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Libération - 06 06 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2,00 € Première édition. No 11515
MERCREDI 6 JUIN 2018
www.liberation.fr
HANDICAP
Au Muséum d’histoire natuelle de Paris, mardi. PHOTO IORGIS MATYASSY
MACRON
OUBLIE LA
PRIORITÉ
Malgré l’engagement
de campagne du Président,
les personnes handicapées
ne voient pas leur situation
s’améliorer, loin de là. La loi Elan,
qui remet en cause le 100%
de logements neufs accessibles,
vient enfoncer le clou.
PAGES 2-5
L’as
des os
Alors qu’un nouveau volet de la
franchise Jurassic Park déboule sur
les écrans, le Muséum d’histoire
naturelle accueille pour la première
fois en France un authentique
squelette de «Tyrannosaurus rex»,
Trix de son petit nom. PAGES 18-21
Education
Pour un
algorithme
centralisé
Cinéma
Le cri de
liberté de
Jafar Panahi
En pleine polémique sur la plateforme Parcoursup, la fondation
Terra Nova expertise dans un rapport les instruments utilisés en
France pour l’affectation des enseignants comme des élèves, et formule plusieurs recommandations.
Malgré l’interdiction de tourner qui
le frappe dans son pays, le cinéaste
iranien livre avec «Trois Visages»
son quatrième film depuis sa
condamnation et un magnifique
hommage à son maître, Abbas
Kiarostami.
PAGES 24-25
TOUTES LES SORTIES, PAGES 28-31
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
Handicap,
la déception
Macron
ÉDITORIAL
Par
PAUL QUINIO
Promesse
D’abord les tripes. Ensuite
la politique. Les tripes qui
remuent, pas parce qu’on
s’apitoie, juste parce qu’on
regarde un instant la réalité du handicap en face
et qu’elle n’est pas toujours
belle à voir. En tout cas, pas
digne d’un pays aussi développé que le nôtre. La réalité, c’est ce couple qui ne
dort plus à force de se demander ce qui va arriver à
ce fils de 42 ans, victime
dans sa jeunesse d’un accident de moto, le jour où ils
ne seront plus là. C’est
cette mère ballottée entre
la conviction que son fils
autiste a un potentiel
énorme et la douleur de le
voir régulièrement mis à
l’isolement dans un hôpital psychiatrique où il n’a
d’ailleurs rien à faire. C’est
enfin cette femme à qui
l’école renvoie une image
de «mauvaise mère» râleuse jamais contente,
alors qu’elle-même a le
sentiment d’être «abandonnée par l’Etat». C’est là
que la politique pointe son
nez. Il serait ridicule d’accuser le gouvernement actuel de tous les maux, et de
lui mettre sur le dos ce «retard français» en matière
de lutte contre le handicap.
Il l’est moins, ridicule, de
s’inquiéter du signe donné
lors de la discussion de la
loi Elan sur le logement.
L’Assemblée vient de donner satisfaction au lobby
de l’immobilier, en ramenant à 10 % la proportion
de logements devant répondre aux normes sur le
handicap dans les constructions d’immeubles collectifs neufs, contre 100 %
actuellement, comme le
veut la loi de 2005. Cette
victoire du marché sur la
solidarité déçoit d’autant
plus que l’actuel locataire
de l’Elysée avait promis
de faire de la lutte en faveur des handicapés une
priorité de son quinquennat. Il ne sera, c’est vrai,
pas le premier à oublier ce
type d’engagement. Mais
comme le candidat avait
profité de sa «carte blanche» lors de son débat de
l’entre-deux-tours face à
Marine Le Pen pour clamer
haut et fort cette promesse,
il est de bonne guerre de
délivrer aujourd’hui au
Président un carton
jaune. •
Libération Mercredi 6 Juin 2018
Ce devait être un des sujets majeurs du quinquennat.
Mais un an après et malgré les promesses,
les associations déplorent des renoncements.
La loi Elan, qui enterre l’obligation d’accessibilité
des logements neufs, restera un recul symbolique.
Par
ANAÏS MORAN
et MARIE PIQUEMAL
I
ls sont beaucoup à y avoir cru. A
se dire que leur horizon allait
s’éclaircir. C’était l’année dernière, entre les deux tours de la présidentielle. Sur le plateau télé, alors
qu’il s’écharpait avec Marine
Le Pen, le candidat Macron avait dégainé sa «carte blanche» sur le handicap: «Je ne veux plus de personnes
vivant en situation de handicap qui
soient sans solutions. […] Ce sera
l’une des priorités de mon quinquennat.» L’engagement était précis et
fort. Mais dans la nuit de vendredi
à samedi derniers, coup de massue.
A l’Assemblée, les députés ont
adopté en première lecture la loi
Elan, qui enterre (entre autres)
l’ambition d’avoir l’ensemble des logements neufs accessibles à tous
(lire ci-contre). Comme un symbole.
Le gouvernement se défend de
toute reculade, assurant que le
concept de «logement évolutif» est
une garantie. «Les associations ont
été consultées sur ce sujet et elles
étaient d’accord», assure Sophie
Cluzel, la secrétaire d’Etat en
charge des Personnes handicapées.
«Mesurettes»
Depuis ce week-end pourtant, les
associations, petites et grandes,
tambourinent. La déception se lit
aussi dans les messages des anonymes postés sur les réseaux sociaux.
Macron aurait-il –déjà– oublié ses
promesses de campagne ? Il serait
faux de dire que rien n’a été fait depuis un an. Le lancement de la
«stratégie nationale pour l’autisme»,
et ses 344 millions d’euros d’investissement sur cinq ans, fixe des objectifs ambitieux pour mieux inclure les personnes autistes dans la
société. Mais cette somme est «dérisoire par rapport aux besoins» pour
l’association Autisme France.
Et pour le reste? «Ce sont des mesurettes aux allures de coup de communication», résume Mathilde
Fuchs, membre du Collectif lutte et
handicaps pour l’égalité et l’émancipation (CLHEE). Par exemple, la
revalorisation de l’allocation adulte
handicapée (AAH) annoncée par
Edouard Philippe en septembre.
Actuellement établie à 810 euros
mensuels, elle devrait être augmentée de 60 euros en deux ans… «Ne
nous leurrons pas. Même avec cette
maigre augmentation, les personnes
handicapées continueront à vivre
sous le seuil de pauvreté, déplore
Jean-Luc Duval, du Collectif citoyen handicap. D’autant que les
couples de personnes handicapées
ne bénéficieront pas de cette
hausse.» Autre projet gouvernemental en cours mais déjà contesté:
l’insertion professionnelle. Le taux
de chômage des personnes handicapées stagne à un niveau deux fois
Le taux
de chômage
des personnes
handicapées (19%)
stagne à un niveau
deux fois supérieur
à la moyenne
nationale.
supérieur à la moyenne nationale
(19% contre 9%), selon l’Association
de gestion du fonds pour l’insertion
professionnelle des personnes handicapées (Agefiph). Si le cabinet de
Sophie Cluzel planche sur une «réforme de la politique de l’emploi des
personnes handicapées», des associations déplorent déjà le manque
d’ambition. «Les discussions tournent autour d’une meilleure application du quota des 6% de personnes
handicapées dans les entreprises [les
entreprises de plus de vingt salariés
qui n’atteignent pas ce seuil doivent
en théorie payer une pénalité, ndlr]
mais je ne vois pas comment cela
aidera réellement les 500 000 travailleurs handicapés exclus du
marché de l’emploi, rétorque Odile
Maurin, présidente de l’association
Handi-Social. Sans évolution législative majeure en matière d’emploi,
le monde du travail demeurera discriminatoire.»
Abandonnés
Peut-être parce que l’espoir avait été
nourri par Macron, le monde associatif se dit déçu de la politique gouvernementale. «En fait, Emmanuel
Macron aurait dû se taire», réagit,
amère, Marion Aubry, de l’association Toupi (Tous pour l’inclusion),
qui milite pour la scolarisation des
enfants handicapés. Pour exprimer
leur mécontentement, les cinq principales associations représentant
tous les handicaps, ont déposé
le 15 mai une «réclamation collective» devant le Conseil de l’Europe
pour l’immobilisme de l’Etat français depuis 2005. «La violation des
droits fondamentaux des personnes
handicapées sévit depuis trop long-
temps, il faut que le gouvernement
réagisse, alerte le collectif. Nous demandons un plan d’urgence pour les
sans-solutions. Ce ne doit plus seulement être une priorité.»
Ces «sans-solutions», dont parlait
Macron justement, il s’agit souvent
des plus lourdement handicapés,
qui n’ont pas de prise en charge adéquate alors que ce sont ceux qui en
ont le plus besoin. Leurs proches
s’épuisent à taper à toutes les portes,
avec ce sentiment d’être abandonnés par la République. Parmi eux, il
y a ces parents qui se bagarrent
comme des lions pour que leurs enfants puissent aller à l’école, ces couples qui voient les anniversaires défiler avec angoisse, inquiets de
l’avenir de leur enfant quand ils ne
seront plus là (lire page 4). Combien
sont-ils? Impossible de le savoir. Il
n’existe toujours pas de statistiques
précises, même si Sophie Cluzel assure que c’est l’un de ses combats.
L’association Unapei avance le chiffre de 48 000 personnes handicapées sans solutions. En prévenant
qu’il est sous-évalué. •
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Libération Mercredi 6 Juin 2018
u 3
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Cécile Faivre, handicapée,
34 ans, vit à Paris avec
ses deux enfants. PHOTO LÉA
COMELLI . HANS LUCAS
L’immobilier décidément inaccessible
100% des logements neufs
devaient appliquer les normes
pour les handicapés. La majorité
a ramené ce quota à… 10%.
Comme voulu par les lobbys.
«C’
est une régression», ont tonné
les associations. Vendredi, lors
de l’examen à l’Assemblée du
projet de loi Elan (Engagement pour le logement, l’aménagement et le numérique) la majorité LREM a ramené à 10% la proportion de
logements devant répondre aux normes handicapés dans les constructions d’immeubles
neufs, contre 100 % aujourd’hui, comme le
veut la loi handicap de 2005. Pendant les débats, la députée (LR) Constance Le Grip a déploré un «retour en arrière» et «un renoncement». «Ceux qui demandent ça, ce sont les
promoteurs. Pas les associations», a renchéri,
à la gauche de l’hémicycle, le député (PCF)
Stéphane Peu.
Dans un document datant de 2011, intitulé
«Logement: un chantier pour la République»,
la Fédération des promoteurs immobiliers
(FPI), déplorait en effet les «surcoûts» de la
construction, «liés» notamment, «à la généralisation de normes comme celles relatives aux
personnes handicapées». Le journal Marianne
affirme que le gouvernement a «accédé à une
revendication de longue date du lobby du bâtiment. La proposition figurait noir sur blanc
dans un rapport de la Fédération française du
bâtiment». Selon l’hebdomadaire, qui a eu accès à ce document, celui-ci propose de «limiter le respect du cadre réglementaire [sur l’accessibilité, ndlr] pour 10 % des logements».
«Evolutif». Vendredi à l’Assemblée, Richard
Lioger, député LREM de Moselle, corapporteur du projet de loi Elan, a protesté contre les
insinuations. «Vous ne pouvez pas imaginer
qu’on ait pu faire ça pour faire plaisir aux promoteurs!» a-t-il lancé à ses collègues. Le texte
prévoit que 10% des logements doivent être
immédiatement «accessibles» et «le reste
[90%] est évolutif», c’est-à-dire conçu pour devenir «accessible» si besoin dans le futur,
après des travaux d’aménagement, a expliqué
le député.
Selon la loi de 2005, l’accessibilité obéit à des
aménagements qui permettent à une personne en fauteuil d’accéder à toutes les pièces
d’un appartement, aux balcons et terrasses
ainsi qu’aux toilettes et à la salle de bain. Pour
être aux normes il faut donc consacrer une
surface d’au moins 3 m² aux WC et de 6 m² à
la salle de bain. «Ce qui oblige à rogner sur les
espaces de vie [séjour, chambres] et à faire de
petits logements», déplore dans un livre
Alexandra François-Cuxac, présidente de la
FPI. Sous entendu, si les séjours, les chambres
sont trop petits dans les logements construits
aujourd’hui, c’est à cause de la loi sur l’accessibilité. Sa modification va donc «permettre»
aux occupants (non handicapés) des logements qui vont être lancés à l’avenir «d’avoir
plus de mètres carrés dans le séjour», a fait valoir devant l’Assemblée le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard.
Mais les choses semblent plus complexes. Si
les pièces à vivre (séjour, chambres) des loge-
ments deviennent trop petites, ce n’est pas
tant en raison de la loi de 2005, mais plutôt
«parce qu’on construit des logements de plus
en plus petits», souligne, Eric Wirth, vice-président du Conseil national de l’ordre des architectes. «On a perdu 10 à 15% de surface en
dix à quinze ans», déplore-t-il. Aujourd’hui un
trois-pièces fait parfois moins de 60 m² contre
70 m² jadis. Les pièces à vivre trinquent. En
rognant des mètres carrés, les promoteurs
réalisent et vendent plus de logements dans
leurs programmes et font porter le chapeau
de la réduction de la surface à l’accessibilité.
Vie normale. Les associations, elles, se battent pour sauvegarder le texte de 2005. Pour
qu’une personne handicapée puisse mener
une vie sociale normale, elle doit pouvoir aller
aux toilettes si elle est invitée à une soirée et
accéder à une salle de bain si elle part en
week-end chez des amis, font valoir les associatifs. Et pour cela il faut que 100% des logements soient accessibles.
TONINO SERAFINI
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
4 u
Libération Mercredi 6 Juin 2018
GUILLAUME RIVIÈRE
PASCAL BASTIEN. DIVERGENCE
Handicapés et aidants livrés
NICOLAS ET ARNAUD BARON, 62 ET 42 ANS (TOULOUSE)
«COMMENT VA-T-IL SURVIVRE LE JOUR
OÙ NOUS NE SERONS PLUS LÀ?»
SÉVERINE, 41 ANS, LAURENT, 34 ANS, ALEXANDRA, 10 ANS,
MARION, 7 ANS, ET PAULINE LEPEME, 5 ANS (STRASBOURG)
«L’ÉCOLE NE VEUT PAS DE MES ENFANTS»
«Notre vie a basculé en 1993 lorsque notre
fils aîné Arnaud a eu un accident de moto
et s’est retrouvé handicapé de manière définitive et irréversible. Son traumatisme crânien a entraîné une hémiplégie, une cécité,
une aphasie généralisée et une mémoire totalement défaillante. Il avait 18 ans. On nous
a tout de suite dit: “Soit vous le mettez en hôpital psychiatrique, soit vous le gardez chez
vous.” A cette époque, nous travaillions tous
les deux, ma femme et moi. Mais il était impensable pour nous d’abandonner Arnaud
dans ce type d’établissement. On s’est donc
mis à temps partiel pour s’occuper de lui à
la maison. Il a fallu se débrouiller, improviser, redoubler d’inventivité pour parvenir
à lui proposer un projet de vie épanouissant.
Nous avons tout sacrifié pour lui: notre vie
sociale, notre vie professionnelle, nos loisirs, nos vacances.
«Aujourd’hui, notre fils a 42 ans et vit toujours chez nous. Plus de vingt ans après son
accident, nous restons son unique solution.
«J’implore le droit à l’éducation pour mes
deux plus jeunes filles. Marion souffre d’un
trouble de l’attention et d’hyperactivité.
Pauline est atteinte d’une forme d’autisme
associé très sévère. J’aimerais qu’elles puissent avoir la scolarité la plus normale possible, comme celle de leur sœur aînée. Mais
l’école ne veut pas de mes enfants handicapés. Nous vivons ce rejet au quotidien.
Marion est en CP, accompagnée par une
auxiliaire de vie scolaire (AVS) trois demijournées par semaine, mais la direction de
l’école tente par tous les moyens de me convaincre de la placer en internat pour enfant
à trouble du comportement. Parce que c’est
une enfant très active, qui bouge constamment, Marion est souvent punie et isolée
des heures dans le couloir. Parce qu’elle refuse de travailler, incapable de tenir en
place, elle est parfois interdite d’aller aux
toilettes. Ma fille est déjà rentrée mouillée
de sa propre urine à la maison. C’est donc
cela, l’école de la République? Mes filles n’y
Mais nous vieillissons, nous sommes au
bout du rouleau. Nous arrivons à un âge où
nous manquons tous les jours d’un peu plus
de vitalité pour permettre de pallier son
manque d’autonomie. Comment va-t-il survivre le jour où nous ne serons plus là? Cette
question me hante. On rêve d’offrir à Arnaud la possibilité de vivre dans un “logement inclusif”: en colocation avec d’autres
personnes handicapées et une auxiliaire de
vie présente vingt-quatre heures sur vingtquatre. Un idéal loin des hôpitaux psychiatriques et des foyers médicalisés que propose l’Etat. Un idéal qui nous pompe nos
dernières forces.
«Cela fait maintenant plus de dix ans que
nous remuons ciel et terre pour trouver une
alternative avant qu’il ne soit trop tard.
Aucune solution n’a encore été concrètement trouvée. Je suis effrayé à l’idée que notre fils se retrouve abandonné par la République.»
Recueilli par A.Mo.
sont pas les bienvenues et nous sommes démunis face à une telle injustice.
«C’est encore plus flagrant pour ma benjamine. Cette même école a refusé l’inscription de Pauline à la rentrée 2017, en prétextant que l’établissement n’était pas aux
normes d’accessibilité handicap. Mais ma
fille ne se déplace pas en fauteuil ! Lorsque
j’ai enfin réussi à lui trouver une maternelle
plus accueillante, j’ai appris qu’elle n’aurait
pas d’AVS. Enième combat : j’ai dû faire le
tour des médias, TF1, BFMTV, France 3 Alsace pour obtenir gain de cause auprès de la
Maison départementale des personnes handicapées. A l’école, je suis surnommée “la
mère dragon”, ce genre de mère qui râle tout
le temps sur tout et qui prend toujours la défense de ses enfants. A chaque rentrée, il
faut remonter sur le ring avec l’angoisse de
l’échec. Mais sans mon acharnement, qui serait là pour protéger les droits de mes filles?
L’Etat nous a abandonnés et laissés sur le
bord de la route.» Recueilli par A.Mo.
UNE MÈRE DONT LE FILS AUTISTE S’APPRÊTE À PARTIR EN BELGIQUE
«AU LIEU D’ÊTRE SOUTENU, C’EST L’INVERSE QUI SE PRODUIT»
«C’est mon sixième enfant. J’ai su
tout de suite que quelque chose
n’allait pas. Il criait beaucoup et ne
se développait pas comme les
autres, je le voyais bien. A 3 ans, il
a été diagnostiqué autiste. Il comprend tout mais ne parle pas, à part
quelques mots. Quand il était encore à la maison, j’avais réussi à
établir un moyen de communication avec lui, avec des images. Cela
marchait bien. Il aurait pu apprendre la langue des signes si seulement j’avais trouvé un institut. As-
sez vite, il est allé à l’hôpital de jour
pour enfants. Au début, ça allait, le
psychiatre était très bien, mon fils
faisait des progrès. Les choses se
sont gâtées quand le docteur est
parti à la retraite. Mon fils se retrouvait régulièrement enfermé en
chambre d’isolement. J’ai protesté.
Je ne pouvais pas le supporter. Je
me suis retrouvée avec les services
de l’enfance sur le dos. Il est difficile pour moi d’en parler, j’ai peur
encore aujourd’hui et c’est pour
cela que je préfère rester anonyme.
Disons juste que si vous contredisez l’administration de santé dans
les choix qu’elle fait pour votre enfant, on ne vous facilite pas la vie…
Jusqu’à ce que vous craquiez.
«Au lieu d’être soutenu, c’est l’inverse qui se produit. J’ai fait tout ce
que j’ai pu pour sortir mon fils de
là. Le seul institut médico-éducatif
(IME) que j’ai trouvé ne le prenait
que quelques heures par jour. Mais
le reste du temps ? J’ai des problèmes de santé, je ne peux pas lui
courir derrière s’il m’échappe. Sans
cesse, on vous renvoie cette image
de mauvaise mère, parce que vous
ne pouvez pas vous occuper de votre enfant. C’est très dur. A 18 ans,
il a été transféré en hôpital psychiatrique, dans le service des cas
les plus difficiles, sous haute sécurité. Le seul où il y avait de la place.
Sauf que mon fils n’est pas violent!
Le personnel lui-même reconnaît
qu’il n’a rien à faire là. Je ne peux
le voir que deux fois par semaine,
dans une petite salle de visite. A
part tourner en rond, il ne peut pas
faire grand-chose. Il y a une toute
petite cour, c’est tout. Parfois, ils le
mettent à l’isolement pour le protéger des autres patients.
«L’assistante sociale vient d’obtenir
une place en Belgique, où il sera
transféré dans quelques jours. C’est
très loin mais que faire? La France
a un tel retard. On se sent tellement
oublié en tant que parents. J’espère
qu’il sera bien traité là-bas. Il a du
potentiel mon fils, il est capable de
faire plein de choses.»
Recueilli par M.Pi.
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Libération Mercredi 6 Juin 2018
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à eux-mêmes
A l’école, le parcours
du combattant
de l’inclusion
Malgré la loi
et les promesses,
la scolarisation
des enfants
handicapés
reste défaillante.
YOHANNE LAMOULÈRE. TENDANCE FLOUE
C’
ELISE ET DAMIEN JOUSSEMET, 39 ET 43 ANS (GÉMENOS)
«NOUS SOMMES EN RÉEL DANGER, BIEN SOUVENT
INCAPABLES DE VENIR EN AIDE L’UN À L’AUTRE»
«On est dans une situation dramatique et
tout le monde s’en fout. Les heures d’aide humaine de Damien, mon mari, ont été réduites alors que son état s’est dégradé et moi j’attends une décision du tribunal, saisi depuis
un an, pour avoir les miennes. Damien a été
victime d’un traumatisme crânien en 2001
après une chute de cheval. Il a des troubles
de la parole et de la mémoire. Il ne peut plus
marcher. Quant à moi, je suis atteinte d’un
rhumatisme inflammatoire chronique très
sévère qui entraîne la dégénérescence de
mes articulations et je suis aussi coincée
dans un fauteuil. Je ne peux pas m’occuper
de mon mari parce que j’ai tout autant besoin
que lui qu’on s’occupe de moi. En novembre,
Damien a déposé un dossier à la maison départementale des personnes handicapées
(MDHP) pour demander une augmentation
des heures de présence de l’auxiliaire de vie.
Jusqu’alors il avait 198 heures par mois. La
réponse à sa requête est arrivée le mois dernier: ce sera désormais 185 heures par mois,
soit 5 à 6 heures d’aide par jour. Le ciel nous
est tombé sur la tête.
«Nous sommes en réel danger, livrés à nousmêmes et bien souvent incapables de venir
en aide l’un à l’autre. Vous n’imaginez pas
comme notre quotidien est un enfer. Comme
je tremble à chaque fois que je vois mon mari
tomber par terre. Comme je crie quand je
l’entends s’étouffer à table et que je suis bloquée dans mon lit. Comme chaque geste du
quotidien, ouvrir une bouteille, une porte,
le robinet, est un cap infranchissable sans
l’aide d’une auxiliaire de vie. Parfois je dois
attendre trois jours avant de pouvoir me faire
accompagner à la pharmacie et acheter mes
médicaments. L’autre soir, notre chat nous
a ramené un rat crevé dans la cuisine. Et bien
le rat crevé est resté là jusqu’au lendemain
matin! C’est de la maltraitance. Pourquoi ne
nous donne-t-on pas l’opportunité de vivre
dans la dignité comme tout le monde ?
«Les gens pensent qu’il suffit de nous installer toute la journée devant la télé ou sur une
terrasse pour nous rendre heureux. Ils ne
connaissent rien au handicap. Ils ne comprennent pas que nous avons les mêmes
projets de vie que les valides, les mêmes besoins, d’autonomie et de vie sociale: sortir,
aller faire ses courses, recevoir des amis,
avoir des enfants… En nous accordant seulement cinq heures de soutien humain par
jour, on bafoue notre droit à vivre comme
les autres. Nous envisageons de déposer
une demande en urgence de la prestation
de compensation du handicap (aide financière versée par le département) car nous
estimons que notre maintien à domicile est
en péril. On nous traite comme des sousêtres humains, il faut que cela cesse. Damien est en colère, moi j’ai la rage. Le gouvernement parle du “changement de regard”
mais moi je n’en ai rien à foutre de comment
on me regarde. Je veux juste qu’on respecte
mes droits, qu’on applique la loi de 2005 qui
a le mérite d’exister. Parce que pendant ce
temps-là, on crève la bouche ouverte.»
Recueilli par A.Mo.
«J’ai la rage. Le
gouvernement parle du
“changement de regard”
mais moi je n’en ai rien
à foutre de comment
on me regarde.
Je veux juste qu’on
respecte mes droits.»
u 5
était l’une des
grandes promesses de Macron
pendant la campagne présidentielle. Permettre à
chaque enfant en situation
de handicap d’aller à
l’école. C’est aussi une obligation légale : la loi du
11 février 2005 donne droit
à tout enfant, quelle que
soit sa situation, de s’inscrire à l’école près de chez
lui. «Le chiffre est en augmentation constante,
l’école a largement ouvert
ses portes», vante
aujourd’hui la secrétaire
d’Etat chargée des personnes handicapées, Sophie
Cluzel. Au dernier compteur: 300815 enfants en situation de handicap sont
scolarisés dans les écoles,
collèges et lycées.
Seulement voilà, derrière
ce chiffre, la réalité est
moins pimpante, selon
Marion Aubry. Cette mère,
au combat depuis six ans
avec sa petite association
Toupi, fatigue de ce discours de façade: «Arrêtons
un peu : l’école n’est pas
plus inclusive qu’avant.
Ces 300 000 enfants dont
parle le gouvernement
étaient déjà dans les écoles.
Sinon, mécaniquement, les
établissements spécialisés
verraient leurs effectifs
chuter. Or ce n’est pas le
cas…» Elle s’indigne des
choix politiques qui sont
faits, notamment dans la
gestion des auxiliaires de
vie scolaire (AVS) qui
aident les enfants handicapés. «Là encore, le gouvernement affirme qu’à la rentrée 2018, il y aura
11 200 AVS supplémentaires, mais en réalité, on ne
fait que saupoudrer les
heures d’AVS. Il y a parfois
une AVS pour… 9 enfants!
Quand on aide un élève
deux heures par semaine,
c’est suffisant pour considérer que Macron a tenu sa
promesse ?» Jean-Luc Duval, du Collectif citoyen
handicap, est lui aussi désabusé: «C’est sans compter
les interruptions d’AVS en
cours d’années, parce qu’elles démissionnent ou sont
en arrêt maladie à cause
des conditions de travail…»
L’une d’entre elles nous a
écrit il y a quelques semaines, complètement à bout.
Dans sa lettre, elle raconte
«ce sentiment de gâchis»,
de ne pouvoir faire correctement son travail par
manque de formation et
parce «que rien ne va dans
le bon sens». Elle pointe notamment les changements
d’affectation en cours d’année : «Du jour au lendemain, tu dois dire à un enfant que tu le quittes, alors
que ces gamins-là ont un
besoin vital de stabilité.»
Marion Aubry, de Toupi, a
du mal à percevoir des
éclaircies à l’horizon: «Apparemment, le gouvernement envisage de confier
aux chefs d’établissements
la gestion des AVS. Cela
voudrait dire que les parents n’auraient plus de recours possible.» Interrogée,
la secrétaire d’Etat Sophie
Cluzel veut rassurer: «Des
expérimentations ont été
lancées sur deux territoires
pour voir comment mutualiser les moyens. On va
prendre le temps de regarder ce que ça donne. On est
dans “l’école de la confiance” qu’on veut rebâtir
avec Jean-Michel Blanquer.
Cela passe d’abord par faire
confiance aux parents.»
L’Unapei, une importante
fédération d’associations
impliquées dans le handicap mental, tique : «Le
week-end dernier, notre
congrès annuel portait sur
l’école inclusive justement.
Les parents sont venus en
masse, tous attendaient le
ministre de l’Education. Il
n’est pas venu. Cela peut
paraître anecdotique, mais
c’est un symbole fort pour
ces parents qui se sentent
exclus de l’école.»
MARIE PIQUEMAL
FACE AUX CARENCES
FRANÇAISES, L’EXIL BELGE
C’est tout le paradoxe : plus la personne a besoin
d’une prise en charge importante, moins il existe
de structures en France prêtes à l’accueillir.
A bout, certaines familles se tournent vers la
Belgique. Le long de la frontière, un business
lucratif s’est développé depuis une trentaine
d’années sur les carences de l’Etat français.
C’est la Sécurité sociale ou les conseils
départementaux qui financent. Libération avait
dénoncé cet exil forcé en 2014. A l’époque,
le gouvernement s’était engagé à stopper les
départs contraints. Qu’en est-il depuis ? La
secrétaire d’Etat aux personnes handicapées,
Sophie Cluzel, l’assure : «Il n’y a plus du tout
d’orientation non désirée en Belgique, et nous
travaillons avec les départements frontaliers
pour proposer des solutions de rapatriement.
Il y a encore environ 6 000 Français handicapés
en Belgique.» Isabelle Resplendino soupire.
Cette Française, installée depuis vingt ans
à la frontière, connaît parfaitement la situation.
Elle aide bénévolement des familles dans leur
quête désespérée de solution. Son téléphone
sonne encore plusieurs fois par jour. «Tant que
l’Etat français ne prendra pas ses responsabilités,
l’exil continuera.» A l’écouter, la situation «est
encore pire qu’avant. Pour limiter les flux, l’Etat
français rechigne à financer les prises en charge
en Belgique. Sauf que les familles, toujours sans
solution, sont en grande détresse». En France,
l’option de dernier recours reste souvent
l’hôpital psychiatrique, pourtant inadapté.
«C’est un secret de polichinelle. Il y a des milliers
d’adultes dans les hôpitaux qui n’ont rien à y
faire», s’énerve Danièle Langloys, d’Autisme
France. «Le gouvernement dit vouloir vider
les hôpitaux, et développer à la place des soins
ambulatoires à la maison. Mais pour les plus
lourdement handicapés, cela ne règle rien !»
M.Pi.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6 u
MONDE
Libération Mercredi 6 Juin 2018
CHILI «On parlera de cette “révolution
féministe” dans les livres d’histoire»
Par
Né à l’université de Valdivia
au milieu du mois d’avril, le
mouvement des étudiantes
contre le harcèlement et les
agressions sexuelles a pris
une ampleur inédite dans
ce pays très catholique. Une
vingtaine d’établissements
sont aujourd’hui bloqués et
une nouvelle manifestation
est prévue ce mercredi.
JUSTINE FONTAINE
Correspondante à Santiago
«O
n nous tue, on nous viole,
et personne ne fait rien !»
«No es no [“non c’est non”],
qu’est-ce que t’as pas compris, le n ou
le o?» Dans les rues chiliennes, depuis
près d’un mois, ce sont les voix féminines qui portent le plus. Malgré le froid
perçant de cette fin d’automne austral,
quelques étudiantes s’affichent seins
nus, des messages féministes peints sur
le corps. «Il y a des dizaines de cas
d’agressions, de harcèlement sexuel à
l’université, mais on n’a pas de texte satisfaisant pour protéger les victimes et sanctionner les agresseurs. On est tellement en
colère qu’on n’avait pas d’autre choix que
de se mobiliser», lâche Constanza Quinteros, étudiante en gestion à l’Université
du Chili. Le 16 mai, la manifestation
à l’appel de la Confédération étudiante
chilienne (Confech) a réuni 25000 personnes à Santiago selon la police,
150000 selon les organisatrices. Une mobilisation pour les droits des femmes
d’une ampleur inédite depuis la dictature de Pinochet (1973-1990). Une nouvelle manif est prévue ce mercredi.
Le mouvement a commencé mi-avril
dans le sud du pays, à l’université de
Valdivia. Accusé de harcèlement sexuel
envers une employée de l’université, un
prof a simplement été changé de poste.
Pour protester contre cette décision, les
étudiants ont décidé d’occuper leur établissement. Dix jours plus tard, c’était au
tour de la prestigieuse fac de droit de
l’Université du Chili, à Santiago. Là, l’exprésident du tribunal constitutionnel,
qui est aussi professeur, est accusé
d’avoir harcelé sexuellement une étudiante. A l’issue d’une enquête interne,
il a été suspendu pour trois mois pour
«atteinte à la probité». A ce jour, le règlement de l’université ne permet pas de
sanctionner un cas de harcèlement entre
un professeur et un élève, assure le
doyen. «Nous avons décidé de nous emparer de ce cas, qui illustre bien ce qui nous
arrive en tant que femmes depuis des années, raconte Danae Borax, l’une des porte-parole des étudiants de la faculté. On
s’est dit qu’on devait montrer que ce genre
de situation n’est plus acceptable. Et on
a décidé d’occuper la fac», poursuit-elle,
assise dans la cour de la faculté de droit,
à côté des banderoles de la dernière manifestation.
«Solidarité et confiance»
Dans les jours et les semaines qui suivent, plus de 20 universités et lycées du
pays ont suivi le mouvement. Même la
très conservatrice Université catholique
de Santiago a été occupée pendant quelques jours, une première depuis lll
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Libération Mercredi 6 Juin 2018
plus de trente ans. En 2016, dans
10 universités (sur 43), 228 cas de violences sexuelles ont été dénoncés auprès
des représentants étudiants chargés du
suivi des questions de genre et de sexualité. Des chiffres parcellaires, selon les
militantes. A l’Université de Santiago,
«nous avons déjà reçu 80 plaintes cette
année», assure Amanda Mitrovich, étudiante et porte-parole de la Coordination
féministe étudiante (Cofeu), créée il y a
deux ans. «Dans chacune dans nos universités, nous avions de nombreux cas et
nous cherchions à gérer ça, poursuit la
militante de 20 ans, assise sur un banc du
campus –quasi désert– de l’université en
grève depuis plusieurs semaines. On s’est
vite rendu compte que les règlements intérieurs ne fonctionnent pas, et qu’au Chili,
le harcèlement sexuel n’est puni par la loi
que dans le cadre de relations de travail»,
pas s’il a lieu entre un prof et son étudiant(e), ni en dehors de l’université.
Au début du mouvement, les étudiantes
ont organisé des assemblées réservées
aux femmes. «Elles ont servi d’exutoire à
beaucoup d’étudiantes. Certaines ont raconté les violences qu’elles avaient subies,
témoigne Tamara Catalan, entrée cette
année à l’Université de Santiago. Ça a été
un moment de solidarité et de confiance
entre femmes.» Dans cet établissement,
qui participe à presque toutes les mobilisations, les messages féministes se sont
fait une place sur les murs: «Non au harcèlement», lit-on ici; «Marre de porter le
fardeau machiste», un peu plus loin.
lll
«Influence de l’Eglise»
Manifestation
étudiante
à Santiago,
le 16 mai.
PHOTO JOSÉ
MIGUEL ROJAS.
SIPA
Gary Gutiérrez, étudiant en ingénierie
civile, est venu boire un verre sur le campus avec des amis. Il a la conviction d’assister à un moment clé de l’histoire.
«Avec un ami, on se disait qu’on parlerait
sûrement de ce mouvement dans les livres d’histoire comme de la “révolution
féministe”, d’une mobilisation qui aura
changé la société, souligne-t-il, emmitouflé dans un manteau. Chez moi, on ne
parlait pas du féminisme. Maintenant,
c’est devenu une source de débats. Tout
le monde n’est pas du même avis, mais on
en discute à travers tout le pays.»
Par rapport à plusieurs de ses voisins, le
Chili est un pays historiquement conservateur, et «l’influence de l’Eglise sur la
politique y reste très importante, rappelle
Luna Follegati, historienne du féminisme au Chili et militante du Frente
Amplio (gauche contestataire). Par
exemple, la dépénalisation partielle de
l’avortement a été adoptée seulement l’an
dernier, et le divorce n’est légal que depuis 2004.» Aujourd’hui, les étudiantes
demandent l’adoption par toutes les facs
d’un règlement pour sanctionner les violences sexuelles : 10 % seulement des
établissements du supérieur l’ont fait
pour l’heure, et quand il y en a, les étudiantes souhaitent que ces textes soient
revus, pour protéger les victimes et rendre les procédures plus équitables. Elles
exigent aussi la formation des profs et
des étudiants aux problématiques de
genre, davantage d’auteures dans les bibliographies, l’autorisation pour les
transexuels d’utiliser leur nom d’usage,
des mesures pour favoriser les carrières
des enseignantes-chercheuses…
Les revendications vont au-delà de l’université: les étudiantes réclament une loi
globale. Selon des chiffres révélés par la
présidence du pays en 2016, 31% des Chiliennes ont subi des violences sexuelles
au cours de leur vie, deux fois plus qu’en
France. «Le moment est venu de faire face
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à notre histoire, afin de changer pour
toujours la manière dont nous traitons
nos femmes», a réagi le Président, Sebastian Piñera, fin mai, avant de proposer
l’inscription de l’égalité homme-femme
dans la Constitution. L’homme de droite
demande aussi aux parlementaires l’examen en urgence de plusieurs projets de
lois, contre la violence conjugale ou encore pour garantir aux parents qui travaillent l’accès à une place en crèche.
«Opportuniste»
Sebastian Piñera, milliardaire qui s’est
illustré par de nombreuses remarques
sexistes au cours de sa carrière politique, a sans doute voulu montrer un visage différent de celui adopté pendant
son premier mandat (2010-2014), lors
des gigantesques manifestations pour
la gratuité de l’éducation. Face au plus
grand mouvement social depuis la fin de
la dictature, il avait mis des mois avant
de recevoir les étudiants, et continuait
d’assurer – jusqu’à la campagne prési-
u 7
dentielle de l’an dernier– que «l’éduca- côté d’une statue de Jean-Paul II, entre
tion est un bien de consommation». autres actions– sont toutefois rejetées
Pourtant, ces annonces n’ont pas con- par une partie des Chiliens. «Il y a des
vaincu les représentantes du mouve- gens qui se mobilisent pour défendre les
ment féministe, qui
[“compliments” adressés aux
continuent de defemmes], c’est-à-dire le harPÉROU BOLIVIE
mander la démiscèlement de rue ou qui diPARAGUAY
sion du ministre de
sent qu’on veut que tout
CHILI
l’Education. Cele monde devienne gay,
BRÉSIL
URUGUAY
lui-ci a jugé que les
ou je ne sais quoi,
Santiago
femmes chiliennes
s’exaspère Amanda
ARGENTINE
ne subissaient que
Mitrovich, la porteOcéan
de «petites humiliaparole de la Cofeu.
Atlantique
Océan
tions» à l’université.
Une partie importante
Pacifique
ÎLES
MALOUINES
«La droite essaye de
de la population n’a pas
s’emparer du fémicompris que tout ce qu’on
Cap Horn
nisme de manière assez
demande, c’est d’avoir les
600 km
astucieuse et opportuniste
mêmes droits que ceux dont
pour désactiver le conflit. Mais le
bénéficient les hommes.» De fait,
gouvernement ne reprend pas les deman- pour Luna Follegati, «le féminisme au
des formulées par les étudiantes», souli- Chili a toujours pris une forme assez ragne la chercheuse Luna Follegati.
dicale. Il dérange, et c’est très bien comme
Les demandes des étudiantes, et les for- cela. Sinon, il ne mènerait qu’à des transmes d’expression adoptées par une par- formations cosmétiques. Or je crois que
tie d’entre elles –une photo seins nus à ce mouvement va bien au-delà». •
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8 u
MONDE
Libération Mercredi 6 Juin 2018
LIBÉ.FR
Couples gays : même droit
de séjour dans l’UE Le conjoint
homosexuel d’un Européen bénéficie
des mêmes droits qu’un hétérosexuel quand il demande un titre
de séjour dans l’UE, quelle que soit sa nationalité, y compris dans
un Etat membre ne reconnaissant pas le mariage entre personnes
de même sexe, a décidé mardi la justice européenne. Elle avait
été saisie par la justice roumaine, qui doit trancher sur la situation
d’un couple gay roumano-américain. PHOTO AFP
Face à cette campagne difficile à cerner, les élites politiques et économiques du
royaume sont désarmées.
Cinq jours après le début du
boycott, Mohamed Boussaïd,
ministre de l’Economie, a
qualifié les boycotteurs
d’«étourdis». Au même moment, le directeur achats
chez Centrale Danone, Adil
Benkirane, les désignait
comme des «traîtres à la nation». Des propos qui ont galvanisé les protestataires. «Les
politiques ont cru que le boycott serait éphémère mais il a
pris beaucoup d’ampleur»,
observe Abderrahmane Rachik. Le chef du gouvernement, Saâdeddine el-Othmani, lui, a demandé à
tourner la page du boycott.
«Mea culpa». L’ampleur
Une enseigne Sidi ali, une marque d’eau boycottée par les Marocains. PHOTO PHILIPPE TURPIN. BELPRESS. ANDIA
Au Maroc, un boycott de l’eau
contre l’oligarchie et la vie chère
Depuis fin avril,
l’eau Sidi ali, le lait
Centrale Danone et
les stations-service
Afriquia sont
boudés par près de
42% des Marocains
pour leurs
prix excessifs.
Une mobilisation
inédite qui a pris
de court les élites.
Par
THÉA OLLIVIER
Correspondance au Maroc
C’
est un détail parlant. Dans ce snack
ouvert en pleine
nuit de ramadan, dans la
petite ville d’Erfoud aux
portes du désert marocain, il
n’y a aucune bouteille d’eau
minérale Sidi ali dans le frigo.
«Oui, je boycotte, je suis avec
le peuple», revendique le pro-
priétaire. Même son de cloche à Casablanca, la capitale
économique du pays. Un épicier avoue écouler au compte-gouttes son stock de cette
marque habituellement la
plus populaire du royaume,
qu’il n’a pas réapprovisionnée
depuis plus d’un mois.
Le mouvement a démarré
le 20 avril, lorsqu’un premier
post Facebook anonyme a
donné le coup d’envoi de la
campagne de boycott contre
trois marques phares du Maroc aux tarifs jugés beaucoup
trop élevés. Dans le viseur :
l’eau minérale Sidi ali, le lait
Centrale Danone et les stations-service Afriquia. Désormais, la campagne s’élargit
aussi aux sardines, dont les
prix ont plus que doublé depuis le début du ramadan, il
y a trois semaines. L’opération est très largement suivie.
Selon une enquête réalisée
le 22 mai pour le quotidien marocain l’Economiste,
42 % de la population applique ce boycott, principalement les jeunes, les femmes
et la classe moyenne.
«Cette mobilisation anonyme
n’a ni stratégie ni revendication précises, mis à part la
volonté de s’opposer aux prix
chers. Si on ne sait pas qui en
est l’initiateur, on connaît ses
deux principales cibles :
des personnalités de l’establishment, proches du palais
royal», analyse le sociologue
Abderrahmane Rachik, spécialiste des mouvements
de protestation au Maroc.
D’abord, Aziz Akhannouch,
propriétaire de la société de
distribution de carburant
Afriquia, est aussi ministre de
l’Agriculture, milliardaire
et proche du roi. Ensuite,
Miriem Bensalah-Chaqroun,
à la tête des Eaux minérales
d’Oulmès, distributeur de
Sidi ali, est l’ancienne présidente de la Confédération générale des entreprises du Ma-
roc, l’équivalent du Medef en
France. «La campagne de boycott est l’expression d’un rasle-bol généralisé qui s’inscrit
dans la suite des protestations
du Rif, de Zagora et de Jerada
[trois régions qui ont connu
des mouvements sociaux ces
derniers mois, ndlr]», estime
le député du Parti socialiste
unifié Omar Balafrej, qui soutient le boycott.
Ftour. «Des professionnels
de la protestation, anonymes,
ont lancé cette mobilisation
qui a été suivie d’abord par
des sympathisants puis par
des jeunes mécontents», explique Abderrahmane Rachik.
Au Maroc, le taux d’emploi est
de 42%, et un tiers des jeunes
n’ont ni travail ni formation,
selon le Haut Commissariat
au plan, organisme de statistiques officielles. «Boycotter
et se mobiliser sur les réseaux
sociaux ne demande ni autorisation, ni argent, ni compé-
tences. Depuis 2013, protester
dans la rue est devenu risqué,
face à un gouvernement qui
empêche toute manifestation
sans autorisation préalable»,
continue le sociologue.
A Marrakech, un épicier est
assiégé par des clients venus
acheter les derniers ingrédients pour préparer le ftour,
le repas de rupture du jeûne.
«Même avec la réduction des
prix du lait Centrale Danone,
les clients n’en veulent pas»,
témoigne l’homme au tablier
blanc. Le groupe a tenté une
opération de «réconciliation»
en baissant les prix de 7 à
6 dirhams (60 à 50 centimes
d’euros) pour deux packs de
lait, sans succès. Centrale Danone, la marque la plus affectée par le boycott, s’attend
à un «repli de 20% de son chiffre d’affaires» et une perte de
13,5 millions d’euros au premier semestre. Sa collecte de
lait dans le réseau marocain
a déjà été réduite de 30%.
inattendue de l’opération fait
craindre aux autorités la réaction des investisseurs étrangers. «Le gouvernement est
déterminé à entreprendre des
initiatives visant à améliorer
le pouvoir d’achat des citoyens
et à agir avec fermeté en matière de contrôle du marché»,
a annoncé le gouvernement
dans un communiqué publié
le 1er juin. Une commission
sera créée pour examiner
l’évolution des prix et proposer des solutions allégeant
la pression sur le pouvoir
d’achat des ménages. Une
réponse insuffisante pour
Omar Balafrej, membre de
l’opposition qui demande à
remettre sur pied le Conseil
de la concurrence, une institution au point mort.
«Le boycott est en train de se
retourner contre le gouvernement El-Othmani, dont le prédécesseur avait appliqué la libéralisation des prix et la fin
de la caisse de compensation
pour les produits de nécessité», avertit Abderrahmane
Rachik. En conséquence, les
opérateurs des hydrocarbures, dont Afriquia, ont doublé leurs marges, selon un
rapport parlementaire présenté le 15 mai. «Maintenant,
nous attendons un mea culpa
des sociétés et qu’elles remboursent les 17 milliards de
dirhams [1,5 milliard d’euros]
gagnés de façon abusive»,
revendique Omar Balafrej,
qui espère que le succès du
boycott redonne «confiance
aux citoyens». En attendant,
les épiciers affichent fièrement des marques concurrentes dans leurs rayons. •
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Libération Mercredi 6 Juin 2018
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LIBÉ.FR
u 9
Football Décidément, Sergio Ramos n’a pas fini de
faire parler de lui. Plaidant déjà coupable lors de la
sortie sur blessure de la star de Liverpool Mohamed
Salah en finale de la Ligue des champions remportée par son club du Real
Madrid (3-1) le 26 mai, le défenseur aurait sa part de responsabilité dans
la performance catastrophique de Loris Karius (photo), le gardien
des Reds. Ce dernier aurait souffert d’une commotion cérébrale après
un coup de coude asséné par l’Espagnol peu avant de commettre les deux
bourdes monumentales qui ont coûté le titre aux Anglais. PHOTO AFP
«L’accord [de Vienne sur
le nucléaire] n’empêchera pas l’Iran
de se doter de la bombe atomique.»
AP
BENYAMIN
NÉTANYAHOU
Premier ministre
israélien
En visite à Paris mardi et mercredi, le Premier ministre
israélien Benyamin Nétanyahou, qui a rencontré Emmanuel Macron pour la troisième fois, veut infléchir la
position de la France sur le
nucléaire iranien et poursuivre son offensive pour
créer un front commun
contre Téhéran. Nétanyahou
est en tournée européenne
contre l’accord sur le nucléaire. Lundi, il a même mis
en garde la chancelière Angela Merkel contre un nouvel
afflux de réfugiés syriens en
Allemagne si Berlin ne se
montrait pas plus ferme face
à l’Iran.
Pour le chercheur Thierry
Coville, le Premier ministre
israélien «espère convaincre
les Européens de mettre la
pression sur l’Iran au sujet
des missiles balistiques et de
leur rôle dans la région». Depuis le 8 mai et l’annonce par
Donald Trump du retrait des
Etats-Unis de l’accord sur le
nucléaire iranien, Israël insiste sur les risques sécuritaires qui pèsent sur son
territoire.
Mardi, Téhéran lui a donné
du grain à moudre en annonçant la mise en route d’un
plan visant à augmenter sa
capacité à enrichir l’uranium. La veille, le directeur
de l’Organisation de l’énergie
atomique d’Iran (OEAI), Ali
Akbar Salehi, avait informé
l’Agence internationale de
l’énergie atomique du «lancement de certaines activités»:
«Si les conditions le permettent, peut-être que mercredi
soir, à Natanz, nous pourrons
déclarer l’ouverture du centre
de production de nouvelles
centrifugeuses», a-t-il dit, affirmant que ces projets ne
violaient pas l’accord conclu
en juillet 2015 à Vienne. De
quoi placer Macron et l’Europe sous la double pression
d’Israël et de Téhéran. C.De.
Syrie Les Kurdes se retirent de Manbij
Avant la guerre, Manbij n’était qu’une
petite ville du nord de la Syrie. Depuis l’été 2016 et la défaite des jihadistes de l’Etat islamique,
Manbij
Alep
chassés par des combattants kurSYRIE
des et arabes, elle incarne la
LIBAN
complexité d’un conflit où des
Damas
IRAK
forces locales et étrangères se toiIE
AN
sent
au risque de basculer dans un
RD
O
J
50 km
affrontement généralisé. A Manbij, les
soldats américains ne sont qu’à quelques
kilomètres des premières positions turques. Jusqu’à présent,
en cas d’offensive d’Erdogan, soit ils lâchaient leurs alliés kurdes, soit ils combattaient la Turquie, membre de l’Otan
comme eux. La situation s’est un peu simplifiée mardi, lorsque
les combattants kurdes des Unités de protection du peuple
(YPG) ont annoncé dans un communiqué qu’ils se retiraient
de la ville. «Ce n’est pas un retrait massif. Il ne restait que quelques hommes au sein du conseil militaire. L’essentiel des combattants était parti à la fin 2016», explique Khaled Issa, représentant en France du Rojava, la région kurde syrienne. «Nous
ne pouvons pas laisser une région ou une ville aux mains d’une
organisation terroriste», a affirmé le ministre turc des Affaires
étrangères. «Si on laisse faire les Turcs, ils vont contrôler Damas», rétorque Khaled Issa. L.Ma.
Mé Mer
dit
err
ané
e
TURQUIE
Microsoft se paie un géant du logiciel libre
Après avoir combattu pendant des années le «cancer»
du logiciel libre, Microsoft
vient de s’emparer d’une
des principales plateformes
de développement en code
ouvert. A l’offensive dans ce
secteur depuis l’arrivée à
sa tête de Satya Nadella
en 2014, l’éditeur de Win-
dows et Office vient d’annoncer le rachat de GitHub
pour 7,5 milliards de dollars
(6,4 milliards d’euros).
Deuxième capitalisation
boursière mondiale devant
Google, le géant peut se permettre cette emplette très
stratégique. Dans la course
de vitesse entre les géants de
la «Tech» (Google, Amazon,
IBM, Salesforce, etc.) pour
s’imposer comme le leader
du nuage informatique,
c’est à qui proposera le plus
d’outils et de services pour
attirer le maximum d’entreprises et de développeurs sur
sa plateforme. «La bataille se
concentre sur l’idée que celui
qui attirera le plus de développeurs dans son écosystème
emportera la mise, explique
l’analyste pour la société
d’études IDC Frank Gens.
GitHub va permettre à
Microsoft de consolider et
d’élargir ses relations au sein
de cette communauté clé.»
C. Al.
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10 u
FRANCE
Libération Mercredi 6 Juin 2018
Etatsgénéraux
delabioéthique
De la
naissance
à la mort,
les affres
de l’avis
Après cinq mois de débats avec
les citoyens, le comité national
d’éthique a rendu mardi un
rapport qui fait état des clivages,
sans les trancher. Si un avis sera
rendu en septembre, l’exécutif
devrait avoir le dernier mot.
Par
ÉRIC
FAVEREAU
I
l l’a dit et répété : «Vous allez être déçus.» Le président du Comité consultatif national d’éthique
(CCNE), Jean-François Delfraissy, n’a pas tort.
A l’heure de la présentation, mardi, du rapport des états
généraux de la bioéthique qui se sont tenus de janvier
à mai, ceux qui espéraient des prises de positions claires sur la fin de vie ou l’assistance médicale à la procréation ont dû être dépités. Car du rapport, il ressort essentiellement une sorte de cartographie des arguments des
uns et des autres, photographie partielle de l’état d’une
partie de la société sur ces questions. «C’est une des limi-
Rassemblement interassociatif pour la généralisation de la PMA, à Paris, le 27 avril 2015. PHOTO ALBERT
tes de ces états généraux, car nous n’avons que la vision
de ceux qui ont participé, c’est-à-dire, entre autres,
celle des 30 000 personnes qui ont posté sur le Web
65000 contributions, a insisté Jean-François Delfraissy.
La France profonde, la banlieue ne sont pas venues, et
il y a eu aussi une forte présence de militants sur certains
thèmes, en particulier sur la PMA. Il n’empêche, il y a
eu une forte mobilisation, inattendue même.»
Une bioéthique à la française
Peut-être le plus important, ce rapport de synthèse de
près de 200 pages révèle qu’il y aurait comme une «éthique à la française» que partageraient les participants,
même dans leurs clivages. «Cela nous a frappés. Au-delà
des positions des uns et des autres, il y a des principes
largement partagés, dont le respect de la gratuité du don
de gamètes et la non-commercialisation du corps humain. De même, le respect de la liberté et de l’autonomie
de chaque personne. Il a été ainsi souvent évoqué le droit
de savoir, comme celui de ne pas savoir», précise le rapport. Enfin, il y a «le respect du droit à la différence et
la protection des plus faibles». «Nous avions retenu
neuf thèmes, résume Jean-François Delfraissy. Mais un
autre, non prévu, s’est imposé au fil des débats, c’est la
place du citoyen dans la médecine du futur. C’est une
question forte, insistante. Pour autant, nous avons pu
noter une certaine méfiance des citoyens vis-à-vis des
scientifiques ou des médecins. Ce n’est peut-être pas nouveau, mais elle est là.»
PMA et fin de vie, toujours en débats
C’est bien sûr sur ces deux thèmes fortement conflictuels que l’on attendait beaucoup du rapport. Or le texte
se garde de trancher et se veut «neutre» et «objectif», se
contentant de lister les points de vue pour conclure que
«les positions des uns des autres sont inconciliables». On
l’aurait deviné…
Derrière cette évidence, le président du CCNE pointe
cependant des évolutions. «Sur la PMA, le débat s’est
cristallisé sur l’ouverture aux femmes seules et aux couples de femmes, mais ce ne sont pas les seuls thèmes qui
ont émergé. Il y a eu beaucoup de débats sur l’accès aux
origines, sur l’autoconservation ovocytaire, voire sur
l’anonymat des dons de gamètes.» Plus intéressant,
«malgré les dissensions exprimées, des éléments sont consensuels: la diversité des structures familiales est acceptée comme une réalité; les éléments de l’histoire biologique sont désormais nettement différenciés de l’histoire
sociale» et «le désir d’enfant est perçu par tous comme
légitime». Ce qui n’était pas le cas lors de la dernière révision des lois de bioéthique, il y a huit ans.
Sur la fin de vie, le rapport estime que le débat est
aujourd’hui beaucoup moins tendu et crispé, sauf peutêtre dans le milieu médical. Là aussi, en dépit des attitudes très clivantes sur l’euthanasie ou le suicide assistée,
il y a une série de points consensuels. D’abord ce constat, partagé par tous: «On meurt mal en France et les conditions autour de la mort doivent être fortement améliorées. […] La loi Claeys-Leonetti qui encadre actuellement
la fin de vie est mal connue, mal appliquée. Il y a toujours
une insuffisance chronique de soins palliatifs.» Et surtout, ce rappel que la question concerne d’abord le quatrième âge, et donc les personnes âgées placées en institution, et que cet aspect n’est pas assez abordé.
Toujours sur la fin de vie, il avait été constitué, de manière indépendante, un comité citoyen qui devait regarder le déroulement des états généraux, mais aussi de
réfléchir sur deux thèmes: la génomique et la fin de vie.
Sur ce deuxième volet, le comité citoyen n’a pas adopté,
lui non plus, une position unanime. Mais deux tiers du
comité citoyen s’est fortement prononcé pour l’ouverture vers le suicide assisté et l’euthanasie. «La situation
actuelle nous paraît à la fois hypocrite et inadaptée, écrit
le comité. Nous souhaitons donc que la loi s’ouvre.»
«
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Libération Mercredi 6 Juin 2018
u 11
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«On attend peut-être trop
du débat public»
E
FACELLY
Génomique, banque de données,
dons d’organes…
Ces autres thèmes ont été beaucoup moins débattus.
«C’est pourtant là qu’il y a eu le plus de propositions»,
a noté Jean-François Delfraissy. Ainsi sur les dons d’organes, il a été mis en avant le souhait d’«un aménagement du consentement présumé», ou de «créer sous
conditions un statut de donneur». De même sur la question des tests génétiques et de la génomique, est apparu
«un besoin d’information sur ce que sont ou ne sont pas
les examens génétiques et leur portée». Ou encore: «Le
désir de conserver une liberté de choix est affirmé: choix
de savoir ou de ne pas savoir, choix de garder ou non un
enfant malgré la prédiction d’un handicap. Même si cela
ne lèvera pas la tension qui prévaut au sein de la société entre la crainte d’un eugénisme et la volonté de réduire les souffrances.»
Et après ?
Que va devenir ce rapport? Tout d’abord, le texte va être
transmis à l’Office parlementaire d’évaluation des choix
scientifiques. Puis le Comité d’éthique va rendre un avis
formel en septembre sur la révision des lois sur la bioéthique, proposant ou non des changements. Et ce sera
ensuite au Parlement de proposer le texte d’une révision qui devrait avoir lieu à l’Assemblée nationale au
début de l’année 2019.
Tel est donc le schéma formel. Pendant ce temps-là,
le président de la République, Emmanuel Macron,
continue ses dîners informels sur les questions de bioéthique. Le premier a concerné la fin de vie et le mois
dernier, une vingtaine d’invités se sont retrouvés
autour de lui pour discuter de l’assistance médicale à
la procréation. Nul ne doute que, dans une présidence
qui se veut aussi jupitérienne, tout se jouera donc à
l’Elysée, limitant un peu, du même coup, l’importance
de ces états généraux. •
tienne Caniard, exprésident de la Mutualité française, a organisé les états généraux de la
santé en 2000, salués comme
un succès de démocratie participative avec l’intrusion
massive des patients et de
leurs témoignages.
Des états généraux de la
bioéthique, est-ce bien
utile pour prendre la
température de l’opinion?
Le débat public est toujours
utile, à condition de ne pas se
réduire à une stratégie de
communication politique
destinée à faire accepter une
décision déjà prise. En
France, ces types de débats
ont longtemps été marqués
par une forme de paternalisme, reflet d’une crainte et,
surtout, d’une méfiance visà-vis de la parole citoyenne.
Avec les états généraux de la
bioéthique, on a assisté à une
institutionnalisation du débat public qui a conduit de
nombreux acteurs à se saisir
de cette opportunité pour se
faire entendre. C’est pour cela
que l’on a pu constater parfois une instrumentalisation,
voire une «confiscation» de la
parole par des lobbys souvent
minoritaires mais très actifs.
Dans ces états généraux, le
fait que la PMA [procréation
médicalement assistée, ndlr]
ait donné lieu à deux fois plus
de contributions que la fin de
vie ou 25 fois plus que les
données de santé n’est à l’évidence pas le reflet des préoccupations des Français.
Comment éviter alors
que ce ne soient que les
professionnels ou les militants qui parlent ?
Il n’y a pas de solution unique, il faut analyser les formes très différentes d’organisation des débats publics qui
ont été réalisées et essayer
d’en tirer des enseignements.
Il faut être à la fois humble et
créatif en adaptant les
modalités de participation
aux thèmes traités. Il s’agit
aussi de créer les conditions
de l’appropriation du débat
par les citoyens eux-mêmes.
Vous avez l’habitude de
dire que si les états
généraux de la santé dont
vous avez été le coordonnateur ont été un succès,
c’est parce qu’ils vous
ont échappé, les citoyens ture «Chambre de la particiimposant leurs thèmes… pation citoyenne» qui va
Oui, j’avais été frappé par une succéder au Conseil éconosorte de régulation sponta- mique, social et environnenée lors des débats. C’est de mental après la réforme
la salle, du public, que ve- constitutionnelle.
naient les protestations lors- Quel peut être le but de ces
que des organisations corpo- débats publics? Décider?
ratistes, syndicales ou autres Faire émerger un savoir
tentaient de confisquer la pa- profane ?
role. C’est le signe que ces dé- On attend beaucoup du débat
bats étaient réellement per- public, peut-être trop. Dans
çus par le s
les débats sur
malades et leur
les grands profamille comme
jets d’aménales
leurs,
gement, la
comme une occoncertation
casion de parler
est avant tout
de leurs espoirs,
un outil d’aide
de leurs crainà la décision,
tes, de leurs
un outil de
INTERVIEW
difficultés, de
gestion des
leurs souffranconflits. Même
ces. En tout cas, il n’y a pas de si cela est rarement avoué,
réponse unique. Et nous l’objectif des pouvoirs publics
avons besoin d’un labora- lorsqu’ils sont à l’initiative de
toire du débat public pour tels débats est la communifavoriser les initiatives et cation, le souhait de ne pas
échanger sur les expériences être débordé par les réseaux
plus que d’une autorité char- sociaux.
gée de l’organiser. Ce rôle Il y a tromperie, alors ?
pourrait être celui de la fu- Oui et non, car le débat puFNMF
Pour Etienne
Caniard, ancien
président de la
Mutualité française,
il existe un risque
de sacralisation de
la parole citoyenne.
blic touche un peu à tout, ses
objectifs aussi. C’est un terme
mal défini. Nous sommes
passés d’une vision de la décision publique réduite à la
mise en œuvre des conclusions des experts à une quasisacralisation de la parole citoyenne. La démocratie participative ne doit pas conduire à la confusion des rôles.
A l’élu la décision, aux corps
intermédiaires la négociation, aux citoyens l’expression d’une réalité vécue. La
réconciliation de l’individu
et du collectif est un défi important pour nos sociétés,
notamment face à la montée
des populismes. Je me méfie
de l’engouement qui entoure
aujourd’hui certains outils,
comme les pétitions qualifiées de «citoyennes», le tirage au sort de citoyens
«naïfs», au détriment de
l’écoute des points de vue,
dans leur diversité. En tout
cas, il faut résister à la tentation de quantifier les résultats d’un débat public.
Recueilli par É.F.
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12 u
FRANCE
Libération Mercredi 6 Juin 2018
Guillaume Bert, avocat et juge assesseur d’un jour, le 30 mai au tribunal de grande instance de Châlons-en-Champagne.
A Châlons, des avocats contre
la panne d’assesseurs
Par
CHLOÉ PILORGET-REZZOUK
Envoyée spéciale à Châlons-en-Champagne (Marne)
Photos MARC CHAUMEIL
Les juges de ce tribunal
de la Marne, en sous-effectif
depuis fin mars, sont
remplacés par des membres
du barreau bénévoles.
Une situation baroque
qui évite de reporter
des audiences.
REPORTAGE
D’
habitude, il est de l’autre côté
de l’estrade. A quelques minutes du début de l’audience,
Guillaume Bert est «stressé». L’avocat de
32 ans n’a même pas consulté le rôle
d’audience (la liste des affaires du jour)
comme il le fait en temps normal. Objectif: ne pas s’ajouter de «pression supplémentaire» et conserver «un œil neuf».
Car cet après-midi de mai, au palais de
justice de Châlons-en-Champagne
(Marne), Me Bert se glisse dans la peau
d’un juge assesseur. La faute à un criant
déficit d’effectifs.
Postes vacants, arrêt maladie ou congé
maternité non remplacés… Depuis fin
mars, il a pu manquer ici jusqu’à un tiers
des quinze magistrats du siège. «Si l’on
se base sur la moyenne européenne, on
devrait déjà avoir 21 magistrats pour une
juridiction couvrant une population de
quelque 200000 habitants», souligne le
bâtonnier Simon Couvreur. Avec la présidence du tribunal, ce dernier a mis en
place (depuis avril et jusqu’à début
juillet) un planning fondé sur le bénévolat des avocats pour remplacer un des
deux assesseurs lors des audiences correctionnelles du mercredi. Sans ce coup
de pouce, «nous aurions été contraints de
reporter des dossiers jusqu’à début 2019»,
pointe Marie-Laurence Janel, présidente
du tribunal par intérim. Sans oublier le
risque «d’un impact en cascade» sur cer-
tains services de la juridiction civile
comme les affaires familiales, matière
sensible où il reste essentiel que les décisions soient rendues rapidement.
«UN PEU GÊNÉ»
L’opération peut paraître surprenante,
voire interroger : juges et avocats seraient-ils interchangeables ? Les premiers rendent la justice au nom du peuple français, quand les seconds ont choisi
d’exercer les droits de la défense. En réalité, le dispositif est encadré par l’article
L212-4 du code de l’organisation judiciaire: «Les avocats peuvent être appelés,
dans l’ordre du tableau, à suppléer les juges pour compléter le tribunal de grande
«
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«La chancellerie est
déconnectée de la réalité»
Mais ce remplacement est mis en place pendant un mois ou quinze jours, et non pendant
plusieurs mois.
Quelles autres situations illustrent la
détresse budgétaire de la justice en
France ?
Le déficit de greffiers est encore plus imporour Céline Parisot, secrétaire générale tant que celui de magistrats. Au quotidien,
de l’Union syndicale des magistrats, le dans tous les tribunaux de France, les magismanque de magistrats au tribunal de trats [juge d’application des peines, juge des
grande instance de Châlons-en-Champagne enfants, etc.] sont de plus en plus contraints
(Marne) est symptomatique de
de faire une partie du travail des
la paupérisation des moyens
greffiers.
matériels et humains attribués
Le cas de Bobigny (près de
à la justice.
Paris) a aussi fait l’actualité…
Des avocats qui remplacent
Au tribunal de Bobigny, les juges
des juges durant au moins
des enfants accomplissent ainsi
trois mois… Que pensezeux-mêmes, de manière comvous de cette situation ?
plète et permanente, l’ensemble
Cette mesure [encadré par l’ardes tâches du greffe en assistance
ticle L212-4 du code de l’organiINTERVIEW éducative. C’est un cas extrême.
sation judiciaire, ndlr] a été
En janvier, dans son discours
conçue pour des situations extrêmes, pour d’audience solennelle de rentrée, la procupermettre à un avocat de remplacer un juge reure du tribunal a d’ailleurs dénoncé le mandans l’urgence si celui-ci est, par exemple, que d’effectifs et de moyens matériels.
malade ou victime d’un accident. C’est très Vous-même, avez-vous été confrontée
bien que les avocats acceptent de pallier des à un manque de moyens ?
postes vacants de magistrats, mais il est re- Lorsque j’étais magistrate à Chambéry, le
grettable qu’on fasse appel à cet article de ma- conseil des prud’hommes nous avait fait don
nière pérenne! La chancellerie est complète- de ramettes de papier car nous n’avions plus
ment déconnectée de la réalité des de budget pour en acheter. Ces échanges de
juridictions et de leurs besoins réels. De façon matériel de base entre les différentes juridicgénérale, il n’y a pas assez d’affectations dans tions ne sont pas rares. Il est même déjà arrivé
ces petits tribunaux. On manque aussi de ju- que l’on soit contraint d’imprimer les jugeges placés, ces magistrats qui, justement, ments sur le verso de feuilles déjà utilisées.
tournent pour assurer les remplacements.
Chaque année, les crédits de fonctionnement
Au palais de justice de Compiègne (Oise), sont entièrement consommés bien avant le
depuis quinze ans, les avocats rempla- mois de décembre. Les tribunaux vivent à crécent bénévolement les juges pendant les dit pendant plusieurs mois. En mars, la provacances d’été… D’autres juridictions cureure générale de Versailles a ainsi indiqué
sont-elles concernées ?
que le tribunal ne pourra plus payer les fourOui, cela peut se faire dans les juridictions de nisseurs à compter de septembre.
taille modeste lors des vacances judiciaires.
Recueilli par C.P.-R.
Selon Céline Parisot, secrétaire
générale de l’Union syndicale
des magistrats, le remplacement
des juges par des avocats est une
mesure extrême et doit le rester.
P
DR
Le procureur Eric Virbel et la présidente du tribunal Marie-Laurence Janel.
En attendant la reprise de l’audience.
instance.» A condition que les magistrats
restent majoritaires et que ce recours soit
réservé aux cas d’urgence.
Aussi, Guillaume Bert, avocat depuis
sept ans, n’a pas hésité: «Notre juridiction est en souffrance depuis plusieurs
mois. Il me paraît indispensable que le
barreau prête main-forte.» Ce jour-là,
rien ne laisse deviner que le conseil s’est
glissé parmi les trois juges du tribunal.
Lorsque l’audience s’ouvre, sous le haut
plafond et les boiseries de la salle numéro 1, aucune mention n’est faite par
le président de cette situation exceptionnelle. «C’est un oubli», regrette Me Couvreur, assurant que l’annonce a bien été
réalisée lors des précédentes séances.
Durant son premier quart d’heure en
tant que juge, Guillaume Bert a éprouvé
quelques difficultés: si la robe demeure
la même, l’enjeu diffère totalement. «On
est d’abord un peu gêné de regarder les
confrères et le procureur dans les yeux.»
Le plus dur? «Fixer les prévenus de façon
la plus impartiale possible, en retirant sa
casquette d’avocat.»
En face de lui, sa consœur Me Barbara
Lebaad représente la victime d’une
agression sexuelle. Comment gérer cette
proximité entre ceux qui plaident habituellement côte à côte? «A Châlons, on
se connaît tous plus ou moins. Certains
confrères ont été perturbés, pas moi»,
confie l’avocate. «C’est une situation bi-
zarre, un peu déstabilisante. Mais à force
d’objectivité et de recul, on y arrive»,
complète Me Hélène Van Hoylandt, qui
a déjà joué l’assesseure.
BRICOLAGES
Du côté des justiciables, cette situation
ne risque-t-elle pas de susciter une
confusion ou une méfiance? «Les gens
sont là pour leur dossier. Quoiqu’il arrive,
ils restent obnubilés par celui-ci», estime
le bâtonnier Couvreur, qui fut le premier
volontaire du barreau. Dans la salle, un
couple attend son tour. Quand on leur
explique la situation, Marc et Mélody (1),
32 ans tous les deux, manquent de se décrocher la mâchoire. Avant ce constat laconique : «C’est comme dans toutes les
professions, on manque de bras.» Si le
duo est là, c’est parce qu’il rencontre
«quelques problèmes avec le voisin».
Depuis deux ans, ce dernier aurait incendié à cinq reprises des biens leur appartenant, de la voiture familiale au cabanon de jardin. Le couple est déjà venu
en février, mais le dossier a été reporté.
Pour Mélody, les bricolages internes à la
justice importent peu: «Je préfère ça plutôt que ce soit encore reporté.»
Fréquentant le palais depuis vingtsept ans à raison de deux fois par semaine, Bernard, lui, n’est pas étonné.
«Ce n’est pas le premier avocat que je vois
remplacer un juge! s’exclame l’homme
de 75 ans en bras de chemise. Ils parent
au plus pressé, sinon il n’y aurait plus
d’audiences.» De mémoire d’habitué, il
faut tout de même remonter au milieu
des années 90 pour retrouver une situation similaire. En revanche, Bernard
note: «Je trouve que la justice se dégrade,
surtout dans les petites juridictions. La
dernière fois, il y avait tellement de dossiers qu’ils ont fini à 1h30. Tout le monde
est cuit à cette heure-là !»
«On ne va pas cacher que ce n’est pas facile, mais nous ne sommes pas non plus
confrontés à la délinquance de Bobigny»,
relativise le procureur Eric Virbel. Du
côté du ministère de la Justice, on assure suivre «avec une très grande attention la situation des effectifs». En septembre, un nouveau magistrat devrait
être affecté et le président du tribunal de
grande instance, dont le poste est actuellement vacant, pourvu.
A la fin de sa journée, Guillaume Bert est
épuisé. «L’avocat n’est pas génétiquement programmé pour prendre des décisions», plaisante-t-il. Il dit ne pas avoir
soupçonné combien le métier d’assesseur était «éprouvant physiquement».
Surtout, l’expérience va changer sa façon de plaider: «Je sais désormais comment on délibère, ce qui est retenu en
priorité par les magistrats.» •
(1) Les prénoms ont été modifiés
Retrouvez
dans 28 minutes
presente par elisabeth quin
du lundi au jeudi a 20h05 sur
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14 u
FRANCE
Libération Mercredi 6 Juin 2018
LIBÉ.FR
Budget : les ministres
rendent leurs comptes
L’examen de l’action gouvernementale
a commencé lundi à l’Assemblée nationale. Les députés
souhaitent transformer la loi de règlement de budget,
qui valide chaque année celui de l’année écoulée, en un grand
oral inédit de l’exécutif. Parmi les premiers à passer sur le gril:
Florence Parly –Armées–, Elisabeth Borne –Transports–
et Gérard Collomb (photo) –Intérieur. PHOTO AFP
Lait contaminé: comment Lactalis a tenté
de torpiller l’enquête parlementaire
Dans un courrier à
la garde des Sceaux
et au président de
l’Assemblée auquel
«Libération» a eu
accès, les avocats
du groupe laitier
demandaient en
avril l’interruption
du travail des
députés au motif
qu’il gênerait la
procédure pénale.
était bien nécessaire. Les
deux députés ont tenu à ce
que les conditions de l’audition soient les mêmes pour
tous, donc publiques et sans
entrevue préalable. Et ceux-ci
rappellent qu’en février, François de Rugy a, comme d’habitude, demandé à la Place
Vendôme si une telle commission pouvait voir le jour.
La garde des Sceaux avait
donné son autorisation.
Mais, surprise, après avoir
ainsi saisi Nicole Belloubet
fin avril, Lactalis assurait
mardi que sa demande de
faire cesser la commission
d’enquête n’est en fait «plus
d’actualité». «La question s’est
posée il y a deux mois mais,
entre-temps, M. Besnier a
confirmé qu’il se rendrait bien
le 7 juin à l’Assemblée, il n’y a
plus de sujet», affirme désormais la responsable com du
groupe à Libération.
Par
LAURE EQUY
I
l viendra bien. Jeudi
matin, le PDG de Lactalis,
Emmanuel Besnier, doit
être auditionné par les députés de la commission d’enquête parlementaire chargée
de décortiquer les défaillances autour de l’affaire du lait
infantile contaminé aux salmonelles, sorti de l’usine de
Craon (Mayenne). Une audition extrêmement attendue
compte tenu du peu de goût
pour l’apparition publique de
ce patron extrêmement discret qui, outre un entretien
à RTL mardi, n’a accordé en
tout et pour tout qu’une interview, mi-janvier au JDD,
peu après la crise. Devant les
députés, le PDG se pliera
toutefois à l’exercice «dans
un état d’esprit positif et
constructif», survend son
entourage.
Dans un courrier révélé
mardi par LCP et que Libération s’est procuré, il apparaît
pourtant que le groupe laitier a bien tenté de torpiller
la commission d’enquête parlementaire. Ses avocats ont
adressé le 30 avril une lettre à
la garde des Sceaux, Nicole
Belloubet, pour lui demander
de saisir le président de l’Assemblée nationale, François
de Rugy, d’une «demande
d’interruption des travaux»
de cette commission. Dans
cet argumentaire, ils assaisonnent, sur sept pages, les
travaux des députés estimant
que «cette situation porte
une grave atteinte à l’indépendance de l’autorité judi-
«Sous-fifres». Dès le dé-
Sur le site industriel de Lactalis à Craon (Mayenne), le 15 janvier. PHOTO THIERRY PASQUET. SIGNATURES
ciaire, aux droits de la défense, au secret et plus
généralement aux nécessités
de l’enquête». Les conseils de
Lactalis s’appuient sur une
ordonnance de 1958 relative
aux fonctionnements des
assemblées parlementaires
et sur le règlement de l’Assemblée nationale : il y est
précisé qu’une commission
d’enquête ne peut être créée
«sur des faits ayant donné lieu
à des poursuites judiciaires et
aussi longtemps que ces poursuites sont en cours». Or le
pôle de santé publique du
parquet de Paris a ouvert, fin
décembre, une enquête préli-
minaire au sujet de la contamination de laits infantiles.
Charge. Les députés marchent-ils sur les plates-bandes de la justice en auditionnant les représentants des
organes de contrôle de l’Etat,
associations de consommateurs, patrons de la grande
distribution et, ce jeudi, Emmanuel Besnier, avant d’entendre les ministres concernés? Les avocats de Lactalis
écrivent que la commission a
«fixé un cadre […] qui fait
partie de l’enquête préliminaire» en se penchant notamment sur les dysfonctionne-
ments au sein du groupe et de
la chaîne de distribution.
Avant chaque entretien, le
président et le rapporteur
de la commission, Christian
Hutin (PS) et Grégory BessonMoreau (LREM), veillent à expliquer leur «démarche neutre»: «Il ne s’agit pas de faire le
procès de qui que ce soit. Nous
ne sommes pas un tribunal,
nous ne jugeons pas, nous ne
punissons pas. Mais il est important de comprendre et de
tirer les leçons», rappelle Hutin. «Quand il y aura une enquête judiciaire, ils feront un
déplacement sur le site de
Craon et des investigations lo-
cales. De notre côté, il n’en a
évidemment jamais été question. Je ne pose aucune question technique. Je ne prépare
pas un rapport anti-Lactalis,
je me demande comment faire
en sorte que nos concitoyens se
sentent en sécurité quand ils
vont faire leurs courses», se
défend Besson-Moreau.
Le tandem s’étonne de cette
charge de Lactalis alors que
l’entourage de Besnier a
répondu favorablement à
la convocation. Tout juste
avaient-ils demandé s’ils pouvaient rencontrer avant le
président de la commission
ou si la retransmission vidéo
part, les députés sentaient
que la venue d’Emmanuel
Besnier ne serait pas affaire
facile. Lorsque les sénateurs
avaient organisé une série
d’auditions au début de l’année sur le sujet, ils s’étaient
cassé les dents. C’est le dircom de Lactalis, Michel Nalet,
qui avait été envoyé au charbon. Pour être certain de faire
venir le rarissime PDG, le député Christian Hutin, «décidé à ne pas recevoir les sousfifres», avait donc marqué le
coup en avertissant qu’il userait de tous ses pouvoirs
coercitifs de président de
commission d’enquête.
Impossible, en effet, de se défiler : «Toute personne dont
une commission d’enquête a
jugé l’audition utile est tenue
de déférer à la convocation qui
lui est délivrée, si besoin est,
par huissier ou un agent de
la force publique», prévoit la
loi. Texte que Christian Hutin
et Grégory Besson-Moreau
prennent soin de joindre avec
les lettres de convocation. S’il
n’aura pas à employer de tels
moyens, le tandem aura sans
doute en tête jeudi que le
groupe a tenté auparavant de
saborder leurs travaux. •
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Libération Mercredi 6 Juin 2018
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300 MILLIONS
d’euros d’économies environ pour l’audiovisuel public
Grâce soit rendue à Jean-Pierre Elkabbach. Au bout de deux minutes
d’habile tirage de vers du nez, l’intervieweur de CNews a réussi à
arracher mardi matin à Françoise Nyssen la grande information
qu’elle n’a pas voulu lâcher lundi sur la réforme de l’audiovisuel
public. Soit le montant des économies qui seront demandées aux
entreprises concernées, dont France Télévisions et Radio France. «C’est plus près de 300, mais ce n’est
pas 300», finit par avouer la ministre de la Culture, poussée dans ses retranchements. Ce montant
représente près de 8 % des ressources publiques actuelles de l’audiovisuel public.
Roland-Garros Djokovic et Zverev
éjectés du tableau
2019: Hamon et Verts derrière Mamère?
Marco Cecchinato a créé la sensation mardi. L’Italien a éliminé
Novak Djokovic en quart de finale (6-3, 7-6, 1-6, 7-6). Le bourreau du Serbe, 72e mondial, n’avait jamais remporté un match
en Grand Chelem avant ce Roland-Garros. Il affrontera en demi-finale Dominic Thiem qui s’est, lui, débarrassé sans encombre de la tête de série numéro 2, l’Allemand Alexander
Zverev (6-4, 6-2, 6-1). Epuisé après s’être sorti de trois matchs
en cinq sets et diminué par une douleur à la cuisse, le joueur
de 21 ans, dont c’était le premier quart de finale en Grand Chelem, a subi la plupart des échanges contre l’Autrichien.
Le secrétaire national d’Europe-Ecologie-les Verts, David Cormand, s’est déclaré
mardi ouvert à une liste
commune avec le mouvement Génération·s de Benoît
Hamon, qui pourrait «pourquoi pas» être menée par
l’ancien député écologiste
de vieux modèles Peugeot 206 et 405 assemblés par
son partenaire local Khodro.
En 2016, le Français avait
annoncé un ambitieux
programme d’investissement –1 milliard d’euros sur
cinq ans – pour produire
d’autres modèles sur place :
200000 unités pour Peugeot
et 150000 pour Citroën d’ici
à 2021. Mais la pression américaine a été plus forte,
Trump menaçant toute
entreprise étrangère faisant affaire avec l’Iran de
«graves conséquences», à
savoir des sanctions pécuniaires et une éviction du
marché américain.
Cette dernière menace posait
plus problème à Total qu’à
PSA, quasi absent outre-Atlantique. Le groupe n’a pas
voulu s’exposer au gros retour
de bâton financier que constituerait une interdiction de
commercer en dollars à travers le monde. PSA dit être
toujours «en contact avec les
autorités américaines pour
envisager une dérogation» à
l’embargo, «avec le support
des autorités françaises».
Mais sans trop y croire. Et
s’emploie donc à relativiser
l’impact de son départ forcé,
rappelant que ses activités
en Iran pèsent pour «moins
de 1% de son chiffre d’affaires»
(65 milliards d’euros en 2017).
De fait, les vieux modèles
vendus en Iran rapportent
peu. Reste qu’avec la libéralisation en cours, ce marché,
avec ses 80 millions d’habitants, était prometteur.
JEAN-CHRISTOPHE
FÉRAUD
cherche pas à «recomposer la
gauche», mais qu’il «soit prêt
à construire une réelle alternative autour de l’écologie».
«En termes de candidature,
Noël Mamère a proposé la
sienne, alors pourquoi pas»,
a jugé le chef de file des écologistes, ajoutant que Ma-
mère était «un peu le Bernie
Sanders de l’écologie française». Le secrétaire d’EE-LV
a cependant tenu à préciser
qu’il y avait «d’autres candidats», dont «des députés EE-LV qui ont fait leurs
preuves et qui sont des valeurs sûres».
TOUS LES MARDIS
Menacé de
sanctions, PSA
quitte l’Iran fissa
Demi-tour au frein à main :
menacé de lourdes sanctions
américaines, comme d’autres
entreprises françaises présentes en Iran, PSA a décidé de quitter le pays sans
attendre l’ultimatum, fixé au
6 août par Trump. Le groupe
automobile a annoncé lundi
qu’il avait «commencé le processus de suspension de [ses]
activités afin de se conformer
à la loi américaine».
Une décision sans surprise
après l’embargo décrété par
Washington vis-à-vis de
Téhéran, dans la foulée de la
dénonciation unilatérale de
l’accord sur le nucléaire iranien par les Etats-Unis. Il y a
quelques jours, le pétrolier
Total, très impliqué dans le
projet gazier South Pars, avait
lui aussi décidé de plier bagage, son PDG, Patrick Pouyanné, prenant acte de l’oukase américain.
Reste que le coup est rude
pour PSA. Présent en Iran depuis les années 70, le groupe
était parvenu après la chute
du chah à faire affaire avec les
mollahs afin d’implanter ses
deux grandes marques, Peugeot et Citroën. Pour ce faire,
le Français avait noué des
partenariats avec des groupes
locaux. Malgré un premier
retrait du pays en 2012 sous
la pression de son allié américain de l’époque, General
Motors, PSA était devenu
l’un des premiers constructeurs étrangers en Iran
avec 444600 véhicules vendus en 2017. Ce pays était
même son plus gros marché
à l’export en volume, devant
la Chine. Notamment grâce à
Noël Mamère, pour les élections européennes 2019. Le
secrétaire d’EE-LV a signalé
sur RFI qu’il «n’y avait pas de
raison de faire séparément»
de Génération·s pour le scrutin de mai 2019, à «une
condition» : que le mouvement de Benoît Hamon ne
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Copyright © 2018 The
New York Times
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Chaque mardi, un supplément de quatre pages par
le «New York Times»: les meilleurs articles du quotidien
new-yorkais à retrouver toutes les semaines dans
«Libération» pour suivre, en anglais dans le texte,
l’Amérique de Donald Trump.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
16 u
FRANCE
Libération Mercredi 6 Juin 2018
LIBÉ.FR
Sylvain Sellam, accusé
d’assassinat et malade
imaginaire ? Le procès en appel de cet
homme, accusé d’avoir tué d’une balle dans la tête son beaufils en 2000, a été renvoyé. Sylvain Sellam, qui affirme être
paraplégique, est hospitalisé pour une overdose d’insuline et
de médicaments. Une tentative de suicide pour la défense, un
moyen d’échapper à la justice pour la partie civile.
DESSIN HUGUES MICOL
Super-riches: l’Insee à l’assaut
des «premiers de cordée»
Dans un rapport
publié mardi,
l’Institut livre
un focus inédit
sur le 1%
des Français
aux revenus
les plus élevés.
Portrait-robot de
cette population
choyée par Macron.
Par
JULIETTE DEBORDE
Q
ui sont les «premiers fiscales récoltées par l’admide cordée», si chers à nistration dans l’Hexagone,
Emmanuel Macron? ainsi qu’en Martinique et à
Combien gagnent-ils, où vi- la Réunion. Ces contribuavent-ils, combien paient-ils bles aisés se distinguent du
d’impôts ? Dans une étude commun des mortels par
rendue publila diversité de
LES CHIFFRES leurs ressourque mardi
soir, l’Insee
ces : revenus
DU JOUR
dresse le pord’activités,
trait-robot des Français les mais aussi revenus du patriplus aisés, ces 1 % de foyers moine, revenus issus d’activiqui disposent des revenus les tés libérales rémunératrices
plus élevés. Un cercle fermé, (médecins, avocats…), ou enâgé et urbain, au sein duquel core «revenus exceptionexistent de grandes disparités nels», comme les plus-values
de richesse, détaille l’Institut mobilières. Un petit 1% de la
national de la statistique et population qui devrait faire
des études économiques, qui partie des grands gagnants de
se base sur les déclarations la loi de finances 2018, qui
8850 euros
C’est le montant minimum
qu’une personne seule devait
toucher par mois en 2015
pour faire partie des 1 % de
«très hauts revenus» tels que
définis par l’Insee. Un seuil
fixé à environ 18 600 euros
mensuels (avant impôts)
pour un couple avec un enfant. En 2015, ce petit 1% de la
population gagnait en
moyenne sept fois plus que
l’ensemble des ménages. A
noter que les 1% les plus aisés
connaissent de fortes inégali-
59 ans
C’est l’âge moyen des personnes qui ont déclaré les revenus au sein des ménages
les plus aisés en 2015
(contre 54 ans pour toute la
population). Dans près de la
moitié des cas, le déclarant
avait plus de 60 ans, était le
plus souvent en couple et
sans enfant à charge. Côté catégorie socioprofessionnelle,
tés entre eux, puisque l’éventail de leurs revenus varie
de 106 210 euros par an par
unité de consommation à
près de 200 fois plus. Si les 1%
les plus aisés ont gagné en
moyenne 177 000 euros
en 2015, le centième d’entre
eux (soit 0,01 % de la population) a engrangé environ 1,3 million d’euros. Les
moins riches des plus riches
(0,9% de la population) ont,
eux, dû se «contenter» d’environ 146000 euros annuels.
les salariés vivant dans les
ménages à très hauts revenus
étaient cadres dans près
de 60% des cas et chefs d’entreprise dans près d’un cas
sur 10. Les plus aisés sont
surreprésentés dans les secteurs de la finance, de l’assurance et parmi les métiers juridiques. Ils sont aussi en
grande majorité propriétaires
de leur résidence principale
(à 86 %) et habitent le plus
souvent en Ile-de-France. La
région parisienne héberge à
elle seule deux tiers
des 0,01 % les plus aisés. Et
un peu moins de la moitié
des plus riches vit à Paris.
prévoit une baisse de la fiscalité sur le capital via une flat
tax.
En plus de s’intéresser à cette
frange la plus aisée des
contribuables, l’Insee rappelle, dans son étude, que les
inégalités de niveau de vie
sont restées stables en France
depuis 2008, alors qu’elles ont
augmenté dans de nombreux
pays voisins: 14,2% de la population française vivait
en 2015 sous le seuil de pauvreté (un seuil fixé à
1015 euros par mois), un des
plus bas taux de pauvreté
d’Europe. Les différences
d’une catégorie professionnelle à l’autre restent cepen-
89%
des ménages les plus aisés
ont déclaré des revenus
du patrimoine en 2015,
selon l'Insee
89% déclarent des revenus du patrimoine, contre 50% pour l’ensemble de
la population. Si les placements financiers sont détenus par un grand nombre
de ménages français (livret A, PEL…), ils
sont généralement peu rémunérateurs.
Les plus riches, eux, peuvent compter sur
des revenus fonciers via la location d’un
ou plusieurs biens immobiliers dont
ils sont propriétaires, ou encore sur des
dividendes quand ils ont un patrimoine
financier conséquent. Au total, les 1% les
plus aisés déclarent des revenus du
patrimoine 35 fois plus élevés que
les 90 % les plus modestes (63 530
contre 1 790 euros en 2015).
dant très fortes: on comptait
en 2015 seulement 3 % de
cadres pauvres, contre près
de 25% d’agriculteurs, la profession la plus touchée. Autre
point marquant, le cas des familles monoparentales, de
plus en plus frappées par la
pauvreté : depuis 1996, le
nombre de personnes pauvres vivant dans une famille
avec une mère ou un père
seul «a augmenté d’un million», selon l’Institut.
L’Insee souligne enfin l’augmentation des inégalités de
patrimoine entre 1998 et 2015,
des disparités qui ont toutefois commencé à reculer ces
dernières années. Sur la pé-
30 %
C’est la part des revenus du
patrimoine en France captés
par les 1 % de ménages à
plus hauts revenus. Car pour
ceux qui gagnent le plus, la
richesse ne se limite pas seulement à la feuille de paie: en
plus de salaires élevés, «les
ménages à très hauts revenus
doivent leur situation à des
riode, le patrimoine immobilier et financier a doublé en
moyenne pour l’ensemble des
Français, mais a baissé pour
les 20% des moins dotés, relève le document. Le critère
déterminant, selon l’Insee?
La détention d’une résidence
principale: le patrimoine brut
médian des ménages propriétaires était 20 fois plus
élevé en 2015 que celui des
ménages locataires. Nos
«premiers de cordées», eux,
battent tous les records : ils
étaient à 89% propriétaires de
leur résidence principale
en 2015. Radiographie en cinq
chiffres de ces super-riches et
de leur portefeuille. •
revenus du patrimoine à la
fois plus fréquents et plus importants» que le reste de la
population, souligne le rapport de l’Institut, qui insiste
sur l’existence d’une «forte
corrélation entre le fait
d’avoir un haut niveau de revenus et un patrimoine
élevé». Ces revenus du patrimoine, qui prennent notamment la forme de revenus
fonciers ou de revenus de
placements financiers, représentent un quart des gains
des plus fortunés. Cette part
augmente à mesure que les
revenus sont élevés (et
grimpe à plus de 30 % pour
les 0,1 % les plus aisés).
25%
C’est la part de l’impôt sur le
revenu acquittée par les 1 %
des ménages les plus aisés.
Grâce au barème progressif,
les très hauts revenus contribuent en effet davantage que
les autres aux prélèvements
directs. En 2015, ceux qui touchaient le plus ont consacré
en moyenne un cinquième de
leurs ressources à l’impôt sur
le revenu (contre à peine 6%
pour l’ensemble des contribuables). Là encore, derrière
cette moyenne, les écarts
sont très importants : pour
15 % des plus aisés, l’impôt
payé est inférieur à 10 % de
leur revenu, tandis qu’il est
supérieur à 30% pour 5% des
super riches. En raison de
l’effet redistributif de l’impôt
sur le revenu et des autres
transferts fiscaux et sociaux,
les très hauts revenus détiennent une part moins importante des revenus après
prélèvements, note l’Insee :
5,3% contre 6,8% avant d’être
taxés.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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FESTIVALS DE L’ÉTÉ
Danse, musique, théâtre ou photos… Les festivals
sélectionnés par Libération. 32 pages, 4 euros.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
18 u
FRANCE
Libération Mercredi 6 Juin 2018
TYRANNOSAURE
Trix a été installée dans la Galerie de
minéralogie et de géologie.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 6 Juin 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 19
Devine
qui vient
dino…
Vieille de 66-67 millions d’années,
une femelle T.rex s’installe pour
l’été au Muséum d’histoire
naturelle de Paris. L’occasion de
(re)découvrir cette grosse bête,
carnivore surpuissant du Crétacé
devenu mythe sanguinaire au
cinéma.
Par
CATHERINE MALLAVAL
Photo IORGIS MATYASSY
I
l a débarqué en caisses. Venu
de Barcelone où il a déjà fait
le show, le dinosaure se pose ce
mercredi au Jardin des Plantes
à Paris, où il passera l’été. Là, il a
fallu cinq hommes pour porter son
crâne d’1,50 mètre de long sur
1,20 mètre de haut, avec sa phénoménale mâchoire de 200 kilos.
Charrier son bassin –qui pèse dans
les 450 kilos– n’a pas été une mince
affaire non plus. Le reste de son
squelette a suivi en pièces détachées: ses 80 vertèbres (du cou à la
queue), ses petits bras (dont on ne
sait toujours pas s’ils servaient à enlacer lors de l’accouplement, maintenir une proie, lacérer ou se relever
après une sieste) et ses immenses
pattes arrières (qui ont dû soutenir
des montagnes de muscles). Et
le voilà enfin, bien monté, soutenu
par une structure métallique, la
gueule ouverte en position
d’attaque sous la nef de la galerie de
minéralogie et de géologie – la
galerie de paléontologie toute
proche, elle-même riche en
squelettes, affichant complet. Peur
sur la ville ?
PETITS RASOIRS
Oui, c’est bien un Tyrannosaurus
rex (pour «roi des lézards tyrans»)
qui a déboulé dans la capitale pour
se montrer au public à compter de
ce mercredi. Un T.rex, de son
petit nom. Cerise sur cet immense
tas d’os – 12,50 mètres de long sur
4 mètres de hauteur– qui soutenait
un corps qui devait peser dans
les 8 tonnes, c’est une femelle, baptisée Trix. Mieux encore, c’est l’un
des trois spécimens les plus
complets au monde (75 % d’ossements dans un état nickel) et le premier vrai squelette (et non un moulage) à être exposé en France. «Bon,
et alors ?» diront les snobeurs de
dinosaures.
Eh bien, un T.rex, c’est tout simplement de la bombe, le dino maximum. Une star hissée au top du boxoffice des dinosaures par Steven
Spielberg depuis son premier Jurassic Park en 1993 et depuis tous les
autres films qui tirent sur la même
veine (lire notre critique de Jurassic
World : Fallen Kingdom page 21)
quand, auparavant, le Diplodocus et
ses menus veggie avaient la vedette.
T.rex, c’est aussi le mythe de la bête
sanguinaire qui arrache des lambeaux de chair à ses proies, même
quand on est de sexe féminin
comme Trix. Normal, les Tyrannosaurus rex sont parmi les plus
grands carnivores terrestres de tous
les temps. Et quel carnivore!
Le dinosaure disposait en effet
d’une mâchoire surpuissante, avec
d’énormes muscles au niveau du
crâne et des dents à crier d’effroi :
dans les 20 centimètres de hauteur,
tranchantes et crénelées, avec des
sortes de petits rasoirs intercalés.
Comme l’explique Ronan Allain,
commissaire de l’exposition,
paléontologue et maître de conférences au Muséum Suite page 20
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
20 u
FRANCE
d’histoire naturelle, «Trix aurait pu couper une
vache en deux en serrant sa mâchoire». Mais pas sûr qu’avec pareil
râtelier, le T.rex pouvait mastiquer.
Avalait-il tout rond ?
Suite de la page 19
BÉBÉS DINOSAURES
Avec ses 66-67 millions d’années
au compteur, Trix est l’une des
dernières représentantes du règne
incroyablement long des dinosaures (pas sûr que l’humanité fasse
mieux), qui débuta il y a 250 millions d’années et s’acheva il y a
65 millions d’années. Cette vieille
créature a livré son squelette
en 2013, exhumé par une équipe du
Centre de biodiversité Naturalis, le
musée d’histoire naturelle de la
ville de Leiden, aux Pays-Bas. Ce
vieux musée, qui se refait actuellement une beauté, rêvait d’un «produit d’appel». Quoi de mieux qu’un
tyrannosaure ? Alors direction les
Etats-Unis, dans le Montana qui a
déjà offert par le passé de beaux
restes de T.rex. L’Institut américain
de recherche géologique des Black
Hills, spécialisé dans l’excavation et
la préparation de fossiles, est appelé à la rescousse. La chance est de
Libération Mercredi 6 Juin 2018
la partie : Trix, ainsi nommée en
hommage à la reine des Pays-Bas,
s’est livrée aux chercheurs d’os en
moins d’un an. Les Etats-Unis,
moyennant subsides, l’ont laissée
filer outre-Atlantique, où elle
s’exhibe en attendant la fin des
travaux du musée de Leiden.
La bête (du moins son crâne) a déjà
été scannée et scrupuleusement
scrutée. Son sexe, identifié: ses os
robustes seraient la marque d’un
animal capable de pondre des œufs.
Ajoutez une bonne connaissance
globale du T.rex et de son époque (le
Crétacé), et son histoire peut en partie s’écrire. Il était une fois, il y a
66-67 millions d’années, un autre
monde, comme le raconte si bien
Ronan Allain: «L’Amérique du Nord
d’aujourd’hui était coupée du nord
au sud par une mer intérieure. L’eau
avait commencé à reculer. Trix devait circuler en bordure d’un golfe.
L’environnement était chaud et humide. La végétation était riche en
plantes à fleurs. Il y avait des gros conifères mais ce n’était pas la jungle.»
Comme tous les bébés dinosaures,
Trix a commencé sa vie dans un
œuf. A-t-elle eu des frères ? Des
sœurs ? Selon Ronan Allain, il est
«Vers 8-10 ans,
alors qu’ils
sont déjà
subadultes,
on estime
que les T.rex
prenaient
environ 2 kilos
par jour,
780 kilos
par an.
Une croissance
record pour
un vertébré.»
Trix (environ 40 centimètres) s’est
empressée de grandir. Le plus vite
possible, pour échapper aux prédateurs. «Vers 8-10 ans, alors qu’ils
sont déjà subadultes, on estime que
les T.rex prenaient environ 2 kilos
par jour, 780 kilos par an. Une croissance record pour un vertébré», souligne le paléontologue.
Est alors venu le temps de la reproduction. A quoi ressemblaient donc
les parties de jambes en l’air ? En
vérité, on l’ignore, les tissus mous
ne se fossilisant pas. «Peut-être
cloaque contre cloaque, comme les
oiseaux, notre modèle de référence
en ce qui concerne les dinosaures»,
évoque Ronan Allain. Trix avait-elle
des amis ? «On ne sait pas grandchose du comportement social des
T.rex, car on n’en a jamais trouvé
deux en même temps.»
de canard), dont un spécimen qui
dormait dans des tiroirs du Jardin
des plantes, a été remonté pour
être exposé à proximité de Madame
Tyrannosaurus rex.
L’histoire de Trix s’achève sur une
petite note émouvante. D’après les
paléontologues qui l’ont auscultée,
la femelle dino n’a pas eu la vie
facile. Il reste sur sa mandibule les
traces de morsure d’une autre T.rex;
elle porte encore les stigmates de
quatre côtes cassées; une infection
à l’extrémité de son museau a érodé
une partie de l’os… Mais des protubérances particulièrement importantes au-dessus des orbites suggèrent qu’elle a vécu longtemps.
Environ 30 ans, âge canonique pour
l’espèce. Et c’est ainsi que Trix est
peut-être, à ce jour, rien moins que
la doyenne des T.rex. •
Ronan Allain
paléontologue
ÂGE CANONIQUE
Ce qui est sûr, c’est qu’elle bouffait,
et pas qu’un peu, se goinfrant d’herbivores de grandes tailles pour assouvir sa faim : des ankylosaures
(ceux avec la queue en forme de
massue), des tricératops (avec une
grande collerette osseuse et trois
cornes) et des hadrosaures (à bec
L’exposition : «Un T.rex à Paris»,
du 6 juin au 2 septembre. Galerie de
minéralogie et de géologie, Jardin des
Plantes (75005). Rens. : mnhn.fr/TRex
vraisemblable que les femelles T.rex
pondaient plusieurs œufs. Une
façon de multiplier les chances de
survie d’une espèce bien trop
grande pour s’occuper convenablement de ses petits. Ensuite, bébé
A lire : Un jour avec les dinosaures,
de Christine Argot et Luc Vivès,
éd. Flammarion-Muséum national d’histoire naturelle, 29,90 €.
Un sac d’os
à 2 millions d’euros
Le squelette d’un grand
carnivore a été vendu aux
enchères lundi en grande
pompe, preuve que
les dinosaures suscitent
toujours un fort intérêt
chez les collectionneurs.
L
a vente aux enchères, lundi soir à
Paris, d’un squelette de dinosaure
rappelle à quel point ces animaux
disparus voilà des millions d’années
sont prisés des riches collectionneurs.
Pour cette vente événement, la maison
Aguttes a vu les choses en grand.
A commencer par la bête: un squelette
de près de 9 mètres de long pour
2,60 mètres de haut, présentant
70% d’ossements d’origine, un pourcentage assez exceptionnel pour des
dinosaures de cette taille. Découvert
en 2013 aux Etats-Unis, dans le Wyoming, il a fallu trois ans pour l’extraire
du sol dans sa totalité. Sa gueule de carnivore particulièrement bien conservée
exhibe des dents impressionnantes. Il
s’agirait d’un représentant d’une espèce
d’allosauridé encore inconnue.
«Au moment de la découverte, on pensait que c’était un Allosaurus “classique” mais on s’est rendu compte que ça
ne pouvait pas être le cas, s’enthousiasme le professeur Eric Mickeler, expert en histoire naturelle pour Aguttes.
Ses dents, son crâne et son pelvis sont
différents de ceux d’un Allosaurus.
Il date de la fin du Jurassique, vers
152-157 millions d’années, un moment
d’évolution important, peu avant l’extinction de cette espèce de dinosaure.»
Tout a été fait pour le mettre en valeur:
cadre de vente exceptionnel (le premier
étage de la tour Eiffel), structure en
inox assez résistante pour soutenir le
crâne d’origine, ce qui est une vraie
performance au vu de son poids.
Lundi, la vente a mis aux prises trois
acheteurs, dont deux par téléphone.
C’est un collectionneur d’art français,
préférant rester anonyme, qui a remporté la mise, avec un peu plus de
2 millions d’euros. «C’est la meilleure
vente depuis celle du T.rex Sue, en 1997
aux Etats-Unis, qui était parti à 8,7 millions de dollars», se félicitait Claude
Aguttes, qui officiait pour la troisième
fois comme commissaire-priseur pour
une vente de ce type. En 2016, à Lyon,
il avait déjà vendu un allosaure pour un
peu plus d’un million d’euros puis,
en 2017, un mammouth pour un demimillion. En avril, c’est à Drouot que sont
partis deux squelettes, achetés près de
3 millions par un amateur asiatique.
Depuis le début des années 2010, on
compte en moyenne cinq ventes par an
dans le monde, avec pour certaines des
acheteurs célèbres tels Nicolas Cage ou
Leonardo DiCaprio. Une nouvelle tendance ? Pas vraiment, d’après Eric
Mickeler: «Je travaille dans le domaine
depuis vingt ans et ce type de ventes
existait bien avant moi.»
Reste la question de l’avenir du spécimen. «Ce serait vraiment dommage
qu’il se retrouve dans le salon d’un collectionneur, lâche Pascal Godefroit, paléontologue à l’Institut royal des sciences naturelles de Belgique. C’est du
patrimoine commun, j’espère qu’il sera
étudié et exposé dans un musée.» Chez
Aguttes, on assure que l’acheteur souhaite bien que le dinosaure soit visible
dans un musée français auquel il le prêtera. Eric Mickeler abonde: «Les acheteurs sont conscients de l’intérêt scientifique que présentent ces pièces.»
NELLY DIDELOT
La vente a été organisée au premier étage de la tour Eiffel, lundi. PHOTO IORGIS MATYASSY
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Libération Mercredi 6 Juin 2018
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Chris Pratt (de dos) face
au T-rex et à la menace
d’une nouvelle extinction
de masse. PHOTO
UNIVERSAL PICTURES
INTERNATIONAL FRANCE
«Jurassic World», pas perdu pour tout le monde
L
e précédent volet de la franchise Jurassic Park – Jurassic World, de Colin
Trevorrow, sorti en 2015– partait d’une
conjecture terrible pour les amateurs de cinéma de l’imaginaire et les dinosaurophiles
de 7 à 97 ans : les dinosaures n’intéressent
plus grand monde et ne sont guère plus suffisants pour assurer le spectacle, que ce soit
dans un blockbuster ou un parc à thème.
Inexplicablement incrédule quant à sa propre
capacité à émerveiller avec ses seules créatures ressuscitées, le film passait ainsi le clair
de son temps à faire des claquettes pour nous
en détourner le regard, et à saccager le legs
précieux du film original de Steven Spielberg,
la monstration du dinosaure de synthèse
comme l’attraction cinématographique la
plus spectaculaire depuis l’apparition,
en 1933, du King Kong de Merian C.Cooper et
Ernest B. Schoedsack.
Sauvetage. Aussi le choix de l’Espagnol
Juan Antonio Bayona pour prendre les rênes
de cette suite à nouveau écrite par le tandem
de petits malins Derek Connolly-Trevorrow,
avait de quoi surprendre. Car si l’on retient
quelque chose de la filmographie inégale de
ce protégé de Guillermo Del Toro (l’Orphelinat, The Impossible, Quelques Minutes après
minuit), c’est qu’il fait partie des rares cinéastes de sa génération à croire encore dur
comme fer en la faculté du cinéma à émerveiller brutalement, par le biais notamment
de techniques de mises en scènes élaborées,
dont certaines depuis longtemps, très longtemps éprouvées. Sans aller jusqu’à renier la
laborieuse déconstruction de son prédécesseur –dont il se coltine les très fades protagonistes Owen Grady (Chris Pratt en mâle alpha
incompréhensible) et Claire Dearing (Bryce
Dallas Howard, même plus pimbêche pour
nous intéresser) il est évident que Jurassic
World: Fallen Kingdom a plus foi en ses bêtes
pour faire le show, faire cinéma, et pourquoi
pas rapporter leur mise aux derniers déments
à être convaincus de leur attrait à l’écran, audelà des nostalgiques et des spectateurs de
moins de 8 ans.
Du prologue nocturne, où l’horreur surgit
d’une obscurité hachée d’éclairs, jusqu’à la reproduction quasi à l’identique de la scène de
dévoilement initial du film de 1993, le film de
Bayona s’avance ainsi comme une mise au
point «spielbergienne» et volontiers anachronique (on note la présence de créatures en
«animatronics» qui viennent compléter celles
en numériques, comme il y a vingt-cinq ans),
qui embrasserait tout ce que le premier Jurassic World rechignait à faire, comme laisser
à un brontosaure le temps de traverser l’écran
avant de précipiter la séquence suivante.
Malheureusement, le film n’assume que très
partiellement cet élan. L’intrigue en ellemême, qui revisite partiellement celle du
Monde perdu (1997), est terriblement paresseuse: d’abord une mission de sauvetage des
dinosaures du Jurassic World en ruines, menacés par une éruption volcanique, par les
descendants du créateur du premier parc (le
retour aux origines comme prétexte d’authenticité, encore et toujours); puis la révélation
des vraies motivations de ces derniers, qui entendent vendre les dinos aux plus offrants – receleurs d’armes russes ou milliardaires
prêts à tout pour divertir leurs enfants– par
le biais d’un mini Trump (Toby Jones) sans
vergogne et forcément grimaçant, puis de
créer un enième super-méchantosaure génétiquement modifié, histoire que personne
n’oublie l’hubris sans limite de l’homme capitaliste contemporain et l’apocalypse vers lequel nous courons à pas de géant.
Accablé du programme à dérouler, Bayona
s’en tient à soigner du mieux qu’il peut les séquences qui lui tiennent à cœur, ce qui a pour
effet de briser le rythme du film en perma-
nence, et pour mérite de proposer quelques
beaux moments de pur cinéma. On aime ainsi
beaucoup une scène de prise de sang sur un
tyrannosaure à demi assoupi, qui ravira les
jeunes parents récemment comblés d’une
créature délicate à manipuler, une plongée en
apnée sous une pluie de lave et de dinos en
perdition, et la plus «bayonienne» des scènes
du film, déroulée entre le toit d’un manoir et
une chambre d’enfant, où le super-dinosaure,
super intelligent et super flippant, se mue un
croque-mitaine de conte.
Chambardement. Ceux qui s’étonneraient
encore de l’habilité de nos civilisations à rester inertes, voire de précipiter les diverses catastrophes environnementales qui les menacent, s’amuseront peut-être aussi d’une
question posée au début du film - –«les dinosaures méritent-ils d’être défendus de la même
manière que les autres espèces animales?» et
le vertigineux impensé qui s’y exprime quand
précisément rien ou presque n’est fait pour
refréner l’extinction massive en cours. On
note tout de même que le point d’orgue émotionnel du film, qui arrive à mi-parcours et
met en scène l’engloutissement d’un dinosaure dans un grand chambardement de
flammes et de fumée, semble inspiré par la
scène finale du Melancholia de Lars von Trier.
Dans le film, les dinosaures, protégés par le
sanctuaire de la fiction qui leur a permis de
fouler de nouveau le sol de la Terre, finissent
par échapper à leur disparition (on ne révèle
pas grand-chose puisqu’un nouveau volet est
d’ores et déjà annoncé pour 2021). On sait tout
de même gré à Bayona et ses producteurs
d’assumer la terrible ironie au cœur de leur
film, puisque la seule famille du vivant qui y
est effectivement menacée d’être exterminée
l’a déjà été il y a 66 millions d’années.
OLIVIER LAMM
JURASSIC WORLD : FALLEN KINGDOM
de J. A. BAYONA avec Bryce Dallas Howard,
Geraldine Chaplin… 2 h 08.
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Malgré son envie de
réenchanter la franchise,
«Jurassic World : Fallen
Kingdom» de J. A. Bayona
ressemble trop au tout-venant
du blockbuster actuel.
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La mauvaise réputation.
Décisions maternelles.
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Héros malgré lui. Prisonnier
de son corps.
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Thriller. Avec Benedict
Cumberbatch, Keira Knightley.
22h40. 39-45 : La guerre
des enfants. Documentaire.
21h00. Joséphine, ange
gardien. Téléfilm. L’enfant
oublié. 22h50. Joséphine,
ange gardien. Téléfilm.
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20h55. Maman a tort. Série.
Épisodes 5 & 6. Avec Anne
Charrier, Pascal Elbé. 22h40.
Questions directes. Magazine.
Présenté par Julian Bugier.
FRANCE 3
20h55. Des racines &
des ailes. Magazine. Passion
patrimoine : le goût du Tarn
et de l’Aveyron. 23h05. Soir 3.
23h30. Avenue de l’Europe,
le mag. Magazine. Sécurité
routière : l’Europe en pole
position.
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20h55. Telle mère, telle fille.
Comédie. Avec Juliette
Binoche, Camille Cottin.
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Téléfilm. Avec Wesley Snipes,
Silvia Colloca. 22h45.
Vol d’enfer. Téléfilm.
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Documentaire. Attentats,
agressions : surmonter le
traumatisme. 22h35.
C dans l’air. Magazine.
TF1 SÉRIES FILMS
21h00. Section de
recherches. Série. Entre toi
et moi. Matador. 22h50.
Section de recherches. Série.
Les mailles du filet.
PARIS PREMIÈRE
20h50. Zemmour & Naulleau.
Magazine. Présenté par Éric
Naulleau et Éric Zemmour.
23h00. Les Grosses Têtes.
6TER
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3 épisodes. 23h40. L’empire
de Poutine : la Russie des
extrêmes. Magazine.
21h00. Storage Wars :
enchères surprises. Divertissement. 4 épisodes. 22h40.
Storage Wars : enchères
surprises. Divertissement.
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Magazine. Présenté par Nathalie Renoux. 23h10. Enquêtes
criminelles. Magazine.
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Avec Émilie Dequenne,
Samuel Le Bihan. 22h50.
Corps et âmes. Téléfilm.
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NUMÉRO 23
20h55. XIII. Téléfilm. Toutes
les larmes de l’enfer. Avec Val
Kilmer. 22h45. XIII. Téléfilm.
Le jour du soleil noir.
20h55. Le chien des
Baskerville. Téléfilm. Avec
Richard Roxburgh. 22h35.
Riviera. Série. Le don. La clé.
M6
C8
LCP
21h00. Maison à vendre.
Magazine. Présenté par
Stéphane Plaza. 22h45.
Maison à vendre. Magazine.
21h00. Âge tendre, la tournée
des idoles 2018. Spectacle.
23h50. Langue de bois
s’abstenir. Magazine.
20h30. La Ve, une
constitution sur mesure ?.
Documentaire. 22h00.
On va plus loin. Magazine.
Temps particulièrement pluvieux dans le
Nord-Ouest, avec de fortes pluies
localement orageuses entre la Mayenne et la
Vendée, ainsi que le Poitou-Charente.
L’APRÈS-MIDI Peu de régions sont épargnées
par les averses de pluies et les orages, avec
en particulier de fortes pluies entre le Sud
Finistère et le Morbihan et des orages parfois
violents entre l'Anjou et la région parisienne.
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Caen
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Strasbourg
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Orléans
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HORIZONTALEMENT
I. Il tient compte de signes
avant-coureurs avant l’arrivée
des coureurs II. Cette agence
de l’ONU a eu le Nobel de la
paix ; Se creva à la tâche
III. Préfixe qui évoque un
soulagement ; [j] [j] IV. De
quoi se mesurer sans toi ;
D’aucuns ont eu une dent
contre eux V. Archevêque de
Canterbury devenu saint, fêté
fin avril VI. Fila ; Soulage les
bêtes avant l’été VII. Un des
cinq sites les plus fréquentés
au monde VIII. Il est dans
de beaux draps ; Lettres à la
mode IX. Fils de Jacob ; Ville
au Brésil, adjectif en France
X. Il est en prise avec l’ennemi
XI. Abaisses le voile du palais
9
V
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Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
XI
GORON
X
Grille n°929
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
VERTICALEMENT
1. Cet engin déplace des voitures 2. Drôle de réflexe ; Vit l’orange rougir
3. Soustrait ; Sports de défense 4. Plantait le décor ; Créa du mouvement
après le second 6. 5. Son stade est passé à l’Orange ; Bonheur d’une vie
de chien ; Non civil 6. Petite pièce ; A fait effet (a) 7. Ils ont investi (dans)
la pierre 8. Compensa les pertes 9. Ils sont pris sur le pouce et mis sous
la dent
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. CARISSIMI. II. ARA. ENGIN. III. STERLINGS.
IV. LAFFONT. V. EN. SS. ROI. VI. PISTÈRENT. VII. APPARTENU.
VIII. TP. SVT. ET. IX. TOC. ASE. X. ÉNONCER. XI. SÉQUENCER.
Verticalement 1. CASSE-PATTES. 2. ART. NIPPONE. 3. RAËL. SP. COQ.
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Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
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Christian Losson (monde),
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Sibylle Vincendon (société)
Lille
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II
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Directeur artistique
Nicolas Valoteau
Les conditions seront toujours bien grises en
matinée, avec des précipitations
intermittentes. Dans l'Est, le temps sera plus
calme avec des éclaircies majoritaires.
L’APRÈS-MIDI Le risque orageux va à
nouveau prendre le relais en deuxième
partie de journée, avec des orages qui se
déclencheront plus facilement des régions
centrales au Nord-Est.
1
I
Edité par la SARL
Libération
SARL au capital
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Boissieu - CS 41717
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Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
JEUDI 07
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de l’art. Documentaire.
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IDÉES/
Parcoursup, Affelnet…
«La transparence est
la clé pour la survie
de ces algorithmes»
La fondation Terra Nova rend public ce mercredi
un rapport sur les procédés d’affectation utilisés
dans l’Education nationale pour répartir élèves et
professeurs dans le secondaire et l’enseignement
supérieur. Et appelle à la création d’une agence
spécialisée. Entretien avec Olivier Tercieux,
coauteur de cette étude.
dre ces critiques et savoir s’il était
justifié qu’elles se concentrent sur
l’utilisation même des algorithmes
ou si les dysfonctionnement constatés avaient leur origine dans certains choix politiques.
Comment les algorithmes sontils apparus dans l’Education nationale ?
Il y a trois manières d’affecter les
élèves ou les enseignants aux établissements publics. La première,
c’est le choix dérégulé, pratiqué au
Royaume-Uni avant 2003
ou en Suède aujourd’hui:
les élèves postulent directement et les écoles choisissent selon leurs propres critères. On peut
redouter alors des phénomènes de ségrégation
scolaire et sociale.
A l’autre extrémité, c’est
l’Etat qui décide de l’affectation des
élèves. C’est un peu le principe de
la carte scolaire. Mais en France, le
marché du logement s’est progressivement adapté, amplifiant la ségrégation sociale.
La dernière approche, que la France
a choisie en 2007, c’est le choix régulé : on demande aux familles
leurs préférences et en cas de congestion on fait appel à des critères
déterminés par l’Etat, par exemple
la performance scolaire, l’origine
sociale ou géographique. Dans ce
contexte de choix régulés, le haut
degré de centralisation crée des afflux importants de dossiers à traiter. Pour l’administration, décider
d’une affection satisfaisante est une
tâche quasi impossible sans l’aide
d’algorithmes.
DR
D
ans une note publiée ce mercredi par la fondation Terra
Nova, «Faut-il sauver les algorithmes d’affectation ?», quatre
chercheurs –Julien Combe (university College de Londres), Victor
Hiller (Paris 2), Olivier Tercieux
(Ecole d’économie de Paris, CNRS)
et Camille Terrier (MIT) – se sont
penchés sur ceux utilisés dans
l’Education nationale: Affelnet, qui
affecte des élèves de 3e aux lycées,
le très décrié Admission post-bac
(APB) pour les universités, utilisé entre 2009 et 2017 et
remplacé par Parcoursup et enfin l’algorithme chargé de l’affectation
des
enseignants dans les
établissements publics. Un exercice qui
vise autant à expliquer leur fonctionnement qu’à questionner les
choix –ou les non-choix– politiques
à l’œuvre derrière les lignes de code.
Olivier Tercieux a répondu aux
questions de Libération.
Quel est l’objectif de cette note?
Les algorithmes d’affectation sont
couramment utilisés dans l’administration, pour affecter les élèves
ou les enseignants dans les établissements publics, mais aussi les logements sociaux, les places en crèche et même pour affecter des
organes à des patients malades. Or
les algorithmes en usage au sein de
l’éducation nationale sont souvent
décriés dans le débat public, qu’il
s’agisse d’Affelnet, d’APB ou de l’algorithme d’affectation des enseignants. Nous avons voulu compren-
Ces algorithmes sont très critiqués aujourd’hui. Qu’est-ce qui
ne marche pas ?
Dans le cas d’Affelnet, le point de
départ, c’est la carte scolaire: elle ne
permettait pas de lutter contre la ségrégation sociale et laissait aux initiés la possibilité de contourner le
système. L’intention était bonne :
passer au choix régulé en imposant
un fort bonus de priorités aux boursiers. Il y a eu néanmoins un choix
malheureux d’algorithme qui contrarie les objectifs. Dans de nombreuses académies où le bonus de
priorité donné aux élèves du district
est l’élément essentiel, l’algorithme
«mime» de fait la carte scolaire ;
nous avons montré que, dans certains cas, le bonus accordé aux
boursiers peut paradoxalement pénaliser les élèves qui l’obtiennent;
et les parents les mieux informés
peuvent toujours manipuler le système, notamment en jouant sur le
classement de leurs choix. Il a
d’ailleurs été montré que lorsqu’une
stratégie de contournement est possible, ce sont les classes favorisées
qui en profitent le plus. Or il existe
un algorithme alternatif, identifié
dès les années 60, qui permettrait
d’éviter ces problèmes.
Dans le cas de l’affectation des enseignants, l’Etat a deux objectifs. Le
premier, c’est la mobilité.
Aujourd’hui, une demande de mutation sur deux n’est pas satisfaite
dans le second degré, trois sur quatre dans le premier degré. Les
conséquences peuvent être lourdes
en termes de désaffection pour la
profession. L’autre objectif est de
créer plus d’égalité entre les écoles
et entre les régions, en évitant d’affecter les enseignants peu expérimentés dans les académies au profil social plutôt défavorisé. Ces deux
objectifs difficilement compatibles,
et il faut avoir en tête que l’algorithme a des limites: inciter les enseignants à postuler dans les établissements concernés par
l’éducation prioritaire relève de
choix politiques. Il est néanmoins
possible de construire des algorithmes qui remplissent mieux ces
deux objectifs.
Pour la récente plateforme Parcoursup, il a été décidé de ne pas utiliser
d’algorithmes d’affectation. Les élèves produisent une liste non ordonnée de dix établissements, les formations classent les élèves, le
ministère retravaille ce classement
en incorporant, entre autres, un
quota de boursiers, puis le rectorat
Un algorithme est un outil d’aide
à la décision. Mais le débat public
se focalise sur des éléments
qui n’ont pas grand-chose à voir
avec l’algorithme lui-même.
propose des places et les élèves répondent en fonction des propositions qui leur sont faites.
Parcoursup avait vocation à «remettre de l’humain» dans la procédure, or le résultat provoque
une levée de boucliers. L’algorithme est-il moins «déshumanisant» qu’il n’y paraît ?
Un algorithme est un outil d’aide à
la décision. L’humain, ce sont les
«entrants»: les préférences des élèves et les priorités de l’Etat. Le débat public se focalise sur des éléments qui n’ont pas grand-chose à
voir avec l’algorithme lui-même.
Admission post-bac en est une
bonne illustration. Le fait que beaucoup de jeunes se retrouvaient sans
affectation au cours de l’été venait
surtout du nombre de places limité
dans certaines formations.
Quant au tirage au sort, c’est une
modalité envisageable dès lors
qu’on ne veut pas faire de sélection
à l’université. C’est ce point qui a
donné lieu à une mise en demeure
de la Commission nationale de
l’informatique et des libertés
(Cnil), mais celle-ci ne remettait
pas en cause l’usage même de
l’algorithme. Le ministère a cependant préféré l’abandonner et aller
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Libération Mercredi 6 Juin 2018
u 25
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C’est la
faute à l’algo
Données personnelles, places en
fac, domination des géants du Net…
Les algorithmes se retrouvent de
plus en plus sur le banc des accusés.
Parole à la défense.
D
ans sa définition la plus courante, un algorithme est simplement une suite finie d’instructions permettant de résoudre un problème. Malgré la défiance populaire très partagée
aujourd’hui, il ne s’agit pas d’une puissance numérique quasi mystique qui prendrait des décisions incontrôlables et désincarnées. C’est avant tout un
outil, et ce n’est pas un outil infaillible. Mais si on
veut juger un algorithme, il faut le faire sur les bons
critères.
PHOTO CHRISTOPHE MAOUT
Son objectif. Il est important de savoir en quels
vers un processus plus décentralisé.
Etant donné les contraintes liées à
l’abandon d’un algorithme centralisé, le travail a été plutôt bien fait:
des chercheurs ont été impliqués,
des explications ont été données. Le
problème vient du choix en amont
d’avoir abandonné un algorithme
centralisé.
C’est-à-dire ?
Même si on manque de données sur
Parcoursup, on voit bien que la procédure crée beaucoup de stress
chez les élèves qui n’ont pas de réponse dans les semaines qui précèdent le bac. Au-delà, elle entraîne
des stratégies chez ceux qui veulent
en finir avec l’incertitude et qui acceptent une proposition sans attendre une éventuelle meilleure offre
qui pourrait les satisfaire.
De l’autre côté, les formations aussi
mettent en place des stratégies. Les
établissements de «milieu de tableau», qui ne vont pas attirer les
meilleurs élèves, peuvent être tentés de proposer plus de places qu’ils
n’en ont. Ces stratégies ne sont pas
satisfaisantes, car elles jouent sur
la qualité finale de l’affectation. Par
ailleurs, ces stratégies accélèrent
énormément la procédure justement à cause du risque anticipé de
sa lenteur, ce qui rend Parcoursup
très compliqué à évaluer. Ce problème peut vraiment être évité si
on utilise un algorithme d’affectation efficace.
Dans votre rapport, vous soulignez que l’Education nationale
ne mène pas de simulation avant
de mettre en place un algorithme. Vous recommandez la
mise en place d’une agence pour
les évaluer…
Le ministère de la Santé utilise lui
aussi des algorithmes pour l’attribution des dons d’organes. Mais
toute proposition de changement
d’algorithme donne lieu, via
l’Agence de biomédecine, à des simulations. Des chercheurs sont impliqués dans ce processus et
l’agence a aussi un rôle d’information. Dans l’Education nationale,
on a tendance à faire des expériences «grandeur nature»… Il faut une
agence du même type qui puisse
montrer l’ensemble des possibilités
aux décideurs, pour qu’ils réalisent
à quel point ces instruments peuvent être importants dans les politiques publiques. Il faut aussi que
cette agence puisse produire des explications très accessibles sur les
choix politiques.
Un algorithme, même juste, a-t-il
une chance d’être accepté par le
public ? Les préjugés semblent
tenaces…
Il y a de l’espoir: à l’étranger, des algorithmes de ce type survivent. En
France, si on a comme objectif la
mixité sociale, Affelnet est un progrès car on se donne un instrument
qui offre cette possibilité. Au final,
il nous semble primordial que les
décideurs publics s’approprient
cet outil, et qu’ils clarifient leurs
objectifs. La transparence est
peut-être la clé pour la survie de ces
algorithmes.
Pour l’accès à l’université, un algorithme centralisé serait-il le
moyen de retrouver une certaine
justice sociale ?
C’est ce que nous pensons. Evidemment c’est compliqué, car le public
aurait l’impression de revenir à APB.
Politiquement, ça a un coût. Une solution intermédiaire serait de commencer par une procédure comme
Parcoursup pour conclure par l’utilisation d’un algorithme d’affectation. Afficher des critères très clairs
pourrait aussi permettre d’éviter les
soupçons de traitements de faveur.
Recueilli par ERWAN CARIO
et AMAELLE GUITON
termes le problème à résoudre est défini. Les algorithmes de répartition, qui nous intéressent dans
le cas de l’Education nationale, doivent simplement
faire correspondre une liste de candidats avec une
liste de places. On peut décider de le faire sur des
critères géographiques, sur les résultats scolaires ou
dans le but de favoriser la mixité sociale. Cet objectif
va définir un certain nombre de données (lieu d’habitation, liste de choix, boursier ou non, résultats
scolaires…) qui seront fournies à l’algorithme luimême pour qu’il aboutisse à sa décision.
Sa pertinence. L’algorithmique est une science.
Rien que pour trier une simple liste de nombres, il
existe plusieurs dizaines de solutions qui vont varier
en rapidité et en complexité. En fonction du problème à résoudre, il faut donc choisir dans la littérature existante la solution la plus efficace et la plus
robuste. On peut aussi choisir de réinventer la roue,
mais c’est généralement moins efficace. C’est ainsi
que dans le cas d’Affelnet, le rapport de Terra Nova
se contente de conseiller un algorithme dit des «mariages stables» mis au point en 1962 par les chercheurs américains David Gale et Lloyd Shapley.
Sa transparence. Pour qu’une décision –qu’elle
vienne d’un ordinateur ou non, d’ailleurs– soit acceptée, il faut qu’elle soit comprise. Dans le cas d’un
algorithme, il s’agit de rendre publics et d’expliquer
les objectifs et le mécanisme général de leur prise
en compte par le programme. L’opacité ne peut à ce
niveau-là que nourrir la défiance et, surtout, elle empêche une contre-expertise qui pourrait se révéler
salutaire. C’est d’ailleurs une des faiblesses majeures
des systèmes d’apprentissage basés sur l’intelligence
artificielle, très en vogue en ce moment, qui fonctionnent comme des boîtes noires.
Son efficacité réelle. Une fois en situation, on
n’est jamais à l’abri d’un résultat inattendu, qui va
parfois à l’encontre des objectifs initiaux, notamment si on fait varier, même à la marge, les données
qui alimentent le programme. D’où l’importance
d’effectuer des simulations avant toute mise en production, ne serait-ce que pour éviter de donner aux
candidats l’impression qu’ils sont les cobayes d’un
système en phase de test.
E.C.
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26 u
Libération Mercredi 6 Juin 2018
IDÉES/
Comment sortir la gauche
du désert
U
n an après les élections de
2017, qui furent pour les
gauches et les écologistes
la pire défaite depuis des décennies, c’est peu dire qu’il faut désormais hâter le pas pour trouver
la voie d’un nouveau départ.
Sous peine qu’à l’affaiblissement
de tous succède la disparition de
chacun. Les difficultés rencontrées ces dernières semaines
pour mobiliser massivement face
aux réformes néolibérales, mises
en œuvre par Emmanuel Macron, le montrent clairement.
Alors qu’Emmanuel
Macron poursuit
sa «modernisation»
sans le peuple
depuis un an,
les mobilisations
peinent à dessiner
une alternative.
Pour renaître,
la gauche doit
confronter ses
expériences locales,
ses expertises
profanes
ou savantes lors de
«chantiers ouverts
au public» et d’une
université d’été
commune en 2019.
Comptons les forces
Par
CHRISTIAN PAUL
GUILLAUME
DUVAL Journaliste
et
AFP
REUTERS
Ancien député,
Les citoyens sont, en grand nombre, orphelins de leurs rêves. Les
plus optimistes trouvent ailleurs
que dans l’action politique matière à participer au monde qui
bouge. Les plus en colère, étudiants, cheminots ou militants
de toujours descendent dans la
rue, sans parvenir toutefois à
troubler pour l’instant le discours
des puissants. Du côté des syndicalistes, les années de plomb du
dialogue social n’épargnent plus
personne. Même la CFDT a vérifié que la verticalité du pouvoir
ne s’accommode d’aucuns intermédiaires. Emmanuel Macron a
désormais engagé à marche forcée une «modernisation» sans le
peuple, par et pour des élites issues de l’économie ou de la technocratie d’Etat, tribus que rien ne
distingue plus désormais.
Les ambiguïtés du «et de droite, et
de gauche» sont dissipées: selon
la dernière étude du Cevipof, en
mai 2018, seuls 7% des Français
considèrent encore que le président de la République se situerait
«à gauche» quand 69% le classent
«à droite», dont 12% «très à
droite». Dans un tel contexte, la
gauche aurait théoriquement un
boulevard devant elle: beaucoup
de nos concitoyens attendent
qu’elle se réinvente, sans comprendre pourquoi ce processus
s’engage aussi lentement. Pourquoi des calculs de court terme
l’emportent encore sur la responsabilité des dirigeants face à l’Histoire. Les organisations politiques
de la gauche et des écologistes,
devenues terriblement faibles, ne
savent plus très bien comment
naître, renaître, survivre, selon
leur âge ou leur histoire. Leurs
tentatives sont honorables, mais
aucune ne parviendra à s’imposer
dans l’immédiat comme centrale.
La dynamique de reconversion
(égale réinvention plus reconstruction) des gauches n’est pas
encore véritablement engagée,
même si quelques briques du
nouveau logiciel se fabriquent ici
ou là. Il faut donc penser autrement l’avenir que par la juxtaposition d’agendas solitaires.
Où voulons-nous atterrir ?
Les luttes, les résistances ou les défilés organisés jusqu’ici peinent encore à dessiner une nouvelle architecture politique à vocation
majoritaire pour demain. Il faut dire
que la tâche est immense, tant le
brouillage est intense. Et ce n’est
pas une affaire de mécanos partisans: sur ce plan, les élections européennes en 2019 risquent plutôt
d’aggraver les choses dans l’immédiat avec un mode de scrutin qui
pousse une fois encore à la division.
C’est surtout sur le terrain des
idées et des projets qu’il nous
faut refonder la gauche. Les anciens rapports de domination
sont encore là, il faut les combattre sans relâche. Mais de nouveaux clivages se dessinent
aussi : personne n’ignore que les
grandes mutations en cours (numérisation de la société, choc climatique, inégalités, migrations…) demandent une
insurrection de l’imagination
collective. C’est cela que l’on attend de la gauche : le pragmatisme ne la sauvera pas dans un
pays qui a soif d’idéal autant que
de transformations concrètes,
qui veut retrouver à la fois sa
fierté et des progrès possibles.
Les citoyens attendent des changements profonds dans la so-
ciété, mais ne supportent plus la
façon dont la politique prépare et
met en œuvre des changements à
leur place. Quand la politique
agit sans eux, elle se fait contre
eux. Nous ne disposons pas d’un
élixir de résurrection et nous ne
croyons pas à l’union d’un jour, si
elle est cosmétique : préférons
aux manœuvres tactiques, qui ne
durent pas, un travail de fond à
bon rythme pour abréger la traversée du désert. Nous invitons à
penser et à agir, à trois étages.
dirigeants de la gauche et les écologistes doivent trouver le courage d’une immersion sans complaisance afin d’engager un
dialogue direct avec des Français
en dehors des formes trop souvent stériles et formatées des débats publics traditionnels. Il s’agit
d’abord d’écouter les citoyens, de
mieux entendre leur vision de la
France, mieux comprendre leurs
attentes. Et avec eux, d’imaginer
une France plus belle, plus libre,
plus égale, plus fraternelle.
Affichons nos causes
communes
Travaillons à la coalition des
forces, par étapes modestes,
mais irréversibles
Elles ont une force irrépressible
quand on les défend de manière
désintéressée. Misons sur celles
de ces causes qui réunissent,
sans rechercher l’uniformité. Le
temps est aux idées neuves qui
n’oublient pas les valeurs signatures de la gauche. Mobilisons
nos expériences, nos innovations, partageons expertises profanes et savantes, recréons des laboratoires d’idées participatifs
– pas un seul, mais dix ! – et fondons dès 2019 une Université
d’été commune pour organiser
ces précieuses confrontations.
Faisons de la démocratie
le préalable…
… Et pour cela, organisons dans
chaque région, des grands «chantiers ouverts au public». La démocratie est en crise alors que les
citoyens sont plus que jamais la
clé des évolutions souhaitées,
pour le diagnostic et pour la mise
en œuvre de réponses concrètes.
C’est d’ailleurs de cette crise
qu’Emmanuel Macron a su tirer
le principal carburant de sa victoire, avant de trahir sa promesse
de renouveau. Les militants et les
L’ambiance est actuellement
à la compétition darwinienne
entre les confettis de la gauche.
Mais les gauches peuvent instruire
leurs désaccords sans
s’excommunier. Douze mois l’ont
prouvé: personne n’incarnera à lui
seul l’opposition à Emmanuel Macron.
Disons-le sans craindre de choquer : l’ambiance est actuellement à la compétition darwinienne entre les confettis de la
gauche. Les lendemains de catastrophe politique sont rarement
favorables au rassemblement,
plus souvent à l’aggravation de
l’émiettement. Mais c’est une
catastrophe d’inspiration néolibérale, réveillant les vieilles
croyances thatchériennes, qu’il
faut éviter à la France, et pour
cela redonner à la gauche un projet d’avenir qui soit partagé par le
plus grand nombre. Les gauches
peuvent instruire leurs désaccords sans s’excommunier. Et
nous sommes en droit d’attendre
d’elles que par étapes, elles retrouvent le goût et la volonté
d’être ensemble.
Douze mois l’ont prouvé :
personne n’incarnera à lui seul
l’opposition à Emmanuel Macron. Et personne n’évitera de
méditer les vraies leçons de
l’exercice du pouvoir. Toutes les
initiatives qui viennent donner
de la force collective sont les
bienvenues.
Nous invitons à une coalition par
étapes, autour d’objectifs atteignables. Pour cela, il faut un lien
permanent, sans exclusive, entre
tous ceux qui disent clairement
que le «nouveau monde» qu’on
veut imposer à la France n’est, en
réalité, qu’un avatar de tous les
archaïsmes. Si on veut bien écouter les citoyens, on entend que
déjà, ils n’en peuvent plus de
l’impuissance qu’ils ressentent.
Alors, ne tardons pas à forger
avec eux quelques bonnes raisons d’espérer. •
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Libération Mercredi 6 Juin 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
U
«LA CITÉ DES LIVRES»
Par
LAURENT JOFFRIN
Tous coupables
face à l’esclavage
Dans un livre précis, Catherine
Coquery-Vidrovitch dresse un
panorama complet des «traites
africaines» qui allaient alimenter en
main-d’œuvre servile le Proche-Orient
et les deux Amériques.
n martyre millénaire
et une inépuisable
source d’amères polémiques… Soumise au fil
des siècles à une barbarie
perpétrée au nom de la civilisation, l’Afrique porte encore les stigmates de cette
longue géhenne qu’était l’esclavage. Descendants des
victimes et des bourreaux se
réunissent parfois et s’opposent souvent autour de cette
mémoire douloureuse dont
la traîne immense domine
encore la société africaine.
Une série d’Arte, les Routes
de l’esclavage, a retracé cette
histoire pleine de souffrance
et de fureur. Membre du comité historique qui a supervisé la série, professeure
émérite à l’université ParisDiderot, l’une des meilleures spécialistes françaises de
l’esclavage et de la traite en
Afrique, Catherine CoqueryVidrovitch donne un livre
synthèse qui est la meilleure
introduction à cette terrible
saga, loin des concurrences
victimaires et des débats un
peu vains sur la repentance
occidentale.
La chronologie, somme
toute, résout la question. Au
L'ŒIL DE WILLEM
commencement était l’esclavage intra-africain, coutume
qui se perd dans la nuit des
temps et qui a soumis des
millions de captifs à la férule
de leurs maîtres des empires
ou des tribus ennemies. Ce
sont les combattants de l’islam conquérant qui ont organisé la première traite,
dite «orientale», par le
moyen de razzias barbares.
L’islam proscrivait en principe l’esclavage… sauf pour
les non-musulmans. Un
commerce meurtrier d’hommes et de femmes s’instaura
entre le nord et le sud de
l’Afrique, par achat ou par
violence, pour satisfaire les
besoins en main-d’œuvre
servile des royaumes arabes
du Nord. De longues caravanes de captifs noirs traversaient ainsi le désert avec
une mortalité qui n’avait
rien à envier à celle qu’on
observerait plus tard sur les
bateaux de la traite occidentale.
Comparer les deux traites,
orientale et occidentale ?
Cette compétition dans
l’horreur n’a guère de sens.
Catherine Coquery-Vidrovitch situe entre 5 et 10 mil-
u 27
lions le nombre les esclaves livrer un système qui n’est
arrachés à leur terre par les pas éloigné des entreprises
puissances musulmanes, concentrationnaires qu’on
contre 10 à 15 millions les connaîtra au XXe siècle en
captifs achetés aux chefs lo- Europe. Au plus fort de la
caux par les négriers occi- traite, au XVIIIe siècle, le
dentaux. Difficile d’incrimi- mouvement des Lumières
ner les uns plus que les se pencha peu à peu sur le
autres quand on atteint des sort des victimes. Les philochiffres pareils…
sophes s’aperçurent qu’elles
C’est à la Renaissance, ce étaient aussi des êtres hubond dans la civilisation, mains et qu’une déclaration
que les Européens se joi- universelle des droits degnent, dans l’ouest du conti- vrait peut-être un jour les
nent, à l’exploitation de la concerner. Plusieurs sectes
main-d’œuvre servile. Les protestantes, dans le monde
navires portugais affrétés anglo-saxon, émirent elles
par des souverains qu’on ré- aussi des objections. Adam
vère toujours aujourd’hui, Smith enfin, père intelleccomme Henri le Navigateur, tuel du capitalisme, démonfurent l’avant-garde de ce tra que la main-d’œuvre sadéveloppement du com- lariée, tout compte fait,
merce.
serait sans doute plus profiA Valladolid, les autorités table au capital que la
catholiques décidèrent que main-d’œuvre servile.
les «Indiens», les natifs du Le mouvement d’abolition
Nouveau Monde, avaient gagna les principales puiseux aussi une âme. Ils furent sances
occidentales,
épargnés par la traite, ce qui aiguillonnées par la révolte
ne changea pas vraiment des Noirs de Saint-Dominleur sort, puisqu’ils étaient gue sous la direction de
déjà en voie d’extermination Toussaint Louverture et de
par les maladies et les exac- Dessalines, qui eurent le
tions des fiers découvreurs front de prendre au mot la
de l’Amérique.
Révolution, et de battre les
On se rabattit pour exploiter armées françaises envoyées
les terres nouvelles sur les dans les îles pour soumettre
Africains vendus sur les cô- la révolte.
tes de l’Atlantique par leurs Au milieu du XIXe siècle,
souverains locaux. Il fallait l’abolition était acquise au
produire à moindres frais le terme d’une lutte intense,
sucre, l’or et les épices qui politique en Europe, milimanquaient à l’ancien taire aux Etats-Unis, non
monde : les galions rendus sans réserver aux anciens
irrésistibles et
e s c l ava g i s t e s
les bateaux bien– droit de protôt spécialisés
priété oblige– de
dans la traite par
colossales inle génie technidemnités qui fique occidental
rent beaucoup
furent les instrupour développer
ments modernes
le capital modu «commerce
derne.
triangulaire» enLes pays musultre Afrique, Eumans prirent un
rope et Améritemps de réque, qui déporta
flexion suppléles victimes de la CATHERINE
mentaire pour
traite. Les mil- COQUERYrejoindre le moulions et les mil- VIDROVITCH
vement. Au milions de bénéfi- LES ROUTES DE
lieu du XXe siècle
c e s t i ré s d e L’ESCLAVAGE,
encore, l’esclal’exploitation du HISTOIRE
vage sévissait
Brésil, des An- DES TRAITES
autour de la mer
tilles et du sud AFRICAINES,
Rouge et dans le
des Etats-Unis se VIE-XXE SIÈCLE
Golfe persique et
payèrent de mil- Albin Michel, Arte
il n’a pas totalelions et de mil- Editions, 290 pp,
ment disparu…
lions de vies 19,50 €.
D’un regard déanéanties.
passionné, dans
Soumission des esclaves, un style universitaire mais
résignation atavique de po- pédagogique, Catherine Copulations ? En aucune ma- query-Vidrovitch dépeint
nière. Catherine Coquery-Vi- les logiques sanglantes et
drovitch rappelle que les sophistiquées de cette kyrévoltes furent incessantes, rielle de crimes contre l’huque la cruauté des esclava- manité.
gistes était fondée sur la Avant d’alimenter des polépeur des «esclavisés», dont le miques sans fin sur la culpaseul rêve était la libération. bilité des uns et des autres
Aux Antilles, les planteurs, – à vrai dire, elle est généinfime minorité face à la rale –, on lira ce précis des
masse des esclaves, vivaient barbaries infligées à l’Afridans la terreur des révoltes que par les civilisations
et imposèrent pour s’en dé- d’Orient et d’Occident. •
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28 u
Libération Mercredi 6 Juin 2018
«Trois
Visages»,
le goût de
la surprise
Malgré son interdiction de tourner,
l’Iranien Jafar Panahi signe
son quatrième film en huit ans.
Aux côtés de l’actrice Behnaz Jafari,
il joue son propre rôle dans un beau
road-trip truffé de plans en hommage à
Abbas Kiarostami, son mentor disparu.
Par
ÉLISABETH FRANCK-DUMAS
R
écompensé à Cannes par un prix du
scénario qu’il a reçu à l’aéroport de Téhéran des mains de sa monteuse, Mastaneh Mohajer, restant sous le coup d’une interdiction de quitter le territoire, le cinéaste
iranien Jafar Panahi pourrait aussi prétendre
au titre de réalisateur entravé le plus prolixe
au monde. Condamné à vingt ans d’interdiction de filmer pour «action contre la sécurité
nationale et propagande contre le système»
en 2010, après avoir tourné un film sur la contestation de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, Jafar Panahi a néanmoins trouvé le
moyen de réaliser quatre longs métrages en
l’espace de huit ans, et à les faire sortir du
pays à destination de différents festivals.
Les conditions de reconduction de ce miracle
sont imprécises, et à propos de son dernier,
Trois Visages, l’actrice Behnaz Jafari détaillait
à nos confrères de Télérama lors de sa venue
à Cannes que le tournage s’était fait «presque
à la sauvette, pour pouvoir terminer le travail
et rentrer sains et saufs», alors que le dossier
de presse pointe, lui, «un changement d’attitude», Panahi insistant «sur le fait qu’on
l’autorise désormais à filmer comme il l’entend
dans son pays». Quoi qu’il en soit, ce statut de
cinéaste empêché informe chacun des films
qu’il a pu tourner depuis 2010.
Lors de sa présentation à Cannes, Trois Visages a été reçu de façon contrastée, l’hommage
manifeste à Abbas Kiarostami, dont Panahi
a été l’assistant (emprunts ou clins d’œil au
Goût de la cerise, Où est la maison de mon
ami?, Ten…) ayant autant perturbé que réjoui.
De fait, le film semble se poser la question de
comment tourner après –après l’interdiction
de filmer, après la mort de Kiarostami, en
juillet 2016. En réponse, il commence par distiller, de manière un peu contrainte, l’essence
d’un certain cinéma iranien, pour ne pas dire
kiarostamien, fait de jeux autour des notions
de réalité et fiction, de conditions de tournage
empêchées, de mises en abyme et questionnements du rôle du cinéma, les assemblant
dans un dispositif à l’ingénierie subtile.
PASSAGES DE RELAIS
Il s’ouvre avec une vidéo filmée au téléphone
portable, appel à l’aide tremblé passé face caméra depuis une grotte, signé d’une aspirante
comédienne à qui sa famille interdit d’aller
étudier au conservatoire. La courte séquence
se termine, tout porte à le croire, par un suicide, et le plan suivant nous trouve dans l’habitacle d’une voiture où le visionnage de la vidéo provoque la crise d’angoisse borderline de
la grande comédienne Behnaz Jafari (qui joue
son propre rôle), à qui ce message était vraisemblablement adressé. A la place du conducteur se trouve Panahi, également dans son
propre rôle, bonhomme et sage, consulté pour
juger de la «véracité» des images et des propos.
La conversation qui s’ensuit emprunte tous les
atours de la critique de cinéma, qualité du
montage, vraisemblance, alors que la voiture
est lancée en direction du village pour tenter
de retrouver la jeune femme, Marziyeh, ou du
moins de tirer cette histoire au clair.
De quoi un film est-il donc la preuve? D’abord
de sa propre existence. Marziyeh n’a peut-être
pas le droit d’être comédienne mais elle s’est
bien mise en scène, et si l’on ne sait pas encore
ce que Jafari et Panahi vont trouver dans les
régions reculées du nord-ouest d’où la vidéo
leur parvient, on envisage déjà ce qu’un réalisateur clandestin et une aspirante comédienne malheureuse pourraient fabriquer ensemble: un (autre) film. L’évidente mise en
relation des deux situations, redoublée par la
qualité totalement claustro de la grotte où la
vidéo a été tournée, donnera sa charge d’émotion à Trois Visages. Non pas tant parce qu’elle
se contenterait d’offrir une version en creux
des déboires d’un cinéaste par ailleurs mon-
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Libération Mercredi 6 Juin 2018
CINÉMA/
Ci-contre, Marziyeh
Rezaei. En bas, au
centre, Behnaz Jafari
et Jafar Panahi. PHOTOS
MEMENTO FILMS DIST.
de la télé qu’est Jafari, qu’ils sollicitent pour
divers prétextes, et ayant par ailleurs ostracisé
Shahrzad et Mirzayeh avec un machisme des
plus rétrogrades. Comme un taureau couché
en travers de la route empêche les citadins de
repartir une fois les réponses obtenues, ils retournent au village pour aider la jeune fille.
Tout ce qui advient à partir de ce moment est
une merveille, le mystère et l’indécision se
dissipant pour le mieux, et Panahi semblant
moins à l’aise avec l’ambiguïté que ne l’était
son mentor.
Coincées dans ce lieu comme d’autres dans
une interdiction, les deux stars vont arpenter le village, allant chez l’un ou chez l’autre,
provoquant un enchaînement de courtes
aventures où tout le monde joue un rôle, illustrant les rapports ambigus que le pays entretient avec son cinéma. A mesure que la
nuit tombe, le village se transforme en un
petit théâtre: son dédale de murs et de courettes fournit autant de scènes à Behnaz Jafari où faire son apparition –devant un café,
dans la cour d’une maison. La fluidité des
parcours et des rencontres louche plutôt, si
l’on devait choisir, du côté de Hong Sang-soo
que de Kiarostami. Jafari passera la nuit
chez Shahrzad avec Mirzayeh, et dans l’une
des plus belles séquences du film, les trois
femmes seront vues en train de danser, ombres chinoises ondoyant derrière un grand
rideau blanc.
BRIBE DE LIBERTÉ
dialement acclamé, mais parce qu’elle signe
une multiplicité de passages de relais–de celui, un peu forcé, allant de Kiarostami vers Panahi, à celui, infiniment généreux, qui s’accomplit à destination de Marziyeh depuis un
éventail d’origines: Panahi, Jafari, et une comédienne dont le visage n’apparaîtra jamais
à l’écran, Shahrzad, star historique du cinéma
iranien, également poétesse, qui comme toutes les stars de cette période est interdite de
tournage depuis la révolution. Shahrzad fera
sa non-entrée en scène dans la seconde partie
du film, la plus réussie et la plus libre, où
l’hommage se transformera en un objet bien
plus ouvert.
Arrivées à destination, les personnalités sont
reconnues par les villageois qui font pleuvoir
sur eux tout un tas d’attentes contradictoires,
déçus que le cinéma ne puisse pas pour eux
ce que le pays ne peut pas non plus (par exemple, fournir une alimentation en électricité
correcte), tout en étant admiratifs de la star
u 29
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L’image figure autant un écran qu’un linceul,
et l’on se rappelle que dans un clin d’œil appuyé au Gout de la cerise, le cinéaste et la comédienne avaient croisé une vieille femme
couchée dans une tombe fraîche pour attendre la mort. De ce motif de la femme enterrée
vivante, Panahi
offre une série de
déclinaisons, dont
la seconde est
d’autant plus belle
qu’elle offre une
bribe de liberté.
On n’a pas dit que
Trois Visages est
un grand film féministe et modérément optimiste,
dont le superbe
plan final résume
toutes les ambivalences. Il fait le
choix d’un élan
vers une liberté
choisie, risquée,
sauvée de tout angélisme par l’arrivée très
prosaïque de camions de vaches amenées là
pour se faire engrosser. Panahi est trop lucide
pour faire une place nette à l’espoir, mais il
n’en reste pas moins que la chaîne reliant ces
trois visages de femmes au sien les embarque
tous dans un même entêtement, au choix
candide ou héroïque, qui tient du même miracle que l’existence de ses films à lui. •
Coincées dans
ce lieu comme
d’autres dans une
interdiction,
les deux stars
vont provoquer
un enchaînement
d’aventures
où tout le monde
joue un rôle.
TROIS VISAGES
de JAFAR PANAHI
avec Behnaz Jafari,
Jafar Panahi, Marziyeh Rezaei… 1 h 40.
«Football infini»,
Roumanie
sur la touche
et balle au centre
Dans son documentaire
sur un fonctionnaire
roumain qui rêve de
réinventer les les règles
du foot, le cinéaste
Corneliu Porumboiu
évoque en filigrane
un pays en piteux état.
L
e nouveau film du brillant cinéaste roumain Corneliu Porumboiu arrive à point nommé
en France pour infléchir les spectateurs les plus réticents de la prochaine Coupe du monde, inaugurée
dans dix jours en Russie, et tous ceux
qui douteraient encore de ce qu’un
match de football charrie et condense, pour qui sait y regarder, de
modèles et représentations politiques, dramaturgiques, esthétiques,
éthiques –autant de systèmes que de
révolutions, de fictions que de flashs
documentaires, d’hypothèses burlesques que de tragédies.
Il n’y a qu’à voir dans Football infini
(où il est souvent question de foot,
mais aussi d’une infinité d’autres sujets) combien le sport et tout le reste
ne cessent de se faire écho, tandis que
le film investigue l’intrication entre
le projet impossible de réinventer en
profondeur les règles du jeu le plus
populaire sur Terre et l’itinéraire de
vie du protagoniste de cette ambition.
Péroné. Celui-ci, Laurentiu Ginghina, est un fonctionnaire préfectoral d’une petite ville roumaine, où il
partage depuis plus de vingt ans ses
occupations entre un emploi d’administration routinier, des rêves d’Amérique en échec et une obsession née
d’un accident survenu alors qu’il était
adolescent. En juillet 1986, un tacle à
la jambe droite sur un terrain de fortune lui vaut une fracture du péroné
qui ressoudera mal, entravera son aspiration d’alors aux métiers sylvicoles
et occasionnera plus tard une autre
blessure sévère alors qu’il travaillait
dans un atelier de sidérurgie. Ginghina en conçoit la conviction que ses
os et sa vocation brisés ne le sont ni
de sa responsabilité ni de celle de ses
partenaires de jeu, mais trouvent leur
origine dans les règles, «mal faites»,
comme il n’a de cesse de le répéter à
la caméra de Porumboiu. Aussi entreprend-il depuis lors de les rénover,
même si, et ça le tracasse, «la Fifa ne
laissera jamais faire ça», pour les rendre «meilleures», et ça l’obsède. Cela,
dans le sens de réduire l’investissement physique des joueurs et de «libérer le ballon» –puisque «c’est lui, la
star: la caméra le suit. Sans le ballon,
malgré tout le talent du monde, tu ne
seras que la vedette des pubs pour
shampoing», juge-t-il malicieusement.
Cadastre. Abandon du terrain rectangulaire au profit d’une forme octogonale inspirée des philosophies
orientales, suppression de la règle du
hors-jeu, instauration de nouvelles
délimitations sur la pelouse… Il raconte, en conteur placide, précis,
prodigue en anecdotes évocatrices
de mille choses, comment ses convictions en la matière ont fluctué au
gré de la vie de frustrations qui lui
était faite. Et à travers cette trajectoire où un cheminement intellectuel singulier se superpose à la banalité de ses expériences, c’est toutes
les obsessions du cinéaste, avec lequel il converse à l’écran, qui affleurent, de l’évocation des aberrants
dysfonctionnements de la Roumanie
post-communiste aux ondoiements
de la mémoire dans l’imaginaire des
lieux.
Sous les dehors de la petite forme du
documentaire d’entretiens, joyeusement craquelée par des interruptions
intempestives et les apories ironiques
de son héros-conteur, Football infini
brasse dans un même mouvement
histoires de ballon et histoire contemporaine, conflits de cadastre et
herméneutique de photo de mariage,
science tactique et couvre-lits fleuris,
pour assembler un fulgurant traité de
politique au seul sens noble du terme.
Soit comment règles et lois contraignent ou augmentent les possibles
offerts à tout ce qui s’ébroue en leur
sein – ballon, égérie shampoing ou
garçon rêveur roumain.
JULIEN GESTER
FOOTBALL INFINI
de CORNELIU PORUMBOIU (1h10).
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30 u
Libération Mercredi 6 Juin 2018
CINÉMA/
après l’injuste échec critique et
public du formidable Body Double (1984) ; en revenant à un petit
film très personnel, l’Esprit de
Caïn (1992), pour se remettre du ratage de son adaptation du Bûcher
des vanités de Tom Wolfe (1990); en
fuyant les Etats-Unis pour l’Europe
après l’expérience amère de Mission
to Mars (2000).
Langage. De Palma est à juste titre
Tom Cruise et Brian De Palma sur le tournage de Mission: impossible (1996). EMPIRE WARD PICTURES
«De Palma», noir et essais
En parallèle d’une
rétrospective à
la Cinémathèque,
un docu sur la carrière
du cinéaste féru
d’expérimentations
sort en DVD.
T
andis que depuis jeudi la Cinémathèque française propose une rétrospective des
films de Brian De Palma (jusqu’au
4 juillet), et que sort en librairie son
premier roman, les Serpents sont-ils
nécessaires? (écrit avec Susan Lehman), Carlotta Films édite le documentaire que Noah Baumbach et
Jake Paltrow ont consacré en 2015 à
l’auteur de Phantom of the Paradise,
Carrie et Blow Out. La forme en est
très simple: face caméra, De Palma
évoque ses films un par un, par or-
dre chronologique, tandis qu’un
grand nombre de documents et
d’extraits illustrent son propos. Ce
parti pris permet de ne laisser s’exprimer que le cinéaste et ses images.
Le montage très dense concentre
une parole coulant presque sans hésitation ni pause pour évoquer les
circonstances, idées, moyens et réceptions de chaque film, De Palma
y faisant preuve d’une sûreté et
d’une intelligence conformes à ses
œuvres. Peu enclin à l’épanchement, il dévoile parfois quelques
traits intimes qui en disent long.
Voyeurisme. Par exemple, la nécessité qu’il eut de s’endurcir très
jeune pour survivre dans «une famille pleine d’égoïstes, qui semblaient insensibles au mal qu’ils se
faisaient». Il alla jusqu’à suivre et
photographier secrètement son
père volage, acte fondateur qui annonce toutes les scènes de filature,
de surveillance et de voyeurisme
qui structurent ses films. Celui qui
se définit comme un solitaire semble avoir été l’unique responsable
de sa carrière et de ses réalisations,
ainsi que de ses erreurs. Il démontre
combien il a sans cesse pris des risques sans jamais vendre son âme,
n’acceptant que des concessions lui
permettant de retomber sur ses pattes. Alternant petites et grosses productions, sa filmographie est une
succession de bras de fer et d’esquives face à un système qui faillit plusieurs fois l’achever. Régulièrement,
il a dû presque repartir de zéro: en
réalisant Sœurs de sang (1973) avec
trois fois rien après un premier
rendez-vous raté avec les studios,
Attention au lapin (1972); en faisant
une comédie, Mafia Salad (1986),
surtout connu comme un maître du
thriller, qui se considère lui-même
comme l’unique vrai disciple de
Hitchcock, le seul à avoir su reprendre le langage qu’il avait inventé.
Mais ce condensé de toute son
œuvre rappelle qu’il s’imposa par
des films à la fois comiques et politiques – Greetings (1968) et Hi,
Mom ! (1970) –, deux traits qu’il n’a
jamais totalement abandonnés.
Ainsi, Outrages (1989) et Redacted (2007) sont d’implacables
condamnations des guerres du Vietnam et d’Irak, où l’intervention
américaine est à chaque fois métaphorisée par un viol. Ce qui frappe
dans chaque extrait montré, c’est à
quel point il ne capitula jamais sur
sa capacité à créer des images saisissantes, à être un expérimentateur,
là où, selon lui, Hollywood a laissé
la main aux programmateurs d’ordinateurs, ne reproduisant à la chaîne
que des images «prévisualisées».
MARCOS UZAL
DE PALMA de NOAH BAUMBACH
et JAKE PALTROW (1 h 47),
sortie DVD chez Carlotta.
Et rétrospective à la
Cinémathèque française, 51, rue
de Bercy, 75012. Jusqu’au 4 juillet.
«Volontaire», fantaisie militariste
Parfois attachant, le film
d’Hélène Fillières sur
l’engagement d’une femme
dans la marine nationale
manque de recul sur son sujet.
L
es raisons pour lesquelles Laure (Diane
Rouxel, lire son portrait dans Libération de
mardi) s’engage à 23 ans dans la marine nationale ne sont pas très claires, pas plus que celles qui ont poussé Hélène Fillières à réaliser cet
improbable film militariste. Une première explication, assez lourdingue (mais pas suffisamment
pour atteindre le degré de comédie qu’elle mériterait), nous est sans doute fournie par la scène
d’ouverture où l’on découvre que dans la famille
un peu bohème de Laure, c’est la mère (Josiane
Balasko) qui «porte la culotte», comme on disait
au XXe siècle. Cette dernière est actrice et elle
voit d’un très mauvais œil la volonté de sa fille
d’aller chercher ailleurs un peu de l’autorité paternelle qui manque à la maison, et qu’incarnera
avec une mélancolique raideur le commandant
Rivière (Lambert Wilson). On entraperçoit une
autre piste, plus intéressante que ce contexte sociopsychanalytique, lorsque Laure lit Lord Jim
de Joseph Conrad sur son lit de camp. La jeune
fille comme la réalisatrice se font une idée romanesque de l’armée, que ne viendront démentir
aucune véritable aspérité ni aucune déception.
Sans qu’il soit pour autant bêtement antimilitariste, on aurait pu attendre que ce film fasse
preuve d’un peu plus de distance envers ce
monde mal connu. Conforme à ce que nous en
montrent les films de recrutement, il a ici tout
d’une petite utopie uniquement peuplée d’êtres
dignes et cultivés, où différence des sexes et
homosexualité se vivent dans une paisible harmonie. Ou bien, pour que l’on partage un tant
soit peu cette vision anachronique de l’engage-
ment militaire, il aurait fallu un minimum de
souffle et d’entrain, ne pas hésiter à tendre un
peu plus vers Conrad, John Ford ou même Pierre
Schoendoerffer. Malgré tout, Volontaire a quelque chose d’attachant, comme la réalisation d’un
rêve de petite fille biberonnée aux films et aux
romans de mecs en uniforme –ce que semble attester l’apparition d’Hélène Fillières, jouant à
fond une sévère commandante adjointe et dont
ce film est la deuxième réalisation après Une histoire d’amour, relecture fictionnée de l’affaire
Edouard Stern. De même que la mise en scène
figée s’accorde parfois bien à la rigidité des codes
et des corps militaires, le manque de recul du
film est à la fois sa grande limite et la preuve de
sa déroutante sincérité.
M.U.
VOLONTAIRE d’HÉLÈNE FILLIÈRES
avec Diane Rouxel, Lambert Wilson,
Corentin Fila… 1 h 41.
VITE VU
RIGA (TAKE 1)
de SIEGFRIED (2 h 20).
A Riga, une caméra surexcitée suit les amours compliquées de quatre femmes
d’âges différents –une
danseuse, une guide touristique, une actrice et sa fille.
De même que l’utilisation
presque systématique du
gros plan nous empêche de
voir la capitale lettone, la
forme du film est si faible
qu’elle nous dissuade de
nous intéresser un tant soit
peu aux personnages. Pendant que Siegfried pense
que pour atteindre la liberté du free-jazz il suffit
d’en plaquer sur des gros
plans surexposés, pas étalonnés, de traviole, gigotant
en tous sens et montés à la
va-comme-je-te-pousse, on
a le sentiment d’être secoué
durant plus de deux heures
dans un shaker où ce sirop
d’imbroglios amoureux se
dissout dans le nappage
bleuâtre et aveuglant qui
tient lieu de lumière, tandis
que les plans ne sont plus
que des grumeaux. M.U.
REALIVE
de MATEO GIL (1 h 43)
Initialement titré Proyecto
Lázaro, ce faux film d’anticipation américain est en
fait une production espagnole signée du scénariste
régulier d’Alejandro
Amenábar (Tesis, Ouvre les
yeux) racontant comment
un jeune artiste tête à claque, Marc Jarvis (l’Anglais
Tom Hughes), apprenant
qu’il a un cancer et n’a plus
qu’un an à vivre, se suicide,
se fait cryogéniser et,
cent ans plus tard, est ressuscité par l’équipe du Prodigy Health Corporation.
Mêlant flash-back sur la vie
du condamné à mort dans
un style haché et lyrique à
la Terrence Malick et séquences de labo du futur
nimbées de mélancolie
froide à la Bienvenue à Gattaca, le film est à la fois
prétentieux et interminable. Les méditations de notre Lazare à dégaine de
mannequin Abercrombie
valent leur poids de métaphysique : «Et l’âme ? Qu’arrive-t-il à l’âme ? C’est peutêtre ce que perd le steak
lorsqu’il est congelé…» D.P.
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TICKET
D’ENTRÉE
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FILM
SEMAINE ÉCRANS
ENTRÉES ENTRÉES/ÉCRAN
CUMUL
Deadpool 2
3
601
289 645
482
1 973 259
Solo : a Star Wars Story
2
844
Demi-sœurs
1
252
315 598
374
847 012
84 715
336
Mon Ket
1
354
84 715
113 393
320
113 393
Je vais mieux
1
197
53 547
272
53 547
Une année polaire
1
76
20 059
264
20 059
Opération Beyrouth
1
225
45 558
202
45 558
L’Extraordinaire Voyage…
1
359
65 601
183
65 601
Produit totalement has been (Ron Howard recadrant l’affaire
après l’éviction du duo foutraque Chris Lord et Phil Miller),
mal fichu et sans enjeu, Solo, qui tentait de réinventer la
jeunesse de Harrison Ford sous les traits de Alden Ehrenreich, a vu sa fréquentation chuter de 65 % en deuxième semaine à l’affiche aux Etats-Unis, un décrochage qui confirme
des résultats plus que mitigés en Europe et en Chine. Deadpool 2 fait mieux, confirmant une fois encore la suprématie
Marvel. (SOURCE : «ÉCRAN TOTAL», CHIFFRES AU 3 JUIN)
Hedy Lamarr,
crâne de star
Un documentaire
se penche sur
la vie de l’actrice
hollywoodienne et
géniale inventrice
à qui on doit wi-fi
et Bluetooth.
«J
e suis une personne
simple très complexe», lance avec
afféterie Hedy Lamarr de
passage dans l’émission de
télé The Merv Griffin Show
en 1969, déclenchant l’hilarité du public. La confession
lâchée aux quatre vents
hertziens n’est pourtant ni
anodine ni dérisoire. Car l’actrice autrichienne à la réputation sulfureuse, venue faire
carrière à Hollywood pour
Louis B. Mayer dès la fin des
années 30, recèle encore au
moins une face mal connue.
Sa notoriété s’est nourrie surtout de rôles de femmes ensorceleuses: Casbah de John
Cromwell (1938), Viens
avec moi de Clarence
Brown (1941), Tondelayo de
Richard Thorpe (1942), ou
encore Samson et Dalila de
Cecil B. DeMille (1949), entre
autres. Mais derrière l’actrice,
il y a aussi l’inventrice.
Façade. Et c’est ce que Hedy
Lamarr: From Extase to Wifi
a pour ambition de dévoiler
avec force témoignages et archives de cette figure piégée
sous sa beauté. Le documentaire mêle extraits de films,
photos, interviews, paroles
de proches (famille, industrie
cinématographique, journalistes…) et animations qui
nous expliquent le parcours
tumultueux de cette femme
affirmant que personne,
jamais, n’allait au-delà de son
visage (au cinéma comme
à la vie).
Derrière la façade d’une peau
porcelaine, les yeux de libellule et de longs sourcils tracés sous le passage d’une comète noire, Lamarr a en effet
imaginé dans les années 40
(entre autres concepts savants que nous découvrons
dans le documentaire) le procédé du saut de fréquence :
une transmission de signaux
par ondes radio via plusieurs
canaux, rendant le tout difficile à intercepter. Avec la collaboration de George Antheil
–musicien avant-gardiste célèbre pour sa composition du
Ballet mécanique (1924)– elle
imagine les premières torpilles téléguidées. «Jeune
fille, vous feriez bien plus
pour l’effort de guerre en allant inciter les garçons à s’enrôler, plutôt qu’essayer d’inventer de nouvelles torpilles.»
Voilà tout ce que la marine
lui répond. Quand on sait
que l’invention cruciale à but
militaire rendra par la suite
possible le fonctionnement
des satellites, sonars, wi-fi,
Bluetooth et autres…
Dissection. From Extase to
Wifi nous fait découvrir une
Hedy Lamarr en saut de fréquence, impossible à fixer sur
une seule onde. Derrière le licencieux Extase, film austrotchécoslovaque de Gustav
Machaty (1938) où on la découvre nue, ses nombreux
mariages et divorces avec des
hommes qui la traitaient
avant tout comme un tro-
Cette femme est mienne (I Take This Woman, 1940) de W.S. Van Dyke, avec
Spencer Tracy et Hedy Lamarr. COURTESY EVERETT COLLECTION URBAN DISTRIBUTION
phée, ses problèmes de drogues (la méthamphétamine,
en vogue dans le milieu hollywoodien), on retrouve celle
qui, petite, démontait puis
remontait sa boîte à musique.
Le documentaire, en ce sens,
se déploie au diapason de
cette dissection et reformation de mécanismes, creusant dans l’histoire de la
Lamarr, détaillant les roua-
ges, l’envergure de cette
femme. Un ancien journaliste de Forbes a retrouvé quatre cassettes d’une interview
par téléphone qui lui ont permis d’écrire un article sur
l’inventrice en 1990. Nous entendons traverser la voix
qui grésille d’une femme
de 76 ans, recluse, qui reçut à
la fin de sa vie la reconnaissance méritée, sous la forme
d’un hommage de la Milstar
Award Ceremony en 1997.
Et, d’une subtile raillerie
adressée au journaliste, elle
lance: «Me voilà intelligente
soudainement.»
JÉRÉMY PIETTE
HEDY LAMARR :
FROM EXTASE TO WIFI
d’ALEXANDRA DEAN
(1 h 26).
«The Cakemaker», pas si tarte
Une pincée de
mélodrame bisexuel
et bicontinental, un
zeste de sujet de société
et un rien d’amour,
mélangez, servez frais.
«S
i vous n’aimez pas ça,
n’en dégoûtez pas les
autres», c’est entendu.
The Cakemaker, film pâtissier,
est-il si tarte qu’il y paraît ? La
critique culinaire, et le cinéma
de son goût, ont encore de beaux
jours devant eux – mais plutôt
que de verser ici dans les habituels adjectifs savoureux et
autres compliments sur la composition, donnons-en sans attendre la recette. Elle ressemble à s’y
méprendre, sans doute par effet
de structure, à celle de la forêtnoire qui reparaît entre les couches de son récit – dans une version des plus légères, «recom-
mandée par le réalisateur»,
que le distributeur n’a pas hésité
à révéler à des fins promotionnelles. Après ce court préchauffage, cela va comme suit.
Pour la base du gâteau
Construisez une bonne histoire,
qui se raconte bien et qui tienne
au corps. Si c’est un mélodrame,
partez du thème de la dualité, car
le mélange fait les bonnes pâtes :
une tragédie bisexuelle, où
chaque homme a un homme et
une femme (mais la femme deux
hommes), et un drame bicontinental (Berlin et Jérusalem,
Allemagne et Israël, les empires
inquiets d’un hors-champ qui
doit rester tel, pour ne pas alourdir l’ensemble).
Pour la crème de vanille
C’est la douceur, qui donne l’eau
à la bouche. L’Allemand sera pâtissier, expert en forêts-noires et
en mises en abyme, l’Israélienne
restauratrice – et tout aura lieu
Un pâtissier allemand roi de la forêt-noire. PHOTO DAMNED DIST.
en cuisine, la parfaite coulisse de
l’amour. Pour le sirop de cerise, et
pour un peu d’acidité, il vous faut
un «sujet de société», qui se marie bien à la crème de vanille. Ici,
le problème du certificat casher
dans une société conservatrice
– pour mettre le cakemaker goy
en mauvaise posture, tout en
parlant de quelque chose. «L’interdit» va à tous les goûts, qui
donne consistance à l’ensemble.
Pour la garniture de cerise
C’est l’amour fou, sa portée
subversive un peu plus forte
que le sirop, qui fera passer toute
la base, dialectique et grumeaux
compris.
Pour la déco en chocolat
Côté musique, côté couleur, savants copeaux, bien ordonnés,
qui donnent du style et du sens.
Montage du gâteau
«Coupez horizontalement la base
du gâteau en trois tranches égales. Sur la couche inférieure, ajoutez (dans l’ordre) : le sirop de cerise, la crème à la vanille, la
moitié de la garniture de cerises.
Placez la deuxième couche de gâteau et répétez le processus. Placez la dernière couche et versez un
peu de sirop. Recouvrez le gâteau
en entier d’une fine couche de
crème à la vanille. Déposez les
boucles de chocolat au centre du
gâteau. Laissez reposer au réfrigérateur quelques heures. Bon appétit !»
LUC CHESSEL
THE CAKEMAKER d’OFIR RAUL
GRAIZER avec Sarah Adler,
Tim Kalkhof… 1 h 44.
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Libération Mercredi 6 Juin 2018
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Allez, on ferme !
Jean-Paul Peyrot A Sardent, «Chez Bichette» s’arrête,
le patron du bar prend sa retraite et nous voilà, seul,
dans la Creuse, des regrets plein la tête.
B
ien sûr, on aurait aimé y être, jeudi, au dernier soir de
Chez Bichette. Avec les habitués. On aurait payé la tournée, comme tout le monde. Pour voir. On se serait mis
à table, les gars de Sardent (Creuse) autour, et les filles aussi.
On se serait cru du coin, un peu. On aurait fumé cent clopes,
les doigts jaunis comme les dents, et les murs, à emmerder
Evin et les fachos et l’Europe et les technocrates et leurs normes à la con et tout disparaît et putain. On
aurait regardé une dernière fois les vieilles
choses, le setter qui pionce sur un tas de
revues, cette affiche «Des artisans, des
commerçants: la vie!». Il y aurait eu là Bernard, Gillou, Marie,
les potes, à boire et se marrer à s’en décrocher la mâchoire, les
grandes baffes sur l’épaule, les engueulades et les exploits de
pêche, le type qui un jour a chopé 50 kilos de cèpes, même que
depuis il garde sur lui la photo, pour prouver, et quand on lui
demande où le miracle s’est produit, il répond «dans la forêt».
Jean-Paul Peyrot, le patron, serait resté derrière, au comptoir,
accoudé, dans sa retenue habituelle, à observer les autres, des
poches sous ses yeux clairs, la jambe fatiguée, content de la
quille. Quand il est gêné des conneries qu’il entend, Jean-Paul
Peyrot porte parfois sa main à son front, comme pour se cacher, avec un «holala» amusé. Dans la nuit, parce que personne
n’aurait voulu partir, il aurait fini par virer tout le monde, mais
«sans vous fiche à la porte», comme il dit. Rideau. Dehors, derrière l’entrée en bois, y aurait eu des «Popaul» suppliants, les
«allez Papa, encore un peu» lancés par les types bourrés. Et les
gendarmes plus bas qu’auraient attendu d’en cueillir un au
volant. On aurait aimé y être, ouais. Mais
on n’avait rien à y foutre.
Jeudi, chez Bichette, c’est pas notre passé
qu’on a enterré, mais celui des habitants
de Sardent. Et d’une certaine manière celui de la France rurale, celle des bleds où avant on vivait, on pouvait acheter son
pain et poster une lettre. Avant, il y avait des gens sans cheveux blancs, et maintenant on passe en bagnole mais jamais
on s’arrête. Pour les bars, la poste, faut aller à la ville. La plus
proche de Sardent, c’est Guéret. Mais même là tout est mort,
la rue piétonne déserte, magasins vides ou à vendre, stores
baissés, derrière les vitres les restes d’une démarque. A Guéret,
en périphérie, il y a une zone commerciale pour dix habitants,
un Carrefour géant, un Leclerc géant, et tout ce qui va avec,
LE PORTRAIT
mais dans le centre faut se lever tôt pour trouver un boucher.
En plein Limousin, va comprendre.
Chez Bichette, «c’était un lieu de vie et d’échanges», dit un habitant. «Qu’est-ce qu’on va faire maintenant? On va plus se connaître. On va se faire chier! Vous verrez la solitude qu’on va se
taper. On est en deuil.» Le rade de Peyrot était jusqu’à jeudi
l’occasion d’une plongée vivante dans le passé et la «France
pittoresque» de Pernaut. On y emmenait ses copains en touriste pour voir la campagne de près, la vraie.
Une fois passée l’entrée, il y a deux tables de maquignons posées sur un sol en pierres froides. Elles n’ont pas bougé depuis
deux cents ans. Devant, une large cheminée avec dedans un
poêle à mazout. A gauche un mur de «souvenirs», collées là des
annonces avec des numéros à huit chiffres, quelques vannes
de cul, des dessins de Wolinski, des une de Hara Kiri. Ici on est
«Charlie». Chez Bichette, si tu demandes quelque chose, une
fois sur deux on te répond «fais ce que tu veux tant que tu votes
pas Le Pen». Il y a une photo noir et blanc de Bernadette Lafont
jeune, derrière la pompe à essence qui va avec le bistrot. Parce
que Claude Chabrol, qui habitait la maison mitoyenne –son
fils Thomas y va encore– a tourné le Beau Serge à Sardent. Il
y a des scènes sur la place de l’Eglise, d’autres chez Bichette à
l’époque où Amédée Peyrot, grand-père de Jean-Paul et tenancier, était aussi maire du village. A côté de Bernadette Lafont, il y a deux calendriers de
1er mars 1956
routiers ouverts au mois en
Naissance à Sardent
cours, avec des photos de
(Creuse).
filles s’écartant la vulve et les
19 février 2005 Mort
clients s’amusent des réacde sa mère, s’associe à
tions choquées des formalisson frère.
tes passant devant. C’est une
5 mai 2015 Mort de
forme de bizutage.
son frère, reprend le
Le comptoir est d’époque,
bar seul.
comme à peu près tout le
31 mai 2018 Prend sa
reste, il date d’avant-guerre,
retraite, ferme le bar.
celle de 1914. En 1939, on l’a
planqué «pour pas que les Allemands piquent l’étain», raconte le petit-fils, 62 ans. Derrière,
il y a une étagère avec dessus une rangée de bouteilles, Cacolac,
Orangina et jus sous une couche de poussière insensée. Elles
n’ont jamais bougé non plus, depuis qu’un jour, Michel Peyrot,
le frère de Jean-Paul, qui tenait le bar jusqu’à sa mort en 2015,
avait eu un contrôle des impôts. «Il fallait présenter des exemplaires de ce qu’on vend sans alcool. On l’a fait, mais Michel a
dit “ça bougera plus jamais”.» Et ça n’a plus bougé jamais.
Michel, c’est lui qu’on appelait «Bichette» avant. Le nom est
resté. Devant Chez Bichette, il y a une petite plaque en argent
avec gravé dessus «Chez Bichette». Les deux frangins se sont
associés en 2005 pour poursuivre la tradition familiale, qui
date des arrière-grands-parents. Et qui s’arrête avec la retraite
du dernier Peyrot patron de bistrot, parce qu’il n’en reste plus
qu’un et qu’il n’a pas d’enfants. Il dit «je suis célibataire et mes
neveux, ils ont tous une situation alors c’est comme ça».
Jean-Paul Peyrot est né le 1er mars 1956 à Sardent. Il est sorti
de l’école à 17 ans avec un CAP mécanicien auto, dieseliste,
«mais ça m’a jamais servi». Il a été magasinier un peu partout
avant de reprendre le bar, «avec quatre ans de chômage au
cul», où il s’est occupé de sa mère. Pourquoi il ferme ? Plusieurs raisons. La première, et il insiste dessus, c’est qu’il a un
problème de guibole, qu’il faut l’opérer depuis trois ans. Pas
eu le temps. «Ici il faut ouvrir le matin à 8 heures et les clients
ils restent plus qu’avant.» Les toubibs lui ont dit «si tu continues, c’est la chaise roulante, alors j’ai eu peur». Une fois réglé
le problème, peut-être que Jean-Paul retournera à la chasse,
avec sa chienne Dolly, le setter. Paraît qu’il y a autre chose.
Ça, c’est les clients qui le disent. Un jour, un gus du secteur
mandaté par Bruxelles a débarqué avec sa carte professionnelle. Et il a décrété «y a plein de choses à changer», c’est pas
aux normes. Listant 14 trucs. Là, Peyrot lui a dit «vous parlez
comme les livres», ce qui l’a agacé. Dans les 14 trucs, il fallait
faire un trou dans le comptoir en étain que les Allemands ont
pas eu, pour y foutre des robinets. Aussi mettre une caisse enregistreuse dernier cri. Chez Bichette, y’a qu’un tiroir en bois
rempli de piécettes. La moderne, elle coûte 2600 balles. Alors
quand le gus a rappelé pour prendre des nouvelles, Peyrot lui
a dit : «J’ai rien fait, je pars à la retraite.» Et le zélé s’est
étonné: «Mais faut pas le prendre comme ça!» Peut-être qu’en
vrai, Bichette en avait assez vu. •
Par TRISTAN BERTELOOT
Photo ED ALCOCK. MYOP
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