité dans des associations de
malfaiteurs terroristes. Ces « taupes »
pourraient ainsi bénéficier du statut de
repenti. Sur le papier, l’idée d’une procédure « dissymétrique » est évoquée :
elle permettrait au magistrat d’avoir un
accès privilégié à des notes confidentielles sans que celles-ci circulent entre
les mains des avocats. Si l’opinion apprécierait, l’État de droit ne le permet
pas. Et les juristes ne sont pas mûrs pour
bouleverser la donne. ■
Le nombre de professeurs contractuels explose
La Cour des comptes s’alarme de cette hausse, qui s’explique notamment par la crise d’attractivité du métier d’enseignant.
ÉDUCATION Pour les parents d’élèves,
l’arrivée d’un « contractuel » enseignant
est souvent un sujet d’inquiétude : ce
professeur, recruté à la va-vite, après un
simple entretien au rectorat, peut être
perçu comme un pis-aller. Ceux qui vivent en Seine-Saint-Denis, département
populaire fui par les enseignants, protestent régulièrement : on y compte 14 % de
contractuels.
Or le ministère de l’Éducation nationale recourt « massivement » et de plus
en plus à ces derniers, observe la Cour des
comptes, qui a publié un rapport sur le
sujet cette semaine. Ces enseignants, assistants d’éducation et accompagnants
d’élèves handicapés représentaient près
de 20 % des effectifs du système scolaire
sur l’année scolaire 2017, soit quelque
203 000 personnes, contre 182 500 deux
ans plus tôt. Avec un coût annuel de
3,7 milliards d’euros. Pour la cour,
« l’ampleur de leur croissance est la conséquence de l’absence de réformes structurelles » : ce recours s’intensifie alors que
54 000 emplois de professeurs ont été
créés pendant le quinquennat de François
Hollande. Différents facteurs expliquent
cette explosion : la perte d’attractivité du
métier, surtout dans certaines académies
(Versailles, Créteil, Amiens), et dans certaines disciplines (mathématiques, langues vivantes), mais aussi un défaut de
gestion du remplacement des professeurs
absents, très contraint aujourd’hui. La
cour évoque en outre une amélioration
des conditions d’emploi des contractuels
et une demande plus forte d’accompagnement pour les élèves handicapés. Le
nombre de contractuels accompagnant
des élèves handicapés « a plus que doublé
depuis 2014 ». La cour regrette que les
commissions départementales des droits
et de l’autonomie des personnes handicapées accordent majoritairement des
accompagnements individualisés plutôt
que mutualisés aux élèves. Ces commissions « ne sont pas harmonisées au niveau
national, provoquant des situations très
contrastées, difficiles à gérer ». Parfois,
plus de 90 % des aides prescrites sont individuelles, voire 100 % dans certains
départements (Haute-Saône), alors que,
dans le Bas-Rhin, seuls 38 % des élèves
bénéficient d’une aide pour eux seuls.
« Si le rythme de progression des prescriptions et le poids des aides humaines indivi-
Gilles Demarquet, nouveau président de l’Apel
CAROLINE BEYER £@BeyerCaroline
«J’AI RENCONTRÉ à l’Apel des personnes
que je n’aurais pas croisées dans la vie de
tous les jours. Une vraie richesse socioculturelle. » Cheveux poivre et sel, lunettes carrées, chemise rayée bleu et blanc,
Gilles Demarquet, 55 ans, père de sept
enfants et cadre de l’industrie informatique, est le nouveau président de l’Association des parents de l’enseignement libre (Apel). Unique candidat à la
succession de Caroline Saliou, restée six
ans aux commandes, il a été élu le 1er juin,
à 92 %, lors du congrès annuel de l’association, qui se tient ce week-end à
Rennes.
Trésorier national depuis 2014, il était
parallèlement président de l’Apel académique de Versailles depuis deux ans.
« Mais je ne suis pas versaillais », glisse
cet homme discret qui habite la petite ville de Villennes-sur-Seine, 5 000 habitants, à côté de Poissy dans les Yvelines.
La priorité de son mandat ? Renforcer le
lien entre l’école et la famille. Le credo de
l’Apel. Mais à l’heure où Parcoursup, la
toute nouvelle plateforme d’orientation
vers le supérieur, a livré aux futurs bacheliers ses premières réponses, et suscité son lot d’angoisses, le nouveau président veut asseoir un véritable pôle
« orientation » au sein de l’Apel. Dans ses
précédentes fonctions à la tête de l’académie de Versailles, il avait recruté un
permanent pour gérer le dossier. « Lorsque nous organisons un forum des métiers,
nous n’avons aucun problème pour trouver, au sein des parents, des intervenants », explique Gilles Demarquet, qui
entend « professionnaliser » la chose. Ce
positionnement sur l’avenir et l’emploi, il
veut aussi en faire bénéficier les parents
membres de l’Apel. À l’image du « café
emploi », un lieu de rencontre mêlant
DRH, parents au chômage ou mamans
souhaitant reprendre une activité,
qu’il avait lancé dans la petite école primaire sous
contrat de sa ville.
Présent au bureau national de l’Apel depuis
quatre ans et demi, Gilles
Demarquet ne sera pas
« dans la rupture ».
« Continuité dans le
mouvement »,
résume cet éditeur de logiciels
informatiques,
qui mènera de
front son mandat et une vie
professionnelle
l’appelant régulièrement à l’international. « Allez
expliquer à un
Américain que vous
avez une dispense !
J’arrive à jongler
grâce aux réunions virtuelles. » L’Apel,
bientôt dans l’ère des « conf call » ? «Une
transformation digitale s’impose », explique-t-il. Mère de six enfants, originaire
d’un petit village de Mayenne, Caroline
Saliou avait, elle, mis de côté son activité
professionnelle dans la banque pour
sillonner le territoire français.
Susciter l’émulation
Changement de style, donc. Mais la ligne
de l’association, qui a derrière elle 80 années d’histoire, reste inchangée : «Apolitique, ouverte à toutes les religions. » Sous
le précédent quinquennat, l’Apel a en
partie soutenu la réforme du collège de
Najat Vallaud-Belkacem. En interne, la
position avait vivement été critiquée, en
2015-2016, par une partie des adhérents.
Lors de l’élection 2016, une équipe portant le projet d’une « Apel renouvelée », prônant des valeurs
connectées à « une pratique vivante de la foi et une anthropologie chrétienne forte », s’était
présentée, sans succès,
contre la présidente Caroline
Saliou. Une association al-
dualisées se prolongent, les 32 000 nouveaux postes ne suffiront pas à couvrir le
besoin », prévient la cour.
Plus globalement, elle recommande
d’annualiser le temps de travail des enseignants pour limiter le recours aux
remplacements extérieurs. Et de « revoir
le cadre d’exercice du métier d’enseignant
et d’assouplir les conditions de gestion du
remplacement ». Pour y aboutir, elle recommande « une plus grande polyvalence
disciplinaire des professeurs ». Des sujets
régulièrement abordés dans les rapports
mais laissés lettre morte car explosifs
pour les syndicats enseignants. ■
EN BREF
ternative « non politique », mais
« confessionnelle » avait même été lancée. Sans succès également. « L’Apel
n’est pas une association réservée aux parents catholiques », explique Gilles
Demarquet. Elle porte évidemment une vision chrétienne, mais reste ouverte à
tous. » Et tout l’enjeu pour un président
national est précisément de fédérer les
parents de grands établissements parisiens et ceux de collèges de Seine-SaintDenis, qui peuvent accueillir jusqu’à
60 % de musulmans.
Avec 1,4 million de familles adhérentes
pour deux millions d’élèves scolarisés
dans l’enseignement catholique, il se doit
de susciter l’émulation pour mettre à
l’honneur différentes approches pédagogiques. « Chaque enfant est différent »,
rappelle le nouveau président. Père de
sept enfants, âgés aujourd’hui de 10 à 20
ans, Gilles Demarquet est bien placé pour
le savoir. Dans la fratrie, l’un d’entre eux,
dyslexique, a rejoint un collège spécialisé.
Le plus jeune est encore à l’école primaire, tandis que les trois aînés sont dans le
supérieur, en IUT, en fac de médecine et
en classe préparatoire. ■
«
L’Apel n’est pas une association réservée
aux parents catholiques. Elle porte
évidemment une vision chrétienne,
mais reste ouverte à tous
»
GILLES DEMARQUET FRANÇOIS BOUCHON /LE FIGARO
Affaire Maëlys : la fillette
n’aurait pas été violée par
Nordahl Lelandais
Alors que les obsèques de Maëlys
se tiennent ce samedi à la Tourdu-Pin (Isère), les conclusions
des médecins légistes et des
anthropologues de l’Institut
de recherche criminelle de la
gendarmerie (IRCGN) viennent
d’indiquer que l’expertise
de son squelette et de ses
vêtements ne révélait aucune
trace de viol, selon une
information de RTL. Nordahl
Lelandais a toujours nié cette
accusation.
Policiers brûlés
à Viry-Châtillon : vers
un procès aux assises
pour 13 suspects
Le parquet d’Évry a requis
un renvoi aux assises pour 13
des 17 mis en examen dans
l’affaire de l’attaque aux
cocktails Molotov de policiers
à Viry-Châtillon (Essonne)
en octobre 2016. Deux véhicules
de police stationnés en lisière
de la cité de la Grande Borne
avaient été pris d’assaut
par un groupe de personnes
encagoulées, dont plusieurs
mineurs, et s’étaient embrasés,
brûlant grièvement deux
policiers et blessant deux autres.
A
MARIE-ESTELLE PECH £@MariestellPech
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
12
SPORT
Montpellier-Castres, la fable de la finale
Le nouveau riche contre le petit chose. Le verdict de l’ultime acte du Top 14, ce soir, serait écrit. À voir…
B. GUAY/AFP
RUGBY Comme ça, ce serait plié d’avance ? Le club de la métropole de l’Hérault,
fort des ambitions et des moyens financiers de son propriétaire, le milliardaire
Mohed Altrad, ne ferait qu’une bouchée
de la petite sous-préfecture du Tarn ?
Franchement, on a du mal à croire à ce
scénario cousu de fil blanc. Bien sûr,
Montpellier s’avancera ce soir (21 heures, France 2 et Canal +) sur la pelouse
dyonisienne le torse bombé. Avec, dans
ses rangs, cinq champions du monde
(des Springboks et un All Black), l’herculéen ailier fidjien Nadolo (1,96 m,
130 kg et 24 essais inscrits cette saison)
ou encore l’épais Louis Picamoles en
joueur-bélier. Une phalange de poids,
sur la balance et en nombre de sélections.
En face, les Castrais la jouent moins
clinquant. Pas de stars mais des guerriers
sans peur, des caractériels, un appétit
démesuré et… l’expérience de ces finales.
Car si Montpellier roule des mécaniques,
il n’en reste pas moins en quête d’un premier sacre quand le Castres Olympique,
lui, revient en finale pour la septième
fois, contemple déjà quatre boucliers de
Brennus dans sa vitrine à trophées (le
dernier en 2013) et n’a pas son pareil
pour déjouer les pronostics. Le MHR a
plané sur la saison régulière et empilé les
lèvent tôt pour aller bosser », image
Christophe Urios.
Mais la bravoure, l’esprit de corps et de
sacrifice, l’envie de « renverser ces gros
budgets, avec toutes ces stars » (le pilier
Antoine Tichit) seront-ils suffisants pour
tenir le choc face à la force brute, aux
certitudes, aux talents des Montpellié-
rains ? Le raccourci est tentant. L’argent
aurait perverti les mentalités, dévalué les
valeurs. Chacun pour soi et on touche
son (gros) salaire. C’est évidemment faux
mais cela fait d’eux les mal-aimés (voir
ci-dessous). Alors, ce soir, ce sera leur
histoire face à toute la France du rugby.
Les Sud-Africains voudront prouver
qu’ils ne sont pas (que) des mercenaires.
Picamoles, Ouadraogo et Galletier, enfants du pic Saint-Loup, formeront une
troisième ligne mue par l’attachement
régional. Aaron Cruden rêvera d’imiter
son glorieux aîné, Dan Carter, en ajoutant un titre de champion de France à sa
légende All Black. Tous unis pour offrir
“
Nous n’avons
pas l’effectif
pour rivaliser
sur toute une saison
mais, sur un match, nous
sommes capables de tout
ANTHONY JELONCH, JOUEUR DE CASTRES
”
essais (102 en 27 matchs) quand le CO arrachait au forceps sa qualification pour la
phase finale (la huitième en dix ans, pas
si petit que ça…), accomplissait un premier exploit en allant s’imposer chez le
voisin toulousain en barrages, puis un
deuxième en demi-finale face au Racing.
La méthode est éprouvée. Des avants
pénibles, indomptables, habités par les
mots de Christophe Urios, le faiseur de
miracles. Une ligne d’attaque prompte
aux contres. Avec, à la baguette, deux
poisons : le demi de mêlée Rory Kockott, inégalable quand il s’agit de faire
perdre leurs nerfs à ses adversaires, et
l’ouvreur argentin Benjamin Urdapilleta, buteur métronome. Des hommes en
mission pour l’honneur d’une souspréfecture de 43 000 habitants. La fierté
d’un « territoire oublié, enclavé » en guise de motivation. « On joue pour une ville. On se transcende pour les supporteurs,
nos familles, les copains qui ne jouent
pas », résume Thomas Combezou, centre de devoir.
« Nous n’avons pas l’effectif pour rivaliser sur toute une saison mais, sur un
match, nous sommes capables de tout,
complète le flanker Anthony Jelonch.
Notre fonds de commerce, c’est l’agressivité et la solidarité. Personne ne peut être
plus solidaire que nous. » Le manager
d’enfoncer le clou : « Notre équipe travaille dur, ne se prend pas pour ce qu’elle
n’est pas. Elle ressemble aux gens qui se
Paul Willemse, deuxlème ligne sud-africain du MHR, tente d’échapper à la défense castraise, le 24 mars lors d’un match de Top 14 dominé par Montpellier (45-7) à domicile.
Pourquoi le club héraultais traîne une si mauvaise image
On a dit que
« Montpellier
était devenu
une équipe
de SudAfricains, de
destruction.
On a été
beaucoup
critiqué,
alors que je
ne pense pas
qu’on fasse
moins
de jeu que
les autres
équipes
»
FULGENCE
OUEDRAOGO,
TROISIÈME LIGNE
DE MONTPELLIER
ARNAUD COUDRY £@ArnaudCoudry
ILS SONT trois présidents businessmen à bousculer le rugby
français. Mais il est le seul à ne pas
avoir encore soulevé le bouclier de
Brennus. Mohed Altrad, l’homme
fort du Montpellier Hérault Rugby,
a un train de retard sur Mourad
Boudjellal, sacré en 2014 avec le
RC Toulon, et Jacky Lorenzetti, titré en 2016 avec le Racing. Encore
plus que ces deux derniers, Mohed
Altrad, magnat du BTP devenu acteur central du rugby, prête le
flanc à la controverse. Ses méthodes, directement calquées sur celles de l’entreprise, font couler
beaucoup d’encre. « J’aime faire le
parallèle avec le business : j’ai créé
mon entreprise il y a 32 ans, je
considère que je ne fais partie de
l’establishment que depuis quelques
années. Il a fallu que je prouve,
peut-être deux fois plus qu’un
autre, que j’avais ma place, avance-t-il. Et le rugby est, d’une certaine manière, un business, même si
c’est un business particulier. »
Ces dernières saisons, les critiques qui visent le MHR, plus jeune club de l’élite (créé en 1986 de
la fusion de deux clubs montpelliérains), sont nombreuses. Un
management qui laisse peu de
place aux sentiments (adieux refusés à François Trinh-Duc), un
recrutement qui fait la part belle
aux « mercenaires » étrangers,
des soupçons de dépassement du
salary cap (plafonnement de la
masse salariale)… À cela s’ajoute
l’affaire de favoritisme supposé
avec Bernard Laporte, le président de la FFR, qui a entraîné
l’ouverture d’une enquête du
parquet financier. Alors même
que le nom d’Altrad s’affiche désormais sur le maillot du XV de
France…
Le stade montpelliérain porte
aussi le nom de l’entrepreneur
d’origine syrienne, mais peine à
faire le plein (11 000 spectateurs en
moyenne sur 15 000 possibles).
Difficile d’exister à Montpellier à
côté des footballeurs du MHSC et
des handballeurs du MHB, récents
champions d’Europe…
Devant toutes ces péripéties,
Mourad Boudjellal n’a pas pu
s’empêcher d’ironiser : « Je peux
reconnaître humblement que Mohed
Altrad m’a détrôné depuis deux ans.
Je ne suis plus le club le plus détesté
de France. » Comment en est-on
arrivé là ? En 2011, l’équipe entraînée par Fabien Galthié et Éric Béchu avait fait souffler un vent de
fraîcheur, en se hissant jusqu’en
finale (défaite contre Toulouse).
Le troisième ligne Fulgence
Ouedrago, seul membre des Quatre Fantastiques du début des années 2010 (avec Louis Picamoles,
Français Trinh-Duc et Julien Tomas) à ne pas avoir quitté le club,
raconte : «Au début, on n’avait pas
cette image-là. Elle était bonne et
renvoyait à la formation montpelliéraine. Après, on a dit que Montpellier était devenu une équipe de SudAfricains, de destruction. On a été
beaucoup critiqué, alors que je ne
pense pas qu’on fasse moins de jeu
que les autres équipes. Il y a tout ce
qui se passe autour du club qui est
extrasportif… Mais sur le terrain, on
essaie de donner une bonne image. »
Nemani Nadolo, l’arme de destruction massive du MHR
A
un titre à leurs supporteurs (il y en a…), à
leur richissime président, à leur manager
au savoir-faire reconnu. Vern Cotter,
qui, après avoir offert à Clermont le premier bouclier de Brennus de son histoire
(en 2010), a été engagé pour réussir le
même coup avec Montpellier. Mais ce
n’est pas joué d’avance… ■
ALEXANDRE DIMOU/ICON SPORT
DAVID REYRAT £@DavidReyrat
ATTENTION au bulldozer ! Il ne fait
souvent pas bon croiser la route de Nemani Nadolo, l’ailier aux effrayantes
mensurations de Montpellier (1,96 m
pour 130 kg). Lancé à pleine vitesse, ça
fait des dégâts. Reviennent en mémoire
les coups d’éclat de l’icône All Black Jonah Lomu, slalomant, percutant, raffûtant, écrasant ses adversaires comme
de vulgaires fétus de paille. Autre point
commun ? Le secret de leurs dimensions XXL résiderait dans les racines de
taro, une plante tropicale, sorte de
« patate magique », consommée dans le
Pacifique. D’où, veut la légende, des
physiques hors normes et des rapports
poids-vitesse redoutables. « Quand j’ai
vu la balance qui affichait 135 kg, cela
m’a fait peur. Il ressemblait à TchaleWatchou », raconte le flanker international Kélian Galletier, évoquant l’ancien deuxième-ligne montpelliérain.
Après une première saison mitigée
dans l’Hérault (14 essais) à cause de
nombreuses commotions cérébrales,
l’ancien joueur de la franchise néo-
zélandaise des Crusaders
(30 ans) a été l’un des
Montpelliérains les plus
en vue cette année. Il a
quasiment doublé
ses scores avec
des stats imparables (19 essais
en 19 matchs
de Top 14,
6 en 6 rencontres de
Nemani Nadolo a inscrit
19 essais en 19 matchs
de Top 14 cette saison.
MARTIN ALEX/
PRESSE SPORTS
Champions Cup), terminant deuxième
meilleur marqueur du championnat
derrière le phénoménal Toulonnais
Chris Ashton (24).
« Je n’ai jamais vu
un joueur comme ça »
« La deuxième saison est toujours
meilleure que la première. Vous avez
pris vos marques, vous connaissez
les exigences de la compétition, et
vous êtes fatalement plus en
confiance, a récemment expliqué Nadolo à L’Équipe. Bien
sûr, les gens me connaissent,
savent ce dont je suis capable. Mais vous savez, vous
pouvez passer autant de
temps que vous voulez à
étudier le jeu d’un adversaire
derrière un écran, ce qui se passe sur le
terrain est toujours une histoire différente. » Avec le jeu plus ouvert prôné par
Vern Cotter, moins monolithique que
celui mis en place par Jake White, l’international fidjien (28 sélections) dispose
de plus d’espaces, de coups à jouer.
Pour sa première saison dans l’Hérault, l’ancien manager de Clermont
reste impressionné par sa capacité à
trouver la faille chez l’adversaire. « Je
n’ai jamais vu un joueur comme ça, qui affiche une telle puissance et une telle habileté », insiste-t-il. « Dans une défense, il
sait trouver la brèche là où il n’y en a
pas », poursuit le troisième-ligne Fulgence Ouedraogo. Seule ombre au tableau, la défense n’est pas son point fort
mais il a énormément travaillé pour
gommer ses lacunes. Sans que cela ne
perturbe le placide colosse du Pacifique.
« Je crois en mes qualités, même celles
de défenseur. C’est devenu un challenge
pour moi : plus on cherche à exploiter
mes défauts, et plus je veux relever le
défi, confiait-il dans L’Équipe. Je n’ai
jamais reculé devant aucun défi dans ma
vie. Je m’en sers pour être plus fort. » Les
Castrais, comme tous les adversaires du
MHR, ont beau être prévenus, il est
parfois impossible de stopper l’autobus.
Arrêts peu fréquents. ■
A. C.
Et Louis Picamoles, de retour
au bercail après huit ans d’exil
(Toulouse puis Northampton),
d’ajouter : «On va dire qu’on n’est
pas le club avec la meilleure image
en France… » Les joueurs sont-ils
affectés par ce déficit de popularité ? «Je n’en souffre pas, ça me
fait doucement rigoler » , cingle le
puissant numéro 8.
Cette saison, Vern Cotter a protégé son groupe de toutes ces turpitudes extérieures. Tentant de
rectifier l’image déplorable héritée du passage de Jake White
(2014-2017). Mais l’an prochain, le
MHR va à nouveau défrayer la
chronique avec le retour en Top 14
de Johan Goosen. Le Sud-Africain
avait quitté le Racing en 2016 dans
des conditions invraisemblables
pour… vendre des selles d’équitation dans son pays. En fait, il était
en négociations directes avec le
MHR, même si Altrad répétait
qu’il n’était « pas intéressé » par
ce joueur. Boudjellal, encore lui,
avait lâché à l’époque que « le président qui signera Johan Goosen est
un salopard ». Une image forte. ■
EN BREF
Football : l’Australie attend
les Bleus de pied ferme
Premier adversaire de l’équipe de
France lors du Mondial en Russie,
le 16 juin (12 heures), l’Australie
a fait le plein de confiance en
surclassant la République tchèque
(4-0), vendredi, en Autriche.
Pochettino pour succéder
à Zidane au Real Madrid ?
L’entraîneur de Tottenham,
pressenti pour remplacer Zidane,
a assuré qu’il était « très heureux »
à Londres. Mais Mauricio
Pochettino a laissé planer le doute :
« Ce qui doit arriver arrivera »…
NBA : la première
pour Golden State
Emmené par un grand LeBron
James (51 points), Cleveland
a poussé les Warriors en
prolongations, jeudi soir
à Oakland, lors du 1er match
des Finales NBA, mais Golden State
a fini par s’imposer (124- 114).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
SPORT
13
Djokovic vacille,
Zverev au bord
du précipice
L’ancien numéro 1 mondial et le numéro 3
ont puisé dans leurs réserves pour
poursuivre l’aventure à Roland-Garros.
ROMAIN SCHNEIDER rschenider@lefigaro.fr
TENNIS Moins de chance pour Dimtrov
et Svitolina, qui, eux, ont pris la porte.
en souffrance,
u Djokovic
Zverev le miraculé
Le couperet est passé tout près. Au bout de
l’effort, au bout de lui-même, l’Allemand
Alexander Zverev a eu le dernier mot sur
le Bosnien Damir Dzumhur, tête de série
no 26, en cinq sets et 3 h 54 (6-2, 3-6, 4-6,
7-6, 7-5). Mené deux sets à un, il a notamment sauvé une balle de match à 4-5
contre lui dans le 5e set. À défaut d’être
toujours constant sur le court, Zverev a
fait preuve d’une sacrée force de caractère pour se sortir du piège et mettre fin à
une incongruité. L’Allemand a beau être
numéro 3 mondial, avoir déjà remporté
trois Masters 1000 à l’âge de 21 ans et être
annoncé comme le futur patron du tennis
mondial, il n’avait toujours pas battu un
top 50 dans un Grand Chelem ! La tête de
série no 2 s’était déjà fait peur lors 2e tour
pour se débarrasser du Serbe Lajovic en
cinq sets et 3 h 24 (2-6, 7-5, 4-6, 6-1, 6-2).
Lauréat de l’édition 2016, l’ancien numéro 1 mondial Novak Djokovic court,
lui, après son lustre passé. Il lui a également fallu près de 4 heures pour poursuivre l’aventure parisienne en dominant dans la douleur Roberto Bautista
Agut (no 13) (6-4, 6-7, 7-6, 6-2). Si la
partition du Serbe a connu beaucoup de
ratés (43 fautes directes), il a tenu le choc
sur le plan physique. Plutôt de bon
augure dans son opération rédemption :
« Je ne pourrai pas jouer tous les jours
aussi longtemps. C’était un très bon test :
le dernier set est le meilleur que j’ai joué
depuis le début du tournoi. Ça me donne
beaucoup de confiance. »
Novak Djokovic a bataillé près de quatre heures, vendredi à Roland-Garros, pour venir à bout, dans la douleur, du no 13 mondial,
l’Espagnol Roberto Bautista Agut. ALESSANDRA TARANTINO/AP
Svitolina, par ici la sortie !
u Dimitrov,
Têtes de série n 4 des tableaux féminin
o
et masculin, Elina Svitolina et Grigor Dimitrov ont pris la porte ce vendredi.
Autant l’élimination du Bulgare par Fernando Verdasco (no 30) (7-6, 6-2, 6-4) ne
constitue qu’une demi-surprise, tant le
premier est peu à l’aise sur ocre et à Paris
(il n’y a jamais dépassé le 3e tour), autant
celle de l’Ukrainienne, matée par la Roumaine Buzarnescu (6-3, 7-5), interpelle.
Récente lauréate du tournoi de Rome, la
protégée du Français Thierry Ascione a
pourtant trébuché. Impressionnante sur
le circuit (elle a déjà gagné 13 titres à
23 ans), elle souffre toujours dans les
Grands Chelems, elle qui n’y a jamais dépassé le stade des quarts de finale.
et Parmentier balayés
u Simon
Pour son premier duel sur le circuit face
à Kei Nishikori (tête de série no 19), Gilles
Simon n’a pas existé. Le finaliste du Rolex
Monte-Carlo Masters a été le patron sur le
court 18. « Il y a eu match, mais les moments importants, les balles de break, les
points accrochés, il les a tous gagnés », a
admis le récent finaliste du tournoi de
Lyon. Pas d’exploit non plus pour Pauline
Parmentier. La Nordiste, qui restait sur
deux rencontres marathon, a été surclassée par la numéro 2 mondiale, Caroline
Wozniacki. Une correction (6-0, 6-3) en
1 h 18. Après avoir perdu les 11 premiers
jeux et inscrit 6 points lors du premier set,
la Française a sauvé l’honneur sous la
pluie fine qui tombait sur le court Philippe-Chatrier en inscrivant trois jeux
consécutifs. Dans le tableau féminin
- c’était attendu -, Caroline Garcia, qui
affronte ce samedi la Roumaine Begu, reste la dernière française en lice. ■
Gasquet à l’heure du cauchemar Nadal
« Petit Mozart »
Au pied d’un nouveau duel face au décuple
lauréat des Internationaux de France, Richard Gasquet, débarrassé de l’étiquette
de « Petit Mozart » qui a longtemps semblé
l’encombrer, résume, lucide : « Sauf cataclysme, il risque de gagner. Mais je n’ai pas
envie d’aller sur le court et de me dire : c’est
Rafael Nadal, il est extraordinaire. On le sait
Le panama, l’atout chic dans les tribunes
GILLES FESTOR gfestor@lefigaro.fr
DIMANCHE dernier, Pippa Middleton a
fait une apparition remarquée à RolandGarros. Au bras de son époux, James Matthews, la petite sœur de Kate a adopté de
bon cœur le dress code de la Porte
d’Auteuil en se coiffant de l’emblématique
panama, devenu la marque de fabrique du
tournoi parisien lorsque le soleil se montre.
Et pas seulement. Par temps couvert également, il fleurit aussi dans les tribunes.
« Je ne pourrais pas dire avec précision
quand il s’est généralisé, mais il est apparu
dans le stade bien avant qu’on ne décide de le
proposer en boutique », explique au Figaro
Édouard Bardon, responsable de la griffe
Roland-Garros.
Originaire de la ville de Montecristi, en
Équateur - et non pas au Panama, comme
on pourrait l’imaginer -, ce chapeau aux
bords larges était utilisé par les ouvriers
pour se protéger du soleil. Puis, il fut mis à
l’affiche par le président Theodore Roosevelt qui l’a porté lors d’une visite sur le site
du canal de Panama en 1906. Des têtes
couronnées l’ont ensuite adopté en Europe. À Roland-Garros, les « people » du Village ont largement contribué à en faire un
couvre-chef incontournable. Aujourd’hui,
il se décline en plusieurs versions dans les
boutiques (ruban marine ou de couleur
terre battue). « C’est devenu le symbole de
l’élégance décontractée avec le côté chic très
français. On l’associe au printemps et aux
premières chaleurs de l’année », poursuit le
responsable. Le chic a tout de même un
coût (95 euros), même s’il existe d’autres
chapeaux dans des matières moins nobles
et de fabrication moins artisanale. « Le panama s’adresse à la clientèle CSP+, mais
sans être élitiste. Cela s’inscrit dans le développement d’une marque premium marquée
par la notion d’héritage de nos collections »,
précise Édouard Bardon.
Les loges du Court central, jeudi à Roland-Garros.
CHARLES PLATIAU/REUTERS
Dans les allées, le port du panama est
devenu aussi un signe distinctif, un
moyen, parfois, de montrer qu’on a le privilège d’accéder aux loges au bord du
court, où son port est très répandu. « On a
tellement peu d’occasions de porter des chapeaux aujourd’hui. On ne s’habille plus pour
aller au théâtre ou même au restaurant.
J’aime ce côté rétro, voire un peu désuet »,
avoue Sophie, architecte venue de Lyon et
habituée du tournoi de la porte d’Auteuil.
« Le prix est élevé, mais l’élégance se paie. Il
se conserve longtemps, il suffit de changer le
ruban », explique Marie, retraitée venue en
famille voir Nadal.
Aimant à objectifs et à caméras sur le
Court central, le panama ne s’écoule pas
dans de gros volumes. À chaque édition,
les boutiques du tournoi en vendent environ 2 000 (sur 5 000 chapeaux au total sur
la quinzaine). « Il est fabriqué en paille fine
en Équateur et nos fournisseurs n’ont pas
forcément la capacité d’en fabriquer plus. Le
produit est rare et notre challenge n’est
d’ailleurs pas d’en vendre beaucoup plus »,
glisse Édouard Bardon.
Ces quelques centaines d’exemplaires
commercialisés contribuent cependant à
garantir une image singulière au tournoi
par rapport aux autres levées du Grand
Chelem (Wimbledon, US Open et Open
d’Australie). Dans cette quête de développement, Roland-Garros peut compter sur
le concours des nombreuses personnalités
invitées qui s’affichent régulièrement sur
les grands courts avec ce chapeau gracieusement mis à leur disposition. Encore fautil que le temps s’y prête, ce qui n’a pas été
le cas tous les jours depuis le début du
tournoi. ■
tous, sur terre, c’est le meilleur joueur de
l’histoire. À moi de faire le maximum et de
faire un grand match. » Pour tenter, une
nouvelle fois, d’enrayer la machine Nadal,
qui affiche 91,9 % de matchs gagnés sur
terre battue depuis ses débuts professionnels, en 2001. Contre 62,9 % pour le Français, qui indique, amusé, à l’heure de partager l’affiche avec le maître des lieux, le
roi de la terre : « La comparaison a existé à
13-14 ans. Plus les années ont passé, plus j’ai
vu que cela allait être dur. Et cela a été le cas.
Au moins, on m’aura comparé à lui. Au
moins, il me restera cela… » Il s’est alors
mué en spectateur privilégié d’une ébouriffante success story.
Dans les archives des joueurs perpétuellement battus par un adversaire, Richard
Gasquet peut trouver un peu d’espoir du
côté du regretté Américain Vitas Gerulaitis. Toujours dominé par Jimmy Connors,
il avait, pour célébrer son premier succès
après seize défaites contre son compatriote, déclaré à la fin des années 1970 : « Que
ce soit une leçon pour vous, personne ne bat
Gerulaitis dix-sept fois de suite… » ■
Rafael Nadal n’a jamais perdu
contre le Français en 15 rencontres
sur le circuit ATP. ERIC FEFERBERG/AFP
ARTCURIAL
Maurice CHABAS (1862- 1947)
Néméa - 1894 (détail)
Vendu 27 300 €
Vente en préparation
ÉLOGE DU
SYMBOLISME
Vente aux enchères
25 septembre 2018
Clôture du catalogue
Mi-juillet 2018
7 Rond-Point des Champs-Élysées
75008 Paris
www.artcurial.com
Contact:
Matthieu Fournier
+33 (0)1 42 99 20 26
mfournier@artcurial.com
A
Richard Gasquet : « Sur terre, c’est
le meilleur joueur de l’histoire. À moi
de faire un grand match. » C. SAIDI/SIPA
ENFANTS prodiges, ils ont gambadé et
ferraillé dans les catégories de jeunes,
partagé les lueurs d’une renommée naissante, avant de plonger dans le monde
professionnel lestés du poids de l’attente.
Leur trajectoire jumelle prenant alors
brutalement fin pour arpenter des directions et des dimensions différentes. Rafael Nadal s’imposant comme l’un des
meilleurs joueurs de l’histoire (16 titres
du Grand Chelem), Richard Gasquet
(trois demi-finales majeures) restant
coincé dans les étages. À l’image de leurs
confrontations. À sens unique. L’Espagnol s’invitant comme un récurrent cauchemar pour le Français, invariablement
scié par le lift et le rythme de son rival,
ployant sous l’emprise psychologique et
physique de l’Espagnol, qui n’a jamais
mordu la poussière contre le Français en
15 rencontres sur le circuit ATP (Gasquet
a dominé l’Espagnol en début de saison
lors d’un tournoi exhibition).
La dernière fois que le Français a arraché
un set à son rival en compétition officielle ?
Il y a… dix ans, à Toronto. Une éternité.
« Le mec est monstrueux », souffle, admiratif, le challenger roué de coups. L’affrontement, qui a rapidement pris ses habitudes et étranglé tout effet de surprise, s’offre
un nouvel épisode, ce samedi au 3e tour de
Roland-Garros. Revisitant leur histoire
(nés en 1986, ils n’ont que quinze jours
d’écart, l’Espagnol étant l’aîné), Rafael
Nadal rappelle au sujet d’un de leur premier face-à-face, en 2005, en demi-finales à Monte-Carlo : « Il était un peu meilleur
que moi. C’était la future star française,
l’étoile montante du tennis français… »
Agrément cvv du 25/10/2001 - Commissaire-priseur : Matthieu Fournier
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
14
SCIENCES
À Paris, une diversité animale très riche
et bien souvent insoupçonnée
Les animaux se débrouillent dès lors qu’on leur laisse quelques recoins sauvages.
MARIELLE COURT £@MarielleCourt
dit un peu de « sauvage »
dans ces lieux ou béton et goudron sont
largement prioritaires.
« À Vincennes, il s’agit bien d’un bois,
s’empresse d’expliquer Xavier Japiot. Sa
superficie est de 995 hectares. Un bois ne
devient forêt que s’il dépasse les 1 000 hectares. » L’homme ne semble jamais plus
heureux que ses jumelles sur les yeux et
ses livres recensant en détail les insectes et
les oiseaux à portée de main.
Avec Xavier Japiot, la biodiversité
commence aussi là où on l’attend le
moins. Il aime évoquer la blatte germanique qui, « contrairement aux idées reçues,
n’apprécie pas particulièrement les aliments en décomposition ni les endroits trop
humides », s’amuse Xavier Japiot. Ou encore le cloporte commun, dont le seul
nom inspire plutôt du mépris même si
« dans certaines régions d’Amérique du
Sud, l’inoffensif crustacé est adopté par les
Des faucons pèlerins
ont déjà été repérés sur
la cheminée Beaugrenelle,
dans le XVe arrondissement.
« Il y aurait une quinzaine de renards dans Paris intra-muros, une poignée dans le bois de Boulogne et entre quarante et cinquante
dans le bois de Vincennes », assure Xavier Japiot, chargé d’étude sur la biodiversité pour la mairie de Paris. FRANCK BOHAIN
enfants », rappelle l’auteur, qui ajoute :
« Les futurs adoptants français doivent se
doter d’un récipient humide et peu lumineux
pour assurer à leur cloporte de compagnie
une vie de rêve. »
Mais il est aussi question dans ce livre de
la mulette des peintres, du martin-pêcheur, du ver luisant, du faucon pèlerin, de
la couleuvre à collier, de l’alyte accoucheur (une espece de crapauds où c’est le
mâle qui porte les œufs), ou encore du hérisson, facilement reconnaissable à ces
couinements ou de la chouette hulotte
dont il est « de nuit, aisé de distinguer le
chant du mâle de celui de la femelle : le
mâle hulule alors que la femelle
crie » !
Une quarantaine
d’espèces couchées
sur le papier qui
n’épuisent pas,
tant s’en faut, les histoires dont Xavier Japiot se régale sur le terrain. Tenir
une conversation en se promenant avec
lui est d’ailleurs une sorte de défi. Au milieu d’une phrase, le doigt se lève pour
montrer ici la fauvette à tête noire, petit
oiseau africain qui vient chez nous pour se
reproduire, là une hirondelle de cheminée, ici un pouillot véloce, ou plus simplement une pie bavarde, « dont l’attrait pour
les insectes qui brillent l’a transformée en
pie voleuse pour faire vivre l’histoire de Tintin dans Les Bijoux de la
Castafiore ». Et qui connaît le troglodyte
mignon ? Le troisième plus petit oiseau
en Europe, qui
a pourtant le chant le plus puissant. Dans
le bois de Vincennes, la mélodie est familière. « S’il se trouvait à un mètre de
nous, il ferait autant de bruit qu’une tondeuse à gazon, soit 97 décibels », rapporte le naturaliste.
Mais Xavier Japiot n’hésite pas non plus
à se ruer dans un buisson pour attraper
toutes sortes d’insectes, certains d’un
beau vert émeraude comme le charançon
de l’ortie, qui se cache ainsi sans difficulté
dans sa plante hôte, des petites guêpes
“
La ville est
un nouvel enjeu
de connaissance,
de sauvegarde
et de valorisation de
la biodiversité animale
XAVIER JAPIOT, NATURALISTE
”
sauvages, des chenilles, des araignées, des
coccinelles. « Celle-ci à 7 points noirs sur
ses ailes, c’est une espèce parmi les 29 que
l’on trouve à Paris », analyse le spécialiste
avant que l’insecte, posé sur sa main, ne
s’envole. L’occasion de rappeler que « les
insectes rouges et noirs sont vénéneux, les
jaunes et noirs sont venimeux ».
« Il faut que les gens apprennent à voir
différemment », insiste le scientifique. Qui
sait qu’il n’y a pas une mais trois espèces de
pigeons
à
Paris ? Le biset, le
plus connu, mais aussi
le ramier, ou palombe, qui est un migrateur, et enfin le colombin,
aux pattes couleur corail, qui niche dans les
trous d’arbres et ne daigne que très rarement se promener au ras du bitume.
Il est frappant de voir que, dès qu’on
« démacadamise » une avenue ou, mieux,
que l’on évite les intrusions humaines
dans un espace, faune et
flore
reprennent
très vite leurs droits. Il suffit
pour s’en convaincre, toujours
dans le bois de Vincennes, de regarder par les ouvertures prévues à cet
effet dans la palissade qui clôt
l’observatoire
ornithologique
(2,5 hectares). Un couple de poules d’eau et ses cinq petits se dandinent en toute tranquillité au
bord d’une grande mare riche de
toutes sortes de plantes et de
fleurs. La centaine de hérons qui
survolent Paris pêchent leurs
proies dans le canal de l’Ourcq.
Mais ils ont aussi besoin du calme
des parcs fermés la nuit pour se restaurer tranquillement.
Il y a quelques jours, l’annonce officielle de la naissance de cinq renardeaux
dans le cimetière parisien d’Ivry a réjoui
les amoureux de la nature. « Il y en aurait
une quinzaine dans Paris intra-muros, une
poignée dans le bois de Boulogne et entre
quarante et cinquante dans le bois de Vincennes », précise-t-il. Il n’y a pourtant
aucun risque de surpopulation : ils s’auto-
régulent. On est en tout cas bien loin des
10 000 qui occupent le grand Londres.
Mais il est vrai que pour les renards
comme pour les fouines, les geais, les corneilles ou les écureuils, la mise en place de
Vigipirate a soudainement démultiplié les
garde-manger. Quoi de mieux que ces
sacs plastique faciles à lacérer afin de récupérer les restes d’aliments jetés par les
passants, qui ont remplacé les poubelles
fermées ? Les rats bien sûr ne sont pas en
reste. Mais le sujet énerve un peu Xavier
Japiot : « Toutes les données chiffrées qui
circulent, c’est n’importe quoi », assure-til. Les rats rendent d’ailleurs de grands
services en limitant les bouchons dans les
canalisations ou en prévenant de la montée des eaux. « À Paris, on estime qu’ils
consomment 292 000 tonnes de déchets par
an, insiste Xavier Japiot. Vous ne vous êtes
jamais demandé pourquoi on ne trouvait
aucun pigeon mort en ville ? » Bien sûr, ces
rongeurs sont aussi porteurs de la leptospirose, une maladie infectieuse transmissible à l’homme, et il ne peut être question
de les laisser proliférer. Ils sont très farouches, sauf quand ils sont nourris par les
hommes !
Beaucoup moins farouches sont les perruches à collier, au magnifique plumage
vert, introduites accidentellement au milieu des années 1970 et qui colonisent tous
les parcs et jardins, n’hésitant pas à déloger
oiseaux ou écureuils des cavités des arbres
pour y faire leur nid. Une espèce devenue
un peu trop envahissante selon Xavier Japiot, mais qui n’a, à l’heure actuelle, aucun
statut (protection, chasse…) qui permet de
la contrôler. Il sait également que plaider
pour que l’on régule l’installation des
ruches dans la capitale n’est pas toujours compris. Mais aujourd’hui, ce
sont des dizaines de milliers
d’abeilles domestiques qui viennent concurrencer les pollinisateurs sauvages sur leur terrain de
chasse préféré : les fleurs.
« La ville est un nouvel enjeu
de connaissance, de sauvegarde
et de valorisation de la biodiversité animale », s’enthousiasme Xavier Japiot, pour qui
se donne la peine de regarder. ■
* « Sauvages et urbains.
À la découverte des animaux
dans la ville », éditions Arthaud.
A
Mieux gérer les hectares de prairies dans les aéroports
LES AÉROPORTS présentent un avantage
extraordinaire : ils sont parfaitement
protégés. Clôturées, les prairies qui se
trouvent entre et autour des pistes sont
au fil du temps devenues des zones préservées de toute agression humaine et
donc des réserves, parfois inattendues,
de biodiversité. C’est ainsi qu’en 2015 est
née l’association Hop Biodiversité, sous la
houlette de Julia et Roland Seitre, tous
deux vétérinaires. « L’idée de départ était
d’évaluer s’il y avait de la biodiversité sur
les aéroports et aérodromes, ou si, comme
beaucoup de gens en sont convaincus, ces
terrains sont dévastés du fait de l’activité
qui s’y déroule », raconte Roland Seitre.
Or, très vite, ils se sont rendu compte
que les prairies, qui sont pour beaucoup
d’entre elles laissées en l’état depuis des
années (même si certaines sont tondues),
sans usage de pesticides, sont un repère
pour toutes sortes de plantes, d’insectes,
d’invertébrés, mais aussi de petits oiseaux
ou mammifères… Aujourd’hui, l’associa-
tion, accompagnée depuis le début par la
compagnie HOP! Air France, regroupe
également Air Corsica, la DGAC et le Muséum national d’histoire naturelle. Quant
aux aéroports, ils sont désormais une
quinzaine à avoir adhéré au programme,
dont les deux poids lourds que sont Orly
(996 hectares) et Paris-Charles-de-Gaulle (plus de 2 000 hectares). Le personnel est invité à participer
aux relevés de la faune et
de la flore. « Orly et
Roissy, qui sont
de très grandes
structures industrielles, abritent par exemple
quatre espèces
d’orchidées,
« et on y trouve une quantité de papillons
nettement supérieure à la moyenne »,
précise Roland Seitre. Sur l’aéroport
d’Ajaccio, les observateurs se sont réjouis
de trouver plusieurs plantes qui sont sous
haute protection, telles la linaire jaune de
Sardaigne ou encore la scrofulaire très rameuse, mais également les tout derniers
spécimens de l’escargot de Corse Helix
ceratina, très difficile à voir. Ce sont a
priori « les seuls et uniques représentants de cette espèce qui a disparu sur
tout le reste de
l’île », précise le
scientifique.
Mais l’association
ne
fait pas que
du recensement. Elle
conseille aussi les aéroports, sachant
que la sécurité
de ces lieux
reste la priorité absolue. Pendant longtemps, les recommandations de la DGAC
étaient de couper à ras les prairies pour
éviter qu’il y ait des graines et donc des
rongeurs ainsi que des insectes et donc
des oiseaux… « Mais c’est assez contreproductif, il vaut mieux remonter la hauteur de la végétation, ce qui a un effet dissuasif pour les oiseaux, car les prédateurs
peuvent leur fondre dessus sans qu’ils
puissent les voir. » A contrario, cela permet aux plantes de finir leur cycle et aux
pollinisateurs de butiner. En revanche, il
n’y a pas de zones humides, pour éviter la
présence des gros oiseaux d’eau, très
dangereux pour les avions !
En France il y a environ 600 km2 d’aéroports, soit l’équivalent d’un grand parc
national. Or les prairies, essentielles à la
biodiversité, sont en recul partout. Il
n’est qu’à regarder ce qui se passe dans le
grand Paris, où il ne reste que 2 % de surface de prairie, dont 1 % correspond aux
seuls aéroports. ■
M. C.
Les hérons qui
survolent Paris
pêchent leurs
proies dans le
canal de l’Ourcq et
se restaurent la
nuit dans les parcs
de la capitale.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO, PHILIPPE GARCELON/CC BY-NC-SA 2.0, DICK MUDDE, PITTOU2/CC BY-NC 2.0, JOANNE GOLDBY/CC BY-NC-SA 2.0, A.POVEDANO
ENVIRONNEMENT Herbes hautes d’un
pré qui ne sera pas fauché avant quelques
années, insectes à foison, oiseaux qui
piaillent bien cachés à l’abri d’un buisson
d’aubépines en fleurs… En ce matin du
mois de mai, ce spectacle campagnard
n’aurait rien d’extraordinaire s’il ne se
trouvait à un jet de pierre du métro parisien, dans le bois de Vincennes.
Un bois qui, comme son homologue de
Boulogne, mais aussi comme les grands
parcs et jardins, les cimetières ou encore
la voie de chemin de fer aujourd’hui à
l’abandon qui fait le tour de la capitale,
sont autant de lieux préservés pour des
plantes et des animaux dont peu de gens
imaginent l’existence.
Qui soupçonne, il est vrai, que Paris
abrite 28 espèces de mammifères (dont
11 de chauve-souris), plus de 190 d’oiseaux dont 66 nicheurs, 11 d’amphibiens,
4 espèces de reptiles, 34 sortes de poissons, 58 mollusques différents, au moins
600 insectes… « Et plus on est nombreux
pour observer, plus on en découvre de nouveaux », assure Xavier Japiot, naturaliste
passionné et chargé d’étude sur la biodiversité pour la mairie de Paris. Et rien ne
l’exaspère plus que lorsque les gens lui
demandent, mi-rigolards mi-goguenards : « Alors, vous travaillez sur les petites bêtes ? »
C’est pour que les citadins en général et
les Parisiens en particulier apprennent à
connaître cette faune qu’il a rédigé un livre * très joliment illustré par son complice Julien Norwood, lui aussi naturaliste.
L’occasion de montrer et de raconter ces
animaux qui ont élu domicile dans les villes et ne s’en portent pas si mal, pourvu
qu’on leur accorde un minimum d’attention, autrement
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
LE CARNET DU JOUR
communications
Le service reçoit les annonces
avec justification d’identité
tous les dimanches et jours fériés
de 9 heures à 13 heures
(excepté les 1er janvier, 1er mai, 15 août, 25 décembre)
Le Collège des Bernardins
invite l'artiste Raimund Hoghe,
le jeudi 7 juin 2018,
à 20 h 30,
par téléphone
Raimund Hoghe
Pièce pour
le Collège des Bernardins
01 56 52 27 27
Pièce pour
le Collège des Bernardins
a été pensée spécifiquement
par le dramaturge
et metteur en scène allemand
pour l'espace de la nef.
par courriel : carnetdujour@media.figaro.fr
sur notre site : www.carnetdujour.lefigaro.fr
dulundiaujeudi:25
23
vendrediousamedi:2
2
arif
Participation à prévoir.
20, rue de Poissy, Paris (5e),
téléphone : 01 53 10 74 44,
www.collegedesbernardins.fr
laligne,jusqu’à25lignes
laligne,àpartirde2 lignes
laligne,jusqu’à25lignes
laligne,àpartirde2 lignes
Les lignes comportant des caractères gras sont facturées sur
la base de deux lignes ; les effets de composition sont payants ;
chaque texte doit comporter un minimum de 10 lignes.
le médecin en chef
Stéphane BUNETEL
et Mme, née Béatrice Jouen,
le 30 mai 2018, à Londres.
ont la joie de vous annoncer
les fiançailles de leurs enfants
Lucie et Stanislas
Participation à prévoir.
20, rue de Poissy, Paris (5e),
téléphone : 01 53 10 74 44,
www.collegedesbernardins.fr
Maximilienne Laurent,
partagent avec Charles,
Gabriel (†) et Inès, la joie
d'annoncer la naissance de
d'Hausen de Weidesheim,
Jean-Luc Marion
et Jean-Pierre Denis
présenteront leurs regards
sur les chrétiens dans la société
française contemporaine
M. Antoine
DUPONT-MADINIER
et Mme, née
Le comte
François de PARDIEU
et la comtesse, née Stéphanie
conférences
Philippe
La Société des amis
des archives de France
vous invite à la conférence,
suivie d'un débat, de
M. Pierre FAIVRE
et Mme, née Thérèse Tupinier,
M. Arnaud PICART
M. Benoît HUGUES
et Mme, née
Edith de Mollerat du Jeu,
naissances
Le comte
Charles de CAUSANS
et la comtesse, née
partagent avec Joséphine
et Hortense, la joie de vous
faire part de la naissance de
le mardi 5 juin 2018, à 18 heures,
aux Archives nationales,
Hôtel de Soubise, 60, rue des
Francs-Bourgeois, Paris (3e).
Amance
le 27 mai 2018, chez
Entrée libre dans la limite
des places disponibles.
www.saaf-france.fr
Thibaut et Caroline FAIVRE
M. Charles-Edouard
de HONNAVILLE
et Mme, née Léopoldine Fron,
laissent à Alfred et Alban, la joie
d'annoncer la naissance de
Carl
Paris, le 29 avril 2018.
à Zürich, le 8 mai 2018.
M. et Mme Pascal CHASSAING
partagent avec Thaïs, Inès
et Marc, la joie d'annoncer
la naissance de
Albane
le 26 mai 2017,
à Colombus (USA), fille de
Pierre-Marie et Gabrielle
LEFEVRE
propose un programme
de rencontres réunissant
des artistes et des scientifiques,
sociologues, anthropologues,
philosophes.
M. Didier de SAINTE MARIE
d'AGNEAUX
et Mme, née Cécile Guérin,
Le jeudi 7 juin 2018,
à 17 heures, dans
l'auditorium de la Fondation,
M. Etienne HAMMER
et Mme Fabienne MIQUEL
M. Vincent COPPENS
et Mme, née Valérie
Christian BOLTANSKI
artiste,
Lasserre de Vézeronce,
Caroline ELIACHEFF
ont la très grande joie de vous
annoncer la naissance de
pédopsychiatre,
psychanalyste,
Léopoldine
participent à une rencontre
autour de la question
de la transmission.
le 4 mai 2018, chez
Foulques et Constance
de SAINTE MARIE
d'AGNEAUX
Comment les artistes
interrogent la mémoire
et créent de nouveaux mythes
en s'inspirant d'histoires
individuelles et collectives ?
Grégoire
le 9 janvier 2018,
à Lyon, fils de
Vianney et Laetitia
CHASSAING
Roch
le 20 mai 2018,
à Lille, fils de
Tanguy et Marguerite
de COURVILLE
À l'occasion de l'exposition
« Au diapason du monde »
qui explore les relations
de l'homme avec
son environnement
et le monde du vivant, la
Fondation Louis Vuitton
Priscille Paire,
ont la joie d'annoncer
la naissance de
Athénaïs
Samia et Axel TIFRANI
Accès gratuit sur réservation :
www.fondationlouisvuitton.fr
ont l'immense bonheur
de vous faire part
de la naissance de leur fils
Matis
À l'occasion de l'exposition
« Au diapason du monde »
qui explore les relations
de l'homme avec
son environnement
et le monde du vivant, la
le 8 mai 2018, à Eaubonne.
Fondation Louis Vuitton
Fête des pères
propose un programme
de rencontres réunissant
des artistes et des scientifiques,
sociologues, anthropologues,
philosophes.
© iStock
Dites-lui votre affection
dans Le Figaro du samedi 16 juin !
Le dimanche 10 juin 2018,
à 17 heures, dans
l'auditorium de la Fondation,
Vinciane DESPRET
philosophe des sciences,
éthologue,
professeur
à l'université de Liège,
Emanuele COCCIA
auteur de
La vie des plantes,
une métaphysique du mélange,
Tél. : 01 56 52 27 27
carnetdujour@media.figaro.fr
Appel aux héritiers. EN180196.
Le 18 janvier 2018,
est décédée, avec pour dernier
domicile Zürich,
Edith Frieda BLATTER
née Imfeld,
le 12 février 1937,
à Lucerne,
originaire de Habkern BE.
Fille de feu Max Ernst Imfeld,
né le 14 décembre 1908,
et de feu Lina née Gut,
née le 29 février 1912
et décédée le 13 août 1991.
Sont invités à faire
leur déclaration d'héritier
les éventuels demi-frères
ou demi-sœurs de la défunte
(descendants du père,
date du décès inconnue)
ou les descendants
de tels demi-frères
ou demi-sœurs
qui seraient prédécédés.
Les personnes en question
sont sommées par
la présente à se présenter
devant l'autorité soussignée
dans l'année suivant
la publication du présent
appel aux héritiers.
Elles sont tenues de produire
les documents nécessaires
à la preuve de leur qualité
d'héritier,
sans quoi elles seront
déchues de leur qualité
d'héritier dans la succession.
La déclaration d'héritier doit
être effectuée en allemand
(ou en français, italien
ou anglais).
Bezirksgericht Zürich
Einzelgericht
Erbschaftssachen
Case postale CH - 8036 Zürich.
participent à une rencontre
autour de la sensibilité animale
et végétale perçue comme
forme de communication
et de langage.
Accès gratuit sur réservation :
www.fondationlouisvuitton.fr
Mme Marine Barrière,
son épouse,
M et Mme Vianney Brillat,
M et Mme Xavier Barrière,
M et Mme
Jean-François Daniel,
M et Mme Frédéric Petit,
ses enfants,
ses petits-enfants
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Francis BARRIÈRE
ingénieur
École spéciale
des travaux publics,
promotion B 56,
le 31 mai 2018,
en la fête de la Visitation.
La messe de funérailles
sera célébrée
le mardi 5 juin, à 14 h 30,
en l'église Saint-Claude
de Tassin-la-Demi-Lune.
Dominique Boulard,
son épouse,
Virginie, Judith
et Jean-Théodore,
ses enfants,
Gabrielle, Ulysse et Archibald,
ses petits-enfants,
Marie-Claude Payeur-Boulard,
sa sœur,
ont la peine
de vous annoncer le décès de
Jean-Claude BOULARD
conseiller d'État honoraire,
maire du Mans,
président
de Le Mans Métropole,
ami de Montaigne
et chef de tribu.
Il nous a quittés le 31 mai 2018,
dans sa 76e année, entouré
de sa famille et de ses amis.
La famille tient à remercier
les équipes médicales
et soignantes du Mans
pour leur accompagnement.
La cérémonie se tiendra
en la cathédrale du Mans,
le lundi 4 juin, à 10 heures.
historien,
Histoire de France :
nous faut-il un nouveau roman
national ?
sont heureux de faire part
des fiançailles de leurs enfants
Maÿlis et Pierre-André
recherches
Jean-Christian Petitfils
sur
M. Louis FEUFEU
et Mme, née Françoise Canet,
et Mme, née
Véronique Salavert,
organise un débat
le mercredi 6 juin 2018,
à 20 heures,
Moment catholique
ou
nouvelle contre-culture ?
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
fiançailles
Le Collège des Bernardins
15
deuils
Elle sera suivie
d'une cérémonie en l'église
de Saint-Marceau, à 15 heures.
« Je veux voir Dieu. »
Catherine et Thierry Dubly,
Anik et Benoît
de Laage de Meux,
Michel et Véronique
Asselin de Williencourt,
Patrice et Claire
Asselin de Williencourt,
Elisabeth et Emmanuel
Bonduelle,
Sophie et Giles Fauvarque,
Gwenaëlle et Laurent
Lepoutre,
ses enfants,
ses trente-quatre petits-enfants
et leurs conjoints,
ses quarante-trois
arrière-petits-enfants
vous annoncent
le retour à Dieu de
M. François
ASSELIN de WILLIENCOURT
époux de
décédé le jeudi 31 mai 2018,
à l'âge de 93 ans.
La messe d'A-Dieu aura lieu
le lundi 4 juin 2018, à 11 heures,
en l'église du Sacré-Cœur
(Croisé-Laroche),
à Marcq-en-Barœul.
Mme Yann Bredin,
son épouse,
Béatrice, Eric,
ses enfants, et leurs conjoints,
Swann, Mélodie, Soline,
Romain, Florian, Clément,
ses petits-enfants,
Mme Philippe Bredin,
M. Alain Maquet,
son neveu,
famille et alliés
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Yann BREDIN
à Roquebrune-Cap-Martin,
le 19 mai 2018, à l'âge de 92 ans.
Les obsèques se sont déroulées
dans la plus stricte intimité.
Le Perreux-sur-Marne.
Christiane Buquet,
son épouse,
Sophie Cerati,
Caroline Bédouret-Buquet,
ses filles,
Thibault et Marion Cerati,
Lucile Bédouret-Buquet,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Alain BUQUET
En union avec
la marquise de Baynast
de Septfontaines (†),
son épouse,
expert honoraire
près la Cour de cassation,
officier
de l'ordre national du Mérite,
survenu le 25 mai 2018,
à l'âge de 79 ans, à Vincennes.
le comte et la comtesse
de Baynast de Septfontaines,
M. et Mme
Rigal de Malliard,
le comte et la comtesse Hugues
de Baynast de Septfontaines,
sœur Marie-Bénédicte
de l'Annonciation,
petite sœur des Pauvres,
ses enfants,
Cet avis tient lieu de faire-part.
Wallerand, Louis,
Marie-Liévine, Auriane et Inès,
Baudoin, Fernand et Isaure,
Wandrille et Anne-Victoire,
ses petits-enfants,
Mme Dominique Callot,
son épouse,
Isabelle et Luc Perrier,
ses enfants,
Sophie et Hugues Perrier,
ses petits-enfants,
vous font part
du rappel à Dieu du
marquis de BAYNAST
de SEPTFONTAINES
le 31 mai 2018,
dans sa 88e année, muni
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le lundi 4 juin, à 14 h 30,
en la chapelle
des petites sœurs des Pauvres,
9, avenue Franchet-d'Esperey,
à Versailles,
suivie de l'inhumation,
au cimetière de Versailles.
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Simone CAYLA
le 24 mai 2018.
La cérémonie religieuse
a été célébrée dans la plus
stricte intimité familiale.
L'inhumation a eu lieu
dans le caveau de famille,
au cimetière ancien
de Saint-Germain-en-Laye.
Lyon.
On nous prie d'annoncer
le retour à Dieu de la
65, avenue
du Général-de-Gaulle,
94170 Le Perreux-sur-Marne.
Nantes (Loire-Atlantique).
Mme Erik Weibull,
sa sœur,
et toute la famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Dominique CALLOT
ancien président
de la Croix-Rouge française
de Loire-Atlantique,
survenu le 24 mai 2018,
à l'âge de 92 ans.
La cérémonie religieuse
a été célébrée en l'église
Notre-Dame-de-Toutes-Joies,
à Nantes (Loire-Atlantique),
le mercredi 30 mai 2018.
Versailles (Yvelines).
M. et Mme Rémy Lambert,
M. et Mme Benoît Destors,
M. Médéric Destors,
M. et Mme Philippe Destors,
M. et Mme Hugues-Antoine
Chevallier Rufigny,
ses enfants,
ses 19 petits-enfants,
ses 2 arrière-petites-filles,
ses frères et sœurs,
ses beaux-frères
et belles-sœurs
font part du rappel à Dieu de
Mme Bertrand DESTORS
née Anne Morel d'Arleux,
le 30 mai 2018, à l'âge de 81 ans,
à Versailles.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Antoine,
du Chesnay (Yvelines),
le mardi 5 juin 2018, à 9 h 45,
suivie de l'inhumation
à 16 heures, au cimetière
de l'Ouest, à Bayeux.
baronne
Antoine de la CHAPELLE
née Geneviève Deynaud,
le 1er juin 2018,
dans sa 99e année,
munie des sacrements
de l'Église.
De la part de
ses enfants,
le baron et la baronne
Alain de la Chapelle,
le baron
Gérard de la Chapelle,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants.
La cérémonie religieuse aura
lieu le lundi 4 juin, à 10 heures,
en l'église de la Rédemption,
à Lyon (6e),
suivie de l'inhumation,
à 16 h 15, au cimetière
de Dijon (Côte-d'Or).
Mme Gilles
Duverger-Nédellec,
son épouse,
Virginie Duverger-Nédellec,
Thierry et Anne
Duverger-Nédellec,
Stéphane et Catherine
Duverger-Nédellec,
ses enfants,
Constance et Guillaume,
Laure et Thomas,
Stanislas, Astrid,
Solina, Palmyre, Hugo,
ses petits-enfants,
Arthur, Basile, César,
ses arrière-petits-fils,
font part du rappel à Dieu de
M. Gilles
DUVERGER-NEDELLEC
Alexandra Clert,
Vanessa Clert,
Vassili Clert
et son épouse Claire,
ses enfants,
Jean et Paul Greffe,
Horace et Madeleine Clert,
ses petits-enfants,
Sabine Marchal,
sa compagne, et ses enfants
ont l'immense tristesse
d'annoncer la disparition de
École navale promotion 1945,
Madeleine LAGADEC (†)
M. et Mme Joël Desjardins,
ses enfants,
Xavier et Olivia,
ses petits-enfants,
Ulysse, son arrière-petit-fils,
Alain CLERT
président
de chambre honoraire
du tribunal de commerce
de Paris,
le 31 mai 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi 4 juin,
à 10 heures, en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
Paris (7e).
La célébration d'inhumation
aura lieu le mardi 5 juin,
à 10 h 30, en l'église
de Saint-Briac-sur-Mer
(Ille-et-Vilaine).
survenue à l'âge de 76 ans,
le 29 mai 2018, à Paris.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
par le père de La Morandais,
en l'église Saint-Roch,
Paris (1er),
le lundi 4 juin, à 10 h 30.
Ni fleurs ni couronnes,
des dons peuvent être faits
à la Fondation de recherche
sur le cancer :
Ku Leuven University Fund.
francis.taulelle@kuleuven.be
Royan.
Jacques Engelhard,
son mari,
Florence et Jacques-Emmanuel
Blanchet,
Didier et Véronique Engelhard,
ses enfants,
ses petits-enfants
ont la tristesse
de vous annoncer le décès de
Micheline ENGELHARD
née Morin,
Patricia Coquatrix,
Hina Taparé-Coquatrix
et ses enfants,
Delphine Ourevitch-Coquatrix
et sa fille,
ses filles,
ses petits-enfants
et son arrière-petite-fille,
La cérémonie religieuse
aura lieu le lundi 4 juin,
à 10 h 30, au temple de Royan,
suivie de l'inhumation,
dans l'intimité familiale.
sa fidèle Anne Maître,
Ni fleurs ni couronnes.
le 30 mai 2018, à l'âge de 83 ans.
les familles Boris et Ourevitch
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Clara Paulette COQUATRIX
chevalier
de la Légion d'honneur,
survenu le 28 mai 2018,
à l'âge de 102 ans.
Les obsèques auront lieu
le mardi 5 juin, à 10 h 30,
au crématorium du cimetière
du Père-Lachaise, Paris (20e).
L'inhumation se fera
ultérieurement,
dans l'intimité familiale.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Laurence, Yaël et Fabienne,
ses filles,
et ses huit petits-enfants
ont l'immense tristesse
de vous faire part du décès de
Fernand GALULA
survenu le 31 mai 2018,
à l'âge de 77 ans.
Laurence Grégoire,
son épouse,
Matthieu et Faustine Grégoire,
Arthur Grégoire,
ses enfants,
Mme Denis Defforey,
sa mère,
Christophe et Lorena,
Sophie et Stephan,
ses enfants,
Frederic, son petit-fils,
Mélodie, sa compagne,
Heidi, la mère de ses enfants,
Irène, Sophie et Thierry,
ses sœurs et son frère,
ses beaux-frères
et sa belle-sœur,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Hervé DEFFOREY
le 28 mai 2018.
Les obsèques auront lieu
dans la stricte intimité
familiale, à Bruxelles.
Mme Raymond Grégoire,
sa mère,
Diane Guerin,
Fabienne Grégoire,
Micheline Grégoire,
ses sœurs et belle-sœur,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Donald GRÉGOIRE
survenu le 31 mai 2018.
La cérémonie aura lieu
en l'église Sainte-Jeanne-d'Arc
du Touquet-Paris-Plage,
le lundi 4 juin, à 10 h 30.
65, rue de l'Étoile,
62780 Cucq.
le carnet du jour
suite en page 16
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samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
16
LE CARNET DU JOUR
Le docteur Monique Guénel,
son épouse,
M. Maurice Legrand,
son époux,
Anne et Pierre Lajoye,
Marie et Gaël Bougaran,
ses enfants,
ses petits-enfants
et sa famille
Pierre-Henri et Jean-Michel,
ses fils,
Clothilde et Sylvie-Noëlle,
ses belles-filles,
Maxime, Félix et Anselme,
ses petits-fils,
ont la tristesse de faire part
du décès du
professeur Jean GUÉNEL
La cérémonie religieuse
a été célébrée en l'église
Notre-Dame-de-Bon-Port,
à Nantes,
le vendredi 1er juin 2018.
Cet avis tient lieu de faire-part.
28, boulevard Paul-Langevin,
44100 Nantes.
Le professeur François Guérin,
son époux,
Marie, Jean-Luc, Yves (†),
Véronique, France, Eric, Sylvie,
ses enfants,
Quitterie, Calou,
Angélique, Miguel,
ses belles-filles et gendre,
Florence, Cédric et Aurore,
Isabelle, Olivier, Caroline,
Emmanuel, Thomas, Tilia,
Marceau, Nicolas et Viviana,
Laetitia, Thibault,
Héloïse, Marine,
Guillaume et Charlotte, Victor,
Léo, Mathieu, Raphaël, Théo,
Diego, Jules,
ses petits-enfants,
Honoré, Marguerite, Romain,
Mahault, Cerise, Arthur,
Axel, Simon,
ses arrière-petits-enfants,
Claude Saillard,
sa sœur, et sa famille,
Jean-Jacques Marnata,
son beau-frère, et sa famille
ont la douleur
de faire part du décès de
Monique LEGRAND
née Mourgnot,
survenu le 30 mai 2018,
à l'âge de 86 ans,
à Carqueiranne.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Vincent-de-Paul,
5, rue de Belzunce,
à Paris (10e),
le mercredi 6 juin, à 10 heures,
suivie de l'inhumation
dans le caveau de famille,
à Blois.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Deauville.
Mme Arlette Le Roux
a la grande douleur
de vous faire part du décès
de son époux,
M. Francis LE ROUX
le 14 mars 2018.
née Delizy,
le 31 mai 2018, dans sa
quatre-vingt-douzième année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 7 juin,
à 15 heures, en l'église
de Richebourg (Yvelines).
Laurence, Bruno et Maryline,
ses enfants,
Julie, Jean-Sébastien et Sybille,
ses petits-enfants,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Jacques GUITARD
médaille militaire,
officier
de l'ordre national du Mérite,
croix du combattant volontaire
d'Indochine,
chevalier du Mérite agricole,
Mme Hubert
Le Harivel de Gonneville,
née Joëlle Allègre, son épouse,
Sophie et Arnaud de Tarlé,
Véronique et Eric Filandre,
Béatrice et Gilles (†)
de Champvallier,
Charlotte et Gaëtan Dobbé,
ses enfants,
Hortense et Etienne,
Aymar, Alban, Maxence,
Matthis, Côme,
Sixtine, Victoire, Colombe,
César, Tess,
Titouan, Azylis, Zélie,
ses petits-enfants,
ses frère, sœur,
belles-sœurs et beaux-frères
et toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Hubert
LE HARIVEL de GONNEVILLE
survenu le 29 mai 2018,
dans sa 84e année.
Le service religieux
se déroulera en l'église de
Grandpuits (Seine-et-Marne),
le lundi 4 juin, à 10 h 30.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 4 juin, à 14 h 15,
en l'église du Relecq-Kerhuon.
Ni fleurs ni couronnes.
Michel Pinsard,
son compagnon,
Anne-Sophie et Diane Lafargue,
ses filles,
Victoria-Gabrielle,
sa petite-fille,
Bernadette Bourdier,
sa maman,
Jean-Laurent et Brigitte
Bourdier,
son frère et sa belle-sœur,
les familles Bourdier, Parinaud
et Lafargue
confient à vos prières
Dominique LAFARGUE
née Bourdier,
décédée le 27 mai 2018.
La messe d'obsèques sera
célébrée le mercredi 6 juin,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Louis de Fontainebleau,
suivie de l'inhumation
au cimetière,
dans l'intimité familiale.
Jean-Philippe, Jean-Michel
et Jean-Luc Legoupil
et leurs familles,
la famille Mazet
ont la tristesse
de faire part du décès de
Charlyne LEGOUPIL
née Huitre,
survenu le 27 mai 2018,
à l'âge de 86 ans,
à Villemoisson-sur-Orge.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Laurent,
à Villemoisson-sur-Orge,
le mardi 5 juin 2018, à 10 h 30.
L'inhumation aura lieu
le mercredi 6 juin 2018,
à 15 heures, au cimetière
des Semboules d'Antibes.
Valenciennes.
La vicomtesse
Yann de Rochebouët,
son épouse,
Mme Bernard Vouaux-Maulny
a la douleur
de vous faire part du décès de
Annie NALPAS
le 31 mai 2018,
dans sa 82e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le mardi 5 juin, à 11 heures,
en la chapelle haute
de l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine.
L'inhumation aura lieu
au cimetière
de Pierrefonds (Oise),
dans l'intimité familiale.
Sa famille et ses amis
vous font part du décès
en paix de
Germaine OTTAVIOLI
« Titaine Otta »,
le 22 mai 2018, à 23 heures,
dans sa 88e année.
La cérémonie aura lieu
le jeudi 7 juin 2018, à 15 heures,
au crématorium du cimetière
du Père-Lachaise, 71, rue
des Rondeaux, Paris (20e).
Ni fleurs ni couronnes, des
dons à la Fondation Napoléon :
https://fondationnapoleon.org
22-24, rue Surcouf,
75007 Paris.
Le Mans, Challes (Sarthe).
Paris (7e), Bourges (Cher).
Le Relecq-Kerhuon (Finistère).
survenu le 27 mai 2018,
à l'âge de 89 ans.
Ses cendres seront dispersées,
dans la baie
de Saint-Jean-de-Luz.
Paris. Pont-Scorff.
ont la douleur
de vous faire part
du décès de leur mère,
La cérémonie religieuse
a été célébrée à Deauville,
le 21 mars 2018.
ont la douleur de vous
faire part du rappel à Dieu de
Denise GUÉRIN
Eric et Vincent Nalpas
Monique, Odile et Claude,
ses enfants,
Eloïse et Camille,
ses petits-enfants,
Irina, son arrière-petite-fille,
ainsi que toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Henriette PLAISANT
née Renard,
veuve du
professeur Robert Plaisant
survenu dans sa 97e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 6 juin 2018,
à 10 heures, en l'église
Notre-Dame-de-Sainte-Croix
du Mans,
suivie de l'inhumation,
au cimetière Sainte-Croix,
dans l'intimité familiale.
Son épouse Eliane,
ses enfants,
Elisabeth et Jean-Pierre,
ainsi que leurs conjoints,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
ont l'immense douleur
de faire part du décès de
Jérôme LELEU
survenu le 29 mai 2018,
à l'âge de 41 ans, à Hong Kong.
La date de la cérémonie
religieuse, à Paris,
sera communiquée
ultérieurement.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 5 juin, à 14 h 30,
en l'église Saint-Gabriel,
5, rue des Pyrénées, Paris (20e),
suivie de l'inhumation,
au cimetière de Montmartre.
« Je suis le Chemin, la Vérité
et la Vie. »
Jean 14, 6.
La comtesse
Hervé de Sesmaisons,
née Claude de Cosnac,
son épouse,
le marquis et la marquise
de Kernier,
le comte et la comtesse
Olivier de Sesmaisons,
ses enfants,
ses petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
comte
Hervé de SESMAISONS
le 30 mai 2018,
dans sa 85e année, muni
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 6 juin,
à 15 heures, en l'église
Saint-Pierre-de-Chaillot,
à Paris (16e).
L'inhumation aura lieu
le jeudi 7 juin,
à 14 heures, au cimetière
de La Chapelle-sur-Erdre
(Loire-Atlantique).
parents et alliés
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Me Albert PORCEL
notaire honoraire,
survenu
le vendredi 1er juin 2018.
La messe d'obsèques
sera célébrée ce samedi 2 juin,
à 11 heures, en la paroisse
de Saint-Mandrier-sur-Mer
(Var),
suivie de l'inhumation
dans l'intimité familiale.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Marion Morpain,
née Guignier, son épouse,
Agnès et Laurent Ducrohet,
Bertrand et Michelle Morpain,
Sabine et Nicolas Chaumeaux,
ses enfants,
Brieuc, Hadrien, Oliver,
Charlie, Gabrielle, Arthur,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jacques MORPAIN
le 31 mai 2018, à l'âge de 71 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 7 juin,
à 14 h 30, en la cathédrale
Sainte-Geneviève
de Nanterre, suivie de
l'inhumation au cimetière
ancien de Neuilly-sur-Seine.
ses 9 petits enfants,
leurs époux et épouses,
ses 22 arrière-petits-enfants
vous font part
du rappel à Dieu de
Nicole ROBERT
« Mana »,
le 31 mai 2018,
dans sa 92e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi 6 juin,
à 10 h 30, en l'église
Saint-François-de-Sales,
6, rue Brémontier, Paris (17e).
chez vous
La crémation aura lieu
dans l'intimité familiale.
Ni fleurs ni plaques, un don
au profit de l'église Saint-Géry.
M. Vouaux repose à la maison
funéraire, 16, boulevard Saly,
à Valenciennes, où un
hommage peut lui être rendu.
remerciements
La marquise
de Bausset-Roquefort,
née Françoise Verbrugge,
son épouse,
ses enfants et beaux-enfants,
ses petits-enfants,
très touchés des marques
de sympathie et d'affection
qui leur ont été témoignées
lors du décès de
Recevez Le Figaro
du lundi au samedi,
accompagné des suppléments
et des magazines du week-end.
Philippe
marquis
de BAUSSET-ROQUEFORT
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
Mme Jean Dunoyer,
son épouse,
ses enfants, petits-enfants,
arrière-petits-enfants
et toute sa famille,
très touchés
des marques de sympathie
qui leur ont été témoignées
lors du rappel à Dieu du
6 mois
Antoinette Humbert,
sa sœur,
Jean-Paul et Madeleine Tosani,
son frère et sa belle-sœur,
Marie-Claire et Maurice
Mathevet,
sa sœur et son beau-frère,
les familles Chupin, Beck,
ses belles-sœurs
et beaux-frères,
tous ses amis
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
docteur Bernard TOSANI
survenu le 31 mai 2018,
à l'âge de 95 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 4 juin, à 14 h 30,
en l'église de Trébeurden,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Trébeurden.
Dominique et Patrick Tosani,
90, corniche de Goas Trez,
Penvern,
22560 Trébeurden.
Meudon (Hauts-de-Seine).
Richard et Andréa Visconte,
Sandra et Jérôme Arnaud,
ses enfants,
au lieu de 473,20E
55% de réduction
sur le prix de vente
en kiosque.
messes
Une messe d'action de grâces
aura lieu
le samedi 9 juin, à 18 h 30,
en la basilique Sainte-Clotilde,
à Paris (7e), à l'intention de
Mme Jacques TONNELIER
née Huguette Hermieu,
« Maminou »,
rappelée à Dieu le 13 avril 2018.
messes
et anniversaires
A l'occasion du
223e anniversaire de la mort de
Louis XVII
Jacqueline VISCONTE
née Zapata,
veuve de
Michel Visconte
survenu le 24 mai 2018,
à l'âge de 84 ans,
à Buenos Aires.
Une cérémonie
sera célébrée en l'église
Saint-Martin de Meudon,
le samedi 30 juin, à 18 h 30.
abonnez-vous
au FigaRo
À renvoyer dans une enveloppe affranchie à :
LE FIGARO ABONNEMENT
4 rue de Mouchy – 60438 NOAILLES Cedex
OUI, Je m’abonne à la Formule Club
pour 209e au lieu de 473,20e, et je reçois
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des suppléments et des magazines, pendant 6 mois.
Nom :
Prénom :
à la Tour du Temple,
le 8 juin 1795,
Adresse :
l'Institut
de la Maison de Bourbon
Code postal :
organisera une lecture
et un dépôt de gerbe,
le jeudi 7 juin 2018,
à 18 h 30, en l'église
Sainte-Marguerite,
36, rue Saint-Bernard,
Paris (11e) et fera célébrer
une messe à 19 h 30, en l'église
Sainte-Elisabeth-de-Hongrie,
195, rue du Temple, Paris (3e).
Ville :
Té l. :
E-mail :
@
Je joins mon règlement par :
en majuscules
Date et signature :
Chèque bancaire ou postal
à l’ordre du Figaro
CB N°
Chloé et César Beaurepaire,
ses petits-enfants,
ont la douleur
de faire part du décès de
209s
professeur Jean DUNOYER
2, rue Arbonneau,
87000 Limoges.
4, avenue de Camoëns,
75116 Paris.
Xavier Lepoivre,
Patrick et Patricia
Maret de Saint-Pierre,
Stéphane Lepoivre,
Dominique Feldkircher,
Mackie Kindal,
ses enfants,
chaque jouR
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
Dominique et Patrick Tosani,
ses enfants,
et Claire, sa belle-fille,
David, Charlotte, Victoire,
César, Cléo,
ses petits-enfants,
Jao, Thaïs,
ses arrière-petits-enfants,
Mme Jérôme Leleu,
née Phuong Dang-Vu,
son épouse,
Julien et Félicie,
Grégoire et David,
ses frères et sœur,
Héloïse, Henri et Hugo,
ses neveux et nièce,
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi 5 juin,
à 11 heures, en l'église
Saint-Géry de Valenciennes.
Fleurs naturelles uniquement.
La Seyne-sur-Mer (Var).
Véronique et Patrick Leleu,
ses parents,
Dung Nguyen Dang-Vu,
sa belle-mère,
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu,
le 1er juin 2018, du
Condoléances sur registre.
Cet avis tient lieu de faire-part.
officier de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
survenu à Valenciennes,
le jeudi 31 mai 2018,
à l'âge de 85 ans.
vicomte
Yann de ROCHEBOUËT
Recevez
Le FigaRo
M. Bernard VOUAUX
ancien pilote de chasse,
Damien, Audoin,
Inès, Amandine, Geoffroy,
Diane, Benjamin, Olivia,
ses petits-enfants,
Trébeurden (Côtes-d'Armor).
Hong Kong. Paris.
Archibald, Balthazar, Eleanor,
ses enfants,
M. et Mme
Philippe de Rochebouët,
M. et Mme
Gilles de Rochebouët,
M. et Mme
Thierry de Rochebouët,
ses enfants,
Expire in :
souvenirs
Il y a un an mourait
Mlle Marie Jeanne CORDIER
président de chambre
à la cour d'appel de Reims,
chevalier
de la Légion d'honneur.
Que ceux qui l'ont connue
et aimée aient à cette occasion
une pensée particulière
pour elle.
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LE FIGARO
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
17
Le Palais du Quirinal à Rome,
l’un des symboles les plus éminents de l’État italien,
est la résidence officielle du président de la République.
GREGORIO BORGIA/AP
Italie : la Piazza à l’assaut du Palazzo
A
près une multitude de coups de
théâtre durant toute la semaine, les
forces dites « populistes » ont finalement pu constituer jeudi soir leur
« gouvernement du changement »,
coupant court à tous les discours
contre les poteri forti, comme on
désigne en Italie « l’establishment » financier et
européen, accusé de comploter contre les peuples.
Oubliées, les accusations de « coup d’État » du président de la République ou les désirs de « marche sur
Rome ». Tout est-il réglé pour autant ? Tant s’en faut.
Désormais, ces forces « populistes » vont être confrontées au dur exercice du pouvoir. Et l’attelage
« hétérogène » du Mouvement 5 étoiles (M5S), qui
arrive pour la première fois au pouvoir, et de la Ligue
ne va pas se révéler d’un usage commode, d’autant
que les rixes entre Salvini et Di Maio ne risquent guère d’être gérées par un président du Conseil totalement inexpérimenté, le juriste Giuseppe Conte, qui
pourrait vite se retrouver, sauf révélation, ballotté
comme Arlequin dans la comédie fameuse de Goldoni, Arlequin valet de deux maîtres.
Il faut certes se garder de plaquer nos schémas
hexagonaux sur ce qui se passe à Rome. La Ligue et le
M5S se retrouvent sur une rhétorique anti-Bruxelles,
à défaut d’être ouvertement antieuro, et sur la
conviction de fond que les clivages politiques ont
changé. Les divisions horizontales droite-gauche
sont dépassées, notamment pour le M5S. Alors qu’en
France ce constat est regardé par les commentateurs
comme une « modernité », en Italie, cette fin des clivages horizontaux ouvre la voie au retour des clivages verticaux les plus archaïques, le haut contre le
bas, la « Piazza » contre le « Palazzo », comme l’avait
théorisé Guichardin, un contemporain de Machiavel,
dont se réclame le M5S depuis sa fondation.
L’Italie a accouché
dans la douleur
d’un gouvernement
« populiste », mélangeant
l’extrême droite et les
logiques « antipolitiques »
du « ni-droite ni-gauche ».
Cette situation résulte
notamment du sentiment
de décrochage des classes
moyennes italiennes,
phénomène par trop
négligé par les forces
politiques traditionnelles.
+
Hotel California
Tout autre est l’esprit du M5S. Ce nouveau venu dans
le paysage politique, né en 2009, déroute toutes les
analyses. Car ce mouvement, qui refuse le terme de
« parti », n’a quasiment aucune expérience du pouvoir ; il se veut « antipolitique », comme on dit en
Italie, fédérant un électorat, surtout du Sud, hanté
par le culte de la probité et de la transparence (d’où
leur hostilité à toute société secrète comme la francmaçonnerie). Constitué à l’origine essentiellement
par des déçus de la gauche classique (notamment le
PD), le M5S flirte avec les thèses de la « décroissance », hostiles à tous les grands projets d’infrastructure (no-Tav, no-Tap**), ce qui suscitera sur ce point
de vives frictions avec les petits patrons de la Ligue.
Les militants du M5S traquent sur les réseaux sociaux
les dérives des « élites » avec la hargne des sycophantes de l’Antiquité, ceux-là mêmes que Démosthène, à l’époque de la décadence de la démocratie
athénienne, désignait comme « les chiens du peuple ». Mais le plus préoccupant, c’est que le M5S rejette au fond la démocratie représentative au profit
de la démocratie directe, jouant sur la puissance de la
Toile (démocratie 2.0), avec sa plateforme Rousseau.
Un « clic vaut un vote ». Une partie des dirigeants du
M5S, derrière Luigi Di Maio, désireux de gouverner,
essayent de se dégager aujourd’hui de ces illusions,
» Lire aussi PAGES 6, 7 ET 18
La « courbe de l’éléphant »
Il ne faut nullement sous-estimer cette rhétorique
particulière du discours populiste italien. C’est le
danger insoupçonné de l’abandon du clivage droitegauche, né en 1789, qui correspond à un tournant
historique majeur en Occident. Dans le discours de la
Ligue, comme dans celui du M5S, la clé gagnante est
d’avoir opposé très clairement la nécessaire protection (économique et sociétale) du peuple des « perdants » de la mondialisation contre les « surclasses »
gagnantes globales, partisanes des réformes toujours
plus « libérales » sur le plan économique et culturel
(« société ouverte »). Protection versus liberté ; démocratie versus libéralisme. La plupart des analystes
convergent pour souligner que ce fut une rhétorique
gagnante en Italie, les forces « populistes » du M5S et
de la Ligue ayant su arriver au pouvoir du fait de l’incapacité des forces traditionnelles, notamment de
gauche, de prendre acte du déclassement des classes
moyennes, qui ont commencé en Occident à s’appauvrir depuis les années 1980 (avec les réformes
Reagan-Thatcher), comme vient de le confirmer la
fameuse « courbe de l’éléphant » des économistes de
la Banque mondiale Milanovic et Lakner.
Ce qui se profile à Rome est la fin définitive de la
« troisième voie » blairiste, reprise par Matteo Renzi
sous le vocable de « social-libéralisme ». Cette gauche classique a été balayée par sa défense d’une
« société ouverte » et d’une « mondialisation heureuse ».
Toutefois, malgré ses points communs, les différences entre la Ligue et le M5S ne vont pas manquer
de s’accentuer à l’épreuve du pouvoir. La Ligue de
Salvini est assez proche d’un parti de droite dure à la
Trump ; elle possède une forte expérience de gouvernement ; elle dirige notamment deux des plus riches régions italiennes, la Lombardie et la Vénétie,
et représente les forces vives du petit patronat italien, les PME-PMI, base de la vivacité économique
de la troisième économie d’Europe. Conformément
à cette logique de protection, elle plaide surtout,
outre des mesures d’allègement fiscal (flat tax),
pour des mesures antimigrants et anti-islam (référendum local pour toute construction de mosquée) ;
c’est la raison pour laquelle Matteo Salvini a demandé et obtenu le ministère de l’Intérieur. Il sait qu’il
peut engranger des résultats à court terme en ce domaine. Il ne manquera pas de se faire condamner
par la justice européenne, ce qui accroîtra sa popularité auprès de son électorat ; il est convaincu comme Orban que les « peuples veulent des sociétés démocratiques, pas des sociétés ouvertes ».
Rien n’est plus dangereux
qu’une nation trop longtemps frustrée
de la souveraineté par laquelle s’exprime
sa liberté, c’est-à-dire son droit imprescriptible
à choisir son destin
»
PHILIPPE SÉGUIN EN 1992 FRANCIS DEMANGE/GAMMA
mais d’autres restent profondément attachés à ce
« directisme » (Giovanni Sartori). Et ils ont le vent en
poupe, comme Alessandro Di Battista, qui entretient
la crainte des électeurs de voir leur vote « trahi » par
les élus. Di Battista proclame qu’il sera le Marat de ce
nouveau mouvement, en se réclamant du directeur
de L’Ami du peuple, journal qui appelait en 1792 aux
massacres des aristocrates, avant d’être assassiné
par Charlotte Corday. Voilà l’univers mental de certains M5S. Qui l’emportera de ces deux tendances ?
D’autant que le M5S pourrait bien être le grand
perdant de cette expérience gouvernementale car,
outre les fortes espérances qu’il a suscitées en matière de démocratie directe (logiques de « mandat impératif » qui sont inconstitutionnelles), il a surtout
l’ambition de changer la donne en matière économique (revenu universel). Luigi Di Maio, qui a pris le
ministère du Développement économique et du Travail, va tenter d’obtenir de Bruxelles un assouplissement de la politique d’austérité, en particulier sur
l’euro, qui étrangle l’économie italienne. Or, il est
peu probable qu’il obtienne le moindre résultat. La
rigidité des pays du Nord a ses raisons ; les dirigeants
allemands sont poussés par des forces « populistes »
en plein essor, comme l’AfD, hostiles à toute forme
de « cadeaux » à l’égard de ceux qu’elles désignent
comme des « fainéants » du Sud. Cette guerre entre
« populistes » conforte les ordolibéraux dogmatiques à rappeler les obligations des traités qui n’ont
rien prévu (en dehors de la sortie dramatique de
l’article 50 du traité de Lisbonne). Comme dans toute véritable crise, chacun a ses bonnes raisons pour
camper sur ses positions et les populistes du Sud vont
se retrouver dans une impasse. Certains comparent
déjà l’euro à l’Hotel California de la célèbre chanson
des Eagles (« You can check out any time you like, But
you can never leave ») : l’euro étrangle mais personne
ne peut en sortir (ou ce serait encore pire).
Le cas italien va soulever cette ultime question qui
sera mère des futures tensions entre Rome et Bruxelles : n’y a-t-il aucune solution pour échapper à ce
piège ? C’est là qu’on se rend compte que le ver était
dans le fruit dès l’origine, et on ne peut rétrospectivement que citer la lucidité visionnaire d’un Philippe Séguin, qui décrypta dès Maastricht l’impasse révélée par la « poudrière italienne » : « Quand,
prophétisait Séguin en 1992, le coût de la dénonciation
(de l’euro) sera devenu exorbitant, le piège sera refermé et, demain, aucune majorité parlementaire, quelles
que soient les circonstances, ne pourra raisonnablement revenir sur ce qui aura été fait. Craignons alors
que, pour finir, les sentiments nationaux, à force d’être
étouffés, ne s’exacerbent jusqu’à se muer en nationalismes et ne conduisent l’Europe, une fois encore, au
bord de graves difficultés, car rien n’est plus dangereux qu’une nation trop longtemps frustrée de la souveraineté par laquelle s’exprime sa liberté, c’est-à-dire son droit imprescriptible à choisir son destin. » C’est
exactement ce qui se dessine à Rome. La grande crise
institutionnelle à laquelle nous venons d’assister
pourrait bien n’être, si rien n’est fait, que la première
étape d’une crise bien plus profonde. L’habileté du
président de la République la laisse pour l’instant en
suspens. ■
*Jacques de Saint Victor
est professeur des universités (Paris 13-Cnam).
**Tav : Ligne TGV Lyon-Turin. Tap : gazoduc RussieEurope.
A
Jacques de Saint Victor *
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
La situation en Italie permettra-t-elle
de repenser l’Union européenne ?
+
n gouvernement
formé par la Ligue
et le Mouvement 5 étoiles
a été, après de
nombreuses péripéties,
constitué en Italie.
Les souverainistes partisans de la flat tax
et les dépensiers militants du revenu
minimum ont bâti une improbable
alliance.
Personne ne saurait sans doute se
retrouver complètement dans le fatras
de leur programme commun.
Et pourtant ! Cette montée italienne
d’un nouveau populisme exprime en
même temps un malaise bien justifié :
l’insatisfaction suscitée par une classe
politique corrompue et incompétente,
le mécontentement à l’égard de lourds
impôts dont le produit est fréquemment
gaspillé, l’irritation face à l’arrogance
des centralisateurs bien installés - et bien
rémunérés - à Bruxelles et à Strasbourg.
Le programme de l’alliance de la Ligue
et du M5S est à la fois intéressant et
inquiétant. Les deux partis proposent
une réduction drastique des impôts
en instaurant une flat tax à 15 % et 20 %
pour les sociétés et sur le revenu
des particuliers (avec une franchise
de 20 000 € pour les familles). Ils veulent
laisser le choix aux individus de prendre
leur retraite quand ceux-ci le voudront,
pour autant que le total de leur âge
et de leur durée de cotisation dépassera
100. Les deux partis proposent aussi
un revenu de citoyenneté de 780 € (en
fait, il s’agit d’une allocation de chômage
conditionnée à l’acceptation d’une des
offres d’emploi qui pourront, le moment
venu, être proposées
aux chômeurs) ; la
création d’une banque
publique pour financer
les investissements ;
Le professeur d’économie à l’université de Turin,
la nationalisation des
président du comité scientifique de l’Institut
entreprises d’intérêt
de recherches économiques et fiscales (Iref) *,
national, surtout celles
analyse le programme de la Ligue et du M5S,
qui sont en difficulté.
Jusqu’à la semaine
désormais au pouvoir à Rome.
» Lire aussi PAGES 6, 7 ET 17
U
ENRICO COLOMBATTO
du référendum d’initiative populaire,
l’annulation de la vente d’Alitalia,
la remise à plat du projet Lyon-Turin
ou la lutte contre les jeux de hasard.
Le « code éthique » du programme
prévoit certaines mesures communément
admises. Ne pourraient pas entrer au
gouvernement des personnes condamnées
au pénal, ou sous le coup d’un procès pour
de graves crimes supposés. D’autres
mesures rappellent
Le programme de l’alliance de la Ligue en revanche des
souvenirs funestes.
et du M5S est à la fois intéressant
Il est prévu que des
membres de « la
et inquiétant. Mais ce populisme
franc-maçonnerie »
n’exprime-t-il pas aussi ce que
ne pourront pas
ressentent les majorités silencieuses
devenir ministres.
Par ailleurs, la lutte
dans de nombreux pays européens ?
contre la corruption
supplémentaire s’élèverait donc à 7 %
des fonctionnaires sera renforcée. Il y a
à 8% du PIB et, en cas de sortie de l’euro
dans cette liste à la Prévert de quoi satisfaire
(qui ne saurait être exclue), le taux
les uns et inquiéter vivement les autres.
d’inflation pourrait facilement atteindre
Au plan financier, l’impasse ne
les deux chiffres.
tarderait pas. Une sortie de l’euro est
Ce programme commun a néanmoins
désormais très peu probable dans
le mérite de ne pas oublier les missions
l’immédiat (compte tenu des personnalités
régaliennes de l’État : embauche
en charge des portefeuilles des Finances et
de forces de l’ordre et augmentation des
des Affaires européennes dans le nouveau
places de prison ; contrôle des frontières ;
gouvernement, NDLR). Si cette hypothèse
priorité aux expulsions et à la lutte contre
radicale survenait, l’augmentation
le « business des migrants » ; instauration
du déficit public, le risque d’inflation
d’un registre des imams ; fermeture
et de dévaluation de la nouvelle lire
immédiate des mosquées non autorisées ;
engendreraient des tensions
organisation d’un référendum municipal
considérables : les deux tiers de la dette
avant toute installation d’un nouveau lieu
publique (133 % du PIB) sont détenus
de culte musulman dans la commune.
par les familles et les banques italiennes.
Par ailleurs, ce programme commun
La faillite des banques et le pillage
prévoit d’assouplir le principe de légitime
des épargnants ne seraient pas bien
défense pour permettre aux particuliers
reçus, surtout par les électeurs
d’ouvrir le feu si quelqu’un s’introduit
de la Ligue et du M5S.
chez eux, même en l’absence de menace
En d’autres termes, dans le domaine
physique claire.
financier, le programme de l’alliance
Certes, le texte est une liste
relève de l’amateurisme et ne répond
à la Prévert : il évoque aussi
pas aux besoins de réforme structurelle
l’environnement, les nouvelles
de l’économie italienne. Bien au contraire !
technologies (développement
Mais ce populisme bon marché
de l’« économie verte » et des voitures
n’exprime-t-il pas aussi ce que
électriques), l’abandon des sanctions
ressentent les majorités silencieuses
contre la Russie, le développement
dans de nombreux pays européens ?
dernière, la Ligue et le M5S déclaraient
aussi leur volonté de sortir de l’euro
afin d’avoir libre accès à l’imprimerie
de la Banca d’Italia, qui serait soumise
au Trésor et chargée de créer une « nuova
lira ». Tout compris, le plan économique
de l’alliance prévoit une dépense
supplémentaire de quelque 100 milliards
d’euros et une baisse des impôts de 50
à 60 milliards. Le déficit budgétaire
«
»
Finalement, les deux partenaires se sont
mis d’accord pour rester dans l’Europe et
renoncer à leur extravagante prétention,
un moment évoquée, d’exiger l’abandon
de 250 milliards de créances de la Banque
centrale européenne sur l’Italie. Mais
ce qu’ils vont exiger, c’est une refonte
de la « gouvernance » de l’Union
européenne, notamment économique. Au
fond, la Ligue et le M5S ne veulent plus que
Bruxelles leur dicte leurs comportements.
Ils ne le veulent pas plus que les
Britanniques qui ont voté le Brexit et tous
les Européens, de plus en plus nombreux,
qui refusent que la Commission vienne
nous dire quels camemberts nous pouvons
manger et quel taux de pollution
nous devons accepter dans nos villes.
Au-delà des excès et des incohérences,
ce qui se passe en Italie devrait être un
déclic pour l’Europe. Les dirigeants des
pays européens n’ont jamais manqué
jusqu’à présent de considérer que chaque
crise économique ou politique devait être
résolue avec plus d’Europe. En réalité,
les Européens veulent plutôt moins
d’Europe, ou du moins une autre Europe,
plus vigilante sur le contrôle de ses
frontières extérieures, plus ouverte
à l’échange des personnes et des
marchandises à l’intérieur, mais moins
pesante, moins tatillonne, moins
technocratique. Les Européens
ne veulent pas de l’uniformité que
les bureaucrates déguisent sous
le nom trompeur d’harmonisation.
Les pères de la Constitution
américaine, à la fin du XVIIIe siècle,
avaient indiqué la bonne route : il faut
s’engager à défendre la liberté
des échanges, l’esprit d’entreprise
et la propriété privée, sans attenter
à la personnalité des citoyens et sans
démanteler l’éthique de la responsabilité
individuelle, pierre d’angle de notre
civilisation. Les Européens sont attachés
à leurs racines communes, à leur culture
riche de sa variété et ils souhaitent que
l’Europe laisse chacun libre de grandir.
* Think-tank libéral.
Oui, les migrants font du « benchmarking »
es déclarations du ministre
de l’Intérieur, Gérard
Collomb, le 30 mai dernier
au Sénat, selon lesquelles
« les migrants font un peu
de benchmarking pour
regarder les législations à travers l’Europe
qui sont […] les plus fragiles », ont créé
la polémique à gauche et semblent gêner
certains aux entournures à LaREM.
Une fois de plus, les partisans
d’une immigration sans limite
s’indignent, manient la condamnation
morale et cherchent à hystériser le débat.
Il n’est pourtant pas de question
aujourd’hui qui réclament plus de calme
et de sérieux que la question migratoire.
Trois observations, amplement étayées
par les faits et des études internationales,
prouvent la justesse de l’observation
du ministre, et même sa banalité
– au point qu’on se demande pourquoi
il n’en tire pas lui-même les conclusions
qui s’imposent pour renforcer
sérieusement en ce sens le projet de loi
asile et immigration qu’il s’apprête
à défendre devant le Sénat.
Le premier élément, le plus délicat,
consiste à refuser d’entrer dans le piège
mental et affectif que constitue la sorte
d’assomption
de la figure du migrant
à laquelle on assiste
ces dernières années.
Systématiquement
En déclarant que les demandeurs d’asile comparent présenté comme
les législations en vigueur avant de choisir le pays
« fuyant la guerre et
où se rendre, le ministre de l’Intérieur n’a fait
la misère », le migrant
est le nouveau visage
qu’énoncer une évidence, explique le délégué
du « damné
général de l’Institut Thomas-More*.
DESSINS CLAIREFOND
L
JEAN-THOMAS LESUEUR
de la terre ». Comme l’a brillamment
montré le sociologue québécois Mathieu
Bock-Côté, l’immigré a remplacé
l’ouvrier dans le Panthéon de la gauche
et du gauchisme depuis une trentaine
d’années.
Il en va pourtant bien autrement
dans la réalité. S’il y a d’authentiques
cas de persécutions et de dangers
mortels, qui justifient pleinement le droit
d’asile, l’expérience montre que bien des
candidats à celui-ci ne répondent pas
à la définition du statut de réfugié telle
que la donne la convention de Genève
de 1951. Sinon, comment expliquer
que 61,9 % des demandes ont été rejetées
en France en 2017 (chiffres d’ailleurs
en baisse significative par rapport
aux années précédentes) ? Faut-il
rappeler que la police allemande
elle-même a estimé que seul un tiers
du million de réfugiés que le pays
a accueilli en 2015 venait de zone
réellement en guerre (Irak, Syrie,
Érythrée, etc.) ? Un immigré
ouest-africain qui vient en Europe fuit
peut-être une situation difficile dans
son pays, mais fuit-il une persécution,
comme le prescrit la convention de
Genève ? La raison répond d’elle-même.
Le deuxième argument qu’il faut
rappeler est le rôle que jouent
les diasporas dans la circulation
migratoire – rôle mis en valeur dans
de nombreux travaux internationaux.
Il en est ainsi de « Trajectoires d’asile
africaines », de Denise Efionayi-Mäder,
avec la collaboration de Joëlle Moret
et Marco Pecoraro (Forum suisse
pour l’étude des migrations et
de la population, Lausanne, 2001),
et de « Why asylum seekers seek refuge
in particular destination countries :
an exploration of key determinants »,
de Darren Middleton (Commission
mondiale sur les migrations
internationales, Genève, 2005). Citons
surtout l’excellent livre Exodus. How
Migration Is Changing Our World,
de l’économiste britannique Paul Collier
(2013), qui attend toujours sa traduction
en français. Collier montre en effet que
l’immigration n’est pas un phénomène
statique mais dynamique, puisque
l’immigration entraîne l’immigration.
Plus une communauté d’origine est
importante, plus le taux de migrations
de cette communauté croît, puisque sa
présence encourage et facilite la venue
de nouveaux arrivants.
Avant le départ, les diasporas
fournissent des canaux d’information
précieux pour le candidat à
l’immigration. Une fois arrivé, elles
l’aident à trouver un logement, un
emploi, etc. Comportement infiniment
humain et explicable, qui prouve
l’importance du facteur communautaire
et montre que dans bien des cas, qu’il
s’agisse d’une demande d’asile ou
d’une migration économique, un travail
de préparation rationnel et construit
– et éventuellement de comparaison
des pays d’accueil – permet au migrant
de franchir le pas.
Cette même rationalité se retrouve,
troisième observation, dans l’analyse
faite par les migrants de la plus ou moins
grande générosité des pays d’accueil.
Là encore, des études économiques l’ont
Dimanche 3 Juin 2018 I 12H-13H
A
MARINE LE PEN
BENJAMIN SPORTOUCH - RTL
GUILLAUME ROQUETTE - LE FIGARO / CHRISTOPHE JAKUBYSZYN - TF1-LCI
établi de façon formelle : les détails
du droit, des systèmes sociaux,
de l’accessibilité des systèmes éducatifs
ou de santé sont connus de bien des
candidats à l’immigration et constituent
des critères de choix de la destination
finale (« Understanding the decisionmaking of asylum seekers », de Vaughan
Robinson et Jeremy Segrott, Home Office
Research Study, Londres, 2002).
Quiconque a eu la curiosité d’aller voir
ce qui se dit sur les forums de discussion
ou les réseaux sociaux des diasporas aura
constaté l’intense échange
d’informations.
Cette réalité, assez évidente et simple
à comprendre, trouve sa preuve dans
le constat en miroir du précédent,
à savoir que plus la politique migratoire
d’un pays est restrictive, moins
les migrants ont tendance à le choisir
pour destination (« International
Migration : A Panel Data Analysis
of Economic and Non-Economic
Determinants », d’Anna-Maria Mayda,
Forschungsinstitut zur Zukunft der
Arbeit, Bonn, 2005 ; et « Immigration
policy and self-selecting migrants »,
de Milo Bianchi, PSE, Toulouse, Working
Papers no 2007-41, 2008).
Elle montre ainsi que, hors des cas
d’extrême urgence et d’extrême danger,
il existe bel et bien une rationalité
de l’immigration, des choix construits
et logiques que ceux qui refusent tout
débat et toute contradiction s’efforcent
de dissimuler sous l’avalanche des
émotions, des injures et des injonctions
morales.
* Think-tank conservateur-libéral.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Natacha Polony
Les fossoyeurs du rêve européen
es com… missaires européens,
ça ose tout, c’est même à ça
qu’on les reconnaît », aurait
sans doute ironisé Michel
Audiard. Il est même assez
fascinant de voir comment,
à chaque fois que l’Union européenne est
au bord du gouffre, un de ses plus hauts
dignitaires s’ingénie à la faire détester
un peu plus. Le 29 mai, lors d’une émission
télévisée, Günther Oettinger a livré sa
vision de la situation italienne. Résumé
par un tweet de la chaîne de télévision,
cela donnait : « Les marchés vont
apprendre aux Italiens à bien voter. »
Scandale en Italie. Du côté du Mouvement
5 étoiles, on s’insurge : « Ces gens traitent
l’Italie comme une colonie de vacances
où venir passer l’été. » Et c’est l’ensemble
L
+
@
» Lirer aussi PAGES 6, 7, 17 ET 18
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
de la Commission européenne qui a tenté
de sauver les meubles.
Les journalistes de la chaîne ont plaidé
coupable, expliquant qu’ils avaient
tronqué les propos. Qui étaient les
suivants : « Je suis inquiet et je m’attends
à ce que dans les semaines à venir les
développements pour l’économie de l’Italie
pourraient être si drastiques que cela
pourrait être un signal possible aux
électeurs de ne pas choisir des populistes
de gauche et de droite. » Effectivement,
les choses sont plus élégamment dites.
Mais le sens est le même : les marchés
vont attaquer l’Italie jusqu’à faire peur aux
électeurs italiens pour les inciter à revenir
dans le droit chemin. Mais tout cela dans
le respect absolu de la démocratie et des
électeurs italiens… C’est à peu près ce qu’a
ENTRE GUILLEMETS
2 juin 1882 : mort de Garibaldi, artisan de l’unité
italienne.
Victor Hugo
RUE DES ARCHIVES/©EDIMEDIA/WHA
Nous chercherons
quel est le nom
de l’espérance ;
Nous dirons : Italie !
et tu répondras : France !»
expliqué le président de la Commission,
Jean-Claude Juncker. Celui qui avait
prévenu les Grecs : « Il n’y a pas
de démocratie en dehors des traités
européens. » Une phrase qui n’était pas
moins explicite que celle du commissaire
allemand.
C’est tout le problème des dignitaires
allemands : ils n’ont que rarement
de scrupules à expliciter leur vision de
l’Europe. Au grand dam des défenseurs,
notamment français, de l’UE qui, eux,
se donnent le mal d’enrober la réalité
de mots admirables, qui parlent « Europe
sociale », « approfondissement
démocratique », « souveraineté
européenne ». Tant d’efforts pour qu’un
commissaire allemand sûr du bon droit
de son peuple vertueux face aux paresseux
du Sud, ne vienne dissiper les doux rêves
et dire clairement ce qui est : l’ensemble
de la mécanique financière et politique
se mettra en place pour faire rendre gorge
aux fous qui ont cru pouvoir changer
les choses par le suffrage universel.
Et d’ailleurs, quelles étaient leurs
attentes, à ces électeurs italiens ?
On a tant décrit, en France, une Ligue
largement plus à droite que le FN. On a
tant évoqué la crise migratoire majeure
que vit une Italie abandonnée par ses
voisins. Pourtant, dans son édition datée
du 29 mai, Le Monde, peu soupçonnable de
complaisance avec la coalition hétéroclite
italienne, partait à la rencontre des
« petits patrons séduits par la Ligue ».
On est dans la région de Milan, là où
la riziculture a organisé la vie sociale.
Mais les rizières disparaissent, laissant
des friches où Amazon installe ses
entrepôts géants. Les villages se vident,
les centres-villes meurent. Les petits
patrons se sentent assommés par des
règles tatillonnes imposées depuis Rome.
Comme si l’État, pour faire oublier son
impuissance, produisait de la norme et
l’imposait à ceux qui n’ont pas les moyens
de lui échapper. La cause de ce désastre ?
Le riz asiatique importé à bas coût et
produit sans aucune norme sociale ou
environnementale. Pour leur répondre,
la Ligue a fait campagne sur le « made in
Italy ». Contre ces traités de libre-échange
négociés dans le secret des couloirs
bruxellois.
Qui ne reconnaîtrait dans ce portrait
de la colère italienne une image de ce
que vit la France ? Qui ne comprend que
ces deux économies ont subi de plein fouet
l’idéologie du libre-échange portée par
les structures même de l’UE ? Encore
l’Italie a-t-elle préservé une part de son
industrie, la deuxième d’Europe, quand
nous sommes bons derniers.
Le cri du cœur du commissaire
allemand a le mérite de la franchise :
les marchés se moquent de la riziculture
dans la plaine du Pô, même si
l’agencement des rizières fut dessiné par
Léonard de Vinci. Comme ils se moquent
des villes moyennes de Creuse ou de
Lozère. Les marchés financiers ne voient
que cette dette italienne creusée par une
monnaie surévaluée, et garantie par le
système bancaire allemand. Et si Sergio
Mattarella a finalement accepté la liste
de ministres proposée par Giuseppe Conte,
c’est à la condition que l’eurosceptique
Paolo Savona ne tienne pas le ministère
de l’Économie : on ne remet pas en cause
le dogme.
L’Italie et la France sont deux pays liés
par l’histoire et la culture, l’amour du beau
et des plaisirs de la vie. Nos Constitutions
diffèrent, ce qui explique des moments
politiques divergents. Mais nous aurions
tort de nous en tenir à ces apparences, car
la démocratie sous surveillance à Rome est
aussi notre démocratie. Et nous sommes
ces citoyens italiens humiliés et ruinés.
ANALYSE
Fabrice
Nodé-Langlois
£@Fnodelanglois
La guerre commerciale est
déclenchée. Jusqu’où ira-t-elle ?
onald Trump a donc fini
par appuyer sur le bouton.
Depuis vendredi, les ÉtatsUnis appliquent des droits
de douane de 25 %
sur l’acier et de 10 %
sur l’aluminium importés d’Europe,
du Canada, du Mexique et, depuis fin
mars, de Chine.
La guerre commerciale, redoutée par
les économistes du FMI à la Commission
européenne en passant par le Peterson
Institute de Washington, a-t-elle
vraiment commencé ? Et dans
l’affirmative, quels dégâts peut-elle
occasionner en Europe et ailleurs ?
Les spécialistes des échanges
internationaux estiment que l’on passe
de bisbilles tarifaires - vieilles comme
l’invention des douanes - à une « guerre
commerciale » dès lors qu’il y a escalade.
Or, dans le bras de fer transatlantique
actuel, celle-ci est bien enclenchée.
L’Europe est en train d’affûter sa riposte.
La Commission estime que les
exportations européennes d’une valeur
de 6,4 milliards d’euros sur un an sont
touchées par les surtaxes américaines. Elle
va en retour taxer des produits américains
importés sur le Vieux Continent
représentant un montant équivalent.
On saura rapidement si, comme évoqué,
les oranges de Floride, le bourbon, les
jeans et les Harley Davidson sont ciblés.
L’Administration Trump a déjà préparé
la troisième salve. Dans son collimateur
figurent explicitement les automobiles
européennes. La voiture représente 14 %
de la valeur des exportations de l’UE vers
les États-Unis. Et un secteur stratégique
s’il en est pour l’Allemagne. À ce stade,
on pourrait sans exagération parler
d’une « guerre commerciale ».
D
+
» Lire aussi PAGE 23
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
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Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
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SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
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Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
exportent en Chine des produits
transformés et réexportés aux États-Unis.
Ces marchandises représentent 2 %
du PIB de Taïwan, 1,5 % pour la Malaisie
ou 0,5 % pour le Japon selon l’OCDE.
Dans son vibrant plaidoyer en faveur
du multilatéralisme, jeudi dernier,
Emmanuel Macron a évoqué le spectre
d’une guerre commerciale comme
une réminiscence du repli nationaliste
des années 1930. L’une des grandes
différences par rapport à cette époque
est la forte interdépendance des nations.
La valeur des échanges internationaux
pèse 30 % du PIB mondial, contre 15 %
il y a seulement vingt-cinq ans. Le
président français le sait bien, qui a brandi
son iPhone, gravé d’un
« designed in California,
La Banque centrale européenne
assembled in China ».
a calculé que dès la première
Le symbole par
excellence de
année d’hostilités, la croissance
l’intégration de ce
mondiale perdrait 1 %, celle
que les économistes
des États-Unis 2,5 %
appellent les chaînes
de valeur. Ériger des
barrières aux frontières est susceptible
L’ampleur des dommages d’une guerre
de perturber ces chaînes, alerte Christine
commerciale dépendra bien sûr de
Lagarde, la patronne du FMI.
la longueur de son front géographique.
Donald Trump, qui tient les experts
Si le bras de fer engagé entre Pékin et
de tout poil en piètre estime, balaie d’un
Washington dérape sur un conflit, les
revers toutes ces mises en garde. Pour lui,
dégâts seront bien plus dévastateurs que
« les guerres commerciales sont bonnes,
si la bataille reste transatlantique. Trump
et faciles à gagner ». Son objectif est
a menacé de taxer 1 300 produits chinois
d’amener ses partenaires (vus comme
vendus aux États-Unis, d’une valeur
des adversaires) à la reddition.
de 50 milliards de dollars. En retour, Xi
« Les vraies guerres finissent par des
a dégainé sa liste de produits américains
négociations », complète son ministre du
à punir, d’une valeur de 100 milliards
Commerce, Wilbur Ross. Les Européens
de dollars. L’ex-homme d’affaires newrétorquent que les guerres commerciales
yorkais a poursuivi le jeu de ping-pong
ne font que des perdants. L’ampleur des
avec une nouvelle menace à 100 milliards.
pertes dépendra du temps qui s’écoulera
Ce duel de titans aurait des dégâts
entre le début des hostilités et l’armistice.
collatéraux. De nombreux pays asiatiques
La Banque centrale européenne (BCE)
a tenté d’en évaluer le coût économique.
En prenant pour hypothèse la mise
en place de droits de douane de 10 %
sur toutes les importations américaines,
la BCE a calculé que dès la première année
d’hostilités, la croissance mondiale
perdrait 1 %, celle des États-Unis 2,5 %.
Au-delà des chiffres que la BCE reconnaît
contestables, elle détaille l’enchaînement
en cascade des effets négatifs : aux ÉtatsUnis, les biens importés, non facilement
remplaçables, voient leurs prix monter,
les coûts de production grimpent, ils sont
répercutés au moins en partie sur les prix
à la consommation, ce qui rogne
le pouvoir d’achat des ménages.
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
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(International),
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(Figaro Littéraire),
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Opérations spéciales, Sports)
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VOX
… HISTOIRE
« Les amoureux
de l’histoire stupéfaits
et tristes : Europe 1
se sépare de Franck
Ferrand et supprime
son émission quotidienne
“Au cœur de l’histoire” »,
par Guillaume Perrault.
… ITALIE
« Voilà la Ligue et
le M5S au pouvoir,
mais le nouveau
gouvernement italien
signifie-t-il vraiment
la victoire des
eurosceptiques ? »,
par Christophe Bouillaud,
professeur de science
politique à l’Institut
d’études politiques
de Grenoble et spécialiste
de l’Italie.
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et Wall Street Journal :
diffusion sur une partie
du territoire national
A
CHRONIQUE
19
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO - N° 22 956 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
FRANÇOISE NYSSEN
VA LANCER LA RÉFORME
DES MÉDIAS PUBLICS PAGE 28
VOITURE AUTONOME
POUR LE PDG DE VALEO,
LA FRANCE
EST DANS LA COURSE PAGE 26
Jacques
Aschenbroich
Europe : la France fustige la
baisse du budget de la PAC
La Commission veut couper dans les aides agricoles pour compenser la sortie
de l’UE de la Grande-Bretagne, contributeur net au budget européen.
Bruxelles propose une baisse de la
politique agricole commune (PAC)
de 5 % dans le futur budget européen sur 2021-2027. La diminution atteindrait jusqu’à 12 % en tenant compte de l’inflation. Cette
proposition est vivement critiquée
à Paris, jugée « inacceptable » par
le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, et par la FNSEA. La
France est montée au créneau
avec cinq autres pays - Espagne,
Finlande, Grèce, Irlande et Portugal - particulièrement touchés par
ces coupes. Les six ministres de
l’Agriculture réunis à Madrid ont
fait une déclaration commune
pour s’opposer au projet. De son
côté, Bruxelles défend une nouvelle PAC plus décentralisée, qui
profiterait davantage aux petites
et moyennes exploitations. Les
aides directes seront ainsi dégressives au-delà de 60 000 euros et
plafonnées à 100 000 euros. La
Commission met aussi en avant
une PAC plus écologique qui vise à
protéger la biodiversité. PAGE 23
PAUL DELORT/LE FIGARO, BERTRAND GUAY/AFP,
Fiat Chrysler :
Marchionne
accélère
la cadence
Le mythique patron
du constructeur auto
italo-américain vise
d’ici à 2022 une
croissance annuelle
des ventes de 7 %
et une marge de 11 %.
Il mise pour cela
sur ses quatre
marques premium :
Alfa Romeo, Jeep,
Maserati et Ram. Fiat
et Chrysler n’auront
plus la priorité. PAGE 22
Sergio Marchionne,
en 2016, devant
une Alfa Romeo Giulia.
le PLUS du
FIGARO ÉCO
MEDEF
Roux de Bézieux
et Saubot reçoivent
des soutiens
stratégiques PAGE 24
LA SÉANCE
DU VENDREDI 01 JUIN 2018
CAC 40
5465,53
+1,24%
DOW JONES (18h)
24618,62 +0,83%
ONCE D’OR
1294,60 (1305,35)
PÉTROLE (lond)
76,550 (77,730)
EUROSTOXX 50
3453,54 +1,38%
FOOTSIE
7701,77 +0,31%
NASDAQ (18h)
7074,61 +1,53%
NIKKEI
22171,35 -0,14%
L'HISTOIRE
À l’AG de Facebook, Mark Zuckerberg
essuie la colère d’actionnaires furieux
I
mitez George Washington, pas Vladimir
Poutine. » Cette phrase a été lancée
au visage du patron de Facebook, Mark
Zuckerberg, le 31 mai par l’un des
actionnaires présents à l’assemblée
générale annuelle du groupe. Investisseur
activiste, James McRitchie défendait
l’une des six résolutions soumises
au vote pour tenter de modifier
la gouvernance du groupe, qui
s’apparente, selon ses mots,
à une « dictature d’entreprise ».
Dès le début de l’assemblée,
une participante avait pris la parole
de force pour dénoncer le fait
que les actionnaires ne
seraient pas en mesure
de parler avant la fin du
vote. « La démocratie
des actionnaires fait
déjà défaut chez
Facebook », s’est-elle
écriée avant d’être
réduite au silence.
Mark Zuckerberg
détient l’essentiel
des droits de vote
même s’il n’a pas
«
la majorité du capital et ce niveau de domination
du PDG agace certains investisseurs.
« La démonstration des insuffisances
de la structure actuelle est mise en évidence
en une des journaux », a ainsi déclaré
une représentante de la société de gestion
Trillium Asset Management,
en listant 15 sujets de controverse
différents.
« Un exemple flagrant de ce qui arrive
quand un conseil est formé
par un directeur général pour
répondre à ses besoins » plutôt qu’à
ceux des investisseurs a renchéri une
autre. « Beaucoup de choses se sont
passées depuis l’an dernier »,
a tenté Zuckerberg pour briser
la glace avant de reprendre
les grandes lignes
de ses récents discours.
Sans surprise, la gouvernance
actuelle est ressortie indemne
du vote. Mais
la pression interne
a clairement monté
pour réclamer
des évolutions. ■
INGRID VERGARA
Après deux ans d’âpres négociations
avec l’Assurance-maladie, deux des
trois syndicats de dentistes se sont
prononcés en faveur de la nouvelle
convention, qui fixe les tarifs de la
profession et ouvre la voie au remboursement à 100 % de certaines
prothèses, promis par Emmanuel
Macron. La signature de l’Union dentaire et de la CNSD (représentant
plus de 60 %) suffit pour valider le
texte, même s’il divise profondément la profession.
Premier syndicat de dentistes, la
FSDL, qui avait claqué la porte des
négociations, y reste en effet fermement opposée. La nouvelle convention prévoit notamment de plafonner
le prix de la majorité des prothèses
dentaires, en contrepartie d’une revalorisation des soins conservateurs
(traitement des caries, détartrage
par exemple) et la création de nouveaux actes de prévention. Dans
l’ensemble, le gain net pour les dentistes serait à terme supérieur à
230 millions d’euros par an. Mais l’impact est très variable selon les cabinets.
« La profession fait un gros effort.
On échange la liberté des prix sur les
prothèses contre des revalorisationsqui sont encore insuffisantes.
Mais c’est un point de départ, qu’on
espère améliorer au fil des mois »,
explique Thierry Soulié, président de
la CNSD. « C’est compliqué mais
porteur pour l’avenir », conforte Philippe Denoyelle, président de l’Union
dentaire. À ce sujet complexe s’est
ajoutée la promesse présidentielle du
remboursement à 100 % de certaines prothèses. Le texte prévoit ainsi
que les couronnes en métal pour les
dents du fond et en céramique standard pour les dents de devant seront
entièrement remboursées. « Des
mesures démagogiques, selon Patrick Stolera, président de la FSDL,
qui nous font revenir trente ans en
arrière. » À l’inverse, la ministre de la
Santé, Agnès Buzyn, s’est félicitée
de ce « tournant historique » qui
« donne la priorité à la prévention et
améliorera la prise en charge des assurés ». Le remboursement à 100 %
commencera dès 2020 et sera accessible pour l’ensemble des actes
concernés au 1er janvier 2021.
MARIE-CÉCILE RENAULT
En vogue, le bio
nourrit l’emploi
de toute une filière
L’objectif du gouvernement
d’atteindre 15 % des surfaces
exploitées en bio en 2022
- contre 6,6 % en 2017 - et
l’envol de la consommation
- + 17 % en 2017, à 8,3 milliards d’euros - stimulent
l’emploi dans la filière.
Fin 2017, 1,77 million d’hectares étaient engagés en bio,
soit 15,6 % de plus qu’en
2016. La filière concernait
36 691 agriculteurs, soit
8,3 % des fermes françaises.
Dans la production agricole
biologique, l’emploi a progressé de 13,7 % sur la même
période : 10 669 emplois à
temps plein ont été créés.
Au final, en cinq ans, « l’emploi bio » a augmenté en
moyenne de 9,5 % par an,
selon l’Agence Bio.
Pour expliquer cette envolée,
à contre-courant d’un emploi agricole en baisse de
1,1 % en moyenne annuelle
entre 2010 et 2015, Florent
Guhl, président de l’Agence
Bio, explique qu’en transfor-
mation comme en distribution, le bio est aussi pourvoyeur d’emplois car « il y a
la nécessité de travailler avec
des produits plus fragiles »,
quand, dans l’agriculture
conventionnelle, « on utilise
la chimie pour conserver les
fruits et légumes plus longtemps ». L’Agence Bio estime
que la filière de l’agriculture
biologique compte près de
134 500 emplois directs, des
fermes (88 400 emplois) à la
distribution (28 900 emplois,
soit + 13 % en un an), en passant par la transformation
(15 000 emplois, + 17 %) et les
services (2 200 emplois).
Dans la continuité des États
généraux de l’alimentation,
toute la filière travaille avec
le gouvernement sur le programme « Ambition Bio
2022 ». Avec, en point d’orgue, une réunion du grand
conseil d’orientation de
l’Agence Bio le 21 juin et
l’aboutissement des travaux
A.-S. C.
à la fin de l’été.
A
AUDIOVISUEL
ACCORD
SUR LES TARIFS
DENTAIRES
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Fiat Chrysler Automobiles mise
sur le premium pour accélérer
PALMARÈS MONDIAL
DES CONSTRUCTEURS
DE VÉHICULES LÉGERS
➜ RenaultNissan-Mitsubishi
10,6
Le constructeur italo-américain va privilégier Alfa Romeo, Jeep, Maserati et Ram. Il vise
d’ici à 2022 une croissance de son chiffre d’affaires de 7 % par an et une marge de 11 %.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
AUTOMOBILE L’événement était
exceptionnel : Sergio Marchionne,
le directeur général de Fiat Chrysler Automobiles (FCA), a mis une
cravate, même s’il a aussi enfilé
son légendaire pull. Vendredi, le
patron du constructeur italoaméricain a présenté son plan
stratégique pour 2019-2022. Le
dernier pour lui : il quittera la tête
de l’entreprise l’an prochain,
quinze ans après en avoir pris les
rênes.
Le dirigeant a fait preuve d’une
ambition extrêmement forte. Il
vise une croissance annuelle du
chiffre d’affaires d’environ 7 %, ce
qui devrait permettre d’atteindre
150 milliards d’euros de chiffre
d’affaires en 2022. Surtout, la
marge opérationnelle devrait faire
un bond spectaculaire, de 6,3 %
en 2017 à une fourchette de 9 à
11 % à l’issue du plan.
Pour tenir ces objectifs, le
constructeur va se focaliser sur
quatre marques : Alfa Romeo,
Jeep, Ram et Maserati. Elles sont
les seules qui lui semblent disposer
d’une envergure potentiellement mondiale. Elles concentreront 16 des 19 lancements prévus sur la
période. Plus haut de
gamme que Fiat,
Chrysler et autres
Dodge, elles dégagent
de plus fortes marges.
Paradoxalement,
les deux marques qui donnent son
nom au groupe seront négligées
en termes d’investissements et de
nouveaux modèles. À l’issue du
plan, les quatre marques privilégiées représenteront 80 % du
chiffre d’affaires de FCA, contre
65 % en 2017. L’une sera même
largement dominante : Jeep, qui
représentera 40 % de l’activité du
groupe FCA.
Après avoir longtemps dit tout
le mal qu’il pensait de la propul-
sion électrique, Sergio Marchionne s’est résolu à s’y lancer. Faisant
comme la plupart de ses concurrents, une fois n’est pas coutume
(lire ci-dessous).
Abandon du diesel
et cap sur l’électrique
C’est la seule manière de tenir les
contraintes réglementaires en
matière d’environnement. FCA va
faire appel à toutes les méthodes
permettant d’électrifier un véhi-
cule : hybride léger, hybride, hybride rechargeable et 100 % électrique à batterie. Si toutes les
marques seront concernées, seules trois proposeront des propulsions 100 % électrique : Fiat, Jeep
et Maserati. Ces modèles arriveront tard sur le marché, à partir de
2020. Concernant les autres modes de propulsion, Sergio Marchionne a confirmé les rumeurs
faisant état d’un abandon des moteurs diesel pour les voitures. Et il
a fixé une date pour cela : 2021.
Le directeur général a par
ailleurs confirmé la scission, pour
fin 2018 ou début 2019, de sa
branche équipement automobile,
Magneti Marelli. Marchionne a
éludé les questions sur sa succession, renvoyant à l’année prochaine pour avoir une réponse.
La direction et les objectifs ont
été fixés. Il faudra les tenir, ce que
le constructeur a toujours le plus
grand mal à faire. Il suffit de regarder les objectifs concernant
Alfa Romeo. Le groupe vise 7 lancements de nouveaux modèles et
400 000 ventes annuelles en 2022.
Lors du précédent plan, il annonçait 8 lancements de nouveaux
modèles et 400 000 ventes… pour
2018. En quatre ans, Alfa Romeo a
présenté la Giulia et son premier
SUV, le Stelvio. Et les ventes devraient atteindre 170 000 unités
cette année. ■
millions
➜Volkswagen
10,54
➜ Toyota
10,35
➜ General Motors
9,6
➜ Ford
6,6
5,24
➜ Honda
➜ FCA
4,74
ALFA ROMEO, DODGE
Le pick-up
Dodge
Ram 1500.
La berline
Alfa Romeo Giulia.
tamment en Europe. Il remplit ses
usines mais cela pèse sur ses marges
et ses flux de trésorerie.
FCA n’hésite pas à maltraiter ses
marques : il abandonne Lancia, réduit Chrysler à quelques modèles,
concentre Fiat sur les petits modèles. Même pour les gammes prioritaires, les lancements se font hors
du calendrier initial. Conséquence :
les objectifs sont rarement tenus.
« Nous estimons que la production
d’Alfa Romeo pourrait se situer entre
130 000 et 165 000 unités en 2018,
commentent les analystes de la Société générale. Si cela représente une
forte augmentation par rapport à
2017, ces volumes resteraient bien
loin de l’objectif de 400 000 fixé pour
la fin du plan 2014-2018 ».
Sergio Marchionne, l’art
du contre-pied auto
14
ans
AU VOLANT
2004
Sergio Marchionne
devient directeur
général de Fiat.
2009
Fiat prend le contrôle
de Chrysler. Le groupe
se rebaptisera FCA en
2014, lors de la montée
à 100 % dans Chrysler.
2010
Séparation entre Fiat
(activités automobiles)
et Fiat Industrial.
2015
Marchionne propose
à General Motors
de fusionner. En vain.
2016
Séparation entre FCA
et Ferrari.
2018
A
Présentation du plan
stratégique 2022
de FCA.
Renault-Nissan-Mitsubishi, PSA,
BMW, Toyota et General Motors ont
opté pour des stratégies différentes.
Elles affichent pourtant des points
identiques, tels la limitation des
opérations financières, la diminution de la dette, la volonté de développer les propulsions alternatives,
la présence forte sur le marché
chinois ou l’effort colossal en recherche et développement.
Depuis des années, un constructeur semble marquer un point
d’honneur à prendre le contre-pied
de la profession : Fiat Chrysler
Automobiles (FCA), incarné par son
emblématique directeur général,
Sergio Marchionne.
L’originalité de la stratégie de cet
Italo-Canadien, qui a pris la tête de
Fiat en juin 2004, se trouve d’abord
dans son amour pour les opérations
financières d’envergure. Ses compétiteurs multiplient les accords de
coopération en se contentant d’un
échange d’actions de quelques
pour-cent ? Pas FCA, Sergio Marchionne le revendique. En 2015, il a
intitulé la présentation de son plan
stratégique : « Confessions d’un drogué au capital », pour montrer son
attrait pour ce type d’opérations.
La première date de 2009, quand
Fiat prend le contrôle de Chrysler,
frappé par la crise consécutive à la
Sergio Marchionne,
directeur général de Fiat
Chrysler Automobiles (FCA),
le 13 avril à Amsterdam.
J. JUINEN/BLOOMBERG
faillite de Lehman Brothers. L’année suivante, Marchionne scinde le
groupe : d’un côté Fiat, qui conserve les activités auto ; de l’autre, Fiat
Industrial (devenu CNH Industrial)
regroupe bus et camions Iveco, machines agricoles et engins de chantiers Case et New Holland.
Puis c’est la séparation avec Ferrari, en janvier 2016. Une stratégie
décriée par les spécialistes du secteur, mais appréciée des investisseurs. « Sergio Marchionne s’est révélé apte à maximiser la valeur des
actifs, sous-évalués lorsqu’ils étaient
détenus par FCA », reconnaissent
les analystes de la Société générale.
Le patron de FCA réclame une fusion avec d’autres. En 2015, il pro-
pose de se rapprocher de General
Motors, premier constructeur américain, mais essuie une fin de nonrecevoir. Les rumeurs de mariage se
multiplient. « J’ai vu la pancarte »,
raillait un rival peu après. Mais la situation de FCA semble trop fragile
pour susciter l’appétit.
Sergio Marchionne fait en effet
aussi des choix originaux sur le plan
opérationnel. Quand ses homologues réduisent leur dette, le groupe
américano-italien en traîne longtemps une de plusieurs milliards
d’euros, issue du rachat de Chrysler. Ses flux financiers ne suffisent
pas à la réduire vite. Le constructeur a tendance à « pousser le métal » en multipliant les rabais, no-
“
L’industrie auto est
droguée par un recours
extrême aux
investissements
”
SERGIO MARCHIONNE, EN 2005
Sergio Marchionne clame que les
sommes investies en R&D par le
secteur sont délirantes. « L’industrie automobile est droguée par un
recours extrême aux investissements », déclarait-il en 2015. Lui se
contente de moins, avec un pragmatisme redoutable : les ventes
d’Alfa ne sont pas au niveau des objectifs? Il coupe les investissements
et retarde le plan produits.
Les voitures de FCA sont rarement
à la pointe de la technologie. Le
groupe n’a pas annoncé de dévelop-
pement massif des propulsions alternatives et pas montré de compétence en conduite autonome. Il s’y
intéresse, mais d’une autre manière.
FCA est le premier constructeur à
avoir passé un accord avec Waymo,
la filiale de Google opérant dans ce
domaine. Cela ne lui pose pas de
problème de fournir la voiture, avec
la compétence de l’industrialiser à
grande échelle, quand un acteur de
la tech développera le « conducteur
virtuel ». Une stratégie différente,
mais pas forcément vouée à l’échec.
Depuis des années, la plupart des
observateurs de l’auto prédisent la
fin de FCA. Mais le groupe est toujours là. Ses résultats ne sont pas
toujours à la hauteur de ses rivaux,
mais il a parfois tiré son épingle du
jeu. Il profite de l’excellente santé
du marché nord-américain et de
l’attrait pour les gros pick-ups et
autres SUV. FCA possède deux pépites : RAM pour le premier segment, Jeep pour le second. Cette
dernière est devenue mondiale,
avec des succès en Europe et Asie.
Les investisseurs apprécient, eux,
ces succès. Dans une étude récente,
les analystes de la Société générale
remarquaient que le titre FCA a triplé depuis l’élection de Donald
Trump, quand PSA ou Volkswagen,
ses suivants immédiats parmi les
constructeurs traditionnels, se
contentent d’un gain d’environ
50%. Une performance qui explique le soutien sans faille à Sergio
Marchionne de John Elkann, président de FCA et représentant de la
famille Agnelli qui reste le premier
actionnaire de FCA. ■
E. E.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
ÉCONOMIE
23
Agriculture :
la France vent debout
contre la baisse
du budget de la PAC
La Commission défend un rééquilibrage au profit
des petites et moyennes exploitations.
LES CHIFFRES
DE LA DISCORDE
43
milliards d’euros
en moins dans le budget
de la PAC 2021-2027
par rapport au budget
2014-2020
5%
Baisse du budget
de la PAC affichée
par la Commission.
12 % si l’on tient compte
de l’inflation
100
000
euros
Nouveau plafond
d’aides proposé
par la Commission
JEAN COMTE £@JeanComte
BRUXELLES
EUROPE Phil Hogan, le commissaire européen chargé de l’Agriculture, était serein et souriant ce vendredi, lors de la présentation du
projet de budget 2021-2027 pour la
politique agricole commune (PAC).
Une proposition « équilibrée, ambitieuse et réaliste » a-t-il résumé devant la presse. Trois cents kilomètres et une frontière plus à l’ouest,
les avis étaient radicalement différents. « Inacceptable », juge à Paris
Stéphane Travert, le ministre de
l’Agriculture. « C’est un échec - la
Commission doit retourner à ses chères études ! », tonne la Fédération
nationale des syndicats d’exploitants agricoles. Même son de cloche
pour l’écologiste José Bové, pour
qui « ce n’est tout simplement pas
acceptable ! ».
Le problème principal est la diminution du budget : 365 milliards
d’euros contre 408 milliards sur
l’actuel budget (qui court de 2014 à
2020). Soit une diminution de 5 % à
première vue, mais d’environ 12 %
si l’on prend en compte l’inflation c’est-à-dire le fait qu’un euro vaudra moins en 2027 qu’en 2021.
Les chiffres par État s’avèrent
compliqués à calculer, en raison
notamment de l’inflation, et de
l’année de référence choisie pour la
calculer. Mais la perte devrait être
significative pour la France, la bénéficiaire principale de la PAC.
L’enveloppe des paiements directs
- c’est-à-dire les fonds versés directement aux exploitants agricoles
- serait fixée à 44 milliards d’euros,
contre 47,7 milliards sur 20142020. Soit une diminution des revenus d’environ 6,5 %, selon les calculs de FarmEurope.
Les projections de ce lobby, qui
représente les exploitants agricoles
à Bruxelles, indiquent d’autres perdants : une baisse de 8,15 % pour les
agriculteurs danois, 13 % pour les
Tchèques, 3,5 % pour les Italiens et
6,5 pour les Allemands. Des perspectives « très inquiétantes »,
concluent ses experts.
Néanmoins, tout le monde n’y
perd pas. Selon une source de la
Commission, les modifications dans
les méthodes de calcul de répartition devraient amener une augmentation des aides directes dans
5 pays : les trois baltes (Estonie,
Lettonie, Lituanie), la Roumanie et
le Portugal.
Au-delà des enveloppes par pays,
Un agriculteur moissonne un champ de blé, à Arleux (Nord). La France est la principale bénéficiaire de la politique
agricole commune. PASCAL ROSSIGNOL/REUTERS
la proposition change également
l’équilibre entre les bénéficiaires,
dans le but de modifier l’actuel
avantage donné aux grosses exploitations. Le texte introduit ainsi une
dégressivité des paiements au-dessus de 60 000 euros d’aide, et instaure un plafond à 100 000 euros.
“
C’est un échec,
la Commission doit
retourner à ses chères
études !
”
UN PORTE-PAROLE DE LA FÉDÉRATION
NATIONALE DES SYNDICATS
D’EXPLOITANTS AGRICOLES
En parallèle, les services de Phil
Hogan donnent plus de flexibilité
aux 27 (après la sortie du RoyaumeUni) États membres de l’UE. Des
objectifs généraux, allant de la protection de la santé à la préservation
de la biodiversité, seraient fixés à
Bruxelles. Les États membres définiraient ensuite leur propre plan
stratégique sur cette base - lesquels
seraient toutefois validés par la
Commission.
Les États pourront aussi transférer des fonds entre les deux « piliers » de la PAC : le premier contenant les aides directes, et le
second étant consacré à des mesures écologiques.
La proposition de la Commission
européenne sera maintenant examinée par les États membres, qui
vont à coup sûr essayer de récupérer les fonds perdus. Les hostilités
ont à vrai dire déjà commencé.
Réunis à Madrid pour mettre sur
pied une stratégie de défense de la
PAC, les ministres de l’Agriculture
français, espagnol, portugais, irlandais, finlandais et grec ont adopté
une déclaration commune appelant
à maintenir la ligne budgétaire de
cette politique à niveau constant.
Même écho du côté du Parlement
européen, qui devra également valider le budget 2021-2027. Dans une
déclaration adoptée mercredi, ses
membres ont longuement plaidé
pour conserver le maintien des financements actuels.
Problème : s’il est facile de demander une augmentation des
fonds, il est plus compliqué de les
trouver. Le départ du RoyaumeUni - contributeur net au budget de
l’Union européenne - laisse un trou
d’environ 10 milliards d’euros par
an à combler. Malgré cela, la Commission européenne a réussi à proposer un budget pluriannuel en légère hausse, déclenchant l’ire de
plusieurs contributeurs nets Pays-Bas et Suède en tête.
De plus, si l’on replace la proposition actuelle dans un stade général, la diminution de la PAC semble
inévitable. Sa part relative ne cesse
de diminuer dans le budget européen - 60 % à la fin des années
1980, contre moins de 40 % dans
l’actuel cadre financier. Au
contraire, la proposition de budget
2021-2027 entérine la montée en
puissance des nouvelles priorités défense, migrations et contrôle des
frontières notamment. Des nouvelles lignes budgétaires qui
avaient d’ailleurs été demandées
par… Paris. ■
Le protectionnisme de Trump très critiqué aux États-Unis
La hausse des droits de douane sur l’acier soulève l’opposition des Républicains et des milieux d’affaires.
initiatives
« duLesprésident
aujourd’hui
visent
les alliés
de l’Amérique.
Or nous
devrions
travailler
avec eux
pour s’attaquer
aux pratiques
commerciales
déloyales
de pays comme
la Chine
»
PAUL RYAN,
LEADER DES RÉPUBLICAINS
À LA CHAMBRE
DES REPRÉSENTANTS
AMÉRIQUE Au lendemain de son
annonce de l’imposition de droits
de douane sur l’acier et l’aluminium en provenance des meilleurs
alliés de États-Unis, Donald
Trump se retrouve bien seul. Ceux
qui approuvent la manière dont le
président traite le Canada, le
Mexique, l’Union européenne et le
Japon dans cette affaire sont rares.
Même les gains politiques à
court terme, sous la forme d’une
plus grande popularité dans des
régions où l’emploi sidérurgique
pourrait compter, sont difficiles à
identifier. Les élus républicains,
impuissants à contenir les pulsions
protectionnistes de leur président,
redoutent au contraire que les mesures de rétorsion attendues incessamment du Canada, du Mexique
et de l’Union européenne choquent leurs électeurs les plus fidèles et compliquent leur réélection
en novembre. La filière porcine
aux États-Unis en particulier redoute des représailles mexicaines.
Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer de l’étranger, ces surtaxes, de 10 % sur l’aluminium et
de 25 % sur l’acier, ne sont pas le
résultat de mois de campagne de la
part de groupes de pression bien
organisés. Au contraire. Certes,
l’American Iron and Steel Institute
(AISI) applaudit : « Au nom des producteurs américains de l’AISI, nous
remercions le président pour ses actions de soutien à un secteur de
l’acier américain qui est fondamental à notre sécurité nationale et économique… Les actions du président
ont déjà commencé à remettre au
travail des sidérurgistes dans l’Ohio
et l’Illinois… », affirme l’AISI.
2,6 millions d’emplois
risquent de disparaître
Mais de multiples lobbies, bien
plus puissants et plus représentatifs de l’économie et de l’emploi, se
sont battus vainement contre ces
mesures. Ils déplorent aujourd’hui
leur mise en œuvre. On note au
passage que le Pentagone ne semble pas avoir particulièrement
œuvré pour que les droits de douane soient appliqués, alors que leur
justification officielle est précisément de « préserver la sécurité nationale » qui serait menacée par
des vagues d’importations.
Paul Ryan, leader des Républicains à la Chambre des représentants, troisième personnage de
l’État, déplore : « Au lieu de s’atta-
Paul Ryan (ici, le 24 mai à Washington), leader des Républicains à la Chambre
des représentants, déplore les pulsions protectionnistes de Donald Trump.
quer aux vrais problèmes dans le
commerce international de ces produits, les initiatives du président
aujourd’hui visent les alliés de
l’Amérique. Or nous devrions travailler avec eux pour s’attaquer aux
pratiques commerciales déloyales
de pays comme la Chine. »
« L’imposition de droits de douane sur nos partenaires commerciaux dans l’Union européenne, au
Canada et au Mexique va nuire à la
compétitivité internationale de l’industrie automobile américaine et
inciter à des représailles », critique
de son côté l’American Automotive Policy Council qui représente
General Motors, Ford et Fiat
Chrysler, constructeurs parmi les
plus gros consommateurs d’acier.
Tom Donohue, patron de la US
Chamber of Commerce, juge que
2,6 millions d’emplois américains
risquent de disparaître, en raison
du coup violent porté aux négociations sur la modernisation de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena), par les sanctions
brusquement imposées au Canada
et au Mexique. Le simple fait que
Donald Trump ose taxer à 25 %
l’acier « made in Canada » montre
le peu de cas qu’il fait d’un traité de
libre-échange, jugé sacro-saint
par le patronat nord-américain.
43 % de l’aluminium importé par
les États-Unis provient du Canada.
Nier l’effet des sanctions sur les
prix des produits incorporant de
l’aluminium serait vain. Et le sénateur républicain Ben Sasse du Nebraska de Twitter : « On ne traite
pas ses alliés de la même manière
que ses opposants ».
Le Wall Street Journal, quotidien
des milieux d’affaires et de la finance, résume dans son éditorial la
position de l’establishment républicain, traditionnellement libreéchangiste : « Trump déclenche une
guerre commerciale inutile contre
les meilleurs amis de l’Amérique. »
Et le journal new-yorkais de souligner les incertitudes qui planent
désormais sur l’avenir des chaînes
d’approvisionnement des grandes
entreprises américaines qui s’étalent sur plusieurs continents. Ces
incertitudes tout à coup effacent
les effets bénéfiques de l’élimination de réglementations fédérales
dont Donald Trump est si fier. ■
+
» Lire aussi PAGE 19
A
CORRESPONDANT À WASHINGTON
TOYA SARNO JORDAN/REUTERS
PIERRE-YVES DUGUA £@PDugua
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
24 ÉCONOMIE
La feuille de route de SNCF Réseau pour équilibrer ses comptes
Allégé des intérêts de sa dette, le gestionnaire du réseau mise sur l’amélioration de sa productivité.
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
2,5
milliards d’euros
Déficit structurel
de SNCF Réseau
par an
TRANSPORT Non, la reprise de
35 milliards d’euros de dette de
SNCF Réseau par l’État n’est pas un
tour de passe-passe de comptabilité publique faisant disparaître
comme par magie le déficit chronique du gestionnaire du réseau ferroviaire. Bercy ne voulait pas entendre parler de reprise de dette
jusque très récemment, et le premier ministre n’était pas en mesure
d’annoncer de montant de reprise
tant que le budget campait sur sa
position. Un accord a été finalement trouvé et les calculs d’Eurostat concernant le niveau de recettes
publiques de SNCF Réseau (dont ses
contrats avec les régions pour les
TER) par rapport à ses coûts ont
poussé le gouvernement à entériner la requalification de la dette
comme celle d’une administration
publique.
Sur 2,5 milliards d’euros de déficit structurel enregistré chaque année par SNCF Réseau, environ un
milliard d’euros de frais financiers
seront pris en charge par l’État. En
parallèle, SNCF Réseau va devoir
rembourser la dette « soutenable »
qu’elle va continuer à porter. Rappelons que la reprise de la dette
(46,6 milliards d’euros en 2017) par
l’État s’effectue en deux temps :
25 milliards d’euros en 2020 et
10 milliards d’euros en 2022. À cette date, SNCF Réseau en conservera
près de 12 milliards auxquels se sera
ajouté le 1,5 milliard d’euros par an
de dette structurelle accumulée…
Mais si la mécanique de l’endettement ne s’arrête pas, la dette devra
rester sous contrôle.
Faire face à la hausse
des investissements
SNCF Réseau continuera d’une part
à bénéficier des dividendes de
SNCF Mobilités, la branche qui
exploite les trains. Actuellement,
250 millions d’euros par an sont
ainsi transférés d’une branche du
groupe à l’autre. Par ailleurs, un
plan d’amélioration de la productivité de SNCF Réseau, déjà engagé,
doit aboutir à horizon 2026 à
1,2 milliard d’euros par an en année
pleine. Cela équivaut à une amélioration de 7 % par an de la productivité. « Pour une entreprise classi-
que, cet objectif est normal mais pour
la SNCF, c’est ambitieux », indique-t-on au sein du groupe public.
Ces efforts doivent permettre de
faire face à la hausse des investissements sur le réseau ferroviaire. « À
l’heure actuelle, le budget de SNCF
Réseau lui permet de rénover les
voies mais pas de renouveler les systèmes de signalisation et les caténaires », indique-t-on.
Le premier ministre a annoncé
un effort supplémentaire de
200 millions d’euros en faveur des
investissements. Le gestionnaire du
réseau va actionner d’autres leviers
pour être plus efficace tout en réduisant ses coûts. Ainsi, l’organisation de travaux sur les voies durant
la journée plutôt que la nuit pourrait réduire la facture de 30 %.
La négociation de nouveaux accords d’entreprise ces prochains
mois pourrait aussi assouplir l’organisation du travail et améliorer
son efficacité. Les dirigeants de la
SNCF citent un empilement de facteurs de rigidité. Le peu de marge
de manœuvre des « managers »
pour motiver leurs équipes en fait
partie. Chaque année, des milliers
d’agents de maîtrise passent au niveau cadre non pas parce qu’ils en
ont les compétences ou le mérite
mais parce qu’il s’agit de l’avancement de carrière classique. Idem
pour les rémunérations. Fin juillet,
le groupe SNCF remettra au gouvernement sa feuille de route pour
parvenir en 2026 à un ratio d’endettement proche de celui d’une
entreprise classique. ■
Medef : les deux favoris, Roux de Bézieux et
Saubot, reçoivent des soutiens stratégiques
Le premier bénéficie du désistement de Dominique Carlac’h et le second formera un duo avec Christophe Catoir.
MARC LANDRÉ £@marclandre
En cas de victoire de leur candidat favori respectif, Dominique Carlac’h (à gauche) se verrait bien devenir la porte-parole du Medef,
et Christophe Catoir (à droite) sera numéro deux de l’organisation patronale. BRUNO LEVY/DIVERGENCE ; FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Patrick Martin promet de faire plus de place à la jeune génération
BRUNO LEVY/DIVERGENCE
PATRONAT À un mois tout juste de
l’assemblée générale qui désignera
le président du Medef pour les cinq
prochaines années, la course à la
succession de Pierre Gattaz s’accélère. Depuis une semaine, les deux
favoris multiplient les soutiens afin
de marquer des points et les esprits.
« La dynamique, elle est pour moi »,
clament-ils d’ailleurs en chœur…
Ainsi Alexandre Saubot, patron du
groupe Haulotte et ex-vice-président délégué du Medef en charge
du social, a-t-il frappé un grand
coup en recevant l’appui des puissantes fédérations de la métallurgie
(34 voix), des banques (30 voix) ou
des travaux publics (14 voix).
Quant à Geoffroy Roux de Bézieux, numéro deux aussi de l’organisation patronale en charge de
l’économie et président du groupe
Notus Technologies, il a décroché
les voix des assureurs (33 sièges) et
des services à la personne (1 siège)
et le soutien d’une centaine de
patrons de la French tech, parmi
lesquels des anciens présidents,
comme lui, de l’association CroissancePlus ou des responsables de
France Digitale. Les deux candidats
attendent encore l’appui d’autres
fédérations importantes, comme
l’intérim pour Saubot (12 voix) ou le
bâtiment et le Syntec pour Roux de
Bézieux (26 voix).
A
« Président
charismatique »
Une étape de plus est franchie en
cette fin de semaine des deux côtés
avec le ralliement, sans surprise, de
Dominique Carlac’h, la révélation
de la campagne, pour Geoffroy
Roux de Bézieux qui reçoit par
ailleurs le soutien de… 25 présidents de Medef territoriaux et
régionaux pesant 41 voix. « Le
Medef a besoin d’un président charismatique qui incarne notre époque : c’est-à-dire la création de valeur, l’agilité entrepreneuriale et
l’économie 4.0 », confirme au
Figaro Dominique Carlac’h.
Si la seule femme de la compétition assure n’avoir négocié aucun
poste avec le candidat, elle se verrait
bien devenir sa porte-parole pour la
fin de la campagne puis, en cas de
victoire, pour le Medef. « Geoffroy
est un vrai entrepreneur et a tout ce
qu’il faut de séduction pour pouvoir
faire face à Emmanuel Macron, précise l’ancienne athlète qui était également courtisée par l’autre camp. Il
n’a pas aussi une vision à l’ancienne
du social et porte beaucoup d’attention aux questions essentielles d’actionnariat salarié ou de responsabilité
sociale des entreprises. »
Alexandre Saubot n’est pas en
reste puisque l’industriel a
convaincu Christophe Catoir, le
très apprécié président France de
The Adecco Group, de devenir son
numéro deux en cas de victoire.
« Je connais le chef d’entreprise depuis dix ans et ai travaillé avec lui
pendant trois ans au Medef, justifie
au Figaro le patron du groupe d’intérim issu, belle prise de guerre, du
secteur des services. Alexandre est
un homme de qualité qui a la capacité de rassembler et de stopper l’opposition stérile aujourd’hui entre industrie et services. »
En cas de victoire, Christophe
Catoir aura en charge les questions
liées à l’impact du numérique et les
recrutements de main-d’œuvre,
deux dossiers sensibles qu’il maîtrise parfaitement, et assure qu’il
gardera sa liberté de parole. « On
copilotera ensemble le paquebot
Medef pour le rendre plus agile et
moderne, avec une dimension moins
politique, tout en restant aux commandes de nos entreprises », précise encore le dirigeant d’Adecco, qui
s’investira officiellement dans la
campagne à son retour d’un séminaire de groupe qui se tient toute la
semaine en Inde. ■
Il existe
une forme
de pudeur
à parler
business au
Medef alors
que ce doit
être la
priorité.
La maison
Medef doit
être un lieu
de débat et
de service
rendu
»
PATRICK MARTIN,
CANDIDAT À LA
PRÉSIDENCE DU MEDEF
Comme tous les candidats à la présidence du Medef, Patrick Martin
enchaîne les rencontres depuis qu’il
s’est lancé début décembre dans la
course à la succession de Pierre
Gattaz. Non sans succès puisque le
patron du Medef Auvergne RhôneAlpes a fait alliance avec deux
autres prétendants (Fabrice Le
Saché et Pierre Brajeux) pour monter un ticket à trois, mais le candidat
se voit comme le troisième homme
de cette campagne capable de créer
la surprise et de mettre tout le monde, dont les deux favoris, d’accord.
Le président et actionnaire majoritaire de Martin Belaysoud Expansion, PME industrielle fondée en
1829 qui réalisera 700 millions
d’euros de chiffre d’affaires cette
année et emploie 2 600 salariés,
tente bien entendu de convaincre,
au gré de ses déplacements, chacun
des 561 membres qui élira le 3 juillet
le futur patron des patrons (nos éditions du 18 mai). Mais ce père de
trois enfants va aussi au-devant de
jeunes entrepreneurs non adhérents… pour les inciter à rejoindre le
mouvement. Comme ce mercredi
30 mai où il est allé à la rencontre de
9 startuppeurs - dont 2 femmes - au
sein de Station F, dans le XIIIe arrondissement de Paris. Récit.
« Le rôle institutionnel du Medef
est la partie émergée de son activité
mais sa vraie vie se situe dans les ter-
ritoires avec une dimension business
et réseau très forte que l’on doit développer pour faire venir à nous des
potentiels comme les vôtres », explique-t-il aux jeunes patrons qui lui
font face avant de parler culture du
risque et cession d’entreprise, en
n’oubliant pas de se référer à sa
propre expérience de « patron
d’une start-up de 200 ans », selon
une expression qui fait rire tout le
monde. « Voilà ce que je pouvais dire
de stupide en introduction et j’ai
maintenant besoin de savoir ce que
vous pensez du Medef. Lâchez-vous,
je peux tout entendre », ouvre-t-il le
débat. Il ne va pas être déçu…
Trop centré sur le paritarisme et
le social, absent des débats sur le financement des entreprises, pas assez tourné sur les questions d’avenir comme l’intelligence artificielle
ou la révolution numérique, idéologue et politique, intéressé que par
les médias… la douche que prend
Patrick Martin est glacée. « Aujourd’hui, le Medef ne colle pas aux
besoins quotidiens des entreprises »,
assène un entrepreneur dans les
Legal tech. « On n’entend pas le Medef sur le futur du travail ou le revenu
universel qui sont des questions essentielles », abonde Julie Rouzaud,
qui accompagne elle-même des
start-up. Patrick Martin encaisse
sans broncher, attend son heure.
« J’aimerais que le Medef s’occupe
aussi des problèmes concrets des entrepreneurs et notamment des femmes entrepreneures qui sont de plus
en plus nombreuses et qui, comme les
autres, veulent fonder une famille :
quid dans ce cas du congé maternité ? », l’interpelle encore Paola Fabiani, PDG trentenaire de Wisecom,
centre de relation client basé dans
Paris. « Les entreprises ont un problème de recrutement : on ne trouve
pas les compétences pour développer
nos activités, on perd des contrats et
c’est le rôle politique du Medef que de
créer les filières de demain », enchérit Lionel Chouraqui, CEO et cofondateur de Pitchy. « Les gens du Medef, on les voit comme des soldats qui
appliquent les ordres qui tombent d’en
haut mais pas comme des moines soldats qui portent une vision », conclut
Charles Liebert, consultant et business angel à ses heures perdues.
Besoins inconciliables
À tous, Patrick Martin va répondre
en abondant dans le sens de… chacun. Oui, le Medef fait « trop de
com’ institutionnelle pour se justifier
et pas assez pour se vendre », plaide-t-il. Oui, le Medef fait trop de
lobbying « mais c’est une fonction
essentielle pour la défense des entreprises ». Oui, le Medef est « freiné
par ses schémas et ses baronnies » et
doit apporter un « retour sur investissement aux entrepreneurs qui ad-
hèrent et recherchent un réseau, des
réponses et du business ». Oui, le
Medef doit travailler plus sur la
« question de la transformation des
entreprises » pour répondre aux
besoins de ses membres, dont il
veut doubler le nombre s’il succède
dans un mois à Pierre Gattaz. Et
ainsi de suite…
« Je suis en campagne, je fais de la
politique et je ne vais pas vous dire,
comme les autres candidats, ce que
vous n’avez pas envie d’entendre,
reconnaît Patrick Martin, à qui un
entrepreneur faisait à juste titre remarquer que les besoins des adhérents étaient tellement différents
que, lui président, il lui serait impossible de tous les réaliser. Mais le
Medef, c’est une association, pas de
malfaiteurs, c’est une maison commune qui ressemble parfois à une
auberge espagnole. Beaucoup le critiquent mais ils ne font rien. »
Et le candidat, sûr de son effet et
de sa bonne étoile, de lancer son
« appel au peuple : si vous voulez que
le Medef change, impliquez-vous,
rejoignez-nous ! ». Lui président,
promis, ne sera pas dans une logique hégémonique. « Le président
n’est pas chez lui au Medef, il est juste
de passage cinq ans avenue Bosquet », assène-t-il, promettant, s’il
est élu, de rester « modeste et collaboratif » pour ne pas dire…
normal. ■
M. L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
ENTREPRISES
25
Boudé en France, le
compteur électrique
connecté connaît
un succès mondial
5 millions de ces compteurs, reste
en deçà. « Mais cela s’explique notamment par le fait qu’il revient au
fournisseur d’équiper les foyers
avec l’obligation de fournir à chaque consommateur un afficheur
déporté pour lui permettre de suivre
l’évolution de sa consommation
directement depuis son domicile,
précise l’expert d’UFC-Que choisir. Si, en France, la loi de transition
énergétique prévoit un tel afficheur
déporté, il le réserve aux ménages
précaires et la loi n’est malheureusement pas respectée. »
Refus possible au Québec
Plus de 700 millions de boîtiers, équivalents du
Linky français, sont déjà installés autour du globe.
EN FRANCE,
LES AMBITIONS
D’ENEDIS POUR
LE COMPTEUR LINKY
5,4
milliards d’euros.
Estimation du coût
du déploiement par
Enedis d’ici à 2035
6
ans. Durée du
déploiement industriel
(2015-2021)
35
millions de compteurs
devraient être posés
d’ici à 2021
DELPHINE DENUIT £@ddenuit
ÉNERGIE Décrié en France, le
compteur électrique communicant fait des émules à l’étranger.
Selon les derniers chiffres
d’Enedis, plus de 700 millions de
compteurs connectés équipent
déjà les foyers et entreprises du
monde entier. « D’ici à 2021-2022,
on comptera plus de 1,5 milliard de
compteurs connectés dans le monde », prévient Bernard Lassus, directeur du programme Linky chez
Enedis, la filiale d’EDF chargée de
distribuer l’électricité. « Tous les
pays sont confrontés aux mêmes
enjeux environnementaux et à la
nécessité de mieux réguler leurs
ressources énergétiques », justifiet-il. Grâce à ces boîtiers, les clients
peuvent connaître en temps réel
leur consommation d’électricité et
ainsi mieux la maîtriser, tandis
que le fournisseur reçoit chaque
mois par télétransmission un index de la consommation réelle de
son client et n’a plus à se baser sur
une estimation de consommation.
En France, la filiale d’EDF revendique près de 12 millions de ces
boîtiers Linky installés au rythme
de 30 000 chaque jour. Le législateur impose au distributeur de
couvrir 80 % du territoire, soit
35 millions de compteurs, d’ici à
2021 pour se conformer à une directive européenne de 2009.
Certains pays sont plus en
avance que d’autres. Parmi les
pays les mieux équipés d’Europe,
l’Italie compte plus de 32 millions
de compteurs connectés. « L’Italie
a commencé à s’équiper dès 2011
pour lutter contre la fraude, expli-
Le compteur connecté Linky permet aux clients de connaître leur
consommation d’électricité en temps réel. BRUNO LEVESQUE/IP3 PRESS/MAXPPP
que Nicolas Mouchnino, chargé de
mission énergie auprès de l’association UFC-Que choisir. Aujourd’hui, le pays s’apprête à installer
une nouvelle génération de compteurs connectés alors qu’en Suède
(5,2 millions de compteurs) et en
Finlande (3,1 millions), les motivations ont été avant tout environne-
mentales », ces compteurs permettant de gérer sa propre
consommation d’énergie photovoltaïque. En Espagne, où 20 millions de boîtiers ont été installés,
le déploiement est plus lent, comme en Allemagne où le marché est
très éclaté (plus de 900 distributeurs). Le Royaume-Uni, avec
Au niveau mondial, c’est sans surprise en Chine que l’on dénombre
le plus grand nombre de compteurs. Plus de 400 millions ont
déjà été installés, contre 70 millions aux États-Unis, soit autant
qu’au Japon, selon Enedis.
Le déploiement de ces compteurs communicants continue
d’inquiéter
de
nombreux
consommateurs (risques sanitaires à travers les ondes électromagnétiques, de collecte de données
personnelles) dans plusieurs
pays, selon l’Agence nationale de
sécurité sanitaire (Anses). Ainsi
au Québec, les consommateurs
ont obtenu la possibilité de refuser la pose d’un compteur
connecté, mais dans ce cas, il leur
revient de s’acquitter des frais
d’installation de leur compteur
traditionnel et des coûts liés aux
relevés d’index (effectués par un
agent). Résultat : l’opérateur a
équipé plus de 3,8 millions de
foyers, soit 97 % du parc total de
compteurs. « C’est ce choix qui
manque aux Français », regrette
Nicolas Mouchnino. ■
EN BREF
General Atlantic entre au capital de la griffe française, qui réalise 92 % de ses ventes en ligne.
ANNE-SOPHIE CATHALA £@Ascathala
Morgane Sézalory,
créatrice de la marque
Sézane. RODOLPHE OPITCH
HABILLEMENT Dans un marché
français de la mode sinistré, quelques start-up sont capables
d’émerger, au point d’en remontrer
aux géants du secteur. C’est le cas
de Sézane, une griffe de prêt-àporter féminin « digital native »
créée en 2013. La jeune pousse réalise 92 % de son activité en ligne, et
son chiffre d’affaires global pourrait
dépasser 80 millions d’euros cette
année, selon un expert. À titre de
comparaison, H&M ne réaliserait
que 60 millions d’euros en ligne
dans la mode féminine, sur un marché français estimé à 2,5 milliards
par KantarWorldPanel.
De quoi faire la fierté de sa créatrice, Morgane Sézalory, qui a fusionné son nom et son prénom pour
baptiser la marque, connue pour ses
produits iconiques faits « avec
amour », dixit l’étiquette : chemise
Tomboy, gilet Barry et sacs Clark.
Leurs atouts ? Coupes justes, coloris
et détails sans cesse réinventés, séries courtes…
Pas étonnant, vu ses performances, que la griffe ait séduit un grand
fonds d’investissement américain.
General Atlantic (GA) vient de
prendre une participation minoritaire à la faveur d’une augmentation de capital et en rachetant, pour
un prix tenu secret, la part d’un
autre fonds américain. Summit, actionnaire de Vente-Privé, était entré en 2016 au capital de Sézane.
GA est une pointure aux 24 milliards de dollars de participations,
qui accompagne sur le long terme
des sociétés (telle Tory Burch en
mode) à fort potentiel. Une philosophie datant de sa création en 1980
par le milliardaire philanthrope
Charles F. Feeney, au début comme
une structure d’investissement de
sa fondation de bienfaisance. Sézane a lancé un programme solidaire
pour enfants défavorisés.
Muscler la logistique
Au-delà de valeurs communes, GA
parie sur la pertinence du modèle
Sézane : quatre collections par an,
rythmées de « capsules » mensuelles thématiques, un haut de gamme
à prix accessible, entre Zara et
Sandro. Sézane a fédéré une communauté de plus de 300 000 clientes, et des groupes Facebook - tel
« Sézane addicts » - où se revendent ses articles vite en rupture. Elle
bannit soldes et rabais et a toujours
été rentable. Et a abordé avec succès l’international, où se font déjà
20 % de ses ventes, réparties à égalité entre Europe et États-Unis.
Son nouveau partenaire l’aidera à
muscler technologie et logistique, à
intégrer une partie du stockage,
pour livrer toujours plus en 24 à
48 heures. Déjà, elle peut livrer
8 000 commandes par jour, avec des
pics à 20 000. Sézane, qui se fournit
beaucoup en Europe, mais aussi en
Asie, Inde ou Pérou, veut ouvrir des
ateliers en France. En deux ans, ses
effectifs ont quintuplé, à 150 salariés,
et les ventes ont gagné 30 % l’an
passé. « Nous essayons de garder une
croissance raisonnable, temporise
Morgane Sézalory, pour préserver la
marque, notre santé et garantir la
meilleure expérience client. »
Une expérience qui se prolonge
depuis trois ans en points de vente
éphémères en grands magasins ou
multimarques, mais aussi en
concept stores en propre mêlant
mode et déco. Trois « Appartements » ont ouvert, de Paris et Aix
à New York. Après Londres en septembre, Paris en aura un nouveau,
en 2019. Quelques autres « Appartements » et points de retrait
essaimeront. ■
Adidas redouble d’efforts et d’ambition en France
L’équipementier s’offre un nouveau siège à Strasbourg et fait de Paris un marché clé.
ANNE-SOPHIE CATHALA
£@Ascathala
700
salariés
travaillent
pour Adidas
en France
HABILLEMENT À quelques semaines du Mondial de football en
Russie (14 juin-15 juillet), Adidas,
numéro deux mondial des tenues
et chaussures de sport derrière
Nike (mais leader sur le marché
du ballon rond), vient d’inaugurer
son nouveau siège social France. Il
est ancré en Alsace depuis 1959,
mais quitte un village pour un
quartier d’affaires international,
face au Parlement européen.
Le géant allemand du sport a
déjà regroupé, l’an passé, 100 salariés français, à Paris, dans
d’autres nouveaux bâtiments.
Mais son siège alsacien réunit, en
plus d’équipes marketing présentes à Paris, comité de direction,
fonctions support et équipes commerciales
(200
personnes).
400 salariés travaillent pour Adidas ailleurs en France, en partie en
magasins. Celui des Champs-Élysées, agrandi et rénové, compte à
lui seul 150 salariés. Un projet initial prévoyait de regrouper toutes
les équipes françaises à Paris. Il a
été décidé de maintenir implantation et emplois alsaciens. Une répartition qui illustre bien l’importance stratégique de la France,
mais aussi de sa capitale.
« Nous sommes à la mi-temps de
notre plan stratégique et du processus de transformation de la
marque au niveau mondial et local,
explique Nicolas Favre, directeur
général Adidas France. La France
est notre deuxième marché en Europe. » Adidas y fait la course au
coude à coude avec Nike. La filiale
tricolore a signé l’an passé une
hausse des ventes à deux chiffres,
en ligne avec une croissance en
Europe de 13 %. « La croissance est
deux fois plus forte à Paris qu’en
France », ajoute Sylvain Bouchès,
directeur de la marque dans
l’Hexagone. Sur les Champs-Ély-
sées, « deux tiers des clients de notre flagship sont des touristes »,
selon Nicolas Favre. Les espaces y
sont en pleine réorganisation, selon un nouveau concept.
Voilà qui valide la pertinence de
la stratégie mondiale du groupe,
centrée notamment sur l’accélération de l’e-commerce, mais
aussi sur la force de six « key cities » (villes clés) : Paris, Los Angeles, New York, Londres, Shanghai, Tokyo.
Nouveau flagship
à la Défense
Cette année, la marque va investir
deux fois plus dans les actions de
communication et marketing en
magasins en France et Paris en représente la moitié. Une chaussure
de running en édition limitée a été
créée en prenant en compte avis
et habitudes d’amateurs parisiens.
Une autre, futuriste, la Deerupt,
vient d’être lancée mondialement
depuis Paris.
L’espace de vente Adidas du
Citadium proche du boulevard
Haussmann a été agrandi, sur
287 m2, et la boutique Adidas Originals (version plus mode de la
marque) du Marais, remise au
goût du jour. Le 14 juin, premier
jour de la Coupe du monde, un
magasin Adidas de 1 200 m2 sera
inauguré aux Quatre Temps de la
Défense. Dès le 10 juin, Adidas
mettra ses produits à l’épreuve et
à l’honneur pour les 10 km de Paris. Sur 60 000 coureurs plus globalement membre de sa communauté de running, plus de la
moitié courent désormais en
chaussures Adidas. La marque a
créé un club de running affilié à la
Fédération française d’athlétisme,
avec l’ambition d’accompagner
les meilleurs jusqu’aux championnats de France, voire aux JO.
Dans le même esprit, Adidas organise des tournois de foot de rue
dans Paris. De quoi promouvoir
produits et talents. ■
ÉTATS-UNIS : CHÔMAGE
À 3,8 % EN MAI
£ Le taux de chômage
aux États-Unis est tombé en mai
à son plus bas niveau depuis
18 ans à 3,8 % après de solides
embauches, selon les chiffres
du département du Travail.
Les créations d’emplois ont été
plus fortes que prévu à 223 000.
LA NOTE DE DEUTSCHE
BANK ABAISSÉE
£ L’agence de notation Standard
& Poor’s a abaissé vendredi la
note de crédit de Deutsche Bank,
s’interrogeant sur la capacité
de son nouveau patron à mettre
en œuvre son plan de
restructuration. La première
banque allemande s’est efforcée,
avec l’appui de son principal
actionnaire, le chinois HNA,
de rassurer sur sa situation
financière. L’action, tombée
jeudi à son plus bas historique,
est remontée.
TOTAL DÉFEND
SON PROJET
DE BIORAFFINERIE
£ Le PDG de Total, Patrick
Pouyanné, a défendu vendredi
son projet de bioraffinerie à
La Mède (Bouches-du-Rhône),
alors que le syndicat agricole
FNSEA a prévu de bloquer
des raffineries pour protester
contre la hausse attendue des
importations d’huile de palme.
LE MATELASSIER
ADOVA VA SUPPRIMER
191 POSTES EN FRANCE
£ Adova, fabricant français des
matelas (Simmons, Dunlopillo
et Treca), ex-Cauval, prévoit de
supprimer 191 postes en France,
soit près de 14 % du total de ses
effectifs, selon l’AFP. Ce projet
se traduirait par 155 départs
contraints « au maximum »,
le reste devant faire l’objet
de départs volontaires et de
reclassements internes,
selon cette source.
+@
» Football : Intermarché
va remplacer Carrefour
comme sponsor des Bleus
» Vélib’ rembourse ses abonnés
www.lefigaro.fr/economie
A
Le succès de Sézane séduit un riche américain
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samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
26 ENTREPRISES
LE GRAND
JACQUES
ASCHENBROICH
TÉMOIN
PDG DE VALEO
PROPOS RECUEILLIS PAR
JACQUES-OLIVIER MARTIN
£@jocjom
LE FIGARO. - À la mi-mai, le
gouvernement a déroulé sa feuille
de route pour le développement
de la voiture autonome. En quoi
s’agit-il d’un enjeu pour les États ?
Jacques ASCHENBROICH. - Mobilité et développement économique vont de pair. Il est donc très
important pour la France de faciliter les essais et ainsi faire venir
l’ensemble de l’écosystème de
l’innovation automobile sur notre
territoire. C’est la clé du succès.
Notre pays a de nombreux atouts.
Il a su faire évoluer sa réglementation et dispose d’outils précieux,
comme le crédit d’impôt recherche pour attirer des centres de
R&D. Valeo, naturellement très
présent en France, y fait de nombreux développements et essais en
matière de voiture autonome.
La France est-elle dans la course
de la voiture autonome
comparée à la Californie ?
Il est certain que le bouillon de
culture de la Silicon Valley et ses
acteurs emblématiques comme
Uber, Google ou Tesla ont fait bouger les lignes plus qu’ailleurs. Mais
nous avons en France des constructeurs automobiles très innovants,
particulièrement sur la voiture
autonome. En particulier, Valeo est
le leader mondial des capteurs. Le
gouvernement a par ailleurs réaffirmé sa volonté de favoriser le développement de la voiture autonome. Une telle mobilisation est très
rassurante pour tous les acteurs
français de la mobilité. La France
est clairement dans la course.
La voiture sans conducteur
va-t-elle changer la relation
à la voiture ?
Il est un peu tôt pour l’affirmer,
mais il y a débat. La volonté d’être
propriétaire de sa voiture demeurera-t-elle avec le véhicule autonome, ou va-t-on vers l’achat
d’un service de mobilité ? Autre
enjeu de taille : l’évolution des
motorisations. La lutte contre la
pollution et le réchauffement cli-
Le PDG de Valeo
salue la
mobilisation des
pouvoirs publics
en matière de
voiture autonome
et l’innovation qui
irrigue le secteur.
PAUL DELAORT/LE FIGARO
Jacques Aschenbroich a hissé Valeo parmi les équipementiers
automobiles en pointe dans le développement de la voiture autonome.
« La France est
toujours un pays
de l’automobile »
matique impose une réduction des
émissions de CO2, et pour l’Europe, où l’on connaît une très forte
baisse du diesel, on connaîtra une
forte progression de l’électrique.
Vers 2025, on peut imaginer que
10 à 15 % du marché mondial sera
du véhicule électrique, contre
moins de 2 % aujourd’hui. La voiture autonome, l’évolution des
motorisations et la mobilité digitale conduiront très probablement à une voiture qui sera électrique, connectée et partagée.
Cette triple révolution favorise
l’innovation de façon spectaculaire. Concrètement pour Valeo,
50 % de nos prises de commandes
concernent des produits qui
n’existaient pas il y a trois ans. Il y
a une accumulation d’intelligence
et d’argent qui se déverse comme
jamais sur le monde de la mobilité
automobile. C’est une formidable
nouvelle pour notre industrie résolument tournée vers le futur.
On a le sentiment que l’innovation
est de plus en plus produite
par les start-up. Est-ce
un phénomène nouveau
pour l’automobile ?
Ce n’est pas un phénomène exclusif du monde de l’automobile. Les
fintechs sont centrales dans l’évolution de la finance et les biotechs
sont au cœur de l’industrie de la
santé. C’est une évolution générale et durable pour toutes les industries. Dans l’automobile, les
start-up sont nombreuses dans la
Silicon Valley et en Israël. En
France et en Allemagne, nous
avons également beaucoup de
jeunes entreprises innovantes
qu’il faut accompagner financièrement et industriellement pour
qu’elles grandissent. Au-delà de
tous nos investissements en R&D,
près de 1,9 milliard d’euros en
2017, Valeo est en permanence à la
recherche d’opportunités de relations et de coopérations avec les
meilleures start-up.
Cette révolution de la mobilité
va-t-elle faire naître de nouveaux
constructeurs ?
LES DÉCIDEURS
â EMMANUELLE PERES
Plateforme automobile (PFA)
Présidé par Luc Chatel depuis 2017, l’organisme en charge de développer et consolider
la filière automobile accueille une nouvelle
directrice générale adjointe. En lien étroit
avec le DG Marc Mortureux, elle pilotera les
actions d’anticipation et de transformation
des emplois et compétences du secteur.
Diplômée de l’ESCP, elle occupait jusqu’alors les fonctions de déléguée générale
de la Fédération de la formation professionnelle (FPP). Emmanuelle Peres avait déjà
travaillé auprès de Luc Chatel au préalable
comme conseillère, lorsque celui-ci était
ministre de l’Éducation nationale sous Nicolas Sarkozy.
A
â JONATHAN HASKEL
Comité de politique
monétaire de la Banque
d’Angleterre
Professeur d’économie à l’Imperial
College Business School de Londres, il rejoint
le comité de la banque, fonction pour laquelle
il était en compétition face à quatre femmes.
En tant que membre extérieur du comité, il
fera partie des neuf personnes ayant un droit
de vote concernant les décisions de politique
monétaire de la banque. Il succède à Ian
McCafferty, en poste depuis 2012.
Tesla a émergé, c’est indiscutable. Est-ce qu’il y en aura
d’autres ? Ce n’est pas évident,
mais ce n’est pas exclu. Il est sûr
que le véhicule électrique présente moins de barrières à l’entrée que le véhicule thermique,
ce qui peut favoriser l’arrivée de
nouveaux acteurs. Il y a en tout
cas aujourd’hui des dizaines de
sociétés dans le monde, souvent
en Chine, qui essaient de devenir
des fabricants automobiles.
Est-ce que le développement
de véhicules toujours plus
innovants est une opportunité
pour l’industrie automobile
en France ?
Avoir des entreprises à la pointe
du progrès localisées en France,
c’est toujours bon. Nous avons la
chance d’avoir deux constructeurs qui ont une présence mondiale et d’avoir des équipementiers qui ont réussi. La densité de
cette industrie est certes moins
forte qu’en Allemagne, mais j’insiste, nous avons une industrie et
de réelles compétences : nous
sommes toujours un pays de
l’automobile. L’important pour
des sociétés comme les nôtres est
de cultiver une présence forte en
France tout en partant à la
conquête de marchés partout dans
le monde. C’est le choix de Valeo.
Nous avons décidé de renforcer
notre base industrielle française
en misant effectivement sur l’innovation. Notre groupe a investi
plus d’un milliard d’euros ces
dernières années. Nous recruterons environ 1 300 personnes cette année en France, soit à peu près
autant que l’an dernier.
l’évolution
des
motorisations
et la mobilité
digitale
conduiront
très
probablement
à une voiture
qui sera
électrique,
connectée
et partagée
»
L’arrivée de la voiture autonome
se traduira-t-elle par une baisse
de la production de voitures
dans le monde ?
En observant le développement
d’Uber, notamment en Californie, nos analyses montrent que la
réduction du coût de la mobilité
entraîne une augmentation de la
mobilité, qui fait plus que compenser la baisse du nombre de
véhicules liée à un développement de la voiture partagée.
C’est une observation intéressante. Par ailleurs, nous ne savons pas encore si le véhicule
électrique aura une durée de vie
supérieure au moteur à combustion classique. Dans les dix ans à
venir, rien n’indique que les
nouvelles formes de mobilité
auront une incidence sur la production automobile.
Bio
EXPRESS
1981
Ingénieur au corps
des Mines, il entre
dans l’administration
en région Lorraine
puis à la Datar
1987
Conseiller technique
au cabinet du premier
ministre
Jacques Chirac
1988
Il rejoint Saint-Gobain
et multiplie les
directions de filiales,
ainsi que l’Innovation
et la R&D
2009
Jacques
Aschenbroich est
nommé directeur
général du Groupe
Valeo. Il devient PDG
en 2016
Le diesel est-il condamné ?
Le diesel a perdu la bataille de la
communication et je ne pense pas
que des innovations technologiques
pourraient inverser la tendance à la
disparition de cette motorisation
principalement commercialisée en
Europe. Son déclin est inexorable,
mais les industriels ne savent pas à
quel niveau il se stabilisera.
Quand roulera-t-on dans
des voitures sans conducteur ?
Pour les robots taxis, c’est imminent. D’ici à quelques mois il y
aura des services qui seront exploités sur des trajets simples. Les
progrès sont rapides dans des univers relativement connus et bien
cartographiés. Pour les voitures
individuelles, nous devrons encore patienter quelques années
avant qu’elles ne soient 100 %
autonomes. ■
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Christophe Germain à la barre
de l’école de commerce Audencia
Ça ne pouvait pas ne pas
être lui. En devenant directeur général d’Audencia,
Christophe Germain réalise
les vœux de son mentor et
ex-dirigeant de l’école de Nantes, Aïssa Dermouche. C’est lui qui, en 2001, le place à la
direction adjointe du programme grande école, convaincu du « destin managérial » de cet
enseignant-chercheur, passionné dans ses
recherches universitaires par « les outils de
pilotage des entreprises ».
Diplômé d’un doctorat de l’université de Bordeaux et de l’Institut des hautes études de
l’entreprise, il commence sa carrière à l’ESC
La Rochelle dans l’enseignement et la recherche. Six ans plus tard, il fait son entrée dans la
prestigieuse école de commerce nantaise,
alors sixième dans le classement national.
Passionné par « l’idée de transmettre » à travers l’enseignement, il prend néanmoins ses
premières responsabilités dès les premiers
mois et commence alors son ascension dans la
direction. D’abord DGA programme grande
école, il devient par la suite directeur académique, puis DG adjoint. C’est encore lui qui
assurera l’intérim de janvier à septembre 2016, suite au départ de Frank Vidal. Et
l’actuel président, Laurent Métral, ne tarit pas
d’éloges à son égard : « Christophe Germain
La voiture
« autonome,
bénéficie d’une forte légitimité à la fois sur le
plan académique et sur le plan pédagogique »,
souligne-t-il, après avoir salué « ses succès
dans le développement de notre école Shenzhen
Audencia Business School ». Car c’est là-bas,
en Chine, qu’œuvrait depuis 2016 le quinquagénaire natif de Vendée. Une aventure « passionnante », voire « extraordinaire », durant
laquelle il pose les premières pierres d’un établissement destiné aux Chinois désireux de
découvrir la qualité de l’enseignement français, et aux Français soucieux de se former aux
enjeux économiques chinois.
Comprendre
le comportement humain
Aujourd’hui domicilié aux Sables-d’Olonne,
ce père de deux enfants aime se ressourcer non
loin de la mer et lire la littérature classique
anglaise et russe, « les meilleurs livres de management. Tout y est pour comprendre le comportement humain ». Adepte de la course à pied et
du triathlon, plusieurs chantiers s’ouvrent à
lui, dont l’exécution du « plan stratégique
2020 ». L’école, qui a connu un léger recul
dans les classements depuis 2010 (entre la 7e et
la 10e place), forme aujourd’hui quelque 5 000
élèves sur ses cinq campus français, basés à
Nantes et à Paris, où des agrandissements
immobiliers sont prévus.
A. B.
EN VIDÉO SUR
www.lefigaro.fr
www.lefigaro.fr/decideurs
â PEDRO PARENTE
Petrobras
Le patron du groupe étatique pétrolier brésilien a présenté vendredi sa
démission, au terme de grèves dans le
pays des transporteurs routiers et du secteur
pétrolier autour de la politique tarifaire de la
compagnie. « Pedro Parente a demandé à quitter ses fonctions de président de l’entreprise », a
annoncé le groupe, précisant que le conseil
d’administration allait nommer un patron intérimaire. L’annonce a été accueillie avec flegme par la Bourse de Sao Paulo, où les cours du
mastodonte de l’économie brésilienne n’ont
guère bougé.
â ISABELLE GEX
Shiseido Company
Comme présidente de Global Fragrances, elle devient la « Mme Parfums » du groupe de cosmétiques japonais. Dès le 11 juin, cette Essec supervisera
les marques Dolce & Gabbana, Narciso Rodriguez, Issey Miyake, Elie Saab, Zadig & Voltaire,
Alaïa et Serge Lutens, et pilotera également le
Centre d’excellence parfums de Shiseido, établi à Paris. Isabelle Gex apporte une expérience
de plus de vingt-cinq ans dans cet univers,
forgée chez Chanel et LVMH. Plus récemment,
elle avait fondé la start up Stratlux et été nommée directeur non-exécutif de SciencesPo-Ifa.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
MARCHÉS
27
Les recettes
des entreprises
qui gagnent en Bourse
QUESTIONS
D’ARGENT AVEC
Est-il encore
intéressant d’investir
en SCPI ?
Les sociétés qui réalisent de copieuses marges
et parviennent à imposer leurs prix font la course en tête.
que les boursiers appellent le
« pricing power ».
« Consciemment ou non, les investisseurs semblent avoir privilégié
des secteurs et des valeurs ayant la
capacité de maintenir leurs marges
face à des pressions inflationnistes
de plus en plus fortes dans l’économie », explique Aurel BGC. Cette
course vers les valeurs capables de
maintenir leurs marges est particulièrement nette aux États-Unis,
mais le mouvement est perceptible
un peu partout dans le monde.
ANALYSE
HERVÉ ROUSSEAU
hrousseau@lefigaro.fr
MARCHÉS Les investisseurs ne
savent plus sur quel pied danser.
Généralement, au printemps, il est
possible de dégager des grandes
tendances sur leur comportement.
Lorsqu’ils débordent d’optimisme,
ils misent sur les valeurs de croissance, celles qui doivent profiter
de l’embellie. Prudents, ils se replient sur les sociétés plus défensives, celles qui dégagent des revenus réguliers et offrent une belle
visibilité. Et lorsqu’ils anticipent
une hausse des taux, ils se détournent des obligations dont le cours
évolue en sens inverse du loyer de
l’argent.
Mais cette année, « ils n’ont pas
effectué de grands arbitrages »
constatent les spécialistes d’Aurel
BGC. La guerre commerciale brandie par Donald Trump, la crise politique en Italie ou encore les négociations qui s’annoncent tendues
sur le Brexit brouillent les pistes.
« Le scénario économique est plus
flou depuis quelques mois, tout comme la perception de certains risques », notent les stratèges d’Aurel
BGC.
En étudiant en détail les comportements boursiers à l’échelle
mondiale, une constante semble
toutefois se dégager. Les investisseurs privilégient les sociétés qui
engrangent de copieuses marges et
parviennent à imposer leur politique de prix à leurs clients. C’est ce
Le luxe, champion
du « pricing power »
La performance du secteur du luxe
illustre parfaitement ce phénomène. Les français LVMH, Kering ou
Hermès battent des records en
Bourse. Ces entreprises qui sont à
la tête de marques connues dans le
monde entier et dont la demande
ne cesse de croître « parviennent à
maintenir leurs marges, voire à les
augmenter dans pratiquement toutes les configurations de marché »,
explique Gérard Moulin, responsable de la gestion actions Europe
chez Amplegest. Elles participent
d’ailleurs très largement à la belle
résistance affichée par la Bourse de
Paris en 2018. Kering grimpe en effet de plus de 36 % depuis le début
de l’année, LVMH de près de 22 %
et Hermès International de 37,5 %.
Autre secteur qui fait des étincelles, celui de la défense et de
l’aéronautique avec Thales et Safran, qui affichent des gains supérieurs à 20 %. Toutes ces entreprises ont un point commun : elles
Les trois plus fortes hausses du CAC 40
ÉVOLUTION DES COURS DE BOURSE DEPUIS LE 1ER JANVIER, en %
491,8 €
301,9 €
KERING
103,7 €
LVMH
SAFRAN
85,91
360,37
245,4
+ 36,47 %
1er janvier
Source : Boursorama
1er juin
+ 23,02 %
1er janvier
+ 20,71 %
1er juin
1er janvier
1er juin
Infographie
évoluent dans des secteurs où il
existe de fortes barrières à l’entrée.
Par exemple, LVMH et Kering qui
dominent le secteur du luxe à
l’échelle mondiale, sont devenus
des « category-killer » selon Gérard Moulin chez Amplegest.
« Leur surface financière leur permet d’attirer les meilleurs talents,
d’avoir les budgets de communication bien plus importants que leurs
rivaux, d’agrandir leurs surfaces de
vente ou encore de développer des
stratégies digitales ambitieuses, et il
est pratiquement impossible de les
suivre », explique le gérant.
Dans un tout autre domaine, au
cours des dernières années, les
équipementiers automobiles ont su
capter une part de plus en plus importante de la valeur ajoutée d’une
automobile. Ils sont ainsi parvenus
à inverser le rapport de force avec
les constructeurs. Des sociétés
comme Plastic Omnium, Pirelli,
Michelin ou encore Brembo entrent désormais dans la catégorie
des entreprises disposant d’un fort
« pricing power » selon Gérard
Moulin.
Des géants américains
devenus incontournables
PIERRE PAPIER L’année 2017 a,
encore une fois, été un bon millésime pour les sociétés civiles de placements immobiliers (SCPI). Pour
chercher des rendements intéressants, les gérants n’hésitent plus à
investir hors des frontières hexagonales. Preuve que la pierre-papier sait s’adapter aux contingences des marchés immobiliers.
1
à suivre sur
lefigaro.fr/bourse
n
Les matières
premières et les
produits dérivés
n Le crible
des sicav
et des fonds
n Les portefeuilles
de Roland Laskine
n Les cotations
en direct
sur iPhone
Cet univers est loin d’être figé. Les
spécialistes de la grande consommation, comme Unilever, Procter
et Gamble ou Nestlé qui étaient
considérés il y a quelques années
comme des champions du « pricing power », en sont aujourd’hui
sortis, en raison notamment de la
guerre des prix à laquelle se livrent
les distributeurs et qui pèse sur
leurs marges.
Les valeurs technologiques, et
notamment les géants américains,
ont en revanche rejoint ce club.
Des sociétés comme Facebook,
Google ou Amazon sont devenues
incontournables et peuvent dicter
leurs conditions tarifaires. Apple,
première capitalisation de la planète et société totalement hors
norme, semble seule dans sa catégorie. C’est à la fois un géant de la
technologie mais aussi sous certains aspects une entreprise de
luxe, capable de faire accepter des
prix souvent supérieurs à ceux de
ses concurrents. La société californienne a d’ailleurs conclu un partenariat avec Hermès pour une
gamme de ses montres connectées
dont le bracelet est réalisé par le
célèbre sellier du faubourg SaintHonoré. ■
Quels ont été les résultats
des SCPI en 2017 ?
L’année dernière, une fois encore, les SCPI dites de « rendement » – c’est-à-dire celles investies dans les bureaux, les murs de
magasin et dans les entrepôts n‘ont pas démérité. Elles ont rapporté 4,44 % net, avant impôt. Un
taux, certes, en léger retrait par
rapport à 2016 (4,64 %), mais qui
demeure supérieur à ceux affichés
par des placements financiers tels
que le livret A (0,75 %) ou les fonds
en euros des contrats d’assurancevie (autour de 1,5 %).
Ce niveau de rémunération ainsi
que les nombreux avantages inhérents aux SCPI (ticket d’entrée modique, accès à un patrimoine coûteux difficilement abordable en
direct pour des particuliers, mutualisation des risques locatifs et
absence de contraintes de gestion
locative) séduisent les épargnants.
La preuve, ils y ont investi, l’année
dernière, plus de 6 milliards
d’euros ; un record depuis la création du produit il y a presque
50 ans.
Loin d’être un atout pour les sociétés de gestion, ces niveaux élevés
de souscription se révèlent plutôt
contre-productifs. Ils expliqueraient même, en partie, l’érosion
des rendements constatée ces dernières années. En effet, compte
tenu de la concurrence, les actifs de
qualité se raréfient et, pour les acquérir, les gérants sont fréquemment contraints de consentir un
sacrifice sur les rendements (pour
« servir » 4,5 ou 5 % aux porteurs
de parts, il faut - idéalement - investir entre 6,5 et 7 %).
2
Quelle est la stratégie des
gérants pour lutter contre
l’érosion des rendements ?
La solution la plus courante consiste à limiter la collecte en plafonnant les montants investis par les
associés. Une stratégie souvent
adoptée par les sociétés de gestion
indépendantes (Paref Gestion ou
Sofidy, par exemple).
Alternative, sortir des sentiers battus en investissant hors de France.
Selon l’Institut de l’épargne immobilière et foncière (IEIF), 30 % des
SCPI auraient ainsi réalisé des placements en Allemagne pour un
montant dépassant 1,5 milliard
d’euros. Créée en 2004, Novapierre
Allemagne (Paref Gestion), qui investit exclusivement outre-Rhin, a
affiché un rendement de 4,7 % en
2017. Toujours d’après l’IEIF, si
l’Allemagne se taille la part du lion
(55 % des sommes investies), les
gérants sont aussi présents aux
Pays-Bas (26 %), en Belgique
(7 %), en Espagne et en Italie (4 %
chacune) et, dans une moindre
mesure, au Portugal (2 %).
Aujourd’hui, certains gérants souhaitent aller encore plus loin. Ainsi,
Corum AM a créé Corum XL, première SCPI pouvant investir hors
de la zone euro. Lancée il y a 9
mois, elle affiche déjà un rendement alléchant de 6,58 % (net annualisé).
3
Quelles sont les prévisions
pour 2018 ?
Pour 2018, les professionnels
du secteur misent sur une rémunération comprise entre 4,30 et
4,40 %. Reste à savoir si l’attrait
des SCPI par rapport aux autres
produits financiers perdurera si
ceux-ci voient leurs rendements
progresser à la suite d’une remontée des taux d’intérêt. Un scénario
auquel les professionnels ne croient
guère. En effet, sur la période 20012017, l’écart annuel moyen (la
« prime de risque » dans le jargon
des financiers) entre le rendement
des SCPI investies en immobilier
d’entreprise et celui des emprunts
d’État à 10 ans a été de 3 %. Or, depuis 2014, l’écart est nettement
plus élevé que cette moyenne :
4,2 % en 2014, 3,9 % en 2015, 4 %
en 2016 et 3,9 % en 2017. Les SCPI
devraient donc continuer à rapporter davantage que leurs
concurrents, même en cas de
hausse des taux.
De plus, les clignotants du marché
des bureaux sont au vert depuis
plusieurs mois avec une diminution des mesures d’accompagnement (souvent une franchise de
loyers) et une nette amélioration
du taux d’occupation financier. La
situation est, en revanche, plus
complexe pour les boutiques situées en périphérie des villes, qui
souffrent de la concurrence d’Internet. Pour y faire face, les gérants envisagent d’investir progressivement dans l’e-commerce
immobilier, en acquérant de petits entrepôts à proximité du
consommateur. Une nouvelle
adaptation en perspective pour les
SCPI… ■
VALÉRIE VALIN-STEIN
LA SÉANCE DU VENDREDI 1ER JUIN
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 47,6
♣
AIR LIQUIDE ..................................
107,9
AIRBUS .............................................. 99,39
ARCELORMITTAL SA ..................................
27,975
ATOS .............................................. 118,1
AXA ..............................................
21,83
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
53,89
BOUYGUES ..............................................
39,79
CAPGEMINI ..............................................
115,15
CARREFOUR ..............................................
15,415
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,055
DANONE ..............................................65,94
ENGIE .............................................. 13,56
ESSILOR INTL. ..................................117,35
KERING ..............................................491,8
L'OREAL ..............................................
206,8
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
44,52
LEGRAND ..............................................64,54
LVMH .............................................. 301,9
♣
MICHELIN ..............................................
112,05
%VAR.
+HAUTJOUR
+1,69 47,96
+2,37 108
+2,14
99,67
+0,99 28,485
+1,64 119,8
+2,37 22,055
+1,56 54,37
+0,63 40,21
+2,22 115,2
-0,06
15,575
+2,68
12,205
+0,84 66,12
+0,18
13,69
+0,38 118,1
+0,43 495,7
+0,58 207,6
+0,88 44,9
+1,99 64,82
+1,63 302,75
+1,22 112,7
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
46,92
106,4
97,98
27,68
115,35
21,55
53,66
39,67
112,75
15,375
11,89
65,38
13,51
116,75
491,3
205,4
44,18
63,62
298,9
111,25
0,34
0,29
0,194
0,171
0,575
0,417
0,635
0,221
0,313
0,382
0,555
0,281
0,238
0,267
0,146
0,108
0,056
0,188
0,14
0,305
+10,7
+2,71
+19,75
+3,17
-2,68
-11,74
-13,43
-8,13
+16,44
-14,55
-12,64
-5,73
-5,41
+2,09
+34,63
+11,81
-5,36
+0,55
+23,02
-6,27
JOUR
ORANGE ..............................................14,79
PERNOD RICARD ..................................
142,7
PEUGEOT ..............................................
20,13
♣ 59,9
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
83,63
SAFRAN ..............................................
103,7
SAINT GOBAIN ..................................
43,53
SANOFI ..............................................66,39
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
75,98
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
37,53
SODEXO ..............................................83
SOLVAY ..............................................
115,9
20,36
STMICROELECTRONICS .............................
TECHNIPFMC ..................................27,56
TOTAL .............................................. 52,73
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
189,65
VALEO .............................................. 55,16
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,415
♣
VINCI .............................................. 84,98
VIVENDI ..............................................21,72
%VAR.
+0,44
-0,7
+0,93
+0,6
+1,21
+1,52
+1,53
+1,16
+2,98
+1,83
-0,02
+0,78
0
+2,15
+1,31
-1,51
+1,55
-0,03
+1,51
+0,93
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,885
144,4
20,31
60,5
84,82
104,05
43,91
66,98
76,24
37,975
83,5
116,65
20,5
27,71
52,9
192,8
55,72
19,62
85,26
21,84
14,71
142,25
20,12
59,38
83,06
102,6
43,165
65,7
74,38
37,25
82,58
115,4
19,99
26,81
52,26
189,65
54,68
19,4
84,22
21,57
%CAP.ECH
0,24
0,188
0,301
0,216
0,324
0,237
0,306
0,247
0,346
0,853
0,235
0,323
0,285
0
0,25
0,998
1,886
0,267
0,214
0,232
31/12
+2,18
+8,15
+18,73
+5,74
-0,33
+20,71
-5,33
-7,6
+7,23
-12,82
-25,93
+11,84
+6,62
+14,52
-9,69
-11,42
-8,74
-0,2
-3,12
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5494
1,5142
0,8768
9,1547
127,74
1,1531
1,1669
2,9732
11,103
5,3991
20,82
7,4883
78,314
135,75
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
35260
35800
+1,47
NAPOLEON ..................................................... 205,6
209,7
-0,63
PIECE 10 DOL USA .....................................................
599
599
+1,87
PIECE 10 FLORINS .....................................................
218,5
218,8
+2,68
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1220
1220
+4,45
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
210
210
+2,94
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
310
310
+1,64
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1339
1346
+2,21
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
113,7
113,7
+3,55
PIECE SUISSE 20F .....................................................
205,1
208,9
+1,18
PIECE LATINE 20F .....................................................
209,6
210
+3,3
SOUVERAIN ..................................................... 260
259,9
-0,27
KRUGERRAND .....................................................1140
1190
+1,9
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
VALORISAT.
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
282,70 30/05/18
BETELGEUSE ................................................
49,03 30/05/18
BELLATRIX C ................................................
336,88 30/05/18
SIRIUS ................................................56,54 30/05/18
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WWW.WANSQUARE.COM
Les spécialistes n’attendent pas un
raz de marée immédiat sur les actions
chinoises. En raison des restrictions
qu’impose toujours le régime communiste sur les mouvements de capitaux,
les Bourses chinoises restent largement isolées et il est toujours compliqué pour un investisseur étranger d’y
réaliser des opérations.
« Bon nombre d’investisseurs se
montrent attentistes, et ils ne devraient pas se précipiter sur des actions en yuans », prévient le courtier
Huarong. Les investisseurs locaux
sont essentiellement des « boursicoteurs » au comportement souvent irrationnel qui prennent la Bourse pour
un casino. Le marché chinois a ainsi
tendance à jouer aux montagnes russes. Avec l’intégration dans son indice,
MSCI estime néanmoins que 17 milliards de dollars devraient affluer vers
les titres chinois dès cette année, avec
une montée en puissance au cours des
prochaines années. Selon Helen Wong,
spécialiste du marché chinois chez
HSBC cette intégration dans l’indice
MSCI EM devrait provoquer « un afflux
supérieur à 600 milliards de dollars sur
les actions chinoises au cours des cinq
à dix prochaines années ».
Pour elle, « cette hausse de la détention des actions chinoises par des
étrangers va permettre à l’avenir de
mieux refléter la taille de l’économie et
du marché chinois ».
H. R.
A
LES ACTIONS CHINOISES FONT LEUR ENTRÉE DANS L’INDICE PHARE DES MARCHÉS ÉMERGENTS
Les efforts de la Chine pour ouvrir
ses marchés financiers au reste de la
planète commencent à porter leurs
fruits. Depuis vendredi, 229 valeurs
cotées sur les Bourses chinoises de
Shanghaï ou Shenzhen ont été intégrées dans l’indice de référence des
marchés émergents, le MSCI Emerging Markets.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Le gouvernement s’apprête à lancer
son big bang de l’audiovisuel public
Françoise Nyssen en présentera
lundi les grandes orientations.
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
AUDIOVISUEL Cela fait plusieurs
mois que le gouvernement, en lien
avec les dirigeants de l’audiovisuel
public, planche sur la grande réforme de l’audiovisuel public appelée de ses vœux par Emmanuel
Macron. Lundi matin, la ministre
de la Culture, Françoise Nyssen, en
donnera la « logique globale », selon l’expression des proches du
dossier. Elle le fera en présence des
principaux intéressés : Delphine
Ernotte (France Télévisions), Sibyle Veil (Radio France), MarieChristine Saragosse (France Médias
Monde), Laurent Vallet (Institut
national de l’audiovisuel) et Yves
Bigot (TV5 Monde). Un temps annoncé, le premier ministre,
Édouard Philippe, ne devrait finalement pas intervenir, laissant à la
ministre le soin de détailler sa
feuille de route.
Qualifié en privé par le président Macron de « honte de la République », l’audiovisuel public est
voué à être profondément réformé
autour de trois ambitions qui seront affichées lundi : accélérer la
mutation digitale pour coller aux
nouveaux usages, accentuer la
proximité avec les Français et rationaliser en conséquence les activités, au regard aussi de leur efficacité. La grande interrogation
porte en particulier sur l’ampleur
de cette rationalisation, et donc
sur le montant des économies qui
seront demandées. Plusieurs scénarios sont à l’étude, mais ces réductions de coût pourraient s’élever, selon plusieurs sources,
jusqu’à 500 millions d’euros en
cumulé d’ici à 2022, France Télévisions ayant à supporter la majeure partie de l’effort. Pour rappel, le groupe télévisuel capte plus
de 70 % des 3,9 milliards d’euros
alloués à l’audiovisuel public dans
le budget 2018.
Enveloppe globale
« On va demander des économies à
tous les opérateurs de l’État, il me
paraît normal et légitime que
l’audiovisuel français y participe »,
a expliqué vendredi Gabriel Attal,
député des Hauts-de-Seine et porte-parole de LaREM, interrogé par
L’Opinion. Le détail de ces économies ne sera pas donné lundi, mais
le gouvernement semble décidé à
examiner l’allocation des ressources antenne par antenne. Selon une
source, une enveloppe globale
pourrait être annoncée avant la
trêve estivale, fin juin ou début
juillet, avant que ne soient rendus
des arbitrages précis au moment de
l’élaboration du projet de loi de finances à la rentrée de septembre.
L’entourage du président évoque
en tout cas un premier axe de travail : « Investir davantage dans les
contenus de qualité et moins dans les
diffuseurs. » Cela revient à dire
qu’il y a peut-être trop de stations
de radio et de télévision et que certaines pourraient disparaître - par
exemple France 4 - pour basculer
sur une diffusion 100 % numérique.
Sur la délicate question de la
gouvernance des médias publics, il
faudra attendre la future loi sur
l’audiovisuel, prévue à l’automne.
Mais l’ampleur des réformes voulues devrait justifier la création
d’un poste de chef d’orchestre capable de mettre en musique toutes
les synergies recherchées, notamment entre France Télévisions et
Radio France. Après la création de
la chaîne d’info en continu fran-
Françoise Nyssen,
ministre de la Culture,
dans son bureau
à Paris, le 26 mai.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Nikos Aliagas proche de la matinale.
NRJ
ENGUÉRAND RENAULT£@erenault
ET CAROLINE SALLE £@carolinesalle
(1)
DeBonneville-Orlandini
JOURS
ET TOÈRUE RADIO
NRJ 1 ANCE
DE FR MOINS
S
SUR LE ANS(2)
5
6
DE
A
Sources : Médiamétrie, Janvier-Mars 2018, LàV, 5h-24h, AC en Milliers,(1) Global
Radio, 13+, support téléphone mobile digital - (2) 126 000 Radio, 13-64 ans
Contact NRJ Global : Laurence BUCQUET - 01 40 71 44 06 - lbucquet@nrjglobal.fr - www.nrjglobal.com
tions pour la réforme du Conseil
supérieur de l’audiovisuel (CSA),
dont le pouvoir de régulation paraît
finalement incompatible avec celui
de nommer les dirigeants de
l’audiovisuel public. En guise de lot
de consolation, le CSA élargirait ses
prérogatives de contrôle dans le
cadre de la lutte contre les « fake
news » en période électorale. ■
Europe 1 anime
le mercato radio
1 RADIO DE FRANCE
SUR SMARTPHONE
ÈRE
ceinfo, qui a déjà fait travailler ensemble des équipes des deux groupes, France 3 et France Bleu vont
aussi être amenées à collaborer. Un
projet de matinale commune sera
notamment en test à partir de la
rentrée à Paris, Aix et Marseille.
Le coup d’envoi de lundi devrait
enfin être l’occasion pour le gouvernement de préciser ses orienta-
RADIO C’est le grand chassé-croisé du mercato au sein même de la
station Europe 1. Le 31 mai, Laurent
Guimier, le nouveau patron d’Europe 1, a annoncé aux animateurs
de la station les noms de ceux qui
seront dans la grille de la prochaine
saison et ceux qui n’en seront plus.
Lors d’un marathon, Laurent Guimier a rencontré les principaux intéressés. Daphné Bürki, qui anime
la tranche de 10 heures à midi, ne
sera pas reconduite. Son avenir
semblait compliqué depuis le début
de l’année. Venue à Europe 1 à la
demande de Frédéric Schlesinger,
elle ne disposait plus de soutien depuis le départ de ce dernier.
Europe 1 doit déplorer le départ
d’un de ses piliers. Franck
Ferrand, qui animait une émission
d’histoire depuis quinze ans entre
14 heures et 15 heures, tire sa révérence. La direction lui a annoncé
l’arrêt de sa quotidienne mais lui a
proposé une émission hebdomadaire le week-end. Franck
Ferrand en a décidé autrement et a
signifié par tweet qu’il quittait la
station. Il pourrait animer des événements sur BFMTV.
Si
quelques-uns
partent,
d’autres restent. Patrick Cohen,
qui laisse le micro de la matinale
après une saison très compliquée,
resterait tout de même au sein de la
radio. L’an dernier, il avait été débauché par Arnaud Lagardère luimême et la maison compte bien le
traiter. Il retrouverait une place sur
la grille. Des discussions sont en
cours.
La matinée est l’objet de toutes
les attentions. C’est la pierre angulaire de la reconstruction de
l’audience. Nikos Aliagas est plus
proche que jamais de prendre le
micro de la matinale de 7 heures à
9 heures. C’est une voix familière
aux auditeurs d’Europe 1 et il serait
chargé de retrouver cette connivence avec le public. L’auditoire
très exigeant a fait savoir qu’il
aimerait une séparation nette entre
l’animation qui serait confiée à
Nikos et la partie information qui
serait confiée à des journalistes
maison. Nikos Aliagas est un journaliste dans l’âme. Il a présenté le
20 heures sur une chaîne grecque
avant de venir en France tenter
l’aventure chez TF1. S’il est extrêmement motivé par ce nouveau
challenge radiophonique, il doit
d’un autre côté faire son deuil
d’une partie ou de la totalité de son
exposition chez TF1.
Cymes en ligne de mire
Il ne pourra pas mener de front la
matinale d’Europe 1 et l’animation
tous les soirs de « C’est Canteloup » sur TF1. Mais il espère encore pouvoir animer une saison de
« The Voice » qui commence en
novembre ou encore l’émission
hebdomadaire « 50 minutes inside ». TF1 est prêt à aménager son
emploi du temps. Rien n’est encore signé ni chez TF1 ni chez Europe
1. Mais cela est très bien engagé.
Pour renforcer la matinale d’Europe 1, la journaliste Sonia Mabrouk pourrait aussi se retrouver
autour de la table.
Mais la grande prise du mercato
pourrait être le débauchage de Michel Cymes, l’un des animateurs
préférés des Français. Le médecin
médiatique tient actuellement une
chronique sur RTL. Mais il a surtout
de très nombreuses activités en télé
(France 5), en presse (Dr Good) et
des projets en cinéma. Sur Europe
1, il serait pressenti pour animer
une tranche dans la matinée. Nikos
Aliagas et Michel Cymes : deux
poids lourds qui pourraient faire du
bien aux audiences. ■
» Sur
« L’ACTUALITÉ
DES MÉDIAS »
dans le 17h-19h
par Catherine Pottier
et Enguérand Renault
chaque dimanche
à 17h25
et sur franceinfo.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO - N° 22 956 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
VIN
RENDEZ-VOUS
CLIMAT, RAISIN BIO… BENOÎT GOUEZ,
LE CHEF DE CAVE DE MOËT & CHANDON
ÉVOQUE LES GRANDS DÉFIS
DE LA CHAMPAGNE PAGE 32
Lors de l’édition 2017
du festival
Lollapalooza, à Paris.
CE DIMANCHE, À PARIS,
20 000 CONVIVES SONT ATTENDUS
POUR LA TRENTIÈME ÉDITION
DU DÎNER EN BLANC PAGE 33
Ambiance
électrique
JEAN-FRANCOIS ANDREU/DALLE APRF
sur les festivals
Alors que ce week-end marque le coup d’envoi des rendez-vous musicaux de l’été, la concurrence
pour attirer des têtes d’affiche et le public devient de plus en plus féroce. PAGE 30
le succès public de cannes
Une « Folia » des grandeurs
Un
thriller haletant.
A voir à tout prix. Un thriller brillant.
DANSE En ouverture des Nuits de Fourvière, à Lyon, Mourad Merzouki
et Franck-Emmanuel Comte mêlent hip-hop et baroque avec énergie.
Écho au théâtre antique
La Folia qu’ils commettent est étudiée pour
Fourvière : croisement de disciplines comme les Nuits elles-mêmes, 17 danseurs pris
dans les boucles de la musique baroque
pour la démesure du lieu, sept musiciens
installés dans des fûts de colonnes, une
chanteuse lyrique, et sur la scène des planètes figurées par des ballons. Une sorte
d’écho au théâtre antique et à la clémence
des étoiles. Aux jeunes danseurs hip-hop, il
a voulu adjoindre deux danseuses classiques. Ils entrent en rampant dans un clairobscur un peu terne qui virera au rouge.
Un thriller hitchcockien.
Virtuose et universel. Noir et captivant.
PREMIÈRE
L’OBS
CARLSSON LEIF/MOËT & CHANDON, GARDEL BERTRAND/HEMIS.FR
LE PARISIEN
penélope
cruz
javier
bardem
A A ฀ ฀
L
TÉLÉRAMA
L’EXPRESS
everybody
knows
UN FILM DE
asghar farhadi
ACTUELLEMENT
A
es orages ont balayé la chaleur dans
l’après-midi, la fraîcheur est une
grâce sur la colline de Fourvière.
Dominique Delorme, directeur du
festival, vit branché sur la météo.
Les Romains ont beau avoir accroché leur
théâtre sur le versant au sec de la colline, le
ciel reste un élément sans foi ni loi. Un spectacle supprimé ou interrompu par la pluie
est suivi d’un banquet rituel pour fêter le retour du beau temps, en espérant qu’il cédera
à cette démonstration. Dans le jardin du
couvent de Fourvière, collé à l’amphithéâtre
romain, le festival a installé ses bureaux. On
y dîne au milieu des artistes dans la verdure
en surplombant Lyon. Les sœurs ont laissé
un parterre de roses, une tonnelle et un cerisier où les oiseaux mènent banquet.
Mourad Merzouki et Franck-Emmanuel
Comte y dînent chacun dans leur coin.
Mourad Merzouki explique, raide de trac :
« Je suis déjà venu quatre fois à Fourvière,
mais la commande d’une création pour
l’ouverture, ça vrille. » Il l’a appelée Folia.
FEMME ACTUELLE
N ฀ ฀
ENVOYÉE SPÉCIALE À FOURVIÈRE
Curieusement, au lieu de la musique baroque annoncée, c’est un tonnerre de percussions électro signé Grégoire Durrande
qui accompagne ce premier mouvement et
défoncera le sublime Cum dederit de Vivaldi : « Il me fallait de la musique qui puisse
parler aux danseurs, avec un gros travail sur
le rythme. Le baroque offre des points communs avec le hip-hop, le côté populaire et
festif, les boucles qui se répètent. On a choisi
des tarentelles et des musiques électroniques
pour retrouver l’esprit de cette danse qui
ouvre sur la transe comme dans le krump ou
la danse des derviches. La voix lyrique amène
l’émotion », dit Merzouki. Le spectacle va
crescendo, mou et informe au début, métissant styles, danseurs et musiciens ensuite, pour se condenser au final dans une spirale d’énergie irrésistible : « Jouer pour des
danseurs apporte une rigueur et un souffle
qui font souvent défaut dans le baroque, tout
en virgules et ornementation. Le cash et le
mordant que l’ensemble gagne à travailler
avec eux, on le garde dans nos concerts », dit
Franck-Emmanuel Comte. ■
« Folia », Nuits de Fourvière, Lyon (69), jusqu’au
lundi 4 juin. Le Festival dure jusqu’au 28 juillet.
N฀ ฀ N A N฀
ARIANE BAVELIER £@arianebavelier
Fourvière, c’est 3 000 spectateurs sur les
gradins de pierre noire où les fesses s’abîment depuis la nuit des temps. Né dans la
banlieue de Lyon, Merzouki a fait ses premières démonstrations de hip-hop sur le
parvis de l’Opéra de Lyon et créé sa toute
première pièce pour la Biennale. Et FranckEmmanuel Comte, chef de l’ensemble baroque Le Concert de l’Hostel Dieu, est lui
aussi un artiste à dimension internationale
originaire de Lyon. Les deux ont déjà travaillé ensemble.
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samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
30
L'ÉVÉNEMENT
Le groupe américain AEG
a rejoint Matthieu Pigasse
dans le capital de Rock
en Seine en 2017.
HOFFSCHIR/DALLE APRF
Le monde
impitoyable
des festivals
e 25 avril dernier, lors de sa
visite au Printemps de Bourges, la ministre de la Culture a prononcé son premier
discours fort concernant la filière musicale. Outre l’annonce de la création prochaine d’un Centre national de la musique, Françoise Nyssen a fait part de son
inquiétude au sujet de la concentration
qui s’est accélérée ces dernières années,
notamment dans le spectacle vivant. Depuis une petite décennie, de grands
groupes industriels rachètent des entreprises et des salles de spectacles dans le
but de constituer de puissantes entités.
Le géant Fimalac Entertainment, de
l’homme d’affaires Marc Ladreit de La
Charrière, est ainsi propriétaire d’une
vingtaine de salles de spectacles, dont
sept à Paris (Pleyel, Théâtre de la Porte
Saint-Martin, Théâtre Marigny…) et pas
moins de dix sociétés de production
(Auguri, Encore, Gilbert Coullier, TS3,
Anteprima…). En face, Lagardère Live
Entertainement a racheté le Bataclan, le
Casino de Paris, les Folies Bergère, et pris
des parts dans le Zénith de Paris. Autre
acteur majeur du secteur, Vivendi, qui,
outre la major du disque Universal
Music, possède l’Olympia. Mais ce dernier a également racheté le Brive Festival
en Corrèze, le Live au Campo dans les
Pyrénées-Orientales, le festival des Déferlantes à Argelès-sur-Mer (PyrénéesOrientales) et négocie la prise de contrôle de Garorock. Les autres nouveaux
géants du secteur n’ont, eux, pas encore
fait main basse sur les festivals. À travers
leurs sociétés de production, ils sont présents dans ces manifestations au titre de
prestataires de services, c’est-à-dire en
« vendant » les prestations des artistes de
leur écurie dans le cadre d’événements.
Ce qui inquiète davantage les pouvoirs
publics est l’implantation de deux mastodontes américains sur notre territoire.
Présent en France depuis dix ans, Live
Nation a été rejoint par AEG (Anschutz
Entertainment Group), qui a ouvert un
bureau parisien en janvier dernier. Aux
États-Unis, ces deux entreprises se li-
MUSIQUE Implanté
en France
depuis dix ans, Live Nation
est devenu un acteur majeur
du spectacle vivant. Depuis janvier,
un autre géant américain, AEG,
entend prendre sa part du marché.
Un phénomène qui inquiète.
vrent de longue date une guerre sans
merci. La première est leader incontesté
du secteur, mais son concurrent la talonne, avec notamment le festival Coachella, événement californien gigantesque
qui rassemble 120 000 spectateurs par
soir le temps de deux week-ends en
avril.
« Dérapage des prix »
Avec Lollapalooza, lancé l’an dernier à
Paris, et d’autres manifestations dans le
reste de la France, comme le Main Square Festival, Live Nation est devenu un
acteur majeur des festivals d’été. « Pour
les festivals, la question de la concentration du secteur nous mobilise. Elle met directement en risque la diversité culturelle,
et elle entraîne un dérapage des prix qui
nourrit les inégalités d’accès à la culture
entre les Français », explique Françoise
Nyssen. Un argument qu’Angelo Gopee,
directeur général de Live Nation France,
balaie d’un revers de la main. « La ministre sait-elle de quoi elle parle ? Il existe
1 800 festivals en France. Bien plus qu’une
prétendue concentration, le véritable danger des festivals, c’est le désengagement
des pouvoirs publics », commente le producteur avec son franc-parler.
En juillet dernier, Lollapalooza Paris
avait été accueilli très froidement. Jack
Lang lui-même avait publié un communiqué dénonçant l’invasion des multinationales américaines dans la vie musicale
française, interpellant au passage les
pouvoirs publics. « Live Nation étend son
empire sur l’organisation de concerts en
France et en particulier à travers le Lollapalooza. Le groupe américain AEG, déjà
scandaleusement présent dans le capital
de Bercy, rachète Rock en Seine tout en
bénéficiant des subventions locales », expliquait-il. « Lollapalooza a attiré 45 %
d’étrangers, se défend Angelo Gopee. Ce
festival grand public n’a pris de visiteurs à
personne. Quelque 14 millions de personnes vivent en région parisienne, cela laisse
de la place aux autres. We Love Green
– qui rassemblera 40 000 personnes ce
week-end – est quasi complet, et Solidays
(du 22 au 24 juin, NDLR) va faire le plein,
vous allez voir », ajoute-t-il. Selon lui, le
principal axe des festivals est le développement des têtes d’affiche. « Aux ÉtatsUnis ou en Grande-Bretagne, il y a vingt
ou trente groupes qui émergent chaque
année. En France, on tourne toujours avec
les mêmes. » Pour sa part, le représentant
d’AEG en France n’a pas souhaité s’exprimer, malgré nos sollicitations.
Cette concentration a une conséquence : une poignée d’artistes squatte
chaque été la majorité des manifestations françaises. Cette année encore, le
site Sourdoreille s’est amusé à les recenser. Avec 25 festivals au total, le duo
Bigflo & Oli se place en tête, devant
Eddy de Pretto, Shaka Ponk, Juliette
Armanet et Orelsan. « En France, on a
laissé les radios décider qui étaient les têtes d’affiche », déplore Angelo Gopee.
Réputé pour ses stars internationales,
Live Nation investit dans le développement de plusieurs jeunes groupes
français. The Blaze, sensation electro
qui n’a pas encore sorti d’album, bénéficie déjà d’un excellent bouche-àoreille. « 60 % des concerts que nous
produisons sont ceux de jeunes artistes :
notre métier, c’est de leur permettre de
jouer dans les meilleures conditions, sachant que, désormais, le terrain de jeu est
international. »
« Prévenir les monopoles »
Loin de la mondialisation du secteur, un
sujet de proximité pose question : les
subventions publiques. Deux mois après
le rachat de Rock en Seine par le banquier d’affaires Matthieu Pigasse, en
mars 2017, le groupe privé AEG rejoignait
sa structure (Les Nouvelles Éditions indépendantes, groupe d’investissement
dans les médias français) au capital de
Rock en Seine. Or cette année encore, la
région Île-de-France, présidée par Valérie
Pécresse
(LR),
injectera
600 000 euros d’aides publiques dans le
doyen des festivals parisiens.
De quoi donner matière à réflexion à
Serge
Kancel,
l’expert interministériel
désigné par
Françoise
Nyssen. Par
cette nomination,
la ministre
de la Culture
entend « identifier la meilleure
réponse à apporter par l’État,
prévenir
les
risques de monopole, assurer
la régulation du
secteur et garantir la juste répartition de la valeur sur toute la
chaîne, des artistes
aux tourneurs ».
Mission de haute
voltige. ■
A
LE FIGARO. – Comment se présente
la 27e édition des Vieilles Charrues,
qui ouvrira le 19 juillet prochain ?
Jérôme TRÉHOREL. – Nous sommes
presque complets à part quelques billets
pour la soirée d’ouverture du jeudi, avec
Depeche Mode. Nous avons écoulé plus
de 120 000 places à l’ouverture de notre
billetterie, en décembre dernier. Ça a été
un vrai raz de marée. Cette année, nous
avons augmenté de deux hectares la capacité du site, pour faciliter les flux de
public. Nous inaugurons aussi un espace
restauration avec des chefs étoilés bretons. Nous continuons de travailler dur.
Le contexte vous oblige-t-il à repenser
votre offre en permanence ?
Au moment de l’explosion des cachets
artistiques du milieu des années 2000,
nous avons dû revoir notre modèle. En
dix ans, nous sommes passés de 1,7 million d’euros à 4,5 millions d’euros de
budget artistique. Il a fallu chercher
d’autres financements, en développant
les partenariats et le mécénat afin de
pouvoir acheter les têtes d’affiche tout en
maintenant un prix de billet accessible.
Le prix de la journée est de 44 euros, et
c’est la cinquième année sans augmentation. Ce qui pose question, aujourd’hui,
c’est le phénomène d’industrialisation du
métier, avec l’irruption de grands groupes d’entertainment, des agences de
booking et des banquiers qui s’intéressent à l’investissement dans les festivals.
Aucune règle n’interdit à un industriel de
monter son festival. Le modérateur de
tout ça, ce sera le public.
Qu’attendez-vous des pouvoirs publics
en matière de régulation ?
Il faut préserver l’exception culturelle
française et la diversité des projets, en
mettant en place une veille pour éviter les
dérives que l’on constate en Grande-Bretagne ou en Belgique. Les élus doivent
échanger avec les différents acteurs du
secteur pour connaître leurs intentions. Il
ne faut pas que le public en pâtisse, ni en
termes de contenu artistique ni en termes
Les 2 et 3 juin
We Love Green
Ce festival aux visées
écologiques dispose d’une belle
affiche : Orelsan, Father John
Misty, Charlotte Gainsbourg
et Björk, sa seule apparition
française cette saison. Bois
de Vincennes (Paris XIIe).
Du 8 au 10 juin
Download
Foo Fighters, Guns’n’Roses,
Ghost, Marilyn Manson,
Ozzy Osbourne sont au menu
de la 3e édition de cette
déclinaison de la manifestation
britannique lancée en 2003
qui met le rock lourd
et puissant en avant.
Brétigny-sur-Orge (91).
Du 22 au 24 juin
Solidays
Lancée par Solidarités
Sida, la manifestation
fête sa 20e édition avec
un programme alléchant :
Camille, Jaïn, David Guetta,
Shame, Nekfeu, Eddy
de Pretto… Hippodrome
de Longchamp (Paris XVIe).
Les 21 et 22 juillet
Lollapalooza
Jaïn. A. LEROY/
L’ŒIL DU SPECTACLE
Jérôme Tréhorel : « Le modérateur, ce sera le public »
Sans bénéficier d’aide publique, les
Vieilles Charrues, à Carhaix (Finistère),
continuent d’être le premier festival
français en termes de fréquentation. Leur
directeur général s’exprime.
Agenda
francilien
EDMOND SADAKA /SIPA
L
OLIVIER NUC
£@oliviernuc
de tarif. Le but, c’est de ne pas arriver à
l’abus de position dominante. Certaines
de nos têtes d’affiche sont dans le giron
de ces grands groupes américains, ça ne
pose pas de problème. La crainte de certains organisateurs, c’est l’impossibilité
de programmer des groupes pour cause
d’exclusivité. Notre objectif, c’est de
continuer à proposer des artistes qui font
rêver le public. Avec 70 000 personnes
par soir, les Vieilles Charrues est un festival atypique et fragile. Sur les 210 000
billets ouverts au public, il nous faut en
vendre 200 000 pour être à l’équilibre.
Cette année encore, j’invite les responsables politiques en place à venir au festival
pour voir ce que l’on propose et comprendre notre singularité. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR O. N.
Lollapalooza Paris, saison 2,
s’articule
autour de têtes d’affiche
internationales fortes
(Depeche Mode et Gorillaz)
et de propositions pop, rock,
électro et hip-hop de bon goût.
Hippodrome de Longchamp
(Paris XVIe).
Le 24 août
Summer Jam
Bâtie autour de Kendrick
Lamar, récent prix Pulitzer,
cette nouvelle manifestation
regroupe les Marseillais d’IAM
et la formation culte de Pharrell
Williams, NERD. U Arena
de Nanterre (92).
Du 24 au 26 août
Rock en Seine
Doyen des festivals parisiens,
Rock en Seine se réinvente
avec beaucoup moins de rock,
sinon à travers les excellents
Liminanas et l’Anglaise Anna
Calvi. Parc de Saint-Cloud (92).
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LE FIGARO
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
CULTURE
31
James Turrell
au septième ciel
à Nantes
EXPOSITION Le Musée d’arts, flambant
neuf, présente cette légende de l’art
contemporain qui façonne la lumière.
I
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
ENVOYÉE SPÉCIALE À NANTES
l y a deux façons de s’approcher
de James Turrell, 75 ans, légende de l’art
contemporain que Nantes met fièrement
au cœur de son Musée d’arts tout l’été.
Au programme de James Turrell, l’expérience du temps qui passe, la visite du
ciel, le réapprentissage du regard. Ses
œuvres de lumière ne cessent de sidérer.
De l’île de Naoshima, au Japon, au Lacma
de Los Angeles avec la nuée rouge de
Breathing Light en 2017. Du Guggenheim
de New York transformé en citadelle de
couleurs en 2013 au manoir anglais du
Norfolk où le marquis de Cholmondeley
lui a confié toute la partie est de Houghton Hall en 2015. Avec lui, toute une génération a réappris à lever les yeux pour
regarder les nuages et les étoiles à travers ses Skyspaces, fenêtres ouvertes
vers le cosmos soudain mis dans un cadre comme un tableau. Cette fascination
collective demeure bien après la naissance de ces ovnis dans notre galaxie.
Premier chemin possible, suivre
l’homme inaccessible comme les stars.
Né à Los Angeles, ce héros américain a
trouvé son biotope parfait, le ciel audessus du désert de l’Arizona que ne pollue pas la présence humaine. Aventurier, pragmatique, stratège, jupitérien, il
nous apparaît sous sa forme la plus céleste à travers son œuvre qui ne ressemble à
aucune autre. Impalpable et mouvante,
elle tient du land art avec la nature sublimée, de l’op art (art optique) par ses lois
précises et surtout du slow art par sa diffusion tranquille. Fils d’une quaker, dont
il a absorbé les principes concrets et l’art
sacré de l’immatériel, et d’un ingénieur
en aéronautique d’origine française, cet
esprit scientifique, pilote breveté à l’âge
de 16 ans, fut objecteur de conscience
pendant la guerre du Vietnam, emprisonné comme tel, puis sauveteur de
moines bouddhistes d’un Tibet sous la
férule chinoise. Depuis, des rumeurs
d’enrôlement dans le contre-espionnage américain le suivent.
Espaces immersifs
Dans Passageways, le film de vingtsix minutes que lui consacra la Française
Carine Asscher en 1995, c’est un homme
dans la force de l’âge qui regarde la caméra sans ciller. Il cite Antoine de SaintExupéry, les cieux évoqués dans Vol de
nuit et la planète solitaire du Petit Prince.
Il a la netteté absolue du volontaire qui
s’est imposé à tous en maître de l’aube et
du crépuscule. Le Musée d’arts de Nantes a eu la bonne idée de convier ses visiteurs, chaque jeudi soir, chaque samedi
et dimanche après-midi, à découvrir en
boucle ce film.
James Turrell y explique sa vision
d’artiste, ce qu’il recherche dans la lumière du monde et ce qu’il recrée dans
ses installations dont l’architecture disparaît, jusqu’à les rendre magiques et
James Turrell devant le cratère de Roden (Arizona), en octobre 2001.
surnaturelles. Autour de lui, la beauté
sauvage de l’Arizona, territoire des Hopis où seul l’aigle trouve sa juste échelle.
Ce récit d’une odyssée personnelle
ouvre bien les portes de son monde et
celles de ce royaume intérieur qui s’appelle l’imaginaire. Après avoir rêvé avec
James Turrell de grands espaces, de
voyages au fil de l’aube dans les nuées,
de volcan privé mué en œuvre d’art
– son projet titanesque de Roden Crater
que le film survole et dont sont exposés
ici dessins et maquettes –, on revient au
réel. Le Musée d’arts de Nantes esquisse
une « minirétrospective » en trois actes.
De la légendaire plongée dans la couleur
à la représentation plastique d’un phé-
FLORIAN HOLZHERR © 2018 JAMES TURRELL
nomène spatial sur le papier. Autour du
patio étincelant, sont accrochées First
Light (1989-1990) et Still Light (19901991), deux séries de gravures issues de
ses Projection Pieces réalisées à partir de
1965 dans son atelier historique, le Mendota Hotel de Santa Monica. Ce miracle
de l’art repose sur le calcul et l’observation, l’intuition et l’hypersensibilité.
« James Turrell. It Becomes Your Experience », promet le titre de l’exposition et la signalétique. Deux « espaces
immersifs » ont cette mission, grâce au
soutien de la galeriste Almine Rech et de
la Fundacion Almine y Bernard Ruiz-Picasso de Malaga. Le plus imposant,
Cherry (1998), est ardent comme il se
doit. Pour des raisons de sécurité et de
flux, le couloir noir d’encre des installations de James Turrell s’allume ici au fil
des pas, guidant le visiteur comme dans
un parking sombre. On y perd en mystère et en progression hasardeuse, même
si le rougeoiment promis reste superbe.
Dans Awakening (2006), la fusion des
couleurs qui bouillonnent comme de la
lave opère son mouvement de vagues
cosmiques, même si deux spots intempestifs altèrent sa magie. Le James Turrell « larger than life », c’est d’abord en
Arizona. ■
« James Turrell. It Becomes Your
Experience », Musée d’arts de Nantes (44),
jusqu’au 2 septembre.
August Strindberg,
l’amour à mort
THÉÂTRE Anne Kessler dirige Adeline d’Hermy,
Sébastien Pouderoux et Didier Sandre dans « Les
Créanciers ». Un fascinant « duel de cerveaux ».
es âmes carbonisées, deux
êtres détruits sont en présence lorsque s’ouvre la fulgurante pièce d’August Strindberg Les Créanciers, dans la
traduction d’Alain Zilberstein, l’adaptation de Guy Zilberstein. Gustaf et Adolf se
font face. Ils ont en commun d’avoir
épousé la même femme, mais le second
ne le sait pas. L’écrivain suédois, qui avait
tenu à composer lui-même la version
française de sa pièce, la désignait comme
une « tragi-comédie ». Tragédie, brève,
dense, cruelle, comédie parce que dans
l’ironique désespérance de Gustaf (Didier
Sandre), le professeur de langues anciennes, dans la crudité avec laquelle il analyse la situation du peintre Adolf (Sébastien
Pouderoux) et le « conseille », le rire souvent palpite. Mais si l’on sait qui est Gus-
D
Gustaf (Didier Sandre) et Adolf
(Sébastien Pouderoux), un face-à-face
tragi-comique.
BRIGITTE ENGUERAND/DIVERGENCE
taf, alors sa férocité, ses répliques, son
glaçant humour, tétanisent le spectateur.
On pourrait croire qu’il s’agit de Méphistophélès et Faust, lorsqu’on les découvre, tous les deux, dans la lumière dorée d’un lieu qui apparaît comme l’atelier
d’un sculpteur (décor Gilles Taschet,
éclairage Éric Dumas). Mais il s’agit d’un
hôtel, d’une station balnéaire du nord de
l’Europe, d’un espace hors du temps
« normal ». Rien n’est normal pourtant
dans cette pièce qui date de 1888, même
année que Mademoiselle Julie, un an après
Père et le récit déchirant qu’est Le Fils de
la servante.
Exceptionnel trio
Qui est le créancier de qui, ici ? Les Zilberstein ont choisi de dire « les » Créanciers alors que le plus souvent le titre est
Créanciers tout court. Ils s’en expliquent
dans le programme. Anne Kessler s’appuie sur trois personnalités fortes et a
choisi des différences d’âge claires. Lorsqu’enfin surgit Tekla, enfantine et sensuelle, solaire, joueuse (Adeline d’Hermy), écrivain très connu, s’étourdissant
et jouant au frère et à la sœur avec Adolf,
pour mieux le dominer, l’issue fatale
n’est pas loin… Elle en appelle à Dieu, à la
fin, mais en vain. Il y a quelque chose
d’une païenne ordalie, ici.
Les trois interprètes subjuguent. Didier
Sandre, lunettes fumées d’un homme qui
souffre et veut que chacun voie enfin la
vérité, tendu, douloureux, maléfique ; Sébastien Pouderoux, chlorotique, vulnérable et touchant ; Adeline d’Hermy, vive,
intraitable, non innocente. Exceptionnel
trio dans l’enfer du duel des cerveaux de
Strindberg. Grand et admirable théâtre. ■
Les Créanciers, Studio-Théâtre
de la Comédie-Française (Paris Ier), à 18 h 30
du mercredi au dimanche, jusqu’au 8 juillet.
Tél. : 01 44 58 98 58. Durée : 1 h 20.
Texte Avant-Scène Théâtre, 14 €.
A
ARMELLE HÉLIOT aheliot@lefigaro.fr
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samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
VIN
COUPS DE CŒUR
Benoît Gouez :
« La Champagne
est une histoire
d’adaptation
permanente »
CHÂTEAU SAINTE ROSELINE
LA CHAPELLE DE
SAINTE-ROSELINE ROSÉ 2017,
CÔTES-DE-PROVENCE
Ce cru classé de Provence situé
aux Arc-sur-Argens s’étire
sur 110 hectares de vignes.
Aurélie Bertin, qui dirige
la propriété familiale, s’est
engagée dans une démarche
sociétale et de développement
durable en vue d’obtenir le label
VDD (Vignerons en
développement durable)
dès l’an prochain. Réduire
les traitements à la vigne,
tenir compte de la flore et
de la faune en créant
des corridors écologiques
pour les tortues (la vigne
Benoît Gouez,
dans la réserve
des grands millésimes.
LEIF CARLSSON/
MOËT & CHANDON
ENTRETIEN Raisin bio, concurrence des mousseux, nouvelles attentes des amateurs
de vin, recherche scientifique… Le chef de cave de Moët & Chandon aborde les questions
qui agitent l’appellation.
I
PROPOS RECUEILLIS PAR
STÉPHANE REYNAUD
sreynaud@lefigaro.fr
l officie depuis vingt ans chez
Moët & Chandon. Deux décennies durant lesquelles les modes de production
ont évolué à grande vitesse tant à la vigne que dans les chais, tandis que les
profils des consommateurs se diversifiaient. Le tout sur fond de réchauffe-
C H A B L I S
-
ment climatique. Précis, posé, passionné, Benoît Gouez explique au Figaro
comment sa maison réagit aux changements ou les anticipe.
LE FIGARO. - Vous achetez une part
importante de votre raisin à des
vignerons. Exigez-vous des raisins bio ?
Benoît GOUEZ. - Du point de vue des
approvisionnements, nous essayons
d’inciter un maximum de partenaires à
suivre les procédures qui mènent à la
certification « viticulture durable » et
F R A N C E
« haute valeur environnementale ». La
plupart d’entre eux se rendent bien
compte, au-delà du rapport clientfournisseur, qu’il faut être le plus vertueux possible. Dans ce cadre, nous leur
proposons un accompagnement technique. Cette politique passe aussi par des
primes à l’achat des raisins certifiés
« viticulture durable ».
Pour le chef de cave, quelle est
la différence entre un raisin bio
et un non bio ? Cela a-t-il une incidence
sur la qualité du vin ?
Non, cela ne fait pas une grande différence sur le vin, mais a une incidence
sur le paysage, sur l’environnement.
La concurrence doit être rude
entre les différentes maisons
pour obtenir des approvisionnements.
Comment fidélisez-vous vos vignerons
fournisseurs ?
Certains travaillent avec nous de père en
fils. D’autres sont intéressés par des
avantages que nous pouvons leur fournir grâce aux diverses branches de
LVMH. En outre, aujourd’hui, il semble
que les champagnes de vignerons soient
en déclin. Nous pouvons parler d’un
phénomène de réengagement du vignoble, c’est-à-dire que les vignerons sont
plus nombreux à s’engager avec notre
maison.
Vos approvisionnements sont
mutualisés et arrivent chez Mercier,
Moët & Chandon et Dom Pérignon.
Comment les attribuez-vous
à telle maison plutôt qu’à une autre ?
Dom Pérignon a des crus prédestinés et
certains approvisionnements, selon les
circonstances, sont attribués à l’un ou
l’autre. En règle générale, les jus sont
goûtés, classifiés et attribués. Mais il
existe une hiérarchie de valeur.
Et en cas de mauvaise récolte ?
Les mauvaises années n’existent plus.
Sur les vingt dernières années, nous
aurions pu faire un champagne millésimé chaque année, sauf en 2001. Cela
n’est pas dû au hasard. Dès les années
1970, les Champenois ont replanté
pour augmenter le rendement. À partir des années 1990, nous avons fait
beaucoup de progrès techniques à la
vigne et dans les chais. Et puis le changement climatique rebat les cartes et
nous est plutôt favorable. Depuis 1988,
le taux de sucre du raisin à la vendange
est en croissance. Même 2003, année
de la canicule, a donné naissance à un
superbe millésime.
A
WWW.CHABLISIENNE.COM
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
Vinifiez-vous en fonction
des nouvelles attentes du public ?
Certains consommateurs veulent moins
de sucre. D’autres demandent plus de
fruit… Il faut surtout trouver un subtil
équilibre entre l’authenticité, le respect,
l’histoire et la contemporanéité de la
marque. Notre style, et notamment celui du Moët Imperial, implique un palais
savoureux, une maturité élégante et du
fruité. À partir de cette donne, nous
pouvons évoluer. Les modes de vie
changent, nous aussi.
Le champagne rosé obtient
un succès croissant.
En produisez-vous d’avantage ?
En vingt ans, le champagne rosé est passé de 2 % à 20 % de notre production. En
fait, ce qui était la faiblesse de ce vin
- son côté pas sérieux - est devenu sa
force. Le fait de n’être ni un rouge ni un
blanc et de passer pour un vin de barbecue s’est avéré être un atout. Nous avons
vraiment décollé dans les années 1980
avec le Rosé Imperial. En outre, le rosé a
un caractère universel. Ce n’est pas un
seul marché qui a fait son succès : c’est
la France, les États-Unis, l’Afrique du
Sud, l’Inde.
Comment réagissez-vous face
au succès des mousseux italiens,
espagnols et d’ailleurs ?
Plus le monde de la bulle grossira, plus
nous aurons d’opportunités. Il faut juste
savoir se situer en haut de la pyramide et
continuer à élever notre niveau d’exigence. Et s’améliorer. L’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne.
Respecter la tradition, c’est avoir des
acquis et les faire évoluer. Le succès du
mousseux constitue une saine émulation. La Champagne est une histoire
d’adaptation permanente. En outre, la
région a la chance d’avoir un terroir
propice sur une grande échelle. Nulle
part ailleurs dans le monde nous ne retrouvons cette unicité de terroir dans
ces dimensions.
Réalisez-vous des recherches
sur le matériel végétal ?
Nous avons planté nos propres vignes
mères pour nos besoins de porte-greffes, car nous manquions de garanties
sanitaires en achetant à l’extérieur. Le
prochain sujet sera celui des clones :
nous voudrions retrouver des clones
avec plus d’identité et plus de résistance. Nous étudions de nouvelles variétés,
comme le pinot noir à grappe lâche,
présentant de meilleures résistances
aux maladies. Mais produire des raisins
sains ne suffit pas. Il faut qu’ils soient
bons. Nous procédons donc à des essais
sur 30 hectares, sur des parcelles très
différentes les unes des autres.
Les choses changent-elles aussi
dans les chais?
Nous nous sommes beaucoup spécialisés. Certains sont dédiés à tels types de
vinification. Nous avons une personne
chargée uniquement du suivi de l’analyse des fermentations… Nous commençons à parler d’œnologie de précision.■
est une zone de reproduction),
diminuer la consommation
d’eau de la cave en nettoyant
les bouteilles à la vapeur,
mise en place d’une charte
contre le harcèlement, de cours
de sophrologie pour le personnel
sont quelques-unes des
mesures prises au domaine.
Il produit 50 % de rosés dont
son emblématique cuvée
Chapelle de Sainte-Roseline,
issue des plus belles parcelles
et vieilles vignes. 40 % des jus
passent en foudre pendant
trois mois (le reste fermentant
en cuve Inox). D’où la belle
complexité de ce vin couleur
pomelo, rond, concentré, très
aromatique, à la fois suave et vif.
24,90 € sur sainte-roseline.com
DOMAINE DES PEYRE,
PAPARAZZI ROSÉ 2017,
VENTOUX
Issue du monde de la presse
écrite, Patricia Alexandre
a dirigé Gault & Millau pendant
dix ans. On ne s’étonne donc
pas des étiquettes qui habillent
DOMAINE DES PEYRE
32
les flacons à la façon d’un journal
qui raconte la vie de la cuvée.
Elle a repris cette propriété
avec Georges Antoun (PDG
du Groupe Newhotel)
pour la remanier en totalité.
En commençant dès 2012 par
la restructuration du vignoble
de 23 hectares non loin
de Gordes. Épaulée par Philippe
Cambie, œnologue-conseil,
Patricia Alexandre a relevé haut
la main le pari de la reconversion
professionnelle : la qualité
des vins ne cesse de s’améliorer
de millésime en millésime.
Paparazzi est un joli rosé d’été
comme on les aime : un teint
de pêche, une bouche tendre,
ronde et harmonieuse
qui appelle salades à l’huile
d’olive et grillades. Il se déguste
(à 8 °C) avec gourmandise
sans pour autant manquer
de finesse. Un rosé pimpant,
fruité et joyeux, à la fois mûr
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LE FIGARO
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
À TABLE
33
Palais-Royal, pont Alexandre-III, Champ-de-Mars… Chaque dîner en blanc attire des milliers de convives dans des lieux spectaculaires de la capitale. BERTRAND GARDEL/HEMIS.FR, ANASTASIA RUFIN
Le Dîner en blanc, l’un des secrets
les mieux gardés de Paris
GASTRONOMIE Demain se tiendra la 30e édition de ce pique-nique mondain immaculé. Après le Louvre,
le Trocadéro, la place de l’Hôtel-de-Ville, les Invalides, où aura-t-elle lieu ? Motus !
rente ans. Trente années de
chaises pliantes et tables de bridge portées sous le bras à travers les rues de la
capitale pour rallier l’un des endroits les
plus spectaculaires de la Ville Lumière,
s’y installer sans autorisation, partager
un repas aux chandelles à plusieurs milliers de convives, esquisser quelques pas
de danse, puis s’en aller de la même manière, sans façons. Quand on fait remarquer à François Pasquier qu’après trente
ans à « coloniser » les plus beaux lieux de
Paris – de la cour Carrée du Louvre, au
parvis de Notre-Dame, en passant par la
place de l’Hôtel-de-Ville, le Champsde-Mars, les ponts sur la Seine, le Trocadéro, etc. - pour organiser ses Dîners
en blanc, il ne doit plus rester beaucoup
d’endroits qu’il n’a pas explorés, il botte
en touche. « Oui, en effet, Paris est ravissant mais tout petit. » Il tempère aussitôt,
rajoute que s’il a fait « le tour des plus
beaux sites, il y a toujours une nouvelle façon de les aborder ». Manière exquise de
noyer le poisson et ne pas divulguer
l’endroit où quelque 20 000 à 30 000
personnes – dont un tiers venu de
l’étranger - vont se retrouver ce dimanche 3 juin 2018 pour célébrer le trentième anniversaire de ce pique-nique
mondain.
Un événement désormais incontournable de la vie parisienne, celui qui lance
la saison estivale comme, autrefois, les
bals. « Un rendez-vous d’amis », insiste
modestement son créateur. Chef d’entreprise français, il est le fondateur de
cette flashmob gastronomique par cooptation, organisée chaque année depuis
1988 dans un endroit différent, tenu secret jusqu’au dernier moment. La légende veut que le Dîner en blanc soit né à
son retour de Tahiti, où il avait séjourné
quelques années. François Pasquier a
envie de rassembler les copains qu’il n’a
pas vus depuis longtemps. Son jardin
s’avérant trop petit, il a l’idée d’inviter
tout son monde au bois de Boulogne.
Avec, pour consigne, d’apporter de quoi
manger et de s’habiller en blanc pour se
reconnaître entre soi. Le concept est
lancé. Il fait vite boule de neige : 200,
puis 1000, 7000, 15 000 personnes se retrouvent ainsi, année après année,
« sans que l’idée ait jamais été de battre
des records », insiste le fondateur.
Seule condition, être bien élevé
Selon les organisateurs, aucun a priori ne
préside au choix des invités, aucun carré
VIP, insiste-t-on, chacun logé à la même
enseigne et, si « Brigitte et Emmanuel
Macron souhaitent venir, ils sont bienvenus mais n’auront pas de traitement de
faveur ». Seule obligation, être parrainé
par l’un des participants de la précédente édition et connaître les bonnes manières. « C’est l’unique question que l’on se
pose, explique François Pasquier. Cette
personne est-elle bien élevée ? » Car pour
bénéficier de la tolérance bienveillante
de la préfecture de Paris, qui ferme les
yeux sur ce rassemblement annuel sauvage, il faut à tout prix qu’aucun accroc
ne soit à déplorer. Il n’y en a jamais eu.
La nuée blanche s’abat sur la capitale,
déplie son matériel, dresse les tables en
5 minutes chrono, nappes et serviettes
en coton ou en lin, vaisselle en porcelaine, chandeliers et bougies, argenterie de
famille, fleurs fraîches, entrée, plat, fromage, dessert, bulles et vins à volonté.
Encadrement militaire, organisation pyramidale de responsabilités et bénévolat
sont à l’honneur pour cette manifestation totalement gratuite. Les invités sont
placés selon un ordre strict sous la vigilance d’un « chef de table », ils doivent
être en couple, hommes placés d’un
côté, femmes de l’autre – excepté les
conjoints du même sexe - aucun alcool
fort, pas de plastique, obligation de repartir avec ses déchets dans un sac-poubelle, blanc évidemment. Et la consigne
expresse d’emprunter les transports en
commun ou les bus mis à disposition.
En 2014, la première édition du Dîner
en blanc s’y est déroulée Plaza de Santo
Domingo, joyau architectural de l’époque coloniale dans le cœur historique.
« Quartier sublime mais délabré et plutôt
mal famé depuis le tremblement de terre
de 1985. Un lieu dangereux où l’on ne sort
jamais le soir », raconte Virginie Dufour,
enseignante dans la capitale mexicaine.
Elle se souvient de la rumeur qui se précisait dans le bus, à mesure que les points
de rendez-vous distillés par SMS indiquaient le centre-ville. « Oh non, ils
n’ont quand même pas osé ! », se disaient
les participants. Si, « ils » ont osé. « Il
fallait voir les Mexicaines avec leur
brushing et leurs talons de 12 cm qui traînaient leur chariot sur les trottoirs défoncés », s’amuse la Française. Les mesures
de sécurité étaient drastiques, comme
toujours à Mexico. Mais le résultat féerique. La place éclairée de mille feux, la
nuit qui tombait sur ces milliers de dîners en blanc, les orchestres, l’ambiance, Mexico comme personne ne l’avait
vu depuis longtemps. « D’ailleurs, je n’y
suis jamais retournée depuis », avoue
Virginie Dufour. Seul bémol de ce conte
de fées, la réalité autour. « Les habitants
des squats qui passaient, la misère. Comment ne pas mesurer le décalage ? » À Paris, les badauds, eux, sont plutôt amusés
par ce grand déballage. ■
Une marque déposée
Convives sur leur trente et un, vêtus et
chapeautés d’extravagances immaculées, tenues de marquise ou de mariée,
de gentilhomme ou de joueur de polo,
canotiers ou bibis en cloche, perruques
poudrées à la Marie-Antoinette, lunettes
démesurées façon Peggy Guggenheim,
plumes d’autruche, parures de faisan argenté, perles et strass, que sais-je encore. Le rassemblement est un festival de
costumes. Dans les assiettes, le total white n’est pas obligatoire. Pour l’édition
2018, des recettes postées sur le site dinerenblanc.com – sandwich aux œufs
brouillés, wrap au chèvre et miel, salade
de feta menthe et noix, sauté de feta, riz,
poulet et amandes - peuvent inspirer les
plus audacieux. D’autres peuvent s’adjoindre les services d’un chef qui cuisine
pour eux sur le site. D’autres encore
choisiront de passer commande d’un
panier pique-nique concocté spécialement par le chef triplement étoilé du Pré
Catelan, Frédéric Anton pour Lenôtre.
Paniers Terroir chic, Méditerranée ou du
Marché parisien, à partir de 97 euros
pour deux personnes.
À 80 ans, François Pasquier s’apprête
à passer la main. Son Dîner en blanc est
désormais une marque déposée par son
fils Aymeric Pasquier à Montréal, d’où il
décline depuis 2012 la version originale à
l’international. Le Dîner en blanc devenu si célèbre qu’il a même servi de cadre
à un roman de Danielle Steel, auteure de
best-sellers et fidèle du Dîner en blanc
parisien. Elle s’est servie de celui organisé devant Notre-Dame pour Magic, dans
lequel elle imagine une série de jeunes
couples rassemblés autour de l’art de vivre à la française avant de repartir chacun à un bout du monde. À Mexico,
pourquoi pas ?
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ,
À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
A
T
ISABELLE SPAAK
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samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
34
JARDIN
Paris se met au vert
ÉVÉNEMENT Jusqu’à demain soir, les Tuileries accueillent le salon
Jardins, jardin. Une édition riche en propositions autour du végétal.
Présent pour la première fois à Jardins, jardin, Chanel emmène les visiteurs dans les champs de roses, d’iris, de jasmin...
que la maison fait pousser à Pégomas, dans le sud de la France. Une balade aux sources du parfum. ÉRIC DHEROUVILLE
U
CATHERINE SAINT-JEAN
csaintjean@lefigaro.fr
A
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO, COLLECTION PERSONNELLE, ALAIN LEROY/L’ŒIL DU SPECTACLE, VIM/ABACA, CLIVE BRUNSKILL/AFP, © ROGER-VIOLLET
ne centaine d’exposants, des
pépiniéristes chez qui l’on déniche des trésors, du mobilier d’extérieur, les cours
d’art floral de l’École du bouquet et ceux de
Stéphane Pennetier, ingénieur passionné
qui publiera un livre en septembre, des
conférences et, bien sûr, quelque trente
terrasses et jardins éphémères… La quinzième édition de Jardins, jardin tient toutes
ses promesses. Et offre de belles surprises
comme la présence de Chanel, dont c’est la
première participation.
Pour la griffe couture, tout fait sens : la
perspective sur la rue Cambon où la marque possède sa boutique historique et ce
jardin éphémère qui raconte un autre pan
de son histoire, le parfum. Le visiteur est
convié à arpenter, sur quelques mètres
carrés, des palissages de jasmin, des
champs de roses de mai, d’iris, de tubéreuses et de géraniums, modèles réduits de
ceux de Pégomas, plantés pour préserver
la qualité de certaines matières premières
indispensables à la composition des fragrances maison. Et cela n’a pas été une
mince affaire de faire fleurir en même
temps des espèces dont les rythmes sont
différents… La tubéreuse et le géranium,
par exemple, sont au mieux de leur forme
en septembre ! Sans compter les dix tonnes
de terreau et les trois semi-remorques de
végétaux qu’il a fallu faire venir du sud de
la France. Mais le résultat est là. Au fond du
jardin, une petite bastide a été construite
dans un but pédagogique : expliquer la
succession de transformations qui mènent
de la fleur au parfum.
Jeux d’eau et de miroirs
Autre perle de cette édition 2018 : le jardin
de Monsieur Paul, couronné du prix de la
création paysagère. Il a été imaginé par
Pierre-Alexandre Risser, en hommage à
Paul Bocuse. « Cette année, le thème de Jardins, jardin est “Expérience(s) de nature”,
rappelle le paysagiste. Alors j’ai voulu faire
quelque chose qui sollicite les cinq sens. Et
puis, à l’automne, Paul Bocuse est décédé…
Je salue à ma manière celui qui a œuvré toute
sa vie à redonner de la noblesse à la transmission du geste. Entre la cuisine et le jardin,
les valeurs sont les mêmes. Ici, c’est comme
s’il arrivait au paradis et que saint Pierre lui
dise : “Voici ton nouvel Éden, mets-toi au
boulot.” » Sur 100 m2, la nature foisonnante semble raconter une histoire féerique
avec sa table couverte de mousse où une
vaisselle XXL évoque Alice au pays des
merveilles. En guise de lampions de guinguette, des guirlandes de fleurs et de bulles
de verre. Les légumes, dont les inévitables
cardons de la région lyonnaise - hommage
oblige -, se mêlent aux arbustes fleuris, aux
herbes aromatiques. Il y a même un bassin
et un mini poulailler. « Je voulais y mettre
un coq de Bresse et ses trois poules, clin d’œil
aux trois femmes de Bocuse, s’amuse
Le jardin de Monsieur Paul, hommage à Paul Bocuse imaginé par le paysagiste
Pierre-Alexandre Risser. RISSER
Pierre-Alexandre Risser, mais on ne peut
pas sortir de Bresse des volailles vivantes. »
Un coq et des poules de Java, entièrement
noirs, les ont remplacés au pied levé.
À ne pas manquer non plus, les jeux
d’eau, de miroirs et de végétation du futur
proposés par projection ou encore le carré
de campagne en ville du paysagiste Olivier
Riols. Grande nouveauté : le bosquet des
innovations. Installé sur la Terrasse du
bord de l’eau, il réunit les projets expérimentaux d’étudiants en horticulture et de
designers en quête d’éditeurs.
Mais explorer ce salon très urbain, c’est
aussi découvrir les créations - paniers,
tapis, mobilier - contemporaines d’Arte
Faktos, qui fait appel au savoir-faire d’artisans colombiens, les tapis et tentures en
mousse végétale de Bryoflor, les réalisations en zinc d’Arzinc, les 500 variétés de
plantes aromatiques et de légumes bio
d’Arom’antique, les bougies Hypsoé, les
outils de Le Verdusier et beaucoup d’autres
choses encore. Et, comme l’an dernier, les
gourmets peuvent prendre place au
Semilla, le restaurant éphémère du chef
Éric Trochon. Bien évidemment, le végétal
y a la part belle. ■
Jardin des Tuileries (Paris Ier) jusqu’au 3 juin,
de 10 h à 18 h, 14 €. www.jardinsjardin.com
LES PERSONNAGES
EN BREF
Par Jacques Pessis
Gérard Majax :
la magie de la Bible
Gérard Majax a mené quinze
ans d’enquête avant de consacrer une année à l’écriture d’un
livre auquel il songeait depuis
quatre décennies. Dans Les
Miracles de la Bible vus par un
illusionniste (First), il ne nie pas
la réalité des faits mais tente
d’expliquer par la science et la
psychologie, certains de ces
phénomènes. Il analyse, entre
autres, la multiplication des
pains, la marche sur les eaux et
la résurrection de Lazare. Il assure que le Déluge pourrait être
la conséquence d’un séisme
réel. Il se demande, comme bon
nombre de chercheurs, si la
traversée par Moïse, de la mer
des Roseaux, et non de la mer
Rouge, ne correspondrait pas à
une météo ayant permis au vent
de souffler à la surface. Il dénonce des impostures dont il a
été le témoin, à commencer par
celle d’un escroc qui prétendait
faire apparaître de l’huile sainte
dans les mains d’un croyant. Il
raconte aussi son dévoilement,
en 1987, du truc qui permettait
à Uri Geller de casser des cuillères à distance. Il lui a ainsi moralement tordu le cou. ■
Une terrasse à Nice
pour René Goscinny
Framboise Holtz :
les balles du cœur
Emmanuel Dechartre :
un Vilar méconnu
Anne Goscinny a
donné son feu
vert : à Nice, une
terrasse dominant la baie des
Anges portera le
nom de René
Goscinny. Son emplacement
n’a pas été choisi au hasard : elle
est proche du cimetière où le
scénariste repose. Un hommage
voulu par Christian Estrosi et
Jean-Luc Gagliolo, adjoint à la
culture. Ils perpétuent le souvenir d’un amoureux de la ville,
mais surtout de celle qui y était
née : Gilberte, sa femme. ■
La vitesse de
balle de celles et
ceux qui, pendant
RolandGarros, participent au Tournoi
des personnalités organisé par Framboise
Holtz va être mesurée pendant
les matchs. Chaque km/h vaudra un euro. Le total représentera une somme remise par
Engie à Premiers de cordée et
Sourire à la vie, des associations
soutenues par Nathalie Péchalat
et Grand Corps Malade. Des
parrains qui ont de l’allure. ■
Découvrir
le
TNP quand il
avait 7 ans a
donné à Emmanuel Dechartre
le désir d’être
comédien. Avant
de quitter la direction du Théâtre 14, à Paris, il joue, jusqu’au
30 juin, à 19 heures, Le Mémento de Jean Vilar. Il évoque un
parcours christique, et méconnu. Sur scène, il est entouré de
quelques-uns des 1 500 costumes conservés à Avignon, dans
la maison du metteur en scène.
Des morceaux d’histoires. ■
On se rappelle des colères de John McEnroe.
Qui imagine pareille furie chez Roger Federer ?
Et pourtant, le jeune adulte ressemblait fort
peu au gentleman que l’on connaît. La légende
d’aujourd’hui a effacé les errements d’hier
THOMAS SOTTO – « UNE AVENTURE NOMMÉE FEDERER » – LE ROCHER
Pierre Bellemare
a sauvé les JMF
Aux hommages rendus à Pierre
Bellemare s’ajoute celui de Jessie
Westenholz, la présidente des
Jeunesses musicales de France
(JMF). Le 2 juin 1959, par un appel à la radio dans « Vous êtes
formidables ! », il
a sauvé de la
faillite les JMF,
qui organisent des
concerts et des
actions culturelles. Ce jour-là, il a
demandé aux auditeurs de se
rendre Salle Pleyel et d’acheter
»
un billet pour un concert de soutien, le soir même. À 20 heures,
il y avait 4 000 personnes à l’entrée. En même temps, des lycéens et des étudiants se sont
mobilisés partout en France
pour faire du porte à porte et recueillir des dons. Une histoire
extraordinaire, et vraie. ■
PPDA aux Flâneries
d’Andréa Ferréol
Parmi les poèmes qu’il a réunis
dans son livre Et puis voici des
fleurs… (Le Cherche Midi),
Patrick Poivre d’Arvor a choisi
des vers qu’il dira le 16 juin, à
Aix-en-Provence, à l’occasion
des Flâneries d’art contemporain. Il sera accompagné par la
violoncelliste Caroline Glory.
Ce concert-lecture est l’un des
événements organisés les 15 et
16 juin par Andréa Ferréol. Dans
les jardins, onze créateurs
contemporains
exposeront
leurs œuvres, tandis qu’au
cœur de cet espace Astrid
Veillon lira des lettres de
Cocteau à Marguerite Moreno.
Jean-François Balmer évoquera, avec Jean-Louis Fournier,
Le CV de Dieu, tandis que Michel
Fau rendra hommage à Roland
Topor. La veille, en l’église
Saint-Jean-de-Malte, un hommage en musique sera réservé à
Gabriel Dussurget, créateur du
Festival d’art lyrique, disparu
en 1996. Un week-end dont la
préparation demande une année de travail à Andréa Ferréol.
« Je choisis essentiellement mes
coups de cœur créatifs »,
dit-elle. Des artistes en veine. ■
MONIQUE RAIMOND a invité Alexandra Lapierre à évoquer son livre Avec toute ma
colère, le 7 juin lors du déjeuner
du New Ladies Club, à l’Interallié. Des retrouvailles familiales :
Monique Raimond a jadis organisé à l’Espace Cardin des soirées caritatives au profit de
l’association pour Calcutta
créée par Dominique Lapierre,
son père (Flammarion).
MICHÈLE-ANNE BOUCHÉ
et Anne-Marie Nilsson sont
peintres voyageuses. Entre la
réalisation de deux toiles, elles
ont passé des mois dans le désert ou au cœur de l’Himalaya.
Le 6 juin, elles exposent leurs
œuvres, à Paris, rue VictorSchoelcher, dans un atelier où
ont vécu Soulages, Picasso et
Simone de Beauvoir.
ALAIN BASHUNG a réalisé
en 1985 et 1992 des tournées
dont l’intégrale des enregistrements a été retrouvée et
restaurée. Ils figurent dans un
coffret réunissant d’autres
concerts, entre 1985 et 2009
(Universal).
FRANCISCA
ROSELL a
adapté Les Trois Mousquetaires en transformant le roman
d’Alexandre Dumas en une comédie familiale. Une pièce
créée le 14 juin à Paris, au
Gymnase, avant d’être en
juillet à Avignon, à l’affiche du
Théâtre Carnot.
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samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
IMMOBILIER
35
avec
Une propriété de rêve en Occitanie
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directement chaque semaine dans le Figaro.
Chaque semaine, quatre professionnels de l’immobilier nous présentent un bien aux caractéristiques exceptionnelles ou
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Par Stéphanie de Balorre
Maison
« d’architecte
« Imposante villa »
« Château ISMH »
»
FRANCK BALLESTER
PIERRES-BLANCHES IMMOBILIER :
Au nord de Montpellier, dans un
environnement boisé et privilégié,
cette luxueuse maison d'architecte conjugue
élégance et sérénité. La demeure s’ouvre sur un hall
magistral desservant une pièce de vie partagée en un
salon cheminée, un salon TV lecture et une salle à
manger décloisonnés avec vue dégagée sur le jardin
de 4 000 m2. La cuisine s'étend à l'extérieur sous une
terrasse. 2 chambres avec salles d'eau. A l'étage,
2 chambres, 1 salle d’eau et 1 suite parentale avec
terrasse panoramique. Piscine 12 x 10 m.
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Situé à 10 minutes de la mer, cet
exceptionnel Château ISMH dont
une grande partie date du XVIIème est bâti sur un parc
clos de 5 hectares. Le château se répartit en 24 pièces
principales sur une superficie d’environ 800 m². Le
pavillon de chasse, la cour d’honneur, l’orangerie,
le colombier et la salle capitulaire témoignent de
l’histoire du château. Les dépendances sont
aménagées en appartements. Magnifique parc à
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aux allures de paquebot semble tout droit sortie de
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appartements » sont réputées être des lots de copropriétés, sauf mention contraire. Ces biens faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit
vous informer du nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles
du bien proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
Le spectacle de la campagne
BIEN VU
François Aubel
faubel@lefigaro.fr
Classe
croûte
Des agriculteurs ont choisi de se diversifier en montant sur scène dans leur exploitation. Ils ont été
suivis pendant plusieurs mois par des journalistes du magazine « Grands Reportages ». Dépaysant.
« Le Très Très Bon Dîner »
C
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
omment sauver le métier
d’agriculteur ? Quelle solution pour que les paysans
puissent encore espérer vivre
correctement sur leurs terres
malgré la sinistrose ambiante ? Et si,
pour maintenir leur art de vivre, cultivateurs et éleveurs se diversifiaient dans
un domaine totalement inattendu : l’art,
le vrai ? Dans leur documentaire diffusé
ce samedi sur TF1, Le spectacle est dans
le pré, les journalistes du magazine
« Grands Reportages » ont suivi pendant
plusieurs mois des paysans qui utilisent
leur fibre artistique. Grâce aux spectacles qu’ils organisent, ils font plus que
survivre, ils rencontrent un réel succès.
« L’activité élevage ? Tous les jours je
perds de l’argent avec elle ! » dit David
Comette, à la tête d’un troupeau de
90 vaches à viande (aubracs, limousines), qu’il élève sur une vingtaine
d’hectares dans le Tarn. Sa ferme, il l’a
héritée de ses parents il y
a dix ans. Mais, pour
pouvoir poursuivre le
travail de ses aïeux de○○○¡
puis quatre générations,
il a dû se diversifier. Il a
commencé par ouvrir une boucherie
traditionnelle sur place, puis une auberge-cabaret dans laquelle des spectacles
sont donnés. Avec l’association Folies
fermières, qui rassemble plusieurs producteurs locaux (de légumes bio, par
exemple), il propose à ses clients de venir savourer une gastronomie de haut
niveau tout en assistant à un show regroupant des danseuses et un magicien.
Ambiance french cancan garantie ! « On
dynamise toute cette ruralité », explique
David, large sourire, qui travaille sept
jours sur sept.
En Bretagne, même enthousiasme affiché par Jean-Loïc Le Marchand. Non
À
Dans les Landes, Laurent Lacrouts et
Mathieu Jourdain ne sont pas des éleveurs d’oies comme les autres. Bien sûr,
ils produisent un foie gras d’exception,
réalisé selon une méthode ancestrale,
mais ils forment également, depuis dix
ans, le groupe de rock The Inspector
Cluzo. Un duo au son pur et musclé qui
Hidalgo, Platini, Houllier… Retour sur les moments clés de leur carrière.
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HORIZONTALEMENT 1. Fletcher. - 2. Réprouve.
- 3. Atrium. - 4. Née. Pète. - 5. Clive. Of. - 6. Oln.
Foui. - 7. Pitcairn. - 8. Hé. Ris. - 9. Orpiment. - 10.
En. Lei. - 11. ioR. Zéro. - 12. Enfantin.
VERTICALEMENT 1. Francophonie. - 2. Le
Tellier. On. - 3. Épreint. Perf. - 4. Tri. Crin. - 5.
Coupe-faim. Zn. - 6. Hume. Oiselet. - 7. EV.
Tour. Néri. - 8. Redéfinition.
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SOLUTION DU PROBLÈME N° 4741
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Chaque jour un peu plus difficile
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SU DO KU
En partant des chiffres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne,
chaque colonne, et chaque carré de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chiffres de 1 à 9.
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« Je voulais essayer de comprendre ce
qu’il y avait d’humain chez ces sélectionneurs que l’on voit toujours en train
de jouer un rôle. […] L’idée
était de les laisser parler le
plus possible pour les faire
sortir de leur carapace »,
○○○¡
explique Renaud Saint-
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Par Louis Morand
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L’absence d’Aimé Jacquet
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MAXIMAL PRODUCTIONS
«
« Je serai toujours associé au match
France-Bulgarie », estime Gérard
Houllier dans Sélectionneurs.
Cricq. Mission réussie, avec notamment Henri Michel, disparu depuis, le
24 avril dernier, qui revient avec émotion et recul sur les propos insultants
qu’avait eus à son endroit Éric Cantona en 1988. Quant à Michel Platini, qui
succéda à Henri Michel, il rappelle
avec bon sens de ne jamais oublier que
le foot reste un jeu.
Seul regret : Aimé Jacquet a refusé
de participer à ce film. L’entraîneur
champion du monde 1998 réserve son
témoignage au documentaire de TF1
98, secrets d’une
qui sera
DIMANCHE victoire,
diffusé
dimanche
10 juin.
B.DE.C.
public. Des paroles fortes, qui expriment la détresse, même des années
plus tard, ou bien la joie totale, le
bonheur, quand la victoire est là,
prononcées par cinq sélectionneurs
dans ce film : Michel Hidalgo, Henri
Michel, Michel Platini, Gérard
Houllier et Raymond Domenech.
uand je vais mourir, il
y a une chose qui est
sûre : vous allez voir
en bandeau sur toutes
les télés le FranceBulgarie, parce que je
serai toujours associé à ce match »,
dit Gérard Houllier, filmé face caméra par Renaud Saint-Cricq dans le
documentaire Sélectionneurs diffusé
ce dimanche sur Canal +. Ces mots de
celui qui fut à la tête de l’équipe de
France quand elle rata contre toute
attente sa qualification pour le Mondial 94 résument l’enfer que peut vivre un sélectionneur quand il perd et
subit les foudres de la presse et du
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A
Paysans artistes
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VERTICALEMENT
1. Combinaison enfantine. - 2. Ne prendront
plus rien. Bel oiseau ou drôle d’oiseau. - 3.
Tissu imperméable. A les jambes lourdes.
- 4. Béquille montante. Elle recouvre une
partie du globe. - 5. Affaire qui sent la
poudre. Les ringards s’y agitent. Note. - 6.
Le Bâtard d’Orléans. Douleur qui signale
une souffrance du cœur. - 7. Provoque des
problèmes de carie. - 8. Est suspendu.
Garanties de marché.
rencontre un succès international inouï,
notamment au Japon. On les voit gaver
leurs volatiles, et, quand ces derniers
sont en boîtes, les deux éleveurs se
transforment en stars. Live en direct du
Salon de l’agriculture pour la radio Fip,
tournage d’un clip dans leur ferme, puis
tournée dans le monde entier. Ils n’arrêtent pas. Avant de revenir dans les
Landes pour y accueillir leur nouveau
troupeau d’oies.
Pour tous ces paysans artistes, l’objectif est identique : préserver leur mode
de vie rural en proposant de la qualité,
aussi bien sur scène qu’avec leurs produits agricoles. Réjouissant. ■
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HORIZONTALEMENT
1. Noctambule ou nocturne en deux mots.
- 2. Travaille souvent sur le dos. - 3. Renversent en soufflant. - 4. Mis en peine.
Elles ont de l’esprit chez Montesquieu.
- 5. Solidement bâti. Marion ou Maurice.
- 6. Ouvrit le col. - 7. On y sèche les
fillettes. Petite rallonge. Bataille à coups
de pierres. - 8. Se désaltérerait comme un
persan. - 9. Établit la connexion. Ville
réputée inexpugnable en Sicile. - 10. Villa
aux cent fontaines. Morceau choisi de
Marx. - 11. Harpagon ou Grandet. Emploi
dans la distribution. - 12. Récites une
litanie.
chevauchant un tracteur qui se cabre,
Jean-Loïc file en cuisine pour aider à
préparer le déjeuner des clients, avant
de se mettre au volant d’un petit train
pour faire visiter son exploitation aux
touristes.
Les sélectionneurs dans la lucarne
MOTS CROISÉS
PROBLÈME N° 4742
Jean-Loïc Le Marchand cultive le colza mais se métamorphose sur scène en une vieille Bretonne hilarante.
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» Canal + met définitivement
fin aux « Guignols »
» Game of Thrones fait son show
à Paris
www.lefigaro.fr
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seulement il cultive du colza et des céréales sur 35 hectares, mais il se transforme sur scène en une vieille Bretonne
hilarante : Marie Guerzaille, avec sa
coiffe en pain de sucre. Cette passion de
la comédie, Jean-Loïc a commencé à la
vivre il y a trente ans, avec sa femme,
Christine, à la technique. Depuis, toute
leur famille - fille, fils et leurs conjoints,
leurs petits-enfants - fait tourner ce qui
ressemble à un parc d’attractions à succès. D’avril à octobre, ce sont 160 visiteurs qui viennent chaque jour applaudir les shows interprétés par la « famille
Guerzaille », soit 18 000 spectateurs par
saison. Après avoir salué la foule tout en
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+ @ SUR LE WEB
SAMEDI
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l’heure des réseaux sociaux,
un critique gastronomique
peut-il encore vivre caché ?
Difficile de préserver son anonymat,
répond François-Régis Gaudry.
Surtout, précise celui qui écume
depuis vingt ans les tables de France
et de Navarre, depuis que
les attachés de presse affichent
les visages de ces hommes
(et quelques femmes) qui font
et défont les réputations culinaires
dans les arrière-cuisines des
restaurants dont ils s’occupent.
Dans la nouvelle formule de
l’émission qu’il anime depuis 2011,
le journaliste a donc décidé de
montrer sa pomme. « Et d’inviter,
dit-il, des amis qui ont très très bon
appétit et qui vont déguster
de très très bonnes choses. »
Ses premiers compagnons de
croûte ? Audrey Pulvar, André
Manoukian et Manu Payet (véritable
« gastrobsédé »). Après avoir
savouré le meilleur pesto du monde,
chacun évoque ses madeleines.
Pour l’acteur, il s’agit sans hésiter
du canard à la vanille de son père.
Il reconnaît aussi un désir de piment
de plus en plus prononcé. Surtout
depuis son départ de La Réunion.
« Cela s’appelle la déterritorialisation,
un concept de Deleuze qui dit qu’un
territoire ne vaut que s’il est quitté.
Plus tu le trimballes avec toi et plus
il grandit en toi », explique
Manoukian, délayant sa mayonnaise
philosophique. Cela vaut toujours
mieux que les gueulantes de Philippe
Etchebest dans « Cauchemar en
cuisine » ou les concours de commis
boutonneux. D’autant que Gaudry,
homme de goût, chaperonne
toujours sa brigade de délicieuses
chroniqueuses. Elvira Masson,
sa « gourmette en or », Valentine
Oudard, Philippine Darblay
(bec sucré) ou la foodista Mina
Soundiram (qui dévore tout
autant que JoeyStarr) ne sont
pas là pour passer les plats.
Outre la dégustation de vin à
l’aveugle, du bœuf maturé soixante
jours du chef Akrame Benallal ou
des œuvres pâtissières de Cédric
Grolet, ce dîner nous soulage
aussi d’une terrible angoisse.
Celle de ne pas respecter les règles
de découpe du fromage.
Depuis cette émission très très riche,
on avoue se sentir moins cloche.
TF1
Paris Première | 23 h 10 | Jeudi
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samedi 2 - dimanche 3 juin 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
37
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Blandine
Soleil : Lever 05h50 - Coucher 21h46 - Lune décroissante
19.05 50 mn Inside. Magazine 20.00
Le 20h 20.50 Quotidien express.
Talk-show. Prés. : Yann Barthès.
18.40 N’oubliez pas les paroles !
Jeu. Présentation : Nagui 20.00 20
heures. Prés. : Laurent Delahousse.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport. Magazine 20.05 Le journal de RolandGarros 20.30 Zorro. Série.
21.00
20.35
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Divertissement
Rugby
Série. Policière
19.40 Appels d’urgence. Magazine.
Accidents et urgences vitales…
SAMEDI
20.55 Chroniques criminelles
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Société. Prés. : M. Lunel. 1h45.
L’affaire Jean-Luc Thiebaut : guetapens mortel. Inédit. Fin mai 2014,
Jean-Luc Thiebaut, un charpentier
sans histoire de 54 ans, disparaît.
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code Arthur & Jarry
Castres/Montpellier
Prés. : Arthur, Jarry. 2h15. Inédit. Invités notamment : Kad Merad, Malik
Bentalha, Christine Bravo, Ahmed
Sylla. Arthur et Jarry téléportent les
téléspectateurs en 1992.
23.15 3615 Arthur & Jarry, la
suite Divertissement. Présentation : Arthur et Jarry. Inédit.
Mongeville
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Fra. Saison 3. Avec Francis Perrin,
Pierre Aussedat. Comme un battement d’ailes. Dans une réserve ornithologique, Mongeville et Valentine
découvrent le cadavre d’un homme
transpercé d’une flèche.
20.50 Échappées belles
23.10 On n’est pas couché Talk-
22.30 Mongeville et Magellan
show. Invités, notamment : Michel
Onfray, Zep 1.55 Vu. Magazine.
Film TV. 0.00 Soir/3 0.30 La Comédie-Française chante Boris Vian
22.20 Échappées belles 23.50 C
dans l’air 0.55 L’œil et la main. Mag.
Top 14. Finale. En direct du Stade de
France (Saint-Denis). La finale du
Top 14 diffusée sur France 2 depuis
le Stade de France augure une ambiance de folie. Qui remportera cette
année le bouclier de Brennus ?
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20.20 La vraie vie des animaux de
compagnie. Série documentaire.
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Magazine. Découverte. Prés. :
Raphaël de Casabianca, Tiga. 1h30.
Échappée en Pologne. Inédit. Au
sommaire, notamment : «Une journée sur le Rynek Glowny».
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DIMANCHE
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18.50 La case en + (C). Magazine.
Présentation : Cyrille Eldin 19.55
Avant match (C). Magazine.
19.30 Le dessous des cartes. Magazine 19.45 Arte journal 20.05 Vox
pop. Magazine 20.35 Karambolage
19.45 Le 19.45. Présentation :
Nathalie Renoux 20.25 Scènes de
ménages. Série. Avec Marion Game.
20.45
20.50
21.00
Rugby
Série doc. Science et technique
Série. Policière
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19.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! Téléréalité.
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20.55 The Big Bang Theory
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Série. Comédie. EU. 2013. Saison 7.
Avec Johnny Galecki. 3 épisodes.
Sheldon se fâche avec Amy à propos d’un film. Raj et Stuart essayent
de faire des rencontres en ligne.
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28
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22.10 The Big Bang Theory. Série.
Avec Jim Parsons. 12 épisodes.
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40
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19.00 Wheeler Dealers - Occasions
à saisir. Série documentaire.
Top 14. Finale. En direct du Stade
de France (Saint-Denis). En demifinale, Montpellier a facilement dominé Lyon (40-14). Le lendemain,
Castres a éliminé le Racing 92 (1914) au bout du suspense.
22.40 Le Débrief, Top 14 Cérémonie 23.35 Le Débrief, Top 14. Magazine 0.00 Le journal du hard. Mag.
Les mondes perdus
Fra. 2016. Réal. : Bertrand Loyer et
Emma Baus. 1h50. Le mystère des
dragons à plumes. À quoi ressemblaient les ancêtres des oiseaux ?
Comment et quand le vol est-il
apparu ? - L’aube des mammifères.
22.40 Les mondes perdus Série
doc. 23.30 L’histoire de l’évolution
des minéraux 0.25 Streetphilosophy
20.50 Retour
à l’instinct primaire
Hawaii 5-0
EU. Saison 8. Avec Alex O’Loughlin,
Scott Caan, James Hong. 2 épisodes.
Inédits. Une acupunctrice renommée dans la communauté chinoise a
été tuée et sa fille déclarée disparue
depuis le meurtre.
<-10 à 0
Téléréalité. 1h50. Jungle du Guyana.
Inédit. - Île de Cayo Venado. Inédit.
Deux individus vont devoir apprendre
à survivre dans une jungle hostile.
22.40 Retour à l’instinct primaire. Île
de Koh Mook - Tanzanie.
22.50 Hawaii 5-0 Série. Policière.
EU. 3 épisodes 1.20 Supernatural.
Série. Secrets d’alcôve.
19.55 Norbert commis d’office. Magazine. Le pire du pire.
19.55 Les Simpson. Série. Animation.
Embrique-moi - Pay Pal.
18.50 Salut les Terriens ! Talk-show.
Présentation : Thierry Ardisson.
21.00 Daredevil
21.00 Les Simpson
21.00 La télé de Ruquier
Série. Action. EU. 2016. Saison 2.
Avec Charlie Cox, Élodie Yung. 2 épisodes. Inédits. Elektra Natchios est
de retour à Hell’s Kitchen, ce qui bouleverse Murdock au plus haut point.
Série. Animation. EU. 3 épisodes.
Lors d’une séance d’hypnose, un individu fait régresser Homer jusqu’à
l’âge de 10 ans, puis s’enfuit avant de
l’avoir fait revenir à son état normal.
Documentaire. Société. Fra. 2018
(1/2). 1h40. Inédit. Retour sur la carrière de celui qui est depuis trente
ans l’un des animateurs incontournables de la télé.
23.05 Daredevil. Série 1.10 90’ enquêtes. Mag. Prés. : C. Rousseau.
22.10 Les Simpson. Série. Animation.
11 épisodes.
22.40 La télé de Ruquier.
Documentaire. (2/2).
TA KU ZU
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SÉRIEUSEMENT
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APPUYER
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ARRIVÉ
présente
REMUANT
Volume
17
BAIGNÉE
LÈSE
ASSERVIR
TÊTE DE
MULES
UNITÉ
D’ÉCLAIREMENT
CRIER
DANS LES
DEUX SENS
IL SE
TIENT
TOUJOURS
VOÛTÉ
COURANTES
MATHEUX
SUISSE
PAYS
D’ORIENT
COLLÉS
IL NAÎT AU
MONT
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MOTS FLÉCHÉS N°1987
Remplir la grille avec les chiffres 0 et 1. Chaque
ligne et chaque colonne doit contenir autant de 0
que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1
placés l’un à côté ou en dessous de l’autre.
1
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MARDI
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Téléréalité. 1h35. Travail d’équipe.
Inédit. Une maison de 125 m2 est
vendue aux enchères à Azle. Randy
débourse 1 150 dollars pour l’acquérir. - Les risques du métier.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
LUNDI
21.00 Rénovation impossible
19.50 Les mystères de l’amour. Série. La vengeance d’un mort.
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ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
TOUR
PRIVÉ
DE SON
COUP DE
BLANC
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PÈRE DES
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samedi 2 - dimanche 3 juin 2018 LE FIGARO
38
HANNAH ASSOULINE / EDITIONS DE L’OBSERVATOIRE
Juliette Boudre,
une mère en colère
SUCCÈS Après la mort de son fils Joseph, décédé à 18 ans d’une overdose,
cette mère de trois enfants pointe du doigt, dans un livre qui vient de paraître,
l’addiction croissante de certains jeunes aux benzodiazépines et aux opiacés.
Anne Fulda
afulda@lefigaro.fr
lle a pris la plume pour lui
d’abord. Pour Joseph, ce fils disparu en 2016, à la suite d’une
overdose. Pour se souvenir de
tout, consigner ses moindres
souvenirs. Refaire le compte à rebours le plus précisément possible. Manière d’agripper les images et les mots. De les garder bien au chaud et
« de ne pas perdre cette mémoire qui se transforme très vite, de garder en tête chaque étape ».
Manière, aussi, au fil de ces pages pour la plupart rédigées à Arcangues, dans le Pays basque,
- où il a été enterré -, de « le retrouver ». Et de
se trouver un peu aussi. Juliette Boudre a en effet toujours voulu écrire. Depuis ses 20 ans, elle
a entamé plusieurs livres, tous mis à la poubelle
ou inachevés. Ironie du sort : son fils disparu
l’encourageait à emprunter cette voie, allant lui
répétant « un jour, tu seras écrivain ».
E
Une « shakoula »
Évidemment, elle aurait préféré ne pas avoir à
écrire ce livre-là, qu’elle a dédié à ses trois fils,
comme pour dire que la vie continue. Elle aurait
préféré ne pas devoir conjuguer le conditionnel
passé, ne pas vivre désormais avec cette présence-absence, ne pas se répéter sans cesse
« j’aurais pu », « j’aurais dû », en tentant de
et était un peu caïd », résume-t-elle. Les vrais
reconstituer la dernière nuit de Joseph, minute
ennuis commencent vite quand, « dès la sixièpar minute, seconde par seconde. Mais, écrit
me, cinquième », il se met à fumer du cannabis
dans l’urgence, Maman, ne me laisse pas m’enrégulièrement. « C’était déjà pour moi une cadormir (Éditions de l’Observatoire) a permis à
tastrophe, on le surveillait sans cesse, on le testait
Juliette Boudre de donner corps, de circonscrire
tout le temps. » Juliette Boudre
sa peine abyssale, indicible. Elle lui a
tient d’ailleurs à souligner les
permis de décrire cet état dans
effets dévastateurs que « la fulequel vous laisse « l’absence barbare
mette », dont on a souvent tenet incompréhensible d’un enfant emdance à minimiser les effets,
porté avant l’heure ».
peut avoir chez certains enfants.
Un événement tellement violem1969
« C’est ce qui s’est passé pour Joment incongru et contre-nature
Naissance
à
Neuilly-surseph. Un pétard pris en Angleterqu’il est impensé, inexprimable dans
Seine (Hauts-de-Seine).
re (où il était à l’école) a déclenla langue française. Il n’y a pas de
1989-1993
ché chez lui des angoisses
mot, en effet, pour désigner un père
Travaille dans
profondes et des attaques de paou une mère qui a perdu son enfant.
des galeries d’art
nique que l’on a soignées en lui
« En hébreu, ils ont créé un mot,
à Paris et Rome.
donnant un Xanax. » C’est à parshakoula. » Voilà, Juliette Boudre est
2000
tir de là que tout s’est déclendonc une shakoula. Mais c’est une
Directrice de Djaya
ché. À partir de là qu’il a perdu
guerrière aussi. Son livre ne verse
(société de joaillerie).
pied, s’est laissé emporter par
jamais dans le pathos et les larmoie2007-2010
une espèce d’enivrement le mements. Elle entend aussi grâce à lui
Web manager
nant à « frôler les frontières de la
alerter ou réconforter tous ces
de Zadig & Voltaire.
mort pour repartir en courant
parents désemparés, sans phares ni
2011
vers la vie ».
balises face à des enfants drogués,
Crée
Romeo,
société
happés par des paradis artificiels
L’impuissance
de gestion de sites
dans lesquels des médecins les enInternet marchands,
et la solitude
traînent parfois, sans s’en rendre
puis Candle Market.
compte, en leur prescrivant des
Juliette Boudre ne souhaite pas
2018
benzodiazépines.
se poser comme une espèce de
Après la mort de son fils
Elle parle de Joseph, qui, petit
porte-parole opposée aux laboaîné, Joseph, en 2016,
déjà, avait « un caractère bien
ratoires mais elle entend marteelle publie Maman,
trempé », voulait être « le centre
ler son message : « La force adne me laisse pas
d’attraction » et, dans le même
dictive de certaines molécules
m’endormir (Éditions
temps, était très empathique, touché
comme les benzodiazépines est
de l’Observatoire).
par la misère : « Il avait un joli cœur
tellement forte » qu’il est « irres-
Bio
EXPRESS
ponsable de donner ça à des enfants jeunes et au
profil un peu fragile ».
Depuis la parution de son livre, elle a reçu
beaucoup de témoignages, souvent poignants.
Des témoignages d’anonymes mais aussi, parmi
eux, le message très touchant de la ministre de la
Culture, Françoise Nyssen, qui a également perdu un fils. Souvent en les lisant la jeune femme a
retrouvé l’impuissance et la solitude qu’elle a
connues et aussi, parfois, cette espèce de sentiment de honte éprouvé en croisant « le regard de
travers des “bienveillants” ».
Face à cet afflux de réactions, la jeune femme,
qui a déjà monté plusieurs entreprises et dirige
aujourd’hui une société de haute joaillerie, envisage de monter une association et de s’associer
avec un médecin addictologue. « Si ce récit, les
difficultés rencontrées face au corps médical,
peuvent sauver un jeune, cela vaut la peine. On est
plus fort quand on partage un combat », assuret-elle avec énergie et un soupçon de méthode
Coué.
Forte, c’est évident, elle l’est, Juliette Boudre.
Frêle et forte. Elle ne donne pas dans le pathos.
Elle se tient toute droite. Ne se laisse pas aller.
Elle maîtrise à la perfection son verbe et son
geste jusqu’à ce que, justement, elle ne les maîtrise plus et que des larmes déboulent tout à
coup sans crier gare, au détour d’une phrase,
venant embuer son regard. Cela lui arrive parfois notamment quand elle sent que la vie reprend le dessus. Comme une offense à Joseph,
pense-t-elle sûrement. Comme si elle n’avait
pas le droit de reprendre goût à la vie. « J’ai appris à réguler mon sourire et mes larmes », ditelle, faussement bravache. ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Guignol [gui-gno-l’] n. m.
Marionnette, mais jamais du pouvoir.
anal + a annoncé la fin des « Guignols de l’info ».
Le nom de la célèbre émission satirique s’inspirait évidemment de la figure
populaire de la marionnette lyonnaise. À ceci près que les Guignols de l’info
n’étaient pas de Lyon. Ils étaient même assez parisiens.
Le nom de Guignol vient du verbe guigner, issu du francique wingjan, et qui signifie
faire signe, cligner de l’œil. Avec leurs œillades complices, les Guignols guignant
s’assuraient la connivence de leur public.
La vie politique française relevant parfois de la comédie, voire de la farce,
il était normal que les Guignols de l’info s’en emparent, pour faire rire.
Leur influence fut telle qu’à un moment, le monde sembla à l’envers. Les Guignols,
lointains héritiers du canut, donnaient l’impression de tirer les fils de la classe politique,
alors qu’ils se contentaient d’en renvoyer un miroir déformant.
Le problème est qu’un beau jour, après des années de guignolades, on s’est soucié
comme d’une guigne des Guignols et de leurs grimaces.
Et pour des guignols, ne plus faire rire, c’est comme qui dirait le guignon. ■
C
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
A
Le parti centriste organise ce samedi à l’Assemblée
nationale une convention autour des réformes
nécessaires à conduire en Europe. « La renaissance
démocratique de l’Union européenne et une politique
écologique ambitieuse seront au cœur de notre projet
européen », indique le délégué général de l’UDE,
Mathieu Cuip (photo), qui pourrait figurer parmi les candidats
du mouvement aux européennes.
Le plus haut salon
du livre d’Europe !
Christian Laborde,
l’homme des Pyrénées
Le salon Paris se livre est
une manifestation littéraire
originale à plus d’un titre.
Elle met en avant les ouvrages
qui parlent de la capitale,
et dans tous les genres : roman,
essai, histoire, beau livre,
bande dessinée, jeunesse,
polar… Et elle se tient au sommet
de la tour Montparnasse,
du 29 juin au 1er juillet,
ce qui fait d’elle le plus
haut salon du livre en Europe.
Pour sa dixième édition,
l’événement est parrainé
par l’académicien
Dany Laferrière.
Cette année, le Tour se gagnera
dans les Pyrénées, que les
coureurs escaladeront avant de
rejoindre les Champs-Élysées.
Le quotidien La Nouvelle
République des Pyrénées a donc
demandé à l’écrivain de raconter
la légende de la course dans des
villes qui l’accueilleront ou l’ont
déjà accueillie. Laborde sera
le 8 juin à Tarbes, le 15 juin
à Bagnères-de-Bigorre, le 22 juin
à Trie-sur-Baïse, et le 23 juin
à Saint-Lary. Et les fans de la
Grande Boucle le retrouveront sur
RTL, en juillet, avec sa chronique
quotidienne « Fenêtre sur Tour ».
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L’Union des démocrates et des
écologistes prépare les européennes
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