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Le Figaro - 28 07 2018 - 29 07 2018

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samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018 LE FIGARO - N° 23 004 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
ESCALE
GOURMANDE
AU PORT
L’ÉTÉ
ET DIEU CRÉA
SAINT-TROPEZ…
DU
FIGARO
PAGE 12
SAHEL
AU MALI, PRÉSIDENTIELLE À HAUT
RISQUE SUR FOND DE GUERRE
CONTRE LE DJIHADISME PAGES 2 ET 3
L’inquiétant trou d’air
de la croissance française
CHEMINS D’EXIL
GEORGES
BERNANOS,
SOUS LE
SOLEIL DE
BARBACENA
PAGE 16
CATASTROPHE
ANNONCÉE, SUCCÈS
ASSURÉ
GODOT, HÉROS
INATTENDU
Le PIB a progressé d’à peine 0,2 % au deuxième trimestre, soit une performance aussi décevante
que celle du début d’année. Le scénario d’un ralentissement de l’économie se confirme.
PAGE 18
JEUX D’ÉTÉ PAGE 15
L’Insee estime que la création
de richesses a augmenté d’un
modeste 0,2 % au printemps,
soit autant qu’au premier trimestre. Cette croissance pous-
ELLES ONT MARQUÉ
L’HISTOIRE DE LA
TECHNOLOGIE
ELLEN PAO, UN
COMBAT POUR
LES FEMMES
DE LA SILICON
VALLEY
sive s’explique par le plongeon
de la consommation, qui s’est
repliée de 0,1 % au cours de ces
trois mois.
Ce ralentissement pourrait re-
duire le déficit à 2,3 % du PIB. Si
la croissance fait défaut, il
n’aura plus guère de marge de
manœuvre. Il devra soit augmenter les impôts, ce qu’il a
mettre en question l’objectif de
l’exécutif d’une croissance de
2 % cette année et complique
l’équation budgétaire. Le gouvernement s’est engagé à ré-
è LE MIRAGE DU REBOND DE LA CONSOMMATION è LE FMI APPELLE LA FRANCE À POURSUIVRE LA RÉDUCTION DE SON DÉFICIT PAGE 20 ET L’ÉDITORIAL
Affaire
Benalla : les
oppositions
s’unissent
dans la
censure
PAGE 24
ASIE
Cambodge :
le pouvoir éternel
de Hun Sen PAGE 6
DROGUE
« Colline
du crack », Paris
demande l’aide
de l’État PAGE 7
CHAMPS
LIBRES
La chronique
de Natacha Polony
La tribune
de Pierre
Steinmetz
Alors que l’incendie d’un poste électrique a perturbé la circulation vendredi, Guillaume Pepy, patron de la SNCF,
dévoile au Figaro les lourds chantiers qui attendent le groupe après l’adoption de la réforme ferroviaire. PAGE 23
ÉDITORIAL par Jacques-Olivier Martin jomartin@lefigaro.fr
n
n
PAGE 17
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de vendredi :
Pensez-vous que vos
impôts baisseront cette
année ?
OUI
6%
NON
94 %
M 00108 - 728 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@h@m@i@a";
TOTAL DE VOTANTS : 33 528
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Le ralentissement
de la croissance vous
inquiète-t-il ?
PETIT PHILIPPE/REDACTION BENOIT TESSIER/REUTERS
«L
fet Macron et à d’éventuelles mesures magiques.
Il n’y a pas eu de miracle… Les maux qui minent la France depuis belle lurette - manque
de compétitivité, dérive des finances publiques, rigidité en tout genre - n’ont pas disparu. Pour l’exécutif, la tentation pourrait être
grande de changer de politique, d’ouvrir le
robinet des emplois aidés pour améliorer la
courbe du chômage, de prendre des mesures
de relance pour doper la consommation. Ce serait une
erreur. Cette stratégie pratiquée sans
relâche pendant des
décennies n’a jamais
réglé les problèmes de la France. C’est même
tout le contraire.
Alors que faire ? Poursuivre et même accélérer les réformes en espérant que les effets positifs de cette politique, qui a partout démontré son efficacité, se manifestent rapidement.
Emmanuel Macron doit tenir le cap, y compris par gros temps. Après tout, « un chef,
c’est fait pour cheffer », comme disait le plus
célèbre des mangeurs de pommes !
PAGES 4 ET 5
CHÂTEAU DE RAYNE VIGNEAU
1er Grand Cru Classé 1855
La fin d’un mirage
es emmerdes, ça vole toujours en escadrille. » Nul
doute qu’Emmanuel Macron pourrait reprendre à
son compte la célèbre
formule de Jacques Chirac. En cette fin juillet,
les ennuis s’accumulent pour le chef de l’État
et son gouvernement. Il y a l’affaire Benalla
qui ne se calme pas, et surtout une flopée de
mauvaises nouvelles économiques. Mercredi,
on apprenait que le chômage était reparti à la
hausse au printemps, et vendredi que la
croissance était anémique au deuxième trimestre, à peine + 0,2 %, après un hiver de très
fort ralentissement. D’ici à ce que l’on découvre que la confiance des Français et des
chefs d’entreprise est en train de fléchir… il
n’y a qu’un pas.
Pourtant, qui n’a pas secrètement espéré,
après une fin d’année 2017 euphorique, que
notre pays avait enfin chassé les démons de la
crise, tourné le dos au déclin ? Il faut se rendre
à l’évidence, la reprise qui a suivi l’arrivée du
nouveau locataire de l’Élysée était à mettre au
crédit du dynamisme économique européen
et à un rattrapage de croissance, comme disent les économistes, plutôt qu’au fameux ef-
La semaine prochaine, le
gouvernement devra faire
face à deux motions de censure à l’Assemblée nationale.
L’une du groupe Les Républicains, déposée jeudi.
L’autre issue des rangs de
toute la gauche. Mais alors
que les Insoumis ont annoncé
qu’ils soutiendraient la motion des Républicains, la
droite réfléchit, de son côté,
à soutenir celle déposée par
la gauche vendredi.
Poursuivre
et même
accélérer
les réformes !
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
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L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
A
Verbier, 25 ans
en montagnes
russes PAGE 10
À Paris-Montparnasse, la panne monstre
qui met à mal la mobilisation estivale de la SNCF
RCS Bordeaux 312 169 964. © Fotolia
MUSIQUE
GERARD JULIEN/AFP
CANICULE
La France chauffe,
la Scandinavie
suffoque PAGE 9
jusque-là écarté, soit baisser les
dépenses publiques. La réponse
sera donnée lors de la présentation à l’automne du projet de
budget pour l’année 2019.
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samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
2
Mali : élection à l’heure de la
Affaibli par un mandat en demiteinte mais favori, le président
sortant, Ibrahim Boubacar Keïta,
n’est pas parvenu à redresser
le pays et à ramener la paix.
Je réaffirme ici
l’engagement
de la France
et de tous les pays
membre
du G5 Sahel
à lutter contre
l’obscurantisme,
la lâcheté, dont les
premières victimes
sont les Africains
eux-mêmes
TANGUY BERTHEMET £@tanguyber
ENVOYÉ SPÉCIAL À BAMAKO
DANS SA MAISON cabossée des
confins de Bamako, Souleyman
Sangaré a une vision très pragmatique de la politique. Comme tous
les Maliens, ce sexagénaire calme,
qui a passé sa vie à faire « plein de
travails » et à « élever sept enfants », s’apprête à voter à l’élection présidentielle du 29 juillet. Le
choix est large. Derrière le président sortant, Ibrahim Boubacar
Keïta, vingt-trois candidats se posent en rivaux plus ou moins sérieux. Pour Souleyman, Soumaïla
Cissé, principal challenger, est
« bon ». Cheick Modibo Diarra ?
« Bon » lui aussi. Quant au président, il est également « bon ». « Et
il a de l’argent. Et les Maliens
aiment bien l’argent », dit-il.
L’analyse est rapide mais le
scrutin qui s’ouvre est sans nul
doute le plus incertain qu’ait
connu le pays. Dans la capitale,
entre les affiches des prétendants, l’atmosphère est pourtant
curieusement atone. On ne sait si
c’est la pluie qui s’abat, une certaine indifférence ou la peur du
résultat qui semblent détourner
les électeurs de l’enjeu.
« IBK » se présente en président
affaibli par un mandat en demiteinte et pour beaucoup le temps
de l’alternance est venu. En 2013,
dans la foulée de l’opération militaire française « Serval », qui a
chassé au nord les djihadistes, le
président s’était forgé l’image du
sauveur d’un pays à genoux. Son
discours sans concessions sur la
paix à retrouver, uni dans le slogan
« Le Mali d’abord », avait séduit un
pays déboussolé. Aujourd’hui,
cette paix attendue n’est pas au
rendez-vous. Le Mali est toujours
la proie de groupes armés salafistes
et de rébellions aux contours flous.
La situation, aux yeux mêmes du
secrétaire général des Nations
unies, Antonio Guterres, s’est
« dégradée ». L’instabilité a gagné
ces dernières années la région de
Mopti, au centre du pays, et la
zone de Menaka. L’accord de paix,
signé au printemps 2015 à Alger,
cumule les retards dans son exécution. « Il y a de petites avancées
mais tout est beaucoup trop lent. Le
gouvernement ne tranche pas », résume un haut responsable de
l’ONU. L’instabilité gouvernementale qui a marqué le mandat
»
EMMANUEL MACRON,
LORS DU SOMMET G5 SAHEL,
LE 2 JUILLET À NOUAKCHOTT
DE « SERVAL »
À « BARKHANE »
Après le lancement,
le 11 janvier 2013 au Mali,
de l’opération « Serval »,
avec 1 700 soldats, la France
a déployé l’opération
« Barkhane » à compter
d’août 2014, qui, elle, couvre,
avec 4 500 soldats, les cinq
pays du Sahel. Au total,
22 soldats français ont été
tués lors de ces deux
opérations, dix avec Serval,
douze avec Barkhane.
La Mission
multidimensionnelle
intégrée des Nations unies
pour la stabilisation au Mali
(Minusma) s’est déployée
à partir du 1er juillet 2013,
prenant le relais de la Mission
internationale de soutien
au Mali (Misma), formée par
la Communauté économique
des États d’Afrique de l’Ouest
(Cedeao). La Minusma,
avec un effectif
de 15 000 personnes
(12 169 militaires,
1 741 policiers, 1 180 civils),
est l’une des missions les
plus importantes de l’ONU.
Elle a perdu 170 Casques
bleus. En 2015, les dirigeants
du G5 Sahel (Mauritanie, Mali,
Niger, Burkina Faso et Tchad)
décident de créer une force
conjointe, mais elle peine
à se déployer.
- cinq premiers ministres et sept
remaniements - est souvent montrée du doigt. « Nous n’avons jamais pensé que ce serait simple. Le
problème est extrêmement complexe. Nous aurions préféré faire
mieux et plus vite mais nous allons y
arriver », assure Soumeylou Boubèye Maïga, l’actuel premier ministre. Le président lui parle peu
cette année de ces « difficultés ».
Il préfère mettre en avant les résultats économiques, une croissance et 5 % et une inflation basse,
la reprise de la production de coton et la stabilité budgétaire. Mais
dans le pays, ces grandes statistiques n’ont guère apporté de travail
et le chômage, inquantifiable, fait
des ravages. L’éducation demeure
“
Ce n’est pas gagné
mais pas impossible.
Nous serons
au-dessus des 40 %
”
MOUSTAPHA BEN BARKA, SECRÉTAIRE
GÉNÉRAL DE LA PRÉSIDENCE
précaire et, selon l’OCDE, un tiers
de l’immense jeunesse du Mali, où
les moins de 20 ans forment plus
de la moitié des 18 millions d’habitants, serait illettré. Mais l’aura
d’IBK, longtemps réputé intègre,
s’est plus que tout effritée dans les
affaires de corruption. L’achat
d’un avion présidentiel et des
commandes de matériels militaires notamment auraient donné
lieu à de plantureuses « commissions » d’après la presse. Les chiffres n’ont jamais été clairement
connus, au-delà de chaussettes
militaires achetées 20 dollars la
paire, mais ces marchés de gré à
gré ont poussé le FMI et la Banque
mondiale à rompre, en 2014, leur
coopération. Les institutions sont
depuis revenues. « La corruption
reste un problème majeur. Elle a explosé à la vue de tous. On a les
preuves mais rien n’est fait. Les politiques sont affaiblis et l’administration en profite », affirme cependant Mamadou Coulibaly, le
patron des patrons maliens. Pour
le secrétaire général de la présidence, Moustapha Ben Barka, ces
affaires sont « manipulées ». « Il y a
eu des enquêtes et rien n’en est ressorti. » Reste que les soutiens
d’IBK se font plus rares. L’iman
Dicko, puissant président du Haut
Conseil islamique, s’est éloigné.
Dans la région, les États voisins,
LES PAYS DE LA FORCE G5 SAHEL
ALGÉRIE
Nouakchott
Tessalit
Kidal
Gao
Bamako
»
MAMADOU COULIBALY,
LE PATRON
DES PATRONS MALIENS
Principales zones d’influence djihadiste au Mali
LIBYE
TCHAD
Aguelal NIGER
ZONE DE KIDAL
Iyad Ag Ghali,
Ansar Dine Nord
ZONE DE TOMBOUCTOU
Yayah Abou al-Hammam,
Aqmi pour le Grand Sahara
Madama
Faya-Largeau
Abéché
SOUDAN
Niamey
2 Ouagadougou
BURKINA
FASO
un problème
majeur.
Elle a explosé à
la vue de tous.
On a les
preuves mais
rien n’est fait.
Les politiques
sont affaiblis et
l’administration
en profite
ALGÉRIE
MALI
MAURITANIE
La corruption
« reste
tout en portant le chef de l’État, se
montrent critiques.
Pour l’opposition, cependant,
ces cinq années ne permettent
pas d’espérer une réélection.
« Avec un tel bilan, il n’a aucune
chance. Il aurait dû avoir le courage de faire comme son ami Hollande », tranche Tiébilé Dramé, le
directeur de campagne de Soumaïla Cissé. À 68 ans, « Soumaïla », un vieux routier de la
politique, toujours candidat depuis 2002, rêve d’accéder enfin
au pouvoir. L’homme, issu de
l’entreprise et d’institutions internationales, a posé sa campagne sur le nécessaire renouvellement. Il se dit sûr de gagner.
Cheick Modibo Diarra ou Modibo
Sidibé tentent de jouer les arbitres de ce duel, comme plusieurs
anciens ministres d’IBK récemment passés à l’opposition. « Les
pronostics sont difficiles. Mais il
est impensable qu’IBK passe au
premier tour », souligne un observateur occidental. Du côté du
pouvoir, ce « strike » est souvent
évoqué, suscitant l’indignation
des rivaux. « Ce n’est pas gagné
Tamanrasset
N’Djamena
Tessalit
NIGERIA
RCA
HOGGAR
MAURITANIE
MALI
Aguelhok
NIGER
ADRAR
DES IFORAS
Aguelal
Sévaré,
Points d’appuis de
l’opération « Barkhane »
PC de la Force
G5 Sahel
Zones sous influence
des groupes djihadistes
A
Infographie
Sources : AFP, Reuters, ministère des Armées
Bourem
Niger
Gao
ZONE DU GAO
al-Mourabitoune
Son leader Mohammed
Ould Nouini a été tué le 14/02
par un raid français
Ménaka
Mopti
Bamako
Groupes djihadistes
Intégré au Groupe de soutien
à l’islam et aux musulmans (GSIM)
Arlit
Kidal
Tombouctou
GUINÉE
ZONE DU MACINA
Hamadou Koufa,
Ansar Dine Sud
Niamey
BURKINA
FASO
BÉNIN
Jafar Dicko,
Ansarul Islam
1er JUILLET 2018
Un kamikaze au volant
d'un véhicule piégé se fait
exploser contre une
patrouille franco-malienne
Abdou Walid
al-Sahraoui, Daech
NIGERIA
200 km
mais pas impossible. Nous serons
au-dessus des 40 % », détaille
Moustapha Ben Barka. « Les extrémistes des deux bords chauffent
leurs partisans. C’est dangereux.
D’autant que la tentation de la
fraude est assez évidente », analyse une source occidentale.
Les discours ne sont que plus
âpres et étonnants dans le pays
plus habitué au consensus poli. La
tension est encore montée la semaine dernière quand le parti de
Soumaïla Cissé a mis en lumière
toute une série d’incohérences
dans le fichier électoral. « Ce fichier est avarié jusqu’à preuve du
contraire », affirme Tiébilé Dramé. Pour le général Siaka Sangaré, chargé de la gestion de cette
liste, c’est un « vrai-faux problème ». « Les soupçons sont liés à
une erreur informatique. » La polémique est un rien redescendue
mais la confiance, déjà maigre,
est plus minée encore. « Ce défaut
d’entente est grave et pourrait
conduire à des problèmes postélectoraux, surtout en cas de victoire
au premier tour », redoute le haut
responsable de l’ONU.
Le centre du pays, la région de
Mopti concentre les autres inquiétudes. Dans cette zone où
l’État est presque absent, les djihadistes ont clairement menacé
les agents électoraux et les citoyens. Or, la province, plutôt
acquise à Cissé, pèse lourd : près
de 13 % des voix. « Il y a là un sujet de contestation possible. Nous
avons encouragé les autorités à
publier une liste des communes où
le vote serait impossible mais cela
n’a pas été fait », regrette Fatoumata Maïga, présidente de la Cosem, une mission nationale d’observation des élections.
Le risque que la participation au
vote soit basse est réelle. Les Maliens, qui s’expriment rarement
au-delà des 50 %, pourraient se
détourner des urnes. Surtout les
plus jeunes, qui ne se reconnaissent pas forcément dans les candidats. La jeunesse fatiguée et en
manque d’avenir ne s’intéresse
plus guère à la politique. Ras Bath,
l’animateur star de radio qui a rejoint Cissé, tente de les impliquer.
Avec des mots durs. « Le scrutin
est ouvert. Il faut éviter d’avoir un
président dont la légitimité serait
branlante. Ce serait le pire, car
dans ce cas les négociations de paix
seraient de nouveau retardées »,
s’alarme un négociateur. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018
L'ÉVÉNEMENT
La France condamnée à rester
ISABELLE LASSERRE £@ilasserre
C’ÉTAIT le temps où François
Hollande se promenait en libérateur dans les rues de Tombouctou.
Dans la ville du Nord qui venait
d’être reprise en un temps record
par les forces françaises, l’ancien
président avait déclaré, le 2 février : « Je viens de vivre la journée
la plus importante de ma vie politique. » Il avait aussi fait une promesse : « La France restera avec
vous le temps qu’il faudra. »
Lancée en janvier 2013 pour faire barrage aux djihadistes qui fonçaient sur la capitale Bamako,
« Serval » fut un modèle d’intervention militaire. L’opération
française a écarté en un temps record la menace des groupes armés
islamistes. Dans la foulée, l’élection d’Ibrahim Boubakar Keïta
(IBK) à la présidence faisait souffler dans la capitale un espoir de
paix et de refondation démocratique pour le Mali. L’ouverture d’un
dialogue avec le Nord, rebelle au
pouvoir central de Bamako, laissait espérer une stabilisation de la
zone sahélienne. Un an plus tard,
le remplacement de « Serval »
par « Barkhane », et ses 4 500
soldats qui tentent de contenir la
menace djihadiste dans la zone
sahélienne, apportait un sérieux
garde-fou régional contre la recrudescence du terrorisme.
Bamako dans un cocon
Cinq ans plus tard, l’optimisme a
été balayé par les vents brûlants
du désert. La communauté internationale est toujours au chevet
d’un Mali qui part à la dérive et se
délite en trois zones : le Nord qui
échappe au contrôle de l’État, le
Centre qui verse dans le chaos et
le Sud, avec la capitale Bamako,
qui vit dans un cocon et dans le
déni. Malgré des centaines de
millions d’euros d’aide et de perfusion financière, malgré les efforts des militaires français et des
casques bleus de l’ONU, le pays
est toujours au bord de l’implosion. Les pressions militaires et
politiques n’ont pas permis de
tracer un chemin vers la paix en
imposant une solution politique
entre le Nord irrédentiste et le Sud
victime de l’incurie de ses dirigeants.
La menace djihadiste, si elle a
changé de forme, n’a pas disparu.
Les groupes se sont reconstitués.
Ils se sont adaptés à la présence
française et à celle des Casques
bleus. Ils s’enracinent dans les
villages, remplissent le vide laissé
par les services de l’État. Après les
Arabes et les Touaregs du Nord, ils
pénètrent désormais les populations peules. Le centre du pays est
secoué par des tensions communautaires. Les groupes armés y
imposent leurs lois, y commettent
des attentats, y exercent la pression djihadiste. La plupart des
écoles ont été fermées, rempla-
“
Aujourd’hui, notre
marge de manœuvre
est faible.
Notre principal but,
c’est de limiter
les dégâts
”
UN OFFICIER QUI A SERVI AU MALI
cées par des établissements coraniques réservés aux garçons d’où
« jamais ne s’échappe un cri d’enfant », observe un officier général
qui en revient. « C’est là, au centre du pays où se multiplient les
violences et les attentats, que se
joue en grande partie l’avenir du
Mali », prévient-il. Mois après
mois, la violence éclabousse les
pays voisins, notamment le Niger
et le Burkina Faso.
Principale opération extérieure
française, « Barkhane » doit surveiller une région grande comme
l’Europe, au nord du Mali ainsi
qu’au-delà du fleuve Niger. À
moyen terme, Paris mise sur le G5
Sahel, force militaire conjointe
des pays de la région – Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et
Tchad – pour prendre le relais des
soldats de « Barkhane ». On n’en
est pas encore là : le financement
international de la force n’est
toujours pas bouclé.
Quant à l’armée malienne, elle
n’a pas résolu ses défaillances et
rechigne toujours à investir les
zones où grouillent les djihadistes,
au nord de Bamako. Corrompue,
sous-équipée, mal dirigée, minée
par les désertions et par les
conflits interethniques, divisée
entre la hiérarchie et les soldats,
elle est incapable de prendre le
relais des forces françaises et de
l’ONU. Pas davantage au Mali
qu’en Afghanistan, le pari occidental de passer le relais aux forces locales n’a fonctionné.
À qui la faute ? Au précédent
gouvernement français qui a sans
doute organisé des élections présidentielles trop tôt et poussé trop
fort son protégé IBK, au nom des
liens sacrés noués sur les bancs de
l’Internationale socialiste ? Au
président malien, corrompu et incapable de restaurer l’autorité de
l’État au nord et au centre du
pays, qui a détourné l’argent prévu pour la reconstruction ? À
l’ambiguïté de la politique menée
par les acteurs régionaux, notamment l’Algérie ? En tout cas, pas
aux militaires français. Dès les
premiers jours de l’opération
« Serval », ils avaient prévenu
qu’il est toujours plus facile de gagner une guerre que de gagner la
paix. Depuis, ils n’ont cessé de
dire que l’action miliaire, pour
qu’elle soit efficace, devait être
couplée à un vaste plan de développement.
Le destin du Mali ressemble
aujourd’hui à celui de l’Afghanistan, où les forces françaises ont
épaulé les Américains : un succès
militaire, une reconstruction jamais enclenchée et finalement la
reconstitution d’une insurrection
armée, encore plus aguerrie
qu’avant. On ne voit pas comment la réélection d’IBK qui, selon un diplomate occidental,
« jouit du pouvoir plus qu’il ne
l’exerce », changerait la donne.
Surtout dans un pays comme le
Mali, qui demeure un empilage
d’empires qui, du nord au sud, se
haïssent
profondément.
« Aujourd’hui, notre marge de
manœuvre est faible. Notre principal but, c’est de limiter les dégâts », commente un officier qui a
servi au Mali.
Le risque, pour les forces françaises, mais aussi pour les Casques
bleus de l’ONU, qui payent un
lourd tribut à la mission de paix,
est celui d’un enlisement dans un
conflit sans fin. Mais sous peine
d’abandonner un champ de bataille devenu stratégique, celui de
la lutte antiterroriste, ni la France
ni la communauté internationale
ne peuvent lâcher le Mali. ■
Un soldat français
de l’opération
« Barkhane »
patrouille,
en compagnie
d’un soldat malien,
au port de Korioumé,
sur le Niger,
à proximité
de Tombouctou.
PASCAL GUYOT/AFP
Le président Ibrahim
Boubacar Keïta,
dit IBK, pendant
une réunion électorale
le 18 juillet,
au stade de Gao.
SOULEYMANE AG ANARA/AFP
IBK, le lymphatique hôte
du palais de Koulouba
SUR LES HAUTS d’une colline, les
murs blancs du palais de Koulouba
trônent sur Bamako. Le président
Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK,
s’y est lové avec une évidente satisfaction en 2013, aux lendemains
de son élection triomphale. Cinq
ans plus tard, alors qu’il prétend à
sa succession lors du scrutin du
29 juillet, il n’en est jamais vraiment redescendu. Sa voix douce
et suave, son français soigné jusqu’à en être parfois maniéré se
sont faits rares sur les antennes et
même, selon ses détracteurs, dans
le pays. « Le président, on ne le voit
pas beaucoup », résume, sèchement, Ibrahima Sangaré, un marchand du centre-ville.
IBK serait-il « jupitérien » à l’extrême sur son Olympe bamakoise ?
Ses proches s’en défendent. « Le
président a des obligations liées à sa
fonction. Il ne peut pas apparaître
partout », assure Moustapha Ben
Barka, le secrétaire général de la
présidence. Le président a sans nul
doute une haute idée de la fonction
et de sa représentation. À peine
élu, ses premières décisions ont été
de commander un avion présidentiel et d’ordonner la réfection de
Koulouba, pillé lors du coup d’État
de 2012.
Un de ses anciens amis, qui préfère rester anonyme, sourit de ces
choix polémiques. « IBK aime les
apparences », dit-il, rappelant ses
costumes stricts ou, plus souvent
aujourd’hui, ses boubous impeccables. « Un jour, alors qu’il était
ministre des Affaires étrangères,
IBK a interrompu une réunion car
un conseiller avait une cravate de
travers. On a passé une heure à apprendre à faire un nœud double
Windsor. Le travail a attendu », se
souvient-il. Cette habitude de faire attendre le travail est une critique récurrente.
Les rumeurs de convois présidentiels passant à vide à travers la
ville tandis que IBK resterait chez
lui courent depuis des décennies.
De même que les anecdotes sur
des décisions attendues des mois
durant. « Pendant cinq ans, IBK a
fait ce qu’il sait faire de mieux :
rien », assène Tiébilé Dramé, un
farouche adversaire, directeur de
campagne de l’opposant Soumaïla
Cissé. « C’est des mensonges.
Comment pourrions-nous avoir ce
bilan si rien ne se faisait », souligne Arouna Touré, le ministre de
l’Information. IBK lui-même ne
semble pas s’en formaliser.
« Mieux vaut en sourire », explique-t-il dans une interview à Jeune Afrique. « Si j’étais ce roi fainéant […] le Mali n’aurait pas les
résultats économiques et sociaux
qui sont les siens », continue-t-il,
rappelant à ses critiques occidentaux qu’il « a fréquenté les mêmes
universités qu’eux, sans être dans
les profondeurs du classement ».
Bon élève, le jeune Keïta le fut.
Né en 1945 à Katioula, dans le sud
du Mali, il s’est vite fait remarqué
par ses bulletins qui lui valent
d’intégrer le lycée Janson-deSailly. Toujours brillant, il plonge
à Paris dans la fièvre postcoloniale
pendant des études d’histoire à la
Sorbonne, puis comme chargé de
cours à Tolbiac. Il fréquente les
milieux très à gauche, la Fédération des étudiants d’Afrique noire
en France (Féanf), où il sculpte des
amitiés utiles, comme celle avec
Alpha Condé, qui préside aujourd’hui aux destinées de la Guinée.
Ses fréquentations d’alors racontent un homme charmeur et char-
mant, toujours tiré à quatre épingles, amateur de cigares et de bons
vins. Ses convictions semblent
plus flottantes. L’entregent, l’ambition et le pragmatisme, marques
de fabrique du futur président,
sont, eux, déjà là.
Au milieu des années 1980, il
rentre à Bamako où il dirige l’antenne locale d’une ONG. Mais la
politique le taraude. La chute du
dictateur Moussa Traoré en 1991 va
lui fournir une occasion qu’il ne
manque pas. Proche de l’Alliance
pour la démocratie au Mali (Adéma) et de son chef Alpha Oumar
Konaré, il devient le directeur de la
campagne victorieuse de son mentor. Dès lors, il va savoir se rendre
indispensable. Il sera tour à tour
conseiller, ambassadeur, ministre
des Affaires étrangères puis premier ministre cinq ans durant. Il se
forge une réputation d’homme à
poigne. D’homme ombrageux aussi. « IBK n’est pas vraiment autoritaire mais il veut être obéi », explique un ancien ministre.
La rupture avec son maître naît
d’ailleurs en 2002, lors de la présidentielle. IBK, qui se voit en héritier légitime, ne tolère pas qu’on lui
préfère Amani Toumani Touré. Il se
présente mais il est battu, pas forcément de manière bien régulière.
Néanmoins, il se rallie à son vainqueur et reçoit la présidence de
l’Assemblée nationale. Un lot de
“
Pendant cinq ans,
IBK a fait ce qu’il sait
faire de mieux : rien !
TIÉBILÉ DRAMÉ,
UN FAROUCHE ADVERSAIRE
”
consolation. Une nouvelle rupture
éclate dès l’élection suivante, en
2007, qui se termine par un nouvel
échec. Cette fois, Ibrahim Boubacar
Keïta est renvoyé dans l’opposition
et sa carrière semble sur le déclin.
Le putsch militaire inattendu de
mars 2012 va finalement le transformer en homme providentiel.
Élu en septembre 2013 comme
un sauveur, sur un discours martial, il doit aujourd’hui défendre
un bilan en demi-teinte. La sécurité du Mali, son thème de prédilection, ne s’est pas améliorée, au
contraire. La pauvreté demeure
dramatique. Les demandes populaires s’accumulent. « Le problème
du président est qu’il est un homme
plus habile à conquérir le pouvoir
qu’à l’exercer », euphémise un
ancien diplomate occidental.
Son image a été écornée par des
scandales de corruption et un
penchant pour le népotisme. Dans
son cercle rapproché, on retrouve
plusieurs membres de sa famille, à
commencer par son fils, Karim,
président de la commission de la
défense de l’Assemblée nationale.
« Karim a été élu et non nommé.
C’est une non-histoire. Quant à
moi, j’ai été recruté de manière totalement transparente », affirme
Moustapha Ben Barka, qui est aussi le neveu du président. Il n’empêche, les dégâts sont importants.
Au point que, l’été dernier, les
manifestations s’enchaînent pour
exiger le départ du chef de l’État.
Les chancelleries occidentales,
notamment la France, cachent de
moins en moins leur agacement
vis-à-vis d’un président jugé lymphatique. Ce francophile convaincu, qui ne manque jamais de souligner que son grand-père est
tombé à Verdun, est marqué. Mais
il ne se laisse pas abattre. IBK, en
fin politique, flaire vite le danger.
En décembre, il nomme donc Soumeylou Boubèye Maïga premier
ministre. Entre les deux hommes,
les relations ont toujours été complexes. Mais SBM met à la disposition du président son énergie et
son plantureux carnet d’adresses.
Profitant de l’embellie, Ibrahim
Boubacar Keïta lance sa campagne, jouant de son charisme naturel. « Il a sans doute des défauts.
Mais sa compassion et son amour
des gens et du pays ne sont pas
feints », souligne l’éditorialiste
Adam Thiam. Il reste à savoir si
cela sera suffisant pour convaincre
les Maliens de le reconduire dans
son palais. ■
T. B. (À BAMAKO)
A
guerre antidjihadiste
3
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samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Les motions de censure unissent les
Alors que les Insoumis ont annoncé qu’ils soutiendraient
la motion de censure des Républicains, la droite réfléchit
à soutenir celle qui a été déposée par la gauche vendredi.
MATTHIEU DESMOULINS £@MatthDes
ET PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
AFFAIRE L’opposition, qui se prétend
souvent bafouée par la majorité, tientelle sa revanche ? La semaine prochaine,
le gouvernement devra faire face à deux
motions de censure à l’Assemblée nationale. L’une du groupe Les Républicains,
déposée jeudi. L’autre issue des rangs de
la gauche. Une fois n’est pas coutume :
les groupes de La France insoumise, de
Nouvelle Gauche (PS) et des communistes ont réussi à s’entendre pour déposer
un texte en commun vendredi.
« Il était indispensable de se rassembler
pour montrer que Macron et sa majorité
sont minoritaires », s’est contenté Éric
Coquerel, député de La France insoumise, proche de Jean-Luc Mélenchon.
« L’idéal aurait été de n’en avoir qu’une
mais nous ne sommes pas naïfs. Chacun
dans l’opposition cherche à exister et surtout ne pas laisser le leadership à l’autre »,
reconnaît, beau joueur, le député LR
Pierre Cordier.
Réfutant malgré tout l’idée d’une
concurrence entre les deux motions,
l’opposition préfère les voir comme
complémentaires. La preuve : La France
insoumise a annoncé qu’elle voterait celle de la droite. Quant aux députés des Républicains, ils ne s’interdisent pas non
plus de donner leur voix à la motion de la
gauche. « Il faudra voir précisément ce
qu’il y a dans le texte. Mais nous sommes
sur la même longueur d’onde. Si elle ne vise
qu’à défendre nos institutions et qu’elle ne
sert pas des intérêts plus politiques, nous
pourrons la voter », confirme le député
LR Sébastien Huyghe. La ligne de
conduite devrait être définie mardi en
réunion de groupe. Marine Le Pen, la
présidente du Rassemblement national
(ex-FN), a annoncé que ses troupes voteraient également les deux motions de
censure.
Objectif symbolique
Dans cette union insolite des oppositions,
seul le groupe Nouvelle Gauche (PS) devrait jouer le trouble-fête, en refusant de
voter le texte des Républicains. « La
droite n’est pas devenue notre alliée politique. Nous menons un combat commun
mais nous ne partageons pas les mêmes
valeurs. Il n’y aura pas de confusion des
genres », assume le député socialiste Luc
Carvounas.
Cette petite victoire pour l’opposition
ne s’est cependant pas faite sans encombre. Vendredi, La France insoumise,
Nouvelle Gauche et le GDR (communistes) ne parvenaient pas à se mettre d’accord sur l’ordre des signataires de la motion. Un détail qui a son importance car
seul le premier d’entre eux porte le texte
devant l’Assemblée. Tandis que les troupes de Jean-Luc Mélenchon proposaient
de s’en remettre au tirage au sort, les
socialistes et les communistes se retrouvaient derrière le nom d’André Chassaigne, le chef de file du groupe communis-
te à l’Assemblée. Finalement, après une
réunion de près de deux heures au Palais
Bourbon, c’est bien le communiste qui a
été retenu pour être en première ligne.
« André Chassaigne est le centre de gravité de nos deux groupes », s’est réjouie à la
sortie Valérie Rabault, la présidente du
groupe Nouvelle Gauche.
Car si les regards se sont arrêtés sur
André Chassaigne, c’est aussi pour une
raison diplomatique. Jeudi soir, après
que les trois groupes de gauche venaient
de se mettre d’accord sur le principe de
rédiger ensemble une motion de censure,
Jean-Luc Mélenchon se félicitait devant
les caméras d’en avoir été à l’initiative.
Une paternité immédiatement contestée
par Valérie Rabault. « Le choix d’André
Chassaigne permet d’éviter un débat inutile et d’aller à l’essentiel. Nous sommes
dans un combat pour la défense de la démocratie, pas en train de régler la question
du leadership de la gauche », raille Olivier
Faure, le premier secrétaire du PS.
Malgré tout, les deux motions de censure, qui devraient être examinées mardi, n’ont aucune chance d’être votées.
Pour qu’elles soient adoptées, il faudrait
au minimum 289 députés. Or, LaREM
détient déjà à elle seule la majorité absolue. Pour l’opposition, l’objectif est donc
surtout symbolique. Une manière aussi
de faire perdurer un peu plus l’affaire
Benalla. ■
+
Jean-Luc Mélenchon,
à l’Assemblée nationale,
mardi. La France
insoumise votera
la motion de censure
des Républicains.
BERTRAND GUAY/AFP
» Lire aussi PAGE 17
Pour la « police
de l’Élysée a agi
DEUX PRÉSIDENTS DE COMMISSION QUE TOUT OPPOSE
Yaël Braun-Pivet acculée par Philippe Bas, la revanche
les critiques de toutes parts
de l’ancien monde
FACE À ELLE, la plupart des chaises sont
vides. Privée de son opposition, Yaël
Braun-Pivet ouvre ce vendredi matin la
dernière audition de la commission
d’enquête parlementaire qu’elle préside, chargée de faire la lumière sur les
dysfonctionnements autour de l’affaire
Benalla. « Mes chers collègues, bonjour »,
commence-t-elle. Ils ne sont que 17
– tous députés de la majorité MoDemLaREM - sur les 72 membres de la commission. Imperturbable, Yaël Braun-Pivet dirige la réunion pendant une heure,
presque comme si de rien n’était.
La veille, tous les groupes d’opposition
l’ont conspuée, de La France insoumise
(LFI) aux Républicains (LR), après son
refus d’inviter des proches d’Emmanuel
Macron à s’exprimer devant eux sur l’affaire Benalla. Après dix auditions, ils ont
suspendu leur participation à la commission des lois, constituée en commission
d’enquête après l’affaire Benalla. Yaël
Braun-Pivet « a reçu un mandat impératif
de l’Élysée, qu’elle applique et exerce avec
beaucoup de zèle », s’est empressé de dénoncer jeudi soir le député LR Éric Ciotti,
tandis que Marine Le Pen (RN, ex-FN) la
qualifiait de « militante politique ». Le député LR Guillaume Larrivé, avec lequel
Yaël Braun-Pivet doit rendre un rapport
sous un mois, a aussi claqué la porte.
« Rien de personnel », jure-t-il.
lative, où les projets de loi antiterroriste,
asile immigration, réforme des institutions sont passés devant les députés de la
commission. Après une année de travail
législatif, Jean-Christophe Lagarde
(UDI) voit toujours en Yaël Braun-Pivet
une « présidente inexpérimentée, toujours sur la défensive, se sentant agressée
à la moindre question ». Mais l’intéressée
assure que son assise n’est « pas du tout »
affaiblie face aux critiques de l’opposition. « C’est une commission où je fais régner le pluralisme absolu et qui marche de
façon très démocratique», assure-t-elle
en pleine tempête.
Ses collègues LaREM tentent de voler
à son secours. « Elle n’est pas comme ses
prédécesseurs, affirme Laetitia Avia, elle
dit les choses comme elle les pense. » Ce
qui la conduit parfois à commettre des
maladresses. « On a un groupe qui dort,
qui ne sait pas monter au créneau, qui est
vautré », confie-t-elle un jour à son voisin en commission, alors qu’elle a oublié
d’éteindre son micro. Comme à chaque
faux pas, elle tient à se justifier. « Je ne
me sentais vraiment pas soutenue. Je ne
jette pas la pierre à mon groupe mais il
faut qu’on trouve notre place. » ■
CHARLES SAPIN £@csapin
APPARTENIR à l’« ancien monde »,
comble de l’infamie pour les uns, est,
pour d’autres, une noblesse qui se porte
à la boutonnière. Philippe Bas, 60 ans,
fait indéniablement partie de cette seconde catégorie. Cet énarque passé par
le Conseil d’État avant de devenir ministre de la Santé de Jacques Chirac est
dépeint par ses compères comme un
« amoureux du droit. » « C’est un technicien qui mise sur sa connaissance chirurgicale des dossiers de fond, tout particulièrement institutionnels, lâche le
sénateur Jean-Louis Masson. Pas vraiment le genre d’excité qui gesticule dans
tous les coins pour attirer la lumière. »
L’homme qui concilie en toutes circonstances, sourire courtois et verbe
tranchant, n’en a pas moins focalisé
toutes les attentions cette semaine. En
tant que président de la commission des
lois du Sénat - mue en commission
d’enquête parlementaire sur l’affaire
Benalla -, c’est à lui que revient la délicate conduite des auditions des autorités hiérarchiques de l’ancien collaborateur de l’Élysée. Comme de celles des
responsables du ministère de l’Intérieur
ou de la Préfecture de police de Paris.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
A
MISE EN ÉBULLITION depuis le début
de l’affaire Benalla, qui laisse transparaître des rivalités sourdes jusqu’au
sein de la sécurité élyséenne et écorne
à la marge l’image du ministre de l’Intérieur, la maison police attend l’heure
des explications. Alors que les syndicats et la base patrouillant sur le terrain
n’ont pas caché leur écœurement face
à ce scandale, les auditions devant les
commissions d’enquête parlementaires
n’ont parfois fait qu’ajouter à la confusion. Les conclusions du rapport de
l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), commandé par Gérard
Collomb après la révélation par Le
Monde
d’une
vidéo
montrant
l’ex-conseiller de l’Élysée frapper des
manifestants à Paris, ont été rendues
publiques vendredi après-midi. Sobrement intitulé « L’accueil des observateurs extérieurs des activités de police », le document éclaire le rôle
d’Alexandre Benalla et de son acolyte
Vincent Crase lors des dérapages du
1er mai. Épais d’une trentaine de pages,
il préconise aussi le port d’un « brassard spécifique » et d’une nouvelle
« charte » sur la présence d’« observateurs » aux côtés des forces de l’ordre.
après avoir formulé une
uC’est
demande qu’Alexandre Benalla
Un humour pince-sans-rire
Une novice en politique
Pourtant, Yaël Braun-Pivet est devenue
le symbole des tensions nouées entre
l’opposition et la majorité autour de l’affaire Benalla. En se hissant l’été dernier à
la tête la commission des lois, à 47 ans, la
néo-élue des Yvelines, « tombeuse » du
turbulent député LR Jacques Myard, a
déjà dû affronter d’autres procès en illégitimité. Pour la première fois, une novice en politique, l’un de ces « nouveaux
visages » promis par Emmanuel Macron, devenait présidente de l’un des
plus prestigieux des huit groupes de travail de l’Assemblée, chargé de questions
sensibles, comme les institutions, la justice, la sécurité et l’immigration. Un
poste d’habitude occupé par de vieux
briscards. « On devait tous faire nos
preuves, moi particulièrement », reconnaît l’avocate pénaliste. Davantage encore dans une année de surchauffe légis-
importante… » Un clin d’œil venant de
celui qui a lui même été secrétaire
général de l’Élysée entre 2002 et 2005,
sous la présidence de Jacques Chirac.
« Mais ça n’a rien à voir, c’était l’ancien
monde », ose plaisanter l’intéressé.
Passé la volonté de faire toute la lumière sur « l’affaire Benalla », les
contempteurs du « nouveau monde » ont
peut-être trouvé là leur héraut. « Il a
une longue expérience de grand commis
de l’État et de responsable politique, ce
qui lui confère une autorité et une légitimité certaine », opine en ce sens l’ancien
premier ministre Dominique de Villepin, qui l’a précédé à l’Élysée. « Il ne faut
en tout cas pas parier sur sa lassitude, témoigne l’ancien garde des Sceaux PS
Jean-Jacques Urvoas, qui a été son homologue au Palais Bourbon. C’est un
cardinal. Il a le sens de l’implicite avec ce
qu’il faut d’ironie sans jamais cacher ses
ambitions. Ce qui l’anime, c’est l’honneur
du Parlement. Dans ce que la vie politique
est devenue de brutalité, qui fait qu’on
peut s’en éloigner sans trop d’amertume,
c’est rassurant de voir qu’il reste des
hommes qui considèrent que ce n’est pas
la guerre civile. » ■
En comparaison de l’implosion qu’a
connue son homologue à l’Assemblée, il
n’est pas peu de dire que l’homme a séduit dans l’exercice. Au-delà même de
son propre camp. « Il conduit cette commission de manière remarquable, le ton
est juste, le respect du pluralisme est total.
On peut compter sur lui pour défendre nos
institutions et faire le travail dont aurait
dû s’acquitter notre hémicycle », loue la
chef de file du Rassemblement national,
Marine Le Pen, au Figaro. Bien que députée, celle-ci a préféré suivre sur les
bancs de la presse, jeudi, les auditions au Sénat par Philippe Bas du
secrétaire général de l’Élysée, Alexis
Kohler : « Ses questions étaient redoutables, Je prépare mon pop-corn et
mon Coca zéro pour l’audition de Christophe Castaner mardi ! »
Non sans un humour pince-sans-rire,
que ses proches décrivent comme une
signature, Philippe Bas a lancé à l’actuel
numéro deux de l’Élysée : « Vous occupez une fonction dont on dit qu’elle est très
était à la manifestation du 1er mai
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
LORIS BOICHOT £@lboichot
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
Alors que l’ex-conseiller de l’Élysée a
assuré dans Le Monde jeudi : « Je ne demande pas à être observateur. Je suis
invité à être sur place par Laurent Simonin, chef d’état-major à la Préfecture de
police (PP) », la « police des polices »
offre une autre lecture : « Dans le courant du mois d’avril 2018, Alexandre
Benalla, en sa qualité d’adjoint au chef
de cabinet de la présidence de la République, aurait émis le souhait, auprès du
contrôleur général Laurent Simonin,
chef adjoint de l’état-major de la direction de l’ordre public et de la circulation
(DOPC) de la Préfecture de police, et
d’Alain Gibelin, directeur de la DOPC,
d’assister à un service d’ordre à l’occasion d’un événement de voie publique de
grande ampleur, à Paris. » L’IGPN note
que, « depuis la dernière élection présidentielle », Benalla « côtoie professionnellement un grand nombre de policiers
de la capitale» et qu’il a « manifestement noué avec certains d’entre eux des
liens de proximité, facilités par le tu-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018
POLITIQUE
L’affaire Benalla pèse sur le combat
en Europe de Macron contre le populisme
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
ENVOYÉ SPÉCIAL À MADRID ET LISBONNE
des polices », l’ex-conseiller
comme un électron libre
toiement qu’il pratique volontiers ».
C’est donc « sans solliciter d’autres garanties, convaincu de la véracité des dires de son interlocuteur et sans évoquer
plus avant sa présence en tant qu’observateur sur le service d’ordre avec ses
supérieurs hiérarchiques » que Laurent
Simonin lui a donné rendez-vous le
1er mai, en début d’après-midi, à la
Préfecture de police.
hiérarchie policière
uLa
n’a pas été informée,
Benalla au cœur de la mêlée
Le rapport de la « police des polices»
est formel : il « apparaît certain » que le
contrôleur général « n’a pas évoqué
avec son directeur la présence de
M. Benalla sur le dispositif ». Place de la
Contrescarpe, l’ex-proche d’Emmanuel Macron est au cœur de la mêlée.
Au commissaire présent, il « désigne un
individu ayant jeté des projectiles sur les
forces de l’ordre en suggérant qu’il soit
interpellé ». Dans la foulée, ajoute
l’IGPN, le commissaire s’exécute :
« Ordre est donné […] à un groupe de la
CRS 15 de procéder à cette interpellation. » Mais la situation vire à l’aigre
puisque « le mouvement des CRS génère
immédiatement une réaction hostile des
personnes rassemblées ». Alexandre
Benalla « décide d’intervenir de sa propre initiative ». Son acolyte Vincent
Crase, gendarme réserviste salarié par
LaREM, reste en permanence « dans le
sillage » de l’ex-garde du corps « en lui
prêtant la main ». Des « images vidéo
[…] beaucoup plus parlantes » laissent
apparaître sur ce dernier un « port prohibé d’arme » qui « constitue l’un des
chefs d’inculpation ».
n’a retenu le bras
uPersonne
de l’ex-conseiller présidentiel
La vidéo en atteste : lorsque Alexandre
Benalla « empoigne très vivement » un
jeune manifestant, qu’il « cherche à le
tirer sur le côté en adoptant un geste
d’étranglement arrière » ou qu’il
« l’agrippe par son blouson et porte la
paume ouverte de sa main sur sa tête
afin de le maîtriser », le major de police
qui l’accompagne n’intervient pas.
« Bien qu’embarrassé par la tournure
que prenaient les choses, il ne concevait
pas, compte tenu de son grade, de faire
la moindre observation à celui qui était,
à ses yeux, un personnage de première
importance », détaille l’IGPN. Comme
l’a déclaré le préfet de police de Paris,
Michel Delpuech, devant la représen-
tation nationale, le rapport estime que
« le positionnement hiérarchique insuffisant du fonctionnaire référent illustre la
nécessité de formaliser dans une note
cadre les grands principes qui doivent
présider à l’accueil d’observateurs dans
les services et leur présence lors d’interventions ». En clair, la stature d’un policier de haut rang aurait théoriquement pu mieux s’imposer face à la
« fougue » de l’ex-employé du « Château ». Sur la foi des déclarations du
major, la « police des polices » précise
en outre que si Alexandre Benalla
« écoutait le trafic radio de la police »
dans l’après-midi des faits après qu’on
lui eût donné la fréquence, ce dernier
« n’a jamais passé de message ni donné
la moindre instruction ».
« police des polices »
uLa
préconise la création
d’un « brassard spécifique »
et d’une « charte » de l’observateur
Soucieuse d’« éviter toute confusion
préjudiciable », l’IGPN préconise « l’attribution aux observateurs d’un signe
distinctif ». Même si ses auteurs affirment « garder présent à l’esprit qu’un
tel identifiant pourrait désigner l’observateur comme cible pour des individus
mal intentionnés », évoquant « les violences dont sont souvent victimes les
journalistes porteurs d’un brassard
“presse” », le rapport propose « la
création d’un brassard spécifique d’observateur ». « Il conviendra donc de réfléchir à la couleur de cet effet ainsi qu’au
graphisme utilisé », précise la « police
des polices », qui défend par ailleurs
l’idée de mettre en place une « charte
de l’observateur ». « D’une formulation
large, elle devrait rappeler les grands
principes que sont par exemple l’obligation de discrétion, la non-divulgation des
faits observés, l’obligation de se conformer aux directives du référent… », note
la mission d’enquête de l’IGPN avant
d’ajouter que « son acceptation, matérialisée par sa signature, constituerait un
préalable à l’autorisation ». En annexe
du rapport, la Préfecture de police souligne, dans une note datée du 25 juillet
dernier, que la qualité de « simple observateur […] exclut toute participation
directe ou active aux missions de police ». S’il en était besoin, la PP martèle
que les observateurs « ne sont jamais
armés, ne sont pas équipés de radio ni de
brassard “Police”, et ne conduisent pas
les voitures de service ». Le cas Benalla
ne devrait plus se reproduire. ■
IL Y A une éternité, il y avait une crise
des migrants, une zone euro à réformer,
une Europe à relancer. C’était le temps
d’avant. Celui d’avant la victoire de la
France à la Coupe du monde de football.
C’était surtout le temps d’avant l’affaire
Benalla et ses rebondissements à répétition. Franchissant la chaîne des Pyrénées, Emmanuel Macron a tenté de reprendre le fil de son quinquennat et de
son projet européen, d’abord en Espagne
jeudi soir, le lendemain au Portugal.
Avec le nouveau président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, et le
premier ministre portugais, Antonio
Costa, il veut bâtir un axe des progressistes européens pour s’opposer à la montée des populismes partout sur le continent. Mais le poids du boulet de l’affaire
Benalla pèse toujours. Et Emmanuel Macron s’en agace. « Tout ça est quand
même une tempête dans un verre d’eau »,
redit-il en arrivant à la Moncloa, le siège
du gouvernement espagnol. Il dénonce
« un emballement médiatique », assure
qu’il défend le travail de la justice, souligne la légitimité du travail des commissions d’enquête au Parlement. « Il y a un
président de la République qui est au travail, qui continue et que rien ne troublera », promet-il. Pas même l’étau qui se
resserre sur l’un de ses plus proches
conseillers, Ismaël Emelien, récipiendaire des bandes de vidéosurveillance de
la place de la Contrescarpe.
Ces images sont censées remettre
dans leur contexte la scène où Alexandre
Benalla bastonne un manifestant le 1er
mai dernier. Des circonstances atténuantes en somme. Ces vidéos, c’est
Alexandre Benalla qui les a remises à Ismaël Emelien. Peu après, elles se sont
retrouvées sur Internet, diffusées par les
comptes Twitter de militants de La République en marche. Puis elles ont été
effacées. C’est Mediapart qui a révélé
l’histoire. De quoi nourrir le soupçon.
Suffisamment en tout cas pour qu’autour
d’Emmanuel Macron, on ne se fasse
guère d’illusion sur la perspective d’une
convocation à venir du conseiller spécial
par la commission d’enquête du Sénat.
Mais le chef de l’État n’entre jamais
dans le détail de l’affaire. « On verra
comment tout cela se terminera », éludet-il. Le président de la République ne redoute pas les motions de censure déposées contre son gouvernement. « La
réalité des forces politiques ne doit pas
nous conduire à envisager que cette motion puisse amener à censurer le gouvernement d’Édouard Philippe », expliquet-il. Propos diplomatique.
Dans son entourage, on se réjouit de
l’initiative de l’opposition. « C’est la cerise sur le gâteau. Juste ce qu’il nous fallait
pour achever de ressouder les troupes »,
glisse un conseiller d’Emmanuel Macron. À son côté, dans la salle de presse
de la Moncloa, Pedro Sanchez n’en mène
pas plus large avec son affaire. L’intensité est plus basse mais lui aussi est en pleine polémique. Ses opposants lui repro-
chent d’avoir utilisé un avion de la
République pour aller assister à un
concert de rock de The Killers dans la
ville de Castellón, à 90 minutes de Madrid. « Laissons tomber les polémiques
artificielles et intéressons-nous aux vrais
problèmes des gens », se défend le premier ministre espagnol.
“
Il y a un président
de la République
qui est au travail
EMMANUEL MACRON
”
En Espagne aussi, il y a donc des tempêtes dans un verre d’eau. Chacun dans
leur genre, ces deux affaires nourrissent
le populisme. Celui-là même qui monte
en Europe et contre lequel Emmanuel
Macron est venu relancer son combat à
Lisbonne. Avec le premier ministre portugais, il participe à une consultation citoyenne organisée à la Fondation Calouste-Gulbenkian. « C’est dans les cinq
années qui viennent que se joue le destin de
notre Europe, lance-t-il. Les prochains
mois sont décisifs pour les prochaines
élections européennes. Soit nous réformons en profondeur l’Europe, soit nous
acceptons le statu quo et son délitement
progressif. »
La rencontre a parfois des allures de
meeting, en plus mou. « Le grand clivage
qui se jouera lors de ces élections sera entre les progressistes et les populistes »,
lance Emmanuel Macron. Avec la crise
des migrants comme thème principal.
À peine réglé le cas de l’Aquarius, ce bateau de réfugiés que l’Italie puis la France
avait refusé d’accueillir et qui avait finalement accosté en Espagne, une autre illustration de l’ampleur du phénomène
migratoire a pris le relais.
Avant l’arrivée d’Emmanuel Macron
à Madrid, quelque 600 migrants africains ont violemment pris d’assaut la
double clôture hérissée de barbelés qui
protège l’enclave espagnole de Ceuta,
jetant de la chaux vive sur la guardia civil. Du jamais vu. Du genre à marquer les
esprits et renforcer la montée des populismes. Le prochain scrutin européen se
déroule dans moins d’un an. D’ici là,
Emmanuel Macron espère bien que le
poids du boulet de l’affaire Benalla se
sera allégé. ■
Le premier ministre portugais, Antonio Costa, avec Emmanuel Macron,
vendredi à Lisbonne. RAFAEL MARCHANTE/REUTERS
La loi asile et immigration adoptée,
le texte « fake news » renvoyé à l’Assemblée
DELPHINE BERNARD-BRULS £@DD_Bruls
PATIENCE. Petit à petit, la vie de la
République reprend son bon droit.
Après le report à la rentrée de l’examen
de la réforme constitutionnelle, les députés reprenaient mercredi soir l’examen d’un autre texte : le projet de loi
« pour une immigration maîtrisée, un
droit d’asile effectif et une intégration
réussie ».
Les débats autour de la loi asile et immigration, paralysés par les rebondissements de l’affaire Benalla, du nom de
l’ex-collaborateur d’Emmanuel Macron identifié brutalisant des manifestants du 1er mai, avaient repris mercredi
dans une ambiance délétère, émaillée
par de nombreux rappels au règlement.
Le calme était de retour jeudi en nouvelle lecture et a permis l’adoption du
texte par 48 voix pour, 17 contre et
12 abstentions.
Les votes ont peu varié, entre la
première lecture et l’adoption du texte
de jeudi. La République en marche
(LaREM) ainsi que le groupe UDI-Agir
ont de nouveau voté en faveur du texte
porté par le ministre de l’Intérieur,
Gérard Collomb. Les Républicains (LR)
et l’ensemble des groupes de gauche
ont, eux, renouvelé leur vote contre le
projet de loi.
« Pas lieu de délibérer »
Seule ombre au tableau pour le parti de
la majorité : après Jean-Michel Clément, qui avait voté contre en première
lecture, Aina Kuric l’a, elle aussi, désapprouvé jeudi soir. Elle est la seule
élue LaREM à avoir dérogé à la règle tacite interdisant la majorité de voter
contre un projet de loi gouvernemental.
Parmi les points d’achoppement, on
retrouve notamment l’allongement de
la durée maximale de rétention de 45 à
90 jours. Le délai accordé pour formuler
une demande d’asile a, lui, été raccourci et passe de 120 à 90 jours. Le « délit de
solidarité » est bel et bien enterré :
l’aide au séjour irrégulier dont l’action
« n’a donné lieu à aucune contrepartie
[…] ou toute autre aide apportée dans un
but exclusivement humanitaire » sera
désormais exemptée de poursuites.
Au Sénat aussi, le travail parlementaire a repris, mais de manière bien plus
fugace. Le Palais du Luxembourg a renvoyé jeudi soir la proposition de loi dite
« fake news » à l’Assemblée nationale.
Les sénateurs ont en effet estimé qu’il
n’y avait « pas lieu de délibérer » sur les
deux propositions de loi controversées
visant à lutter contre la diffusion de
fausses informations sur les candidats
en période électorale. Avant même le
débat général en séance, les parlementaires ont rejeté les deux textes - une loi
ordinaire et une loi organique - qui
avaient pourtant été adoptés en première lecture à l’Assemblée nationale
par LaREM. Christophe-André Frassa,
le rapporteur (LR) de la commission des
lois du Sénat, a justifié ces deux motions
de rejet - adoptées à respectivement
288 et 287 voix pour et 31 contre - par
ses doutes « sur l’efficacité des dispositions proposées » et les « risques d’une
atteinte disproportionnée à la liberté de
communication ». ■
A
oppositions
5
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Cambodge : le pouvoir éternel de Hun Sen
À la tête du pays depuis 33 ans, le premier ministre a écrasé ses rivaux et mené une féroce répression préélectorale.
ANNE MOLINA
PHNOM PENH
ASIE Dans les rues de Phnom Penh, des
milliers de Cambodgiens vêtus de blanc
agitent des drapeaux bleus perchés sur
des scooters, des tuk-tuks, des voitures, en d’interminables convois. Le Parti du peuple cambodgien (CPP) du premier ministre Hun Sen, qui dirige le
pays depuis trente-trois ans, achève sa
campagne pour les élections législatives
de dimanche. Vingt partis se présentent, mais nombre d’entre eux sont des
micropartis surnommés ampil ampek
(lucioles), apparaissant avec les élections et disparaissant avec elles, et
soupçonnés de servir les intérêts du
pouvoir. Le grand absent de ce scrutin
est le Parti du sauvetage national du
peuple (CNRP).
En 2013, il avait réalisé une percée record de 44 % contre 51 % pour le CPP,
porté par une jeunesse avide de changement et l’émergence des réseaux sociaux. Il a confirmé la donne lors des
élections municipales de juin 2017, mais
en novembre, son chef, Kem Sokha, accusé de comploter avec les États-Unis
pour renverser le gouvernement, est
mis derrière les barreaux. Le CNRP est
alors dissous et une centaine de cadres
sont interdits de politique pendant cinq
ans. En quelques mois, des activistes
sont arrêtés, des syndicalistes harcelés,
des médias indépendants contraints de
fermer dans un climat de chasse aux
sorcières. Toute parole critique est passible de poursuites et les manifestations
sont proscrites.
Sam Rainsy, l’ancien chef du CNRP et
rival de longue date de Hun Sen, exilé
en France depuis 2015, appelle au boycott du scrutin avec la campagne
« Doigt propre », en référence à la trace
d’encre indélébile restant sur l’index
après avoir voté. « Le taux de participation sera considérablement plus bas que
d’habitude. Le seul parti présent dans la
commission électorale, dans les bureaux
de vote et dans les médias est le CPP, ils
peuvent donc annoncer tout ce qu’ils veulent », prédit Sam Rainsy.
En réponse, le gouvernement, qui
juge le boycott « illégal », a condamné
(jeudi 26) cinq anciens membres du
CNRP ayant posté une photo d’eux l’index en l’air à 2 500 dollars d’amende. Si
Hun Sen a pavé son chemin vers la réélection, le taux de participation est un
enjeu important pour sa légitimité afin
de ne pas rompre avec la communauté
internationale, auprès de qui l’opposition en exil s’emploie à faire du lobby.
Les parlementaires américains ont voté,
jeudi, des sanctions ciblées sur des di-
gnitaires proches de Hun Sen. Même si
le petit royaume s’est considérablement
rapproché de la Chine, devenu le premier investisseur direct, il reste toujours dépendant des échanges commerciaux avec l’Ouest. L’Union européenne
mène actuellement un audit de « Tous
sauf les armes », l’accord garantissant
au Cambodge un accès privilégié au
marché européen, vital pour son industrie textile. L’année dernière, 40 % des
exportations totales étaient destinées à
l’UE pour un total de 5 milliards de dollars.
Ces derniers mois, Hun Sen a fait des
douzaines d’apparitions publiques, maniant aussi bien la séduction que le bâton. En visite dans des usines textiles, il
s’est fait photographier un fer à repasser
à la main, a distribué des enveloppes de
5 dollars aux ouvrières et a promis une
augmentation du salaire mensuel minimum de 153 à 170 dollars. Trois jours de
congé ont été décrétés pour les employés et les étudiants afin qu’ils aient le
temps d’aller voter en province. Dans
les zones rurales où le parti et l’administration ne font parfois qu’un, plusieurs cas de pression ont été rapportés.
« Je ne veux pas voter, raconte Borey, un
employé d’une trentaine d’années ori-
“
Le seul parti
présent dans
la commission
électorale, dans les
bureaux de vote et dans
les médias est le CPP
SAM RAINSY, ANCIEN CHEF DU CNRP,
PARTI D’OPPOSITION DISSOUS
”
PHILIPPE WOJAZER/REUTERS
ginaire de Sihanoukville. Mais le chef du
CPP vit juste à côté de chez moi, il sait que
j’ai voté à chaque élection, et j’ai besoin
d’une attestation pour acheter un terrain.
Je vais juste y aller pour tremper mon
doigt et rendre un bulletin invalide. »
Le message que Hun Sen martèle à chaque rassemblement : « Voter pour le
CPP, c’est voter pour la stabilité et le développement du pays », trouve toujours
un écho auprès des Cambodgiens plus
âgés, dans ce pays marqué par le régime
des Khmers rouges, qui, de 1975 à 1979,
fit près de deux millions de morts. Hun
Sen, lui-même ancien soldat khmer
rouge, a fait défection en 1977 et participé à la reconquête du pays au côté des
Vietnamiens, ce qui lui vaut toujours un
statut de « sauveur ». En 1993, lorsqu’il
perd les élections contre les royalistes, il
parvient à s’imposer comme second
premier ministre grâce au soutien de
l’armée, qui participe ensuite à un coup
d’État en 1997.
Sous l’ère Hun Sen, le pays renaît de
ses cendres et connaît un boom économique avec un PIB caracolant à 7 %.
Mais cette réussite cache des disparités ;
si la capitale est un chantier permanent
où fleurissent centres commerciaux et
Hier, lors du dernier jour de campagne, le premier ministre Hun Sen, président du Parti du peuple cambodgien, était accueilli par ses partisans à Phnom Penh.
La « reine du vaccin » terrorise les Chinois
Le scandale des médicaments frelatés mine la confiance des Chinois dans leur système de santé publique.
RAPHAËL RENÉ
A
PÉKIN
CHINE Sun Chun Yan, 36 ans, dirige
une discothèque huppée de Pékin,
dans le quartier de Sanlitun, mitoyenne du Stade des Ouvriers. Son fils va
fêter ses deux ans. « Quand je l’ai emmené dans un hôpital de la capitale
pour ses vaccins obligatoires, le pédiatre lui a proposé des doses chinoises,
gratuites, et des doses importées,
payantes. Je n’ai choisi que les vaccins
payants. L’un d’eux, fabriqué en France et contre cinq maladies, m’a tout de
même coûté 3 600 yuans (453 euros).
Mais j’ai pu conserver les boîtes pour
vérifier que les numéros de série étaient
conformes avec ceux inscrits sur le carnet de santé. Je ne regrette absolument
pas », affirme cette maman vigilante
au Figaro.
La réalité lui donne raison : deux laboratoires pharmaceutiques chinois
– Changchun Changsheng Biotechnology et l’Institut des produits biologiques de Wuhan – sont actuellement
soupçonnés d’avoir vendu des centaines de milliers de vaccins infantiles
falsifiés aux agences sanitaires des
provinces du Shandong, de Chongqing et du Hebei.
Changsheng Biotechnology avait,
selon le journal officiel Dazhong Ribao, arrangé les comptes rendus de
voitures de luxe, la vie dans les rizières
semble figée dans le temps. « Le Cambodge est un régime militaire héréditaire ; les okhnas (un titre honorifique accordé à partir de 100 000 dollars de
contributions, NDLR) sont devenus une
classe sociale privilégiée, ils accaparent
les biens fonciers et s’enrichissent aux
dépens du peuple », pointe l’analyste
politique Lao Mong-Hay.
Un réseau scellé par des alliances
dont l’ampleur a été révélée dans un
rapport de l’ONG Global Witness en
2016. Le clan Hun Sen détient une fortune estimée entre 500 millions et un
milliard de dollars. Si le premier ministre a annoncé son intention de rester dix
ans de plus au pouvoir, il prépare aussi
la relève à l’image de la dynastie nordcoréenne ; ses trois fils, Hun Manet,
Hun Manith et Hun Many, occupent des
postes de premier plan dans l’armée et
le parti, tandis que ses deux filles, Hun
Mana et Hun Maly, détiennent des dizaines de sociétés. ■
Au même moment, un deuxième faproduction et d’inspection d’un lot
bricant, basé à Wuhan, au centre du
important de vaccins antirabiques
pays, a été accusé d’avoir vendu
puis vendu 252 600 doses non confor400 000 doses de vaccins défectueux
mes de vaccins contre la diphtérie, le
aux provinces de Chongqing et du
tétanos et la coqueluche. « Le Centre
Hebei. Le premier ministre chinois, Li
de contrôle et de prévention des malaKeqiang, a réclamé des « sanctions sédies contagieuses du Shandong - où les
vères » et une « tolérance zéro » pour
vaccins ont été vendus - affirme que les
les entreprises qui franchissent « la lienfants qui ont été inoculés avec ce
gne rouge de l’éthique ». En
vaccin n’ont pas présenté
voyage d’État au Sénégal, le
d’effet secondaire », a
président Xi Jinping – d’ortempéré le journal.
dinaire peu disert - a évoLa présidente de cet imqué des « pratiques de naportant laboratoire basé
ture horrible et choquante »
dans la province de Jilin
et demandé une « enquête
est une milliardaire de
approfondie ». Dans un édi65 ans. Souvent présentée
de vaccins contre
comme « la Reine du vac- la diphtérie, le tétanos to, le Quotidien du peuple a
appelé à limiter « au plus
cin », Gao Junfang a été
et la coqueluche
vite la propagation de la peur
arrêtée mardi, tout comvendues par le
me quatorze de ses sala- laboratoire Changchun et de la colère populaires ».
Car ces deux affaires jetriés. Ils font l’objet d’une
Changsheng
tent le discrédit sur la
enquête criminelle.
Biotechnology
compétence des autorités
La Bourse de Shenzhen,
de régulation et décuplent
où la société est cotée, a
la méfiance des consommateurs
d’ores et déjà promis des sanctions
chinois, tellement échaudés par de
disciplinaires, après avoir épluché les
nombreux scandales alimentaires et
comptes du laboratoire et observé
sanitaires récents.
des dépenses « anormales, en compaEn 2016, plus de 80 millions d’euros
raison avec les laboratoires concurde vaccins ont été découverts entreporents ». On apprend par exemple que
sés dans des conditions déplorables,
le laboratoire dépensait un tiers de
dans la province du Shandong. L’année
son chiffre d’affaires annuel en
précédente, des centaines de nourris« marketing et promotion », arrosons du Henan étaient tombés malades
sant des centaines d’officiels locaux à
après avoir reçu des vaccins périmés.
la moindre conférence.
252 600
doses non
conformes
En 2010, dans le Shanxi, deux journalistes – limogés peu après – ont
rapporté la mort de trois bambins à
qui l’on avait inoculé des vaccins
n’ayant pas été réfrigérés. Déjà à
l’époque, le gouvernement promettait
une sévérité exemplaire et des
contrôles accrus du secteur, qui
compte quarante fabricants.
Cet épisode sanitaire rappelle aussi
bien sûr le scandale du lait coupé à
la mélanine qui, en 2008, tuait six
bébés. Sanlu, Mengniu, Yili : la
confiance envers les fleurons chinois
de l’industrie laitière fut brisée et dix
ans plus tard, les supermarchés du
pays ne vendent principalement que
du lait maternisé importé, présenté
avec un antivol et proposé à près de
30 euros la boîte de 900 grammes. « Il
suffit d’une seule crotte de souris pour
gâcher toute la marmite de soupe de
riz », dit l’adage…
Il est donc probable que de nombreux parents chinois se ruent aussi
vers la frontière et rejoignent Hongkong pour vacciner leurs nouveaunés. Sur le réseau social WeChat, fleurissent déjà les posts détaillant les
démarches et les prix : si les 31 établissements publics n’acceptent plus de
bambins chinois depuis 2016 (ils se répartissent un quota mensuel de
120 patients non-résidents), les cliniques privées pléthoriques de cette
ville portuaire se frottent les mains. ■
SAMRANG PRING/REUTERS
EN BREF
Italie : Grillo veut
un référendum
pour sortir de l’euro
L’Italie doit se doter d’un
« plan B » pour quitter la zone euro
si la situation économique
l’impose, a déclaré vendredi
Beppe Grillo, fondateur du
Mouvement 5 étoiles (M5S),
formation anti-establishment
qui fait partie de la coalition
gouvernementale. Il réclame
un référendum.
États-Unis : 1 400 familles
de migrants réunies
Environ 1 400 familles
de migrants sur 2 500, auxquelles
des enfants âgés de 5 ans et plus
avaient été enlevés à leur arrivée
aux États-Unis, ont été réunies,
selon l’agence américaine chargée
de l’immigration, et plus de
700 enfants étaient toujours
séparés de leur famille jeudi soir.
Trump dément
avoir su que son fils
parlait à une Russe
Donald Trump a démenti vendredi
avoir eu préalablement
connaissance d’une réunion
pendant la campagne
présidentielle entre son fils Don Jr
et une avocate russe offrant des
informations compromettantes sur
Hillary Clinton. Michael Cohen,
l’ex-avocat du président, affirme
que ce dernier a approuvé la tenue
de cette réunion le 9 juin 2016
à la Trump Tower, à New York.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018
SOCIÉTÉ
7
Paris en appelle
à l’État pour
démanteler « la
colline du crack »
Des toxicomanes sur la « colline
du crack », à la porte de
la Chapelle, entre le périphérique
et l’autoroute A1 .
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
INSÉCURITÉ C’est un jeune homme fébrile qui s’avance, les yeux hagards, une
bouteille vide à la main. Mais pour le vigile devant le Franprix, « pas question de
laisser entrer les toxicos : ils menacent les
clients, volent la nourriture, boivent les
bières à l’intérieur du magasin… » Il faudra le renfort de deux collègues, ce vendredi matin, pour éloigner le drogué.
Qui, après avoir poursuivi des passants
en hurlant de rage, brisera sa bouteille
sur le trottoir.
« C’est toute la journée comme ça ! »,
soupire le vigile. « Mais où est la police ? », s’émeut un retraité. Un mois
après l’évacuation du squat de « la colline du crack », porte de la Chapelle, dans
le XVIIIe arrondissement de Paris, les
toxicomanes sont de retour, dans un
campement sordide coincé entre le
périphérique et l’embranchement de
l’autoroute A1. « Face à l’urgence », la
Ville de Paris « demande une intervention
de l’État dans les plus brefs délais ».
« Plus rien ne me choque »
On y accède par une rue jonchée de détritus et de cadavres de rats. À la station
d’essence BP, en face de la « colline »,
« on connaît bien les drogués, qui ont toujours été là, qui sont revenus trois jours
après avoir été évacués ». Ils viennent y
« zoner » et observer les automobilistes
depuis des matelas éventrés et des fauteuils désarticulés. « C’est malheureux,
mais on s’adapte, lâche la caissière. Des
fois, j’ouvre pas ma porte de la journée. Je
vois de ces choses… plus rien ne me choque, maintenant. » Le week-end dernier, « à un feu rouge, une mère de famille
a reçu une pierre en plein visage, jetée par
un toxicomane à travers la vitre de son
véhicule, sous les yeux de ses trois enfants, raconte Pierre Liscia, riverain de
la porte de La Chapelle et élu (LR) du
XVIIIe. Les toxicomanes se livrent désormais à de véritables “attaques de diligence” ! Quatre agressions de ce type ont eu
lieu ce week-end-là ».
Plus possible de retirer de l’argent au
distributeur de La Poste, qui jouxte le
Franprix, sans se faire accoster, s’effare
une riveraine. Plus possible, non plus,
de prendre un café en terrasse au Celtic.
«Ils se mettent devant la porte et demandent un euro, un café, une cigarette, raconte le gérant, Naguim Aouchiche. Ce
matin, j’étais à deux doigts de mettre une
tape à une toxico qui harcelait mes clients.
Juste avant, un de ses copains avait balancé un verre sur le barman. » Au centre
médico-dentaire, Anuja, la réceptionniste, vient travailler « la boule au ven-
Redoine Faïd confondu par son ADN
Les empreintes du braqueur en cavale et de son frère ont été retrouvées dans une voiture à Sarcelles.
CAROLINE PIQUET £@CaroPiquet
BANDITISME Les enquêteurs avaient vu
juste : le braqueur Redoine Faïd, qu’ils
pensaient avoir identifié sur des images
de vidéosurveillance, était bien à
Sarcelles mardi soir. Son ADN ainsi que
celui de l’un de ses frères ont été retrouvés dans la voiture qu’ils ont abandonnée dans un parking d’un centre
commercial après une course-poursuite avec les gendarmes, confirme une
source policière. Il s’en est donc « fallu
de peu », enrage cette dernière, pour
que les forces de l’ordre interpellent le
braqueur multirécidiviste qui court depuis 28 jours, après sa spectaculaire
évasion de la prison de Réau, en Seineet-Marne, le 1er juillet dernier.
Mardi, vers 16 h 30, les gendarmes
avaient repéré un véhicule suspect aux
abords d’une station-service, vers la
commune de Piscop, dans le Vald’Oise. Les deux occupants de la voiture, refusant de se soumettre à un
contrôle, avaient pris la fuite. Une course-poursuite s’était engagée, mais les
fugitifs avaient réussi à filer, laissant
derrière eux leur Renault Laguna et
leurs traces ADN. Dans ce véhicule
faussement immatriculé, les enquêteurs
avaient notamment mis la main sur de
fausses plaques d’immatriculation et six
pains d’explosif.
En attendant les analyses ADN, les
enquêteurs de la police judiciaire de
Versailles avaient visionné les bandes
de vidéosurveillance et acquis la conviction qu’il s’agissait de Redoine Faïd
et d’un de ses frères. Selon des enquêteurs, rapporte Le Parisien, il s’agirait
de son aîné, Rachid Faïd, introuvable
depuis l’évasion de Redoine. Cet ancien
gérant d’une entreprise de BTP, âgé de
60 ans, est un soutien de longue date du
braqueur multirécidiviste. Il rendait régulièrement visite à son frère au parloir
et a déjà tenté de l’aider à plusieurs reprises. Déjà, en 2004, il avait été arrêté
pour avoir participé à la préparation de
l’évasion de son frère, alors incarcéré à
la centrale de Saint-Maur, dans l’Indre.
Depuis le fond de sa cellule, ce der-
Reproduction de la fiche de Redoine Faïd sur le site d’Interpol, à Paris le 15 avril 2013.
AFP
nier pilotait notamment un vaste trafic
de voitures volées destiné à financer sa
future cavale et auquel s’adonnait, avec
d’autres malfrats, son frère Rachid. Des
conversations téléphoniques avaient
révélé leur combine et, l’année suivante, le frère dévoué avait été condamné à
trente mois de prison, dont quinze avec
sursis. Plus récemment, au printemps
2017, Rachid Faïd avait tenté, de nouveau, d’aider son frère à s’évader de la
prison de Fresnes, dans le Val-de-Marne. Le 1er juillet, l’aîné a-t-il encore joué
un rôle dans l’évasion de Réau ? Les enquêteurs semblent convaincus qu’il faisait partie du commando.
Cette spectaculaire opération a relancé le débat sur la sécurité des prisons
françaises. En réponse, la garde des
Sceaux, Nicole Belloubet, a lancé une
inspection pour savoir s’il y avait eu des
« défaillances » dans la sécurité de la
prison de Réau. Remises la semaine
dernière, les conclusions de ce rapport
devaient être apportées mardi devant la
commission des lois de l’Assemblée nationale. Mais, affaire Benalla oblige, la
présentation de ce rapport a dû être décalée. Selon son agenda, la ministre en
fera une restitution lundi après-midi. ■
Des réservistes pour sécuriser les TER
Dans les Hauts-de-France, ces gendarmes patrouillent à bord des trains et dans les gares sensibles.
MARIE TRANCHANT £@MarieTranchant
LILLE
TRANSPORTS Avant de s’asseoir dans le
TER, Cindy, 33 ans, avoue « toujours jeter
un coup d’œil ». La jeune femme effectue
un aller-retour mensuel Lille-Rouen et se
sent parfois en insécurité sur son trajet :
« Je regarde s’il y a une femme, ça me rassure. » Elle n’est pas la seule à vivre avec
cette inquiétude. C’est contre ce sentiment
d’insécurité que veut lutter la gendarmerie à travers une convention signée mijuillet avec la région Hauts-de-France.
« C’est un sentiment qui préoccupe nos
concitoyens, reconnaît Grégory Angéli,
chef du bureau de la sécurité publique et
de la sécurité routière de la région de gendarmerie des Hauts-de-France. Nous
avons donc voulu donner plus d’effectifs
pour renforcer la sécurité. » De début
juillet à fin décembre, 120 patrouilles com-
posées de trois gendarmes réservistes seront déployées sur le territoire, en ciblant
les zones « sensibles ». Pendant la période
estivale, ils seront particulièrement présents dans les gares du littoral. « Les premiers retours sont positifs, indique le chef
d’escadron. Leur travail vient en complément de celui de la Suge (surveillance géné-
“
Là où la région
a la compétence,
je veux un renforcement
de la sécurité
XAVIER BERTRAND
”
rale SNCF) et des contrôleurs. » Pour la
SNCF Mobilités, la convention peut être
utile dans la région Hauts-de-France,
« qui concentre une densité de population
très importante ». Les effectifs sont mis à
disposition par la gendarmerie qui assume
le coût de l’opération : 245 000 euros. Si le
dispositif venait à être pérennisé, après
évaluation par la gendarmerie, la SNCF et
la région, c’est cette dernière qui prendrait
le relais. « Là où la région a la compétence,
je veux un renforcement de la sécurité, explique Xavier Bertrand au Figaro. Dans les
lycées et dans les transports, c’est donc à
nous de nous en occuper. » Le président de
la région Hauts-de-France projette d’inscrire ce dispositif au budget 2019 de la collectivité à raison d’un demi-million
d’euros par an « et si la gendarmerie propose un renforcement des effectifs, je suis
prêt à aller au-delà ». Dans les gares, incivilités et regroupements participent de ce
sentiment d’insécurité, comme ce mardi,
en fin d’après-midi, à la gare Lille-Flandres, où trois jeunes hommes, bouteilles à
la main et visiblement alcoolisés, sont interpellés par des policiers. Pour améliorer
la protection des voyageurs, 198 caméras
de vidéosurveillance ont été installées de-
puis janvier 2016, dans les gares du territoire, rappelle encore Xavier Bertrand. Du
côté des usagers, ces mesures sont bien
accueillies.
« Ce genre de situation reste peu fréquente, estime Grégory Angéli. Dans les
Hauts-de-France, il y a eu 1 250 faits en
2017, ce sont des atteintes aux biens, des
petites dégradations en général. Ce n’est
pas un réseau plus marqué qu’un autre. »
Justine, 27 ans, admet qu’à Libercourt
(Pas-de-Calais), où elle s’arrête, les regroupements de jeunes « qui accostent les
gens » la mettent mal à l’aise. « Mais ce
qui nous agace le plus, ce sont les retards ! » Même son de cloche pour
l’Union des voyageurs du Nord : « Ce qui
peut aller dans le sens d’une meilleure sécurité dans les trains est positif, estime
Gilles Laurent, le président de l’association. Mais l’irrégularité est un problème
que les gens vivent au jour le jour de façon
très stressante. » ■
ZOOM
Départs en vacances :
30 000 policiers
et gendarmes mobilisés
sur les routes
Quelque 30 000 policiers
et gendarmes seront déployés
sur les routes pour les deux
prochains week-ends en raison
de l’important trafic attendu
pour le traditionnel chassécroisé entre les juillettistes et
les aoûtiens, a indiqué vendredi
le ministère de l’Intérieur. Leur
mission : « lutter contre les excès
de vitesse », « prévenir les pertes
d’attention au volant » ou encore
« veiller au respect des règles
de priorité et de distance ».
Seront également mobilisés
25 000 sapeurs-pompiers
volontaires et professionnels,
jour et nuit, précise le ministère.
EN BREF
Paris : les policiers
interpellent un cambrioleur
âgé de… 9 ans
Un enfant âgé de 9 ans et son
complice de 13 ans, suspectés
d’avoir cambriolé un appartement
à Paris, ont été interpellés jeudi
soir par la police, coincés
sur un échafaudage. Le plus jeune
a été placé en foyer, le second
a fait l’objet d’une garde à vue.
Toulon : un policier employé
au tribunal écroué après un
viol commis dans les geôles
Un policier employé au tribunal
de Toulon, accusé d’avoir commis
un viol sur une détenue, a été mis
en examen et écroué jeudi soir.
L’homme de 59 ans a reconnu
les faits après avoir assuré, dans
un premier temps, qu’il pensait
qu’ils étaient en train de nouer
une relation.
Un quasi-homonyme
d’Alexandre Benalla victime
d’injures porte plainte
Insultes, menaces… depuis que
le scandale Benalla a éclaté, la vie
d’Alexandre Benallaoua, un
Toulousain de 41 ans, est devenue
un enfer. Il a déposé plainte, jeudi,
au tribunal de grande instance
de Paris pour injures. Même lieu
de naissance, à Évreux, port de
la barbe : la confusion entre les
deux hommes est entretenue par
l’algorithme d’un réseau social
qui, quand on tape le nom du
premier, renvoie vers le second.
1
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
A
Déjà évacués il y a un mois, quelque
150 toxicomanes sont aussitôt revenus.
tre ». « Ils attendent à côté de la porte
pour rentrer dès que j’ouvre à un patient,
témoigne-t-elle. Ils s’enferment aussitôt
aux toilettes, parfois plus d’une demiheure. Il y a un risque de propagation de
maladies… Et s’ils ont une overdose ? ».
Pour Pierre Liscia, « c’est un véritable
plan Orsec qu’il faudrait mettre en œuvre
porte de la Chapelle ! Avec trois volets
indissociables : policier, judiciaire et médical ». C’est d’ailleurs ce qu’a écrit, mercredi, la présidente de la région Île-deFrance, Valérie Pécresse, au premier
ministre, s’inquiétant d’« une problématique inédite ». Autour d’Anne Hidalgo, qui
a également interpellé Édouard Philippe,
une réunion s’est tenue cette semaine
avec les services de l’État « afin de travailler à des réponses immédiates en termes
de sécurité et d’accompagnement sanitaire
et social, compétences relevant de l’État ».
Avec « l’arrivée attendue, en août, de
réfugiés en plus grand nombre encore »,
les associations d’aide aux migrants
alertent elles aussi sur « le caractère
totalement explosif de la situation ». « Depuis vingt mois, nous avons distribué
250 000 repas et quantité de biens de première nécessité, indique le collectif Solidarité Migrants Wilson. Mais la cohabitation entre ces diverses populations se passe
mal : les personnes toxicomanes sont
agressives, y compris avec nous. Les personnes exilées, notamment les très nombreux mineurs isolés, sont à la merci des
drogués et des trafiquants de toutes sortes.
Nous redoutons chaque jour le drame qui
ne manquera pas d’arriver. » Dans un
communiqué intitulé «Porte de l’enfer»,
le collectif se dit « contraint de fermer ses
portes en août, appelant les pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités ». ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018 LE FIGARO
8
SPORT
Thomas aperçoit Paris, Roglic prend date
Le Gallois, sorti
indemne des
Pyrénées, se
rapproche du sacre.
Le Slovène a chassé
Froome du podium.
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
ENVOYÉ SPÉCIAL À LARUNS
Le Slovène Primoz Roglic franchit la ligne
d’arrivée, vendredi, à Laruns,
dans les Pyrénées-Atlantiques.
MARCO BERTORELLO/AFP
cols qui, cette année, ne lui auront pas
permis de prendre son envol. Il figurait
dans l’échappée mais n’a pas pu attraper la
roue de Roglic, avant de terminer à la
3e place de l’étape (comme à L’Alpe
d’Huez) : « J’étais loin au général, cela faisait plusieurs étapes qu’il n’y avait aucune
ouverture, avec un col aussi difficile que le
Tourmalet placé au milieu de l’étape, c’était
l’étape ou jamais pour partir à l’assaut. Il
fallait essayer. Cela fait plaisir d’être un peu
à l’avant sur ce Tour. J’ai fait le maximum,
j’ai cru à la victoire jusqu’au bout et quand
Dumoulin est sorti sur Roglic, des purs rou-
CRACHATS, insultes, bras d’honneur,
coups de poing, crevaisons, chutes, défaillances, Christopher Froome a tout
enduré durant ce Tour de France. Jusqu’à la perte de sa couronne. Dominé à la
régulière par l’un des siens, un coureur
qu’il connaît depuis toujours : Geraint
Thomas. Ces deux-là cohabitent au sein
des équipes Barloworld (dès 2008), puis
Sky (depuis 2010). Après avoir été longtemps présenté comme le leader, Christopher Froome avait, au regard du classement et au nom de l’équipe, partagé le
leadership en cours de Tour, avant de
s’effacer. Et de tomber du podium.
« Pour eux, cela aurait été bien de faire
gagner Chris pour égaler le record (des
cinq titres sur le Tour, comme Anquetil,
Merckx, Hinault et Indurain), pour être
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Les rouleurs aux avants-postes
À l’heure de l’explication finale pour le
podium au Pays basque, ce samedi, le portrait-robot des têtes d’affiche du Tour de
France ne laisse pas planer le moindre
doute et ne libère pas la moindre place. Les
quatre premiers du classement général
sont des rouleurs. Et il n’y a pas eu le
moindre contre-la-montre individuel
pour les installer. Le podium des derniers
championnats du monde, à Bergen, rappelle que le Néerlandais Tom Dumoulin
(Sunweb) avait devancé le Slovène Primoz
Roglic (Team Lotto NJ-Jumbo) et l’Anglais
Christopher Froome (Sky). Ces trois-là,
dans l’ombre du Maillot jaune Geraint
Thomas (qui possède plus de 2 min
d’avance sur son dauphin) en, découdront
entre Saint-Pée-sur-Nivelle et Espelette
(31 km) pour compléter le podium sur les
Champs-Élysées. Ils se tiennent en 32 secondes… Le « chrono » (lire ci-dessous)
déroulera un tapis accidenté, jonché de
montées et de descentes, sur lequel faire
preuve de caractère et de fraîcheur. ■
19e étape : 1. Roglic (Lotto NL-Jumbo) 5h28’17 ; 2.
Thomas (Sky) 19” ; 3. Bardet (AG2R La Mondiale) 19’’;
4. Martin (UAE Team Emirates) 19” ; 5. Majka (BoraHansgrohe) 19’’… Classement général : 1. Thomas
(Sky) 79 h 49’31 ; 2. Dumoulin (Sunweb) à 2’05 ;
3. Roglic (Lotto NL-Jumbo) 2’24 ; 4. Froome (Sky)
2’37 ; 5. Kruijswijk (Lotto NL-Jumbo) 4’37 ;
6. Landa (Movistar) 4’40 ; 7. Bardet (AG2R La
Mondiale) 5’15 ; 8. Martin (UAE Team Emirates) 6’39…
Froome, la tête à l’envers
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leurs comme ça, il n’y avait plus rien à faire.
Je ne sais pas ce qu’il aurait fallu faire de
plus sur ce Tour, on s’est battus. Cela n’a
pas voulu sourire. C’est très décevant. C’est
comme ça. Je pensais vraiment à la victoire
d’étape, je suis encore passé à côté. C’est
malheureux… »
celui qui a enchaîné la victoire VueltaGiro-Tour. Le sport en a décidé autrement et tant mieux », résume Philippe
Mauduit, le directeur sportif de l’équipe
UAE Team Emirates.
« Je suis maintenant
un équipier »
La digestion de la déception a été rapide,
selon l’entourage du quadruple lauréat
du Tour : « Il était venu pour gagner, c’est
clair. La marque d’un champion, c’est
lorsqu’il a réalisé que Geraint avait peutêtre des jambes un peu plus fortes, qu’il allait peut-être gagner, il ne s’est pas caché
dans un coin derrière le bus pour penser à
lui-même, à sa déception, il a dit : “OK, je
suis maintenant un équipier et je vais faire
le maximum pour Geraint et l’équipe, parce que vous m’avez tellement donné durant des années” », raconte Dave Brailsford, le manager de l’équipe Sky. Nicolas
Portal, directeur sportif, complète : « On
l’accepte plus facilement quand on sent
que c’est juste, que la route est plus forte
que nous, que les gens devant sont plus
forts. Après tout ce qu’il a fait : le Tour, la
Vuelta, le Giro, être avec cette forme-là
sur le Tour, ce n’est pas mal, il n’a pas
complètement craqué. Il perd quelques secondes dans les derniers 3 km (au col du
Portet, terme de la 17e étape, mercredi).
Il n’est pas en jaune, mais c’est incroyable
ce qu’il est en train de faire. Il est en train
d’enchaîner son quatrième grand Tour,
personne n’avait osé s’y attaquer.
Chapeau. »
Implacable maître du suspense, gêné
par le voile du doute et le poids d’une af-
BENOIT TESSIER/REUTERS
CYCLISME Dans la descente technique du
col d’Aubisque enrobée dans un épais
brouillard, Primoz Roglic enchaîne avec
virtuosité des trajectoires de skieur pour
résister au groupe de favoris lancé à folle
allure à ses trousses. Le Slovène file décrocher une deuxième victoire d’étape sur le
Tour de France. L’an dernier, il s’était débarrassé d’Alberto Contador pour plonger
vers Serre-Chevalier avec intrépidité. Son
action d’éclat (il avait déjà fait preuve
d’impétuosité dans la courte mais sévère
montée de Mende, lors de la 14e étape) lui
offre de grignoter de précieuses secondes
et lui permet de déloger du podium Christopher Froome. « Lorsque j’ai commencé
la descente, j’ai créé un petit écart. Je savais
que le plus petit écart serait difficile à boucher. J’ai appuyé de plus en plus fort sur les
pédales. Quand j’ai entendu que j’avais dix
secondes d’avance à 5 kilomètres de l’arrivée, j’ai tout donné jusqu’à la fin. Cela valait
le coup », a-t-il résumé avec une célérité
comparable à celle d’une descente avalée
avec maîtrise. Le Néerlandais Tom Dumoulin (2e du classement général) a toutefois regretté que le Slovène ait profité de la
moto qui le précédait…
Des griefs qui n’ont pas troublé l’impassible Roglic (28 ans) qui a débuté le cyclisme il y a six ans seulement et vit son troisième grand tour (58e du Giro 2016, 38e du
dernier Tour de France). Le Slovène (Lotto
NL-Jumbo) a, cette saison, changé de dimension (il a notamment remporté les
tours de Romandie et de Slovénie) et se
postera, dans les années à venir, un candidat sérieux au Maillot jaune à Paris.
Longtemps cadenassé, le Tour s’est,
dans les replis de la dernière semaine, emballé, livrant des épisodes fouettés par
l’ambition, l’orgueil, l’audace. Avec au
passage des ascensions qui n’affolent pas
les radars et des visages marqués par la répétition des efforts, la pente. Loin des
masques promenés, il y a peu encore avec
morgue et assurance.
Romain Bardet, frustré par une édition
qui le pose loin de ses ambitions initiales
(le leader de l’équipe AG2R-La Mondiale
figure à la 7e place du classement général à
5 min 15 de Geraint Thomas) a tenté le tout
pour le tout avant de tourner le dos à ces
Christopher Froome, entre ses coéquipiers, le Maillot jaune Geraint Thomas et Egan
Arley Bernal, sur l’étape de Bagnères-de-Luchon à Saint-Lary-Soulan Col du Portet.
faire (après un contrôle antidopage anormal en septembre dernier, il a été blanchi
cinq jours avant le départ du Tour), Froome a fendu l’armure, comme Miguel Indurain dans la montée des Arcs en 1996 :
« On va découvrir un autre côté de lui. On a
vu le vainqueur, le gars qui se bat, se bat,
n’accepte jamais de perdre. Il va montrer de
l’humilité. C’est assez rare de voir un champion comme lui annoncer qu’il redevient
coéquipier, sans problème. Cela n’a pas été
évident pour lui pendant trois semaines,
mais il a continué et va montrer un côté plus
humain. Il a connu une déception mais il va
continuer à aider, va susciter de l’empathie.
Un jour, lorsque toute l’émotion sera redescendue, les gens vont dire : c’était un vrai
cauchemar. Il ne s’est pas plaint. Il faut le
respecter », souligne Dave Brailsford.
Christopher Froome vit son 17e grand
Tour depuis la Grande Boucle 2008 (terminée à une anonyme 83e place). Il en a
remporté six (Tours de France 2013, 2015,
2016 et 2017 ; Tour d’Espagne 2017 et Tour
d’Italie 2018) et ajouté trois podiums (2e
de la Vuelta 2011, du Tour 2012 et de la
Vuelta 2013). Série en cours… À 33 ans, il
n’a pas éteint brutalement toute ambition. Il restera, dans les semaines et mois à
venir, le « boss » de l’équipe. « Il en a encore sous la pédale », assure Portal. Brailsford n’hésite pas à lancer : « Il gagnera un
5e (Tour). Il n’y a pas d’autre côté de son
caractère. Il a envie de revenir, de faire encore, de continuer. Cela fait partie de lui. Et
je pense qu’il est capable de le faire. Ce n’est
pas le déclin. Il va revenir et gagnera encore des grands Tours… » ■
J.-J. E.
Course d’obstacles au Pays basque
pour valider le podium
LE PAYS BASQUE s’installe sur la carte
du Tour pour la première fois depuis
douze ans. Avec un contre-la-montre de
clôture qui a du « caractère », comme le
résume Thierry Gouvenou, le directeur
de course. 31 kilomètres entre Saint-Péesur-Nivelle et Espelette.
Christian Prudhomme, le directeur
du Tour, résume : « Les grimpeurs ne
seront pas désavantagés sur ce chrono,
mais ce ne sera pas non plus SallanchesMegève (2016), où il n’y avait que de la
montée. Là, c’est un chrono avec des côtes dans un cadre sublime. On voulait
montrer la beauté, le cachet du Pays
basque, des pentes raides. Au pays du
piment. J’espère qu’il sera relevé. On n’a
pas trouvé de moyens de rapprocher la
montagne de Paris… »
Philippe Mauduit, directeur sportif de
l’équipe UAE Team Emirates, se promène sur le parcours accidenté et décrit :
« C’est un parcours hyper exigeant, techniquement, stratégiquement et physiquement. Il y a des courbes pas faciles à appréhender. La difficulté, la topologie du
parcours, est compliquée. Pour les écarts,
cela dépendra de l’état physique des coureurs. Celui qui va craquer sur ce parcours va s’éteindre. Jusqu’à maintenant,
les trois, quatre coureurs qui se battent
pour le podium ont montré une certaine
constance, à part Froome qui a craqué un
petit peu. Les autres ont montré une pré-
sence forte. C’est psychologiquement que
cela va se jouer. »
L’enjeu de cette 20e étape se concentrera sur le podium (Dumoulin, Roglic,
Froome), le Maillot jaune ayant effectué
le plus dur en sortant sans dommage des
difficultés pyrénéennes après avoir
dominé les Alpes. Nicolas Portal, le
directeur sportif de Sky, souligne :
« “G” (Thomas) a une marge suffisante,
et c’est une spécialité qu’il gère bien.
Même s’il perd un peu de temps sur Dumoulin, ça peut le faire. Tout lui sourit, il
est en grande forme. Il a même un peu de
marge pour une crevaison ou quelque
chose comme ça… » ■
J.-J. E.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018
SCIENCES
9
La France chauffe, la Scandinavie suffoque
Les scientifiques sont en mesure de lier réchauffement climatique et vagues de chaleur répétées.
VINCENT BORDENAVE £@vbordenavev
Sécheresse au nord
de l’Europe
« Rarement, on aura vu un automne
aussi chaud ! » C’est un peu ce que
doivent se dire les Irlandais
et Britanniques en regardant l’état
de leur pelouse, tant le paysage est
chamboulé. L’herbe est devenue brune
et les arbres ont perdu leurs feuilles.
L’ensemble des stations météo
d’Irlande font état d’une sécheresse
absolue tandis que le Royaume-Uni
a connu sa première moitié d’été
la plus chaude depuis le début
des relevés, avec seulement 47 mm
de pluie entre le 16 juin et le 1er juillet.
La France est épargnée grâce aux
pluies diluviennes du début d’année.
En Suède, ce sont les éleveurs
de rennes qui s’inquiètent. Le pays
n’a quasiment pas enregistré de pluies
depuis début mai et les incendies se
multiplient. Les réserves de fourrage
accumulées pour l’hiver ont pris feu. Et
les animaux, qui vont bientôt entamer
leur transhumance, peinent à trouver
de quoi se nourrir dans les pâturages.
V. B.
Des Parisiens se rafraîchissent à la fontaine du Trocadéro, le 25 juillet.
ténue à mesure que l’on descend vers le
sud pour cet été. « C’est un phénomène
assez nouveau en Europe du Nord, explique Robert Vautard. Dans le Nord, on a
plus l’habitude de constater des anomalies
climatiques en hiver. Les canicules estivales sont normalement l’apanage du Sud . »
Ne pas confondre
météo et climat
Depuis le mois de mai, un anticyclone
est bloqué au-dessus de la Scandinavie
et rejette les perturbations vers le sud.
Comparée aux pays nordiques, la France en effet a été relativement épargnée,
même si les températures ont flirté pendant longtemps avec le seuil caniculaire.
Ce n’est donc pas tant son intensité que
sa durée, qui fait de la période d’avril à
juillet une des plus exceptionnelles jamais enregistrées dans l’Hexagone.
Faut-il voir dans ce coup de chaud général l’œuvre du réchauffement climatique et des gaz à effet de serre ? Le lien
paraît évident. Pourtant les scientifiques
se sont toujours montrés d’une grande
prudence sur la question, refusant de
confondre météo et climat. Le climat se
mesure sur un temps long et des épisodes de chaleur et de grands froids, aussi
exceptionnels qu’ils soient, ne peuvent
être interprétés pour apprécier une tendance à long terme. Mais depuis quelques années, les progrès scientifiques
permettent de resserrer les liens entre
les événements extrêmes et le change-
9
É
LE 01
EL 8-2
V
U 01
NO N 2
O
TI
DI
BERTRAND GUAY/AFP
PARTEZ À LA DÉCOUVERTE
DE L’AUTHENTICITÉ, DU CHARME
ET DU PARTAGE
ment climatique. L’équipe WWA a ainsi
réussi à modéliser un système comparatif qui permet de juger l’impact de
l’homme. « Nous avons utilisé une simulation du climat sans accroissement du
gaz à effet de serre lié à l’activité humaine
pour le comparer avec le climat actuel,
explique Robert Vautard. Ce n’est pas la
première fois qu’on utilise une telle méthodologie, on avait fait le même travail
l’an passé avec la vague de chaleur qui
avait touché l’Europe du Sud. »
Verdict, sur cette Terre imaginaire,
sans réchauffement climatique, la probabilité de voir une vague de chaleur
comme celle que nous traversons aurait
été au moins deux fois moins importante. « Non seulement le réchauffement a
Stéatose hépatique :
le microbiote incriminé
Certaines bactéries de l’intestin favorisent
le stockage du gras dans le foie de personnes obèses.
ANNE-LAURE LEBRUN
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renforcé la probabilité de voir s’installer
un tel phénomène, ajoute le chercheur.
Mais sans les gaz à effet de serre la température moyenne pendant toute la période aurait été d’un à deux degrés inférieurs. Ça paraît peu, mais à Stockholm
sur les trois jours les plus chauds du mois
de juillet, on a enregistré une température
moyenne de 32 °C, ce qui est exceptionnel.
À 30 °C, on retombe sur des températures
beaucoup plus fréquentes. »
Le modèle du WWA ne se projette pas
dans le futur ; cependant, Robert Vautard alerte : si rien n’est fait rapidement,
il sera trop tard pour inverser la tendance, et l’objectif de limiter le réchauffement à 2 °C fixé par les accords de Paris
sera alors inatteignable. ■
SANTÉ Quand la flore intestinale est
perturbée, l’organisme n’en mène pas
large. Dans Nature Medicine, des chercheurs français de l’Institut des maladies
métaboliques et cardiovasculaires (Inserm) ont montré que certaines bactéries de l’intestin jouaient un rôle clé dans
le développement de la maladie dite du
foie gras, aussi appelée stéatose hépatique, chez les personnes obèses. Une pathologie potentiellement grave puisqu’elle peut induire une insuffisance
hépatique, une cirrhose, voire un cancer
du foie.
Pour parvenir à ces conclusions,
l’équipe a collaboré avec des chercheurs
espagnols, italiens et anglais pour examiner sous toutes les coutures 800 patients
obèses. « Notre objectif est de savoir s’il est
possible de diagnostiquer précocement la
maladie hépatique, d’identifier les mécanismes responsables de son développement
et de développer in fine des pistes thérapeutiques », décrit au Figaro le Pr Rémy
Burcelin, directeur de recherche Inserm
et responsable de ces travaux.
Les scientifiques ont ainsi analysé des
échantillons de foie prélevés chez une
centaine de volontaires et les populations microbiennes peuplant leurs intestins en recueillant leurs fèces.
À l’aide d’un algorithme mathématique, l’équipe a pu observer que l’altération du microbiote contribue largement
au stockage des lipides dans le foie. « Les
patients obèses atteints d’une stéatose
hépatique ont un microbiote intestinal enrichi en certaines bactéries délétères qui
produisent des substances favorisant le
stockage des graisses », explique le
Pr Burcelin. Parmi les molécules toxiques identifiées par les chercheurs,
l’acide phénylacétique semble jouer un
rôle prépondérant dans l’accumulation
du gras dans les cellules du foie. Cette
substance bactérienne est issue de la digestion des protéines par les bactéries de
l’intestin.
« Acide phénylacétique
est un agent causal »
Afin de prouver le lien de cause à effet
entre la flore intestinale, et en particulier cette molécule bactérienne, et la
stéatose hépatique, les chercheurs ont
réalisé des expérimentations en laboratoire. En premier lieu, ils ont transféré
du microbiote de patients atteints de
stéatose à des souris en bonne santé. Résultat : le foie des animaux s’est alors mis
à stocker en excès les lipides. En parallèle, les chercheurs ont cultivé des cellules
du foie avec l’acide phénylacétique. Et là
encore, ils constatent une accumulation
de gras dans les cellules. « Ces expériences permettent de démontrer d’une part
que les bactéries peuvent induire la stéatose, et d’autre part que l’acide phénylacétique est un agent causal de ce phénomène », résume le chercheur.
Fort de ces résultats, le Pr Burcelin espère pouvoir développer des outils diagnostic de cette maladie du foie. « L’altération du microbiote et la présence
d’acide phénylacétique dans le sang pourraient servir de biomarqueurs pour identifier les patients atteints de stéatose »,
indique-t-il. Mieux encore, ces résultats
ouvrent la voie au développement de
nouvelles pistes thérapeutiques. « Pour
guérir un patient, il faudrait commencer
par soigner son microbiote. On pourrait
par exemple bloquer la production de
l’acide phénylacétique dans les bactéries », poursuit-il. Bloquer l’action de
cette molécule ou tenter de la dégrader
avant qu’elle n’atteigne le foie sont également des moyens d’action à étudier. ■
A
MÉTÉO Il fait chaud. Très chaud. Depuis
deux jours, la quasi-totalité de la métropole est placée sous surveillance orange
canicule. Si les températures doivent légèrement descendre ce week-end, le
mois de juillet sera sans doute un des
plus chauds jamais enregistrés. Et la
France n’est pas la seule à suffoquer. Des
records de température ont été enregistrés un peu partout sur le globe et particulièrement en Europe du Nord, avec un
mercure montant au-dessus de 33 °C en
Norvège et sur le cercle polaire, soit 15 °C
au-dessus des normales de saison.
« On a un phénomène de chaleur dans
le nord de l’Europe qui se caractérise par
deux éléments, explique Robert Vautard
du laboratoire des sciences du climat et
de l’environnement. Des pointes de température localisées et très élevées et surtout une persistance dans le temps d’une
rare longueur. » Avec des chercheurs
anglais et hollandais, il cosigne le rapport du World Weather Attribution
(groupe qui associe plusieurs instituts de
recherche européens) rendu public ce
27 juillet, portant sur la vague de chaleur
estivale qui traverse l’Europe du Nord.
L’équipe de scientifiques a analysé les
relevés des températures de sept stations météorologiques du nord de l’Europe. Deux en Finlande, à Sodankyla au
nord, l’autre à Jokioinen au sud. Une à
Copenhague au Danemark, une à Dublin en Irlande, une à De Bilt aux PaysBas, une à Oslo en Norvège et enfin la
dernière à Linköping en Suède. Un panel homogène sélectionné pour deux
raisons : les données de température actuelles peuvent y être consultées en
temps réel et chacune d’elles possède
des enregistrements numérisés remontant au début des années 1900.
Les chercheurs ont particulièrement
examiné la période de trois jours consécutifs la plus chaude de chaque année et
les ont comparés avec celle de 2018. Ils
constatent une chaleur extrêmement
forte autour du cercle arctique, qui s’at-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018 LE FIGARO
10
CULTURE
Verbier, 25 ans
en montagnes
russes
MUSIQUE Quarante solistes internationaux
étaient réunis le 25 juillet pour fêter le quart
de siècle du prestigieux festival valaisien.
”
Porter d’un soir. Un événement à
prendre pour ce qu’il est : un gala
d’exhibition. Comme ces matchs
amicaux qui réunissent, sur un terrain, les meilleurs joueurs du monde. De cette célébration à la joie
communicative, on retiendra quelques moments de grâce. Cette barcarolle enchanteresse de Rachmaninov, servie par les merveilleux
complices Sergei Babayan et Daniil
Trifonov dans une délicatesse de
toucher infinie. Ou cet Ave verum de
Mozart parfaitement dosé du RIAS
Kammerchor, sous la direction de
Takacs-Nagy.
Valery Gergiev, un passeur
dans sa montagne
Son arrivée au poste de directeur musical
de l’Orchestre du Festival de Verbier
sème une agitation palpable au sein de la
manifestation, tant dans la salle, sur scène, que dans les coulisses. Nous avons
« cueilli » le célèbre chef ossète au sortir
d’une répétition d’Adriana Lecouvreur,
entre trois auditions de jeunes académiciens venus tenter leur chance pour le
Mariinsky, un rendez-vous avec un futur
sponsor et une partie d’échecs publique
pour le compte d’une fondation mécène
du festival.
A
LE FIGARO. – Qu’y a-t-il de si spécial
à Verbier pour que vous en ayez accepté
la charge de directeur musical,
aux dépens de l’une de vos seules
périodes de repos ?
Valery GERGIEV. – Je connais Martin
Engstroem, son directeur, depuis bientôt
vingt ans et viens au festival depuis 2004.
Il y a ici une atmosphère extrêmement
propice à la musique, aux échanges entre
interprètes de toutes générations. Et de
toutes nationalités. La plupart des solistes
qui sont programmés ici sont des amis.
Des artistes que j’ai moi-même vus grandir et évoluer, avec lesquels j’ai collaboré.
C’est une fierté et un plaisir de savoir
qu’ils passent tous
ici, à Verbier. Enfin,
c’est un lieu qui célèbre la communion
entre la nature et la
musique, et qui me
rappelle mes montagnes russes.
orchestre s’inscrit dans la continuité du
travail que je fais auprès des jeunes chanteurs et solistes au Mariinsky. J’irai même
au-delà en disant qu’il est possible de
trouver une synergie entre les deux. Prenez l’Adriana Lecouvreur que nous donnons ici en version de concert. Six des
chanteurs viennent du Mariinsky. C’est
un titre que j’ai déjà fait avec eux. Je les
connais, ils me connaissent. Cela permet
de consacrer le temps de répétitions à
trouver une vraie synergie avec les jeunes
de l’orchestre. Par ailleurs, une des particularités, ici, c’est que l’orchestre est
composé de tellement de nationalités différentes. Même s’ils sont jeunes, chacun
de ces musiciens est porteur d’une certaine culture de son. C’est une richesse
pour le groupe comme pour un chef.
Où trouvez-vous le temps
que vous consacrez à tous ces jeunes ?
Donner du temps pour les jeunes musiciens quand on a atteint un certain niveau
de carrière me semble justifier, parfois,
de passer au-dessus d’autres projets,
musicaux ou extramusicaux. Dans mon
cas, cela est rendu possible parce qu’il y a
derrière, ici à Verbier, une organisation
très solide et des équipes suffisamment
efficaces pour que je
ne perde pas mon
temps en discussions
inutiles.
Qu’est-ce que
l’un des plus grands
chefs au monde
trouve au contact
de jeunes
instrumentistes
comme ceux
du Verbier Festival
Orchestra ?
Ce n’est pas une véritable
nouveauté Valery Gergiev, nouveau directeur
pour moi. Assumer musical du Verbier Festival Orchestra.
la direction d’un tel DECCA-MARCO BORGGREVE
Qu’attendez-vous
de chacun d’eux ?
Durant toute notre
semaine de travail,
je vais peut-être leur
donner cinq cents
conseils, voire bien
plus. Or je ne prétends pas que ma
parole soit d’or. Mais
s’ils peuvent en
avoir retenu cinq en
repartant, peut-être
que j’aurai servi à
quelque chose ! ■
PROPOS RECUEILLIS
PAR T. H.
Dans le rôle du régisseur paternaliste
du Français (Michonnet), le baryton
Alexey Markov frappe par la solidité
de son chant autant que par ses aigus
d’une douce clarté. Mais la révélation
de la soirée restera le ténor Migran
Agadzhanyan : une découverte de
Gergiev. Si son Maurizio appelle les
vivats par sa force de projection et ses
aigus lumineux, le jeune homme sait
réserver des nuances plus délicates
qui servent parfaitement le rôle.
Exclusivement constitué d’instrumentistes de 18 à 28 ans, et de 22 pays
différents, l’orchestre du festival,
porté par ce « cast » éblouissant
autant que par un Gergiev des grands
jours, rend, de son côté, pleinement
justice à la partition de Cilea. En exaltant, en dépit de quelques solos un
peu « verts », le lyrisme, au milieu de
tutti aussi orageux que le ciel de
Verbier et de scintillements aussi
féeriques que sur le lac des Vaux. ■
Festival de Verbier (Suisse),
jusqu’au 5 août. www.verbierfestival.com
EN BREF
Francis Nani reprend
le Théâtre Michel
Après la reprise du bail
de l’Atelier par Antoine
Courtois, PDG de l’Atelier
Mériguet-Carrère, spécialisé
dans les décors de monuments
historiques, c’est le Théâtre
Michel qui change de mains.
Heureux propriétaire du PalaisRoyal, Francis Nani en devient
le PDG, et confie la direction
générale à Sébastien Azzopardi,
qui occupe ce même poste au
Palais-Royal. La nouvelle saison
du Michel s’ouvrira brillamment
le 4 octobre prochain avec
La Machine de Turing, de et avec
Benoît Solès. À l’Atelier, Didier
Long, qui demeure directeur
artistique, programme Pierre
Palmade et reprend King Kong
théorie de Virginie Despentes.
18
Hier, c’était la folie !
Après cette succession de numéros,
il fallait un moment de musique d’une
rare intensité pour nous rappeler que
Verbier, c’est plus que des stars alignées sur une scène : la rencontre,
souvent magique, entre des centaines
de jeunes instrumentistes et des musiciens de premier ordre, qui les galvanisent autant qu’ils se sentent galvanisés par eux.
Sans doute est-ce ce qui s’est passé
avec le bouleversant Adriana Lecouvreur en concert, donné le 26 juillet
sous la direction de Valery Gergiev.
Des chanteurs, il y aurait beaucoup à
louer. À commencer par l’Adriana
magistrale de Tatiana Serjan. Si l’on
ne peut qu’admirer son agilité, lui
permettant de passer du grave tellurique aux aigus tour à tour filés et
éclatants, on doit aussi reconnaître en
elle une soprano dramatique en puissance. La mezzo vedette du Mariinsky, Ekaterina Semenchuk, donne de
sa rivale, la Princesse de Bouillon,
une incarnation charnelle et noble.
20
“
MARTIN T:SON ENGSTROEM,
CRÉATEUR DU VERBIER FESTIVAL
Les stars du violon (de gauche à droite : Vilde Frang, Renaud Capuçon, Kristof Barati et Kirill Troussov) étaient à la fête mercredi
25 juillet pour le concert de gala du Verbier Festival 2018. ALINE PALEY
É
ENVOYÉ SPÉCIAL À VERBIER
n ce jeudi matin, Martin
T:son Engstroem affiche un sourire
qui en dit long sur sa fierté de directeur d’une manifestation, devenue en
un quart de siècle le rendez-vous incontournable des stars du classique.
« Hier, c’était la folie ! », lâche-t-il en
nous voyant. La folie… C’est le mot
pour qualifier la soirée à laquelle les
1 700 spectateurs de la Salle des Combins ont assisté le 25 juillet. Soirée à
l’affiche aussi démesurée que le paysage valaisien.
Depuis quarante-huit heures, le final de ce concert, qui visait à célébrer les 25 ans du Verbier Festival,
capté par les caméras de Medici.tv,
circule sur la Toile. Ne manquant pas
d’amuser les mélomanes. On y voit,
derrière l’orchestre de chambre dirigé par Valery Gergiev, un chœur
inattendu. Alignant, entre autres, le
violoniste Maxim Vengerov, le chef
Gabor Takacs-Nagy, le clarinettiste
Martin Frost, les pianistes Daniil Trifonov, Denis Kozhukhin, Sergei Babayan, Yuja Wang et même Evgueni
Kissin ! Tous s’efforçant d’entonner,
a cappella, en onomatopées et entre
éclats de rire, l’ouverture de Guillaume Tell de Rossini. Bientôt rejoints
par les cordes qui ont le renfort de
surnuméraires tout aussi incongrus :
Renaud Capuçon, Leonidas Kavakos,
Daniel Lozakovitch, Gérard Caussé, Tabea Zimmermann ou Edgar
Moreau pour ne citer que ceux-là.
Au total, Engstroem aura réuni,
sur un soir, quarante de ces supersolistes à l’agenda surchargé. Un
tour de force qui vire parfois au tour
de piste. Comme avec cette version
pour huit pianistes de l’ouverture de
Guillaume Tell, ou ces extraits de
La Chauve-souris émaillés d’une impro de Martin Frost, et du retour du
baryton Thomas Quasthoff en Cole
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LE FIGARO
samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018
CULTURE
11
Dreux, l’autre nécropole royale
PATRIMOINE La Fondation Saint-Louis, qui possède ce haut lieu de la Maison de France, va organiser
trois concerts cet été sur le site. Occasion de découvrir un endroit à nul autre pareil.
La chapelle Saint-Louis de Dreux abrite les sépultures de la famille de Bourbon Orléans surmontées d’une série de gisants magnifiques.
riode romantique. Il a pris une
pose nonchalante, sur le flanc, sa
tête calée sur son bras replié. Bien
sûr, le prince François d’Orléans,
fils du comte de Paris, et décédé en
2017 à l’âge de 56 ans, a rejoint la
nécropole de Dreux. Lieu de mémoire, monument historique, la
chapelle est encore utilisée par la
famille.
« Tous les gisants des descendants de Louis-Philippe ont été
commandés aux grands noms de la
sculpture funéraire comme Millet,
Barre, Lenoir, Pradier et Mercié »,
rappelle Jean-Louis Sureau, secrétaire général de la Fondation
Saint-Louis. Antonin Mercié exé-
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Depuis quelques années, elle se
visite de manière régulière, mais
un peu timide. Quelques nostalgiques de la royauté et des amoureux
du patrimoine forment le noyau
dur des visiteurs. L’organisation,
en avril dernier, dans le jardin situé
devant la chapelle, d’un marché
aux plantes a montré tout le potentiel grand public de ce site faussement inaccessible. « Compte tenu
du lieu, qui est à la fois chargé d’histoire et lié à une illustre famille, il
faut trouver le juste ton pour les programmations », remarque tout de
même le président de la Fondation
Saint-Louis. Le 2 août, à 20 heures,
un concert pour orgue et piano va
être organisé, suivi les 17 et 21 août
des « Petites mains symphoniques », concerts donnés par une
chorale d’enfants. C’est un premier
pas vers la chapelle et vers LouisPhilippe, roi méconnu que Fontainebleau et Versailles s’apprêtent à
mettre à l’honneur, à la rentrée. ■
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être des lots de copropriétés, sauf mention contraire. Ces biens
faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien
proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
l’encontre de la copropriété à la date de la parution de l’annonce.
Les honoraires de l’agence immobilière et les commissions de
chaque bien sont consultables sur le site de l’annonceur.
cutera le mausolée du roi et de la
reine Marie-Amélie, pièce maîtresse de la chapelle. Il domine debout, avec ses favoris et une longue cape, elle est à genoux sur un
coussin, mains jointes.
Cette promenade d’un genre
particulier est illuminée par une
série de vitraux créée par la Manufacture de Sèvres, du temps où elle
en créait encore. Ingres, Horace
Vernet, Hippolyte Flandrin et Larivière ont signé des œuvres, qui
utilisent force bleu, la couleur
royale et un grand must de Sèvres.
Peints et émaillés, ces vitraux sont
inspirés de scènes de la vie religieuse, avec un clin d’œil au com-
Quelques nostalgiques
de la royauté
et des amoureux
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rigée sur l’emplacement d’une ancienne forteresse, la
chapelle Saint-Louis de Dreux surplombe la ville. Mais les Drouais, et
plus encore les autres, ne songent
pas toujours à grimper les marches
en direction du monument. Erreur ! De style néogothique, elle
abrite les sépultures de la famille
de Bourbon Orléans et possède une
série de gisants d’une inquiétante
beauté. Depuis 1830, la chapelle est
la nécropole de la Maison de France, qui voulut créer une alternative
à celle de Saint-Denis.
Le parcours permet de reconstituer les heurs et les malheurs de
l’illustre famille. Il y a Hélène de
Mecklembourg-Schwerin, dont la
main cherche à toucher son mari
Ferdinand Philippe, sans y parvenir : on a dû lui construire une chapelle séparée, bien qu’à côté, car
elle était protestante. Il y a le tout
jeune prince Louis d’Orléans, décédé à l’âge de 7 ans. Le sculpteur
Millet a réussi à reproduire un voile drapé et « transparent » sur son
petit visage. Sophie Charlotte de
Bavière, la sœur de « Sissi », repose aussi à Dreux, droite et tranquille, alors qu’elle périt tragiquement dans l’incendie du Bazar de
la Charité à Paris. Le Musée d’histoire de Dreux, situé en contrebas,
possède une première version du
gisant, jugé trop réaliste pour rejoindre la chapelle : Sophie Charlotte a la tête renversée, et les
pieds tordus par la douleur. Plus
léger est le gisant du comte de
Beaujolais, une parfaite illustration
de l’exaltation artistique de la pé-
FSL 2018_BASILE MORICEAU
É
manditaire : dans l’un des vitraux
du transept nord, saint Philippe a
pris les traits de Louis-Philippe.
« Cette chapelle est un projet politique, au sens noble du terme »,
poursuit Jean-Louis Sureau. Rattachée à la paroisse de Dreux, elle
organise encore des offices, dont la
messe de Noël ou celle de Pâques.
Des sièges en velours rouge, signés
Jacob, indiquent que la paroisse de
la chapelle Saint-Louis est à part.
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
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samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018 LE FIGARO
12
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
]
Escale gourmande
au port
Cette semaine, Le Figa
ro jette l’ancre dans les
plus beaux
ports de France et se met
dans les pas d’un ambassa
de sa gastronomie. Celu
deur
i-ci raconte l’histoire de
la ville,
à travers ses artisans de
bouc
Un kaléidoscope gourman he, pêcheurs et maraîchers.
d inédit de saveurs.
6/6
Et Dieu créa Saint-Tropez…
Il était une fois un petit port de la Méditerranée, devenu dans les années 50 le rendez-vous
des stars et de la jet-set. Aujourd’hui, il nous dévoile une nouvelle facette, étonnamment gourmande.
COLETTE MONSAT
cmonsat@lefigaro.fr
A
ENVOYÉE SPÉCIALE À SAINT-TROPEZ
Quelle est la fonction du mythe ? Un
sujet récurrent des épreuves de philo
au bac, qui pourrait vite nous replonger dans les affres passées ! Plus
prosaïquement, intéressons-nous à
la terrasse de Senéquier. Pourquoi le
plus célèbre limonadier de la Côte
d’Azur est-il encore l’épicentre de
Saint-Tropez, bien qu’il n’ait plus
grand-chose à voir aujourd’hui avec
la pâtisserie d’origine estampillée
1887 ni avec le café de village où l’on
se rendait pieds nus. Faute de réponse immédiate, nous élargirons le
propos à la rémanence du récit collectif, tel qu’il traverse les générations. Sans doute parce que SaintTropez peut sortir de son panama
(Chapellerie Victor, s’il vous plaît !)
bien d’autres icônes qui ont légitimé
son aura de port mythique. Celles qui
ont transformé ce village de marins,
au passé certes glorieux mais relativement confidentiel, en une destination connue du monde entier.
C’est au tournant du XXe siècle
que tout s’emballe. Un alignement
des planètes avec le développement
du tourisme d’après-guerre mais
aussi la découverte de ce port carte
postale par les artistes et intellectuels
de l’époque. Boris Vian tombe
amoureux des lieux et crée sa propre
boîte de nuit : « Saint-Germaindes-Prés, La Ponche » dans une cave
attenante à un bistrot familial qui deviendra culte. Le jazz a fraîchement
débarqué avec les Américains et tous
les soirs on y fait des « bœufs » mémorables. Gréco, Éluard, MerleauPonty, Brasseur sont de toutes les
fêtes. Mais, dans ces années 50, la
véritable dolce vita aura les traits de
deux très jeunes femmes, Françoise
Sagan et Brigitte Bardot. Toile de
fond d’un roman (Bonjour tristesse,
écrit à 17 ans par l’une), d’un film
(Et Dieu créa la femme tourné à 21 ans
par l’autre), Saint-Tropez véhiculera
à tout jamais cette image de liberté,
de transgression et
d’insouciance hédoniste. Aujourd’hui encore, la
ville n’a aucun état
d’âme à surjouer
cet âge d’or. Quitte
à mixer les époques
comme avec son
drolatique Musée
de la gendarmerie
dédié au pandore
le plus célèbre du
cinéma
français
(Louis de Funès
dans ses œuvres,
2, place Blanqui).
Surfant sur le succès
phénoménal de cette saga comique, la
visite inclut même
un espace photo dédié à des stars
avec leurs animaux. Bardot n’est
jamais très loin, à Saint-Tropez.
Sur le port, les plus beaux yachts
du monde sont à touche-touche,
preuve s’il en était besoin que la jetset internationale et les milliardaires
n’ont jamais été aussi présents.
Depuis plusieurs années, la municipalité a limité les possibilités d’hébergement intra-muros, peaufinant
l’image ultra-dorée de la station. Et
la gastronomie en a bénéficié avec
une montée en gamme très nette des
restaurants. « On n’a jamais si bien
mangé à Saint-Tropez », confirme
a ici un alliage rare de
terre et de mer. Car la
Provence ne se résume
pas à la Méditerranée et
à ses poissons. Elle possède un socle potager
varié, surtout dans le
département du Var,
avec des légumes en
abondance et beaucoup
d’herbes sauvages. »
Lui-même se définit
comme « la résultante
de trois générations de
Nice
Saint-Tropez
En haut :
Arnaud Donckele,
chef de la Vague d’Or,
et la pêche du jour
à l’avant du Piou-Piou,
barré par Lucien Clauzier.
Ci-dessus :
le port de Saint-Tropez
côté pointus.
PETIT PHILIPPE/REDACTION,
SONJANOVAKSTOCK.ADOBE.COM,
RICHARD HAUGHTON
Arnaud Donckele, le chef surdoué
de la Vague d’Or, table triple étoilée
qui regarde la mer.
Une fibre sudiste
Benjamin de la planète Michelin
ayant obtenu la récompense suprême en 2013, à seulement 36 ans, ce
Normand d’origine est tombé sous le
charme de la beauté des lieux et de la
richesse du terroir provençal. « Bien
que né à Rouen, j’ai toujours eu une fibre sudiste, confie-t-il. Quand je suis
arrivé à Saint-Tropez, j’ai découvert
un paysage inspirant. Juste en face de
nous débute le massif des Maures, il y
NOS ADRESSES
● L’Hôtel Les Lauriers. Un trois-étoiles de charme,
avec jardin clos, juste derrière la place des Lices.
5, rue du Temple. Tél. : 04 94 97 04 88.
● La tarte tropézienne. Véritable « tarte à la crème »
de la ville, créée en 1955 par Alexandre Micka,
avec B.B. en supporter de choc. Place des Lices.
● La Petite Plage. Ce nouveau spot sur le port (exL’Escale) vient d’ouvrir sous la houlette du triple étoilé
Éric Frechon. 9, quai Jean-Jaurès. Tél. : 04 94 17 01 23.
● Les « tropéziennes » de Rondini, fabriquées
à la main depuis 1927. 18, rue Georges-Clemenceau.
Marseille
Toulon
Mer Méditerranée
cuisiniers extraordinaires » qui l’ont
formé et influencé. Michel Guérard
par « sa fibre poétique et son élégance », Alain Ducasse par « sa rigueur du produit et son sens du management » et enfin Jean-Louis
Nomicos par « sa science des accords
justes et des plats très construits ».
À partir de là, il a élaboré sa propre
écriture gourmande. Se nourrissant
de vieux livres de cuisine provençale, de récits d’anciens racontant les
repas familiaux d’autrefois, il a réinterprété de façon magistrale ces saveurs oubliées. À côté de la liche, de
la sériole et de l’ombrine, locataires
longtemps délaissées de la Grande
Bleue, il a remis au goût du jour le lapin qui avait déserté les assiettes gastronomiques, la cornouille, cette
baie d’un rouge sombre qu’il traite
comme un condiment, le safran
étonnamment local, le litchi rose
dont il fait des décoctions à l’instar
d’un parfumeur ou encore les pommes de terre cultivées dans du sable
de plage, au délicieux goût iodé. Arnaud Donckele aurait rêvé, dans une
autre vie, d’être paysan. L’histoire
familiale ne lui a pas permis. Alors,
aujourd’hui, il est sur le terrain, proche de ces producteurs un peu poètes, de ces hommes habités comme
lui par une volonté d’authenticité.
Son restaurant, la Vague d’Or,
s’inscrit dans l’un des plus beaux
cadres de la Côte d’Azur, la Résidence de la Pinède, reprise il y a
deux ans par le groupe LVMH et superbement rénovée par l’architecte
Jean-Michel Wilmotte, dans l’esprit
Vallauris des années 60. Arnaud
Donckele, épaulé par Thierry Di
Tullio, directeur de salle au lyrisme
ravageur, ne se contente pas de sublimer les plats. Il veut, à travers sa
cuisine, révéler des émotions enfouies, réveiller des madeleines
proustiennes assoupies. Les intitulés
de ses plats (« la langoustine puce du
cap Lardier de notre pêcheur Éric,
ravioles des pattes, royale au corail
des têtes, petits pois et haricots poussin, bouillon de roma infusé à la verveine et monté à l’huile des têtes torréfiées » ou encore « le lapereau à
l’absinthe et au lard paysan, fenouils,
fanes et bulbes en trois textures, tomates olivettes mi-confites à la badiane, olives noires macérées à l’anis,
jus corsé façon salmis au vinaigre de
nebbiolo ») sont des ariettes ensorcelantes, qui évoquent la garrigue,
les pierres brûlantes de soleil, l’eau
fraîche des fontaines. Giono s’invite
à table. Les jeunes gens, au service,
ont l’air content d’être là. Arnaud
Donckele est formel : « Pour bien
recevoir les gens, il faut avoir le cœur
joyeux. » Ils l’ont et nous avec. ■
La Vague d’Or. Résidence de la
Pinède. Quartier de la Bouillabaisse.
83990 Saint-Tropez.
Tél. : 04 94 55 91 00. Tous les jours
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samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018
LE CARNET DU JOUR
noces de platine
70 ans de mariage !
Liliane et Michel JULIENNE
C'est avec toute leur affection
qu'enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
souhaitent à leurs
« Ming et Minnie »
un joyeux anniversaire !
fiançailles
M. et Mme Roch
CHESNARD de SORBAY
le comte Ludovic
de LA POËZE d'HARAMBURE
en union avec
la comtesse (†), née
Bois-Colombes
(Hauts-de-Seine).
René Bouldoires,
son époux,
Marie-Anne, Sophie, Benoit,
ses enfants, et leurs conjoints,
Mathilde, Louis, Ombeline,
Valentin, Guilhem, Garance,
ses petits-enfants,
font part du rappel à Dieu de
Simone BOULDOIRES
née Roustan,
le 25 juillet 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-Bon-Secours,
à Bois-Colombes,
le lundi 30 juillet, à 11 heures.
Oriane Devilliers,
leur fille,
les familles Repaux, Deboves,
Bricker, Besnard
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Jacqueline DEVILLIERS
née Repaux,
le 28 mai 2018,
et de
Jean-Claude DEVILLIERS
le 11 juin 2018.
Les cérémonies religieuses
ont été célébrées en l'église
Saint-Médard de Creil
et suivies des inhumations
au cimetière Verdun de Creil.
oriane.devilliers@orange.fr
13
Francine et Jean Kervella,
sa fille et son gendre,
Gwenaëlle et Marc Peyrot,
Olivier et Carmen Kervella,
ses petits-enfants,
Guirec, Alix et Ronan,
Audrey et Guillaume,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme René HEITZ
née Elisabeth Guinier,
Clara et Aloys
Sa famille
nous prie d'annoncer le décès,
dans sa 90e année,
à Boulogne-Billancourt, de
Joan BROWN
M. Arnaud LA COTTE
et Mme, née
Véronique de Prat,
M. Thierry HANNESSE
et Mme, née
Frédérique Talarmin,
sont heureux de faire part
des fiançailles de leurs enfants
Sixtine et François-Xavier
On nous prie d'annoncer
les fiançailles de
Mlle Sibylle
de LA TOURRETTE
fille du comte de La Tourrette
et de la comtesse, née
Sabine Chaurand,
avec
M. François BILLOT
fils du général d'armée
Michel Billot
et de Mme, née
Odile de Saint Louvent.
naissances
M. et Mme Hugues
du FAYET de la TOUR
M. et Mme Jacques
de la LANDE d'OLCE
M. et Mme Guillaume-Henri
du FAYET de la TOUR
laissent à Louise, la joie
d'annoncer la naissance
de son petit frère
Arthur
Paris, le 7 juillet 2018.
Le baron MERCIER
son arrière-grand-père,
M. François-Xavier
LE BARBIER de BLIGNIÈRES
et Mme, née Florence Mercier,
M. Bruno DELAVENNE
et Mme, née
Delphine Descamps
ses grands-parents,
M. Martin DELAVENNE
et Mme, née Quitterie
Le Barbier de Blignières,
ses parents,
laissent à Ferdinand, la joie
d'annoncer la naissance
de son frère
Ernest
le 6 juin 2018.
Brigitte de Chenay,
Louis et Véronique Simon,
ses arrière-grands-parents,
Eric et Caroline de Nouël,
Paul-Henri Rastoul
et Isabelle Joubaud,
ses grands-parents,
Alexis et Anne-Laure
de NOUËL
ses parents,
ont la joie d'annoncer
la naissance de
Joséphine
le 5 juin 2018, à Paris.
M. Denis VIVANT
et Mme, née
Blandine Roussilhe,
ont la joie
d'annoncer la naissance
de leur sixième petit-enfant
Joséphine
sœur d'Arthur et de Brune,
le 16 juillet 2018, chez
Capucine et Vincent ROUSSEL
et cousine de Madeleine,
Clémentine et Barnabé, chez
Quentin et Caroline Vivant.
deuils
Guillaume, François BON
1966-2018.
Merci à tous, à tous ses amis
de l'amitié
que vous lui avez témoignée
et dont la sincérité nous aidera
à accepter l'inacceptable.
Donnez-nous de vos nouvelles
et ainsi il restera présent.
Camille-Hélène Bon
et Helena Bon.
Les obsèques seront célébrées
le mardi 7 août 2018,
à 11 heures, au crématorium
du Mont-Valérien,
104, rue du Calvaire,
à Nanterre.
Cet avis tient lieu de faire-part.
55, rue Carnot,
92100 Boulogne-Billancourt.
Biarritz (Pyrénées-Atlantiques).
M. et Mme Sylvain Cazenave,
son fils et sa belle-fille,
Erin, sa petite-fille,
Mme Christine Cazenave,
sa fille,
parents et amis
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Gilles et Jacqueline Forest,
Hugues et Claude de Feraudy,
Loïk et Nadine de Feraudy,
Jean et Sophie de Feraudy,
Soezic de Feraudy,
ses enfants, gendre
et belles-filles,
ses 15 petits-enfants
et 24 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Monique de FERAUDY
née Morel,
dans sa 95e année.
La cérémonie religieuse
a été célébrée
le vendredi 27 juillet 2018,
en l'église d'Aubignan,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Carpentras.
Prions ensemble Dieu
pour le repos de son âme.
Claire Jacquot,
son épouse,
Sylvia et François Hullo,
Nicolas Jacquot,
ses enfants,
Clara, Alicia, Stanislas
et Léopold,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Michel JACQUOT
docteur en droit,
avocat à la cour,
ancien directeur
du Fonds européen
d'orientation et de garantie
agricole (FEOGA),
membre
de l'Académie d'agriculture
de France,
chevalier
de la Légion d'honneur,
chevalier du Mérite agricole,
L'ensemble du personnel
de la société
Ses obsèques ont eu lieu
à Biarritz,
dans l'intimité familiale.
La cérémonie religieuse
aura lieu le lundi 30 juillet 2018,
à 15 heures, en l'église
Saint-François-Xavier,
à Paris (7e).
a la très grande tristesse
de faire part du décès de
M. Dominique FOND
Menneval (Eure).
Le comte et la comtesse
Dauger,
le vicomte et la vicomtesse
André
de Montaigne de Poncins,
le vicomte et la vicomtesse
Marc Dauger,
le vicomte et la vicomtesse
Guy-Aldonce Dauger,
le vicomte et la vicomtesse
Patrick Dauger,
M. et Mme Bertrand
des Champs de Boishebert,
le vicomte et la vicomtesse
Edgard Dauger,
Mme Nicole Dauger,
M. et Mme Benoist Levesque,
le vicomte et la vicomtesse
Hubert Dauger,
ses frères, sœurs, beaux-frères
et belles-sœurs,
avec ses neveux et nièces
vous font part
du rappel à Dieu du
vicomte Yves DAUGER
expert en mobilier
et objets d'art,
expert véhicules hippomobiles,
expert agréé CVVMEP,
président des Amis du
Musée national de la voiture,
à Compiègne,
décédé subitement
à l'âge de 68 ans.
La célébration religieuse
aura lieu le jeudi 2 août 2018,
à 15 heures, en l'église
Saint-Pierre de Menneval.
Une messe sera célébrée
ultérieurement à Paris.
Agnès Deloche de Noyelle,
sa compagne,
Béatrice
François-Martin Bonnemoy,
Corinne et Luc
Merle d'Aubigné,
Laurent et Anne-Isabelle
François-Martin,
ses enfants,
en pensée avec
leur mère « Floty » (†)
et leur frère,
Hervé François-Martin (†),
ses 12 petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jean-Louis
FRANÇOIS-MARTIN
chevalier
de la Légion d'honneur,
magistrat honoraire,
ancien avocat
à la cour d'appel de Paris,
ancien secrétaire
de la Conférence,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
survenu à Nice
le 25 juillet 2018.
M. Dominique Fond, diplômé
de l'École des hautes études
commerciales, a été directeur
général de la société Albioma
(qui s'appelait alors Sidec)
de 1989 jusqu'en 2008. Il a
engagé la société avec succès
dans la production d'électricité
renouvelable à partir de résidus
de canne à sucre, d'énergie
éolienne et solaire, avec de
nombreuses réalisations dans
les départements d'outre-mer.
Dix ans après son départ du
groupe, ceux qui ont travaillé
avec lui gardent le souvenir
d'un dirigeant exceptionnel.
Louis Lablaude,
son fils,
ont l'immense douleur
de vous faire part du décès de
Pierre André LABLAUDE
architecte en chef
des Monuments historiques,
inspecteur général honoraire
des Monuments historiques,
chevalier
de la Légion d'honneur,
commandeur dans l'ordre
des Arts et des Lettres,
chevalier dans l'ordre
du Mérite agricole,
grand croix de l'ordre
de Mouni Seraphon,
survenu à Versailles,
le 26 juillet 2018.
Bourg-en-Bresse (Ain).
La cérémonie d'obsèques
aura lieu le mercredi 1er août,
à 11 heures,
en l'église Notre-Dame
de Versailles.
ont la douleur
de vous annoncer le décès de
Mme Jacques GUYOT
née Jeannine Bachelet,
survenu le 25 juillet 2018,
à l'âge de 96 ans.
Jean-Marc Faure
et Marie-Anne, née Lachaud,
Agnès Lachaud,
ses filles et son gendre,
Mélanie, Pauline et Benoit,
Eugénie,
ses petites-filles et conjoint,
Mascha, Flavia et Octave,
ses arrière-petits-enfants,
et toute la famille
La messe d'obsèques aura lieu
ce samedi 28 juillet, à 9 heures,
en la collégiale Notre-Dame
de Bourg-en-Bresse, suivie
de l'inhumation au cimetière
de Villeneuve-sur-Yonne
(Yonne), à 15 h 30.
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Condoléances sur registre.
le lundi 23 juillet 2018,
à l'âge de 90 ans.
La famille rappelle
à votre souvenir son époux,
M. Jacques Guyot
décédé en 2005.
Edith Halard,
son épouse,
Xavier et Florence Halard,
Sylvie Halard,
Emmanuel Delahaye,
ses enfants,
Guillemette, Emilien, Laurent,
Colin, Alice, Sophie, Louis
et Hugues,
ses petits-enfants,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
François HALARD
survenu le 23 juillet 2018,
à l'âge de 90 ans.
le 25 juillet 2018, à Paris,
à l'âge de 93 ans.
Un culte d'action de grâce
aura lieu au temple protestant
de Millau (Aveyron),
le mardi 31 juillet 2018,
à 11 heures.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi 30 juillet,
à 14 h 30, en l'église
de Lingreville (Manche).
Je lève les yeux
vers les montagnes,
d'où me viendra le secours.
Psaume 121.
Colette Di Matteo Lablaude,
son épouse,
La société Albioma adresse
ses plus vives condoléances
à la famille de M. Fond.
Françoise, Annick,
Marie-Thérèse, Jean-Michel,
ses enfants, et leurs conjoints,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
Une messe sera célébrée
ultérieurement à Paris.
47, rue de l'Université,
75007 Paris.
Albert LE CORRE
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre-Saint-Paul,
à Colombes (Hauts-de-Seine),
le mercredi 1er août 2018,
à 15 heures.
Ni fleurs ni couronnes.
survenu à l'âge de 88 ans.
Albioma
ont la douleur
de faire part du décès de
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 1er août,
à 10 heures, en l'église
Saint-François-Xavier,
à Paris (7e).
survenu à Paris,
dans sa 84e année.
née Druelle,
Mme Yves Jochaud du Plessix,
sa sœur,
survenu le 24 juillet 2018,
à l'âge de 87 ans, à Paris.
« Patin », 924, chemin de Patin,
84810 Aubignan.
Mme Agnès CAZENAVE
Revelles (Somme).
Denise Le Corre,
ses filles,
Claire, Florence (†),
Laure, Joëlle,
ses gendres,
Christian Paquet (†),
Philippe Peron,
ses petits-enfants,
Vincent, Aurore, Killian, Cyril,
survenu le 25 juillet 2018,
dans sa 101e année.
princesse Ségolène de Broglie,
sont heureux d'annoncer
les fiançailles de leurs enfants
Paris (16e).
Marie Marguerite LACHAUD
née Machat,
« Mimi »,
Elle a rejoint son époux,
Jean-Louis Lachaud
La cérémonie a été célébrée
le 26 juillet, à Larche (Corrèze),
dans l'intimité familiale.
48, chemin de Grange-Canal,
CH-1224 Chêne-Bougeries.
28, rue Pauline-Borghèse,
92200 Neuilly-sur-Seine.
Véronique et Albrecht Conze,
Yann et Claudia Le Lay,
ses enfants et leurs conjoints,
Victoria, Alexandra, Diane,
Anastasia, Cyril et Stanislas,
ses petits-enfants,
Emilie, Max et Alice,
ses arrière-petits-enfants,
ont la grande tristesse
de faire part
du rappel à Dieu de
Michel LE LAY
le 24 juillet 2018, quelques mois
après la disparition
de son épouse Katy.
La cérémonie religieuse
a été célébrée en l'église
de Locquirec (Finistère),
dans l'intimité familiale.
Cet avis tient lieu de faire-part.
16, rue d'Ankara, 75016 Paris.
Mme Paul Litton,
née Nicole Foulon,
son épouse,
Yves Litton,
Isabelle Jouan-Litton
et Jean-Alain,
ses enfants,
Florent Previtali et Sophie,
Laure Litton,
Antoine Litton et Emilie,
Diane Penfrat-Leroyer
et Julien,
Henry Leroyer et Nathalie,
Maïwenn Jouan,
ses petits-enfants,
Elisa, Cali, Silas, Camille,
Auxence,
ses arrière-petits-enfants,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Paul LITTON
pharmacien,
pharmacien-colonel honoraire,
officier
de l'ordre national du Mérite,
survenu en son domicile,
le 26 juillet 2018,
dans sa 93e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 31 juillet, à 10 h 15,
en l'église Saint-Martin
de Bourdonné (Yvelines),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Bourdonné.
7, place de la Tour,
78550 Houdan.
Blonville-sur-Mer (Calvados).
Mme Cécile Montier,
son épouse,
Henri-Philippe, Béatrice,
Arnaud,
et leurs conjoints
vous font part du décès de
M. Claude MONTIER
survenu le 27 juillet 2018.
Francine Moussu,
son épouse,
Mireille Jouasset,
sa belle-sœur,
Philippe, Catherine et Eric,
ses enfants, et leurs conjoints,
Lucie, Jeanne, Anaïs et Nils,
ses petits-enfants,
leurs conjoints et leurs enfants,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jean MOUSSU
survenu le jeudi 26 juillet 2018,
à l'âge de 103 ans.
ses neveux et nièces
des familles Pissy, Meaux
et du Plessix,
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu de
sœur Monique de PISSY
sœur blanche, missionnaire
de Notre-Dame d'Afrique,
le 25 juillet 2018,
à l'âge de 107 ans.
La messe sera célébrée
le mardi 31 juillet, à 10 heures,
en la chapelle
de la Maison Jean Dehon,
à Mougins (Alpes-Maritimes).
très touchées par les marques
de sympathie et d'amitié
qui leur ont été témoignées
lors du décès, le 5 juillet 2018,
de
Claude LANZMANN
et dans l'impossibilité
de répondre individuellement
à toutes les personnes
qui se sont associées
à leur peine, les prient
de bien vouloir trouver ici
l'expression de leurs très
sincères remerciements.
Il y a un an, le 31 juillet 2017,
Bruno de VULPIAN
Tours (Indre-et-Loire).
nous quittait.
Annie et Bernard (†) Planté,
Jean-Claude et Catherine
Prudent,
Michèle et Joël Pélicot,
Armande et Vincent Dutel,
ses enfants,
Son épouse,
ses enfants et petits-enfants
remercient ceux
qui l'ont connu et aimé
d'avoir une pensée pour lui.
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la douleur
de faire part du décès de
Armandine PRUDENT
née Grolier,
veuve du
docteur Auguste Prudent
survenu le 10 juillet 2018,
à l'âge de 102 ans, à Tours,
munie des sacrements
de l'Église.
La cérémonie religieuse
a été célébrée
en l'église du Christ-Roi,
à Tours,
dans l'intimité familiale.
98, rue de la Tour,
75116 Paris.
messes
et anniversaires
En ce premier anniversaire
du rappel à Dieu de
Charlotte
de MALEZIEUX du HAMEL
née Papillon,
une pieuse pensée
est demandée à ceux
qui l'ont connue et aimée,
en union avec les messes qui
seront célébrées le 5 août 2018.
souvenirs
Souvenez-vous,
le 1er août 1995,
il y a vingt-trois ans,
Henri CAMAYOR
Grenoble. Chazey-Bons (Ain).
Lyon.
M. et Mme Jean Dominique
Rocoffort de Vinnière,
M. et Mme Michel Barrié,
M. et Mme
Patrice de Groulard,
M. et Mme Olivier
Rocoffort de Vinnière,
M. et Mme
Stéphane Labouche,
ses 41 petits-enfants,
ses 36 arrière-petits-enfants
vous font part
du rappel à Dieu de
Mme Raoul
ROCOFFORT de VINNIÈRE
née Françoise Bodard,
dans sa 95e année.
La messe d'à-Dieu
sera célébrée le mardi
31 juillet 2018, à 15 h 30,
en la cathédrale de Belley (Ain),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Chazey (Ain).
Condoléances sur registre.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Françoise, Isabelle Gallimard,
Christian, Antoine Gallimard,
ses nièces et neveux,
ont l'immense tristesse
de vous faire part
du décès de leur tante,
nous quittait.
Son épouse et ses amis
ne l'oublient pas.
In memoriam.
En souvenir de la disparition
il y a trente ans, de notre
regrettée mère et grand-mère,
Mme Dorothy Violet MODESTI
née Smith,
dite Norma GADSDEN
soprano dramatique
de l'Opéra de Monte-Carlo
et du Festival de Bayreuth,
née à Woollahra NSW,
(Australie), le 25 janvier 1898.
Elle était l'épouse de
Dominique Nonce Modesti (†),
baryton et professeur de chant,
la mère de
Dominique Modeste Modesti,
la belle-mère de Katharine,
la grand-mère de
Laure, Olivia et Julia,
et la mère de
Georgine (†) et John (†)
nés d'une première union
avec Norman Gadsden (†).
Elle demeurait 27, rue
Caulaincourt, Paris (18e),
et est décédée à Ampus (Var),
le 29 juillet 1988.
Elle sera toujours
dans nos cœurs.
In loving memory of
Mrs Dorothy Violet MODESTI
née Smith,
known as
Suzanne ROSSIGNOL
Il sera inhumé dans l'intimité
le mardi 31 juillet, à 13 heures,
au cimetière protestant
de Châtillon-sur-Loire (Loiret).
survenu le 26 juillet 2018,
à Paris.
Un service d'action de grâces
sera célébré
au mois de septembre, à Paris.
Véronique et Florian Moutte,
Laurence Petit,
en union avec Philippe (†),
Isabelle et Philippe Duthoit,
ses enfants,
Maison de retraite protestante
de la Muette,
43, rue du Sergent-Bauchat,
75012 Paris.
Mme Dominique
Lanzmann-Petithory
et toute la famille,
ses petits-enfants
et ses arrière-petits-enfants
Mme Gérard
Orieulx de la Porte,
née Marie Magdeleine
Grout de Beaufort,
« Malinette »,
son épouse,
font part du décès de
Bertrand et Véronique
Orieulx de la Porte,
Mériadec et Anne
le Gouvello de la Porte,
Pierre et Chantal Frémont,
Philippe et Odile Soulié,
Yves et Geneviève
Orieulx de la Porte,
Bruno et Geneviève
Orieulx de la Porte,
ses enfants,
La messe d'obsèques
sera célébrée le lundi 30 juillet,
à 14 h 30, en l'église
de Sauvagnat-Sainte-Marthe
(Puy-de-Dôme).
Mme Albert TRIBOUT
née Catherine de Grésigny,
le 25 juillet 2018.
remerciements
Norma GADSDEN
dramatic soprano of
the Monte-Carlo Opera House
and the Bayreuth Festival,
born in Woollahra NSW,
(Australia),
the 25th January 1898.
She was the beloved wife of
Dominique Nonce Modesti (†),
baritone and singing teacher,
mother of
Dominique Modeste Modesti,
mother-in-law of Katharine,
grandmother
of Laure, Olivia and Julia,
and mother
of Georgine (†) and John (†)
born from a previous marriage
to Norman Gadsden (†).
She lived at 27, rue
Caulaincourt, Paris (18e),
and passed away in Ampus
(Var), the 29th of July 1988,
thirty years ago.
Never shall we forget her.
Pour le soixante-quatorzième
anniversaire du rappel à Dieu
de
M. Adrien ROGER
ses trente-deux petits-enfants
et sept arrière-petits-enfants
Ses frère, belle-sœur,
neveu et nièces,
sa cousine,
et de
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
et pour le trentième
anniversaire du décès de
M. Gérard
ORIEULX de la PORTE
le 26 juillet 2018,
dans sa 94e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mardi 31 juillet,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Sulpice, Paris (6e),
suivie de l'inhumation
au cimetière d'Aigleville (Eure).
Mlle Renée AVRIL
« Ninette »,
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
Mme Clémentine DEPAIRE
Mme Marcelle ROGER
née Bentz,
une pensée est demandée
à ceux qui les ont connus,
estimés et aimés.
lecarnetdujour 01 56 52 27 27
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samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018 LE FIGARO
14
TÉLÉVISION
Dans les pas de Toulouse-Lautrec
ARTS Un critique d’art anglais arpente Montmartre afin de vérifier les idées reçues au sujet de cet artiste sulfureux.
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
our Channel 4, le critique
d’art anglais Waldemar Januszczak arpente Montmartre afin de vérifier, en deux
épisodes, les idées reçues au
sujet d’Henri de Toulouse-Lautrec
(1864- 1901). Ce faisant,
il les conforte. L’Albigeois aura passé vingt
ans entre Pigalle et la
place du Tertre. C’était
○○¡¡
certes une figure du
quartier. Son principal atelier, à l’angle
de la rue Caulaincourt et de la rue Tourlaque, jouxtait celui de sa collègue, modèle et maîtresse Suzanne Valadon.
C’est aujourd’hui un loft qu’un bobo
ouvre
exceptionnellement.
Tout
n’était-il alors qu’amours et fêtes, accordéon et Offenbach ? Sous les froufrous du french cancan, sous le folklore
émoustillant des lupanars et des bars à
P
+ @ SUR LE WEB
absinthe, se cache surtout un avantgardiste constamment à l’œuvre.
Direction le Tarn et le château du
Bosc, la demeure familiale depuis 1180.
La consanguinité y a fait des ravages.
Un calcul pour conserver les terres,
l’argent, les titres… On fait connaissance avec une arrière-petite-nièce du
peintre et dernière de la lignée (elle est
décédée depuis le tournage). La visite
nous apprend qu’on n’a
pas seulement tenté de
soigner les jambes
atrophiées du petit
Henri par des cures
thermales ou des poids
suspendus, mais également par des
électrochocs et de la morphine. Cela
laisse des traces…
Complaisamment, Januszczak se met
en scène, buvant un coup au Lapin Agile
ou au Moulin Rouge, lorgnant les prostituées de la rue Saint-Denis, enfilant une
écharpe à plumes pour évoquer La Fleur
Blanche, maison close du 6 rue des
Moulins, disparue en 1946, où l’artiste
avait sa chambre. Il ahane et gesticule
extasié tandis qu’il gravit les escaliers de
la Butte et entrecoupe ses efforts par des
visites dans les grands musées du monde, devant les chefs-d’œuvre. Au fil de
ce rude exercice topologique, on en apprend finalement plus sur les frasques
fin de siècle que sur l’esthétique de l’artiste, ou sur la manière dont il aura produit, avant de s’éteindre à 36 ans, 737
peintures, 275 aquarelles, 369 lithographies et 5 000 dessins, la plupart révolutionnaires.
On se laisse toutefois séduire par la
galerie des figures évoquées, toutes
hautes en couleur. Carmen Gaudin,
alias « la femme flambée » - en réalité
une fausse rousse -, Aristide Bruant,
Oscar Wilde, Valentin le désossé. Et
encore Jane Avril et sa transe thérapeutique, les lesbiennes May Milton et
May Belfort, laquelle chantait J’ai un
petit minou avec une mine ingénue…
Toutes ces fleurs du mal dont Yvette
Guilbert, avec ses longs gants noirs,
sera l’héritière. ■
SAMEDI
20.40
Au Moulin Rouge, autoportrait dans la foule, huile sur toile réalisée entre 1892 et 1895
par Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901). DEAGOSTINI/LEEMAGE
» Canal + achète la série israélienne « Miguel » » « Sharp Objects» n’aura pas droit à une saison 2 www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE St-Samson
Soleil : Lever 06h19 - Coucher 21h34 - Pleine Lune
19.05 50’inside. Mag. 20.00 Le 20h.
Présentation : Anne-Claire Coudray
20.55 Nos chers voisins. Série.
18.40 N’oubliez pas les paroles !
Jeu 20.00 20 heures 20.45 Stade 2
20.50 Vestiaires. Série.
19.00 19/20 20.00 Le journal du Tour
20.10 Tout le sport 20.30 Zorro. Série.
L’ombre d’un doute.
21.00
20.55
20.55
Série. Drame
Jeu
Série. Policière
19.40 Appels d’urgence. Magazine.
Société.
SAMEDI
20.55 Chroniques criminelles
Magazine. Société. Prés. : Magali
Lunel. 2h25. Au sommaire : «L’affaire
Dany Leprince : meurtre en famille» «Beauté fatale» - «Susan, brisée par
un mari paranoïaque».
29
40
27
27
28
28
23
25
31
29
21
25
23.20 Chroniques criminelles. Magazine. Prés. : Magali Lunel.
30
29
26
26
30
26
29
30
20
30
Alerte contagion
Fort Boyard
Commissaire Magellan
EU. Saison 1. Avec Chris Wood, Kristen Gutoskie, David Gyasi, Christina
Marie Moses. 2 épisodes. Inédits.
Leo Greene diffuse des images de
ses amies décédées à l’intérieur de
la zone de quarantaine.
Prés. : Olivier Minne. 2h20. Inédit.
Invités : Nathalie Simon, Vincent
Cerutti, Grégory Mallet, Camille
Lacourt, Laure Manaudou, Florent
Manaudou. L’équipe candidate jouera pour l’association Naevus 2000.
Fra. Saison 6. Avec Jacques Spiesser, Selma Kouchy, Bernard Alane,
Nathalie Besançon. À l’épreuve du
feu. Magellan enquête sur la mort
d’un pompier. L’homme a été tué
d’un coup de marteau à son domicile.
20.50 Échappées belles
22.35 Alerte contagion Série.
23.15 On n’est pas couché Talk-
22.30 Commissaire Magellan
Drame. 2 épisodes. Inédits 0.15 Les
experts. Série. 2 épisodes.
show. Présentation : Laurent Ruquier 1.35 Alcaline, le concert
Série. Policière 0.05 Soir/3 0.35
Moïse et Pharaon. Opéra.
22.20 Vivre loin du monde. Série
doc. 23.05 C dans l’air. Magazine.
Découverte. Prés. : Tiga. 1h30.
Week-end au cap Corse. Au sommaire, notamment : «Le Cap Corse,
terre d’exception» - «Un été au couvent» - «Sur les chemins du cap».
33
24
20.20 Une maison, un artiste. Série
doc. 20.45 Vu. Magazine.
30
33
30
37
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36
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29
DIMANCHE
29
60
27
24
19.00 Lyon/Wolfsburg. Football.
Match amical. En direct du stade Marcel-Verchère 20.50 Sport reporter
19.45 Arte journal 20.05 L’évolution
en marche. Série doc. 20.45 La minute vieille. Série. Le boucher malin.
19.45 Le 19.45. Présentation : Marie-Ange Casalta 20.25 Scènes de
ménages. Série. Avec M. Game.
21.20
20.50
21.00
Football
Documentaire. Historique
Série. Policière
29
29
21
25
32
30
29
30
29
20.55 Les grandes histoires
Magazine. Société. 1h50. Mère ado :
j’apprends à être maman. En France,
chaque année, 4 500 mineures
deviennent maman. Elles sont accueillies dans des centres.
30
27
24
19.30 Les grandes histoires. Ils nous
aident à trouver l’amour.
30
25
31
29
29
34
30
31
32
22.45 Les grandes histoires. Mag.
0.25 Divas : du rêve à la réalité. Doc.
34
32
37
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26
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30
30
33
19.45 Vintage Mecanic. Série doc.
Aston Martin V8 volante.
Sporting Portugal/
Marseille
Match amical. En direct de l’Estádio
José Alvalade XXI, à Lisbonne.
L’Olympique de Marseille continue
sa préparation avant la reprise de la
Ligue 1, le 11 août.
23.25 Mother ! Film. Thriller. Avec J.
Bardem 1.20 It Comes at Night. Film.
Horreur 2.50 Inside. Film. Thriller.
Chine, l’empire
du temps
Fra. 2017. Réalisation : Cédric
Condon. 1h45. Les jésuites à la
conquête de la Cité interdite (1/2).
Inédit. - Le procès des jésuites.
(2/2). Inédit.
22.35 Dernier voyage vers Saturne Documentaire. Inédit 23.30
Le mystère de la matière noire. Doc.
NCIS :
Nouvelle-Orléans
EU. Saison 4. Avec Scott Bakula,
Kelly Hu. 2 épisodes. Inédits. Patton
doit travailler avec son ex-femme,
dont le programme de stimulations
cérébrales a été piraté.
31
T (en °c)
20.50 60 jours en prison
Téléréalité. 0h50. La croisée des
chemins. Inédit. Les sept hommes
volontairement incarcérés pendant
deux mois commencent à entrevoir
le jour de leur libération.
21.40 60 jours en prison. Dernière
ligne droite - L’exode - Présentation.
22.45 NCIS : Nouvelle-Orléans
Série. Policière 1.10 Supernatural.
Série. Le chant du bourreau.
<-10 à 0
19.35 Norbert commis d’office.
Magazine. Prés. : Norbert Tarayre.
1
A
19.05 La petite histoire de France.
Série. Avec David Salles.
18.50 Salut les Terriens ! Talk-show.
Prés. : Thierry Ardisson. Best of.
21.00 Une année incroyable
à Disneyland
21.00 Les 30 ans du Top 50
21.00 Ahmed Sylla
avec un grand A
Documentaire. Société. Fra. 2017.
1h50. À Disneyland Paris, Noël est
l’apothéose, une fête qui se prépare
presque un an à l’avance.
Divertissement. Prés. : Jérôme Anthony. 1h40. Les reines du Top 50.
Pour les trente ans du «Top 50»,
honneur est fait aux reines incontestées de ce classement mythique.
22.50 Noël à Disneyland : dans le
secret du plus grand parc…
22.40 Les 30 ans du Top 50. Divertissement. Les rois du Top 50.
Spectacle. One-man show. 1h45. À
la manière d’un explorateur, Ahmed
Sylla, 27 ans, sillonne son monde et
en livre des fruits sucrés ou acides.
22.45 Ahmed Sylla : la force comique.
Documentaire.
1h35. Une affaire qui roule. Inédit. HD
Snow réserve une belle surprise à
ses deux filles : un bus de 23 m2,
acheté pour à peine 300 dollars. Les rénovateurs à la rescousse.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
25/35
15/22
16/25
20/29
15/24
17/26
19/29
25/32
23/31
23/32
18/26
20/30
28/37
MERCREDI
18/24
19/29
18/27
18/30
22.35 Rénovation impossible. Une
planche pourrie - Ça tourne !
22/25
22/30
19/26
11/18
24/34
24/35
MARDI
18/26
18/24
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
LUNDI
21.00 Rénovation impossible
18.00 Nos chers voisins. Série. Avec
Martin Lamotte, Isabelle Vitari.
27/33
24/29
20/28
21/27
18/23
20/29
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
20/29
17/28
18/30
26/35
26/35
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et sur
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samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018
LE FIGARO
JEUX DE L'ÉTÉ
15
SU DO KU
TAKUZU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
Remplir la grille avec les chifres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
FAcile
grille 552
grille
2593
0
1
0
1
0
0
0
1
1
1
1
0
1
4
8 2
8
3
5
7 1
1
0
0
1
1
0
0
0
0
0
0
9 6
FAcile
4 1 8
3 8
2
5
9 3
6
2 7 5
4
1
9
9 3 8
1 7
2
4 5
5
9 7
6
4
MOTS FLÉCHÉS N° 2035
POÉSIE
URBAINE
ARBRE
FRUITIER
BIENHEUREUX
USAGE
SA NOIX
CONTIENT
UNE
AMANDE
PASSER LE
PARE-FEU
APPARU
L’OTAN
À WASHINGTON
ORGANE
CONJONCTION
SOUVENT
DOUBLÉE
P
O
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A
S
I S
N
D E
I N
E R
N A
N I
E E
Mots
léchés
0 1 1 0 0 1 1 0 0 1
ONOMATOPÉE
ENFANTINE
FAUFILÉ
COPIE
CONFORME
BLÊME
ESSIEUX
POSSESSIF
PORTE DES
PYRÉNÉES
ANCIENNES
ÉPÉES
CONDIMENT
NASE
ELLE ENTRE
DANS LES
CÔTES
L’OR AU
LABO
AUTEUR
ANONYME
DES LIGNES
EN
PREMIÈRE
PAGE
1 0 1 0 0 1 0 0 1 1
Takuzu
0 1 0 1 1 0 1 0 0 1
grille
TRAÎNÉE
DANS LA
BOUE
LIEU DE
PASSAGE
OBLIGATOIRE
551
Sudoku
grille
2
7
9
3
4
8
6
1
5
8
5
6
9
1
7
3
2
4
3
2
5
7
1
6
9
8
4
2591
1
4
3
6
2
5
9
8
7
grille
6
9
7
2
4
8
1
3
5
IL PREND
SOIN DES
GORGES
LÉGÈREMENT
OUVERT
1 0 0 1 1 0 1 0 0 1
0 1 1 0 0 1 0 1 1 0
1 0 0 1 1 0 0 1 1 0
ALARME
PRASÉODYME
SYMBOLISÉ
PRIÈRE
SPATULES
INDIQUE LA
FAÇON DE
FAIRE
A ÉTÉ
À MÊME
OUTILS DE
MENUISIER
A
R
I
S
E
R
0 1 0 0 1 1 0 1 1 0
BOMBES À
VAPORISER
QUOTIENTS
BRUIT SEC
A
T
T
R
I
S
T
S E
C E
O
U A
T R
E
T
R
E
P
L
I
1 0 0 1 1 0 1 1 0 0
APPEL
AUX DONS
CHEFS EN
ARMES
REPAS
BIBLIQUE
C
P O
M
I M
E
F R
C
L E
0 1 1 0 0 1 0 0 1 1
BELLE
ADRESSE
POUDRE
BLANCHE
TROU EN
FACE
BEAUX
PARLEURS
AUTOBUS
SOLUTIONS DES JEUX
DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
BAINS
MOTO
DE COMPÉTITION
PART AU
RÉGIMENT
5
QUI EST
BIEN POLI
BOULEVERSE
BUT DU
PETIT LAIT
IL SERT À
MONTRER
5 7 6
8
1 0 1 1 0 0 1 1 0 0
ÉPIQUE
ÉPOQUE
LINGE
DE LIT
MÉDIOCRE
1 5
2
6
P R
O
O U
T
J E
L’APPRÉHENSION
ROUTIÈRE
CHARGE
ESSOR IM- D’AÉROSPRESSIONTIER
NANT
CALCUL
4
9
2
2
GREFFE
UN SCION
4
2
1
À LA BOTTE
DU
CAVALIER
DRÔLES
CHANGER
EN MIEUX
7
6
3 8
DÉRAPE
MOYEN DE
CONTRACEPTION
S’ENDETTE
eXPerT
4
7 9 6
IL EST UN
PEU
MÉCÈNE
COLÈRES
ANNONCÉ
COMME
PROBABLE
2594
8
Par Diane Monfort
HÉROÏNE
D’ANDERSEN
DÈS L’AUBE
CONTINU
AVEC
RANCŒUR
grille
7
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2
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2592
1
8
4
3
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2
4
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8
2
5
9
6
2
6
8
5
9
4
3
7
1
MOTS COUPÉS
Mots coupés
ArcAde - Arcure dorAde - dorien dorsAl - dorure PelAde - Pelure rAPPel - râPure sAlAde - sAlien sAlure.
Par Arthur Gary
C A N
C A R
C E R
C R E
D I C
E P U
N E R
O P E
P I S
P O N
R E R
S A U
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T E S
T O N
V O L
1
2
3
4
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6
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28
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30
A
Assemblez ces groupes de lettres deux par deux pour former au moins trente mots de six lettres. Un groupe peut être utilisé plusieurs fois pour des mots diférents. Seuls les noms communs au singulier,
les verbes à l’ininitif et les adjectifs sont admis.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018 LE FIGARO
16
il
Chemins d’ex
[
]
t contraints
sophes, ils furen
s.
Écrivains, philo la guerre de quitter leur pay
ou
oir
uv
décor
par le po
ccueil furent le
,
Leurs terres d’a sur l’éloignement, la vérité
on
de leur méditati y sont morts, d’autres ont
ins
t
rta
ten
Ce
res
é.
s
ert
vre
la lib
œu
retour et leurs
xil.
connu la joie du rquées par l’épreuve de l’e
ma
profondément
L’ÉTÉ DU FIGARO
L’ÉTÉ
6/6
/6
Georges Bernanos
[1938-1945]
À la veille des accords
de Munich, l’écrivain
s’expatrie au Brésil. Dans
les terres, au cœur d’un
paysage sévère, il trouve
une patrie intérieure.
ALEXANDRE DEVECCHIO £@AlexDevecchio
A
ENVOYÉ SPÉCIAL AU BRÉSIL
« Gambiarra, retenez bien ce mot. Au Brésil, tout est
toujours Gambiarra ! », se lamente Edson Brandao,
l’attaché culturel de Barbacena. « Gambiarra », l’expression est typiquement brésilienne, cependant on
pourrait la traduire en français par « improvisation ». Le Brésil est le pays de l’improvisation. En
particulier lorsqu’il s’agit d’organiser une Coupe
du monde de football ou des Jeux olympiques.
Mais même la simple visite d’un musée peut
s’avérer être une aventure ! Sur les traces de
Georges Bernanos, le voyageur pensait avoir fait
le plus difficile en parvenant jusqu’au chemin de
la Croix-des-Âmes. À 10 000 km de la France,
sur les hauts plateaux du Minas Gerais dans la
ville de Barbacena. Là même où, entre 1940
et 1945, au cœur des soubresauts de la Seconde
Guerre mondiale, l’écrivain s’était installé dans
une petite ferme. Mais pour pénétrer à l’intérieur de l’ancienne fazenda, encore fallait-il
trouver la clef ! À la mairie, personne n’était
au courant. Edson Brandao, qui s’était proposé de lui servir de guide, commençait luimême à désespérer. Cela faisait près d’une
heure qu’ils exploraient le bidonville ceinturant l’ancienne ferme autrefois isolée à la recherche du précieux sésame. Mis à part les
baraques misérables, la favela n’avait rien de
commun avec les quartiers brûlants de Rio.
Plutôt tout à voir avec un village corse. Ici,
tout le monde se connaît. Et tout le monde
connaît un voisin qui connaît un voisin qui
connaît un voisin qui peut-être pourrait savoir
où se trouvent ces maudites clefs…
L’esprit d’improvisation a été au cœur du périple de Georges Bernanos au Brésil. De Marseille, où
l’écrivain a embarqué pour l’Amérique du Sud en
juillet 1938, à la Croix-des-Âmes, où il s’est installé à
partir de 1940, la route a été semée d’imprévus et pleine de détours. L’écrivain Sébastien Lapaque a raconté
avec passion cette odyssée dans son essai, Sous le soleil
de l’exil (Grasset). Deux mois avant les accords de Munich, c’est la honte, que lui inspire la trahison des clercs
face à la montée du fascisme et du nazisme, qui pousse
Bernanos à quitter la France. Depuis la guerre d’Espagne, l’écrivain met en garde l’Europe contre le péril totalitaire quel qu’il soit. « La triple corruption nazie, fasciste et marxiste n’avait presque rien épargné de ce qu’on
m’avait appris à aimer », écrit-il. Bernanos entend
demeurer une conscience et une voix libre :
« Pensez à moi comme à une espèce de voyageur, d’aventurier… » À la manière des
utopistes du XIXe siècle, il envisage
d’abord de fonder une colonie au Paraguay. Mais, enthousiasmé par le Brésil, il
renonce vite à ce rêve d’enfance. Ces
sept ans d’exil commencent par deux
longues années d’errance avec toute sa
tribu, sa femme et ses six enfants. De maison en maison, d’est en ouest, de ville en
ville : Rio, Itaipa, Vassouras, Juiz de Fora. À
Pirapora, à 800 km au nord de Rio de Janeiro,
au-delà de la dernière station de chemin de fer, il se
rêve en éleveur de vaches. L’expérience ne dure que
sept mois. La terre qu’il a acquise est infertile et les caïmans dévorent son bétail. C’est son ami, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Virgilio de Melo Franco,
qui lui suggère de prospecter à Barbacena, ville industrielle de 40 000 habitants située à 290 km de Rio. Lors
de sa première visite, il n’est pas séduit par la propriété.
C’est en découvrant le nom de la ferme qu’il se décide
brusquement pour l’acquisition. « Cruz das Almas »,
cela ne pouvait que plaire au poète mystique. Il en fit le
titre de son recueil d’articles de guerre : Le Chemin de la
Croix-des-Âmes.
« Ce ne sont pas
octobre 1942. Attaché à son indépendance, Bernanos,
lui, refusa toujours d’appartenir aux organisations officielles de la France libre, mais soutint la Résistance et le
général de Gaulle dès le 18 juin. Les années 1940-1945
sont pour lui celles de « la révolte de l’esprit ». À 52 ans,
il renoue avec le journalisme et multiplie les écrits de
combat : pour la presse brésilienne, la BBC, pour le bulletin de la France libre de Rio. Ses articles sont repris
dans les cahiers clandestins de Témoignage chrétien.
Les autres pièces du bâtiment présentent moins d’intérêt. Une grande salle à manger où pouvait se réunir
toute la tribu. Une chambre spartiate avec un bureau
de travail. Les anciennes écuries et dépendances agricoles ont été transformées en bibliothèque et en école
de danse pour les gamins du quartier.
moderne ne
comprend
absolument
rien, parce que
précisément, il
n’a pas de nécessité intérieure », écrit-il.
Ou encore : « Ce ne sont pas vos
intellectuels qui m’ont fait comprendre
vos paysans, ce sont vos paysans qui
m’ont fait comprendre vos intellectuels,
Pétri d’espérance chrétienne
voilà la vérité. » « Quand tant de ses
pairs ont voulu découvrir le Brésil en étenAu Brésil, Bernanos, l’ancien camelot du roi, a rompu
due, Bernanos a cherché à le comprendre en
définitivement avec son passé maurassien. Avec son
profondeur », résume Sébastien Lapaque.
antisémitisme de jeunesse, lié à son anticapitalisme et
Barbacena compte désormais plus de
son anticléricalisme, également. À l’heure du racialis100 000 habitants. Le voyageur
me nazi, l’auteur de La Grande Peur des
contemple de loin la maison blanche
bien-pensants a compris que sa distincaux volets bleus de Bernanos, frustré
tion entre « antisémitisme politique » et
d’échouer
si
près
du
but.
Il
faut
improviser
« antisémitisme viscéral » est devenue
GEORGES BERNANOS
toujours. Escalader le pormeurtrière. Signe de cette évolution, sa
tail en bois. L’allée est lonrencontre fraternelle avec le grand écrigée d’eucalyptus plantés
vain Stefan Zweig à Barbacena en fé1888
par Bernanos lui-même. Au
vrier 1942, trois ou quatre jours avant le
Naissance
milieu de la cour, une grossuicide de ce dernier. Pétri d’espérance
le 20 février dans
se pierre qui servait de prole IXe arrondissement chrétienne, Bernanos veut croire à un
montoire à l’écrivain lorsavenir meilleur pour l’Europe. Juif
de Paris.
qu’il montait son pur-sang
athée, l’auteur du Monde d’hier n’en a
1926
anglais, Oswaldo. Bernaplus la force.
Parution de Sous
nos avait eu les jambes briC’est à la toute fin de son exil brésile soleil de Satan,
sées par deux accidents de
lien, en 1944, que Bernanos accouche de
son premier roman
moto. Le voyageur s’imal’une de ses œuvres les plus marquantes
1938
gine les cris et les cavalcaet visionnaires : La France contre les roLes Grands
des des enfants autour de
bots. Après six longues années passées
Cimetières sous la
la maison. Puis venant
lune, violent pamphlet de l’autre côté de l’océan dans l’humilil’accueillir, Bernanos en
té d’une vie de fermier, il portait un reantifranquiste écrit
personne, chaussé de londurant la guerre civile gard distancié sur le Vieux Continent.
orde, à Barbacena. Les
Avant tous ses contemporains, avant
espagnole.
L’église de Notre-Dame de la Miséric ville de Barbacena où gues bottes et coiffé d’un
la
chapeau à large bord. Carrumême George Orwell dont le 1984 ne
Exil au Brésil.
hauts plateaux du Minas Gerais dans 1945 (ci-dessous).
et
re de géant appuyé sur des
sortira que deux ans plus tard, il avait
s’était installé l’écrivain entre 1940
1944
cannes, moustache de cavalerie, yeux
pressenti la déshumanisation de l’homLa France
bleu mélancoliques… Edson Brandao vient
me et l’uniformisation du monde par la
Bernanos a parcouru le Brésil à pied, à checontre les robots.
extraire le voyageur de son songe. La rutechnique et le marché. « Un monde doval, en chemin de fer. Le voyageur s’est
1948
meur dans le village corse s’est propagée :
miné par la Force est un monde abominacontenté d’acheter un billet à la gare routièMort à Neuillyon vient leur ouvrir !
ble, mais le monde dominé par le Nombre
re de Novo Rio : direction Barbacena. Ausur-Seine.
Dans le hall de la maison familiale, un
est ignoble. Le Nombre crée une société à
delà des routes en lacet et des collines verbuste en bronze de l’écrivain, des photos de ses peson image, une société d’êtres non pas égaux, mais padoyantes de la Serra dos Orgaos,
tits-enfants brésiliens. Après la fin de son exil, sa fille,
reils, seulement reconnaissables à leurs empreintes digil’autocar le conduit dans un Brésil qui
Chantal, et sa petite-fille, Marie-Madeleine, restèrent
tales. » La France contre les robots semble avoir été
ne figure pas sur les cartes postales :
en Amérique du Sud. Conservé comme une relique,
écrit aujourd’hui.
celui de l’intérieur. Un Brésil de
un morceau de la table du Café Colonial. Bernanos ve« Bernanos, votre place est parmi nous », c’est un téwestern où la terre est ocre et les
nait chaque jour dans ce bistrot du centre-ville au galégramme du général de Gaulle qui le persuade de renarbres tordus par la soif. Le
lop. Attachait Oswaldo à un anneau fixé sur le trottoir
trer en France. Deux jours plus tard, le 31 mai 1945,
cow-boy catholique n’était pas
avant de s’installer toujours à la même table pour traBernanos embarque sur un bananier hollandais avec sa
venu en touriste. Contrairement à Stefan
vailler ou deviser. Il était entouré d’un petit cénacle
femme et quatre de ses six enfants. À contrecœur. Car
Zweig, Bernanos n’était pas à la recherche d’un éden
qui partageait ses éclats de rire et de voix. Assistait à
l’écrivain n’est plus un étranger au Brésil. Il s’y est enluxuriant, mais « d’un pays où le climat est assez dur
ses explosions de colère aussi. Le monde moderne a
raciné. « Le Brésil n’est pas pour moi l’hôtel somptueux
pour penser sans distraction ». D’une patrie intérieure
eu raison du Café Colonial, désormais reconverti en
presque anonyme, où j’ai déposé ma valise en attendant
pour échapper aux folies de son siècle et au nihilisme
agence bancaire.
de reprendre la mer et de rentrer chez moi : c’est mon
radical de la civilisation moderne naissante. Cette paLe petit salon, situé à droite de la porte d’entrée, est
foyer, c’est ma maison… », écrit-il. Bernanos dit adieu à
trie, Bernanos la trouvera, loin des couleurs éclatantes
sans doute le lieu le plus émouvant de la Croix-desRio en gravissant une dernière fois le Corcovado. Sept
de Rio, dans un environnement sévère. Et surtout
Âmes. Les visiteurs peuvent y admirer une édition oridécennies plus tard, les boutiques de souvenirs ont
auprès du peuple mineiro dont il célèbre la simplicité et
ginale de La Prière à Jeanne d’Arc rédigée par Bernanos.
poussé tout autour. On y vend des cartes postales, des
la noblesse d’âme dans Lettre aux Anglais. « Votre peuAinsi qu’un immense drapeau bleu-blanc-rouge frapmaillots de Neymar et des porte-clefs en forme de
ple grandit comme un arbre, ou se compose
pé de la croix de Lorraine. Ses fils aînés ont rejoint les
Christ rédempteur. Au sommet, les touristes font des
comme un poème, par une sorte de néForces françaises libres : Yves en juin 1941, Michel en
selfies avec ce dernier. Cependant, le panorama est
cessité intérieure, auquel le monde
toujours aussi grandiose. Le voyageur surplombe la ville entière ainsi que la forêt vierge qui galope vers
l’océan. Ici, la plage d’Ipanema. Là, le stade du Maracana où la Seleçao a joué tant de matchs mythiques. Plus
loin la baie de Guanabara et son fameux Pain de sucre
qui se dresse devant Rio comme la statue de la Liberté
devant New York. Le voyageur veut immortaliser
l’instant par une photo. Il a le réflexe de chercher son
smartphone au fond de sa poche. Un instant, il a oublié
sa mésaventure de Copacabana où, tel un vulgaire touriste, sur la plus belle plage du monde, il s’est fait voler
carte de crédit et téléphone portable. Cela fait presque
une semaine qu’il n’est plus assailli de messages. Heureux, il contemple l’immensité. Il pense aux mots de
l’écrivain vagabond dans La France contre les robots.
« On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration contre toute espèce de vie intérieure ! Hélas la liberté n’est pourtant qu’en vous, imbéciles ! » ■
vos intellectuels
qui m’ont fait
comprendre
vos paysans,
ce sont
vos paysans
qui m’ont fait
comprendre
vos intellectuels
Barbacena
»
Bio
EXPRESS
RETROUVEZ LUNDI :
Villes fantômes :
Pripiat, la Pompéi nucléaire soviétique
DAVID E. SCHERMAN/THE LIFE PICTURE COLLECTION/GETTY IMAGES, PISTOLESI ANDREA/HEMIS.FR, JOÃO - CC BY-SA 3.0
Sous le soleil
de Barbacena
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
CHRONIQUE
Natacha Polony
« Qu’ils viennent me chercher »
ais qui sont-ils donc ?
L’étrange phrase
du président de la
République n’a pas fini
de susciter les exégèses
de doctes spécialistes
de la communication politique. « Qu’ils
viennent me chercher… » On hésite entre
un chat perché servi par les institutions
de la Ve République et l’interjection
sarkozienne, l’élégant « ben, descends
un peu me le dire » lancé à un pêcheur
M
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
ENTRE GUILLEMETS
28 juillet 1794 : exécution
de Robespierre.
Danton,
le jour
de son
exécution,
en avril 1794
Tu me suis,
Robespierre,
tu me suis !
L’échafaud t’appelle !
Rendez-vous
dans trois mois !
RUE DES ARCHIVES/RDA
17
»
qui l’insultait depuis une balustrade.
« Ils », les élus de l’opposition
qui réclament que la lumière soit faite,
les méchants « médias » devenus
une entité unique et globale aux visées
infamantes, les « sceptiques »
qu’il désignait comme des ennemis
lors de ses vœux aux Français ?
Ou les citoyens ? Cette affaire Benalla
nous en raconte décidément beaucoup
sur le macronisme…
On peut bien évidemment s’amuser
de ces commentateurs aux mines
outrées qui prédisent la fin du régime
et le retournement de l’opinion,
tous ces nobles augures qui trouvaient
outrecuidant jusqu’à présent de limiter
l’enthousiasme des foules en analysant
la réalité des actions derrière le lyrisme
des discours, et qui trouvent urgent
désormais de porter le fer sur des sujets
aussi cruciaux que la vaisselle élyséenne
ou la piscine du fort de Brégançon.
On aurait aimé que ces esprits
sourcilleux s’interrogeassent sur les
roulements de mécaniques européens
suivis de revers nettement plus discrets,
sur l’abandon de toute réplique concrète
à l’extraterritorialité du droit américain
qui menace en permanence nos
entreprises, sur des frappes en Syrie qui
marquaient un déplorable alignement
sur les États-Unis, l’Arabie saoudite et
Israël, sur le vide abyssal de la politique
environnementale, sur le pouvoir offert
à la FNSEA en matière agricole,
sur tant d’autres choses encore, qui font
la réalité du bilan de cette première
année. Il est des sujets nettement
plus graves pour la France que les
pitoyables facéties d’Alexandre Benalla.
Pour autant, doit-on balayer
d’un revers de main les révélations
successives sur un personnage
qui grimpe à une vitesse fulgurante
les échelons du pouvoir, qui se rend
indispensable et se glisse partout,
qui obtient des moyens et parfois
des privilèges exorbitants ? Emmanuel
Macron et son secrétaire général
de l’Élysée, Alexis Kohler, répondent
tous deux par un argument qui est celuilà même dont le macronisme a fait
son moteur : ce garçon intelligent,
motivé, a un « profil différent ».
Il est d’ailleurs assez délicieux de voir
des énarques à ce point pétris de leur
esprit de corps qu’ils ont placé leurs
camarades de promotion dans chaque
rouage du gouvernement s’émouvoir
soudain pour un jeune homme d’Évreux
aux allures de « racaille ». Un peu
comme le patron de Sciences Po
organisait une filière parallèle d’accès
à cette école de l’hyper-élite pour éviter
de s’interroger sur le blocage
de la méritocratie dans l’ensemble
du système éducatif. Était-il nécessaire,
pour récompenser ce garçon,
de lui offrir un statut de lieutenantcolonel de réserve que d’autres, tout
aussi intelligents et motivés, obtiennent
au bout de nombreuses années
de dévouement ? Le déblocage
de la société, la lutte contre les castes
et les corporatismes, apparemment,
ne concernent que quelques privilégiés
qui ont l’heur d’appartenir au clan.
Car telle est bien la révélation de cette
pathétique affaire : le comportement
de nervi d’un gros bras venu faire
le coup de poing contre les opposants
au régime qu’il défend nous raconte
une vision claniste du pouvoir,
dans laquelle quiconque n’adhère pas
au culte est un dangereux agitateur,
un « défaitiste », pour reprendre
les termes mêmes du président.
En 1990, en Roumanie, les mineurs de
Transylvanie étaient venus, à l’appel du
gouvernement d’anciens communistes,
écraser des manifestations de jeunes
accusés par le pouvoir d’être des
suppôts du fascisme et du capitalisme.
Les casseurs de la Contrescarpe sont,
certes, d’une tout autre nature,
mais il appartient à la police et aux CRS,
et à eux seuls, de faire respecter l’ordre.
Cela s’appelle le respect des institutions
de la République.
Emmanuel Macron, dans sa réponse
bravache, a fustigé tous ceux qui osent
se poser des questions sur cette
organisation en petit clan organisé
en commando. Et la colère qu’il
a manifestée contre ce qu’on appelle
en démocratie des contre-pouvoirs
n’est que le reflet de la réforme
constitutionnelle qui se prépare.
Au nom de l’efficacité, et parce qu’on
est persuadé de détenir seul la vérité,
il faudrait s’affranchir de ces équilibres
qui ne sont pas des freins mais
des garde-fous, affaiblir encore
le Parlement, le faire chambre
d’enregistrement. Et si la presse renâcle,
on lui brandira les « fake news »,
quand, au contraire, c’est la presse
qui les a démontées pour mieux faire
la lumière sur cette histoire. C’est
pour cette raison qu’il conviendrait,
sans doute, de passer rapidement
à des débats politiques un peu plus
élevés. Sur ces lois, notamment, révision
constitutionnelle et loi « fake news »,
qui fragilisent notre démocratie. Et pour
rappeler que, dans toute la France,
des jeunes gens de 26 ans, intelligents
et motivés, mais moins ambitieux
sans doute que M. Benalla, triment
humblement, qui dans les PME,
qui dans l’agriculture, écrasés
par les impôts et la concurrence déloyale
et qu’ils aimeraient seulement que
ce travail-là soit récompensé au mérite.
L’affaire Benalla n’est pas une affaire d’État
» Lire aussi PAGES 4 ET 5
L
PIERRE STEINMETZ
Dassault Médias
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Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
en danger. Y a-t-il une affaire pour la
France ? Sans doute, et même plusieurs,
mais ce n’est pas celle de M. Benalla…
On le sait : le rôle de l’opposition est
de s’opposer. C’est sa raison d’être
non pas seulement pour lui permettre
d’exister, mais parce que c’est à elle
que revient en premier lieu le contrôle
politique de la majorité,
et particulièrement du pouvoir exécutif.
C’est aussi son rôle institutionnel et c’est
pourquoi lui reviennent les présidences
des commissions des finances. Mais
l’opposition est également en charge
de l’avenir du pays, à la fois parce qu’elle
a, dans le futur, vocation à assumer
la charge du pouvoir, et parce qu’elle doit,
dans le présent, ne pas rendre le pays
ingouvernable. Ce qui lui impose de savoir
raison garder.
premier
C’est une question administrative interne En
lieu dans
au secrétariat général de la République
le respect
des
et une question politique quant
proportions
au discernement des choix du président
et de la
hiérarchie
et quant au contrôle de son administration
des sujets.
Sinon, c’est détourner l’attention
En clair, un jeune chargé de mission,
des vrais problèmes en privilégiant
ayant sans doute ses qualités et ses
l’immédiat et le spectaculaire. Engager
mérites, que rien ne préparait à exercer
une crise politique en accusant
les fonctions délicates qui lui ont été
le président de préparer la constitution
confiées, et qui a perdu la tête avec le sens
d’une police parallèle, hors des règles de la
des limites. Et à qui n’a pas été inculqué
fonction publique, à son seul service, et
ce « sens de l’État » qui veut qu’au-delà
sous son seul contrôle, au risque des pires
de soi-même et de ses fidélités
dérives, sans qu’il y ait commencement
personnelles ou partisanes, et parfois
d’exécution et sur la seule base d’un
contre elles, c’est l’État que l’on sert.
soupçon d’intention est dangereux.
Reste qu’il reviendra maintenant aux
De même, nombre de journalistes n’ont
juristes, dont on sait qu’ils ont le « blâme
pas manqué d’exalter le rôle de la presse
sourcilleux », d’apprécier si cette affaire
comme contre-pouvoir et de faire valoir
de violences est assortie de conditions
que, sans elle, « l’affaire » n’aurait jamais
qui feraient de la contravention un délit.
été mise à jour. « L’affaire Benalla »,
En guise de conclusion provisoire, il n’y
dérive individuelle, est bien réelle,
a pas « d’affaire » dans l’absolu. Il y a
mais justifiait-elle une telle campagne,
certainement une affaire pour le président
et en tels termes ? Si une condamnation
de la République, que son entourage a mis
a vu pire dans certaines cours
de récréation…
Au regard des conséquences pour la
présidence de la République et donc pour
le bon fonctionnement de nos institutions,
évidemment oui. La confiance du
président de la République et de la
hiérarchie a été abusée, ce qui a pu faire
naître des interrogations légitimes et
graves, même si elles se sont avérées
infondées. Mais c’est une question
administrative interne au secrétariat
général de la République (et traitée
comme telle) et une question politique
quant au discernement des choix du
président et quant au contrôle de son
administration. Ce n’est ni une affaire
pénale, ni une affaire d’État : il n’y a
ni complot ni entrave à la justice.
«
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
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(Politique, Société, Débats Opinions)
»
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pénale intervient in fine, ce sera selon
toute vraisemblance pour le port indu
d’un brassard, pour avoir donné
faussement à croire à une qualité
de policier, ou pour s’être fait remettre
irrégulièrement des images enregistrées
de la manifestation… Ce qui serait
dérisoire au regard du tumulte…
Enfin, une dérive individuelle
aussi grave quant à ses conséquences
est révélatrice de faiblesses dans
l’organisation ou la pratique des services
qui appellent à l’évidence d’être corrigées.
Mais là n’est sans doute pas l’essentiel.
Parmi les éléments constitutifs de la
Ve République, figure la dualité président
de la République/premier ministre,
avec un gouvernement qui gouverne
et un président « en charge
de l’essentiel » qui reste au-dessus de la
mêlée politique. Or, ce système hybride
instituant une double responsabilité
du gouvernement devant le Parlement
et du président devant le peuple français
a permis de préserver les nécessités
du débat et du contrôle à court terme
et le souci des considérations de long
terme. La réforme voulue par Nicolas
Sarkozy pour lui permettre de s’adresser
au Congrès a constitué une première
atteinte, certes mineure, à ce principe.
La proposition actuelle de permettre
au président, après son intervention,
d’engager un débat avec les
parlementaires serait un second pas
en ce sens. Cette crainte est renforcée
lorsque le président invite
ses contradicteurs à « venir le chercher ».
Il s’agirait là d’une amorce de ce qui serait
une véritable mutation institutionnelle.
Certes, le président peut proposer
et le constituant décider ce qu’ils veulent.
Encore faut-il qu’ils soient conscients
de ce vers quoi ils s’engagent. Sur
ce point, le président de la République
pourrait entendre l’appel du président LR
de la commission des lois Philippe Bas…
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
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Ce journal
se compose de :
Édition nationale :
1er cahier 18 pages
Cahier 2 Économie
6 pages
Sur certaines éditions :
Supplément 3
Magazine 100 pages
Cahier TV 60 pages
Supplément 4
Madame 100 pages
Promo portage
Wall Street Journal :
diffusion sur une partie
du territoire national
A
e « microcosme » ne parle
que de « ça », le pays
n’entend plus parler que
de « ça » (et du Tour
de France) et peut-être
ne s’intéresse-t-il plus
qu’à « ça » ?… Mais qu’est-ce que « ça » ?
Au départ, une vidéo montrant
un homme en malmenant un autre. Une
affaire de violences, donc, entre deux
adultes. En la matière, la gravité des faits
dépend de leurs suites : le critère
déterminant est l’ITT de plus de huit jours.
En deçà, il y a contravention. En l’espèce,
il n’y a pas d’ITT, et donc pas de délit,
et donc pas d’application de l’article 40
du CPP ; il n’y a pas non plus de plainte,
et donc pas d’ouverture obligée
d’une procédure pénale. On peut donc
raisonnablement penser que les faits de
violence sont d’une importance mineure.
Les violences sont commises
par un agent contractuel de la présidence
de la République présent sur les lieux
dans le cadre d’une mission
d’observation. Il y a donc violation
manifeste des termes de cette mission.
C’est une faute. Rien dans les éléments
révélés par les enquêtes journalistiques
ou les auditions des commissions
parlementaires ne laisse à penser que
la hiérarchie de l’intéressé a inspiré
ou même couvert ces agissements. Bien
au contraire, une procédure est engagée
dès le lendemain et une sanction
est prononcée. C’est donc une faute
individuelle, à coup
sûr détachable de la
mission de service
public… Cette faute
individuelle est-elle
Pour l’ancien membre du Conseil constitutionnel
grave ? Au regard
et ex-directeur de cabinet du premier ministre
des conséquences
Jean-Pierre Raffarin, l’affaire du faux policier
matérielles
est avant tout une dérive individuelle. Le vrai
et physiques,
danger est plutôt dans la dérive institutionnelle
évidemment non :
ni ITT ni plainte. On
que promet la réforme constitutionnelle.
+
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018 LE FIGARO
18
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
Catastrophe
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Monuments,
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6/6
Artaud. » Dans Le Figaro Littéraire, Jacques Lemarchand
repère un chef-d’œuvre. Jean
Anouilh lui-même prend la
plume pour écrire : « C’est les
Pensées de Pascal jouées par les
Fratellini. »
Dans Libération, en janvier
2003, cinquante plus tard, le comédien Jean Martin se souvient
de l’accueil houleux : « Au bout
de quinze jours joués à guichets
fermés, le spectacle est devenu
l’objet d’un certain snobisme : il
fallait y aller. Mais au deuxième
acte (qui reprend mot pour mot
le premier, NDLR), ça chahutait.
Certains soirs, les gens se battaient, cela se terminait avec la
police. Ou bien ça partait par
rangs entiers, les gens hurlaient :
“On se fout de notre gueule ! » Il a
fallu attendre la reprise au Théâtre Hébertot (en juin 1956) et la
venue d’un public plus jeune. Ce
sont les étudiants qui ont fait le
vrai succès de la pièce. »
Samuel Beckett
a mis cinq ans
à faire jouer
sa pièce, avec
le soutien décisif
de Roger Blin.
Il ne s’expliquera
jamais la
popularité des
élucubrations
de Vladimir
et Estragon.
“
Je ne peux
m’empêcher
de penser que le succès
de Godot tient
pour une grande part
à un malentendu,
ou à une série
de malentendus
ÉTIENNE SORIN esorin@lefigaro.fr
Comme Vladimir et Estragon,
les spectateurs auraient pu attendre Godot encore longtemps.
D’ailleurs, ils l’attendent toujours. En fait, ils auraient pu ne
jamais l’attendre. En attendant
Godot, personne n’en voulait, ou
presque. Son auteur lui-même
ne sait pas trop quoi penser de
cette pièce qu’il a écrite comme
une récréation. « Je ne sais pas
plus sur cette pièce que celui qui
arrive à la lire avec attention,
affirme-t-il en 1951. Je ne sais
pas plus sur les personnages que
ce qu’ils disent, ce qu’ils font et
ce qui leur arrive. Je ne sais pas
qui est Godot. Je ne sais même
pas, surtout pas, s’il existe. Et
je ne sais pas s’ils y croient ou
non, les deux qui attendent… »
Des années plus tard, à sir Ralph
Richardson, pressenti pour
jouer Vladimir à Londres (Sir
Alec Guiness aurait été Estragon) et qui exige le curriculum
vitae des personnages, Beckett
répondra : « Si, avec Godot,
j’avais voulu désigner Dieu,
je l’aurais appelé Dieu [God],
pas Godot. »
Beckett écrit En attendant Godot entre 1948 et 1949. L’écrivain irlandais a alors 42 ans et
vit à Paris, qu’il a fui en 1942
avec sa compagne, la pianiste
Suzanne Dumesnil, pour échapper à la Gestapo. Pendant la
guerre, il s’est réfugié en zone
libre, dans le Vaucluse, près
d’Apt, à Roussillon. De retour
dans la capitale française, en
1945, il abandonne la langue anglaise et se met à écrire en français. En 1947, il commence à rédiger Molloy, un roman qui sera
refusé par la plupart des éditeurs
parisiens. Jérôme Lindon, le directeur des Éditions de Minuit,
le publiera en 1951. Beckett
devra patienter autant pour voir
En attendant Godot joué sur
scène – le texte est publié par
Lindon en 1952. Quand il s’y
attelle, le romancier ne connaît
pas grand-chose au théâtre.
Il choisit d’écrire une pièce
sur « deux personnages qui attendent un troisième qu’ils
appellent Godot ».
A
1953
Théâtre de Babylone.
Mise en scène : Roger
Blin. Avec Lucien
Raimbourg, Pierre
Latour, Roger Blin
et Jean Martin.
SAMUEL BECKETT
Godot, héros inattendu
En haut : répétitions
d’En attendant Godot,
mis en scène
par Samuel Beckett
(à droite)
au Schiller Theater
de Berlin, en 1975.
Ci-dessus : la mise en
scène d’Otomar Krejca
dans la Cour d’honneur
du Palais des papes
à Avignon, en 1978.
AKG-IMAGES/ULLSTEIN BILD,
FERNAND MICHAUD/GALLICA,
STUDIO LIPNITZKI/
ROGER-VIOLLET, PASCAL
VICTOR/ARTCOMPRESS
Beckett cherche un metteur
en scène. En 1948, il pousse la
porte du Théâtre de la Gaîté
Montparnasse et assiste (deux
fois) à une représentation de La
Sonate des spectres, de Strindberg, montée par le jeune
comédien et metteur en scène
Roger Blin, également directeur
du théâtre. Beckett charge
Suzanne Dumesnil de porter le
manuscrit d’En attendant Godot
à Blin. Dès la première lecture,
l’homme de théâtre sent qu’il
tient une grenade. Il rêve de la
dégoupiller. Dans un entretien
avec Tom Bishop dans Les Cahiers de l’Herne (1976), Blin se
rappelle son excitation : « Cette
pièce allait mettre en l’air complètement une grande partie du
théâtre contemporain, aussi bien
le boulevard que l’avant-garde
ou la pseudo-avant-garde. » Les
associés de Blin, qui n’est pas
seul à décider de la programmation du Théâtre de la Gaîté
Montparnasse, ne partagent pas
son enthousiasme. Ils mettent
leur veto. « Mes associés, qui
sont morts depuis d’ailleurs, qui
avaient l’argent, n’ont pas voulu
en disant : “Qu’est-ce que c’est
que cette pièce ?” ; il n’y a pas de
rôle féminin et pas d’histoire sur
l’humain. Alors j’ai cherché
ailleurs, j’ai montré la pièce dans
tout Paris, tout au moins dans de
tout petits théâtres, chez des
gens que ça pouvait intéresser.
On m’a ri au nez, un peu partout,
plus ou moins. Alors je me suis
obstiné et puis j’ai réuni des
camarades… »
Blin trouve quelques soutiens.
Il croise un jour l’auteur dramatique George Neveux, membre
de la commission de l’aide à la
première pièce. Neveux lit En
attendant Godot. Il est emballé.
« C’est comme ça que j’ai pu
avoir une espèce d’aumône de
500 000 francs, quelque chose
comme ça, se souvient Blin.
500 000 anciens francs. » Finalement, Blin porte la pièce à
Jean-Marie Serreau, directeur
du Théâtre Babylone, au bord de
1978 1978
Comédie-Française.
Mise en scène : Roger Blin.
Avec Michel Aumont,
Jean-Paul Roussillon,
François Chaumette
et Georges Riquier.
Festival d’Avignon.
Mise en scène :
Otomar Krejca.
Avec Georges Wilson,
Rufus, Michel Bouquet
et José-Maria Flotats.
la faillite. « Quand il a eu le couteau sous la gorge, il s’est dit
bon, allons-y, s’il faut mourir,
mourons en beauté. »
Blin réunit enfin ses camarades. Lucien Raimbourg (Vladimir), Pierre Latour (Estragon),
Jean Martin (Lucky). Blin met
en scène et joue Pozzo. Beckett
assiste aux répétitions. « Il n’a
pas pu me dire exactement comment il voyait les personnages.
Tout ce qu’il savait, c’est qu’ils
avaient des chapeaux melon. »
La première a lieu le 3 janvier 1953. Trois ans après la bataille de La Cantatrice chauve,
d’Eugène Ionesco, En attendant
Godot fait sensation. Le public
est divisé. La critique aussi.
« Ni Samuel Beckett ni Roger Blin
ne cherchent à atteindre le grand
public. Ils ont raison, attaque
Jean-Baptiste Jeener dans sa
critique du Figaro. Cette restriction admise, En attendant Godot
est une œuvre étonnante, aux limites du supportable, et sans
doute eût-elle enchanté Antonin
1999
Odéon-Théâtre
de l’Europe. Mise en scène :
Luc Bondy. Avec Roger
Jendly, Serge Merlin,
Gérard Desarthe, François
Chattot et Xavier Loira.
”
En attendant Godot se joue un
an au Théâtre de Babylone, où il
faut ajouter des chaises. « On ne
peut pas dire que c’est une pièce
maudite, explique Blin. Elle
l’était jusqu’à la représentation.
Mais par la suite, il y a eu des
gens contre, des gens pour, mais
la plupart des gens, vraiment, ont
senti quelque chose. »
Le phénomène se reproduit à
l’étranger. Waiting for Godot fait
sensation à Londres en 1955. Il
est acclamé en Allemagne.
Après des débuts calamiteux, il
triomphe aux États-Unis, où le
projet d’un tandem Buster Keaton (Vladimir)-Marlon Brando
(Estragon) est envisagé avant
d’être abandonné. Dix ans plus
tard, la star hollywoodienne
Steve McQueen voudra acquérir
les droits mais se heurtera au
refus de Beckett, qui gardera un
œil sur les mises en scène de
Godot et le dirigera lui-même à
Berlin au Schiller Theater en
1975. En France, on ne jure que
par Brecht, popularisé par la venue du Berliner Ensemble à Paris en 1954 avec Mère Courage.
Ni Vilar en France ni Strehler ne
monteront Godot. Sartre se pince le nez : « Du théâtre bourgeois. » Ce n’est qu’en 1978 que
Beckett aura les honneurs des
deux institutions les plus prestigieuses. La Comédie-Française
dans la mise en scène de Roger
Blin au Théâtre de l’Odéon et
la Cour d’honneur du Palais
des papes dans celle d’Otomar
Krejca, au Festival d’Avignon.
Beckett n’est pas du genre à
jubiler. « Je ne peux m’empêcher
de penser que le succès de Godot
tient pour une grande part à
un malentendu, ou à une série
de malentendus », écrira le dramaturge. En 1969, quand il apprend qu’il a été choisi pour le
prix Nobel de littérature, il est
horrifié : « Une catastrophe. »
L’écrivain irlandais n’ira pas à
Stockholm. « Tout ce succès !
Je me demande si ce n’est pas
là la preuve que je ne suis pas
compris. » Ce succès, il le doit
en grande partie à En attendant
Godot, traduit en plus de cinquante langues et joué dans le
monde entier. ■
RETROUVEZ LUNDI :
Les rencontres inattendues
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018 LE FIGARO - N° 23 004 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
GASTRONOMIE
LA GUERRE DES CHEFS
FAIT RAGE AU SOMMET
DE LA TOUR EIFFEL PAGE 21
ÉTATS-UNIS
TRUMP SE FÉLICITE
DE L’INSOLENTE CROISSANCE
AMÉRICAINE PAGE 21
La faible croissance complique
l’équation budgétaire
Selon l’Insee, elle n’a été que de 0,2 % au printemps. Ce ralentissement ne facilite
pas la tâche de l’exécutif, qui s’est engagé à ramener le déficit public à 2,3 % du PIB.
L’économie française, qui a connu
une très bonne année 2017, a ralenti au tournant de 2018. La
hausse du PIB n’a été que de 0,2 %
au premier et au deuxième trimestre. En cause : une consommation atone. Les Français ne
donnent pour l’instant aucun crédit aux promesses d’Emmanuel
Macron d’améliorer leur pouvoir
d’achat.
Les grèves à la SNCF et à Air France ont par ailleurs pesé sur les dépenses de transport au printemps.
Cette mauvaise performance rend
très difficile l’objectif d’une croissance de 2 % sur l’ensemble de
l’année, comme le prévoit encore
le gouvernement. Elle rend également plus ardue la réduction du
déficit public à 2,3 % du PIB. Les
recettes fiscales devraient ralentir. Et l’exécutif s’est montré jusqu’à présent d’une prudence de
Sioux sur les économies, communiquant au compte-gouttes sur
ses projets. Il abattra ses cartes à
la rentrée.
èLE MIRAGE DU REBOND DE LA CONSOMMATION PAGE 20
BERTRAND RIOTORD / LE FIGARO , FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO, OLI SCARFF/AFP
Grève,
réforme de la
SNCF : Pepy
s’explique
Le patron de la SNCF
estime que, sans
réforme, l’avenir
du transporteur
ferroviaire était menacé.
L’entreprise « met
les bouchées doubles »
pour regagner
la confiance des clients
et sauver les comptes
de l’année. La panne
de la gare Montparnasse
tombe mal. PAGES 22 ET 23
L’ÉTÉ DU FIGARO
Ellen Pao, un combat
pour les femmes
de la Silicon Valley
PAGE 24
LA SÉANCE
DU VENDREDI 27 JUILLET 2018
CAC 40
5511,76
+0,57%
DOW JONES (18h)
25530,48 +0,01%
ONCE D’OR
1223,95 (1228,25)
PÉTROLE (lond)
74,700 (74,450)
EUROSTOXX 50
3527,18 +0,51%
FOOTSIE
7701,31 +0,50%
NASDAQ (18h)
7355,89 -0,61%
NIKKEI
22712,75 +0,56%
Succès boursier, stratégique, commercial et financier, l’OPA de Fnac sur
Darty connaît un sérieux revers.
L’Autorité de la concurrence (ADLC) a
infligé jeudi au nouveau groupe une
sanction de 20 millions d’euros, pour
ne pas avoir réalisé la cession de trois
magasins, cession conditionnant le
feu vert à l’opération qu’elle avait
donné le 18 juillet 2016.
À l’époque, la direction de Fnac avait
réussi à convaincre l’antitrust de
prendre en considération le marché de
l’e-commerce dans son analyse
concurrentielle. Et le groupe n’avait
ainsi eu à céder que 6 magasins à Paris et dans la région parisienne, dont la
Fnac du centre commercial Beaugrenelle. Le hic ? Si trois Darty ont été cédés à son rival Boulanger, la vente de
deux Darty à Dray, distributeur d’électroménager parisien, n’a pas été acceptée par l’ADLC. Fnac Beaugrenelle
n’a pas suscité beaucoup d’attrait, et
des locataires du centre auraient fait
pression pour que l’enseigne culturelle, réputée attirer des visiteurs, reste.
« Lorsqu’une entreprise prend des engagements en vue d’obtenir l’autorisation d’acquérir une autre société,
elle doit comprendre qu’elle a une obligation de résultat, tonne Isabelle de
Silva, présidente de l’ADLC. Tout engagement, sauf circonstances exceptionnelles, doit être respecté. En ne
cédant pas, dans les délais prévus,
trois magasins sur lesquels elle s’était
engagée, Fnac Darty a commis un
manquement grave à ses obligations,
ce qui a empêché les consommateurs
de bénéficier rapidement d’une nouvelle offre de produits électroniques à
Paris. »
En plus de la sanction, l’ADLC « ordonne à Fnac Darty de céder deux
magasins en substitution de ceux non
cédés », en l’occurrence les Darty
des quartiers Passy et Montmartre.
Le distributeur indique qu’il « examinera toutes les voies de recours pour
contester le montant disproportionné
de la sanction ». Il aurait par ailleurs
déjà signé avec Boulanger un accord
en vue de lui céder les deux magasins
(Passy et Montmartre) désignés par
l’ADLC. Reste à convaincre celle-ci
d’agréer la vente.
IVAN LETESSIER
L'HISTOIRE
Sale temps pour les réseaux sociaux
C
ette semaine, Facebook puis
Twitter ont subi de vertigineuses
chutes de leur action à la Bourse
de New York : - 19 % pour
Facebook jeudi et - 18 % pour
Twitter vendredi. Dans les deux cas,
ce ne sont pas les performances financières
qui sont en cause, mais les grains de sable
introduits dans leur modèle par leur politique
plus stricte de sécurisation de leurs réseaux.
Des coûts nouveaux qui risquent de peser
sur leurs perspectives.
Facebook a beau afficher des bénéfices
records (5,1 milliards de dollars au deuxième
trimestre) et Twitter un résultat net inédit
de 100 millions
de dollars sur la
même période
- troisième
trimestre
consécutif
bénéficiaire
après des
années de
pertes -,
ce sont
les données
relatives au
nombre de leurs
utilisateurs
actifs qui affolent les investisseurs.
Facebook ne recrute plus de membres
en Amérique du Nord et en a même perdu
un million en Europe. Twitter enregistre, lui,
une baisse d’un million d’utilisateurs entre
le premier et le deuxième trimestre
aux États-Unis. Une tendance qui,
de leur propre aveu, va durer dans les prochains
mois. Les deux réseaux attribuent cette baisse
d’audience au grand ménage qu’ils ont dû faire
pour lutter contre les contenus indésirables
et les « fake news », mais aussi à l’impact
de l’application du nouveau règlement
européen sur la protection des données
personnelles. Des justifications pas toujours
très claires
et vérifiables,
mais qui surtout
ne sont pas
de nature
à rassurer.
Le marché
semble acter
que les deux
réseaux ont
atteint un plafond
dans leur
expansion. ■
ALEXANDRE
DEBOUTÉ
Résultats du premier semestre 2018 :
Activité robuste et développement
dynamique
Volume d’affaires de 8,9 Md€ en hausse de 10,3%
hors effet de change
Excédent brut d’exploitation de 291 M€
en hausse de 4,2% à pcc
Développement de 301 hôtels et 45150 chambres
Objectif d’excédent brut d’exploitation 2018
entre 690 et 720 millions d’euros
18 octobre
Publication du chiffre d’affaires du 3e trimestre 2018
Relations Actionnaires 0 805 650 750
Retrouvez toutes les informations sur accorhotels.group
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
FNAC DARTY :
SANCTION
DE 20 MILLIONS
INFLIGÉE PAR
L’ANTITRUST
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samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018 LE FIGARO
20
L'ÉVÉNEMENT
9,2%
Le scénario d’un ralentissement
de la croissance se confirme
Taux de
chômage
au premier
trimestre 2018
2,6 %
Le gouvernement peinera à tenir son objectif d’un déficit de 2,3 % du PIB en 2018.
Nous
« verrons
dans le cadre
du projet
de loi de
finances 2019
s’il faut
réajuster
notre
prévision
»
BRUNO LE MAIRE,
MINISTRE
DES FINANCES,
DANS LE « FIGARO »,
LE 13 JUILLET
CONJONCTURE La victoire des
Bleus au Mondial n’aura été
qu’une parenthèse enchantée
pour Emmanuel Macron. L’état de
grâce du président s’est dissipé et
les difficultés du pays restent.
Après les décevants chiffres du
chômage en début de semaine,
c’était au tour ce vendredi de la
croissance d’envoyer des signaux
d’alerte. L’Insee a publié une première estimation plus faible que
prévu de la hausse du produit intérieur brut (PIB) français au
deuxième trimestre. L’institut estime qu’entre avril et juin la richesse française a progressé d’un
modeste 0,2 %, au même rythme
qu’au premier trimestre et après
une augmentation de 0,7 % lors
des trois derniers mois de 2017.
L’Insee, tout comme la Banque
de France, tablait pour ce deuxième trimestre sur un résultat légè-
rement meilleur, à 0,3 %. Le décalage s’explique par le plongeon de
la consommation, qui s’est repliée
de 0,1 % pendant ces trois mois.
Après ces deux trimestres médiocres, l’acquis de croissance à miannée (qui donne une idée de ce
que serait la hausse du PIB annuelle
si le rythme actuel était maintenu
au second semestre) est limité à
1,3 %.
Les économistes ne croient pas
pour autant à un renversement
brutal de la conjoncture, mais plutôt à une forme de stabilisation de
la croissance sur un palier un cran
plus bas qu’en 2017. « Nous assistons à un scénario de consolidation
de la croissance, mais pas de retournement, comme le démontrent
les bons chiffres de l’investissement
des entreprises et des exportations », avance ainsi Alain Durré,
économiste chez Goldman Sachs.
« Sur le volet consommation, nous
pensons que les ménages resteront
très prudents tant que le chômage
n’aura pas baissé de manière plus
structurelle », ajoute l’expert, qui
vise une progression annuelle du
PIB français de 1,9 %, après 2,3 %
en 2017.
Un sujet crucial
Cette prévision place Goldman
Sachs parmi les observateurs les
plus optimistes. Avant même de
connaître les chiffres du deuxième
trimestre, l’Insee tablait sur une
croissance autour de 1,7 % pour
l’ensemble de 2018, contre 1,8 %
pour la Banque de France, qui
attend un net redressement de
l’activité au deuxième semestre.
Le gouvernement de son côté n’a
pas revu ses dernières estimations
lors de la publication de son rapport sur l’évolution de l’économie
Le FMI appelle la France à poursuivre
la réduction de son déficit
Alors que le trou d’air de la
croissance se confirme, le Fonds
monétaire international (FMI)
félicite la France d’avoir su
profiter de la conjoncture
économique favorable pour
réformer rapidement le pays
et ainsi « réparer sa toiture
tant que le soleil brillait ». Les
ordonnances sur le marché du
travail, la transformation de l’ISF,
la réforme de la SNCF satisfont
l’organisme international qui fait
régulièrement l’éloge de la
politique d’Emmanuel Macron. Le
gouvernement se trouve ainsi
conforté dans ses orientations à
quelques jours du vote solennel
à l’Assemblée nationale de la loi
avenir professionnel qui prévoit
une refonte de l’apprentissage et
de la formation professionnelle.
Le FMI profite toutefois de ces
congratulations pour rappeler à
la France la nécessité de réduire
« résolument » sa dette
publique, qui a atteint 97,6 %
du PIB au premier trimestre.
L’organisme propose aussi
des pistes de réforme pour 2019,
comme la libéralisation des
professions réglementées telles
que les pharmaciens, un meilleur
ciblage des prestations sociales
ou encore la mise en place
d’incitations au travail dans
le cadre d’une réforme de
l’assurance-chômage. Les
partenaires sociaux entameront
justement de nouvelles
négociations sur l’assurancechômage à la rentrée. A. K.
+ 0,8
+ 0,7
+ 0,7
+ 0,6
nationale en juin. Il mise toujours
sur une croissance de 2 % en 2018
avant 1,9 % en 2019. «Nous verrons dans le cadre du projet de loi de
finances 2019 (budget, NDLR) s’il
faut réajuster notre prévision. La
croissance française est solide »,
affirmait encore Bruno Le Maire,
le ministre des Finances, dans les
colonnes du Figaro, le 13 juillet.
Le sujet est crucial pour l’exécutif. Le climat social et l’évolution
du chômage dépendent en grande
partie de la croissance de l’activité. Et tout ralentissement économique complique l’équation budgétaire. Le gouvernement s’est
engagé à réduire le déficit à 2,3 %
du PIB cette année, après 2,6 % en
2017. Si la croissance baisse en régime, le dénominateur de la fraction (le PIB) sera moins élevé que
prévu. Pour tenir son objectif de
ratio de déficit à 2,3 %, le gouvernement devra donc concentrer ses
efforts sur la baisse du numérateur
(le déficit). Or, seules deux voies
permettent de jouer sur le déficit :
l’augmentation des impôts ou
l’accélération des économies.
La première solution n’est pas
d’actualité. La trajectoire fiscale
du gouvernement pour le quinquennat a été tracée lors du budget
2018. En changer aurait des effets
dramatiques sur la confiance des
ménages et le climat des affaires.
Autre problème, après une année
2017 euphorique, les rentrées fiscales pourraient ralentir en 2018.
Reste la solution des économies.
Le gouvernement s’est montré
pour l’instant d’une prudence de
Sioux sur le sujet, communiquant
au compte-gouttes sur ces projets.
Il abattra ses cartes à la rentrée. Sa
marge de manœuvre est étroite.
S’il opte pour une baisse des
dépenses modestes, il devra assumer de laisser filer le déficit. S’il
assume des coupes nettes, il risque
d’assécher définitivement la
croissance. ■
A. G.
La croissance
française tourne
au ralenti
CROISSANCE DU PIB,
variation trimestrielle, en %
du PIB
Déficit public
en 2017
96,8%
du PIB
Dette publique
en 2017
Il est
urgent
de réformer
les dépenses
de l’État à tous
les niveaux
»
RAPPORT DU FMI DE JUILLET 2018
Principales
composantes du PIB
CONSOMMATION DES MÉNAGES,
variation trimestrielle, en %
0,4 0,4
0,2 0,2
T2
2018
0
T1 T2 T3 T4 T1
2017 2017 2017 2017 2018
- 0,1
INVESTISSEMENTS DES
MÉNAGES EN LOGEMENT,
variation trimestrielle, en %
1,9
1,4
1,0
0,7
0,2 T2
2018
T1 T2 T3 T4 T1
2017 2017 2017 2017 2018
Source : Insee
T1 2017
T2 2017
T3 2017
T4 2017
+ 0,2
+ 0,2
T1 2018
T2 2018
- 0,1
INVESTISSEMENTS
DES ENTREPRISES,
variation trimestrielle, en %
2,7
+ 1,1
1,8
1,2
Le mirage du rebond de la consommation
DÉCRYPTAGE
Anne de Guigné
adeguigne@lefigaro.fr
A
Bruno Le Maire,
ministre
des Finances.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
Comme saint Thomas, les ménages français ont besoin de voir
pour croire. Ils ne donnent pour
l’instant aucun crédit aux promesses d’Emmanuel Macron
d’améliorer leur pouvoir d’achat.
Après un début d’année marquée
par les polémiques autour de
l’augmentation, sans contrepartie, de la CSG pour les retraités
mais aussi par la concomitance du
relèvement de la fiscalité écologique et de la hausse des cours de
pétrole, les Français jouent la carte de la prudence.
Et ils ne le font pas à moitié. Au
premier semestre, les particuliers
ont mis nettement la pédale douce
sur leurs achats. Entre avril et
juin, les dépenses en énergie ont
baissé, ce qui s’explique par la
météo clémente. Les grèves à la
SNCF et à Air France ont également réduit les dépenses de
transports. Rien ne justifie en revanche le net ralentissement des
achats alimentaires. Si ce n’est la
crainte, qui est confirmée depuis
mai par les enquêtes sur le moral
des ménages, d’une détérioration
de leur situation financière.
Retour de l’inflation
Sur le papier, pourtant, le gouvernement a engagé de vraies mesures pour améliorer le pouvoir
d’achat et, par ricochet, soutenir
la croissance : baisse, en deux
temps, des cotisations salariales,
combinées à une réduction d’un
tiers de la taxe d’habitation pour
80 % des ménages. Mais ces efforts se sont perdus dans les sables
mouvants d’un calendrier trop
complexe.
Première erreur : pour ne pas
déstabiliser les finances publiques, l’exécutif a choisi de décaler
à l’automne la majorité des mesures pro-ménages, tandis que celles favorisant l’investissement suppression de l’ISF, instauration
d’un prélèvement forfaitaire unique sur l’épargne - entraient en
vigueur dès le 1er janvier. Un arbi-
trage difficile à comprendre pour
les ménages, alors que le gouvernement communiquait largement
au même moment sur la formidable reprise économique du pays.
À l’automne donc, la deuxième
vague de mesures (deuxième
baisse des cotisations et taxe
d’habitation) entrera bien en vigueur. Sera-t-elle assez forte pour
provoquer l’effet psychologique
escompté de retour de la
confiance et relance de la
consommation ? Difficile de se
montrer très optimiste. Un intrus,
l’inflation, s’est en effet entretemps invité dans l’équation via
les hausses des prix de l’énergie.
Elle atteindrait en France un pic
cet été, à 2,3 %
Résultat, au final, l’Insee table
pour 2018 sur une augmentation
du pouvoir d’achat de seulement
1 %, moins que les 1,4 % de 2017.
Dans ces conditions, la consommation des ménages resterait atone sur l’année. Elle n’augmenterait que de 1 %. Beaucoup moins
que les dernières prévisions du
gouvernement, qui compte sur un
rebond de 1,6 %. ■
0,3
0,1
T1 T2 T3 T4 T1 T2
2017 2017 2017 2017 2018 2018
CONTRIBUTION DU COMMERCE
EXTÉRIEUR AU PIB, en points
1,0
0,7
T1
2017
T3
2017
T4 T1
2017 2018
T2
2017
-0,4
-0,6
T2
2018
0
- 0,3
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018
ÉCONOMIE
21
La conjoncture américaine sourit à Donald Trump
Les États-Unis enregistrent leur plus forte croissance trimestrielle depuis 2014, dopée par les baisses d’impôt.
Croissance du PIB
américain
au deuxième trimestre,
en rythme annuel
CORRESPONDANT À WASHINGTON
AMÉRIQUE L’économie américaine
se porte aussi bien que prévu. Selon
la première estimation du département du Commerce, la croissance
au deuxième trimestre atteint
4, 1 % en rythme annuel. On n’a pas
vu de résultat aussi favorable aux
États-Unis depuis 2014.
Donald Trump qualifie ces chiffres de « fascinants » et de « tout à
fait tenables ». Il y voit la preuve
que sa politique de déréglementation et de baisses d’impôts porte ses
fruits. D’autant que l’estimation de
l’expansion de janvier à mars est
révisée à la hausse de 2 à 2, 2 % en
rythme annuel. « Depuis notre arrivée nous constatons la création de
400 000 emplois dans le secteur manufacturier… Des milliards de dollars
reviennent vers les États-Unis… Des
usines rouvrent… Les demandes
d’indemnisation chômage sont au
plus bas depuis près de cinquante
ans… Le monde entier nous envie »,
proclame le président, convaincu
que la presse américaine refuse
d’admettre le succès de sa politique.
Voilà déjà plus d’un an qu’il tourne en dérision les experts qui affirment qu’il ne sera pas possible de
dépasser durablement 3 % de
croissance. Leurs arguments sont
toujours que l’Amérique approche
de la fin d’un très long cycle d’expansion engagé depuis l’été 2009,
que la croissance démographique
est désormais modeste et surtout
que les hausses de productivité ne
sont pas suffisantes pour renouer
avec des taux de croissance dignes
des années Reagan.
Au cours du premier semestre,
l’expansion atteint néanmoins
3,1 %. Si la montée des barrières
douanières, les relèvements de taux
directeurs par la Réserve fédérale et
la hausse des prix des matières premières ne font pas dérailler la
conjoncture, le pari de Donald
Trump peut être gagné, au moins en
2018.
En fait, il n’a besoin que de cinq
mois de conjoncture aussi porteuse.
C’est l’horizon économique très
court qui suffit à ce président politi-
quement incorrect pour aborder
avec sérénité les élections législatives de novembre prochain. Avec un
chômage au plus bas depuis la fin du
siècle dernier, des créations d’emplois encore très dynamiques, en
moyenne de 215 000 postes par
mois depuis janvier, et une inflation
de l’ordre de 2 %, il pense présenter
à l’opinion un premier bilan positif.
Soutien de l’export
Surtout s’il arrive à passer sous silence que, contrairement à l’orthodoxie fiscale prônée jadis par le Parti républicain, le déficit budgétaire
en forte hausse est en partie responsable de l’accélération actuelle
de la croissance.
Signe du bon moral des Améri-
cains, la consommation qui représente plus des deux tiers du produit
intérieur brut (PIB) aux États-Unis
bondit au rythme de 4 % au deuxième trimestre, après un petit 0,5 %
de janvier à mars.
Paradoxalement, les fortes tensions commerciales entre Washington et ses partenaires ont stimulé la
croissance au cours du printemps.
Dans l’anticipation de droits de
douane chinois sur les denrées agricoles, les producteurs américains
de soja ont par exemple tout fait
pour avancer leurs livraisons avant
le mois de juillet, date d’entrée en
vigueur des mesures de rétorsion
décidées par Pékin. Près d’un quart
de la croissance a été généré par le
commerce extérieur. ■
RIEGER BERTRAND / EMIS.FR
Ducasse-Marx :
guerre des étoiles
dans les cuisines
de la tour Eiffel
Elior a perdu un appel d’offres clé face à Sodexo.
Il conteste en justice le choix de la Ville de Paris.
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
STÉPHANE DE BOURGIESJEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Frédéric Anton,
chef triplement étoilé
du Pré Catelan,
sera aux commandes
du Jules Verne.
Thierry Marx, chef
doublement étoilé,
aujourd’hui au Mandarin
Oriental Paris,
s’occupera de
la brasserie et
de la vente à emporter.
Alain Ducasse,
star des fourneaux,
triplement étoilé, était
aux cuisines du Jules
Verne depuis dix ans.
RESTAURATION Évincé de la tour
Eiffel, Alain Ducasse est mauvais
perdant. Depuis dix ans, le chef triplement étoilé, associé au groupe
Sodexo, était aux commandes des
cuisines du Jules Verne. Il y a quelques semaines, la Société d’exploitation de la tour Eiffel (SETE) a réattribué le marché de ses restaurants
à Sodexo pour dix nouvelles années. Mais, cette fois, le groupe
fondé par Pierre Bellon était allié
aux chefs Frédéric Anton et Thierry
Marx. Ducasse, de son côté, faisait
équipe avec Elior : ce rival de Sodexo gérait le Jules Verne jusqu’à il
y a dix ans.
L’équipe perdante a déposé jeudi
soir un référé précontractuel devant le tribunal administratif de
Paris contre la décision de la SETE.
Elle espère obtenir un nouvel appel
d’offres. Ses arguments ? Un possible conflit d’intérêts et « un problème d’impartialité » concernant
Nova Consulting, le cabinet en
charge de l’appel d’offres, qui a
conseillé Sodexo en termes de stratégie en juin 2016.
« Nous comprenons la déception
des perdants. Mais nous sommes très
confiants. La procédure a été menée
de façon exemplaire. Nova a travaillé, bien avant de débuter sa collaboration avec la SETE, avec Sodexo comme avec Elior », confie
Anne Yannic, directrice générale
de la SETE. Pour l’exploitant de la
tour, la remise en jeu de la concession de la restauration s’inscrit
dans un projet global d’amélioration de l’accueil et des services.
« Nous ne faisons pas un appel
d’offres pour choisir un chef. Nous
sélectionnons un partenaire pour
l’ensemble des prestations de restauration. On ne peut réduire le débat au seul Jules Verne. Nous ne
sommes pas le Guide Michelin », insiste la patronne. L’enjeu est de
taille : la concession de la restauration de la tour Eiffel est d’une durée
de dix ans. L’an dernier, 1,3 million
de repas ont été consommés, du
menu gastronomique au sandwich.
Au total, c’est un chiffre d’affaires
de 43 millions d’euros, dont
18 millions pour le seul Jules Verne.
En plus de l’adresse la plus prestigieuse au monde, le premier étage a
sa brasserie. Le parvis et chaque
étage ont leurs stands de vente à
emporter.
Dans cette bataille, il n’était que
deux candidats. Deux ennemis historiques, en guerre même depuis
qu’Elior a racheté 10 % du capital
d’Alain Ducasse Entreprise en octobre 2015, à l’occasion d’une augmentation de capital. Cette alliance
a été considérée comme un coup de
poignard à Sodexo, alors associé au
chef triplement étoilé. L’opération
permettait à Alain Ducasse de régler un problème capitalistique et
de gouvernance pour sa société.
Pour Elior, c’était une opportunité
en or pour revenir eu Jules Verne.
« C’est une façon élégante de mettre
toutes les chances de notre côté pour
la tour Eiffel, déclarait, lors du rapprochement avec Ducasse, Philippe
Salle, PDG d’Elior. Nous irons présenter ensemble notre candidature.
Mais rien n’est gagné. »
L’alliance avec Ducasse, jugée
par certains comme une double
trahison (à l’égard de Sodexo et de
la SETE), n’a pas porté ses fruits. De
quoi rouvrir la blessure d’orgueil
d’Elior et de ses fondateurs, Robert
Zolade en tête.
Le chiffre d’affaires de la table du prestigieux Jules Verne était de 18 millions d’euros l’an dernier.
Elior et Alain Ducasse (associés à
40 % et 60 %).
Chaque équipe a remis un dossier d’un millier de pages pour séduire le jury. Des heures d’auditions ont été réalisées. Denis
Machuel, le directeur général de
Sodexo, a même passé un grand
oral. « Nous avons suivi une grille de
quatre critères : architectural, commercial, financier et socio-environnemental, précise Anne Yannic.
Dans dix ans, la SETE attend
1,9 million de clients en restauration et un chiffre d’affaires en
hausse de 35 % par rapport à 2017.
RÉSULTATS SEMESTRIELS 2018
« Alain Ducasse
a fait ses choix »
« Alain Ducasse a fait ses choix il y a
deux ans en s’associant à un concurrent direct, assène Nathalie BellonSzabo, directrice générale de Sodexo Sports et Loisrs. Nous avons
été capables de nous réinventer et de
faire le choix audacieux de travailler
avec deux chefs. Notre parti pris est
de miser sur la diversité de nos talents. Nous allons tout changer et
faire de la tour Eiffel la vitrine de
l’artisanat parisien. »
Frédéric Anton, le chef triplement étoilé du Pré Catelan, sera
aux commandes du Jules Verne.
Thierry Marx, chef doublement
étoilé, aujourd’hui au Mandarin
Oriental Paris, dirigera la brasserie
et la vente à emporter. Inédit, ce
duo de chef a plu. Il augure une plus
grande présence des chefs à la tour
Eiffel. Il promet aussi des encas plus
qualitatifs, grâce à Thierry Marx.
L’appel d’offres a été lancé en
novembre 2017. Les deux candidats
se sont investis pendant des mois
pour l’emporter. Nom de code :
Umanis, pour Sodexo, en partenariat avec les sociétés de Frédéric
Anton et Thierry Marx, plus la
start-up Ubudu. Excelsis, pour
Sodexo s’est engagé à atteindre cet
objectif et va investir 25 millions
d’euros dans les restaurants. Ni
Elior ni Ducasse Entreprise n’ont
souhaité faire de commentaire. Le
Jules Verne rouvrira en mars ou
avril 2019, après des travaux qui
commenceront en septembre. ■
Gestion automatisée d’une chaîne de production automobile - ©Tulipes & cie
Croissance de l’activité et forte hausse
des résultats du Groupe
Chiffre d’affaires :
19,8 milliards € ( + 6,7 % )
Résultat opérationnel courant :
2,1 milliards € ( + 16,2 % )
Résultat net part du Groupe :
1,3 milliard € ( + 26,2 % )
Carnet de commandes
en fin de période :
32,7 milliards € ( + 7 % )
Acompte sur dividende :
0,75 € par action ( + 8,7 % )
Agenda
Contacts Actionnaires
23 octobre 2018 : 3e trimestre 2018
6 février 2019 : Résultats annuels
de l’exercice 2018
Le communiqué de presse
et la présentation sont disponibles
sur www.vinci.com
« Le premier semestre 2018 a été marqué par une solide croissance de l’activité et une
forte hausse des résultats du Groupe.
Chez VINCI Autoroutes, le rythme de croissance du trafic s’est maintenu à un bon niveau
dans la continuité des tendances de l’année précédente, tiré notamment par le trafic poids
lourds. VINCI Airports continue de b énéficier d’une forte dynamique des trafics passagers
sur la plupart de ses plateformes. Après l’intégration, en janvier, de l’aéroport de Salvador
de Bahia (Brésil), et en avril de celui de Kobe (Japon), de nouveaux développements ont été
réalisés : en Serbie, où VINCI Airports a signé le contrat de concession de l’aéroport de
Belgrade, et avec l’acquisition en cours de finalisation du portefeuille de huit aéroports de
Airports Worldwide. Dans le contracting, la croissance organique est restée soutenue en
France, confirmant la reprise engagée en 2017. Le développement à l’international s’est
poursuivi avec l’intégration des acquisitions réalisées par VINCI Energies, notamment en
Europe et aux États-Unis, celle de Seymour Whyte en Australie par VINCI Construction et
les acquisitions récentes d’Eurovia en France et au Canada.
Fort de ces bons résultats et de la solidité de son modèle de développement, VINCI aborde
la deuxième partie de l ’année avec sérénité et confirme la perspective d’une hausse de son
chiffre d’affaires et de ses résultats pour 2018. »
Xavier Huillard,
Président-directeur général
@
Club des actionnaires
VINCI, 1, cours Ferdinand-de-Lesseps, Prochains rendez-vous 2018 :
11 septembre : visite fluviale à Paris
92851 Rueil-Malmaison Cedex
22 septembre : visite en bateau à Marseille
0 800 015 025
2 octobre : visite de Paris La Défense Arena
www.vinci.com
9 octobre : réunion d’actionnaires à Lyon
Acteur mondial des métiers des concessions et de la construction
A
4,1%
PIERRE-YVES DUGUA £@Pdugua
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
SNCF : baisse des coûts, accords sociaux… le
La réforme ferroviaire bouclée, le transporteur entame dix-huit mois de négociations marathon pour se préparer à
DELPHINE DENUIT £@ddenuit
TRANSPORTS Guillaume Pepy
peut se frotter les mains. En huit
mois, la SNCF, qu’il dirige depuis
dix ans, n’a jamais autant évolué
et aussi vite. Le mastodonte réputé irréformable a vécu sa plus
grande mutation, sans doute
l’une des plus cruciales de son
histoire, avec l’adoption, mijuin, de la réforme ferroviaire.
Maniant le bâton et la carotte,
l’exécutif a mené tambour battant la promesse de campagne du
candidat Macron.
Un engagement que même une
grève intersyndicale intermittente de 37 jours, une première
en France, n’a pu retarder. Celleci a pourtant coûté cher à la
SNCF, elle a plombé son résultat
d’exploitation de 790 millions
d’euros (ramené à 964 millions
d’euros) entre janvier et juin. Son
résultat net bascule même dans le
rouge de 762 millions d’euros.
Exit le statut des cheminots et
l’établissement public, transformé en société anonyme… Est-ce à
dire que le plus dur est fait, que la
SNCF est en ordre de marche
pour affronter l’ouverture du
marché à la concurrence européenne en 2020 ? Sûrement pas.
La nouvelle société anonyme, qui
doit voir le jour au 1er janvier
2020, est loin d’être prête. La réforme ferroviaire n’a fait
qu’ouvrir la voie à de nouveaux
chantiers sociaux et structurels. Il
revient désormais au président
du directoire de la SNCF, Guillaume Pepy, de les mener à bien.
Le premier d’entre eux concerne la convention collective de
branche. À partir du 1er janvier
2020, le marché ferroviaire
s’ouvrira progressivement à la
concurrence européenne et il faut
permettre aux nouveaux entrants
de disposer d’un socle social
commun minimal.
Négociations de branche
sociales sous tension
C’est le rôle de cette convention
collective de branche, dont les
négociations avaient été entamées avant la réforme. Suspen-
dues le temps de son adoption, les
discussions ont repris ce mois-ci
sous l’égide de l’Union des transports publics (UTP, branche patronale). Elles s’annoncent plutôt
tendues alors que l’essentiel reste
à négocier. Sur la table, deux gros
dossiers sont en débat : la classification et la rémunération des
salariés. Et les freins ne manquent pas. Impuissants à bloquer
la réforme, la CGT-cheminots et
SUD-rail n’ont évidemment
aucun intérêt à être conciliants
sur ces deux sujets clés pour les
salariés. D’autant que les prochaines élections professionnelles, prévues d’ici à fin novembre,
seront déterminantes pour ces
deux syndicats, qui n’ont pas
réussi à bloquer la réforme. Mais
surtout, note un proche des discussions, « le plus problématique
est que la SNCF a, elle aussi, tout
intérêt à mettre la barre haut, à
faire en sorte que l’accord de
branche soit le plus favorable possible aux cheminots ». Et pour une
raison simple : « Il faut que la future convention collective de branche se rapproche le plus possible de
son accord d’entreprise pour ne
pas pâtir d’un trop grand décalage
lors de l’ouverture du marché à la
concurrence en 2020 », souligne
l’expert.
Pepy : « Sans la réforme
ferroviaire, l’avenir de
la SNCF était compromis »
PROPOS RECUEILLIS PAR
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
ET D. D.
Le président du directoire de la
SNCF, Guillaume Pepy, livre au
Figaro sa vision des chantiers à
venir.
LE FIGARO. – 890 millions
d’euros d’activités perdus à cause
des grèves, 790 millions d’impact
sur le résultat d’exploitation…
La réforme ferroviaire
a été promulguée, mais le jeu
en valait-il la chandelle ?
Guillaume PEPY. – La grève a été
très pénalisante pour les clients, et
a coûté très cher à l’entreprise.
C’est l’équivalent de notre résultat
2017. Pour autant, la réforme ferroviaire, en créant une nouvelle
Guillaume Pepy,
président du directoire
de la SNCF.
d’euros à fin juin, en baisse de
3,3 % par rapport au premier semestre 2017. Cela notamment
grâce aux 330 M€ de gains de productivité supplémentaires qui ont
été réalisés depuis le début de
l’année 2018. Pour le reste, nous
allons mettre les bouchées doubles dans les mois qui viennent
pour récupérer la totale confiance
des clients.
Aurait-il mieux valu gérer
différemment la tension
de ces derniers mois ?
La réforme ferroviaire, c’est cinq
réformes en une : l’ouverture à la
concurrence, la transformation de
la SNCF, qui ne sera plus un établissement public mais en 2020
une société 100 % publique, le désendettement de SNCF Réseau à
hauteur de 35 milliards d’euros, la
modification
des
règles
L’heure est à la négociation,
d’embauche,
plus au combat politique. Nous
une montée
en puissance
devons travailler tous ensemble
des investispour un meilleur service ferroviaire
sements dans
GUILLAUME PEPY, PRÉSIDENT DU DIRECTOIRE DE LA SNCF
le
réseau…
Bref, des déSNCF à compter du 1er janvier
cisions qui avaient été sans cesse
reportées par le passé. Ces cinq
2020, permet à l’entreprise d’être
décisions constituent une transarmée demain pour faire face à la
formation majeure qui génère loconcurrence. Sans cela, c’est son
giquement des questions et des
avenir même qui était condamné.
tensions. Mais sans cette réforme,
Et le train a le vent en poupe.
c’est l’avenir même de la SNCF qui
Avant la grève, les premiers mois
était compromis.
de l’année ont été excellents, avec
une hausse de la fréquentation de
Quels sont vos prochains
7 %. Dès ce mois de juillet, la
chantiers ?
croissance est repartie. L’élan
Nous travaillons actuellement sur
n’est pas cassé, la grève n’a été
notre projet stratégique, qui doit
qu’une parenthèse.
fixer une nouvelle ambition ferroviaire : plus de trafic, plus de réLes grèves à répétition n’ont pas
gularité, plus de satisfaction
entraîné de chaos dans le pays,
clients… C’est un projet que nous
comme si les Français avaient
allons coconstruire et porter avec
appris à se passer de train…
l’ensemble des salariés. Avec des
C’est une idée fausse ! Demandez
engagements chiffrés.
aux 4 millions de Français qui
empruntent chaque jour le RER
ou le train pour se rendre au traCraignez-vous que la négociation
vail. La vérité, c’est que les
de la nouvelle convention
clients ont beaucoup souffert de
collective n’entraîne de nouvelles
la grève. Voilà pourquoi nous
grèves ?
avons voulu être à leur côté penDès début septembre, l’heure sera
dant cette période à travers le
à la négociation. Tout le monde a
renforcement de l’information
intérêt à ce qu’elle soit un succès :
voyageurs, la mise à disposition
les syndicats, car la convention
gratuite de solutions de covoitucollective est la garantie d’une
rage, des transports de substituprotection pour tous ; les entreprition, une indemnisation sans
ses ferroviaires, car le secteur doit
précédent des abonnés et des
être attractif et faire venir les
voyageurs occasionnels… Au
meilleurs candidats. Les chemitotal, ce sont 160 millions
nots attendent que ces négociad’euros de mesures clients que
tions fixent les règles du jeu, de
j’ai engagées.
manière concrète. Le temps n’est
plus au combat politique. Je note
d’ailleurs que la dernière grève,
Après la perte de ce premier
hier, a été suivie par moins de 3 %
semestre, la SNCF sera-t-elle
des cheminots. Nous devons
dans le rouge en 2018 ?
maintenant travailler tous ensemOn fait tout pour l’éviter. Malgré
ble pour un meilleur service ferroles 37 jours de grève, le chiffre
viaire.
d’affaires s’élève à 16,1 milliards
«
A
BERTRAND RIOTORD/LE FIGARO
»
incendie,
« laCetSNCF
n’y
est pour rien.
RTE doit
au plus vite
trouver une
solution pour
réalimenter
les
installations.
Nos clients
seront
indemnisés à
100 % et nous
demanderons
une
indemnisation
à RTE
»
GUILLAUME PEPY
Pouvez-vous garantir que la dette
de SNCF Réseau (35 milliards
d’euros), dont le groupe sera
libéré par la réforme,
ne sera jamais reconstituée ?
Nous nous engageons à ce qu’à
partir de 2024 la SNCF ne s’endette plus. Il n’y aura pas un euro de
dette en plus. Nous avons un programme de compétitivité pour réduire les surcoûts de production
des deux tiers et porter notre productivité annuelle à près de 3 %.
Ces nouvelles mesures seront engagées à l’automne : renforcement de l’efficacité industrielle,
digitalisation, nouveau pacte social. Nous donnerons également
plus de marge de manœuvre aux
managers de terrain.
Craignez-vous la concurrence ?
La concurrence, il faut toujours la
craindre. Ne jamais mettre la tête
dans le sable. Notre priorité, c’est
d’écouter les 4,5 millions de
Français qui prennent le train
chaque jour. Ils nous disent qu’ils
continueront de choisir la SNCF à
deux conditions. La première,
c’est que nous soyons moins
chers : il faut donc réduire nos
coûts pour baisser nos prix, comme nous le faisons déjà pour les
OuiGo, OuiBus et OuiCar. La seconde, c’est que nous offrions un
service plus fiable : il faut qu’ils
aient confiance à 100 % dans les
horaires et que leur expérience du
voyage en train soit réussie. Ce
sont nos priorités.
Concernant les mesures sociales,
faut-il craindre des suppressions
de postes ?
Aucun plan social n’est prévu. Il y
aura des départs volontaires, mais
ils seront individuels, et pas dans
des plans collectifs. La pyramide
des âges est favorable, avec de
forts départs à la retraite attendus
dans les prochaines années.
N’est-il pas paradoxal d’investir
3 milliards d’euros dans le TGV
du futur après avoir critiqué
pendant des mois la stratégie
du TGV imposée par l’État
depuis des décennies ?
Il ne faut pas confondre les lignes
à grande vitesse et les trains TGV.
Les lignes, on les a, il faut les utiliser au maximum et ne pas enga-
ger aujourd’hui la construction de
lignes supplémentaires. Mais investir dans de nouveaux TGV
pour nos clients, au moment où la
concurrence arrive, est une bonne nouvelle. Beaucoup de nos
trains ont 30 ou 35 ans, et cela se
voit. 150 rames âgées vont être
remplacées par 100 rames neuves
dernier cri, plus fiables, avec plus
de sièges, et plus faciles à entretenir. Cela réduit les investissements en capital, et permet de la
productivité industrielle. Ce
choix n’est pas imposé par l’État :
c’est celui de notre conseil d’administration, et c’est un choix de
marché. Ces rames sont à 100 %
financées par la SNCF. Elles complètent les gigantesques achats de
trains neufs, des TER par les régions (7 milliards d’euros) et des
Transilien en Île-de-France
(10 milliards). La réforme ferroviaire a rendu possible notre
commande de TGV : l’État a en
effet stabilisé les péages. Avec ces
trains d’une capacité équivalente
à deux A 380, le TGV ne sera pas
un transport de luxe ou réservé
aux voyages d’affaires. Il sera
destiné à tous les clients, avec des
billets à partir de 8 euros pour les
enfants. Le TGV est populaire et il
va le rester. OuiGo est arrivé gare
de l’Est en juillet et il desservira la
gare de Lyon en décembre.
La SNCF propose aussi des
voyages en car et du covoiturage.
Comment imaginez-vous
le groupe en 2030 ?
Le train restera la colonne vertébrale de la mobilité en France : il
est imbattable dans les métropoles et sur les longues distances.
Notre ambition est de brancher le
train sur toutes les mobilités partagées : autopartage, covoiturage
et nouvelles mobilités individuelles (vélo, scooter électrique et
trottinette en free-floating). La
gare doit être le carrefour de tous
ces services, et la nouvelle application mobile SNCF deviendra, à
partir de la fin de l’année, un assistant personnel de mobilité.
L’objectif est que les transports
collectifs deviennent aussi faciles
à vivre que la conduite d’une voiture.
Votre mandat se termine en 2020.
Quels sont vos défis personnels
d’ici là ?
L’équipe que je dirige a deux défis : gagner en compétitivité pour
se préparer à la concurrence et
préparer la nouvelle SNCF du
1er janvier 2020. Avec aussi un
challenge particulier : se préparer
aux JO de 2024, par exemple en
réussissant le plus grand chantier
de rénovation jamais engagé, la
gare du Nord. C’est une course
contre la montre qui s’engage. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018
ENTREPRISES 23
plus dur arrive
l’ouverture du marché à la concurrence.
de la SNCF pour les préparer à
l’arrivée de concurrents.
Rien n’est gagné pour Guillaume Pepy. D’autant que tous ces
chantiers nécessitent l’assentiment des salariés. « Cela ne va
pas être simple d’embarquer le
personnel derrière lui », souligne
un syndicaliste réformateur. Sa
marge de manœuvre est très réduite. « Depuis la loi El Khomri,
rappelle un proche du transporteur, tout accord doit être voté à la
majorité, or on voit mal la CGTcheminots (34,3 % des voix aux
dernières élections) et SUD-rail
(16,8 %) accepter un tel texte. »
« Il est clair que le plus dur reste
à venir », résume Gilles Dansart.
Et le temps est compté pour le
patron de la SNCF qui n’entend
pas solliciter de troisième mandat
en 2020. Cela lui laisse à peine
dix-huit mois. ■
« Ces résultats […] nous rendent confiants pour l’atteinte de nos objectifs », s’est félicité, vendredi, Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan
(ici, au Mondial de l’Automobile, à Paris, en 2016) . MAX ROSEREAU/PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP
Renault affiche de solides résultats
Grâce à la dynamique de ses ventes, il a dégagé une marge record.
RENAULT
CHIFFRES CLÉS
PREMIER SEMESTRE 2018
29,96
Une panne géante paralyse
la gare Montparnasse
en plein chassé-croisé
ALICE BROGAT £@AliceBrogat
Dans le hall de la gare Montparnasse, c’est la cohue. Les usagers,
désemparés, jettent des regards
inquiets vers les tableaux d’affichage. « Je suis venue en avance
pour avoir des renseignements plus
précis, car les informations sont
très vagues sur Internet », regrette
Rose-Marie. Malgré un SMS lui
conseillant de ne pas voyager
aujourd’hui, cette retraitée n’est
pas prête à renoncer à son déplacement. Pourtant, sur place, l’information ne circule pas forcément mieux. « Nous ne pouvons
pas vous répondre, il faut aller voir
à l’accueil », répètent les agents de
la SNCF chargés d’orienter les
voyageurs.
C’est comme une malédiction
pour les usagers de la gare Montparnasse. Un an après l’importante panne de signalisation qui avait
paralysé le trafic de l’une des
principales gares de la capitale, les
voyageurs se sont encore retrouvés bloqués à quai vendredi, en
plein week-end de départ en vacances. En cause, l’incendie d’un
transformateur électrique de RTE,
vers 11 h 30 à Issy-les-Moulineaux
(92), qui a coupé l’alimentation
des stations électriques de la SNCF
et a aussi privé d’électricité
16 000 habitants de Châtillon,
Clamart, Vanves et Malakoff, dans
les Hauts-de-Seine.
Correspondances ratées
1,95
milliard d’euros
de bénéfice net, en recul
de 18,6 % sur un an
loin, Clémentine, 21 ans, patiente
depuis quatre heures, adossée à
son sac à dos. La suppression de
son train pour Quimper lui a fait
rater ses trois correspondances
pour Concarneau. « J’ai dû racheter un billet pour Rennes, où je vais
devoir passer la nuit. Je ne suis
même plus gênée, ce genre de galère m’arrive tout le temps. Maintenant, je prends des livres et du chocolat », soupire l’étudiante.
Pour les parents d’enfants en
bas âge, la situation peut s’avérer
plus délicate. Des bouteilles d’eau
sont distribuées gratuitement, les
températures atteignant les 35 °C.
La chaleur ne décourage pourtant
pas Estelle, qui évente son bébé de
sept mois. Si le prochain train pour
Les Sables-d’Olonne ne part pas,
cette jeune maman se dit prête à
prendre le volant toute la nuit.
« C’est un incendie, ce n’est la faute
de personne. Mais je ne peux pas
louper l’anniversaire de mon fils demain ! », explique-t-elle. « Avec
les enfants, c’est compliqué »,
concède Justine, monitrice, entourée par 120 enfants de retour de
colonie de vacances. « Tant pis, on
va essayer de tous les faire monter
dans le train », dit-elle en conservant sa bonne humeur.
Les voyageurs dont le train a été
annulé seront remboursés, a prévenu Guillaume Pepy, président
du directoire de la SNCF. « Cet incendie est une catastrophe un jour
de chassé-croisé, explique-t-il au
Figaro. La SNCF n’y est pour rien,
s’agissant d’un poste de la société
RTE. Pour autant, nous faisons tout
ce qui est possible pour nos 30 000
clients : transfert à Austerlitz des
trains au départ de Montparnasse
vers le Sud-Ouest, mobilisation des
gilets rouges, assistance renforcée,
accompagnement des plus fragiles… Nous avons besoin que RTE
trouve une solution au plus vite pour
réalimenter les installations. Sans
attendre, j’ai décidé que nos clients
seront indemnisés à 100 % pour une
attente de plus de 3 heures. Nous
demanderons une indemnisation à
RTE. » Samedi, la SNCF pense
pouvoir faire circuler 60 à 70 %
des trains au départ de la gare. ■
1,91
milliard d’euros
de résultat opérationnel
6,4 %
milliard d’euros de marge
opérationnelle. Un niveau
historiquement élevé
Les voyageurs ont été contraints d’attendre à la gare Montparnasse,
vendredi à Paris, alors qu’une partie des trains étaient détournés ou annulés.
AUTOMOBILE Le secteur automobile français se porte bien. Quelques
jours après la publication de résultats records par PSA, son grand rival Renault s’est également illustré
vendredi. Le constructeur, avec ses
cinq marques (Renault, Dacia,
Lada, Samsung Motors et Alpine), a
enregistré des résultats de très bon
calibre au premier semestre, après
une année 2017 déjà exceptionnelle.
De fait, son chiffre d’affaires a atteint un niveau historiquement élevé (29,9 milliards d’euros), tout
comme son résultat opérationnel
(1,91 milliard d’euros). Ce qui lui a
permis de dégager une marge opérationnelle record de 6,4 %
(+ 0,2 point).
L’augmentation du volume de
ventes (2,1 millions de véhicules
écoulés au premier semestre, un record), les augmentations de prix,
mais aussi la poursuite des réductions de coûts, lui ont permis de
compenser de nombreux vents
contraires. De fait, le constructeur,
qui réalise près de la moitié de ses
ventes hors des frontières du Vieux
Continent (48 %), a dû composer
avec la chute de plusieurs devises de
pays émergents où il est très présent
(peso argentin, réal brésilien, rouble…). Et comme ses concurrents, il
a été impacté par la hausse du coût
des matières premières, dont l’acier.
Seul bémol, le résultat net de
Renault (- 18,6 % à 1,95 milliard
d’euros) a, fait inhabituel, été pénalisé par la baisse des résultats du
constructeur japonais Nissan, dont
il détient 43,4 %. « Les modèles de
Nissan sont en fin de cycle, justifie
Yann Azuelos, gestionnaire de
fonds chez Mirabaud & Cie. Sa baisse de régime est donc passagère. »
Devancé en Bourse par PSA
« Ces résultats […] nous rendent
confiants pour l’atteinte de nos objectifs », s’est félicité vendredi Carlos Ghosn, le PDG du groupe. Ce qui
tranche avec certains de ses
concurrents dont Ford et General
Motors, qui, ces derniers jours, ont
abaissé leurs prévisions, notamment en raison du coût des matières premières. Malgré l’environnement incertain, l’industriel prévoit
toujours une activité record sur
l’ensemble de l’année, avec une
marge opérationnelle supérieure à
6 %. De nombreux clignotants sont
Danone s’active au Maroc
Il y tente le prix coûtant pour surmonter un boycott.
DANONE EN FORME
RÉSULTATS EN EUROS
12,49
milliards de chiffre
d’affaires au premier
semestre
1,2
milliards de bénéfice net
au premier semestre
- 40 %
de chute des ventes
au Maroc au deuxième
trimestre
GERARD JULIEN/AFP
« La gare Montparnasse ne peut
plus fonctionner », a averti dans
l’après-midi Patrick Jeantet, PDG
de SNCF Réseau, recommandant à
ceux qui le pouvaient de reporter
leur voyage. Une annonce répétée
en boucle par les haut-parleurs
assourdissant de la gare.
Dans l’après-midi, les trains
pour le Sud-Ouest ont été reprogrammés au départ de la gare
d’Austerlitz. « Pourquoi ne nous
a-t-on pas prévenus ? » pestent
deux hommes en se précipitant
vers le métro, valises sous le bras.
Ils n’ont qu’une demi-heure pour
attraper leur train. Un peu plus
milliards d’euros
de chiffre d’affaires,
en hausse de 1,4 %
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
ANNE-SOPHIE CATHALA £@Ascathala
AGROALIMENTAIRE En dépit de
vents contraires, dont un boycott au
Maroc, Danone garde le cap d’une
croissance à deux chiffres du bénéfice net par action pour 2018. Il prévoit une amélioration de sa rentabilité, fort de résultats en nette
progression au premier semestre : le
chiffre d’affaires gagne 2,4 %, à
12,49 milliards d’euros, tiré par la
nutrition spécialisée et les eaux. Le
bénéfice net bondit de 23,5 %, à
1,2 milliard d’euros. Le résultat opérationnel courant s’envole de 7,9 %,
à 1,78 milliard d’euros. Des performances portées par la nutrition infantile en Chine, les eaux, et des
synergies dans l’intégration de
Whitewave, marque américaine bio.
La marge progresse, à 14,27 %, musclée par « Protein », plan d’économies d’un milliard d’ici à 2020. De
75 millions d’euros déjà, elles seront
de 200 en 2018.
Les ventes se sont améliorées en
particulier en Amérique du Nord. Et
une plus-value de cession, de
1,3 milliard d’euros, de la participation de Danone dans le japonais
Yakult a permis de compenser des
pertes au Maroc. « On n’a pas d’impact dans le résultat net, car on a une
charge du Maroc, mais en face, on a
une plus-value de Yakult qui est extrêmement importante et donc les
deux se compensent », résume Cécile
Cabanis, directrice générale finances de Danone.
Cela a permis de surmonter financièrement les conséquences d’un
boycott survenu au Maroc, mais qui
est loin d’être terminé. Il a commencé avec un appel anonyme lancé le
20 avril sur les réseaux sociaux, Facebook en tête. Au slogan « Ne fais
pas mal à ma poche ! », il dénonce
des prix trop élevés de la filiale locale, Centrale Danone, et d’autres
groupes, sur fond de pression sur le
pouvoir d’achat.
Lait frais à prix coûtant
Les ventes de Danone, qui emploie
plus de 6 000 salariés au Maroc et
détient plus de la moitié du marché,
ont chuté de 40 % au deuxième trimestre. Magasins et restaurants réduisant leurs achats, de peur de ne
plus écouler des produits, le groupe
a réagi en urgence. Avec, dès le
26 juin, un discours du PDG, Emmanuel Faber, à Casablanca, et en
ligne : « J’ai tenu à venir sur place
pour écouter les préoccupations de
chacun et essayer de faire bouger les
choses », y a-il assuré. Il a rencontré consommateurs, influenceurs,
épiciers, producteurs et salariés, et
promis de renoncer aux bénéfices
du lait frais.
« Bien que nous ne réalisions quasiment pas de profit sur le lait frais et
que, depuis le boycott, nous subissons
des pertes significatives, nous avons
décidé de proposer la coconstruction
d’un nouveau modèle pour répondre
aux attentes de la société marocaine », insiste-t-on chez Danone, qui
s’engage à fixer un prix juste en accord avec épiciers, consommateurs
et salariés, tout en protégeant celui
payé à 120 000 éleveurs partenaires
et en préservant la qualité. Depuis
début juillet, Corinne Bazina a été
missionnée sur place pour mener
les consultations, organiser cette
nouvelle gestion collective. De quoi
apaiser les esprits. Reste à s’assurer
de sa viabilité économique. ■
au vert. Ses 4 × 4 urbains à bas
coûts, le Duster nouvelle version,
et le petit Kwid, qui vient d’être
lancé au Brésil et en Argentine, sont
« des succès », a souligné vendredi
Thierry Bolloré, le directeur général de Renault.
La Bourse a salué vendredi
(+ 1,87%) la bonne performance de
la marque au losange. Malgré cela,
sa valeur boursière est pour la première fois depuis dix ans inférieure
à celle de PSA (Peugeot, Citroën,
DS), dont les prouesses commerciales et financières ont été saluées
par les marchés cette semaine. De
fait, le groupe dirigé par Carlos
Tavares, qui est parvenu à redresser rapidement la marque Opel, a
dégagé une marge opérationnelle
de 7,8 % et même de 8,5 % pour les
marques historiques du groupe
Peugeot-Citroën, DS. « Les deux
groupes sont très différents. PSA est
extrêmement présent sur le marché
européen, qui est aujourd’hui en
plein boom, alors que Renault est
plus international », explique Yann
Azuelos. « Mais les deux rivaux ont
en commun d’avoir une gamme de
modèles dynamique et des structures
de coût parmi les meilleures au monde », ajoute un expert. ■
EN BREF
ENGIE RASSURE
LES INVESTISSEURS
£ Le bénéfice net d’Engie a
baissé de 25 %, à 0,9 milliard
d’euros, au 1er semestre 2018,
en raison d’un impact négatif
(-200 millions) des activités
amont du gaz naturel liquéfié.
Le chiffre d’affaires
a peu progressé (+ 0,1 %),
à 30,2 milliards. Engie a rassuré
en confirmant ses objectifs
2018, notamment un bénéfice
net de 2,45 à 2,65 milliards.
VINCI : FORTE
CROISSANCE
£ Le géant du BTP
et des concessions a vu
son bénéfice net augmenter
de 26,2 % à 1,3 milliard d’euros,
à partir d’un chiffre d’affaires
de 19,8 milliards (+ 6,7 %).
LAFARGE HOLCIM :
BAISSE DU RÉSULTAT
£ Le groupe de BTP a affiché
une baisse de son bénéfice net,
avant dépréciations
d’actifs et cessions, de 43 %
au 1er semestre, à 371 millions
de francs suisses (320 millions
d’euros). Cela, en raison de coût
de restructuration. À terme,
le groupe en attend
une économie annuelle
de 400 millions, à partir
du 2e trimestre 2019.
EASYJET RECRUTE
1 200 PERSONNES
£ EasyJet va lancer une
campagne de recrutement
de 1 200 personnels navigants
et commerciaux en Europe.
Quelque 100 postes
sont ouverts en France.
A
Parallèlement, la SNCF doit
présenter à la rentrée son nouveau projet d’entreprise axé sur
sa « nouvelle ambition ferroviaire ». Il s’agit de rendre le transporteur plus compétitif en réduisant ses coûts. Ce chantier est
explosif. « Cet accord vise à
obtenir une plus grande performance industrielle et une hausse
de la productivité (près de 3 % par
an, NDLR), analyse Gilles Dansart, spécialiste du ferroviaire,
directeur de Mobilettre. Et ce
n’est qu’en contrepartie de ces efforts que l’État a accepté de reprendre une partie de la dette de
SNCF Réseau à partir de 2020
(35 milliards d’euros sur près de
50 milliards d’euros attendus
cette année-là). » De même,
Guillaume Pepy s’est engagé à
faire évoluer l’organisation ultracentralisée et le management
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 28 - dimanche 29 juillet 2018 LE FIGARO
24
MÉDIAS et TECH
L’ÉTÉ DU FIGARO
6/6
[
]
Elles ont m
l’histoire dearqué
la technolo
gie
Ellen Pao Un combat
pour les femmes de la Silicon Valley
Cette Américaine a libéré la parole sur le harcèlement et les discriminations sexuelles, au prix de sa carrière.
voyé pour des faits similaires envers d’autres femmes. Elle raconte
cette réunion où on lui a demandé
avec une autre collaboratrice de
s’asseoir dans le fond de la salle
plutôt qu’à la table avec les autres.
Ou ce voyage en avion pendant
lequel ses collègues ont discuté
des heures d’actrices pornographiques. Kleiner Perkins, de
son côté, profite du procès pour
dépeindre un portrait peu flatteur
de son ex-employée, une « égoïste » qui n’avait pas le caractère
« adéquat » pour l’emploi.
Le procès est harassant, souvent
violent. Dans le même temps,
Ellen Pao doit gérer une autre polémique : des utilisateurs de Reddit
organisent une fronde contre la
PDG, qui tente de renforcer la modération des propos haineux qui
prolifèrent sur la plateforme. Elle
subit en représailles une avalanche
d’insultes sexistes, racistes, de
menaces de mort et de viol.
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
La Silicon Valley aime parler. Du
futur, d’innovation, de toutes les
manières dont les technologies
doivent améliorer notre vie. L’industrie des nouvelles technologies
aime, en revanche, moins parler
de ses défauts. Ellen Pao l’a appris
à ses dépens. Ancienne employée
du prestigieux fonds d’investissement Kleiner Perkins et ex-PDG
du forum Reddit, cette Américaine a libéré la parole des femmes
de la Silicon Valley sur le harcèlement et les discriminations
sexuelles. Au prix d’une partie de
sa carrière.
Ellen Pao est née en 1970 dans le
New Jersey, aux États-Unis. Fille
de migrants chinois, elle étudie
dans des universités prestigieuses,
Princeton et Harvard, en ingénierie et en droit. Elle déménage
en Californie, où elle commence à
travailler dans plusieurs entreprises du Web et des nouvelles
technologies. En 2005, Ellen Pao
est embauchée au sein de Kleiner
Perkins. Ce fonds d’investissement est bien connu de la Silicon Valley. Il fait partie des premiers investisseurs de Google,
Amazon, Twitter ou Snapchat.
Ellen Pao y travaille pendant sept
ans. En mai 2012, néanmoins, elle
porte plainte contre son employeur pour discrimination
sexuelle. Ellen Pao estime qu’elle a
été écartée de plusieurs promotions, et même maltraitée,
parce qu’elle est une femme.
Kleiner Perkins la renvoie quelques mois plus tard.
Le procès s’ouvre officiellement
début 2015 et attire vite l’attention
Rejetée par ses pairs
En 2012, Ellen Pao
(ici en mars 2015)
a porté plainte contre
son employeur, le fonds
Kleiner Perkins, pour
discrimination sexuelle.
JUSTIN SULLIVAN/AFP
des médias. L’affaire est complexe
et les enjeux importants. Ellen
Pao, entre-temps, est devenue
PDG de Reddit, un forum très populaire aux États-Unis. Elle réclame aussi une somme conséquente
à son ancien employeur : 16 mil-
lions de dollars de dommages et
intérêts. Pendant un mois, Ellen
Pao décrit devant la Cour ses promotions refusées, sa mise à l’écart
de voyages professionnels et son
harcèlement sexuel par deux de
ses collègues, dont l’un a été ren-
Le 30 mars 2015, la Cour supérieure de San Francisco déboute finalement Ellen Pao. La justice estime
qu’elle n’a pas été discriminée.
Elle décide d’abord de faire appel,
mais abandonnera finalement la
procédure quelques mois plus
tard. Du côté de Reddit, Ellen Pao
se heurte à un autre mur. Elle
annonce son départ de l’entreprise en juillet 2015. « J’ai constaté les
bons, les mauvais et les pires côtés
de Reddit, expliquera-t-elle dans
son message d’adieu. Les bons
côtés m’ont inspirée, les pires m’ont
fait douter du genre humain. »
Malgré ces deux échecs consécutifs, Ellen Pao n’a pas abandonné son combat. Après une
année loin des caméras, elle a
fondé en 2016 Project Include, une
organisation pour aider les startup et les entreprises de nouvelles
technologies à diversifier leur recrutement. Plus généralement, le
procès d’Ellen Pao contre Kleiner
Perkins a jeté une lumière crue sur
la situation des femmes de la
Silicon Valley. Il a permis de délier
les langues et d’intéresser les médias à ce sujet complexe. Impossible, désormais, d’ignorer les
histoires de discriminations à
l’embauche, de harcèlement
sexuel, ou la difficulté à lever des
fonds pour les entrepreneuses.
L’engagement d’Ellen Pao est
aussi celui de Tracy Chou, qui a
lancé une grande enquête sur le
nombre de femmes dans les entreprises de la Silicon Valley. Celui
aussi d’Isis Wenger, qui lutte
contre les clichés autour de l’apparence des ingénieures, ou de
Susan Fowler, qui a révélé les
nombreux abus qu’elle a subis au
sein de l’entreprise Uber. « La
Silicon Valley adore les disrupteurs,
ces hommes - car il s’agit souvent
d’hommes - qui bravent le ridicule
et les risques pour changer l’ordre
des choses. Et Ellen Pao est l’un de
ces disrupteurs », remarquait
Farhad Manjoo, journaliste au
New York Times, après la fin du
procès de Kleiner Perkins. Elle a
pourtant été rejetée par ses pairs.
Car la Silicon Valley veut tout
disrupter, sauf elle-même.
RETROUVEZ LUNDI :
Ces phénomènes d’édition.
Turquie : « L’Aurore »
de Selahattin Demirtas
Bénéfice record pour Amazon
Grâce au cloud, le groupe n’a jamais été si rentable.
Excellent premier semestre 2018
INGRID VERGARA £@Vergara_i
Recentré sur le Luxe, notre Groupe améliore à nouveau son potentiel de création de valeur. Au premier semestre,
Kering a réalisé des performances sensationnelles tant au niveau du résultat que du chiffre d’affaires. Fondée sur
la désirabilité de nos marques et le modèle de développement de nos Maisons, notre croissance organique est
profitable, soutenue et pérenne. Dans un environnement incertain, nous ferons progresser, cette année encore, nos
performances opérationnelles et financières.
Chiffre d’affaires
Croissance
du chiffre d’affaires
en publié
Résultat
opérationnel courant
Résultat net
part du Groupe
6,4 Mds €
+ 26,8 %
+ 33,9 %
1,8 Md € + 53,1 %
2,4 Mds € + 185,7 %
en comparable *
en publié
en publié
GUCCI • SAINT LAURENT • BOTTEGA VENETA • BALENCIAGA • ALEXANDER McQUEEN • BRIONI
BOUCHERON • POMELLATO • DODO • QEELIN • ULYSSE NARDIN • GIRARD-PERREGAUX
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* À périmètre et taux de change comparables.
Kering SA au capital de 505 117 288 € – 552 075 020 RCS Paris.
INTERNET Mieux vaut être un actionnaire d’Amazon que de Facebook, ces temps-ci. Pour la première fois, le groupe dirigé par Jeff
Bezos vient de franchir la barre des
2,5 milliards de dollars de bénéfices
engrangés en un seul trimestre. Le
chiffre d’affaires sur la même
période a atteint 52,9 milliards de
dollars, en hausse de 39 %. À titre
de comparaison, le géant de l’ecommerce n’avait enregistré sur
l’ensemble de l’année 2017 - la
meilleure de son histoire - que
3 milliards de dollars de profits pour
178 milliards de chiffre d’affaires.
Cette rentabilité repose sur deux
moteurs, qui ne sont pas le cœur de
métier d’Amazon, le commerce en
ligne : les services d’hébergement
(le cloud) et les recettes publicitaires. Le plus puissant des moteurs
est Amazon Web Services (AWS),
qui représente aujourd’hui 10 % de
l’activité du groupe, mais qui génère plus de la moitié de son bénéfice opérationnel au deuxième trimestre. Entre avril et juin, le
chiffre d’affaires d’AWS a bondi de
49 % pour atteindre 6,1 milliards
de dollars et une marge opérationnelle de 27 %. Même si la concurrence de Google et Microsoft est de
plus en plus forte sur ces activités,
Amazon reste le leader incontesté.
Amazon profite aussi de plus en
plus de revenus issus de la publicité, un secteur d’activité à forte
marge. Le chiffre d’affaires sur ces
activités a progressé de 129 % pour
atteindre 2,2 milliards de dollars
sur le trimestre. « C’est maintenant
un programme de plusieurs milliards
de dollars, et il progresse très rapidement », a expliqué Brian
Olsavsky, le directeur financier
d’Amazon. Même s’il reste un nain
sur ce segment comparé au duopole Google et Facebook, il pourrait
devenir le troisième plus gros acteur aux États-Unis d’ici à 2020,
selon le cabinet eMarketer.
L’action au plus haut
Et ces deux moteurs ne devraient
pas ralentir dans les prochains
mois. Pour la période juillet-septembre, Amazon anticipe un bénéfice de l’ordre de 2,4 milliards de
dollars. Le chiffre prendra en
compte l’événement commercial
Prime Day, deux jours de promotions qui, selon le groupe, ont permis un nombre record de nouveaux abonnements à son service
payant Prime, qui en compte déjà
100 millions.
Sur ses activités commerce,
Amazon tire aussi profit de son
ouverture à des vendeurs indépendants, qui peuvent écouler des
produits sur sa place de marché
moyennant un pourcentage de
leurs ventes. Cela représente la
moitié des articles vendus sur le
site.
L’action Amazon a touché son
plus haut historique hier, à
1 880 dollars. Avec une capitalisation de 916 milliards de dollars, le
géant de Seattle se rapproche à
grands pas d’Apple. Qui franchira
en premier les 1 000 milliards ? ■
LES CHIFFRES CLÉS
D’AMAZON
AU DEUXIÈME TRIMESTRE
52,9
millards de dollars
de chiffre d’affaires
2,5
milliards de dollars
de bénéfices
916
milliards de dollars.
Capitalisation boursière
d’Amazon au 27 juillet
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