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Le Figaro - 07 06 2018

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jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO - N° 22 960 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
DONALD TRUMP
SEAN HANNITY, LE PRÉSENTATEUR
DE FOX NEWS QUI MURMURE
À L’OREILLE DU PRÉSIDENT PAGE 14
Contre Trump,
Merkel invoque
l’Europe PAGE 7
ESPAGNE
Sanchez mise
sur les femmes
et l’Europe PAGE 8
À l’école,
les garçons jugés
faibles sont
victimes de
harcèlement PAGE 11
Le scénario catastrophe d’un
fanatique qui, une fois libéré,
passerait à l’acte hante les
autorités. Dans les dix-huit
mois à venir, 10 % des détenus
incarcérés pour terrorisme,
soit 50 personnes, seront relâchés, alors qu’un tiers des
1 200 détenus de droit commun radicalisés derrière les
FISCALITÉ
La France frappée
par un nombre
record d’orages
ENCHÈRES
Pierre Bergé :
dernier inventaire
avant dispersion
Alors que de violentes intempéries
provoquent encore des inondations
dans de nombreuses régions, plus
de 180 000 impacts de foudre ont été
enregistrés pendant le mois de mai.
PAGE 28
PAGE 10
Une cellule de
régularisation pour
les entreprises
repentantes PAGE 21
n
n
PAGES 15 À 17
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mercredi :
PMA pour toutes :
Emmanuel Macron a-t-il
raison de prendre son
temps avant de légiférer ?
NON
10 %
OUI
90 %
TOTAL DE VOTANTS : 15 534
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Pensez-vous que les
députés travaillent trop ?
NICHOLAS KAMM/AFP -
BERTRAND KULIK
n
n
« clés du passage à l’acte ».
C’est pourquoi il s’est doté
d’une nouvelle cellule de suivi
qui devra s’assurer que chaque
« sortant » soit bien surveillé.
Les vrais
chiffres
du temps
de travail
des députés
à l’Assemblée
Les députés s’estiment surmenés par le rythme et le nombre
de projets de loi à étudier. Un
ras-le-bol dont le président de
l’Assemblée, François de
Rugy, s’est fait l’écho. Pourtant, selon notre enquête, ce
n’est pas si différent de ce que
les députés de la précédente
mandature ont connu. Sur les
seules sessions ordinaires,
l’activité aurait même légèrement baissé. PAGE 5
n
n
bles du renseignement. Comment se protéger contre ces
bombes potentielles ? Pour le
gouvernement, tout l’enjeu
est de guetter en amont les
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
Islamistes pour toujours
A
vec les centaines de « revenants » des champs de bataille
du Moyen-Orient et les milliers de « velléitaires » suspectés de pouvoir passer à
l’acte un jour sur notre sol, ils forment la
légion des ennemis de l’intérieur. Ceux-là
sont surnommés les « sortants ».
D’ici à dix-huit mois, 50 terroristes islamistes et 400 détenus qui se sont radicalisés derrière les barreaux sortiront de prison. Leur nombre est impressionnant,
mais ce n’est qu’un début… Il est appelé à
grossir au fil des années car les peines de
perpétuité à vie réellement incompressibles n’existent pas en France. Quant à la
rétention de sûreté, qui permet de garder
à l’ombre d’anciens prisonniers réputés
très dangereux, elle est très peu appliquée. Ce dispositif, introduit en 2008 pour
prévenir la récidive, est contesté jusque
dans les rangs de la magistrature.
Certes, la France ne va pas rester les bras
ballants. Grâce au récent réarmement de
notre politique pénale, ces islamistes libérés devraient être placés sous étroite surveillance. La force publique est désormais
autorisée à lancer contre eux des écoutes,
perquisitions ou convocations à tout
moment.
Il est toutefois regrettable que le comportement des intéressés n’ait pas pu être
analysé en détention. Hostile au renseignement pénitentiaire quand elle était
garde des Sceaux, Christiane Taubira a fait
perdre beaucoup de temps et d’efficacité à
la lutte contre l’islam
radical dans les prisons. Ce travail aurait
aussi permis d’intercepter courriers et appels
téléphoniques
pour remonter des filières. Cette faute a été
heureusement réparée
depuis son départ du
ministère.
Il n’empêche. Beaucoup reste à faire.
L’expérience montre que les mailles du filet doivent être resserrées en permanence. Face à la menace djihadiste, aucune illusion n’est permise : les islamistes d’un
jour le sont vraisemblablement pour
toujours… ■
Logiciel de gestion d’entrepôt
Face à la
menace,
aucune
illusion
n’est
permise
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
Tel. 01 60 11 92 92 • www.mecalux.fr/software
A
Le retour en force
de Microsoft PAGE 20
CHAMPS LIBRES
barreaux retrouveront la liberté. Pour tous, la prison aura
probablement joué son rôle
d’« incubateur
redoutable »,
observent de hauts responsa-
è CES DÉTENUS BIENTÔT LIBÉRÉS è LES SORTANTS, UN « FARDEAU » POUR LA POLICE BRITANNIQUE è « POUR CES GENS-LÀ, LA PRISON DEVRAIT ÊTRE UN TEMPS DE “DÉMINAGE”,
PAS D’INCUBATION » è TERRORISME : LA PÉRILLEUSE ÉTAPE DE L’APPLICATION DES PEINES è LE RENSEIGNEMENT PÉNITENTIAIRE MONTE EN PUISSANCE PAGES 2 À 4 ET L’ÉDITORIAL
INFORMATIQUE
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@q@a@r@a";
NOTRE SUPPLÉMENT
Dans les mois à venir, ces détenus incarcérés pour terrorisme ou qui se sont radicalisés
en prison seront libérés. Au risque de créer une sérieuse menace pour la sécurité publique.
ÉDUCATION
M 00108 - 607 - F: 2,60 E
LES FEMMES RÉENCHANTENT
LA POÉSIE CONTEMPORAINE
L’inquiétante sortie
de prison de 450 islamistes
ALLEMAGNE
La chronique
d’Éric
Zemmour
Le tête à tête
de Charles
Jaigu
La tribune
de Thibault
de Montbrial
La tribune de
Mathieu Laine
La chronique
de Luc Ferry
L’analyse
d’Anne
de Guigné
LE FIGARO LITTÉRAIRE
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jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
D’ici à 2019, 450 islamistes se
1 200
détenus
de droit
commun
radicalisés
Pour éviter des passages à l’acte après leur libération, les sortants de prison seront
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
512
RELÂCHER dans la nature un fanatique
qui mettrait à exécution une équipée
mortifère une fois sa liberté recouvrée…
Ce scénario catastrophe hante les autorités. Alors que le spectre d’un retour
massif de « revenants » issus des zones
de combats se dissipe, les services antiterroristes et judiciaires considèrent
incarcérés
pour terrorisme
Le quartier réservé
aux islamistes radicaux,
à la prison de Lille-Annœullin,
en février dernier.
comme une absolue priorité la prise en
compte des islamistes « sortants » de
prison. Le sujet présente une acuité telle
qu’il était à l’ordre du jour du Conseil de
défense tenu ce mercredi à l’Élysée.
Deux chiffres suffisent à faire comprendre la situation explosive que vont devoir gérer les services. Selon un nouveau bilan, près 10 % des 512 détenus
incarcérés pour terrorisme sont susceptibles d’être libérés d’ici à fin 2018. Soit
Les vétérans
de la génération
« pré-Daech »
Les « seniors du djihad » ne sont plus qu’une poignée
à être encore détenus dans les prisons françaises
dans l’attente de leur libération, sans parler
des auteurs des attentats de 1995, Boualem Bensaïd
et Smaïn Aït Ali Belkacem, condamnés à la perpétuité
en 2002 (avec 22 ans de sûreté pour le premier).
Ancien proche de Ben Laden, Christian Ganczarski,
condamné en 2009 à 18 ans de prison pour l’attentat
contre la synagogue de Djerba en 2002, a lui
sciemment agressé des surveillants pour éviter
sa libération et son extradition vers les États-Unis.
Mais une autre figure d’al-Qaida devrait recouvrer la
liberté prochainement : Djamel Beghal (notre photo),
52 ans, devrait être libéré cet été. En 2000, l’homme
est en Afghanistan dans les camps d’al-Qaida.
En juillet 2001, il est interpellé à Abu Dhabi puis
extradé vers la France. Il est mis en examen dans
le cadre d’une enquête sur un projet d’attentat contre
l’ambassade des États-Unis à Paris. Condamné en
2005 à dix ans d’emprisonnement pour association de
malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste,
il est déchu de la nationalité française en 2006 et libéré
en 2009. Il est placé en résidence surveillée, la Cour
européenne des droits de l’homme recommandant
à Paris de ne pas l’expulser en Algérie pour « risques
de traitements inhumains et dégradants ». Djamel
Beghal est visité dans sa retraite du Cantal par Chérif
Kouachi et Amedy Coulibaly, auteurs des attentats
de 2015. Il joue clairement auprès d’eux le rôle
de mentor sans que son implication ait été établie
dans les attaques. Djamel Beghal participe également
à un projet d’évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem.
Il est de nouveau interpellé à ce titre en 2010
et condamné en 2013 à dix ans d’emprisonnement.
Après sa prochaine libération, Djamel Beghal
accepterait à présent son départ pour l’Algérie. ■ J. C.
On peut
penser
que le milieu
pénitentiaire fait
office d’incubateur,
dans la mesure
où vous avez une
interaction de fait
dans les prisons
entre ces détenus
terroristes
islamistes et ces
détenus radicalisés
de droit commun.
C’est tout ça qu’il
faut essayer
de combattre. […]
Les attentats
de Carcassonne
et Trèbes,
et du quartier
de l’Opéra à Paris,
le montrent bien
REX/SIPA
»
Les premiers
djihadistes de l’État
islamique
Aux côtés des « grands anciens » de l’islam
radical, ils ont constitué la « génération Daech ».
Et forment la très grande majorité des détenus
condamnés pour des faits terroristes en passe
d’être libérés. Le Centre d’analyse terroriste
(CAT) a ainsi recensé 25 condamnés des « filières
syro-irakiennes » libérables pour l’année 2018
et 17 pour l’année 2019. Le plus vieux est âgé
de 39 ans, le plus jeune n’a pas encore fêté
ses 21 ans et la plupart sont âgés d’une vingtaine
d’années. Les premiers ont été condamnés
le 7 janvier 2016 et les derniers le 20 octobre 2017
à des peines allant de un an à sept ans de prison
(avec une peine de sûreté des deux tiers
dans ce dernier cas). Sur ces 42 personnes
potentiellement libérables, 14 sont des
« revenants » : ils furent parmi les premiers
à rejoindre la zone syro-irakienne et à en
revenir. Vingt sont des « velléitaires ». En clair :
des individus qui ont voulu gagner le territoire
de l’État islamique mais n’ont finalement pas
pu ou voulu le faire. Enfin, huit personnes ont
été condamnées pour divers faits en lien avec
les filières syro-irakiennes (soutien logistique,
recrutement de djihadistes…). Pour les services
antiterroristes, ces « libérables » constituent
peut-être le premier des risques, notamment
en ce qui concerne les « revenants ». Avocat
et président du Centre de réflexion sur la sécurité
intérieure, Thibault de Montbrial souligne
que « cette vague de libérations marque un vrai
tournant car des anciens combattants vont
retrouver leur liberté de mouvement sur notre
territoire. Ils sont formés, déterminés, jouissent
d’un réel prestige et sont capables de coordonner
des attaques ». ■
J. C.
PHOTOPQR/OUEST FRANCE
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Les anciens
d’al-Qaida, seniors
du djihad
A
« La prison est un incubateur redoutable et beaucoup de nos clients, parmi lesquels des petits voyous convertis, sont
tombés dans la centrifugeuse de manière
fulgurante, grimace un haut responsable
du renseignement. C’est d’autant plus
alarmant que les islamistes en cellule côtoient des caïds du banditisme qui savent
où se procurer des armes ». « Les terroristes et les radicalisés incarcérés soulèvent des enjeux sécuritaires de natures
diverses : menace à court ou moyen terme
présentée par des profils potentiellement
violents, tentatives de départ sur zone,
prosélytisme… » renchérit une source
Place Beauvau tandis que l’antiterrorisme français rappelle que les dernières
attaques ont été perpétrées par des terroristes « peu aguerris, peu influencés
par l’idéologie, mais passés pour certains
par la case prison ».
L’enjeu est donc de guetter en amont
les « clés du passage à l’acte », comme
on le dit au plus haut niveau. Un « sondage » en profondeur de l’écosystème
djihadiste s’est intensifié dès la case prison. Pour cela, les services disposent
depuis deux ans d’un atout majeur dans
leur manche. Porté sur les fonts baptismaux en avril 2017 par l’ex-garde des
Sceaux Jean-Jacques Urvoas, le Bureau
central du renseignement pénitentiaire
(BCRP) est très rapidement monté en
puissance pour atteindre aujourd’hui les
300 agents à travers le pays, dont une
cinquantaine à l’échelon de direction.
Située dans ce que les experts nomment
le « second cercle » de la très fermée
communauté du renseignement, cette
structure placée sous l’autorité de l’Administration pénitentiaire a le pouvoir,
comme le prévoit le Code de la sécurité
intérieure, de mettre en œuvre toute
une série de « techniques » permettant
de percer l’intimité des cellules. Après
l’autorisation préalable du premier ministre, le BCRP peut baliser des objets,
géolocaliser les mobiles qui circulent
derrière les barreaux, intercepter des
CES DÉTENUS SUSCEPTIBLES D’ÊTRE BIENTÔT LIBÉRÉS
LEFEVRE/ABC/ANDIA.FR
FRANÇOIS MOLINS, PROCUREUR
DE LA RÉPUBLIQUE, SUR BFMTV
au total, une cinquantaine de potentielles bombes ambulantes dont il est très
difficile d’affirmer avec certitude si elles
seront désactivées ou non. A cela s’ajoute dans la même période, c’est-à-dire
d’ici à 18 mois, la sortie programmée des
geôles françaises d’un tiers des quelque
1 200 à 1 300 détenus de droit commun
qui se sont radicalisés derrière les barreaux. Soit, là encore, au moins 400 islamistes endurcis à des degrés divers.
Ils ont défrayé la chronique au début des années 2010
mais leurs « exploits » semblent déjà anciens.
Le 10 juillet 2015, Mohamed Achamlane (notre photo),
chef du groupe islamiste Forsane Alizza
(« les Cavaliers de la fierté »), est condamné à neuf ans
de prison ferme, assortie d’une période de sûreté des
deux tiers (soit une sortie prochaine si on tient compte
de la détention provisoire) et d’une interdiction de
droits civiques pendant cinq ans, pour « association
de malfaiteurs en relation avec une entreprise
terroriste ». Ses complices écopent de peines allant
d’un an avec sursis à six ans ferme. Créé en août 2010
à Nantes, alors que les djihads irakien et afghan sont
moins faciles d’accès et que Daech est encore dans les
limbes, Forsane Alizza attire l’attention des services
antiterroristes. Le groupe encourage ses membres
à s’entraîner au tir, légitime le recours à la violence
et les méfaits contre les kouffar. Le 1er mars 2012, il est
dissous par le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant,
en vertu de la loi du 10 janvier 1936 sur les groupes
de combat et milices privées. Forsane Alizza a le temps
de se féliciter des attentats perpétrés par Mohamed
Merah et les services antiterroristes craignent
un passage à l’acte. Le 28 mars 2012, une vingtaine
de personnes, dont Mohamed Achamlane, sont
interpellées. Au cours de son procès, le leader
des « Cavaliers de la fierté » assure qu’il n’avait pas
de projets terroristes mais uniquement une volonté
« d’autodéfense ». L’accusation évoquera, elle,
une « volonté de commettre un acte terroriste ». Quelle
sera l’attitude de l’intéressé après sa libération ? Il est
certain qu’il sera très surveillé. Car dans la France
de 2018, les « Cavaliers de la fierté » ont le profil
peu rassurant d’individus qui, s’ils n’ont jamais gagné
des terres de djihad, ont montré leur extrême
détermination à assurer leur « autodéfense ». ■ J. C.
STRINGER/REUTERS
2
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LE FIGARO
jeudi 7 juin 2018
L'ÉVÉNEMENT
ront relâchés
« Pour ces gens-là, la prison devrait être
un temps de “déminage”, pas d’incubation »
suivis par une cellule spécialisée.
pose des problèmes de moyens, de formation des personnels de l’Administration pénitentiaire confrontés à des
gens dangereux alors qu’ils sont déjà
débordés et épuisés. Avec un budget
des prisons toujours aussi lamentable.
PROPOS RECUEILLIS PAR
JEAN CHICHIZOLA
Les islamistes
en cellule côtoient
des caïds du banditisme
qui savent où se procurer
des armes
”
UN HAUT RESPONSABLE DU RENSEIGNEMENT
« Pour assurer la continuité du suivi
des islamistes radicaux après leur détention, de nouvelles modalités d’échanges d’information entre le Bureau central du renseignement pénitentiaire et
les services ont été mises en place dès le
mois de février 2018 », précise au Figaro l’entourage de Gérard Collomb,
qui, au terme d’une longue réflexion, a
donné son aval à une « nouvelle unité de
coordination qui a pour mission de
veiller, dans la durée, à la bonne prise en
compte de ces individus (qu’ils soient
condamnés ou mis en cause pour une infraction à caractère terroriste ou de
droit commun et suivis pour radicalisation) ». Installée au sein de l’Unité de
coordination de la lutte antiterroriste
(Uclat) et appelée à être effective très
prochainement, cette cellule a pour
mission de « veiller à l’absence de rupture dans le suivi en cas de changement
de situation personnelle ». En clair, éviter autant que possible les fameux
« trous dans la raquette » et autres
« failles du renseignement » agités tels
des épouvantails au lendemain de chaque attentat. Et les experts de soulever
par exemple la question du « déména-
SÉNATRICE UDI de l’Orne, Nathalie
Goulet a présidé la commission d’enquête sénatoriale sur l’organisation et
les moyens de la lutte contre les réseaux
djihadistes en France et en Europe.
LE FIGARO. - Êtes-vous inquiète
de la prochaine libération de centaines
de personnes condamnées
pour des faits de terrorisme
ou radicalisées en prison ?
Nathalie GOULET. - Oui bien sûr. Car
le principal problème est qu’il n’y a
pas de sas pour ces libérations et pas
de réelle évaluation de la dangerosité
de ces personnes à leur sortie. Mais il
n’y a pas non plus d’évaluation véritable quand les gens entrent en prison
ou pendant la détention. La radicalisation en détention est un phénomène
ancien, qui remonte à plus de vingt
ans, bien avant l’État islamique. Le
suivi en détention, la surveillance des
intéressés et de leurs fréquentations
ne sont pas suffisants. Avec un résultat
immédiat : on est souvent plus radicalisé à la sortie qu’à l’entrée. Ces personnes sont donc lâchées dans la nature à la fin de leur peine, ce qui est
tout à fait normal puisqu’elles ont
purgé celle-ci, mais sans réel suivi. Il
existe, certes, une surveillance judiciaire « postpeine », en vertu des articles 723-29 et suivants du Code de
ANJEM CHOUDARY pourrait retrouver
la liberté cette année. Il est l’un des
quelque 80 extrémistes islamistes
condamnés pour terrorisme par la justice britannique susceptibles de sortir
de prison dans les mois à venir. Cet ancien avocat de 51 ans devenu prêcheur a
été condamné l’an dernier à cinq ans de
prison pour avoir fait allégeance à l’État
islamique. Avec sa détention provisoire, il aura accompli la moitié de sa peine
cette année et pourra donc prétendre à
une libération anticipée. Il est soupçonné d’avoir contribué à la radicalisation
de dizaines de djihadistes britanniques
et européens, dont Khuram Butt, l’un
des trois terroristes auteurs de l’attentat du London Bridge il y a tout juste un
an. Sa sortie de prison poserait un casse-tête aux autorités britanniques, qu’il
a publiquement narguées pendant près
de vingt ans avant d’être condamné.
Sur les 193 condamnations à des peines de prison pour actes terroristes
prononcées par la justice britannique
entre 2007 et 2016, 80 arrivent à terme
cette année ou atteindront le seuil requis pour une libération conditionnelle,
selon des estimations du Guardian.
Pour Richard Walton, ancien chef de
l’antiterrorisme à Scotland Yard, cela
place un « fardeau » sur les épaules de
la police. « Un processus d’évaluation
du risque existe pour surveiller ceux qui
font l’objet d’une libération conditionnelle, et cette surveillance mobilise des
ressources considérables, explique-t-il.
Nous n’avons souvent pas assez d’informations pour évaluer s’ils ont l’intention
de repasser à l’acte, en raison de leur récente incarcération. Ceux-là ont généralement l’habitude de rester sous le radar pendant un certain temps, sachant
qu’ils seront observés de près. » L’antiterrorisme dispose d’une unité spécialisée dans la surveillance des prisons et
des ex-détenus bénéficiant d’aménagement de peines.
Certains des prisonniers les plus dangereux, dont Anjem Choudary, effec-
Un système de suivi spécifique
n’a-t-il pourtant pas été mis en place
ces dernières années ?
Ce suivi n’est pas encore totalement
appliqué et efficace. Faire des fiches de
suivi de détenus ne va de toute façon
pas servir à grand-chose. Un vrai suivi
LA PERVERSITÉ
N'A PLUS DE
LIMITE
tuent leur peine à l’isolement dans une
unité dédiée aux djihadistes. Pour les
autres, la radicalisation en milieu carcéral continue de poser un problème. Selon le ministère de la Justice, environ
700 détenus affichent des profils jugés à
risque en raison de leurs convictions extrémistes. À leur sortie, ils peuvent être
soumis à un programme de déradicalisation existant pour tous les suspects.
“
Vu le nombre
de libérations attendues,
il ne sera pas
matériellement possible
de tous les surveiller
JULIA RUSCHCHENKO, CHERCHEUSE
SPÉCIALISTE DU TERRORISME
”
Les autorités font face pour la première fois à une vague importante de libérations. Mais, derrière les chiffres, il
faut distinguer les types de condamnation pour terrorisme résultant de renforcements successifs de la législation
ces dernières années. Des gens tombés
sous le coup de la loi pour avoir diffusé
de la propagande islamiste sur les réseaux sociaux ou envoyé de l’argent à
des proches partis pour le djihad ne
présenteront pas le même danger que
des participants actifs à des projets
d’attentat.
« Vu le nombre de libérations attendues,
il ne sera pas matériellement possible de
tous les surveiller. C’est un challenge pour
le gouvernement mais aussi un test de
l’application d’une stratégie cohérente
pour cette population », souligne Julia
Ruschchenko, chercheuse spécialiste du
terrorisme à la Henry Jackson Society.
Le ministre de l’Intérieur, Sajid Javid,
a dévoilé lundi un renforcement de
l’arsenal antiterroriste. Il a appelé à une
meilleure coopération entre les services
spécialisés et les autorités locales afin
d’identifier les personnes à risque plus
rapidement. La durée des peines de prison devrait être accrue. Douze projets
d’attentats islamistes ont été déjoués en
Grande-Bretagne depuis mars 2017. ■
ov
CORRESPONDANT À LONDRES
procédure pénale, mais cette surveillance-suivi est limitée dans le
temps à la durée des réductions de
peine dont le condamné a bénéficié.
LE NOUVEAU GRANG
Les sortants, un « fardeau »
pour la police britannique
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
« Il n’y a pas de réelle évaluation
de la dangerosité de ces personnes à
leur sortie de prison », regrette Nathalie
Goulet. AVENIR PICTURES/CROWDSPARK
Comment mieux encadrer
la sortie de ces détenus ?
On pourrait créer une structure de
médiation à leur sortie. Au moins sur
la base du volontariat. Et pour l’avenir, il faudrait adopter un texte prévoyant des peines complémentaires
ou renforçant les conditions de sortie
des détenus radicalisés. Mais, si on
veut éviter qu’ils se radicalisent en
prison ou qu’ils sortent plus radicalisés qu’ils ne l’étaient, je pense qu’il
faudrait surtout mettre l’accent sur la
réinsertion. Pour ces gens-là, la prison devrait être un temps de « déminage » alors qu’aujourd’hui, c’est un
temps d’incubation. Cela supposerait
encore une fois la mobilisation de
moyens, des psychologues, des psychiatres, des dispositifs de retour à
l’emploi… Mais c’est précisément une
grande faiblesse de l’institution pénitentiaire, financièrement exsangue.
On ne peut pas non plus ajouter des
charges au personnel pénitentiaire
déjà très sollicité. Or c’est bien en utilisant ces deux moyens, évaluation de
la menace que représente un détenu
libéré et aide à la réinsertion des détenus, qu’on peut espérer désamorcer
ce risque majeur. ■
1
LTEHRN°
ILLER
IS
DU
FR ANÇA
* N°1 de la catégorie
até
ce Palmarès du Livre Hebdo du 07 au 13/05/2018
thriller / policier depuis sa sortie ; source
ALBIN MICHEL
A
“
gement » des radicalisés, comme en
écho aux attaques au couteau perpétrées le 12 mai dernier dans le quartier
de l’Opéra par Khamzat Azimov, dont
le changement d’adresse n’avait pas
été porté à la connaissance des policiers spécialisés.
La cellule de suivi devra s’assurer que
chaque « sortant » sera pris en compte
par un service « chef de file ». Elle n’est
pas appelée à agir sur le terrain. La Direction générale de la sécurité intérieure
(DGSI) est désignée comme « prioritaire » en vertu d’un protocole inspiré du
traditionnel « droit d’évocation » dont
bénéficient les policiers de Levallois
pour préempter telle ou telle « cible ».
Les cas de « plus faible intensité » - pas
les moins sensibles… - sont traités par
leurs homologues du Service central du
renseignement territorial (SCRT) ou les
agents d’insertion et de probation. Selon
nos informations, une première réunion
de l’ensemble des services concernés
s’est tenue le 18 mai dernier en présence
des cabinets des ministres de l’Intérieur
et de la Justice. « Sans exception, les sortants seront passés au crible chaque semaine lors des groupes d’évaluation départementale, a insisté une source
élyséenne. Leur dossier, qui pourra à tout
moment changer de main, sera traité sur
des mois, voire des années au besoin. »
Filatures et surveillances sont programmées et, comme le susurre un policier,
« de petites visites domiciliaires, qui
auraient permis dans certains cas de découvrir des éléments troublants, ne seront
pas à exclure ». Reste qu’il est en théorie
impossible pour les services de déployer
leurs « techniques de renseignements »
sur un suspect en invoquant un motif
identique à celui qui a amené ce dernier
en prison. En clair, il faut par exemple
invoquer un prétexte de droit commun
pour filer un islamiste. Un « léger angle
mort », comme le concède pudiquement un préfet, mais qui a été évoqué au
plus haut sommet de l’État. ■
Ol
correspondances pour capter les données de connexions en temps différé
d’un prisonnier islamiste, voire les « siphonner » à distance, grâce aux valises
« Imsi-catcher » qui ont intégré la panoplie des espions. « Les fiches de suivis
qui nous parviennent sont excellentes,
avec un niveau de précision quasi inégalé », siffle avec un brin d’admiration un
ponte du renseignement.
3
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
ARNAUD DUMONTIER/PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP
Terrorisme : la périlleuse étape
de l’application des peines
Même épaulés par un arsenal législatif durci, les magistrats travaillent sous haute pression.
PAULE GONZALÈS £@paulegonzalès
NE PRENDRE aucun risque et réagir quasiment en temps réel. Alors que le terrorisme est devenu un contentieux de masse, les formations de jugement et le
service d’application des peines spécialisés sont en première ligne de la lutte antiterroriste.
Depuis 2017, le tribunal de grande instance de Paris compte deux juges de
l’application des peines qui se partagent
plus ou moins précisément la France
d’est en ouest afin de gérer les cas des
personnes condamnées ; qu’elles le
soient à des peines de milieu ouvert ou à
de la prison ferme. Ce sont eux qui fixent
les conditions des aménagements de
peine quand elles s’imposent, étudient
les demandes de liberté conditionnelle,
dosent les mesures postpeine, ou celles
de surveillance judiciaire après la prison,
et qui en fixent les obligations. Ils recadrent aussi les détenus et révoquent les
mesures en cas de non-respect de ces
dernières. Pour les profils les plus lourds
ou les cas médicaux, ces juges basés à
Paris se déplacent. Souvent, la visioconférence permet d’abolir les distances et
de gagner du temps car le contentieux
est vaste.
En effet, le rythme des condamnations
oscille désormais entre 5 et 10 par mois.
« Nous gérons actuellement 365 mesures,
soit 350 personnes condamnées pour terrorisme, explique un juge de l’application
des peines antiterroriste (Japat). Nous ne
gérons pas seulement les filières islamistes,
même si elles représentent aujourd’hui plus
de 50 % du contentieux, mais aussi les Corses, le PKK et les Basques qui concernent
encore 30 % des personnes condamnées
pour terrorisme. La radicalité religieuse a
la particularité de pénétrer toute la vie quotidienne, offrant une maquette de vie rassurante, mais verrouillant le futur. »
Ces condamnés sont reçus dès l’annonce de la condamnation, et suivis bien audelà de leur sortie de détention et tout au
long de leur parcours. Ce premier rendezvous est une pierre angulaire du dispositif,
car il permet aux deux juges de l’application des peines une première évaluation
des individus : «Qui ils sont, leur perception de la commission des faits et de leur
condamnation et, bien sûr, les gages de
réinsertion qu’ils présentent. Nous prenons
toujours le temps de les recevoir. Lors de
cette première convocation, et ensuite lors
des audiences ultérieures, notamment celles qui concerneront leur demande d’aménagement de peine ou de libération conditionnelle », explique l’un des juges. « Ce
temps d’audience est stratégique, car nous
sommes face à des individus qui peuvent
dissimuler. Après deux heures d’audience,
le masque se fissure souvent. Nous sommes
particulièrement sensibles à l’absence d’affects, au peu d’intérêt pour les victimes, à
l’absence de culpabilité et au caractère
égocentrique de certains pour qui les conséquences de leurs actes seraient surtout
dommageables pour eux-mêmes et pour
leur famille. Parfois nous avons un peu froid
dans le dos », avoue ce magistrat. Il se félicite d’ailleurs que les décisions soient la
plupart du temps prises non par un magistrat seul mais par le tribunal de l’application des peines qui en compte trois. Un
avantage pour ce juge qui ne cache pas
être parfois sous pression.
La loi du 3 juin 2016 a durci singulièrement le système de libération conditionnelle des détenus. Elle a notamment
supprimé les crédits automatiques de réduction de peine, et les périodes de sûreté peuvent s’étendre aux deux tiers des
peines. À cela s’ajoute la pratique. Les
permissions de sortir ou les demandes
d’aménagement de fin de peine sont rarement accordées à plus de 18 mois de la
fin de la condamnation. Le droit actuel
limite les ambitions des condamnés,
même quand les projets de réinsertion
peuvent paraître solides. « La plupart du
temps, ils le sont. D’abord parce que nous
sommes face à des personnes qui ont souvent un bon niveau intellectuel ou qui ont
déjà travaillé. Mais aussi parce que,
contrairement aux condamnés de droit
commun, leurs avocats sont extrêmement
présents à toutes les audiences quelle que
soit la durée de leur peine. Pour autant, les
aménagements de fin de peine, comme les
libérations conditionnelles, sont plus rares
pour les filières islamistes. »
Il faut en effet passer les fourches caudines de l’avis d’une commission pluridisciplinaire de mesures de sûreté qui
s’appuie sur les vérifications et les expertises diligentées par les juges de l’application des peines, puis du tribunal de
l’application des peines. « De plus, le
parquet fait régulièrement appel quand
nos décisions d’aménagement de peine
sont favorables. » La voie de l’appel permet de créer un deuxième niveau de
“
Le parquet fait
régulièrement appel
quand nos décisions
d’aménagement de peine
sont favorables
”
UN JUGE D’APPLICATION DES PEINES
contrôle, épaulant ces juges qui sont en
première ligne. Mais même quand les
condamnés obtiennent gain de cause, les
obligations se multiplient pour eux :
quitter le territoire exige l’autorisation
systématique du juge. Ils sont également
soumis à des interdictions de paraître et
doivent être sous bracelet électronique
pour une période probatoire d’au moins
un an, lorsqu’ils sont admis à la libération conditionnelle.
Le triste souvenir de l’attentat de
Saint-Étienne-du-Rouvray a renforcé le
contrôle de ce dispositif. Désormais,
d’ailleurs, que la mesure soit d’emblée
en milieu ouvert ou en fin d’incarcération, le retard maximum autorisé, pour
les bracelets électroniques, ne peut excéder dix minutes. En cas de non-respect, le recadrage est immédiat. La fois
suivante, la mesure tombe et c’est le retour à la case prison pour le solde de la
peine initiale. Et qui dit bracelet électronique dit en fait « une forme d’assignation à résidence qui se cantonne au domicile et au lieu de travail ».
Par ailleurs, même quand les détenus
vont au bout de leur peine, il n’existe pas
de sortie sèche. Des mesures postpeine
pour les peines de moins de sept ans ou
de surveillance judiciaire pour celles supérieures, sont systématiquement requises et souvent imposées. Elles durent
le temps des crédits de peines accumulés pendant les périodes de détention et
sont plus ou moins contraignantes.
« Nous sommes étonnés, mais il y a peu de
contestation des mesures postpeine. La
plupart des condamnés ont intégré le
traumatisme de la société et le fait qu’ils
devaient rendre des comptes même après
la peine. C’est plus compliqué pour les
surveillances judiciaires qui sont plus
lourdes. Mais ce que nous remarquons,
c’est que la mesure la plus contestée reste
l’inscription au Fichier judiciaire national
automatisé des auteurs d’infractions terroristes dont les obligations courent entre
dix et vingt ans après la peine », conclut
ce magistrat. ■
On ne peut pas
lâcher dans la
nature des anciens
terroristes
ou cadres de
l’islamisme formés
et radicalisés
en prison. Face à la
menace, il faut être
plus précis
et déterminés,
créer un dispositif
contraignant basé
sur l’évaluation de
leur dangerosité
»
MANUEL VALLS,
DÉPUTÉ DE L’ESSONNE, SUR LCP
Depuis 2017, le tribunal de grande
instance de Paris compte
deux juges de l’application
des peines qui se partagent
plus ou moins précisément
la France d’est en ouest.
AURELIEN MORISSARD/IP3 PRESS/MAXPPP
A
NEUF MOIS EFFECTIFS d’existence,
mais déjà une montée en puissance qui
en dit long sur le rôle que l’État espère
qu’il remplisse. De petit bureau malaimé au fin fond d’une sous-direction
de l’administration pénitentiaire, le
Bureau central du renseignement pénitentiaire sera hissé, en janvier 2019, au
rang de service à compétence nationale
directement rattaché au directeur de
l’Administration pénitentiaire. Une
autonomie qui va permettre un pilotage
plus efficace.
En quelques mois, ses effectifs ont atteint quelque 300 agents (lire page 2) en
milieu fermé. Ils seront augmentés de
35 personnes cette année, d’autant en
2019 et en 2020, avec l’ambition d’avoir
quatre à cinq agents par établissement à
terme, pour les plus gros établissements. À cela s’ajoutent 103 cadres référents dans les services d’insertion et
de probation afin de créer une continuité avec le milieu carcéral et les services supervisant les peines alternatives
et les aménagements.
Pour assurer cette continuité, le renseignement pénitentiaire a mis en place
un système de diffusion de notes de signalement en fin d’incarcération qui
retracent tout le parcours carcéral des
détenus terroristes. « Cela va des parloirs aux mandats sans oublier les activités en détention, mais aussi les interac-
tions avec les autres détenus, tous les
incidents et toutes les communications
des détenus », explique la directrice du
renseignement pénitentiaire. Ces documents peuvent aller de deux à plusieurs pages. « Nous pouvons donner une
image claire de ce qu’est un détenu à la
sortie avec une évaluation de sa dangerosité qui orientera la prise en charge. »
Figurent également dans cette note les
numéros de téléphone et les adresses
électroniques.
“
Nous pouvons donner
une image claire de ce
qu’est un détenu à la sortie
avec une évaluation de sa
dangerosité qui orientera
la prise en charge
”
LA DIRECTRICE DU RENSEIGNEMENT
PÉNITENTIAIRE
Dans ses murs, le renseignement pénitentiaire se concentre sur quatre menaces principales : les détenus ayant des
velléités de passage à l’acte à l’intérieur
de la détention, ceux qui pilotent de
l’intérieur des attentats à l’extérieur,
ceux qui préparent des actions en vue
de leur sortie, et surtout ceux que l’on a
repérés comme profils sensibles mais
au comportement exemplaire et qui
peuvent potentiellement passer à l’acte
alors que rien ne permettait de le penser. Sans doute l’enjeu le plus important. Aussi cette note de renseignement
est-elle préparée deux mois avant la
sortie des détenus et rédigée 15 jours
avant cette dernière. Ce document est
transmis aux services pénitentiaires
d’insertion et de probation (SPIP), en
cas de mesure de suivi en milieu ouvert
à l’issue de l’incarcération, mais aussi à
tous les services partenaires à l’échelon
local et national. Désormais, le renseignement pénitentiaire transmet à
l’autorité judiciaire, sur réquisitions du
procureur, tous les éléments d’appréciation qu’il estime nécessaires pour juger de l’opportunité d’un aménagement de peine, d’une liberté
conditionnelle, de mesures postpeines
ou de surveillance judiciaire. « Nous
faisons attention à protéger nos personnels et nos méthodes de renseignement.
Nous ne versons au dossier que ce que
nous estimons pouvoir être judiciarisé,
rappelle la directrice du renseignement
pénitentiaire. Ces renseignements peuvent être essentiels pour la décision d’un
bracelet électronique par exemple. »
Dans les services d’insertion et de
probation, seuls les référents sont munis de ce document. « Nous le faisons
d’abord pour protéger nos conseillers
d’insertion. Aux référents d’allumer les
bons warnings auprès de leurs conseillers
qui n’y ont pas directement accès. » Cela
se traduira la plupart du temps par le
doublement des conseillers en charge
des personnes sous contrainte, mais
aussi par l’intervention d’un binôme de
soutien constitué d’un éducateur et
d’un psychologue.
L’intérêt étant d’assurer un suivi plus
serré avec des rendez-vous jusqu’à une
fois par semaine au lieu d’un rendezvous tous les trois à six mois pour les
condamnés de droit commun. « Mais il
est vrai, note par ailleurs cet ancien directeur d’un service d’insertion et de
probation, que nous mettons aussi en
place des schémas plus sécuritaires pour
ces individus particulièrement à risque,
qu’il s’agisse des cadences d’entretien
mais aussi du non-respect des obligations
qui vont remonter quasiment en temps
réel aux référents. Nous essayons de recadrer, sans attendre, tous les manquements. » Il note aussi qu’« au fil de l’évolution du contentieux, les liens se sont
resserrés entre les services administratifs,
la police et les services d’insertion. Nos
conseillers apprennent également à faire
le tri des données qu’ils doivent remonter
aux référents ». Un premier pas vers un
changement de culture majeur dans le
monde de l’insertion et de la probation,
qui est très jaloux de son statut de travailleur social. ■
P. G.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Le renseignement pénitentiaire monte en puissance
Quand
ils sortent
de prison, il y a
deux mots-clés :
nous anticipons
leur sortie
et nous les suivons
de manière
extrêmement
précise
»
NICOLE BELLOUBET, MINISTRE
DE LA JUSTICE, SUR BFMTV
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 7 juin 2018
POLITIQUE
5
Les députés
sont-ils
vraiment
surmenés ?
PARLEMENT Les uns ont vilipendé une
organisation « totalement déraisonnable »,
d’autres un « travail parlementaire asphyxié ». Alors que les projets de loi examinés en ce moment par l’Assemblée nationale se chevauchent, de plus en plus de
députés dénoncent le surmenage que leur
imposerait l’exécutif. Un ras-le-bol dont
le président de l’Assemblée nationale,
François de Rugy, s’est fait l’écho mardi
matin sur Europe 1 en demandant à l’exécutif de « mettre de l’ordre » dans l’enchaînement des textes. Pourtant, lorsqu’on se penche de plus près sur le sujet,
on se rend compte que la réalité n’est pas
si différente de celle qu’ont connue les députés de la précédente mandature. Sur les
seules sessions ordinaires -1er octobre au
31 mai-, l’activité aurait même légèrement baissé par rapport à la même période de la précédente législature, comme le
montre notre infographie ci-dessous.
Sollicitée par Le Figaro, l’association
Regards citoyens a, elle, comptabilisé le
nombre total de séances publiques dans
l’Hémicycle (les débats) et de réunions en
commission qui ont eu lieu au Palais
PHILIPPE VIGIER
DÉPUTÉ UDI D’EURE-ET-LOIR
On n’a
jamais
connu une
telle surchauffe»
Vous êtes élu à l’Assemblée depuis
2007. Avez-vous l’impression
que les députés sont plus sollicités
qu’auparavant ?
On n’a jamais connu une telle surchauffe. De janvier à mars, on n’avait quasiment rien, et là d’un seul coup on nous
demande de travailler trois week-ends
de suite. C’est du jamais-vu. Sous Hollande, on nous a conviés seulement
deux fois le dimanche : pour la loi Taubira et la loi Macron. En plus de ça, on a
des dizaines de rendez-vous, des auditions, des rapports, des commissions
d’enquête… Comment voulez-vous que
l’on soit efficace dans ces conditions ?
Qu’est-ce qui a changé d’après vous
depuis la période Sarkozy ?
Après la loi Tepa, les choses ont été davantage étalées dans le temps. Et puis,
dans les deux dernières législatures, il y
avait encore le cumul des mandats. On
n’était pas voués à consacrer tout notre temps à l’Assemblée. Ce qui saute
aux yeux aujourd’hui, c’est la mauvaise
organisation du travail parlementaire,
qui découle avant tout d’arbitrages
gouvernementaux. Du coup, on n’a pas
le temps de faire ce qu’on devrait tous
être en train de faire : comprendre l’action du gouvernement, proposer des
améliorations.
La qualité du travail parlementaire
en pâtit-elle ?
Il est évident que lorsque, faute de
temps, vous ne pouvez pas être là où
on vous demande d’être, vous n’êtes
pas bon. Il y a trop de textes qui s’entrechoquent. On tue le métier en procédant ainsi. Là on a enchaîné les lois
asile et immigration, agriculture et alimentation, logement ainsi que la réforme ferroviaire. Et on va bientôt débattre de la formation professionnelle puis,
surtout, des volets ordinaire et organique de la réforme constitutionnelle. On
n’est pas aux 35 heures, c’est sûr, on
ne demande pas à travailler moins,
d’ailleurs, mais il faut que l’on ait les
moyens de travailler efficacement.
PROPOS RECUEILLIS PAR J. P.
Bourbon lors de la première année de la
législature, de juin à juin. Ce mode de calcul inclut donc la session extraordinaire
de l’été, qui se tient systématiquement en
début de mandature pour que les textes
symboliques, les « marqueurs » du nouveau chef de l’État, puissent être débattus
et adoptés rapidement.
rant laquelle près de 29 séances ou réunions se sont tenues chaque semaine. Les
pics d’activité auront notamment été,
au-delà des traditionnels projets de loi de
finances et projet de loi de financement
de la sécurité sociale, la loi asile et immigration, les travaux autour de la réforme
de la SNCF et la loi sur l’agriculture et
l’alimentation. Sans oublier le texte sur le
logement, la loi Elan, dont l’examen a
commencé il y a quelques jours.
Selon les présidents de groupe parlementaire, cette congestion soudaine
s’explique avant tout par le manque d’organisation de l’exécutif. « Rugy peut jouer
Manque d’organisation
On constate que les députés actuels ont
assisté en moyenne à plus de 30 séances
ou réunions par semaine depuis la fin de
juin 2017. Soit seulement 4,23 % de plus
par rapport à la période 2012-2013, du-
les vierges effarouchées, mais pendant
trois mois, de janvier à mars, nous n’avions
pas fait grand-chose », ironise Christian
Jacob, patron des députés LR.
C’est en réalité entre les périodes
Sarkozy et Hollande qu’apparaît un écart
significatif. D’après les calculs de Regards
citoyens, le nombre hebdomadaire de
séances publiques et de réunions en commission a augmenté de 60,67 % entre
2007 et 2012. Les députés élus après la
victoire de François Hollande se plaignaient déjà d’une surcharge de travail à
l’issue de leur première session ordinaire.
Comparé aux débuts de l’ère Sarkozy,
La charge de travail des députés
NOMBRE DE SÉANCES PUBLIQUES ET DE RÉUNIONS EN COMMISSION PAR SEMAINE À L’ASSEMBLÉE
NATIONALE DURANT LES ONZE PREMIERS MOIS DES TROIS DERNIÈRES LÉGISLATURES
80
15e législature
2017-2018
(Emmanuel Macron)
70
60
50
14e législature
2012-2013
PLF 2012-2013
Loi asile et
immigration
Loi agriculture
et alimentation
PLFSS
2017-2018
(François Hollande)
Loi sur
le mariage
pour tous
13e législature
2007-2008
HEURES SIÉGÉES
DANS L'HÉMICYCLE
EN SÉANCE PUBLIQUE
(Nicolas Sarkozy)
Loi travail,
emploi et
pouvoir
30 d’achat
40
20
1er octobre au 31 mai
en session ordinaire
Loi pour
la confiance
dans la vie
publique
Emmanuel Macron
967 h
François Hollande
1052 h
10
Nicolas Sarkozy
650 h
0
Semaine 26
JUIN
Semaine 52
DÉCEMBRE
Pause
estivale
Vacances
parlementaires
Semaine 22
JUIN
Source : Assemblée nationale
Source : Regards citoyens
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Travailler moins ou travailler mieux ?
B
ientôt une prime de
pénibilité pour les députés ?
Poser la question prête
à sourire. Et la grogne à
l’Assemblée contre les cadences
infernales peut indigner ceux des
salariés qui éprouvent concrètement
la difficulté ou la précarité du travail.
Les problèmes soulevés par ces
quelques députés harassés sont
pourtant réels. Mais leur souci n’est
pas tant de trop travailler que de mal
travailler. Le gouvernement y a
sa part de responsabilité en raison
d’un ordre du jour mal maîtrisé :
un début d’année trop creux suivi
d’un embouteillage conduisant
à la surchauffe.
Exécutif et législatif ont ensuite
une responsabilité commune dans
l’inflation des lois ; de leur nombre et
du volume de chacune d’elles. Le
phénomène n’est pas nouveau, mais,
il s’amplifie au fil des quinquennats.
À la manie des gouvernements de
répondre à l’actualité par des lois
nouvelles, à l’obsession des ministres
d’exister grâce à un texte portant
leur nom répond le besoin des élus
de se singulariser par le nombre
d’amendements déposés. De ce point
de vue, l’aspect parlementaire
de la révision constitutionnelle
d’Emmanuel Macron est ambigu.
L’exécutif serait fondé à toiletter les
modalités d’amendement des députés
s’il imposait une même discipline
aux ministres.
Cette bronca antisurchauffe
souligne aussi les limites de la fin du
cumul des mandats. C’était le grand
argument des défenseurs du mandat
exclusif. Un député maire n’était
député qu’à mi-temps ; un député
sans autre mandat serait donc
un député à plein temps. Pourtant,
les « cumulards » d’antan ne se
plaignaient pas de trop travailler, les
élus à temps plein d’aujourd’hui, si.
C’est sans doute que le problème était
ailleurs. Le renouvellement
historique de l’Assemblée nationale
explique encore ce mouvement
de fronde. Les élus macronistes
se veulent plus législateurs
qu’« arrondissementiers ». Cet
investissement plus fort conduit à une
présence décuplée en commission
Se plaindre
de trop
travailler
ne sera
jamais
audible
par
l’opinion
»
ou dans l’Hémicycle. À moins que
l’explication inverse ne soit plus
pertinente. Celle de ces élus issus
de la société civile « qui croyaient
que nous, députés du vieux monde,
ne fichions rien et qui découvrent
brutalement que si, le travail de député
est prenant et difficile », comme le dit
le LR François Cornut-Gentille, sur
les bancs de l’Assemblée depuis 1993.
Mais comment lancer un débat
apaisé sur le rôle exact et sur la charge
de travail réelle des députés (ou des
sénateurs) dans un contexte où la
démagogie antiparlementaire est
prégnante. Et d’un certain point de
vue, la réduction prévue du nombre
de parlementaires valide l’idée reçue
selon laquelle pour ce qu’ils font,
ils seront toujours bien assez.
Se plaindre de trop travailler ne
sera jamais audible par l’opinion ; tout
comme les soupirs d’élus venus du
privé contraints de réduire leur train
de vie avaient choqué. La question
d’une meilleure organisation du
travail et des moyens concrets pour
l’effectuer n’en sont pas moins
légitimes. Mais c’est une affaire
à régler entre les personnes
concernées. L’étaler en place
publique ne pourra que remonter un
peu plus l’opinion contre les élus. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8h10
sur Radio Classique
F. BOUCHON/LE FIGARO
principalement articulés autour de la loi
travail, emploi et pouvoir d’achat (loi
Tepa), votée en session extraordinaire, ce
calendrier fut bien plus dense. Un projet
de loi de finances éreintant, l’adhésion de
la Croatie à l’Union européenne, les emplois d’avenir… Et surtout les 136 heures
de débats consacrées à la loi Taubira sur le
mariage pour tous.
Ce surcroît de temps passé dans
l’Hémicycle explique d’ailleurs les résultats du second calcul retenu par Le Figaro
et réalisé par l’Assemblée nationale. Cette
dernière a fait le décompte des heures
passées par les députés en séance publique durant les huit premiers mois de la
première session ordinaire de la législature, une période allant du 1er octobre au
31 mai. Le résultat apporte un éclairage
certes parcellaire - il ne prend pas en
compte le travail en commissions - mais
nuance les propos entendus çà et là sur la
surcharge actuelle. Le rythme imposé par
François Hollande entre 2012 et 2013 a
obligé les députés à siéger 1 052 heures en
huit mois. Sous Emmanuel Macron, ce
chiffre aura été de 967 heures. Les
650 heures relevées durant la période
2007-2008, sous Nicolas Sarkozy, sont
bien en deçà. ■
Pour Chassaigne,
la « qualité
du travail »
est mise à mal
« Ce n’est pas acceptable de mettre à
l’agenda trois projets de loi importants
dans un temps limité », a regretté
mercredi André Chassaigne, député
PCF du Puy-de-Dôme et invité
du « Talk Le Figaro ». Ses propos
font écho à ceux du président de
l’Assemblée, François de Rugy, qui
appelait mardi le gouvernement à être
« plus réaliste dans l’ordre du jour ».
Ces dernières semaines, les députés
auraient dû siéger 80 heures
en séance dans l’Hémicycle, en plus
de leur travail en commission et en
circonscription.
Pour André
Chassaigne, « ce
n’est pas une
question de trop
travailler, mais
davantage
d’organisation du
travail ». La mise
à l’agenda des
trois textes de loi
sur l’agriculture, le
logement et la
formation
professionnelle, avec des articles qui
génèrent de nombreux amendements,
a provoqué la colère du président
du groupe parlementaire Gauche
Démocrate et Républicaine.
« On nous impose un rythme pour
aller vite qui porte un coup à nos
possibilités d’intervenir en séance
avec un temps programmé, de
défendre nos amendements, s’est-il
indigné. Le droit à l’expression
des députés est remis en question. »
Chassaigne s’est également opposé
à la possible réduction du nombre
de fonctionnaires à l’Assemblée,
qui s’apparenterait, selon lui,
à « une volonté de détruire le pouvoir
parlementaire en s’attaquant aux
fonctionnaires qui travaillent pour les
députés ». Le député PCF a dénoncé
« une forme de technocrature »
qui chercherait à « limiter la parole
des représentants du peuple »
en « réduisant le pouvoir
du Parlement ».
ALICE SANGOUARD
STÉPHANE CORREA/LE FIGARO
JULES PECNARD £@Julespec
Le président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, lors d’une séance de questions au gouvernement.
A
Selon les données recueillies par « Le Figaro »,
l’activité en session ordinaire a légèrement
baissé par rapport à la précédente législature.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Assemblée : les
fonctionnaires
menacent
de faire grève
L’hôtel de Lassay
bientôt à louer
Un projet de réforme préconise une baisse
importante des personnels du Palais
Bourbon et l’externalisation de services.
PARLEMENT Intitulé « Quelle administration parlementaire en 2020 ? », le rapport de 45 pages est signé du secrétaire
général de la questure, Christophe Pallez,
et du secrétaire général de l’Assemblée,
Michel Moreau. Les préconisations, parfois radicales, sont destinées à réformer
en profondeur une administration autonome et très spécifique, qui ne peut être
confondue avec celle de l’État ni même
avec celle du Sénat. Le rapport, commandé par le président de l’Assemblée,
François de Rugy, lui a été remis le
23 mai. Depuis, les fonctionnaires se mobilisent comme rarement dans l’histoire
du Parlement. Vendredi dernier, ils
étaient plusieurs centaines à se retrouver
salle Colbert, à l’appel de deux syndicats :
FO et la CGT. La menace de grève plane.
Le rapport, que s’est procuré Le Figaro,
prévoit de passer de 1 278 « employés » à
l’Assemblée à 1 200 en 2022. Une baisse
limitée, donc. Sauf que les fonctionnaires, qui sont aujourd’hui 1 094 (au
16 avril 2018), ne seraient plus que 900,
selon les prévisions. Les contractuels,
eux, passeraient de 184 à 300. Sachant
que les salaires des premiers sont largement inférieurs à ceux des seconds et
que, si le rapport propose de passer de
plus en plus de contractuels en CDI, les
contractuels ne bénéficient pas, loin de
là, des mêmes droits que les fonctionnaires. Les rapporteurs soulignent que la
baisse s’inscrit dans le cadre de la réfor-
me des institutions, qui prévoit d’arriver
à 404 députés après les législatives de
2022, contre 577 aujourd’hui. La baisse
sera « facilitée » par les départs à la retraite, alors que 57 % des fonctionnaires
ont plus de 50 ans.
Outre la baisse du nombre de fonctionnaires et la hausse des contractuels, ce
qui inquiète les intéressés, et nombre de
parlementaires, c’est l’accélération
d’une externalisation des services. Des
missions nombreuses pourraient être
confiées à des sociétés privées, dans la
restauration, à l’accueil, à la bibliothèque
“
Il y a un lien direct
entre le maintien
des fonctionnaires
et l’indépendance
de l’Assemblée
”
ANDRÉ CHASSAIGNE (GROUPE COMMUNISTE)
ou chez les chauffeurs, par exemple, mais
aussi dans l’écriture des comptes rendus,
dans la communication digitale ou les
prestations administratives de support.
Dans l’entourage de François de Rugy, on
ajoute qu’une réflexion « est en cours »
pour « faire entrer de nouvelles expertises
au sein de l’Assemblée, susceptibles de développer l’évaluation des lois ». Certains
imaginent par exemple que des contrats
pourraient être noués avec des cabinets
d’expertise ou des consultants embauchés à l’Assemblée, du niveau des fonctionnaires de catégorie A. La reprise à
A
COMMUNIQUE
DEVANT LA HAUTE COUR DE JUSTICE
CR-2017-009373
BUSINESS AND PROPERTY COURTS D’ANGLETERRE ET DU PAYS DE GALLES
COMPANIES COURT (Chancery Division)
DANS L’AFFAIRE
AIG EUROPE LIMITED
ET
AMERICAN INTERNATIONAL GROUP UK LIMITED
ET
AIG EUROPE SA
ET
CONFORMÉMENT AU FINANCIAL SERVICES AND MARKETS ACT 2000
AVIS
AVIS EST DONNÉ PAR LA PRÉSENTE de la requête (la « Requête ») présentée le 5 mars 2018 par AIG Europe Limited (le « Cédant »),
American International Group UK Limited (le « Cessionnaire britannique ») et AIG Europe SA (le « Cessionnaire européen ») à
la Haute Cour de justice, Business and Property Courts d’Angleterre et du Pays de Galles, Companies Court de Londres (la « Cour »)
en application de l’article 107, alinéa 1 du Financial Services and Markets Act 2000, tel que modifié (« FSMA ») pour qu’elle rende
une ordonnance :
1. en vertu de l’article 111 du FSMA, autorisant un Projet de Transfert d’activités d’assurance (le « Projet ») pour le transfert de :
(a) certaines activités d’assurance exercées par le Cédant au Cessionnaire britannique (les « Activités britanniques transférées »)
conformément aux dispositions de l’ordonnance et sans qu’aucun autre acte ou document ne soit nécessaire ; et
(b) peu après le transfert des Activités britanniques transférées, toutes les activités d’assurance encore exercées par le Cédant au
Cessionnaire européen (les « Activités EEE transférées ») dans le cadre du projet de fusion transfrontalière par absorption du
Cédant par le Cessionnaire européen conformément à la règlementation britannique de 2007 sur les fusions transfrontalières
de sociétés (« Companies (Cross-Border Mergers) Regulations 2007 » -SI 2007/2974) (la « Fusion ») et conformément aux
dispositions de l’ordonnance ; et
2. établissant des dispositions accessoires concernant le Projet au titre des articles 112 et 112A du FSMA.
Les documents suivants sont disponibles gratuitement et peuvent être téléchargés sur www.aig.com/brexit :
• un rapport sur les modalités du Projet préparé, conformément à l’article 109 du FSMA, par un Expert indépendant, Steve
Mathews de Willis Towers Watson, dont la nomination a été approuvée par la Prudential Regulation Authority (le « Rapport
du Projet ») ;
• le Projet complet ;
• la Brochure du Projet (qui contient une synthèse des modalités du Projet et une synthèse du Rapport du Projet) ; et
• une foire aux questions sur le Projet.
Des documents complémentaires et d’autres actualités concernant le Projet seront publiés sur ce site Web afin que vous puissiez
consulter les mises à jour. Vous pouvez également obtenir gratuitement des copies de ces documents en contactant le Cédant par
écrit ou par téléphone, en utilisant les coordonnées fournies ci-dessous.
La Requête doit être examinée le 18 octobre 2018 par un juge de la Chancery Division de la Haute Cour lors d’une audience qui
se tiendra à l’adresse suivante : Rolls Building, Fetter Lane, Londres, EC4A 1NL, Royaume-Uni. Une requête similaire en lien avec
la Fusion devraitêtre examinée au cours de cette même audience. Si la requête est acceptée par la Cour, il est proposé que le Projet
de Transfert et la Fusion prennent effet le 1er décembre 2018.
Toute personne qui considère qu’elle pourrait être lésée par la mise en œuvre du Projet a le droit d’assister à l’audience et de
s’exprimer en personne ou par le biais d’un représentant.
Toute personne qui considère qu’elle pourrait être lésée par la mise en œuvre du Projet mais qui n’a pas l’intention d’assister à
l’audience peut faire part de ses observations concernant le Projet par téléphone ou par écrit aux conseils juridiques identifiés cidessous ou au Cédant en utilisant les coordonnées fournies ci-dessous.
Toute personne qui compte assister à l’audience du 18 octobre 2018 ou faire des observations par téléphone ou par écrit est invitée
(sans y être tenue) à faire part de ses objections dès que possible, et de préférence au moins cinq jours avant l’audience, aux conseils
juridiques identifiés ci-dessous ou au Cédant en utilisant les coordonnées fournies ci-dessous.
L’approbation du Projet par la Cour emportera le transfert de :
1. tous les contrats, biens, actifs et passifs en lien avec les Activités britanniques transférées au Cessionnaire britannique
conformément aux dispositions de l’ordonnance ; et
2. tous les contrats, biens, actifs et passifs en lien avec les Activités EEE transférées au Cessionnaire européen dans le cadre de la
fusion et conformément aux dispositions de l’ordonnance,
dans chaque cas, nonobstant le droit pour toute personne de résilier, modifier, acquérir ou faire valoir un intérêt ou un droit, ou de
considérer un intérêt ou un droit comme résilié ou modifié du fait de ce transfert. Ce droit n’est applicable que si l’ordonnance de
la Cour le prévoit.
7 juin 2018
Adresse du Cédant :
The AIG Building, 58 Fenchurch Street, Londres EC3M 4AB, Royaume-Uni
Coordonnées du Cédant :
Numéro de téléphone (sans frais) : Belgique, France, Luxembourg, Suisse - 00800 244 244 29. Nos lignes téléphoniques sont
accessibles de 9 h 00 à 17 h 00 du lundi au vendredi (sauf jours fériés).
Adresse postale : AIG Brexit Team, The AIG Building, 58 Fenchurch Street, Londres EC3M 4AB, Royaume-Uni
E-mail : aigbrexit@aig.com
Freshfields Bruckhaus Deringer LLP
65 Fleet Street, Londres, EC4Y 1HS, Royaume-Uni. Réf. : 153385.0064 (GHFS)
Conseils juridiques du Cédant
Un huissier distribue aux députés des copies de textes d’amendements, lors de débats
autour de la réforme constitutionnelle à l’Assemblée nationale. AFP
l’Assemblée d’outils d’évaluation comme
France Stratégie est une vieille lune. Reste que le recours au privé inquiète. « Il y a
un lien direct entre le maintien des fonctionnaires et l’indépendance de l’Assemblée », souligne le coprésident du groupe
communiste et député du Puy-de-Dôme
André Chassaigne (voir page 5). « Le personnel est dans une colère maximale »,
soutient de son côté la députée Insoumise
de
Seine-Saint-Denis,
Clémentine
Autain, qui brandit elle aussi l’argument
de la neutralité, « voire de la sécurité »,
mise en péril par une réforme « que guide
le libéralisme effréné de l’exécutif ».
À droite aussi, quoique à feu plus couvert, l’inquiétude monte. Député LR des
Alpes-Maritimes et questeur, Éric Ciotti
rencontre la semaine prochaine François
de Rugy, en compagnie de ses deux collègues de la questure. « La fonction publique
parlementaire doit bien sûr évoluer », indique Ciotti. Mais il loue le travail « de
haute qualité » avec « des sujétions particulièrement contraignantes », d’une administration « totalement indépendante
du pouvoir politique ». Il est ainsi « particulièrement réservé » sur l’externalisation, un point à saisir « avec la plus grande
prudence ». La crainte, c’est l’ouverture
de portes, jusqu’ici encore fermées, aux
pressions politiques et aux lobbys.
Ciotti souligne un autre danger, celui
du « bashing des fonctionnaires », avec la
mise en circulation dans la presse de chiffres « délirants » sur leurs salaires. Il
admet que ces salaires, « souvent plus élevés » qu’ailleurs dans la fonction publique, pourraient évoluer. Chassaigne, de
son côté, se dit « favorable à la transparence sur la grille des salaires ». Mais Ciotti met en garde. Une opinion remontée
S. DE R.
contre ces fonctionnaires « est un danger
pour l’indépendance du Parlement ».
« Alors même, dit-il, qu’Emmanuel
Macron n’aime pas le Parlement. » « Il n’y
a jamais siégé, il ne comprend pas son
fonctionnement et il juge que les députés ne
font que retarder sa décision suprême. »
Dans la réforme institutionnelle, il voit
d’ailleurs « des attaques répétées contre le
droit du peuple à légiférer, via les
députés ».
Rugy, de son côté, veut calmer le jeu. Il
rencontre cette semaine les présidents
des groupes et recevra les organisations
syndicales. « L’analyse du rapport est un
peu froide, et tout est encore sujet à discussion », précise-t-il, faisant des éloges
vibrants du travail des fonctionnaires.
Les premières mesures qui sortiront du
rapport devraient entrer en vigueur début juillet. ■
À Toulouse, Édouard Philippe
en mission pour les municipales
Le premier ministre est en déplacement de trois jours dans la Ville rose.
Il pourrait en profiter pour poser des jalons avec le maire LR Jean-Luc Moulenc.
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
CHRISTOPHE MORIN/IP3 PRESS/MAXPPP
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
Réserver le splendide hôtel de Lassay
pour une soirée prestigieuse
et mémorable placée sous le signe
de l’histoire, là même où réside le
président de l’Assemblée ? C’était
inconcevable jusqu’ici. Ce sera bientôt
possible, une dizaine de soirées par an.
La décision a été prise en avril. Les
tarifs et les conditions, qui s’annoncent
plutôt drastiques, sont encore
à l’étude. L’entourage de François
de Rugy assure que « les conditions,
le calendrier des locations et l’usage
des fonds seront rendus publics ».
Certains s’émeuvent, en effet, déjà
d’une possible entrée d’intérêts privés
sur le terrain de l’Assemblée. « Dans la
galerie des Fêtes, lors de gros orages,
il y a des infiltrations d’eau et ça
goutte par terre ! » indique un proche
du président, soulignant combien
la création de nouveaux revenus sera
bienvenue pour rénover les lieux.
L’entretien des bâtiments,
extrêmement lourd, est en effet
à la charge de l’Assemblée.
À Paris, il est déjà possible de louer
les salons de l’Hôtel de ville. Le plus
grand, la somptueuse salle des Fêtes
de 600 m2, peut être loué lorsque
la mairie est fermée, pour 3 000 €
de l’heure, hors taxes. La mairie tient
à préciser que ces salons sont aussi
mis gratuitement à la disposition
« d’associations d’intérêt local ».
ENVOYÉE SPÉCIALE À TOULOUSE
EXÉCUTIF Édouard Philippe a posé ses
valises en Haute-Garonne, un département ancré à gauche, pour trois jours, de
mercredi à vendredi. C’est la première
fois que Matignon « se délocalise » dans
une grande ville, à Toulouse, après deux
déplacements dans des territoires ruraux, le Lot, puis le Cher.
Le choix de la Ville rose ne doit rien au
hasard, dans un contexte où les ténors de
la majorité s’agitent en coulisses pour
préparer les élections municipales de
2020. Christophe Castaner, délégué général de La République en marche, a ainsi
confirmé lundi que son parti pourrait
nouer des alliances avec des maires sortants issus des Républicains (LR) ou du
PS, citant Toulouse comme exemple.
Édouard Philippe s’est d’ailleurs affiché
avec Jean-Luc Moudenc, le maire LR depuis 2014, mercredi soir.
L’élu, un ancien soutien d’Alain Juppé
à la primaire de la droite, est régulièrement présenté comme « Macron-compatible ». « Il n’y a pas de proximité particulière entre Moudenc et le premier
ministre », nuance un conseiller à Matignon. « Les positions de Moudenc sont appréciables, mais nous ne sommes pas dans
une démarche de drague », corrige un
autre. Jean-Luc Moudenc a pourtant été
reçu plusieurs fois à Matignon par
Édouard Philippe au cours des derniers
mois, « mais en qualité de président de
France Urbaine », se presse-t-on d’ajouter alors qu’au sein de la majorité, de
nombreux élus soupçonnent le premier
ministre de vouloir privilégier ses ré-
Édouard Philippe et le maire de Toulouse, Jean-Luc Moulenc, en 2017 à Paris.
seaux LR en vue de la création d’alliances
pour les municipales. Ce qui n’améliorerait pas l’image déjà droitière du président de la République. « Travailler à ramener des maires qui ne sont pas dans la
majorité, c’est une bonne chose. Il faut que
la majorité présidentielle engrange des
succès aux municipales. Reste à décider
des conditions », assume un proche de
l’ancien maire du Havre. « Il est dans son
rôle, juge Aurore Bergé, porte-parole du
groupe LaREM et ex-juppéiste. Comment
s’étonner que le chef de la majorité participe à renforcer demain notre majorité ? »
« Les rapports sont bons »
Jean-Luc Moudenc pourrait-il bénéficier
du soutien de LaREM ? « On n’en est pas
encore au stade où on décide ce genre de
choses, mais il se montre plus réceptif que
d’autres à ce que nous faisons », euphémise un conseiller d’Édouard Philippe. Selon un cadre macroniste, le cabinet du
maire aurait pris contact avec les équipes
de Christophe Castaner. « Les rapports
avec Jean-Luc Moudenc sont bons, il est
plus ouvert dans ce mandat qu’il ne l’était
auparavant, complimente Monique Iborra, députée LaREM de Haute-Garonne.
Au congrès des maires, il était le seul à défendre la conception d’Emmanuel Macron.
Cela ne me choquerait pas que LaREM le
soutienne en 2020. »
Mickaël Nogal, lui aussi député LaREM
de Haute-Garonne, temporise : « JeanLuc Moudenc est membre de LR et n’a pas
fait montre, pour l’instant, (d’envie) de
s’inscrire dans la dynamique d’En marche ! » Car Moudenc ne fait pas l’unanimité auprès des Marcheurs toulousains.
« Beaucoup doutent de ses chances de réélection », confie un cadre macroniste en
pointant « ses soutiens alternatifs et son
manque de colonne vertébrale idéologique ». De quoi alimenter les discussions, jeudi soir, lors d’une rencontre entre le premier ministre et les Marcheurs
locaux. Pour la première fois depuis qu’il
est à Matignon, Édouard Philippe participera à une réunion informelle avec les
militants du parti présidentiel. Un parti
auquel il n’a toujours pas adhéré. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 7 juin 2018
INTERNATIONAL
7
Face à Trump, Merkel invoque l’Europe
Si la chancelière compte sur l’UE face aux États-Unis, elle est prudente sur l’approfondissement de la zone euro.
Si elle veut renforcer l’Europe, Angela
Merkel ne cherche pas un renversement
d’alliance contre les États-Unis. Interrogée par un élu de l’AfD sur un rééquilibrage des relations avec Moscou, elle
s’est montrée intransigeante. La chancelière a exclu de réintégrer la Russie
dans le cénacle du G7 qui correspond
aussi à « une communauté de valeurs ».
« En annexant la Crimée, (la Russie) a enfreint de manière flagrante le droit international », a-t-elle rappelé tout en se
déclarant ouverte « au dialogue » avec la
Russie.
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
ALLEMAGNE L’exercice était inédit. Il
figurait parmi les exigences du SPD pour
signer un nouveau contrat de coalition
avec la CDU/CSU, hostile à ce genre de
mises en scène qui peuvent se transformer en piège. Pendant un peu plus d’une
heure, mercredi, Angela Merkel s’est
prêtée au jeu des questions réponses
avec les députés du Bundestag. Debout à
sa place sur le banc du gouvernement et
non au pupitre au centre du Bundestag,
elle a survolé cette première épreuve,
qu’elle devra renouveler trois fois par an,
avec sang-froid et application. « Aussi
dommage que ce soit, c’est fini, je reviendrai », a-t-elle assuré après avoir répondu à trente questions en trente fois une
minute. Puis elle a attrapé son sac à
main, ses notes, et, en moins d’une minute, elle a quitté seule l’hémicycle,
comme pressée de passer à la suite : la
défense du multilatéralisme face à Donald Trump.
À la veille du G7 qui s’ouvre vendredi
au Canada, il a été souvent question du
commerce mondial, du président américain et de la responsabilité de l’Europe
dans les interpellations des députés.
« Chacun sait que les discussions seront
difficiles », a insisté Angela Merkel en
rappelant les divergences entre l’Europe
et les États-Unis sur les tarifs douaniers,
l’accord de Paris sur le climat ou le nucléaire iranien. « Nous avons un sérieux
problème avec les accords multilatéraux »,
a-t-elle prévenu en laissant entrevoir un
échec de la réunion. Les chefs d’État et de
gouvernement pourraient ne pas s’entendre sur un communiqué commun.
« Je vais y aller avec de la bonne volonté.
Mais je ne pense pas qu’avoir des résultats
aussi dilués que ceux de l’an dernier (lors
du G7 à Taormine) soit à reproduire. Cela
n’a aucun sens de chercher un compromis
pour un compromis », a-t-elle ajouté.
“
Nous, les Européens,
devons nous occuper
davantage
de nous-mêmes
ANGELA MERKEL
Angela Merkel (à droite) s’est prêtée au jeu des questions réponses avec les députés du Bundestag, mercredi à Berlin.
La rupture avec Washington est plus
profonde que jamais, a souligné un député du SPD. « Nous ne devrions pas juger
les États-Unis trop sévèrement », a répondu la chancelière. « Mais - et je l’ai
déjà souligné - nous, les Européens, devons nous occuper davantage de nousmêmes », a-t-elle répondu, conseillant à
l’Union de rendre plus « consistantes »
ses positions. « Il faut européaniser les
sièges au Conseil de sécurité des Nations
unies », a-t-elle même suggéré. L’Allemagne est candidate à un siège non permanent qui sera attribué vendredi.
Derrière le vernis pro-européen, Angela Merkel a défendu des positions allemandes lorsqu’elle a été interpellée sur
ses projets avec le chef de l’État Emmanuel Macron. Le Fonds monétaire européen qu’elle veut mettre en place n’agira
« que sous conditions », a-t-elle martelé,
et les crédits dont pourraient bénéficier
les États « seront remboursés ». « Notre
ligne n’a pas changé », a-t-elle assuré
face aux doutes du chef du FDP, Christian Lindner. Les députés du Bundestag
sont inquiets de revivre avec l’Italie la
MICHAEL SOHN/AP
crise traversée avec la Grèce. Angela
Merkel rencontrera pour la première fois
au Canada le nouveau président du
Conseil italien, Giuseppe Conte. La
chancelière a assuré que « le respect des
règles » financières communes faisait
partie « de l’esprit européen ».
”
Durant une heure, les échanges sont
demeurés globalement respectueux, sauf
quand un autre député de l’AfD a violemment demandé à la chancelière « si
elle allait se retirer » pour avoir « fait entrer dans le pays des violeurs et des islamistes ». « Nous avons fait des erreurs
mais nous avons appris », a-t-elle répondu en défendant sa politique migratoire
et les décisions qu’elle a prises « dans une
situation humanitaire exceptionnelle ». Ce
n’est pas ce genre de question, prévisible, qui allait la déstabiliser. ■
UE : l’Autriche prête à
assumer la présidence
Vienne présidera les réunions ministérielles
du Conseil de l’UE de juillet à décembre.
BRUXELLES
VINGT-HUIT La date approche : à partir
du 1er juillet, et jusqu’à fin décembre,
l’Autriche présidera le Conseil de l’Union
européenne - l’institution qui réunit régulièrement les ministres des 28 États membres. Au-delà des questions politiques mises à l’agenda, Vienne aura la main sur les
dossiers législatifs - choisissant ceux qui
doivent être prioritaires et rédigeant les
propositions de compromis. La charge de
travail est énorme, tant les sujets sont
nombreux, clivants et urgents. Bruxelles
veut boucler les plus importants avant que
le Parlement européen ne parte en congé
électoral, autour de mars 2019.
Vienne héritera du projet de « cadre financier pluriannuel » (CFP), le budget
européen pour les années 2021 à 2027. Les
propositions, à peine sorties, ont déjà hérissé les différents pays, qui se plaignent
tous soit de devoir augmenter leur contribution au budget, soit de perdre des fonds
structurels. Bruxelles voudrait un accord
Le jeune chancelier autrichien,
Sebastian Kurtz, mercredi à Bruxelles.
GEERT VANDEN WIJNGAERT/AP
avant les élections européennes, mais le
délai est plus que serré : les négociations
du précédent CFP avaient pris… deux ans
et demi. Côté économique, Vienne récupérera la question compliquée de l’approfondissement de la zone euro - un dossier
clivant sur lesquels Berlin et Paris peinent
toujours à s’accorder. En parallèle, chaque
département de la Commission européenne continuera à pousser ses dossiers sectoriels. Il y a là une multitude de propositions
techniques, mais avec une certaine portée
politique - par exemple la réforme du droit
d’auteur, la création d’un cadre pour les
faillites d’entreprise, ou encore la refonte
de l’imposition des sociétés.
La question des migrants
Mais c’est sur les migrations que Kurz et
son gouvernement sont attendus. Cela fait
deux ans que l’UE essaie sans succès de réformer son système d’asile. Le dossier divise les pays de l’Est, obsédés par la fermeture des frontières, et ceux du sud, qui
veulent avant tout de l’aide de l’UE - avec
l’exception du nouveau gouvernement
italien, qui pourrait avoir une position plus
complexe. Certains espèrent que la coalition au pouvoir à Vienne, qui comprend le
très nationaliste Parti de la liberté (Freiheitliche Partei Österreichs, ou FPÖ),
pourra dialoguer avec les pays de l’Est.
« Vu sa situation géographique, l’Autriche est un pays pivot », a reconnu le président de la Commission européenne, JeanClaude Juncker. Le ministre des Affaires
intérieures Herbert Kickl (FPÖ) a déjà
prévenu : la ligne sera celle de l’est de
l’Europe - d’abord la protection des frontières, puis les aspects liés à l’accueil ou à la
relocalisation des réfugiés. « Il y aura sûrement des discussions agitées sur les quotas », a abondé mercredi Sebastian Kurz,
le chancelier autrichien. « Mais sur les
frontières extérieures, nous sommes tous
d’accord pour renforcer Frontex (l’agence
de l’UE chargée de la gestion des frontières), et lui permettre de réduire les flux migratoires vers l’Europe. » ■
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A
JEAN COMTE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Sanchez mise sur les femmes et l’Europe
En Espagne, le nouveau gouvernement, exclusivement socialiste, compte onze femmes pour six hommes.
1996) et s’était engagé récemment
contre le processus indépendantiste de
sa région d’origine, la Catalogne.
Mais la question sécessionniste devrait occuper davantage l’autre Catalane du gouvernement, la ministre des
Collectivités territoriales, Meritxell Batet. Représentante pur jus du Partit dels
socialistes de Catalunya (PSC), une formation autonome qui intègre les instances du PSOE, elle défend une troisième voie entre le statu quo et
l’indépendantisme. « Elle connaît parfaitement son sujet, témoigne Joan Marcet, qui fut par le passé député socialiste. J’ai participé à des sessions où elle
devait défendre la voie fédéraliste des socialistes et je faisais l’avocat du diable. »
MATHIEU DE TAILLAC £@mdetaillac
MADRID
“
C’est une démonstration
de féminisme qui veut
répondre à la grève des
femmes du 8 mars dernier
et aux mobilisations
qui ont suivi
Déminer le terrain catalan
les fonctions homologues au gouvernement régional d’Andalousie.
Selon cette même logique de translation, la ministre régionale de Valence à
la Santé, Carmen Montón, investit le
ministère de la Santé, de la Consommation et des Affaires sociales, tandis
que le ministère de l’Éducation sera
occupé par une ancienne responsable
de ce secteur au gouvernement régio-
nal du Pays basque, Isabel Celaá.
« C’est aussi pour Sánchez une manière
de dire aux barons, les puissants dirigeants des fédérations régionales, qu’il
les prend en compte, analyse la professeur Ovejero. Ce sont eux qui, il y a un
an à peine, avaient provoqué son départ
de la direction du PSOE. »
D’autres ministères sont occupés par
des professionnels experts de leurs sec-
teurs respectifs : la Justice revient à une
procureure spécialiste du terrorisme,
Dolores Delgado, tandis que la Science,
l’Innovation et les Universités échoient
à un astronaute, Pedro Duque.
Aux Affaires étrangères arrive un
europhile enthousiaste, l’ex-président
du Parlement européen Josep Borrell. Il
avait déjà été ministre dans les gouvernements de Felipe González (1982-
Mais le gouvernement Sánchez, en
étroite minorité au Parlement et dont
le terme arrivera au plus tard dans
deux ans, n’aura sans doute pas le
temps de développer un projet aussi
ambitieux. Peut-être pourra-t-il au
moins déminer le terrain en Catalogne.
« Il faut commencer par lever les obstacles au dialogue, indique Marcet. Le
PSOE doit concrétiser son engagement à
apporter une réponse politique au-delà
de la riposte judiciaire de ses prédécesseurs. Il ne peut en aucun cas influer sur
les affaires déjà ouvertes. Mais le rapprochement vers la Catalogne des responsables politiques en détention provisoire à Madrid est de son ressort, par
exemple. » Les indépendantistes attendent également du gouvernement Sánchez qu’il lève le veto imposé par le cabinet Rajoy à des lois régionales de
caractère social. À peine nommé, le
gouvernement Sánchez sait que le
temps lui est compté. ■
CARMEN CALVO
NADIA CALVIÑO
JOSEP BORRELL
MERITXELL BATET
Carmen Calvo sera la vice-présidente
du gouvernement et ministre
de l’Égalité. Ministre de la Culture
du gouvernement Zapatero en 2004,
Carmen Calvo, native d’Andalousie,
s’était alors fait remarquer
pour sa défense de « l’exception
culturelle ». Elle a ensuite continué
dans la culture, dans sa région natale.
Son nouveau titre vise clairement
pour le nouveau premier ministre
à faire la promotion des femmes.
Mais en tant qu’unique
vice-présidente, elle a également
la charge nettement
plus importante des relations
avec le Parlement.
La nomination de Nadia Calviño
au poste de ministre de l’Économie,
l’un des plus importants du nouveau
gouvernement espagnol,
a tout pour rassurer Bruxelles et
les milieux économiques espagnols.
La présidente du Banco Santander,
la principale banque espagnole,
Ana Botín, montre clairement
que le message envoyé
par le nouveau président
du gouvernement espagnol,
Pedro Sánchez, a été entendu :
« Avoir Nadia Calviño comme
nouvelle ministre de l’Économie
permettra à l’Espagne d’augmenter
(son) poids en Europe. »
L’ancien président du Parlement
européen Josep Borrell dirigera
la diplomatie espagnole en tant
que ministre des Affaires étrangères.
Borrell, 71 ans, est un vétéran
de la politique espagnole aux fermes
convictions proeuropéennes.
Il est considéré comme très proche
de Pedro Sánchez, dont il a soutenu
l’accession à la tête du PSOE.
Il est aussi et surtout un poids lourd
politique en Catalogne, sa région
d’origine. Sa nomination, après ses
déclarations récentes et très fermes
contre l’indépendance catalane,
est un signal envoyé au mouvement
indépendantiste dans la région.
Meritxell Batet, en tant que chargée
de l’administration territoriale, sera
confrontée à l’un des problèmes les
plus délicats pour le gouvernement de
Pedro Sanchez : la question catalane.
Depuis le référendum contesté du
1er octobre dernier sur l’indépendance
de la Catalogne, les relations entre
Madrid et Barcelone sont plus que
tendues. Pour cette femme originaire
de Barcelone, renouer le dialogue
avec les indépendantistes catalans
est indispensable afin de sortir
de l’impasse. Son atout : le départ
de l’inflexible Mariano Rajoy
pourrait adoucir la position
du nouvel exécutif catalan.
Pedro Sanchez, le nouveau premier ministre espagnol, a prêté serment, samedi dernier, au palais de la Zarzuela,
en présence de son prédécesseur Mariano Rajoy (à droite) et du roi Felipe VI (à droite, au premier plan). FERNANDO ALVARADO/AFP
ANGEL DIAZ/EFE; JONATHAN BRADY/EPA/MAXPPP; SANTI DONAIRE/EFE; OSCE
ESPAGNE La première caractéristique
du gouvernement de Pedro Sánchez
saute aux yeux. Sur 17 ministres, il y a
11 femmes. Un record en Espagne et
probablement dans le reste du monde.
La parité arithmétique est largement
dépassée et la qualité des portefeuilles
n’est pas en reste. Carmen Calvo est
nommée vice-présidente du gouvernement, ministre de la Présidence et
de l’Égalité hommes-femmes. La ministre de l’Égalité hommes-femmes est
donc, après Sánchez, la personne de
plus haut rang protocolaire au Conseil
des ministres. Le ministère de l’Économie et celui des Finances sont également attribués à deux femmes. De
même que la Défense, la Justice, la
Transition écologique - Environnement et Énergie -, le Travail, ou encore
le très stratégique ministère des Collectivités territoriales, principal interlocuteur des dirigeants indépendantistes de la Catalogne.
« C’est évidemment une démonstration de féminisme qui veut répondre à la
grève des femmes du 8 mars dernier et
aux mobilisations qui ont suivi, juge Ana
María Ovejero, professeur de droit
constitutionnel et vice-doyenne de
l’Université européenne de Madrid.
Au-delà du symbole, la vice-présidence
est un organe de coordination interministériel. C’est précisément l’outil idéal
pour mobiliser des ministères très variés,
tels que ceux de l’Économie, du Travail
ou de la Justice. » D’autant que, le gouvernement héritant d’un budget voté
”
ANA MARÍA OVEJERO, PROFESSEUR DE DROIT
par une autre majorité, le ministère de
l’Égalité n’aura pas de fonds propres
mais devra demander aux autres ministères de financer ses actions dans
leurs domaines de responsabilité.
Le féminisme et l’écologie pourraient être deux des grands marqueurs
de gauche d’un gouvernement qui dépend notamment du soutien de Podemos (gauche radicale) au Parlement.
« Les sujets économiques et sociaux sont
tellement conditionnés par l’Europe et
les marchés que les sujets de société sont
à peu près les seuls sur lesquels se différencier », confirme Joan Marcet, professeur de sciences politiques à l’Université autonome de Barcelone.
Une autre évidence s’impose, à la
lecture de la liste des ministres. Si la
plupart sont des politiques encartés au
Parti socialiste (PSOE), ce sont aussi
des spécialistes de leur domaine de
compétence. La ministre de l’Économie, Nadia Calviño, était jusqu’à maintenant directrice générale du budget à
la Commission européenne. Un signe
de l’engagement du gouvernement,
annoncé dès les débats parlementaires
de la motion de censure contre Mariano Rajoy, à respecter les objectifs de
déficit. Avant même l’officialisation de
sa nomination, Calviño a reçu sur
Twitter la bénédiction de la dirigeante
de la principale banque du pays, le
puissant Banco Santander.
Le travail de Calviño sera complété
au ministère des Finances par María
Jesús Montero, qui exerçait jusque-là
A
Mariano Rajoy quitte la politique et laisse son parti choisir son successeur
MARIANO RAJOY a annoncé mercredi
quitter « définitivement la politique ». La
veille il avait annoncé sa démission de
la présidence du Parti populaire (PP,
droite), quatre jours après avoir été
vaincu par une motion de censure, sans
qu’aucune voix dissidente ne se fasse
entendre pour le presser de laisser sa
place.
Il a décidé les modalités de son annonce, un discours face à la direction
du Parti populaire, sans qu’aucun journaliste ne puisse lui poser la moindre
question inconfortable. Il a choisi ses
mots et son ton, sans risquer qu’une
parole plus haute que l’autre ne vienne
entacher la dignité de son départ. Et il a
évité de trancher la question la plus
épineuse, celle de son successeur.
« Pendant trente-sept ans, j’ai servi le
parti en occupant tout type de responsabilités », a commencé Rajoy, en évoquant
son parcours de simple militant à chef de
parti, de conseiller municipal à président
du gouvernement. Il a fait durer le suspense pendant plus de vingt-cinq minutes, alors que peu de proches étaient
dans le secret, s’attardant sur son bilan,
en matière économique, sur le front catalan, la dissolution d’ETA, qu’il n’a pas
particulièrement cherché à favoriser, et
évoquant même la lutte contre la corruption, la question qui, précisément, a
fait tomber son gouvernement.
« Pour le Parti et pour moi »
Au terme de ce passage en revue, il a finalement justifié sa décision en employant un style alambiqué et redondant qui lui est très personnel : « Le
Parti populaire doit continuer à avancer
sous la direction d’une autre personne. Je
le fais pour deux raisons : c’est le mieux
pour moi et pour le Parti populaire. Ou, si
vous préférez, c’est le mieux pour le Parti
populaire et pour moi. Et, je crois, pour
l’Espagne également. Le reste n’a aucune importance. »
Un congrès du parti doit être tenu en
juillet. Pour la première fois, le président du PP sera élu en partie par les militants, suivant un système complexe
dans lequel les délégués des fédérations
ont le dernier mot. Trois candidats sont
très habituellement cités par les observateurs : la numéro deux de Rajoy au
gouvernement, l’ex-vice-présidente
Soraya Sáenz de Santamaría ; son lieutenant au parti, María Dolores de Cospedal ; et le président régional de la Ga-
lice, sa terre d’origine, Alberto Núñez
Feijóo, qui fait figure de favori. Certaines voix plaident toutefois pour une
candidature unique, au nom de l’unité
du parti. Le successeur de Rajoy devra
décider de la ligne qu’il entend donner
à ce qui est désormais la première force
de l’opposition. Dans ce climat de fragilité, l’ex-chef de gouvernement (19962004) et ex-président du PP, José María
Aznar, qui n’a jamais épargné Rajoy de
ses critiques, a proposé de « contribuer
à la reconstruction du centre droit »,
qu’il a décrété « désarticulé ». ■
M. DE T. (À MADRID)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 7 juin 2018
INTERNATIONAL
Les États-Unis
se découvrent
une nouvelle
taupe chinoise
constituent une trahison envers la sécurité de notre nation, le peuple américain,
et un affront envers ses anciens collègues
de la communauté du renseignement »,
tranche l’Attorney General adjoint en
charge de la Sécurité nationale, John
Demers.
Hansen n’est pas le premier « barbouze » américain, et de loin, à céder
aux sirènes asiatiques. En janvier, l’exofficier traitant de la CIA Jerry Chun
Shing Lee a été arrêté à l’aéroport
new-yorkais JFK pour les mêmes motifs. Âgé de 53 ans, il vient d’être inculpé de conspiration. En 2017, un ancien
de la CIA et du département d’État, Ke-
“
Pékin était prêt à payer
200000 dollars pour
les plans opérationnels
des militaires américains
concernant une possible
intervention militaire
en Chine
Un ex-officier du renseignement militaire
a été inculpé pour avoir vendu pour au
moins 800 000 dollars de secrets à Pékin.
NEW YORK
ESPIONNAGE Avantage à la Chine,
dans la guerre souterraine à laquelle se
livrent Pékin et Washington. À l’heure
où se défient leurs marines de guerre
en mer de Chine du Sud et où se négocie l’avenir de la péninsule coréenne
entre Singapour et Pyongyang, les services de renseignements américains
ressemblent à un panier percé, expliquant au moins partiellement l’hostilité originelle du président Donald
Trump à leur égard. Samedi 2 juin, un
ancien officier de renseignement militaire, Ron Rockwell Hansen, a été interpellé par le FBI à l’aéroport de Seattle-Tacoma (Nord-Ouest), tandis qu’il
s’apprêtait à embarquer pour un vol à
destination de la Chine. Parmi les
quinze chefs d’accusation égrenés
contre lui figure celui de trahison, qui
pourrait lui valoir une peine de réclusion à perpétuité.
Âgé de 58 ans, bilingue russe et mandarin, et familier de la Chine populaire
depuis un premier voyage en 1981 lorsque ce pays demeurait très largement
fermé aux Occidentaux, Hansen avait
servi dans l’armée comme spécialiste
”
en communications et en renseignement humain, avant d’être recruté en
2006 par le renseignement militaire
(DIA, pour Defense Intelligence Agency) en qualité d’agent civil habilité à
traiter des sources étrangères. Ce qu’il
faisait officiellement en Chine, sous le
couvert d’activités commerciales, entre 2013 et 2017.
UN AGENT DU FBI INFILTRÉ
Une clé USB verrouillée
dans la chaussette
Mais il avait pris la fâcheuse habitude
de se faire passer pour un agent double,
jurant au FBI que son but principal était
de leurrer les officiers de renseignement chinois, en conservant sa loyauté
envers l’Oncle Sam. Il lui avait été
beaucoup moins facile de justifier les
800 000 dollars au total reçus de ces
mêmes officiers depuis mars 2013, bien
qu’il se fût empressé de les rapatrier
chez lui, en liquide, à Syracuse (Utah),
pour éponger des dettes abyssales.
Suspicieux à propos d’un retraité
touchant 1 900 dollars mensuels de
pension militaire, le FBI avait pris l’habitude de fouiller la valise du suspect à
chacun de ses 175 allers-retours, décelant des dizaines de milliers de dollars
en petites coupures, des documents
pointant les postes avancés du Cyber
Ron Rockwell Hansen a été interpellé par le FBI à l’aéroport de Seattle-Tacoma
(notre photo), dans l’État de Washington, à l’ouest du pays, tandis qu’il s’apprêtait
à embarquer pour un vol à destination de la Chine. TELAINE THOMPSON/AP
Command américain, chargé de la lutte
contre le piratage massif orchestré par
le régime chinois contre les intérêts industriels, administratifs et militaires
américains, ainsi qu’une clé USB verrouillée par un code d’accès et dissimulée dans sa chaussette.
Hansen aurait également « omis » de
mentionner ses rencontres régulières
avec des agents chinois et l’existence
de téléphones portables mis à sa disposition par ces derniers. À force de ques-
tionner ses anciens collègues sur la politique coréenne des États-Unis, son
comportement, lui aussi, a éveillé l’attention. À un agent infiltré du FBI se
faisant passer pour un complice potentiel, il aurait assuré en avril que Pékin
était « prêt à payer 200 000 dollars pour
les plans opérationnels des militaires
américains concernant une possible intervention militaire vis-à-vis de la
Chine ».
« Les agissements de M. Hansen
Syrie : les Kurdes contraints de lâcher Manbij
Après des mois de tensions, Américains et Turcs se sont accordés sur un retrait des miliciens kurdes
de cette ville du Nord, où patrouillent des forces spéciales françaises. Mais Paris a été écarté de l’accord.
60 km
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
MOYEN-ORIENT À 30 km de la frontière
turque dans le nord de la Syrie, Manbij
était le principal point de frictions entre
les forces américaines et françaises déployées sur place, et les militaires turcs,
qui menaçaient de conquérir cette ville,
comme ils l’ont fait en février à Afrine.
Mardi, après des mois de tensions, les
miliciens kurdes, alliés des Occidentaux contre Daech mais considérés
comme terroristes par Ankara, ont finalement annoncé qu’ils allaient retirer
leurs conseillers militaires de Manbij.
La veille, Américains et Turcs avaient
établi une « feuille de route », éloignant
la perspective d’une confrontation armée à Manbij entre alliés au sein de
l’Otan.
Dans le cadre de cet accord, négocié
depuis février et « approuvé » par les
ministres américain et turc des Affaires
étrangères, Mike Pompeo et Mevlüt Çavusoglu, les combattants kurdes seront
transférés à l’est du fleuve Euphrate, qui
traverse la Syrie. Entre Américains et
Turcs, la tension avait culminé en février quand Ankara avait, à plusieurs
reprises, menacé d’étendre à Manbij
son offensive militaire qu’elle venait de
mener, avec succès, dans l’enclave kurde d’Afrine, à 100 km à l’ouest. Mais depuis début mars, en coulisses, experts
militaires des deux camps négociaient,
et il ne faisait guère de doutes, que faute
de choix, les Kurdes devraient, une fois
de plus, reculer, à Manbij.
Dans cette région où sévissent de
nombreux acteurs du conflit, cet accord, a toutefois prévenu un responsable américain, ne sera pas facile à mettre en œuvre. Il s’articule autour de
trois étapes, selon l’agence officielle
turque Anadolu. La première, d’une
durée de 45 jours, doit permettre le retrait et le désarmement de tous les miliciens kurdes de Manbij. À la suite de
quoi, des « inspections conjointes »
américano-turques auront lieu. Et deux
CONTRÔLE TERRITORIAL LE 5 JUIN 2018
Régime syrien
et ses alliés
FDS (YPG kurde
et ses alliés arabes)
Rebelles syriens
dont islamistes...
... et armée turque
vin Mallory, 61 ans, a reconnu avoir été
grassement rémunéré par les Chinois
contre la transmission de documents
confidentiels. Une diplomate en exercice, Candace Marie Claiborne, a également été confondue.
Cette débandade n’affecte pas seulement le dispositif militaire américain
en Corée du Sud, les bases aériennes
avancées et les groupements navals en
haute mer. Elle est à l’origine d’un désastre sans précédent, resté curieusement méconnu du grand public : l’éradication complète des réseaux de la CIA
sur le territoire chinois, entre 2010 et
2012.
Et elle survient à un moment critique : le jour même où était intercepté
Hansen, le secrétaire à la Défense américain Jim Mattis accusait la Chine de
vouloir « intimider ses voisins » en déployant des batteries de missiles et des
bombardiers lourds, dans les îles
Spratley, en mer de Chine du Sud. Ces
propos ont été jugés « irresponsables »
par Pékin, qui s’est abstenu de tout
commentaire sur le dernier épisode de
la guerre de l’ombre livrée contre le
grand rival américain. ■
ZOOM
Tunisie : le ministre
de l’Intérieur renvoyé
Le ministre de l’Intérieur
tunisien Lotfi Brahem
a été limogé et sera remplacé,
par intérim, par le ministre
de la Justice Ghazi Jribi,
a annoncé mercredi la
présidence du gouvernement.
Cette décision intervient
en pleine controverse après
la mort, dans la nuit de samedi
à dimanche, de plusieurs
dizaines de migrants
- en majorité des Tunisiens au large de Kerkennah (Est).
Lofti Brahem était par ailleurs
en conflit avec le premier
ministre, Youssef Chahid.
Kobané
Afrine
TURQUIE
EN BREF
Manbij
Alep
Éruption volcanique
au Guatemala : le bilan monte
Idlib
Lattaquié
SYRIE
Hama
Infographie
mois après, soit début août, sera créée
une administration locale pour remplacer les conseils actuels au sein desquels
les miliciens kurdes tirent les ficelles. Il
s’agira de mieux respecter l’équilibre
confessionnel dans une ville où les Arabes sont majoritaires. C’est probablement à ce stade que les choses risquent
de se corser. Déjà, les Américains ne
confirment pas le calendrier annoncé
par Ankara, estimant que l’application
de la feuille de route dépendra de l’évolution de la situation sur le terrain.
La France « attentive »
Depuis que les Kurdes ont réussi à chasser Daech de Manbij à l’été 2016, la sécurité était assurée par un Conseil militaire, dominé par les miliciens kurdes
qui avaient été en première ligne dans
la guerre contre les djihadistes. Un
nouveau Conseil militaire devrait voir
le jour. Les Turcs ont obtenu le départ
des miliciens kurdes, mais des Arabes,
adeptes des idées d’Abdullah Öcalan, le
héros des Kurdes, y demeurent. La
Au cours d’une conférence de presse, mercredi, le porte-parole des miliciens kurdes
a annoncé le retrait de ses troupes de leurs positions à Manbij. DELIL SOULEIMAN/AFP
Turquie acceptera-t-elle leur maintien
dans la nouvelle gouvernance de la ville ? Ces derniers mois, plusieurs ténors
du Conseil militaire de Manbij ont été la
cible de tentatives d’assassinats, probablement télécommandées par Ankara.
Dans l’esprit des Turcs, l’accord sur
Manbij sera étendu à d’autres villes plus
à l’est, comme Kobané, où les Kurdes
ont acquis une autonomie vis-à-vis du
régime de Bachar el-Assad. « Les Turcs
vont se concentrer sur les villes à majorité arabe, comme Tall al-Abyad et la cinquantaine de villages arabes alentour
dominés par les Kurdes qu’ils feront partir comme à Manbij, anticipe un expert
du conflit, c’est pour cela qu’Ankara a
déjà enrôlé des jeunes de ces villes. » Pareille avancée augure, là encore, de délicates négociations avec Washington.
D’autant que ces régions convoitées,
contrairement à Manbij, se trouvent à
l’est de l’Euphrate, où 2 000 soldats
américains sont stationnés, en vertu
d’un accord conclu avec la Russie,
principal acteur du conflit syrien.
« Aucun pays tiers, qu’il s’agisse de la
France ou de la Grande-Bretagne, n’a
son mot à dire dans l’accord que nous
avons conclu avec les États-Unis », a affirmé le chef de la diplomatie turque.
Un avertissement destiné à Emmanuel
Macron, monté en première ligne pour
défendre Manbij contre une « occupation » turque, avant d’envoyer des unités de forces spéciales en renfort.
La France sera « attentive au modèle
de gouvernance mis en place » à Manbij,
prévient le Quai d’Orsay. « Il devra être
pluraliste, représentatif et accepté par
les populations, arabes et kurdes ». En
attendant, un responsable militaire
américain a indiqué que, pour l’instant,
« aucun changement dans le déploiement
des forces américaines et françaises
n’était au programme ». « Il ne s’agit
pas de voir les Turcs ou les Américains
prendre le contrôle de Manbij », a-t-il
ajouté. Histoire de rassurer les Kurdes.
Le conseil militaire de Manbij a averti
qu’il s’opposerait à toute présence militaire turque dans la ville. ■
Une forte explosion a obligé mardi
les secouristes à interrompre leurs
recherches autour du volcan
de Fuego au Guatemala, 48 heures
après son éruption qui a fait
au moins 75 morts et près
de 200 disparus. L’éruption
a aussi fait 46 blessés et entraîné
l’évacuation de 3 271 personnes.
Réunion quadripartite sur
l’Ukraine le 11 juin à Berlin
Les ministres des Affaires
étrangères français, allemand,
russe et ukrainien vont se réunir
lundi à Berlin pour relancer
le processus de paix en Ukraine,
selon la diplomatie française,
en soulignant que cette relance
conditionnait toute révision
des sanctions visant la Russie.
Babis à nouveau chargé
de former le gouvernement
tchèque
Le milliardaire ex-communiste
tchèque Andrej Babis,
dont le mouvement populiste ANO
a gagné les législatives d’octobre,
a été de nouveau nommé mercredi
premier ministre par le président
Milos Zeman.
A
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
9
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
10
SCIENCES
Une situation orageuse exceptionnelle
se maintient au-dessus de la France
En mai, le nombre d’impacts de foudre a battu tous les records pour cette période de l’année.
pluies et des chutes de grêle sur leurs
exploitations.
Un indicateur témoigne de cette situation météorologique inédite : le nombre
d’impacts de foudre au sol. Le mois de
mai 2018 détient le record incontesté depuis le début des mesures fiables, en l’an
2000. « La foudre a provoqué 182 796 impacts mesurés au sol. C’est plus de deux
fois plus important que le précédent record,
en mai 2009, avec 84 336 impacts de foudre », précise Frédéric Nathan, prévisionniste chez Météo France. Des chiffres
un peu différents mais avec les mêmes
ordres de grandeur que ceux de Météorage, filiale de Météo France et de l’entreprise finlandaise Vaisala. Des capteurs
permettent de mesurer l’intensité et la
localisation de ces événements électriques. Il ne s’agit que d’une faible fraction
de l’ensemble des éclairs vus dans le ciel.
Météorage avait détecté près de 4,3 millions d’éclairs en 2017 dans le ciel fran-
MARC CHERKI £@mcherki
MÉTÉO Toute la France est touchée par la
succession d’orages violents et de pluies
intenses qui frappent le territoire national
depuis le début du mois de mai. Et ce n’est
pas fini. « La situation de blocage devrait
durer jusqu’au 12 juin. Ensuite, nous devrions retrouver un temps de saison avec
une remontée des températures », prévient
Pascal Scaviner de La Chaîne Météo *. À
cause de ces événements météorologiques, au moins deux morts sont à déplorer, un homme de 37 ans noyé dans son
véhicule dans l’Eure, et une octogénaire
tombée dans un cours d’eau dans le Lotet-Garonne.
Les inondations se sont multipliées et
plusieurs milliers de foyers ont été privés
d’électricité ces dernières semaines. Les
viticulteurs et les agriculteurs n’ont pas
encore terminé d’évaluer l’ampleur des
çais, dont 86 % d’impulsions ont été propagées uniquement entre des nuages,
sans toucher le sol.
Il n’est toutefois pas anormal qu’il y ait
des orages en mai, comme pendant les
trois mois d’été. Mais l’ampleur du phénomène est surprenante. La situation
“
L’année la moins
foudroyée depuis le début
des mesures en 2000 a été
enregistrée en 2017
”
FRÉDÉRIC NATHAN, PRÉVISIONNISTE
CHEZ MÉTÉO FRANCE
météorologique est bloquée depuis plusieurs semaines. Car un puissant anticyclone est installé au-dessus de la Scandinavie. De grandes villes de la région,
comme Oslo ou Stockholm, ont battu des
records de chaleur en avril et en mai.
niste. Il n’y a donc pas une tendance à
l’augmentation des orages année après
année. Mais l’intensité des pluies est remarquable. Sur un temps très bref, les
précipitations peuvent être très élevées,
au point qu’il peut tomber en quelques
minutes autant que pendant un mois !
C’est ce phénomène qui explique notamment que des stations du métro parisien
aient été inondées. « Par leurs intensités,
ces pluies font penser à des pluies tropicales », précise l’expert de Météo France.
En revanche, hier dans la revue Nature, un chercheur a démontré une corrélation entre le réchauffement et un ralentissement de 10 % de la vitesse des
cyclones tropicaux depuis soixante-dix
ans. Cette moindre vitesse provoquerait
une hausse des précipitations déposées
sur les régions côtières par ces phénomènes violents. ■
* La Chaîne Météo est une société
du groupe Le Figaro.
Ainsi, les dépressions qui se forment généralement en cette saison entre l’Islande
et le Groenland, et se dirigent généralement vers la Scandinavie, sont déviées
vers le sud. Elles circulent entre le proche
Atlantique et l’Espagne. « Il y a ainsi
beaucoup d’air frais en altitude qui rencontre des masses d’air chaud et humide,
dans les basses couches atmosphériques,
près du sol, en provenance d’Afrique du
Nord. D’où une forte différence de la température entre le sol et en altitude, avec un
fort taux d’humidité. C’est le moteur de
cette situation météorologique actuelle »,
ajoute Frédéric Nathan. Par exemple,
dans le nord-est de l’Espagne, hier matin, la température était de - 20 °C à
5 000 mètres d’altitude, ce qui est froid
pour la saison, et autour de 25 °C au sol.
Mais on n’observe pas plus d’orages
qu’auparavant. « L’année la moins foudroyée depuis le début des mesures a été
enregistrée en 2017 », ajoute le prévision-
Jusqu’à 33 759 impacts de foudre comptabilisés le 28 mai
LES 10 DÉPARTEMENTS
LES PLUS FOUDROYÉS
EN MAI 2018
182 127
175 000
1. Doubs
2. Jura
3. Somme
4. Nord
5. Vaucluse
6. Oise
7. Ardennes
8. Corrèze
9. Paris
10. Drôme
150 000
Nombre moyen
enregistré pour
un mois d'été
110 000
NOMBRE D’IMPACTS DE FOUDRE AU SOL DÉTECTÉS
EN MAI CES 20 DERNIÈRES ANNÉES,
125 000
100 000
en France métropolitaine
81 555
75 000
Moyenne sur
les 20 dernières années
52 891
50 000
25 000
9 801
0
2000
Précipitations orageuses sur Paris, le 30 mai.
MARIO FOURMY/SIPA
FRÉDÉRIC NATHAN
PRÉVISIONNISTE MÉTÉO-FRANCE
Impossible de lier ces événements
au réchauffement»
Est-ce que ces orages
et ces quantités importantes
de pluies sur la France reflètent
un changement durable du climat ?
Un seul événement météorologique
isolé ne peut pas permettre de tirer
de telles conclusions, même si « l’intensité horaire » des pluies (qui reflète la quantité de précipitations sur
une durée) est remarquable cette année.
Certes, le nombre d’éclairs et les
impacts de foudre au sol sont très
élevés pour un mois de mai, mais il
n’y a pas de tendance qui se dessine
à long terme. L’année la moins « foudroyée » en France depuis le début
des mesures des impacts de foudre
au sol, en 2000, a été enregistrée en
2017.
En revanche, les climatologues indiquent que les événements extrêmes
devraient être plus intenses dans les
prochaines décennies qu’auparavant.
Ces épisodes de pluies font suite
à deux années d’événements
météorologiques exceptionnels,
telles les inondations du printemps
2016 ou les violentes tempêtes
de l’automne dernier,
qui ont touché toute l’Europe
de l’Ouest. Les derniers orages
sont-ils plus précoces
dans l’année, à cause
du réchauffement ?
Il n’est pas possible de l’affirmer…
Quel est l’épisode météorologique
le plus marquant de ces dernières
années ?
Il y a des événements remarquables,
comme la tempête de 1999, qui avait
balayé la France et une partie de
l’Europe. Un événement d’une telle
ampleur n’avait pas été enregistré
depuis quatre cents ans. Et nous pouvons l’affirmer, même si les mesures
concernant la météorologie ont commencé en France en 1870.
Comment peut-on remonter aussi
loin dans le temps ?
En étudiant notamment des documents relatifs à la chute des arbres
dans les forêts depuis quatre cents
ans, l’historien Emmanuel Le Roy
Ladurie a pu affirmer qu’une tempête
comme celle de 1999 n’avait pas été
observée en France depuis quatre
siècles.
Mais il est impossible de dire quand une
autre tempête comparable pourrait
se produire… ni quand il devrait y
avoir un plus grand nombre d’orages !
Le mois de mai restera variable, comme notre climat.
PROPOS RECUEILLIS PAR M. C.
2002
2004
2006
2008
Source : Météorage
2010
2012
2014
2016
2018
Infographie
À Morlaix, l’équivalent d’un mois de pluie
a inondé les rues en moins d’une heure
MARIE CASTREC
FINISTÈRE
DEPUIS LUNDI, c’est la désolation dans
les rues de Morlaix (Finistère). Les habitants, très solidaires, se sont évertués,
deux jours durant, à prêter main-forte
aux agents municipaux déjà mobilisés
pour nettoyer la véritable marée de boue
qui a déferlé sur les pavés, dimanche soir.
Aujourd’hui, « c’est bien plus propre ; le
plus gros a été fait », glissent quelques
passants, qui font silencieusement l’état
des lieux avec une moue dépitée. « Mais il
reste encore quelques stigmates de la catastrophe. »
Dans la rue de Paris, en plein cœur du
centre, des habitations et surtout nombre
de commerces - presque tous situés au
rez-de-chaussée - ont été particulièrement touchés : vitres brisées sous la force
du torrent qui s’est engouffré dans la ville, rayonnages explosés, électricité et gaz
coupés, locaux à retaper, marchandises à
jeter… « C’est un vrai coup dur, raconte
une vendeuse. Nous avions plus de 70 cm
d’eau dans le magasin… » Un voisin,
Jean-Pierre, 68 ans, opine du chef. « On
ne s’y attendait vraiment pas. Là, pour le
coup, le ciel nous est vraiment tombé sur la
tête. »
Dimanche, en fin d’après-midi, une
masse orageuse particulièrement dense
s’est postée au-dessus de Morlaix. À
16 h 15, le tonnerre a commencé à gronder. À 16 h 35, alors qu’une pluie diluvienne avait déjà commencé à s’abattre
sur la Cité du viaduc, un message d’alerte
météorologique émanant de la préfecture
a été lancé. « Les chiffres nous sont parvenus le lendemain par le biais de la presse
locale », précise Agnès Le Brun, maire de
la commune depuis 2008. « En moins de
40 minutes, c’est plus de 1,3 milliard de litres d’eau qui est tombé. Soit l’équivalent
d’un stade de foot sur 162 m de hauteur.
Soit 2,6 fois la hauteur de notre viaduc.
C’est l’équivalent de 866,6 millions de bouteilles de 1,5 l. » Les météorologistes du
“
On ne s’y attendait
vraiment pas.
Là, pour le coup,
le ciel nous est vraiment
tombé sur la tête
”
JEAN-PIERRE, UN HABITANT DE MORLAIX
coin s’accordent à le dire : « On a relevé à
Morlaix 52 mm de précipitations en une
heure, soit presque tout un mois de pluie. »
Le Service départemental d’incendie et
de secours du Finistère (SDIS 29), débordé, a effectué plus de 300 opérations entre dimanche et lundi. De nombreux
éboulements ont également été constatés
un peu partout autour de Morlaix. La voie
ferrée principale, située sur l’axe de TGV
Paris-Brest, n’a pas subi de dommages.
En revanche, la ligne de TER reliant
Morlaix à Roscoff, en partie détruite, reste encore suspendue jusqu’à nouvel ordre. Au total, plus de 350 personnes –
personnel municipal, pompiers, CroixRouge, bénévoles, etc. – se sont mobilisées pendant trois jours pour déblayer la
ville et aider les habitants victimes de cet
orage démentiel. Quelques dizaines de
personnes ont été relogées temporairement par la municipalité ou de façon spontanée par des voisins, comme
Odile, qui a reçu 14 personnes chez elle
dans la nuit de dimanche à lundi.
Hier, certains grinçaient des dents,
soulignant qu’au vu de la force des précipitations, au moment des faits, « la Ville aurait pu ouvrir plus rapidement les
écluses ». Agnès Le Brun, elle, s’évertue à
le dire : « Personne ne pouvait prévoir un
tel cataclysme. D’une, on n’a jamais vu
une inondation en juin, et de deux, cellesci sont toujours liées à trois facteurs : à un
coefficient élevé de marée, aux vents venant de la mer et à la pluie. Ce cas est exceptionnel. » La dernière catastrophe naturelle qui a frappé Morlaix, c’était en
2013, à la suite du passage de la tempête
Dirk. « Les dégâts avaient été chiffrés à
12 M€. Là, ce sera clairement plus »,
souffle l’élue.
Depuis hier, à Morlaix, les rues ont
progressivement été rouvertes à la circulation, et la vie a repris son cours. Mais les
commerçants comme les particuliers attendent avec impatience que soit prononcé l’état de catastrophe naturelle, afin
de pouvoir être indemnisés comme il se
doit. La demande a été formulée et transmise à la préfecture par Agnès Le Brun ce
lundi matin. C’est désormais le ministère
de l’Intérieur qui a le dossier en main. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 7 juin 2018
SOCIÉTÉ
11
Attentats de
novembre 2015 :
un suspect
sous les verrous
ZOOM
Lelandais soupçonné
d’agression sexuelle
Déjà mis en examen pour
le meurtre de la petite Maëlys
en Isère et l’assassinat du caporal
Arthur Noyer en Savoie, Nordahl
Lelandais est à présent soupçonné
d’agression sexuelle sur une jeune
cousine. Ces nouvelles suspicions
se fondent sur l’analyse de
téléphones portables de l’ancien
maître-chien, dans lesquels ont
été trouvés des documents
pédopornographiques, dont une
vidéo, tournée une semaine avant
l’enlèvement de Maëlys, chez
les parents de Nordahl Lelandais,
où il était revenu habiter et où la
petite victime et ses parents étaient
venus passer un week-end.
Yassine Atar, frère de l’un des « cerveaux »
présumés des attaques du 13 novembre,
a été remis à la France par la Belgique.
irakienne pour son appartenance à alQaida. Il avait été libéré en 2012 avant
de revenir en Belgique et de gagner la
zone syro-irakienne. Il est soupçonné
d’être l’un des « cerveaux » des attentats du 13 novembre. Visé par un mandat d’arrêt en date du 28 décembre
2016, il serait actuellement en zone
syro-irakienne. Oussama Atar, comme
Ahmad Alkhald, artificier présumé du
commando, fait partie des individus
dont la justice française tente de confir-
À l’école, les garçons
jugés faibles victimes
de harcèlement
Selon un rapport, ceux qui sont considérés comme
trop petits, trop doux ou bons élèves sont autant
la cible de préjugés machistes que les filles.
CAROLINE BEYER £@BeyerCaroline
ÉDUCATION « Si le combat des doux est
le combat de Sisyphe poussant sa pierre, il
n’en reste pas moins le grand combat humain. » C’est sur un éloge de la douceur
que le sociologue Éric Debarbieux, directeur de l’Observatoire européen de
la violence à l’école, conclut son rapport
sur les violences sexistes à l’école. Une
étude publiée la semaine dernière sur le
site de l’association No gynophobie,
créée en 2015 par la réalisatrice Lisa
Azuelos, auteur du film Lol.
Angle d’attaque de ce rapport de
130 pages ? « L’oppression viriliste » dont
sont victimes, à l’école, les filles mais
aussi… les garçons. « La péjoration du féminin, voire le refus du féminin, est une
base de l’oppression viriliste, qui s’exerce
d’abord du garçon vers le garçon jugé
faible », explique l’ancien délégué ministériel à la prévention du harcèlement
scolaire (de 2012 à 2015), qui se risque à
aborder la question des violences scolaires sous l’angle du « genre ».
Insultes homophobes
L’enquête, menée auprès de 47 000 élèves du primaire au lycée, met en avant
des situations caractéristiques. Dans un
univers scolaire où le fait d’être bon élève est considéré comme un « attribut »
féminin, l’enquête montre que les garçons « trop sages » sont plus nombreux
que les filles à être victimes d’insultes et
de violences. Au collège, 25,8 % d’entre
eux sont moqués pour « bonne conduite », contre 23,6 % pour les filles. Ces
garçons sont par ailleurs beaucoup plus
confrontés à des insultes homophobes
(37 %) que leurs camarades du sexe féminin (18 %).
Dans l’enceinte de l’école, deux lieux
sont le théâtre de cette violence physique et symbolique. « La conquête territoriale tourne autour de la cour de récréation par un jeu collectif, le football »,
note le rapport. Affirmation du pouvoir
de la force, le foot exclut les filles, sauf à
« faire les goals », comme le racontent
les enfants, mais surtout les garçons
« jugés trop petits ou faibles ».
Voyeurisme, baisers forcés, insultes,
racket… Les toilettes, qui échappent
souvent à la surveillance des adultes,
sont, à raison, un lieu où les élèves ont
peur de se rendre. À l’école primaire, si
les filles y sont davantage victimes de
baisers forcés (18 % contre 15 % pour
leurs camarades masculins), les garçons, eux, sont plus soumis au déshabillage forcé (14 %, contre 10 % pour les
filles). Mais ils sont aussi davantage les
auteurs de ces actes, qu’il s’agisse de
forcer d’autres garçons à se déshabiller
(69 %) ou des filles (53 %).
Le rapport conclut à « un modèle de la
virilité largement mythifié qui emprisonne tout autant les filles que les garçons ».
Et en appelle à la « responsabilité politique ». « Il est trop facile d’en accuser les
seuls jeunes », écrit Éric Debarbieux qui
évoque « l’affrontement entre les grandes puissances qui vire au combat de
coqs », entre Donald Trump, Vladimir
Poutine ou Kim Jong-un. Au lieu de
concevoir l’égalité comme « un alignement de la situation des femmes sur le
modèle masculin », mieux vaut transformer « ce modèle dominant ». ■
Alexis Kohler :
des perquisitions
au ministère de l’Économie
Le belge Yassine Atar, 31 ans, a été mis en examen par les juges français pour
sa participation aux attentats de Paris, dont la tuerie du Bataclan. AFP, RTL.BE
mer le décès sur le territoire anciennement contrôlé par l’État islamique.
La mise en examen de Yassine Atar
est importante pour le dossier français.
Et également pour une bonne progression de ce que fut le projet terroriste
« franco-belge » de 2015-2016. Car les
frères Atar sont des cousins d’Ibrahim
et Khalid el-Bakraoui, qui sont morts
en kamikaze le 22 mars 2016 dans le
métro de Bruxelles et à l’aéroport de
Zaventem.
François Molins a également précisé
sur BFMTV que les juges d’instruction
pourraient clore leur instruction en octobre 2019, une ordonnance de mise en
accusation pouvant intervenir en janvier 2020. Quoi qu’il en soit, le mandat
de dépôt criminel de Salah Abdeslam,
seul terroriste survivant du 13 novembre, ne pourra être prolongé au-delà du
printemps 2020. Lors de la dernière
rencontre entre les juges et les parties
civiles, le 5 octobre, les premiers
avaient effectivement indiqué que le
calendrier se précisait. Une prochaine
réunion est prévue le 9 juillet à l’école
militaire. ■
Des perquisitions ont été menées
mercredi au ministère de
l’Économie dans le cadre
de l’enquête sur des soupçons
de conflit d’intérêts visant le bras
droit d’Emmanuel Macron,
Alexis Kohler. Elles ont été
conduites dans des bureaux du
ministère où il a travaillé entre
2012 et 2016. Il est visé par une
enquête sur un éventuel conflit
d’intérêts entre ses postes dans la
fonction publique et ses liens avec
l’armateur italo-suisse MSC, fondé
et dirigé par des cousins, et qui est
un très important client de STX
France, les chantiers navals de
Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).
Vers un système d’alerte
par SMS en cas d’attentat
dans l’Union européenne
Les institutions européennes sont
parvenues, mercredi ,à un accord
provisoire pour que soit établi
dans tous les pays de l’Union
un système d’alerte par SMS
en cas d’attaque terroriste ou
de catastrophe.
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1
Selon François Molins,
les juges d’instruction
pourraient clore leur
instruction en octobre 2019
EN BREF
A
TERRORISME C’est une nouvelle avancée vers le procès des attentats du
13 novembre 2015. Le 28 mai dernier,
sur BFMTV, le procureur de la République de Paris, François Molins, a précisé
que l’enquête avançait sur trois fronts :
recherche sur l’origine des kalachnikovs utilisées par les terroristes, collecte d’éléments prouvant le décès en
zone syro-irakienne de certains individus recherchés et, enfin, mise en examen en France des suspects détenus en
Belgique.
Mardi, l’un de ces derniers, le Belge
Yassine Atar, 31 ans, visé par un mandat
d’arrêt international du 3 août 2017, a
ainsi été remis à la France par la justice
belge et mis en examen par les juges
d’instruction français pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle », «complicité » d’assassinats en
bande organisée terroriste et, enfin, fabrication et transport d’armes et d’explosifs. L’homme a été écroué. Yassine
Atar avait été interpellé le 27 mars 2016
à Bruxelles, dans la foulée des attentats
ayant frappé la capitale belge le
22 mars. Il a été inculpé dans le cadre de
l’enquête belge sur le 13 novembre
2015. L’homme aurait notamment été
relié à un appartement situé à Schaer-
beek, l’une des communes de Bruxelles-Capitale. C’est là que les ceintures
explosives des kamikazes du 13 novembre ont été confectionnées. Là où
ont été entreposées des armes. Là encore où a séjourné, entre autres terroristes, Salah Abdeslam après qu’il a
regagné Bruxelles au lendemain du
13 novembre.
Yassine Atar est par ailleurs le frère
d’Oussama Ahmad Atar, alias Abou Ahmad, son aîné de trois ans. Vétéran du
djihad, Oussama Atar avait été arrêté en
Irak en 2005 et condamné par la justice
AFP, RTL.BE
JEAN CHICHIZOLA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
12
SPORT
La tornade
Muguruza défie
le métronome
Halep
L’Espagnole, vainqueur en 2016, affronte
la numéro un mondiale ce jeudi en demifinale de Roland-Garros. Un choc alléchant.
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
TENNIS Comme un ouragan, Garbine
Muguruza, tête de série no 3, a surclassé
mercredi en quarts de finale Maria Sharapova (6-2, 6-1). Après une suspension de
quinze mois pour dopage, et un refus de la
Fédération française de lui attribuer une
invitation l’an passé, la « Tsarine » effectuait son retour à Paris après trois ans
d’absence. Elle n’ira pas plus loin que les
quarts, surclassée par une joueuse beaucoup plus forte qu’elle. « Je savais que ce
serait un match intense. J’ai réussi à maintenir un bon niveau de tennis. J’ai fait un
match très solide, s’est félicité Garbine
Muguruza, lauréate de l’édition 2016. Être
agressive fait partie de mon jeu. Quand
vous avez quelqu’un en face qui a également un jeu agressif, il faut savoir prendre
les initiatives. C’est ce que j’ai fait. » Et
bien fait. Depuis le début de la quinzaine,
l’Espagnole n’a pas perdu un set.
Sam Sumyk, le coach français de l’Espagnole, ne cache pas satisfaction : « Garbine a fait preuve de beaucoup de maîtrise.
J’ai bien aimé sa mentalité. Elle a joué l’une
des plus grosses combattantes de l’histoire
du tennis et elle a égalé son adversaire en
termes de combativité. » Maria Sharapova
ne peut que constater les dégâts. « Elle a
été plus agressive que moi. Elle mettait
beaucoup de force derrière les coups. Moi,
ça ne venait pas naturellement. Je n’avais
pas le rythme. » L’ancienne numéro un
mondiale a été en difficulté au service
(54 % de premiers services et moins de
20 % de points gagnés sur sa seconde balle) et a accumulé les fautes directes (27)
face à une Espagnole très entreprenante.
Il y a quatre ans, les deux joueuses
s’étaient affrontées à Roland-Garros, déjà
en quarts de finale, la Russe s’était imposée (1-6, 7-5, 6-1) et avait remporté le
tournoi pour la deuxième fois de sa carrière après 2012. Changement de décor cette
année. Inconstante depuis son retour en
avril 2017, Sharapova peine à retrouver
son meilleur niveau. « Je me suis beaucoup
améliorée », note de son côté Muguruza.
La numéro trois mondiale s’apprête
désormais à défier, ce jeudi en demi-finale, la leader du classement WTA, Simona Halep, tombeuse d’Angelique Kerber
6-7 (2/7), 6-3, 6-2 en 2 h 14. Battue deux
fois en finale à Paris par Sharapova en
Garbine Muguruza, lors du match contre Maria Sharapova, mercredi sur la terre battue parisienne.
2014 et par Ostapenko, l’an dernier, alors
qu’elle menait 6-4, 3-0 et balle de 4-0,
Simona Halep, 26 ans, reste toujours en
quête de son premier titre en Grand Chelem. Elle a encore eu le dernier mot sur
Angelique Kerber, qu’elle avait déjà do-
minée, à l’issue d’une demi-finale homérique à l’Open d’Australie (6-3, 4-6, 9-7)
en janvier dernier. La Roumaine termine
le match son index pointé sur sa tempe.
« C’est pour dire que j’ai été forte mentalement. C’est ma tête qui a gagné. J’ai com-
La vague américaine déferle sur terre
Madison Keys (23 ans) et Sloane
Stephens (25 ans) ont gravi ensemble
les marches de la renommée, arpenté
des chemins compliqués par des
blessures. Avant de s’illustrer sur les
plus grands tournois (elles ont partagé
l’affiche de la finale du dernier US Open)
et de s’installer parmi les meilleures
joueuses mondiales (Stephens est 10e
mondiale, Keys 13e). À Roland-Garros,
dans la partie basse du tableau
rapidement vidée d’Ostapenko,
de Venus Williams et de Kvitova, Keys
n’a pas lâché le moindre set mais a été
accrochée par Naomi Osaka 6-1, 7-6
au 3e tour ; Stephens, elle, s’est imposée
in extremis contre Camila Giorgi 4-6,
6-1, 8-6 au 3e tour également. Elles
disputent, ce jeudi, la première demifinale 100 % américaine à Roland-Garros
depuis la rencontre ayant opposé
Serena Williams et Jennifer Capriati en
2002. Le duel offrira une finaliste inédite
aux Internationaux de France.
J.-J. E.
GILLES FESTOR gfestor@lefigaro.fr
Je n’ai
« jamais
vu ça.
Dès
l’ouverture
des portes,
le court
a été
pris
d’assaut
»
UN DES RESPONSABLES
DE ROLAND-GARROS
IL A FALLU du courage et une
bonne dose de patience pour
réussir à prendre place cette année dans les tribunes du tout nouveau court no 18. Après avoir traversé tout le stade pour arriver au
Fonds des Princes le bien nommé,
c’est une file de plusieurs dizaines
de mètres de long qui attendait le
public, obligé de patienter entre
20 et 30 minutes. « Je n’ai jamais
vu ça. Dès l’ouverture des portes, le
court a été pris d’assaut », témoigne un des responsables de Roland-Garros.
Sorti de terre il y a quelques semaines seulement, « le 18 » et ses
2 200 spectateurs a été comparé à
une « arène » par Guy Forget. Car
une fois quelques marches montées
pour accéder aux plates-formes
d’où le public peut suivre la rencontre debout avec une vue plongeante sur le terrain, les spectateurs ont découvert un rectangle
ocre enterré et cerné par huit rangées de sièges. À l’horizon, la cime
du bois de Boulogne. Un décor inédit pour cette enceinte à taille humaine, compacte et ramassée donnant l’impression à chaque
spectateur de pouvoir chuchoter
quelques mots aux joueurs.
Une ambiance bouillante
Tête de gondole cette année du
nouveau Roland-Garros avec le
village, le court a, en plus, bénéficié d’une programmation royale de
la part des organisateurs. Alors
qu’il n’est que le 4e terrain en termes de capacité, les têtes d’affiche
s’y sont succédé. Thiem, Halep,
Nishikori, Dimitrov ont notamment bataillé sur ce terrain qui a
de nulle part et sont capables de sortir un
gros match…
PROPOS RECUEILLIS PAR
ARNAUD COUDRY £@ArnaudCoudry
Quels souvenirs gardez-vous
de Jacques Brunel, votre entraîneur
à Perpignan ?
Je garde d’excellents souvenirs de lui. Je
pense qu’à l’époque j’avais plus travaillé
avec son adjoint, Franck Azéma. Il parlait mieux l’anglais que Jacques… Maintenant que je parle mieux français, je
pourrais mieux communiquer avec Jacques. Plus sérieusement, je suis très fier
de lui et de ce qu’il a accompli. Aujourd’hui, il se retrouve à la tête de l’équipe
de France, c’est une belle réussite. C’est
vraiment une super personne.
RUGBY Avant de quitter le Racing et la
France pour une dernière expérience au
Japon, l’ouvreur néo-zélandais, sûrement le meilleur joueur à son poste de
l’histoire du rugby, s’est projeté sur les
trois test-matchs estivaux entre les All
Blacks et les Bleus. Le premier se déroulera samedi à 9 h 35 (heure française).
A
Les deux quarts de finale Nadal-Schwartzman
et Cilic-Del Potro ont été interrompus par la pluie
mercredi à 19 h et reprendront ce jeudi, à 12 heures.
Après avoir perdu le 1er set, Nadal menait 5-3
dans le 2e, Cilic et Del Potro étant à égalité (5-5)
dans le tie-break de la 1re manche.
connu un baptême de feu avec un
bras de fer entre Grégoire Barrière
(197e mondial) et le Moldave Radu
Albot (97e) au premier tour. Deux
seconds couteaux, un petit Français, un combat acharné en cinq
manches, le no 18 ne pouvait rêver
de meilleur baptême. L’ambiance
fut souvent bouillante même si le
Tricolore a fini par céder.
« Il est génial, on sent les joueurs
proches et l’ambiance est particulièrement bruyante », explique Nicolas, fan de Nishikori. « Tout le monde m’a parlé du 18, alors j’y suis
venu. Superambiance, surtout
quand il y a des Français. C’est
mieux que le Central », s’enthousiasme Gabriel rencontré lors de la
rencontre Nishikori-Simon. Le Niçois a même été programmé deux
fois sur ce court qu’il a immédiatement adoubé. « On est entouré de
partout : devant, derrière, sur les
L’ex-ouvreur des All Blacks évoque la tournée du XV de France en Nouvelle-Zélande, qui débute samedi.
La dernière victoire française
en Nouvelle-Zélande remonte à 2009.
Les Bleus peuvent-ils, selon vous,
remporter au moins un test-match ?
mis trop de fautes en début de match mais
j’ai continué à être agressive et ça a payé. »
Il lui faudra sortir un gros match ce
jeudi après-midi contre la tornade Muguruza, prête en cas de succès à reprendre la place de numéro 1 mondiale. Au regard de son niveau de jeu actuel, la
joueuse ibérique peut légitimement viser
un deuxième titre à Paris. « Je ne pense
pas être la favorite, assure néanmoins
l’Espagnole. C’est la joueuse la plus régulière du circuit. Elle adore jouer ici. Ce sera
une belle opposition. Elle fait partie des
candidates au titre. » Muguruza, assurément, également. ■
Le nouveau court no 18, un volcan à Roland-Garros
Carter : « Il faut toujours se méfier des Français »
LE FIGARO. - Quel regard portez-vous
sur le XV de France ?
Dan CARTER. - Je pense qu’ils ont accumulé de la confiance lors du dernier Tournoi des six nations. Ils ont dû composer
avec de nombreux blessés. On a vu qu’ils
étaient très proches des autres équipes.
Quand ils se sont inclinés, l’écart était très
mince… Ça s’est joué à peu de chose et leur
Tournoi aurait pu, au final, être complètement différent. Pour en revenir à la tournée en Nouvelle-Zélande, on veut toujours se jauger par rapport aux meilleures
équipes du monde. C’est ce que les Français voudront faire contre les All Blacks. Ils
ont tout à apprendre de cette expérience.
CHARLES PLATIAU/REUTERS
« Il ne faut jamais sous-estimer l’équipe de France, elle est capable, à tout moment,
de réaliser une grosse performance », déclare Dan Carter. ÉRIC DESSONS/JDD/SIPA
Oui. En 2009, personne ne croyait à une
victoire française en Nouvelle-Zélande,
et ils l’ont fait. C’est la beauté du rugby
français, on ne sait jamais ce qu’il va se
passer et à quoi s’attendre. Il ne faut jamais sous-estimer cette équipe, elle est
capable, à tout moment, de réaliser une
grosse performance. Les All Blacks devront rester concentrés et mettre un
maximum de pression sur les Français.
Est-ce plus douloureux de perdre
contre la France que contre
une des autres nations majeures ?
(Rire.) Non, c’est toujours douloureux de
perdre un match… Je n’ai perdu qu’un
match contre la France, c’était ce quart
de finale de la Coupe du monde 2007.
C’est vraiment un mauvais souvenir.
Cela confirme qu’il faut toujours se méfier des Français. Des fois, ils viennent
Pensez-vous que Beauden Barrett
puisse devenir meilleur que vous ?
Oui, je pense. Il est encore jeune, il a un
talent vraiment enthousiasmant. J’adore le regarder jouer, il peut changer le
cours d’un match comme ça (il claque
des doigts), grâce à son incroyable vitesse. Plus il va jouer, plus il va accumuler de l’expérience. Notamment l’expérience de grands matchs. Il va encore
progresser dans sa façon de diriger
l’équipe. Il aura appris, je pense, grâce à
la dernière tournée des Lions en Nouvelle-Zélande (une victoire partout et un
match nul), où il avait été beaucoup sous
pression. ■
côtés… Il est très sympa à jouer », a
commenté le Français emballé.
Avant de céder la place en ce début
de semaine au tournoi des légendes, Dominik Thiem a lui aussi
adoré. « Les tribunes étaient pleines
à craquer. Je préfère jouer sur un
court avec 2 500 personnes (2 200
en réalité) plutôt que devant 7 000
personnes sur le Chatrier qui a l’air
vide », explique l’Autrichien, assurant que tous les joueurs voulaient
y aller. Arrivé en retard après avoir
emprunté trois fois le mauvais tunnel, Grigor Dimitrov a lui aussi apprécié : «Cela fait quelque chose de
rentrer ici pour la première fois.
C’était plein, c’était génial. »
Dans un Roland-Garros en pleine mutation, la grande famille des
courts s’agrandira encore l’année
prochaine avec le très attendu
court Simone-Mathieu dans le jardin des Serres d’Auteuil. ■
EN BREF
Rugby : Collazo manager de
Toulon, Galthié reste au club
Patrice Collazo, ex-manager
de La Rochelle, s’est engagé
avec le RCT pour trois saisons.
Son prédécesseur, Fabien Galthié,
reste finalement au club et sera
en charge, pendant un an,
de la formation. Anciens joueurs
du club varois, Juan Martin
Fernandez Lobbe (défense et
touche) et Sébastien Tillous-Borde
(trois-quarts) complètent le staff.
Cyclisme : Sky dominateur
La formation Sky a dominé
la 3e étape du Critérium du
Dauphiné, un contre-la-montre
par équipes de 35 kilomètres dans
la Bresse, où Michal Kwiatkowski
a récupéré le maillot jaune
de leader. Au classement général,
le Polonais précède trois
de ses coéquipiers, l’Italien Gianni
Moscon (3 secondes), l’Espagnol
Jonathan Castroviejo (9 s)
et le Gallois Geraint Thomas (21 s).
Athlétisme : Samba
suspendu un an
L’entraîneur Giscard Samba,
accusé de viol par une ancienne
athlète de son groupe,
a été suspendu un an dont
six mois ferme par la Fédération
française. Samba fait l’objet
d’une enquête du parquet
de Créteil pour «viol, agression
sexuelle et harcèlement sexuel».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 7 juin 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues avec justification d’identité
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Téléphone Abonnements : 01
70 37 31 70
Deauville.
communications
Le Collège d esBernardins
invite l'artiste Raimund Hoghe,
ce jeudi 7 juin 2018,
à 20 h 30,
Raimund Hoghe
Pièce p our
le Collège d esBernardins
Pièce pour
le Collège des Bernardins
a été pensée spécifiquement
par le dramaturge
et metteur en scène allemand
pour l'espace de la nef.
Participation à prévoir.
20, rue de Poissy, Paris (5e),
téléphone : 01 53 10 74 44,
www.collegedesbernardins.fr
deuils
Yves et Martine Adès,
Claude et Nathalie Adès,
ses enfants,
Alexis et Urimare Adès
et leurs enfants,
Nicolas et Lorraine
Adès de Pinsun
et leurs enfants,
Déborah et Franck
Clausell-Agut
et leurs enfants,
David Adès et Julie François,
Aurélie Adès
et Alexis Villeneuve,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
et toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Léon ADÈS
survenu à Neuilly-sur-Seine,
le 5 juin 2018, à l'âge de 93 ans.
L'inhumation aura lieu
le mardi 12 juin, à 15 h 30,
au cimetière ancien
de Neuilly-sur-Seine,
3, rue Victor-Noir.
20, avenue Charles-de-Gaulle,
92200 Neuilly-sur-Seine.
Concourès (Aveyron).
Sceaux (Hauts-de-Seine).
Marie-Thérèse Anglade,
son épouse,
le docteur et Mme
Alain Perreve-Genet,
Mme Françoise Anglade,
M. et Mme Thierry Valentin,
ses enfants,
Julien, Pierre et Clémentine,
Amandine et Alexandre,
ses petits-enfants,
Charlotte,
son arrière-petite-fille,
ont l'immense tristesse
de faire part
du rappel à Dieu du
médecin général
Jean-Pierre ANGLADE
chevalier
de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
le 5 juin 2018,
dans sa 89e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 8 juin, à 14 h 30,
en l'église Saint-Géraud
de Concourès,
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial,
au cimetière de Concourès.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Sophie de Courcel
et Tanguy Boitard,
sa fille et son compagnon,
Charlotte et Florent Garaud,
ses petits-enfants,
Jean Yves Garaud,
leur père,
Mme Jean Panhard,
Mme Xavier de Courcel,
Mme Roland Van der Steichel,
ses belles-sœurs,
M. André Panhard,
son beau-frère,
leurs enfants et petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Michel de COURCEL
née Van der Steichel,
« Colinette »,
qui nous a quittés
au petit matin du 31 mai 2018,
dans la paix, à son domicile.
Une cérémonie sera célébrée
ultérieurement
en la chapelle de Jésus-Enfant,
29, rue Las Cases, Paris (7e).
Mme Henri Caffeau,
son épouse,
Brigitte Caffeau
et Thierry Bonnet,
Michel Caffeau et Martine,
Isabelle et Fabrice Porte,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Henri CAFFEAU
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 8 juin 2018,
à 16 heures, en l'église
Saint-Augustin de Deauville.
Millac (Vienne).
La comtesse Henri des Courtis,
sa belle-sœur,
Mlle Patricia des Courtis,
M. et Mme
Guénaël des Courtis,
M. et Mme Erwan des Courtis,
ses neveux,
Côme, Gwendoline, Capucine,
Théophane, Gaspard, Mayeul,
ses petits-neveux,
vous font part
du rappel à Dieu de
Mlle Marguerite des COURTIS
le 4 juin 2018,
dans sa 91e année, munie
des sacrements de l'Église.
Paris.
Odile Douroux,
son épouse,
Philippe et Florence Douroux,
Jean-François et Delphine
Douroux,
ses fils et belles-filles,
Adrien, Vincent, Nicolas
et Marine,
ses petits-enfants,
La cérémonie religieuse
sera célébrée le vendredi 8 juin,
à 14 h 30, en l'église
de L'Isle-Jourdain (Vienne),
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial
de Saint-Paixent,
à L'Isle-Jourdain.
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Lucien DOUROUX
ancien directeur général
de la Caisse nationale
de Crédit Agricole,
officier de la Légion d'honneur,
survenu le 1er juin 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre-de-Chaillot,
31, avenue Marceau,
à Paris (16e),
le vendredi 8 juin, à 10 h 30,
par le père Madelin, s.j.
L'inhumation aura lieu
le samedi 9 juin, au cimetière
de Saint-Rémy-sur-Durolle
(Puy-de-Dôme),
à l'issue d'une célébration qui
se tiendra à l'église à 15 heures.
Dominique Lefebvre,
président de la Fédération
nationale du Crédit Agricole
et de Crédit Agricole S.A.,
Philippe Brassac,
directeur général
de Crédit Agricole S.A.,
Raphaël Appert,
premier vice-président
de la Fédération
nationale du Crédit Agricole,
et l'ensemble des élus,
des dirigeants
et des collaborateurs
du groupe Crédit Agricole
Monique ESQUERRÉ
nous a quittés.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en la cathédrale
de Tours, le samedi 9 juin 2018,
à 11 heures.
Lucien DOUROUX
survenu le 1er juin 2018,
à l'âge de 84 ans.
Lucien Douroux a pris part
à toutes les grandes étapes
du développement du groupe
et a été l'artisan
de transformations majeures
pour le Crédit Agricole.
Ils s'associent à la peine
de son épouse,
de ses enfants et petits-enfants
et de leurs proches.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le vendredi 8 juin,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Pierre-de-Chaillot,
31, avenue Marceau,
à Paris (16e).
L'inhumation aura lieu
le samedi 9 juin, au cimetière
de Saint-Rémy-sur-Durolle
(Puy-de-Dôme),
à l'issue d'une célébration qui
se tiendra à l'église à 15 heures.
Nicole et François Hatt,
ses enfants,
Caroline Monod,
sa petite-fille,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jeannine HATT
née Delarbre,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
survenu dans sa 90e année.
La cérémonie religieuse aura
lieu en l'église protestante unie
de Passy Annonciation,
19, rue Cortambert, Paris (16e),
le vendredi 8 juin 2018,
à 10 h 30,
suivie de l'inhumation
au cimetière du Montparnasse.
Cet avis tient lieu de faire-part.
136, rue de Vaugirard,
75015 Paris.
41, avenue de Versailles,
75016 Paris.
Thierry Fonteneau,
Pascal et Magali Fonteneau,
Sabine Fonteneau (†),
Cyrille et Elisabeth Fonteneau,
ses enfants,
Anna, Bréa, Alexandre
et Marin,
ses petits-enfants,
vous font part
du rappel à Dieu de
M. Claude FONTENEAU
La cérémonie religieuse
aura lieu ce jeudi 7 juin 2018,
à 14 h 30, en la basilique
Saint-Nicolas de Nantes.
Antoinette et Emmanuel (†)
de la Rochebrochard,
Paule et Bertrand de Silguy,
Arnaud
Juchault des Jamonières,
Marc et Isabelle
Juchault des Jamonières,
Carl et Valérie
Juchault des Jamonières,
Frédéric et Isabelle
Juchault des Jamonières,
Nicolas
Juchault des Jamonières,
ses enfants,
ses 19 petits-enfants
et ses 16 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du décès de
Claude
JUCHAULT des JAMONIÈRES
née de Feraudy,
veuve de
Arthur
Juchault des Jamonières
survenu le 2 juin 2018,
à l'âge de 91 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en la cathédrale
Saint-Pierre-et-Saint-Paul,
à Nantes, ce jeudi 7 juin 2018,
à 10 heures.
Marthe, son épouse,
Alain, Éric, Xavier,
ses fils,
leurs épouses et leurs enfants,
ses frères,
Claude, Charly,
ainsi que toute sa famille
ont la grande tristesse
de faire part du décès de
survenu le 5 juin 2018,
à l'âge de 85 ans.
La cérémonie aura lieu
le mercredi 13 juin, à 13 h 30,
au crématorium du cimetière
du Père-Lachaise, Paris (20e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Marine et Arnaud, Sophie,
Laure et Benoît, Xavier,
ses petits-enfants,
Louis, son arrière-petit-fils,
Gérard Lépany,
son frère,
ses neveux et nièces
des familles Lépany
et Audoin-Rouzeau
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu de
Mme Jacques HEROLD
née Anne-Marie Lépany,
le 31 mai 2018,
dans sa 94e année.
La célébration religieuse
aura lieu ce jeudi 7 juin,
à 15 heures, en l'église
de la Sainte-Trinité,
à Villez-sur-le-Neubourg
(Eure), suivie de l'inhumation
dans le caveau de famille.
Cet avis tient lieu de faire-part.
6, boulevard de la Saussaye,
92200 Neuilly-sur-Seine.
Bernard Quemada,
directeur du « Trésor
de la langue française »
et toute la famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Yves de ROYER-DUPRÉ
survenu le 2 juin 2018.
La messe d'obsèques aura lieu
le vendredi 8 juin, à 15 heures,
en l'église Saint-Marien
de Mézilles.
Fleurs naturelles seulement.
Condoléances sur registre.
Bourges.
Renée Saumur,
son épouse,
Patrice et Martine Saumur,
Marie-Chantal
Gaudry-Saumur,
ses enfants,
Guillaume Gaudry,
Antoine et Eléonore Saumur,
ses petits-enfants,
Adryen Perrin,
Alice Gaudry,
ses arrière-petits-enfants,
et toute sa famille
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès du
docteur Adrien SAUMUR
survenu le 31 mai 2018,
dans sa 96e année.
La cérémonie aura lieu
le vendredi 8 juin, à 15 h 45,
au crématorium de Bourges,
1, rue Martin-Siemens.
Condoléances sur registres.
Ni fleurs ni plaques.
Cet avis tient lieu de faire-part.
saumur.patrice@neuf.fr
mamichagsaumur@gmail.com
remerciements
Laurence et Pierre-Yves Baudu,
Véronique Bauvillard,
Emilie et Alexandre Ledouble,
ses enfants et beaux-enfants,
ses petits-enfants
et toute la famille,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Michèle BAUVILLARD
née Minard,
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
15, rue Raynouard, 75016 Paris.
Béatrice Prost,
Antoine Mazeaud,
Frédéric Mazeaud,
Clotilde Caroff,
ses enfants, et leurs conjoints,
ses 9 petits-enfants,
ses 19 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Philippe MAZEAUD
survenu le 3 juin 2018,
à l'âge de 95 ans.
Marc et Joëlle Herold,
Christophe et Fabienne Herold,
ses enfants,
disparition
Cet avis tient lieu de faire-part.
Robert LABOUZE
Mme Claude Fonteneau,
née Huguette
Bourel de la Roncière,
son épouse,
Mézilles (Yonne).
Mme Josepha de Royer-Dupré,
son épouse,
Mme Isaure de Royer-Dupré,
sa fille,
MM. Jan et Nory Baudonnat,
ses beaux-fils,
Anaë, Lucie, Keryan, Elise
et Sophie,
ses petits-enfants,
Nantes (Loire-Atlantique).
École centrale de Paris 58,
expert-comptable,
fondateur de Webridge,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
officier de la Légion d'honneur,
commandeur
du Mérite agricole,
ancien directeur général
de la Caisse nationale de
Crédit Agricole (1993-1999),
ancien secrétaire général
de la Fédération nationale du
Crédit Agricole (1982-1990),
13
La cérémonie religieuse
sera célébrée en la collégiale
de Saint-Yrieix-la-Perche
(Haute-Vienne),
le vendredi 8 juin, à 10 heures.
Elle sera suivie de l'inhumation
au cimetière ancien
de Saint-Yrieix.
Ni fleurs ni couronnes.
16, rue du Puits-d'Enfer,
85180 Château-d'Olonne.
Nogent-sur-Marne.
Michèle Gaubour-Popot,
son épouse,
Fabienne et Jean Meyssonnier,
ses enfants,
Alison, Margaux,
Louis, Victoire,
ses petits-enfants,
et toute sa famille
ont la tristesse de faire part
du décès de
Max POPOT
à l'âge de 93 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu ce jeudi 7 juin 2018,
à 10 heures,
en l'église Saint-Saturnin
de Nogent-sur-Marne.
Mme Jean Dunoyer,
son épouse,
ses enfants, petits-enfants,
arrière-petits-enfants
et toute sa famille,
très touchés
des marques de sympathie
qui leur ont été témoignées
lors du rappel à Dieu du
professeur Jean DUNOYER
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
2, rue Arbonneau,
87000 Limoges.
Ses enfants,
sa belle-fille et ses gendres,
ses petits-enfants
et leurs conjoints,
ses arrière-petits-enfants,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Thérèse, Louise, Marie
THIRIET
née Olivieri,
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
souvenirs
Le 7 juin 2012,
Gérald FAUVELLE
nous quittait.
Sa famille invite ses amis
à prier pour lui.
Bernard Quemada n’a cessé de donner un élan remarquable
et international à la recherche sur le lexique français.
JEAN PRUVOST - REVUE MÉTA
JEAN PRUVOST*
Ce mardi 5 juin 2018 s’est
éteint Bernard Quemada,
fondateur de la lexicologie
et de la lexicographie modernes, directeur du monumental Trésor de la langue française (le TLF) du
CNRS, achevé en 1994.
« J’ai rencontré les mots il
y a fort longtemps. Je dois
à mes origines d’avoir
deux langues natives, l’une
maternelle, le français,
l’autre paternelle, l’espagnol. Le véritable déclic
pour moi a été de rencontrer l’ancien français »,
déclarait Bernard Quemada en 1994 lors de la toute
première Journée des
dictionnaires.
De ces premières stimulations suivies d’une
formation
d’exception,
naîtrait la passion de la
lexicologie et de ces
ouvrages singuliers que
sont les dictionnaires. Il
en deviendrait, à la fin des
années 1960, le spécialiste
incontesté.
La lexicologie,
discipline novatrice
Fondateur des Cahiers de
lexicologie en 1968, tous
les chercheurs se souviennent qu’il fut pionnier en matière informatique et qu’en 1971, il
faisait ainsi venir au service du TLF le célèbre
Gamma Bull 61, l’un des
plus gros ordinateurs du
monde.
Quel fut son parcours ?
Né le 13 juin 1926 en Espagne, à Saint-Sébastien,
Bernard Quemada fait ses
études au lycée Chaptal
puis, après une licence de
lettres à la Sorbonne, diplômé de l’Institut des
professeurs de français à
l’étranger, il soutient sa
première thèse sous la direction du professeur Wagner en 1949, avec pour
thème Le Vocabulaire de
la galanterie dans les romans mondains (16401710).
Il est alors chargé de
cours à l’Institut des professeurs de français à
l’étranger puis à l’Institut
de phonétique à la Sorbonne, en 1950, avant de
devenir assistant à la faculté des lettres de Besançon. Dans le même temps
et jusqu’en 1958, il sera
chargé de conférences
aux ENS de Fontenay et de
Saint-Cloud, puis à partir
de 1957 maître de conférences et enfin professeur
à l’université de Besançon.
Du monde entier vien-
dront alors étudiants et
savants, Roland Barthes
par exemple, pour se former à cette discipline novatrice : la lexicologie.
Sous la direction de Georges Matoré, il soutient sa
thèse d’État en 1967, donnant lieu à un ouvrage
majeur : Les Dictionnaires
du
français
moderne
(1539-1863). Professeur
titulaire de linguistique
française à la Sorbonne, il
installera à Paris-XIII un
laboratoire abritant d’impressionnantes machines
propres à traiter les
grands corpus. En 1977, il
crée et dirige l’Institut
national de la langue
française du CNRS sis à
Nancy, fédérant de nombreux laboratoires de recherche dont celui en
charge du Trésor de la
langue française, qu’il
dirige.
Élan international
Nommé en 1989, auprès
du premier ministre à la
tête du Conseil supérieur
de la langue française, directeur d’études de l’École pratique des hautes
études dès 1975 avec pour
thème le développement
moderne du français,
Bernard Quemada n’a
cessé de donner un élan
remarquable et international à la recherche sur le
lexique français. Codirecteur dès 1990 avec
l’auteur de ces lignes, de
collections chez Honoré
Champion, il y dirige
l’étude sur Les Préfaces du
Dictionnaire de l’Académie
française (1694-1992) et
Le Dictionnaire de l’Académie française, une institution à laquelle il rendait
scientifiquement
hommage en tant que
« pièce maîtresse du patrimoine intellectuel de la
France ».
Dans son salon, est exposée une impressionnante paire de ciseaux,
souvenir de son père
tailleur et couturier : dans
son sillage, c’est à la langue française que Bernard
Quemada, très attentif au
soutien que lui apportait
son épouse Gabrielle
Quemada, aura donné ses
plus beaux vêtements, en
honorant nos dictionnaires, « patrimoine héréditaire incarné dans des
réalisations d’une infinie
variété », tout en ouvrant
la voie à la lexicologie et
lexicographie du XXe siècle.
*Jean Pruvost est lexicologue et ancien élève de Bernard Quemada. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
Pionnier de Fox News, Sean Hannity (ci-dessus, en mars 2016 lors d’un meeting du Parti républicain) se fait le porte-parole de la politique menée par Donald Trump.
RICK SCUTERI/AP/SIPA
Sean Hannity, l’homme qui
murmure à l’oreille de Trump
La vedette de Fox News
et le président
des États-Unis
se téléphonent
pratiquement
tous les soirs. Fidèle
supporteur et voix
influente auprès de
l’électorat conservateur,
le présentateur est crédité
d’un poids considérable
à la Maison-Blanche.
Un mélange des genres
inédit au sommet
du pouvoir américain.
Philippe Gélie
£@geliefig
Correspondant à Washington
l a le numéro de portable de Donald Trump,
mais passe le plus souvent par le standard de
la Maison-Blanche. Le téléphoniste de faction est prévenu : Sean Hannity fait partie
des proches qui peuvent à tout moment entrer en communication avec le président.
Les appels ont lieu généralement le soir
après 22 heures, à la fin du show « Hannity Tonight »
sur Fox News, dont Trump est un fervent spectateur.
En semaine, le rituel se répète quasi quotidiennement.
Les deux insomniaques bavardent des événements, de
la situation politique, du paysage audiovisuel, des sondages… Ils ont les mêmes opinions, les mêmes centres
d’intérêt et la même affinité pour les chiffres – mesures
d’audience pour l’un, de popularité pour l’autre. Seul
dans ses appartements du 1600 Pennsylvania Avenue,
où la First Lady, Melania, fait chambre à part, l’homme
le plus puissant du monde « a besoin d’un confident
pour décompresser », explique un proche au NY Mag.
Hannity est le parfait interlocuteur pour Trump.
Un supporteur de la première heure, dont la loyauté
n’a jamais été prise en défaut. Un républicain de toujours, nourri aux imprécations des programmes radio ultraconservateurs qu’il écoutait en boucle à
l’adolescence. Un réactionnaire tendance rebelle,
ennemi du consensus mou et du politiquement correct. Un faiseur d’opinion populaire et populiste, sur
la même longueur d’onde que la base électorale du
président. Un partisan convaincu qui ne trouve jamais un défaut à son champion, ni aucun mérite à ses
adversaires. Un mercenaire enclin au conspirationnisme qui fait feu de tout bois dans l’arène politique.
I
A
23 mai 2018, 21 heures, une émission ordinaire commence. Sous le banc-titre : « L’État profond à l’heure
des comptes », Sean Hannity déclare : « Tous ceux
qui ont trempé dans le complot pour aider Hillary Clinton et détruire le président Trump sont découverts. Ça
va être énorme. » Son éditorial, baptisé « monologue
d’ouverture », est titré en fond d’écran : « L’État
profond criminel ». Principales pièces à conviction :
un tweet et une déclaration présidentiels dénonçant
« le plus grand scandale d’espionnage dont ce pays ait
été témoin ». Hannity : « C’est l’année du boomerang.
Les révélations tombent d’heure en heure. Le président
donne un nouveau surnom au scandale : Spygate ! »
Bientôt, le présentateur téléphone au « téléspectateur en chef » pour recueillir ses compliments et
lui soumettre des idées. Devant ses collaborateurs,
Trump évoque souvent des suggestions retenues de
ces conversations. L’impact du bateleur de Fox News
est tel que certains membres de l’entourage présidentiel le désignent comme « le chef de cabinet de
l’ombre ». En avril, le magazine Time l’a inscrit sur sa
liste des 100 personnalités les plus influentes au
monde. « Il a virtuellement son bureau à la MaisonBlanche, dit un ex-participant du Conseil de sécurité
nationale. Il met dans la tête du président des idées
plus ou moins judicieuses qu’on doit ensuite gérer. »
Comme Trump, Hannity est plus tacticien que
stratège, mais sait ce qui plaît au public. Il pousse le
MICHAEL VADON / FLICKR
« Le chef de cabinet de l’ombre »
président à rester combatif sur les sujets qui l’ont
porté au pouvoir : immigration, impôts, dérégulation, port d’arme, liberté religieuse. « C’est la voix la
plus importante des déplorables », déclare au New
York Times Steve Bannon, le gardien du temple populiste, en référence au commentaire méprisant de
Clinton sur l’électorat du président. « Trump le voit
comme le meilleur porte-parole de sa politique », renchérit David Bossie, ancien directeur adjoint de la
campagne. « Peu de gens ont une aussi fine intuition
de ce qui motive la base », ajoute Newt Gingrich, ancien speaker de la Chambre.
Son show, qui attire en moyenne 3 millions de téléspectateurs, repose sur quatre thèmes récurrents :
la persécution de Trump – et incidemment de Hannity lui-même – par les élites et médias « libéraux » ; la
résistance de « l’État profond » aux réformes conservatrices et populistes ; la défense de « la loi et l’ordre » et le respect de l’uniforme, militaire ou policier ; la nostalgie de l’Amérique d’antan, mélange de
valeurs traditionnelles et de puissance incontestée.
Avant Trump, Hannity a soutenu toutes les jacqueries
de droite depuis trente ans : la « révolution conservatrice » de Gingrich en 1994, la procédure d’impeachment contre Clinton, le Tea Party sous Obama…
Il ne revendique pas l’étiquette de journaliste – ou
alors « journaliste d’opinion », dit-il au Times –, une
profession qu’il méprise et qui ne le reconnaît pas
comme l’un des siens. Il enchaîne pourtant chaque
jour trois heures de radio en direct et une heure de télévision. « The Sean Hannity Show » est diffusé en
syndication par plus de 500 stations dans tout le pays.
Quelle que soit l’antenne, Hannity ne fait pas dans
l’information. Quand il lui arrive de révéler un scoop,
c’est par accident. À Rudy Giuliani qui venait d’avouer
que Trump avait bel et bien payé 130 000 dollars à une
actrice porno, il a répondu : « Vraiment ? Je ne savais
pas », avant de passer à autre chose.
L’homme qui murmure à l’oreille du président est
un drôle de saltimbanque. Né il y a 56 ans à Long Island, près de New York, il y vit toujours, mais a
échangé la modeste maison familiale contre un manoir aux allures de cathédrale. Selon Forbes, ses deux
casquettes lui assurent un revenu annuel de 36 millions de dollars. Ne faisant pas confiance à la Bourse,
cet autodidacte préfère investir dans la pierre. Outre
une résidence secondaire en Floride, il est propriétaire, d’après une enquête du Guardian, de 877 maisons
et appartements dans sept États, qu’il loue à travers
une vingtaine de sociétés à responsabilité limitée.
Marié depuis vingt-cinq ans, père de deux ados, il
roule dans un gros SUV Cadillac sans tape-à-l’œil.
En 2012, sur une photo prise lors d’un parcours de
golf, Hannity se rend compte que l’embonpoint le
guette. Il embauche un coach et s’impose un entraînement draconien. Chaque matin, avec Glenn Rubin
qu’il appelle son « sensei » (maître en japonais), il fait
deux heures d’arts martiaux version « combat de
rue ». « Vous pouvez m’attaquer de n’importe quel angle, me menacer avec n’importe quelle arme, je peux
Sean Hannity est la voix la plus
importante des déplorables
STEVE BANNON
»
m’en sortir », assure-t-il. À un collaborateur qui le taquinait sur son côté « ninja », il a fait une démonstration édifiante : le sceptique s’est retrouvé en un éclair
sur le carreau de chez Langan’s, un pub irlandais de
New York où l’équipe de Fox se retrouve parfois.
Cela ne l’empêche pas d’avoir un permis de port
d’arme pour un pistolet qu’il garde constamment sur
lui. Avec deux parents fonctionnaires des services judiciaires et pénitentiaires, Sean a eu son baptême du
feu à 11 ans. Depuis, « fier membre de la NRA », le lobby des armes, il dénonce « la politisation » des tueries
à répétition par ceux qui veulent renforcer les
contrôles. En octobre 2016, pendant une interruption
publicitaire de son émission, il a sorti son Glock 40 de
sa ceinture et l’a brandi sur un de ses invités, Juan
Williams, un libéral venu jouer les punching-balls.
L’arme n’était pas chargée, a assuré la chaîne, en
s’empressant de passer l’éponge sur l’incident.
Fidèle jusqu’à la compromission
Sean Hannity fait ce qu’il veut sur Fox. Il a reçu sur
son plateau Michael Cohen, l’avocat de Trump, sans
préciser qu’il était aussi son client. Il a invité Bill Lako
comme « expert financier » sans dire qu’il gérait son
patrimoine immobilier. Il a interviewé Ben Carson,
le secrétaire au Logement, sans préciser que certains
de ses emprunts étaient garantis par ledit ministère.
Depuis l’éviction de Bill O’Reilly pour harcèlement
sexuel et le débauchage de Megyn Kelly par NBC,
Hannity est la star incontestée de Fox, le dernier survivant des pionniers embauchés lors de son lancement par Rupert Murdoch en 1996. « Cette boîte ne
tient encore debout que grâce à moi », se vante-t-il.
Avec l’oreille du président et le respect craintif de
tout l’establishment républicain, Hannity s’est rendu
quasi intouchable. Son trumpisme enthousiaste est réputé agacer Murdoch, qui fait pourtant aussi partie des
relations personnelles du président. Lorsque était sorti
en octobre 2016 un enregistrement où le candidat se
vantait de harcèlement sexuel, le présentateur avait
excusé le « propos de vestiaire », contre l’avis de son
PDG et les appels des leaders républicains à remplacer
Trump par son colistier, Mike Pence. « Le roi David
avait 500 concubines bon sang ! », s’était-il exclamé à
l’antenne. « Ce fut un moment charnière, qui a scellé
leur amitié », dit Geraldo Rivera, un ancien de Fox.
« La relation symbiotique entre Donald Trump et Fox
News est telle qu’il est parfois difficile de discerner où finit l’administration et où commence la télévision », ironise le New Yorker. Le président issu de la téléréalité ne
regarde presque plus que sa « Trump TV ». Des tweets
semblant sortis de nulle part procèdent en direct des
sujets traités sur la chaîne. Fidèle jusqu’à la compromission, Hannity a ouvert son antenne à ses théories
conspirationnistes – du lieu de naissance de Barack
Obama à la santé de Hillary Clinton. Trump trouve
dans son émission la validation de ses faits et gestes. En
privé, le présentateur encourage le président à une
audace qu’il applaudira le lendemain à l’antenne.
Cette familiarité avec le prince lui est naturelle.
Homme de réseau, Hannity a bâti sa carrière sur la
connivence : il a de tout temps cultivé les liens avec
la famille de ses bienfaiteurs – les fils Trump sont ses
amis – et s’est attaché des fidélités en soutenant les
républicains en campagne. Ses seules limites sont
idéologiques. Il pourrait tout pardonner à ses enfants, a-t-il confié au magazine Playboy, sauf qu’ils
deviennent démocrates. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 7 juin 2018
CHAMPS
IDÉES
LIBRES
15
La Chine ne s’endormira plus
Passant de Shanghaï
à Paris et de Paris
à Shanghaï,
un diplomate chinois
jette un regard
admiratif sur
le parcours
de son pays depuis
un demi-siècle.
MON REGARD
SUR LA NOUVELLE
CHINE
Xu Bo, Odile Jacob,
174 p., 18 €
CHRONIQUE
Éric Zemmour
ezemmour@lefigaro.fr
Q
uand j’ai lu le nom de
Jean-Pierre
Raffarin
dans la page de remerciements, j’aurais dû me
méfier. Quand j’ai lu
dans
l’avant-propos
qu’un « regard plus sérieux, objectif et inclusif à la fois, devrait
nous permettre de bien l’appréhender (la
nouvelle Chine) et par conséquent de
profiter de son dynamisme dans l’économie, la science, l’innovation et la culture,
pour le bonheur de chacun de nous et la
paix du monde », j’aurais dû comprendre. Le livre que je tenais entre les mains
était un ouvrage de propagande, mais
une propagande à la chinoise : c’est-àdire subtile et habile. On était loin des
gros sabots teutons, soviétiques ou hollywoodiens. Une propagande sympathique. Comme l’auteur, qui ouvre son récit
sur les retrouvailles avec ses copains de
classe, cinquante après. Il ne manque
que Patrick Sabatier, mais Xu Bo s’en
sort très bien. Il faut dire que son destin
suscite à la fois une légitime compassion
et admiration pour ce fils de « mauvais
élément », ostracisé et méprisé pendant
la Révolution culturelle, qui connaît
dans son enfance la promiscuité d’un
appartement de 22 m2, où se côtoient
trois générations sous le même toit, et
qui parviendra à devenir un diplomate
de haut rang. Pour la note biographique,
en quatrième de couverture, l’éditeur a
écrit : « Intellectuel chinois, francophone
et vivant à Paris depuis huit ans, promoteur infatigable des échanges intercultu-
l’Occident. Il a dit ce qu’il appelle le
« pragmatisme chinois », qui est en vérité la version asiatique du beurre et l’argent du beurre (et le sourire de la crémière) : les chinois sont libreséchangistes quand il s’agit d’attirer les
grands groupes américains et de devenir
grâce à eux (ce que Xu Bo ne reconnaît
jamais) l’atelier du monde ; mais ils sont
protectionnistes quand il faut se protéger
des GAFA et forger à l’abri leurs propres
géants de l’Internet. Ils sont libéraux
pour encourager les « entrepreneurs »
et socialistes pour imposer l’autorité du
parti sur l’économie. Ils sont démocrates
sur Wechat (le Facebook chinois à un
milliard d’utilisateurs), mais pas en vrai :
« La démocratie n’est pas pour le moment
une priorité pour la Chine d’autant plus
que l’élection du président Trump est plutôt un contre-exemple pour les Chinois,
qui préfèrent la méthode ancestrale de
Laozi (contemporain
La Chine croit en l’avenir parce
de Confucius, fondaqu’elle est persuadée d’être l’avenir
teur du taoïsme), celle-ci consistant à gédu monde. La Chine d’aujourd’hui,
rer un pays comme on
c’est l’Amérique de 1900
fait pour un mets délicieux, avec un art
consommé de la maîtrise des ingrédients
fausse ingénuité, à propos des emplettes
et du feu… Les Chinois sont un peuple
chinoises de sociétés françaises : « Si
pragmatique et préfèrent de loin les résulc’est un arrangement entre le vendeur et
tats aux blablas et à n’importe quelle forl’acheteur, qui peut refuser une telle affaime de gouvernance venue d’Occident ».
re de marché dit gagnant-gagnant ? Les
Le modèle singapourien de « paternalisentreprises chinoises sont riches en capime autoritaire » est présenté au monde
taux tandis que les entreprises françaises
comme le nouvel idéal politique. De
possèdent des labels et des savoir-faire.
même que la langue chinoise « deviendra
Cette magnifique complémentarité va
un jour ce qu’était le latin en Europe au
nous entraîner très loin », il a tout dit. Il a
Moyen-Âge, le français au XVIIIe et
dit le cynisme souriant du plus fort et du
plus riche. Il a dit la manière très intelliXIXe siècle, et l’anglais au XXe ».
gente avec laquelle les Chinois ont reL’humilité de Xu Bo ne doute de rien.
tourné les concepts libéraux des OcciElle s’appuie sur un essor exceptionnel :
dentaux (gagnant-gagnant !) contre
« En 2049, centenaire de la république
rels, Xu Bo, ancien diplomate chinois, a été
commissaire de l’Expo 2010 à Shanghaï et
haut fonctionnaire de l’Unesco ». On ne
doute pas de l’attachement de notre
auteur à la France. Mais Otto Abetz aussi
était sincèrement francophile. Qu’on ne
se méprenne pas sur cette comparaison
germanique : les Chinois n’ont pas l’intention de nous faire la guerre. Nous
sommes trop loin et surtout trop petits.
Ils veulent seulement nous soumettre.
Nous et les Allemands, et tous les Européens. Mais sans guerre, sans batailles,
sans morts. Un impérialisme de la fascination et de l’intimidation. Un impérialisme des temps numériques, mais pas
virtuel. C’est tout le sens de la fameuse
« nouvelle route la soie » qui voit la
Chine inonder d’investissements des
pays qui ne pourront plus rien lui refuser. Quand Xu Bo explique, avec une
«
»
populaire de Chine, le PIB chinois sera
trois fois plus important que celui des
États-Unis… En l’espace de quarante ans,
la Chine a accompli ce que l’Occident a mis
trois cents ans à faire ». L’orgueil légitime du chemin accompli perce à toutes
les pages. « La Chine a construit plus de
gratte-ciel entre 2010-2015 que le monde
capitaliste sur deux siècles ! » Ou encore
Beijing (Pékin), devenue une mégapole
de 21 millions d’habitants avec ses dixhuit lignes de métro, et d’ici 2020, vingt
lignes supplémentaires ! Ou encore la
Chine qui représente 30 % des sociétés
numériques innovantes du monde. Xu
Bo n’évoque pas bien sûr le pillage organisé pendant des années des secrets de
fabrication des sociétés occidentales qui
ont eu la cupidité naïve de s’installer en
Chine, croyant seulement profiter des
salaires à bas coûts. Même les graves
dangers qui guettent la société chinoise,
pollution, corruption, vieillissement démographique, dénatalité, dissolution des
anciennes valeurs dans un hédonisme
consumériste frénétique, s’ils ne sont
aucunement niés ni occultés, sont regardés avec un optimisme et une confiance
dans l’avenir et dans la capacité du politique à tout maîtriser qui n’existent plus
dans nos pays. La Chine croit en l’avenir
parce qu’elle est persuadée d’être l’avenir du monde. La Chine d’aujourd’hui,
c’est l’Amérique de 1900. Le dynamisme
économique fait la fierté des élites nationales et l’admiration jalouse de tous les
observateurs étrangers. Le président
chinois qui jette par-dessus bord l’ancienne modestie de Deng Xiaoping, c’est
l’équivalent du président Wilson qui annonçait, en 1916, que l’Amérique allait
diriger le monde. Pour la paix et le bonheur de l’humanité. Déjà. Mais il a fallu
deux guerres mondiales pour que s’accomplisse la prophétie… ■
Les sagesses d’un athée
TÊTE À TÊTE
Charles Jaigu
cjaigu@lefigaro.fr
U
ne conversation à bâtons rompus avec André
Comte-Sponville, c’est
taper des balles avec un
Federer de la philo qui
aurait arrêté les grands
tournois mais continuerait les matchs
exhibitions. Quel que soit le sujet, ACS
fournit les arguments et les citations
parfaitement liftés, coupés, lobés. Les
thèses et les antithèses rasent le filet
pour atterrir sur la ligne de fond de cour.
Il faut dire que notre philosophe est un
conférencier prolifique, même s’il a volontairement baissé le rythme, passant
d’une centaine à une quarantaine de
conférences chaque année. À 66 ans, cet
homme grand, le cheveu gris abondant,
dégage un fond de tristesse suggéré par
le titre de son dernier livre intitulé L’Inconsolable, qui rassemble plusieurs « impromptus » - c’est le nom qu’il donne à
ces variations autour d’un thème. Il y
aborde des sujets très variés : la tristesse
infinie, la joie, l’ennui, la musique de
Beethoven, l’espérance folle du joueur
de casino, l’amitié, les chrétiens
d’Orient, la nature, le droit des animaux,
et sa philosophie du présent. Nous nous
en voulons presque de l’avoir choisi pour
cette chronique, non que son livre soit
mauvais, il est au contraire stimulant,
mais sur lequel s’arrêter ? Pour une fois,
ne choisissons pas. Et voyons ce qui en
résulte à la fin.
Inconsolables, nous le sommes quand
le malheur nous brise. Rien ni personne
ne nous en sortira, sauf peut-être « ceux
qui s’en fichent, et vous font rire un peu »,
nous explique-t-il. La philosophie est
une piètre consolatrice, au fond, et elle
apporte la sérénité « surtout quand on
n’est pas malheureux, et quand tout va
bien pour nous ! », admet in petto ComteSponville. Elle offre malgré tout un petit
avantage marginal. Quand on est triste,
le fait de réfléchir à la tristesse en philosophe fixe notre attention sur la rigueur
d’un raisonnement, ce qui nous détache
brièvement de l’affliction dans laquelle
nous sommes plongés : « La vérité de la
tristesse n’est pas triste », conclut-il. Elle
peut même être joyeuse, car la compréhension rapproche de la joie. La joie de
vivre, justement, est le second sujet
abordé. ACS avoue ne pas y être naturellement disposé. Pour s’en rapprocher, il
lui faut pratiquer cet axiome spinoziste :
ce n’est pas parce que la vie est bonne
qu’il faut se réjouir, mais parce qu’on se
réjouit qu’elle paraît bonne. Réjouissons-nous tout en restant lucide, car la
vraie joie prend la vie pour ce qu’elle
est : tragique.
Après la tristesse et la joie, vient l’ennui. De l’élève dans la salle de classe. De
l’adulte mélancolique : « Ah, que la vie
est quotidienne ! », dit le poète Jules Laforgue auquel le philosophe consacre un
Réjouissons-nous
« tout
en restant
lucide, car la vraie
joie prend la vie
pour ce qu’elle est :
tragique
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
»
autre chapitre. Même le dimanche ne
nous sauve pas du quotidien. Ce dimanche morose qui n’est « qu’un vague et
éternel aujourd’hui ». Il faut faire l’expérience de l’ennui. Devoir de vacances
pour les enfants : ennuyez-vous. Devenez humains, pas américains.
Ou bien devenez russes. Dans une
postface écrite sur Le Joueur de Dostoïevski, Comte-Sponville s’interroge sur
cette folle idée de la martingale gagnante. Ce besoin que nous avons de « croire
que quelque chose est vrai parce qu’on le
désire très très fort » - en l’occurrence
croire que l’on va gagner à la roulette.
Conclusion : « L’illusion est un désir qui
se prend pour une vérité, une espérance
qui se prend pour une preuve. » Il faudrait
donc ne se nourrir que « d’amours détachées, sans passions, sans illusion, sans
espérance ». Peine perdue : nos vies oscillent entre l’ennui et le divertissement : « Il y a toujours une petite bille qui
tourne et qui nous fascine, toujours de
l’espérance dans le cœur. »
Au chapitre de l’amitié, il est surtout
question de celle qui lie l’auteur à son
vieux maître en marxisme que fut Louis
Althusser. Ce dernier est bien triste au
terme de son existence, qui se termina
par l’assassinat de sa femme. Échec
d’une vie, et d’une espérance philosophique. Au fond, c’est quoi le communisme ? « C’est une humanité libérée des
rapports marchands. Eh bien regarde, toi
et moi : tu n’as rien à me vendre, je n’ai
rien à t’acheter. Il n’y a entre nous aucun
rapport marchand : entre toi et moi, c’est
le communisme ici et maintenant ! » Ramené à cette forme de bonne camaraderie, le communisme peut marcher.
Même si La Rochefoucauld objecterait
qu’aucune amitié n’est désintéressée.
Vient le chapitre sur la nature. ComteSponville ne suit pas les panthéistes à la
mode qui veulent lui accorder plus d’importance qu’à l’espèce humaine. Mais
cela n’exempte pas d’un écologisme
scrupuleux, parce que c’est notre intérêt
d’espèce vivante et responsable. ACS est
au fond un humaniste libéral de gauche
surtout quand il fait l’éloge de la suppression de l’ISF qui « ramènera, espèret-on, les riches en France, et donc de l’argent pour les pauvres ». Un réaliste qui
donne raison à Macron de ne pas accueillir toute la misère du monde en
France, car « l’État agit par intérêt, pas
par morale ».
Il a récemment signé une pétition en
faveur de la corrida, par refus de la dé-
fense dogmatique du droit des animaux.
« Je suis un spéciste résolu », nous dit-il
– par opposition aux antispécistes qui
prétendent abolir la barrière entre les
espèces. Dans un avant-propos sur les
chrétiens d’Orient, il se penche sur cette
autre espèce en voie de disparition. ACS
est un catholique défroqué. Il a perdu la
foi à 17 ans. Et il prend leur défense, avec
une ferveur froide et déterminée. « Ne
confondons pas le respect de l’autre et le
reniement de soi », écrit-il.
« Si je dois remonter à l’intuition philosophique que je cherche à élucider depuis
toujours, je dirais que c’est une simple
phrase : “seul le présent existe”. » Comte-Sponville a raconté ailleurs l’expérience d’immanence au cosmos, éprouvée un jour de promenade en forêt. Il a
vu soudain le monde « comme une évidence et un mystère conjoint, donné dans
sa totalité, sans que j’éprouve aucun manque, ni aucune séparation entre moi et
moi-même pensant, ni moi et la Nature ».
Pendant ces quelques instants, « je
n’avais plus de besoin d’être aimé, plus
besoin d’espérer ou de craindre ». D’où ce
détournement de l’Ancien Testament :
« Nous sommes déjà dans le Royaume :
l’éternité, c’est maintenant », qu’il décrit
souvent dans ses livres d’athéiste méticuleux.
Mais aussitôt il se retrouve projeté
dans « l’éparpillement du temps » - nous
dit-il en citant la belle formule de saint
Augustin. Et il faut reprendre la fil des
impromptus. Comte-Sponville n’est pas
l’équivalent du philosophe Alain, maître
de la génération française d’entre-deuxguerres, dont la clarté, la modération et
le sens de la formule en ont fait le penseur officieux de la IIIe République. Mais
il est ce qui se fait de plus proche dans le
genre. Une philosophie qui entend penser l’ordinaire plutôt que l’extraordinaire, l’usage plutôt que l’exception, le réel
difficile plutôt que l’impossible. ■
L’INCONSOLABLE
ET AUTRES
IMPROMPTUS
André ComteSponville,
Éditions. Puf,
292 p, 19 euros.
A
André ComteSponville est
un coureur de fond,
qui publie comme
un métronome
en dehors des modes
du moment.
Son dernier recueil
d’articles donne
une bonne idée
de l’homme
et de sa philosophie.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Pour que l’État ait les idées claires, un livre
blanc de la sécurité intérieure s’impose
ets de cocktails Molotov
lors de manifestations
où se pressent des activistes
toujours plus nombreux
et déterminés, embuscades
et lynchages dans les zones
où le « bleu » est perçu comme
une bande rivale qu’il faut bouter
hors du quartier, catapultes et autres
pièges plus ou moins sophistiqués
dans les ZAD, sans bien sûr oublier
le terrorisme islamiste : la violence
envers nos forces de l’ordre a pris
ces dernières années un tournant
qui n’est que le reflet de la violence
croissante qui se propage au sein
de notre société. Le feu couve,
et derrière les incidents désormais
quasi quotidiens, plane le spectre
de catastrophes d’ampleur inégalée.
L’ensemble de nos forces de police
est de gendarmerie subit désormais
au quotidien une tension dont
la globalité est inédite. La conjonction
de l’usure qu’elle génère et de l’état
de certaines des infrastructures
dans lesquelles s’exercent les missions
explique pour partie le nombre
important de suicides mais aussi
de démissions qui constituent autant
d’expressions d’un malaise réel.
La menace du
terrorisme islamiste
demeure toutefois
le premier facteur
de risque. La vague
Quels que soient les efforts des pouvoirs publics,
dont Mohammed
une vue d’ensemble des menaces pesant
Merah fut le
sur les Français dans leur pays fait encore défaut,
précurseur en 2012
argumente le président du Centre de réflexion
et qui a pleinement
frappé la France
sur la sécurité intérieure*.
DESSINS CLAIREFOND
J
THIBAULT DE MONTBRIAL
à partir de l’attaque de commissariat
de Joué-lès-Tours le 20 décembre 2014
a profondément transformé la vie
quotidienne de l’ensemble des acteurs
de la sécurité intérieure. Du
renseignement à la sécurité publique,
policiers et gendarmes ont dû s’adapter,
de même que préfets et procureurs.
Depuis 2015, l’évolution
est spectaculaire : 15 attaques opérées
contre nos forces, 5 morts et 7 blessés
dans les rangs de la police nationale,
1 mort et 2 blessés dans ceux
de la gendarmerie, 1 policière
municipale tuée, et 11 militaires blessés
dans le cadre de l’opération Sentinelle
qui est de facto une mission
de sécurité intérieure.
Face à ce défi, l’État s’est certes
adapté par des mesures significatives
(lois antiterroristes, équipement
et armement supplémentaire
pour les services de sécurité publique,
recrutements). Mais la comparaison
entre les problématiques de sécurité
intérieure d’il y a dix ans et la situation
actuelle, conduit au constat édifiant
d’un glissement constant (variété
et ampleur des menaces, essor
des violences) plus que préoccupant.
Pourtant, aucune réflexion
stratégique globale n’a été engagée
à propos de la sécurité intérieure
de notre pays à l’aune de ces évolutions.
Un Livre blanc sur la sécurité
intérieure face au terrorisme a bien été
publié mais c’était en 2006 et, pour
intéressant qu’il ait été, il n’est plus
d’actualité. Sur le sujet certes important
de la sécurité routière, un livre blanc a
été rédigé en 2017 avec une prospective
à l’adresse des forces de sécurité
intérieure le 18 octobre dernier.
Il paraît indispensable d’associer
à cette réflexion transversale l’ensemble
des acteurs concernés (policiers,
gendarmes, douaniers, pompiers
et secouristes, militaires, préfets,
procureurs, élus locaux, acteurs
de la sécurité privée), mais aussi des
spécialistes ès qualités. Le moment est
venu d’engager une réflexion sans tabou
sur toutes les questions qui se posent,
y compris - voire
surtout - les plus
Sur le sujet certes important
iconoclastes.
Et elles sont
de la sécurité routière, un livre blanc
nombreuses,
a été rédigé en 2017 avec une prospective à commencer
par la pertinence
à cinq ans. Mais pour la sécurité
de créer, ou pas,
intérieure, rien
un ministère
consacré
exclusivement à la sécurité intérieure.
À l’heure où sur notre territoire
Idéalement, ce livre blanc devrait
se posent les défis parmi les plus
être remis l’horizon du deuximème
considérables pour la sécurité
trimestre 2019 au président
de la France, il paraît urgent
de la République, qui en serait
d’y consacrer une réflexion d’ampleur
naturellement le commanditaire. La
similaire. Dans cet esprit, le Livre blanc
logique voudrait que ce texte constitue
de la sécurité intérieure aurait vocation
ensuite le socle d’une grande loi-cadre
à établir un point de situation exhaustif
de programmation sur la sécurité
de l’ensemble des menaces
intérieure pour la période 2020 – 2025.
sur le territoire national ; il évaluerait
Nos gouvernants seraient alors
nos forces et nos faiblesses ainsi
en mesure de répondre aux défis vitaux
que nos capacités à faire face tant
qui s’annoncent pour notre pays sur son
d’un point de vue organisationnel
propre sol, avec les atouts nécessaires
que tactique, avant de proposer un cap
à une prise de décision éclairée.
et de suggérer une organisation et
des moyens pour le tenir. Ce livre blanc
s’inscrirait dans la continuité logique du
* Avocat à la cour. Membre
discours fort prononcé par le président
du conseil scientifique de l’École
de la République, Emmanuel Macron,
de guerre.
à cinq ans. Mais pour la sécurité
intérieure, rien.
En matière de défense, l’exercice
du livre blanc s’est imposé comme
un champ de réflexion régulier (quatre
publications depuis 1975) susceptible
d’aider le politique à définir les priorités
à cinq ou dix ans. Et la récente revue
stratégique, conduite sous la direction
du député européen Arnaud Danjean,
a encore démontré l’intérêt de prendre
du champ pour penser l’action future.
«
»
Trump, Macron et le « Tartuffe » de Molière
l y a tout dans Molière. Tout !
Le retrouver, c’est plonger
dans cette géniale intemporalité
au risque de voir juste.
À la faveur d’une remarquable
interprétation bilingue
d’un Tartuffe donné en ce moment au
Théâtre royal Haymarket à Londres,
avec, notamment, Sebastian Roché
(Orgon), Paul Anderson (Tartuffe)
et la formidable Audrey Fleurot
(Elmire), l’idée m’est apparue que,
contrairement à cette audacieuse
adaptation de Stephen Frears faisant
du monarque libérateur du dernier
acte un Donald Trump tweetant, c’est
bien plus à Tartuffe lui-même que
me fait penser le président américain.
Non pas, bien sûr, dans son rapport
à la gent féminine. On se souvient
comment il se vantait d’« attraper »
les femmes. Il n’est, semble-t-il,
pas du genre à se parer de vertu
en appelant, comme le personnage de
Molière lançant à Dorine, la servante
résistante, dans la fameuse scène II
de l’acte III qui voit enfin Tartuffe
entrer en scène : « Couvrez ce sein
que je ne saurais voir./ Par de pareils
objets les âmes sont blessées, / Et cela
fait venir de coupables pensées. »
Ce Tartuffe-là, qui se jette
littéralement sur Elmire alors que son
crédule époux, Orgon, caché sous une
table, découvre, horrifié, comme il
s’est fait avoir,
nous fait davantage
penser aux faux
dévots de notre
« À LIVRE OUVERT »
temps qui se parent
de vertu islamiste
L’auteur du « Tartuffe » est un bon guide
mais trouvent
pour éclairer l’actualité internationale,
avec le ciel « des
juge notre chroniqueur*.
accommodements »
I
A
MATHIEU LAINE
Mais qui trinque à la fin, sinon le
peuple-Orgon ? Dans la pièce, celui-ci
est frappé d’une terrible emprise et ne
s’inquiète plus des souffrances de son
épouse. Il est si aveuglé qu’au moment
où Dorine, la servante à forte tête
– génie de Molière que de se jouer des
conventions en permettant au valet
de parler d’égal à égal avec ce maître
qu’il est censé respecter–, énumère
les nouvelles, il n’en a que pour
Tartuffe, dont il dira à quatre reprises,
quand celui-ci
l’abuse et le mène
En niant les traités du passé,
à la ruine, « Le
pauvre homme ! ».
en mettant à mal les équilibres
Éblouis aussi,
internationaux, des erreurs graves
ceux qui votent
sont commises par le président
pour les populistes
et croient
des États-Unis, au risque d’entraîner
à leurs fausses
les intérêts du peuple américain
promesses.
dans une terrible spirale
Ils rêvent d’argent
magique,
d’expulsions par centaines de milliers,
les foules au gré d’engagements
de fantasmes réalisés. Ils pensent qu’un
feints et de promesses non tenues,
mur ou le protectionnisme pourront
d’arrangements avec le vrai
les protéger. Mais en niant les traités du
et d’intérêts personnels surplombant
passé, en mettant à mal les équilibres
de beaucoup l’intérêt général.
internationaux, « en fragmentant
Il en va, d’ailleurs, autant de Trump
et en faisant du nationalisme économique
que de Nigel Farage, ce porte-drapeau
et commercial », comme l’a écrit
du Brexit assumant, au lendemain
le président Macron à son homologue
de ce sinistre vote, avoir sciemment
américain après qu’il a imposé
menti pour que le « Leave »
des taxes douanières sur l’acier
l’emporte. Et que dire, en passant,
et l’aluminium, des erreurs graves
du CV arrangé du nouveau premier
sont commises au risque d’entraîner,
ministre italien, Giuseppe Conte ?
non les intérêts du président américain
Tous, finalement, répondent à une
mais ceux du peuple lui-même,
« morale » très tartuffienne : « […]
dans une terrible spirale.
Il est une science / D’étendre les liens
Macron, en cela, n’est donc pas
de notre conscience, / Et de rectifier
l’Orgon qu’on a voulu nous faire
le mal de l’action / Avec la pureté
croire. Il est bien davantage une sorte
de notre intention. » Au diable
de Damis, ce fils épris de libre parole
les principes pourvu qu’on en jouisse !
pour leurs actes terroristes :
« Contentez mon désir et n’ayez point
d’effroi ; / Je vous réponds de tout
et prends le mal sur moi. » Raphaël
Enthoven les a d’ores et déjà croqués
à sa manière à lui, tranchante comme
une lame et juste à tout propos, faisant
de ses Morales provisoires (Éditions
de l’Observatoire) l’incontournable
lecture de notre prochain été.
Non, ici, ce que je veux pointer,
c’est ce discours hypnotisant
«
»
osant démasquer l’imposture.
Ce n’est pas être naïf que de tenter
de convaincre, de charmer,
d’orienter, quitte à taper sur l’épaule
et à dîner chez Alain Ducasse,
dès lors qu’on ose tout dire
sans l’échine courbée. Macron,
ce n’est pas plus Mariane, la fille
soumise, Ismène plutôt qu’Antigone,
affirmant, couchée devant une
volonté contre laquelle elle ne se sent
pas de résister : « Un père, je l’avoue,
a sur nous tant d’empire, / Que je n’ai
jamais eu la force de rien dire. »
La standing ovation au Congrès après
un discours n’épargnant rien des
manquements du président Trump
et la franchise des échanges entre eux
en disent long sur les jalons posés.
Cela suppose, toutefois, pour tenter
de l’emporter, de nous muscler bien
plus. D’où ce second souffle, appelé
en renfort, qui - de la baisse de l’impôt
sur le revenu sur l’ensemble des
tranches à celle de la dépense publique
tout en approfondissant toujours
plus la saine mécanique d’incitation
et de redistribution du pouvoir
à chacun - devrait ne pas tarder.
Renforcer par ailleurs, comme Trump
nous y oblige, l’alliance européenne
pour répliquer à bonne échelle sans
faillir à nos principes. Et ne pas plus
sombrer dans un antiaméricanisme
primaire, celui que dénonçait
Jean-François Revel. Répliquer
par le haut, comme le suggère
Mme Pernelle : « Je vous parle un peu
franc ; mais c’est là mon humeur, / Et je
ne mâche point ce que j’ai sur le cœur. »
*Auteur avec Jean-Philippe Feldman
de « Transformer la France. En finir
avec mille ans de mal français » (Plon).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 7 juin 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Luc Ferry
luc.ferry@yahoo.fr
www.lucferry.fr
Intelligence artificielle et avenir de l’Europe
ans le dernier classement
des vingt leaders
mondiaux de la « tech »,
il n’y a pas une seule
entreprise européenne.
Pas une. Nous n’avons
toujours pas compris que face aux
innovations, aussi paradoxal que cela
puisse paraître, c’est aujourd’hui la
connaissance qui fait le plus souvent
obstacle à la connaissance. Avec les
nouvelles technologies portées par
l’intelligence artificielle (IA), les
savoirs anciens empêchent en effet
ceux qui les détiennent d’accepter
de bon cœur des nouveautés qui les
rendent tragiquement obsolètes. Voyez
l’exemple des taxis. Les malheureux
ont pris la peine d’apprendre
D
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
la topographie des milliers de rues qui
sillonnent une grande ville comme
Paris. Or aujourd’hui, les systèmes
de navigation leur sont devenus
infiniment supérieurs. Non seulement
ils connaissent toutes les rues et vous
indiquent avec une précision
diabolique le meilleur itinéraire
et l’heure d’arrivée, mais comme ils
sont interconnectés avec des centaines
d’autres, ils détectent les
encombrements avec une telle rapidité
qu’ils vous proposent à chaque instant
le meilleur parcours possible. Même
chose pour le médecin de campagne.
Il a appris les signes, les symptômes
visibles et palpables et il s’y connaît
comme personne. Nul ne songe
à mettre en doute ses compétences.
ENTRE GUILLEMETS
7 juin 1520 : rencontre entre François Ier et Henri VIII au camp du Drap d’Or.
Jacques Bainville
MARY EVANS/RUE DES ARCHIVES
Henri VIII se laissa courtiser
par François Ier qui essaya
de gagner son ministre
Wolsey, de l’éblouir et de le
séduire lui-même à l’entrevue
célèbre du Drap d’Or»
ANALYSE
Anne de Guigné
adeguigne@lefigaro.fr
Entre étatisme et libéralisme,
Emmanuel Macron oscille
acron est arrivé
à l’Élysée avec trois
feuillets de l’Institut
Montaigne en poche.
Il les a appliqués
la première année
et maintenant il ne sait plus quoi faire ! »
Même si elle est bien sûr excessive,
cette pique d’un déçu du président
illustre le flottement qui gagne les
observateurs. Sur le volet économique,
le champ le mieux défriché de ce début
de quinquennat, l’action de l’exécutif
manque de cohérence. Les allersretours entre étatisme et libéralisme
brouillent les lignes. Le savant « en
même temps » s’est mué en vague
« au milieu du gué ».
Durant la campagne présidentielle,
Emmanuel Macron avait pourtant tracé
une ligne assez claire. Il promettait
de suivre une troisième voie aussi
séduisante que mystérieuse pour
le commun des mortels : le modèle
scandinave. Bâtie par les réformateurs
suédois et danois des années 1990,
cette forme de capitalisme associe
une grande ouverture libérale avec une
très forte protection sociale. Un an plus
tard, personne ne retrouve ses petits.
La solution scandinave, portée par
les économistes de la campagne, qui
implique un puissant investissement
public notamment en soutien
à l’innovation, a vécu. Au sein de
l’exécutif, plus personne ne s’y réfère.
Emmanuel Macron n’est pas
pour autant le libéral pure souche,
que dénonce la gauche. Les réformes
fiscales du budget 2018 et la maladroite
théorie des « premiers de cordée »
avaient nourri ce ressenti, contrecarré
par l’augmentation de nombreuses
M
«
Groupe Figaro
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président
Charles Edelstenne
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
Simplement, dans des cas de plus
en plus nombreux, il devient possible
de repérer les prémisses de la maladie
bien avant l’apparition des premiers
symptômes. C’est le cas pour certains
cancers où l’on commence à pouvoir
détecter la présence dans le sang
de cellules malades sans qu’aucun
signe ne soit encore détectable. Dans
ces conditions, il est clair que la part
de l’investigation scientifique
en laboratoire devient forcément
supérieure à la bonne vieille clinique,
un mot qui vient du grec klinein, qui
signifie « pencher » et qui désigne
l’attitude du médecin qui se courbe sur
le lit de son malade pour l’ausculter.
Qu’on le veuille ou non, le célèbre
docteur House devient peu à peu
supérieur au bon vieux clinicien qui
voit son savoir « uberisé » par des
machines telles que l’ordinateur d’IBM
qui répond au doux nom de Watson,
(comme l’acolyte de Sherlock
Holmes). Le 28 mai dernier, une étude
paraissait qui relatait les résultats
d’une compétition organisée entre
un logiciel de diagnostic médical
et cinquante-huit dermatologues
chevronnés venus de dix-sept pays
différents. On leur a présenté une série
de photos de grains de beauté
présentant des lésions plus ou moins
malignes et la machine a réussi dans
95 % des cas à faire le bon diagnostic,
là où les médecins n’ont pas dépassé
87 %, un score sensiblement moins
bon que celui du logiciel d’IA. Il en va
de même dans de nombreux autres
domaines. Qu’il s’agisse de choisir des
placements financiers, d’analyser
un dossier juridique complexe ou une
enquête de police, l’IA gagne sans
cesse du terrain sur l’intelligence
humaine. Les religions traditionnelles
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
le chou. Ses préventions autour de
la réduction de la dépense publique
en sont symptomatiques. Le président
veut redresser les finances publiques
mais il n’assume pas « les larmes
et la sueur » : la baisse des effectifs
de la fonction publique. Les mêmes
oscillations se retrouvant dans la
politique industrielle. En campagne,
le président promettait d’insuffler
un esprit schumpeterien, de valoriser
l’innovation, la « destruction
créatrice », quitte à assumer
d’abandonner à leur sort les « canards
boiteux ». Sur le terrain, le chef de
l’État agit sur ces dossiers, comme
lorsqu’il était à Bercy,
en étatiste
Le savant « en même temps »
pragmatique.
s’est mué en vague « au milieu
Pour les soutiens
du gué ». Sur tous les fronts, le
d’Emmanuel Macron,
les
pieds de nez
président ménage la chèvre et le chou
élyséens aux dogmes
économiques sont
une marque de fabrique, la preuve
d’une reprise en main de l’Unedic, le
d’une liberté. Les réponses ne sont,
gestionnaire de l’assurance-chômage,
il est vrai, jamais binaires. Le paysage
par l’État. Le régime reste pour
économique ne cesse d’évoluer
l’instant à la main des partenaires
sous l’impulsion de l’innovation. Pour
sociaux. Avec les syndicats, le
y répondre, les États doivent instaurer
gouvernement joue globalement un jeu
de fortes régulations tout en préservant
ambigu. Dans le discours, Emmanuel
des cadres de libre-échange ouverts.
Macron renoue avec la grande tradition
Faut-il pour autant renoncer à
gaulliste qui célébrait l’État comme
l’ambition de tenir une ligne politique
unique garant de l’intérêt général
claire ? « On ne peut pas tout faire à la
du pays, au-dessus de tous
fois. Gouverner, c’est choisir, si difficiles
les corporatismes. Dans la pratique,
que soient les choix », répondait en 1953
les ordonnances travail ont largement
Pierre Mendès France, à qui Emmanuel
renforcé le rôle des syndicats
Macron a été beaucoup comparé.
dans l’entreprise. Le champ
Soixante-cinq ans plus tard, l’axiome
de la négociation locale s’est accru
reste vrai. C’est même l’enjeu de
au détriment de la loi.
la survie du politique dans un monde
Sur tous les fronts, Emmanuel
technocratique.
Macron ménage ainsi la chèvre et
taxes énergétiques et le maintien d’un
impôt sur la fortune immobilière (IFI).
Le président n’a pas plus tranché
l’épineux sujet de la protection sociale.
Suite à la loi de finances 2018, le régime
d’assurance-chômage ne sera plus du
tout financé, à la fin de l’année, par des
cotisations salariales, mais en majorité
par l’impôt, via l’augmentation
de la CSG, et par une part réduite
de contributions patronales. Cette
évolution fait basculer le système
français vers les modèles anglo-saxons.
Mais cette inflexion n’est pas
assumée. Elle n’a pas été accompagnée
de la réforme, pourtant annoncée,
«
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
»
Directeur artistique
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direction.redaction@lefigaro.fr
ont beau s’alarmer, freiner des quatre
fers en cherchant l’appui de tous les
antimodernes, fussent-ils matérialistes
et athées, les progrès fulgurants de l’IA
n’en sont pas moins attestés sans faille
d’année en année. Malheureusement,
les Européens n’ont toujours pas
compris que les pays qui maîtriseront
les « systèmes experts », c’est-à-dire
les systèmes d’IA qui associent
d’immenses banques de données
à des algorithmes performants boostés
par des machines de plus en plus
puissantes, maîtriseront le monde.
Pour le moment, l’avance prise par les
GAFA américains et les BATX chinois
est colossale. Elle sera bientôt
irréversible, mais nos intellectuels,
hélas presque tous déclinistes,
ne comprennent pas qu’il n’est
pas seulement question d’économie
et d’argent, mais de la survie d’une
civilisation, la nôtre, qui avait su allier
comme nulle autre liberté et protection
sociale. Tout aussi inconscients, nos
gouvernants s’enorgueillissent
de mettre les syndicats dans la rue
avec des réformes qu’ils présentent
comme grandioses et courageuses
(Code du travail ou statut des
cheminots) alors qu’elles sont
insignifiantes par rapport aux enjeux
réels. En attendant, les États-Unis,
la Chine, Israël et la Suisse, les quatre
pays les plus innovants du monde,
profitant de réglementations telles que
le RGPD ou d’investissements aussi
stupides que les JO à Paris, continuent
d’investir en toute tranquillité dans
une troisième révolution industrielle,
celle de l’IA, qu’ils seront seuls
à maîtriser alors qu’elle va changer nos
vies davantage dans les trente ans qui
viennent que dans les trois mille ans
qui précédent. On se réveille quand ?
VOX
… AUDIOVISUEL
Françoise Nyssen
et les « mâles blancs » :
« Quand la télévision
d’État veut rééduquer
le peuple »,
par Céline Pina,
essayiste et militante
pour la laïcité, auteur
de « Silence coupable »
(Éditions Kero, 2016).
… ARBITRAGE
ENTRE DES LIBERTÉS
« Quelle place pour
la liberté de conscience
dans les sociétés
libérales ? »,
par Grégor Puppinck,
docteur en droit
et auteur de l’étude
« Objection de conscience
et droits de l’homme »
(revue « Société,
Droit et Religion »,
no 6, Éd. CNRS, 2016).
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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Édition nationale
1er cahier 18 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 12 pages
Cahier 4 Littéraire
8 pages
A
CHRONIQUE
17
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
B O U T I Q U E E N LI G N E D I O R .C O M
LA NOUVELLE EAU DE PARFUM
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO - N° 22 960 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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> ZOOM
TRANSPORT
LES NAVETTES
AUTONOMES NAVYA
BIENTÔT EN BOURSE PAGE 25
Justin Trudeau, premier ministre canadien.
Microsoft de retour
au sommet
Fraude fiscale :
les entreprises
aussi pourront
se repentir
DARRYL DYCK/AP, MICHAËL GOUNON/NAVYA, AMY SUSSMAN/AP IMAGES FOR MICROSOFT, ORANGE
Bercy étudie un dispositif pour régulariser
les sociétés en délicatesse avec le fisc.
Dans un avant-projet de circulaire
que Le Figaro s’est procuré, le ministre de l’Action et des Comptes publics
étudie très sérieusement la possibilité
de créer un bureau de régularisation
fiscale pour les entreprises, à l’instar
du STDR, la « cellule de dégrisement » qui a existé pendant cinq ans
pour les contribuables qui voulaient
rapatrier des avoirs détenus illégalement à l’étranger. La philosophie de
ce projet est exactement la même : les
entreprises qui feront repentance
- quatre cas très précis seront autorisés pour se présenter à ce guichet -
bénéficieront de sanctions et pénalités
réduites de moitié. Une procédure
inspirée de la logique du « droit à l’erreur » poussée par l’exécutif, mais qui
n’empêchera pas l’administration
d’engager un contrôle fiscal en cas de
désaccord.
Toujours selon nos informations, Bercy
a par ailleurs décidé de ne pas réformer
la fiscalité des entrepôts qui a conduit,
ces dernières années, des entreprises à
voir leur taxe foncière parfois multipliée par dix au motif que leurs locaux
pour entreposer leur matériel étaient
PAGE 21
requalifiés en usine.
La contrefaçon coûte
60 milliards aux Européens
Longtemps hégémonique dans l’informatique avec
Windows, le groupe américain avait manqué les
révolutions technologiques d’Internet et du smartphone.
Dangereusement distancé par les nouveaux géants comme
Google ou Apple, il fait un spectaculaire retour en force
sous l’impulsion de son PDG, Satya Nadella. PAGE 20
le PLUS du
FIGARO ÉCO
TECHNOLOGIE
Thales dévoile
un « cloud » pour
les forces armées
PAGE 23
LA SÉANCE
DU MERCREDI 06 JUIN 2018
CAC 40
5457,56 -0,06%
DOW JONES (18h)
25029,15 +0,92%
ONCE D’OR
1300,10 (1292,05)
PÉTROLE (lond)
75,110 (74,350)
EUROSTOXX 50
3460,82 +0,12%
FOOTSIE
7712,37 +0,33%
NASDAQ (18h)
7185,42 +0,26%
NIKKEI
22625,73 +0,38%
La contrefaçon fait perdre chaque année 60 milliards d’euros à un ensemble de 13 secteurs d’activité (cosmétiques, habillement, jouets, vins,
musique, smartphones, pneumatiques…) selon une étude de l’Office de
l’Union européenne pour la propriété
intellectuelle (EUIPO). L’étude chiffre
à près de 435 000 les emplois perdus à
cause de la contrefaçon. En ce qui
concerne la France, l’EUIPO estime la
perte à 6,8 milliards d’euros. On trouve devant la France, le Royaume-Uni
(9,2 milliards d’euros de pertes), l’Italie (8,6 milliards) et l’Allemagne
(8,3 milliards). Pour identifier les produits contrefaits, de plus en plus souvent vendus sur Internet, les entreprises recourent aux nouvelles
PAGE 24
technologies.
L'HISTOIRE
Quand le groupe Orange organise son
propre concours interne… d’éloquence
engouement pour les concours
d’éloquence, inspirés par le
documentaire de Stéphane de
Freitas A voix haute, la force
de la parole, retraçant la
préparation des jeunes de Seine-SaintDenis au concours Eloquentia 2015, s’étend
à l’entreprise. Après une première édition
test en 2017, circonscrite à une cinquantaine
de communicants du
groupe en France, Orange
a déployé cette année
son concours interne
d’éloquence sur sa zone
EMEA. Et l’entreprise
ne lésine pas sur les
moyens… La centaine
de participants à l’édition
2018 - des volontaires
installés dans huit pays
francophones, dont la
France, Madagascar, le
Maroc… - a notamment pu
bénéficier d’une formation
de préparation au sein du
Cours Florent Exécutive.
Les 20 qualifiés pour la
finale se retrouveront
L’
mardi 12 juin dans l’amphithéâtre d’honneur de
l’École des beaux-arts de Paris devant un jury
composé de 5 membres, dont Guillaume
Prigent, professeur d’art oratoire à l’université
de Nanterre Paris-X, et Jean Rondot, avocat
du barreau de Paris. Tous s’opposeront
sur 5 thèmes connus à l’avance, comme
« déconnecter est-il un nouveau luxe ? »,
« l’émotion, talon d’Achille de l’intelligence
artificielle » ou encore
« les réseaux sociaux, tous
narcissiques ?….» « Cette
initiative nous permet de
former nos collaborateurs
à la prise de parole d’une
façon moins académique.
Les sujets abordés les
incitent aussi à la curiosité
et à sortir des sentiers
battus », explique Sophie
Boumendil, responsable de
l’École de la Com d’Orange.
Et ce d’autant que les prix
à gagner (une montre
connectée, une barre de
son…) sont au final assez
anecdotiques. ■
CORINNE CAILLAUD
L’Europe des télécoms progresse, et
c’est une bonne nouvelle pour les
consommateurs. Le Parlement
européen planche sur un texte de loi
visant à limiter le coût des appels téléphoniques et des SMS passés d’un
pays à un autre. Un accord provisoire
conclu avec les États membres fixe à
19 centimes maximum le coût d’un
appel émis depuis un pays de l’Union
vers un autre, et à 6 centimes maximum celui d’un SMS. Attention toutefois : ce texte n’est pas encore mis
en application, et pour le moment les
tarifs habituellement appliqués par
les opérateurs restent en vigueur. Au
mieux, il pourrait s’appliquer en 2019.
Avec la fin du roaming, le système de
facturation des appels passés à (ou
depuis) l’étranger avec un mobile est
devenu difficile à comprendre. Depuis l’année dernière, le prix des
communications et SMS passés par
un ressortissant européen en voyage dans un pays de l’Union est compris dans son forfait. Autrement dit,
un Français en vacances en Espagne
appelant chez lui ne paie rien de plus.
Mais si ce même Français passe un
appel de chez lui vers l’Espagne, il est
facturé en supplément. Cette logique
échappe à bien des consommateurs.
Face à la volonté de l’Europe, les
opérateurs télécoms n’ont pas tous
le même avis. Certains sont résignés
à l’idée de voir un jour disparaître
toute forme de tarification des appels internationaux. Ils sont en effet
en concurrence directe avec les applications de messagerie, qui, à
condition d’avoir une connexion WiFi, permettent de communiquer sans
surcoût. Mettre fin aux surfacturations leur permettrait de conserver
les consommateurs dans leur environnement. D’autres sont radicalement opposés à ce qui ferait disparaître cette manne. À chaque
géographie sa logique : les pays dont
les ressortissants voyagent beaucoup mais qui accueillent peu de touristes sont plutôt favorables à ce
type de mesure. Ceux qui accueillent
beaucoup de touristes le sont moins.
Schématiquement, les pays nordiques sont dans le premier bloc et
ceux du Sud dans le second.
ELSA BEMBARON
La FNSEA se prépare
à bloquer les
raffineries de Total
« C’est la goutte d’huile qui fait
déborder le vase ! » Olivier
Dauger, administrateur à la
FNSEA en charge des énergies
renouvelables, appelle à bloquer à partir de dimanche,
pendant trois jours, l’accès de
treize raffineries et dépôts de
carburant de Total pour dénoncer les « contradictions »
du gouvernement : celui-ci
exige des agriculteurs le respect de normes qu’il n’impose pas au pétrolier, importateur d’huile de palme, dans sa
future bioraffinerie de la
Mède, près de Marseille (Bouches-du-Rhône)…
La fédération des agriculteurs
considère comme « une distorsion de concurrence » l’approvisionnement de la Mède
en huile de palme de Malaisie
et d’Indonésie, même si Total
s’est engagé à en limiter ses
volumes à moins de 50 % soit
300 000 tonnes maximum par
an. « Le gouvernement nous
demande de monter en gamme
et “en même temps” il autorise
de grands groupes à importer
de l’huile de palme à bas coût
issue de la déforestation »,
s’insurge Olivier Dauger.
La semaine dernière, le PDG
de Total, Patrick Pouyanné, a
rappelé que le groupe coopératif Avril (Lesueur, Matines…), proche de la FNSEA,
importe «200 000 tonnes
d’huile de palme pour faire du
biodiesel en France ». Un chiffre que ne conteste pas le
groupe, qui a produit 1,8 million de tonnes de biodiesel
européen en 2017. Selon nos
calculs, 10 à 15 % de cette
production seraient, selon les
années, issus d’huile de palme importée, soit 270 000
tonnes maximum l’an dernier. « On plaide pour une interdiction de l’importation de
l’huile de palme, mais nos
clients distributeurs comme
Total seraient-ils prêts à payer
plus cher un biodiesel à base de
colza français seulement ? »,
interroge son porte-parole
DELPHINE DENUIT
d’Avril.
1
TRUDEAU ACCUEILLE
UN SOMMET DU G7
SOUS TENSION PAGE 22
A
COMMERCE
TÉLÉPHONER
EN EUROPE
VA COÛTER
MOINS CHER
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jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
20
L'ÉVÉNEMENT
Le retour en force de Microsoft
Pour saisir
nos
nouvelles
opportunités,
nous devons
réimaginer
ce que nous
faisions
par le passé,
l’adapter
à un monde
de cloud
et de mobile,
et faire
de nouvelles
choses.
Microsoft doit
tout reprendre
de zéro
Sous l’impulsion de son PDG, il redevient l’un des plus puissants groupes technologiques.
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
INFORMATIQUE Il s’agirait presque
d’un retour aux sources. En 1975,
Bill Gates et Paul Allen fondaient
Microsoft. Leur but était de vendre
une plateforme capable d’exécuter
des programmes informatiques sur
des ordinateurs personnels. En
2018, 43 ans plus tard, leur entreprise rachète GitHub, une plateforme qui permet aux développeurs
informatiques de coder des logiciels
en ligne. Rien n’a changé, sauf que
tout a changé. Entre-temps, Microsoft a connu et accompagné les
hauts et les bas de l’industrie de
l’informatique. Il a imposé sa domination sur nos ordinateurs : près de
90 % des PC dans le monde embarquent encore aujourd’hui son système d’exploitation Windows. Il a
vendu ses logiciels aux entreprises
du monde entier. Mais Microsoft a
aussi échoué à prendre la mesure
des révolutions qui ont fini par
transformer les nouvelles technologies. Le développement d’Internet. L’explosion des smartphones.
Le déclin, inexorable, des PC, qu’il
a subi de plein fouet. Comment
continuer à grossir grâce à la vente
de licences Windows et de logiciels,
quand les ordinateurs sont de
moins en moins utilisés et qu’on ne
parvient pas à s’imposer sur le
marché du mobile ? Entre les années 2000, date du départ de Bill
Gates à la tête de Microsoft, et 2010,
la valorisation boursière de l’entreprise a été divisée par trois. En
France, lorsqu’on parle des géants
des nouvelles technologies, on évoque les « Gafa » : Google, Apple,
Facebook, Amazon. On oublie généralement le M.
Depuis quatre ans, un homme
œuvre pourtant à transformer Microsoft, et prépare son avenir. Satya Nadella a été nommé PDG de
l’entreprise en 2014. Il est seulement la troisième personne à occuper cette position après Steve Ballmer, à qui Bill Gates avait passé la
main en 2000. On se souvient du
second PDG de Microsoft pour son
enthousiasme communicatif - il
n’était pas rare qu’il se mette à hurler et à sauter sur scène lors d’événements officiels - mais aussi d’une
série de mauvaises décisions qui ont
enfoncé un peu plus Microsoft dans
la crise. La plus spectaculaire fut le
rachat, pour 5,4 milliards d’euros,
des activités mobiles du finlandais
Nokia, en 2013. À l’époque, Satya
Nadella, alors vice-président du
groupe, exprime son désaccord.
L’avenir lui donnera raison.
Un an plus tard, en février 2014,
c’est lui qui devient le nouveau PDG
de Microsoft. Le choix ne convainc
pas forcément. Il n’a pas la légitimité historique de Bill Gates, ni la fougue de Steve Ballmer. Mais Satya
Nadella a quelque chose de mieux
encore : c’est un ingénieur. Âgé
alors de 46 ans, dont 22 passés chez
Microsoft, il quitte son poste de vice-président de la division cloud de
Microsoft. Cette dernière est dédiée
aux activités d’informatique dématérialisée. Hébergement de données pour les entreprises, logiciels
accessibles sur Internet, intelligence artificielle… Pour Satya Nadella,
il s’agit de l’avenir de l’entreprise.
« Pour saisir nos nouvelles opportunités, nous devons réimaginer ce que
nous faisions par le passé, l’adapter
à un monde de cloud et de mobile, et
faire de nouvelles choses, prévient-il
d’emblée dans sa lettre de présentation aux employés. Microsoft doit
tout reprendre de zéro. »
MICROSOFT
EN CHIFFRES
POUR L’ANNÉE 2017
90
milliards de dollars
de chiffre d’affaires
22,3
500
milliards de profits
millions d’utilisateurs
de LinkedIn
Stratégie d’ouverture
La transition ne se fait pas en douceur. Entre 2014 et 2017, Microsoft
supprime plus de 33 000 emplois
dans le monde. Une grande partie
d’entre eux proviennent de Nokia.
Ce rachat, conclu avant l’arrivée de
Satya Nadella, le force à passer une
charge de 7,5 milliards de dollars
dans les comptes de Microsoft en
2015. Il n’hésite pourtant pas à investir 26 milliards de dollars dans le
rachat du réseau social professionnel LinkedIn. L’acquisition, annoncée en 2016, est la plus chère ja-
mais réalisée par l’entreprise. Satya
Nadella ose sortir Microsoft de sa
zone de confort. Il met en place des
systèmes d’abonnement à ses services, en plus de vendre des licences à l’unité. Windows 10, la dernière
version
du
système
d’exploitation, a même été donnée
gratuitement à ses utilisateurs pendant un an. La suite bureautique
Office 365 est désormais disponible
sur Android, iOS ou macOS, les
systèmes d’exploitation développés
par des entreprises concurrentes,
Google et Apple. Il en va de même
pour ses programmes d’intelligence artificielle ou ses outils dédiés
aux expériences en réalité augmentée ou virtuelle, disponibles sur de
nombreux appareils et plateformes.
Derrière les annonces, une révolution se dessine. Windows n’est plus
la priorité. C’est tout l’écosystème
de Microsoft, de plus en plus riche,
qui doit coexister avec les autres.
Le ciment de cette stratégie
d’ouverture est le cloud. Microsoft
tâche de rattraper son retard en la
matière. Il est le deuxième fournisseur mondial d’infrastructure informatique dématérialisé aux entreprises, loin derrière Amazon
mais devant Google. Les relations
de Microsoft avec le monde des entreprises l’ont aidé à gagner la
confiance des professionnels. Le
géant a en outre fait le pari du
« cloud hybride », faire fonctionner
ses services dématérialisés aux côtés d’équipements propriétaires des
entreprises. Un choix rassurant
pour les plus grosses sociétés. Le
groupe de Satya Nadella multiplie
enfin les ponts entre ses propres
services et ceux des autres, pour ne
se priver d’aucune opportunité. Sa
plateforme cloud Azure est compatible avec de très nombreuses applications et services tiers, et peut
même fonctionner avec des programmes libres de droits.
Ces efforts d’ouverture commencent à porter leurs fruits. Le
cloud dans sa globalité ne représente pas la majorité des revenus de
Microsoft, mais a la plus forte croissance parmi ses différentes activités. En 2017, Microsoft a engrangé
presque 90 milliards de chiffre
d’affaires. Ses profits se sont élevés
à 22,3 milliards, en hausse de 23 %
en trois ans. En mars, un analyste
de Morgan Stanley a même estimé
que Microsoft pourrait bientôt atteindre les 1 000 milliards de dollars de capitalisation boursière. En
attendant, elle a frôlé, et même dépassé à plusieurs reprises, la valorisation d’Alphabet, la maison mère
de Google. Précurseur puis ringard,
Microsoft est de nouveau tourné
vers le futur. ■
»
SATYA NADELLA,
LE 4 FÉVRIER 2014
DANS UNE LETTRE
À TOUS LES EMPLOYÉS
Entré chez Microsoft
comme ingénieur
en 1992, Satya Nadella
préside le groupe
depuis 2014.
RICHARD DREW/AP
Microsoft entre dans la course aux 1 000 milliards de dollars
Des bénéfices en hausse
CAPITALISATION BOURSIÈRE, en milliards de dollars
6 mai 2018
mai 2017
RÉSULTAT NET ANNUEL DE MICROSOFT,
en milliards de dollars
21,20
16,79
12,19
531,31
785,18
731,88
795,21
566,02
823,11
790,05
950,14
milliards
de dollars
2015
2016
Sources : Bloomberg, sociétés
2017
Infographie
63% des revenus réalisés
liés au cloud
Le smartphone, un Graal resté hors de portée du géant américain
«
Chez
Microsoft,
la mobilité
ne se résume
pas au
smartphone
A
UN PORTE-PAROLE
DE L’ENTREPRISE
»
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
Le smartphone est-il compatible
avec Windows ? Microsoft a longtemps voulu croire que la réponse
était oui. Conscient de l’importance que prenait le mobile dans la
vie personnelle, et surtout professionnelle, le groupe a rapidement
tenté de se positionner sur ce créneau. Mais les initiatives du
champion américain se sont soldées par des fiascos retentissants.
Soucieux de ne pas laisser les
smartphones aux seules mains
d’Apple et de Google (avec Android), Microsoft a d’abord tenté
de lancer son propre système
d’exploitation, Windows Phone. Il
a tout essayé pour construire un
écosystème capable de rivaliser
avec ceux de ses deux grands rivaux, allant jusqu’à offrir
50 000 dollars aux développeurs
qui transposaient leurs applications dans son propre univers.
Soucieux de convaincre de la pertinence de son modèle, Microsoft
s’offre même la division termi-
naux de Nokia, en 2011, pour
5,4 milliards d’euros. Mais rien
n’y fait. En 2016, six versions de
Windows Phone plus tard, Microsoft passe le tout par pertes et profits et scelle la fin de son aventure
dans le mobile, au risque de laisser
certains de ses grands partenaires
sur le bord de la route. Le géant
américain sort du jeu, du moins
comme fournisseur de système
d’exploitation en téléphonie.
Pendant toute cette période,
Microsoft s’est évertué à transposer Windows du PC au smartphone. Bien loin des solutions choisies
par Apple, qui dispose d’iOS pour
ses smartphones et de MacOS pour
ses ordinateurs. N’étant alors pas
présent dans les PC, Google est,
lui, parti d’une feuille blanche
pour concevoir Android. Las, le
« sans couture » rêvé par Microsoft, avec la « même expérience
utilisateur, quel que soit le terminal », a vécu. Du moins dans sa
forme initiale, avec un système
d’exploitation commun à tous les
terminaux. Cette expérience unique voulue par le champion du lo-
giciel se retrouve désormais via les
applications de Microsoft, bien
présentes dans les Apple Store et
Play Store. Tout Office de Microsoft (Word, Excel, PowerPoint,
Outlook, OneNote) est disponible
aussi bien pour iPhone (Apple) que
pour les smartphones sous Android. « Elles permettent à l’utilisateur de passer sans discontinuité
de son ordinateur à sa tablette puis
à son smartphone, sur un même document », martèle Microsoft.
Place au PC connecté
Cette présence lui garantit un accès à la quasi-intégralité du marché du mobile. Mais elle le rend
dépendant de ses deux concurrents. C’est en effet l’éditeur du
système d’exploitation qui a la
main sur le calendrier : il décide
du rythme des mises à jour, des
évolutions. Il a aussi le contrôle de
son magasin d’applications, avec
la possibilité de promouvoir des
services plutôt que d’autres, ou
même de préinstaller sur les
smartphones certaines applications, occultant de facto les autres,
voire de carrément bloquer l’accès. En outre, Apple et Google
perçoivent un pourcentage sur les
ventes réalisées dans leurs magasins d’applications. Dans cette bataille, le groupe de Satya Nadella a
perdu l’avantage. Et il en a pris
son parti. Désormais, son intérêt
se porte sur une autre catégorie de
produits.
« Chez Microsoft, la mobilité ne
se résume pas au smartphone, résume un porte-parole du groupe.
Nous nous sommes associés avec
nos partenaires constructeurs pour
lancer sur le marché une toute nouvelle catégorie d’appareils : les PC
toujours connectés. Plus légers,
plus autonomes et connectés à la
4G, ils sont la promesse d’une toute
nouvelle manière d’appréhender
travail et loisir en mobilité. » Le
géant du logiciel revient à ses premières amours : l’ordinateur. Un
choix assez logique si l’on considère que l’utilisation des outils de
production (Excel Word et
consorts) est proportionnelle à la
taille de l’écran sur lesquels ils
sont utilisés. ■
RÉPARTITION DU CHIFFRE
D'AFFAIRES DE MICROSOFT
PAR ACTIVITÉS, en %
Au 3 trimestre 2018
Cloud
Personal
Services
computing
aux entreprises
Revenus
de Windows,
jeux vidéo...
29 % 37 %
34 %
Productivité
Revenus de la suite
bureautique Office
Au 3 trimestre 1998
Plateforme
Revenus de Windows
52 %
48 %
Applications et contenus
Revenus issus de la vente de logiciels
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 7 juin 2018
ÉCONOMIE
21
Une cellule de
régularisation
pour les
entreprises
ments fiscaux intentionnels, liés
parfois à des problématiques complexes, sont sanctionnés en cas de
contrôle fiscal par des pénalités élevées, il peut se trouver des cas où
une entreprise souhaite régulariser
cette situation », y explique la
direction générale des finances
publiques (DGFiP). Les sanctions
appliquées aux entreprises se présentant à ce guichet, qui sera géré
par la direction des grandes entreprises (DGE), seraient réduites de
plus de moitié. Les pénalités de
80 % seraient ramenées à 30 %,
celles de 40 % à 15 %. Quant aux
intérêts de retard, ils seraient diminués de 40 %, voire de 50 % en
cas de rectifications d’erreurs ne
donnant pas lieu à des sanctions.
Bercy veut créer un guichet
proposant des sanctions allégées aux
employeurs fiscalement repentants.
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
FISCALITÉ Se montrer plus dur
envers les fraudeurs et, en même
temps, plus clément envers les
contribuables qui font de simples
erreurs… Le gouvernement suivait
jusqu’à présent deux chemins
complémentaires en matière de
politique fiscale, avec deux projets
de loi en cours d’examen au Parlement : le premier instaurant un
« droit à l’erreur » visant à changer le paradigme de l’administration et le second renforçant la lutte
contre la fraude. Il devrait prochainement tracer une troisième
voie médiane.
Dans un avant-projet de circulaire que Le Figaro s’est procuré, le
ministère de l’Action et des
Comptes publics envisage de créer
un « guichet de régularisation fiscale » pour les entreprises fraudeuses qui veulent se repentir.
« Alors que certains comporte-
Experts fiscaux séduits
Cette cellule de dégrisement n’accueillera toutefois que quatre types de repentir et exclura les entreprises en cours de contrôle
fiscal. Seraient d’abord visées les
entreprises dotées « d’activité en
France non déclarée, constitutive
d’un établissement stable ». Le
guichet serait aussi ouvert aux sociétés qui souhaitent régulariser
« des opérations fictives ou à but
exclusivement fiscal impliquant des
structures à l’étranger ». En clair,
des entreprises utilisant des paradis fiscaux pour faire évader leurs
profits. Troisième catégorie visée,
les sociétés qui ont adopté des
Le ministère de
l’Économie et des
Finances, à Paris.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
montages fiscaux considérés par
l’administration fiscale comme
frauduleux et publiés sur le site
economie.gouv. « En outre, les
nouveaux détenteurs et repreneurs
d’une entreprise découvrant une
anomalie fiscale et souhaitant la régulariser
peuvent
également
s’adresser au guichet », ajoute la
circulaire.
L’idée de ce guichet séduit les
experts fiscaux qui regrettent toutefois le nombre limité de cas acceptés et le maintien de l’incertitude juridique, le fisc pouvant
toujours en cas de désaccord…
« engager un contrôle fiscal ».
En mettant en place ce dispositif, Bercy réussira-t-il à reproduire le succès de la cellule de régularisation des comptes à l’étranger
(STDR), à destination des particuliers ? Pas sûr. Mis en place en 2013
et fermé fin 2017, le STDR a incité
51 000 contribuables à se mettre
en règle en leur offrant des sanctions réduites. C’était la carotte
qui a permis de régulariser 32 milliards d’euros d’avoirs détenus illégalement à l’étranger. En même
temps, Bercy agitait le bâton : grâce à l’échange automatique de
données bancaires entre 120 États
au 1er janvier 2018, disait-il, tous
les comptes bancaires seront bientôt débusqués. Or aucune menace
de cet ordre n’existe pour inciter
les entreprises qui fraudent à se
remettre dans le droit chemin… ■
Bercy renonce à réformer la fiscalité ubuesque des entrepôts
Des entreprises ont vu leur taxe foncière exploser à cause d’un changement de statut de leurs locaux.
euros
Taxe foncière d’un
petit vigneron de
Bourgogne après le
changement de statut
de l’un de ses locaux,
contre 4 000 euros
l’année précédente
Tout juste l’administration fiscale va-t-elle, après avoir recueilli
les propositions des uns et des
autres et rendu son rapport aux
ministres et au Parlement, faire
quelques petits ajustements… Bercy devrait notamment proposer
d’instaurer rapidement un seuil
minimal de 300 000 euros
d’outillage en dessous duquel un
local ne pourrait pas être considéré
comme industriel, une opération
qui permettrait de protéger artisans et PME. Au-delà de ce seuil,
un lissage sur plusieurs années de
la hausse d’imposition serait mis en
place en cas de requalification d’un
local en site industriel.
L’enjeu n’est pas mince. Chaque
année, plus de 700 sites sont requalifiés, pour un enjeu financier
de 250 millions d’euros. Sont
concernés les entrepôts de producteurs de pommes comme des data
centers, en passant par les sites de
stockage géants des leaders de la
vente sur Internet.
Enjeu de compétitivité
Le problème : le fisc n’a pas la
même définition d’un site « industriel » que la science économique.
Il ne prend pas comme critère la
transformation d’un produit sur
place, mais le degré d’automatisation du local. Et, à partir d’un certain seuil, il estime qu’il s’agit d’un
site industriel. Pire, cette décision
est imprévisible, car ce seuil n’est
précisé dans aucun texte. Un flou
qui entraîne de surcroît une interprétation différente selon les
contrôleurs fiscaux, donc un traitement différent d’une zone à l’autre.
Le phénomène s’intensifie aussi
parce que les collectivités sont
beaucoup plus sourcilleuses, ces
dernières années, quant au régime
fiscal appliqué aux entreprises présentes sur leur territoire. Les municipalités sont en effet tentées
d’aller chercher de nouvelles recettes pour compenser les baisses
récentes de dotation et la disparition programmée de la taxe d’habitation d’ici à 2020. Certaines vont
même jusqu’à protester auprès du
EN BREF
Buzyn prépare une nouvelle
aide à la garde d’enfants
VERS UNE HAUSSE
DU TEMPS DE TRAVAIL
CHEZ PSA À VESOUL ?
£ La direction du site PSA
de Vesoul, centre mondial des
pièces détachés du constructeur
français, a présenté un projet
d’accord de compétitivité aux
syndicats. Il prévoit un passage
du temps de travail de 35h
à 37 h 45 par semaine, en
échange d’une augmentation de
salaire de 3,1 %. Les syndicats
réservent leur réponse. Ils ont
demandé des précisions
sur les investissements et les
embauches liés à cet accord.
Ce dispositif du futur plan pauvreté doit faciliter
le retour à l’emploi des femmes les plus modestes.
MARIE-CÉCILE RENAULT
£@Firenault
SOCIAL Alors que le débat sur la
réforme des aides sociales a été
lancé par les deux « comptables »
du gouvernement - Bruno Le
Maire et Gérald Darmanin -,
Agnès Buzyn, qui veut incarner
son aile sociale, allume un contrefeu. Avec quelques semaines
d’avance sur la présentation du
plan de lutte contre la pauvreté, la
ministre de la Santé et des Solidarités du gouvernement Philippe a
indiqué travailler sur une nouvelle aide financière à la garde d’enfant afin de permettre aux femmes
les plus modestes de « retrouver
un emploi ». Le plan pauvreté, qui
sera présenté début juillet, comprendra ainsi « des aides très
concrètes pour que les gens puissent reprendre un travail », par
exemple un « tiers payant pour les
femmes qui cherchent à faire garder leurs enfants », a-t-elle précisé sur RTL. Il s’agirait donc plus
d’une avance de trésorerie que
d’une aide monétaire.
Cette nouvelle aide serait destinée aux femmes « qui n’ont pas les
moyens de débourser un mois de
garde d’enfant et qui de fait renon-
cent à prendre un emploi, a précisé
la ministre. Ce tiers payant permettrait d’avancer le premier ou le
deuxième mois de cette garde d’enfant et permettrait à ces femmes de
retrouver un emploi ». Pour asseoir
son propos, Agnès Buzyn prend
l’exemple de femmes seules qui
voudraient travailler mais en sont
empêchées faute de pouvoir débourser 600 euros pour faire garder leurs enfants par une assistante maternelle dès le premier mois.
Quotient familial
« C’est une première proposition
qui laisse entrevoir un plan pauvreté très ambitieux », s’est réjoui le
député LaREM Guillaume Chiche,
Agnès Buzyn
propose une aide
destinée aux femmes
« qui n’ont pas les
moyens de débourser un
mois de garde d’enfant ».
ALAIN JOCARD/AFP
qui avait mis le feu aux poudres au
printemps en proposant de supprimer le quotient familial (nos
éditions du 21 mars).
Le dispositif sur lequel travaille
Agnès Buzyn s’inscrit dans la stratégie du gouvernement qui a fait
de l’aide aux familles monoparentales sa priorité. Une première
mesure, prise dans la loi de financement de la Sécurité sociale 2018,
La ministre ne fera pas 7 milliards d’économies
Agnès Buzyn a fermement
démenti mercredi une
information du Canard
enchaîné selon laquelle
Matignon lui aurait demandé
de trouver 7 milliards d’euros
d’économies dans les aides
sociales. « Je ne sais
absolument pas d’où vient
fisc, qui prélève les impôts locaux
pour leur compte, si elles estiment
qu’un local devrait être davantage
imposé. Ce qui n’est pas sans poser
un problème d’attractivité, notamment dans les ports où la fiscalité des entrepôts s’envole.
Pour mettre fin à l’imprévisibilité des contrôles fiscaux, les entreprises proposaient qu’en fonction du poids de l’outillage d’un
site, rapporté aux effectifs employés sur place, l’entrepôt puisse
être requalifié en site industriel.
Elles ont obtenu une fin de nonrecevoir de Bercy qui s’est dit dans
l’incapacité d’estimer l’impact
financier pour les collectivités
d’un tel mécanisme. ■
G. G.
ce chiffre, a affirmé la ministre
de la Santé sur RTL, personne
ne m’a demandé de trouver
7 milliards. Ça n’a jamais
été évoqué. »
Si Agnès Buzyn nie le montant,
elle ne conteste pas la
possibilité d’une refonte
des aides. « J’ai une exigence
d’efficacité. Nous recherchons
ce qui fonctionne et arrêtons
de financer ce qui ne fonctionne
pas », a-t-elle dit. Son objectif
est de rendre plus simple et
plus lisible le « maquis »
des aides « qui aujourd’hui
maintient les personnes dans
un état de pauvreté ». M.-C. R.
prévoit déjà de majorer de 30 % le
montant maximal du complément
de mode de garde (CMG) pour ces
foyers à compter du 1er octobre
prochain. Ainsi, une femme seule,
par exemple, gagnant 1 500 euros
par mois et élevant seule son enfant de 2 ans, verra l’aide maximale à laquelle elle peut prétendre
passer de 463 à 601 euros par mois.
Le gouvernement s’est également engagé à lutter contre la
pauvreté des enfants, qui concerne aujourd’hui un enfant sur cinq
en France. Or ces enfants pauvres
se situent majoritairement dans
des familles monoparentales, dont
le nombre a plus que doublé en
quarante ans. Elles sont aujourd’hui près de 2 millions en France,
à 85 % des femmes, peu diplômées, en situation précaire. Leur
taux de chômage est largement
supérieur à celui de l’ensemble des
mères et elles sont surreprésentées
parmi les bénéficiaires de minima
sociaux et de logements sociaux. ■
DES PANNEAUX
SOLAIRES D’EDF DANS
LES ENTREPRISES
£ Près d’un tiers des ambitions
du « plan solaire » dévoilé par
EDF fin 2017 doit provenir
de clients professionnels qui
installeront des panneaux
solaires sur leurs bâtiments.
Le groupe veut développer
30 gigawatts (GW) de capacités
solaires entre 2020 et 2035
en France. Sur ce total, 10 GW
seront du « solaire réparti »,
des panneaux installés sur
des toitures de supermarchés,
d’entrepôts, d’immeubles,
de parkings…
» À Monaco, le marché
immobilier est stable...
à 53 000 euros le mètre carré
» Un stage pour devenir
youtubeur... d’entreprise
www.lefigaro.fr/economie
+@
A
45 000
FONCIER Depuis quelques années,
des grandes entreprises comme
des artisans ou des agriculteurs
voient leur taxe foncière multipliée par quatre ou même dix (nos
éditions du 17 février). La raison ?
Leurs entrepôts ont simplement
été requalifiés par l’administration
fiscale en site industriel au motif
qu’ils sont en partie automatisés
ou équipés… d’un chariot élévateur. Pour tenter de trouver une
solution, une concertation – rassemblant patronat, collectivités et
Bercy – a été lancée en février. Elle
s’est achevée lundi sans succès,
Bercy renonçant à réformer, au
grand dam du patronat, la fiscalité
des entrepôts.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
22
ÉCONOMIE
Washington arrive au G7 en position isolée
Au sommet qui s’ouvre vendredi au Québec, les États-Unis feront face à six partenaires commerciaux fâchés.
PIERRE-YVES DUGUA £@PDugua
Iran : Paris, Berlin et
Londres à l’offensive
CORRESPONDANT À WASHINGTON
COMMERCE Donald Trump arrivera vendredi à Charlevoix, au
Québec, en position défensive. Le
sommet annuel du G7 devrait
davantage ressembler à un G6
contre 1. Les récentes charges du
président américain visant ses plus
proches alliés ont fortement déplu.
L’approche frontale et défiante
de l’Administration Trump pose
souvent plus de questions qu’elle
n’en résout. Qu’il s’agisse de l’imposition de droits de douane sur
l’acier et l’aluminium venus d’Europe, du Canada, du Mexique et du
Japon. Ou de son apparent projet
de remplacer l’accord de libreéchange nord-américain (Alena)
qui lie les États-Unis, le Mexique et
le Canada depuis 1994, par deux
accords bilatéraux. Il semble difficile de sortir de ces contentieux
sans éviter des représailles commerciales puis une surenchère dans
les sanctions.
Le Mexique ne fait certes pas
partie du G7. Mais l’idée lancée par
Larry Kudlow, le conseiller économique de Donald Trump, de négocier deux accords bilatéraux, plutôt
que de poursuivre la discussion à
trois, n’est pas bien vue à Ottawa et
encore moins à Mexico. Le peso
mexicain a replongé au plus bas
depuis plus d’an dès que la nouvelle
est tombée.
Quoi qu’il en soit, dans l’immédiat, la renégociation de l’Alena
Les entreprises comme Total
ou PSA le demandaient depuis
la dénonciation par les États-Unis
de l’accord sur le nucléaire iranien.
Cette fois, les chancelleries l’ont
fait : Paris, Berlin et Londres ont
signé une lettre commune pour
demander à Washington que
les entreprises européennes
commerçant en Iran soient
épargnées par les sanctions
américaines. Les sanctions
extraterritoriales américaines
doivent s’appliquer en août puis
en novembre, selon les secteurs.
Par ailleurs, la Commission
européenne a adopté mercredi une
législation qui doit - en théorie permettre de contrecarrer les effets
extraterritoriaux des sanctions
américaines sur les entreprises
européennes. Il s’agit d’une « loi de
blocage » de 1996 qui n’avait jamais
été utilisée et devait être actualisée.
Donald Trump,
mardi à Washington.
BRENDAN SMIALOWSKI/AFP
semble compromise au moins jusqu’à l’an prochain. Difficile d’imaginer comment les délégations
peuvent s’entendre sur des concessions réciproques, alors qu’en riposte aux droits de douane américains, Mexico annonce taxer
certains aciers, bourbons et fromages américains à 25 %, tout en imposant des droits de 20 % sur le
porc, les pommes et les pommes de
terre américaines. Les calendriers
politiques aux États-Unis comme
au Mexique - et dans une moindre
mesure au Canada (lire ci-dessous) - compliquent encore les
choses. Il est trop tard pour soumettre au Congrès le texte d’un
éventuel accord en vue d’une ratification avant la fin de l’année,
compte tenu des multiples délais
prévus dans la loi commerciale
américaine. Or, en janvier 2019, la
composition du Congrès sera celle
issue des législatives de novembre 2018. Il est probable que la majorité républicaine sera alors plus
faible, voire remplacée au moins
dans une des deux Chambres par
une majorité démocrate hostile à
toute initiative de Donald Trump.
De leur côté, les Mexicains choisissent un nouveau président le
1er juillet. Andres Manuel Lopez
Obrador, qui incarne la gauche, est
largement en tête des sondages. Lui
qui a souvent critiqué l’Alena dans
le passé souhaite aujourd’hui sa
préservation, mais rejette déjà
l’idée d’un traité bilatéral. Il semble
encore moins disposé à faire des
concessions à Donald Trump que
l’équipe en place du président
Enrique Pena Nieto.
Mexico et Ottawa unis
LUDOVIC HIRTZMANN
MONTRÉAL
La réplique d’Ottawa à
Washington sur les tarifs douaniers marque un changement
radical de l’attitude de Justin
Trudeau face à Donald Trump.
Après dix-huit mois de tentatives de compromis avec son homologue américain, d’échanges
feutrés, le premier ministre enterre la diplomatie du sourire et
choisit le rapport de force, à la
veille du sommet du G7 qu’il accueille au Québec, et qui s’annonce électrique.
Outre une plainte auprès de
l’Organisation mondiale du
commerce (OMC) contre les
droits de douane sur l’acier et
l’aluminium jugés « inacceptables » par Justin Trudeau, Ottawa veut faire la démonstration
qu’il peut faire mal à l’économie
américaine. Le ministère cana-
dien des Finances a établi deux
listes de produits américains qui
seront surtaxés à compter du
1er juillet. La première comprend
une quarantaine de produits dérivés de l’aluminium et de l’acier
qui seront lestés de tarifs douaniers supplémentaires de 10 % et
25 % respectivement, œil pour
œil, dent pour dent. La seconde
liste recense 80 produits alimentaires et ménagers de l’Oncle Sam, qui seront assortis de
tarifs de 10 %. Au total, les exportations américaines visées
représentent 16,6 milliards de
dollars canadiens. Ottawa vise
des produits américains populaires : Ketchup, pizzas, whisky
et chocolats. D’autres marchandises, tels les stylos, les bateaux
ou les machines à laver sont aussi dans le viseur des Canadiens.
La présidente du Canadian
American Business Council,
Maryscott Greenwood, a confié
à Radio Canada : « Si vous regar-
PATRICK DOYLE/AP
Justin Trudeau adopte un ton plus dur avec Donald Trump
L’idée
que nous
représentons
une menace
pour la
sécurité
nationale des
États-Unis est
insultante et
inacceptable
JUSTIN TRUDEAU,
PREMIER MINISTRE
CANADIEN, LE 3 JUIN
»
dez une carte des circonscriptions
des élus du Congrès américain qui
ont des postes à responsabilité
puis que vous regardez les grandes industries dans ces circonscriptions, vous dressez votre liste
en conséquence. » Faire mal.
« Cette liste a clairement été
créée dans cet esprit », a précisé
la lobbyiste.
Enjeux électoraux
Le changement de pied de Justin
Trudeau s’explique aussi par les
revirements américains dans les
négociations sur l’Alena, le traité
de libre-échange américain (lire
ci-dessus). Alors que plusieurs
experts estimaient que les discussions pourraient aboutir prochainement, Donald Trump y a
ajouté sa « clause crépusculaire ». Cette possibilité de renégocier le traité tous les cinq ans a
aussitôt été rejetée par Trudeau.
Le ton plus dur d’Ottawa est
aussi lié à la politique intérieure
canadienne. Jusqu’à récemment
très populaire, le jeune premier
ministre connaît des revers depuis quelques mois. Au point que
son principal adversaire, le chef
conservateur Andrew Scheer, a
les faveurs de l’électorat, selon
un tout récent sondage. À un peu
plus d’un an des élections générales, Justin Trudeau entre d’une
certaine manière en campagne
électorale. Dans ses sorties
contre Washington, le chef du
gouvernement n’a d’ailleurs pas
manqué de cultiver la fibre nationale, estimant que l’attitude
du locataire de la Maison-Blanche était « un affront aux milliers
de Canadiens qui se sont battus et
sont morts aux côtés de leurs
camarades américains ». Mais
comme les Canadiens sont
gentils et politiquement corrects, Justin Trudeau a précisé
dans un tweet que « le peuple
américain » n’est pas visé par les
représailles. ■
On le comprend: le PIB mexicain ne
représente pas 6 % du PIB américain. Toute négociation entre partenaires de tailles si différentes
donne un gros avantage au pays
dominant. Le Canada, avec un PIB
de l’ordre de 8 % de celui des
États-Unis, a lui aussi tout intérêt à
s’appuyer sur le Mexique pour obtenir de meilleures conditions de
Washington. Pour l’heure, les deux
partenaires retiennent leur souffle :
Donald Trump s’abstient de dénoncer l’Alena.
Quant aux Européens, qui seront
représentés à la table du G7 par
quatre pays (France, Allemagne,
Grande-Bretagne et Italie) et par
les présidents de la Commission et
du Conseil, ils ont lancé la procédure de leur riposte commerciale
qui entrera en vigueur en juillet.
L’Allemagne, plus vulnérable aux
sanctions américaines sur l’acier et
aux velléités de Donald Trump de
punir les constructeurs automobiles européens, est toutefois en position délicate. Son excédent commercial de 64 milliards de dollars
avec les États-Unis est dénoncé par
Trump comme un dysfonctionnement qui ne peut plus durer. ■
L’Europe cherche à muscler davantage l’investissement
InvestEU doit relayer le plan Juncker
et distribuer 650 milliards d’euros.
JEAN COMTE £@JeanComte
A
BRUXELLES
UNION EUROPÉENNE Pour Jyrki
Katainen, vice-président de la
Commission européenne, les choses sont claires. « L’investissement
repart à la hausse. Mais il en faut
encore davantage », a-t-il déclaré
à l’ouverture de sa conférence de
presse, mercredi.
Le commissaire finlandais présentait InvestEU, un nouvel
instrument financier européen
visant à générer plus de 650 milliards d’euros d’investissements
dans les 27 États membres entre
2021 et 2027. Le projet est en fait
la suite du fameux « plan Juncker
d’investissement » lancé en 2015
par Bruxelles, qui cible un total
de 500 milliards d’euros d’investissement d’ici à fin 2020. Le
fonctionnement des deux instru-
ments est d’ailleurs très proche :
on part d’une garantie initiale
apportée par le budget européen
pour lever de l’argent sur les
marchés, puis pour co-investir
dans des projets avec d’autres acteurs économiques.
Le plan Juncker est en bonne
voie pour atteindre sa cible. À peine à mi-parcours, il a déjà mobilisé
290 milliards d’argent frais et a
irrigué 635 000 petites entreprises,
assure Jean-Claude Juncker. Mais
cela, de l’aveu même de la Commission, restera insuffisant pour
combler le retard accumulé par
l’Europe depuis la crise. L’investissement, qui s’élevait en moyenne à 21,28 % du PIB entre 1996 et
2007, est toujours au-dessous de
20,50 % et n’est prévu qu’à
20,71 % en 2019.
Au-delà de ces chiffres, l’actuel
plan Juncker est incapable de résoudre les problèmes plus structu-
« Le plan Juncker a irrigué
635 000 petites entreprises »,
assure Jean-Claude Juncker
(ici mardi à Bruxelles).
JOHN THYS/AFP
rels qui émergent maintenant pour
la reprise de l’investissement. « De
façon agrégée, on est proche du niveau d’investissement d’avant la
crise, note Elena Rubio, chercheur
senior à l’institut Jacques Delors.
Mais cela cache des manques dans
certains secteurs : la recherche et
l’innovation, l’investissement de
long terme, le social ou encore certains projets liés au climat - comme
l’efficacité énergétique ou la réduction des émissions de carbone. »
Disparités nationales
Les chiffres européens ne doivent
pas non plus cacher d’importantes
divergences nationales. Des données publiées par Eurostat à la mimai révélaient un écart non négligeable entre des pays comme
l’Autriche - qui serait déjà revenue
à son niveau d’avant-crise - et
d’autres comme la Grèce et la Lettonie - encore bien en dessous. « Si
l’investissement semble relativement déprimé en Bulgarie, en Grèce
et en Roumanie, il pourrait approcher un sommet dans les pays
nordiques », résumait l’année
dernière la Banque européenne
d’investissement (BEI).
Le nouvel instrument InvestEU
est conçu de façon à répondre à ces
défis. Des sommes spécifiques ont
été allouées à plusieurs secteurs,
dont les infrastructures (11,5 milliards d’euros de garantie initiale),
la recherche et l’innovation
(11,25 milliards) ou encore le social
(4 milliards).
À l’échelon territorial, InvestEU
ne sera plus un monopole de la BEI
- comme l’est le plan Juncker mais pourra faire l’objet d’une implication directe des banques de
développement nationales. Enfin,
les États pourront abonder financièrement au plan en y versant une
partie de leurs fonds structurels.
Les sommes ainsi transférées resteraient investies sur leur territoire, avec - en théorie - un effet de
levier accru.
Pour qu’InvestEU prenne le relais du plan Juncker, il reste aux
États et au Parlement à adopter
l’ensemble du budget 2021-2027.
De très longues tractations en
perspective. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 7 juin 2018
ENTREPRISES
23
Coup de froid sur l’économie sud-africaine en début d’année
Le recul de la croissance complique la politique de redressement du nouveau président, Cyril Ramaphosa.
ANNE CHEYVIALLE
£@AnneCheyvialle
AFRIQUE Voilà de quoi freiner le
vent d’optimisme qui souffle sur
l’Afrique du Sud depuis l’arrivée
au pouvoir du président Cyril Ramaphosa, après l’éviction pour
corruption du très décrié Jacob
Zuma. La croissance a nettement
marqué le pas au premier trimestre, reculant de 2,2 % en rythme
annuel. S’il y a un effet correction
après une fin d’année dynamique
(+ 3,1%) et une performance exceptionnelle de l’agriculture sur
2017, la baisse est plus forte
qu’attendu. Il s’agit de la pire
performance depuis la crise de
2009, a ponctué l’agence des statistiques sud-africaine. En cause,
le recul de la production agricole,
industrielle et minière, secteur
clé pour le pays. « Une sécheresse
au Cap a pesé sur les rendements
de l’horticulture. Et la production a
souffert à l’export de l’appréciation du rand en début d’année et
d’un ralentissement de la demande
interne », explique Ruben Nizard,
économiste chez Coface.
Cyril Ramaphosa, l’ancien
syndicaliste reconverti en chef
d’entreprise fortuné, s’est fixé
comme priorité la relance de
l’économie et la lutte contre la
corruption, véritable boulet du
pays. Le défi est de taille alors
que l’Afrique du Sud connaît
depuis plusieurs années une faible croissance et qu’il a moins
d’un an, avant l’élection de
mai 2019, pour mener à bien les
indispensables réformes structurelles. « Il lui faut à la fois retrouver la confiance des investisseurs internationaux, du secteur
privé sud-africain et de l’électorat populaire », commente l’expert de Coface.
Crédibilité internationale
« Depuis février, ajoute Ruben
Nizard, Ramaphosa a concentré
son effort sur la crédibilité internationale. » Il en a d’autant plus
besoin qu’il s’est fixé comme objectif d’attirer 100 milliards de
dollars d’investissement sur cinq
ans. Pour enrayer la dérive des
finances publiques - face à un
déficit l’an dernier de 4,5 % du
PIB -, le gouvernement a adopté
un budget d’austérité, axé sur
une hausse des recettes. Pour la
première fois depuis vingt ans, la
TVA a été relevée, passant de 14 à
15 %. Il a par ailleurs déclenché
une opération « mains propres »
dans les grandes entreprises publiques et évincé plusieurs ministres de Zuma. Il a remporté
ses premiers galons auprès des
agences de notation qui menaçaient l’an dernier de dégrader la
note souveraine. Moody’s, après
une revue effectuée en mars, l’a
maintenue en « qualité d’investissement ». Une évaluation très
importante alors que le service
de la dette absorbe déjà 15 % du
budget de l’État.
Cette orientation « probusiness » passe mal dans la population, confrontée à une pauvreté
et des inégalités records, avec un
chômage qui a atteint 36,6 % au
premier trimestre, en intégrant
les personnes qui ont renoncé à
chercher un emploi. Pour faire
passer la pilule de l’austérité, qui
va peser sur le pouvoir d’achat,
un salaire minimum vient d’être
instauré depuis le 1er juin, fixé à
20 rands de l’heure (1,35 euro),
soit un peu plus de 200 euros par
mois. Un niveau jugé insuffisant,
qui a entraîné une vague de
protestations. ■
1,5 %
Prévision de taux
de croissance en 2018
GORODENKOFF/GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO/THALES
Thales propose
aux forces armées
un « cloud » privé
Le groupe de défense a développé un « nuage
informatique » adapté aux contraintes de sécurité
et de mobilité des militaires en opération extérieure.
VÉRONIQUE GUILLERMARD
£@vguillermard
DÉFENSE Après avoir conquis les
entreprises et les particuliers, le
cloud est prêt à entrer en service
au sein des forces armées. Thales a
mené des tests concluants sur le
terrain ces derniers mois. Le groupe de défense et de hautes technologies a décidé de présenter aux
militaires, le premier nuage informatique privé dédié à la défense,
dans le cadre du salon mondial de
l’armement terrestre et aéroterrestre Eurosatory (qui se tient du
11 au 15 juin, à Paris-Villepinte).
C’est une première en Europe.
« Le cloud, qui offre une capacité
de puissance de calcul et de stockage partagée de serveurs installés à
distance, a envahi la sphère civile.
Tel que nous le connaissons dans
notre quotidien, il n’est pas adapté
aux contraintes de mobilité et aux
spécificités de la sphère militaire »,
souligne Marc Darmon, directeur
Le Nexium Defence
Cloud offre notamment
un temps d’installation
très réduit par rapport
au déploiement
d’une infrastructure
informatique classique.
Amélioration de la rentabilité d’ici à 2021
À mi-course d’Ambition 10, le
plan de remise en mouvement
lancé en 2013, Thales accélère.
Pour la seconde phase,
« nous avons un plan d’action
clair pour être un leader
du secteur, dans chacune
de nos activités », a déclaré
Patrice Caine, PDG du groupe
de défense et de hautes
technologies, au cours
d’une journée investisseurs.
L’objectif premier du groupe
est de « jouer un rôle clef dans
la transformation digitale de
ses marchés », de l’aérospatiale
aux transports, en passant
par la défense et la sécurité.
À cet effet, il poursuivra
son développement dans
les technologies stratégiques
telles que la connectivité,
la cybersécurité, le big data
et l’intelligence artificielle.
Parallèlement, Patrice Caine
promet une amélioration
de la rentabilité : Thales vise
une marge opérationnelle
de 11 à 11,5 % d’ici à 2021, contre
9,8 % en 2017, soit « un niveau
jamais atteint », fait valoir
le PDG. Ces perspectives
ne prennent pas en compte
l’apport de Gemalto, dont
l’acquisition doit être bouclée
au second semestre 2018. V. GD.
général adjoint de Thales, en charge des systèmes d’information et
de communications sécurisés.
Le cloud de défense est transportable dans une mallette protégée, facile et rapide à configurer,
utilisable partout, en continu entre la métropole, le centre de
commandement sur le terrain et
les militaires, avions, drones, satellites ou blindés déployés au sol
ainsi que dans les airs… Développé
sur fonds propres par Thales, c’est
un mouton technologique à cinq
pattes. Baptisé Nexium Defence
Cloud, il doit savoir tout faire dans
cette bulle numérique où le combat aussi devient collaboratif,
même dans des conditions difficiles, par exemple de brouillage des
communications par l’ennemi ou
d’un faible débit télécoms.
Afin d’assurer l’intégrité et la
sécurité des données qui circulent
et sont sauvegardées, Thales a
utilisé les compétences en chiffrement de sa filiale américaine
Vormetric, leader de la protection
des données, rachetée fin 2015 et
de ses compétences internes en
cybersécurité, en réseaux télécoms ainsi que sa connaissance
des besoins opérationnels des armées, dont il est un des grands
fournisseurs.
Réactivité opérationnelle
Modulaire avec ses trois configurations - en mode métropole,
opération extérieure et liaison entre la métropole et le terrain -, ce
cloud « tactique » offre la possibilité de partager des informations,
par exemple les données vidéo
collectées par un drone, sans le
filtre de la stricte hiérarchie militaire. « Il est possible de connecter
plusieurs militaires qui ont des hiérarchies différentes dans la chaîne
de commandement », insiste Marc
Darmon. D’où une remontée plus
rapide et plus fluide des informations vers les décideurs, militaires
et politiques. Avec pour conséquence, une prise de décision accélérée qui entraîne une meilleure
réactivité opérationnelle.
Au total, Thales promet aux armées un gain de temps d’installation qui passe à quelques heures
contre quelques jours pour le déploiement d’une infrastructure
informatique classique (avec des
ordinateurs), une meilleure efficacité et une économie de coûts et
d’infrastructures.
Le groupe dirigé par Patrice
Caine effectuera des démonstrations à Eurosatory, notamment de
connexion d’un poste de commandement en opération extérieure. Thales qui a reçu des marques d’intérêt de plusieurs
armées, prévoit de signer les premiers contrats avant fin 2019. ■
Grand Optical fait monter en gamme ses magasins
KEREN LENTSCHNER £@Klentschner
OPTIQUE Dans le flagship de
Grand Optical, situé sur les
Champs-Élysées, on se croirait
davantage chez Nespresso que
dans un magasin d’optique. Le
navire amiral de l’enseigne, qui
vient d’être inauguré après quatre
mois de travaux, arbore une décoration noir et blanc, de grands
portraits aux murs, des lignes
épurées. Dès l’entrée, deux vitrines géantes dédiées à Chanel, Dior
et Gucci accueillent les quelque
2000 visiteurs quotidiens du magasin. Deux espaces VIP permettent de soigner la clientèle de luxe,
composée en partie de touristes
étrangers, également convoitée
par le nouveau magasin d’Afflelou
situé à quelques mètres sur la célèbre avenue. Des corners dédiés
au solaire (Solaris), au sport et aux
enfants ont été créés. À l’étage,
dans les deux salles de vérification
de la vue, des appareils dernier
cri, Visionix, qui permettent de
réaliser un examen en cinq minutes, ont été installés.
Incertitudes sur le marché
« Ce magasin illustre la stratégie
de montée en gamme de l’enseigne.
Nous avons voulu redonner aux
clients la notion de plaisir combinée
au niveau le plus élevé d’expertise
dans la santé visuelle », confie
Alain Cottet, directeur général de
la filiale française de GrandVision
(Grand Optical, Générale d’Optique, Solaris). L’entreprise appartient au fonds d’investissement
néerlandais Hal et a réalisé en 2017
3,5 milliards d’euros de chiffre
d’affaires (dont 17 % en France).
Le nouveau concept de magasins
premium, qui se veut complémentaire de celui de Générale d’Opti-
Le nouveau magasin
Grand Optical
des Champs-Élysées.
D. DELMAS/GRAND OPTICAL
que, positionné sur l’entrée de
gamme, a été déployé dans près de
quarante points de vente de l’enseigne (sur un total de 209 dont
deux tiers en propre). D’ici deux
ans, l’ensemble du réseau aura été
relooké. En modernisant ses magasins et en insufflant plus de conseil,
de services et de numérique (essayage virtuel sur le site Internet,
prise de rendez-vous en ligne…),
Grand Optical a voulu cultiver sa
différence. C’est une nécessité à
l’heure où des enseignes low-costs
et des acteurs en ligne revendiquent leur part du gâteau. Ce nouveau concept a aussi pour vocation
de séduire les grandes marques et
de permettre à Grand Optical d’assurer la rentabilité de ses magasins.
Si l’enseigne reste challenger
parmi les grandes chaînes (Krys,
Optic 2000…), ses points de vente
sont les plus performants avec plus
de 1,5 million d’euros de chiffre
d’affaires grâce à leurs emplacements et leur taille (300 m2 en
moyenne). Cette offensive est aussi un moyen de faire face au retournement du marché, qui a reculé l’an passé pour la première
fois de son histoire (- 1,4 %, à
6,5 milliards d’euros, selon GfK).
Les opticiens ont subi de plein
fouet le changement de réglementation : depuis 2016, des plafonds
de remboursement ont été fixés et
les lunettes ne sont plus remboursées que tous les deux ans, contre
un an auparavant. Grand Optical a
néanmoins crû de 1 % l’an passé (à
magasins constants) et gagné 0,5
point de part de marché (13 %).
Mais les incertitudes qui pèsent
sur le marché, notamment sur
l’instauration du reste à charge
zéro, inquiètent l’enseigne. Fin
juin, Emmanuel Macron - qui en
avait fait l’un de ses engagements
de campagne - annoncera le cadre
de cette réforme. « Cela risque
d’entraîner un vrai tassement des
prix et de peser sur le choix et la qualité proposés aux Français, déclare
Alain Cottet. Nous craignons une
nouvelle régression du marché. » ■
A
L’entreprise veut contrer le recul du marché et l’apparition d’acteurs low-costs.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
24 ENTREPRISES
La contrefaçon coûte 60 milliards à l’Europe
Treize secteurs économiques perdent en moyenne 7,5 % de leurs ventes à cause des imitations.
LA CONTREFAÇON
EN CHIFFRES
cher, qui conduisent souvent vers
des articles contrefaits », analyse
Delphine Sarfati-Sobreira, directrice générale d’Unifab. Le sondage
relève qu’ils sont aussi 71 % à regarder ou écouter des films ou de la
musique en streaming sans se soucier de savoir s’ils utilisent un site
légal ou non.
ANNE BODESCOT abodescot@lefigaro.fr
LE POIDS DU FAUX
milliards d’euros
de manque à gagner
en France pour
les marques
434 000
emplois perdus en Europe
50 %
des jeunes ont déjà
volontairement acheté
une contrefaçon
sur Internet
PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE Le
plus souvent venues d’Asie, les
contrefaçons coûteraient quelque
434 000 emplois à l’Union européenne, selon un rapport de l’Office
de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO). Publiée mercredi à l’occasion de la
journée mondiale anticontrefaçon,
cette étude chiffre le manque à gagner lié à la contrefaçon pour les
treize secteurs économiques connus
pour être les plus vulnérables à ces
copies, souvent de médiocre qualité, vendues à la sauvette, ou sur les
foires et marchés, ou encore par Internet, grâce notamment aux places
de marché.
Sensibiliser les collégiens
ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP FORUM
6,8
Un champ d’action élargi
90 %
des Français estiment
que l’on peut acheter
une contrefaçon
sans s’en rendre compte
Des cosmétiques aux produits d’hygiène, en passant par les spiritueux,
les vins, les smartphones ou les
pneus, sans oublier batteries, bijoux, vêtements et articles de sport,
la contrefaçon - qui a élargi son
champ d’action au fil du temps - sévit en effet à une échelle que le
grand public mesure encore souvent mal.
Chaque année désormais, les entreprises de ces secteurs perdent
7,5 % de leurs ventes en raison de
cette concurrence illicite, estime
l’EUIPO. À l’échelle de l’Europe,
cela représente un manque à gagner
de 60 milliards d’euros par an en incluant le piratage (films, musique…), traité par la législation
À Marseille, en 2016, des produits contrefaits saisis par la douane sont détruits.
contre la contrefaçon. Pour la France, la facture avoisinerait 6,8 milliards d’euros, soit 102 euros par habitant et par an, précise le rapport.
Les treize secteurs passés en revue
perdraient en effet 5,8 % de leurs
ventes, subtilisées par des produits
contrefaits. D’autres pays paient un
plus lourd tribut à l’invasion de ces
marchandises, souvent au moins
30 % moins chères que l’original. La
Roumanie y perdrait 22 % des ventes, par exemple. Mais c’est l’Italie
qui enregistre le manque à gagner le
plus élevé (8,6 milliards d’euros),
suivie de l’Allemagne (8 milliards).
Pour enfoncer le clou, l’Unifab
(Union des fabricants) révèle, dans
une étude réalisée par l’Ifop, que
37 % des Français ont déjà acheté
sans le vouloir une contrefaçon.
Chez les jeunes de 15 à 18 ans, le
taux s’envole même à 43 %. « Ils
sont moins bien informés, achètent
davantage sur Internet et tapent
plus souvent dans les moteurs de recherche les mots-clés cheap ou pas
L’Unifab discute donc avec le ministère de l’Éducation nationale des
actions à mener pour sensibiliser les
collégiens à la propriété intellectuelle « comme cela existe au Japon
ou en Corée », précise Delphine Sarfati-Sobreira. Pour certains produits, la majorité (57 %) des jeunes
déclare même ne pas voir de différence avec l’original, ce qui n’est
pas le cas de l’ensemble de la population (40 % seulement des sondés
jugent les deux biens semblables).
Plus inquiétant pour l’Unifab, la
contrefaçon est vue, pour 68 % des
Français, comme une solution
pour s’acheter des biens qu’il
n’aurait pas été possible de s’offrir
autrement. Et si 78 % des sondés
estiment que ces produits peuvent
être dangereux, ils sont aussi 75 %
à juger l’achat de contrefaçons
facile. Parmi les sites sur lesquels
se font le plus aisément ces emplettes, d’après les acheteurs qui
en ont fait l’expérience, sont cités,
en premier lieu, Aliexpress (du
groupe chinois Alibaba), suivi
d’eBay, Le Bon Coin, Amazon et
Cdiscount. Facebook et Instagram
sont aussi mentionnés. ■
De nouvelles technologies pour protéger les marques et les consommateurs
« leAméliorer
contrôle
par le
consommateur
lui-même
est plus efficace,
en termes
de volumes,
que de se
reposer sur
les douanes
ou les experts
DAMIEN GUILLE,
CHEZ TESA SCRIBOS
»
Les pièces détachées de PSA vendues aux garagistes sont désormais
impossibles à confondre avec des
copies, aussi bien imitées soientelles… Le constructeur automobile
a utilisé la technologie développée
par une jeune société française,
Tesa Scribos, qui permet à tout moment de distinguer le bon grain de
l’ivraie, grâce à un code hologramme et à un QR code apposés
sur chaque produit.
En scannant le QR code, l’utilisateur peut comparer le code hologramme qui apparaît sur son
smartphone à celui qui figure sur la
pièce détachée. Si les deux ne correspondent pas, il a sous les yeux
une contrefaçon… De nombreuses
start-up ont, comme Tesa Scribos,
développé des systèmes de traçabilité pour vérifier rapidement
l’authenticité d’un produit. « Ces
systèmes sont très utiles pour les
contrôles douaniers. En quelques
heures, ou en tout cas en moins d’une
journée, une entreprise peut ainsi indiquer aux douanes qui ont intercepté des marchandises si elles ont entre
les mains des contrefaçons ou non »,
explique Delphine Sarfati-Sobreira, directrice générale d’Unifab.
Même si les saisies de produits
contrefaits vont bon train (8,4 millions de tonnes l’an dernier), c’est
de plus en plus le consommateur final que les marques rêvent de toucher. L’un des clients de la technologie de Tesa Scribos est ainsi le
groupe de boissons Castel, qui
LES DÉCIDEURS
â ARNAULD VAN EECKHOUT
Bouygues
Directeur juridique depuis 1995, ce
fidèle monte en première ligne
comme secrétaire général du groupe de Martin Bouygues. À 61 ans, il succède au
désormais retraité Jean-François Guillemin,
président de la Fondation Francis Bouygues.
â PIERRE MAS
La Mutuelle Générale
À 49 ans, il prend en main comme DSI les
systèmes d’information de la mutuelle. Après
vingt ans chez Axa, il occupait des fonctions
similaires chez Europ Assistance depuis 2015.
A
â ANTOINE BRIEU
Système U
Le nouveau patron de Système U, Dominique
Schelcher, s’attache un bras droit. Directeur
de Conforama France depuis 2016, Antoine
Brieu avait également dirigé la chaîne de
magasins C&A France en 2009, casquette
élargie ensuite à l’Espagne et au Portugal. EM
Lyon, ce pro de la distribution a également
œuvré chez Carrefour, notamment comme
directeur opérationnel France pour les
supermarchés.
équipe ses bouteilles de vin expédiées en Asie. « Améliorer le
contrôle par le consommateur luimême est bien plus efficace, en termes de volumes, que de se reposer
sur les douanes ou les experts »,
précise Damien Guille, chez Tesa
Scribos.
Des sites surveillés
L’inconvénient ? Beaucoup de ces
technologies, notamment celles
qui permettent d’identifier un produit ou des conteneurs par des puces électroniques exigent que le
consommateur soit près de la marchandise. Un souci pour des
contrefaçons surtout vendues sur
Internet !
Certaines
start-up
concentrent donc leurs efforts sur
l’e-commerce, comme Taklane.
Cette jeune pousse tricolore, partenaire d’Unifab, prévoit de lancer,
en novembre, son application Certilane. Le brevet a été déposé depuis deux ans, et ses propriétaires
s’apprêtent à aller défendre leur
concept outre-Atlantique. Ils doivent voir grand car leur solution
anticontrefaçon repose sur la participation des marques, qui doivent
communiquer la liste des sites qui
commercialisent leurs produits.
L’internaute pourra ainsi, en
temps réel depuis son smartphone,
savoir si le site marchand sur lequel
il se propose de faire quelques emplettes est bien certifié Certilane, et
quelles marques lui ont confié la
vente de leurs produits. Chacun
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Jacques-Olivier Chauvin va déployer
les hôtels Fauchon dans le monde
Voilà une aventure qu’il ne
pouvait refuser, lui qui ces
dernières années avait pris
goût à l’aventure entrepreneuriale à la tête de Colbert
Management, conseillant notamment l’hôtellerie de luxe.
À 49 ans, après avoir lancé le joint-venture
entre le groupe Esprit de France et Fauchon
pour ouvrir le premier hôtel de la marque à
Paris, Jacques-Olivier Chauvin « transforme » l’essai en devenant PDG de la nouvelle
filiale Fauchon Hospitality, chargé de
déployer les hôtels maison dans le monde.
Preuve que ce HEC, fin connaisseur des secteurs de l’hôtellerie et de la gastronomie, a su
s’attacher la confiance du grand actionnaire
de Fauchon, Michel Ducros, et de son beaufils Samy Vischel, dirigeant de l’enseigne, qu’il
a conseillés aussi. Ces deux derniers avaient
réussi un tour de force en 2015 en remportant
auprès du propriétaire Qatar National Bank,
au nez et à la barbe des grandes chaînes hôtelières internationales, le bail à long terme du
très stratégique immeuble de la place de la
Madeleine. Depuis, Jacques-Olivier Chauvin a
su faire la paire avec Samy Vischel, diplômé lui
de l’école hôtelière de Lausanne. Il a aussi
déniché l’oiseau rare pour conduire l’ouverture et diriger le flagship parisien. Jérôme
Montantème, qu’il a recruté comme directeur
général de l’établissement, a su faire les succès
des hôtels Tiara Yaktsa & Tiara Miramar Beach
à Théoule-sur-Mer. « Un des meilleurs DG des
500 meilleurs hôtels du monde », pointe-t-il.
Ancien DG de Relais & Châteaux
De son côté, Jacques-Olivier Chauvin aligne
un beau pedigree dans l’industrie du luxe et de
l’hôtellerie. Après avoir été le bras droit de
Jean-Claude Vrinat chez Taillevent, puis
ouvert le magasin Louis Vuitton des ChampsÉlysées, il a dirigé pendant onze ans la prestigieuse association Relais & Châteaux. En 2010,
c’est Van Cleef & Arpels, la griffe, alors dirigée
par Stanislas de Quercize, qui s’était attaché
son expertise comme vice-président Europe
et Russie.
La création aujourd’hui de Fauchon Hospitality offre une nouvelle opportunité à ce père de
trois enfants, grand amateur d’œnologie et de
voyages, qui garde sa casquette d’entrepreneur. Son défi ? Édifier un groupe hôtelier à
part entière. Et de confier : « Michel Ducros
veut aller à la conquête du monde. La stratégie
de la marque est de développer un portefeuille
d’hôtels Fauchon avec un objectif de 20 hôtels
d’ici à dix ans. » En jouant aussi la carte de
l’épicerie fine et de la restauration gastronomique de la Maison Fauchon.
C. B.
d’eux est identifié avec un numéro,
pour que Certilane puisse l’authentifier. Si le site n’est pas certifié, si
la marque convoitée ne figure pas
parmi ses fournisseurs ou si le produit n’est pas numéroté, le
consommateur prend le risque
d’acheter une contrefaçon. Gratuite pour les particuliers, la solution
sera payante pour les marques et
les sites marchands. « Nous travaillons aujourd’hui avec les places
de marché pour certifier les sites Internet qu’elles accueillent », souligne Pascal Baisnée, le fondateur de
Taklane. Mais les consommateurs
joueront-ils le jeu ? Certains d’entre eux ne rechignent pas à acheter
moins cher le produit contrefait. ■
...........................................................................A. B.
www.lefigaro.fr/decideurs
â LAURENCE BOONE
OCDE
Angel Gurria, le secrétaire général de
l’organisation de coopération et de développement économique, recrute comme
chef économiste l’ancienne conseillère du président Hollande et ex-sherpa du G20, passée il y a
deux ans chez Axa. À 49 ans, Laurence Boone, qui
remplacera en juillet l’Américaine Catherine
Mann arrivée en 2014, sera amenée à jouer « un
rôle de premier plan » dans la reconstruction du
« système multilatéral ». La Française dirigera un
département de 182 experts. Angel Gurria fait valoir « l’expérience et l’expertise considérables » de
cette surdiplômée en économie, qui débuta comme analyste chez Merrill Lynch, cela « à un moment crucial pour l’OCDE ».
â DAVID MOREL
ET FABRICE BEYER
Hôtels Balladins
En difficulté depuis dix ans, la chaîne d’hôtellerie
à bas coûts a finalement trouvé repreneurs parmi
ses anciens cadres. David Morel, ex-directeur du
développement de l’enseigne, et Fabrice Beyer,
ancien directeur commercial et marketing, ont
repris la tête du réseau et l’exploitation de la
franchise le 1er juin, succédant ainsi à la société
Dynamique Hotels Management (DHM), propriétaire depuis 2007. Le tandem vise une centaine d’hôtels d’ici à 2022.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 7 juin 2018
ENTREPRISES 25
Navya conduit ses navettes en Bourse
Le fabricant de véhicules autonomes vise une multiplication par près de 50 de son chiffre d’affaires d’ici à 2021.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
TRANSPORTS Les sociétés qui
commercialisent d’ores et déjà
des véhicules autonomes ne sont
pas nombreuses dans le monde
aujourd’hui. La française Navya
est l’une d’entre elles. « Nous
avons fabriqué notre centième navette et vendue notre 67e le
31 mars », se réjouit Christophe
Sapet, fondateur et président du
directoire de Navya. Fort de ce
succès, la jeune société lyonnaise,
créée il y a à peine quatre ans, a
décidé de s’introduire à la Bourse
de Paris. Elle a déposé son document de référence auprès de
l’Autorité des marchés financiers
(AMF), lançant officiellement
l’opération.
L’introduction devrait se faire
dans les prochaines semaines.
Pour la justifier, le fondateur met
en avant « le besoin de lever des
capitaux » dans un secteur de la
conduite autonome où les investissements sont colossaux. La semaine dernière, le japonais Softbank faisait part de son intention
d’apporter 2,25 milliards de dollars à la filiale de General Motor
spécialisée dans la conduite
autonome. Navya a décidé de privilégier la France plutôt que le
Nasdaq, « trop cher et trop compliqué », selon Christophe Sapet.
Navya conçoit, réalise et fabrique des véhicules autonomes. La
société travaille sur deux produits. Une navette pouvant
transporter jusqu’à 15 passagers.
C’est elle qui est déjà fabriquée et
commercialisée. Mais la société
lyonnaise développe aussi un robot-taxi, avec la réalisation d’un
démonstrateur pouvant accueillir
«
Il y a de
sérieuses
chances que
quelqu’un
vienne nous
voir dans les
prochaines
années pour
nous acheter.
La décision
sera du
ressort des
actionnaires
»
jusqu’à six passagers. « Dans ce
domaine, nous allons démarrer
trois expérimentations, en Australie, en France et aux États-Unis,
d’ici à la fin de l’année », précise
Christophe Sapet. Le potentiel de
ce marché des robots-taxis est
énorme. Les clients de Navya
pourront être des sociétés de
taxis ou de VTC, des municipalités ou des acteurs nouveaux,
comme des sociétés de location
de véhicules des acteurs financiers. Et Navya veut aller plus loin
que la seule commercialisation de
véhicules, en proposant l’entretien ou les outils de gestion de
flotte. Les objectifs fixés pour les
prochaines années sont ambitieux. Le chiffre d’affaires devrait
atteindre 10 millions d’euros cette année, puis 30 millions en
2018. L’excédent brut d’exploitation (Ebitda) devrait être positif à
la fin de 2019 et, en 2021, le chiffre d’affaires atteindre à 480 millions d’euros !
Attiser les convoitises
Cette prévision de croissance exceptionnelle
s’explique
par
l’avance technologique actuelle
de Navya dans la conduite autonome. De quoi attiser les convoitises. Christophe Sapet ne s’en
cache même pas. « Il y a de sé-
rieuses chances que quelqu’un
vienne nous voir dans les prochaines années pour nous acheter,
admet l’entrepreneur. La décision
sera du ressort des actionnaires. »
Aujourd’hui, le capital de Navya
est partagé entre des fonds d’investissement, comme Robolution
Capital et Gravitation, et des industriels, comme l’équipementier Vaelo ou l’opérateur de
transport Keolis.
En attendant, grâce à l’introduction en Bourse, la société accédera à des capitaux lui permettant de rester indépendante plus
longtemps. Surtout, Christophe
Sapet compte profiter de la situa-
tion actuelle, où les concurrents
commercialisant effectivement
des véhicules autonomes sont peu
nombreux, pour gagner des parts
de marché. Ce qui nécessite des
investissements rapides en R&D
et en marketing.
Navya doit maintenant séduire
les investisseurs. Les dernières
expériences des acteurs du
monde de l’automobile, comme
l’équipementier Novares ou le
distributeur de pièces détachées
Autodis, n’ont pas été couronnées de succès. À Navya, qui
bénéficie du thème porteur de la
conduite autonome, de faire
mieux. ■
CHRISTOPHE SAPET,
FONDATEUR DE NAVYA
Navya, qui fabrique
et commercialise
déjà une navette
pouvant transporter
jusqu'à 15 passagers,
développe aussi
un robot-taxi.
MICHAËL GOUNON/
NAVYA
Vinci mise sur l’innovation pour gagner plus de marchés
Le groupe de BTP rationalise sa R&D afin de mieux la valoriser dans ses différentes activités.
40,2
milliards
d’euros
Chiffre d’affaires
de Vinci en 2017,
en hausse de 5,7 %
par rapport à 2016
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
BTP Qui a dit que le BTP rimait forcément avec des ouvriers actionnant des tractopelles comme il y a
trente ans ? Lors de sa première
journée réservée aux médias qui
s’est tenue mercredi, Vinci a présenté les axes de sa R&D. Résultat,
de multiples innovations dans des
domaines très différents à l’image de
ce groupe qui construit (des routes,
des ponts, des immeubles) mais exploite aussi des infrastructures (aéroports, autoroutes, lignes de chemin de fer, stades). Il y a d’abord des
avancées qui profiteront aux clients
particuliers. Par exemple, le groupe
qui gère l’aéroport de Lyon y teste
actuellement un robot - développé
par la start-up Stanley Robotics qui se charge de garer les voitures
dans le parking. Sur les autoroutes
du réseau Escota, Vinci expérimente
la possibilité de payer son péage directement à partir de son téléphone.
Mais il y a aussi des innovations
qui bénéficient aux clients professionnels (collectivités locales, industriels…). « Nous travaillons sur
un projet qui doit permettre à un village du Cher, Marmagne, d’être
autonome à 70 ou 80 % en électricité
en ayant ses propres sources d’énergie », illustre Yves Meignié, PDG de
Vinci Énergies. Les travaux seront
lancés cet été avec une mise en place prévue avant la fin de l’année.
Avec des start-up
D’autres innovations ont pour vocation d’améliorer le process de
l’entreprise. Ainsi, pour réduire les
accidents des ouvriers qui s’occupent de l’entretien des autoroutes,
le groupe teste sur le réseau ASF le
fourgon connecté. Il émet un signal
sonore, un bruit strident, quand un
véhicule se rapproche dangereusement du fourgon arrêté sur la voie
d’arrêt d’urgence.
Cette politique de R&D, Xavier
Huillard, PDG de Vinci, l’impulse,
persuadé qu’elle permet à terme de
gagner des marchés. « Si nous facilitons la vie des passagers dans les
aéroports, nous acquerrons un capital sympathie très utile pour remporter des appels d’offres au-delà du
prix que nous proposerons, résumet-il. Et ce raisonnement vaut pour
toutes les activités du groupe. »
Au départ, chaque division de
Vinci travaillait de son côté sur des
innovations. Mais ce leader mondial
s’est aperçu que beaucoup (par
exemple le véhicule autonome) de
ses recherches concernent toutes
les entités du groupe. Du coup, il
ouvre ce jeudi, à Paris, dans le
XIIe arrondissement, une maison
commune consacrée à la R&D où
sera hébergé notamment Leonard,
sa plateforme de prospective. Avec
une approche souple où parfois les
innovations sont développées totalement en interne ; parfois, elles
sont travaillées avec des start-up.
Reste que ces solutions de rupture ne sont pas faciles à mettre en
place. Par exemple, le projet développé à Marmagne ne fait pas l’unanimité. « Il y a pas mal de résistances en France à ce système
d’autoconsommation électrique car
avec un tel projet, vous avez 30 % de
trafic électrique en moins sur les réseaux d’Enedis et de RTE (filiales
d’EDF) », glisse Yves Meignié. ■
LA SÉANCE DU MERCREDI 6 JUIN
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
-0,4
45,58
+1,01 109,7
+1,03 100
+2,81
29,485
-0,51 119,3
-0,46
21,88
+1,07 53,86
+0,76 39,89
-0,09 115,75
-1,56
15,405
+0,04
12,005
-1,4
64,83
-0,66
13,615
-0,59 118,65
-0,24 503,2
-2,49 209,2
+0,07 44,85
-0,16
64,7
-1,08 309,85
+0,99 117,15
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
45,03
108,3
98,61
28,7
117,6
21,42
52,95
39,38
114,2
15,095
11,675
63,44
13,45
117
495,2
203
44,16
63,78
304,5
115,95
0,426
0,297
0,146
0,169
0,355
0,373
0,414
0,245
0,224
0,493
0,318
0,283
0,269
0,239
0,129
0,131
0,046
0,139
0,122
0,313
+4,74
+4,43
+20,48
+8,74
-2,6
-12,55
-13,75
-8,06
+15,99
-15,88
-13,7
-8,71
-5,89
+2,52
+36,71
+10,3
-5,51
-0,11
+24,8
-2,05
JOUR
ORANGE ..............................................14,655
PERNOD RICARD ..................................
141,45
PEUGEOT ..............................................
20,54
♣ 57
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
83,7
SAFRAN ..............................................
102,05
SAINT GOBAIN ..................................
44,1
SANOFI ..............................................65,55
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
73,94
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
37,205
SODEXO ..............................................84,02
SOLVAY ..............................................
115,05
STMICROELECTRONICS .............................
21,46
TECHNIPFMC ..................................27,09
TOTAL .............................................. 52,72
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
190
VALEO .............................................. 54,64
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,2
♣
VINCI .............................................. 84,96
VIVENDI ..............................................21,75
%VAR.
+0,24
-1,77
+1,43
-0,11
+0,06
+0,29
+1,67
-0,94
+0,19
-0,23
+0,05
+0,22
+1,42
+1,31
+0,8
NC
+0,07
-0,93
+0,05
+0,18
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,72
144,55
20,54
58
84,23
102,6
44,135
65,99
74,56
37,55
84,28
115,4
21,58
27,13
52,94
NC
55,04
19,405
85,4
21,9
14,55
141,15
20,25
56,66
83,02
101,45
43,525
64,87
73,72
36,815
83,68
113,65
21,18
26,63
52,11
NC
54,3
19,09
84,22
21,6
AKKA TECHNOLOGIES S’ENVOLE DE PRÈS DE 10 %
Les valeurs technologiques occupent désormais une place incontournable dans
les portefeuilles. À défaut de disposer de
leader mondial dans ce domaine à la
Bourse de Paris, les investisseurs se
ruent sur les valeurs moyennes du secteur. C’est le cas de la société d’ingénierie
Akka Technologies, dont le cours a bondi
mercredi de plus de 10 %, à 66,68 euros,
son plus haut niveau historique. Depuis le
début de l’année, le titre affiche une progression impressionnante de 44 %. Les
investisseurs ont salué l’acquisition de la
société américaine PDS Tech, spécialisée
dans les services en ingénierie et en R&D
appliquée au secteur aéronautique. Cette
société, basée à Dallas, compte 2 600 salariés et a réalisé un chiffre d’affaires de
%CAP.ECH
31/12
0,2
+1,24
0,18
+7,2
0,318 +21,14
0,339 +0,62
0,207 -0,25
0,189 +18,79
0,439 -4,09
0,294 -8,77
0,282 +4,35
0,661 -13,58
0,32 -25,02
0,213 -0,73
0,301 +17,88
0
+4,8
0,286 +14,5
NC -9,52
0,794 -12,25
0,26 -9,75
0,189 -0,22
0,225 -2,99
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5365
1,515
0,8768
9,2328
129,57
1,1629
1,1765
3,012
11,103
5,4078
20,98
7,523
78,731
136,422
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
35130
35940
+1,09
NAPOLEON ..................................................... 206,5
207,8
-0,19
PIECE 10 DOL USA .....................................................
599
599
+1,87
PIECE 10 FLORINS .....................................................
218
211
+2,44
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1170
1170
+0,17
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
210
210
+2,94
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
302
310
-0,98
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1337,5
1321
+2,01
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
109,1
109,1
-0,64
PIECE SUISSE 20F .....................................................
206,5
205,1
+1,87
PIECE LATINE 20F .....................................................
207
207
+2,02
SOUVERAIN ..................................................... 260,9
260
+0,08
KRUGERRAND .....................................................1165
1140
+4,13
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
284,80 04/06/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
49,21 04/06/18
BELLATRIX C ................................................
337,80 04/06/18
SIRIUS ................................................56,69 04/06/18
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WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
260 millions de dollars en 2017. Elle est
partenaire du géant Boeing et du fabricant d’avions d’affaires Gulfstream.
La finalisation de cette opération est
prévue pour le troisième trimestre. Elle
est conditionnée à la signature d’accords
définitifs et à l’autorisation des autorités
compétente. Cette opération permet à
Akka Technologie d’atteindre la taille cri-
tique aux États-Unis. Elle s’inscrit dans le
cadre du plan stratégique arrêté pour
2022, qui prévoit de faire de ce pays le
troisième pilier de son développement,
aux côtés de la France et de l’Allemagne.
Le groupe mène une stratégie d’expansion très ambitieuse à l’international. En
avril 2012, il avait notamment acquis
MBtech, une filiale de Daimler AG spéciali-
sée dans l’ingénierie appliquée à l’automobile, qui lui avait permis de dépasser le
seuil du milliard d’euros de chiffre d’affaires dès 2015.
Le montant du rachat de PDS Tech n’a
pas été dévoilé, mais les analystes estiment que cette opération aura un effet
positif sur le bénéfice net par action dès la
première année d’intégration. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 45,04
♣
AIR LIQUIDE ..................................
109,7
AIRBUS ..............................................100
ARCELORMITTAL SA ..................................
29,485
ATOS .............................................. 118,2
AXA ..............................................
21,63
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
53,69
BOUYGUES ..............................................
39,82
CAPGEMINI ..............................................
114,7
CARREFOUR ..............................................
15,175
CREDIT AGRICOLE ..................................
11,91
DANONE ..............................................63,86
ENGIE .............................................. 13,49
ESSILOR INTL. ..................................117,85
KERING ..............................................499,4
L'OREAL ..............................................
204
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
44,45
LEGRAND ..............................................64,12
LVMH .............................................. 306,25
♣
MICHELIN ..............................................
117,1
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Le boom du piratage des contenus sportifs
Si le nombre d’internautes consommant illégalement des vidéos a baissé, les pratiques évoluent.
sont situés à l’étranger donc hors
d’atteinte des juridictions nationales », poursuit Frédéric Delacroix.
Concentrer les actions sur les principaux fournisseurs de vidéos piratées est une nécessité, puisque les
20 premiers sites de piratage en
streaming concentrent 80 % de la
consommation totale. Plus de la
moitié des internautes pirates accèdent à des contenus illégaux à
partir de cinq sites uniquement !
ALEXANDRE DEBOUTE £axel_deb
INTERNET Sur le front du piratage
sur Internet, la partie est loin
d’être gagnée. Mais il y a une bonne nouvelle : le nombre d’internautes pirates a tendance à baisser. Depuis 2010, date du premier
bilan annuel du piratage en France, établi par le Centre national du
cinéma (CNC) et l’Association de
lutte contre la piraterie audiovisuelle (Alpa) avec Médiamétrie,
jamais la proportion de la population qui pirate n’a été aussi faible :
en 2017, elle a représenté 26 % des
internautes, soit 12 millions de
personnes, contre un pic de
14 millions en 2015 (30 % des internautes). Dire qu’il y a un mieux
n’est pas faux, mais le problème
reste entier. En volume, cela a représenté l’an passé quelque
372 millions de vidéos, essentiellement des séries et des films.
Ces statistiques, produites à
partir des panels qu’utilise Médiamétrie pour établir les audiences des médias, signifient qu’un
peu plus d’un quart de la population internaute s’est connectée au
moins une fois par mois à un site
de piratage. Si l’ordinateur fixe
demeure le premier support de
cette activité illégale, de plus en
plus d’internautes piratent sur
smartphone. Ils ont été ainsi
2,9 millions l’an dernier à passer
par leur mobile pour regarder des
Football et rugby
vidéos. Le profil du pirate est plutôt masculin, jeune (37 ans en
moyenne), actif et francilien.
Mais ce ne sont pas les Français
les moins aisés qui ont le plus piraté. En 2017, les CSP+ ont représenté 34 % des pirates, contre
32 % pour les CSP- et 19 % chez
les étudiants, à contre-courant
des idées reçues.
En 2017, 332 000 pirates
ont été comptabilisés
lors du match aller
des 8e de finale de Ligue
des champions entre
Paris et Barcelone, soit
21 % d’audience pirate.
LIONEL BONAVENTURE/AFP
mandes de blocage et de déréférencement ont donc payé. L’an
dernier, certains des plus gros sites
ont ainsi disparu du paysage, notamment Films-regarder, T411 ou
Zone-telechargement. « La difficulté tient à ce que nous sommes
face à des professionnels du piratage qui utilisent toutes les capacités
de masquage en ligne. Tous les sites
La baisse du nombre de pirates
est la conséquence directe de la
chasse aux sites de piratage.
« C’est le fruit du succès des actions
en justice menées contre les principaux sites par les ayants droit grâce
aux procès-verbaux dressés par nos
agences », explique Frédéric Delacroix, délégué général de l’Alpa.
Les fermetures de sites et les de-
Cette étude met en lumière un
phénomène préoccupant : le
boom du piratage des retransmissions sportives en livestreaming,
en particulier des grandes compétitions de football. Pour ce type de
contenus, le piratage est la voie
choisie en moyenne chaque mois
par plus d’un million d’internautes, notamment les hommes. Sur
le match aller PSG-FC Barcelone
de 8e de finale de la Ligue des
champions 2017 par exemple,
332 000 pirates ont notamment
été comptabilisés, soit 21 %
d’audience pirate pour ce match
diffusé par beIN Sports qui a rassemblé 1,6 million de téléspectateurs. Ce qui représente un manque à gagner conséquent pour un
diffuseur qui paie très cher les
droits de retransmission et doit
investir dans la production de
l’événement. Après le football,
c’est le rugby qui est le sport le
plus concerné par le piratage. ■
Avec Lizzie, Editis rejoint le marché naissant du livre audio
Cette maison d’édition sortira 200 titres par an et compte se positionner en troisième acteur du marché français.
2
millions
d’euros
d’investissement
pour Lizzie
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
ÉDITION Editis voit l’avenir en
audio. Le deuxième groupe d’édition français lance ce jeudi son
propre label de livres audio, Lizzie.
Une vingtaine d’ouvrages seront
disponibles cette semaine, comme
le nouveau Marc Levy (Une fille
comme elle), Entrez dans la danse
de Jean Teulé, mais aussi l’enquête
sur Donald Trump Le Feu et la Fureur. « Nous allons développer un
catalogue audio généraliste et
grand public, avec aussi bien de la
littérature que du développement
personnel », souligne MarieChristine Conchon, présidente
d’Univers Poche, auquel est ratta-
ché Lizzie. Le rythme de croisière
sera de 200 ouvrages par an.
Jusqu’alors, des titres d’Editis
pouvaient être adaptés en audio,
mais par des acteurs externes. Le
groupe a décidé de réinternaliser
cette production, pour un investissement de 2 millions d’euros.
Une grande partie de cette somme
est dédiée aux frais d’enregistrement, qui peuvent dépasser les
10 000 euros. « Nous pouvons désormais proposer aux auteurs une
exploitation de leurs œuvres sur
tous les supports. Le jour de sa sortie, l’ouvrage sera disponible en
grand format, en e-book et en
audio. Un an plus tard, il sortira en
poche », explique Julie Cartier, directrice de Lizzie.
ambitionne de devenir le troisième producteur de livre audio en
France derrière Audiolib (créé par
Hachette en 2008) et Audible
d’Amazon.
Les ouvrages de Lizzie seront
disponibles sur les grandes plateformes d’achats de livres audio,
comme Audible (Amazon), Kobo
by Fnac, Google Play ou iTunes
(Apple). « Nous n’avons pas souhaité bâtir notre propre plateforme
de distribution. Nous estimons que
le lecteur ira là où l’offre est la plus
complète », poursuit la présidente
d’Univers Poche. Lizzie n’oublie
pas le format CD, qui représente
encore la majorité du marché du
livre audio en France. « Mais nous
allons bâtir le pont avec le format
numérique en offrant un code de
téléchargement à usage unique
dans chaque boîtier CD. Nous sommes les seuls à proposer cette offre », indique Julie Cartier. Editis
Casser les prix
Ce dernier a donné un coup de
jeune au secteur en poussant
l’écoute de livres sur smartphone.
S’il distribue les fichiers audio des
autres, l’américain investit de plus
en plus pour proposer ses services
d’enregistrement aux éditeurs.
Audible Studios compte à ce jour
1 000 titres exclusifs en français,
comme L’Assassin royal de Robin
Hobb (Flammarion) ou les principaux ouvrages de Stephen King
(Albin Michel).
En France, le livre audio ne pèse
que 1 % du marché du livre,
contre 10 % aux États-Unis. Mais
tous les acteurs estiment que le
décollage des usages, observé en
Allemagne ou dans les pays scandinaves, est proche. « Plus l’offre
de livres audio est devenue large
dans ces pays, plus leur marché
s’est développé », rappelle MarieChristine Conchon. Pour s’imposer, Lizzie va casser les prix. Les
formats CD seront au même prix
que les livres grand format, soit
entre 18 et 22 euros, et les fichiers
audio seront vendus 20 % moins
chers, soit entre 14 et 17 euros.
Chez Audiolib ou Audible, les livres audio-numériques oscillent
entre 25 et 35 euros pièce. ■
EN BREF
Numéro 23 va
devenir RMC Story
Side…) et de documentaires sur les
corps d’armée, les grandes
constructions ou la survie a fait
mouche. « Nous sommes fiers du
chemin parcouru depuis 2012. RMC
Découverte est la neuvième chaîne
nationale devant Arte avec 2,2 %
de part d’audience en moyenne cette saison », souligne Alain Weill.
A
Pendant de RMC Découverte, elle sera
centrée sur les faits de société.
Le positionnement de Numéro 23 autour de la diversité n’est
pas abandonné, mais interprété
autrement. « La diversité se verra
dans les présentateurs, les journalistes ou les acteurs à l’écran. La
France est diverse, les chaînes doivent ressembler au pays », argue
Alain Weill. Altice s’est engagé
auprès du CSA à diffuser une fois
par mois un documentaire autour
des problématiques liées à la diversité, à valoriser une fois par semaine une initiative en faveur de
la cohésion sociale et à diffuser au
moins 8 longs-métrages asiatiques, africains ou latino-américains en prime time chaque année. « Mais j’ai dit au CSA que
RMC Story ne sera pas une chaîne
ghetto à 0,5 point d’audience. Nous
voulons attirer un large public. »
Altice ne cache pas vouloir faire
de RMC Story le pendant féminisé
de RMC Découverte, numéro 1 des
chaînes de la TNT chez les hom-
Créations originales
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
TÉLÉVISION RMC Découverte va
bientôt se doter d’une petite sœur.
À la rentrée, la chaîne de la TNT
Numéro 23, dont le rachat par Altice a été validé par le CSA, va être
débaptisée pour devenir RMC Story. « RMC Story sera aussi une
chaîne de la connaissance, mais
centrée sur les sujets de société et
l’histoire », a expliqué le PDG
d’Altice France, Alain Weill, lors
d’une conférence de presse.
Si le programme exact de la
chaîne doit être dévoilé dans les
prochaines semaines, il en a esquissé les contours. « On y trouvera des reportages de société, de
l’investigation ou des programmes
autour des crimes. L’émission “Les
Grandes Gueules” de RMC sera
présente. Et nous diffuserons des
fictions basées sur des histoires
vraies », détaille-t-il. Le groupe a
confirmé que Jean-Baptiste Boursier, venu de BFMTV, y présentera
un talk-show hebdomadaire.
Venu de BFMTV,
Jean-Baptiste Boursier
présentera à la rentrée
un talk-show sur la
nouvelle chaîne d’Altice.
mes de 25 à 49 ans. Son savant
cocktail d’émissions de divertissement autour de l’auto-moto
(Top Gear France, Vintage Mecanic, Wheeler Dealers France, High
Cette montée en puissance a permis de renforcer l’investissement
dans la production française. Sur
un budget de plus de 60 millions
d’euros, « nous en dédions 26 millions aux productions originales,
soit 45 % de plus qu’en 2017 »,
note Damien Bernet, directeur
général délégué d’Altice Media.
Pour la saison 2018-2019, RMC
Découverte a dévoilé quatre nouveaux formats, dont deux adaptations d’émissions anglo-saxonnes
(Escape, 21 jours pour disparaître
produit par EndemolShine France
et Retour à l’instinct primaire, produit par 909 Productions). Parmi les
créations originales, Off Roads, les
routes de l’extrême (Warner Bros)
met en vedette l’ex-Miss France
Laury Thilleman, qui parcourt avec
une personnalité les routes les plus
spectaculaires du monde. « Nous ne
changeons rien à notre formule. RMC
Découverte est la chaîne qui permet
d’apprendre en se distrayant », souligne Alain Weill. ■
C. W.
LE « WALL STREET
JOURNAL » CHANGE
DE TÊTE
£ Le directeur du quotidien
économique, Gerard Baker, a
quitté ses fonctions après avoir
été critiqué par sa rédaction
pour sa complaisance supposée
envers Donald Trump. Il serait
intervenu à plusieurs reprises
pour adoucir certains articles
concernant le président
américain. Gerard Baker devient
directeur éditorial, une fonction
qui lui permettra d’écrire
et d’intervenir dans les médias
au nom du Wall Street Journal.
BRUCE TOUSSAINT
CONFIRMÉ À BFMTV
£ Le groupe Altice a confirmé
que Bruce Toussaint, venu
de France Info, animerait
bien à la rentrée la tranche
22 heures-minuit de BFMTV.
« LA MARSEILLAISE »
SORT
DU REDRESSEMENT
£ Le tribunal de commerce a
validé le plan de continuation
du quotidien marseillais, en
redressement depuis 18 mois.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO - N° 22 960 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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OUVERTURE
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LE JAPONAIS MASAYUKI INO
POUR LA MARQUE DOUBLET
REMPORTE LE PRIX LVMH 2018
PIERRE & VACANCES
S’INSTALLE SUR LA PRESQU’ÎLE
DE LA TOUQUE, À DEAUVILLE
Pierre Bergé
Dernier inventaire
avant dispersion
En mettant en vente chez Sotheby’s, du 29 au 31 octobre, les collections du mécène, son héritier, Madison Cox,
tourne, sans état d’âme, la page d’un grand collectionneur. Il se sépare aussi de certaines de ses résidences. PAGE 28
« Charlie Hebdo » confie sa mémoire à Paris
PATRIMOINE L’hebdomadaire va déposer 35 cartons aux Archives de la Ville.
Ils contiennent 60 000 dessins et lettres, reçus après l’attentat du 7 janvier 2015.
admet Guillaume Nahon, directeur des
Archives de Paris, « mais en novembre 2015, nous avons ramassé les milliers
de dessins, bougies, mots et lettres déposés devant le Bataclan, le Petit Cambodge,
la Belle Équipe, le Carillon ou le Stade de
France. » Avec le fonds Charlie, toutes
ces petites traces contribueront un jour
à écrire la mémoire de Paris.
CLAIRE BOMMELAER cbommelaer@lefigaro.fr
près l’attentat contre Charlie
Hebdo, des milliers d’anonymes ont envoyé une marque
de soutien à la rédaction.
Dans les semaines qui ont
suivi le drame, le journal a reçu
20 000 lettres et photos, une soixantaine
de registres de condoléances et 24 000
dessins d’enfants. Alors que tout le monde privilégie désormais les mails, le papier a été roi, comme si chacun voulait
montrer qu’il n’était pas près d’être
mort. « C’était un mouvement fort, qui
montrait que nous n’étions pas seuls »,
explique Riss, rédacteur en chef de
Charlie Hebdo.
Trois ans et demi plus tard, et alors que
l’hebdomadaire s’est reconstruit, ces
marques de soutien sont en train de rejoindre le grand récit tragique des attentats. « Nous avons commencé par les trier à
la rédaction, mais nous avons senti qu’ils ne
nous appartenaient plus. Ils font partie
A
Travail d’inventaire
d’une histoire plus vaste, qui doit être étudiée par des historiens », poursuit Riss.
Ce sont les Archives de Paris qui ont
suggéré à la rédaction d’en faire don à la
Ville. « En janvier 2015, nous n’avons pas
eu le réflexe de récoler les mots de soutien
qui s’accumulaient rue Nicolas-Appert,
car la sidération était trop grande »,
BENOIT PEVERELLI ; GROUPE PVCP ; DESSINEZ CRÉEZ LIBERTÉ
« Le travail d’inventaire des cartons de
Charlie, qui démarrera dès le vote formel
du Conseil de Paris, va nous prendre deux
ans, poursuit Guillaume Nahon, sous réserve des règles de confidentialité. Les
fonds seront ensuite numérisés et mis sur
Internet. » Sans attendre 2020, 150 dessins d’enfants reçus par l’hebdomadaire,
dont certains sont d’une force redoutable, ont été rassemblés dans un livre (#jedessine aux Éditions Les Échappés). Ils
sont exposés à la mairie de Paris*, jusqu’au 12 juin. ■
* Visite sur réservation uniquement,
à l’adresse : dcl.severine@gmail.com.
A
JEAN-LUC LUYSSEN/GAMMA-RAPHO VIA GETTY IMAGES
Pierre Bergé dans
ses appartements
parisiens,
le 10 janvier 2008.
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jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
28
L'ÉVÉNEMENT
Succession
Bergé,
clap de fin
Appartement parisien,
mas de Saint-Rémy, villa à Tanger…
Les résidences et les collections
de l’homme d’affaires sont mises
en vente par son héritier, Madison Cox.
EXCLUSIF
A
P
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
etites lunettes rondes,
cheveux grisonnants, costume décontracté chic, Madison Cox, 60 ans,
l’Américain qui fut le dernier compagnon de Pierre Bergé avant sa disparition le 8 septembre 2017, a l’art de cultiver la discrétion. C’est le secret de sa
réussite : froide et déterminée. Ce prince des jardiniers que l’on dit millionnaire pour être entré dans la cour des célébrités - du chanteur Sting, au politique
Michael Bloomberg, en passant par l’artiste Jennifer Bartlett ou Marella Agnelli,
la veuve du patron de Fiat - est en charge de la succession du collectionneur et
mécène parisien. Celui qui a remodelé le
jardin Majorelle (lire ci-dessous) a été
désigné pour être son légataire universel et président des fondations Pierre
Bergé – Yves Saint Laurent, à Paris, et
Jardin Majorelle, à Marrakech.
Sans états d’âme, parce que Pierre
Bergé lui avait appris « à ne jamais avoir
de regret, ne jamais regarder derrière et
d’emporter les souvenirs dans sa tête », il
règle cette succession que tout le marché convoite. Il pense même vendre le
magistral bureau de Ruhlmann que Bergé avait acheté pour la fondation parisienne, avenue Marceau, avec les autres
meubles de cette pièce chargée d’émotion. Elle devrait être convertie à long
terme en salle d’exposition. « Je ne peux
prendre la place de Pierre Bergé, m’asseoir là, ça n’a plus de sens, explique Madison Cox, Sotheby’s va venir faire l’expertise. »
Le nom de la maison de ventes que
tout le monde attendait est lâché. Sotheby’s est l’heureuse élue pour vendre
du 29 au 31 octobre le contenu des résidences de Pierre Bergé, derniers feux
d’une immense collection, après celle
formée avec Yves Saint Laurent dont la
vente fut couronnée de succès, en 2009,
au Grand Palais, chez Christie’s.
C’est parce que Sotheby’s a déjà dispersé (en partenariat avec Pierre Bergé
& Associés), son immense bibliothèque
dès fin 2015, qu’elle a été choisie par
Madison Cox. « On a reçu des offres similaires des deux maisons, avec un léger
avantage pour Sotheby’s. Mon choix s’est
porté sur cette dernière, déjà engagée
dans la dispersion des livres », précise
Madison Cox.
Après la disparition d’Yves, emporté
par une tumeur au cerveau en 2008,
Pierre et Madison, qui avait côtoyé depuis toujours l’univers du couturier, se
sont rapprochés. Prévoyant, Bergé voulait organiser sa suite fiscalement et
mettre à l’abri celui avec lequel il avait
refait sa vie, quelque temps après avoir
perdu son compagnon pendant cinquante ans. Tenace, l’homme d’affaires,
qui nous avait confié être « arrivé à l’âge
où il faut faire du nettoyage dans sa vie »
à l’aube de ses 85 ans, réaffirmait ainsi
son soutien au mariage gay, lui qui avait
formé avec le couturier l’un des premiers couples mythiques. « La succession n’est pas totalement close, mais tout
est écrit dans le testament de Pierre Bergé. Il a tout prévu et je ne fais que respecter ses volontés », souligne, sans beaucoup d’affect, Madison Cox.
Une partie du produit de la vente de sa
collection ainsi que celui de ses résidences seront versés aux deux fondations.
« L’appartement de la rue Bonaparte, décoré par François-Joseph Graf, ainsi que
le mas Théo à Saint-Rémy-de-Provence,
aménagé par Jacques Grange, sont vendus au profit de la fondation parisienne.
Celle de la villa Mabrouka de Tanger ira
grossir les fonds de la fondation marocaine », explique Madison Cox. « Mon but
est que la fondation de Paris existe pour
au moins cinquante ans, ajoute-t-il. Je
dois tout réorganiser en interne et mettre
de l’ordre dans les finances pour qu’elle
perdure quand je ne serai plus là. En revanche, Marrakech qui devrait atteindre
le million d’entrées s’autofinance. Entre le
nouveau musée, le Musée berbère et la villa Oasis (dont le contenu n’est pas à
vendre car il a été légué à la fondation
Jardin Majorelle, NDLR), nous voulons
faire un grand complexe culturel pour la
ville en transformant aussi la maison
d’amis dans les jardins, en centre de recherche Pierre Bergé et en bibliothèque. Je
souhaite ouvrir à la visite la partie privée
de la maison Oasis à Marrakech restée intacte avec tout son mobilier. »
Une collection éclectique
Trois jours de vente seront nécessaires
pour venir à bout de cet ensemble de
1 200 lots (regroupés en 800 numéros)
qui ont fait l’objet d’un fastidieux inventaire de succession par l’étude Rémy
Le Fur. Curieux de tout, Pierre Bergé
avait rassemblé une collection éclectique depuis l’Antiquité jusqu’à l’art moderne. Il aimait aussi bien les vanités des
XVIe et XVIIe siècles que les tableaux
orientalistes, le mobilier ancien, l’art islamique, africain ou asiatique, et bien
sûr les livres. Au cœur de sa collection,
dix tableaux de Bernard Buffet témoignent du lien entre ces deux personnalités dans les années 1950. Ceux-ci
avaient été prêtés par Pierre Bergé pour
la rétrospective au Musée d’art moderne de la Ville de Paris en 2016, et, plus
récemment, au Musée Estrine à SaintRémy-de-Provence, pour une exposition visible jusqu’au 23 septembre. Il y a
fort à penser que Madison Cox fera don à
ce dernier de toiles, notamment l’autoportrait sur fond noir de 1956. De même
que la collection de santibelli (santons
provençaux).
On a parlé d’un goût Saint Laurent,
indissociable de celui de Bergé. Difficile
de savoir lequel est prédominant. Yves a
adoré les Lalanne. Pierre, les émaux
cloisonnés de Limoges. Chacun a nourri
l’autre. Qu’en est-il de Pierre, sans
Yves ? « Il faut pousser les portes “d’une
demeure l’autre”, titre de la vente, entre
Paris, la Normandie, Saint-Rémy, et
Tanger pour en prendre la mesure », explique Mario Tavella, président de Sotheby’s France et Europe. Cette vente
met fin à des années de folles passions
pour l’art comme le siècle futur n’en
engendrera plus.
« Je ne crois pas à la possession. L’art
a toujours été, pour moi et Yves, en
transit. Tout doit s’envoler un jour »,
avait déclaré Pierre Bergé au moment
de la vente de sa bibliothèque. Dont
acte. « Avec Pierre, j’ai appris à me délester avec sagesse, sans m’appesantir
sur le passé, poursuit Madison Cox.
L’important pour lui était d’avoir toujours de nouveaux projets. » Concernant les prix littéraires créés par Bergé,
le soutien apporté à la maison Cocteau
à Milly-la-Forêt et à celle d’Émile Zola
à Médan, si le légataire assure qu’il
« ne les abandonnera pas », il dit réfléchir sur les engagements financiers à
venir. ■
Le petit salon de l’hôtel
particulier de Pierre Bergé
à Saint-Germain-des-Prés, à
Paris. SOTHEBY’S/ART DIGITAL STUDIO
5
à8
millions d’euros
C’est l’estimation totale
de la vente découpée
Majorelle, un nom convoité et disputé
ARIANE BAVELIER£@arianebavelier
Paysagiste de renom, Madison Cox ne
fait pas mystère de sa passion pour le
jardin Majorelle. De l’héritage que lui a
laissé Pierre Bergé, c’est l’endroit qu’il
apprécie le plus. Par goût, mais aussi
parce que la visite du jardin, du musée
Berbère et de la fondation musée YvesSaint-Laurent qui y a été ouverte en
septembre, reste une étape obligée
dans le parcours du touriste à Marrakech. La manne qu’il offre garantit
l’avenir : 1 million de visiteurs payants
dans l’année ! Une épine se dresse,
pourtant, avec action judiciaire cette
semaine après une médiation d’un an
qui n’a pas abouti.
Michel Pidancet, petit-fils de cœur de
Jacques Majorelle, légataire des droits
d’auteur du peintre-paysagiste, a déposé en 2012 à titre de marque européenne
la signature de son grand-père et le
nom de l’artiste. Il a passé son enfance
dans le jardin, auprès du peintre aux
mains vertes. Il en garde, outre des souvenirs éblouis, une parcelle de 900 m2, à
l’emplacement des serres, où il aimerait
ouvrir un musée dédié à son grand-père. À sa plus grande surprise, « ce dépôt
a donné lieu à une virulente opposition de
la part de la société autoproclamée Jardin
Majorelle se prévalant de ses prétendus
droits antérieurs sur les marques communautaires Jardin Majorelle et Majorelle ». En avril 2013, Michel Pidancet assigne la société Jardin Majorelle pour
Le jardin Majorelle, à Marrakech,
au Maroc. C. BOWMAN/R. HARDING/AFP
qu’elle cesse l’exploitation de ces dénominations. Il perd en première instance,
faute d’avoir assez démontré le caractère original des jardins Majorelle, et faute
surtout d’avoir apporté le document selon lequel sa mère Marie-Thérèse Hammann, seconde épouse de Majorelle, lui
avait transmis l’exercice du droit moral,
ce dont elle lui a depuis donné mandat.
Hommage vibrant
Dans l’appel interjeté aujourd’hui devant la cour d’appel de Paris, Michel
Pidancet a d’autant plus beau jeu de
démontrer le caractère original des
jardins Majorelle que Pierre Bergé,
Yves Saint Laurent et Madison Cox
rendent à longueur d’ouvrages qu’ils
ont publiés sur le sujet un hommage
vibrant à l’exceptionnel talent de paysagiste de Jacques Majorelle. Ils le portraiturent comme un peintre jardinier
à l’égal de Claude Monet à Giverny, expliquent avoir simplement remis son
jardin en état, restauration assez simple puisque quatre ans seulement
s’écoulent entre la mort de Majorelle et
le rachat d’une partie des jardins par…
« des sociétés panaméennes dans l’intérêt de Pierre Bergé », lit-on dans la
synthèse de Julie de Lassus Saint-Geniès, avocate de Michel Pidancet. Or, la
jurisprudence a déjà considéré que les
jardins pouvaient, en tant qu’œuvre de
l’esprit, être protégés par le droit
d’auteur. Les marques Jardin Majorelle
et Majorelle, déposées par Pierre Bergé, porteraient atteinte au droit
d’auteur, au droit patrimonial, au droit
de paternité, à l’intégrité de l’œuvre,
et au nom de Jacques Majorelle
d’autant que la marque Majorelle sert à
désigner des produits d’entretien et
cosmétiques vendus comme produits
dérivés. Et que « le » jardin Majorelle
n’a jamais existé comme tel. Le peintre
avait composé quatre jardins, comme
quatre paysages, séparés à sa mort, et
désignés depuis leur création sous le
nom des jardins Majorelle… « Cela ne
nous inquiète guère », dit Madison Cox,
confiant dans l’extrême méticulosité
des juristes de Pierre Bergé. ■
en 800 lots. On y trouve
des tableaux
de Bernard Buffet
(ci-dessus : Autoportrait
sur fond noir, 1956,
estimation
non communiquée),
un masque
de Pablo Picasso,
des pièces des Lalanne
et des émaux
de Limoges
1
million
de visiteurs sont
attendus cette année
à la Fondation
Jardin Majorelle
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LE FIGARO
jeudi 7 juin 2018
CULTURE
29
Esa-Pekka
Salonen : « Le
maestro n’est
qu’un mythe »
ENTRETIEN Le chef, qui célèbre ce mois-ci
ses 60 ans, est l’invité exceptionnel du
Festival de Saint-Denis, où il se produira
le 26 juin avec le Philharmonia de Londres.
P
PROPOS RECUEILLIS PAR
THIERRY HILLÉRITEAU
£@thilleriteau
oursuivant sur la lancée
de son 50e anniversaire, le Festival de
Saint-Denis, qui marie dans la basilique
des rois de France grand répertoire et
création, s’offre cette année encore une
affiche superlative, où les grands noms
de la direction seront à l’honneur. Outre
le retour de John Eliot Gardiner et en attendant l’événement que constituera la
venue de Valery Gergiev pour deux
concerts (l’un avec le Mariinsky et
l’autre avec le National de France), la
manifestation déroule le tapis rouge au
plus francophile des Finlandais : EsaPekka Salonen. Rencontre avec un héritier spirituel de Bernstein, aussi engagé
comme chef que comme compositeur et
pédagogue.
LE FIGARO. - 2018 voit votre dixième
année de collaboration à la tête
du Philharmonia Orchestra. Comment
expliquez-vous une telle idylle ?
Esa-Pekka SALONEN. - Le lien qui unit
un orchestre et un chef d’orchestre est
l’une des choses les plus mystérieuses
qui soit. Comment expliquer que le
même geste, exécuté par un autre directeur, puisse produire avec le même
orchestre une réaction opposée ? Il n’y a
aucune réponse rationnelle à cette question. Pas plus que pour définir l’amour
entre deux êtres. Ce qui est sûr, c’est que
vous sentez dès la première audition
qu’il y a quelque chose dans l’air. Lorsque j’étais plus jeune, ce quelque chose
“
L’éducation est le champ
de bataille des orchestres
de demain
”
ESA-PEKKA SALONEN
allait déterminer votre vie de chef pour
les vingt prochaines années. Aujourd’hui c’est différent.
En quel sens ?
De nos jours, les chefs menant carrière
internationale cumulent généralement
trois postes de directeur musical dans
trois orchestres différents. Cela n’a jamais été ma conception. Je n’aurai
jamais plus d’un orchestre comme chef
permanent. Il me semble que c’est la
Esa-Pekka Salonen dirige l’orchestre philharmonique de New York, le 4 avril au David Geffen Hall.
condition sine qua non pour que les musiciens sentent qu’ils sont votre priorité
absolue.
Une relation exclusive
n’engendre-t-elle pas la routine ?
J’ai donné mon premier concert avec le
Philharmonia en 1983. Trois musiciens
de cette époque font encore partie des
rangs. J’ai depuis vu se succéder deux
générations d’instrumentistes, dont la
dernière est dans la vingtaine et sort à
peine de l’école. La question du renouvellement fait partie de l’ADN de n’importe quel orchestre. Voir ces jeunes apprendre à parler Philharmonia, à sonner
Philharmonia est magique.
Est-ce le répertoire qui forge le son
d’un orchestre ou le son qui induit
son répertoire ?
Ni l’un ni l’autre. La plupart des orchestres symphoniques se sont fixé comme
point de gravité la musique germanique
de la fin du XVIIIe et du XIXe siècle. C’est
le répertoire dans lequel tous veulent
qu’on les trouve bons, mais en réalité ce
point de gravité est une vision de l’esprit.
Car très peu d’orchestres s’aventurent
avant Haydn. Et s’ils le font c’est seulement pour aborder à titre exceptionnel
la Passion selon saint Jean de Bach.
Notre époque n’est-elle pas
à l’hyperspécialisation ?
En musique, c’est quelque chose qui m’a
toujours semblé étrange. Au Festival de
Saint-Denis, nous allons jouer les GurreLieder de Schoenberg dans une basilique
du XIIe siècle. Récemment, nous avons
fait dialoguer le baroque Heinrich Biber
avec une nouvelle œuvre d’Unsuk Chin.
Cela ne pose aucun problème. Les jeunes
instrumentistes de l’orchestre ont tous
étudié la pratique des instruments
d’époque et des cordes en boyau. Si l’expertise est là pourquoi ne pas élargir le
répertoire ?
Tous les chefs n’ont pas la même
appétence que vous pour la création…
Atavisme de compositeur ?
Dans le système finlandais, d’où je
viens, il n’y a pas comme ici de hiérarchie. Chef d’orchestre, compositeur,
instrumentiste, chanteur… tout le mon-
HIROYUKI ITO/GETTY IMAGES
de participe à la vie musicale, et nous
sommes tous considérés à égalité comme musiciens, dès l’école. Le concept de
maestro n’existe pas. Pour moi, ce n’est
qu’une mythologie à laquelle je ne
m’intéresse pas.
Avec le Philharmonia, vous avez fait
de l’éducation une priorité. Mais est-ce
là le rôle de grands orchestres ?
Plus que leur rôle, l’éducation est le
champ de bataille des orchestres de demain. Face aux défis d’une société qui
fonctionne de plus en plus à l’événement, la culture classique est une cible
facile si elle n’intègre pas que sa base
comme sa structure doivent changer
pour anticiper les attentes d’un public,
lui aussi en pleine mutation. Or le niveau
des jeunes musiciens n’a jamais été aussi
bon. Et l’Europe aura rarement vu naître
autant de nouvelles salles symphoniques
que ces dernières années. Il est capital de
ne pas faire de cette heureuse conjonction un rendez-vous manqué. ■
Festival de Saint-Denis (93) :
jusqu’au 4 juillet.
www.festival-saint-denis.com
Les Monet de la discorde
POLÉMIQUE Le Musée Marmottan de Paris
annule son prêt d’une exposition clefs en main
à un tout nouveau musée bordelais.
st-ce une nouvelle preuve de
la condescendance de « Paris » vis-à-vis de la province,
comme le pense le propriétaire du musée bordelais Mer
Marine ? Ou une histoire de non-respect contractuel, comme l’avance le
Musée Marmottan ?
Alors que le nouveau musée Mer
Marine avait annoncé l’exposition de
57 toiles et dessins de Monet dans ses
murs, à partir du 15 juin, le Musée
Marmottan a mis fin au contrat de
prêt, faute d’avoir reçu les certificats
d’assurance. Selon l’accord qui liait les
deux parties, ceux-ci devaient être
envoyés « au plus tard le 31 mai 2018 ».
Faute de quoi l’accord tombait de luimême.
« Nous possédons une des plus importantes collections de chefs-d’œuvre
de Claude Monet et il aurait été impensable d’envoyer 57 dessins et toiles sans
assurance », explique Patrick de Carolis, directeur de Marmottan. Ce dernier affirme s’être rendu à plusieurs
reprises sur le chantier du musée Mer
Marine, qui n’est toujours pas achevé
dans sa globalité, et avoir mis deux fois
en demeure le propriétaire de fournir
les papiers nécessaires.
« C’est un peu fort de dire cela ! Le
31 mai, nous étions tous en réunion avec
l’assureur », assure Norbert Fradin,
l’entrepreneur qui a financé le nouveau musée, « le retard des certificats
est dû à cela et pas à autre chose ».
Mais les raisons de l’annulation
semblent venir de plus loin. Dans un
texte de deux pages, baptisé « Pourquoi l’exposition est annulée », le Musée Marmottan parle de nombreuses
mises en garde faites depuis un an au
propriétaire du musée Mer Marine.
E
« Le chantier a pris du retard, et nous
avons prévenu que nous ne pouvions
plus prêter les œuvres après une certaine date, car elles étaient attendues à
Vienne, poursuit de Carolis. En novembre 2017, il n’y avait toujours pas
d’équipes professionnelles recrutées.
Or, un musée, ce n’est pas que quatre
murs climatisés, c’est aussi un ensemble
de compétences. »
250 000 euros de « fees »
De son côté, Norbert Fradin a fait appel à un huissier, le 4 juin, afin qu’il
dresse un constat sur le niveau de sécurité du musée. Selon le procès-verbal, la « climatisation est en marche »,
le système d’alarme « fonctionne » et il
n’y a pas de poussière dans les salles.
« J’ai fait ce qu’il fallait », jure le propriétaire, qui a commencé à calculer
son « préjudice ». « Entre les fees, les
catalogues, les frais de publicité, les
billets prévendus qu’il a fallu rembourser, il s’élève à plusieurs centaines de
milliers d’euros », affirme-t-il. L’exposition Monet, mise sur pied par
Marmottan, est dite « clés en mains ».
Elle se traduit donc par le versement
de « fees » pour celui qui l’accueille.
Le montant n’est pas public, mais il
tournerait autour de 250 000 euros.
Le promoteur immobilier aimerait
trouver « un arrangement » avec le directeur de Marmottan et se dit ouvert à
toutes propositions. Mais pour l’instant,
« Paris » reste ferme sur positions.
« J’ai essayé de donner une chance à ce
projet, qui aurait permis à Bordeaux de
redécouvrir Monet, assure Patrick de
Carolis, mais cela n’a pas pu se faire. »
Une question reste entière : pourquoi Marmottan a-t-il fait affaire
avec un musée privé, initié par un
homme d’affaires, et encore en
construction ? Ce n’était sans doute
pas la meilleure manière de minimiser les risques. ■
A
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
30 CULTURE
Bertrand Cantat, voix sans issue
CHRONIQUE Le chanteur se produit ce soir au Zénith de Paris dans un contexte potentiellement explosif.
LA MUSIQUE
Olivier Nuc
onuc@lefigaro.fr
a tournée de Bertrand Cantat, amorcée le 1er mars dernier à La Rochelle, devait faire étape à l’Olympia les 29 et
30 mai derniers. Pourtant, le
2 mai, la direction de la salle parisienne a renoncé à accueillir le chanteur.
Le motif ? « Des risques sérieux de
trouble à l’ordre public. » En prenant
cette décision, l’Olympia ajoutait un
nouveau rebondissement au feuilleton
pathétique lié à la sortie du premier
disque solo de l’ancien chanteur de
Noir Désir et de sa première tournée
sous son nom. Avant même la parution
d’Amor Fati, en décembre, la une que
lui consacraient Les Inrockuptibles le
11 octobre avait mis le feu aux poudres.
La secrétaire d’État chargée de l’égalité entre femmes et hommes, Marlène
Schiappa, s’était indignée sur Twitter
en ces termes : « Et au nom de quoi devons-nous supporter la promo de celui
qui a assassiné Marie Trintignant à
L
coups de poing ? » Dans le contexte des
révélations du comportement de Harvey Weinstein, Bertrand Cantat, responsable de la mort de Marie Trintignant en 2003 suite aux dix-neuf
coups qu’il lui avait portés, devenait le
symbole français de la violence faite
aux femmes. Condamné, l’homme a
purgé une peine de prison. Aux yeux
de la justice, Cantat est depuis sa libération, en octobre 2007, libre de se
réinsérer dans la société, et doit pouvoir continuer à exercer son activité
de musicien.
Pas de tournée cet été
Juste avant la sortie de l’album, une
enquête de nos confrères du Point allait relancer une affaire classée sans
suite par la justice, celle du suicide de
la mère de ses enfants, Krisztina Rady.
Dans la foulée, Yael Mellul, ancienne
avocate et présidente de l’association
Femme et Libre, demandait la réouverture de l’enquête sur cette mort.
Peu de temps après ces premiers
concerts, en mars, Bertrand Cantat a
renoncé à sa tournée estivale. « Pour
mettre fin à toutes les polémiques et faire cesser les pressions sur les organisateurs, j’ai décidé de retirer notre projet
Bertrand Cantat sur scène, le 1er mars à La Rochelle.
de tous les festivals d’été », expliquaitil alors dans un communiqué. Sa présence à l’affiche d’événements familiaux était devenue indéfendable. Sa
prestation dans le cadre de l’Ardèche
Aluna Festival avait été annulée sous la
pression de festivaliers et de mécènes,
comme de celle prévue à Saint-Nazai-
XAVIER LEOTY/AFP
re, sur ordre du maire lui-même. Le
15 mars, une soixantaine de défenseurs
des droits des femmes invectivait les
spectateurs du concert de Montpellier
aux abords de la salle. Même chose à
Grenoble. Pourtant, au fil de l’avancement de la tournée, ces manifestations
se sont tassées. Ils n’étaient plus
qu’une vingtaine à protester lors des
dernières dates, les 4 et 5 juin à Nantes. Victime d’un lumbago, le chanteur
de 54 ans avait dû déprogrammer les
concerts prévus dans cette ville, tout
comme ceux de Lille et Bruxelles, début mai. Après la date parisienne de ce
soir, la tournée Amor Fati s’achèvera
par des étapes dans ces villes (Lille le
9 juin et Bruxelles le 10 juin).
Le Zénith de Paris sera-t-il le théâtre d’une mobilisation plus importante
de la part des associations de défense
des droits des femmes ? Du côté de la
salle, on réfute toute polémique. Daniel Colling, patron du Zénith, a expliqué : « Le Zénith est une salle privée,
dont je suis simplement l’exploitant. Je
ne voyais aucune raison de refuser de
louer ma salle à Cantat. » Dans la mesure où rien qui ne soit exprimé sur
scène ne constitue de trouble à l’ordre
public, il est normal de permettre aux
amateurs du chanteur de pouvoir l’applaudir. Même s’il semble difficile
d’imaginer un avenir plus propice à
une tournée de Cantat. En affichant ce
jour le chanteur à sa une avec le titre
« Cantat a-t-il le droit de chanter ? »,
nos confrères de L’Obs relancent une
histoire qui ne finira jamais. ■
À Nîmes, un musée dans l’arène
ARTS Le nouveau Musée de la romanité est critiqué pour sa trop grande proximité avec l’amphithéâtre antique.
S
Gard ou encore la cité d’Orange
classés au patrimoine mondial dès
le début des années 1980.
ÉRIC BIETRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
A
ENVOYÉ SPÉCIAL À NÎMES
ur le thème de « l’Antiquité au présent » la ville de Nîmes
est candidate au patrimoine mondial de l’Unesco. Mais ces deux
temps s’harmonisent-ils dans la
réalisation inaugurée le 2 juin dernier par Carole Delga, présidente de
la région Occitanie-Pyrénées-Méditerranée, et la ministre de la
Culture Françoise Nyssen ? La
veille, les experts du Conseil international des monuments et des sites
(Icomos) jetaient un pavé dans la
mare. Dans leur rapport d’évaluation, ils critiquent vertement le
nouveau Musée de la romanité
construit par Elizabeth de Portzamparc. Situé à proximité de l’amphithéâtre le plus abouti et le mieux
conservé du monde romain, il
constituerait « une menace grave
pour son intégrité ».
Sur place on dénonce la partialité
de l’Icomos, « instrumentalisé géopolitiquement ». « Pour abriter les
trésors antiques et sur ce qui était
auparavant une friche urbaine inacceptable, nous avons voulu, face aux
arènes, un geste contemporain comparable à celui de Norman Foster et
son Carré d’art, cube de verre
construit en 1993 à proximité de l’un
des autres monuments romains phares de la ville, la Maison carrée »,
plaide sur place Daniel-Jean Valade, adjoint à la culture auprès du
maire LR Jean-Paul Fournier.
Mais, comme en 1993, ce choix et
son coût - près de 60 M€, dont 35,4
supportés par la Ville seule - divisent. Certains Nîmois qualifient de
« chef-d’œuvre » la façade carrée
constituée de milliers de lamelles de
verre sérigraphié évoquant, selon sa
conceptrice, « le drapé d’une toge ou
une mosaïque ». D’autres dénoncent
« la pollution visuelle horrible et coûteuse » de ce bloc de métal gris et de
verre de 9 200 m2. « Regardez les urbanismes passés : durant l’Antiquité,
l’amphithéâtre frôlait le rempart, et au
XVIIIe toute la ville tournait autour »,
fait remarquer un guide local.
Le musée est organisé autour
d’une rue intérieure suivant le tracé
de l’ancien rempart augustéen
marqué au sol sur le parvis et apparent lorsqu’on débouche à l’arrière,
sur un jardin en espaliers. Ces
3 500 m2 déclinent par strates les
espèces, gauloises, romaines et médiévales, méditerranéennes. Le
sous-sol est notamment doté d’un
espace de 630 m2 dédié aux expositions temporaires et d’un petit
auditorium. Au sommet un toitpromenade végétalisé, clin d’œil à
« Un processus complexe »
Inauguré le 2 juin,
le Musée de la romanité
divise les Nîmois.
S. RAMILLON/VILLE DE NÎMES
Oscar Niemeyer, se trouve également ouvert à tous. Il offre un panorama exceptionnel non seulement sur l’amphithéâtre mais aussi
sur un magnifique champ de tuiles
traditionnelles.
À l’intérieur un spectaculaire escalier verre et aluminium brossé et à
double révolution conduit à deux
niveaux de plateaux plus mezzanine.
Un café et un restaurant ouvert par
Franck Putelat (2 étoiles au Michelin
pour sa table Le Parc à Carcassonne)
complètent l’équipement.
« Concernant la juxtaposition de
bâtiments contemporains au patrimoine antique, de la Pyramide du
Louvre au Musée de l’Acropole à
Athènes, en passant ici par le Carré
d’art, on observe souvent, au début,
des réticences, remarque Elizabeth
de Portzamparc. Toutefois, ces
œuvres ont, par la suite, été reconnues
comme dignes de celles du passé… »
Espérant mieux tirer profit de la
manne touristique que représentent les monuments romains dans la
région (leur fréquentation a bondi
de 50 % en 10 ans), Nîmes mise
donc gros sur son passé propre,
principale source de ses revenus
aujourd’hui. Reste que dans le domaine elle a des décennies de retard
sur les sites voisins, tels le vaste
« Musée bleu » qu’Arles a créé dès
1995 le long du Rhône, le pont du
« Aujourd’hui le processus de reconnaissance par l’Unesco est beaucoup
plus long et complexe », regrette
Mary Bourgade, adjointe chargée du
tourisme et de la candidature. Même
si l’analyse comparative effectuée
par les experts de l’Icomos n’a pas
démontré que « Nîmes se distinguait
suffisamment d’autres villes aux origines romaines similaires » elle se
veut toujours confiante. « On a un
bon dossier. Ce qui est important,
c’est que l’État français nous soutienne. » « Avec la Maison carrée, l’amphithéâtre, le sanctuaire de la Fontaine, le bassin de la Source, le temple de
Diane, le Castellum aquae et les fondations du rempart, tous extrêmement bien conservés et d’ores et déjà
protégés au titre des Monuments historiques, notre cité mérite la première
place de la romanité en France », enchérit Daniel-Jean Valade qui sait
qu’un label Unesco « c’est automatiquement 30 % de touristes en plus ».
Nîmes, Rome française ? Arles
conteste bien sûr cette prétention.
Mais aussi Narbonne qui aura aussi
son musée griffé Foster d’ici à deux
ans. Dans l’intervalle, en ce qui
concerne Nîmes, la réponse du comité du patrimoine mondial de
l’Unesco interviendra entre le
24 juin et le 4 juillet, période de sa
session annuelle à Bahreïn. ■
Musée de la romanité, Nîmes (30). 8 €
plein tarif avec accès à l’amphithéâtre
géré par Culturespaces.
Tél. : 04 48 21 02 10.
www.museedelaromanite.fr
Du pain, du vin et des jeux
Les gladiateurs sont au cœur de la
première exposition temporaire du
musée de la Romanité. Cette présentation, conçue par la conservatrice du Colisée de Rome, est un
événement clefs en main qui a déjà
beaucoup tourné à travers le monde. À Nîmes, les terribles casques,
les genouillères magnifiquement
ouvragées, les fresques, pierres
tombales et instruments de musique venus de Pompéi et d’une dizaine de musées italiens seront visibles jusqu’au 24 septembre.
Aux étages, les collections permanentes, moins spectaculaires,
n’en sont pas moins passionnantes.
Mosaïques, fresques, statues, objets
de la vie quotidienne : les quelque
5 000 pièces présentées (40 % de
plus qu’auparavant) sont disposées
sur 3 500 m². On les comprend
mieux que lorsqu’elles se trouvaient
à l’étroit dans l’ancien musée. Le
parcours, chronologique et thématique, va du VIIe siècle avant notre
ère et jusqu’au Moyen Âge. Et
même jusqu’aux savants collectionneurs locaux du XIXe siècle. Ainsi
l’archéologue et architecte Auguste
Pelet, auteur de magnifiques maquettes en liège de monuments du
monde romain. Chateaubriand et
Mérimée les admiraient.
Partout la scénographie s’appuie
sur de nombreux dispositifs de réalité augmentée, écrans immersifs,
cartes et chronologies interactives.
Au premier niveau une maison gauloise a été reconstituée à l’échelle
avec son sol en terre battue et son
mobilier original. Plus loin c’est une
chambre à coucher romaine, fort
rare, avec sa polychromie pétaradante qu’on découvre. Fierté de
toute la région, un fragment du
Sanctuaire de la Fontaine domine
l’atrium central haut de 17 mètres.
« Il s’agit d’une allusion à la source
originelle et à sa divinité, Nemausus,
qui ont donné naissance à Nîmes »,
explique la conservatrice en chef
Dominique Darde. Parmi les bronzes et marbres, dans un état parfois
exceptionnel, et pour certains encore jamais dévoilés, signalons un
Enfant au chien tiré des fouilles du
quartier des Halles en 1989. De ce
même Ier siècle ap. J.-C., date la
nymphe en calcaire découverte en
1958, route de Beaucaire. Particulièrement belle également, la mosaïque du IIe siècle contant le meur-
tre de Penthée par sa mère Agavé,
extraite en 2006-2007 au niveau du
parking Jean-Jaurès. Celle dite de
Bellérophon se trouvait avant 1951
sous le boulevard Gambetta. L’usage des objets du quotidien est évoqué chaque fois que le contexte de la
découverte est connu. Ainsi on perçoit mieux le rôle polyvalent que
jouait la colonie latine de Nemausus
et les liens qu’elle entretenait avec
ses satellites. Le célèbre sarcophage
de Valbonne ouvre l’époque médiévale. Non loin, avec quelques hauts
et bas-reliefs de la cathédrale ancienne, on remarque des vestiges
plus modestes. Ce sont ceux de
l’une des deux églises qui avaient
été érigées à l’intérieur de l’amphithéâtre, car celui-ci fut squatté jusqu’au XVIIe siècle… ■
É. B.-R.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 7 juin 2018
VOYAGE
31
Deauville
en résidence
5 étoiles
ENVOYÉE SPÉCIALE À DEAUVILLE
e bâtiment en forme de U
a fière allure. Chic et décontracté, à
l’image de Deauville. Multicolore et
joyeux comme les parasols des plages
municipales de la station reine de la
côte Fleurie. L’ensemble se compose de
plusieurs éléments collés-serrés. On
dirait un jeu de construction aux pièces
savamment dépareillées et drôlement
bien agencées. « Chaque édifice a sa
propre personnalité, son style et ses couleurs », confirme Xavier Bohl, l’architecte urbaniste de ce Lego de trois étages, teintés de jaune, coquille d’œuf,
vert amande, rouge, brun, bleu canard,
turquoise… Colombages, volets en bois,
briques, tuiles, ardoises, c’est du néonormand pur jus. Rien n’a été oublié,
pas même ces (faux) petits chats typiques de la région, posés sur les toits et
censés jouer les épouvantails à
goélands.
Cette nouvelle résidence Pierre
& Vacances abrite 133 appartements
de 45 m² à 120 m², parmi lesquels
83 trois-pièces, 30 deux-pièces et
20 quatre-pièces, quasiment tous
ouverts sur un large balcon-terrasse et
équipés d’une salle de bains ou douche
par chambre. La jeune décoratrice Sophie Vallat a choisi un design aux tons
clairs et reposants, beige, gris, bleu,
sans rupture avec les nuances du ciel
et les galets normands. Il y a aussi des
photos du Deauville d’hier et
d’aujourd’hui : en couleur, les fameux
parasols à jupe, une exclusivité locale,
fabriqués dans les ateliers de la ville ;
en noir et blanc, des agrandissements
d’images des Années folles, piochées
dans les archives de la Bibliothèque
nationale.
Une piscine extérieure
chauffée
Au chapitre parties communes, la réception est, bonne nouvelle, ouverte
24 heures sur 24. Il y a bien sûr un
espace détente équipé d’une salle de
cardio, d’un spa Deep Nature (trois cabines de soin, une grotte de sel) et
d’une piscine intérieure. Superbement
installée sous une verrière, celle-ci
offre également un accès direct, via un
sas, à un deuxième bassin, extérieur
celui-là, chauffé et ouvert à l’année.
Entouré d’une armée de transats et
d’amusants « fauteuils cabines » (on
dirait des œufs) en osier plastifié, ce
miroir à l’air libre occupe une position
stratégique. C’est la pépite du « U »
formé par les bâtiments. La salle du
petit-déjeuner et la salle de jeux des
enfants donnent également sur cette
esplanade cultivée en jardin paysagé,
tout en pelouses, rhododendrons,
palmiers de Chine, pas japonais…
Question standing, cette troisième
adresse deauvillaise de Pierre & Vacances, propose le top du top, « Premium
5-étoiles » en jargon maison. Et comme, jusqu’à présent, seules quelques
alpines haut perchées à Avoriaz, Flaine
et Arc 1950 jouaient dans cette cour, la
résidence normande s’affiche, de fait,
comme la première du genre au niveau
de la mer. Mais son originalité tient
surtout dans sa situation géographique : la presqu’île de la Touques. À
deux pas de la gare, cette langue de
terre de 6 ha, est « le » quartier en
devenir de la station, bordé, d’un côté,
par le petit fleuve côtier (la Touques)
qui se jette dans la Manche entre
Deauville et Trouville, et de l’autre par
le port de plaisance. Le U de la résidence s’ouvre d’ailleurs sur ce bassin à
flots. Du coup, le vieux Yacht-Club,
ancré juste en face, quai de la Marine,
depuis 1928, accuse son âge. Son lifting
est prévu. Car maintenant, plus question de faire tache dans l’environnement de la presqu’île en vis-à-vis.
Il n’y a pas si longtemps, celle-ci
était encore une friche industrielle,
souvenir du port de commerce creusé, en 1860, par le duc de Morny, le
créateur de Deauville. Depuis quelques années, Deauvillais et habitués
de la station suivent avec intérêt
l’avancement des travaux. L’endroit
prend bel et bien tournure. Après la
rénovation de l’immeuble de l’Horloge en habitations, la construction de
jolies maisons individuelles et l’aménagement d’une promenade en planches (en bois d’azobé, comme leurs
glorieuses aînées qui longent la plage
depuis 1923), la résidence Pierre
& Vacances marque une nouvelle étape dans la rénovation du quartier.
La troisième adresse deauvillaise de Pierre & Vacances abrite 133 appartements haut de gamme de 45 m² à 120 m².
Dès 1989, Gérard Brémond, le président fondateur de Pierre & Vacances, y
avait racheté des terrains à Vincent
Bolloré. « J’ai mis vingt-cinq ans à obtenir le permis de construire. La naissance
de cette résidence fut la plus longue de
toute l’histoire du groupe qui en possède
tout de même 300 en Europe, a-t-il
souligné le 25 mai en baptisant, enfin,
son nouveau bébé. Et sans la ténacité du
maire de Deauville, Philippe Augier,
jamais elle ne serait sortie de terre ». Car
dès son élection, il y a dix-sept ans,
l’édile avait souscrit au projet. C’était
sans compter avec les tracasseries de
l’administration, la crise économique
de 2008, le rachat par la Ville, parcelle
par parcelle, du reste des terrains et de
celui du Bâtiment des douanes, appartement par appartement… Car ce
splendide édifice est partie intégrante
du projet Pierre & Vacances, 27 appartements de mieux, une fois réhabilité.
Début du chantier en 2019 et fin des
travaux prévue en 2021. Pour l’heure,
seule l’aile qui longe la résidence toute
neuve a été relookée. Et Philippe Augier
de rappeler qu’« au XIXe siècle, le duc
de Morny n’avait mis que trois ans à faire
creuser le port et faire venir le chemin de
fer de Paris ». Comme quoi, même au
troisième millénaire, la maxime « Tout
vient à point à qui sait attendre » est
toujours d’actualité. ■
Résidence Premium presqu’île
de la Touques, appartement
de deux-pièces 1 679 € la semaine
en haute saison, trois-pièces 2 107 €,
quatre-pièces 2 641 €. Week-end
de 3 nuits, respectivement 810 €, 1 019 €
et 1 283 €. Parking couvert, 11 € la nuit
et 75 € la semaine. Tél. : 0892 702 180
et www.pierreetvacances.com
+ @SUR LE WEB
» EN VIDÉO - Suivez en direct de Nice
l’émission « Terminal F »
dédiée à la découverte des océans,
vendredi 8 juin à 11 heures
www.lefigaro.fr et Figaro Live
A
L
ANNIE BARBACCIA
abarbaccia@lefigaro.fr
GROUPE PVCP
DÉCOUVERTE Standing au top et situation
hors pair sur la presqu’île de la Touques,
Pierre & Vacances crée l’événement
dans la station normande.
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Prenez le temps
d 'être heureuse
ACTUELLEMENT CHEZ VOTRE
MARCHAND DE JOURNAUX
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LE FIGARO
STYLE
jeudi 7 juin 2018
33
À Paris, le prix LVMH célèbre
la jeune création du monde entier
CONCOURS Hier, à la Fondation Louis Vuitton, l’actrice Emma Stone décernait le grand prix de cette 5e édition
à Masayuki Ino, le Japonais derrière la marque Doublet.
M
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
« Un nouveau point de vue »
« Masayuki Ino a fait la différence avec
son approche inédite du merchandising.
Sa façon de renouveler la distribution et
de la mettre au service de sa créativité est
remarquable, justifie Delphine Arnault,
directrice générale adjointe de Louis
Vuitton et chef d’orchestre de ce prix. Il
nous a ainsi présenté une chemise à motifs destinée à être vendue en boutique
sous la forme d’un cintre drapé de tissu
compressé: une fois le cintre trempé dans
l’eau, il se déploie en vêtement. »
Le designer a également développé
une série de noodle boxes (les boîtes de
nouilles instantanées) contenant un teeshirt compacté à réhydrater. « Il est important de concilier la créativité et l’expérience pour le consommateur. À chaque
fois que je pense une collection, je cherche
à renouveler la façon dont elle va être reçue par celui qui l’achète. J’ai réalisé un
petit film pour expliquer le principe de ces
pièces compactées, qui est diffusé sur
YouTube et qui nous a valu une certaine
notoriété », dit-il en fin de journée, stoïque face aux questions des journalistes,
mais confessant qu’il ne réalise pas encore ce qu’il lui arrive. « Il est le premier
Japonais à décrocher ce prix, mais nous
avons également attribué le prix spécial à
Rok Hwang pour son label Rokh, qui est
coréen et cultive un univers personnel très
fort. De toute façon, il a été difficile de départager les neuf finalistes qui ont passé
toutes les épreuves depuis la sélection
parmi les 1 300 dossiers de départ. »
Cette journée est également une première pour Clare Waight Keller, nom-
Emma Stone et Delphine Arnault ont remis le prix LVMH 2018 à Masayuki Ino pour sa marque Doublet (à droite).
mée chez Givenchy en mars 2017. Trois
semaines après son coup d’éclat (signer
la robe de mariée de Meghan Markle),
elle s’accorde le temps de rencontrer
les derniers candidats en lice. « Ce prix
est un message positif pour notre industrie, raconte-elle. Je trouve fantastique
que ces jeunes aient à cœur de définir leur
propre identité, ils sont passionnés par ce
qu’ils font, et ne se plient pas aux tendances ou à ce qu’il se passe à l’extérieur. Ils apportent un nouveau point de
vue à la mode, et c’est vital pour nos métiers. »
ces millennials, le savoir-faire patrimonial, la rencontre avec d’autres expériences est inestimable. « Comme disait l’autre, les jeunes vont plus vite, mais
les vieux connaissent le chemin, plaisante M. Toledano. Je l’ai vu avec Marine
Serre, qui cette année a eu accès au mentoring sur les questions de production, de
juridique, d’immobilier, etc. Les créatifs
ne sont pas des gens candides, contrairement à la légende, mais des personnalités
qui conçoivent des produits destinés à
être vendus et portés. La dimension éco-
SOLVE SUNDSBO ; BENOIT PEVERELLI
nomique les accompagne dès leurs
débuts. »
Telle une Miss France (version punk)
en fin de mandat, Marine Serre déboule
à la Fondation Louis Vuitton. Elle va raconter son année au jury qui la plébiscitait l’an dernier, mais aussi encourager
les finalistes. « Bien sûr, je me rappelle
ce jour. Je me rends compte que j’ai passé
une étape et que j’ai survécu à cette année. J’ai appris tellement de choses… Aije changé ? Pas tant que ça, je porte le
même pantalon que l’an dernier, mais j’ai
un autre pull, donc tout va bien », rit-elle. Sa détermination, la force de son
univers imposent le respect de tous et
de Delphine Arnault en particulier :
« Marine est formidable, je suis ravie
qu’elle ait pu venir témoigner. C’est important ce retour d’expérience pour les
futures éditions. » ■
+ @SUR LE WEB
» Plus de mode
www.lefigaro.fr/madame
« Une démarche holistique »
Un point de vue fort qui s’affranchit des
courants esthétiques actuels, c’est le
manifeste discret du couple derrière
Kwaidan Editions, Léa Dickely et Hung
La. « Nous nous sommes lancés il y a un
an, et c’est un bon début. Nous essayons
de garder les choses sous contrôle, car
nous sommes seulement tous les deux
avec une assistante », explique la jeune
Française du duo. « Gagner ce type de
prix nous permettrait de dégager du
temps pour la création du côté de Léa et
pour le business et la production de mon
côté, ajoute Hung La. Je viens d’une famille d’entrepreneurs, j’aime ces aspects, la comptabilité, la communication… qui sont créatifs, car au service de
la création. »
Un discours qui résonne avec celui de
Sidney Toledano, l’ex-patron de Dior
devenu en février président de Fashion
Group au sein de LVMH, et nouveau
membre du jury. « Dans ce métier, vous
ne cessez de rencontrer des créateurs,
qu’ils soient des stars, des candidats, des
jeunes, des établis. Même au sein de
grandes marques, vous pouvez fonctionner comme des petites entreprises, c’était
le cas à l’époque où Hedi Slimane a repensé Dior Homme, dans une approche
qu’on qualifierait de nos jours de disruptive. » Il admire cette nouvelle génération aux ambitions entrepreneuriales.
« On vit une époque de grande transition,
l’innovation et la créativité sont fondamentales. Même au niveau d’un pays, il
est important de repenser nos modèles et
notre rôle est de favoriser cet élan, poursuit-il. Il y a dix jours, j’étais à VivaTech
qui fourmille de jeunes portant ce goût de
l’innovation. J’ai ce même sentiment dans
la mode. J’interviens régulièrement dans
des écoles comme l’IFM où je rencontre
des étudiants qui ont envie de démarrer
leur propre entreprise. C’était moins le
cas autrefois, ils rêvaient d’intégrer de
grandes sociétés. Ces finalistes montrent
cette capacité à interagir entre la communication, le digital, le merchandising,
le savoir-faire, le retail… Ils aspirent à
une vision globale, non parce qu’ils recherchent le pouvoir mais parce qu’ils
cultivent une démarche holistique. C’est
un modèle qui prévaut à tous les niveaux.
C’est ce que nous sommes en train de faire avec Hedi chez Céline et avec Clare
chez Givenchy. »
Une génération ne chasse pas la suivante. Au contraire, dans la bouche de
OFFRE LIMITÉE JUSQU’AU 13 JUIN
A
atthew
Adams
Dolan craque en sortant du grand oral.
Le jeune Américain vient de présenter
sa collection, le projet d’une vie, devant
le jury composé entre autres de Karl
Lagerfeld, Maria Grazia Chiuri, Marc
Jacobs, J.W. Anderson, Clare Waight
Keller, Nicolas Ghesquière… À peine
est-il parvenu à recouvrer son calme
que Bernard Arnault apparaît devant
lui. Il recommence son plaidoyer, son
« elevator pitch » (ce discours rodé
pour vendre un projet à un business
angel le temps d’un trajet en ascenseur)
à l’attention de l’homme d’affaires
comme s’il jouait sa carrière.
Non loin, Ludovic de Saint Sernin est
quelque peu dépité après son entretien.
« J’ai commencé à parler en français,
par réflexe, dit-il quelques minutes
après. J’ai dû recommencer en anglais.
En entrant dans cette pièce, face à ces
personnalités, j’ai véritablement pris
conscience des enjeux. Quand on est un
jeune designer, on est forcément fan de
ces gens. Alors, les voir là réunis… Ça
n’arrive qu’une fois par an, pour cet événement. » Parmi les questions du jury,
celle de l’usage de la dotation, s’il gagnait le grand prix. Que fait-on de
300 000 euros quand on a 27 ans et
l’envie d’en découdre avec l’industrie
de la mode ? « Depuis quelques mois,
j’ai transformé mon appartement en studio, en atelier, donc maintenant il faut
que je déménage. Et puis je voudrais employer les gens qui sont en stage à mes
côtés. » S’il ne remporte finalement pas
la compétition, il surmonte sa déception, bien conscient que ces quelques
mois ont accéléré sa visibilité et étoffé
son carnet d’adresses.
Le gagnant 2018 s’appelle Masayuki
Ino, le Japonais derrière le label Doublet.
Deux heures avant le résultat, on l’interroge sur cette journée particulière. Il
a rencontré « Karl-san », n’en revient
pas que M. Lagerfeld du haut de sa longue carrière se penche sur son travail,
lui qui fait défiler depuis moins de deux
ans sa mode aux références streetwear
et aux finitions sophistiquées. Parlant
difficilement l’anglais, il mettra quelques secondes à comprendre le verdict
énoncé par l’actrice Emma Stone décernant, au seul représentant du Japon,
« ce prix qui célèbre le talent, l’innovation et la création de demain, et constitue
une première étape pour accompagner
un designer dans son voyage professionnel et créatif », en français dans le texte.
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jeudi 7 juin 2018
34
IMMOBILIER
avec
BARNES VIAGER COMPÉTENCE ET CONFIANCE
01 55 61 40 27
viager@barnes-international.com
Stéphane Peu, député de Seine-Saint-Denis (PC), vice-président de la fédération des OPH (Offices publics de l’habitat).
« Il faut revoir la mécanique des aides au logement »
HLM, bail mobilité, coût du logement… à l’occasion de l’examen par les députés du projet de loi logement (ELAN) à l’Assemblée
nationale, Stéphane Peu nous livre ses analyses.
Par Olivier Marin @OlivierMarin1
sociaux aux locataires occupants, est-ce une
bonne mesure ?
STÉPHANE PEU : Vendre des logements HLM à ses
occupants, existe déjà, et depuis longtemps.
C’est une faculté offerte aux organismes HLM.
Il y en a 100.000 mis en vente chaque année et
8.000 sont vendus. Sur ces 8.000, 3.000 sont
vendus à leurs locataires et pour l’essentiel, il
s’agit de maisons individuelles. Dans l’habitat
collectif, cela ne fonctionne pas. Ce qui était
une faculté offerte aux organismes HLM va être
érigé en système. Le gouvernement considère
que les organismes doivent s’autofinancer et
que la vente de logements HLM est faite pour
autofinancer le système. C’est une façon pour
l’Etat de se désengager financièrement d’une
politique du logement modérée. C’est ça la philosophie de la vente HLM. Cela n’a rien à voir
avec une bienveillance à l’égard de locataires
qui souhaiteraient acheter. Je crains l’accroissement du ghetto et du séparatisme social et
territorial. Les organismes HLM risquent de
vendre là où cela va rapporter le plus, c’est-àdire dans les villes qui ont de l’attractivité, dans
les villes qui n’ont pas les 25 % de logements
HLM. Les maires ne seront consultés que pour
avis. Ce n’est pas bien de rompre le système de
financement du logement social. On risque d’en
faire un outil de spéculation et dans les quartiers populaires, de fabriquer des copropriétés
dégradées. Il faudrait au moins empêcher la
vente de ces logements HLM dans les villes qui
ne respectent pas la loi SRU.
Que pensez-vous du futur bail mobilité, location en
meublé de 1 à 10 mois, pour les personnes en mobilité professionnelle, couvert par la garantie Visale ?
C’est plutôt un bail précarité. Bien sûr, il faut
répondre aux besoins de mobilité mais telle que
la loi le prévoit cela va être une opportunité
offerte à des propriétaires de louer sur de
courtes durées à des prix relativement élevés
car il n’y a pas d’encadrement. Tout cela en
échappant à la contrainte du bail classique 3, 6, 9.
Si l’objectif est de remettre des logements
vacants sur le marché, c’est une bonne chose.
Mais il faut faire très attention à ce que le bail
classique ne dérive pas vers le bail mobilité car
plus rentable.
Le logement est cher en France. Comment produire du
logement abordable ?
Le sujet prioritaire du foncier n’est pas traité dans la
loi. Tous les professionnels du logement s’accordent
à dire que le sujet n°1, c’est la maîtrise foncière. Le
foncier, c’est la matière première du logement.
C’est l’obstacle majeur à la production de logement
abordable en plus grand nombre. Ensuite, il faut
revoir la mécanique des aides. Il faut en finir avec
les dispositifs d’investissement type Scellier qui
coûtent cher à l’Etat et privilégier l’accession à la
propriété. Il vaut mieux aider les gens qui ne sont
pas propriétaires à le devenir plutôt que de consacrer bcp d’argent à aider des propriétaires à devenir
multi-propriétaires. La loi de finance a réduit ou
supprimé de nombreux mécanismes d’aides comme
le PTZ en zone B2 et C et l’APL accession pour solvabiliser des ménages qui ne sont pas propriétaires.
Or, les dispositifs de défiscalisation se poursuivent
alors qu’ils sont condamnés par la Cour des
Comptes. C’est de l’argent public. Cela crée des inégalités patrimoniales, et un effet inflationniste sur
les prix. En France, le logement ne doit pas être
considéré comme une valeur marchande mais
comme un droit à valeur constitutionnelle.
En vidéo sur Explorimmo.com et dans Le Figaro Immobilier sur Lefigaro.fr
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faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien
proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
l’encontre de la copropriété à la date de la parution de l’annonce.
Les honoraires de l’agence immobilière et les commissions de
chaque bien sont consultables sur le site de l’annonceur.
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LE FIGARO
jeudi 7 juin 2018
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apalou@lefigaro.fr
On s’en foot
« La Coupe du monde »
Chaînes infos | Mercredi |
D
éjà, on n’en peut plus. Ras
le short. De quoi ? Eh bien,
de la Coupe du monde
de football. Et ce n’est que
le début, on va en baver,
mesdames et messieurs,
en souquer sévère. Tout ça pour
onze types qui courent derrière
un ballon, pardon, leur chèque.
Notre président aurait mis, mardi,
la pression sur les Bleus,
son côté manager.
À la « Clairefontaine », s’en allant
promener, leur a dit, tout sourire,
trouvant l’eau si belle : « J’ai
confiance en vous et le pays
a confiance en vous. Vous avez
un super coach, une super équipe.
Faites-nous rêver, emmenez-nous
très loin. J’espère vous retrouver
dès le 10 juillet […] une compétition
est réussie quand elle est gagnée
[…] Il faut décrocher la deuxième
étoile. » C’est-à-dire la deuxième,
vingt ans après celle de 1998.
N’oubliez pas le guide, SVP.
Il doit penser à son second
mandat, Emmanuel Macron.
Il n’a pas tort, Macron.
S’en fiche de Coubertin dont
on nous serine depuis des lustres
la maxime : « L’important, c’est
de participer. » Participer,
d’accord, mais se prendre
une raclée, peut-être pas.
Regardez nos joueurs de tennis
à Roland-Garros.
Ils participent, oui, ils participent ;
ça, on ne peut pas le nier. Ils font
de la figuration, quoi. Aucun
d’eux ne figure en deuxième
semaine.
Entendu aussi sur RMC : Jack Lang
est revenu, tout ravi, du Japon.
Il a envoyé un tweet sympathique
à Anne Hidalgo : « Chère Anne,
je rentre d’un séjour à Tokyo.
Tu devrais y passer quelques jours.
La ville est d’une propreté
exemplaire. Paris pourrait s’en
inspirer. » Réponse de l’adjoint
à la mairie de notre belle capitale,
Christophe Girard : « C’est vrai
qu’il est difficile ou facile
de comparer la discipline et le
civisme japonais avec l’incivilité de
beaucoup de Parisiens même place
des Vosges (crottes de chiens).
C’est un peu facile et bas, cher
Jack. » Le caniveau ! Le caniveau !
Le caniveau, on vous dit !
« Nu »,
Orwell chez
les nudistes
Dans la France de 2026, grace au réchauffement
climatique, les habits ont été bannis pour lutter
contre le terrorisme… Une série poilante.
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
i le prix du synopsis le plus improbable, le plus farfelu, mais
le plus osé existait, la nouvelle
comédie originale d’OCS Max,
Nu, le décrocherait haut la
main. Présenté au festival Séries Mania
Lille, le feuilleton nous en met plein les
yeux dès ce jeudi, juste après la journée
mondiale du naturisme qui se déroulait
mardi. En 2026, la devise de la République française est « liberté, égalité, nudité ». Pour lutter contre le terrorisme,
les vêtements et sacs ont été bannis des
lieux publics.
Dans les rues, les hôpitaux, les bureaux ou les commissariats, chacun
déambule en tenue d’Ève et d’Adam.
Pas besoin d’avoir honte de ses bourrelets : plus aucune remarque dénigrante sur
le physique n’est autorisée. De quoi ébaudir
Frank (Satya Dusau○○○¡
gey). Plongé huit ans
durant dans le coma après avoir pris
une balle lors d’une opération antidrogue, le policier ne comprend rien à
cette société de naturistes, rendue
possible par le réchauffement climatique. Réticent à se dévêtir, Frank va
devoir s’habituer à ces nouvelles règles
du jeu, guidé par ses parents enthousiastes. Au travail, une enquête sensible l’attend : l’initiateur de la loi nudité
S
Audace salutaire
Du concept à l’image, le pas se franchit
plus facilement qu’on ne le croit. « Le
plus dur était la première prise, celle où
il fallait lâcher le peignoir. Puis on n’y
prête plus attention », confiait Brigitte
Faure – la maman de Frank – au Figaro
sur le tournage. L’habileté de ces dix épisodes de 26 minutes est
d’arriver à faire oublier
ces corps exposés au
grand jour. Il n’y a pas
une once d’imagerie salace ou d’érotisme dans ce feuilleton qui montre
pourtant pléthore de fesses, de pubis et
de pénis. Pour atténuer la crudité des
images, un cadrage horizontal resserré
filme souvent du visage jusqu’aux
épaules. La nudité n’est pas un gadget
mais une « métaphore », prévient Olivier Fox : « Vivre dans un monde transparent et sans mensonge est-il souhai-
21.35
table pour la démocratie ? Dès lors qu’il
s’agit une contrainte, n’est-ce pas une
dictature ? »
Rompant avec les dystopies oppressantes si hégémoniques des deux côtés
de l’Atlantique (de Transferts d’Arte à
The Handmaid’s Tale), Nu se veut une
« comédie orwellienne », dépeint le comédien Vincent Solignac qui campe le
père du héros. Elle amuse et fait cogiter
en dévoilant les ramifications logiques
de ce monde qui a fait table rase des
stylistes : ces derniers se terrent dans
les bois et mûrissent leur revanche, le
comble du désir est de se caresser à tra-
vers des couches d’habits, les mots de
passe ont été éradiqués et les données
des réseaux sociaux ont été rendues publiques. Même si la série est inégale,
prise au piège d’une intrigue policière
potache et de son concept ambitieux limité par un budget étriqué, Nu souffle
une bouffée d’originalité et d’audace
salutaires. Et confirme par là même le
dynamisme du label OCS Signature,
berceau des intrépides Missions et Irresponsable. Olivier Fox est déjà à
l’œuvre sur une saison 2 et a été approché par des producteurs américains et
italiens tentés par une adaptation. ■
Le champion de voltige Olivier Masurel à la rencontre des pilotes de l’aéronavale.
Masurel qui est déjà un expert en vol à
l’envers et en tonneaux !
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
est une immersion étonnante dans l’univers de
l’aéronavale que propose
ce documentaire inédit
diffusé sur RMC Découverte. Pour montrer aux téléspectateurs la vie et les missions des pilotes de
la Marine nationale, le champion du
monde de voltige aérienne, Olivier Masurel, a décidé de se présenter aux sélections des futurs aviateurs. On le suit
sur la base bretonne de Lanvéoc, où les
élèves, recrutés après le bac, apprennent le pilotage en neuf mois sur des
avions de voltige. Bonne nouvelle pour
C’
Olivier Masurel aux commandes
du bombardier Atlantique 2, dans
le documentaire inédit diffusé sur RMC
Découverte. RMC DECOUVERTE
MOTS CROISÉS
P a r L o u is M o r a n d
1
PROBLÈME N° 4746
H O RIZ O N T A L E M E N T
1. Il vit dans le Las Vegas chinois.
- 2. Elle est censée assurer une
protection rapprochée. - 3. Se
porte comme un charme. - 4.
Osée, c’est lui qui l’a fait. Debussy
admira son ballet Namouna mais
le public lui préféra Le Roi d’Ys. - 5.
Ils auraient pu mettre Tintin sur
écoute ! État noir. - 6. Pousseau-crime classique. Mer d’Irlande.
- 7. Brûlant ou glacial. Doublé avec
une peau de chien. - 8. Pointes du
combat. - 9. Disperse les ouailles.
Paire de manches. - 10. Vieilles
pâtes à modeler. Réservé aux
pontes. - 11. Travaille en plein
courant d’air. - 12. Sont proches
de la scène.
Dans Nu, la comédie d’OCS Max, la nudité n’est pas un gadget mais une « métaphore ».
Découverte d’une école de haut vol
+ @ SUR LE WEB
» Paysages, épreuves, candidats...
Tout sur l’édition 2018 de Fort Boyard.
» Héritage de Johnny Hallyday :
les téléspectateurs déplorent le parti pris
du documentaire de W9.
www.lefigaro.fr
vient d’être tué en forêt. Insulte suprême, son cadavre a été affublé d’un costard !
« L’idée de Nu m’est venue à la suite des
attentats du 13 Novembre. Je croisais des
patrouilles Vigipirate. Leur mission ne serait-elle pas bien plus simple si nous nous
déshabillions ? Ils pourraient instantanément repérer qui est porteur d’une arme,
d’une bombe », se souvient le créateur et
réalisateur Olivier Fox, déjà à l’œuvre
sur Q.I., qui racontait la reconversion
d’une actrice du X en philosophe.
THOMAS BALAŸ POUR OCS/CAPA DRAMA
Anthony Palou
V E R TIC A L E M E N T
1. Passée dans l’effectif. - 2. Utilisation du mercure pour récupérer
de l’or. - 3. Fit marche arrière sur
l’eau. Papillon de mer. - 4. Un vrai
pacha. Il porte des cornes et
un certain porte le chapeau.
Don de l’Angleterre. - 5. Tour de
France pour les bons grimpeurs.
Palindrome roulant. Physique ou
postal. - 6. Âmes des hindous.
Émet avec un timbre. - 7. Langue
chantante. Légèrement retourné.
- 8. Région à l’extrême nord de
l’Yonne. Petites mesures.
H O R I Z O N T A L E M E N T 1. Réacteur. - 2. Ocreux. - 3. Comitial. - 4. Hua.
Ulve. - 5. Etna. San. - 6. Cèdre. Lt. - 7. Barzoï. - 8. Ovale. Is. - 9. UER.
Sors. - 10. Albi. Lee. - 11. Ruelle. - 12. Tesla. Or.
V E R T I C A L E M E N T 1. Rochechouart. - 2. Écoute. Velue. - 3. Armand
Barbès. - 4. CEI. Aral. Ill. - 5. Tutu. Ères. La. - 6. Exils. Olé. - 7. Avaloire.
- 8. Ralentisseur.
3
4
5
6
7
8
Cette formalité passée, le voilà aux
commandes d’un bombardier Atlantique 2. C’est la première fois que l’aviateur acrobate pilote un appareil aussi
imposant (38 mètres d’envergure, bimoteurs, 8 000 km de rayon d’action),
avec, bien sûr, les conseils d’un lieutenant de vaisseau et commandant de
bord, qui affiche la passion de son métier. Outre les missions
de secours en mer, l’Atlantique 2 lutte, en cas
de conflit, contre les
○○○¡
sous-marins. Le com-
BRIDGE
PROBLÈME N° 2844 :
Fâcheuse entame
1
N
7
9
10
11
12
E
S
RV
865432
AR5
RD
4
6
AD76
A
V76
A V 10 4 2
O
3
5
21.50
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2
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4745
2
Secours en mer
mandant dit : « C’est un avion hypermaniable. » Olivier Masurel acquiesce,
enthousiaste. Même joie quand il monte à bord d’un des huit Falcon 50 adaptés au secours en mer que possède la
Marine. Une trappe pour larguer des
canots de survie a été installée. Lors
d’un exercice, le voltigeur en largue un
à des naufragés. Là encore, la passion
des aviateurs de l’aéronavale est frappante. À l’image de celle de ce pilote
d’hélicoptère Panther, à Hyères, qui
initie Olivier Masurel à l’appontage.
Dommage
toutefois
que le champion n’ait
pas eu la possibilité de
voler dans un Rafale
Marine. ■
C o n t r a t : Sud joue 6 Sans-Atout.
E n t a m e : Dame de pour l’As et le
Roi d’Est.
RÉPONSES AU TEST D’ENCHÈRES N° 2843
Votre main en Sud
L e d é b u t d e la s é q u e n c e :
1 - RD76
2-ADV98
3 - A V 10 4 3
4 - D 10 8 7
5-R93
9
83
6
98
5
10 9 8 6
76
10 9 7
654
ADV87
A765
D987
8765
AV76
8765
Sud
Ouest Nord
Est
1
1SA
2
?
Quelle est votre enchère en Sud avec
chacune des cinq mains ci-contre ?
Main 1 : 3. Texas dit « impossible » (car il serait pour les , la couleur fittée de l’adversaire).
Il s’agit en fait d’un Stayman forcing de manche avec exactement quatre cartes à (et une
courte à , sinon on préférera souvent contrer).
Main 2 : 3. Avec cinq cartes à et une main forcing de manche, vous faites un vrai Texas ,
tout simplement.
Main 3 : 2. Avec une main seulement compétitive (pas nulle, et considérez aussi les vulnérabilités
respectives), annoncez votre couleur (au moins) cinquième au niveau de 2. Vous jouerez
peut-être de la mauvaise main mais, tant pis, il faut avant tout se battre pour la partielle.
Main 4 : Contre. C’est un contre d’appel, montrant au moins 6 points. Attention, Nord peut choisir
de passer sur ce contre, bien qu’il soit d’appel.
Main 5 : 3. Texas . Il nécessite une main au moins compétitive et parfois, comme ici, il cache
une main de manche. Vous auriez pu avoir 65 7 RV10976 V654. Votre enchère suivante
permettra, si besoin est, d’éclaircir la situation.
A
BIEN VU
3
5
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jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
36 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Gilbert
Soleil : Lever 05h48 - Coucher 21h51 - Dernier quartier de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 C’est Canteloup
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu 20.45 Alcaline 20.50 Parents mode d’emploi
19.00 19/20 20.00 Tout le sport
20.05 Le journal de Roland-Garros
20.30 Plus belle la vie. Feuilleton.
21.00
20.55
20.55
Série. Policière
Magazine. Reportage
Série. Drame
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
21.00 Tattoo Cover :
sauveurs de tatouages
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Téléréalité. 1h50. Inédit. Des tatoueurs doivent transformer les
tatouages de clients désespérés
qui viennent dans leur studio.
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22.50 Tattoo Cover : sauveurs de
tatouages. Téléréalité.
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30
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Alice Nevers
Envoyé spécial
L’accident
Fra. Saison 16. Avec Marine Delterme, Jean-Michel Tinivelli. Mères
en colère. Inédit. Une avocate a été
tuée. Elle menait une action contre
le fabricant d’un médicament nocif
en cas de grossesse.
Prés. : É. Lucet. 1h45. Inédit. «Décharges sauvages : pas de ça chez
moi !». Certains ont décidé de combattre les décharges sauvages «Silence dans les vestiaires» - «Corée du Sud : les justiciers du Net».
Fra. Saison 1. Avec Bruno Solo,
Charlotte des Georges, Marc Citti,
Romane Portail. 2 épisodes. Inédits.
Luna est sauve. Gabriel décide de la
mettre à l’abri chez sa grand-mère.
Iris lui révèle tout le trafic.
22.00 Alice Nevers Série. 3 épi-
22.40 Complément d’enquête
22.45 L’accident Série. Inédit
sodes 0.50 Emmanuel Macron, le
dynamiteur. Documentaire.
23.55 Alcaline, le concert. Concert
1.20 Ça commence aujourd’hui
23.40 Soir/3 0.10 Les Français du
jour J. Documentaire.
16
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19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Écho-logis. Série doc.
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20.50 Les trésors
des vignobles français
18
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Doc. 2016. Réal. : S. Thisse. 1h30. Ce
film raconte l’histoire des vignobles
français, faite d’aventures humaines
et d’un savoir-faire ancestral.
22.20 C dans l’air 23.30 C à vous.
Magazine 0.25 C à vous, la suite
15
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19
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APRÈS-MIDI
25
10
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23
18.40 L’info du vrai (C). Magazine
20.40 Canalbis (C) 20.55 Catherine
et Liliane (C). Divertissement.
19.00 Les sangliers sont de retour.
Documentaire 19.45 Arte journal
20.05 28 minutes. Magazine.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu. Présentation : Stéphane Plaza 19.45 Le
19.45 20.25 Scènes de ménages
21.00
20.55
21.00
Série. Drame
Téléfilm
Magazine. Culinaire
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21
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18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
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21
20.55 Au cœur de...
23
19
Mag. Prés. : Ellen Batelaan. 1h55.
Chefs, jeunes apprentis : du rêve au
cauchemar ? Inédit. La gastronomie
française est mondialement connue,
notamment grâce à Joël Robuchon.
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22.50 Au cœur de... Magazine. Présentation : Ellen Batelaan.
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19.00 Cabanes perchées. Retour
aux sources - La cabane surprise.
Trust
EU. Saison 1. Avec Harris Dickinson,
Donald Sutherland, Brendan Fraser,
Michael Esper, Hilary Swank. 2 épisodes. Inédits. Rome, 1973. John Paul
Getty III, héritier d’un empire pétrolier, est kidnappé par la mafia.
22.40 Soupçons Série doc. Une
coïncidence troublante - Le procureur joue au plus malin 0.10 Arès. Film.
Bankable
Téléfilm. Comédie. Fr. 2011. Réalisation : Mona Achache. Avec Pascale
Arbillot, Lolita Chammah. Philippe
Deville, consultant financier, entretient sa famille dans l’opulence grâce
aux licenciements qu’il préconise.
22.55 Jordskott, La forêt des disparus Série. Thriller. 2 épisodes. Inédits 0.25 Bergers et bouchers Film.
Cauchemar en cuisine
Prés. : Philippe Etchebest. 1h55.
Canet-en-Roussillon. Inédit. Après
une carrière florissante, Alex a réalisé son rêve d’enfance il y a dix-sept
ans en devenant propriétaire d’un
restaurant en bord de mer.
20
T (en °c)
20.50 Patrouille de France
Doc. Science et technique. 2017.
Réal. : Maud Kloninger. 1h00. Depuis
1931, la Patrouille de France fait
rayonner l’aéronautique militaire
française dans le monde entier.
21.50 Aviateur : les pilotes de l’Aéronavale. Documentaire.
22.55 Cauchemar en cuisine
Magazine. Culinaire. Présentation :
Philippe Etchebest.
<-10 à 0
19.05 Once Upon a Time. Série. Avec
Ginnifer Goodwin. 2 épisodes.
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Star Wars : épisode 2 L’attaque des clones
21.00 La vérité si je mens !
21.00 Strike
Film. Science-fiction. EU. 2001. Réal. :
G. Lucas. 2h18. Avec E. McGregor.
Anakin poursuit son apprentissage
alors que la République est menacée.
Film. Comédie. Fra. 1997. Réal. : Thomas Gilou. 1h40. Avec Richard Anconina. Un commerçant du Sentier embauche un jeune homme en pensant
à tort qu’il est de confession juive.
Jeu. Prés. : Lagaf’. 2h15. Inédit. Invités : Isabelle Morini-Bosc, Maxime
Guény, Gil Alma, Frédérick Bousquet.
Un jeu de divertissement alliant
bowling et quiz culture générale.
23.30 Star Wars : épisode 1 - La
menace fantôme. Film.
22.50 Robin des Bois, prince des
voleurs. Film. Aventures.
23.15 Strike. Invités, notamment :
Nelson Monfort, Philippe Candeloro.
SU DO KU
GRILLE 2531 CONFIRMÉ
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SOLUTION DU N° 2530
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lachainemeteo.com
Tous les programmes
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et sur l’appli TV Mag
par téléphone :
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AGRÉMENTE
C’EST
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MESSAGES
BREFS
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CHLORE
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ALLER À
SA RUINE
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Présentation : Sophie Pendeville.
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MOTS FLÉCHÉS N°1991
Chaque jour un peu plus difficile
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ATHÈNES
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SAMEDI
17/22
Mag. Prés. : Sophie Pendeville. 1h45.
Cannes : le joyau de la Côte d’Azur.
Inédit. Cannes est incontournable.
Les millionnaires s’y pressent en jet,
en hélicoptère ou en yacht.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
VENDREDI
21.00 Départ immédiat
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
19/25
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ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
FIN DE
VERBE
MINCE
ÉTOFFE
ENCLOS
D’ARÈNE
INSECTE
PIQUEUR
BOLET
ÎLE QUI
DONNE
AUSSI
LE TON
PETIT
PALMÉ
C’EST-ÀDIRE EN
PLUS
COURT
BOULEVERSÉE
GUIDÉES
ET LE
RESTE
AUTEUR
DE BRUITS
AUBISQUE
OU VARS
ELLE FAIT
LA GROSSE
VOIX
LANCEMENT
PARFOIS
BRUYANT
IL COMMENCE
PAR DES
ÉTRENNES
M
V
IL MARCHE
SUR LES
TROTTOIRS
P
VILAIN
MOT DE
VILAIN
MÔME
T
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SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
B
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A J E U R
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LE FIGARO
jeudi 7 juin 2018
37
Hubert Le Gall,
créateur poétique
Béatrice de Rochebouet
bderochebouet@lefigaro.fr
N
i trop tôt, ni trop tard, Hubert
Le Gall, le cœur joyeux, enfourche son vélo électrique,
comme chaque matin. Direction : la Cité des fusains, au
pied de la butte Montmartre,
où se cache son atelier. Un endroit magique avec ses petits jardins de sculptures
et ses allées entre les verrières, pour lequel il a eu
le coup de foudre il y a vingt-six ans. Dans ce lieu
hors du tumulte de la ville, un plus pour séduire
ses clients, il est l’un des derniers à travailler dans
cette cité d’artistes. Ses collaborateurs l’attendent : Boris, de l’École Boulle, son premier assistant, arrivé en 1997. Marc, arrivé il y a quinze ans,
Héry, dix, et Laurie, cinq. Dans le travail comme
dans la vie, Hubert est un fidèle. « Nous formons
une petite famille, c’est mon équilibre, j’ai besoin
d’un cadre affectif pour pouvoir créer » explique cet
autodidacte instinctif et pragmatique qui a fait son
chemin doucement mais sûrement. « À mes débuts, je n’avais pas confiance dans le regard que les
autres portaient sur moi, ajoute-t-il. Je ne connaissais rien du métier. Mon père, directeur commercial
dans une boîte de chimie, était terrifié à l’idée que je
quitte l’Institut supérieur de gestion (ISG). Un jour,
j’ai attendu d’être mûr et j’ai tout plaqué. »
L’argent n’est pas son premier objectif. Hubert
Le Gall franchit les échelons petit à petit, même si
ALAIN M’ BOUCHE
SUCCÈS Cet artiste autodidacte et inspiré crée du mobilier.
Il signe une exposition magistrale chez Pierre-Alain Challier,
avant un livre à paraître en octobre.
scène en un temps record. Son monde est à son
ses proches lui reprochent d’être « trop souvent
image, plein de poésie, d’énergie, de fantaisie et de
impatient ». La chance lui sourit. En 1993, il rensoleil comme celui de son île de Grèce, là où il
contre son premier couple de collectionneurs
s’échappe l’été entre amis. C’est une énorme bouffrançais, Maurice et Chrystèle Gozland. Ensemble,
fée d’air, de joie et de rire aussi. Son douillet fauils tombent amoureux de sa cheminée « le readyteuil lapin vous ouvre grand ses oreilles. Sa jolie tamade de la bourgeoise », de sa bibliothèque
ble marguerite vous fait vagabonder
« sun-set » et de sa première
dans les champs. Sa drôle de console
« commode mouton ». Au même
Pinocchio vous replonge dans les esmoment, il conçoit la salle à manpiègleries de l’enfance. Ses miroirs
ger, à Vaucresson, pour l’artiste Hésont comme des bijoux précieux aclène de Saint Lager et son mari, inscrochés aux murs. Toutes combinent
pirée de celle de la villa Kerylos et
inventivité et goût du bel ouvrage.
revisitée dans un esprit d’aujour1961
Elles sont comme un « Éternel prind’hui. Sa carrière est lancée. ParalNaissance à Lyon
temps », sujet de son exposition qui
lèlement, il commence les scéno(Rhône).
se tient actuellement chez Pierregraphies
d’expositions :
1999,
1997
Alain Challier, son ami de toujours,
l’architecte-décorateur Félix Duban
1re exposition à la galerie
dans sa galerie du Marais.
au château de Blois, et, juste après,
l’Avant-Scène.
Burne-Jones au Musée d’Orsay, à la
2002
Libre dans sa tête
demande d’Henri Loyrette ; 2003,
Exposition à la galerie
Édouard Vuillard au Grand Palais,
Tout son univers y est montré avec
Pierre-Alain Challier,
pour Guy Cogeval, puis 2005 « Méles éléments chers à son répertoire.
directeur de la galerie
lancolie », toujours au Grand Palais,
On sent que ce créateur libre dans sa
Artcurial.
grâce à Jean Clair, suivie en 2010 de
tête a franchi le cap de la maturité.
2012
Claude Monet, puis en 2011 du symTout en bronze (David de Gourcuff
Désigné créateur de
bolisme. Les couleurs, le vert kaki,
est son fondeur), son « cabinet chel’année à Maison & Objet.
l’orange, le parme, deviendront sa
val » parfait de finition, s’impose
2014
marque de fabrique,
comme une prouesse artistique et
Exposition au Musée
« J’adore sa capacité à s’émertechnique. Une victoire sur lui-mêMandet à Riom,
veiller de tout, sa gaieté, son efficacime. Un rêve enfin atteint. Certains
au château Borély,
té, sa manière de rentrer à fond dans
adoreront. D’autres pas. Toujours
à Marseille, en 2015.
les sujets, sans jamais avoir pris la
est-il que ceux qui ont eu un déclic
2018
grosse tête », observe Dany Sautot,
dans l’instant sont devenus des inAprès Singapour,
qui l’a connu en 2007, lors de l’expoconditionnels. À l’image de Pamela
expose à Paris
sition Lalique, au Musée du LuxemMullin, riche Américaine qui a meuà la galerie Pierre-Alain
bourg, dont Hubert fit la mise en
blé son petit manoir de Normandie
Challier (jusqu’au 16 juin).
Bio
EXPRESS
avec ses créations. Certaines pièces ont été faites
spécialement pour elle, parfois à dimension XXL,
comme l’immense miroir végétal avec ses lapins
joueurs, trônant au-dessus de la cheminée. Cette
excentrique collectionneuse a initié la publication
d’un livre, Fabula, à paraître en octobre, en français et anglais, sous la plume de Dany Sautot.
« Si Hubert déborde d’imagination, c’est parce
qu’il ne se limite à rien » explique sa galeriste Elisabeth Delacarte (Avant-Scène). Il regarde tous
les genres et tous les styles, de Pompéi à l’Art
nouveau, de l’Arts & Craft à la Sécession viennoise. Il se nourrit, digère et ressort quelque chose de
très personnel, avec les matériaux de son époque,
pour mieux enraciner ses créations. Après son
premier choc esthétique, le Musée Picasso avec
les meubles de Diego Giacometti, il a voulu tuer
ses maîtres. « Est-ce que j’avais envie d’être un
Giacometti ou un Starck, je me suis vraiment posé la
question, avant de me lancer », explique Hubert Le
Gall qui a commencé par le dessin avant le mobilier. « Dans ce domaine-là, je savais que j’aurais la
paix », explique celui qui réfute le nom de designer, « terme qui le hérisse » note son biographe
Jean-Louis Gaillemin. « L’art décoratif a une fonction que des designers comme Ron Arad (impossible
de s’asseoir sur ses sièges !) ont trop tendance à
oublier. Quand un meuble perd son usage premier,
c’est un mensonge qui me gêne », explique Hubert.
Son fauteuil baleine surgi des mers est aussi beau
que confortable. Signe justement du Poissons
- ascendant Vierge - Hubert regarde devant lui. Il
lui reste encore beaucoup à faire ; « Je jette les
souvenirs. Je n’ai que des albums de photos vides »,
insiste-t-il. Il n’a ni nostalgie, ni regret. Il est fier
de dire qu’il n’a pas raté sa vie… ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Foudre
[fou-dr’] n. f. et n. m.
Frappe trop souvent, et par conséquent les esprits.
Vidéos conseils
Christian Estrosi, un maire
de Nice très sollicité
Tous les chemins mènent-ils à Nice ? Le maire,
Christian Estrosi, est en tout cas très sollicité
par les politiques. François Hollande,
qui vient dédicacer son livre dans la ville
le 14 juin, a demandé à le rencontrer
à la mairie. Tout comme Laurent Wauquiez,
le 29 juin, à la veille du conseil national
des Républicains sur l’Europe.
Quiz
Les annales
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Calendrier
Eduardo Rihan Cypel
lance sa marque
de sous-vêtements
Sujets probables
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Les dernières déculottées du PS
semblent avoir inspiré Eduardo Rihan
Cypel. L’ancien député socialiste
lance avec la styliste Virginie Sartres
une marque de sous-vêtements
made in France : Brumaire. Persuadé
que le caleçon va revenir à la mode,
l’ancien conseiller d’Île-de-France
mise sur des flocages « abeilles
impériales » ou « fleur de lys »
pour révolutionner le marché,
dès le mois de juillet.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Simulateurs de note
L
Le Prix Jean-d’Ormesson
a été décerné
Le premier prix portant le nom
de l’écrivain décédé a été remis
mercredi 6 juin à L’Espace d’un
cillement de Jacques Stephen Alexis
(L’imaginaire). Désireux de faire
redécouvrir un chef-d’œuvre oublié,
il est décerné par un jury présidé
par Françoise d’Ormesson
et compte parmi ses membres,
outre des proches, les écrivains
Jean-Marie Rouart, Marc Fumaroli,
Dominique Bona, François Sureau,
Dany Laferrière et Erik Orsenna.
A
RÉVISER LE BAC
N’A JAMAIS ÉTÉ
AUSSI SIMPLE
es orages actuels provoquent un nombre record d’impacts de foudre
sur toute la France.
Le mot vient du latin fulgur, qui signifie l’éclair. Longtemps le mot a été à la fois
féminin et masculin, comme si le coup de foudre tombait indistinctement
sur les deux sexes. Cependant le mot au masculin a disparu. Fréquent chez Corneille
et Racine, il demeure dans l’expression un foudre de guerre. Elle désigne celui qui
justement ne fait pas des étincelles. Au pire, peut-il seulement foudroyer du regard.
La foudre, elle, reste un phénomène redoutable : quand elle foudroie quelqu’un
contrairement à ce que le mot pourrait laisser entendre, loin de le redresser,
elle le met à terre, souvent mortellement.
Le phénomène climatique que nous connaissons est chaque jour le même : chaleur, pluie,
tonnerre et éclairs, et donc foudre. De quoi encourir celles de nos concitoyens lassés
de cette météo. Le temps du jeune Chateaubriand est bien passé : aujourd’hui les orages
ne sont plus du tout désirés. ■
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jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO - N° 22960 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
littéraire
lefigaro.fr/livres
JAMES SALTER
ÉRIC NEUHOFF
A ADORÉ SES NOUVELLES
INÉDITES PAGE 5
PHILIP ROTH
L’HOMMAGE DE SON AMI
DE TRENTE ANS, LE GRAND ÉCRIVAIN
ROUMAIN NORMAN MANEA PAGE 8
DOSSIER Le Marché
de la Poésie, qui s’est
ouvert à Paris, rencontre
un succès croissant.
Rimes féminines…
& masculines
EMILIE MÖRI/EMILIE MÖRI/VOZ’IMAGE; JOHN FOLEY/OPALE/LEEMAGE ;WYATT COUNTS/AP
Les femmes sont de plus
en plus nombreuses parmi
les poètes contemporains.
PAGES 2 ET 3
E « GRAND ÉCRIVAIN » est,
comme le roquefort ou le cognac,
une spécialité française. Hugo,
Barrès, Duras, Gracq, Houellebecq, la liste est longue de ces
auteurs qu’accompagne leur légende, au
point parfois de recouvrir leur œuvre.
Le « grand écrivain » a son corollaire : « la
visite au grand écrivain ». C’est à elle que
va avoir droit André Maillencourt, l’un des
protagonistes du roman de Jean-François
Merle, puisqu’il est l’un des derniers spécimens en date. Auteur révéré, et retiré, de
Requiem du saltimbanque et de Nostalgie des
lendemains, il a suffi de deux titres pour
l’asseoir (alors qu’il n’était jusqu’ici que
l’auteur de romans assez fades) sur un trône prestigieux. Sa place est désormais quelque part entre Tournier et Echenoz.
Si le narrateur du roman, écrivain raté et
paresseux patenté, est convoqué par Dolorès, son éditrice à qui il doit et de l’argent et
un manuscrit, c’est parce qu’elle veut absolument lui confier une mission : aider
Maillencourt à rédiger ses mémoires. Vous
avez bien lu : à être le nègre d’un homme à
qui le prix Nobel de littérature est promis
pour tôt ou tard…
Que cache cette requête ? Une manipulation ? Une imposture ? L’édition est une
boutique obscure. Son orgueil se cabre
d’abord. Mais bientôt l’aventure l’amuse,
l’intrigue, le tente. Et puis l’à-valoir pro-
posé par Dolorès permet de venir à bout
de bien des scrupules d’artiste. Certes ses
relations avec l’impérieuse éditrice, et son
assistante, l’impassible et attirante Solveig, ne facilitent pas son entrée dans ce
projet étrange, mais il consent. Fin du
premier acte.
LA CHRONIQUE
d’Étienne
de Montety
Le demi-solde se met au travail. Un peu
pied nickelé, un peu tâcheron, il se plonge
dans l’œuvre de Maillencourt, la relit pour
en circonvenir l’univers, en comprendre
les ressorts et fait la connaissance du
« grand écrivain ». S’il n’y a pas de grand
homme pour son valet de chambre, y en at-il un pour sa plume de l’ombre ?
Il ne faudrait pas trop en dire d’une histoire
qui se déploie page après page, réservant
presque à chaque page son lot de surprises.
Le Grand Écrivain ne vaut pas par son suspense. Ce n’est pas un policier, ni un roman
d’atmosphère : on n’y trouve ni cadavre, ni
assassin. Il ressortit plutôt à un genre littéraire précis, le roman de mœurs, celles de
l’édition. Jean-François Merle semble bien
connaître ce jardin zoologique : les rela-
tions entre les auteurs et les éditeurs, dont
le baromètre s’appelle «ventes du dernier
opus», la psychologie à fleur de nerfs de
l’éditeur impatient. Celle non moins à vif
de l’écrivain en panne.
On observe d’ailleurs que le précédent livre
de Merle, son unique roman devrait-on
préciser, date de 1987. Trente ans de jachère : on jurerait que quelques-unes des
réflexions du livre sur la procrastination et
autres humeurs velléitaires ont pu être les
siennes. Ou peu s’en faut.
Le récit est conduit avec une indolence qui
est celle du narrateur. Mais il recèle bien
des malices. Sur un mode mineur, détaché,
sarcastique, Merle se penche moins sur le
processus de l’écriture que sur cet étrange
ressort de la nature humaine qui conduit un
quidam à confier noir sur blanc à l’un de ses
congénères le fruit de ses tourments, de ses
hantises ou de ses joies.
« Je méditerai, tu m’éditeras », la célèbre
phrase de Louise de Vilmorin n’est pas
qu’un bon mot, c’est le début d’une histoire
complexe et parfois tragique dont on tient ici la
plaisante chronique. ■
LE GRAND ÉCRIVAIN
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jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
2
LE CONTEXTE
L'ÉVÉNEMENT
littéraire
Alors que vient de s’ouvrir
à Paris la 36e édition du Marché
de la poésie, place Saint-Sulpice
(VIe), qui accueille jusqu’au 10 juin
plus de 500 éditeurs et qui attire
des dizaines de milliers de
visiteurs, force est de constater
que la poésie contemporaine
est toujours aussi vivante.
La poésie
toujours
actuelle
DOSSIER Présidente
du Printemps des poètes,
Sophie Nauleau explique
pourquoi la poésie attire
de plus en plus de passionnés.
PROPOS RECUEILLIS PAR
THIERRY CLERMONT
tclermont@lefigaro.fr
Sophie Nauleau a produit et animé
de nombreuses émissions littéraires sur France Culture, notamment « Ça rime à quoi », rendezvous poétique hebdomadaire, de
2008 à 2015. Elle est présidente du
Printemps des poètes.
LE FIGARO LITTÉRAIRE. - Dans
La Poésie à l’épreuve de soi,
vous parlez d’ardeur du poème,
de « ce mordant vital des mots
qui jamais ne s’éteignent ».
Pourriez-vous développer ?
Sophie NAULEAU. - Je trouve que
les mots ont cet immense avantage
sur nous de ne pas mourir. Et de ne
jamais baisser la garde ni les bras.
Nous nous désespérons parfois, eux
pas. L’« ardeur » est à mes yeux de
cette trempe-là, tel l’ardeor incendiaire, qui a gardé du vieux français
au fil des siècles son feu sauvage.
J’aime ce versant patient et invincible de la langue, qui n’exclut en
rien la douceur ou la perte. Les
mots des poètes m’ont toujours
mis, plus que du baume au cœur,
du souffle et du soleil en tête : « J’ai
derrière le ciel un ciel pour revenir »,
disait Mahmoud Darwich. Même le
plus tragique des vers a des vertus
de verticalité et de vie. C’est souvent au plus noir d’ailleurs que la
poésie advient et nous sauve un
instant : je pense au Quelque chose
noir de Jacques Roubaud, à Nous
deux encore d’Henri Michaux ou
encore au Tombeau de Lou de Denise Desautels. Les générations se
succèdent, nul ne se souvient plus
du nom de son arrière-grand-mère
ou père et cependant les « amis que
vent emporte » du Pauvre Rutebeuf,
la Laure de Pétrarque ou la Délie de
Scève nous restent en mémoire. À
croire qu’un seul poème peut être
plus puissant et pérenne que tous
les enfantements du monde.
Toujours dans votre essai,
vous convoquez Anna Akhmatova,
Louise Labé, Lydie Dattas…
Pensez-vous qu’il existe
une écriture poétique qui serait
spécifique aux femmes ?
LA POÉSIE
À L’ÉPREUVE
DE SOI
De Sophie Nauleau,
Actes Sud,
80 p., 13 €.
Je ne crois guère à une quelconque
exclusivité, qu’elle soit féminine,
masculine, voire transsexuelle.
Bien sûr, le sexe influe sur l’écriture
poétique, qui est particulièrement
liée à soi, aux pulsations du corps et
de l’esprit, mais ce serait désolant
d’enfermer à nouveau les femmes
dans une spécificité. Je crois à la
singularité d’une voix : en ce sens
l’originalité d’un timbre qui n’a jamais mué peut en effet surprendre
dans un panorama autrefois peuplé
d’hommes. Mais je déteste ce « e »
que l’on veut imposer au terme
d’écrivain ou d’auteur. Je respecte
celles pour qui cela importe, mais il
est terrible que sous couvert d’égalité on uniformise ainsi cet état
d’être qui est si personnel. Je n’ai
pas besoin que l’on féminise le vocabulaire au forceps pour être femme. La question se pose pareillement avec le mot « poétesse » :
certaines l’apprécient, d’autres
exècrent ce qualificatif dépréciatif.
Valérie Rouzeau :
pieds de nez au quotidien
A
E
T TON RÊVE tient
debout tout seul
même quand tout
tremble. »
Voilà
près de trente ans
que Valérie Rouzeau (née en 1967) a
décidé de vivre en poésie, et de vivre
de sa plume, à l’instar d’un Yvon Le
Men. Cette fille de ferrailleurs a attiré l’attention du public, de ses pairs
et de la critique après la publication
en 1999 de Pas revoir, son recueil de
deuil, dix ans après son opus numéro un. Depuis, parallèlement à ses
ouvrages de poésie, elle s’est mise à
la traduction, notamment de poèmes de Sylvia Plath, de Ted Hughes
et de William Carlos Williams. Lauréate du prix Apollinaire en 2012,
elle compte parmi les voix contemporaines les plus singulières, aux côtés de Caroline Sagot Duvauroux,
Sophie Loizeau, Marie Étienne,
Fabienne Courtade ou de son amie
Ariane Dreyfus.
Aujourd’hui, elle nous présente
Sens averse (répétitions) publié à La
Table Ronde, six ans après Vrouz, où
elle s’était astreinte à la forme sonnet. Un peu plus d’une centaine de
poèmes relativement courts, ancrés
dans le quotidien. On y retrouve son
goût pour les jeux de mots, qui
n’auraient pas déplu à Queneau, son
regard vif, son attention aux êtres et
aux choses. C’est souvent loufoque
ou cocasse, parfois déroutant, mais
toujours efficace. Comme l’a dit le
poète et critique Antoine Emaz :
«
« Dans sa richesse, l’écriture de Rouzeau nous rappelle que le poème est
affaire de technique, de maîtrise des
choix, de travail sur la langue,
d’invention et de dette historique. »
“
Une fois nous avions
partagé la solitude
et des sonates
de monsieur
Jean-Sébastien Bach
pour violon seul /
L’arbre noir avait
frissonné où était-ce
moi / Nuit blanche
je l’avais embrassé
VALÉRIE ROUZEAU
”
Que trouve-t-on dans ce nouveau recueil ? Des fruits et des légumes, un bestiaire impressionnant
(hérissons, grenouilles et crapauds,
renards, passereaux, mouettes et
hirondelles, hippopotames et crocodiles, abeilles…), des détournements, des emprunts (avoués) ou
des clins d’œil à Alain Bashung, Jim
Morrison, McCartney (« un beatles
lordifié »), mais aussi à Michel Delpech et la Compagnie Créole. Ajoutons Saint-Saëns, Schumann et un
hommage à Dominique Rocheteau
(vintage 1976). Et du côté de la poésie : Baudelaire, Catherine Pozzi, Ju-
SENS AVERSE
(RÉPÉTITIONS)
De Valérie Rouzeau,
La Table Ronde,
134 p., 16 €.
les Laforgue, Frank O’Hara, ainsi
que Queneau, Desnos, Reverdy,
Apollinaire, Malherbe, Supervielle,
Aragon, Artaud et d’autres, qu’elle a
réunis et remixés, d’une certaine façon, dans trois « poèmes glanés »,
comme elle les appelle. Passent aussi
un « bel électricien », la patronne
d’un restaurant, Melpomène qui « se
parfume à l’héliotrope », Oliver
Twist et Charlot, des gamins et des
pianistes. On l’aura compris : la musique occupe une place de choix.
Chez Rouzeau, on chante, on danse,
les guitares résonnent et les flûtes
donnent dans l’aigu. Illustration :
« Une fois nous avions partagé la solitude et des sonates de monsieur JeanSébastien Bach pour violon seul /
L’arbre noir avait frissonné où étaitce moi / Nuit blanche je l’avais
embrassé. »
Ici ou là, elle regarde en arrière,
sur ce qu’elle appelle le « ridiculem
vitae », et revient dans ce « pays
d’enfance retrouvée en larmes » :
l’époque des bateaux en papier, des
courses au Prisunic, des premières
Guinness, le souvenir des « plages
grises que l’on arpentait / À pinces ou
à vélo ». Ailleurs, c’est-à-dire toujours entre elle et le monde, Rouzeau
peut nous lâcher entre deux calembours qu’auraient salués Desnos ou
Jean-Pierre Verheggen : « Le monde
change tout le temps sans moi. »
Vous ne connaissez pas Valérie
Rouzeau ? Lisez-la : vous ne pourrez
plus vous en passer. ■
T. C.
Cela peut sembler un détail, mais il
est capital de pouvoir nommer au
plus juste qui l’on est ou aspire à
être : une petite fille dira-t-elle
qu’elle veut devenir poète, plutôt
que médecin ou pompier, si jamais
ce mot n’a été prononcé autour
d’elle ?
Comment expliquez-vous
le succès du Printemps des poètes,
du Marché de la poésie à Paris
ou bien encore de Lectures
sous l’arbre ?
Par un réel et grandissant besoin de
poésie. Le cinéma, le théâtre, la
danse, la musique, la chanson, les
musées sont disponibles continûment. La poésie pas. Aller à la rencontre d’un poète, pouvoir l’écouter dire, sentir que ses mots ont
pouvoir sur l’existence, est chose
précieuse. La voix de Bernard Noël,
par exemple, recentre aussitôt, et je
pourrais rouler toute une nuit pour
l’entendre dire quelque part au
Même si elle a disparu
des médias, la poésie est toujours
aussi riche et variée aujourd’hui.
Quel est votre regard
sur ce phénomène ?
Je dirai même qu’elle l’est de plus
en plus. Les tables de la place Saint-
La géographie
de Vénus Khoury-Ghata
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
Q
GENS DE L’EAU
De Vénus
Khoury-Ghata,
Mercure de France,
124 p., 12,50 €.
matin : « Un jeune cheval / m’a démontré en passant le sens exact / du
mot “fringant” mais à quoi me servira / la signification sans le cheval. » Et d’y réfléchir des décennies
durant. De même, je n’oublierai jamais le poing serré et la veste de
cuir noir d’Armand Gatti sous les
chênes de l’Errobiko Festibala à
Itxassou. Ou encore Pentti Holappa
dit par Denis Lavant par cœur et
debout sur un lit de fer dans La prochaine fois que je viendrai au monde
de Jacques Nichet… Notre âme, à
l’image des marches qui se creusent au fur et à mesure des pas, réclame cet influx vital de la poésie
vécue.
UI sont ces Gens de
l’eau qui donnent le titre au recueil de Vénus
Khoury-Ghata ? Il y a
toujours une part de
mystère chez cette
plume à l’œuvre foisonnante reconnue par les plus belles récompenses qui comptent chez les poètes : prix Mallarmé, Apollinaire,
Goncourt de la poésie, grand prix
de poésie de l’Académie française,
de la SGDL… Elle est l’une des très
rares femmes à entrer de son vivant dans la prestigieuse collection
« Poésie/Gallimard » avec Les mots
étaient des loups. Vénus KhouryGhata écrit aussi des romans et traduit de l’arabe au français, notamment Adonis.
Souvent, elle trempe sa plume
dans la nostalgie, les mots qui claquent, s’arrachent, crient. Elle joue
avec les oxymores, les morts sont
vivants. Avec elle, c’est toujours la
révolte du cœur qui n’effacera jamais la douleur. « Pleure comme si
la rivière était entrée en toi / disent
les gens de l’eau / Et laisse ta voix
derrière toi pour mieux t’écouter par
temps de pluie », écrit-elle.
Ce texte n’échappe pas à sa géographie intérieure : les mots seuls
peuvent peut-être soigner un peu,
le chant se confond avec le cri. Il est
beaucoup question d’« accroc au
cœur », de femmes qui passent
d’une rive à l’autre, de l’indignation à la résignation, ou vice versa :
« Les femmes des gens de l’eau
connaissent beaucoup de mots mais
pas le livre qu’ils habitent », ou, un
peu plus loin : « Les gens de l’eau
interprètent à leur convenance les
paroles cueillies / sur les lèvres de
l’étranger / leur surdité les protège
des désillusions. »
Figurine de marbre
Le recueil est composé de deux
autres textes, Les Dépeupleurs et
La Dame des Cyclades. Dans
Les Dépeupleurs, on peut lire ceci :
« J’écris pour devancer la nuit ». Et
cela suffit à notre bonheur de lire.
La Dame des Cyclades est un texte fort, encore plus vindicatif, incantatoire, magnifique poème dédié à une figurine de marbre
exhumé quatre mille ans après le
tremblement de terre qui a détruit
les îles cycladiques. Il s’ouvre
ainsi : « Il creuse l’île / jusqu’à mon
sommeil / repère ma tombe », et se
poursuit : « Deux continents se
bousculaient / seuls rescapés les
morts réfugiés entre deux terres /
les morts palpitaient de vie », « Demain / il déchiffrera les écritures de
mon buste alors que seul le vent savait écrire à l’époque / écrivait effaçait récrivait les mêmes cailloux ». ■
Vénus Khoury-Ghata vient
de créer un prix de poésie au féminin
qui sera décerné le 18 juin.
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Sophie Nauleau,
écrivain et femme
de radio, vient
de reprendre,
pour sa XXe édition,
la direction artistique
du Printemps
des poètes.
À LIRE
LE FIGARO
ALEXA BRUNET/PINK/
SAIF IMAGES
LE BAPTÊME
D’ICARE
De Jean-Pierre
Lemaire, Lessius,
110 p., 10 €.
jeudi 7 juin 2018
■ Anthologie des poètes bretons
Heureuse et bienvenue réédition que celle de l’anthologie
Poètes de Bretagne de Charles Le Quintrec, publiée une
première fois en 1980 et depuis revue et augmentée. On
y retrouve Victor Segalen, Max Jacob (« Les Demoiselles
Quémeneur »), Georges Perros, Eugène Guillevic, Xavier
Grall et son « Rituel breton », Lionel Ray, Yvon Le Men,
qualifié de « poète à l’état sauvage », les Queffélec père
et fils… Bref, comme le dit Le Quintrec, ces poètes qui ont
réussi à célébrer la Bretagne « de façon royale et non
de la bercer de biniou ». Poètes de Bretagne, de Charles
Le Quintrec, « La Petite Vermillon », 478 p., 10,50 €.
3
L'ÉVÉNEMENT
littéraire
Jean-Pierre Lemaire :
conseils à un jeune poète
ASTRID DE LARMINAT
adelarminat@lefigaro.fr
L
du baume au cœur, du souffle
et du soleil en tête
SOPHIE NAULEAU
Sulpice débordent de livres, et le
nombre d’éditeurs augmente. La
littérature a elle aussi suivi une
courbe exponentielle et tôt fait de
prendre toute l’antenne. Imaginez
un plateau d’invités en radio ou télé
suivant l’actualité éditoriale, et
vous aurez déjà trop de grands
noms pour ouvrir le champ à
d’autres. Ajoutez à cela qu’il faut un
tantinet plus de curiosité et de
culture pour interroger un poète…
Mais cela reviendra, vous verrez, le
temps long des poètes l’emportera
toujours sur la facilité ou l’immédiateté médiatique.
Parmi les poètes contemporains,
Franck Venaille, Jean-Pierre
Verheggen, François Cheng,
Zéno Bianu semblent avoir votre
préférence. Y en a-t-il d’autres ?
Ce qu’il y a de fabuleux avec le
contemporain, c’est qu’on peut
l’éprouver. Les quatre noms que
vous citez sont en effet des êtres
»
qui me sont chers – ce n’est pas
toujours le cas, on peut aimer follement des vers et se retrouver infiniment déçue par leurs auteurs.
Pour rester dans le grand écart que
vous initiez, je citerai volontiers
Christian Bobin et Houellebecq. Je
garde de la brièveté de la poésie
d’Abbas Kiarostami un fulgurant
souvenir, et j’espère bien être en
mesure à ma mort de réciter encore du Ludovic Janvier. Édith
Azam, lorsqu’elle lit en public
tremblante, me bouleverse. Le
Testament de Liliane Wouters me
fait toujours un effet chavirant.
Mais le poète que je préfère est assurément hors concours, puisque
cela fera bientôt vingt ans qu’il
m’aura dédicacé à la va-vite, un
jour de juin au Marché de la poésie,
son Zingaro suite équestre et qu’il
n’a cessé depuis de partager ma
vie. Il a pour nom André Velter et
sait le secret des « arcs-en-ciel de
la conscience claire ». ■
Pirotte : ballade
de la mort lente
SÉBASTIEN LAPAQUE
slapaque@lefigaro.fr
C’
EST la romancière
Sylvie Doizelet, la
dernière
compagne de JeanClaude Pirotte,
qui a choisi les trois recueils
rassemblés dans ce volume de la
collection « Poésie/Gallimard ».
Une petite somme qui rend au
poète l’hommage qu’il mérite. Ce
n’est pas encore la « Pléiade »,
mais cette publication range son
œuvre lumineuse et fraternelle à
sa place dans la bibliothèque, sur la
table de chevet - ou, mieux encore, dans la poche !… Car, si Pirotte
est mort, le samedi 24 mai 2014 à
l’âge de soixante-quatorze ans, on
n’a pas fini de lire Pirotte.
Petites patries
Passage des ombres (2008), Cette
âme perdue (2011) et Ajoie (2012)
font partie des derniers volumes
publiés par le poète, qui a beaucoup écrit depuis Goût de cendre,
paru chez Georges Thone Éditeur,
à Liège, en 1963.
Pirotte, c’est près de soixante livres : un demi-siècle de poésie, de
la Belgique du roi Baudouin à la
France du président Hollande - ne
parlons pas de celle de Nicolas
Sarkozy, elle lui a inspiré des pages
tremblantes de colères dans Traverses, carnets des années 2010-
MARCHER
DANS LA NEIGE
De Jean-Pierre
Lemaire,
Lessius,
110 p., 14,50 €.
2011 publiés de façon posthume.
Le poète belge, qui fut également
un peintre délicat et un ami délicieux, n’a jamais cessé d’écrire.
Riant en pleurs, comme son maître François Villon, il retenait le
temps qui passe avec des mots
griffonnés dans des carnets. Ses
derniers livres composent une
ballade de la mort lente. « Mourir,
oui, mais lentement » : le poète
aimait ce mot de Dom Sebastiao, le
« roi caché » portugais, disparu
dans les sables marocains en 1578,
dont les rêveurs attendent toujours le retour en gloire, un jour de
brume sur le Tage. Né à Namur,
Jean-Claude Pirotte avait le goût
des petites patries et tout spécialement du Portugal.
Le fort volume qui paraît
aujourd’hui dans la collection
« Poésie/Gallimard » nous offre
l’occasion de cultiver la saudade
en levant un verre de vinho verde
à sa haute mémoire et de le saluer
comme le plus absent, aujourd’hui, de tous ceux qui sont avec
nous. Sans points ni virgules, mais
ponctués de silence, ces derniers
vers racontent une vie de vagabondage dans des patries imaginaires : « Nous avons connu la province / les volets clos les sourds /
appels du soir les parlers lourds / et
les portes qui grincent. » Longtemps après que le poète a disparu,
la profondeur de sa voix continue
de nous toucher. ■
AU NORD
DE MOGADOR
De William Cliff,
Le Dilettante,
124 p., 15 €.
« L’imagination est une condition de l’Espérance »,
explique Jean-Pierre Lemaire. J. SASSIE/GALLIMARD
Jean-Pierre Lemaire a soixanteneuf ans, la presque totalité de son
œuvre a été publiée par Gallimard,
il est marié, père de famille, a
exercé un métier, professeur de
lettres en khâgne à Louis-leGrand et Sainte-Marie de Neuilly.
Cette sainté réalité
Toujours il a eu à cœur de transmettre ce qu’il avait appris et,
bien qu’il n’adopte jamais de
posture professorale ou tutélaire,
ses textes peuvent être lus comme des lettres adressées à des
jeunes poètes par un ancien qui
leur fait part des écueils qu’il a
rencontrés et des découvertes
qu’il a faites au cours de sa vie,
lui-même ayant été guidé par sa
lecture d’autres poètes et des
Évangiles. S’écartant des chemins balisés, il explique, textes à
l’appui, ce que lui ont enseigné
les poèmes d’Umberto Saba,
George Herbert, Adam Pilinski,
Vladimir Holan, Pasternak, Jean
Grosjean qui l’a parrainé à ses débuts, Jacques Réda, Paul de Roux
ou Judith Chavanne, de vingt ans
sa cadette.
« L’objet de la poésie, ce n’est
donc pas, comme on le dit souvent,
les rêves, les illusions ou les idées.
À lire aussi : Le Pays derrière
les larmes, Poésie/Gallimard.
William Cliff, spleen et idéal
d’un jeune homme vieux
W
AJOIE
De Jean-Claude
Pirotte,
Poésie/Gallimard,
420 p., 7,30 €.
C’est cette sainte réalité, donnée
une fois pour toutes, au centre de
laquelle nous sommes placés »,
écrit Claudel. Cette sainte réalité
est bien réelle, rugueuse, boiteuse, bancale, terne, terriblement
triste parfois, mais l’imagination
du poète perçoit qu’elle est animée d’un flux de vie intérieure qui
la relie au passé, à l’avenir, à l’ensemble des choses créées. Cette
imagination-là, qui n’affabule pas
mais décèle ce qui est obscurément en gestation dans le monde,
est une condition de l’Espérance,
explique le chrétien Jean-Pierre
Lemaire.
Non qu’il se prenne pour un
prophète, loin de là. Lorsqu’il
compose un poème, il se fait plutôt
l’effet d’être un enfant qui relie les
points numérotés de certaines pages de son carnet de coloriage
pour faire apparaître le dessin caché, comme lorsqu’il traça son
tout premier poème : « Je suis /ce
cri d’enfant / d’oiseau / Ce nuage /
accroché dans les branches / Je sors
pour étendre / le linge de la nuit /
d’une étoile à l’autre / et j’oublie
mes bras / sur le plus haut fil. » ■
ILLIAM CLIFF,
poète wallon né
en 1940, a reçu
en 2007 le grand
prix de poésie de
l’Académie française et en 2015 le
prix Goncourt de la poésie pour
l’ensemble de son œuvre. Dans les
recueils qu’il a publiés cet hiver, il
continue de promener son spleen
et son idéal à travers le monde, de
la Russie au Chili, de Manhattan à
Milan. Dans les rues, les trains, les
bars, il est à l’affût d’une rencontre
qui le soulagera de son mal de vivre. Mais toujours, le soir venu, il
rentre seul chez lui affronter la
nuit. Et sans cesse ses pensées reviennent à la ville de Gembloux où
il a grandi, dans une fratrie de neuf
enfants qui se réunissait le samedi
pour un bain hebdomadaire autour
d’une bassine d’eau posée sur le
feu de la cuisine.
«Je suis là comme un tas de viande
surannée » : le cœur et l’âme de
William Cliff ne s’éclairent que
lorsqu’il croise des enfants et des
éphèbes dont la beauté le chavire.
«Pourquoi, ô Dieu, as-tu fait les enfants si beaux? / Pourquoi ont-ils
dans le regard tant de mystère? […]
Oh ! qu’il est émouvant ce regard
grand ouvert / Dans ce visage pareil
à celui d’un ange ! / Et qui nous ferait
pleurer sur ce cœur pervers / Que
nous portons dans notre torse plein
de fange ! / Ô Dieu, je t’en supplie,
conserve à cet enfant / La lumière de
lui la simple vie conjugale des hommes qui font simplement leur travail d’homme : « Ils boivent l’âpreté
nécessaire à la gloire / Qui travaille
leur âme et sauvera leur être. »
« Innocence fière »
Une inquiétude spirituelle habite
William Cliff. OLIVIER ROLLER/DIVERGENCE
son regard si émouvant. » Le poète
ne se remet pas de la perte de sa
jeunesse et des espoirs de grandeur
qu’il nourrissait. Pourtant, s’il regrette le temps heureux où les
amours masculines, « merveilleux
duels » d’une nuit, comblaient sa
soif de vivre, il se rappelle aussi
qu’au matin il n’en restait rien.
S’il a rêvé d’une autre vie que
celle des habitants de sa ville natale
qui lui semblait si terne, certains
poèmes se font l’écho de l’admiration, voire de l’envie que suscite en
Dans sa jeunesse, William Cliff
commença ses humanités gréco-latines au petit séminaire, puis étudia
à l’université catholique de Louvain. Une inquiétude spirituelle
lancinante l’habite encore. À un
homme rencontré dans l’avion, il
parle pendant des heures du poème
qu’il a écrit sur l’homme Jésus. Le
plus souvent, l’attente confuse qu’il
balade jour après jour se trouve déçue le soir quand avant de s’endormir, « il reprend son cahier, il écrit
un poème hélas ! toujours le même ».
Pourtant quelques-uns de ses poèmes suivent le mouvement de descente et d’ascension propre aux
Psaumes. Ainsi de son « chant des
morts », manière de De profundis,
qui commence par une vision accablée de la condition humaine puis
élève le regard vers les cieux : « Et
celui qui dit sa prière /Courbé sur son
bat-flanc de bois / Revient à l’innocence fière / De l’enfant qu’il fut
autrefois » et « Si nous plions l’échine / Sous le poids de l’accusation, /
Celui qui connaît notre crime / Nous
a déjà fait son pardon. » ■
A. L.
À lire aussi : Matières fermées,
La Table ronde, 250 p., 16 €.
A
Les mots des poètes
«m’ont
toujours mis, plus que
ES POÈTES suscitent
chez les gens sérieux
que nous sommes du
respect, une certaine
déférence. Mais en les
plaçant
sur
un
piédestal,
avouons-le, nous les tenons à distance. Un poète, c’est très bien,
mais ça vit sur une autre planète,
ça n’a pas les pieds sur terre, nous
avons des choses à faire, pas de
temps à perdre avec leurs rêveries. Pourtant ça n’est pas du tout
ça un poète, explique Jean-Pierre
Lemaire, dans deux recueils de
textes au fil desquels il relit sa vie
à la lumière de ses poèmes, et ses
poèmes à la lumière de sa vie, les
deux étant inextricablement liés
comme la chaîne et la trame
d’une pièce tissée qui un jour révélera son dessin. « Réalistes, les
poètes, mais oui », dit Jean-Pierre
Lemaire qui se sent appartenir au
commun des mortels. C’est même
la condition, selon lui, pour que la
poésie s’affranchisse du « je » qui
veut s’exprimer et ne soit pas
qu’un joli bibelot sonore ou un
kaléidoscope superficiel de choses vues comme c’est parfois le
cas.
« Le poète doit voir les choses
telles qu’elles sont et les montrer
ensuite aux autres telles que sans
lui ils ne les verraient pas », écrivait Pierre Reverdy. Pas si simple. Ce réalisme-là exige du poète
une ascèse. On ne voit rien quand
on a la tête dans les nuages ou les
yeux braqués sur ses objectifs. On
ne voit les choses telles qu’elles
sont que « d’en bas », assis sur le
trottoir à côté du mendiant, dit
Jean-Pierre Lemaire, ou d’en
haut, à travers le ciel. Mais se tenir en bas n’est pas chose facile,
confesse l’auteur qui trouve plus
confortable de masquer ses failles
derrière une certaine respectabilité pour tenir sa place dans la vie
sociale. Le poète est comme tout
le monde…
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
4
EN TOUTES
CRITIQUE
littéraire
RUE DES ARCHIVES/PVDE
confidences
Apollinaire, cent ans après
À l’occasion de la disparition de Guillaume Apollinaire, il y a un siècle, le « flâneur des deux
rives » va connaître une nouvelle actualité éditoriale particulièrement riche, cet automne. Gallimard va publier en octobre la cinquantaine de lettres et de cartes postales inédites que lui avait
adressées la fameuse « Lou », avec laquelle
il avait entretenu une liaison aussi brève
qu’enflammée, fin 1914. L’édition est établie, présentée et annotée par Pierre
Caizergues. Toujours chez le même
éditeur, on pourra découvrir une édition
fac-similé d’Alcools aquarellée par le
peintre cubiste Louis Marcoussis, complétée par des eaux-fortes. Pour sa part,
Philippe Bonnet publiera en septembre
Le Paris d’Apollinaire aux Éditions Alexandrines.
Clancier fête ses 104 ans en poésie
Alors qu’il vient de souffler ses 104 bougies,
Georges-Emmanuel Clancier va publier un nouveau recueil de poèmes, Au secret de la source
et de la foudre (Gallimard). L’auteur du Pain noir
a sélectionné des poèmes inédits, extraits de la
correspondance échangée avec Arlette Brunel,
entre 1960 et 1980. Des vers écrits dans l’exaltation de l’amour et qui disent l’attente, le désir,
la plénitude du cœur et des sens, et qui magnifient le corps de l’aimante. En librairie le 7 juin.
Mort dans l’après-midi
PATRICK FORT Un livre sur les derniers jours du grand poète allemand Heinrich von Kleist.
LE VOYAGE
À WANNSEE
De Patrick Fort,
Gallimard,
190 p., 18 €.
SÉBASTIEN LAPAQUE
slapaque@lefigaro.fr
Q
UI SE SOUVIENT de
l’écrivain allemand
Heinrich von Kleist ?
Poète, dramaturge,
essayiste, il fut un véritable mythe pour
plusieurs générations romantiques
d’un côté et de l’autre du Rhin.
Beaucoup tentèrent de l’imiter,
parfois pour le meilleur, souvent
pour le pire. Déchiré par la mélancolie, il n’avait pas passé « le milieu
du chemin de notre vie » dont parle
Dante en sa Divine Comédie – soit
trente-cinq ans dans le compte du
Toscan – lorsqu’il s’est suicidé
après avoir tué la femme dont il
était tombé éperdument amoureux. Heinrich von Kleist n’a pas
tiré un coup de pistolet sur Henriette Vogel par dépit amoureux,
bien qu’elle fût mariée, mais parce
qu’elle était atteinte d’un cancer et
qu’il ne s’en consolait pas.
La faute au « mal du siècle » ?
Plutôt la faute à Montaigne : « La
plus volontaire mort, c’est la plus
belle. La vie dépend de la volonté
d’autruy, la mort de la nostre. En
aucune chose nous ne devons tant
nous accommoder. » Le drame a eu
lieu le 21 novembre 1811, vers
4 heures de l’après-midi, sur les
berges du lac Wannsee, à quelques
kilomètres de Berlin.
Écrivain délicat à la voix rare,
Patrick Fort a imaginé un montage
subtil de lettres d’Heinrich von
Kleist, d’Henriette Vogel, de Rahel
Levin et d’Ernst Friedrich Peguilhen pour faire plonger le lecteur au
cœur de cette ténébreuse affaire
dont on a dit qu’elle hantait Stefan
Zweig.
Sublime et morbide
Selon certains biographes allemands de l’auteur du Monde
d’hier, celui-ci l’aurait même imité
en entraînant sa femme Charlotte
Altmann dans la mort, le 22 février
1942, à Petrópolis, au Brésil. Ce
n’était pas Lotte qui était malade,
plus probablement Zweig, mais la
jeune femme avait très exactement
trente-quatre ans, soit l’âge de
Kleist le jour de sa mort.
Le Voyage à Wannsee de Patrick
Fort s’ouvre sur la tristesse de
Louis Vogel. On est bien malheureux de découvrir que sa femme a
un amant, mais on l’est plus encore lorsque celui-ci la tue. À ses côtés, le narrateur, Ernst Friedrich
Peguilhen, l’un des amis les plus
proches du couple, s’interroge sur
le geste fatal de Kleist. Peguilhen
est doublement touché. Il pressent
que la mémoire de son ami va être
salie. Il entend déjà ce qu’on va raconter de lui à Berlin et dans toute
la Prusse. « L’homme était fou. Un
artiste raté qui avait couru après le
succès jusqu’à en perdre la raison.
Rivaliser avec Goethe n’était pas à
la portée des écrivains médiocres.
Il avait assassiné une femme qui se
savait atteinte par un mal incurable.
L’incident était clos. Condoléances
aux familles. »
Les lettres qu’ont échangées
Kleist et Henriette Vogel dans les
années 1810-1811 sont une matière littéraire particulièrement
fascinante. Vouloir partir à deux :
voilà une obsession à la fois sublime et morbide. On ne s’étonne
pas de savoir que cette correspondance amoureuse d’un genre
un peu particulier a naguère retenu l’attention de Michel Tournier,
ce parfait connaisseur du romantisme allemand, dans Le Vol du
vampire. Patrick Fort s’en empare
à son tour en laissant l’imagination, cette folle du logis, jouer
sa partie. ■
Les procureurs du Web
MATTHIEU MENEGAUX Un père de famille se trouve soupçonné d’un crime qu’il n’a pas commis.
Mais Internet a trouvé son coupable et ne le lâchera pas.
EST-CE AINSI
QUE LES HOMMES
JUGENT ?
De Mathieu
Menegaux,
Grasset,
225 p., 18 €.
PAR ALICE FERNEY
L
E SIÈCLE des Ténèbres » aurait-il succédé au siècle des
Lumières dans lesquelles nous pensions
vivre encore ? Le goût des médias
pour le sensationnel et l’extraordinaire chambre d’écho qu’offre Internet attaquent-ils la tranquillité
que l’état de droit assurait aux personnes ? Les policiers et les juges
ont-ils moins de pouvoir qu’une
meute qui tweete ? Saccager une
vie est-il désormais à la portée des
foules ? Telles sont les questions
que soulève le troisième roman de
Mathieu Menegaux. Notre bel
aujourd’hui dans l’ère numérique :
l’affaire Jacqueline Sauvage lui a,
dit-il, suggéré ce sujet.
L’histoire qui l’illustrera est simple et rondement menée : un père
de famille se trouve soupçonné
d’un crime qu’il n’a pas commis.
Son domicile est perquisitionné, il
est rudement mis en garde à vue,
son employeur est averti, sa famille
sous le choc. Sans révéler au lecteur
la suite des faits, disons que le héros
croit bientôt reprendre le cours
normal de sa vie. Mais c’est sans
compter sur la Toile et la télévision.
Pour susciter notre réflexion,
Mathieu Menegaux se montre méthodique. Il articule et déplie les
événements et les destins, passe
d’un personnage à l’autre, envisage
chaque rôle. Celui de victime : un
veuf a une fille et une vie ; quand un
«
inconnu s’en prend à la fille, le père
la défend et en meurt. Celui de survivant : l’orpheline n’a de cesse que
ne soit puni l’assassin. Celui d’enquêteur : le commissaire chargé de
l’enquête en a tant vu qu’il ne fait
plus confiance à personne. Il n’y a
pas d’innocence évidente, tout
homme est trouble, mystérieux,
coupable potentiel. Gustavo Santini
en est un. Nouveau portrait : ce
cadre supérieur grimpe dans la hiérarchie, regarde des séries avec sa
femme, pendant que ses enfants
dorment, dans son pavillon d’une
banlieue chic. Ultime rôle : épouse
du meurtrier présumé, d’abord
certaine de l’innocence puis
assaillie par le doute - jusqu’à quel
point connaît-on autrui ?
Un monde qui écrase
les hommes
Chaque personnage occupe tour à
tour le devant de la scène tandis
que la narration découpe le temps.
19 janvier 2013 : jour du crime.
Un monde où chacun peut se trouver injustement accusé, placé en garde à vue et, quoique blanchi, montré du doigt
par la vindicte numérique. KRITCHANUT - STOCK.ADOBE.COM
22 mars 2016 : garde à vue.
Juin 2017 : épilogue.
Le récit porte une charge contre
les dérives de l’état policier. La
présomption d’innocence doit être
réelle et l’enquête à charge et à décharge. À la violence policière
s’ajoute la violence économique qui
pointe dans la description de l’entreprise où travaille Gustavo. Si
l’on ajoute à cela la puissance des
médias, le portrait d’un monde qui
écrase les hommes achève de se
dessiner.
Mathieu Menegaux, qui n’est pas
(encore) un professionnel des lettres, est un observateur intelligent
de son époque.
On regrette d’autant plus que les
éditeurs de la maison Grasset ne
l’aient pas aidé à épurer son texte
de ce qui l’abaisse au niveau d’une
publication typique de la période
actuelle. « Les pensées se bousculent. » « On est raide comme la
justice. » « On campe sur ses positions. » « On échange ! » « On n’a
pas capté le film. » Le travail éditorial était pourtant simple : proposer la suppression de ces formules
qui ne sont pas écrites mais toutes
faites et, au moins, réduire
le nombre des occurrences de
la forme « C’est » (marque des
débutants).
Est-ce ainsi que les hommes
jugent ? est un roman intelligent
mais pauvrement écrit. Qu’on se le
dise : Il y a « mal écrire », écrire
proprement, bien écrire, et au-delà
encore il y a l’écriture, notre rêve
d’auteur et d’éditeur. ■
Les pieds dans le passé
JEAN-DANIEL VERHAEGHE Un homme croise la femme qu’il avait aimée jadis. Un joli roman sur la confusion des sentiments.
A
LE PASSÉ
DÉFINITIF
De Jean-Daniel
Verhaeghe,
Serge Safran éditeur,
114 p., 15,90 €.
J
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
EAN-DANIEL Verhaeghe a
beaucoup fait pour la littérature. Il a réalisé une soixantaine de films en adaptant
pour le petit ou le grand
écran Balzac (Le Père Goriot, Eugénie Grandet, La Duchesse de Langeais…), Flaubert, Stendhal, Martin
du Gard, Alain-Fournier, Genevoix,
Kafka et tant d’autres tels que JeanClaude Carrière et sa magnifique
Controverse de Valladolid. Il sait
aussi prendre la plume, et le nouveau titre qu’il nous offre montre
qu’avec une caméra ou sur une page
blanche, c’est toujours la même
chose qui l’obsède : l’âme humaine.
Dans Le Passé définitif, on retrouve les personnages rencontrés
dans Le Jeu de l’absence (Arléa),
Ferdinand et Jeanne qui avaient
décidé de s’éloigner pour mieux se
retrouver et s’aimer. Un jeu dangereux. Des années ont passé. Ferdinand vit désormais avec Béatrice,
une violoniste de talent et une femme parfaite. Éditeur dans une maison d’édition parisienne, il fait des
allers-retours entre Paris et Tours.
Un jour, il croit apercevoir la silhouette de Jeanne et sa belle chevelure rousse à la gare Montparnasse. À partir de cet instant, tout
son passé ressurgit, et c’est comme
si quelque chose en lui de profond,
d’enfui depuis toujours avait
vacillé. « Avec Jeanne, il en avait
espéré des bonheurs. »
Amour, passion, devoir
C’est pourtant classique, cette façon
d’adorer son amour de jeunesse et
de vouloir retrouver des sentiments
éteints. Mais Ferdinand n’est plus
un jeune homme, il devrait se raisonner, et voici qu’il tremble comme un enfant. Il lui arrive même de
mentir.
Et Béatrice, qui l’attend alors
qu’elle est en train de jouer dans Il re
pastore, de Mozart à l’opéra de
Tours ? Jean-Daniel Verhaeghe fait
un clin d’œil à son personnage empêtré dans la confusion des sentiments. Il re pastore ne parle-t-il pas
de ce conflit intérieur entre l’amour
et la raison, la passion et le devoir ?
En prenant la rue Daguerre, Ferdinand songe qu’il pourrait simplement dire la vérité à Béatrice : « Le
passé avait ressurgi et il avait du mal
à reprendre son souffle. Il ne savait
pas que les souvenirs oubliés n’étaient
pas perdus. » Il ajouterait, dans un
message téléphonique « Me suis pris
les pieds dans mon passé. » L’explication est pour le moins originale.
C’est par petites touches toute en
délicatesse que Jean-Daniel Ve-
rhaeghe brosse les portraits de Ferdinand, Béatrice et Jeanne. Il n’en
dit presque rien – son récit est
court - et c’est magique, ils sont incroyablement vivants, avec leurs
caractères, leurs tourments, leurs
visions du monde. L’écrivain a l’art
de la chute. En quelques lignes,
vers la fin, il nous déroute –
« Avait-elle seulement existé ? »
Puis un enfant paraît… On n’en dira
pas plus. Dans une postface émouvante, Verhaeghe parle des Thibault
et nous souffle son amour pour la
littérature. Le Passé définitif illustre
à merveille cette phrase de René
Char : « Vivre, c’est s’obstiner à
achever un souvenir. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
&
ÇÀ
LÀ
Le retour d’Harry Baur
Dans son nouveau roman,
Alexandre Najjar nous raconte
la rencontre inattendue entre
l’acteur Harry Baur, incarcéré et
LE FIGARO
torturé par les nazis, et un prêtre allemand, Franz Stock, qui
avait tout fait pour sauver le
comédien. Son éditeur présente
le livre comme « un hymne à la
fraternité ». Harry et Franz
sortira chez Plon, le 30 août.
Arnaud de La Grange
grand prix Jules Verne
Notre confrère Arnaud de La
Grange a reçu le grand prix
Jules-Verne,
décerné
par
l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire,
pour son premier roman, Les
Vents noirs (Lattès). Ce prix
qui récompense « l’esprit du
voyage, du rêve et de l’aventure » a déjà couronné Jean
Malaurie, François Bizot ou
Jean-Paul Kauffmann.
5
Vivian Gornick, deuxième
Tsvetaeva au complet
Après le succès d’Attachement féroce, Vivian Gornick verra un autre
de ses récits autobiographiques
traduits en français, La Femme à
part, le 5 septembre, chez Rivages.
À travers ses souvenirs, elle y a
capturé l’essence de New York, et
de sa propre existence, « avec une
justesse toujours impressionnante », selon son éditeur.
Les Éditions des Syrtes ont
achevé l’édition des poésies
complètes de Marina Tsvetaeva,
entamée en 2016. Deux forts volumes sont annoncés pour le
13 septembre, sous le titre Les
Grands Poèmes. On y retrouvera,
entre autres, dans cet ensemble
bilingue, Le Magicien et Envoyé
de la mer (dédié à Pasternak).
Les armées de la nuit
jeudi 7 juin 2018
CRITIQUE
littéraire
AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Par Éric Neuhoff eneuhoff@lefigaro.fr
A. G. LOMBARDO Un spécialiste des graffitis est pris dans les émeutes
de Los Angeles en août 1965. Hallucinant et magistral.
Le génie de Salter
C’
endroit, quelqu’un rappelle
EST NOËL au
que Gogol est mort puceau. Il
printemps.
est question de Paul Valéry
L’Olivier réé(« Un antisémite »). Un couple
dite toutes les
a pour habitude de lire Anna
nouvelles de
Karénine après l’amour. À
James Salter. En cadeau, il y
Bâle, voici la compagne d’un
en a quatre inédites. Dans ces
monsieur qui ressemble beauconditions, vous croyez vraicoup à Harold Brodkey. Génie
ment qu’on va lire le dernier
ou imposteur ? On pose un
Édouard Louis ?
disque sur le pick-up. Les glaOn se glisse dans la prose de
çons fondent dans les verres.
Salter comme on s’enroule
La maîtresse de maison s’éloidans un édredon. Il y a quelgne. Salter est imque chose de doux,
battable pour cerner
chaud, de volupun caractère en
tueux. Il écrit comdeux lignes, scruter
me personne. Les
les dames à la loupe,
adjectifs résonnent
saisir ce moment où
sur la page comme
personne ne veut
des notes d’Erik Saplus d’elles. Il s’attie. Les descriptions
tarde sur les vêtesont uniques. Rements, les bijoux.
gardez ce type qui a
Une certaine Jane
« le visage d’un colpleure à l’arrière
légien que personne
d’un taxi. Un gamin
n’aime », cet autre
réclame à sa mère
perdu dans ses souComme
des souris apprivoivenirs :
« Comme
sées. Un soldat asune lame
une lame de fond, le
siste à l’enterrement
passé l’avait subde fond,
d’un de ses camaramergé, non pas sous
le passé
des. Un agent de
sa forme vécue, mais
change reçoit un apl’avait
tel qu’il s’était inscrit dans sa chair. »
submergé, pel de l’ancien
amour de sa vie.
Il n’y a que chez lui
non pas
Tout le monde rêvequ’on trouvera des
rait d’entendre cette
sous
Américains découNoreen au téléphovrant Barcelone à
sa forme
ne. Un tournage de
cause de Paul Movécue,
film, des divorces
rand. L’Europe sert
(oui, mais avant il y
mais tel
souvent de décor.
On traverse l’Italie
qu’il s’était a eu tout ce bonheur), un rendezen compagnie d’une
inscrit dans vous au Plaza, les
toute jeune fille.
lumières des apparsa chair
Qu’es-tu devenue,
tements qui donnent
Eda ?
JAMES SALTER
sur Central Park,
À Paris, une halte
des solitudes qui
s’impose pour adn’osent pas dire leur nom, les
mirer les danseuses du Crazy
nuits qui ne finissent pas, JaHorse. « Leur nudité est de celmes Salter convoque tout cela
les qui sont immortelles. » On
à son générique. C’est comme
assiste à la lente agonie d’une
si Proust avait rencontré
cavalière tombée de sa monFitzgerald.
ture. Une baby-sitter hollandaise reçoit de terribles lettres
pornographiques. Les héros
sont scénaristes, avocats ; ils
travaillent à Wall Street. Des
LAST NIGHT
demoiselles boivent un peu
De James Salter,
trop, se demandent si elles
traduit de l’anglais (États-Unis)
coucheraient avec Lucian
par Anne Rabinovitch,
Freud (réponse : oui), ne parLisa Rosenbaum
lent pas à leurs amies de leur
et Marc Amfreville,
visite chez le médecin. Salter
L’Olivier,
cite beaucoup d’auteurs. À un
350 p., 14,90 €.
«
B
URN, baby, burn ! »
« Brûle, bébé, brûle ! » Les quelques
jours d’août 1965 à
Los Angeles qui virent monter du quartier de Watts
les flammes de la révolte des Noirs
après une interpellation policière
plus que musclée inspirèrent curieusement assez peu les écrivains
américains. Curieusement, tant le
sujet était porteur. Il y a trois ans,
un certain Ryan Gattis donna dans
Six jours (Fayard) sa vision des choses. Pas inintéressante mais quand
même très branchée « air du
temps », c’est-à-dire découpée
comme un scénario de série télé.
Aujourd’hui, voici le premier roman d’un jeune homme de cinquante ans ou presque dont on ne
sait rien sinon qu’il est natif de Los
Angeles et enseignant dans un lycée public. C’est peu, mais lire sa
prose suffit à notre bonheur.
Graffiti Palace, d’A. G. Lombardo, est une pure merveille que l’on
doit au talentueux auteur-traducteur-éditeur Pierre Demarty, au
Seuil depuis peu de temps.
C’est L’Odyssée version XXIe siècle. Notre Ulysse est un jeune Noir
brillant fasciné par les tags qui recouvrent les bâtiments de Los Angeles. Un carnet à la main, il sillon-
«
ne sa ville à l’affût de nouveaux
slogans, de signes cabalistiques, de
combinaisons de chiffres, de codes,
de messages. « C’est vertigineux,
tous les motifs qui paraissent prendre
forme s’évaporent aussitôt : par moments il est persuadé que la ville n’est
qu’un immense graffiti, un ubertexte tentaculaire qu’il finira, à force
de remplir des carnets, par débloquer
pour en révéler les codes. »
Ville magnétique
En attendant ce jour, Americo
Monk se retrouve pris au piège
d’une émeute qui prend des airs de
fin du monde. Au sud de la ville, sa
compagne, la belle Karmann, l’attend, avec ce bébé qui bouge furieusement dans son ventre. Entourée de fêtards alcoolisés et
shootés, au milieu de containers
transformés en appartements provisoires, faits de bric et de broc,
d’électricité détournée, Karmann
est une Pénélope qui s’angoisse
pour son homme. Et elle a bien raison, car si en temps normal Monk
peut circuler entre les quartiers,
connu qu’il est des nombreux gangs
et des forces de police, en temps de
quasi-guerre civile ses notes sur les
positions des uns et des autres,
leurs codes deviennent un objet de
convoitise. Le petit homme va donc
devoir affronter mille et un périls
avant de pouvoir espérer regagner
son port d’attache.
Mais tel le personnage qu’incarne Griffin Dunne dans After Hours,
de Martin Scorsese, il paraît assez
évident que toutes les décisions
qu’il prend vont dans le mauvais
sens : « Plus il réussit à se rapprocher du port, plus il semble devoir
s’en éloigner, à croire que la ville est
magnétique et l’attire comme une
simple limaille. »
Au cours de son odyssée dans Los
Angeles, Monk va faire toutes sortes de rencontres savoureuses ou
effrayantes. Trafiquants, gourous,
reine vaudoue, aveugle visionnaire, tagueurs équilibristes, policiers
tortionnaires, femmes fatales, militants islamistes, prostituées de haut
vol. Le tout rythmé par la musique
des Byrds, de Marvin Gaye, de Coltrane.
Graffiti Palace est un envoûtant
roman écrit par un auteur « ivre
de mots », comme il aime à se
qualifier. Un écrivain qui travaille
sur plusieurs niveaux, décrit la
ville, ses mots et ses maux avec
une envie gourmande et une assurance bluffante. Le message est
dérangeant pour l’Amérique : racontant la manière dont les Noirs
sont traités en 1965, A. G. Lombardo montre qu’un demi-siècle
plus tard rien n’a vraiment changé et que la ville a moins à craindre d’un éventuel tremblement
de terre que d’une nouvelle
émeute sanglante. ■
Une arrestation dans
le quartier de Watts,
à South Los Angeles,
le 16 août 1965.
HULTON ARCHIVE/
GETTY IMAGES
»
GRAFFITI PALACE
D’A.G. Lombardo,
traduit de l’anglais
(États-Unis) par
Charles Recoursé,
Seuil, 378 p., 22 €.
promettant,
« Ce qui est com et tant… »
c’est qu’on prom
« Je n’ai d’yeux que pour toi.
Je n’ai Dieu que pour toit. »
son
le même
mais pas le même
sens
« Ça démarre tô
Sade est martea t.
u.»
« Ce qui est fait est fait : on ne peut pas fermer l’usine.
Ce qui est fée est fée, on ne peut pas faire Mélusine. »
A
BRUNO CORTY
bcorty@lefigaro.fr
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jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
6
parle
ON EN
IL Y A PLÉTHORE DE CANDIDATS
AU FAUTEUIL DE MICHEL DÉON
À L’ACADÉMIE FRANÇAISE.
UNE ÉLECTION QUI AURA LIEU
LE 21 JUIN.
HISTOIRE
littéraire
Michel Déon, le fauteuil et la sépulture
Mort le 28 décembre 2016 en Irlande, Michel Déon continue de
faire l’actualité. Le 21 juin, l’Académie française organisera une
élection afin de trouver un successeur au fauteuil numéro 8. Le
moins que l’on puisse dire est
qu’il est très convoité. Pas moins
de treize candidats à ce jour et il
est encore possible de postuler !
Parmi eux, quelques farfelus et
de sérieux prétendants : Jérôme
Clément, Frédéric Mitterrand,
Alain Duault, Bruno Racine,
François Taillandier, Michel Orcel
(italianiste et psychanalyste)…
Face à ce trop-plein de belles
candidatures, il est possible que
les immortels se refusent à
choisir et provoquent une
« élection blanche ». Si son fauteuil n’est pas pourvu, Michel
Déon pourra au moins reposer,
enfin, à Paris. Après un refus de
la maire de la capitale, quelques
tergiversations et une pétition
d’une centaine d’écrivains, Anne
Hidalgo a fini par accepter que
les cendres de l’auteur du Jeune
Homme vert trouvent une place
au cimetière de Montparnasse.
MOHAMMED AÏSSAOUI
Les racines inattendues du fascisme
ESSAI L’auteur démontre que les théoriciens italiens du fascisme se sont inspirés de certaines thématiques
jacobines de 1793.
PAUL-FRANÇOIS PAOLI
HISTOIRE
DU FASCISME
De Frédéric le Moal,
Perrin,
432 p., 23 €.
L
E NAZISME n’aurait jamais pris l’ampleur qui
fut la sienne sans Hitler
tandis que le fascisme
pouvait exister sans
Mussolini. Cette thèse est fortement
étayée par Frédéric Le Moal dans un
livre qui bouscule bien des idées reçues. Dans cet essai qui remonte
aux sources du phénomène fasciste
l’historien réduit à peu de chose la
croyance, encore répandue à gauche, selon laquelle le fascisme
aurait été une vulgate primaire dont
se sont servies les classes dominantes italiennes pour barrer la route
au communisme. Il y a longtemps
que plus aucun historien sérieux ne
soutient cette thèse qui fait encore
florès dans une certaine sousculture antifasciste française. Frédéric Le Moal, qui a beaucoup écrit
sur l’Italie, ne s’est pas contenté de
lire les grands historiens italiens qui
se sont penchés sur le fascisme depuis Renzo De Felice à Emilio Gentile, il a aussi exploré l’ingrate littérature fasciste de l’époque. Il
montre, textes et témoignages à
l’appui, ce que la rhétorique anticléricale et antimonarchiste des
idéologues du fascisme naissant, de
Roberto Farinacci à Dino Grandi en
passant par Giuseppe Bottai, doit à
certaines thématiques rousseauistes de la Révolution jacobine de
Benito Mussolini et Adolf Hitler, le 20 août 1941 : un même projet de « virilisation » des corps et des esprits.
HEINRICH HOFFMANN/MP/PORTFOLIO/LEEMAGE
1793. Et notamment l’ambition, qui
sera au cœur du projet fasciste, de
« régénérer » l’être humain corrompu par le « lucre » de la civilisation libérale. Mais le régénérer
comment ? Par la militarisation de
la société, l’hégémonie d’un État
tout-puissant et la « virilisation »
des corps et des esprits. Tous les
leaders fascistes encensaient Mazzini et Garibaldi qui étaient des admirateurs du jacobinisme français
et furent des héros de l’unification
italienne. Cette source révolution-
naire du fascisme qui le distingue
radicalement du franquisme contre-révolutionnaire et catholique,
n’a jamais été reniée par Mussolini.
L’énigme Mussolini
Marqué par la lecture de Georges
Sorel, l’auteur culte de Réflexions
sur la violence, Mussolini apparaît
comme un homme aussi cultivé que
complexe, ce que l’historien Pierre
Milza avait déjà montré dans la biographie qu’il lui avait consacrée.
S’il combat les marxistes, ce n’est
pas d’un point de vue contre-révolutionnaire mais au nom d’un autre
projet révolutionnaire. « Les négations fascistes de la démocratie et du
libéralisme ne doivent pas toutefois
faire croire que le fascisme veuille
renvoyer le monde à celui d’avant
89…On ne retourne pas en arrière.
La doctrine fasciste n’a pas élu comme prophète Joseph de Maistre »,
écrit-il en 1932 dans La Doctrine du
fascisme. Cette dimension prométhéenne permet de comprendre
l’enthousiasme que suscita le fas-
cisme à ses débuts chez un intellectuel moderniste comme le poète futuriste Marinetti, violemment
anticlérical et zélateur du coup de
poing comme argument décisif.
Mais aussi chez Malaparte qui vit en
Mussolini un jumeau de Lénine.
Après le congrès fondateur de
San Sépolcro en 1919 où le parti fasciste prône le vote des femmes et le
partage des terres en faveur des
paysans, Mussolini se rapproche de
la bourgeoisie qui se sert de lui pour
rétablir l’ordre social dans une société menacée de décomposition.
De son côté le pape Pie XI, fut plus
que bienveillant pour un leader
certes païen mais qui protégeait
l’Église de la propagation d’un
communisme
« intrinsèquement
pervers », coupable des massacres
de masse auxquels échappa toujours l’Italie fasciste. Si le projet
totalitaire fut un échec flagrant, la
personne de Mussolini ne pâtira de
ce fiasco qu’à la fin des années 1930.
« Les Italiens ne devinrent jamais
fascistes mais ils furent mussoliniens », affirme Le Moal. Un Mussolini qui, aujourd’hui encore, reste
une énigme majeure pour les psychologues comme pour les historiens. L’anarcho-socialiste qui
écrivait en 1912 que « l’illusion était
peut-être l’unique réalité de la vie »
crut-il jamais vraiment que l’on
pouvait restaurer les vertus de la
Rome antique ? ■
L’insoutenable légèreté de la noblesse
BIOGRAPHIE Un fascinant portrait de Choiseul, grand serviteur de l’État réputé pour sa méchanceté et ses phrases assassines.
JEAN-MARC BASTIÈRE
CHOISEUL.
L’OBSESSION
DU POUVOIR
De Monique Cottret,
Tallandier,
510 p., 24,90 €.
E
SPRIT sur pattes, réputé
pour sa méchanceté et
ses petites phrases assassines, le comte de
Stainville, d’ascendance
lorraine, devenu duc de Choiseul,
appartient au décor du siècle des
Lumières, comme les précieuses
porcelaines de Sèvres. On le retrouve partout. Principal ministre
de Louis XV pendant douze ans (de
1758 à 1770), il est au cœur du retournement des alliances, de la
guerre contre l’Angleterre, de la
réorganisation de l’armée, de la
reconstruction de la marine. Parmi
ses réussites, ce diplomate évoquait le « pacte de famille » qui res-
serrait les liens entre les Bourbons
en Europe. Il détestait les Jésuites,
qu’il a fait chasser du royaume, et a
ménagé les jansénistes, pourtant
subversifs.
Cette « bête de cour » caressait
les salons dans le sens du poil et
entretint une correspondance avec
Voltaire. On a associé sa faveur à
son amie et protectrice la marquise
de Pompadour et sa disgrâce à sa
vaine opposition à l’ascension de
Mme du Barry.
Peu de biographies, en réalité,
lui ont été consacrées. Celle de
Monique Cottret, plongée fascinante dans le clair-obscur d’une
époque et de ses faux-semblants,
enrichit et nuance son portrait,
sans lever, il est vrai, tous les
mystères autour de cet homme
insaisissable. Le sémillant personnage est bien plus complexe que
l’image qu’il donnait de lui-même, assez différent de celle qu’esquissèrent ses amis comme ses
ennemis. L’homme du bonheur et
de la légèreté, qui parle trop, est
aussi un travailleur infatigable,
attaché au pouvoir, qui fait tout
pour le conquérir, le garder, le reconquérir.
La violence d’un libertin
L’obsession nobiliaire, malgré une
indifférence affectée, est très forte
chez lui. Il fait un mariage d’argent
pour « fumer » ses terres et, sans
progéniture, il dilapide avec ostentation l’immense fortune qui lui
file entre les mains, ne laissant
comme trace sur terre que la pagode de Chanteloup. Cynique et
menteur, il élimine Bernis par l’intrigue et la basse manœuvre. La
violence du libertin prêt à tout affleure aussi sous certains témoignages.
Sur la désignation de l’Angleterre comme adversaire principal,
il n’a pas varié d’un iota. C’est un
point cardinal de sa politique. S’il
entend ménager le Parlement, ce
qu’on a pu lui reprocher, c’est
pour financer la guerre. Le libéralisme économique est aussi pour
lui un moyen d’enrichir le pays.
Pour le reste, ce n’est pas un révolutionnaire, il est même assez
conservateur. On a relu, non sans
illusion rétrospective, son action à
la lueur de l’effondrement de
l’Ancien Régime.
Pourtant, s’il défend dans les
formes la monarchie absolue, il
participe malgré tout à la désacralisation de l’autorité royale. Quand
il rédige ses Mémoires après son
renvoi brutal, transpire une vraie
« haine » de Louis XV. Dans son
dépit de vizir disgracié, il le compare sans nuance à un despote
oriental, fait de son maître et souverain un « homme sans âme et
sans esprit », qui aime le « mal pour
mal ». Grand serviteur de l’État,
Choiseul incarne aussi l’insoutenable légèreté de la noblesse, qui
scie avec un esprit acéré la branche
sur laquelle elle est assise. ■
VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE
PARIS SECRET
NUMÉRO
D O U BL E
A
160 pages
Paris est une fête, et surtout un mystère : la ville de Saint Louis et d’Henri IV, de Victor Hugo et de Balzac, de
Modigliani et de Robert Doisneau n’a pas fini d’éblouir. De Notre-Dame à La Défense, de Montparnasse au Père
Lachaise, des hôtels particuliers aux passages couverts, Le Figaro Hors-Série vous fait découvrir Paris tel que
vous ne l’avez jamais vu. Au fil de ses ponts, de ses jardins, de ses palais, de ses boulevards, Paris livre mille et un
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jeudi 7 juin 2018
LE FIGARO
Le manque sensoriel
de l’océan, tel un membre
fantôme, est une sensation
de chaque instant.
J’ai mal à l’océan
»
YANN QUEFFÉLEC, À « L’EXPRESS »,
À L’OCCASION DE LA SORTIE DE SON
« DICTIONNAIRE AMOUREUX DE LA MER ».
Retrouvez sur Internet,
chaque mardi,
la chronique
« Livres pour
la jeunesse ».
@
SUR
WWW.LEFIGARO.FR/
LIVRES
HANNAH ASSOULINE/OPALE/LEEMAGE
7
LE CHIFFRE DE LA SEMAINE
600
auteurs
seront invités au Livre sur la place, à Nancy,
du 7 au 9 septembre. L’une des plus importantes
manifestations littéraires en France fêtera
à cette occasion son quarantième anniversaire.
EN VUE
littéraire
Au-delà des
apparences
CELESTE NG L’arrivée d’une mère
célibataire et bohème dans
une banlieue riche de Cleveland
met le feu aux poudres.
Cette petite ville harmonieuse
où rien ne dépasse, où chaque
maison avec son jardin est entreVEC son premier roman, Tout ce qu’on
tenue au cordeau, où politesse, tone s’est jamais dit,
lérance et bienveillance sont inelle avait emballé les
culquées dès le berceau, n’a pas de
critiques.
secrets pour l’auteur :
Certains
s’interroelle y a passé son engeaient : le second sefance. Évidemment,
LA SAISON
rait-il aussi accomelle connaît par cœur
DES FEUX
pli ? Mais Celeste Ng
cette upper class
De Celeste Ng,
(prononcez « Ing ») a
américaine, pleine de
traduit de l’anglais
encore une fois dégaibons sentiments, lut(États-Unis)
né son arme secrète :
tant
vaillamment
par Fabrice Pointeau,
installer dès les prepour
montrer
le
Sonatine éditions,
mières pages un climeilleur
côté d’elle384 p., 21 €.
mat inquiétant et
même.
réussir à le maintenir
En cette fin des anjusqu’à la dernière
nées 90, Mia Warren,
ligne.
photographe d’art, y
Le livre débute par
emménage avec sa
un incendie volontaifille, Pearl. Elle vient
re, celui de la maison
de louer une petite
des Richardson. C’est
maison appartenant à
bien la première fois
la très conformiste
qu’un tel acte de malElena
Richardson,
veillance
survient
épouse exemplaire,
dans cette idyllique
mère de quatre enbanlieue de Clevefants, charmante corland, Shaker Heights.
respondante locale du
LAURENCE CARACALLA
A
journal du coin. Mia, solitaire et
nomade, n’est pas précisément le
style de Shaker Heights, mais
qu’importe : Elena ne juge pas, elle
tolère. Et puis Mia est une « artiste » et sa fille, Pearl, une charmante adolescente qui, dès son arrivée,
passe sa vie chez les Richardson,
subjuguée par cette famille soudée
et surtout sédentaire, tandis
qu’Izzie, la benjamine d’Elena, est
fascinée par l’énigmatique Mia et
sa vie de bohème. L’herbe est
toujours plus verte ailleurs…
Bonne mère
Mais cette apparente tranquillité
est soudain mise à mal : un couple
proche d’Elena adopte une petite
Chinoise et se voit menacer d’en
perdre la garde au bénéfice de la
mère biologique, une amie de Mia.
La hache de guerre, profondément
enfouie par les deux protagonistes,
n’attend plus que d’être déterrée.
Celeste Ng n’a pas son pareil
pour, d’une petite phrase assassine
ou même d’une formule anodine,
faire planer une menace qui ne dit
pas son nom.
L’auteur ne caricature ni les situations, ni ses personnages féminins, elle préfère nous laisser juge :
ces privilégiées plutôt rigides ne
sont-elles pas seulement le produit
de leur éducation ? Les fuites successives de Mia, la non-conformiste, est-elle une fin en soi ?
Avec une grande maîtrise,
Celeste Ng raconte les frustrations
des unes, la vulnérabilité des
autres, relate sans effet de manches les remises en question qui
font grandir, la précarité qui fait
plonger.
Et puis elle pose la question essentielle, celle qui traverse tout
l’ouvrage : qu’est-ce qu’être une
bonne mère ?
Vaste question qui a passionné
les lecteurs américains avec
500 000 exemplaires déjà vendus
et séduit l’actrice Reese Witherspoon : après Big Little Lies, elle
s’apprête à adapter le roman en
série.
Avec ces pages aussi foisonnantes qu’envoûtantes, elle dispose
d’une sacrée matière pour faire de
son projet une réussite. ■
À l’image des pelouses
tirées au cordeau,
rien ne dépasse
dans les banlieues
privilégiées
de l’upper class
américaine.
EDUCATION IMAGES/
UIG VIA GETTY IMAGES
Proust et Sagan, un tête-à-tête hors du temps
JEAN-CLAUDE LAMY Un savoureux dialogue imaginaire entre Céleste Alberet et l’auteur de « Bonjour tristesse ».
MOHAMMED AÏSSAOUI
T
OUT L’INTÉRESSE, et
son enthousiasme est
contagieux. La bibliographie de Jean-Claude
Lamy est impressionnante. Il a écrit sur – attention, retenez votre souffle – Pierre Lazareff,
Mac Orlan, Bernard Buffet, Bardot,
Brassens, Jeanne Calment, Mauriac,
Arsène Lupin, Hervé Bazin, Gaston
Leroux, René Julliard, Coluche…
Son livre sur les frères Prévert s’est
vu décerner le Goncourt de la biographie… Aujourd’hui, il met en
scène une conversation imaginaire
POCHE
Quoirez (Sagan), dont Lamy raconte qu’elle le reçoit depuis plusieurs années pour « des entretiens
où les petits riens de la vie pétillent
comme le vin de Champagne », est
une grande admiratrice de Proust elle a trouvé son nom de plume
dans la Recherche.
Fantaisie littéraire
À partir de cette passion commune,
Lamy invente un savoureux et instructif dialogue entre les deux femmes. On y est et on y croit. C’est divin et vivant. La musique des
phrases est là. L’explication ? « Puisée aux sources de la réalité, leur
BD
Polonais et provocateur
Gombrowicz le sulfureux,
Gombrowicz le boutefeu,
Gombrowicz le Polonais
démesuré. Le revoilà au format
poche à travers son journal
intime, publié près d’un demisiècle après sa mort. Bien sûr,
c’est la période argentine qui est
la plus passionnante. Entre 1939
et 1963, l’auteur du délirant
Ferdydurke y tire le diable par
la queue, fréquente les bas-fonds
de Buenos Aires, entre deux
parties d’échecs, se liant d’amitié
avec le poète cubain Virgilio
Piñera. Il ne cache
rien de ses
appétits sexuels
qu’il a du mal
à assouvir et nous
donne ses
impressions
de lecture. Autre
obsession : son
œuvre et son accueil
par la critique.
entre Céleste Albaret, la gouvernante, confidente et première lectrice de Proust, et Françoise Sagan.
Il connaît très bien cette dernière, il
lui a consacré sa première biographie. Pourquoi Céleste et Sagan,
deux personnes qui semblent tellement éloignées l’une de l’autre ? La
première est née en mai 1891 quand
l’auteur de Bonjour tristesse a vu le
jour quarante-quatre années après.
Lamy connaît donc bien Sagan. Il a
aussi rencontré la gouvernante de
l’auteur de la Recherche…
Le biographe le sait bien : quelque chose d’essentiel les unit.
L’amour de Proust. Françoise
T. C.
KRONOS
De Witold Gombrowicz,
traduit du polonais
par M. SmoragGoldberg,
« Folio »,
424 p., 8,30 €.
Une fille de dix-sept ans passe
l’été avec son père dans une villa
d’architecte de la Côte d’Azur.
Cécile se croit insouciante,
indolente, légère et jouisseuse
comme l’est son père. En fait,
quelque chose d’obscur est tapi
au fond d’elle. Elle voudrait que
personne ne s’immisce entre elle
et lui. Elle doit composer pourtant
avec sa jeune et impudique
maîtresse qu’il a invitée à partager
leurs vacances. Elle se console en
se disant qu’il s’en lassera comme
il se lasse de toutes les femmes.
Mais lorsque Anne,
une vieille amie de
sa mère décédée,
à laquelle son père
a fait signe, annonce
son arrivée,
l’humeur de Cécile
s’assombrit. Elle sent
le danger. Anne
pourrait vouloir rendre
son père heureux,
dîner ensemble pour fêter notre anniversaire. En cachette de Simone de
Beauvoir, jalouse comme une tigresse. » Tous deux sont nés un 21 juin.
Dans ce dialogue pas si imaginaire,
on voit l’œuvre de Sagan en train
de se dessiner, sa causticité (Céleste : « Monsieur méritait le prix Nobel. Sagan : « Au moins autant que
Winston Churchill ! »). C’est également une fine analyse de Proust et
de sa vision de la littérature, les
liens invisibles qui unissent les
deux grands écrivains français, notamment sur le travail autour des
souvenirs, et une fantaisie littéraire
qui fait du bien. ■
LANGUE FRANÇAISE
Méfiez-vous des jeunes filles
L’homme avait aussi ses sautes
d’humeur et ses détestations.
Rien ne nous est épargné. Au fil
des pages s’esquisse une sorte
d’autobiographie, loin du portrait
officiel qu’il avait donné dans son
Journal littéraire, avec, en point
d’orgue, les années berlinoises,
puis l’installation à Vence,
en 1964, avec la jeune Rita.
Lui-même avouait : « Je suis un
humoriste, un plaisantin, je suis
un acrobate et un provocateur,
je suis cirque, poésie, horreur,
bagarre, jeu - que voulez-vous
de plus ? » Le lire, tout
simplement.
rencontre relève de la fiction. Un tête-à-tête hors du temps étayé par
des éléments connus. J’ai imaginé
cette conversation entre Céleste et
Sagan. Pour l’amour de Proust, leur
maître absolu. Les voilà enfin réunies. C’est peut-être un roman… »,
sourit Lamy.
Difficile de tout reprendre tant il
se dévoile d’anecdotes, d’informations – le chroniqueur et ancien
échotier du Figaro n’est jamais
loin. On évoque Sarah Bernhardt,
Ruskin, Sartre… À propos de lui,
Françoise Sagan dit : « J’aime son
étonnante spontanéité dans la
conversation. Nous allons bientôt
remettre de l’ordre dans leur vie.
Il n’y a pas un mot de trop dans
cette version dessinée de Bonjour
tristesse, pleine de silences,
de non-dits, de regards. Chaque
réplique étincelle de perversité.
Comme l’écrit Frédéric Beigbeder
dans sa préface, il faut s’émanciper
du roman de Sagan pour goûter
cette BD, « sexy, frivole, cynique,
balnéaire et fruitée » mais fidèle
à cet esprit français qui court
des Liaisons dangereuses
à On ne badine pas avec l’amour.
La frivolité n’est pas légère.
ASTRID DE LARMINAT
BONJOUR
TRISTESSE
De Frédéric Rébéna
d’après Françoise
Sagan,
Rue de Sèvres,
112 p., 18 €.
Éloge de la transgression
Et si, les seules personnes
qui « défendaient la langue
française étaient celles
qui l’attaquaient » ? Cent dix ans
après Proust, l’écrivain JeanLoup Chiflet prend la plume pour
dénoncer ces moralisateurs et
autres puristes qui, sous couvert
de vouloir protéger la langue
de Molière, l’enrubannent
dans un carcan d’un autre âge.
Oui, le quotidien s’amuse de la
conjugaison et de l’orthographe.
Parfois en commettant
des erreurs selon le bon usage.
Mais est-ce
la malmener
qu’employer
des sigles,
ce, alors qu’on
pouvait déjà
en trouver chez
nos ancêtres les
Romains ? Est-ce
dangereux
d’écrire en
langage SMS quand on sait qu’il
suppose une certaine aisance
langagière ? Les rigoristes
critiquent les anglicismes,
mais se souviennent-ils que
la langue s’est toujours enrichie
d’emprunts étrangers ?
La langue française, explique
Jean-Loup Chiflet, n’a d’avenir ni
en étant surprotégée ni en étant
emprisonnée. Elle est une et
multiple. Véritable plaidoyer pour
un franc-parler, Le Français
malmené, et alors ? nous invite
à faire preuve d’inventivité. Car,
seule la transgression
peut être création.
ALICE DEVELEY
LE FRANÇAIS
MALMENÉ,
ET ALORS ?
De Jean-Loup Chiflet,
Laffont,
172 p., 17 €.
A
CÉLESTE
ET SAGAN…
De Jean-Claude
Lamy,
Albin Michel,
140 p., 15 €.
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jeudi 7 juin 2018 LE FIGARO
8
Que vive Jean-Claude Lamy !
L’HISTOIRE
semaine
de la
EN MARGE
littéraire
IL Y A QUELQUES JOURS, NOTRE AMI
ET CONFRÈRE JEAN-CLAUDE LAMY,
BIOGRAPHE DE SAGAN, A DÉCOUVERT
L’ANNONCE DE SA MORT
SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX…
Lazare. On n’a pas tous les
jours l’occasion de vivre sa
mort… de son vivant. C’est l’expérience incroyable vécue par
notre ami Jean-Claude Lamy.
L’ex-journaliste de France-Soir
et du Figaro, le biographe de
Sagan (lire aussi page 7) et de
Jean-Edern Hallier avait un homonyme, décédé le 15 mai. Les
réseaux sociaux ont annoncé la
nouvelle en se trompant de
Lamy. C’est en se rendant aux
obsèques du faux Lamy en
l’église de Notre-Dame-desChamps que ses éditeurs chez
Albin Michel comprirent la méprise. Le Lamy en vie raconte
qu’il reçut peu après un texto du
big boss d’Albin Michel, Francis
Esmenard : « À cause de toi, j’ai
passé un dimanche très triste.
Amitié. Francis. » Mort de rire,
Jean-Claude a répondu : « La
nouvelle était très exagérée ! »
Lundi 4 juin, ses amis du prix
Hennessy levèrent leur verre et
leur chope de Mort Subite à sa
santé. Si Wikipédia a corrigé son
erreur, Google semble refuser
l’évidence : notre ami Lamy est
bien en vie !
BRUNO CORTY
Norman Manea :
« Philip Roth, mon frère américain »
HOMMAGE Dans ce texte écrit spécialement pour « Le Figaro », le grand écrivain roumain installé à New York revient
sur son amitié de trente ans avec l’auteur de « La Tache », décédé le 22 mai dernier.
PAR NORMAN MANEA
N
OUS l’avons vu, Cella
(épouse de Norman
Manea) et moi, pour la
dernière fois, le vendredi 18 mai, à l’hôpital presbytérien de New York, dans
le pavillon des cardiaques. Il était
extrêmement faible et pâle, sa voix
presque imperceptible. Nous avons
échangé quelques phrases, nous
nous sommes longtemps regardés,
nous sommes serrés les mains, nous
sommes souri. Rentré à la maison, je
lui ai écrit un message dans lequel je
rappelais notre longue amitié et lui
réaffirmais ma conviction : même
blessé, même invalide, il pouvait
retrouver de la force, comme dans
tant d’autres situations dont j’avais
été témoin ; il allait résister cette
fois encore à l’agression du destin.
J’avais tort, hélas. La mort est encore l’ennemi invincible de l’homme
– comme le signalait Canetti. Philip
s’est éteint le soir du mardi 22 mai,
à l’âge de quatre-vingt-cinq ans.
Depuis longtemps déjà, son corps
était criblé par de nombreuses interventions chirurgicales qu’il avait
dominées avec une ténacité et une
discipline extraordinaires.
Je me souviens de lui pendant un
été, dans la piscine de sa maison du
Connecticut, il scandait avec exaltation : « Je vivrai toujours ! Norman, je suis éternel ! » Son biographe rapporte toutefois que lors de la
signature de son contrat, en 2012,
après qu’il eut répondu à une trentaine de questions et que sa demande fut acceptée, Philip lui a dit :
« Ok, je t’aide pendant un an, et
après ça je disparais. » Il savait bien
ce qui l’attendait.
Norman Manea
et Philip Roth en 1992.
1936
Naissance le 19 juillet
en Bucovine.
1941
Déporté avec
sa famille par le pouvoir
roumain allié des nazis
en Ukraine.
1974
À cette date,
il abandonne son métier
d’ingénieur hydraulicien
pour se consacrer
à l’écriture.
1986
Son livre L’Enveloppe
noire est victime
de la censure roumaine.
Devenu dissident,
menacé, il choisira
de se réfugier dans
un premier temps
à Berlin avant de gagner
les États-Unis, où Philip
Roth l’aide à s’installer
et à devenir professeur
à Bard College.
2006
Prix Médicis étranger
pour Retour
du hooligan, son
autobiographie (Seuil).
2013
Publie La Cinquième
Possibilité au Seuil.
«
Philip a voulu être enterré
au cimetière du Bard College,
à côté de moi ; espérons qu’ainsi
nous serons moins perdus
dans le désert infini qui suit la vie
A
NORMAN MANEA
S’il fallait résumer ses nombreuses qualités et ses contradictions, je choisirais le refus obstiné de
la banalité, du lieu commun, de la
conscience assoupie dans le quotidien, là où naissent les monstres de
l’habitude, de la tribalisation, du
consentement pieux ou prudent, de
l’aveuglement collectif. « Je dois essorer le bon garçon juif hors de moi,
goutte après goutte », avait-il écrit.
Roth a connu avec La Plainte de
Portnoy (paru à l’origine sous le titre
Portnoy et son complexe) un succès
fulgurant qui l’a réjoui et terrifié.
Les objections n’ont pas manqué,
surtout centrées sur la misogynie et
sur la haine de soi juive, complice de
l’antisémitisme le plus féroce. Mais
quand on a eu comme moi la chance
d’être proche de Philip, on sait très
bien que la plupart de ses amis
étaient juifs, qu’il adorait ses parents juifs, et qu’il était constamment avide de nouvelles connaissances touchant à l’histoire, proche
ou lointaine, comme au temps présent des persécutés vulnérables et
énergiques, sensibles et stoïques, et
à leurs obsessions, à leur folklore, à
leur humour. Et si l’on veut parler
de sa misogynie, il faut évoquer les
nombreuses amies de Philip, jeunes
ou non, qui l’adulaient et qui sont
restées à ses côtés jusqu’en ses derniers instants. Même sa relation
avec l’actrice Claire Bloom n’a pas
COLL. PRIVÉE
NORMAN
MANEA
»
PHILIP ROTH
1933
Naissance le 19 mars
à Newark, New Jersey.
1960
Il reçoit le National Book
Award pour
son premier livre,
Goodbye, Columbus.
Il en recevra un second
en 1995 pour Le Théâtre
de Sabbath. Roth est
également lauréat
du prix Pulitzer en 1998
pour Pastorale
américaine, du prix
Médicis étranger
en 2002 pour La Tache
et du Man Booker Prize
en 2011 pour l’ensemble
de son œuvre.
2012
Annonce qu’il arrête
d’écrire. Paru aux ÉtatsUnis en 2010, Nemesis
sera son dernier roman.
2017
Un premier volume
de ses Romans
et nouvelles
(1959-1977) paraît
dans la « Pléiade ».
2018
Décède le 22 mai
à New York.
été passagère. J’ai assisté depuis leur
entourage immédiat à la tardive
officialisation matrimoniale de leur
liaison, puis à leur divorce et à l’apparition des Mémoires bruyants de
Claire Bloom. Ce volume incriminatoire et violent était injuste, et il a
beaucoup blessé Philip. Il s’est retiré
comme un ermite dans le Connecticut et n’a plus voulu se montrer
pendant une période ; nous étions
les seuls à qui il téléphonait encore
régulièrement. Récemment, m’a-ton dit, Claire a néanmoins dressé un
portrait affectueux et admiratif de
son ancien époux, pour la télévision
britannique ; elle y dit que l’égoïsme
qui règne dans le mariage de deux
artistes obsédés par leur propre
créativité va de soi, que leur amour
a été entier et mémorable, et que le
défunt reste un grand écrivain
contemporain.
La place de Philip Roth dans la littérature américaine et mondiale est,
en effet, majeure ; cela a été souligné dans de très nombreuses études
critiques, récentes comme anciennes. S’il fallait faire pour aujourd’hui et pour la postérité un choix
au sein de cette présence spirituelle
du plus haut niveau, je retiendrais
L’Écrivain des ombres, La Leçon
d’anatomie, Pastorale américaine,
Un homme, La Tache, Le Complot
contre l’Amérique. Mais ses vertus
narratives, son humour, son originalité, son acuité se retrouvent aussi
dans les œuvres dites mineures de
ce travailleur acharné et inlassable
de l’écrit.
Roth a joui d’une reconnaissance
internationale majeure, même sans
le trophée tant convoité du Nobel.
Les prix sont accordés par des gens ;
ils ne sont donc pas parfaits, pas
plus que les gens. Qui sait s’il ne
vaut pas mieux ne pas le recevoir !
On reste ainsi dans la compagnie de
certains « ignorés » comme Tolstoï,
Proust, Joyce, Kafka, Borges et
quelques autres encore.
Une amitié de trente ans entre
deux écrivains (« une profession de
vaniteux », disait Camus) n’est guère fréquente. Mais Philip a su la prolonger postmortem : il a écrit l’année dernière à Leon Botstein, le
court, Le Thé de Proust, paru dans
une revue londonienne. « Apportemoi tout ce que tu as. » Je suis entré
en chancelant dans son grand hôtel,
accompagné par Cella pour ne pas
m’effondrer. La chambre était spacieuse, l’amphitryon assis dans le
canapé, les pieds sur la table basse,
avec un sourire encourageant. J’ai
avancé, ai tendu les quelques
feuilles. Silence.
« Proust ? Proust, vraiment ? J’ai
essayé vingt fois de le lire, sans jamais
réussir à passer quinze pages… » Je
me suis pétrifié. En Roumanie,
j’avais appris que ceux qui n’aiment
pas Proust ne comprennent rien à la
littérature. Que répondre à cette vedette américaine ? Rien, je ne pouvais rien bredouiller. Mais une autre
rafale suivit, plus violente encore.
« Céline, oui ! Céline, mais pas
Proust ! Mon Proust à moi, c’est Céline ! » De mal en pis… J’ai souri à
mon tour ; de Céline, je savais que
c’était un grand écrivain et un grand
antisémite ; je l’avais lu avec intérêt,
mais j’en restais sans voix. Je lui ai
concédé un sourire et me suis assis
sur le canapé, à côté de
Cella, pour me prépaCéline, oui ! Céline,
rer à de nouveaux
mais pas Proust ! Mon Proust chocs. La suite de la
conversation a néanà moi, c’est Céline !
moins été cordiale,
PHILIP ROTH
malgré des enlisements
linguistiques
prévisibles. Finalement, il a pris une
suis, ce que j’écris, ce que je fais en
feuille et écrit quelques noms,
Allemagne, ce que je pense de la siadresses et numéros de téléphone.
tuation actuelle en Roumanie, etc.
« Des amis à moi qui parlent français,
Ce fut le premier contact. À la fin de
vous pourrez vous comprendre. »
ma bourse, je lui ai encore écrit : je
Quand je suis ressorti de l’abattoir
ne savais plus où aller, je savais seudu Essex, j’ai dit à Cella que je ne le
lement qu’il n’y avait plus de retour
rappellerais jamais : « Ça me sufpossible (dans la Roumanie de
fit ! » Mais je n’ai pas eu besoin de
Ceaușescu). Il m’a répondu que si je
revenir à lui. Le grand maître amérime décidais à partir pour l’Américain s’est mis à me téléphoner, lui,
que, je devrais le chercher, il serait
toutes les semaines, pour me dechez lui. Arrivé à Washington, je lui
mander comment j’allais, comment
ai fait signe et il m’a invité à New
progressait mon anglais, etc.
York, à la Essex House, où il vivait
Ma relation avec Philip s’est
provisoirement. Je lui ai demandé
consolidée avec le temps ; nous
un peu de patience, ne sachant pas
avons tous deux participé aux prinl’anglais, je voulais d’abord suivre
cipaux événements de la vie de
un cours pour les nouveaux arril’autre, nous avons toujours passé le
vants. « Ça ne fait rien, nous avons
réveillon ensemble, chez nous.
des mains, des yeux, nous allons nous
Nous avons aussi découvert ensemcomprendre. » Il attendait que je lui
ble les âges successifs, au gré des
apporte quelques textes de moi en
hôpitaux où nous allions régulièreanglais. Je n’avais qu’un récit trop
président du Bard College, afin qu’il
lui alloue une place à mes côtés dans
le cimetière de Bard – pour ne pas
s’ennuyer, disait Philip, dans le vide
infini de l’au-delà. Voilà pourquoi il
repose aujourd’hui et m’attend à
Bard – et non pas, comme il a été dit
dans la presse, parce qu’il s’agirait
d’un cimetière… juif. Le cimetière
de Bard n’est pas juif, mais multiconfessionnel, il accueille même des
athées. Conformément aux instructions de Philip, la procession funèbre du lundi 28 mai n’a eu aucun accent religieux : ceux qui ont parlé,
qu’il avait désignés, ne devaient
l’évoquer d’aucune manière, mais
seulement lire un fragment d’un de
ses livres. J’ai choisi un extrait de La
Bête qui meurt, le livre qu’il m’a
dédié, en 2001.
Sachant qu’il avait initié une collection de littérature d’Europe de
l’Est (« Writers from Another Europe »), je lui ai écrit pour la première
fois en 1987, depuis Berlin, où j’avais
obtenu une bourse. Il m’a répondu
rapidement, en me demandant des
informations personnelles : qui je
«
»
ment faire, chacun son tour, une
halte. Ces dernières années, nous
nous livrions à une compétition
morbide : qui a le plus de stents dans
ses artères cardiaques… J’ai longtemps fait la course en tête, mais il a
fini par l’emporter, avec treize
stents… Notre amitié a résisté aux
intempéries de toutes sortes, à nos
différences, à l’inévitable vieillesse.
Je veux retenir cette généreuse
compensation que m’a offerte l’exil.
Il s’est arrêté d’écrire quelques
années avant que son cœur ne cède.
Il était évidemment fatigué. L’écriture n’est pas seulement une profession de vaniteux, c’est aussi une
concentration tendue, qu’il n’est
pas du tout facile de maintenir. Pour
plaisanter, je lui répétais que sa retraite était en fait le sujet d’un livre
qu’il écrivait en secret… Ce n’était
pas le cas, son corps cédait, après
trop de traumatismes. À quatrevingt-cinq ans, on ne peut plus
guère espérer le miracle d’un
rajeunissement.
La littérature, l’Amérique et le
monde perdent l’un de leurs esprits
les plus brillants, et une force créatrice incomparable. En ces temps
obscurs de crise planétaire et
d’agression puissante à l’encontre
de notre environnement spirituel,
sous le règne du danger et de la perversion, son humour lumineux et
son humanité nous manqueront,
plus que jamais.
Cella et moi sommes submergés
par la peine et par la solitude. Il était
depuis plus de trente ans notre frère
américain, toujours présent, attentionné, énergique, encourageant,
un interlocuteur unique, irremplaçable. Plus que jamais, nous nous
sentons perdus dans un exil plus
grand, plus profond. Philip a voulu
être enterré au cimetière du Bard
College, à côté de moi ; espérons
qu’ainsi nous serons moins perdus
dans le désert infini qui suit la vie. ■
New York, le 30 mai 2018
(traduction du roumain
par Nicolas Cavaillès)
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