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Le Figaro - 30 07 2018

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lundi 30 juillet 2018 LE FIGARO - N° 23 005 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
VILLES FANTÔMES
L’ÉTÉ
PRIPIAT,
LA POMPÉI
NUCLÉAIRE
SOVIÉTIQUE PAGE 18
DU
FIGARO
SANTÉ
VERS UN DÉPISTAGE
PERSONNALISÉ DU CANCER
DU SEIN PAGE 10
La police fait face à l’essor
de la délinquance estivale
LA POLITIQUE,
C’EST DU SPORT
SARKOZY :
« AVEC LE
SPORT,
ON SE SENT
VIVANT » PAGE 5
PIERRES SACRÉES,
PIERRES MAUDITES
LA PEREGRINA,
UNE PERLE
ROYALE À
HOLLYWOOD
Avec l’affluence de l’été, l’insécurité n’épargne pas stations balnéaires et sites touristiques.
Pour faire face à ce phénomène, les forces de l’ordre intensifient leur présence sur le terrain.
C’est un CRS insulté et frappé
par un groupe de jeunes sur
une plage de Lacanau ; des
gangs multipliant les cambriolages dans les villas de
PAGE 14
JEUX D’ÉTÉ PAGE 17
LES RENCONTRES
INATTENDUES
Saint-Tropez ; des trains en
proie à des bandes plus intéressées par la bagarre que par
le farniente sur la plage... Pendant l’été, la population des
de 18 000 à 200 000 habitants.
Celle, plus problématique, de
quartiers victimes du vol organisé. Anticipation, collaboration mais surtout équi-
stations balnéaires augmente
et change de nature. Conséquence : une montée de l’insécurité. Celle, banale, d’une
ville passant soudainement
è LA GARDE RÉPUBLICAINE EN RENFORT DANS L’HÉRAULT è CAMBRIOLAGES, TRAFICS ET FATALES IMPRUDENCES DANS LE GOLFE DE SAINT-TROPEZ è DE NÎMES AU GRAUDU-ROI, DES GENDARMES POUR CADRER LES TURBULENTS PASSAGERS DU TRAIN À 1 EURO è FRANÇOIS BLANCHET : « L’ÉTAT NOUS PRIVE DES CRS » PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
Tour de France : avec Geraint Thomas, l’équipe Sky
triomphe à nouveau dans une ambiance tendue
CES PHÉNOMÈNES
D’ÉDITION SURPRISES
DANS LEUR PAYS
TURQUIE,
« L’AURORE »
DE SELAHATTIN
DEMIRTAS PAGE 24
CHAMPS
LIBRES
n
PAGE 19
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Le Gallois a remplacé son équipier Christopher Froome sur la plus haute marche du podium des Champs-Élysées,
au terme de la 105e édition, qualifiée de « rude» par Christian Prudhomme, le directeur de la Grande Boucle. PAGE 11
Réponses à la question
de samedi :
Le ralentissement
de la croissance vous
inquiète-t-il ?
ÉDITORIAL par Laurence de Charette ldecharette@lefigaro.fr
NON
35 %
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Pensez-vous que la SNCF
est responsable de la
pagaille à la gare
Montparnasse ?
M 00108 - 730 - F: 2,60 E
© Oakley
© Oakley
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@h@d@k@a";
AFP - JUICE IMAGES / BSIP
TOUR DE FRANCE 2018
L’importance
des lunettes
Page 11
COMMUNIQUÉ
P
as de vacances pour la délinquance : en industrie florissante, le
banditisme ne compte pas ses
heures. « Agile », « opportuniste », « user centric », dirait-on
aussi en termes de marketing, il sait parfaitement s’adapter à son « marché » et prend
ses quartiers d’été au plus près de ses
« clients », les Français…
Pickpockets, petits dealers, grands voyous
et trafiquants en tout genre migrent donc
massivement aux beaux jours des métropoles vers le littoral atlantique et la Méditerranée. Quelques saisonniers venus d’Albanie et d’ailleurs passeront leur prêter mainforte pour tirer le meilleur rendement
possible de la baisse de vigilance des Français en vacances.
Si le banditisme ne connaît pas la crise,
c’est que son commerce ne souffre pas, il
faut dire, d’entraves excessives… Avec plus
de 600 000 infractions par an, le flot des
violences progresse inexorablement. Si le
terrorisme islamique hante aujourd’hui
tous les esprits, la délinquance au quotidien
reste malgré tout le grand fléau des Français : un sondé sur cinq déclare se sentir en
insécurité. Mais comment en serait-il
autrement ?
La chaîne pénale française, qui parvient
tout juste à signifier des peines qu’elle finit
trop souvent par ne pas appliquer, ne se caractérise pas par son efficacité – et encore
moins par sa lisibilité. « Mise à l’épreuve »,
« contrainte pénale », « travaux d’intérêt
général » et autres peines dites « alternatives »… la multiplication tous azimuts, au fil
des dernières
années,
des
condamnations
sans prison et
surtout
sans
cadre clair n’a
fait qu’altérer
le sens de la
peine dans un système à l’envers, en réalité
paralysé, en bout de chaîne, par le manque
de places en établissements pénitentiaires.
Malgré un discours empreint de fermeté, en
renonçant pour moitié aux constructions de
places de prison promises pendant sa campagne, Emmanuel Macron n’a malheureusement pas dérogé à la règle qui a sévi ces
dernières années… ■
PAGE 4
1er Grand Cru Classé 1855
Quartiers d’été
TOTAL DE VOTANTS : 15 349
Le président de la République commence à tirer les
enseignements de l’affaire
Benalla. Il réfléchit à relancer l’idée d’un « spoil system » à la française pour
nommer des hauts fonctionnaires en ligne avec sa
politique et disposer ainsi
d’une administration à sa
main. Première visée : la
préfecture de police de Paris. Avec les autres administrations, il veut s’assurer
qu’elle mettra bien en
œuvre sur le terrain les réformes de sa première année de mandat.
CHÂTEAU DE RAYNE VIGNEAU
Pickpockets,
dealers, voyous
migrent
massivement
vers le littoral
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 € - LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
RCS Bordeaux 312 169 964. © Fotolia
OUI
65 %
MARCO BERTORELLO/AFP
n
Affaire Benalla :
Macron veut
mettre la
haute fonction
publique au pas
www.raynevigneau.fr - Tél. 05 56 76 61 63
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
A
JORGE LUIS
BORGES/CÉSAR
MENOTTI PAGE 20
La chronique
de Nicolas Baverez
La tribune
de Jérôme
Sainte-Marie
pes renforcées sont les
réponses que les forces de
l’ordre apportent afin d’assurer aux vacanciers un été le
plus serein possible.
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lundi 30 juillet 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Délinquance d’été : la riposte des for
Aux beaux jours, policiers et gendarmes adaptent leurs dispositifs face aux délinquants qui jettent leur
CHRISTOPHE CORNEVIN
£@ccornevin
PICKPOCKETS à l’affût sur les plages, voleurs s’immisçant parmi les
clients des marchés folkloriques,
voyous des cités qui écument les
sites balnéaires… Loin d’ignorer la
trêve estivale, les délinquants
abandonnent aux beaux jours les
grandes agglomérations pour exporter leur savoir-faire et jeter
leur dévolu sur les lieux touristiques.
Dans des secteurs comme Arcachon ou sur l’île de Ré, où la population passe de 18 000 âmes en
basse saison à plus de 200 000 en
juillet et août, la situation est critique. Elle frise même la caricature à
Lacanau, où le nombre d’habitants
explose de 4 600 à un pic de
100 000 au cœur de l’été. Les violences qui y sont commises n’ont
parfois plus de limite, comme en
témoigne la sauvage agression
dont a été victime , le 10 juillet dernier, un CRS sur la plage centrale
de la ville. Maître-nageur et sauveteur, le policier est descendu de
sa chaise de surveillance de baignade pour demander à une bande
de jeunes qui jouaient au football
de s’éloigner d’une mère et d’un
enfant sur lequel l’un d’eux venait
de tomber, lui ayant fait mal au
bras. Loin de s’exécuter, les agresseurs, au nombre de dix, ont entouré le CRS avant de l’insulter et
de le frapper. Deux des protagonistes, âgés de 17 ans, ont été placés en garde à vue pour « outrages » et « violences » par les
gendarmes locaux, qui ont adapté
leur dispositif. Grâce à des renforts
saisonniers de réservistes et de
forces mobiles, les effectifs de la
brigade de Lacanau ont ainsi bondi
de 18 à 70 militaires, appuyés
même par un policier allemand.
Une parade à la hauteur
Face à cette « transhumance » des
voyous, les Français s’inquiètent.
Le dernier baromètre FiducialOdoxa dévoilé par Le Figaro le
22 juin dernier en atteste : si les
pickpockets s’imposent comme la
« première crainte » pour 53 %
d’entre eux, nos concitoyens redoutent aussi les agressions
(47 %), les incivilités (30 %), les
vols de bagages (25 %) et les vols
dans les chambres d’hôtel (15 %).
Refusant toute idée de fatalité,
les forces de l’ordre tentent d’élaborer une parade à la hauteur. Ainsi, depuis dix ans, la gendarmerie
nationale déploie son très efficace
2 500
gendarmes
déployés en renfort dans les régions
touristiques : littoral, Alpes,
Pyrénées, châteaux de la Loire...
dispositif estival de protection des
populations (DEPP). En fonction
d’études assez fines de l’évolution
de la délinquance, mise en regard
avec celle du nombre de nuitées
sur les sites les plus exposés, les
analystes criminels ont ciblé cette
année des zones d’affluence à surveiller de très près sur vingt-cinq
départements. « Selon un principe
d’intelligence locale, nous produisons l’effort là où le flux touristique
mérite une attention particulière,
explique le colonel Guillaume Grimaux, sous-directeur adjoint de la
sécurité publique et de la sécurité
routière. À titre d’exemple, Argentat, où coule la Dordogne, fait l’objet
d’une prise en charge plus spécifique
qu’Égletons… »
Depuis juin et jusqu’au 31 août,
le déploiement des forces est à
spectre très large. Selon nos informations, pas moins de 67 pelotons
de gendarmes mobiles, 335 militaires départementaux - dont des
officiers de police judiciaire - mais
aussi un millier de réservistes ont
été envoyés sur les façades du littoral atlantique ou méditerranéen,
dans les stations des Alpes, des
Pyrénées ou encore au cœur du
Massif central. Les patrouilles vont
aussi s’intensifier autour des châteaux de la Loire, du Mont-Saint-
Les renforts
en zones
touristiques
Michel, de Vézelay ou dans les
gorges du Verdon. Soit au total
plus de 2 500 gendarmes déployés
sur les sites touristiques.
À cette armada venue prêter
main-forte, il convient d’ajouter
26 postes de brigades équestres qui
patrouillent dans des petites com-
POLICE
10 unités de CRS
60 motards
37 commissariats renforcés
300 policiers nageurs sauveteurs*
dans 62 communes
8
Ouest
Nord
16
1 Île-de-France
GENDARMERIE
Dispositif estival pour la protection
des zones d’affluence touristiques
23
communes
67
335
1 000
26
pelotons de gendarmerie mobile
gendarmes départementaux
réservistes/jour déployés
postes équestres
Sud-Ouest
14
Sud
*Missions : secours et sauvetages, répression des infractions, conseils auprès des maires
munes de l’Hérault ou dans les
rues de Marseille. Une initiative
rendue possible grâce à l’intervention de la présidente (LR) du département, Martine Vassal, qui a
sollicité, à l’automne dernier, le
président Emmanuel Macron
avant d’obtenir – moyennant une
subvention de 260 000 euros du
département – un détachement
pour six mois de sept chevaux et
huit gendarmes de la garde républicaine.
Dans la Cité phocéenne, la problématique est prise avec un sérieux tel qu’une cinquantaine de
médiateurs sociaux ont été recrutés, pour un coût de 553 000 euros.
Mission ? Endiguer les « incivilités » qui empoisonnent les plages
du Prado, de l’Estaque ou encore de
la Madrague-Montredon. Outre le
Tour de France, qui a contraint à
puiser des effectifs parmi les 13 000
gendarmes pour lutter contre la
faune des vendeurs à la sauvette
qui ont harcelé jusqu’au sprint final
sur les Champs-Élysées à Paris, les
forces de l’ordre sont aussi sur le
pont pour protéger les grands rassemblements du 15 août, les festivals mais aussi les transports en
commun.
La police nationale, de son côté,
a dépêché 300 policiers nageurs-
Une patrouille
de gendarmes
à cheval surveille
les abords de la plage
de Cagnes-sur-Mer,
dans les AlpesMaritimes.
JEAN PIERRE AMET/MAXPPP
La garde républicaine
en renfort dans l’Hérault
GUILLAUME MOLLARET
£@Newsdusud
A
CLERMONT-L’HÉRAULT
LES CHAMPS de vigne ont, pour
eux, succédé aux Champs-Élysées.
Au frais dans leurs boxes, Udilam,
Best, Dandy, Playboy, Dannan et
Val d’Arly ne sont pas tout à fait en
vacances… mais ça y ressemble !
Après le défilé du 14 Juillet, ces six
chevaux de la garde républicaine
ont quitté Paris pour une saison estivale dans l’arrière-pays héraultais. « Ça fait du bien à tout le monde
de retrouver la campagne. Aux chevaux, comme à nous », sourit
Alexandre Van Caneghem, gendarme affecté au régiment de cavalerie
de la garde républicaine. Au total,
ce sont huit gendarmes, dont deux
membres de la prestigieuse garde et
quatre réservistes, qui monteront
ces « selles » français durant la période estivale afin d’assurer une
mission de prévention sur les sites
les plus prisés par les touristes investissant le nord de Montpellier.
« Notre compagnie couvre 23 %
du département. On y recense chaque année environ 4 000 crimes pour
117 gendarmes », précise le chef
d’escadron Fabien Jaffard, le commandant de la compagnie de Lodève. « Le renfort des chevaux et de
leurs cavaliers est le bienvenu. C’est
la première fois que nous les accueillons ici », explique-t-il depuis
les box des écuries de Ceyras où vivent les chevaux pour la période estivale. Durant la saison, alors que ce
coin de département est très rural,
l’affluence augmente avec le nombre de touristes venus profiter des
abords du lac du Salagou, du cirque
de Navacelles, des abords des rivières ou encore, sur les chemins de
Compostelle, de Saint-Guilhem-leDésert.
Ces flux de population entraînent
avec eux une certaine délinquance
(bris de vitres, rixes, vol à la roulotte…), notamment en provenance de
Montpellier ; ainsi que des incivilités en tout genre (camping sauvage
sur des zones protégées, stationnement dangereux…) que la brigade
équestre estivale – on en compte
dix-sept dans le pays dont deux
dans l’Hérault - aura pour rôle de
prévenir. « Sur un cheval, on nous
voit arriver de loin. C’est assez dissuasif », veut croire l’adjudantchef Erwan Abbé, un ancien de la
garde républicaine aujourd’hui affecté dans l’Hérault. « En plus, la
présence d’un cheval donne une bonne image de la gendarmerie. Elle
amène également la population à venir vers nous pour dialoguer. Cela
fait partie de nos missions de proximité », poursuit-il.
Un rôle préventif
Sur place, ces patrouilles de gendarmerie - qui seront effectuées à
raison de deux fois deux heures par
jour - sont bien vues d’autant que le
dispositif s’ajoute au travail d’éducateurs eux aussi montés à cheval et
dont le rôle ne peut être que préventif. « Nous allons tenter de coordonner nos actions avec la gendarmerie. À cheval, ce message passe
mieux. 80 à 90 % de la population le
comprend… Malheureusement, il y a
toujours des gens qui ne respectent
pas les codes, qui ne comprennent
pas que faire du feu en pleine garrigue durant l’été, c’est dangereux »,
se désole Elsa Bonnafous, la directrice adjointe du syndicat mixte gérant les abords du lac du Salagou.
Plus au sud, près de Béziers, une
autre brigade montée a récemment
fait son apparition sur les communes littorales de Sérignan et de
Portiragnes. Là, c’est sur les plages
que les gendarmes - équipés de
chevaux loués par les municipalités
à des clubs locaux - font leur ronde.
« Il faut savoir s’adapter. Un cheval
passe où une voiture ne peut pas »,
défend le commandant Jaffard.
Dans cette optique, l’une des brigades qu’il chapeaute s’est aussi équipée de motos. ■
De Nîmes au Grau-du-Roi, des gendarmes pour
cadrer les turbulents passagers du train à 1 euro
SIX MOIS de prison ferme et six
autres mois avec sursis… C’est la
peine dont a écopé, en début de
mois devant le tribunal correctionnel de Nîmes, un jeune homme de
19 ans pour avoir insulté et frappé
des policiers de la sécurité ferroviaire à l’intérieur du train reliant,
au retour de la plage, la station balnéaire du Grau-du-Roi à Nîmes.
Depuis sept ans, cette ligne ferroviaire fait l’objet d’un tarif social
permettant à tout le monde de se
rendre à la mer moyennant un
billet facturé 1 euro. Une somme
symbolique qui bénéficie aux familles les plus modestes mais aussi
à une certaine population qui ne se
gêne pas pour importuner les
autres voyageurs. Ce 3 juillet, ils
sont six dont cinq mineurs à être
interpellés par la gendarmerie
pour avoir fait le coup de poing
dans ce train obligé de s’arrêter
avant Nîmes, distante de 50 km à
peine, afin de permettre une intervention des forces de l’ordre.
“
Nous sommes
particulièrement
vigilants sur les deux
derniers trains
de la journée
”
SÉBASTIEN BAUDOUX, COMMANDANT
EN SECOND DU GROUPEMENT
DE GENDARMERIE DU GARD
« Nous sommes particulièrement vigilants sur les deux derniers trains
de la journée, qui mobilisent une dizaine de gendarmes à la gare du
Grau-du-Roi. Là, nous fouillons les
voyageurs », explique Sébastien
Baudoux, commandant en second
du groupement de gendarmerie du
Gard.
À plusieurs reprises, les années
précédentes, ce train a fait l’objet
de dégradations. Ses usagers sont
donc particulièrement surveillés.
Parfois, la brigade de prévention de
la délinquance juvénile de la gendarmerie monte à son bord. « Cette
brigade connaît pas mal de jeunes.
Cela aide », poursuit le lieutenantcolonel Baudoux, avant de préciser
que, durant la journée, certains
groupes identifiés sont suivis de
près par les forces de l’ordre. Durant l’été, la population du Graudu-Roi passe de 8 500 à 100 000
personnes. Les effectifs de gendarmerie, eux, doublent, pour atteindre 50 militaires. ■
G. M.
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LE FIGARO
lundi 30 juillet 2018
L'ÉVÉNEMENT
François Blanchet : « L’État nous prive des CRS »
PROPOS RECUEILLIS PAR
dévolu sur les lieux touristiques.
sauveteurs dans 62 communes du
littoral et décidé de renforcer
37 commissariats implantés dans
des zones touristiques comme
Hyères, Agde ou encore Fréjus, où
10 policiers ont été affectés en renfort. Cyril, 45 ans, est l’un d’eux.
Gardien de la paix en section d’intervention à Reims, il prête mainforte depuis mardi à ses collègues
varois pour la troisième année
consécutive et non sans un certain
enthousiasme. « Je connais bien
Fréjus pour m’y rendre comme touriste depuis quinze ans, explique ce
policier expérimenté. À l’été, la
population est multipliée par cinq et
le nombre des délinquants augmente dans la même proportion alors
que les vacanciers ont tendance à
relâcher leur vigilance. »
Alarmes
et télésurveillances
Appuyant un groupe de sécurité de
proximité (GSP), Cyril lutte contre
la flambée saisonnière des trafics
de drogue ou des vols à l’arraché
de sacs à main ou de portables. Au
total, six semaines d’engagement
intense, loin de ses terres champenoises, pendant lesquelles il faudra
protéger quelque 300 événements
culturels et sportifs. Comme lui,
une dizaine de forces mobiles et
60 motocyclistes feront en outre le
déplacement pour compléter ce
maillage estival. « La migration des
vacanciers n’est pas sans effets indésirables dans les zones de départ,
prévient de son côté Sébastian
Roché, criminologue et directeur
de recherche au CNRS. Les mois
d’été sont structurellement des périodes propices aux effractions dans
les résidences principales, laissées
vacantes le temps d’un voyage. »
De nombreux Français ont intégré cette menace. Selon le dernier
baromètre Fiducial-Odoxa, quelque 68 % d’entre eux ont prévu de
sécuriser leur logement vacant,
notamment en s’entendant pour
que des voisins ou des amis viennent régulièrement chez eux.
D’autres (18 %) ont mis en place
un système d’alarme ou de télésurveillance tandis que 12 % des
sondés ont même décidé de laisser
leur chien à la maison, nourri par
des proches. Pour mémoire, le ministère de l’Intérieur a encore enregistré 58 433 cambriolages sur
les trois derniers mois. Soit environ une effraction toutes les 30 secondes !
Un chiffre qui n’empêche pas les
deux tiers de la population de s’évader dès les beaux jours vers des destinations de cartes postales. ■
GUILLAUME DE DIEULEVEULT
gdedieuleveult@lefigaro.fr
L’État nous
« demande
de sécuriser
nos
communes
et nos plages,
mais ne nous
en donne pas
les moyens
»
FRANÇOIS BLANCHET,
MAIRE DE SAINTGILLES-CROIX-DE-VIE
François Blanchet est le maire de
Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée). Sa commune passe de 8 000
habitants en hiver à 70 000 en été.
LE FIGARO. - Votre ville est-elle
touchée par la délinquance
estivale ?
François BLANCHET. - Il y a bien
quelques vacanciers turbulents, et
nous sommes évidemment
confrontés aux soucis habituels
d’une commune dont la population est multipliée par huit
pendant l’été. Mais nous ne
rencontrons pas de situation
vraiment préoccupante.
D’abord parce que
nous sommes une
station familiale,
mais aussi grâce à
notre
travail
d’anticipation et
de suivi quotidien de la situation.
Comment vous
organisez-vous
pour faire face à cet
afflux d’habitants ?
Entre mi-juin et miseptembre, tous les
effectifs augmentent. Nous embau-
chons 5 auxiliaires de surveillance
de la voie publique, ce qui porte à
10 le nombre de policiers municipaux. Nous recrutons également
20 maîtres-nageurs-sauveteurs.
Les gendarmes, qui sont une trentaine pendant l’hiver, reçoivent
une vingtaine de renforts supplémentaire et les pompiers, de 50 en
hiver, passent à 70.
En été, vos plages accueillent
jusqu’à 30 000 personnes chaque
jour. Pour les surveiller
et protéger les baigneurs,
bénéficiez-vous de la
présence de nageurssauveteurs des CRS ?
Hélas, non ! L’État nous
demande de sécuriser nos
communes et nos plages,
mais ne nous en donne pas
les moyens. En
2016, les renforts
de CRS nous ont
été enlevés. Depuis, j’en fais
chaque année
la demande à la
Préfecture, qui
nous les refuse
systématiquement.
Nous
avons dû les
remplacer par
plus de maîtresnageurs-sauveteurs, mais ils
n’ont pas de
pouvoir de poliLE COURRIER VENDÉEN
ces de l’ordre
3
ce, ce qui nous force à affecter en
permanence deux policiers municipaux à la surveillance des plages.
Policiers, gendarmes, pompiers,
maîtres-nageurs parviennent-ils
à travailler ensemble ?
Oui, c’est essentiel pour assurer la
sécurité des habitants et des vacanciers. Chaque jeudi, à 10 heures, nous nous réunissons avec
eux. Nous faisons le bilan de la semaine passée et préparons les événements à venir. Pendant la Coupe
du monde, nous avons ouvert une
fans zone avec un écran géant sur
les quais. Ouvrir un bar ? Servir de
l’alcool ? Il a fallu faire des choix
clairs. Le résultat : dans un espace
sans alcool, nous avons accueilli
jusqu’à 6 000 personnes qui ont pu
regarder les matchs dans une ambiance très familiale.
Encore un exemple : jeudi, nous
avons mis au point la sécurisation
de la 33e Fête de la sardine, qui a
eu lieu ce dimanche et à laquelle
ont participé plus de 10 000 personnes. Nous avions prévu un
renfort de 10 vigiles qui ont systématiquement fouillé les sacs et
procédé à des fouilles aléatoires
dans le public. Globalement, tout
s’est bien passé : leur action a été
bien acceptée, ils n’ont rien trouvé de dangereux dans les sacs. Ce
sont des événements que nous
préparons dès le mois de décembre, car la clé d’une saison paisible, c’est l’anticipation. ■
«
Jusqu’à présent, tout va bien.
Il n’y a pas de mystère :
on a eu plus de moyens en matière
de sécurité et plus de moyens
en matière de propreté
»
JEAN LEONETTI, DÉPUTÉ MAIRE D’ANTIBES,
LE 26 JUILLET
Le centre de surveillance
urbain du Grau-du-Roi
reçoit les images
des 17 caméras
dispersées
dans la ville.
FRANCK LODI/SIPA
Une patrouille
nautique surveille
la côte.
Ici, l’île de Cavallo,
en Corse.
Mille réservistes
engagés
Maillon indispensable du dispositif
estival, la réserve opérationnelle
de la gendarmerie fournit chaque
jour un millier de femmes
et d’hommes à la sécurisation
des lieux de villégiature. Ces
volontaires sont d’autant plus
méritants qu’ils sont dans la vie
mécaniciens, stewards ou encore
employés administratifs
et qu’ils se dévouent jour et nuit
à la collectivité. Militaires
à part entière, ces recrues sont
rémunérées selon leur grade de
55 euros à 180 euros par jour net
d’impôt. Employées à la journée,
dans 75 % des cas à proximité
de leur domicile, elles sont très
prisées en raison de leurs
connaissances très fines du terrain.
En soutien aux brigades locales,
ces réservistes accomplissent
donc des missions de contact et
de conseils tout en détectant les
comportements anormaux.
C. C.
SIRPA
VINCENT-XAVIER MORVAN
£@vincentxaviermo
NICE
« CHAQUE année, ce sont les mêmes
problèmes », soupire ce gendarme
de la compagnie de Gassin-SaintTropez qui préfère rester anonyme.
L’imprudence des vacanciers le fait
enrager. « Les gens rentrent chez
eux le soir et ne ferment pas les portes ni les fenêtres, note le militaire.
Or la plupart des cambriolages ont
lieu la nuit, souvent en présence des
occupants, avec bijoux et montres de
luxe en apparence. Il faudrait les
sensibiliser, mais on ne se voit pas
aller distribuer des tracts sur le
Vieux-Port ! » À l’été 2016, un proche du roi d’Arabie saoudite avait
été dépouillé dans sa villa de Ramatuelle de 300 000 euros en bijoux et
billets de banque.
Ces braquages sont parfois commis par des équipes venues de
l’étranger, notamment, pointe-ton du côté de la justice, par « des
groupes albanais ou d’autres pays de
l’Est dont c’est la spécialité » et qui
retournent chez eux la saison terminée. Les gendarmes de Saint-Tropez
confirment cet afflux d’équipes extralocales, certaines également en
provenance de Marseille.
D’autres comportements imprudents peuvent se révéler plus dramatiques, notamment pour les
conducteurs de deux-roues. « On
n’arrive pas à s’y faire, on voit les
gens mourir en direct », se désole le
gendarme. « On a eu encore un
mort récemment à Sainte-Maxime,
constate-t-il. Certains deux-roues
doublent en franchissant les lignes
blanches, mais ils ne sont pas toujours en tort. Les automobilistes doivent aussi tenir leur droite pour leur
L’attention
portée
à la résidence
du président
de la
République
ne se fera pas
au détriment
du reste
du littoral
permettre de doubler sans danger. »
Récemment, une saisonnière a perdu la vie à scooter sur la route des
Plages, à Ramatuelle. Le sujet inquiète en haut lieu. « Les cinq premiers mois de l’année avaient été
très bons, mais depuis les beaux
jours le bilan se dégrade, note JeanLuc Videlaine, préfet du Var. Sur
l’ensemble du département, nous
sommes à 26 morts depuis le début
de l’année. C’est moins que les 36 de
l’an dernier à la même époque,
mais l’écart est de moins en moins
favorable. »
JEAN-LUC VIDELAINE,
PRÉFET DU VAR
Des plages bien surveillées
«
»
L’été, le golfe de Saint-Tropez peut
accueillir jusqu’à 200 000 visiteurs
par jour, pour une population quatre fois moindre en hiver. Parmi les
vacanciers, des gens du voyage,
qui, parfois faute de trouver des
aires réservées, occupent illégale-
ment des terrains. Certains étaient
récemment stationnés sur le parking d’un collège à Gassin. « On fait
une procédure et l’affaire suit son
cours », indique le gendarme, sans
trop d’illusions. Tapages, ivresse
publique, prostitution ou trafic de
stupéfiants complètent ce tableau
estival, sans oublier les vols à la
roulotte. Six réservistes sont ainsi
postés à Ramatuelle pour surveiller
les plages de Pampelonne. « Des
vols dans les véhicules, on n’en a pas
trop, les plages sont bien surveillées », glisse toutefois le gendarme. Outre ces réservistes (une
soixantaine de la police et cinquante
de la gendarmerie, pour l’ensemble
du littoral varois), une vingtaine de
policiers venus d’autres circonscriptions complètent ces renforts
estivaux dans le département, ainsi
que des gendarmes mobiles, des
CRS et des forces « Sentinelle ».
Cette année, une compagnie de
CRS supplémentaire a aussi été positionnée à Fréjus, se réjouit le préfet. « Et les policiers de la zone ouest
ont désormais un bateau, souhaité
depuis des lustres, pour se projeter
sur les îles de leur zone, dont
Porquerolles », se félicite le représentant de l’État. À Toulon, le procureur de la République Bernard
Marchal, s’il ne ressent pas « d’inflation particulière » dans l’activité
de son parquet l’été, souligne la
difficulté pour les forces de l’ordre
d’assurer à la fois la sécurisation de
toutes les manifestations et de faire
face au « judiciaire quotidien ».
Quant à la venue annoncée du
couple Macron au fort de Brégançon, « l’attention portée à la résidence du président de la République
ne se fera pas au détriment du reste
du littoral », promet Jean-Luc
Videlaine. ■
A
Cambriolages, trafics et fatales imprudences dans le golfe de Saint-Tropez
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 30 juillet 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Après l’affaire Benalla, Macron veut
reprendre en main la haute fonction publique
Le chef de l’État veut relancer le « spoil system » à la française en commençant par la préfecture de police de Paris.
présent, nous nous sommes montrés
plutôt conciliants, explique un proche
d’Emmanuel Macron. En arrivant,
nous avons laissé aux hauts fonctionnaires le choix de rester travailler avec
nous ou de partir si cela leur posait des
problèmes. Apparemment, certains qui
avaient des problèmes sont restés. Il va
falloir s’en occuper. »
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
“
Jusqu’à présent, nous
nous sommes montrés
plutôt conciliants
Emmanuel Macron a demandé au secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler (ici en arrière-plan du président de la République,
le 17 avril, à Strasbourg), de travailler à une réorganisation complète du Palais afin d’éviter de « nouveaux dysfonctionnements ».
dans la fonction publique », avait assuré
Emmanuel Macron peu avant son
élection. Il s’agissait alors d’évaluer les
180 hauts fonctionnaires dont la nomination dépend du gouvernement pour,
au final, les confirmer dans leur poste
ou les remplacer. Si la menace avait
fait souffler un vent de panique dans la
haute fonction publique, elle ne s’était
finalement traduite que par quelques
limogeages, dont celui, spectaculaire,
du chef d’état-major des armées, le
général Pierre de Villiers, qui n’avait
eu d’autre choix que de démissionner.
Pour le reste, c’est essentiellement au
sein de l’Éducation nationale que
Jean-Michel Blanquer avait procédé à
des changements. D’abord en se séparant du président du Conseil supérieur
des programmes, Michel Lussault. Ensuite en mutant la directrice de l’enseignement scolaire, Florence Robine.
Deux autres manifestants interpellés
le 1er Mai portent plainte
A
1
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
APRÈS SES TROIS interviews en trois
jours, Alexandre Benalla a « plutôt envie » d’aller s’exprimer devant les commissions d’enquête parlementaires. « Je
dois me reposer, réfléchir. Mais oui, j’ai
plutôt envie d’y aller, affirme-t-il au
Journal du dimanche. Ils veulent des explications, j’ai de quoi leur en donner. » Et ça
tombe bien, car deux nouvelles plaintes
pour violences ciblent l’ancien collaborateur de l’Élysée et son comparse Vincent Crase, employé de La République en
marche, avec lequel la présidence travaillait aussi ponctuellement.
À l’appui de ces plaintes, une très brève vidéo, mise en ligne vendredi par Libération, qui a été enregistrée au Jardin
des Plantes, dans le Ve arrondissement de
Paris, trois heures avant les échauffourées de la place de la Contrescarpe, le 1er
Mai. Deux jeunes manifestants, un homme et une femme, pris à partie dans cette
séquence, viennent de porter plainte
contre X : ils assurent avoir été molestés
par Vincent Crase, Alexandre Benalla et
le major Philippe Mizerski, chargé de
l’encadrement des deux premiers, supposés n’être ce jour-là que des observateurs. Au premier plan, Vincent Crase,
brassard « police » au bras, ordonne aux
manifestants de se diriger dans une certaine direction. Ayant visiblement reçu
des indications contraires auparavant,
les jeunes gens lancent : « Faut se mettre
d’accord ! » Derrière, on distingue un
homme à la capuche serrée sur la tête,
capuche du même sweat-shirt gris clair
que portait Alexandre Benalla place de la
Contrescarpe. « On ne voit strictement
rien sur cette vidéo !, s’est exclamé son
avocat, Me Laurent-Franck Lienard, sur
BFMTV. M. Benalla ne fait strictement rien
à cet endroit et sur personne. »
Mais lorsque les trois hommes se rendent compte que la scène est filmée, les
images deviennent floues et on entend
une femme crier. « À ce moment-là,
quelqu’un s’est jeté sur ma cliente, l’a
ceinturée, l’a projetée contre un arbre, elle
”
UN PROCHE D’EMMANUEL MACRON
JACQUES WITT/SIPA
EXÉCUTIF Il a encaissé les coups, il
s’apprête à les rendre. Maintenant que
l’affaire Benalla semble sortir de sa
phase aiguë, Emmanuel Macron commence à en tirer les leçons et réfléchit
aux suites à lui donner. « Quand on
remporte une victoire aussi éclatante
qu’à la présidentielle, quand on obtient
une majorité aussi massive aux législatives, quand on avance aussi vite sur les
réformes pendant un an sans opposition,
c’est vrai que le premier mur fait mal, reconnaît un proche du président de la
République. Mais c’est très formateur.
On apprend. Pour nous, cette affaire
marque la fin de l’innocence. »
Dans l’urgence de la crise, Emmanuel
Macron a demandé au secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, de travailler à une réorganisation complète
du Palais afin d’éviter de « nouveaux
dysfonctionnements ». Ce ne sera pas
tout. En arrière-plan des problèmes
d’organisation interne de la présidence
de la République, l’affaire a révélé une
forte défiance entre l’Élysée et la haute
fonction publique.
Mise au grand jour de façon spectaculaire avec la police, elle existe de façon plus diffuse avec les autres administrations de l’État. Au point de
pousser Emmanuel Macron à envisager
de relancer son idée de « spoil system »
à la française qu’il avait annoncée durant la campagne présidentielle, mais
laissée quelque peu en suspens. Importé
des États-Unis, ce mécanisme permet à
tout nouveau président de changer les
directeurs d’administration après son
élection.
« Dans les deux premiers mois du
quinquennat, je changerai ou confirmerai l’intégralité des postes de direction
Extrait de la vidéo mise en ligne par le quotidien Libération.
avait encore son portable dans la main », a
expliqué dimanche, sur BFMTV, Me Grégory Saint-Michel, l’avocat de Noémie*,
fonctionnaire au ministère de la Justice
et militante communiste. L’un des trois
hommes parviendra à effacer la vidéo
(récupérée le soir même sur la carte mémoire grâce à un logiciel spécifique).
« Police privée »
L’autre manifestant, Romain*, « n’aura
pas le temps d’intervenir d’aucune manière, il sera immédiatement balayé, plaqué
au sol, face contre terre, et interpellé dans
la foulée », a poursuivi sur la même chaîne son conseil, Me Nadja Diaz. « S’il est
avéré que MM. Benalla, Crase et Mizerski
ont participé à son interpellation, souligne-t-elle, ce sont des faits très graves. Il
n’est pas acceptable que dans un État de
droit, on puisse avoir comme ça une police
privée. » Le jeune homme, dit-elle, a fait
48 heures de garde à vue pour « violences
contre personnes dépositaires de l’autorité
publique avec arme » avant d’être relâché sans poursuites judiciaires.
Les deux manifestants ont déposé
deux plaintes contre X auprès du parquet de Paris, pour « violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique en réunion », « usurpation
LIBÉRATION
de signes réservés à l’autorité publique
aggravée par le fait qu’ils facilitent la
commission d’un délit », « usurpation de
fonctions », « atteinte à la liberté »,
« dégradation de biens » et « introduction frauduleuse dans un système de traitement de données ». Plaintes « d’opportunité », balaie Alexandre Benalla dans
le JDD. « J’étais derrière les policiers en
tant qu’observateur, se justifie-t-il, on
peut le voir distinctement, je n’ai ni casque, ni brassard, ni radio. Aucune intervention de ma part à ce moment-là. »
Dans Libération, Me Diaz assure que
Romain « attend que la lumière soit faite
sur le rôle joué par ceux, désormais bien
connus, qui n’avaient manifestement pas
autorité pour intervenir d’une quelconque
manière dans son arrestation ». Me SaintMichel s’interroge, de son côté, sur la
responsabilité des autorités qui « savaient que ce jour-là MM. Benalla, Crase
et Mizerski avaient commis des exactions.
Ont-ils poussé leurs investigations plus
loin pour connaître leur folle journée ?
Ont-ils préféré se cantonner aux faits dénoncés de la Contrescarpe pour se contenter d’une petite mise à pied, non appliquée
au demeurant ? ». ■
* Les prénoms ont été modifiés
par Libération.
« Nous avions demandé aux ministres
de rencontrer leur directeur d’administration pour vérifier qu’ils partagent
bien notre feuille de route. Il ne s’agissait pas de faire tomber des têtes, mais
de vérifier qu’ils disposent d’une administration efficace », explique un
conseiller du président. Mais le « spoil
system » à la française en était resté là,
sans grand bouleversement dans la
haute fonction publique. « Jusqu’à
Après l’affaire Benalla, la préfecture
de police de Paris figure en première
position sur la liste noire de l’Élysée. Il
n’y a pas qu’elle. Au terme d’une année de réformes menées tambour battant, les textes de lois commencent à
arriver dans les administrations pour
en assurer la mise en œuvre sur le terrain. Gare à celles qui traîneraient la
patte. « Il ne faut pas se concentrer sur
le seul vote de la loi. Les moments les
plus importants se déroulent en réalité
avant, dans la phase préparatoire, et
après, en s’assurant de leur bonne mise
en œuvre », explique un proche
conseiller d’Emmanuel Macron. Après
son élection, le chef de l’État n’avait
pas voulu donner l’impression qu’il
menait une chasse aux sorcières. Il
s’agit désormais d’autre chose. « Nous
sommes en fait face aux limites de l’absence de “spoil system”. L’affaire
Benalla nous l’a montré, si nous ne le
faisons pas, cela peut se retourner
contre nous », explique un proche du
président de la République. La fin de
l’innocence, donc. ■
+
» Lire aussi PAGE 19
Édouard Philippe affronte
deux motions de censure
QUITTE à réformer à fond de train,
autant faire les choses en grand. Fait
rarissime dans l’histoire de la Ve République, Édouard Philippe affrontera
mardi dans l’hémicycle deux motions
de censure contre son gouvernement.
Fait rarissime également, ces deux
motions de censure ne portent pas sur
la politique conduite par le premier
ministre mais sur l’affaire Benalla, qui
concerne plutôt l’Élysée. Fait rarissime
toujours, ces deux motions de censure,
déposées en même temps, émanent de
la droite et de la gauche. Fait beaucoup
plus courant, en revanche, elles n’ont
aucune chance d’aboutir.
Si ces deux textes, déposés par
Les Républicains pour le premier, par le
PS, LFI et les communistes pour le second, se traduiront bien par deux votes,
ils ne donneront toutefois lieu qu’à un
seul débat. Pour l’opposition, droite et
gauche confondue, l’enjeu est de toute
façon le même : contraindre le gouvernement à « s’expliquer » sur l’affaire
Benalla et dénoncer un « verrouillage »
qui empêche « la vérité » d’émerger.
“
C’est aussi
un événement politique,
à sa manière. Le PS
est maintenant un parti
d’opposition frontale
au gouvernement
”
JEAN-LUC MÉLENCHON, LEADER DE LFI
« C’est la dernière fois que nous pouvons, avant les vacances, alerter l’opinion publique sur la gravité de ce qui se
passe », a plaidé Olivier Faure. Une fois
n’est pas coutume, le premier secrétaire du PS a accepté de joindre les signatures de son groupe à celles de La
France insoumise pour franchir le seuil
de 58 voix nécessaires pour déposer
une motion de censure. « Comme elle
ne peut se faire sans nous, je comprends
que c’en est fini du “ni Macron, ni Mélenchon” », s’est réjoui au passage le
leader de LFI. Un rapprochement temporaire dont il espère à demi-mot qu’il
augurera des collaborations plus poussées à l’avenir. « C’est aussi un événement politique, à sa manière, a souligné
Jean-Luc Mélenchon. Le Parti socialiste est maintenant un parti d’opposition
frontale au gouvernement. »
En s’unissant de la sorte pour déposer
une motion de censure, le PS, les Insoumis et les communistes évitent surtout
de se retrouver à la traîne des Républicains, qui avaient annoncé avant eux
vouloir sanctionner le gouvernement. À
gauche, on hésite encore sur l’attitude à
adopter à l’égard de la motion de censure déposée par la droite. « Il est possible que nous la votions, mais pas que
nous la signions », a prévenu Olivier
Faure, comme pour souligner l’embarras de se retrouver à côté de Christian
Jacob et de Marine Le Pen pour mener
l’offensive contre Emmanuel Macron.
Ce sera en tout cas une première dans
l’hémicycle que de voir la droite, la
gauche, l’extrême droite et l’extrême
gauche voter les mêmes textes.
À l’Élysée, on attend d’ailleurs avec
gourmandise le vote de mardi. D’abord
parce qu’Emmanuel Macron compte
sur l’offensive de ses oppositions disparates pour ressouder ses troupes.
Ensuite parce que cette alliance hétéroclite vient signer, selon ses proches,
l’« instrumentalisation politique » de
l’affaire Benalla. Enfin parce qu’il espère que ces débats à l’Assemblée lui
permettront de clore la séquence. Sur
ce dernier point, ses oppositions entendent lui donner tort.
« Je ne dis pas que la motion de censure doit être un point final. Faisons leur
confiance dans l’art d’aggraver les choses », a ironisé Jean-Luc Mélenchon.
Parallèlement au débat de mardi dans
l’hémicycle, le délégué général de
La République en marche, Christophe
Castaner, sera entendu par la commission d’enquête du Sénat. Et, dans le
JDD, Alexandre Benalla s’est dit prêt
lui aussi à venir témoigner. De quoi
prolonger le feuilleton. ■
F.-X. B.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 30 juillet 2018
POLITIQUE
L’ÉTÉ DU FIGARO
1/16
5
[
]
La politique
c’est du spo
rt
Sarkozy : « Avec le sport on se sent vivant »
Passionné de cyclisme, l’ancien président de la République parcourt jusqu’à 2 500 km à vélo chaque été.
Chaque jour, il court. Chaque semaine, il fait l’équivalent d’un marathon. Chaque été, à raison de 50 à
60 kilomètres par jour, il parcourt
jusqu’à 2 500 kilomètres à vélo. Chaque année, il use jusqu’à quatre paires de basket… « Je ne peux pas vivre
sans faire du sport, sans voir du sport.
Ça fait partie de ma vie », confie Nicolas Sarkozy au Figaro. Il « aime
trois choses : pratiquer le sport, regarder le sport, parler avec les sportifs ».
Il s’est d’ailleurs rendu en Russie
pour le premier et le dernier match
des Bleus.
Entre dépense d’énergie, défi à
lui-même et hygiène de vie, le sport
est devenu une vraie drogue pour
l’ex-chef de l’État. « Comme je suis
quelqu’un d’addict, j’ai tout de suite
compris que c’était moins pénible,
moins fatigant de courir tous les
jours plutôt qu’une ou deux fois par
semaine », sourit Nicolas Sarkozy.
« Quand je pars, quitte à m’habiller,
c’est pas pour 20 minutes de jogging
ou 1 heure en vélo ! Non, c’est pour
une heure de course et trois heures à
vélo. Sinon ça n’a pas de sens ! »,
mentionne-t-il.
Nicolas Sarkozy « aime l’effort, la
persévérance », précise-t-il luimême. « J’aime transpirer, j’aime
l’effort au long cours, j’aime travailler la volonté, j’aime me dépenser
et utiliser le surcroît d’énergie, énumère-t-il. Mais je ne le fais pas dans
un esprit de compétition, je ne l’ai pas
dans le sport. L’esprit de compétition, je l’ai plutôt dans la vie… » Et en
politique notamment.
Le 15 mai 2012, juste après la pas-
sation de pouvoir avec François
Hollande, Nicolas Sarkozy part faire
son jogging quotidien. « Hollande
n’a pas voulu me suivre », fanfaronne-t-il.
C’est en 1993 que Nicolas Sarkozy
a commencé sa pratique du sport,
après la prise d’otages de Neuilly.
En quelques mois, en réaction au
stress, le maire de la ville a pris
10 kg. « Je me suis dit que ce n’était
pas possible, que je ne pouvais pas
rester comme ça. » Il se met donc au
jogging. « Ça assèche. Et ça a de fantastique que vous pouvez le pratiquer
partout où vous êtes. » Tous les soirs,
alors, il court entre son bureau de
l’hôtel de Clermont, le siège du ministère de la Communication, et son
bureau de Bercy. « Je faisais des détours. Le sport est le seul moyen de
gérer le stress et de l’évacuer », explique-t-il, avec ses baskets et sa
tenue toujours dans sa valise. Encore aujourd’hui. Qu’il soit ministre
ou chef de l’État, en vacances ou au
bureau, à Paris ou à l’étranger, Nicolas Sarkozy court. « Tous les jours,
quel que soit le temps ! Ça n’entre pas
en ligne de compte », assure-t-il.
« Même quand il pleut, ça ne me gêne
pas. Avec le sport, on se sent vivant », fait-il valoir. Raison pour laquelle il ne s’arrête jamais.
les matins, je pars à 9 heures, je rentre à 12 heures, précise-t-il. Je préfère faire des longues sorties à un
rythme assez raisonnable plutôt que
de faire monter le cœur à 160 ! »
Une histoire de famille
Nicolas Sarkozy
en randonnée cycliste
autour du cap Nègre,
le 5 juillet 2014.
LUC BOUTRIA/NICE MATIN/
BESTIMAGE
« Sentir » les villes
Quand il était chef de l’État, il courait principalement dans le parc de
l’Élysée. À l’étranger, il aime « sentir » la ville en courant. Comme à
Pékin, Sao Paulo, New York, Los
Angeles, Londres, Buenos Aires,
Santiago du Chili, Madrid, Kigali,
Montréal, Abu Dhabi ou sur les
bords de la Moskova. Autant de vil-
La gauche demande
la VIe République
Les Insoumis et les communistes réclament une
nouvelle Constitution et pas une simple réforme.
ELISA CENTIS AVEC F.-X. B. £@ElisaCentis
GAUCHE Les partis de gauche repartent à
l’offensive sur la VIe République. Sur fond
d’affaire Benalla, La France insoumise, les
communistes et Générations.s relancent
le débat sur un changement de Constitution beaucoup plus radical que la seule
réforme conçue par Emmanuel Macron.
« Deux ou trois pansements ne suffiront
pas. Il faut tout réformer », assure Mathilde Panot, député LFI. « C’est à une véritable République démocratique qu’il faut travailler, une VIe République citoyenne »,
demande quant à lui le sénateur PC Pierre
Laurent. De son côté, Benoît Hamon,
fondateur de Génération.s, prévient lui
aussi qu’« un énième toilettage ne suffira
pas à réparer la Ve République ».
« On est liés à un roi, qui, une fois élu, est
intouchable », dénonce-t-il en demandant une VIe République où le fonctionnement de la démocratie serait « continu » et non plus « intermittent » avec une
élection tous les cinq ans. Il faudrait un
« référendum révocatoire », demande-til, afin que les Français disposent d’un
pouvoir de sanction sur le président.
En finir avec
le « régime présidentiel »
En pointe du combat pour la VIe République, les Insoumis ont ressorti les propositions que Jean-Luc Mélenchon avait
avancées en 2017 pendant la campagne
présidentielle. Ils souhaitent que la France se dote d’une « constituante », c’està-dire, une assemblée chargée d’écrire la
Constitution. Seul moyen, à leurs yeux,
que la Constitution soit le résultat de la
volonté des citoyens. Ils suggèrent aussi
un régime parlementaire avec des députés élus à la proportionnelle. « Ils contrebalanceront ainsi le pouvoir du président », plaide Mathilde Panot.
De leur côté, les députés communistes
plaident pour une VIe République qui en
termine avec le « régime présidentiel ».
« Nous souhaiterions que le président ne
soit plus élu au suffrage universel », demande le député Pierre Dharréville. Avec
les communistes, il défend l’idée que le
président soit élu par le Congrès pour un
mandat de sept ans, non renouvelable.
En sommeil depuis l’élection présidentielle et écrasé par les débats sur la réforme constitutionnelle d’Emmanuel Macron, ce débat sur la VIe République a retrouvé de la vigueur avec l’affaire Benalla,
« symptôme du fonctionnement de la
Ve République », selon Mathilde Panot.
Les opposants au chef de l’État déplorent
que le chef de l’État ne puisse pas être entendu par les commissions d’enquêtes
parlementaires. À en croire du moins
l’article 67 de la Constitution, selon lequel
« le président […] ne peut durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité
administrative française, […] faire l’objet
d’une action, d’une information, d’instruction ou de poursuite ».
« Si les présidents avaient des pouvoirs
moins exorbitants, les choses ne se passeraient pas ainsi », assure Pierre Dharréville, qui regrette que la commission
d’enquête de l’Assemblée ne puisse pas
avoir plus de poids sur l’exécutif. « Elle
est toujours soumise aux volontés de la
majorité », peste-t-il. Majoritaires au sein
de la commission des lois, ce sont les députés LaREM qui choisissent les personnes à auditionner. Le refus de convoquer
plusieurs membres du cabinet du chef de
l’État a provoqué le départ de la commission d’enquête de l’opposition.
Les partis de gauche espèrent désormais que l’affaire Benalla contribuera à
donner plus de visibilité à leurs propositions. Ils espèrent surtout la remise en
cause de la réforme de la Constitution
dont l’examen reprendra à la rentrée. ■
les dont il connaît désormais chaque parc, chaque avenue, chaque
paysage essentiellement par le
sport. Et à chaque jogging, un nouveau souvenir.
Il y a deux ans, il se trouve en déplacement à Chicago. Après son
jogging, il retrouve le maire de la
ville, Rahm Emanuel, pour un petit
déjeuner. L’élu lui offre un cadeau.
Un bonnet ! Étonnamment de Nicolas Sarkozy : « Un bonnet ? » « La
police de Chicago m’a fait un rapport : un type un peu original a couru
ce matin autour du lac par une température réelle de - 15 et ressentie de
- 25. Alors je pensais que c’était bien
que tu aies un bonnet… », plaisante
le maire.
Il y a quatre ans environ, c’est à
Montréal que Nicolas Sarkozy se retrouve. « C’était magnifique et la
neige était tassée, se souvient-il. Je
voulais vraiment courir dans le parc.
Comme j’avais oublié mon pantalon
de jogging à Paris, j’ai couru en
short, mais le haut du corps bien couvert. Les bronches surtout. Et puis je
m’aperçois que je suis le seul à courir
dans le parc. Tous les autres faisaient
du ski de fond ! », rit-il. Une dame
l’interpelle : « Ça va ? » « Oui, oui ne
vous inquiétez pas ! Tout va bien »,
lui répond l’ex-chef de l’État.
Quand il court, il oublie le reste : « Je
suis dans mon truc. »
Pour rien au monde définitivement, Nicolas Sarkozy ne s’arrêterait. « Quand on court, on se met les
idées au clair. J’adore ça. Même s’il
n’y a pas une fois où je ne me dis pas :
“Quel effort !” Et pas une fois où je
rentre et je ne me dis pas que j’ai une
raison de le faire », raconte-t-il. « Je
préfère les montées aux descentes »,
décrit-il. « Dès que j’arrive au cap
Nègre, je prends un de mes vélos et je
fais trois ou quatre cols par jour. Tous
Parfois sur la route, les badauds
l’interpellent, hilares : « Plus vite
Sarko ! » Ou « Alors Sarko, c’est pas
trop dur ? » Ça le fait sourire. « Je les
récupère à la fin. Je suis résistant »,
glisse-t-il, content.
En passionné de sport et lecteur
quotidien de L’Équipe, Nicolas Sarkozy est imbattable sur le sport.
Quasiment tous les soirs en replay,
il regarde en téléspectateur assidu
« L’Équipe du soir ». Fan de l’émission, il avait d’ailleurs participé au
2 000e numéro, testant sa culture
sportive. Beaucoup avaient alors
découvert sa passion et sa mémoire.
« Leur quiz était facile… », rétorque
celui qui avait bluffé jusqu’aux
journalistes sportifs.
Avec Sarkozy, le sport c’est du
sérieux. Pour lui, 1968, « ce ne sont
pas les événements ». Encore moins
le souvenir de Daniel Cohn-Bendit.
Non, pour Nicolas Sarkozy, 1968,
« c’est le Tour de France ! Je vais sur
le Tour depuis 1968. Et depuis, je n’en
ai pas loupé un seul ! », précise-t-il.
Il est capable de donner le nom de
tous les coureurs, leur équipe, leurs
succès. Il y était encore cette année,
le 17 juillet. Pas question de faire
impasse. Comme pour les matchs
du PSG au Parc des Princes. Après
ses fils, Pierre, Jean et Louis, c’est
désormais sa fille, Giulia, qui lui réclame de l’accompagner au stade…
Chez les Sarkozy, le sport est une
histoire de famille. ■
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lundi 30 juillet 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Le Zimbabwe
aux urnes pour
finir de tourner
la page Mugabe
À la présidentielle s’affrontent Emmerson
Mnangagwa, 75 ans, dit le « Crocodile », et
un opposant de 40 ans, Nelson Chamisa.
AFRIQUE AUSTRALE « Ce pays est un
géant endormi, il a l’occasion de reprendre confiance, et cette confiance ne peut
s’acquérir que par une élection pacifique,
libre et honnête », déclarait cette semaine Sibusiso Moyo, ministre zimbabwéen des Affaires étrangères. Plus
connu chez lui comme le lieutenantgénéral Moyo, celui qui avait annoncé à
la télévision nationale le coup d’État
militaire contre Robert Mugabe, en
novembre 2017, a conscience du défi
que représentent les élections législatives et présidentielle prévues ce lundi au
Zimbabwe. Les militaires entendent
bien faire un sans-faute pour transformer leur coup de force en véritable
démocratie. L’opposition, qui se bat
pour le changement depuis vingt ans,
joue ici sa dernière carte pour accéder
au pouvoir.
Avec 23 candidats pour un siège présidentiel, et 75 partis pour 250 postes de
député à pourvoir, le scrutin est de
taille. Emmerson Mnangagwa, candidat officiel du parti au pouvoir (Zanu-
PF), était donné favori en début de
campagne. Mais il a perdu beaucoup de
terrain sur son rival Nelson Chamisa,
du parti d’opposition Mouvement démocratique pour le changement (MDC).
« On ne peut pas nier que le climat a
changé. Moi, j’ai fait ma campagne en
toute liberté », précise Fadzayi Mahere,
candidate indépendante à Harare. Si la
vitrine est parfaite dans la capitale zimbabwéenne, les conditions de vote en
zone rurale sont plus contestables.
« L’infrastructure de violence que le
Zanu-PF au pouvoir avait l’habitude
d’utiliser est toujours en place. On assiste
dans les zones rurales à des intimidations
massives », explique Dewa Mavinha,
responsable Afrique australe pour Human Right Watch (HRW).
« On a demandé à Mnangagwa d’arrêter de plonger le pays dans l’instabilité.
Vous savez bien que, s’il y a de la triche,
on aura des problèmes », confie Nelson
Chamisa. Envers et contre tous, le jeune
leader s’est imposé à la tête du parti
quand le leader historique, Morgan
Des partisans du président, Emmerson Mnangagwa, lors d’un meeting du candidat, au stade national de Harare.
Tsvangirai, est décédé. « En France, le
président Macron a changé l’histoire du
monde. Nous sommes aussi sur le point
de changer l’histoire du continent africain. Au Zimbabwe, ce sont les jeunes qui
vont choisir leur destin », conclut le chef
de l’opposition, plus sûr de sa victoire
que jamais.
Virage à 180 degrés
Nelson Chamisa affiche la jeunesse,
Emmerson Mnangagwa l’expérience.
Celui que l’on surnomme « le Crocodile » devrait plutôt être qualifié de caméléon. Après trente-huit ans de bons
et loyaux services envers le père de
l’Indépendance, Robert Mugabe, l’ha-
bile politicien a fait un virage à 180 degrés sur la politique zimbabwéenne. À
peine arrivé au pouvoir, il a fait amender au Parlement la loi d’indigénisation, une loi qui obligeait les entreprises
à prendre un partenaire majoritaire
zimbabwéen noir. « Ce nouveau cadre
légal change complètement la donne »,
explique l’avocat d’affaire Brian Mataruka. « Désormais, mis à part dans les
secteurs du diamant ou du platine, n’importe quel homme d’affaires peut acheter
une société ici et la posséder à 100 %. »
Sur le thème « Zimbabwe is open for
business », le chef de l’État a ainsi multiplié les gestes d’ouverture envers la
communauté internationale.
Les fantômes du Gukurahundi
A
ENVOYÉE SPÉCIALE À BULAWAYO
Pour clore le douloureux chapitre de la guerre civile au Zimbabwe, le gouvernement
a mis en place une Commission nationale pour la paix et la réconciliation, présidée
par Selo Nare (ici en juin 2018, à Harare). JEKESAI NJIKIZANA/AFP FORUM
le de Bulawayo, au centre du pays. À
l’époque, sa jeune assistante blonde,
fraîchement issue de l’université,
n’était autre que Shari Eppel. Les deux
Zimbabwéens travaillaient étroitement avec l’Église catholique. Leur
rapport - « Breaking the silence » reste un document de référence. Mais
il ne recense que 3 300 victimes. Le
“
Nous n’exhumerons
jamais tous les corps.
L’important aujourd’hui est
que ce processus permette
aux communautés
d’enterrer leurs proches et
de refermer ce chapitre
Tout au long de cette campagne
électorale, Emmerson Mnangagwa a
capitalisé sur ses réformes. C’est par
les urnes que les électeurs zimbabwéens jugeront de son bilan. Pour
la première fois depuis seize ans, des
observateurs occidentaux (Union
européenne et Commonwealth) ont
été invités à surveiller le bon déroulement du scrutin. « Il y a des petites imperfections, mais, dans l’ensemble, le
pays est prêt à voter », a déclaré hier
John Dramani Mahama, l’ancien président du Ghana qui dirige la délégation de la Mission d’observateurs du
Commonwealth. ■
C. D. (À HARARE)
L’ex-dictateur sort
de sa retraite dorée
CAROLINE DUMAY
« CAUSE DE LA MORT : mal de tête. »
En découvrant pour la première fois le
certificat de décès de son père, Chris
Nyathi a les larmes aux yeux. Julius
avait été kidnappé par l’armée de Robert Mugabe en avril 1984. La famille a
attendu trente-quatre ans pour pouvoir
exhumer son corps et l’autopsier. Il fait
partie des dizaines de milliers de victimes des massacres post-indépendance,
perpétrés entre 1983 et 1985.
Avec le départ de Robert Mugabe, en
novembre 2017, les morts des années
1980 refont surface. Les langues aussi se
délient. Pour tourner la page, les Zimbabwéens demandent désormais à leurs
responsables de se justifier. Mais le président Emmerson Mnangagwa, qui était
à l’époque ministre de la Sécurité, n’a
jamais voulu s’expliquer sur ces années
sombres.
« Votre père est mort depuis longtemps, mais ses os peuvent nous parler »,
explique Shari Eppel, directrice de l’Association Ukuthula. Formée par des
équipes médico-légales argentines,
Shari expertise régulièrement des victimes de ces années-là. Son rapport note
que Julius Nyathi a plusieurs dents cassées, plusieurs cotes également. Le
pantalon dans lequel ses restes ont été
retrouvés porte des marques de brûlures avec du plastique, torture communément répandue à l’époque.
« Pourquoi l’ont-ils tué ? Qu’avait-il
fait de mal ? », se demande aujourd’hui
Chris. C’était il y a trente-quatre ans,
mais le fils aîné n’a toujours pas compris. Des militaires au béret rouge ont
envahi son village. On les appelait « les
Gukurahundi », du nom de l’opération
militaire qui signifie en shona « tempête pour nettoyer les saletés ». Dans les
années qui ont suivi l’indépendance,
une guerre civile a éclaté entre les partisans de Joshua Nkomo, basés au Matabeleland (sud du pays), et ceux du
premier ministre Robert Mugabe. Mais
la cinquième brigade, entraînée par les
Nord-Coréens, s’en est surtout prise
aux populations civiles.
« À l’époque, c’était très confus.
L’armée de Robert Mugabe venait de libérer le pays du joug du pouvoir blanc de
l’ex-Rhodésie britannique. Et voilà que
les libérateurs attaquent les populations », raconte David Coltart, un avocat qui assistait les victimes au sein du
Legal Ressource Center (LRC) de la vil-
JEKESAI NJIKIZANA/AFP
Mnangagwa travaillait alors en étroite
collaboration avec Constantin Chiwenga (aujourd’hui vice-président) et
le général Perence Shiri (aujourd’hui
ministre de l’Agriculture). En janvier
dernier, alors qu’il tentait de séduire les
investisseurs étrangers au sommet de
Davos, Emmerson Mnangagwa n’a pas
pu échapper aux questions « Ce qui est
arrivé est arrivé. J’ai mis en place une loi
et une commission pour y remédier »,
avait-il répondu, refusant d’endosser
une quelconque responsabilité dans les
massacres de ces années-là.
Présidée par un juge à la retraite, la
Commission nationale pour la paix et la
réconciliation (NPRC) a un mandat de
dix ans. «Nous ne sommes pas dans la
logique de la Commission Vérité et
Réconciliation sud africaine», explique
Justice Selo Nare, président de la NPRC.
D’ailleurs, le mot “vérité” n’apparaît pas
dans notre dénomination. L’essentiel,
pour nous, est de clore ce chapitre.
Certains Zimbabwéens veulent des
excuses, d’autres des réparations. Nous
consulterons tout le monde et nous ferons
nos recommandations au gouvernement.»
Justice Selo Nare connaît l’histoire de
Chris Nyathi. Il avait été invité par
Shari Eppel à assister à l’exhumation du
corps de son père. Sa présence dans ce
type de cérémonie, qui était interdite
sous Mugabe, a fait couler beaucoup
d’encre. Mais pour Shari, la réconciliation est aussi presque plus importante que la vérité. « Il faut être réaliste.
Nous n’exhumerons jamais tous les
corps. L’important aujourd’hui est que ce
processus permette aux communautés
d’enterrer leurs proches et de refermer ce
chapitre », explique-t-elle.
En terre Ndebele, le temps s’est un
peu arrêté. Les habitants de cette province vivent prisonniers de leurs souvenirs. Car les montagnes du Matopo
cachent encore beaucoup d’ossements,
que les pluies parfois découvrent. Avec
le nouveau régime, les populations locales veulent toutes retrouver leurs
proches. Pour les enterrer dignement.
Chari et son association sont retournés
sur les lieux d’exhumation de Julius.
Car, dans la famille Nyathi, on cherche
désormais le cousin. ■
L’ex-chef de l’État zimbabwéen Robert
Mugabe, 94 ans, s’est invité dimanche,
à la veille des élections générales, dans
la campagne pour souhaiter la défaite
de son ancien parti, qui l’a poussé
vers la sortie en novembre après
trente-sept ans de règne. « J’espère
que le vote de demain va faire tomber
la forme militaire de gouvernement »
actuel, a lancé Mugabe dans cette
intervention surprise dans sa résidence
luxueuse de Blue Roof, à Harare,
où il passe une retraite dorée. « Je ne
peux pas voter pour la Zanu-PF », le
parti au pouvoir depuis l’indépendance
du Zimbabwe en 1980, a-t-il ajouté.
« Je ne peux pas voter pour ceux
qui m’ont maltraité », a-t-il expliqué.
Sous la pression de l’armée
et de son parti, la Zanu-PF, le plus vieux
chef de l’État en exercice de la planète
avait dû abandonner le pouvoir,
alors qu’il tentait de passer le relais
à son épouse, l’ambitieuse première
dame Grace Mugabe. C’est Emmerson
Mnangagwa, qu’il avait démis
deux semaines plus tôt
de ses fonctions de vice-président,
qui l’a finalement remplacé.
Dimanche, Robert Mugabe a laissé
entendre qu’il donnerait sa voix
au candidat du parti d’opposition,
le Mouvement pour le changement
démocratique (MDC), Nelson Chamisa,
dont il a toujours combattu la
formation. « Qui reste-t-il ? Chamisa »,
a-t-il lancé, provoquant quelques rires
parmi les journalistes.
(AFP)
” Un vent d’espoir pour les fermiers blancs
SHARI EPPEL,
DIRECTRICE DE L’ASSOCIATION UKUTHULA
reste est estimé par extrapolation. Le
chiffre de 20 000 est plausible. Les victimes sont généralement des hommes,
mais il y a aussi eu des femmes et des
enfants. Certaines ont été brûlées vives. « Les détails des exactions de la
cinquième brigade ont été remis dès le
début des opérations à Robert Mugabe,
mais aussi à Emmerson Mnangagwa,
alors ministre de la Sécurité. Ils ne peuvent pas dire qu’ils ne savaient pas »,
assure l’avocat.
Si Robert Mugabe est considéré
comme le maître-penseur de l’opération, rien ne pouvait se faire sans l’enthousiasme de ses ministres. Emmerson
« IL FAUT ARRÊTER de penser en
termes raciaux. Fermier blanc ou
fermier noir, c’est un fermier zimbabwéen », déclarait Emmerson Mnangagwa, le 21 juillet dernier, lors d’un
meeting a Harare avec la communauté
des affaires.
Ces derniers mois, les autorités zimbabwéennes ont fait bien des efforts
pour enterrer la hache de guerre avec les
fermiers blancs, qui ont été persécutés
par le régime de Robert Mugabe. « Nous
trouvons le geste très positif. On nous a
même proposé de nous donner des titres.
Ceux qui sont restés sur leur ferme
peuvent demander un bail de 99 ans »,
explique Ben Gilpin. Le directeur du
syndicat des fermiers blancs (CFU) précise qu’une centaine de fermiers ont fait
la demande, mais que rien, pour l’instant, n’est concret. Sur les 4 000 fermiers blancs du pays, on estime que
moins de 300 sont encore dans le pays.
Promesse
de dédommagement
John Pascoe est l’un d’entre eux. Sa famille est arrivée il y a plus d’un siècle.
En 2000, il a perdu sa ferme, mais il est
resté travailler dans son pays natal.
« On espère pouvoir enfin être capables
de prendre des emprunts bancaires afin
de nous développer », explique le manager de la propriété d’Ivordale, a
deux heures de route de la capitale du
Zimbabwe.
Les autorités de Harare ont aussi promis de dédommager ceux qui
avaient perdu leurs biens. Une
commission a été mise en place pour
estimer le niveau des compensations.
Ce vent d’espoir attire de jeunes agriculteurs prêts à l’aventure. « Nous avons
des appels de jeunes agriculteurs qui veulent venir travailler au Zimbabwe. Il y a
encore ici énormément d’opportunités »,
fait remarquer Ben Gilpin. ■
C. D. (À HARARE)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 30 juillet 2018
INTERNATIONAL
7
L’Église appelée à l’aide face à Ortega
Alors qu’elle se veut médiatrice, la hiérarchie catholique a été acclamée samedi dans la capitale du Nicaragua.
AMÉRIQUE CENTRALE Des milliers de
Nicaraguayens ont manifesté samedi
28 juillet 2018 dans leur capitale, Managua, pour exprimer leur solidarité
avec le Conseil épiscopal nicaraguayen
(CEN) que le président Daniel Ortega
accuse d’être un soutien à un hypothétique coup d’État qui serait dirigé
contre lui. Le 19 juillet, le chef de l’État
nicaraguayen avait déclaré : « Je
pensais qu’ils étaient médiateurs, mais
non, ils sont compromis avec les
putschistes, ils font partie du plan de
coup d’État. »
Depuis le début des manifestations, le
18 avril dernier, 450 personnes ont été
tuées, selon l’Association nicaraguayenne pour les droits humains (ANDPDH), la plupart sous les balles des
milices paramilitaires de soutien au
pouvoir de Daniel Ortega. Il y a également des centaines de disparus et plus
de 2 000 blessés.
Les dix membres du CEN étaient absents samedi de la manifestation pour
des raisons de sécurité. Les manifestants brandissaient leurs portraits,
criant « Évêque, mon ami, le peuple est
avec toi ». Participaient à la manifestation des militants catholiques, des représentants des Églises protestantes,
des citoyens ordinaires, des membres
des associations des droits humains,
des militants de mouvements sociaux,
des féministes que la criminalisation
de l’avortement a fait basculer dans
une opposition contre Ortega de la
première heure et des représentants
des associations paysannes opposées
au projet de canal transocéanique, que
le président a confié à des sociétés
chinoises.
À l’arrivée du défilé devant la cathédrale, Mgr Carlos Aviles a fait un discours au nom de la Conférence épiscopale nicaraguayenne. Il a appelé les
JORGE CABRERA/REUTERS
PATRICK BÈLE £@Patrickbele
Un homme brandit le drapeau du Nicaragua et un portrait du Christ, lors de la manifestation de soutien à l’Église, samedi, à Managua.
manifestants à ne pas « tomber dans la
provocation… L’Église soutiendra toujours le dialogue, il faut parler pour résoudre les problèmes, en faisant usage de
la raison et non de la violence. L’Église,
même s’ils la critiquent, sera toujours favorable au dialogue. Il faut que tout le
monde se parle ».
Ariana McGuire Villalta, militante féministe et membre de la coordination
étudiante, a salué le rôle de l’Église dans
la crise qui frappe depuis le 18 avril le
pays : « Nous reconnaissons le rôle de
médiation des évêques dans le dialogue
national. Ils ont fait un excellent travail.
Ils ont risqué leur propre vie pour défendre et appuyer des étudiants qui se trou-
vaient dans des situations très dangereuses. » Des manifestations ont
également eu lieu dans d’autres villes
du pays, notamment à Matagalpa, dans
le nord du pays.
Des groupes paramilitaires
Plusieurs événements récents ont impliqué des membres de la haute hiérarchie de l’Église catholique dans la
confrontation avec les groupes paramilitaires qui soutiennent Ortega. Vendredi 13 juillet, 200 étudiants de l’université Unan à Managua se sont réfugiés
dans l’église Jésus de la Divina Misecordia, proche de l’université. Pendant
vingt heures, les groupes paramilitaires
ont encerclé l’église, tirant avec des armes de gros calibre dans l’église. Deux
étudiants sont morts et quatorze ont été
blessés. Mgr Leopoldo Brenes, cardinal
de Managua, a dû intervenir samedi
matin pour faire libérer les étudiants. Il
était accompagné de représentants de
la Commission interaméricaine des
droits humains (CIDH) et du HautCommissariat de l’ONU aux droits
humains. Le cardinal a déclaré que le
gouvernement était « l’unique responsable » et a appelé à «arrêter le
massacre».
Le 9 juillet dernier, un groupe de manifestants, menacé par les paramilitaires, s’était réfugié dans la basilique San
Paris soigne ses bonnes relations avec Cuba
Jean-Yves Le Drian, premier ministre européen des Affaires étrangères à être reçu par le président
Miguel Diaz-Canel, a évoqué samedi plusieurs dossiers économiques et les accords de paix en Colombie.
HECTOR LEMIEUX
CARAÏBES Juventud Rebelde (« jeunesse
rebelle »), le « journal de la jeunesse cubaine », a accordé dimanche sa une à un
Jean-Yves Le Drian souriant, reçu
la veille par le président Miguel DiazCanel, élu en avril 2018. Si les journalistes cubains, fidèles à leurs habitudes
concernant les thématiques politiques,
sont restés muets sur le contenu de
l’entretien entre les deux hommes, celui-ci s’annonçait positif. La France et
Cuba n’ont jamais souffert de brouilles
majeures depuis 1958. Fidel Castro
s’était rendu en France en 1995. Plus
récemment, Nicolas Sarkozy avait envisagé un voyage au début de son
mandat, envoyant même Jack Lang
comme émissaire. Le Lider Maximo
avait douché tous les espoirs en 2010,
dans un article au vitriol sur l’ex-prési-
dent, publié dans le quotidien du parti
communiste, Granma. Mais les relations entre les deux pays n’en avaient
pas été affectées. Preuve en est que
Jean-Yves Le Drian est le premier ministre européen des Affaires étrangères
à être reçu à Cuba depuis l’élection du
président Miguel Diaz-Canel.
La Constitution cubaine a été entérinée seulement dimanche dernier. Paris
veut rejouer les premiers de cordée,
fort du bon coup diplomatique de François Hollande, reçu en grande pompe
par Raul et Fidel Castro, en 2015.
Grillant la politesse à Barack Obama,
venu l’année suivante et à des ÉtatsUnis désormais hors jeu. Au-delà d’une
balade dimanche dans La Vieille Havane, Jean-Yves Le Drian a rencontré
samedi son homologue Bruno Rodriguez Parrilla. Le voyage du chef de la
diplomatie française, qui revient d’une
visite de trois jours en Colombie, est
stratégique. La Havane a été très impliquée dans les négociations de paix entre
les Farc et Bogota. Jean-Yves Le Drian
a, lors de son voyage en Colombie,
rappelé le soutien de Paris au traité entre les Farc et le gouvernement colombien, à un moment où la pérennité de
cet accord est menacée.
Potentiel sous-exploité
Si Paris a toujours su mener sa diplomatie avec l’île communiste, la France n’a
pas su profiter du potentiel cubain. Le
plus grand pays de la Caraïbe et le plus
peuplé a un ascendant considérable sur
les États voisins et sur plusieurs nations
d’Amérique latine. Un diplomate occidental confiait que La Havane est très
courtisée en coulisses : « Cuba est très
bien vu dans tous les pays de la Caraïbe,
notamment à cause de l’aide médicale
qu’il apporte. Or, la Caraïbe, ce sont
vingt-huit voix lors d’un vote à l’ONU. »
Outre son costume de diplomate, JeanYves Le Drian devait revêtir celui de
VRP lors d’une rencontre avec le ministre du Commerce extérieur et de
l’Investissement étranger, Rodrigo
Malmierca.
Tourisme, transports, la France est
bien présente à Cuba, mais elle n’est
que, bon an, mal an, le dixième partenaire de l’île, loin derrière la Chine, le
Venezuela ou l’Espagne et l’Italie pour
l’Europe. Incompréhensible alors que la
cote diplomatique de la France est au
firmament auprès de La Havane. Miguel Diaz-Canel a plusieurs fois souligné son intérêt pour l’économie de
marché, au point de l’inscrire récemment dans la Constitution, et il a souvent appelé les investisseurs étrangers à
être plus présents dans l’île. L’occasion
de mettre les relations économiques
entre les deux nations vraiment en
marche. ■
Sebastian de Masaya. Le cardinal
Leopoldo Brenes, l’évêque auxiliaire
Silvio Baez et le nonce apostolique, représentant à Managua du Vatican, sont
intervenus pour faire libérer les manifestants. Ils se sont fait bousculer par les
groupes paramilitaires.
« Les paramilitaires sont apparus
après un décret de 2007 créant les
“Conseils du pouvoir citoyens”, explique
Delphine Lacombe, sociologue chargée
de recherche au CNRS. Ils sont composés de délinquants de droit commun et
d’anciens militaires ou policiers. Ils sont
lourdement armés avec des AKM (une
version de l’AK47), ils disposent de gros
pick-up neufs. Ils se déplacent en convoi
de vingt à trente véhicules et sont
généralement escortés par la police. Cagoulés, ils ont imposé un état de siège à
certains quartiers des villes du Nicaragua. » Leur armement est important :
outre les AKM, ils disposent de Catatumbo, fusils-mitrailleurs fabriqués par
Cavim, une société dépendant des forces armées aériennes bolivariennes du
Venezuela.
Le sociologue Oscar Rene Vargas estime pour sa part que le pays est entré
dans « une phase pinochétiste. Il y a eu
78 morts entre le 10 et le 25 juillet, 70 à
80 disparus, 200 à 300 prisonniers
politiques et 2 500 blessés. Cela montre
que le gouvernement est entré dans une
phase de répression pour décapiter le
mouvement social. Après cent jours de
protestation, le gouvernement se trouve
de plus en plus isolé au niveau international ». La Chambre des représentants des États-Unis a voté une résolution
pour
condamner
la
répression. L’Organisation des États
américains (OEA) a de son côté demandé que cesse la répression et que
des élections anticipées soient organisées. Un ordre de détention contre le
sociologue Oscar Rene Vargas a été
lancé peu après l’entretien qu’il a accordé au Figaro. ■
EN BREF
Le Pérou organisera un
référendum sur sa justice
Le Pérou organisera
un référendum pour « légitimer »
ses réformes judiciaires en cours,
qui prévoient notamment
la création d’un parquet
anticorruption et des sanctions
contre les juges et les avocats
corrompus.
Cambodge : le pouvoir
revendique la victoire
Le parti du premier ministre,
Hun Sen, a revendiqué une
victoire écrasante aux législatives
de dimanche au Cambodge,
un scrutin très controversé
en l’absence de la principale force
d’opposition, dissoute en 2017.
La Tunisie finit
par accueillir 40 migrants
Les autorités tunisiennes
ont décidé, « pour des raisons
humanitaires », d’accueillir les
40 migrants, dont deux femmes
enceintes, secourus par un navire
commercial interdit depuis
deux semaines d’accoster.
Les Maliens votent pour évaluer la présidence IBK
TANGUY BERTHEMET £@tanguyber
ENVOYÉ SPÉCIAL À BAMAKO
SAHEL Il est temps de trouver les urnes.
En ce dimanche électoral au Mali, elles
seraient bien utiles. Malheureusement,
elles sont inaccessibles, enfermées à
double tours dans une salle de classe.
Tout le centre de vote s’agite, s’agace.
Puis, le possesseur de la fameuse clé arrive, une bonne heure en retard. Quelques
éclats de voix bien sentis, deux ou trois
regards lourds, et l’école de Oualafobougou, aux portes de Bamako, va pouvoir,
enfin, ouvrir ses bureaux de vote. On
distribue en courant le reste du matériel, bulletins, listes, tampons encreurs
et les lampes-tempête pour la nuit de
dépouillement, qui s’annonce aussi lon-
gue que la coupure d’électricité certaine.
L’école n’est pas reliée au réseau.
Les électeurs peuvent maintenant
s’avancer, en glissant entre les flaques de
boue qui chauffent au soleil. Comme
Arouna Cissoko, ils sont « heureux ». Les
militaires, qui filtrent les issues, rassurent. Le vote se déroule lentement, mais
sans anicroches. « Pour le moment, tout
se passe bien, selon les règles et les lois »,
assurait, en milieu de matinée, Thomas
Boni Yayi, l’ancien président du Bénin
qui dirige la mission d’observation de
l’Union africaine. La foule ne se presse
pas, et les files d’attente sont maigres. La
participation à ce scrutin à l’issue incertaine demeure l’une des grandes questions. Au Mali, où l’on vote souvent peu,
moins de 50 % de participants au mieux,
on se demande à qui cela pourrait profiter. Le président sortant, Ibrahim Boubacar Keita, dit IBK, se représente, mais
son aura semble être un peu ternie. Son
principal rival, Soumaïla Cissé, pense
pouvoir en profiter, les 22 autres prétendants aussi.
« C’est vrai, pour l’instant, qu’il y a
moins d’engouement qu’en 2013, remarquait, vers midi, Moussa Koné, de l’ONG
d’observation Hope. Les électeurs arrivent souvent tard, après la prière. Et, le
matin, les femmes sont occupées. » Diabou Macalou est même tellement occupée à vendre des citrons sur le marché
central « pour gagner un peu » qu’elle
n’ira pas voter. Elle n’a même pas retiré
sa carte d’électrice, comme environ 25 %
des Maliens.
Les inquiétudes, au-delà de cette abstention volontaire, se portent sur le centre du Mali, dans la région de Mopti, et
sur le Nord. Ces régions, toujours cibles
d’une insurrection, pourraient subir un
boycott forcé. Une certaine peur rôdait,
“
C’est vrai, pour l’instant,
qu’il y a moins
d’engouement qu’en 2013
”
MOUSSA KONÉ, DE L’ONG D’OBSERVATION HOPE
alors que plusieurs attaques ont touché
des villes, dont l’une, mardi, contre l’aéroport de Sévaré. Et, vendredi, Iyad ag
Ghaly, le chef touareg djihadiste, a de
nouveau fait savoir dans une vidéo son
opposition à ce processus « impie ». Selon la Cosem, une mission d’observation
nationale, plusieurs incidents sérieux ont
été recensés autour de Tombouctou,
avec des pillages de bureaux de vote au
cours de la nuit, et, dans une moindre
mesure, à Mopti. « Nous n’avons pas
encore une vision complète des choses. Les
électeurs à Tombouctou ne se sentent pas
en sécurité », notait, dans l’après-midi,
un agent de la Cosem. L’opposition a le
regard particulièrement concentré
sur ces provinces maliennes qu’elle
considère comme favorables à sa cause
et qui regroupent près de 22 % du corps
électoral. Un trop gros échec de l’élection dans ce Mali-là pourrait conduire à
des contestations, toujours sources de
périls. ■
A
Malgré de nombreuses forces de sécurité, des incidents ont été signalés dans le Nord et le centre, tandis que Bamako votait timidement.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 30 juillet 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Cinq ladies se révoltent contre la Chambre des lords
Ces jeunes aristocrates attaquent le Royaume-Uni devant la Cour européenne des droits de l’homme pour discrimination sexuelle.
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
ROYAUTÉ Elles sont cinq. Héritières
de la noblesse britannique, elles ont
assigné l’État britannique devant la
Cour européenne des droits de l’homme pour discrimination sexuelle. Ces
filles de bonnes familles nées avec une
cuillère en argent dans la bouche se rebellent contre une tradition multiséculaire propre à leur milieu. Dans une
société de plus en plus égalitaire, elles
dénoncent l’interdiction qui leur est
faite, en tant que femmes, de siéger si
elles le souhaitaient à la Chambre des
lords. L’affaire nécessite de se plonger
brièvement dans les méandres des
institutions britanniques.
La Chambre des lords, Chambre haute non élue du Parlement, était naguère
composée des représentants de la noblesse, qui se transmettaient leur siège
de père en fils. En 1958, les femmes obtiennent le droit d’y siéger. Depuis une
réforme adoptée sous Tony Blair en
1998, elle est composée pour l’essentiel
de personnalités (environ 800 au total)
nommées à vie par le gouvernement
pour leurs qualités. Ce sont souvent des
politiciens, syndicalistes, scientifiques
ou entrepreneurs en fin de carrière. Il y
a aussi 26 évêques, représentants de
l’Église anglicane. Mais, pour ne pas
provoquer de révolution chez les no-
bles, la réforme leur avait toutefois préservé 92 sièges à se répartir. Comble de
l’ironie, ce sont les seuls à être désignés
par une élection au sein d’un cénacle de
leurs pairs aristocrates, lorsqu’un poste
devient disponible. Or, selon la règle de
la primogéniture masculine, les titres ne
peuvent être transmis aux filles. Tous
les lords du collège aristocratique sont
donc des hommes. À une exception
près, la comtesse de Mar, dont la famille
autorise la succession des filles. Dans
une monarchie où les reines affichent
les plus longs règnes, la noblesse reste
un monde sexiste.
C’est ce qu’espèrent faire changer les
cinq signataires de la plainte pour les
droits des filles. Elles se sont entourées
d’avocats de renom, dont un lord spécialiste des droits de l’homme, le baron
David Pannick, artisan d’une victoire
significative pour la reconnaissance des
droits du Parlement sur le Brexit.
« Une question de principe »
Parmi les plaignantes, lady Eliza Dundas, 20 ans, étudiante en psychologie,
fille d’un comte et petite-fille d’un
marquis. À son âge, elle ne rêve pas
vraiment d’entrer à la Chambre des
lords, souvent comparée à une maison
de retraite de luxe. « C’est une question
de principe, explique-t-elle. Je ne fais
pas ça pour moi, mais pour toutes les
femmes. Alors qu’on ne parle que de la
représentation des femmes dans la socié-
té, les règles de la Chambre des lords sont
obsolètes. Tant que cette institution existe, il n’y a pas de raison qu’elle ne respecte pas l’égalité. » Aînée de trois filles,
sa génération sera privée, faute d’héritiers masculins, à la disparition de son
père, des titres ancestraux de sa famille,
qui iront à ses oncles et cousins.
En 2013, une campagne similaire
avait déjà cherché à obtenir une révision par la loi des règles d’hérédité de
l’aristocratie, sans succès faute de motivation politique. La plainte déposée
fin juillet s’appuie sur l’article 14 de la
Convention européenne sur les droits
de l’homme associé à l’article 3 de son
Premier protocole, qui établit le droit à
une élection libre. ■
Puigdemont repart
en campagne à Waterloo
Le leader des indépendantistes catalans a relancé, samedi en Belgique,
sa bataille d’opinion contre l’Espagne, où il ne peut se rendre.
JEAN COMTE £@JeanComte
WATERLOO
EUROPE Les habitants de Waterloo,
bourgade cossue au sud de Bruxelles,
ont été quelque peu étonnés du spectacle inhabituel s’offrant à eux, samedi
après-midi : une centaine de manifestants, tout de jaune vêtus, occupaient
un bout de pelouse, entonnant des slogans en catalan et brandissant des banderoles « Republica Catalonia », « Justice », et « Europe wake up democracy ! »
Face à cette petite troupe, sur l’étroite terrasse d’une maison, se tenait Carles Puigdemont. L’ex-président de la
Catalogne, déchu pour avoir organisé
un référendum sur l’indépendance de
la Catalogne en octobre dernier, s’était
d’abord réfugié en Belgique. Emprisonné lors d’un passage en Allemagne, il
est revenu outre-Quiévrain, ce weekend, après que la justice espagnole a
levé les mandats d’arrêt européens à
son encontre.
Dans la petite foule qui l’acclame, on
trouve surtout des Catalans habitant
hors de Belgique, mais venus célébrer
son retour à Waterloo. « Nous sommes
venus montrer à l’Europe que c’est lui
notre président », explique Madria
Masso Duxans, une Catalane de 29 ans.
Architecte navale aux Pays-Bas, elle a
voyagé jusqu’en Belgique pour la cérémonie. À ses côtés, Montse Serra est
venue directement de Barcelone : « J’ai
passé la nuit à conduire pour venir
accueillir mon président, dit-elle dans
un anglais hésitant. Il a besoin de notre
soutien ! »
Après une série de discours demandant la libération des « prisonniers politiques » catalans, Puigdemont et les
autres officiels se regroupent sur le côté
de la bâtisse pour assister à la levée
solennelle de deux drapeaux - un européen et un catalan. La foule acclame et
chante, tandis que le leader descend sur
la pelouse, assailli par les poignées de
mains et les selfies.
Sensibiliser l’Europe
Pour les indépendantistes catalans, la
fin des mandats d’arrêt européens et ce
retour sur la scène politique est un premier pas vers la victoire finale.
« Aujourd’hui est un jour de défaite pour
l’État espagnol », martelait le matin
même Quim Torra, l’actuel président
de la Catalogne, lors d’une conférence
de presse conjointe avec son prédécesseur. « Puigdemont est arrivé à Waterloo en vainqueur - comme Wellington, et
pas comme Napoléon », explique au
Figaro l’eurodéputé catalan Ramon
Tremosa i Balcells (libéral). « Il va pouvoir continuer la lutte partout en Europe,
tout en sachant que la majorité des Catalans soutient l’indépendance. Le temps
joue en notre faveur. »
De fait, le président déchu va continuer la stratégie d’internationalisation
de la lutte catalane lancée avant même
le référendum d’octobre. Il va essayer
de court-circuiter Madrid en sensibilisant l’ensemble de l’Europe à sa cause
nationale. Libre de ses mouvements
hors d’Espagne - où l’attendent encore
des mandats d’arrêt nationaux -, il
compte voyager, faire des conférences,
s’exprimer dans les médias. Un livre
serait même en préparation, selon un
de ses proches.
Pour ses supporteurs, Puigdemont a
déjà réussi l’exploit de placer la question catalane comme une problématique européenne. « Maintenant, tous les
Européens savent situer la Catalogne sur
une carte », souligne Anna Sala, une
conductrice de taxi venue de Francfort
jusqu’à Waterloo. « Aujourd’hui, la
connaissance de ce qui se passe en Catalogne est meilleure qu’elle ne l’a jamais
été », a défendu l’ex-président durant
la conférence de presse.
Mais la tactique a aussi ses limites :
depuis octobre dernier, les gouvernements européens ont fait tacitement
bloc derrière Madrid, refusant d’intervenir dans ce qu’ils considèrent comme
une affaire intérieure. Même ligne à la
Commission européenne, où une porte-parole répétait vendredi : « Nous ne
nous impliquerons pas dans cette discussion. » Pour les relations internationales de la Catalogne, Quim Torra a dû se
rabattre sur le dialogue bilatéral avec
d’autres régions aux velléités indépendantistes - l’Écosse et la Flandre.
Carles Puigdemont (à gauche)
et Quim Torra, l’actuel
président de la Catalogne,
samedi à Bruxelles.
OLIVIER MATTHYS/AP
Madrid, renforcé par ce soutien diplomatique, mise maintenant sur le
dialogue direct avec Barcelone pour
calmer le jeu. Pedro Sanchez, le nouveau président du gouvernement central, a rencontré Quim Torra début
juillet. Les deux parties se sont mises
d’accord pour relancer la commission
bilatérale État-Généralité, une instan-
ce de dialogue inactive depuis 2011. La
prochaine rencontre est prévue ce
mercredi à Barcelone. À Madrid, on
prévient toutefois que la question de
l’autodétermination n’est pas à l’ordre
du jour de la réunion. Mais à Barcelone, on répond que l’on compte bien
mettre ce dossier sur la table durant les
discussions… ■
Nétanyahou tente d’apaiser le malaise chez les Druzes
Deux ministres israéliens veulent amender la loi sur l’« État-nation juif » qui exclut une communauté servant dans l’armée du pays.
combat lors des différentes guerres d’Israël. Ces états de service leur ont permis
de jouir d’un traitement de faveur pour
les permis de construire, notamment
dans le nord du pays, où ils résident en
majorité. La symbiose est telle que trois
anciens chefs d’état-major, sept ex-généraux et des dizaines d’officiers ont signé une pétition en signe de solidarité
avec leurs « frères d’armes ».
MARC HENRY
A
JÉRUSALEM
PROCHE-ORIENT « Je vous aime. »
Benyamin Nétanyahou a adressé dimanche cette déclaration d’amour plutôt inhabituelle aux Druzes israéliens, afin de
calmer cette communauté de quelque
130 000 personnes. Celle-ci se sent trahie
par le récent vote d’une loi définissant
Israël comme « l’État-nation du peuple
juif dans lequel il exerce son droit naturel,
religieux, historique », tout en stipulant
que « l’autodétermination nationale relève
du droit exclusif du peuple juif ». Le texte
proclame aussi l’hébreu comme seule
langue nationale alors que l’arabe n’aura
plus qu’un « statut spécial ».
« Nous avions conclu une alliance du
sang et maintenant vous nous laissez dehors », s’est indigné le chef la communauté druze, Mouafak Tarif. Plus émouvante fut la réaction de Riyad Ali, un
journaliste druze connu de la télévision
publique, qui a pleuré en direct contre
cette loi qui « marque l’avis de décès de
mon rêve israélien ». Ces critiques ont fait
mouche. Les Druzes, qui parlent arabe et
appartiennent à un courant hétérodoxe
du sunnisme, dont les rites sont secrets,
Voie de sortie honorable
« Nous n’avons pas de problème avec le fait
de définir Israël comme un État juif, mais
nous voulons une autre version de la loi in-
cluant la notion d’égalité des droits pour
que nous puissions de nouveau sentir notre
appartenance à ce pays », a ajouté Mouafak Tarif. Autrement dit, les Druzes refusent de devenir des citoyens de seconde
zone. Les Arabes israéliens, une autre minorité, sont également vent debout
contre cette loi. Un député arabe d’opposition, Zouheir Bahloul, a démissionné de
la Knesset pour refuser de « cautionner
une loi raciste ». La vague de colère a atteint un niveau tel que deux ministres ont
admis que le gouvernement a été trop vite
en besogne et qu’il n’a pas été tenu
compte de la « sensibilité » druze.
La Palestinienne Ahed Tamimi a été libérée
Benyamin Nétanyahou, dimanche
à Jérusalem. SEBASTIAN SCHEINER/AFP
effectuent leur service militaire en Israël
contrairement à la grande majorité du
million et de demi d’Arabes israéliens,
qui en sont dispensés. Au fil des ans, des
Druzes ont gravi les grades d’officiers supérieurs et nombre d’eux sont morts au
Ahed Tamimi, l’adolescente devenue
icône de la résistance palestinienne
contre l’occupation israélienne après
avoir giflé deux soldats israéliens,
est sortie de prison dimanche,
au terme de huit mois de détention.
La jeune fille de 17 ans et sa mère,
Narimane, également incarcérée à la
suite de l’incident, ont été accueillies
dans leur village de Nabi Saleh,
en Cisjordanie occupée, par une foule
de proches, de partisans et de
journalistes. « La résistance continue
jusqu’à ce que l’occupation prenne
fin », a clamé l’adolescente.
La police israélienne a arrêté
deux Italiens et un Palestinien pour
avoir peint sur le mur de séparation
israélien en Cisjordanie occupée
un portrait géant d’Ahed Tamimi. (AFP)
Benyamin Nétanyahou, qui a tout fait
pour faire adopter ce texte en urgence,
commence, lui aussi, à éprouver quelques états d’âme. Ce texte, selon la plupart des commentateurs, devait lui servir d’étendard pour de prochaines
élections de l’an prochain. Dimanche,
au Conseil des ministres, il s’est efforcé
de consoler les Druzes en rejetant toute
la faute sur la gauche, accusée d’« hypocrisie ». S’adressant directement aux
Druzes, il a assuré que leurs plaintes lui
étaient allées « droit au cœur ». Selon
lui, « il n’y a rien dans cette loi qui porte
atteinte à vos droits en tant que citoyens et
à la place spéciale qu’occupe la communauté druze en Israël ».
Histoire de trouver une voie de sortie
honorable, il a annoncé la création d’une
commission réunissant des représentants du gouvernement et des Druzes
pour « tenter de trouver une solution ».
En guise de consolation, une loi pourrait
accorder un statut particulier aux Druzes au risque de discriminer les autres
minorités arabes, bédouines ou circassiennes. Un proche du premier ministre
n’a pas exclu des amendements au texte
controversé. Pour le moment, le chef du
gouvernement se refuse toutefois à un
tel rétropédalage. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 30 juillet 2018
SOCIÉTÉ
9
Sortie de crise
en vue
à la gare
Montparnasse
Les pannes géantes
se succèdent
depuis deux ans
En vingt-six mois, six pannes,
dont celle de ce week-end,
ont paralysé les gares parisiennes.
Mai 2016 : double panne
à Montparnasse.
Dans la soirée du vendredi,
un problème d’aiguillage
près de Tours perturbe la ligne
Paris-Bordeaux. Le dimanche
suivant, au matin, autre panne
à Montparnasse, où le trafic
de tous les trains est à nouveau
interrompu.
Décembre 2016 : rupture de caténaire
gare du Nord. Trois heures de paralysie
totale pour les TGV, Thalys, Eurostar,
RER et trains de banlieue.
Fin juillet-début août 2017 : panne
de signalisation à Montparnasse.
Trois jours de grandes perturbations
pour les vacanciers.
Décembre 2017 : un bug informatique
perturbe le trafic à Montparnasse.
Juin 2018 : un défaut électrique frappe
Saint-Lazare, la deuxième gare
la plus fréquentée de France,
avec 450 000 voyageurs quotidiens
vers l’Ouest parisien ou la Normandie.
Entre 2 h 30 et 10 h 30, la circulation
de tous les trains est totalement
interrompue.
La circulation des trains devrait revenir
à la normale d’ici mardi, a annoncé RTE,
qui fournit de l’électricité à la SNCF.
“
Les travaux seront
finis lundi matin
”
FRANÇOIS BROTTES, PRÉSIDENT DE RTE
Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine)
qui perturbait gravement le trafic de la
gare desservant l’Ouest et le SudOuest, les voyageurs étaient rares à
chercher ou à attendre un train.
« Nous sommes allés au bout de ce que
nous pouvions faire. Nous avons adressé
vendredi et samedi 210 000 textos et
mails à nos clients pour les informer.
Nous avons transporté 75 % des passagers vendredi et samedi et 70 % dimanche. Nous en transporterons 70 % ce
lundi », précise au Figaro Mathias Vicherat, directeur général adjoint du
groupe SNCF. En attendant le rétablissement complet, les trains maintenus
partent de la gare Montparnasse en direction de la Bretagne et des Pays de
Loire et pour le Sud-Ouest, de la gare
d’Austerlitz. Pragmatiques, les près de
300 000 voyageurs qui étaient attendus
à Montparnasse entre vendredi et dimanche se sont adaptés aux contraintes de la SNCF, qui n’a pu faire circuler
qu’un train sur deux dimanche, contre
deux trains sur trois samedi, faute de
matériel disponible. Conséquence directe de l’incendie, l’atelier de maintenance des rames TGV situé près de
Montparnasse n’était en effet plus alimenté en électricité. « Il y a des rames
que nous ne pouvons plus sortir, parce
qu’elles ne sont pas en sécurité pour nos
voyageurs. C’est pour cela que la durée
de l’incident est critique », indique pour
sa part Rachel Picard, directrice générale de SNCF Voyages.
Confrontée à une sixième panne en
vingt-six mois dans l’une des gares parisiennes, la SNCF ne se contente pas
de faire des efforts supplémentaires
pour rembourser ses clients. Son PDG,
Guillaume Pepy, est passé à l’offensive.
« Nous sommes victimes d’une situation
sur laquelle nous n’avons aucune responsabilité et aucun levier possible.
Nous allons nous tourner vers notre
fournisseur RTE pour lui demander de
nous indemniser », a déclaré le dirigeant du groupe public, en précisant
que les perturbations devraient coûter
« quelques millions d’euros ». Il a aussi
demandé à RTE de trouver une solution au plus vite. En attendant, la SNCF
compte sur ses propres forces.
« Nous avons réussi à acheminer depuis Versailles l’électricité qui a permis
de faire circuler cinq trains par heure à
Montparnasse », souligne Mathias Vicherat. « Nous ne sommes pas engagés
dans une partie de bras de fer avec RTE.
Nous sommes un client qui demande à
son fournisseur de lui fournir l’électricité
dont il a besoin », indique pour sa part
Claude Solard au Figaro. Directeur général délégué de SNCF Réseau, il demande à RTE de mettre en place des
Les quelque 300 000 voyageurs qui étaient attendus à Montparnasse entre vendredi
et dimanche ont dû s’adapter aux contraintes de la SNCF. BERTRAND GUAY/AFP
MontparnasseBienvenue
Mise en place de câbles
provisoires de contournement
Billancourt
Ligne
63 000 volts
Vendredi 27 juillet
Incendie du poste électrique RTE
Harcourt à Issy-les-Moulineaux
Ligne classique
Chartres, Le Mans
Infographie
Vanves 1 et 2
solutions techniques qui permettront
d’éviter une nouvelle panne d’électricité à Montparnasse.
Face à ces attaques, les dirigeants de
RTE ont campé sur leur position.
« Nous sommes confiants sur la tenue du
délai de rétablissement de l’alimentation
« Prières au fond d’une salle »
nous a pas sanctionnés ! », s’insurge le cofondateur de l’établissement privé, créé
en 1986. « Notre objectif n’est pas de surveiller les faits et gestes des étudiants et
professeurs, mais de s’assurer que tout va
bien ! », ajoute-t-il.
Installé dans le XXe arrondissement,
l’Itic accueille chaque année 600 à
800 étudiants, du BTS au MBA. « Une population multiculturelle, multiconfessionnelle, internationale », précise Robert Hagège, évoquant des élèves venant du
XVIe arrondissement comme de la SeineSaint-Denis. C’est en 2009, sans élément
déclencheur particulier mais après déclaration faite auprès de la Cnil, que la direc-
Au fil des années, les caméras se sont révélées utiles, permettant à l’établissement de préciser son règlement sur l’interdiction de l’utilisation des téléphones
portables. « Elles nous ont aussi permis, il y
Poste électrique
Ligne LGV
Atlantique
Perte d’alimentation
électrique
Les Suisses
Technicentre Atlantique,
maintenance des TGV
Source : SNCF
tion a installé une caméra dans chaque
salle de classe et dans les lieux de passage.
« Nous sommes un établissement privé parmi les moins chers de Paris (4 000 euros
pour un BTS). Nous accueillons une population variée. L’objectif avec la vidéosurveillance était d’intervenir en cas de différends entre élèves, d’altercation avec des
professeurs, de vols… Grâce aux caméras,
nous avons pu dénouer des affaires », affirme-t-il. Comme la revente de cannabis
au sein de l’établissement.
« Seules des circonstances
exceptionnelles justifient de filmer
élèves et enseignants en continu »,
rappelle la Cnil. MISSISYA/STOCK.ADOBE
Ouest Ceinture
Ligne 225 000 volts
pour jeudi. Nous espérons pouvoir encore accélérer le rythme », avait d’abord
précisé Régis Boigegrain, délégué régional Île-de-France de RTE.
De son côté, le gouvernement a vivement réagi dès samedi. Élisabeth
Borne, ministre des Transports, et Ni-
L’Itic invoque le « besoin de sécurité » pour justifier la présence de caméras fonctionnant en continu.
ÉDUCATION Vidéosurveillance ou vidéoprotection ? « Je veux que la Cnil * nous
explique à quel moment le besoin de sécurité s’arrête face à la nécessité de respecter la vie privée », répète Robert Hagège,
cofondateur de l’Institut des techniques
informatiques et commerciales (Itic). Le
24 juillet, cet établissement supérieur
parisien a été mis en demeure pour « vidéosurveillance excessive ». Lors d’un
contrôle effectué en février, l’autorité de
protection des données personnelles a
constaté que certaines caméras filmaient « en permanence » l’ensemble
des salles de cours et des lieux de vie des
étudiants, ainsi que le poste de travail
d’une employée.
L’Itic a deux mois pour « redimensionner son système de vidéosurveillance, en
cessant de filmer en permanence », indique la Cnil, qui explique avoir décidé de
rendre cette mise en demeure publique
pour informer les étudiants de l’école et
rappeler les responsables d’établissement
à leurs obligations. « Seules des circonstances exceptionnelles (établissements
scolaires victimes d’actes de malveillance
fréquents et répétés) justifient de filmer
élèves et enseignants en continu », rappelle le gendarme des données personnelles.
« Nous avons voulu bien faire, nous allons faire encore mieux », a réagi le
26 juillet l’école, par voie de communiqué
de presse. « J’ai pu lire dans les médias que
nous avions été “épinglés”, mais la Cnil ne
Gare Montparnasse
PARIS
Vidéosurveillance : une école face à la Cnil
CAROLINE BEYER £@BeyerCaroline
Y. L. G. AVEC AFP
a deux ans, d’observer que des étudiants
faisaient leurs prières au fond d’une salle
de classe, comme à la mosquée. Depuis, j’ai
d’ailleurs posé l’interdiction de parler une
autre langue que le français au sein de
l’école », explique le cofondateur. Quant
aux parents, il affirme qu’ils se sont toujours félicités de l’existence des caméras.
À raison ?
L’Itic doit désormais faire le point avec
la Préfecture (pour les caméras filmant les
abords de l’établissement) et la Cnil, et
prouver, en se fondant sur des plaintes,
mains courantes, attestations, que sa situation justifie un système vidéo fonctionnant en continu. « Nous nous conformerons à l’avis de la Cnil », conclut l’école. ■
* Commission nationale de l’informatique
et des libertés.
colas Hulot, ministre de la Transition
écologique, ont lancé une enquête
administrative sur les « conditions
d’alimentation » de la gare Montparnasse. Objectif : trouver des solutions
pour « éviter que ce type de situation ne
puisse se reproduire ». ■
ZOOM
Violences sexuelles
chez les pompiers de Paris
Trois enquêtes pour des violences
sexuelles visent actuellement
les pompiers de Paris, d’après
Le Monde. En mars, une jeune
femme pompier de Paris a porté
plainte pour des agressions
sexuelles commises, selon elle,
par deux supérieurs hiérarchiques
de sa caserne d’affectation
de Boulogne-Billancourt
(Hauts-de-Seine). D’après le
quotidien, la justice a également
été saisie d’une plainte déposée
par une autre femme pompier
de cette caserne pour des faits
présumés d’agression sexuelle
et harcèlement sexuel commis
en début d’année, tandis qu’une
enquête préliminaire pour viol
a été ouverte au parquet de Créteil
(Val-de-Marne) dans
une troisième affaire.
À Paris, un porte-clés connecté pour surveiller les élèves
Mouchard, ou outil de modernisation de
la vie scolaire ? Le porte-clés connecté,
que devront porter « en permanence »
dès la rentrée les élèves du collègelycée privé Rocroy-Saint-Vincentde-Paul, à Paris, afin de contrôler leur
présence, a suscité l’indignation de
certains parents et élèves. Désormais
close, une pétition en ligne qui a recueilli
près de 3 300 signatures avance que
les élèves ne sont pas « des objets
appartenant à Rocroy ». Invoquant la
« modernisation », l’établissement
parisien a tenté d’éteindre le feu en
expliquant aux parents que le fameux
porte-clés permettra de « faire l’appel
en quelques secondes, afin de prévenir
plus rapidement les équipes et les
parents en cas d’absence, sans
géolocalisation », poursuivant :
« Le Bluetooth ne s’active que lorsque
l’enseignant fait l’appel. Le reste
du temps, les porte-clés s’éteignent
automatiquement. » Quant aux données
personnelles, elles sont « protégées
et cryptées, en accord avec la Cnil ».
De quoi rassurer les inquiets ?
« À terme, le porte-clés, déjà utilisé
par plusieurs établissements et plus de
5 000 enseignants, permettra l’emprunt
de livres ou le passage à la cantine,
pour plus d’efficacité et de simplicité »,
assure la direction. L’oubli du porte-clés
connecté fera évidemment l’objet d’une
sanction. En cas de perte, il sera facturé
10 euros aux familles.
C. B.
A
TRANSPORTS L’alimentation électrique de la gare Montparnasse sera rétablie mardi en fin de journée au plus
tard, voire dès lundi après-midi si les
tests sont concluants, a annoncé dimanche le président de RTE, François
Brottes, lors d’un point presse. Il s’agit
d’une nette réduction des délais promis par le gestionnaire du réseau haute
tension, qui tablait initialement sur un
rétablissement du courant jeudi. « Les
travaux seront finis lundi matin, nous
pourrons procéder ainsi aux tests électriques avant mise en service demain à la
mi-journée. Si ces tests sont concluants,
nous pourrons rétablir l’alimentation
lundi après-midi », a-t-il déclaré.
Dimanche, la gare Montparnasse
était étrangement calme. 48 heures
après l’incendie d’un poste électrique à
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 30 juillet 2018 LE FIGARO
10
SCIENCES
Cancer du sein : le dépistage se personnalise
Une étude
soulève l’intérêt,
après 50 ans, d’un
dépistage sur mesure
en fonction des
risques individuels.
La balance
bénéfice-risque
de la mammographie
DAMIEN MASCRET £@dmascret
Mammographie numérique dans un hôpital de Haute-Savoie.
L   
  FEMMES AVEC DES SEINS DENSES, en %
(tissus fibreux)
FEMMES AVEC DES SEINS DENSES, en %
46 %
33 %
26 %
40 ans
60 ans
70 ans
la santé publique n’est pas toujours facile à équilibrer pour une population,
d’autant que les priorités des unes ne
sont pas celles des autres. Au final, il
arrive que la décision des pouvoirs publics mécontente autant ses défenseurs, lorsque le dépistage n’est finalement pas retenu (cancer de la
prostate), que ses détracteurs, lorsqu’il
l’est (cancer du sein). Mais les frontières bougent, sous la triple pression des
associations de patientes, de la génétique et le big data.
59 %
40 %
25 %
DENSITÉ MAMMAIRE
RISQUE DE CANCER
Référence x x 2,1
!
x " # seins denses
­ ! Maigreur Poids Surpoids Obésité
normal
« À l’ère de la médecine de précision,
le but est de mesurer plus exactement
ces bénéfices et ces risques en prenant
en compte les caractéristiques du patient au niveau individuel», expliquait
récemment le Dr Megan Roberts, dans
un éditorial de la revue JAMA Oncology (déclinaison en oncologie du Journal de l’Association médicale américaine), accompagnant une étude un peu
provocatrice.
Des chercheurs de Cambridge et de
l’University College de Londres ont en
x
4,7 seins très denses
Source : The New England Journal of Medicine, 2007
Infographie
effet modélisé le rapport coût-bénéfice
de plusieurs stratégies de dépistage. La
première consistait à abandonner purement et simplement le dépistage. La
deuxième à le proposer tous les trois
ans aux femmes âgées de 50 à 69 ans,
comme c’est le cas actuellement dans le
système anglais. La troisième, à le proposer uniquement aux femmes dont le
risque calculé de cancer était élevé.
C’est cette troisième stratégie qui s’est
révélée la plus performante. La modélisation portant sur 364 500 femmes de
plus de 50 ans montre ainsi que si l’on
place le curseur du dépistage uniquement pour les femmes dont le risque
d’avoir un cancer du sein est supérieur à
1,69 % à dix ans, cela permettra de réduire de 26,7 % les surdiagnostics.
« Ne pas proposer de dépistage aux
femmes à plus bas risque pourrait améliorer le rapport coût-efficacité du programme de dépistage, réduire le surdiagnostic et maintenir les bénéfices du
dépistage », concluent les auteurs. Un
peu radical, peut-être ? ■
L’Hôpital américain de Paris
prend l’initiative
Les seins denses, un risque
accru de tumeur
SANS ALLER jusqu’à suivre la proposiLe programme mis en place utilise le
cer Risk Assessment Tool, proposé aux
tion récente de chercheurs de Camlogiciel Mammorisk, développé par la
États-Unis.
bridge de se passer complètement du
start-up française Statlife, et validé
« Il ne s’agit pas d’effrayer les femdépistage du cancer du sein pour les
pour les femmes âgées de 40 à 74 ans. Il
mes, mais de la juste évaluation du risfemmes dont le risque calse base sur cinq paramètres
que. C’est le sens de l’histoire et de notre
culé est bas, l’Hôpital amépour établir le risque d’une
politique moderne de santé publique »,
ricain propose d’en parler
femme par rapport à la poexplique le directeur général de l’Hôavec les femmes quel que
pulation générale : l’âge,
pital américain de Paris, le Pr Robert
soit leur âge.
l’origine ethnique, le
Sigal. Reste tout de même la question
nombre d’antécédents faL’âge pèse en effet lourde la prise en charge. Le bilan réalisé en
des nouveaux cas
miliaux de cancers du sein
dement dans le risque de
deux heures au Women’s Risk Institude cancers du sein
(0, 1, 2 ou plus), un évencancer du sein et la plupart
te, incluant notamment la mammodes programmes de dépista- en 2017 concernaient tuel antécédent de biopsie
graphie et la consultation d’un oncologe organisés dans le monde des femmes de moins mammaire pour lésion bégue médical, coûte un peu moins de
de 50 ans
nigne et la densité mam1 000 euros, non remboursés par la Sécommencent à 50 ans pour
maire (de 1 à 4). Ce dernier
les femmes sans autre faccurité sociale. Faudra-t-il attendre les
paramètre est important et ne pas l’inrésultats de l’étude européenne Myteur de risque particulier. Malheureusetégrer dans les calculs de risque est l’un
ment, un cancer du sein sur cinq se déPeBS (lire ci-contre), dans plus de cinq
des reproches faits au modèle statisticlare avant cet âge. Ainsi, en France, en
ans, pour que toutes les femmes puisque de calcul du risque, le Breast Can2017, les femmes de moins de 50 ans resent en bénéficier ? ■
D. M.
présentaient 11 135 des 58 968 nouveaux
cas de cancers du sein, soit 18 % du total.
Comment faire mieux sans tomber
de Charybde en Scylla ? En effet, avant
50 ans, un dépistage de masse présente
plus d’inconvénients (jusqu’à des biopsies voire des interventions chirurgicales par excès) que de bénéfices. La voie
intermédiaire est peut-être d’envisager
des approches plus personnalisées.
« C’est ce que nous allons faire, explique le Dr Mahasti Saghatchian, oncologue médical à la tête du Women’s Risk
Institute, qui ouvrira en septembre 2018
à l’Hôpital américain de Paris. Grâce au
développement de l’intelligence artificielle, de l’imagerie et de la biologie moléculaire, on peut désormais envisager ce qui
était encore inimaginable il y a dix ans : un
programme personnalisé de prédiction de
Un médecin examine la mammographie d’une patiente. BURGER/PHANIE
risque, de surveillance et de prévention. »
VOTRE MÉDECIN vous a peut-être déjà
dit que vous aviez des seins denses et
que vous pourriez avoir besoin d’une
surveillance particulière ? En effet, il
s’agit d’un facteur de risque de cancer
bien établi. C’est même l’un des plus importants après les mutations des gènes
BRCA1/BRCA2. « Plusieurs études ont
montré une corrélation entre l’augmentation de la densité mammaire et le risque de
cancer du sein. Il est multiplié par 2 à 5
selon la densité (voir infographie ci-dessus à partir de Mammographic density
and the risk and detection of breast cancer, NEJM, 2007, 356:227-36) », explique le Dr Cutuli, oncologue radiothérapeute et président de la Société française
de sénologie et pathologie Mammaire.
« Impossible de la deviner par la simple
palpation, ajoute-t-il. La densité mammaire est un critère radiographique qui
traduit la proportion de tissus fibreux
dans les seins par rapport aux tissus
graisseux. » Sur une radiographie standard des seins (mammographie), le tissu glandulaire (gras) apparaît en noir
lorsqu’il est traversé par les rayons X,
alors que le tissu fibreux, qui les arrête,
apparaît en blanc. Le problème est que
les cancers du sein apparaissent aussi
en blanc.
Dès lors, détecter un cancer dans un
sein dense à cause du tissu fibreux devient particulièrement difficile. Le radiologue classe habituellement la densité mammaire en quatre niveaux mais
des logiciels peuvent également la calculer en pourcentage de tissu fibreux. Il
y a davantage de seins denses chez les
femmes jeunes mais aussi chez les femmes maigres. Alors qu’il y a 85 % de
18 %
A
50 ans
76 Source : Journal of the National Cancer Institute, 2014
57 Les frontières bougent
Les détracteurs du dépistage oublient
souvent de préciser que les résultats
varient selon l’âge (lire ci-contre),
lorsqu’ils pointent le risque de surdiagnostic (patiente opérée inutilement)
et l’importance considérable des faux
positifs, c’est-à-dire de mammographies inquiétantes alors que les examens complémentaires, parfois invasifs (biopsies), s’avèrent finalement
rassurants.
En théorie, tout semble pourtant
simple. Pour qu’un dépistage soit organisé et proposé aux femmes à l’échelon
national, il suffit que les bénéfices attendus soient plus importants que les
effets délétères qu’il engendre inévitablement. Dans la réalité, la balance de
AMÉLIE BENOIST/BSIP
g
Source : Journal of the National Cancer Institute, 2014
CANCÉROLOGIE Et si, en matière de
dépistage du cancer du sein par mammographie, le « sur-mesure » devait
l’emporter sur le « prêt-à-porter » ?
Un premier pas vers la personnalisation existe en France pour les femmes à
risque familial. Elles peuvent bénéficier d’un suivi spécifique, débutant
avant 50 ans, avec des examens complémentaires (échographie, IRM) voire
une consultation d’oncogénétique.
L’Institut national du cancer a établi
des référentiels. Mais pour les autres,
la majorité, c’est le « prêt-à-porter »
qui s’impose, avec un dépistage proposé tous les deux ans aux femmes
âgées de 50 à 74 ans.
Pro et antidépistage s’affrontent avec
des arguments pertinents, mais souvent incomplets d’un côté comme de
l’autre. Et ce sont les femmes, parfois
les médecins, qui s’en trouvent déboussolés. Les défenseurs du dépistage
mettent par exemple en avant la réduction d’environ 20 % du risque de mourir d’un cancer du sein. Ce qui est vrai,
mais pas moins que la présentation
moins spectaculaire du bénéfice : un
décès évité en dix ans pour mille femmes de 50 ans invités au dépistage.
L’organisme canadien de santé
publique qui établit des
recommandations pour la prévention
(Canadian Task Force on Preventive
Health Care) a calculé les bénéfices
et les inconvénients de participer
régulièrement au dépistage du cancer
du sein sur une période de onze ans.
Une femme de 40 à 49 ans (âge
auquel le dépistage organisé n’est
pas proposé en France) abaisse son
risque de mourir d’un cancer du sein
de 0,32 % à 0,27 % en se faisant
dépister mais au prix d’un risque
de 1 sur 3 d’avoir un jour un résultat
de mammographie faussement
positif, de 1 sur 28 d’avoir une biopsie,
et de 1 sur 200 d’avoir une opération
inutile (https://canadiantaskforce.ca/
tools-resources/breast-cancer-2/
breast-cancer-risks-benefits-age40-49/).
Pour des femmes âgées de 50 à
69 ans, le dépistage organisé permet
de réduire de 0,64 % à 0,51 % le risque
de mourir d’un cancer du sein. Le
risque de faux positif est de 1 sur 4,
mais celui d’avoir une biopsie reste
de 1 sur 28, de même que le risque
d’opération inutile, de 1 sur 200
(https://canadiantaskforce.ca/toolsresources/breast-cancer-2/breastcancer-risks-benefits-age-50-69/).
Pour une femme âgée de 70 à 74 ans,
un dépistage régulier réduit de 0,68 %
à 0,46 % le risque de mourir,
avec un risque de mammographie
faussement inquiétante de 1 sur 5.
Le risque de biopsie est de 1 sur 38
et le risque d’être opéré inutilement
de 1 sur 200 ( https://canadiantaskforce.ca/tools-resources/breastcancer-2/breast-cancer-risksbenefits-age-70-74/).
D. M.
chances qu’une mammographie classique détecte un cancer du sein lorsqu’il
est présent dans un sein peu dense, la
performance chute autour de 62 %-68 %
dans un sein dense (effet masque).
IRM et échographie
C’est ce qui explique une part des échecs
de la mammographie. Avant 56 ans, la
densité mammaire joue sans doute un
rôle dans une proportion importante des
cancers du sein qui passent inaperçus
malgré la participation au dépistage.
Ainsi, la moitié des cancers détectés
dans l’année qui suit une mammographie apparemment rassurante se produisent chez des femmes ayant des seins
denses alors que ce n’est plus le cas que
pour 17 % de ces cancers après 56 ans.
« Lorsque les seins sont denses et surtout en cas d’autres facteurs de risque
(antécédents familiaux, femme n’ayant
pas eu de grossesse), cela peut justifier
d’utiliser l’échographie et, parfois, l’IRM
en complément, plutôt que la mammographie », explique le Dr Cutuli. IRM et
échographie font justement partie des
outils d’imagerie utilisés dans l’étude
européenne MyPeBS (My Personal
Breast Screening), coordonnée par
Unicancer avec le soutien financier de
la Commission européenne. L’étude
vient d’être lancée sous la houlette du
Dr Suzette Delaloge, oncologue et responsable du comité de pathologie
mammaire à Gustave-Roussy (Villejuif). « C’est une démarche intéressante
qui classe les femmes en quatre groupes à
risque différents, approuve le Dr Cutuli.
Mais les résultats ne seront pas connus
D. M.
avant au moins cinq ans. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 30 juillet 2018
SPORT
11
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
CYCLISME « De prince de Galles à roi de
France » pour le Sunday Telegraph,
« Tour de force » pour le « dragon volant », selon le Times, « les larmes d’une
couronne » pour le Sunday Express, la
presse britannique a, dimanche, tapissé
ses unes à la gloire d’un homme en jaune. Et Cardiff, gonflée de fierté, s’apprête à déborder de plaisir pour célébrer
sans modération le retour de Geraint
Thomas, l’enfant prodige. Troisième
Britannique lauréat du Tour de France,
après Bradley Wiggins (2012) et Christopher Froome (2013, 2015, 2016 et 2017).
La Grande Boucle « a été rude », n’a cependant pas oublié de rappeler Christian
Prudhomme, le directeur de l’épreuve,
marqué par les épisodes traversés et l’atmosphère pesante ayant accompagné la
course. Conséquence prévisible et parfois assourdissante de l’interminable affaire Froome (un contrôle « anormal » de
l’Anglais en septembre lors de la Vuelta.
Il a été blanchi par les instances cinq
jours avant le départ de Noirmoutier).
Dans ce contexte, Geraint Thomas,
qui a enfin tordu le cou à la malchance, a
avancé ses pions avec méthode et efficacité. Dans l’ombre dans un premier
temps. Avant d’occuper toute la place
avec panache (avec deux victoires d’éta-
pe coup sur coup, à la Rosière, puis à
l’Alpe d’Huez). En cours de route, le solide Gallois a raconté au sujet de l’hostilité accompagnant et hantant l’équipe
Sky : « Nous aimerions que tout le monde
nous aime. Il se trouve que ce n’est pas le
cas. Être sifflé avec le maillot jaune ne fait
pas plaisir, mais, en dépit de tout ce que je
peux entendre, je continue à prendre du
plaisir à être en jaune sur le Tour de France. » Lauréat (1 min 51 s devant le Néerlandais Tom Dumoulin), il a ajouté : « Je
suis resté dans mon petit monde, dans ma
bulle, et je ne me suis concentré que sur ça,
sur moi-même. Je ne lis pas trop de jour-
MARCO BERTORELLO/AFP
naux sur le cyclisme. Je ne lis que les articles sur le rugby (il a annoncé que l’an
prochain il irait encourager le pays de
Galles lors de la Coupe du monde au Japon), et j’essaie de rester dans un monde
différent. » Geraint Thomas, un coureur
qui, il y a dix ans tout juste, avait délaissé
le Tour (découvert en 2007 avec une
avant-dernière place à Paris) pour préparer et se couvrir d’or aux JO en poursuite par équipes (en compagnie de Bradley Wiggins, qui l’a beaucoup inspiré).
De Pékin à Paris, il a en dix ans vécu
plusieurs vies. Caméléon du vélo, tour à
tour rouleur (vainqueur de Paris-Rou-
Julian Alaphilippe, le panache bleu
Si Romain Bardet (AG2RLa Mondiale, 6e du classement
général final) et Warren Barguil
(Fortuneo-Samsic, 17e) ont été moins
en vue qu’en 2017, les Français
se sont distingués sur ce Tour,
notamment grâce à Julian Alaphilippe.
Le puncheur de la formation QuickStep a marqué l’édition et séduit
les spectateurs par son esprit
d’entreprise, ses deux émouvantes
victoires d’étape (au Grand-Bornand
et à Bagnères-de-Luchon), sa joie de
courir et… de collectionner les points
pour remporter le maillot à pois
du classement du meilleur grimpeur
auxquels les Français sont attachés
(comme Anthony Charteau en 2010,
Thomas Voeckler en 2012 ou Warren
Barguil l’an dernier). Arnaud Démare
(Groupama-FDJ) est l’autre
satisfaction bleue avec un succès
d’étape au sprint à Pau (devant
Christophe Laporte, Cofidis, qui
a signé plusieurs places d’honneur).
J.- J. E.
Sky, la machine infernale
Kristoff, point final
20e étape (Saint-Pée-sur-NivelleEspelette, 31 km clm individuel) :
1. Dumoulin (NED/SUN) 40 min 52 ;
2. Froome (GBR/SKY) à 1 sec ;
3. Thomas (GBR/SKY) à 14 sec ;…
21e étape (Houilles-Paris, 116 km) :
1. Kristoff (NOR, UAE) 2 h 46 min 36 ;
2. Degenkolb (ALL, TRE) ; 3. Démare
(FRA, FDJ), tous même temps ;…
Classement général final : 1. Geraint
Thomas (GBR, SKY), 3 349 km en
83 h 17 min 13 ; 2. Tom Dumoulin (P-B,
SUN) à 1 min 51 ; 3. Christophe Froome
(GBR, SKY) à 2 min 24 ; 4. Primoz Roglic
(SLO, LOT) à 3 min 22 ; 5. Steven
Kruijswijk (P-B, LOT) à 6 min 8 ;
6. Romain Bardet (FRA, ALM) à 6 min 57
Maillot vert (points) :
Peter Sagan (SVQ, BOR).
Maillot à pois (montagne) :
Julian Alaphilippe (FRA, QST).
Maillot blanc :
Pierre Latour (FRA, ALM).
COMMUNIQUÉ
d’autres ont appris. Cela passe d’une génération à une autre. Nous aussi, on apprend
tout le temps. Les coureurs sont confiants,
ne paniquent pas. Ils savent qu’ils vont travailler ensemble. Les rôles sont assez clairs.
Cette expérience et cette confiance grandissent avec le succès. Et, avec elles, la probabilité d’avoir du succès augmente. »
Le réalisme ayant rapidement étranglé
le romantisme. « Je préfère porter le maillot
jaune, faire la course de ma vie et être sifflé,
qu’être trentième, lâché dans le premier col
et que tout le monde m’applaudisse », illustre sans peine Geraint Thomas, le vainqueur du Tour. Sky, monstre froid. En vue
de faire battre le cœur du public français,
Sky pourrait-elle un jour accompagner les
desseins d’un coureur tricolore ? « Bien
sûr. On a vu l’effet quand Andy Murray a
gagné Wimbledon, c’était vraiment quelque
chose. Je pense que si un Français gagnait le
Tour, ce serait important. Ce serait bien. Et
si on pouvait faire partie de ça, pourquoi
pas ? » assure Brailsford.
en partenariat avec
© Oakley
L’importance des lunettes
Les verres PrizmTM Road absorbent et réfléchissent la lumière de telle sorte que chaque couleur est adaptée à l’environnement du coureur.
Depuis longtemps l’homme cherche à protéger ses yeux
des rayons lumineux. Pour le sport, le vrai succès des
lunettes de soleil appliquées date du XXe siècle. Le cyclisme, et en particulier le mythique Tour de France, exige
des produits innovants et p rotecteurs afin de protéger
les yeux contre les reflets à haute altitude tout en garantissant a uxcoureurs une vision optimale.
Puissance économique
Sky, une puissance économique sans égale. Philippe Mauduit, directeur sportif
d’UAE Team Emirates, décrypte la domination de l’équipe britannique : « L’aspect
financier prime. Le salaire de Froome, c’est
le budget complet de Wanty, Direct Energie
ou Fortuneo. Si on ajoute celui de Geraint
Thomas, c’est le budget de Lotto Jumbo,
Dimension Data et, en ajoutant Kwiatkowski, c’est le budget d’UAE Team Emirates, de Bahrain. Ce qui leur manque, c’est
la prise de risques. Les spectateurs aiment
les gens simples et humbles. Comme ils sont
inabordables et que personne ne sait comment ils travaillent, ni ce qu’ils font, ça les
agace. Il y a toujours eu cet échange, presque une collaboration entre l’effort du cycliste et l’encouragement du public, et, avec
Sky, on se rend compte que ce sont deux
mondes complètement éloignés et qui ne
sont pas accessibles. C’est la stratégie de
leur management, les coureurs en subissent
les conséquences. J’ai envie de dire aux dirigeants de Sky : mettez un peu de simplicité dans votre façon de fonctionner, sans
vous demander de mettre un gros nez rouge
pour faire rire tout le monde, essayez de
faire les choses avec plus de simplicité, au
moins vis-à-vis du public. » ■
J.- J. E.
adoré ce temps-là. » En souvenir, tous les
hivers, il retourne y partager son expérience avec les jeunes licenciés du club. À
Cardiff, où il aime se ressourcer. Cardiff
où il a fréquenté les bancs de Whitchurch, un collège-lycée qui a aussi vu
passer le rugbyman Sam Warburton et le
footballeur Gareth Bale. Soit la fine fleur
des sportifs gallois. Cardiff, où la passion
bout. « J’entends ce qu’il se passe au pays
de Galles, c’est incroyable… C’est fou de
voir tout l’intérêt que ce que je fais suscite
à Cardiff. C’est bien de mettre Cardiff sur
une mappemonde. C’est une petite nation
qui soutient les gens qui ont du succès.
C’est bien de voir cette ferveur », glisse le
Maillot jaune ébahi.
Le cyclisme, la nouvelle mode galloise.
Thomas sera fêté comme une rock star.
« Les Gallois sont très fiers de leur pays. Et
quand ils voient quelqu’un comme Geraint
qui brandit le drapeau gallois, c’est une
fierté. C’est le fils de tout le monde, le frère
de tout le monde », avance Dave Brailsford, le manager de l’insatiable équipe
Sky… Contagieuse, la fièvre monte. Geraint Thomas a, du podium des ChampsÉlysées, eu un aperçu de son nouveau
monde. Rien ne sera plus comme avant.
En termes d’écho, de responsabilités.
Dans une discipline aux performances
observées à la loupe, lui qui ne traîne
aucune casserole. Heureux qui comme
Geraint Thomas a fait un beau voyage… ■
TOUR DE FRANCE 2018
La recherche pour la victoire
Publi-communiqué réalisé par 14HAUSSMANN
LA LOI DES SÉRIES. Pour la sixième fois
en sept ans (Bradley Wiggins en 2012,
Christopher Froome en 2013, 2015, 2016
et 2017, avant Geraint Thomas cette année), Sky, équipe née en 2010, règne sur le
Tour de France. Avec un troisième Britannique couronné. Eux qui n’y étaient
jamais parvenus en plus de cent ans de
Grande Boucle… Sky coincée entre titres
et doutes. Dave Brailsford, le manager et
chef d’orchestre, qui, comme Cyrille Guimard (avec Lucien Van Impe, Bernard
Hinault et Laurent Fignon), vient de remporter le Tour avec trois coureurs différents, éclaire sur la dynamique et la mécanique Sky : « On a beaucoup appris avec
Bradley Wiggins. La première année
(2010), on était loin de ce qu’on voulait atteindre (les deux premiers coureurs de
l’équipe britannique avaient terminé 17e
et 24e du classement final à Paris), comme
la deuxième année (le premier terminant
24e). Et après, on a gagné et on a continué.
Chris a beaucoup appris de la façon de courir de Bradley, a acquis beaucoup d’expérience. Et, à côté de Chris, Geraint et
baix chez les juniors), pistard, coureur
de classiques, équipier, leader sur les
courses par étapes d’une semaine, avant
de porter la cape de super-héros et de
décrocher le jackpot sur le Tour de
France. À 32 ans. À l’âge où certains
voient la lumière s’éteindre, le Gallois a
fait un strike dans la hiérarchie, ne laissant qu’un bout de podium au « boss »
de Sky, Christopher Froome (sur le podium des neuf derniers grands tours
qu’il a terminés)… Thomas, couronné à
sa neuvième participation à la Grande
Boucle (seul Joop Zoetemelk, sacré lors
de sa dixième tentative, avait attendu
plus longtemps).
Flash-back. Si la natation lui procure
ses premières émotions sportives, Geraint Thomas plonge vite dans le monde
du cyclisme, à Cardiff. Le vélodrome extérieur des Maindy Flyers (200 licenciés)
sera son terrain de jeu. La BBC a retrouvé
des photos de ses premières courses, il
présente un visage décidé, des joues
pleines rosies par l’effort et se promène
en… maillot jaune. Comme un symbole,
son premier vélo était un Giant
(« géant ») bleu. Ce club est un point
d’ancrage solide. Parmi ses premiers copains en course figurait Luke Rowe, qui
a, cette année, participé à la conquête du
maillot jaune. Au sujet de cette époque, il
avait un jour raconté dans Planète Cyclisme : « C’était de l’amitié et des rires. J’ai
Il faut aux champions des lunettes qui fassent toute la différence pour briguer le maillot jaune. L’important est de
mieux voir pour gagner : les types de colorants utilisés pour
les verres PrizmTM absorbent et réfléchissent la lumière de
telle sorte chaque couleur soit adaptée à l’environnement.
« PrizmTM Road éclaircit les blancs et améliore les jaunes,
les verts et les rouges afin que les coureurs puissent voir les
changements subtils de la texture de la route et repérer les
dangers plus facilement. Des tests approfondis toujours plus
exigeants sont réalisés en laboratoire et sur le terrain avec
des athlètes amateurs qui essayent les prototypes. Leurs
retours permettent une amélioration permanente », nous
confie un expert Recherche&Developpement Oakley, pour
une expérience de conduite confiante et plus reposante vers
l’étape ultime des Champs-Élysées.
Les goûts et les couleurs
En 40 ans, la marque Oakley est devenue culte. Elle habille désormais, avec son design bien reconnaissable,
les plus grands noms du cyclisme. Il est rare que des
lunettesvéhiculentautantdevaleurs,commel’endurance,
le dépassement des limites et le succès. Les lunettes
Oakley deviennent vite emblématiques des qualités
intemporelles et émotionnelles du Tour, autant pour les
champions que pour les inconditionnels admirateurs.
D’ailleurs, les lunettes sont assorties aux couleurs des
tenues des coureurs et garantissent ainsi une visibilité
assurée pour les fans. Pour ces derniers, « toute la
gamme chromatique est personnalisable sur oakley.com,
afin de créer ses propres lunettes de soleil tout en étant
assuré de leur performance », conclut l’expert.
Jawbreaker® Tour De France 2018 Edition
A
Sixième sacre en sept ans pour l’équipe
Sky sur la Grande Boucle avec la surprise
galloise, à l’issue d’une épreuve « rude ».
Geraint Thomas
en jaune pendant
la 13e étape
du Tour 2018,
entre
Le Bourg-d’Oisans
et Valence.
© Oakley
Heureux
qui comme
Thomas a joué
un sacré Tour
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lundi 30 juillet 2018 LE FIGARO
MUSÉE UNTERLINDEN, COLMAR
12
CULTURE
Georg Baselitz dans son atelier
sur les bords du lac Ammersee,
près de Munich, en octobre 2017.
Le testament pictural de Georg Baselitz
ARTS Le peintre expose ses quatre dernières années de travaux à Colmar, près du Christ de Grünewald.
A
ENVOYÉE SPÉCIALE À COLMAR
n grand peintre n’en a jamais fini. À peine l’a-t-on quitté à la
Fondation Beyeler, où sa vie entière
d’ogre de la peinture débordait du cadre,
et au Kunstmuseum de Bâle, où sa main
de dessinateur en imposait à tous, qu’il se
met complètement à nu au Musée Unterlinden de Colmar. Georg Baselitz, né
Hans-Georg Bruno Kern, a eu 80 ans le
23 janvier dernier. Il les a fêtés à l’Hôtel
des Trois Rois à Bâle, fatiguant par son
énergie légendaire jusqu’aux plus professionnels de ses convives. C’est pourtant avec la force déclinante de l’âge que
le natif de Deutschbaselitz en Saxe en
1938 se confronte au temps qui passe.
Cela ne diminue en rien sa puissance
d’artiste qui balaie toujours d’une phrase
les idées reçues, les conventions et les interprétations trop pathétiques de son art
allemand aux accents nihilistes. Cette
puissance explose à Colmar comme un
immense orage. Toute sa maîtrise, toute
sa liberté, toute sa délicatesse sont là
pour traduire cette marche de l’homme
vers son destin, comme l’ultime salve
d’un artiste sans demi-mesures qui a fait
de la peinture son interprète et son alliée.
« Corpus Baselitz » a choisi de ne montrer que les œuvres de ses quatre dernières années, soit 26 tableaux, presque tous
des autoportraits nus et décharnés, 42
dessins, presque stridents, où la couleur
est blessure, et trois sculptures en forme
de vanités monumentales (tous des prêts
de 19 collections privées, preuve que Baselitz est plus aimé qu’il ne le dit). Derrière ce beau titre qui ouvre la porte du
Moyen Âge monte le chant du cygne de
celui qui fut toujours un colosse, dans les
tableaux de son ami feu A. R. Penck, qui
le peignait en bleu, comme dans la vie où
personne ne se risque à le défier. Le fait
que cet ensemble soit exposé au Musée
Unterlinden, à proximité du retable d’Issenheim et du Christ vert aux mains tordues de Grünewald, n’est pas un hasard.
« Baselitz appartient à la tradition de ces
artistes qui, depuis Grünewald et Baldung
Grien, nous bousculent par la réalité expressionniste de leurs représentations sans
concession, mêlant raffinement et brutalité à leurs références historiques culturelles
ou populaires », souligne Frédérique
Goerig-Hergott, directrice des collections modernes et commissaire de cette
sonate crépusculaire.
« Les sujets sont graves, les corps sont
morcelés, torturés et présentés dans toute
leur impuissance, sans concession ni pathos, dans des formats monumentaux et
des tons sombres rappelant la Crucifixion
du retable d’Issenheim. Les contrastes des
couleurs, le raffinement de leurs nuances,
le travail de la matière, la violence du geste, cette mise à nu de l’artiste et de son
couple affaiblis par leur âge, nous bousculent, à l’instar du retable d’Issenheim luimême », explique cette historienne de
l’art qui a voulu « montrer toute la beauté
des peintres de la laideur, de Grünewald à
Otto Dix ». Cette tradition mise sur les
exagérations formelles et stylistiques
pour représenter de manière expres-
sionniste la réalité la plus universelle de
l’homme. Le résultat peut être brutal,
dérangeant, voire incompris (Baselitz a
baptisé sa série antérieure, Avignon, en
référence aux tableaux tardifs de Picasso
que le Minotaure voulut offrir et que la
Mairie d’Avignon a rejetés).
« On m’a toujours dit que mes tableaux
n’étaient pas beaux. À en croire les critiques, mes toiles sont laides, mes sculptures
païennes, ma peinture dystopique », lui
répond Georg Baselitz dans un entretien
rude où il explique avoir cherché ensuite
le sens du mot « dystopie » et s’être interrogé sur son paganisme. « J’ai découvert des artistes du passé, par exemple
Grünewald ou Baldung Grien, qui eux
aussi peignaient laid. L’histoire de l’art en
Allemagne ne se limite pas à la Madone au
rosaire […] Otto Dix a lui aussi de très
bons tableaux de la laideur. Il y a des pein-
tres qui peignent le sang sous la peau et
d’autres qui le peignent sur la peau. Otto
Dix le peint sur la peau, tout comme
Grünewald et moi-même. » Cette ultime
série de tableaux a déjà fait sensation en
2017 chez le galeriste Thaddaeus Ropac à
Pantin.
Ombre noire qui se fond
dans les ténèbres
Il y a bien sûr le corps, ce traître, qui
vieillit et fléchit comme un fantôme de
plus en plus désincarné en descendant
les marches d’un escalier funèbre, sorte
de voile blême sur un fond noir (Descente, 2016). Les plus sombres de ces allégories font basculer un vieillard de dos, fesses maigres et pieds nus, dans le vide de
la toile, ombre noire qui se fond dans les
ténèbres (La Dixième Nuit, descente rapide, 2015). Parfois, juste un fragment du
GEORG BASELITZ 2018 PHOTO JOCHEN LITTKEMANN, BERLIN
U
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
Dystopische Glocken, 2015, huile sur toile de Georg Baselitz, collection particulière.
corps suffit à évoquer un gisant (De retour, 2015), voire le corps supplicié qui
gît dans les prédelles, cette partie inférieure des retables (Nous roulons, 2016).
Comme dans les danses macabres médiévales, il y a cette nudité absolue, pauvre et grotesque qui, depuis Adam et Ève
chassés du Paradis, résume la condition
précaire de l’homme (Allongé sans chemise sur le matelas, 2015). La force du
peintre est telle que rien n’est répétitif
dans la multiplication de ces nus, parfois
quatre fois le même corps sans tête, couché latéralement sur un immense diptyque (Oh mon Dieu, tout est occupé,
400 × 600 cm, 2016). Chaque toile, au
contraire, ajoute à cette formidable histoire qu’est la vie et que le peintre s’est
appropriée, mieux que quiconque.
Il y a la vigueur de l’artiste qui utilise
la faiblesse de son grand corps comme
d’un violon lancinant. « Je peins tous
mes tableaux, petits ou grands, par terre.
C’est ainsi que je procédais jusqu’à une
date récente, en tout cas. Je me suis
construit une estrade, car j’ai les jambes
abîmées, et désormais je rampe dans tous
les sens sur l’estrade », confie ce colosse
faussement éteint dont les yeux bleus
brillent de malice. Frédérique GoerigHergott lui demande si cette centaine de
tableaux en forme de déclinaisons existentielles a été conçue comme une série.
« Pour l’instant, j’en suis là. Je ne sais pas
combien de temps encore je pourrai peindre des tableaux, car je rencontre maintenant des difficultés physiques », lui dit-il,
jouant sur le prosaïque. L’humour du
géant qui a traversé les désastres de la
guerre et le carcan de l’Allemagne de
l’Est demeure, corrosif et arrogant,
comme en témoignent les titres de ses
tableaux et leurs références au Titien, à
Marcel Duchamp, Un voile lumineux,
Unterlinden, l’anti-Tate modern
Le 12 décembre 2015, après trois ans
de travaux, le Musée Unterlinden a
rouvert ses portes, agrandi et rénové.
Et pourtant, ce nouveau musée qui a
doublé de superficie et gagné une galerie d’exposition temporaire inaugurée par « Otto Dix » semble depuis
toujours intégré à la ville de Colmar,
très soucieuse de son patrimoine.
Cette extension doit son brun patiné à
l’entrelacs de briques cassées en deux
qui la recouvre comme des écailles.
Elle a été conçue et réalisée par le cabinet d’architectes Herzog & de Meuron (et le cabinet Richard Duplat pour
la restauration de l’ancien cloître). Le
duo bâlois a souvent réalisé des monuments spectaculaires, radicalement contemporains, comme le
Schaulager de Bâle, frappant l’imagination comme le Nid d’oiseau, le Stade national de Pékin pour les Jeux
olympiques d’été 2008, ou l’Elbphilharmonie, qui part à l’assaut du ciel
de Hambourg (2006-2016). Le Musée
Unterlinden, par sa mesure, sa discrétion, son échelle, c’est pourtant
l’anti-Tate Modern, dédoublée et repensée en 2016.
La Ville de Colmar était maître
d’ouvrage de ce projet particulièrement
réussi (43 millions d’euros) suscité par
la Basque Pantxika De Paepe, directrice
du Musée Unterlinden depuis 2004. Celui-ci est constitué de deux ensembles
qui se font face de part et d’autre de la
place, reliés par une galerie souterraine
où l’histoire des collections se déroule
dans un silence hors du temps. D’un
côté, le couvent médiéval aux façades
de moellons et de crépi, avec la chapelle, le cloître ouvert et un jardin. De
l’autre côté, le nouveau bâtiment d’exposition, qui fait sobrement écho au
volume de la chapelle et forme avec les
anciens bains municipaux (les bureaux,
la salle événementielle, où trône
Dubuffet, la bibliothèque, le café et l’office du tourisme) une deuxième cour.
Ce qui était une gare routière est devenu une place que traverse à l’air libre
le canal de la Sinn dont les eaux s’écoulent sous la vieille ville de Colmar. Tout
près de l’eau, là où se trouvait l’ancien
moulin, une petite maison avec ses
deux fenêtres en hautes meurtrières est
le relais visuel du musée. Elle reprend la
position, la volumétrie et la forme du
bâtiment d’entrée de la ferme qui s’y
trouvait jadis. C’est la partie la plus visible du projet que les Colmariens ont
eu le plus de mal à accepter.
Vue de l’extérieur, rien ne transpire
en revanche de l’extension contemporaine où sont présentées les collections
des XIXe et XXe siècles. À l’intérieur
pourtant, on retrouve le langage architectural abstrait, contemporain et blanc
du duo bâlois, des fenêtres en ogive découpées dans l’épaisseur des murs à
leur escalier à vis qui est le sosie de celui
de la maison-atelier de Georg Baselitz
près de Munich. Au second étage du
nouveau bâtiment, le volume de la salle
dédiée aux expositions temporaires
jouit d’une hauteur extraordinaire de
11,50 mètres sous son toit à pignons,
rappelant la chapelle des Dominicaines
et l’art sacré qui y régnait. C’est là que
les grands formats de Baselitz trouvent
leur espace idéal et que le regard du
spectateur peut naviguer librement de
ses gisants à la Holbein à ses Descentes
sépulcrales vers les ténèbres. La proximité avec le retable d’Issenheim et cette approche dépouillée forment une alliance forcément symbolique. ■
V. D.
entre rosée du matin et halo des saints,
enveloppe ces sévères autoportraits.
« J’ai fait ce choix pour atténuer la matérialité, ôter la dureté. Il faut que tout soit
là. Le fond des tableaux est très dur, mais
cela ne doit pas se voir. On a besoin d’une
sorte de sourdine, c’est comme une musique entendue derrière un feutre. Il faut
que ce soit plus doux, plus moelleux, neutralisé », dit Baselitz. Le résultat est fascinant comme la foudre. ■
« Corpus Baselitz », jusqu’au 29 octobre
au Musée Unterlinden, Colmar.
Catalogue bilingue français-allemand,
avec un texte de l’artiste, « Autrefois,
entretemps, aujourd’hui », et un entretien
avec la commissaire Frédérique
Goerig-Hergott (Éditions RMN-GP, 29 €).
ZOOM
Disparition du jazzman
Tomasz Stanko
Trompettiste virtuose
et précurseur du free jazz
en Europe dans les années 1970,
le Polonais Tomasz Stanko
est décédé dimanche à 76 ans.
À ses débuts, Stanko a sillonné
les scènes à la recherche
de nouvelles inspirations et
langages musicaux. Maître dans
l’art de la ballade, cet artiste
a développé une esthétique entre
tradition be-bop, dérapages free
et musique contemporaine
improvisée. Ses performances
aux côtés d’autres géants du jazz
mondial et sa quarantaine
de disques, notamment pour
le label allemand prestigieux
ECM, dont il fut l’un des piliers,
lui ont valu de nombreux prix
aux États-Unis et en Europe.
EN BREF
Retour posthume
de Carrie Fisher
Carrie Fisher, décédée en
décembre 2016, sera à l’affiche
de Star Wars : Épisode IX,
dont le tournage doit débuter
la semaine prochaine. La firme
Disney a révélé l’apparition
posthume de l’actrice lors de cet
épisode aux côtés de la star de la
série Mark Hamill, alias Luke
Skywalker. Pour ce faire, Disney
utilisera de précédentes images
non diffusées et remontant au
tournage du septième épisode.
Vivaldi insolite
Faire découvrir au public
un Vivaldi méconnu à travers un
choix d’arias et de concertos aux
destins particuliers, c’est le but
de Vivaldi reloaded, proposé par
le Concert de l’Hostel Dieu dirigé
par Franck-Emmanuel Comte.
À l’affiche, le 5 août au Festival
Bach de Saint-Donat (26), le 6
aux Musicales en Auxois (21) et le
7 à 1001 Notes en Limousin (87).
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LE FIGARO
lundi 30 juillet 2018
CULTURE
13
Le cirque, ses chapiteaux et ses châteaux
FESTIVALS À Alba-la-Romaine et à Nexon, les troupes se ménagent un écrin champêtre pour créer l’événement.
ENVOYÉE SPÉCIALE
À ALBA-LA-ROMAINE
es clowns ne sont pas les
pleutres que l’on croit. Ils fonctionnent
à l’audace. Fondateur des Nouveaux
Nez avec Madame Françoise et Nicolas
Bernard voici trente ans, dans leur ancienne scierie en Ardèche, Alain Reynaud se retrouve aujourd’hui clown directeur du Festival d’Alba-la-Romaine
qui s’est tenu mi-juillet et du Pôle national des arts du cirque La Cascade à
Bourg-Saint-Andéol. « Il y avait à Alba
un festival de théâtre. On nous a proposé
de prendre le relais. C’était il y a dix ans.
À la première édition, on avait 10 000
spectateurs ; cet été, on frôle les 30 000,
et 160 bénévoles du village sont impliqués », explique-t-il.
Alba en Ardèche ressemble un peu à
Nexon en Limousin, 12 000 spectateurs
sur trois week-ends, cette année du
6 au 25 août, village où Annie Fratellini
avait créé dans les années 1980 le festival rebaptisé, selon le vœu de son nouveau directeur, le jeune jongleur Martin
Palisse, La Route du Sirque. Ces deux
hauts lieux de spectacle, au cœur de la
France rurale, sont indissociables de
leur site historique : à Alba les ruines
romaines et la silhouette d’un château
avec son appareil de pierres noires et
blanches ; à Nexon, en Limousin, le
parc de 35 ha qui entoure un avenant
château du XVIIe siècle. Ici et là, les
promeneurs relient un chapiteau à
l’autre par des sentiers champêtres soigneusement balisés. « Pour les chapiteaux qui n’ont pas droit au cœur des villes, c’est formidable de s’adosser à des
lieux historiques », dit Alain Reynaud.
La Carbonica - du nom d’une vigne
cultivée dès l’époque romaine - est le
centre du festival d’Alba. Lors du festival, bars, concerts, animations prolongent les spectacles : « Lors des premières
éditions du festival, on commençait à
6 heures du matin par un voyage en
montgolfière pour voir le lever de soleil
sur le site. Aujourd’hui, les spectacles
démarrent plus tard mais se prolongent
jusqu’à minuit. Entre siestes musicales,
flâneries, visites du musée et des ruines
archéologiques, il y a toujours quelque
chose à voir », dit Alain Reynaud.
Avec Martin Palisse, de Nexon, venu
à Alba en confrère, ils ne programment
pas tout à fait les mêmes types de spectacles. Question de sensibilité, d’âge, de
formation. Outre le jongleur Jérôme
JEANPHILIPPE
L
ARIANE BAVELIER
£@arianebavelier
À Alba-la-Romaine (Ardèche), on a pu découvrir Sous la toile de Jheronimus, le nouveau spectacle des Colporteurs.
Thomas, qui achève sa résidence à
Nexon, Palisse programme pour ce
mois d’août les Rasposo, Chloé Moglia,
Maroussia Diaz Verbèke : « Surtout des
femmes, cette année, car j’aime les partis
pris radicaux, et, pour exister aujourd’hui en tant qu’artiste quand on est une
femme, il faut être radicale », souligne
Martin Palisse, qui veut que Nexon soit
« élitiste et populaire, tirant tout le monde vers le haut ». Reynaud, lui, professe
une programmation ouverte et populaire que l’on retrouvera parfois au fil
des festivals cet été ou même à la rentrée : les Colporteurs, Trottola, le Groupe acrobatique de Tanger… et une très
belle découverte, la Compagnie des
Plumés.
Les spectateurs sur le gril
En 2009, Diane Dugard sauve deux poules du couteau et leur apprend à jouer de
la musique. Juan Cocho la rejoint. Ils
montent Prends-en de la graine, un premier succès. Voler dans les plumes file la
veine, tendre, drôle, délicieusement
inattendue. Les cocottes se sont multipliées et ont accepté qu’un chien de berger les rejoigne au casting. Derrière la
scène bordée d’une télévision où passe
de temps en temps un dessin animé
montrant en claymotion des poulets
dans tous leurs états, y compris rôtis, un
encadrement est ménagé. La petite
troupe y organise sa parade, ses exploits
vrais et faux, jouant avec l’idée du festin
qui met les spectateurs sur le gril. Le
chien de berger lui-même se met à table, et la magie s’en mêle. C’est un régal !
À Alba, on a pu découvrir aussi le
nouveau spectacle des Colporteurs, qui
tournera dans plusieurs villes à la rentrée. La troupe, qui avait posé son chapiteau derrière le terrain de football, se
frotte cette fois à Jérôme Bosch avec
Sous la toile de Jheronimus. Les images
passent. Certaines sont fortes : les pre-
miers passages d’Agathe sur son fil,
coiffée de créatures empruntées au
peintre, l’arrivée de quelques monstres
inventés dans un corps à corps avec des
objets, les beautés du paradis, le tumulte de l’enfer. On reste cependant dans
l’illustration, sans entrer dans une nouvelle dimension. Après Blanca Li, les
Sept Doigts de la Main viennent d’en
faire les frais avec Bosch Dreams : il
n’est pas si facile de pénétrer dans
Le Jardin des délices. Autre sensation, le
groupe acrobatique de Tanger mis en
scène par deux artistes de la compagnie
XY, qui, avec 22 acrobates voltigeurs,
avaient signé le merveilleux Il n’est pas
encore minuit. Ils ont su se mettre au
diapason parfait de cette troupe bondissante et s’amusent de ses rivalités,
de ses rodomontades, de son génie des
percussions tout en libérant les performances extraordinaires des acrobates.
Le cirque Trottola est aussi de la partie estivale avec Campana. Titoune et
Bonaventure Gacon suivent leur voie,
dont on ne se lasse pas. Leur savoir de
clown donne à voir la condition humaine dans son âpreté. La leçon de philosophie qu’ils en tirent ouvre des horizons. Situé entre les airs que Titoune
traverse au trapèze et les dessous où les
artistes dégringolent et s’enterrent sous
une bouche d’égout. Campana livre une
réflexion magnifique et puissante sur le
temps, l’effort, l’apesanteur et la déraison où la nécessité de l’art du clown se
fait éblouissante. ■
La Route du Sirque, à Nexon,
du 6 au 25 août.
Les Trottola, au Festival d’Aurillac,
du 18 au 25 août, puis aux Deux Scènes
à Besançon du 9 au 24 octobre,
puis du 23 novembre au 15 décembre
au Centquatre à Paris.
Les Colporteurs, du 12 au 14 octobre,
au Théâtre Firmin Gémier d’Antony.
Magistrale !
EMMA
THOMPSON
STANLEY
TUCCI
Télérama
FIONN
WHITEHEAD
Un magnificat au sommet
UN JOUR UN FESTIVAL Valloire baroque célèbre
Monteverdi en y associant la création contemporaine.
es adeptes de la petite reine
connaissent Valloire comme
étape du Tour de France. Mais
la station savoyarde, passage
incontournable du col du Galibier, ne fut pas que le théâtre des exploits d’Eddy Merckx. « Elle abrite une
église baroque somptueusement décorée, aux gypseries et au retable monumental, qui fut sauvée de la destruction
à la Révolution par ses habitants », explique Gaël de Kerret. L’ancien contre-ténor est, depuis 2010, le directeur
artistique du Festival Valloire baroque.
Née sous l’impulsion de Dominique
Longchamp, ancien ingénieur General
Electrics passionné de baroque et de
montagne, la manifestation et ses cinquante bénévoles illustrent avec détermination ce pan d’histoire savoyarde. Mais aussi la miraculeuse richesse
du maillage musical de notre territoire. Chaque été se pressent ici les
meilleurs ensembles baroques.
L
« Une œuvre nouvelle »
Cette édition ne déroge pas à la règle,
qui aura vu sur une semaine la venue
des Paladins de Jérôme Correas, Leonardo Garcia Alarcon et sa Cappella
Mediterranea, ou La Fenice de Jean
Tubéry. Ce soir, c’est un ensemble un
peu particulier qui investira l’église
dédiée à Notre-Dame de l’Assomption : les Solistes XXI, dirigés par
Christophe Grapperon. Spécialisés
aussi bien dans les musiques anciennes
que la création contemporaine, ces
derniers donneront en miroir le magnificat des Vêpres à la Vierge de Monteverdi, et un nouveau magnificat
commandé au compositeur Jean-Paul
Holstein. Une première pour le festival. « Nous ne voulions pas un festival
qui se répète d’année en année, mais une
couleur propre à chaque édition, autour
d’un thème, poursuit Gaël de Kerret.
Cette année, on rend hommage à Monteverdi, dont l’œuvre fait le pont entre la
Renaissance et le baroque. Pour illustrer
comment il va de Palestrina vers des horizons nouveaux, il nous a semblé judicieux de passer commande d’une œuvre
nouvelle. » Une démarche dans laquelle s’est tout de suite reconnu Holstein.
Le compositeur, familier de l’écriture contrapunctique qu’il enseigna durant trente ans au Conservatoire de
Paris, dit vouloir s’inscrire dans un
mouvement de renaissance de la musique modale en France « Après des décennies de dictature des musiques sérielles et atonales, on assiste au retour
de la musique vocale collective et d’inspiration sacrée. » Elle prendra ce soir la
forme d’une œuvre « bâtie sur le même
modèle que le madrigal de Monteverdi,
reprenant ses motifs mélodiques et rythmiques les plus évidents… », le tout habillé d’un emballage harmonique qui
ne craint pas les dissonances, mais
s’efforce d’être aussi fidèle à Monteverdi qu’à notre époque. ■
Festival Valloire baroque (73) : jusqu’au
1er août. www.festivalvalloirebaroque.com
My
Lady
Pour elle, seul compte
l’intérêt de l’enfant
Un film de
Richard Eyre
A
THIERRY HILLÉRITEAU £@thilleriteau
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lundi 30 juillet 2018 LE FIGARO
14
L’ÉTÉ DU FIGARO
L’ÉTÉ
1/6
ÉMILIE FAURE
efaure@lefigaro.fr
Décembre 2011,
Rockefeller Plaza
à New York. Une
vente exceptionnelle,
organisée
par Christie’s, met
aux enchères les
bijoux
d’Elizabeth
Taylor (voir interview
ci-dessous). La star est
décédée six mois plus tôt, à
Los Angeles, à 79 ans. Le plus
beau des joyaux au catalogue ?
La Peregrina, aussi appelée la
Vagabonde. Une perle fine merveilleuse de 50,56 carats suspendue à une bélière en diamants et
montée par Cartier sur un collier
en platine composé d’un double
rang de cinquante-sept perles
fines, de quatre perles de culture,
de dix rubis et d’une poignée de
diamants. Estimé entre 2 000 000
et 3 000 000 dollars, le collier est
adjugé à 11 842 500 dollars, soit un
record du monde pour une gemme de ce genre.
1579, golfe du Panama, île de
Santa Margarita. Un esclave africain découvre une perle, en forme
de poire et d’un volume hors norme, dans un coquillage si petit
qu’il semble ne rien contenir.
C’est alors la plus grosse perle jamais trouvée et il l’échange contre
sa liberté. « La singularité de la
Peregrina réside dans sa matière
extraordinaire, raconte Pierre
Rainero, directeur de l’image, du
style et du patrimoine de Cartier.
Son poids, sa forme en font une découverte majeure. Toutes les perles
n’exercent pas la même fascination, mais celle-ci est unique. Elle
est emblématique des trouvailles de
cette région du Panama au
XVIe siècle. Elle raconte l’histoire
de la découverte de l’Amérique. »
A
1
« Une double confusion »
On retrouve sa trace dans les registres de La Casa de Indias, l’institution en charge de répertorier
les départs des marchandises des
colonies vers l’Espagne. Préemptée par Rodolphe II de Habsbourg,
elle lui échappe et atterrit dans les
coffres de Philippe II d’Espagne en
1582. La légende raconte qu’il
aurait fait cadeau du joyau à Marie
Tudor… Or Bloody Mary, morte en
1559, soit vingt ans avant la découverte de la Peregrina, n’aura
pas eu l’heur de la porter… « Il y a
eu une double confusion, décrypte
David Warren, directeur international du département joaillerie de
Christie’s. La première vient d’un
tableau de Hans Eworth, conservé
à la National Portrait Gallery à
Londres sur lequel Marie Tudor
porte une perle en forme de poire
qui ressemble à la nôtre, or cette
peinture est datée de 1554, vingtcinq ans avant que l’esclave ne la
trouve. La seconde erreur provient
du livre The Book of Pearls de
Kunz, de 1908, pris comme référence par les joailliers de l’époque
où l’auteur attribue le poids d’une
autre perle - la Pelerina - à la
Peregrina ! »
La Pelerina, rebaptisée Perle de
Marie Tudor (pour éviter la confusion), s’est vendue 155 000 livres
aux enchères, à Londres, en 2013.
La Peregrina, quant à elle, reste
donc dans la famille royale
d’Espagne jusqu’au début du
XIXe siècle. Propriété du roi, les
reines successives (Marguerite
[
Pierres sa
pierres macurées,
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provenant
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Le Figaro br
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La Peregrina,
une perle royale
à Hollywood
Découverte au XVIe siècle par
un esclave au Panama, cette perle
extraordinaire portée par neuf rois
d’Espagne a failli être perdue
deux fois par une duchesse anglaise
et finir dans la gueule
d’un pékinois…
50,56
d’Autriche,
Élisabeth
de
France, Marianne d’Autriche…) obtiennent juste le droit de
la porter. Entre chaque passation
de couronne, elle retrouve son
écrin, un œuf en or qui la préserve
de la déshydratation, et est soumise à une pesée, histoire de s’assurer qu’elle n’a pas été remplacée
par une fausse…
1808, Espagne. Joseph Bonaparte (frère aîné de Napoléon Ier)
prend la tête du pays. Cinq ans
plus tard, suite à la défaite des
troupes françaises lors de la bataille de Vitoria, il s’enfuit en
France et emporte avec lui le
joyau de la couronne. Il meurt en
1844, son testament mentionne
que la perle revient à la reine
consort Hortense de Beauharnais… qui la transmet à son
fils Napoléon III… qui la
vend au futur duc d’Abercorn en 1848… qui en fait cadeau à son épouse Louisa
Hamilton. Mrs Hamilton aurait
égaré puis retrouvé le bijou à
deux reprises, entre les coussins
d’un canapé du château de Windsor puis lors d’un bal à Buckingham.
Obsédé par l’idée de faire revenir la perle sur le sol espagnol et
de l’offrir à sa femme, la reine
Victoria, Alphonse XIII se fait escroquer au début des années 1900.
« Le roi lui a probablement dit : “La
voilà ta Peregrina !”, avance David Warren. Mais les archives
prouvent qu’il n’en était rien, la
leur avait une forme plus allongée.
Apparemment, la Peregrina n’était
pas destinée à retourner sur la péninsule ibérique… »
1969, New York. La Vagabonde
est mise en vente chez Sotheby’s
par la famille Hamilton. Richard
Burton
l’acquiert
pour
37 000 dollars - une bouchée de
pain. Et l’offre à Elizabeth Taylor.
Ce que la star écrit, à son propos,
dans son livre My Love Affair with
Jewelry (2002) est hilarant :
« J’étais en tournage à Las Vegas.
Richard venait d’acheter la Peregrina aux enchères, et Ward Landrigan de Sotheby’s avait fait le
voyage de New York pour nous
l’apporter. Je faisais les cent pas
dans notre suite du Caesar’s Palace
et je voulais crier ma joie […], me
jeter à son cou et l’embrasser mais
il était d’une humeur de chien. Soudain j’ai touché mon décolleté et la
perle n’était plus là. […] Je me suis
jetée sur le lit, cachant ma tête dans
l’oreiller pour crier. Prudemment,
j’ai retracé mes pas […],
je me suis mise à quatre
pattes pour regarder sous le lit.
Rien. […] J’ai vu mon petit pékinois
blanc et celui de Richard avec leurs
chiots autour de la gamelle. L’un
d’eux mâchait un os, mais nous
n’en donnions pas à nos chiens ! Je
me suis retenue de hurler. » Vous
l’aurez deviné, le petit chien mâchouillait la plus vieille perle au
monde, elle s’était décrochée de
sa fine chaîne, mais - miracle ! sortit de sa gueule intacte…
« Une alchimie entre une
femme et une gemme »
À la lecture du livret qui accompagne l’achat, Liz Taylor découvre ses origines et décide
d’offrir une nouvelle monture à la mesure du bijou.
En 1972, elle se rend chez
Cartier. « Elizabeth Taylor
a souhaité que nous montions la Peregrina sur un bijou typique du XVIe siècle
poursuit Rainero. Elle faisait référence aux tableaux des grands
maîtres espagnols figurant les
membres de la famille royale couverts de perles panaméennes. »
Après avoir créé plusieurs bijoux
pour Marilyn Monroe, Al Durante,
le dessinateur en charge du projet,
se réjouit de travailler pour
Mrs Taylor. Au terme de trois entrevues, il finalise le gouaché
conforme à un collier du XVIe siècle au détail près qu’il aurait dû,
carats
Un poids exceptionnel
pour une perle fine
37000
dollars
Le prix payé par Richard
Burton, aux enchères chez
Sotheby’s à New York,
en 1969
11842 500
dollars
Le prix de la Peregrina
vendue par Christie’s
à New-York en 2011,
lors de la vente
des bijoux de Liz Taylor
par cohérence historique, être façonné en or mais la star l’a préféré
en platine. « Liz était anglaise, depuis son enfance, elle devait avoir
en tête cette image de Cartier,
britannique,
joaillier de la couronne britannique
poursuit M. Rainero. Toutes les
pierres importantes, historiques,
qui sont passées entre ses mains,
ont été, à sa demande, montées sur
des parures de notre maison. » Les
photos de l’actrice portant le bijou
sont nombreuses, elle aimait le
toucher sensuel des perles. Et ce,
jusqu’à ses dernières apparitions
publiques.
Aujourd’hui ? Depuis sa vente
en 2011, la Peregrina a rejoint une
collection particulière dont on
ignore le propriétaire - secret professionnel oblige. « Un bijou est
créé pour vivre, conclut M. Rainero. Mrs Taylor le portait tout le
temps et en cela, elle le rendait vivant. Cela peut sembler paradoxal
pour un directeur du patrimoine,
mais je préfère savoir la Peregrina
chez un particulier que dans un musée. Il y a une alchimie entre une
femme et une gemme, une magie qui
n’opère pas dans une vitrine. » ■
RETROUVEZ DEMAIN:
Le Koh-i-Noor,
un diamant sanguinaire
DAVID WARREN
DIRECTEUR INTERNATIONAL DU DÉPARTEMENT JOAILLERIE DE CHRISTIE’S
Elle s’est vendue en 10 minutes !»
En quoi la Peregrina est-elle
exceptionnelle ?
Collier en perles fines,
diamants et rubis autour
de la Peregrina (en gros
plan, à droite). Liz Taylor
porte sa célèbre perle,
offerte par Richard
Burton, ici montée sur
une simple chaîne.
ED/CHRISTIES/CAMERAPRESS/
CW/G19, EVE ARNOLD /
MAGNUM, BETTMANN/
BETTMANN ARCHIVE,
DAVID WARREN/CHRISTIES
Par sa taille, sa forme, son poids,
son lustre, sa couleur. Tous ces paramètres se révèlent extraordinaires et le temps n’a pas altéré sa
beauté. Ils concourent à en faire
une perle d’exception, simplement
parfaite.
Pourquoi avoir poussé
les recherches sur son origine ?
Je travaille chez Christie’s depuis
quarante-deux ans et j’ai passé la
majeure partie de ma carrière à
étudier les perles. Face à la confusion existant entre la Peregrina et
la Pelegrina, rebaptisée ensuite
Perle de Marie Tudor, j’ai eu envie
de tirer cette histoire au clair. Mes
recherches m’ont mené en Espagne où j’ai eu accès aux archives de
la famille royale ainsi qu’aux archives nationales, j’ai pu examiner les
toiles de maîtres du Prado sur lesquelles figurent de nombreuses
perles du Panama du XVIe siècle. Et
enfin mettre un terme à toutes les
erreurs véhiculées par les textes
anciens.
Racontez-nous
sa mise en vente, en 2011.
Mémorable ! En amont de cette
vente aux enchères des bijoux
d’Elizabeth Taylor, je suis allé montrer les lots aux potentiels acquéreurs à Dubaï, en Espagne, en An-
gleterre, en Russie… Le jour de la
vente, le 13 décembre 2011 à New
York, la queue faisait le tour du pâté
de maison. Nous étions 90 experts
de Christie’s, en smoking, à prendre
les ordres au téléphone. Il y avait un
monde fou, au premier étage, nous
avons réussi à asseoir 1 500 personnes, et 500 au second. Les bagues de fiançailles offertes par Richard Burton, estimées entre 5000
et 7000 dollars, ont dépassé le million. La Peregrina, estimée entre
2 000 000 et 3 000 000 dollars, a
atteint 11 800 000 dollars en moins
de dix minutes, soit 300 fois plus
cher que le prix auquel Richard
Burton l’avait achetée en 1969.
PROPOS RECUEILLIS PAR É. F.
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lundi 30 juillet 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
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commémoration
Montlouis-sur-Loire
(Indre-et-Loire).
Anne Fond,
son épouse,
Stéphanie et Charles Fond,
ses enfants,
Raphaël Athané,
son gendre,
Baptiste, Rémi, Arthur Athané,
ses petits-enfants,
Jean-Pierre
Hache-Carré de Lusançay,
son époux,
Christian-Yves, Alexandra
et Camille,
ses enfants,
Olivia, Raphaël et Valentine,
ses petits-enfants,
ainsi que toute la famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Dominique FOND
vous font part du décès de
Brigitte CARRÉ de LUSANÇAY
chevalier
de l'ordre national du Mérite.
L'inhumation de l'urne
aura lieu le vendredi 3 août,
à 16 heures, au cimetière
de Beaulieu-sous-la-Roche
(Vendée).
4, place Sainte-Anne,
44640 Vue.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Agnès Deloche de Noyelle,
sa compagne,
Béatrice
François-Martin Bonnemoy,
Corinne et Luc
Merle d'Aubigné,
Laurent et Anne-Isabelle
François-Martin,
ses enfants,
en pensée avec
leur mère « Floty » (†)
et leur frère,
Hervé François-Martin (†),
Françoise Dècle,
son épouse,
François et Catherine Dècle,
Sophie et Pascal Maurel,
Delphine et Régis Corpet,
ses enfants,
ses dix petits-enfants,
les familles Dècle, Ronteix,
Belben, Jaulneau et Aubert
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jean-Louis
FRANÇOIS-MARTIN
le 25 juillet 2018,
dans sa 88e année.
chevalier
de la Légion d'honneur,
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mercredi
1er août, à 10 h 30, en l'église
Sainte-Odile, à Paris (17e).
magistrat honoraire,
ancien avocat
à la cour d'appel de Paris,
ancien secrétaire
de la Conférence,
survenu le 23 juillet 2018,
à l'âge de 90 ans.
convoi n° 58
le mardi 31 juillet 2018,
à 12 heures,
au Mémorial de la Shoah,
17, rue Geoffroy-l'Asnier,
Paris (4e).
Les noms des déportés
du convoi n° 58
seront lus à cette occasion.
Renseignements :
téléphone : 01 53 01 17 18,
courriel :
lieux@memorialdelashoah.org
deuils
Olivier Audéoud,
Michèle et Philippe Gallard,
ses enfants,
Julien, Dominique, Sébastien,
Mélanie et Pierre,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants,
Gérard Nafilyan,
son frère,
ont la douleur
de vous faire part
du décès accidentel de
Renée AUDÉOUD
née Nafilyan,
le mercredi 25 juillet 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mardi 31 juillet,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Thomas-d'Aquin,
Paris (7e),
suivie de l'inhumation à 12 h 30,
au cimetière parisien
de Bagneux.
Cet avis tient lieu de faire-part.
10, rue de la Chaise, 75007 Paris.
Mme Paul Litton,
née Nicole Foulon,
son épouse,
Yves Litton,
Isabelle Jouan-Litton
et Jean-Alain,
ses enfants,
Florent Previtali et Sophie,
Laure Litton,
Antoine Litton et Emilie,
Diane Penfrat-Leroyer
et Julien,
Henry Leroyer et Nathalie,
Maïwenn Jouan,
ses petits-enfants,
Elisa, Cali, Silas, Camille,
Auxence,
ses arrière-petits-enfants,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Paul LITTON
pharmacien,
pharmacien-colonel honoraire,
officier
de l'ordre national du Mérite,
survenu en son domicile,
le 26 juillet 2018,
dans sa 93e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 31 juillet, à 10 h 15,
en l'église Saint-Martin
de Bourdonné (Yvelines),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Bourdonné.
7, place de la Tour,
78550 Houdan.
ses 12 petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Une cérémonie rappellera la
mémoire des mille déportés du
partis, il y a 75 ans,
du camp de Drancy
pour le camp d'extermination
d'Auschwitz-Birkenau,
survenu le 25 juillet 2018,
à l'âge de 71 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Sainte-Anne,
à Vue (Loire-Atlantique),
le mercredi 1er août, à 10 h 30.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le jeudi 2 août 2018,
à 10 h 30, en la cathédrale
Saint-Gatien, à Tours.
Michel DÈCLE
Commémoration de la
déportation des Juifs de France
par l'association
Les Fils et Filles
des Déportés Juifs de France
et le Mémorial de la Shoah,
avec le soutien de la Fondation
pour la Mémoire de la Shoah.
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
15
Un culte d'action de grâce
a été célébré
au temple protestant
de Millau (Aveyron),
le mardi 31 juillet 2018.
Nous sommes priés d'annoncer
le décès de
Jacqueline DELETANG
née de Geyer d'Orth,
De la part de ses enfants
Je lève les yeux
vers les montagnes,
d'où me viendra le secours.
Psaume 121.
Paris.
Colette Di Matteo Lablaude,
son épouse,
Pauline Hertzog,
sa fille,
Louis Lablaude,
son fils,
Careen et Claire Hertzog,
Matthieu et Camille Dollfus,
ses beaux-enfants,
ont l'immense douleur
de vous faire part du décès de
survenu le 26 juillet 2018,
à l'âge de 97 ans.
Pierre André LABLAUDE
M. et Mme Hubert Heilbronn,
son frère et sa belle-sœur,
Mme Didier Heilbronn,
sa belle-sœur,
Mme Annie Flesselles
et ses enfants
architecte en chef
des Monuments historiques,
inspecteur général honoraire
des Monuments historiques,
M. et Mme Gilles Tahier,
M. Gilles Hertzog,
ses beaux-frères et belle-sœur,
Charles, François, Anne
et Laurence Heilbronn,
Abel Peraudin,
Tancrede et Paola Hertzog,
ses neveux et nièces,
leurs conjoints et leurs enfants
chevalier
de la Légion d'honneur,
commandeur dans l'ordre
des Arts et des Lettres,
chevalier dans l'ordre
du Mérite agricole,
grand croix de l'ordre
de Mouni Seraphon,
survenu à Versailles,
le 26 juillet 2018.
ont la tristesse
de faire part du décès de
La cérémonie d'obsèques
aura lieu le mercredi 1er août,
à 11 heures,
en l'église Notre-Dame
de Versailles.
Florence DOLLFUS
née Heilbronn,
survenu le 28 juillet 2018,
à l'âge de 78 ans,
à Quincy-sous-Sénart.
Nantes.
Mme Marie LORFRAY
née Angebeaud,
veuve de
M. Jean Lorfray
est entrée dans la Lumière
du Seigneur dans sa 105e année.
Alain et Françoise Lorfray,
Nelly et Jean-Pierre Jeissou,
Chantal et Pierre (†) Degenne,
ses enfants,
Eric e t Nathalie Lorfray,
Olivia, Victor, Flavie, Octave,
Caroline Lorfray,
Romane,
Alexandre et Astrid Jeissou,
Marie-Léa, Arthur, Louis,
Elodie Jeissou
et Matthieu Le Mellec,
Clara-Zélie,
Thibault, Antoine Petit Frère,
Pierre Marie, Camille, Charles
Degenne,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
vous remercient de vos prières.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 31 juillet 2018,
à 10 heures, en la paroisse
Sainte-Thérèse de Nantes,
suivie de l'inhumation
au cimetière de
Vigneux-de-Bretagne.
Mme Lorfray repose à la
Maison funéraire du Parc,
7, chemin de la Justice,
à Nantes.
La famille remercie l'ensemble
du personnel soignant
de La Cerisaie
pour sa bienveillance
et son dévouement.
Christiane Pighetti de Rivasso,
sa mère,
Maëlia et Frédéric Dufour,
Olivier et Isabelle
Pighetti de Rivasso,
Nathalie Pighetti de Rivasso,
et leurs enfants
ont la tristesse
de faire part du décès de
Cécile PIGHETTI de RIVASSO
survenu le 26 juillet 2018,
à Paris, dans sa 60e année.
Les obsèques auront lieu
au cimetière de Crisenoy
(Seine-et-Marne),
le mercredi 1er août 2018,
à 16 heures.
Catherine Pégard,
présidente du
château de Versailles
et l'ensemble
des collaborateurs
de l'Établissement public
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Pierre André LABLAUDE
Souvenirs, Messes...
Partagez le souvenir d’un être cher dans le carnet du jour
architecte en chef
des Monuments historiques
au château de Versailles
de 1990 à 2012,
et s'associent à la peine
de sa femme,
Colette Di Matteo Lablaude,
et de son fils Louis.
Il fut le grand artisan
de la restauration
des jardins de Versailles
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi 1er août,
à 11 heures, en l'église
Saint-Roch, à Paris (1er).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Eric ( †)et Marie-Geneviève
Schmit,
Agnès et Alain Woimant,
Christine et Eric
Suisse de Sainte Claire,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
les familles François, Robert,
Jambu Merlin et Tissier
ont la profonde tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Marie-Christine SCHMIT
© Gettyimages
née François,
Mlle Christine Leleu,
sa sœur,
M. et Mme Nicolas Leleu,
son frère et sa belle-sœur,
ses neveux et nièces
à l'âge de 88 ans,
le 26 juillet 2018, à Paris.
vous font part
du rappel à Dieu de
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi 31 juillet,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, Paris (16e),
suivie de l'inhumation
dans l'intimité familiale.
Mlle Martine LELEU
Tél. 01 56 52 27 27 • Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
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le 26 juillet 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mardi 31 juillet,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Ferdinand-des-Ternes,
Paris (17e).
Elle rejoint son époux André
et son fils Eric.
Philippe et Isabelle,
Guilaine,
Eric e t Pauline,
ses enfants et belles-filles,
ses 13 petits-enfants
et son arrière-petit-fils
Recevez
Le FigaRo
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jacques de RIEDMATTEN
engagé volontaire à 17 ans
dans la 2e DB
du général Leclerc,
« ne me dites pas
que c'est impossible »,
chaque jouR
chez vous
survenu le 24 juillet 2018,
dans sa 91e année.
La bénédiction religieuse
aura lieu le mardi 31 juillet,
à 10 heures, en l'église
Saint-Antoine-de-Padoue
du Chesnay.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Lyon. Perrex (Ain).
M. Bernard Sonnier,
son époux,
Véronique et Vincent Gevin,
Fabienne et François Bordat,
Christine Sonnier,
Laurence et Jean-Marc
Guichard,
ses filles et ses gendres,
Clémentine, Paul, Marine,
Léa, Charlotte,
ses petits-enfants
et leurs conjoints,
Mme Yves Painchaux,
sa sœur,
Mme Jacques Douge,
sa belle-sœur,
et toute leur famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Monique SONNIER
Recevez Le Figaro
du lundi au samedi,
accompagné des suppléments
et des magazines du week-end.
née Douge,
survenu le 26 juillet 2018.
Le cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 1er août, à 10 h 30,
en l'église de Perrex,
suivie de l'inhumation
dans le cimetière familial.
Cet avis tient lieu de faire-part.
« Orlamonde »,
223, route de Vonnas,
01540 Perrex.
Nantes, Drefféac
(Loire-Atlantique).
6 mois
209s
au lieu de 473,20E
La vicomtesse Jacques
URVOY de PORTZAMPARC
née Yvonne
Martin de Baudinière,
est entrée
dans la Paix du Seigneur
et l'espérance de la Résurrection
le 27 juillet 2018.
55% de réduction
sur le prix de vente
en kiosque.
De la part de
ses belles-sœurs,
ses beaux-enfants,
ses neveux et nièces.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi 31 juillet,
à 14 heures, en la chapelle de la
maison de retraite Saint-Joseph,
63, rue Gaston-Turpin, Nantes,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Drefféac.
La famille préfère aux fleurs
et aux plaques, des dons pour
des messes ainsi que des prières.
Le marquis et la marquise
de Vasselot de Régné,
le vicomte et la vicomtesse
Louis-René
de Lesquen du Plessis-Casso,
le comte et la comtesse
Michel de Vasselot de Régné,
le comte et la comtesse
Jacques de Vasselot de Régné,
le comte et la comtesse
Ghislain de Vasselot de Régné,
le général et la comtesse
Philippe de Vasselot de Régné,
le vicomte et la vicomtesse
Olivier Huon de Kermadec,
le lieutenant-colonel
et la comtesse
Gabriel de Vasselot de Régné,
M. et Mme Gilles Tresca,
ses enfants et beaux-enfants,
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Nom :
Prénom :
Adresse :
ses 46 petits-enfants,
leurs épouses et leurs époux,
ses 94 arrière-petits-enfants,
Code postal :
Mlle Odile
de Vasselot de Régné,
sa belle-sœur,
sa très dévouée Alice Puyboufat
E-mail :
ont la très grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
marquise
de VASSELOT de RÉGNÉ
née Jeanne-Marie de Curel,
chevalier
de la Légion d'honneur,
médaille d'or
de la Famille française,
à « Régné », le 28 juillet 2018,
dans sa 100e année, munie
des sacrements de l'Église.
Cet avis tient lieu de faire-part.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi 31 juillet,
à 15 heures, en l'abbatiale
de Saint-Maixent-l'École,
suivie de l'inhumation
dans le cimetière de Souvigné
(Deux-Sèvres).
6, rue Gustave-Nadaud,
75016 Paris.
Une messe sera célébrée
ultérieurement à Paris.
Ville :
Tél. :
Je joins mon règlement par :
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lundi 30 juillet 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
16
Le grand blond en avant
Un portrait de Pierre Richard en auteur et en acteur qui a donné un nouveau souffle au burlesque français.
i le documentaire de Grégory
Monro s’intitule Pierre Richard,
le discret, ce n’est pas par distraction. Mais notre célèbre
comique est aussi discret que
distrait, et le film tire alternativement
les deux fils. En créant son personnage
du Distrait, en 1970, Pierre Richard ne
s’attendait pas à attirer les foules. Il
s’étonne de voir des files d’attente devant les cinémas, suppose que c’est pour un
autre film. Qui voudrait
voir un inconnu aux
grandes jambes élasti○○¡¡
ques et à l’air ahuri
s’emmêler dans des cartons et des idées
farfelues ? À 36 ans, il joue déjà depuis
une dizaine d’années sur scène. La vocation lui est venue en découvrant la
fantaisie bondissante de Danny Kaye. Il
partage avec lui une souplesse de dan-
S
+ @ SUR LE WEB
seur et on apprendra au passage que
Maurice Béjart voulait l’engager – mais
il choisit de former au cabaret un duo
burlesque avec Victor Lanoux, en première partie de Georges Brassens.
Avec sa grâce maladroite, l’acteur et
réalisateur Dominique Abel le voit
« comme un flamant rose ». Un clown
qui, comme tous les clowns, passe sa
vie à tomber et se relever. Sa lutte avec
le hamac dans Les Malheurs d’Alfred raconte ses démêlés naïfs avec le monde.
« Sont très intéressants chez les gens les
défauts, bredouille-t-il dans une interview. Il ne faut pas
les soigner. » Il n’aime
pas « les gens péremptoires », préfère « les
hésitants ». S’il s’avoue
inquiet, inadapté, complexé, il a un avantage : « Je m’en sers. »
Il en fait son art et son charme.
Yves Robert, qui l’a fait tourner
dans Alexandre le bienheureux (1968),
lui conseille de prendre lui-même la
caméra. Dans les années 1970, à l’heu-
Grand Blond avec une chaussure noire),
Lautner, Zidi, Oury et Francis Veber
(La Chèvre, Les Compères, les Fugitifs,
avec Depardieu). Ce fils de famille
contestataire (mais le film n’évoque
pas son admiration pour le Che)
triomphe dans la comédie bourgeoise,
note un critique.
De nombreux intervenants éclairent
le parcours de ce comique longtemps
plus célébré à l’étranger qu’en France,
notamment dans les pays de l’Est à
l’ère communiste, où il apportait « une
sorte de liberté et de joie ». Dans les fêtes, les enfants se déguisaient en Pierre
Richard ! Les commentaires sont parfois trop brefs ou un peu répétitifs,
l’analyse pourrait être plus poussée.
Mais la mise en scène est charmante.
Elle est ponctuée d’extraits de films,
d’interviews passées et d’apparitions
ludiques du Pierre Richard octogénaire
d’aujourd’hui, d’une fantaisie élégante. Ce discret distrait traverse le temps
sans s’appesantir, léger comme un
nuage. ■
KEVIN MICHEL
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
LUNDI
22.35
Pierre Richard a longtemps été plus célébré à l’étranger qu’en France, notamment dans
les pays de l’Est à l’ère communiste, où il apportait « une sorte de liberté et de joie ».
re où Tati s’éloigne, « il fait redémarrer le burlesque » avec Le Distrait, Les
Malheurs d’Alfred, Je sais rien mais je
dirai tout, Je suis timide mais je me soi-
gne. Il est populaire comme auteuracteur, mais ne deviendra vraiment
star qu’en « prêtant son personnage »
à divers réalisateurs : Yves Robert (Le
» La série « Supergirl » accueille une héroïne transgenre » Tex viré des « Z’amours » : la faute grave reconnue par les prud’hommes www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Juliette
Soleil : Lever 06h21 - Coucher 21h32 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.55 Nos chers
voisins. Série. Avec M. Lamotte.
18.40 N’oubliez pas les paroles !
Jeu 20.00 20 heures 20.50 Parents
mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Laurent Kerusoré.
21.00
20.55
20.55
Série. Comédie
Série. Policière
Film. Policier
19.40 Suburgatory. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
17
21.00 Appels d’urgence
Magazine. Société. 1h00. Urgences
à Montpellier : le Samu sous tension. À Montpellier, les médecins de
l’urgence n’ont qu’une obsession :
arriver au plus vite sur les lieux.
50
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17
19
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22.00 Appels d’urgence. Magazine.
Société.
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15
20
Joséphine,
ange gardien
15
Major Crimes
Un monde parfait
Fra. Saison 16. Avec M. Mathy, M.
Mazé. Belle-mère, belle-fille (1 et
2/2). Joséphine vient en aide à une
professeure de danse rejetée par
les enfants de son nouvel amoureux.
EU. Saison 5. Avec Mary McDonnell, G. W. Bailey, Michael Paul
Chan. 2 épisodes. Inédits. L’équipe
découvre un mort découpé en morceaux et brûlé dans un barbecue
dans un parc.
EU. 1993. Réal. : Clint Eastwood.
2h15. Avec Clint Eastwood, Kevin
Costner, Laura Dern, T. J. Lowther.
Un criminel en fuite prend en otage
un jeune garçon avec lequel il noue
une relation quasi paternelle.
20.55 Jeanne Poisson,
marquise de Pompadour (2/2)
23.05 New York, unité spéciale
22.25 Major Crimes Série. Poli-
Série. Policière. 4 épisodes. Avec
Christopher Meloni.
cière 23.55 Mensonges. Série 1.25
Au rythme de la vie. Feuilleton.
23.20 Soir/3 23.50 Mathieu Riboulet, écrivain Doc. 0.50 Je ne
veux pas être paysan. Doc.
22.30 C dans l’air 23.40 Avis de sorties 23.50 Nus & culottés. Série doc.
22
18
19.00 Silence, ça pousse ! 20.00 La
famille loup & moi 20.50 Vu
18
23
16
22
Film TV. Historique. Fra. 2006. Réal. :
Robin Davis. 1h30. Avec Hélène de
Fougerolles. «La Pompadour» n’est
plus la favorite du roi.
24
22
17
20
24
23
23
10
24
APRÈS-MIDI
28
40
27
27
19.45 Flash pap’ (C) 20.10 Rendezvous avec Kevin Razy (C) 20.25
Groland le Zapoï (C). Divertissement.
19.00 En passant par... Série doc.
19.45Arte journal 20.0528 minutes
20.45 La minute vieille. Série.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu. Présentation : Stéphane Plaza 19.45 Le
19.45 20.25 En famille. Série.
21.00
20.50
21.00
Série. Drame
Film. Comédie
Film. Comédie musicale
28
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21
23
34
31
27
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26
20.55 Crimes spécial
Magazine. Société. 1h55. Ils ont fait
trembler la France. Inédit. Au sommaire : «Guy Georges : une traque
interminable» - «Émile Louis : le
boucher de l’Yonne».
32
28
25
19.25Les incroyables aventures de
Nabilla et Thomas en Australie
30
23
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22.50 Crimes à la frontière italienne
0.40 Crimes au bord de la Manche
39
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27
32
29
31
10
37
19.10 Appalaches rebelles : la fièvre
du ginseng. Série documentaire.
Guyane
Fra. Saison 1. Avec Olivier Rabourdin,
Mathieu Spinosi, Issaka Sawadogo,
Anne Suarez. 2 épisodes. Un mercenaire sanguinaire et une redoutable
tueuse s’emparent du camp. Louis
en fait les frais.
La moutarde me monte Mamma Mia !
EU. 2007. Réal. : Phyllida
au nez
Fra. 1974. Réal. : C. Zidi. 1h45. Avec
Pierre Richard, Jane Birkin. Professeur de mathématiques, Pierre
Durois doit bâcler ses cours pour
honorer d’autres engagements.
Lloyd.
1h50. Avec Meryl Streep, Colin Firth,
Pierce Brosnan, Amanda Seyfried.
À la veille de son mariage, Sophie
contacte trois hommes dont l’un
pourrait bien être son père.
22.45 21 cm Mag. Prés. : Augustin
22.35 Pierre Richard, le discret
23.00 La robe de ma vie Diver-
Trapenard. Invité : Sylvain Tesson
23.40 Corporate. Film. Thriller.
Doc. 23.30 Meurtres ? Film. Drame
1.15 Lueurs dans l’obscurité. Doc.
tissement. Prés. : C. Cordula 1.35
Legends. Série. Au nom de la liberté.
29
T (en °c)
20.50 Australie Express
1h40. Locomotive Vintage. Inédit.
Un train de 1,5 km de long transporte
une cargaison de minerai de fer dans
un environnement dangereux. Rencontre inattendue. Inédit.
22.30 Australie Express. Téléréalité
23.20 Méga convois. Série doc.
<-10 à 0
18.55Les rois de la réno. Pousser les
murs - Chérie, j’ai rétréci la maison.
MARDI
21.00 Kaamelott
A
19.05 Alerte Cobra. Série. Les jeux
sont faits - L’art de la guerre.
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55 La petite histoire de France
19.05 Touche pas à mon poste !
Divertissement. Best of.
21.00 Les canons de Navarone
21.00 L’amour par défauts
21.00 Don Camillo en Russie
Film. Guerre. GB. 1961. Réal. : J. Lee
Thompson. 2h30. Avec G. Peck.
Durant la Seconde Guerre mondiale,
un commando allié doit détruire une
batterie de canons allemands.
Jeu. 1h50. Minda. Inédit. Dans cette
nouvelle émission, c’est Magalie,
dite «Minda», qui recherche l’amour.
À 40 ans, elle est maman de deux
filles de 8 et 7 ans.
Film. Comédie. Fra-Ital. 1965. NB.
Réal. : L. Comencini. 1h50. Avec Fernandel. Peppone organise un jumelage avec un village russe. Déguisé,
Don Camillo l’accompagne en URSS.
23.4590’ enquêtes. Magazine. Présentation : Carole Rousseau.
22.50 Relooking extrême : spécial
obésité. Kathie et Josh (1 et 2/2).
23.00 Don Camillo Monseigneur.
Film. Comédie. Avec Fernandel.
Série. Comédie. Fra. 2005. Saison 1.
Avec Alexandre Astier. Ve siècle, en
Bretagne. Le royaume de Kaamelott s’organise autour du roi Arthur
à la recherche du Saint Graal.
22.30 Kaamelott. Série. Avec Audrey Fleurot, Alexandre Astier.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
26/32
24/30
20/32
20/27
18/23
19/28
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
MERCREDI
27/35
14/22
16/26
20/28
15/26
17/27
18/30
26/33
22/33
24/33
18/26
19/31
28/35
JEUDI
16/24
23/32
20/27
21/27
19/26
23/31
18/29
12/17
24/34
26/37
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
20/27
17/22
10 à 20 20 à 30 30 à >40
19/29
17/29
19/33
26/35
26/36
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LE FIGARO
lundi 30 juillet 2018
JEUX DE L'ÉTÉ
17
SU DO KU
TAKUZU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
FAcile
grille 553
0
1
0
2595
3 5
0
1
grille
1
0
1
0
1
0
9
3
0
0
1
1
0
6
5 4
0
1
0
0
0
0
0
0
0
9
FAcile
7 1
7
4 2 1
8
8
7
2 4 5 3 6
5
9
3
8 5 6
4
3 1
9
ACTINIUM
ABRÉGÉ
FIN DU
FLEUVE
HÉROS
À URI
2
1
L’EAU DE LA
FONTAINE
COIFFURE
VOLUMINEUSE
IL EST
CHAUD
ET SABLONNEUX
TRACE SUR
UN VIEUX
POT
ÉVITE DE
PRENDRE
L’EAU
IMPAIR
CARACTÉRISER
RETOURNANT
ACCORD
DU CHEF
CIL OU
CHEVEU
PENCHA
POUR
CLOCHE DU
BÉTAIL
CORRIGÉ
FABRIQUE
DE
MINISTRES
TRAITÉE
AU BLOC
PETITS
GROUPES
ÉTANG
LIGUE
DE BASKETBALL
ARTISTES
DEUX À
OSTIE
LARGE
PASSAGE
GROSSES
BÊTISES
ELLE EST
CERNÉE
PAR LES
EAUX
APERÇU
ÉCHELLE
DE PHOTOGRAPHE
BIEN ROULÉ
PIQÛRE À
RÉACTION
C’EST LE 83
CELA
GRÈVE UN
TOTAL
DE L’EAU
OCTROYER
FAMILLE
QUE L’ON
SE CHOISIT
PROBLÈME N° 4791
HORIZONTALEMENT
1. F e z t o u t c o m m e . - 2. H a b ti u é e a u x
m a n œ u v r e s . - 3. P l a c é e n z o n e d ’ a m é n a g e m e n t . - 4. L ’ h a b ti q u i f a ti l e m o i n e . - 5.
M o n t e c h e z l e s C o r s e s . O ff e r t a u p u b l ic .
- 6. D r o ti d ’ u t i l i s a t i o n . C o u r s d e D o l l a r t .
- 7.I l e n f a l l a ti q u a t r e p o u r u n e p e s e t a .
E s t l e p a t r o n o u f a ti p a r t i e d u p e r s o n n e l .
- 8. A m n é s i e p a r t i e l l e . A r m e d e l é g i o n n a ri e .
- 9. P o i n t e x t r ê m e . O n n e p e u t p a s y
f a ri e t e n ri b e a u c o u p d e p l a n c h e s . - 10.
A s s a s s i n é p a r u n V i l l a i n . - 11. N e p r e n d
j a m a i s d e p e t ti - d é j e u n e r . B l o c é c l a t é .
- 12. M o t e u r s s e c r e t s .
VERTICALEMENT
1. T a p a it s o u v e n t d a n s l a c a i s s e . - 2.
I ls n e d é p a r e i l l e r o n t p a s d a n s la c o r b e i l l e
à c ô t é d e s f r u ti s d e l a p a s s i o n . - 3. E n v o y a
p r o m e n e r . P r ê t s à t o m b e r . - 4. C o u l e à
M e a u x . S e d ti d e s o v a ri e s d ’ u n e fl e u r
l o r s q u ’ i l s s o n t s it u é s a u - d e s s u s d e s
p é t a l e s . - 5. S t a n d a r d p o u r R o c k e f e l l e r .
D e s c h i ff r e s o u u n e l e t t r e . - 6. T o u j o u r s
p r e m i e r m a i s j a m a i s e n t ê t e . O n e n c o n n a tî
u n r a y o n . - 7. C o m m u n a u t é é l a r g i e . G a g n é
p a r la c o r r u p t i o n . C a n o n is é e t a b r é g é .
- 8. D i s p o s ti i o n s q u i n e m a n q u e n t p a s
d e p iq u a n t .
Par
ParVincent
Louis Morand
Labbé
1
2
3
4
5
6
7
8
1
BRIDGE
PROBLÈME N° 2881 :
Comme la peste
2
3
4
5
6 5 4
R V 2
4 5 6 78
6 4 3
O
7
R
A
R
A
9
10
11
12
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4789
HORIZONTALEMENT 1.J o h n F o r d . - 2. O r e i l l e r .
- 3. S t u k a . V a . - 4. E h . À - c o u p . - 5. P o t . D é s . - 6.
H g I. s e . - 7. K r a f t I. o . - 8. E a u . E s r u . - 9. S p r i n t e s .
- 10. S h o o t o n s . - 11. E i n . O r é e . - 12. L e t t r é e s .
VERTICALEMENT 1. J o s e p h K e s s e l . - 2.
O r t h o g r a p h i e . - 3. H e u . A u r o n t . - 4. N i k a .If .I o .
- 5. F l a c ! S t e n t o r . - 6. O L . O d e . S t o r e . - 7.
R e v u e .Ir é n é e . - 8. D r a p s - h o u s s e s .
S
P
T I N I
O R E R
T E
A
N A T
R E
E
E
T R
I N E
N
T A
P A L
A U
E
X
P R
E D I T
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F E
A
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C C
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M E
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Q U
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S T
A
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P
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L
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L
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T
A
C L
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S A
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P
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S
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S
O R
L I
S A
I
R
E
S
E
N
T
E
T
R
U
E
L
L
E
S
Mots
léchés
0 0 1 1 0 0 1 0 1 1
0 1 0 1 0 1 1 0 0 1
Takuzu
1 1 0 0 1 1 0 1 0 0
grille
552
6
4
8
1
3
5
7
2
9
5
9
2
8
7
4
1
3
6
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2880 :
Pas si nécessaire
Contrat : S u d j o u e 4 Piques.
La séquence (Pers. vuln.) : O u e s t o u v r e d e $, E s t s o u t i e n t
e n b a r r a g e à 3 , S u d i n t e r v i e n t à 3 e t N o r d c o n c l u t
à 4 .
Entame : 3 d e p o u r l e R o i d ’ E s t p r i s d e l ’ A s . S u r l ’ A s
d e , O u e s t f o u r n ti l a D a m e e t E s t l e 4 .
2
1
9
7
6
8
4
5
3
2593
7
3
1
6
2
9
8
5
4
2
8
5
9
4
3
6
1
7
9
6
7
2
1
8
3
4
5
3
1
4
7
5
6
2
9
8
4
2
6
5
8
1
9
7
3
1
5
9
3
6
7
4
8
2
8
7
3
4
9
2
5
6
1
7
3
4
8
1
6
2
9
5
9
2
1
6
3
7
5
8
4
6
5
8
1
2
4
7
3
9
4
7
3
5
8
9
6
1
2
2594
3
4
6
9
5
1
8
2
7
8
9
2
3
7
5
1
4
6
1
6
5
4
9
2
3
7
8
MOTS COUPÉS
Mots
coupés
cAncer - cAncre cAnner - cAnoPe cAnTer - cAnTon cArcAn - cArrer cArTer - cArTon cerner - cerTes créner - créPon dicTer - dicTon éPucer - éPurer oPérer - PisTer PisTon - Poncer PonTer - PonTon sAucer - sAuner sAurer - sAuTer Tercer - Terrer TesTer - Tonner volcAn - volTer.
Par Arthur Gary
Assemblez les huit groupes de trois lettres deux
par deux pour former au moins dix mots de six
lettres. Un même groupe de lettres peut être
utilisé plusieurs fois pour des mots diférents.
B O U
C E R
E T A
F O R
G E R
L A N
L O N
M E R
N
6
8
I
N
I
N
T
E
R
R
O
M
P
U
1 0 1 0 1 0 1 1 0 0
5
8
7
2
4
3
9
6
1
FORME
DE RÉSISTANCE
MOTS CROISÉS
S
A
C L E M E
A M E L
E M P R U
L E S
B O O M
P I E T
C E
N A
R A T I
C A R
E
T A C
B I S E A
O
N I
A N G E L
grille
MARQUE LA
LIAISON
ARBRE
VERT
CE QUI
EXISTE
MORDUS
2
SOLUTIONS DES JEUX
DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
grille
QUI NE CÈDE
PAS FACILEMENT
VOITURE
COUPÉE
4 6
Sudoku
ERBIUM
AU LABO
DIVISION
DU YEN
CLASSEMENT
CONTRÔLE
ANCIEN
PROTECTEUR
6
4 7
5
1 1 0 0 1 0 0 1 0 1
DESCENDRE
ŒUVRE
LYRIQUE
4
1 0 0 1 0 1 0 1 1 0
DÉLICATESSE
PROCÉDER
À UNE INSCRIPTION
2
0 0 1 1 0 0 1 1 0 1
LE MOI
DU PSY
ARRÊT EN
CHEMIN
NOTRE RÉPUBLIQUE
BASE DE TIR
3
1 0 1 1 0 0 1 0 1 0
CYCLES
PLACER
BOUCHER
HERMÉTIQUEMENT
9
0 1 1 0 1 1 0 0 1 0
YVES OU
MICHEL
PRIVÉ DE
CROCS
CHOSE
PRÉCIEUSE
3
6
0 1 0 0 1 1 0 0 1 1
RIVIÈRE
PASSANT
À RENNES
MISERA
ENTRE
L’EST ET
LE SUD
QUI
VIENNENT
DE LA LUNE
DISCOURS
FLATTEUR
LANIÈRE
FIXÉE AU
HARNAIS
BASE DE
DÉPART
1 6
9
1
8 2
ANCÊTRE
DE LA
VACHE
GÉNÉRAL
C’EST LA
CRÈME
TRÈS
ATTENTIFS
eXPerT
9
3 5
4
5
8
7
6
Par Diane Monfort
ESPRIT
HUMAIN
BARRE DE
PORTE
ACADÉMIES
2596
7
7 4
4
MOTS FLÉCHÉS N° 2036
EN ÉTAT
DE PRIÈRE
IRRITATIONS
grille
E
S
7 3
7 6 5 4
3 2
R
Contrat : S u d j o u e
4 Cœurs.
Entame : V a l e t d e p o u r
v o t r e A s ( le 2 e n E s t) .
L a l i g n e d e j e u q u i v i e n t t o u t d e s u ti e à l ’ e s p r ti e s t d e p u r g e r
l e d e r n i e r a t o u t , p u is d e j o u e r p o u r la D a m e q u i t i e n t
( c o n d ti i o n a p p a r e m m e n t n é c e s s a ri e ) , A s d e e t p o u r
la D a m e a ffi c h é e d ’ O u e s t , r é c la m a n t v o t r e c o n t r a t a p r è s
c e t t e r e m i s e e n m a i n i m p a r a b l e . E n e ff e t , l ’ o u v r e u r d o ti
r e j o u e r s o u s s o n A s o u ( p a s d e s o u c )i o u e n c o r e e n c o u p e e t d é f a u s s e . A c c o r d e z - v o u s 9 s u r $%& M a i s p o u r
a v o ri l e d r o ti à $% s u r $%' i l c o n v i e n t d e r e j e t e r l ’ i m p a s s e
i m m é d i a t e à . M o n t e z a u m o r t a u 7 d e e t encaissez
l’As de , s é c u r ti é g r a t u ti e c o n t r e l e R o i s e c e n E s t I. c i , v o u s
t o u c h e z l e j a c k p o t . S i l e R o i n ’ a p p a r a tî p a s , r e t o u r n e z
e n m a in à l ’a t o u t e t j o u e z v e r s la D a m e . O u e s t in t e r c a le
R o i ( o u f ) e t e n c a i s s e s a D a m e d e . Q u e l q u e s o it
s o n n o m bre d e R 8 7 5
( d e u x , t r o is o u q u a t r e ) ,
7 4
i l n e p e u t q u e v o u s l i7 2
v r e r la d i x iè m e le v é e .
A D 6 5 4
S ’ i l r e s s o rt à ( i l e n D
6 4
N
a v a it q u a t r e ) p o u r l a ( )* + , R 9 6 2
O E )* . + , / D a m e d u m o rt , c o u p e z A D V
S
R
u n e t r e t o u r n e z a u 0 )* + 1
2 0 )* . - 3
m o r t a u R o i d ’a t o u t
A V
p o u r r é c u p é r e r le 6 d e
R 6
a ff r a n c h i .
9 3 2
1
2
3
4
5
6
7
8
9
A
Remplir la grille avec les chifres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
10
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lundi 30 juillet 2018 LE FIGARO
18
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
Villes fantôm
es
]
Elles peuvent
être le fruit de
le témoin d’u
projets immo
n passé révolu
bil
ou d’un essor iers fous,
chassé par un
industriel
e nouvelle rév
olution. D’un
du monde à l’a
coin
utre, Le Figaro
de ces villes fan
dévoile les my
figées pour tou tômes hantées par leurs spe stères
ctr
jours ou qui att
endent de rev es,
ivre.
1/6
Pripiat, située à quelques kilomètres de Tchernobyl, abritait
les techniciens de la centrale qui a explosé le 26 avril 1986. AFP
des de bitume. Les résolutions du
22e Congrès du PCUS sont affichées dans le hall de l’école, tout
comme deux portraits de Marx et
Ce matin-là, le samedi 26 avril
d’Engels. Celui de Lénine gît au
1986, il faisait beau à Pripiat. Le
sol. Les jours précédant le 26 avril,
gymnase avec vue surplombante
les enfants apprenaient les verbes
sur la ville venait d’ouvrir ses pordu premier groupe de la gramtes. Il était l’une des fiertés de cetmaire russe, qui, à la différence du
te
cité
soviétique
modèle
français, sont intransitifs : « Je me
construite à dix kilomètres de
repose, tu te promènes »… Sur une
Tchernobyl, en même temps que
armoire, un cahier d’écolier a jusla centrale nucléaire, en 1970, du
tement gardé les traces de cette
temps de l’atome heureux et des
calligraphie enfantine. Un livre,
pionniers du nucléaire. « Forts,
titré L’Été des pionniers, débute
courageux, habiles », avait-on
par ces mots : « Le premier pays du
inscrit en lettres capitales sur le
monde du socialisme est devenu le
mur du terrain de hand-ball face à
premier pays du monde de l’enfanla baie vitrée. Le sport était l’une
ce heureuse. »
des mamelles de l’URSS et
Pripiat est restée figée
l’on feignait d’ignorer,
dans l’état où elle se
au nom de l’amitié
trouvait le 27 avril
du prolétariat qui
1986, lorsque ses
transcende les
50 000 habitants
nationalismes,
furent
évaPripiat
que
Pripiat
cués, trente
était ukraiheures après
nienne.
l’explosion
Trente-deux
du réacteur
ans plus tard,
numéro 4 de
le slogan est
la centrale.
toujours lisible
Ces derniers remais le verre des
çurent pour conimmenses fenêsigne de ne rien
tres s’est éparpillé,
emporter, et pour
laissant au-dessous un
promesse de revenir
vide béant. Deux arbres ont
dans trois jours. La première
poussé dans les jointures du parayant été respectée, à l’inverse de
quet à quelques mètres des cages.
la seconde, c’est dans un espaceAvec le temps, leurs branches
temps inédit que le visiteur de
sont promises à envahir l’espace.
2018 se retrouve brutalement
Dans la piscine contiguë - qui
transporté.
allait faire le plein par cette jourIl y a trente ans, l’école, le resnée de printemps -, des débris
taurant, le gymnase, les épiceries,
s’amoncellent au fond du bassin
le lac artificiel, les plaines de
mais les trois tremplins d’une
jeux… tous ces bâtiments étaient
couleur bleue fade sont restés deenserrés dans un quadrilatère
bout : un, trois et cinq mètres de
piétonnier, notamment formé par
hauteur. Des tags noirs décorent
la rue Kourtchatov - le père de
les parois. À la main droite en sorl’énergie atomique soviétique - et
tant, on s’approche des autos
la rue du Sergent-Lazarev, un
tamponneuses et de la grande
sous-officier de l’Armée rouge. Ce
roue, principale attraction de la
héros de l’ex-URSS, mort au
ville, construite juste avant l’accicombat en 1943, est enterré près
dent et qui n’a pas eu le temps
de Tchernobyl. Plus personne ne
d’être inaugurée. Il est interdit de
vient se recueillir sur sa tombe,
s’y asseoir et de s’y faire prendre
qui a d’ailleurs disparu. Il n’est
en photo : l’ennemi invisible est
plus possible d’identifier les rues à
redoutable. Plus dangereux qu’à la
l’œil nu, y compris l’artère princentrale même de Tchernobyl,
cipale, l’avenue Lénine, qui
distante de deux kilomètres et
conduit à un check-point et une
principale bénéficiaire des traguérite. Au-dessus d’une entrée
vaux de décontamination.
d’immeuble de huit étages, borL’enseigne de la compagnie
dée de ronces, on découvre une
Complexe, qui abrita des déchets
baignoire coincée entre deux
radioactifs après la catastrophe, a
branches d’arbre.
perdu deux de ses lettres géantes.
Les années passant, Pripiat a
Mais celle du restaurant central
adjoint à son statut de cité martyd’État est restée intacte, et pour
re du nucléaire et de ville fantôaller de l’une à l’autre on marche
me celui d’attraction touristique.
parmi les herbes folles et les banLors d’un premier déplacement
PIERRE AVRIL pavril@lefigaro.fr
A
1
CORRESPONDANT À MOSCOU
Pripiat,
la Pompéi
nucléaire
soviétique
La ville modèle est restée
figée dans le temps après
la catastrophe atomique
de Tchernobyl.
50 000
habitants
ont été évacués
le lendemain
de la catastrophe
de Tchernobyl
35 000
visiteurs
chaque année,
principalement des
touristes étrangers,
pour un prix variant
de 72 à 496 euros
en 2011, l’envoyé spécial du
Figaro avait pu longuement arpenter l’intérieur des bâtiments,
se pencher à ses risques et périls
au-dessus du vide, marcher au
milieu de la glace et des éclats de
verre. Cinq ans plus tard, lors
d’un second séjour, le visiteur
devait se contentait de rester
dans la rue, en rang serré. En
2018, les tour-opérateurs se
contentent d’effleurer Pripiat.
Spectacle émouvant
« L’intérieur des bâtiments, c’est
trop dangereux et en mauvais
état », justifie Elena, la représentante de Tchernobyl Tour,
l’une des compagnies spécialisées basées à Kiev, qui propose
des séjours dans la zone contaminée, d’une durée de un à cinq
jours, pour des prix variant de
72 à 496 euros (50 euros supplémentaires pour la traduction anglaise). Principalement des touristes étrangers, soit chaque
année quelque 35 000 visiteurs,
une fréquentation en hausse de…
350 % par rapport à 2012. Un rabais est proposé aux citoyens
ukrainiens et biélorusses mais
pas aux Russes, considérés de-
puis l’annexion de la Crimée
comme des étrangers.
Comme ses concurrentes,
Tchernobyl Tour loue des dosimètres à ses clients qui s’amusent
à les entendre sonner bruyamment près des endroits les plus
contaminés. Elle leur fait signer
un document qui la décharge de
toute responsabilité en cas de
complication médicale. Néanmoins, elle cherche à les rassurer : depuis la pose en novembre
2016 d’un sarcophage sur le réacteur numéro 4 de Tchernobyl qui
limite les fuites radioactives,
« vous recevrez en une journée
l’équivalent d’une dose correspondant à une heure de voyage en
avion, soit 3 600 fois moins que
lors d’une tomographie de tout le
corps», explique la brochure.
Les recoins parmi les plus fascinants de Pripiat sont désormais
soustraits à la vue. Ainsi cette
pièce jonchée de centaines de
masques de protection avec leurs
fameux embouts élastiques qui firent la notoriété des liquidateurs,
ces héros soviétiques qui arrivèrent dans les premiers jours de la
catastrophe. Plusieurs curiosités
ont été pillées. Reste le spectacle
si émouvant d’une ville où la nature a repris ses droits. Une peinture murale représentant un soldat bolchevique brandissant un
fusil s’est décolorée, mais le slogan est encore lisible : « Et toi, tu
t’es porté volontaire ? » Un arbre
s’est permis d’enrouler son tronc
autour d’une barrière métallique,
l’enserrant totalement. Les marches de l’escalier conduisant à
l’administration municipale, là
où on enregistrait les mariages et
les naissances, se sont disloquées.
Un bouleau rachitique s’élance au
milieu.
« Autrefois, Pripiat était une ville
de contes, un petit coin de paradis.
Je l’ai vue se construire devant mes
yeux et je connaissais chacune de
ses maisons. Mais aujourd’hui, tout
ceci est mort », raconte Nikolaï
Zakablouk, qui a habité de 1975 à
1986 au cinquième étage du
24, rue Lessia-Oukraïnka, du nom
d’une poétesse ukrainienne morte
en 1913. Cet ancien électricien se
rappelle de l’odeur de l’iode qui l’a
saisi à la bouche lorsque, à peine
descendu du car, il prit son poste à
la centrale le samedi matin à
7 h 30. Il se souvient, le soir, à son
retour à Pripiat, de la rumeur qui
courait dans la ville, des habitants
insouciants ou incrédules.
Dans les mois qui suivirent la
catastrophe, Nikolaï reçut pour
mission d’isoler les trois réacteurs
sains du réacteur numéro 4. Avec
sa famille, il déménagea à dix kilomètres de la ville. La première
fois qu’il retourna à son domicile,
sept ans après, son appartement
était « tout propre comme si quelqu’un l’avait nettoyé ». Cette vision « était agréable, bien que l’environnement fût très toxique », ditil. La fois suivante, l’entrée de son
immeuble était fermée. Il retournera encore trois fois à Pripiat jusqu’en 2006, « mais ça (le) rendait
malade. (Il a) alors décidé de ne
plus y retourner ».
Nikolaï Zakablouk a survécu, de
même qu’Anatoly Ligoun, un ancien liquidateur qui pelleta durant
un mois des tonnes de terre
contaminée. Visiteur occasionnel
de Pripiat, ce dernier se souvient
des magasins parfaitement achalandés, car destinés à la caste des
héros du nucléaire, et superpose à
cette image rayonnante celle
“
Autrefois, Pripiat
était une ville de
contes, un petit coin
de paradis
”
NIKOLAÏ ZAKABLOUK,
HABITANT DE PRIPIAT DE 1975 À 1986
d’une ville déserte où il pénétra le
2 juin pour entamer sa périlleuse
mission. « Maintenant, on rencontre des chiens errants et la végétation est si dense qu’il faut s’élever
au-dessus de la ville pour l’observer », explique Anatoly.
Pripiat est ainsi condamnée à
l’engloutissement, et ce ne sont
pas les séjours éclairs des touristes
qui changeront son destin. En revanche, la ville voisine de Tchernobyl héberge 1 500 ouvriers liés à
la centrale. L’église du XVIe siècle
y a été rénovée et l’histoire sainte
du lieu enseigne que le 26 avril
1976, dix ans avant, Dieu envoya
le signe de la tragédie à venir.
À l’intérieur, une icône représente
le « sauveur de Tchernobyl ». Elle
aurait été dessinée sur les instructions d’un ancien ingénieur de la
centrale, Iouri Andreev. Gravement irradié, ce fervent communiste aurait assisté à cette scène
pieuse lors d’un songe comateux.
Une manière pour l’Église ukrainienne de signifier que Tchernobyl survivra. Et que Pripiat, née
soviétique, disparaîtra à tout jamais, comme son époque. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Lavasa, une ville privée
se mue en cité
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LE FIGARO
lundi 30 juillet 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
CHRONIQUE
Nicolas Baverez
£@NicolasBaverez
Jupiter doit se réinventer
affaire Benalla marque
un tournant
dans le quinquennat
d’Emmanuel Macron.
Le bilan de la politique
conduite depuis
son élection reste largement positif.
La dynamique de la réforme s’est imposée.
La flexibilité du marché du travail
et le début de normalisation de la fiscalité
des entreprises et du capital ont ranimé
l’activité. L’attractivité de la France
a été confortée au moment où le Brexit
L’
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
ENTRE GUILLEMETS
30 juillet 1830 :
Louis-Philippe
d’Orléans régent.
Louis-Philippe
Nous cherchons
à nous tenir
dans un juste milieu
également éloigné
des excès
du pouvoir
populaire
et des abus
du pouvoir royal
»
RUE DES ARCHIVES/PVDE
19
et les populismes affaiblissent nombre
de démocraties. L’éducation a engagé
sa transformation, de l’école primaire
aux universités. La confiance des Français
a été rétablie et l’image de la France
en Europe et dans le monde restaurée.
Mais le système de pouvoir est
profondément dysfonctionnel, donnant
raison à Lord Acton qui soulignait
que « le pouvoir corrompt ; le pouvoir
absolu corrompt absolument ».
Le comportement d’Alexandre Benalla
ne peut être réduit à une dérive
personnelle. Il met en cause l’organisation
de l’État, les principes qui gouvernent
l’ordre public et le crédit que les Français
peuvent accorder à ceux qui en exercent
la responsabilité. La crise est majeure. Elle
jette une lumière crue sur l’interprétation
insoutenable de la Ve République faite
par Emmanuel Macron : un autoritarisme
et une hyper-concentration des décisions
à l’Élysée inégalés ; la toute-puissance
d’une technocratie dont auditions
et enquêtes soulignent la perte
de compétences et d’éthique ;
le choix volontaire de gouvernants,
de parlementaires et de responsables
administratifs faibles, notamment
dans le domaine régalien ; le refus de tout
contre-pouvoir et le mépris affiché pour
la société civile ; le gouvernement en vase
clos d’un aréopage de jeunes courtisans
sûrs d’eux-mêmes et dominateurs.
Tout ceci crée un régime
où les mécanismes de l’État de droit
sont désarmés et où la tentation de l’abus
de pouvoir est permanente, inaugurée
par la démission forcée du général
Pierre de Villiers. Simultanément,
trop de pouvoir tue le pouvoir, annihilant
la capacité d’anticiper et de gérer
les crises. L’affaire Benalla, qui a vu se
succéder le déni, la sidération, la panique
puis la surexposition du président, reste
un cas d’école de naufrage dans l’action
comme dans la communication. La chance
veut qu’elle affecte le fonctionnement de
l’État à son plus haut niveau mais n’engage
pas l’intérêt national. De ce point de vue,
elle constitue un avertissement sans frais
dont toutes les leçons doivent être tirées.
Le mode d’organisation et d’exercice
du pouvoir contribue en effet
à l’insuffisance des résultats obtenus
et à l’accumulation d’un lourd passif
politique qui menacent le redressement
de notre pays. Sur le plan économique,
la compétitivité des entreprises continue
à se dégrader ; le chômage repart
à la hausse, touchant près de 6 millions
de personnes ; les dépenses et la dette
publiques poursuivent leur course folle.
Sur le plan de la nation, l’immigration
et l’islam demeurent des angles morts,
en attente d’une stratégie. Le projet
de refondation de l’Union européenne
et de la zone euro a été tué dans l’œuf
par l’onde de choc populiste qui a touché
l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie ainsi
que par l’alignement de l’Europe centrale
et orientale autour de la démocratie
illibérale. Enfin, le pari de nouer
une relation particulière avec Donald
Trump pour contenir le tournant
protectionniste et unilatéraliste des ÉtatsUnis a spectaculairement échoué.
Cet été meurtrier représente donc
une occasion inespérée pour Emmanuel
Macron de remettre son quinquennat
sur de bons rails. Et ce d’autant
que les bouleversements inouïs
du monde rendent caducs de larges pans
de son projet présidentiel.
Le moment français n’est pas perdu.
Emmanuel Macron dispose encore
d’une chance pour réformer la France
et s’affirmer comme le leader de l’Europe
et d’une certaine idée de la liberté.
Mais cela implique de sa part un examen
de conscience et une profonde remise
en question de sa stratégie et de sa
méthode afin de renouer le fil coupé de son
quinquennat. La posture du « en même
temps », très efficace durant la campagne,
devient contre-productive dans
un environnement qui s’est terriblement
durci : présider, c’est désormais choisir
des valeurs et une ligne politique claire.
La priorité doit être donnée à la
modernisation du modèle français qui
ne viendra pas de la croissance mondiale
ou de l’Europe mais ne peut être réalisée
que de l’intérieur. L’heure n’est plus
à la multiplication des images et des
discours à l’étranger mais à la réponse aux
attentes concrètes des Français en matière
de revenus, d’emplois, d’éducation, de
santé et de sécurité, de baisse des impôts
et des dépenses publiques afin de lutter
contre les causes profondes du populisme.
Pour cela, il est essentiel de réinvestir
dans l’État régalien, totalement sinistré,
et d’accepter l’existence de contrepouvoir, ce qui implique l’abandon
des projets inutiles et dangereux
de révision constitutionnelle guidée
par l’antiparlementarisme ou de loi sur les
« fake news ». Le dialogue doit aussi être
rétabli avec la société civile, les élus
et les territoires, les France périphériques
dont la colère peut à tout moment
dégénérer en violences. En bref,
l’inévitable renouvellement des hommes
ne sera efficace que s’il s’inscrit
dans un profond changement d’état
d’esprit : on ne réforme pas seul
contre tous un pays comme la France.
Emmanuel Macron est plus que jamais
investi d’une responsabilité historique :
il constitue l’ultime chance de moderniser
la France avant qu’elle ne bascule
dans l’extrémisme, dont le risque
est d’autant plus élevé que les forces
politiques traditionnelles ont été détruites.
Emmanuel Macron a été l’homme d’une
élection introuvable ; il lui reste à devenir
l’homme de la nation. Il lui faut pour cela
rompre avec le bon plaisir du prince pour
renouer avec les devoirs de sa charge et le
mandat réformateur reçu des Français.
L’affaire Benalla renforce
l’image autoritaire du macronisme
e cet événement inédit,
inattendu et imprévisible
dans son développement,
l’affaire dite Benalla,
plusieurs effets dans
l’opinion apparaissent
probables. On ne voit guère comment
l’image d’Emmanuel Macron en serait
améliorée auprès du grand public. Il est
à l’inverse concevable que le trouble
soit grand parmi les membres de la police
et de la gendarmerie. Il est enfin certain
que la grande difficulté manifestée
par le parti du pouvoir durant
cette épreuve fait réfléchir bien des élus
tentés de le rejoindre. Au-delà d’effets
d’opinion notables mais limités, cette crise
inachevée constitue aussi un moment
de vérité pour le macronisme dans
son rapport au libéralisme. Tout semble
en effet indiquer qu’après en avoir
développé le volet économique
et abordé le volet culturel, il s’éloigne
de sa dimension politique.
Il faut tout d’abord, pour considérer
l’impact de l’affaire Benalla, rappeler
qu’elle survient dans un contexte
d’opinion très particulier, correspondant
à un net affaiblissement de la position
d’Emmanuel Macron. Un sondage BVA
réalisé après la Coupe du monde révélait
une impopularité grandissante
du président de la République, 59 % des
Français en ayant une mauvaise opinion.
Ainsi, alors qu’était acquise la victoire
du pouvoir sur le mouvement de
contestation sociale,
avec l’effilochement
de la grève à la SNCF
et la mise en déroute
de la stratégie de
Pour le politologue, fondateur de Polling Vox,
« convergence des
la séquence tumultueuse fissure le « récit »
luttes », Emmanuel
macronien de la verticalité du pouvoir.
Macron ne recueillait
pas dans l’opinion
Il analyse ses effets sur l’opinion.
» Lire aussi PAGE 4
D
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directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
publique les fruits de sa victoire politique,
pas plus qu’il ne détournait à son profit
celle de l’équipe de France. En outre, les
sympathisants LR, jusque-là divisés à son
sujet, basculaient majoritairement dans un
jugement négatif, comme s’ils se sentaient
enfin libérés de l’obligation politique
de soutenir l’exécutif face aux syndicats
et à la gauche radicale. Emmanuel Macron
conservait donc la défiance de ceux qui se
sentent les perdants de sa politique sociale,
tout en voyant s’affaiblir la confiance
parmi les tenants d’une politique libérale.
La réaction des Français à l’affaire
elle-même est connue. Un récent sondage
indiquait que, pour les trois quarts
des Français comme pour les deux tiers
des électeurs d’Emmanuel Macron,
l’affaire avait un impact négatif sur l’image
qu’ils se font de celui-ci. Pour une fois
dans ce quinquennat, on ne constate pas
de différence significative de jugement liée
à la catégorie sociale. Ceci souligne
que l’enjeu pour l’opinion publique
est bien la manière d’exercer le pouvoir,
et non la politique suivie par lui.
Par ailleurs, une étude Ipsos montrait
l’impact naturellement très négatif des
premiers développements de l’affaire
sur la cote présidentielle, laquelle
entretient la montée d’une défiance
à l’égard d’Emmanuel Macron
qu’elle n’a cependant pas créée.
L’affaire Benalla intervient donc
en un moment où le macronisme traverse
une crise politique dans l’opinion. En effet,
Emmanuel Macron a été élu sur une
double promesse : administrer un choc
libéral à la société française, d’une part,
contrer la montée en puissance
des populismes, d’autre part. Au bout
d’un an, ces deux chantiers semblent
bien engagés, l’opposition syndicale étant
écrasée, La France insoumise ramenée
à son tropisme minoritaire de gauche,
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
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Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
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(Politique, Société, Débats Opinions)
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Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
et le Front national entravé par des
moyens nouveaux. Or, loin de temporiser,
l’exécutif poursuit son renforcement
politique, au-delà des attributions
très larges que lui donne la Ve République.
Plus précisément, avec la loi contre
les supposées « fake news » et la réforme
constitutionnelle annoncée, ce sont
les médias et le Parlement qui sont
interpellés. Sensible dans les milieux
directement concernés par cette offensive,
le trouble transparaît plus largement
dans l’opinion, qui entretient une relation
ambivalente avec l’affirmation
de l’autorité présidentielle.
Les études d’opinion, par exemple
celles commanditées par le Cevipof,
montrent une défiance assez générale
par rapport aux institutions politiques,
présidence de la République incluse,
mais un attachement aux grands piliers
de l’État, à commencer par les forces
de l’ordre, le système de santé et l’école.
Plus généralement, ils soutiennent
toutes les structures qui évitent
la dislocation sociale. Ils attendent donc
du président de la République qu’il soit
un chef, et qu’il y ait un État, sans
que les deux se confondent. C’est d’ailleurs
pourquoi ils sanctionnent la tentation
récurrente des présidents de la République
de céder à leur « bon plaisir »,
en privatisant à leur bénéfice personnel
les moyens qui résultent de leur fonction.
En conséquence, l’assertion
que les Français voudraient un « roi » pour
les diriger est très abusive et trompeuse.
Souhaiter un bon fonctionnement
des institutions n’a pas grand-chose
à voir avec vouloir la subversion
de celles-ci par la volonté d’un seul.
Un tel projet, sous une forme
républicaine, n’aurait le soutien ni de ceux
qui s’opposent aux objectifs mêmes
du projet réformateur macronien
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et qui n’ont aucune raison de souhaiter
qu’il puisse l’appliquer sans entrave,
ni de ceux qui, tout en étant favorables
à plus de libéralisme dans l’ordre
économique, souhaitent en conserver
un peu dans l’ordre politique. La base
importante mais toujours minoritaire dans
l’opinion du macronisme se fissure donc
sur la question des moyens politiques,
surtout quand l’adversaire semble battu
et qu’aucun péril ne paraît justifier
une radicalisation du pouvoir. À ce titre,
l’antienne si souvent reprise de l’efficacité
politique du « récit » macronien de la
verticalité du pouvoir n’est qu’un récit
sur le récit. Effectivement, parmi
les qualités reconnues par l’opinion
à Emmanuel Macron, il y a le fait de
disposer d’un cap, de diriger sans trembler
et de bien incarner la fonction. Cependant,
l’affaire Benalla menace ces atouts,
par le silence des premiers jours, par
le flottement de sa majorité, et enfin par ce
qui a été révélé de l’exercice du pouvoir.
Cette histoire de « récit » macronien de
la verticalité n’explique pas grand-chose
de la vie politique actuelle, au contraire de
l’exercice réel de l’autorité présidentielle
et des modifications concrètes apportées
au fonctionnement de la démocratie.
À l’inverse d’un simple épisode
de la communication élyséenne, nous
sommes sans doute à un moment décisif
non seulement du quinquennat, mais aussi
du système politique français. Depuis
quelques mois, les réformes annoncées
ne concernent plus seulement le droit
du travail et plus généralement
le fonctionnement de l’économie, mais
aussi le droit à l’information et l’équilibre
des pouvoirs. L’affaire Benalla aurait pu
contenir l’aspiration présidentielle
à une centralisation encore accrue
de l’autorité publique. Il semblerait
à l’inverse qu’elle en précipite la volonté.
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
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lundi 30 juillet 2018 LE FIGARO
20
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
Les rencontre
inattendues s
Rien ne les pré
disposai
1/6
SÉBASTIEN LAPAQUE
slapaque@lefigaro.f
En août 1978, César Luis Menotti,
le sélectionneur de l’équipe d’Argentine championne du monde
de football, a téléphoné à Jorge
Luis Borges pour convenir d’un
rendez-vous. L’écrivain était le
seul Argentin que la victoire sur
les Pays-Bas emmenés par Johnny Rep en finale au Stade Monumental de Buenos Aires avait
laissé indifférent. Quelle victoire,
pourtant ! Deux buts de Mario
Kempes et un troisième de Daniel
Bertoni, lors des prolongations.
Score final : 3 à 1. Après ce triomphe inespéré au début de la compétition, l’élégant Menotti était
célébré de Tucuman à la Patagonie à l’égal du général San
Martin.
Frêle comme un chat sauvage
mais fier comme un taureau de la
pampa, El Flaco, « Le Maigre »,
était vexé par l’indifférence affichée par Jorge Luis Borges, l’un
des maîtres de la littérature argentine au XXe siècle avec Julio
Cortazar et Adolfo Bioy Casares.
Sa philosophie du football lui
semblait pourtant être très exactement accordée à l’écriture borgesienne du monde : « Il est essentiel de concevoir un ordre pour
que la magie se développe. » Et
puis l’entraîneur connu pour ses
idées de gauche était curieux de
rencontrer ce conservateur qui
ne le prenait pas pour le sauveur
de la patrie.
“
Je suis étonné,
car César Luis Menotti
est un homme
très intelligent,
mais il a absolument
voulu que nous
parlions
de football
”
A
1
JORGE LUIS BORGES
L’auteur du Livre de sable a répondu à l’apôtre du beau jeu avec
amabilité, mais lui a recommandé de l’appeler une heure avant
leur rendez-vous, pour s’assurer
qu’il était encore bien en vie :
« Vous comprenez, j’ai près de
80 ans, à cet âge, on ne sait jamais. » Toute l’ironie borgesienne est dans cet avertissement.
Tandis qu’un homme adulé comme un dieu par 28 millions d’Argentins sollicitait une entrevue, il
lui a donné rendez-vous en lui
rappelant poliment sa propre
condition de mortel. Il aurait été
assez simple pour l’ancien directeur de la Bibliothèque nationale
de Buenos Aires d’éviter la
confrontation avec César Luis
Menotti, surtout pour parler de
football, un sujet qu’il détestait. Il
jurait qu’il ne comprenait rien
aux règles et qu’il aurait été plus
simple de distribuer vingt-deux
ballons afin d’éviter à tous ces
jeunes gens en pantalon court de
perdre une heure et demie à se
disputer la pelota sur le pré vert.
Borges n’était pas plus tendre
avec les autres sports. Il jugeait le
rugby trop brutal. « Le tennis et le
cricket sont insipides, mais plus
supportables. »
D’Argentine et d’Uruguay à la
fois, Borges, fils du Rio de la Plata, avait-il assisté à un match une
seule fois dans sa vie ? Il assurait
que non. Marié à l’une de ses
cousines, son confrère uruguayen Enrique Amorim soutenait le contraire. Dans les années
1920, ils auraient suivi ensemble
une rencontre Argentine-Uruguay, au stade Monumental de
Buenos Aires, qui s’est terminée
]
t à se croiser,
à converser,
à s’e
univers étaien stimer, tant leurs
t différents. Et
pourtant...
Né à Buenos Aires le 24 août 1899,
l’écrivain était âgé de 78 ans
quand la Coupe du monde
de football s’est disputée dans son
pays. Il avait déjà publié « Fictions »,
« L’Aleph », « L’Or des tigres »
et la plupart de ses grands livres.
sur le score de 0 à 0. À l’époque,
Borges voyait encore. À en croire
Amorim, Borges était pour l’Uruguay, mais uniquement pour que
son ami n’ait pas de chagrin en
sortant. Et Amorim, lui, supportait l’Argentine pour ne pas attrister Borges. On ne sait pas si
les deux hommes ont assisté à
toute la partie.
Questionné sur cet épisode
mystérieux contrariant sa légende, l’auteur de Fictions a juré
qu’ils s’étaient levés au bout
d’une demi-heure et avaient
quitté le stade, accablés d’ennui.
Quoi qu’il en soit, cette marque
de 0 à 0 à l’issue de l’unique rencontre de football à laquelle Borges aurait assisté lui convenait.
Un match sans but, sans vainqueur et sans vaincu. Le fait qu’il
y ait un gagnant et un perdant lui
était très désagréable. C’est en ce
sens qu’il expliquait que le football était conventionnel : la vie
est plus compliquée.
« La pire invention des Anglais », répétait-il à ses interlocuteurs. Il maudissait l’impérialisme anglais d’avoir répandu le
football à travers le monde. À
l’occasion du onzième championnat mondial de football organisé en Argentine, Jorge Luis
Borges a trouvé une merveilleuse
occasion de marquer son dédain
à l’égard du football – et sans
doute de la junte militaire du général Jorge Videla au pouvoir depuis 1976 avec le soutien des
États-Unis.
Dans l’après-midi du 2 juin
1978, à l’heure où l’équipe nationale argentine a disputé son premier match face à la Hongrie à
Buenos Aires, il a tenu une
conférence sur l’immortalité à
l’université de Belgrano. Cette
causerie est reprise dans le
tome II de ses Œuvres complètes
dans la « Pléiade ». On la lit en
imaginant l’écrivain aveugle
dans un grand amphithéâtre un
peu vide. Tous les Portègnes
étaient au stade, devant un écran
de télévision ou l’oreille collée
sur un poste de radio. Il était toujours compliqué pour l’auteur de
Ferveur de Buenos Aires de prendre la parole en public face à un
auditoire qu’il ne voyait pas. Et il
ne pouvait pas lire son texte. Il
improvisait
avec
beaucoup
d’aisance alors qu’il était très timide. Pour se donner du courage, il avait l’habitude de boire un
verre d’alcool avant de commencer. De l’alcool fort, mais
dans un petit verre.
Le 2 juin 1978, au stade Monumental, les Hongrois ont ouvert
le score à la 10e minute par Karoly Csapo. Sur le bord du terrain,
César Luis Menotti a serré les
poings. Poussés par 80 000 spectateurs, les Argentins ont réussi à
marquer deux fois, d’abord par
Leopoldo Luque, l’attaquant de
River Plate, puis par Daniel Bertoni, celui d’Independiente. À la
fin du match, les Hongrois éperonnés par Zoltan Kereki ont attaqué par vagues et essayé de déborder les Argentins par les ailes,
mais deux joueurs magyars ont
été expulsés par l’arbitre. La
marque en est resté à 2 à 1.
Pendant ce temps-là, à l’université de Belgrano, Borges examinait un problème fondamental
de la théologie devant des auditeurs rebelles : « L’immortalité est
dans la mémoire des autres et dans
l’œuvre que nous laissons. » On a
beau relire cette conférence avec
attention, on n’y trouve pas la
moindre allusion au match historique en train de se jouer au Stade
Né le 5 novembre 1938,
Monumental entre l’Argentine et
à Rosario comme Che Guevara la Hongrie. Sinon ceci, peutet Lionel Messi, il est devenu
être : « À tout instant nous somsélectionneur de l’équipe
mes au centre du temps. »
Un mois plus tard, l’Argentine
d’Argentine en 1974.
« Le foot, la pire
invention
des Anglais ! »
[
1978
]
Le grand écrivain argentin détestait
le football mais accepta de rencontrer
l’entraîneur des champions du monde.
est devenue championne du
monde de football. Quelque
temps après, Menotti a téléphoné
à Borges pour solliciter un entretien. Le vieil écrivain aurait pu
s’esquiver, mais ce n’était pas sa
manière. Il devait bien sentir que,
chacun dans leur genre, ils
étaient des dissidents de l’intérieur. Et puis la presse avait
ébruité l’affaire : tous les yeux
étaient braqués sur les deux
hommes. Borges avait l’esprit
farceur. Il a expliqué qu’il allait
affronter l’épreuve avec sérénité
et montrer qu’il était capable de
courage. Le jour venu, il a honoré
son rendez-vous en disant que la
seule personne qu’il craignait
était le dentiste.
Le lendemain, les journaux de
Buenos Aires ont rendu compte
de ce face-à-face aussi redoutable qu’une séance de tirs au but.
Les amateurs de football et les
amoureux de littérature se sont
précipités sur La Nacion pour savoir qui avait pris le dessus. « Je
suis étonné, car César Luis Menotti est un homme très intelligent,
mais il a absolument voulu que
nous parlions de football », s’est
amusé Jorge Luis Borges. Mais le
dandy Menotti était au niveau de
Borges au chapitre de l’élégance
goguenarde : « Le maître a été
clément, mais je crois qu’il ignorait qui j’étais. »
Plus tard, Menotti, qui conserve aujourd’hui encore une photographie de cette rencontre dans
son bureau, a eu l’occasion de
défendre son idée d’une conception borgesienne du football, expliquant que son idée du beau jeu
découlait de l’application d’un
principe énoncé par l’écrivain
lui-même : « L’ordre accompagne
l’aventure et l’aventure améliore
l’ordre. » Un plan de jeu retenu
par Pep Guardiola, le meilleur
disciple de César Luis Menotti,
avec le Barça de Lionel Messi.
“
Le maître
a été clément,
mais je crois
qu’il ignorait
qui j’étais !
”
CÉSAR LUIS MENOTTI
Borges est mort le 14 juin 1986,
à Genève, huit jours avant la
« main de Dieu » de Diego Armando Maradona face à l’Angleterre, qui a vengé l’orgueil de la
patrie blessée aux Malouines.
Après avoir battu l’Angleterre et
la Belgique, l’Argentine, désormais dirigée par Carlos Bilardo,
ancien de Boca Juniors et ennemi
personnel de César Luis Menotti,
a affronté l’Allemagne en finale
du treizième championnat du
monde de football.
À la 56e minute, le but de Valdano a mérité l’immortalité au
sens où l’entendait Borges : l’attaquant du Real Madrid a démarré balle au pied devant les buts
argentins, enchaîné avec Maradona et Burruchaga, récupéré le
ballon à l’autre bout du terrain et
trompé Schumacher d’un intérieur du droit. 2 à 1.
À neuf minutes de la fin, un but
de Rudi Völler a permis à la
Mannschaft d’égaliser. Il restait
cinq minutes à jouer lorsque Maradona, du pied gauche, a lancé
Burruchaga en profondeur. Une
frappe sèche à ras de terre a permis à l’Argentine de devenir
championne du monde de football pour la deuxième fois de son
histoire. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Nathalie Baye et Paul Morand
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 30 juillet 2018 LE FIGARO - N° 23 005 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
ACQUISITIONS
SÉRIE D’ÉTÉ
OFFENSIVE ESTIVALE
DES INVESTISSEURS
FRANÇAIS PAGE 24
LES PHÉNOMÈNES
DE LIBRAIRIE
DANS LE MONDE PAGE 24
Biscuit International rachète l’espagnol Arluy.
Hausses de loyers en vue avec
la fin de la taxe d’habitation
Cet impôt local sera progressivement supprimé à partir d’octobre. Des experts
craignent que cela n’incite certains propriétaires à revaloriser leurs tarifs.
Emmanuel Macron a tenu sa promesse de campagne : à partir d’octobre, la taxe d’habitation sera supprimée, par tiers, sur trois ans, pour
80 % des Français (100 % après
2020). Selon Bercy, le budget logement des locataires devrait ainsi
s’alléger en moyenne de 864 euros
par an à la fin du quinquennat. Mais
des économistes craignent que ce
pouvoir d’achat supplémentaire ne
donne des idées aux propriétaires.
Ces derniers, dans les métropoles
où la compétition pour décrocher
un logement est forte, pourraient
en profiter pour augmenter leurs
loyers. Le phénomène, déjà observé en Allemagne, pourrait toutefois
être limité par l’encadrement des
PAGE 23
loyers.
MARC OLLIVIER/PHOTOPQR/OUEST FRANCE
Les Français
adoptent
en masse
le streaming
Musique, cinéma,
séries… Netflix, Spotify
et Deezer ont converti
les amateurs aux
abonnements payants.
Ils misent sur
les contenus pour
se différencier. PAGE 22
AMAZON
ET APPLE :
LA COURSE VERS
1 000 MILLIARDS
DE VALORISATION
Apple et Amazon rejouent-ils la fable
du Lièvre et de la Tortue, version
Gafa ? Alors que le premier dominait le
marathon boursier visant à franchir la
barre des 1 000 milliards de dollars de
valorisation à Wall Street, le second
accélère.
Avec 939 milliards de dollars, Apple
est la société cotée la plus chère au
monde. La publication, mardi, de ses
résultats trimestriels l’aidera peutêtre à franchir la ligne en premier.
Mais ces derniers mois, Amazon a
opéré une belle « remontada ». Vendredi dernier, sa capitalisation boursière a même grimpé jusqu’à 917 milliards de dollars, avant de terminer à
882 milliards, à la faveur de chiffres
trimestriels bien accueillis par les investisseurs.
À leurs trousses, un peloton constitué
exclusivement d’autres géants des
nouvelles technologies : Alphabet, la
maison mère de Google (866 milliards), ou encore Microsoft (827 milliards). Facebook (505 milliards) est,
pour l’heure, hors jeu, victime d’une
chute spectaculaire de près de
120 milliards de dollars de capitalisation boursière après la diffusion de ses
résultats la semaine dernière. Quant
aux premiers acteurs de l’économie
traditionnelle, inutile pour eux d’espérer décrocher le titre qui valait
1 000 milliards. Relégués au rang de
simples spectateurs, le holding du milliardaire Warren Buffett, Berkshire
Hathaway (492 milliards), de même
que la banque JPMorgan Chase
(395 milliards) doivent se contenter
d’observer la course depuis le bas-côté. Jusqu’ici, seule la compagnie d’État
PetroChina a très brièvement franchi
ce cap des 1 000 milliards lors de son
introduction en Bourse en 2007. Apple
et Amazon pourraient bien transformer l’essai plus durablement.
C. S.
L'HISTOIRE
Bagarre de cour d’école entre le PDG
de La Grande Récré et Fnac Darty
«
pour le mettre en œuvre, et il doit
les trouver pour convaincre le tribunal
de commerce de Paris. Du coup, l’audience
prévue mardi dernier pour décider
de l’avenir de Ludendo a été reportée
au 10 septembre. Fnac Darty préfère ne pas
défendre son plan de cession au tribunal,
attendant que celui-ci retoque d’abord
le projet de Jean-Michel Grunberg.
Mais le groupe dirigé par Enrique Martinez
martèle « être en capacité d’apporter
à La Grande Récré des perspectives de
redressement et de développement »
et que « le plan de continuation présenté
par Ludendo n’apparaît pas en mesure
de répondre à ces enjeux. Il n’a d’ailleurs pas
l’approbation
des créanciers ».
Ce message a même
été envoyé à
des fournisseurs de
La Grande Récré, ce qui
provoque l’ire du PDG
de Ludendo. « Fnac
Darty disqualifie,
déprécie et dégrade
le plan de Jean-Michel
Grunberg, assure un
proche pour justifier la
plainte. C’est un délit de
diffamation publique. »
Reste à savoir qui
sifflera la fin de la récré
pour assurer l’avenir
de La Grande Récré. ■
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A
T
ar’ ta gueule à La Grande Récré ! »
Tel Alain Souchon dans sa
chanson, cela fait bien longtemps
que Jean-Michel Grunberg
a 10 ans. Le PDG de La Grande
Récré semble prêt à se bagarrer
comme un écolier pour garder le contrôle
du distributeur de jouets créé par son père.
Jeudi dernier, le propriétaire
de l’enseigne, la société Ludendo, dont
Grunberg possède 65 %, a porté plainte
contre Fnac Darty auprès du tribunal
de grande instance de Paris. Rival de La
Grande Récré depuis que l’agitateur culturel
a créé des rayons jouets, ce groupe
est considéré par Grunberg comme
un prédateur : mijuin, Fnac Darty
a déposé une offre
de reprise
de Ludendo,
en redressement
judiciaire depuis
mars. Avec le plan
de continuation qu’il
a proposé afin
de continuer à gérer
Ludendo et d’en
rester le principal
actionnaire, JeanMichel Grunberg est
prioritaire sur le plan
de cession présenté
par Fnac Darty.
Mais il a besoin de
30 millions d’euros
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lundi 30 juillet 2018 LE FIGARO
22
ÉCONOMIE
Les Français se convertissent au streaming
Au premier semestre, 27 milliards de titres musicaux ont été écoutés en ligne sur des plateformes comme
Spotify, Deezer ou Apple Music, soit un bond de 40 % en un an. Netflix, lui, compte déjà 3,5 millions d’abonnés.
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
NUMÉRIQUE Les Français sont de
plus en plus accros au streaming.
Cette pratique, qui consiste à
consommer à volonté séries, films
ou morceaux de musique directement sur Internet, n’en finit pas de
faire des émules. Plus d’un milliard
d’écoutes sont désormais effectuées
chaque semaine sur les plateformes
de streaming audio dans l’Hexagone. Au cours des six derniers mois,
27 milliards de titres musicaux ont
été écoutés en ligne sur des plateformes comme Spotify, Deezer ou
Apple Music, soit une progression
de 40 % en un an, d’après le Snep,
principal syndicat des producteurs.
« Ce bond s’explique par l’afflux de
nouveaux adeptes tout autant que
par une écoute plus intensive des utilisateurs de longue date », détaille
son directeur général, Guillaume
Leblanc.
Autrement dit, les services de
streaming séduisent de plus en plus
d’utilisateurs, et ceux-ci sont de
plus en plus engagés. Sur Spotify,
par exemple, la consommation
moyenne s’élève à 2 h 30 par jour.
L’écoute devrait encore augmenter
à mesure que les services se développent. Dernier en date, YouTube
Music, lancé en juin dans l’Hexagone. Quant aux plateformes de streaming vidéo, elles ne sont pas en reste. Selon Libération, Netflix, le
leader mondial du genre, attirerait
100 000 nouvelles recrues chaque
mois en France et aurait déjà
converti plus de 3,5 millions de nos
concitoyens.
Tous services confondus, le
streaming musical a pour sa part
déjà conquis « autour de 5 millions
d’abonnés en France. Et on peut imaginer que ce parc puisse doubler dans
les années à venir », estime le DG du
Snep. Contrairement aux idées reçues, la pratique n’est pas réservée
aux jeunes. Elle se démocratise, au
point de toucher toutes les couches
de la population. Un usager sur
quatre est ainsi âgé de plus de
50 ans. « Pour ceux qui s’y sont mis,
le streaming est devenu le principal
moyen d’écouter de la musique.
L’essayer, c’est l’adopter », sourit le
dirigeant.
L’usage prime
sur la propriété
Né il y a dix ans, cet usage est la traduction d’un besoin exprimé par les
consommateurs à l’orée des années
2000 : plus question de payer pour
la musique. À l’époque, les nouvelles technologies favorisent la dématérialisation des titres musicaux,
films et autres séries. Résultat : le
piratage explose, et avec lui l’idée
qu’un bien culturel est gratuit.
Pour riposter, l’industrie tente,
dans un premier temps, d’imposer
le modèle du téléchargement légal,
type iTunes. Au lieu d’acheter un
CD en magasin, on télécharge sur
son ordinateur un morceau en version numérique (99 centimes) ou un
album (10 euros, deux fois moins
cher qu’un CD). Dans la foulée, les
premiers services de streaming
voient le jour. Tout est financé par
la publicité, donc gratuit. Reste ensuite à faire basculer les utilisateurs,
ainsi ferrés, sur des offres payantes.
Avec ou sans abonnement, les
services de streaming ont pris le pas
sur le téléchargement. Sachant que
le modèle d’achat à l’acte ne constitue plus aujourd’hui que 3 % de la
consommation française de musique, c’est bien le streaming qui devrait permettre aux revenus du numérique de dépasser en 2018 pour la
première fois ceux du physique.
Difficile, il est vrai, de rivaliser avec
des plateformes qui ont offert à la
musique le don d’ubiquité. Pour
10 euros par mois, moins que le prix
d’un CD, l’utilisateur dispose d’un
accès à une bibliothèque mobile de
près de 40 millions de titres, disponible depuis un portable, un ordinateur, une tablette. Il crée sa propre
bande-son via des playlists personnalisées et bénéficie de la recommandation des algorithmes. Une offre illimitée, constamment à portée
de main, une consommation fluide :
la formule a emporté l’adhésion du
public et changé les mentalités. Au
lieu de dépenser de l’argent pour
posséder un disque, on paye pour y
avoir accès. En somme, l’usage prime désormais sur la propriété. ■
(de 30 à 40 millions de titres), seuls
à même de convertir les internautes
aux nouveaux usages. Leurs points
de différenciation s’affinent à mesure que les consommateurs adoptent les formules d’abonnement
payant.
Spotify toujours en pertes
Pour Apple, Google ou Amazon, la
musique n’est qu’un élément d’une
offre beaucoup plus large. Apple, qui
ne propose qu’une formule payante,
vante un système protégé et des
playlists conçues par des spécialistes ; Google joue la complémentarité
vidéo avec YouTube ; Amazon mise
sur la fluidité d’usage avec son assistant personnel Alexa… Les Gafa
peuvent, quoi qu’il advienne, développer ces activités à perte, l’aventure musicale n’est qu’un pan de
leur business.
Les enjeux sont autrement plus
sérieux pour Spotify, société cotée
depuis avril, qui n’a jamais gagné
d’argent et se positionne en spécialiste de la musique, même si elle s’est
associée à la plateforme vidéo Hulu
aux États-Unis. Elle se concentre
sur son expansion géographique
(65 pays à date) pour atteindre son
point d’équilibre. Objectif : 100 millions d’abonnés l’an prochain, et en
finir avec les pertes (90 millions
d’euros au deuxième trimestre pour
un chiffre d’affaires de 1,27 milliard).
Ces dernières ont tendance à se
réduire, mais le modèle économique
reste difficilement tenable. En mettant la pression sur les prix, Apple et
Amazon limitent les marges de
manœuvre de Spotify, qui doit reverser, comme ses rivaux, de 70 % à
80 % de ses revenus en droits aux
artistes et studios. En attendant que
ce levier du prix se débloque, Spotify
continue de prêcher pour recruter
de nouveaux adeptes, d’abord en
gratuit puis en payant. ■
A. D.
Vidéo : la course effrénée
aux contenus
LEVILLAIN/SIGNATURES
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
LE STREAMING
PAYANT
DANS
LE MONDE
CHIFFRES À MI-JUILLET
130
millions d’abonnés
payants pour Netflix
Musique : un modèle payant validé
Après des années de vache maigre,
marquées par le piratage massif,
l’ensemble de la filière musicale
profite du boom du streaming. Son
redressement économique n’est
aujourd’hui rendu possible que par
l’essor des offres payantes. Sur les
180 millions d’utilisateurs de Spotify, pionnier suédois du secteur lancé dans une course à la taille depuis
2006, 83 millions à ce jour ont opté
pour l’offre payante à 9,99 euros
par mois. Pour ne pas être exposé à
la publicité, c’est le même tarif
qu’appliquent toutes les autres plateformes, à commencer par Apple
Music, lancé il y a seulement trois
ans et qui revendique déjà 50 millions d’abonnés payants, Google
Play et Amazon Music mais aussi
Deezer, Tidal ou Qobuz.
Si toutes ces plateformes ne sont
pas dans la même situation, toutes
ont en commun de proposer des
offres de catalogues très riches
Le streaming
musical a conquis
environ 5 millions
d’abonnés en
France. FLORENCE
83
millions d’abonnés
payants pour Spotify
50
millions d’abonnés
payants pour
Apple Music
La grande différence entre les
plateformes de streaming musical
et celles dédiées à la vidéo, ce sont
les contenus. D’un côté, les offres
sont toutes les mêmes ou à peu près.
De l’autre, elles promettent toutes
d’être différentes. Modèle dans sa
catégorie, Netflix, qui revendique
130 millions d’abonnés payants
dans le monde, est lancé dans une
course à la taille, mais aussi à ces
fameux contenus.
Sans être rentable, le géant américain, ancien acteur de la location
de DVD converti au streaming, a
mis 8 milliards de dollars sur la table
- rien que cette année - pour produire 700 contenus originaux,
séries, films… Le site leader, qui
s’est fait connaître grâce à des séries
comme House of Cards ou Orange Is
the New Black, doit alimenter la
pompe pour soutenir sa croissance.
Netflix a bâti sa réputation sur un
modèle en rupture, sans aucune
publicité, avec un programme appétissant à la carte. Cette promesse
doit être tenue, sans quoi les
concurrents en profiteront.
Les Gafa sur les rangs
C’est le pari que font tous ses challengers, souvent très puissants.
Comme dans la musique, les Gafa
sont sur les rangs. Leur force de
frappe financière leur permet de relever le défi. Apple a indiqué investir 1 milliard de dollars en contenus
en 2018 ; Amazon Prime, 4,5 milliards… Point de bascule, à partir de
l’année prochaine, le plus gros
pourvoyeur de divertissement de la
planète, Disney, mettra un terme à
ses contrats de distribution avec
Netflix pour développer ses propres
plateformes de streaming payant,
d’abord dans le sport, puis dans le
divertissement. Étant donné la
puissance de son catalogue (qui
comprend notamment les productions Pixar, Marvel ou Lucasfilm),
cela pourrait faire du tort à Netflix,
qui a déjà anticipé ce moment.
Netflix brûle du cash
D’autres acteurs affichent leurs
ambitions. HBO, désormais dans le
giron d’AT&T, compte faire de sa
marque connue des amateurs de séries (Game of Thrones, Les Soprano,
Six Feet Under) le carrefour de diffusion de très nombreux contenus,
comme ceux des franchises de DC
Comics (Superman). Canal, filiale
de Vivendi, ambitionne aussi d’être
un concurrent crédible, avec plusieurs milliards d’euros mis dans la
production de contenus originaux
chaque année.
Netflix le sait : les blockbusters
attirent des abonnés et ceux-ci ne
restent que s’ils sont satisfaits. Le
groupe met les bouchées doubles
pour ne pas perdre son avance. Et
pour financer sa course, le géant du
streaming brûle du cash. Les levées
de fonds sont un levier. Sur certains
marchés, Netflix a commencé à tester de nouvelles offres (environ
20 euros par mois, contre 8 à
14 euros pour les formules de base
actuelles). La réactivité de la demande à sa politique tarifaire sera
déterminante. Le géant doit défendre et nourrir son image de marque
s’il veut continuer à dominer le
marché. ■
Le ticket de métro sur mobile dès la rentrée en Île-de-France
Le ticket de transport et la carte Navigo migrent sur le téléphone mobile grâce à la start-up tricolore Wizway.
Tokyo et
« Hongkong
disposent
d’applications
de ce type
depuis
une dizaine
d’années
»
A
LOUIS BROSSE,
PDG DE WIZWAY
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
TRANSPORT La carte Navigo sur
téléphone mobile, c’est pour la
rentrée en Île-de-France. « Ce
sera une première en Europe »,
assure Louis Brosse, PDG de Wizway, coentreprise créée fin 2015
par Gemalto, Orange, la RATP et la
SNCF. Elle expérimente depuis
peu l’innovation permettant
d’acheter son titre de transport
avec son téléphone mobile et de le
valider sur les bornes de la RATP et
de la SNCF grâce à la technologie
NFC (Near Field Communication).
Bémol important : Apple n’a pas
encore donné l’accès à ses iPhone.
Résultat, la solution ne fonctionne
que sous Android.
Le déploiement est prévu en
deux temps : d’abord avec les personnels de la RATP et de la SNCF
pour tester la technologie à grande
échelle ; puis, si tout se passe comme prévu, à partir de septembre
pour le téléchargement de tickets,
en novembre pour les abonnements mensuels. À terme, ce service pourra être utilisé par 3 millions de voyageurs. « Notre métier,
c’est de mettre le titre de transport
sur le téléphone et d’intégrer des
opérations marchandes tout en garantissant au voyageur la sécurité
des données et leur “inviolabilité” », explique Louis Brosse.
La France n’est pas à l’avantgarde de ces solutions sur téléphone mobile, banales en Asie. « Tokyo et Hongkong disposent
d’applications de ce type depuis une
dizaine d’années », rappelle le dirigeant. Londres a opté pour l’usage de la carte bancaire comme titre de transport et mode de
paiement. Mais quatre ans après le
lancement de cette option, seuls
2 à 4 % des trajets sont réglés ainsi.
« Assistant de mobilité »
Avant d’arriver en Île-de-France,
Wizway a été mis en service dans
plusieurs villes françaises : à Strasbourg en novembre et bientôt à
Lille. La firme a aussi lancé à Ren-
nes en mai une opération pilote
pour tester « l’assistant personnel
de mobilité », dévoilé l’an dernier
par Guillaume Pepy, le PDG de
SNCF Mobilités. Ce dernier avait
parlé d’un outil sur mobile qui
combinerait toutes les offres de
transport disponibles dans une agglomération, y compris celle de
concurrents de la SNCF. Il permettrait d’effectuer les réservations, de donner des informations
en temps réel sur l’état du trafic,
avec une billettique intégrée accessible par le smartphone.
En Île-de-France, les utilisateurs devront télécharger « vianavigo », l’appli d’Île-de-France
Mobilités - l’autorité qui organise
les transports dans la région -, sur
leur téléphone mobile pour créer
leur « compte ». « Cela prend
exactement une minute trente »,
affirme le PDG de Wizway, un
transfuge de voyages-sncf. com,
le site de la SNCF. À terme, les applications de la RATP et de la SNCF
proposeront aussi le téléchargement sur téléphone mobile.
Le PDG de la start-up souligne
que de nombreux usages peuvent
être ajoutés sur le smartphone. « À
Rennes, la carte d’étudiant, l’accès
aux bibliothèques universitaires ou
municipales, aux piscines… sont
également intégrés sur le téléphone
mobile. » L’appli pourrait devenir
un véritable couteau suisse… ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 30 juillet 2018
ÉCONOMIE 23
La suppression
de la taxe d’habitation
pourrait faire
augmenter les loyers
Cette thèse, qui s’est vérifiée à l’étranger, est portée
par des économistes.
« lesDanszones
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
tendues,
la disparition
de cet impôt
pourrait
provoquer
une tension
à la hausse
des loyers
»
ALAIN TRANNOY,
DIRECTEUR D’ÉTUDES
À L’ÉCOLE DES HAUTES
ÉTUDES EN SCIENCES
SOCIALES
FISCALITÉ La suppression de la
taxe d’habitation - effective par
tiers dès le mois d’octobre sur
trois ans pour 80 % des Français et
100 % après 2020 - risque-t-elle
de provoquer une hausse des
loyers ? Et donc de profiter, in
fine, aux propriétaires plutôt
qu’aux locataires, qui en seront,
indirectement, pour leurs frais ?
Cela peut sembler paradoxal
mais l’interrogation, bien réelle,
pointe chez certains économistes
spécialisés en fiscalité. « Dans les
zones tendues, la disparition de cet
impôt pourrait provoquer une tension à la hausse des loyers », relève
ainsi Alain Trannoy, directeur
d’études à l’École des hautes étu-
des en sciences sociales. Le raisonnement n’est pas si contre-intuitif. La disparition de l’impôt
local, promesse du candidat Macron pendant la campagne présidentielle votée dans le budget
2018, devrait en effet alléger le
budget logement des locataires de
plusieurs centaines d’euros par
an : 864 euros, en moyenne, à la
fin du quinquennat, ont même
calculé les services de Gérald Darmanin, le ministre des Comptes et
de l’Action publics.
Exemple allemand
Des locataires qui, allégés de cette
charge, devraient donc être en
mesure de payer des loyers… plus
élevés. Et dans les zones où la
compétition pour décrocher un
logement est forte, comme Paris
ou les grandes métropoles tendues
A Lille (ci-dessus), comme dans les grandes villes où la compétition pour décrocher un logement est forte,
la mesure pourrait provoquer une inflation des loyers. PASCAL BONNIERE/PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP
(Lille), cela pourrait donc provoquer une inflation des loyers au
bénéfice des propriétaires.
Un phénomène similaire a
d’ailleurs été observé en Allemagne. Une étude, qui portait sur les
conséquences pendant vingt ans
des hausses de l’équivalent de la
taxe foncière germanique, a en effet montré que les propriétaires
ont reporté le surcroît de fiscalité
sur leurs locataires. Le même type
de phénomène s’observerait aussi
en France avec les aides personnalisées au logement (APL).
« L’augmentation des aides pour le
secteur locatif privé aurait principalement entraîné une hausse du
prix des loyers », assure ainsi une
étude de l’Insee de 2014. Ici, la
hausse des aides gonflerait le budget logement des locataires, permettant aux propriétaires d’augmenter d’autant les loyers.
Reste que la suppression de la
taxe d’habitation survient alors
que l’encadrement des loyers est
censé modérer l’inflation immobilière dans les grandes villes, depuis 2012. En théorie, même les
propriétaires qui changent de locataires ne peuvent augmenter
leur loyer plus rapidement que
l’inflation. Ce n’est que s’ils effectuent des travaux pour un montant supérieur à 6 mois de loyers
qu’ils pourraient augmenter leur
loyer de 10 % maximum.
De plus, la tendance est à la déprime actuellement sur le marché
français de la location et à la modération dans les zones tendues. À
Paris, les loyers n’ont augmenté
que de 1 % l’année dernière et de
1,4 % à Lille. ■
Nouvelle offensive de Berlin contre des investissements chinois
La banque publique KFW prend 20 % du gestionnaire de réseau d’électricité 50Hertz. Le gouvernement protège
les firmes stratégiques. Prochaine sur la liste : Leifeld Metal Spinning, elle aussi lorgnée par des intérêts de Pékin.
milliards
d’euros
investis
en Allemagne
par des intérêts chinois
en 2017
BERLIN
ALLEMAGNE Le gouvernement
allemand a une nouvelle fois bloqué un investissement chinois
dans des infrastructures qu’il
considère comme stratégiques.
Vendredi, il a annoncé l’acquisition de 20 % du gestionnaire de
réseau d’électricité 50Hertz par la
banque publique KFW, pour
contrer la montée du consortium
public chinois SGCC à son capital.
Ce mercredi, il pourrait tenter
de contrer la vente de Leifeld Metal Spinning à des investisseurs
chinois, a indiqué l’hebdomadaire
Wirtschaftswoche, sans que le
gouvernement ne confirme. Des
pourparlers seraient encore en
cours.
La prise de participation de
KFW est un nouveau signal politique de Berlin contre l’offensive
chinoise dans les entreprises stratégiques d’Allemagne. 50Hertz
gère 10,000 km de réseau reliant
le nord au sud du pays, une infrastructure importante pour le
transport de l’énergie éolienne.
SGCC aurait été prêt à offrir près
de 1 milliard d’euros pour 20 %
des parts du gestionnaire de réseau.
Leifeld Metal Spinning, une
PME de 200 employés, est, elle,
leader des matériaux à haute résistance pour l’aérospatiale ou le
nucléaire. Le ministre de l’Économie allemand aurait jugé son ra-
chat par le chinois Yantai Taihai
Corp comme un « danger pour
l’ordre public et la sécurité en Allemagne », révèle l’agence de presse allemande DPA.
Grignotage des joyaux
de petites tailles
Pour Stefan Mair, membre du
conseil exécutif de l’association
du patronat allemand, le BDI, ces
décisions au cas par cas « risquent
de nuire au climat pour les investissements étrangers » en Allemagne. L’État voit pourtant péril en
la demeure. Depuis le rachat du
champion allemand de la robotique Kuka par le chinois Midea en
2016, il s’est doté d’un nouvel arsenal de riposte.
Il y a exactement un an, un dé-
cret a renforcé la législation existante en permettant au gouvernement de bloquer l’acquisition de
plus de 25 % du capital d’entreprises jugées stratégiques comme
les infrastructures, l’énergie ou
l’informatique. Berlin s’apprête à
resserrer la vis en encadrant davantage les rachats par des entreprises d’État.
Les temps sont loin où le gigantisme du marché chinois, en pleine expansion, faisait saliver industriels et constructeurs allemands. lls savent qu’ils risquent
de se faire croquer eux-mêmes
depuis que Pékin a adopté son
plan « Made in China 2025 » et
lancé son offensive tous azimuts
sur les entreprises mondiales. Le
volume de ses investissements en
FedEx en justice pour une sale histoire d’uniformes
Plusieurs employés du transporteur ont saisi les prud’hommes pour se faire rembourser
le coût des frais de pressing de leurs vêtements de travail.
ALEXANDRE BERTEAU
Si
« l’employeur
impose
à ses salariés
de porter
une tenue
de travail,
c’est à lui
d’en assumer
les frais
d’entretien
»
ISABELLE MATHIEU,
AVOCATE SPÉCIALISÉE
EN DROIT DU TRAVAIL
ET FONDATRICE
ASSOCIÉE DU CABINET
DAEMPARTNERS
SOCIAL Parka, gilets, pantalons,
bermudas, casquette… Le transporteur américain FedEx peut se targuer de choyer ses salariés avec une
garde-robe bien garnie. Seul bémol, l’entretien de cette panoplie a
un coût, et c’est aux employés de
l’entreprise qu’il revient. Face à ce
qu’il considère comme un abus de
l’entreprise, Anthony Renaud, un
des 2 300 employés de FedEx à l’aéroport de Roissy, refuse de continuer à payer la note. Lundi 23 avril,
ce délégué syndical Unsa a donc
porté l’affaire devant le conseil de
prud’hommes de Bobigny, en Seine-Saint-Denis.
« Depuis cinq ans, je demande une
indemnisation pendant les négociations salariales. La direction a toujours refusé », tempête Anthony
Renaud. Le syndicaliste a évalué à
126 euros les frais de pressing qu’il
dépense chaque mois pour entretenir sa tenue de travail. Une somme
Un employé de FedEx à l’aéroport de Roissy.
qu’il réclame aujourd’hui à son employeur sous la forme d’une prime.
Car, compte tenu des textiles que
contient son uniforme, impossible
d’utiliser sa propre machine à laver.
« En hiver, on a des combinaisons
fourrées, on est obligé d’aller au
pressing », fulmine-t-il.
Le manutentionnaire n’est pas le
seul salarié du groupe américain à
se sentir floué. Une douzaine de ses
collègues ont eux aussi saisi les pru-
HERVÉ BOUTET/DIVERGENCE
d’hommes au cours des derniers
mois. Une revendication légitime
selon eux, alors qu’ils côtoient au
quotidien « les salariés d’Air France
qui touchent une prime de
1 400 euros par an pour le lavage de
leur tenue », rappelle Anthony Renaud.
Que dit la loi ?
Alors que le jugement sera rendu en
décembre, le syndicaliste se dit
« confiant ». Et pour cause, la jurisprudence existant sur les frais d’entretien des vêtements de travail
pourrait bien jouer en la faveur des
employés du transporteur. « Depuis
dix ans, les arrêts de la Cour de cassation sont constants sur cette question, et le dernier date même de février 2018. Si l’employeur impose à
ses salariés de porter une tenue de
travail, c’est à lui d’en assumer les
frais d’entretien », explique Isabelle
Mathieu, avocate spécialisée en droit
du travail et fondatrice associée du
cabinet Daempartners. « Il est marqué noir sur blanc sur notre contrat
que l’on doit porter les vêtements qui
nous sont fournis quand on est embauché », souligne Anthony Renaud.
Dans des affaires similaires, La
Poste et Castorama avaient été
condamnés en 2013 à verser respectivement 5 euros et 1 euro d’indemnité hebdomadaire à leurs employés
pour le nettoyage de leur uniforme.
Contactée par Le Figaro, la direction
de FedEx n’a pas souhaité faire de
commentaire. ■
Allemagne a grimpé à 13,7 milliards d’euros en 2017. L’arrivée
de la Chine dans le capital de
Kuka, Daimler et Deutsche Bank
était déjà un gros morceau, mais
l’essentiel porte sur le grignotage
des joyaux de petites tailles.
Selon une étude de la Fondation
Bertelsmann publiée en mai, 64 %
des investissements chinois réalisés en Allemagne sur la période
2014-2017 ont eu lieu dans les 10
industries clefs du plan « Made in
China 2025 » : les voitures électriques, la biomédecine, l’aéronautique, les nouveaux matériaux et la
robotique. Autant de secteurs que
l’Union européenne tente de protéger via le futur accord sur l’investissement en cours de négociation entre Bruxelles et Pékin. ■
EN BREF
AUTOLIB’ : BOLLORÉ
RÉCLAME 250 MILLIONS
£ Le groupe Bolloré chiffre à
250 millions d’euros la somme à
recouvrer auprès des communes
utilisatrices d’Autolib’ après la
résiliation du contrat, a indiqué
au JDD Marie Bolloré, en charge
de la mobilité du groupe Bolloré.
COCA-COLA REVIENT
CHEZ LECLERC
£ Après plusieurs mois de conflit
avec E. Leclerc au sujet du prix
de ses bouteilles et canettes,
Coca-Cola a trouvé un accord
avec le distributeur, qui va
redistribuer ses produits.
L’industriel et l’enseigne
s’opposaient depuis les
négociations annuelles de mars.
NAVAL ENERGIES
ARRÊTE L’HYDROLIEN
£ Moins de deux mois après
l’inauguration de son usine
d’assemblage d’hydroliennes
à Cherbourg, Naval Energies
a annoncé qu’il allait stopper
l’hydrolien, faute de marché. Il
souhaite désormais se recentrer
sur l’éolien flottant.
A
13,7
NATHALIE STEIWER £@natbxltec
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 30 juillet 2018 LE FIGARO
MÉDIAS ET ENTREPRISES
ACTEON, LYDIE LECARPENTIER/REA, ORTEC
24
De gauche à droite, Biscuit International, leader européen des biscuits à marque de distributeur ; Ortec, opérateur de services à l’industrie et aux secteurs énergétiques et Acteon, spécialisé dans le matériel dentaire.
Les Français restent prêts à des acquisitions
Agroalimentaire, services, medtech… Les investisseurs tricolores bouclent trois achats avant la trêve estivale.
Trois
ACQUISITIONS
■ Biscuit International
rachète Arluy
L’industriel français
de l’agroalimentaire
(ex-Poult) s’offre un rival
espagnol pour mieux
conquérir l’Europe
■ Ortec s’offre ISS
Hygiène et Prévention
Le groupe français
de services à l’industrie
rachète la filiale locale
d’un géant mondial
■ Dentressangle
acquiert Acteon
Le family office reprend
au fonds Bridgepoint
la Medtech tricolore
active dans le dentaire
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
ET KEREN LENTSCHNER
£@klentschner
INVESTISSEMENT Avant la trêve
d’août, financiers et avocats s’activent pour boucler leurs dossiers.
Ils ne chôment pas. Malgré les incertitudes sur l’économie mondiale, les investisseurs français
gardent de l’appétit. Trois belles
opérations dans les secteurs de
l’agroalimentaire, des services et
des technologies médicales, tout
juste signées et révélées par Le Figaro, illustrent cette confiance.
Le groupe français Biscuit International, un leader européen des
biscuits à marque de distributeur,
vient ainsi de racheter l’espagnol
Arluy. Numéro 5 du marché
outre-Pyrénées, celui-ci réalise
plus de 40 millions d’euros de
chiffre d’affaires. L’Espagne de-
viendra le quatrième marché du
groupe, né en 2016 de l’union entre le français Poult et le néerlandais Banketgroep. Biscuit International est détenu par le fonds
français Qualium Investissement.
« Le marché européen se globalise de plus en plus avec des habitudes
de consommation désormais similaires dans de nombreux marchés,
qu’il s’agisse des cookies ou des biscuits pour le petit déjeuner, décrypte Giampaolo Schiratti, PDG de
l’entreprise. Nous voulons être un
acteur de cette consolidation. » Les
biscuits à marque de distributeur
réalisent environ 5 milliards
d’euros de chiffre d’affaires sur le
Vieux Continent, sur un marché
pesant au total 15 milliards. À lui
seul, Biscuit International produit
plus de 130 000 tonnes de biscuits
dans 14 usines en Europe. Son
chiffre d’affaires, qui frôle désormais les 400 millions d’euros, est
réalisé à 60 % hors des frontières
de l’Hexagone.
Le groupe familial aixois Ortec
(1,1 milliard de chiffre d’affaires et
près de 12 000 collaborateurs,
dont la moitié en France) a choisi,
de son côté, de s’agrandir en France. L’opérateur de services à l’industrie et aux secteurs énergétiques vient de boucler, pour une
centaine de millions d’euros, l’acquisition d’ISS Hygiène et prévention, une filiale du groupe ISS.
Cette opération va renforcer le
pôle d’Ortec dédié aux services industriels et environnementaux. En
un an, cette division aura changé
de dimension : en juillet 2017, Ortec avait déjà mis la main sur le
spécialiste dans l’installation et la
maintenance d’équipements électriques Brunet.
Ortec a souffert de sa dépendance historique aux clients du
secteur pétrolier, qui représentent
L’ÉTÉ DU FIGARO
TURQUIE
« L’Aurore »
de Selahattin
Demirtas
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prison, sa punition préventive est
aussi cruelle que sévère : originaire du sud-est du pays – à majorité
kurde -, il croupit loin des siens
dans un centre d’Edirne, à la lisière de la Grèce. Chaque semaine,
son épouse, Basak, doit parcourir
1 000 kilomètres pour le voir au
parloir.
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Les family offices français, eux
aussi, savent rester fidèles à leur
pays d’origine dans leurs nouveaux investissements. Le holding
familial Dentressangle, dont le
fondateur avait revendu en 2015
son affaire de transport par camion à l’américain XPO, a signé
vendredi l’acquisition de la medtech bordelaise Acteon, spécialisée
dans l’équipement dentaire de
haute technologie. Le vendeur, le
fonds d’investissement Bridge-
[
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Ces phénomèn
es
d’édition surp
dans leur paysrises
10 000 ventes en un jour
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Douze nouvelles
Mais ses amis avocats veillent sur
lui : familiers des couloirs d’une
justice kafkaïenne et des procès à
rallonge, ils se relaient pour lui
rendre visite et lui apporter régulièrement de quoi lire : romans,
essais politiques, ouvrages de réflexion… À force d’insistance
auprès des autorités pénitentiaires, ce sont eux qui lui ont obtenu
la permission d’écrire. Une
échappatoire salvatrice que Selahattin Demirtas a mise au profit
des femmes de son pays : rédigées
avec la fougue d’un militant et la
plume d’un écrivain, ses douze
nouvelles sont peuplées de personnages féminins, victimes de
discrimination sociale, de préjugés réducteurs, de crimes d’honneur.
Des textes courts et incisifs parsemés de cris
de détresse, d’espoir, et portés par le
même désir
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Ce pourrait être le début d’un roman. Depuis les confins de sa prison, quelque part aux portes de
l’Europe, un détenu politique brave la censure et rédige un recueil
de nouvelles. À peine publié, son
ouvrage décroche le record des
meilleures ventes. Sauf que cet
homme s’appelle Selahattin Demirtas et que son histoire, bien
réelle, n’est que le reflet d’une
Turquie minée par l’autoritarisme
où les anti-Erdogan ont fait de
l’écriture un refuge pour contourner les interdits.
À 45 ans, Selahattin Demirtas
n’a rien d’un criminel, encore
moins d’un gangster. Embastillé
depuis novembre 2016, le dissident kurde, et fervent défenseur
des droits de l’homme, est l’ancien chef du parti de gauche prokurde HDP (Parti démocratique
des peuples). Son rêve d’une Turquie plurielle et son opposition au
« reis » - nouvellement réélu et
contre lequel il a candidaté, le
24 juin, depuis sa prison – lui valent d’être accusé, entre autres,
d’« association avec une organisation terroriste » – allusion indirecte à la guérilla armée du PKK.
Dans l’attente de son jugement,
qui pourrait lui valoir 142 ans de
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ISTANBUL
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Dentressangle, un family
office fidèle à la France
point, dédié aux valeurs moyennes, en avait pris le contrôle en
2014. En quatre ans, l’excédent
brut d’exploitation de la société a
plus que doublé, pour atteindre
20 millions d’euros pour un chiffre
d’affaires de 162 millions d’euros,
réalisé à 85 % hors de France.
La recette de cette croissance
express ? « Nous nous sommes développés aux États-Unis, où le
groupe emploie désormais 85 personnes sur un total de 850, détaille
Marie-Laure Pochon, présidente
d’Acteon. Nous avons également
accru nos investissements en R&D
pour devenir un leader dans le domaine de l’imagerie dentaire et
dans les techniques de chirurgie non
invasive, notamment en implantologie. » Dentressangle entend
poursuivre cette histoire, en
aidant notamment Acteon à préparer sa croissance externe dans
un secteur très morcelé. ■
de liberté. À peine publié, en septembre 2017, par un camarade
éditeur engagé, le brûlot littéraire
– qui porte le nom de l’une de ses
héroïnes, Seher (en français,
L’Aurore) – est rapidement remarqué. Aguerris aux réseaux sociaux – dans un pays où la presse
indépendante est plus que jamais
muselée -, ses nombreux groupies
s’empressent de faire les louanges
de ce texte engagé contre les traditions patriarcales de la Turquie.
Aussitôt, les libraires s’en emparent comme d’un précieux joyau à
défendre à tout prix. Les activistes
en font leur nouveau livre de chevet. Les féministes, leur référence.
À plusieurs reprises, l’ouvrage a
même été repéré en pleine rue,
brandi à bout de bras dans des
rassemblements de l’opposition.
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Le pouvoir avéré des mots
contre la loi du silence.
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
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encore 20 % de son chiffre d’affaires. « Depuis 2013, nous nous efforçons de nous diversifier pour nous
protéger des fluctuations du prix du
baril », explique André Einaudi,
président du groupe. Sous son impulsion, Ortec a ainsi multiplié les
contrats avec l’industrie lourde et
le secteur nucléaire.
Impossible, évidemment, d’envisager des dédicaces. Mais les amis
de Demirtas ont réponse à tout. En
l’absence – remarquée – du dissident romancier, à l’incontournable Foire du livre d’Istanbul d’octobre 2017, dix de ses compagnons
de lettres firent le pari de signer
son ouvrage en son nom. « Nous
étions alignés le long d’une table.
La queue était monstre. Certains de
nous avaient des crampes à forcer
d’enchaîner les signatures. On a
même dû refouler des gens à la fermeture. Du jamais-vu ! », se souvient l’un d’eux. En une seule
journée, 10 000 exemplaires de
Seher furent ainsi achetés.
Depuis ce succès inespéré, le
petit ouvrage enchaîne les ruptures de stock dans les librairies. À
ce jour, il a été vendu à 200 000
exemplaires. Un record dans
l’histoire de la littérature contemporaine turque ! Et un symbole
évident : celui du pouvoir des
mots contre la loi du silence. ■
RETROUVEZ DEMAIN:
Espagne : « Fariña », de Nacho
Carretero
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