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Le Figaro - 04 06 2018

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lundi 4 juin 2018 LE FIGARO - N° 22 957 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
JACQUES JULLIARD FIGARO SANTÉ
POPULISME, EUROPE
ET DÉMOCRATIE
QU’EST-CE QUI PEUT
VRAIMENT NOUS CONSOLER ?
PAGE 18
PAGES 9 À 12
Européennes : un casse-tête
pour tous les partis politiques
ÉTATS-UNIS
Un auteur
de polar nommé
Bill Clinton
PAGE 6
ÉDUCATION
À Provins,
les parents votent
pour le retour
de l’uniforme
À moins d’un an des prochaines élections européennes, aucune formation n’a encore désigné
de tête de liste pour le premier test électoral grandeur nature depuis l’élection présidentielle.
PAGE 7
Les élections européennes,
qui auront lieu en mai 2019,
seront le premier test électoral grandeur nature pour
Emmanuel Macron et sa majorité présidentielle, comme
pour l’ensemble des forma-
RUGBY
Top 14 : Castres,
le sacre des
valeureux
PAGE 14
tions politiques. Tous les partis vont pouvoir mesurer leur
poids dans les urnes. Le scrutin européen pourrait devenir l’acte fondateur de la recomposition
politique
qu’Emmanuel Macron appel-
le de ses vœux. Pour autant,
l’incertitude, tant sur le projet que sur les hommes et les
femmes qui pourraient l’incarner, reste grande. À
moins d’un an de la consultation, aucun parti n’a enco-
re désigné de tête de liste.
Plus inquiétant, aucune candidature ne semble naturellement s’imposer, aussi bien
au Rassemblement national
(ex-FN) qu’au PS, à LaREM
que chez Les Républicains.
Seule exception, le PCF a désigné dimanche sa tête de liste… avant de peut-être fusionner avec les écologistes
d’EELV et le parti de Benoît
Hamon.
PAGES 2 À 4 ET L’ÉDITORIAL
AÉRIEN
Accor prêt
à racheter la part
de l’État dans
Air France-KLM
Scolarité : de
plus en plus
de parents
favorables à
la non-mixité
Matteo Salvini affiche la politique
antimigrants du nouveau
gouvernement italien
PAGE 21
SOCIAL
Un congrès
de la CFDT
pour peser face
à Macron
Vaste question et grand tabou
en France, où la mixité est assimilée à l’égalité, la séparation des filles et des garçons à
l’école emporte la conviction
de quelque 125 établissements
privés et de plus en plus de parents. La recherche de performance n’est pas le seul objectif, la démarche éducative,
« liée à l’affectivité et la maturité », aussi, particulièrement
pour les élèves de collège à
l’adolescence. Dans le public,
seule la Légion d’honneur
propose un enseignement non
mixte. PAGE 8
PAGES 22 ET 23
Comment la
Bundeswehr
prépare-t-elle
son avenir ?
Liao Yiwu,
poète rescapé
du laogai
La chronique
de Nicolas
Baverez
La tribune de
Jean-François
Colosimo
n
n
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de samedi :
Italie : le nouveau
gouvernement
antisystème est-il une
menace pour l’Europe ?
OUI
41 %
NON
59 %
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@q@a@e@a";
TOTAL DE VOTANTS : 30 269
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Êtes-vous favorable
au port de l’uniforme
à l’école ?
FABIEN CLAIREFOND
L
Rendez-vous décisif
a marche de l’Histoire n’a jamais
empêché les petits calculs, et les
sauts de puce de l’ambition s’accordent à tout, même au tragique.
Les élections européennes qui se
dérouleront l’an prochain mêleront, une fois
encore, les soucis de carrière aux déclarations solennelles. Depuis trop longtemps, les
nécessités politiciennes ont fait de ce scrutin
le pivot de toutes les combinaisons : remaniement, récompense pour services rendus,
exfiltration en douceur de Paris vers Strasbourg. Pour les grands partis, c’est le jour des
« encombrants », où l’on exile jeunes pousses
et dignitaires ; pour les forces mineures ou
naissantes, celui des espérances folles et des
surprises fracassantes. Pourtant, ces premières européennes de l’ère Macron n’ont rien
d’un divertissement, elles représentent un
rendez-vous décisif : celui de l’achèvement
de la recomposition politique française. Elles
s’inscrivent surtout au cœur d’un processus
d’insurrection civique qui, de Budapest à Rome
et de Londres à Vienne, ébranle l’Europe. Partout, une dialectique infernale oppose la
« raison » élitaire à la « révolte » populaire et
remplace le clivage gauche-droite par des
oppositions géographiques (mégalopoles vs
périphéries) et sociologiques (piazzetta
contre palazzo) avec en arrière-plan l’inexorable disparition des classes moyennes.
Le premier motif de vote sera le même que
pour le Brexit ou les élections italiennes. Pierre Manent le résume ainsi : « L’anxiété causée
par une immigration que les institutions européennes semblent ne pas pouvoir ou ne pas vouloir maîtriser. » Cette
inquiétude va faire
naître de multiples
vocations tribuniciennes auxquelles il
serait
suicidaire
d’opposer mépris et
incantations. La colère froide des peuples n’est pas la cause de nos malheurs mais le
symptôme : celui des défaillances de l’Union
européenne. De crise migratoire en guerre
commerciale, d’insécurité culturelle en déclassement économique, la seule réponse valable au malaise européen porte un nom : l’art
politique. Pour empêcher le devenir provincial de l’Europe, c’est Machiavel et Churchill
qu’il nous faudrait comme têtes de liste… ■
La colère des
peuples n’est
pas la cause
mais le
symptôme
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REPRISE
ÉDITORIAL par Vincent Trémolet de Villers vtremolet@lefigaro.fr
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PAGES 16 À 19
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Le chef de la Ligue, désormais ministre de l’Intérieur et vice-premier ministre, a souhaité d’emblée imprimer
sa marque, déclarant samedi : « Le bon temps pour les clandestins est fini : préparez-vous à faire les valises. » PAGE 5
Photo non contractuelle. *Offre non cumulable avec promotions en cours.
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sur une île PAGE 30
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ARTS
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lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Nous sommes
européens
et nous sommes
lucides sur ce qu’il
faut changer
dans cette Union
européenne . Nous
voulons parler
d’une seule voix
dans la diversité
JEAN LEONETTI
»
MAIRE D’ANTIBES, PRÉSIDENT DU CONSEIL
DES SENSIBILITÉS DES RÉPUBLICAINS
LES
ÉLECTEURS
DE GAUCHE
RÉCLAMENT
DES LISTES
D’UNION
Agacée par les tergiversations
des différents leaders
de gauche, l’eurodéputée
Virginie Rozière (Radicaux
de gauche) a pris l’initiative
de commander un sondage
à l’Ifop. Celui-ci livre
une information sans appel :
78 % des sympathisants
de gauche veulent que le PS,
Génération.s (le mouvement
de Benoît Hamon),
les Radicaux de gauche
et le Parti communiste
s’allient. Les socialistes
sont mêmes 82 % à le vouloir.
79 % des sympathisants
de gauche espèrent
également que les écologistes
rejoindront cette liste d’union.
« Il faut parfois écouter
la sagesse des militants
et sortir du jeu des ego »,
argue Virginie Rozière.
Son mouvement va organiser
une plateforme européenne
le 10 septembre à SaintNazaire et y convier
tous les partis de gauche
proeuropéens.
Macron face au casse-tête des
La majorité présidentielle pâtit
d’un contexte politique européen
qui complique ses ambitions.
MAHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
EMMANUEL MACRON est-il en train de
tomber dans son propre piège ? Le président de la République s’est posé en
héraut des pro-européens progressistes, à l’heure où le populisme gagne du
terrain. Ministre et Parlement de la
zone euro, taxation européenne des
Gafa, budget de la zone euro, « force
commune d’intervention » pour 2020…
Les chantiers sont titanesques mais ne
suscitent pas, à l’heure du Brexit, l’engouement espéré. Pis, la réforme de la
zone euro que le chef de l’État appelle
de ses vœux est accueillie fraîchement
par ses partenaires européens, à commencer par la chancelière allemande
Angela Merkel. Ce qui fait craindre à
certains un Conseil de l’Europe compliqué, les 28 et 29 juin, où le couple franco-allemand doit parvenir à une feuille
de route sur la réforme de l’UE. « Malgré ce moment de tensions, l’attente envers Emmanuel Macron et ses propositions reste très forte », veut croire le
député LaREM Pieyre-Alexandre Anglade, élu des Français du Benelux.
Pour l’heure, le bilan concret d’Emmanuel Macron sur le plan européen
fait pourtant pâle figure. La révision de
la directive sur les travailleurs détachés,
obtenue en octobre, ne fait pas le poids
face aux revers successifs de la France
sur l’interdiction du glyphosate ou la
réduction du budget de la PAC. « Il y a
des sujets qui avancent mais tout ne va
pas instantanément », a euphémisé
Christophe Castaner, secrétaire d’État
et délégué général de La République en
marche, dimanche au micro d’Europe 1.
La crise migratoire, le contexte politique européen comme international ne
jouent pas en faveur de Macron. « Parce
que c’est difficile, il faut nous retrousser
les manches », a insisté Castaner.
Face au protectionnisme de Donald
Trump, l’Europe apparaît sur la défensive. La formation d’un gouvernement
d’alliance entre les populistes du mouvement Cinq étoiles et l’extrême droite
de la Ligue, en Italie, est la dernière
mauvaise nouvelle en date pour Macron. « On a conscience que les élections
européennes qui arrivent sont très im-
portantes. C’est un peu la dernière station avant le péage », s’alarme un proche du chef de l’État. Christophe
Castaner se rendra en éclaireur à Rome,
à la mi-juin. Le chef de l’État est de son
côté attendu au Vatican le 26 juin, peutêtre l’occasion pour lui de rencontrer le
nouveau premier ministre italien. « Ce
n’est pas encore défini », assure l’Élysée.
En tête des intentions de vote
Autant de sujets d’inquiétudes qui
brouillent la perspective des élections
européennes. Plusieurs enquêtes ont
pourtant récemment montré que le
parti présidentiel était en tête des intentions de vote. Emmanuel Macron
sait qu’en bichonnant les chasseurs (lire
nos éditions du 30 mai), électorat traditionnellement eurosceptique, il peut
glaner quelques précieuses voix. Les
macronistes « vont sans doute gagner
les élections, ce qui leur permettra d’afficher une victoire », prédit un ténor de la
droite. L’opposition reste, certes, atone.
Mais le plus dur reste à faire. « L’élection
de 2019 dépasse l’enjeu de l’élection de
quelques députés européens, analyse
Pieyre-Alexandre Anglade, le « M. Europe » de LaREM. Si on n’arrive pas à
transformer en profondeur, ce qui se passe en Italie arrivera dans d’autres pays. »
La recherche de partenaires européens prend aussi du retard. L’« axe
central » que la majorité souhaite former est toujours aussi nébuleux. Car en
dépit des déclarations d’intention, chacun reste prudemment en retrait… « Il
faut être capable de faire cette liste de
rassemblement avec Agir, l’UDI, le MoDem, des constructifs, et être capable de
l’ouvrir à gauche et à des personnalités
qui viennent de l’écologie », plaide Pieyre-Alexandre Anglade.
La stratégie des macronistes au Parlement européen n’est d’ailleurs pas arbitrée. Une chose est sûre : aucun groupe actuel ne trouve satisfaction aux
yeux des marcheurs. (Lire page 4)
Quant à l’épineuse question de la tête de
liste, Emmanuel Macron n’a semble-til toujours pas trouvé son candidat
idéal. Un ministre temporise : « Les
Français n’ont pas la tête aux européennes. C’est trop tôt, ça commencera à se
décanter à l’automne. » ■
À GAUCHE, La France insoumise
affiche pour l’heure le plus abouti
niveau de préparation des élections
européennes. Et pour cause, JeanLuc Mélenchon joue gros. Présenté
comme le premier opposant à Emmanuel Macron, il doit justifier ce
titre dans les urnes. Les dernières
législatives partielles ont montré
que ce n’était pas une mince affaire… Il s’agit aussi pour l’Insoumis de
montrer aux autres mouvements de
gauche qu’il est devenu hégémonique et que l’élection présidentielle
n’était pas une simple parenthèse.
Dans les prochains jours, le comité électoral de LFI - coordonné
par Martine Billard - va présenter
une première liste d’une soixantaine de noms - dans le désordre -,
qui servira de base de travail. Elle
sera ajustée par les militants et les
cadres pour aboutir, début juillet, à
une liste plus réduite et classée
dans l’ordre d’éligibilité. Cette liste
« veillera à la répartition des candidats sur le territoire et au respect de
la diversité sociale du pays et de la
diversité politique », promet le
mouvement. Les militants auront à
la valider cet été.
D’ores et déjà, le nom de Charlotte Girard, 43 ans, revient pour mener la liste. La coresponsable du
programme de La France insoumise
est la veuve de François Delapierre,
le fils spirituel de Jean-Luc Mélenchon décédé en 2015. Manuel Bompard, 32 ans, le directeur des campagnes de LFI, devrait être numéro
deux. L’ex-championne du monde
de kickboxing, Sarah Soilihi, de-
vrait être bien située sur la liste. La
jeune femme de 25 ans est implantée
à Marseille, où Jean-Luc Mélenchon
cherche à faire émerger des relais
pour y bétonner son implantation.
Le politologue Insoumis Thomas
Guénolé devrait être également en
position éligible. Quant à Younous
Omarjee, le seul eurodéputé LFI
sortant, il serait reconduit sur la
liste. « Les européennes vont aussi
faire naître les figures nationales dont
LFI a besoin », commentait récemment Bernard Pignerol, un ami proche de Jean-Luc Mélenchon.
Parallèlement à la composition
de la liste, l’ancien candidat à la
présidentielle bâtit une plateforme
européenne dans le but de constituer un groupe dans le prochain
Parlement. Pour l’instant, seuls Podemos (Espagne) et Bloco de Esquerda (Portugal) sont signataires
mais d’autres mouvements devraient les rejoindre. ■
T. Q.-M.
FRÉDERICK FLORIN/AFP
Bayrou peut-il céder à la tenta
SI CERTAINS imaginent le MoDem prêt à
monter une liste indépendante aux européennes, le principal intéressé en écarte
l’hypothèse. « C’est très simple, assure
François Bayrou au Figaro, sauf incident,
notre stratégie est d’avoir une liste unique
avec En marche !. L’axe central, je le soutiens et l’encourage. Après, il faut trouver
une figure de proue, une stratégie européenne… et cela sera évidemment une réflexion partagée. »
Selon Bayrou, le chef de l’Etat doit être
le porteur d’un message européen, audelà du cadre strictement national. Et il
faudra six mois pour préparer cette « liste
de rassemblement au centre avec un projet
européen solide », tout en gérant les nombreuses candidatures qui ne manqueront
pas d’émerger. « Macron n’hésite pas à
aller à contre-courant même quand les
pressions sont fortes. Ça change », souligne encore l’élu centriste, en qualifiant le
positionnement du chef de l’État sur les
banlieues de « très courageux ».
En novembre 2017, après avoir lu le discours sur l’Europe prononcé par Macron
à la Sorbonne, Alain Juppé a été le premier
à défendre l’idée d’un « grand mouvement central » européen. Aujourd’hui, le
maire LR de Bordeaux encourage les
volontaires, notamment les « constructifs
d’Agir », à préparer l’échéance. Au-delà
du projet, qui reste à préciser, l’objectif
politique est aussi de construire l’image
du match de 2019. Autrement dit : afficher le rassemblement des « pro-européens unis » face à une kyrielle de candidats « europhobes et populistes ».
Aujourd’hui, Bayrou rejette l’idée
d’être tête de liste et se montre ferme sur
Entre alliance et liste autonome,
les gauches en pleine incertitude
Les
« européennes
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
ET SOPHIE DE RAVINEL
£@TristanQM @SDRVNL
vont aussi
faire naître
les figures
nationales
dont LFI
a besoin
»
BERNARD PIGNEROL,
AMI PROCHE DE JEANLUC MÉLENCHON
STEPHANE BURLOT/HANS LUCAS
A
La France insoumise
dans les starting-blocks
Emmanuel Macron (ici le 17 avril
au Parlement européen, à Bruxelles)
n’a semble-t-il toujours pas trouvé
le candidat idéal pour être tête de liste
LaREM aux européennes.
Jean-Luc Mélenchon avec Charlotte Girard, pressentie pour
mener la liste LFI aux européennes, en février dernier à Paris.
À UN AN de l’échéance, les européennes apparaissent comme une
véritable épreuve à gauche, au PS
en particulier. Chez les socialistes,
le défi se résume en une phrase :
parvenir à intéresser les Français
pour passer la barre des 10 %. Il
semble immense pour nombre de
cadres du parti. Les premières enquêtes confirment leurs craintes.
Un sondage Elabe paru mercredi
donne 6 % au PS, deux points derrière les écologistes, eux-mêmes
devancés par La France insoumise
qui domine la gauche avec 10 %.
Conscients qu’ils ont du travail,
les socialistes vont avancer leurs
premiers pions de campagne le
week-end prochain, lors d’un
conseil national. C’est à cette occasion qu’une plate-forme européenne sera lancée par le nouveau patron
du parti, Olivier Faure. Un outil destiné à recueillir, jusqu’en septembre,
les contributions des sympathisants
en échange d’un euro symbolique.
« C’est en octobre, lorsque ces contributions seront synthétisées, que la
campagne commencera vraiment »,
explique Corinne Narassiguin, porte-parole du parti. Une façon de repousser à l’automne le choix de la
tête de liste même si c’est maintenant que la question travaille le PS.
Narassiguin insiste d’ailleurs sur
le choix d’un « carré de tête ».
« Choisir une tête de liste médiatique,
c’est être assuré de faire de bons scores dans les émissions télévisées mais
c’est aussi prendre le risque de ne pas
convaincre sur le fond », avance
cette proche d’Olivier Faure. Lui,
reste évasif, soucieux de préserver
les équilibres de son parti. Car si la
candidature du commissaire européen, Pierre Moscovici, apparaît
comme une évidence pour certains,
elle est très critiquée par d’autres.
Sur l’aile gauche d’Emmanuel Maurel en particulier. L’intéressé ne se
prononce pas vraiment.
Les écologistes ont le vent
en poupe dans les sondages
Au Figaro, Moscovici pose déjà
quelques conditions. « Ce que j’attends du PS le 9 juin, c’est surtout un
sursaut d’enthousiasme pour l’Europe. Non pas un enthousiasme bêlant
mais véritable, avec des marqueurs
de gauche », dit-il, insistant sur le
fait que « le champ de bataille des
prochains mois devra être celui des
pro-européens de gauche ». Objectif : récupérer les électeurs socialistes partis suivre La République en
marche. Moscovici pourrait voir sa
candidature renforcée en interne
s’il devenait après l’été le « spitzenkandidat » (candidat tête de liste)
des partis socialistes en Europe.
Mais d’autres noms circulent et
d’autres candidatures se font
connaître, comme celle de l’ex-ministre du Budget Christian Eckert.
Les écologistes, qui ont le vent en
poupe dans les enquêtes d’opinion,
ont, eux aussi, rendez-vous les 9 et
10 juin pour un conseil fédéral axé
sur les européennes. Il s’agit notamment de trancher la stratégie. Fautil partir seul ou accompagné ? « La
direction d’EELV veut une alliance
avec Benoît Hamon mais elle est minoritaire et les sondages ne plaident
pas pour cette option », observe un
cadre du parti. L’ancien socialiste
plafonne dorénavant à 2 %, de quoi
inverser le rapport de force.
Deux eurodéputés EELV sortants,
Yannick Jadot et Karima Delli, se
disent disponibles pour porter une
liste EELV sans Benoît Hamon. « Il
n’y a pas d’animosité avec Génération-s mais nous on est là pour porter
des sujets européens et l’écologie, et
non dans une optique de tremplin
pour gagner des parts de marché à
gauche avec d’autres élections dans
le viseur », tance un proche de Yannick Jadot.
Du côté des hamonistes, on élude
en attendant l’issue du conseil fédéral des écologistes. Des discussions
ont également lieu avec les communistes qui ont désigné dimanche
Ian Brossat, l’adjoint d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris, comme tête
de liste pour ce scrutin. Quant à
Noël Mamère, il a récemment envoyé un appel du pied dans Le Monde pour mener une liste de rassemblement Génération-s/EELV. « Si je
peux rendre service, je le ferai. »
Quid du rassemblement ? « Ils
cherchent des gens mais à chaque
fois ça finit sur moi », se permet-il
de dire. À gauche, si tous les mouvements disent espérer y voir plus
clair à la rentrée, c’est pour l’instant
le brouillard qui domine. ■
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LE FIGARO
lundi 4 juin 2018
L'ÉVÉNEMENT
européennes
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Le péril électoral européen
du chef de l’État
tion d’une liste indépendante ?
rait se servir d’une candidature, même
improbable, pour négocier un retour en
force du MoDem au gouvernement. À
Pau, son entourage croit d’ailleurs que
seul un poste de ministre pourrait empêcher sa candidature aux municipales en
2020. On estime aussi que le président du
MoDem n’a pas encore digéré le projet
présidentiel de révision constitutionnelle. Vivre avec le sentiment de ne pas
peser suffisamment dans les décisions du
gouvernement ou se sentir aussi mal traité que les groupes d’opposition, comme
l’ont parfois dénoncé les parlementaires
centristes, pourrait susciter l’envie de
s’affranchir du pouvoir.
Une envie complexe, puisqu’elle prendrait le risque de faire capoter la stratégie
de l’axe central, méthodiquement concoctée à l’Élysée. ■
E. G.
our Emmanuel Macron,
les sondages sont peut-être
flatteurs, mais ils sont
trompeurs. L’enquête
réalisée par l’institut Elabe promet
en effet la première place à la liste
de La République en marche. Mais,
paradoxalement, cette estimation,
à un an de l’échéance, a de quoi
inquiéter le chef de l’État.
Les intentions de vote pour les
européennes - 24 % pour LaREM,
19,5 % pour le Rassemblement
national de Marine Le Pen - sont
assez voisines des résultats de la
présidentielle. Ce serait au mieux une
confirmation, pas une amplification,
alors que le premier devrait toucher
les dividendes de la victoire
et la seconde payer l’addition de la
défaite. De plus, c’est une constante,
le score accordé au parti au pouvoir
s’érode toujours à mesure
que le scrutin approche.
Ce score de départ est d’autant
plus moyen que le chef de l’État a fait
de l’Europe la grande cause de son
mandat. Et que, par son discours de
refondation de l’Union et sa stratégie
de fusion des Européens de tous les
camps, il a lui-même fixé la barre très
haut. De ce fait, jamais président de la
République ne se sera placé à ce point
en situation d’être identifié à la liste
de son parti. Hasard de calendrier,
il est aussi le seul président à avoir
les européennes pour premier
rendez-vous électoral national.
Ce qui renforcera la dimension
de référendum pour ou contre
Macron de ce vote. Ce danger est
d’autant plus fort qu’il a fait le choix
tactique d’une liste rassemblant tous
ceux qui partagent sa vision et ses
propositions pour l’Europe. C’est le
cas d’Alain Juppé, des plus européens
des Républicains, des centristes et
autres « constructifs », même si l’UDI
feint de vouloir présenter une liste
centriste autonome. En effet, la future
liste macroniste ne sera pas la liste
de La République en marche, mais
les prémices d’une majorité élargie et
destinée à briser un peu plus la droite.
Ces européennes sont conçues
comme l’acte II de la recomposition
politique. Ce qui oblige à dépasser
très largement le plancher de la
présidentielle. Sauf à démontrer
que les futurs ralliés n’apportent rien
à Macron au-delà d’eux-mêmes.
Le premier impératif pour le chef
de l’État est donc moins de trouver
de nouveaux alliés que de porter
un discours qui crée un élan nouveau
autour de la cause européenne. Ce
qu’il a tenté de faire avec ses discours
(Athènes, la Sorbonne, Strasbourg).
Or force est de constater que
sa difficulté à faire bouger
ses partenaires, à commencer
par l’Allemagne, et la propension
des dirigeants de l’Union à redoubler
d’arrogance à mesure que les peuples
expriment leurs doutes ou leurs
colères - on le voit encore avec
le vote des Italiens - n’aident pas
à créer cette dynamique. Enfin, parce
qu’il s’est fait fort de réenchanter
le rêve européen, Emmanuel Macron
ne sera pas uniquement comptable
du score de la liste LaREM, mais
aussi, et peut-être plus encore,
du niveau de l’abstention, laquelle
dépasse allègrement les 50 %
aux européennes. Qu’elle recule,
et il pourra se vanter d’avoir réveillé
l’intérêt des Français pour ce sujet.
Mais qu’elle reste à ce niveau
serait un désaveu du cœur même
du macronisme. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
A
P
ses intentions en faveur de l’union des
forces MoDem-LaREM. Une candidature
indépendante aux européennes est-elle
écartée définitivement ? « Il n’ira jamais.
C’est impensable », confie-t-on à l’UDI
où Bayrou est jugé « pieds et poings liés »
par la majorité présidentielle et les députés élus sous l’étiquette MoDem plus redevables à Macron qu’à Bayrou. À droite,
certains pensent que l’élu béarnais pour-
3
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lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
LR planchera sur l’Europe le 30 juin
WAUQUIEZ ÉCRIT
À JUPPÉ, RAFFARIN
ET PÉCRESSE…
Le prochain conseil
national posera
les premières pierres
du projet avant
la question de la liste.
Après les critiques formulées
par plusieurs ténors sur la ligne
de LR dans la perspective des
européennes, Laurent Wauquiez
a écrit, selon les informations du
Figaro, à plusieurs personnalités :
Jean-Pierre Raffarin, Alain Juppé,
Valérie Pécresse… « J’ai pris
connaissance avec grand intérêt
de l’analyse que vous avez
développée dans les médias
sur les questions européennes »,
leur écrit-il, en les invitant à
débattre au sein du parti, le 30 juin
à Menton. « Notre conseil national
sera l’occasion d’initier
notre réflexion collective sur
l’orientation que nous souhaitons
donner au projet européen »,
fait-il valoir en souhaitant qu’un
« véritable débat, respectueux
des convictions de chacun,
puisse s’engager au sein de notre
mouvement ». « Il devra faire
émerger de nouvelles idées
répondant aux aspirations des
Français, loin des simplifications,
postures et caricatures
qui caractérisent trop souvent
le débat politico-médiatique »,
poursuit Wauquiez…
en souhaitant que ces ténors
fassent « bénéficier » à LR
de leur analyse. « Je vous invite à
nous faire parvenir, sous la forme
qui vous semblera opportune, une
contribution qui nourrira notre
réflexion collective » et qui
« complétera utilement » les
travaux de LR. Façon de renvoyer
la responsabilité d’un échec…
à ces personnalités.
M. M.
EMMANUEL GALIERO £@EGaliero
LAURENT WAUQUIEZ n’a entamé aucune
discussion sur les candidatures potentielles envisagées pour les européennes. Certains noms ont circulé (Virginie Calmels,
Damien Abad, Jean Leonetti…), mais le
président des Républicains veut d’abord
faire émerger un projet et les grandes lignes d’un consensus interne. Sans surprise, Jean Leonetti, le président du conseil
des sensibilités, sera chargé d’élaborer un
texte où « chacun pourra se reconnaître ».
Ces premiers mots fondateurs seront exprimés peu avant le conseil national sur
l’Europe, organisé le 30 juin. « Nous sommes européens et nous sommes lucides sur
ce qu’il faut changer dans cette Union européenne », résume le maire d’Antibes. Selon
lui, l’émergence d’un corpus de propositions ne fait aucun doute et pour être
audible, le mouvement s’est fixé une règle :
les tribunes sur l’Europe devront être désormais exprimées au nom des sensibilités
LR. « Nous voulons parler d’une seule voix
dans la diversité », explique Leonetti.
Il sera sans doute difficile pour Les Républicains de maîtriser toutes les tribunes
sur l’Europe issues de leurs rangs, mais ils
veulent éviter le plus possible que le débat
se fasse à l’extérieur du mouvement. Le
30 juin est d’ailleurs annoncé comme le
point de départ d’un débat interne où
chacun s’exprimera.
Wauquiez n’est pas pressé de choisir
celles et ceux qui porteront le projet. Celui-ci commencera à apparaître en octo-
Pour les européennes, Jean Leonetti, le président du conseil des sensibilités chez Les Républicains, sera chargé d’élaborer un texte
où « chacun pourra se reconnaître ». VINCENT ISORE/IP3
bre, et les Français ne se sentiront concernés par l’élection de mai 2019 qu’à partir
de février ou mars. Concernant la tête de
liste, le président de LR n’a qu’une certitude : il ou elle devra incarner une ligne en
phase avec les priorités des droites européennes. Et selon lui, le Parti populaire
européen mettra deux thèmes en avant :
l’immigration et la préférence communautaire, deux sujets jugés « au cœur » du
positionnement de Laurent Wauquiez. Les
candidats de la liste LR ne pourront pas
être en contradiction avec le projet du PPE.
Et si certains le pressent de se présenter, lui
a toujours expliqué vouloir rester président de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Wauquiez est certain que son parti sera le
seul français affilié au PPE. « Il n’a aucun
doute sur le sujet », glisse l’un de ses
conseillers, alors que des démarches ont
été entreprises chez les Constructifs d’Agir
qui souhaitent intégrer le parti des droites
européennes. Il y a quinze jours, en bureau
politique, le président LR a évoqué la situation en Italie en la jugeant révélatrice
d’une réalité constatée en Europe, du
Brexit à l’Autriche à la poussée de l’AfD en
Allemagne. « À force d’utiliser le mot “populisme” comme invective pour mieux refuser d’écouter les peuples, on aboutit à ces
résultats électoraux. L’Italie est une bonne
illustration. C’est un message. Il ne faut pas
faire semblant d’écouter le peuple, sinon il
renverse la table », a-t-il considéré.
Rétablir la confiance
des électeurs
Côté stratégie, Les Républicains comptent
exploiter le positionnement de leurs adversaires. Selon eux, le « fédéraliste » Macron voudra transformer ce scrutin en un
référendum national basé sur une ques-
tion binaire : pour ou contre l’Europe.
« Pour nous, l’enjeu sera de briser ce message, car la vraie question est celle de l’avenir de la France en Europe », explique un
proche de Wauquiez.
La droite se dit « lucide » face aux projections qui la situent en 3e ou 4e place du
scrutin européen. Elle mesure également
l’ampleur de son propre chantier pour rétablir la confiance des électeurs, mais les
élections de mai 2019, les premières depuis la présidentielle, seront la « première
étape de la reconstruction ». À tous ceux
qui anticipent ce rendez-vous électoral
comme la première évaluation risquée de
la ligne Wauquiez, ses partisans rappellent que son mandat à la tête de LR durera
cinq ans et répondent par une question un
brin provocatrice : « Si le résultat d’En
marche ! aux européennes est mauvais,
Macron devra-t-il démissionner ? » ■
Chez les souverainistes, le long chemin de croix du rassemblement
RASSEMBLEMENT NATIONAL cherche alliés, pas sérieux s’abstenir… Actant le nouveau nom de son parti, choisi pour incarner
la volonté d’unir les « patriotes » de tous
horizons, Marine Le Pen avait jeté jeudi une
première ligne à l’eau en appelant le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan à nouer un
pacte pour les européennes. Mais le président de Debout la France, qui ne cesse luimême de prôner une grande coalition des
droites inspirée du modèle italien, a re-
poussé dimanche la main tendue de l’excandidate à la présidentielle. « Aujourd’hui,
c’est non à la cuisine politicienne », a-t-il
déclaré sur France 3.
Concrètement, Marine Le Pen souhaiterait rédiger à quatre mains une charte de
transformation de l’Union européenne en
vue d’une liste commune avec Debout la
France. « Sa proposition n’est pas à la hauteur de l’enjeu historique qui est devant nous.
L’enjeu, c’est comment on va refonder l’Europe et sauver la France. Ça nécessite un
projet », a répondu Nicolas DupontAignan, refusant de « partir aux européennes sur un programme bancal et pas clair ».
Le patron de Debout la France veut « sortir
du seul tête-à-tête avec Marine Le Pen » et
défendre avant toute chose le travail « sérieux » mené avec sa propre plateforme de
rassemblement, baptisée Les Amoureux de
la France, et à laquelle le Parti chrétien-démocrate (PCD) et le Cnip ont adhéré. « On
part d’abord du projet : qu’est-ce qu’on veut
pour les Gafa, pour les frontières… Une fois
que ce projet sera achevé, à la fin de l’été, je
l’enverrai à tous les responsables politiques :
Laurent Wauquiez, Marine Le Pen… J’espère
qu’elle aura travaillé de son côté, qu’elle aura
clarifié sa position sur l’euro notamment. »
FREDERIC BUKAJLO/RTL/SIPA PRESS
JIM JARRASSÉ £@jimjarrasse
ET CHARLES SAPIN £@csapin
Rapport de force
De quoi agacer sérieusement la présidente
du Rassemblement national, invitée dimanche du « Grand Jury RTL-Le FigaroLCI ». « Je vais attendre avec grand intérêt
de voir le projet de Nicolas Dupont-Aignan,
mais nous avons déjà travaillé ensemble, et
l’euro faisait partie des sujets communs de la
présidentielle », a-t-elle répliqué en direction de celui qui l’avait soutenue lors de
l’entre-deux-tours. « Nous devons montrer
Marine Le Pen, dimanche, sur le plateau
du « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI ».
que nous ne nous servons pas des européennes comme d’un tremplin en vue de la présidentielle […] Si malgré les discours sur le
rassemblement qu’il fait en toutes circonstances, il souhaite partir seul, nous rassem-
blerons quand même des gens qui viennent
de l’ancienne droite ou de l’ancienne gauche », a-t-elle poursuivi, cherchant à faire
porter à Dupont-Aignan la responsabilité
de la désunion. « Il passe son temps à nous
dire de faire une liste commune, on lui dit
qu’on est pour. Et là, il ne veut plus la faire. Il
a beau être populaire dans notre électorat,
les gens vont être courroucés », tance un
proche de Marine Le Pen.
« Personne ne me fera passer, notamment
aux yeux des électeurs FN, comme un diviseur », a répliqué Nicolas Dupont-Aignan.
« Il y a beaucoup de gens qui apprécient ma
façon, peut-être plus sérieuse, moins flamboyante, de faire de la politique », a ajouté
celui qui vient d’enregistrer le ralliement
de l’eurodéputé Bernard Monot, cheville
ouvrière du programme économique de
Marine Le Pen. Reste qu’électoralement,
Debout la France pèse peu dans le rapport
de force face au RN. Commentaire cinglant
dans l’entourage de Marine Le Pen : « Un
mouvement qui fait 20 %, ne se range pas un
beau jour derrière un mouvement qui en fait
5. Ça ne marche pas comme ça. » ■
Le pari existentiel de Macron à Bruxelles
JEAN-JACQUES MÉVEL £@jjmevel
A
CORRESPONDANT À BRUXELLES
LE COUP de tonnerre romain confirme
l’intuition : à l’échelle du continent, le
condominium droite-gauche est à l’agonie
et l’avenir politique de l’UE va se jouer,
dans onze mois, sur un affrontement entre
ceux qui entendent moderniser le système
à marche forcée et ceux qui cherchent à le
dynamiter. Ce sera Emmanuel Macron et
une alliance aux contours encore flous,
contre l’Italien Matteo Salvini, le Hongrois
Viktor Orban ou encore le Polonais Jaroslaw Kaczynski.
Il a fallu douze mois à Emmanuel Macron
pour disloquer le paysage hexagonal, au
bout de quarante ans d’alternance droitegauche. Deux ans plus tard, c’est désormais
l’horizon européen qu’il embrasse, avec
l’élection de 705 députés à Strasbourg, un
Parlement diminué par le départ planifié
des Britanniques. L’ambition reste la
même : ouvrir un espace politique entre les
deux forteresses conservatrice et socialedémocrate, celles qui font la loi dans l’UE
depuis deux générations. Les premiers
pointages pour mai 2019 montrent que les
deux grands partis n’auront plus, ensemble, la majorité dans l’hémicycle. Une révolution. Le scrutin auquel sont convoqués
350 millions d’électeurs européens changera indirectement tous les visages du pouvoir à Bruxelles, Strasbourg, Luxembourg
et même Francfort. Pour le président français, le défi se présente autrement. Il ne
s’agit plus de s’emparer à la hussarde d’un
fauteuil à l’Élysée. Mais de faire émerger un
parti à la proportionnelle, de parlementer
pied à pied et pour finir d’aboutir avec
26 autres États.
La rhétorique anti-européenne fleurit
dans les capitales et elle prospère à Strasbourg dans au moins trois groupes politiques paneuropéens : l’Europe des Nations
et Libertés (Le Pen et Salvini), l’Europe de
la Liberté et de Démocratie directe (dont les
Italiens de Cinq étoiles) les Conservateurs
et Réformistes européens (avec les Polonais
du PiS). Sans oublier Viktor Orban, pilier
du Parti populaire européen, le groupe
conservateur d’Angela Merkel, Silvio Berlusconi et Laurent Wauquiez.
Où sont les troupes de Macron ? Dégrisé,
l’Élysée a renoncé dès l’an dernier à lancer
un mouvement En marche ! à l’échelle
européenne, avant les élections. « Je n’ap-
partiens à aucune formation représentée ici,
c’est conforme à ma position de président de
la République et cela me donne de la liberté », confirmait récemment le chef de
l’État dans l’hémicycle. Le préalable est
que LaREM gagne haut la main le test électoral de mai 2019, en raflant le plus possible
des quelque 80 sièges que l’Hexagone doit
pourvoir.
Tout se jouerait ensuite dans une recomposition générale, dès que le scrutin aura
bousculé les grands partis européens et
ouvert une autre dynamique. Les travaux
d’approche ont commencé l’an dernier.
« Il s’agit de rassembler les progressistes de
droite, de gauche et du centre en Europe,
avance Pieyre-Alexandre Anglade, jeune
député et poisson-pilote de LaREM à
Bruxelles comme à Strasbourg. L’ambition
est de refonder l’Europe autour de quelques
priorités pour les cinq années à venir. » La
refonte de la zone euro bien sûr, la défense
européenne, la protection des frontières de
l’UE, le climat et le numérique. C’est aussi
un pari existentiel : si un président jeune,
énergique et viscéralement européen ne
parvient pas à remettre l’UE sur les rails,
c’est sans doute qu’elle ne peut pas être
sauvée. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 4 juin 2018
INTERNATIONAL
5
Matteo Salvini
fixe un cap
antimigrants
à l’Italie
« Les clandestins doivent faire leur valise »,
a déclaré le chef de la Ligue, à peine
nommé ministre de l’Intérieur.
RICHARD HEUZÉ
ROME
EUROPE « La planque, c’est fini. Les
clandestins doivent faire leurs valises et
partir dans le calme » : dimanche en
Sicile, comme la veille lors d’un meeting à Vicence, en Vénétie, Matteo Salvini a choisi ses mots avec soin. À Catane, puis dans le centre de réfugiés de
Pozzallo qui venait de recevoir 158 migrants, en majorité des Algériens, débarqués au petit matin, le ministre de
l’Intérieur et vice-président du Conseil
a proféré de lourdes menaces en parlant
de sécurité et de migrants qu’il faut
renvoyer chez eux.
Le chef de file des souverainistes italiens a annoncé qu’il ferait fermer les
ports italiens aux navires des organisations humanitaires ayant secouru des
migrants en mer. Pour lui, ces ONG sont
des « complices des trafiquants ». Samedi, il avait annoncé qu’il réduirait « de
six milliards d’euros » les budgets alloués à l’accueil des migrants, faisant au
passage une erreur de calcul. En effet,
ces budgets pour 2018 ne dépassent pas
4,6 milliards d’euros et comprennent
aussi les coûts de logistique, d’entretien
des camps, du reclassement et des expulsions.
Pas un mot sur le fait que les débarquements ont fortement diminué depuis
le début de l’année : on compte 7 814 arrivées, 78 % de moins que l’année précédente (36 781). Ce ralentissement, résultat d’une meilleure surveillance des
côtes au départ d’Afrique du Nord,
n’empêche pas Matteo Salvini de tirer à
boulets rouges sur la Tunisie « qui ne
joue pas le jeu ». Et de promettre d’expulser en masse les 500 000 clandestins
présents en Italie. Il s’en est, à nouveau,
pris à la Commission européenne « qui
veut imposer 100 000 immigrés de plus à
l’Italie ». « La Sicile ne deviendra pas le
camp de réfugiés de l’Europe », a-t-il
proclamé en annonçant l’ouverture
prochaine de centres d’expulsions.
Samedi, sans perdre de temps, le chef
de la Ligue (extrême droite), qui cumulera cette fonction avec son activité de
ministre, avait pris ses fonctions au
Viminale (la Place Beauvau italienne), à
peine fini l’impeccable défilé militaire
qui a marqué à Rome la Fête de la République, en présence du chef de l’État et
du gouvernement au grand complet. Il
avait applaudi à tout rompre au passage
des insignes militaires, mais s’était abstenu devant le drapeau de l’Europe. « Je
n’applaudirai que quand l’Italie redeviendra un protagoniste en Europe »,
avait-il lancé.
Matteo Salvini,
dimanche, à Catane.
ORIETTA SCARDINO/AP
avant de pouvoir dire qu’on va en expulser
ne serait-ce que 100 000. »
Peu soucieux de laisser Matteo Salvini
seul à la manœuvre, son frère jumeau en
coalition, Luigi Di Maio, lui aussi viceprésident du Conseil et ministre du Développement économique, s’est rendu
dimanche en Sicile, à Messine et à Catane, pour soutenir également ses candidats aux municipales de dimanche prochain. Le leader du Mouvement 5 étoiles
(M5S) a détaillé ses premières réformes,
le « revenu de citoyenneté » qu’il lancera
immédiatement et la relance du marché
de l’emploi avec une attention spéciale
pour les jeunes. Deux mesures très attendues dans une Sicile fortement
éprouvée par la crise économique. Luigi
Di Maio s’est félicité « que pour la première fois depuis 1994, un gouvernement
se mette en place sans compter ni inculpé
ni condamné dans ses rangs ».
Cela n’est pas exact : les gouvernements de Mario Monti en 2011 et de
Paolo Gentiloni en 2016, entre autres,
étaient dans le même cas. Samedi soir, à
Rome, une petite foule de supporteurs
du M5S s’est formée dans le centre. La
manifestation avait été convoquée mardi dernier par Luigi Di Maio pour protester contre le comportement du chef de
l’État dans la crise politique. Samedi
soir, Beppe Grillo, le fondateur du M5S,
a appelé ses militants à renverser les
pancartes : « Ne criez plus : “à bas Mattarella”. Dites : “vive Mattarella”. » ■
EN BREF
Mali : une manifestation
de l’opposition réprimée
L’opposition au Mali a réclamé
la démission du premier ministre
après la répression samedi d’une
manifestation, interdite, qui a fait
selon elle une trentaine de blessés,
à deux mois de l’élection
présidentielle.
Violences au Nicaragua
Les violences au Nicaragua
ont fait samedi six morts,
dont un Américain de 48 ans,
et de nombreux blessés.
Baisser de ton
Le soir, il s’est donc rendu à Vicence,
pour soutenir ses candidats dans des
élections locales, dimanche prochain. Il
faut « renvoyer les clandestins. Pas ceux
qui sont en situation régulière, et qui sont
les bienvenus », a-t-il dit.
Ses propos suscitent l’inquiétude.
« Nous ne pouvons pas devenir une Hongrie au centre de la Méditerranée », lance
Marco Minniti, son prédécesseur (démocrate) au ministère de l’Intérieur.
C’est lui qui avait signé l’an dernier des
accords avec les chefs de tribu libyens
permettant de tarir en bonne partie
l’exode migratoire. Un dirigeant de la
Ligue, lui aussi ex-ministre de l’Intérieur, Roberto Maroni, l’invite à baisser
de ton : « Renvoyer des gens chez eux
n’est pas facile. Avec la Tunisie, il existe
des accords. Pas avec la Libye. Attendons
DE CRISE EN CRISE, Angela Merkel agit
toujours avec le même calme apparent.
Samedi, la chancelière a donc téléphoné, comme le veut la tradition, au nouveau président du Conseil italien, Guiseppe Conte, pour le « féliciter » de sa
nomination. Elle l’a invité à venir
« bientôt » à Berlin. Les formules, froides et protocolaires, laissent entrevoir
le fossé entre Rome et Berlin, accusé par
la Ligue ou le M5S de vouloir imposer sa
politique à la péninsule.
Angela Merkel n’a pas relevé. « Mon
expérience m’a appris qu’il était toujours
préférable, dans les discussions, de se
concentrer sur les faits », a-t-elle expliqué dimanche dans une interview à la
Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung.
« En discutant, nous avons toujours trouvé des solutions », ajoute-t-elle en évoquant la crise grecque de 2015.
Avertissement à Rome
Le défi populiste en Italie pousse Angela
Merkel à sortir de son silence sur l’avenir de l’Europe. Si l’union monétaire est
« un bien commun » aux États membres
de la zone euro, « la solidarité entre partenaires européens ne peut jamais aboutir
à une union des dettes », prévient-elle,
en traçant la limite infranchissable par
l’Allemagne. La solidarité doit permettre « d’aider à s’aider soi-même », ajoute-t-elle. C’est un avertissement adressé à Rome. Pour aider l’Italie, Angela
Merkel se dit disposée à « discuter » avec
son nouvel homologue « du chômage des
jeunes », toujours particulièrement élevé en Italie, fait-elle remarquer.
L’irruption italienne dans le débat
européen a bouleversé les plans d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron en
renforçant les inquiétudes des Allemands, qui craignent de faire les frais
d’une intégration européenne sans
contrepartie. L’opinion publique s’est
raidie contre Rome, à l’image de la dernière couverture un rien condescendante du Spiegel : un spaghetti transformé en corde de pendu. Mais la
chancelière et le président ne peuvent
pas renoncer à leur calendrier, et ils
voudraient annoncer dans moins d’un
mois une « feuille de route » pour relancer l’Union. Dans cette interview, la
chancelière trace les contours d’une
position : politique d’asile européenne,
initiative de défense commune… En ce
qui concerne la zone euro, ses propositions sont limitées. Elle se déclare favorable à un « budget d’investissements »
de « plusieurs dizaines de milliards
d’euros » permettant de renforcer la
convergence économique entre les
États. Emmanuel Macron envisageait
plusieurs centaines de milliards d’euros.
Angela Merkel réitère aussi son souhait de transformer le Mécanisme européen de stabilité en Fonds monétaire
européen (FME) organisé de « manière
intergouvernementale ». Celui-ci pourrait agir à long terme et disposer d’une
ligne de crédit à court terme, « par
exemple de cinq ans », permettant aux
États de faire face à des chocs conjoncturels. Mais la chancelière précise les
conditions : le FME devra avoir un droit
de regard sur la dette des pays « et disposer des instruments » pour la rendre de
nouveau soutenable. En clair : pouvoir
imposer des réformes si nécessaire. ■
A
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
1
Pour Merkel, la solidarité
« n’est pas l’union des dettes »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Trump dans de meilleures dispositions envers Kim
Après l’avoir annulé, le président américain est d’accord pour un sommet avec le leader nord-coréen, afin d’engager « un processus ».
DIPLOMATIE Une semaine après avoir
annulé son projet de rencontre historique avec Kim Jong-un, Donald Trump a
officiellement réinscrit à son agenda le
rendez-vous du 12 juin à Singapour. Sa
décision a été annoncée après un entretien d’une heure vingt vendredi dans le
Bureau ovale avec le général Kim
Yong-chol, numéro deux du régime.
Cet émissaire lui a remis une lettre du
« Leader suprême », imposante par son
format, mais apparemment anodine
dans son contenu : selon le Wall Street
Journal, elle se borne à réaffirmer l’intérêt de Kim pour une rencontre en
évitant toute concession ou menace.
Trump, qui avait spontanément qualifié
ce message devant la presse de « très
aimable et très intéressant », s’est
contredit quelques instants plus tard en
avouant qu’il n’avait pas encore ouvert
la méga-enveloppe.
Pour formelle qu’elle soit, cette façon
de faire amende honorable a suffi à désamorcer le courroux du président
américain. Il avait suspendu le rendezvous de Singapour, en dénonçant
« l’hostilité ouverte » des déclarations de
Kim Jong-un, mais sans interrompre
les préparatifs du sommet. Une délégation américaine s’est rendue la semaine
dernière à la frontière des deux Corées,
tandis que le conseiller adjoint à la sécurité nationale, Joe Hagin, s’occupait
de la logistique à Singapour et que le secrétaire d’État, Mike Pompeo, dînait
avec Kim Yong-chol à New York.
Plus de souplesse
Alors que Pompeo et le directeur de cabinet de Trump, John Kelly, étaient
présents vendredi dans le Bureau ovale,
John Bolton, le conseiller à la sécurité
nationale, est resté à l’écart – une absence très visible. Réputé sceptique sur
les vertus de la diplomatie avec la dynastie des Kim, qui ne lui voue que « répugnance » en retour, il a failli faire dé-
railler le sommet en préconisant « le
modèle libyen » d’un désarmement unilatéral – vu par Pyongyang comme un
contre-exemple absolu.
Il semble que Donald Trump soit disposé à plus de souplesse. Le régime de
sanctions qu’il crédite d’avoir conduit
Pyongyang à négocier ? « Cela va rester
tel quel, [mais] je ne veux même pas utiliser le terme de pression maximale parce
qu’on s’entend bien. Vous voyez la relation qu’on a… »
L’objectif du sommet? « C’est un processus. Je n’ai jamais dit que ce serait réglé en une rencontre. On ne va pas arriver le 12 et signer quelque chose. C’est le
début d’un processus. » Pour autant,
poursuit-il en évoquant un possible
traité de paix, « je crois que ça va être un
très grand succès ».
D’ici là, des questions de logistiques
délicates doivent être réglées. Ultrasensible au fait d’être traitée sur un pied
d’égalité, la partie nord-coréenne
compte séjourner dans le luxueux hôtel
Fullerton, où une suite présidentielle
coûte 6 000 dollars la nuit. Or l’État paria, désargenté, demande qu’une tierce
partie paie la note. Washington y serait
prêt, mais cela risquerait d’être humiliant… Les Américains ont donc sollicité
Singapour. ■
PH. G. (À WASHINGTON)
L’Arabie peine
à faire plier
le Qatar
Un an après le déclenchement de la crise,
Riyad fait pression sur les Occidentaux
et menace Doha d’une « escalade militaire ».
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
GOLFE Le minuscule mais richissime
émirat gazier n’a pas plié aux injonctions de ses voisins qui sont, aujourd’hui, en colère. Le 5 juin 2017, l’Arabie
saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et l’Égypte isolaient le Qatar du
reste du monde, lui reprochant de financer le terrorisme et de s’être rapproché de l’Iran chiite, l’ennemi des
monarchies sunnites du Golfe. Une longue liste de treize exigences lui était
imposée (fermeture de la chaîne de télévision al-Jazeera, rupture des relations diplomatiques avec Téhéran, expulsion d’islamistes liés aux Frères
musulmans…). Un an après, le Qatar ne
s’est soumis à aucune de ces exigences.
Doha réclame le dialogue, mais, au
préalable, Riyad et Abu Dhabi exigent
des réponses à leurs injonctions. Bref,
alors que la médiation koweïtienne n’a
rien donné, c’est le statu quo. Un statu
quo qui gêne Donald Trump, l’allié des
pétromonarchies, et à un degré moindre, Emmanuel Macron.
Dans sa guerre contre l’Iran, devenue
la priorité de Trump au Moyen-Orient,
le président américain a besoin que le
Golfe présente un front uni contre
« l’ennemi chiite ». En septembre,
Trump compte donc réunir aux ÉtatsUnis les protagonistes de la crise pour
trouver une issue à cette guerre froide
qui menace la stabilité de la seule région
au Moyen-Orient encore épargnée par
les violences. « Nous comprenons Donald
Trump, confie au Figaro, Anwar Gargash, le secrétaire d’État aux Affaires
étrangères des Émirats arabes unis, mais
notre priorité est différente, le Qatar doit
d’abord se plier aux conditions que nous
lui avons posées. » Même si le climat des
affaires n’est plus aussi favorable, Doha
a su résister au blocus. L’émirat, qui dépendait jusque-là de ses voisins, a cherché ailleurs ses produits alimentaires,
importés aujourd’hui de Turquie, du
Maroc et d’Iran. La crise a même produit
l’effet contraire à celui recherché par
Riyad et Abu Dhabi : elle a poussé Doha à
se rapprocher de Téhéran, avec lequel le
Qatar partage un immense champ gazier
dans les eaux du Golfe.
Pendant cette année, « nous avons
compté nos amis », confiait récemment
un proche de l’émir Cheikh Tamim. Son
300 km
100 km
IRAN
BAHREÏN
Doha
Golfe
Persique
Abu Dhabi
Qatar
ÉMIRATS
ARABES UNIS
ARABIE
SAOUDITE
Infographie
Signe d’un assouplissement récent de la position américaine envers Doha, l’émir du Qatar, Tamim Ben Hamad al-Thani, a été reçu,
en avril, à la Maison-Blanche, à Washington par Donald Trump. QNA/ANADOLU AGENCY
père, Hamad, l’architecte du Qatar moderne, avait contracté des « polices
d’assurance » en s’alliant, à partir des
années 1995, avec les grands pays occidentaux, dont les États-Unis – qui disposent au Qatar de 11 000 soldats –, la
France – signataire d’un accord de défense avec Doha -, et la Grande-Bretagne - principale terre d’investissements
qatariens en Europe.
Des contrats militaires
tous azimuts
Durant cette année de crise, « ces polices
d’assurance ont bien fonctionné »,
constate un diplomate, fin connaisseur
du Qatar. En signant fin 2017 pour
11 milliards d’euros de contrats avec la
France d’Emmanuel Macron, Doha a obtenu la neutralité de Paris. Et, sauf sur la
question du financement du terrorisme
qui reste une priorité du chef de l’État,
Macron ne critique plus un pays qu’il
n’avait pas épargné durant sa campagne
électorale. Aux États-Unis, Doha a également acheté pour 12 milliards de dollars
d’avions de combat F-15, et en GrandeBretagne pour 5,5 Mds de dollars d’autres
avions Typhoon. Face au danger qui le
menace, le Qatar s’est surarmé. Mais
l’interconnexion de ses investissements
avec ses alliés fait de l’émirat un partenaire incontournable pour ceux-ci.
Tout autant que ses voisins - mais avec
plus de succès - le Qatar a multiplié les
investissements dans la communication
en Europe et aux États-Unis pour plaider
sa cause, et finalement remporter la bataille des relations publiques. Malgré ces
revers, Saoudiens et Émiriens restent
déterminés à faire rendre gorge au remuant Qatar. Mais aux États-Unis,
Trump n’est plus aussi critique envers
Doha qu’il y a un an. Il a reçu récemment
l’émir qu’il a félicité pour ses efforts de
contrôle du financement de groupes islamistes. Progressivement, le front antiDoha voit ses angles d’attaques se réduire. D’où la dernière initiative du roi
Salman d’Arabie saoudite qui, dans une
lettre envoyée il y a dix jours à Emmanuel Macron et dont Le Figaro a eu
connaissance, demande au chef de l’État
de convaincre Doha de ne pas acheter le
système antimissiles russe S-400.
« Nous avons vérifié : les dirigeants
américains et britanniques ont reçu également une telle lettre », affirme un
autre diplomate français au Figaro. Une
missive qui embarrasse l’Élysée, pris en
tenaille entre deux alliés. « Le royaume
serait prêt à prendre toutes les mesures
nécessaires pour éliminer ce système de
défense, y compris une action militaire »
contre le Qatar, écrit le monarque
saoudien à Macron. Un ton menaçant
qui n’aurait pas plu au chef de l’État.
« Raison de plus pour plaider l’apaisement » dans cette crise qui dure, confie
ce diplomate. ■
ZOOM
Perpétuité en Irak pour
la Française Mélina Boughedir
La Française Mélina Boughedir
a été condamnée dimanche par un
tribunal de Bagdad à la perpétuité
pour avoir rejoint le groupe État
islamique (EI), une peine qui
équivaut à 20 années de réclusion
au regard de l’actuelle législation
irakienne. Âgée de 27 ans,
Mme Boughedir avait été déclarée
libérable en février à l’issue
d’un premier procès
pour « entrée illégale » en Irak.
Lors de son deuxième procès,
la Française, arrêtée durant l’été
2017 à Mossoul, était passible
de la peine capitale. Alors
qu’elle clamait son innocence,
la Cour a estimé qu’elle avait suivi
« en connaissance de cause »
son mari. Le ministre français
des Affaires étrangères,
Jean-Yves Le Drian, avait décrit
Mélina Boughedir comme
une « terroriste » de l’EI
ayant « combattu contre l’Irak ».
Dans ce dossier, Paris
a « une position impitoyable
qui rejoint (celle de) la justice
en Irak », ont déploré dimanche
les avocats de Mme Boughedir.
Un auteur de polar nommé Bill Clinton
L’ancien président publie ce lundi son premier livre de fiction, un thriller écrit avec l’auteur de best-sellers James Patterson.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
A
CORRESPONDANT À WASHINGTON
ÉTATS-UNIS Le mystère comme matière première et comme argument de
vente. Très peu de détails ont filtré sur
l’intrigue du thriller que Bill Clinton et
James Patterson publient ce lundi, The
President Is Missing (Le président a disparu). Marketing efficace : avant même
sa sortie, le livre est déjà en neuvième
position sur la liste des meilleures ventes d’Amazon aux États-Unis.
L’association entre l’ancien président
(1992-2000) et l’auteur de best-sellers,
tous deux âgés de 71 ans, garantit un ticket gagnant. C’est leur avocat commun,
Robert Barnett, qui en a eu l’idée. Cet
homme plein d’entregent, qui représente aussi les Obama, les Bush et d’autres,
a réussi à mettre d’accord leurs maisons
d’édition respectives, Knopf pour Clinton et Little, Brown pour Patterson : elles ont accepté de publier de concert ce
polar de 400 pages au succès programmé. Sa sortie en français est prévue mercredi 6 juin chez J.C. Lattès.
Bill Clinton est un lecteur avide : « Je
lis à ma table de travail, dans mon fauteuil, au lit, en avion et même en voiture »,
a-t-il confié au New York Times. Il avoue
un penchant prononcé pour les romans
policiers ou à suspense – « J’en ai lu des
milliers et des milliers » – qui l’inscrit
dans une tradition présidentielle remontant au moins à Abraham Lincoln,
fan de son contemporain Edgar Allan
Poe. La petite histoire veut que, lorsqu’il
était à la Maison-Blanche, le 42e président s’imposait deux ouvrages « sérieux » pour un thriller. Vers la fin de
son mandat, après l’épreuve de l’impeachment dans l’affaire Monica Lewinsky,
son ratio était passé à un pour un.
Trois jours terrifiants
Clinton est aussi un auteur à succès : il a
déjà signé quatre livres, dont des mémoires, Ma Vie, vendus à deux millions
d’exemplaires. Le président a disparu
est son premier ouvrage de fiction, mais
l’éditeur affirme qu’il « regorge d’informations que seul un ancien président
pouvait connaître. » « Parfois, quand
nous étions en train d’écrire ou de discuter d’un rebondissement, je suggérais
quelque chose que Jim trouvait trop exagéré, a-t-il raconté. Mais je lui disais :
sachant ce que je sais, ceci pourrait vraiment arriver. »
Toujours voilée de mystère, l’intrigue
se déroule à la Maison-Blanche et met
en scène un président en exercice aux
prises pendant soixante-douze heures
avec un complot colossal : il est question de cyberattaque terroriste, d’un
traître au sein même de la présidence et
d’une disparition du chef de la première
puissance mondiale, lui-même au rang
des suspects. Bref les trois jours « les
plus terrifiants de l’histoire politique
américaine, dit Bill Clinton. Et ça pourrait vraiment arriver. Je suis convaincu
que les lecteurs n’oublieront pas de sitôt
le président Jonathan Duncan ».
Avec un maître du suspense – et de la
promotion – tel que James Patterson,
cela ne fait guère de doute. À la tête d’un
« atelier » d’écriture qui tient presque
de l’usine, ce champion de l’édition
américaine a déjà publié quelque 150
ouvrages vendus à près de 370 millions
d’exemplaires. Cosignant fréquemment
ses livres, il a empoché plus de 700 millions de dollars de droits d’auteur, dont
95 millions en 2016, dernier chiffre
connu. Pour l’acquisition des droits
audiovisuels du « Président a disparu »,
les enchères ont démarré à 5 millions de
dollars. La chaîne Showtime l’a emporté
sans révéler le montant final.
Alors que les deux auteurs entament
une tournée de promotion à travers les
États-Unis, leurs confrères ayant eu le
privilège de lire l’ouvrage se montrent
très bienveillants. « Ce livre se déplace
comme Air Force One, c’est du lourd qui
va vite », dit Michael Connelly. « Je l’ai
lu d’une gorgée », assure Harlan Coben.
« Passionnant de bout en bout », approuve Mary Higgins Clark. James Patterson,
lui, affirme que « travailler avec le président Clinton a été le moment fort de (sa)
carrière ». Un tandem d’avenir ? ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 4 juin 2018
SOCIÉTÉ
7
À Provins, les
parents d’élèves
votent le retour
de l’uniforme
Cette idée du maire doit être validée par
les écoles pour être appliquée. Une mesure
encouragée par Jean-Michel Blanquer.
AGNÈS LECLAIR £@AgnesLeclair
ÉDUCATION Une ambiance à la « Harry
Potter » dans la cité médiévale ? La ville
de Provins, en Seine-et-Marne, pourrait
bientôt voir gambader dans ses rues quelque 759 écoliers tous vêtus d’un polo frappé de l’écusson de la ville, d’un pantalon
ou d’une jupe noire, d’un pull bleu ciel col
V ou encore d’une veste sweat-shirt bleu
marine. Les parents d’élèves des six écoles
publiques élémentaires viennent de voter
à plus de 62 % pour le port, non obligatoire, de l’uniforme. Soit 376 votants sur 609
familles concernées. La mesure pourrait
prendre effet après les prochaines vacances de la Toussaint. Mais pour l’instant,
rien n’est encore joué. Cette décision dépend en effet du conseil de chaque établissement, qui décidera ou non de l’inscrire dans son règlement intérieur.
L’idée de cette tenue unique émane du
maire LR de la ville, Olivier Lavenka. Elle
a germé en janvier, dans la foulée des déclarations du ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui avait
indiqué vouloir « permettre aux établissements qui le veulent de le développer ». Le
ministre avait alors cité en exemple l’internat d’excellence de Sourdun, une
commune de Seine-et-Marne proche de
Provins. Dimanche, il a de nouveau estimé que l’uniforme pouvait constituer une
« réponse » pour lutter contre la surenchère des marques à l’école. « Mais je n’en
fais pas l’alpha et l’oméga d’une politique
éducative », a tempéré Jean-Michel Blanquer sur BFMTV, avant d’exclure l’extension de cette initiative au niveau national.
Promotion de l’égalité, sens du collectif, marque d’une autorité retrouvée,
lutte contre le consumérisme… L’uniforme est paré de nombreuses vertus par
L’uniforme que les enfants des écoles primaires de Provins pourraient porter après les vacances de la Toussaint.
certains politiques, majoritairement de
droite. Le ministre d’Emmanuel Macron
est d’ailleurs loin d’être le premier à vanter ce code vestimentaire, très répandu
dans les pays anglo-saxons. En 2003,
Xavier Darcos, un de ses prédécesseurs,
l’avait mis en avant en plein débat sur le
port des signes religieux à l’école avant
d’y voir, en 2009, un « facteur d’intégration ». Le maire de Provins le juge pour sa
part « propice au climat scolaire » et défend un « très beau vecteur d’intégration
républicaine ». Mais malgré ces encouragements répétés, et les sondages montrant l’approbation d’une majorité de
Français, l’uniforme n’essaime pas dans
les écoles publiques, où il reste cantonné
aux établissements militaires et aux écoles d’outre-mer. « L’adhésion des Français au symbole de l’uniforme est une manière de s’exprimer en faveur d’une école
plus rigoureuse et dans un rôle de défense
des valeurs républicaines. Mais la mise en
œuvre de cette mesure est plus complexe
qu’il n’y paraît », prévient Jean-Rémi
Girard, vice-président du SNALC-FGAF.
VILLE DE PROVINS
pourrait subvenir aux familles qui en ont
besoin, précise le maire de Provins.
Les enseignants sont également loin de
se montrer tous favorables à cette pratique. « Enfiler un uniforme ne permet pas
d’effacer les inégalités sociales, c’est un
problème bien plus profond que celui de
l’apparence. Et puis il y a aura toujours des
différences marquées par les chaussures,
le cartable ou encore la voiture des parents, avertit Francette Popineau. L’uniforme véhicule l’image d’Épinal de l’école
fantasmée et trop idéalisée des hussards de
la République. » Une analyse partagée
par l’historien Claude Lelièvre. « L’idée
d’un retour à un passé “tout uniforme” relève du fantasme », dit-il en rappelant
« qu’il n’y a jamais vraiment eu d’uniforme en France » hormis dans quelques lycées et collèges publics « haut de gamme », mais plutôt « des blouses à l’école »
pour protéger les habits. ■
Un prix maximum de 145 euros
Le prix du trousseau, souvent jugé trop
élevé, fait notamment figure d’obstacle.
À Provins, le maire évoque un prix maximum de 145 euros pour une garde-robe
dix pièces. Une facture non négligeable
qui inquiète déjà certains parents d’élèves, même si le caractère obligatoire de
la tenue ne semble pas retenu. « Le coût
de l’uniforme n’est pas anodin, d’autant
plus que l’école publique est censée être
gratuite », pointe Francette Popineau,
secrétaire générale du Snuipp, principal
syndicat d’enseignants du primaire. Ce
coût serait néanmoins divisé par deux à
partir du deuxième enfant et la Caisse
centrale d’activités sociales (CCAS)
Comment Éric Woerth construit sa défense
Mis en examen pour financement illégal de la campagne de Sarkozy, il réfute les faits tout en s’interrogeant sur leur prescription.
JUSTICE Alors que Nicolas Sarkozy vient
de demander à la justice d’annuler, pour
vices de procédure, sa mise en examen
prononcée en mars dans l’enquête sur
des soupçons de financement libyen entourant sa campagne présidentielle de
2007, Eric Woerth, lui, peaufine sa défense dans la même affaire. L’ancien ministre du Budget et actuel président de la
commission des finances de l’Assemblée
nationale, prépare son argumentation
pour contester sa mise en examen, mardi
dernier, pour «complicité de financement illégal» de cette campagne. Son
avocat, le bâtonnier Jean-Yves Le Borgne, a six mois pour répondre aux juges
Tournaire et Buresi. Déjà, Éric Woerth l’a
fait valoir haut et fort : il estime que ces
gratifications, à hauteur, pense-t-il, de
30 000 euros, distribuées après l’élection, ne peuvent être considérées comme
des sommes entrant dans les comptes de
campagne, où ne pourraient figurer que
les dépenses exposées durant celle-ci
(nos éditions du 31 mai).
Par ailleurs, pour nourrir sa défense,
son avocat s’appuie sur l’ordonnance
de non-lieu partiel et de renvoi, rendu
le 2 juillet 2013 à Bordeaux, dans le cadre
de l’affaire Bettencourt et du financement illégal de cette même campagne
électorale. À l’époque, Éric Woerth avait
été mis hors de cause. La défense rappelle
que la justice convenait alors que « les investigations réalisées n’[avaient] pas per-
mis d’établir ni la destination de ces fonds,
ni leur acceptation à une date quelconque
par un parti politique ». « Le raisonnement
de la justice, qui a prévalu dans l’affaire
Bettencourt à l’époque, est encore plus
pertinent aujourd’hui », plaide Me Le Borgne. « À moins que le droit ne soit pas le
même à Paris et à Bordeaux…, renchéritil. Les millions d’euros de Kadhafi n’ont jamais été retrouvés et il n’existe aucune
preuve que les 30 000 euros litigieux, distribués en liquide aux collaborateurs de la
campagne, en proviennent. »
« Nous ne sommes pas
dans le recel »
De plus, Jean-Yves Le Borgne s’interroge
sur la prescription des faits, propre au délit de financement illégal d’une campa-
NORD ARCHITECTS/CHAMPAGNAT&GRÉGOIRE ARCHITECTES
Le défi du premier
village Alzheimer
À Dax, la construction de ce lieu unique, avec une
approche non médicamenteuse, débute ce lundi.
PAULINE BOYER £@Paulineboyer33
BORDEAUX
DÉPENDANCE C’est le rêve secret des
familles : un établissement sans télévision allumée toute la journée, sans horaires de toilette et sans blouses blanches. Avec des résidents libres de leurs
mouvements et multipliant les activités.
Cet Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) inédit ouvrira ses portes début
2020, et sa première pierre est posée ce
lundi à Dax, dans les Landes.
C’est à la lecture d’un article dans Le
Monde, fin 2013, sur une structure de ce
type à Weesp, aux Pays-Bas, que l’ancien président du conseil départemental
des Landes, Henri Emmanuelli, a lancé
ce pari un peu fou. Une délégation est
alors envoyée sur place et travaille ensuite à une adaptation locale du concept.
Le village landais sera organisé en
quatre quartiers reproduisant des cadres de vie de la région (de type rural,
forestier ou atlantique). Les 120 résidents seront regroupés au sein de maisonnées, en fonction de leurs goûts ou
aptitudes : la musique, la cuisine, etc. La
structure globale abritera une supérette, un salon de coiffure, une médiathèque, une salle de sport et même une petite ferme. Le but : recréer un cadre
social familier, « maintenir la vie, coûte
que coûte », résume Francis Lacoste, directeur de la solidarité départementale.
Encourager la part d’autonomie restante plutôt que gérer la dépendance, tout
en offrant une sécurisation douce. Les
soignants devront jouer le jeu social et
gérer les différents « commerces ».
« Ils devront être multitâches, souligne
Francis Lacoste. Être autant des maîtres
de maison que des infirmiers. » Oublier
la blouse blanche et l’approche médicamenteuse, donc. 120 bénévoles interviendront également pour organiser des
activités. Le tout pour un tarif de
66 euros par jour et par résident. La
promesse semble presque trop belle
mais tous veulent y croire.
Françoise Diris, présidente de l’association France Alzheimer Landes, ne cache pas son enthousiasme : « On espère
que les patients seront moins contraints et
angoissés, plus heureux. Le personnel soignant aussi. Les familles seront aussi plus
sidéré cette incrimination comme un délit
ponctuel. » Sur ce point, Jean-Yves Le
Borgne est prêt à aller en appel et, pourquoi pas, en cassation. Mais jusqu’à ce
que l’affaire soit éclaircie, la carrière de
son client aura eu le temps de s’obscurcir.
Même si les juges Tournaire et Buresi
ont rappelé à Éric Woerth que mise en
examen ne signifiait pas culpabilité, le
monde politique, lui, fait moins dans la
dentelle. Soutenu par Les Républicains
après sa mise en examen, l’ancien ministre a en revanche fait l’objet de critiques
de la présidente du groupe Nouvelle Gauche. Ainsi que de la députée LaREM Sonia
Krimi qui a demandé, vendredi, sa démission de la présidence de la commission des finances de l’Assemblée . Une
position pour le moins inconfortable. ■
gne électorale. Là encore, la défense
s’appuie sur l’affaire Bettencourt. « À
l’époque, il avait été admis que le premier
acte interruptif de prescription était un
“soit transmis” du parquet de Nanterre du
5 juillet 2010. Autrement dit, tout fait antérieur au 5 juillet 2007 est réputé prescrit »,
souligne l’avocat. Les juges du siège
avaient alors contourné l’obstacle au motif que le recel est un délit continu. « Nous
ne sommes pas dans le recel puisque mon
client s’est dessaisi de ces sommes par le
don de ces gratifications », souligne-t-il.
Il reste l’argument de délit occulte ou dissimulé, dont la prescription est au maximum de douze ans depuis la réforme de
février 2017. « Le parquet de Bordeaux,
pour retenir la prescription du financement
illégal de la campagne de 2007, avait con-
Le village landais sera organisé en quatre quartiers reproduisant des cadres de vie
de la région. Des commerces seront répartis autour d’une place centrale.
détendues, moins dans la culpabilité. C’est
une première, il y a tout à inventer, mais il
faut tester, et réussir ! »
« Maintenir une vie sociale »
Aux Pays-Bas, on dit que l’espérance de
vie des patients de la structure de Weesp
est plus grande que celle de ceux en Ehpad classique. Mais aucune étude n’est
encore venue le prouver. Le pari est
donc aussi scientifique. Le professeur
Jean-François Dartigues, neurologue au
CHU de Bordeaux, fait partie du comité
qui sera en charge de l’évaluation de la
réussite du lieu. Pour lui qui veut rester
« neutre », cette prise en charge « innovante » peut « marcher sur les troubles
du comportement ». « Le fait de maintenir une vie sociale dans cette maladie est
fondamental, explique-t-il. Le cerveau
est l’organe de la relation humaine… »
L’Agence régionale de santé (ARS)
compte également « suivre de près le
bien-être des patients ». Elle a accepté de
financer le projet via une dotation annuelle de près de 3 millions d’euros, sur
un coût global de fonctionnement de
6,7 millions d’euros. Dans ce village à
28,8 millions d’euros - majoritairement
porté par le conseil départemental des
Landes -, un Centre ressources sera également mis en place, avec un volet recherche associant de nombreux spécialistes français de la maladie et un volet
formation et information, pour faire
évoluer favorablement la connaissance
et surtout le regard des citoyens sur la
maladie d’Alzheimer. Un défi presque
aussi important que celui d’une prise en
charge plus bienveillante des malades. ■
EN BREF
NDDL : 15 projets
de zadistes régularisés
Près de cinq mois après l’abandon
du projet d’aéroport, la préfète de
Loire-Atlantique doit régulariser
ce lundi les quinze premiers
projets agricoles déposés
par des occupants de la ZAD.
Tariq Ramadan
doit s’expliquer mardi
pour la première fois
devant les juges
Incarcéré pour des accusations
de viol qu’il réfute, l’islamologue
Tariq Ramadan est convoqué
mardi pour son premier véritable
interrogatoire devant les juges
d’instruction, qui pourraient
le mettre en examen pour
des agressions sur une troisième
femme. Tariq Ramadan avait été
déjà mis en examen le 2 février
pour deux viols, dont
un sur personne vulnérable.
Bouches-du-Rhône :
elle tue sa belle-mère
et poignarde son mari
Armée d’un couteau, une femme
de 63 ans a tué sa belle-mère
et grièvement blessé son mari,
dans la nuit de samedi à
dimanche, à Allauch, près de
Marseille. Elle a expliqué avoir
« craqué », ne supportant plus
de devoir gérer les problèmes
de sa belle-mère, grabataire de
85 ans, et de son mari alcoolique.
A
PAULE GONZALÈS £@paulegonzales
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
La non-mixité, un atout pour les filles
Pratiquée dans le privé, elle serait de plus en plus plébiscitée par les parents, surtout pendant l’adolescence.
CAROLINE BEYER cbeyer@lefigaro.fr
ÉDUCATION Quels sont les lycées qui
produisent le plus de mentions très bien
au bac scientifique ? Derrière Franklin à
Paris, s’imposent deux établissements…
uniquement peuplés de filles : Daniélou à
Rueil-Malmaison (92), lycée privé sous
contrat, et la Légion d’honneur, public.
Deux établissements certes élitistes, mais
qui coupent l’herbe sous le pied des
Louis-Legrand, Henri-IV ou Stanislas. La
non-mixité aurait donc des effets positifs
sur les performances des filles ?
Vaste question et grand tabou en France, où la mixité est assimilée à l’égalité.
Auteur en 2003 de l’ouvrage Les Pièges de
la mixité scolaire, le sociologue Michel Fize
se souvient avoir fait l’objet d’un « lynchage médiatique » pour avoir suggéré de
mettre en place, à certains moments de la
scolarité, des temps non mixtes. En SVT,
lorsque est abordée, au collège, la question
de la reproduction, ou en sport. « J’étais
l’affreux réactionnaire de service », commente l’intéressé. Il observe que le sujet,
généralement abordé sous l’angle de
l’échec scolaire des garçons, est aujourd’hui moins tabou. Vraiment ? Du côté de
l’Éducation nationale et de l’enseignement catholique, pas de statistiques officielles, et encore moins de commentaires.
Pourtant, une association de parents comme l’Apel explique que « pour une frange
de plus en plus importante de parents, des
moments de non-mixité seraient une respiration au moment de l’adolescence ».
C’est dans les années 1970, avec la loi
Haby, que la mixité s’est généralisée en
France. « Elle s’est imposée pour des raisons financières et pratiques, et non pédagogiques. On a donc décrété la mixité sans
la penser », explique Isabelle Collet,
chercheuse sur les questions de genre et
d’éducation à l’université de Genève.
« D’“immorale”, elle est soudainement
devenue “démocratique”. » A-t-elle
mené, telle une potion magique, à l’égalité ? Pas tout à fait, si l’on en croit l’abondante littérature sur le sujet. Garçons davantage « sollicités » par les professeurs,
qui ont, à l’égard des filles, des attentes
« plus faibles ». Plus remuants, les garçons sont aussi plus sanctionnés, quand
les filles intègrent parfaitement le « métier d’élève ». En parallèle, l’écart de ré-
“
En contexte non mixte,
les filles développent
une meilleure estime
d’elles-mêmes
”
A
ISABELLE COLLET, CHERCHEUSE
SUR LES QUESTIONS DE GENRE
ET D’ÉDUCATION À L’UNIVERSITÉ DE GENÈVE
sultats ne cesse de se creuser au fil des années, en faveur du sexe féminin. Plus
diplômées (41 % ont un bac +2, pour 32 %
d’hommes), elles ne représentent pourtant que 32 % des cadres et dirigeants.
Dans la filière ingénieur, leur proportion
est de 28 % en moyenne.
La non-mixité scolaire peut-elle changer la donne ? Plusieurs enquêtes montrent qu’elle profite davantage aux filles
qu’aux garçons. Qui sont les établissements qui la proposent ? Une palette large et diverse. Dans le public, il n’y a que la
Maison d’éducation de la Légion d’honneur, créée sous Napoléon. Dans le privé
sous contrat, on trouve des établissements chapeautés par des congrégations,
mais aussi Stanislas ou Saint-Jean-dePassy, deux établissements parisiens historiquement « de garçons », qui ont
aujourd’hui des classes séparées au collège. « Nous restons un collège de garçons,
qui accueille des filles », résume Frédéric
Gautier, directeur du collège Stanislas.
Ici, le choix de la non-mixité n’est « pas
lié à la recherche de performance, mais
s’inscrit dans une démarche éducative, liée
à l’affectivité et la maturité ». Les garçons
sont traités « comme des garçons », les
filles « comme des filles », « pas indépendamment de leur sexualité ». Dans le réseau des centres Daniélou, seules les filles
sont accueillies. Outre Sainte-Marie de
Neuilly - lycée fondé en 1913 par Madeleine Daniélou et premier de France où les
jeunes filles passent un baccalauréat classique -, le collège Charles-Péguy, à Bobigny (93), accueille des jeunes chrétiennes,
musulmanes,
bouddhistes,
hindouistes. À Puteaux, le collège Bienheureux-Charles-de-Foucauld a ouvert
en 2012 sur le projet original de classes
séparées. Il a rencontré un franc succès.
« Les familles viennent en général du public, où les classes sont perturbées, notam-
ment par les garçons » , explique sa directrice, Pascaline Darras, qui reçoit cinq à
six dossiers pour une place. Elle met en
avant « un décalage de maturité de deux
ans » entre les deux sexes et une pédagogie nécessairement différente. « On
s’adresse davantage aux filles comme à un
groupe et aux garçons comme à des individus », explique-t-elle.
« Dans le camp des défenseurs de la nonmixité, les uns développent des arguments
essentialistes, selon lesquels les rôles sociaux seraient prédestinés par la biologie.
Les autres mettent en avant un contexte
mixte où les stéréotypes seraient plus violents », rapporte la chercheuse suisse. Les
premiers ont une vision traditionnelle de
la non-mixité, les seconds militante et féministe, comme aux États-Unis, où les
women’s colleges, ces universités de filles
comme Wellesley près de Boston - qui a
vu passer Hillary Clinton -, veulent former les manageuses de demain. « En
contexte non mixte, les filles développent
une meilleure estime d’elles-mêmes. Cela
peut les pousser à oser postuler dans des
études scientifiques. Là où un garçon n’hésite pas à le faire avec des résultats moyens,
elles pensent qu’il leur faut des résultats excellents », explique Isabelle Collet.
Philosophe suisse, Jean-David Ponci
est responsable des pays francophones
au sein de l’association européenne
pour une éducation différenciée
(European association single-sex
education). Selon lui, il faut « enseigner la même chose aux filles et aux
garçons, mais avec une accroche différente ». Par exemple, « pour la Révolution française, mieux vaut commencer sur une bataille avec les garçons
et sur la famine avec les filles », expliquet-il. Dans un livre à paraître en octobre,
ce membre de l’Opus Dei a recensé
en France 125 établissements non
mixtes, soit 35 000 élèves. Parmi
eux, 63 établissements catholiques, 23
juifs et 6 musulmans. Pour l’essentiel - 90
-, ce sont des structures hors contrat. ■
Un cours de dessin
à la Maison
d’éducation de la
Légion d’honneur,
unique établissement
public non-mixte,
à Saint-Denis,
au nord de Paris.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
La Légion d’honneur éduque
les adolescentes depuis 1805
SOPHIE DE TARLÉ
£@Sophiedetarle
LA MAISON d’éducation est un
établissement pétri de contradictions. Situé à Saint-Denis, en
Seine-Saint-Denis, il affiche
des résultats scolaires himalayens avec 68 % de mentions
très bien au bac en 2017 (contre
environ 10 % dans l’académie).
L’établissement est sélectif : il
faut un ancêtre médaillé de la
Légion d’honneur, l’ordre du
Mérite ou la médaille militaire
pour être admis. Mais surtout,
ce lycée de 500 élèves, ne scolarise que des filles.
Pour Marie-France Lorente,
surintendante, l’équivalent du
proviseur, qui nous accueille
dans son bureau adossé à l’abbaye, ce n’est pas une aberration. « Cette école est nécessaire et c’est au
contraire une chance car
le fait d’être entre filles
leur permet de se sentir
moins jugées, plus libres de s’exprimer sans
le regard des garnon mixtes recensés
çons. » Quant aux enen France, soit
seignants, ils n’y voient
35 000 élèves
que des avantages, en
termes de travail notamment.
Dans la classe d’Ivan Roditchev, professeur de physique,
les élèves, assises, écoutent, posent des questions, toutes vêtues
d’un uniforme : une robe bleu
marine, un chemisier blanc et
125
établissements
une ceinture multicolore, le
code couleur des terminales.
« Ici c’est fantastique, on ne perd
pas de temps avec des problèmes
de discipline. Et comme les élèves
font 2 heures 30 d’études chaque
jour, les devoirs sont faits », se
réjouit l’enseignant. Il n’est pas
le seul. Katia Thomas-Montesinos, professeur de lettres, apprécie « ce projet éducatif tourné
vers les filles, qui contribue à les
faire réussir scolairement mais
aussi à développer leur personnalité ». De faire ainsi valoir le
grand nombre d’élèves « qui font
de la musique ici ».
« On peut s’affirmer sans
qu’on se moque de nous »
Rémi Chautard, professeur de
mathématiques, reconnaît toutefois « que les filles manquent
trop souvent d’ambition et ont
tendance à se dévaloriser ».
Mais, poursuit-il, « ici l’absence
de garçons leur permet d’occuper davantage l’espace de parole, et par conséquent de mieux
travailler ».
Élèves et professeurs insistent sur un autre point important. Même si les efforts sont
gratifiés par des remises de
prix, « les filles sont plus dans
l’entraide et la solidarité que
dans la compétition », constate
Emilie Rodrigues, conseillère
principale d’éducation (CPE).
Soudées, elles sont « sœurs »
pour la vie. Et se témoignent du
soutien en toute occasion, particulièrement au début de la vie
professionnelle. L’association
d’anciennes est ainsi très efficace pour trouver un job ou un
logement. Mais en classe, que
pensent-elles, ces légionnaires,
de cet entre-soi dans une école
qui tient plus du monastère qu’il fut jadis - que du lycée ?
Réunies dans la salle de repos, dotée de poufs accueillants, Clotilde, Pauline et
Marion ne boudent pas leur
bonheur de vivre ici. Marion,
en classe préparatoire littéraire,
indique que « cela ne l’empêche
pas d’avoir un copain à côté ».
Le fait d’être entre filles fait
« qu’on se fiche un peu du regard
des autres. On peut s’affirmer
sans qu’on se moque de nous ».
Sa voisine avoue : « Ce qui me
choque, c’est quand mes amis me
disent : “s’il n’y a pas de garçons, comment faites-vous pour
rigoler ?” Comme si on avait besoin des garçons pour s’amuser… Au contraire, on n’oserait
pas faire tout ce qu’on fait s’ils
étaient là ! »
À les entendre, l’interdiction
récente du téléphone portable
en journée leur manque bien
davantage. Mais l’heure tourne,
elles filent déjeuner. Dans cette
pièce immense, qui tient plus de
la salle à manger de Poudlard l’école d’Harry Potter - que de
la cantine, un homme est bien
présent. Dans son tableau, Napoléon semble contempler son
œuvre : « Je veux faire de ces
jeunes filles des femmes utiles »,
avait-il écrit. Pari réussi. ■
Féminin, masculin : le cerveau et le QI ont-ils un genre ?
EXISTE-T-IL des différences cérébrales
et cognitives entre les hommes et les
femmes ? Oui, répondent les neuroscientifiques, mais elles ne doivent pas
servir d’argument à une politique discriminatoire, ni même à la séparation
des garçons et des filles à l’école.
Ces spécialistes du cerveau, dont on
attendrait qu’ils parviennent à démêler
ce qui relève de l’inné et de l’acquis,
bottent-ils en touche ? « Il existe des
différences cérébrales et cognitives entre
garçons et filles, mais elles sont faibles,
ce qui implique que de nombreux garçons et filles ont des performances plus
conformes à celles typiques de l’autre
sexe », explique le psycholinguiste
Franck Ramus. Les différences entre
individus l’emporteraient donc sur les
différences entre les sexes. Que nous
disent les recherches actuelles des capacités cognitives des deux sexes ? Les
femmes sont plus performantes dans
des tests qui mobilisent la mémoire, les
hommes dans ceux qui font appel à la
représentation dans l’espace. « Mais
cela ne prouve pas que cette différence
est innée », observe Franck Ramus.
Méthodologie douteuse
Et le cerveau ? Celui des hommes est
9 % plus gros que celui des femmes. Or
il est attesté qu’il y a bien un lien entre
le volume et le QI. Pourtant, les études
montrent que, en moyenne, il n’existe
pas de différence de QI entre les deux
sexes, contrairement à l’affirmation
formulée en 1861 par le neurologue
Paul Broca. « Le QI mesure des capacités intellectuelles. Il permet de voir si un
individu se situe dans la norme, autour
de la valeur 100 * », nuance le neuroscientifique Albert Moukheiber. « Mais
le QI n’est pas une valeur absolue de
l’intelligence », tient à souligner le
chercheur, qui s’insurge contre ces enquêtes à la méthodologie douteuse et
aux résultats sensationnels. Certaines
mettent en avant la progression du QI
des femmes. « Logique, avec leur accès
à l’éducation », observe Albert
Moukheiber. Selon lui, « au lieu de nous
focaliser sur l’inné, commençons par
travailler sur l’acquis », insiste-t-il, en
rappelant que, par le passé, des études
se sont intéressées aux différences de
QI entre Blancs et Noirs.
Quelque 41 % de femmes sont diplômées d’un bac + 2, contre 32 % chez les
hommes. Pour les premières, le taux
d’emploi est de 59 %, tandis qu’il est de
70 % pour les hommes. « Quelles que
soient les différences, rien ne justifie les
discriminations », posait Franck Ramus
en conclusion d’une conférence, « Le
cerveau a-t-il un sexe ? » « Il existe une
confusion entre l’égalité en droit et
l’égalité de fait. […] Pour que nous
soyons tous égaux, il faudrait non seulement que nous soyons tous des clones, et
donc tous de même sexe, et que, en plus,
nous soyons élevés dans des conditions
de laboratoire strictement à l’identique.
Ça fait envie à quelqu’un ? » ■
C. B.
* 67 % de la population a une intelligence
dite « moyenne », entre 85 et 115.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 4 juin 2018
SANTÉ
9
DOSSIER
PSYCHO
Cancer du côlon :
un test
pour prédire
son évolution
QUAND LE POUCE
DOIT ÊTRE MIS
AU REPOS COMPLET PAGE 10
QU’EST-CE QUI
PEUT VRAIMENT NOUS
CONSOLER ? PAGE 12
Statines : leur place dans
la prévention en question
CANCÉROLOGIE C’est un pas de plus
vers une médecine personnalisée et de
précision. Une vaste équipe de chercheurs
de l’Inserm, des universités Paris-Descartes et Pierre-et-Marie-Curie ainsi que de
médecins de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris vient de mettre au point un
test baptisé Immunoscore qui permet de
savoir de quelle façon un cancer du côlon
va évoluer et ainsi de pouvoir adapter la
thérapie du patient (travaux publiés dans
la revue The Lancet).
« La gravité des cancers, et en particulier des cancers du côlon, est essentiellement estimée par le degré d’extension
du cancer au sein de l’organe atteint et
par la présence de métastases », écrivent
les chercheurs, emmenés par le Pr Franck
Pagès, de l’Hôpital Européen GeorgesPompidou. Les chercheurs avaient remarqué, ces dernières années, que la présence de plus ou moins de cellules immunitaires infiltrant la tumeur donnait des
indications sur la façon dont la tumeur
pouvait évoluer.
Ils ont donc formé un consortium international réunissant 14 centres d’immunologie et d’anatomopathologie basés dans
14 pays permettant d’étudier 2 681 patients. Le test mesure le nombre de lymphocytes T totaux (CD3) et de lymphocytes tueurs (CD8). L’étude a permis de
montrer que les patients peuvent être répartis en trois groupes basés sur le risque
de récidive à cinq ans, donnant un score
fort, intermédiaire et faible.
Les patients présentant un Immunoscore élevé (beaucoup de lymphocytes)
ont le risque de récidive le plus faible et la
meilleure survie. Ainsi, seuls 8 % de ceux
présentant un Immunoscore élevé faisaient une récidive à cinq ans, contre 19 %
avec un score intermédiaire et 32 % avec
un score faible. « Ces résultats sont en faveur de l’utilisation du test Immunoscore
comme nouveau composant de la classification des cancers, pour mieux paramétrer les traitements à fournir aux patients
en fonction de leur risque de récidive, en
particulier moduler les traitements chimiothérapeutiques », écrivent ainsi les
chercheurs.
JEAN-LUC NOTHIAS
Si leurs bénéfices ne sont plus à démontrer après un accident cardio-vasculaire,
leur rôle en prévention primaire reste à affiner.
ANNE PRIGENT
HYPERTENSION Pendant des années, les statines ont été largement
prescrites pour faire baisser le taux de
cholestérol. Puis, les polémiques se sont
succédé semant le doute sur l’efficacité
et l’innocuité de ces molécules. « J’étais
sous statine depuis dix ans. Mais j’avais
des douleurs dans les muscles. Après
avoir vu un documentaire à la télé, j’ai
arrêté ce médicament », raconte Bernard, 70 ans. Depuis, Bernard, qui n’a
pas annoncé cet arrêt à son médecin,
affirme qu’il surveille son alimentation.
Les abandons de traitement, loin d’être
rares, inquiètent l’Académie de médecine, qui vient de publier un rapport sur
le sujet.
« Notre rôle est de mettre en garde les
patients, et notamment ceux qui ont déjà
eu un accident cardio-vasculaire, contre
les interruptions intempestives de traitement », explique au Figaro le Pr Michel
Komajda, le rapporteur. Chez les personnes ayant déjà fait un accident cardio-vasculaire, comme un infarctus du
myocarde ou un accident vasculaire
cérébral, l’arrêt des statines peut avoir
des conséquences dramatiques.
Le rapport de l’Académie évoque une
étude de l’Assurance-maladie, en cours
de publication, montrant que chez des
utilisateurs réguliers depuis plus d’un
an en prévention secondaire (c’est-àdire après un événement cardio-vasculaire), l’arrêt des statines entraînait un
risque de décès ou d’événement cardiovasculaire non fatal dans les trois mois
suivant l’arrêt trois fois supérieur à celui des patients qui n’avaient pas arrêté
leur traitement. « En prévention secondaire, tout le monde est d’accord sur la
place des statines. En prévention primaire, le débat reste ouvert », affirme Pr Fabrice Bonnet, chef du service de médecine interne du CHU de Bordeaux.
L’approche des médecins diverge en
effet chez les patients sans antécédents
de maladie cardio-vasculaire et ayant
un taux de cholestérol élevé. Dans ce
cas, faut-il prescrire une statine en prévention (dite primaire) ou pas ?
Aujourd’hui, tout repose sur l’analyse
du risque cardio-vasculaire global. Car
Prise de
médicament
anticholestérol
de type statine.
GARO/PHANIE
le cholestérol est une des variables
d’une équation complexe qui comprend
de nombreuses données telles que l’hypertension, l’âge, le tabac, la sédentarité et qui calcule le cardio-vasculaire de
chacun d’entre nous.
La revue « Prescrire »
met en avant les effets
musculaires des statines,
qui altèrent la qualité
de vie, mais aussi
le surrisque de diabète
et d’accidents vasculaires
cérébraux hémorragiques
Les dernières recommandations de la
Haute Autorité de santé, basées sur cette
notion de risque cardio-vasculaire, le
classent en quatre niveaux : faible, modéré, élevé et très élevé. « Chez les personnes à faible risque cardio-vasculaire,
la prescription de statine ne se justifie pas.
À l’inverse, elle est systématique chez les
patients à haut risque. Pour les patients à
risque intermédiaire, elle se discute au
cas par cas avec le médecin », souligne le
Pr Éric Bruckert, qui a participé au rapport de l’Académie de médecine.
La revue Prescrire se montre, de son
côté, plus radicale. « En pratique, étant
donné les incertitudes et le coût de cette
prévention, il est le plus souvent préférable de ne pas utiliser de statines en prévention primaire », écrit-elle dans son
édition d’avril 2018. La revue met notamment en avant les effets indésirables
de ces médicaments : les effets musculaires qui altèrent la qualité de vie mais
aussi le surrisque de diabète et d’accidents vasculaires cérébraux hémorragiques (très rares). Des effets secondaires
également passés en revue par le rapport
de l’Académie de médecine mais pour
aboutir à une conclusion différente.
Alors, qui croire ? La réponse passe
par une discussion avec son médecin
comme le prône le collège national des
généralistes enseignants (CNGE). « En
prenant en compte le risque cardio-vasculaire global du patient et non pas une
valeur biologique (le taux de cholestérol),
nous faisons de la médecine probabiliste.
À partir de ce moment-là, la prescription
ou non de statines ne peut se faire
qu’après s’être entretenu avec lui des bénéfices et risques potentiels du médicament, dans le cadre de la décision médicale partagée », explique le Dr Rémy
Boussageon pour le CNGE.
Une discussion qui devient d’autant
plus nécessaire avec les personnes âgées.
« Nous n’avons aucune donnée d’efficacité des statines après 75 ans », souligne le
Pr Bonnet. Or les effets indésirables
musculaires semblent bien impacter
plus fortement la qualité de vie chez les
plus âgés. C’est pourquoi le Pr Bonnet
souhaite évaluer l’intérêt clinique et
médico-économique de l’arrêt des statines chez les personnes de plus de 75 ans.
L’étude « Statines au grand âge » (Saga)
menée en médecine générale peine cependant à recruter (http://statinesaugrandage.fr/). ■
+@ SUR LE WEB
» La moitié des seniors qui vivent
chez eux ont du mal à faire
face aux tâches du quotidien
» Après une grossesse, la baisse
de libido est fréquente
» Sport : comment adapter
sa consommation de sucre avant
et après l’effort ?
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lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
10
DOSSIER SANTÉ
Quand le pouce doit
être mis au repos complet
La ténosynovite de Quervain
est due à une inflammation
de la gaine d’un tendon.
5 % à 10 %
des infirmières, secrétaires
et femmes de ménage
sont affectées
par la ténosynovite
Une inflammation de la gaine des tendons
TÉNOSYNOVITE DE QUERVAIN
risque. Le médecin cherchera quels
mouvements provoquent la douleur
Anatomie
afin d’identifier les tendons affectés et
normale
cherchera des signes d’inflammation
ORTHOPÉDIE « La ténosynovite est une
comme une tuméfaction, d’éventuels
inflammation de la gaine synoviale dans
kystes palpables. Il évaluera si l’activilaquelle coulissent certains tendons, prété professionnelle est en cause : les
cise le Pr Dominique Le Nen, responsamouvements répétitifs de certains méble du pôle de chirurgie orthopédique
tiers en favorisent l’apparition et cerdes membres supérieurs du CHRU de
taines ténosynovites sont d’ailleurs
Brest. Il ne s’agit donc pas d’une tendiniconsidérées comme maladies profeste, qui affecte le tendon lui-même. »
sionnelles.
Cette distinction est importante, à la
Le médecin cherchera également des
fois pour établir un diagnostic, en idenTendons
causes sous-jacentes fréquentes comtifier les causes et mettre en place la
Ténosynovite
me les rhumatismes inflammatoires
prise en charge la mieux appropriée.
Inflammation de la
chroniques, des connectivites ou un
La ténosynovite ne touche donc que
gaine
synoviale dans
diabète. Plus rarement, c’est une infecles tendons entourés d’une gaine remlaquelle coulissent
Gaine
tion qui cause l’inflammation de la gaiplie de synovie, un liquide visqueux qui
les
tendons.
La gaine
synoviale
ne synoviale et une ponction de synolubrifie les tendons et absorbe la chas’épaissit et limite
vie sera nécessaire pour identifier le
leur dégagée par les mouvements des
l’espace de va-et-vient
Ligament transverse
germe responsable. Si l’examen clinitendons. Ce dispositif n’est pas nécesdes tendons
que n’est pas suffisant, l’examen le plus
saire pour tous les tendons : il existe
simple, le moins coûteux et le plus utile
surtout là où des mouvements répétés
Illustration : Sophie Jacopin
est l’échographie, qui permet de visuaet fréquents sont nécessaires, essenliser la déformation des tendons et, si
tiellement la main et le poignet mais
elle est associée à un doppler, l’hyperégalement parfois le coude, l’épaule ou
vascularisation caractéristique des téla cheville. Les tendons qui ne sont pas
nosynovites.
ainsi protégés sont directement at« La radiographie est normale mais
teints par des traumatismes mécanielle permet parfois d’éliminer la possibiques : les mouvements répétés peuvent
lité d’une atteinte
osseuse ou de reLA DOULEUR surgit sur le bord externe
du service d’orthopédie-traumatologie
La radiographie permet parfois d’éliminer trouver un ancien
traumatisme qui
du poignet lorsque les tendons du pouce
du CHU de Poitiers. Ces métiers sont en
la possibilité d’une atteinte osseuse
aurait favorisé l’apsont sollicités. Après quelques semaipremière ligne pour cette pathologie qui
ou de retrouver un ancien traumatisme
parition de l’innes, elle apparaît la nuit alors même que
affecte 5 % à 10 % de leurs personnels. »
flammation de la
la main est au repos. Le poignet affecté
Elle est donc naturellement considérée
qui aurait favorisé l’apparition
gaine synoviale »,
semble plus gonflé que l’autre et la zone
comme une maladie professionnelle
de l’inflammation de la gaine synoviale
précise le Pr Dotuméfiée devient sensible au toucher.
lorsque le poste nécessite de faire des
PR DOMINIQUE LE NEN
Tous ces signes, évocateurs d’une ténomouvements d’extension du poignet de
minique Le Nen.
synovite de Quervain, pourront être
manière répétée ou prolongée et bénéfiL’IRM n’est pas
confirmés par la manœuvre de Finkelscie d’une prise en charge complète dans
nécessaire dans la
les effilocher peu à peu comme les fils
tein : le médecin replie le pouce de la
ce cadre. Si le nombre de ténosynovites
très grande majorité des cas.
d’une corde, c’est la tendinite (désorpatiente vers l’intérieur de la main puis
de Quervain a largement augmenté à la
Le traitement le plus simple – le remais plutôt qualifiée de tendinopathie
incline le poignet vers l’extérieur pour
suite de cette prise en charge, elle a perpos – étant également le plus efficace
car l’inflammation n’est pas toujours
mettre les tendons du pouce en extenmis de les dépister plus tôt et de les soipour la majorité des patients, l’étape du
présente).
sion. Les tendons glissent mal dans la
gner plus efficacement.
diagnostic est essentielle pour identifier
Lorsque la gaine synoviale ne joue
gaine en pleine inflammation : la doules mouvements favorisant la ténosyAnti-inflammatoires
plus son rôle de protection contre
leur se déclenche.
novite. Il sera indispensable de mettre
l’échauffement, les frictions accrues
Cette ténosynovite touchait principa« Le traitement doit rester simple, soulien place les mesures nécessaires pour
provoquent une inflammation qui délement, à l’époque où Fritz de Quervain
gne le Pr Dominique Le Nen, responsaéviter une récidive : ces troubles declenche un cercle vicieux : la gaine
l’identifie (1875), les lavandières et les
ble du pôle de chirurgie orthopédique
viennent en effet fréquemment chronis’épaissit, des zones de tissus fibreux
couturières. Elle concerne toujours mades membres supérieurs du CHRU de
ques lorsque le patient n’arrive pas à
apparaissent et limitent encore plus
joritairement les femmes, chez qui elle
Brest. La mise au repos du pouce avec une
éviter les mouvements responsables.
l’espace dans lequel le tendon peut aller
apparaît entre 30 et 50 ans et principaleorthèse à porter en permanence ou seuleComme dans la majorité des patholoet venir, ce qui augmente encore les
ment les secrétaires, infirmières, femment la nuit peut suffire. » Le plus sougies, un diagnostic et une prise en
frictions et donc l’inflammation. Cermes de ménage : autant de métiers où la
vent, des anti-inflammatoires sont
charge précoce favorisent également
taines ténosynovites débutent par un
main est sollicitée de manière répétée
prescrits, surtout lorsque les patients
une récupération plus complète, avant
défaut au niveau de la synovie ou lorspour faire les mêmes gestes. « Le pouce
ont tardé à voir un médecin, et la douque l’inflammation n’ait modifié la
qu’un syndrome inflammatoire comme
représente 50 % de la fonction de la main,
leur disparaît en quelques semaines
structure des tissus de la gaine et des
la polyarthrite rhumatoïde ou un rhurappelle le Pr Louis-Étienne Gayet, chef
chez la grande majorité des patients. Le
tendons. ■
matisme psoriasique favorise l’inflamrisque de récidive est cependant très
mation de la gaine synoviale. D’autres,
élevé dans le cadre professionnel : les
dites sténosantes, se déclenchent lorspatients sont mal écoutés au sein de leur
que l’âge ou une activité répétitive proentreprise et les modifications ergonovoquent un épaississement des tendons
miques indispensables sont rarement
dans une gaine devenue trop petite.
mises en place. Les mauvais gestes se
L’inflammation apparaît dans un
répètent ainsi que les arrêts de travail et
deuxième temps mais vient peu à peu
les salariés peuvent se retrouver dans
donner un profil semblable à la ténosyune situation d’échec difficile à vivre.
novite exsudative, d’origine inflammaDes mesures simples comme un tapis de
toire.
souris avec un appui en mousse ou une
Dans la majorité des ténosynovites,
rotation plus fréquente des postes suffiil existe donc à la fois une composante
sent pourtant parfois à prévenir les récimécanique et une composante inflamdives qui, inévitablement, mèneront à
matoire, d’autant plus que les patients
une intervention chirurgicale qui aurait
attendent souvent assez longtemps
pu être évitée.
avant de s’en plaindre. C’est d’ailleurs
La ténosynovite de Quervain apparaît
la douleur inflammatoire, qui se réle plus souvent seule, même si elle est
veille la nuit et peut nuire à la qualité
favorisée par d’autres pathologies indu sommeil, qui conduit finalement les
flammatoires systémiques et que d’aupatients chez le médecin. Le diagnostic
tres pathologies et d’autres ténosynovirepose alors sur un simple examen clites liées à l’âge peuvent l’accompagner
nique associé à un questionnaire qui
(doigt à ressaut, par exemple). ■
Une ténosynovite implique généralement une double composante inflammatoire et
P. L.
permet d’identifier certains facteurs de
mécanique, d’autant que les patients attendent souvent longtemps avant de consulter.
PAULINE LÉNA
Certains métiers sont
plus à risque que d’autres
«
GARO/PHANIE
»
A
La meilleure façon d’éviter les récidives
LE TRAITEMENT le plus efficace est la
mise au repos, en général pendant une
quinzaine de jours, de la zone concernée.
« C’est d’ailleurs ce que font spontanément
la majorité des patients, qui n’ont pas besoin de voir un médecin », indique le
Pr Dominique Le Nen, responsable du pôle
de chirurgie orthopédique des membres
supérieurs du CHRU de Brest. « Ne pas
solliciter les tendons affectés et prendre un
antalgique pendant quelques jours parce
qu’on a trop jardiné ou pratiqué une activité qui reste exceptionnelle est suffisant. »
Lorsque la douleur conduit à prendre
trop de médicaments, trop souvent ou si
la pathologie a trop de répercussions sur
la vie au quotidien, il est temps d’aller
consulter un médecin qui pourra prescrire une orthèse pour aider le patient à
maintenir l’état de repos. Il s’attachera
également à bien identifier les mouvements qui, au quotidien, déclenchent la
douleur et favorisent l’inflammation.
En réalité, les patients savent déjà bien
souvent les gestes qu’il faut éviter : ils
sont douloureux ! Il n’est cependant pas
toujours facile de les éviter, en particulier
lorsqu’ils font partie des tâches affectées
à un poste professionnel. Dans ce cas, un
arrêt de travail est indispensable pour
mettre le membre affecté au repos. Des
anti-inflammatoires seront parfois nécessaires pour réduire rapidement l’inflammation et la douleur. Les infiltrations
sont plus particulièrement efficaces lorsque la pathologie est récente. Certains
médecins proposent des injections de
plasma riche en plaquettes, qui pourrait
faciliter la cicatrisation de la zone tendineuse. Cette approche n’a pas encore fait
les preuves de son efficacité par des études cliniques sérieuses et répétées.
Dans tous les cas, il sera indispensable,
après cette période de repos et de réparation de la gaine synoviale, de modifier les
gestes qui conduisent à la douleur : réorganiser son poste de travail ou l’activité
responsable, alterner fréquemment des
tâches différentes, changer souvent de
posture… « Lorsque la ténosynovite est
déclarée comme une maladie professionnelle, il est intéressant qu’un ergonome
propose des solutions pour éviter la récidive », souligne le Pr Louis-Étienne Gayet,
chef du service d’orthopédie-traumatologie du CHU de Poitiers. ■
P. L.
Infographie
aph
Ne pas solliciter
les tendons
affectés et prendre
un antalgique
pendant quelques
jours parce qu’on
a trop jardiné
ou pratiqué une
activité qui reste
exceptionnelle est
suffisant
»
PR DOMINIQUE LE NEN
RESPONSABLE DU PÔLE DE CHIRURGIE
ORTHOPÉDIQUE DES MEMBRES SUPÉRIEURS
DU CHRU DE BREST
LE RECOURS
À LA CHIRURGIE
Lorsque aucune des
approches classiques – repos,
anti-inflammatoires,
changement des gestes
apportant la douleur (80 %
de réussite)– n’est suffisante
et/ou que les récidives se
succèdent, la chirurgie peut
être envisagée. Il s’agit alors
d’ouvrir la gaine synoviale
dans la zone où elle frotte
contre le tendon et d’enlever
les éventuels kystes ou
masses fibreuses qui s’y
seraient formés. La gaine
se reconstituera ensuite
spontanément à la bonne
taille autour du tendon.
Il s’agit d’une intervention
simple, qui se pratique en
ambulatoire sous anesthésie
locale ou loco-régionale.
Une demi-journée est
nécessaire. La récupération
est rapide pour la majorité
des patients, elle nécessite
parfois une rééducation.
Cette convalescence jusqu’à
guérison complète peut
prendre jusqu’à trois mois.
C’est une solution définitive
en général : les récidives sont
rares sauf si, évidemment,
la cause du gonflement
des tendons et la répétition
des gestes en cause se
maintiennent et provoquent,
des années après
l’intervention initiale,
une nouvelle inflammation
de la gaine synoviale.
P. L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 4 juin 2018
QUESTIONS-RÉPONSES SANTÉ
PROFESSEUR
CHRISTIAN
DOUTREMEPUICH
Créateur et directeur du Laboratoire
d’hématologie médico-légale.
Membre correspondant de l’Académie
nationale de pharmacie.
N
arborough, 21 septembre
1983 : une jeune fille de
15 ans disparaît. Elle est retrouvée violée, dénudée,
étranglée quelques heures
plus tard. Le 31 juillet 1986, à Enderby,
une autre jeune Anglaise est retrouvée
violée, dénudée, étranglée. Un jeune
homme est arrêté et avoue le premier
meurtre. Pour la police, il ne fait pas de
doute qu’il est aussi l’assassin du
deuxième meurtre. Mais, un certain
M. Jeffrey, biologiste à l’université de
Leister et spécialiste de l’ADN, déjoue
les certitudes des enquêteurs. Grâce à
une nouvelle méthode d’analyse, il démontre que, malgré ses aveux, le jeune
homme n’est pas le coupable car son
ADN ne correspond pas à l’ADN retrouvé dans le sperme identifié chez
les deux victimes. Le suspect est remis
en liberté ; le véritable assassin finit
par être confondu plus tard par son
ADN et condamné.
L’ADN peut être une preuve à charge et à décharge. Ainsi, le 18 juillet
1996, en Bretagne, une jeune fille est
assassinée dans une auberge de jeunesse. Deux jours plus tard, un homme
est arrêté et passe aux aveux. Mais, là
encore, l’ADN du suspect ne correspond pas à l’ADN retrouvé sur le corps
de la jeune fille et, sur la foi du Laboratoire d’hématologie médico-légale, le
juge d’instruction libère le suspect.
Mais aucune trace de l’assassin et, devant l’écho médiatique exceptionnel
de l’affaire, on procède le 13 mars 2001
à une analyse ADN sur la population
masculine du village. Sans résultat…
Mais c’est grâce à l’ADN que, cinq ans
plus tard, un individu espagnol écroué
à Miami pour d’autres crimes de même
nature sera reconnu coupable, sans
doute possible. C’est la première fois
en France que la science permet d’élucider une affaire criminelle.
Dans la pratique judiciaire, l’ADN a
un double intérêt : d’une part, exclure
un suspect malgré des aveux ; d’autre
part et inversement, inclure un individu qui n’aurait jamais été suspecté
autrement. Et ce n’est qu’un début…
La création de la base de données (Fichier national automatisé des empreintes génétiques – FNAEG), qui rassemble tous les profils ADN retrouvés
sur des scènes criminelles ou délictuelles pour les comparer aux profils
ADN des personnes condamnées, va
permettre d’aller encore plus loin en
reliant des scènes criminelles entre elles et les personnes à des scènes criminelles ou délictuelles.
Puis, en 2000, le Laboratoire d’hématologie médico-légale développe
une nouvelle analyse qui sera utilisée
en 2013 dans le cadre de viols en série à
Lyon : les caractères morphologiques
apparents. Pour la première fois, à
partir d’une simple tache de sperme, il
est possible d’établir la couleur des
yeux, de la peau et des cheveux de
l’auteur en plus de son profil ADN.
Ce type d’outils a été validé au service des enquêteurs. Ces analyses sont
complémentaires : l’une de certitude,
l’autre d’aide à l’enquête. En 2014, la
Cour de cassation a validé l’analyse de
ces caractères morphologiques apparents et, en 2016, le Cofrac (Comité
français d’accréditation) a accrédité
cette analyse au même titre que les
autres analyses utilisées en pratique
judiciaire. Toutefois, les laboratoires
doivent adapter régulièrement leurs
méthodes afin de parer aux pratiques
des criminels formés régulièrement
par les émissions de télévision.
cellulaires afin de pouvoir traquer les
cellules déposées sur une veste ou un
pantalon, quel que soit l’environnement – l’eau, le feu, la terre, etc. – sachant qu’il est difficile de savoir a
priori où retrouver
une ou plusieurs
Dans la pratique judiciaire, l’ADN a
cellules d’un agresseur. Bien sûr, il va
un double intérêt : d’une part, exclure
plutôt tenir le couun suspect malgré des aveux ; d’autre
teau par le manche,
part et inversement, inclure un individu qui le revolver par la
crosse, mais la couetn’aurait jamais été suspecté autrement
te, le tee-shirt ? Or
un mauvais prélèvement ou l’absence de prélèvement,
d’analyser les cellules déposées en pede même qu’une mauvaise conservatite quantité sur des douilles, des artion du scellé, ne permettront pas
mes. De même, le Laboratoire d’héd’identifier les cellules présentes sur
matologie médico-légale a mis au
l’objet. Ce prélèvement cellulaire va
point des méthodes de prélèvements
donc conditionner toute la chaîne
d’analyse.
Les tribunaux et un service spécialisé, le SCPPB (Service central de préservation des prélèvements biologiques), conservent les scellés judiciaires
afin de pouvoir les reprendre plusieurs
années plus tard. De nombreux dossiers portant sur des faits datant de
quarante, trente ou vingt ans auparavant ont ainsi été analysés, ce qui a
permis de confondre des meurtriers
grâce à leur ADN après des années.
L’analyse ADN réalisée dans le procès pénal exige une rigueur dans les laboratoires pour donner des résultats
exacts et des prélèvements de qualité
pour des résultats fiables. Dès 1996, le
Laboratoire d’hématologie médico-légale a opté pour la mise aux normes
ISO 9001, puis en 2003, ISO 17025 afin
d’assurer un contrôle régulier des pratiques du laboratoire et éviter toute
déviance dans les protocoles. Mais
n’oublions jamais que l’interprétation
du résultat nécessite une enquête policière qui replace ce résultat dans son
contexte. ■
À titre d’exemple, la technique de
microdissection laser utilisée pour
identifier les cellules cancéreuses va
permettre, mieux que les méthodes
classiques d’extraction de l’ADN,
«
»
VEZ
RETROUOS AVIS
N
TOUS RTS
D’ EXPE
SUR
RO.FR
LEFIGA
o.fr
figar
+
Cancer : comment
inclure d’urgence
une activité
physique ?
IVAN
KRAKOWSKI
Responsable
de la commission APA
et cancer
de la Société
française
des professionnels
en activité physique
adaptée.
Président
de l’Association
francophone des
soins oncologiques
de supports.
A
lors que bat son plein le
Congrès mondial du cancer
(Asco) à Chicago, qui va,
comme chaque année, faire
le point sur les dernières
avancées thérapeutiques, une pratique
accessible à tous, celle de l’activité
physique recommandée pour les patients atteints de cancer, mérite d’être
mise en avant comme un réel moyen de
lutte contre le cancer (1).
Les malades atteints de cancer voient
leurs capacités cardio-respiratoires et
musculaires s’altérer peu à peu, ce qui
entraîne une désadaptation à l’effort
avec diminution de l’autonomie et de la
qualité de vie. La pratique d’une activi-
Prescrite par seulement
10 % des médecins
La Société française des professionnels
en activité physique adaptée (SFPAPA) s’associe à l’Association francophone des soins oncologiques de support (Afsos) pour promouvoir les
bénéfices de l’activité physique auprès
notamment des professionnels de santé. Ceux-ci ont en effet un rôle primordial pour favoriser l’engagement des
patients atteints de cancer dans la mise
en place d’activité physique.
Encore trop méconnue de tous (pa-
STEFAN SCHURR/SHUTTERSTOCK, GOPIXA/SHUTTERSTOCK
AUDE-MARIE
FOUCAUT
té physique par un malade atteint d’un
cancer entraîne des améliorations significatives tant de l’autonomie que de
la qualité de vie, notamment en réduisant la fatigue et en améliorant l’état
émotionnel, l’appétit, le sommeil, l’estime de soi… Point important, elle
conduit indirectement à une meilleure
observance des traitements et donc à
un meilleur contrôle de la maladie
comme cela a été prouvé sur le plan
scientifique dès 2010 (2).
Un dispositif législatif a été mis en
place par un décret applicable au
1er mars 2017 (3) « relatif aux conditions
de dispensation de l’activité physique
adaptée prescrite par le médecin traitant
à des patients atteints d’une affection de
longue durée (ALD) ». En parallèle, le
plan cancer 2014-2019 (4) a également
prévu de généraliser la démarche de
prévention après le diagnostic de cancer en incluant notamment la promotion d’activité physique.
tients et médecins), l’activité physique
- notamment adaptée (APA) - est pourtant un des axes forts des soins de support (5). De nombreuses initiatives ont
vu le jour tout au long du parcours de
soins et émergent progressivement sur
le territoire, mais elles doivent être
mieux identifiées et organisées. La
priorité des médecins est encore très
centrée sur les soins spécifiques ; les
malades ignorent les apports de l’activité physique et/ou n’osent pas aborder
ce sujet lors de consultations médicales
souvent trop courtes par nécessité et où
bien d’autres sujets sont abordés.
Même si le dispositif d’annonce mis en
place par les plans cancer favorise l’information, les dispositifs et programmes d’activité physique, mis en œuvre
selon les capacités et l’envie du patient,
ne sont pas assez soutenus.
Ainsi, une insuffisance de prise en
compte de l’apport de l’activité physique par les médecins et les infirmières,
un manque d’organisation en établissement et dans une zone géographique
proche de son domicile, une absence
de prescription type, une non-existen-
sante.le
ce de la prise en charge dans le parcours de soins, une insuffisance des
ressources disponibles et connues en
activité physique (professionnels la supervisant, lieux dédiés…) : voici les
quelques raisons pour lesquelles l’activité physique n’est prescrite que par
10 % des médecins.
À ceci s’ajoutent les barrières psychologiques chez certains patients qui
pensent « ne pas pouvoir y arriver » ou
pour lesquels la motivation est un levier
déterminant pour la pratique d’activité
physique régulière.
La SFP-APA et l’Afsos appellent à
une vraie réflexion le 8 juin (6) pour le
premier workshop national « activité
physique et cancer » pour reconsidérer
les rôles de l’activité physique et son
accessibilité dans le parcours de soins,
notamment avec l’aide de mesures incitatives à la prescription pour le plus
grand bénéfice de tous les malades atteints d’un cancer en France. ■
(1) http://www.afsos.org/referentielsrecommandations/decouvrir-tousles-referentiels/
(2) https://www.ncbi.nlm.nih.gov/
pubmed/23152233
(3) https://www.legifrance.gouv.fr/eli/
decret/2016/12/30/2016-1990/jo/texte
(4) http://www.e-cancer.fr/Plancancer/Plan-cancer-2014-2019priorites-et-objectifs/Plan-cancer-20142019-de-quoi-s-agit-il/Les-17-objectifs-du-Plan
(5) http://www.e-cancer.fr/Patientset-proches/Qualite-de-vie/Soinsde-support/Definition
(6) https://www.sfp-apa.fr/dossiers/
workshop-national-activite-physiqueet-cancer.html
A
Les analyses ADN
sont-elles
les meilleures
alliées de la justice ?
11
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
12
SANTÉ PSYCHOLOGIE
Qu’est-ce qui peut
vraiment nous consoler ?
Un geste, une caresse, l’évocation de l’avenir… Autant d’appuis
pour celui qui traverse une épreuve.
PASCALE SENK
RÉCONFORT On savait depuis longtemps que les grands singes se réconfortent entre eux lorsqu’un des leurs va
mal. Ils le font à travers de grandes embrassades. Ce que l’on prenait pour une
spécificité humaine, l’empathie et la capacité à la manifester, ne l’était donc
plus. Mais plus récemment – l’étude a été
publiée dans Science en 2016 –, les chercheurs du Yerkes National Primate Research Center de l’Université Emory
ont démontré qu’un rongeur, le campagnol des prairies, augmentait le toilettage de son partenaire quand celui-ci
était stressé. Mieux, son taux d’ocytocine et d’autres marqueurs biologiques se
mettaient à s’élever au point d’impacter
les taux de son alter ego qui s’en trouvait apaisé.
Ainsi les animaux savent-ils naturellement se consoler. Mais nous, humains
dotés de conscience et de langage, sommes souvent embarrassés. Que dire en
effet à celui qui vient de vivre l’impensable, un deuil tragique, une annonce de
maladie fatale ? Et nous-mêmes, pouvons-nous nous « auto-consoler » quand
nous sombrons ?
Sans doute faut-il en premier lieu accepter pleinement la peine et savoir qu’il
restera toujours de « l’inconsolé », comme les philosophes Michaël Fœssel (dans
Le Temps de la consolation, Éd. du Seuil) et
André Comte-Sponville (dans L’Inconsolable et autres impromptus, Éd. PUF),
chacun à leur manière, l’ont écrit. Le pire
en effet ne consiste-il pas à répéter « ce
n’est rien ! » à celui qui souffre ?
Mais pas question non plus d’« en rajouter ». Quelques semaines après le
séisme et le tsunami qui ont ravagé le Japon (en 2011), le moine zen Koike Ryunosuke rédigeait un texte (L’Art de la consolation, Éd. Philippe Picquier) à l’usage de
ses contemporains qu’il jugeait trop affligés pour pouvoir s’entraider réellement.
Rappelant la notion d’équanimité bouddhique, il écrivait : « La bienveillance
s’adosse nécessairement à un certain
sang-froid. Lorsqu’on tâche d’accompagner les victimes d’un drame qui souffrent,
si on se laisse aller au tapage émotionnel,
rien ne va. C’est une fois nos propres émotions maîtrisées et notre moi ouvert à la
bienveillance qu’on peut tendre l’oreille à la
souffrance des autres. »
Paradoxalement, c’est en s’appuyant
sur ses propres expériences de désespoir,
et en les dépassant, qu’on semble pouvoir aider au mieux celui qui est encore
dedans. Prenez la britannique Jodi Ann
Bickley, créatrice d’un site original (onemillionlovelyletters.com) qui a pour vocation de redonner espoir à ceux qui sombrent. Elle avait seulement 23 ans quand
on lui découvrit une encéphalite due à
une morsure de tique. Sortie paralysée de
cette contamination, elle était déterminée
à se connecter avec d’autres qui endurent
comme elle de sales périodes.
Pour s’en sortir, Jodi Ann Bickley s’est
mise à envoyer des lettres d’encourage-
«
C’est une fois
nos propres émotions
maîtrisées et notre
moi ouvert à la
bienveillance qu’on peut
tendre l’oreille à la
souffrance des autres
KOIKE RYUNOSUKE, MOINE ZEN
»
ment manuscrites, et à chaque fois singulières. On en découvre quelques dizaines,
traduites, dans son livre qui vient d’être
publié en France (Un million de lettres
d’espoir, Éd. Leduc.s). Que dit-elle à ses
correspondants d’un genre particulier ?
Qu’ils sont uniques, courageux, qu’ils ont
le contrôle, qu’ils ont droit au bonheur…
Bref, elle fait résonner une musique
agréable qu’ils ne savent plus composer
par eux-mêmes. « Nous sommes tous capables de nous entraider en devenant la
voix positive, la “bonne voix” de quelqu’un
d’autre […] Nous ne nous écoutons pas assez, nous avons donc besoin des autres
pour nous rappeler que nous sommes exceptionnels », écrit-elle.
Certes. Mais pour celui qui a été brisé,
quelles forces intérieures lui permet-
tront-elles d’encaisser sa peine, voire de
la transcender ? Le parcours d’Élie Buzyn
– le père d’Agnès Buzyn, notre actuelle
ministre de la Santé – est en ce sens passionnant. Dans J’avais quinze ans (Éd.
Alisio), il dévoile, après un long temps de
silence, les ressources qui lui ont permis
de « vivre, survivre et revivre » après son
expérience des camps de la mort et la
perte de sa famille alors qu’il n’avait que
15 ans. Comme source d’inspiration fondatrice, il y eut d’abord une phrase que sa
mère lui avait glissée à l’oreille au moment où la menace nazie rôdait : « Tu dois
tout faire pour rester en vie ». Cette injonction maternelle fonctionna comme
un ressort invisible quand le jeune Élie fut
capturé. Elle l’invitait sans cesse à regarder devant lui, vers l’avenir. De même,
quelques rencontres fondatrices qui le
réconcilièrent avec le genre humain.
Aujourd’hui, s’il reste de l’inconsolé en
lui, celui qui est devenu chirurgien orthopédiste alors même qu’il avait eu les
pieds gelés à Buchenwald répare les
autres, et témoigne, transmet à ses enfants, petits-enfants, devenus les preuves
vivantes que le projet nazi a échoué. En
cela, et autant à lui-même qu’aux autres,
il montre cette capacité définie par le
philosophe Michaël Fœssel : « Consoler
revient à convaincre l’autre qu’il est possible de vivre au-delà du point où cela semble
impossible. » ■
« L’épreuve porte en elle un secret »
MARIE
DE HENNEZEL
Psychologue
Marie de Hennezel, psychologue
clinicienne est pionnière du développement des soins palliatifs
en France, auteur de Croire aux
forces de l’esprit (Éd. Évolution
Pocket).
LE FIGARO. – Les « forces
de l’esprit » dont vous parlez dans
votre livre sont-elles les véritables
ressources dont nous avons besoin
pour apaiser nos peines ?
Marie de HENNEZEL. – Je crois en
effet que pour pouvoir traverser
une épreuve, il faut savoir se demander : vers quoi me mènet-elle ? Quel est son aboutissement profond ? Que me fait-elle
découvrir de moi, de mes ressources, de mon endurance ou de mes
limites ? C’est la lecture du poète
persan Farid al-Din Attar dans Le
Livre de l’épreuve (Éd. Fayard) qui
m’a révélé cet aspect : l’épreuve
n’est pas forcément une catastrophe qui vous tombe dessus, elle
porte en elle un secret auquel nous
désirons secrètement avoir accès.
En cela, elle prend un caractère
« captivant » qui peut nous aider.
C’est une première consolation,
car cela met un peu de lumière en
ces périodes de désespoir dont
nous comprenons qu’elles ne sont
“
Il y a un temps
de souffrance muette,
celui où la personne
est en pleine
sidération. Il s’agit
de l’accepter. On peut
laisser entendre que
cela passera, et qu’on
est disponible pour
ce moment où
la parole reviendra
”
Mais les soignants – et les
psychologues en font partie –
n’ont-ils pas une vraie mission
en ce sens ?
Bien sûr, nous pouvons aider à
« recoudre », désinfecter le psychisme de celui qui souffre. Nous
pouvons lui faire sentir qu’il n’est
pas seul dans l’épreuve, que nous
sommes tous vulnérables et que
les humains savent faire cela,
s’occuper les uns des autres. Mais
ce qui fait la différence, c’est
d’avoir vraiment confiance en ses
capacités à se relever. Une posture
que l’écrivain Christiane Singer
désignait par cette capacité à dire :
« Avance, traverse, et tu vas découvrir en toi la force dont tu as besoin ». On ne le sait que trop peu,
il faut à la fois de la présence et de
la confiance pour consoler.
Mais que faire lorsque celui qui
va mal semble ne pas vouloir
communiquer ?
Il y a un temps de souffrance
muette, celui où la personne est en
pleine sidération. Il s’agit de l’accepter. On peut laisser entendre
que cela passera, et qu’on est disponible pour ce moment où la parole reviendra. Peu à peu, après
l’avoir écoutée, à son heure, dire
son chagrin, on pourra glisser des
phrases d’espoir : « Tu vas trouver
la sortie ». Je me souviens d’une
jeune femme désespérée au moment de son divorce qui me disait : « Mais qui voudra de moi avec
mes quatre enfants ? » Je lui ai
simplement dit : « Tu verras, la vie
est pleine de surprises, elle a horreur du vide et amène des choses
nouvelles. L’homme qui tombera
amoureux de toi accueillera aussi
tes enfants ! » Et cette prophétie
s’est avérée juste !
Ce que vous évoquez là,
c’est la foi, non ?
Oui, mais la foi en l’homme et en
la vie. Pas seulement la croyance
religieuse. Cette foi dont je parlais
beaucoup avec François Mitterrand, justement, lui qui était
agnostique, concerne la puissance
de renouvellement de la vie. C’est
avoir confiance en l’homme aussi,
en sa capacité de résilience.
Mais ces forces de l’esprit,
que sont-elles ?
Ce sont les forces internes et profondes de chacun. Elles sont
nourries de créativité, d’art, de
culture… Les rêves, notamment,
nous apportent un éclairage sur
ce potentiel inouï de notre intériorité. Je raconte dans le livre
comment le fait de noter ses rêves
et y repenser nous aide dans nos
choix, notre évolution. Le vrai
psychologue, celui qui n’est pas
vissé au théorique, se met à
l’écoute de ces forces internes de
la personne qui souffre. Et est
même capable d’entrer en dialogue avec elles. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR P. S.
3ème édition du Big Bang Santé :
la transformation au cœur de la santé
SANTÉ À DOMICILE
JEUDI 18 OCTOBRE 2018
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Maison de la Chimie - Paris - de 8h30 à 17h30
Parmi les intervenants de l’édition 2018 :
INTELLIGENCE
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que des étapes, des moments. Bien
sûr, être serré dans les bras des
autres, recevoir de l’affection peut
aider. Mais cela ne suffit pas.
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bigbang.lefigaro.fr
+33 1 43 12 85 55
Yves
Coppens
Jérôme
Chappellaz
Laurence
Devilliers
Jean-François
Mattéi
Paléontologue,
professeur émérite
au Collège de France
Directeur de l’Institut
Paul-Émile Victor
Enseignant-chercheur en
informatique à la Sorbonne,
laboratoire Limsi (CNRS)
Professeur émérite
de génétique médicale,
ancien ministre
Événement organisé par
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 4 juin 2018
SPORT
13
Caroline Garcia,
porte-drapeau
d’un tennis
français en berne
Opposée ce lundi à Angelique Kerber,
la numéro 1 française incarne le dernier
espoir tricolore à Roland-Garros.
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
TENNIS Porter les derniers espoirs
français en Grand Chelem devient désormais la norme pour la 7e joueuse
mondiale. C’était déjà le cas en Australie, en janvier. Pas de quoi la perturber.
« Ça ne va rien changer pour moi. Je me
concentre sur mon jeu et j’essaie de prendre du plaisir. » Tranquille vainqueur de
la Roumaine Irina-Camélia Begu (6-1,
6-3), la native de Saint-Germain-enLaye défie, ce lundi, l’ancienne numéro 1 mondiale Angelique Kerber, qui revient fort après une année 2017 difficile.
« Elle a retrouvé un énorme niveau. Avec
son expérience, ce sera forcément compliqué. » D’autant que la Lyonnaise,
menée 4 à 2 dans ses duels avec l’Allemande, tête de série no 12, n’a inscrit
que 2 jeux lors de leur dernier duel à Indian Wells (6-1, 6-1).
Mais le public français se raccroche à
Garcia alors que le tennis masculin décroche. Aucun Français en 8e de finale
de Roland-Garros. Du jamais-vu depuis… 2007 ! Samedi, Lucas Pouille (éliminé sans gloire par Karen Khachanov), Gaël Monfils (battu en 5 sets par
David Goffin malgré quatre balles de
match), Richard Gasquet (surclassé par
Rafael Nadal) et Pierre-Hughes Herbert
(écarté par John Isner) ont rangé leurs
raquettes dès le 3e tour. Un fiasco attendu, tant la campagne sur terre battue
des Bleus avait été médiocre.
« On ne peut pas tout d’un coup arriver
à Roland-Garros et dire que l’on va gagner le tournoi ou arriver en deuxième semaine », a lâché tard samedi soir Thierry
Champion, responsable du haut niveau
à la Fédération. « Il n’y a pas eu de miracle Roland-Garros », surenchérit le
DTN, Pierre Cherret. Confirmation. Le
tennis français masculin vit une période
de lent déclin. Le sacre en Coupe Davis,
en novembre, une première depuis seize
ans, n’est qu’un cache-misère. D’autant
ans
que le mal est profond : c’est la première
fois depuis 1997 qu’il n’y aura pas de
Français en deuxième semaine lors de
deux Grands Chelems consécutifs.
La relève tarde
Le DTN poursuit : « On a eu une génération d’exception avec quatre Français
dans le top 20. » Mais la génération
Tsonga (forfait sur ce Roland-Garros)
vieillit, et la relève tarde. Censé incarner à lui tout seul l’avenir du tennis
16e
français, le
mondial, Lucas Pouille,
24 ans, a du mal à assumer son statut de
nouveau leader. Stoppé au 3e tour,
comme l’an passé, le Nordiste confirme
ses grandes difficultés dans les grands
rendez-vous depuis deux ans. Depuis sa
victoire sur Nadal en 8e de finale de l’US
Open en septembre 2016, il n’a plus battu un membre du top 20 sur le circuit.
Et Pouille risque d’être bien seul quand
les Tsonga, Monfils, Gasquet et autres Simon rangeront leurs raquettes. C’est en
C. ENA/AP
effet un peu le désert chez les jeunes
pousses, même si Corentin Moutet,
141e mondial à 19 ans, vainqueur de son
tout premier match en Grand Chelem, a
affiché de belles promesses. Bien
conscient du risque de trous générationnel, Cherret résume : « On doit se concentrer sur nos jeunes, car, dans six ans, il y a
Paris 2024. Aujourd’hui, la concurrence
commence beaucoup plus tôt et les étrangers travaillent plus précisément que
nous. » L’état d’urgence est déclaré. ■
Zverev et Thiem, prêts pour un choc chic
21
Il faut remonter à 1997 pour trouver trace
de deux Grands Chelems consécutifs
sans le moindre joueur français
en 8es de finale
Qualifiée en 8e de finale, Caroline Garcia célèbre sa victoire face à Irina-Camelia Begu (6-1, 6-3), samedi, à Roland_Garros.
L’Allemand Alexander Zverev
s’est qualifié en quart de finale
de Roland-Garros, dimanche, en battant
le Russe Karen Khachanov
en cinq sets. ALESSANDRA TARANTINO/AP
DIMANCHE, à Roland-Garros, les spectateurs ont profité de la générosité du
soleil et disserté sur l’absence des Français. Dans une ambiance étrange. Il y
avait la chaleur sans la fièvre. Les
matchs accrochés disputés par Alexander Zverev (une habitude) et Dominic
Thiem (pour se compliquer un peu la
vie) ont alors choisi de rythmer la
8e journée des Internationaux de France.
Mené 2 sets à 1 (comme face au Serbe
Dusan Lajovic au 2e tour et au Bosnien
Damir Dzumhur au 3e tour), Alexander
Zverev a fait preuve de sang-froid pour
escalader 4-6, 7-6 (4), 2-6, 6-3, 6-3
l’obstacle représenté par le Russe Karen Khachanov (tombeur de Lucas
Pouille) et filer, soulagé, vers les quarts
de finale. Un succès savouré à genoux,
pour célébrer une première qualification pour le grand huit en Grand Chelem (à sa douzième tentative en tournoi
majeur).
Prochaine étape, le choc attendu
dans le bas du tableau contre l’Autrichien Dominic Thiem, vainqueur en
deux temps de Kei Nishikori 6-2, 6-0,
5-7, 6-4. « C’est la rencontre que la plupart des fans en Autriche et en Allemagne attendaient. Ce sera un magnifique
match. Nous venons de jouer l’un contre
l’autre à Madrid (victoire de l’Allemand
en deux sets secs en finale). C’est un
joueur étonnant. Le troisième meilleur,
d’après moi, après Rafael (Nadal) et Roger (Federer). Ce sera un véritable défi
pour moi », a souligné l’Autrichien.
“
C’est la rencontre
que la plupart des fans en
Autriche et en Allemagne
attendaient, ce sera
un magnifique match !
L’AUTRICHIEN DOMINIC THIEM
”
À l’heure d’évoquer son futur adversaire dans le choc attendu de la partie
basse du tableau, Alexander Zverev a
simplement glissé : « Je m’attends à un
autre match en cinq sets. Je vais m’y
préparer. » Prêt à un nouveau voyage
dans la 5e dimension. Sans redouter les
affres de la fatigue physique ou l’usure
mentale.
Novak Djokovic, lui, lutte toujours
autant avec son jeu qu’avec ses rivaux.
Son langage corporel trahit souvent
son exaspération. Mais, en dépit de ses
approximations actuelles, le Serbe (tête
de série no 20, lauréat des Internationaux de France en 2016 et quart-de-finaliste l’an dernier) pointe en quarts de
finale, pour la douzième fois en 14 participations, après sa victoire contre
l’Espagnol Fernando Verdasco 6-3,
6-4, 6-2. Il a rendez-vous, pour une
place dans le dernier carré avec l’inattendu Marco Cecchinato (25 ans ;
72e mondial), tombeur de David Goffin
7-5, 4-6, 6-0, 6-3. L’Italien, qui
n’avait auparavant jamais remporté le
moindre match en Grand Chelem,
semble désormais y prendre goût…
Pendant ce temps, observateur lointain
de ce paisible dimanche, Rafael Nadal a
soufflé ses 32 bougies. Solide et serein
dans son costume d’immense favori…■
J.-J. E.
Simples dames (8es de finale) : Keys (E-U, 13)
bat Buzarnescu (Rou, 31) 6-1, 6-4 ; Stephens
(E-U, 10) bat Kontaveit (Est, 25) 6-2, 6-0 ;
Putintseva (Kaz) bat Strycova (Rtc, 26) 6-4, 6-3.
Le programme, ce lundi, à partir de 11 heures,
court Philippe-Chatrier : Halep (Rou, 1)-Mertens
(Bel, 16) ; Nadal (Esp, 1)-Marterer (All) ; S. Williams
(E-U)-Sharapova (Rus, 28) ; Cilic (Cro, 3)-Fognini
(Ita, 18). Court Suzanne Lenglen : Schwartzman
(Arg, 11)-Anderson (AfS, 6); Kerber (Fra, 7); Isner
(E-U, 9)-Del Potro (Arg, 5); Muguruza (Esp, 3)Tsurenko (Ukr).
Williams-Sharapova, duel de légendes
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A
Maria Sharapova (31 ans) et Serena Williams (36 ans) partagent la gloire et le devant
de la scène depuis plus de quinze ans. C. HARTMANN/REUTERS; C. ARCHAMBAULT/AFP
Henin. Novak Djokovic raconte au sujet
de Serena Williams : « Tous les superlatifs
et tous les mots merveilleux que l’on peut
utiliser pour elle, elle les mérite. Maintenant, elle a la petite Olympia, et, après tout
ce qu’elle a réalisé dans le sport (72 titres,
dont 23 du Grand Chelem), vous la voyez
revenir. Et la voir revenir, jouer et travailler pendant des heures sur le court,
c’est impressionnant, et c’est aussi inspirant. Je l’aime beaucoup, vraiment, et on
partage beaucoup de choses. »
Roger Federer a, dans une interview au
Wall Street Journal, résumé au sujet de
l’Américaine : « C’est fascinant à regarder. Elle a eu une formation totalement différente - je suis passé par la Suisse avec la
fédération, elle l’a fait avec son père et sa
sœur, c’est une histoire incroyable en ellemême -, et, ensuite, elle est devenue l’une
des plus grandes, sinon la plus grande
joueuse de tennis de tous les temps, hommes et femmes confondus. »
Autre symbole inoxydable, Maria Sharapova a, lors du dernier tournoi de
Rome, échangé quelques balles à l’entraînement avec Rafael Nadal, modèle d’implication, d’abnégation, de résilience. À
l’heure de défier Serena, contre qui elle a
perdu à 19 reprises en 21 matchs (son dernier succès date de 2004), la Russe (36 titres, dont 5 du Grand Chelem) souligne la
force des trajectoires parallèles : « Dans
nos vies, beaucoup de choses se sont produites. Le fait que j’arrive à me retrouver à
cette place, à jouer sur le Court central, à
relever le défi de continuer à avancer et être
capable de faire face à Serena, je crois que
cela en dit long. » Sur leur force de caractère. Les reines sont de retour… ■
LEVALET
COUVERTURES de magazines, trophées,
fortune, Serena Williams et Maria Sharapova, qui croiseront le fer ce lundi en 8es
de finale, partagent la gloire et le devant
de la scène depuis plus de quinze ans.
Parvenant, entre sacres et éclipses, à
dessiner des carrières lancées sur des
chemins de traverse avant de s’exposer
tels des contes de fées. Des épreuves traversées, elles ont conservé un goût rare
pour d’étourdissants retours d’enfer.
Plusieurs fois, leurs carrières éprouvées
ont semblé devoir laisser défiler le générique de fin. Avant le regain. Toujours
spectaculaire.
L’Américaine (36 ans) et la Russe
(31 ans) se sont croisées pour la dernière
fois lors de l’Open d’Australie en 2016.
Maria Sharapova, contrôlée positive au
Meldonium, allait dans la foulée écoper
de quinze mois de suspension. Serena
Williams, un an plus tard, coiffait la couronne à Melbourne, enceinte de deux
mois, avant de s’éloigner à son tour. En
leur absence, le circuit a vu défiler les
lauréates en Grand Chelem (l’Allemande
Kerber, l’Espagnole Muguruza, la Lettone
Ostapenko, l’Américaine Stephens, la
Danoise Wozniacki) et les numéros 1
mondiales sans parvenir à faire oublier
ces légendes aux spectateurs.
L’Américaine et la Russe ont marqué
l’histoire du jeu, comme avant elles Martina Navratilova et Chris Evert, Steffi Graf
et Monica Seles, Martina Hingis et Justine
SPEEDY GRAPHITO
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
14
SPORT
Top 14 : Castres, le sacre des valeureux
Castres célèbre sa
victoire, samedi soir
au Stade de France.
CHRISTOPHE SIMON/AFP
CHRISTOPHE SIMON/AFP ; THIERRY BRETON/PANORAMIC
Remarquables
de bravoure, les
Tarnais ont fait
chuter Montpellier
et ses stars. Un
vivifiant pied de nez
au rugby business.
DAVID REYRAT £@DavidReyrat
RUGBY Abnégation, vaillance, solidarité.
Si vous cherchiez la définition de ces notions de plus en plus rares de nos jours,
sur un terrain comme dans la société,
plus la peine d’ouvrir votre dictionnaire.
Les Castrais y ont répondu par l’exemple,
poussant le curseur très loin dans le sacrifice, le don de soi au nom d’une cause
supérieure : le collectif. Il est de bon ton,
désormais, de railler les valeurs du rugby,
de considérer, tout bien pesé, que le ballon ovale ne serait guère plus vertueux
que le ballon rond. Certes, les dérives se
multiplient, l’argent envahit le paysage.
Mais, dans le fond, le rugby conserve encore de sa singularité. Et sait le rappeler à
l’heure des braves.
Samedi soir, au Stade de France, les
joueurs du Tarn ont ainsi jeté toutes leurs
forces dans la féroce bataille. Briser les déferlantes montpelliéraines. Ne pas céder
un pouce de terrain face aux lourds avants
venus d’Afrique du Sud. Se jeter dans les
pieds adverses sans relâche pour faire
tomber. Encore et encore. S’encourager. À
l’image d’un Rory Kockott, demi de mêlée
habité par la rage de vaincre. Haranguant
ses partenaires, vociférant contre ses adversaires. Tous unis avec le même but : tenir pour vaincre. Mission accomplie avec
un large succès, 29 à 13. Et une jolie morale. Ce n’est pas forcément le plus riche, le
plus prestigieux, le plus clinquant qui
s’impose. L’équipe mue par un supplément d’âme peut déjouer les pronostics.
Renverser des montagnes (de muscles).
Écoutez Rodrigo Capo Ortega, vieux
guerrier de 37 ans, joueur de devoir arrivé
de son Uruguay natal à Castres il y a seize
ans. « Personne ne nous a rien donné. Jamais. Ces victoires, on est allés les chercher.
Je suis fier de mon équipe. » L’ailier Ar-
mand Batlle renchérit. « Ce n’est pas un
hasard si on est champions. Christophe
Urios (le manager du CO, NDLR) rappelle
sans cesse que le collectif est sacré. On ne
peut pas faire autrement à Castres. On n’a
pas de starlette, personne ne nous connaît.
On est simplement une bande de copains.
Regardez-nous par rapport aux Montpelliérains ! Ça faisait presque de la peine. Mais
“
Ces victoires, on est
allés les chercher. Je suis
fier de mon équipe
”
RODRIGO CAPO ORTEGA, CASTRES
on y est quand même arrivés. Par la force du
collectif, toujours. On se nourrit de ça depuis
des années. » Pour atteindre la finale à trois
reprises ces six dernières années et soulever le bouclier de Brennus en 2013 et 2018.
Les mots claquent. Toujours plus forts.
Ceux de Thomas Combezou, centre de
combat, la bacchante épaisse et noire
pour effrayer l’ennemi. « Sur le papier, les
Montpelliérains sont meilleurs que nous.
LOUIS PICAMOLES
Mais, sur le terrain, les ingrédients que l’on
met font la différence. On joue avec le cœur
et ce qu’on a dans le pantalon. C’est quelque chose qui nous dépasse. On ne joue pas
pour soi-même, mais pour notre famille,
nos amis, nos supporteurs. Pour la ville de
Castres. Ça nous pousse à dépasser nos
limites. » À renverser successivement
Toulouse, le Racing et Montpellier - soit
les trois premiers de la phase régulière pour une campagne glorieuse.
« On a prouvé au monde du rugby que
l’argent c’est peut-être bien mais ça ne fait
pas le bonheur », cingle Combezou. Une
réponse à Mohed Altard, le richissime
président du club héraultais, qui, dédaigneux de l’essence même du rugby, avait
lâché avant cet ultime acte de la saison :
« Un club de rugby, c’est une entreprise
comme une autre. » Et l’homme d’affaires
de se demander pourquoi Montpellier est
mal aimé… Parce que non, justement, le
rugby n’est pas un business. Mais une affaire d’hommes, d’affectif, de fierté. On
se sacrifie pour ceux qu’on aime. Pour un
gros chèque chaque fin de mois, on fait
juste son travail… ■
TROISIÈME LIGNE CENTRE ET CAPITAINE DE MONTPELLIER
On n’a jamais pu imposer
notre jeu et notre rythme»
Qu’est-ce qui domine
après cette défaite en finale ?
On aurait aimé montrer de meilleures
choses. On a fait beaucoup trop d’erreurs. Sur ce point, la victoire de Castres
est amplement méritée. Ils ont marqué
sur chacune de leurs opportunités.
Physiquement, vous avez été moins
dominateurs que d’habitude…
On s’attendait à un énorme défi. Les
Castrais avaient sorti deux gros matchs
avant cette finale. On savait que ça allait
être dur. On ne s’est pas enlevés, mais
on a fait trop de fautes, concédé trop de
pénalités. Ce qui fait qu’on n’a jamais pu
nous exprimer à 100 %. On n’a jamais pu
imposer notre jeu et notre rythme.
Les cadres du MHR ont-ils failli ?
Il n’y a pas à pointer du doigt qui que ce
Les tops et les flops d’une saison tumultueuse
ARNAUD COUDRY £@ArnaudCoudry
CLAP DE FIN. La saison 2017-2018 s’est
conclue en beauté sur le sacre, inattendu
mais mérité, de Castres. Retour sur ce qui
a marqué - dans le bon ou le mauvais
sens du terme - ces dix mois.
LES TOPS
a renversé des montagnes. Qualifiés in
extremis, les Tarnais se sont offert en
phase finale les trois premiers de la saison régulière (Toulouse, Racing, Montpellier). Machine à faire déjouer ses
adversaires, le CO est apparu sûr de sa
force. Le couronnement de la méthode
Christophe Urios, qui base son management sur l’humain et l’affectif. Une réponse cinglante au rugby-business et à la
course à l’armement dans le Top 14.
u Adaptation express. L’ailier anglais a u
Ashton a affolé les compteurs
totalement réussi ses débuts avec le
RC Toulon. Avec 23 essais inscrits lors de
la saison régulière (plus un autre lors du
barrage perdu contre Lyon), il a battu le
record établi par l’ancien Clermontois
Napolioni Nalaga (21) lors de la saison
2008-2009. L’ex-enfant terrible du rugby anglais, connu pour ses débordements extra-sportifs, s’est relancé dans
le Var. À confirmer l’an prochain. Avec
un nouveau manager pour succéder à
Fabien Galthié…
u Sans faire de bruit, loin des projecCastres, humain avant tout
teurs médiatiques, le Castres Olympique
Michalak, Rougerie, Clerc :
la fin d’une génération dorée
C’est une page glorieuse du rugby français qui s’est tournée avec les départs à la
retraite de Frédéric Michalak, Aurélien
Rougerie et Vincent Clerc. Trois internationaux de renom, connus au-delà du
petit monde de l’ovalie. Première star du
rugby pro en France, Michalak a tiré sa
révérence lors du barrage perdu par
Lyon contre Montpellier. « Je n’ai aucun
regret sur tout ce que j’ai pu vivre »,
confie l’ancien enfant chéri de Toulouse.
Son ancien coéquipier au Stade, Vincent
Clerc, part, lui, après avoir battu le record d’essais inscrits en Top 14 (101), effaçant le record de Vincent Arbo (100).
Au terme d’une carrière exemplaire en-
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tièrement passée dans son club formateur, l’icône auvergnate Aurélien Rougerie raccroche lui aussi les crampons. Mais
il ne quitte pas Clermont puisqu’il sera,
notamment, en charge du recrutement.
LES FLOPS
champion en perdition
u Clermont,
Dans la foulée de son deuxième bou-
clier de Brennus soulevé en juin 2017,
(après celui de 2010), l’ASM a vécu une
saison cauchemardesque. Inconstance
coupable, cascade de blessures, le champion en titre n’a pas fait honneur à son
statut, terminant à une indigente 9e place. Loin des phases finales. Le raté
auvergnat confirme les difficultés récurrentes du champion sortant, déjà rencontrées par le Stade Français et le
Racing, sacrés en 2015 et 2016.
frayeur Ezeala et
u La
des blessures toujours en hausse
Image terrifiante. Début janvier, le jeune
ailier de Clermont, Samuel Ezeala, est
victime d’un terrible K.-O. après une
percussion contre le Racingman Virimi
Vakatawa. Le jeune espoir de l’ASM est
ranimé sur la pelouse de la U Arena, des
bâches blanches sont tendues pour ne
pas effrayer le public. Pour produire l’effet inverse. Finalement, il s’en sortira
après quelques jours de convalescence.
Ressurgit alors le débat sur la violence du
rugby moderne, la répétition des chocs
et des commotions. La saison a également été marquée par les trop nombreuses blessures aux ligaments croisés du
genou (17 en Top 14 !). Toujours plus vite,
plus fort. Sauf que le corps ne suit plus…
fin de l’aventure Collazo
u àLaLatriste
Rochelle
Demi-finaliste du Top 14 en 2017, La Rochelle était attendue au tournant cette
saison. Mais, obligés de disputer la
Champions Cup pour la première fois de
leur histoire, les Maritimes ont fini par
s’écrouler en 2018. Ne confirmant pas
leur statut de force émergente du Top 14.
La saison s’est même terminée en mélodrame avec le départ tonitruant de Patrice Collazo, le manager derrière la réussite récente du club charentais. Une
nouvelle page va s’ouvrir à
La Rochelle, sans sa figure emblématique…
Slade,
u Carter,
Cruden :
les ouvreurs All
Blacks à la peine
On attend beaucoup d’eux du
fait de leur
pedigree All
Blacks. Sauf
que globalement, ils ont
déçu cette
saison.
Dan Carter,
le
meilleur
ouvreur de l’histoire du rugby, a connu
une dernière saison fantomatique avec les Ciel
et Blanc, entre blessures
récurrentes et peur de la
rechute. Comme avec
Perpignan, il quitte le
Racing blessé à l’heure
de rejoindre le Japon.
Aaron Cruden n’a pas
montré la plénitude de
ses moyens avec Montpellier, à l’image de sa finale ratée contre Castres.
Colin Slade, lui, s’est mis
en valeur avec la Section
Paloise cette saison. Mais,
touché à la cuisse mi-avril, il
n’a pu aider le club béarnais
à se qualifier pour les
phases finales. Sprint
final raté. ■
soit… Quand on gagne ou quand on perd,
c’est tout un groupe. On n’a pas su trouver les ressources, les solutions pour
contrecarrer le plan de Castres. Ils ont
joué à la perfection. Je ne voulais pas
qu’on ait de regrets à l’issue de cette finale. Et on ne peut qu’en avoir car on n’a
pas joué à notre réel niveau. On a même
manqué un peu d’agressivité.
Vous étiez pourtant présentés
comme les grands favoris…
On a beaucoup insisté sur l’expérience
supposée de Montpellier. Mais on n’avait
pas disputé deux finales sur les cinq dernières années nous… Castres a beaucoup
plus l’habitude que nous de ces matchslà. Beaucoup de joueurs du MHR découvraient la finale du Top 14. Et ça n’a rien à
voir avec le niveau international.
A. C.
EN BREF
Football : retour gagnant
pour Neymar avec le Brésil
Le Brésil a battu la Croatie (2-0),
dimanche à Liverpool. Un match
amical préparatoire au prochain
Mondial en Russie marqué par le
retour de Neymar après trois mois
d’indisponibilité. Entré à la
mi-temps, la star du PSG
a donné l’avantage à son équipe
d’un superbe but (69e).
Umtiti prolonge au Barça
Arrivé en Catalogne en juillet 2016,
le défenseur international
français, formé à Lyon,
était sous contrat jusqu’en
2021 avec le Barça.
Samuel Umtiti, 24 ans,
a prolongé
jusqu’en
2023.
Dan Carter (à gauche)
et Chris Ashton.
DAVE WINTER ET
ALEXANDRE DIMOU/
ICON SPORT
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lundi 4 juin 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
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15 août, 25 décembre)
Elles doivent
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Appel aux héritiers. EN180196.
Le 18 janvier 2018,
est décédée, avec pour dernier
domicile Zurich,
Edith Frieda BLATTER
née Imfeld,
née le 12 février 1937,
à Lucerne,
originaire de Habkern BE.
Fille de feu Max Ernst Imfeld,
né le 14 décembre 1908,
et de feu Lina née Gut,
née le 29 février 1912
et décédée le 13 août 1991.
Sont invités à faire
leur déclaration d'héritier
les éventuels demi-frères
ou demi-sœurs de la défunte
(descendants du père,
date du décès inconnue)
ou les descendants
de tels demi-frères
ou demi-sœurs
qui seraient prédécédés.
Les personnes en question
sont sommées par
la présente à se présenter
devant l'autorité soussignée
dans l'année suivant
la publication du présent
appel aux héritiers.
Elles sont tenues de produire
les documents nécessaires
à la preuve de leur qualité
d'héritier, sans quoi elles seront
déchues de leur qualité
d'héritier dans la succession.
La déclaration d'héritier doit
être effectuée en allemand
(ou en français, italien
ou anglais).
Bezirksgericht Zürich
Einzelgericht
Erbschaftssachen
Case postale CH - 8036 Zurich.
M. Thomas Anargyros,
président,
M. Stéphane Le Bars,
délégué général,
les membres du conseil syndical
et l'ensemble des producteurs
de
deuils
Sabine Beysson,
son épouse,
Laurence, Bruno et Estelle,
ses enfants, et leurs conjoints,
Kevin, Romain, Alban, Solène
et Marie-Léa,
ses petits-enfants,
l'Union Syndicale
de la Production Audiovisuelle
rendent hommage aux qualités
humaines, professionnelles
et à l'engagement de
Annick, sa sœur,
Nicolas, son beau-fils,
et ses enfants,
Maia, Gabriel et Marius,
les familles Baudesson,
Beysson, Bonneil
M. Alain CLERT
producteur de Son & Lumière,
membre fondateur
de l'USPA,
décédé le mardi 29 mai 2018.
ont la grande douleur
de vous faire part du décès de
Ils s'associent à la peine
de sa famille et de ses proches.
Jean-Pierre BEYSSON
commandeur
de la Légion d'honneur,
conseiller maître honoraire
à la Cour des comptes,
président honoraire
de formation de jugement à la
Cour nationale du droit d'asile,
survenu le 31 mai 2018,
à l'hôpital Foch, à Suresnes,
à l'âge de 75 ans.
Saint-Gildas-de-Rhuys.
Nous sommes priés
de vous faire part du décès de
Mme Marie-France CORBIN
née Prieur,
survenu le 2 juin 2018,
à l'âge de 95 ans.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le mercredi 6 juin,
à 10 h 30, en l'église
Sainte-Jeanne-de-Chantal,
à Paris (16e).
De la part de :
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants.
Des dons peuvent être adressés
à la Fondation Foch.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mercredi 6 juin,
à 14 h 30, en l'abbatiale de
Saint-Gildas-de-Rhuys, suivie
de l'inhumation au cimetière.
Cet avis tient lieu de faire part
Le professeur François Guérin,
son époux,
Marie, Jean-Luc, Yves (†),
Véronique, France, Eric, Sylvie
ses enfants,
Quitterie, Calou,
Angélique, Miguel,
ses belles-filles et gendre,
Florence, Cédric et Aurore,
Isabelle, Olivier, Caroline,
Emmanuel, Thomas, Tilia,
Marceau, Nicolas et Viviana,
Laetitia, Thibault,
Héloïse, Marine,
Guillaume et Charlotte, Victor,
Léo, Mathieu, Raphaël, Théo,
Diego, Jules,
ses petits-enfants,
Honoré, Marguerite, Romain,
Mahault, Cerise, Arthur,
Axel, Simon,
ses arrière-petits-enfants,
ont la douleur de vous
faire part du rappel à Dieu de
Denise GUÉRIN
née Delizy,
le 31 mai 2018, dans sa
quatre-vingt-douzième année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 7 juin,
à 15 heures, en l'église
de Richebourg (Yvelines).
Mme Gilles
Duverger-Nédellec,
son épouse,
Bertrand BLOCH
l'a rejointe le 1er juin 2018,
dans sa 84e année.
Virginie Duverger-Nédellec,
Thierry et Anne
Duverger-Nédellec,
Stéphane et Catherine
Duverger-Nédellec,
ses enfants,
De la part de
M. et Mme Didier Chevalier,
son beau-fils et son épouse,
Mme Elisabeth Sirota,
M. Jean-François Vacher,
et de l'ensemble de
ses cousins et cousines
Un moment de recueillement
se tiendra le mardi 5 juin,
à 15 heures, sous les arcades
du crématorium du cimetière
du Père-Lachaise, à Paris (20e).
Didier17chevalier@orange.fr
Constance et Guillaume,
Laure et Thomas,
Stanislas, Astrid,
Solina, Palmyre, Hugo,
ses petits-enfants,
Arthur, Basile, César,
ses arrière-petits-fils,
font part du rappel à Dieu de
M. Gilles
DUVERGER-NEDELLEC
président
de chambre honoraire
du tribunal de commerce
de Paris,
Nantes (Loire-Atlantique).
Mme Dominique Callot,
son épouse,
Isabelle et Luc Perrier,
ses enfants,
Sophie et Hugues Perrier,
ses petits-enfants,
le 31 mai 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée ce lundi 4 juin,
à 10 heures, en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
Paris (7e).
Mme Erik Weibull,
sa sœur,
et toute la famille
La célébration d'inhumation
aura lieu le mardi 5 juin,
à 10 h 30, en l'église
de Saint-Briac-sur-Mer
(Ille-et-Vilaine).
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Dominique CALLOT
ancien président
de la Croix-Rouge française
de Loire-Atlantique,
survenu le 24 mai 2018,
à l'âge de 92 ans.
La cérémonie religieuse
a été célébrée en l'église
Notre-Dame-de-Toutes-Joies,
à Nantes (Loire-Atlantique),
le mercredi 30 mai 2018.
survenu le 31 mai 2018,
à La Dominière, Notre-Dame,
06330 Roquefort-les-Pins.
Ses cendres seront dispersées,
dans la baie
de Saint-Jean-de-Luz.
Ni fleurs ni couronnes.
Marie-Françoise Jonquard,
née Crosse,
son épouse,
Naissance
Annoncez-la dans le carnet du jour
Jean-Martial Jonquard,
son fils,
et Élise,
Andréa et Julia,
ses petites-filles,
Annie Durand,
sa sœur,
ont l'immense chagrin
de vous faire part du décès de
Jimmy JONQUARD
© Thinkstock
chevalier
de la Légion d'honneur,
... et recevez Le Figaro gracieusement pendant 3 mois
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Val-d'Isère,
le mardi 5 juin, à 15 heures.
L'inhumation aura lieu
au cimetière de Val-d'Isère.
survenu le 1er juin 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 5 juin, à 10 heures,
en l'église Notre-Dame,
place du Chapelet, à Bordeaux.
Ni couronnes ni plaques.
Fleurs pastel
ou dons à l'association
Ambre - soins palliatifs
et accompagnement.
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Le FigaRo
ont la tristesse
de vous annoncer
le rappel à Dieu
de leur mère, belle-mère
et grand-mère,
chaque jouR
Mme Jacques
PUTE COTTE de RENÉVILLE
née Gabrielle Dulac,
chez vous
le vendredi 1er juin 2018,
à Marseille.
Les obsèques auront lieu
le mardi 5 juin 2018,
à Marseille.
La comtesse
Hervé de Sesmaisons,
née Claude de Cosnac,
son épouse,
le marquis et la marquise
de Kernier,
le comte et la comtesse
Olivier de Sesmaisons,
ses enfants,
ses petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
le 30 mai 2018,
dans sa 85e année, muni
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 6 juin,
à 15 heures, en l'église
Saint-Pierre-de-Chaillot,
à Paris (16e).
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du lundi au samedi,
accompagné des suppléments
et des magazines du week-end.
L'inhumation aura lieu
le jeudi 7 juin,
à 14 heures, au cimetière
de La Chapelle-sur-Erdre
(Loire-Atlantique).
remerciements
Annick Chateau
et toute sa famille,
très touchées des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Bernard CHATEAU
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
6 mois
Hôtel Le Tsanteleina,
Boîte Postale 201,
73150 Val-d'Isère.
Fontenay-le-Comte.
La vicomtesse Henri
Poignand du Fontenioux,
le vicomte et la vicomtesse
Guillaume
Poignand du Fontenioux,
ses petites-filles,
Juliette et Elisabeth,
vicomte Henri
POIGNAND du FONTENIOUX
le 2 juin 2018,
à l'âge de 77 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 6 juin, à 10 h 30,
en l'église Notre-Dame
de Fontenay-le-Comte, suivie
de l'inhumation au cimetière.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Paris. Pont-Scorff.
La vicomtesse
Yann de Rochebouët,
son épouse,
M. et Mme
Philippe de Rochebouët,
M. et Mme
Gilles de Rochebouët,
M. et Mme
Thierry de Rochebouët,
ses enfants,
Damien, Audoin,
Inès, Amandine, Geoffroy,
Diane, Benjamin, Olivia,
ses petits-enfants,
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu,
le 1er juin 2018, du
vicomte
Yann de ROCHEBOUËT
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 5 juin, à 14 h 30,
en l'église Saint-Gabriel,
5, rue des Pyrénées, Paris (20e),
suivie de l'inhumation,
au cimetière de Montmartre.
« Je suis le Chemin, la Vérité
et la Vie. »
Jean 14, 6.
209s
au lieu de 473,20E
Cet avis tient lieu de faire-part.
vous font part
du rappel à Dieu du
Le service religieux
se déroulera en l'église de
Grandpuits (Seine-et-Marne),
ce lundi 4 juin, à 10 h 30.
François CHARLES-DOMINÉ
M. Guy MATTIS
survenu le 31 mai 2018,
à l'âge de 83 ans.
ont la douleur
de vous faire part du décès de
survenu le 27 mai 2018,
à l'âge de 89 ans.
ont la tristesse de faire part
du décès de
ont la tristesse
de faire part du décès de
le vicomte et la vicomtesse
Xavier
Poignand du Fontenioux
Jacques GUITARD
Le colonel (h.)
Jean Charles-Dominé,
son père,
Claude, son frère,
Alexandra, Julie, Antoine,
Louisa, Andréa,
ses neveux et nièces,
M. et Mme Philippe Mattis,
ses enfants et petits-enfants,
M. Yvon Mattis (†),
Mme Alain Mattis,
ses enfants et petits-enfants,
M. et Mme Gérard Mattis,
ses enfants et petits-enfants,
M. et Mme André Boch,
ses enfants et petits-enfants
Laurence, Bruno et Maryline,
ses enfants,
Julie, Jean-Sébastien et Sybille,
ses petits-enfants,
médaille militaire,
officier
de l'ordre national du Mérite,
croix du combattant volontaire
d'Indochine,
chevalier du Mérite agricole,
M. et Mme
Gilles Pute Cotte de Renéville,
leurs enfants,
Eric, Christophe et Virginie,
leurs belles-filles,
Pauline et Christelle,
comte
Hervé de SESMAISONS
Val-d'Isère (Savoie).
Mme Evelyne Mattis,
ses enfants et petits-enfants,
Cinq ans jour pour jour
après la disparition
de son épouse Jeanine,
Tél. 01 56 52 27 27 • Fax. 01 56 52 20 90
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15
Mme Jean Dunoyer,
son épouse,
ses enfants, petits-enfants,
arrière-petits-enfants
et toute sa famille,
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en kiosque.
très touchés
des marques de sympathie
qui leur ont été témoignées
lors du rappel à Dieu du
professeur Jean DUNOYER
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
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Ses enfants,
sa belle-fille et ses gendres,
ses petits-enfants
et leurs conjoints,
ses arrière-petits-enfants,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Thérèse, Louise, Marie
THIRIET
née Olivieri,
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
messes
et anniversaires
A l'occasion du
223e anniversaire de la mort de
Louis XVII
à la Tour du Temple,
le 8 juin 1795,
l'Institut
de la Maison de Bourbon
organisera une lecture
et un dépôt de gerbe,
le jeudi 7 juin 2018,
à 18 h 30, en l'église
Sainte-Marguerite,
36, rue Saint-Bernard,
Paris (11e) et fera célébrer
une messe à 19 h 30, en l'église
Sainte-Elisabeth-de-Hongrie,
195, rue du Temple, Paris (3e).
souvenirs
Il y a un an déjà, le 4 juin 2017,
Pierre VERBRUGGHE
nous quittait.
Il nous manque cruellement,
nous l'aimons et pensons à lui.
Frédéric, Françoise
et leurs enfants.
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lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
Liao Yiwu, poète rescapé du laogai
16
Surnommé le
« Soljenitsyne chinois »,
le dissident réfugié à
Berlin depuis 2011 a décrit
l’univers du laogai,
le goulag de la République
populaire dans un livre
choc. Lors d’une rencontre
avec « Le Figaro »,
il a raconté comment les
événements du 4 juin 1989
sur la place Tiananmen
ont changé le cours
de sa vie.
Liao Yiwi, en janvier 2013,
à Paris, à l’occasion de la sortie
de son livre Dans l’Empire
des ténèbres.
PHILIPPE MATSAS/OPALE/LEEMAGE
lat allemand de Chengdu. Il m’a informé que Berlin
n’arriverait plus à me faire sortir mais qu’il mettait
à ma disposition un visa d’un an, pour que je puisse
me rendre en Allemagne à n’importe quel moment. Il
m’a encouragé à fuir le pays pour tenter de rejoindre
par mes propres moyens une ambassade allemande
dans un pays tiers. »
Les autorités chinoises avaient déjà détruit à
deux reprises son livre sur « l’archipel du goulag
chinois ». Liao Yiwu avait réussi à faire sortir une
clé USB avec une troisième version, qu’il avait fait
parvenir à son éditeur en Allemagne. Il était prêt à
prendre le risque de le publier. C’est alors que les
policiers firent irruption chez lui pour confisquer
et éplucher ses contrats d’édition. « Ils m’ont prévenu que je risquais dix ans de prison si le livre sortait à l’étranger », dit-il. Liao Yiwu prend alors la
décision de s’enfuir et part dans le Yunnan, où il
établit le contact avec des trafiquants mafieux,
pour sortir clandestinement vers le Vietnam. « J’ai
demandé aux policiers la permission d’aller faire des
recherches dans le Yunnan pour un livre sur les
chrétiens. Ils ont dit oui. J’ai pris quatre téléphones
avec moi, explique-t-il. L’un pour appeler les flics,
l’autre pour la mafia locale, un pour mon éditeur en
Allemagne et le dernier pour pouvoir être appelé.
Jusqu’au bout j’ai harcelé le flic qui s’occupait de
mon cas, avec lequel j’avais sympathisé, pour savoir
si ma demande officielle de sortie du pays avait enfin
abouti, afin de brouiller pistes. »
Patrick Saint-Paul
psaintpaul@lefigaro.fr
Envoyé spécial à Berlin
C
A
« Une forte tradition de la torture »
Les geôliers ont dressé le menu des tortures. « Canard fumé à la mode Sichuan » : les poils pubiens
du détenu sont brûlés, il est décalotté, puis le bout
de son pénis brûlé avec une flamme. « Nouilles
dans un bouillon clair » : des filaments de papier
hygiénique sont trempés dans un bol d’urine et le
prisonnier est forcé d’en avaler le contenu. Ses
gardiens avaient choisi le « plat favori » de Liao
Yiwu. « Poissons rouges dans un bocal » : sa tête
était plongée dans le seau des toilettes… Il décrit la
Chine comme un gigantesque intestin débordant
d’excréments, un pays « corrompu par l’argent ».
« Le gouvernement pousse les gens à gagner de
l’argent. Ça aveugle la société. Le peuple ne pense
plus qu’à ça, dit-il. Pour moi, Chongqing a été le
rectum de la Chine. La prison où j’étais détenu avait
été construite par les nationalistes pour emprisonner
les communistes. Il y a une forte tradition de la
torture, qui se transmet de génération en génération, là-bas. »
Liao Yiwu doit sa liberté à l’Allemagne. Angela
Merkel a joué un rôle de premier plan, insistant
« C’est pire qu’à l’époque de Mao »
auprès du président de l’époque, Hu Jintao, pour
que l’écrivain puisse quitter la Chine et répondre à
l’invitation de la foire littéraire de Cologne. C’était
sa dix-huitième tentative officielle pour quitter le
pays. Il avait déjà acheté son billet d’avion, mais
Pékin refusera de le laisser partir et il sera arrêté à
l’aéroport. La diplomatie allemande fera grand
bruit autour de cette affaire et le gouvernement
chinois acceptera finalement qu’il honore l’invitation suivante pour la foire de Berlin. « J’ai été accueilli comme un héros là-bas et Herta Müller m’a
imploré, en larmes, de rester en Allemagne, de faire
une demande d’asile. » Liao Yiwu refuse. Condamné à onze ans de prison en décembre 2009, Liu
Xiaobo obtient le prix Nobel de la Paix pendant le
séjour de Liao en Allemagne. « Je pensais que les
choses étaient en train de changer en Chine, explique-t-il. Au bout de quarante jours j’ai décidé de
rentrer. »
Ce séjour lui coûtera cher. À son retour de Berlin, le poète sera arrêté dès son arrivée à l’aéroport
à Pékin, par trois policiers. « Ils m’ont invité à boire
le thé et m’ont informé que mon autorisation de
voyage à l’étranger était annulée », raconte-t-il.
Liao Yiwu était dans le collimateur de la police depuis 2008. Cette année-là, il avait signé la charte
08 de son ami Liu Xiaobo réclamant des réformes
démocratiques en Chine. « Les policiers m’avaient
prévenu que je venais de faire une grosse bêtise, se
souvient-il. Mais je leur ai dit la vérité. J’avais signé
le document sans le lire, par amitié pour Xiaobo. »
Les prochaines invitations resteront lettre morte.
Entre-temps le printemps arabe a provoqué un
durcissement du régime chinois, obsédé par sa
survie. « Angela Merkel m’avait fait offrir le DVD
du film La Vie des autres par l’intermédiaire de l’attaché aux questions des droits de l’homme du consu-
B. SHEEHAN/PEN AMERICAN CENTER/OPALE/LEEMAGE
râne rasé, fines lunettes et sourire
humble, Liao Yiwu ressemble à s’y
méprendre à un moine bouddhiste
cultivant son jardin berlinois. Un
sac de mauvaises herbes, qu’il vient
d’arracher, est jeté à ses pieds. La
coiffure de bonze est un souvenir
de ses années d’incarcération, un hommage aux
détenus toujours embastillés. Sa vie de poète a basculé le 3 juin 1989, à la veille de la répression de la
place Tiananmen par le gouvernement chinois,
avec l’écriture d’un poème prémonitoire intitulé
Massacre. Ses quatre années de détention au laogai, un camp de rééducation, ont fait de lui le « Soljenitsyne chinois » après la parution en 2013 de son
livre, Dans l’Empire des ténèbres (Éd. François
Bourin), relatant son expérience dans l’enfer des
goulags de la République populaire.
Son ami, le Prix Nobel de la paix Liu Xiaobo, décédé en juillet 2017, disait de lui qu’il est le plus
grand poète chinois de sa génération. L’écrivaine
allemande Herta Müller, prix Nobel de littérature,
a rédigé la postface de son livre choc sur le goulag
chinois. « L’art de Liao Yiwu est tel que dans ses
phrases le sarcasme n’est jamais que l’envers de la
souffrance, écrit-elle à son sujet. La langue de Liao
Yiwu agit sur le corps, parce qu’elle résulte d’une
souffrance vécue sur le corps. Elle a, comme lui,
avalé tortures et asservissement, elle tempête et susurre tout à la fois, et réussit enfin à se libérer. »
Détenu à Chongqing, la tentaculaire métropole
du centre de la Chine, il a été sans cesse humilié,
roué de coups, témoin de tortures et de viols. « Le
4 juin est une date très importante pour moi, une
rupture dans ma vie, confie Liao Yiwu au Figaro
dans son appartement de Westend, un quartier
chic de Berlin-Ouest, où il vit depuis qu’il a fui la
République populaire en 2011. Avant, j’étais un
jeune poète idéaliste et un peu anarchiste. Je rêvais
de décrocher le Prix Nobel de littérature. Au laogai
on m’a appris que je ne valais rien. Je ne valais pas
plus qu’un chien et certainement pas un prix
Nobel. » Son livre témoignage est à la fois effrayant, violent, mais aussi plein de compassion et
d’humour. Il raconte sa cellule de 12m2 où les détenus s’entassent à dix-huit, puis à trente-quatre.
Les condamnés à mort sont enchaînés. Il écrit des
lettres pour les recours devant la justice et des
mots d’adieu aux familles avant qu’ils soient
exécutés.
En arrivant à Hanoï, Liao Yiwu se met au vert dans
un petit hôtel. Mais il ne parle pas de langues
étrangères et ne sait pas comment entrer en
contact avec l’ambassade d’Allemagne. Désespéré, il téléphone à son traducteur à New York. « Je
lui ai dit que j’avais quelques rudiments d’anglais. Il
s’est réjoui que j’ai enfin pris des cours et m’a demandé si je savais dire l’essentiel, pour m’identifier.
J’ai dit oui. Je sais dire ce que j’ai appris à l’école :
vive la révolution et longue vie à Mao ! », confie-t-il
dans un éclat de rire. Finalement il réussira à gagner l’ambassade et sera exfiltré vers Berlin.
Son frère a été autorisé à lui rendre visite en
Allemagne et, contrairement à nombre de dissidents, sa famille est épargnée par les pressions policières. « Après ma fuite, le flic qui me surveillait
est allé voir ma mère pour lui demander comment
j’avais fait pour m’échapper, dit-il. Au début j’étais
très inquiet. Elle m’a vite rassuré et m’a dit que je
devrais lui passer un coup de téléphone. “Tu devrais
avoir pitié de lui. Il se demande sans cesse comment
tu as fait pour t’évader. C’est une vraie torture pour
lui. Le pauvre n’en dort plus la nuit”. » Liao Yiwu
s’interrompt avant de s’esclaffer.
Il ne retournera pas en Chine. « Rien n’a changé
dans le système chinois, dit-il. C’est pire qu’à l’époque de Mao. Nous avons une Constitution et des lois,
mais elles ne sont pas respectées et tous les mouvements de protestations sont réprimés par le régime
depuis des années. L’Occident pèse de moins en
moins sur le gouvernement pour faire avancer les libertés. Les Chinois ne sont pas aveugles. Ils voyagent à l’étranger et peuvent comparer. Mais ils ne se
battront pas pour le changement. Car dans un état
policier comme la Chine, se battre, c’est mourir. »
Le 4 juin 1989, après son incarcération, Liao
Yiwu dit être « entré dans un autre monde ». Celui
de la « génération sacrifiée » de l’après Tiananmen. Beaucoup de ses amis sont morts. Lui a survécu, mais il estime avoir une dette envers les
autres. Désormais il consacre toute son énergie à
tenter de sauver Liu Xia, l’épouse de Liu Xiaobo,
assignée à résidence à Pékin depuis plusieurs années et sujette à une lourde dépression. Il lui parle
plusieurs fois par semaine au téléphone et a rendu
publique une de leurs conversations, où elle disait
vouloir se laisser mourir par désespoir. II espère
qu’Angela Merkel pourra la sauver. « Lorsque la
chancelière s’est rendue en Chine récemment, ils ont
voulu envoyer Liu Xia en vacances pour qu’elle ne
puisse pas la rencontrer, raconte-t-il. Au départ,
elle a refusé. Mais les policiers lui ont dit que si elle
acceptait de partir, elle serait libre de ses mouvements à partir de la date anniversaire de la mort de
son mari, le 13 juillet. Elle a fini par accepter et s’accroche à ce dernier espoir. S’ils ne tiennent pas parole, je redoute qu’elle lâche prise. Elle prend trois médicaments par jour contre la dépression, aux effets
secondaires très lourds. Continuer de se battre sans
horizon est devenu une torture insupportable pour
elle… » De son côté, Pékin n’hésitera pas à dire que
les anniversaires reviennent chaque année. ■
La langue de Liao Yiwu agit
sur le corps, parce qu’elle résulte
d’une souffrance vécue sur le corps
HERTA MÜLLER, ÉCRIVAINE ALLEMANDE, PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE
»
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LE FIGARO
lundi 4 juin 2018
CHAMPS LIBRES
INTERNATIONAL
17
Comment la Bundeswehr
prépare-t-elle son avenir ?
Nicolas Barotte
nbarotte@lefigaro.fr
Correspondant à Berlin
ALLEMAGNE Bientôt, les soldats alle-
mands ne pourront plus emporter en
mission ou chez eux leur livre de chants
militaires : Kameraden singt ! « Chantez
camarades » est dans le viseur du ministère de la Défense depuis des mois : dans
ce recueil, on trouve des textes, comme le
Panzerlied ou La noisette est noire et brune, instrumentalisés en son temps par la
propagande nazie. Déterminée à faire
évoluer la culture interne de la Bundeswehr comme signe de sa modernisation, la ministre Ursula von der Leyen a
décidé d’en arrêter la diffusion. Désormais, sur l’intranet de la Bundeswehr, les
soldats pourront en revanche lire ou imprimer un recueil de chants. C’est aussi
une petite économie pour une armée en
piteux état financier.
Au-delà de l’anecdote, Ursula von der
Leyen s’est attelée à une transformation
profonde de la Bundeswehr. À l’heure du
Brexit et des menaces multiples dans le
monde, l’armée allemande est appelée à
jouer un rôle croissant dans le cadre de
l’Europe de la défense et de celui de l’Alliance atlantique. Mais ses alliés s’interrogent sur son évolution. La Bundeswehr
doit redéfinir sa mission et son action. La
mue a commencé en 2016. Mais en a-telle les moyens ? La question est aussi
doctrinale que financière.
VA-T-ELLE TENIR
❙SESL’ALLEMAGNE
ENGAGEMENTS
FINANCIERS VIS-À-VIS
DE L’OTAN ?
La réponse est non. Lors du sommet de
l’Otan en 2014, les alliés s’étaient pourtant fixé comme objectif d’augmenter
leurs budgets de défense pour tendre
vers un objectif de 2 % du PIB en 2024.
Avant même Donald Trump, les ÉtatsUnis n’avaient plus l’intention de supporter seuls la charge financière de la défense atlantique. L’Allemagne était déjà
la première visée : poids lourd économique du continent, le pays ne consacrait
que 1,3 % de son PIB à son armée. En période de crise financière et de conflits
multiples, le statut de passager clandestin de la défense internationale n’était
plus tenable. À cette époque, le président
fédéral Joachim Gauck ou la ministre de
la Défense Ursula von der Leyen ont aussi
appelé l’Allemagne « à prendre plus de
1 U g % ÉVOLUTION DU BUDGET ALLEMAND DE LA DÉFENSE, en milliards d’euros
LA BUNDESWEHR
EST-ELLE UNE ALLIÉE
❙FIABLE
?
En ne respectant pas ses engagements financiers, la Bundeswehr, « n’a pas seulement un problème de crédibilité avec ses
partenaires, mais un problème matériel
tout court », explique Volker Perthes, le
directeur du think-tank SWP. Le président américain, Donald Trump, ne manque ainsi pas d’arguments pour accuser
l’Europe de profiter indûment de sa protection. Au sein de l’Europe, l’attitude
allemande est elle aussi critiquée :
LA « GROKO » A-T-ELLE
UNE INFLUENCE SUR
❙L’ARMEMENT
MILITAIRE ?
Institutionnellement, la Bundeswehr est
placée sous le contrôle du Parlement, qui
décide de chaque intervention. La doctrine, qui n’est pas près d’évoluer, exclu
toute participation à des opérations de
combat. La Bundeswehr se limite donc à
des opérations d’encadrement, de logistique, de surveillance… Alors que l’opinion publique allemande est traditionnellement hostile à la chose militaire, le
jeu politique de la grande coalition complique encore la donne : le Parti socialdémocrate freine dès qu’il est question
d’armement. Ainsi le SPD tente-t-il de
faire barrage à l’armement des drones
dont la Bundeswehr veut faire l’acquisition. Un compromis semble avoir été
trouvé : les futurs drones pourront être
équipés d’armes mais celles-ci ne seront
pas commandées… Lorsque les projets se
mènent en coopération avec d’autres
forces alliées, le problème se corse. La
France et l’Allemagne veulent développer ensemble des matériels, comme des
chars ou des avions de combat. Compte
tenu des sommes mis sur la table, les futurs équipements devront pouvoir être
vendus à l’exportation pour être rentables. Or la politique allemande est très
restrictive et le nouveau contrat de coalition la durcit encore davantage : il est
stipulé que la vente de matériels à des
pays participant à la guerre au Yémen est
interdite. Pour les industriels français, ce
verrou politique ressemble à une épée de
Damoclès.
COMMENT
LA BUNDESWEHR
❙VA-T-ELLE
SE RÉFORMER ?
Si l’armée allemande est aujourd’hui dépassée, c’est en raison de la transformation de ses missions. « Il y a eu des changements stratégiques », explique le
député Wolfgang Hellmich. Après la
chute du rideau de fer, l’Allemagne avait
franchi le pas des opérations extérieures,
avec l’intervention au Kosovo. Vingt ans
plus tard, les missions se sont éloignées :
Afghanistan, Mali, Syrie… Les contraintes logistiques et organisationnelles se
sont accrues. « De nouvelles missions ont
aussi incombé à la Bundeswehr dans le cadre de l’Otan », souligne Wolfgang Hellmich. Elle a dû revoir les modalités de ses
engagements au sein de l’Otan, avec le
développement des « nations-cadres ».
L’Allemagne assure ainsi le commandement du bataillon avancé de l’Otan en
Lituanie. Elle va aussi accueillir le prochain centre de commandement de l’Alliance atlantique conçu en réaction à la
menace russe.
Pour répondre à l’enjeu terroriste, la
Bundeswehr sera aussi amenée à l’avenir
à prendre des responsabilités en matière
de « défense du territoire », précise sa
feuille de route interne pour sa modernisation élaborée au printemps. Enfin,
l’armée doit s’équiper pour faire face à la
nouvelle menace cyber. Outre l’effort
budgétaire nécessaire, Ursula von der
Leyen a aussi engagé un renversement
de tendance en annonçant une augmentation des effectifs des soldats. Après
vingt-cinq ans de diminution, l’armée
embauche à nouveau. Elle compte
aujourd’hui 179 496 soldats et vise le
nombre de 198 000 en 2024. Mais pour
attirer de nouvelles recrues, la Bundeswehr est contrainte de revoir ses
conditions de travail interne. Des uniformes spéciaux pour femmes enceintes ont
été commandés. C’est aussi cela s’adapter au nouveau monde. ■
3 M éploy ger
dans le cadre d’opérations menées par :
OTAN
43 ,85
Union européenne
3 8,9
Lituanie
500
ONU
32
Coalition anti Daech
A
Mission navale
20
Afghanistan
1 152
Kosovo
414
0
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
SNMG 2* en mer Égée
2 D at
Nombre d’équipements de l’armée allemande dont...
Avion de combat
Eurofighter 3 9
Sahara
occidental
1
72
Avion de transport
A400 M
3 / 15
Frégate
5 / 13
Sous-marin
EUNAVFOR Sophia
en Méditerranée
103
93
Hélicoptère
16
de transport
Libye
Liban
(Tunisie)
(Chypre)
2
122
Irak, Jordanie
et Syrie
446
Soudan
5
Soudan du Sud
16
1/ 6
Char Leopard 105
210
... appareils disponibles en moyenne
128
Avion de combat
Tornado 26
(Grèce et Turquie)
Sea Guardian
en Méditerranée
473
244
Mali
(EUTM Mali)
145
EUNAVFOR Atalante
dans l’océan Indien
(Djibouti)
77
Mali
(MINUSMA)
1 009
Sources : ministère de la Défense, Bundeswehr, Bundestag (Rapport du Délégué parlementaire à la Bundeswehr) et Der Spiegel (ministère des Finances)
Infographie
A
40
prompte à édicter des règles et à exiger
des efforts en matière de réformes économiques, Berlin semble moins enclin à
respecter sa part du fardeau quand il est
question de défense. La France, qui est
devenue la seule puissance militaire réelle de l’UE après le retrait britannique de
l’Union, cache à peine son agacement.
Mais le problème n’est pas seulement politique : l’état déplorable de la Bundeswehr restreint sa capacité d’action.
Le dernier rapport sur l’armée allemande
est accablant. Vingt-six avions Tornado
disponibles sur 93, alors que ce sont eux
qui sont censés effectuer les missions de
surveillance en Syrie. Trois avions de
transport A400M sur 15, alors que la
Bundeswehr est censée assurer des missions logistiques. Etc. La situation pourrait même être bien pire que décrite : la
Cour des comptes a épinglé l’armée en
l’accusant d’avoir présenté comme
« prêt à l’action » des équipements qui ne
l’étaient pas, par exemple un navire sans
équipage affecté ou un véhicule sans munitions. Dès lors, l’augmentation du budget de la Défense ne correspond pas à une
remilitarisation de la Bundeswehr mais à
sa remise à niveau. « En parlant en pourcentage, on ne se pose pas la question de ce
qui est nécessaire en termes militaires :
quels soldats, avec quels matériels, pour
quelles missions avec quelles ambitions.
On pourrait atteindre 2 % seulement en
augmentant les salaires », poursuit Volker Perthes. Conscient de la difficulté, le
ministère de la Défense a commencé à
dresser une liste de priorités : la flotte des
sous-marins arrive en tête, suivie par les
avions de transport C-130 Hercules.
EFFECTIFS DES OPÉRATIONS EXTÉRIEURES
Seuil des dépenses que devra atteindre l’Allemagne
pour respecter l’objectif des 2 % du PIB
60
responsabilités » sur la scène internationale. Mais le retard à rattraper est important et quatre ans après le sommet du
pays de Galles, le nouveau gouvernement de coalition CDU/CSU-SPD risque
de donner un coup de grâce à l’effort engagé. Dans son projet de trajectoire budgétaire 2018-2022, le nouveau ministre
des Finances SPD Olaf Scholz a tenté
d’enterrer l’ambition : tout en progressant de 5,5 milliards d’euros en 4 ans, le
budget de la Défense demeure en deçà de
l’ambition attendue. À 43,85 milliards
d’euros en 2022, il ne représentera que
1,28 % du PIB, soit un léger recul en
pourcentage. C’est un choix de priorité,
s’est défendu Olaf Scholz, en envoyant
un signe à l’électorat social-démocrate
pacifiste.
Pour la chancelière, Angela Merkel, c’est
une mise à l’épreuve de sa coalition. En
attendant le projet de loi définitif qui sera
discuté en Conseil des ministres début
juillet, Ursula von der Leyen a officiellement protesté et réclamé une augmentation de 12 milliards d’euros sur 4 ans.
Lors du congrès de la Bundeswehr en
mai, Angela Merkel s’est aussi prononcée
en faveur d’un geste plus significatif : « Il
est important de dire que, au temps de la
guerre froide, on accordait sans problème
un budget de 2,3 % du PIB à la Défense, au
nom de la sécurité. C’est pourquoi atteindre de nouveau, à un moment ou à un
autre, 2 % du PIB dans un monde très
dangereux n’est pas complètement hors de
notre imagination », a-t-elle lancé. La
chancelière entend modifier la tendance
initiée par le SPD. « Pour réaliser ce qui
est prévu (pour moderniser la Bundeswehr, NDLR), le budget annoncé ne suffira
pas », confie aussi Wolfgang Hellmich, le
président social-démocrate de la commission de la défense au Bundestag. Pour
ne pas heurter ses camarades de parti, il
refuse d’avancer des chiffres plus précis.
« Dire “combien” aujourd’hui, ce serait du
café du commerce », assure-t-il. Mais il y
a urgence. « L’état de la Bundeswehr a de
quoi inquiéter », admet-il.
*Standing NATO Maritime Group 2
Sous-financée,
dans un état
d’équipement
déplorable,
la Bundeswehr doit
se moderniser. Mais
la grande coalition
CDU/CSU-SPD
complique la tâche
de la ministre
de la Défense, Ursula
von der Leyen.
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lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Populisme, Europe
et démocratie
FABIEN CLAIREFOND
LE SYSTÈME,
UNE DÉMOCRATIE
SANS LE PEUPLE
Le
Carnet
DE JACQUES
JULLIARD
Après la prise de pouvoir
des partis antisystème
en Italie, l’historien et
essayiste* analyse cette
vague politique qui prend
l’Europe comme bouc
émissaire. Si le système,
c’est la démocratie sans
le peuple, le populisme
semble être le peuple
sans la démocratie.
D’après lui, seul un
rapprochement francoallemand permettrait
à l’Europe de sortir
de l’ornière.
Cette fois-ci, il sera bien difficile
de nier l’évidence. Après le Brexit,
après les succès de l’extrême droite
en Autriche, en Allemagne, après
la résistance déterminée des pays
de l’Europe de l’Est à la discipline
européenne en matière
d’immigration, l’Italie vient de se
donner un pouvoir hors système.
Partout, même en France, le
populisme a le vent en poupe.
Certes, le mot est vague, il est
discuté, mais ni plus ni moins que tous
ceux qui désignent les grands
systèmes politiques. Socialisme,
démocratie, nation ne sont-ils pas des
mots imprécis, au contenu changeant
selon les époques et les idéologies ?
Essayons pourtant d’établir
quelques données simples.
1. Le peuple n’est pas populiste,
pas plus que de Gaulle n’était gaulliste
ou que le bon Dieu n’est pratiquant.
Le populisme est le fait d’élites
particulières, en l’occurrence les élites
antisystème. À l’intérieur des classes
dirigeantes, dit Pareto, si A est l’élite
au pouvoir, B ceux qui cherchent à
l’en chasser et C le reste de la
population, les B s’appuient sur les C
avec d’autant plus de chances d’y
parvenir que, n’étant pas au pouvoir,
leurs promesses ne sont pas soumises
à vérification. Le populisme est
l’idéologie des B pour obtenir l’appui
des C afin de prendre la place des A.
Rien de plus. De tels courants
deviennent très importants lorsque
»
intérêts. Comme les individus, et
peut-être plus souvent qu’eux, il peut
être dominé par des passions
mauvaises conseillères. Comme l’écrit
Gérard Karsenty, dans le brillant
numéro que Jean-Claude Casanova
nous offre à l’occasion du quarantième
anniversaire de la revue Commentaire :
« Il semble que les hommes s’ennuient et
cherchent à provoquer des catastrophes
économiques et politiques afin de se
redonner une identité, une raison pour
vivre et pour mourir. Qui a vraiment
besoin du Brexit, de la Catalogne
indépendante ou de Donald Trump
comme président des États-Unis ? »
Jamais un intellectuel ne concéderait
que ses idées sont le simple reflet de
ses intérêts. Pourquoi le peuple
n’aurait-il pas le droit lui aussi à une
marge d’autonomie des premières par
rapport aux seconds ?
On voudra bien pardonner ces
considérations
générales
En matière économique, il faut rester
liminaires. Mais
européen. Mais en matière politique,
elles m’ont
diplomatique et militaire, il faut devenir semblé
nécessaires pour
franco-allemand
tenter
d’interpréter
le système fonctionne mal, autrement
correctement ce qui se passe
dit, quand la démocratie
aujourd’hui autour de nous.
représentative est en crise.
Certes, l’Italie n’est pas le premier
2. Le « système » – en général
pays d’Europe à être sur le point de se
le système parlementaire –, c’est la
donner à une majorité purement
démocratie sans le peuple. Le
populiste. La Hongrie l’a précédée
populisme, c’est, le plus souvent, le
dans cette voie, et la Pologne n’en est
peuple sans la démocratie. Avec la
pas loin. Mais c’est la première fois
correction introduite plus haut : dans
qu’un pays d’Europe occidentale, et
ce second cas, ce n’est pas, ce n’est
de plus l’un des six pays fondateurs de
jamais le peuple qui gouverne, mais
l’Europe, est tenté de s’y engager.
les minorités qui tentent de se
Il y a longtemps que le système
légitimer en se réclamant
politique et administratif italien est
expressément de lui.
malade. La longue domination, avec
3. Il y a un populisme de droite
des interruptions, de Silvio
et un populisme de gauche. Mais cette
Berlusconi, de 1994 à 2011, était déjà
différence de départ est sans grande
de nature populiste. Il a fait des
importance au regard des traits
émules qui ont fini par occuper la plus
communs : le culte du chef ; la
grande partie de l’espace. Le
démagogie dans le domaine
clientélisme est, depuis les Romains,
économique, caractérisée par la fuite
profondément ancré dans la culture
en avant ; le « dégagisme », autre nom
italienne. L’élément nouveau, c’est la
de l’antiparlementarisme dans le
tournure à la fois antieuropéenne et
domaine politique ; le protectionnisme
xénophobe prise par le phénomène.
dans le domaine commercial ;
Avec beaucoup de courage, le
l’isolationnisme dans le domaine
président de la République, Sergio
diplomatique ; la xénophobie en
Mattarella, a tenté, en vain, de mettre
matière d’immigration ; l’agressivité,
le holà à cette dérive. C’est un fait,
voire l’aventurisme en matière
pour tous les antieuropéens et autres
militaire.
« souverainistes », le pouvoir
4. En régime populiste, le dogme de
bruxellois est lointain, sournois,
l’infaillibilité populaire exige, quand
malveillant, tyrannique, et de plus
les choses vont mal, la désignation
illégitime. Il est l’équivalent actuel de
d’un bouc émissaire extérieur au
ce que représentait dans les
système, d’où est censé venir tout le
mentalités, chez Alain par exemple,
mal. Aujourd’hui, dans l’ensemble de
sous la IIIe et la IVe République, le
l’Europe, ce sont les institutions
malfaisant Paris par rapport à la
européennes qui jouent ce rôle. Un tel
vertueuse province.
système, politique et intellectuel, est
de nature composite. Et par
LE SOUVERAINISME,
conséquent anxiogène. Dans l’Europe
UN FANTASME
d’aujourd’hui, le chômage parfois
NOSTALGIQUE
mais l’immigration toujours et partout
sont les deux sources de l’anxiété
Faut-il s’attendre à une crise
populaire.
européenne profonde à l’automne
5. En démocratie, le peuple est
prochain, avec mise en danger
souverain. Cela ne signifie nullement
de l’euro ? C’est assez vraisemblable,
qu’il soit infaillible. On a donc
tant l’immobilisme est grand chez
parfaitement le droit d’être en
les Européens. Et pas seulement
désaccord avec la majorité, à
à Bruxelles. La joie mauvaise
condition de n’user à l’encontre de
(en allemand Schadenfreude) qui
celle-ci que des ressources du débat et
gagne les commentateurs quand ils
de la persuasion. Les populistes sont à
décrivent les actuelles déconvenues
l’inverse des gens qui proclament que
d’Emmanuel Macron dans ses
le peuple a toujours raison ; sous
tentatives de relance de l’Europe
réserve, bien sûr, d’en être les
en dit long sur les arrière-pensées
interprètes exclusifs.
d’une grande partie de l’élite : en
6. Contrairement à la vulgate
l’occurrence, sous prétexte de
libérale ou marxiste, le peuple n’est
réalisme, sortir de la grande Histoire
pas exclusivement déterminé par ses
qui nous dépasserait. Placé au pied
«
»
A
Si le populisme
fait aujourd’hui
de tels progrès,
c’est qu’il ne
se heurte
à aucune
pensée claire
et ferme
du mur, le prétendu souverainisme se
révèle pour ce qu’il est : un fantasme
nostalgique, la vacuité de la pensée, le
renoncement politique. Si le
populisme fait aujourd’hui de tels
progrès, c’est qu’il ne se heurte à
aucune pensée claire et ferme, aucune
volonté de faire avancer les choses.
Au-delà des raisons particulières
propres à chaque pays, ce que nous
vivons aujourd’hui, c’est la fin du
règne sans partage de la démocratie
représentative et les premiers
balbutiements d’une aspiration
des élites populaires à la démocratie
directe. Le « dégagisme », c’est avant
tout le rejet des intermédiaires entre
le peuple et le pouvoir. Car ces élites
sont perçues comme mauvaises
conductrices de la volonté générale
et portées à se constituer en castes
privilégiées. Tous les populismes, de
Syriza à Podemos, jusqu’aux Insoumis,
prétendent traduire fidèlement les
volontés du peuple.
Par quels moyens ? Depuis les plus
classiques – la manifestation –
jusqu’aux plus modernes : Internet
et tous ses dérivés. Ce n’est pas pour
rien que Jean-Luc Mélenchon fait
de la manifestation de masse une
véritable obsession : elle est à ses yeux
le complément indispensable du
suffrage universel, voire sa revanche
sur celui-ci. D’où l’enjeu, devenu
capital, du décompte des
manifestants.
En quelques mois, les chiffres
outrageusement gonflés des
organisateurs ont perdu toute
crédibilité, depuis que l’on s’est enfin
décidé à faire décompter les
participants par un organisme qualifié
et indépendant.
Reste le principal écueil de la
démocratie manifestante : la
manipulation. Je me suis refusé, par
défiance à l’égard de l’illusion
magique contenue dans la notion
d’anniversaire, d’apporter ma pierre
personnelle à la stèle commémorative
des « événements » de Mai 68. Les
anniversaires sont des marronniers
médiatiques, propres à toutes
les déformations. Un historien digne
de ce nom ne devrait jamais
succomber à la tentation de
l’anniversaire et à la fascination
pour le chiffre rond.
Si j’ai retenu pourtant une leçon
majeure de cette expérience, c’est que
toutes les formes populaires et souvent
populistes de la démocratie parallèle
– manifestations, assemblées générales
et maintenant réseaux sociaux – sont
le terrain de chasse des minorités
d’activistes pour forcer la main
à la majorité, ou carrément pour se
internationale. Depuis dix ans, au
moins, l’Europe politique n’avance
plus, elle recule.
Son élargissement à marche forcée
a été la source de son impuissance.
Son identification à un libéralisme
économique forcené, conséquence
inévitable de son excessive pluralité,
l’a affaiblie par rapport à ses grands
concurrents, États-Unis et Chine.
UNE EUROPE À DEUX ?
Il ne reste donc qu’une solution :
revenir à l’ambition initiale. Lorsque
Robert Schuman, dans son discours
historique du 9 mai 1950, proposa la
constitution d’un pool charbon-acier,
matrice de l’Europe future, il ne
parlait pas à nos futurs partenaires.
Il s’adressait exclusivement à
l’Allemagne, quitte à envisager
un élargissement ultérieur. C’était
du reste reprendre à son compte
les intuitions des grands Européens
du XIXe siècle, comme Ernest Renan
et Victor Hugo.
Il faut laisser en l’état, car c’est là
un gage de prospérité et de stabilité,
l’Europe économique et financière,
telle qu’elle existe actuellement,
avec tous ses États membres. Ceux qui
la critiquent ont tôt fait d’oublier que
c’est elle, et notamment sa monnaie
unique, l’euro, qui nous a permis
de passer sans encombre la crise
financière de 2008.
Autrement dit, en matière
économique, il faut rester européen.
Mais en matière politique,
diplomatique et militaire, il faut
devenir franco-allemand. Cette
Europe à deux ne serait pas moins,
mais plus puissante que l’actuelle
Europe à vingt-sept. La
complémentarité des deux pays est
évidente. L’Allemagne est garante
de la frontière orientale. La France
de la frontière méridionale. Le siège
de la France au Conseil de sécurité est
le gage d’une audience internationale,
qui, compte tenu de la montée actuelle
d’impérialismes rivaux à travers
le monde, est plus indispensable
que jamais. Ajouterai-je – il y faudrait
de larges développements – qu’en
matière intellectuelle, de la
philosophie à la science politique,
France et Allemagne sont, à elles
deux, détentrices d’un patrimoine
irremplaçable ?
Objection : mais, de votre FranceAllemagne, les Allemands ne veulent
pas, ou plutôt ne veulent plus ! C’est
un fait que France et Allemagne ont
alternativement envisagé un
rapprochement de ce type, mais
jamais en même temps. Longtemps,
en raison de son infériorité morale due
à son passé nazi, c’est l’Allemagne
qui fut la principale demandeuse :
ainsi en 1994 avec la proposition
Wolfgang Schäuble-Karl Lamers
de créer un « noyau dur », de nature
politique, au cœur de l’Europe,
initiative que François Mitterrand
et Hubert Védrine ignorèrent
superbement. Un peu plus tard,
Joschka Fischer, chef des Verts
et ministre des
Affaires
L’Europe telle qu’elle se présente
étrangères, puis
aujourd’hui n’a aucune chance
le chancelier
Gerhard Schröder
de pouvoir incarner une volonté
lui-même
politique à l’échelle internationale.
reprirent
la proposition,
Depuis dix ans, au moins, l’Europe
sans succès.
politique n’avance plus, elle recule
Aujourd’hui,
la situation est
inversée : c’est Emmanuel Macron qui
substituer à elle. La théorie des
propose un rapprochement, qu’Angela
« minorités agissantes » est – hélas ! –
Merkel feint de ne pas entendre.
la part commune au populisme
Dans le numéro de Commentaire
démocratique et au fascisme.
déjà cité, le Journal du grand
Invariablement, démocratie directe,
diplomate Jean Laloy rapporte ce mot
détestation des élites, guerre à la
de Léon Blum de la fenêtre de sa
presse, clientélisme, nationalisme
prison de Bourassol, où il est enfermé
et xénophobie, culte du chef sont les
en 1942 par le régime de Vichy,
leviers habituels de l’un et de l’autre
complice de l’Allemagne nazie :
auprès des masses. À la place des
« “Déridan, écoutez-moi !
Italiens, en souvenir du passé, j’y
Après la guerre, il faudra ménager
regarderais à deux fois…
l’Allemagne !”
Revenons à la principale victime
– Voilà un homme d’État ! »
actuelle du populisme, son bouc
Au lieu de se courir après, comme
émissaire par excellence, à savoir
dans une comédie de Marivaux,
l’Europe. Nous sommes ici devant
il faudra bien que les deux promis
la contradiction majeure de toute
finissent par désirer la même chose
politique étrangère de la France.
en même temps. Il n’y a désormais
Sans l’Europe, la France est
pas d’autre voie. C’est la condition
condamnée à devenir une grande
de la renaissance : entre la tentation
Suisse, en moins propre et en moins
isolationniste et l’immersion dans
souveraine. Ce n’est pas déshonorant,
l’insignifiance, c’est la voie
mais ce n’est pas non plus exaltant
de l’avenir. L’Histoire enseigne que
pour la « grande nation ». Il n’y aurait
les peuples ne choisissent les bonnes
rien de moins « souverain » qu’une
solutions qu’après avoir essayé toutes
France barricadée dans ses frontières
les autres (Abba Eban) : le moment est
et sans relais extérieur. Mais d’un
donc venu de sortir de l’immobilisme,
autre côté, l’Europe telle qu’elle se
de crainte de sortir de l’Histoire.
présente aujourd’hui n’a aucune
* Éditorialiste de l’hebdomadaire
chance de pouvoir incarner une
« Marianne ».
volonté politique à l’échelle
«
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 4 juin 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Nicolas Baverez
£@NicolasBaverez
Croissance : la fête est déjà finie
n 2017, la France s’est enfin
libérée de la stagdéflation
pour s’engager dans la reprise
avec une croissance de 2,2 %.
Elle a permis de réduire
le chômage à 8,9 % de la
population active, grâce à la création
de 270 000 emplois, et le déficit public
à 2,6 % du PIB, grâce à l’accélération
des rentrées fiscales. Ce redémarrage
s’explique principalement par la baisse
conjuguée du pétrole, des taux d’intérêt
et de l’euro à partir de la fin 2014, qui a
impulsé la relance de la zone euro en 2015.
Le retard de deux ans de la France sur
ses partenaires européens est entièrement
imputable à la politique économique
désastreuse conduite par François
Hollande, et notamment aux séquelles
du choc fiscal de 2012 qui a bloqué
tout développement. À l’inverse,
l’amélioration du climat des affaires
et de l’image de la France provoquée par
l’élection d’Emmanuel Macron a amplifié
la relance, à défaut de la déclencher.
L’économie française risque
malheureusement d’être aussi rapide
à débarquer du train de la reprise qu’elle
fut lente à le rejoindre. Depuis le début
de 2018, le rythme annuel de la croissance
est redescendu autour de 1,7 %, avec une
perspective limitée à 1,5 % pour 2019.
Tous les moteurs de l’activité ralentissent :
la consommation sous l’impact de la
hausse de plus de 4,5 milliards d’euros
des impôts qui sera redoublée par
l’impact psychologique du prélèvement
E
à la source ; l’investissement qui stagne
et chute même de 1,3 % dans l’industrie ;
les exportations avec la montée de l’euro
et la rémanence du déficit de compétitivité
dont témoigne la dégradation de la
balance commerciale. Tous les secteurs
sont touchés avec une intensité
particulière pour la construction,
victime du déluge d’impôts et de taxes
sur l’immobilier, et pour les services
du fait de la hausse des prix.
Le freinage de la croissance va
en effet de pair avec le réveil de l’inflation
qui atteint 2,3 % en rythme annuel,
en raison de la hausse de plus de 10 %
du prix de l’énergie. Il en résulte
une remontée du chômage qui touche
9,2 % de la population active
- contre 8,5 % dans la zone euro
et 7,1 % dans l’Union européenne.
Cette reprise éphémère souligne la
vulnérabilité de la France, qui est plus que
jamais une économie dominée. Les causes
du ralentissement, comme celles de la
reprise, sont principalement extérieures.
Sur le plan économique, le retournement
fin 2017 du cycle d’expansion qui a
démarré en avril 2009 aux États-Unis
et l’envolée de 40 % de prix du pétrole en
un an. Sur le plan financier, la hausse des
taux d’intérêt et le retour de la volatilité
sur les marchés sur fond de surévaluation
des actions et de surendettement.
Sur le plan politique, le climat de guerre
commerciale, technologique et monétaire
entretenu par Donald Trump - avec pour
dernier avatar les surtaxes sur l’acier
et l’aluminium visant l’Europe, le Canada
et le Mexique - ainsi que la réapparition
des risques de conflits armés majeurs.
Mais le premier des périls qui pèsent
sur la croissance française est lié à la crise
italienne qui menace de réactiver les
turbulences de la zone euro et de s’élargir
en éclatement de l’Union européenne. Les
trois chocs non gérés de l’élargissement,
de la crise financière et des vagues
de migrants ont plongé la construction
européenne dans une tourmente
existentielle qui peut la faire éclater. Un
défaut de l’Italie, qui représente 15,4 % du
PIB de la zone euro et 23,4 % de ses dettes
publiques, entraînerait la fin de la monnaie
unique. Sur le plan politique, la spirale
populiste se trouve réamorcée et risque
d’emporter les institutions européennes
lors des élections de mai 2019.
Emmanuel Macron se trouve ainsi
confronté à l’écroulement de sa stratégie.
Les réformes devaient en effet être portées
par la reprise au plan intérieur et par la
refondation de l’Europe au plan extérieur.
Or la reprise avorte et la France se
retrouve totalement isolée en Europe.
La modernisation économique et sociale
dépend tout entier de la réinvention du
modèle français, qui est conditionnée par
la reconfiguration de l’État. Mais l’année
2017 a été perdue du fait de la poursuite de
la hausse des dépenses publiques (56,4 %
du PIB contre 43,6 % du PIB en Allemagne
et 47,7 % dans la zone euro), du refus
de les réorienter vers l’État régalien
et de la non-diminution du nombre
La diaspora turque est-elle
soumise au dictateur Erdogan ?
l est désormais difficile de ne pas
voir combien M. Erdogan confond
liberté d’expression et régime
carcéral, Ankara détenant le triste
record mondial des journalistes
embastillés. On continue néanmoins
à s’aveugler sur l’étendue de la juridiction
à laquelle prétend le Reis, le « Patron »,
qui fait fi des frontières et des législations.
À défaut d’être restauré dans les faits,
enjeu à peine voilé des élections du 24 juin
prochain, le califat, cette lieutenance
du Dieu souverain sur terre, doit régner
dans les têtes.
L’exercice est manifestement plus aisé
avec les Turcs de l’étranger qui, loin
du pays réel, vivent dans une Turquie
imaginaire et réactivent à loisir le mythe
fondateur, depuis 1923, d’une nation élue
et rescapée, messianique et assiégée. Aussi
la défendre sans réserve est-il un devoir
citoyen et sacré, politique et religieux,
le même serment d’honneur expliquant
l’indulgence qui entoure les pères turcs
assassins de leurs filles présumées souillées.
C’est cette ritualisation de la pureté
qui commande et aiguise l’iconoclasme
des censeurs du Point, lequel n’a jamais
fait qu’afficher, en nommant le dictateur,
ce que répète depuis longtemps
l’intelligentsia turque. Et toujours à ses
dépens, sous couvert d’un droit restrictif
qui s’apparente en effet à un diktat.
Avant-hier, l’écrivain Orhan Pamuk était
poursuivi pour offense à la République
après avoir évoqué le génocide des
Arméniens. Hier, le pianiste Fazil Say pour
offense à l’islam après s’être déclaré athée.
Désormais, qui ose diverger du chef tombe
sous l’inculpation de terrorisme.
La loi réprime d’autant plus tout outrage
à l’identité qu’elle est pour une grande
part fictionnelle, reconstruite à coups
de réécritures historiques. Elle sanctuarise
le culte de la
personnalité
inauguré par
Kemal, dont
Des kiosques ont été agressés parce qu’ils présentaient Erdogan n’est
jamais que l’émule,
des affiches du «Point» montrant Erdogan
afin de conjurer les
en dictateur. Pour l’essayiste, cette affaire
crises et les putschs
est une énième preuve du contrôle qu’Ankara exerce
récurrents. Chacun
sur l’immigration turque en Europe.
sa sécularisation,
FABIEN CLAIREFOND
I
JEAN-FRANÇOIS COLOSIMO
Groupe Figaro
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Président
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Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
domestiques et internationales,
lesquelles mêlent gestion pastorale du
culte musulman et propagande au service
du pouvoir islamiste. Avec l’assentiment
du Quai d’Orsay et en collaboration
avec la Place Beauvau.
La puissance de ce dispositif s’est vue
lors du référendum de 2017 sur la révision
constitutionnelle conçue par Recep
Erdogan comme une étape vers l’obtention
des pleins pouvoirs. À refuser la tenue
de meetings pro-gouvernementaux sur
son territoire, l’Allemagne, où vivent trois
à quatre millions de personnes d’origine
turque, a été fustigée par le Reis, depuis
son palais aux mille pièces d’Ankara, pour
son « nazisme congénital ». La Hollande,
qui a agi de même, a été dénoncée pour son
« fascisme ». La France
a plié. À Metz, le 12 mars
Les Turcs de l’étranger, loin
2017, devant un millier
du pays réel, vivent dans une
de partisans, dont nombre
Turquie imaginaire et réactivent à de femmes enfoulardées,
loisir le mythe fondateur, depuis 1923, et sous haute protection
policière, le ministre turc
d’une nation élue et rescapée,
des Affaires étrangères,
Mevlut Cavusoglu,
messianique et assiégée
a pu ainsi insulter
Berlin et La Haye. Le président Erdogan
par une marginalisation volontaire
n’a pas manqué de féliciter Paris
que garantit une civilité feutrée.
de n’être pas tombée dans « le piège
Organisée et transfrontalière, cette
de l’anti-démocratie ».
diaspora résiliente compte, tous statuts
confondus, à tout le moins six millions
Un demi-quartier de Strasbourg,
d’individus au sein de l’Union.
acquis par l’État turc, attend d’être
La France accueille 600 à 700 000
transformé en un centre coranique
d’entre eux dont, selon le recensement
européen, la Diyanet proposant à
consulaire, 300 000 sont inscrits sur les
Bruxelles de régler le problème de la
listes électorales. Ceux-là, le plus souvent
formation des imams en faisant d’eux des
d’origine rurale, votent majoritairement
servants exemplaires des lois civiles,
en faveur de l’AKP, surpassant la moyenne
respectueux de l’ordre public et attentifs
nationale. Parmi eux, une centaine de
aux mœurs locales. On en connaît
milliers pratique assidûment un islam
maintenant le prix qui consiste en la
discret, modernisé afin d’être mieux
suppression de la liberté de presse. Un
maîtrisé et militant, formé à l’école
moindre prix pour assurer la paix sociale,
néoconservatrice de Fetthulah Gülen,
non ? À moins que l’affaire du Point ne
l’ancien allié et dorénavant ennemi
montre précisément que les premiers
d’Erdogan. Ils fréquentent uniquement
adversaires des musulmans d’Europe et
les mosquées d’affiliation turque dont les
de France sont les puissances étrangères
imams sont des fonctionnaires d’État
qui, au prétexte de les protéger, les
dépêchés par la Diyanet, la colossale
maintiennent non pas même dans une
direction centrale des affaires religieuses
double allégeance, mais dans le refus
de Turquie qui dispose de 120 000 agents
de toute allégeance autre que la leur.
et d’un budget annuel d’un milliard
*Auteur de Aveuglements. Religions,
d’euros pour assumer ses missions
guerres, civilisations (Éditions du Cerf)
chacun sa radicalisation. Lorsqu’on est
à cheval sur l’Orient et l’Occident, pris
entre le laïcisme d’hier et l’islamisme
d’aujourd’hui, l’intolérance au blasphème
prend le visage du crime de lèse-majesté.
Recep Erdogan et l’AKP, son parti,
en profitent grâce au puissant maillage
associatif et étatique qui encadre
l’immigration turque en Europe, laquelle
s’y prête volontiers hormis les minorités
kurde ou alévie ainsi que les dissidences
idéologiques. Tardive, massive,
croissante, géographiquement concentrée
et économiquement intégrée,
elle demeure communautaire et
endogamique. Dépourvue de contentieux
colonial et de propension au djihadisme,
elle n’entretient pas moins sa différence
«
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
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(Édition Web)
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Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
de fonctionnaires. Plus dangereux encore,
une multitude de dépenses inutiles
et ruineuses ont été promises, telles
la suppression de la taxe d’habitation
(18 milliards), le reste à charge zéro
dans la santé, l’extension de la couverture
chômage aux indépendants
et aux démissionnaires, l’unification
des retraites sans augmentation
de l’âge de départ figé à 62 ans,
le service universel ou le pass culture.
La reprise a fonctionné comme
un voile donnant corps à l’utopie
du « en même temps » qui prétend réunir
l’inconciliable : moins d’impôts et plus de
dépenses publiques ; plus de compétitivité
et plus d’aides sociales ; la transformation
de la zone euro en union de transfert et
la sanctuarisation du modèle français de
croissance à crédit. Le retournement de la
conjoncture, amplifié par la fin de l’argent
gratuit et la crise de l’Europe, impose le
retour à la réalité. En politique, c’est bien
Pierre Mendès France qui continue à avoir
raison : présider, c’est choisir. En Europe,
c’est bien le redressement de la France
qui conditionne la refondation de l’Union
et non l’inverse. En France, c’est la
diminution des dépenses publiques - donc
des transferts sociaux qui représentent
729 milliards sur 1 257 milliards à fin 2016 –
qui constitue la clé de la modernisation du
pays. John Maynard Keynes rappelait que
« pour sortir du trou, il faut d’abord cesser
de le creuser » ; pour baisser les dépenses
publiques, il faudrait d’abord cesser
d’en créer chaque jour de nouvelles.
VOX
…BIOÉTHIQUE
« Ce que les enfants
trisomiques apportent
à notre société »
Entretien avec le
professeur de bioéthique
canadien Chris Kaposy,
auteur de Choosing Down
Syndrome (MIT Press)
…HISTOIRE
« La dégradation
de l’enseignement
du français est,
entre autres, l’une
des conséquences
désastreuses de l’idéologie
soixante-huitarde ».
Entretien avec Olivier
Germain-Thomas,
auteur de « La Brocante
de Mai 68» (PierreGuillaume de Roux)
…INTERNATIONAL
« L’agriculture africaine,
réponse à la crise
migratoire » La tribune
d’Abbas Jaber, président
de l’association Patrons
sans frontières
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
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A
CHRONIQUE
19
g*
3W
/k
0,7
“Le vrai smar tphone
st ar de ce début d’année”
* DAS du Huawei P20 PRO : 0.73 W/Kg. Le DAS (Débit d’Absorption Spéciique) des téléphones mobiles quantiie le niveau d’exposition aux ondes électromagnétiques pour une utilisation à
l’oreille. La réglementation française impose que le DAS ne dépasse pas 2 W/Kg. L’usage du kit mains libres est recommandé. Visuels non contractuels. Huawei Technologies France SASU est
enregistré au RCS de Nanterre sous le numéro 451 063 739. Plus d’informations sur consumer.huawei.com/fr.
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lundi 4 juin 2018 LE FIGARO - N° 22 957 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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LOI PACTE
LE GOUVERNEMENT
A ENCORE UNE SEMAINE POUR
PEAUFINER SON PROJET PAGE 24
BUZZ MÉDIA
DIDIER QUILLOT (LFP) : « LE FOOT
EST DEVENU UNE INDUSTRIE
DE SPECTACLE » PAGE 28
CFDT : un congrès agité
pour Laurent Berger
Le 49e congrès de la confédération réformiste s’ouvre aujourd’hui
pour cinq jours de débat sur le mandat de son secrétaire général.
Laurent Berger ne veut pas parler
de « bilan » mais de « rapport
d’activité ». S’il n’y a guère de
doute sur sa reconduction à la tête
de la CFDT, c’est pourtant un bilan qu’il devra défendre jusqu’à
vendredi devant 3 000 délégués
réunis à Rennes pour le
49e congrès de la centrale réformiste. Laurent Berger pourra
mettre en avant le terrain gagné
par la CFDT dans le secteur privé,
où elle occupe la première place.
Mais il devra défendre le cap qu’il a
fixé depuis l’automne dans un climat social compliqué. Lors de la réforme du Code du travail, il avait
été critiqué pour un positionnement pas assez tranché face au
gouvernement.
Dans l’actuel conflit de la SNCF,
Laurent Berger a choisi de ne pas
arrêter la grève avant la fin du processus parlementaire de la réforme
ferroviaire. Il semblait difficile que
la CFDT, à l’approche de ce
congrès, soit le premier syndicat à
quitter la grève des cheminots.
èLAURENT BERGER, PATRON CHARISMATIQUE, REMPILE JUSQU’EN 2022… AU MOINS PAGES 22 ET 23
Embouteillages à Téhéran, en Iran.
BLOC-NOTES
Grazie
Xavier Niel !
PAR JACQUES-OLIVIER MARTIN
PAGE 26
LIBRES
ÉCHANGES
France-Allemagne :
Macron a du mal
à comprendre
les principes
de Merkel
PAR JEAN-PIERRE ROBIN
PAGE 26
LIVRES & IDÉES
Quand
un entrepreneur
du numérique lance
la philanthropie
3.0
PAR ENGUÉRAND RENAULT
PAGE 26
IVAN LETESSIER
L'HISTOIRE
Accusé d’avoir menti sur ses diplômes,
le PDG de Samsonite plie bagage
e bagage universitaire du PDG
de Samsonite l’aura finalement
poussé vers la sortie. Ramesh
Tainwala (photo) a démissionné
vendredi des fonctions
qu’il occupait depuis 2014 au sein du leader
mondial de la bagagerie, quelques jours
après qu’un fonds activiste a mis en doute
la véracité de son doctorat et - aussi critiqué sa gestion de Samsonite. « Le
conseil d’administration a minutieusement
vérifié les faits relatifs » aux allégations
de faux diplôme de Ramesh Tainwala, « et a
décidé d’accepter
sa démission »,
a concédé
l’entreprise dans
un communiqué.
Plus grave peutêtre pour les
investisseurs,
Ramesh Tainwala
était plus
globalement
accusé de
mauvaise
gouvernance. Des
transactions entre
L
Samsonite et des entreprises propriété de sa
famille lui étaient notamment reprochées. Le
fonds l’accusait surtout d’avoir artificiellement
gonflé les marges bénéficiaires du groupe,
qui a multiplié les acquisitions ces dernières
années. En 2016, Samsonite avait ainsi
déboursé 1,8 milliard de dollars pour acquérir le
bagagiste de luxe américain Tumi. Le français
Lipault était de son côté tombé dans son
escarcelle en 2014. Autant d’acquisitions
qui auraient permis à Samsonite de masquer
des difficultés. Le groupe a vigoureusement
démenti ces accusations vendredi, jugeant
le rapport du fonds
Blue Orca Capital
« partisan
et trompeur ».
Les investisseurs ont
en tout cas salué le
départ du PDG
contesté. L’action
Samsonite a repris
près de 10 % vendredi
alors qu’elle avait
perdu 21 % après la
parution du rapport de
Blue Orca Capital. ■
MARIE BARTNIK
Henr y Cavill
#SharpenYourFocus
boss.com
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
La volonté américaine
de réinstaurer des
sanctions contre l’Iran
complique la donne
pour PSA et Renault.
Depuis 2015,
les deux groupes
automobiles ont
beaucoup investi dans
le pays. Il leur faut
maintenant décider
s’ils doivent
se replier. PAGE 25
Sortie par le haut en vue pour Air
France-KLM. Le groupe, déstabilisé
par la démission de son PDG JeanMarc Janaillac, à la suite du référendum perdu sur le projet de hausse des
salaires chez Air France, pourrait résoudre d’un coup son double problème de gouvernance et d’actionnariat.
Pour nombre d’experts de la compagnie tricolore, à commencer par JeanMarc Janaillac, la présence au capital
du groupe de l’État français, dont il est
le premier actionnaire avec 14,30 %
des titres, est un handicap : Air France
doit se réformer, dans un contexte de
concurrence accrue des compagnies
du Golfe et des low-costs ; et ses
coûts sont supérieurs à ceux de ses
rivales. Or l’opposition récurrente des
syndicats à des réformes structurelles semble motivée par leur certitude
que l’État viendra quoi qu’il arrive au
secours d’Air France.
Selon nos informations, qu’aucune
des parties n’a souhaité commenter,
Sébastien Bazin, le PDG d’AccorHotels, a proposé ces derniers jours à
l’État de racheter tout ou partie de sa
participation, détenue par l’APE et valorisée 439 millions d’euros au cours
de vendredi. L’État n’a pas encore pris
sa décision, mais l’idée semble faire
son chemin au plus haut niveau de
l’exécutif. Si Accor devenait le premier actionnaire du groupe, Sébastien
Bazin pourrait être nommé président
non exécutif d’Air France-KLM en
plus de son poste de PDG du géant
hôtelier, afin d’avoir la main sur la
gouvernance d’un groupe complexe.
Caressé depuis des années, le projet
d’Accor d’entrer au capital d’Air FranceKLM est mû par la volonté de bâtir un
leader européen du voyage… de nationalité française. Un tel projet avait capoté juste avant l’arrivée de Delta Airlines et China Eastern au capital du
groupe. Air France-KLM et Accor pourraient mutualiser leurs bases de données clients et programmes de fidélité,
et proposer des offres « avion + hôtel »
afin de résister à la concurrence des
agences de voyages en ligne. Mais,
avant les synergies, le principal chantier
sera de trouver la solution pour qu’Air
France retrouve de la compétitivité…
BOSS 0968/S
CALVIN SIT/BLOOMBERG, FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO, ARIFOTO UG/DPA/PICTURE-ALLIANCE
Iran : Renault
et PSA face
au retour
des sanctions
ACCOR PRÊT
À RACHETER
LA PART
DE L’ÉTAT DANS
AIR FRANCE-KLM
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lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Un congrès de la CFDT pour peser face à
La centrale de Belleville fait cette semaine à Rennes le bilan mitigé du dernier mandat et va sceller ses positions
MANON MALHÈRE £@ManonMalhere
On n’essaye
pas de plaire,
mais de
peser […].
Le bilan des
4 dernières
années est
positif : on a
tenu la feuille
de route du
congrès de
Marseille.
On est passé
n° 1 dans
le privé
»
LAURENT BERGER,
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
DE LA CFDT
SOCIAL Le 49e congrès de la CFDT,
qui débute ce lundi à Rennes jusqu’à
vendredi, ne sera pas de tout repos.
Laurent Berger, qui doit être reconduit pour un mandat de quatre ans
par les quelque 3 000 délégués présents, va surtout tenter de défendre
son bilan dans un climat social plus
agité qu’à l’accoutumée.
«La CFDT a tenu le cap malgré les
aléas », s’est déjà félicité le dirigeant
cédétiste jeudi, lors d’une rencontre
avec l’Association des journalistes
de l’information sociale (Ajis). Mais
« ce n’est pas la période la plus facile », a-t-il reconnu. À l’instar des
autres syndicats, la centrale réformiste digère difficilement l’attitude
du gouvernement qui n’hésite pas à
dénigrer le dialogue social et remettre en cause le rôle des partenaires
sociaux. « Je lui ai dit qu’il y avait un
problème de méthode, un profond mécontentement de la CFDT », a tenu à
faire savoir le secrétaire général, qui
a récemment rencontré, lors d’un
tête-à-tête non rendu public,
Emmanuel Macron. Le dernier rendez-vous entre les deux hommes
datait du mois d’octobre dernier !
« Pas comme chez FO »
L’objectif de ce congrès est clairement défini : faire un bilan approfondi et sans concession des quatre
dernières années, et « pas uniquement de la dernière année », explique-t-il en référence au congrès de
FO où c’est ce qu’il s’est passé. Ou
plutôt, un « rapport d’activité sur ce
qu’on a fait », explique Laurent
Berger qui refuse de parler de bilan
car « la CFDT n’est pas comptable de
la gouvernance de ce pays, on est juste l’un des acteurs ». Lui-même
reconnaît que les quatre dernières
années ont été compliquées et qu’il
y a « moins d’acquis, c’est vrai, que
lors du mandat précédent ».
À son actif, le cédétiste peut se
targuer d’avoir permis à la CFDT de
devenir la première organisation
syndicale dans le privé, dépassant
ainsi la CGT. Un résultat loin d’être
anecdotique. Et le syndicaliste espère maintenant que la confédération
devienne numéro un tous secteurs
confondus (privé et public) à l’issue
des élections dans la fonction
publique qui se tiendront au mois
de décembre. « On s’y emploie »,
assure-t-il.
Toutefois, l’atmosphère risque de
s’alourdir rapidement lorsque l’épisode des ordonnances réformant le
Code du travail arrivera sur la table
des discussions et le refus, malgré
les fortes critiques formulées contre
le résultat de la concertation menée,
de s’opposer frontalement en appelant à manifester. Certains militants
n’ont pas manqué de fustiger un po-
sitionnement trop consensuel et pas
suffisamment tranché de Laurent
Berger. « La critique est positive […].
Le congrès est un lieu où on veut débattre », insiste le secrétaire général
prêt. Il défend en particulier « la
qualité des contre-propositions » qui
sont certes moins visibles que les
manifestations, mais qui ont pesé
sur certains aspects. Il reste à voir si
l’argumentaire apaisera les plus
sceptiques…
« Pas de raidissement »
Les
discussions
s’annoncent
d’autant plus vives que ce congrès
intervient en plein conflit de la
SNCF avec une grève intermittente
des cheminots engagée depuis près
t L’ADOUBEMENT
de deux mois maintenant. Une mobilisation que l’ensemble des centrales - y compris la CFDT - ont décidé de poursuivre il y a une dizaine
de jours en dépit des avancées du
gouvernement sur la reprise de la
dette de la SNCF. Tout laisse à penser que Laurent Berger préférait envoyer un signal de fermeté et ainsi
éviter de faire de la CFDT la première organisation syndicale à se retirer
du conflit juste avant son congrès.
« Je dis et revendique qu’il n’y a pas
de raidissement de la CFDT », rétorque l’intéressé pour qui « il n’y aura
pas d’impact du conflit sur le congrès,
sauf sur les horaires de train ». L’objectif est de continuer à « faire pression » jusqu’au 13 juin, lorsque les
sénateurs et députés se réuniront
pour tenter de sceller un compromis
sur le projet de loi de réforme.
Les récentes déclarations gouvernementales sur la possible diminution des aides sociales ne manqueront pas non plus de pimenter les
débats. Particulièrement « préoccupé » à ce sujet, Laurent Berger pré-
t LA PRISE
DE POUVOIR
Au congrès de Tours
en juin 2010, François
Chérèque est réélu
secrétaire général
pour un dernier mandat
de quatre ans. Laurent
Berger, entré un an plus
tôt à la commission
exécutive, récupère le
portefeuille stratégique
de l’emploi. Surnommé
« M. Dauphin »,
il brigue le secrétariat
général en 2014.
Après une décennie aux
commandes de la CFDT, François
Chérèque passe le relais en
novembre 2012, à mi-mandat, à
Laurent Berger qui était devenu
son adjoint quelques mois plus
tôt. Le nouveau secrétaire
général, qui promet « un
changement dans la continuité »,
dévoile les nouvelles identité
visuelle et signature de la centrale
réformiste.
Laurent Berger, patron
charismatique, rempile
jusqu’en 2022… au moins
PORTRAIT
A
CÉCILE CROUZEL £@ccrouzel
Le congrès de juin 2014 avait été,
pour Laurent Berger, celui de la
consécration : à Marseille, le patron
de la CFDT avait été confirmé au
poste de secrétaire général à
98,31 % des voix. Le congrès de
Rennes, qui s’ouvre ce lundi et se
terminera vendredi, s’annonce
moins radieux. La période est en effet plus difficile pour la centrale réformiste et son leader, qui fêtera ses
50 ans en octobre prochain. Les ordonnances Pénicaud de l’été 2017
ont laissé des traces. Certains militants n’ont pas compris que leur numéro un n’ait pas appelé à manifester alors qu’il avait eu des mots
très durs contre cette réforme du
Code du travail, se disant « déçu »
puis jugeant que l’exécutif « avait
raté le coche ». La tribune de ce
49e congrès leur servira de soupape,
même si la CFDT reste la CFDT, une
confédération qui a opté pour le réformisme dès 1978 et qui a laissé - ou
fait - partir ses derniers gauchistes.
Les débats cette semaine devraient
donc être moins houleux qu’à FO.
Néanmoins, cette question n’est
pas la seule à brouiller le ciel de
Laurent Berger. Son principal problème, c’est qu’Emmanuel Macron
accorde nettement moins de place
que son prédécesseur à l’Élysée au
dialogue social au niveau national.
Gênant pour la CFDT, qui en a fait
son ADN. De surcroît, le chef de
l’État n’a pas d’« interlocuteur privilégié ». Or ce rôle, le dirigeant cédétiste l’a tenu avec constance sous
François Hollande. « C’est compliqué pour Laurent Berger. Il avait le
portable de François Hollande et
quand il appelait, un quart d’heure
après, il avait l’arbitrage. Emmanuel
Macron ne fonctionne pas comme
ça », explique un ministre. Les relations seraient même assez tendues
entre les deux hommes, le chef de
l’État ayant peu apprécié que le leader syndical ait critiqué sa politique
envers les migrants dans un numéro
de L’Obs de janvier - le président
apparaissait derrière des barbelés en
couverture. « Je n’ai pas changé
d’avis, a rappelé la semaine dernière
le dirigeant réformiste. Et si c’était à
refaire, je le referais. »
Rien à voir donc avec l’époque
Hollande, lorsque le patron de la
CFDT pouvait obtenir des aménagements à la loi El Khomri et jouait un
rôle clé dans les réformes, en signant
des accords avec le patronat sur la
sécurisation de l’emploi, les retraites
complémentaires… « Avant la présidentielle de 2012, il y a eu une réflexion commune avec la CFDT sur le
dialogue social », avoue d’ailleurs un
conseiller de l’exécutif précédent.
Très concrètement aussi, un certain
nombre d’anciens cédétistes ont
travaillé dans les cabinets des gouvernements Ayrault et Valls.
Alors, vexé Laurent Berger de ne
plus être le « chouchou » du président ? « Il est prêt à contribuer à
l’œuvre de redressement et est triste
que l’exécutif en fasse peu de cas. Il
est agacé aussi », nuance Raymond
Soubie, président des sociétés de
conseil Alixio et Taddeo et ancien
conseiller social de Nicolas Sarkozy
à l’Élysée. Le principal intéressé, lui,
nie toute déception personnelle et
se dit « inquiet » et même « très
préoccupé ». Des qualificatifs qui en
disent long dans sa bouche… « Je
souhaite que ce quinquennat réussisse mais ce ne sera pas le cas sans politique sociale assumée et sans corps
intermédiaire. On ne réforme pas
seul. Si les résultats ne sont pas là en
2022 et que les corps intermédiaires
ont été écrasés, quelle sera l’alternative ? Trump a succédé à Obama, le
p L’ENRACINEMENT
Certain d’être reconduit
dans ses fonctions,
Laurent Berger
se prépare à un congrès
de Rennes « plus
remuant » que
le précédent.
Bien qu’il « nie tout
raidissement », la
centrale a nettement
durci le ton depuis
l’élection d’Emmanuel
Macron.
Il est
toujours
dans le coup
d’après
»
MARYLISE LÉON,
FUTURE NUMÉRO DEUX
DE LA CFDT
Mouvement 5 étoiles et la Ligue sont
venus quelque temps après Renzi en
Italie », avertit-il dans son bureau
décoré de quelques statuettes africaines mais aussi d’une photo de son
prédécesseur, feu François Chérèque, qui lui avait passé les rênes de la
CFDT en novembre 2012. Un mentor au caractère différent – Laurent
Berger, plus calme, ne pique pas de
colères homériques – et un ami.
« L’année 2017 a été particulière, reconnaît Laurent Berger. Il y a eu la
joie, fin mars, que la CFDT passe numéro un devant la CGT dans le privé,
et la tristesse de la mort de François le
2 janvier, puis de celle d’Edmond
Maire (ancien secrétaire général,
NDLR) et de Jacques, le père de François, qui avait été numéro deux de la
centrale. »
Nulle affectation, nul effet de
manche dans ce discours. Laurent
Berger est un homme sincère et de
convictions. « Il ne louvoie pas et
maintient constante sa ligne », souligne Raymond Soubie. Une rigueur
parfois vue comme excessive : certains à la CFDT n’ont pas compris
pourquoi il avait dévoilé, à quelques
semaines du congrès, un nombre
d’adhérents en baisse (623 000)
après avoir révisé le mode de pointage, alors que les autres syndicats
se sont gardés de cette opération vérité. Mais plus nombreux sont ceux
qui louent cette droiture. « C’est
quelqu’un de courageux, qui assume
ses choix », affirme Jean-Claude
Mailly, l’ex-secrétaire général de
FO, avec qui les relations se sont réchauffées sur le tard, en 2017. « Je
n’ai pas de double discours : je dis la
“
C’est quelqu’un
de courageux,
qui assume ses choix
JEAN-CLAUDE MAILLY,
EX-SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE FO
”
même chose à tout le monde », reconnaît l’intéressé. « Il est loyal envers les autres, et envers ses idées »,
ajoute l’ancien conseiller de l’exécutif. Des idées 100 % CFDT, fondées sur la foi du compromis pour le
bien de tous et sur le refus de toute
radicalité. Si cette osmose est logique pour celui qui en est le secrétaire
général, elle est accentuée par le fait
qu’il en soit devenu permanent dès
l’âge de 28 ans, après avoir travaillé
dans une entreprise d’insertion, et
par son histoire familiale.
Natif de Loire-Atlantique, Laurent Berger a grandi, comme il le dit
lui-même, « dans une famille modeste, catho de gauche, de militants ». Son père, ouvrier soudeur à
Saint-Nazaire, et sa mère, auxiliaire
de puériculture, sont membres de la
CFDT. Mais cet amoureux de l’océan
– déménager à Paris lui a coûté - a
son propre parcours, fait de nombreuses lectures – il dévore un livre
par semaine -, de rencontres de militants, de formation syndicale et à
la Jeunesse ouvrière chrétienne
(JOC). « Voir, juger, agir : il applique
encore la méthode de la JOC, une organisation qui a donné beaucoup de
cadres à la CFDT. Laurent Berger est
très observateur », remarque Bernard Vivier, directeur de l’Institut
supérieur du travail (IST) et ex-dirigeant de la centrale chrétienne la
CFTC. « J’étais un adolescent timide.
Prendre la parole devant les autres,
faire des choses concrètes m’ont
beaucoup apporté », raconte ce papa
de trois enfants. Qui ajoute, avec
une certaine émotion, « en m’inscrivant, mes parents m’ont soutenu.
C’est ça aussi la solidarité ».
Laurent Berger sera secrétaire général de la JOC de 1992 à 1994. Il
connaîtra aussi une ascension rapide à la CFDT, qui le mènera à en devenir le secrétaire général à 44 ans,
après avoir dirigé à 35 ans l’union
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ÉCONOMIE
Macron 1979
Recentrage
pour le prochain.
vient que « ce serait, par exemple,
une très mauvaise idée de supprimer
l’allocation de solidarité spécifique
(ASS) et la CFDT s’y opposerait violemment ».
Autre dossier sensible à l’ordre du
jour : la réforme des retraites. Pour
le secrétaire général, la discussion
tout juste engagée avec les partenaires sociaux semble « loyale » et
« sincère ». Il faut dire que la CFDT
s’inscrit sur la même ligne que le
gouvernement quant à l’objectif de
parvenir à un système par points et
plus lisible. Mais le diable se cache
dans les détails. Et le syndicat profitera de l’occasion pour réaffirmer
ses lignes rouges.
Autant dire que la feuille de route
des quatre prochaines années, qui
sera avalisée à l’issue du congrès,
s’annonce chargée. Laurent Berger
se dit prêt et déterminé à relever ce
nouveau défi. D’ailleurs, il n’est pas
question d’aborder sa succession
dès aujourd’hui. « Je repars pour
quatre ans et peut-être plus », explique-t-il. Voilà qui est dit. ■
de la CFDT
qui rompt avec
l’autogestion et fait
du réformisme
sa ligne de conduite
623 802
adhérents
en 2017
1er
syndicat
dans le privé
entre 2013 et 2017
devant la CGT,
avec une audience
de 26,37 %
lundi 4 juin 2018
L'ÉVÉNEMENT
23
L’envolée du prix du kérosène menace
la bonne santé du transport aérien
Les compagnies les plus fragiles pourraient être déstabilisées.
Nous
« sommes
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
probablement
au point
culminant
du cycle.
Pour l’année
prochaine,
nous ne
savons pas
encore mais
les chiffres
seront
probablement
moins bons
»
ALEXANDRE DE JUNIAC,
DIRECTEUR GÉNÉRAL
DE L’IATA
SERVICES Réunis à Sydney pour
l’assemblée générale de l’Association internationale du transport
aérien (Iata), les dirigeants des
compagnies
aériennes,
des
constructeurs aéronautiques et
des gestionnaires d’aéroports vont
prendre le pouls de la profession.
Il est convenable mais pour combien de temps encore ? Jeudi,
avant même l’ouverture de cette
grand-messe,
Alexandre
de
Juniac, directeur général de l’Iata
(qui réunit 280 compagnies dans
le monde, soit 83 % du trafic), a
revu à la baisse les prévisions de
bénéfices des compagnies pour
l’année 2018.
«Nous sommes probablement au
point culminant du cycle. Pour
l’année prochaine, nous ne savons
pas encore mais les chiffres seront
probablement moins bons, souligne-t-il. La forte croissance de la
demande est l’une des raisons pour
lesquelles vous verrez ici de nombreux PDG de compagnies de bonne
humeur. » En 2017, le trafic aérien
a grimpé de 7,6 % avec une croissance dans toutes les régions du
monde.
Consolidation
À la fin de l’année dernière, les
professionnels de l’aérien, sur un
nuage après une année 2017 record, tablaient sur un prix du baril
à 60 euros. Il est passé à 80 dollars.
Toutes leurs prévisions ont dû être
recalculées : « Nous avons assisté
à une hausse des coûts du kérosène
depuis quinze mois. En général, la
répercussion sur les prix a lieu au
bout de dix à douze mois. Mais pour
le moment, je constate que l’augmentation du prix du pétrole ne
s’est pas traduite pas une hausse
des prix des billets », observe
Alexandre de Juniac.
Quand on sait que le kérosène
représente environ 30 % des coûts
des compagnies aériennes, le
maintien des tarifs à un bas niveau
pourrait rapidement en étrangler
plusieurs. Le directeur général de
Iata reste pourtant optimiste :
« Par le passé, rappelle-t-il, une
telle hausse aurait pu faire plonger
l’industrie dans le rouge. Mais grâce aux efforts de restructuration et
de réorganisation de la profession,
nous nous attendons tout de même
à de solides bénéfices en 2018 mais
pas au niveau que nous espérions. »
En Europe, où plusieurs compagnies ont disparu l’an passé (Air
Berlin, Monarch Airline), la hausse du prix du kérosène pourrait
pousser à la consolidation. En mai,
Willie Walsh, le PDG du groupe
IAG (British Airways, Iberia, Vueling), disait s’y attendre. « Je ne
serais pas surpris de voir quelquesunes des compagnies les plus fragiles s’enfoncer dans les difficultés et
potentiellement en voir sortir du
marché à la fin de l’année », glissait celui qui aimerait mettre la
main sur Norwegian, la compagnie low-cost norvégienne qui
ploie sous la dette. ■
p LA CONFIRMATION
Aux commandes
depuis près de deux ans,
Laurent Berger est confirmé
en juin 2014 au congrès
de Marseille à son poste
de secrétaire général par
98,31 % des voix. Le patron
de la CFDT se fixe alors
l’objectif de faire de son
organisation la première
centrale dans le privé en
2017, devant la CGT.
LES SECRÉTAIRES
GÉNÉRAUX DE LA CFDT
DEPUIS LA CRÉATION DE
LA CENTRALE EN 1919 *
■ Gaston Tessier
1919-1948
■ Maurice Bouladoux
1948-1953
■ Georges Levard
1953-1961
■ Eugène Descamps
1961-1971
■ Edmond Maire
1971-1988
■ Jean Kaspar
1988-1992
■ Nicole Notat
1992-2002
■ François Chérèque
2002-2012
■ Laurent Berger
Depuis 2012
* Avant sa
déconfessionnalisation
en 1964, la CFDT s’appelait
la CFTC. Et jusqu’en 1973,
elle avait un président, souvent
un ancien secrétaire général.
A
régionale Pays de la Loire. Son intelligence et ses qualités de meneur ont
été repérées tôt : dès 2001-2002, il
suit un programme pour apprendre
à conduire des projets. Petit dormeur, grand travailleur, Laurent
Berger ne laisse rien au hasard. « Il
est hyperactif ! Et très réactif : il répond tout de suite aux SMS. Parfois,
on lui dit ‘‘respire’’», raconte Véronique Descacq, la numéro deux de la
centrale, qui raccrochera à Rennes.
« C’est impressionnant de le voir décortiquer un rapport : il lit très vite, il
a appris une méthode pour cela. Il est
toujours dans le coup d’après. Dès
avril 2017, il parlait des prochaines
élections syndicales », témoigne
Marylise Léon, qui sera son bras
droit les quatre prochaines années.
Sa force, c’est aussi sa proximité
avec les militants. Une proximité
nourrie par ses une à deux visites
hebdomadaires sur le terrain. « Il a
une grande capacité d’écoute et sait
être clair, sans être simpliste, dans
ses explications », note Mylène Jacquot, la dirigeante de la CFDT fonction publique. Cordial, aimant les
gens, Laurent Berger est apprécié de
ses troupes. Mais il reste un homme
d’autorité qui, après avoir écouté,
décide seul et de façon moins collégiale que son prédécesseur. L’organisation se doit de suivre, suivant la
tradition de « centralisme démocratique » très forte à la CFDT. Pugnace dans l’adversité, celui qui déteste perdre au ping-pong aime
convaincre.
Autant d’atouts qui devraient lui
permettre de tenir son congrès. Il lui
faudra surtout cette force pour persuader l’exécutif de ne pas abandonner le dialogue social et pour
travailler à la rénovation du syndicalisme. Laurent Berger l’a dit en
novembre : « Les syndicats sont
mortels. » L’objectif de son prochain
- et sans doute pas dernier : il n’aura
pas fait tout à fait une décennie à la
tête de la centrale en juin 2022 mandat sera notamment d’accroître
la syndicalisation, dans un pays où à
peine 11 % des travailleurs sont
encartés. La tâche est immense. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
24
ENTREPRISES
Privatisation :
le gouvernement
a une semaine
pour sortir du bois
Les députés ne commenceront pas à examiner
le projet de loi Pacte en commission spéciale
avant, au mieux, la mi-septembre.
L’exécutif doit
« passer
par la
loi pour céder
des actifs
d’ADP, dont
l’État détient
50,6 %
du capital,
de La Française
des jeux (FDJ),
dont il souhaite
ouvrir
le capital,
et d’Engie, dont
l’État reste
l’actionnaire
de référence
»
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
POLITIQUE ÉCONOMIQUE Le calendrier du projet de loi Pacte,
porté par Bruno Le Maire, ne devrait plus bouger. Le texte doit
être présenté en Conseil des ministres la troisième semaine de
juin, a priori le lundi 18 et non plus
mercredi 20. En préparation de
cette échéance, une version du
projet a été envoyée au Conseil
d’État, il y a un peu plus de quinze
jours. Les juges l’examineront en
section cette semaine, puis en assemblée générale, la suivante,
avant de rendre leur avis. S’il veut
modifier le projet de loi pour insérer un article sur les privatisations, le gouvernement n’a donc
plus qu’une grosse semaine pour
transmettre une saisine rectificative aux sages du Palais royal.
L’exécutif doit passer par la loi
pour céder des actifs d’ADP (exAéroports de Paris), dont l’État
détient 50,6 % du capital, de La
Française des jeux (FDJ), dont il
souhaite ouvrir le capital, et d’Engie, dont l’État reste l’actionnaire
de référence avec 33,3 % de droits
de vote. Officiellement, l’Élysée
n’a toujours pas arbitré l’opportunité d’inscrire ces privatisations
dans la loi Pacte. L’entourage
d’Emmanuel Macron ne fait pourtant pas mystère de sa volonté
d’avancer sur ce dossier mais le
caractère très sensible d’ADP impose la plus grande prudence.
Mesures fiscales
Lors de la transformation du gestionnaire aéroportuaire en société
anonyme en 2005, le groupe,
contrairement aux aéroports de
province, avait conservé la propriété de ses actifs fonciers : bâtiments,
pistes de décollage et d’atterrissa-
Le texte du projet de loi Pacte, porté par Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, doit être présenté
en Conseil des ministres la troisième semaine de juin. KARIM DAHER
ge… Conséquence, ADP jouit
aujourd’hui d’un droit d’exploitation illimité sur ce foncier, ce qui
complexifie toute cession de participation publique. « Pour les pistes,
pour le contrôle aérien, pour la sécurité, pour les frontières et aussi pour
les tarifs – afin de ne pas commettre à
nouveau l’erreur commise avec les
autoroutes –, c’est la régulation la
bonne réponse », a avancé en avril
Bruno Le Maire devant les députés.
Pour résoudre l’équation du foncier,
le gouvernement planche sur un
système de concession de longue
durée, a priori 70 ans, et compte
s’appuyer sur la réforme des « golden share » (actions spécifiques),
prévue dans la même loi Pacte, pour
peser dans les futurs choix stratégiques du groupe.
Si les parlementaires ont prévu
d’organiser à l’Assemblée, dans la
foulée de la présentation du projet
de loi en Conseil des ministres, des
débats sur le rôle de l’entreprise, ils
n’examineront formellement le
texte en commission qu’à partir
probablement de mi-septembre. A
priori, le projet de loi sera confié à
une commission spéciale composée
de représentants de la commission
des affaires économiques, des finances et des lois, comme cela avait
déjà été le cas lors de la loi Macron
de 2015. On évoque les noms d’Olivia Grégoire, députée LaREM de
Paris, et de Roland Lescure, député
LaREM des Français d’Amérique du
Nord, pour les postes respectifs de
présidente de la commission spéciale et de rapporteur du texte.
Selon le calendrier législatif, et
notamment les arbitrages du gou-
vernement entre les textes justice
et Pacte, le texte sera voté à la fin
de l’année 2018, soit en même
temps que la loi de finances pour
l’année prochaine, ou plus vraisemblablement début 2019. Dans
ce cas, le corpus sera scindé en
deux.
Un premier wagon de mesures
fiscales sera discuté et voté dans le
cadre du budget, et le reste, dont
la définition de l’entreprise, lors
du vote formel de la loi en 2019.
Un tel agencement, qui nuirait à la
cohérence de l’ensemble, n’a bien
sûr pas les faveurs de Bruno Le
Maire. « L’essentiel, c’est que
Bruno explique bien son texte lors
de la présentation en Conseil des
ministres, c’est là que ça se joue »,
tranche une source gouvernementale. ■
À New York, le « co-living » cherche à révolutionner l’immobilier
Sur le modèle des bureaux partagés, un système de colocation est expérimenté à Manhattan.
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
NEW YORK
WeLive propose
205 appartements
au 110 Wall Street.
BLOOMBERG VIA GETTY
IMAGES
LOGEMENT Tout a commencé par
une grande déferlante. Une vague
si puissante qu’elle a plongé tout le
bas de Manhattan dans le noir,
jusqu’à la 34e rue, durant la tempête Sandy du 31 octobre 2012.
Elle a aussi ruiné les espoirs des
promoteurs du 110 Wall Street, à
deux pas de la Bourse de New
York. Sous-sol inondé, ascenseurs
et chaudière hors service…
L’occasion était belle, pour les
deux fondateurs de WeWork,
Adam Neumann et Miguel McKelvey, d’implanter au cœur de la
ville leur concept révolutionnaire : éviter d’engloutir tout son salaire dans un loyer, en économi-
sant jusqu’à 36 % sur une location
traditionnelle et élargir son cercle
social, à condition d’accepter une
relative promiscuité. L’idée était
de remplacer l’anonymat des hôtels par la convivialité entre individus « ni amis ni collègues » mais
appartenant au même « monde »,
geek et nomade, prêts à vivre et à
travailler n’importe où du moment qu’Internet est accessible en
Wi-Fi, et donc tout disposés à tester l’utopie très seventies du « vivre ensemble », qu’a connue Neumann avec les kibboutz en Israël.
Après une levée de fonds rondement menée, le « 110 » ouvre
ses portes en 2017. Aux six premiers étages, dédiés aux bureaux
partagés de WeWork (lire nos éditions du 1er juin), s’ajoutent les
21 suivants, soit 205 appartements individuels agrémentés
d’une pléthore de services et
d’équipements : à commencer
par une vaste cuisine avec sa table d’hôte. Le mobilier, sobre et
fonctionnel, est doté d’une
connectivité de pointe, le ménage
et les serviettes sont fournis. Les
« co-livers », ou colocataires, se
retrouvent au spa, en salle de
gym, à la bibliothèque, ou lors
d’animations (soirées musicales,
séances de cinéma, cours de
yoga, conférences). Une fois par
mois, une fête de voisinage permet aux nouveaux venus de s’intégrer et aux autres de travailler
leur entregent, bien réel, lui, à la
différence des réseaux sociaux
virtuels comme Facebook.
WeLive croule rapidement sous
les candidatures, victime de son
succès à New York et à son autre
adresse, plus récente, Crystal
City, à Arlington (Virginie), ville
limitrophe de Washington.
Valse frénétique
La plupart des postulants n’ont
pas trente ans, sont plutôt geeks et
cherchent un moyen de contourner les prix prohibitifs de l’immobilier dans Big Apple. Avec tout de
même un loyer mensuel de 3 000
dollars (2 500 euros) pour New
York, ou 220 dollars la nuit pour
les gens de passage, WeLive écarte
étudiants et indépendants financièrement fragiles.
Après un an d’exploitation, le
premier bilan est mitigé : seuls
EN BREF
Russian Helicopters défie Airbus
Le constructeur envisage de certifier en Europe la nouvelle version de son Mi-8.
VÉRONIQUE GUILLERMARD
£v@vguillermard
ET EMMANUEL GRYNSZPAN
£@_zerez_
ENVOYÉ SPÉCIAL À OULAN-OUDE
800
kilomètres
A
l’autonomie de vol
du Mi-172a2, version
modernisée
de l’hélicoptère russe
Mi-8
AÉRONAUTIQUE Russian Helicopters rêve de défier Airbus, avec un
nouvel engin, le Mi-172a2. C’est
une version modernisée du légendaire Mi-8, qui vole depuis cinq
décennies et s’est vendu à quelque
10 000 exemplaires. Russian Helicopters, holding créé en 2010 pour
regrouper les constructeurs russes,
fourbit ses armes en Sibérie, à
Oulan-Oude, entre le lac Baïkal et
la frontière chinoise. Un Mi-171a2
de série a réussi son premier vol
d’essai, le 18 mai. Dans le hangar de
l’usine, une vingtaine d’appareils
sont en phase d’assemblage final.
La mise en service est prévue en
2021.
La silhouette du Mi-171a2 a peu
évolué sauf la cabine de pilotage et
le nez qui s’est affiné pour améliorer
l’aérodynamisme.
Selon son concepteur, le Mi-171a2
peut voler en haute altitude dans des
températures extrêmes ou dans une
forte humidité, de jour comme de
nuit. L’emploi de matériaux composites allège son poids de 700 kg. Les
vitesses de croisière et maximales
ont augmenté de 20 % et l’autonomie de vol a été portée à 800 kilomètres, grâce au nouveau moteur russe
à turbine à gaz. « Nous voulions un
hélicoptère disposant d’une grande
autonomie et qui soit adapté au vol
dans des conditions extrêmes, c’està-dire les zones polaires. Il est également équipé d’un système d’évacuation en cas d’amerrissage accidentel,
explique Sergueï Solomine, ingénieur principal de l’usine d’OulanOude. Nous avons des marques d’intérêt de clients potentiels, notamment
de groupes pétroliers russes mais
aussi étrangers. » Selon lui, la demande pour cette version offshore
ne devrait pas dépasser les cent
exemplaires. Le Mi-171a2 se décline
en plusieurs versions : cargo, lutte
anti-incendie, sauvetage, évacuation médicale, transport de VIP.
Rudes concurrents
Cet appareil lourd, de la classe des
9-11 tonnes, est le concurrent du
Super Puma d’Airbus, précisément
du H 215, cœur de gamme de la famille qui compte aussi le H225, la
version haut de gamme. Pour le
constructeur européen, les engins
russes ont toujours été de rudes
concurrents sur le segment des
missions utilitaires et du transport
de troupe ou de personnels civils,
en Afrique, en Asie et en Amérique
latine, en raison de prix très agressifs. Le Mi-171a2 est vendu entre 7 et
12 millions de dollars pour la version VIP, au tarif catalogue. En revanche, ces engins russes n’ont jamais menacé les positions d’Airbus
en Occident car ils ne sont pas cer-
deux immeubles sont opérationnels, en lieu et place des quatorze
prévus initialement pour 2018
dans le monde. La valse frénétique
des locataires ne tient pas qu’au
nomadisme des 18-35 ans. Elle est
provoquée par l’usure des locaux,
le seuil de tolérance des couchetôt aux décibels, la propreté qui
n’est pas toujours au rendez-vous,
le non-remplacement des équipements défectueux, comme ce jacuzzi sur le toit ou cette pompe à
bière en panne. Les détracteurs de
WeLive décrivent un « dortoir
pour adultes » mal géré. C’est le
revers de la médaille d’une formule que lorgnent pourtant tous les
investisseurs de la Silicon Valley,
qui observent ces curieuses
concentrations de nomades. ■
tifiés en Europe et aux États-Unis.
« Les Russes n’ont jamais vendu un
seul hélicoptère à des compagnies
occidentales », insiste un porte-parole d’Airbus. Cela pourrait changer. « Nous visons le marché chinois,
mais aussi l’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine et - pourquoi pas ? l’Europe », souligne Sergueï Solomine. En plus de la Russie, la certification est « en cours en Chine et en
Inde et sera bientôt lancée dans plusieurs pays d’Amérique latine ».
De son côté, Airbus a déjà réalisé
quelques incursions en Russie,
« avec plusieurs succès ». Mais il
envisage de fabriquer le Super
Puma dans un pays à bas coûts. La
Roumanie fait figure de candidat si
Bucarest passe commande. Il est
question d’un contrat de 16 appareils militaires. Plus largement, le
pays doit renouveler une flotte
d’une cinquantaine de Super Puma
vieillissants, qui avaient été fabriqués sous licence. ■
AIRBUS ESPÈRE
UNE IMPORTANTE
COMMANDE EN INDE
£ Airbus part favori
pour une commande
de la compagnie aérienne
Vistara, propriété du groupe
indien Tata et de Singapore
Airlines, pour un maximum
de 60 avions monocouloirs,
selon l’agence Bloomberg. La
compagnie aérienne indienne
penche en faveur des A 320neo
plutôt que du modèle 737 MAX
du constructeur américain
Boeing. Une annonce est
attendue rapidement. Le prix
moyen catalogue de l’A 320neo
est de 110 millions de dollars
(94,2 millions d’euros),
ce qui porterait le montant
de la commande
à un maximum de 6,6 milliards
de dollars (5,66 milliards
d’euros) avant remises.
+@
» À Paris, Hidalgo réfléchit
à se passer de l’Autolib’
» SNCF : des chibanis portent
plainte contre leur avocate
pour « abus de confiance »
www.lefigaro.fr/economie
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 4 juin 2018
ÉCONOMIE
25
Acier : la Chine et le G7 mettent en garde les États-Unis
Pékin menace Washington, et les ministres des Finances du G7 demandent à Trump de revenir sur sa décision.
375
milliards
de dollars
Déficit des échanges
américains
avec la Chine
en 2017
COMMERCE La décision des ÉtatsUnis de taxer l’acier et l’aluminium
(nos éditions du 1er juin) provoque
de vives réactions. La Chine a
prévenu dimanche l’Administration Trump qu’aucun compromis
commercial ne serait possible en
cas de sanctions douanières américaines. « Si les États-Unis introduisent des sanctions commerciales,
y compris en relevant leurs droits de
douane, alors tous les fruits des
négociations commerciales et économiques (entre les deux puissances, NDLR) deviendront sans effet »,
a menacé l’agence étatique Chine
Nouvelle lors d’une visite à Pékin
du secrétaire américain au
Commerce Wilbur Ross.
Samedi, le Japon, l’Allemagne,
la France, le Royaume-Uni, l’Italie
et le Canada ont également lancé
une mise en garde contre l’offensive commerciale américaine lors
d’une réunion du G7 Finance à
laquelle participaient les ÉtatsUnis. Les ministres des Finances et
les gouverneurs des banques
centrales « ont demandé au secrétaire au Trésor américain Steven
Mnuchin de faire part (à la MaisonBlanche, NDLR) de leur inquiétude
unanime et de leur déception », a
déclaré le ministre canadien des
Finances Bill Morneau à l’issue de
trois jours de réunion à Whistler,
une station de ski de l’ouest du
Canada.
Signe de la grande discorde qui règne, le G7 Finances n’a pas donné
lieu à une déclaration commune.
Le G7 a été « tendu et difficile », a
résumé Bruno Le Maire, le ministre français de l’Économie. Le
locataire de Bercy a estimé que
cette réunion avait plutôt été un
« G6 + 1» avec des États-Unis
« seuls contre tous, qui font courir
le risque de déstabilisation économique à la planète ».
Bruno Le Maire a exhorté l’Administration américaine à faire
« un geste ». «La semaine prochaine dépendra de la décision que l’Administration (américaine, NDLR)
est prête à prendre dans les prochains jours et dans les prochaines
heures », pour éviter une guerre
commerciale, a précisé le ministre
de l’Économie. Mais Pierre Moscovici, commissaire européen aux
Affaires économiques et financières, s’est déclaré dimanche « pas
optimiste » sur les chances de
régler les problèmes lors du prochain G7.
Fidèle à lui-même, Donald
Trump s’est contenté de publier
samedi deux tweets dans lesquels
il fustige le libre-échange. « Si
nous taxons à hauteur de 0 un pays
pour qu’il nous vende ses marchandises et qu’en retour, il taxe à 25, 50
ou 100% les nôtres […], ce n’est pas
un commerce libre et équitable,
c’est du commerce stupide ! », a-til écrit. Et dans un second tweet, il
a martelé qu’avec un déficit
commercial de 800 milliards de
dollars, les États-Unis avaient été
« arnaqués par les autres pays
depuis des années ». ■
YANN LE GALÈS (AVEC AFP)
à une reprise des sanctions. Le
gouvernement français est partie
prenante à ces discussions.
« Nous essayons surtout de négocier avec les Américains afin de
protéger les investissements déjà
effectués », explique-t-on à Bercy.
Mais la voie est étroite. Les ÉtatsUnis, qui sont absents d’Iran,
n’ont guère de raison d’assouplir
leur position.
Total, qui participait à un gros
projet en Iran, a d’ores et déjà
annoncé qu’il se retirerait du pays
s’il ne parvenait pas à obtenir une
exemption de la part des ÉtatsUnis. Mais le groupe pétrolier
dispose d’un partenaire chinois
auquel il peut vendre sa participation. Pour les constructeurs
français, la situation est plus
compliquée car leur partenaire est
iranien. Aucune décision n’a été
prise. « Nos juristes évaluent encore
la situation et examinent les différentes possibilités qui nous sont offertes, notamment la nature des risques si on continue », explique-t-
on chez un constructeur. Il semble
pourtant illusoire de les voir s’opposer frontalement aux Américains. Les risques seraient beaucoup trop grands, même si aucun
des deux acteurs français n’a d’activité significative outre-Atlantique. Mais, au sein de l’Alliance Renault Nissan, il en va tout
autrement : les États-Unis sont
précisément le premier marché du
groupe japonais. Quant à PSA, sa
filiale Faurecia y réalise 20 % de
son chiffre d’affaires. ■
Les participants ont demandé au
président des États-Unis de revenir sur sa décision lors du sommet
du G7 auquel les chefs d’État participeront vendredi et samedi
prochains au Québec. Ces taxes
« compromettent un commerce
ouvert et sapent la confiance en
l’économie mondiale », a affirmé
Bill Morneau.
Fidèle à lui-même
PSA et Renault dans
l’impasse iranienne
Les deux groupes sont en porte-à-faux avec
le retour des sanctions américaines contre Téhéran.
INDUSTRIE L’histoire était belle.
Aussi bien pour PSA que pour
Renault. Elle semble partie pour
mal se terminer. Le marché
iranien semblait prometteur pour
les deux constructeurs français.
Le retour annoncé des sanctions
américaines annoncées avec
fracas par le président Donald
Trump vient de mettre un coup
d’arrêt brutal à cet optimisme.
Avec la fin des sanctions, en
2015, les deux constructeurs
avaient mis en place des plans
d’investissement très importants
dans le pays. L’enjeu est toutefois
plus important pour PSA, où sa
marque Peugeot dispose d’une
position historiquement très forte.
En 2017, le groupe de Sochaux a
vendu sur le marché iranien
620 000 véhicules, ce qui représente 17 % de ses ventes mondiales ! Il faut toutefois relativiser
cette position : la majorité de ces
ventes sont celle de véhicules
assemblés exclusivement par le
partenaire iranien de PSA, Iran
Khodro. Renault, de son côté, a
écoulé 108 000 exemplaires en
Iran l’an dernier, ce qui en fait son
huitième marché dans le monde.
PSA comme Renault fournissent
leurs partenaires avec des pièces
issues d’usine hors d’Iran. Cette
activité est cependant relativement faible, surtout pour PSA,
son partenaire faisant appel à des
pièces fabriquées en Iran ou en
Chine. Les conséquences financières d’un arrêt de cette activité
seraient donc finalement limitées.
Obtenir une exemption
Plus important, les deux constructeurs affichent des plans de développement ambitieux dans le pays.
En 2016, PSA a mis en place deux
coentreprises avec deux partenaires iraniens : Iran Khodro pour
Peugeot et Saipa pour Citroën. Pour
la première coentreprise, l’investissement s’est monté à 400 millions d’euros. Et l’essentiel a été
utilisé, puisque les premiers modèles - Peugeot 2008, 208 et 301 - ont
commencé à sortir d’une usine modernisée près de Téhéran. Quelques
milliers de ces véhicules ont été
commercialisés l’an dernier. La
deuxième coentreprise dispose
également d’une usine, à Taishan,
au sud de Téhéran. L’investissement se monte à 300 millions
d’euros et la commercialisation des
premiers modèles devait commencer cette année. Pour les deux, les
objectifs étaient très ambitieux. Le
constructeur de Sochaux visait ainsi
200 000 Peugeot et 150 000 Citroën.
Renault a adopté une démarche
similaire, avec la création d’une
coentreprise en août 2017, avec la
société publique Idro. L’investissement est de 660 millions
d’euros pour produire, à terme,
300 000 véhicules par an.
L’Iran devait donc, à l’avenir,
représenter un marché majeur
pour PSA et pour Renault. Les
deux constructeurs sont donc dans
une situation très délicate avec
l’annonce du retour des sanctions
américaines. Pour l’instant, Renault n’a fait aucun commentaire.
PSA s’est contenté d’une déclaration expliquant suivre « l’évolution de ce sujet, y compris la
position officielle de l’Union européenne, que nous espérons singulière ». PSA compte donc sur l’Europe, qui a déjà dit son opposition
Une Peugeot 2008
exposée dans une
consession du groupe
Khodro, partenaire
de PSA, en Iran. AFP
Face aux mesures contre l’Iran, l’Inde résiste aux Américains
EMMANUEL DERVILLE £@e_derville
Les
« sanctions
n’affecteraient
pas les
relations
indoiraniennes.
L’Inde
n’admet
que celles
imposées par
l’ONU, et non
par un seul
pays
»
SUSHMA SWARAJ,
MINISTRE INDIEN DES
AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Le retrait américain de l’accord
iranien sur le nucléaire ne préoccupe pas que les Européens. En
Inde, le gouvernement de Narendra Modi cherche une solution
avant l’entrée en vigueur des
sanctions en août puis en novembre. Le 28 mai, la ministre des
Affaires étrangères, Sushma
Swaraj, s’est montrée ferme,
après un entretien à Delhi avec
son homologue iranien, Javad Zarif. Les sanctions, a-t-elle martelé, « n’affecteraient pas les relations indo-iraniennes. L’Inde
n’admet que les sanctions imposées
par l’ONU, et non par un seul
pays ».
Trois facteurs motivent cette
fermeté. D’abord, depuis la signature du Plan d’action conjoint avec
l’Iran et la levée des sanctions en
2015, New Delhi a conclu plusieurs
accords avec Téhéran pour développer le port de Chabahar, s’engageant sur 500 millions de dollars
d’investissement. Chabahar est un
site stratégique pour Delhi car
c’est un point d’entrée vers
l’Afghanistan, situé à 900 kilomètres de la frontière. L’Inde a investi
et promis plus de 3 milliards de
dollars pour l’Afghanistan depuis
2001. Objectif : contrer l’influence
du Pakistan qui appuie les insurgés
talibans, accroître l’influence
indienne dans le jeu politique régional en construisant une
autoroute dans l’Ouest afghan, un
barrage hydroélectrique et en
accordant une aide alimentaire
aux écoles… En 2017, l’Inde a envoyé un premier chargement de
15 000 tonnes de blé en Afghanistan via Chabahar.
Ensuite, l’Iran est le troisième
fournisseur de pétrole de l’Inde.
« Le pays offre des conditions
avantageuses aux groupes indiens,
notamment sous forme de délais de
paiement à 90 jours et de réductions
des frais logistiques », explique
un analyste de Bombay. En
février, le ministre iranien du
Pétrole a fait savoir qu’il espérait
augmenter les livraisons de
458 000 à 500 000 barils par jour
cette année, soit environ le quart
des exportations de brut iranien.
En campagne électorale
Pour l’Inde, il est d’autant plus vital
de préserver cet approvisionnement que l’annonce de
Donald Trump a contribué à la
hausse des cours de l’or noir qui
s’est répercutée sur les prix à la
pompe. En bout de chaîne, l’inflation a bondi à 4,6 % en avril. À
un an des législatives, l’opposition
accuse le gouvernement Modi de
« tondre » les consommateurs en
refusant de baisser la taxe sur le
carburant. Si l’Inde se plie aux
sanctions et réduit ses achats d’or
noir iranien sans que les autres
pays de l’Opep augmentent leurs
livraisons, la hausse du prix de l’essence se poursuivra en pleine campagne électorale et compromettrait
la réélection de Narendra Modi.
Enfin, l’Iran est un partenaire clé
du corridor de transport international Nord-Sud qui doit réduire les
coûts d’acheminement entre l’Inde
et l’Europe via l’Iran, le Caucase et
la Russie. Le projet, lancé en 2002
et qui réunit 11 nations, doit relier
Bombay à Saint-Pétersbourg via
Chabahar. C’est une alternative au
canal de Suez.
Cependant, l’Inde doit aussi tenir
compte de ses partenaires au
Moyen-Orient, en particulier
l’Arabie saoudite et Israël. Ce
dernier est un important pourvoyeur d’armes et Riyad est le
deuxième fournisseur de pétrole de
l’Inde, après l’Irak. De plus, si les
raffineries indiennes payent en
euro et non en dollar, elles ne
pourront sans doute pas continuer
ainsi, les sanctions américaines
pouvant mettre les banques
européennes sous pression. Delhi
pourrait chercher un compromis
avec Washington. Un précédent
existe : à la fin des années 2000,
lorsque Téhéran était sous sanctions, les raffineries indiennes
avaient réduit leurs importations
de 15 à 20 %. Dans une note publiée
le 10 mai, la Société générale
esquisse un scénario similaire :
l’Inde pourrait réduire ses importations de pétrole iranien jusqu’à 20 %. ■
l’isf devient l’ifi,
mais cela ne change pas
les besoins des plus fragiles.
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A
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
CHRONIQUES
BLOC NOTES
JACQUES-OLIVIER MARTIN
JOMARTIN@LEFIGARO.FR
Les deux pays ont des systèmes de valeurs diamétralement opposés.
Grazie Xavier Niel !
Contre la crise, souscrivez un
abonnement Iliad… Free qui a
lancé la semaine dernière ses services de téléphonie mobile en Italie n’a pas choisi ce slogan pour
conquérir des clients. La crise politique et le début de tempête financière qui se sont abattus sur la
péninsule invitent à la retenue.
Xavier Niel, le fondateur d’Iliad
réputé pour son audace, n’a donc
pas osé. Pourtant l’entrepreneur
n’aurait pas manqué d’arguments pour justifier son invitation.
Dans un pays où les prêts immobiliers sont souvent à taux variable, la flambée des taux d’intérêt,
passés au-dessus de 3 % en quelques jours, ne présage rien de bon
pour les Italiens. Si le calme ne
revient pas rapidement sur les
marchés, les mensualités de
nombreux emprunteurs devraient augmenter, amputant
leur pouvoir d’achat de quelques
euros. Les banquiers et les parlementaires qui calculent et dépensent en milliards sont à mille
lieues des préoccupations des
consommateurs qui comptent et
recomptent chaque euro, plus
encore lorsque le temps se gâte.
Avec l’arrivée d’un opérateur télécoms qui casse les prix, les Italiens vont découvrir les bienfaits
sonnants et trébuchants de la
guerre des prix. Tous les acteurs
du marché devraient peu à peu
revoir leurs tarifs à la baisse. C’est
en tout cas ce qui s’est produit en
France avec l’entrée de Free Mobile sur le marché. En moins de
cinq ans, la facture mensuelle
mobile des Français a été divisée
par deux, passant de 30 à 15 euros
en moyenne, soit près de
200 euros de pouvoir d’achat en
plus chaque année. De l’argent
qui tombe du ciel, du téléphone
en réalité, est une aubaine. Nul
doute que les Italiens apprécieront. En cette période troublée, il
n’y a pas de petites économies.
MÊME PAS PEUR
DES TWEETS
Il en va des tweets comme de la
politique, les mots, s’ils ne sont
pas suivis d’actions concrètes,
produisent peu d’effet. Donald
Trump pourrait l’apprendre à ses
dépens. L’analyse des attaques à
répétition du président contre
Amazon est instructive. La dernière remonte à quelques semaines : « Ils (Amazon) ne paient pas
ou peu d’impôts aux gouvernements locaux ou fédéral et traitent
notre système postal comme leur
livreur (provoquant d’énormes
pertes aux États-Unis) et provoquant la fermeture de milliers de
France-Allemagne : Macron a du mal
à comprendre les principes de Merkel
commerces ». La charge a fait le
tour du monde, des milliards de
dollars de capitalisation boursière
sont partis en fumée et le soufflé
est vite retombé.
Dix-huit mois après l’arrivée de
Trump à la Maison-Blanche, la
valeur boursière d’Amazon a
presque doublé et Jeff Bezos est
devenu l’homme le plus riche de
la planète. À l’inverse, l’automobile américaine, objet de toutes
les attentions d’un président prêt
à sanctionner les importations
des constructeurs étrangers, fait
pâle figure en Bourse. Ford a reculé de près de 20 % en dix-huit
mois et General Motors a gagné
20 % dont la moitié sur la seule
journée de jeudi dernier lorsque
le japonais Softbank a annoncé
un gigantesque investissement de
plus de 2 milliards dans les projets
de voitures autonomes de GM.
Pour paraphraser le général de
Gaulle qui lança en moins de 140
caractères que « la politique de la
France ne se fait pas à la corbeille », il semble bien que la stratégie de Wall Street ne s’écrit pas
depuis le smartphone de Donald
Trump.
L’EFFET VOODOO
Une jeune société française qui
annonce une levée de fonds de
200 millions de dollars est une divine surprise. À plus d’un titre en
réalité. D’abord parce que Voodoo, c’est le nom de l’élu, est un
acteur presque méconnu du
grand public, ce qui laisse penser
que la France est probablement le
vivier de licornes, ces sociétés de
technologies valorisées plus d’un
milliard de dollars. Ensuite, on
découvre que cette entreprise
parisienne s’est hissée en moins
de trois ans au premier rang des
téléchargements sur l’App Store
d’Apple en matière de jeux. À
peine née, la voilà leader mondial : Voodoo a tout pour devenir
une success story… planétaire.
Enfin, la société a réussi à gagner
la confiance de Goldman Sachs,
investisseur américain avisé et
très sélectif, qui lui apporte un
précieux carburant pour changer
de dimension. C’est suffisamment
rare pour être noté. En quelques
années, la France avec sa French
Tech et ses biotechs est devenue
l’un des pays européens les plus
attractifs pour les investisseurs en
capital-risque. L’argent est disponible pour financer les premières
années de vie des start-up. Mais il
se fait beaucoup plus rare lorsqu’il
s’agit de lever 100 millions
d’euros et plus. Espérons que
Voodoo n’est pas l’exception qui
confirme cette mauvaise règle. ■
L
a Bêtise au front de taureau de Trump, la sinistre commedia dell’arte
de la politique italienne,
sans oublier le perfide
Brexit :
tout
incite
l’Union européenne à resserrer ses
liens face à l’hydre populiste et ses
têtes de linottes. Le renforcement
de la zone euro sera d’ailleurs le
thème du sommet semestriel des
chefs d’État ou de gouvernement de
l’Union à la fin juin. Mais on peut
douter hélas du résultat tant les
sentiments profonds des peuples et
de leurs dirigeants restent éloignés.
On prête à Jean Monnet, l’un des
pères fondateurs de l’Europe dans
les années 1950, cette réflexion :
« Si c’était à refaire, je commencerais par la culture (au lieu de la
Communauté du charbon et de
l’acier, la Ceca). » La culture au
sens de valeurs de civilisation, et
non pas la marchandisation des
produits culturels dont on nous rebat les oreilles. Cette absence de valeurs communes est particulièrement regrettable au sein du
« couple franco-allemand ».
À l’instar de Barack Obama couronné du prix Nobel de la paix en
2009, dès la première année de son
mandat à la Maison-Blanche, Emmanuel Macron a donc reçu, le
10 mai à Aix-la-Chapelle, le prix
Charlemagne pour son engagement
proeuropéen. Le président français,
auréolé du titre de « sauveur de
l’Europe » potentiel, en a profité
pour tacler son puissant partenaire :
« En Allemagne, il ne peut y avoir un
fétichisme perpétuel pour les excédents budgétaires et commerciaux,
car ils sont faits aux dépens des
autres. » Il a dit tout haut ce que
tout le monde en France pense tout
bas et non sans aigreur.
Quelque peu décontenancée par
cette furia francese, Angela Merkel
parut assez terne dans sa réponse :
« Nous avons des cultures politiques
et des manières d’approcher les sujets européens différentes. » Or c’est
parfaitement exact, et les Français
auraient intérêt à méditer longuement sur ces différences car cela
éviterait bien des déconvenues.
Avait-on sérieusement réfléchi à
toutes les implications de l’euro lors
de son lancement il y a près de vingt
ans ? On a voulu voir dans la monnaie unique « un bouclier, une protection », et cela a été répété à satiété à l’époque. Il aurait été bien plus
judicieux d’observer, comme l’ont
fait les Allemands, qu’en facilitant
les échanges commerciaux l’euro
allait exacerber la concurrence à
l’intérieur même de l’Europe.
Ces malentendus semblent se reproduire aujourd’hui. Ainsi, les
propositions de Macron de créer
« un ministre des Finances » et un
« budget spécifique » de la zone
euro sont-elles dans la pure tradition dirigiste française considérant
la dépense et l’argent publics comme la panacée. À Berlin, on ne l’entend pas de cette oreille. Non seulement on redoute qu’un tel dispositif
ne conduise à siphonner les excédents allemands, mais les transferts
d’argent public posent un problème
démocratique de taille : quelle assemblée élue serait habilitée à valider les mécanismes fiscaux ?
LIBRES
ÉCHANGES
JEAN-PIERRE ROBIN
À chaque pays ses perspectives propres, et elles innervent l’ensemble
de la vie économique des deux côtés
du Rhin. En France, on a tendance à
expliquer la domination et les succès allemands depuis une quinzaine
d’années par les réformes Schröder
de 2003, notamment du marché du
travail. Sans en mésestimer l’importance, c’est une vue bien trop
réductrice. Il faut lire le livre du
géographe et économiste JeanMarc Holz Les Très Riches Heures de
l’histoire économique allemande, qui
couvre un millier d’années ! Il y
examine les ressorts culturels profonds, historiques et sociaux,
Luther, le rôle de la Prusse. Ou encore la théorie de l’ordolibéralisme,
qui remonte à 1936 : elle servira de
socle idéologique à l’« économie
sociale de marché » et au « miracle
économique » de l’après-guerre.
En faisant délibérément abstraction de son histoire politique extrêmement mouvementée - c’est un
euphémisme -, la supériorité économique de l’Allemagne date de la
première révolution industrielle.
Elle coïncide symboliquement avec
l’unification du pays, l’Empire allemand proclamé à Versailles le
économique française
« seL’histoire
caractérise depuis 1945 par
de grands coups de volant, une sorte
d’expérimentation à jet continu.
On ne sait pas à quel saint se vouer
»
Emmanuel Macron, lauréat du prix Charlemagne, et Angela Merkel, le 10 mai à Aix-la-Chapelle.
IDÉES
LIVRES
Vue trop réductrice
18 janvier 1871. Des traits culturels
mis en avant par Jean-Marc Holz
pour comprendre l’économie, on
en retiendra deux, car totalement
contraires à l’esprit français.
D’une part, « la concurrence entre
les pouvoirs, entre le Bund (l’État fédéral) et les Länder (régions), et la
concurrence également entre les entreprises ». C’est d’autre part, après
1945 et dans la RFA, le refus absolu
du contrôle étatique de l’économie,
considéré comme un des facteurs
de l’avènement du totalitarisme.
L’idéologie économique française est aux antipodes, qui valorise
depuis Colbert et Louis XIV l’État
entrepreneur et stratège. Quant à
notre modèle social d’État-providence, il est issu du programme du
Conseil national de la Résistance de
1944 et il place au centre du jeu
l’État « toujours prêt à se substituer
au marché en tant que pourvoyeur de
bien-être », selon les termes du sociologue danois Gosta Esping-Andersen, qui fait autorité.
Outre ces différences de fond,
l’histoire économique et sociale
française se caractérise depuis
soixante-dix ans par de grands
coups de volant, une sorte d’expérimentation à jet continu, faute de
savoir à quel saint se vouer : les nationalisations massives de 1981, puis
les privatisations, les 35 heures, la
conversion au « franc fort » et, enfin, à l’euro…
De droite ou de gauche, nos gouvernements sont des agnostiques
technos dénués de réelles convictions. On veut baisser la dépense
publique mais sans remise en cause
des périmètres de l’État. On fait de
la comptabilité publique à la petite
semaine de façon à « respecter la
règle des 3 % ». D’où un sentiment
d’arbitraire et d’insécurité pour les
citoyens, qui ne savent jamais à
quelle sauce ils vont être mangés,
qu’il s’agisse de la fiscalité locale ou
des aides sociales. Emmanuel Macron a du mal à comprendre que
Angela Merkel ait des principes
forts. ■
WOLFGANG RATTAY/REUTERS
26
Enguérand Renault £@erenault
A
Quand un entrepreneur du numérique lance la philanthropie 3.0
éprouvées des start-up. Étude de
marché, analyse des besoins des
clients, design thinking, open innovation, sélection algorithmique
des dossiers, étude d’impact.
NILS JORGENSEN/SHUTTERS/SIPA
PARTAGE Changer le monde. Un
slogan qui anime bon nombre des
jeunes conquérants du numérique.
Les plus talentueux d’entre eux sont
parvenus à créer des entreprises qui
ont révolutionné la manière de
communiquer, de se déplacer ou de
voyager. Ils ont aussi changé la
taille de leur fortune personnelle.
Alexandre Mars, pionnier de
l’Internet français, est de cette cohorte. Il a fait fortune en pariant
très tôt sur l’Internet mobile. Installé aux États-Unis, il est toujours
animé par cette envie. Mais aujourd’hui, s’il est un monde qu’il veut
changer, c’est celui du don, du partage et de la philanthropie.
En 2014, il a créé Epic, une plateforme de don qui ambitionne
d’avoir un impact planétaire et de
faire reculer durablement la pauvreté. Pour y parvenir, il a appliqué
à la philanthropie les méthodes
ALEXANDRE MARS
LA RÉVOLUTION DU PARTAGE*
Édition Flammarion
Convaincu que le monde actuel
ne peut pas survivre avec de tels
écarts de richesse, il fait le pari que
la nouvelle génération, les millennials, sont à la recherche de sens et
que le partage est aussi naturel pour
eux que le travail collaboratif. Et
pour attirer ces nouveaux talents,
les entreprises doivent également
inscrire le partage, le don dans leurs
valeurs.
Numériser les pièces jaunes
Comme tout entrepreneur, Alexandre Mars a commencé par identifier
les blocages qui empêchent la rencontre de la générosité et de l’efficacité. L’hyper choix entre les causes
à
soutenir
conduit
paradoxalement les donateurs à
freiner leurs actions. De l’autre
côté, la fragmentation des associations caritatives empêche leurs
dons d’avoir un effet structurel
dans la lutte contre la pauvreté ou
en faveur de l’éducation.
La création d’Epic tente de répondre à ces dysfonctionnements.
Alexandre Mars part du principe
que le don doit donner un sens, être
indolore pour le donateur et systématisé. Il est donc parti évangéliser
les entreprises et leurs employés
pour qu’ils mettent en place des
nouveaux outils de partage. Le premier est l’arrondi sur salaire.
Chaque mois, l’employeur peut
prélever quelques centimes sur la
feuille de paye des salariés volontaires. Les sommes individuelles sont
faibles, mais la masse collectée est
importante. Même principe pour
l’arrondi en caisse. Chaque supermarché, magasin ou boutique peut
s’équiper d’un logiciel dans le terminal de paiement qui permettra de
prélever quelques centimes sur la
facture. Bernadette Chirac avait in-
venté les pièces jaunes, Alexandre
Mars systématise cette belle initiative. L’entrepreneur veut aussi
convaincre les entreprises d’inscrire dans leur principe celui du don
d’un pourcentage de leurs bénéfices. Marc Benioff, le fondateur de
Salesforce, le géant de San Francisco, en a fait l’un des marqueurs
de son groupe. Enfin, Epic est capable de proposer aux entreprises ou
associations des politiques de don
sur mesure.
Coté redistribution, la plateforme Epic sélectionne les associations
caritatives sur une grille de critères
très stricts. L’objectif n’est pas
d’éparpiller les dons mais de les
concentrer entre les mains d’acteurs capables d’avoir une action
transformante sur les populations
aidées. ■
(*) 15 euros. L’intégralité des droits
d’auteur sont reversés à Epic.
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LE FIGARO
lundi 4 juin 2018
DÉCIDEURS
AVEC
27
PROPOS RECUEILLIS PAR
YANN LE GALES £@YannLeGales
Christopher
INTERVIEW Christopher Guerin,
directeur général de Nexans Europe
et Telecom monde, analyse pourquoi il a mis « le client dans l’usine ».
Guerin
LE FIGARO. – Quel type
de dirigeant êtes-vous ?
Christopher GUERIN. – Je suis un
dirigeant qui repense les modèles,
réforme et transforme. Avec l’envie
de concilier profit et engagement.
« Les employés
ont pris en main
le changement »
Pourquoi ?
Pour appréhender la complexité du
monde, le dirigeant se doit de sortir
de ses cadres de pensées et expertises, doit se libérer, se réinventer. Il
doit réécrire les méthodes de management, la manière de piloter les
activités de l’entreprise. Il doit aussi
travailler sur l’engagement des salariés, car le collectif est le socle de
la performance.
Comment avez-vous redressé
l’entreprise en développant
l’engagement des salariés ?
Nous sommes partis d’un constat
dressé par les consultants de McKinsey. 70 % des plans de transformation échouent pour deux raisons : la non-exemplarité du
management qui demande aux
équipes de changer sans que luimême change ses méthodes ; la résistance au changement. Nous
avons mis en place de nouvelles
méthodes pour redresser l’entreprise économiquement tout en travaillant l’engagement.
Les salariés ont-ils pu s’exprimer ?
Nous avons cassé la règle : les employés expriment les problèmes,
le management les résout. Les
employés ont pris en main le
changement. Un collectif s’est mis
en place.
Quelle méthode avez-vous
mise en place ?
Mon équipe des ressources humaines a organisé deux journées dans
chaque établissement en Europe. À
chaque fois, pendant une journée,
un groupe d’employés volontaires a
dressé la liste des sujets qui irritaient les salariés. Tous les sujets ont
été abordés : les conditions de travail, les relations avec le management, le bien-être, les échanges interpersonnels. Les salariés ont
signalé plus de 6 000 sujets d’irritation dans nos trente usines européennes. Cela allait de la porte des
vestiaires cassée à des sujets bien
plus complexes.
Avez-vous débloqué la situation ?
Nous avons déjà apporté 3 500 solutions. Des problèmes qui traînaient depuis plusieurs années ont
été résolus. Nous avons rallumé la
flamme.
Avez-vous changé de nombreux
managers ?
J’ai changé environ 15 % de l’équipe qui était figée dans le temps. Les
solutions d’hier créant les problèmes d’aujourd’hui, il était nécessaire de travailler avec des managers
qui regardent le monde avec un œil
neuf.
Les salariés connaissent-ils mieux
les clients ?
Nous nous sommes demandé comment démontrer de manière
concrète que nous étions une société orientée client. Nous organisions bien entendu des réunions
avec les clients. Mais il fallait aller
« Nous avons mis
en place de nouvelles
méthodes pour
redresser l’entreprise
économiquement
tout en travaillant
l’engagement »,
explique Christophe
Guerin. MICHAEL CHIA
plus loin. J’ai abandonné l’idée
avancée par le service de communication qui proposait de mettre
des affiches des clients dans les usines. J’ai choisi en 2012 de mettre le
client dans l’usine.
Est-ce innovant de proposer
aux clients de venir dans l’usine ?
Nous sommes la seule entreprise à
le faire. Nous demandons aux représentants d’un client de parler
CONFIDENCE
LIRE DES PHILOSOPHES EST-IL UTILE ?
Un dirigeant a beaucoup à apprendre
de la philosophie. Le philosophe et sinologue
François Jullien m’a aidé à comprendre le monde
et l’entreprise.
QUELLES PERSONNALITÉS ADMIREZ-VOUS ?
J’admire Pierre Rabhi, qui est un paysan,
un philosophe et un penseur, un pionnier
de l’agroécologie. Je vais à toutes ses conférences.
La retraite avec Matthieu Ricard m’a marqué à vie.
Je suis avec intérêt l’engagement d’Emmanuel
Faber, le PDG de Danone, qui brise les codes.
DIRIGER EST-IL PLAISANT ?
C’est passionnant, car nous vivons dans une
période de reconfiguration du monde inédite.
devant les salariés d’une usine. Ces
personnes ne sont pas les dirigeants
mais les responsables logistiques ou
achat et du personnel de production. Elles s’expriment pendant
deux heures devant l’équipe du
matin puis devant l’équipe de
l’après-midi. Elles viennent avec
leurs produits. STX a apporté une
cabine de bateau. Alstom un cockpit de TGV. Elles donnent leur point
de vue de manière très concrète au
milieu de chacune de nos usines.
Véritable moment d’échanges de
sens et d’écoute.
Ces échanges sont-ils utiles ?
Nous avons déjà organisé vingt
rencontres avec vingt grands
clients. Le premier client a été Alstom. J’ai compris que nous avions
pris une bonne décision quand un
salarié qui travaillait depuis vingt
ans au gainage des câbles est venu
me remercier. Il m’a dit : maintenant, je vais pouvoir expliquer à
mon fils de dix ans où sont installés
dans un train les câbles sur lesquels
je travaille.
Les transformations ont-elles
amélioré les performances
de l’entreprise ?
Nous avons multiplié par trois la
rentabilité opérationnelle des usines européennes en deux ans. Douze usines qui perdaient de l’argent,
sont redevenues rentables. Nous
TOP
J. LUTT, O. MORITZ / PHOTOSOC, V. WALLACE
MANAGEMENT PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
â LES
Nicolas Huss
Philippe Lazare
DATES
CLÉS
1983
Commence sa
carrière chez PSA
1990
Rejoint Sextant
Avionics
(groupe Thales)
1994
Intègre la compagnie Air France
2003
Entre à La Poste
2007
Rejoint
Ingenico Group
Patrice Le Marre
Jennifer Miles
Nathalie Lomon
avons implémenté une méthode de
transformation économique innovante fondée sur vingt-cinq leviers
opérationnels.
La manière d’évaluer les managers
est-elle différente ?
Avant, les managers étaient évalués
comme les nageurs qui participent
à une course dans une piscine
olympique. Chacun nage dans son
corridor, le corridor étant une
fonction. Aujourd’hui, les managers sont des équipiers engagés
dans une épreuve de rafting. Ils affrontent les difficultés ensemble et
doivent être solidaires pour permettre à l’entreprise d’être
meilleure.
Où en êtes-vous de votre plan
de transformation ?
Nous avons accompli 60 % de notre
plan de transformation en Europe.
Votre méthode de transformation
intéresse-t-elle d’autres
entreprises ?
Oui, j’ai prononcé plusieurs conférences à la demande d’entreprises,
présentes dans des secteurs très
différents. Nous avons reçu avec
mes équipes quatre grands prix en
deux ans. Les dirigeants et les managers veulent comprendre comment nous avons amélioré notre
rentabilité par trois malgré un chiffre d’affaires constant. ■
www.decideurs.lefigaro.fr
Jacques Guérin
Michel Léger
DÉCIDEURS d’Ingenico Group
La transformation digitale ne lui fait pas
peur. Au contraire. Le groupe Ingenico,
spécialisé dans les solutions de paiement, a
su faire d’Internet sa première source de
croissance depuis 2008. « À terme, nous
visons 70 % de revenus grâce au digital »,
souligne Philippe Lazare, président-directeur général d’Ingenico, fier des
« 200 transactions effectuées en toute sécurité chaque seconde dans le monde grâce aux
services du groupe ». Soit plus de 5 milliards par an. Coté sur Euronext, le groupe
français a réalisé l’an dernier 2,5 milliards
d’euros de chiffre d’affaires.
Aux commandes depuis 2010, Philippe
Lazare a supervisé la réorganisation stratégique et la création de deux « business
units » mondiales qui sont venues perfectionner l’organisation du groupe en 2017.
L’une spécifiquement dédiée aux « banques et acquéreurs », pour « réduire la
complexité de la gestion des paiements »,
l’autre tournée vers le « retail », « afin
d’aider la grande distribution et les e-commerçants à accompagner les consommateurs dans leurs parcours d’achat omnicanal ». À cette occasion, mais aussi au
travers d’acquisitions, comme celle du
suédois Bambora l’été dernier, Philippe
Lazare a étoffé son équipe dirigeante pour
piloter au mieux les quelque 170 pays où
Ingenico est implanté, avec plus de
8 000 collaborateurs. Diplômé de l’École
supérieure d’architecture de Paris-la
Défense, ce dernier a rejoint Ingenico en
2007 après avoir notamment dirigé la
branche réseau grand public et Poste-Immo du groupe La Poste. Rodé à la gestion
des opérations, avec une vision stratégique, il a débuté sa carrière chez PSA, puis il
est passé chez Thales, avant d’être nommé
directeur général du Groupe Air France.
Pour l’entourer, il y a d’abord Nicolas
Huss, aux commandes de la nouvelle branche « retail » depuis septembre dernier.
Fin connaisseur du secteur du paiement, il
est aussi expérimenté en matière de développement d’entreprises. Avant d’intégrer
Ingenico, il a dirigé Visa Europe pendant
plus de trois ans, après être passé chez GE
Capital, filiale de General Electric, Bank of
America, ou encore Avant, filiale du groupe Apollo Global Management. Autre
pilier, Patrice Le Marre, vice-président
exécutif de la nouvelle branche « banques
et acquéreurs ». Nommé en février 2017, il
dirigeait depuis 2011 la région Asie Pacifique et Chine du groupe, qu’il a rejointe en
2004. Homme polyvalent, cet ex-Alcatel a
également piloté les branches opérations
industrielles et recherche et développement du groupe.
L’Amérique du Nord, région stratégique
pour Ingenico, est dirigée par Jennifer
Miles. Reconnue pour ses capacités en
matière de développement d’entreprises
sur le marché nord-américain, elle a passé
seize ans chez Verifone. Nathalie Lomon
pilote la direction financière, en charge
aussi du juridique et de la gouvernance
d’Ingenico depuis 2015. Ex-Mazars et BNP
Paribas notamment, elle avait rejoint le
groupe en 2010 comme directrice du
contrôle de gestion. Jacques Guérin est en
charge du pôle « Stratégie et Performance ». Ex-Directeur général du groupe de
presse Amaury, il a aussi dirigé le journal Le
Parisien, après avoir commencé sa carrière
chez Air France. Quant à Michel Léger, il
supervise le département « Innovation »
depuis début 2015. Il dispose d’une solide
expérience dans le secteur des paiements,
d’abord chez Axalto (ex-division de
Schlumberger), puis chez Gemalto.
A. B.
A
Pouviez-vous utiliser les outils
traditionnels d’un dirigeant
pour que l’Europe redevienne
bénéficiaire ?
Un manager travaille traditionnellement avec un triptyque formé par
la croissance, les coûts et le management des salariés. Mais ce triptyque n’était plus efficace car l’Europe n’enregistrait plus de croissance.
L’entreprise avait mené des plans
sociaux qui avaient eu des conséquences sur l’engagement des salariés. Nous avons donc dû tracer une
nouvelle voie.
Le directeur général de Nexans Europe
et Telecom monde explique
comment le groupe se transforme.
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lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Didier Quillot : « Le foot est devenu
une industrie mondiale de spectacle »
Le directeur général exécutif de la Ligue de football professionnel (LFP) est l’invité du « Buzz Média Le Figaro ».
PROPOS RECUEILLIS PAR
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
AUDIOVISUEL C’est l’homme du
milliard d’euros. Son appel d’offres
pour les saisons 2020-2024 du
championnat de Ligue 1 a fait l’effet
d’une bombe. Un groupe espagnol
a raflé la mise et Canal+ n’a récupéré aucun lot. Didier Quillot explique que le football français est entré dans une dimension nouvelle.
LE FIGARO.- Canal + est partenaire
historique du football français.
Il est écarté de la Ligue 1.
Est-ce un regret pour vous ?
Didier QUILLOT.- Canal+ est un
partenaire du football professionnel depuis 34 ans et il le restera jusqu’en 2020. L’appel d’offres a été
une grande réussite grâce au travail
de l’équipe de la LFP et au soutien
de nos conseils Clifford Chance et
Veltis. Notre objectif, à la LFP, est
de donner aux clubs les moyens de
grandir et de se développer. Pour
cela les droits audiovisuels domestiques sont la première source de
revenus. Cet appel d’offres était en
préparation depuis plusieurs mois,
et nous avons toujours été très
clairs sur son timing et sur son architecture. Nous l’avons sophistiqué en introduisant le droit de
sous-licence qui permet de faire
venir de nouveaux acteurs et des
investisseurs internationaux. Tout
a toujours été clair.
Canal + a-t-il sous-estimé la LFP ?
Je n’ai pas à commenter la stratégie d’enchères de Canal+. Sur chacun des sept lots, Canal + s’est positionné, mais son offre était
chaque fois inférieure à celles des
autres candidats. Il y a au final trois
gagnants : Mediapro, beIN Sports
(qui a gagné le lot avec les meilleures affiches) et Free qui est un nouvel entrant.
Maxime Saada, le patron de Canal+
toute industrie qui se mondialise,
des acteurs mondiaux interviennent : des américains, des chinois,
des opérateurs du Moyen-Orient…
De la même manière qu’ils sont
entrés au capital de nos clubs,
aujourd’hui, des investisseurs
chinois et qatariens sont opérateurs audiovisuels, et vont diffuser
nos rencontres. Mais n’oublions
pas Free, qui est français et qui a
réussi une très belle opération
marketing en s’emparant du lot
« digital ».
est très remonté. Peut-il contester
les résultats ?
Notre appel d’offres a été fait avec
le cabinet Clifford Chance qui est
une référence en matière de droit
de la concurrence. La procédure a
été transparente et très encadrée.
D’ailleurs, je comprends dans les
déclarations de Maxime Saada qu’il
va chercher à nouer des partenariats avec Mediapro plutôt que de
faire un recours.
Le grand gagnant est Mediapro.
Comment les avez-vous
convaincus de s’intéresser
au football français ?
Personne ne peut être surpris de ce
qu’il s’est passé. Nous avons toujours dit que nous voulions ouvrir
le jeu. Nous avons travaillé pendant
plusieurs mois et sommes allés voir
les géants du numérique (Facebook, Yahoo, Amazon) et les nouveaux acteurs comme Mediapro,
Infront ou IMG. Nous avons aussi
vu l’ensemble des opérateurs médias et télécoms. Cela représente
une soixantaine de rendez-vous.
Les géants du numérique ne sont
pas venus sur notre appel d’offres,
comme ils ne sont pas venus non
plus en Angleterre et en Italie. Mediapro, lui, est venu. Nous lui avons
présenté les atouts et l’attractivité
nouvelle de la Ligue 1. Ses stars
comme Neymar, Cavani, Falcao,
Depay, les nouveaux stades, les investisseurs étrangers qui choisissent d’investir dans nos clubs, nos
audiences TV en hausse de 25 %,
nos affluences en hausse de 7 %.
Nous l’avons ainsi convaincu de la
valeur de notre produit L1 et du
cercle vertueux que nous avons engagé depuis deux ans.
Ont-ils les moyens de miser sur
tous les championnats européens ?
Mediapro veut reproduire ce qu’ils
ont fait en Espagne: une chaîne
100 % football en partenariat avec
la Liga. Ils ont conclu des accords
de distribution avec les fournis-
seurs d’accès à Internet, comme
Vodafone, Orange ou Movistar. Ils
souhaitent faire la même chose en
France avec Orange, Bouygues,
SFR, Free et peut-être Canal.
Très endetté, Mediapro pourra-t-il
tenir ses engagements ?
Mediapro nous a remis une offre
quantitative et qualitative qui comprend une caution solidaire émise
par son actionnaire de référence.
Il va lancer une chaîne de foot
à 25 euros. Est-ce trop cher
pour le public français ?
Le business plan de Mediapro marche en Espagne. Je ne vois pas
pourquoi il ne marcherait pas en
France. Jaume Roures a expliqué sa
stratégie éditoriale et son objectif
d’abonnement autour de 25 euros,
en considérant que ce n’est pas
trop cher. Il a une grande expé-
Mais au final, il n’y a plus
de football français…
Bien sûr que si ! L’ADN du football
français, c’est l’excellence de sa
formation et sa capacité à former
des talents : Mbappé, Pogba, Lemar, Dembélé et tous les joueurs de
l’équipe de France ont été formés
en France. Les revenus supplémentaires occasionnés par cet appel d’offres vont permettre à nos
clubs de conserver en France ces
talents, de recruter des stars pour
améliorer encore le spectacle et
d’investir dans les infrastructures,
les stades et la formation.
rience du marché espagnol, qui
n’est pas différent du marché français.
Est-il dangereux de confier
les droits de foot à des qatariens
pour beIN et à des chinois,
actionnaires de Mediapro ?
Le football n’est pas seulement un
sport. Il est devenu une industrie
mondiale de spectacle qui crée des
grandes marques globales comme
le Barca, le Real, Manchester United, Juventus, le PSG, et des stars
mondiales comme Cristiano Ronaldo, Messi et Neymar. Comme
DIDIER QUILLOT
dans le studio
du Figaro.
FRANÇOIS BOUCHON/
LE FIGARO
@
Le Buzz
MEDIA
en vidéo sur
www.lefigaro.fr/medias
Les droits internationaux de la L1,
entre les mains de beIN jusqu’en
2024, sont faibles. Allez-vous
les remettre en jeu ?
Nous avons commencé avec notre
distributeur beIN les négociations
pays par pays pour le cycle 20182021. Pour l’Afrique, nous avons
obtenu une augmentation de 32 %
de nos droits. Maintenant, nous
sommes en discussion en Amérique
du Nord et du Sud, nous ferons ensuite la Chine et le MoyenOrient. ■
RÉALITÉS
AUGMENTÉES
PRENEZ UN
mmOMENT
POUR COMPRENDRE LES
FRAGILITÉS EN ENTREPRISE
#ParlonsFragilités
Aujourd’hui, les fragilités des salariés sont des préoccupations de plus en plus
importantes dans les entreprises. Comment y faire face et quelles sont les solutions
qui existent ? Parce que, chez Malakof Médéric, nous considérons que le capital
humain est la 1re richesse des entreprises, nous organisons une matinée d’échanges
avec les interventions de dirigeants de grands groupes, de DRH et d’experts pour
comprendre cet enjeu.
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10875-1805 - ASSOCIATION DE MOYENS ASSURANCES (AMA) - Association régie par la loi du 1er juillet 1901
inscrite à l’ORIAS sous le N° 16 000 160 (www.orias.fr) - Siège : 21 rue Laitte 75009 Paris - N° SIREN 812 986 289
Les boîtes scénographiques © Musée du Quai Branly, photo : Lois Lammerhuber.
PAR CHLOÉ WOITIER
Le flirt du cinéma et du jeu vidéo
Les deux
« médias
auront
leurs propres
projets,
réunis
autour
de la
puissance
du contenu
»
S’il existe bien une relation d’attraction-répulsion dans l’univers des
médias, c’est celle qu’entretiennent
le cinéma et les jeux vidéo. Depuis les
années 1980, les deux univers se
tournent autour et ont cherché plusieurs fois à se marier. Mais leur
union a rarement donné naissance à
de beaux enfants. Longtemps, le
schéma classique se résumait à commander à des développeurs un jeu
vidéo adapté de son film. Peu importait la qualité du produit, l’essentiel
était qu’il colle à la sortie en salle du
long-métrage afin de maximiser les
ventes. Le résultat était au mieux
passable, au pire insultant pour le
consommateur. En sens inverse, les
films adaptés de jeux vidéo n’ont jamais donné lieu à des chefs-d’œuvre
et sont plutôt à ranger du côté des
sympathiques nanars.
Les majors du cinéma ont, depuis,
revu leurs stratégies. Fini les filiales
comme Fox ou Disney Interactive
dédiées à la transposition sur console
des licences. Seule exception, Warner Bros. Sa branche jeux vidéo, qui a
racheté de nombreux studios de développement, est florissante. Plutôt
que de faire « le jeu vidéo tiré du
film », elle exploite les marques pop
culture de Warner, comme Batman
ou le Seigneur des anneaux, pour en
faire des créations originales. L’acclamée saga Batman : Arkham est
ainsi totalement différente de la trilogie cinématographique de Christopher Nolan. Disney a reproduit la
même tactique, mais en confiant ses
licences à des poids lourds n’appartenant pas à son groupe. Star Wars
est exploité par EA, Square Enix travaille sur un ambitieux jeu Avengers
qui ne reprendra pas la trame des
films.
Une autre voie est en train de
s’ouvrir : l’investissement dans des
studios dont les productions n’ont
rien à voir avec l’univers du cinéma.
Cette semaine, la société de production danoise Nordisk Film a racheté
pour près de 100 millions d’euros le
développeur suédois Avalanche, qui
travaille avec les plus grands noms
du secteur (Square Enix, Bethesda…). « La stratégie d’Avalanche ne
sera pas modifiée. Ils continueront à
créer librement », a souligné Nordisk
Film. Ce dernier a ouvert récemment
une cellule dédiée à l’investissement
dans le jeu vidéo scandinave, afin
d’étendre son empire au-delà du cinéma et de la télévision.
DU « JEU D’AUTEUR »
PRIMÉ
Aux États-Unis, la société de production Annapurna Pictures (Zero
Dark Thirty, Her, Detroit…) a un label
dédié aux jeux vidéo, Annapurna Interactive. Il finance des créations ludiques proches du « jeu d’auteur »,
où la dimension artistique et narrative est primordiale. Et cela paie : son
titre What Remains of Edith Finch a
reçu en avril le Bafta du meilleur jeu
vidéo de 2017 face à des poids lourds
comme Super Mario Odyssey (Nintendo) ou Assassin’s Creed Origins
(Ubisoft). « Annapurna pense sans
cesse à l’impact culturel de ses jeux. Ils
veulent repousser les limites du jeu vidéo pour en faire un média adulte qui
nourrira la prochaine génération de
créateurs », expliquait dans la presse
américaine un studio partenaire.
Se dessine ainsi un avenir où cinéma
et jeux vidéo pourront cohabiter à
nouveau dans les mêmes groupes.
Mais l’un ne sera plus l’exécutant de
l’autre. Les deux médias auront leurs
propres projets, réunis autour de la
puissance du contenu. Le jeu vidéo
est, après tout, une autre manière de
raconter des histoires. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 4 juin 2018 LE FIGARO - N° 22 957 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
Salvatore
Ferragamo
STYLE
HIGH-TECH
PAGE 33
PAGE 34
MODE, BEAUTÉ…
LES INCONTOURNABLES
DE LA SEMAINE
NOS CONSEILS
POUR SURFER SUR LE WEB
SANS ÊTRE ESPIONNÉ
PORQUEROLLES
MARC DOMAGE/FONDATION CARMIGNAC
un nouvel îlot d’art contemporain
De Basquiat à Bruce Nauman, de Lichtenstein à Ugo Rondinone, inauguration en fanfare de la Fondation
Carmignac. Plein soleil sur une collection qui se visite pieds nus. PAGE 30
« Les P’tites Michu », de sacrées terreurs
OPÉRETTE Enfin exhumée, l’œuvre d’André Messager est un régal de drôlerie.
«
n petit conte d’amour,
sentimental par moments, dont la mère permettra la lecture à sa
fille. » C’est en ces termes qu’Henry Fouquier décrit Les P’tites
Michu dans les colonnes du Figaro, au lendemain de sa création, le 16 novembre
1897. Si le dramaturge s’attarde sur la simplicité du livret, c’est pour mieux souligner
la « partition excellente » composée par André Messager. On sait gré au Palazzetto Bru
Zane, centre de musique romantique française, d’avoir enfin exhumé avec la troupe
des Brigands ce petit bijou du père de Véronique. En son temps, l’œuvre connut un
succès tel qu’elle traversa l’Atlantique en
1907 pour mettre Broadway à ses pieds.
Marie-Blanche et Blanche-Marie sont
d’impétueuses jeunes filles à l’orée de leur
vie de femmes. L’une est noble, l’autre fille
de commerçants. La première fut confiée,
bébé, aux parents de la seconde par le
marquis des Ifs, contraint de fuir la Terreur. Mais, en les baignant, le père Michu
U
SALVATORE FERRAGAMO, IVAN KRUK/STOCK.ADOBE.COM
Rémy Barché met en scène
ce jeu de quiproquos dans un univers rose
bonbon évoquant une boîte à secrets
d’adolescentes.
confondit l’une et l’autre. Ainsi, nul ne sait
plus qui est qui lorsque le marquis revient,
dix-sept ans plus tard, pour marier sa descendante à un officier.
Pour la mise en scène, Rémy Barché,
venu du théâtre, a choisi la carte de la modernité. Juste décision, qui révèle la puis-
sance comique interne. Dans un univers
rose bonbon évoquant une boîte à secrets
d’adolescentes, les acteurs-chanteurs se
livrent à un hilarant jeu de quiproquos.
Barché dit avoir puisé une part de ses références dans le film Virgin Suicides de Sofia
Coppola. Minijupes jaune pétard, alcôves
tout en arrondis… Le décor rehaussé d’illustrations projetées (brillante idée !), signé Marianne Tricot, évoque effectivement l’univers des années 1970. Voire de la
fin des années 1960. Certaines mimiques
font d’ailleurs songer à la comédie Oscar
d’Édouard Molinaro. Toujours aussi impayable, Damien Bigourdan fait un père
Michu exubérant. Philippe Estèphe amuse
en Gaston aussi simplet que fantaisiste.
Violette Polchi est une Marie-Blanche piquante à souhait. Son ambitus, de graves
charnus en aigus clairs, impressionne. Anne-Aurore Cochet lui donne la réplique en
Blanche-Marie touchante de naturel. À la
baguette, le jeune Pierre Dumoussaud dirige cette version pour douze musiciens
avec un remarquable sens des couleurs. ■
Les 10 et 12 juin au Grand Théâtre d’Angers (49)
(version pour grand orchestre), puis du 19 au
29 juin au Théâtre de l’Athénée , à Paris (IXe).
A
THIERRY HILLÉRITEAU £@thilleriteau
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
30
LICHTENSTEIN
Four seasons, Ugo Rondinone.
M. DOMAGE/FONDATION CARMIGNAC
La Fondation Carmignac,
autoportraits sur une île
Parmi les artistes représentés
dans cette collection constituée
au départ avec la conseillère
Gaïa Donzet, le Pop Américain
Lichtenstein est la star avec près
de douze œuvres. Celle de 1995,
Collage for Nude with Red Shirt,
a été décrochée d’un mur de la
chambre d’Édouard Carmignac
pour venir à la Fondation.
Inauguration magistrale de cette bulle d’art nichée dans les vignes
de Porquerolles. L’architecture sert l’accrochage d’une collection très incarnée.
ARTS
E
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
ET BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
ENVOYÉES SPÉCIALES À PORQUEROLLES
mbarquement pour Cythère ? Pas vraiment, faute d’une distance
littéraire qui engendre le mystère, malgré
le Carnet de bord bleu des songes remis à
chacun et qui joue sur l’évocation de l’île
de Naoshima. Rêve d’une île qui concentre tout ce qui fait la beauté de la Côte
d’Azur ? Oui, miraculeusement. La traversée depuis Toulon est brève, mais si le
mistral s’en mêle, elle se mérite. Pareille
proximité en fait un timing idéal pour notre époque du zapping et de l’immersion
immédiate après les 680 pas d’une
« marche initiatique à travers la nature ».
À la fois proche et lointaine, à la fois
sauvage et citadine comme les belles en
longues robes d’été et les fous de VTT
électriques, Porquerolles est la nouvelle
destination de l’art dans une version inédite. Depuis le 2 juin, le public a rendezvous avec la Fondation Carmignac, un îlot
contemporain caché au cœur de 15 hectares de forêts et de vignes qui ont gardé,
malgré trois ans de travaux intenses, leur
pur charme champêtre. C’est le retour
inattendu à L’Eau des collines de Pagnol,
avec le rêve d’être enfin Pierrot le fou de
Godard. La douceur du vent, l’été des
grillons, les couleurs bistres de Cézanne
font de l’expérience un vrai décor de film.
Bâtiment hybride
Paisible lionne avec sa crinière blonde, la
réalisatrice Danièle Thompson, fille et
scénariste de feu Gérard Oury, savourait
la douceur du soir, vendredi, pour le
joyeux dîner d’inauguration sur la terrasse et sous les oliviers. À sa table, Thaddaeus Ropac, le galeriste autrichien de
Paris interrompu dans sa course perpétuelle, Bernar Venet et son épouse Diane,
voisins qui ont l’habitude des gardenparties dans leur domaine du Muy dédié à
la sculpture. Juste en face, Ségolène Royal
discutait politique avec son clan mais
gardait un visage de madone. La bonne
idée du jour puisque la Fondation Carmignac a acheté en 2017 à Drouot un Botticelli, La Vierge à la grenade, qui faisait se
pâmer Chiara Parisi, l’ex-directrice artistique de La Monnaie et nouvelle recrue
de la Villa Médicis à Rome. Ici, il fait face à
une figure bien pop de Lichtenstein ! Le
tout premier public de la Fondation est
varié et éloquent. Jérôme Neutres, commissaire de l’exposition « Artistes & Robots » au Grand Palais, savourait « cette
collection en forme de gigantesque autoportrait ». Trésors ou ratés, le maître des
lieux assume tout. C’est l’anti-musée.
Légèrement tendu, Édouard Carmignac, 70 ans et une allure de jeune loup financier, a lutté contre l’émotion et la fatigue pour présenter inlassablement son
bébé. Ce bâtiment hybride entre austère
mas provençal et audacieuse villa californienne - long toit plat de tuiles bleues et
invraisemblables statues encastrées au
cœur des piliers en béton - est né de haute lutte sur un site protégé. Frédéric Jousset, le jeune millionnaire de Webhelp
(42 000 employés) et le propriétaire de
Beaux-Arts Magazine et du Quotidien de
l’art, saluait « l’entrepreneur qui ose, qui
risque, qui se dévoile ». Tout le monde, ou
presque, a applaudi l’architecture intérieure avec son plafond piscine (20 cm
d’eau sur 20 cm d’une dalle de verre de
« Ne trouvez-vous pas qu’il y a ici un
rapport complètement dingue avec la
nature ? » résumait, dans la première
phrase de son discours, Édouard Carmignac, « grand spirituel » revendiqué, meilleur financier qu’orateur.
« C’est une invitation à quitter son quotidien, à passer sur l’autre rive, à entreprendre un parcours aussi physique que
mental pour vivre des émotions à travers cette nature omniprésente », enchaînait son fils Charles, directeur de
la Fondation. Au programme, de l’art
bien sûr, mais aussi un conservatoire
botanique et une bibliothèque de graines, des espèces pionnières ou endémiques comme l’orchidée sauvage ou
le chardon à fleurs violettes. Le jardin
contemporain, dessiné autour du mas
par le paysagiste de Versailles Louis
Benech, est encore chose virtuelle et
terre battue, comme le fut celui autour
de la fontaine royale de Jean-Michel
Othoniel, lors de son inauguration,
près du château.
« On a eu le pire printemps depuis
quarante ans et on a dû affronter des
Guillaume Erner et la rédaction
© Radio France/Ch. Abramowitz
A
du lundi au vendredi > 7H
Retrouvez Eugénie Bastié ou
Alexandre Devecchio demain à 8H57.
en partenariat
avec
Les 70 œuvres choisies parmi les 300 de
la collection Carmignac en disent long sur
son propriétaire qui entend « rendre l’art
contemporain accessible à tous ». De fait,
Lichtenstein est partout, avec Warhol,
Cattelan, De Kooning, Richter, Bruce
Nauman… De Martial Raysse au plus beau,
à Yves Klein au plus charnel, de John Baldessari au plus conceptuel, à Basquiat au
plus sauvage, l’historien de l’art Dieter
Buchhart, spécialiste de Basquiat et de
Schiele qu’il va confronter à l’automne à la
Fondation Vuitton, a construit des correspondances, parfois très théoriques. Sea of
Desire, la fresque sur métal du pape de Los
Angeles Ed Ruscha, trône sur l’ancien bassin devenu agora de l’art.
Le soir venu, à la lueur des 2 500 LED
disséminés dans la verdure, la chanteuse
Camille, sorcière des bois aux pieds nus,
et Pablo Saaverda de Decker, DJ acrobate
du club La Mano et fils de la grande photographe Marie-Laure de Decker, ont
donné de merveilleux concerts. Les musiciens étaient cachés dans les arbres. ■
La nature, ultime œuvre d’art
LES MATINS.
franceculture.fr
@Franceculture
synthèse), idée à l’origine de l’architecte
Marc Barani. Par ses vibrations lumineuses qui se reflètent en dessous sur les
murs au doux bleu azur, l’effet est aussi
spectaculaire que surréaliste, comme la
Swimming Pool en trompe-l’œil de l’artiste argentin Leandro Erlich à la Biennale
de Venise de 2001. Dans cette île préservée de la folie immobilière, l’emprise au
sol était strictement délimitée. Tout l’exploit a été de creuser dans la colline, sur
huit mètres de profondeur, pour dégager
des espaces d’exposition souterrains et
pourtant étonnamment clairs. Des capteurs y transmettent la lumière du jour,
grand soleil ou tempête. Le sol en grès
poli avec de microbilles a une douceur de
galet sous les pieds nus (condition sine
qua non de la visite conçue « comme un
rituel »), et des nervures comme le sable
travaillé par la mer. La réussite de l’architecte Mouktar Ferroudj, d’une rare
modestie, est d’avoir percé des ouvertures horizontales qui font entrer la nature
au cœur de l’exposition.
L’esprit
d’ouverture.
de domestication. Sur la base sousmarine en béton de Saint-Nazaire,
legs de la Seconde Guerre mondiale,
le biologiste Gilles Clément a, lui aussi, planté un « jardin en mouvement ».
Dans sa lignée, il s’agit de « faire le
plus possible avec le moins possible ».
Parfum de toujours
Charles et son père, Édouard Carmignac.
MATTHIEU SALVAING/FONDATION CARMIGNAC
torrents de boue pour finir à l’arraché,
grâce au soutien de toute l’île », a souligné Charles avec une belle aisance
d’homme responsable. Pour l’instant,
on est encore loin du paradis vert de
l’art, façon provençale, comme à
Château La Coste, ou façon brésilienne, comme à Inhotim (mille hectares
dans l’État de Minas Gerais). Aujourd’hui, la nature fait partie intégrante
de l’art et de tout projet d’envergure.
Pour ces nouveaux bâtisseurs, il n’y a
plus d’avenir sans y intégrer notre
écosystème. Jusqu’au plus humble
« non-jardin » comme ici à Porquerolles, où la nature « en perpétuelle
évolution » doit reprendre vite ses
droits sur les dessins et les tentatives
Cette nature volontairement broussailleuse donne aux œuvres monumentales disséminées sur le parcours,
côté sud et côté nord, un bienvenu
parfum de toujours (Four Seasons, les
monstres d’Ugo Rondinone). Les visages démesurés en bronze du Catalan
Jaume Plensa (Les Trois alchimistes) y
gagnent un air de moaï de l’île de Pâques. La Vénus archaïque du Chinois
Wang Keping semble dormir à l’ombre d’un arbre depuis la nuit des
temps. Laissant ses tressages de branches et ses jeux de rivière, l’Allemand
Nils Udo, habillé de vert, expliquait
comment il a fait hélitreuiller ses cinq
œufs en marbre de quatre tonnes, cachés dans les fourrés et disposés en
cercle (La Couvée). Le Danois Jeppe
Hein, ex-assistant d’Olafur Eliasson à
Berlin, a, lui, installé son labyrinthe de
verre (Path of Emotions) qui gagne à
pareil contexte. Seul artiste français
défendu par la galeriste Anne de Villepoix, Jean Denant a transformé la carte de la Méditerranée en œuvre miroitante. Elle est encastrée dans la seule
façade de pierre de l’ancien mas de feu
l’acteur Henri Vidal. L’architecte du
Mucem à Marseille, Rudi Ricciotti,
l’aime tellement qu’il l’a mise au fond
de sa piscine. ■
V. D. ET B. DE R.
JOHN BALDESSARI
Le maître de l’art conceptuel
californien, 86 ans, est
une légende contemporaine.
L’appropriation est, chez lui,
un art subtil, comme ce Raised
Eyebrows/Furrowed Foreheads :
Knife (With Hands), de 2009 qui
évoque Psychose de Hitchcock.
Il ouvre la séquence « Suspense »
de l’exposition « Sea of Desire ».
BASQUIAT
Pas une collection sans son
Basquiat, ce roi des enchères qui
a décroché le record de 110,5 M$
en 2017. Daté de 1981, ce Fallen
Angel symbolique - il célèbre
l’ascension avant la chute
de l’artiste mort tragiquement
à 27 ans - avait figuré
à l’exposition du Musée d’art
moderne de la Ville de Paris
en 2011 dont Édouard Carmignac
était le mécène.
MIQUEL BARCELO
À l’entrée de la Villa Carmignac,
Alycastre, le monstre primitif en
bronze patiné de l’artiste catalan,
renvoie au dragon légendaire de
Porquerolles. Tout visiteur monte
doucement l’allée à sa rencontre
avant d’entrer dans la pénombre,
d’y retirer ses chaussures et de
marcher pieds nus au milieu d’une
collection voulue au plus naturel.
COLLECTION CARMIGNAC/THE ESTATE OF ROY LICHTENSTEIN NEW YORK/ADAGP; THOMAS HENNOCQUE/COLLECTION CARMIGNAC/THE ESTATE OF JEAN MICHEL BASQUIAT/ADAGP; JOHN BALDESSARI, COURTESY OF THE ARTIST, GALERIE GRETA MEERT, MARIAN GOODMAN/GALLERY, SPRÜTH MAGERS ANS MAI 36 GALERIE; MARC DOMAGE/FONDATION CARMIGNAC
ZOOM SUR LES
PIÈCES PHARES
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 4 juin 2018
CULTURE
31
ZOOM
Klimt en kit et en toc
Du neuf à La Seine
musicale
CHRONIQUE Le dispositif visuel tapageur de l’Atelier des lumières, à Paris,
propose une vision faussée de l’art des peintres viennois. Un massacre rentable
qui se drape dans l’alibi de la culture pour tous.
LES ARTS
Adrien Goetz
e n’est certes pas un musée,
mais on y organise des « expositions numériques immersives ». Les visiteurs
déambulent dans une ancienne fonderie sur les parois de laquelle, au son d’une soupe de Strauss ou de
Wagner diffusée à plein tube, sont projetées des reproductions agrandies et
aux couleurs saturées d’œuvres de
Klimt ou de Schiele. Nombreux sont
ceux qui, ayant accepté de payer
14,50 euros, veulent en avoir pour leur
argent et s’allongent par terre, en extase, caressés dans la position du lotus par
ces posters géants qui glissent sur leurs
têtes. Pour un peu, on demanderait où
est le bar à cocktails et s’il y a un spa au
sous-sol.
Ici, l’art vous fait du bien, comme un
massage ayurvédique, un enveloppement d’algues, le contraire de ce monde ennuyeux et triste des musées traditionnels. Tant pis si les chefs-d’œuvre
les plus subtils de Klimt, si construits, si
médités, se retrouvent traités comme
du papier peint, utilisés en rideaux de
douche, en décor de fond d’aquarium.
Les dessins les plus violents d’Egon
Schiele, recadrés, ont l’air de coussins
pour la Fête des mères. Le succès est
réel – 210 000 visiteurs depuis l’ouverture mi-avril –, le lavage de cerveau intégral, la relaxation garantie. Mais rien
n’interdit de penser, selon la célèbre
formule, que « si le public apprécie, il
est bien le seul » ni de s’interroger sur
cet absurde succès.
Après les carrières des Baux-de-Provence où les tableaux géométriques et
équilibrés de Cézanne étaient méthodi-
C
Un an après son inauguration,
La Seine musicale a livré les
grandes lignes de sa nouvelle
saison. Laurence Equilbey et
son ensemble Insula Orchestra,
installés sur place, inviteront
des artistes tels Alice Sara Ott,
Christian Zacharias ou Sandrine
Piau. Yoann Bourgeois mettra
en espace le Requiem de Mozart.
Natalie Dessay a carte blanche
pour cinq dates. Bartabas
donnera Le Sacre de Stravinsky
avec le Philharmonique de Radio
France et prépare deux autres
créations pour la Grande Salle,
où ses chevaux ont enfin trouvé
une scène à leur mesure.
Dans celle-ci sont également
programmés le Ballet national
de Chine (Casse-Noisette),
Charles Aznavour, Ibrahim
Maalouf ou encore Julien Clerc.
Tintin au pays des enchères
Cette installation terrifiante insulte à la fois Vienne, la perfection de l’art de Klimt, la crudité de Schiele peut-être plus encore,
et d’abord l’art vidéo, qui n’a pas grand-chose à voir avec cette monstrueuse caverne d’Ali Baba. CULTURESPACES/E. SPILLER
quement coupés en morceaux, enjolivés et botoxés, la redoutable société
Culturespaces vient d’inaugurer ce
nouveau lieu au cœur d’un arrondisse-
Voir un Klimt agrandi,
pixélisé, projeté
en format XXL dans
ce miroir aux alouettes,
ce serait le voir « mieux »
ment parisien à la mode, en manque de
musées et d’espaces verts. Deux problèmes qui se trouvent résolus d’un
coup. Cette installation terrifiante, où
« on en prend plein la vue », insulte à la
fois Vienne, la perfection de l’art de
Klimt, la crudité de Schiele peut-être
plus encore, et d’abord l’art vidéo, qui
n’a pas grand-chose à voir avec cette
monstrueuse caverne d’Ali Baba.
Klimt survivra, il sera toujours possible d’aller à Vienne éprouver de vraies
émotions dans de vrais musées. Le plus
navrant, c’est le propos qui, en filigrane, accompagne ce qui n’est au fond
qu’un rentable tourniquet à tickets
d’entrée. Les œuvres auraient besoin
d’être « désacralisées », libérées de tout
élitisme, comme si les musées les enfermaient. Voir un Klimt agrandi, pixélisé,
projeté en format XXL dans ce miroir
aux alouettes, ce serait le voir
« mieux ». À quand un bain dans les coquelicots de Monet ? Une plongée dans
Mondrian ?
Pour couronner ce saccage qui se
donne l’art comme alibi, Culturespaces
travaille désormais avec une fondation
qui regroupe des entreprises « contre
l’exclusion », pour lutter « contre toutes les discriminations ». À quand un
label du ministère de la Culture ? Pour
cinquante centimes de plus (au tarif
maximal), on passe une journée au
Louvre. Pour 2,50 euros de moins, on
entre à Orsay. Pour 9 euros, il est possible de vivre l’expérience « immersive »
la plus bouleversante au monde : pénétrer dans les Nymphéas de l’Orangerie.
Dans un silence qui vous marquera
pour le reste de votre vie. ■
« Gustav Klimt », Atelier des lumières,
38, rue Saint-Maur (Paris XIe),
jusqu’au 11 novembre.
Deux planches de Coke en stock,
sont parties samedi aux
enchères à Dallas (États-Unis)
en dessous de l’estimation,
mais pour l’équivalent
de 364 000 euros tout de même.
C’est un collectionneur
bruxellois qui emporte ces
originaux dus au Belge Hergé.
« La Locandiera »
en octobre
La grève des machinistes de la
salle Richelieu bloque une partie
de l’activité de la ComédieFrançaise depuis le 22 mai. Si les
spectacles L’Éveil du printemps
et Poussière, notamment,
sont donnés sans leur décor,
mais dans celui de La Tempête,
les représentations de
La Locandiera de Goldoni, mise
en scène par Alain Françon,
n’ont pu débuter. La direction
de la Maison de Molière a pris la
décision de remettre la création
au mois d’octobre prochain.
La grève porte sur des
augmentations de salaire. Un
calendrier de l’alternance sera
communiqué prochainement.
Les bâillons de la Pologne
THÉÂTRE Adaptant « Le Procès » de Kafka,
Krystian Lupa parle de son pays et de ses hantises.
lignés à l’avant du grand
plateau du Théâtre JeanClaude Carrière, à Montpellier, hommes et femmes ont
un large ruban adhésif noir
sur la bouche. Ils sont bâillonnés. Cette
image, au cœur de l’adaptation du Procès de Franz Kafka par le maître polonais Krystian Lupa, se superpose à une
autre, identique. Celle de comédiens
protestant, durant l’été 2016 et alors
même qu’ils avaient commencé à répéter ce spectacle, contre la nomination à
la tête de leur théâtre d’un acteur de téléréalité. D’emblée, celui-ci avait supprimé de grandes œuvres du répertoire
de l’institution…
Choisissant Kafka et l’absurdité, Lupa
entend parler de la situation angoissante
des libertés dans son pays. Le spectacle
- cinq heures, y compris deux entractes est puissant, complexe, elliptique. Libre.
Dans la bande-son très travaillée de Bo-
MAGDA HUECKEL/LE PRINTEMPS DES COMÉDIENS
A
En pleine possession de son art, Lupa
impressionne par le courage moral
et intellectuel de son adaptation.
gumil Misala revient, lancinant, entêtant,
exaltant, le Libertango d’Astor Piazzola,
éclairant de lumières basses et mates ce
monde d’enfermement cauchemardesque. Où l’on parle bas et lentement, comme si l’on était surveillé.
Imagination scénique
C’est Lupa lui-même qui, comme toujours, signe aussi bien la scénographie
que l’éclairage. Voici une pièce immense
qui, par un jeu de tulles, s’agrandit ou se
rétrécit selon les scènes. La vidéo, en direct ou déjà enregistrée, sous l’autorité de
Bartosz Nalazek, ajoute aux mouvements
et soutient les passages d’un univers à
l’autre. Lupa tresse trois fils. Très fidèlement, il suit Le Procès, avec l’arrestation
et le chemin de Joseph K. Très précisément il exploite la vie de Franz Kafka,
avec notamment les « personnages » de
Max Brod et de Felice Bauer. Enfin, très
férocement, il évoque la réalité polonaise
d’aujourd’hui, si rude pour les citoyens.
Cela donne un magistral travail d’écriture, de montage, d’imagination scénique, d’audace. À 75 ans, en pleine possession de son art, Lupa impressionne par le
courage moral, intellectuel que suppose
cette adaptation.
La troupe est exceptionnelle. Joseph K.
est incarné par Marcin Pempus, jeune
homme en chemise blanche sous un
manteau noir, petit bonhomme à la Folon
dont les ailes sont rognées par l’impensable. Visage impassible disant la terreur et
l’effondrement intérieur, il suit son chemin initiatique, ballotté, manipulé, abdiquant parfois toute volonté. De son côté
Franz K., Andrzej Klak, faux jumeau
énigmatique, se débat avec son impossible vie et ses impossibles femmes. Au total, une vingtaine de comédiens de caractère servent brillamment le propos,
aussi politique que poétique. ■
Reprise du 20 au 30 septembre à l’Odéon
(Paris VIe). www.theatre-odeon.eu
Un ouvrage dirigé par Agnieska Zgieb sur
le travail de Krystian Lupa vient de paraître
aux Éditions Deuxième Époque, 228 p., 30 €.
A
ARMELLE HÉLIOT aheliot@lefigaro.fr
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lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
32 CULTURE
Le patrimoine
africain
en question
Bénédicte Savoy : « Le public
a été sensibilisé à la question
de la provenance des collections
qu’il voit dans les musées. »
ALAIN JOCARD/AFP
artistes de créer sur place, insuffler les
conditions d’un tourisme… Bien sûr, le
patrimoine peut être instrumentalisé à
des fins nationalistes, d’autant que ce
sont souvent des objets de palais royaux
qui ont été pillés. Compte tenu de notre
propre histoire, il me semble difficile de
leur reprocher cela. Le risque, si on ne
fait rien, c’est que la tension monte.
POLITIQUE CULTURELLE Pour Bénédicte
Savoy, en charge d’un rapport
sur les collections subsahariennes
dans les musées français, l’Europe
se met à écouter les revendications.
A
Certains grands musées mettent en avant
le fait que la constitution de leur fonds
africain a eu lieu en toute légalité,
par des achats ou grâce à des accords…
Certes, Napoléon a scellé ses prises artistiques par des traités, et Vivant Denon,
premier directeur du Louvre, s’est assuré de laisser des traces écrites de ce qui
avait été pillé en Allemagne. Le droit de
paroisse historique, qui entérinait des logiques de domination et de discrimination, ne peut valoir aujourd’hui. Après
tout, les spoliations juives étaient considérées comme légales par les nazis.
passionné, et estime qu’il faudra « trouver un accord » avec les pays africains.
PROPOS RECUEILLIS PAR
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
qui appartiennent les
œuvres d’art ? La question de leur circulation et de leur partage a longuement
été débattue vendredi dernier à
l’Unesco. Avec, en ligne de mire, l’éventualité de restitutions à des pays africains. En novembre 2017, à Ouagadougou, Emmanuel Macron s’est engagé à ce
que d’ici à cinq ans les conditions soient
réunies pour que les dizaines de milliers
de biens culturels arrivés en France durant la période coloniale reviennent sur
leur sol natal, de manière définitive ou
temporaire.
Le discours présidentiel a créé la stupeur en Europe, et un immense espoir
chez les nations concernées. En particulier au Bénin, qui a déposé en 2016 une
demande officielle de restitution concernant des objets royaux et sacrés actuellement conservés au Musée du quai Branly-Jacques Chirac. Bénédicte Savoy,
titulaire de la chaire d’histoire culturelle
du patrimoine artistique en Europe, au
Collège de France, a été chargée par le
président, avec l’universitaire Felwine
Sarr, d’un rapport à remettre en novembre. Elle dresse les contours d’un débat
LE FIGARO. - Des pays comme l’Égypte
ou la Grèce n’ont eu de cesse
de réclamer, souvent en vain,
le retour d’antiquités. Comment
expliquer que le sujet se porte
aujourd’hui plutôt sur l’Afrique noire ?
Bénédicte SAVOY. - J’ai retrouvé un
rapport de 1981 qui parlait déjà de rendre
des œuvres aux pays africains. À l’époque, on craignait ce que l’on appelait la «
contagion » ! Ce qui a changé depuis,
c’est qu’en Europe on s’est mis à écouter
ces demandes. C’est en grande partie dû
à un phénomène générationnel. Ni les
dépossédés de l’époque coloniale ni les
possédants ne sont les mêmes. Les plus
jeunes sont dans une logique décomplexée, qui laisse largement de côté la
question de la repentance. Felwine Sarr
dit volontiers qu’ils veulent réinventer
l’avenir des relations entre l’Afrique et
l’Europe. La nouvelle génération est par
ailleurs très sensible à la question de la
provenance. Elle veut savoir d’où viennent ses vêtements, elle prône le commerce équitable, y compris dans la
consommation culturelle.
En Allemagne, la ministre fédérale de
la Culture, Monica Grutters, a expliqué
à l’Unesco qu’il fallait s’appuyer sur
les restitutions faites aux Juifs spoliés.
La question des objets africains présents
en Europe est-elle du même ordre ?
La spoliation des Juifs et les appropriations durant la période coloniale n’ont
rien à voir. Cependant, tout l’effort fait
depuis la conférence de Washington, en
1998, pour restituer l’art volé pendant la
Seconde Guerre mondiale a permis de
préparer les esprits. Le travail intellec-
tuel a été mené, et le public a été sensibilisé à la question de la provenance des
collections qu’il voit dans les musées.
Si le Quai Branly se dit prêt à travailler
avec le Bénin, d’autres musées semblent
moins à l’écoute des revendications.
Les plus grands, tels le Louvre ou le
British Museum, craignent-ils à terme
de perdre leur vocation universelle ?
Il n’est pas question de vider ces grands
musées et de tout rendre. Il y a une
marge entre le tout et le rien : les grands
musées anglais, français et allemands
sont extrêmement riches en objets
d’Afrique subsaharienne. Le seul Quai
Branly en conserve 70 000. Il est par
ailleurs normal qu’il y ait des voix différentes sur ce sujet. Il faut les orchestrer ;
le pire serait de refermer le débat autoritairement. Il faut penser en termes de
justesse, et se poser la question de ce que
nous, Européens, voulons faire de ce patrimoine africain.
Les pays africains parlent
de dépossession et de réparation.
Y a-t-il un risque d’instrumentalisation
du patrimoine ?
Ce que ces pays veulent, c’est bâtir leur
avenir, donner la possibilité aux jeunes
Les collections françaises sont réputées
inaliénables et incessibles. Faudra-il,
à terme, changer la loi ?
Si nous devons nous engager dans un
processus de restitutions, il faudra changer notre arsenal juridique. ■
Beach House
au septième ciel
MUSIQUE Intitulé « 7 », le nouvel album
du groupe américain est une des meilleures
surprises pop de ce printemps.
public attend de nous. Cela nous paralyserait ! » affirme Victoria. Née en France, la
chanteuse a grandi aux États-Unis dès
l’âge de 5 ans au sein d’une famille artistique. Elle est la fille du peintre Olivier Legrand et la nièce du compositeur Michel
Legrand. « Je ne l’ai pas vu depuis l’âge de
3 ans », commente-t-elle.
OLIVIER NUC £@oliviernuc
ans le présenter comme une révolution, Victoria Legrand et Alex
Scally considèrent leur nouvelle
production comme une rupture
dans une carrière qui dure depuis
une douzaine d’années. « Nous avons toujours veillé à rester intuitifs et naturels. On
ne s’est pas réveillé un jour en nous disant :
“Tiens, faisons les choses différemment,
cette fois-ci” », expliquent-ils. Les deux
musiciens ont mis fin à leur collaboration
avec Chris Coady, qui a réalisé quatre de
leurs albums, pour faire appel au Britannique Peter Kember - alias Sonic Boom,
fondateur de Spacemen 3, groupe culte de
la fin des années 1980. « Avec lui, le processus a été beaucoup moins rigide. Nous
avions presque oublié que nous étions en
train de concevoir un disque tant les choses
se passaient naturellement. » Le résultat est
peut-être la plus grande réussite de cette
formation qui a imposé un son dense et
psychédélique. « Nous fabriquons notre
musique dans la joie, sans penser à ce que le
S
L E R Ê V E A M É R I C A I N D U PO P A RT À
N O S J O U R S Estampes du British Museum
2 juin – 2 sept. 201 8 Fondation Custodia
Tous les jours sauf le lundi, de 12h à 18h
121 rue de Lille, Paris vii
En partenariat avec
Roy Lichtenstein,
Brushstrokes, 1967
Sérigraphie en couleur.
– 555 x 765 mm
© Trustees of the British
Museum et © Estate of
Roy Lichtenstein
New York / Adagp, Paris,
2018
SHAWN BRACKBILL
A
La présentation de cette exposition est une collaboration entre
le British Museum, la Fondation Custodia et la Terra Foundation for American Art
Luxuriance
Alex Scally et Victoria Legrand cultivent
le goût des petites imperfections.
Très impressionnant, l’album intitulé 7 est
parfois intimidant par sa luxuriance.
« Nous aimons bien enfouir des informations
dans nos chansons, des éléments qui apparaissent à la cinquième écoute seulement »,
avoue Alex Scally. « Chaque chanson a une
densité particulière qui oblige l’auditeur à
s’y plonger tout entier », ajoute Victoria
Legrand. « En vieillissant, nous ressentons
une plus grande profondeur dans notre travail. Il est excitant de penser aux possibilités
d’avenir, d’autant que nous nous voyons
bien continuer une vingtaine d’années. »
Et si Victoria et Alex étaient beaucoup
plus légers que la réputation qu’on leur
prête ? « On nous considère plus sérieux et
difficiles que nous sommes. Il est vrai que
nous savons exactement ce que nous voulons
et aussi que nous travaillons énormément,
mais nous sommes assez joueurs aussi », disent-ils. Ils entretiennent une discrétion
qui va à l’encontre de la transparence exigée par les réseaux sociaux. « Il est important de préserver un certain mystère. Nous
avons choisi d’être détachés et un peu en retrait de la scène musicale. » À rebours de la
manipulation extrême du studio, ils cultivent le goût des petites imperfections dans
leur musique. « Nous essayons de les imposer sur chacun de nos disques auprès d’ingénieurs du son qui cherchent à les chasser. » Et de citer les albums du Velvet
Underground ou le Tonight’s the Night de
Neil Young comme exemples de disques
aussi imparfaits que géniaux. ■
En concert le 15 octobre à l’Olympia (Paris IXe).
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LE FIGARO
2
1
3
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4
Neuf
5
comme un lundi
Des filles la robe au vent, un grigri de sable,
un zeste d’accessoires et de la cosmétique durable.
La semaine démarre fort.
PAGE RÉALISÉE PAR MADELEINE VOISIN AVEC ÉMILIE FAURE, VALÉRIE GUÉDON ET ÉMILIE VEYRETOUT
6
INDIA SONG Sur Abbot Kinney, le
boulevard de Venice Beach, les filles en
Dôen (3) foisonnent comme des papillons. Reconnaissables à leurs cotonnades hippies, elles incarnent le cool
californien (256 €. www.shopdoen.
com). Chez nous aussi, dès les premiers
rayons, les femmes cherchent la robe
indienne de la saison. Pour Soeur (1),
Domitille Brion travaille des toiles aériennes, imprimées dans la plus pure
tradition du Rajasthan (165 €.
www.soeur.fr). Thierry Colson (2) en
garde la forme originelle, ses manches
bouffantes et son volume délicat, qu’il
taille dans un brocart ravissant (1 855 €.
www.thierrycolson.com).
7
9
AGRUMES Les beaux jours sont (pres-
que) de retour et les sacs à main délaissent
leurs robes ébène pour des cuirs vitaminés. Signé Moynat (4), le Madeleine
Clutch, en veau mandarine et fermoir
boule en palladium, se porte au poignet
grâce à son miniformat mais contient
l’essentiel d’une journée grâce à sa maxicontenance (2 500 €. Tél. : 01 47 03 83 97).
Salvatore Ferragamo (voir page 29) lance
le Studio, premier modèle sous la houlette
du nouveau directeur artistique Paul
Andrew, façonné dans un cuir d’autruche
marmelade (8 000 €. www.ferragamo.
com). Quant au Leighton de Mulberry (5),
son veau grainé pétille comme une bergamote (1 095 €. Tél. : 01 42 60 00 64).
En 1998, fraîchement débarqué à New York, Helmut
Lang (6) décide de « coiffer » des centaines de yellow cabs des images de ses
campagnes - une première pour un
créateur de mode ! Le 4 décembre dernier, en hommage à ce trait de génie, la
marque éditait une capsule baptisée
« Taxi » dont la publicité mettait en
scène d’authentiques chauffeurs de la
Grosse Pomme, en sweats et tee-shirts
à logo. Lesdites pièces aussitôt épuisées,
le projet (vêtements et affichage)
s’élargit cet été à Tokyo (notre photo),
Hongkong, Londres et Paris, of course. [ À partir de 195 €. Le 15 juin sur
www.helmutlang.com ]
TROPHÉE DE PLAGE
OR VERT
Comme
elle fleure bon les vacances et les coquillages trouvés sur le sable, cette dormeuse griffée Aurélie Bidermann (7) ! La
Parisienne, qui compte parmi ses fidèles
Brigitte Macron et Beyoncé, décline cet
été son sautoir Merco en une boucle
d’oreille dorée à l’or 18 carats. Chaque
cauri, unique, finement laqué à la main,
est disponible dans deux nouveaux
coloris, vert émeraude et rose fluo. On
dit de cette porcelaine, qui servit
autrefois de monnaie d’échange en
Afrique et protège du mauvais œil,
qu’elle garantit la prospérité. Et le style
en prime. [ 95 € la boucle d’oreille.
www.aureliebidermann.com ]
COUP DE PUB
Bien avant Tata Harper et
consœurs, Hubert d’Ornano créait la
révolution avec une marque de beauté
aux plantes - on disait alors « phytocosmétique ». C’était les années 1960 et
l’on découvrait microscopes électroniques et techniques d’extraction modernes. Depuis, le green est devenu chic
et l’Émulsion écologique de Sisley (8),
un best-seller. Ce soin (Centella asiatica, ginseng, romarin, houblon, prêle…), censé apporter chaque jour à la
peau tout ce dont elle a besoin, s’offre
pour ses 38 printemps un flacon
d’artiste, ode à la nature de la peintre
Elzbieta Radziwill. [ 171€, le 15 juin, en
édition limitée ]
8
CHAMPION Nous ne vous répéterons
pas le couplet du phénomène des sneakers de luxe, il vous suffit d’observer l’asphalte. Mais nous voudrions rendre à César ce qui lui appartient, avec ce coup de
projecteur sur la Diving de Lucas Ossendrijver pour Lanvin (9). Le Néerlandais
est l’un des premiers, en 2006 et sa nomination à la tête de l’homme de la plus ancienne maison de couture, à imaginer des
chaussures de sport plus vraies que nature. Cette sorte de chaussette de Néoprène
à semelle gomme est composée de cinq
matières différentes moulées à chaud et
assemblées sans couture. Un bijou de
technicité digne du meilleur équipementier. [ 625 €. www.lanvin.com ]
APRÈ
AU ÉPRI
ANGE
QU’I
OURT OU
LUI-MÊME
IENS
MILTON
END -IL OMPT
QU’I
AI
ASSE
NE
AFFAIRE RIVÉE EVAN
’’
L’ENGAGEMENT OMMU
A
SOEUR, THIERRY COLSON, DÔEN, MOYNAT, KENTA NAKAMURA, AURELIE BIDERMANN, LANVIN, SISLEY
STYLE
lundi 4 juin 2018
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lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
34
HIGH-TECH
Question
du jour
Comment
choisir
une chanson
comme sonnerie
de réveil ?
Quel que soit le téléphone que
vous possédez, vous pouvez
l’utiliser comme réveille-matin
en programmant l’heure
et en choisissant une sonnerie
dans la liste par défaut. Mais
il est possible de remplacer
les musiques prédéfinies par
d’autres fichiers audio, comme
celui de sa chanson préférée.
Certains programmes,
indépendants des sites visités,
peuvent surveiller l’activité
des internautes à leur insu.
PRADIT. PH/SHUTTERSTOCK
Naviguer sans être pisté
S
INTERNET Différentes solutions
DIDIER SANZ
£@sanzdidier
ur Internet comme dans la vie
réelle, il est rarement agréable de se savoir suivi, épié et examiné e n détail. Or,
nous laissons une quantité de traces sur
les sites Web que nous visitons, souvent
bien plus que nous l’imaginons. Et sans en
avoir conscience. D’abord, n’importe
quel internaute fournit automatiquement
des informations de base à chaque site
qu’il visite : le logiciel de navigation et
l’équipement qu’il utilise, l’adresse IP
unique associée à cet équipement, sa localisation géographique et le nom de son
fournisseur d’accès. Ces informations
peuvent être utilisées par le service pour
adapter la présentation et la langue de ses
pages. Au besoin, le site peut enregistrer
certaines de ces données dans un petit fichier appelé « cookie », ce qui lui permettra de reconnaître un visiteur déjà
venu sur ses pages, d’activer les options
qu’il a choisies ou encore de préremplir
ses identifiants.
Mais les pages Web hébergent aussi
d’autres petits programmes, indépendants du site visité, qui peuvent surveiller l’activité des internautes à leur
insu. Placés par des régies publicitaires
ou par des sites partenaires, ils mémorisent les pages que consulte le visiteur,
les liens sur lesquels il clique, les recherches et parfois même les achats
qu’il effectue en ligne… Au final, ils dessinent un profil de l’internaute qui sera
exploité pour lui afficher des publicités
ciblées et qui pourra aussi être revendu
à des entreprises.
Ce système de profilage est d’ailleurs
pratiqué par la plupart des moteurs de
recherche, Google en tête. Ils peuvent
en prime affiner le portrait de leurs utilisateurs en analysant les mots-clés
qu’ils saisissent, en créant des statistiques à partir des liens qu’ils suivent ou
encore en agrégeant ces données avec
toutes celles récoltées sur leurs autres
services. D’où le problème : alors que la
permettent aux internautes de rester
anonyme et de laisser moins de traces
quand ils se connectent à des sites Web.
législation se montre de plus en plus sévère, les internautes n’ont pas toujours
les moyens de discerner les traceurs légitimes des programmes espions. Heureusement, il existe plusieurs astuces
pour profiter d’Internet sans être systématiquement pisté.
1
Verrouiller le navigateur
N’imaginez pas être à l’abri en
activant le mode « incognito »
ou « navigation privée » de
votre navigateur Web. Cette
option se contente de supprimer l’historique des pages consultées et des recherches ou encore les cookies, mais
uniquement en local et une fois la session terminée. Le logiciel continuera à
transmettre ses informations aux sites
Web et à leur fournir les données
contenues dans les cookies.
La solution la plus simple consiste à refuser les « cookies tiers » qui suivent nos
activités en ligne. Il suffit en général de se
rendre dans les préférences du logiciel de
navigation et de chercher, dans les paramètres avancés ou ceux liés à la vie privée, l’option « bloquer les cookies
tiers ». Pour plus de sécurité, on peut
adopter des outils complémentaires, à
commencer par des extensions pour les
navigateurs Web. Les plus connues Ghostery, Privacy Badger, Disconnect ou
NoScript - empêchent les sites Web de se
montrer trop curieux à l’égard de leurs
visiteurs et peuvent même bloquer des
portions de codes plus contestables que
les cookies. Il est aussi possible de désactiver la plupart des traceurs publicitaires
de Google en installant un module développé par ses équipes, à télécharger sur
tools.google.com/dlpage/gaoptout.
HTC hausse le ton
TEST Avec son smartphone surdoué
pour la photo, le constructeur taïwanais
veut se mesurer aux ténors du secteur.
TC poursuit son bonhomme de chemin et
tient à le faire savoir
en lançant un nouveau
smartphone
particulièrement réussi. Pourtant,
le constructeur taïwanais n’est
pas au mieux de sa forme. Disparu
du classement des principaux
vendeurs de mobiles, il a dû céder, en septembre dernier, à Google une partie de son activité (des
brevets, des chercheurs et les
équipes qui travaillent sur le
smartphone Pixel). Mais l’entreprise conserve toujours une gamme de mobiles qui lui permet de
montrer ses capacités d’innovation. La preuve avec son dernierné, le HTC U12 Plus.
A
H
L’objet est d’abord vraiment élégant : son boîtier en verre aux bords
arrondis, noir ou rose, produit un superbe effet d’irisation. Il existe même
dans une version bleu translucide qui
laisse apparaître les composants de
l’appareil ! En outre, il est sensible à
la pression, comme son prédécesseur, mais avec davantage d’options.
En comprimant les côtés, on peut
ainsi prendre une photo ou lancer
l’assistant vocal selon les réglages effectués par l’utilisateur. On peut
même exercer rapidement une pression deux fois pour afficher, par
exemple, un lanceur rapide d’applications. En prime, les boutons latéraux (volume et mise en route) ne
sont pas physiques, mais constitués
de zones tactiles qui réagissent quand
2
Choisir un logiciel sécurisé
Les navigateurs Internet les
plus répandus ne font pas le
tri entre les cookies légitimes et les traceurs trop indiscrets. Vous pouvez savoir si votre navigateur vous protège efficacement
contre le pistage en lançant le test proposé par l’Electronic Frontier Fondation
sur panopticlick.eff.org. Ceux qui préfèrent ne pas installer les extensions décrites précédemment peuvent adopter
un navigateur plus sécurisé et conçu
pour bloquer les programmes mouchards. Comme UR, pour Windows et
MacOS, créé par la start-up française
AdaptiveBee. Capable de distinguer les
bons et les mauvais cookies, il surveille
les comportements suspects des sites
Web visités et peut se configurer en
fonction de trois niveaux de confidentialité, selon qu’on souhaite éviter des
problèmes de compatibilité ou se protéger au maximum.
Alternative intéressante : Tor Browser.
Ce logiciel libre, qui s’apparente à
Firefox, répartit le trafic de l’utilisateur
sur plusieurs relais dans le monde pour
brouiller les pistes. Les sites visités ne
peuvent donc connaître ni votre adresse
IP, ni votre emplacement, ni le matériel
que vous utilisez et sont incapables de
suivre votre navigation. S’il est principalement utilisé pour accéder au
Darknet, il se montre aussi efficace pour
parcourir le Web en toute sécurité et de
manière anonyme. Sur mobile (Android
et iOS), on pourra s’orienter vers Firefox Focus, qui bloque à la fois les publicités intempestives et les fichiers traqueurs programmés pour suivre les
utilisateurs de site en site.
3
Changer de moteur
de recherche
Pour effectuer des recherches sur Internet sereinement et anonymement sans
alimenter les bases de données des
géants du secteur, il faudra utiliser des
services alternatifs. Prudence cependant. Parmi ceux qui prétendent garantir la vie privée et la sécurité de leurs
utilisateurs, certains agissent en fait
comme des logiciels espions. On choisira
donc des sites reconnus et performants
comme le français Qwant (disponible
aussi pour iOS et Android). Ce service
chiffre les requêtes pour qu’elles ne
puissent pas être interceptées, n’enregistre ni cookie ni historique et n’exploite aucune donnée personnelle. Qui plus
est, il fournit des résultats sans chercher
à favoriser certains sites par rapport à
d’autres.
D’autres outils permettent d’interroger
Google, Bing, Yahoo ou d’autres, mais de
manière anonyme, sans enregistrer les
adresses IP et en contournant les
programmes de traçage.
C’est, par exemple, le cas de l’allemand
Fuckoffgoogle (https://search.fuckoffgoogle.net), du néerlandais StartPage
(recommandé par Edward Snowden),
ou de l’américain DuckDuckGo (qui
dépend toutefois des réglementations
américaines).
4
Se connecter
anonymement
En passant par un relais baptisé « proxy », on peut empêcher les sites Web de se
montrer trop indiscrets. Parmi différents
services gratuits proposés en ligne, on
préfère Hidester (https://hidester.com/
fr/proxy/), qui élimine une quantité de
traces plus efficacement que ses
concurrents. Une fois saisie une adresse
Web dans sa zone de recherche, le site
visité ignorera l’adresse IP et la localisation géographique du visiteur, l’appareil
et les logiciels qu’il utilise pour naviguer,
sa vitesse de connexion et les réseaux
sociaux auxquels il est abonné. ■
Bel objet avec son dos irisé,
le U12 Plus est aussi
un smartphone efficace,
et l’un des meilleurs
photophones actuels. HTC
on les enfonce. Original, ce système
est censé être plus costaud que les
boutons habituels. Enfin, l’appareil
détecte la position des doigts pour
savoir si l’affichage doit basculer ou
pas : ainsi, quand on s’allonge, le
texte à l’écran reste dans sa présentation verticale initiale. Pratique !
« Zoom sonore »
Bel objet, le U12 Plus est aussi un
smartphone efficace. Propulsé par le
dernier processeur de Qualcomm,
doté d’une mémoire de 64 Go ou 128
Go (qui peut être étendue par carte
microSD), il est rapide et se déverrouille par reconnaissance faciale ou
en utilisant le capteur d’empreintes
digitales au dos. Son écran de 6 pouces, très lumineux, offre une belle
définition de 2 880 × 1 440 points
sans être embarrassé par une encoche noire comme nombre de ses
■ Avec un iPhone, rendezvous dans l’application Horloge
puis appuyez sur Alarme,
au bas de l’écran. Choisissez
ensuite « Modifier », en haut,
pour changer les réglages
d’une alarme existante,
ou sur le signe + pour en créer
une nouvelle. Dans la fenêtre
des paramètres, sélectionnez
« Sonnerie », puis faites
défiler la liste vers le haut
pour appuyer sur « Choisir
un morceau ». Vous avez
alors accès à toute la musique
stockée sur l’iPhone : il ne
reste plus qu’à trouver le titre
qui servira de sonnerie,
par artiste ou par morceau.
Une fois ce titre validé,
appuyez sur Retour puis
appuyez sur Enregistrer
(en haut) dans la fenêtre
des paramètres. C’est
ce morceau qui sera joué
au moment du réveil.
■ Avec un smartphone
Android, lancez l’appli
Horloge puis appuyez
sur l’onglet Alarme en haut.
Choisissez Ajouter, en bas,
pour créer un nouveau réveil
ou sélectionnez l’un de ceux
qui figurent dans la liste.
Une fois dans la fenêtre
de réglages, appuyez sur
« Sonnerie », puis appuyez
sur « Musique » en haut
de l’écran. Vous pouvez
alors choisir l’un des titres
qui figurent sur la mémoire de
stockage de votre téléphone.
Validez ensuite en appuyant
sur le signe en forme de V,
en haut, puis recommencez
la même opération dans
la fenêtre de réglages.
■ Pour élargir le choix,
vous pouvez importer de
la musique sur votre mobile
à partir d’un compte Spotify,
Deezer ou Google Play
Musique, ou encore
depuis votre ordinateur. D. S.
concurrents. Quant à ses dispositions pour la photo, elles s’illustrent
par l’adoption de quatre capteurs,
deux à l’avant et deux à l’arrière. Et
autant le dire : ce modèle est l’un des
meilleurs photophones actuels. Le
double capteur arrière (12 et 16 mégapixels) offre une qualité inédite en
raison d’un système de stabilisation
particulièrement efficace, de son
double autofocus et de la technologie UltraPixel qui peut associer plusieurs pixels pour capter davantage
de lumière et gagner en précision. Le
résultat est épatant, avec des images
très détaillées, un bel effet de flou en
arrière-plan et des couleurs très riches. Le U12 Plus produit aussi de
belles vidéos en 4K, avec surtout une
remarquable prise de son due à ses
quatre microphones. On apprécie en
outre le « zoom sonore » qui isole
l’audio provenant du sujet sur lequel
on cadre. En complément, l’appareil
est équipé de haut-parleurs de bonne qualité. Bref, d’excellentes caractéristiques et une utilisation très
agréable pour ce modèle qui est tout
de même vendu 799 euros… ■ D. S.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
AUTOMOBILE
lundi 4 juin 2018
35
Le Touareg
s’invite dans la
cour des grands
Volkswagen monte en gamme pour rejoindre
les SUV de luxe des marques premium.
ême si son nom témoigne d’une époque où, en compétition, il était en charge de glaner des lauriers dans le Ténéré, ses ambitions de
briller en société ne datent pas d’hier.
Dès son lancement en 2002, ses prestations ne laissaient planer aucun doute
quant à sa destinée. Le Touareg s’aventurait déjà aux frontières du premium.
Seize ans plus tard, il passe à l’acte.
Physiquement, en s’étirant jusqu’à
4,88 mètres, sa silhouette s’affine. Les
quelques millimètres perdus en hauteur
sont imperceptibles, mais les lignes se
tendent et l’ensemble gagne en élégance. Guère de surprise, en revanche, côté
design. En adoptant les codes identitaires désormais en vigueur chez
Volkswagen, le Touareg comble seulement son retard. Quant à l’imposante et
rutilante calandre, elle ne peut cacher
sa volonté de plaire au marché chinois,
son nouvel eldorado.
À bord, l’espace ne fait pas défaut et
le Touareg a toujours soigné son environnement. Cette troisième génération
s’est présentée à nous munie de l’Innovation Cockpit qui, par la juxtaposition
de deux grands écrans (12 et 15 pouces),
offre en surface l’instrumentation numérique la plus impressionnante du
moment. La fameuse dalle ainsi consti-
Des sièges
avec fonction massage
L’ambiance intérieure doit beaucoup à
la présence ou non de l’Innovation
Cockpit. Sans, c’est déjà plus triste,
avec un simple écran de 9 pouces. Mais
le Touareg n’est pas à cours d’idées
pour rendre le séjour agréable, à l’instar
de sièges avant à l’ergonomie parfaite
et, si besoin, avec fonction massage. À
condition d’y mettre le prix, on croule
sous les équipements. Mention particulière pour les phares IQ.Light-Matrix
LED une fois combinés à un système qui
détecte et signale piétons et animaux, y
compris sur les abords de la chaussée, et
ce même dans le brouillard.
Qui veut voyager loin, ménage son
coffre. Jaugé à 810 litres, grâce à une
banquette coulissante, celui du Touareg
s’avère gigantesque. Et pas question
pour lui de concéder du terrain à une
version sept places qui en impacterait la
capacité. Le Touareg se limite à cinq occupants, voire quatre… le confort se ré-
IMMOBILIER
AVIS À NOS LECTEURS - MENTIONS LÉGALES
Légende des sigles utilisés dans nos annonces : ◆ membre
F.N.A.I.M (Fédération nationale de l’immobilier) membre
S.N.P.I (Syndicat national des professionnels immobiliers)
■ Notaires ● Ventes aux enchères M.A.P : mise à prix.
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Dimensions/poids
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Poids
4 878/1 984/1 702 mm
810 dm3
1 995 kg
Performances
0-100 km/h
Vitesse
6,1 s
238 km/h
Consommation/émissions
Mixte UE
CO2
Prix
6,9 l/100 km
182 g/km
env. 71 000 €
vélant rudimentaire, en position centrale arrière.
Le partage des plateformes est depuis
longtemps la règle chez Volkswagen. Le
Touareg hérite des soubassements précédemment étrennés par l’Audi Q7 et le
Porsche Cayenne. Seule la typologie
entre ces modèles débouche sur des
ajustements différents, notamment,
pour les liaisons au sol. Dans cet étalonnement, à défaut d’être le plus dynamique de la bande, le Touareg ne s’interdit
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Sous le capot
aucun raffinement. C’est ainsi qu’il
s’accorde quatre roues directrices afin
d’accroître sa maniabilité. Avec ce dispositif, son diamètre de braquage n’excède pas 11,19 mètres, à comparer aux
11 mètres de la Golf.
Dans un premier temps, le nouveau
Touareg progressera au son d’un V6 3.0
TDI décliné en 231 et 286 ch, configuration dans laquelle nous l’avons testé.
Cette cavalerie se veut discrète à bas régime, la faute à un turbo prenant son
temps pour souffler. Rien de rédhibitoire cependant, la performance est
suffisante au regard du positionnement.
En contrepartie, malgré un poids respectable, il se montre économe en carburant. Mené sobrement, ce diesel descend facilement sous les 8 l/100 km, le
tout dans un grand confort, grâce au
concours d’une suspension pneumatique et de barres stabilisatrices actives
compensant le roulis. Le Touareg multiplie les aides à la conduite. Régulateur
de vitesse adaptatif et autres systèmes
de surveillance et d’assistance sont de la
partie, Il en va de la sécurité. Un bémol
toutefois, le ressenti de la direction
agace, avec un maintien dans la file
(Lane Assist) bien intrusif dans ses
corrections.
À propos de son addiction à l’électronique, rappelons que le Touareg a toujours été au service des plaisanciers et
autres amateurs d’hippisme, pour lesquels son endurance et ses capacités de
traction ont valeur de contrat. Van, ba-
teau ou simple remorque, plus d’un
tiers des détendeurs de Touareg
s’adonne à l’art de l’attelage. Désormais, à l’attention des néophytes de
cette pratique, le Touareg propose le
Trailer Assist qui évite toute maladresse, lors des manœuvres en reculant.
Enfin, pour les nostalgiques de ses épopées sahariennes, ce nomade conserve
l’option Pack Off Road à associer au
4MOTION Active Control, lui permettant d’évoluer sur tous les terrains et
dans toutes les conditions. ■
 NOTRE AVIS
En quête de nouveaux horizons, le
Touareg lorgne vers le haut de gamme.
Prestance, comportement et équipements, ses prestations sont en adéquation avec ses ambitions. Même si, à la
conduite, il se révèle plus plaisant
qu’excitant, aussi sûr que confortable,
c’est un formidable compagnon de
voyage. Dommage qu’il ne casse pas les
prix. Dans ses finitions les plus huppées
et sans parler des options regroupant la
plupart des raffinements technologiques cités, un Touareg V6 TDI de
286 ch se négociera aux alentours des
80 000 €. À ce tarif, parmi ses rivaux
figurent aussi ses généreux bienfaiteurs, Audi Q7 et Porsche Cayenne, qui
le surclassent en termes d’image. Une
réalité avec laquelle le navire amiral de
Volkswagen va devoir composer. ■
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commerciaux sont des annonces émanant d’agents immobiliers
ou de promoteurs. Sans mention explicite d’honoraires dans les
annonces, les prix présentés s’entendent nets pour l’acquéreur.
Toutes les annonces des rubriques « appartements » sont réputées
être des lots de copropriétés, sauf mention contraire. Ces biens
faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien
proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
l’encontre de la copropriété à la date de la parution de l’annonce.
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
3
6
TÉLÉVISION
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Devenir
chèvre
GORDON WELTERS/DOM WALTER/TALESMITH LTD 2017/FTV
Figaro top,
Figaro flop
FIGARO TOP En s’appuyant sur
les derniers travaux scientifiques,
le documentaire de France 5
dresse un portrait détaillé du roi
des dinosaures.
Les dernières découvertes sur le « T. rex », la quête désespérée d’une mère migrante pour retrouver son
fils ou le nouveau jeu de Lagaf’… Que voir, ou pas, cette semaine à la télévision ?
À la veille de l’ouverture de l’exposition
« Un T. rex à Paris » au Muséum national
d’histoire naturelle, ce documentaire de
la BBC se penche sur le plus gros carnivore terrestre ayant jamais existé. Mâchoire
surpuissante et dents acérées, la réputation du roi des dinosaures n’est pas usurpée ! Plus gros prédateur ayant jamais
vécu sur terre, le T. rex a disparu il y a
66 millions d’années. Il hante pourtant
notre imaginaire comme la créature la
plus terrifiante de tous les temps (en partie grâce à Spielberg et à son Jurassic
Park). En s’appuyant sur les derniers travaux scientifiques, ce film dresse un portrait détaillé de ce super-prédateur. Les
squelettes de T. rex sont particulièrement
rares, à peine une cinquantaine ont été
découverts, et seulement trois complets à
plus de 50 %. Les interrogations sur ce dinosaure géant sont donc encore nombreuses. Comment chassait-il ? Se tenait-il debout ? Comment se comportaitil avec ses congénères ? Ce documentaire
montre à quel point notre niveau de
connaissance a progressé ces dernières
années. L’image du colosse de 15 mètres
de haut avec une queue traînante a fait
place à celle d’un super-prédateur, adoptant une position beaucoup plus aérodynamique, taillé pour la chasse. Une question reste malgré tout sans réponse.
Pourquoi une créature aussi terrifiante
était-elle dotée de si ridicules petits
bras ?
15/20
« TUNNEL » SAISON 3,
Canal +, lundi 4 juin à 21 heures.
La série franco-britannique, remake du
riste britannique Emilia Di Girolamo voulait alerter sur l’indifférence qui entoure
la disparition de 10 000 migrants mineurs. Elle rappelle, sans angélisme, que
le phénomène n’est pas né avec la crise
actuelle. Le dénouement de cette saison
fait honneur au duo.
feuilleton scandinave Bron, voit le bout du
tunnel avec cette dernière saison de six
épisodes de haute volée, baptisée Vengeance et centrée sur la quête désespérée
d’une mère migrante pour retrouver son
fils confié à des passeurs il y a vingt ans de
cela, en pleine guerre de Yougoslavie.
L’enquêtrice française rigide et perfectionniste Élise (Clémence Poesy) et son
homologue anglais sentimental Karl
(Stephen Dillane, Game of Thrones) démêlent un écheveau qui emprunte aux
contes. Un tueur sadique imite la légende
du joueur de flûte de Hamelin qui charmait rats et bambins jusqu’à la noyade et
sème les cadavres sur les rivages de la
Manche. Affranchie de son modèle,
Tunnel offre un portrait lucide du Royaume-Uni post-Brexit saupoudré des blagues attendues sur ce divorce avec
l’Union européenne. Son atmosphère délétère au cœur de villes meurtries, où
l’emploi est rare et l’agressivité latente,
fascine autant qu’elle effraie. La scéna-
14/20
« SUCCESSION »
OCS City, lundi 4 juin à 22 heures
(US plus 24 h).
AURELIEN FAIDY/C8
16/20
« LA VÉRITÉ SUR LE T. REX »
France 5, mardi 5 juin à 20 h 55.
FIGARO FLOP « Strike », un mélange
aigre-doux de culture générale et…
de bowling, sur C8.
Billions, Trust… L’intimité des milliardaires, terreau fertile en trahisons et sentiments exacerbés, n’en finit pas de fasciner les créateurs de série. Le Britannique
Jesse Armstrong, qui a affûté sa plume
dans la satire The Thick of It sur les coulisses du gouvernement anglais, se plonge,
avec ce feuilleton HBO projeté en ouverture du festival SériesMania à Lille, dans
les arcanes d’un grand groupe de médias
new-yorkais. Le fondateur et patriarche
Logan Roy (Brian Cox, dur et effroyable)
s’apprête à passer la main à son fils cadet
Kendall qui a surmonté ses addictions.
Mais cette transition révèle une fratrie
égoïste et névrosée. L’héritage ne tarde
pas à dérailler pour le plaisir du spectateur. Répliques acérées, coups de poignard dans le dos, énigmatique bellemère (la trop rare Hiam Abbass) se
succèdent sous la caméra clinique
d’Adam McKay (oscarisé pour Le Casse du
siècle). À coups de cadrages déstructurés,
il transmet le malaise et la tristesse latentes de ces puissants. Auteur d’un scénario
sur Rupert Murdoch qui n’a jamais abouti, Jesse Armstrong a transformé ses recherches sur le milieu en cette série âpre,
qui demande de la patience. Pendant cynique de This is us, Succession immortalise autant les dysfonctionnements d’une
famille que ceux de la haute finance et du
système politique.
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4743
HORIZONTALEMENT
1. Accepter l’effet. - 2. Ensemble
des qualités d’un bordeaux ou
d’un bourgogne. - 3. État de crise.
Jugé potable. - 4. Mis hors de
portée. Vers l’Oubangui charrie.
- 5. Souffles en mer. - 6. Tient
manifestement à être entendu.
Centre de formation. - 7. Restent
démonstratives même quand
elles perdent la tête. - 8. Remorquée avec un cordage. Aïeul à
moitié. - 9. Mélange deux-tons.
- 10. En bourse. Plein tarif. - 11.
Duperai trivialement. - 12. Envie
qui surgit incontinent.
VERTICALEMENT
1. Fournit du liquide au jet. - 2.
Réformateur de l’enseignement
philosophique dans les lycées
(prénom et nom). - 3. Placé devant.
Tête à queue. - 4. Andreas-Salomé
pour Rilke. Signe de suppression.
- 5. C’est parfois le seul moyen de
s’en sortir. Munie d’une charge.
- 6. Réduit aux conjectures. Langue
froide. Cris après une explosion.
- 7. Part de marché. Dévidoir à
soie. Virtuose du piano. - 8. Les
ménestrels en pinçaient pour eux.
Tache de vin.
1
2
3
5
6
8
A
HORIZONTALEMENT 1. Grand duc. - 2. Relieuse. - 3. Épatants.
- 4. Nui. Lois. - 5. Ossu. Île. - 6. Évasa. - 7. If. Et. Go. - 8. Laperait. - 9. Lia.
Enna. - 10. Este. Gag. - 11. Rat. Rôle. - 12. Énumères.
VERTICALEMENT 1. Grenouillère. - 2. Repus. Faisan. - 3. Alaise.
Pattu. - 4. niT. Uvée. - 5. Deal. Âtre. Ré. - 6. Dunois. Angor. - 7. Ustilaginale.
- 8. Cesse. Otages.
3
4
5
6
7
8
« 12 JUILLET 1998,
LE JOUR PARFAIT »
France 2, mardi 5 juin à 20 h 55.
Où étiez-vous le dimanche 12 juillet vers
23 heures ? Anonymes ou personnalités
se souviennent, vingt ans après et alors
que le Mondial en Russie approche, de ce
moment où l’équipe de France est devenue championne du monde. Dans le stade, devant leur télévision, ou dans la
rue, avant et après la victoire, chacun
raconte et revit l’émotion d’une journée
qui a uni la France « black, blanc,
beur ». Un film de 90 minutes avec une
approche originale, mais qui aurait mérité d’être raccourci.
8/20
« STRIKE »,
C8, jeudi 7 juin, 21 heures.
Le concept du nouveau jeu de C8 produit
par Cyril Hanouna est simple et efficace,
un mélange aigre-doux de culture générale façon « Qui veut gagner des millions » et… de bowling. Pour le candidat, associé à deux bons clients de la
télévision, personnalités à la notoriété
très relative, chaque question est précédée d’un lancer pour faire tomber un
maximum de quilles et réduire ainsi le
nombre de choix de réponses. Du premier échelon de gain à 100 euros jusqu’au douzième à 50 000 euros, le chemin à parcourir semble interminable. Le
rythme du jeu est lent, monotone et
ponctué des blagues potaches de Lagaf’.
« Strike » est comme une partie de bowling : bien plus agréable à jouer qu’à
regarder.
VINCENT BORDENAVE,
BLAISE DE CHABALIER,
CONSTANCE JAMET
ET DAMIEN MERCEREAU
BRIDGE
PROBLÈME N° 2841 :
Les deux premières
marches
874
V 10 9
32
A9654
N
4
7
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4742
2
13/20
9
10
11
12
O
E
S
A32
ARD
A 8 7 4
D V 10
« On ne parle pas
la bouche pleine ! »
France Culture | France Inter | Dimanche
C
rottin de Chavignol,
chevrotin, péladon,
rocamadour, picodon de
l’Ardèche ou de la Drôme fumé au
bois de genévrier, pouligny-saintpierre, selles-sur-cher, chabichou
du Poitou, sainte-maure-detouraine, valençais, rigotte de
Condrieu… Vous voyez de quoi on va
s’entretenir : du chèvre dans tous ses
états. Hier, pas moins de deux
émissions ont trait la bique : « On va
déguster » sur France Inter et « On
ne parle pas la bouche pleine ! » sur
France Culture. Les grands esprits
gourmands se rencontrent à la
maison ronde. Avenue du PrésidentKennedy, on se biquette. On a donc
causé pâtes molles ou tendres à
croûte naturelle et ça sentait bon la
brebis, le cabri. « Un plateau de radio
transformé en plateau de fromage »,
nous dit François-Régis Gaudry
en bonne compagnie, celle de Pierre
Gay, fromager à Annecy, meilleur
ouvrier de France, et de Mayalen
Zubillaga, auteur de Brousse de Rove
(Éditions de L’Épure). Pierre Gay
nous apprend que « la chèvre et la
brebis sont la vache du pauvre, car
elles consomment moins, boivent
moins que les autres et ont besoin
de moins d’habitat… La chèvre est
gourmande, vous savez. » Elle serait
raffinée. Elle est délicate, elle fait sa
belle. Enchaînons : du côté d’« On
ne parle pas la bouche pleine ! »,
émission salutaire présentée par la
fine gueule et l’érudit Alain Kruger,
le chèvre était aussi au menu : « Ah !
Qu’elle est belle, la chèvre du Rove,
et comme sa brousse est délicieuse ! »
Le berger et chevrier André Gouiran
a bien l’« assent » de Marseille,
lavande et serpolet. Un côté Pagnol.
La brousse du Rove, spécialité légère
et parfumée qui sent bon la Provence
de Pagnol vient d’obtenir l’AOC.
André Gourian nous a appris que
la chèvre du Rove, d’après une
légende, venait de Mésopotamie il y a
2 500 ans. Tiens, qui va là ? Malayen
Zubillaga. Elle passe d’un studio
à l’autre. Un régal.
LE BUZZ TV
Invités : Jérôme de Verdière
et Frede Royer
interviewé par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez, aujourd’hui sur :
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2840 :
À coup sûr
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : 7 de .
Si les bloquent (Valet troisième dans une main
quelconque), il importe de disposer d’une rentrée sûre
au mort. Et elle ne peut exister qu’à . À condition de
résister à fournir un honneur du mort pour les conserver
précieusement tous les deux…
Donc, appelez le 4 du mort et faites la levée de l’As.
Encaissez As-Dame de (Ouest défausse), pour le Roi,
pour le 8 puis jouez vers Dame-Valet. Où que soit
le Roi, vous revendiquerez deux , deux et cinq ,
soit les neuf plis requis.
Si vous jouez la Dame de à l’entame, vous êtes sans
ressources…
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
DV4
V3
R6543
10 9 7
Entame : 5 de pour la Dame
d’Est.
R9875
D865
2
R84
N
O
E
S
A32
AR4
AD87
DV6
10 6
10 9 7 2
V 10 9
A532
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
lundi 4 juin 2018
37
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Justin
Soleil : Lever 05h51 - Coucher 21h45 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton. Avec Ingrid Chauvin 20.00 Le
20h 20.35 Le 20h le mag. Magazine.
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Parents mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport
20.05 Le journal de Roland-Garros
20.30 Plus belle la vie. Feuilleton.
21.00
20.55
20.55
Série. Policière
Série. Policière
Film. Espionnage
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
16
21.00 Appels d’urgence
Société. 1h00. Chauffards, pickpockets et délinquants : un été sous tension à Nice. Des caméras ont suivi les
membres de la police municipale de
Nice au cours de leurs interventions.
20
15
16
16
16
14
17
17
16
14
14
22.00 Appels d’urgence. Magazine.
Gendarmes de Nancy…
17
16
14
15
15
14
15
15
10
14
Esprits criminels
Major Crimes
L’armée des ombres
EU. Avec Joe Mantegna, Matthew
Gray Gubler, Kirsten Vangsness, A.J.
Cook, Shemar Moore. 2 épisodes. Le
corps d’une femme est retrouvé les
doigts et les jambes tranchés dans
une petite ville de Floride.
EU. Saison 4. Avec Mary McDonnell,
Raymond Cruz, Tony Denison, Michael Paul Chan. 2 épisodes. Inédits.
Jack Raydor défend un homme qui
tente de retirer sa confession dans
le meurtre de sa femme.
Fra-Ital. 1969. Réal. : Jean-Pierre
Melville. 2h30. Avec Lino Ventura.
D’octobre 1942 à novembre 1943,
dans la France occupée par les nazis,
la sombre épopée d’un réseau de résistance gaulliste peu à peu décimé.
20.50 Nicolas Le Floch
22.40 Esprits criminels Série.
22.20 Major Crimes Série. Poli-
Policière. 2 épisodes 0.25 Les experts. Série. 3 épisodes.
cière 0.45 13h15, le samedi... 1.15 Ça
commence aujourd’hui
23.25 Soir/3 0.05 Qui sommesnous ? Doc. 1.55 Midi en France 2.20
Édouard, mon pote de droite. Doc.
22.30 C dans l’air 23.35 Avis de sorties 23.50 C à vous. Magazine.
16
14
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Écho-logis. Série doc.
15
14
15
16
18
15
Série. Policière. Fra. 2013. Saison 5.
Avec Jérôme Robart. Le sang des
farines. L’enquête sur la mort d’un
boulanger conduit Nicolas Le Floch à
soupçonner un complot d’Etat.
16
16
17
16
17
20
16
APRÈS-MIDI
22
20
20
17
18.40 L’info du vrai (C). Magazine
20.40 Canalbis (C). Divertissement
20.55 Catherine et Liliane (C)
19.00 Papouasie, un dernier éden.
Documentaire 19.45 Arte journal
20.05 28 minutes. Magazine.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu 19.45
Le 19.45 20.25 Scènes de ménages.
Série
21.00
20.50
21.00
Série. Policière
Film. Comédie
Divertissement
22
21
18
18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
21
22
16
22
23
21
20
20
22
20.55 Crimes dans la plaine
du Languedoc
19
22
20
21
Magazine. Société. 1h55. «La petite
Océane a disparu» - «Un baby-sitter au-dessus de tout soupçon» «La veuve noire de Narbonne».
22
24
20
20
25
22.50 Crimes. Magazine 0.45
Crimes sur les bords de l’Oise. Mag.
24
24
27
21
26
25
25
22
21
30
25
19.00 Constructions hors limites.
Alerte ouragan - Cabane de pécheur.
Tunnel
F r a . S a i s o n 3. Avec Stephen Dillane,
Clémence Poésy, William Ash, Felicity Montagu. 2 épisodes. Inédits.
Un bateau de pêche français est
retrouvé dérivant dans la Manche,
délesté de sa cargaison d’enfants.
22.35 L’effet papillon M a g . 23.30
Iris. Film 1.00 Surprises 1.10 21 cm. Invité : Jean-Marie Gustave Le Clézio.
Beaumarchais,
l’insolent
Fra. 1995. Réal. : É. Molinaro. 1h36.
Avec Fabrice Luchini, Jean-François
Balmer. Au XVIIIe siècle, la vie de
Beaumarchais, tour à tour horloger,
magistrat et... dramaturge à succès.
22.30 Les sorcières de Salem
Film 0.55 Le monde perdu. Film 2.35
Iran, rêves d’empire ? Documentaire.
Le meilleur pâtissier Les professionnels
Prés. : Julia Vignali. 2h25. Inédit. Pour
la première épreuve, les brigades
vont devoir imaginer une création
pâtissière autour de l’ingrédient
imposé, la pomme.
22
T (en °c)
20.50 Flipping Bangers :
voitures à tout prix
<-10 à 0
Série doc. Science et technique.
2017. 1h40. MK2 Golf GTI. Inédit. Gus
et Will ont acheté une MK2 Golf GTI
fantastique. - Citroën BX GTI. Inédit.
23.25 Le meilleur pâtissier - Les
secrets des professionnels 0.30
Incroyables gâteaux. Série doc.
19.05 Once Upon a Time. Série. Le
vrai méchant - Jasmine et Aladdin.
SAMEDI
21.00 Kaamelott
19.20 Quotidien, première partie.
19.40 Quotidien. Talk-show.
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 The November Man
21.00 Une journée en enfer
21.00 Case départ
Film. Espionnage. EU. 2014. Réal. :
Roger Donaldson. 1h50. Avec Pierce
Brosnan. En mission à la demande de
son ancien patron, un ex-agent de
la CIA s’aperçoit qu’il est manipulé.
Film. Action. EU. 1995. Réal. : John
McTiernan. 2h08. Avec Bruce Willis.
Simon, auteur d’un attentat à New
York, menace de récidiver si John
McClane ne joue pas à «son jeu».
Film. Comédie. Fra. 2010. Réal. : L.
Steketee, F. Éboué, T. Ngijol. 1h34.
Avec F. Éboué. Par un sortilège, deux
demi-frères d’origine antillaise sont
renvoyés en période esclavagiste.
23.00 90’ enquêtes. Magazine. Présentation : Carole Rousseau.
23.20 58 minutes pour vivre. Film.
Action. Avec Bruce Willis.
23.00 Gens du voyage : plongée au
cœur d’une communauté qui…
MOTS FLÉCHÉS N°1988
ELLE
N’OPÈRE
QUE SUR
ORDRE
VRAIS
DIVISION
D’UNE
PIÈCE
PÉRIODE
IMPOSTEUR
ENSEMBLE
17/28
IL PREND
SOIN DES
GORGES
DES
COUPEPAPIER
DÉPLOYAI
COUP AU
KARATÉ
DROGUE
16/24
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18/26
par téléphone :
16/18
18/25
17/23
16/20
20/26
20/25
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
AU
VE
U
O
N
ILS SE
RÉPÈTENT
LUNDI
16/25
19/26
20/30
22/31
21/29
13/19
18/27
21/29
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
CROC
DE
BOUCHERIE
NOTE
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
15/24
16/24
15/23
22.30 Kaamelott. Série. Avec
Alexandre Astier.
19/24
19/30
16/21
15/20
18/25
20/30
DIMANCHE
15/22
13/22
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
13/21
Série. Comédie. Fra. 2005. Saison 1.
Avec Alexandre Astier. Ve siècle, en
Bretagne. Le royaume de Kaamelott s’organise autour du roi Arthur
à la recherche du Saint Graal.
FORCE 2
INFIDÉLITÉ
CATÉGORIE DE
VINS
19/24
18/23
14/21
15/24
15/23
16/23
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
22.30 Flipping Bangers : voitures à
tout prix. Série documentaire.
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présente
Volume
17
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LE CHRIST
LE 27
DE PISE
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QUI VAUT
DE L’OR
PETIT AIR
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COMPARABLES
CELA
ÉVITE UNE
RÉPÉTITION
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TANT ET
PLUS
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TEXTILE
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NI TOI
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DRAPS
POSSESSIF
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DIAGNOSTIC
D’UNE
ENTREPRISE
CLUB DE
FOOTBALL
CHAUFFEURS
PAYANTS
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
G
F
V
S
C
S
P
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T R E I Z E
T U R B U L E N T
I N S E R E E
A R R O S E E
D E S S E R T
A N I E R E
R
V U S U E L L E S
I R A N
R E E R
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NOTE
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D’ÉVREUX
AMBIANCE
ATMOSPHÉRIQUE
JOUAIT
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lundi 4 juin 2018 LE FIGARO
38
Emmanuelle Wargon,
FRANÇOIS BOUCHON / LE FIGARO
femme de l’ombre
qui attire la lumière
SUCCÈS Beaucoup voient la directrice des affaires publiques du groupe
Danone jouer un rôle de premier plan dans la suite du quinquennat.
Marc Landré
mlandre@lefigaro.fr
n quittant en 2015 la Délégation à
l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP), le bras armé du
ministère du Travail qu’elle dirigeait
depuis trois ans, Emmanuelle
Wargon a conclu son discours… en
chantant. « Cela permet de ne pas se
prendre au sérieux et d’exprimer des
choses parfois plus fortes que par des phrases », explique cette mère de trois enfants de 47 ans qui
mettait alors fin à près de vingt ans de carrière dans
le public. Pour expliquer ce qu’elle ressentait alors,
cette amatrice de la chanteuse Barbara a choisi le
refrain de La complainte de la chanteuse automate,
dans la comédie musicale Starmania : « Qu’est-ce
que j’vais faire aujourd’hui ? Qu’est-ce que j’vais faire demain ? C’est ce que je me dis tous les matins… »
Il faut dire que le challenge que la fille de feu
l’économiste touche-à-tout Lionel Stoléru s’apprêtait à relever était de taille : passer de la haute
fonction publique au monde de l’entreprise dont
cette femme d’action aux yeux noisette, teint de
neige et cheveux frisés ne connaissait rien ou si peu.
« J’avais envie de bouger, justifie cette Sciences PoHEC, camarade de promotion d’Édouard Philippe à
l’ENA. Je n’étais plus en phase avec la ligne suivie par
l’exécutif et j’ai eu la belle proposition de Danone de
diriger la communication et les affaires publiques. »
Trois ans plus tard, la greffe a pris. Emmanuelle
E
cabinet dans le gouvernement Fillon. « Elle est déWargon, passée senior VP en octobre 2017, gère
terminée, efficace, volontaire, n’a pas sa langue dans
avec doigté le lobbying, les relations avec les pousa poche et met l’intérêt général avant tout », abonde
voirs publics du groupe agroalimentaire dans le
l’ex-ministre Michel Sapin. « Elle a une opiniâtreté
monde et maintenant la « sustainability » (durabiincroyable, confirme Nicolas Grivel, le patron de
lité). C’est elle, par exemple, qui a géré avec le mil’Agence nationale pour la rénovation urbaine. Si
nistère de la Santé français le déploiement du réféun sujet est important à ses yeux, elle
rentiel Nutri-Score - qui évalue de A
ne lâche rien jusqu’à obtenir gain de
à E la valeur nutritionnelle d’un procause. » Même Bertrand Austruy, le
duit - dans l’Hexagone et bientôt à
secrétaire général de Danone qui l’a
l’international. C’est elle aussi qui
recrutée, est bluffé. « Elle est pugnasupervise le dossier sensible de la
ce, limite bornée, mouille la chemise,
commercialisation du lait infantile
1995
se fâche et va au bout des choses », se
dans les pays africains. C’est elle enIntègre la promotion
félicite son boss.
core qui a négocié avec l’ONU le lanMarc Bloch à l’ENA
Des satisfecit qui balancent avec
cement du programme mondial « He
2001
les critiques souvent formulées à
for she » de développement profesEntre au cabinet
l’égard de cette impatiente conseilsionnel des femmes par les hommes.
de Bernard Kouchner,
lère maître à la Cour des comptes.
Reconnaissance flatteuse
alors ministre de la Santé « Emmanuelle Wargon a tellement de
2007
charisme qu’elle suscite tant la sym« J’ai toujours eu un rôle de passeur
Dirige le cabinet
pathie que l’antipathie », rapporte un
entre les mondes, décrypte cette femde Martin Hirsch au haut- haut fonctionnaire qui la connaît
me de l’ombre qui apprécie autant le
commissariat aux
bien. « Elle s’est fait beaucoup d’enfilm futuriste Minority Report que le
Solidarités actives
nemis à la DGEFP qui ne s’est pas retableau préimpressionniste Vue de
2010
mise de son passage », accuse un anDelft. J’aime naviguer entre le privé et
Est
nommée
secrétaire
cien cadre. Qu’ils l’apprécient ou
le public, faire comprendre aux uns
générale des ministères
pas, tous reconnaissent qu’Emmaqu’ils peuvent travailler avec les
sociaux
nuelle Wargon, dont le superhéros
autres et débloquer les systèmes com2012
préféré - ça ne s’invente pas - est la
plexes. » Et ce, avec une reconnaisDevient déléguée
mère dans le film Les Indestructibles,
sance flatteuse de ses pairs.
générale à l’emploi
est « une affective qui se bat toujours
« Confier quelque chose à Emmaet à la formation
pour les causes auxquelles elle croit »,
nuelle est un gage de résultat : c’est
professionnelle (DGEFP)
comme résume un proche. Elle était
une femme d’une loyauté rare qui a
2015
ainsi à la manœuvre pour le RSA acbeaucoup de sens politique », loue
Est recrutée par Danone
tivité porté par Martin Hirsch et mis
Martin Hirsch, le patron de l’AP-HP
aux affaires publiques
en œuvre sous Nicolas Sarkozy en
dont elle dirigea pendant trois ans le
Bio
EXPRESS
2008. « Mon père a toujours dit qu’il avait fait le RMI,
alors j’ai fait le RSA pour que la filiation soit parfaite », reconnaît-elle. Elle l’était aussi pour la Garantie jeunes, dispositif d’insertion de jeunes décrocheurs salué par la Cour des comptes et dont elle
est très fière, ou la réforme des plans sociaux en
2013. « C’est une femme d’une grande droiture et
rectitude qui a un vrai sens de l’État et de la chose publique », explique Laurent Bigorgne, le patron de
l’Institut Montaigne avec lequel elle œuvre aux destinées de l’association Le choix de l’école qui propose à des jeunes diplômés de grandes écoles d’enseigner pendant deux ans dans une banlieue difficile.
Postes de prestige dans la macronie
Son avenir, cette amatrice de pâtes et de whisky
écossais le voit pour l’heure chez Danone. Et elle est
bien la seule ! « Je sais que je développe un potentiel
que je peux me faire piquer », reconnaît Bertrand
Austruy. Les uns la bombardent à la tête d’une ONG
internationale, les autres ministre de la Jeunesse ou
de la Réforme de l’État… « Elle n’a pas fini son histoire avec l’État », jure Jean Bassères, le patron de
Pôle emploi. « La macronie attire les talents et
Emmanuelle épouse l’ère du moment », abonde
Laurent Bigorgne, intime du président de la République, que d’aucuns voient, lui, atterrir à l’Éducation en fin de quinquennat. « Elle correspond à ce
que recherche l’exécutif d’aujourd’hui », confirme
Michel Sapin. Emmanuelle Wargon se dit « flattée » par les postes de prestige qu’on lui prête. « Je
n’ai jamais prévu deux ou trois coups à l’avance et je
pense que ma bonne étoile continuera à me guider »,
précise cette éternelle optimiste qui ne croit pas au
hasard et dont la devise est… « la fortune sourit aux
esprits préparés ». ■
UN DERNIER MOT
U
EA 2018
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
UV LLET
NO – JUI
Rassemblement [ra-san-ble-man] n. m.
Créé pour ouvrir un nouveau front.
IN
JU
e Front national est devenu le Rassemblement national.
Le mot vient du verbe latin assimulare, mettre ensemble. C’est un vieux souci
des partis d’être un tout, et pour cela il faut rassembler.
Soyons juste, pour arriver à ce changement de nom, Marine Le Pen a déjà beaucoup
rassemblé. Elle a commencé par ses souvenirs, qui n’étaient pas bons, notamment
ceux du débat face à Emmanuel Macron. Ensuite, elle a rassemblé ses esprits : certes,
elle est députée mais les parlementaires frontistes à l’Assemblée sont trop peu
nombreux pour être rassemblés de façon significative. Que faire ?
Alors elle s’est décidée à créer un rassemblement national. Un mouvement qui
rassemblerait non pas seulement ses affaires (il en traîne toujours en politique),
non pas seulement ses militants, mais bien au-delà.
Depuis un an, elle a œuvré pour que les conditions soient, elles aussi, rassemblées,
et que le changement de nom devienne possible. Le Front s’incline devant le
Rassemblement. Sera-ce suffisant ? Car un rassemblement qui peine à rassembler
ressemble vite à ce qu’il est : un faux-semblant. ■
L
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Louis XVI, l’incompris
A
Peu préparé à régner, Louis XVI n’en mit pas moins en
œuvre un impressionnant programme de réformes
qui constituait une sorte de « révolution royale ».
Elle serait emportée par la crise financière et la
Révolution. Avec l’aide des meilleurs spécialistes,
Le Figaro Histoire fait le point sur le règne et la
personnalité du dernier monarque de l’Ancien
Régime. Il trace un portrait du roi réformateur,
explore ses relations avec Marie-Antoinette, plonge
dans les arcanes de la guerre d’Amérique, retrace les
journées de la Révolution jusqu’à son procès et sa
mort sur l’échafaud.
8
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,90
Au cœur de l’actualité, Le Figaro Histoire décrypte
la mystérieuse fuite du général De Gaulle à Baden,
auprès du général Massu, en plein mai 68. Côté
reportage, il vous fait découvrir La Nouvelle-Orléans,
la plus française des villes américaines, qui fête cette
année les 300 ans de sa fondation, et vous emmène
visiter le Hameau de la Reine, le paradis secret de
Marie-Antoinette à Versailles, qui vient d’ouvrir au
public après une restauration spectaculaire.
Le Figaro Histoire, 132 pages.
En vente actuellement chez votre marchand
de journaux et sur www.figarostore.fr/histoire
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Le Figaro Histoire,
tout reste à découvrir
Françoise Nyssen va de surprise en surprise. Inaugurant
vendredi dernier le Festival d’histoire de l’art à Fontainebleau,
la ministre de la Culture a paru fort étonnée de croiser
son homologue grecque, Lydia Koniordou.
La ministre n’avait visiblement pas été informée de la
présence de cette dernière parmi les officiels pour les trois
jours de conférences et de débats prévus. Sa venue n’avait
pourtant rien d’étonnant, la Grèce étant le pays invité de
cette 8e édition. Après cette bévue, la valse des directeurs
de cabinet pourrait bien se poursuivre au Quai d’Orsay.
François Coty au parfum
Il y a plus d’un siècle, François Coty
inventait la parfumerie moderne.
Rendues accessibles au plus grand
nombre, ses fragrances, La Rose
Jacqueminot, L’Origan, Ambre Antique,
s’arrachaient dans les grands magasins.
Huit ans après son interruption, le prix
créé à son nom en 2000 et interrompu
dix ans plus tard renaît. Remis en selle
par Véronique Coty, il rend hommage
aux créateurs, souvent méconnus,
des plus grands parfums. Parmi
les anciens lauréats, Francis Kurkdjian,
Sophie Labbé ou Olivier Pescheux.
Le prix sera remis le 3 décembre au
château d’Artigny, ancienne demeure
de l’ébouriffant millionnaire.
Vent contraire pour
les éoliennes en mer
Alors que vient de s’achever
l’enquête publique sur le projet
d’éoliennes au large de
Noirmoutier et de l’île d’Yeu,
la contestation monte parmi
la population locale. 78 % des
personnes consultées par
l’association NENY (Non aux
éoliennes entre Noirmoutier et
Yeu) se sont dites défavorables
au projet contre 20 % en sa
faveur. Parmi les principaux
griefs, l’impact visuel, la
destruction des fonds marins,
l’atteinte à la biodiversité ou
les conséquences sur la pêche.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Nyssen : la surprise de Fontainebleau
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