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Le Figaro - 11 06 2018

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lundi 11 juin 2018 LE FIGARO - N° 22 963 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
CINÉMA
FIGARO SAMTÉ
QUAND LE FILM
D’ANIMATION S’EMPARE
DE L’ACTUALITÉ PAGE 32
RAFAEL NADAL
11E SACRE À ROLAND-GARROS
POUR L’EMPEREUR
DE LA TERRE BATTUE PAGE 15
Cancer :
les femmes
plus
vulnérables
face au
tabac
PAGES 11 À 14
Trump-Kim :
sommet à haut risque
RD CONGO
Bemba acquitté,
la CPI dans
le doute PAGE 7
Gaspard Gantzer
veut « rendre
leur fierté
aux Parisiens » PAGE 9
CONTROVERSE
Un concert prévu
au Bataclan suscite
un tollé PAGE 10
FOOTBALL
La chronique
de Mathieu
Bock-Côté
La tribune de
Patrice Cahart
La chronique
de Nicolas
Baverez
Face aux critiques,
Laurent Wauquiez assume
et maintient son cap
Assurance-chômage, formation, contrats courts… Après de
vives discussions avec les partenaires sociaux et les régions, la
Le président de LR se confie au
Figaro après avoir été au centre
d’une polémique autour du
tract « Pour que la France reste
ministre du Travail présente à
l’Assemblée son texte « pour la
liberté de choisir son avenir
professionnel ». PAGES 22 ET 23
la France ». Wauquiez balaie
les critiques sur ce texte comme
sur sa ligne politique, qu’il assume totalement. PAGES 8 ET 9
ÉDITORIAL par Arnaud de La Grange adelagrange@lefigaro.fr
n
n
PAGES 18 ET 19
@
Réponses à la question
de samedi :
Bertrand Cantat peut-il,
selon vous, continuer
à se produire sur scène ?
OUI
36 %
NON
64 %
TOTAL DE VOTANTS : 39 944
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sur lefigaro.fr
Êtes-vous choqué par
le slogan des Républicains,
« Pour que la France
reste la France » ?
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@g@b@l@k";
Muriel Pénicaud détaille
sa nouvelle loi travail
et emploi au « Figaro »
n
FIGARO OUI
FIGARO NON
M 00108 - 611 - F: 2,60 E
Le président américain et le dictateur nord-coréen sont arrivés dimanche à Singapour
avant une rencontre inédite dont l’enjeu est la dénucléarisation de la péninsule. PAGES 2 À 5 ET L’ÉDITORIAL
© CARTOON SALOON - MICHEL EULER/
AP - FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Deux horizons
C’
est une affiche pour laquelle
bien des scénaristes accrocheurs se seraient fait renvoyer à une plus raisonnable
copie. L’héritier joufflu de
Pyongyang et l’ex-milliardaire de Manhattan.
Le « petit gros » et le « vieux gâteux » (ce sont
leurs termes…). Après s’être copieusement insultés, Kim et Trump vont se broyer les doigts.
La diplomatie, c’est justement cela, conviendra-t-on. Parler avec ceux d’en face, aussi peu
recommandables soient-ils. Et certains voient
dans cette rencontre un succès de la méthode
Trump. En pulvérisant codes et habitudes, le
président américain ferait enfin bouger le dernier front de la guerre froide. Peut-être. Mais la
rencontre de Singapour, aux préliminaires
bien chaotiques, n’en reste pas moins un pari
hasardeux.
Le sommet a toutes les chances de réussir ou
d’échouer. De réussir et d’échouer, a-t-on envie de dire. Il pourrait en effet aboutir à court
terme et capoter ensuite. Les deux dirigeants
ont un intérêt convergent à réussir leur coup
en ce mois de juin. Mais, à un horizon plus
lointain, leurs routes divergent. Les deux
hommes n’ont pas la même temporalité.
Trump a besoin d’un succès, tout de suite.
Avec, en tête, les élections de mi-mandat et sa
réélection en 2020. Il veut montrer qu’il a déchiré un mauvais « deal » avec l’Iran pour en
réussir un bon avec la Corée du Nord. Bref,
pour lui, il faut que l’affaire tienne deux ans…
Kim a aussi besoin d’un peu d’air, rapidement. Il y a six mois, il était isolé, menacé de
frappes et étranglé économiquement. Mais le
jeune dictateur, lui,
raisonne à vingt ou
trente ans. Il veut sa
survie et celle de son
régime. Il peut donner à Trump de quoi
faire sa photo, détruire quelques bombes et autant de missiles. En gardant sous le coude quelques cartes
atomiques.
Car on voit mal Kim renoncer « définitivement »
à la bombe. C’est son assurance-vie. C’est elle
qui a permis à l’« homme-fusée » d’être propulsé dans le firmament des grands de ce monde.
Et c’est là que Trump envoie un signal ambigu.
En disant à la planète entière que seule la capacité de nuisance apporte la considération. ■
Trump veut
un succès
immédiat
quand Kim
voit plus loin
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LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
A
CHAMPS LIBRES
Entretien avec
Noël Le Graët
avant l’ouverture
de la Coupe
du monde PAGE 16
AHN YOUNG-JOON/AP
MUNICIPALES
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lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
L’ARSENAL
NUCLÉAIRE
NORD-CORÉEN
Les estimations varient.
Les spécialistes jugent que
le dernier essai nucléaire
réalisé par Pyongyang en
septembre 2017 a dégagé
une énergie de 250 kilotonnes,
soit 16 fois plus que la bombe
américaine qui avait détruit
Hiroshima en 1945. La Corée
du Nord a affirmé avoir testé
une bombe à hydrogène.
Dans son livre blanc sur la
défense 2016, Séoul estimait
que le Nord disposait de 50
kilogrammes de plutonium,
soit selon la presse assez pour
confectionner une dizaine
de bombes, et une capacité
« considérable », mais non
quantifiée, à produire des
armes avec de l’uranium.
L’année dernière, le
Washington Post, citant un
rapport du renseignement
américain, estimait que le Nord
disposait de jusqu’à 60 engins
nucléaires. On ignore où
Pyongyang conserve ses
missiles balistiques. Mais le
« royaume ermite » a une
longue expérience des tunnels
et les spécialistes pensent
qu’ils sont disséminés dans des
infrastructures souterraines
à travers le pays. Les missiles
sont également mobiles,
Pyongyang ayant présenté
des engins de transport lors
de défilés militaires.
Le pays doit encore prouver
qu’il est capable de miniaturiser
une tête nucléaire afin de
pouvoir la monter sur un
missile, qu’il est capable
d’atteindre une cible avec
précision et qu’il maîtrise
la technologie permettant
à un missile de survivre à
sa rentrée dans l’atmosphère
depuis l’espace.
Pyongyang affirme avoir
maîtrisé l’ensemble de ces
techniques. L’armée sudcoréenne lui prête aussi
entre 2 500 et 5 000 tonnes
d’armes chimiques développées
à partir des années 1980.
(AFP)
Kim-Trump, le « match du
Le sommet
de Singapour
est un pari
à hauts risques.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
ENVOYÉ SPÉCIAL À SINGAPOUR
SINGAPOUR s’est donné du mal pour
accueillir l’un des sommets les plus improbables et les plus importants qu’ait
produits la scène diplomatique depuis
longtemps. Discrète mais efficace, la police ne laisse rien au hasard dans cette
cité-État scintillant de gratte-ciel, qui se
veut un modèle d’ordre et de propreté
en Asie. À la veille du rendez-vous entre
Donald Trump et Kim Jong-un, l’atmosphère fait penser aux préparatifs
d’un championnat du monde de boxe
poids lourds.
Pour ce « match du siècle », quelque
5 000 journalistes du monde entier ont
déjà envahi la petite île de 5,5 millions
d’habitants au sud de la Malaisie. Comme pressés d’en découdre, les protagonistes eux-mêmes sont arrivés dimanche soir, deux jours avant leur entrée
dans l’arène prévue mardi matin. On
ignore s’ils se croiseront avant, mais ce
serait bien dans les manières de ces deux
dirigeants atypiques, qui ont le sens du
spectacle et aiment surprendre. L’enjeu
a beau être grave - une négociation de
désarmement nucléaire pouvant déboucher sur la guerre ou la paix -, chaque détail de la mise en scène promet de
retenir l’attention. La Corée du Nord ne
va pas déposer illico ses bombes atomiques et ses missiles aux pieds du président américain, mais on saura assez vite
si la poursuite du dialogue est possible.
Les attentes formulées par l’Administration Trump couvrent un large éventail de possibles. L’objectif ultime, fermement réitéré, tient en un sigle : CVID,
pour « dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible » de la Corée du
Nord, sans réciprocité ni récompense
immédiate. Mais après avoir rêvé
d’« une grande nouvelle pour le monde » à
Singapour, le chef de la Maison-Blanche
a compris qu’il n’échapperait pas à de
longues discussions techniques laissées
aux experts. Il parle maintenant d’« une
occasion de faire connaissance et peutêtre un peu plus », de l’« établissement
d’une relation » qu’il juge déjà « positive » et même « amicale », restant flou
sur les éléments concrets d’un succès.
TERENCE TAN//MCI/AP, KIM KYUNG-HOON/REUTERS
2
Kim Jong-un et Donald
Trump, à leur arrivée
dimanche à Singapour,
avant leur rencontre
prévue le 12 juin.
Trump a mis lui-même la barre très haut
en dénonçant l’accord conclu en 2015
avec l’Iran : son « deal » avec Kim Jongun sera évalué à l’aune de ses critiques. Il
y a cependant une différence à ses yeux :
Kim est « un petit malin » dont la dictature sanguinaire ne le dérange pas,
contrairement au régime islamiste des
mollahs.
Certes, Trump et Kim se sont mutuellement traités de « fou », d’« homme-fusée », de « vieux gâteux » et de « petit
gros ». Mais c’est plus la marque de leurs
points communs que de leur hostilité. Le
jeune maître de Pyongyang a montré sa
capacité de mener une offensive de
charme avec le président sud-coréen,
Moon Jae-in. Le trentenaire est réputé
« C’est un processus que nous méritons
d’avoir, estime-t-il. Je n’ai jamais dit que
nous signerions un accord dès le 12 juin. »
« Un petit malin »
S’il quitte Singapour sans une déclaration d’intentions réciproques formulée
en termes précis, il sera difficile à Trump
de célébrer une réussite de sa diplomatie. Des invitations mutuelles pourraient
s’y ajouter, promettant de prolonger le
spectacle, de Pyongyang à la MaisonBlanche. Une proclamation formelle de
la fin de l’état de guerre entre les deux
Corées est aussi envisagée, censée déboucher sur un traité de paix.
Mais le cœur du contentieux reste
l’arsenal nucléaire et balistique du Nord.
avoir hérité du caractère sociable de sa
mère, danseuse d’origine japonaise.
Comme Trump, ce n’est pas un intello,
mais il est roué, audacieux et entêté.
Dennis Rodman, le basketteur tatoué
avec lequel il a scellé une amitié improbable - 2,04 m contre 1,72 m - lui a offert
l’an dernier L’Art du deal et se pique
d’avoir ainsi contribué au rapprochement. Il a fait le voyage de Singapour,
comme Sean Hannity, star de Fox News
et conseiller occulte de Trump.
Les experts ayant eu affaire à la dynastie des Kim redoutent que Donald
Trump ne se fasse rouler par excès de
confiance dans sa diplomatie personnelle et ses talents de négociateur. Alors que
le Nord-Coréen est réputé incollable sur
De la dénucléarisation au « reset » diplomatique : les enjeux d’une négociation
ENVOYÉS SPÉCIAUX À SINGAPOUR
La négociation nucléaire qui s’ouvre ce
mardi entre Donald Trump et Kim Jongun comprend de multiples facettes.
A
« dénucléarisation », une
u La
définition à géométrie variable
Du bout des lèvres, Kim Jong-un a prononcé le mot magique. En pleine offensive
de charme diplomatique cet hiver, le
« Leader suprême » s’affirme soudain prêt
à négocier la fin de son programme atomique, point de fixation entre Pyongyang et
les grandes puissances. Un changement de
ton spectaculaire de la part du jeune leader
qui avait multiplié les tests atomiques et
balistiques depuis le début de son règne.
Une condition indispensable pour que Donald Trump accepte son invitation à un tête-à-tête. Mais, alors que Washington exige une dénucléarisation « complète,
vérifiée et irréversible » (CVID), Kim entretient le flou sur la définition de ce concept
clé. « La Corée du Nord a énoncé une version
très flexible, lui laissant la possibilité de se
défausser à l’avenir », analyse Mathieu
Duchâtel, chercheur au European Council
on Foreign Relations (ECFR). Pyongyang
insiste notamment sur une dénucléarisation « de la péninsule », un terme vague qui
pourrait englober la présence des troupes
américaines en Corée du Sud, mais également les bombardiers stratégiques postés
au Japon ou à Guam, voire les missiles intercontinentaux basés en Alaska, selon
une lecture maximaliste. « En réalité, ils
veulent des négociations de limitation des
armements, comme à l’époque soviétique,
plutôt qu’un démantèlement nucléaire »,
estime Bruce Klingner, chercheur à la Heritage Foundation, think-tank conservateur américain. La plupart des experts
doutent que la dynastie rouge lâche sa
« bombe », assurance-vie du régime.
u Le calendrier du démantèlement
En suspendant ses essais atomiques, le
21 avril, et en détruisant fin mai le site de
tests de Punggye-ri, réputé inutilisable,
Kim a donné des gages de bonne volonté,
mais aucune garantie. À Singapour, le
« Maréchal » sait qu’il devra abattre des
cartes supplémentaires pour convaincre,
en lançant le processus de démantèlement
de son arsenal. La rencontre au sommet
vise à accoucher d’une déclaration assortie d’une feuille de route menant à la dénucléarisation. Le rythme et la durée de ce
processus sont au cœur de la négociation.
Trump a déjà cédé du terrain, en écartant
la formule d’une dénucléarisation « immédiate », préconisée par son conseiller à
la sécurité nationale, John Bolton, au profit d’un « processus ». « Ils discutent d’un
démantèlement sur deux ans, qui devrait
s’achever avant la prochaine élection présidentielle en 2020 », croit savoir Cheong
Seong-chang, expert au Sejong Institute.
Autre pomme de discorde, la réciprocité
des efforts. Échaudé par les échecs des
Administrations Bush et Obama,
Washington refuse de lever progressivement les sanctions dès l’amorce du processus, alors que Pyongyang entend toucher de premiers dividendes rapidement.
Les négociations pourraient s’étirer sur
de longs mois, voire des années.
u
du désarmement
u L’ampleur
Au-delà de ces complexes négociations
vérification sera plus complexe qu’en Libye
ou en Iran, car le programme est bien plus
avancé et nous en savons beaucoup
moins », juge Gary Samore, en charge du
contrôle des armes de destructions massives dans l’Administration Obama. Le
retour des inspecteurs de l’AIEA sur le
site de Yongbyon est attendu, mais les
services de renseignement peinent à évaluer l’ampleur de l’arsenal, allant de 15 à
plusieurs dizaines de têtes nucléaires, enterré dans des sites clandestins. « Il y a au
moins 300 bâtiments et des milliers de tunnels, affirme Victor Cha, expert au CSIS.
Si Pyongyang en fournissait une liste complète, ce serait déjà un grand succès. »
L’avancée du programme d’enrichissement d’uranium est également une énigme savamment entretenue par le régime,
ce qui complique encore la négociation.
nucléaires, tous les programmes d’armes
de destruction massive du régime, y compris chimiques et biologiques, seront sur la
table à Singapour, assure le secrétaire
d’État, Mike Pompeo. Les missiles aussi,
en particulier le Hwasong 15 à longue portée testé par Pyongyang en novembre, réputé pouvoir atteindre les côtes américaines.
Pompeo a alarmé les alliés régionaux de
Washington lorsqu’il a déclaré que l’objectif central de Trump était de « protéger
le territoire et le peuple américains ». Le Japonais Shinzo Abe a fait escale à la Maison-Blanche jeudi pour s’assurer que l’arsenal de missiles à moyenne portée, qui
menace directement l’Archipel, serait pris
en compte. « Les résolutions de l’ONU,
Portée théorique des missiles
testés par Pyongyang
Trajectoire du missile (altitude / distance)
Portée théorique calculée
(4 500 km / 960 km)
Testé le 29/11/2017
(3 700 km / 970 km)
Hwasong-14
(2 800 km / 930 km)
Hwasong-12
(2 000 km / 690 km)
Anchorage
(Alaska)
Guam
Chicago
L’improbable vérification
Même en cas d’accord, vérifier que
Pyongyang tient bien ses promesses
s’annonce un véritable casse-tête. « La
Hwasong-15
Hwasong-14
Sources : Reuters, Washington Post
SÉBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
ET PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
Distance,
en milliers
de kilomètres
Miami
Seattle
0
2
4
0
2
4
6
0
2
4
6
8 10
Washington DC
0
2
4
6
8 10 12
portant sur toutes les armes de destruction
massive et tous les missiles balistiques, doivent être intégralement appliquées », insiste-t-il. Trump opine, tout en maintenant
un certain flou sur ses lignes rouges.
Plus les demandes de la partie américaine
sont extensives, plus elle s’expose à des
exigences réciproques de la Corée du
Nord. Le sommet a failli dérailler en avril à
cause de manœuvres militaires américano-sud-coréennes que Kim Jong-un voit
comme la préparation d’une invasion. La
présence d’environ 30 000 GI dans le sud
de la péninsule, les bases de l’US Air Force
et de la Navy au Japon, ainsi que le « parapluie nucléaire » américain sur les deux
pays sont pour Pyongyang des menaces
existentielles justifiant la possession de
l’arme atomique.
En 2013, rappelle Joel Wit, ex-négociateur
américain, « Kim avait compris que demander le retrait des troupes et la fin du parapluie serait totalement inacceptable. »
Fait-il la même analyse avec Trump ? Celui-ci n’a pas caché qu’à terme, il voyait
peu d’intérêt pour les États-Unis de maintenir un dispositif aussi coûteux aussi loin
de chez eux. Mais il a écarté l’idée d’aborder à ce stade la question d’un retrait. Un
premier pas pourrait consister à « ajuster »
les manœuvres militaires, en excluant par
exemple les bombardiers tactiques B-52 et
les chasseurs furtifs F-22. Le débat pourrait
s’étendre aux forces conventionnelles
nord-coréennes, qui menacent Séoul avec
5 000 canons et 1,2 million d’hommes.
paramètres d’un reset
u Les
diplomatique
Au cœur des demandes de Pyongyang figure la fin de « l’hostilité américaine ». Kim
attend des « garanties de sécurité » - en fait
sur la survie de son régime -, que Donald
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LE FIGARO
lundi 11 juin 2018
L'ÉVÉNEMENT
siècle »
Pourquoi la Corée du Nord n’est pas l’Iran
ISABELLE LASSERRE £@ilasserre
DANS le domaine nucléaire, Donald
Trump voudrait imposer le modèle
nord-coréen à l’Iran : détruire l’accord
de juillet 2015 qui fut le fruit d’un compromis diplomatique, puis imposer
une « pression maximale » contre Téhéran pour forcer les responsables iraniens à revenir à la table des négociations avec, dans leurs bagages, un
esprit de soumission à la puissance
américaine et des promesses de nouvelles concessions. « Mais l’Iran n’est
pas la Corée du Nord », prévient un
haut diplomate français. Le fait que les
deux pays soient dans le collimateur
des États-Unis pour des raisons identiques – leur programme nucléaire – ne
peut gommer leurs différences, qui
sont nombreuses et importantes.
La Corée du Nord est une dictature
exsangue économiquement et complètement isolée. Elle est située dans un
environnement en plein boom économique, cernée par des puissances avec
qui elle entretient de mauvaises relations. Elle n’est pas partie prenante dans
les crises asiatiques et la Chine, maîtresse de la région, jette sur elle un regard
parfois agacé. La Corée du Nord a par
ailleurs, depuis les années 1990, une
longue habitude des négociations et des
accords avec les Américains, même s’ils
ont été régulièrement dénoncés. Enfin,
contrairement à l’Iran, c’est un État nucléaire accompli qui, au moins depuis
l’automne, possède à la fois les armes et
les vecteurs balistiques pour les propulser hors de l’atmosphère.
son programme nucléaire, l’Américain a
négligé de se préparer sur le fond, affirmant que « c’est l’attitude qui compte, la
volonté de faire bouger les choses ». John
Bolton, son conseiller à la sécurité nationale, n’a organisé aucune réunion du
cabinet de sécurité avec le chef du Pentagone, James Mattis, et les responsables
du renseignement. Le président limite
ses consultations au secrétaire d’État,
Mike Pompeo, qui, après deux visites à
Pyongyang, assure : « Kim Jong-un a
compris qu’il va falloir un grand virage
stratégique, quelque chose de spécial pour
faire la différence. »
Le pari de Trump consiste à inverser
les règles du jeu traditionnelles. Il donne
d’emblée à Kim la légitimité d’une ren-
3
À l’inverse, l’Iran est une grande civilisation. Le pays est engagé politiquement et militairement en Irak, en
Syrie, au Liban et au Yémen. Ses visées hégémoniques dans la région lui
valent, certes, des ennemis, mais aussi
des amis. « Même mis au ban de la
communauté internationale par les
États-Unis, l’Iran ne sera pas isolé »,
prévient le diplomate français. La
Chine et la Russie, notamment, ont
investi dans leur relation avec Téhéran, qui sert leurs intérêts nationaux
et régionaux.
Malgré les sanctions, la République
islamique a une économie prometteuse, qui s’appuie sur le pétrole. Enfin,
l’Iran n’a pas encore la bombe, puisque l’accord sur le nucléaire a gelé
juste à temps ses activités atomiques.
« L’Iran est plus complexe que la Corée
du Nord », commente Danielle Pletka,
la vice-présidente du think-tank
conservateur American Entreprise
Institute, à l’occasion d’une rencontre
au German Marshall Fund (GMF) à
Paris.
Échanges de matériels
et d’informations
Les deux pays ont aussi des points
communs. « Ils sont, en quelque sorte,
couplés. Ils s’échangent du matériel et
des informations. Et nul doute que la
question de savoir comment négocier
avec les États-Unis fait partie de leurs
conversations », explique Bruno Tertrais dans une table ronde pendant la
conférence annuelle de l’European
Council on Foreign Relations (ECFR) à
Paris. Depuis longtemps, Pyongyang
fournit des armes à l’Iran et donc indirectement à ses relais dans la région, comme le Hezbollah libanais, le
régime syrien ou les houthistes yéménites. L’Iran et la Corée du Nord ont
aussi coopéré sur leurs programmes
nucléaires et balistiques. Autre similitude des situations : « Dans les deux
cas, la pression et la coercition sont une
clé, car il est illusoire de croire qu’on
peut contrôler un programme nucléaire
uniquement par le dialogue et la diplomatie. Mais cette clé n’est pas suffisante. Vis-à-vis de l’Iran comme de la Corée du Nord, l’approche doit être
double », prévient Nicolas de Rivière,
le directeur des affaires politiques et
de la sécurité au Quai d’Orsay, qui fut
le négociateur de l’accord nucléaire
avec l’Iran, dans la même conférence
de l’ECFR. Enfin, les deux pays n’ont
aucun intérêt à se débarrasser complètement de leur programme nucléaire, qui protège leur régime et
gonfle leur puissance.
Pour autant, « mettre la Corée du
Nord et l’Iran dans le même sac est une
initiative erronée. C’est une idée occidentale. L’Iran ne se compare pas à la
Corée du Nord. La seule ressemblance
entre les deux pays est relative à la légitimité du régime. Les dirigeants iraniens
ont compris que Donald Trump était favorable à un changement de régime à
Téhéran. Si la Corée du Nord obtient une
reconnaissance de la part des ÉtatsUnis, elle pourra être vue comme un
exemple par l’Iran », estime Eran Etzion, l’ancien directeur du Conseil national de sécurité israélien. On n’en est
pas encore là. ■
contre au sommet, que ses prédécesseurs n’avaient pas obtenue. Le jeune
dirigeant s’y complaît déjà, enchaînant
les rendez-vous diplomatiques et empruntant même l’avion du président
chinois, Xi Jinping, pour se rendre à Singapour. En Trump, il peut trouver un interlocuteur américain prêt à discuter de
tout, y compris des raisons par lesquelles il justifie sa course aux armements.
Rapprocher leurs points de vue ne sera
sans doute pas facile, mais leurs méthodes ont des points communs. « D’une
certaine façon, Trump utilise la tactique
de négociation des Nord-Coréens en se
montrant toujours susceptible de changer
d’avis, note Soo Kim, ancienne analyste
à la CIA. Cela pourrait les déstabiliser. » ■
Trump se déclare disposé à fournir. Comment ? Le leader nord-coréen « sera très
heureux si on passe un deal […], non seulement pour son peuple, mais pour lui et sa famille », assure le président. Les experts
voient plusieurs volets possibles :
- La reconnaissance de la souveraineté du
Nord via l’établissement de relations diplomatiques. L’ouverture d’un bureau de
liaison américain à Pyongyang pourrait
être décidée lors du sommet. Une invitation de Kim Jong-un à la Maison-Blanche
est envisagée par Trump en cas de succès.
La réciproque, une visite du président
américain au « royaume ermite », n’est
pas exclue.
- La fin officielle de l’état de guerre entre
les deux Corées, après l’armistice qui
dure depuis 1953. Une « déclaration politique » pourrait être signée à Singapour le
13 juin, au lendemain du sommet, en présence du président sud-coréen, Moon
Jae-in, dans laquelle les parties s’engageraient vers un traité de paix en bonne et
due forme.
- Pour rassurer Kim Jong-un sur la fiabilité de la parole américaine – que Trump a
reniée avec l’Iran, avec ses partenaires
commerciaux et dans l’accord de Paris
sur le climat –, le traité serait soumis au
Congrès pour ratification.
u La fin de l’isolement ?
Outre la « protection adéquate » de son
régime, Trump promet à Kim « un pays
très riche » s’il renonce à l’arme atomique. « Notre vision est celle d’une Corée du
Nord forte et prospère intégrée à la communauté internationale », affirme Pompeo. L’argument de l’ouverture économique laisse sceptiques les experts : « Vu
de Pyongyang, c’est comme d’ouvrir le hublot d’un sous-marin en plongée », assure
Michael Green, directeur Asie du Centre
d’études stratégiques (CSIS).
Lever les sanctions est plus facile à dire
qu’à faire. « Il y a une bonne dizaine de
couches américaines, onusiennes et autres,
rappelle Victor Cha. On ne peut pas les
supprimer d’un trait de plume. » Une intervention du Congrès serait nécessaire,
notamment pour retirer le pays de la liste
des sponsors du terrorisme. Des sénateurs démocrates ont écrit au président
en fixant des conditions draconiennes à la
validation parlementaire d’un accord.
Si l’étau se desserrait finalement sur
Pyongyang, les pays voisins seraient priés
de mettre la main à la poche. Washington
envisage de libéraliser l’investissement
privé, mais aucune aide publique. Trump
ne veut pas « dépenser là-bas, c’est loin, ce
n’est pas notre coin », dit-il. La Corée du
Sud a déjà remis à Kim une clé USB contenant des projets de lignes de chemin de
fer et de centrales électriques. La Chine,
principal partenaire commercial, n’aurait
qu’à desserrer l’embargo, ce dont elle est
déjà soupçonnée.
Pour enrôler le Japon, les droits de
l’homme devront être abordés par le président américain, qui les a ignorés jusqu’ici. Moins pour dénoncer le « goulag »
du Nord qu’à cause du contentieux sur les
Japonais enlevés dans les années 1970 et
1980. Il en resterait officiellement une
douzaine, mais Pyongyang affirme que le
problème a été « résolu » par leur mort
naturelle et les excuses publiques du
« Cher Leader ».
La question de savoir si une Corée du
Nord désenclavée aurait droit au nucléaire civil n’a pas été tranchée : « Je ne peux
pas vous répondre là-dessus », a déclaré
Pompeo fin mai lors d’une audition au
Sénat. ■
A
complexe
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lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
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L'ÉVÉNEMENT
« BONNES FEUILLES »
De Pyongyang à Washington, en passant par Pékin, Tokyo, Osaka,
Guam et Séoul, Sébastien Falletti, qui couvre l’Asie du Nord-Est
pour Le Figaro, a enquêté auprès de transfuges, experts, espions,
diplomates et de personnalités proches du leader actuel pour percer
la psychologie de l’homme le plus mystérieux de notre époque.
Le Figaro publie les « bonnes feuilles » de ce livre-enquête palpitant,
qui trace un portrait inédit du dernier prince rouge de la dynastie
atomique des Kim.
Kim Jong-un,
itinéraire d’un
dictateur atomique
Troisième « leader suprême » issu de la lignée des Kim,
le jeune dirigeant nord-coréen a déjoué tous les pronostics
en imposant sa main de fer sur le royaume ermite.
SÉBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
ON LUI AVAIT prédit un destin de
marionnette, lorsqu’il succéda en
2011 à son père Kim Jong-il à la
tête d’un régime nord-coréen à
bout de souffle. Aujourd’hui, le
trentenaire Kim Jong-un tutoie
Donald Trump fort de son arsenal
atomique et a déjoué les pronostics, imposant sa main de fer à
Pyongyang. Retour sur le parcours
détonnant de l’héritier de la seule
dynastie « communiste » de la
planète, la figure la plus mystérieuse de notre époque.
SIÈCLE
❙ LEDUSOMMET
Deux mâles dominants se font face
pour le meilleur ou pour le pire.
« Kim et Trump parlent le même
langage. Ils ne respectent que la
force. Pour eux, le monde est régi
par la loi de la jungle, selon une vision hobbesienne de l’Histoire, ce
qui, paradoxalement, offre la possibilité d’un deal », analyse Jasper
Kim, auteur de Persuasion (Routledge, 2018). L’un comme l’autre
savent faire usage de la menace
pour avancer leurs pions. Un alignement qui n’existait pas auparavant, lorsqu’une administration
démocrate aux valeurs « libérales » regardait de haut une dictature agaçante. Trump ne fait pas
de leçon de morale sur les droits
de l’homme à son homologue
nord-coréen, mais jauge sa testostérone. Le troisième des Kim a
su donner de la crédibilité à son
arsenal atomique et balistique, en
multipliant les essais au mépris
des sanctions internationales. En
devenant la première menace à la
sécurité nationale américaine, il a
gagné ses lettres de noblesse et le
respect du commander in chief.
En réplique, le nouveau président
a semé la crainte d’une frappe
militaire foudroyante contre la
Corée du Nord, visiblement prise
au sérieux à Pyongyang. « Kim
Jong-un redoute une attaque », me
confie Sue Mi Terry, ancienne de
la CIA. Les deux prédateurs sont
donc prêts à se parler d’égal à égal.
DE FER
ATOMIQUE
❙ BRAS
Kim Jong-un est beaucoup plus
audacieux que son père. Pour Kim
Jong-il, la bombe était une carte
de négociation. Pour son héritier,
elle est un moyen d’accroître l’influence de la Corée du Nord sur la
péninsule. Dès son avènement, le
jeune homme a accéléré la fuite en
avant atomique du régime, la portant en quelques années à un point
de non-retour. « Il s’est délibérément mis dans une impasse nucléaire », confirme Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation
pour la recherche stratégique.
alors que son père jouait à « retenez-moi ou je fais un malheur »
pour négocier une aide économique avec George W. Bush, le jeune
maréchal garde les yeux rivés sur
son objectif : se doter d’une capacité nucléaire autonome. Pendant
six ans, il ignore tous les appels du
pied diplomatiques de l’Administration Obama avant de tester son
premier missile balistique intercontinental (ICBM), le jour de la
Fête de l’indépendance américaine, le 4 juillet 2017. Un bras
d’honneur culotté au nouvel hôte
de la Maison-Blanche, Donald
Trump.
LA TERREUR
❙ LEPARRÈGNE
À peine trentenaire, Kim Jong-un
a écarté ou exécuté méthodiquement les seules figures qui
auraient pu lui faire de l’ombre. En
moins de deux ans, la fameuse
« bande des sept » a été placée sur
la touche sans ménagement. C’est
ainsi que l’on surnomme les caciques grisonnants qui ont marché
aux côtés du jeune héritier, derrière la Cadillac noire emportant la
dépouille de son père sous la neige, lors de funérailles grandioses à
Pyongyang, en décembre 2011. À
l’époque, la plupart des experts,
prédisaient que le jeune homme
serait une marionnette manipulée
par la vieille garde. Mais, très vite,
le troisième des Kim s’émancipe et
bouscule les pronostics. Un à un,
les galonnés sont mis à l’écart. Le
jeune homme aime faire peur.
Le 8 décembre 2013, moins de
deux ans après son accession au
trône, Kim Jong-un « tue » définitivement « le père ». Il s’offre le
scalp de son oncle par alliance,
Jang Song-taek. La mise en scène
est glaçante et sert d’avertissement à tous les ambitieux. En pleine réunion du politburo, deux colosses en uniforme et képi sur la
tête surgissent pour embarquer le
parent du leader, considéré de
facto comme le numéro 2 du régime. Les mains menottées dans le
dos, le visage du « traître » affiche
un rictus résigné, sous le regard
inflexible de son neveu. Jamais
dans l’histoire du système une
purge n’a été aussi spectaculaire et
brutale. Quelques jours plus tard,
celui qu’on surnommait le « régent de Pyongyang » est abattu
pour « factionnalisme », accusé
d’avoir fomenté un coup d’État.
Les images de sa chute passent en
boucle sur la télévision d’État, au
lendemain de l’annonce de la
purge. Le quotidien du Parti,
Rodong Sinmun, diffuse une nouvelle chanson sans équivoque :
« Nous ne connaissons que toi ».
L’ère Kim Jong-un commence véritablement. Tandis qu’à Pyongyang, chacun rentre la tête entre
les épaules, la planète connectée
paraît subjuguée par cette démonstration de barbarie froide, à
l’aube du XXIe siècle.
Pour Kim Jong-il, la
bombe était une carte
de négociation.
Pour son héritier,
elle est un moyen
d’accroître l’influence
de la Corée du Nord
sur la péninsule
MÈRE
DANSEUSE
❙ UNE
Pour comprendre la réussite du
troisième des Kim, il faut s’attarder sur la figure maternelle, Ko
Yong-hui, d’origine nipponne, le
grand amour de son père dictateur. Je découvre des poses glamour sentant bon le Kodachrome
des années 1970. En pull-over, col
roulé bleu marine, choucroute
brune sur la tête, ou en kimono
rose à fleurs et cheveux tirés en arrière, l’expression de Ko demeure
pétillante et vive. À chaque fois, se
dégage un air de famille évident.
« C’était une danseuse, elle savait
exprimer ses sentiments par les
gestes. Sa mère lui a transmis sa
personnalité extravertie, ce don
inné pour la communication », sug-
À la fin des années 1990,
Kim Jong-un
(ici au dernier rang
et au centre) est envoyé
en Suisse pour étudier
dans une école de Berne.
A
COLLECTION PARTICULIÈRE
Le 8 décembre 2013,
en pleine réunion
du politburo,
Kim Jong-un fait
arrêter son oncle
par alliance, Jang
Song-taek, considéré
comme le numéro 2
du régime.
LEE JIN-MAN/AP PHOTO
»
gère Michael Madden, fondateur
du site North Korea Leadership
Watch, qui scrute la famille des
Kim. Certes, le jovial maréchal,
sculpté par la propagande, marche
sur les traces de son grand-père
Kim Il-sung, mais ce large sourire
expressif est aussi l’héritage secret
d’une Japonaise. Une origine sulfureuse, alors que le régime a bâti
sa légitimité sur la libération nationale face au maître colonial nippon. Un lourd secret de famille que
le régime tente de camoufler à tout
prix. « C’est comme si on annonçait
à Hitler que sa mère était juive »,
résume Ken Sato, de l’ONG Human Rights in Asia.
Une mère d’autant plus aimée
qu’elle lui est arrachée par l’éloignement géographique et la maladie. Dès la fin de l’école primaire, la douceur de la petite
enfance dans les palais de Pyongyang laisse place aux troubles de
l’exil. La progéniture royale est
envoyée en Suisse pour étudier. À
Berne, il mène en apparence une
vie anodine d’enfants de diplomates. « Nous habitions une maison banale, et faisions comme si
nous étions une famille normale.
J’étais leur mère », racontera sa
tante Kim Yong-suk.
ADOLESCENCE
SECRÈTE EN SUISSE
❙ UNE
À l’école, le futur héritier apprend
l’anglais, quelques rudiments de
français et parle le berndeutsch, le
dialecte bernois. Aujourd’hui, à la
tête du pouvoir, il lui resterait encore de solides bases de cet idiome
rare, selon un diplomate. Mais
Kim Jong-un est tout sauf un intellectuel. Il frise même le statut
de cancre. Ses notes sont très
moyennes, en particulier en
sciences naturelles. Seuls les travaux artistiques, « l’économie familiale » et le sport relèvent le tableau. Il faut dire que la fratrie est
championne de l’absentéisme :
75 jours la première année à
Liebefeld, 105 jours la seconde, a
calculé Titus Plattner. Des absences toujours consciencieusement
justifiées par les « parents », pour
camoufler la vie de jet-set des
princes déguisés en fils d’employés d’ambassade. En effet, les
deux frères enchaînent les escapades aux quatre coins de l’Europe, de la Côte d’Azur aux stations de ski alpines.
Mais sa véritable passion est le
sport, le basket en particulier. Le
jeune Jong-un dort avec un ballon
dans son lit. Son idole est Michael
Jordan, la star absolue des adolescents de l’époque. Lorsqu’il débarque sur le terrain de basket de
Liebefeld, le futur leader arbore
systématiquement le maillot blanc
des Chicago Bulls, floqué du mythique numéro 23. Aux pieds, des
Nike Air Jordan. Forcément. Plus
encore qu’une mode, le basketball est une obsession dévorante
qui révèle le caractère du jeune
garçon. Sur le terrain, l’élève
effacé se mue en bête de compétition. Mauvais perdant, l’enfant timide s’affirme en leader. « Là, il
commençait à jurer et à s’entêter. Il
fonçait tête baissée et ne donnait
plus un ballon à personne », confie
son compagnon de jeu Simon
Lutstorf, dans une rare entrevue
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LE FIGARO
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L'ÉVÉNEMENT
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En mai 2018, Kim Jong-un
inspecte la nouvelle ligne
de chemin de fer reliant
Koam à Tapchon,
en Corée du Nord.
KCNA/REUTERS
diplomates sud-coréens qui a partagé un dîner arrosé avec le maréchal en mars 2018, à Pyongyang.
Les rares personnes qui ont eu
l’honneur de croiser le « leader
suprême » hors du cadre officiel
évoquent un bon vivant, amateur
de bière et de cigarettes, maniant
l’humour avec dextérité.
Que pense-t-il du système
occidental ? Est-il prêt à des
compromis ? Lors des cinq premières années de son règne, il a
soigneusement maintenu l’isolement de son pays et de ses sujets.
En réalité, le jeune prince s’offre
ce qu’il interdit à sa population :
l’ouverture au monde extérieur.
Alors que tout contact avec le reste
du monde est banni, un ordinateur Apple trône sur le bureau du
dictateur. Si l’expérience suisse
n’engendre pas une remise en
cause fondamentale de la politique
dynastique, elle permet nonobstant à Kim Jong-un de mieux manier les armes de ses adversaires et
de mieux assurer sa survie par
conséquent.
L’expérience suisse de
Kim Jong-un lui a appris
le fonctionnement
du monde développé
et démocratique,
mais il a aussi découvert
le regard que l’Occident
porte sur son futur
royaume
❙ LA LOI DU CLAN
»
UNE « FORTE TÊTE »
CHOISIE
❙ COMME
HÉRITIER
Ces rares témoignages décrivent le
cadet comme une forte tête, tranchant avec le caractère plus lisse
de son aîné, Jong-chol. Kim Jongun, quant à lui, teste ses limites.
En grandissant, il se met à boire et
à fumer. Son caractère rebelle
s’affermit. Le « prince Jong-un »
bouscule les vaches les plus sacrées du régime. En randonnée de
vacances sur le mont Paektu, on le
surprend en train d’uriner nonchalamment dans le lac du cratère, lieu de naissance mythique
de la nation coréenne, où son père
aurait vu le jour, comme le serine
la propagande. Une incartade passable du pire des châtiments pour
n’importe quel quidam nord-coréen. Décidément, ce garnement
peut tout se permettre. Il ne se
doute pas qu’il est en train de
marquer des points décisifs dans la
course à la succession dynastique,
grâce à son audace. Son tempérament bien trempé impressionne
son père Kim Jong-il. Alors que
son frère aîné n’est pas jugé assez
« viril », Jong-un se forge déjà le
charisme d’un chef de bande. Ses
premières années de règne valident cette intuition paternelle. Le
gamin a l’étoffe d’un gouvernant
autoritaire et n’apprécie guère
qu’on lui résiste. « Ce n’était pas
un fauteur de troubles, mais il avait
un tempérament colérique et faisait
preuve de peu de tolérance », précise sa tante. La légende raconte
qu’il aurait entamé une grève de la
faim pour protester contre les
reproches de sa mère !
Savait-il que son père le destinait à
la plus haute responsabilité ? Les
témoignages divergent sur cette
question cruciale, alors que la succession n’a été officiellement tranchée qu’en 2010. Le jour de ses 8
ans, le garçonnet reçoit un uniforme à galons de l’armée, lors d’une
cérémonie en présence de caciques du régime. Comme un adoubement avant l’heure. Il rabroue sa
tante, qui le taquine en le surnommant « petit général ». Le garçon
exige qu’on l’appelle « camarade
général », comme son père !
❙
LE GOÛT
DE L’OCCIDENT ?
Que reste-t-il de cette adolescence suisse ? Un goût prononcé
pour l’appenzell et les fromages alpins, qu’il se fait régulièrement livrer à Pyongyang, et la construction d’une station de ski modèle à
Masik, non loin de Wonsan. Lors
de son accession au trône, les spécialistes brodent à l’envi sur l’éducation « internationale » du jeune
héritier, espérant que celle-ci le
conduira à l’ouverture de son
pays. Cette expérience a certainement appris à Kim Jong-un le
fonctionnement du monde développé et démocratique, mais il a
aussi découvert le regard que l’Occident porte sur son futur royaume. À Berne, les princes anonymes
de Pyongyang réalisent que « Kim
Jong-un passe pour un bouffon »,
pense Michael Madden. Aujourd’hui, le dirigeant lit la presse internationale et se rit des caricatures « d’homme fusée » colportées
par Donald Trump, confie l’un des
Un voyage au cœur de la dynastie rouge
ARNAUD DE LA GRANGE
£@arnodelagrange
■ LA PISTE KIM
Voyage au cœur
de la Corée du Nord
Sébastien Falletti
ÉQUATEURS, 300 P., 20 €.
IL EST DES HISTOIRES dont on ne
revient jamais vraiment. Ainsi est
celle de Sébastien Falletti avec la péninsule coréenne, où il a débarqué il
y a près de dix ans carnet et stylo en
mains. Pour nous, c’est une bonne
nouvelle, car il nous offre aujourd’hui un livre magistral sur le dirigeant le plus improbable et le moins
connu de la planète. Sa majesté
communiste Kim Jong-un, le dictateur qui règne depuis sept ans sur le
royaume ermite.
Garçon modeste malgré son talent, Falletti a longtemps hésité à
écrire ce livre. Comment oser noircir
des pages sur un sujet dont on sait si
peu ? Correspondant du Figaro en
Asie du Nord-Est, Sébastien aime
décrire, raconter, analyser. Il goûte
moins les fantasmes et les supputa-
tions. Pourtant, il a fini par franchir
le pas et cette brumeuse frontière. Et
si, par souci d’honnêteté, le signe
typographique que l’on retrouve le
plus souvent dans ces pages est le
point d’interrogation, ce récit est une
mine d’informations.
Un fascinant mystère
La Piste Kim n’est pas un ouvrage
académique, ce n’est pas non plus un
document en mal de sensationnalisme accrocheur. De Pyongyang à
Washington, de Berne à Séoul, c’est
une longue enquête, un voyage au
cœur d’un fascinant mystère. Servi
par une jolie plume, le récit mêle impressions - Sébastien s’est rendu
plusieurs fois en Corée du Nord -,
anecdotes, témoignages et considérations géopolitiques. Avant d’être
reporter, on le sent, Falletti fut
agrégé d’histoire : il sait éclairer le
temps long à la lueur des éclairs fugaces de l’actualité.
Secrets de familles, purges, assassinats, menées nucléaires et
opérations clandestines peuplent
ce livre foisonnant. Mais il va plus
loin en plongeant dans les ressorts
de la société coréenne pour décrypter cette crise aux répercussions mondiales. On explore les
profils psychologiques des membres de la dynastie rouge. Il y a
aussi ce chapitre fascinant où
l’auteur dissèque les influences
qui ont inspiré l’ordre imposé au
peuple nord-coréen. Relève-t-il
d’un confucianisme rouge ? Ou
porte-t-il la marque du militarisme nippon des temps impériaux ?
On sourit aussi, en voyant la propagande nord-coréenne plagier
les paraboles des Évangiles…
Ce livre est un bonheur de lecture.
Il est aussi essentiel pour comprendre
le fonctionnement d’un régime hors
d’âge et de l’homme qui va regarder
Donald Trump dans les yeux. ■
En septembre 2017,
Kim Jong-un assiste au
lancement d’un missile
Hwasong-12.
Depuis son avènement,
le jeune maréchal
a accéléré la fuite
en avant atomique
du régime.
KCNA/REUTERS
La sœur de Kim Jong-un,
Yo-jong, aux JO d’hiver
de Pyeongchang,
en février 2018.
Cette dernière incarne
la nouvelle génération
propulsée par le leader
nord-coréen, éclipsant
la vieille garde léguée
par son père. AFP FORUM
A
accordée au Matin. Ses camarades
et professeurs auraient pu s’interroger sur la garde rapprochée de
ce jeune homme, constamment
accompagné d’un chaperon plus
âgé et plein de déférence à son
égard. Dans les gradins, les diplomates spectateurs comptent méthodiquement les points marqués
et, dès que le jeune homme met un
panier, ils ne peuvent s’empêcher
d’applaudir…
Jong-un a tout juste 20 ans lorsque sa mère disparaît d’un cancer.
Désormais, le jeune homme va devoir se frayer seul un chemin à
travers les dédales du pouvoir à
Pyongyang. Il devient adulte, sous
le regard anxieux d’un père
vieillissant, rattrapé lui aussi par le
poids des années. Cette disparition
précoce, suivie de celle du père
sept ans plus tard, contribue à
consolider les liens fraternels soudés durant l’enfance. Dès son accession au pouvoir, l’héritier s’appuie sur son frère et sa sœur, seuls
alliés face à la vieille garde. Dans
l’adversité, le clan serre les rangs.
Bien davantage qu’une alliée politique, la cadette Yo-jong est un
appui stratégique pour le jeune dirigeant, seul face aux vertiges du
pouvoir suprême. « Il dépend de
Yo-jong sur le plan psychologique.
Comme il n’a plus de mère ni de
père, il se sent isolé. il veut qu’elle
l’accompagne », selon Cheong
Seong-chang. Un rôle éminent qui
ne tient pas du hasard. « Elle est
très intelligente. En réalité, cela fait
longtemps qu’elle se prépare aux
hautes fonctions », juge Michael
Madden. Dès le début du règne de
son frère, elle le suit comme son
ombre, jouant les impresarios.
Lorsque les foules envoient des
fleurs au maréchal, c’est elle qui
reçoit les bouquets. Tapie à quelques mètres, la jeune femme, toujours de noir vêtue, veille à chaque
détail lors des apparitions publiques de son grand frère, tel un
manager dévoué. Elle est la seconde femme de l’histoire de la
dynastie à rejoindre le politburo,
l’organe clé de l’appareil. La
montée en puissance de Yo-jong
au sein du régime incarne celle
d’une nouvelle génération propulsée par l’héritier, éclipsant la
vieille garde léguée par son père.
D’emblée, la jeune femme à la
longue queue-de-cheval met en
musique le culte de la personnalité
de son frère. Une tâche essentielle
pour assurer la mise en orbite de
Kim Jong-un, jugé inexpérimenté
à son arrivée sur le trône. Yo-jong
orchestre les visites de Luna Park
et autres bains de foule du leader.
Elle met tout en œuvre pour séduire la population de Pyongyang
et valoriser le retour de la croissance économique. Une opération
de communication dont le succès
dépasse les espérances. « Kim
Jong-un est très populaire, plus
encore que Kim Il-sung », juge
Andreï Lankov, professeur à
l’Université Kookmin. Défiant
l’Histoire, la dynastie des Kim
poursuit son chemin envers et
contre tout, et nul ne sait si le bout
de la piste est au prochain
tournant. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
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INTERNATIONAL
Le cavalier seul de Trump face à ses alliés
Le chef de l’État américain aurait fait volte-face au G7 pour ne pas apparaître faible avant sa rencontre avec Kim.
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
NEW YORK
AMÉRIQUE DU NORD Donald Trump
avait prévenu. Tout, dans son face-àface avec le dictateur nord-coréen Kim
Jong-un, serait question « d’attitude ».
Rien ne devait être laissé au hasard,
aucun incident ne devait venir contrarier sa posture de « dur à cuire », de
président rebelle qui ne s’agenouille devant personne et ne cède pas un pouce
de terrain, au nom des intérêts supérieurs de l’Amérique. « America first » :
alliés et adversaires de Washington
étaient prévenus. Si les premiers ne
comprenaient pas, ils subiraient les foudres du locataire de la Maison-Blanche
à l’égal des seconds. Aux uns et aux
autres de se préparer à une confrontation âpre, fût-ce au sommet du G7 de La
Malbaie (Québec) ou à celui de Singapour, où Donald Trump, par sa seule
combativité, s’est promis de triompher.
Le grain de sable, pourtant, se nommait Justin Trudeau. D’après le
conseiller économique Larry Kudlow,
interrogé dimanche sur CNN, il aura
suffi d’un point presse du premier ministre canadien, samedi en clôture du
G7, pour provoquer la fureur du président américain, en partance pour Singapour à bord de son Boeing 747 Air
Force One. Prenant acte du refus américain « insultant » de renoncer au relèvement des tarifs douaniers, Trudeau
avait déclaré que « le Canada ne se
(laisserait) pas intimider ainsi » et qu’il
serait bien obligé de riposter à ces taxes
douanières.
conseiller à la sécurité nationale américain, John Bolton, dévoilait l’ampleur du
blocage. Bras croisés, l’air revêche, Donald Trump semblait n’avoir cure des
remontrances d’Angela Merkel, penchée sur lui comme les autres dirigeants
du G7. Semblant sortir tout droit d’un
tableau de Norman Rockwell, la photo
figeait les positions irréconciliables entre alliés traditionnels, désormais aliénés par la teneur d’échanges commerciaux « trop déséquilibrés » selon le
camp américain, et préfigurait la dénonciation ultime du communiqué final.
Cette volte-face a entraîné une nouvelle salve de commentaires désabusés
de la part des alliés, « choqués, indignés, mais aucunement surpris », écrivent Griff Witte et James McAuley dans
le Washington Post. « Ce n’est pas vraiment une surprise, nous l’avons vu avec
l’accord sur le climat ou l’accord avec
l’Iran, a déclaré le ministre allemand
des Affaires étrangères, Heiko Maas. En
quelques secondes, vous pouvez détruire
la confiance en 280 caractères Twitter. Il
faudra beaucoup plus de temps pour la
reconstruire. » « Rien d’étonnant, renchérit Norbert Röttgen, élu chrétiendémocrate au Bundestag. Le président a
agi et réagi de la manière puérile à laquelle il fallait s’attendre. Mais stigmatisé comme le mouton noir dans l’assistance, il va s’entêter dans son comportement
et cela ne fera qu’empirer. Nous devrions
ignorer son comportement et nous
concentrer sur ce qui reste de la relation
transatlantique. »
Dimanche après-midi, un communiqué émanant de l’Élysée relevait que
« la coopération internationale ne peut
dépendre de colères ou de petits mots. »
Soutenant résolument la déclaration finale du G7, la présidence française
adressait cette pique au président américain en vol pour Singapour, poursuivant ses chimères de gloire : « Soyons
sérieux et dignes de nos peuples. » ■
Des commentaires désabusés
Un tweet cinglant de Donald Trump a
aussitôt répondu à ces propos, taxant
Trudeau de « malhonnête et faible », de
« menteur », puis dénonçant officiellement la déclaration commune finale du
G7, puisque « les automobiles (étrangères) continuent d’envahir librement le
marché américain ». Pour justifier ce
coup de sang, Kudlow estime que Justin
Trudeau « nous a poignardés dans le
dos » et qu’il a « rendu un bien mauvais
service au G7 ». « Nous nous étions engagés à signer le communiqué de bonne foi,
précise-t-il. Vous ne pouvez vous comporter ainsi, OK ? C’est une trahison. »
Une trahison, vraiment ? Kudlow
confesse aussitôt le vrai motif du courroux présidentiel : il eût été inconcevable pour Donald Trump d’exhiber « la
moindre faiblesse » avant de retrouver
Kim Jong-un. Le président américain
avait donc « le droit de répondre à cette
provocation de cet amateur de Trudeau », pour montrer aux Nord-Coréens que personne ne peut espérer la
moindre mansuétude. « Tout cela avait
à voir avec la Corée du Nord ? » interroge Jake Tapper, de CNN. « Bien sûr, oui,
en grande partie, absolument, répond
Kudlow. (Trump) n’allait pas laisser un
premier ministre canadien le malmener.
Il n’allait pas exhiber la moindre faiblesse en amont d’un voyage pour négocier
avec la Corée du Nord. »
La veille, un cliché sur le compte Instagram de la chancelière allemande Angela Merkel, aussitôt repris par le
Angela Merkel, entourée des autres chefs de délégation, en conversation avec Donald Trump au deuxième jour du G7 à La Malbaie, au Canada.
REUTERS
Le président américain joue la confrontation commerciale
« estL’Amérique
favorable
au libreéchange.
Les
Américains
sont avec
vous, même
si notre
président
ne l’est pas
JOHN MCCAIN,
SÉNATEUR
RÉPUBLICAIN
»
PIERRE-YVES DUGUA £@pdugua
WASHINGTON
SUR UN COUP de colère, ou par calcul médiatique, Donald Trump a
gaspillé une occasion de faire baisser
les tensions entre les États-Unis et
ses principaux alliés. Cela ne veut
pas dire que le dialogue entre
Washington et ses partenaires canadien, mexicain, européens et japonais soit coupé. Mais l’incident
inédit démontre que Trump, loin de
souffrir d’être isolé dans un forum
international, préfère s’en réjouir.
Washington choisit la confrontation
et espère faire plier ses partenaires.
Le fiasco du G7 de La Malbaie
(Québec) empoisonne davantage le
climat de la renégociation de l’accord de libre-échange nord-américain (Alena). S’il voulait faire capoter totalement l’exercice, le
président américain ne s’y prendrait
pas mieux. Deux tweets insultants
pour le premier ministre canadien
résument l’ambiance : « Justin Trudeau s’est comporté de manière si
humble et douce durant nos rencontres du G7, pour ensuite (dire) […] que
“les droits de douane américains
étaient assez insultants” et qu’il “ne
se laisserait pas malmener”. Très
malhonnête et faible. Nos droits de
douane sont en réponse aux siens de
270 % sur les produits laitiers. »
Coup de sang
Et comme si cela ne suffisait pas, il
a ajouté que son administration se
penchait sur des droits de douane
sur les automobiles qui envahissent le marché américain. La menace est transparente : les ÉtatsUnis importent chaque année pour
47 milliards de dollars de véhicules
en provenance du Mexique et pour
43 milliards du Canada. C’est davantage que les importations
d’autos japonaises et plus de deux
fois plus les importations de voitures allemandes.
Un des obstacles au succès de la
renégociation de l’Alena est l’élaboration d’une formule qui obligerait à faire grimper le contenu
américain des automobiles assemblées en Amérique du Nord au détriment de leurs contenus canadien et mexicain. La manière dont
Trump fait monter la pression sur
ses partenaires rend pratiquement
impossible la conclusion rapide de
la négociation. Pour lui, le Canada
et le Mexique ont bien plus besoin
de l’Alena que les États-Unis. Il
pense être en position de force.
Pour les Européens, le coup de
sang de Trump veut dire que
Washington ne se contentera pas
de concessions hypothétiques sur
l’accès des produits américains,
notamment automobile, au marché européen. On s’oriente vers
une négociation longue, complexe, plaçant l’Allemagne en position de faiblesse, car elle a le plus à
perdre de sanctions américaines
sur l’automobile.
La bonne nouvelle pour les partenaires commerciaux des ÉtatsUnis est que les industriels américains ne sont pas demandeurs de
sanctions envisagées par la Maison-Blanche. General Motors,
Ford et Chrysler ne veulent surtout
pas casser l’Alena. Pas plus que les
républicains au Congrès, ou le
monde de l’entreprise, n’approuvent les droits de douane imposés
par Trump. Au contraire, une coalition bipartite veut y voter une loi
limitant le pouvoir d’imposer des
droits de douane par un président.
« L’Amérique est favorable au libre-échange. Les Américains sont
avec vous, même si notre président
ne l’est pas », résume le sénateur
républicain John McCain. ■
Poutine prié de faire un geste sur l’Ukraine
À la veille d’une réunion sur les accords de Minsk, lundi à Berlin, Paris a posé des conditions au retour de Moscou dans le G8.
A
ISABELLE LASSERRE £@ilasserre
DIPLOMATIE L’humanitaire pour sauver
la politique. C’est toujours à la veille d’une
grande manifestation internationale que
Moscou consent à des gestes d’apaisement. À quelques jours de la Coupe du
monde de football en Russie, le Kremlin
pourrait donner ainsi un signe de détente
en confirmant un échange de prisonniers
avec l’Ukraine, à l’occasion d’une nouvelle réunion du « format Normandie » sur
les accords de Minsk, lundi à Berlin. Vladimir Poutine et Petro Porochenko ont
évoqué la question au téléphone samedi,
pour préparer la rencontre de leurs ministres des Affaires étrangères avec leurs homologues français et allemand. Parmi les
nombreux détenus politiques en Russie et
en Ukraine, deux ont acquis un caractère
symbolique pour les Européens. Le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, jeté en
prison pour vingt ans dans le Grand Nord
russe et en grève de la faim depuis plus de
trois semaines. Et le journaliste russe de
l’agence Ria Novosti Kyrylo Vychynski,
inculpé en Ukraine de « haute trahison ».
Mais il en faudra plus pour relancer le
processus de paix et sauver les accords de
Minsk signés le 12 février 2015 afin de
mettre fin au conflit. La réunion de Berlin
vise surtout, concède un diplomate européen, à « maintenir l’illusion ». Trois ans
après le lancement du processus par Paris
et Berlin, force est de constater que ces
accords n’ont pas tenu leurs promesses.
Les réunions au format Normandie ont
progressivement disparu de l’agenda international. Et le Donbass, où Moscou appuie les séparatistes ukrainiens, connaît
depuis quelques semaines une nouvelle
détérioration de la situation.
En théorie, plusieurs arguments poussent en faveur d’une reprise du processus
politique. « Vladimir Poutine voulait
l’Ukraine, il se retrouve avec une bande de
désespérés au Donbass. Ça lui coûte cher.
L’Europe a tenu ferme sur les principes. Ce
conflit va définir l’avenir de la Russie. Pour
l’instant, le Donbass bloque toute la politique du Kremlin avec l’Occident », affirmait
“
Poutine voulait
l’Ukraine, il se retrouve
avec une bande
de désespérés au Donbass.
Ça lui coûte cher!
”
UN ANCIEN PREMIER MINISTRE EUROPÉEN
la semaine dernière un ancien premier
ministre européen, lors de la conférence
internationale Lennart Meri à Tallinn.
« Un geste en Ukraine », c’est aussi ce
qu’a demandé Emmanuel Macron à Vladimir Poutine comme condition pour réintégrer le G8, dont Moscou avait été exclu
après l’annexion de la Crimée en 2014.
« La balle est dans le cas de la Russie », a
affirmé le président français, répondant
ainsi indirectement à la proposition de
Donald Trump de réintégrer la Russie au
sein du groupe des puissances économiques. Dans son communiqué final, le G7
affirme que les sanctions contre la Russie
se poursuivront tant que le Kremlin ne
respectera pas les accords de Minsk.
Mais Poutine est aujourd’hui en position de force. « Il ne considère pas l’UE
comme un acteur géopolitique important.
Les pays européens sont vus à Moscou
comme des pouvoirs opportunistes. Le
Kremlin joue sur leurs divisions », explique un expert russe à la conférence Lennart Meri. Les élections en Italie, qui ont
installé la coalition regroupant le Mouvement 5 étoiles et la Ligue, jouent en sa faveur, puisque le nouveau président du
Conseil a demandé la révision des sanctions contre Moscou. Il a enfoncé une
brèche dans l’unité européenne. « De
nombreux responsables politiques et économiques européens sont prêts à passer
des accords avec la Russie si elle fait des efforts », poursuit le spécialiste russe.
Quant aux deux marraines du format
Normandie, la France et l’Allemagne,
leurs priorités sont ailleurs. Paris s’investit
surtout dans le processus de paix en Syrie
et l’accord sur le nucléaire iranien. La
chancelière Angela Merkel est affaiblie depuis son semi-échec aux élections et veut
sauver le projet de gazoduc Nordstream 2,
stratégique pour la Russie, auquel Trump
s’oppose. Mais les accords de Minsk ne
sont pas davantage appliqués par la partie
ukrainienne. « À moins d’un an des élections, Kiev ne peut pas faire de concessions
sur le dossier », reconnaît un diplomate
ukrainien. Commentaire d’un homologue
français : « Les accords de Minsk ne fonctionnent pas. Il faudrait que Paris et Berlin
en tirent enfin les conséquences. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 11 juin 2018
INTERNATIONAL
7
RD Congo :
Bemba acquitté,
la CPI
dans le doute
Ce jugement inattendu est un échec
cuisant pour la justice internationale
et rebat les cartes politiques à Kinshasa.
TANGUY BERTHEMET £@tanguyber
AFRIQUE CENTRALE La décision de la
Cour pénale internationale est sans doute l’une des plus inattendues qui soient.
Vendredi, la cour d’appel a acquitté le
Congolais Jean-Pierre Bemba, poursuivi
pour crimes de guerre et crimes contre
l’humanité. Une décision aux conséquences immenses tant pour la justice
que pour la République démocratique du
Congo (RDC). En 2016, en première instance, le « Chairman », comme l’appellent ses soutiens, avait été condamné à
dix-huit ans de prison et chacun s’attendait à ce que les magistrats confirment plus ou moins la sentence. Il n’en
fut rien. Si le jugement fut serré - trois
juges contre deux -, les attendus sont
extrêmement sévères pour l’accusation.
La chambre d’appel « prononce l’acquittement de l’accusé (en raison) des sérieuses erreurs commises en première instance », a ainsi déclaré la juge Christine
Van den Wyngaert. La justice semble plus
acquitter Jean-Pierre Bemba sur la forme
que sur le fond, car les crimes reprochés
ne sont pas niés. L’ancien chef du Mouvement de libération du Congo (MLC), une
puissante milice, avait envoyé ses hommes en Centrafrique début 2003 afin de
vainement soutenir le président AngeFélix Patassé, aux prises avec une rébel-
lion. L’intervention à Bangui s’était soldée par un pillage en règle de la ville, des
exécutions sommaires et des viols à grande échelle. Plus de 5 200 femmes s’étaient
portées partie civile, témoignant des horreurs sans nom subies. Les magistrats ont
cependant estimé que Jean-Pierre Bemba, qui n’était pas sur place mais passait
alors le plus clair de son temps en Afrique
du Sud, n’avait pas eu les moyens de
contrôler ni de commander ses troupes.
“
Cela affaiblit
sérieusement la capacité
de la justice internationale
à condamner des gens
comme Bemba
”
STEPHEN RAPP, EX-AMBASSADEUR ITINÉRANT
POUR LES ÉTATS-UNIS
Pour la CPI, cet acquittement - le second prononcé par la CPI - est une véritable catastrophe. Jean-Pierre Bemba
était l’un des plus « gros poissons » jamais arrêté par la Cour, celui qui avait
écopé de la plus lourde peine prononcée.
Une sorte de symbole de la lutte contre
l’impunité des puissants, un message vivant envoyé à tous les chefs de guerre.
Le renversement du jugement en fait
l’inverse. Les monstruosités commises
en Centrafrique resteront toujours im-
Jean-Pierre Bemba, en mars
2016, au cours d’une audition
devant la cour du Tribunal
international à La Haye
aux Pays-Bas. JERRY LAMPEN/AP
punies. Fatou Bensouda, la procureure
de la CPI, le sait bien. Elle a tenté de rassurer en rappelant dans un communiqué
que « les souffrances provoquées ne sont
aucunement remises en cause », remettant à lundi une réaction plus complète.
L’argumentaire s’annonce compliqué.
Car pour la procureure, l’échec est total.
« Cela affaiblit sérieusement la capacité
de la justice internationale à condamner
des gens comme Bemba », explique Stephen Rapp, ex-ambassadeur itinérant
pour les États-Unis chargé des crimes de
guerre. « La CPI semble dire : tant que
vous n’êtes pas sur les lieux, laissez donc
vos troupes commettre les pires abominations », s’agace Karine Bonneau, de la
Fédération internationale des ligues des
droits de l’homme (FIDH), qui redoute
que la Cour se soit sabordée.
Jean-Pierre Bemba, lui, n’a fait aucun
commentaire et attend encore cette liberté tombée du ciel. Pour l’instant, il
est toujours en détention en raison d’un
autre dossier pour « subornation de témoin ». Mais la cour d’appel a exigé que
ce délit soit jugé très rapidement. Une
audience prévue mardi devrait conduire
à la libération du prévenu. Incarcéré depuis 2008, Jean-Pierre Bemba a en effet
déjà fait presque dix ans de prison, bien
plus qu’il ne risque dans ce cas. Dès lors,
il sera libre d’aller et venir où il l’entend,
et même en RDC.
À Kinshasa, personne n’en doute.
Dans la capitale congolaise, l’annonce de
l’acquittement a été saluée par des cris
de joie de ses partisans. Absent depuis
douze ans, Jean-Pierre Bemba, 55 ans,
reste un poids lourd de la politique locale. Le chef de guerre, qui est aussi un
homme d’affaires prospère, fils de l’ancien patron des patrons congolais, a gardé des amitiés. Sa transformation en
homme politique, sénateur puis viceprésident du pays a curieusement réussi.
En 2006, candidat à la présidentielle, il
avait raflé plus de 40 % des voix - et 70 %
à Kinshasa - avant de devoir fuir en exil.
Son retour éventuel, alors qu’une nouvelle présidentielle est prévue fin décembre,
rebat totalement les cartes. Face à une opposition morcelée et en panne de leader, à
un pouvoir sortant sans chef, le président
Joseph Kabila ne pouvant pas se présenter
à nouveau, Bemba ressemblerait vite à un
favori. Pourra-t-il et voudra-t-il se lancer dans cette course ? Nul ne le sait. Pour
l’heure, les responsables congolais jouent
l’apaisement. « Les autorités de ce pays
n’ont rien à voir avec ce dossier. Bemba
peut revenir quand il veut », a affirmé sur
RFI le ministre de la Justice. Olivier Kamitatu, ancien proche de Bemba devenu
porte-parole d’un autre opposant, Moïse
Katumbi, qui se « réjouit ». « Un rapprochement entre Bemba et Katumbi est souhaitable », dit-il. ■
EN BREF
Afghanistan : les talibans
acceptent un cessez-le-feu
Les talibans ont annoncé samedi
trois jours de cessez-le-feu avec
les forces afghanes, pour la fin
du ramadan, qui intervient
deux jours après l’annonce d’un
cessez-le-feu unilatéral par le
président afghan Ashraf Ghani.
C’est la première fois depuis
dix-sept ans et l’intervention
d’une coalition internationale
menée par les États-Unis
qui les avait chassés du pouvoir
que les talibans décrètent
un quelconque cessez-le-feu.
Arabie : trois civils tués
par un tir
des rebelles houthistes
Trois civils ont été tués samedi
par un projectile tiré par
les rebelles yéménites
houthistes sur la ville de Jazane,
dans le sud de l’Arabie saoudite.
Ces derniers mois, les rebelles
houthistes ont intensifié les tirs
de missiles contre l’Arabie
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(3) Détail sur le cuir utilisé, voir Ford.fr.
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lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
8
POLITIQUE
Critiqué de toutes parts, Laurent Wauquiez
Attaqué par les élus LR, même par sa numéro 2, le président du parti n’entend pas dévier de son « cap » et rappelle
MARION MOURGUE £ @MarionMourgue
DROITE Laurent Wauquiez parle. Vive
polémique. Laurent Wauquiez ne parle
pas. Vive polémique. Laurent Wauquiez
revient d’Irak et une photo le montre en
costume dans les ruines de Mossoul. Vive
polémique. Laurent Wauquiez a distribué
un tract LR dont il a lui-même choisi le
slogan : « Pour que la France reste la
France ». Vive polémique.
Au sein même des Républicains, les
critiques ont été virulentes cette semaine
sur le choix des mots et de la stratégie.
Qualifié de « slogan du FN » par le député
LR Robin Reda, proche de Valérie Pécresse, de « torchon populiste » par
Franck Riester, coprésident d’Agir-les
Constructifs, et même de « Pétain pur
jus » par le président du conseil départemental de Charente-Maritime, Dominique Bussereau, le tract a libéré la parole.
Au point que la numéro 2 de LR, Virginie
Calmels, s’est publiquement émue, jeudi,
sur France Inter de ne pas avoir été associée à la réflexion, jugeant ce document
« anxiogène » et « déséquilibré ».
Alors, y a-t-il un problème Wauquiez ?
« Oui, je leur pose un problème ! », rebondit
le président LR auprès du Figaro, « parce
qu’ils s’attendaient à ce que je change de
discours, que j’incline la tête et que je donne
des gages », reprend-il en affirmant sa
totale « détermination » à tenir « le cap ».
« Aussi violentes sont les attaques, aussi
fortes sont ma détermination et ma
constance. » On le cherche ? On le trouve,
répond-il. « Au final, ça ne fait que renforcer ma détermination », soutient-il. « La
violence des attaques est à la hauteur de la
panique de certains face à une colère sourde
qui monte dans le pays », avance-t-il.
Pour autant, Laurent Wauquiez le
concède, la semaine a été dure. « Est-ce
que c’est agréable ? Non. C’est dur pour
moi, pour mes proches aussi. Est-ce que je
m’y étais préparé ? Oui. C’est révélateur de
ce que l’on doit endurer quand on veut affirmer ses convictions », assure-t-il.
« Certains étaient habitués à ce que la droite ne dise plus rien, que, sur les sujets d’immigration et de sécurité, elle donne des gages au politiquement correct », juge-t-il.
« Je laisse les commentateurs commenter,
les diviseurs diviser. Nous, on avance ! »
chrétiens d’Orient, aux Kurdes et aux minorités persécutées », détaille-t-il en racontant les rencontres avec les victimes
de Daech et son choc devant la ville de
Mossoul rasée. « Et la seule chose que retient un certain nombre de médias, c’est
mon costume ? J’ai de la peine pour eux. Ça
donne le niveau d’un certain débat politicomédiatique », objecte-t-il. Il préfère retenir de ce déplacement l’échange avec un
prêtre orthodoxe qui l’a mis en garde
contre Daech. « Ce sont les mêmes chez
vous. Ils sont là pour vous détruire. Si vous
êtes faibles, ils vous feront la même chose », lui a-t-il confié.
Dès lors, Laurent Wauquiez « assume
totalement le tract » des Républicains et
s’insurge contre « le déferlement médiatico-politique autour d’une phrase qui devrait faire l’unanimité ». Pour le président
de LR, « ce qui est en jeu, ce n’est pas la
stratégie pour un parti, c’est la question clé
pour notre avenir et que beaucoup de
Français se posent » : celle des valeurs et
de l’identité de la France. « Où en est
l’identité de notre pays, est-ce qu’on va
continuer à assister en silence au fait que
notre pays change de nature ? Est-ce qu’on
va accepter qu’une minorité dicte sa loi à
une majorité ? Est-ce qu’on va laisser notre
Quelques limites
Le président de LR entend néanmoins
fixer quelques limites. La première à l’attention de Dominique Bussereau. « On est
au-delà du minimum de dignité qu’on devrait garder en politique », s’insurge-t-il
en visant le tweet de l’ex-ministre.
« Quand Dominique Bussereau traite les
Républicains de pétainistes… ça fait frémir.
C’est insultant. On est dans le même registre de pensée qu’à l’époque où Mitterrand
avait traité de Gaulle de fasciste », dénonce-t-il.
Le deuxième recadrage vise Virginie
Calmels, sa numéro 2. S’il est favorable au
débat au sein de LR, dit-il, Laurent Wauquiez dénonce « les divisions et les petites
phrases qui ont fait beaucoup trop de mal
dans le parti ». Lui ne s’y abîmera pas,
dit-il. « Moi, je me situe à un autre niveau.
Je ne suis pas là pour alimenter les gazouillis », glisse-t-il. « Quand on appartient à l’équipe dirigeante, on a des responsabilités particulières », insiste-t-il, la
voix ferme. « J’attends de Virginie qu’elle
le comprenne », soutient-il. Pour Laurent
Wauquiez, cette polémique a d’autant
moins lieu d’être que le document avait
été partagé sur le fil WhatsApp de l’équipe dirigeante, le 31 mai.
Enfin, Laurent Wauquiez dénonce « la
médiocrité du débat ». « Je reviens d’Irak
où je suis allé apporter mon soutien aux
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
La stratégie du patron
de LR mise à l’épreuve
A
E
n briguant la présidence
des Républicains, Laurent
Wauquiez a fait un pari,
celui de reconstruire une
force d’alternance à droite. Ce pari
suppose à ses yeux deux conditions :
la première est de se démarquer le
plus possible d’Emmanuel Macron,
plutôt que de le marquer à la
culotte, comme certains autres
dirigeants en ont la tentation ;
la seconde est de s’adresser aux
électeurs du Front national, sans
envisager d’alliance avec le parti
de Marine Le Pen, comme certains
militants en ont la tentation.
La voie, à l’évidence est étroite. Et
d’autant plus difficile à emprunter
qu’elle a besoin de temps et que les
rivaux du président de LR sont bien
décidés à ne pas lui en laisser.
L’affaire du tract « Pour que
la France reste la France » est
de ce point de vue révélatrice.
Par ses alarmes sur la lutte contre
le terrorisme ou la montée du
communautarisme islamique, ce
tract répond exactement à la feuille
de route validée et même plébiscitée
par l’élection de Wauquiez. Cette
ligne peut être critiquée, ce qu’ont
fait d’emblée les juppéistes ou
Valérie Pécresse. Mais il est difficile
de reprocher au patron des
Républicains d’appliquer à la lettre
sa feuille de route. Le débat de fond
est légitime. Mais il est paradoxal
d’applaudir Macron de faire ce qu’il
avait dit qu’il ferait et d’accuser
Wauquiez de dire ce qu’il avait dit
qu’il dirait. Le président de la région
Auvergne-Rhône-Alpes est souvent
suspecté de manquer de sincérité.
Mais précisément, c’est s’il
renonçait à sa ligne d’une droite
assumée et identitaire, six mois
seulement après avoir été élu
dessus, qu’il pourrait être pris en
défaut de sincérité. Ou du moins de
cohérence. Voir par exemple JeanFrançois Copé s’effaroucher devant
la ligne droitière de Wauquiez ne
manque pas de sel, lui qui fut le
grand théoricien de la « droite
décomplexée », et reprocher à son
successeur indirect à la tête du parti
de faire le buzz avec des expressions
provocatrices, lui qui avait suscité
la polémique sur ce fameux « pain
au chocolat » qui aurait agacé les
musulmans pendant le ramadan.
Laurent Wauquiez n’en traverse
pas moins une période difficile.
D’abord parce que les deux
paramètres de son équation
semblent jouer contre lui. Contester
Macron ? L’action du chef de l’État
lui permet pour l’heure de
progresser dans l’électorat de droite
à mesure où il recule dans celui
de gauche. Faire reculer le FN
- aujourd’hui Rassemblement
national ? Le refus d’envisager
la moindre alliance maintient les
électeurs lepénistes dans leur refus
de voter à droite. Et sa stratégie
de récupération à droite semble
aussi se heurter à l’éventualité
d’une recomposition portée par
Marion Maréchal. Enfin, avec
une cote de popularité encalminée
dans les queues de classement des
baromètres, Wauquiez pâtit d’un
déficit de crédibilité qui l’empêche
d’asseoir son autorité sur son camp.
À moins qu’un excès de critique
contre lui soit le préalable
nécessaire à un réveil du noyau dur
de la droite. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
Wauquiez
pâtit d’un
déficit de
crédibilité qui
l’empêche
d’asseoir son
autorité sur
son camp
»
Laurent Wauquiez (ici en août 2017 à Paris) prévient : « Aussi violentes sont les attaques, aussi fortes sont ma détermination
et ma constance ». FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
« Quand on est dans l’opposition, on s’oppose.
EMMANUEL GALIERO £@EGaliero
ENVOYÉ SPÉCIAL À SAINT-JULIEN-LES-VILLAS (AUBE)
SUR LE TERRAIN, les élus LR montent au
front. Même quand les militants sont en
colère et que les interpellations publiques
sont aussi rudes qu’un échec électoral
historique. Mercredi 6 juin, deux jours
avant le Printemps des Républicains,
Christian Jacob pilote une délégation de
parlementaires à Saint-Julien-les-Villas,
petite commune mitoyenne de Troyes, la
ville de François Baroin, absent ce soirlà. Dans la salle, une centaine de sympathisants s’est déplacée, ravie de pouvoir
parler directement avec des députés.
Lorsque le président du groupe LR à
l’Assemblée leur propose d’entrer immédiatement dans le vif du sujet, sans limite,
un homme s’empare du micro. La première question fuse comme un boulet de
canon. « J’ai connu les grandes figures du
gaullisme mais on ne vous voit pas beaucoup vous opposer ! », lance cet adhérent
du mouvement gaulliste depuis 1956.
« Laurent Wauquiez, on ne le voit pas souvent. Il dirige le mouvement avec des
tweets. Mais il se prend pour Trump ! On
n’en a rien à secouer qu’il soit major de
l’ENA. Quand on est dans l’opposition, on
s’oppose. Tonnerre de Brest, soyez plus
combatifs ! »
Christian Jacob, rompu à l’exercice,
répond avec calme en défendant Laurent
Wauquiez et sa légitimité à la tête du
parti. Il rappelle ses succès électoraux, au
Puy-en-Velay d’abord, puis à la tête de la
région Auvergne-Rhône-Alpes, « l’une
des mieux gérées de France » (lire ci-dessus). « Laurent nous a ramené l’une de nos
plus belles victoires aux régionales », insiste le député de Seine-et-Marne, en invitant la salle à ne pas « se laisser intoxiquer » par les critiques.
Lors de cet échange franc, dernière
étape d’un tour de France des territoires
amorcé en octobre 2017, Christian Jacob
pose son mouvement en « parti de gouvernement » qui n’a pas à participer au
« concours des grandes gueules » avec le
leader de La France insoumise, Jean-Luc
Mélenchon. L’élu insiste sur le temps de
« la reconstruction », souligne la nécessité
de reconnaître la responsabilité collective
des défaites. Pour lui, le parti doit être
« crédible » avant d’être « audible » et le
contact avec les militants est d’ailleurs
présenté comme la base du nouveau projet en construction des Républicains.
“
Nous sommes
majoritaires mais
trop souvent
silencieux
”
GUILLAUME PELTIER,
DEUXIÈME VICE-PRÉSIDENT DE LR
Pour rassurer l’auditoire, il rappelle les
résultats des dernières élections partielles
gagnées par LR, ces derniers mois. « Faites-nous confiance pour monter le son, le
moment venu », promet Christian Jacob.
« Laurent Wauquiez a été très courageux
de se présenter à la présidence de notre
mouvement. Ils n’étaient pas nombreux,
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 11 juin 2018
POLITIQUE
Auvergne-Rhône-Alpes :
priorité à la dépense publique
M.M. ET CHARLES SAPIN £ @csapain
SI LAURENT WAUQUIEZ est président de
LR depuis six mois, il est aussi président
de la région Auvergne-Rhône-Alpes depuis deux ans. Un territoire qui sert de laboratoire pour mettre en œuvre la politique de baisse de la dépense publique qu’il
prône au niveau national. Avec comme
priorités : « la lutte implacable contre le
gaspillage, zéro augmentation d’impôts et
la relance des investissements », le tout
couplé à un important plan d’économies.
Laurent Wauquiez fait-il ce qu’il dit ?
Oui, à en croire les conclusions du rapport de la Cour des comptes publié en octobre 2017. La région Auvergne-RhôneAlpes est celle à avoir réalisé les plus
importantes économies en 2016, avec en
parallèle un investissement en forte progression (152 millions d’euros en 2016,
soit 21 % de plus que 2015). « Wauquiez a
“
Il y a eu des efforts
qui ont été faits par
les élus, par les services
PATRICK MIGNOLA, CONSEILLER RÉGIONAL
MODEM ET DÉPUTÉ LAREM
”
réellement fait de sa région un laboratoire
positif, c’est sur la réduction l’allégement
des dépenses », reconnaît Patrick
Mignola, conseiller régional MoDem et
député LaREM. « Sa principale empreinte
est clairement sur la réduction du budget
de fonctionnement de la région. Il y a eu des
efforts qui ont été faits par les élus, par les
services », poursuit l’ex-vice-président.
Selon le rapport de la Cour des comptes
de 2017, sur l’ensemble des 13 nouvelles
régions métropolitaines fusionnées,
Auvergne-Rhône-Alpes est celle qui a
réduit le plus ses charges de fonctionnement (- 5,9 %), devant Provence-AlpesCôte d’Azur (- 5,1 %) et l’Île-de-France
(- 3,9 %). Ce document précise que les
économies ont été réalisées principalement « sur la masse salariale des personnels non titulaires », avec des dépenses de
personnel qui ont réduit de 1,1 %.
En Auvergne-Rhône-Alpes, le nombre
de vice-présidents a été divisé par deux
(de 29 à 15 postes) et le nombre de membres de la commission permanente par
trois (de 187 à 61). Les échelons administratifs ont été simplifiés, passant de 8 à 4.
Les économies ont aussi été rendues
possibles par l’application… des 35 heures effectives pour l’ensemble des agents,
la diminution du parc automobile, la mutualisation des commandes, la mise en
place d’une seule centrale d’achat et le
paiement des partenaires en fonction des
résultats, comme la SNCF sur la ponctualité des trains. Enfin, le soutien aux entreprises a permis de faire baisser le taux
de chômage de 8,6 % fin 2015 à 8,3 % début 2017 (et à 7,6 % début 2018, soit en
dessous du niveau national).
Fin décembre 2017, l’agence Standard
& Poor’s a ainsi jugé les performances
budgétaires de la région Auvergne-Rhône-Alpes meilleures que celles de l’État.
« Par-delà la couleur politique des élus, la
première année a été la démonstration que
l’on peut faire baisser les coûts de fonctionnement d’une collectivité locale. Trouver 100 millions d’économies sur un budget
de 3 milliards, ce n’est pas rien ! », se réjouit ainsi Patrick Mignola. Trop, selon
les associations qui dénoncent de fortes
coupes dans leurs subventions. Trop aussi selon l’opposition. Le groupe RCES
(Rassemblement citoyen, écologiste et
solidaire) vient de faire annuler le budget
2016 par le tribunal administratif pour
« manque d’information ». « C’est une
guérilla juridique de notre opposition »,
balaie le conseil régional.
Les chiffres de 2017 ne seront présentés en assemblée régionale que le 14 juin,
mais selon les informations du Figaro,
ils devraient souligner une même tendance. Ainsi à périmètre constant, la région a réalisé une baisse de presque 6 %
des dépenses de fonctionnement pour la
deuxième année consécutive. Soit
112 millions d’euros d’économies, après
les 135 millions déjà réalisés l’année précédente. Près de 80 % des 300 millions
d’économies promises par Laurent Wauquiez pour la région en cinq ans ont donc
été réalisées en deux ans.
Ce résultat a permis la hausse de 50 %
de l’épargne depuis deux ans. Alors que
l’épargne brute disponible pour investir
était de 419 millions d’euros en 2015, elle
est passée à 514 millions en 2016 et
665 millions en 2017. Dès lors, la région
n’a pas eu besoin de recourir à l’emprunt
pour investir, voyant sa dette baissée en
deux ans. La capacité de désendettement
de la région Auvergne-Rhône-Alpes est
passée de presque sept ans à quatre ans.
« Si l’État avait consenti au même effort
d’économies que la région Auvergne-Rhône-Alpes », fait valoir Laurent Wauquiez,
« sa dépense publique aurait baissé de
12 % en deux ans, soit 35,6 milliards en
2017. Il aurait divisé par 2 son déficit et
aurait commencé à se désendetter… ». ■
Soyez plus combatifs ! »
les ténors… », rebondit la secrétaire générale du parti, Annie Genevard, dans une
allusion directe aux autres leaders de la
droite.
La députée du Doubs vante le travail
accompli en sept mois pour rebâtir, « pas
à pas », la maison LR. « Notre rôle est de
dissiper l’illusion Macron. C’est une supercherie, une tentative politicienne manœuvrière pour fracturer la droite parce que
nous sommes le premier parti d’opposition », martèle l’élue. Un militant clame :
« Critiquer Wauquiez, c’est insupportable.
Si on critique Wauquiez, on est mort. Le
problème n’est pas là », se plaint le retraité, avant de demander quelle sera la
ligne des Républicains face à Marine Le
Pen et Dupont-Aignan aux élections
européennes. Lui souhaiterait que LR
porte une ligne « eurosceptique ».
Cette fois, c’est le troisième vice-président du parti, Damien Abad, qui se lance
avec énergie pour répondre aux questions. Le député de l’Ain salue les marqueurs de la ligne Wauquiez sur le pouvoir d’achat, l’autorité de l’État, la
question migratoire et les fractures territoriales. Et fait valoir que le « pays n’a jamais été autant à droite ». Si les militants
sont déçus par LR, ils semblent l’être tout
autant par la politique du gouvernement.
Une femme médecin lance ainsi l’alerte
sur le burn-out des professionnels de
santé. Un maire de village déplore, lui, la
suppression de la taxe d’habitation… Tous
attendent des solutions des Républicains.
Guillaume Peltier, deuxième vice-président de LR, rebondit sur leur impatience
en attaquant Emmanuel Macron « aidé
par une caste inédite », selon lui. Il le juge
dissimulateur et destructeur des corps intermédiaires. Pour conjurer les fragilités
de LR, le vice-président liste les forces du
parti avec un chef, une équipe, une majorité au Sénat, des millions d’électeurs et
des milliers d’élus. « Nous sommes majoritaires mais trop souvent silencieux », regrette-t-il pourtant, convaincu que tout
reste possible pour 2022. « Les favoris du
système quatre ou cinq ans avant, cela ne
vaut rien », lance-t-il à ses amis politiques
de Saint-Julien-les-Villas. ■
L’ancien conseiller de François Hollande et de Bertrand Delanoë a créé
son mouvement en vue de la bataille pour la mairie de Paris en 2020.
SOPHIE DE RAVINEL £@SDRVNL
MUNICIPALES « Parisiennes, Parisiens », c’est avec ces mots que
Bertrand Delanoë commençait ses interventions. C’est aussi le nom qu’a
choisi Gaspard Gantzer pour son mouvement destiné, si les vents lui sont favorables, à porter sa candidature à la
mairie de Paris en 2020. Ancien
conseiller à la communication de
François Hollande, il avait rempli les
mêmes fonctions auprès de l’ex-maire
PS de Paris.
L’initiative a été officiellement lancée
jeudi dernier au café des Artistes, non
loin de la place de la République, en
compagnie, à l’en croire, de 150 personnes. Une provocation directe pour
Anne Hidalgo. L’actuelle maire socialiste de Paris est déterminée à se représenter malgré l’accumulation des difficultés et un socle politique plutôt fragilisé.
L’affaire Gantzer est le premier vrai
coup d’une campagne municipale qui
s’annonce particulièrement baroque.
Gaspard Gantzer, qui indique au
Figaro avoir conservé « énormément de
respect » pour Bertrand Delanoë, souligne « la fierté » qu’il a eue à travailler à
ses côtés. Lui a-t-il parlé du lancement
de son mouvement ? « Je l’ai prévenu
bien sûr. Il sait depuis longtemps que je
suis intéressé par un engagement sur
Paris », explique Gantzer. Difficile, en
revanche, de savoir ce que lui a répondu
l’ex-maire de Paris. « Le contenu de nos
conversations reste privé. » Le potentiel
candidat qui n’a pas encore 40 ans tient
à le préciser : « Je ne suis plus socialiste
et je n’ai jamais adhéré à En marche ! ».
Au placard donc son ancienne carte ou
sa furtive candidature aux législatives
pour LaREM à Rennes. « Je suis parisien,
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
lerai deux choses : notre pays n’a jamais
connu une telle explosion d’impôts et un tel
record d’immigrés accueillis en France »,
liste-t-il. Mais le président de LR sait aussi
qu’il lui faudra du temps pour être audible. « Les Français ne vont pas nous faire
confiance comme ça, on les a trop dégoûtés,
reconnaît-il. La durée et la constance sont
les conditions absolues de notre reconstruction », conclut-il. Sûr d’y parvenir. ■
Gaspard Gantzer publiera dans les prochains jours une déclaration de principe.
dit-il. Mon objectif, c’est de rendre leur
fierté aux Parisiens et aux habitants du
Grand Paris. » Une fierté abîmée par
Hidalgo ? Gantzer botte en touche. Il
refuse de « personnaliser ».
Dans une déclaration de principe qui
sera publiée ces prochains jours sur le
“
Gaspard est brillant
et il sait que revendiquer
l’héritage de Bertrand
Delanoë est un accélérateur
de popularité
”
BRUNO JULLIARD, PREMIER ADJOINT
D’ANNE HIDALGO
site de son mouvement, la guerre est
pourtant déclarée. « Trop souvent, est-il
écrit, nous regardons notre ville et nous
nous disons que nous pourrions mieux,
beaucoup mieux faire. » Le travail, s’il est
« passionnant » est aussi « colossal ». Il
Attal : « Les députés
LaREM sont au taquet »
Le porte-parole des Marcheurs suspecte certains
syndicats de « prendre les Français pour des cons ».
serait-ce que pour eux, il faut savoir raison garder », a conclu l’élu francilien.
Parmi les dossiers qui demandent
aux parlementaires « d’y aller à fond »
se trouve notamment la réforme de la
SNCF, qui est vivement contestée par
plusieurs syndicats de cheminots. « Je
souhaite que la grève s’arrête. […] Certaines organisations pensent que l’exaspération des Français face à la grève - au
moment du bac, au moment des vacances… - va se reporter sur une exaspération contre le gouvernement. Si c’est ça
le petit calcul qu’il y a derrière, non seulement je trouve ça assez nul politiquement, mais par ailleurs je pense que c’est
prendre les Français pour des cons
- excusez-moi de cette phrase […] », a
asséné le porte-parole de LaREM, qui
s’était déjà illustré en dénonçant la
« gréviculture » du pays.
ARTHUR BERDAH £@arthurberdah
MAJORITÉ Les parlementaires sont-ils
au bord du burn-out ? Voilà plusieurs
jours que cette petite musique agite les
bancs de l’Assemblée nationale… À tel
point qu’elle a contraint le président du
Palais Bourbon, François de Rugy, à
monter au créneau cette semaine. Il
n’empêche, le député des Hauts-deSeine et porte-parole de LaREM,
Gabriel Attal, n’est pas du tout de cet
avis. « Il ne faut pas être “too much” sur
ce sujet-là », a-t-il exhorté dimanche,
lors du « Grand Jury RTL-Le FigaroLCI ». « On est au taquet. Les députés
La République en marche sont au taquet,
je ne sais pas comment le dire autrement.
On travaille », a-t-il martelé, rappelant
à ses collègues qu’ils s’étaient « tous
battus pour devenir députés » et qu’ils
avaient promis de « tout donner, notamment pendant la première année ».
« Il n’y a pas de sujet de burn-out ou
de fatigue. On n’est pas devenu députés
pour être en vacances. Il y a des Français
qui travaillent très dur et qui sont, eux,
vraiment en burn-out. Et je pense que, ne
« Émancipation par le travail »
Gabriel Attal, dimanche, au « Grand Jury
RTL-Le Figaro- LCI ».
De même, Gabriel Attal est revenu sur
les critiques qui visent actuellement
l’exécutif, dont la politique est accusée
de n’être pas assez tournée vers le social - notamment par trois économistes
proches d’Emmanuel Macron qui s’en
sont émus dans une note confidentielle
adressée à l’Élysée et publiée par Le
Monde. « Certains, aujourd’hui, cherchent à nous arrimer encore à un système droite-gauche dont on est sorti avec
l’élection présidentielle », a-t-il d’abord
regretté.
Estimant que l’on avait « changé de
logique » et de « paradigme », Gabriel
Attal a ensuite vanté « l’émancipation
par le travail » prônée par Emmanuel
Macron durant la campagne présidentielle. Considérant enfin que « le modèle
social, ce n’est pas uniquement des aides
sociales », l’élu francilien a définitivement fermé le débat ouvert par Bruno
Le Maire (Économie) et Gérald Darmanin (Action et Comptes publics) : il a assuré qu’il n’y aurait « pas de diminution
des aides individuelles qui sont perçues
aujourd’hui par les Français ». ■
faut « rendre son honneur à Paris, comme
l’a fait Bertrand Delanoë en son temps. »
Cette dernière phrase a fait réagir l’avocat Jean-Pierre Mignard, figure historiquement proche de François Hollande.
Si l’on peut être en désaccord avec Bertrand Delanoë ou Anne Hidalgo, « ni l’un
ni l’autre n’ont attenté à l’honneur de
Paris », a-t-il écrit sur Twitter.
Premier adjoint d’Anne Hidalgo,
Bruno Julliard confie au Figaro :
« Gaspard est brillant et il sait que revendiquer l’héritage de Bertrand Delanoë est
un accélérateur de popularité. Il en use,
quitte à oublier l’essence même de cet héritage : Bertrand a toujours fait primer le
collectif sur les aventures solitaires et il
n’a jamais confondu la droite et la gauche. » Au sein de l’Hôtel de ville, un habitué des campagnes parisiennes livre
son analyse. « Gaspard Gantzer est plus
certainement le candidat caché de François Hollande dans la perspective de 2022
que celui de Bertrand Delanoë. » ■
ZOOM
Hollande assure qu’il n’aspire
ni à diriger le PS ni à
participer à des primaires
« Le peuple socialiste, le peuple de
gauche, ceux qui sont attachés à la
démocratie sont plutôt heureux que
je puisse leur redonner une vision, un
espoir, une explication », a estimé
François Hollande, dimanche sur
France 3. Quant au PS, « il faut qu’il
se reconstruise […], qu’il fasse
son travail, et Olivier Faure le fait,
pour répondre aux propositions
du gouvernement, pour dire aussi à
Mélenchon qu’il n’est pas acceptable
de convoquer les Français dans
les manifestations qui sont autant
d’échecs », a-t-il plaidé.
EN BREF
Faure lance les premiers
chantiers de la
« renaissance » du PS
Le premier secrétaire du Parti
socialiste, Olivier Faure, a donné
samedi, à Paris, le coup d’envoi de
la « renaissance » du PS. « Le PS
doit changer et il va changer », a-til assuré devant le « parlement »
du PS. Mais pour reconstruire
« une gauche capable non
seulement de s’opposer, mais aussi
de proposer une alternative
crédible », le PS doit aussi rebâtir
son projet, « chantier après
chantier », a-t-il souligné.
Européennes : EELV
revendique le « leadership »
d’une liste avec Génération.s
Europe Écologie-Les Verts pourrait
envisager de faire liste commune
avec Génération.s, le parti de
Benoît Hamon, mais à condition
que ce soit « sur une ligne
clairement écologiste » et d’en
avoir le « leadership », selon son
secrétaire national David
Cormand. « Tout mon travail, ce
n’est pas de rebricoler une gauche
du XXe siècle avec une pincée
d’écologie, mais de construire
une nouvelle offre politique »,
qui soit une « alternative au
libéralisme d’Emmanuel Macron
et au populisme », a affirmé David
Cormand.
1
pays gangrené par les revendications islamistes ? », interroge-t-il.
Laurent Wauquiez ne compte donc pas
« changer » devant « quelques bons esprits », persuadé que ce qu’il propose est
« le seul chemin qui ait du sens » face à
Emmanuel Macron. « Le reste, c’est de la
tambouille politicienne », balaie-t-il,
convaincu d’« arriver à imposer la voix de
LR face à Emmanuel Macron ». « Je rappel-
A
que le tract avait été présenté dès le 31 mai.
Gaspard Gantzer veut « rendre
leur fierté aux Parisiens »
RTL/FREDERIC BUKAJLO/SIPA PRESS
se confie
9
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
SOCIÉTÉ
10
Un concert prévu au Bataclan suscite un tollé
« Crucifions les laïcards », chante le rappeur Médine, qui doit se produire dans la salle parisienne. Des élus disent leur indignation.
MORGANE RUBETTI £@MRubetti
CONTROVERSE Depuis l’annonce d’un
concert de Médine au Bataclan, à Paris,
la polémique enfle. Des élus LaREM, LR
et Rassemblement national (ex-FN) ont
protesté dimanche contre le spectacle,
prévu en octobre, du rappeur havrais.
Ce dernier avait suscité une polémique
en 2015 avec le titre Don’t Laïk, paru
une semaine avant l’attentat contre
Charlie Hebdo. Sur le réseau social
Twitter, dimanche, les hashtags #Bataclan et #Médine ont été largement utilisés. Une pétition lancée sur change.org
par Grégory Roose, ex-délégué départemental du FN dans les Alpes-deHaute-Provence, avait été signée dimanche par 8 600 personnes.
La cause de cette révolte : les paroles
du rappeur. En 2015, dans son titre
Don’t Laïk, il déclarait : « Crucifions les
laïcards comme à Golgotha / Le polygame vaut bien mieux que l’ami StraussKahn » ou encore « J’mets des fatwas
sur la tête des cons ». Médine est également l’auteur d’un album intitulé Jihad,
le plus grand combat est contre soi-même…» (2005).
« Un sacrilège pour
les victimes »
De nombreux élus trouvent aberrant de
laisser le rappeur jouer dans la salle où
90 personnes ont perdu la vie lors des
attentats terroristes du 13 novembre
2015. Dans un tweet, Marine Le Pen
s’exclame : « Aucun Français ne peut accepter que ce type aille déverser ses saloperies sur le lieu même du carnage du Bataclan. La complaisance ou, pire,
l’incitation au fondamentalisme islamiste, ça suffit ! » Pour Laurent Wauquiez,
le président des Républicains, cette annonce est un « sacrilège pour les victi-
Auteur d’un album intitulé Jihad, sorti en
2005, Médine (ici, à La Cigale, en 2017)
se produira au Bataclan. E. SADAKA/SIPA
mes, déshonneur pour la France ». Le député LR des Alpes-Maritimes Éric Ciotti
a de son côté déclaré que « la programmation du rappeur au Bataclan est une
insulte insupportable à la mémoire des
victimes du 13 novembre 2015 ». Il a demandé à Emmanuel Macron d’interdire
le concert car « il y a des symboles qui ne
peuvent être profanés ». Comme lui,
d’autres élus LR se sont indignés sur
Twitter. Le sénateur de Vendée Bruno
Retailleau en appelle à Gérard Collomb.
Il demande au ministre de l’Intérieur
d’utiliser « contre ce rappeur les mêmes
armes que celles utilisées contre Dieudonné », l’humoriste condamné à plusieurs reprises pour diffamation, injure
et provocation à la haine et à la discrimination raciale.
Aurore Bergé, porte-parole du groupe LaREM à l’Assemblée, a elle aussi fait
part de son indignation : « Ses paroles
sont, ni plus ni moins, un appel au meur-
tre. “Crucifions les laïcards comme à
Golgotha.” Cela s’appelle un constat.
Maintenant préparons-nous aux procès
d’intention et à la victimisation. »
Pour l’instant, Médine n’a pas communiqué sur la polémique. Sur LCI, en
février 2015, il avait défendu son titre :
« Il faut le juger comme un morceau de
rap et non pas comme un pamphlet islamiste. Il s’agit non pas d’une critique de la
laïcité, mais plutôt de ce qu’on en fait, et
de ce qui devient de plus en plus de la propagande antireligieuse. » Dans son titre
Faisgafatwa, en 2015, le rappeur proteste contre les islamistes radicaux.
« J’crois que tu t’es pris les deux Nike Air
dans le tapis d’prière / Viens pas recruter
dans mon quartier c’est pas ta pépinière », chante-t-il. Deux ans plus tard, il
s’expliquait au sujet de son titre Don’t
Laïk : « J’ai eu la sensation d’être allé trop
loin. » Les élus de droite attendent maintenant une réaction du gouvernement. ■
Parcoursup : colère des profs à Paris-Diderot
Par le jeu des quotas, les excellents élèves banlieusards sont relégués derrière les lycéens parisiens médiocres.
MARIE-ESTELLE PECH £@MariEstellPech
ORIENTATION On les a peu entendus
jusque-là au sujet de Parcoursup mais
certains professeurs d’université se disent « décontenancés », voire « dépités »
par les subtilités de la plate-forme informatique destinée à orienter les lycéens dans l’enseignement supérieur.
En cause, les taux imposés des lycéens
« hors secteur » qui ont fortement modifié leurs classements locaux.
Rémi Losno, le directeur de l’UFR
chimie de l’université Paris-Diderot,
fait partie de ces professeurs « très agacés ». L’an dernier, sur les 110 places
offertes en première année de chimie
au sein de cette université parisienne
prisée, « environ 40 % étaient occupées
par des lycéens venus de banlieue ou de
province ». Cette année, le rectorat, via
le logiciel Parcoursup, n’autorise pas la
filière à prendre plus de 3 % de bacheliers non parisiens.
Résultat : d’excellents élèves de banlieue sont aujourd’hui relégués dans les
bas-fonds de la liste d’attente alors que
des lycéens parisiens aux résultats
moyens voire médiocres caracolent en
tête des admis. « Les treize premiers admis ont des résultats corrects sans plus.
Mais dès la 14e place, nous avons un élève
parisien qui plafonne à 8 de moyenne générale. Malgré ses 17,5 de moyenne, un
candidat du Val-de-Marne, lui, est relégué en attente à la 1 010e place ! », rage
Benoît Piro, le responsable de la licence
de chimie. Des lycéens de « niveau faible voire très faible passent avant des
candidats de banlieues limitrophes ayant
5 à 10 points de plus de moyenne générale ! ». Des jeunes qui habitent parfois à
quinze minutes à pied de l’université
Paris-Diderot. « Que répondre à leurs
parents qui m’interpellent ? »
Un système « absurde »
Pourquoi cette licence n’a-t-elle droit
cette année qu’à 3 % de bacheliers hors
secteur ? Pour le rectorat, c’est la seule
vraie filière de chimie identifiée dans
Paris intra-muros. Il faut donc la réserver pour l’essentiel aux Parisiens. Et ne
pas vider les facs de banlieue de leurs
premiers de classe. Peu importe, aux
yeux de l’administration, l’opinion de
ces lycéens pour qui l’excellence se situe à Paris mais qui n’ont pas la chance
d’y habiter. « Normalement, les taux
hors secteurs sont définis par les recteurs
en fonction des taux constatés l’année
d’avant. Le but était de ne pas introduire
de déséquilibre important dans les flux
entre les académies de Paris, Créteil et
Versailles par rapport à l’an dernier »,
assure François Germinet, président de
l’université de Cergy-Pontoise. Pourtant, le système précédent, APB, favorisait déjà les lycéens de l’académie.
Ces derniers étaient prioritaires. Mais,
visiblement, pas à ce point.
Le constat des professeurs en licence
de chimie est partagé par celui des professeurs de biologie de Paris-Diderot,
également amers, même s’ils ont
« réussi à arracher 15 % de places hors
secteur après négociation avec le rectorat, contre 40 % l’an dernier ». Très mécontent, Benoît Piro estime de son côté
Quotas de lycéens de banlieue
acceptés dans les filières
parisiennes
TAUX MINIMUM DE BOURSIERS
Études franco-allemandes
Sorbonne-Nouvelle Paris-III (V)
78 %
2%
75 %
3%
Langues, littératures &
civilisations russe
INALCO (XIII)
ZOOM
Lettres / Littératures
Sorbonne-Nouvelle Paris-III (V)
56 %
Marseille : la guerre
des gangs s’aggrave
1%
LEA Anglais / Chinois
Sorbonne-Nouvelle Paris-III (V)
17 %
3%
Le rectorat, via le logiciel Parcoursup, n’autorise pas l’université Paris-Diderot (ci-dessus) à prendre pour sa filière chimie plus
de 3 % de bacheliers non parisiens. Il y en avait 40 % l’année dernière. BRUNO LEVESQUE/IP3 PRESS/MAXPPP
Droit
Paris-II Panthéon-Assas (XV)
15 %
2%
Chimie
Paris-Diderot Paris-VII (XIII)
3%
2%
Psychologie
Paris Descartes Paris-V (VI)
2%
9%
Cinéma
Paris-I Panthéon-Sorbonne (V)
1%
9%
Science politique
Paris-I Panthéon-Sorbonne (V)
1%
8%
A
Médecine, Pharmacie, Odontologie...
Sorbonne Université-Médecine (XIII)
1%
Infographie
avoir « travaillé pour rien » puisque son
classement local a été entièrement remanié : « Pendant des semaines, nous
avons classé nos 3 061 candidats selon les
notes de première et de terminale, avec
une attention particulière pour les matières scientifiques mais aussi littéraires
car, en chimie, il faut savoir rédiger.
Tout a été remis en cause. Nous avons
l’impression d’avoir travaillé vainement.
Un simple tirage au sort aurait presque
donné le même résultat ! » Il juge ce système « absurde » : « Si ça ne bouge pas,
90 % de nos potentiels admis échoueront
l’an prochain ! Ils n’ont jamais eu la
moyenne aux matières scientifiques ! »
Certes, admet-il, il est possible que de
« bons » candidats aujourd’hui mal
classés finissent par être admis par le
biais des désistements progressifs au fil
des semaines, « mais nous sommes très
inquiets ».
La remise en cause des classements
locaux est également mal vécue au sein
des très prisés instituts universitaires
de technologie (IUT). Les responsables
de la filière gestion des administrations
et des entreprises ont voté fin mai une
motion dénonçant le fonctionnement
de Parcoursup. En cause : les quotas
minimaux de boursiers imposés. Destinés à favoriser une mixité sociale, ils
modifient également fortement les
classements des IUT concoctés par les
professeurs… ■
13 %
Comment Paris évince les lycéens de banlieue
C’EST UN PHÉNOMÈNE qui touche essentiellement l’Île-de-France en raison
de l’attractivité universitaire de Paris. À
tort ou à raison, les filières et les professeurs y sont réputés, et de nombreux lycéens franciliens souhaitent s’y inscrire.
D’autant que grâce aux transports en
commun qui convergent tous vers la capitale, Paris est souvent plus proche que
leur université de banlieue.
Le système précédent, APB, privilégiait déjà en toute discrétion les bacheliers de l’académie d’origine pour équilibrer les flux d’étudiants. Mais les
chiffres de Parcoursup que Le Figaro
s’est procurés mettent pour la première
fois en évidence à quel point l’enseignement supérieur parisien exclut les lycéens de banlieue, y compris lorsqu’ils
sont bons élèves, en raison du système
de sectorisation.
Si, malgré leurs 16 ou 17 de moyenne,
les élèves banlieusards se retrouvent dans
les bas-fonds des listes d’attente, c’est
parce qu’ils ont candidaté dans des formations très demandées, dans lesquelles
le recteur a fixé un quota de candidats
non parisiens. Il s’agit aussi de répondre à
la demande des facs de banlieue, qui veulent retenir les meilleurs.
Un faible taux de boursiers
Seuls 1 % de non-Parisiens peuvent ainsi
accéder à une fac de médecine ou à la licence de sciences politique ou de cinéma
de Paris-Panthéon-Sorbonne (voir notre
infographie). Ils ne seront pas plus nombreux, en pourcentage, à être admis au
sein de la filière de « sciences et ingénierie » ou à celle de Staps (sciences et
techniques des activités physiques et
sportives) de l’université Paris-Descartes. Les filières de droit, également prisées, plafonnent leurs quotas à 15 % de
non-Parisiens.
Seuls 2 %, curieusement, pourront
s’inscrire en coréen. Une filière très à la
mode chez les jeunes depuis une dizaine
d’années ! À l’inverse, la plupart de nombreuses filières de langues ouvrent grand
leurs portes à tout le monde car elles ne
parviendraient pas à remplir leurs places
avec les seuls Parisiens : aucune difficulté
pour un lycéen de banlieue, donc, qui
souhaite étudier le serbo-croate, le russe,
l’arabe, le danois, le portugais ou l’italien.
Moins demandées, moins prisées, les filières de sciences humaines et sociales
ouvrent également facilement leurs portes, comme les lettres modernes à la Sorbonne, qui sont prêtes à accueillir 70 %
d’élèves non parisiens.
Constat similaire pour la licence de
professeur des écoles. Quant au taux de
boursiers minimal exigé par Parcoursup,
il est assez faible à Paris, moins de 7 % en
moyenne sauf pour certaines filières
(médecine, mathématiques, informatique) où il est un peu plus élevé, autour de
10 %, loin des taux affichés en banlieue,
où les élèves sont moins favorisés.
Ces chiffres démontrent qu’un élève
parisien moyen voire médiocre a accès à
toutes les filières universitaires de prestige, à côté de chez lui. Le banlieusard, lui,
quel que soit son niveau, devra le plus souvent se contenter de l’établissement supérieur rattaché à son domicile. ■
M.-E. P.
« Sans limite. » Les policiers
marseillais redoutent
une recrudescence de la violence
à Marseille. La Cité phocéenne
compte, depuis le début de
l’année, 14 victimes de règlements
de compte, soit autant que
sur toute l’année 2017. Un homme
de 22 ans connu pour trafic
de produits stupéfiants a été tué
par balles dans la nuit de samedi
à dimanche sur le Vieux-Port,
alors que les bars accueillaient
encore de nombreux clients.
L’homme a reçu une dizaine
d’impacts de balles de type
kalachnikov. Vers 2 h 30, le jeune
homme de 22 ans se trouvait
à pied, quasiment en face de la
mairie, lorsque deux hommes
sont arrivés à sa hauteur en
voiture. L’un d’eux est descendu
et l’a abattu avant de prendre
la fuite à bord du véhicule.
Une victime collatérale a été
également légèrement blessée.
« J’ai compté 30 impacts autour
de la victime y compris sur
la terrasse du restaurant
La Piscine, le restaurant à la
mode », souligne Rudy Manna,
du syndicat Alliance, qui prédit
« une flambée de la violence car
les sommes du trafic de drogue
sont telles que pour gagner
des territoires, ces commandos
ne redoutent plus rien ».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 11 juin 2018
SANTÉ
11
lefigaro.fr/santé
DOSSIER
CANCER DE L’ESTOMAC :
PRIVILÉGIER
LE DIAGNOSTIC PRÉCOCE
COMMENT ÊTRE LÀ
SANS ÊTRE
(VRAIMENT) LÀ PAGE 14
PAGE 12
Les femmes semblent plus
vulnérables au cancer du poumon
Les fumeuses ont encore plus de risque de développer la maladie que les fumeurs.
ANNE PRIGENT
TABAC Les hommes et les femmes
ne sont pas égaux face au cancer du
poumon. C’est en tout cas ce que suggère une étude publiée fin mai dans le
New England Journal of Medicine. Selon les chercheurs américains, le
nombre de nouveaux cas du cancer du
poumon a diminué chez les hommes
et les femmes âgés de 30 à 54 ans, au
cours des 20 dernières années. Mais
cette baisse, liée sans conteste à la diminution du tabagisme, a été beaucoup plus abrupte chez les hommes.
Résultat, chez les femmes caucasiennes et hispaniques nées à partir du
milieu des années 1960, l’incidence du
cancer du poumon dépasse désormais
celle des hommes. Pourtant, si la proportion de fumeuses a largement augmenté dans la population, elle n’a jamais dépassé celle des fumeurs. « De
plus, le nombre moyen de cigarettes fumées par jour continue d’être moins
élevé chez les femmes », notent les
auteurs de l’étude. La quantité de cigarettes fumées ne semble cependant
pas un bon critère pour comparer les
risques liés au tabagisme. « Lorsqu’on
fait les tests de dépendance, comme celui de Fagerström, les femmes ont le
même niveau de dépendance que les
hommes pour une quantité de cigarettes fumées inférieure. Cela signifie
qu’elles vont inhaler plus de toxiques
que les hommes pour obtenir le niveau
de nicotine dont elles ont besoin », explique le docteur Ivan Berlin, pharmacologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris et secrétaire général
de la Société française de tabacologie.
Une différence qui pourrait s’expliquer notamment par le statut hormonal des femmes. En effet, le taux
d’œstroprogestatif augmente le métabolisme de la nicotine. Chez les femmes en âge de procréer, la nicotine s’élimine plus vite. Cet effet des œstrogènes a été parfaitement démontré,
chez les femmes enceintes, dans une
étude publiée fin 2017 dans Journal of
Studies on Alcohol and Drugs. Les femmes enceintes fumaient moins de cigarettes que le groupe témoin mais
avaient un taux de cotinine dans la salive (un marqueur du taux de nicotine) tout aussi élevé.
Un médecin explique à une patiente le résultat de sa radiographie pulmonaire.
Cette inhalation plus intense pourrait expliquer une autre particularité
du cancer du poumon chez les femmes : leur localisation. « Ce sont des
cancers qui se trouvent souvent plus
loin dans les poumons. Moins proches
de la trachée que chez les hommes »,
explique le Pr Julien Mazières, pneu-
Le cancer du poumon est
désormais le deuxième
cancer le plus fréquent
chez la femme
mo-oncologue au CHU de Toulouse.
Pour le spécialiste, le cancer du poumon de la femme possède sans conteste des spécificités. « Outre leur localisation, ce sont des tumeurs différentes
histologiquement (par l’étude de la
structure microscopique des tissus,
NDLR) de celles des hommes », précise
le Pr Julien Mazières.
ALICE S./BSIP
Reste à expliquer pourquoi les femmes semblent plus exposées au risque
de cancer du poumon. « Plusieurs
études suggèrent un déficit de réparation de l’ADN qui rendrait les femmes
plus fragiles face au tabac mais aussi à
d’autres toxiques rencontrés en milieu
professionnel. Par ailleurs, d’autres
études laissent penser que les effets du
tabac pourraient être potentialisés par
les œstrogènes », détaille le Pr Julien
Mazières.
Car comme le rappelle le spécialiste, c’est bien le tabac qui demeure le
pire ennemi du poumon. Comme
pour les hommes, la survenue d’un
cancer bronchopulmonaire chez les
femmes dépend avant tout de la durée du tabagisme, du nombre de cigarettes fumées par jour et aussi de l’âge
de la première cigarette. « Ensuite
seulement viennent s’ajouter les hypothèses qui laissent penser que la femme
est plus vulnérable », poursuit Julien
Mazières.
Une vulnérabilité qui pourrait être
un argument supplémentaire pour
sauter le pas et arrêter de fumer
lorsqu’on est une femme. « Car le
principal enseignement de l’étude du
New England Journal of Medicine est
le suivant : l’effondrement du cancer
chez les personnes jeunes, hommes et
femmes confondus, est directement
lié à la diminution du tabagisme »,
martèle le Pr Bertrand Dautzenberg,
pneumologue et président de Paris
sans tabac.
Et faut-il le rappeler ? Le cancer du
poumon est désormais le deuxième
cancer le plus fréquent chez la femme.
Or, sur le front de la lutte antitabac,
les femmes les plus jeunes sont plus
les difficiles à convaincre. En effet,
alors que le nombre de fumeurs diminue chez les hommes de 18-24 ans, il
reste stable chez les jeunes femmes du
même âge. Elles sont ainsi 29 % à fumer quotidiennement selon les données publiées par Santé publique
France à l’occasion de la journée
mondiale sans tabac. ■
L’utilité
du sommeil
paradoxal
élucidée ?
DORMIR Tous les mammifères et les oiseaux dorment de la même façon que nous :
il y a alternance de phases de sommeil léger,
lent et paradoxal. Ce dernier est caractérisé
par des mouvements oculaires rapides
(REM). C’est le moment où l’on rêve. Depuis
la découverte de ce sommeil paradoxal par
le Dr Michel Jouvet dans les années 1950, son
utilité reste bien mystérieuse. Et voici que
l’otarie à fourrure du Nord (Callorhinus ursinus) apporte une réponse. Ou du moins un
début de réponse.
Des chercheurs russes et américains ont
étudié le sommeil de ces mammifères
aquatiques du nord du Pacifique. Et ont découvert un fait surprenant : quand cet ours
de mer dort sur terre, il fait comme tous les
autres, alternance classique des différentes
phases. Mais lorsqu’il dort en mer - c’est là
qu’il passe la majorité de son temps -, il n’y a
aucun sommeil paradoxal. Et ce pendant
des jours.
C’est que l’otarie ne dort que d’un hémisphère cérébral à la fois, tout comme le fait le
dauphin. Il dort légèrement sur le côté en
plaçant ses nageoires d’une certaine façon.
Sa tête est placée de telle façon qu’il a un œil
sous l’eau, ouvert, dirigé vers le bas, le
deuxième étant fermé, dirigé vers le ciel.
Tandis que l’hémisphère cérébral qui dirige
l’œil sous l’eau (hémisphère droit pour l’œil
gauche et inversement) reste en activité,
celui qui commande l’œil émergé est
« éteint ». La menace pour lui ne vient pas
du ciel, il ne craint pas les oiseaux, mais bien
du bas d’où ses prédateurs, orques ou requins, peuvent surgir.
Pour Oleg Lyamin, du delphinarium de
Moscou, qui travaille avec Jerome Siegel à
l’université de Californie à Los Angeles, cette
absence de sommeil à mouvements oculaires rapides est due au fait qu’un seul hémisphère dort, et que celui qui ne le fait pas suffit à garder le cerveau au chaud. De plus, les
chercheurs ont pu montrer que lorsque l’animal revenait à terre et retrouvait un sommeil « classique », il n’y avait pas de « rattrapage » de sommeil paradoxal.
Il est communément admis que le sommeil lent est la phase de récupération et de
réparation du corps, tandis que le sommeil
paradoxal serait celui du « rangement » du
cerveau, en particulier sur les processus de
mémorisation. Une phase de sommeil paradoxal dure une vingtaine de minutes (et
25 % de la nuit). Le cerveau profiterait donc
de cette phase de chauffe pour effectuer du
rangement.
JEAN-LUC NOTHIAS
+@ SUR LE WEB
» Le Capri-Sun, une bombe
sucrée qui plaît aux enfants
» Comment surmonter sa peur
de l’avion ?
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des stimulants pour ses examens
3ème édition du Big Bang Santé :
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SANTÉ À DOMICILE
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Coppens
Jérôme
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Laurence
Devilliers
Jean-François
Mattéi
Paléontologue,
professeur émérite
au Collège de France
Directeur de l’Institut
Paul-Émile Victor
Enseignant-chercheur en
informatique à la Sorbonne,
laboratoire Limsi (CNRS)
Professeur émérite
de génétique médicale,
ancien ministre
Événement organisé par
A
BURGER/PHANIE
PSYCHO
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lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
12
DOSSIER SANTÉ
Cancer de l’estomac :
privilégier le diagnostic précoce
L’infection par la bactérie « Helicobacter
pylori » est responsable de 90 % des cas.
De 6000
à 7000
nouveaux cas
de cancer de l’estomac
diagnostiqués chaque
année en France
Une bactérie à l’origine de la maladie
LA BACTÉRIE HELICOBACTER PYLORI, PREMIER FACTEUR DE RISQUE DU CANCER DE L’ESTOMAC
Principale responsable
Grâce à sa forme
1 de la maladie, la bactérie 2 hélicoïdale et à ses
lori et son éradication sont indispensables dans les formes héréditaires, chez
H. pylori est l’une des
flagelles, elle s’ancre
Estomac
les parents au premier degré de personseules à survivre dans
aux cellules
CANCÉROLOGIE Au cinquième rang nes ayant un cancer gastrique, chez les
l’acidité gastrique
épithéliales
personnes ayant un ulcère, une gastrimondial par sa fréquence, le cancer de
que atrophique, précancéreuse, ou
l’estomac figure en troisième place par
Estomac
ayant subi une ablation partielle de
le nombre de morts, près de 9 % de tous
l’estomac pour cancer, et chez celles
les décès par cancer. Son incidence vatraitées au long cours par certains mérie selon les régions du globe, les ethdicaments anti-acide, les IPP (inhibinies et le niveau de développement.
teurs de la pompe à protons).
L’Asie de l’Est, Japon, Corée et Chine
Si le cancer gastrique a un pronostic
surtout, est fortement touchée, mais
Tumeur
médiocre, c’est d’abord à cause de son
aussi l’Amérique du Sud. « Intermédiaidiagnostic tardif, les cancers précoces ne
re en Europe de l’Est, son incidence est
donnant pas de symptômes. Parfois, une
plus faible en Europe de l’Ouest, à l’exlésion précoce est découverte par des siception du Portugal, fortement touché »,
gnes très généraux comme une anémie.
explique le Pr Tamara Matysiak-Bud« Mais le plus souvent ils sont détectés à
nik, gastro-entérologue et cancéroloun stade évolué, parce que surviennent
gue (CHU Nantes).
ba
sécrète alors
cancer apparaît
3 Elle
4 Le
cte
une hémorragie digestive, des douleurs
En France, de 6 000 à 7 000 nouveaux
une enzyme, qui
après une lente
r py
qui ressemblent à un ulcère, un amaigriscas sont diagnostiqués chaque année,
produit de l’amprogression des
lori
sement, des difficultés d’alimentation…
pour 4 500 décès. C’est un cancer du sumoniaque, et provoque
lésions de la
une inflammation
muqueuse
C’est l’examen endoscopique et la biopsie
jet âgé, de pronostic médiocre. En quelgastrique
de la muqueuse
des lésions qui confirment ce diagnostic,
ques décennies, les progrès de l’hygiène
r
explique le P Thomas Aparicio, gastroalimentaire ont beaucoup réduit son inIllustration : Sophie Jacopin
Infographie
cidence, qui est aujourd’hui assez stable.
entérologue et cancérologue (hôpital
La forme la plus fréquente, qui touche
Saint-Louis, Paris). Si la lésion est petite
le corps et la partie basse de l’estomac,
et superficielle, elle est parfois enlevée par
diminue encore peu à peu, mais les canendoscopie dans des centres très expéricers de la jonction estomac-oesophage
mentés. Mais la laparoscopie est moins
Le plus souvent,
utilisée que dans le
les cancers
cancer du côlon, et
L’éradication par antibiotiques
l’ablation chirurgigastriques sont
EN CAS de suspicion de gastrite, l’exatrois molécules améliore le pronostic
cale se fait le plus
de l’infection à « H. pylori » guérit et
détectés à un stade
men de référence est l’endoscopie. Si
dans les cancers avancés.
souvent en ouvrant
fait régresser les gastrites superficielles l’abdomen. »
évolué, parce
une petite tumeur est repérée, elle est
Contrairement à ce qui se passe dans
biopsiée. Quand la biopsie confirme
le cancer du côlon, il n’existe pas de
Le principal proet la plupart des gastrites atrophiques,
que surviennent une
son caractère cancéreux, un bilan
marqueur pronostique de l’évolution
grès de ces quinze
prévenant ainsi le cancer de l’estomac
hémorragie digestive,
d’extension par scanner est réalisé
du cancer gastrique. Un nouveau test
dernières
années
PR TAMARA MATYSIAK-BUDNIK,
pour détecter d’éventuelles métapermet de détecter par biologie molédans l’amélioration
des douleurs qui
GASTRO-ENTÉROLOGUE ET CANCÉROLOGUE (CHU NANTES)
stases. « Quand la tumeur est petite, très
culaire ou histochimie un sous-groupe
de la survie, c’est la
ressemblent à un
limitée, une écho-endoscopie permet de
de cancers, dit à instabilité microsatelchimiothérapie pé(cardia) plus rares, augmentent avec
mesurer la profondeur de l’invasion tulite, présent dans 10 à 15 % des cas et siriopératoire, avec en général deux mois
ulcère, des difficultés
l’épidémie d’obésité qui favorise le remorale dans la muqueuse. Si la tumeur
gnant un meilleur pronostic. Mais qui
de chimiothérapie préopératoire pour
d’alimentation,
flux gastro-œsophagien. Moins de 5 %
est très superficielle, elle peut être retin’est pas encore remboursé.
réduire la tumeur et éliminer les microun amaigrissement…
des cancers sont d’origine génétique. Il
rée par endoscopie selon des règles très
métastases, et deux mois de chimiothéLe
rôle
de
l’immunothérapie
s’agit souvent de cancers « diffus », inrigoureuses. Cela ne peut être fait que
rapie postopératoire.
C’est l’examen
filtrant l’estomac, de très mauvais propar des équipes très compétentes, dispoLes 30 % de cancers métastatiques
Il n’existe pas non plus de marqueur
endoscopique et
nostic, qui touchent des sujets jeunes.
sant d’une très bonne endoscopie », exd’emblée ne sont pas opérés. Comme
prédictif de la réponse d’une tumeur
Mais le premier facteur de risque de
plique le Pr Aparicio.
pour d’autres tumeurs, ces formes mégastrique au traitement. Dans les tula biopsie des lésions
cancer de l’estomac, c’est l’infection par
tastatiques commencent à bénéficier des
Mais, pour l’essentiel, les cancers
meurs avec métastases, la recherche de
qui confirment
Helicobacter pylori, responsable de près
avancées des thérapies ciblées et de
gastriques non métastatiques sont opéla protéine HER2 permet de traiter les
de 90 % des cas. Cette bactérie acquise
l’immunothérapie. Mais, globalement,
rés par chirurgie laparotomique clas15 % de patients dont la tumeur surexce diagnostic
dans l’enfance colonise la muqueuse
les progrès sont modestes et les essais
sique. La chimiothérapie postopéraprime cette protéine par le trastuzuPR THOMAS APARICIO
gastrique, le plus souvent sans sympsouvent décevants.
toire a fait place depuis quinze ans à une
mab, un anticorps monoclonal qui
GASTRO-ENTÉROLOGUE ET CANCÉROLOGUE
tôme. « L’association démontrée entre
« Notre arme principale reste la détecchimiothérapie périopératoire - deux
améliore l’efficacité de la chimiothérainfection par H. pylori et cancer gastrique
tion, le plus précoce possible, qui a un peu
mois avant et deux mois après l’interpie et la survie chez ces patients. « En
est aussi forte que celle entre tabac et canprogressé puisqu’on identifie 10 % de
vention - qui a beaucoup contribué à
biothérapie, une seule molécule a décer du poumon », explique la gastro-encancers superficiels précoces, contre 4 %
améliorer la survie, la chimiothérapie
montré une petite amélioration de la surtérologue. En France, de 20 à 30 % des
il y a dix ans », insiste le Pr Matysiakpréopératoire permettant de réduire la
vie, seule ou en association, le ramuciruindividus sont infectés, mais 80 % le
taille de la tumeur et le risque de mémab », précise le Pr Aparicio. C’est un
Budnik. De nouveaux tests en cours
sont en Afrique et 10 % dans les pays
tastases. Depuis peu, un nouveau stananti-VEGF2, un facteur anti-angiogéd’évaluation pourraient aider à amélionordiques.
dard de chimiothérapie combinant
nique qui réduit la vascularisation turer ce dépistage… ■
La mort de Napoléon à SainteParmi les personnes infectées, de 2 à
morale. « Mais son bénéfice est modeste,
Hélène le 5 mai 1821 a suscité
20 % auront un ulcère, et parmi elles 1 %
et il n’est pas remboursé en France. »
bien des controverses, entre
aura un cancer gastrique. « Ce processus
Autre voie, celle de l’immunothérala thèse du poison et celle du
complexe de carcinogenèse s’étend sur
pie, des inhibiteurs de PD1 ou PD-L1,
cancer de l’estomac. L’autopsie
des décennies et passe par une cascade
qui, en bloquant ce « checkpoint »,
réalisée par les médecins de
d’étapes, dont la première, la gastrite supermet de restaurer l’immunité antituperficielle, ne survient pas sans infection
morale. Chez les patients dont le cancer
l’époque après sa mort avait
par H. pylori, ce qui ne signifie pas que
a progressé malgré un premier traiteidentifié, outre diverses lésions,
cette infection est suffisante. », explique
ment, ces inhibiteurs pourraient avoir
un vaste ulcère gastrique
le Pr Matysiak-Budnik. L’excès de sel, de
un intérêt thérapeutique. « Un seul
perforé, semble-t-il cancéreux,
d’entre eux, le nivolumab, a démontré en
viande rouge, d’aliments fumés, le tabac
et une tumeur près du pylore,
essais cliniques un gain de survie d’un
favorisent aussi ce processus, les fruits et
elle aussi évocatrice d’un cancer.
mois », indique le Pr Matysiak-Budnik.
légumes ayant un effet protecteur.
La découverte d’arsenic dans les
Présentés ces jours-ci à l’Asco, le con« L’éradication par antibiotiques de
grès mondial de la cancérologie, les récheveux de l’ex-empereur,
l’infection à H. pylori guérit et fait résultats d’un autre inhibiteur de PD1, le
gresser les gastrites superficielles et la
confirmée par des analyses dans
pembrolizumab, sont décevants dans
plupart des gastrites atrophiques, préveles années soixante, avait relancé
un essai randomisé en seconde ligne
nant ainsi le cancer de l’estomac. »
l’hypothèse d’une intoxication
dans les cancers gastriques avancés
Comme l’incidence de ce cancer est faichronique et la thèse du poison,
déjà traités sans succès. Toutefois, un
ble en France, un dépistage sur toute la
jusqu’à ce que d’autres analyses
sous-groupe de patients, dont les tupopulation ne paraît pas adapté. Mais il
montrent, à la fin des années
meurs expriment plus PD1-PDL-1,
existe au Japon, et la Slovénie l’envisa2000, que les taux d’arsenic
Coupe histologique des muqueuses gastriques montrant un cancer de l’estomac.
pourrait en tirer bénéfice. ■
M. L
ge. En revanche, la recherche de H. pyMARTINE LOCHOUARN
La bacté
rie H
co
el i
Traitements :
des progrès à petits pas
«
»
»
SPL/PHANIE
NAPOLÉON
ET SON CANCER
A
L’importance croissante de l’oncogénétique
SI LA CLASSIFICATION classique des tumeurs garde toute son importance, la
caractérisation de leurs altérations génétiques, déjà en partie entrée en pratique, va probablement prendre une place
croissante dans le choix des traitements.
« Nous avons découvert depuis peu
qu’il existe en réalité quatre grandes familles de cancers gastriques réalisant une
sorte de gradient anatomique, avec des
altérations génétiques et des types différents du haut en bas de l’estomac, explique le Pr Pierre-Laurent Puig, oncogénéticien (HEGP, Paris). Certaines tu-
meurs, qui ont une instabilité chromosomique et présentent une amplification
de la protéine HER2, surviennent dès le
niveau de la jonction gastro-œsophagienne. Puis apparaissent successivement les autres types, d’abord les tumeurs dites EBV, puis celles à MSI ou
instabilités microsatellites (des altérations génétiques particulières), et enfin
des cancers dits à phénotype stable, qui
n’appartiennent à aucun des trois groupes précédents. » Des tests assez simples
permettent d’identifier ces quatre types
de tumeurs.
Cette nouvelle classification va avoir
des conséquences thérapeutiques, en
particulier pour les tumeurs MSI, a priori plus sensibles aux immunothérapies
comme les inhibiteurs PD1-PDL1, et
pour les tumeurs à instabilité chromosomique, qui expriment HER2 et répondront aux anti-HER2. « Elle permettra
peut-être une meilleure approche pronostique et des groupes plus homogènes de
malades dans les essais thérapeutiques »,
estime le Pr Aparicio.
D’autres recherches en cours portent
sur des remaniements génétiques spéci-
fiques de sous-groupes des tumeurs à
phénotype stable. C’est le cas d’anticorps dirigés contre les claudines, des
protéines transmembranaires impliquées dans la transformation tumorale
qui aurait un intérêt pronostique.
« Pour toutes ces études, il est important de disposer de biobanques de tumeurs, comme Fregat, qui recueille les
données cliniques et biologiques des cancers gastro-œsophagiques en France. Les
malades, en donnant des échantillons de
tumeur, jouent donc un rôle essentiel »,
insiste le Pr Pierre-Laurent Puig. ■ M. L.
retrouvés, quoique 100 fois
supérieurs à ceux d’aujourd’hui,
n’avaient rien d’exceptionnel
pour l’époque. En 2016, une
équipe internationale à
participation française a
réexaminé et réinterprété le
rapport d’autopsie de Napoléon.
Conclusion : l’analyse des
caractéristiques, des dimensions
et de l’apparence de la lésion
principale ainsi réalisée est très
fortement en faveur d’un cancer
gastrique en phase terminale.
Pour les auteurs, la question est
donc clairement et
définitivement tranchée… M. L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 11 juin 2018
QUESTIONS-RÉPONSES SANTÉ
Peut-on se fier
aux plantes
et aux médicaments
pour maigrir ?
L
PROFESSEUR
LUC
CYNOBER *
Professeur de nutrition.
Membre de l’Académie nationale
de pharmacie
es plantes, entières ou non, en
poudre ou sous forme d’extrait, ne font pas maigrir ou
trop peu pour que cela en
vaille la peine. Le chitosan et
l’extrait du cactus limitent l’absorption
des graisses mais cela ne fait pas maigrir ; on se leurre en pensant « brûler
les calories », comme on dit vulgairement, avec des extraits de thé vert ou
de synéphrine (alias zeste d’orange
amère), caféine, vitamine B6 ; les produits « drainants », tels que les extraits
d’artichaut, de bruyère, de feuille de
papaye ou d’orthosiphon (thé de Java),
font seulement uriner davantage. Enfin, qu’ils agissent au niveau gastro-intestinal (nopal ; psyllium – une espèce
de plantain cultivé en Inde -, konjac,
algues multiples et diverses…) ou
dans le cerveau (tryptophane,
un acide aminé qui permet la
production de sérotonine ;
caféine ou de nouveau la synéphrine), les fameux « coupe-faim » ont une action très
limitée en supprimant la sensa-
13
fusions entre les plantes. Par exemple,
la racine séchée de Stephania tetrandra,
supposée faciliter le « drainage », peut
être confondue avec Aristolochia fangchi au risque de provoquer une insuffisance rénale chronique, voire même un
cancer des voies urinaires. Enfin, attention aux produits trafiqués, dits
« adultérés », qui contiennent des
substances illicites dont la présence
n’est bien sûr mentionnée ni
sur l’emballage ni sur la noPour 2 ou 3 kilos de perdus
tice. Citons par exemple,
dans la famille des amphétaen un mois, une fois l’effet
mines, le subitramime, un
du placebo déduit, la plante
coupe-faim responsable de
n’agit au mieux que pour 500 g
troubles cardiaques majeurs
et d’accidents vasculaires
à 1 kg. Cela fait cher du kilo !
cérébraux, mais aussi la
phénolphtaléine, un cancérigène avéré, et autres diurétiques à
les dérivés des amphétamines peuvent
l’origine de troubles rénaux et cardiainduire une dépendance, etc. On comques, etc.
prend pourquoi ces médicaments ont
Conclusion : pour perdre quelques
été retirés du marché (25 entre 1964 et
kilos superflus, il suffit le plus souvent
2009). Mais malheureusement pas pard’adopter des mesures hygiéno-diététout : la lorcasérine et la phentermine
tiques rigoureuses et de pratiquer régusont toujours disponibles aux Étatslièrement de l’exercice physique. En
Unis et il suffit d’aller sur Internet pour
cas d’obésité, la chirurgie bariatrique
s’en procurer… Les effets secondaires,
est la seule à être « efficace ». Mais atvoire toxiques, sont aussi liés à la métention, ce n’est pas un traitement.
thode de préparation. Par exemple, si le
Pour reprendre la formule d’Arnaud
thé vert ne fait pas de mal, certains de
Basdevant, un spécialiste en la matière,
ses extraits, en revanche, contiennent
on ne fait jamais que remplacer une
des molécules toxiques pour le foie,
maladie, l’obésité, par une autre, l’inque l’eau chaude n’extrait pas du
suffisance intestinale, qui nécessite une
thé… Plusieurs consommateurs en
VEZ
U
surveillance à vie. ■
sont morts ou ont été intoxiqués
O
R
T
E
R
IS
V
A
au
point
de
devoir
subir
une
S
O
transplantation hépatique, ce qui
* « Tout sur les compléments alimentaires ;
TOUS N RTS
a entraîné le retrait du marché
les bons et les moins bons » (avec le
D’ EXPE
d’Exolise et de plusieurs autres
Dr Jacques Fricker). Odile Jacob, 2017.
SUR
compléments
alimentaires.
Il
« Tout sur votre poids ; ne prenez pas
R
.F
O
R
peut aussi se produire des conde risques ! ». Michel Lafon, 2018.
LEFIGA
tion de faim ! Il suffit donc d’y croire…
pour que la plante soit « active ». La
simple démarche d’acheter un complément alimentaire prouve qu’on a décidé de faire attention à ce que l’on mange, de faire de l’exercice, de s’occuper
davantage de soi… Mais, pour 2 ou 3 kg
de perdus en un mois, une fois l’effet du
placebo déduit, la plante n’agit au
mieux que pour 500 g à 1 kg. Cela fait
cher du kilo ! C’est pareil pour les médicaments. Le seul encore commercialisé en Europe est l’Orlistat, sachant que
son effet varie d’une personne à l’autre
et, surtout, qu’il s’annule dès que l’on
arrête le traitement.
Si ces produits apportent peu de bénéfices, ils entraînent beaucoup d’effets
secondaires. Le principe actif lui-même
n’est pas inoffensif. Les effets secondaires de la caféine sont bien connus :
troubles de l’humeur (irritabilité, insomnie…) et cardiovasculaires. Ces
derniers sont retrouvés avec l’éphédrine, extraite de l’écorce d’orange amère,
et de façon explosive lorsque les deux
sont associés ! Les coupe-faim à action
gastro-intestinale et les capteurs de
graisses produisent des gaz, des ballonnements, des crampes… Surtout, ils
empêchent le passage dans l’organisme
des médicaments et des vitamines solubles dans les graisses. Les coupe-faim
«
»
figaro.fr
sante.le
L
a maladie de Lyme n’est ni
« mystérieuse » ni « explosive », et il est de notre devoir
de combattre, au nom de la
vérité scientifique et surtout
de l’intérêt des patients, la « Lymemania » qui s’est emparée d’une partie de nos concitoyens victimes d’une
étrange campagne de désinformation
en provenance des États-Unis d’Amérique.
Récemment encore, le public n’avait
jamais entendu parler de la maladie de
Lyme ; même pour les médecins,
c’était une curiosité, à moins de compter parmi leurs patients des habitués de
balades en forêt. Pour les infectiologues, en revanche, c’est une maladie
infectieuse comme les autres dont on
connaît la cause, une bactérie (Borrelia), la transmission par morsure de tique (à condition qu’elle soit infectée),
et les signes cliniques : quelques jours
après la morsure, à ce niveau, une rougeur apparaît, s’étend et disparaît
spontanément en trois à six semaines.
Elle peut passer inaperçue. Non traitée, l’infection risque de se propager,
entraînant des symptômes généraux ;
plus tard, des troubles articulaires et
neurologiques… Dans le doute, la prescription d’antibiotiques en première
intention fait office de test diagnostique. En effet, dans la majorité des cas,
la maladie de Lyme ne résiste pas à un
traitement antibiotique à condition
d’en respecter le moment, le choix, la
posologie et la durée.
La maladie de Lyme serait gravement sous-diagnostiquée en France,
avec pourtant environ 30 000 nouveaux cas chaque année ! Les tests sérologiques utilisés ne seraient pas fiables et trop de malades déclarés
négatifs, à tort. « L’explosion » de la
maladie (+ 300 % dans certains États
des USA et un million de personnes
supplémentaire touchées en Europe en
un an…) serait niée dans les statistiques
officielles. On réfuterait aussi l’existence d’une « forme chronique » de la
maladie au point d’ignorer, de mépriser et de sous-évaluer la souffrance des
patients. Ballottés de service en service, ces derniers échoueraient parfois
en psychiatrie ! Autant de raisons pour
que les médecins qui désavouent ces
affirmations soient cloués au pilori des
médias jusqu’à faire l’objet de plaintes
pour non-assistance à personne en
danger !…
Pourquoi
cet intérêt soudain
pour la maladie
de Lyme ?
Charlatans
Peut-on mettre en balance les recommandations validées par la communauté scientifique internationale et les
déclarations d’un gourou, même Prix
Nobel, qui s’est illustré, en diverses
occasions, par des prises de position
dangereuses en matière de santé publique ? Doit-on laisser impunément
les médias et des réseaux sociaux incontrôlables relayer les accusations de
« négationnisme » portées, avec la
connotation attachée à ce terme, par
des associations dites de « défense des
malades » contre des praticiens qui
exercent leur métier : soigner et informer les patients à partir des données
acquises de la science.
PROFESSEUR
MARC
GENTILINI
PROFESSEUR
FRANÇOIS
BRICAIRE
Président honoraire
de l’Académie
nationale
de médecine
Membre
de l’Académie
nationale
de médecine
Est-ce nier la souffrance des patients que de les soustraire des mains
de charlatans qui les dirigent vers des
officines où l’on confirme, par des
tests falsifiés et dispendieux (bien sûr
toujours positifs), la réalité de la maladie ? Est-ce refuser de prendre en
charge ces patients en les mettant en
garde contre ces « Lyme doctors »
ayant parfois pignon universitaire, qui
osent affirmer dans un charabia confondant : « Il est reconnu, du fait de
nombreuses données épidémiologiques et
scientifiques, que la maladie de Lyme
dans sa forme chronique est impliquée
dans un grand nombre de pathologies
inflammatoires chroniques, auto-immunes et dégénératives (pathologies ophtalmologiques multiples, pathologies
cardiaques, sclérose en plaques, sclérose
latérale amyotrophique, Alzheimer, maladies de la sphère autistique, fibromyalgie, syndrome de fatigue chronique, etc.) » !
Il existe suffisamment de vraies
maladies pour ne pas créer d’affections artificielles au risque d’infliger
aux malades une triple peine. Parce
que les troubles dont ils se plaignent
sont réels, même lorsqu’ils ne relèvent pas d’une maladie de Lyme. Les
convaincre qu’ils sont atteints d’un
hypothétique Lyme chronique est irresponsable, dangereux et malhonnête car on empêche ainsi la recherche
d’un vrai diagnostic et la prescription
d’un traitement adéquat. Parce que
les multiples examens qu’on leur impose sont inutiles et onéreux et ne
peuvent que les égarer davantage.
Parce que les traitements de longue
durée dont on les accable sont nocifs
et que des cocktails thérapeutiques
irrationnels risquent d’aggraver leurs
maux.
« L’épidémie de borréliose » n’existe que pour ceux qui y trouvent leur
intérêt, que ce soit pour gagner en
pseudo-notoriété ou pour faire de l’argent en disséminant dans l’Hexagone
des cliniques « dédiées », avec promesse d’une guérison à plus de…
10 000 euros ! Les sociétés savantes,
elles, n’ont qu’un seul intérêt : la protection des malades et la défense de la
santé publique. C’est pourquoi elles
refusent aujourd’hui de signer un Protocole national de diagnostic et de
soins de la maladie de Lyme (PNDS)
proposé par les pouvoirs publics qui ne
sauraient céder aux pressions, chantages et autres harcèlements sans se faire
complices d’une dérive médicale et
d’une arnaque sanitaire. ■
A
CHASSENET/BSIP, JARABOGU/SHUTTERSTOCK
+@
ont des effets particulièrement délétères lorsqu’ils agissent sur des neuromédiateurs dans le cerveau : la fenfluramime, qui mime l’action de la sérotonine,
est à risque d’hypertension artérielle
pulmonaire ; le rimonabant, inhibiteur
des récepteurs des endocannabinoïdes,
exacerbe les pulsions suicidaires ; la sibutramine et la lorcasérine sont associées à des troubles cardiovasculaires ;
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
14
SANTÉ PSYCHOLOGIE
Comment être là
sans être (vraiment) là
Notre capacité d’attention et nos différents états de présence
occupent de plus en plus la recherche.
RÊVERIE « Quand je joue comme ça, les
yeux fermés, j’ai l’impression de voler ! »
Ainsi Paul, guitariste de jazz, explique-til le plaisir éprouvé à maîtriser ce morceau lui ayant donné tant de fil à retordre
les semaines précédentes. Car, avant de
pouvoir le jouer en fermant les yeux, le
musicien a dû passer par des phases de
concentration intense afin de mémoriser
de nouvelles gammes et assouplir ses
doigts. C’est d’ailleurs cette alternance
entre une attention précise à ce qu’il faisait puis l’entraînement à jouer les yeux
fermés, pour lâcher la pression et s’intérioriser, qui lui a permis d’intégrer cette
pièce complexe à son répertoire.
Sans toujours nous en rendre compte,
nous sommes tous, comme Paul, naturellement capables de vivre des états de
conscience variés au quotidien, avec une
activité mentale « modulable ». Ce continuum va de la vigilance, l’état d’éveil,
jusqu’au sommeil, tout en passant par
l’état méditatif, l’état euphorique, des
états de sidération ou de création artistique qui peuvent être qualifiés de « transes », le rêve ou la rêverie diurne. Dans
ces états de « dissociation psychique »
où l’on vit en léger décalage par rapport
à la réalité, et même durant notre sommeil, la sensibilité au monde environnant perdure et toute stimulation extérieure intense et inattendue peut nous
remettre dans le droit chemin de l’attention vigilante.
Dans sa formidable bande dessinée
best-seller Les Petites Bulles de l’attention
(Éd. Odile Jacob), le chercheur en neurosciences cognitives à l’Inserm de Lyon
Jean-Philippe Lachaux montre combien
cette vigilance elle-même est ajustable à
la situation, et revêt différents degrés :
« Telle une poutre que nous devons traverser, notre attention devient étroite lorsque
ce que nous avons à faire est difficile ; haute s’il est difficile de se concentrer ; et longue si l’on doit se concentrer longtemps. »
Temps de présence
Se remettre dans la « présence » constitue d’ailleurs un exercice que le Dr Marc
Galy, élève du grand hypnothérapeute
François Roustang, qui le lui a enseigné,
pratique au quotidien : « “Reviens là”,
cette invitation à revenir à une présence
élargie, c’est le sésame qu’il m’a donné
pour pratiquer au mieux mon métier, mais
aussi enrichir ma vie personnelle », explique Marc Galy.
Paradoxalement, ce médecin anesthésiste « atypique », comme il se définit
lui-même, s’exerce, au bloc opératoire,
à être plus présent au moment même où
il plonge les patients dans un état second. Depuis dix ans, il s’appuie sur des
techniques de l’hypnose pour cela.
« L’hypnose est avant tout un temps de
présence, explique-t-il. Pour que la personne puisse s’évader, il faut qu’elle soit
déjà bien là. Le “reviens là” de François
Roustang, je me l’applique aussi à moimême pour évacuer le stress, mettre en
place la rencontre, l’échange avec la personne dans une réelle qualité humaine.
«
Le sport permettant
de renforcer la santé
ou de lutter contre
l’obésité a occupé tout
le siècle précédent.
Désormais, c’est la
méditation qui va prendre
sa place pour permettre
de lutter contre les
troubles attentionnels
»
DR MARC GALY, MÉDECIN ANESTHÉSISTE
Car ce temps clinique avant toute intervention doit être celui d’un véritable faceà-face. La présence partagée doit passer
avant tout. »
Marc Galy interviendra d’ailleurs cette
semaine dans une présentation sur le
thème « L’expérience méditative est-elle nécessaire en consultation hypnoanalgésie ? ».* Passionné par cette notion
de présence, il vient aussi de coordonner
un ouvrage pluridisciplinaire dans lequel
des médecins, un cinéaste, un acteur,
des écrivains ou philosophes s’interrogent sur ce qu’est « être vraiment là »
aujourd’hui. (Être là, Éd. Flammarion,
coll. « Versilio »).
Rien d’étonnant à cela. Jamais notre
capacité « d’attention » n’a autant attiré l’attention des chercheurs de tous
horizons. « Le sport permettant de renforcer la santé ou de lutter contre l’obésité a occupé tout le siècle précédent, rappelle, avec d’autres, Marc Galy. Désormais, c’est la méditation qui va prendre sa place pour permettre de lutter
contre les troubles attentionnels. »
C’est que la capacité d’attention et ses
différentes formes n’intéressent pas seulement les hommes de marketing (le
« quart d’heure de cerveau disponible »
que tous cherchent à capter), mais aussi les soignants et psychothérapeutes
qui mesurent cette capacité au quotidien :
troubles de l’apprentissage et hyperactivité chez les enfants, états anxieux,
troubles de l’humeur et obsessionnels,
dépression… « sont tous des modes
d’inadaptation au présent », rappelle le
professeur de psychologie clinique Gaston Brosseau dans Être là. Nos manières
d’être présent ou de nous absenter ont
donc une place centrale dans la psychologie contemporaine… Et des incidences majeures dans nos existences. ■
* Congrès Hypnose et douleur, du 14 au
16 juin à Saint-Malo organisé par
Émergences,https://www.hypnoses.com/
congres-hypnose-douleur/programmede-saint-malo-2018/
« Chacun a ses manières de “partir” »
ASTRID DI CROLLALANZA
PASCALE SENK
Le Dr Manuelle Von Strachwitz,
psychiatre et hypnothérapeute,
publie Abécédaire de la rêverie
(Éd. Albin Michel).
MANUELLE
VON
STRACHWITZ
Hypnothérapeute
LE FIGARO. – Pourquoi avoir
eu envie d’explorer notre
capacité de rêverie ?
Manuelle VON STRACHWITZ. –
Ayant été formée à l’hypnose, j’ai
toujours été frappée par son extrême simplicité, qui contraste
avec l’aura un peu « magique »
qui l’entoure. J’ai compris que
nous connaissons tous, de manière naturelle, des moments
hypnotiques. Par exemple quand
nous conduisons sans avoir besoin de réfléchir au trajet. Mais
nous ne savons ni déclencher, ni
réellement habiter ces phases de
dissociation. Or la rêverie est la
grande porte d’entrée qui permet
le passage vers divers états de
conscience. Mais c’est un état
délaissé, banal, victime d’une
mauvaise image. Elle occupe en
fait 10 à 20 % de notre état de
veille. Nous partons chercher nos
lunettes et « tombons dans un
trou », et quelques instants plus
tard, dans la pièce d’à côté, nous
nous demandons ce que nous
sommes venus chercher. Dans
cet état affleurent des pensées et
des images qui nous sont propres.
Mais ne faudrait-il pas plutôt
tenter d’être « pleinement là » ?
Mais être là, sans dissociation,
est impossible pour un être humain ! Celui qui est « pleinement
là », c’est Dieu, l’homme est
toujours plus ou moins coupé du
monde. Nous sommes là, nous
discutons et pourtant j’entends
“
Nous vivons
sans cesse des
fractionnements
d’attention. Même si
nous nous sentons
habiter le moment
présent, une partie
de notre conscience
est absente
”
le bruit de la voiture dans la rue,
je suis happée par tout ce qui
nous entoure. Nous vivons sans
cesse des fractionnements d’attention. Même si nous nous sentons habiter le moment présent,
une partie de notre conscience
est absente. Mais l’hypnose permet, comme la méditation ou la
prière, d’atteindre un état profondément présent où nous
sommes à la fois plongés dans
notre intériorité et très reliés au
monde.
N’est-ce pas là un état naturel
que nous aurions perdu ?
On ignore si le fœtus in utero, ou
le nourrisson, a cette capacité à
être là qui le relie à la fois à ses
impressions et au monde. Ce qui
est certain c’est qu’en grandissant, nous devenons essentiellement des observateurs.
Sommes-nous tous égaux dans
notre capacité de rêverie ?
Non, bien sûr. Chacun a ses manières de « partir »… Il existe des
déclencheurs universels cependant : le vent dans les feuilles, le
passage des nuages, le bercement dans un hamac… Mais il y a
des différences culturelles avec
des déclencheurs propres à chacun. Je pense à une jeune Polonaise ravie d’imaginer une promenade en forêt, tout à fait
indifférente à l’idée d’une plage.
De manière générale, il y a bien
sûr des adultes qui ont des difficultés à quitter le monde de la
pensée rationnelle. Il faut du
temps pour développer son imagination créatrice… et il faut qu’il
y ait du « vacant » en nous.
Vous montrez justement dans
votre ouvrage que certains états
délaissés jusque-là, comme
la rêverie, intéressent de plus
en plus les neurosciences…
Oui, car aujourd’hui on met en
lien certains états de conscience
avec le fonctionnement cérébral.
On cherche quelles zones travaillent ensemble au même moment, et on découvre que le réseau neuronal de mode par défaut
(activé quand vous êtes « absent ») est un facilitateur de créativité. Poincaré, au XIXe siècle, ne
disait pas autre chose quand il expliquait que la résolution d’un
problème mathématique se fait
en six étapes : la réflexion, la difficulté, le fait de laisser de côté le
problème, l’action « souterraine » du subconscient, l’eurêka,
puis la vérification que la réponse
est juste. Lorsque nous interrompons notre exploration attentive,
notre cerveau continue à consommer tout autant d’énergie,
mais c’est le réseau neuronal de
mode par défaut qui s’active.
C’est lui qui nous permet d’assimiler les événements de notre
vie, de jouer avec des hypothèses, de préparer nos décisions.
Autant dire que les moments de
divagations mentales sont de
première importance. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR P. S.
A
Addictions : s’en débarrasser en changeant ses dimensions de vie
Nous sommes presque tous addicts
à quelque chose. Plus ou moins
gravement, plus ou moins
consciemment. Dans addiction,
on devrait entendre « esclavage »,
par opposition à « autonomie ».
« La dépendance qui libère et celle qui
emprisonne s’énoncent toutes les deux
par le mot “attachement”. Voici un livre
qui enseigne à discerner l’une de l’autre
et invite, dans un esprit d’ouverture,
à explorer les chemins d’une nouvelle
liberté », écrit Boris Cyrulnik, le célèbre
neuropsychiatre en préface de Guérir
de nos dépendances. Dans cet ouvrage,
Pascale Senk, en charge de la rubrique
« Psychologie » du cahier Santé
du Figaro, et Frédérique de Gravelaine
sont allées à la rencontre de ces
dépendants qui se sont engagés dans
le combat libérateur, mais aussi des
addictologues et des derniers résultats
apportés par les neurosciences. Leur
but, « dessiner des voies de guérison,
comprendre sur quoi doit s’appuyer celui
qui veut s’en sortir, décrire les étapes
franchies par ceux qui sont prêts à tenter
une nouvelle façon de vivre ».
Une fois compris les mécanismes
physiques et psychologiques mis en jeu
dans l’addiction (n’oublions pas que
« le cerveau est le premier producteur
de drogue au monde »), il faut s’engager
sur le bon chemin. Et donc commencer
par « apprendre à demander de l’aide…
Et à en recevoir ». Ce qui peut parfois
sembler insurmontable pour nombre
de (mauvaises) raisons : manque
de confiance en soi, peur d’être rejeté,
d’être jugé, humilié, déni, mensonges…
LE PLAISIR
DES LIVRES
PAR JEAN-LUC NOTHIAS
jlnothias@lefigaro.fr
« Le dépendant s’est habitué à vivre
dans une totale illusion. » Une fois
le pas franchi, en lui-même un « acte
thérapeutique », encore faut-il espérer
avoir le « déclic » et/ou faire des
rencontres décisives. Trouver
des « modèles positifs de sortie » est
essentiel. Pour nos deux auteurs,
les groupes de parole, les programmes
de Douze Étapes (entraide entre
personnes dépendantes), entre autres,
sont une bonne façon de faire. Car
dans le groupe, ou la « communauté
thérapeutique », on obtient plus
que de savoir ce que font ou pensent
les autres. Là, on peut savoir ce qu’ils
ressentent et où ils en sont de leur
évolution intime. Cultiver les liens,
en retrouver, les développer, les
reforger est essentiel pour découvrir
et pratiquer l’écoute et l’empathie.
Mais attention tout de même, nous
préviennent les deux auteurs, il y a
aussi des groupes « toxiques », à fuir.
L’un des critères à évaluer, outre
l’exercice du pouvoir dans le groupe et
les questions financières, est de se poser
la question : « Le fait d’appartenir
à ce groupe m’amène-t-il à entreprendre
des actions positives et indépendantes
en dehors du groupe ? » Autre grand
chantier de cette reconstruction, mieux
vivre avec ses émotions en les
connaissant mieux, en y débusquant
les croyances, les projections,
les peurs cachées, en les réorientant.
La méditation de pleine conscience
semble, de ce point de vue, avoir un
réel effet. Sevrage, abstinence,
rechutes, le chemin est semé
d’embûches. Mais ce livre, à la lecture
fluide et douce, peut permettre
de moins tâtonner,
de moins s’épuiser et
de ne pas se décourager.
GUÉRIR DE NOS
DÉPENDANCES
Pascale Senk et
Frédérique de Gravelaine.
Éditions Leduc.s
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 11 juin 2018
SPORT
15
Roland-Garros : Nadal l’indétrônable
L’insatiable Espagnol a, pour la onzième fois, remporté les Internationaux de France. Une série unique.
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
TENNIS Rafael Nadal, sur son piédestal.
Avant l’avènement de l’Espagnol, pour
compter jusqu’à onze à Roland-Garros, il
convenait de compiler les titres de Björn
Borg, qui fut le roi de la terre, Mats Wilander, Andre Agassi et Yannick Noah.
Ou encore associer les coupes remportées
lors des Internationaux de France par
René Lacoste, Ivan Lendl, Gustavo Kuerten, Ilie Nastase et Thomas Muster, le seul
Autrichien sacré à Paris (en 1995). En dépit de la ténacité et de la vaillance déployées, Dominic Thiem n’a pu désarçonner le maître des lieux. Puni 6-4, 6-3,
6-2 en 2 h 42 en finale par le numéro 1
mondial, auteur d’une 86e victoire en 88
matchs à Paris… Nadal, couronné après
des victoires à Roland-Garros en 2005,
2006, 2007, 2008, 2010, 2011, 2012, 2013,
2014 et 2017. Vertigineux.
Une performance cultivée avec passion
sur une terre de labeur par un joueur hors
normes qui a, année après année, su élever son niveau d’exigence, faire évoluer
son jeu (en glissant davantage de présence au filet ou en saupoudrant d’amorties
sa panoplie de coups perforants) pour en-
droit lasso, ses revers laser, son énergie et
sa fureur de vaincre accompagnée de rugissements sonores fascinent. Au cours
du tournoi, le numéro 1 mondial a vu certains de ses rivaux lui mordre les mollets,
l’Italien Simone Bolelli au 1er tour et l’Allemand Maximilian Marterer en 8es de finale, puis l’Argentin Diego Schwartzman
parvenant en quarts de finale à lui prendre un set avant de voir son élan couper
par la pluie, puis la nuit. Béni des cieux,
l’Espagnol a poursuivi sa route. Fidèle à sa
ligne de conduite. Résumée et répétée
durant le tournoi : « Ce que je veux, c’est
jouer à 100 %. C’est mon objectif. Il faut
chaque jour essayer de travailler sur ce que
vous pensez pouvoir améliorer. Mais comme toujours, vous allez tous les jours sur le
court, vous pouvez gagner, vous pouvez
perdre, il faut être prêt à cela ! »
Roland-Garros bouge, s’étend, se modernise, se coiffera d’un toit en 2020, mais
le palmarès voit invariablement défiler le
même nom. Gravé pour l’histoire. Après
Rafael Nadal, Roland-Garros ne sera plus
tout à fait le même. Dominic Thiem, finaliste malheureux (après s’être incliné chez
les juniors en 2011), a, lors de son discours, souligné les mérites de l’Espagnol :
« C’est l’une des choses les plus incroyables
qu’un sportif ait accomplies. J’avais 11 ans,
lors de sa première finale… Il est au top de
notre sport. » Rafael Nadal a salué son rival malheureux (« Il fait partie des joueurs
dont le circuit a besoin »), avant de prendre rendez-vous et de, déjà, faire planer
sa menace : « J’ai 32 ans, je ne me sens pas
vieux, mais j’ai 32 ans ! J’ai commencé très
jeune. Je suis ravi d’être là. Je vais continuer
pendant un certain temps… » ■
“
Ce que je veux, c’est
jouer à 100 % (…). Il faut
chaque jour essayer de
travailler sur ce que vous
pensez pouvoir améliorer
RAFAEL NADAL
”
rayer les affres du temps, continuer à imposer sa loi et inspirer à ses rivaux un mélange de peur et de respect.
Son seul moment de fragilité (après
une crampe à la main gauche dans le dernier set), le robuste Espagnol l’a vécu sur
le podium, la coupe posée sur son buste
solide. Il avait enlevé le bandeau pour signaler la fin de la mission et, sans ses
atours de gladiateur, armure fissurée, il a
été bouleversé par l’hommage du stade.
Secoué par de profonds sanglots à mesure
que les vivats tombaient des tribunes
comme des fleurs choisies. Preuve qu’on
peut gagner, user la concurrence, sans
lasser. Peut-être sa plus belle victoire.
Régner sans laisser s’imposer l’ennui
s’inscrit comme une gageure en sport.
Eddy Merckx, le « cannibale » des pelotons, ou Michael Schumacher, l’homme
de presque tous les records en Formule 1,
en ont, à leur époque, souffert. Rafael Nadal trace sa route. Avec un style unique.
Avec dix-sept titres du Grand Chelem, il
se retrouve à trois titres du recordman
Roger Federer.
À Roland-Garros, avec Rafael Nadal
sur scène, la musique est connue, le disque rayé. Il propose et impose le même
rythme, et ses adversaires, quels que
soient leur pedigree, leurs prédispositions et la tactique élaborée, sont emportés par une infernale valse à mille temps,
car lui ne faiblit pas. Les spectateurs prévenus savent que l’effet de surprise
n’existe pas, mais la stupéfaction et la sidération finissent toujours par jaillir pour
célébrer ses performances. Son coup
Rafael Nadal,
sa onzième Coupe
des Mousquetaires
en mains, sur le central,
dimanche.
GONZALO FUENTES/REUTERS
Coups de cœur, coups de griffes de la quinzaine parisienne
COUPS DE CŒUR
court n° 18,
u Le
déjà un petit grand court
Dans un stade en mouvement
(nouveau Village, modernisation
des courts n° 7 et 9, allées aérées),
espaces détente, l’édition 2018 a
levé le voile sur le court 18, semienterré (2 200 places). Une réussite. Pour les spectateurs comme les
joueurs. L’an prochain, le court Simonne-Mathieu (dans le Jardin
des Serres) de 5 000 places sera
perdu par Rafael Nadal l’attraction du tournoi.
1
seul set
au cours du tournoi
face à Diego
Schwartzman
en quart de finale
Potro, Cecchinato
u Del
et les duos bleus
Trop rares sourires bleus. Nicolas
Mahut et Pierre-Hugues Herbert
ont remporté aux dépens de
l’Autrichien Marach et du Croate
Pavic 6-2, 7-6, le tournoi de double. Un titre qui, côté français,
accompagne celui remporté en
double fauteuil par la paire Stéphane Houdet-Nicolas Peifer. Juan
Martin del Potro s’incruste également parmi les personnalités fortes de l’édition avec sa deuxième
demi-finale à Roland-Garros, neuf
ans après la première. Autre figure
de ce « Roland » Marco Cecchinato, l’inattendu italien (72e mondial) stoppé en demi-finales.
tableau féminin
u Le
surprenant
Le retour de Serena Williams,
contrainte au forfait avant son
quart de finale contre Maria
Sharapova, autre revenante, l’élimination dès le 1er tour de Jelena
Ostapenko, la tenante du titre, la
révélation russe Daria Kasatkina
(éliminée en quarts), l’ascension
parallèle des Américaines Sloane
Stephens et Madison Keys, puis la
finale indécise sacrant Simona
Halep… Le tableau féminin s’est
révélé surprenant comme lors des
derniers tournois majeurs (sept
vainqueurs différents en sept
tournois).
COUPS DE GRIFFES
u Les ratés bleus
De mal en pis. Pas de Français
(hommes et femmes confondus)
en deuxième semaine de RolandGarros, ce n’était plus arrivé
depuis onze ans… L’absence des
joueurs tricolores dans le grand 8
devient la norme en Grand Chelem
chez les hommes. C’est ainsi le
troisième Majeur consécutif sans
Français en 8es de finale… La Lyonnaise Caroline Garcia n’a pas réussi
à sauver la patrie, sèchement stoppée en 8es de finale.
sièges
u Des
désespérément vides
C’est une triste « tradition » et
elle a encore été respectée cette
année. À l’heure du déjeuner, les
matchs se disputent devant des
tribunes beaucoup trop clairsemées. Notamment dans les loges.
Un récurrent problème qui plombe l’image du Grand Chelem pari-
sien. Le président de la FFT Bernard Giudicelli a promis de
s’attaquer à la question.
tournoi masculin
u Un
trop prévisible
À la fin, c’est Nadal qui gagne…
Trop fort pour la concurrence, le
Majorquin a (encore) survolé cette
édition. Son ultradomination
« tue » le suspense et l’intérêt de
l’épreuve masculine. On ne peut
pas le lui reprocher. Regrettable
constat : les outsiders font de la
figuration même si Dominic
Thiem n’a pas démérité en finale
et si Diego Schwartzman a chipé
un set au maître des lieux (le
premier depuis trois ans). Des
frissons ont alors parcouru les allées du court Philippe-Chatrier…
Pas assez pour faire rentrer
l’édition 2018 dans la postérité.
Nadal a plus que jamais la main
sur le tournoi et la concurrence
n’avance pas. ■
J.-J. E. ET R. S.
sion. Changement de décor cette année.
En mode combat, au mental, à l’image de
ce doigt dirigé vers sa tempe, elle est parvenue enfin à renverser le cours d’une finale de Grand Chelem en sa faveur.
« Quand j’ai été menée d’un set et d’un
break, je me suis dit qu’il fallait que je me
relaxe et que je profite du match ». Virginia Ruzici, dernière Roumaine lauréate à
Paris en 1978 et agent de la lauréate, savoure : « Cela fait tellement longtemps que
l’on attend ce moment. Elle en a été très
proche la saison dernière. Elle était favorite
de cette finale, mais cela n’a pas été simple.
Ça a été un combat physique et mental. Simona a donné son cœur sur le court. Elle
mérite ce titre du Grand Chelem. »
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
SIMONA Halep ou le triomphe de la patience, de la résilience. Numéro un mondiale jamais titrée en Grand Chelem, la
Roumaine disputait samedi sa troisième
finale à Roland-Garros, sa quatrième
dans un Majeur. Elle a dû attendre sa 32e
tentative en Grand Chelem pour atteindre son rêve suprême et récompenser sa
régularité qui fait d’elle depuis 48 semaines la meilleure joueuse du monde. Ce
Graal qui lui échappait depuis trop longtemps, elle peut enfin le palper. « J’avais
plein de photos du trophée. Je rêvais de le
tenir, c’est un moment spécial. Il est lourd,
il est beau. Je suis heureuse qu’il soit à
“moi”. J’en rêve depuis que j’ai commencé
à jouer au tennis et mon premier Grand
Chelem. J’avais dit que si j’en gagnais un,
ce serait celui-ci. »
Menée 6-3, 2-0 par une impressionnante Sloane Stephens, Simona Halep est
revenue de l’enfer pour s’imposer 3-6,
6-4, 6-1. Contre Jelena Ostapenko la saison dernière, elle avait fait la course en
tête 6-4, 3-0, avant de s’incliner 4-6,
6-4, 6-3 et connaître une cruelle désillu-
« Pression de tout un peuple »
La Roumaine Simona Halep, soulevant son trophée à Roland-Garros conquis
en trois sets face à l’Américaine Sloane Stephens, samedi. PASCAL ROSSIGNOL/REUTERS
Loin du gabarit standard du circuit féminin, la petite Roumaine de 1,68 m pour
60 kg, a toujours été une grosse travailleuse, impliquée à 100 % vers ses objectifs. En 2009, la native de Constanta,
sur les bords de la mer Noire, a ainsi décidé de subir une réduction mammaire, car
sa poitrine opulente lui provoquait des
maux de dos et la gênait pour servir. Elle
a confirmé en finale son statut de
meilleure joueuse du monde en défense.
Sa science du jeu et son extraordinaire
couverture de terrain ont fait le reste.
La numéro un mondiale a été poussée
par tout un peuple sur le court PhilippeChatrier. Le footballeur Gheorghe Hagi,
ancien joueur de Barcelone, était présent
pour l’encourager, ainsi que l’ancienne
gymnaste Nadia Comaneci, 5 fois championne olympique en 1976 et 1980. « Enfin de merveilleuses nouvelles pour la Roumanie, se félicite Ruzici. Simona, c’est un
phénomène. Elle dépasse les footballeurs
en termes de popularité. C’est la sportive la
plus aimée et la plus suivie du pays. Elle a la
pression de tout un peuple. C’est pour ça
qu’elle avait autant de supporteurs dans le
stade aujourd’hui. »
Halep portait tout le poids du match.
Un boulet difficile à détacher. Ce titre
pourrait être un déclic. Ruzici prédit :
« Je suis sûre qu’elle gagnera d’autres
tournois du Grand Chelem. Elle a 26 ans.
C’est une championne énorme. Je crois
qu’elle va être libérée par ce titre. Les
joueuses vont la respecter encore plus.
Avec la confiance, elle peut gagner
d’autres titres. » Et confirmer son statut
d’idole en Roumanie. ■
A
Enfin une couronne en Grand Chelem pour la reine Halep
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
16
SPORT
Noël Le Graët :
« Deschamps
n’est pas militaire
avec ses joueurs »
naturel. On a une équipe collectivement très forte.
Didier Deschamps ne prendrait-il
pas un peu trop de place ?
Didier garde une allure très dure, solennelle par rapport aux médias, mais c’est
le premier chambreur. Pas forcément
avec ses joueurs, mais dans la vie, vous
passez une soirée avec lui, je peux vous
dire que vous ne vous ennuyez pas. Ses
joueurs le respectent mais il n’est pas
militaire. Il a la distance normale mais
comprend ses hommes. En psychologie,
c’est du très haut niveau.
Antoine Griezmann refuse d’endosser
ce rôle de leader. Le comprenez-vous ?
Il a pris de l’âge et je pense qu’il peut
mieux faire dans ce rôle de meneur. Regardez ses matchs, quand il n’est pas en
forme, il bosse pour les autres. Personne
ne peut lui reprocher. C’est phénoménal. Griezmann est un beau joueur de
ballon, un vrai chahuteur, et il arrive à
maturité.
Le président de la Fédération française
se dit optimiste avant l’ouverture de
la Coupe du monde, prévue jeudi en Russie.
PROPOS RECUEILLIS PAR
BAPTISTE DESPREZ ET MARTIN COUTURIÉ
£@Batdesprez £@martincouturie
FOOTBALL De retour pleinement aux
affaires - même s’il n’avait pas complètement perdu le contact - après sa leucémie, Noël Le Graët a reçu Le Figaro
dans son bureau au siège de la FFF, à Paris, avant le dernier match des Bleus
(1-1 à Lyon contre les États-Unis) et leur
arrivée prévue dimanche soir en Russie.
Souriant et impatient à l’idée de voir les
hommes de Didier Deschamps débuter
leur Coupe du monde contre l’Australie
samedi prochain, le patron du foot
français a livré son avis sur la sélection,
les jeunes talents, l’absence de Karim
Benzema ou encore la Russie de Vladimir Poutine, et répété l’objectif fixé, à
savoir une place en demi-finale du
Mondial. Entretien.
LE FIGARO. - Vous arrive-t-il
de rêver à un sacre des Bleus
le 15 juillet à Moscou ?
Noël LE GRAËT. - Évidemment. Quand
on débute une telle compétition, on
imagine de belles choses. L’équipe de
France progresse et on reste sur une finale à l’Euro. Après, on n’est pas les
meilleurs mais on s’est rapproché
d’eux. Il faut encore travailler mais
l’équipe paraît forte.
Pourquoi la France a-t-elle
sa chance de remporter le Graal ?
Tous nos joueurs évoluent dans les
meilleurs clubs d’Europe, ce ne sont pas
des éléments moyens. Techniquement,
ils sont au-dessus du lot. La complémentarité existe, la stabilité est là sur
des postes importants. La difficulté pour
Didier est de trouver la bonne alchimie
en attaque et il peut nous manquer de
l’expérience dans les grands rendezvous.
Ne pensez-vous pas mettre une
immense pression sur un groupe jeune
en fixant l’objectif des demi-finales ?
Non. Je pense sincèrement qu’on a les
armes et les qualités pour y parvenir.
Comme dans chaque compétition, il y a
des paliers à passer. Déjà la phase de
groupe, puis le premier match
éliminatoire et enfin les derniers tours.
Lors du tirage au sort, tout le monde
s’est emballé en disant que ce serait
facile (Australie, Pérou, Danemark,
NDLR), mais on ne va pas se promener
au premier tour.
Que se passera-t-il si les Bleus
ne sont pas demi-finalistes ?
Pour le moment, on y croit. Le temps de
l’analyse se fait après. Vous ne m’enlèverez pas mon optimisme et je trouve
que l’on est parfois sévère avec l’équipe
de France. On est parti sur plusieurs années avec une belle sélection.
Dans son histoire, l’équipe de France
a toujours été loin avec l’aide d’un grand
joueur. Qui peut remplir ce rôle cet été ?
J’ai plus envie de parler du collectif, mais
c’est vrai que sur ces compétitions toujours un joueur se révèle. Est-ce que ce
sera Paul Pogba, qui a des qualités dingues ? J’espère. Il peut mieux faire en
équipe de France. Blaise Matuidi ?
N’Golo Kanté ? Qui sont indispensables à
leur poste. Si je vous dis un nom plus
qu’un autre, ils vont tous me faire la
gueule (rire).
Karim Benzema n’est pas du voyage
en Russie. À qui la faute ?
Qu’il ne soit pas en sélection n’enlève
rien aux qualités sportives de Karim
Benzema, qui évolue dans l’un des plus
grands clubs du monde. Cela dit, le système de Didier est mis en place sans
Benzema depuis un moment, des jeunes
joueurs se sont imposés et sont incontestables. On ne peut pas mettre dix attaquants sur le terrain.
Sur le plan politique et sécuritaire,
que vous inspire cette Coupe du monde
en Russie ?
La sécurité me paraît remarquable, les
stades sont très qualitatifs. Sur la politique, certains ont imaginé le boycott… Il
y a des divergences à ce niveau, mais la
Russie organisera bien cette compétition. Si c’était un pays sanguinaire, on
ferait attention, mais ce n’est pas le rôle
du sport de s’immiscer dans ces sujets.
Entre la France et la Russie, les accords
sont nombreux et on ne veut pas se fâcher avec ce pays. On a évoqué le sujet
avec le président Macron et il viendra si
on dépasse les quarts de finale.
“
Leader est un qualificatif
qui est galvaudé à mon
sens. On a une équipe
collectivement très forte
NOËL LE GRAËT
”
N’est-ce pas l’un des plus gros gâchis
du foot français ?
Vous savez, il a été sélectionné très souvent avec Didier, dans une période où
les observateurs ne le trouvaient pas génial. Il a des hauts et des bas, c’est un
très grand joueur, mais aujourd’hui
l’équipe de France a progressé sans lui
et lui-même s’impose (au Real Madrid).
Au final, il n’y a pas de malheureux dans
cette affaire-là.
La grève de Knysna est-elle
un épisode qui ne pourra
plus se reproduire en équipe de France ?
Assurément. Ça ne peut plus se faire.
Cet épisode appartient au passé. Encore
aujourd’hui, j’ai du mal à l’expliquer. En
2011, on a peiné pour récupérer nos
sponsors, même s’ils nous ont pardonné
assez vite. Que les Bleus gagnent ou
perdent dans les mois à venir, tous les
contrats seront renouvelés avec nos
partenaires pour les cinq prochaines
années. Tous. Cela n’est pas anodin.
Franchement, c’est une fierté.
Pourquoi êtes-vous
si confiant sur ce sujet ?
On est beaucoup mieux organisés. Le
président et le sélectionneur s’entendent bien, la feuille de route est claire. À
l’époque (de Jean-Pierre Escalettes, président de la FFF, et Raymond Domenech,
Noël Le Graët : « Je suis là pour rassurer, être attentif à ce qu’il
se passe, complice avec Didier et s’il faut dire un petit mot,
je le fais avec son accord. » JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
sélectionneur), ce n’était pas le cas. La
mentalité des joueurs est devenue très
respectueuse du groupe. Aucun incident n’est à noter. Ils sont sans doute
plus matures et mieux élevés. Didier n’a
pas une armée mexicaine autour de lui,
on a le meilleur staff, les meilleurs médecins. On essaie d’être exemplaires.
Malgré tout, il faut rester en alerte au
regard du comportement d’Adrien
Rabiot en début de rassemblement…
Effectivement, c’est un éternel recommencement. C’est une décision que je
n’ai pas comprise et surtout que j’ai mal
prise. C’est un garçon que j’apprécie,
qui n’avait jamais créé de problème. Il
s’est mis hors jeu tout seul, je trouve
cela surprenant d’avoir une telle attitude à 23 ans. J’en viens à être triste pour
lui, ce n’était pas prévu.
Quel sera votre rôle
en Russie auprès des Bleus ?
Je n’y vais pas en touriste, sinon je reste
devant ma télé mon canapé. Leur demander s’ils ont bien mangé ou si les
sardines étaient bonnes à midi, ce n’est
pas mon rôle. Je suis là pour rassurer,
être attentif à ce qu’il se passe, complice
avec Didier et s’il faut dire un petit mot,
je le fais avec son accord. Quand je vois
ces jeunes débarquer, je vois le temps
qui passe, aussi. Mais ce sont des joueurs
de foot qui font bien leur métier. Ce sont
des chambreurs, même si, avec moi, ils
n’essaient pas trop (sourire).
Certaines critiques reposent sur
le manque de leaders dans cette équipe…
C’est un qualificatif qui est galvaudé à
mon sens. Peut-être qu’un joueur va se
révéler durant la compétition en leader
Cyclisme : Thomas au top
Humiliés par les All Blacks, les Bleus semblent toujours à des années-lumière des meilleurs. Inquiétant.
A
RUGBY « Un couac. » C’est ainsi que Jacques Brunel a qualifié l’effondrement de
la défense française contre les All Blacks,
samedi. 53e minute. Les Bleus tiennent le
choc, 11-11. Le deuxième ligne Paul Gabrillagues vient de récolter un carton jaune (sévère) et c’est le signal de l’hallali.
Trois essais encaissés en infériorité numérique, quatre de plus ensuite pour un
implacable 44 à 0. Un couac donc. Mais
majuscule (52-11). La défense, socle d’un
frémissement de renouveau lors du tournoi des 6 nations, a « explosé » (Parra).
Bastareaud et ses partenaires ont été emportés comme des fétus de paille. Crucifiés. Voire pire, Rémy Grosso terminant à
l’hôpital, victime d’une double fracture
du sinus sur une brutalité du pilier Ofa
Tu’ungafasi (non sanctionné, mais une
Le Français Rémy Grosso repoussé
par le Néo-Zélandais Ryan Crotty,
à Auckland, samedi. DAVID ROWLAND/AP
citation disciplinaire est à prévoir malgré
ses excuses). « Ce qui me chagrine le plus,
c’est qu’on n’ait pas eu de révolte. On a
continué à subir, à rester sur nos déficiences », peste le sélectionneur. Qui s’emploie cependant à être rassurant en vue
du deuxième test, samedi à Wellington.
C’est que le traumatisme est profond.
Ses joueurs, plein d’espoir avant le test,
sont désormais inquiets. Redoutant deux
autres marées noires lors de cette tournée
à haut risque. Alors, Brunel parle d’une
« mauvaise communication défensive », de
placements individuels aléatoires, voire
naïfs, d’un cumul de petits détails. Et affirme qu’il est possible de « rectifier le tir ».
On aimerait le croire mais on en doute.
Car ce qui a sauté aux yeux, c’est surtout la vitesse d’exécution des All Blacks,
leur justesse technique, leur précision
collective. Un ballet étourdissant lors de
cette dernière demi-heure apocalyptique
Est-ce une bonne chose d’avoir
attribué la Coupe du monde
à la Russie de Vladimir Poutine ?
On ne peut pas ignorer un pays comme
la Russie. Nous, les Français, on aime
bien donner notre avis sur tout. Balayons déjà devant notre porte. On peut
parfois être un pays bordélique. Aujourd’hui, on a quinze partis, de gauche, de
droite… vous trouvez ça bien ? Cela
permet à la presse d’avoir souvent des
interviews de spécialistes, mais au final,
ils n’apportent rien à la France.
Vladimir Poutine a une discipline de fer
dans le développement de son pays.
C’est à son peuple de contester, s’il le
veut, pas à moi. ■
EN BREF
XV de France : le grand doute
DAVID REYRAT £@DavidReyrat
Comment le président de la République
apprécie-t-il le football ?
Il vit le match, parle de foot, pose des
questions. J’ai connu trois présidents de
la République. Nicolas Sarkozy est un
malade de football, PSG à fond, peutêtre un peu trop, capable de vous décortiquer une action qui date de quelques années. François Hollande est
capable de vous parler ballon et de
joueurs très longtemps. Aujourd’hui, on
a de la chance d’avoir un jeune président qui adore ce sport.
pour un XV de France en perdition. Autre
préoccupation, la différence de niveau individuel, criante. On peut citer l’exemple
de Teddy Thomas, régulièrement ridiculisé par l’ailier Rieko Ioane, auteur d’un
doublé pour porter son total à 12 essais en
14 sélections. Il n’est pas le seul à avoir
souffert de la comparaison. Si la troisième
ligne tricolore a été particulièrement
inexistante, aucun Bleu n’est parvenu à
surnager.
L’équipe de France va sans doute être
remaniée pour le 2e round. Mais, malheureusement, on peut penser que ce sera insuffisant pour combler le fossé qui sépare
une équipe double championne du monde
en titre d’un XV de France qui, depuis huit
ans, ne fait plus trembler grand monde. Et
avec seulement sept matchs officiels à
disputer d’ici à la Coupe du monde au Japon, le temps risque de manquer pour la
remettre sur pied. ■
Geraint Thomas a remporté
le Critérium du Dauphiné et offert
un 6e succès en 8 éditions à son
équipe Sky. Le Gallois a devancé
le Britannique Adam Yates (1’),
vainqueur de la 7e et dernière
étape, et Romain Bardet (1’47).
Rallye : Neuville d’un souffle
devant Ogier
Avec sept dixièmes de seconde
d’avance sur Sébastien Ogier
(M-Sport Ford), Thierry Neuville
(Hyundai) remporte le Rallye de
Sardaigne et devance le Français
de 27 points au championnat.
Basket : Golden State balaie
Cleveland en finale NBA
Vainqueurs en quatre manches
sèches face aux Cavaliers
de LeBron James, les Warriors
remportent leur troisième titre en
quatre ans. Comme l’an dernier,
Kevin Durant a été désigné MVP
(meilleur joueur) de la finale.
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lundi 11 juin 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues avec justification d’identité
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Anne Couten,
Isabelle et Gilles Pallot,
ses filles et son gendre,
Stéphanie, Charles, Arnaud,
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par courriel : carnetdujour@media.figaro.fr
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Les porteurs de parts de la
SCI de la forêt privée
sont convoqués à une
assemblée générale ordinaire
(rapport d'activité 2017
et mise à jour de la liste
des porteurs de parts),
le mardi 26 juin 2018, à 11 h 30,
au siège, 6, rue de la Trémoille,
Paris (8e).
deuils
70 37 31 70
Sceaux (Hauts-de-Seine).
Jean Blondeau,
son époux,
Véronique Blondeau,
Armelle Blondeau
et son époux,
Arnaud Richard,
Jean-Noël Blondeau
et son épouse,
Anaïs Manhes,
ses enfants,
Capucine et Maxence Richard,
Justin et Eulalie Blondeau,
ses petits-enfants,
ont la douleur
de faire part du décès de
Christiane BLONDEAU
née Labaune,
Le docteur Jean-Claude Guillat
et Mme, née
Danièle Demonchy,
sa fille et son gendre,
Christian et Joséphine Delaire,
Juliette Guillat
et Xavier Chabert,
ses petits-enfants,
Pauline, Clémence, Grégoire,
Simon et Stanislas,
ses arrière-petits-enfants,
le comte et la comtesse
Charles-Elie
Blanchard de La Brosse,
leurs enfants et petits-enfants,
ses beaux-enfants,
sœur Agnès Marie de la Croix,
petite sœur des Pauvres,
Anne-Marie Burelout,
ses sœurs,
ses cousins, cousines, neveux,
nièces et filleuls,
tous ses amis
ont la profonde tristesse
de vous faire part
du décès de la
comtesse François
BLANCHARD de LA BROSSE
survenu le 5 juin 2018,
à l'âge de 81 ans.
La célébration religieuse
aura lieu ce lundi 11 juin,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Jean-Baptiste de Sceaux.
M. Bernard Chobert,
son frère,
ses neveux et nièces
et leurs familles
ont la tristesse
de faire part du décès du
père Jean-Pierre CHOBERT
survenu le 8 juin 2018,
à l'âge de 93 ans, à Orléans.
Une messe d'action de grâce
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre-du-Martroi,
à Orléans,
le mercredi 13 juin, à 10 heures.
Il a fait don de son corps
à la science.
née Marie-Thérèse Fouace,
le mercredi 6 juin 2018,
dans sa 99e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 14 juin,
à 10 h 30, en la chapelle
des petites sœurs des Pauvres,
49, rue Notre-Damedes-Champs, Paris (6e).
Marseille (Bouches-du-Rhône).
Bailly (Yvelines).
Andrée (†) et Thierry Corde,
leurs enfants et petits-fils,
Annie et Jean-Christophe
Corde,
leurs enfants et petits-fils
L'inhumation aura lieu
le vendredi 15 juin, à 14 h 30,
au cimetière de Fermanville
(Manche), où elle reposera
au côté de son époux, le
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
décédé le 3 septembre1997.
le 7 juin 2018, munie
du sacrement des malades
La famille remercie vivement
les petites sœurs des Pauvres,
le personnel, les résidents
et les bénévoles.
et rappellent à votre souvenir
son époux Pierre Claudy,
et sa fille Andrée.
comte François
Blanchard de La Brosse
3, rue François 1er,
75008 Paris.
Anniversaires
de mariage
Fêtez-les dans
le carnet du jour !
Suzanne CLAUDY
née Vermorel,
La cérémonie religieuse aura
lieu le jeudi 14 juin, à 14 h 30,
en l'église Saint-Blaise
d'Écully (Rhône).
Marie, Paul, Jérôme,
Emmanuel,
ses enfants,
Marion, A lice, Aurélie, Karine,
Delphine, Arthur, Valentin,
Joséphine,
Clara, Andréa,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
et toute sa famille
ont la douleur
de vous faire part
de la disparition de
Anny CORDIÉ
neuropsychiatre,
psychanalyste,
survenue le 7 juin 2018,
à l'âge de 91 ans.
Té l. 01 56 52 27 27
Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
www.carnetdujour.lefigaro.fr
En union avec
Mme André Couten,
née Nicole Noyon (†),
son épouse,
Un hommage lui sera rendu
le vendredi 15 juin, à 14 h 30,
au funérarium d'Antony,
110, rue de Châtenay.
Cet avis tient lieu de faire-part.
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
M. André COUTEN
survenu le 5 juin 2018,
à l'âge de 93 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi 12 juin,
à 10 h 45, en l'église
Notre-Dame de Chantilly.
L'inhumation aura lieu
à 16 h 30, au cimetière Sud
de Calais (Pas-de-Calais).
Sceaux (Hauts-de-Seine)
Dominique Foch,
Olivier et Marie-Paule Foch,
Catherine et François Berte,
Etienne et Sylvie Foch,
Jérôme et Anne Foch,
leurs enfants et petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Pierre FOCH
ancien élève
de l'École polytechnique,
chevalier
de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
survenu le 8 juin 2018,
à l'âge de cent-un ans.
La célébration religieuse
aura lieu
le mardi 12 juin, à 14 h 30,
en l'église Saint-Jean-Baptiste,
1, rue du Docteur-Berger,
à Sceaux.
Lavaur (Tarn). Toulouse.
Jean-Pierre Molé,
son époux,
David Kechavarzi,
son fils,
Cheida André,
sa fille,
Jean-Paul Viguier,
son frère,
Michèle Delvaux,
sa sœur,
parents et amis
ont l'immense tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Jean-Pierre MOLÉ
née Arlette Viguier,
survenu le 7 juin 2018,
à l'âge de 71 ans.
La messe d'obsèques
sera célébrée le mardi 12 juin,
à 14 h 30, en l'église
Saint-François de Lavaur,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Lavaur,
route du Port-d'en-Taix,
entrée principale.
ont la tristesse
de faire part du décès de
Jeanine GERARD
née Thévenin,
le 6 juin 2018, à Antibes.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 12 juin, à 10 h 30,
en l'église Notre-Dame
de Roquefort-les-Pins
(Alpes-Maritimes).
L'inhumation aura lieu
au cimetière du Père-Lachaise,
à Paris (20e),
le mercredi 13 juin, à 11 h 30.
Marie-Paule Pellegrin,
son épouse,
Eric Pellegrin,
Aude et Olivier Delsupexhe,
Valentin, Solène, Amaïa,
Thibault Pellegrin,
Marie et Rémi Berlemont,
Siméon,
ses enfants et petits-enfants,
Jean-François et Dominique
Pellegrin,
leurs enfants et petits-enfants,
Marie-Noëlle Pellegrin,
ses frère, sœur et belle-sœur,
et toute sa famille
font part du rappel à Dieu de
X 61,
ingénieur en chef
des Ponts et Chaussés,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
le 7 juin 2018,
à l'âge de 75 ans.
La messe d'A-Dieu
sera célébrée en l'église
Saint-Joseph-des-Épinettes,
à Paris (17e),
le mardi 12 juin, à 10 h 30.
Ni fleurs ni couronnes,
des dons à l'Association pour
l'Étude des Maladies du Sang
(AEMS).
mariepauline1905@gmail.com
Mme Florent Prion,
son épouse,
Mme Françoise Hincky,
sa fille,
Jérôme Marbaix
et Adeline Pousset,
Sophie Marbaix,
ses petits-enfants,
M. et Mme Henry Boucheny,
son frère et sa belle-sœur,
les familles Boucheny,
Delaugère, Hincky et Vassor
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Bernard HINCKY
Florent et Laurence Prion,
Agnès et Robert Burdet,
Pascale et Pierre-Antoine
Ullmo,
ses enfants,
François et Laure Hugret,
Jean-Philippe et Isabelle
Hugret,
ses beaux-enfants,
ses 14 petits-enfants,
ses 7 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du décès de
née Jacqueline Boucheny,
survenu le 7 juin 2018,
à Pithiviers, à l'âge de 92 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 13 juin, à 10 h 30,
en l'église
Saint-Salomon-Saint-Grégoire
de Pithiviers.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Florent PRION
a vécu vaillamment cent ans
et, à l'appel de tous ses chers
disparus, elle a tourné la page
le 8 juin 2018.
L'inhumation aura lieu
le mercredi 13 juin, à 11 h 30,
au cimetière ancien
de Neuilly-sur-Seine.
Famille Lagneau,
6, rue de l'Abbaye,
75006 Paris.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église d'Eygalières,
le jeudi 14 juin, à 10 heures,
suivie de l'inhumation
au cimetière.
Ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Mme Yves LISBONIS
survenu le 7 juin 2018,
à l'âge de 93 ans.
Une messe sera célébrée
ce lundi 11 juin, à 14 h 30,
en l'église Saint-Louis,
à Toulon.
L'inhumation sera prévue
dans le caveau familial
de Saint-Henri, à Marseille.
chaque jouR
M. Gérard de SUYROT
survenu le 9 juin 2018,
à l'âge de 90 ans.
chez vous
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 13 juin, à 15 heures,
en l'église de
Saint-Michel-le-Cloucq, suivie
de l'inhumation au cimetière
dans l'intimité familiale.
M. de Suyrot repose
à l'Ehpad Union Chrétienne
de Fontenay-le-Comte.
Condoléances sur registre.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Arnaud et Jérôme,
ses fils,
Mélodie, sa petite-fille,
Denis et Pierrette Blanchet,
son frère et sa belle-sœur,
Bernard et Monique Turpin,
Jean-Claude Turpin,
Marie-Hélène et Daniel
Couturier,
Gérard et Anne-Lise Turpin,
Béatrice et Thierry Montmerle,
ses beaux-frères
et belles-sœurs,
ses neveux et nièces,
Janine Gaillochet,
sa grande tante,
Jacqueline et Pierre Mengin,
ses cousins et cousines
des familles Turpin, Blanchet
et Gaillochet
ainsi que toute la famille
François-Pascal,
son époux,
Emmanuel, M ichaël
et Eglantine,
ses enfants,
Oriane et Lorédane,
ses belles-filles,
ses petits-enfants
ainsi que toute la famille
ont la douleur
de vous faire part du départ de
née de Mitry,
le 7 juin 2018,
dans sa 73e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 14 juin, à 15 heures,
en l'église Saint-Médard,
à Paris (5e).
Son originalité, sa gaité,
sa tolérance nous ont inspirés
et nous inspireront toujours.
Cet avis tient lieu de faire-part.
140, rue Mouffetard,
75005 Paris.
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du lundi au samedi,
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et des magazines du week-end.
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Marie-Laure TURPIN
née Blanchet,
survenu dans sa 78e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 14 juin 2018,
à 10 heures,
en l'église de Genouilly,
suivie de l'inhumation
au cimetière d'Orville (Indre),
au côté de son époux, Jacques.
6 mois
209s
au lieu de 473,20E
Condoléances sur registre.
Ni fleurs, ni plaques,
ni couronnes,
une collecte sera organisée
à l'issue de la cérémonie
en faveur du Secours populaire
et de la lutte contre le cancer.
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Cet avis tient lieu de faire-part.
remerciements
Ses enfants, petits-enfants,
sa compagne
et toute la famille,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Alain CLERT
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
Ses enfants, petits-enfants,
arrière-petits-fils
et toute la famille,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Nicole de STRASCHNOV
Toulon.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
survenu le 7 juin 2018,
à l'âge de 84 ans, à Paris.
Irène Elizabeth LAGNEAU
née Hillerns,
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Saint-Outrille, Gracay (Cher).
Vatan (Indre).
Genouilly, Vierzon (Cher).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Pithiviers (Loiret).
Saint-Michel-le-Cloucq
(Vendée).
M. François de Suyrot,
Mme Pauline Moller,
ses enfants,
Thomas et Benjamin Moller,
ses petits-enfants,
La famille remercie
toutes les personnes
qui s'associeront à sa peine.
Jacques PELLEGRIN
Les familles Thévenin
et Gerard
17
Christiane LUDGER
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souvenirs
Il y a cent ans, le 12 juin 1918, le
capitaine Marcel TRANIER
tombait pour la défense
d'Amblény dans l'Aisne,
à l'âge de 34 ans.
Sa famille se recueillera
le mardi 12 juin 2018, devant
sa sépulture dans la nécropole
de Villers-Cotterêts, où il
repose au milieu de ses soldats
du 4e régiment de tirailleurs
étrangers.
Elle honorera ainsi le souvenir
de cet homme de devoir,
de courage et de conviction.
Officier estimé du
général Lyautey au Maroc,
il n'eut de cesse de revenir sur
le front pour défendre sa patrie.
Il y laissa la vie mais son
exemple ne fut, n'est et ne sera
jamais oublié par les siens.
@
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lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
La loi sur les « fake news » est terriblement
étrangère au libéralisme politique
epuis l’élection
de Donald Trump
à la Maison-Blanche,
en 2016, la question des
« fake news » hante
la démocratie
occidentale. Le terme, en quelques
mois, s’est inscrit dans le langage
politique courant, tout comme
la référence à la « post-vérité ».
C’est un environnement médiatique
apparemment dominé par une culture
de la désinformation que ces termes
prétendent décrire. Cela ne va pas sans
confusion : on a beau multiplier les
définitions des « fake news », aucune
n’est vraiment satisfaisante. Aux
États-Unis, ce terme est utilisé à la fois
par Donald Trump et ses adversaires :
tous s’accusent de mentir et prennent
la pose du gardien de la vérité. En quoi
ce terme qui sacrifie au globish
désigne-t-il autre chose que les
classiques mensonges et bobards
qui polluent la vie politique depuis
l’origine du monde et la pollueront
jusqu’à la fin des temps ?
Le débat public n’est pas un
séminaire : chacun présente les faits
à son avantage et en privilégie certains
en plus d’en marginaliser d’autres.
Il ne faut pas automatiquement crier
à la manipulation : le réel ne se laisse
jamais saisir intégralement d’un seul
angle et selon les schèmes intellectuels
qui conditionnent notre regard, il nous
apparaîtra différemment. Là où les uns
voient un retour des peuples, d’autres
voient une montée du populisme.
De même, là où certains ont vu dans
les agressions sexuelles de Cologne
il y a quelques
années un
révélateur des
conflits propres à la
« VENTS D’OUEST »
société diversitaire,
d’autres y ont
Notre chroniqueur québécois trouve inquiétante
vu un fait divers
la tentation du gouvernement d’établir
n’ayant aucune
juridiquement une information labellisée.
portée politique.
D
MATHIEU BOCK-CÔTÉ
à grande vitesse et révèlent
le caractère persistant d’une certaine
crédulité populaire. Faut-il
en conclure pour autant à la nécessaire
infantilisation de la population
en décrétant que sa capacité
de discernement ne serait plus
suffisante ? Le gouvernement
se prend-il pour le tuteur du peuple ?
De même, on s’inquiète
légitimement de la capacité des États
étrangers hostiles à lancer de grandes
campagnes de manipulation
de l’information, pour troubler
notamment les élections. La Russie
est évidemment
ciblée. Depuis
Vue de France comme de l’étranger,
toujours, la guerre
la présente loi sur les « fake news »
de l’information
joue son rôle dans
suscite de très légitimes inquiétudes.
la politique
La volonté de plus en plus explicite
étrangère. Elle se
mène aujourd’hui
de créer ce qu’on pourrait appeler
avec des moyens
un réel officiellement certifié
inédits. Mais
ou labellisé par les autorités politiques
on peut élargir le
questionnement.
a de quoi faire frémir
Quand certains
médias américains traitent
On ne peut évacuer ce contexte
systématiquement l’actualité des
de notre esprit lorsqu’on essaie
banlieues immigrées en France à partir
de comprendre l’étrange obstination
de la perspective indigéniste, faut-il
du présent gouvernement à présenter
les accuser de propager eux aussi des
une loi contre les « fake news ».
fausses nouvelles à grande échelle
On se souvient de la thèse avancée par
ou de chercher à déstabiliser
Emmanuel Macron au moment d’en
la France ? Ce serait certainement mal
lancer l’idée : la démocratie ne saurait
venu et on ne mettra pas la Russie
se concrétiser dans un contexte
et l’Amérique sur le même pied. Et
de relativisme généralisé. On
pourtant, il y aurait de bonnes raisons
comprend l’argument : à moins
d’y voir une forme de corruption
de consentir à sa dissolution dans une
de l’information, l’Amérique plaquant
diversité infinie de perceptions
ainsi ses catégories mentales sur
concurrentes et finalement étrangères
la France au point de ne plus
les unes aux autres, le réel a ses droits.
la comprendre du tout, ce qui
Du point de vue gouvernemental,
ne l’empêche pas d’imposer ensuite,
il faut restaurer les conditions du débat
avec la puissance médiatique qui est la
public. Par ailleurs, la révolution
sienne, sa vision à l’échelle du monde.
technologique transforme
On peut donc comprendre
radicalement la production
la nécessité d’une éthique renforcée
et la consommation des informations.
de l’information. Mais vue de France
Les rumeurs les plus folles circulent
Faut-il voir dans les réformes
macroniennes une nécessaire
modernisation de l’État-providence
ou un saccage social ? La réalité est
polysémique : elle ne se laisse jamais
enfermer dans une seule perspective.
Toute mise en récit du monde est
inévitablement partielle, et même
partiale. Ajoutons une dimension
à cette question déjà complexe : taire
médiatiquement certains faits qui
troublent l’orthodoxie idéologique
officielle relève-t-il aussi de la logique
des fausses nouvelles ? Il n’y a pas
d’information neutre en démocratie.
«
»
comme de l’étranger, la présente loi
sur les « fake news » suscite de très
légitimes inquiétudes. La volonté de
plus en plus explicite de créer ce qu’on
pourrait appeler un réel officiellement
certifié ou labellisé par les autorités
politiques a de quoi faire frémir. Dans
les circonstances, il s’agit moins
de bannir les bobards que de donner
à l’État et à ses agences le moyen
de contrôler le récit public et,
conséquemment, de disqualifier les
récits alternatifs qui présentent sur
la société un autre point de vue que
le pouvoir. On pourrait y voir
la grande peur des progressistes, qui,
depuis quelques années, ont cru leur
monopole sur la vie publique
compromis. Dès qu’une voix
dissidente efficace s’élève, ils se
demandent presque automatiquement
si elle a sa place dans l’espace public.
Au fil des dernières années, combien
d’intellectuels ou de journalistes ont
ainsi été la cible de campagnes visant
à les expulser du débat public ?
La loi sur les « fake news »
n’a-t-elle pas pour vocation de tracer
à nouveau, mais à l’encre du droit,
cette fois, le cercle de la raison
et la respectabilité ? Comment ne pas
voir dans les futurs médias labellisés et
certifiés des médias officiels, auxquels
il sera trop aisé d’opposer des médias
dissidents qui se diront discriminés
non pas à cause de leur supposée
médiocrité ou de leur manie de
colporter des rumeurs malveillantes
mais à cause de leur ligne éditoriale
ou de la lecture qu’ils proposent
de la réalité ? L’État est-il en droit
d’annexer ainsi l’espace public
et de domestiquer idéologiquement
ceux qui le façonnent ? Loin de servir
la démocratie, cette loi témoigne
d’une malheureuse tentation
autoritaire, terriblement étrangère
au libéralisme politique dans ce qu’il
a de meilleur. La démocratie n’a pas
besoin d’une police de la pensée.
La taxe foncière risque de devenir
accablante pour les propriétaires
a suppression de la taxe
d’habitation n’est pas
judicieuse. Il s’agit de notre
seul impôt citoyen, acquitté
par environ 88 % des
ménages, contre 42 %
seulement pour l’impôt sur le revenu.
C’est surtout par lui que les habitants
perçoivent l’évolution de la dépense
locale. En détruisant cet indicateur,
on inciterait aux comportements
irresponsables.
Afin de justifier l’abandon sur trois ans
de la taxe d’habitation pour 80 % des
contribuables, puis son élimination
quasi-totale pour les autres
contribuables les années suivantes,
on a mis en avant l’injustice de ses bases,
non révisées depuis 1970. Mais pourquoi
diable ne pas l’effectuer, cette révision ?
L’administration y est prête. Elle vient
de l’achever pour les locaux
professionnels, dont les nouvelles bases
sont entrées en vigueur, sans drame,
en 2017. Les transferts de charge entre
contribuables, que l’on redoutait, ont été
lissés sur dix ans, et donc rendus peu
sensibles. En bonne logique, ce devrait
être le tour des logements. De toute
façon, il faudra bien s’y mettre un jour,
car la taxe foncière est assise sur les
mêmes bases vieillies que la taxe
d’habitation.
La solution correcte consisterait donc,
sans remettre en cause la réduction de
taxe d’habitation de 30 % décidée pour
2018, à renoncer aux réductions
supplémentaires prévues pour la suite, et
à réviser sans plus tarder les bases des
locaux d’habitation.
Je n’évoque que
pour mémoire
l’hypothèse qui
consisterait à laisser
La suppression de la taxe d’habitation décidée
la taxe d’habitation
par Emmanuel Macron va vraisemblablement
subsister pour 20 %
entraîner une pression fiscale très forte
des résidences
sur les propriétaires et rendre inéluctable
principales,
une hausse de la TVA, argumente l’ancien directeur
car le Conseil
de la législation fiscale*.
constitutionnel
DESSINS CLAIREFOND
L
A
PATRICE CAHART
a laissé entendre qu’il la censurerait.
Un impôt à vocation générale ne saurait
en effet être limité de façon si étroite.
Dans l’hypothèse d’une suppression
totale de la taxe d’habitation, comment
indemniser les collectivités territoriales ?
En créant à leur profit un nouvel impôt ?
Le gouvernement a eu la sagesse
de se l’interdire. En transférant aux
collectivités territoriales, pour tout
ou partie, des impôts d’État ? Chaque
collectivité recevrait alors un petit
pourcentage du produit d’un impôt
national, dont elle ne pourrait fixer
le taux. Le Conseil constitutionnel admet
ce type de compensations, mais
beaucoup d’élus locaux y voient à juste
titre une perte d’autonomie.
D’ailleurs, quels impôts d’État
transférerait-on ? Les taxes sur
l’énergie ? Elles ne suffiraient pas,
et les collectivités territoriales
se trouveraient prises au piège
si la consommation énergétique venait,
comme on le souhaite, à baisser. Une
fraction de la CSG ? C’est un prélèvement
sensible, on vient de s’en apercevoir.
La mission d’étude sur la refonte
de la fiscalité locale animée par le
sénateur Alain Richard et le préfet
honoraire Dominique Bur (qui a remis
son rapport au premier ministre le 9 mai,
NDLR) a proposé la moins mauvaise
solution. L’État abandonnerait
aux communes et aux départements
une fraction de ses recettes de TVA
- comme il l’a déjà fait en faveur des
régions. Communes et départements
percevraient ainsi quelque 12 % d’une
ressource nationale évoluant comme
le PIB en valeur, voire un peu plus vite.
Mais une autre question surgit
aussitôt : comment l’État ferait-il face
à sa propre perte de recettes ? La somme
à transférer aux collectivités territoriales
en compensation de la baisse puis
de la suppression de la taxe d’habitation
est évaluée pour 2020 à 24,6 milliards.
De ce chiffre, il faut soustraire
2,3 milliards au titre des résidences
Nous devons éviter de mettre tous
nos œufs dans le même panier. La valeur
ajoutée est déjà très taxée. Les revenus
aussi, pour une petite moitié des
contribuables (si on considère ensemble
l’impôt proprement dit et la CSG).
La taxe d’habitation offre l’avantage
de reposer sur une base différente :
le loyer que le logement peut
produire.
L’inventaire des difficultés ne s’arrête
pas là. Il a été suggéré de transférer aux
communes la part de taxe foncière
qui va aujourd’hui aux départements.
Ceux-ci bénéficieraient d’une
compensation mais n’auraient
pratiquement plus
de possibilités
La valeur ajoutée est déjà
d’action sur leurs
ressources. Quant
très taxée. Les revenus aussi,
aux communes,
pour une petite moitié
une partie
d’entre elles
des contribuables. La taxe d’habitation
continueraient,
offre l’avantage de reposer
pour de bonnes
sur une base différente
ou de mauvaises
raisons,
de dépenser plus que la croissance
militaire d’un mois). De toute façon,
spontanée de leurs recettes ne le permet ;
les économies réalisées par l’État
les communes relèveraient donc
et les fruits éventuels de la reprise
le taux du seul impôt pilotable
devront être affectés en priorité
qui leur resterait, la taxe foncière.
à la réduction de son déficit,
Les propriétaires risqueraient
de façon que la dette publique cesse
d’être écrasés, surtout là où ils sont
de s’accroître.
minoritaires dans le corps électoral.
Reste, hélas, la solution consistant
Pour y parer, la mission Richard-Bur
à augmenter les impôts existants.
propose de plafonner ledit taux
Or une baisse du taux de l’impôt sur
à 60 %. Cela laisserait une marge
les sociétés a au contraire été annoncée,
excessive, la moyenne se situant
pour mieux résister à la compétition
aujourd’hui à 37 %.
mondiale qui sévit en ce domaine.
Est-il vraiment trop tard pour
Et un relèvement des taux de notre impôt
s’arrêter dans la voie du démantèlement
sur les revenus risquerait de les rendre
de la fiscalité locale ? Il faut sauver
dissuasifs par rapport aux pays
la taxe d’habitation – même amputée
concurrents.
d’un tiers pour les petits et moyens
Dès lors, je vois mal, dans notre affaire,
contribuables – en modernisant
comment éviter de rehausser les taux
ses bases. C’est tout à fait
de la TVA. En fin de compte, on aurait
à notre portée.
remplacé la taxe d’habitation par une
pression renforcée sur le consommateur.
* Ancien élève de l’ENA, inspecteur
Beau progrès !
général des finances.
secondaires, qui resteraient imposables
(leur taxe d’habitation devenant une
annexe de leur taxe foncière),
et 3 milliards déjà financés par le budget
de 2018. D’où un besoin net, pour l’État,
de 19,3 milliards par an à compter
de 2020. C’est considérable.
La reprise économique
y pourvoira-t-elle ? Elle ralentit,
et risque de ralentir encore plus, eu égard
à la remontée des cours des
hydrocarbures et à l’impact des grèves
à la SNCF. Peut-on compter sur
les économies budgétaires ? Elles sont
contrariées par divers projets (par
exemple, l’institution d’un service
«
»
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LE FIGARO
lundi 11 juin 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Europe : les nouveaux somnambules
Nicolas Baverez
£@NicolasBaverez
ans Les Somnambules –
Été 1914, l’historien
australien Christopher
Clark réexamine
les origines de la Première
Guerre mondiale
en mettant l’accent sur la crise
des Balkans, terrain d’affrontement
entre l’Autriche et la Russie,
sur la rivalité entre le Royaume-Uni
et le Reich allemand pour le leadership,
mais aussi en soulignant la cécité
des dirigeants politiques. Enfermés
dans des visions fausses, coupés
des réalités du monde et des peuples,
ils précipitèrent la guerre illimitée
qui provoqua le suicide de l’Europe
libérale et engendra les totalitarismes
du XXe siècle.
Cent ans après la fin de la Grande
Guerre, l’Union européenne connaît
une crise existentielle qui peut conduire
à sa désintégration. Et ce du fait d’une
nouvelle génération de somnambules.
L’intégration du continent, après 1945,
reposa sur la résistance à l’URSS,
la garantie de sécurité américaine, la paix
franco-allemande, le contournement
des questions stratégiques par le droit
et le marché. Tout cela est caduc.
Mais rien ne change.
L’Europe, riche, vieillissante
et désarmée, se trouve ciblée
par les djihadistes et les démocratures,
cernée par les guerres qui se déploient
à ses frontières. Les États-Unis
D
qui réassuraient stabilité du monde,
capitalisme et démocratie, sont devenus
un risque majeur sous la houlette
de Donald Trump qui poursuit
méthodiquement la destruction du
système multilatéral et la déstabilisation
de l’Union : les pratiques déloyales
et les surcapacités sont en Chine,
mais les surtaxes sur les exportations
d’acier et d‘aluminium sont en Europe.
Le populisme est un cancer qui ronge la
démocratie, délégitimant ses institutions
et ses valeurs, notamment avec
la démocratie illibérale de Viktor Orban
qui ne cesse de faire des émules.
Le délitement de l’Europe s’est
effectué par étapes : un élargissement
improvisé après la chute de l’URSS ;
la création de l’euro sans les institutions
et les règles permettant de gérer
des chocs et sans adaptation
à la suppression des ajustements
par l’inflation et la dévaluation –
ce qui a entraîné une divergence entre
les économies au détriment des pays
du Sud ; l’exportation par les États-Unis
de leur crise financière à l’euro en 2009 ;
la vague incontrôlée des migrants à partir
de 2015. Tout ceci a déchaîné la colère
des peuples qui déferle depuis le Brexit.
Pour l’heure, l’Europe et ses États
membres restent tétanisés, en raison
de divergences fondamentales qu’illustre
l’écartèlement du couple
franco-allemand. Divergence
sur le renforcement de la zone euro
où les avancées prudentes autour
d’un modeste budget d’investissement
et de la transformation du mécanisme de
stabilité en fonds monétaire européenne
masquent un affrontement frontal autour
de la succession de Mario Draghi
à la tête de la BCE. Divergence autour
de la riposte aux sanctions commerciales
américaines, limitées à 2,8 milliards
d’euros sur 6,4 milliards d’impact
sur les exportations européennes.
Divergence sur la taxation des GAFAM.
Divergence autour des sanctions
appliquées à la Russie à la suite
de l’annexion de la Crimée et de son
intervention en Ukraine. Divergence
sur la relocalisation des migrants
et la réforme du règlement de Dublin.
Divergence sur la création d’un conseil
de sécurité ou d’une force d’intervention
européens destinés à rester virtuels dès
lors que le programme de la coalition
allemande limite à 2 milliards d’euros
en quatre ans le réinvestissement dans
la défense. Divergence dans la méthode
où la mécanique de choc et de vitesse
voulue par Emmanuel Macron,
désormais totalement isolé en Europe,
se heurte au culte de la stabilité
et du consensus d’Angela Merkel.
Il ne sert à rien de condamner
le populisme, en attisant la colère
des citoyens avec les leçons de vertu
des élites ; il faut traiter ses causes.
En réhabilitant les nations et les États
face à la tyrannie des communautés
et des minorités. En rappelant que
la sécurité demeure la condition
première de la liberté. En soulignant
que la libre circulation suppose le
contrôle strict des frontières extérieures.
Les priorités sont connues. Simplifier
et renforcer l’efficacité des institutions
européennes et les incarner dans
un leadership fort au lieu de multiplier
les postes et les incapables. Affirmer
la souveraineté de l’Europe face
aux géants du XXIe siècle, sur le plan
commercial, technologique et fiscal
mais aussi au plan monétaire en faisant
de l’euro une monnaie internationale
à part entière.
La prochaine élection européenne
sera un référendum sur l’Union.
Ce référendum se jouera autour
de l’immigration et des réfugiés.
Il sera perdu si une nouvelle donne
n’est pas mise en place autour d’une
convergence du droit de l’immigration
et de l’asile mais aussi
de la reconnaissance du principe
du volontariat pour l’accueil des réfugiés,
de la reprise du contrôle des frontières
extérieures – ce qui passe par la mise
en place d’un dispositif coordonné
de surveillance de la Méditerranée –,
d’une aide massive au développement
de l’Afrique conditionnée
à la réadmission des expulsés.
Il ne suffit pas d’affirmer que l’Europe
doit reprendre en main son destin,
il faut d’urgence passer aux actes.
VOX
Le colloque Conversations Tocqueville
Des participants au colloque
« Conversations Tocqueville »
organisé par la Fondation Tocqueville,
« Le Figaro » et le think-tank américain
de l’American Council, sous la direction
de Laure Mandeville (à gauche).
Groupe Figaro
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président
Charles Edelstenne
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
■ CONVERSATIONS À quelques jours,
et à quelques lieues, de l’anniversaire
du débarquement de Normandie, dans
le château où Alexis de Tocqueville
écrivit L’Ancien Régime et la Révolution,
150 intellectuels, journalistes, hommes
politiques et diplomates se sont réunis
pour méditer sur les fractures pesant
sur les démocraties libérales, lors d’un
colloque organisé par la Fondation
Tocqueville, Le Figaro et le think-tank
américain de l’American Council, sous
la direction de Laure Mandeville. Dans
un vert et brumeux Cotentin où paissaient tranquillement les vaches normandes, les questions les plus tragiques
qui ont ébranlé l’Occident ces dernières années - Brexit, élection de Trump,
attentats islamistes, mondialisation
malheureuse - furent évoquées, sans
céder ni à la langue aseptisée du politiquement correct ni à la verve polémiste
des démagogues.
Quatre grandes fractures déchirant la
démocratie occidentale ont été débattues autour de stimulantes tables rondes. D’abord, la fracture politique, qui
ne cesse de se creuser entre les tenants
d’une démocratie libérale fondée sur
les droits de l’homme et le respect des
libertés individuelles, et la montée de
« populismes » qui cherchent à refonder cette démocratie sur la souveraineté populaire et l’identité. Le philosophe
Pierre Manent et l’ancien ministre Hubert Védrine en débattirent dans un
duel ciselé de haute altitude. Autre
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Ce week-end
se tenaient en Normandie
les « Conversations
Tocqueville » organisées
en partenariat
avec « Le Figaro » :
150 intellectuels, diplomates
et journalistes ont débattu
des périls pesant sur les
démocraties occidentales.
fracture : celle, économique, qui sépare
les gagnants et les perdants de la mondialisation, et la nouvelle lutte des classes que le journaliste britannique David
Goodhart expliqua comme un affrontement entre les « nowhere » (ceux qui
sont de nulle part) et les « somewhere »
(ceux qui sont de quelque part). François-Xavier Bellamy, auteur des Déshérités, dans une intervention très remarquée insista sur l’aspect existentiel de la
détresse des peuples occidentaux, qui
ne saurait se résoudre par le simple retour de la croissance économique.
Fracture culturelle, ensuite. Entre des
peuples européens qui assument de
moins en moins leur héritage et leurs
mœurs et un islam radical conquérant
qui utilise parfois le cheval de Troie des
droits de l’homme pour faire valoir sa
légitimité. Le sociologue québécois Mathieu Bock-Côté faisait valoir les droits
des sociétés occidentales à la continuité
historique, tandis que l’essayiste Malika
Sorel rappelait l’aspect profondément
affectif et personnel que revêtait une intégration réussie. L’essayiste américain
Shadi Hamid plaidait pour le multiculturalisme et insistait sur la nécessité pour
la démocratie libérale de respecter ses
prémisses, quitte à accepter en son sein
l’expression de valeurs contraires.
Fracture numérique, enfin, avec le péril que fait courir au débat démocratique la révolution numérique introduite
par les Gafa. Les « fake news » sont-elles un prétexte trouvé par les élites
pour se défausser de leurs responsabilités ou bien un véritable danger, notamment sur les élections ? La collecte
de données en masse nous conduira-t-elle à une nouvelle dictature numérique ? Le directeur du Figaro,
Alexis Brézet, en a débattu avec no-
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
tamment le responsable du think-tank
de Google Jigsaw, Scott Carpenter.
À ces quatre fractures, on pourrait ajouter une cinquième, la fracture géopolitique, qui divise l’Occident dans une
nouvelle guerre froide entre une Amérique isolée et une Russie nostalgique de
sa puissance d’antan. Le directeur du
renseignement américain Dan Coats offrit un regard atlantiste sur ces nouvelles menaces venues de l’Est. L’islamologue Gilles Kepel mit en perspective les
conflits traversant le monde arabe tandis que l’ambassadeur Claude Martin et
le professeur Hongtu Li décentrèrent le
débat vers la Chine, première puissance
mondiale en devenir.
Véritable événement intellectuel tant
pour la densité des débats que par leur
grande qualité, ces rencontres Tocqueville ont montré qu’il existe une réponse, réaliste, libérale et raisonnable aux
périls qui guettent nos démocraties. Il
est à la mode de dire que les élites sont
complètement déconnectées, qu’elles
vaquent, d’aéroports en universités,
hermétiques aux inquiétudes des peuples. Ce n’était pas le cas des participants, qui dans l’esprit même de l’ancien propriétaire des lieux, surent
cultiver la curiosité pour le présent, le
respect du passé, une lucidité sans cynisme et un goût pour la vérité.
Sans céder à de vains clivages entre
« ouverts et fermés », à de douteuses
références aux heures sombres de
l’histoire ou à d’infamants anathèmes
pour disqualifier l’adversaire, les participants à ces deux journées de débats
avaient décidé de prendre au sérieux
les exigences démocratiques que sont
le pluralisme et l’exercice de la raison.
La démocratie libérale est sans doute le
pire des régimes à l’exception de tous
les autres. Elle a ses faiblesses, dans
lesquelles s’engouffrent ses ennemis :
elle prône la tolérance, jusqu’à tolérer
la barbarie, la transparence jusqu’à la
perte du privé, la liberté jusqu’à l’effacement des frontières, l’individualisme
au détriment de l’identité collective.
Elle est fragile, mais aussi précieuse,
car, comme l’a rappelé Vincent Trémolet dans un discours conclusif, elle
permet justement cette merveille
qu’est la conversation civique.
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
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Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
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direction.redaction@lefigaro.fr
… GRAND ENTRETIEN
« Sur le “nouvel
antisémitisme”,
les éminences du radical
chic se livrent au noyage
de poisson habituel
assorti d’imprécations
à l’endroit
de leurs adversaires »,
par Élisabeth Lévy,
directrice du mensuel
« Causeur »
… HISTOIRE
« La France n’a pas
inventé la révolution,
mais la France est le pays
des révolutions,
d’Étienne Marcel
aux barricades de Mai 68,
de la Fronde
aux Trois Glorieuses
de 1830, de la Commune
de Paris au 6 février 1934 »,
par Gaël Nofri, auteur
d’« Une histoire
des révolutions
en France »
(Éditions du Cerf)
EUGÉNIE BASTIÉ
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
10 pages
Cahier 3 Le Figaro
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A
CHRONIQUE
LUCAS BARIOULET/LE FIGARO
19
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B O U T I Q U E E N LI G N E D I O R .C O M
LA NOUVELLE EAU DE PARFUM
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lundi 11 juin 2018 LE FIGARO - N° 22 963 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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ATTRACTIVITÉ
BUZZ MÉDIA
SELON LE BAROMÈTRE EY,
LES INVESTISSEURS PRÉFÈRENT
PARIS À LONDRES PAGE 24
TAKIS CANDILIS (FRANCE
TÉLÉVISIONS) : « RÉFLÉCHIR
D’ABORD AUX CONTENUS » PAGE 30
ADECCO, S. SORIANO/LE FIGARO, JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Muriel
Pénicaud
défend sa
nouvelle loi
pour l’emploi
Dans un entretien au « Figaro »,
la ministre du Travail détaille
les enjeux d’un texte élaboré
après de vives discussions avec
les partenaires sociaux. PAGES 22 ET 23
Bras de fer et menace de grève chez Air France
À peine arrivée à la tête d’Air
France-KLM, en attendant la nomination d’un nouveau PDG, Anne-Marie Couderc découvre les
rudiments du dialogue social chez
Air France. Vendredi soir, l’intersyndicale, formée par une dizaine
d’organisations représentant toutes les professions, a annoncé un
nouvel appel à la grève du 23 au
26 juin inclus. Selon ces syndicats,
le résultat du référendum du
4 mai, contre, à 55,44 %, la proposition de la direction et qui a
BLOC-NOTES
Mille milliards
de dollars !
PAR JACQUES-OLIVIER MARTIN
PAGE 26
LIBRES
ÉCHANGES
Le quinquennat
Macron est mis
à mal par
le désalignement
des planètes
PAR JEAN-PIERRE ROBIN
PAGE 26
LIVRES & IDÉES
Dans les pas
de saint François
Xavier pour saisir
la Chine de Xi
PAR FABRICE NODÉ-LANGLOIS
PAGE 26
rection. « Il pourra être levé ou
renforcé en fonction des annonces à
venir », indique le tract.
Jusqu’à présent, l’intersyndicale
réclamait 5,1 % d’augmentation
générale des salaires pour tous.
Selon Libération, la direction d’Air
France aurait mis sur la table une
hausse de 3,65 % d’ici à 2019 que
les syndicats auraient refusée. Il
est probable que direction et syndicats peineront à s’accorder malgré le risque commercial d’un
nouveau débrayage à la veille des
vacances d’été. D’autant qu’au fil
des mois, l’environnement économique s’assombrit. Le prix du
kérosène est reparti à la hausse et
les recettes restent basses.
Impuissante devant ces grèves qui
ont déjà coûté 400 millions
d’euros à la compagnie, l’association Tous Air France, créée par
des salariés, vient de lancer une
pétition « Stop grève Air France ». Mais les syndicats restent
sourds à cette initiative.
Coup chaud sur le gaz. Dans sa recommandation annuelle, qui sera
rendue publique ce lundi 11 juin et
dont Le Figaro a eu connaissance, la
commission de régulation de l’énergie (CRE) préconise une hausse de
6,5 % TTC du tarif réglementé du gaz
naturel à compter du 1er juillet. À titre de comparaison, l’autorité administrative indépendante avait proposé l’an dernier une baisse de 4,3 %
de ce tarif. Pour un consommateur
moyen se chauffant au gaz, cette
hausse se traduirait par un surcoût
de 80 euros sur sa facture annuelle.
Le gendarme français de l’énergie
justifie « cette hausse importante »
par l’augmentation cumulée des
« principaux postes de coûts d’utilisation des infrastructures (transports, stockage, distribution) supportés par Engie (fournisseur
référent du tarif réglementé) », des
coûts d’approvisionnement en gaz
naturel avec « la hausse des prix
constatée sur les marchés » et des
coûts de commercialisation du gaz.
Ces derniers grimpent au fur et à
mesure de la baisse du nombre de
clients soumis au tarif réglementé et
de ses volumes de vente. À moins
de 4 millions cette année, leur nombre devrait passer sous la barre des
3 millions l’an prochain. Et la CRE anticipe une baisse des volumes de
vente au tarif réglementé de 24 %
entre 2017 et 2018 après déjà une
érosion de 14,6 % ces douze derniers
mois…
Cet avis de la CRE, transmis officiellement ce matin au gouvernement,
doit encore faire l’objet d’un arrêté
ministériel avant d’entrer en vigueur
au 1er juillet. L’exécutif pourrait être
tenté de contenir cette hausse mais
ce n’est pas, a priori, l’option choisie
à ce jour. « Cela ne servirait pas à
grand-chose… Cette hausse était
prévisible après quatre années de
tarifs particulièrement bas », assurent plusieurs sources gouvernementales, anticipant de toute façon
une suppression rapide du tarif réglementé du gaz. En juillet 2017, le
Conseil d’État avait en effet jugé
que cette tarification est contraire
au droit européen.
DELPHINE DENUIT
VALÉRIE COLLET
L'HISTOIRE
Une étudiante de 20 ans, bras droit du
patron d’Adecco France pendant 1 mois
C’
est par simple curiosité
que Sarah Palak (photo) s’est
lancée dans l’aventure « CEO
For One Month », cette
opération du géant Adecco
qui permet à un étudiant de devenir,
dans chaque pays du monde,
le « bras droit » du patron du groupe
pendant un mois. La Lilloise de 20 ans,
en 3e année à l’Edhec, s’est ainsi distinguée
dans l’Hexagone parmi… 9 100 candidats.
Dix dirigeants de grands groupes
se sont associés à cette 5e édition - dont
Antoine Frérot (Veolia) et
Jean-Philippe Puig
(Avril) - et ont
participé au jury final.
Plus jeune lauréate
depuis le lancement
de cette initiative,
Sarah Palak
accompagnera
donc Christophe
Catoir (photo),
président
France de The
Adecco
Group, dès
ce lundi dans ses différentes réunions
stratégiques et déplacements. Mieux,
elle aura un avis consultatif !
« Je commence par la pratique avant
la théorie », ironise la jeune femme qui,
après une spécialisation marketing, entamera
en septembre une 4e année en ressources
humaines. De son côté, Christophe Catoir
attend d’elle « un échange transparent,
un regard bienveillant mais sans concession
et une sincérité de tous les instants ».
Le challenge n’est pas fini pour Sarah, puisque
Adecco duplique cette opération dans 46 pays
et que l’un des 47 lauréats
nationaux sera ensuite retenu
pour être le « CEO For One
Month » d’Alain Dehaze,
le patron monde. Et il y a deux
ans, c’est Camille Clément,
la petite « Frenchy », qui
avait eu le privilège
de partager pendant
un mois le quotidien
du big boss
de The Adecco
Group… ■
CORINNE
CAILLAUD
Trouver en quelques jours un dirigeant
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Management de transition depuis 2001
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
entraîné le départ du PDG JeanMarc Janaillac, n’a pas été entendu. Leur « patience » est à bout,
expliquent-ils dans un tract. Un
message adressé à la présidente
par intérim qui venait justement
de leur annoncer qu’« un ensemble
de mesures et d’actions concrètes »
serait détaillé jeudi 14 juin « pour
répondre au malaise des salariés ».
Le préavis de grève est donc destiné à faire grimper la jauge des
augmentations que pourrait éventuellement proposer jeudi la di-
LE PRIX DU GAZ
POURRAIT
AUGMENTER
DE PLUS DE 6 %
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lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Les députés s’attaquent à la nouvelle loi tra
L’adoption de ce texte réformant la formation professionnelle, l’apprentissage et l’assurance-chômage est
SOCIAL Après plusieurs mois de
vives discussions avec les partenaires sociaux et les régions, le
projet de loi pour « la liberté de
choisir son avenir professionnel »
arrive, ce lundi, à l’Assemblée nationale réunie en séance plénière.
Si les débats s’annoncent un peu
plus mouvementés qu’en commission des affaires sociales il y a
une dizaine de jours, les députés
ont bon espoir de boucler le dossier avant la fin de la semaine en
vue d’un vote mardi 19 juin. Le
texte sera alors transmis au Sénat
avec l’objectif de procéder au vote
final avant la fin de l’été. Le calendrier est serré car les équipes du
ministère du Travail doivent ensuite s’attaquer à sa mise en
œuvre, qui s’annonce particulièrement fastidieuse.
Avec cette loi qui réforme la formation professionnelle, l’apprentissage et l’assurance-chômage, le
gouvernement veut sécuriser davantage les parcours professionnels des individus après avoir
conféré plus de souplesse aux entreprises avec les ordonnances ré-
formant le Code du travail, en vigueur depuis l’automne.
L’enjeu est important pour le président Emmanuel Macron, accusé
par certains de négliger le volet social de son programme en plein débat sur la refonte des aides sociales.
Dimanche, la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a
d’ailleurs réaffirmé, dans une interview au Journal du dimanche, que le
gouvernement ne ferait pas d’économies « sur le dos des pauvres » et
indiqué aussi que « toutes les allocations peuvent être discutées ».
Muriel Pénicaud,
au ministère du Travail,
vendredi à Paris.
J. C. MARMARA/LE FIGARO
Quoi qu’il en soit, pour ce projet
de loi avenir professionnel, le
gouvernement sait pertinemment
qu’il peut compter sur sa solide
majorité même si certains souhai-
teraient aller plus loin. La preuve ? L’examen en commission des
affaires sociales a débouché sur
l’adoption de près de 300 amendements, dont 34 issus du gou-
Muriel Pénicaud : « Ce texte favorise
l’émancipation sociale par le travail »
formation devienne un droit réel.
Chaque salarié va pouvoir utiliser
une appli CPF et disposera d’un
montant pour choisir et payer directement la formation de son
choix. Par ailleurs, ce système sera
Muriel Pénicaud est ministre du
beaucoup plus juste en termes
Travail depuis un an. Sa loi Avenir
d’égalité des chances. Aujourd’hui,
professionnel est, après les ordonles salariés des grands groupes et
nances réformant le Code du trales cadres ont le plus accès aux forvail en 2017, la deuxième pierre de
mations qui, elles-mêmes, sont
la rénovation du modèle social
souvent les plus chères. Or, tous les
promise par le président Macron.
salariés en ont autant besoin. Le
taux de chômage des personnes
LE FIGARO. - Lors de l’examen
non qualifiées est de 18 % contre
du projet de loi en commission,
5 % chez les qualifiées. Il s’agit
les députés ont adopté
donc de rééquilibrer. Demain,
quelque 300 amendements
chaque actif disposera de 500 euros
sur les 1 400 déposés. Ont-ils
par an (maxi 5 000 euros) sur son
respecté l’équilibre général ou
CPF, voire 800 euros (maxi
dénaturé le texte que vous portez ?
8 000 euros) pour les personnes les
Muriel PÉNICAUD.- Il n’y a aucun
moins qualifiées. Avec
doute, la philosophie
la possibilité de bénéfidu texte est respectée.
Avec les ordonnances,
Je confirme cier d’un conseil en
évolution professionnous avons permis la
que nous
nel gratuit. C’est une
décentralisation
du
ferons le
réelle avancée sociale.
dialogue social. Cette
loi « Pour la liberté de
bonus-malus
Quels amendements
choisir son avenir
si la
ont amélioré
professionnel » favonégociation
votre texte ?
rise
l’émancipation
sociale de nos conciIl y a un amendement
de branches
toyens par le travail et
en particulier qui est
n’aboutit
l’acquisition de compassé inaperçu mais qui
pas
pétences. Dans un
est clé dans le contexte
monde en pleine mude transformation des
MURIEL PÉNICAUD
tation avec un marché
métiers. C’est le dispodu travail qui évolue extrêmesitif « Pro-A » qui permet aux salament vite, chacun doit pouvoir
riés une reconversion ou une prochoisir de se former, être acteur
motion par l’alternance. L’idée est
de sa vie professionnelle et non
d’offrir la possibilité aux salariés de
plus la subir. La compétence est la
se former en alternance tout en
meilleure des protections. Ce
restant dans leur entreprise. Une
gouvernement est profondément
formule gagnant-gagnant car le
convaincu que l’émancipation
salarié conserve son CDI et l’enpasse par le travail. Sans travail, il
treprise peut anticiper ses besoins
n’y a pas de production de richesd’évolution ou de reconversion
ses et pas de système de solidarité
des métiers en interne. C’est une
solide. Du point de vue sociétal, le
mesure fondamentale à l’heure où
travail est la condition de l’autola bataille des compétences est ennomie, il constitue un lieu de lien
gagée au niveau mondial.
social et développe la fierté individuelle et collective.
Les députés de la majorité
veulent créer un crédit d’impôt
formation pour les individus.
Sur le volet formation, votre
Y êtes-vous favorable ?
réforme du compte personnel
C’est une piste que l’on ne pourde formation (CPF) suscite
suivra pas car la France a fait un
beaucoup de craintes. En quoi
autre choix, celui de la mutualisava-t-elle changer la donne ?
tion et de la solidarité collective
C’est un changement majeur et je
pour financer un système de forcomprends que ça bouscule les
mation qui soit juste et accessible à
systèmes. Avec cette réforme, le
tous. Le crédit d’impôt ne bénéfiCPF va être alimenté en euros et
cierait qu’à la minorité de la ponon plus en heures. C’est une mepulation qui paye l’impôt sur le
sure plus populaire et donc susceprevenu, alors que le CPF en euros
tible d’intéresser davantage les
bénéficiera à tous.
personnes, pour que le droit à la
PROPOS RECUEILLIS PAR
MARC LANDRÉ £@marclandre
ET MANON MALHÈRE
£@ManonMalhere
«
A
»
Les régions ne digèrent pas
que le pilotage de l’apprentissage
ait été confié aux branches
professionnelles. Craignez-vous
qu’elles se désengagent
et provoquent un effondrement
des entrées dans les centres
de formation des apprentis
(CFA) ?
Le pilotage n’est pas confié aux
branches, mais aux entreprises et
aux CFA, c’est-à-dire à ceux qui
font. Nous avons proposé aux régions de mettre en œuvre ensemble le plan d’investissement compétences (PIC) dans lequel le
gouvernement investit 15 milliards d’euros pour former en
cinq ans deux millions de personnes éloignées du marché du travail. Sur la réforme, le sujet est de
faire décoller l’apprentissage qui
est une voie d’excellence et de
passion et donc de déverrouiller
un système qui ne fonctionne pas
bien. Dans ce nouveau système,
les régions conservent pleinement leurs compétences d’investissement, auront un rôle élargi
en matière d’orientation et une
dotation pour l’aménagement du
territoire, notamment en zones
rurales. Il y a un très petit nombre
de régions qui menacent de se
désengager mais je suis confiante,
ces régions ne passeront pas à
l’acte. Personne ne comprendrait
qu’elles pénalisent les jeunes et
les entreprises, alors qu’elles disposent du financement pour l’apprentissage. Et l’opinion publique
jugera.
D’aucuns disent que l’éducation
nationale ne joue pas le jeu
sur l’orientation des jeunes.
Or, c’est clé pour promouvoir
l’apprentissage…
Cela va changer avec cette loi. Ce
ne sont pas des paroles mais des
actes. Le ministre de l’Éducation
nationale, Jean-Michel Blanquer,
a annoncé que 54 heures seront
dédiées à chaque élève de seconde, chaque année, pour découvrir
les métiers avec le concours des
régions. Cela sera élargi progressivement aux autres classes. Par
ailleurs, chacun des 1 200 lycées
professionnels pourra ouvrir une
unité de formation en apprentissage et nous allons multiplier les
plateaux techniques communs
ainsi que les passerelles entre les
deux cursus. Ce qui va encourager les jeunes à s’orienter vers
l’apprentissage.
Dans un monde
en pleine mutation,
chacun doit
pouvoir choisir
de se former, être
acteur de sa vie
professionnelle et
non plus la subir
MURIEL PÉNICAUD
»
Quels amendements
allez-vous proposer pour
apporter des protections
aux travailleurs
économiquement dépendants
suite à vos discussions
avec les plateformes type Uber ?
L’idée générale est d’apporter aux
personnes qui travaillent pour les
plateformes de nouvelles protections tout en garantissant le développement de ce nouveau modèle
économique d’indépendants. Un
amendement déposé par le député
Aurélien Taché prévoit que les
plateformes contribueront au
compte personnel de formation
(CPF) de ces travailleurs s’ils gagnent chaque mois l’équivalent
d’au moins un demi-smic. Le
montant sera précisé par décret.
L’objectif est d’éviter de créer des
trappes à bas salaires. Cet amendement prévoit aussi de sécuriser
les plateformes pour leur permettre de développer leur activité,
qui crée de l’emploi et des services pour les personnes, en leur
proposant de formaliser dans une
charte, qui pourra être homologuée par l’État, la relation avec les
travailleurs.
Sur les contrats courts, aucune
branche n’a lancé de négociation
pour en limiter le recours
excessif et éviter votre système
de bonus-malus sur les cotisations
patronales à l’assurancechômage. Et beaucoup doutent
de votre capacité à aller
jusqu’au bout…
Notre but est de lutter contre la
précarité excessive. Ceux qui doutent n’ont pas compris que ce
gouvernement entend respecter
les engagements de campagne du
président de la République. Je
confirme que nous ferons le bonus-malus si la négociation de
branches n’aboutit pas, d’autant
plus après les ordonnances travail
qui permettent aux entreprises
plus d’agilité interne à travers le
dialogue social, notamment sur le
temps de travail.
Toutes les branches doivent-elles
proposer des solutions
ou seulement les plus exposées ?
Toutes les branches sont visées.
Mais si les plus concernées par le
recours excessif aux contrats
courts trouvent des solutions,
nous en tiendrons compte.
Les députés ont décidé,
dans un amendement,
que le bonus-malus devrait
viser les entreprises utilisatrices
de contrats courts et non pas
le secteur de l’intérim.
Y êtes-vous favorable ?
Il s’agit d’imputer l’intérim aux
entreprises utilisatrices et je suis
favorable à cet amendement. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 11 juin 2018
L'ÉVÉNEMENT
Carole Grandjean, une jeune
députée pleine d’avenir
3
dre la création d’un crédit d’impôt
sur le revenu pour les individus qui
investiraient dans leur formation.
Et ce, même si le gouvernement
reste opposé. « Muriel Pénicaud
n’est pas décideur là-dessus », a
lancé Sylvain Maillard.
Débats agités
Quant à l’opposition, de gauche
comme de droite, elle ne manquera
pas de se faire entendre sur les aspects sensibles. Les discussions risquent de se cristalliser sur la refonte de l’apprentissage, qui dépouille
les régions de leurs prérogatives
pour les confier au monde professionnel et, plus spécifiquement,
aux entreprises. Ou encore sur le
renforcement des droits des individus à se former avec la réforme
du compte personnel de formation
(CPF) dont bénéficient tous les actifs. Il ne sera plus alimenté en
heures mais en euros. Une mesure
rejetée par l’opposition mais aussi
par les syndicats et le patronat.
« Cette transformation risque de
modifier profondément la perception
des salariés vis-à-vis de leur compte
formation. Attention à ne pas faire
croire que chacun peut monétiser
ses droits à tout moment », avertit
le Medef dans un communiqué.
Les débats s’annoncent également agités sur l’épineuse réforme
de l’assurance-chômage, qui prévoit
d’ouvrir
l’indemnisation
aux démissionnaires et aux
indépendants
sous de strictes
conditions. « Il y
aura des débats
sur une question
de fond, celle de
l’universalisation
de l’assurancechômage pour
protéger les individus quel que
soit leur statut »,
est bien conscient
le
rapporteur
LaREM, Aurélien Taché.
Et pour cause.
L’exécutif a décidé de remplacer les
cotisations salariales versées à
l’Unedic par la CSG. Autrement dit,
par un prélèvement obligatoire. En
outre, il donne davantage la main à
l’État dans la gouvernance du système géré par les partenaires sociaux. « On évolue d’un système assurantiel vers un système de
solidarité alors que Gérald Darmanin
dit qu’il y en a trop. À terme, n’y a-til pas un risque que l’État impose une
somme fixe et encadrée pour tout le
monde ? », s’interroge Gérard
Cherpion, député Les Républicains.
Tout comme les députés de la gauche qui craignent que l’État diminue les droits à l’assurance-chômage pour assainir les dépenses
publiques. ■
M. M.
Bio
EXPRESS
2005
Master 2 en RH à Lille
2007
Gestionnaire carrière
et recrutement
chez Caisse d’épargne
à Metz
2013
Consultante senior
au sein du cabinet
Spring à Nancy
2015
Responsable RH
chez Elior à Nancy
pour la région Nord Est
2017
Députée LaREM
de la 1re circonscription
de Meurthe-et-Moselle
Ce n’est pas la plus médiatique des
députés de la commission des affaires sociales, mais Carole Grandjean n’en est pas moins l’une des
plus prometteuses. « Elle a beaucoup de talent et ira loin », jure
d’ailleurs Myriam El Khomri, l’exministre du Travail de François
Hollande, qui lui a donné des
conseils après son élection en juin
à l’Assemblée. Cette ancienne responsable RH du groupe Elior de
35 ans, maman de deux enfants de
3 et 6 ans – et aussi par substitution des deux ados de son mari –
est responsable pour le groupe
LaREM, aux côtés de la rapporteuse MoDem, du titre III de la loi avenir professionnel, le plus consensuel, consacré au travail détaché, à
l’égalité femme-homme, au handicap et à la gestion de la suspension des contrats dans la fonction
publique.
À ce titre, cette « fille de l’Est »,
comme elle le dit elle-même, a porté et fait adopter un amendement
interdisant à des entreprises
frontalières, installées par
exemple en Belgique, au
Luxembourg ou en Suisse, de
faire travailler en France
sous statut de travailleur
détaché des personnes…
françaises. Une pratique qui
concernerait
« plusieurs milliers de personnes » selon son
estimation. « Jusqu’à présent, la
définition du salarié détaché ne
comportait aucune condition clairement formulée
de travail habituel
du salarié sur le
territoire
d’un
autre État que la
France, qui est
l’État sur le territoire duquel il est censé
LES CONTRATS
COURTS EN CHIFFRES
SOURCE : UNEDIC
80 %
des recrutements
sont des CDD d’un mois
ou moins
84 %
des CDD d’un mois
ou moins sont
des réembauches
par un ancien employeur
76 %
des salariés
sont titulaires d’un CDI
aujourd’hui, le gouvernement entretient le flou. Il se garde toute latitude pour évaluer les solutions
qui seront proposées par les branches et décider de passer à l’acte.
Au final, « ce sera une décision très
politique », estime une source proche du dossier. Comprendre, c’est
Emmanuel Macron et lui seul qui
décidera s’il y aura ou pas un bonus-malus sur les cotisations chômage des entreprises.
Intérim exempté
Bref, la prudence est de mise. « On
travaille juste sur des scénarios »,
explique-t-on du côté de l’industrie. La Fédération des entreprises
de propreté (FEP) a prévu une réunion le 26 juin et voudrait jouer sur
les compléments d’heures pour
permettre aux salariés en CDI de
travailler davantage moyennant
une rémunération majorée. Du
côté de l’intérim, « on est prêt à
toutes les hypothèses et on s’adaptera », indique Alain Roumilhac,
président de ManpowerGroup
France et membre du conseil
d’administration de Prism’emploi.
Certes, le secteur pourrait
échapper au bonus-malus. Selon
un amendement adopté en commission, ce sont les entreprises
utilisatrices de contrats courts qui
seront taxées et non le secteur de
l’intérim. Mais ce dernier risque,
toutefois, d’être impacté par effet
collatéral. Des pistes sont donc
envisagées et visent la hausse du
nombre de CDI intérimaires et le
rallongement de la durée des missions des travailleurs en intérim. II
reste maintenant à négocier. ■
M . M.
Européenne convaincue - elle siège aussi dans la très demandée et
sélective commission des affaires
européennes - et soutien d’Emmanuel Macron de la première
heure, Carole Grandjean a été
chargée d’une mission sur la définition d’un socle européen des
droits sociaux qui vise à créer un
« tronc commun de droits minimums » dans l’Union autour de la
conciliation des vies professionnelle et personnelle, de l’égalité
femme-homme et de la protection
sociale… Un serpent de mer depuis
plus de vingt ans en Europe,
aujourd’hui porté par Muriel
Pénicaud, la ministre du Travail,
et par l’eurodéputée du PPE (droite) Élisabeth Morin-Chartier, que
cette passionnée de tennis et de
randonnée voudrait étendre aux
travailleurs des plateformes numériques (Uber, Deliveroo…) pour
leur prévoir des droits à la formation, à la protection sociale…
« Ce dossier fondamental donne
un sens positif à l’Union européenne », assure Carole Grandjean, qui
fait enfin partie de la vingtaine de
députés qui ont été enrôlés dans
l’aventure CAP 2022 de redéfinition
des missions de la sphère publique,
et ce en vue de réaliser pas moins
de 100 milliards d’euros d’économies de dépenses publiques sur le
quinquennat. Son credo ? Toujours
le même : l’attractivité des métiers,
les ressources humaines et la
conduite du changement. ■ M. L.
J’ai porté un amendement qui
répond à un cas de fraude de la
directive sur le travail détaché et qui
touche plusieurs milliers de salariés
CAROLE GRANDJEAN
1. Vers une nouvelle société
de compétences
2. Une indemnisation
du chômage plus universelle
et plus juste
3. Dispositions relatives
à l’emploi (handicap,
travail détaché,
égalité femmes-hommes…)
Membre de CAP 2022
«
Contrats courts : les
branches ne négocient pas
La pression monte sur le patronat
qui est sommé de négocier d’ici à la
fin de l’année avec les organisations syndicales, au niveau branches professionnelles, un dispositif
efficace pour lutter contre le recours excessif aux contrats courts.
Faute de quoi, le gouvernement
leur imposera un bonus-malus sur
les cotisations versées à l’assurance-chômage. C’est en tout cas le
plan – quelque peu bancal - prévu
dans le projet de loi « sur la liberté
de choisir son avenir professionnel » examiné à l’Assemblée à partir de ce lundi. Un plan suffisant
pour faire pression sur le patronat
farouchement opposé au bonusmalus ? À ce stade, aucune négociation n’a débuté dans les branches. « Tout le monde attend la fin
des débats parlementaires et
l’adoption de la loi », se défend une
source patronale. Et les spéculations vont bon train.
Naturellement, les organisations
patronales ne vont pas dévoiler
leurs cartes sans connaître toutes
les règles du jeu. Mais encore fautil qu’elles envisagent bel et bien de
négocier… Or si certaines prennent
la menace du bonus-malus gouvernemental au sérieux, d’autres y
croient moins. Voire pas du tout.
Certains proches du dossier sont en
outre persuadés que si les secteurs
les plus exposés (intérim, hôtellerie-restauration
ou
encore
médico-social) jouent le jeu, l’affaire sera réglée sans bonus-malus.
Tous se rappellent qu’Emmanuel Macron avait promis lors de
sa campagne de mettre sur pied un
bonus-malus avant de laisser une
dernière chance au patronat. Et,
être détaché à titre temporaire, indique la députée de la première circonscription de Meurthe-et-Moselle. De ce fait, certains employeurs
établis à l’étranger ont pu développer
des schémas de détachement abusifs,
voire frauduleux, en détachant leurs
salariés sans que ceux-ci n’exercent
jamais aucun travail pour leur compte dans ce pays d’établissement. »
»
PLATEFORMES
WEB : PLUS
DE GARANTIES
ALEXANDRE MARCHI/PHOTOPQR/L’EST REPUBLICAIN/MAXPP
vernement. Ils visent surtout à
améliorer la réforme et ne remettent pas en cause la philosophie
générale du texte. « On essaie de
se battre contre les lois bavardes
faites pour les spécialistes du Palais
Bourbon », a lancé Sylvain Maillard, député LaREM et porte-parole du groupe du volet formation
du projet de loi, devant l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis), la semaine
dernière.
Lors de cet examen en séance
plénière, les députés LaREM ont
toutefois bien l’intention de défen-
titres
dans le projet de loi
« pour la liberté de choisir
son avenir professionnel »
prévue avant la fin de l’été.
Déposé par le député
LaREM Aurélien Taché,
un amendement
prévoit d’apporter
des protections
aux travailleurs
indépendants
des plateformes Web,
tels Uber ou Deliveroo,
et d’encadrer leur
relation dans une charte.
L’objectif est de
garantir des droits
à des travailleurs
considérés comme
« économiquement
dépendants »
tout en sécurisant
les plateformes face au
risque de requalification
des contrats en salariat.
Il est aussi prévu
qu’elles contribuent
au compte personnel
de formation (CPF)
de ces indépendants.
communiqué
Lancement du Fonds Transatlantique
géré par Desjardins Capital et Siparex
Doté d’une enveloppe de 75 millions d’euros et géré conjointement par Desjardins Capital
et Siparex, le Fonds Transatlantique se destine à financer le développement
des entreprises françaises et québécoises sur les continents européen et nord-américain.
F
aite à l’occasion de la visite au
Canada d’Emmanuel Macron,
l’annonce du closing du Fonds
Transatlantique prolonge le partenariat formalisé en septembre
dernier entre Desjardins Capital,
Exportation et Développement
Canada, Bpifrance et Siparex. Le
Fonds Transatlantique accompagnera, via des co-investissements,
La stratégie de co-investissement du Fonds Transatlantique
s’appuie sur une équipe biculturelle composée de professionnels
confirmés et installés dans le pays
partenaire. Ainsi, une ressource
dédiée de Siparex est d’ores et
déjà localisée au Québec, alors
qu’une équipe de Desjardins Capital sera bientôt basée en France.
La création du Fonds Transatlantique intervient dans un contexte
économique favorisé par la mise en application provisoire de
l’Accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada.
les PME françaises et québécoises
dans leur croissance. « Desjardins
est fier d’appuyer l’internationalisation des PME du Québec, a
précisé Guy Cormier, président et
chef de la direction du Mouvement
Desjardins. Notre nouveau fonds a
été créé pour aider nos entreprises
en Europe, dans un marché estimé
à plus d’un demi-milliard de
consommateurs. »
Les PME accompagnées par le
Fonds Transatlantique profiteront
de la croissance internationale
et bénéficieront des écosystèmes
de part et d’autre de l’Atlantique.
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à la pérennité de plus de
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Au-delà de sa contribution
au maintien et à la création
de plus de 67 000 emplois,
cette composante du
Mouvement Desjardins
offre aux entrepreneurs
un accès à un large réseau
d’affaires.
A
vail et emploi
23
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
24
ÉCONOMIE
Attractivité : la France revient dans la course
Selon le baromètre annuel EY, les investisseurs internationaux placent désormais Paris devant Londres.
L'attractivité
de la France
progresse
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
NOMBRE DE PROJETS
D'INVESTISSEMENTS
ÉTRANGERS
FRANCE
2016
2017
779
1 019
ROYAUME-UNI
1 144
1 205
ALLEMAGNE
1 063
1 124
Source : E&Y
Infographie
POLITIQUE ÉCONOMIQUE
Le
charme Macron opère. L’attractivité de la France s’est fortement
redressée l’année dernière, selon
l’enquête annuelle du cabinet de
conseil EY, dévoilée ce lundi. En
2017, les investisseurs étrangers
ont annoncé 1019 projets d’implantation et d’extension en France, soit 31 % de plus que l’année
précédente. L’Hexagone revient
ainsi en force sur le podium européen, juste derrière le RoyaumeUni (1 205 projets) et l’Allemagne
(1 124 projets). Si on se concentre
sur les projets d’investissement
exclusivement américains, la
France dépasse même l’Allemagne : c’est dire le redressement
tricolore ! Paris décroche aussi
une médaille d’or très symbolique. Dans le classement des grandes métropoles européennes les
plus attractives, réalisé auprès de
plus de 200 dirigeants d’entreprise étrangères, la Ville Lumière
passe devant Londres, qui paie les
incertitudes liées au Brexit.
Le retour en grâce hexagonal
s’amorçait doucement depuis
2015. L’accélération de 2017 s’explique par la croissance européenne - en 2017, les projets d’investissement étrangers augmentent
de 10 % pour l’ensemble du Vieux
Continent - et plus spécifiquement par le discours d’ouverture
d’Emmanuel Macron et l’accélération des réformes.
Dans le classement des grandes métropoles européennes les plus attractives, Paris passe devant Londres, qui paie
les incertitudes liées au Brexit. FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
La France reprend ainsi du poil
de la bête sur le volet crucial des
centres de décision, un enjeu déterminant pour l’influence d’un
pays. En 2017, les entreprises
étrangères ont annoncé 59 projets
d’implantation de centres de décision sur le territoire hexagonal,
contre 16 en 2016. Ce rebond est
toutefois loin de rattraper dix années de vaches maigres. Sur la période 2008-2017, le RoyaumeUni a accueilli 708 sièges
d’entreprises à capitaux étran-
gers, contre… 226 à la France, soit
trois fois plus !
L’industrie confirme aussi sa
bonne santé et s’affirme même
comme l’un des principaux moteurs du regain d’attractivité. Le
secteur a ainsi attiré un tiers des
projets d’investissement en 2017,
grâce à ses atouts spécifiques :
« présence de filières et de grands
donneurs d’ordre, savoir-faire, infrastructures de transport », selon
EY. Les investisseurs restent toutefois prudents : sur les 323 pro-
jets annoncés, 86 % sont des extensions de site. Les créations
d’usine restent ainsi très minoritaires. Ce déséquilibre illustre un
phénomène général : les dirigeants d’entreprises étrangères
déjà présentes en France sont enthousiasmés par les réformes, les
autres plus sceptiques.
Poursuivre les réformes
Même si les investisseurs étrangers ont apprécié les ordonnances Pénicaud sur le Code du tra-
vail et les réformes fiscales
(suppression de l’ISF et instauration d’un prélèvement forfaitaire
unique à 30 % notamment), ils en
attendent davantage. 43 % des
dirigeants interrogés jugent ainsi
que la France devrait encore
améliorer sa compétitivité fiscale
(55 % en 2017) et 38 % demandent une poursuite de l’action de
réduction du coût du travail (+ 7
points en un an).
« Le coût du travail reste un très
gros sujet en France, appuie Marc
Lhermitte, associé EY responsable du baromètre annuel sur l’attractivité. De manière générale,
les handicaps historiques de la
France s’atténuent mais restent
bien dans le viseur des investisseurs. » Pour Christophe Lecourtier, le directeur général de Business France, le bras armé de
l’État sur l’export, le cœur des
difficultés françaises réside dans
le niveau très élevé de notre déficit commercial. « Tant qu’il ne
baissera pas, la fiscalité tricolore
restera une source d’inquiétudes
pour les investisseurs étrangers »,
plaide-t-il.
Ces hésitations se lisent dans la
modestie des projets d’implantation, qui restent au final très peu
créateurs d’emploi. En 2017, chaque investissement en France aura
contribué à créer environ 25 emplois, près de deux fois moins
qu’au Royaume-Uni. « Les créations d’emploi sont le point gris
foncé, voire noir, de cette année »,
reconnaît Marc Lhermitte. ■
Blocage de plusieurs dépôts de carburants par les agriculteurs
La FNSEA proteste contre l’importation d’huile de palme par le groupe Total pour sa bioraffinerie de la Mède.
300 000
tonnes
d’huile de palme
devraient
être importées
dans la raffinerie
de la Mède
ROLAND LASKINE £@RolandLaskine
ÉNERGIE Les agriculteurs veulent
frapper un grand coup. La FNSEA,
principal syndicat agricole, a annoncé dès le début de la semaine
dernière sa décision de bloquer plusieurs dépôts de carburants. Elle
compte ainsi manifester sa grogne
contre la décision du gouvernement d’autoriser le groupe Total à
importer quelque 300 000 tonnes
d’huile de palme pour produire des
biocarburants dans sa raffinerie de
la Mède (Bouches-du-Rhône).
Le syndicat agricole devait bloquer dès dimanche soir au moins
deux des quatre raffineries de pétrole de Total en France : Gonfreville-l’Orcher (Seine-Maritime),
Grandpuits
(Seine-et-Marne),
Donges (Loire-Atlantique) et Feyzin (Rhône). Neuf autres dépôts de
carburant sont également visés.
Choisir de bloquer les raffineries,
c’est pour la FNSEA le moyen de se
faire entendre par le gouvernement
pour dénoncer la mise en service,
dès cet été, de la bioraffinerie Total
de la Mède. Celle-ci utilisera de
l’huile de palme importée pour produire du biocarburant qui concurrencera directement d’autres matières premières, à commencer par
le colza récolté en France.
La FNSEA pointe les contradictions du gouvernement qui exige
des agriculteurs français des normes qu’il n’impose pas aux produits
agricoles importés. « On nous demande beaucoup d’efforts pour amé-
liorer nos produits, sur la qualité, sur
l’environnement, ce qui occasionne
des coûts supplémentaires. Et, dans
le même temps, nous subissons de
plus en plus d’importations de produits qui faussent la concurrence, et
ne correspondent pas aux standards
sanitaires et environnementaux
qu’on nous impose », explique Jérôme Despey, son secrétaire général.
Le syndicat agricole estime que la
filière du biocarburant français
concerne 30 000 emplois : l’enjeu
tout aussi respectable que les 250
emplois qu’il fallait sauver en décidant en 2015, avec le soutien des
autorités françaises, de transformer la raffinerie de la Mède en bioraffinerie.
Face à ces critiques, Total ne
manque pas d’arguments. « Est-ce
que les agriculteurs savent qu’il y a
une société qui leur est affiliée qui importe 200 000 tonnes d’huile de palme pour faire des biodiesels en France », a déclaré la semaine dernière
Patrick Pouyanné, PDG de Total.
Une allusion à peine voilée au géant
agro-industriel Avril, dont l’ancien
président Xavier Beulin, décédé en
2017, était aussi président de la
FNSEA.
Pas de pénurie en vue
Sur ce sujet délicat, les professionnels rappellent que l’importation
d’huile de palme est aujourd’hui incontournable. En effet, la filière
française de production d’huile végétale et de corps gras de récupération n’est pas encore capable de
couvrir tous les besoins des indus-
triels qui produisent 3 millions de
tonnes de biodiesel consommées
chaque année en France. Dans une
lettre adressée à plusieurs députés,
Patrick Pouyanné a assuré que Total
avait « indiqué au groupe Avril vouloir poursuivre l’enlèvement (l’achat,
NDLR) de 600 000 tonnes de biodiesel à base de colza à prix de marché et
à approvisionner l’unité de la Mède
avec 50 000 tonnes de colza français,
et ce malgré l’impact économique
négatif sur la marge de cette unité. »
Une pénurie de carburant n’est
cependant pas à craindre dans l’immédiat. La France compte au total
sept raffineries en activité ainsi que
200 dépôts de carburant dont environ 90 principaux. L’État dispose de
son côté de stocks stratégiques pour
trois mois de consommation. ■
Optical Center en conflit avec l’Ordre des médecins à Lyon
L’enseigne estime que sa clinique de chirurgie réfractive est victime de pratiques anticoncurrentielles.
BRUNO JACQUOT
bjacquot@lefigaro.fr
SANTÉ Avec Optical Center
(598 millions d’euros de chiffre
d’affaires, 530 magasins), qu’il a
créé en 1991, Laurent Lévy a pris
l’habitude de bousculer son
marché. Il a dès le départ tiré sur
les prix des montures de marque. En 2007, le premier, il a
vendu des lunettes sur Internet
et élargi son activité à l’audition.
En avril 2016, l’enseigne franchissait un nouveau cap avec
l’ouverture à Lyon d’une clinique de chirurgie réfractive (as-
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Mail : stb@etude-mequinion.fr
tigmatisme,
hypermétropie,
myopie, presbytie). L’établissement représente un investissement de 1,2 million d’euros. Il
s’agit de proposer à tous les
chirurgiens ophtalmologues de
disposer de cet équipement dernier cri pour procéder à leurs interventions. Celles-ci sont facturées 1 000 à 1 200 euros par œil
contre 1 400 à 1 500 euros en
moyenne, évalue l’enseigne.
L’enjeu est double
Mais tout ne se déroule pas comme prévu dans la capitale des
Gaules. En 2017, la clinique a réalisé 200 opérations. Cette année,
ce nombre devrait s’élever à 500.
« Le potentiel est de 1 500 à 2 000
opérations par an à condition que
les médecins ophtalmologistes
puissent intervenir librement, souligne Laurent Lévy. Or le conseil
départemental du Rhône de l’Ordre des médecins nous met des bâtons dans les roues. Il fait pression
sur les chirurgiens pour les dis-
suader d’utiliser notre clinique.
Pour l’heure, c’est un médecin
ophtalmologiste salarié d’Optical
Center qui opère une journée et
demie par semaine. »
L’enjeu est double pour l’entreprise. Il s’agit, bien sûr,
d’amortir l’investissement réalisé dans cette clinique lyonnai-
L’opticien à l’amende sur le Web
La Commission de
l’informatique et des libertés
(Cnil) a infligé une amende
de 250 000 euros à Optical
Center « pour atteinte
à la sécurité des données
des clients du site Internet
www.optical-center.fr ».
En juillet 2017, elle avait été
informée d’une possible faille
du site. Un contrôle a
constaté qu’il était possible
d’accéder à des factures des
clients et de connaître ainsi
leurs nom, prénom, adresse
postale, données de santé,
voire numéro de Sécurité
sociale. Si Optical Center
n’avait pas connaissance de
ce défaut, « les corrections
ont été apportées sur
le site en août 2017 lors
de l’interpellation de la Cnil »,
précise l’entreprise. Celle-ci
a décidé de faire appel
de la sanction.
B. J.
se. Mais il s’agit aussi du développement de cette nouvelle
activité. La France compte actuellement 120 établissements
ophtalmologiques. Laurent Lévy
estime qu’il y a de la place pour
les 20 cliniques supplémentaires
qu’il compte bien ouvrir à
condition que les médecins
puissent y exercer. C’est ce qui a
incité Optical Center à aller devant la justice.
«D’une part, explique Laurent
Lévy, Optical Center a saisi
l’Autorité de la concurrence contre
des pratiques anticoncurrentielles
mises en œuvre par le conseil départemental du Rhône de l’Ordre
des médecins. D’autre part, nous
saisissons également le tribunal
administratif de Lyon contre le
conseil pour boycott et abus de
pouvoir. J’aime la justice et la
concurrence loyale. » Contacté
par Le Figaro, le conseil départemental du Rhône de l’Ordre des
médecins n’a pas donné suite. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 11 juin 2018
ÉCONOMIE
25
Paris en quête
d’un nouvel opérateur
pour Autolib’
AUTOLIB’ À PARIS
EN CHIFFRES
130 000
abonnés à l’année,
et 153 000 toutes
formules confondues
1 058
stations
103
communes
d’Île-de-France
font partie du syndicat
Autolib’ Vélib’ Métropole
TRANSPORT Le groupe automobile PSA se propose de remplacer
le service Autolib’ à Paris. « Nous
sommes en contact avec la Mairie
de Paris, a expliqué Brigitte Courtehoux, directrice des services de
mobilités de PSA, au quotidien Les
Échos. Nous pourrions démarrer
rapidement. » Cette annonce risque de mettre la pression sur le
groupe Bolloré, actuellement en
conflit avec la Mairie de Paris sur
le service d’autopartage Autolib’.
Le torchon brûle depuis le
25 mai, quand Bolloré a envoyé un
courrier au syndicat mixte
Autolib’ Vélib’ Métropole, qui regroupe 103 communes d’Île-deFrance, pour leur demander
d’éponger l’essentiel des 294 millions d’euros de déficit que le service devrait avoir accumulé d’ici à
2023.
La révélation par PSA des discussions avec la Mairie de Paris
montre bien que la municipalité
cherche une solution lui permettant d’éviter de régler la facture.
Le constructeur de Sochaux dispose de sérieux arguments à faire
valoir. Il a créé une branche dé-
diée à ces nouveaux services de
mobilités et dispose même d’une
marque ad hoc, Free2move. Surtout, il exploite un service d’autopartage à succès dans la ville de
Madrid. Emov, c’est son nom, a
été lancé en décembre 2016 dans
la capitale espagnole. Aujourd’hui, il compte 180 000 abonnés,
qui roulent dans 600 Citroën
C-Zero électriques. Et le service a
été également lancé à Lisbonne,
au Portugal.
Un système plus efficace
PSA est également partenaire de…
Bolloré dans les systèmes d’autopartage déployés par le groupe
breton à Lyon et à Bordeaux. C’est
un peu une mauvaise manière faite par PSA à Bolloré de se porter
candidat à Paris alors que le
contrat est toujours en cours. Mais
il estime sans doute que son système est aujourd’hui plus efficace
que celui développé par Bolloré.
La principale différence entre
Autolib’ et Emov est que ce dernier fonctionne sans que l’abonné
soit tenu de rebrancher le véhicule dans une station. Ce système,
en free floating, est aujourd’hui le
plus couramment utilisé dans le
monde car il présente un gros
PSA a proposé à la mairie de Paris une alternative à Autolib’, dont l’exploitation est détenue par le groupe Bolloré.
avantage : les coûts fixes sont plus
faibles. Car c’est bien le problème
d’Autolib’ : il ne parvient pas à la
rentabilité. En 2013, un an après le
lancement du service, Bolloré estimait que 50 000 abonnés permettraient d’atteindre l’équilibre.
Un objectif plusieurs fois repoussé. Aujourd’hui, le système
d’autopartage parisien compte
plus de 130 000 abonnés à l’année.
Le succès est réel mais la rentabilité n’a jamais paru aussi éloignée.
Pour Bolloré, les stations sont
cependant indispensables. La
technologie qu’il utilise pour la
batterie de ses voitures électriques
- dite lithium métal polymère présente un réel handicap : quand
la batterie n’est pas branchée, elle
se vide lentement. Ce n’est pas le
cas des batteries lithium-ion utilisées par les véhicules électriques
des autres constructeurs. Conséquence : ils peuvent passer plusieurs jours sans être rechargés
compte tenu de la durée des trajets moyens. Ils sont donc utilisables dans un service de free floating. C’est d’ailleurs le cas d’Emov
à Madrid, qui exploite des voitures
électriques.
Mais PSA n’est pas le seul acteur
proposant ce type de service. À
Paris, d’autres services d’autopartage existent, comme Communauto ou Zipcar. Renault en
dispose également, mais la marque au losange est moins avancée
que son concurrent hexagonal. Ce
qui n’est pas le cas de BMW et
Daimler. Les deux constructeurs
premiums allemands ont décidé
de réunir leurs deux marques dans
le domaine de la mobilité, Drivenow (6 000 véhicules dans le
monde) et Car2go (14 000 véhicules). Une réunion se tiendra à la
mairie de Paris ce lundi 11 juin
avec la plupart de ces acteurs pour
faire le point sur la situation de
l’autopartage dans la capitale. ■
Le premier blindé franco-allemand est né
Le français Nexter et l’allemand KMW présentent au salon de l’armement terrestre
Eurosatory, le premier char jamais développé en commun par les deux pays.
VÉRONIQUE GUILLERMARD
£@vguillermard
DÉFENSE Le français Nexter et
l’allemand KMW ont décidé de
frapper un grand coup, dès ce
lundi 11 juin, jour d’ouverture du
salon Eurosatory (qui se tient jusqu’au 15 juin), premier rendezvous mondial de l’armement terrestre et de la sécurité. Ils
présentent le fruit d’un travail
commun mené discrètement depuis un an : un blindé lourd, développé sur fonds propres et destiné à l’exportation. Les premières
livraisons sont prévues d’ici à
deux ans au plus tard. L’initiative
envoie un signal positif aux armées et aux politiques, plus de
deux ans après le bouclage du
projet de fusion entre Nexter et
KMW.
Fin 2015, leur mariage a donné
naissance à KNDS, détenu à parité
par l’État français et la famille
Bode-Wegmann, propriétaire de
la société allemande. Chapeautée
par un holding commun, chaque
entité est restée juridiquement indépendante avec sa marque et son
siège social. Le rapprochement
industriel doit se faire progressivement, au gré des programmes
communs.
Épreuve de vérité
Ce premier blindé franco-allemand est de bon augure pour la
suite. D’autant que la volonté politique est là. L’été dernier, Emmanuel Macron et la chancelière
Angela Merkel ont relancé le partenariat franco-allemand dans la
défense. L’épreuve de vérité pour
KNDS sera de donner un successeur aux chars Leclerc et Léopard,
en développant un blindé lourd
commun aux deux armées. Connu
sous l’acronyme MGCS (Main
Ground Combat System), ce char
du futur sera développé sous maîtrise d’œuvre allemande. La France a, de son côté, obtenu celle du
Un « Titus augmenté »,
présenté par Nexter.
Ce blindé de 6 roues
est doté de petits robots
Nerval d’observation,
de drones aériens et
d’une tourelle téléopérée
à distance. NEXTER
système aérien de combat du futur. Les deux industriels ont commencé à étudier des concepts de
blindés, dont des drones terrestres autonomes, sans homme à
bord.
Comme dans l’armée de l’air et
la marine, les véhicules « dronisés », télépilotés et connectés,
sont appelés à monter en puissance au sein de l’armée de terre.
« C’est une tendance de fond. Les
véhicules se robotisent, acquièrent
de l’intelligence et de l’autonomie
de navigation. L’objectif est d’apporter une supériorité opérationnelle aux combattants tout en les
protégeant davantage », résume
Alexis Mabile, directeur des affaires digitales de Nexter.
de l’ennemi. Le combat de demain sera en effet collaboratif et
connecté, chaque acteur engagé
sur le théâtre ou installé dans un
poste de commandement proche
ou lointain, échangeant en temps
réel, au sein d’une bulle numérique protégée. Au salon, le visiteur
peut se faire une idée des nouveaux moyens attribués à l’armée
de terre qui engage, avec le programme Scorpion, sa modernisation. Nexter, chef de file du programme, livrera à partir de fin
2018 les premiers Griffon, des véhicules blindés multirôle, et en
2020, les premiers Jaguar, un
blindé de reconnaissance et de
combat connecté avec la radio
contact Thales et le système d’informations Atos. Un Jaguar est
exposé pour la première fois à
Eurosatory.
Le salon fait la part belle aux
démonstrateurs. Nexter présente
ainsi un « Titus augmenté », un
blindé de 6 roues doté de petits
robots Nerval d’observation, de
drones aériens et d’une tourelle
téléopérée à distance ainsi qu’Optio, un robot autonome chenillé
d’une tonne, dont les missions
vont du transport de vivre à l’observation de terrain en passant
par l’attaque. Titus pourrait donner naissance à une gamme d’engins robotisés de tailles différentes. Tout comme l’E-rider
développé par la filiale défense du
motoriste Safran. Ce gros 4 × 4
autonome agit de concert avec le
soldat : il peut être conduit mais
aussi rouler seul, en le précédant
afin de repérer le terrain ou fermant la marche. Safran présente
aussi une maquette à échelle 1 du
Patroller, le futur drone tactique
de l’armée de terre, développe
aussi des robots terrestres mobiles, dans le cadre de PST Furious,
un programme de développement
technologique que lui a attribué la
Direction générale de l’armement, fin 2017. ■
EN BREF
TABAC : HAUSSE
DES PRIX EN JUILLET
£ Les prix de certaines marques
de cigarettes augmenteront
le 2 juillet, selon un arrêté publié
samedi au Journal officiel.
Les marques les moins chères,
dont le prix avait été maintenu en
mai aux alentours de 7,50 euros,
seront vendues à 7,70 euros
ou 7,80 euros. En revanche, pas
de changement pour celles dont
le prix est déjà dans le haut du
marché. Il s’agit de la quatrième
hausse depuis mai 2017.
LA SUISSE OPPOSÉE
À UNE RÉFORME
DE LA FINANCE
£ Les Suisses ont voté dimanche
contre une réforme de la finance,
dite « monnaie pleine », visant à
interdire aux banques la création
monétaire. De fait, la plupart
de l’argent est produit par les
banques privées afin de pouvoir
prêter davantage que les dépôts
qu’elles ont dans leurs coffres.
Les Suisses ont, en revanche,
approuvé la loi sur les jeux
d’argent qui prévoit d’interdire
l’accès aux sites Internet basés
à l’étranger.
ANT FINANCIAL
LÈVE 14 MILLIARDS
DE DOLLARS
£ Ant Financial, bras financier
du géant chinois du commerce
en ligne Alibaba, a levé
14 milliards de dollars, lors de
deux tours de table, rassemblant
des fonds d’investissement
chinois et internationaux.
Du jamais-vu. La jeune pousse,
qui pèse 150 milliards, souhaite
utiliser cette manne pour
accélérer l’internationalisation
de sa plate-forme Alipay.
Elle vise deux milliards de clients
dans les années à venir.
+@
» Sous-louer illégalement
votre logement peut vous
coûter très cher
» Roubaix : les maisons à un euro
font plus rêver sur le papier
qu’en réalité
www.lefigaro.fr/economie
je suis
iNGÉNieuR
RETROUVEZ-NOUS PAGE 29
JOINASSYSTEMTECHNO.COM
Offensives robotisées
Intelligence artificielle, big data,
cloud de défense (présenté par
Thales), capteurs mobiles élargissant la vision du terrain dans plusieurs dimensions, petits robots
autonomes au sol ou drones aériens… Le fantassin s’appuiera sur
de nombreux « assistants » robotiques et numériques. Il devra apprendre à les téléopérer, à les faire « travailler » ensemble et à
contrer les offensives robotisées
A
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
PSA, Renault, BMW et Daimler exploitent déjà
avec succès des services citadins d’autopartage.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
26
CHRONIQUES
BLOC NOTES
JACQUES-OLIVIER MARTIN
JOMARTIN@LEFIGARO.FR
1 000 000 000 000 $
D’ici à quelques semaines, avant
peut-être, Apple devrait briser le
plafond des 1 000 milliards de
dollars de capitalisation boursière. La pomme la plus célèbre du
monde, plus que le fruit défendu
du jardin d’Éden, aura inscrit une
nouvelle page de l’histoire économique et financière. Ce chiffre
ne manquera pas d’être commenté, fêté probablement, tant il
est symbolique d’un changement
d’échelle.
Le premier en France à l’avoir popularisé est le cinéaste Henri Verneuil avec son célèbre 1 000 milliards de dollars dans lequel le
grand reporter Patrick Dewaere,
au sommet de son art, dénonce
une vaste affaire politico-financière. À l’époque, 1982, 1 000 milliards de dollars correspondait au
chiffre d’affaires des vingt plus
grosses multinationales de la planète. Aujourd’hui, les trois premières - deux sont chinoises, il est
bon de le souligner - dépassent ce
montant colossal. Rares sont les
entreprises qui peuvent le revendiquer d’une façon ou d’une
autre. C’est le cas d’Airbus dont le
carnet de commandes frise les
1 100 milliards de dollars. Autres
membres de ce club, les grands
gestionnaires d’actifs. BlackRock,
le premier d’entre eux, est à la tête
de 6 000 milliards de dollars.
Dans le monde numérique où les
start-up deviennent des multinationales en quelques mois, ces
13 chiffres sont une frontière lointaine. Ainsi Amazon expédie
« seulement » quelques milliards
de colis chaque année, Twitter a
recensé environ 300 milliards de
tweets en une décennie. Seul
Google, qui tirerait son nom du
terme googol (le 1 suivi de cent zéros), a franchi ce plafond en nombre de requêtes annuelles,
2 000 000 000 000 environ, et
non en dollars, ce qui n’est pas
tout à fait la même chose.
Un changement d’échelle s’est
aussi produit il y a peu du côté des
fortunes professionnelles. Jeff
Bezos est devenu le premier homme à passer les 100 milliards de
dollars. Bill Gates le talonne. Bernard Arnault se rapproche. Les
plus fortunés s’enrichissent comme jamais. L’an dernier, le patrimoine des 500 premiers s’est collectivement
apprécié
de…
1 000 milliards de dollars, soit
autant que la richesse produite par
les 260 millions d’Indonésiens !
Au niveau des pays, ces montants
sont courants lorsque l’on observe les grands agrégats économiques, qu’il s’agisse du PIB, de la
consommation, de l’investissement, des échanges commer-
Le quinquennat Macron est mis à mal
par le désalignement des planètes
Choc pétrolier, guerre commerciale, hausse des taux : attention danger.
ciaux et surtout de la dette publique. Celle de la France a crevé le
plafond des 1 000 milliards en
2003. Nicolas Sarkozy et François
Hollande l’ont ensuite gonflée à
eux deux du même montant en
une décennie.
Cette convergence financière entre quelques hommes, des multinationales et les États est l’une des
réalités de ce début de millénaire.
Les historiens ne manqueront pas
d’expliquer qu’elle n’est pas nouvelle. En son temps, la Compagnie
des Indes orientales était plus puissante que la plus grande des multinationales d’aujourd’hui. Elle n’en
demeure pas moins saisissante
lorsque l’on voit qu’elle se joue en
milliers de milliards de dollars.
DRÔLE DE GUERRE
Iran, Chine, acier, aluminium,
automobile… Donald Trump a
choisi de pratiquer la guerre économique pour imposer sa vision
du monde et tenter de redonner
de son lustre à l’Amérique profonde (« Make America Great
Again »). Le sang ne coule pas sur
ces champs de bataille, mais,
comme dans toute guerre, on dénombre des victimes. Il ne s’agit
ni de soldats ni de civils : ces
conflits frappent avant tout les
consommateurs, qui paient plus
cher des produits et des services,
ou dans les cas extrêmes en sont
privés, et les entreprises qui les fabriquent et les vendent.
Ainsi la méthode Trump est redoutable, particulièrement pour
les plus faibles politiquement, incapables de soutenir un bras de fer
contre le président américain, les
plus mondialisés - ils sont présents sur tous les lieux de conflits
économiques et commerciaux - et
les amis historiques de l’Amérique
parce qu’ils ont noué des liens
étroits avec l’Oncle Sam. Les plus
exposés on le sait sont les entreprises européennes, alliés historiques des États-Unis. Sur le monument aux morts économiques de
la bataille du nucléaire iranien, on
peut déjà lire Total ou PeugeotCitroën. Et ce n’est qu’un début.
Donald Trump est décidément un
drôle de président pour une drôle
de guerre. Il affaiblit ses alliés de
toujours sans renforcer son pays.
Nul ne sait où mènera cette stratégie. L’Europe semble bien décidée
à réagir et l’a fait savoir au G7 qui
s’est tenu au Québec. Il en faudra
plus pour se faire entendre. Elle
aurait tout à gagner à se donner les
moyens politiques de se défendre,
y compris contre ses meilleurs
amis. Nos ancêtres les Romains ne
disaient-ils pas « si vis pacem,
para bellum » ? ■
P
our comprendre le
mode de fonctionnement d’un quinquennat présidentiel, mieux
vaut se rappeler les règles de la tragédie classique française du XVIIe siècle et de
ses cinq actes. Le premier est
consacré à la présentation des personnages et de leurs projets. Puis au
deuxième acte surgit un élément
perturbateur remettant tout en
question : dans le Britannicus de
Racine, Néron décide tout à trac de
répudier sa femme Octavie pour
épouser Junie qui est amoureuse de
Britannicus. Dans le troisième acte,
les protagonistes cherchent une solution au drame. La tension s’aggrave au quatrième : « J’embrasse
mon rival, mais c’est pour l’étouffer », dit Néron de Britannicus, qui
sera empoisonné au dernier acte,
tandis que le despote s’abandonnera au désespoir.
Nous en sommes aujourd’hui au
deuxième acte du quinquennat Macron, sa seconde année. Finis les
programmes et les chants de l’aube,
l’action est bien lancée. Mais un
gros grain de sable est tombé du ciel
qui plombe l’an II. Le choc pétrolier
va-t-il bloquer les rouages et dévier
l’orbite de croissance de l’économie
française, les 2 % espérés par le
gouvernement en 2018 ?
La perturbation est de belle ampleur quand les cours du baril de
pétrole (brent) passent de 40 euros,
en juin 2017, à 68 en mai dernier,
sur le marché de Rotterdam. Et
dans la foulée, le litre de gazole
(TTC) a grimpé en un an de 1,16 à
1,48 euro, en moyenne, dans les
stations-service (hausse de 28 %).
À cet égard, le gouvernement Philippe a rendu la douloureuse encore
plus salée en relevant de 7,6 centimes ses taxes au 1er janvier 2018 !
L’onde de choc se fait sentir à
tous les étages. Tout d’abord pour
les automobilistes et plus généralement les consommateurs qui ont vu
les prix à la consommation augmenter de 2 % de juin 2017 à
mai 2018 selon l’Insee, et même de
2,3 % si on se réfère à « l’indice des
prix à la consommation harmonisé » calculé par Eurostat. Outre
l’énergie, le relèvement des prix du
tabac, qui ont bondi de 16,1 %, dixit
l’Insee, a contribué à cette accélération soudaine de l’inflation. Quelles que soient leurs justifications,
écologiques et de santé publique, les
hausses de fiscalité indirecte se télescopent avec celle de l’or noir
pour amputer le pouvoir d’achat
des Français. Ce n’est pas très malin
de la part des pouvoirs publics qui
jouent les gribouilles.
Les entreprises subissent elles
aussi l’envolée des prix pétroliers.
L’institut de conjoncture COERexecode estime que, si les cours du
LIBRES
ÉCHANGES
JEAN-PIERRE ROBIN
Signes d’essoufflement
Certes, nos partenaires en Europe,
et au-delà, sont logés à la même enseigne. Cela ne saurait être une
consolation, car les signes d’essoufflement qu’expriment les enquêtes
de climat des affaires entrent en résonance d’un marché national à
l’autre faisant boule de neige. « Le
ralentissement se produit de façon
synchrone dans tous les pays et quels
que soient les secteurs (construction,
industrie, service). Le pétrole est le
facteur commun, mais il y a peutêtre quelque chose d’autre, comme si
on était au bout d’un cycle : en Allemagne, l’offre butte-t-elle sur ses
propres capacités de production, ce
qui se répercute sur les pays soustraitants ? », analyse Xavier Timbeau, directeur de l’OFCE.
En contrepoint du choc pétrolier,
le climat de guerre commerciale
ouverte par la grâce de Donald
Trump n’arrange rien. Quant aux
banques centrales, depuis le krach
financier de 2008, elles avaient incarné le deus ex machina chargé de
sauver le capitalisme mondial. La
Fed américaine et la BCE sont
Les entreprises subissent l’envolée
« des
prix pétroliers. Si les cours
du baril se maintiennent au niveau
actuel, il en résultera une ponction
de 1,7 % sur leurs marges
»
maintenant face à un dilemme : la
poussée d’inflation les inciterait à
durcir le ton, au risque de nourrir
un peu plus le malaise général…
Le quinquennat précédent se déroula comme une tragédie parfaite
en cinq actes : le massacre fiscal de
la première année (2012), puis la
stratégie gouvernementale prise à
revers en 2013 par la crise des dettes
et la récession de l’Europe du Sud.
Seul « l’alignement des planètes »
- formule de François Hollande
pour désigner la chute simultanée
du pétrole, des taux d’intérêt et de
l’euro - permit ensuite de renouer
avec une croissance cadavérique
(0,8 % en moyenne sur les cinq années 2012-2016). In fine, le héros de
l’histoire, après s’être époumoné à
« inverser la courbe du chômage »,
avait conclu piteusement : « Je n’ai
pas eu de bol ! En même temps,
j’aurais pu gagner » (sic). Toute
honte bue, l’hôte de l’Élysée renonça à demander un second bail.
À l’inverse, Emmanuel Macron
est confronté à un « désalignement
des planètes ». Son départ semblait
béni des dieux : la conjoncture
européenne au plus haut depuis dix
ans, la réforme du droit du travail
menée tambour battant, etc. On se
repassait le mot de Napoléon, « les
grands généraux sont ceux qui ont de
la chance ». Sauf que le plus jeune
président de la Ve République, et le
plus « show off », ostentatoire et
satisfait, est victime à son tour de la
malédiction de l’an II qui frappe
tous les mandats présidentiels : le
choc pétrolier de 1975 pour Giscard
d’Estaing, le tournant forcé de la rigueur de 1983 pour Mitterrand, la
dissolution de l’Assemblée en 1997
pour Chirac, le krach mondial de
2008 pour Sarkozy, la crise européenne de 2013 pour Hollande. Impéritie, naïveté, impréparation, hubris du nouvel élu ? « Il ne sait pas
que l’Histoire est tragique », avait
dit dans les années 1970 Raymond
Aron à propos de Valéry Giscard
d’Estaing. Une ignorance partagée.
Le litre de gazole (TTC) a grimpé en un an de 1,16 à 1,48 euro, en moyenne, dans les stations-service
(hausse de 28 %). JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
IDÉES
LIVRES
baril se maintiennent à leur niveau
actuel, il en résultera une ponction
de 0,5 % de leur valeur ajoutée en
2018, soit une réduction très substantielle de leurs marges de 1,7 %.
L’impact sera surtout sensible dans
l’agriculture, bien plus que pour
l’industrie et les transports, ces secteurs étant eux-mêmes deux à trois
fois plus touchés que les services. À
charge pour les entreprises de repasser le mistigri aux consommateurs en relevant leurs prix si tant
est que la concurrence le leur permette.
Fabrice Nodé-Langlois £@Fnodelanglois
A
Dans les pas de saint François-Xavier pour saisir la Chine de Xi
cadre d’une banque japonaise,
Claude Meyer expose avec précision les ressorts de la puissance
économique chinoise, sans omettre de décrire ses faiblesses.
CM
ASIE La montée en puissance de la
Chine fascine et inquiète tant
qu’elle inspire une profusion de
rapports et de livres. Il y a un an,
David Baverez signait Paris Pékin
Express (Éditions François Bourin), rédigé sous forme de conversation enlevée avec le futur président de la République pour lui
expliquer la « nouvelle Chine ».
Dans L’Occident face à la renaissance de la Chine, tout juste paru,
Claude Meyer partage le souci de
Baverez d’éviter le double écueil
de la fascination béate pour la future superpuissance mondiale et
du China bashing systématique.
Mais son approche se veut plus
académique.
Pour autant, elle n’est pas dénuée d’originalité. Celle-ci tient
largement à la formation de
l’auteur. Docteur en économie,
enseignant à Sciences Po, ancien
CLAUDE MEYER
L’OCCIDENT FACE À LA RENAISSANCE DE LA CHINE
Éditions Odile Jacob, 336 pages, 24,90 euros
L’auteur cite des documents officiels chinois qui dévoilent souvent
les desseins des dirigeants du Parti
communiste avec une confondante clarté.
L’originalité des propos de
Claude Meyer tient au fait
qu’avant d’être économiste, ce
conseiller au centre Asie de l’Ifri
(Institut français des relations internationales) a reçu une solide
formation en philosophie qui lui
permet d’analyser ce drôle de
mariage célébré à Pékin entre Lénine et Confucius. Meyer n’a pas
été à n’importe quelle école de
philosophie : il a été séminariste
chez les jésuites. Il voue une grande admiration pour les missionnaires Matteo Ricci et saint François-Xavier partis évangéliser
« les Indes ». Comme FrançoisXavier, c’est par le Japon que
Claude Meyer a découvert la
Chine. Après plusieurs années de
séjour dans l’archipel nippon au
début de sa carrière, « je me suis
rendu compte qu’on ne pouvait pas
comprendre le Japon sans découvrir
la Chine », raconte l’auteur. Pour
pouvoir parler à la Chine de Xi
Jinping, il faut la connaître en
profondeur, comme l’ont fait les
jésuites, du XVIe au XVIIIe siècle,
auxquels Meyer consacre un chapitre.
Le philosophe-économiste est
convaincu que, sur certains terrains, une authentique coopération mutuellement gagnante avec
une Chine désireuse d’intégrer la
gouvernance mondiale est possible, et souhaitable, sur le dossier
du changement climatique notamment. Son admiration pour les
disciples de saint François-Xavier
ne lui ôte pas sa lucidité : Meyer
admet que les jésuites, qui ont
guidé la pensée des philosophes
des Lumières dont Voltaire sur
l’empire du Milieu, ont exagérément idéalisé le despotisme éclairé chinois.
Tout en vouant un respect pour
la civilisation chinoise et une admiration pour le fulgurant développement du géant asiatique au
cours des quatre dernières décennies, Claude Meyer met en garde :
« La Chine essaie de nous imposer
son modèle de développement. » Et
excelle à diviser l’Europe. En témoigne – entre autres exemples –
le blocage d’un vote d’une résolution à l’ONU sur les droits de
l’homme par la… Grèce, bénéficiaire d’investissements chinois
massifs. L’émergence de la Chine
renvoie cruellement à l’échec de
l’Union européenne à s’être
constituée en authentique puissance. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 11 juin 2018
DÉCIDEURS
AVEC
27
PROPOS RECUEILLIS PAR
YANN LE GALES £@YannLeGales
Sofia Merlo
« La diversité
fait grandir
l’entreprise »
INTERVIEW Sofia Merlo codirige
BNP Paribas Wealth Management,
la première banque privée de la
zone euro présente en Europe, aux
États-Unis et en Asie.
LE FIGARO. - Vous codirigez
depuis 2010 BNP Paribas
Wealth Management avec
Vincent Lecomte. Est-ce facile
de diriger à deux ?
Sofia MERLO. - Nous nous apprécions. Nous avons fixé des règles
de travail. Nous définissons la
stratégie ensemble. Nous faisons
le point chaque semaine pendant
deux heures. Nous nous parlons
chaque fois que nous avons un
doute. Nous sommes capables de
décider très vite car nous partageons beaucoup d’informations.
La codirigeante de BNP Paribas
Wealth Management explique
comment il est possible
de faire changer les mentalités.
Est-ce un plaisir de diriger ?
Oui. J’éprouve du plaisir car je me
sens utile vis-à-vis des collaborateurs et des clients. J’aime faire
grandir un collaborateur ou permettre à un client de réaliser une
opération. Le jour où je ne me
sentirai pas utile, je commencerai
à me poser des questions.
Vous avez occupé plusieurs postes.
Vous avez travaillé en agence
et au service des ressources
humaines. Comment expliquezvous vos choix professionnels ?
Je suis curieuse. J’aime prendre
des risques et tester mes capacités
en passant d’un poste à l’autre.
J’aime aussi m’engager dans des
projets et les faire avancer. Depuis
huit ans, j’ai la chance de travailler dans un métier qui se développe et qui se transforme.
Comment travaillez-vous
avec votre équipe ?
Je n’aime pas les hiérarchies. J’ai
décidé de ne pas nommer d’adjoint entre moi et les patrons de
pays en France, en Belgique et en
Italie. J’ai par contre un adjoint
responsable de la Pologne, de la
Turquie et du Maroc. J’ai nommé
les patrons de pays au comité exécutif afin qu’ils prennent part aux
décisions et qu’ils soient toujours
en phase avec la stratégie.
Encouragez-vous
vos collaborateurs à prendre
des responsabilités ?
Il faut donner le maximum
d’autonomie aux salariés. L’expérience m’a montré que les équipes
travaillent mieux quand la hiérarchie est allégée. Je fais, par exemple, entièrement confiance à la
personne qui organise notre séminaire annuel.
Avez-vous changé votre mode
de management ?
Pendant mes premières années de
manager, j’étais très perfectionniste. Je contrôlais. J’ai ensuite
compris que je ne pouvais pas
passer une partie importante de
mon temps à contrôler. Cette attitude m’empêchait de grandir. J’ai
aussi compris que l’autonomie et
la confiance rendent les personnes plus efficaces, plus responsables et plus dévouées. Je crois
profondément à l’intelligence
collective.
Avez-vous pris des décisions
qui ont changé les mentalités ?
J’ai fait bouger les lignes en matière de diversité quand j’ai travaillé
au service des ressources humaines. BNP Paribas a été la première
banque à lancer un programme
diversité en 2004. Je n’aurais jamais imaginé que ce projet
connaîtrait un tel développement
grâce au travail de toute une équipe. Des accords ont été signés
avec les syndicats. Le réseau de
femmes MixCity, présent dans le
monde entier, est devenu une association.
« J’ai compris
que l’autonomie et la
confiance rendent
les personnes plus
efficaces, plus
responsables
et plus dévouées »,
affirme Sofia Merlo.
BNP PARIBAS
Pourquoi avoir lancé le chantier
de la diversité ?
La diversité fait grandir l’entreprise. Le groupe devait intégrer
plus de femmes et de personnes de
cultures et d’éducations différentes. Il est nécessaire que les managers soient challengés par des
CONFIDENCE
QUELLES PERSONNALITÉS ADMIREZ-VOUS
OU VOUS INSPIRENT ?
Bernard Lemée, DRH du groupe BNP Paribas
aujourd’hui à la retraite, a beaucoup compté pour
moi. J’ai apprécié de travailler avec Marie-Claire
Capobianco, responsable de la banque de détail
en France et membre du comité exécutif
du groupe. Elle m’a fait confiance quand j’étais
directrice commerciale de la banque privée alors
qu’elle cherchait un profil très différent du mien.
J’ai rencontré des femmes entrepreneurs
remarquables. J’apprécie l’audace de Rania
Belkahia qui a confondé AfriMarket. Cette jeune
Marocaine a lancé une société au service
des Africains qui est un mélange de Western Union
et d’Amazon. J’admire le travail de Viviane Senna,
la sœur du pilote brésilien Ayrton Senna décédé
en course. Elle préside la fondation Senna
qui finance des programmes éducatifs
qui ont bénéficié à 6 millions de jeunes Brésiliens.
personnes qui ne leur ressemblent
pas, qui pensent différemment.
Qui avez-vous dû convaincre ?
J’ai pu mener ce programme
grâce à Bernard Lemée, qui était
le DRH du groupe. Cette personnalité très fine m’a beaucoup appris en matière de ressources humaines et permis de trouver mes
repères.
Quels arguments
avez-vous utilisés ?
J’ai expliqué avec des faits tangibles que le groupe BNP Paribas
devait évoluer sur ce sujet. J’ai
proposé que nous nous donnions
un an et demi avant de tirer les
premières conclusions. C’était un
risque mesuré. Cela s’est bien passé. Nous avons poursuivi le programme.
Avez-vous fait bouger les lignes
dans un autre domaine ?
J’ai aussi fait avancer la cause des
femmes entrepreneurs. J’ai porté
le programme Stanford, proposé
par une femme française diplômée de Stanford. Nous en sommes
à la quatrième édition. Une trentaine de femmes venues de douze
pays suivent chaque année cette
formation d’une semaine. BNP
Paribas Wealth Management a
aussi créé un prix international de
la femme entrepreneur en partenariat avec Femmes chefs d’entreprises mondiales.
TOP
MAJANI D’INGUIMBERT, FINANCIÈRE DE L’ECHIQUIER , PROPULSION
MANAGEMENT PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Christophe
Mianné
Didier
Le Ménestrel
â LES
Christian
Gueugnier
Bertrand
Merveille
L’éducation
joue-t-elle
un rôle dans un parcours ?
L’éducation est essentielle. J’ai
appris très jeune que la vie pouvait avoir des hauts et des bas car
mes parents étaient entrepreneurs. C’est pourquoi je pense
qu’il est préférable de regarder
l’avenir et de créer des choses qui
ont un sens. Je suis une personne
optimiste.
Que vous apporte
d’être biculturelle ?
J’essaie toujours de comprendre
comment les gens pensent et
pourquoi ils pensent de telle ou
telle manière. Chacun a une manière personnelle d’apprécier
une peinture. C’est la même
chose pour les cultures d’entreprise. ■
www.decideurs.lefigaro.fr
Alix
Descroix
Maroussia
Ermeneux
Édouard
Duffour
Saphia
Gaouaoui
DÉCIDEURS DE La Financière de l’Échiquier
La Financière de l’Échiquier - LFDE - cofondée en 1991 par Didier Le Ménestrel (ISG et
Centre de formation à l’analyse financière),
avec son beau-frère Christian Gueugnier,
passe la surmultipliée. La société de gestion,
l’une des principales indépendantes de la
place de Paris, spécialiste reconnu de
1991
l’investissement dans les entreprises, s’est
Crée avec
rapprochée en mars de Primonial, premier
son beau-frère
groupe indépendant en gestion de patrimoiLa Financière
de l’Échiquier
ne. Partenariat stratégique où ce dernier a
pris 40 % de LFDE, qui elle-même a repris la
2005
gestion d’actifs financiers de Primonial. En
Naissance de la
fondation maison
vingt-sept ans, La Financière de l’Échiquier,
pionnière de l’investissement socialement
2010
Fait le tour du monde responsable, a conquis une notoriété euroet le chemin
péenne. Déjà implantée hors de France
de Compostelle
(Allemagne, Benelux, Italie, Suisse), elle
2017
s’apprête à ouvrir une filiale à Madrid et son
Se rapproche
développement va s’accélérer grâce au
de Primonial
et accélère en Europe mariage avec Primonial qui renforce sa
DATES
CLÉS
Olivier
de Berranger
Ce type d’initiative est-il
plus apprécié à l’extérieur
de l’entreprise qu’en interne ?
Au début, les initiatives pour
encourager la diversité et les
femmes entrepreneurs ont été
plus appréciées à l’extérieur du
groupe. Certains étaient sceptiques quand nous avons lancé la
formation à Stanford. Nous
avons fait un test avec un premier groupe de femmes. Le succès a été réel dès la deuxième
édition. C’est pourquoi ces projets doivent être menés sur le
long terme.
capacité de distribution. Avec près de
11 milliards d’euros d’encours, La Financière
de l’Échiquier connaît d’ores et déjà une
dynamique de collecte soutenue depuis
l’annonce du rapprochement. Celui-ci a
aussi permis d’étoffer la gamme de fonds
maison. Les équipes commerciales des activités de gestion d’actifs ont été intégrées. Le
groupe reste détenu par ses deux fondateurs.
Suite au closing de l’opération, Christophe
Mianné, l’homme fort de Primonial, a pris la
direction générale. Ce centralien, ancien de
la Société générale dont il cofonda la filiale
Lyxor, avait rejoint Primonial il y a un an
comme directeur du pôle asset management
financier.
Pour faire du nouvel ensemble un leader
européen de la gestion d’actifs, le président
et le directeur général comptent sur l’expertise d’une équipe chevronnée. Le cofondateur Christian Gueugnier (ISG et expertise
comptable), qui débuta chez Deloitte et créa
le cabinet EAC, est aujourd’hui directeur
général délégué et membre du comité de
direction. De son côté, le HEC Olivier de
Berranger est depuis 2017 directeur de la
gestion d’actifs. Cet ancien du Crédit lyonnais puis de Calyon a été responsable du pôle
Capital Markets chez First Finance, société
de conseil et de formation, avant de rejoindre La Financière de l’Échiquier en 2007
comme gérant obligataire.
Pour sa part, Bertrand Merveille dirige la
gestion privée et est membre du comité de
direction depuis 2016, date à laquelle cet
ancien de l’AMF a pris ses fonctions actuelles
après avoir été responsable de la conformité
et du contrôle interne de La Financière de
l’Échiquier. À la direction des ressources
humaines œuvre depuis 2014 Alix Descroix,
une juriste de formation qui a commencé sa
carrière à la Société générale. C’est en 2000
qu’elle a débuté dans la fonction RH au sein
du cabinet de chasseurs de têtes Singer &
Hamilton, puis chez BPCE où elle deviendra
responsable de projets RH.
Autre visage féminin, Maroussia Ermeneux,
EM Lyon, est directrice des opérations. Un
parcours riche pour celle qui débuta chez
Ernst & Young, enchaîna chez PwC à New
York et Genève, où elle roulera ensuite pour
HSBC Private Bank, puis la société Acropole
AM, rachetée en 2013 par LFDE. Enfin, pour
compléter cette task force, Édouard Duffour, ex-Deloitte et Natixis, est arrivé en
2015 comme directeur administratif et
financier, tandis que Saphia Gaouaoui a pris
tout récemment ses fonctions de directrice
de la communication et du marketing. Cette
ancienne journaliste, diplômée de Dauphine, a fait ses preuves précédemment à la
Banque de financement et d’investissement
et à la Société générale.
C. B.
A
Comment vous définissez-vous ?
Je suis franco-marocaine. J’ai accompli mes études au Maroc puis
en France. Que je sois biculturelle
est un élément essentiel pour expliquer mon parcours professionnel.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 11 juin 2018
28
emplois
avec
DOM-TOM
Ce Groupe international spécialisé dans l’Agroalimentaire et la Grande Distribution,
étoffe ses structures managériales et recrute son :
Directeur Financier (h/f)
Pôle Grande Distribution
Rendant compte de vos missions au DAF Groupe, et fort d’une structure composée d’une cinquantaine de collaborateurs, vous intervenez dans un contexte de forte croissance de ces activités et
prenez en charge les services comptables (magasins, centrale d’achats, sociétés de gestion, etc.),
le contrôle de gestion, ainsi que l’audit interne.
Dans cette fonction très opérationnelle de généraliste, vous supervisez dans une grande autonomie
l’ensemble de la comptabilité générale et analytique des filiales, élaborez les situations mensuelles
- du bilan et du compte de résultat, ainsi que les travaux de consolidation jusqu’à l’établissement
des liasses comptables et fiscales. En parallèle des missions inhérentes au contrôle de gestion,
vous assurez le reporting vers le siège, veillez au respect des procédures internes et à la fiabilisation
des informations, suivez les projets d’investissements et êtes l’interlocuteur privilégié des partenaires
extérieurs tels que les cabinets juridiques, commissariats aux comptes et banques. Enfin, soucieux
de la rentabilité et du retour sur investissement, vous challengez l’exploitation pour l’amélioration
permanente du résultat et vous voyez confier, ponctuellement, le pilotage de dossiers complexes
et de projets de développement.
Ce poste, clé dans l’organisation et à facettes multiples, s’adresse à un(e) candidat(e) diplômé(e)
de l’enseignement supérieur en Comptabilité-Finances, ayant des compétences avérées en contrôle
de gestion, audit interne et informatique. Après un premier parcours en cabinet d’audit, vous
pouvez vous prévaloir d’une expérience opérationnelle réussie en tant que Directeur Financier sur
un périmètre managérial d’au moins 30 collaborateurs et dans un environnement multi-sites
(Groupe ou belle PME). La connaissance du secteur agroalimentaire, voire de la grande distribution,
sera fortement appréciée ; sachant que vos qualités de leadership, d’analyse, d’esprit d’équipe et
de discrétion feront la différence.
Merci d’adresser votre candidature sous la réf. EWDF1806/FI par
mail à : candidat@ethis-rh.fr
Développez vos compétences et votre expérience
dans un domaine passionnant et d’avenir :
LA SANTE. Entreprise internationale, spécialisée
dans les produits implantables de haute technologie
en orthopédie, recherche :
INGÉNIEURS TECHNICO-COMMERCIAUX (H/F)
Postes à pourvoir sur toutes les régions.
Vous poursuivez le développement de notre clientèle
(chirurgiens, hôpitaux et cliniques) sur votre zone géographique et résidez
sur ce secteur.
PROFIL : formation médicale, paramédicale, biomatériaux, biomécanique ;
expérience du bloc opératoire. Anglais indispensable.
INGÉNIEURS RECHERCHES ET DÉVELOPPEMENTS (H/F)
Postes basés à Roissy (95) et Plailly (60).
PROFIL : formation Master biomatériaux, biomécanique, formation
médicale. Expérience de 2 à 5 ans souhaitable. Anglais indispensable.
Envoyez dossier (lettre de motivation, CV et prétentions) en précisant
le poste souhaité à : natalia.douliez@ceraver.com ou à :
CERAVER – 69, Rue de la Belle Etoile – 95957 ROISSY CDG CEDEX
Chaque dossier sera traité de façon strictement confidentielle.
CERAVER s’implique dans une politique en faveur de la diversité.
RESPONSABLE
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Responsable maintenance & travaux neufs pour son site basé dans les Ardennes.
Rattaché au Directeur d’usine et en charge d’une équipe de 10 personnes, le candidat
assure et améliore en permanence la disponibilité des moyens de production de l’usine et
les performances qualitatives des machines et équipements dans le respect des gammes
de fabrication et des spécifications internes des produits, par une organisation préventive
et curative appropriée. En tant que responsable de son service, il maîtrise et réduit les
coûts, élabore et respecte son budget, propose et réalise les projets d’investissement et
d’amélioration des équipements visant à améliorer les performances de l’usine. Enfin, il
assure l’interface avec les sous-traitants et les services achats de l’entreprise, ainsi que la
gestion des pièces de rechange.
Diplômé d’une école d’Ingénieur en mécanique et/ou
électrotechnique, le candidat dispose d’au moins 10 ans
d’expérience, idéalement dans un process en flux continu
(automobile, papeterie, cimenterie, etc.). Véritable manager
de terrain, il fait preuve de leadership dans l’animation de son
équipe et dans ses propositions.
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Postes basés à Roissy (95) et Plailly (60).
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biomatériaux, biomécanique ; Qualité et affaires
réglementaires. Expérience de 2 à 5 ans souhaitable.
Anglais indispensable.
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Notre groupe international, spécialisé dans
les implants de haute technologie, recherche
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ASSISTANT DE DIRECTION (H/F)
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- Secrétariat Direction Générale
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- Expérience à un poste similaire (5 ans minimum)
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18 juin 2018
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lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
30
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Takis Candilis : « Nous réfléchissons
d’abord en termes de contenus »
EN BREF
JOHN LASSETER QUITTE
LE GROUPE DISNEY
£ Il a été à l’origine de succès
comme Cars et Toy Story :
le célèbre directeur artistique
de l’animation chez Disney,
John Lasseter, quittera
le groupe le 31 décembre
prochain. Ce départ fait suite à
des accusations de harcèlement
sexuel. C’est lui qui avait
permis à Pixar de passer de
simple appendice de Lucasfilm
à l’un des studios d’animation
les plus célèbres du monde,
racheté par Disney en 2006.
Le directeur des antennes et programmes de France Télévisions est l’invité du « Buzz Média Le Figaro ».
PROPOS RECUEILLIS PAR
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
AUDIOVISUEL Il est le nouvel
homme fort de France Télévisions.
Il va mettre en musique la réforme
du groupe demandée par la ministre de la Culture, Françoise Nyssen.
LE FIGARO.- France Télévisions
supprime les patrons de chaîne
et vous donne la main sur tous
les programmes et les antennes.
Patrick de Carolis et Patrice
Duhamel avaient mis en place cette
organisation, sans succès. Pourquoi
cela fonctionnerait-il aujourd’hui ?
Takis CANDILIS.- Nous lançons un
processus aujourd’hui et nous devrions arriver à cette nouvelle organisation d’ici à la fin de l’année.
Jusqu’à aujourd’hui, France Télévisions chapeautait des chaînes
autonomes. Chacune faisait son
travail de façon autonome. Le pendant était que, quelques fois, les
chaînes se recoupaient sur certains
sujets ou étaient en opposition sur
leur programmation. Il fallait remettre de l’harmonie pour être
plus efficace.
À son arrivée, Delphine Ernotte
avait demandé une plus grande
autonomie pour chaque chaîne ?
Ce qui a changé, c’est que de nouveaux acteurs comme Netflix ou
YouTube se sont imposés sur le
marché et ont changé les usages et
la façon de regarder la télé.
Vous voulez faire
de France Télévisions une sorte
de plateforme ?
Aujourd’hui, nous ne voulons plus
réfléchir en termes de chaîne mais
d’abord en termes de contenus.
Nous mettons les contenus tout en
haut, « content first ». Après, nous
décidons sur quelles antennes linéaires ou digitales ils peuvent être
distribués. C’est une révolution très
importante. Notre organisation
transversale nous permet de gérer à
égalité nos chaînes linéaires et des
plateformes digitales. Nous avons
France 2, France 3, France 4, France 5 et France Ô et nous avons Slash
pour les jeunes et France.tv pour les
programmes de rattrapage. Ce dernier est un média puissant, visité
par des millions d’internautes par
mois. Nous devons davantage
l’éditorialiser pour y intégrer tous
nos programmes, y compris ceux
de jeunesse ou de culture.
Françoise Nyssen a lancé la réforme
de l’audiovisuel public. Elle veut
supprimer France 4 et réfléchit
à la suppression de France Ô.
Une bonne manière de faire
des économies ?
Aujourd’hui, le problème ne porte
pas sur les économies mais sur l’organisation et les missions. La ministre nous a demandé de supprimer à terme un canal hertzien.
Mais nous ne savons pas encore à
LE COLLECTOR 1998
DE « L’ÉQUIPE »
FAIT VENDRE
£ Pari réussi pour le quotidien
sportif L’Équipe, qui avait
réédité son édition collector du
13 juillet 1998, date du
lendemain de la victoire des
Bleus au Mondial de foot, pour la
proposer avec son pack weekend du 2 juin. Il a augmenté ses
ventes de 37 % par rapport à la
moyenne d’un samedi de 2018.
Pour cette occasion, le tirage
avait été augmenté de 45 %.
quelle date. Nous ne fermons pas
pour autant France 4. Nous sortons
la chaîne de sa seule diffusion linéaire pour évoluer vers une diffusion plus complexe et délinéarisée.
Plus globalement, à partir du moment où nous aurons une chaîne de
moins, c’est l’ensemble de nos
grilles de programmes qu’il faudra
repenser.
France 4 diffuse 4 000 heures
d’animation par an.
Où retrouvera-t-on
ces programmes jeunesse ?
Sur France 5 et France 3 ?
Bien entendu, nous conserverons
les programmes d’animation pour
les enfants de 4 à 10 ans sur une
chaîne de télé, un environnement
sécurisé. Ce sera probablement sur
France 5. France Télévisions est le
premier financier du secteur de
l’animation en France et nous
continuerons à l’être car la ministre
s’est engagée à ce que les obligations de production de France Télévisions soient sanctuarisées. Nous
avons rencontré les producteurs
d’animation et nous réfléchissons
avec eux sur le type de programmes à créer et sur la meilleure manière de les exposer sur toutes les
antennes possibles.
L’autre grand chantier
est la régionalisation de France 3.
Comment allez-vous procéder ?
France 3 est une pépite car elle dispose d’un maillage de la France et
d’une proximité avec le public qui
est unique. Aucun Netflix, Amazon
ou YouTube ne peut rivaliser.
France 3 a également une chance
formidable. Elle dispose déjà d’une
infrastructure partout en province : des studios équipés pour faire
des émissions de talk-show, d’accueil ou d’information. Dès septembre, nous allons tester deux ou
trois émissions de proximité dans
certaines régions. À la rentrée de
janvier, ces émissions devraient se
généraliser. Nous avons des talents
et des moyens de production dans
les régions. C’est pourquoi je pense
que la régionalisation des antennes
ne nous coûtera pas beaucoup plus
cher.
Le gouvernement va indiquer
les économies à faire. Entre 200 et
500 millions. Êtes-vous prêt ?
J’espère que le cadre budgétaire
pour l’an prochain nous sera exposé avant l’été. Cela nous laissera six
mois pour travailler et élaborer les
nouvelles grilles. Les grilles de septembre sont déjà prêtes. Cette saison, la vraie rentrée sera celle de
janvier.
Que proposerez-vous
en septembre ?
Nous remettrons chaque chaîne sur
son ADN propre afin d’éviter les recoupements. Nous veillerons à les
remettre chacune dans leur verticalité mais aussi dans une nouvelle
horizontalité. À tout moment sur
France Télévisions, il y aura une offre complémentaire sur toutes nos
chaînes : un documentaire sur une
chaîne, une fiction sur une autre,
un magazine, une émission de divertissement sur les autres. Il faut
que le public puisse trouver à tout
moment une offre diversifiée. Nous
devons penser France Télévisions
comme un groupe et cumuler les
audiences de toutes les antennes.
Vous venez du privé. Quand
vous êtes arrivé à France
Télévisions, avez-vous vu
des gisements d’économies ?
Faire des économies est toujours un
exercice excessivement difficile. À
mon arrivée à France Télévisions,
j’ai découvert des équipes qui
avaient une envie formidable d’accompagner un mouvement de
changement impulsé par Delphine
Ernotte. À tous les niveaux de l’entreprise, il y a un savoir-faire formidable et des talents. Nous avons
tous les moyens d’être les plus
compétitifs possible. Il y a certaine-
Mardi
12 juin
2018
PA L A I S
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LES ENTREPRENEURS
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DE « LA CROIX »
ATTENDRA
ment des endroits où l’on peut faire
des économies et nous devrons les
faire.
TAKIS CANDILIS
dans le studio
du Figaro.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
@
Le Buzz
MEDIA
en vidéo sur
www.lefigaro.fr/medias
£ Le quotidien La Croix ne
lancera pas son hebdomadaire
à l’automne comme il l’avait
annoncé, selon Le Journal
du dimanche. La direction du
groupe Bayard préfère attendre
2019 pour se « donner le temps
de bien le préparer ». Cette
année, deux hebdomadaires,
Ebdo et Vraiment, ont cessé
leur parution après seulement
quelques numéros.
Militez-vous pour que Franceinfo
remplace France 4 sur le canal 14 ?
La décision ne dépend pas de nous
mais du CSA. Mais le fait que Franceinfo soit sur le canal 27 et LCI sur
le canal 26 quand BFMTV et
CNews sont situés en canal 15 et 16
crée une distorsion. Il serait plus
sain que toutes ces chaînes d’information soient regroupées ensemble. ■
RÉALITÉS
AUGMENTÉES
PAR CAROLINE SALLÉ
« Facebook m’a tuer »
créant
« unEn modèle
dépendant
intégralement
de la publicité
s’agissant
des revenus,
et quasi
exclusivement
des réseaux
sociaux pour
la distribution,
ces nouveaux
médias n’ont
pas vu le piège
se refermer
»
La terre promise est en train de se
transformer en cimetière numérique pour nombre de pure
players. Ces médias qui ont choisi
de renier Gutenberg au profit du
seul Web gratuit agonisent, prisonniers de ses inextricables filets. Une pelletée de terre vient
d’être jetée sur BuzzFeed France.
Rue89 n’est plus qu’une dépouille. Slate est mal en point.
Aux États-Unis, la situation n’est
guère plus reluisante. Fin 2017,
Mashable s’est vendu à un groupe
de médias pour 50 millions de
dollars, alors que le site était valorisé 250 millions de dollars un
an plus tôt… Là-bas, ni BuzzFeed,
qui a déjà licencié une centaine de
personnes, ni Vice Media n’ont
atteint leurs objectifs financiers
en 2017.
Les uns après les autres, tous ces
ados turbulents nés au milieu des
années 2000 sont en train d’être
fauchés dans la fleur de l’âge. À
qui la faute ? Facebook et, plus
généralement, les réseaux sociaux
ont endossé le rôle de tueurs en
série. La tâche aura été facilitée
par l’imprudence des victimes.
En créant un modèle dépendant
intégralement de la publicité
s’agissant des revenus, et quasi
exclusivement des réseaux sociaux pour la distribution, ces
nouveaux médias, tout à l’euphorie de conquérir l’eldorado Internet, n’ont pas vu le piège se
refermer.
Difficile, certes, de séduire les annonceurs, c’est-à-dire de bâtir
une large audience jeune, sans
emprunter les puissantes autoroutes Facebook, Twitter ou YouTube… Et pourquoi s’en méfier
d’ailleurs ? Après tout, il s’agissait
peu ou prou de camarades de
promo : Facebook est né en 2004.
YouTube, en 2005, comme
Mashable. Twitter en 2006, la
même année que BuzzFeed.
L’attaque a bel et bien eu lieu. Elle
s’est déroulée sur deux fronts. La
première offensive, menée par le
duopole Facebook et Google,
maison mère de YouTube, a
consisté à assécher la ressource
en captant l’essentiel du marché
publicitaire sur Internet. Mission
accomplie : les pure players vivant uniquement de la publicité
doivent désormais se contenter
des miettes. Et encore, celles-ci
s’atrophient-elles au fil des ans.
Ce poison à diffusion lente a été
doublé d’un autre, bien plus
radical.
ULTRADÉPENDANCE
Le second assaut a porté cette fois
sur la distribution. Lorsque Facebook, en janvier dernier, a décidé
de privilégier les contenus publiés
par les amis et la famille sur son fil
d’actualité, il a terrassé l’autre pilier sur lequel reposait le modèle
économique des pure players. Du
jour au lendemain, nombre de sites médias sont passés de la lumière à l’ombre, à la faveur d’un
simple changement d’algorithme.
Un peu comme si Carrefour, votre
principal distributeur, décidait
subitement de déréférencer votre
produit, alors qu’il figurait jusqu’ici en tête de gondole…
Décrétée unilatéralement par
Mark Zuckerberg, le patron de
Facebook, la manœuvre a été dévastatrice, allant jusqu’à la mort
subite pour ceux n’ayant pas su
diversifier leur modèle. Ainsi du
site féminin américain LittleThings, qui a vu son trafic chuter
de 75 % en quelques semaines. Le
pure player comptait 12 millions
d’abonnés sur sa page Facebook.
Il a mis la clé sous la porte en février dernier, victime de son ultradépendance au réseau social.
Moralité : les barbares du numérique chassaient en meute pour
tuer les médias traditionnels. Ils
vont finir par se dévorer entre
eux. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 11 juin 2018 LE FIGARO - N° 22 963 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
STYLE
DES APPLIS ET DES ROBOTS
POUR ENTRETENIR
SA PISCINE À DISTANCE PAGE 35
Dolphin
Quand
l’actualité
s’anime
Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec signent
Les Hirondelles de Kaboul, dont la sortie est prévue en 2019.
Pour sa 42e édition, le Festival international du film d’animation d’Annecy présente de nombreux longs-métrages
sur l’état du monde. Cette tendance à saisir la réalité séduit de plus en plus de réalisateurs et de producteurs. PAGE 32
« Don Pasquale », dindon de la farce
OPÉRA À Garnier, l’œuvre de Donizetti est gâchée par une mise en scène vulgaire et tape-à-l’œil.
CHRISTIAN MERLIN
Il y a deux manières de recevoir le Don
Pasquale de Donizetti, à l’affiche du Palais Garnier depuis samedi soir. Comme
la personne hystérique qui hurlait ses
bravos à l’attention de l’équipe de mise
en scène, nous ramenant à la grande
époque de la claque à l’Opéra. Ce monsieur pensait visiblement avoir assisté à
une démonstration de génie, à moins
qu’il se soit simplement tapé sur les cuisses sans bouder le plaisir de la gaudriole.
C’est une approche.
On peut aussi se souvenir des plaidoyers suppliants du maestro Riccardo
Muti, le plus grand chef italien vivant,
pour ne surtout pas transformer Don
Pasquale en farce. Tout en rappelant à
qui veut l’entendre que la musique de
Donizetti est élégante, raffinée, et que ses
personnages sont touchants avant d’être
comiques, dans une comédie romantique douce-amère où l’on sourit plus
qu’on ne pouffe, où les effets sont suggérés plus qu’assénés.
Gadgets et vulgarité
On l’aura compris, Damiano Michieletto
a opté pour les gadgets et la vulgarité. À
quoi sert alors de rappeler que le metteur
en scène italien est habile et virtuose ?
Que l’ingéniosité avec laquelle il passe à
vue d’un intérieur petit-bourgeois meublé façon années 1950 à un loft au design
ultramoderne est celle d’un authentique
homme de spectacle ? Que son utilisation
de la vidéo en temps réel est adroite ?
Tout cela est gâché par une redondance
IWC ; DOLPHIN ; VINCENT PONTET/OPÉRA NATIONAL DE PARIS
Michele Pertusi (Don Pasquale) et Nadine
Sierra (Norina) dans le Don Pasquale
de Donizetti, au Palais Garnier.
des effets, une lourdeur du jeu, une complaisance des gags qui laissent songeur
s’agissant d’un artiste aussi doué. Cette
prédilection pour la facilité ressemble à
un gâchis de talent ou l’on ne s’y connaît
pas. Alors que l’on craignait les excès
d’Ivo van Hove dans le tragique Boris
Godounov (actuellement à l’Opéra Bastille), et que sa sobriété nous a captivés,
c’est le comique Don Pasquale que l’on
trahit en le faisant peser des tonnes.
Le plus contrariant, c’est que ces gros
sabots semblent avoir eu des répercussions sur la qualité musicale. Evelino Pido
a-t-il obtenu exactement ce qu’il voulait
de l’Orchestre de l’Opéra ? On connaît sa
direction experte dans ce répertoire, on
en aime la vitalité. Pourtant, la fosse sonne souvent trop fort et les accélérations
confondent plus d’une fois vitesse et pré-
cipitation. L’alacrité est là. Pour la grâce
et la tendresse, il faudra repasser. Les
voix ? Elles devraient être la colonne vertébrale de ce parangon de bel canto tardif. Là encore, on mentirait en se disant
comblé. Michele Pertusi a la truculence
du rôle-titre, sa voix est stylée mais son
chant, parfois brouillon. Nadine Sierra
est la séduction même sur le plan physique, mais sa voix légère n’est pas assez
corsée pour un rôle qui n’est pas un emploi de soubrette. Même remarque pour
le ténorino un peu acidulé de Lawrence
Brownlee, qui manque de relief. Seul Florian Sempey triomphe sans mélange
avec son baryton franc, sonore et richement timbré. Victoire par K.-O. du théâtre de boulevard contre Donizetti. ■
Palais Garnier, jusqu’au 12 juillet. Retransmission
dans les cinémas UGC et sur Culturebox le 19 juin.
A
LES ARMATEURS-MÉLUSINE PRODUCTIONS-CLOSE UP FILMS-ARTE FRANCE CINÉMA-MYSTEO-RTS-KNM 2018
IWC
HIGH-TECH
MODE, BEAUTÉ...
LES INCONTOURNABLES
DE LA SEMAINE PAGE 34
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
32
L'ÉVÉNEMENT
À Annecy, le cinéma
se trace un nouveau dessin
L’ACTUALITÉ
SANS FORCER
LE TRAIT
Le Cambodge au temps des Khmers rouges, l’Afghanistan
sous les talibans, le mur en Israël… Beaucoup de films présentés au Festival
international du film d’animation traitent de sujets lourds et très sérieux.
PRESSE
ENQUÊTE
« LES HIRONDELLES
DE KABOUL »
PRESSE
Zabou Breitman et Eléa GobbéMévellec adaptent le roman
de Yasmina Khadra, centré sur
la capitale afghane occupée par
les talibans en 1998. Le « work
in progress » du film sera montré
à Annecy. Le casting mêle deux
générations d’acteurs : Simon
Abkarian, Hiam Abbass, Swann
Arlaud et Zita Hanrot. Sortie
prévue à l’automne 2019.
« LE MUR »
« Ce qui m’intéresse, c’est la dimension
universelle des personnages qui avec leur
petite histoire permettent d’éclairer la
grande », indique Sébastien Onomo,
producteur de Funan. « L’animation permet de traiter de façon distanciée et moins
incarnée des sujets aussi complexes
que celui des talibans », assure Ivan
Rouveure. Un avis partagé par Cam
Christiansen : « Faire un film, c’est en
quelque sorte tenter de saisir la signification de notre réalité et de nos expériences.
On ne vit pas de manière isolée, c’est donc
une façon de s’investir dans des aspects
importants de notre existence. On constate une propension à ériger des murs, qu’ils
soient métaphoriques ou bien réels, et il
faut examiner ces enjeux. »
Patrice Nezan : « Nous voulons rendre
compte de la complexité du monde »
Au Festival d’Annecy, le producteur
délégué Patrice Nezan défend La Tour,
un long-métrage d’animation du réalisateur norvégien Mats Grorud qui
rend compte de la situation des réfugiés palestiniens au Liban.
A
LE FIGARO. - Comment est venue
l’idée du sujet de La Tour ?
Patrice NEZAN. – J’ai rencontré le réalisateur Mats Grorud en 2012 dans un
marché de coproduction documentaire à Leipzig. Sa volonté de relater à
hauteur d’homme une situation intolérable, son engagement à être au plus
près des histoires personnelles des habitants du camp et son lien amical de
longue durée avec eux nous ont incités
à l’accompagner. Au vu des témoignages recueillis, nous l’avons encouragé à
tisser une fiction animée qui intégrerait toutes ces histoires.
Les films d’animation ne sont-ils pas
plus difficiles à « vendre »
que les fictions classiques ?
C’est notre première production en
long-métrage animé. En revanche,
nous avons constaté que tous les projets sont « faciles à vendre » à partir du
moment où ils s’inscrivent dans une
démarche claire. Notre objectif est de
rendre compte de la complexité du
monde contemporain en participant
au débat d’idées. Quand nous produisons un film sur le compositeur
Georges Aperghis qui écrit sur le
monde d’aujourd’hui de manière très
moderne, nous cherchons à transmettre à un large public une musique
qui mérite d’être écoutée dans son
contexte. Idem quand nous travaillons
pour faire entendre la voix d’une réalisatrice irakienne, Maysoon Pachachi,
qui montre la guerre comme rarement
nous l’avions vue.
Pensez-vous que les auteurs,
scénaristes et réalisateurs d’animation
parlent davantage de l’actualité
mondiale ?
C’est une réalité quand vous voyez le
nombre de projets présents dans les
festivals comme Berlin, Cannes ou
Visions du réel. Il y a aujourd’hui des
passerelles entre animation, fiction et
documentaire. Et ces compétences
complémentaires qui collaborent de
plus en plus en termes de processus de
fabrication, de narration et de réalisation permettent de développer des formes hybrides, des histoires fortes et
originales.
Comment attirer un large public
vers les films d’animation ?
Le travail effectué auprès des amoureux de l’animation, ceux qui ne jurent que par l’art et essai, des férus de
documentaires d’auteur et des associations des droits de l’homme peut
permettre de toucher un nombre important de spectateurs. Nous avons
conçu un film généreux, qui a pour
but de reconnaître une réalité problématique dans laquelle vivent des gens
depuis des décennies et de développer
de l’empathie pour ceux que les médias appellent les « réfugiés ». L’animation est en train de vivre la même
évolution que les romans graphiques
et la bande dessinée dans les années
1990-2000.
PROPOS RECUEILLIS PAR N. S.
« Dimension intemporelle »
Florence Miailhe et Marie Desplechin ont
essuyé plusieurs refus malgré un premier
prix pour le scénario de La Traversée au
Festival Premiers Plans d’Angers en 2010.
Ce premier long-métrage a aussi été lauréat en 2017 de la Fondation GAN pour le
cinéma. Argument des diffuseurs ? « Il est
impossible de faire un long-métrage avec
la technique de peinture animée et La
Traversée n’est pas adapté à un jeune public. » Résultat, il devrait sortir en 2019,
dix ans après son lancement. « Son sujet
principal, son actualité brûlante et en
même temps sa dimension intemporelle et
allégorique en font le projet idéal pour installer le film comme un événement à sa sortie », espère Dora Benousilio.
La durée entre le début et la sortie d’un
film ne décourage pas Sébastien Onomo
qui prévoit de développer deux autres
longs-métrages d’animation autour de
l’actualité : La Sirène, sur la guerre
Iran-Irak dans les années 1980, et Au
cœur des ténèbres, d’après l’œuvre de
Joseph Conrad situé dans « un futur proche au Brésil et puisant dans la même histoire qu’Apocalypse Now. Je souhaite des
films prescripteurs que les parents peuvent
conseiller aux adolescents », lance le producteur. D’autres formulent également
ce vœu. ■
Festival international du film d’animation
d’Annecy (74), du 11 au 16 juin.
www.annecy.org
BAC FILMS
et souvent d’un budget réduit, chaque
film est une prise de risque. « Le distributeur vous dit : “C’est beau mais on n’achète
pas, on attend de voir le produit fini.” En
promotion, ça reste un défi, on n’a pas de
méthodologie sur laquelle s’appuyer,
apporter de la notoriété au film dans des
festivals, explique Ivan Rouveure auquel
on doit Kirikou et les hommes et les femmes et Ernest et Célestine. L’animation
n’est pas encore un genre naturel pour les
adultes, il faut créer l’événement comme
avec Valse avec Bachir. »
« Nous cumulons les difficultés, reconnaît Sébastien Onomo qui a initié Funan
il y a cinq ans. Il faut travailler en amont
et trouver des distributeurs investis par la
proposition des metteurs en scène. » « Le
conflit israélo-palestinien est un sujet extrêmement clivant dont la présentation
même est un défi, remarque Cam
Christiansen soutenu par l’Office national du film au Canada. Nous voulions
donner une dimension adéquate aux deux
points de vue, une tâche qui s’est révélée
très difficile à réaliser et qui a demandé
plusieurs rééditions. Le Mur trouvera un
écho auprès d’un auditoire plus âgé,
l’animation le rend accessible à un public
plus large. »
« FUNAN »
Ce premier long-métrage
de Denis Do, 32 ans, formé
aux Gobelins, a été coécrit avec
Magali Pouzol. Au Cambodge, une
mère se bat pendant la révolution
khmère rouge pour retrouver
son jeune fils arraché aux siens
par le régime. Avec les voix
de Bérénice Bejo et Louis Garrel.
Sortie prévue le 13 mars 2019.
LE PACTE
« Métaphores politiques »
« Dans les pays de l’Est, les films d’animation qui passaient plus facilement la
censure ont souvent abordé les thèmes de la
dictature sous forme de métaphores politiques », remarquent Florence Miailhe et
Marie Desplechin. Les auteurs de La
Traversée, que l’on découvrira en « work
in progress » (en cours de fabrication) à
Annecy, évoquent l’histoire de la première, dont les grands-parents ont quitté
Odessa avec leurs enfants au début du
siècle dernier pour rejoindre la France.
« Ce film répond à notre préoccupation
commune d’embrasser le phénomène
contemporain des migrations », indiquent
la cinéaste et sa dialoguiste qui ont pris le
parti de transposer le récit dans un monde imaginaire, de « fantaisie », afin de
« dégager les grandes lignes communes de
ces épopées ». Dora Benousilio s’est engagée à le produire près avoir vu le mouvement d’extrême droite Pegida en Allemagne défiler sous ses fenêtres.
Si une œuvre programmée à Annecy et
dans d’autres festivals est une forme de
reconnaissance, cela ne présage pourtant
en rien de son succès. En raison des sujets
lourds, d’une technique d’animation
spécifique, de plusieurs années de travail
« PARVANA,
UNE ENFANCE
EN AFGHANISTAN »
Sous le régime taliban, le père
de Parvana a été emprisonné.
La petite fille de 11 ans se
travestit en garçon pour aider sa
famille. Un film de Nora Twomey
terrifiant de réalisme. Golshifteh
Farahani prête sa voix à l’héroïne.
À partir de 8 ans. Sortie le 27 juin.
Longs-métrages en compétiton
a tendance a été lancée il y a
une dizaine d’années. En 2007, Marjane
Satrapi raconte, dans son film d’animation Persepolis, les débuts de la République islamique en Iran. L’année suivante,
Ari Folman signe Valse avec Bachir, longmétrage d’animation autobiographique.
Depuis, ce genre a fait du chemin. « Il y a
de plus en plus de films géopolitiques destinés aux adultes », confirme Ivan Rouveure, producteur exécutif des Hirondelles de
Kaboul, adaptation du livre de Yasmina
Khadra. Marcel Jean, délégué artistique
du Festival international du film d’animation d’Annecy, souligne, lui, que « ces
films sont politiques et représentatifs de
l’état du monde ».
Plusieurs longs-métrages sur les dix en
compétition témoignent de l’actualité
étrangère : Le Mur, du Canadien Cam
Christiansen, sur la « barrière » séparant
Israël et la Palestine, Funan, de Denis Do,
dont l’action se déroule sous le régime des
Khmers rouges au Cambodge, et Parvana,
une enfance en Afghanistan, de Nora Twomey, qui met en scène une fillette affrontant les talibans. « En général, l’animation
est axée sur les enfants ou la famille. L’idée
d’y recourir pour traiter des sujets ultrasensibles pour adultes me paraissait originale et
stimulante sans compter les possibilités artistiques, vastes et inexplorées », explique
Cam Christiansen.
Funan, de Denis Do
Gatta Cenerentola, d’Ivan
Cappiello et Marino Guarnieri
La Casa lobo, de Cristobal
Leon et Joaquin Cocina
Miraï, ma petite sœur,
de Mamoru Hosoda
Okko et les fantômes,
de Kitaro Kosaka
Seder-Masochism,
de Nina Paley
Parvana, une enfance
en Afghanistan,
de Nora Twomey
Tito et les oiseaux,
de Gustavo Steinberg,
Gabriel Bitar
et André Catoto Dias
Virus Tropical,
de Santiago Caicedo
Le Mur, de Cam Christiansen
+
L
NATHALIE SIMON
nsimon@lefigaro.fr
LES FILMS DE L’ARLEQUIN
La Traversée
de Florence Miailhe,
raconte le voyage
initiatique d’un frère
et d’une sœur
tentant de fuir
un pays totalitaire.
Ce documentaire en noir et blanc
du Canadien Cam Christiansen
met en scène David Hare
(The Hours, The Reader)
au Moyen-Orient. Le dramaturge
britannique décrypte l’impact
sur la population de la « barrière »
qui sépare Israël et la Palestine.
« Au fil des années, les choses
semblent se détériorer »,
déplore-t-il. Date de sortie
encore inconnue.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 11 juin 2018
CULTURE 33
EXPOSITION Quand
l’esprit moderne
naît-il chez nous ?
Beaubourg répond
par une relecture
des faits et
repositionne
la France en amont.
L
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
e modernisme est-il français ? À cette question qui divise les historiens de l’art, le Centre Pompidou dit
oui. Et l’affiche par trois simples lettres
en couleur, comme si elles suffisaient à
être un signe de ralliement. Bien moins
connu que le Bauhaus allemand et le
De Stijl néerlandais sur la plateforme
des grands courants artistiques révolutionnaires, l’UAM (Union des artistes
modernes), officiellement constituée à
partir de 1929, puise sa source dans un
bouillon de culture qui anime la scène
française dès le début du XXe siècle.
Telle est la thèse de cette exposition au
long cours qui mise sur le croisement
des disciplines et la relecture des faits
acquis, au-delà de la renommée de ses
acteurs les plus célèbres, Charlotte Perriand, Eileen Gray, Jean Prouvé, Le
Corbusier et Pierre Chareau. Brassant
les domaines, de la peinture à l’architecture, de l’objet d’art à l’affiche (Pour
le désarmement des nations, 1932, Jean
Carlu), du bijou à la reliure d’art de
Rose Adler, cette « UAM », pourtant si
diverse et dense, paraît soudain claire
comme l’eau de roche.
Trois têtes de Beaubourg apportent à
l’entreprise de réhabilitation historique
leur passion de la recherche, leur curiosité tous azimuts, leur goût de l’objet
exemplaire (La Religieuse, 1923, lampadaire époustouflant d’invention et de
sobriété de Pierre Chareau, ou son mythique Bureau pour Mallet-Stevens,
1927, d’une sublime simplicité). Le public doit comprendre du regard comment les idées fusionnent pour devenir
un courant majeur qui fit salon au Musée des Arts décoratifs au pavillon de
Marsan, du 11 juin au 14 juillet 1930.
Une première comme au cinéma avec
les sièges de Le Corbusier, Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand. « Ce mouvement collectif s’épuise en 1958, brève
durée de vie qui ne dit pas tout et ne permet pas de comprendre la modernité
française, de son apparition à son éclipse », analyse Frédéric Migayrou, directeur adjoint du Musée national d’art
moderne (création industrielle) et l’un
des trois commissaires d’« UAM ». Ils
sont donc remontés aux origines, « sans
cesser de faire des parallèles avec l’Allemagne ».
1
UAM, le modernisme français
Francis Jourdain, pionnier du Mouvement moderne, qui amorça la doctrine
fonctionnaliste au début des années
1900, militant anarchiste, dessine un
intérieur bleu entièrement intégré pour
Georges Besson, le rédacteur en chef de
L’Humanité, et y accroche son grand
tableau de 1909, Intérieur. Contre toute
attente, « UAM » commence très tôt, en
1895, avec la photographie XXL de la
salle à manger d’Henry Van de Velde
présentée dans les Galeries de l’Art
nouveau de Siegfried Bing, à Paris. Ode
à l’art total et transdisciplinaire.
Au-dessus du mobilier de l’architecte
graphiste belge, futur fondateur de
l’École des arts appliqués de Weimar,
d’où naîtra le Bauhaus, des peintures
d’avant-garde de Paul Ranson ; sur la
table ornée, un service en porcelaine
décoré en bleu par Édouard Vuillard.
C’est là que cette exposition savante fait
naître l’idée moderne, utopie nourrie
par le mouvement des Arts and Crafts
anglais et l’Art nouveau belge. À la fin
de l’impressionnisme et du symbolisme, c’est la rupture majeure avec l’arrivée des nabis, puis des fauves, cou-
rants uniquement perçus du côté des
peintres. La couleur l’emporte sur la
forme. Les arts décoratifs créent leurs
catégories, Art nouveau, puis Art déco.
L’UAM disparaît dans cette nomenclature exclusive. Avec ces modernes
pourtant, la fonction et l’économie de
moyens vont entrer en scène.
Omerta américaine
« Pourquoi connaît-on le Bauhaus ou
De Stijl, et pas vraiment l’UAM ? Parce
que l’histoire du modernisme est écrite
par les Américains, principalement par
Alfred Barr, le premier directeur du
MoMA, qui a consacré de grandes expositions au Bauhaus et à De Stijl, et pour
lequel la France se résume au cubisme et
à Picasso, et l’architecture,
au Corbusier. Donc, le
mouvement UAM n’a ja-
2
De Sonia Delaunay et Fernand
Léger à Frantz Jourdain
Les « Period Rooms » chères au Victoria
& Albert Museum de Londres ou aux
Arts déco permettent de faire la synthèse visuelle d’un temps T, comme les
résumés des chapitres dans les vieux livres d’histoire. L’art de la mise en scène, qui parle d’emblée à tous, est ici un
outil pédagogique. La démonstration
égrène les personnages, de Sonia
Delaunay et Fernand Léger à l’architecte Frantz Jourdain, fondateur du
Salon d’automne en 1903, vrai fil
conducteur de l’exposition. Son fils
3
1. Hall du premier salon de l’UAM, au Musée des Arts
décoratifs, à Paris, en 1930. Il est signé Robert MalletStevens, avec André Salomon. 2. Manèges de cochons
(1922), Robert Delaunay. 3. Bureau pour Robert MalletStevens (1927), Pierre Chareau. F.L.C./ADAGP, PARIS, 2018 ;
CENTRE POMPIDOU, MNAM-CCI/BERTRAND PRÉVOST//SERVICE DE
LA DOCUMENTATION PHOTOGRAPHIQUE, DISTR. RMN-GP
mais été reconnu par cette grande plateforme de lecture du modernisme », décrypte Frédéric Migayrou, qui travaille
sur « Les sources du modernisme » depuis son arrivée au Centre Pompidou,
en 2000. Quelques tentatives de restauration ont été faites, dit-il, notamment
aux Arts déco, mais pas d’approche
globale depuis cette omerta outre-Atlantique. Depuis, Beaubourg a fait des
expositions « Pierre Chareau », puis
« Mallet-Stevens », et mène une politique d’acquisitions très active dont les
fruits émaillent le parcours splendide
(près de 300 pièces comprenant le
fonds Prouvé, le fonds Chareau, des ensembles d’Eileen Gray).
On commence donc avec les nabis
dans une ambiance Orsay. On finira
dans le monde coloré,
épuré, si superbement
fonctionnel de Charlotte
Perriand, dont chaque tiroir est un petit trésor.
C’est-à-dire dans notre
monde moderne qui
l’adore et la vénère en
princesse. Pour y arriver,
on traverse le monde des
coloristes qui structurent
ainsi l’espace intérieur.
Peu à peu, les formes se
dégagent, se fonctionnalisent, se dénudent, se combinent, se risquent. Mais gardent cette
singularité que l’on dit française. ■
« UAM. Une aventure moderne », jusqu’au
27 août au Centre Pompidou. Catalogue
sous la direction des trois commissaires,
Olivier Cinqualbre, Frédéric Migayrou et
Anne-Marie Zucchelli (Éditions du Centre
Pompidou, 256 pages, 44,90 €).
LES ARTS
Adrien Goetz
e petit livre bleu qui vient de
paraître chez Norma, la
meilleure des maisons d’édition dédiée à l’architecture et
aux arts décoratifs, est un
pavé dans la mare. Cécile Tajan a travaillé dans les archives, et repris avec finesse la chronologie. Elle conteste la vision simpliste selon laquelle l’Union des
artistes modernes, en 1929, aurait été à
l’origine d’un grand combat historique
livré, pour le peuple, par les tenants
C
d’un art industriel et tubulaire, métallique et net, contre une sorte de désunion
des artisans anciens, nostalgiques du
style Art déco et des errances des
Années folles.
Dans sa préface, Jean-Louis Gaillemin, l’historien de l’art à qui on doit,
entre autres, la redécouverte des décorateurs des années 1940, est radical.
Pour lui, c’est « toute la vulgate moderniste qui aujourd’hui s’effiloche ». En
1929, Charles et Marie-Laure de Noailles
se sont déjà lassés de leur villa d’Hyères
commandée à Mallet-Stevens, la villa
Cavrois s’achève, comme la maison de
verre de Pierre Chareau. Beistegui a
masqué sous les miroirs de Venise et les
fauteuils en capiton l’architecture du
penthouse que Le Corbusier avait dessi-
né pour lui aux Champs-Élysées et rêve
de réinventions empruntant à toutes les
époque.
Le temps de la pauvreté pour les riches est passé quand paraît l’UAM,
groupement aux contours flous, réflexe
défensif d’une cause en passe d’être
perdue. En 1925, avec L’Inhumaine de
Marcel Lherbier au cinéma, décors de
Mallet-Stevens, meubles de Chareau,
tout était dit. En 1929, c’est la crise, « les
clients riches, lassés de jouer les pauvres,
ont besoin de se réconforter dans un ludique retour aux styles », écrit Gaillemin.
Et les pauvres ? Ils continuent sans doute de rêver de buffets Henri II et de
« cosy corners ». D’où une évidente
tendance dans l’exposition, pour sauver
la légende, à montrer les réalisations des
piliers de l’UAM avant la date de 1929, à
leur agréger des noms qui ne firent pas
partie du mouvement, comme si la genèse du phénomène était au fond plus
intéressante que son histoire.
Les faits sont têtus
Dans le catalogue du Centre Pompidou,
les trois pages de préface d’Olivier Gabet, directeur du musée des arts décoratifs, grand prêteur de la manifestation,
vont dans ce sens. Il aurait certes été
tentant de faire de l’UAM un Bauhaus
français, cela aurait répondu à la vision
d’une histoire de l’art fonçant à belle vitesse vers une modernité populaire et
conquérante. Hélas, les faits sont têtus.
C’est la Société des artistes décorateurs, ce clan des « anciens » auquel
l’UAM a tourné le dos, qui a invité à
Paris les ténors du Bauhaus en 1930. Pire
encore, pour miner de l’intérieur la belle histoire de l’UAM, Olivier Gabet ose
souligner dans le célèbre manifeste Pour
l’art moderne, cadre de la vie contemporaine, cette citation : « Nudité, netteté,
justesse, voilà nos devoirs stricts et plus la
vérité ainsi serrée et poursuivie sera dévoilée toute pure, plus la recherche aura
été œuvre d’amour. » Cette phrase est de
Charles Maurras, elle date de 1908 et
avait été publiée dans L’Action française.
De quoi faire trembler sur leurs pilotis
les chaumières de la bonne conscience.
UAM, Les modernes à l’épreuve,
de Cécile Tajan, avec une préface
de Jean-Louis Gaillemin « Biceps et bijoux »,
Éditions Norma, 19 €.
A
Un mythe bien pratique ?
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lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
STYLE
1
Neuf
2
3
4
5
comme un lundi
Ce que nous réserve la semaine ? Un quart d’heure de célébrité,
une dose de vitamine C, un sac patriote et un ciré d’été.
PAGE RÉALISÉE PAR MADELEINE VOISIN AVEC ÉMILIE FAURE, VALÉRIE GUÉDON, FABIENNE REYBAUD ET ÉMILIE VEYRETOUT
À FLOT Cent
cinquante ans après
s’être établi à Schaffhouse, en Suisse allemande, l’horloger IWC (1) lance le
chronographe Yacht Club, en acier,
tout de bleu auréolé. Ce modèle automatique est équipé d’un calibre de manufacture qui mesure les temps courts
avec une fonction flyback permettant,
à l’aide d’un seul poussoir, de ramener
la trotteuse à zéro. En outre, son cadran
affiche la date à 3 h et une petite seconde avec dispositif d’arrêt à 6 h. Les navigateurs des temps modernes apprécieront son bracelet en caoutchouc
marine idéalement assorti à la couleur
de son cadran. [ 12 100 €, à la boutique
du 3-5, rue de la Paix, Paris IIe ]
PRÉVISIONS Les
ALLEZ LES BLEUS Qui peut encore penser que le football n’est pas un
sport à la mode ? Sûrement pas Louis
Vuitton (5). Fabricant depuis 2010 de la
malle officielle renfermant le trophée
tant convoité de la Coupe du monde, la
célèbre griffe de luxe met en vente, à
partir de jeudi et durant toute l’édition
2018, une ligne de maroquinerie inspirée du ballon rond. Recouverts des typiques hexagones, l’iconique Keepall
mais aussi des sacs à dos, des pochettes
et des portefeuilles peuvent arborer, à
la demande des plus fervents supporters, les couleurs de chacun des trentedeux pays participants. [ De 180 € à
3 200 €. www.louisvuitton.com ]
JUS PRESSÉ Joyeuse, vitaminée et
POP ART Depuis l’annonce, fin
2017, d’un partenariat entre Calvin
Klein et la Fondation Andy Warhol, les
sérigraphies tapissent les créations de
Raf Simons, des Sandra Brant (1971) et
Dennis Hopper (1971) actuellement en
boutique, au Kiss (1963) imprimé sur les
brassières en coton blanc. Ce mois-ci,
une série d’autoportraits de l’artiste
réalisés entre 1977 et 1986 est à l’honneur dans une capsule, plus accessible,
de la ligne Calvin Klein Jeans (7). Des
sweat-shirts (99,90 €), tee-shirts
(49,90 €), vestes (179,90 €) et pantalons
en denim (149,90 €), accessoires pour
filles et garçons en quête de
gloire. [ www.calvinklein.fr ]
RAGAZZA Les sandales claquant sur
le pavé brûlant, la jupe au vent, les
jambes dorées… Les vacances sont au
bout de la rue. Avec ces souliers au talon à gorge et au nez arrondi, direction
l’Italie - elles y sont tressées selon les
règles de l’art par les artisans chausseurs. Les rouge tomate sont griffées
Carel (8), leur ligne douce s’inspire des
modèles à succès de la marque française au cœur des années 1980 (275 € sur
www.carel.fr). À peine plus haut perchées, les babies beige osier sont signées Michel Vivien (9), le designer
chéri des filles pour ses modèles à l’allure folle et au chaussant stable (720 €.
Tél. : 01 43 70 50 88).
créateurs avaient
prévu la météo capricieuse qui sévit ces
jours-ci avec ces manteaux de pluie ultrafins enfilés sur des une-pièce chics.
Nos ensembles préférés de l’été 2018 ?
La parka sportive en Nylon et nageur
zippé assorti signés Isabel Marant (2)
(www.isabelmarant.com), le maxitrench brillant et maillot au décolleté
sulfureux d’Alberta Ferretti (3)
(www.albertaferretti.com), l’imperméable aérien en soie passé sur un body
graphique chez Bottega Veneta (4)
(www.bottegaveneta.com). Mais la
vraie vie a raison des effets de podium.
Ailleurs qu’à Coachella, il est vivement
conseillé de les porter dépareillés.
fraîche, la mandarine a tout pour plaire.
Cet agrume originaire de Chine, considéré là-bas comme un symbole de
chance et de réussite, fait une arrivée
fracassante dans nos parfumeries. Cette
saison, après Louis Vuitton (Le Jour se
Lève), au tour de Prada (6) d’en faire
une Infusion. Passée au filtre du nez
Daniela Andrier, elle est acidulée, juteuse comme un quartier sous la dent.
Sexy et solaire aussi, additionnée de
notes de fleur d’oranger, de graines de
carotte et d’opopanax, une résine originaire de Somalie. Décidément, ce métissage lui va bien. [ 120 € les 100 ml.
Tél. : 01 47 48 79 29 ]
6
8
7
LES MATINS.
Guillaume Erner et la rédaction
© Radio France/Ch. Abramowitz
A
du lundi au vendredi > 7H
Retrouvez Eugénie Bastié ou
Alexandre Devecchio demain à 8H57.
franceculture.fr
@Franceculture
en partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
9
IWC ; ALESSANDRO LUCIONI/IMAXTREE.COM ; DANIELE OBERRAUCH/IMAXTREE.COM ; FILIPPO FIOR/IMAXTREE.COM ; LOUIS VUITTON ; CALVIN KLEIN JEANS ; PRADA ; CAREL ; MICHEL VIVIEN
34
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LE FIGARO
HIGH-TECH
lundi 11 juin 2018
35
Le Flipfr
de Ctac-tech peut
flotter dans le bassin
ou se fixer à la paroi.
FLIPR
par son constructeur, le modèle
Anafi est capable d’enregistrer
des vidéos en 4K HDR
et de prendre des photos HD
en 21 mégapixels. L’optique,
avec zoom 2.8x, peut pivoter
à 180 degrés et bénéficie
d’un stabilisateur sur 3 axes.
L’autonomie en vol de l’appareil
atteint 25 minutes. 699 euros.
JARDIN Des objets connectés surveillent et nettoient automatiquement
les bassins privés pour éviter les mauvaises surprises.
B
ou au sel, etc.). Leur batterie rechargeable leur assure, en général, une année d’autonomie.
Dans cette catégorie, l’un des plus
complets est Ofi, créé par la start-up
française Asamgo (459 euros, infos sur
ientôt les grandes vacances, synonyme pour nombre d’entre
oficoncept.com). Dans sa version standard baptisée Ofi Light, il se présente
nous d’un repos bien mérité au bord de
sous la forme d’une boule lumineuse
la piscine. Encore faut-il que le bassin
qui flotte dans la piscine et transmet en
ne soit pas envahi d’impuretés, de
temps réel à son appli mobile les donfeuilles mortes, de microalgues et de
nées récoltées sur la qualité de l’eau. Sa
bactéries. Pour ceux qui n’ont pas la
couleur change en fonction de l’état de
chance ou les moyens de s’offrir les serla piscine : verte pour une eau de bonne
vices d’un technicien, il existe une caqualité, bleue s’il faut prévoir une intégorie d’objets connectés spécialisés
tervention et rouge s’il est nédans l’entretien de la piscine qui
cessaire d’agir rapidement.
peuvent rendre de grands
Mais on peut aussi proservices.
grammer la lumière pour
Les plus intéressants
créer une ambiance cosont sans doute les
lorée dans la piscine. Un
outils d’analyse de
autre modèle plus coml’eau. Plus besoin de
pact, Ofi Zen, est conçu
sondes raccordées au
pour ne pas gêner les
local technique, de bancouvertures de protection
delettes de diagnostic et de
du bassin.
dosage approximatif des proSon principal concurrent, Ico
duits d’entretien. Flottant à la
de la société provençale Ondilo
surface, placés dans un skim(449 euros, infos sur ondimer ou fixés contre la paroi, ces
lo.com), collecte lui aussi une
boîtiers mesurent en permanenquantité d’informations sur
ce la qualité de l’eau grâce à
l’eau dans laquelle il est plongé
leurs capteurs : taux de chlore Ofi Light
ou salinité, dureté et alcalinité, transmet
et les transmet soit par l’interprésence de bactéries et d’al- les données
médiaire d’un réseau Wi-Fi,
récoltées sur la
gues, température, etc. Toutes qualité de l’eau. soit en passant par le réseau Sices données sont communi- S. HERVE
gfox. Enfin, le Flipfr de Ctacquées sans fil à l’application
tech (299 euros, infos sur gofliassociée pour smartphone ou tablette.
pr.com) peut flotter dans le bassin ou se
La liaison passe soit par une simple
fixer à la paroi. En plus des mesures de
connexion Bluetooth - auquel cas la
qualité de l’eau, il fournit des conseils et
portée se limite à une dizaine de mèprévoit les opérations à effectuer dans
tres -, soit en utilisant (gratuitement) le
les jours à venir.
réseau Sigfox qui relie sans fil les objets
Autre produit indispensable à l’enconnectés sur de grandes étendues.
tretien de la piscine, le robot nettoyeur
Prudence toutefois : il faudra auparase met aussi au numérique. C’est novant vérifier que la zone où se situe la
tamment le cas du modèle RV 5480 iQ
piscine est bien couverte par ce réseau.
de la société Zodiac (1 500 euros, infos
Mieux : en cas d’anomalie, ces appasur zodiac-poolcare.fr). Équipé de quareils transmettent une alerte sur le
tre roues motrices, il fonctionne de masmartphone de l’utilisateur et fournisnière autonome comme n’importe quel
sent des conseils pour y remédier. Cerrobot de nettoyage pour piscine, mais
tains proposent même de commander
peut aussi se piloter à distance à partir
en ligne les produits de traitement
d’un smartphone. Il suffit de le relier en
d’eau ou encore d’être mis en relation
Wi-Fi au réseau domestique pour poutéléphonique avec un technicien. Un
voir démarrer ou arrêter son cycle de
argument essentiel quand la piscine est
nettoyage, pour le diriger vers une zone
située à des kilomètres du domicile de
précise du bassin grâce au mode téléson propriétaire et qu’il faut intervenir
commande de l’application, ou encore
rapidement…
pour vérifier l’état du filtre. Ce modèle
est aussi un assistant très efficace avec
Un an d’autonomie
son système d’aspiration cyclonique et
son mécanisme d’éjection de l’eau à sa
Tous ces produits se configurent à parsortie en surface.
tir de leur application, qui permet noSon principal concurrent, le Dolphin
tamment de définir les caractéristiques
S300I de Maytronics (1 350 euros, infos
de la piscine (intérieure ou extérieure,
sur robot-dolphin.fr), dispose d’un
traitement au chlore
système de guidage automatique qui lui assure
de couvrir toute la
piscine, et
Le robot nettoyeur RV 5480 iQ
de la société Zodiac. ZODIAC
son application associée permet de le
contrôler en mode manuel et de choisir
parmi plusieurs programmes de nettoyage.
S’ils n’empêchent pas de veiller au
bon fonctionnement et à l’entretien de
la piscine, ces appareils épargnent une
quantité d’opérations fastidieuses, permettent de réaliser des économies en
produits de traitement et fournissent
un bon moyen d’éviter les mésaventures les plus courantes, à commencer par
la mauvaise surprise de l’eau verte le
jour de l’arrivée dans la maison de vacances. Ne reste plus qu’à espérer l’arrivée prochaine d’équipements qui
permettront d’agir à distance pour résoudre directement les problèmes. ■
MINI-BARRE DE SON
Sonos lance une nouvelle
enceinte connectée compacte
conçue pour s’installer devant
le téléviseur et pour améliorer
sa qualité audio. La Sonos Beam
sert aussi à diffuser les
principaux services de musique
en ligne, les radios Internet
et les contenus d’un smartphone
relié en Wi-Fi. Compatible avec
les assistants vocaux de Google,
Amazon et Apple, elle sera
vendue 449 euros en juillet.
A
Entretenir sa piscine
depuis son transat
DIDIER SANZ
£@sanzdidier
PARROT BRAND STUDIO/GETTY IMAGES
FLASH
DRONE HD
Parrot lance un nouveau drone
particulièrement doué pour
les prises de vues aériennes.
Qualifié de « caméra volante »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
36 HIGH-TECH
Les marques historiques contre-attaquent
SMARTPHONE Face aux géants Apple et Samsung et aux nouveaux constructeurs chinois,
Motorola et BlackBerry ripostent avec de nouvelles versions de leurs modèles les plus originaux.
DIDIER SANZ £@sanzdidier
Reconnaissance faciale, avatars animés, appareils photo ultraperformants… Dans le déferlement d’innovations qui caractérise les smartphones
les plus récents, il reste des marques qui
préfèrent miser sur les recettes qui ont
fait le succès de leurs téléphones. La
preuve avec les nouveaux modèles de
BlackBerry et de Motorola.
1
Le smartphone
à clavier 2.0
Téléphone emblématique
des années 1990 et 2000
avec son clavier physique,
sa messagerie instantanée et
ses fonctions professionnelles, le bon
vieux BlackBerry a connu une quantité
de mutations avant de s’évanouir dans
la nature. Désormais exploitée par le
groupe TCL Communication, la marque
cherche à renouer avec son passé tout
en profitant d’évolutions techniques.
Voici donc le BlackBerry Key2, nouvelle version du KeyOne lancé l’an dernier. Comme son prédécesseur et comme les modèles historiques, il est
équipé d’un clavier physique et offre
une quantité d’options de sécurité.
Mais il dispose aussi d’un écran tactile
de 4,5 pouces et fonctionne avec la
dernière version d’Android, ce qui le
rend compatible avec plus d’un million
d’applications à télécharger sur Google
Play et avec l’assistant Google. Le clavier a été amélioré par rapport au modèle précédent. Il intègre un capteur
d’empreinte digitale dans la touche espace et, pour gagner du temps, une
nouvelle touche baptisée Speed Key
permet de lancer directement des applications ou des fonctions quand on
l’associe à une autre touche du clavier.
L’appareil photo aussi a été revu et corrigé. Muni d’un double capteur de
12 mégapixels, il se montre plus réactif
Le Moto Z3 Play (à gauche)
sera disponible cet été à 499 euros.
Le BlackBerry Key2 est vendu
à partir de 649 euros.
pour la mise au
point et plus
efficace en stabilisation
d’image. Enfin,
le système offre
un navigateur
Web sécurisé,
peut crypter les
données pour les
protéger et identifie les applications qui ont accès
aux données personnelles. Selon
son constructeur,
la batterie offre jusqu’à deux jours
d’autonomie. Disponible en version
64 Go ou 128 Go, extensible par carte MicroSD, le BlackBerry
Key2 est vendu à partir de 649 euros.
2
MOTOROLA ; BLACKBERRY
Le
mobile
façon
Lego
renouvelé
Avec son
Moto Z, Motorola est le
seul constructeur à avoir
adopté le concept de téléphone modulaire, qui permet d’ajouter toutes sortes
d’accessoires
(baptisés
Mods) au dos de l’appareil de la batterie annexe au vidéoprojecteur, en passant
par l’enceinte stéréo JBL et
l’imprimante Polaroid. Une formule
qui a séduit, en même temps qu’elle
contribuait à relancer la marque. Cette
année, Motorola fait évoluer le Moto Z
avec le Z3 Play, une version qui se distingue par son écran géant et par une
autonomie record pouvant atteindre
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faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien
proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
l’encontre de la copropriété à la date de la parution de l’annonce.
Les honoraires de l’agence immobilière et les commissions de
chaque bien sont consultables sur le site de l’annonceur.
par ailleurs à déverrouiller l’appareil
par reconnaissance faciale. Conséquence de la grande taille de l’écran, la barre
de boutons du bas disparaît et, avec elle,
le capteur d’empreinte digitale. Motorola ne l’a pas pour autant installé à
l’arrière, mais sur la tranche droite,
comme sur les anciens Xperia Z de
Sony. Au passage, la prise casque disparaît également. Mais le Moto Z3 Play est
livré avec un adaptateur numérique
pour minijack. Autre innovation : la caméra au dos se compose de deux optiques et de deux capteurs, l’un de 12 mégapixels et l’autre de 5 mégapixels.
L’association des deux permet de créer
un flou en arrière-plan, mais aussi de
profiter de trucages intéressants. On
peut notamment isoler un sujet en
fonction de sa couleur et rendre le décor
monochrome. Des options permettent
aussi de diffuser des vidéos en direct sur
YouTube ou encore d’enregistrer facilement des animations en gif. En prime,
un bouton donne accès directement à
Google Lens, qui reconnaît des objets,
des images, et peut analyser du texte.
Rapide avec son processeur Snapdragon
636 à huit cœurs, le Z3 Play dispose de
64 Mo de mémoire, extensibles par carte MicroSD. Il est compatible avec tous
les Mods existants et sera disponible cet
été au prix de 499 euros en coffret avec
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LE FIGARO
lundi 11 juin 2018
TÉLÉVISION
apalou@lefigaro.fr
Les poneys
dociles
« Trooping the colour »
BFMTV | 11 heures | Samedi
L
e 21 avril, Elizabeth II
a eu 92 ans. Soixante-six ans
sur le trône. Elle est solide
la reine mère, elle ne rouille pas.
Comme traitée au Decapex.
Pendant des décennies,
elle a inspecté ses troupes à dos
de cheval mais cette année, vêtue
de bleu pastel, elle les a passées
en revue dans une calèche.
La cérémonie fut rituellement
marquée par 41 coups de canon tirés
depuis Green Park et puis, après la
parade des troupes à pied, la famille
royale a remonté la grande avenue
qui mène à Buckingham Palace.
Une première pour Meghan Markle,
désormais duchesse de Sussex.
Intéressant, n’est-ce pas ?
Au « 20 heures » de France 2, le
correspondant Loïc de La Mornais
nous explique pourquoi on fête
les anniversaires des souverains
britanniques au mois de juin :
« Pour éviter la pluie. » Acclamée
par la foule, Meghan, pas peu fière
au bras de son duc Harry, a assisté
depuis le célèbre balcon royal au
défilé aérien de la RAF. C’est chou.
Un peu plus tôt, sur BFMTV,
Anthony Bellanger, consultant
international de la chaîne,
commentait les images de
l’événement. Disons-le, il fut assez
drôle, ne fit pas dans l’officiel.
Se moqua allègrement du rougeaud
prince Charles qui n’aurait pas
inventé le bidon de deux litres.
Puis, il nous a appris que la reine
avait arrêté de monter à cheval,
qu’elle s’était mise au poney.
Et qu’elle prenait chaque soir
son verre de gin.
En hommage à Churchill ?
Sur Europe 1, dimanche matin,
cette information essentielle :
« Les séniors se laissent tenter par le
tatouage. » Une femme de 78 ans :
« Mes enfants se sont cotisés pour me
payer cette rose tatouée que j’ai dans
le bas du dos. » Celle-ci, 82 ans :
« Moi, je me suis fait faire un
dauphin. » Elizabeth II devrait
y penser. Pourquoi pas un petit
Union Jack sur la fesse droite ?
Une fiction anglaise
inspirée d’une terrible
affaire de viols,
une série familiale
avec Lorànt Deutsch
ou deux documentaires
sur Johnny et Laeticia…
Que voir cette semaine,
ou pas, à la télévision ?
Figaro top,
Figaro flop
16/20
« THREE GIRLS »
Arte, jeudi 14 juin à 20 h 55
Difficile à voir mais nécessaire. Cette minisérie de trois épisodes de la BBC retrace
l’un des faits divers les plus traumatisants de la décennie au Royaume-Uni.
En 2011, The Times révélait qu’une cinquantaine d’adolescentes défavorisées
de Rochdale, ville ouvrière sinistrée près
de Manchester, avaient été violées et
forcées à se prostituer par un groupe
d’hommes pakistanais. Et ce, dans l’indifférence des services sociaux et de la
police qui estimaient que les victimes
avaient des mœurs trop légères pour être
crédibles. La scénariste Nicole Taylor a
voulu comprendre comment le système
s’était acharné sur ces jeunes filles au lieu
de les protéger. Ayant recueilli le récit de
trois d’entre elles, elle transpose leurs
témoignages dans ce drame d’une rare
intensité et sans une once de sensationnalisme. Diffusée outre-Manche avant la
naissance de #MeToo, Three Girls
rappelait déjà à quel point le chemin vers
la justice des victimes de viol est éprouvant. Sous les traits d’Holly, celle qui ose
briser l’omerta et essuie le mépris des
enquêteurs et des avocats, Molly Windsor crève l’écran par sa colère et sa dignité. La comédienne de 19 ans a fait
ployer Claire Foy, parfaite Elizabeth II de
The Crown, en remportant le British academy television awards de la meilleure
actrice, il y a un mois ! Ce soir-là, Three
Girls a fait main basse sur cinq trophées.
Une razzia à la hauteur de l’onde de choc
que la série a provoquée.
FIGARO TOP Three Girls retrace l’un des faits divers les plus traumatisants de la décennie au Royaume-Uni. Un drame d’une rare
intensité et sans une once de sensationnalisme.
14/20
« FRANCE 98 :
LE SACRE D’UNE NATION »
W9, lundi 11 juin à 21 heures
Un documentaire sur la victoire des
Bleus en 1998, un de plus, proposé dans
le cadre du nouveau magazine « Minute
par minute » présenté par Stéphanie
Renouvin. Si ce film n’a pas la force de
celui diffusé dimanche sur TF1, dans
lequel tous les champions du monde
témoignaient vingt ans après (lire nos
éditions du week-end), il offre une belle
rétrospective. On revient dix ans avant
l’événement, quand le président Chirac
affirmait vouloir le Mondial en France.
La campagne menée par la presse sportive contre Aimé Jacquet est évoquée. Le
parcours à suspense des Bleus retracé. La
violence des hooligans, Anglais ou Allemands, rappelée. Mais c’est le bonheur
d’une France rassemblée au-delà de ses
différences qui envahit l’écran.
LE BUZZ TV
Invité : Jacques Vendroux
interviewé par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez, aujourd’hui sur :
FIGARO FLOP « Laeticia, sa vie sans
Johnny », ce documentaire, truffé d’erreurs
factuelles difficilement compréhensibles,
est souvent confondant de vulgarité.
9/20
« QU’EST-CE QU’ON ATTEND
POUR ÊTRE HEUREUX ? »
M6, mercredi 13 juin à 21 heures
Que la créatrice de Fais pas ci, Fais pas
ça, Anne Giaferri, se lance dans une
nouvelle comédie familiale et embauche Lorànt Deutsch est plutôt alléchant. En futur papa guetté par la crise
de la quarantaine, qui quitte Paris pour
la campagne, il devrait être hilarant.
Mais au lieu des traits d’esprit des Lepic
et des Bouley, le spectateur endure une
litanie de plaisanteries gênantes voire
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4749
HORIZONTALEMENT
1. Attaque criminelle. - 2. Sujet à
l’infarctus. - 3. L’homme du feu.
- 4. Basa son calcul. Lettres qui se
suivent. - 5. Il a eu un ascendant
sur lui. Propagea l’infection. - 6.
Porte des manchettes. Peut être
pris grâce à une clé. - 7. Fourrures
d’hermine. - 8. Épicentre du séisme.
Méchamment atteinte. - 9. Sujet
hagiographique. - 10. Change son
code. Manque de reconnaissance.
- 11. Page longue à se tourner. Un
cours qui finit toujours à l’Eure.
- 12. Apparence trompeuse.
VERTICALEMENT
1. Conditions athlétiques. - 2.
Vedette de Spielberg qui passe
au Grand Rex ? - 3. Chutes de neige
légères. Partie d’un ensemble.
- 4. Bateau. Cité pyrénéenne qui
doit son nom à l’impératrice Hélène.
- 5. Première capitale fixe du Japon.
Trop fait. Passe avant nous. - 6.
Évite les mélanges. Mit à la portée
de tous. - 7. Bien comme il faut.
Sa charge n’a rien d’héroïque. - 8.
Du travail à la pelle.
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4748
HORIZONTALEMENT 1. Baisoter. - 2. Immodéré. - 3. Mailings.
- 4. But. euoS. - 5. Erebus. - 6. Loris. PC. - 7. Os. Rémi. - 8. Team. Ara.
- 9. Lascar. - 10. Ruent. Ta. - 11. Impiétés. - 12. Éphémère.
VERTICALEMENT 1. Bimbeloterie. - 2. Amaurose. UMP. - 3. Imiter.
Aleph. - 4. Sol. Birmanie. - 5. Odieuse. Stem. - 6. Tenus. Mac. Té. - 7.
ergO. Pirater. - 8. Ressac. Arase.
1
2
3
4
5
2
3
4
5
6
7
8
EWEN SPENCER/BBC/ARTE
scatologiques. Le premier sketch dépeint un changement de couche de
bébé apocalyptique et donne le ton. Les
amis des animaux pourront s’étrangler
devant l’épisode 3. Entre les ex-Parisiens archibobos (Deutsch et Magali
Mignac) et leurs voisins nouveaux riches (Jeanne Bournaud et Mathias
Mlekuz) obsédés par les ventes privées
et les barbecues, la palme du personnage le plus superficiel, immature et lâche, est difficile à décerner. Les acteurs,
épatants, suggèrent pourtant un potentiel sous-exploité. Tirée d’une série
suédoise à succès Solsidan, cette création originale de M6 va devoir sérieusement revoir sa copie si elle veut durer, et, surtout, trouver un propos
original sur la vie à deux.
7/20
« JOHNNY-LAETICIA :
À LA VIE À LA MORT »
BFM TV, lundi 11 juin à 20 h 50
De leur rencontre jusqu’au soleil qui se
couche sur la tombe de Johnny Hallyday sur l’île de Saint-Barthélemy, en
passant par cette nuit de fin novembre
2017 où le chanteur rentre vivre ses derniers jours à Marnes-la-Coquette, cette
enquête exclusive retrace les 23 ans de
Laeticia Smet aux côtés de son mari. Le
présenter comme une « enquête » est
une insulte à Albert Londres. C’est une
hagiographie qui n’aide en rien à redresser l’image de la veuve du rocker.
Elle est juste inutile, le sujet est survolé
et le spectateur perdra son temps à la
regarder. Les fans vont détester : une
BRIDGE
PROBLÈME N° 2846 :
Noir de chances
765
ARV
D96
AD83
N
O
E
7
Contrat : Sud joue
6 Sans-Atout.
8
Entame : 10 de .
9
11
12
4/20
« LAETICIA, SA VIE SANS JOHNNY »
C8, mardi 12 juin à 21 heures
Martelé par une musique lancinante, cet
autre panégyrique de Laeticia Smet est
souvent confondant de vulgarité. C’est
vrai pour le texte lu en voix off comme
dans les expressions employées par certains intervenants. Une fois de plus, on
note toute une série d’erreurs factuelles
difficilement compréhensibles. Il suffit
de lire l’ordonnance du tribunal pour
voir que tous les biens de Johnny Hallyday n’ont pas été gelés. Loin de là. C’est
pourtant martelé à l’antenne à plusieurs
reprises. Les seuls moments à sauver de
ce naufrage sont les témoignages de
certains amis de Laeticia Smet dont
Jean-François Piège et la photographe
Yaël Abrot. L’épouse du rocker mérite
tout de même un travail un peu plus
sérieux.
BLAISE DE CHABALIER,
CONSTANCE JAMET ET LÉNA LUTAUD
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2845 :
Voyants rouges allumés !
Contrat : Sud joue 4 Piques.
La séquence (E.-O. vuln.) : Ouest ouvre de 1, Nord profite
de la vulnérabilité favorable pour glisser 2 (bicolore majeur)
et Sud saute à 4.
Entame : As-Roi-Dame de (Est défausse deux ) et
Dame de pour votre As (défausse d’un du mort).
S
A D 10
D765
A R V 3
V4
6
10
fois de plus, leur idole est décrite sous
un aspect peu reluisant pour mieux faire
ressortir les qualités de son épouse. On
prête à Johnny Hallyday des propos
dont on ne sait s’ils sont vrais. Il n’est
plus là pour dire sa vérité. La nouvelle
bande qui entoure Laeticia Smet témoigne abondamment, beaucoup de
choses fausses sont dites avec aplomb.
Mais ce qui est intéressant, c’est la liste
de ceux qui manquent à l’écran. On
cherche en vain les témoignages des exmeilleures amies et surtout des Boudou,
la famille de Laeticia.
La priorité est de couper un puisqu’un partage amical (3-3)
de la couleur résoudrait tous vos problèmes. Hélas, Ouest
défausse. Vous devez maintenant trouver le Roi de bien
placé. Jouez le 2 de coupé, pour le 10, Roi de coupé
pour communiquer et encore pour le Valet. Vous gagnez
dès que le Roi est au plus troisième en Est ou si celui-ci
détient quatre et le Roi de quatrième (auquel cas il aura
été squeezé).
Remarque : on pourrait gagner avec le Roi de en Ouest
et les 4-2, à condition de défausser deux sur les puis d’expasser le Roi de et, ce, avant de couper un . Toutefois, Ouest, muni alors de
V 10 9 8 7
15 ou 17 points et possédant
AR854
une main régulière, aurait ou765
vert à coup sûr de 1SA
4
avec 15 points et le plus sou- A R D
N
D
10
9763
vent de 1SA avec 17 points
O E R84
932
S
(parfois de 1 si sa main est D V 10 9 7
86543
jugée trop belle...). Mention
6532
exceptionnelle si vous avez
V2
A D V 10
pensé aux deux lignes de jeu !
AR2
A
Anthony Palou
CAPTURE ECRAN/AH PROD/C8
BIEN VU
37
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lundi 11 juin 2018 LE FIGARO
38 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Barnabé
Soleil : Lever 05h46 - Coucher 21h53 - Dernier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. Jeu 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Parents mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Michel Cordes.
21.00
20.55
20.55
Série. Policière
Série. Policière
Film. Comédie
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
14
21.00 Appels d’urgence
Société. 0h55. Cambriolages, rébellions, incivilités : interventions à
risques pour les gendarmes d’Évry.
Inédit. Les gendarmes de l’Essonne
interviennent sur une partie d’Évry.
40
16
16
18
16
15
17
18
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14
16
21.55 Appels d’urgence. Magazine.
Société.
16
16
18
16
16
17
16
16
20
14
Esprits criminels
Major Crimes
Le mur de l’Atlantique
EU. Avec Kirsten Vangsness. 2 épisodes. L’équipe est confrontée à une
enquête inhabituelle. En effet, deux
membres d’un groupe défendant
des thèses conspirationnistes sont
retrouvés morts.
EU. Saison 4. Avec Mary McDonnell,
G. W. Bailey, Tony Denison, Michael
Paul Chan, Raymond Cruz. 2 épisodes. Inédits. Tom Palmer, un courtier, est retrouvé mort dans l’allée
devant sa maison.
Fra-Ital. 1970. Réal. : Marcel Camus.
1h40. Avec André Bourvil, Peter
McEnery, Jean Poiret. Peu de temps
avant le Débarquement, un aviateur
anglais trouve refuge chez un restaurateur normand.
20.50 Nicolas Le Floch
22.40 Esprits criminels Série
22.25 Major Crimes Série. Poli-
0.25 Les experts. Série. Sens dessus dessous - Trois ans de solitude.
cière 0.45 13h15, le samedi... Magazine 1.20 Ça commence aujourd’hui
22.50 Soir/3 23.30 Qui sommesnous ? Doc. 1.20 Midi en France.
Magazine 1.50 Les grands du rire
22.25 C dans l’air 23.35 Avis de sorties. Magazine 23.45 C à vous
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20.00 C à vous, la suite. Magazine
20.20 Écho-logis. Série doc.
15
21
15
20
21
18
Série. Policière. Fra. 2014. Saison 6.
Avec Jérôme Robart, Lucie Lucas.
Le cadavre anglais (1 et 2/2). Nicolas
Le Floch se retrouve au cœur d’une
affaire d’espionnage.
17
15
22
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50
24
APRÈS-MIDI
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40
25
20
18.40 L’info du vrai (C). Magazine
20.40 Canalbis (C). Divertissement
20.55 Catherine et Liliane (C)
19.00 Au fil du Mississippi. Série documentaire. La symphonie du Nord
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu. Présentation : S. Plaza 19.45 Le 19.45
20.25 Scènes de ménages. Série.
21.00
20.50
21.00
Série. Policière
Film. Policier
Divertissement
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18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
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23
24
26
23
20.55 Crimes dans la Ville Rose
25
20
Mag. Société. 1h55. Inédit. Au sommaire : «Sous le signe du crime». Fin
juillet 2017, à Toulouse, les proches
de Cintia, 21 ans, contactent les autorités - «Le violeur au couteau».
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17
16
30
20
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23
22.50 Crimes dans les villages des
pays de la Loire 0.35 Crimes. Mag.
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28
27
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21
25
24
20
25
19.00 Cabanes perchées. Série doc.
Il était une fois... - Château familial.
Tunnel
Fra. Saison 3. Avec Stephen Dillane,
Clémence Poésy, Jennifer Aries,
Ambur Khan. 2 épisodes. Inédits.
L’enquête prend un nouveau tournant lorsque Winnie Miles reçoit un
paquet contenant un rat vivant.
22.40 L’effet papillon Mag. 23.30
Grand froid. Film. 0.55 La colère d’un
homme patient. Film 2.25 Surprises
Guet-apens
EU. 1972. Réal. : Sam Peckinpah. 1h57.
Avec Steve McQueen, Ali McGraw,
Ben Johnson, Al Lettieri. Poursuivis par des truands, un braqueur et
son épouse prennent la fuite vers
le Mexique.
22.50 Cluedo Film. Comédie 0.25
One, Two, Three. Documentaire 1.20
Une jeunesse allemande. Film.
26
T (en °c)
20.50 Flipping Bangers :
voitures à tout prix
Le meilleur pâtissier Les professionnels
<-10 à 0
Science et technique. 2017. 1h40.
Mercedes 190. Inédit. La Mercedes
190 n’est plus commercialisée depuis
longtemps. -Toyota MR2 MK2. Inédit.
Prés. : J. Vignali. 2h25. Inédit. Pour la
première épreuve, les brigades vont
devoir inventer une pâtisserie autour de la banane. Puis ils réaliseront
une pièce artistique monumentale.
23.25 Le meilleur pâtissier - Les
secrets des professionnels 0.30
Incroyables gâteaux. Série doc.
19.05 Once Upon a Time. Série. Avec
Ginnifer Goodwin. 2 épisodes.
MARDI
21.00 Kaamelott
19.20 Quotidien, première partie.
19.40 Quotidien. Talk-show.
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Le grand restaurant
21.00 Minute par minute
21.00 Colombiana
Film. Comédie. Fra. 1967. Réal. :
Jacques Besnard. 1h25. Avec Louis
de Funès. Le patron d’un restaurant
huppé se retrouve suspecté d’avoir
participé à l’enlèvement d’un client.
Société. Prés. : S. Renouvin. 1h40.
France 98 : le sacre d’une nation. Inédit. Retour sur les quatre semaines
de la Coupe du monde 1998, qui s’est
achevée par le sacre des Bleus.
Film. Action. Fra-EU. 2011. Réal. : Olivier Megaton. 1h45. Avec Zoe Saldana. Cataleya, une tueuse à gages
originaire de Colombie, veut se venger de l’assassinat de ses parents.
22.40 90’ enquêtes. Magazine. Présentation : Carole Rousseau.
22.40 Le loup de Wall Street. Film.
Avec Leonardo DiCaprio.
23.15 L’armée française dans l’enfer
de la jungle. Documentaire.
MOTS FLÉCHÉS N°1994
SIGNATURE D’UN
ACTE
AMAIGRI
CALANQUE
PAYS
D’EILAT
15/18
RIVIÈRE
PASSANT À
PÉRIGUEUX
LE COBALT
CERTAIN
ANCIEN
CHEF DE
MOSCOU
ENJAMBÉE
SONNERA
13/20
15/19
13/21
12/21
13/22
19/24
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
VE
U
O
N
FIGURINE
13/20
13/19
par téléphone :
AU
ARRACHE
LE PIED
RÉSEAU
TÉLÉ
JEUDI
12/18
19/26
présente
Volume
17
MONTAGNE
ISOLÉE
TRAVAIL
DU CORPS
DÉAMBULE
BAGATELLE
BOURRE
DE COTON
LE
GALLIUM
CHOISIE À
NOUVEAU
ALARME
HARMONIES
FEMME
D’ANKARA
AUTREFOIS,
C’ÉTAIT
JAMAIS
IL PEUT SE
TENIR À
CARREAU
DISTANCER
DIVISION
DU YEN
IL A UN
CÔTÉ
GAVROCHE
BLÊME
FORME LE
PRONOMINAL
DÉPOLI
MARQUE
DE
SURPRISE
PATRON
EN BREF
GÉNISSE
MYTHIQUE
QUI
FLEURIT
DANS LA
NEIGE
HALTE !
A
POISSON
DE LA
MÉDITERRANÉE
PETITES
SAILLIES
S’IL VOUS
PLAÎT
UNE
GOUTTE
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GAÏA
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
ON
L’UTILISE
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MONTRER P R I M A T
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23/31
18/25
22/30
15/22
18/25
25/30
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13/20
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12/22
21/30
13/26
11/17
15/23
21/34
MERCREDI
15/19
14/20
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
13/16
Série. Comédie. Fra. Avec Alexandre
Astier, Lionnel Astie. Le roi Arthur
doit rechercher le Graal, mais il n’est
pas entouré par la fine fleur de la
chevalerie.
FORCE 2
QUI SONT
DU JOUR
20/25
19/24
18/27
14/18
12/23
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LE FIGARO
lundi 11 juin 2018
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SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Ridha Khadher,
le boulanger du Palais
SUCCÈS Fournisseur officiel de l’Élysée et de Matignon,
ce boulanger d’origine tunisienne se plaît à jouer les modèles
d’intégration. Son prochain défi : créer des centres de formation
pour les jeunes défavorisés en France et en Tunisie.
Keren Lentschner
klentschner@lefigaro.fr
a mère trône au cœur de la boulangerie
et on ne voit qu’elle, même si Ridha
Khadher a accroché aux murs des photos de lui avec Emmanuel Macron,
François Hollande ou Anne Hidalgo,
prenant à chaque fois la pose fièrement. Trente ans après avoir posé les
pieds sur le sol français, Ridha
Khadher, né à Kairouan, en Tunisie, est devenu le
boulanger de l’Élysée, de Matignon et de plusieurs
ministères. Un privilège qu’il a gagné en remportant
en 2013 le concours de la meilleure baguette de Paris.
« Le jour même, j’ai failli ne pas y aller, raconte-t-il.
Devant l’Hôtel de Ville, j’ai douté de moi. Pourquoi un
S
Arabe ferait une meilleure baguette qu’un Français ?
Et je me suis lancé. » Il gagne ensuite plusieurs appels
d’offres qui lui permettent, cinq ans plus tard, de
continuer à servir les grands de ce monde. Il connaît
leurs petits secrets. Manuel Valls aime le pain sans
gluten. François Hollande a un faible pour les
chaussons aux pommes. Emmanuel Macron, qui surveille sa ligne, préfère la baguette pas trop cuite et se
régale avec des petits pains aux fruits secs.
Chaque jour, il reçoit la commande de l’Élysée et
des ministères. Il livre le Château trois fois par jour.
Jusqu’à 80 baguettes, des viennoiseries pour le petit
déjeuner, des sandwichs… Sans parler des
commandes exceptionnelles. Ces gros pains de campagne que le président aime apporter en déplacement à l’étranger. Pour le dîner d’État en l’honneur
du grand-duc de Luxembourg, il a par exemple livré
350 boules de campagne, chaudes, à 17 h 30. Sans farine dessus pour que les convives ne se salissent pas.
« Il a cet amour du travail et de la qualité, avec toujours une grande ponctualité et une grande gentillesse,
témoigne Patrick Brassart, le chef argentier de l’Élysée. Même si on l’appelle à 23 heures pour rajouter une
commande ! J’en ai vu passer depuis quarante-deux
ans, il fait partie des très bons. »
Enfant chéri d’une mère adorée
La première fois, lorsqu’il est entré dans la cour de
l’Élysée, il a évidemment pensé à sa mère. « Il y avait
beaucoup de turbulences dans ma tête », se souvientil. Ridha Khadher assume ce parcours de fils du bled,
enfant chéri d’une mère adorée. Il raconte l’odeur
de son pain, le khobz-tabouna, cuit au feu de bois,
qui embaumait la maison le matin. Sa mère préparait
la pâte le soir et la laissait reposer toute la nuit. Elle
utilisait de l’eau avec de la fleur de cactus ou du lait
de chèvre fermenté pour faire lever la pâte. Elle la
pétrissait à l’aube. Les enfants dégustaient son pain
au petit déjeuner avec de l’huile d’olive et, le soir,
trempé dans la tchatchouka. Pourtant, il n’aurait jamais pensé devenir boulanger. S’il parle encore avec
émotion des odeurs des oliviers ou du lait des vaches
Bio
EXPRESS
1970
Naissance à Kairouan
(Tunisie).
1986
Débarque à Paris pour
être apprenti boulanger.
2010
Ouvre sa boulangerie,
Au Paradis du Gourmand,
dans le XIVe.
2013
Remporte le concours
de la meilleure baguette
de Paris.
2014
1re livraison à l’Élysée.
2017
Publie La Baguette
de la République,
écrit avec Naïma Guerziz
(Fauves Éditions).
qu’il allait traire, il a vite une certitude: la terre, ce
n’est pas pour lui. Adolescent, il rêve d’être garagiste. Sa mère en décide autrement. Elle l’envoie à 15
ans à Paris être apprenti chez son frère aîné, Ali,
boulanger. « C’est elle qui m’a mis dans le pétrin, raconte-t-il. Pour elle, le pain pouvait m’assurer un
avenir. On a toujours besoin d’un boulanger, même en
temps de guerre. » Le choc est rude. De la campagne
tunisienne aux néons de Roissy un soir d’automne.
L’air glacial le saisit en haut des escalators. La froideur des gens dans les rues. Le premier réveil à
3 heures du matin. Presque chaque jour, il pleure au
téléphone et supplie ses parents de rentrer.
Suivant le conseil de son frère, il se met à la boxe et
à la musculation qu’il pratique encore, tout en courant, le week-end, avec sa fille Sara, étudiante en
médecine. Pour compléter son salaire, il devient à
25 ans videur de boîte et garde du corps. Il travaille
nuit et jour pour mettre de l’argent de côté. Déjà, il
caresse l’espoir d’ouvrir sa boulangerie. Il revient au
pays une fois qu’il a « réussi ». Au volant de sa première voiture. Et pour présenter à sa mère, sa promise, Isabelle, biologiste, originaire du Cher.
Il réalise son rêve en 2010. Au Paradis du Gourmand est né. Il y prépare son pain comme il a vu sa
mère le faire. Depuis cinq ans, il y accueille les curieux du monde entier et se prête avec délice aux interviews. Il a raconté son histoire dans un livre écrit
avec Naïma Guerziz et en prépare un deuxième. Être
le symbole d’une immigration réussie ne le gêne pas.
Il est fier de son parcours. En 2013, il était dans la
délégation qui accompagnait François Hollande en
Tunisie et, au début de l’année, il faisait partie du
voyage d’Emmanuel Macron à Tunis. Il souhaite
aujourd’hui franchiser sa boulangerie à l’étranger.
Mais le projet qui lui tient le plus à cœur est l’ouverture d’écoles de la deuxième chance pour former
aux métiers de bouche. Son obsession ? «Éviter que
les jeunes Tunisiens partent se jeter à l’eau pour
rejoindre l’Europe » et que ceux de son pays d’adoption ne cèdent aux sirènes du djihad. Je leur dis « la
chance qu’ils ont d’être né en France » et l’importance
du travail. « C’est un moyen pour lui de redistribuer ce
qu’il a reçu, il a cette générosité en lui », témoigne
Jean-Louis Guigou, devenu son ami. Depuis
deux ans, Ridha Khadher livre le Samu social. Il va
lui-même distribuer des sacs de pain aux SDF. « La
France m’a ouvert ses bras, dit-il. Elle a été comme
une mère. » ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Paire [pè-r] n. f.
Double au tennis, mais pas à deux balles.
a paire française Mahut-Herbert a remporté le double hommes à l’open de Paris.
Le mot vient du latin par, qui signifie semblable. La paire est la réunion de deux
choses ou deux êtres qui vont ensemble. Une paire à Roland-Garros est - faut-il
le préciser ? - une paire de tennis.
Les joueurs français, hors paire, se sont révélés assez quelconques durant la quinzaine
de la porte d’Auteuil. Ce sont ceux qui ont joué en paire qui ont fait des étincelles :
c’est-à-dire en gagnant, ni une ni deux.
La victoire de Mahut et Herbert leur permet d’égaler Noah et Leconte, vainqueurs
jadis en double. Ils sont désormais leurs égaux : des pairs de France.
Notre paire est aujourd’hui au ciel - le septième, paraît-il : celui de la félicité.
Elle a gagné en deux temps, trois mouvements. Et en deux sets. C’est le nombre
pour le double. En trois, c’eût peut-être été une autre manche.
Et donc une autre paire. ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Le « shadow cabinet » LR dévoilé
début juillet
Attendu de longue date, le « shadow cabinet » promis par
Laurent Wauquiez (photo), le président des Républicains,
devrait être connu début juillet, vraisemblablement la
première semaine. Ce contre-gouvernement permettrait à des
élus Républicains de voir leurs compétences et leurs
expériences reconnues. D’ores et déjà, la bataille est engagée entre les cadres LR
pour intégrer cette équipe. Jusqu’à présent, ce type de structure, d’origine
anglo-saxonne, n’a jamais réellement été adopté en France où, contrairement
à la Grande-Bretagne, par exemple, le bipartisme n’est pas la règle.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
L
Après neuf années passées dans l’équipe de direction de la Société générale,
Bernardo Sanchez Incera a quitté la banque en mai lorsque celle-ci a renouvelé
son état-major. Le conseil d’administration considérant que ce départ avait un
« caractère contraint », il bénéficie de six mois de rémunération en compensation
d’une clause de non-concurrence et d’une indemnité de départ égale à deux ans
de son salaire fixe. Ancien de Zara, il avait été débauché de chez Monoprix
pour diriger les activités de banque de détail de la Société générale.
A
Deux ans de salaire pour un ex-dirigeant de la SocGen
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LA VICTOIRE VOYAGE EN LOUIS VUITTON
ROLAND-GARROS 2018
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