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Le Figaro - 27 07 2018

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vendredi 27 juillet 2018 LE FIGARO - N° 23 003 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
CHEMINS D’EXIL
ALEXANDRE
SOLJENITSYNE, LE
SECRET BIEN GARDÉ
DU VERMONT PAGE 20
L’ÉTÉ
DU
FIGARO
HUBERT VÉDRINE
« SUR L’IMMIGRATION, DÉPASSONS
LES AFFRONTEMENTS BINAIRES
PSEUDO-MORAUX » PAGE 21
CATASTROPHE
ANNONCÉE,
SUCCÈS ASSURÉ
La France championne
d’Europe de l’impôt
LA
PHILHARMONIE
INACHEVÉE
Le jour de « libération fiscale », à partir duquel les Français travaillent pour eux-mêmes et non
plus pour financer les services publics, arrive le vendredi 27 juillet, après toute l’Europe.
PAGE 22
Année après année, le classement ne varie pas : la
France conserve sa désolante place de pays le plus taxé
d’Europe, selon l’étude de
ESCALE GOURMANDE
AU PORT
UN BALCON
GOURMAND
SUR LE
COTENTIN
PAGE 10
ELLES ONT MARQUÉ
L’HISTOIRE
DE LA TECHNOLOGIE
ROBERTA
WILLIAMS,
L’AVENTURIÈRE
DES JEUX VIDÉO
l’Institut Molinari que Le Figaro publie en exclusivité.
Nous avons certes gagné
deux jours par rapport à la
« libération fiscale » de 2017,
mais est-ce si flatteur ? La
Belgique en a gagné onze en
un an grâce à des réformes
ambitieuses et efficaces.
Pour l’année à venir, la si-
tuation de la France devrait
s’améliorer. La transformation du CICE en baisses de
charges va dans le bon sens.
Toutefois, ce train de mesu-
è LES FRANÇAIS « LIBÉRÉS FISCALEMENT » CE VENDREDI, SOIT DEUX JOURS PLUS TÔT QU’EN 2017 è PAS DE MIRACLE NON PLUS À ATTENDRE EN 2019
è CHRISTINE LAVARDE (LR) : « NOUS AVONS PERDU UN AN » PAGES 24, 25 ET L’ÉDITORIAL
PAGE 30
Après
des résultats
décevants,
Facebook
plonge
en Bourse
JEUX D’ÉTÉ PAGE 19
ASSEMBLÉES
Le Parlement
se déchire
sur l’affaire Benalla
PAGES 2 ET 3
EUROPE
L’Allemagne
reste hantée
par les spectres
de la Stasi PAGE 6
Arnaud Démare,
les fruits
de la patience PAGE 8
La SNCF investit
3 milliards dans
le TGV du futur
La société ferroviaire a signé avec Alstom une commande historique de 100 rames d’un nouveau train à grande vitesse, qui sera plus sobre en énergie, modulable à l’intérieur et plus économe en matière de maintenance. PAGE 26
ÉDITORIAL par Jacques-Olivier Martin jomartin@lefigaro.fr
COSMÉTIQUES
Jean-Paul Agon :
« L’Oréal profite
de la montée en
gamme du marché
de la beauté »
PAGE 28
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de jeudi :
Affaire Benalla :
Emmanuel Macron doit-il
s’expliquer devant les
Français ?
NON
38 %
OUI
62 %
TOTAL DE VOTANTS : 62 662
M 00108 - 727 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@h@c@r@a";
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Pensez-vous que vos
impôts baisseront cette
année ?
AFP - LUCAS BARIOULET/LE FIGARO
L’action du réseau social a
ouvert jeudi à Wall Street en
baisse de près de 20 %, soit une
perte de plus de 100 milliards
de dollars de capitalisation
boursière. Facebook montre
des signes de ralentissement. Il
ne gagne plus de nouveaux
membres en Amérique du
Nord et en Europe. Il va surtout
devoir accroître ses dépenses
pour sécuriser les données de
ses utilisateurs après plusieurs
scandales liés à leur utilisation
frauduleuse. PAGE 29
L
Canicule fiscale
a France a décroché deux trophées majeurs en ce mois de
juillet. Le premier, c’est bien sûr
la Coupe du monde de football,
largement fêtée par des millions
de supporteurs emportés par la belle aventure de nos Bleus. Le second, qui prête plus
à pleurer qu’à sourire, c’est celui de la « libération fiscale » la plus tardive d’Europe,
autrement dit le moment à partir duquel
les salariés ont fini de verser impôts, charges, prélèvements, et commencent enfin à
gagner de l’argent pour eux-mêmes. Les
Français, bon derniers, ont donc trimé jusqu’au 27 juillet pour financer les services
publics, soit dix-sept jours de plus que nos
voisins allemands. Les Britanniques, les
veinards, ont été « libérés » début mai.
Bienvenue donc dans ce pays unique qui
cumule prélèvements records, dépenses
publiques abyssales et déficits chroniques.
Ce triptyque illustre mieux qu’un long discours la dérive financière de notre Étatprovidence. Au grand dam des citoyens
qui, eux, savent que « l’argent public
n’existe pas, il n’y a que l’argent des contribuables » (Margaret Thatcher).
Emmanuel Macron a certes lancé de nombreux chantiers pour ravaler le modèle social, pour que la France gagne en efficacité
et allège autant que faire se peut le fardeau
fiscal qui étouffe indifféremment les actifs
et les retraités. Mais il faut admettre que les
résultats de cette stratégie ne sont pas
franchement visibles. Une « libération fiscale » avancée de deux jours, c’est plutôt
mince.
Peut-être
faut-il
« donner du temps au
temps » pour que la
France
devienne
« une chance pour
tous »… Invités à
prendre leur mal en
patience, il est très
probable
que
les
Français, passablement énervés et désabusés par des décennies de promesses non tenues, exigent sans tarder des représentants
de l’État prodigue un sérieux tour de vis sur
les dépenses publiques. Après tout, c’est en
agissant de la sorte que nos voisins européens ont tous réussi à avancer la « libération fiscale » de leurs citoyens ! ■
Donner
un sérieux
tour de
vis sur les
dépenses
publiques
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LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
A
TOUR DE FRANCE
SNCF
ENVIRONNEMENT
La Corse veut
exporter
ses déchets vers
le continent PAGE 7
res ne permettra pas de rattraper nos voisins européens
qui mènent des efforts de réduction des dépenses depuis
plusieurs années.
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vendredi 27 juillet 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
2
«
Pourquoi tout ça est sorti ? Pourquoi
cette explosion de mises en cause,
d’accusations qui ne reposent pas, c’est
le moins qu’on en puisse dire, sur des
réalités substantielles ? Je vois bien tout
ce qui se profile derrière tout ça
FRANÇOIS BAYROU, PRÉSIDENT DU MODEM
Audition du ministre
de l’Intérieur,
Gérard Collomb, lundi,
devant la commission
d’enquête
de l’Assemblée nationale.
»
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Le Parlement
se déchire
sur l’affaire Benalla
Des auditions refusées à l’opposition par la majorité
LaREM à l’Assemblée trouvent refuge au Sénat.
LORIS BOICHOT £@lboichot
QUI AURAIT CRU que l’affaire Benalla
allait agir, pour l’Assemblée nationale et
le Sénat, comme un révélateur ? Sur le
négatif de la photo, la sérénité des dix
auditions menées par les sénateurs fait
ressortir, par contraste, le charivari des
dernières réunions des députés de la
commission des lois. « Une parodie », a
dénoncé jeudi soir Guillaume Larrivé, à
l’issue de la seconde audition du préfet
de police de Paris (lire ci-dessous).
Avec les députés communistes, de La
France insoumise (LFI), et ses collègues
des Républicains (LR), il « suspend sa
participation » à ce groupe de travail
constitué en commission d’enquête pour
« faire la lumière » sur l’affaire. Lorsqu’il
a annoncé son retrait, le regard sec de
Yaël Braun-Pivet, assise à ses côtés, ne
s’est pas tourné vers lui. La présidente La
République en marche (LaREM) de la
commission, co-rapporteure de la commission avec Guillaume Larrivé, devra
pourtant se mettre d’accord avec son
collègue pour rendre une copie commune dans les prochaines semaines.
Aujourd’hui, ce nouveau visage de LaREM apparaît acculé par les députés de
l’opposition, unis dans leur fronde et remontés contre une commission « aux
ordres de l’Élysée », selon eux. Les élus
LFI demandent la démission de Yaël
Braun-Pivet.
La raison de la colère des élus ? Son refus d’auditionner des personnalités qu’ils
considèrent comme des pièces maîtresses
dans l’affaire, comme Alexandre Benalla,
le délégué général de LaREM, Christophe
Castaner, Alexis Kohler, secrétaire général de la présidence, ou encore Bruno Roger-Petit, porte-parole de l’Élysée. Il est
« inutile d’auditionner d’autres membres
des cabinets du président et du ministre de
l’Intérieur, dont les auditions ont montré
qu’ils n’avaient aucun lien avec cette affaire », s’est justifié Yaël Braun-Pivet, mercredi. Ces demandes relèvent selon elle
d’une « approche politique et polémique de
l’opposition ». Mercredi soir, les députés
LaREM, majoritaires dans l’hémicycle, et
donc majoritaires en commission, ont rejeté les propositions des autres groupes.
Amputée d’une forte minorité de ses
membres, la commission d’enquête doit
entendre vendredi le commandant des
CRS présents le 1er mai place de la
Contrescarpe. C’est la dernière audition
prévue à l’agenda, ce qui laissera bientôt
aux sénateurs le monopole de l’enquête
parlementaire.
Au Sénat, les réunions de commission,
d’habitude confidentielles, ont déjà focalisé l’attention des médias jeudi matin,
lors de l’audition du secrétaire général de
l’Élysée, diffusée en direct sur les chaînes
d’information en continu. Des députés
ont même fait le déplacement du Palais
Bourbon jusqu’au Palais du Luxembourg
pour y assister, comme Valérie Rabault
(PS) et Marine Le Pen (RN), dont les
interviews devant les caméras, à la sortie
de la salle Clemenceau, ont agacé des
sénateurs peu habitués à cette agitation
médiatique.
Un travail « de long terme »
Surtout, les sénateurs se préparent à interroger six nouvelles personnalités,
dont Christophe Castaner, mardi matin,
comme l’a révélé Le Figaro. Une audition
refusée aux députés de l’opposition par le
groupe LaREM, et annoncée au Sénat
sans le moindre remous. « Ici, il y a une
majorité et un travail avec les minorités et
l’opposition », se félicitait mercredi dans
nos colonnes le président du Sénat, Gérard Larcher. Un travail « de long terme », ajoute un sénateur.
La commission du Sénat s’est en effet
donnée six mois pour conclure ses travaux, quand les députés se sont laissés un
mois. « LaREM choisit un mois pour circonscrire l’incendie, nous, nous nous donnons du temps pour traiter les braises »,
souligne le président du groupe PS au Sénat, Patrick Kanner.
Larrivé : « L’Élysée veut
étouffer une affaire d’État »
PROPOS RECUEILLIS PAR
CHARLES SAPIN £@csapin
LE DÉPUTÉ LR de l’Yonne était corapporteur de la commission d’enquête sur
l’affaire Benalla avant d’en claquer la
porte.
A
LE FIGARO.- Vous venez de suspendre
votre participation à la commission
d’enquête sur l’affaire Benalla.
Pour quelles raisons ?
Guillaume LARRIVÉ. - Emmanuel Macron veut étouffer ce qui est une affaire
d’État. Les députés En marche ! sont aux
ordres du président de la République. Ils
ont décidé de torpiller la commission
d’enquête. Ils bâclent la rédaction d’un
vrai-faux rapport, dont les conclusions
ont déjà été écrites à l’Élysée. Je n’en serai
évidemment pas la caution.
Vous avez accusé la présidente LaREM,
Yaël Braun-Pivet, d’entraver les travaux
de la commission. Concrètement,
que lui reprochez-vous ?
Les déclarations contradictoires de plusieurs personnes auditionnées à l’Assemblée nécessitent impérativement d’entendre le numéro 2 de l’Élysée, Alexis
Kohler, ainsi que le conseiller spécial
d’Emmanuel Macron, Ismaël Emelien.
Ainsi que toute la chaîne hiérarchique du
Palais comme du ministère de l’Intérieur.
Nous avons exigé la communication par
l’Élysée, au titre de nos pouvoirs d’investigation, des pièces indispensables pour
comprendre les différentes responsabilités. Comme la note par laquelle l’Élysée
demande au préfet de police un port
d’arme pour M. Benalla. Ou tous les do-
cuments relatifs à sa rémunération, à son
appartement et à sa pseudo-sanction,
dont il aurait soi-disant fait l’objet. Avec
le soutien des seuls députés macronistes,
la corapporteur a rejeté toutes ces demandes. La majorité bloque sciemment
les travaux de notre commission.
On vous reproche de tenter par cette
affaire de reprendre une main politique ?
La vérité est qu’Emmanuel Macron n’a
toujours pas compris que l’Assemblée nationale n’était pas son jouet. Il y a une opposition déterminée et combative. Et ce
n’est pas au prince de la choisir à sa guise.
Qu’ont révélé les premières auditions
de cette commission d’enquête ?
L’Élysée est partout dans cette affaire
Macron-Benalla. Le président a installé
un système qui se croit tout permis. M.
Benalla a pu se comporter comme l’on
sait le 1er mai, sans que jamais l’Élysée ne
saisisse la justice. Pire : des salariés du
parti En marche ! ont été mobilisés au
cœur du commandement militaire de
l’Élysée. Ces dysfonctionnements manifestes démontrent qu’Emmanuel Macron
ne se comporte pas en chef de l’État mais
bien en chef de clan.
Que révèle cette affaire des pouvoirs
du Parlement sur l’exécutif ?
La mission d’un Parlement libre et indépendant, c’est de défendre les libertés des
Français face au « système Macron ».
L’actuel président de la République se
croit, à tort, propriétaire de l’État. Avec
mes collègues députés LR, et en plein accord avec Laurent Wauquiez, nous ne lâcherons rien. Le combat pour la France
ne fait que commencer. ■
Mais le président de la commission
d’enquête, le LR Philippe Bas, n’a pas l’intention d’organiser au Sénat toutes les
auditions refusées à ses homologues LR à
l’Assemblée nationale. Il n’a par exemple
pas souhaité entendre Alexandre Benalla :
celui-ci aurait dû prêter serment et jurer
de dire « toute la vérité, rien que la vérité ».
Philippe Bas estime qu’une telle situation
aurait affaibli son droit à la défense.
Pendant que les sénateurs mèneront
leurs nouvelles auditions, lundi et mardi,
les députés devraient examiner la
motion de censure déposée jeudi soir par
le groupe LR, afin que le gouvernement
« s’explique » devant la représentation
nationale. Si elle est adoptée, la motion
ferait tomber le gouvernement. Une hypothèse improbable, au vu de la très large majorité de députés LaREM. Mais ce
pourrait être une nouvelle occasion de
rassembler les oppositions : des députés
LFI, PS et RN pourraient voter la motion
aux côtés des élus LR. ■
Riester : « La commission
d’enquête est morte »
PROPOS RECUEILLIS PAR
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
Emmanuel
« Macron
n’a
FRANCK RIESTER est coprésident du
groupe UDI, Agir et Indépendants à
l’Assemblée nationale.
toujours pas
compris que
l’Assemblée
nationale n’était
pas son jouet
GUILLAUME LARRIVÉ
»
En politique
« comme
dans
la vie, ce n’est pas
parce que
l’on veut être
exemplaire
que l’on est
infaillible
»
FRANCK RIESTER
LE FIGARO. - L’opposition accuse la
majorité d’avoir sabordé la commission
d’enquête de l’Assemblée nationale.
Yaël Braun-Pivet, sa présidente,
a-t-elle encore votre confiance ?
Franck RIESTER. - La commission d’enquête est morte, victime des postures
politiciennes de certaines oppositions et
de l’entêtement et la volonté de verrouillage de sa présidente, alors qu’elle
aurait pu démontrer le rôle positif que
peut jouer l’Assemblée nationale dans
de pareilles circonstances. Pourtant, elle
s’était constituée rapidement et malgré
les réticences de la majorité au départ les
auditions étaient publiques. Mais je
regrette la manière dont elle s’est déroulée, les attitudes caricaturales de
certains ont discrédité le travail des députés, en contraste avec le climat apaisé
du Sénat. Que Marine Le Pen, par exemple, se soit posée en procureur politique
alors même qu’elle a refusé de répondre
aux convocations de la justice qui la
concernent, c’est un comble.
Quel regard portez-vous sur la motion
de censure déposée par la droite ?
Nous en discuterons en réunion de groupe. À titre personnel, je considère que
c’est un non-sens : l’IGPN, la justice et
les commissions d’enquête parlementaires sont encore au travail. Vouloir tirer
des conclusions tout de suite démontre le
côté politicien de la démarche des Républicains ou de La France insoumise,
comme si la vérité les intéressait moins
que la récupération politique. Décidément, les populistes sont prêts à tout.
Liez-vous LR aux populistes ?
Oui, certains d’entre eux le démontrent
régulièrement.
Les réponses de l’exécutif ont tardé.
Étaient-elles adaptées ?
J’avais émis publiquement le souhait
que le président de la République s’exprime ; il l’a fait, et à plusieurs reprises.
Le premier ministre, lui aussi, s’est exprimé, il a répondu à dix-sept questions
à l’Assemblée et au Sénat, de façon précise et avec beaucoup de sérénité.
L’affaire Benalla modifie-t-elle
votre perception du macronisme ?
En politique comme dans la vie, ce n’est
pas parce que l’on veut être exemplaire
que l’on est infaillible. Ce qui compte,
c’est d’assumer ses responsabilités.
Quelles leçons tirer de cette séquence ?
Cette affaire fait écho aux propositions
que les députés UDI, Agir et Indépendants portent dans le cadre du débat sur
la réforme constitutionnelle : il faut un
meilleur équilibre des pouvoirs entre
exécutif et législatif. On voit bien que le
déséquilibre des institutions de la
Ve République peut donner le sentiment
à certains collaborateurs que tout leur
est permis. Ainsi, nous proposons notamment de renforcer les outils de
contrôle du Parlement sur l’action de
l’exécutif. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 27 juillet 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
«
Je voterai la motion de censure
pour une raison simple, c’est que je veux
lui donner le sens d’une motion de défiance.
Je crois qu’une grande partie des Français
ont aujourd’hui une véritable défiance
à l’égard du gouvernement
»
MARINE LE PEN, PRÉSIDENTE DU RASSEMBLEMENT NATIONAL
Macron reprend l’offensive
ARTHUR BERDAH £@arthurberdah
ENVOYÉ SPÉCIAL DANS LES HAUTES-PYRÉNÉES
LA MEILLEURE DÉFENSE, c’est l’attaque. Et du côté de l’Élysée, il était temps
de trouver comment reprendre la main.
Depuis que l’affaire Benalla a éclaté mercredi dernier, Emmanuel Macron et ses
proches cherchaient la parade. Ils semblent avoir enfin réussi à élaborer un
plan. Il consiste à réinverser l’effet de
surprise et parier sur la supposée indifférence populaire pour minimiser l’ampleur de la polémique.
Ainsi, après avoir subi les révélations
en cascade dans un premier temps, et
après s’être muré dans le silence face au
retentissement du scandale dans un second temps, il n’était plus question de
subir les événements. Alors, pour tester
sa nouvelle stratégie, Emmanuel Macron
a transformé son déplacement dans les
Hautes-Pyrénées, mercredi et jeudi, en
un laboratoire.
« Tempête dans un verre d’eau »
Benalla reconnaît « une faute politique » sans
avoir « le sentiment d’avoir trahi le président »
DELPHINE BERNARD-BRULS £@DD_Bruls
L’HOMME par qui le scandale d’État est
arrivé a brisé le silence. Dans un entretien fleuve accordé au journal Le Monde,
Alexandre Benalla a procédé jeudi à une
mise au point et a livré sa version des
faits concernant l’affaire qui porte
désormais son nom depuis le 18 juillet.
Le premier sujet qui interroge depuis
les révélations en cascade concerne la
relation entre Emmanuel Macron et son
ancien collaborateur. Alexandre Benalla
affirme ne pas avoir « le sentiment
d’avoir trahi le président de la République », reconnaissant tout au plus « avoir
fait une grosse bêtise ». Le locataire de
l’Élysée, lui, a assuré au cours d’un
déplacement dans les Pyrénées, jeudi
matin, être « fier de l’avoir embauché ».
Deux jours avant, il se disait « trahi et
déçu » face aux élus LaREM.
Coupant court aux accusations de
« copinages malsains » de Michel Delpuech, le préfet de police de Paris, devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, Benalla veut éclaircir
ses relations avec Emmanuel Macron. Si
elles ont toujours été « très amicales »,
ce dernier l’a « toujours vouvoyé, il est
président de la République, pas de familiarité » entre eux, atteste-t-il.
Sur ses relations avec le ministre de
l’Intérieur, Benalla se montre plus mesu-
ré. Dès la fin de la manifestation du 1er
Mai, il affirme s’être rendu à la préfecture
de police de Paris « en salle de commandement ». Salle où, « grosse surprise, Gérard Collomb est présent », déclare-t-il.
L’ancien maire de Lyon avait affirmé, au
cours de ses auditions devant le Sénat et
l’Assemblée nationale, ne pas connaître
l’ex-chargé de mission de l’Élysée. Ce
dernier se veut cependant compréhensif : « Il pense que ce n’est pas sa connerie
à lui, tout le monde est en train de l’attaquer, il fait des réponses maladroites »,
tente-t-il de relativiser.
“
Gérard Collomb pense
que ce n’est pas
sa connerie à lui,
tout le monde est en train
de l’attaquer, il fait des
réponses maladroites
ALEXANDRE BENALLA
”
Le Groupement de sécurité de la présidence de la République (GSPR) a également écopé d’une charge en règle de la
part de l’homme de 26 ans, aujourd’hui
mis en examen sous cinq chefs d’accusation. Les membres du GSPR - qu’il qualifie par ailleurs d’« enfant terrible de l’Élysée » - seraient « formatés d’une autre
façon ». Il explique avoir, dans l’exercice
de ses fonctions, repéré « des incohérences […] complètement incroyables », justifiant possiblement le projet de réorganisation du service de protection du
président par ses soins.
En reprenant la chronologie des faits
qui l’incriminent lors de la manifestation
du 1er Mai, Benalla contredit les services
de l’Élysée et de police en affirmant avoir
été « invité sur place par Laurent Simonin,
chef d’état-major à la Préfecture de police ». Il précise d’ailleurs ne pas savoir
qu’il va « [s]e retrouver avec un casque
sur la tête, à deux pas des casseurs ». S’il
« conçoi[t] que c’est une scène qui peut
paraître violente », il assure n’avoir porté
« aucun coup ». Les vidéos publiées par
Le Monde, mais aussi Buzzfeed et Mediapart montrent l’inverse. Alexandre
Benalla affirme de surcroît savoir « depuis le début de la manifestation » qu’il est
filmé.
Une vie de privilégié sous les ors de la
République ? Benalla tient là aussi à démentir et apporter sa version. S’il reconnaît la mise à sa disposition d’un appartement, celui-ci faisait « 80 mètres carrés,
pas 300 comme ça a été dit », répond-il.
Concernant sa carte d’accès à l’hémicycle de l’Assemblée nationale, privilège
controversé, Benalla a là encore une explication à apporter. Admettant « peutêtre un caprice », il explique : « Je l’ai demandée tout simplement parce que j’aime
aller à la salle de sport de l’Assemblée. » ■
Conscient de sa popularité sur cette terre où il a passé une partie de son enfance, le chef de l’État a appliqué son plan à
la lettre. Il a commencé par s’offrir un
premier bain de foule surprise à Bagnères-de-Bigorre, mercredi après-midi,
alors que rien ne figurait à son agenda
officiel. Quelques journalistes sont toutefois parvenus à s’inviter sur cette étape et à le pousser à s’exprimer sur l’affaire Benalla face caméra. Il a donc
décidé de retenter le coup, jeudi matin,
avec une autre apparition qui ne figurait
pas au programme. Mais il a une fois encore été rattrapé par des micros, devant
lesquels il a réduit le sujet à « une tempête dans un verre d’eau ». « Et pour
beaucoup, c’est une tempête sous un crâne », a-t-il cru bon d’ajouter. Et quand
un journaliste lui demande ce qu’il
entend par « tempête dans un verre
d’eau », le président lui répond : « Je ne
vais pas passer mes journées à commenter les commentaires. On est là. Il faut
être avec les gens et sur les sujets. » À
un élu local qui lance « on l’avait reçu »
(Benalla), quelqu’un ajoute « oui,
c’était une personne très sympathique ».
Macron acquiesce des yeux et dit « et
voilà ».
Appliqué à se montrer souriant, détendu, pour contraster avec l’effet de
panique qui a fait trembler l’Élysée ces
derniers jours, il a par exemple répondu
par la plaisanterie à un « Bonjour
Manu ! » lancé par quelqu’un dans la
foule. « Ah non, ne faites pas de la provoc’ ! », a-t-il rigolé.
Arrivé ensuite à La Mongie - une station de ski où il a ses habitudes -, le président a poursuivi sur sa lancée. « Je vais
arrêter d’en parler », a-t-il balayé, affirmant qu’il n’avait « entendu » personne
lui parler de la polémique du moment.
Force, en effet, est de constater que le
sujet n’agite guère les foules pyrénéennes. En témoigne l’accueil réservé aux
journalistes qui ont tenté d’interpeller
François Bayrou, qui a précédé Emmanuel Macron de quelques minutes : ils
ont été hués par la foule. « Aux chiottes
(l’affaire) Benalla », a hurlé un homme.
« Je continue, je suis avec les gens ! », a
donc poursuivi le chef de l’État, avant
d’entamer une déambulation de près
d’une demi-heure. Accueilli par des applaudissements, des « M. Macron ! » et
une Marseillaise chantée a cappella, il a
pris le temps de saluer les quelque 500
personnes venues l’accueillir. Là encore, il a soigneusement veillé à se montrer à l’écoute.
Interpellé notamment sur le pouvoir
d’achat ou la situation des hôpitaux, il a
fait la pédagogie de ses réformes. Comme
si de rien n’était. Au contact, donc. Et
accessible, surtout.
Alors qu’un jeune badaud qui imitait
le défenseur gauche de l’équipe de
France de football, Benjamin Mendy, et
lui demandait de poser en faisant un
« dab » (un geste qui consiste à représenter un éclair avec ses bras en plongeant sa tête dedans), le chef de l’État
s’est exécuté. Une première fois. Puis
une seconde, car le paparazzi du moment avait oublié d’enclencher la vidéo
sur son smartphone.
Autre exemple quelques minutes plus
tard, lorsqu’une femme lui a reproché de
n’avoir pas pu monter au pic du Midi,
dont l’accès a été fermé à cause du périmètre de sécurité qui entoure la visite du
président. « J’ai payé l’hôtel… 300 €
quand même… », a-t-elle regretté.
« Vous voulez aller où ? Au pic du Midi ?
Venez avec moi, on va vous faire monter
tout de suite ! », lui a-t-il répondu, en se
tournant vers ses gardes du corps.
Une fois arrivé là-haut, où il inaugurait les nouveaux équipements du site, le
chef de l’État a prononcé quelques mots à
double sens. « Les choses les plus impossibles deviennent accessibles si nous le décidons, si nous nous rassemblons et si,
avec le caractère, nous bravons les épreuves », a-t-il glissé. Une manière de
prendre de la hauteur, à 2 800 mètres
d’altitude. ■
Jeudi, Emmanuel Macron s’offre un bain de foule à la station de ski de La Mongie,
dans les Hautes-Pyrénées. RÉGIS DUVIGNAU/REUTERS
PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
« PATRICK STRZODA vous avait répondu.
Sur ce point, je n’ai rien à ajouter. » Attendu devant la commission d’enquête du Sénat dans le cadre de l’affaire Benalla jeudi
matin, Alexis Kohler a joué la prudence.
Le secrétaire général de l’Élysée, le plus
proche collaborateur d’Emmanuel Macron, s’est en partie aligné sur ce qu’avait
déclaré la veille Patrick Strzoda, le directeur de cabinet du président, devant la
même commission et lors de son audition
mardi à l’Assemblée. « Je ne vous ferai pas
des réponses aussi détaillées que les sien-
nes », a d’ailleurs prévenu d’entrée Alexis
Kohler, quitte à frustrer les sénateurs.
Après avoir dénoncé les actes « choquants » et « inappropriés » d’Alexandre
Benalla, le secrétaire général de l’Élysée a
confirmé que la sanction prise le 2 mai lui
paraissait, pour lui aussi, « à ce momentlà adaptée », « compte tenu des éléments
portés à notre connaissance ». Ainsi, rien
ne « permettait une saisine de l’article 40 »
(qui prévoit que le titulaire d’une autorité
publique doit dénoncer, auprès du procureur de la République, les crimes ou délits
dont il a connaissance, NDLR).
Au même titre, toujours, que le directeur de cabinet de l’Élysée, le secrétaire
général a également refusé de communiquer le salaire d’Alexandre Benalla, ni la
superficie de son appartement, au nom du
respect de l’organisation interne de la
présidence de la République. Alexis
Kohler a aussi vanté l’exemplarité de
l’ancien collaborateur à l’Élysée. « Je n’ai
eu que des retours positifs sur le travail,
l’engagement, le dévouement de M. Benalla », a-t-il souligné.
Lorsqu’il s’est retrouvé en difficulté, le
secrétaire général a préféré botter en touche, en renvoyant, là aussi, vers les propos du directeur de cabinet. Sur le port
d’armes de l’ancien collaborateur, par
exemple. Après avoir affirmé à plusieurs
reprises que Benalla « n’a jamais été en
charge de la protection de la présidence »,
Kohler a expliqué que son autorisation
avait été justifiée par… ses fonctions de
sécurité. Avant de se raviser : « Je n’ai pas
eu à connaître des modalités du port
d’armes », contrairement au directeur de
cabinet de la présidence.
Clarifications
Pour l’Élysée, les réponses d’Alexis
Kohler, calquées sur celles de Patrick
Strzoda, et dans la ligne des propos d’Emmanuel Macron tenus mardi soir devant
les députés de la majorité, permettent
d’entériner une seule et même version
lors des commissions d’enquête. Une façon de clarifier l’affaire Benalla après de
premières auditions délicates en début de
semaine. Exemple le plus notable : Alain
Gibelin, directeur de l’ordre public auprès
de la préfecture de police (DOPC), avait
assuré mardi devant la commission d’enquête de l’Assemblée qu’Alexandre
Benalla était présent à des réunions à
l’Élysée malgré ses deux semaines de mise
à pied au mois de mai. Quelques heures
plus tard, Le Figaro révélait que le haut
gradé était revenu sur ses déclarations
dans une lettre adressée à la présidente de
la commission, Yaël Braun-Pivet, prétextant avoir mal compris la question. ■
A
Après les cafouillages, l’Élysée cherche à entériner une même version
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 juillet 2018 LE FIGARO
INTERNATIONAL
4
Pakistan :
à peine élu
Imran Khan
est déjà contesté
tique depuis des années la stratégie des
États-Unis en Afghanistan. En 2012, il
nous avait confié qu’il était prêt à « abattre les drones américains » qui traquent
les talibans afghans et les djihadistes audessus du Pakistan, posture sur laquelle
il n’est pas revenu. D’autre part, le FMI
devrait exiger des réformes politiquement sensibles en échange : privatisation
des entreprises publiques déficitaires et
élargissement de l’assiette fiscale dans
un pays où l’agriculture, qui pèse 20 %
du PIB, représente à peine 1 % des impôts.
Stabilité régionale
De nombreuses irrégularités
auraient accompagné l’élection
de l’ex-joueur de cricket à la tête
d’un pays au bord du gouffre.
EMMANUEL DERVILLE £@e_derville
ENVOYÉ SPÉCIAL À ISLAMABAD
Scène de liesse populaire dans les rues d’Islamabad mercredi, à l’annonce des résultats
des législatives donnant la victoire du Parti de la justice d’Imran Khan. AAMIR QURESHI/AFP
la nation, Imran Khan a joué l’apaisement : « Si un parti a le moindre doute,
nous lancerons une enquête dans les
circonscriptions litigieuses. » Le pays
risque toutefois une crise politique alors
que le temps presse pour conjurer le
défaut de paiement qui menace l’économie.
Le Pakistan a moins de deux mois de
réserve de change. Après quoi, il ne
pourra plus payer ses importations. Le
problème vient, en partie, de la
construction du corridor économique
sino-pakistanais. Pékin a accepté de dé-
Défaut de paiement en vue
Reste à savoir si l’opposition descendra
dans la rue pour faire pression sur le
gouvernement élu, comme Imran Khan
l’avait fait en 2014. Après sa défaite aux
législatives, ce dernier avait campé
devant le Parlement avec ses partisans,
clamant que le scrutin avait été truqué,
paralysant le gouvernement pendant
des semaines. Jeudi, dans un discours à
UV
O
N
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« Nous portons tous un livre en nous,
un désir de texte pour soi ou à partager.
Le Figaro littéraire a ouvert de nouveaux
ateliers pour celles et ceux qui sont attirés
par la formidable aventure de l’écriture. »
À VOS
PLUMES,
REJOIGNEZ
LES ATELIERS
D’ÉCRITURE
DU FIGARO
LITTÉRAIRE !
Prochain atelier
KATHERINE
PANCOL
Journaliste dans les plus grands
titres et auteur à succès dès
son premier roman Moi d’abord,
en 1979. Elle a publié la trilogie
Les yeux jaunes des crocodiles,
La valse lente des tortues et
Les écureuils de Central Park
sont tristes le lundi.
6 séances de 3 heures
12 novembre/19 novembre/26 novembre
3 décembre/10 décembre/17 décembre
1
de 19h à 22h
A
bloquer 62 milliards de dollars pour moderniser les infrastructures de transports
et construire des centrales électriques.
Mais les chantiers sont gérés par des entreprises publiques chinoises qui importent machines-outils, ciment et acier de
Chine. De quoi peser sur les réserves monétaires.
Pour éviter le défaut de paiement et
tenir sa promesse d’un « État-providence islamique », Imran Khan devra solliciter le FMI. La négociation avec l’institution de Washington s’annonce ardue.
D’une part, le futur chef de l’exécutif cri-
Pyonyang va rendre
des dépouilles de GI
EA
U
LÉGISLATIVES Rarement des résultats
d’élections législatives ont été aussi lents
à tomber. Vingt-quatre heures après la
fermeture des bureaux de vote, la commission électorale n’avait toujours pas
publié les scores définitifs jeudi. Mais les
bulletins dépouillés indiquent la victoire
du Parti de la justice de l’ancien joueur de
cricket Imran Khan. Ce dernier arrive en
tête avec 100 à 120 sièges sur 272 à la
Chambre basse du Parlement. La formation sortante, la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N) de l’ancien premier ministre Nawaz Sharif, récolterait une
soixantaine de sièges, suivie par le Parti
du peuple pakistanais (PPP), avec de 23 à
40 élus environ. Imran Khan n’a pas de
majorité et devra trouver des partenaires
parmi la vingtaine de députés sans étiquette pour franchir la barre des 137 représentants.
Le futur premier ministre entame son
mandat avec un déficit de légitimité.
Sur les cinq partis arrivés en tête, quatre hurlent à la fraude. Shahbaz Sharif,
le chef de la PML-N et frère de Nawaz
Sharif, a donné le ton lors d’une conférence de presse après la clôture du vote
mercredi : « Des dizaines de millions
d’électeurs se sont exprimés. Mais le
mandat qu’ils ont voulu accorder à leurs
dirigeants a été bafoué. Tout cela est
intolérable. Nous n’allons pas en rester
là. » Le PPP et des politiciens du Muttahida Qaumi Movement (MQM), formation d’inspiration libérale et laïque ancrée dans le sud du pays, affirment
qu’ils n’ont pas pu assister au décompte
dans plusieurs circonscriptions.
Des journalistes pakistanais ont fait
circuler sur Twitter des images de
feuilles de papier gribouillées à la main
censées proclamer les résultats dans
certaines zones. Le soupçon est d’autant
plus lourd que les bureaux de vote
étaient sous surveillance de l’armée,
réputée favorable à Imran Khan. Mais la
commission électorale nie toute irrégularité.
Si le nombre de victimes d’attentats a
chuté de 76 % entre 2013 et 2017, le
terrorisme a tué plus de 500 personnes
depuis le début de l’année. Mercredi, un
attentat suicide a fait environ 30 morts
en pleine élection, devant un bureau de
vote à Quetta, dans l’ouest du pays.
Daech a revendiqué l’attaque, la quatrième du genre en dix jours. La branche
afghano-pakistanaise de l’organisation
conserve des bastions le long de la frontière entre les deux pays. Et les talibans
pakistanais ont trouvé refuge dans l’Est
afghan. Malgré les opérations de l’armée
pakistanaise, la mauvaise entente avec le
gouvernement afghan gêne la coopération transfrontalière.
L’élection d’Imran Khan n’augure pas
d’une relation apaisée avec Kaboul. Le
gouvernement d’Ashraf Ghani presse Islamabad d’agir contre les insurgés
afghans basés au Pakistan. Une demande que rejette Shireen Mazari, conseillère d’Imran Khan pour la politique étrangère : « Ce qui pose problème en
Afghanistan, ce sont les États-Unis. Leur
stratégie est confuse. Et Kaboul nous accuse de soutenir les insurgés du réseau
Haqqani, mais c’est faux. L’Afghanistan
doit commencer par cesser d’abriter les
talibans pakistanais. »
Quant au processus de paix avec
l’Inde, il demeure bloqué depuis dix ans.
Le PTI a fait savoir qu’il ferait preuve de
fermeté. « Nous demanderons un référendum au Cachemire (territoire dont les
deux pays se disputent la souveraineté)
pour que la population décide de son avenir. Nous comptons sur la communauté
internationale pour faire pression sur
l’Inde. » Le problème est que New Delhi
rejette tout référendum et toute médiation internationale. ■
Dans les locaux du Figaro, 14 bd Haussmann, Paris 9ème.
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L’accord Trump-Kim prévoyait la restitution des
corps de soldats américains de la guerre de Corée.
CÔME DUBOIS
CORÉE DU NORD L’agence de presse
sud-coréenne Yonhap a confirmé jeudi
que Pyongyang allait commencer ce
vendredi le rapatriement de dépouilles
de soldats américains morts pendant la
guerre de Corée (1950-1953). Une centaine de cercueils temporaires en bois
ont été déposés dans la zone démilitarisée (DMZ), cette bande de 250 kilomètres de long et de 4 kilomètres de large
qui sépare les deux Corées, a annoncé le
mois dernier le commandement de l’armée des États-Unis en Corée. En
acceptant la requête américaine, le gouvernement nord-coréen honore une des
clauses de l’accord signé le 12 juin par le
président Donald Trump et son homologue Kim Jong-un.
Des responsables américains et nordcoréens s’étaient réunis la semaine dernière dans le village frontalier de
Panmunjom, où fut signée la trêve de la
guerre de Corée, dans la zone démilitarisée, pour discuter de cette question, et
la date du 27 juillet, jour du 65e anniversaire de l’armistice qui a mis fin à la
guerre de Corée a été retenue par les
deux partis pour entamer le processus de
rapatriement. Les autorités américaines
n’ont pas donné de chiffre précis depuis
que le secrétaire d’État américain, Mike
Pompeo, a annoncé la semaine dernière
que les rapatriements allaient bientôt
commencer.
Selon des informations non officielles,
relayées par la presse sud-coréenne,
entre 55 et 60 dépouilles devraient être
transférées par voie aérienne de l’aéroport nord-coréen de Kalma (est) jusqu’à
la base aérienne d’Osan, au sud de Séoul.
De là, elles seront expédiées dans un laboratoire d’Hawaï pour être identifiées,
selon Yonhap. Un premier accord entre
Washington et Pyongyang avait déjà
permis à 229 dépouilles de soldats d’être
rapatriées aux États-Unis entre 1990
et 2005. Mais cet accord avait été par la
suite suspendu, lorsque les relations entre les deux pays s’étaient détériorées
après la reprise du programme nucléaire nord-coréen et ses premiers essais.
Les autorités nord-coréennes ont laissé
entendre par le passé qu’elles détenaient les restes d’environ 200 soldats
américains, selon le Pentagone. L’association d’anciens combattants Veterans
of Foreign Wars (VFW) estime que plus
de 35 000 Américains ont été tués sur la
péninsule coréenne pendant la guerre
de Corée. Parmi eux, 7 700 sont encore
considérés comme portés disparus,
dont 5 300 en Corée du Nord.
Un « signe important »
Lors de la guerre de Corée, les ÉtatsUnis ont fourni la plus grosse partie des
forces de l’ONU. Les corps des soldats
tombés au combat, au cours des nombreuses offensives à travers la péninsule
coréenne, ainsi que ceux des milliers de
prisonniers de guerre américains qui
sont morts dans les camps de travail
nord-coréens, n’ont pas tous été récupérés et rapatriés aux États-Unis après la
fin du conflit. Le président sud-coréen
Moon Jae-in a déclaré, mercredi, lors
d’un entretien avec l’ambassadeur américain Harry Harris, qu’un transfert des
dépouilles des soldats américains renforcerait les discussions entre Pyongyang et Washington sur la question de
la dénucléarisation de la péninsule
coréenne. Selon des propos rapportés
par la Maison bleue (la présidence) à
Séoul, Harry Harris considère que le
transfert des dépouilles est un « signe
important » de la sincérité de Kim Jongun dans le dialogue sur la dénucléarisation de son pays. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 27 juillet 2018
INTERNATIONAL
5
Paris veut des élections cet hiver en Libye
L’Assemblée de Tobrouk doit voter ce lundi la Constitution, faute de quoi le calendrier électoral sera compromis.
réunis à Paris n’ont aucun intérêt à s’entendre sur des élections qui feront pencher le pouvoir en faveur d’un seul d’entre eux, un conseil des anciens, issus des
différentes villes et tribus du pays, a proclamé, fin avril, lors d’une rencontre à
Ajdabia, s’être transformé en Sénat. Tentant de renouer les fils d’une histoire libyenne adossée aux tribus, ce conseil revendique un rôle de Parlement et assure
pouvoir mettre un terme au chaos, en
prenant l’ascendant sur les différentes assemblées et pouvoirs de Tripoli et de Benghazi qui représentent bien mal le peuple.
« Une fois que l’armée aura été unifiée et
que des élections auront mis en place un
pouvoir stable, le conseil retournera à son
rôle consultatif », explique Drira Monaem,
au nom de ce « Sénat ».
THIERRY PORTES £ @ThDoors
Réelle volonté de changement
Cyrénaïque, après un mouvement d’humeur sécessionniste, a accepté de rétrocéder à la NOC, la compagnie pétrolière
libyenne, le soin de gérer la production et
l’exportation de l’or noir. La crise aura
coûté, selon Ghassan Salamé, quelque
900 millions de dollars au pays. Mais elle
est passée et n’a pas fait dérailler le processus électoral.
HANI AMARA/REUTERS
La route menant au scrutin de décembre est pour autant loin d’être sûre, et
nombre d’observateurs et acteurs libyens
estiment que la France ne parviendra pas
à remporter son pari. Ne serait-ce que
parce que les différentes milices, impliquées dans la plupart des trafics, ont trop
à perdre si l’ordre commençait à s’imposer. Persuadé que les différents acteurs
Tunisie : crise dans le parti présidentiel
Les rivalités au sein de Nidaa Tounes fragilisent le premier ministre et les réformes du gouvernement.
MARYLINE DUMAS £@Maryline_Dumas
TUNIS
MAGHREB « Nous sommes en pleine
crise politique. Ou plutôt dans une mauvaise série télévisée », reconnaît un haut
cadre tunisien. Le premier ministre,
Youssef Chahed, progresse en terrain
miné, visé par son propre parti, Nidaa
Tounes, et plus précisément par son directeur exécutif, Hafedh Caïd Essebsi
(HCE). Ce dernier a reçu le soutien de
son père, qui n’est autre que le président de la République, et d’une soixantaine de députés.
Dans une pétition, lancée début
juillet, 60 des 217 députés exigent un
vote de confiance envers le gouvernement. Une demande symbolique, puisqu’elle est de la responsabilité du premier ministre ou du chef de l’État. Le
mécontentement parlementaire pourrait, en revanche, se faire sentir lors du
vote de confiance envers Hichem Fourati, que Youssef Chahed a proposé,
mardi, pour remplacer le ministre de
l’Intérieur, limogé début juin, à la suite
du naufrage d’un navire de migrants.
La partie sera probablement tendue
– alimentée par un bilan gouvernemental que beaucoup jugent peu satisfaisant –, mais loin d’être perdue pour
le premier ministre. Celui-ci peut
compter sur une partie de Nidaa
Tounes ainsi que sur le parti islamiste
Ennahda, première formation parlementaire et membre de la coalition
gouvernementale. « Notre position est
claire, rappelle Naoufel Eljammali, député nahdaoui. Nous sommes pour la
stabilité et nous considérons qu’un changement de gouvernement n’apportera
pas de bien au pays. » Pour Chokri
Bahria, directeur du département politique du think-tank Joussour, la question est stratégique : « Un remaniement
bouleverserait le gouvernement alors
qu’Ennahda y détient des portefeuilles
clés, comme ceux liés à l’économie. »
La semaine dernière, le parti islamoconservateur a cependant demandé au
premier ministre de réaffirmer sa noncandidature à la présidentielle de 2019.
Pour Ennahda, une telle annonce de
Youssef Chahed permettrait de régler
définitivement la question d’un
remaniement complet, point d’achoppement des signataires du pacte de
Carthage, feuille de route gouvernementale qui a donné naissance au cabinet de Youssef Chahed à l’été 2016.
« C’est un chantage politique. Se présenter à une élection est un droit constitutionnel », s’insurge Sabrine Goubantini,
députée membre du bloc national.
Du côté de Nidaa Tounes, la question
des élections de 2019 est également
bien présente, alors que Béji Caïd Essebsi (BCE), 91 ans, laisse planer le doute sur sa candidature. Depuis deux
mois, son fils demande la démission de
Youssef Chahed. Mais entre lui et Youssef Chahed, le feu a vraiment pris lors
des municipales du 6 mai, qui ont vu
élire, jusqu’à aujourd’hui, seulement
80 maires nidaouis contre 130 pour Ennahda. Un résultat inquiétant que personne ne veut assumer. « Quand Youssef Chahed est sorti à la télévision pour
dire que Hafedh Caïd Essebsi était responsable de l’échec des municipales, il
est rentré dans l’équation interne de
Nidaa. En plus, attaquer le fils, c’est attaquer le père », analyse Chokri Bahria.
Les deux hommes avaient déjà des
comptes anciens à régler. En mai 2017,
Youssef Chahed lançait une opération
anticorruption. Parmi les personnes
arrêtées, Chafik Jarraya. Cet homme
d’affaires et proche de HCE est aujourd’hui poursuivi devant un tribunal militaire pour trahison et atteinte à la sécurité extérieure du pays. Une
méthode que l’ONG Human Right
Watch a dénoncée.
Au cœur de cette rivalité, BCE était
resté jusque-là silencieux. « Le chef du
gouvernement doit démissionner ou aller
devant le Parlement (demander un renouvellement de la confiance) », a finalement tranché, le 15 juillet lors
d’une interview télévisée, le président,
sans pour autant l’imposer comme son
pouvoir l’y autorise. A-t-il craint une
explosion finale de son parti ?
“
Nous sommes
pour la stabilité
et nous considérons
qu’un changement de
gouvernement n’apportera
pas de bien au pays
”
NAOUFEL ELJAMMALI, DÉPUTÉ NAHDAOUI
Depuis l’élection de Béji Caïd Essebsi,
Nidaa Tounes, qu’il a fondé en 2012
pour fédérer l’opposition et contrecarrer les islamistes d’Ennahda, se délite.
Coalition hétéroclite de figures de gauche, de syndicalistes et de membres du
Rassemblement constitutionnel démocratique de l’ancien dictateur Ben Ali,
Nidaa Tounes était déjà une plateforme
à l’avenir incertain. Mais la situation
s’est dégradée lorsque Hafedh Caïd Essebsi en a pris la direction, de façon
Plutôt que démissionner, Youssef Chahed, premier ministre de la Tunisie (ici, le 12 juillet
à Tunis) envisagerait plutôt de former un cabinet resserré. FETHI BELAID/AFP
contestée, en 2015. Des 86 sièges obtenus aux élections législatives, il n’en
reste que 56 après une cascade de démissions. Des membres éminents de
Nidaa Tounes ont choisi l’opposition
interne. Le bureau politique a récemment annoncé l’organisation d’un
congrès fin septembre. Une décision
« illégale » selon HCE. « Il n’est plus
maître du parti, c’est le bureau politique », balaie Zohra Driss, députée et
membre du bureau politique. « Il a
peut-être les clés du bâtiment, mais ce
n’est qu’un symbole. Nous allons organiser ce congrès, il n’a qu’à se présenter
comme candidat. Le meilleur gagnera. »
Pour Chokri Bahria, le problème est
plus profond : « Il n’y a pas de structure.
On ne sait même pas qui est à l’intérieur
ou à l’extérieur du parti. Certains ont
officiellement démissionné mais ils reviennent ou sont en tout cas présents politiquement. » Preuve de cette désorganisation, il est particulièrement difficile
de joindre le clan de Hafedh Caïd
Essebsi. Les demandes d’interview du
Figaro sont restées sans réponse.
Sabrine Goubantini, qui avait été
élue sous l’étiquette Nidaa en 2014
avant de rendre sa carte, évoque « un
parti sans odeur, sans couleur : HCE n’a
pas donné de position sur le modèle sociétal que nous avons défendu en 2014,
sur les libertés, les droits des femmes… Il
y a beaucoup de débats de fond où Nidaa
est absent. En plus, Nidaa a dérivé en
allant non pas vers un consensus avec
Ennahda mais en signant une alliance
stratégique ». N’ayant pas une majorité
absolue à l’Assemblée, le président
avait décidé, après son élection, d’intégrer Ennahda – alors même qu’il avait
été élu pour s’y opposer - au gouvernement.
D’après le baromètre politique
d’Emrhode Consulting, réalisé mijuillet, Béji Caïd Essebsi et Youssef
Chahed subissent tous deux les conséquences de cette bataille politique, perdant chacun une dizaine de points.
Dans ces conditions, il sera compliqué
de poursuivre le programme de réformes. Plutôt que démissionner, Youssef
Chahed envisagerait plutôt de former
un cabinet resserré. Zohra Driss estime
que, quoi qu’il arrive, il sera soutenu au
parlement : «Le discours de BCE a été
un électrochoc en faveur du premier ministre. Les députés, comme la population, ont compris une chose : Béji Caïd
Essebsi veut faire passer son fils avant la
Tunisie. » ■
ZOOM
Incendies en Grèce : 82 morts
Les légistes tentaient jeudi
de mettre un nom sur des dizaines
de corps retrouvés dans les zones
ravagées par l’incendie de lundi
à l’est d’Athènes, le plus meurtrier
de l’histoire récente de la Grèce
avec 82 morts et qui pose la
question des responsabilités.
Une 82 e victime a été annoncée
par les pompiers, qui n’ont pas
précisé s’il s’agit de la découverte
d’un nouveau corps ou d’un blessé
ayant succombé à l’hôpital.
Selon la chaîne publique ERT, plus
d’une trentaine de corps ont été
identifiés. Les autres sont toujours
en cours d’examen par une équipe
renforcée de légistes, qui
espérèrent terminer la procédure
samedi, pour une bonne part grâce
à l’ADN de proches supposés.
EN BREF
Japon : 13 membres
de la secte Aum exécutés
Les 13 condamnés à mort
de la meurtrière secte Aum,
responsable de l’attentat au gaz
sarin dans le métro de Tokyo en
1995 qui avait tué 13 personnes
et intoxiqué 6 300 autres, ont
tous été exécutés, a annoncé
jeudi le gouvernement japonais
après la pendaison en début
de matinée des six condamnés
restants.
À Ceuta, 600 migrants
forcent l’entrée en Espagne
Plus de 600 migrants africains
sont parvenus jeudi à entrer dans
l’enclave espagnole de Ceuta,
au Maroc, après un assaut très
violent de la double clôture
hérissée de barbelés, lançant de
la chaux vive et des excréments
contre les policiers. En février
2017, plus de 850 migrants
étaient parvenus à pénétrer dans
la ville sous administration
espagnole au nord du Maroc.
Le général iranien Qassem
Soleimani menace Trump
« Nous sommes près de vous,
là où vous ne pouvez même pas
l’imaginer. Venez. Nous sommes
prêts. Si vous déclarez la guerre,
nous allons la terminer », a lancé
à Donald Trump jeudi le général
iranien Qassem Soleimani,
chef des opérations extérieures
des gardiens de la révolution.
1
Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse, lundi, à Tripoli.
Derna, aux dépens des brigades islamistes
qui régnaient sur cette ville de Cyrénaïque
depuis la révolution de 2011. Les mêmes
troupes du maréchal Haftar ont également délogé les combattants islamistes et
mafieux qui, à la mi-juin, étaient partis
derrière Ibrahim Jadhran à l’assaut de
plusieurs sites du croissant pétrolier. Et,
plus important encore, l’homme fort de la
« Mais si on confie notre sort aux tribus
nous allons finir comme le Yémen ! »,
s’exclame Abdulhamid al-Dabiba, un
jeune entrepreneur de Misrata, qui vient
de fonder le mouvement Libya’s Future.
Lui milite pour un gouvernement
d’union pendant deux ans, qui se
consacrerait à faire enfin tourner le pays,
le temps qu’une Constitution soit adoptée
et des élections organisées. « Aujourd’hui, la plupart des officiels sont détestés
par le peuple, car ils n’ont rien fait, souligne Abdulhamid al-Dabiba, ajoutant :
« Ils se sont seulement entendus pour que
rien ne change. » Ces deux initiatives,
parmi d’autres, soulignent la réelle
volonté de changement qui se manifeste
en Libye, mais aussi les doutes et les
craintes face au rythme soutenu que
Paris cherche à imposer. ■
A
AFRIQUE DU NORD Pour la diplomatie
française, le processus constitutionnel
libyen est toujours sur de bons rails et
avance convenablement. À Paris, le
29 mai dernier, le président Macron, entouré de l’émissaire de l’ONU Ghassan
Salamé et des représentants des pays impliqués dans ce dossier, avait réuni les
principaux acteurs libyens sur l’engagement de tenir des élections présidentielle
et législatives le 10 décembre prochain. Ce
qui implique que l’Assemblée vote la loi
constitutionnelle lors de la session qui
vient d’être convoquée lundi et mardi
prochain, et que les principes de cette loi
soient approuvés, si possible par référendum, d’ici à la mi-septembre, parallèlement aux lois électorales permettant l’organisation des scrutins en décembre.
Pour s’assurer que le calendrier serait
tenu, le ministre français des Affaires
étrangères, Jean-Yves Le Drian, n’avait
d’autre choix que de se lancer dans une
nouvelle tournée libyenne, ce qui l’a
conduit lundi à rendre successivement visite aux différentes autorités censées exercer quelque pouvoir dans ce vaste pays : à
Tripoli, le gouvernement et son chef ainsi
que le président du Conseil d’État ; à Tobrouk, le président de l’Assemblée et
quelques dirigeants de la très influente cité
de Misrata ; et à Benghazi, le maréchal
Haftar… Le ministre est revenu rasséréné
de sa série d’entretiens, avec le sentiment
que les crises et conflits des dernières semaines avaient été surmontés.
Après deux mois de combats, l’armée
du maréchal Haftar a pris le contrôle de
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 juillet 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Londres stocke
en cas de Brexit
sans accord
Le ministre de la Santé britannique,
Matt Hancock (ici à Londres,
le 17 juillet), a demandé à ses services
d’« étudier les options pour constituer
des stocks par secteur », notamment
pour les « vaccins ». TOLGA AKMEN/AFP
tillant une série de conseils aux citoyens
et aux entreprises sur la façon de se
préparer à une sortie de l’UE en forme
de saut de la falaise. Bruxelles, de son
côté, a aussi demandé aux Vingt-Sept
d’accélérer leurs plans dans ce cas de
figure de plus en plus plausible.
Le gouvernement britannique prépare
des réserves alimentaires et médicales
en cas d’échec des négociations avec l’UE.
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
ROYAUME-UNI Les Anglais auront-ils
assez à manger le 30 mars prochain ?
Loin d’être farfelue, la question fait
partie des sujets étudiés par le gouvernement britannique dans ses préparatifs en cas de sortie de l’Union européenne, la veille de cette date, sans
accord. « Nous allons nous assurer qu’il
y ait un approvisionnement alimentaire
adéquat », a précisé le nouveau ministre du Brexit, Dominic Raab, mardi.
Moins de la moitié des denrées alimentaires consommées au RoyaumeUni sont produites sur place ; plus de
30 % proviennent de l’Union européenne. Un divorce acrimonieux sans
accord ni transition perturberait à coup
sûr les échanges de marchandises entre
l’île et le continent. Selon un rapport
gouvernemental dévoilé par le Sunday
Times le mois dernier, des pénuries ali-
mentaires, de médicaments et de carburants se manifesteraient très vite.
Dans un des scénarios envisagés, « les
supermarchés de Cornouailles et d’Écosse ne seraient plus approvisionnés en
produits alimentaires en deux jours et les
hôpitaux manqueraient de médicaments
deux semaines plus tard », détaillait une
source officielle. Des ferries et des
avions de la Royal Air Force pourraient
être mobilisés pour y suppléer.
Le ministre de la Santé, Matt Hancock, a demandé cette semaine aux services de santé d’« étudier les options pour
constituer des stocks par secteur dans le
cas d’un Brexit sans accord », notamment pour les « fournitures médicales,
vaccins, équipements et consommables
médicaux, ainsi que produits sanguins ».
Le Royaume-Uni s’attend-il à l’Armageddon ? Selon Theresa May, au
contraire, la population « devrait être
rassurée et confortée » de voir son gouvernement prendre les précautions
« responsables » pour « se préparer à
Dramatisation tactique
toute éventualité ». La première ministre vient de reprendre en direct les négociations sur le Brexit, reléguant son
ministre Dominic Raab aux contingences techniques, notamment dans l’option d’un « no deal ». Cette expression,
devenue omniprésente dans les médias
britanniques, est en passe de remporter
un succès équivalent à celui des films
d’horreur de série B estivaux. À son arrivée en remplacement de David Davis
il y a douze jours, l’eurosceptique Dominic Raab avait annoncé son intention
d’entretenir le feuilleton de l’été en dis-
Si la possibilité est bien réelle, vu le
manque d’avancée des négociations,
tout cela relève aussi d’une dramatisation tactique. Le projet d’association
douanière avec l’UE arraché à son gouvernement par Theresa May a déclenché
la fureur de l’aile europhobe de son parti. Il ne satisfait pas non plus la Commission européenne en l’état. Les VingtSept seraient prêts à lui donner une
dernière chance de forger un nouveau
compromis. La première ministre a lancé une « offensive de charme » estivale
auprès de ses partenaires européens
pour tenter de les amener à faire preuve
de pragmatisme et de flexibilité face aux
lignes rouges de la Commission.
Pendant ce temps, à domicile, les
scénarios d’épouvante d’un « no deal »
devraient préparer la population à accueillir avec soulagement toute solution
miraculeusement trouvée à l’automne
comme un moindre mal. Les « hard
brexiters », promoteurs d’une rupture
nette avec l’UE, qui ne cessent plus de
parler de la « trahison » de Theresa
May, s’y rangeraient-ils ? C’est ce qui
déterminera la survie politique de l’occupante du 10, Downing Street. Et, accessoirement, le sort du pays. ■
L’Allemagne reste hantée par les spectres de la Stasi
Une exposition sur les archives de la police politique rappelle l’énorme dispositif de surveillance sous le régime communiste de RDA.
dossier depuis la loi qui a ouvert les archives de la Stasi en décembre 1991. « Nous
leur permettons de se réapproprier une
partie de leur biographie volée », assure
Roland Jahn, qui était lui-même un opposant sous la RDA.
Les surprises sont rarement bonnes.
Thomas Heise, un réalisateur est-allemand, a appris qu’il avait été espionné
avec son frère pendant des années par
l’un de leurs amis des nuits festives entre
Ossis, Micha, celui qui, à vingt ans, terminait les soirées enfumées à refaire le
monde dans leur cuisine.
NATHALIE STEIWER £@natbxltec
BERLIN
EUROPE « Une farce grotesque ! » La
première fois que Gilbert Furian a lu son
dossier dans les archives de la Stasi, la sécurité d’État de la RDA, il a éclaté d’un
grand rire. « Chaque microdétail de ma
journée était observé : réveillé à 6 h 30, levé
à 7 h 15 et ainsi de suite. C’était juste ridicule », raconte-t-il en montrant les papiers jaunis qui composent son dossier :
40 cm d’épaisseur, presque trente ans de
sa vie sous surveillance entre ses 16 ans et
la chute du mur en 1989.
Son histoire est racontée avec d’autres
dans le cadre d’une exposition permanente, « Regard au cœur du secret »,
ouverte cet été au Musée des archives de la
Stasi à Berlin. « Notre objectif est de montrer un mémorial de la surveillance et de
l’utilisation abusive des données », commente Roland Jahn, le commissaire fédéral allemand pour les archives de la Stasi.
Pendant les quarante ans qu’a duré le
régime communiste en Allemagne de
l’Est, des millions d’Allemands ont été
surveillés par le ministère de la Sécurité
intérieure. Créée en 1950 pour protéger
l’économie de la RDA contre les « agents
subversifs » et autres « saboteurs », la
Stasi est devenue en quelques décennies
un État dans l’État.
En 1988, un an avant la chute du mur
de Berlin, la Stasi comptait encore plus de
91 000 employés à plein temps pour seulement 16 millions d’habitants. Auxquels
s’ajoutaient les 189 000 collaborateurs
« non officiels » : ces mouchards volontaires ou contraints qui surveillaient à la
demande leurs collègues, leurs voisins et
parfois leurs amis.
Une partie de leurs rapports ont été détruits par la Stasi entre 1989 et 1990. Les
broyeuses ont alors tourné à plein régime
pendant que des dizaines de millions de
“
Nous permettons aux
gens de se réapproprier
une partie de leur
biographie volée
”
ROLAND JAHN, COMMISSAIRE FÉDÉRAL
ALLEMAND POUR LES ARCHIVES DE LA STASI
« Chaque microdétail de ma journée était observé. C’était juste ridicule », raconte
Gilbert Furian, ancien prisonnier de la Stasi, en feuilletant son dossier. T.- K. LINDNER
papiers étaient déchirés à la main. Des
mouvements de citoyen de la RDA ont
néanmoins « sauvé » 16 000 sacs contenant les morceaux d’archives.
Depuis 1995, l’Allemagne tente de reconstituer ces lambeaux au nom du devoir de mémoire. Plus de dix ans plus
tard, le puzzle est toujours loin d’être
complet : il reste encore 45 millions de
documents de la Stasi déchirés. L’institut Fraunhofer a développé un logiciel
spécialisé, manque encore un scanner
capable de prendre la relève des petites
mains qui assortissaient les morceaux à
la main.
Le gouvernement a confirmé le
17 juillet dernier que 253 millions d’euros
vont être investis pour numériser les documents. En attendant, il reste encore
plus de 111 km de dossiers à Berlin, 47 km
de film, près de 2 millions de photos… Un
puits de mémoire quasiment sans fond.
Pour ceux qui l’ont vécu, revoir sa vie
dans le rétroviseur des mouchards laisse
parfois un goût amer. Deux millions de
personnes ont demandé l’accès à leur
Son frère Andreas Heise avait décidé de
tirer un trait sur ce passé et partageait
même une maison au sud de la France avec
Micha. « Ça s’est passé comme ça, on ne
peut rien y faire », commente Andreas
dans un dialogue filmé par Thomas :
« Mein Bruder, We’ll meet again. » Thomas
a du mal à pardonner : « Une trahison ne se
“passe pas”, elle est commise volontairement. » Il a réalisé le film pour comprendre le pardon de son frère, décédé depuis.
Gilbert Furian a été en revanche soulagé en constatant dans son dossier
qu’aucun de ses amis n’est venu déballer
son intimité devant la Stasi. Les mouchards « inofficiels » étaient « de simples
collègues ». À l’époque, il refusait de céder à la « paranoïa » de la surveillance :
« Nous intimider était exactement ce que
voulait la Stasi. » Il a continué à vivre
normalement sans se poser la question de
la surveillance. D’autant qu’il se voyait
comme un petit poisson, opposant certes,
mais pas activiste. Pour lui, sa seule
« faute a été de tomber amoureux d’une
militante des droits des femmes ».
Gilbert Furian a pourtant passé deux
ans et deux mois dans un pénitencier
pour avoir publié à l’Ouest une brochure
sur le mouvement punk à l’Est. Le chef
d’accusation qu’il n’apprendra qu’à la
lecture de son dossier quinze ans plus
tard : la fabrication de « documents susceptibles de nuire aux intérêts de la RDA ».
Après la chute du mur, il a repris
contact avec ses anciens gardiens, les juges, les interrogateurs pour « chercher à
comprendre les hommes derrière les uniformes ». « Certains referaient exactement la même chose, d’autres, comme mon
interrogateur, reconnaissent leur responsabilité dans tous ces destins déchirés. »
Aujourd’hui, cet héritage est perceptible dans les réactions épidermiques des
Allemands, lorsqu’il est question de
surveillance et de protection de la vie
privée. L’Allemagne a longtemps eu l’une
des législations les plus contraignantes en
matière de protection des données.
Depuis, les attentats de Noël 2016 ont
servi de levier pour élargir en juin 2017 les
pouvoirs de surveillance de la police, non
sans débats.
« Techniquement, la surveillance peut
être similaire, mais il y a une grande différence entre la répression politique systématique sous la RDA et la prévention du
terrorisme aujourd’hui », nuance toutefois Christian Hirte, secrétaire d’État
pour l’Allemagne de l’Est. « Notre démocratie débat des questions de surveillance
de manière ouverte, ce qui n’était pas le cas
en RDA. »
Reste une méfiance latente à l’égard de
l’État plus marquée en Allemagne de l’Est.
La chancelière Angela Merkel a d’ailleurs
chargé Christian Hirte de suivre de plus
près la situation à l’Est où l’extrême droite, populiste et anti-régime, a explosé lors
des dernières élections. ■
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élie Perr
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le 6/9 du wee
Retrouvez tous les samedis
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avec un journaliste du quotidien
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 27 juillet 2018
SOCIÉTÉ
7
La Corse veut
exporter
ses déchets vers
le continent
ANTOINE GIANNINI £@GianniniAntoine
BASTIA
ENVIRONNEMENT L’annonce en a surpris plus d’un en Corse. Au sortir du
premier épisode d’une crise des déchets bien visible sur l’île, les décideurs
ont opté pour l’exportation des ordures
insulaires sur le continent. Un appel
d’offres publié de manière quasi confidentielle au début du mois de juin visait
dans un premier temps à attribuer un
marché d’exportation d’une partie des
déchets corses. Le but ? Soulager un
territoire marqué par les crises à répétition dans le traitement de ses poubelles.
Publié le 12 juin dernier par le Syvadec - l’organe chargé d’assurer le traitement des déchets en Corse -, l’appel
d’offres que Le Figaro a pu se procurer
vise le « traitement de l’excédent de déchets ménagers résiduels hors de Corse ». Entre 20 000 et 30 000 tonnes
pourraient être exportées chaque année par bateau, selon nos informations,
sur les 170 000 tonnes d’ordures que
l’île enfouit. Le lieu principal d’exécution de ce marché se limite à la région
Provence-Alpes-Côte d’Azur. Mais,
pour l’heure, personne ne veut des déchets de la Corse.
« Une solution transitoire »
Dans un communiqué diffusé le
15 juillet, le Syvadec a annoncé que
l’appel d’offres s’était révélé infructueux, en l’absence de candidats déclarés pour transporter et traiter les déchets. Le syndicat mixte et la
collectivité de Corse ont lancé une nou-
Une vue aérienne de la décharge de Viggianello, près de Propriano.
velle procédure de recherche de sites
de traitement hors de l’île pour anticiper une saturation des centres d’enfouissement. Une issue de secours validée sotto voce par la majorité
nationaliste, à la tête de la région depuis 2015. Pourtant, Gilles Simeoni, le
président de la collectivité de Corse, la
présentait comme un recul, lors d’une
prise de parole à l’Assemblée de Corse :
« Cela doit rester une solution transitoire
et non pérenne », précisait-il. Pas si
transitoire que cela pour un marché
prévu sur douze mois… renouvelable
trois fois. L’ancien maire de Bastia enfonçait aussi le clou sur le message politique véhiculé par cette échappatoire :
« Cela serait une régression totale pour
une île qui aura vocation à développer
son indépendance et son autonomie… »,
avait-il jugé.
PASCAL POCHARD-CASABIANCA
Autre point négatif, le coût engendré
par le transport et le traitement des
poubelles hors de l’île. À titre d’exemple, en novembre 2015, lors d’une énième crise des déchets, le Syvadec avait
tenté, en vain, d’attribuer un marché
de transports des ordures entre la Corse
et le continent pour un montant avoisinant les 9 millions d’euros… Une attribution qui avait été annulée par la préfecture face au nombre insuffisant
d’élus présents lors du vote. Un coût
auquel il faut ajouter celui du traitement sur place. Mais l’urgence place les
dirigeants nationalistes au pied du mur.
Depuis la fermeture du site de Vico, en
mars 2017, face à la colère de riverains,
seuls deux centres d’enfouissement
fonctionnent. Celui de Viggianello et
Prunelli-di-Fium’Orbo. Dans les prochaines semaines, le site de Viggianello
aura atteint la capacité maximale fixée
par l’administration, soit 464 000 tonnes d’ordures ménagères.
Échaudés, en mai dernier, par un
premier débordement des poubelles
dans les rues, engendré par la colère
des riverains et des élus proches des
deux centres d’enfouissement, les élus
se sont décidés à agir. La collectivité de
Corse, l’État et le Syvadec ont contractualisé, le 6 juillet dernier, un plan pour
la généralisation du tri sur trois ans,
avec les différents acteurs de la collecte
des déchets dans l’île. Avec la volonté
d’atteindre 60 % de tri d’ici à 2023.
Pour le moment, l’île valorise 20 % de
ses ordures. En attendant, les décideurs
souhaitent augmenter la capacité d’enfouissement des centres et exporter.
Des remèdes au goût amer pour éviter
une nouvelle crise… ■
ZOOM
Une élue séquestrée pour un mariage forcé
Brétigny : l’accident
dû à un problème
de maintenance, confirme
une nouvelle expertise
Mounia Haddad, 29 ans, conseillère départementale LaREM en Indre-et-Loire, assure avoir été enlevée
et séquestrée par sa famille qui refusait son fiancé et souhaitait lui imposer un autre mari, en Algérie.
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
JUSTICE Ils sont tous deux musulmans,
d’origine algérienne et quasiment du
même âge. Pourtant, la famille de Mounia Haddad, 29 ans, n’a pas l’intention
de lui laisser épouser l’homme qu’elle
aime : elle veut même lui en imposer un
autre. Cette jeune conseillère départementale (LaREM) de Saint-Pierre-desCorps (Indre-et-Loire), cadre administratif au CHU de Tours, a été retrouvée
enfermée jeudi dernier, dans une chambre du domicile parental. Jeudi 2 août,
son père, deux oncles ainsi que son frère
comparaîtront devant le tribunal correctionnel de Tours, révèle La Nouvelle
République. Ils sont poursuivis des chefs
d’« enlèvement et séquestration de moins
de sept jours » pour les trois premiers, et
de « menace de mort écrite » pour le
dernier.
Aujourd’hui, indique son avocat,
Me Abed Benjador fils, au Figaro, la jeune
femme se terre dans un autre département, « apeurée et extrêmement triste »
de cette situation qui « doit rester, pour
elle, un simple problème d’ordre familial ». Même si elle est consciente que sa
qualité d’élue pourrait lui apporter
« une autre dimension »… «Toute une série de personnalités, collègues ainsi que le
président du conseil départemental, JeanGérard Paumier, dont elle était le “binôme”, ont d’ailleurs envoyé des témoignages de sympathie », relève l’avocat.
Originaire de Kabylie, la famille est
« tout à fait intégrée », selon le parquet.
Mais quand, au printemps, son compagnon a demandé la main de Mounia, les
parents n’ont pas accepté. Aussitôt s’est
organisée la riposte : la jeune femme est
emmenée de force en Algérie, où on lui
présente un parti jugé plus convenable.
Elle fait mine d’accepter et revient début
mai, « régler les préparatifs » en France.
En présence de son père, elle retire la
somme de 41 000 €, sous la contrainte,
raconte Me Benjador.
Des traces de contraintes
Le 18 juillet, la jeune femme affirme
avoir été enlevée par son père et ses
deux oncles, alors qu’elle se trouvait
avec celui qu’elle aime dans les AlpesMaritimes. Des traces de contraintes ont
été relevées sur les bras de la jeune femme, tandis qu’un témoin aurait entendu
des cris et des insultes, notamment
« tais-toi salope ! ». Elle est poussée
dans une voiture. Son fiancé signale sa
disparition à la police, qui géolocalise
La catastrophe ferroviaire de
Brétigny-sur-Orge, qui a fait sept
morts et des dizaines de blessés
en 2013, a été causée par la
« vétusté » des rails - « manques
de pièces, desserrages, danses
des bois… » -, et non pas par
un défaut imprévisible de l’acier,
selon une nouvelle expertise
métallurgique. Depuis cinq ans,
les experts judiciaires ont
constamment expliqué
la catastrophe par un défaut
de maintenance, quand la SNCF
a privilégié le scénario
d’une fissuration rapide, brutale
et imprévisible.
son portable au domicile parental de
Saint-Pierre-des-Corps.
Le lendemain matin, les policiers sont
appelés pour une rixe en pleine rue, entre la famille du fiancé et des proches de
Mounia Haddad. Quand ils pénètrent
dans le domicile des parents de la jeune
femme, celle-ci se précipite sur eux,
leur disant qu’elle a été enlevée puis séquestrée. De leur côté, le père et les oncles de Mounia Haddad assurent qu’elle
les a suivis de son plein gré.
Désormais les deux amoureux se cachent, et « n’aspirent qu’à une chose, insiste Me Benjador, retrouver le cours normal de leur vie et se marier ». Les quatre
prévenus sont sous contrôle judiciaire et
ont interdiction d’entrer en contact
avec Mounia Haddad. Qui hésite, « encore sous le choc », à aller affronter sa famille au procès la semaine prochaine. ■
EN BREF
Nouveau record dans les
prisons françaises avec
70 710 personnes incarcérées
Le nombre de détenus a atteint
un nouveau record au 1er juillet,
avec 70 710 personnes incarcérées
dans les 187 établissements
pénitentiaires. Si la densité
carcérale reste stable au niveau
national, elle apparaît très
inquiétante dans les maisons
d’arrêt avec 142,5 %, une des pires
moyennes d’Europe.
Les coffee shops
déclarés illégaux
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
JUSTICE D’une sévérité absolue. Lundi,
la Direction des affaires criminelles et des
grâces (DACG) a fait claquer une dépêche
à l’attention de tous les parquets de France rappelant « le régime juridique applicable aux établissements proposant à la vente au public des produits issus du
cannabis ». Après le boom des coffee
shops et des semaines d’exégèses sur
d’éventuels vides juridiques, la Chancellerie siffle les arrêts de jeu. L’ouverture
d’établissement vendant du cannabis
dont le taux en THC est inférieur à 0,2 %
doit entraîner « une réponse pénale ferme
et adaptée à la hauteur des enjeux », prévient le ministère de la Justice. Une manière d’affirmer l’illégalité de ces boutiques qui se sont ouvertes sous le coup
d’une fièvre soudaine à la mi-juin au
point que les buralistes se sont même
rêvé premier réseau de revente (lire nos
éditions du 23 juillet). Pour la justice, il
était urgent de stimuler les parquets et les
SAMUEL BOIVIN/CROWDSPARK
La Chancellerie comble la brèche où s’étaient ruées
ces boutiques vendant des dérivés du cannabis.
chefs de brigade de lutte contre les stupéfiants afin de refermer la porte dangereusement entrouverte par ces produits
en tout genre, du gel douche à la bière,
sans oublier le miel, les cristaux, les petites pâtisseries aux allures de cookies,
l’huile et les fleurs.
« Trois conditions cumulatives »
La DACG rappelle que ce fameux cannabidiol (CBD) doit faire l’objet d’« utilisation industrielle et commerciale particulièrement restrictive ». Elle affirme que « la
culture du chanvre, son importation, son
exportation et son utilisation doivent répondre à trois conditions cumulatives pour
être autorisées » : « une des variétés de
cannabis sativa L », « la seule utilisation
des fibres et graines » et une « teneur de
moins de 0,2 % de delta9-tétrahydrocannabinol de la seule plante et non du produit
fini ». Un triptyque légal rarement réuni.
« Le cannabidiol se trouve principalement
dans les feuilles et dans les fleurs de la
plante et non dans les fibres et graines. Par
conséquent, en l’état de la législation ap-
Une des premières boutiques Cofyshop ouvertes à Paris et désormais fermée.
plicable, l’extraction du cannabidiol dans
les conditions conformes au Code de la
santé publique ne paraît pas possible »,
conclut la DACG. « Ne serait-ce que parce
qu’il est très difficile et très improbable de
prouver que la substance contenue dans
ces produits finis provient des tiges et racines de la plante et non de ses sommités florales », explique ce très haut gradé de la
police nationale, qui applique la législation contre les stupéfiants dans toute sa
rigueur. « Dès que nous sommes face à ce
type d’établissement, nous interpellons,
nous mettons les scellés et si nécessaire
nous déférons au parquet », affirme-t-il.
Une politique pénale qui, après quelques
tâtonnements, commence à se générali-
ser, à l’exemple de Dijon ou encore de
Bordeaux, où plusieurs coffee shops ont
été fermés et leurs gérants placés en garde à vue.
La France est un gros producteur de
chanvre industriel, utilisé comme isolant
thermique et phonique et comme fibre
textile. Le droit qui réglemente ce secteur
- qui emploie 16 000 personnes - ne prévoit pas la consommation humaine.
« Aussi, le taux de 0,2 % ne s’applique qu’à
l’usage industriel. Pour la consommation
humaine, le taux le plus infime de THC est
prohibé. Notre législation est moins tolérante que le droit européen. Mais, en matière sanitaire et alimentaire, les États sont
souverains », conclut ce haut gradé. ■
Le vol Paris-Pékin victime
d’une fausse alerte terroriste
Le vol Paris-Pékin d’Air China,
qui a fait demi-tour jeudi
30 minutes après son décollage
de Roissy en raison d’une alerte
terroriste, a été victime d’une
fausse alerte. Un passager
australien retardé avait téléphoné
à la compagnie en disant qu’il
y avait une bombe dans le
terminal et son interlocuteur
a compris qu’il y en avait une
à bord de l’avion. Une enquête
a été ouverte et cet homme a été
placé en garde à vue.
LE
MAGAZINE
DU WEEKEND
En partenariat
avec
SAMEDI ET
DIMANCHE
DE 12H4
À 13H5
Isabelle
Lasserre
A
Un appel d’offres a été lancé pour en
envoyer quelque 30 000 tonnes par an,
par bateau, en Provence-Alpes-Côte d’Azur.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 juillet 2018 LE FIGARO
8
SPORT
Arnaud Démare,
les fruits de la patience
Le sprinter français de l’équipe Groupama-FDJ a signé jeudi à Pau
le troisième succès français du Tour. Après avoir beaucoup souffert.
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
ENVOYÉ SPÉCIAL À PAU
CYCLISME De bas en haut. Mercredi,
Arnaud Démare a passé la journée devant la voiture-balai qui menaçait
d’avaler ses dernières forces et illusions (il avait terminé épuisé avantdernier à 29 minutes 16 de Nairo
Quintana, vainqueur au sommet du
col du Portet). Jeudi, après un déboulé
magistral lui offrant une deuxième
victoire d’étape sur le Tour (après Vittel, l’an dernier), il a embrassé ses
équipiers, puis frappé vigoureusement
son torse pour illustrer une vitalité
retrouvée.
Le sprinter picard jubilait. Sans rien
oublier des affres endurées : « Je n’ai
rien lâché. J’ai été énormément supporté
par le public qui me disait “Arnaud ne lâche pas”, “Arnaud, les Champs” (l’étape
rêvée de tous les sprinters). J’ai pensé à
tout et à rien. Ce sont des moments pas
faciles. On pense à la victoire qui peut
sourire le lendemain. La seule chose à laquelle je pensais (vers Pau), c’était de lever les bras, pour ne pas décevoir les
gens qui me soutiennent. »
Marc Madiot, le manager de l’équipe,
aux anges, soulignait : « Je suis content
du boulot de l’équipe. Du kilomètre 0 jusqu’à 250 mètres de la ligne, nous avons
tout maîtrisé. Il y avait de la rage, de
l’envie, du collectif. Il y avait tout. C’est
une belle récompense pour les huit coureurs, pour le staff, pour toute l’équipe
qui n’a rien lâché. »
“
Il y avait de la rage,
de l’envie, du collectif.
Il y avait tout
”
MARC MADIOT, MANAGER DE GROUPAMA-FDJ
Arnaud Démare, qui s’était contenté
de places d’honneur depuis le début du
Tour (troisième à la Roche-sur-Yon,
terme de la deuxième étape, quatrième à
Chartres, épilogue de la septième étape),
a jailli au moment opportun. Propulsé
pour aller cueillir, devant Christophe
Laporte de Cofidis, le troisième bouquet
français sur ce Tour après les deux victoires de Julian Alaphilippe (au GrandBornand et à Bagnères-de-Luchon).
Il a également pu répondre à André
Greipel, le sprinter allemand qui avait
laissé entendre sur les réseaux sociaux
qu’il avait pu bénéficier d’une assistance
dans la dernière difficulté mercredi
(avant de présenter ses excuses). Le coureur de Groupama-FDJ assurant :
« Greipel m’a énormément blessé. Je regrette qu’il mette en cause mes performances. J’ai travaillé pour être là. C’était
la meilleure réponse que je pouvais apporter. La plupart des sprinters ont abandonné. Je suis là. Je ne suis pas le meilleur en
montagne, mais je ne lâche rien… »
Pour se faire une jolie place, parce
que les victoires françaises au sprint
sont rares sur le Tour ces dernières années : Jean-Patrick Nazon sur les
Champs-Élysées en 2003 et Jimmy
Casper à Strasbourg en 2006. Avant les
deux succès d’Arnaud Démare. Une
bonne habitude. ■
Classement de la 18e étape :
1. Démare (Fra/Groupama/FDJ), les 171 km
en 3 h 46’50 (moyenne : 45,4 km/h) ; 2. Laporte
(Fra/Cofidis) même temps ; 3. Kristoff (Nor/EAU)
m.t. ; 4. Boasson Hagen (Nor/DDT) m.t. ;
5. Colbrelli (Ita/BAH) m.t. ; 6. Richeze (Arg/QST)
m.t. ; 7. Degenkolb (All/TRE) m.t. ; 8. Sagan
(Slo/BOR) m.t. ; 9. Phinney (E-U/EFD) m.t. ;
10. Dupont (Bel/WGG) m.t...
19e étape, ce vendredi : Lourdes-Laruns (200,5 km).
Arnaud Démare, vainqueur au sprint, jeudi, à Pau, a décroché la deuxième victoire
d’étape de sa carrière sur le Tour de France. PHILIPPE LOPEZ/AFP
La presse étrangère juge ce drôle de Tour et les sifflets anti-Sky
« CE TOUR est parti avec un nuage noir
suspendu sur la tête. C’était l’affaire
Sky qui allait être payée tout le long de
la route », résume Gianni Mura, la
grande plume du quotidien italien La
Repubblica. Jeremy Whittle, journaliste au Guardian, indique : « En Angleterre, il n’y a pas une grande culture du
cyclisme, alors les sifflets, les gendarmes, les agriculteurs… c’est du jamaisvu pour une majorité de gens. En Angleterre existe l’impression que le Tour
est en crise à cause de Froome, que c’est
injuste, parce que Froome a été blanchi,
qu’il n’était pas positif, même si c’est
plus compliqué, que ce n’est pas noir ou
blanc, mais que c’est un peu gris. »
Christopher Froome, le quadruple
lauréat de la Grande Boucle, n’a jamais
porté le maillot jaune cette année,
mais il reste la cible de l’ire des spectateurs, avec son équipe Sky. Denis
Bastien, du Quotidien (Luxembourg),
indique : « Au Luxembourg, rares
étaient les personnes qui défendaient
Froome. Les sifflets étaient prévisibles.
C’est excessif, mais le Tour fait partie
du patrimoine des Français. Le public,
on lui dit que ça va mieux et c’est vrai
que cela va mieux, mais il ne le voit
pas. »
« Une équipe trop robotique »
Eric De Falleur, de La Dernière Heure
(Belgique), assure : « Sky paie sa suprématie. Ceux qui sifflent ne sont pas représentatifs des spectateurs du Tour, ce ne
sont pas des connaisseurs du cyclisme. Ils
voient, font comme les autres, c’est comme au foot. Vous, Français, pensez que
vous gagnerez peut-être prochainement le
Tour, nous Belges, ne le pensons plus, cela
ne nous énerve pas. Bardet a cette année
marqué ses limites. Ce serait amusant de
le voir chez Sky, serait-il en mesure de gagner ? Lui ou Martin, Latour ou Gaudu. Et
si un jour Bardet venait à remporter le
Tour à quatre reprises, serait-il sifflé ? »
Les coureurs de l‘équipe britannique Sky impriment leur rythme au peloton,
mercredi, lors de la 17e étape du Tour de France. CHRISTOPHE ENA/AP
« Au cœur du peloton, pas besoin de pédaler
plus vite qu’un cyclotouriste »
COMME LA VOILE, la natation, la Formule 1, le ski (alpin et nordique), le
bobsleigh ou le skeleton, le cyclisme se
penche sur l’aérodynamisme (vélo,
maillot, casque…). Avec des révélations
parfois étonnantes. Thierry Marchal,
directeur monde sport et santé chez
Ansys (société américaine basée près de
Pittsburg), leader de la simulation numérique, qui collabore avec Bert Blocken, professeur à l’université d’Eindhoven et de Louvain, éclaire sur les
secrets de ce monde invisible.
u
Historique de l’aérodynamisme
dans le cyclisme
« Eddy Merckx, avant son record du monde de l’heure (1972), parlait déjà de l’importance de l’aérodynamisme. Le modèle
numérique remonte à une bonne dizaine
d’années. Lors de l’arrivée de Fignon sur
les Champs-Élysées, quand il perd pour
8 secondes contre LeMond (en 1989), certaines réflexions ont dit, mais n’ont pas
été étudiées ni validées, que si Fignon
avait mis sa queue-de-cheval dans son
maillot (LeMond avait un casque, pas le
Français), il aurait pu gagner le Tour. »
u« C’est un peu comme un tunnel pour
A
Mode opératoire
voitures, si ce n’est qu’il est tout à fait
plat. Il fait une vingtaine de mètres, il est
disponible à l’université d’Eindhoven. À
une extrémité du tunnel, de grands ventilateurs soufflent du vent à la vitesse demandée. Pour apprécier les éléments
comme la vitesse, la pression, il est important de diviser le domaine de calcul en
petites boîtes. C’est sur ces petites boîtes
que les ordinateurs vont pouvoir résoudre
les modèles. On a mis plus de 3 milliards
de petites boîtes. Dans chacune de ces
boîtes, on va calculer les composantes de
la vitesse et la pression. On a résolu un
système d’équations avec 10 milliards
d’inconnues. Ceci nous permet d’étudier
les interactions aérodynamiques entre
tous les athlètes du peloton et de faire une
cartographie de ce peloton en disant que,
pour chacun des athlètes, on sait quelle
était la traînée, quelle était la résistance
de l’air que lui-même pouvait ressentir. »
peloton, des coureurs
uLe
sur un tapis roulant
« La résistance de l’air au sein du peloton
est entre 10 et 20 fois plus faible que celle
d’un coureur isolé, ce qui est énorme. Ce
qui veut dire que, lorsque vous êtes au sein
du peloton, vous pouvez vous laisser aller
pour maintenir la vitesse de 54 km/h.
Pour suivre un peloton qui roule à 54 km/h
alors que tout le vent est en traînée, l’air
vient pousser par l’arrière le peloton, vous
ne devez pédaler que comme si vous rou-
liez tout seul à du 12 ou 15 km/h. C’est un
peu comme si vous étiez sur une bande
roulante, comme celles présentes dans les
aéroports pour aller plus vite d’un endroit
à un autre, et que vous pouviez marcher
sur ce genre d’escalators horizontal. Dans
le peloton, c’est la même chose, vous êtes
tellement aidé par l’air que vous pouvez
pédaler un peu comme un cyclotouriste
pour faire du 12 ou 15 km/h. Cela rejoint le
sentiment de toute une série de coureurs
cyclistes avec qui nous avons discuté, qui
nous avaient dit qu’au sein du peloton il
faut à peine pédaler pour suivre. »
des prises
uDescente,
de risques sans effet
« On a mené toute une série d’analyses en
descente pour arriver à la recommandation quant à la meilleure position possible.
Sagan a sûrement le meilleur compromis,
comme Nibali, qui a une très bonne position aérodynamique. Pas Froome (l’Anglais, assis sur le cadre, menton au-dessus
de la roue, avait, en 2016, dans la descente
de Peyresourde, lancé une mode depuis
très copiée). Ce qui nous avait motivés au
départ pour cette recherche, c’est que la
position de Froome était dangereuse. Nous
avions la crainte qu’il y ait des accidents,
notamment avec les jeunes, pour aucun
apport aérodynamique. Le message est
passé : il y a d’autres positions. »
Après trois semaines intenses, Gianni Mura soulève deux phénomènes :
« La haine anti-Sky et la façon de se
conduire du public. Cela est de plus dangereux et stupide. J’ai parlé de castisation des tifosis du vélo : les fumigènes,
perruques… Cela ne fait pas partie du
vélo. Ce sont des gens qui ne viennent
pas voir une étape mais qui veulent se
voir dans l’étape. C’est une forme d’exhibitionnisme qui a déjà fait des victimes
parmi les coureurs en faisant des selfies.
C’est dangereux. Il n’y a pas de haine, il
y a seulement l’envie d’être un crétin. Si
je revois dans les livres les vieilles photos
du temps d’Anquetil, Coppi ou Bartali, la
route était laissée aux coureurs et il y
avait le public rangé au bord, comme s’il
attendait sur le côté. Il y avait quelque
chose de religieux. Du respect. Ce respect n’existe plus maintenant. Et cela
pose une question sportive, il n’y a plus
les moyens de dépasser un coureur. La
route s’ouvre au dernier moment comme
les eaux de la mer Rouge. Je suis inquiet,
car cela va augmenter, même en Italie.
C’est ce que j’appelle l’appropriation de
la route. »
Jeremy Whittle raconte : « J’ai écrit
que le Tour est la Coupe du monde du cyclisme et que quand Brailsford dit que les
sifflets sont dans la culture française, il
s’est trompé, mais j’ai l’impression qu’il y
a une distance entre les Français et le
Tour. Avant et après Festina, tout a changé. Il y a peut-être un sentiment de colère
parmi les Français. Ce n’est pas Sky qui a
volé le Tour, c’est Armstrong qui a volé le
cœur du Tour. Il a cassé le Tour avec cette
histoire de dopage. Puis les autres après
lui, Landis, Puerto et les autres scandales.
On a maintenant une équipe bien organisée, bien financée qui manque un peu de
panache, trop systémique, trop mécanique, trop robotique, les gens au bord de la
route ont l’impression que le Tour a été
volé par les étrangers. » Avant de soulever : « Thomas est plus apprécié que
Froome. Parce que Froome habite à Monaco, parce qu’il est né en Afrique, parce
qu’il n’a jamais, jamais, jamais couru en
Angleterre, à part deux courses (les JO et
le grand départ du Yorkshire), qu’il n’a
jamais habité en Angleterre. Thomas est
le plus gallois des Gallois. » Prêt à raconter une autre histoire. ■
J.-J. E.
EN BREF
Cyclisme : Macron
a dîné avec Prudhomme
u« Jusqu’à 25 m derrière le cycliste, il y
Le rôle des voitures
a une influence aérodynamique. Notre
recommandation serait que les voitures,
notamment dans les contre-la-montre,
devraient être 25 m derrière le cycliste et
non 10 m comme le prévoit le règlement
pour la sécurité, distance qui la plupart
du temps n’est pas respectée. À 10 m, il y
a toujours une influence aérodynamique
très importante. »
uConclusion
« Certains peuvent regretter que la
technologie, la simulation prennent de
plus en plus de place au niveau de la
course cycliste. On va peut-être moins
courir à l’instinct et au panache comme
le faisaient Eddy Merckx et Bernard Hinault, mais c’est inéluctable. Ne pas
utiliser aujourd’hui ce genre de technologies pourrait reléguer certaines équipes au second plan. C’est la raison pour
laquelle on cherche à communiquer. On
travaille avec les équipes BMC, Mitchelton-Scott, Lotto-Jumbo… Il est important que toutes les équipes soient au
courant, et puis après elles prennent la
décision ou non de venir. Mais je serais
désolé que certaines équipes gagnent
des épreuves grâce à un avantage
technologique… » ■
PROPOS RECUEILLIS PAR J.-J. E.
À défaut de suivre une étape
du Tour en pleine affaire Benalla,
Emmanuel Macron a croisé
la route du Tour dans les Pyrénées
en dînant mercredi à Tarbes, selon
RTL, avec Christian Prudhomme,
le patron de la Grande Boucle.
Football : le mea culpa
du patron allemand pour Özil
Sous le feu de la critique,
le président de la Fédération
allemande (DFB) a regretté de ne
pas avoir défendu le joueur Mesut
Özil, qui avait dénoncé l’attitude
de Reinhard Grindel après avoir été
la cible de propos racistes à la suite
de sa rencontre controversée en
mai avec Recep Tayyip Erdogan.
Escrime : du bronze mondial
Les fleurettistes françaises
ont décroché la troisième place
des championnats du monde
en battant la Corée du Sud
(35-26), jeudi, en Chine.
JO : Paris 2024
signe la charte LGBT+
Tony Estanguet, président de Paris
2024, a signé la charte LGBT+,
visant à adopter des pratiques
exemplaires en matière de lutte
contre les discriminations liées à
l’orientation sexuelle ou de genre.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 27 juillet 2018
SCIENCES
9
L’éclipse
de Lune sera
la plus longue
du siècle
Une éclipse de Lune,
vue à Chambord
le 28 septembre 2015.
En métropole, elle ne sera visible qu’à
l’horizon quand la lune se lèvera vendredi.
CYRILLE VANLERBERGHE £@cyrillevan
ASTRONOMIE La nuit du 27 au 28 juillet
2018, la Lune passera dans l’ombre de la
Terre pendant exactement 1 heure,
42 minutes et 59 secondes. Ce sera la
plus longue éclipse totale de Lune de
tout le XXIe siècle. Un événement astronomique qui sera parfaitement visible à
l’œil nu en France, si la météo coopère
et offre un ciel dégagé cette nuit.
Mais pourquoi cette éclipse est-elle si
particulière ? « Il y a plusieurs éléments
qui s’additionnent pour que la totalité soit
aussi longue, explique Florent Deleflie,
astronome et directeur adjoint de l’Institut de mécanique céleste et de calculs
des éphémérides à l’Observatoire de Paris. Pour qu’il y ait une éclipse de Lune, il
faut que le Soleil, la Terre et la Lune soient
alignés, dans cet ordre. Et le 27 juillet,
l’alignement entre ces trois corps est particulièrement parfait. » Cela n’est pas
toujours le cas, car la Lune ne tourne pas
exactement dans le même plan que la
Terre autour du Soleil. Sinon, on pourrait observer une éclipse à chaque pleine
Lune.
Mais le 27 juillet, le moment de
l’éclipse sera très proche de celui où la
Lune va venir croiser le plan de l’orbite
J .- M. T U R P IN / D IV E R G E N C E
terrestre, ce qui est matérialisé sur l’infographie par l’intersection de la ligne
blanche continue et de la ligne pointillée. C’est un paramètre qui fait que la
Lune va passer bien au centre du cône
d’ombre projeté par la Terre, avec un
trajet qui sera le plus long possible, bien
plus que si la Lune n’avait fait qu’effleurer ce cône. Ce sera ce que les astronomes appellent une éclipse totale
centrale.
Autre particularité, la Lune sera proche de son apogée le 27 juillet, le point de
son orbite où elle est le plus éloignée de
la Terre. « C’est le moment de son orbite
où sa vitesse est la plus petite, ce qui fait
qu’elle passera plus de temps dans l’ombre de la Terre », précise Florent Deleflie.
Et c’est cette configuration céleste assez
rare qui fait que le phénomène sera le
plus long du siècle.
Un spectacle de toute beauté
Et pour ce type de phénomène astronomique, les incertitudes sont extrêmement faibles. Les heures de début et de
fin du phénomène sont connues avec
une précision meilleure que la seconde.
Plus que les incertitudes sur les positions
des astres dans le système solaire, qui
sont connues avec une précision prodigieuse, ce sont les variations de la rota-
Un alignement du Soleil, de la Terre et de la Lune
Durée de l’éclipse totale : 1 h 43 min
Une éclipse lunaire se produit lorsque la Terre
passe entre le Soleil et la Lune.
Eclipse de Lune du 27 juillet
Orbite de la Lune
ÉCLIPSE
TOTALE
FIN
23 h 13
Soleil
Terre
Lumière du soleil
22 h 22
Cône
Lune
d’ombre
e
Côn
Cône d
e péno
mbre
’o m
d
e
Côn
de
Le 27 juillet, la Lune sera proche de son apogée,
point de son orbite le plus éloigné de la Terre, sa vitesse sera faible,
elle mettra plus de temps à passer dans le cône d’ombre
pé
no
mb
DÉBUT
21 h 30
Orbite de
la Lune
Max.
bre
Orbite terrestre
re
Infographie
tion de la Terre qui peuvent apporter des
erreurs de quelques secondes quand on
essaie de prévoir l’événement plusieurs
années à l’avance.
Malgré la précision incroyable des
calculs astronomiques, les scientifiques
sont en revanche incapables de dire à
l’avance de quelle couleur sera la Lune
au cœur de l’éclipse, ni quel sera son degré d’obscurcissement.
Contrairement aux éclipses totales de
Soleil, où le diamètre lunaire cache
complètement le disque solaire et le
rend totalement noir, la Lune reste toujours visible pendant ses éclipses, et
prend le plus souvent une teinte rousse,
rouge ou brune, car une partie de la lumière qui entre dans l’atmosphère terrestre est déviée et vient éclairer la
Lune. « La couleur de la Lune pendant
l’éclipse est liée à la structure de l’atmosphère terrestre, comme son taux en particules ou la quantité de nuages sur le trajet
de la lumière », rapporte Florent Deleflie.
Seul petit bémol au spectacle depuis la
France, il fera encore jour quand la totalité de l’éclipse commencera, à 21 h 30.
Et la Lune ne sera pas encore levée pour
l’entrée dans la pénombre. En revanche,
le spectacle de la Lune éclipsée et colorée au-dessus de l’horizon pourrait être
de toute beauté. Et contrairement aux
éclipses de Soleil, celles de Lune ne présentent absolument aucun danger pour
les yeux. ■
Un bébé serpent de BONNES AFFAIRES
100 millions d’années
Conservé dans de l’ambre, il prouve que
des serpents étaient déjà terrestres à cette époque.
PALÉONTOLOGIE Il est mort à peine né, il
y a 100 millions d’années, mais passe
maintenant à la postérité. Il n’a presque
rien vu de son monde en sortant de son
œuf et pourtant il nous le raconte aujourd’hui en détail car il a été enterré dans
une tombe en ambre. Et on sait « ouvrir »
ce type de sépulture. Une équipe sinoaméricaine a étudié le fossile d’un bébé
serpent long de 4,75 cm, comportant
97 os, auquel il manque la tête.
Première constatation, il s’agit d’une
espèce inconnue. « Il possède des caractéristiques uniques au sommet des vertèbres », notent les chercheurs, dans l’article détaillant leurs travaux, paru dans la
revue Science Advances. « Elles n’ont jamais été vues auparavant chez d’autres
serpents fossiles de même nature. Xiaophis
se place dans les premières branches de
l’arbre généalogique des serpents, dans un
groupe qui semble être très ancien. »
L’animal a été baptisé Xiaophis myanmarensis. « Xiao » vient du chinois
« xiao » qui veut dire « voir le jour », et
rend aussi hommage à Xiao Jia, le spécialiste de l’ambre qui a donné le spécimen à
l’Institut de paléontologie de Dexu
(Chine) ; « ophis » vient du grec « serpent » ; « myanmarensis » est là en re-
Long de 4,75 cm, l’animal a été baptisé
Xiaophis myanmarensis.
connaissance du Myanmar, pays de la
découverte.
« C’est une découverte intéressante car
c’est une pièce de puzzle supplémentaire
dans un domaine où il y en a très peu »,
convient Alexandra Houssaye, paléontologue au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. « L’ambre, c’est formidable pour la conservation. Avec le bébé
serpent, il y a des débris organiques de ce
qui l’entourait. Et on voit bien que c’était
un milieu forestier. Donc c’était un serpent
terrestre et non pas aquatique comme on le
pensait pour cette époque. » Et il montre
les mêmes signes de développement que
“
Avec le bébé serpent,
il y a des débris organiques
de ce qui l’entourait
”
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ALEXANDRA HOUSSAYE, PALÉONTOLOGUE
les serpents actuels. Le nord-est de l’exBirmanie, particulièrement riche en carrières d’ambre, a déjà fourni des bébés lézards, des bébés oiseaux et des bébés
dinosaures. Un bébé salamandre vieux de
20 millions d’années avait été découvert
dans de l’ambre provenant de la République dominicaine.
« L’endroit où il a été découvert est également intéressant », poursuit Alexandra
Houssaye. « Car il y a 100 millions d’années, l’Inde, où on a trouvé des serpents de
cette époque, était séparé géographiquement de l’Asie du Sud-Est. Ce bébé serpent
fossile montre donc que la diversité des
serpents était plus large et plus répandue
qu’on ne pensait. »
Au côté du squelette du bébé serpent,
l’ambre contient aussi un fragment de ce
qui apparaît comme un bout de peau,
provenant sans doute d’un autre serpent.
Mais des études complémentaires seront
nécessaires pour le caractériser, estiment
les chercheurs. ■
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vendredi 27 juillet 2018 LE FIGARO
10
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
]
Escale gourmande
au port
Cette semaine, Le Figa
ro jette l’ancre dans les
plus beaux
ports de France et se met
dans les pas d’un ambassa
de sa gastronomie. Celu
deur
i-ci raconte l’histoire de
la ville,
à travers ses artisans de
bouc
Un kaléidoscope gourman he, pêcheurs et maraîchers.
d inédit de saveurs.
Damien Goguet, chef
du restaurant La Marine,
à Barneville-Carteret.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
5/6
Un balcon gourmand sur le Cotentin
Entre plages, landes et caps rocheux, Barneville-Carteret constitue une halte de choix.
A
ENVOYÉ SPÉCIAL À BARNEVILLE-CARTERET
« C’est un village d’un double aspect, riant par un côté, sévère par
l’autre, bâti au pied d’une énorme
falaise : espèce de forteresse naturelle, dressée sur la pointe de la
presqu’île du Cotentin. Jersey est en
face — Jersey, cette île hermaphrodite, qui n’est pas française, qui
n’est pas anglaise non plus, quoiqu’elle appartienne à l’Angleterre
[…]. Carteret et Jersey se regardent,
et de si près qu’on pourrait dire
qu’ils se regardent dans le blanc des
yeux. » Ainsi Jules Barbey d’Aurevilly décrivait-il, dans Une vieille
maîtresse, Barneville-Carteret, où
il avait ses habitudes, avant que les
deux communes n’aient opéré leur
jonction administrative. La mère
Denis, héroïne de publicités pour
des machines à laver, a aussi habité par-là, mais c’est sans aucun
rapport avec l’ouvrage.
Le petit port de la côte ouest du
Cotentin constitue une étape de
charme hautement recommandable. D’abord, parce que le Cotentin, c’est très joli. Un littoral sauvage à l’ouest, avec une alternance d’immenses plages de
sable, de caps et d’arrogants rochers – montez au sémaphore de
Barneville-Carteret pour admirer
le panorama, en surplomb de la
plage de la vieille église. Vers La
Hague, des landes de toute beauté
qui inspirèrent notamment Roman Polanski : le cinéaste y tourna plusieurs scènes de l’un de ses
chefs-d’œuvre, Tess, dont l’action se situe en Angleterre.
Partout de solides bâtisses qui
résistent aux violents caprices des
hivers autochtones, des manoirs
et quelques châteaux de toute
beauté comme celui de Vauville,
avec son jardin botanique. Tout
au nord, à Omonville-la-Petite,
Jacques Prévert avait acheté une
maison. Elle se visite. Il faut y aller. On y accède par le petit jardin
imaginé par l’auteur de Paroles,
inventaire fleuri un peu foutraque
mais bouleversant de grâce.
Prévert est enterré avec ses proches à l’ombre,
qui l’eût cru, de la
petite église, dans
un cimetière de
poche où repose
aussi, à ses côtés,
l’un de ses grands
amis, le célèbre
décorateur de cinéma Alexandre
Trauner, complice
du prolifique compagnonnage avec
Marcel Carné.
Le Cotentin, c’est
joli mais également
très bon, car on y produit et on y
récolte énormément de choses
délicieuses, à commencer par des
crustacés et des coquillages de
Barneville-Carteret.
Laurent
Cesne est bien placé pour le savoir : ce chef autodidacte a longtemps officié aux fourneaux de
l’hôtel de la Marine, propriété de
sa famille pendant cinq générations. Il y a conquis une étoile Michelin en 1986, qui brille toujours
au fronton de l’établissement,
vendu en 2016 à des hôteliers venus de l’Est, Anne-Lise et Gérard
Euller. Laurent Cesne reste cependant dans la partie : il a
ouvert l’an dernier une école de
cuisine dans sa jolie Maison des
marmitons.
perfectionner, avancer. « Chaque réouverture, c’était comme
une rentrée scolaire
avec un nouveau cartable », s’émerveille
Damien Goguet.
Il a gardé les produits des fournisseurs
historiques de la Marine, à commencer
par les huîtres de la
maison d’Aigremont
– à particule, s’il
vous plaît –, et les
crustacés débarqués
du bateau La Rose
des champs de Jacky
Duval.
Barneville-Carteret,
un village dressé sur
la pointe de la presqu’île
du Cotentin.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Et la Marine ? Elle reste à flots,
plus que jamais, notamment grâce
à son restaurant car les Euller ont
eu la bonne idée de promouvoir le
bras droit de Laurent Cesne, Damien Goguet, 39 ans. Ce solide
gaillard, angevin d’origine, a
beaucoup appris ici, face à la
Manche, où il a posé ses valises de
commis en 1999, après avoir répondu à une petite annonce parue
dans un journal professionnel. La
famille Cesne avait bien compris
qu’un établissement comme le
sien, plus que d’autres, était
condamné au déclin sans une remise en cause permanente des
chambres comme des menus. De
sorte que la fermeture annuelle
était mise à profit pour rénover,
DANS LE PANIER
LA MARINE
STÉPHANE DURAND-SOUFFLAND
sdurandsouffland@lefigaro.fr
Quelques très bonnes recettes de Laurent Cesne,
apprises à la Maison des Marmitons (47, avenue
de la République, 06 45 01 12 92). Les palets
et financiers, entre autres, de la Maison du biscuit
(Hameau Costard, 50270 Sortosville-en-Beaumont) :
à quelques kilomètres de Barneville,
cette boutique au décor insolite propose de bonnes
spécialités. Du cidre de la cidrerie de la Brique
(50700 Saint-Joseph), maison familiale qui produit
tout ce qui se tire de la pomme, avec ou sans alcool,
et, plus rare, du poiré.
BarnevilleCarteret
Cherbourg
Manche
Saint-Lô
La Marine est l’un de ces beaux
établissements de province qui
ne se moquent pas du monde.
Accueil de bon ton, maître
d’hôtel chaleureux sans familiarités déplacées – la salle est toujours dirigée par le gendre de
Laurent Cesne –, carte sans esbroufe mais étincelante, pas à la
remorque d’engouements déjà
passés de mode, menus à prix
raisonnables.
L’huître est magnifiée de plusieurs façons. En nage glacée de
cornichons, recette mise au point
il y a des décennies par le chef
précédent et qui tiendra la route
encore longtemps ; pochée, avec
des œufs de hareng, comme dans
un daïquiri iodé servi dans un
verre conique ; promptement
grillée avec lard de colonnata
croustillant et cébette, sur une
vague de crème d’Isigny. Ici, le
bonheur est dans la coquille.
Puis, la langoustine sort de
l’eau en sashimi, troublante dans
sa nudité nacrée, réconfortée par
un jus de carapaces bien chaud
parfumé à la marjolaine, tandis
qu’une julienne de mange-tout
apporte une touche végétale et un
croquant diaboliques. La sole,
elle, ose le costume de meunière
qui lui sied parfaitement lorsqu’il
est correctement taillé, comme
par Damien Goguet, si bien que
son escorte – un petit ragoût de
goujonnettes, langoustine et huître – bien qu’exquise, apparaît
presque superfétatoire.
Les desserts sont aussi réussis,
comme ces fraises en vinaigrette
à l’huile d’olive avec éclats de
meringue plus un sorbet basilic et
citron, ou le riz au lait, pomme
confite, espuma de riz, glace vanille, clin d’œil terriblement
gourmand à la teurgoule et au
fruit roi du duché de Normandie.
Alternative à la salle à manger
cossue avec vue de la Marine : la
Potinière, autre institution locale
inaugurée en 1912, entièrement
reconstruite depuis. Il s’agit là
d’une brasserie de bord de mer,
les pieds dans l’eau pour de bon à
marée haute (on y accède alors
par la route du sémaphore, en
empruntant un escalier raide),
avec vue imprenable sur Jersey,
dont la masse sombre est précédée par les confettis des Écréhou,
îlots méconnus sans eau courante
ni électricité. La cuisine est sans
prétention, la musique est « live »
entre 18 heures et 20 heures et, en
saison, on danse jusqu’à l’aube en
regardant le bonheur dans les
yeux. ■
Hôtel de la Marine.
11, rue de Paris. Tél. : 02 33 53 83 31.
Menus à 45, 64 et 92 €, ou carte.
La Potinière. Sur la plage,
16, rue du Port. Tél. : 02 33 53 75 99.
Maison de Jacques Prévert.
Hameau du Val,
50440 Omonville-la-Petite.
Tél. : 02 33 52 72 38.
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IV |
TOUT CE QUE VOUS DEVEZ SAVOIR
Communiqué
Vendredi 27 juillet 2018
C H I N A DA I LY
Le panda Rong Rong vous sert de guide dans cette série de reportages sur Chengdu qui, dans ce numéro, met en scène le développement de la
ville dans ses secteurs culturel, musical et sportif. Du 20 au 22 juin, Chengdu a accueilli l’édition 2018 du World Cities Culture (Tianfu) Symposium
(colloque sur la culture des villes-mondes), toute dernière illustration de son rôle dans la facilitation des grands échanges internationaux. Rong
Rong vous montrera l’activité musicale en plein essor de Chengdu, avec à l’aiche un grand nombre de manifestations, de troupes professionnelles
et de musiciens. Il vous exposera aussi les projets ambitieux de la ville qui vise à devenir un acteur de premier plan dans les sports mondiaux.
De la musique avant toute chose
dans un havre culturel
Par Hao Nan
Les représentants des villes membres du World Cities Culture Forum assistant à l’édition 2018 du World Cities Culture
(Tianfu) Symposium, qui a mis l’accent sur les échanges culturels dans le cadre de l’Initiative Ceinture et Route.
PHOTOS PROVIDED TO CHINA DAILY
CHENGDU, FER DE LANCE DES
ÉCHANGES PLANÉTAIRES
La métropole et ville-pôle du sud-ouest de la Chine joue un rôle toujours plus
important dans l’ouverture du pays. Reportage de Hao Nan.
J
adis ville de l’intérieur de l’arrièrepays, la capitale provinciale du Sichuan joue aujourd’hui un rôle clé
dans la promotion des échanges
culturels et la coopération avec les pays
concernés par l’Initiative Ceinture et Route
– se posant ainsi en fer de lance des efforts
déployés par la Chine pour s’ouvrir et mieux
communiquer avec le reste du monde.
L’édition 2018 du World Cities Culture (Tianfu) Symposium, qui s’est tenue du 20 au
22 juin, est le dernier exemple de la place
occupée par Chengdu dans la facilitation
d’importants échanges internationaux.
C’était la première fois que la ville accueillait
un rassemblement qui a attiré les représentants de 22 cités membres du World Cities
Culture Forum (forum sur la culture des
villes-mondes) – l’organisateur du colloque
– et de neuf villes impliquées dans l’Initiative Ceinture et Route, ainsi qu’environ 400
représentants d’instituts culturels créatifs
renommés et de célébrités internationales.
Le forum a été créé en 2012 et compte 38
villes membres dont Londres, New York,
Hong Kong et Shanghai. Il a ouvert la voie
en matière de promotion du développement culturel et d’élaboration des politiques
au profit de villes du monde entier. Il est
considéré dans ce domaine comme le premier centre de réflexion culturel au monde.
La manifestation de cette année l’a vu
pour la première fois mettre l’accent sur les
échanges culturels et la coopération, l’ouverture et le partage dans le cadre de l’Initiative Ceinture et Route.
En août 2017, Chengdu est devenue la troisième ville de Chine continentale à rejoindre
le forum. Son accueil du colloque est intervenu moins d’un an après son adhésion.
Pour Paul Owens, secrétaire général du comité d’organisation de la manifestation, la
tenue du colloque à Chengdu correspondait à un désir fort que manifeste le monde
de mieux connaître la culture des villes
chinoises et la culture chinoise en général.
M. Owens dit qu’il a beaucoup apprécié
l’atmosphère de Chengdu et qu’il a trouvé
la population locale accueillante et chaleureuse. La ville est massivement peuplée
et affiche une grande force économique.
« Son ouverture, sa capacité d’intégration
et ses avantages pratiques sont les raisons
essentielles pour lesquelles Chengdu est
devenue une cité culturelle de classe mondiale », ajoute le secrétaire général.
Pendant le colloque, les villes membres
du forum ont publié le « Consensus de
Chengdu est depuis longtemps considérée
comme un paradis pour les musiciens en raison de son ouverture et de sa capacité d’intégration – et l’objectif qu’elle s’est récemment
fixé de devenir une métropole internationale
connue pour sa musique ne fera qu’augmentersonattraitetsoninfluencedanslesecteur.
Le mois dernier, la ville a annoncé qu’elle allait accueillir deux manifestations musicales
majeures plus tard dans l’année : le 24th Autumn in Chengdu International Music Season (24ème automne de la saison musicale
internationale de Chengdu) et la 2018 Music
Culture Industry Expo (l’édition 2018 de l’expo
sur l’industrie de la culture musicale).
La première, qui se tiendra du 25 septembre
au 9 novembre, s’inspire des Grammy Awards
aux États-Unis pour créer une véritable fête
visuelle et audio à la chinoise, fait savoir le
comité d’organisation. Elle comprendra 166
spectacles musicaux et plus d’une centaine
d’activités en plein air dans les 22 districts et
comtés de Chengdu.
Les artistes se produiront dans les rues et les
ruelles de la ville, tandis que seront organisés
des concours musicaux et d’autres activités
connexes qui seront observés par des représentants des principaux agents de musiciens,
ajoutent les organisateurs.
Une étincelante soirée de remise des prix, celle
des Awards of Gold Hibiscus (trophées de l’hibiscusd’or)estprogramméependantlasaison
musicale.Lesprix,quiserépartissentenquatre
catégories – musique indépendante, musique
de chorale, bel canto et musique ethnique –,
visent à présenter au public les œuvres musicalesinternationalesdominantesainsiquedes
créationsoriginales,maisaussiàencouragerla
percée de jeunes musiciens talentueux.
L’expodel’industriedelaculturemusicalesetiendra du 14 au 16 septembre à la Western China
International Expo City (cité internationale des
expositionsdeChineoccidentale)deChengdu.
La manifestation de trois jours se déroulera sur
une zone d’exposition de 30 000 mètres car-
rés. Plus de 400 sociétés chinoises et étrangères – dans les domaines de la musique sur
Internet et de l’éducation musicale, mais aussi
dans les secteurs des instruments d’éclairage
et d’acoustique ainsi que de la machinerie scénique – mettront en vitrine leurs tout derniers
produits,leurstoutesdernièrestechnologieset
réalisations, soulignent les organisateurs.
L’expo est conçue pour répondre aux besoins
de développement des secteurs culturel et
touristique dans le sud-ouest de la Chine
et dans les comtés concernés par l’Initiative
Ceinture et Route, en fournissant aux professionnels des solutions et un appui technique.
En plus de ces deux manifestations primordiales, Chengdu accueille aujourd’hui plus
de 100 activités musicales de grande et de
moindre envergure.
Le City Music Hall (théâtre musical municipal), appelé à devenir un nouveau monument
culturel, est en construction à la Southern
First Ring Road (première route périphérique
sud) et sera achevé en décembre. Il offrira
1 600 places dans sa salle d’opéra et 1 400
dans sa salle de concert.
Autre réalisation en cours : le Chengdu Music
Fun District (le district de divertissement
musical de Chengdu), l’un des projets les plus
importants de la ville en matière de musique.
Chengduabriteaujourd’huiplusde400entreprises importantes en liaison avec la musique
et plusieurs studios de chanteurs renommés
tels que Chris Lee Yuchun et Jane Zhang.
Concert donné par des musiciens venus
du monde entier pendant l’une des
nombreuses manifestations musicales
internationales l’an dernier à Chengdu.
PROVIDED TO CHINA DAILY
Toujours en piste dans la course
aux grands rendez-vous
sportifs internationaux
Par Hao Nan
John Hawkins (à gauche), premier avocat de l’économie créative, a partagé sa
réflexion avec les participants à l’édition 2018 du World Cities Culture (Tianfu)
Symposium.
Son ouverture, sa capacité
d’intégration et ses avantages
pratiques sont les raisons
essentielles pour lesquelles
Chengdu est devenue une cité
culturelle de classe mondiale.”
Paul Owens
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU COMITÉ
D’ORGANISATION DE L’ÉDITION 2018 DU WORLD
CITIES CULTURE (TIANFU) SYMPOSIUM
Chengdu », qui fait ressortir les efforts déployés par Chengdu pour promouvoir sa
culture, les échanges et la coopération avec
les cultures des villes de toute la planète.
Un accord de coopération a également été
signé entre le Chengdu Media Group et les
membres du forum, avec pour objectif de
faire de Chengdu un pôle d’échanges culturels en harmonie avec les valeurs fondamentales de l’Initiative Ceinture et Route, et
d’approfondir la coopération dans les domaines de la culture et de la technologie, de
la mode et du design, des arts et de la musique, du tourisme et des salons, ainsi que
des sports et de la gastronomie.
Le comité d’organisation de la manifestation
a rendu public son tout premier rapport de
recherche sur le développement culturel
des villes concernées par l’Initiative Ceinture
et Route. Selon ce rapport, en une décennie,
Chengdu s’érigera en métropole internationale, dont l’économie rivalisera avec celle
des cités du globe les plus historiques.
La ville aide aussi à la réalisation des objectifsdelaChineenmatière demondialisation:
elle crée des entreprises innovantes de taille
mondiale et contribue au développement
mondial à travers l’internationalisation, indique le rapport.
Conor Roche, directeur de BOP Consulting
in China, estime que la principale raison pour
laquelle Chengdu a été mise en évidence
dans le rapport tient à la robustesse de sa
croissance dans les secteurs de la culture
et de la création, qui témoignent d’une identité bien particulière et de l’importance de la
protection dont ils font l’objet, ainsi qu’à la
richesse de ses reliques culturelles.
Forte d’une civilisation remontant à 4 500
ans, Chengdu faisait partie du premier groupe
dans la liste des villes chinoises de renommée historique et culturelle ; elle est aussi
l’une des 10 premières villes anciennes de
Chine, selon denombreux comptes rendus.
Début juin, la ville a annoncé ses objectifs
les plus récents : devenir une cité du monde
renommée pour sa culture créative, le tourisme et les sports, ainsi qu’un lieu connu et
reconnu pour sa gastronomie, sa musique
et son accueil de grandes manifestations.
Chengdu se rapproche avec une belle régularité de son objectif de devenir un acteur
majeur dans l’organisation de manifestations
sportives internationales, grâce à la constructiondevastesinstallationsdeclassemondiale
et à l’accueil d’une série de compétitions planétaires déterminantes.
Selon les responsables municipaux, la
construction de la cité olympique de Tianfu
permettra à Chengdu d’atteindre son but
ambitieux. La planification conceptuelle et la
consultation des architectes pour le projet
gigantesque ont commencé en mai, et attiré
des soumissions de la part de 70 équipes de
design de sociétés et d’instituts représentant
l’élite mondiale en la matière.
Située dans la zone de Tianfu International
Airport City, la cité olympique sera le premier
complexe sportif du Sichuan intégrant un
stade, un centre aquatique de compétition et
des équipements pour des sports tels que le
cyclisme et le volleyball. L’énorme ensemble
couvrira une surface totale de 86 kilomètres
carrés, dont une partie centrale de 12 kilomètres carrés et une zone de 40 kilomètres
carrés pour les sports aquatiques.
Huit des 70 équipes de design sélectionnées
pour prendre part au projet proviennent de
divers pays et régions, notamment de Chine,
des États-Unis, du Japon, d’Espagne et d’Allemagne. La plupart des huit équipes ont une
solide expérience en matière de planification globale pour les Jeux olympiques et de
conception de stades olympiques.
À l’heure actuelle, elles ont toutes achevé
leurs relevés sur le chantier et soumettront
leurs plans conceptuels pour le complexe
Cette page est parrainée par le bureau d’information de la municipalité de Chengdu.
sportifàlafindumois.Seulescinqd’entreelles
poursuivront jusqu’à la phase de conception
et seront désignées sur une liste qui doit être
rendue publique fin septembre.
Début juin, Chengdu a annoncé son intention de s’établir comme ville internationale
spécialisée dans l’organisation de manifestations sportives en construisant des stades
de classe mondiale, en lançant de nouvelles
compétitions et en élaborant des rendezvous sportifs sous des labels propres à la ville.
En mars a été lancée la réalisation de 13 projets d’infrastructures concernant la cité olympique de Tianfu, notamment des routes, des
installations relatives aux services publics,
des aménagements paysagers et des structuresd’appui, représentantuninvestissement
total de 26,08 milliards de yuan (3,38 milliards
d’euros).
Avec le Longquan Mountain Forest Park (le
parc forestier de la montagne de Longquan)
et le Tianfu Greenway (l’allée verte de Tianfu),
la cité olympique formera un groupement récréatif pour les sports de loisir en plein air.
Situé dans la partie est de Chengdu, le parc de
Longquan a été conçu pour servir de « super
central park » à la ville, avec une surface totale
de 1 275 kilomètres carrés qui représente 1,7
fois la taille du centre-ville de Chengdu.
L’allée verte de Tianfu est un projet de grande
ampleur qui transformera Chengdu en villejardin. Les travaux sont dans les temps pour
être achevés à l’horizon 2035 et produire le
plus long système de sentier vert programmé
en Chine. Les zones écologiques, les parcs,
les petits jardins et les prairies de Chengdu
seront reliés entre eux par le biais de l’allée
verte, transformant ainsi la métropole en un
immense jardin.
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LE FIGARO
vendredi 27 juillet 2018
CULTURE
15
Les flammes flamandes
de Gaspar de Crayer
ARTS Le musée de Cassel réhabilite ce collègue de Rubens,
maître injustement oublié de l’art baroque.
ENVOYÉ SPÉCIAL À CASSEL
our les grandes scènes et retables, aller à Valenciennes, à Lille, à Anvers où il naquit, à Bruxelles et à Gand
où il vécut. Et pour le reste, les portraits, les tableaux religieux, les quelques variations profanes inspirées des
œuvres du Tasse, la compréhension de
la vie et du travail de cet artiste, faire
étape à Cassel (Nord). Ce village, qui fut
le quartier général de Foch durant la
Première Guerre mondiale et qui vient
d’être élu « village préféré des Français » (lire ci-dessous), accueille dans
son musée la première exposition jamais montée sur Gaspar de Crayer
(1584-1669). Encore plus que pour Van
Dyck ou Jordaens, anciens assistants de
Rubens, le prince des peintres a fait de
l’ombre à ce maître qui avait accès à
son atelier dès 1610 et qui, après sa
mort, acheva certaines de ses commandes. Au cours des siècles, beaucoup
de ses travaux ont été attribués à
d’autres, dont Rubens bien sûr.
« Ses très grandes qualités font
aujourd’hui ses défauts, explique l’historien Alexis Merle du Bourg, commissaire avec Sandrine Vézilier-Dussart, la
directrice du lieu. D’abord c’est un
grand peintre d’œuvres d’églises. Ensuite, par rapport à Rubens, il est volontairement pondéré et moins érudit. Sa vie
est réglée, sa carrière, longue de soixante ans, paisible, presque monotone. Grâce à la gravure qui répandait les modèles
de l’Antiquité et de la Renaissance dans
les Flandres, il n’a pas eu besoin de faire
le voyage en Italie. Enfin, dans l’histoire
de l’art, il a l’image d’un suiveur ce qui
n’est vrai qu’en partie. Crayer a une voie
autonome. »
Il ajoute que du fait des saisies opérées
pendant la Révolution dans les églises
belges, la France est très riche en
œuvres de De Crayer, « preuve de la
haute estime avec laquelle on l’a tenu jusqu’au XIXe siècle ». Peintre des cours
des régents espagnols, maîtres des
Pays-Bas méridionaux, de Crayer appartient à l’élite de la profession. Quand
Rubens conçoit l’arc de triomphe éphémère pour les fêtes d’entrée de l’archiduc Ferdinand d’Autriche à Anvers en
1635, lui fait de même pour Gand.
En considérant ensemble ses tableaux, on note certes le modèle rubénien mais aussi l’influence de Titien, de
Véronèse. Et à ces vibrations vénitiennes s’ajoutent celles de l’école de
Bologne ainsi qu’une pointe de caravagisme. Les personnages sont plus statiques et dégagent moins d’affect que
ceux de Rubens, mais les visages expriment un noble et spirituel détachement. Ne serait-ce que de ce point de
vue, le Martyre de sainte Catherine venu
de Grenoble est un chef-d’œuvre.
Autres commandes à caractère biblique, le surnaturel Christ en croix entouré par le curé et les proviseurs du
béguinage de Bruxelles (Musée du Centre public d’action sociale de Bruxelles)
ou encore cette Sainte Famille. Elle ornait l’oratoire privé du gouverneur des
Pays-Bas. C’est un prêt de la Galerie
des Offices à Florence. D’autres toiles
viennent du Prado de Madrid ou du
Kunsthistorisches Museum de Vienne,
ce qui est remarquable pour Cassel,
commune de moins de 2 400 habitants.
Belle prestance
Les salles les plus réussies sont celles
des portraits. Voici d’abord sept échevins et aristocrates. Bouc et moustache
en pointe pour les hommes. Lourds bijoux, costumes noirs, extraordinaires
collerettes empesées et plissées pour
tout le monde. Les mains délicatement
posées sur le pommeau de l’épée, les
doigts parfois mêlés aux entrelacs de la
garde, l’acuité, la morgue ou le stoïcisme des regards, la belle prestance enfin : de Crayer sert à merveille les plus
hauts lignages.
À commencer par celui des Habsbourg. Se servant d’une miniature par
Maino ou Velazquez du visage de Philippe IV d’Espagne, il représente par
deux fois le « Roi-planète » en pied. Ici
en chef suprême des armées. Sur fond
de rideau rouge, il resplendit de la tête
aux pieds dans son éblouissante armure
de parade noire niellée d’arabesques
florales or. Là il pose en compagnie
d’un écuyer et d’un nain mélancolique.
Pour la première fois, ces deux tableaux
se trouvent côte à côte. L’un vient du
Met de New York, l’autre du Palacio de
Viana à Madrid. À proximité, on admire
encore le portrait en pied du cardinalinfant Ferdinand, frère cadet du roi des
Espagnes. Son maintien, sa mozette et
soutane rouge alternant avec le surplis
blanc à dentelle rivalisent avec ceux du
Richelieu peint par le cadet Philippe de
Champaigne.
Mais qui était au juste de Crayer ? La
section inaugurale du parcours le montre dans deux gravures plus mûr que
lorsque jeune il s’était représenté dans
son Adoration des Rois mages, toile décrochée de l’église de Saint-Martin de
Courtrai. C’est un gentilhomme. Sur son
buste en terre cuite venu du Rijksmuseum d’Amsterdam, il arbore un collier
à médaillon de son roi ainsi qu’une broche représentant ses pinceaux. Ses traits
dégagent une sage sérénité, une distance apaisante, mais aussi de la vie. Car de
Crayer, comme le montre son excellente étude de visage d’un jeune Maure,
peut aussi être aimé pour cela. ■
THE METROPOLITAN MUSEUM OF ART/NEW YORK
P
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
Gaspar de Crayer, Portrait de Philippe IV d’Espagne en armure de parade (1628).
Les autres trésors du village préféré des Français
«
Cassel
succède à
Kaysersberg,
dans
le Haut-Rhin,
qui avait
décroché
le titre
l’année
précédente
»
Depuis le 19 juin et jusqu’à l’été
prochain, Cassel est « le village
préféré des Français ». Le titre a
été décerné sur France 2 par Stéphane Bern à l’issue d’une émission spéciale, sur la base de votes
des téléspectateurs. Cette septième édition a été vue par 2,7 millions de curieux. La bourgade des
Hauts-de-France se trouvait en
lice parmi treize autres communes, dont celle de Hell-Bourg sur
l’île de La Réunion ou encore celle
du Mont-Saint-Michel qui n’a terminé qu’en cinquième position.
Cassel succède ainsi à Kaysersberg, dans le Haut-Rhin, qui avait
décroché le titre l’année précé-
dente. Sur place, tout le monde
s’en félicite : la mairie de
Kaysersberg a déclaré avoir vu la
fréquentation augmenter de
300 000 visiteurs en un an. Quant
aux commerces, leur chiffre d’affaires aurait fait un bon de 30 %.
Sur ce plateau dominant la
plaine des Flandres maritimes,
françaises et belges, les richesses
patrimoniales abondent. Outre le
musée départemental, ancienne
châtellenie Renaissance mi-flamande, mi-italienne restaurée en
2010 et qui conserve notamment
le képi et l’uniforme de Foch
(53 000 visiteurs par an), la promenade révèle une statue éques-
tre du maréchal, plusieurs monuments aux morts, une chapelle
et une église des Jésuites XVIIe,
une collégiale fin XVIIIe et quatre
hôtels particuliers dont le plus
ancien date de 1631.
Appel au mécénat
Il y a aussi un moulin et le château du général d’empire Dominique Vandamme. Ce bâtiment
classé depuis 1980, surnommé
« La Frégate », a largement été
transformé par l’architecte lillois
Benjamin Dewarlez (1768-1819).
C’est lui qui lui a donné sa forme
de bateau unique en Europe, avec
des lignes arrondies et des fenê-
tres rappelant des hublots. Malheureusement, cette frégate fait
naufrage. Scandalisée par son
état d’abandon, une association à
but non lucratif, le Cercle impérial de Flandre (CIF), cherche à
l’acquérir avec son parc, en vue
d’une ouverture au public. Elle
lance un appel au mécénat
(www.c-i-f.fr). Il faut réunir
242 000 euros. Stéphane Bern a
promis de revenir à Cassel afin de
vérifier si le dossier avance. La
Frégate n’a toutefois pas été sélectionnée pour bénéficier du
loto du patrimoine, le CIF n’en
étant pas encore propriétaire. ■
É. B.-R.
Gaëtan Puaud, avec Messiaen jusqu’au sommet
est l’histoire d’un jeune
Nantais, fondé de pouvoir à la Société générale, qui décide de quitter
la banque pour l’enseignement. Passant l’agrégation de
sciences économiques, il devient professeur de lycée, puis chef d’établissement. Son nom a déjà été cité dans
Le Figaro quand il était enfant. Pour un
concours de châteaux de sable. Bref,
pas grand-chose à signaler. Si ce n’est
que Gaëtan Puaud aime la musique depuis tout petit. Son père mélomane le
met au piano, l’inscrit aux JMF, les Jeunesses musicales de France, qui ont
suscité tant de vocations, et l’emmène
aux concerts du Dr Meeus, un médecin
qui fait tout de même venir Sviatoslav
Richter et David Oïstrakh à Nantes. Il
aime toutes les musiques, du classique
aux Beatles, et, surtout, la modernité
l’attire. À 15 ans, son père lui offre un
33-tours des Trois Petites Liturgies de la
présence divine, d’Olivier Messiaen :
coup de foudre, il veut tout savoir de ce
compositeur.
Ce serait resté un hobby si, en 1984,
un autre médecin ne lui avait recommandé, pour soigner l’asthme de son
fils, de faire un séjour en montagne, et
C’
plus particulièrement dans l’Oisans, au
climat intermédiaire entre alpin et méditerranéen. Tiens, c’est là que Messiaen aimait se retirer pour composer,
face à l’imposant massif de la Meije. Et
de se souvenir que le compositeur avait
mentionné son désir de faire jouer son
œuvre Et exspecto resurrectionem mortuorum face au glacier.
Profitant d’un passage du musicien à
Nantes, Gaëtan Puaud y va au culot :
« Et si on y faisait un festival ? » « Ce sera
compliqué », lui répond Messiaen. Il demande conseil à un Nantais habitué aux
défis, René Martin, fondateur de
La Folle Journée et de La Roque d’Anthéron. À la mort de Messiaen, Puaud
va consulter sa veuve, Yvonne Loriod,
VINCENT OLLIVIER/PHOTOPQR/LE DAUPHINE/MAXPPP
CHRISTIAN MERLIN
Gaëtan Puaud, face au massif de la Meije. En vingt ans, son festival consacré à Messiaen
a essaimé dans tous les villages à l’entour tout en rayonnant jusqu’à Briançon et Grenoble.
qui promet de le soutenir. En 1998, on
se lance, sans filet, avec quatre concerts
au village de La Grave. Les deux
meilleurs disciples du couple Messiaen,
les pianistes Pierre-Laurent Aimard et
Roger Muraro, sont partants, Yvonne
vient en 2000, et Exspecto est joué en
2002.
On avait prédit à Gaëtan Puaud qu’il
ne pourrait tenir la distance tous les
ans avec une manifestation aussi spécialisée. « J’ai tout de suite su que la
matière ne s’épuiserait jamais. » Depuis, le festival a essaimé dans tous les
villages à l’entour, Le Chazelet, Villard’Arène, tout en rayonnant jusqu’à
“
Je veux que le festival
me survive, il est temps
que je me retire
GAËTAN PUAUD
”
Briançon et Grenoble. Pierre Boulez est
venu en 2010, des commandes ont été
passées à des compositeurs contemporains, de Tristan Murail à Bruno Mantovani. Et depuis qu’il est à la retraite
de l’enseignement, Puaud prend son
bâton de pèlerin et effectue des tournées dans les écoles de l’Oisans pour
préparer les enfants à l’écoute. Il a dû
affronter les éléments, comme ce
concert à 2 400 m d’altitude qui a vu
l’Orchestre de Strasbourg plier bagage
à cause de la pluie alors que les caméras d’Arte étaient prêtes à tourner.
Parfois, le miracle se produit, comme
ce soir de 2008 où, le Philharmonique
de Radio France ayant dû renoncer à
jouer en plein air à cause du déluge qui
s’était abattu sur le Briançonnais, le
pianiste Roger Muraro, pour dédommager les auditeurs déçus et trempés,
improvisa un récital dans l’église et se
lança, sans partition, dans l’intégrale
des Vingt Regards sur l’enfant Jésus :
deux heures de musique, par cœur,
que l’on doute de réentendre un jour
aussi inspirée.
Gaëtan Puaud peut être fier de sa
création, portée à bout de bras bénévolement depuis vingt ans. Mais il
n’est pas possessif : « Je veux que le festival me survive, il est temps que je me
retire. » Ainsi, 2018 sera sa dernière
édition. Son souhait : voir lui succéder
Bruno Messina, très inventif et dynamique directeur du Festival Berlioz de
La Côte-Saint-André, dans ce département de l’Isère où se trouve justement la maison de Messiaen. Mais, à ce
degré de passion, on serait étonné que
Gaëtan Puaud reste musicalement
inactif. ■
Du 27 juillet au 5 août.
www.festival-messiaen.com
A
FESTIVAL Cet ex-enseignant attire, sur les contreforts alpins, les mélomanes du monde entier pour célébrer le compositeur.
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vendredi 27 juillet 2018 LE FIGARO
16
CULTURE
À Avignon, les petites révolutions
de palais en 3D
EN BREF
Delacroix superstar
Avec près de 540 000 visiteurs
(soit une moyenne de 5 156 par
jour), la rétrospective consacrée
au génie romantique français
devient « le plus grand succès
jamais rencontré par une
exposition du Louvre dans ses
murs », selon le musée. Elle sera
reprise à partir du 17 septembre
au Met de New York.
PATRIMOINE
Une tablette
qui reconstitue la
splendeur des Papes,
une exposition
inédite, une salle
Botticelli : les visiteurs
sont choyés.
ARMELLE HÉLIOT
aheliot@lefigaro.fr
a notoriété d’Avignon, toutes les études le disent, c’est d’abord son
pont aux arches arrachées par une crue
du Rhône et la chanson que tous les écoliers du monde connaissent. C’est ensuite son Palais des papes extraordinaire, le
plus grand bâtiment gothique d’Occident avec ses 15 000 m2 et son histoire
étonnante. 600 000 personnes le visitent
chaque année.
Il est splendide et la place, fermée au
fond par la façade du Musée du Petit
Palais qui recèle la plus belle collection
de peinture primitive italienne que l’on
puisse imaginer, donne un sentiment de
grandeur et de paix.
Depuis quelques mois, beaucoup de
choses ont changé à Avignon. Comme
l’étaient les bibliothèques, très riches, et
les archives, très importantes, les musées de la ville ont été réunis sous la houlette d’une directrice, ancienne du Musée Réattu d’Arles, Pascale Picard. Elle a
souhaité que, pour que le public nombreux qui visite le Palais des papes prenne la mesure de toutes les richesses de la
NO
HISTOVERY-MASTERVISUEL GRANDTINEL
L
Festival de Lama en Corse
E
UV
La tablette, prêtée gratuitement, permet de visualiser neuf salles, tentures, tapisseries, meubles, objets, et même les repas.
cité, une exposition présente un florilège
de ces institutions. Dans la grande chapelle, « Mirabilis » se déploie selon une
scénographie de Christian Lacroix. Musée Calvet, Musée Lapidaire, Petit Palais,
Palais du Roure, Musée Requien, ils sont
cinq à dévoiler pièces maîtresses ou raretés. Quatre cents œuvres et objets qui
couvrent plusieurs siècles et plusieurs
domaines. Des grands formats d’Hubert
Robert à un anorak inuit en peau translucide, c’est un inventaire à la Prévert
que peut faire le visiteur, souvent ébahi
d’apprendre que la ville et ses musées
sont riches d’autant de merveilles.
Très bonne initiative, donc, car on a
envie d’en savoir plus et les touristes
s’aventurent au-delà des murs du Palais.
Un bâtiment qui, lui aussi, bénéficie
d’une petite révolution. Conservatrice
en chef du Palais des papes et directrice
du Musée du Petit Palais, historienne
Matteo Giovanetti, ses mosaïques donnent une idée de la beauté d’autrefois,
ses salles sont dépouillées. La tablette,
prêtée gratuitement, permet de visualiser neuf salles, tentures, tapisseries,
meubles, objets, et même les repas.
Au Petit Palais voisin, une salle Botticelli a quant à elle été conçue autour du
trésor qu’est La Vierge et l’Enfant de la
main du maître. Le Louvre a déposé deux
peintures italiennes du XVe siècle, une
Vénus aux trois putti de l’atelier de
Sandro Botticelli et un panneau représentant saint Jean-Baptiste, donné au
Louvre pour le Petit Palais par la famille
Sarti, galeristes parisiens. Autant de raison de visiter Avignon, l’une des plus
belles villes de France. Et si calme après
le festival ! ■
Entrée Palais des papes, de 6,50 à 12 €.
Petit Palais, gratuit, comme tous les musées
d’Avignon.
aiguë qui a beaucoup écrit sur ces lieux
qu’elle connaît si bien, Dominique Vingtain, qui doit stoïquement faire face à des
budgets serrés et des suppressions de
personnel (plus de bibliothécaire, plus
“
Dans la grande chapelle,
« Mirabilis » se déploie
selon une scénographie
de Christian Lacroix
”
de régisseur au Petit Palais), se réjouit de
ce nouvel outil de visite et de connaissance. Une tablette de réalité augmentée
et 3D, par la société française, Histovery,
qui a mis en images les recherches et les
décisions d’un comité de savants réunis
autour de la conservatrice en chef. Le résultat est enthousiasmant. Si le Palais est
superbe, ses peintures dont celles de
L’armistice de 1918
aux Invalides
Le Musée de l’armée à Paris
vient d’ouvrir une exposition
consacrée à l’armistice du
11 novembre 1918. Le parcours
revient notamment sur les sept
cessez-le-feu signés avant
la date décisive, dont celui
de Brest-Litovsk. Il explore
également les sentiments des
nations après la fin des combats.
Jusqu’au 30 septembre.
Semaine acadienne
en Normandie
Créée pour commémorer
les Acadiens qui ont participé
au débarquement de Normandie,
la Semaine acadienne
aura lieu sur la Côte de Nacre
du 8 au 15 août. Au programme
de cette 13e édition, concerts,
notamment de Natasha St-Pier
ou David Thibault, bals,
expositions, parades…
www.semaineacadienne.net
L’humour à la plage
AU
UN JOUR, UN FESTIVAL Joyeusement potache,
la 33e édition de « Humour et eau salée » déride
Saint-Georges-de-Didonne.
PRÉSENTE
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
REDÉCOUVREZ LES GRANDES
AFFAIRES CRIMINELLES
n lapin poisson en polo
marin et des palmes aux
pattes, l’affiche du festival
Humour et eau salée donne
le ton de cette 33e édition
« tous azimuts, dedans, dehors ».
« C’est le mariage de la carpe et du lapin,
dans le Nord, faire le carpin, c’est faire le
bazar », explique Denis Lecat, le programmateur de ce rendez-vous qui
anime
Saint-Georges-de-Didonne
(Charente-Maritime).
« À l’embouchure de l’estuaire de la
Gironde où se trouve la ville, la France a
une bouche qui ne sourit pas. Nous, nous
essayons de la faire sourire », reprend
ce « créatif », acteur et autrefois responsable de l’association Le Nombril du
monde.
Cette année, le thème choisi est
« Sport et animaux, mais pas forcément
ensemble ». Au programme : quelque
soixante-dix spectacles de cirque,
contes, chansons ou seuls en scène (Yo-
U
ve
En plongeant dans ses archives,
Figaro
revient sur 10 des affair
affaires
Le Fi
ro re
qui ont marqué la France entière
depuis less années
années 1950.
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PATRICK FABRE
De Dominici à Outre
Outreau,, en p
passant
par le procès de
de Guy
G Georges,
trois journalistes du Figaro
décryptent
od
te
minutieusement ces affaires
définitivement
faires dé
nitive
jugées ou à jjamais irrésolues.
ré
A
Du 28 juillet au 3 août,
le Festival du film de Lama,
en Haute-Corse, accueillera
notamment Alex Lutz, qui fera
l’ouverture avec Guy, Pierre
Salvadori avec En liberté !, deux
films très appréciés à Cannes.
Tout comme Le Grand Bain de
Gilles Lellouche, qui clôturera
ce festival de cinéma en plein
air. Au programme aussi,
de nombreux documentaires,
des films d’animation pour
les enfants et des ateliers.
www.festilama.org
L’Envol de la fourmi, fantaisie pour poules
et clown, au festival Humour et eau salée.
hann Metay, Tano, Mélodie Fontaine…). Sans oublier des projections de
films comme l’avant-première du
Grand Bain de Gilles Lellouche (le
27 juillet). Parmi les nouveautés : une
journée événementielle « joyeusement
potache » composée d’un concours de
rigodon, d’un « championnat du monde
d’alpinisme horizontal sur plage » et
d’un concours international d’« Air feu
d’artifice » (le 30 juillet).
Denis Lecat veut proposer « quelque
chose de large et complémentaire ». Un
concert du groupe pop-rock-électro
LMZG, les « bizarreries contorsionnées » des sœurs Bertha et Miranda, en
passant par Ouscrapo, une partie de
Scrabble géant donnée par Bertrand
Boulanger, un « grand dyslexique ».
« On essaie de faire rire au pluriel, de
transmettre notre goût du spectacle vivant, de déranger sans dérouter », souligne le programmateur qui attend plus
de 10 000 spectateurs.
Dominique Bussereau, alors maire de
Saint-Georges et aujourd’hui président
du département, et Michel Mandeau,
autre acteur culturel de la région, ont
créé le festival Humour et eau salée
avec l’« objectif d’inviter des artistes
pour des spectacles d’humour, des oneman-shows, raconte Denis Lecat. Marc
Jolivet et Michel Boujenah ont vite répondu présent, puis des compagnies mythiques comme Cacahouète et des artistes
de spectacles de rue ouverts à des “potacheries” diverses comme des courses de
rosalies. »
De 1992 à 2006, le prix Iznogoud récompensait « une personnalité médiatique » qui voulait « être calife à la place
du calife et essuyait finalement un échec
retentissant ». Nicolas Sarkozy et François Hollande entre autres l’avaient
remporté. Aujourd’hui, le trophée a
disparu, mais pas le sens de l’humour
des Saint-Georgeais. ■
Du 28 juillet au 3 août. Rens. : 05 46 06 87 98.
www.crea-sgd.org
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vendredi 27 juillet 2018
LE CARNET DU JOUR
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Ta
docteur Philippe DELAVIERRE
A Minou ma chérie,
cinquante ans de mariage !
A ma femme adorée, si belle
et intelligente, divine
et ouverte sur le monde.
A la merveilleuse maman
dont je suis très fier.
A la femme exceptionnelle
que tu es.
A Minou ma chérie qui illumine
ma vie, avec tout mon amour,
ma tendresse, mon admiration
et de tout mon cœur.
A ma chérie,
à la femme de ma vie.
Très affectueusement
ton Minou Pierre
deuils
vendre
Ses filles,
Brigitte Perouty,
Françoise Raulet,
ses cinq petits-enfants,
ses trois arrière-petits-enfants
Naissances,
Saint-Valentin,
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diverses,
Vœux,
Mariages,
Conférences,
Deuils,
Officesreligieux,
ont la tristesse
d'annoncer le décès de
Roger ABGRALL
Départsenretraite, Prised’habit,
Jubilé,
Jubilésacerdotal,
Anniversaires,
Thèses,
Condoléances,
Centenaires,
Portesouvertes,
Remerciements,
Ordination,
FêtedesMères,
Distinctions,
FêtedesPères,
Nominations,
Messeset
anniversaires,
Vœux
monastiques.
e
On nous prie d'annoncer
le rappel à Dieu du
ancien interne et assistant
des Hôpitaux de Paris,
ancien chef de clinique
à la Faculté de médecine,
Roseline AUZI
par téléphone
om
son
le
om
exte oi om
17
survenu le 25 juillet 2018,
à l'âge de 88 ans.
le 24 juillet 2018.
De la part de
Mme Lucien Cailteaux,
née Christiane Delavierre,
sa sœur,
le professeur Jean Ginet,
son beau-frère,
www.carnetdujour.lefigaro.fr
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Téléphone abonnements
01 70 37 31 70
Lyon.
Catherine Balaÿ,
son épouse,
Jérôme, Renaud,
Nicolas, Grégoire,
ses fils, et leurs épouses,
Priscila, Marie, Capucine,
Thomas, Charlotte, Victor,
Margaux, Hugo, Axelle,
Edgar, Gabin,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Gérard BALAŸ
survenu dans sa 86e année.
Naissances, Fiançailles, Mariages
La cérémonie religieuse
aura lieu
ce vendredi 27 juillet 2018,
à 10 heures, en l'église
de Saint-Genis-l'Argentière,
suivie de l'inhumation à 11 h 30.
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M. Alain Elie BENHAMOU
survenu à son domicile
de Montesson, le 24 juillet 2018,
à l'âge de 70 ans.
Les obsèques auront lieu
le mardi 31 juillet, à 14 h 30,
au cimetière du Bel-Air
(carré israélite), rue Nouvelle,
à Houilles.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Danièle Loisel,
41, avenue Eglé,
78600 Maisons-Laffitte.
ses petits-enfants
et ses arrière-petits-enfants
ont la douleur
de vous faire part du décès de
François HALARD
le 25 juillet 2018, à Paris,
à l'âge de 93 ans.
Mme Véronique ROSSILLON
Mme Rossillon était
administratrice depuis
la création de la Fondation
en 1971 et conservatrice
du musée Schlumberger
de Crèvecœur-en-Auge.
Mme Jean Rouvier,
son épouse,
Catherine Rouvier-Mexis,
sa fille,
Adrien et Charles,
ses petits-fils,
professeur Jean ROUVIER
les familles Gregoire, Berthemy
et Rémond,
Marie-Josée et Rose-Marie,
ses dames de compagnie.
Il a rejoint son épouse,
Michel Pechère,
son époux,
ses enfants,
son frère, ses belles-sœurs
et toute sa famille
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
Marie-Claude PECHÈRE
Anne
née Roux,
née Michon,
décédée le 23 mai 2011.
survenu le 24 juillet 2018,
dans sa 84e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
par le père Jean-Loup Lacroix,
le lundi 30 juillet 2018,
à 10 heures, en l'église
Saint-Sulpice, à Paris (6e).
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 28 juillet,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Giniez, Marseille (8e).
L'inhumation aura lieu
le mardi 14 août, au cimetière
de Bazac (Charente).
Marie-Christine et Philippe
Girault,
Françoise et Pierre
Courbouleix,
Jean-Marie et Dominique
Guesné,
Natalie et Jean-Clément (†)
Laurent,
Bénédicte Guesné Bataille,
Valérie et Jean-Paul Barrière,
ses enfants,
Antoine,
Anne et Jacques-Antoine,
Elise et Grégoire,
Julie et Clément,
Martin et Paul,
Oriane et Alisée,
Raphaël et Victoire,
Théo et Tristan,
Marie, Adrien et Hélène,
Louise et Arthur,
ses petits-enfants,
Lanty-sur-Aube
(Haute-Marne).
Françoise Regismanset,
son épouse,
vous fait part
du rappel à Dieu de
Gérard REGISMANSET
médaille de reconnaissance
de la Nation
pour son action en Algérie,
le 17 juillet 2018,
à l'aube de ses 81 ans.
Louise et Joseph,
ses arrière-petits-enfants,
les familles Guesné, Robine
et Lelièvre
Juliette GUESNÉ
née Jourdain,
le mercredi 25 juillet 2018,
dans sa 99e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 31 juillet, à 14 h 30,
en l'église Saint-Saturnin
d'Antony (Hauts-de-Seine),
suivie de l'inhumation
au cimetière ancien d'Antony.
Juliette Guesné reposera
aux côtés de ses parents
et de son époux, Paul Guesné.
Jean-Marie Guesné,
67, rue Mirabeau,
94600 Choisy-le-Roi.
Valérie Barrière,
« La Villa », 450, boulevard
du Général-de-Gaulle,
35800 Saint-Lunaire.
La cérémonie religieuse
a été célébrée
en l'église de Lanty-sur-Aube,
le samedi 21 juillet 2018.
professeur émérite
à l'université Paris II
Panthéon-Assas,
chevalier
de la Légion d'honneur,
à l'âge de 91 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 30 juillet 2018,
à 15 heures,
en l'église paroissiale
de Chaumont-sur-Loire.
20, chemin des Closeries,
41000 Blois.
2, rue du Port-Mahon,
61290 Longny-au-Perche.
Nicolas et Elisabeth Truelle,
Valérie et Hervé Levassort,
Aude et Benoît
Poupart-Lafarge,
Véronique et Bernard Spatz,
ses enfants,
Timothée et Constance,
Laetitia,
Pierre-Etienne et Constance,
Gabrielle, Alix,
Emmanuelle, Benoît,
Marion et Sébastien,
Guillaume, Hélène, Grégoire,
Daphnée, Brieuc, Adrien,
Gaëtan, Laure, Antoine,
Marie, Manon,
ses petits-enfants,
Jacqueline,
Gizette et Marie-José,
sa sœur et ses belles-sœurs,
ses neveux et nièces
de sang et d'adoption,
ses nombreux amis
ont la tristesse
de vous faire part de la mort de
Yves TRUELLE
Philippe et Isabelle,
Guilaine,
Eric et Pauline,
ses enfants et belles-filles,
ses 13 petits-enfants
et son arrière-petit-fils
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jacques de RIEDMATTEN
engagé volontaire à 17 ans
dans la 2e DB
du général Leclerc,
« ne me dites pas
que c'est impossible »,
survenu le 24 juillet 2018,
dans sa 91e année.
La bénédiction religieuse
aura lieu le mardi 31 juillet,
à 10 heures, en l'église
Saint-Antoine-de-Padoue
du Chesnay.
Cet avis tient lieu de faire-part.
font part du décès de
Mme Albert TRIBOUT
survenu à Paris.
font part du rappel à Dieu du
ses arrière-petits-neveux
et arrière-petites-nièces,
Maisons-Laffitte. Montesson.
ont le grand chagrin
de vous faire part du décès de
a le regret de vous faire part
du décès de sa vice-présidente,
Guillemette, Emilien, Laurent,
Colin, Alice, Sophie, Louis
et Hugues,
ses petits-enfants,
47, rue de l'Université,
75007 Paris.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
MMes Danièle Loisel
et Annie-Paule Benhamou,
ses sœurs,
ses neveux et nièces
et toute la famille
Véronique et Florian Moutte,
Laurence Petit,
en union avec Philippe (†),
Isabelle et Philippe Duthoit,
ses enfants,
Une messe sera célébrée
ultérieurement à Paris.
on on
Les annonces sont reprises sur
Fondation
Musée Schlumberger
ses petits-neveux
et petites-nièces,
Anna
Une bénédiction sera célébrée
en l'église de Garches
(Hauts-de-Seine),
le samedi 28 juillet, à 10 h 30.
L'inhumation suivra à 11h 30,
au cimetière
de Marnes-la-Coquette.
Le conseil d'administration
de la
Xavier et Florence Halard,
Sylvie Halard,
Emmanuel Delahaye,
ses enfants,
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi 30 juillet,
à 14 h 30, en l'église
de Lingreville (Manche).
Me et Mme
Emmanuel Cailteaux,
M. et Mme Guy Chapron,
Mme Anne Brissart,
les docteurs Dominique
et Guillaume Berthelin,
M. et Mme
Jean-Christophe Ginet,
M. Bertrand Ginet,
ses neveux et nièces,
Il rejoint son épouse,
qui lui manquait
depuis près de dix ans.
Edith Halard,
son épouse,
X 47,
ancien dirigeant d'Alsthom,
née Catherine de Grésigny,
le 25 juillet 2018.
La messe d'obsèques
sera célébrée le lundi 30 juillet,
à 14 h 30, en l'église
de Sauvagnat-Sainte-Marthe
(Puy-de-Dôme).
Le baron Alain de Winter,
M. et Mme
Christophe Lariau Labrée,
le baron et la baronne
Guillaume de Winter,
et leurs enfants,
Mme José Galambra,
les familles Boniteau,
de Cathelineau, de Vulpian,
en union avec son époux,
le général Robert de Winter,
ont la douleur
de vous faire part
du décès de la
baronne Robert de WINTER
née Monique Boniteau,
survenu le 22 juillet 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce vendredi 27 juillet,
à 14 h 30, en l'église
Saint-François-de-Molitor,
44, rue Molitor, Paris (16e),
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial,
à Sèvres (Hauts-de-Seine).
Edouard, Carine
et Victor Woog,
Lionel, Nanda, Calypso
et Kai Woog,
Carl Woog,
sa compagne,
Michelle Alix,
Harish, son assistant dévoué,
ainsi que toute la famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Philippe-Guy Emmanuel
WOOG
officier de la Légion d'honneur,
leur père, beau-père,
grand-père et compagnon.
La cérémonie religieuse
aura lieu au cimetière israélite
de Veyrier (Genève),
le mardi 31 juillet 2018,
à 12 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
survenue le 26 juillet 2018,
à Vermenton (Yonne).
Il a rejoint dans la paix
et l'amour sa femme,
offices religieux
Blandine
née de La Barre de Nanteuil,
(† 2009).
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi 30 juillet,
à 10 heures, en l'église
Saint-François-Xavier,
12, place du PrésidentMithouard, Paris (7e).
Elle sera suivie de l'inhumation
au cimetière du Montparnasse,
3, boulevard Edgar-Quinet,
Paris (14e).
« Le soir étant venu,
Jésus leur dit :
Passons sur l'autre rive. »
Marc, 4, 35.
La Fondation
Shmouel et Bassie Azimov
vous informe que
l'allumage des bougies
de Chabbat avec bénédiction
deux bougies pour
les femmes mariées, une bougie
pour les jeunes filles, se fera
ce vendredi 27 juillet 2018,
avant 21 h 18,
(horaire pour l'Ile-de-France).
Le respect des lumières
de Chabbat conduira
aux lumières de la Rédemption.
Renseignements
Beth Loubavitch : 01 45 26 87 60.
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vendredi 27 juillet 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
18
Derrière les portes du pénitencier, les femmes
Pour sa sixième saison, la série « Orange Is the New Black », qui porte sur l’univers carcéral, retrouve une acuité politique.
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
eule une série dans la fleur du
succès pouvait se permettre
cette audace. L’an passé,
Orange Is the New Black dédiait ses treize épisodes à
l’émeute qui secouait pendant trois
jours la maison d’arrêt pour femmes de
Lichtfield. Sous ce huis clos temporel,
le feuilleton de Jenji Kohan s’était mis
à tourner en rond, versant parfois dans
la parodie d’un film d’horreur. La saison 6, mise en ligne sur Netflix ce vendredi, revient à une narration plus traditionnelle, si on excepte un premier
épisode plein de fantaisie où brille Uzo
Aduba, alias Suzanne « la Foldingue ».
Le feuilleton qui a tant fait pour la diversité des corps, des sexualités et la
représentation des minorités sur le petit écran remet les compteurs à zéro,
s’offrant une cure de jouvence.
La mutinerie ayant été brisée, Piper
(Taylor Schilling), Alex (Laura Pre-
S
+ @ SUR LE WEB
pon), Red (Kate Mulgrew) et leurs
sœurs de peine en subissent les conséquences immédiates. À commencer
par un transfert dans un établissement
de haute sécurité. Les détenues (et
leurs matons) vont devoir revoir leurs
allégeances. Pas sûr que les amitiés ancestrales y résistent. Dans ce pénitencier, les lignes de démarcation ne sont
pas les origines ethniques mais deux
sœurs rivales : Carol et Barbara, qui se
livrent à une interminable guerre des
gangs depuis trente ans. Les ex de
Lichtfield vont devoir choisir leur
camp - pas toujours de leur plein gré et acquérir les réflexes de survie nécessaires.
Cette remise en cause de l’ordre établi domine la première partie de la saison et donne même lieu à des moments
de légèreté et d’humour assez réjouissants. Mais, comme
souvent chez Netflix, il
faut accepter de prendre son temps pour
○○○¡
faire
connaissance
avec une ribambelle de nouveaux personnages secondaires - les lieutenants
des sœurs terreurs Daddy et Badison en
sont les plus marquants - et voir l’intrigue principale émerger de cette frivolité apparente et de ses récits décousus.
Corrompu, violent, raciste
Dans leur nouvelle prison, les détenues vont revoir leurs allégeances.
Malgré ce délayage, Orange Is the New
Black ne renonce pas à son réquisitoire
contre le système carcéral américain :
corrompu, violent, raciste et obsédé
par le profit. Peu importe la vérité. Parce qu’il faut des boucs émissaires, l’enquête sur les meneurs de l’émeute
trouve des coupables idéales et oriente
les témoignages en ce sens. La saga retrouve son acuité politique aiguë lorsqu’elle fait intervenir le mouvement
Black Lives Matter et se penche sur la
crise des opiacés. Orange Is the New
Black aborde, au terme de ces aventures, des thèmes inédits qui augurent
une septième saison aux horizons élargis. On reprendra bien finalement une
rallonge de peine. ■
NETFLIX
» Game of Thrones : la dernière saison diffusée début 2019 » « TPMP » : Cyril Hanouna recrute un ancien cadre de France Télévisions www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Nathalie
Soleil : Lever 06h18 - Coucher 21h36 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.55 Nos chers
voisins. Série. Avec M. Lamotte.
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 D’art d’art
20.50 Parents mode d’emploi. Série.
21.00
19.00 19/20 20.00 Le journal du
Tour. Magazine 20.10 Tout le sport
20.30 Plus belle la vie. Feuilleton.
20.55
Divertissement
20.55
Série. Policière
Documentaire. Art
19.30 Suburgatory. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
23
21.00 Baby Boom
Téléréalité. 1h05. L’amour plus
fort que la douleur. En France, une
femme sur cinq préfère vivre son
accouchement naturellement et ne
pas bénéficier de la péridurale.
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19
18
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22.05 Baby Boom. Nés prématurés
- Esprit de famille - Un père et passe.
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Vendredi,
tout est permis…
… avec Arthur
Prés. : Arthur. 2h00. Spéciale musique. Inédit. Invités, notamment :
Ahmed Sylla, Claudia Tagbo, Titoff,
Arnaud Tsamere, Virginie Hocq.
23.00 Vendredi, tout est permis
avec Arthur 1.10 Vendredi, tout est
permis avec Arthur
19.00 Silence, ça pousse ! 20.00 Caméra à la patte 20.50 Vu. Magazine.
Cherif
La France en humour
Fra. Saison 4. Avec Abdelhafid Metalsi, Carole Bianic, Mélèze Bouzid.
(2 épisodes). En conflit avec Sarah
qui a l’opportunité de partir aux
États-Unis, Cherif enquête sur la
mort d’un garagiste.
2017. Réal. : Mireille Dumas, Alain
Chaufour. 2h00. Pour ce voyage
hilarant et grinçant à travers notre
pays, Mireille Dumas a réuni le gratin
des humoristes. Ils livrent ce qui a
nourri leurs sketches.
20.55 Les routes
de l’impossible
22.50 Cherif Série. Policière 0.40
22.55 On refait le sketch ! Diver-
Recherche jeune femme aimant
danser. Film TV. Policier.
tissement 0.00 Soir/3 0.30 Libre
court 2.00 On se refait Palmade !
22.40 C dans l’air 23.45 Une vie de
chiot, nouvelle génération. Doc.
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18
20
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22
Série doc. Société. Fra. 2018. Réal. :
F. Elhorga et A. Marcel. 1h45. Pérou,
vertiges dans les Andes. Inédit Bornéo, le convoi de la jungle.
24
23
21
20
25
24
24
10
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APRÈS-MIDI
37
10
37
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19.25 Les incroyables aventures de
Nabilla et Thomas en Australie
20.20 Groland le Zapoï (C) 20.50 La
semaine de Catherine et Liliane (C).
Divertissement.
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes.
Magazine 20.50 La minute vieille.
Série. La montre cassée.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu. Présentation : Stéphane Plaza 19.45 Le
19.45 20.25 En famille. Série.
21.00
20.55
21.00
Film. Science-fiction
Film TV. Drame
Série. Policière
35
34
27
37
34
22
27
35
36
36
33
32
20.55 Julie Lescaut
Série. Policière. Fra. 2005. Saison
14. Avec Véronique Genest, Alexis
Desseaux, Mouss Diouf. Justice est
faite. Julie et son équipe mènent
deux enquêtes en parallèle.
37
27
35
29
33
37
20
35
31
34
35
22.50 Julie Lescaut. Série. Double
vie - Mission spéciale.
37
27
33
26
33
30
28
20
32
19.10 Appalaches rebelles : la fièvre
du ginseng. Série documentaire.
Seven Sisters
La vallée
Bull
EU. 2017. Réal. : Tommy Wirkola.
2h04. Avec Noomi Rapace, Glenn
Close. Confrontées à une politique
d’enfant unique sur une Terre surpeuplée, des septuplées se partagent la même identité.
Suisse. 2017. Réal. : Jean-Stéphane
Bron. 0h50. Inédit. Avec Ilies Kadri.
Pourchassé par la police pour un vol
de voiture, un jeune homme se perd
dans les montagnes suisses.
21.45 Prénom : Mathieu. Film TV.
EU. Saison 1. Avec Michael Weatherly, Freddy Rodriguez, Frank Whaley,
Ana Kayne. 2 épisodes. Inédits. Un
gouverneur et le responsable d’une
société de parachutisme meurent
tous les deux lors d’un saut.
23.00 Transformers : The Last
Knight
M ark
22.50 John Travolta, le miraculé
d’Hollywood Documentaire 23.45
22.45 Bull Série. Policière. EU
W a h l b e r g 1.25 Tunnel. Film. Drame.
Romans d’amour. Documentaire.
30
T (en °c)
20.50 Mort d’Hitler, l’histoire
d’un secret d’État
Doc. Historique. 2015. Réal. : N. Beliaeva et J.-P. Bozon. 1h00. Le 30 avril
1945, alors que l’Armée rouge encercle Berlin, Hitler se suicide.
21.50 Mort d’Hitler : les témoins
22.45 Nazis : une autre histoire
23.30 NCIS. Série. Le privilégié (1 et
2/2) - Traque sur Internet.
<-10 à 0
20.25 Les rois de la réno. Téléréalité.
Changement de plan.
SAMEDI
A
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55 La petite histoire de France
21.00 Hercule Poirot
21.00 Enquête d’action
Série. Policière. GB. 2005. Saison 10.
Avec David Suchet. Cartes sur table.
Un homme très fortuné convie chez
lui huit personnes triées sur le volet,
dont Hercule Poirot.
Société. Prés. : M.-A. Casalta. 2h00.
Fête des Loges : les secrets de l’une
des plus grandes fêtes foraines de
France. La Fête des Loges accueille
3 millions de Français chaque année.
22.50 Hercule Poirot. Série. Avec
David Suchet. 2 épisodes.
23.00 Enquête d’action. Magazine.
Prés. : Marie-Ange Casalta.
19.05 Touche pas à mon poste !
Divertissement. Best of.
21.00 Qui sera le génie
de la récup ?
Prés. : V. Benaïm. 1h45. Inédit. Des
chineurs et bricoleurs amateurs s’affrontent pour transformer de vieux
objets en créations spectaculaires.
22.45 Qui sera le génie de la récup ?
Divertissement.
Série. Animation. EU. 3 épisodes. Homer est fou de joie : il vient d’apprendre
qu’il avait remporté le premier prix de
la tombola de la police. Marge et ses
enfants trouvent cela très étrange.
22.15 Les Simpson. Série. Animation. 9 épisodes.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
18/25
20/26
23/34
21/30
22/34
15/19
25/35
25/35
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
DIMANCHE
24/31
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LUNDI
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21/26
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10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
18/24
21.00 Les Simpson
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
26/32
23/31
16/28
21/28
22/29
19/28
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
19/29
18/27
18/29
24/33
25/35
lachainemeteo.com
par téléphone :
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LE FIGARO
vendredi 27 juillet 2018
JEUX D'ÉTÉ
1
9
TAKUZU
SU DO KU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
Remplir la grille avec les chifres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
FAcile
0
0
0
0
1
0
0
0
1
0
1
0
0
1
1
0
0
0
0
0
0
1
0
grille
2591
2
7
FAcile
1
9
6
CHAGRINÉE
NET RECUL
TIRE LES
FILS D’UN
TISSU
ÉLÉMENTS
DE TROUSSEAU
DILATÉ
UN JEUNE
PARFOIS
EN CRISE
ERMITES
DÉRANGER
BARRAGE
ÉGYPTIEN
GAUCHE
AUTREFOIS
IL BRILLE
D’UN FAUX
ÉCLAT
BANDE DE
DÉCOR
T
J O
I
U S
A
C S
B
R
D
FERA DE
LA PLACE
GNOME
SCANDINAVE
LOUVETEAU
ABRÉVIATION D’UNE
BORNE
IMPÔT
ACCROCHÉ
AU FOND
BIEN DODU
IL DRESSE
LE
DRAPEAU
NOIR
À LA PAGE
FRAPPER À
LA
BAGUETTE
BLOUSÉE
LUTH À
TROIS
CORDES
DOUBLES
ARCHIVES
D’IMAGES
PRONOM
DIANA
QUI FAIT
APPEL À
L’HOMME
REFUS DE
RENDRE
JUSTICE
VERTICALEMENT
1. Auteur de L’Équipage et de Les Cavaliers
(prénom et nom). - 2. Écrit dans les
règles. - 3. Révèle un certain embarras..
Forme d’avoir. - 4. Une sédition qui
tourna au massacre dans l’hippodrome
de Constantinople. L’enfer de Dantès. Un
peu idiot et vachement bête. - 5. Bruit
d’une chute d’eau. Modèle de haut
parleur très puissant. - 6. L’idole des
gones. Une parmi cent quarante pour
Écouchard-Lebrun. Jalousie des temps
modernes. - 7. En grande tenue ou en
toute petite tenue. Post Pothin. - 8.
Préservent la literie.
Par Vincent Labbé
2
3
4
5
6
7
8
1
2
3
4
5
6
7
BRIDGE
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
PROBLÈME N° 2880 : Pas si nécessaire
R875
74
72
AD654
N
O
E
S
A V 10 9 3 2
AV
R6
932
Contrat : Sud joue 4 Piques.
La séquence (Pers. vuln.) :
Sud Ouest Nord
Est
1
passe
3* *Barrage
3
passe 4
Entame : 3 de pour le Roi d’Est pris de l’As.
Sur l’As de , Ouest fournit la Dame et Est le 4.
9
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : 4 de pour l’As d’Est qui continue du 3 de pour votre Roi (le 2 en Ouest).
12
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4788
HORIZONTALEMENT 1. Adorable. - 2. Rebâties.
- 3. Tutelles. - 4. Exilai. - 5. Rie. Sati. - 6. Iéna.
Ire. - 7. OMS. Grog. - 8. Té. Aïeul. - 9. Oméga.
Pa. - 10. Mène. Pic. - 11. Inn. Ruée. - 12. Étaliers.
VERTICALEMENT 1. Artériotomie. - 2. Deuxièmement. - 3. Obtiens. Enna. - 4. Raël. Âge.
- 5. Atlas. GIA. Ri. - 6. Biliaire. Pue. - 7. Lee.
Troupier. - 8. Essuie-glaces.
grille
3
4
9
8
5
7
6
2
1
6
7
4
9
1
5
8
2
3
2589
6
2
7
3
9
1
8
4
5
1
5
3
9
7
2
4
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4
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1
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1
5
7
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4
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2
7
3
1
2
1
6
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5
3
4
9
8
2590
1
3
5
2
8
7
9
4
6
4
6
7
5
2
1
3
8
9
8
2
9
4
3
6
5
1
7
MOTS COUPÉS
Mots coupés
couler - coulis coûTer - couTil geTTer - lisTer PisTer - PisTil rougeT - rouler roulis - rouTer Tiller - TilTer.
Par Arthur Gary
A D E
A R C
D O R
I E N
P E L
R A P
S A L
U R E
1
2
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2879 : Subtile insertion
11
550
Assemblez les huit groupes de trois lettres deux
par deux pour former au moins dix mots de six
lettres. Un même groupe de lettres peut être
utilisé plusieurs fois pour des mots diférents.
8
10
grille
Sudoku
9
8
2
3
6
4
1
7
5
CREUSÉE
AU MILIEU
1
Takuzu
1 1 0 0 1 0 1 0 1 0
grille
PARI SUR
UN TRIO
REVIENT À
LA
SURFACE
0 0 1 1 0 1 0 1 0 1
5
8
1
4
2
6
7
3
9
CAP À TENIR
AIR DE
SCHUBERT
HORIZONTALEMENT
1. Pape du western (prénom et nom).
- 2. Objet confidentiel. - 3. Il piquait en
hurlant. Donne satisfaction. - 4. Nous
interpelle tous. Mouvement saccadé. - 5.
Se ramasse au poker. Leur coup jamais
n’abolira le hasard, dixit Mallarmé. - 6. Du
mercure pour les chercheurs. Sanctuaire
shinto. - 7. Papier d’emballage. Avait souvent les poches pleines. - 8. Don du ciel.
Pagaille dans les rues. - 9. Fais partie de
l’emballage. - 10. Tirons au but. - 11. Fait
l’unité au sein du CDU. Un tour en forêt.
- 12. Ont une solide culture classique.
0 1 0 1 0 1 1 0 1 0
CESSE DE
RÉSISTER
BOUT DE
CHAMP
PROBLÈME N° 4789
0 1 1 0 0 1 1 0 1 0
ARRÊTE
L’ACTION
ENJOLIVÉS
MOTS CROISÉS
Mots
léchés
1 0 0 1 1 0 0 1 0 1
1 0 1 0 1 0 0 1 1 0
DURÉE
MORCEAU
DEVANT
CORDOBÉS
C
O N
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R E
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L
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G E
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M E
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0 0 1 0 1 1 0 1 0 1
CRUS
D’ITALIE
ÉCRIT EN
REVUE
LIEU DE
SÉJOUR
CHOQUER
R
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R E A N I
T E
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G E S I
1 1 0 1 0 0 1 0 0 1
NAGE
PRATIQUÉE
SUR LE
CÔTÉ
3,14...
DOUBLÉE
DE COTON
E
N
T
R
E
E
0 0 1 0 0 1 1 0 1 1
ENGINS
ARTICULÉS
IL FERME
LA PORTE
ELLE SORT
IL CONNAÎT
DE LA
BIEN SON SOUCHE
MÉTIER
CHEMIN
A
D
E
J O U
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V O
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E S
1 1 0 1 1 0 0 1 0 0
ÇA FAIT
MAL !
SOIGNER
AU BLOC
SORT AU
BOUT DU
TUYAU
SOLUTIONS DES JEUX
DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
M
DONNER UN
COUP AVEC
VIOLENCE
QUI
POURRAIT
RÉCLAMER
SON DÛ
4 1 2 5
1
7
5 4
COMPACTE
SE
DÉROBER
BON À
ENFERMER
3
8 6
9 7
IL A LA VIE
DEVANT LUI
PRÉNOM
8 7
8
DÉTENDUS
PRIT DES
MESURES
TYPOGRAPHE
eXPerT
6 1
9 4
Par Diane Monfort
RECOUVRE
D’ÉTAIN
RÉDUIRE LA
VOILURE
2592
1
2
9 2 8 7
6 2
8
6
4
1 2 5
3
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7
4
2
9
3
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5
6 1
9
3 9 1
8
7
8
7 5
4
4
3
9
8
MOTS FLÉCHÉS N° 2034
BOUTIQUE
FACILE
À TRANSPORTER
grille
Les sont de toute évidence répartis 5-2. Vous n’avez besoin que de trois levées
de pour réussir votre contrat, à condition toutefois qu’Ouest ne puisse pas prendre
deux fois la main.
Dans cet objectif, un maniement original des s’impose : jouez le 3 de en insérant
le 7 du mort (si Ouest fournit le 2, le 5 ou le 6).
R842
Est, dépourvu de , rejoue pour le Roi du mort.
865
R7
Présentez le Roi de , duqué. Retournez en main
R765
à l’As de et jouez la Dame de . Ouest prend et inV53
siste à mais vous revendiquez deux , trois , D 10 9
N
V 10 7 4 2
A3
deux et deux , soit les neuf plis requis.
O E 92
A 10 6 5
S
En procédant à cet habile jeu orienté, vous l’empor- V
D 10 9 8 4 3
terez dès qu’Ouest ne possède pas A109x à .
A76
Remarque : rendre deux fois la main est sans risque
RD9
car vous tenez deux fois les couleurs noires.
DV843
A2
3
4
5
6
7
8
9
10
A
grille 551
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 juillet 2018 LE FIGARO
20
il
Chemins d’ex
[
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Écrivains, philo la guerre de quitter leur pay
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connu la joie du rquées par l’épreuve de l’e
ma
profondément
L’ÉTÉ DU FIGARO
Alexandre
Soljenitsyne
Cavendish
(Vermont)
[1976-1994]
Le secret bien
gardé du Vermont
Le dissident a passé dix-sept ans
dans ce coin retiré des États-Unis,
où il écrivit son œuvre magistrale
« La Roue rouge ».
ENVOYÉ SPÉCIAL À CAVENDISH (VERMONT)
Pendant longtemps, l’une des rares attractions de
Cavendish fut une double pancarte affichée sur la
devanture du « General Store », le seul commerce et
point de rendez-vous du village. Elle avait été postée
une fois pour toutes par le propriétaire, Joe Allen, un
fort à bras qui avait deux messages pour les visiteurs : « On ne sert pas les gens pieds nus et sans
chemise » et « On ne donne pas l’adresse des
Soljenitsyne. »
Le General Store est à l’abandon, comme les deux
églises et bon nombre de maisons de Main Street, la
rue principale - et unique - de Cavendish. Alexandre Soljenitsyne a quitté ce coin retiré du Vermont
en 1994 pour retourner en Russie, où il est mort en
2008 à 89 ans. La maison où il passa plus de dix-sept
de ses vingt années d’exil appartient toujours à ses
enfants et la population continue à protéger leur secret. « Sachez que nous n’indiquons pas le chemin qui
mène chez les Soljenitsyne, la famille vit toujours là »,
précise dès le premier contact Margaret Caulfield,
directrice de la Société historique locale. Une coquetterie, à l’heure où une simple recherche sur Internet suffit à élucider le mystère ? « Il y a des communistes en Russie qui haïssent toujours son nom »,
objecte-t-elle.
Si les héritiers du KGB – qui tenta d’assassiner le
Prix Nobel de littérature 1970 avant son exil forcé en
1974 – allaient aujourd’hui renifler la piste de Soljenitsyne en Nouvelle-Angleterre, ils ne trouveraient
aucune rue ou place commémorative. Ils devraient
s’aventurer sur une piste de terre à l’écart du village,
la remonter sur 3 kilomètres, passer une demi-douzaine de fermes et quelques panneaux signalant la
circulation de motoskis, pour finalement arriver devant un portail grillagé surmonté de caméras,
qui ne s’ouvre que si l’on est annoncé. Une
épaisse forêt masque la vue de la maison et une
clôture métallique entoure la propriété. Ce
camp retranché fait figure d’anomalie dans la
région, où les chasseurs ont l’habitude de
poursuivre leur gibier sans entraves à travers
les bois.
Une famille soudée dans l’exil
Après leur expulsion d’URSS, Alexandre, sa seconde épouse, Natalia, et leurs trois enfants
alors en bas âge s’étaient d’abord établis à
Zurich. Mais le harcèlement constant des visiteurs et des médias les fit fuir. Pendant l’été Alexandre Soljenitsyne, en 1989, dans la forêt non loin
nt.
1975, le couple explora le Canada, qu’il trouva de sa propriété (ci-dessus), à Cavendish dans le Vermo
« un peu à l’écart, géographiquement et culturellement ». Suivant le conseil d’un ami, l’écrivain
acheta le repaire de Cavendish, avant même de
l’avoir vu. Avec les droits d’auteur préservés par ses
éditeurs à l’Ouest, il paya 150 000 dollars pour une
bâtisse en bois de deux étages assortie d’une maison
d’hôtes et d’un studio d’écriture indépendant, relié
à la maison par un tunnel pour échapper aux longs
hivers neigeux du Vermont. Un havre au cœur d’un
parc de 20 hectares agrémenté d’un étang et d’un
court de tennis.
« Mon père redoutait d’être bloqué, incapable
ALEXANDRE SOLJENITSYNE
d’écrire en exil, raconte Ignat Soljenitsyne. Mais c’est
« L’exil est toujours
A
difficile, mais je ne saurais
imaginer de meilleur
endroit pour vivre
et attendre, attendre de
rentrer dans mon pays
»
Mahoney, professeur de sciences
politiques à l’Assumption College de
Worcester, souligne que « le modèle
de démocratie locale en Nouvelle-Angleterre a beaucoup influencé Soljenitsyne ». Il avait dit en faisant ses
adieux : « J’ai observé ici le processus
28 novembre 1918
intelligent et maîtrisé de la démocratie
Naissance
directe, dans lequel la population tranà Kislovodsk
Discret à l’excès
che elle-même la plupart des questions
en Russie.
qui la concernent. Nous n’avons pas
Dès l’âge de 9 ou 10 ans, se souvient Ignat,
1973
cela en Russie et c’est notre plus grand
lui et ses frères furent mis à contribution :
Publication
défaut. » Il avait été moins tendre
« On relisait des épreuves, on tapait des
de L’Archipel
pour la culture occidentale dans son
textes, tout ce qu’on accomplit dans une
du Goulag.
fameux discours de Harvard en 1978,
maison d’édition. Cela m’intéressait, je n’ai
1974
dénonçant « un déclin du courage »,
jamais eu le sentiment d’être contraint, asExpulsion d’URSS.
« le triomphe de la médiocrité » et le
sure-t-il. Il fallait plutôt nous forcer à dé1976-1994
culte « d’une liberté irresponsable et
blayer la neige ! » La conscience d’être en
Exil dans le Vermont.
destructrice ». La polémique l’avait
exil « se manifestait dans la conversation
1978
ensuite retenu de trop se mêler des
tous les jours, explicitement ou impliciteDiscours de Harvard,
affaires de son pays d’accueil.
ment, mais pas de façon négative ou obses« Le déclin
Mais, avec le Vermont, c’était une
sionnelle, précise encore le fils cadet.
».
du
courage
relation personnelle. Cet État liberC’était juste une part importante de notre
4 août 2008
taire et indépendant « a laissé une
réalité. » Les enfants comprenaient-ils ?
Mort à Moscou
marque profonde sur ma famille, et la
« Nous savions pourquoi. Je ne me rappelle
à 89 ans.
connexion continue, souligne Ignat.
pas ne pas avoir su. » Mais le Vermont ofNous étions en exil, il nous a donné un
frait un refuge « beau et sûr, souligne
refuge. En retour, il y a, je crois, le sentiment que mon
Ignat. L’atmosphère à la maison était productive, paipère était un exemple d’immense courage physique et
sible, heureuse. »
moral. Même de la part de ceux qui ne l’avaient pas lu,
Dans l’État des Montail y avait du respect pour cet homme qui mettait la végnes Vertes, Soljenitrité au-dessus de sa propre vie. » Comme en écho,
syne trouva la tranPatsy Carter affirme : « Soljenitsyne a enrichi le Verquillité qu’il cherchait.
mont par sa simple présence. » « Le soutien et la pro« Du moment qu’il
tection de la population ont été magnifiques, insiste le
payait ses impôts, perpère Tregubov. Il a bénéficié de ce qu’il y a de meilleur
sonne ne se souciait de
dans le caractère américain : l’amabilité et le respect
lui », dit Margo Caulfield.
de la vie privée. »
Discret à l’excès, le Prix
Aux yeux de Margo Caulfield, qui a écrit une bioNobel n’apparut que trois
graphie illustrée du grand homme pour les adolesfois à la population locale :
cents, « sa famille est le plus bel héritage qu’il ait laisen 1977 pour expliquer le
sé à notre communauté ». Dans le Musée de
grillage planté dans la
Cavendish, une église baptiste désaffectée où elle rèforêt, en 1991 pour la fête
gne sur un bric-à-brac posé sans ordre, trois prénationale et en 1994 pour
sentoirs de photos et de coupures de presse tiennent
dire au revoir à ses voisins.
lieu de mémorial Soljenitsyne. D’autres reliques ont
« C’est parmi vous, à Cavenété confiées au musée de l’État à Montpelier, la capidish, que j’ai
trouvé pour la première fois
tale, pour une exposition, « Soljenitsyne dans le
ma maison », avait-il expliqué peu après son instalVermont », célébrant jusqu’en octobre le centenaire
lation, louant « le mode de vie simple, le paysage et le
de sa naissance. Comme un enfant du pays – simpleclimat, avec ses longs hivers qui me rappellent la Rusment adopté. « Tout cela était assez inattendu, resie ». « Il n’était pas reclus, précise son fils Ignat. Il
connaît Ignat. Nous avons établi ici une relation heufaisait des promenades, allait à l’église, dans des
reuse, sincère, positive, et nous en éprouvons
librairies ou chez le médecin… Mais il travaillait
beaucoup de gratitude. »
beaucoup. »
Au moment de quitter Cavendish, l’écrivain avait
« La proximité de Dartmouth College et de ses bidit sa reconnaissance : « Votre gentillesse et votre
bliothèques universitaires présentait pour lui un atcoopération ont contribué à créer les meilleures conditrait important », souligne Daniel Mahoney, vicetions possibles pour mon travail. J’ai pu écrire absoluprésident du Centre Soljenitsyne à Worcester, dans
ment tout ce que je voulais. […] Nos enfants ont grandi
le Massachusetts voisin. Patsy Carter, alors doparmi vos enfants, le Vermont est leur maison. En vécumentaliste à la Baker Library de Dartmouth, se
rité, toute notre famille s’est sentie chez elle parmi
rappelle « les demandes très difficiles à satisfaire » de
vous. L’exil est toujours difficile, mais je ne saurais
l’écrivain : « Au début, je ne savais pas où chercher les
imaginer de meilleur endroit pour vivre et attendre,
documents russes qu’il voulait, parfois des choses très
attendre de rentrer dans mon pays. » ■
confidentielles. Mais il insistait. Grâce au réseau de
l’université et au nom de Soljenitsyne, j’ai pu solliciter
Harvard, le Centre d’études slaves de Chicago, la bibliothèque du Congrès… Avant son retour en Russie, il
RETROUVEZ DEMAIN :
est venu me remercier personnellement. Je garde une
Georges Bernanos
sous le soleil de Barbacena
photo dédicacée comme un trésor », dit-elle.
ce de bois coiffé de bulbes à
trente minutes de Cavendish,
où la famille allait à la messe. Il
était la voix de millions de sans-voix
et il n’avait pas de temps à perdre.
L’isolement découlait de cette exigence,
car c’était par ailleurs des gens très sociables et ouverts. »
Bio
EXPRESS
ALAIN NOGUES/SYGMA VIA GETTY IMAGES, STEVE LISS/THE LIFE IMAGES COLLECTION/GETTY IMAGES
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
5/6
l’inverse qui
s’est passé :
il a connu ici
sa période la
plus productive et il a pu écrire
l’œuvre qui lui tenait le plus à
cœur », les multiples volumes
de La Roue rouge. Ignat,
46 ans, musicien et chef
d’orchestre de renom, est
aujourd’hui le principal occupant des lieux. Il partage son
temps entre New York et Cavendish, les concerts et
la Russie. Sa femme, Carolyn, une Américaine, dirige le département de psychiatrie de Dartmouth College, dans le New Hampshire voisin, où leurs trois
enfants sont pensionnaires d’une école catholique.
Ses deux frères, Yermolaï, 48 ans, et Stepan, 45 ans,
travaillent chez le consultant international McKinsey à Moscou. Leurs visites sont plus rares.
Ceux qui ont connu les Soljenitsyne du Vermont
décrivent une famille soudée dans l’exil et concentrée sur l’œuvre du patriarche. « Alexandre travaillait dix heures par jour, et tout le monde participait », raconte le prêtre orthodoxe Andrew
Tregubov, qui vécut chez eux pendant trois ans
après sa fuite d’URSS.
« Alexandre n’était pas
une personne ordinaire. Il avait ce projet essentiel de raconter la
révolution
russe,
c’était une affaire sérieuse, poursuit le
recteur de l’église
de la Sainte-Résurrection, à Claremont, un joli édifi-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 27 juillet 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
HUBERT
VÉDRINE
Pour l’ancien ministre
des Affaires étrangères,
l’explosion
démographique avec
les migrations qui
en découlent fait partie
des comptes à rebours
qui bouleversent
le monde. Le diplomate
appelle les dirigeants
européens à dépasser
les débats théoriques
et idéologiques
pour rechercher
des solutions concrètes.
Centres dans les pays
de départ et de transit
pour gérer
les demandes d’asile,
quotas par métiers pour
les immigrants légaux,
mise en place
de frontières extérieures
à Schengen…, Hubert
Védrine avance
plusieurs propositions
pour sortir de l’impasse.
Il attribue la montée des
« populismes »
aux échecs des élites
et met en garde :
le contrôle des flux
migratoires est la seule
solution pour sauver
l’asile et éviter la colère
des peuples.
« Sur l’immigration, dépassons les
affrontements binaires pseudo-moraux »
PROPOS RECUEILLIS PAR
ALEXANDRE DEVECCHIO £@AlexDevecchio
LE FIGARO. - Aujourd’hui, un certain
nombre d’observateurs affirment
qu’il y a une crise politique en Europe,
mais sont plus réticents à parler
de « crise migratoire ».
Partagez-vous ce point de vue ?
Hubert VÉDRINE. - Les migrations seront permanentes et donc la maîtrise des
flux migratoires s’imposera comme une
politique durable. En Europe mais aussi
chez les émergents, en Afrique, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Canada…
et bien sûr aux États-Unis. Quant aux demandes d’asile, il y en aura malheureusement d’autres, mais il est impossible de
savoir quand des drames atroces jetteront des peuples entiers sur les routes. Le
phénomène des migrations est facilité par
les moyens de transport moderne et Stephen Smith a eu raison de le souligner
dans La Ruée vers l’Europe par l’élévation
du niveau de vie en Afrique. Et c’est ainsi
que s’est reconstituée une nouvelle
« économie de la traite » dans toute
l’Afrique, rapportant aux passeurs plus
d’argent que le trafic de drogue. Les pays
où les gens veulent aller pour vivre mieux
ne peuvent pas se fermer : l’extrême
droite dit des absurdités là-dessus.
Économiquement, on aura besoin d’immigrants légaux dans divers métiers.
Humainement, ce serait cruel et c’est impraticable. À l’opposé, l’idée « d’ouverture totale », d’un monde sans frontière,
est irresponsable. Cela ferait exploser les
sociétés. Il faut, entre ces deux extrêmes,
gérer les flux. C’est une question de bon
sens, et de quantités avant d’être une
question de valeurs. Certes, c’est compliqué à mettre en œuvre, mais il vaut
mieux dépasser les affrontements binaires pseudo-moraux et chercher des solutions concrètes.
Sur le diagnostic, l’indistinction
entre migrants économiques et réfugiés
ne complique-t-elle pas le débat ?
Bien sûr ! Cette absence de distinction est
une des sources de l’angoisse des peuples.
Mais beaucoup de forces politiques ne
veulent pas distinguer : l’extrême droite
ne veut pas distinguer (elle crie à l’invasion), l’extrême gauche non plus parce
qu’elle joue la carte des lobbys issus de
l’immigration. Et il y a un courant de
pensée généreux chrétien, mais pas seulement, qui ne veut pas distinguer parmi
les « gens qui souffrent ». Or, il est à
craindre que, si on ne sanctuarise pas
l’asile, le vrai, pour des gens en danger, il
n’y aura plus d’asile dans dix ans. Ce serait inacceptable.
Les craintes de l’opinion ne sont-elles
pas légitimes dans la mesure où les
sociétés occidentales sont déjà en crise ?
Les opinions ressentent, en gros, qu’« il y
en a trop » et que ce n’est pas géré. Ce
ressenti est contestable : bien des choses
ont été faites par tous les ministres de
l’Intérieur depuis dix ans. Mais ce n’est
pas assez perçu. Il y a deuxièmement le
problème de la guerre mondiale dans l’islam sunnite entre l’infime minorité d’islamistes terroristes, les islamistes non
terroristes, et l’ensemble des autres musulmans, qui sont les premières victimes.
Nous, nous sommes des victimes collatérales sur un champ de bataille périphérique. Dans le débat public, cette question
est mal traitée parce qu’on n’ose pas s’affranchir des tabous. Résultat : on n’aide
pas assez les musulmans courageux qui
sont en première ligne. Pour remonter la
pente et bâtir un consensus autour d’un
plan d’ensemble, il faut commencer par
nommer les choses.
Concernant Emmanuel Macron,
il oscille entre diabolisation de la
« lèpre populiste » et discours de vérité,
notamment sur le rôle trouble
d’une partie des ONG. Peut-il sur cette
question-là faire du « en même temps » ?
Il me semble que ce que fait Emmanuel
Macron est plus clair et plus ferme que ce
qui était fait auparavant. En même
temps, il avance prudemment parce qu’il
voit bien que les opinions sont à cran…,
dans les deux sens. Toute idée présentée
isolément est considérée comme trop
laxiste ou trop répressive. Le président
cherche à tenir bon sur le droit d’asile
tout en maîtrisant de mieux en mieux les
flux (sinon il n’aurait pas mis Gérard Collomb Place Beauvau). Mais sans doute
une partie de l’opinion attend-elle des
propos plus nets encore. D’autre part,
pour impliquer les pays de départ et de
transit dans la cogestion, il faudra être
persuasif parce qu’ils n’ont pas trop envie
d’être placés devant leurs responsabilités. Le départ vers l’Europe est pour eux
une « soupape ». Mais c’est tragique parce que ces gens qui partent sont jeunes,
dynamiques et entreprenants. Donc c’est
désolant de voir tous ces pays de départ
se vider de ces éléments. Les gens généreux qui disent qu’il faut accepter tous les
miséreux alimentent inconsciemment
cette dérive.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Les partis dits « populistes » sont en
passe de devenir majoritaires en Europe.
Peut-on continuer à parler d’eux
comme des « infréquentables » ?
« Populisme » est un mot-valise. Déjà, le
traité de Maastricht était passé par référendum avec seulement un point et demi
d’avance, ce qui démontrait qu’il y avait
un divorce du peuple d’avec le projet, un
début de clivage entre les élites dirigeantes, mondialisatrices et intégrationnistes,
et les peuples. Aujourd’hui, au nom de la
lutte contre le « populisme », on ne peut
pas dire qu’on ne tiendra jamais compte
de ce que le « peuple » vote, sinon inutile
de faire l’apologie de la « démocratie » !
Ces demandes des peuples, on peut les
apaiser mais il y a aussi une façon de les
hystériser qui consiste à exagérer le sen-
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Éditeurs
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timent d’invasion. Aucun peuple n’est
pour l’immigration de masse. Si les mouvements migratoires ne sont pas trop importants, sont étalés dans le temps et ne
confrontent pas des populations aux modes de vie trop antagonistes, cela se gère.
Si c’est l’inverse, c’est plus compliqué, on
le voit bien.
dans une crise plus large, celle
d’un véritable changement de monde ?
Bien sûr, tout change, mais ne mélangeons pas une mutation historique et une
crise. Le seul élément vraiment déterminant tient selon moi au fait que nous, les
Occidentaux, avons perdu le monopole
mondial au moment même où l’on
croyait que l’Histoire était finie, parce
que l’on avait gagné ! Depuis lors, il n’y a
Dans votre livre et dans différentes
pas eu de nouveau changement qui
tribunes, vous avez énuméré un certain
contredise celui-là, mais une succession
nombre de solutions concernant les flux
de mouvements permanents et de
migratoires. Vous évoquez notamment
convulsions. La crise en Europe n’est pas
la solution des quotas…
directement liée à cela : elle est liée au
Je parle des quotas par métiers pour les
fossé qui s’est creusé entre les élites et les
immigrants légaux, oui. Pas des quotas de
peuples, qui ont cessé de suivre. Ils sont
répartition des réfugiés déjà arrivés,
contents de vivre en paix, de circuler famême s’il faut essayer de mieux les réparcilement, mais ils n’adhèrent plus à l’idée
tir. Pour gérer les flux, il faut une discusqu’il faudrait sans cesse continuer. Intésion qui ne soit pas théorique. Il ne faut
grer plus loin ? Pour quoi faire ? Même les
pas raisonner comme il y a cent ans où
Allemands n’en sont pas demandeurs. Je
l’on partait sans esprit de retour. Il faudra
me demande s’il ne faudrait pas admettre
développer une économie circulaire : dès
que le système de la construction eurolors que cela sera plus facile d’entrer, et
péenne est arrivé en gros
à maturité et qu’on a
Et c’est ainsi que
trouvé un équilibre dans
ce que Jacques Delors aps’est reconstituée
pelait une « fédération
une nouvelle « économie
d’État-nation ». On ne
de la traite » dans toute
peut qu’approuver la volonté du président Mal’Afrique, rapportant aux passeurs
cron de rendre l’euro
plus d’argent que le trafic de drogue
plus fort et plus résistant,
HUBERT VÉDRINE
mais cela ne va pas révolutionner la structure des
opinions européennes. Il y a les vrais ansurtout de revenir, les gens accepteront
ti-européens, des gens devenus sceptide repartir. Il faut aller dans ce sens-là, et
ques, ou allergiques à la réglementation,
aussi des visas plus faciles pour les étuet encore quelques pro-européens, devediants, les hommes d’affaires, etc. Mais
nus minoritaires, qui veulent continuer
d’abord que ceux qui vivent de la nouveld’avancer.
le traite comprennent que c’est fini,
qu’on ne peut plus détourner l’asile.
Au-delà de la crise de l’Union
Vous évoquez également la solution des
européenne, n’assiste-t-on pas à la mise
« centres de tri ». N’est-ce pas illusoire
en échec de la « mondialisation
dans la mesure où ni les pays de départ
heureuse » ?
Les droits de l’homme et le libre-échange
ni les pays de transit n’acceptent
c’est une chose, mais on ne peut pas non
cette solution ?
plus les imposer. Le multiculturalisme,
C’est, pour le moment, insoluble… On
c’est autre chose. Est-ce un progrès ?
n’est même pas d’accord sur les mots et
Cela se discute. Les Européens étaient
sur la manière d’appeler les centres en
très idéalistes, « fukuyamesque » avant
question. Cela dit, il y a déjà des repréFukuyama. Les Américains n’ont en réasentations de l’Union européenne, qui
lité jamais vraiment cru à cela, ils ont cru
pourraient appliquer partout les règles
davantage au triomphe du leadership
de Schengen et gérer les demandeurs.
américain et continuent aujourd’hui à
C’est vers cela qu’il faut aller. Le refus
s’acharner sur la Russie car ils ont besoin
des pays de départ ou de transit sur ces
d’un adversaire. Ceux qui sont les plus
centres, c’est une prise de position ferdéboussolés par ces bouleversements
me, avant un début de négociation.
sont les Européens, mais aussi beaucoup
les Canadiens et quelques micro-milieux
Dans votre plan est aussi posée
multilatéralistes un peu partout. Ils prenla question de Frontex, vous parlez d’en
nent de plein fouet l’effondrement des
faire une véritable police des frontières.
croyances sur la mondialisation heureuMais le problème est celui des frontières
se, ont beaucoup de mal à atterrir…
extérieures de Schengen ?
C’est évident qu’il faut (qu’il fallait) des
frontières extérieures à Schengen. Il faut
Ces bouleversements marquent-ils
donc donner plus de moyens à Frontex
un retour des nations ?
et une coopération plus poussée entre
Oui (elles n’avaient d’ailleurs pas dispapolices extérieures et intérieures, natioru) mais pas sous la forme ancienne.
nales et européennes. Et là-dessus,
Nous vivons désormais dans un monde
contrairement aux apparences et aux
très interdépendant. Même des pays qui
disputes actuelles entre les différents
veulent retrouver un peu d’autonomie
pays d’Europe, tout le monde a intérêt à
ne peuvent pas espérer qu’en décidant
la maîtrise des flux.
tous seuls dans leur coin, cela marchera ! À l’inverse, idéologiquement, l’idée
que l’avenir du monde tient au dépasseAvec l’arrivée au pouvoir des partis dits
ment des nations a totalement échoué,
« populistes », l’avenir de l’Europe
et même réveille son contraire. Les peun’est-il pas désormais dans une
ples résistent à l’acharnement des élites
approche plus nationale que globale ?
à dissoudre leur souveraineté et leur
Il faut une combinaison ! D’ailleurs, ce
identité. Il y a une forte demande pour
qui marche depuis très longtemps tient
une mondialisation moins nivelante et
de mesures combinées, entre des États
pour une Europe plus respectueuse des
membres et des initiatives coordonnées.
intérêts de chaque pays et des cultures
Mme Merkel avait fait un excellent disnationales. ■
cours il y a dix ans en affirmant qu’il fallait en finir avec cette querelle stupide
entre méthode communautaire et méthode intergouvernementale. Il n’y a
que les gens de Bruxelles pour entrete■ « Comptes
nir cette querelle théorique. Il est évident qu’il faut combiner, dans tous les
à rebours »
domaines où les pouvoirs sont partagés.
Hubert Védrine,
Fayard,
La crise que traverse l’Union
352 pages, 20 €.
européenne n’est-elle pas à intégrer
«
FIGAROMEDIAS
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Cahier 2 Économie
8 pages
Sur certaines éditions
Supplément 3
Magazine 100 pages
Cahier TV 60 pages
Supplément 4
Madame 100 pages
A
ENTRETIEN
21
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vendredi 27 juillet 2018 LE FIGARO
22
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
Catastrophe
succès assuréannoncée,
]
Monuments,
op
a suscité méfia éras, films, livres... Leur cré
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même scandale e, pronostics défavorable
s, parfois
s.
s’en passer. Bie Or, des années après, on
ne saurait
n malin qui sau
les présages.
rait déchiffrer
5/6
W.BEAUCARDET/LA PHILHARMONIE, THIERRY BORREDON/SIGNATURES, JEAN-LOUP GAUTREAU/AFP, SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Imaginée
au début des
années 1980, la
salle de concert
symphonique de
Paris a mis près
de quarante ans
à sortir de terre
et finalement
rencontrer
le succès, malgré
les critiques.
JEAN-BAPTISTE GARAT £@figarat
14 janvier 2015. Le public découvre la
Philharmonie au milieu d’un ballet
de plâtriers et de menuisiers. À quelques minutes du concert inaugural,
on fignole encore. Ces dernières semaines, les équipes se sont succédé
jour et nuit pour ouvrir la salle à
temps. À l’extérieur, de grands drapés masquent des pans de façades
inachevées ; à l’intérieur, l’habillage
des marches du parterre et les gardecorps taillés pour épouser les courbures de la salle restent à poser ; sur
une balustrade, un ouvrier pressé a
oublié un rouleau de gaines électriques et son mégot.
Lorsque François Hollande prend
place, une ovation le salue. Non pas
qu’il ait joué un rôle décisif dans la
construction de cette salle symphonique de 2 400 places, mais parce que
la France a connu une mortelle vague
terroriste une semaine plus tôt. Dans
l’esprit de Jean Nouvel, son concepteur, le bâtiment est un prolongement du parc de la Villette, qui le
jouxte. Il en émerge comme si l’acier
et l’aluminium en fusion avaient
soulevé le terrain avant de se figer ;
l’édifice doit pouvoir être abordé de
toute part, être traversé par le public,
escaladé. Mais ce soir, en raison des
conditions de sécurité renforcées
comme de l’inachèvement des travaux, rien de tout cela n’est possible,
au grand dam de l’architecte.
Jean Nouvel, justement, n’est pas
là. Présent à la générale, la veille, il
explique son absence et sa colère
dans une tribune publiée par Le Monde. « Ce bâtiment est prématuré », juge-t-il en dénonçant une réalisation
« qui oscille souvent entre la contrefaçon et le sabotage ». « La Philharmonie ouvre trop tôt », explique-t-il encore, en rappelant qu’il avait
demandé un délai à Laurent Bayle, le
président de la Philharmonie. Mais il
n’y a plus de délai possible pour une
inauguration qui a attendu près de
trente-cinq ans.
Dans son discours-programme
pour la culture du 19 mars 1981, préparé par Jack Lang, François
Mitterrand annonce la création d’un
« Beaubourg de la musique », une
« cité internationale » qui rassemblerait un nouvel Opéra, une salle de
musique contemporaine, des ateliers
d’expérimentation
électroacoustique, des salles de répétition, un
auditorium… « Comme le feu des vestales, la musique y brûlera jour et
nuit », lance-t-il. « Mais très rapidement, nous avons dû faire des arbitrages », raconte Jack Lang. Priorité est
donnée à la salle d’Opéra construite
A
1981
François Mitterrand
annonce la création
d’un « Beaubourg de la
musique » qui comprendra
un Opéra et une salle de
concert de 2 500 places
Dans l’esprit
de Jean Nouvel,
son concepteur,
la Philharmonie
est un prolongement
du parc de la Villette,
qui la jouxte.
Elle en émerge comme
si l’acier et l’aluminium
en fusion avaient
soulevé le terrain
avant de se figer.
En dessous, la grande
salle Pierre-Boulez,
qui propose
2 400 places assises.
La Philharmonie inachevée
sur la place de la Bastille. « Et déjà, on
essuyait des critiques. Bastille ? Certains trouvaient cela trop loin, trop à
l’est, trop grand, trop cher et pas utile, se remémore l’ancien ministre de
la Culture. C’est à peine croyable
aujourd’hui, et pourtant ce sont les
mêmes critiques lancées contre la
Philharmonie pendant des années. »
Car la future Cité de la musique doit
prendre ses quartiers encore plus
loin, à la porte de Pantin, au bord du
périphérique. Les travaux sont lancés in extremis en 1986, avant la cohabitation, et il faudra neuf ans pour
voir la Cité conçue par Christian de
Portzamparc inaugurée. Sans sa
grande salle symphonique.
Pierre Boulez en tête, les promoteurs du projet ne désarment pas. Ils
imaginent la cause entendue quand,
en 2002, Jacques Chirac et Lionel
Jospin l’inscrivent chacun dans leur
programme présidentiel. Il faudra
attendre cinq ans de plus avant que
Jean Nouvel soit désigné pour la réalisation. Mais, entre-temps, la situation a évolué. La Cité de la musique,
présidée par Laurent Bayle, gère
également la Salle Pleyel. Et les critiques repartent de plus belle : pourquoi construire une nouvelle salle
dans le XIXe arrondissement quand
on dispose de 1 900 places à un jet de
pierre de l’Arc de triomphe ? Il n’est
par ailleurs plus question pour l’État
d’assumer seul les coûts ; la Ville de
Paris et la région devront mettre la
main à la poche. La crise passe par là,
et la Philharmonie manque d’être
abandonnée. Elle est sauvée par Nicolas Sarkozy, qui l’inscrit dans son
projet de Grand Paris. Après deux
ans d’arrêt, les travaux ne reprennent qu’en 2011, trop tard pour une
livraison attendue en 2012.
La facture est également revue à
la hausse : aux 200 millions d’euros
prévus en 2007 - pour la seule
construction, précise-t-on à la
Philharmonie - s’ajoute le coût des
travaux préparatoires, des équipements, des honoraires, de l’inflation, des assurances et provisions…
Elle atteindra 380 millions à la livraison. Quasiment le double du
chiffrage de départ, se plaignent ses
détracteurs. Moins de la moitié du
coût de la Philharmonie de Hambourg (865 millions d’euros, dix
fois le prix annoncé en 2003), temporisent ses promoteurs.
“
Est-ce qu’on
avait besoin
d’une telle salle ?
L’affluence
du public vaut
réponse
”
MICHEL FRANCK, DIRECTEUR GÉNÉRAL
DU THÉÂTRE DES CHAMPS-ÉLYSÉES
Sur le terrain, les relations se tendent entre les commanditaires, l’architecte et Bouygues, qui a décroché
le marché. Jean Nouvel accuse la
maîtrise d’ouvrage et le constructeur de le contourner pour la réalisation et de le flouer sur ses honoraires.
Il en appelle à l’État, mais la majorité
socialiste hésite. Faut-il abandonner
ce chantier que personne ne veut assumer ? Les coûts engagés sont déjà
trop importants, tranche-t-on.
Quant aux inquiétudes de l’architecte, la ministre de la Culture, Aurélie
Filippetti, choisit de les minimiser.
1995 2007
Six ans après l’Opéra
Bastille, inauguration
de la Cité de la musique,
signée Christian
de Portzamparc, sans
sa salle symphonique
Jean Nouvel
remporte le concours
pour la future
Philharmonie
de Paris
« Mais Jean, cela sera très bien quand
même », lui lance-t-elle. L’inauguration est prévue en septembre
2014 ; elle aura lieu en janvier 2015.
Les travaux se poursuivront après
l’ouverture, notamment pendant
l’été. La bataille aussi, devant les tribunaux, qui déboutent l’architecte.
Un appel est en cours, des expertises
commandées. Bayle et Nouvel se
croisent une dernière fois aux obsèques de Pierre Boulez, mais l’architecte revient régulièrement sur les
lieux. Il y a quelques jours encore, il
faisait visiter sa Philharmonie à son
collègue Richard Rogers. Pour lui
montrer ce qui a été fait, ce qui doit
être refait et ce qui reste à faire.
« J’espère que le temps fera son office et que l’on pourra se mettre
autour d’une table pour parler des
travaux », explique aujourd’hui
Laurent Bayle, qui évoque notamment l’esplanade devant l’entrée
principale ou les foyers. « Jean Nouvel est meurtri par toute cette affaire,
raconte un proche de l’architecte *.
Blessé par la manière dont il a été traité et l’état d’inachèvement dans lequel
se trouve le bâtiment. Et, dans le
même temps, il se rend bien compte
que c’est un immense succès. »
Trois ans après son ouverture, la
Philharmonie vient de fêter son quatre millionième visiteur. De
450 000 spectateurs de concerts et
730 000 visiteurs au total en 2014
(pour la Cité de la musique et la Salle
Pleyel), la fréquentation est passée à
600 000 spectateurs et 1,2 million de
visiteurs en 2017. Non seulement le
public de Pleyel a suivi, mais la Philharmonie parvient à attirer un tiers
de nouveaux venus.
De quoi rendre jaloux les autres
patrons de salles ? Ils s’en défendent.
2015
Après six ans
de travaux,
inauguration
de la nouvelle salle
par François Hollande
« Tout ce qui peut contribuer à élargir
et à rajeunir le public nous est utile à
tous », explique Olivier Mantei, le
directeur de l’Opéra Comique, qui
n’imagine pas « qu’une abondance
d’offre nuise ». « Je suis persuadé qu’il
y a des publics qui iront pour la première fois au concert à la Philharmonie, parce que ce n’est pas cher, parce
que les conditions sont confortables, et
qui du coup deviendront des publics de
Garnier, de Bastille, du Théâtre des
Champs-Élysées ou du Châtelet », assure pour sa part Stéphane Lissner,
patron de l’Opéra de Paris. « Est-ce
qu’on avait besoin d’une telle salle ?
L’affluence du public vaut réponse »,
explique Michel Franck, directeur
du Théâtre des Champs-Élysées.
Mais il est encore trop tôt pour un bilan, ajoute-t-il, en soulignant
qu’avec la création de La Seine musicale, de l’auditorium de Radio
France, avec la future programmation du Théâtre Marigny et la réouverture du Châtelet, « le paysage
musical évolue vite et profondément ».
Laurent Bayle, lui, se dit aujourd’hui « apaisé ». La genèse de la
Philharmonie a été longue, difficile,
« douloureuse, même, parfois ». « Et
nous ignorions, au moment d’ouvrir,
si toutes ces polémiques, des années
durant, n’allaient pas jouer négativement sur le public. Il n’en est rien,
c’est un soulagement. » Mieux,
quand il se déplace en province pour
créer un orchestre pour enfants, Démos, ou quand il est à l’étranger, à la
rencontre des directeurs de salles ou
d’orchestres, l’aura de la nouvelle
scène parisienne est évidente.
« C’est le Graal, témoigne-t-il. Parce
que le projet a été très bien pensé à
l’origine par Pierre Boulez. Et aussi
grâce à Jean Nouvel. » La Philharmonie de Paris n’est peut-être pas
achevée, elle constitue déjà un chefd’œuvre. « Si Jean Nouvel ouvre la
porte, on peut s’embrasser », conclut
Laurent Bayle. ■
* Contacté, Jean Nouvel, « dans
l’attente du règlement judiciaire
qui l’oppose à la Philharmonie de
Paris », n’a pas souhaité s’exprimer.
RETROUVEZ DEMAIN :
Godot, héros inattendu
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 juillet 2018 LE FIGARO - N° 23 003 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
SNCF
GUCCI
LE TRANSPORTEUR SIGNE
UNE COMMANDE DE 100 TGV
DU FUTUR PAGE 26
Jean-Paul Agon : « L’Oréal
a réalisé sa meilleure
croissance depuis 10 ans »
LE MAROQUINIER FLORENTIN
ENREGISTRE UNE CROISSANCE
RECORD DE 44 % PAGE 27
Jour J pour
la « libération
fiscale »
des Français
À partir de ce vendredi, les salariés
travaillent pour eux et non plus pour l’État.
CANON, JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO, ERIC PIERMONT/AFP
Selon la neuvième étude de l’Institut
économique Molinari (IEM), dont Le
Figaro publie en exclusivité les résultats, la France conserve cette année
encore son bonnet d’âne du pays le
plus taxé en Europe. Et donc de celui
dont les citoyens commencent le plus
tardivement à travailler pour euxmêmes et à profiter du fruit de leurs
efforts, au lieu de financer – via leurs
impôts, cotisations et autres contributions sociales – les dépenses de
l’État et de la Sécu.
La France a certes gagné deux jours
par rapport à son jour de « libération
fiscale » de 2017, mais ce n’est rien
comparé aux 11 jours que son challenger, la Belgique, a grappillés en à peine
un an. La situation devrait rester identique en 2019.
Les réformes entrant en application
au 1er janvier (prélèvement à la source ou transformation du CICE en
baisse de cotisation) ne seront en effet pas suffisantes pour permettre à la
France de rattraper son retard sur des
pays qui continuent à gagner en compétitivité.
èCHRISTINE LAVARDE (LR) :« NOUS AVONS PERDU UN AN »
èPAS DE MIRACLE À ATTENDRE NON PLUS EN 2019 PAGES 24 ET 25
Facebook s’effondre à Wall Street,
les coûts de sécurisation inquiètent
Le leader mondial des produits cosmétiques a réalisé
une croissance record au premier semestre. Son PDG
livre au Figaro la recette de ces résultats. Son groupe
augmente des investissements en R&D et en marketing,
ce qui lui permet de lancer des nouveaux produits plus
chers, tout en augmentant sa rentabilité. PAGE 28
COMMERCE
Paris se méfie
du projet d’accord
évoqué par Trump
et Juncker PAGE 25
LA SÉANCE
DU JEUDI 26 JUILLET 2018
CAC 40
5480,55
+1,00%
DOW JONES (18h)
25563,24 +0,59%
ONCE D’OR
1228,25 (1231,50)
PÉTROLE (lond)
74,450 (74,000)
EUROSTOXX 50
3509,26 +1,18%
FOOTSIE
7663,17 +0,06%
NASDAQ (18h)
7428,55 -1,07%
NIKKEI
22586,87 -0,12%
nement monter en flèche. Pour combattre les « fake news » et sécuriser
les données de ses utilisateurs après le
scandale Cambridge Analytica des
données volées, le groupe dirigé par
Mark Zuckerberg doit programmer
des dépenses importantes qui impacteront à l’avenir sa croissance et sa
rentabilité. PAGE 29
Le dynamisme du statut du microentrepreneur (anciennement autoentrepreneur) se confirme. Dans son
recensement annuel, l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss), la fédération des
Urssaf, évalue en effet à 1 183 000 le
nombre de microentreprises au
31 décembre 2017. Soit un bond de
11,3 % en un an, contre 6,2 % en 2016
et 3,1 % en 2015. Cette accélération
résulte d’une forte hausse des immatriculations (+ 11,7%) et d’un recul
simultané des radiations (-7,1 %). Un
regain imputable à la loi Pinel, entrée
en application en janvier 2016, qui a
fusionné les régimes micro-social et
fiscal. En hausse également, le chiffre
d’affaires moyen trimestriel des micro-entrepreneurs qui s’établit à
3 664 euros au quatrième trimestre
2017, soit une progression de 4,5 %
sur un an, contre 1,7 % en 2016. La
dynamique du chiffre d’affaires global reste comparable à celle de l’année précédente. Avec une progression de 10,2 % (+ 10% en 2016), les
microentreprises pèsent 2,649 milliards d’euros fin 2017.
L’étude de l’Acoss souligne toutefois
un mouvement général de ralentissement du nombre de microentreprises actives - c’est-à-dire ayant dégagé un chiffre d’affaires positif pour
la période étudiée - et notamment
les métiers de bouche, particulièrement touchés. La part des micro-entrepreneurs actifs n’a en effet progressé que de 0,1 % en 2017, contre
un bond de 7,3 % l’année précédente.
De grandes disparités sectorielles
subsistent. Parmi les branches qui
comportent le plus de microentreprises actives, les transports (+ 34,6%),
les activités immobilières (+ 13,9%), le
nettoyage (+ 12,8%) et la santé
(+ 12,6 %) sortent du lot. La récente
réforme du statut des micro-entrepreneurs, entrée en vigueur au
1er janvier, devrait créer un nouvel appel d’air. Suite à une promesse de
campagne d’Emmanuel Macron, le
budget 2018 a en effet doublé les plafonds de chiffre d’affaires autorisés
sous le statut de microentreprise, permettant à ses bénéficiaires de rester
plus longtemps affiliés à ce régime fiscal et social simplifié.
A. K.
AccorHotels renonce
à racheter la part de
Canon fait des coureurs du Tour
de France les cobayes de son labo mobile l’État chez Air France
L'HISTOIRE
À
première vue, c’est un cabinet
de radiologie classique, avec
table d’examen, échographe
et appareil de radiologie
numérique. Les patients ne
sont pas des malades comme les autres :
ce sont des coureurs du Tour de France,
qui ont fini l’étape avec une entorse ou une
tendinite au genou ou au poignet. Depuis
le début de la Grande Boucle, 80 personnes
ont défilé dans ce cabinet médical mobile,
installé dans le village arrivée. Le chauffeur
de ce poids lourd de 16 tonnes (photo) roule
de nuit pour s’installer avant les cyclistes.
L’équipe médicale du Tour oriente
les blessés vers ce centre. Des radiologues
des environs de
chaque étape sont
réquisitionnés
pour les examens.
Depuis quatre ans,
Canon Medical
Systems est
partenaire du Tour.
« Le suivi
des sportifs, qui
présentent souvent
des pathologies particulières, nous aide
à améliorer nos machines et les réponses pour
les patients », explique François Vorms,
directeur général de Canon Medical Systems
France, spécialisé dans les pathologies
ostéo-articulaires. Cette filiale du géant
japonais est issue du rachat des activités
médicales de Toshiba fin 2016.
La santé, qui génère 6 milliards de dollars
de chiffre d’affaires, constitue l’un des piliers
stratégiques de Canon. L’entreprise a noué
des partenariats avec le Stade Toulousain,
Manchester United… Elle vient de présenter
lors d’un congrès une cartographie
des nerfs des membres supérieurs
des rugbymen. Elle réalise actuellement
des études
sur les cartilages.
Des travaux
pratiques
qui lui permettent
de collecter
de précieuses
données tout
en lui apportant
de la visibilité. ■
KEREN LENTSCHNER
« On ne s’est pas mis d’accord.
On passe au deal suivant. » AccorHotels a abandonné jeudi
son projet d’acheter à l’État sa
part de 14,3 % dans Air France-KLM. « AccorHotels reste
convaincu du fort potentiel de
création de valeur d’une association renforcée entre hôteliers
et partenaires aériens, indique
un communiqué. Cependant, le
groupe considère que les conditions nécessaires pour une prise
de participation minoritaire dans
Air France-KLM ne sont pas
réunies à ce stade et a par conséquent décidé de ne pas poursuivre l’étude de ce projet. »
AccorHotels avait reconnu début juin mener des réflexions
en vue d’acquérir la participation de l’État chez Air FranceKLM.
« Est-ce que nous avons été capables de nous mettre d’accord
et d’avoir des conditions qui, à
ce stade, nous permettent
d’avancer ? La réponse est
non », a déclaré Jean-Jacques
Morin, directeur financier
d’AccorHotels. Dans l’entourage du groupe, on assure que
cette décision n’est pas liée à
un refus de l’État de vendre sa
participation, et encore moins
à un manque d’allant de ses
actionnaires. En fait, c’est surtout le fait que le recrutement
du successeur de Jean-Marc
Janaillac à la tête d’Air France
KLM se fasse dans des conditions chaotiques et traîne
en longueur qui a dissuadé AccorHotels.
L’État voulait d’abord que soit
définie la nouvelle gouvernance du transporteur. Le
13 juillet, la présidente par intérim Anne-Marie Couderc a
annoncé que « le processus de
recrutement devrait être finalisé
dans les prochaines semaines,
permettant une mise en place
effective de la nouvelle gouvernance en septembre », tout en
déplorant les « perturbations »
liées « à la manière dont le
groupe AccorHotels manifeste
son intérêt capitalistique ».
MATHILDE VISSEYRIAS
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
Jeudi à la Bourse de New York, l’action du réseau social a chuté à
l’ouverture de près de 20 %, soit une
perte de 120 milliards de dollars de
capitalisation boursière.
Ce ne sont pas tant les performances
moins bonnes qu’attendu du géant
américain qui inquiètent que la perspective de voir ses coûts de fonction-
FORTE ENVOLÉE
DES MICROENTREPRISES
EN 2017
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 juillet 2018 LE FIGARO
24
L'ÉVÉNEMENT
Les Français « libérés fiscalement » ce ven
soit deux jours plus tôt qu’en 2017
À partir du 27 juillet, le salarié moyen français ne travaille plus pour payer ses cotisations et impôts, mais
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
COMPÉTITIVITÉ Il n’y a pas eu
d’effet magique Macron. La France
reste, encore cette année, le pays
le plus fiscalisé et taxé socialement
de l’Union européenne, selon
l’étude annuelle de l’Institut
économique Molinari (IEM)
dont Le Figaro publie les
résultats en exclusivité.
Cette année, les Français
ne seront « libérés fiscalement » que ce vendredi 27 juillet, soit
deux modestes jours
plus tôt qu’en 2017.
Pour obtenir ce résultat, l’IEM a calculé
le « salaire complet »
(salaire brut additionné des charges
patronales)
d’un
salarié moyen. Ce
salaire,
de
56 815 euros pour
un Français, apparaît plutôt élevé.
Mais il est grevé
par un total de
charges et impôts de 32 233 euros
qui, transformé en un taux de socialisation et d’imposition réelle de
56,73 % et rapporté à un calendrier
de 365 jours, donne cette année le
27 juillet comme date de libération
fiscale pour la France.
La même méthode donne des
résultats très différents pour nos
grands voisins. En Allemagne, le
jour J a lieu le 10 juillet, deux jours
après l’Italie. En Pologne, c’était le
15 juin, une semaine après l’Espagne. Au Royaume-Uni, le 8 mai…
Les Chypriotes s’étaient acquittés
en premier de leurs obligations de
financement de leurs services publics dès le 27 mars.
Cette méthode originale, façonnée aux États-Unis dans l’aprèsguerre, a le mérite de populariser
les débats sur la taille des dépenses
publiques ou le rôle de l’État dans
l’économie. Ses résultats sont
confortés par les chiffres officiels
d’Eurostat. Les dépenses publiques
françaises ont en effet légèrement
diminué de 2016 à 2017, passant de
56,6 % à 56,5 % du PIB. Mais pas
suffisamment pour provoquer un
recul de l’Hexagone, qui conserve
18 766 €
24 582 €
Décomposition
en revenu disponible,
charges et impôts du "salaire"
moyen français en 2018
Revenu
disponible
Charges
patronales
Source : Institut Molinari
9 273 €
Charges
salariales
1 709 €
TVA
estimée
NOTE DE LECTURE : LE SALARIÉ FRANÇAIS A ÉTÉ LIBÉRÉ DE
SES OBLIGATIONS FISCALES ET SOCIALES LE 27 JUILLET 2018
2 485 €
Impôt sur
le revenu
sa première
place, en termes
de dépenses publiques,
sur le podium européen.
Sur le papier, Emmanuel Macron promet de faire bouger les lignes. Selon les documents envoyés
en avril à Bruxelles, il ambitionne
sur son quinquennat de baisser le
ratio de dépenses sur PIB de quatre
Emmanuel
Macron,
président
depuis
un an,
n’a pas inversé
la tendance.
43,45 %
41,03 %
LUXEMBOURG
MARS
AVRIL
« La prise de conscience de la nécessité de baisser le coût du travail
en France remonte à la fin du quinquennat Hollande, note Nicolas
Marques, directeur général de
l’IEM. Mais comme il n’y a toujours
pas eu de réduction significative de
la dépense publique, il est à craindre
que la baisse de la fiscalité et du
chômage soit sans rapport avec ce
qui se passe chez nos voisins.»
L’évolution de la Belgique, qui
fut bonne dernière du classement
pendant des années, est à cet égard
très significative. Le jour de « libération fiscale » du plat pays était le
6 août en 2015, le 27 juillet en 2016
et 2017 et enfin le 17 juillet cette
année. Pour Cécile Philippe, la
présidente de l’IEM, cela s’expli-
Taux de pression fiscale
et sociale sur les salaires
30 mai
Infographie
Le bond en avant belge
56 815 €
JOUR DE « LIBÉRATION FISCALE ET SOCIALE » EN 2018
Source : Institut économique Molinari
points d’ici à 2022 et le taux des
prélèvements obligatoires d’un
point. Dans la pratique, la suppression en janvier d’une partie
des cotisations salariales, compensée par une hausse de 1,7 point
de la CSG, n’a pour l’instant pas
suffi à alléger le poids global des
prélèvements.
45,27 %
47,42 %
8 juin
15 juin
23 juin
ESPAGNE
POLOGNE
SUÈDE
MAI
JUIN
27 mars
10 avril
26 avril
8 mai
31 mai
11 juin
12 juin
19 juin
CHYPRE
MALTE
IRLANDE
ROYAUME-UNI
DANEMARK
CROATIE
PORTUGAL
FINLANDE
21 juin
PAYS-BAS
23,37 %
27,38 %
31,55 %
34,91 %
41,35 %
44,16 %
44,47 %
46,44 %
47,04 %
GONZALO FUENTES/REUTERS
Christine Lavarde (LR) : « Nous avons perdu un an » Pas de miracle à attendre non
MARC LANDRÉ £@marclandre
Sénatrice LR des Hauts-de-Seine et
membre de la commission des finances, Christine Lavarde a été l’un
des 44 membres du Comité action
publique 2022 (CAP 22) chargés de
faire des propositions à Édouard
Philippe pour « transformer en profondeur l’action publique ».
A
LE FIGARO. - La France reste
dernière en 2018 de la classe
en matière de pression fiscale
et sociale. Qu’en pensez-vous ?
Christine LAVARDE.- On pourrait
avoir envie de baisser les bras car
cette mauvaise nouvelle s’ajoute à
notre déclassement relatif en termes de taux de chômage (nous sommes passés en mai de la 23e place à la
25e place sur les 28 États membres de
l’Union européenne, NDLR) et aux
piètres résultats du premier trimestre 2018, publiés par Eurostat le
20 juillet. La situation des autres
pays de la zone euro s’améliore
pendant que la France stagne. Les
bons résultats de l’année 2017 s’expliquent uniquement par la reprise
de la croissance. L’amélioration de
la conjoncture a caché l’absence de
réformes structurelles depuis plusieurs années.
Emmanuel Macron a promis
de baisser le taux de prélèvement
obligatoire d’un point sur
le quinquennat. Est-ce suffisant ?
Dans la loi de programmation des
finances publiques 2018-2022 de
janvier, le taux de prélèvement
obligatoire devait passer de 44,7 %
en 2017 à 43,6 % en 2022. Le gouvernement a revu ses prévisions
trois mois plus tard. En 2022, avec
un taux de 44,3 %, nous atteindrons
l’objectif fixé initialement pour
2018. L’impôt devrait être l’exception pour corriger des inégalités ;
c’est aujourd’hui la norme pour
financer des dépenses nouvelles.
Avant de parler d’objectif sur le
taux de prélèvement obligatoire, il
faut changer de philosophie sur le
rôle de l’impôt.
Croyez-vous à un effet en 2019
de la politique du gouvernement ?
Il y a un an, Amélie de Montchalin
(LaREM) déclarait dans vos colonnes : « Pour le budget 2018, nous lancerons les premières réformes structurelles, qui permettront de dégager
d’importantes économies. » J’avoue
avoir du mal à citer une réforme
structurelle présentant une telle caractéristique. Je reconnais que le
gouvernement a avancé sur certains points, comme la réforme de
la SNCF, qui était inéluctable. Mais
qui s’accompagne d’une reprise de
la dette de l’entreprise par l’État.
Autre exemple, si je partage le
constat sur l’iniquité des valeurs locatives, je conteste la solution : la
suppression de la taxe d’habitation,
promesse de campagne électorale
démagogique, les ménages les plus
faibles étant déjà exonérés. Cette
mesure va coûter à l’État a minima
10,5 milliards d’euros supplémentaires à l’horizon 2020. Le rapport
préparatoire au débat d’orientation
des finances publiques nous a appris
que ce coût serait financé par le déficit public. Le gouvernement semble avoir tiré lui-même les conclusions de sa politique sur la réduction
de la dépense publique.
Vous étiez membre du Comité
action publique 2022, dont
Le Figaro a révélé la semaine
dernière le contenu du rapport
non rendu public. Jugez-vous
l’exécutif à la hauteur des enjeux ?
J’ai accepté avec enthousiasme
d’être membre de ce comité. Nous
avons essayé de répondre à la commande du premier ministre, qui
était de « transformer en profondeur l’action publique ». Mais
transformer implique de simplifier,
de prendre en compte les opportunités offertes par les avancées technologiques, de déterminer quel
échelon est le mieux adapté pour
remplir chaque mission de service
public, etc.
Je l’ai dit dès le lancement : impossible de proposer un ensemble cohérent de mesures en si peu de
temps (de mi-octobre à fin février)
même si réformer en profondeur ne
peut se faire qu’en début de mandat. Nous avons perdu un an. C’est
le programme du candidat Macron
qui aurait dû être la feuille de route
d’Action publique 2022. Le compte
n’y est pas et la France décroche :
alors que le solde public devait être
légèrement excédentaire en 2022, il
a déjà été révisé et serait tout juste à
l’équilibre en fin de quinquennat
alors qu’il l’est déjà en moyenne
dans la zone euro. ■
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
PROPOS RECUEILLIS PAR
L’impôt
devrait être
l’exception
pour corriger
des
inégalités ;
c’est
aujourd’hui
la norme
pour financer
des dépenses
nouvelles
»
CHRISTINE LAVARDE,
SÉNATRICE (LR)
DES HAUTS-DE SEINE
Selon les calculs de l’Institut économique Molinari (IEM), la « libération fiscale » des salariés
français interviendra plus tôt en
2019, sous l’effet essentiellement
de la transformation du crédit
d’impôt pour la compétitivité des
entreprises (CICE) en baisse pérenne de cotisations patronales.
L’Hexagone se rapprochera ainsi
de l’Autriche et de la Belgique, qui
forment avec la France la queue
du peloton européen. Sauf surprise, Paris conservera toutefois son
titre de champion européen de la
fiscalité. Les autres États travaillent en effet en parallèle sur
des réformes, visant à améliorer
encore leur compétitivité, qui leur
feront conserver leur avantage
concurrentiel. Le point sur les effets mesurés de trois réformes
attendues en 2019.
u
Quel sera l’effet, à plein
régime, de la réforme
des cotisations sociales ?
Le programme d’Emmanuel Macron comprenait un dispositif fiscal
complexe : une baisse de 3,15 points
des cotisations salariales compensée, en partie, par une hausse généralisée de 1,7 point de la CSG. La
hausse de la CSG a été appliquée dès
le 1er janvier. En revanche, la baisse
des cotisations a été étalée dans
l’année et ne sera pleinement effective que le 1er octobre. Résultat, selon l’IEM, le gain pour le salarié
moyen s’élève en 2018 à un modeste 244 euros.
À plein régime, le gain doublera
en 2019 pour un salarié moyen,
pour atteindre 545 euros. Mais par
ricochet, la facture d’impôt sur le
revenu du salarié augmentera de
147 euros. Au final, le gain net de
pouvoir d’achat sera donc limité à
397 euros. Un coup de pouce certes appréciable mais pas de nature
à modifier la première place française sur le podium des pays les
plus fiscalisés. « Même si cette réforme avait été opérationnelle toute
l’année, la France serait restée cette année championne de la fiscalité
de l’Union européenne, bien devant
l’Autriche et la Belgique », assurent les auteurs de l’étude de
l’IEM.
Français profiteront-ils
u Les
du passage à la retenue
à la source ?
Seules les personnes partant à la
retraite au moment de la mise en
place du prélèvement à la source
au 1er janvier prochain, ou juste
avant, bénéficieront d’une réelle
baisse d’impôt. L’opération sera
neutre pour tous les autres. L’impôt sur les gains 2018 sera en effet
effacé mais les services fiscaux
vont, en contrepartie, mettre en
place une imposition plus précoce
des revenus 2019. « On espère que
l’impôt sur le revenu acquitté en
2019 sur le revenu 2019 du salarié
moyen français sera supérieur à celui de l’année 2018 », note au
contraire l’IEM. Au final, l’opération ne se traduira donc pas par
une baisse notoire de la fiscalité
pour les ménages et n’aura aucun
impact sur le taux calculé par
l’IEM.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 27 juillet 2018
ÉCONOMIE
■ Étape 1
Pour établir son palmarès,
l’institut Molinari (IEM)
étudie pour chaque pays
un profil type :
un célibataire avec
un salaire brut moyen,
en agrégeant pour chacun
les charges sociales
(patronales et salariales),
l’impôt sur le revenu
et la TVA (basée sur une
consommation moyenne).
■ Étape 2
IEM calcule un « taux de
socialisation et d’imposition
réelle » pour chaque pays,
rapportant l’ensemble des
impôts et taxes payés sur
le salaire brut additionné
des charges patronales.
■ Étape 3
La date de « libération
fiscale » pour chaque
travailleur de chaque pays
est obtenue en multipliant
le taux de sociabilisation et
d’imposition réelle par 365.
pour lui.
que par « la continuation des efforts
du gouvernement fédéral. Les charges patronales et l’impôt sur le revenu avaient déjà baissé significativement en 2016. Elles continuent de
baisser cette année et on constate
une baisse du chômage quatre fois
plus rapide qu’en France ».
Le concept du jour de « libération fiscale » donne une idée du
degré de socialisation d’une économie même si ce n’est pas un indicateur du bien-être des citoyens
qui bénéficient, indirectement, de
l’argent récupéré en cotisations ou
impôts pour être redistribué ou
dépensé. « Cet indicateur mesure la
date à partir de laquelle le salarié
devient libre d’utiliser, comme il le
souhaite, les fruits de son travail,
et non la date à partir de laquelle
il cesserait de travailler pour la
collectivité »,
précise
l’IEM.
D’ailleurs, en 1974, l’économiste
libéral Milton Friedman, grand
défenseur du concept, suggérait
dans une tribune au magazine
américain Newsweek de célébrer
non pas un jour de « libération fiscale » mais d’« indépendance personnelle»… ■
Gros écarts
avec les autres pays
1
3
1€
France
Pour 100 €
réels dans la poche du
salarié, l'employeur
doit débourser
en plus, en
taxes et en
impôts*
56,73 %
51,55 %
27 juillet
8 juillet
FRANCE
ITALIE
JUILLET
10 juillet
18 juillet
52,12 % ALLEMAGNE
10 juillet
52,09 % GRÈCE
54,32 % AUTRICHE
17 juillet
54,24 % BELGIQUE
ARMELLE BOHINEUST£@armelella
ET JEAN COMTE £@JeanComte
INTERNATIONAL Un succès, le
rendez-vous entre Donald Trump
et le patron de la Commission
européenne ? Pour le président
américain, aucun doute. En
ouvrant la rencontre par un baiser
sur la joue de Trump, Jean-Claude
Juncker a déclenché un tweet
euphorique sur « l’amour » que se
portent les deux continents.
Donald Trump a aussi célébré une
« nouvelle phase » dans les relations entre Washington et Bruxelles et la volonté commune d’aller
vers la suppression totale des droits
de douane dans les échanges
industriels.
De ce côté-ci de l’Atlantique, le
bilan est plus mitigé. À Bruxelles, le
soulagement est patent à l’issue
d’une « rencontre gagnant-gagnant », qui a réinstauré le dialogue et ouvert la voie à la coopération. Elle « éloigne, voire élimine le
risque d’une guerre commerciale qui
aurait entraîné des taxes supplémentaires sur les voitures », résume
une source européenne. Par
ailleurs, pour la première fois, le
président américain reconnaît la
nécessité de travailler à une réforme de l’Organisation mondiale du
commerce (OMC), souligne-t-on.
Concrètement, Donald Trump et
le président de la Commission
européenne ont annoncé des décisions dans l’industrie, l’agriculture
et l’énergie. L’UE devrait ainsi augmenter ses achats de gaz naturel liquéfié (GNL) et de soja américains.
Encore faut-il concrétiser ces
projets. Alors que l’UE subit des
taxes douanières punitives de 25 %
sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium, le ministre américain des
Finances, Steven Mnuchin, a souligné que c’était « le premier dossier » à régler et qu’il espérait y arriver « rapidement ». Il a aussi
confirmé qu’il n’y aurait pas de
taxes douanières sur le secteur
automobile européen tant que les
États-Unis et l’UE négocieraient.
En Allemagne, où l’on redoute
plus que tout les menaces de taxes
sur l’automobile, la rencontre est
« constructive », résume une porte-parole d’Angela Merkel. « Non
seulement la menace des taxes
douanières automobiles est écartée,
mais nous nous sommes aussi mis
d’accord pour travailler ensemble
contre les pratiques commerciales
injustes et pour une réforme de
l’OMC », détaille le ministre allemand des Affaires étrangères,
Heiko Maas.
Le secteur automobile
a bondi en Bourse
Mais Bruno Le Maire ne voit pas ces
avancées du même œil. « Une
guerre commerciale ne ferait que des
perdants et il est bien de revenir au
dialogue avec les Américains sur les
questions commerciales », a approuvé, jeudi, le ministre de l’Économie. Toutefois, il demande des
« clarifications »
et
souligne
qu’« une bonne discussion » doit se
faire « sans pression ». Et il rejette
l’idée d’un accord commercial global avec les États-Unis, rappelant
« les limites du TTIP », l’accord de
libre-échange que Bruxelles et
Washington ont échoué à finaliser
il y a deux ans.
Bruno Le Maire exige que l’agriculture « reste en dehors du champ
des discussions », assurant que
« l’Europe ne transigera pas avec
ses normes ». Il réclame aussi
l’accès aux marchés publics outreAtlantique et « des actes de bonne
volonté du côté américain ».
Autant d’exigences que Bruxelles
ne veut pas entendre. « C’est irréaliste de demander l’ouverture des
marchés publics américains et la
protection de l’agriculture européenne. Les États-Unis ne veulent
pas ouvrir leurs marchés publics. Si
on insiste, ils demanderont des
concessions sur l’agriculture »,
oppose ainsi un officiel bruxellois.
Sur ce sujet, les observateurs
sont sceptiques. L’Union européenne va réaliser « de façon quasi
immédiate, d’importants achats de
soja », a twitté mercredi Donald
Trump. Il venait d’annoncer un
plan d’urgence de 12 milliards pour
compenser les pertes de revenus
des agriculteurs américains affectés
par la bataille des barrières tarifaires entre les États-Unis et la Chine.
Mais les importations européennes
de soja américain (dont 94 % de la
production est génétiquement
modifiée) varieront peu avec cet
accord, pronostique un expert.
Du côté des chefs d’entreprise
européens, la satisfaction prévaut.
« Éliminer les barrières est bénéfique » pour tous, des deux côtés de
l’Atlantique, juge Pierre Gattaz, qui
préside l’organisation patronale
européenne BusinessEurope. Et le
secteur automobile a bondi en
Bourse. Ce qui n’empêche pas les
industriels allemands de demander
« des actes après les mots ». Une
inquiétude légitime alors que Donald Trump a réclamé, jeudi, à ses
services une étude sur un éventuel
relèvement des droits de douane
sur les importations de voitures. ■
Le président
de la Commission
européenne,
Jean-Claude Juncker
(à gauche),
et Donald Trump,
mercredi
à Washington.
PABLO MARTINEZ
MONSIVAIS/AP
Draghi a réussi hier à faire baisser l’euro
Allemagne
Le président de la BCE reste partisan d’une politique très accommodante.
u
L’IEM est formel : seule la bascule
du CICE en baisse pérenne de cotisations « est de nature à résorber
significativement l’écart qui s’est
constitué au fil des années entre la
France et les deux autres champions
de la fiscalité que sont l’Autriche et la
Belgique ». Le CICE a été instauré
par la loi de finances rectificative
pour 2012. Il s’agit d’un crédit d’impôt à hauteur de 6 % des salaires
versés (et 7 % en 2017) dont l’objectif est d’améliorer la compétitivité
des entreprises. Ce crédit d’impôt
n’a pas d’impact sur la rémunération des salariés, l’IEM ne le prend
donc pas en compte pour calculer
son jour de « libération fiscale ».
Sa transformation en baisse des cotisations patronales à hauteur de 6 %
- actée dans la loi de financement de
la Sécurité sociale de 2018 - vient en
revanche modifier la donne. Cette
évolution devrait permettre de
gommer l’essentiel de l’écart avec
l’Autriche et la Belgique, mais ne
suffira a priori pas à la France pour
passer devant. L’IEM a en effet calculé que si les deux grandes réformes
Macron - transformation du CICE en
baisse de cotisations - avaient été
opérantes dès cette année à plein
régime, « le taux de socialisation et
d’imposition réel français aurait été
de 54,41 %, tout proche mais encore
derrière l’Autriche (54,32 %) et la
Belgique (54,24 %) ». Mais encore
plus élevé… ■
A. G.
Les espoirs de trêve sont là. Mais si Berlin se réjouit d’une rencontre
constructive, Bruno Le Maire s’inquiète des concessions réclamées.
109 €
plus en 2019
Comment se traduira
la transformation du CICE
en allègement des charges
patronales ?
Paris se méfie du projet d’accord
commercial évoqué par Trump et Juncker
JEAN-PIERRE ROBIN jprobin@lefigaro.fr
106 €
Italie
84 €
Moyenne UE
«
Notre
scénario est
désormais
que les trois
taux
directeurs
ne devraient
pas être
remontés
avant la fin
de l’été 2019
au plus tôt
»
77 €
Espagne
54 €
VALENTIN BISSAT,
ÉCONOMISTE ET
STRATÉGISTE DE LA
BANQUE MIRABAUD
(ASSET MANAGEMENT)
EURO Pour sa dernière réunion
avant les vacances, le Conseil des
gouverneurs de la BCE s’est contenté, comme prévu, de confirmer les
annonces très importantes faites
précédemment à Riga le 14 juin.
D’un côté, l’arrêt des achats d’actifs, qui s’élèvent à 2 600 milliards
d’euros et se termineront en décembre. Et de l’autre la promesse de
maintenir les taux directeurs de la
BCE à leur très bas niveau actuel
« au moins jusqu’à l’été 2019 ».
Mais tout en campant sur ces positions, Mario Draghi s’est arrangé
durant sa conférence de presse pour
envoyer aux marchés un message
extrêmement accommodant. Au
point de faire perdre à l’euro un peu
plus de 0,6 % vis-à-vis du dollar en
guère plus d’une heure (revenant à
1,1656 dollar).
« Notre scénario est désormais
que les trois taux directeurs ne devraient pas être remontés avant la fin
de l’été 2019 au plus tôt et la BCE
commencera par relever son taux
négatif sur les facilités de dépôts de
- 0,4 % à - 0,3 %. Et par ailleurs ce
n’est qu’à partir du premier trimestre
2020 qu’elle devrait commencer à alléger son bilan par des ventes nettes
d’actifs », estime Valentin Bissat,
économiste et stratégiste de la banque Mirabaud (Asset management).
Ne pas se lier les mains
La BCE était attendue sur ces deux
dossiers, le calendrier des taux et les
ventes d’actifs. Car bien sûr ce sont
deux choses tout à fait différentes
que de cesser d’en acheter de nouveaux en net - ce qui sera le cas à
partir de janvier prochain -, et d’alléger le bilan de la BCE, autrement
dit de ne plus remplacer les titres
arrivant normalement à échéance
sur le marché. Sur ce point, Mario
Draghi s’est contenté de dire que
« le Conseil n’avait pas eu de discussion sur le moment où la BCE débattrait des réinvestissements de ses titres arrivés à maturité ». De même,
il est resté dans le vague concernant
le calendrier des hausses de taux. Il
a préféré rappeler ce principe défini
à Riga, de « high degree of optionali-
COTATIONS HEBDOMADAIRES
Royaume-Uni
Nom du Fonds
Date de valorisation :
*charges patronales, salariales,
impôt sur le revenu, TVA
Source : Institut Molinari
ty », selon son jargon anglais, qu’on
pourrait traduire par l’adage du
cardinal de Retz, « on ne sort de
l’ambiguïté qu’à son détriment ».
Les marchés en ont conclu que la
BCE ne voulait pas se lier les mains,
quand bien même l’inflation de la
zone euro atteint actuellement 2 %
sur un an, ce qui justifierait théoriquement une politique monétaire
plus restrictive. Ce à quoi le président de la BCE a répondu par une
formule digne de nos précieuses ridicules du Grand Siècle : « L’incertitude entourant les perspectives
d’inflation s’estompe. » Il s’est
montré aussi circonspect sur le risque de guerre commerciale et son
impact sur le climat des affaires,
jugeant l’accord Trump-Juncker
comme « un bon signe ».
Alors que son mandat prend fin
en octobre 2019, aura-t-il été le
gouverneur de banque centrale à ne
jamais avoir augmenté les taux
d’intérêt, comme la question lui a
été posée ? Il plaide « les circonstances d’une période exceptionnelle,
plus sévère que la grande dépression
(des années 1930) ». Fichtre. ■
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Valeur a la
Valeur
Valeur
création précédente liquidative
25/07/2018
AFER ACTIONS EURO
AFER-SFER
AFER PATRIMOINE
A. DIVERSIFIE DURABLE
AFER ACTIONS MONDE
ACTIONS ZONE EURO
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIE
ACTIONSINTERNATIONALES
76,00
15,00
500,00
500,00
500,00
141,83
63,45
608,96
758,30
956,25
141,10
63,27
609,59
756,89
962,24
PROCHAINE PARUTION : 03/08/2018
(1) Dédoublé 2 fois. (2) divisée par 2. (3) divisée par 8. (4) divisée par 30. (5) divisée par 100. (6) divisée par 10. (7) divisée par 5. (8) divisée par 6.
*Ou dernier cours connu.
A
Mode
D’EMPLOI
dredi,
2
5
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 juillet 2018 LE FIGARO
26
ENTREPRISES
La SNCF signe une commande
historique de 100 TGV du futur
EN BREF
CARREFOUR VA MIEUX
£ Pour la première fois depuis
2016, le distributeur a annoncé
un résultat opérationnel
courant en augmentation
au premier semestre
(+ 36 millions d’euros).
Le nouveau PDG de Carrefour,
Alexandre Bompard,
qui a confirmé les objectifs
pour 2020-2022, a initié
520 millions d’euros
de réduction des coûts sur les
2 milliards prévus d’ici à 2020.
Ce contrat de près de 3 milliards d’euros assure dix ans de production à Alstom.
CASINO : RENTABILITÉ
EN HAUSSE
£ La rentabilité opérationnelle
de Casino a progressé
au premier semestre, passant
de 2,4 % à 2,5 %. Le résultat
opérationnel courant s’établit
à 439 millions d’euros,
en hausse de plus de 10 %
en données organiques.
Le groupe a souligné la bonne
performance en France
de ses formats urbains
et le redressement des hypers
Géant. Il a aussi cédé 15 %
de sa foncière Mercialys.
DELPHINE DENUIT £@ddenuit
TRANSPORTS Le conseil d’administration de la SNCF a donné son
feu vert ce jeudi à l’achat de
100 TGV de cinquième génération
à Alstom d’une valeur de près de
3 milliards d’euros. « C’est une
commande historique, s’est félicité
Guillaume Pepy, président du directoire du groupe public de
transport. Il s’agit de la plus grosse
commande de TGV jamais passée
en France. » Les premiers exemplaires devraient entrer en service
dès 2023. Ce mégacontrat n’est
pour autant pas une surprise. Fin
mars dernier, le ministre de
l’Économie, Bruno Le Maire, avait
grillé la politesse à la SNCF en dévoilant la commande.
Ce nouveau modèle de TGV à
deux niveaux se veut « en rupture »
avec ses prédécesseurs. Sur le papier, ses innovations sont nombreuses. D’abord dans sa conception : ce train est le premier issu
d’un partenariat d’innovation, un
nouveau dispositif de passation de
marchés publics en vigueur depuis
2014. Tout a commencé en 2016. À
l’issue d’un appel à candidatures, le
transporteur public a sélectionné
Alstom comme partenaire pour
élaborer son nouveau concept de
TGV. Ce parcours simplifié lui a fait
gagner un temps précieux. En dixhuit mois, les équipes de R&D des
deux groupes, soit près de
2 000 personnes réunies sur un plateau commun, ont conçu le prototype du nouveau TGV autour d’un
cahier des charges ambitieux en
termes de compétitivité et de réduction de coûts d’investissement
et d’exploitation. Plus de 1 000 innovations technologiques ont été
créées et 50 brevets déposés.
Vitesse inchangée
Le coût d’une rame est réduit de
20 % à 25 millions d’euros contre
31 millions d’euros pour les anciennes rames Duplex. Sa consommation d’électricité diminue de
20 % et ses coûts de maintenance
de 30 % (télédiagnostic). Quant
aux pièces produites par Alstom,
elles seront standardisées au maximum pour gagner là encore en coût
de production. « Selon la saison par
exemple, on pourra faire évoluer le
nombre des places en première et en
seconde en moins d’une demi-journée », a expliqué la directrice générale de Voyages SNCF, Rachel
Picard. Ces aménagements permettront au TGV d’accueillir jusqu’à 20 % de passagers en plus, entre 600 et 740 places selon sa
configuration par rame. Seule sa
vitesse restera au final inchangée à
320 kilomètres/heure.
« Depuis des années, on constate
que nos rames TGV vieillissent, certaines ont plus de 35 ans, mais on
butait sur la rentabilité d’un nouveau projet, justifie le patron de la
SNCF. Aujourd’hui, on a résolu ce
problème grâce aux réductions de
coûts et à la réforme ferroviaire qui
nous assure une stabilité des tarifs
des péages et une économie théori-
que d’1 milliard d’euros sur dix
ans. » L’occasion aussi pour le
transporteur d’être en mesure
d’affronter l’ouverture de son
marché à la concurrence.
Pour son fabricant Alstom en
cours de rachat par son concurrent
Siemens, ce contrat est une aubaine. Jusque-là menacées de fermeture, l’usine de Belfort qui produira les motrices et celle de La
Rochelle, les rames, obtiennent
dix ans de production. Un vrai
soulagement ! ■
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CARTEL SANCTIONNÉ
DANS LE MÉDICAMENT
£ L’Autorité de la concurrence
a infligé 16 millions d’euros
de sanctions aux distributeurs
en gros de médicaments
vétérinaires pour des pratiques
d’entente, y compris
pendant une situation
d’urgence sanitaire.
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qui ont les faveurs des banques
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Airbus espère livrer
800 avions cette année
La montée en cadence s’est accélérée au printemps.
VÉRONIQUE GUILLERMARD
£@vguillermard
APPRENDRE À VIVRE MIEUX
ET PLUS LONGTEMPS
Guillaume Pepy,
président du directoire
du groupe public
de transport,
lors de la présentation
du TGV du futur,
le 26 juillet,
à La PlaineSaint-Denis.
AÉRONAUTIQUE « Atteindre notre
objectif annuel reste un défi. » Tom
Enders, président exécutif d’Airbus,
a préféré jouer la carte de la prudence, malgré une nette amélioration
de la situation au second trimestre
2018. Les résultats semestriels, publiés jeudi 26 juillet, reflètent un redressement des livraisons du géant
européen de l’aéronautique, à
303 appareils, dont 239 A 320 tous
modèles confondus. Sur ce total,
110 versions neo (remotorisées) ont
été remises aux compagnies clientes, sur le seul second semestre,
grâce à une meilleure disponibilité
du moteur Pratt & Whiney, un des
deux fournisseurs, avec CFM International (Safran-GE), du moyencourrier européen modernisé.
« La montée en cadence se poursuit. Les motoristes s’emploient activement à honorer leurs engagements » et Airbus « est pleinement
mobilisé » avec la mise en place d’un
« plan de rétablissement ». Le
constructeur commence à voir,
avec soulagement, les stocks
d’A 320neo (en attente de moteurs
Pratt), qui ont atteint un pic à une
centaine d’appareils en mai dernier,
diminuer.
Parallèlement, le programme
A 350 a poursuivi sa montée en cadence sans accroc et a tenu ses engagements de livraisons des premiers A 350-1000, les plus grands
de la gamme, à Qatar Airways et
Cathay Pacific. Le programme est
sur la bonne voie pour atteindre la
cadence de dix avions produits par
mois à partir de la fin 2018.
Au total, Airbus a confirmé un
objectif de livraisons de 800 appareils, soit 82 de plus qu’en 2017. Mais
« ce ne sera pas une tâche facile […].
Des risques existent de ne pas atteindre cette cible : c’est faisable mais
ambitieux », a insisté Tom Enders.
Airbus prévoit en outre de livrer
18 A 220, le nouveau nom du CSeries
canadien dont le groupe européen a
pris le contrôle effectif le 1er juillet.
Les livraisons sont un indicateur
de performance particulièrement
observé par les analystes. Elles reflètent l’efficacité du système de
production qui est engagé depuis
des années, dans de fortes hausses
de cadence. Les livraisons « font »
le chiffre d’affaires et la rentabilité
opérationnelle. À cet égard, Airbus
Aviation commerciale (ACC) est
devancé par Boeing Aviation commerciale (BCA) qui a livré davantage d’avions (378) et réalisé un chiffre d’affaires de 28,1 milliards, soit
10 milliards de plus que son concurrent européen. En termes de rentabilité, l’écart est également important : la marge opérationnelle
d’ACC ressort à 4,6 % contre 11,2 %
pour BCA. À mi-course de l’année,
le géant américain qui vise entre
810 et 815 livraisons a conforté son
avance industrielle.
Les marchés y croient
Sur le terrain commercial, Boeing
est aussi en tête avec 460 prises de
commandes nettes contre 260 pour
Airbus. Les deux groupes n’ont pas
comptabilisé les avions pris en
commandes mi-juillet lors du salon
de Farnborough. Airbus n’a pas non
plus intégré l’activité de l’A 220,
l’ex-programme CSeries canadien
dont il a pris le contrôle effectif le
1er juillet. De son côté, Boeing n’a
pas non plus tenu compte de l’activité commerciale du brésilien Embraer qu’il ne pourra pas intégrer
dans son périmètre avant fin 2019.
Pour autant, rien n’est encore
joué. L’activité d’Airbus est traditionnellement plus active au second
semestre. Les marchés y croient. Le
net redressement effectué sur le
programme A 320neo - 110 livraisons entre avril et juin contre 59 au
premier semestre 2017 - et la bonne
forme de l’A350, leur paraît de bon
augure. Le titre Airbus a gagné près
de 5 % hier, à la Bourse de Paris. ■
AIRBUS
CHIFFRES CLÉS
1ER SEMESTRE 2018
25
milliards d’euros :
chiffre d’affaires
consolidé
1,1
milliard d’euros :
résultat opérationnel
(Ebit ajusté)
303
Nombre d’avions livrés,
dont 239 de la famille
A 320
206
Prises de commandes
nettes, ce qui porte
le carnet de commandes
à 7 168 appareils
au 30 juin 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 27 juillet 2018
ENTREPRISES
27
La hausse du pétrole refait flamber les profits de Total
Le groupe français retrouve son niveau de bénéfices de 2014. Il poursuit sa diversification dans l’électricité.
6,4
milliards
de dollars
Bénéfice de Total
au premier semestre
(+ 28 % sur un an)
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
ÉNERGIE Total a-t-il tourné la
page de la crise ? Au premier semestre, le géant pétrolier a renoué
avec des bénéfices inconnus depuis le début de l’été 2014, juste
avant l’effondrement des cours de
pétrole. Il a dégagé un résultat net
ajusté de 6,4 milliards de dollars,
en hausse de 28 %.
À l’instar de ses rivaux Royal
Dutch Shell et Equinor, qui ont
aussi publié jeudi de bons résultats, Total a tiré profit du fort
rebond des cours de pétrole depuis la fin de l’année dernière.
Jeudi, le brent s’échangeait à
74 dollars le baril, contre près de
50 dollars un an plus tôt et
27 dollars début 2016.
Le groupe pétrolier et gazier
français s’est tout de même illustré
par rapport à certains de ses pairs,
grâce à l’augmentation significative de sa production d’hydrocarbures (+ 8,7 %). Une stratégie qui
lui permet aussi d’amortir ses
coûts fixes, très élevés. Au cours
des six premiers mois de l’année,
Total a bénéficié du rachat du
danois Maersk Oil (afin d’augmenter sa production de pétrole en
mer du Nord) et de la montée en
puissance de nouveaux projets
comme Yamal LNG en Russie,
Moho Nord au Congo ou Fort Hills
au Canada. Il compte poursuivre
cette stratégie et vient de relever
sa prévision de hausse de production cette année (+ 7 %). Il espère
ainsi profiter dans les mois à venir
du démarrage de nouveaux projets, en Angola, en Australie et au
Nigeria notamment.
Réduction des coûts
« Le plan de restructuration du
portefeuille et le programme de réduction des coûts mis en place par
Patrick Pouyanné, le PDG de Total,
portent leurs fruits, explique Olivier Appert, conseiller du centre
énergie de l’Ifri. Cette stratégie lui
permet d’être résilient lorsque les
cours sont bas et de bien rebondir
lorsqu’ils remontent. »
Malgré l’embellie, Total reste
prudent et entend poursuivre sa
politique de réduction des coûts.
« La discipline sur les dépenses est
résolument
maintenue »,
a
d’ailleurs indiqué jeudi Patrick
Pouyanné, le PDG de Total.
D’autant que les cours de l’or noir
restent très volatiles. La compagnie a relevé de 200 millions le
montant de son programme
d’économies (4,2 milliards de dollars en 2018). Elle va aussi continuer à faire baisser son « point
mort » - son seuil de rentabilité « afin de rester rentable quel que
soit le contexte de marché ».
En parallèle, Total poursuit sa
diversification dans la production
d’électricité. Alors qu’il vient de
finaliser l’acquisition de Direct
Énergie, il a annoncé jeudi avoir
signé un accord avec le fonds américain KKR-Energas, pour racheter deux centrales à gaz dans le
nord et l’est de la France. « Le
groupe conforte sa position sur le
marché français de l’électricité qui
est de plus en plus concurrentiel,
notamment depuis son arrivée »,
souligne Olivier Appert. Commencée il y a une dizaine d’années,
avec notamment l’acquisition de
SunPower (panneaux solaires), la
diversification du groupe hors hydrocarbures s’est accélérée ces
dernières années.
« Mais l’essentiel du résultat du
groupe provient toujours de la production de pétrole et de gaz. Et ce
n’est pas près de changer », pointe
Olivier Appert. ■
Le phénomène Gucci
affole la planète luxe
CHIFFRES POUR
LE PREMIER SEMESTRE 2018
(ÉVOLUTION SUR UN AN)
6,208
milliards d’euros
de chiffre d’affaires
(+ 33,9 %), dont
3,853 milliards pour Gucci
(+ 44,1 %), 808 millions
pour Yves Saint Laurent
(+ 19,7 %), 552 millions
pour Bottega Veneta
(- 0,9 %)
1,886
milliard d’euros
de résultat opérationnel
courant (+ 51,3 %),
dont 1,47 milliard
pour Gucci (+ 62,1 %),
198 millions pour Yves
Saint Laurent (+ 21,1 %),
132 millions pour Bottega
Veneta (- 10,2 %)
« Croissance
maîtrisée »
« Kering a réalisé des performances
sensationnelles, s’enflamme François-Henri Pinault, le PDG du groupe Kering, qui a affiché sur le semestre des ventes similaires à celles
de l’année 2014 et des profits identiques à ceux de 2016. La croissance
de notre activité est extrêmement
vertueuse en termes d’exclusivité et
de désirabilité de nos marques. Le
modèle de développement de nos
maisons nous permet de renforcer
notre trajectoire de création de valeur
et de réaliser une croissance organique profitable, soutenue et pérenne. »
Gucci peut nourrir sa croissance,
alors que ses rivaux assurent brider
la leur, limitée par leurs capacités
de production, souvent intégrées.
Le maroquinier florentin bénéficie,
lui, d’un réseau de sous-traitants
en Toscane, et s’adapte ainsi à la
Une boutique Gucci à Milan. La marque du groupe Kering a vu son profit augmenter de 62 % au premier semestre.
hausse de la demande.
Chez Kering, on assure que la
croissance de Gucci est maîtrisée,
en sous-entendant que la griffe, qui
vise à terme la barre des 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires
(6,2 milliards l’an passé), pourrait
aller encore plus vite.
Un modèle
solide
« Dans le positionnement de son offre, la créativité de sa communication et son approche de l’expérience
client, Gucci bouscule les codes et
bouleverse les certitudes avec une
nouvelle façon de vivre le luxe, explique Jean-François Palus, directeur
général délégué de Kering. Nous
avons créé un univers singulier et cohérent qui permet d’envisager un
succès durable. La désirabilité de la
marque est extrêmement forte. Jamais la croissance n’a été aussi saine
en termes de qualité, de rentabilité et
de pertinence. Cette vague de fond a
une puissance incomparable. »
Gucci tient à prouver la solidité de
son modèle. Malgré le lancement de
produits à des tarifs abordables, le
prix moyen des articles griffés Gucci
a largement augmenté ; les lignes
permanentes enregistrent une très
forte croissance ; la maison dépend
moins qu’auparavant de ses magasins de déstockage (moins de
40 outlets, sur un total de 538 magasins)… « Nous veillons à un délai de
six mois entre la sortie des collections
de nos magasins et leur arrivée dans
les outlets », précise-t-on chez Kering.
Autant d’indicateurs qui permettent d’envisager l’avenir sans
inquiétude, d’autant que seul un
tiers du parc a été remodelé au
concept imaginé par Alessandro
Michele.
« Leurs ventes sont 20 % supérieures à celles des autres magasins,
souligne un expert, c’est dire la
marge de progression de Gucci. » ■
Saint-Gobain se réorganise pour être plus efficace
Le leader mondial de l’habitat durable veut accélérer les cessions de sociétés peu rentables.
20,8
milliards
d’euros
Chiffre d’affaires
de Saint-Gobain
au premier semestre
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
INDUSTRIE Remue-ménage en
perspective chez Saint-Gobain, leader mondial de l’habitat durable.
Son PDG, Pierre-André de Chalendar, envisage d’adopter pour son
groupe une organisation par régions
au lieu de la structuration actuelle
par métiers. Ses équipes planchent
sur ce projet. « J’annoncerai la nouvelle organisation d’ici à la fin de
l’année, affirme-t-il. Cela devrait
nous permettre de nous rapprocher
des clients et de réduire les coûts. »
Le groupe compte prendre ce
tournant alors qu’il est en forme,
comme en témoignent ses résultats
du premier semestre communiqués
jeudi : à 20,8 milliards d’euros, son
chiffre d’affaires a progressé de
1,9 %, et même de 4,9 % à périmètre comparable. Le résultat d’ex-
ploitation, qui a atteint 1,5 milliard
d’euros, est en hausse de 1,7 %, à
données comparables. L’entreprise
tricentenaire maintient donc son
objectif pour cet exercice d’enregistrer une progression de son résultat d’exploitation.
Parallèlement à cette réorganisation, Saint-Gobain, qui est à la fois
présent dans la distribution bâtiment (Point.P, La Plateforme du
bâtiment, Brossette…), les produits
pour la construction (Isover, Placoplatre…) et les produits industriels
(céramiques, verre…) va accélérer
les cessions. Jeudi, le groupe s’est
fixé pour but de vendre avant fin
2019 des filiales générant un chiffre
d’affaires de 3 milliards d’euros.
Beaucoup plus que l’engagement
précédent qui consistait à céder entre 2017 et 2020 pour un milliard
d’euros d’actifs. «Nous voulons vendre des sociétés qui ont des marges
plutôt faibles », explique PierreAndré de Chalendar, qui escompte
de ce mouvement une amélioration
de la marge d’exploitation de
40 points de base pour son groupe.
Acheter des PME
Concernant les acquisitions, SaintGobain veut continuer à en faire sur
le même rythme, soit pour 500 millions d’euros au moins par an. Pari
tenu en 2017, où le groupe avait
acheté des entreprises pour 641 millions d’euros. Il est parti pour réaliser encore facilement l’objectif cette
année, avec 13 entreprises tombées
dans son escarcelle pour 356 millions d’euros au premier semestre.
Saint-Gobain s’intéresse toujours
aux mêmes cibles. Des PME dans
trois domaines : celles dans des niches technologiques, comme l’irlandais Micro Hydraulics, spécialiste des sachets plastiques pour
l’industrie pharmaceutique, acquis
en avril; celles dans les pays émergents et l’Asie comme Kimmco,
spécialiste koweitien de l’isolation,
racheté en janvier; celles permettant au groupe de se renforcer là où
il est déjà fort (Europe, Amérique du
Nord) comme l’italien Logi Massimo, spécialiste des solutions verrières, acquis en mars.
Plus question en revanche de
mettre la main sur de grosses entreprises. Même si le compromis trouvé sur Sika en mai s’est avéré une
bonne opération financière. En acceptant de ne garder que 10 % du
suisse et d’en revendre 7 % à l’entreprise elle-même, Saint-Gobain
comptait réaliser une plus-value de
600 millions d’euros. Finalement,
le groupe a empoché une plus-value de 781 millions, contribuant au
bond de 62 % (1,2 milliard) du résultat net au premier semestre. ■
EN BREF
RETOUR EN FORME
POUR NESTLÉ
£ Le numéro un mondial
de l’agroalimentaire, qui
a amorcé un repositionnement
de son vaste portefeuille
de produits sous la pression
du fonds activiste Third Point,
a vu sa croissance s’accélérer
au premier semestre,
en particulier aux États-Unis
et en Chine. Le groupe suisse
a publié un résultat net
en hausse de 19 % sur un an,
à 5 milliards d’euros, tandis
que sa croissance organique,
un indicateur clé pour évaluer
sa performance, a atteint 2,8 %.
SUEZ S’ALLÈGE
AUX ÉTATS-UNIS
£ Suez a annoncé la cession
de 20 % de ses activités d’eau
régulées aux États-Unis au
fonds de pension néerlandais
PGGM, pour environ
512 millions d’euros.
Le groupe français, qui récolte
les fruits de l’acquisition de GE
Water, a vu son résultat net
doubler au premier semestre,
à 90 millions d’euros.
Son chiffre d’affaires
est en hausse de 11,4 %
(+ 15 % à changes constants),
à 8,35 milliards d’euros.
FEU VERT CHINOIS
AU MARIAGE
ESSILOR-LUXOTTICA
£ Le régulateur chinois
a approuvé jeudi le projet
de fusion entre le français
Essilor et l’italien Luxottica,
levant ainsi le dernier obstacle
réglementaire à l’opération,
qui devrait être finalisée
vers fin septembre.
Le futur ensemble, baptisé
EssilorLuxottica, devrait
représenter un chiffre
d’affaires annuel de plus
de 16 milliards d’euros pour
une valorisation boursière de
quelque 50 milliards d’euros.
1
KERING, UN GÉANT
DU LUXE EN FORME
LUXE Engagée début 2015 sous
l’impulsion d’un nouveau duo (le
PDG Marco Bizzarri et le directeur
de la création Alessandro Michele),
la relance de Gucci n’en finit pas de
produire des miracles. Le retour à
une vive croissance, amorcé à l’été
2016 alors que le marché du luxe
était encore en crise, semble ne pas
connaître de limite. Au premier semestre, le chiffre d’affaires de Gucci a ainsi bondi de 44,1 %, à
3,85 milliards d’euros. Non seulement cette croissance stratosphérique est la même qu’au premier semestre 2017 (+ 43,4 %), mais elle est
trois fois plus forte que celle de
Louis Vuitton (+ 15 % depuis janvier
2018) et d’Hermès (+ 12 %).
Cette folle croissance des ventes,
accompagnée d’une hausse de 62 %
des profits de Gucci (1,47 milliard
sur le semestre), provoque stupeur
et tremblements chez bon nombre
de ses rivaux. « Gucci est en train de
bouleverser les codes et les habitudes
du luxe, reconnaît, sous couvert
d’anonymat, le PDG d’une grande
marque de luxe. Beaucoup d’acteurs
considèrent que Gucci va, tôt ou
tard, être victime d’un retournement
de tendance, mais la marque pourrait en fait avoir inventé un nouveau
modèle économique pour le luxe, ce
qui serait une révolution copernicienne. Il est trop tôt pour le dire. »
Chez Kering (ex-Pinault-Printemps-Redoute), qui a fait une entrée tonitruante dans le luxe en 1999
en prenant le contrôle de Gucci au
nez et à la barbe de LVMH, on ne
partage pas du tout ces inquiétudes.
D’autant que d’autres griffes du
groupe, recentré sur le luxe depuis
sa sortie de Puma en mai, affichent
une très forte croissance. À commencer par Balenciaga, dont les
ventes auraient doublé au premier
semestre, selon les analystes financiers, et Yves Saint Laurent (+ 20 %).
A
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
MATTES RENÉ/HEMIS.FR
Le maroquinier affiche une croissance de 44 %, trois
fois plus forte que celle de Louis Vuitton et Hermès.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 juillet 2018 LE FIGARO
28 ENTREPRISES
Jean-Paul Agon :
« L’Oréal profite de la
montée en gamme du
marché de la beauté »
Jean-Paul Agon : « Depuis quatre
ans, le luxe grandit de façon
extraordinaire, beaucoup plus vite
que le segment grand public. »
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/ LE FIGARO
L’e-commerce réalise déjà
9,5 % de votre activité. Jusqu’où
ce chiffre peut-il grimper ?
Nos ventes sur Internet ont augmenté de 36 % sur le semestre,
mais la part de l’e-commerce dans
nos ventes est variable d’un pays à
l’autre. Il y a les marchés très en
pointe, comme la Chine (30 %) et la
Corée du Sud ; les marchés forts,
tels le Royaume-Uni (14 %), les
États-Unis et l’Allemagne ; et les
marchés en retard, comme la France (4 %) et l’Italie. La croissance à
venir dépendra, dans chaque pays,
de la rapidité du déploiement des ecommerçants. Mais l’excellente
nouvelle, c’est en Chine, par exemple, que notre part du marché sur
Internet est plus forte que notre part
de marché « off-line ». C’est un
leurre de croire qu’Internet supprime les barrières au succès. L’ecommerce est au contraire plus
darwinien : il permet certes à beaucoup plus de marques d’accéder à
un vaste marché, mais il leur est
bien plus difficile de vendre effectivement et de grandir. Le monde
d’hyperchoix favorise en fait les
marques les plus fortes. Les grandes
deviennent plus grandes. Et le phénomène va s’amplifier avec les assistants vocaux. C’est une formidable opportunité pour L’Oréal : nous
avons toujours misé sur la qualité, la
puissance de nos marques et les
produits stars.
Le groupe affiche une croissance record, grâce à sa
capacité à lancer des nouveaux produits plus chers.
PROPOS RECUEILLIS PAR
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
COSMÉTIQUES La croissance du
marché des produits de beauté accélère et L’Oréal passe la surmultipliée. Le chiffre d’affaires du leader mondial du secteur a bondi de
6,6 % (à périmètre constant) depuis janvier, à 13,39 milliards
d’euros. Une croissance plus rapide qu’au premier semestre 2017
(+ 4,3%). À cause de l’impact des
effets de change, le résultat d’exploitation augmente de seulement
1,8 %, à 2,576 milliards. Mais la
marge d’exploitation passe de
18,9 % à 19,2 %. Le PDG de L’Oréal
décrypte les ressorts de cette amélioration des performances.
LE FIGARO. - La croissance
de L’Oréal a fortement accéléré.
Est-ce grâce au marché ou aux
performances propres au groupe ?
Jean-Paul AGON. - Aux deux. Nous
avons la chance de bénéficier d’un
marché très positif. Non seulement
il affiche sa plus forte croissance
depuis la crise de 2008-2009, à environ + 5 %, mais il se « premiumise » et monte en valeur, à l’inverse
de la plupart des marchés des produits de grande consommation.
Plus tonique, le marché de la beauté est aussi plus contrasté qu’auparavant selon les géographies, les
réseaux de distribution et les catégories de produits. Dans ce contexte, L’Oréal a réalisé sa meilleure
croissance depuis dix ans. Avec
+ 7 % en tenant compte des acquisitions, nous réitérons notre traditionnelle surperformance sur le
marché. Comme nous sommes
présents sur tous les segments de
produits et tous les circuits de distribution sur tous les continents,
nous profitons des opportunités
partout où il y en a et nous compensons les zones de faiblesses.
Mieux encore : nous avons aug-
menté notre profitabilité, et ce tout
en intensifiant nos investissements
publi-promotionnels et en R&D.
Où avez-vous trouvé
les ressources pour parvenir
à cette hausse de vos marges
malgré des dépenses plus fortes ?
Nous avons poursuivi le contrôle
de nos coûts administratifs et
commerciaux et renforcé nos efforts de productivité industrielle.
Mais surtout, nous profitons de la
premiumisation du marché, qui
nous permet d’offrir des nouveaux
produits à plus forte valeur ajoutée
(plus chers) : 80 % de la croissance
de notre chiffre d’affaires vient de
la valeur et 20 % des unités vendues, ce qui augmente la marge
brute. C’est à contre-courant de
tout ce que l’on voit dans d’autres
entreprises de produits de grande
consommation, contraintes de réduire leurs investissements marketing, avec pour résultat un ralentissement de leur croissance.
Nos résultats démontrent la pertinence de notre parti pris stratégique d’investir derrière nos marques. C’est la stratégie inverse de
celle de certains fonds, qui vise à
réduire les investissements ; cela
fragilise les entreprises des produits de grande consommation.
L’industrie de la beauté échappe à
ce phénomène, car les consommateurs attendent toujours des
produits nouveaux, différents et
meilleurs.
Nos
« résultats
démontrent
la pertinence
de notre parti
pris d’investir
derrière
nos marques.
C’est
la stratégie
inverse
de celle
de certains
fonds, qui vise
à réduire
les investissements cela
fragilise les
entreprises
des produits
de grande
consommation
»
JEAN-PAUL AGON,
PDG DE L’ORÉAL
Votre division produits
grand public (46 % des ventes)
continue d’afficher une croissance
plus faible que la moyenne
du groupe et, sur le semestre,
que son marché.
Est-ce structurel ?
La croissance du marché global de
la beauté se fait de manière variable selon les périodes. Le segment
grand public est resté stable pendant la crise il y a dix ans, alors que
Le marché grand public
est particulièrement à la peine
LES DÉCIDEURS
â FABIO MADAR
Barclays
La banque britannique confie à cet ESCP,
ancien de Deutsche Bank, les commandes du
G10 Foreign Exchange Trading and Distribution, basé à Londres. Fabio Madar dirigera
l’activité mondiale revenu fixe à travers le
trading et les ventes.
â KEVIN TRAPP
DBV Technologies
Professionnel reconnu de l’industrie médicale, il rallie la biopharma comme directeur
commercial, après vingt-sept années passées
chez Bristol-Myers Squibb.
A
â ROBERTO PUCCI
Sanofi
Le responsable des ressources humaines du
groupe pharmaceutique prendra sa retraite le
1er octobre après neuf ans de bons et loyaux
services. « Soutien essentiel à Sanofi au cours
d’une période de changement considérable pour
l’entreprise », Roberto Pucci était entré en
2009 dans le groupe comme vice-président
exécutif, en charge des RH. Il sera remplacé
dans ses fonctions par Caroline Luscombe,
ex-responsable de l’organisation et des RH
chez LafargeHolcim.
celui du luxe reculait. Depuis quatre ans, le luxe grandit de façon
extraordinaire, beaucoup plus vite
que le segment grand public. Dans
celui-ci, nous gagnons des positions aux États-Unis, en Asie, en
Europe de l’Est, mais nous en perdons légèrement au Brésil et en
Europe de l’Ouest. Nous sommes
conscients de nos faiblesses et
nous faisons feu de tout bois pour
accélérer, avec des innovations,
des acquisitions ou encore en digitalisant notre activité. Le segment
grand public a un bel avenir, à
condition que les marques soient
inspirantes et innovantes. L’Oréal
Paris et Maybelline augmentent
d’ailleurs de près de 5 %. L’originalité stratégique de L’Oréal est
d’être présent dans tous les circuits de distribution : grandes surfaces, parfumeries, pharmacies,
salons de coiffure. C’est la recette
de la stabilité et de la résilience de
notre modèle.
en France. Les enseignes
de distribution ont-elles
leur part de responsabilité ?
La façon dont les marques de beauté sont présentées en rayon est un
élément majeur de leur succès. Depuis vingt ans, la grande distribution a négligé le rayon hygiènebeauté, ce qui n’était pas le cas
auparavant. Certains rayons alimentaires, comme le vin ou la
charcuterie, sont plus attirants que
ceux des cosmétiques ; cela en devient choquant. Ce n’est pas un hasard si la France est un pays où les
boutiques de marques de beauté
grand public, comme NYX Profesionnal Makeup, ont autant de succès. C’est pourquoi nous testons
avec Casino l’enseigne Le Drugstore Parisien. Mais il est important de
se mettre au travail pour réinventer
aussi les rayons beauté des grandes
surfaces. C’est possible, et nous engageons des chantiers en ce sens
avec les grandes enseignes, comme
Carrefour et Leclerc. La cosmétique
est un marché d’offre : dès qu’on le
néglige, il recule.
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Laurence Boone : après l’Élysée et Axa,
nouvelle vie (de château) à l’OCDE
Pas la grosse tête mais une
tête bien faite. Brillante économiste mais pas seulement, Laurence Boone, 49
ans, personnalité éclectique, ouverte sur le monde et influente,
incontournable parmi les « puissants » aux
grands rendez-vous de Davos ou du Bilderberg, membre du Cercle des économistes, est
très consultée, sollicitée… L’archétype de la
superwoman, diront certains de cette sportive souriante, mère de deux enfants, aimant
yoga et musique, partie de chez Axa pour
prendre depuis lundi possession de son fauteuil de cheffe économiste de l’OCDE.
Un come-back au Château de la Muette pour
cette fille d’ingénieur et d’enseignante qui
avait déjà connu l’Organisation de coopération et de développement économiques de
1998 à 2004. Avant que l’univers de la banque, où elle avait débuté chez Merrill Lynch
Asset Management, ne la rappelle. Avec cette
première casquette de chef économiste que
lui offre alors Barclays Capital Finance et
qu’elle retrouvera encore en 2011 chez Bank
of America Merrill Lynch, pour l’Europe.
Mais trois ans plus tard, voilà l’hyperactive,
qui enseigne aussi à l’X et à Normale sup,
appelée par François Hollande à l’Élysée. Une
accélération. Elle y devient conseillère spé-
ciale pour les affaires économiques et financières multilatérales et européennes et sherpa
du G20 auprès du président de la République.
Succédant (en partie) à… Emmanuel Macron
en route pour Bercy. Lequel, devenu président, aurait plaidé activement ces derniers
mois en faveur de sa nomination à l’OCDE.
La brillante diplômée en économétrie et économie, en France et en Grande-Bretagne, ne
pouvait une fois de plus refuser le job, même
si elle s’était vu tailler un poste sur mesure il y
a deux ans chez Axa : cheffe économiste,
directrice monde du département « Multiasset client solutions », cheffe des études…
Succédant à l’Américaine Catherine Mann,
Laurence Boone devient aujourd’hui la première Française à occuper le poste de cheffe
économiste de l’organisation mondiale. Au
cœur du réacteur de ce club de 36 pays
s’efforçant de promouvoir les politiques
favorisant le bien-être économique et social
dans le monde, elle va ainsi retrouver les
sujets du G20. Et à la tête d’un département
de 182 experts, sera amenée « à jouer un rôle
de premier plan dans les efforts que nous
déployons pour reconstruire le système multilatéral et le faire entrer dans une ère nouvelle »,
argue le Mexicain Angel Gurria, secrétaire
général depuis 2006 de l’OCDE.
C. B.
Craignez-vous que la guerre
commerciale n’entraîne
des hausses de droits de douane
pour vos marques sélectives, pour
l’essentiel « made in France » ?
La guerre commerciale n’est jamais une bonne nouvelle. Augmenter les droits de douane serait
une idée absurde et ne nous aiderait pas. Dans l’hypothèse où cela
arriverait, nous pourrions nous
organiser. Par ailleurs, certaines
de nos marques de luxe, comme
Kiehl’s, sont « made in USA ».
Le fonds Third Point accentue
sa pression sur la direction
de Nestlé pour qu’il se désengage
de L’Oréal. Craignez-vous une
autre répartition de votre capital si
Nestlé distribuait sous forme
de dividende ses 23 % de L’Oréal ?
La question ne se pose pas. La direction de Nestlé indique régulièrement que L’Oréal est un très bon
investissement. Et le groupe suisse
a toujours été un excellent actionnaire de L’Oréal. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â AURÉLIEN ROUSSEAU
Monnaie de Paris
Dix-huit mois après son arrivée à la
tête de l’entreprise publique du quai
Conti, le PDG s’en va. Nommé en
Conseil des ministres, l’ancien directeur adjoint
du cabinet de Manuel Valls, puis de Bernard Cazeneuve à Matignon, prend à compter du 3 septembre la direction de l’Agence régionale de
santé d’Île-de-France. Ancien professeur d’histoire, l’énarque, maître des requêtes au Conseil
d’État, qui fut aussi secrétaire général adjoint de
la Ville de Paris et dircab adjoint de Bertrand Delanoë, avait été chargé en mars par la ministre
Agnès Buzyn, de piloter le groupe de travail
« ressources humaines et formation » pour établir la stratégie de transformation du système de
santé. Successeur en mars 2017 de Christophe
Beaux, au moment de la réouverture de la Monnaie, Aurélien Rousseau a parachevé le plan
« métamorphose », et a lancé un nouveau plan
de transformation en décembre dernier.
â LAETITIA MANICHINO
Union financière de France
Directrice des ressources humaines de l’opérateur
Paritel, elle prend les commandes RH de la banque
spécialisée en gestion de patrimoine. Diplômée de
l’université de Paris-Descartes, Laetitia Manichino a commencé sa carrière dans les RH en 2002.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 27 juillet 2018
ENTREPRISES 29
Facebook dégringole à la Bourse
Le coût de protection des données va peser. La capitalisation du groupe a fondu de 120 milliards de dollars.
PIERRE-YVES DUGUA £@Pdugua
CORRESPONDANT À WASHINGTON
INTERNET Jeudi noir pour Facebook. La société californienne a
subi hier une violente correction à
la Bourse de New York après avoir
fait état d’une décélération de ses
activités et de perspectives de coûts
liés à la sécurisation de son réseau.
Les scandales de ces derniers mois,
à commencer par l’affaire Cambridge Analytica de mars dernier,
ne pèsent pas directement sur les
performances du réseau social mais
leurs conséquences vont nécessairement avoir un impact à l’avenir.
En séance jeudi, l’action Facebook perdait 19 %, soit 120 milliards
de dollars de capitalisation. Certes,
le cours de la société de Menlo Park
a grimpé de 23 % depuis le début de
l’année et il a rebondi de 43 % depuis son niveau le plus bas fin mars,
après l’affaire Cambridge Analytica.
De même, les indicateurs phares de
la firme de Mark Zuckerberg restent
très bien orientés. Au deuxième trimestre, le chiffre d’affaires a bondi
de 42 %, à 13,2 milliards de dollars,
et les bénéfices ont augmenté de
31 %, à 5,1 milliards. Des performances très légèrement en deçà de
ce qu’attendait le marché. Mais la
direction de Facebook n’avait jamais été prise en défaut pour excès
d’optimisme depuis 2015.
Un million d’utilisateurs
en moins en Europe
Ces signaux faibles de ralentissement ont été confortés par une
autre déception, celle du coup de
frein de la croissance du nombre
d’internautes accros à Facebook.
Entre avril et juin, le nombre d’utilisateurs actifs quotidiens a grimpé
de 11 %, à 1,47 milliard. Mais moins
vite qu’au premier trimestre
(+ 13 %). En Europe, la nouvelle réglementation européenne mise en
place en mai pour protéger les données privées des internautes s’est
soldée par un recul d’un million
d’utilisateurs sur le Vieux Continent. Facebook compte désormais
279 millions d’utilisateurs actifs
quotidiens en Europe. En Amérique
du Nord, le nombre d’utilisateurs
quotidiens n’augmente plus. Ce
sont surtout les investissements
massifs que Facebook devra concéder dans les prochains mois qui inquiètent. Pour renforcer la sécurité
des données de ses utilisateurs et
mieux filtrer les contenus qu’ils affichent, Facebook a prévu d’embaucher 20 000 personnes d’ici à la
fin de l’année. Or ses effectifs ont
déjà grimpé de 47 % depuis un an,
pour atteindre 30 275 personnes.
Ces nouvelles charges pèseront
dans les chiffres de croissance et de
rentabilité. ■
voquer des polémiques sur sa propre entreprise. Le 18 juillet, le jeune
PDG a défendu dans une interview à
Recode le fait de ne pas interdire les
propos négationnistes sur Facebook. « Ces propos sont terribles,
mais je ne pense pas que notre plateforme devrait les supprimer, car les
gens font parfois des erreurs », a jugé
Mark Zuckerberg, qui est lui-même
des données demeurent très secrètes. « Facebook a-t-il besoin d’une
constitution ? » s’interrogeait, mijuillet, le New York Magazine. « Des
droits clairs, un pouvoir établi, et des
mécanismes de transparence qui
s’imposeraient à ses dirigeants ? »
L’idée relève encore de la sciencefiction, mais elle a le mérite de faire
réfléchir au cas Facebook.
Comment gouverner deux milliards d’internautes et ne jamais être
tenu responsable de ses erreurs ?
Depuis Cambridge Analytica, le
rythme des scandales n’a pas ralenti. Au contraire. D’autres entreprises ont été dénoncées pour avoir
exploité frauduleusement les données d’utilisateurs. Le gouvernement indien a accusé Facebook
d’inaction face à la prolifération de
« fake news » sur WhatsApp, son
application de messagerie. En Birmanie aussi, on s’inquiète de son
rôle indirect dans des violences entre communautés. Les efforts
d’ouverture de Facebook ne font, au
final, qu’esquiver les vraies questions. Et ses vœux de transparence
ne chassent pas ses parts d’ombre. ■
Dix-huit mois de crise
ont obligé l’entreprise
à revoir sa communication
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
ENVOYÉE SPÉCIALE À MENLO PARK (CALIFORNIE)
C’est promis, Facebook n’a pas
peur des « hard questions ». Le
18 juillet, le réseau social a invité,
tous frais payés, une quarantaine
de journalistes du monde entier à
son siège social de Menlo Park, en
Californie. L’événement était inédit pour Facebook. Peu de médias
en dehors des États-Unis ont accès
aux responsables du réseau social.
Pendant une journée, ces derniers
ont défilé devant les journalistes
installés dans une salle de conférences comme à l’école. « Ils ont
peut-être compris qu’ils avaient
besoin de nous », s’amuse un
confrère allemand.
« Nous voulons être plus transparents », préfère dire une employée
de Facebook. Jusqu’à un certain
point. Cette journée réservée aux
médias s’est déroulée sous bonne
escorte. Même lors du déjeuner, les
journalistes étaient encadrés par
l’équipe de communication. Impossible de s’aventurer seuls sur le
campus ou d’aller discuter avec
d’autres employés. Il était possible
de poser des « hard questions »,
mais pas à n’importe qui. Facebook
n’est pas une entreprise qui échappe aux scandales. On ne construit
pas un empire en ligne fréquenté
par deux milliards de personnes
sans faire des erreurs, et faire peur.
Jusqu’ici, le réseau social gérait les
incidents comme le font d’autres
géants de la Silicon Valley : via des
communiqués de presse, voire, exceptionnellement, par des excuses
de son PDG, Mark Zuckerberg. La
situation a changé. Depuis l’élection présidentielle américaine de
2016, Facebook fait face à une pression inédite sur de nombreux sujets.
On l’accuse d’être une plateforme de désinformation en ligne. De
mal modérer la propagande terroriste ou les propos haineux. D’enfermer les internautes dans des
« bulles » de pensées, facilitant la
radicalisation des idées. De saccager notre vie privée… En mars dernier, l’affaire Cambridge Analytica
a achevé de précipiter Facebook
dans une crise de communication
sans précédent.
Le réseau social a été forcé de
s’adapter. En quelques mois, Mark
Zuckerberg a multiplié les interviews : au site spécialisé Décode, à
la chaîne de télévision CNN, au
magazine Wired, au New York Times. Il s’y est excusé de nombreuses fois. « Notre responsabilité est
de protéger vos données et, si nous
échouons, nous ne méritons pas de
vous servir », a martelé le PDG.
Chez CNN, il a même parlé de ses
filles, assurant qu’il voulait
« construire quelque chose qui les
rende fières quand elles seront plus
grandes. » Jusqu’ici, c’était plutôt
Sheryl Sandberg, numéro deux de
Facebook, qui occupait l’espace
médiatique. Depuis Cambridge
Analytica, elle reste en retrait.
Mark Zuckerberg,
le PDG de Facebook,
lors de son discours
à la conférence F8
des développeurs,
le 1er mai dernier,
à San José (Californie).
MARCIO JOSE SANCHEZ/AP
Efforts contre-productifs
Facebook s’agite aussi en coulisses,
en associant la presse. Lors de la venue de Mark Zuckerberg en France,
en mai, plusieurs journalistes ont
été invités à le rencontrer. Un entretien rare, mais aussi secret. Les
médias n’avaient pas le droit de publier le contenu de l’interview. En
juillet, Facebook a aussi organisé
une session de questions-réponses
sur les « fake news » avec des journalistes américains. Au programme, la diffusion d’un court-métrage sur les efforts du réseau pour
lutter contre la désinformation.
Ces efforts sont parfois contreproductifs. Lors de cette première
session organisée sur les « fake
news » à New York, un journaliste
du CNN s’est étonné du fait que la
page Facebook d’Infowars, un site
américain habitué à propager des
théories du complot, soit autorisée. « Dire des choses fausses ne signifie pas que l’on enfreint nos règles », a simplement répondu
John Hegeman, vice-président du
réseau social.
Cela est techniquement vrai :
Facebook précise dans ses règles
qu’il ne supprime pas la désinformation en ligne, mais se contente
d’en réduire la portée sur le fil
d’actualité. Néanmoins, la réponse
est mal passée. L’événement newyorkais, qui était censé mettre en
valeur ses efforts pour lutter contre
les « fake news », s’est retourné
contre le réseau social. « Facebook
prouve lui-même qu’il est incapable
de gérer la désinformation en ligne », a titré, le lendemain, le site
américain BuzzFeed.
Même Mark Zuckerberg, rompu à
l’exercice de l’interview, peut pro-
Depuis Cambridge
Analytica, le rythme
des scandales
n’a pas ralenti
juif. Ces quelques phrases ont vite
fait polémique, le forçant à publier
une réponse sur Recode. « Je ne
cherche absolument pas à défendre
les intentions de ces personnes », at-il insisté, mais un peu tard.
Facebook a peut-être changé sa
manière de communiquer, mais le
réseau social, lui, n’a pas vraiment
évolué. La plupart de ses pratiques
sur la modération, la manière d’ordonner les contenus ou la collecte
LA SÉANCE DU JEUDI 26 JUILLET
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
-1,21
45,08
+1,23 111
+4,5
111,16
+1,13
26,9
-1,28 118,1
+0,48
21,13
+1,26 54
+1,18
37,15
+1,25 117,2
+0,36
14,065
-3,04
11,705
+0,52 65,67
+2,26
13,81
+2,46 127,6
-1,48 558,6
-0,16 509,6
+0,72 209,8
+0,73 63,54
-0,18 310,2
+2,09 111,15
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
42,73
109,8
107,8
26,285
115,25
20,91
53,37
36,73
115,3
13,855
11,605
65,14
13,505
123,35
541,4
482,1
207,6
62,52
300,2
108,8
0,639
0,203
0,261
0,147
0,368
0,267
0,318
0,246
0,293
0,549
0,218
0,221
0,299
0,49
0,066
0,281
0,121
0,272
0,155
0,419
+0,77
+5,38
+32,07
-2,29
-4,37
-14,94
-13,51
-14,59
+18,52
-22,92
-15,69
-6,16
-3,66
+10,48
+22,53
+37,64
+13,27
-1,7
+24,69
-8,16
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................14,3
+2,29
PERNOD RICARD ..................................
137,7
-0,15
PEUGEOT ..............................................
24,18
+1,85
♣ 53,12
PUBLICIS GROUPE SA .............................
+1,22
RENAULT ..............................................
73,21
+1,5
SAFRAN ..............................................
107,7
+0,56
SAINT GOBAIN ..................................37,16 +0,7
SANOFI ..............................................74,05 +0,87
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
68,74 -1,77
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
36,845 +0,41
SODEXO ..............................................92,2
+1,03
SOLVAY ..............................................
110,6
+1,19
STMICROELECTRONICS .............................
19,065 +1,36
TECHNIPFMC ..................................26,78 +4,12
TOTAL .............................................. 54
+2,27
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
187,2
+0,4
VALEO ..............................................44,91 -4,69
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,3
+0,81
♣
VINCI .............................................. 84,54 +0,57
VIVENDI ..............................................20,59 +0,34
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,33
138,65
24,39
53,46
74,47
108,4
37,42
74,18
70,04
37,24
92,86
111,35
19,25
26,81
54
187,75
44,94
19,47
84,56
20,67
14,105
137,05
23,87
52,48
72,77
107,3
36,87
73,46
67,08
36,815
91,42
109,85
18,91
25,43
52,85
185,65
41,73
19,145
83,36
20,4
%CAP.ECH
0,379
0,174
0,707
0,347
0,647
0,229
0,409
0,2
0,563
0,468
0,246
0,226
0,364
0
0,277
0,225
5,301
0,433
0,242
0,328
31/12
-1,21
+4,36
+42,61
-6,23
-12,75
+25,36
-19,18
+3,06
-2,99
-14,41
-17,72
-4,57
+4,72
+3,6
+17,28
-27,88
-9,28
-0,72
-8,16
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
ce à deux chiffres. Elle s’est également
réveillée dans les pays émergents.
Ces conditions favorables ont permis
au bénéfice d’exploitation de croître de
11,1 %, à 1,76 milliard d’euros, à données
comparables. Les prévisions pour l’année
en cours ont dans ces conditions été relevées, avec une croissance du chiffre d’affaires attendue entre 5 % et 6 %, contre
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33970
33600
-2,24
NAPOLEON ..................................................... 199,9
203
-3,38
PIECE 10 DOL USA .....................................................
575
575
-2,21
PIECE 10 FLORINS .....................................................
209
202
-1,79
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1153
1153
-1,28
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
198
198
-2,94
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
295
295
-3,28
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1282
1299
-2,14
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
112,9
112,9
+2,82
PIECE SUISSE 20F .....................................................
200,3
200,3
-1,18
PIECE LATINE 20F .....................................................
199
197
-1,92
SOUVERAIN ..................................................... 250,9
248
-3,76
KRUGERRAND .....................................................1119
1118,75
+0,02
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
285,79 24/07/18
BETELGEUSE ................................................
49,04 24/07/18
BELLATRIX C ................................................
334,78 24/07/18
SIRIUS ................................................55,98 24/07/18
SCHNEIDER ELECTRIC: L’ACTIVITÉ REPART, MAIS LES MARGES SONT SOUS PRESSION
La croissance observée au premier trimestre s’est amplifiée d’avril à juin. Au
final, le spécialiste des équipements électriques de basse et de moyenne tension a
vu son chiffre d’affaires semestriel augmenter de 7 % à structure comparable, à
12,32 milliards d’euros. L’activité a nettement progressé aux États-Unis, en Europe et en Chine avec des taux de croissan-
1 EURO=
1,5792
1,5287
0,8886
9,1949
129,91
1,1616
1,1716
3,0945
11,103
5,6454
20,9754
7,9464
80,448
137,657
3 % à 5 % visés jusqu’ici. L’excédent brut
d’exploitation devrait de son côté progresser de 7 % et 9 %, alors que l’équipe
dirigeante tablait précédemment sur une
hausse comprise entre 3 % et 5 %.
Le groupe français récolte les fruits de
la stratégie mise en œuvre ces dernières
années, avec de gros investissements
dans l’innovation et la numérisation. Sch-
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
neider Electric gagne des parts de marché
dans le domaine des services aux centres
de données, ainsi que dans l’industrie et
l’équipement basse tension pour la
construction. En Bourse, l’accueil des investisseurs a été plus réservé, le titre
ayant terminé la séance de jeudi en recul
de 1,77 %, à 68,74 euros. Cette retenue
s’explique par l’absence de révision à la
hausse de la marge d’exploitation attendue en hausse, au mieux, de 50 points de
base. La direction évoque des pressions
inflationnistes, des tensions dans la chaîne d’approvisionnement et une hausse
des frais de douane. Le repli du cours de
Bourse douche les espoirs de rebond du
titre qui stagne depuis un an sans réussir
à s’affranchir du seuil des 70 euros. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 43,33
♣
AIR LIQUIDE ..................................
110,7
AIRBUS ..............................................109,62
ARCELORMITTAL SA ..................................
26,495
ATOS .............................................. 116,05
AXA ..............................................
21,04
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
53,84
BOUYGUES ..............................................
36,99
CAPGEMINI ..............................................
117,2
CARREFOUR ..............................................
13,905
CREDIT AGRICOLE ..................................
11,635
DANONE ..............................................65,64
ENGIE .............................................. 13,81
ESSILOR INTL. ..................................127
HERMES INTL ..................................546,8
KERING ..............................................502,8
L'OREAL ..............................................
209,5
LEGRAND ..............................................63,1
LVMH .............................................. 306
♣
MICHELIN ..............................................
109,8
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 juillet 2018 LE FIGARO
30
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Pour Orange,
la consolidation
du marché français
est « inévitable »
L’arrivée de la nouvelle technologie 5G à partir de
l’an prochain pourrait être un élément déclencheur.
INGRID VERGARA £@Vergara_i
Il ne sera
« pas
tenable
à long terme
de rester
à quatre
acteurs
»
STÉPHANE RICHARD,
PDG D’ORANGE
TÉLÉCOMS L’année 2019 signerat-elle la fin de l’exception française
sur le marché des télécommunications ? Pour le PDG d’Orange, Stéphane Richard, qui présentait jeudi
ses résultats pour le premier semestre, c’est « inévitable ». « Il ne
sera pas tenable à long terme de rester à quatre acteurs » insiste-t-il.
Le sujet de la consolidation est
un vieux serpent de mer et, depuis
2016, les multiples tentatives de
combinaison entre Orange, SFR,
Bouygues Telecom et Iliad (la maison mère de Free) ont toutes
achoppé pour des raisons différentes. Mais, pour le premier opérateur français, la situation a
changé. L’arrivée, à partir de l’an
prochain, de la 5G, la nouvelle génération de communication mobile, exige de lourds investissements, en plus de ceux déjà très
conséquents consacrés au déploiement du réseau de fibre optique. Tous les opérateurs français
ne seront pas à même de faire ces
efforts d’investissements. Cette
révolution technologique est donc
de nature à rebattre les cartes,
surtout si la France veut être à la
pointe sur ce sujet comme l’ambitionne le gouvernement, qui
présentait mi-juillet sa feuille de
route. Le régulateur lui-même,
l’Arcep, n’est plus hostile à une
opération de consolidation comme il l’était ces deux dernières années. « La difficulté de la consolidation française, c’est qu’elle
requiert un minimum de confiance
entre les uns et les autres, qui
n’existe pas aujourd’hui. À court
terme, ce facteur ne va pas changer », souligne Stéphane Richard.
Il exclut de prendre lui-même la
tête d’une telle opération comme
il l’avait tenté en 2016 en proposant un mariage avec Bouygues
Telecom. « Les risques d’exécution
sont importants avec les autorités
de la concurrence. De plus, les
conditions de réseaux et d’abonnés
ont considérablement évolué depuis
deux ans », explique-t-il.
Guerre des prix
et promotions
En revanche, Orange se dit prêt à
« faciliter » un tel mouvement. Si
un mariage entre deux de ses
concurrents devait avoir lieu et
être assorti de conditions imposées par l’Autorité de la concurrence, l’opérateur serait prêt, par
Le PDG d’Orange Stéphane Richard. Porté par une progression de son mombre de clients sur le marché français
et ibérique, le groupe a publié, jeudi, un bénéfice net en forte progression. FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
exemple, à reprendre des actifs ou
des personnels. « Nous pouvons
apporter une aide décisive » insiste
Stéphane Richard.
Orange ne travaille pas non plus
sur une opération de consolidation en Europe, faute de cible potentielle au Portugal ou en Italie.
« Notre priorité n’est pas l’expansion géographique dans notre métier d’opérateur télécoms. Notre
priorité est de recherche des consolidations en Afrique et au MoyenOrient », rappelle Stéphane Richard. Cette dernière zone – qui
pèse environ 12 % de son activité a été la plus dynamique au premier semestre, avec une progression du chiffre d’affaires de 5,7 %.
Sur le marché français, malgré
une guerre des prix aiguillonnée
par de nombreuses offres promotionnelles, Orange a enregistré
une croissance de 1,4 % de son
chiffre d’affaires sur les six premiers mois de l’année, à 8,9 milliards d’euros.
Ses offres convergentes - qui
regroupent abonnement mobile et
L’ÉTÉ DU FIGARO
Internet fixe avec une réduction
incitative - ont séduit 390 000
nouveaux clients sur un an et
concernent 6 millions de personnes. Le chiffre d’affaires qui en est
issu a progressé de 11,4 % sur le
seul deuxième trimestre. Sur la fibre, le groupe revendique 119 000
ventes nettes en France au
deuxième trimestre, avec 2,2 millions de clients au 30 juin.
Orange Bank, la banque en ligne
lancée début novembre 2017, affiche un produit net bancaire en repli de 12 millions d’euros sur le semestre. Le groupe l’explique par
les coûts d’acquisition de nouveaux clients, sans préciser leur
nombre total. En avril, il avait
communiqué sur le chiffre de
100 000 et fera un point complet
« à l’hiver ». « Nous sommes sur
notre trajectoire et allons compléter
au fur et à mesure les services offerts. Nous préparons par ailleurs
l’ouverture de la succursale en Espagne pour 2019 », a précisé le directeur financier du groupe, Ramon Fernandez. ■
5/6
EN BREF
QUALCOMM RENONCE
À ACHETER NXP
£ Le leader mondial des puces
pour téléphones mobiles
a renoncé à acheter le groupe
néerlandais NXP, n’ayant pas
obtenu l’autorisation de la Chine
pour cette acquisition
à 44 milliards de dollars.
Cette opération a été victime
des tensions commerciales entre
les États-Unis et la Chine,
dont l’autorisation était la seule
à manquer.
SPOTIFY : 83 MILLIONS
D’ABONNÉS PAYANTS
£ La plateforme de streaming
musical compte désormais
83 millions d’abonnés payants
dans le monde, soit 40 % de plus
qu’il y a un an. Spotify
rassemble au total 180 millions
d’utilisateurs actifs mensuels.
[
]
Elles ont m
l’histoire dearqué
la technolo
gie
Roberta Williams
L’aventurière des jeux vidéo
Passionnée de contes et de graphisme, cette femme audacieuse a créé l’une des entreprises mythiques du secteur.
Faire jouer des acteurs devant un
fond vert, comme à Hollywood.
Incorporer des scènes gores et
violentes, directement inspirées
des films d’horreur, et même une
scène d’agression sexuelle très polémique (pour Phantasmagoria, un
jeu au budget faramineux de
4 millions de dollars).
A
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
Roberta Williams parle des jeux
vidéo comme on parle de livres.
Dans les rares interviews qu’elle
accorde à la presse, elle fait
d’ailleurs souvent référence à sa
passion enfantine pour les contes
de fées. « J’ai toujours su raconter
des histoires, expliquait-elle dans
un entretien organisé par la
Smithsonian Institution, en 1987.
Ce qui m’intéressait, c’était d’avoir
une dimension supplémentaire à
celle offerte par un livre ou un film.
Le fait de pouvoir interagir avec
une histoire, de la contrôler. Or on
ne peut faire ça qu’avec un ordinateur. » Roberta Williams a donc
choisi d’écrire des jeux vidéo,
plutôt que des contes.
Roberta Williams est née à Simi
Valley, en Californie, le 16 février
1953. Elle rencontre son mari, Ken
Williams, au lycée. Il est développeur. À l’époque, l’informatique est réservée au monde professionnel, ou aux personnes ayant
suffisamment d’argent pour
s’équiper d’un ordinateur chez
eux. C’est le cas du foyer des
Williams. Le couple découvre les
jeux vidéo grâce à Colossal Cave
Adventure, l’un des tout premiers
jeux d’aventure sur ordinateur.
Son principe est simplissime : un
texte et des choix sont offerts au
joueur, qui visite des grottes pour
récupérer des trésors. Aucune
couleur, image ou son. Cette aus-
Une influence considérable
Avec des histoires
fouillées, et des
graphismes originaux,
les jeux de Roberta
Williams (ici Mystery
House) ont souvent
été en avance
sur leur époque.
JOHN STOREY/
THE LIFE IMAGES COLLECTION/
GETTY IMAGES; APPLE II
térité ne rebute pas Roberta
Williams. Au contraire, elle s’inspire de Colossal Cave Adventure
pour créer son propre jeu. Ken
Williams le code.
La série « King’s Quest »
Leur première œuvre s’appellera
Mystery House, une enquête inspirée d’un roman d’Agatha Christie.
Le joueur explore les pièces d’un
manoir abandonné, rencontre des
personnages mystérieux, et enquête sur des meurtres. Surtout,
l’histoire est accompagnée d’images. C’est une idée de Roberta
Williams, qui réalise elle-même
les dessins à l’ordinateur. Mystery
House devient la toute première
aventure graphique de l’histoire
des jeux vidéo.
L’œuvre est la première vendue
par On-Line Systems, une entreprise fondée par les Williams en
1979, dédiée au développement de
jeux vidéo. Elle sera ensuite
connue sous le nom de Sierra OnLine, puis Sierra Entertainment,
et compte encore aujourd’hui
parmi les entreprises mythiques
du secteur. L’un de ses plus gros
succès est la série King’s Quest.
Entièrement écrite et designée
par Roberta Williams, elle comporte neuf épisodes, édités entre 1980 et 1998. On y retrouve les
marottes de son auteur : des références aux contes de fées, des histoires fouillées, des graphismes
souvent en avance pour leur époque. Les jeux de Roberta Williams
osent. Créer des animations en 3D.
Parce qu’elle aimait écrire, Roberta Williams a bouleversé l’histoire des jeux vidéo. « Un jeu
d’aventure n’est rien autre qu’une
bonne histoire avec des puzzles intelligents, qui s’intègrent bien avec
l’histoire et ses personnages, et qui
est beau à regarder et écouter »,
expliquait-elle, presque modeste,
dans un entretien accordé au site
Adventure Classic Gaming, en
2006.
Les œuvres de Sierra On-Line
ont eu une influence considérable
sur l’industrie vidéoludique, lançant l’âge d’or des jeux d’aventure
sur ordinateur. De nombreux
grands noms des jeux vidéo sont
passés par cette société, aujourd’hui défunte. Depuis 1999, Roberta Williams a pris sa retraite.
Elle écrit des livres et voyage avec
son mari et ses enfants. On
n’abandonne jamais le goût de la
littérature, ni celui de l’aventure.
RETROUVEZ DEMAIN :
Ellen Pao, un combat pour les
femmes de la Silicon Valley
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