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Libération - 11 06 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LUNDI 11 JUIN 2018
www.liberation.fr
YVES HERMAN . REUTERS
2,00 € Première édition. No 11519
G7 Le bras
d’honneur
de Trump
Mexique
Le journalisme
assassiné
MICHEL EULER . AP
Quatre reporters tués en deux semaines :
l’ultraviolence qui mine le pays, en pleine
campagne présidentielle, prend pour cible les
journalistes. REPORTAGE, PAGES 10-11
Roland-Garros
Il était onze fois
Nadal
L’Espagnol a remporté son 11e titre sur la terre
battue parisienne, en battant l’Autrichien Dominic Thiem 6-4, 6-3, 6-2. PAGE 18
DISCORDE
DE RIGUEUR
Réduire le déficit tout
en rééquilibrant sa politique vers
la gauche? Macron semble pris au
piège de son «et en même temps».
Sans compter que la conjoncture
se dégrade…
PAGES 2-5
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
Emmanuel Macron en mars, à Agen. PHOTO RODOLPHE ESCHER
DÉPENSES PUBLIQUES
Depuis son avion qui l’emmenait à Singapour,
le président américain a violemment rejeté
les conclusions d’un sommet… qu’il venait
tout juste de quitter. PAGES 6-8
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2 u
ÉVÉNEMENT
Dépenses
publiques :
coupes
ou pas cap ?
ÉDITORIAL
Par
PAUL QUINIO
Cacophonie
Rappel au réel pour Emmanuel Macron. Au réel de
sa campagne électorale et
de sa promesse du «en
même temps» qui fit son
succès. Certes, des voix
discordantes venues de
l’aile gauche de la majorité
parlementaire se font entendre depuis plusieurs semaines déjà, pour réclamer
au chef de l’Etat une inflexion de sa politique.
Mais cette petite musique
de solistes est en train de se
transformer en chœur de
mécontents qui n’hésitent
pas à sortir tambours et
trompettes pour critiquer
la ligne droitière du Président. Mais ce n’est pas tout.
L’orchestre gouvernemental est lui-même de plus en
plus tiraillé, entre les ministres LR de Bercy qui
tiennent mordicus à la réduction de la dépense publique, et donc de certaines
aides sociales, et par exemple une Agnès Buzyn, chargée de la Solidarité, qui
prévient que les économies
demandées ne pourront
pas se faire «sur le dos des
pauvres». Comme si cela
ne suffisait pas, trois ténors
du programme du candidat Macron ont fait savoir
ce week-end qu’ils regrettaient que la politique mise
en œuvre depuis un an
oublie un peu trop de lutter
contre les inégalités. A part
ça, tout va bien ? Non ! Car
à cette cacophonie politique se greffent des inquiétudes économiques.
Hausse des taux d’intérêts,
donc du coût de la dette,
consommation des ménages en berne… Le ciel s’assombrit, chargé de nuages
potentiellement annonciateurs d’efforts supplémentaires. C’est donc un rappel
au réel en tenaille auquel
doit faire face Emmanuel
Macron : ses promesses
d’un côté, la conjoncture
économique de l’autre.
Autant dire que l’heure de
vérité approche. Car si
les Français continuent
de faire confiance au chef
de l’Etat pour déverrouiller
le pays – l’opinion par
exemple est restée favorable à la réforme de
la SNCF –, ils sont aussi
animés par un souci de justice, notamment sociale.
Et là, ils font nettement
moins confiance au chef
de l’Etat. •
Libération Lundi 11 Juin 2018
Poussé à faire des économies par ses promesses
de campagne, le FMI et la Cour des comptes,
Macron osera-t-il aller à l’encontre des
demandes toujours plus pressantes d’un
rééquilibrage à gauche de sa politique?
Pour l’heure, l’éxécutif temporise en envoyant
des signaux contradictoires.
Par
DOMINIQUE ALBERTINI
«P
as question de faire des économies sur
le dos des pauvres» : Agnès Buzyn
vient d’en faire la promesse dans
le Journal du dimanche. Niant s’être vu réclamer 7 milliards d’économies par Matignon, la ministre des Solidarités et de la Santé se défend
dans l’hebdomadaire d’un soupçon persistant:
l’exécutif, lié par ses engagements budgétaires,
préparerait de douloureuses économies sur les
dépenses sociales et la fonction publique.
Comme l’avait suggéré fin mai le ministre de
l’Economie, Bruno Le Maire, selon qui «expliquer
qu’on va réduire la dépense publique sans toucher
aux dépenses sociales ne serait […] ni juste ni lucide». La remarque avait alimenté un procès en
politique antisociale dont se défend péniblement
l’exécutif, mais qu’alimentent même certains de
ses partisans (lire page 3).
Dans une note publiée dimanche dans le Monde,
trois économistes proches du chef de l’Etat avertissent ce dernier: «L’ambition émancipatrice du
programme présidentiel échappe à un nombre
grandissant de concitoyens, y compris parmi les
plus fervents supporteurs de 2017 […]. Cela est
d’autant plus le cas que les ministres “politiques”
sont étiquetés à droite et que le message social
peine à trouver une voix forte à l’intérieur du gouvernement», écrivent Philippe Aghion, Philippe
Martin et Jean Pisani-Ferry. Ce dernier fut, durant la campagne, l’un des principaux contributeurs au programme du candidat Macron.
La contre-attaque du gouvernement passera no-
tamment par la présentation, en juillet, d’un
plan antipauvreté dont le JDD a publié dimanche les principales mesures : nouvelles aides
pour la garde d’enfants des familles les plus modestes, automatisation du versement des minima sociaux, versement groupé des aides sociales, petit déjeuner gratuit à l’école dans certains
territoires… Agnès Buzyn affirme dans les mêmes pages que l’exécutif ne reviendra pas sur
l’universalité des aides sociales et ne remettra
pas en cause la prime d’activité. Sans s’interdire
pourtant «d’interroger sa construction et ses bénéficiaires». Car «quand un gouvernement s’est
fixé un objectif de réduction des déficits, il est normal qu’il se préoccupe de la dépense publique et
de son efficacité».
Inquiétude. La contrainte est connue. Durant
la campagne, Emmanuel Macron s’est engagé
à ramener à 52% la part des dépenses publiques
dans le PIB sur le quinquennat (contre 56,5 %
en 2017, selon l’Insee). Mi-avril, le rapporteur
du budget, Joël Giraud a chiffré cet effort à
environ 100 milliards d’euros. Et pour sa
deuxième année d’exercice, le gouvernement
se voit prié de passer à la vitesse supérieure en
matière d’économies : aussi bien par l’opposition de droite que par le Fonds monétaire international et la Cour des comptes. Dans un récent
rapport, cette dernière a déploré la «très faible
réduction» du déficit de l’Etat l’an passé. Mais
pas question pour l’exécutif de marcher dans
les pas de François Fillon, qui avait dramatisé
l’enjeu en 2007 en se déclarant «à la tête d’un
Etat en faillite».
Lors d’un séminaire
gouvernemental
à l’Elysée, le 30 mai.
PHOTO ALBERT FACELLY
Lançant la semaine passée sa réforme de l’audiovisuel public, la ministre de la Culture, Françoise
Nyssen, a ainsi refusé de s’exprimer sur les économies attendues, voyant dans cette approche
un «réflexe archaïque». «C’est plus près de
300 [millions d’euros], mais ce n’est pas 300», a-telle lâché avec réticence, alors que l’inquiétude
grandit chez les salariés concernés. Même logique pour la réforme des aides sociales, où l’exécutif évoque, comme seul critère, une quête
d’«efficacité». Et rebelote sur la réforme de l’administration sur laquelle a planché le Comité action publique 2022, composé d’une trentaine
d’experts choisis par le gouvernement. Le chantier «permettra d’identifier des économies structurelles, notamment sur la sphère Etat, mais également pour la sphère sociale», expliquait le
«programme de stabilité» transmis fin avril à
Bruxelles. Depuis, pourtant, le gouvernement n’a
cessé de relativiser la dimension budgétaire du
chantier. Et se prépare même, selon nos informations, à enterrer discrètement ce trop sensible
rapport (lire page 4).
Ce flou nourrit les soupçons vis-à-vis des projets
du gouvernement. Les uns l’imaginent préparer
dans le secret une cure d’austérité, les autres
avoir renoncé à réduire les déficits. «Il n’y a ni volonté ni programme de réduction des dépenses publiques», a récemment jugé dans le Monde Eric
Woerth, président (LR) de la commission des finances de l’Assemblée. Y voyant «une énorme
faille pour le jour où le cycle économique s’inversera». La présidente du groupe Nouvelle Gauche
et ancienne rapporteure générale du budget, Valérie Rabault, n’est pas moins sévère : «Sur la
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u 3
«Alors qu’il nous faut
repenser un modèle
d’action publique à
bout de souffle, on est
entré dans le match
de la pire manière.»
Gilles Le Gendre porte-parole
du groupe LREM à l’Assemblée
question des économies, je ne sais pas où ils vont.
Lorsqu’ils ne sont pas évasifs, ils se contredisent.
La reprise de la dette de la SNCF [35 milliards
d’euros sur 50 milliards au total, ndlr] ne figure
même pas dans le programme de stabilité.» A Matignon, on assume pourtant la méthode : «Les
baisses sont prioritaires, mais elles seront déterminées plus tard. Avec la RGPP de Sarkozy, on
mettait une toise et on coupait ce qui dépassait.
Nous refusons cette logique médiatique». Pour la
députée LREM Amélie de Montchalin, «le
meilleur moyen de tuer le débat budgétaire serait
de le lancer début juin. Il faut sortir d’un débat
hystérico-comptable sur le budget : c’est lors de
l’examen du projet de budget [à l’automne] qu’on
déterminera combien de dépenses ou d’économies
on affecte aux réformes».
Arrière-pensées. Cette approche n’est peutêtre pas dénuée d’arrière-pensées, reconnaît
une source gouvernementale: «Si on ne minore
pas l’aspect budgétaire, les gens ne verront plus
que lui. Les journalistes sont vite obsédés par
les chiffres. On ne pourrait plus faire la pédagogie
de la transformation publique.» Une autre
s’agace : «Pendant que Darmanin explique à la
radio qu’on ne touchera pas aux aides sociales,
ses services organisent des réunions avec ceux de
Muriel Pénicaud [Travail] et Agnès Buzyn [Santé]
pour trouver des économies ! En vérité, si on ne
fait rien, en juillet, on sera rattrapés par la réalité
et il ne nous restera plus que le rabot.» Un outil
auquel l’exécutif, très critiqué l’an passé après
ses coupes dans les aides aux logements, a promis de ne plus recourir. •
Au sein de LREM,
l’unité n’est plus
de rigueur
Entre l’aile droite et l’aile
gauche du parti, chacun
a fait entendre son point
de vue quant à un probable
plan drastique d’économies.
Z
izanie en macronie. Après un mois
de mai riche en éclats de voix et en
appels à «rééquilibrer» la politique
du chef de l’Etat, l’aile gauche de LREM,
parlementaires comme soutiens historiques de Macron, se fait entendre. Plus libres de leur parole que les députés, trois
fidèles sonnent le tocsin: «Le thème de la
lutte contre les inégalités d’accès, qui était
constitutif de l’identité politique du candidat, est occulté», écrit le trio d’économistes
Aghion-Martin-Pisani Ferry dans une note
confidentielle qui ne l’est plus (lire ci-contre). Et de s’inquiéter de «l’image d’un pouvoir indifférent à la question sociale».
En attendant que le gouvernement détaille ses intentions en matière de lutte
contre la pauvreté et d’économies publiques, l’aile gauche de la majorité est invitée à mettre ses critiques en veilleuse.
«Notre grand rendez-vous, c’est la publication dans les prochaines semaines du rapport CAP 22 et les décisions du gouvernement afférentes», fait valoir le porte-parole
du groupe LREM à l’Assemblée, Gilles
Le Gendre, soucieux de faire oublier la polémique sur la «réduction de la politique
sociale pour l’emploi» déclenchée par les
ministres de Bercy (lire page 4). «Alors
qu’il nous faut repenser un modèle d’action
publique à bout de souffle, on est entré
dans le match de la pire manière.» Un appel au calme que partage sa collègue de la
commission des finances, l’ex-juppéiste
Amélie de Montchalin: «Ce qui inquiète,
c’est le flou, la phase de réflexion. L’été est
toujours le moment où tout le monde tur-
bule, où le stress monte. Mais les notes des
services ne sont pas des arbitrages.»
Dans ce contexte tendu, le flanc droit de
LREM reste déterminé à faire avancer la réduction de la dépense publique. «On ne va
pas se mentir, on ne s’est pas encore attaqué
à ce chantier. D’ailleurs, la droite n’arrête
pas de nous attaquer», explique une députée LREM. Et de promettre que dans les
prochains jours, la question des prestations
sociales «sera travaillée»: «Ce n’est pas le
sujet le plus facile à vendre à l’opinion,
même si les Français sont acquis à l’idée
qu’il faut réduire la dépense publique».
Le flanc gauche temporise: «Je suis un légitimiste qui a porté le programme du Président, j’assume parfaitement qu’il faille revisiter la dépense publique pour la rendre
plus efficace, insiste le député LREM Pierre
Person, ancien du Mouvement des jeunes
socialistes. Je ne perds pas de vue la promesse de Macron de payer mieux le travail,
notamment au travers de la revalorisation
de la prime d’activité. Mais il me semble
inutile de commenter les rapports des technos de Bercy dont le gouvernement ne retiendra peut-être rien.»
Ce relatif retour au calme, Edouard Philippe y a veillé en personne. Le 7 juin, il
avait appelé les députés LREM à «jouer plus
collectif» et à ne «pas critiquer dans la
presse les propos du gouvernement». Et
dans l’entourage du Premier ministre, on
prévient la majorité que le grand tournant
social espéré par certains n’est pas pour demain: «Il y a au sein de la majorité des députés qui sont encore dans une tradition sociale keynésienne classique. Ce n’est pas
notre approche. Plus de social ne signifie
pas plus de prestations.» Un ministre
abonde: «Ceux qui défendent la revalorisation de telle micro-prestation sociale se
trompent de combat. Ce n’est pas une mesure en particulier qui peut avoir un impact
sur l’opinion. Notre enjeu, c’est de donner
un sens global à notre politique.»
Membre de la commission d’évaluation des
politiques publiques, Montchalin pointe
l’ampleur des économies à réaliser. Et elle
ne manque pas d’idées. «Rien qu’en supprimant les doublons dans les outils numériques de l’Etat [messageries, etc.], on pourrait économiser 600 millions d’euros»,
affirme-t-elle. Au sein de LREM, personne
ne perd de vue la véritable échéance. «Le
chantier de la modernisation de l’action publique sera la clé dans les prochaines semaines et jusqu’à la fin du quinquennat», concède Gilles Le Gendre. L’animateur du petit
groupe de députés désigné pour en assurer
le suivi poursuit: «Ce chantier posera des
principes qui introduiront des ruptures fortes dans la manière dont sera conduite l’action publique à l’avenir.» Le tout sous
étroite surveillance d’une partie des macronistes mal remis des coupes dans les emplois aidés et des APL. Ainsi de Person qui
se fend d’un avertissement: «Attention à ce
que les réformes ne soient pas insoutenables
pour nos concitoyens.» Comme si le «et en
même temps» du parti macronien risquait
d’être de plus en plus difficile à tenir.
NATHALIE RAULIN
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4 u
ÉVÉNEMENT
Libération Lundi 11 Juin 2018
CAP 22: le rapport
qui gêne l’exécutif
Les préconisations du
Comité action publique
pour une réforme de
l’administration n’ont
toujours pas été rendues
publiques par Matignon.
Qui craint d’avoir «une
bombe» entre les mains.
C’
est une «priorité» du gouvernement qui, peu à peu,
en devient l’Arlésienne.
Commandé en octobre 2017 et
d’abord attendu pour la fin du premier trimestre, le rapport du Comité action publique 2022 (CAP22)
se fait toujours attendre. On ne sait
rien des préconisations de ce
groupe d’experts, chargé d’imaginer
une vaste réforme de l’administration. Et la date de leur publication
ne cesse d’être reportée : mercredi
dernier, c’est à «la fin du mois de
juin ou au début de juillet» que l’a
renvoyée le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. Selon
nos informations, c’est plutôt vers
un enterrement discret que se dirige ce trop sensible rapport.
Soucieux. Il est vrai que la matière est délicate. Il s’agit rien moins
que d’une révision générale des politiques publiques, qu’elles relèvent
de l’Etat, des collectivités locales ou
de la Sécurité sociale. Avec un triple
objectif: améliorer le service rendu,
les conditions de travail des agents
et, même si l’exécutif se défend d’en
faire une priorité, dégager de considérables économies. Issus du public, du privé et du secteur associatif, les 34 membres du comité se
sont vu donner carte blanche par
Edouard Philippe avant de plancher
en groupes thématiques durant plusieurs mois. Seule certitude : leur
production est déjà entre les mains
du gouvernement. «On a eu une
dernière séance de relecture il y a un
mois, puis on nous a repris le document et on est restés sans nouvelles»,
confie un membre du comité. Mais
à Matignon, on n’est encore sûr de
rien. Ni du moment ni de la manière dont seront révélées ces prescriptions, ni de ce qui en sera retenu. Et on semble déjà soucieux de
minimiser leur portée: «Les mesures
les plus polémiques ont déjà été annoncées, comme un recours accru
aux contractuels et la possibilité de
plans de départs volontaires dans la
fonction publique», fait savoir l’entourage d’Edouard Philippe. «On ne
veut pas d’une bombe, ajoute une
source gouvernementale. Sur Notre-Dame-des-Landes, Parcoursup
et la SNCF, on est en train de sortir
par le haut: il faut valoriser ces acquis et apaiser la machine, en ne
passant pas trop vite à autre chose».
Provocations. Pour l’exécutif, il
s’agit surtout de ne pas détériorer un
peu plus le climat social: certaines
pistes du rapport risquaient en effet
d’être reçues comme des provocations par les syndicats. C’est pourquoi le gouvernement envisage de
ne pas même publier le document
en tant que tel, mais de présenter directement ses arbitrages. Ceux-ci ne
reprendront que très partiellement
les conclusions du comité. «On va
s’éviter un mois de controverses sur
un document dont la moitié des propositions n’ont pas vocation à être reprises», explique une autre source
gouvernementale. Les mesures
abandonnées sont-elles jugées non
pertinentes ou politiquement imprésentables? «Joker», répond notre
source. Ce dénouement rappellerait
celui de la mission Borloo et de ses
ambitieux projets pour les banlieues, réclamés puis enterrés par
Emmanuel Macron. Resterait, une
fois le rapport escamoté, à gérer la
légitime frustration de ses auteurs.
DOMINIQUE ALBERTINI
La ministre Agnès Buzyn a dit qu’il n’y aurait «pas de coupes sur les pauvres». Tout en affirmant qu’il fallait
La prime d’activité dans le viseur
«Elle fonctionne mal», selon un
ministre, «elle est utile», selon
un autre… Ce qui est sûr, c’est
que ce complément au RSA
coûte trop cher, selon l’exécutif,
qui pourrait sacrifier une partie
de ses bénéficiaires.
C’
est une petite musique insistante
jouée par le gouvernement: il faut réformer la politique sociale. «L’enjeu,
c’est de faire en sorte que notre modèle social réponde aux réalités de la pauvreté contemporaine», a expliqué au JDD Agnès Buzyn, ministre des Solidarités. Tout en promettant qu’«il
n’y aur[ait] pas de coupes budgétaires sur les
plus pauvres». Il y a quelques jours, elle affirmait qu’il fallait «arrêter de financer ce qui ne
fonctionne pas»… De quoi faire, au passage,
quelques économies pour réduire le déficit public. Comment? En s’attaquant à la prime d’activité. Ce dispositif permettant aux travailleurs
modestes de cumuler des revenus d’activité et
de solidarité «fonctionne mal», selon Gérald
Darmanin, ministre des Comptes publics.
Pour Buzyn, elle est «utile». Et la ministre d’assurer que «remettre en cause» la prime d’activité «n’a jamais été discuté». En revanche, il
faudra «interroger sa construction et ses bénéficiaires». Reste qu’avec 2,67 millions de foyers
bénéficiaires, dont le revenu d’activité moyen
(1043 euros mensuels) est proche du seuil de
pauvreté, une refonte du dispositif est socialement explosive. Et politiquement risquée pour
un gouvernement accusé de favoriser les «premiers de cordée». Paradoxe, ce même gouvernement avait annoncé l’an passé, suite à la promesse du candidat Macron, une revalorisation
de 50% de la prime d’activité, avec un premier
geste de 20 euros mensuels dès octobre. Une
promesse réaffirmée par Buzyn dimanche…
dépassant son prédécesseur, le complexe
RSA-activité, qui laissait du monde sur le bord
de la route. Mais elle a aussi atomisé les projections de ses créateurs qui tablaient sur un
taux de recours limité à 50%. Avec pour résultat un budget en hausse : 5,06 milliards
d’euros en 2017, contre 4 milliards prévus.
Qu’est-ce que la prime d’activité ?
Le dispositif est-il efficace ?
Fusion de la prime pour l’emploi et du RSA activité, le dispositif est né en 2016 sous le gouvernement Valls pour «inciter à la reprise
d’activité et que le travail soit valorisé». Ouvert
aux plus de 18 ans, ce complément (d’un montant de base de 531,10 euros majoré en fonction de la composition et de la situation du
foyer) se déclenche dès le premier euro de revenu d’activité perçu. Puis il est dégressif à
mesure que le revenu d’activité augmente,
jusqu’à ce que ce dernier atteigne 1500 euros
net mensuel (1,3 smic) pour une personne
seule. En moyenne, en 2017, il s’élevait
à 158 euros mensuels. Avec un taux de recours
de plus de 70%, la prime a eu un franc succès,
Selon un rapport d’évaluation de 2018, les bénéficiaires soulignent un «soutien utile voire
indispensable à leur pouvoir d’achat». La prime
a de fait engendré un recul du taux de pauvreté
de 0,4 point. En parallèle, le nombre de personnes sans aucunes ressources recevant le
RSA-socle a diminué de 0,6% en 2017 (et 4,3%
en 2016). Mais les effets sur l’emploi sont «difficiles à appréhender». Le rapport souligne que
les trois quarts des bénéficiaires sont en emploi, mais qu’une moitié d’entre eux, bien que
titulaires d’un CDI, travaillent à temps partiel.
Un constat repris par l’économiste Mathieu
Plane dans le Nouveau Magazine littéraire. Selon lui, la prime d’activité crée une «incitation
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u 5
Un horizon
économique toujours
plus défavorable
Possible retour de la hausse
des taux d’intérêts et de
l’inflation, consommation
des ménages en baisse…
Le contexte risque de ne
pas jouer en faveur d’une
baisse du déficit public.
D
«interroger la construction et les bénéficiaires» de la prime d’activité. PHOTO DENIS ALLARD
au retour à l’emploi et réduit les trappes à inactivité». Avec un bémol: elle peut pousser vers
des emplois précaires «en n’incitant pas les entreprises à être attractives en termes de rémunération», les petits salaires étant compensés.
Mais pour Darmanin, il y a un hic: pourquoi
alors, malgré la «croissance économique et les
créations d’emplois», le recours à la prime explose-t-il? En évoquant des aides «pas assez incitatives», le ministre semble pointer le manque d’allant des actifs précaires à sortir de
l’inactivité, plutôt que la responsabilité des
employeurs frileux sur les salaires.
Que veut faire le gouvernement ?
Selon les Echos et le Monde, il pourrait modifier des paramètres pour cibler les plus précaires. Il lui suffirait d’abaisser le niveau de ressources à partir duquel on n’a plus droit à la
prime. De quoi «donner plus à ceux qui ont
moins», comme le préconise Buzyn. Mais en
faisant des victimes collatérales chez les travailleurs modestes à peine au-dessus du smic.
Autre option: l’exécutif pourrait bousculer en
profondeur le dispositif en le fusionnant avec
d’autres. A partir de 2019, comme promis par
le candidat Macron, le gouvernement va mettre en place un «versement social unique» des
prestations sociales. De là à fusionner des
aides sociales, il n’y a qu’un pas que les Britanniques ont franchi en 2013 avec le universal
credit, regroupement de dispositifs dont le
versement est en partie conditionné à la recherche d’emploi. En France, en 2017, la direction de l’animation de la recherche, des études
et des statistiques, rattachée au ministère du
Travail, s’est livrée à un exercice théorique de
transposition de ce modèle. Selon elle, «une
réforme semblable en France affecterait les
aides au logement, la prime d’activité, mais potentiellement aussi des dispositifs fiscaux». Ce
même document concluait, pour le cas britannique, à un «impact modéré sur le retour à
l’emploi» et à terme, «quoiqu’elle profite globalement aux ménages modestes», à une «diminution du revenu de certains ménages pauvres». Voilà le gouvernement prévenu.
AMANDINE CAILHOL
epuis le début de 2018, le ciel se
voile. Selon l’Insee, le produit intérieur brut (PIB) n’a progressé que
de 0,2%, contre 0,7% au trimestre précédent. Le statisticien français a même révisé
à la baisse sa première estimation (qui était
de 0,3%). «Les perspectives sont en effet un
peu moins favorables», explique Eric Heyer
de l’Observatoire français des conjonctures
économiques (OFCE), auteur pourtant
d’une note en avril qui insistait sur le «retour à meilleure fortune» de la France. Ce
dernier estime que l’économie française
ne risque pas de finir 2018 en dessous
de 1,7%, alors que le gouvernement mise
toujours sur un taux de croissance de 2%
(après 2,2 % l’an dernier). Mais l’économiste pointe une «série de mauvaises nouvelles» – contexte géopolitique tendu au
Moyen-Orient, incertitudes européennes
avec une Italie dirigée par les populistes,
guerre commerciale déclenchée par les
Etats-Unis…– qui pourraient peser sur le
taux de croissance du pays.
Parmi les risques économiques qui inquiètent certains responsables de la majorité,
la panne de la consommation des ménages arrive en bonne place. C’était déjà la
grande absente de la reprise économique
en 2017. L’an dernier, les Français ont, certes, selon l’Insee, consommé davantage (+1%) mais à un rythme bien moins
soutenu qu’en 2016 (+2,1%). Le gouvernement a beau marteler qu’il agit en faveur
du pouvoir d’achat des plus modestes, ce
moteur important de la croissance française reste à l’arrêt : selon l’Insee, la consommation des ménages est restée
«atone» (+ 0,1 %) au premier trimestre,
celle en «biens» a carrément reculé en avril
(- 1,5 % après + 0,2 % en mars et + 2,3 % en
février). Certes, il s’agit avant tout de
moindres dépenses en chauffage, mais la
consommation alimentaire tout comme
l’achat d’équipement pour les logements
sont en net repli (- 1,8 %).
Décalage. Simple mauvaise passe? Les
économistes s’accordent pour souligner
le décalage entre un premier semestre où
les Français ont connu une hausse de la
CSG et du prix de l’essence et un second où
la plupart d’entre eux bénéficieront de
baisses de cotisations sociales sur leur
feuille de paie, de revalorisations de certains minima sociaux ou de la suppression
du premier tiers de la taxe d’habitation
«[En mai], le climat
des affaires en France
et celui de l’emploi ont
continué de se voiler.»
L’Insee
pour 80 % de la population. «Au fur et à
mesure des trimestres, le pouvoir d’achat
peut s’améliorer», estime Eric Heyer. Constat partagé par la Banque de France: «Les
mesures fiscales votées en loi de finances
soutiendraient le revenu des ménages à
partir de fin 2018», souligne l’institution
dans sa note de synthèse de mars 2018.
A moins que l’augmentation des prix
du pétrole ne vienne priver les Français de
ces gains de pouvoir d’achat en relançant
l’inflation. En avril, selon les calculs de
l’Insee, le prix du baril du Brent était
de 58 euros (72 dollars), en hausse de 9,8%
sur un mois (plus de 17% sur un an). Première conséquence en mai : les prix à la
consommation ont déjà augmenté, selon
l’Insee, de 2,3 % sur un an (+ 0,4 % sur un
mois après 0,2%). «Cette hausse du prix du
pétrole aura un petit impact négatif, minimise-t-on du côté de la Banque de France.
Cela peut peser sur la consommation des
ménages et les importations, mais à ce
stade il n’y a rien d’alarmant.»
Espoirs. La menace que fait planer la
guerre commerciale déclenchée par les
Etats-Unis est un autre souci. Depuis
mars, la Banque de France s’attend à «un
fort rebond […] des exportations» pour justifier sa prévision de croissance de 1,9%
pour cette année. Mais l’intransigeance de
Donald Trump risque de contrarier les espoirs du gouvernement. D’une part, le retour de sanctions en Iran va contraindre
de grandes entreprises françaises comme
Airbus et PSA à quitter ce marché prometteur. D’autre part, l’augmentation des
droits de douane sur l’acier et l’aluminium
pour les produits européens touchera
aussi la France. «Mais cela va porter sur
une partie minuscule de notre commerce
extérieur, fait-on valoir à la Banque de
France. Cela pourrait peser à terme sur les
investissements des entreprises mais pas
sur les exportations.» «Cette situation crée
beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
Mais l’économie n’aime pas le bruit car cela
produit des incertitudes.» Mauvais signal,
selon l’Insee: en mai, «le climat des affaires en France et celui de l’emploi continuent
de se voiler».
L’autre «risque» économique international vient d’Europe. Les incertitudes –partiellement levées– sur le nouveau gouvernement italien formé par les populistes
du Mouvement Cinq Etoiles et par l’extrême droite de la Ligue quant au maintien du pays dans la zone euro pourraient
avoir des répercussions sur la France. Une
Europe à nouveau bloquée, voire instable,
et un retour des attaques des marchés financiers contre la monnaie unique,
comme au temps de la crise de 2010, pourraient vite faire grimper les taux d’intérêts. Et compliquer d’autant plus les objectifs de réduction de la dette et du
déficit public. Dans la trajectoire budgétaire envoyée en avril à la Commission
européenne, le gouvernement s’est engagé à faire repasser la dette publique du
pays (à 97% du PIB en 2017) sous la barre
des 90 % du PIB en fin de quinquennat.
D’où, aussi, un lourd besoin d’économies
budgétaires annonçant une rigueur qui
ne dit pas son nom.
LILIAN ALEMAGNA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6 u
MONDE
G7
Libération Lundi 11 Juin 2018
TRUMP, UN PUÉRIL
EN LA DEMEURE
RÉCIT
Vexé par des propos du Premier ministre canadien concernant les
taxes imposées par les Etats-Unis, le président américain a déclaré
dans la nuit de samedi à dimanche, dans une série de tweets
rageurs, qu’il retirait sa signature du communiqué commun final.
Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel, entourés d’autres dirigeants, s’adressant à Donald Trump lors du second jour du G7, samedi, à La Malbaie (Québec). PHOTO
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 11 Juin 2018
Par
ISABELLE HANNE
Correspondante à New York
B
on an, mal an, les chefs d’Etat
et de gouvernement avaient
réussi à rédiger le traditionnel
communiqué commun qui vient
clore les sommets du G7. Il portait
même le tampon «approuvé», signalant au moins un consensus de
façade trouvé samedi, au terme de
deux jours de discussions tendues
au Québec. Mais la conférence
de presse de clôture du Premier
ministre canadien, Justin Trudeau,
pendant laquelle il a qualifié «d’insultantes» les mesures douanières
prises une semaine plus tôt par les
Etats-Unis et annoncé des «représailles» par le Canada à compter
du 1er juillet, n’a visiblement pas
été du goût de Donald Trump. Et l’a
poussé à faire volte-face.
«Après les fausses déclarations
de Justin durant sa conférence de
presse, et parce que le Canada im-
u 7
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
pose d’énormes droits de douane à
nos entreprises, nos fermiers et nos
ouvriers américains, j’ai demandé
à nos représentants américains de
retirer le soutien au communiqué,
tandis que nous envisageons des
droits de douane sur les voitures qui
inondent le marché américain !»
a-t-il tweeté dans la nuit de samedi
à dimanche à bord d’Air Force One,
qui l’emmenait à Singapour pour
sa rencontre avec le Nord-Coréen
Kim Jong-un, mardi (lire page 12).
Dimanche sur Fox News, Peter Navarro, le conseiller de Trump pour le
commerce déclarait: «Il y a un siège
réservé en enfer pour tout dirigeant
étranger qui s’engage dans une diplomatie de la mauvaise foi avec Donald
Trump et tente de le poignarder dans
le dos quand il s’en va.»
En un tweet (suivi par un second,
tout aussi rageur, où Trump qualifie
son homologue canadien de «faible
et malhonnête»), le président américain a réduit à néant deux jours de
discussions entre les chefs d’Etat et
de gouvernement des pays du G7
– Etats-Unis, Japon, Allemagne,
France, Royaume-Uni, Italie et Canada – dans la petite ville de
La Malbaie. Ces derniers mois, le
président américain n’a cessé de se
désolidariser des alliés traditionnels
des Etats-Unis, du désengagement
de l’accord de partenariat transpacifique à la sortie de l’accord nucléaire iranien. Le 31 mai, il a décidé
d’appliquer des taxes douanières
sur l’acier et l’aluminium de pays
dont il allait retrouver une semaine
plus tard les représentants autour
de la table du G7. Devenu un véritable «G6 + 1», alors que gronde la
guerre commerciale.
SOURIRE BRAVACHE
Avec sa sortie sur Twitter et son
refus apparent de signer le communiqué final du sommet, Donald
Trump vient contredire le satisfecit
de Justin Trudeau, qui avait affirmé
à peine quelques minutes plus tôt
que le sommet avait été un «succès»,
et que les sept nations s’étaient
accordées sur de nombreux sujets
économiques et diplomatiques. Il a
également reconnu que de profondes divergences de vues persistaient entre Donald Trump et les
autres leaders, notamment sur le
commerce.
Les discussions de La Malbaie
ont été «tendues et souvent conflic-
tuelles», rapporte le New York Times.
Une ambiance bien rendue par
un cliché capturé par l’un des photographes officiels du gouvernement fédéral allemand, très commenté sur les réseaux sociaux
samedi. L’image (ci-dessous) montre
tous les chefs d’Etat et conseillers
debout, sauf Donald Trump, assis et
bras croisés comme Suite page 8
POUTINE PRÊT À RENCONTRER
LE PRÉSIDENT AMÉRICAIN
Le président russe, Vladimir Poutine, a ironisé dimanche sur le
«babillage» des pays du G7, les appelant à «une vraie coopération». «Je pense qu’il faut […] se tourner vers les sujets concrets
relevant d’une vraie coopération», a-t-il déclaré à Qingdao, en
Chine, où se déroulait le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Poutine a par ailleurs annoncé qu’il était
prêt à rencontrer son homologue américain : «Dès que la partie
américaine sera prête, cette réunion aura lieu, en fonction
de mon emploi du temps, bien entendu», a toutefois précisé
le président russe. Poutine a précisé qu’il n’avait pas discuté
du lieu où pourrait se dérouler la rencontre, mais que
«beaucoup» de pays étaient prêts à l’accueillir, dont l’Autriche.
Paris condamne sans réserve
«l’inconsistance» de Washington
Le président français
pensait jusqu’au bout avoir
réussi à infléchir la position
de Donald Trump
qui lui a montré,
par son imprévisibilité,
qu’il n’en était rien.
L
e chef de l’Etat français a appris la
nouvelle samedi soir alors qu’il s’apprêtait à rejoindre Paris à bord de
l’Airbus présidentiel: en un tweet rageur,
Donald Trump venait donc de déchirer le
compromis inespéré, signé par tous les
pays membres du G7. D’une phrase balancée comme une bombe du haut de l’appareil Air Force One qui volait vers Singapour, il jetait à la poubelle le travail des
sherpas qui avaient passé la nuit à discuter, mot par mot, les vingt-huit points d’un
communiqué final. Quelques instants plus
tôt, avant de quitter La Malbaie et les rives
du majestueux Saint-Laurent, théâtre de
ce pathétique G7, Macron n’avait pas la
naïveté de croire qu’une simple déclaration pouvait lever le différend commercial
entre Trump et ses partenaires. Mais la
preuve était faite que la solidarité des Etats
attachés à «l’esprit de coopération» pouvait
détourner le président américain de sa logique de confrontation. «Donald Trump
a vu qu’il avait face à lui un front uni. Se
retrouver isolé dans un concert des nations
est contraire à l’histoire américaine»,
constatait Macron lors de sa conférence de
presse conclusive. Pas de doute, pour lui,
ce G7 avait «rempli son rôle». Huit heures
de vol plus tard, le ton était tout autre.
Pouce. Dimanche matin, l’Elysée réagis-
JESCO DENZEL. BUNDESREGIERUNG VIA REUTERS
sait avec une rare violence: en tournant le
dos aux engagements pris après deux jours
de discussions, Trump ferait montre de
«son incohérence» et même de «son inconsistance». En attendant, la France, réaffirme son soutien au communiqué final
du G7 et ne doute pas que ce sera aussi le
cas de «l’ensemble des membres signataires».«La coopération internationale ne
peut dépendre des colères ou de petits mots.
Soyons sérieux et dignes de nos peuples»,
ajoute le communiqué. Rédigée dans la
nuit, au-dessus de l’Atlantique, cette réaction laisse deviner l’exaspération de Macron. A La Malbaie, il croyait avoir réussi
à dompter l’imprévisible Trump en l’amenant à proclamer dans une déclaration
commune son refus du protectionnisme
et son attachement à «un système commercial international fondé sur des règles».
Après avoir lâché, avant son arrivée au Canada, quelques tweets assassins sur l’iniquité d’un commerce international accusé
de spolier les travailleurs et les fermiers
américains, Trump s’est ménagé deux tête
à tête avec Macron. Vendredi, un photographe de Reuters saisissait, au dos de la
main du premier, la marque blanche du
pouce du second. Une fois de plus, le Français avait serré avec une particulière vigueur la pogne de l’Américain.
Après le spectacle de leur quasi-bras de fer
l’été dernier, au G20 de Hambourg, cette
nouvelle image a fait fureur dans les coulisses du G7 canadien. Se posant en leader
des six Etats attachés à «l’ordre international coopératif» Macron s’était vu confié le
soin de répondre aux accusations que son
homologue américain porte contre ses partenaires. «Quand Trump est arrivé, très virulent, Macron lui a opposé un argumentaire préparé en amont avec les Européens
«La coopération
internationale ne peut
dépendre des colères
ou de petits mots.
Soyons sérieux et
dignes de nos peuples.»
Le communiqué de l’Elysée
et les Canadiens, raconte l’Elysée. Il a fait
valoir que l’équité des échanges commerciaux ne pouvait se résumer à la seule question des éventuels déficits commerciaux.»
La preuve? La France enregistre un important déficit avec l’Allemagne, avec laquelle
elle pratique pourtant le libre-échange.
Conclusion: ce ne sont pas tant les tarifs
douaniers, mais bien plus la structure des
économies qui est en cause. Quelques minutes avant le torpillage du G7, Macron
semblait croire que son cours de macroéconomie n’avait pas été sans effet: «Nous
avons eu une vive discussion qui a permis
de rétablir la vérité sur les échanges commerciaux entre l’Europe et les Etats-Unis.»
Assis. A cet instant, les discussions
avaient permis de «stopper l’escalade», at-il assuré en conférence de presse. Dès lors
que Trump reconnaissait, à travers une
«déclaration commune», que la réponse
aux dysfonctionnements du commerce
international était non pas dans le protectionnisme mais bien dans «une organisation du commerce plus efficace», il devenait
possible d’être optimiste. Au nom de «la cohérence», Trump allait bien finir par engager les discussions sur ce point. Telle était,
selon Macron, «la conclusion intelligente
et logique» qui pouvait être tirée.
La suite a montré très vite qu’il était bien
audacieux de parier sur la cohérence du
président des Etats-Unis. L’énergique poignée de main de son ami français aura été
sans effet. Et s’il fallait retenir une image
de ce G7, ce serait plutôt celle, extraordinairement éloquente, qu’a publiée samedi soir
le porte-parole de la chancelière Merkel
(voir ci-contre). Après leur petit-déjeuner,
les dirigeants et leurs sherpas discutent les
ultimes détails de la déclaration commune
dont ils sont censés avoir accepté le principe. Six d’entre eux, debout, salueront
quelques heures plus tard ce succès du
multilatéralisme. Le septième, assis, goguenard, semble n’en avoir rien à faire.
ALAIN AUFFRAY
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
8 u
MONDE
Suite de la page 7 un enfant réprimandé, mais qui ne se départit pas
de son sourire bravache et satisfait.
En face de lui, la chancelière allemande, Angela Merkel, semble lui
faire la leçon. «Dans l’une des réunions à huis clos, le Président a prononcé un long monologue, rapporte
une source citée par le New York
Times. A un moment, il s’en prend
violemment à l’Allemagne, qui profiterait des Etats-Unis en y vendant
tant de voitures. La minute suivante,
il évoque son grand-père, qui était
allemand, et rappelle combien il
aime l’Europe.»
«TIRELIRE»
Au lieu de l’adoucir, ce G7 au Canada
semble avoir renforcé la conviction
de Trump que son pays est traité injustement par le reste du monde et
par les accords commerciaux négociés par ses prédécesseurs. Avec sa
rhétorique «America First», le président américain a fait du rééquilibrage des échanges extérieurs des
Etats-Unis une priorité pour l’emploi. En 2017, le déficit commercial
du pays a atteint 566 milliards de
dollars (480 millions d’euros), un record depuis 2008. «Nous sommes la
tirelire que tout le monde pille», a-t-il
déploré.
Avant de quitter le Canada, Trump
a fait une proposition radicale: celle
d’éliminer complètement et de manière réciproque tout droit de
douane sur les biens et les services
dans les échanges commerciaux
avec les pays du G7. Tout en menaçant de mettre fin à tout commerce
avec ceux-ci s’ils refusent d’abandonner leurs «pratiques commerciales injustes». Les autres pays ont
choisi de ne pas faire le dos rond et
de répondre par des droits de
douane équivalents. «En tant que
Canadiens, nous sommes polis, nous
sommes raisonnables, mais nous
n’aimons pas non plus nous faire
malmener», a rétorqué Trudeau. Le
président américain a également
mis sur la table le retour dans ce cénacle de la Russie, suspendue depuis l’annexion de la Crimée,
en 2014. «Je préférerais voir la Russie
dans le G8 plutôt qu’un G7, a ainsi
plaidé Trump. Un G8 est un groupe
plus significatif qu’un G7.» •
Libération Lundi 11 Juin 2018
Contre Trump, l’Union fait la force
Angela Merkel a enfin
acté qu’il fallait plus
de solidarité dans
la zone euro pour
garder dans son giron
les pays tentés par le
populisme et éviter la
désintégration de l’UE.
le jeu diplomatique, mettre le feu à
la planète, comme le G7 en a fourni
la démonstration. Les Européens
ont la certitude qu’ils ne sont plus
considérés par Washington comme
des alliés naturels, mais comme des
ennemis potentiels, ce qui bouleverse l’ordre international hérité de
la Seconde Guerre mondiale.
E
Rétorsion. Il serait inexact de
t si Donald Trump était une
chance pour l’UE? Confrontés au président américain,
les Européens ont d’abord fait le
pari que la raison finirait par l’emporter, une fois que le nouveau locataire de la Maison Blanche aurait
pris ses marques et que les contrepouvoirs prévus par la Constitution
américaine auraient commencé à
jouer. Si sur le plan intérieur cela a
partiellement fonctionné, en matière internationale, ce n’est pas ce
qui s’est passé. Non seulement
parce que le président des EtatsUnis dispose de larges pouvoirs
dans ce domaine, mais aussi parce
qu’il peut, par simple refus de jouer
croire que l’unilatéralisme américain est une novation. Jusqu’à la
mise en place de l’Organisation
mondiale du commerce (OMC),
en 1995, il était même la règle et il le
reste encore en partie, comme l’ont
montré les sanctions qui ont frappé
les banques européennes qui ont
osé utiliser le dollar pour commercer avec des pays placés sous embargo par les Etats-Unis, comme
l’Iran. La différence, aujourd’hui,
est le refus assumé de Trump de
jouer le jeu du multilatéralisme, au
point de remettre en question
l’existence de l’OMC: ce n’est pas un
hasard si la Maison Blanche n’a pas
encore désigné ses juges au sein de
l’Organe de règlement des différends (ORD) de l’OMC. Ce qui est
nouveau aussi, c’est l’extrême brutalité de Trump qui clame via Twitter ses oukases, refuse toute négociation et est incapable de tenir
parole, mais aussi d’une mauvaise
foi sidérante.
Face à cette brutalité, la Commission n’a eu d’autre choix que de taper du poing sur la table au lendemain de l’imposition de droits de
douane sur l’acier et l’aluminium
européens en attaquant les EtatsUnis devant l’OMC. Mieux, des mesures de rétorsion sur près de 3 milliards d’euros d’importations américaines devraient entrer en vigueur
début juillet. Profitant du retour de
l’isolationnisme américain, l’UE a
occupé l’espace laissé libre: elle a signé un accord commercial avec le
Japon et, à terme, l’Australie ou encore la Nouvelle-Zélande. Elle s’apprête aussi à conclure le Mercosur
avec le Mexique. L’UE compte profiter de la stupidité de l’administra-
Angela Merkel, Christine Lagarde (FMI) et Donald Trump, samedi au G7. L. NEAL. GETTY IMAGES. AFP
tion Trump: ainsi le Mexique va annoncer un quota d’importation de
bœuf de 390000 tonnes pour pallier le retrait américain. La prochaine étape de la guerre déclenchée par Trump contre ses (ex ?)
alliés pourrait avoir lieu lors du
sommet de l’Otan à Bruxelles en
juillet. Si les Européens restent attachés au parapluie américain, faute
d’avoir les moyens à brève échéance
de faire face seuls aux dangers qui
les menacent, ils savent qu’il est en
train de se replier: Trump a qualifié,
lors de sa prise de fonction, d’obsolète l’Organisation atlantique et il
n’a pas l’intention de continuer à
payer pour la défense des Européens. Mais là aussi, ces derniers
vont avoir du mal à tourner une
page de soixante-dix ans: iront-ils
jusqu’à acheter du matériel militaire européen pour envoyer un signal? On peut en douter.
Silence. Si l’UE a su pour l’instant
se montrer unie face aux menaces
extérieures (Trump et Brexit), elle
est gagnée par la fièvre «populiste»,
comme en Italie, ce qui porte en
germe le risque de désintégration.
C’est pour éviter cette catastrophe
que l’Allemagne, qui a besoin de
l’UE pour résister à Trump, puisqu’elle sera la première touchée par
la guerre commerciale qui s’annonce (lire ci-dessous), et plus généralement pour assurer sa sécurité,
a enfin commencé à bouger sur
l’approfondissement de l’Union.
Après des mois de silence, Angela
Merkel et son ministre social-démocrate des Finances, Olaf Scholz,
ont reconnu la nécessité d’instaurer un minimum de solidarité financière au sein de la zone euro,
comme le réclame Emmanuel Macron, seul moyen de garder à bord
les Italiens et les autres pays du
Sud. Et de les détourner des tentations europhobes. Un beau retournement dialectique: les populistes
au secours de l’Europe…
JEAN QUATREMER
Correspondant à Bruxelles
Droits de douane: un coup sur le pare-chocs allemand?
Outre-Rhin, les constructeurs
redoutent de voir se
concrétiser la menace
d’une taxe américaine à 25%.
«N
ous envisageons des droits de
douane sur les voitures qui inondent le marché américain !» La
dernière partie du tweet-coup de théâtre de
Donald Trump à la sortie du G7, samedi, a de
nouveau provoqué des sueurs froides en Allemagne. Voilà les industriels de l’automobile
du pays confortés dans leurs pires craintes :
entre autres calamités, le président américain
semble de plus en plus se préparer à livrer une
nouvelle guerre commerciale, dirigée tout
particulièrement contre l’Allemagne. Selon
une source citée par le New York Times,
Trump a abordé le sujet au G7 lors d’une discussion à huis clos, s’en prenant «violemment»
à l’Allemagne, «qui profite des Etats-Unis en
y vendant tant de voitures». Il l’avait dit à Emmanuel Macron en avril : il ne veut plus «de
Mercedes sur la Cinquième Avenue». Et déjà
en 2017, lors d’un déjeuner avec Angela Merkel, il s’était fait menaçant: «Vous inondez nos
rues avec vos voitures allemandes. Je ne peux
aller nulle part sans en croiser. Il y en a vraiment partout… Vous avez aussi des Ford et des
Chevrolet partout en Allemagne ?»
Dans ce contexte, l’annonce de la Maison
Blanche, le 23 mai, d’envisager une augmentation des droits de douane (qui pourrait aller
jusqu’à 25%) dans le secteur de l’automobile
n’a guère surpris en Allemagne. Mais l’inquiétude est vive. L’Europe taxe en effet les importations de voitures hors UE de 10%. En revanche, aux Etats-Unis, les voitures étrangères
sont taxées à 2,5%. «Pas étonnant que l’Allemagne nous vende trois fois plus de voitures
que nous en exportons vers elle», écrivait le
conseiller de Trump pour les questions commerciales, Peter Navarro, dans une tribune récente publiée par le New York Times.
En 2017, les automobiles et les pièces détachées représentaient 25 % des exportations
allemandes vers les Etats-Unis. De plus, les
constructeurs allemands contrôlent 90% du
marché des voitures haut de gamme aux
Etats-Unis : BMW est propriétaire de la
marque Rolls-Royce, Daimler possède Mercedes-Benz et Volkswagen contrôle Bentley,
Bugatti, Porsche et Audi. Selon l’institut de
recherche allemand Ifo, cité par l’hebdomadaire Wirtschaftswoche, une augmentation
de cette taxe à 25 % aurait de lourdes conséquences économiques pour le pays, avec un
déficit évalué à 5 milliards d’euros, et ferait
baisser son PIB de 0,16%. Alors que faire face
aux élans protectionnistes de Donald Trump?
Il existe des règles en matière de commerce
international, auxquelles ces menaces trumpiennes semblent contrevenir et que l’Allemagne ne manquera pas d’invoquer en déposant un recours auprès de l’Organisation
mondiale du commerce (OMC).
Pour autant, il n’est pas sûr que ce genre
d’argument permette d’infléchir la position
de Trump. Les Allemands préfèrent donc
insister sur les dégâts que causerait, selon eux,
une telle taxe sur l’économie américaine. «A
elle seule, l’industrie automobile allemande
garantit plus de 100000 emplois aux EtatsUnis», a ainsi prévenu, à la télévision allemande, le PDG de l’équipementier automobile
Kirchhoff, Wolfgang Kirchhoff.
JOHANNA LUYSSEN
Correspondante à Berlin
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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10 u
MONDE
Libération Lundi 11 Juin 2018
Des journalistes ont dénoncé les meurtres de plus de 140 de leurs confrères depuis 2000 au Mexique, en face du Palais national de Mexico, le 1er juin. PHOTO YURI CORTEZ. AFP
Au Mexique, les
journalistes ont une
«cible dans le dos»
REPORTAGE
En deux semaines
et demie, quatre
reporters ont été
assassinés dans le pays,
le plus dangereux pour
la profession après
la Syrie. A moins
d’un mois de l’élection
présidentielle,
les autorités sont
pointées du doigt pour
leur inaction.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 11 Juin 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
C’est en l’espace de deux semaines et
demie seulement que ces quatre journalistes mexicains ont été assassinés. Cela
porte à sept le nombre de reporters
tués (un autre est porté disparu depuis
janvier) en 2018 au Mexique, deuxième
nation la plus périlleuse pour la profession. L’an dernier, au moins onze
journalistes y ont été tués selon Reporters sans frontières (RSF), un de moins
qu’en Syrie mais davantage qu’en
Afghanistan (neuf) et en Irak (huit).
«La liste des journalistes assassinés au
Mexique s’allonge inexorablement sans
que le gouvernement ne prenne de décision courageuse, déplorait il y a quelques jours le directeur du bureau Amérique latine de RSF, Emmanuel
Colombié. La situation devient intenable et la responsabilité du futur président pour enrayer cette spirale est
immense.»
Par
FRÉDÉRIC AUTRAN
Envoyé spécial à Mexico
C’
est son fils Eduardo, 20 ans,
qui a découvert le cadavre
d’Alicia Díaz González baignant dans une mare de sang. Journaliste pour le quotidien économique
El Financiero, cette mère de famille
de 52 ans a été assassinée à l’arme
blanche le 23 mai dans sa maison de
Monterrey, dans le nord-est du Mexique.
Cinq jours plus tard, dans l’Etat de Tamaulipas, le corps meurtri de Héctor
González Antonio, battu à mort, a été retrouvé dans une rue. Le 2 juin, dans
l’Etat d’Oaxaca, la jeune photographe
María del Sol Cruz Jarquín a été assassinée en même temps que la candidate
dont elle couvrait la campagne. Quant
au journaliste radio Juan Carlos Huerta,
il a été abattu le 15 mai à bord de sa voiture, près de son domicile de Villahermosa, dans le Tabasco.
au Mexique» et focalisé depuis 2010 sur
la défense de la liberté de la presse, Mónica González estime que les reporters
mexicains ont désormais «une cible
dans le dos». Et que les violences à leur
encontre visent un objectif précis :
«Faire fuir les journalistes, les empêcher
de se rendre sur le terrain, pour éliminer
tout type de couverture médiatique
négative.»
Face aux risques accrus pour les journalistes, mais aussi pour ceux qu’ils
rencontrent, la profession a dû adapter
ses méthodes. Les photographes en
particulier. «Nous sommes toujours en
première ligne, dit Mónica González,
pour qui le travail de préparation et de
prise de contact en amont est plus crucial que jamais. Notre seule protection,
ce sont les gens car, eux, contrairement
aux autorités, ont envie qu’on parle de
leurs problèmes. Se rendre quelque part
avec des membres des communautés
«FAIRE FUIR»
locales ou des activistes, c’est notre
Le 1er juillet, les Mexicains éliront le suc- bulle de sécurité.» Longtemps critiqué
cesseur d’Enrique Peña Nieto, dont le pour son inaction, le gouvernement
mandat de six ans a été marqué par mexicain a créé en 2012 le mécanisme
une recrudescence généralisée de la de protection pour les défenseurs
violence et de la corruption.
des droits de l’homme
Avec plus de 25 000 homiet les journalistes,
cides, 2017 a été l’année la
censé accompagner
ÉTATS-UNIS
plus meurtrière de l’hisles personnes menatoire moderne du pays,
cées. Mais les ONG
plongé dans une spijugent ce programme
Golfe
du Mexique
rale que rien ne semble
déficient, en raison
MEXIQUE
pouvoir enrayer. Les
notamment de l’imMexico
journalistes
loplication persistante
caux paient un lourd trides autorités dans les
Océan
Pacifique
but : 42 assassinats sous
violences et de l’impu300 km
l’ère Peña Nieto, plus
nité dont bénéficient les
de 140 morts ou disparus depuis
responsables.
l’an 2000, selon l’association de défense Le dernier rapport officiel sur les délits
de la liberté de la presse Articulo 19.
contre la liberté d’expression illustre
Le 1er juin, une quarantaine de journa- cette impunité criante. Sur la pélistes ont manifesté leur colère et leur riode 2010-2016, 798 enquêtes ont été
désarroi devant le Palais national, sur ouvertes pour menaces, abus de poule Zócalo, la place centrale de Mexico. voir ou violences envers des journalis«Jusqu’à quand continueront la mort, tes. Dans 101 cas, le ou les agresseur(s)
les menaces, la censure ?» ont-ils inter- présumé(s) ont été présentés à un juge.
rogé. Ils ont distribué des tracts aux Mais seules deux condamnations ont
automobilistes et accroché les portraits été prononcées. Véritable fléau natiode leurs confrères assassinés cette an- nal, cette impunité suscite des critiques
née sur les barrières métalliques proté- régulières de la part de la communauté
geant l’édifice. Sur le sol, à l’attention internationale. «C’est un problème cendes autorités et des politiques, leur leit- tral. L’impunité renvoie aux Mexicains
motiv «Ustedes quieren votos, nosotros et au reste du monde l’image d’un
justicia» («vous voulez des votes, nous pays où commettre des crimes contre
la justice») était peint en grandes lettres des journalistes ne débouche sur
blanches.
aucune réponse, déclarait il y a quelques
Dans un communiqué rageur, ces jour- mois à Libération le rapporteur
nalistes insistent sur la responsabilité spécial de l’ONU sur la promotion et
des autorités – que ce soit aux niveaux la protection de la liberté d’opilocal, des Etats ou fédéral– dans ces vio- nion et d’expression, David Kaye. Le
lences. «Nous voulons que les choses taux d’impunité dépasse les 99% et cela
soient dites clairement : les autorités ne fait qu’encourager davantage de
jouent un rôle fondamental dans cette violences.»
horreur. Elles sont auteures de plus Après l’assassinat de Héctor González
de 60 % des agressions que nous subis- Antonio, correspondant du quotidien
sons et dans 100% des cas, ce sont égale- Excélsior dans l’Etat de Tamaulipas, où
ment elles qui s’assurent qu’il n’existe ni il enquêtait sur la criminalité, l’Union
vérité ni justice.»
européenne a de nouveau critiqué
Mónica González, photojournaliste l’inaction de la justice mexicaine. «Nous
mexicaine qui collabore avec plusieurs exprimons notre préoccupation face
titres nationaux et internationaux, dont au manque de résultats des enquêtes
El País, et a beaucoup travaillé sur le ouvertes pour éclaircir les cas antérieurs
sujet très sensible des personnes dispa- d’assassinats de journalistes», a souligné
rues, partage son expérience: «On a sou- la délégation de l’UE au Mexique dans
vent essayé de m’intimider pendant un un communiqué.
reportage, de me prendre mon matériel,
et presque à chaque fois, c’était le fait des
AIDE PSYCHOSOCIALE
forces de sécurité, qu’il s’agisse de la Menacés de mort, certains journalistes
police locale, fédérale ou de l’armée», et photoreporters mexicains finissent
explique-t-elle à Libération.
par fuir leur Etat d’origine. Beaucoup
Membre du collectif Periodistas de a Pie trouvent refuge à Mexico. D’autres op(«journalistes debout»), fondé en 2007 tent pour un exil temporaire à l’étranpour «élever la qualité du journalisme ger. A Barcelone, l’ONG Taula per
u 11
Présidentielle : la gauche
grande favorite
Les Mexicains sont appelés aux urnes le 1er juillet
à la fois pour désigner le successeur d’Enrique Peña
Nieto, arrivé au bout d’un mandat de six ans, et pour
renouveler les deux Chambres du Parlement.
Dans la course à la présidence, c’est le candidat de
gauche, Andrés Manuel López Obrador, qui tient la
corde, avec plus de 50 % des intentions de vote selon
les derniers sondages. Loin derrière, le candidat de
centre droit Ricardo Anaya obtiendrait 20 % à 25 %
des voix, tandis que le représentant du parti au
pouvoir, le PRI, n’arrive qu’en troisième position.
Ex-maire de Mexico et prétendant pour la troisième
fois à la présidence, López Obrador a créé son
propre parti, Morena (Mouvement de régénération
nationale). Il a axé l’essentiel de sa campagne
sur la lutte contre la corruption, la pauvreté
– qui touche 44 % de la population – et les inégalités.
Mèxic a ainsi lancé en 2017 un programme d’aide aux «journalistes réfugiés». Trois ont déjà été accueillis dans
la cité catalane pour une période de
trois mois uniquement, en raison de
restrictions migratoires. Grâce au soutien financier et politique de la mairie
de Barcelone, le programme va être
étendu en 2018. «Nous espérons accueillir six journalistes cette année, et ils
pourront désormais rester de six mois à
un an. Nous étudions également la possibilité qu’ils viennent avec leur famille», explique Vanina Zontella, de
Taula per Mèxic.
A leur arrivée, les journalistes mexicains bénéficient d’un logement, d’une
aide psychosociale et d’un accès à des
formations. Ceux qui le souhaitent
peuvent témoigner de leur situation
lors d’émissions de radio ou de
conférence de presse. Avant, sans
doute, de repartir s’y confronter. Car en
dépit des menaces qui pèsent sur eux
ou leur famille, conclut Vanina Zontella, «tous ou presque veulent retourner
au Mexique et continuer à exercer leur
profession». •
Retrouvez
dans 28 minutes
presente par elisabeth quin
du lundi au jeudi a 20h05 sur
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
12 u
MONDE
Libération Lundi 11 Juin 2018
LIBÉ.FR
Cuisine, ménage,
soin… Cinq questions sur le travail
non rémunéré Ces tâches domestiques,
largement assumées par les femmes, représentent 10 000 milliards de dollars de manque à gagner pour l’économie mondiale, selon l’ONG Oxfam, qui appelait les dirigeants
du G7 à enfin les prendre en considération.
paix en bonne et due forme
sera aussi sur la table. Depuis
l’armistice du 27 juillet 1953,
les deux Corées sont toujours
en conflit. Tout reste ouvert
et c’est ce qui rend ce climat
électrique. «C’est un territoire inconnu au sens le plus
vrai du terme, a déclaré
Trump au sujet de ce premier
sommet jamais réalisé entre
les deux ennemis d’hier.
Mais je suis vraiment confiant et j’ai le sentiment que
Kim Jong-un veut faire quelque chose d’extraordinaire
pour son peuple et il a cette
opportunité. Il n’aura pas
d’autre opportunité.» Trump
est allé jusqu’à parler d’«occasion unique»:«Très rapidement, je saurai si quelque
chose de bien ou pas va arriver. Je pense aussi que je saurai si les choses iront vite ou
pas.» Dernièrement, Trump
avait assuré qu’il quitterait
vite le sommet en cas
d’échec. Les deux leaders
auront plus de trente heures
de préparation avant leur
rendez-vous. Vont-ils en profiter pour se rencontrer en
secret et peaufiner les détails
de la rencontre ?
Kim Jong-un et Donald Trump à leur arrivée à Singapour, dimanche. Ils auront plus de trente heures sur place avant de se rencontrer. PHOTOS AFP
Sommet de Singapour, le «gâteux»
et «l’homme fusée» ont débarqué
Avant la rencontre
historique de mardi,
les leaders nordcoréen et américain
sont arrivés dans
la cité-Etat. Avec
un traité de paix
en ligne de mire.
Par
de l’autre. Le premier a élu résidence au St. Regis, un hôtel
cinq étoiles, à peine plus au
sud que le Shangri-La, où le
président américain est arrivé
en milieu de soirée en provenance du G7 du Canada. Ils se
retrouveront mardi, à 9 heures, au Capella, sur l’île de
Sentosa, pour une rencontre
au sommet qui convoque les
superlatifs avant même
d’avoir commencé.
ARNAUD VAULERIN
Envoyé spécial à Singapour
I
ls n’ont probablement jamais été aussi près l’un de
l’autre. Dix minutes à
pied, tout au plus. Avec presque deux jours d’avance sur
leur rencontre, Kim Jong-un
et Donald Trump sont arrivés
dimanche à Singapour où ils
séjournent à 800 mètres l’un
Ardues. Les deux dirigeants
qui, il y a neuf mois, se promettaient la guerre nucléaire
et le «feu et la fureur», en
s’interpellant à coups de
«vieux gâteux dérangé», «petit homme fusée, fou», vont
s’asseoir à la même table
pour remiser soixantedix ans de haine, de menaces
et de rendez-vous ratés. Ja-
mais un président américain
en exercice n’a rencontré un
des trois leaders de la dynastie des Kim, qui se sont succédé depuis 1948 à la tête de
la république populaire de
Corée. On ne pourra s’empêcher de penser mardi que le
jeune Kim Jong-un, 34 ans,
remporte une inattendue et
symbolique victoire, sans
égale et précieuse pour légitimer son autorité et son pouvoir en Corée.
Les discussions risquent
d’être ardues. Kim et Trump
Kim Jong-un
remporte
une inattendue
et symbolique
victoire.
doivent s’entendre sur la dénucléarisation de la péninsule. Les Etats-Unis exigent
de Pyongyang, qui a toujours
conjugué survie avec atome,
qu’elle soit «complète, vérifiable et irréversible». A plusieurs reprises, comme lors
du sommet intercoréen
du 27 avril à Panmunjom, la
Corée du Nord s’est déclarée
favorable à une «dénucléarisation complète». Mais cette
formulation floue laisse la
place à d’innombrables interprétations, autant techniques
que symboliques.
Pour parvenir à ce démantèlement des armes de destruction massive du Nord,
Trump assure proposer des
garanties pour la sécurité du
régime de Pyongyang
– grande inquiétude du
Nord– et des aides économi-
ques. «Concéder une négociation à haut niveau pour sortir
de l’impasse était un choix
politique plutôt audacieux de
la part de Trump, juge Boris
Toucas, du Centre des études
internationales et stratégiques à Washington. Mais le
passif de part et d’autre est
lourd, et pour l’instant les
Nord-Coréens n’ont rien annoncé de significatif. Trump
a fait monter les enchères et
engagé sa crédibilité sans garantie de succès, tout le
monde l’attend au tournant.
Le régime a au moins intérêt
à faire mine de négocier, pour
gagner du temps et asseoir sa
crédibilité à l’international.
Un geste plus engageant serait de déclarer les matières
fissiles et les installations présentes sur son sol.»
La question d’un traité de
Limousine. Kim a débarqué en force à Singapour. Il
était 14 h 36 quand un
Boeing 737 d’Air China s’est
posé sur le tarmac de l’aéroport Changi. Un convoi d’une
trentaine de véhicules l’attendait pour le conduire avec ses
conseillers et sa garde rapprochée à l’hôtel St. Regis. Et,
comme lors du sommet intercoréen du 27 avril, on a revu
les gardes du corps courant
en formation aux côtés de la
limousine du «Grand Successeur». Kim fait l’objet d’une
attention de tous les instants.
Dimanche, trois avions différents ont apparemment
quitté Pyongyang pour
brouiller les pistes et tenter
de garder secret le vol de Kim
Jong-un. Officiellement, jamais depuis qu’il est arrivé au
pouvoir en décembre 2011,
Kim Jong-un n’avait voyagé si
loin. Un cargo russe s’est posé
à Changi en milieu d’aprèsmidi, transportant des véhicules, de la nourriture, des armes autorisées et divers équipements, selon le quotidien
Straits Times. Comme un
commando diplomatique
pour la rencontre de la première et dernière chance.
ARNAUD VAULERIN
(à Singapour)
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Libération Lundi 11 Juin 2018
u 13
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LIBÉ.FR
Violences sexistes et sexuelles
au travail : l’OIT mobilisée pour
une convention internationale
L’organisation internationale du travail a réuni durant
deux semaines à Genève (photo de Guy Ryder, son directeur,
jeudi) 4000 travailleurs, employeurs et représentants gouvernementaux, afin d’entamer les négociations pour élaborer une convention contre les violences et le harcèlement au
travail. PHOTO MARTIAL TREZZINI. AP
Anthony Bourdain, le goût des autres
Le chef, le junkie, le documentariste culinaire, le
storyteller de génie, l’auteur
à succès, la grande gueule
médiatique… L’Américain
Anthony Bourdain s’est
donné la mort à 61 ans, vendredi à Kaysersberg (Alsace),
où il tournait un épisode de
sa série documentaire Parts
Unknown.
D’une folle liberté créative et
éditoriale, véritable cour de
récréation pour ce raconteur
hors pair, l’émission de CNN
dévorait assez la nouvelle
vie d’Anthony Bourdain
pour en devenir le journal
intime. En 2016, l’auteur
avait fait d’une séance sur
divan le fil rouge d’un épisode à Buenos Aires. Il y
évoquait de manière très lucide ses démons, son
hyperactivité et sa fuite con-
A New York, en 2016. PHOTO ANDY KROPA. INVISION. AP
tre la dépression. C’était
aussi à l’écran que l’on avait
assisté à sa rencontre
romaine avec Asia Argento,
son dernier amour. En
plein scandale Weinstein,
Bourdain n’avait de cesse
d’exprimer publiquement sa
fierté, et d’évoquer une
remise en question person-
nelle sur ses agissements
de jeune homme.
Mais Bourdain n’était plus
à une rédemption près.
Gamin terrible élevé dans le
New Jersey, petit-fils d’un
Français d’Arcachon, il
tombe dans la drogue au début des années 70. Durant
vingt ans, la drogue et la res-
tauration sont indissociables. Il écumera tous les établissements de Manhattan.
Son addiction et, de son propre aveu, son talent limité
de chef balaieront ses ambitions. Mais en 1999, il révèle
dans le New Yorker les coulisses les plus glauques des
restaurants de Manhattan.
L’article, qui fait un carton,
sera le prélude à la sortie du
livre Kitchen Confidential,
en 2000. Bourdain entame
alors son tour du monde culinaire écrit et filmé. Parmi
les milliers de témoignages
de condoléances, son entourage et ses amis parlent d’un
homme d’une immense générosité, fidèle en amitié,
perpétuellement fatigué, et
condamné au mouvement.
HENRY MICHEL
A lire en intégralité sur Libé.fr.
DU NORD
AU SUD
Huit militants antinucléaires ont été arrêtés dimanche matin après avoir pénétré sur la base militaire de
Kleine-Brogel, dans l’est de
la Belgique, a annoncé
l’ONG Agir pour la paix. Ces
membres de la campagne
«Nuke Free Zone», qui
soupçonnent que la base
abrite des armes nucléaires
américaines, ont franchi
vers 7 h 30 deux niveaux de
barrière sécurisées de la base
militaire. «Ils sont entrés en
portant des bannières», a expliqué l’ONG dans un communiqué. Cette dernière
exige du gouvernement qu’il
établisse une «feuille de route
visant au retrait des armes
nucléaires sur le territoire
belge» et qu’il signe le traité
onusien d’interdiction des armes nucléaires (Tian). Selon
Stéphanie Demblon, porteparole de l’ONG, les militants
risquent cinq ans de prison
pour cette action de «désobéissance civile». D’après la
chaîne belge RTBF, ils ont été
relâchés et sont dans l’attente des suites judiciaires.
Un immense incendie
a ravagé, dimanche à Bagdad, le plus important
dépôt de bulletins de vote
stockés lors des législatives
irakiennes du 12 mai, avant
un nouveau décompte des
voix. Des autorités ont néanmoins affirmé que la grande
majorité des urnes n’avaient
pas été touchées. Cet incendie, dont l’origine n’était pas
connue dans l’immédiat,
s’est déclenché dans le dépôt
d’Al-Roussafa, la circonscription est de Bagdad, la plus
grande du pays, où ont
voté 60 % des 2 millions
d’électeurs de la capitale.
Une fumée noire d’une dizaine de mètres de haut était
visible et, deux heures après
son déclenchement, les pompiers n’avaient pas réussi à
maîtriser le feu, selon un
journaliste de l’AFP sur place.
«Une salle où étaient stockés
des machines de vote et des
équipements nécessaires au
processus électoral a été ravagée», a indiqué un responsable de la commission électorale à Al-Roussafa.
Suisse Les sites
étrangers de jeux
d’argent interdits
Les Suisses ont approuvé
dimanche la loi interdisant l’accès aux sites
internet de jeux d’argent
basés à l’étranger. Ils ont
répondu oui à près de 73%.
Un tiers des électeurs s’est
déplacé. Le texte est censé
lutter contre les addictions, mais il s’agit surtout
de ramener de l’argent
dans les caisses de l’Etat.
L’actrice britannique Eunice Gayson, qui incarna la première
James Bond girl au cinéma, dans James Bond contre Dr No, est
décédée à l’âge de 90 ans, ont annoncé samedi les producteurs
de la saga 007. «Nous sommes particulièrement tristes d’apprendre qu’Eunice Gayson, notre toute première (James) Bond girl,
qui joua Sylvia Trench dans Dr No et Bons Baisers de Russie
[sortis en 1963 et 1964 en France, ndlr] est décédée. Nos sincères
pensées à sa famille», ont déclaré Michael Wilson et Barbara
Broccoli sur le compte officiel du célèbre espion de Sa Majesté.
Eunice Gayson avait joué dans la Revanche de Frankenstein
(1958) face à Peter Cushing. PHOTO EON PRODUCTIONS LTD
TOUS LES MARDIS
Justice Un
Irakien extradé
vers l’Allemagne
Un Irakien de 20 ans,
soupçonné d’avoir violé
et étranglé une ado
de 14 ans en Allemagne
entre les 22 et 23 mai
(Wiesbaden, Hesse), un
fait divers qui a bouleversé tout le pays, a été livré samedi par Bagdad. Il
avait été arrêté la veille
par les autorités kurdes
en Irak, où il s’était enfui.
«Il a affirmé que tous les
deux étaient amis mais
qu’ils avaient eu un différend, et qu’il l’avait tuée
lorsque la jeune fille
l’avait menacé d’appeler
la police», selon Tariq Ahmad, chef de la police de
Dohouk, cité par l’AFP.
Disparition Eunice Gayson, première
James Bond girl, rejoint le Spectre
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Chaque mardi, un supplément de quatre pages par
le «New York Times»: les meilleurs articles du quotidien
new-yorkais à retrouver toutes les semaines dans
«Libération» pour suivre, en anglais dans le texte,
l’Amérique de Donald Trump.
«
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14 u
FRANCE
Recueilli par
GRÉGOIRE BISEAU
et TONINO SERAFINI
Photo SAMUEL KIRSZENBAUM
D
octeur en sociologie, Christophe Robert est délégué général de la Fondation Abbé-Pierre. Tout en dressant un
bilan de l’action d’Emmanuel Macron dans
les domaines de l’habitat et la lutte contre les
exclusions, il met en garde le gouvernement
contre la tentation de faire de nouvelles économies budgétaires en diminuant les prestations sociales, alors qu’il a déjà réduit l’aide
personnalisée au logement (APL).
Emmanuel Macron a fêté sa première
année à la tête de l’Etat. Son arrivée à
l’Elysée avait-elle suscité des attentes
parmi les associations de lutte contre les
exclusions ?
Il y avait de fortes attentes car le candidat
Emmanuel Macron avait dit des choses intéressantes sur plusieurs sujets. Je pense notamment à son discours concernant les jeunes des quartiers populaires. Il a reconnu que
la République leur avait menti en leur disant,
en substance, «si vous faites des études, si
vous faites des efforts, vous vous en sortirez».
Deux mois avant qu’il n’arrive à l’Elysée, en
février 2017, il était venu, avec les autres candidats à l’élection présidentielle, à la remise
de notre rapport annuel sur le mal-logement
en France. Son discours sur le logement des
personnes défavorisées [prononcé devant un
auditoire de 3000 personnes impliquées dans
le domaine de l’habitat et de la lutte contre les
exclusions, ndlr] avait surpris positivement.
Il avait notamment expliqué pourquoi, au
lieu de dépenser de l’argent pour héberger
quelques jours ou quelques semaines des familles ou des personnes sans domicile à
l’hôtel ou dans les centres d’hébergement,
il fallait opter pour le «logement d’abord».
C’est-à-dire proposer d’emblée un habitat pérenne aux personnes qui en sont dépourvues
pour en faire le levier de leur réinsertion. Le
jour de la présentation de notre rapport, Macron nous a dit : «Ça, c’est bien, je vais le
faire.»
Que s’est-il passé une fois qu’il a été élu?
Dès son élection, on s’est mis très vite à travailler avec les ministères compétents sur
cette question. Et en septembre, le Président
a lancé lui-même, à Toulouse, son plan «Logement d’abord» prévoyant notamment la
construction de 40 000 logements «très sociaux» [aux loyers très minorés] par an, la mobilisation de 10000 places dans les pensions
de famille pour accueillir durablement des
personnes seules très désocialisées, et la captation de 50000 logements dans le parc privé
destinés aux personnes mal logées, ainsi
qu’une mobilisation des territoires sur la
question des personnes exclues du logement.
Tout cela allait dans le bon sens. Mais deux
semaines plus tard, le gouvernement s’attaquait à l’APL, puis aux HLM…
Comment avez-vous réagi à ces annonces
contradictoires ?
Je me suis demandé quelle cohérence il y
avait à lancer un plan en faveur du «logement
d’abord» si la loi de finances, qui touche l’APL
et les HLM, va créer d’autres mal-logés? Cette
loi sucre 1,5 milliard d’euros par an aux HLM,
ce qui correspond aux deux tiers de leurs
fonds propres. On leur enlève une énorme
part de leur capacité d’investissement et ce
n’est pas pour construire davantage de logements pour les personnes en difficulté.
Libération Lundi 11 Juin 2018
«Le coût
du logement
est un poids
insupportable
pour les
pauvres»
Délégué général de la Fondation AbbéPierre, Christophe Robert alerte l’exécutif
sur les dangers de nouvelles coupes
dans les aides sociales et s’inquiète
d’un délitement de la solidarité nationale.
INTERVIEW
Emmanuel Macron a-t-il trahi ses engagements de campagne, selon vous ?
Non, je n’emploierais pas ce mot, car il a tenu
certaines de ses promesses et notamment sur
le «logement d’abord». On se demande cependant si ces contradictions ne révèlent pas une
certaine vision d’Emmanuel Macron, où l’on
considère que pour lutter contre la pauvreté,
il convient de mettre en place quelques filets
de sécurité… tout en lâchant la bride pour tout
ce qui est des mesures structurantes. Le gou-
vernement a d’abord baissé de 5 euros par
mois l’APL à tous les allocataires, y compris
à ceux vivant sous le seuil de pauvreté, puis
il a gelé la revalorisation de cette aide, puis il
l’a supprimée pour les ménages modestes qui
accèdent à la propriété. Ces mesures, comme
celles qui concernent les HLM, ont été prises
uniquement pour résorber les déficits publics.
Quelles sont les conséquences ?
Lorsque l’on coupe des vivres comme ça aux
bailleurs sociaux, il faut trouver des fonds
ailleurs… L’une des mesures principales du
projet de loi Elan [Evolution du logement, de
l’aménagement et du numérique, en cours
d’examen au Parlement] consiste à faire monter en puissance les ventes de HLM pour compenser le désengagement financier de l’Etat.
Actuellement, près de 8 000 logements sociaux sont vendus chaque année, souvent à
leurs locataires qui accèdent à la propriété.
Avec le projet de loi Elan, il est question de
céder 40 000 HLM par an. Et on sait que les
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Libération Lundi 11 Juin 2018
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u 15
Le délégué général
de la Fondation Abbé-Pierre,
Christophe Robert, jeudi à Paris.
«Entre 2001 et 2013,
le nombre de SDF
a augmenté de 50%.
C’est très inquiétant.
Mais ces chiffres
ne percutent plus, ça
ne parle plus aux gens.»
locataires du parc social n’ont pas la capacité
financière d’en acquérir autant. Le texte
cherche donc à permettre à des fonds d’investissement privés d’acheter des immeubles
HLM en bloc et, à terme, de revendre les logements un par un en réalisant une énorme
plus-value. On est en train de franchir une
ligne dangereuse et nous sommes très
inquiets car les HLM sont un instrument
d’exercice de la solidarité très puissant, au
même titre que les APL. Le gouvernement dit:
«L’APL coûte toujours plus aux finances publiques.» Mais si le coût de l’aide augmente,
c’est parce que la pauvreté augmente…
Justement, quel diagnostic fait la Fondation Abbé-Pierre sur la situation des personnes pauvres aujourd’hui en France?
Pour les pauvres, ça va moins bien. Mais cela
ne date pas de l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. C’est un processus qui est engagé depuis longtemps. On compte un million de pauvres en plus depuis 2008. Et le coût
du logement est devenu un poids insupportable sur les budgets de ces familles : les
loyers, qui ont flambé de 60 % en une quinzaine d’années, sont au plus haut. Alors pour
payer moins cher, elles vont habiter dans des
logements plus petits, de moins bonne qualité, parfois insalubres…
Le macronisme est en train de théoriser
une autre approche de la lutte contre la
pauvreté: aider les gens à s’émanciper et
à accéder à un emploi plutôt que de les
aider avec des prestations. Qu’en pensezvous ?
Nous sommes évidemment favorables à l’idée
d’aider les gens à acquérir une capacité d’agir
et de s’en sortir par eux-mêmes, avec la formation par exemple, en les accompagnant
dans leurs parcours et dès le plus jeune âge.
Le gouvernement a ainsi décidé de réduire le
nombre d’élèves par classe, en les dédoublant
dans les écoles des quartiers défavorisés. On
veut donner à ces enfants plus de chances
de réussir et c’est une bonne chose. Dans nos
propres associations, nous considérons que
s’attaquer aux causes profondes de la pauvreté est un enjeu important. Mais même si
la reprise économique se confirme, avec à la
clé une réduction du chômage, on sait qu’une
partie de la population restera sur le côté.
Disons les choses clairement: si cette théorisation d’une nouvelle approche de la lutte
contre la pauvreté avait pour objectif d’habiller de nouvelles coupes dans les prestations sociales, ce serait vraiment scandaleux.
Si c’est cela qui se profile, on va dans le mur.
Le gouvernement réfléchit à réformer la
prime d’activité. Qu’en dites-vous ?
La prime d’activité résulte de la fusion du
RSA activité et de la prime pour l’emploi. Elle
donne un coup de pouce aux salariés pauvres
ou touchant des bas salaires. Comme ce système mis en place depuis janvier 2016 marche
bien et qu’un nombre de personnes plus important que prévu y a recours, ça coûte plus
cher. Et là, le ministère de l’Economie semble
dire: «On coupe.» Ce qui est en contradiction
avec la promesse de campagne du candidat
Emmanuel Macron, qui parlait d’augmenter
la prime pour l’emploi.
Avez-vous l’impression que la société
française est devenue réticente à l’idée de
solidarité nationale ? Que les gens sont
moins disposés à «payer pour les autres»?
En partie, oui, et cela nous inquiète. Une partie de l’opinion épouse l’idée selon laquelle les
bénéficiaires de minima sociaux et les plus
pauvres «profitent» du système. Mais sérieusement, imagine-t-on ce que cela signifie de
vivre avec un RSA, soit 490 ou 550 euros par
mois? Sans compter tous les salariés pauvres,
occupant souvent des emplois à temps partiel, qui font deux heures de transports pour
aller travailler deux heures payées au smic
horaire. Si l’esprit de solidarité se délite,
c’est notamment parce que la peur du
déclassement s’est ancrée dans la société.
Le spectre des gens qui se sentent fragilisés
s’élargit. Outre la hausse d’un million de
pauvres depuis 2008, le nombre de personnes
sans domicile fixe a augmenté de 50 %
entre 2001 et 2013. C’est très inquiétant. Mais
ces chiffres ne percutent plus. Ça ne parle plus
aux gens. Et le danger, c’est que les pouvoirs
publics se saisissent de ce contexte pour faire
des économies. Pour ne pas perdre cette bataille culturelle, il faut que la réalité de ce que
vivent les personnes en situation de pauvreté
soit plus visible. Il faut, je pense, montrer des
situations de pauvreté concrètes. C’est là que
les gens disent: «Mais ce n’est pas possible.»
Que répondez-vous à ceux qui veulent
que les allocataires du RSA fournissent
des heures de travail pour la collectivité?
Cette question a toujours été mal posée.
Certains considèrent que les allocataires
du RSA doivent fournir des heures de travail
parce qu’ils seraient redevables de quelque
chose. Mais je répète qu’avec 500 euros par
mois, on mène une vie de misère. La vraie
question, c’est celle de l’accompagnement
et la formation des personnes qui sont
au RSA pour les aider à retrouver un emploi
ou une activité. Je rappelle que la création
du RMI, prédécesseur du RSA, avait eu pour
corollaire un fort accompagnement sur la
santé, l’emploi et le logement des personnes
qui percevaient cette allocation dans un objectif de réinsertion. Cette dimension a considérablement diminué. Il faut donc poser
la question du soutien qui doit être proposé
aux allocataires du RSA, aux formes qu’il est
possible de leur proposer afin de favoriser
leur réinsertion.
Sur le terrain, les gens s’engagent-ils
moins qu’avant dans des actions de
solidarité ?
Nous ne sentons pas d’affaiblissement des
solidarités sur le terrain. Sur la question des
migrants, on a vu des maires de petites communes se mobiliser pour en accueillir, des entrepreneurs qui leur ont proposé des emplois,
et localement, des gens qui sont allés les
secourir, comme dans la vallée de la Roya. On
constate aussi que globalement, les dons faits
aux associations ne faiblissent pas. Il n’y a pas
non plus de crise du bénévolat: la tendance
est au multi-engagement. Les gens donnent
un peu de leur temps à plusieurs associations
en simultané et continuent à faire vivre la
solidarité au quotidien. Mais cela ne suffira
pas. On ne peut pas admettre que la puissance
publique se désengage et qu’on «privatise» la
solidarité. •
LA FAP, UN RAPPORT
ET UNE EXPERTISE
La Fondation Abbé-Pierre (FAP)
est, entre autres, connue pour
la publication de son rapport annuel
sur «le mal-logement en France»,
remis solennellement au président de
la République, qui fait autorité dans
les milieux de l’habitat et de la lutte
contre les exclusions. Sa présentation
donne lieu à un colloque auquel
participent près de 3 000 personnes.
A la tribune défilent ministres,
personnalités politiques, acteurs
du secteur du logement. La FAP
apporte aussi son expertise et des
financements à des associations qui
créent de l’habitat pour les personnes
démunies, des lieux d’accueil pour les
sans-domicile ou des permanences
d’accès au droit au logement.
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16 u
FRANCE
Libération Lundi 11 Juin 2018
Des participants à la Marche de solidarité pour les migrants entre Vintimille et Londres, le 4 juin à Langres, en Haute-Marne.
Marche des migrants
Militer pied à pied
REPORTAGE
Pendant deux jours, sur une cinquantaine de kilomètres,
«Libération» a suivi la Marche citoyenne et solidaire
organisée de Vintimille à Londres par l’association calaisienne
l’Auberge des migrants, notamment pour défendre la liberté
de circulation et dénoncer le «délit de solidarité».
Par
KIM HULLOT-GUIOT
Envoyée spéciale en Haute-Marne
Photos DENIS ALLARD
I
ls sont partis à pied de Vintimille (Italie)
pour rejoindre Londres. Depuis plus d’un
mois, quelques dizaines de marcheurs traversent le pays: ils retracent le parcours des
exilés à travers l’Europe qui tentent d’atteindre
l’Angleterre. L’Auberge des migrants, une association calaisienne qui leur vient en aide au
quotidien, est à l’initiative de cette marche
comportant soixante étapes. Elle passe notamment par Nice, Marseille, Lyon, Dijon, Paris et
Lille. Le but est triple. Revendiquer la liberté
de circulation et un premier accueil digne
pour tous, mais aussi «montrer le visage d’une
France colorée, solidaire, festive» en allant à la
rencontre des associations locales. Et dire non
au «délit de solidarité». A la manière de la
«Marche des Beurs» de 1983, où des milliers de
personnes, entre Marseille et Paris, avaient dit
non au racisme. Libération a passé deux jours
au côté de ces marcheurs.
Lundi 4 juin, vers 11 h 30
Un camping près de Brennes
(Haute-Marne)
Rendez-vous est donné aux nouveaux arrivants dans un camping bordé par la départementale 291. Ce lundi, c’est presque relâche:
seulement une quinzaine de kilomètres à parcourir. Il faut attendre la gendarmerie, qui
encadre l’étape. «On n’a pas eu un dispositif policier aussi important depuis le Var!» remarque
François Guennoc, de l’Auberge des migrants.
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Libération Lundi 11 Juin 2018
Début d’après-midi
Direction Langres (Haute-Marne)
Le groupe se met en marche. Simon, 29 ans,
qui se reconvertit dans le social après s’être
ennuyé dans le commercial, a été bénévole
durant six mois à Calais où, dit-il, «la préfecture mandate les CRS pour mener la vie impossible aux migrants». Ce lecteur de médias
indépendants, comme Mister Mondialisation et BastaMag, à la démarche sautillante,
s’indigne des tentes confisquées aux migrants lors des démantèlements de campements: «Ils s’arrangent toujours pour faire ce
genre d’atrocité quand les bénévoles ne sont
pas là.»
En plein soleil
Un chemin au milieu des champs
Riaz, un réfugié pakistanais de 28 ans arrivé
en France il y a trois ans, participe à la marche
depuis Avignon (Vaucluse) après avoir passé
ses partiels. Il étudie le journalisme. «Au début, je voulais aller en Angleterre. Je suis
tombé d’un camion, j’ai été hospitalisé un
ou deux jours. J’ai passé quelque temps chez
Maya et François [de l’Auberge des migrants,
ndlr], et finalement je suis resté, raconte-t-il.
Cette marche, c’est un peu dur à cause du ramadan, mais l’accueil est plutôt chaleureux
dans les villes.» Des membres d’associations
locales d’aide aux migrants, ainsi que quelques exilés, rejoignent le cortège.
Mamadou, lui, vient de Guinée. Il a connu la
Libye, la Méditerranée sur un bateau de fortune, la procédure Dublin (qui oblige les demandeurs d’asile à déposer leur dossier dans
le premier pays européen où ils ont mis les
pieds) mais, comme la France a trop tardé à
le renvoyer en Italie, elle a été annulée. En
mars, l’Office français de l’immigration et de
l’intégration (Ofii) l’a transféré de Paris à la
Haute-Marne: «Je n’ai pas vraiment eu le choix
d’être là, mais ce n’est pas un problème, les gens
sont gentils», dit-il. Avec Taraky (1), un Afghan
présent depuis trois mois à Langres, il partage
un appartement, dans une tour HLM à laquelle Aragon a prêté son nom. Taraky est
plus sévère: «Ici, ce n’est pas très bien. Nancy,
Nice et Lille, c’était mieux. Ici, il faut trois mois
pour avoir un rendez-vous chez le médecin.
Mes amis dans les camps de réfugiés en Suisse
et en Autriche, ils ont des très bons docteurs!»
Un sentier ombragé dans un bois
Les gendarmes toujours présents
Swann (1) et Simon se font expliquer par
Kevin (1), un jeune Guinéen, la procédure de
demande d’asile. «La dame qui m’a interrogé
connaissait mal mon pays», juge-t-il. Regard
interloqué de Simon. A côté, un Français
parle de sa Bretagne natale à un exilé. Il y a
toujours des gendarmes, et toujours aucune
circulation.
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son chien. «Ah, c’est bien ce que vous faites!»
s’exclament-ils. Marc, septuagénaire, a connu
les grandes luttes de la seconde moitié
du XXe siècle : les LIP, le plateau du Larzac,
Solidarnosc… Il évalue : «C’était plus simple
avant, il y avait la gauche, la droite, le mur [de
Berlin]. Moi, j’ai pas envie de militer pour ma
retraite, mais pour l’avenir, pour les jeunes.
Je suis écœuré. Avant, les gens qui se comportaient comme Collomb, c’étaient des traîtres.
Tu vois le retournement de l’histoire ?»
Autour de 18 heures
Arrivée à Langres
Les associations locales ont dressé des tables,
avec madeleines, brioche, gâteau au chocolat
et jus de fruits. Ce sont elles qui ont organisé
cette trente-deuxième étape, qui ne termine
pas dans le centre-ville de Langres mais juste
avant. L’occasion pour les associations de travailler ensemble. François Guennoc: «Ce soir
on repartira riches en savoir, avec des idées à
semer.» Ensuite les marcheurs partagent une
soirée avec les collectifs locaux, à la ferme
Saint-Anne où l’on passera la nuit. Pendant
que le couscous cuit, des diapos sont projetées,
des chansons chantées. Dans l’assistance, on
a souvent les cheveux blancs mais on applaudit avec enthousiasme le slam d’une jeune
femme. Marie, une enfant du pays, assistante
sociale à la retraite qui aiguille désormais les
bénévoles dans leur action, estime aussi que
les familles de migrants pourraient venir «repeupler les villages». «A Langres, on détruit des
immeubles tellement il n’y a personne!» Elle estime dans un rire que si «ça bouscule les ruraux» de voir arriver des étrangers, «c’est bien!»
Autour d’1 heure du matin, dans la salle du dî-
Londres
Chaumont
Ville
de départ
Brennes
Ville
d'arrivée
Parcours de
«Libération»
Vintimille
Le parcours de la marche
ner, les sacs de couchage ont remplacé les
tables et les chaises. On n’entend plus un bruit.
Mardi 5 juin, 9 heures
«La sensibilisation pour les vaches !»
Tout le monde est dehors, petit-déjeuner
avalé, prêt à repartir. Perrine, qui a rejoint la
marche à Lyon, sourit: «On a passé cinq jours
à longer la Saône, on se baignait. On partait le
matin avec des panneaux alors qu’on était sûrs
de ne croiser personne. On faisait de la sensibilisation pour les vaches!» Elle pourrait aller
jusqu’à Londres, même si les rencontres ne
sont pas toujours agréables: «A Dijon, un mec
m’a dit: “Les réfugiés, il faut tous les brûler!”
J’ai pas su quoi répondre… Mais en général, les
gens qu’on croise sont favorables à la marche.»
Les marcheurs pour les migrants sont escortés par les gendarmes.
Le long du canal entre la Bourgogne
et la Champagne
«On a fraternité dans notre devise»
L’étape compte 25 kilomètres. Peanuts pour
Dominique, dessinateur dans un cabinet
d’architectes à la retraite qui, en 2013, a
marché six mois entre Gaza et Bethléem.
Ce mardi, Macron reçoit Nétanyahou, et
ça lui met les larmes aux yeux: «C’est un criminel de guerre. J’ai vu ce qui se passait à
Gaza, c’est affolant.» Tout comme il juge
«scandaleux ce qui se passe avec les migrants
en France. On a “fraternité” dans notre
devise, alors le délit de solidarité… Il faut sortir des postures politiques d’équilibriste,
d’autant qu’on a une impression faussée de
ce que pensent les gens : quand on la côtoie,
la population est favorable» à la Marche de
la solidarité pour les migrants.
Pause déjeuner
A l’ombre des tilleuls
Tandis que des migrants prient ou se reposent à l’écart, on dispose sur une table de
pique-nique sandwichs, fruits, œufs durs,
gâteaux. «Pendant la marche, tu manges tout
ce que tu ne manges pas d’habitude par
conviction éthique. Moi, c’est le Nutella !»
rigole Swann. François Guennoc prévient :
le Front national d’une ville de Seine-etMarne, par laquelle les marcheurs passeront
dans quelques jours, a prévu un comité d’accueil. C’est déjà arrivé deux fois dans le Sud.
«On voit bien que c’est pour faire de la com,
ils n’étaient pas là pour dialoguer. Juste
pour faire une photo pour montrer qu’ils
sont contre» la marche, soupire-t-il, guère
impressionné.
C’est reparti. Rudy, parti à vélo avec son chien
Youri sur les routes, sympathise avec les marcheurs, et se joint finalement au groupe. Le
chemin est droit mais le paysage change
beaucoup. On pense à Jean Ferrat, qui chantait son amour pour la France, de plaines en
forêts, de vallons en collines.
Le long du même canal, Swann, originaire du
Finistère, a rejoint la troupe à Valence
(Drôme). C’est un nomade: après la marche
il ira rendre visite à des amis en Allemagne,
puis il improvisera. Contre «l’image de
l’homme noir potentiellement dangereux»
que véhiculent selon lui les médias à propos
des migrants, il rappelle que «la migration,
c’est aussi au sein d’un pays, entre le Nord et
le Sud. En 1942, plein de gens ont migré en
zone libre. Je ne comprends pas que nos parents n’arrivent pas à faire le lien» entre la génération de leurs aînés et l’actualité. «Si Fessenheim pète, ce seront nous les migrants. Et
je trouverais normal que les pays d’Afrique et
du Maghreb nous ferment la porte au nez !»
ajoute-t-il.
Vers 16 h 30
Pause trempette avant l’arrivée
à Chaumont
Tandis que quelques marcheurs s’étendent
dans l’herbe, d’autres plongent dans le canal.
Comme la veille, les militants locaux
viennent renforcer les troupes et apporter
banderoles et pancartes. Encore une heure
de marche et on arrive à Chaumont (HauteMarne). Devant l’hôtel de ville, une scène
a été montée. «L’Etat rend la vie des réfugiés impossible et fait tout pour décourager les associations de les aider !» dénonce
au micro Maya Konforti, membre de
l’Auberge des migrants. De la musique
est jouée, vite interrompue par la grêle. Ce
soir, les marcheurs dormiront au camping
malgré l’orage. Après un passage par Paris
le 17 juin, l’arrivée à Londres est prévue
le 8 juillet. •
Plus loin dans la forêt
«Ici c’est comme au village»
Kevin a tout juste 18 ans, et des sanglots coincés dans la gorge. De Guinée, cet orphelin est
passé par le Mali, l’Algérie, où il a connu la torture, puis l’Italie: «Je savais que c’était dangereux mais je n’avais plus d’espoir.» Pour lui, la
Haute-Marne, où il est arrivé après être passé
par la Porte de la Chapelle, à Paris, sur les
conseils d’un ami, et Marseille, «c’est bien,
calme. Moi, j’aime pas le bruit, ici c’est comme
au village». Il voudrait se former en plomberie, en mécanique ou en électricité, se marier,
améliorer un français qu’il parle déjà bien.
Quand il évoque l’équipe de France de football, qui va bientôt jouer la Coupe du monde,
il dit «nous».
Avant l’arrivée de l’étape
«C’est bien ce que vous faites !»
Anaïs, en stage à l’Auberge des migrants, répond aux questions d’un couple qui promène
u 17
Dans un gîte à Langres, Zaïd, réfugié irakien de 29 ans, fête son anniversaire.
(1) Les prénoms ont été modifiés à la demande des
intéressés.
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18 u
FRANCE
Libération Lundi 11 Juin 2018
LIBÉ.FR
Et si on prenait un bain de
forêt ? Le pic d’émissions des
pollens passé, les arbres nous
tendent leurs branches et leurs faveurs thérapeutiques. La «sylvothérapie» commence à fleurir en
France. Au Japon, nommée shinrin-yoky, cette pratique est largement développée. Elle y est considérée
depuis 1982 comme une médecine préventive. A lire
dans la chronique «Terre d’actions». PHOTO AFP
Rafael Nadal,
dimanche
à Paris. PHOTO
OLIVIER MORIN. AFP
Rafael Nadal la chanson de Roland
Par
ADRIEN FRANQUE
I
(l’autre étant Milos Raonic,
finaliste à Wimbledon
en 2016). Signe de la domination sans partage des trentenaires Nadal, Federer ou
Djokovic jusque-là. On s’attendait alors à voir un choc
des générations, voire, pourquoi pas, un passage de relais. On a eu droit à un impitoyable statu quo.
l était arrivé avec le trophée, il repartira avec.
Comme à chaque fois ou
presque depuis le premier
Roland-Garros de Rafael Nadal en 2005, la question
n’était pas de savoir s’il allait
pouvoir s’emparer à nouveau
de la coupe, mais de savoir
si quelqu’un allait bien Limites. Il faut dire que Napouvoir lui enlever des dal a sorti immédiatement le
mains. Ça n’a pas été Domi- grand jeu, histoire de monnic Thiem, qui s’est cassé trer qui jouait à domicile. Les
les dents sur le
premiers échanges
L’HOMME ont été des agresboss final du court
central, comme
DU JOUR sions de l’EspaPuerta, comme
gnol, s’encouraFederer, comme Söderling, geant par des grognements
comme Djokovic, comme sonores auxquels il nous a
Ferrer et comme Wawrinka peu habitués si tôt dans la
avant lui : l’Autrichien a été partie. En face, Thiem a dû
défait en trois sets (6-4, 6-3, constamment s’arracher
6-2) dimanche.
pour gagner ses jeux de serA 24 ans, Thiem est seule- vice. Tout s’est joué à 5-4, serment le deuxième joueur vice Thiem. L’Autrichien, vidu circuit âgé de moins siblement déjà épuisé par la
de 28 ans à avoir déjà atteint bataille que lui avait réservée
une finale de Grand Chelem Nadal, s’est effondré, enchaî-
La victoire (6-4, 6-3, 6-2) dimanche contre
Dominic Thiem permet à l’Espagnol
de glaner un onzième trophée dans
le Gran Chelem français. Une régularité
qui impressionne.
nant volées manquées et
coups droits trop longs.
Break blanc pour l’Espagnol,
qui n’en demandait pas tant.
Quand le numéro 1 mondial
a un set en poche, sur son
court favori, difficile de revenir dans le jeu. Les deux sets
suivants furent des master
class pour l’Autrichien, rapidement frustré par la défense
infaillible de Nadal. Seule péripétie dans la litanie de
coups gagnants : une main
gauche défaillante en plein
milieu du troisième set. Entre deux services, l’Espagnol
s’est dirigé vers sa chaise, se
plaignant de ne plus pouvoir
bouger son majeur. L’histoire
aurait été presque trop facile
à écrire: le champion vieillissant seulement vaincu par
ses limites physiques. Il n’en
fut rien, troisième set remporté 6-2.
Après la rencontre, Nadal a
estimé avoir «joué son
meilleur match du tournoi»:
on ne lui donne pas tort, tant
il est apparu transcendé par
l’enjeu dès le début de l’affrontement. Il est tout de
même resté au-dessus des débats durant tout ce RolandGarros. Rarement inquiété,
on retiendra ce quart de finale périlleux face à Diego
Schwartzman, l’Argentin
venu lui piquer son premier
set depuis 2015. C’était un
mercredi orageux, de ceux
que déteste Nadal, plutôt habitué au soleil de plomb de
Manacor. L’agressivité du
douzième joueur mondial
l’avait surpris : il dira après
la rencontre être arrivé
«stressé» sur le court. La révélation avait déconcerté la
salle de presse : stressé, Nadal? «Je suis un être humain»,
avait répondu l’Espagnol
avec son regard frondeur et
impénétrable, celui qu’il affiche constamment face aux
journalistes (sa défense de
fond de court face aux questions qui pourraient venir dérégler sa confiance en lui).
Tout sauf humain. Le secret
de sa régularité est presque
insoluble. Jeudi matin, on a
vu le géant suédois Robin
Söderling se pointer pour
une conférence de presse
surprise. Retraité depuis 2015, le Scandinave
de 33 ans revenait à RolandGarros pour répondre à toutes les sollicitations médiatiques dont il fait l’objet à chaque fois aux abords du
tournoi : Söderling est responsable de l’une des deux
seules défaites de Nadal à
Paris, c’était en 2009. Près de
dix ans plus tard, l’un a raccroché les raquettes après
des pépins physiques, l’autre
est encore sur le court à ramasser les trophées. Söderling était lui aussi sans réponse sur la longévité de son
adversaire d’autrefois : «Ce
qui me surprend toujours,
c’est qu’il ait encore aussi
faim de victoire.»
Poing. C’est en même temps
la seule ambition du Majorquin : tout tend vers cet objectif. Même les pauses entre
ses services : ces petits moments ritualisés à l’extrême,
remettage de short, effaçage
de ligne, replacement de cheveux. Tout pour ne pas sortir
de la rencontre. Dimanche,
c’est peut-être là qu’a failli
Dominic Thiem, exprimant
son mécontentement après
chaque faute directe, frustré.
Nadal, de son côté, serre
encore le poing après un
coup gagnant, crie «vamos!»
pleure encore après sa onzième Coupe des Mousquetaires. Comme si c’était la
première. •
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Libération Lundi 11 Juin 2018
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LIBÉ.FR
u 19
La Maison des femmes de
Saint-Denis a besoin de
dons Menacée de fermeture, la
structure, destinée à prendre en charge tous les types
de violences, vient de lancer une campagne de financement participatif sur la plateforme Gofundme. Entre 30 et 50 femmes franchissent chaque jour la porte
de cette maison colorée, située à deux pas de l’hôpital
Delafontaine, (Seine-Saint-Denis). PHOTO ALBERT FACELLY
Procès d’un récidiviste du départ en Syrie
Le 6 mai 2016, trois acolytes
se retrouvent à Wissembourg, une commune d’à
peine 10 000 habitants, à la
frontière franco-allemande:
Saïd I., ex-pensionnaire de
deux centres de formation
pour devenir footballeur
professionnel ; Mustafa S.,
26 ans, un des meilleurs
amis de Foued MohamedAggad, mort en kamikaze au
Bataclan ; et Alperen C.,
23 ans, un jeune rigoriste de
Schiltigheim. Ils prennent la
route direction la Turquie,
traversent le sud de l’Allemagne, l’Autriche, et se présentent à la frontière slovène où
ils sont recalés. Interpellé en
France sept mois plus tard à
la suite d’un minutieux travail d’écoutes téléphoniques,
le trio comparaît à partir de
ce lundi devant le tribunal Etrangement laissé libre sans
correctionnel de Paris pour poursuite, Mustafa S. reste
«association de malfaiteurs donc en Alsace, tout en
en relation avec une entre- maintenant un contact avec
prise terroriste».
ses amis en Syrie. Dès lors, la
Jusqu’ici, l’histoire est celle, presse fut sidérée d’apprenon-ne-peut-plus classique, dre que Mustafa S. avait été
de trois conchoisi pour
naissances
garnir les rangs
À LA BARRE
voulant rejoindu premier
dre la Syrie. Sauf que pour centre de déradicalisation
Mustafa S., il s’agissait de la ouvert par le gouvernement
deuxième tentative. Le 17 dé- socialiste à Beaumont-encembre 2013, l’ex-intérimaire Véron (Indre-et-Loire), censé
sans diplôme avait déjà été hébergé des personnes isrécupéré de force par son sues «du bas du spectre».
père et son frère à l’aéroport Autrement dit, les moins
de Francfort. Il s’apprêtait susceptibles de récidiver. Un
alors à décoller pour la Tur- cahier des charges qui ne
quie en compagnie de Foued correspond guère au pediMohamed-Aggad et de Mo- gree de Mustafa S…
hamed Hattay, deux des plus Malgré les réticences de la
dangereux éléments de la fi- DGSI, ce dernier intègre le
lière dite de Strasbourg. centre de Beaumont-en-Vé-
HÉLÈNE DERRIEN
présidente de la
Coordination des comités
de défense des hôpitaux
et maternités de proximité
Elles réclament une «véritable égalité d’accès aux soins»
en France. Des associations
de défense des hôpitaux de
proximité ont dénoncé les
«économies budgétaires» et la
«désertification sanitaire»
des territoires dans un com-
DR
«[Les politiques
de santé]
détruisent
le maillage
territorial […]
Il ne fera pas bon
vivre entre deux
métropoles.»
muniqué diffusé samedi.
«Partout», les médecins
manquent, pointe le texte :
20% à 30% des postes hospitaliers «sont vacants», 30 %
des généralistes ont plus
de 60 ans et ne trouvent pas
de remplaçants, et «un tiers
des Français», éloignés des
services de santé, «renonce
à des soins», détaille, dans un
communiqué, la Coordination nationale des comités de
défense des hôpitaux et maternités de proximité, réunie
samedi pour ses «rencontres
nationales» à Lure (HauteSaône). Une pénurie de médecins qui touche même les
grandes villes. Regroupements, fermetures d’urgences, de maternités, de blocs
opératoires, concentration
accrue pour «faire des économies», pénurie de médecins
libéraux: les politiques publiques «détruisent le maillage
territorial», a déploré la présidente de la coordination,
Hélène Derrien.
L’organisation craint notamment «l’épée de Damoclès»
soulevée par l’avis du Haut
Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie publié
mardi, qui préconise la création de 600 établissements
de santé communautaires
centrés sur la médecine polyvalente. Mais «notre définition des hôpitaux de proximité, c’est une maternité, un
bloc opératoire et un service
d’urgences avec service mobile de réanimation», sinon
l’hôpital devient une «coquille vide», a poursuivi Derrien. Les inégalités vont s’aggraver et «il ne va pas faire
bon vivre entre deux métropoles», prévient-elle.
ron dès septembre 2016. Il ne
tarde pas à s’y distinguer. Interrogé par les enquêteurs, le
directeur de la structure révèle que Mustafa S. se proclame «salafiste»,«rigoriste»,
et qu’il s’adonne à un «prosélytisme actif». Le camouflet
est total lorsque les policiers
s’aperçoivent que Mustafa S.
entretient une liaison avec
Gladys A., une autre pensionnaire de l’établissement.
Et qu’envisagent les deux
tourtereaux dès qu’ils auront
récupéré leurs papiers ? Ni
plus ni moins qu’un mariage
assorti d’un nouveau départ
en Syrie. Le 17 janvier 2017,
Mustafa S. est finalement
cueilli par la DGSI avec ses
deux camarades de voyage.
WILLY LE DEVIN
A lire en intégralité sur Libé.fr.
Marseille Un homme tué sur le VieuxPort, probable règlement de comptes
Les bars accueillaient encore de nombreux clients dans la nuit
de samedi à dimanche quand un homme de 22 ans, connu
pour trafic de produits stupéfiants, a été tué sur le Vieux-Port.
Il a reçu une dizaine d’impacts de balles de type Kalachnikov,
a précisé le procureur de la République Xavier Tarabeux, qui
«privilégie la piste du règlement de comptes». Quasiment en
face de la mairie, deux hommes seraient arrivés à sa hauteur
en voiture. L’un serait descendu pour l’abattre, avant de prendre la fuite à bord du véhicule. Il s’agirait du treizième règlement de comptes de ce type depuis le début de l’année.
Argenteuil Enquête ouverte après
la mort d’un enfant dans un ascenseur
L’enquête sur la mort, vendredi, d’un garçon de 5 ans dans la
chute d’un ascenseur dans un centre commercial à Argenteuil
(Val-d’Oise) a été confiée, dimanche, à un juge d’instruction.
Une information judiciaire a été ouverte «contre X pour homicide involontaire», «afin qu’un juge d’instruction poursuive
les investigations et désigne le plus rapidement possible un expert judiciaire», a précisé le parquet. Selon les premiers éléments de l’enquête, un décrochage de la cabine a eu lieu alors
que l’enfant sortait de l’ascenseur. Il s’est retrouvé coincé et
le haut de la cabine a heurté sa tête. Il est décédé sur place.
Dauphiné: la victoire de Geraint
Thomas, l’éclosion de Geoghegan Hart
Le Team Sky a encore gagné
une course. Plutôt, l’a écrasée. Comme un moustique.
Invaincue depuis 2012 dans
le Tour de France (exceptée
l’éclipse 2014), de nouveau
favorite cette année, dominatrice sur le Tour d’Italie
grâce à un Chris Froome sur
courant alternatif, l’équipe
britannique a fait gagner à
Geraint Thomas le classement général du Critérium
du Dauphiné, dimanche, à
l’issue de la dernière étape
disputée à Megève. Au pied
du mont Blanc, Thomas devance d’une minute un
autre Britannique, Adam
Yates (Mitchelton) et de
1’47’’ Romain Bardet (AG2R
la Mondiale). L’animosité
est persistante envers un
Team Sky qui remporte
beaucoup de courses et qui
ne se défait pas des soupçons, dont celui de détournement de corticoïdes à des
fins dopantes soulevé par
les députés britanniques
dans un rapport d’enquête
au printemps.
Ce qui fascine le plus avec la
Sky, c’est sa ressource. Geraint Thomas est vraisemblablement le plan B pour
le Tour, au cas où Froome…
Le Polonais Michal Kwia-
Geraint Thomas, dimanche. PHOTO PHILIPPE LOPEZ. AFP
tkowski pourrait être le plan
C. Cette semaine, l’équipe
nous a présenté une nouvelle surprise: Tao Geoghegan Hart, 23 ans, nouveau
venu dans ses rangs mais 13e
au classement, tout en ayant
beaucoup travaillé en faveur
de Geraint Thomas. Est-ce
le plan Z ? On l’a vu rouler,
grimper et déposer son leader Thomas à un kilomètre
de l’arrivée comme un colis
recommandé, la ponctualité
et un petit sourire en prime.
Au début, il nous faisait
penser à Bradley Wiggins, le
vainqueur du Tour 2012.
Grand (1,82 m), maigre
(60 kg à tout casser), la peau
de lait et les cheveux «gingembre» («roux» en fran-
çais). Et s’il était le bourreau
du Tour de France 2022 ?
Tao Geoghegan Hart vient
de Hackney, la banlieue
bourge de Londres. A 18 ans,
il brunchait déjà avec des
journalistes envoûtés. Il a le
cerveau affûté, il mord, il est
drôle. Il écrit bien, il adore la
photo. On dit qu’il va finir
par se cramer, qu’il s’entraîne trop. On le dit depuis
cinq ans et il progresse encore. Il doit disputer le Tour
d’Espagne cet été. Premier
test d’importance. Ensuite,
le Team Sky le mettra au
frais dans un tiroir capitonné, enveloppé de papier
bulle, et le sortira quand il
sera temps.
PIERRE CARREY
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
20 u
Libération Lundi 11 Juin 2018
IDÉES/
Aux Etats-Unis, le business
gère le sale coût du racisme
Face aux tensions
raciales, les grands
groupes américains
se positionnent.
De la censure pure
et simple pour la
Ligue nationale de
football à l’éducation
des salariés
chez Starbucks.
Par
DR
SYLVIE
LAURENT
Historienne, américaniste,
chercheure associée à Harvard
et Stanford, professeure
à Sciences-Po
E
galité raciale et capitalisme
ne font pas bon ménage.
Disons même qu’ils ont
une longue histoire d’incompatibilité. Alors, lorsqu’à quelques
semaines d’écart, trois fleurons
de l’économie américaine sont
inopinément confrontés à la
question du racisme en leur sein,
on y prête attention. Le mois de
mai a ainsi vu la Ligue nationale
de football (NFL), la chaîne ABC
– filiale du groupe Disney – et
Starbucks déployer trois modalités différentes du «management» de la question raciale.
Premier scénario : étouffer le
problème, car «la politique n’est
pas bonne pour les affaires». La
Ligue nationale de football,
entreprise sans doute la plus
puissante de l’industrie du sport
aux Etats-Unis, s’est ainsi
illustrée en ce début mai en
changeant son règlement quant
aux procédures à suivre pendant
la diffusion de l’hymne national :
tout joueur s’agenouillant
(comme nombre de joueurs noirs
dénonçant le racisme et la
brutalité policière depuis le geste
inaugural de Kaepernick
en 2016) ou manifestant sa
dissidence sera désormais
sanctionné. De lourdes sanctions
financières seront de surcroît
immédiatement imposées à son
équipe. Le message est clair : la
question de l’injustice raciale ne
doit pas s’exprimer dans le
business du sport. Les joueurs
sont des corps, pas des sujets
politiques. Cette décision, en
harmonie bien sûr avec la
présidence du pays, est surtout
motivée par la peur de voir les
profits altérés. Les taux
d’audience des matchs
retransmis ont sensiblement
baissé depuis 2016, et les
propriétaires l’attribuent (ce qui
reste à prouver) à l’indignation
des supporteurs face à la
contestation du drapeau. Soyons
précis, la contestation par des
joueurs noirs face à un symbole
de l’Amérique blanche.
L’équation est simple pour la
direction de la NFL : si 70 % des
joueurs de football américain
sont noirs, 70 % des fans sont eux
blancs et ils célèbrent le match
comme un exercice patriotique
ne souffrant aucune
perturbation. Il est à peu près
certains que la NFL ne musellera
pas les athlètes engagés par de
tels expédients, et l’on verra bien
vite des joueurs refuser de sortir
des vestiaires lors de l’hymne au
drapeau. Mais à court terme, elle
se pense sortie de la crise.
Le second scénario fit davantage
de bruit : dans les heures suivant
un tweet de la star de la série
éponyme Roseanne décrivant
l’ancienne conseillère de
Barack Obama, Valerie Jarrett,
comme «l’enfant naturel des
Frères musulmans et de la
Planète des singes», la chaîne
ABC a supprimé le programme.
La décision, tranchée, a sidéré
par sa rapidité mais aussi par son
objet : la célèbre série célébrant la
famille populaire blanche,
ressuscitée à la faveur de la
nouvelle présidence, était un
succès phénoménal. Avec
18 millions de téléspectateurs au
rendez-vous lors des premiers
épisodes, la chaîne avait réussi à
capter la clientèle enviée de ce
que l’on nomme «Trumpland».
Roseanne Barr, supportrice
fervente du nouveau président,
était de longue date acoquinée
avec les théories délirantes de
l’Alt-Right, et ses tweets
antisémites et racistes (elle avait
déjà comparé, en 2013, une autre
conseillère noire de
Barack Obama, Susan Rice, à un
singe) étaient connus. ABC avait
donc pertinemment investi sur
l’odeur de soufre de la
comédienne, espérant qu’elle ne
franchirait pas la ligne rouge
pour l’image de marque de la
chaîne et du groupe. En effet,
plus encore que les taux
d’audience, le capital
réputationnel des entreprises est
le cœur de leur préoccupation.
Au-delà de l’opprobre public
qu’une demi-sanction aurait
suscité après le tweet,
l’entreprise ne pouvait courir le
risque de voir annonceurs et
sponsors se retirer devant la
polémique : en 2017, cela coûta
son émission et sa carrière à
l’icône de Fox News, Bill O’Reilly,
après la révélation des agressions
sexuelles dont il était coutumier.
L’image de marque converge
alors avec l’éthique. Mais
ajoutons que le groupe Disney ne
néglige pas son chiffre d’affaires
à long terme : il perd peut-être la
douzaine de millions de fans de
Roseanne mais sa fortune, cette
année, c’est avec son film
Black Panther qu’il la fit. Pas
exactement le même public.
L’arbitrage marketing et la
stratégie commerciale,
forcément politiques, sont
périlleux. Mais se distancier sans
équivoque d’une série désormais
maculée du racisme le plus
trivial et le plus crasse n’était ici
guère compliqué. L’avantage
avec les gens comme
Roseanne Barr, comme hier les
Sudistes hargneux, c’est qu’ils
permettent au racisme discret,
bien plus délétère, d’apparaître
anodin.
Le troisième cas de figure est à
cet égard plus notable : la chaîne
de coffee-shops Starbucks a
répondu avec diligence au
scandale provoqué en avril par la
scène de discrimination de
deux chalands noirs par une
employée de l’un de leurs
établissements de Philadelphie.
Les deux hommes, comme
nombre d’autres personnes ce
jour-là, s’attablent sans
consommer, dans l’attente d’un
troisième collègue. Moins de
trois minutes après leur arrivée,
alors qu’ils ont demandé à
utiliser les toilettes, la
responsable du café appelle la
police qui s’empresse de venir les
sommer de quitter les lieux et,
face à leur refus, les menotte et
leur impose plus de huit heures
de garde à vue. La scène, d’un
Le message
est clair:
la question
de l’injustice
raciale ne doit pas
s’exprimer dans
le business
du sport.
Les joueurs
sont des corps,
pas des sujets
politiques.
arbitraire terrifiant dans son
naturel et sa quotidienneté, est
filmée et embrase les réseaux
sociaux. On appelle au boycott,
les hashtags fleurissent qui
ternissent irrémédiablement
l’image «cool» et progressiste de
l’enseigne de Seattle. Sa direction
prend immédiatement la mesure
du risque encouru et la gestion
de crise est frontale :
Howard Schultz, le président de
la multinationale, admet la
discrimination raciale et se
répand en excuses dans les
médias, offrant
dédommagement aux victimes
et grand examen de conscience
de l’entreprise sur ses pratiques.
La responsable du café de
Philadelphie est remerciée, le
règlement interne sur l’usage des
toilettes amendé. Mais le coup
d’éclat de l’entreprise fut
l’organisation, ce mardi 22 mai,
d’un jour de formation du
personnel contre «le racisme
inconscient» et les «préjugés
implicites» à l’endroit des clients.
Les 8 000 cafés du pays ont
fermé leurs portes pendant
quatre heures, consacrées à
édifier les 175 000 employés sur
les ruses du racisme. C’est en
effet là le point pertinent : certes,
personne ne peut croire que
quelques heures de «coaching»
déracineront des siècles de
déshumanisation et de
diabolisation des Noirs, et
Starbucks, incarnation de la
gentrification bourgeoise où les
Blancs apprécient leur entre-soi,
ne dupe personne avec sa
contrition.
Nulle morale ici mais des intérêts
bien compris, c’est entendu.
L’évocation consensuelle de
«préjugés inconscients» est par
ailleurs une euphémisation
pénible. Mais reconnaissons-lui
un mérite : l’admission que le
racisme véritable, celui qui
donne chaque jour corps à
l’injustice, n’est pas l’insulte
d’un(e) rageux(se) mais cet
habitus racial du pays qui, au
travers de dizaines de scènes du
quotidien, révèle l’inhospitalité
radicale de l’espace public pour
les citoyens de couleur. Le
racisme ne se «manage» pas,
mais il se débusque là où il est.
C’est un premier pas. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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Danse, musique, théâtre ou photos… Les festivals
sélectionnés par Libération. 32 pages, 4 euros.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
22 u
Libération Lundi 11 Juin 2018
L’Université :
machine à exclure ?
IDÉES/
Manifestation lycéenne contre Parcoursup, à Paris, le 15 mars. PHOTO CYRIL ZANNETTACCI
La sélection au mérite renforce-t-elle
les inégalités sociales?
De bonnes âmes
dénoncent le «tri» des
élèves auquel aboutirait
la loi orientation et
réussite des étudiants
(ORE). Pourtant, explique
le philosophe Claude
Obadia, ce n’est pas
la sélection des meilleurs
qui reproduit les
inégalités sociales,
mais la disqualification,
au nom de la démocratie,
de la méritocratie.
E
n 2015, le nombre d’élèves
normaliens issus de
milieux ouvriers ne dépassait pas 2,7 %, selon un collectif d’étudiants et d’enseignants des Ecoles normales
supérieures opposé à la loi
orientation et réussite (ORE)
des étudiants (Libération du
21 mai). Mais est-il vraiment
certain que ce constat soit imputable à la sélection issue de la
méritocratie républicaine ?
Les politiques de démocratisation du système éducatif n’ont
fait que renforcer le phéno-
mène de la reproduction des
élites. Alors que 15 % des lauréats des trois concours les plus
sélectifs (ENS, ENA, Polytechnique) étaient issus de la classe
ouvrière en 1969, cette proportion est tombée à 7 % en 1999,
soit après trente ans de politique de démocratisation du
système éducatif ! La ségrégation sociale n’est donc
aujourd’hui aucunement le fait
des politiques méritocratiques.
Et si la France, au sein de
l’OCDE, est aujourd’hui la triste
championne des inégalités
sociales en matière de politique
éducative, ce n’est pas parce
qu’on y sélectionne les élèves
mais au contraire parce qu’en
cessant de les sélectionner dans
l’enceinte de l’école, nous avons
renforcé la sélection la plus cynique, la «sélection sociale» qui
s’opère hors les murs lorsqu’on
cesse de faire valoir les mêmes
exigences pour tous les élèves
quel que soit leur milieu socioculturel.
Reste à expliquer, bien sûr, le
prodige sous l’effet duquel nous
n’hésitons pas à imputer à la
sélection la reproduction des
élites sociales qu’a, en vérité,
entérinée la disqualification, au
nom de la démocratie, de la
sélection au mérite.
Et reste aussi à comprendre
pourquoi nous en sommes arrivés à considérer que la justice
commande d’affecter dans l’enseignement supérieur les élèves
au hasard plutôt que de les
sélectionner selon le critère du
mérite. D’aucuns ici souligneront que la sélection est devenue l’épouvantail d’une époque
lll
dans laquelle chacun
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 11 Juin 2018
P
arcoursup, le nouvel algorithme chargé d’orienter les futurs bacheliers dans l’enseignement
supérieur, continue de livrer ses résultats. La semaine dernière, les trois quarts des élèves avaient
reçu une réponse positive à l’un de leurs vœux d’affectation. Pourtant, dans les classes de terminale, de
nombreux élèves, y compris avec de bons résultats
scolaires, disent avoir été refusés ou placés en attente
dans les filières qui avaient leur préférence. Si les dé-
sistements des élèves mieux classés devaient régler
certains problèmes, les difficultés de Parcoursup
interrogent plus largement la capacité du système
scolaire français à assurer dans de bonnes conditions
l’orientation et la réussite des étudiants – pour reprendre les deux mots-clés de la loi promulguée en mars.
Le défi de la démocratisation scolaire est-il relevé ?
s’interroge le philosophe Claude Obadia. Celle-ci n’a-telle pas à l’inverse accru les inégalités sociales ? Cer-
Aucun concours, aucun examen ne sera jamais absolument
juste. Pour autant, toutes les
procédures de sélection ne se
valent pas, et c’est précisément
la raison pour laquelle incombe
à l’Etat le devoir d’organiser la
sélection des plus méritants.
Bien sûr, une telle conclusion
suppose de reconnaître
deux choses. La première, que
contrairement à ce que
présuppose le rejet de la
sélection, il n’y a pas seulement
des individus chanceux et
d’autres qui le ne sont pas, bref,
des individus réductibles aux
déterminismes dont ils seraient
inéluctablement prisonniers.
Pour le dire autrement, que le
mérite peut être autre chose
que le nom du maquillage de la
domination de la bourgeoisie
sur la classe ouvrière. La
seconde, que la loi Vidal, dont
les conditions d’application
sont tout à fait contestables,
n’introduira pas, en toute
rigueur, la sélection à
l’université. La raison en est
simple, qui doit faire réfléchir
les contempteurs de la loi ORE :
elle y est déjà ! Car si le constat
opéré par Pierre Bourdieu
en 1969 est objectif, force est de
constater qu’aujourd’hui plus
de 50 % des étudiants français
sortent de l’université sans le
moindre diplôme. Or, ce taux
d’échec ne constitue-t-il pas la
plus insupportable des
sélections ? Cessons donc de
croire que la loi ORE menace
d’introduire l’injustice dans nos
politiques scolaires. Les faits
parlent d’eux-mêmes, qui
montrent que le renforcement
des inégalités sociales n’est pas
le fait de la «méritocratie
républicaine» mais, tout au
contraire, du mépris dans
lequel on la tient depuis si
longtemps. •
Par
CLAUDE OBADIA
DR
lll
feint de croire, alors que
le système éducatif n’a jamais
été aussi peu démocratique,
que le retour des inégalités le
menace ! Ils n’auront pas tort.
Mais sans doute faut-il aussi, en
la circonstance, rappeler
deux choses. Premièrement, à
quel point notre culture hexagonale, héritière des Lumières,
est acquise à l’idée selon
laquelle le savoir constitue un
bien auquel chacun a le droit de
prétendre. Secondement, à quel
point aussi le réquisitoire
dressé par Pierre Bourdieu affirmant, en 1969 (les Héritiers),
que la fonction sociale du système éducatif est de pérenniser
la domination de la bourgeoisie, a influencé les politiques
scolaires des quarante dernières années.
De la réforme sur le collège unique mise en œuvre en 1974 à la
réforme des concours d’accès à
la haute fonction publique opérée en 2009, en passant par la
loi d’orientation de 1989, un
même constat : la sélection
maquille une entreprise de
reproduction des élites sociales.
Il n’est donc guère surprenant
que, progressivement, nous
ayons neutralisé la plupart des
dispositifs sélectifs et entériné,
en renforçant l’influence des
déterminismes socio-économiques, une sélection beaucoup moins équitable que celle
que ces réformes ont ruinée !
Comble du paradoxe, si les bonnes consciences démocratiques
fustigent la sélection, chacun
s’accorde pourtant à reconnaître l’efficacité des grandes
écoles. D’aucuns objecteront
que ces filières sont confisquées
par les étudiants issus des
milieux les plus favorisés. Mais
sommes-nous à ce point dupes
de l’illusion qui nous fait prendre l’effet pour la cause qui le
produit ? Oui, les élèves issus
des milieux défavorisés ont un
accès problématique aux parcours de réussite. Mais cela s’explique aisément. Car pour réaliser l’objectif du plus grand
nombre possible de bacheliers,
il a bien fallu renoncer à les
sélectionner, et ce en disqualifiant les critères fondés sur les
exigences de l’enseignement
supérieur et accusés d’avantager les élèves issus des
milieux les plus favorisés.
Dans cette affaire, les choses
sont ainsi fâcheusement claires. C’est bien l’abandon de la
sélection au mérite qui a engendré le renforcement d’une
authentique ségrégation
sociale. Soyons honnêtes.
u 23
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Philosophe. Il enseigne à
l’université de Cergy-Pontoise
et à l’ISC Paris.
Dernier ouvrage paru : Kant
prophète ? Eléments pour une
europhilosophie, éditions
Ovadia, «Chemins de pensée»
(2015).
tes, 80 % d’une classe d’âge obtient son bac. Mais en
cessant de sélectionner les jeunes dans l’enceinte de
l’Ecole, on aurait, selon lui, laissé libre cours à une sélection plus cynique, «celle qui s’opère hors les murs».
Pour Garance, 19 ans, la logique de rationalisation des
profils étudiants à travers la définition d’aptitudes
afin de les classer, avec Parcoursup, empêche la prise
en compte de la singularité de chacun : «On ne peut
pas comparer 810 000 élèves entre eux», écrit-elle.
Parcoursup: «On se sent
bloqués, niés même»
Garance, 19 ans, a écrit à «Libé»
pour raconter son amertume
envers «cet algorithme
injustifié» qui engendre
une mise en concurrence
douloureuse entre élèves.
«J
e vous écris aujourd’hui pour parler de
Parcoursup. Nous demander de déterminer notre futur en quelques mois, à l’aide
d’un logiciel, c’est profondément agressif et douloureux. C’est beaucoup trop dur de nous demander de choisir “vite et bien”. Hop, on doit cliquer
sur un bouton, et puis deux, hop. On doit ensuite
confirmer ou renoncer à un choix, le faire de façon
stratégique, répondre à un choix en fonction d’un
autre choix, etc. Hop. C’est fait. Que le résultat
nous convienne ou pas, l’important, c’est que ce
soit fait. Pas le temps de réfléchir, hop. Je ne vous
parle même pas du refus d’admission, ou de certaines listes d’attente qui ne sont que des euphémismes de rejet. Ça aussi, c’est très violent. Ça fait
partie de l’école de la vie, mais à 18 ans, on n’est
pas prêt.
«Pas prêt, mais aussi pas préparé. Les professeurs
nous donnent des indications, mais ne savent pas
mieux que nous comment le système marche.
Même les professionnels des centres d’information et d’orientation, que j’ai, pour ma part, rencontrés à plusieurs reprises, ne sont pas en mesure de nous accompagner lors de cette étape qui
nous serre le ventre.
«Je veux souligner un autre point très important
pour moi, sûrement le plus brutal : on n’a pas le
droit à l’erreur. Et même si l’on nous dit qu’on a le
droit de se tromper, que la réorientation est possible, c’est faux. Les élèves en réorientation repartent avec un handicap. Ils ne sont pas souvent
représentés dans les articles sur Parcoursup. Je
sais de quoi je parle, c’est mon cas. C’est normal,
nous sommes une minorité. Mais laissez-moi vous
raconter tout de même mon “parcours”…
«Ma scolarité a été plutôt bonne depuis le collège.
J’ai tourné autour de 15 de moyenne et j’ai obtenu
mon bac en 2017 avec la mention bien. A l’issue de
mon inscription sur APB, j’ai obtenu mon premier
choix : une prépa D1-ENS, qui me permettait de
suivre une formation en droit et en économie, en
prépa et à la fac. J’étais fière d’avoir eu de la
chance mais aussi d’avoir bien bossé. Seulement
voilà, dès les premiers jours, j’ai très vite compris
que le droit ne me plaisait pas du tout. J’avais
idéalisé la matière, je me suis sentie complètement perdue et très déçue. L’économie n’était pas
ma tasse de thé non plus, et ne l’avait jamais été, à
vrai dire.
«J’ai donc décidé d’interrompre mon année.
En novembre, j’ai quitté le système scolaire, ayant
bien en tête que ce n’était qu’une mesure provisoire. J’aime trop l’école pour m’en passer. Il a toujours été hors de question que je m’arrête là, mais
seulement que je recule pour mieux sauter.
«Psychologiquement, c’était très dur, parce que
c’était considéré dans mon environnement
comme “déviant” au sens propre : je prenais un
chemin de traverse et perdais du temps. Mais je
me suis persuadée que je pourrais retrouver la
“route principale” l’année suivante. Je me suis inscrite dans Parcoursup. Bien sûr, je ne suis pas à
plaindre. J’ai eu des réponses positives. Certains
n’ont rien eu du tout, d’autres sont sur liste d’attente et vont sûrement y rester jusqu’à septembre.
Ces élèves doivent à tout prix être aidés. Ils ne
peuvent pas rester dans cette situation pendant
toutes les vacances scolaires. C’est trop de stress,
c’est inhumain.
«Je pense à tous ceux qui sont dans des cas plus
alarmants que le mien. Tout le monde n’a pas la
chance d’être encadré et soutenu par une famille
attentive. Choisir son avenir ne devrait pas être
source d’insomnie et de crises de panique. Cela ne
devrait pas s’apparenter à un sentiment d’échec.
Ecrire son futur devrait faire ressortir les ambitions de chacun et “donner la niaque”. Au lieu de
ça, on se sent bloqués. Niés, même, en quelque
sorte. Je ne me sens pas comme une jeune femme
qui se lance dans la vie, qui fait ses choix. Mais
comme un numéro de dossier, qu’on juge “apte”,
“inapte” ou “moyenne”.
«Le fait de devoir tout prouver avant même d’intégrer une formation, ça aussi, c’est consternant ! Le
principe, c’est quand même d’aller à l’école, d’apprendre, et ensuite de montrer qu’on est capable.
Là, par des lettres de motivation, on doit montrer
qu’on est capable d’aller à l’école. Et les élèves qui
n’ont pas appris à se vendre, à se mettre en avant,
à démontrer leurs qualités, comment s’en sortentils ? Les enfants dont les parents ne peuvent les
aider à écrire une lettre en 2 500 caractères, espaces inclus, comment s’en sortent-ils ? Est-ce que ça
veut dire qu’ils sont moins capables ? Non, juste
qu’on ne peut pas comparer 810 000 élèves entre
eux. Chacun est différent, les qualités et les notes
de l’un ne devraient pas être un critère de sélection imposé à l’autre.
«Alors voilà, aujourd’hui, je n’ai plus foi dans le
système scolaire français. Et je ne vais pas refaire
le pays du haut de mes 19 ans. En revanche, j’espère avoir l’opportunité d’étudier les sciences politiques pour pouvoir y contribuer, dans un futur
proche. Je ne sais pas ce que je veux faire plus
tard. J’ai plein d’idées. Mais il y a un épais
brouillard entre le point de départ et le Saint-Graal
de l’arrivée.
«Oter des mains des lycéens les clés de leur propre
futur professionnel, c’est irraisonné. On leur
donne le choix, mais pas trop quand même. Il faut
qu’il y en ait pour tout le monde. Et aucun n’est satisfait. De toute façon, il n’y a plus de places. Il y a
trop d’élèves pour les places vacantes. On ne va
tout de même pas jouer aux chaises musicales
pendant tout l’été ! Il faut peut-être résoudre le
problème à la source au lieu de nous imposer des
algorithmes injustifiés. Les jeunes ne sont pas des
objets d’expérimentation. Leur avenir encore
moins.» •
Par
GARANCE A.
Etudiante en réorientation
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
24 u
Libération Lundi 11 Juin 2018
IDÉES/
MÉDIATIQUES
Par
DANIEL SCHNEIDERMANN
Les Le Pen,
épouvantails
de référence
Que veut
Marion
Maréchal ? Que
cherche-t-elle ?
Que pense-telle ? Plusieurs
jours durant,
tout le système
médiatique,
a tourné
autour d’une
non-histoire.
C’
est l’histoire d’une jeune
femme qui n’est rien. Elle ne
détient aucun mandat politique, n’affiche aucune ambition d’ordre électif et jure même qu’elle souhaite s’écarter de toute carrière
politique. C’est l’histoire d’une jeune
femme de 28 ans qui projette de monter une école de sciences politiques
d’extrême droite, à Lyon. Bref, c’est
une non-histoire. Rien ne justifierait
qu’elle enfièvre les plateaux, si la
jeune femme ne s’appelait pas Marion
Maréchal-Le Pen.
Pardon: Marion Maréchal tout court.
Car l’ex-députée du Vaucluse a modifié son patronyme sur ses comptes
des réseaux sociaux. Elle a procédé à
l’ablation de l’appendice «Le Pen».
Rien de plus, rien de moins. Elle n’a
accordé aucune interview explicative.
Elle n’a publié aucun communiqué.
Et ça suffit pour que tout le système
médiatique, plusieurs jours durant,
tourne autour d’elle, pour enfiévrer
tout ce qui pépie autour des tables
des talk-shows, et de l’info continue.
Que veut-elle ? Que cherche-t-elle ?
Que pense-t-elle ? Et incertitude suprême : si elle a supprimé le nom de
Le Pen, est-ce plutôt pour supprimer
toute référence à sa tante, ou bien à
son grand-père?
C’est Libé qui ouvre le festival avec un
tonitruant «Maréchal, la revoilà» à la
une. A la une! Il ne s’est rien passé de
plus important ce jour-là? Si peu! Les
marchés financiers qui tentent de tordre le cou au nouveau gouvernement
italien valent un quart de page. La
vente de HLM au privé, y compris
dans les villes qui en manquent, par
un projet de loi macronien sur le logement, mérite, certes, deux pages, mais
en pages intérieures.
En face de Maréchal-la-Revoilà, rien
ne fait le poids. Et toute la gent éditosondeuse embraye sur tous les plateaux. «Donc voici quelqu’un qui a
28 ans, qui n’a pas de mandat, et qui
est maintenant dans votre Top 10 des
personnalités politiques françaises»,
risque Bruce Toussaint pour lancer
son émission spéciale. «Elle fait un re-
tour !» assurent les présentateurs.
«Non, c’est pas un retour, c’est qu’elle
prépare… Euh! on sait pas très bien.»
«L’avenir?» s’interroge un invité, tandis que les plus malins expliquent sa
notoriété médiatique par sa notoriété
médiatique. «Comme elle est dans les
médias, elle est quelque part dans
notre imaginaire politique.» «Dès
qu’elle bouge le moindre petit doigt,
tout de suite ça fait buzz.» «Elle est
iconique, parce qu’aujourd’hui la vie
politique est médiatique, et elle répond aussi à ça.» «Il y a sa jeunesse, il
y a sa blondeur, il y a le nom Le Pen
aussi.» «Est-ce qu’on peut expliquer sa
ligne?» «Elle se rêve en rassembleuse.»
«Et dans votre dernier baromètre, elle
gagne trois points.»
Le jeu de la poule et l’œuf entre manchettes et sondages, l’épouvante fascinée pour la bête immonde qui va nous
dévorer : rien de tout cela n’est neuf.
Depuis l’émergence dans l’espace public de la famille Le Pen avec le statut
En face de Maréchalla-Revoilà, rien
ne fait le poids.
Et toute la gent éditosondeuse embraye
sur tous les plateaux,
[…] les plus malins
expliquant sa
notoriété médiatique
par sa notoriété
médiatique.
d’épouvantail de référence (en 1983
déjà, lors d’une élection municipale
partielle à Dreux, comme le temps
passe !), les médias qui affichent du
Le Pen à la une affrontent un reproche
récurrent : celui de nourrir, voire de
créer le phénomène Le Pen par une
polarisation excessive, fût-elle en apparence négative, moqueuse, ou critique. Dénoncer bruyamment les dérapages antisémites de Le Pen père,
tenter de le déstabiliser sur les plateaux, enquêter sur les arrangements
de Le Pen fille avec ses indemnités
parlementaires européennes, multiplier les interrogations théologiques
L'ŒIL DE WILLEM
sur la réussite ou l’échec de sa «dédiabolisation», c’est toujours contribuer
à faire grossir la boule de neige, en
même temps que cela renforce les
Le Pen dans leurs personnages de
parias des médias.
Les journalistes politiques s’en défendaient habituellement en arguant
du résultat des élections, et des sondages. Pourquoi, comment, de quel
droit, ferions-nous silence sur un
mouvement politique influent, représentant grosso modo un quart de
l’électorat, et dont les chefs ont été
deux fois présents au second tour de
la présidentielle ?
Cette défense pouvait à la limite tenir,
jusqu’au début juin 2018. Jusqu’à
ces jours où toute la conversation publique a tourné autour d’une jeune
femme qui n’est rien, ne fait rien, ne
dit rien, ni ne détient aucun mandat.
La mécanique infernale de la prise
d’otages et de la promotion involontaire, ici, s’est montrée à nu. •
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26 u
Libération Lundi 11 Juin 2018
Gordon Matta-Clark
et Gerry Hovagimyan
lors de l’installation
de Conical Intersect,
rue Beaubourg, en 1975.
PHOTO HARRY GRUYAERT.
MAGNUM PHOTOS
Par
ÉLISABETH
FRANCK-DUMAS
I
l a tranché des immeubles en
rondelles et haché menu les politiques d’urbanisme de son
époque. Le grand éventreur de l’architecture Gordon Matta-Clark, disparu en 1978 à l’âge de 35 ans, s’expose au Jeu de paume (Paris Ier). La
redécouverte du travail de l’Américain tombe bien, vingt-cinq ans
après sa dernière expo d’envergure
en France, et à l’heure d’une spéculation immobilière affolée, dictée
par la gentrification toujours plus
tentaculaire des métropoles planétaires. La comète Matta-Clark traversa les cieux de New York, Berlin
ou Paris le temps d’une poignée
d’œuvres et de performances inoubliables –et leur injonction enthousiaste à reprendre possession du
bâti, à se réapproprier l’environnement dans lequel on vit, résonne
avec une émotion redoublée par le
passage des années. Elles ont cimenté ce qu’il y avait d’héroïque
dans sa posture.
GRAFFITIS NEW-YORKAIS
La bonne idée de ce parcours coproduit avec le Bronx Museum, qui regroupe près d’une centaine
d’œuvres, est de s’ouvrir avec le film
muet d’une performance qui semble à première vue un pas de côté,
moins manifestement architecturale ou politique que d’autres travaux. C’est aussi la plus ouvertement cinématographique de ses
œuvres, Clockshower (1973), qui le
voit en Harold Lloyd des temps modernes, l’air réjoui et vêtu d’un imper, de collants et d’un chapeau de
pêcheur, se raser, se brosser les
dents et prendre une douche alors
qu’il est accroché, on le comprend
peu à peu, à une horloge. Clin d’œil
manifeste au Monte là-dessus ! (1923) de Fred Newmeyer et
Sam Taylor, le film se clôt alors que
la caméra opère un long travelling
arrière, révélant que Matta-Clark est
périlleusement installé au sommet
de l’immense Clocktower Building
de Manhattan, au vu et au su de
tous, alors qu’en contrebas, le ballet
des commuters motorisés bat son
plein et l’ignore. Il semble nous narguer, ce funambule, et apostropher
ses concitoyens : mais que faitesvous embarqués dans ce traintrain? Levez les yeux! Foutez le désordre ! Etreignez la ville !
Le film en devient une boussole
pour les visiteurs, qu’ils connaissent ou non le travail de MattaClark, rappelant que le militant politique («Je m’élève contre une situation de moins en moins supportable,
où triomphent le repli sur soi, la propriété privée et l’isolement») était
Le monde en chantiers de
Gordon Matta-Clark
Mort en 1978, l’artiste et militant politique américain fait l’objet
d’une superbe expo au Jeu de paume. Ses performances, films
et photos témoignent des ravages de l’urbanisation forcenée mais
aussi de son amour pour les espaces vacants et non marchands.
aussi un redoutable performeur, par
ailleurs proche de la chorégraphe
Trisha Brown. Le film offre aussi
une explication logique à la célébration par Matta-Clark de cette immense œuvre d’art collective à ciel
ouvert que constituèrent les graffitis new-yorkais, et enjoint surtout à
regarder de bout en bout les films
de ses actions, œuvres à part entière
et magnifiques.
Fils du peintre surréaliste chilien
Roberto Matta et de la designer
nord-américaine Anne Clark, Gordon Matta-Clark grandit à Manhattan et commence par étudier l’architecture à l’université de Cornell.
Lorsqu’il revient à New York
en 1969, la ville est au bord de la
faillite, et une succession de politiques d’urbanisation absurdes en ont
asphyxié des quartiers entiers. Au
mépris des populations locales, le
Haussmann new-yorkais Robert
Moses a par exemple écartelé le
Bronx pour y faire passer une voie
rapide, le Cross Bronx Expressway.
Sa tentative d’accomplir un saccage
similaire à SoHo suscite alors la résistance d’activistes, au nombre desquels Jane Jacobs, auteure quelques
années plus tôt de l’immense Déclin
et Survie des grandes villes américaines: voilà pour le contexte. Les centres-villes ont été désertés par les
classes moyennes et supérieures.
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Libération Lundi 11 Juin 2018
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CULTURE/
Equipé d’un chalumeau,
l’artiste découpe son
Graffiti Truck, vers 1973.
PHOTO THE ESTATE OF
GORDON MATTA-CLARK .
ADAGP PARIS 2018
Matta-Clark s’emploie immédiatement à ne pas pratiquer son métier,
mais à se servir de ce qu’il en connaît pour transformer l’architecture
en outil révélateur de tout ce qui ne
va pas, et notamment «l’industrie
qui prodigue des “boîtes” en ville et
en banlieue et s’assure par là une
clientèle passive et isolée». Cela
prendra la forme de photos d’immeubles dénudés (Walls, 1972) laissés à l’abandon dans le Bronx, dont
la façade arrachée révèle des espaces qui avaient vocation à rester
cloisonnés et leur décor de papiers
peints variés. L’impression d’impudeur qui s’en dégage vient rappeler
qu’à l’habitude, ce genre de clichés
n’existe qu’à la grâce de catastrophes naturelles. Qu’elles soient ici le
fait d’un manque de clairvoyance
des pouvoirs publics, ou pire, d’une
action concertée, met automatiquement ces derniers en accusation.
Idem de ces découpes sauvages que
Matta-Clark opéra en ces mêmes
lieux: en prélevant des morceaux de
plancher (Bronx Floor, 1973) qu’il
présenta sans grand succès en galerie, l’artiste créait aussi les conditions de photographies géométriques superbes mais quasi illisibles,
articulées autour d’un vide, dont
l’aspect de casse-tête visuel soulignait là encore le sans-queue-ni-tête
des conditions de leur existence.
Matta-Clark participe alors à l’aventure 112 Greene Street à SoHo, es-
pace d’expos non commercial lancé
par Alan Lew (dont la porte n’était
jamais fermée à clé…), puis imagine
avec sa compagne, Carol Gooden,
toujours dans ce quartier qui n’était
pas encore l’eldorado artistique qu’il
est devenu (et encore moins le mall
à ciel ouvert qu’il est désormais) le
restaurant autogéré FOOD, où il arrivait que Donald Judd et Yvonne
Rainer signent les menus du dimanche: l’échange était central à sa conception du travail artistique.
CAROTTES
GÉOLOGIQUES
Si le parcours de l’expo, qui occupe
le rez-de-chaussée du Jeu de
paume, ne présente pas l’intégralité
de ses travaux, il est toutefois assez
complet. On retrouve, en plus des
œuvres déjà décrites, les montages
photo des souterrains et sommets
parisiens qui fonctionnent à la manière de carottes géologiques ; un
morceau du camion Graffiti Truck
qu’il invita des habitants du Bronx
à taguer et ses longues photos-travelling de métros graffités; ou encore le film Conical Intersect (1975)
vu chez Marian Goodman il y a peu
(lire Libération du 19 décembre 2016), opération de découpe de
deux immeubles mitoyens voués à
la destruction dans le nouveau
quartier de l’Horloge (Paris IIIe), qui
jouxtaient le centre Pompidou alors
en pleine construction. L’éphémère
u 27
«Je m’élève
contre
une situation
de moins
en moins
supportable,
où triomphent
le repli sur soi,
la propriété
privée et
l’isolement.»
Gordon Matta-Clark
résultat, perforation sous forme
d’anneaux successifs de plus en
plus petits, semble sorti du cerveau
d’un Piranese déjanté, et offrit les
entrailles d’habitations désertées
au regard des passants grâce à une
simili longue-vue taille XXL. Rendre visible l’invisible, c’était l’objet
de l’œuvre dont s’inspirait Conical
Intersect: le Line Describing a Cone
d’Anthony McCall, projection dans
une salle enfumée où le seul spectacle était celui du faisceau de lumière ainsi matérialisé. L’invisible
que Matta-Clark entendait révéler
était plutôt l’impensé de la régulation urbaine, qui avait conduit à la
tentative «d’améliorer» (les guillemets sont de lui) le quartier des Halles. Francophile, lecteur entre
autres des situationnistes et connaisseur de l’histoire de la Commune, Matta-Clark maîtrisait l’idée
que l’injustice sociale s’inscrit aussi
dans l’urbanisme.
PANACHE D’ÉTINCELLES
S’il ne devait rester qu’un film de
Matta-Clark, toutefois, peut-être serait-ce Days End (1975), dont le titre
(l’artiste était friand de jeux de
mots) s’entend autant comme «fin
de journée» que comme l’implacable constat que «les jours prennent
fin». On l’y voit s’attaquer, torse nu
et sur un petit trapèze bien précaire,
à la tôle ondulée d’un gigantesque
entrepôt du Meatpacking District
de Manhattan, alors en déréliction
totale, qu’il entendait transformer
pour la jouissance des habitants du
coin en «temple de soleil et de lumière». Il ne s’était, bien évidemment, nullement soucié d’une quelconque demande d’autorisation au
préalable, et le projet fut avorté par
la police de New York. Il en reste ces
images: alors qu’il découpe dans la
pénombre la façade arrière du bâtiment, des lignes de lumière apparaissent en contre-jour, dessinant
peu à peu, et sur une hauteur de
quelque quatre étages, une immense feuille qui semble échappée
d’un mobile de Calder. Qu’importe
l’issue malheureuse de l’entreprise,
il y a quelque chose de glorieux à
voir le panache d’étincelles surgir
de la tôle, à admirer l’apparition du
soleil dans le grand vide, et à contempler le spectacle de ce David de
la contre-culture se mesurant au
Goliath de la matière, et de l’écrasant bâti censé ordonner nos vies.
Du collectif Anarchitecture Group,
qu’il formera brièvement avec quelques artistes dont Laurie Anderson,
Matta-Clark dira un jour ceci: «Il ne
s’agissait pas seulement de faire les
œuvres témoignant d’une attitude
différente vis-à-vis des bâtiments ou
des comportements qui déterminent
habituellement le cloisonnement de
l’espace utilisable… Nous pensions
plutôt à des vides métaphoriques,
des trous, des espaces laissés à
l’abandon, des endroits qui ne sont
pas encore développés.» C’est une
belle et trop rare idée que celle d’espaces ne «servant» à rien, rendus à
nulle activité, et surtout pas marchande. L’artiste la reformulera,
dans un court écrit postérieur, sous
une appellation qui laisse
aujourd’hui songeur, celle de «point
parfait de non-usage». •
GORDON MATTA-CLARK,
ANARCHITECTE
Jeu de Paume, 1, place
de la Concorde, 75001.
Jusqu’au 23 septembre.
Rens. : www.jeudepaume.org
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28 u
Libération Lundi 11 Juin 2018
CULTURE/
ARTS
La machine ? L’odeur de l’écorce ?
Son illusion? Quoi qu’il en soit la pinède est là. Et l’ultraconnexion
nous emmène par-delà les paysages
et les affections. Nature et mondesmachines coexistent et nous, visiteurs, y sommes conviés.
Panda en peluche. Gwenola Wa-
L’installation de Gwenola Wagon et Stéphane Degoutin, inclut le film World Brain, visible dans la hutte. PHOTO G. WAGON ET S. DEGOUTIN
«Forêt thérapie», les machines
à portée d’humain
A Alfortville, les films
et installations de
Gwenola Wagon et
Stéphane Degoutin
interrogent la réalité
des sensations dans un
monde ultraconnecté.
E
nivré au dehors par une légère odeur de sève émanant
d’un bâtiment blanc parmi
les autres bâtiments blancs de la rue
Traversière à Alfortville (Val-deMarne), on se faufile rapidement
dans une galerie qui nous fait passer fissa du goudron hurlant de la
ville à un échantillon de forêt improvisée. Soudain le calme. C’est la
première salle du CAC la Traverse,
centre d’art contemporain de la
ville: on y trouve une zone délimitée par un sol jonché de bouts
d’écorce, quelques tronçons d’ar-
bres tels des pions puis, posés çà et
là, divers ouvrages: que ce soit le No
More Secondhand God de l’inventeur futuriste et architecte Richard
Buckminster Fuller ou un plus
humble atlas sur les champignons…
Bébé phoque. Au bout de cette
micro-forêt, une petite hutte à sudation dans laquelle il est possible
de se glisser comme un enfant dans
une cabane. Libre de fondre à petit
feu à l’intérieur de cet espace exigu
en découvrant ce film de soixantetreize minutes, World Brain, diffusé
ici sur une petite télé cathodique.
Un film-essai, mi-docu, mi-fiction,
qui mêle extraits téléchargés sur
YouTube, analyses scientifiques,
tournage en forêt où des chercheurs
se regroupent pour réfléchir à des
moyens de connexions alternatives,
afin de mieux éviter l’obsolescence
programmée de l’homme au sein du
monde hyperconnecté. On nous
emmène aussi en excursion au sein
du vaste monde des «data centers»,
ces lieux physiques que l’on peut
trouver sur terre et dans les profondeurs de l’océan, rassemblant des
légions de données informatiques.
Cet univers technologique infini est
disséqué, décrit jusqu’à provoquer
en nous un certain vertige tandis
que sous la petite tente, la température monte et que notre front commence à perler.
«Les machines de la fin du XXe siècle
ont rendu tout à fait ambiguë la différence entre naturel et artificiel,
l’esprit et le corps […] nos machines
sont de manière trouble très animées, alors que nous sommes, nous,
étrangement inertes», écrit en 1984
la théoricienne américaine Donna
Haraway dans son Manifeste cyborg. Et c’est ainsi cette phrase que
l’on conserve en tête en parcourant
physiquement, charnellement, sensoriellement «Forêt Thérapie» des
artistes Gwenola Wagon (43 ans) et
Stéphane Degoutin (45 ans), exposition qui excelle à jouer du trouble
entre sensations réelles et leurs copies cybernétiques. Nos corps sont
eux-mêmes invités à interagir avec
les installations : soit couchés, le
ventre sur un rocher en toc, afin de
se laisser malaxer par un volontaire
tout en observant l’animation d’un
robot masseur, soit les pieds dans
les feuilles à regarder au plafond
une vidéo de personnes âgées au Japon, caressant un bébé phoque synthétique pour se relaxer (Robophoque, 2018). L’uncanny valley est
franchie. Soit ce sentiment de malaise ressenti lorsque l’on se confronte à un androïde bien trop humain. Egaré entre les plantes et les
câbles électroniques, on s’interroge
sur ce qui provoque notre émotion.
gon et Stéphane Degoutin se concentrent depuis plusieurs années
sur cet être humain qui se trouverait «aux confins de moments extrêmes, avec des machines qui le perturbent ou qui viennent interférer
dans sa communication». Au centre
de leur travail, la question des interférences et des brouillages, qui motive la manière qu’ils ont de répertorier et de jouer des nouvelles façons
d’entreprendre le dialogue face aux
machines. Ils collectionnent les vidéos glanées sur le Net, jouent de
collages et proliférations d’aberrations qui portent en leur écrin un
brin d’horreur et à la fois toute une
poésie. Cat Loves Pig, Dog, Horse,
Cow (2017) nous force à éviter de
marcher sur le robot aspirateur qui
circule dans l’espace et porte sur
son dos un vidéoprojecteur. Une vidéo se déplace comme un spectre
sur le mur blanc. On y voit des rencontres interespèces, entre animaux et robots. Des échanges inattendus émergent entre un chat et
un aspirateur, ou un chien et un
panda en peluche qui twerke. La
crainte se mélange à l’attirance, la
ressemblance intrigue.
L’installation Neoteny Trash Office (2018), quant à elle, reconstitue
un centre d’appels abandonné, avec
des tours de PC en jachère, des
écrans comme seules lumières, des
plantes qui reprennent leurs droits,
des canettes jetées. Sur l’un des
écrans, les salariés d’une même
compagnie se rassemblent en
groupe pour une espèce de «conférence de motivation» assez lynchienne où ils marchent avec concentration entre des lignes au sol de
feuilles A4 ou jouent tous ensemble
des percussions sur leurs genoux
–symptômes angoissants de la décadence d’un univers ultra corporate. L’homme se retrouve au beau
milieu d’un rébus de tâches toutes
plus absurdes les unes que les
autres, perdu dans ce propre monde
moderne qu’il a aidé à créer (un
Playtime de Tati devenu réalité, en
somme). Et si depuis bien longtemps, nous n’étions plus humains?
JÉRÉMY PIETTE
GWENOLA WAGON
et STÉPHANE DEGOUTIN
FORÊT THÉRAPIE
CAC la Traverse, Alfortville (94).
Jusqu’au 23 juin.
Rens. : www.cac-latraverse.com
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Libération Lundi 11 Juin 2018
u 29
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Photo de la série
«Our Lives and
Our Children»,
1979-1982.
PHOTO ROBERT ADAMS.
COLL. CENTRE
NATIONAL DES ARTS
PLASTIQUES
Robert Adams, un Denver
pavé de bonnes intentions
Au début des
années 80, obsédé
par un possible
accident nucléaire,
l’Américain a
réalisé une série
pleine d’empathie
devenue mythique.
T
outes ces insouciantes
scènes de vie pourraient disparaître d’un
coup : cette adorable petite
fille debout sur le capot d’une
Chevrolet, prête à sauter
dans les bras d’un homme
âgé, cette femme à genoux
qui caresse son chien tel un
bon camarade, ce garçonnet
fier comme Artaban dans le
siège d’un chariot de supermarché… Pour que ce monde
ne soit plus, il suffirait d’une
catastrophe nucléaire. Alors
quand Robert Adams et sa
femme voient s’échapper,
dans les années 70, une colonne de fumée au-dessus de
l’usine de production d’armes nucléaires de Rocky
Flats, juste à côté de leur maison, près de Denver dans le
Colorado, le photographe décide d’immortaliser ce qui
pourrait un jour être anéanti.
Futiles. D’abord enseignant
en littérature américaine
puis photographe à plein
temps à la fin des années 60,
attentif aux vastes paysages
de l’Ouest américain (Wyoming, Utah, Californie, Colorado), Robert Adams, saisi
par l’angoisse d’une possible
explosion nucléaire, sillonne
les rues de sa ville pour en retenir l’essentiel: les habitants
dans leurs futiles activités.
Muni d’un Hasselblad qu’il
cache dans un sac à provisions, il cadre à la volée et à
leur insu ses concitoyens menacés. Et la plupart des photos qu’il réalise entre 1979
et 1982, date à laquelle paraît
cette série mythique aux éditions Aperture, montrent une
Amérique toute à sa frénésie
de consommation. C’est ce
travail qu’a choisi de montrer
la Fondation Henri CartierBresson pour sa dernière
expo dans le bel atelier d’artiste, à Montparnasse, qui a
fait sa réputation, avant réouverture d’un nouvel espace
dans le Marais à l’automne.
Les beaux tirages de 1983,
achetés par le Fonds national
d’art contemporain en 1990,
sont augmentés pour l’expo
d’un corpus de 20 images.
Une sorte de nouveau choix
dans ce même travail, dont
certaines vues sont visibles
dans le livre Our Lives and
Our Children paru aux éditions Steidl en 2017 après
avoir longtemps été épuisé.
Ce que l’on remarque, dans
ces scènes de rues attrapées
en caméra cachée, c’est une
géographie au service du
consumérisme, avec des limousines démesurées, des
parkings, des chariots de supermarchés et des galeries
commerçantes. Et tous les
accessoires qui vont avec
–canettes, sacs en papier, gobelets de soda. Mais si la criti-
que de la société de consommation apparaît en filigrane,
Robert Adams agit aussi en
écologiste concerné.
Inquiet. Car ce que l’on retient des familles de Denver,
ce sont leurs sourires, le plaisir d’une glace partagée ou
les gestes tendres, un bébé
que l’on tient contre sa poitrine, des embrassades ou
des mains d’enfants tenues
fermement : «Nous devons
d’abord chérir les individus
avec lesquels nous vivons»,
écrit le photographe dans son
introduction. Et l’on sent son
regard inquiet pour l’espèce
humaine. Connu pour dépouiller ses paysages, Robert
Adams n’en place pas moins
au premier plan une «tendresse pour la vie». Dans sa
préface à l’édition 2017, il
écrit : «Ma conviction demeure telle qu’elle était
en 1983 ; si l’humanité ne
trouve pas le moyen d’établir
un gouvernement mondial
juste et de se débarrasser
ainsi du besoin supposé d’ar-
mes nucléaires, ce qui est de
l’ordre du probable arrivera
sans doute un jour.» L’usine
de Rocky Flats a fermé sous
pression des concitoyens
en 1989. Doit-on vraiment
compter tous les accidents
nucléaires arrivés depuis ?
CLÉMENTINE MERCIER
ROBERT ADAMS
OUR LIVES
AND OUR CHILDREN
Fondation HCB,
2, impasse Lebouis, 75014.
Jusqu’au 29 juillet.
Les pixels malaxés de Rachel de Joode
Photo, sculpture, papier,
peinture ? Dans son expo,
l’espiègle Néerlandaise sème
le trouble sur les matières
qu’elle triture.
D
Playing Me #17. PHOTO REBECCA FANUELE
es tripes qui sèchent, de vieux
chewing-gums mâchonnés ou des
glaces fondantes à la fraise ? On hésite face à ces sculptures qui pendent sur
des patères comme de la pâte de marshmallow. Pour sa seconde exposition à la
galerie Christophe Gaillard (Paris IIIe), la
Néerlandaise Rachel de Joode a essaimé
aux murs ses matières visqueuses. Qu’on
se rassure, ce que l’on prendrait à première
vue pour des morceaux de pâte à modeler
ou des lambeaux de peau prélevés, n’est
que leur copie imprimée sur de la toile découpée. Et c’est à un jeu dangereux avec la
matière que nous invite Rachel de Joode,
formée à l’académie Gerrit Rietveld
d’Amsterdam. Explorant les guets entre
monde réel et monde virtuel, entre 2D
et 3D, elle photographie des gros plans de
glaise, de céramique, de peinture, de toiles
et de minons de poussière pour mieux les
modeler à sa façon, en plusieurs dimensions. Espiègle, elle se joue de nos perceptions et agite le chiffon rouge de la porosité
croissante entre réel et pixel : ce que l’on
croyait être de la peinture est du papier, ce
que l’on voyait comme de la terre est de la
photo, ce que l’on pensait être un tableau
est une superposition de couches d’images photoshopées… A l’heure du numérique, Rachel de Joode explose tableau, matière et représentations. Histoire d’en
rajouter une couche, elle a même construit
une cloison de laquelle surgissent de
vraies mains avec des poupées. Au-delà du
dégoût qu’inspirent ces ersatz, on peut les
apprécier comme des canulars, un joyeux
théâtre d’avatars.
C.Me.
RACHEL DE JOODE INSTEAD OF PIECES,
A PLAY Galerie Christophe Gaillard, 75003.
Jusqu’au 16 juin. Rens. : galeriegaillard.com
MUSIQUE MATIN DE SASKIA DE VILLE
LE 7/9 DE FR ANCE MUSIQUE, DU LUNDI
AU VENDREDI
Retrouvez chaque mardi à 8h50 la chronique de Guillaume Tion de
+ 7 webradios sur francemusique.fr
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Libération Lundi 11 Juin 2018
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Montée victorieuse
Clara Luciani Extirpée du mal-être provincial,
la chanteuse défend un premier album féministe,
tout en veillant à faire la part des choses.
A
u milieu de la conversation, Clara Luciani aurait aimé
glisser une citation de Flaubert, y renonçant faute de
s’en souvenir avec exactitude et d’avoir son portable
à portée de la main pour servir d’antisèche. Non que la musicienne pousse le fantasme romanesque jusqu’à se projeter en
Bovary des années YouTube et Spotify. Mais, plus sobrement,
car l’auguste Gustave a parfaitement su transcrire, selon elle,
cette atonie de la vie en «région» – selon
le vocable désormais homologué – qui
aura tant plombé sa prime jeunesse.
A défaut, la Méridionale se souviendra en
revanche de la Chanson des jumelles des Demoiselles de
Rochefort, de Jacques Demy: «Mais j’en ai jusque-là, la province m’ennuie / Je veux vivre à présent de mon art à Paris.»
Sitôt dit, telle la Zazie de Queneau, voici donc l’inspirée aspirante –jadis fan de l’interprète homonyme d’Un point c’est toi,
premier concert de sa vie, où l’emmènera son père– qui gagne
la capitale en 2011, «la guitare sur le dos»… Au grand dam de
parents nourrissant pour leur progéniture «l’espoir d’une vie
stable et d’un travail correct» (sic), dans le prolongement d’une
scolarité rectiligne jalonnée de bonnes notes, jusqu’à des
études d’histoire de l’art conséquemment abrégées à Aix-enProvence. Mais, à propos d’ex, c’est une rupture amoureuse
après deux années d’idylle qui va inciter Clara Luciani, au
seuil de la vingtaine et au bord du précipice, à prendre la tangente. Et modifier le cours d’une existence qui la voit désormais épousseter les contours crédibles d’une chanson francophone pleine d’allant, où les filles (Juliette Armanet, Angèle…)
squattent le haut du panier.
Sorti début avril, son premier album au
relief vigoureux, Sainte-Victoire, porte
jusque dans l’énoncé la promesse d’une
pop altière, où le cachet d’un timbre grave dénué de fioriture
transmue le chagrin d’amour en résilience crâne. A l’instar
du titre d’ouverture, qui fait office de sésame radiophonique
–la Grenade: «Hé toi, qu’est-ce que tu regardes?/ T’as jamais
vu une femme qui se bat?/ Suis-moi dans la ville blafarde/ Et
je te montrerai comme je mords / Comme j’aboie.»
De fait, Clara Luciani a du chien, grande brune à frange aux
cheveux aussi longs et lisses, que le regard se coordonne à un
franc-parler suffisamment avenant pour inciter à mettre les
poncifs («en sortant une chanson, il faut accepter qu’elle nous
LE PORTRAIT
échappe»… «je reçois beaucoup d’amour et vis les choses intensément…») sur le compte du noviciat. Avec un père employé
de banque (et fan des Beatles, William Sheller, Jacques Higelin) et une mère aide-soignante, évoqués du bout des lèvres,
la Provençale ne s’encombre guère, de toute façon, des artifices de la bienséance people, elle qui pousse dans la méritocratie d’un milieu «très modeste» où, aux fringues et au cinéma
qui «coûtent cher», on préfère une fréquentation assidue de
la bibliothèque, avec Colette et Virginia Woolf pour vademecum.
Pourtant, même complété par une sœur aînée également versée dans la musique, le contexte familial a beau sembler stable, le quotidien à Septèmes-les-Vallons, localité limitrophe
du nord de Marseille, n’en est pas moins perçu comme pesant
par Clara Luciani. «La lecture, l’écriture et la guitare m’ont bien
aidée, resitue-t-elle aujourd’hui. Car à 11 ans, je mesurais déjà
1, 76 m, et les moqueries dont je faisais l’objet ont laissé en moi
des séquelles dont, même parvenue à l’âge adulte, il n’est pas
évident de se défaire. Dès que j’entrais quelque part, je percevais
ma taille comme un handicap, tout comme je détestais ma voix.
Jusqu’au moment où, ces “singularités” enfin admises, la scène
m’a aidé à surmonter mes fragilités.»
«Il existe une dimension mélancolique et torturée chez Clara
qui, de par son physique et son statut social, en a bavé pour
faire sa mue, complète Pierre
Cornet, le patron de son label, qui la connaît depuis
10 juillet 1992
plusieurs années. Mais, fonNaissance à Martigues
damentalement travailleuse
(Bouches-du-Rhône).
dans un milieu artistique
2011 Rencontre avec
où tant de jeunes prétendants
le groupe la Femme.
sont issus de la petite et
2017 Première partie
grande bourgeoisies, elle a su,
de Benjamin Biolay.
parallèlement à des jobs de
6 avril 2018 Sortie de
boulangère, de serveuse de
son premier album,
pizzeria ou d’hôtesse lui perSainte-Victoire.
mettant de joindre les deux
En festivals cet été
bouts, révéler un potentiel qui
(Solidays, Days Off,
ne doit rien à personne.»
Francofolies de
Vivant aujourd’hui en coloLa Rochelle…).
cation – mais pas à la colle,
29 janvier 2019
nuance– avec son claviériste,
A la Cigale (Paris).
dans le XVIIIe arrondissement de Paris, Clara Luciani
a accroché le bon wagon en sympathisant avec le chanteur
du groupe dans l’air du temps, la Femme, qui, de passage dans
le Sud, lui a confié son numéro de téléphone. La civilisation
byzantine, qu’elle a commencé à étudier sans conviction à
la fac, n’y survit pas. Empoignant le micro comme une bouée
de sauvetage, Clara Luciani collectionne alors les rencontres
et collaborations, avec la Femme, donc, mais aussi Nekfeu,
Calogero, Raphaël et surtout Benjamin Biolay, qui la chaperonne.
Dégoupillé en plein hourvari féministe, l’album de l’auteurecompositrice d’ascendance corse et sicilienne est perçu par
certain(e)s comme la bande-son de cette Drôle d’époque, titre
d’une des chansons, qui dit : «Où sont passés tes seins ? / Ta
cambrure de félin ? / Tantôt mère nourricière, tantôt putain
vulgaire/ Conduis-toi, conduis-toi, conduis-toi/ Comme une
femme, une femme.» L’admiratrice de Françoise Hardy ne rentre cependant qu’à pas feutrés dans la mêlée. «Avant tout autobiographique, mon disque détaille des sensations physiques
et émotionnelles très personnelles. Après, si on élargit la considération, je possède bien sûr une fibre engagée et souhaite que
le débat survive aux hashtags, punchlines et récupérations
commerciales du moment, tels les flocages “girl power” de Zara.
Mais le fond de ma pensée reste qu’il faut savoir nuancer son
propos en refusant de banaliser les frotteurs, comme de diaboliser les hommes à la première occasion.»
A part ça, Clara Luciani concède changer d’état d’esprit
comme de tee-shirt («un jour, je trouve tout le monde magnifique, et le lendemain, tout me paraît insurmontable!»); voter
à chaque élection –sans daigner préciser la nature du bulletin;
ne souscrire à aucun dogme religieux; et espérer «construire
une famille, le jour où la musique ne sera plus une priorité
absolue».
Illustré par un large sourire, c’est un vibrant et spontané
«trop cool!» qui ponctue la rencontre. Sans qu’on comprenne
exactement à quoi l’envolée se réfère. •
Par GILLES RENAULT
Photo YANN RABANIER
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Libération Lundi 11 Juin 2018
S’EN
ĥ
ĢUNE?
ON
GRILLE
À LA TÉLÉ CE SOIR
TF1
FRANCE 4
TFX
21h00. Esprits criminels.
Série. Théorie du complot.
Les mots rouges. 22h40.
Esprits criminels. Série.
Ainsi font, font, font....
Jeux de miroir.
20h55. 12 juillet 98, un jour
parfait. Documentaire.
22h25. France 98 : nous
nous sommes tant aimés.
Documentaire.
21h00. Appels d’urgence.
Magazine. Cambriolages,
rébellions, incivilités : interventions à risques pour les
gendarmes d’Évry. 21h55.
Appels d’urgence. Magazine.
FRANCE 5
FRANCE 2
FRANCE 3
20h55. Le mur de l’Atlantique.
Film de guerre. Avec Bourvil,
Peter McEnery. 22h50. Soir 3.
23h30. Qui sommes-nous ?.
Documentaire.
CANAL+
21h00. Tunnel. Série.
Épisode 3 & 4.
22h40. L’effet papillon.
Magazine. Présenté par
Daphné Roulier.
M6
21h00. Le meilleur pâtissier Les professionnels. Jeu.
Épisode 4. 23h25. Le meilleur
pâtissier - Les secrets des
professionnels. Magazine.
PARIS PREMIÈRE
TF1 SÉRIES FILMS
21h00. À dix minutes des
naturistes. Téléfilm. 22h40.
À 10 minutes de la plage.
Téléfilm.
TMC
6TER
21h00. Le grand restaurant.
Comédie. Avec Louis de
Funès, Bernard Blier. 22h40.
90’ Enquêtes. Magazine.
21h00. Kaamelott. Série.
Avec Alexandre Astier.
22h20. Kaamelott. Série.
CHÉRIE 25
20h55. Recherche bad boys
désespérement. Comédie.
Avec Katherine Heigl. 22h40.
Love et autres drogues. Film.
NUMÉRO 23
NRJ12
20h55. Révélations. Magazine
d'investigation. Urgences
absolues : les pompiers
de Haute-Provence. 22h40.
Révélations. Magazine.
C8
LCP
21h00. Colombiana. Action.
Avec Zoe Saldana, Jordi Molla.
23h15. L’armée française
dans l’enfer de la jungle.
20h30. Saint-Louis, une
histoire calédonienne. Documentaire. 21h30. Droit de
suite. 23h30. Ça vous regarde.
LUNDI 11
MARDI 12
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HORIZONTALEMENT
I. S’il vous en faut, ne perdez
pas les lentilles de vue II. Est
le plus fort ; Après le second
VII., elle est en quête de
nouveaux horizons III. Avec
sulfates IV. Senghor pour
Macron ; Il requiert assentiment mais pas sentiments
V. un, ix, norcimo, … ; Baie
rouge VI. Saucisse d’un hotdog ; Près d’elle les impressionnistes se mettaient
Auvers VII. Capitale d’Etat
d’Etat européen ; Mot de
minot VIII. Il est braiment
bête IX. Au son, père d’un
être de mèche ; Chants
corses X. On y fait disparaître
des CD XI. Quand l’Etat est
un monstre
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V
VI
VII
XI
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Grille n°933
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
VERTICALEMENT
1. D’os dos 2. L’été arrive, il a perdu sa toison ; H 3. Puis choisis ; Futur antérieur ; Programme changeant 4. Chef de compagnies ; Dernier recours
5. Bruit fréquent chez un cocaïnomane enrhumé et triste ; Vaporisa
6. Sacrées idées 7. Elle est enceinte ; Elle condamne régulièrement nos
gouvernants qui prennent la liberté de rogner les nôtres 8. Ira jusqu’au
bout ; Elle extrait l’eau d’un puits 9. En bouche, elle est dans son aliment
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. ÉGRILLARD. II. MAORI. POE. III. BIS. ÉDITS.
IV. IDÉE. IE. V. IDÉE. JEEP. VI. GI. OMAN. VII. AVISO. FFI.
VIII. DOS. NOËLS. IX. ÉRAFLURES. X. ÉCROUIRAI. XI. SÉDUCTEUR.
Verticalement 1. EMBRIGADÉES. 2. GAI. DIVORCE 3. ROSIE. ISARD.
4. IR. DÉOS. FOU. 5. LIÉE. MONLUC. 6. DÉJÀ. OUÏT. 7. API. ENFERRÉ.
8. ROTIE. FLÉAU. 9. DÉSÉPAISSIR. libemots@gmail.com
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon (société)
ABONNEMENTS
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France métropolitaine: 391€
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2, rue du Général Alain de
Boissieu - 75015 Paris
tél. : 01 87 25 85 00
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RETROUVEZ LES ANCIENS NUMÉROS DE LIBÉRATION
SUR NOTRE BOUTIQUE EN LIGNE
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PTot 0.009 kg/t de papier
La responsabilité du
journal ne saurait être
engagée en cas de nonrestitution de documents.
Pour joindre un journaliste
par mail : initiale du
prénom.nom@liberation.fr
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Imprimé en France
Membre de OJD-Diffusion
Contrôle. CPPAP : 1120 C
80064. ISSN 0335-1793.
Nice
Montpellier
1 m/21º
-10/0°
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GORON
IMPRESSION
Midi Print (Gallargues)
POP (La Courneuve)
Nancy Print (Jarville)
CILA (Nantes)
Bordeaux
2,5 m/19º
Nice
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III
Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
Dijon
Nantes
Lyon
1 m/19º
Strasbourg
Brest
Orléans
Nantes
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Petites annonces. Carnet
Team Media
10, boulevard de Grenelle
CS 10817
75738 Paris Cedex 15
tél. : 01 87 39 84 00
hpiat@teamedia.fr
0,3 m/16º
Brest
IP
Lille
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3
1BS ("²5"/
(030/
Par GAËTAN
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
Pluies et averses n'épargneront que peu de
régions, excepté la Méditerranée. On attend
de fortes pluies orageuses dans le sud-ouest.
L’APRÈS-MIDI Le temps sera toujours aussi
agité, pluvieux et orageux dans le sud. Les
cumuls de précipitations seront localement
conséquents. Le soleil reviendra en Bretagne
puis à l'ensemble des côtes
de la Manche.
Lille
2
II
Cogérants
Laurent Joffrin,
Clément Delpirou
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
20h55. Crimes dans la ville
Rose. Documentaire. 22h50.
Crimes dans les villages
des Pays de la Loire.
Des pluies parfois fortes et orageuses se
produiront dans l'ouest et au nord. Quelques
averses à caractère orageux se déclencheront
ailleurs, jusqu'au bord de la Méditerranée.
L’APRÈS-MIDI De fortes pluies se généraliseront
de la Vendée aux Hauts-de-France. Des orages
parfois violents éclateront dans le nord-est. Le
risque d'averses concernera également les
régions méditerranéennes.
1 m/14º
Principal actionnaire
SFR Presse
1
I
VIII
20h50. La revue de presse.
Divertissement. 23h25.
Le Très Très Bon Dîner.
Magazine.
21h00. Minute par minute.
Documentaire. France 98 :
le sacre d’une nation. 22h40.
Le loup de Wall Street. Film.
20h50. Le Guet-apens.
Policier. Avec Steve McQueen,
Ali MacGraw. 22h50. Cluedo.
Film.
Edité par la SARL
Libération
SARL au capital
de 15 560 250 €.
2, rue du Général Alain de
Boissieu - CS 41717
75741 Paris Cedex 15
RCS Paris : 382.028.199
21h00. Morning radio :
la story des stars de la FM.
Documentaire. 22h45.
La story des années 80.
W9
ARTE
www.liberation.fr
2, rue du Général
Alain de Boissieu
75015 Paris
tél. : 01 87 25 95 00
CSTAR
20h50. Nicolas Le Floch.
Téléfilm. Le cadavre anglais Partie 1. 21h35. Nicolas
Le Floch. Téléfilm. Le cadavre
anglais - Partie 2.
20h55. Major crimes. Série.
Coup pour coup. Envies
d’indépendances. 22h25.
Major crimes. Série. Dernière
scène. Menaces, crimes et
effractions. Influence
maternelle.
u 31
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RETROUVEZ AUSSI LE P’TIT LIBÉ
&#5FW*WCYGK22419-I.G&#5
&ÅDKVFo#DUQTRVKQP5RÅEKʏSWGFGUVÅNÅRJQPGUOQDKNGUSWCPVKʏGNGPKXGCWFoGZRQUKVKQPCWZQPFGUÅNGEVTQOCIPÅVKSWGURQWTWPGWVKNKUCVKQP
¼NoQTGKNNG.CTÅINGOGPVCVKQPHTCPÃCKUGKORQUGSWGNG&#5PGFÅRCUUGRCU9-I.oWUCIGFWMKVOCKPUNKDTGUGUVTGEQOOCPFÅ8KUWGNUPQPEQPVTCEVWGNU*WCYGK6GEJPQNQIKGU(TCPEG5#57
GUVGPTGIKUVTÅCW4%5FG0CPVGTTGUQWUNGPWOÅTQ2NWUFoKPHQTOCVKQPUUWTEQPUWOGTJWCYGKEQOHT
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