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Le Figaro - 01 08 2018

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mercredi 1er août 2018 LE FIGARO - N° 23 007 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
LES RENCONTRES INATTENDUES
QUAND L’ESSAYISTE JUIF
GEORGE STEINER
RENCONTRAIT LE SULFUREUX
LUCIEN REBATET PAGE 20
L’ÉTÉ
DU
FIGARO
VILLES FANTÔMES
BELCHITE,
VESTIGE DE LA
GUERRE CIVILE
ESPAGNOLE
PAGE 18
PIERRES SACRÉES,
PIERRES MAUDITES
L’AGRA,
LE DIAMANT
OU LA VIE
PAGE 14
JEUX D’ÉTÉ PAGE 17
MOYEN-ORIENT
Le Liban paralysé
par ses imbroglios
politiques PAGE 5
EMMA THOMPSON
À L’OCCASION DE LA SORTIE
DE « MY LADY», L’ACTRICE
SE CONFIE AU « FIGAR0 » PAGE 12
Formation : le pari de Macron
pour créer des emplois
Apprentissage, formations professionnelles, assurance-chômage : les députés adoptent la loi
avenir professionnel. Son objectif : renforcer les compétences pour réduire le chômage.
Après plusieurs mois d’intenses discussions avec les partenaires sociaux, les régions et
l’opposition parlementaire, le
projet de loi avenir professionnel, qui réforme la formation, l’apprentissage et l’assurance-chômage, doit être
définitivement voté à l’Assemblée nationale, ce mercredi. C’est l’acte II des réformes
sociales engagées par le gouvernement Philippe. L’acte Ier
visait à conférer plus de flexibilité aux entreprises avec
l’adoption des ordonnances
réformant le Code du travail
qui sont en vigueur depuis
septembre 2017.
Avec ce texte, l’exécutif veut
favoriser la montée en compétences des actifs en vue de sécuriser leur parcours professionnel et, in fine, faire baisser
le chômage. Un pari ambitieux, dont la réussite dépendra en grande partie des individus et des entreprises. Des
mesures visent également à
encourager l’insertion des
personnes handicapées dans
l’emploi ordinaire.
è CE QUI VA CHANGER
CONCRÈTEMENT
è SOPHIE CLUZEL : « NOUS
VOULONS FAVORISER
L’INSERTION DES PERSONNES
HANDICAPÉES
DANS L’EMPLOI ORDINAIRE »
PAGES 22, 23 ET L’ÉDITORIAL
SÉCURITÉ
La limitation de
vitesse à 80 km/h
divise encore PAGE 7
Défié par l’opposition, Philippe riposte :
« Nous ne lâcherons rien » sur les réformes
PRISON
Les deux évadés
de Colmar
rattrapés PAGE 8
CONJONCTURE
Le gouvernement
prend acte
du ralentissement
de la croissance
PAGE 24
CHAMPS
LIBRES
Les États-Unis,
exemple ou
contre-modèle ?
Les tribunes
de Ran Halévi et
Nicolas Lecaussin
n
PAGE 19
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mardi :
Les motions de censure
affaiblissent-elles
le gouvernement ?
OUI
45 %
NON
55 %
TOTAL DE VOTANTS : 46 349
M 00108 - 801 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@i@k@b@a";
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Un mois après
la limitation de vitesse
à 80 km/h, pensez-vous
que cette mesure
améliore la sécurité ?
LOUIS MONIER/RUE DES ARCHIVES DAVE BEDROSIAN/GEISLERFOTOPRESS/DPA/MAXPPP
Le chef du gouvernement faisait face mardi aux députés de droite et de gauche, qui ont déposé des motions de censure
à l’occasion de l’affaire Alexandre Benalla. Les deux textes ont été rejetés après un débat convenu. PAGES 2 ET 3
Après de longues semaines de
tractations, les partis membres de la coalition de gouvernement d’Angela Merkel
avaient décidé de limiter les
regroupements familiaux pour
les migrants. À partir du
1er août, un quota est donc
fixé : seules 1 000 autorisations
pourront être délivrées chaque
mois, soit 12 000 par an. Les
Bavarois de la CSU avaient fait
de cette disposition l’une de
leurs exigences sur le dossier
de l’immigration. PAGE 4
ÉDITORIAL par Jacques-Olivier Martin jomartin@lefigaro.fr
D’
Motion formation !
un côté, des demandeurs
d’emploi toujours plus
nombreux ; de l’autre, des
entreprises qui se plaignent
de ne pas trouver de salariés
pour les postes qu’elles proposent. On
conviendra qu’une telle situation est proprement insupportable, aussi bien pour les
6 millions de personnes qui pointent chaque
mois à Pôle emploi que pour les sociétés obligées de refuser des commandes faute de
main-d’œuvre. Et surtout, elle illustre la trop
grande inadaptation des compétences aux
besoins des entreprises, l’un des maux - ils
sont nombreux - qui entretiennent le chômage de masse que veut combattre Emmanuel
Macron.
Après les ordonnances sur le Code du travail,
il y a un an, le chef de l’État poursuit son offensive sur le front social. Avec la loi avenir
professionnel, adoptée en ce début août, il espère provoquer un vrai big bang pour doper le
nombre d’apprentis, améliorer la formation
professionnelle dans une économie en plein
bouleversement, protéger les travailleurs indépendants, toujours plus nombreux avec
l’essor d’Internet. Cette loi concerne l’en-
semble des actifs mais vise en priorité les plus
vulnérables, autrement dit les moins qualifiés.
Rappelons que le chômage est parfaitement
inégalitaire : il touche les décrocheurs et les
actifs sans formation, mais pas les diplômés,
bac + 3 et au-delà, qui sont au plein-emploi.
Emmanuel Macron n’est pas le premier à tenter de relever ce défi, mais accordons-lui
d’être un peu plus sérieux et audacieux que
son prédécesseur, qui lança en fin de mandat
la formation
en urgence de
500 000 chômeurs
pour
maquiller la
courbe du chômage. Et surtout plus clairvoyant que toute cette gauche, toujours persuadée que le travail est un grand gâteau et
qu’il suffit de réduire le temps de travail pour
augmenter le nombre de parts, autrement dit
les emplois.
Le chef de l’État n’est pas de cette école et ne
s’en est jamais vraiment caché. Il juge l’acquisition de compétences et l’incitation au travail
préférables à l’assistanat, qui coûte « un pognon de dingue » sans forcément beaucoup
d’efficacité. Qui l’en blâmerait ?
Un vrai big bang
pour doper
l’apprentissage
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
A
1er août 2018 :
le jour où une seule
planète ne suffit
plus à l’humanité
pour vivre PAGE 10
SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
ENVIRONNEMENT
Migrants :
l’Allemagne
fixe un quota
pour le
regroupement
familial
mercredi 1er août 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
143
députés
ont voté la motion
de la droite :
101 LR (Olivier Dassault
et la députée apparentée
Nadia Ramassany
se sont abstenus), 17 LFI,
14 GDR (communistes)
et 11 non-inscrits.
289 voix étaient requises
pour faire tomber
le gouvernement
74
députés
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
ont voté la motion
de la gauche : 30 PS,
17 LFI, 15 GDR
(communistes), 2 LR
(Éric Diard et Arnaud
Viala) et 10 non-inscrits
Cette affaire
qui touche
l’État et son chef
au cœur […] ne fait
que commencer
et elle laissera des
traces profondes
CHRISTIAN JACOB
»
PRÉSIDENT DU GROUPE LES RÉPUBLICAINS
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
À L’ASSEMBLÉE NATIONALE
Vous croyez
marcher vers
votre salut, mais
vous courez vers
votre servitude [et]
vous avez ouvert
une plaie qui ne
se refermera pas
ANDRÉ CHASSAIGNE
»
PRÉSIDENT DU GROUPE GDR (COMMUNISTES)
À L’ASSEMBLÉE NATIONALE
A
L’ENQUÊTE
S’ÉLARGIT
Dans une nouvelle vidéo
dévoilée par Franceinfo
et Mediapart, deux hommes
ressemblant à Alexandre
Benalla et Vincent Crase
ont été filmés en train
d’interpeller un individu
au Jardin des Plantes,
lors du défilé du 1er Mai. Le
parquet a donc annoncé mardi
l’élargissement de l’enquête
ouverte sur ces violences.
Motions de censure :
le baroud d’honneur des op
Les deux textes
de la droite et
de la gauche n’ont
pas été adoptés
mais représentent
un avertissement
pour l’exécutif.
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
ET CHARLES SAPIN £@csapin
SUR LES BANCS de la majorité et de
l’opposition, on peut souffler. Les deux
motions de censure déposées par la
gauche et la droite et rejetées mardi arrangent tout le monde. L’exécutif, qui
sort éreinté de cette séquence inattendue. L’opposition, qui ne voulait pas
que le battage médiatique exaspère
l’opinion et se retourne contre elle.
« Cette affaire, c’est un bordel compliqué
à comprendre et plus personne ne pige
rien, donc il fallait en sortir. La motion de
censure permet de mettre un point final à
l’Assemblée nationale tout en laissant
des traces dans l’opinion », commentait
le député LR Pierre-Henri Dumont
avant la séance.
Avant de partir en vacances, l’opposition a solennellement interpellé le
premier ministre. « Votre gouvernement a failli par faiblesse, par lâcheté en
laissant M. Benalla asseoir son pouvoir », a fustigé Christian Jacob, le patron du groupe LR. « La crédibilité de la
parole présidentielle en est largement
entachée », a abondé André Chassaigne, son homologue communiste, défendant le texte déposé par les groupes
de gauche.
Passé les longues interventions de
l’ensemble des groupes, la motion de
droite a été votée par 143 voix, soit le
groupe LR aidé par 17 députés de La
France insoumise, 14 communistes ainsi que 11 députés non inscrits, dont
ceux du Rassemblement national. Tandis que celle de gauche l’a été par toutes
les oppositions à l’exception de la droite. Une « alliance de circonstance »
vertement moquée par le patron des
députés de La République en marche,
Richard Ferrand : « À droite, on tente de
faire de la faute d’un homme une affaire
d’État. […] À gauche se sont rassemblés
Les députés, mardi,
à l’Assemblée nationale
pendant l’intervention
du premier ministre.
ceux qui ne sont d’accord sur rien, les
entrepreneurs de la démolition automatique. » Plus tôt, le premier ministre
avait renvoyé les oppositions dos à dos :
« La République exemplaire n’est pas la
République infaillible, car qui ici peut se
croire à l’abri d’une faute commise par
l’un des siens ? », a-t-il lâché avant
d’évoquer l’affaire des sondages de
l’Élysée – sous Nicolas Sarkozy — et les
« souvenirs amers » du précédent quinquennat. Des propos tenus sous les
ovations des membres de la majorité,
lancées par la députée LaREM Laetitia
Avia, qui a fait passer par SMS des
consignes en amont.
Un vote qui, au-delà de l’affaire
Benalla, redessine l’assise de la majorité. Exit les atermoiements de certains
députés Républicains et socialistes lors
du vote de confiance du gouvernement,
en juillet 2017. À l’instar des LR Christian Jacob ou Éric Woerth, des PS David
Habib ou Boris Vallaud comme du noninscrit Jean Lassalle, autant de députés
qui s’étaient abstenus ou qui avaient
voté la confiance il y a un an, ils ont
cette fois-ci voté la censure. Un premier avertissement pour Emmanuel
Macron.
Oppositions de rencontre
En réalité, les déboires d’Alexandre
Benalla ont surtout déstabilisé la réforme constitutionnelle, chère à son
ex-employeur. Tout l’après-midi,
c’est ce texte suspendu depuis les révélations qui a été pris sous le feu croisé des oppositions. « Vous seriez bien
inspiré de l’abandonner définitivement », a argué Christian Jacob qui
promet de « ne pas courber l’échine ».
Rejoint par André Chassaigne : « Il
convient plus que jamais de mettre fin à
la discussion parlementaire de cette réforme. Preuve est désormais faite qu’il
faut réécrire complètement la Constitution, écrire à des milliers de voix la
Constitution d’une VIe République. » Et
de réclamer un référendum. « Nous
voyons bien qu’à travers cette affaire, il
se joue tout autre chose que la recherche de la vérité », a alors souligné le
premier ministre, qui a moqué à son
tour l’alliance inédite des oppositions.
« Comme il y a eu, ce que le général de
Gaulle appelait autrefois des gouvernements de rencontre, autrement dit de
circonstance, il y a désormais des oppositions de rencontre, qui, si je devais les
montrer du doigt […] nécessiterait
l’usage de mes deux bras, ici bien à
gauche et ici bien à droite. » ■
Défié, Philippe monte au front pour défendre Macron
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
DEPUIS que l’affaire Benalla a
éclaté, le 18 juillet, le premier ministre, Édouard Philippe, a soigneusement dosé ses déclarations,
quitte à paraître en retrait. Le
transfuge des Républicains - qui
n’est pas lié directement à l’ancien
chargé de mission de l’Élysée
puisqu’il n’a participé ni à la campagne présidentielle ni au recrutement d’Alexandre Benalla - se retrouve pourtant en première ligne,
contraint une nouvelle fois d’apporter des explications aux faits
commis le 1er mai et à la gestion de
l’affaire par l’Élysée.
L’exercice n’était donc pas
commode pour lui. Et pourtant.
Mardi après-midi, devant l’hémicycle bondé de l’Assemblée nationale, le chef du gouvernement est
monté au front, tentant de rendre
coup pour coup et de protéger le
président de la République.
Comme l’exige son positionnement institutionnel, Édouard Philippe a pleinement joué son rôle de
bouclier du chef de l’État. À l’issue
de la présentation des deux textes
de motion de censure (lire ci-dessus) par Christian Jacob (LR) et
André Chassaigne (PCF), le premier ministre a volé au secours
d’Emmanuel Macron, dénonçant
une volonté de l’opposition d’« at-
teindre le chef de l’État » et de « ralentir le rythme de la transformation
du pays ». « Vous n’y parviendrez
pas », a-t-il cinglé. Le locataire de
Matignon, contraint de forcer la
voix pour couvrir les huées des députés de l’opposition, a répété que
les agissements d’Alexandre
Benalla étaient l’affaire de « fautes
individuelles, de compromissions
insidieuses et de petits arrangements entre un chargé de mission et
des policiers affectés à la préfecture
de police de Paris ». La semaine
dernière, il avait déjà déploré une
« dérive individuelle » et répliqué à
plusieurs tirs de l’opposition à
l’Assemblée et au Sénat. « Les événements du 1er Mai ne disent rien de
la présidence de la République », a
assuré Philippe, soucieux de dédouaner complètement Macron.
Pour le chef de la majorité, « ce qui
devait être fait l’a été ». « Parce que
le président de la République n’est
pas responsable devant vous. Il est
responsable devant le peuple français. Cette responsabilité, il l’assume », a insisté Philippe.
Déjà chaudement applaudi dans
le huis clos de la réunion de groupe
des députés macronistes mardi
dernier, le juppéiste a semble-t-il
marqué des points en prenant ainsi
la défense d’Emmanuel Macron.
Les députés La République en
marche se sont levés à plusieurs
reprises pour applaudir à tout
rompre le chef du gouvernement.
« En bon boxeur, il a montré que
c’est quand on est dans les cordes
qu’on rebondit le mieux et qu’on met
le coup qui porte, loue Stanislas
Guérini, porte-parole du groupe
La République en marche. Il était à
l’offensive totale, il a refait un discours de politique générale. »
Une vingtaine de minutes
Pendant sa déclaration,
d’une vingtaine de minutes, le premier ministre a en effet pris
soin de se déporter sur
le terrain des réformes
engagées par la majorité. « Nous ne ralentirons pas, nous ne
lâcherons
rien,
nous irons jusqu’au bout de
notre projet », a
promis Philippe. Car cet
ultime rebondisse-
Nous ne
« ralentirons
pas, nous
ne lâcherons
rien,
nous irons
jusqu’au bout
de notre
projet
»
ÉDOUARD PHILIPPE,
PREMIER MINISTRE
ment parlementaire dans l’affaire
Benalla devait surtout être, pour la
majorité, l’occasion de clore la séquence et, pour le premier ministre, d’extraire définitivement
l’exécutif de la tourmente. À la
veille de la clôture des travaux de
la session extraordinaire, Édouard
Philippe a ainsi centré la fin de son
discours sur le bilan de la première
année au pouvoir de la majorité
macroniste. Le locataire de Matignon a vanté les « 41 textes indispensables pour réparer le pays »
adoptés sous son impulsion.
Roublard, l’ancien maire n’a
pas résisté, une nouvelle fois, à la
tentation de renvoyer ses anciens
collègues de droite face à leurs
contradictions. « Je note aussi, et
je m’en réjouis, que ces votes ont
très souvent fédéré au-delà des
bancs de la majorité […] Car enfin,
que voulez-vous censurer ? Peutêtre les transformations que nous
avons lancées pour moderniser notre économie et rompre avec des
années de résignation ? » a-t-il fait
mine de s’interroger, rappelant
que durant les douze derniers
mois, les parlementaires Les Républicains avaient régulièrement
soutenu les réformes de la majorité, à commencer par les ordonnances sur le Code du travail ou la
réforme de la SNCF. Une manière,
espère-t-il, de définitivement
fermer le ban. ■
LE FIGARO
mercredi 1er août 2018
L'ÉVÉNEMENT
Devant le Sénat, Christophe Castaner
accable Vincent Crase, l’acolyte de Benalla
MATTHIEU DESMOULINS
£@MatthDes
Nous ne
« sommes
pas
dans une
affaire d’État,
et je ne
pense pas
minimiser
»
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
CHRISTOPHE
CASTANER,
SECRÉTAIRE D’ÉTAT
CHARGÉ
DES RELATIONS
AVEC LE PARLEMENT
objectif
Terre
note un responsable de l’équipe dirigeante.
Loin de la vie parlementaire, le patron de la droite n’a cependant rien
manqué aux épisodes du feuilleton
Benalla. Toute la semaine dernière, il a
multiplié les messages via les boucles
WhatsApp pour se tenir informé de
chaque évolution. Le contact a par
ailleurs été quasi permanent avec
Christian Jacob, le président du groupe LR à l’Assemblée.
Le 1er août nous aurons épuisé
toutes les ressources que la Terre
peut renouveler en 1 an.
Réduire de 50 % notre empreinte
carbone permettrait de repousser
cette date de 93 jours.
Diète médiatique
SUEZ s’engage dans l’économie
circulaire, pour réduire notre
consommation de ressources et
bâtir un monde décarboné.
Faire de la protection de la
planète notre objectif premier,
il suffit de le décider.
#movethedate
Êtes-vous prêts ?
earth overshoot day : jour du dépassement de la Terre. Crédit Photo : AdobeStock
La discrétion de Laurent Wauquiez au
cœur de l’affaire Benalla met en lumière la stratégie à laquelle s’attelle le
patron de la droite depuis plusieurs
mois. Celle de la parole rare. « Laurent
Wauquiez ne souhaite pas intervenir à
tout bout de champ. Il n’est pas dans la
gestion des affaires courantes. Il n’a
pas envie que ses paroles se perdent au
milieu d’un concert », détaille un cadre
du parti. « Pendant que le président de
la République descend dans la mêlée, le
président des Républicains prend de la
hauteur. C’est tout à l’honneur de Laurent Wauquiez », sourit, convaincu,
Guillaume Larrivé, député LR et corapporteur de la commission d’enquête parlementaire à l’Assemblée.
« Son retrait permet à d’autres personnalités de la famille politique d’émerger, notamment des parlementaires.
C’est positif pour lui et pour l’image du
parti », salue également Bruno Retailleau. « Dans les prochaines semaines, prochains mois, on le verra davantage. Il va monter en puissance en vue
des élections européennes », prometon cependant Rue de Vaugirard.
Les européennes. Le sujet s’est invité dans les valises du président des
Républicains en congés. Quelle ligne
adopter, et avec quelle personnalité
en tête de liste ? Le patron de la droite
devrait trancher ces questions inflammables au sein de sa famille politique d’ici l’automne. Aucun élément
de réponse ne devrait survenir cet
été. Laurent Wauquiez a prévu de
prolonger sa diète médiatique jusqu’au 26 août. Tradition oblige, le patron de la droite effectuera à cette
date son annuelle ascension du mont
Mezenc à l’occasion de sa rentrée politique. ■
« atteinte portée à l’image » du
parti.
Le patron des Marcheurs a
par ailleurs affirmé qu’à la suite
de ces dysfonctionnements les
questions de sécurité au sein du
mouvement seront remises à
plat. Un audit aurait en effet été
commandé, avant même les débordements du 1er Mai.
Encore aujourd’hui, le secrétaire d’État estime qu’il n’était
pas de son ressort de se « substituer aux autorités » en saisissant
la justice. Toutefois, Christophe
Castaner a concédé qu’« avec les
éléments que nous avons aujourd’hui », la sanction contre Vincent Crase aurait été « évidemment » plus lourde.
Également interrogé sur la
diffusion illégale d’images de
vidéosurveillance par plusieurs
comptes Twitter - dont certains
proches des cadres macronistes -, le délégué général est resté
prudent. « Aucun membre de ma
connaissance de La République
en marche ne les a relayées »,
s’est-il défendu, même s’il admet que le mouvement compte
« 400 000 adhérents ».
Et de conclure son audition,
après plus d’une heure et demie
de questions-réponses : « Nous
ne sommes pas dans une affaire
d’État, et je ne pense pas
minimiser. » ■
earth overshoot day
1er août
Laurent Wauquiez préfère
« prendre de la hauteur »
LAURENT WAUQUIEZ est en vacances en famille. « Il est en congé comme
beaucoup de Français, mais ce sont des
vacances studieuses », confie son entourage du bout des lèvres. Car en
pleine affaire Benalla, le président des
Républicains ne souhaite pas donner
l’impression d’avoir déserté le champ
de bataille, alors que toute l’opposition est montée au créneau ces derniers jours contre l’Élysée.
La dernière sortie médiatique de
Laurent Wauquiez remonte pourtant
au 20 juillet dernier, dans nos colonnes. Il y a douze jours, donc, une éternité au vu des multiples rebondissements de l’affaire. À l’époque, le chef
de la droite prônait au Figaro que « le
vrai scandale » ne se cachait pas dans
les violences de l’ex-collaborateur
d’Emmanuel Macron lors du 1er Mai
dernier, mais bien à « l’Élysée, qui a
fait le choix de la dissimulation ». Silence radio depuis. « Laurent Wauquiez se fait discret car il préfère prendre de la hauteur. Il laisse les
parlementaires sur le devant de la scène
pour ne pas tirer la couverture à lui tout
seul », justifie la porte-parole du parti,
Lydia Guirous.
Une stratégie saluée par les députés
et sénateurs LR. « L’affaire Benalla est
devenue une affaire parlementaire, notamment avec les commissions d’enquête », soutient Christian Jacob, le
président du groupe à l’Assemblée.
« Laurent fait le bon choix en ne cherchant pas à courir derrière tous les ballons. Il reste dans son rôle. » Un point
de vue partagé par Bruno Retailleau,
chef de file de LR au Sénat. « Il n’est ni
député, ni sénateur. Il fait bien de rester
en retrait. Un chef de parti n’a pas à se
jeter corps perdu dans chaque bataille », soutient-il. « D’autant que
l’affaire commence sérieusement à fatiguer les Français. On essaie de l’épargner le plus possible », raconte également le député LR Claude Goasguen.
Au parti, on tient aussi à rappeler
que Laurent Wauquiez a été « le premier » à s’exprimer avec « clairvoyance » sur l’affaire Benalla. « Tout ce qu’il
a évoqué dans son entretien au Figaro
s’est révélé vrai par la suite. Il n’a pas
besoin d’y revenir. Il a déjà tout dit »,
QU’IMPORTENT les vacances
parlementaires
imminentes,
l’essentiel pour le Sénat est de
« faire toute la lumière » sur
l’affaire Benalla. Tandis que les
auditions ont été levées à l’Assemblée nationale malgré les
regimbades de l’opposition, la
commission d’enquête de la
Chambre haute poursuit son
travail sans faiblir.
Après le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, la semaine dernière, un autre
membre du gouvernement a
été entendu hier matin au Palais du Luxembourg : le secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement,
Christophe Castaner. Si ses
rapports avec le principal protagoniste de l’affaire semblent
inexistants, le délégué général
de La République en marche
(LaREM) est davantage lié au
« deuxième homme », Vincent
Crase, dont il se définit lui-même comme « l’employeur ». Ce
salarié du « service sécurité et
sûreté » de LaREM avait été
identifié sur plusieurs vidéos,
molestant des manifestants aux
côtés d’Alexandre Benalla lors
des événements du 1er Mai.
Bien qu’il assure « ne pas
chercher à renvoyer la balle »,
face aux sénateurs, le chef du
parti présidentiel a fait peser
toute la responsabilité sur les
épaules de son employé.
À la découverte des images,
Christophe Castaner, « choqué », l’avait convoqué sans délai dans son bureau pour des
explications. Agent en charge
de l’accueil et de la sécurité,
Vincent Crase avait alors indiqué s’être rendu sur les lieux en
tant que « gendarme réserviste »
et à la demande de son comparse, Alexandre Benalla. Des affirmations aujourd’hui contestées par le rapport établi par
l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). « Outre la
faute, M. Crase a ajouté le mensonge », a lancé le délégué général de LaREM.
À l’époque, le salarié du
mouvement s’était vu infliger
une suspension de travail d’une
durée de quinze jours, sans retenue de salaire. Une sanction
égale à celle prononcée par le
cabinet de la présidence à l’encontre de son ancien chargé de
mission. À la lumière des récentes révélations, un courrier
lui a été adressé le 20 juin pour
l’informer qu’une procédure
de licenciement était engagée à
son encontre, notamment pour
www.suez.com
L’énergie est notre avenir, économisons-la !
A
positions
PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
3
mercredi 1er août 2018 LE FIGARO
4
INTERNATIONAL
L’Italie face à une série d’agressions racistes
Le président du Conseil, mais pas le chef de la Ligue, a exprimé sa solidarité à une athlète d’origine nigériane attaquée dimanche.
RICHARD HEUZÉ
ROME
EUROPE Daisy Osakue porte sur le visage un énorme bandeau qui masque
son œil gauche. Il témoigne de l’agression raciste dont cette athlète de 22 ans
d’origine nigériane, naturalisée italienne depuis 2014, a été victime dimanche
soir, alors qu’elle rentrait chez elle à
pied, à Moncalieri, dans le Piémont.
D’une voiture en marche, des individus
ont lancé sur elle un œuf qui lui a endommagé la cornée. Vive émotion dans
cette petite ville de la banlieue turinoise : la jeune fille est en Italie championne
nationale du lancer du disque : « Mes
agresseurs cherchaient visiblement à s’en
prendre à une personne de couleur. Il y a
dans les parages des prostituées africaines. Ils m’ont peut-être pris pour l’une
d’elles. » Les témoignages de solidarité
ont afflué. De Washington, où il venait
de rencontrer Donald Trump, le président du Conseil, Giuseppe Conte, l’a appelée pour prendre de ses nouvelles, en
parlant d’un épisode « inqualifiable ».
Daisy fait part de « sa tristesse » : « Je
viens de rentrer d’un stage de dix mois
aux États-Unis. J’ai retrouvé un pays différent, chargé de tensions. »
Depuis quelques semaines, les agressions racistes contre les migrants se
multiplient. Un enfant rom de 13 mois a
été grièvement blessé à Rome dans son
landau par un tir de carabine et un
ouvrier cap-verdien touché par balle à
Vicenza sur un échafaudage. Dans les
deux cas, les agresseurs, identifiés, ont
affirmé qu’ils visaient des… pigeons.
Plus grave, à Aprilia, au sud de Rome,
trois individus, disant effectuer de nuit
une « ronde citoyenne », ont roué de
coups un ouvrier marocain de 43 ans,
Hady Zaitouni, provoquant sa mort. Ils
sont inculpés d’homicide prémédité.
« Ne pas voir le grave risque que font
courir ces cas de violences sur des migrants serait une énorme erreur », s’insurge le président de la République,
Sergio Mattarella. Évoquant devant la
presse parlementaire le cas du nouveau-né rom blessé par un tir, il parle
d’un « acte de barbarie qui doit susciter
l’indignation ». Ajoutant : « L’Italie ne
peut ressembler au Far West. »
Pour Matteo Salvini, les seules personnes condamnables sont « les migrants
qui ne cessent de commettre des délits ».
Le ministre de l’Intérieur et leader de la
Ligue (extrême droite) refuse d’exprimer sa solidarité envers les victimes
d’agressions. Il se prépare à présenter à
la rentrée un projet de loi autorisant la
détention d’armes chez soi. « Moi, raciste ? Absolument pas. Nous accuser de racisme est une invention de la gauche »,
rétorque Salvini, qui s’affichait pourtant
dimanche avec le tee-shirt d’un groupuscule d’extrême droite proclamant :
« L’offense est la meilleure défense ».
Son comportement suscite une large
indignation. « Vade retro Salvini », lance l’hebdomadaire catholique Famiglia
Cristiana. « Cessons d’alimenter les
peurs. Le virus xénophobe peut surgir de
nouveau », renchérit le cardinal Gualtiero Bassetti, président de la Conférence épiscopale italienne. « Il faut combattre le racisme sans hésitation »,
renchérit le président de la Chambre
des députés, Roberto Fico, un élu M5S
de la mouvance de gauche. Même le dirigeant de la Ligue Luca Zaia, gouverneur de Vénétie, se démarque de Salvini et apporte sa « pleine solidarité » à
l’ouvrier cap-verdien, « régulièrement
enregistré en Italie, dont l’unique tort est
la couleur de sa peau ».
Quant au fondateur du Mouvement 5
étoiles, Beppe Grillo, de plus en plus
souvent en porte-à-faux avec son mouvement, il croit manier l’ironie : « Toute
cette polémique pour un œuf ! » ■
Berlin freine le regroupement familial
Parmi les réfugiés qui ont obtenu un visa d’un an, seuls mille pourront faire venir leur famille chaque mois.
NATHALIE STEIWER £@natbxltec
BERLIN
IMMIGRATION Ahmad Saadi Mahayni a
eu de la chance. Le joaillier de Damas
est arrivé en Allemagne dès 2013, deux
ans avant que la chancelière Angela
Merkel n’ouvre la porte aux réfugiés
bloqués sur la route des Balkans et trois
ans avant que ces portes ne se referment à nouveau. À cette époque, il a pu
obtenir le statut de réfugié au titre de la
convention de Genève et donc faire venir sa famille rapidement.
Bien sûr, ce n’était pas immédiat. Il a
fallu rassembler péniblement les documents nécessaires, qui s’étaient souvent perdus en route. Pendant la procédure, il s’est lancé à corps perdu dans
l’apprentissage de l’allemand. « J’y ai
consacré toute mon énergie, je savais que
la réussite passait par là », raconte-t-il
aujourd’hui. Cinq ans après son arrivée,
il a été engagé comme travailleur social
par l’association caritative allemande
Awo, où il accompagne à son tour les
nouveaux migrants dans leurs démarches. Sa femme, ses trois filles et son fils
sont venus de Jordanie en avril 2015.
“
La loi sur
le regroupement familial
ne prévoit aucune
mesure concrète
pour sa mise en œuvre
A
JOCHEN OLTMER (IMIS)
”
À quelque mois près, la famille
n’aurait jamais été réunie. « Nous avons
eu de la chance d’arriver plus tôt », reconnaît-il. À l’automne 2015, le vent a
tourné. L’opinion publique a commencé à douter du « Wir schaffen das », que
l’Allemagne allait « arriver » à accueillir le flux grandissant de réfugiés,
selon la formule que porte aujourd’hui
Angela Merkel comme un boulet. L’Allemagne a alors resserré les mailles de
son dispositif d’accueil.
Les données publiées en juin dernier
par l’office fédéral des migrations sont
parlantes : en 2015, 48 % des demandeurs d’asile ont obtenu le statut complet de réfugiés pour trois ans, au titre
de la convention de Genève. En 2018, ils
ne sont plus que 18 %. La tendance s’inverse pour ceux ayant seulement obtenu une « protection subsidiaire » qui
leur permet de rester un an, renouvelable ensuite pour deux ans. Ils représentaient 0,6 % des demandeurs d’asile en
2015, 11 % aujourd’hui.
Au départ, ils pouvaient encore faire
venir leur famille pour des raisons humanitaires. En pratique, « le droit au regroupement familial pour ces réfugiés
sous protection subsidiaire n’a existé que
dans un laps de temps très court, entre
août 2015 et mars 2016, où il a été suspendu », rappelle Jochen Oltmer, professeur à l’Institut de recherche sur les
migrations et d’études interculturelles
(Imis) de l’université d’Osnabrück.
Ce 1er août, les portes vont s’ouvrir de
nouveau pour ces familles, ou plutôt
s’entrebâiller. Après de longues semaines
de tractations, les partis membres de la
coalition de gouvernement d’Angela Merkel ont décidé, en mars dernier, de limiter les regroupements à un quota : seules
Apprentissage de la langue allemande en famille pour ces migrants recemment installés à Rödermark (Hesse).
1 000 autorisations pourront être délivrées chaque mois, soit 12 000 par an.
Quel impact ce regroupement aurat-il ? « Ce n’est pas clair », note Jochen
Oltmer, qui récuse les « chiffres de
l’horreur » sortis en 2015 par l’AfD, le
parti d’extrême droite, qui parlait de
1 million de réfugiés. En réalité, le ministère des Affaires étrangères alle-
mand a enregistré 34 000 demandes directement ou dans ses consulats en
Syrie, en Jordanie, en Turquie, au Liban
ou ailleurs. Beaucoup de demandes
pourraient être retirées, entre autres
parce que les demandeurs sont retournés entre-temps d’où ils viennent pour
rejoindre leur famille. Le ministère des
Affaires étrangères reconnaît égale-
DPA/ABACA
ment avoir « perdu la trace » d’une partie des demandeurs, qui ont parfois
changé de camp de réfugiés ou de pays.
« Beaucoup de documents étaient incomplets », indique aussi le ministère.
L’un dans l’autre, l’institut de recherche sur le marché du travail de Nuremberg tablait en octobre 2017 sur une
fourchette allant de 10 000 à 60 000
personnes. Cette dernière hypothèse
signifie qu’il « faudra attendre cinq ans
pour résorber les demandes actuelles »,
explique Jochen Oltmer, « les réfugiés
sous protection subsidiaire qui ont déposé une demande d’autorisation il y a déjà
deux ans pourraient donc attendre sept
ans au total pour revoir leur femme et
leurs enfants ».
Le doute va également subsister longtemps. Le ministre de l’Intérieur CSU,
Horst Seehofer, qui avait défendu ces
quotas bec et ongles lors de la formation
du gouvernement, assure que tout est
prêt. La grille de sélection de ceux qui
passeront le quota mensuel est pourtant
loin d’être transparente. Il y a bien sûr
le critère du premier arrivé premier
servi, mais d’autres principes entrent
en jeu : l’âge des enfants, les maladies…
Ceux qui ont été condamnés sont exclus
d’office. Les perspectives d’intégration
comptent également : qui parle allemand ? qui peut nourrir sa famille ?
De leur côté, les communes allemandes ne sont pas toujours prêtes. Ahmad
Saadi Mahayni est optimiste sur les
perspectives scolaires de ses filles, qu’il
voit déjà à l’université. Mais « le logement est un gros problème à Berlin ».
Dans un marché immobilier surchauffé, « qui louera à une famille syrienne de
six personnes ? ».
« La loi sur le regroupement familial ne
prévoit aucune mesure concrète pour sa
mise en œuvre », commente Jochen
Oltmer. En réalité, « il s’agit d’une mesure purement symbolique qui permet à
la CDU et la CSU de montrer que l’État
maîtrise et contrôle la situation, et au
SPD qu’il se soucie du respect des
conventions internationales et des droits
de l’enfant ». ■
La CSU doute de sa stratégie électorale anti-immigration
«
Sur des
thèmes
comme
la famille ou
les traditions
culturelles,
il est facile
de concilier
les valeurs
chrétiennes et
conservatrices.
C’est beaucoup
plus difficile
sur un sujet
comme
les réfugiés
»
TOBIAS ROTHMUND,
PROFESSEUR
DE PSYCHOLOGIE
POLITIQUE À COBLENCE
TOUT ÇA POUR ÇA ? Le 1er août
entre en vigueur le quota mensuel de réfugiés qui pourront bénéficier d’un regroupement familial en Allemagne. Les
conservateurs bavarois de la CSU
ont mené une longue bataille
contre leur parti « frère » de la
CDU pour obtenir ce contingent.
En juin, ils se sont également battus pour accélérer l’expulsion des
réfugiés déjà enregistrés dans un
autre État membre européen.
« Le gouvernement contrôle
maintenant la situation », peut affirmer aujourd’hui le ministre de
l’Intérieur CSU, Horst Seehofer,
qui a pris le risque d’un conflit
ouvert avec Angela Merkel. Tout
est là : à quelques mois des élections régionales bavaroises du
14 octobre, « la CSU doit absolument montrer que l’État n’est pas
en faillite comme le dit à l’extrême
droite l’AfD et que gouvernement
maîtrise la situation », constate
Michael Weigl, professeur de
science politique à l’université de
Passau, en Bavière.
Pourtant, loin de récolter les
fruits de sa campagne, la CSU dégringole dans les sondages en Bavière. La CSU ne remporterait
que 38 % des voix aux prochaines
régionales, selon le sondage Infrates Dimap publié le 16 juillet.
L’AfD récupère les électeurs à sa
droite, les Verts à sa gauche. Une
catastrophe pour un parti habitué
à dépasser les 50 % depuis sa
création dans les années d’aprèsguerre. Sans cette majorité absolue, ce parti qui n’existe qu’en
Bavière aura du mal à imposer ses
vus à Berlin. Selon un sondage
Forsa, publié le 28 juillet, la CSU
n’obtiendrait que 5 % des voix si
elle se présentait seule aux élections nationales.
Le vent
de la rébellion interne
Au sein même de la CSU, des voix
se font entendre pour calmer le
jeu, et pas seulement pour des
raisons stratégiques. Une « Union
pour le centre » s’est formée entre
membres « libéraux » de la CDU
et de la CSU. Ce « fan-club »
d’Angela Merkel ne recueille que
3 200 adhérents sur sa page Facebook, assez néanmoins pour que
le secrétaire général de la CSU,
Blume Bloch, les appelle à cesser
leurs petits jeux « de division et
sectarisme ».
Le vent de la rébellion interne
va plus loin encore. « Beaucoup
de jeunes CSU de ma génération
trouvent que le débat s’est beaucoup trop concentré sur la question des réfugiés », constate Philipp Ramin, président de la
section CSU de Neutraubling, une
ville nouvelle en bordure de Ratisbonne.
Bien sûr, « il faut faire quelque
chose pour maîtriser la situation »,
mais « beaucoup d’autres thèmes
sont essentiels pour l’avenir, comme le haut débit, la mobilité ou
l’éducation », plaide le jeune entrepreneur du secteur numérique. Le très conservateur maire
de Deggendorf, à quelques kilomètres de là, en basse Bavière,
Christian Moser, constate, lui
aussi, que « ses électeurs ont
d’autres sujets de préoccupation
que les réfugiés ». Les membres
du parti réservent toutefois leurs
critiques au débat interne. « La
discipline fait la force de notre
parti », note-t-il.
La fracture morale de la CSU
est profonde, dit Tobias Rothmund, professeur de psychologie
politique à l’université de Coblence. « Sur des thèmes comme la
famille ou les traditions culturelles,
il est facile de concilier les valeurs
chrétiennes et conservatrices.
C’est beaucoup plus difficile sur un
sujet comme les réfugiés. »
D’ores et déjà, l’Église s’est démarquée d’un parti pour lequel
elle appelait encore à voter il y a
vingt ans. Le plan pour l’immigration présenté par Hors Seehofer en juin est « le point le plus bas
que puisse atteindre une politique
humanitaire », a estimé Klaus
Seitz, de l’organisation caritative
protestante Brot für die Welt.
Pourquoi, dès lors, le combat
entre Angela Merkel et son ministre Horst Seehofer a-t-il atteint ce point culminant ? Le psychologue
politique
Tobias
Rothmund a deux interprétations. D’une part, « il n’est pas
impossible que les jeunes loups du
parti qui ont attendu longtemps
leur heure sous la direction très
autoritaire de Horst Seehofer aient
tout fait pour le pousser à bout et
l’éjecter ». Le meurtre du père en
quelque sorte. Issu d’une culture
très conventionnelle et machiste
face à une femme telle qu’Angela
Merkel, « Horst Seehofer est aussi
un peu comme le gorille qui frappe
son torse pour affirmer son rôle
d’alpha mâle mais se rend compte
qu’il n’en a plus tout à fait la
force ». ■
N. S. (À BERLIN)
LE FIGARO
mercredi 1er août 2018
INTERNATIONAL
5
Le Liban reste
paralysé par
ses imbroglios
politiques
Alors que, dans leur majorité, les réfugiés
syriens ne veulent pas rentrer chez eux,
les factions politiques sont incapables de
s’entendre pour former un gouvernement.
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
MOYEN-ORIENT Près de trois mois
après les élections législatives, le Liban
reste sans gouvernement. Entre factions politiques, les tractations s’éternisent. « Et cela ne devrait pas déboucher rapidement », confie un expert
étranger à Beyrouth. « Chaque camp
refuse de céder, ajoute cet observateur,
les Druzes derrière Walid Joumblatt,
certains chrétiens avec Samir Geagea et
d’autres chrétiens autour de Gebran
Bassil, le gendre du président de la République, Michel Aoun ».
La normalisation tant attendue de la
vie politique et institutionnelle se fait
avec les mêmes figures. Malgré un recul de sa popularité, constaté lors du
scrutin de mai, Saad Hariri (sunnite)
demeure premier ministre. L’inamovible Nabih Berri (chiite) s’arc-boute
depuis vingt-six ans à la présidence du
Le premier ministre libanais, Saad Hariri, au centre à droite, pendant la discussion sur les conditions du rapatriement, depuis le Liban,
du million de réfugiés syriens avec la délégation russe, la semaine dernière à Beyrouth. H. AMMAR/AP
Parlement et, à 83 ans, le chrétien Michel Aoun siège à la présidence de la
République.
pays, un ingénieur particulièrement
inventif a réussi, lui, à fournir de
l’électricité 24 heures sur 24 aux habitants, non sans avoir contourné
« le gang des générateurs » qui s’engraisse sur cette pénurie. « Aujourd’hui, à Beyrouth, beaucoup se disent :
mais qu’est-ce qu’on attend pour en
faire autant ? », reconnaît Zeinab.
Des jeunes couples, de leur côté, enragent contre la fermeture soudaine
d’une banque – la Banque de l’Habitat – qui octroyait à des taux d’intérêt avantageux des prêts d’accession
à la propriété.
La présence de plus de 1 million de
réfugiés syriens dans un pays qui
compte 4 millions d’habitants alimente également les tensions. « Des
Libanais se sont rendu compte qu’avec
les aides fournies par les ONG et les
Nations unies aux camps de réfugiés
syriens, dans la plaine de la Bekaa notamment, certains déplacés vivent
Tensions avec les Syriens
Cette reconduction du personnel politique alimente une colère sourde
parmi la population, qui dénonce de
plus en plus vigoureusement l’impéritie de ses dirigeants. Absence de
l’État, coupures d’électricité, corruption permanente : les motifs de grogne ne manquent pas. « On a toujours
trois heures de coupure d’électricité
chaque jour, peste Zeinab, une habitante de Beyrouth, jointe par téléphone. Et encore, chez moi, on a les
moyens de se procurer un générateur,
mais cela nous coûte 100 dollars chaque mois. Ce que ne peuvent pas s’offrir
toutes les familles. »
Face à l’incapacité de l’État à offrir
les services les plus élémentaires à sa
population, à Zahlé, dans le centre du
mieux que les Libanais eux-mêmes »,
constate la chercheuse Bérénice
Khattar.
Allié au Hezbollah chiite qui défend
le pouvoir de Bachar el-Assad en Syrie, le président Aoun est déterminé à
organiser le retour du plus grand
nombre de déplacés syriens, sans attendre l’aval des Nations unies qui
sont réticentes à soutenir ce processus,
avant un règlement politique de la
guerre en Syrie.
Impasse politique
En avril, le pays du Cèdre a obtenu,
sous forme de prêts et de dons, 11 milliards de dollars lors d’une conférence
internationale organisée par la France.
Mais sans réformes structurelles et
sectorielles, les bailleurs de fonds internationaux seront réticents à
concrétiser leurs promesses.
Alors qu’en Syrie la tension monte
entre le Hezbollah pro-iranien et Is-
raël, l’ONU s’est récemment inquiétée
de l’impasse politique au Liban, appelant ce pays à former « rapidement »
un gouvernement. Face à ce vide institutionnel, les services de sécurité sont
sur les dents, comme en témoignent
les interpellations récurrentes de militants actifs sur les réseaux sociaux. Mijuillet, six activistes ont été brièvement arrêtés par le bureau de lutte
contre la cybercriminalité. L’un d’eux
avait fait assumer au président Aoun la
responsabilité de la détérioration des
conditions socio-économiques. Deux
autres avaient tourné en dérision un
« miracle » attribué à l’un des saints
de l’Église maronite.
Face à l’augmentation de ces mesures répressives, plusieurs centaines de
citoyens ont organisé la semaine dernière un sit-in dans le centre-ville de
Beyrouth pour dénoncer « le recul sans
précédent de la liberté d’expression et
du niveau général des libertés ». ■
Inquiets de l’invite russe, les réfugiés d’Ersal ne veulent pas rentrer en Syrie
ENVOYÉE SPÉCIALE À ERSAL
« LA RUSSIE, c’est la même chose pour
nous que Bachar el-Assad. Hors de question de rentrer si la Russie est le seul pays
à garantir notre sécurité », assène Abou
Brahim, réfugié syrien à Ersal, à la frontière nord du Liban avec la Syrie.
Comme ce professeur d’histoire, la
plupart des 50 000 réfugiés syriens à Ersal refusent la proposition de la Russie,
alliée de Damas, de rapatrier 890 000
réfugiés vers leur pays d’origine. Près de
1 million de réfugiés syriens sont inscrits
auprès du Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR), mais les
autorités libanaises estiment que le
nombre de Syriens au Liban s’élève plutôt à 1,5 million.
Dans les allées poussiéreuses du camp
d’al-Nakhil, à Ersal, un réfugié s’énerve
contre les journalistes. « Pourquoi n’arrêtez-vous pas de nous demander si nous
voulons rentrer ? Qui nous garantit que
nous ne serons pas tués ? » « Je préfère
encore aller en Israël que de rentrer en
Syrie », lance, provocateur, Salem Rahmoun, un ancien combattant de l’Armée syrienne libre.
976 065 réfugiés syriens sur le sol libanais
Nombre de réfugiés syriens
par gouvernorat libanais
au 30 juin 2018
“
”
Plus de 80 %
Homs
Akkar
De 30 à 45 %
Moins de 15 %
*Estimations de la population
libanaise par gouvernorat
avant le début de la révolution
syrienne
(25,2 %)
LIBAN
Djouniyé
Beyrouth
Ersal
(42,6 %)
Baalbek
235 859
QALAMOUN
Flita
(15,6 %)
19 565
Zahlé
Bekaa
Mont-Liban
231 607
Saïda
Tyr
Liban-Sud
Baalbek-Hermel
119 645
M er M éd i ter ra née
73 587
(40,8 %)
Hermel
145 959
Liban-Nord
Djebail (Byblos)
(5,1 %)
105 660
Tripoli
De 15 à 30 %
SYRIE
(86,3 %)
Nabatié
el-Tahta
Damas
Chebaa
Nabatié
44 180
(15,4 %)
WISSAM, UN DÉSERTEUR DE L’ARMÉE SYRIENNE
L’initiative russe a pourtant été accueillie avec enthousiasme par le président libanais Michel Aoun, qui a invité
les Nations unies à y participer et a annoncé la formation d’un comité de
coordination libano-russe. Prudente, la
coordinatrice spéciale de l’ONU pour le
Liban, Pernille Kardel, s’est bornée à
déclarer que « les Nations unies restent
attachées à un partenariat complet avec
le Liban pour préserver sa stabilité ». Estimant que les conditions sécuritaires ne
sont pas réunies, le HCR n’a pas participé aux retours volontaires récents de
réfugiés syriens, que ce soit à partir
d’Ersal ou de Chebaa, deux localités situées à la frontière libano-syrienne.
Pour les réfugiés d’Ersal, le feu vert du
HCR est indispensable. « Nous voulons
la protection des Nations unies en plus de
celle de plusieurs pays comme la France,
la Turquie, l’Arabie saoudite », insiste
Wissam, déserteur de l’armée syrienne.
(base navale russe)
% DE RÉFUGIÉS SYRIENS PAR RAPPORT
À LA POPULATION LIBANAISE DE 2011*
(16 %)
Nous voulons
la protection des Nations
unies en plus de celle
de plusieurs pays
20 km
Tartous
ISRAËL
GOLAN
(sous occupation israélienne)
Sans présence de l’ONU, rares sont ceux
qui souhaitent suivre les pas des 1 500 à
2000 personnes rentrées depuis fin juin
dans la région du Qalamoun, région
sous contrôle du régime syrien.
Pour ceux qui veulent quand même
partir, la difficulté de vivre au Liban représente l’une des principales motivations. « Je n’ai pas d’avenir ici. Au
moins, mes perspectives en Syrie sont
meilleures, indique Assaad Ramadan,
qu’une hernie discale a empêché de faire le trajet de plusieurs heures en voiture avec ses cousins début juillet. Si les
Russes garantissent que notre retour
sera sûr, j’y crois. » Ses proches lui ont
appris qu’il ne reste que le toit et les
murs de sa maison dans le village de Flita. « Je n’ai pas d’argent pour tout reconstruire, mais je me débrouillerai »,
affirme-t-il, optimiste.
Sources : Unhcr et citypopulation.de
Infographie
Pour d’autres, c’est l’absence d’un
système de soins adéquat qui pousse sur
le chemin du retour. Né avec une fente
labio-palatine, Moustafa, 6 ans, risque
d’être handicapé à vie s’il n’est pas opéré rapidement. D’après son père, Abou
Hassan, « l’opération coûterait plusieurs
milliers de dollars au Liban, alors qu’en
Syrie c’est beaucoup moins cher ». La
trentaine, Abou Hassan s’est résigné à
l’idée que son retour sera synonyme de
service militaire, obligatoire entre 18 et
42 ans. « Je suis obligé de rentrer pour
mon fils, même si ça me fait peur. Il y a
encore des bombardements et des morts
en Syrie. »
Selon ceux restés sur place, c’est aussi
la crainte de perdre leur maison qui a
poussé de nombreux Syriens à rentrer
chez eux. Entré en vigueur en avril dernier, le « décret 10 » permet au gouver-
nement de Bachar el-Assad de saisir des
propriétés privées pour construire des
projets immobiliers. Les propriétaires
ne sont indemnisés que s’ils peuvent
prouver que leur propriété est bien enregistrée à leur nom. Mais cet argument
n’a pas suffi à persuader Abou Saleh,
avocat membre d’un comité qui représente les Syriens du Qalamoun-Ouest
au Liban. « J’ai plus peur pour ma vie et
celle de ma famille que pour ma maison »,
souffle-t-il.
Des rumeurs de harcèlement et même
de meurtre côté syrien ont achevé de
convaincre de nombreux réfugiés que le
retour est trop dangereux. Oum Ahmad, tante d’un père de famille assassiné dans le village de Flita quelques jours
après son retour, raconte d’une voix inquiète : « Les chabiha ont tué mon neveu
Hassan Audi devant la porte de sa maison
en pleine nuit. Je crains qu’il ne m’arrive
la même chose si je rentre. » Par « chabiha », elle fait référence aux familles
prorégime de Flita.
Pourquoi Hassan Audi a-t-il été assassiné ? Oum Ahmad reste silencieuse,
hésitante. Son amie, Oum Hussein, est
catégorique : « Il est mort parce qu’il faisait partie d’une famille connue pour être
antirégime. Mais lui, c’était un homme
neutre. » Interrogé par la télévision libanaise, le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, a minimisé l’incident. « L’une des personnes qui est
rentrée en Syrie dans le Qalamoun a eu
des problèmes liés à une vendetta personnelle », a-t-il déclaré au cours d’un déplacement à Chebaa. La Sûreté générale,
l’un des plus importants services de
renseignements de l’État libanais, coordonne les retours volontaires des réfugiés avec les autorités syriennes. Une
mission qu’elle va poursuivre « en coopération avec les autorités russes », a
souligné Abbas Ibrahim. ■
L’EI veut monnayer
ses prisonnières
Des dizaines de djihadistes affiliés
au groupe État islamique (EI)
sont acculés par les forces prorégime
de Damas dans le sud de la Syrie,
dans leur dernier carré de la province
de Deraa, d’où ils essayent
de négocier leur évacuation,
en échange de la libération
d’une trentaine de femmes
et enfants, récemment kidnappés
dans la province voisine de Suayda.
Le 25 juillet, l’EI avait lancé une série
d’attaques coordonnées dans
cette province de Suayda dominée
par les Druzes mais largement
contrôlée par le régime et jusque-là
relativement épargnée par le conflit.
Les djihadistes se sont livrés
à un véritable carnage, plusieurs
kamikazes armés de ceintures
explosives se faisant sauter dans
la capitale de cette province et dans
des villages plus au nord, tandis
que de nombreux civils druzes
étaient assassinés chez eux. Environ
250 personnes sont mortes dans
ces attaques, l’un des bilans les plus
lourds depuis le début de la guerre.
C’est en se retirant de Suayda
que les djihadistes ont kidnappé
et emmené avec eux vers Deraa
des dizaines de femmes et enfants.
Selon le directeur de l’Observatoire
syrien des droits de l’homme (OSDH),
« quatre femmes ont réussi
à prendre la fuite, deux sont mortes,
l’une tuée par balle, l’autre,
probablement d’épuisement »,
mais 30 femmes et enfants
sont toujours détenus par l’EI.
(AFP)
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A
SUNNIVA ROSE £@Sunniva_Rose
mercredi 1er août 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Daech vise des Occidentaux au Tadjikistan
L’EI a revendiqué l’attaque qui a tué quatre cyclotouristes étrangers dimanche sur la route du Pamir.
Une région de fortes tensions
75 km
KIRGHIZSTAN
Osh
OUZBÉKISTAN
Route du Pamir
CHINE
Douchanbe
TADJIKISTAN
M 41
Pamir
District de Danghara
AFGHANISTAN
Un groupe de sept cyclotouristes
occidentaux a été attaqué le 29 juillet 2018
lors d'une embuscade revendiquée par Daech.
Un groupe de sept cyclotouristes étrangers a été fauché par une voiture, puis attaqué par des hommes armés à 150 kilomètres
au sud de la capitale tadjike, Douchanbé, sur la route M41 qui traverse le Pamir. ALAIN SCHROEDER /HEMIS.FR
CÔME DUBOIS
TADJIKISTAN C’est cette fois-ci au fin
fond de l’Asie centrale que l’État islamique a revendiqué une attaque, lundi soir :
l’assassinat de quatre touristes occidentaux au Tadjikistan. Dans un communiqué en arabe diffusé sur Internet, Daech
explique qu’un « détachement de soldats
du Califat » a attaqué « des citoyens de
pays de la coalition croisée ».
Cette déclaration a été publiée vingtquatre heures après qu’un groupe de sept
cyclotouristes étrangers a été fauché par
une voiture puis attaqué par des hommes
armés dans la région de Danghara, à
150 kilomètres au sud de la capitale, Douchanbe. Deux ressortissants américains,
un Suisse et un Néerlandais ont trouvé la
mort, un autre Suisse et un deuxième
Néerlandais ont été blessés. Le dernier
membre du groupe, un touriste français
situé en queue de peloton au moment de
l’attaque, en est sorti indemne. L’attaque
a eu lieu sur la voie touristique M41, la fameuse route du Pamir qui relie le
Kirghizstan à l’Afghanistan, dans le sud
du pays. Cette route est très prisée des
amateurs de cyclisme pour les paysages
désertiques qu’elle traverse et pour ses
tronçons à haute altitude.
Après avoir dans un premier temps
évoqué la piste d’un accident de la route,
les autorités tadjikes ont annoncé que les
suspects « avaient des couteaux et des armes à feu » et qu’un des touristes avait été
blessé à l’arme blanche. Selon plusieurs
communiqués diffusés par la police, au
moins quatre suspects ont été arrêtés et
cinq autres tués dans des opérations réalisées par la police pour retrouver les responsables de l’attaque. L’un des suspects
abattus est le propriétaire présumé de la
voiture qui a fauché les cyclistes.
Réseaux djihadistes
Mettant en doute l’implication de Daech,
le ministère de l’Intérieur tadjik a, quant
à lui, attribué l’attentat à un commando
aux ordres de Nossirkhoudjy Oubaïdov,
membre du Parti de la renaissance islamique du Tadjikistan. Accusé en 2015 par
le gouvernement de vouloir instaurer un
« État islamique » et d’être soutenu par
l’Iran, ce parti radical a été interdit. Le
Tadjikistan abrite depuis quelques années
des filières djihadistes. En juillet 2017, un
ressortissant français avait été arrêté et
condamné à cinq ans de prison pour « en-
PAKISTAN
Infographie
trée illégale » sur le territoire. Plus généralement, un certain nombre de terroristes
issus
d’Asie
centrale
d’Ouzbékistan notamment - ont été impliqués dans des attentats à Istanbul, à
Saint-Pétersbourg ou en Suède.
On les retrouve aussi en nombre sur
les fronts extérieurs du djihad. Selon les
autorités du Tadjikistan, environ un millier de ressortissants de cette ancienne
république soviétique ont ainsi rejoint
les rangs de l’État islamique en Irak et en
Syrie. La lutte contre l’intégrisme religieux se veut une priorité dans cet État
laïque de huit millions d’habitants, dont
la majorité de la population est sunnite.
Depuis trois ans, le gouvernement,
nommé par le président Emomali Rahmon, a pris des mesures fortes pour
contrer l’influence des extrémistes reli-
gieux, parmi lesquelles le rasage forcé
des barbes et une campagne contre le
port du hidjab.
Les agents de l’État ont également été
avertis au début de l’année qu’ils seraient
limogés et considérés comme des « traîtres » s’ils exigeaient des voyageurs
étrangers le versement de pots-de-vin.
Avec pour objectif d’attirer de plus en
plus de touristes, le Tadjikistan a déclaré
que l’année 2018 serait « l’année du tourisme ». Leur nombre a quadruplé dans
les cinq premiers mois de l’année, selon
les autorités. En 2016, le Tadjikistan a introduit un système simplifié de visa électronique pour les ressortissants de
80 pays. Le tourisme y reste cependant
relativement peu développé. Cette attaque tombe au plus mal pour le développement de ce secteur. ■
Poutine ressuscite le contrôle idéologique sur l’armée
Un oukase du président russe a rétabli la direction politico-militaire au sein des forces russes, dissoute à la chute de l’URSS en 1991.
EMMANUEL GRYNSZPAN £@_zerez_
MOSCOU
RUSSIE Vladimir Poutine a signé lundi
un oukase ressuscitant la « direction
politico-militaire » des forces armées.
Et ce, un siècle, jour pour jour, après la
fondation de cet organe par les bolcheviques, qui s’appelait alors « bureau
russe des commissaires politiques ».
Ces commissaires et leurs subordonnés,
les politrouk (directeurs politiques) et
zampolit (leurs adjoints), sont entrés
dans le vocabulaire courant des Russes,
rappelant aux uns les terribles purges
staliniennes, aux autres des personnages romantiques d’une époque révolue. Car la direction politico-militaire,
chargée de contrôler la stricte mise en
NO
E
UV
pratique du marxisme-léninisme dans
les rangs, a été supprimée en 1991 avec
la disparition de l’URSS. Chez les militaires, cet organe avait depuis longtemps perdu tout prestige, ses membres
étant considérés comme des planqués
de l’arrière, écrivant des lettres de dénonciation à propos de leurs supérieurs
ou servant d’intermédiaires entre les
officiers et le Parti communiste, auquel
les premiers devaient demander l’autorisation pour toutes sortes de démarches administratives, comme divorcer.
Les contours de la nouvelle direction
restent obscurs. Le quotidien Vedomosti, citant une source au sein du ministère de la Défense, avance que la direction policito-militaire sera créée sur la
base de la Direction générale du personnel. En toute logique, puisque cette
AU
dernière avait hérité des cadres et des
infrastructures de la direction politicomilitaire soviétique. Cette direction du
personnel était jusqu’ici chargée du
« soutien psychologico-moral » des mi-
“
C’est un retour
au soviétisme qui suscite
beaucoup de questions
”
ALEXANDRE GOLTS, JOURNALISTE MILITAIRE
litaires, de la formation patriotique, du
« travail culturel et récréatif » et du
« respect des droits des soldats
croyants ». La nouvelle direction pourrait superviser « la jeune armée », créée
en 2016 par le ministère de la Défense
pour « l’éducation militaro-patriotique
des jeunes » de 8 à 18 ans. L’organisation compterait 230 000 mineurs, selon
le ministère. La communication du ministère, connue pour avoir diffusé de
nombreuses fausses nouvelles (sur le
vol MH17 abattu dans le Donbass, sur
des bombardements dont les images
venaient de jeux vidéo), pourrait aussi
être confiée à la nouvelle direction.
Si ses prérogatives sont encore
floues, l’identité de l’homme qui va la
diriger est très nette. Le colonel-général Andreï Kartapolov (54 ans) commande depuis 2016 les troupes russes
combattant en Syrie, après avoir dirigé
pendant deux ans la direction opérationnelle, le poste le plus important de
l’état-major russe. Bombardé depuis
lundi au rang de vice-ministre, Kartapolov n’est pas connu pour avoir occu-
pé des fonctions à caractère politique
jusqu’ici.
« C’est un retour au soviétisme qui suscite beaucoup de questions, note le journaliste militaire Alexandre Golts. Nous
n’avons aujourd’hui aucune définition
dans la loi de ce qu’est l’idéologie d’État.
Nous ignorons complètement de quoi va
être chargée cette direction. C’est la première fois, à ma connaissance, qu’un
homme est nommé à un poste de cette importance sans que ses tâches soient définies. Soit c’est secret, soit c’est le signe
que des batailles d’appareil se déroulent. » Aujourd’hui général sans troupes,
Andreï Kartapalov peut potentiellement
émerger comme un poids lourd du régime, s’il parvient à récupérer les attributions possédées par la direction politicomilitaire de l’époque soviétique. ■
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LE FIGARO
SOCIÉTÉ
mercredi 1er août 2018
7
La limitation de vitesse
à 80 km/h divise encore
La mise en place de cette mesure avait provoqué la fureur
des automobilistes. Un mois plus tard, ceux-ci ne décolèrent pas.
SÉCURITÉ ROUTIÈRE Déjà un mois que
la vitesse des véhicules est limitée à
80 km/heure sur l’ensemble des routes
secondaires à double sens sans séparateur médian (muret ou glissière),
contre 90 km/heure auparavant. Cela
représente 40 % du réseau routier français total, mais la proportion peut être
bien plus grande dans les zones rurales.
Dès l’annonce de sa création, le
9 janvier dernier, cette mesure a déclenché l’ire des associations d’automobilistes et de motards, rejoints par
des élus principalement de départements ruraux. Ces derniers pointaient
du doigt une mesure qui allait encore
renforcer les difficultés de transports
dans des territoires périphériques déjà
désavantagés. Et ce, alors que, selon
l’Observatoire national interministériel
de la sécurité routière, les études réalisées en amont, sur des tronçons routiers tests, n’avaient pas démontré de
manière significative l’efficacité en termes de sécurité routière.
Un mois après le lancement de l’expérimentation, le 1er juillet, ses opposants ne décolèrent pas, à l’image de
Vincent Descœur, député de la première circonscription du Cantal, département rural d’Auvergne-Rhône-Alpes :
« Ce que je redoutais s’est avéré, explique-t-il. Le trafic est moins fluide
qu’avant, les personnes sont contrariées
dans leurs déplacements quotidiens. En
pratique, cela donne des files de dix à
douze véhicules intercalés entre deux camions, que les automobilistes ne parviennent plus à dépasser. »
Inégalité de traitement
L’élu local déplore des vitesses moyennes en chute libre : « Par peur d’être
flashés, les conducteurs ont tendance à
réduire excessivement leur vitesse et vont
rouler plutôt à 70 km/h, de peur d’être
verbalisés. Ils sont mécontents, se demandent combien de temps cela va durer, surtout ceux qui effectuent des déplacements professionnels quotidiens, les
chefs d’entreprise, par exemple. Ils perdent beaucoup de temps à cause de cette
mesure ! »
Vincent Descœur rapporte aussi le
cas d’administrés verbalisés à 81 ou
82 km/h, alors que les radars français
ont flashé deux fois plus de véhicules en
juillet 2018 qu’en juillet 2017 : « Ce qui
était un comportement responsable il y a
encore un mois est devenu une infraction », fustige-t-il. Il y voit une nouvelle preuve de l’inégalité de traitement
entre les métropoles et la périphérie :
« On ressent un vrai sentiment d’injustice
et d’incompréhension. Aurillac, pourtant
chef-lieu du département, était déjà à
une heure de l’autoroute. Maintenant, il
faut faire encore dix minutes de plus pour
la rejoindre », s’agace le député.
Si elle ne nie pas la corrélation entre
vitesse excessive et accidentologie,
Céline Kastner doute aussi de l’efficacité de la mesure expérimentale. Cette
responsable de l’Automobile Club Association aurait préféré la mise en place
d’une mesure plus personnalisée, avec
des vitesses maximales autorisées différentes selon les routes, leur largeur et
leur état. « Cela aurait été plus complexe
à mettre en œuvre mais aurait de plus
permis d’associer davantage les collectivités territoriales », juge-t-elle.
Elle met également l’accent sur la nécessité de ne pas être dans le tout-répressif, mais d’insister sur la mesure de
l’alcoolémie des conducteurs, ainsi que
sur leur formation continue, trop peu
développée, selon elle.
Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la sécurité routière, refuse
pour sa part d’opposer formation
continue et réduction de la vitesse
maximale : « Nous développons la première, mais la seconde est potentiellement très efficace et plus simple à mettre
en œuvre, nous n’allons pas nous en priver », explique-t-il. Quant aux récriminations des usagers, « il faut se méfier
des appréciations subjectives, estime-
JULIO PELAEZ/PHOTOPQR/LE RÉPUBLICAIN LORRAIN
CAROLINE COUPAT £@carolinecoupat
Panneau installé sur la D 653 entre Hettange-Grande et Roussy-le-Village, en Moselle.
t-il. Il y a un effet de début de mesure,
avec des gens qui roulent très en deçà de
80 km/h de peur d’être verbalisés,
d’autres qui n’ont pas encore bien intégré
la nouvelle norme et sont flashés… Laissons du temps au temps. Nous analyserons les chiffres dans deux ans, à l’issue
de l’expérimentation, et verrons à ce mo-
ment-là si elle mérite d’être pérennisée,
ce qui sera, je pense le cas ». En attendant, les députés opposés à l’expérimentation ne comptent pas en rester là :
si le Conseil d’État a rejeté leur demande de suspension en urgence du décret,
un autre recours, pour excès de pouvoir
cette fois, sera examiné cet automne. ■
Migrants en Méditerranée : l’«Aquarius » reprend la mer
Le bateau, qui avait longuement erré en juin en quête d’un port d’accueil, repart de Marseille pour tenter de sauver des naufragés.
HUMANITAIRE Son départ est prévu
pour 17 heures, ce mercredi. Après plus
d’un mois d’escale technique à Marseille, l’Aquarius, le bateau affrété par
l’association SOS Méditerranée pour
récupérer des migrants, doit repartir en
mer pour effectuer de nouvelles missions de sauvetage. Amarré depuis fin
juin dans le port de Marseille, le navire
de plus de 77 mètres de long était resté
dans la Cité phocéenne « le temps des
négociations avec les autorités et de réfléchir à une marge de manœuvre entre
les différentes organisations qui tra-
vaillent ensemble », explique au Figaro
un représentant de Médecins sans frontières, association qui assure les soins
des rescapés à bord de l’Aquarius. « Il
n’était déjà pas prévu de faire escale à
Marseille, encore moins de rester à quai
aussi longtemps. » Mais à contexte
olitique exceptionnel, solution exceptionnelle.
Une longue odyssée forcée
Après que l’Italie eut fermé ses portes à
l’accueil des naufragés début juin,
l’Aquarius avait entamé une longue
odyssée forcée vers le port de Valence,
en Espagne, pour le débarquement de
630 naufragés le 17 juin. Elle s’était pro-
européen qui s’est tenu les 28 et 29 juin
et qui était consacré à la question des
migrations en Méditerranée centrale.
Sur ce point, l’association Médecins
sans frontières regrette que les « dirigeants de l’UE aient durci leurs positions
sur les opérations de recherche et de sauvetage et poursuivi des politiques de retour en Libye ».
La zone d’intervention de l’Aquarius
reste pour l’heure encore floue. D’après
Médecins sans frontières, le bateau doit
naviguer vers les eaux internationales
de Méditerranée centrale, probablement au large des côtes libyennes.
« Notre temps en mer dépend toujours
des sauvetages et de l’endroit où nous
longée par le refus de Malte d’accueillir
le bateau pour une escale technique régulière. C’est le port de Marseille qui
avait, par défaut, été choisi comme ultime recours.
Mercredi, l’équipage regagne donc
un espace humanitaire sous tension. En
effet, la zone de sauvetage qui était sous
la coordination des autorités maritimes
italiennes est passée le 30 juin dernier
sous autorité libyenne. Or « la Libye ne
dispose d’aucun port sûr où les droits humains des rescapés, notamment leurs
besoins médicaux spécifiques, puissent
être assurés », déplorait dans un communiqué SOS Méditerranée le 11 juillet.
Cette décision fait suite au sommet
Aide aux réfugiés : des bénévoles capitulent
Une association qui distribuait des petits déjeuners à Paris abandonne, afin d’alerter les pouvoirs publics
sur la dégradation des conditions à la porte de la Chapelle.
INSÉCURITÉ Face à une situation insoutenable, les bénévoles de la porte de la
Chapelle ont capitulé. Ce mercredi, ils
mettront un terme à leur distribution
matinale de petits déjeuners aux centaines de migrants qui s’entassent dans des
conditions déplorables à proximité du
périphérique dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Depuis plus d’un an et
demi, avec le collectif Solidarité migrants
Wilson, ils se relayaient mais face à la dégradation des conditions de la distribution et à l’immensité des besoins des migrants, qui vont bien au-delà de la simple
distribution de nourriture, ils jettent
l’éponge. En catastrophe, la Mairie de
Paris a convaincu l’association Aurore de
reprendre leur activité.
La mine fatiguée, ils sont déjà en file indienne contre les grillages, à l’extérieur.
Ils font face à un second groupe, plus agité : des toxicomanes qui campent sur « la
colline du crack », à quelques mètres de
là. Évacué en juin, le squat s’est depuis
reformé. « La cohabitation forcée entre les
toxicomanes et les migrants, voilà le problème », témoigne une mère de famille
venue donner un coup de main pour la
dernière distribution. « Des populations
fragiles », confirme Clarisse Bouthier, à
la tête de Solidarité migrants Wilson, et
auxquelles l’État ne propose que « des
mesures cosmétiques », déplore-t-elle. Il
y a un an, un plan d’urgence établi par
Matignon prévoyait la création de 5 000
places d’hébergement pour 2018. « Insuffisant », regrette la bénévole.
Si la solidarité des Parisiens est au ren-
MATTHIEU ROSIER/PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP
ESTHER PAOLINI £@paoliniesther
« Une situation explosive »
Mardi matin, c’était la dernière distribution. Quartiers d’oranges, thermos de
café, bacs remplis de madeleines. « Pour
eux, c’est souvent le seul repas de la journée », précise Karima Amir, qui participe
à des maraudes depuis novembre 2016.
Sept cents personnes étaient attendues de
10 heures à midi. La plupart sont des migrants venus du Soudan ou d’Érythrée.
Plusieurs personnes font la queue, jeudi porte de la Chapelle, pour un repas.
dez-vous, le collectif ne cesse donc de
déplorer l’inaction de la municipalité.
« Nous nous sommes battues pour qu’Anne
Hidalgo rouvre les points d’eau qu’elle
avait coupés. Les bains douches viennent à
leur tour d’être fermés par la Mairie… » Le
collectif Solidarité migrants Wilson interrompt donc ses activités pour le mois
d’août, afin de faire prendre conscience
que la Mairie a créé, selon lui, « une situation explosive », dont la Ville de Paris ne
s’estime pas responsable. Mardi, elle a indiqué avoir de nouveau interpellé l’État
sur la « nécessité de mettre à l’abri les
réfugiés. »
En attendant, face à la défection de l’association, la Ville a bien été contrainte de
réagir. D’après des informations du Figaro, l’association Aurore a été approchée
par la municipalité pour reprendre la distribution. Dès mercredi, dix salariés seront mobilisés, avec un gardien à l’entrée
du local où sont distribués les repas. Des
effectifs qui apparaissent bien maigres
face à un nouvel afflux attendu pour ce
mois. « En août 2017, nous avons distribué
1 200 petits déjeuners par jour. La situation
risque d’être la même cette année », avance Karima Amir. La Mairie se voit
contrainte de se débrouiller sans les habitants du quartier. Mais les migrants
auront, ce mercredi, leur petit déjeuner. ■
débarquons, mais la rotation prévue est
de quatre semaines maximum », a indiqué un coordinateur de MSF. À bord seront présents neuf membres d’équipage
MSF, dont des médecins, des infirmières et deux médiateurs culturels,
ainsi que treize membres d’équipage
rattachés à SOS Méditerranée, complétés par une équipe d’expédition de
Jasmund Shipping, entreprise allemande qui possède l’Aquarius.
Leurs missions incluent des recherches et sauvetages, des débarquements
et des retours à la mer. Après quatre semaines en pleine mer, le navire devrait
regagner un port où il changera d’équipe et rechargera ses cales. ■
EN BREF
Des migrants manifestent
pour dénoncer
leurs conditions de vie
Quatre-vingts migrants,
accueillis au centre d’accueil
et d’orientation de Varennessur-Allier ont manifesté mardi
devant la gendarmerie de la
commune. Ils se sont plaints
notamment des « conditions
matérielles d’hébergement »
et de la diminution de la part
de la viande dans leurs repas.
Yvelines : mis en examen
pour viols sur mineurs,
un homme placé
en détention
Mardi, un habitant de
Gargenville âgé de 26 ans,
soupçonné d’agressions sexuelles
et de viols sur mineurs,
a finalement été placé en
détention provisoire. Interpellé
le 18 juillet, il avait reconnu
les faits mais avait été remis en
liberté sous contrôle judiciaire.
Aisne : des supporteurs
verbalisés pour avoir trop
klaxonné après la victoire
des Bleus
À Tergnier, les policiers ont
dressé onze verbalisations le soir
de la victoire des Bleus en Coupe
du monde, huit pour « usage
intempestif du klaxon » et trois
pour « usage abusif du régime
moteur ».
A
CLOTILDE COSTIL £@ClotildeCostil
mercredi 1er août 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Ils avaient percé le toit de leur cellule et
s’étaient évadés lundi matin. Leur évasion
souligne le mauvais état de l’établissement.
ALICE BROGAT £@AliceBrogat
SÉCURITÉ Leur cavale a mis en lumière
les failles dans le dispositif sécuritaire de
la maison d’arrêt de Colmar. Les deux
détenus évadés dans la nuit de dimanche
à lundi ont été arrêtés mardi, à Roubaix
(Nord). Mais à l’ère des caméras de surveillance et des détecteurs de présence,
il leur aura suffi d’un simple trou dans le
plafond des toilettes de leur cellule et
d’une corde faite de draps noués pour
s’échapper par les toits. Cette fugue, qui
surprend par la facilité de son exécution,
s’est ajoutée à la liste des évasions de la
prison alsacienne.
En 2006 puis en 2013, des détenus
s’étaient déjà échappés par les plafonds
de cellules de la maison d’arrêt. « Il faut
que l’établissement prenne ses responsabilités, les travaux suivant ces deux premières évasions n’ont été faits que partiellement », déplore Christian Gallois,
délégué régional du syndicat SNF-PO
Alsace. Du côté du ministère de la Justice, des contraintes techniques sont mises en avant. « La structure bâtimentaire
ne pouvant supporter que l’on coule une
dalle de béton, des plaques de métal d’un
demi-centimètre ont été installées. Cet
aménagement ne pouvait être installé sur
les gaines techniques, dont une passe dans
la cellule des deux détenus évadés », ex-
THIERRY GACHON/PHOTOPQR/L’ALSACE/MAXPPP
Les évadés de
la prison vétuste
de Colmar
ont été arrêtés
En 2006 puis en 2013, des détenus s’étaient déjà échappés par les plafonds de cellules de la maison d’arrêt de Colmar.
plique Youssef Badr, porte-parole de la
Chancellerie. Une gaine qui a permis aux
deux fugitifs originaires de pays de l’Est
d’accéder au toit par les combles, malgré
la présence d’un détecteur de personne
dont l’alarme ne s’est mystérieusement
pas déclenchée.
plâtre et de ciment dans les cours de promenade, destinés à reboucher le plafond »,
ajoute Christian Gallois.
« Vu l’état des murs, le trou a pu être fait
en une seule journée », pense quant à lui
Romuald Sebillotte, surveillant à Colmar
depuis 2003. Il évoque des murs qui s’effritent, des planchers en mauvais état et
des problèmes de plomberie récurrents
dans la prison. « On a de grosses fuites
d’eau. Un faux plafond s’est même complètement effondré il y a quelques mois, au
niveau de l’infirmerie, et un autre au niveau de la cour de promenade », dénonce
le surveillant. Une cellule de quatre places est aussi fermée depuis deux mois à
cause d’une tuyauterie « pourrie ».
Absence de suivi des travaux
Pour masquer leur ouvrage aux yeux des
surveillants, les détenus ont peut-être
utilisé du plâtre, en provenance de l’extérieur. La projection d’objets dans la
cour de la prison, située en plein centreville et dépourvue de glacis de protection
et de mirador, est difficile à surveiller.
« Les agents ont déjà retrouvé des sacs de
Reconnaissant la « vétusté » de la prison, la Chancellerie a prévu sa fermeture
à court terme au profit d’un établissement neuf, à Lutterbach, qui doit ouvrir
courant 2020. Les travaux sont en effet
difficiles dans le bâtiment de Colmar, un
ancien couvent construit en 1316 et classé au patrimoine historique. Mais, depuis cette annonce, les syndicats dénoncent l’absence de suivi des travaux.
« L’administration laisse Colmar tomber
à l’abandon. Et il manque six surveillants
supplémentaires », déplore Christian
Gallois. La prison compte 34 agents pour
des cellules surpeuplées : lundi, 170 détenus ont été recensés pour seulement
119 places. ■
Guillaume Jeanson : « Mieux tenir compte de la dangerosité des détenus »
Guillaume Jeanson est avocat au barreau
de Paris et porte-parole de l’Institut pour
la justice.
LE FIGARO. - Un rapport de l’inspection
administrative révèle qu’il y a eu des
failles de sécurité permettant l’évasion
de Redoine Faïd. Par ailleurs, deux
hommes se sont évadés lundi de la maison
d’arrêt de Colmar par les toits.
Que révèlent, selon vous, ces évasions
de l’état des prisons en France ?
Guillaume JEANSON. - Ces deux évasions
sont très différentes. La première révèle,
tout comme celle de Ferrara en 2003, le
professionnalisme d’une certaine criminalité organisée. La moindre faille est exploitée pour monter des opérations quasi
militaires d’exfiltration. Face à elle, les
pouvoirs publics n’ont d’autres choix que
d’entreprendre fréquemment de rigoureux audits de sécurité de leur organisation pour traquer la moindre faiblesse
dans leurs dispositifs. Moins exceptionnelle dans sa conception, l’évasion de
Colmar n’en est pas moins inquiétante.
Elle montre en effet à quoi conduit la vétusté ordinaire que génère le manque de
moyens. Ces dix derniers jours, deux
autres tentatives ont été déjouées : l’une à
Fleury, l’autre à Villepinte. N’oublions
pas non plus qu’un tiers de ces évasions
moins spectaculaires sont commises par
des détenus en semi-liberté qui ne regagnent pas leurs cellules.
Le renseignement pénitentiaire
est-il défaillant ? Comment l’améliorer ?
Ce rapport souligne « l’insuffisance de
(son) analyse […] à l’égard des détenus présentant un risque élevé d’évasion ». Nicole
Belloubet a, quant à elle, déploré qu’il se
soit concentré sur le terrorisme au détriment de la prévention des évasions de la
grande criminalité. Avec 500 détenus
condamnés pour terrorisme et 1 200 de
droit commun radicalisés, une telle observation laisse songeur. Alors que l’État devrait grossir au plus vite ses effectifs et les
Redoine Faïd :
un mois de cavale
Présence du fugitif confirmée
par des analyses ADN
Dans les heures qui suivent l’évasion,
quelque 2 900 policiers et gendarmes sont
mobilisés partout dans l’Hexagone.
L’Alouette II et son pilote sont retrouvés à
Gonesse, à une soixantaine de kilomètres
au nord de la prison. Redoine Faïd et ses
complices sont accueillis sur place par un
quatrième individu au volant d’une Mégane noire. L’équipe changera plusieurs
fois de véhicule. La Mégane est retrouvée
sur le parking d’un centre commercial à
Aulnay-sous-Bois. Le lendemain, dans
l’Oise, les enquêteurs mettent la main sur
une Kangoo. Dans une forêt du même département, à Verneuil-en-Halatte, est
retrouvé un sac contenant des armes, des
cagoules et une meuleuse.
Le criminel semble privilégier une région qu’il connaît bien pour y avoir
grandi. D’ailleurs, sa cavale a bien man-
“
La moindre
faille est exploitée
pour monter
des opérations
quasi militaires
d’exfiltration
”
GUILLAUME JEANSON, AVOCAT AU BARREAU DE PARIS
conséquences de la généralisation du téléphone fixe, qui ouvrira une béance dans
les filets du renseignement. Alors qu’il est
déjà impossible de surveiller l’ensemble
des appels passés les seules heures ouvrées
depuis les quelques « points phone »,
comment les services pourront-ils sur-
ge total dans les établissements » ciblant
en priorité les prisons pour « détenus les
plus dangereux ».
Faut-il accueillir les détenus sensibles
dans des établissements sécurisés ?
Il faut davantage diversifier le parc carcéral. Mieux tenir compte de la dangerosité
des détenus pour les orienter soit vers des
structures dotées d’une sécurité renforcée, soit vers des structures plus légères,
où l’ordre repose sur la responsabilisation. Le retard accumulé ces trois dernières décennies a conduit à un nouveau
record au 1er juillet, avec 70 710 détenus
pour 59 703 places opérationnelles. Les
maisons d’arrêt sont les premières touchées. La volonté de la ministre d’introduire plus de souplesse quant au lieu de
prise en charge de certains prévenus
« sensibles » ne doit pas conduire à éluder
le principal problème. Car la situation ne
cesse de se dégrader : ces derniers jours,
des surveillants ont été agressés à Argentan, Laon, Rennes, Fleury, Villeneuvelès-Maguelone, Toulon et Sequedin. ■
Les multiples traces laissées par Redoine Faïd depuis le début de sa cavale
4
2 juillet 2018
Fay-Saint-Quentin
Les enquêteurs découvrent une
Renault Kangoo blanche brûlée,
deuxième voiture utilisée par les
malfaiteurs.
BEAUVAIS
10 juillet 2018
COMPIEGNE
Verneuil-en-Halatte
Un sac contenant des armes, des
cagoules et une disqueuse est retrouvé
par un chasseur. Les enquêteurs
pensent qu’il appartient au commando,
qui avait prévu, selon eux, de réutiliser le
contenu de ce sac pour commettre un
éventuel braquage.
OISE
5
E
24 juillet 2018
Sarcelles
Oise
Une Renault Laguna est repérée sur
le parking d’un centre commercial
de cette ville du Val-d’Oise, à l’issue
d’une course-poursuite avec deux
suspects. Les analyses ADN
permettent d’identifier Redoine Faïd
et l’un de ses frères.
1er juillet 2018
VAL D’OISE
6 2
Aulnay-sous-Bois
Une Renault Mégane noire, première
voiture avec laquelle le commando s’est
enfui, est retrouvée dans le parking d'un
centre commercial.
Sarcelles
3
PARIS SEINE-
ST-DENIS
G r a nd M
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SEINE-ET-MARNE
Au
1er juillet 2018
Gonesse
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1er juillet 2018
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C’ÉTAIT il y a un mois, jour pour jour.
Depuis sa spectaculaire évasion de la
prison de Réau, le 1er juillet, une centaine de policiers spécialisés de la PJ le suivent à la trace. Le 24 juillet, à Sarcelles, il
s’est d’ailleurs fallu de peu qu’ils ne l’attrapent mais, mardi, Redoine Faïd était
toujours en cavale.
Les enquêteurs le connaissent pourtant bien. Ils savent à qui ils ont affaire.
Le braqueur multirécidiviste est considéré comme un individu dangereux et
fait désormais figure de nouveau « roi de
l’évasion ». En 2013, il était déjà parvenu
à s’échapper de la prison de Sequedin.
Sa cavale avait duré six semaines. Au
Réau, Redoine Faïd purgeait entre
autres une peine de vingt-cinq ans de
détention pour un braquage avorté qui a
coûté la vie à une policière municipale,
Aurélie Fouquet.
Le 1er juillet, l’individu se fait à nouveau la belle de cette prison pourtant
présentée comme un modèle. Mais il a
trouvé la faille. Son évasion obéit à un
plan minutieusement orchestré. Deux
complices ont préalablement réservé un
vol en hélicoptère depuis l’aérodrome
de Lognes, en Seine-et-Marne. Ils prennent leur pilote en otage. Après avoir récupéré un troisième homme en chemin,
l’appareil se pose dans la cour d’hon-
neur de la maison d’arrêt, la seule à ne
pas être protégée par un filin de sécurité.
Deux hommes, fusils d’assaut au poing,
sautent de l’appareil et empruntent un
itinéraire habituellement réservé aux
surveillants. Ils scient à la meuleuse plusieurs portes, lâchant des fumigènes
pour aveugler les gardiens. Redoine Faïd
les attend au parloir, où il avait initialement rendez-vous avec un de ses frères.
En tout, l’opération a pris dix minutes.
Une véritable traque commence.
La ministre a annoncé la mise en place
progressive de brouilleurs en prison.
Comment se fait-il qu’une telle mesure
ne soit toujours pas effective ?
Autorisés depuis les années 2000, près de
800 brouilleurs sont installés en prison.
Mais 10 % seulement fonctionneraient
efficacement alors que plus de 50 000 téléphones portables seraient en circulation. Le problème n’est pas leur existence. C’est leur obsolescence : ils peinent
dramatiquement à suivre les évolutions
technologiques de la téléphonie. La Place
Vendôme a pourtant fait nombre de déclarations ambitieuses, ces dernières années : Jean-Jacques Urvoas avait prévu
une généralisation des brouilleurs de
haute technologie. François Bayrou s’y
était lui aussi montré favorable. C’est
donc avec circonspection qu’est reçue
ces jours-ci l’annonce d’un investissement sur six ans pour un montant de
14 millions afin de favoriser « un brouilla-
S e in e
A
ROLAND GAURON £@RolandGauron
veiller efficacement plus de 50 000 nouvelles lignes de téléphone 24 h/24 ?
doter d’outils performants, on assiste à
une « réorientation » inquiétante d’une
partie des recrues prévues d’ici à 2020
pour la lutte contre le terrorisme vers la
lutte contre les évasions de la criminalité
organisée. Ces annonces s’expliquent
d’autant moins qu’il va falloir gérer les
Prison de Réau
V es gr e
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L'hélicoptère, qu’on a voulu incendier,
est retrouvé à une soixantaine de
kilomètres de la prison.
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EUGÉNIE BASTIÉ £@EugenieBastie
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PROPOS RECUEILLIS PAR
Evry
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Arrivé par hélicoptère, un commando
composé de trois hommes récupère
Redoine Faïd.
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Melun
Infographie
qué se terminer la semaine dernière,
dans le Val-d’Oise voisin. Le 24, peu
après 16 h 30, il est pris en chasse par des
gendarmes alors qu’il circule à bord
d’un véhicule suspect près d’une station-service à Piscop. Les forces de l’ordre perdront finalement sa trace dans
un centre commercial de Sarcelles. Il
s’en est fallu de quelques secondes. À
l’intérieur du véhicule sont retrouvés
six pains de plastic et un jeu de fausses
plaques d’immatriculation. La présence
du fugitif sera confirmée par des analyses ADN. Selon les enquêteurs, son frère
Rachid se trouvait à ses côtés. Lundi, la
garde des Sceaux présentait un rapport
commandé après l’évasion de Faïd. Elle
annonçait une restructuration des services de l’administration pénitentiaire.
Le même jour, deux détenus s’évadaient
de leur prison, à Colmar. ■
LE FIGARO
mercredi 1er août 2018
SOCIÉTÉ
9
LUDOVIC MAILLARD/PHOTOPQR/VOIX DU NORD
À Roubaix,
les maisons
à 1 euro bientôt
attribuées
La ville du Nord vend des maisons vides
pour une valeur symbolique. Aux
nouveaux propriétaires de les réhabiliter.
LILLE
HABITAT Aujourd’hui, ce sont des maisons vides, parfois murées et très dégradées. Demain, des particuliers y éliront domicile après avoir acheté leur
bien 1 euro et réalisé les indispensables
travaux. Quatre mois après son lancement, fin mars, l’expérimentation roubaisienne devient plus concrète : sur les
824 dossiers retirés pour acquérir un
logement à un prix symbolique,
74 candidatures ont été déposées.
Après évaluation, une trentaine d’ac-
quéreurs potentiels ont visité les maisons. « Les gens se sont bien projetés, ils
étaient enthousiastes », indique-t-on à
la Ville de Roubaix. Mais le taux de retour des dossiers peut paraître un peu
faible. « Nous pensions que nous allions
devoir gérer plus de dossiers ; il y en a
moins mais ils sont plus solides, explique
Vincent Bougamont, directeur général
de La Fabrique des quartiers, maître
d’ouvrage de l’opération. Nous avons
mis un tamis beaucoup plus fin en amont
que Liverpool, où l’expérience a déjà été
menée. Nous avons donc moins de réponses, mais elles sont plus qualitatives. » Guillaume Delbar, le maire de
L’aéroport de Roissy
propose de restituer
les objets confisqués
À Paris-Charles-de-Gaulle, un service
permet aux voyageurs de récupérer leurs objets
personnels confisqués pour des raisons de sécurité.
CLOTILDE COSTIL £@ClotildeCostil
VOYAGE Un simple coffret de produits
de beauté a bien failli gâcher leur fin de
séjour. De retour de vacances en France, ce couple de retraités italiens s’est vu
confisquer en juin dernier leurs flacons
de plus de 100 ml au portique de sécurité
de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle.
« Ils se faisaient une joie de rapporter un
cadeau à leurs enfants. Peu habitués des
voyages, il a fallu leur expliquer que, pour
des raisons de sécurité, ces objets sont refusés à bord », rapporte Cécile, un agent
de sûreté aéroportuaire. Passé la déception, la jeune femme s’est empressée de
leur annoncer que ce coffret pourrait
être récupéré grâce à Tripperty, un service qui offre désormais la possibilité
aux 100 000 voyageurs transitant chaque jour au sein des terminaux 2E (halls
L et M) et 2F de Paris-Charles-de-Gaulle de demander la garde ou la réexpédition de ces objets confisqués. « Tout ça
en italien ! », plaisante-t-elle.
Comme ces vacanciers, 13 % des passagers de l’aéroport parisien se voient
retirer une ou plusieurs de leurs possessions avant de prendre l’avion. Ainsi,
pas moins de 14 tonnes d’articles ont
été saisies sur l’année 2017. Tous ont été
automatiquement détruits, n’offrant
aucun recours aux voyageurs.
Depuis janvier, une alternative à ce
gaspillage est désormais possible grâce au travail conjoint des groupes Aéroport de Paris et La Poste. Yves Kerboriou, cofondateur de Tripperty, a eu
l’idée de ce projet avec une de ses collègues, à l’occasion d’un voyage en
avion : « Nous nous sommes rendu
compte que cette situation de frustration pour le passager arrivait régulièrement. » Huit mois après le début de
l’expérience, les retours sont déjà positifs. « Certains clients nous envoient
des messages via le site ou l’application
Tripperty et nous remercient de leur
avoir permis de recouvrer un objet à
valeur sentimentale ou pécuniaire, le
couteau du grand-père par exemple ou
un flacon de parfum de grande marque. » « Tout le monde y trouve son
compte », renchérit Sébastien Couturier, responsable du Pôle innovation
d’Aéroports de Paris.
Du point de vue environnemental
comme économique, Tripperty remplit
ses fonctions en réduisant gaspillage et
frais obligatoires de destruction. Enfin,
le défi principal semble aussi relevé :
faire coïncider la problématique sécuritaire et le confort du client. « Ce désagrément était l’un des premiers éléments
cités dans les enquêtes de qualité effectuées auprès des passagers. Il était donc
nécessaire de trouver une solution simple
pour contourner ce point de friction »,
développe Sébastien Couturier. Parmi
les 1 500 trésors amassés depuis janvier,
des milliers de couteaux ou autres objets
contondants, beaucoup de produits de
beauté, des parfums mais aussi quelques
trouvailles pour le moins déroutantes.
Les acquéreurs de maisons à 1 euro devront réaliser des travaux conformes au cahier des charges décidé par la Mairie de Roubaix.
Roubaix, redoutait en effet de « créer
des centaines de frustrations ».
Reste désormais à attribuer les maisons, fin septembre, puis signer les papiers et lancer les chantiers. Car le prix
dérisoire s’accompagne d’une contrepartie : les acheteurs devront réaliser
des travaux conformes au cahier des
charges décidé par la Mairie de Roubaix.
Si l’expérience est inédite en France,
elle s’inspire donc d’un dispositif déjà
connu à Liverpool avec ses « maisons à
1 livre », même s’« il ne s’agit pas simplement de copier un modèle », précise
Guillaume Delbar. « À Liverpool, il fallait
repeupler des quartiers vidés de leurs habitants », rappelle Vincent Bougamont.
À Roubaix, les maisons vacantes ne se
trouvent pas toutes dans les mêmes
quartiers.
Mais les deux villes ont des points
communs : d’abord touchées par la
baisse de leur population, une conséquence de la désindustrialisation, elles
sont désormais animées par l’envie de
reconquérir leur territoire. « Traiter le
logement vacant contribue à redonner
l’image d’une ville qui fait de ses difficultés des atouts », s’enthousiasme le maire. Pour la ville qui a vu naître en 1943 le
1 % logement, c’est même « un clin d’œil
à l’histoire », sourit-il. À travers ce projet ou les initiatives autour du zéro dé-
“
Les premiers heureux,
ce sont les voisins.
Cela va contribuer
à la revalorisation de leurs
propres maisons
”
GUILLAUME DELBAR, MAIRE DE ROUBAIX
chet, c’est donc la reconversion de Roubaix qu’il souhaite en mouvement.
Les habitants qui sont venus retirer
un dossier l’ont bien compris, mais il
faudra encore du temps, sans doute :
54 % des dossiers déposés viennent de
Roubaisiens, 92 % d’habitants de la métropole lilloise. Roubaix l’attractive devra patienter encore un peu. « Les gens
qui ont la capacité à se projeter sont ceux
qui connaissent déjà la ville », reconnaît
le premier édile. Pour être retenus, les
candidats doivent être primo-accédants
et éligibles à l’accession sociale. De
nombreux foyers aux revenus modestes
pourront donc devenir propriétaires.
« Les premiers heureux, ce sont les voisins, se réjouit Guillaume Delbar. Cela va
contribuer à la revalorisation de leurs
propres maisons. »
Pour mener à bien cette expérimentation, il a fallu tout inventer. « Ça nous
plaît, nous construisons progressivement
un chemin, nous le faisons avec enthousiasme », poursuit le directeur de La Fabrique des quartiers. Si le succès est au
rendez-vous, « le dispositif pourrait être
duplicable », envisage pour sa part le
maire. À Roubaix ou ailleurs : d’autres
villes ont déjà exprimé leur intérêt face à
ce projet innovant. ■
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De drôles de découvertes
Dans sa caisse du jour, Cécile a fait de
drôles de découvertes, entre l’attirail
du bricoleur en vacances – une lame de
scie circulaire, une trousse à outils –,
des haltères, des menottes ou encore
une douille à chantilly. Certains objets
ont plus que d’autres le goût des vacances, telles ces boules de pétanque égarées dans une boîte. Parmi les passagers
concernés ce jour-là, certains choisiront de laisser leur objet interdit dans la
poubelle. D’autres préféreront le service Tripperty et se verront remettre une
étiquette sur laquelle est inscrit un numéro pour la récupération de l’objet.
Celui-ci emprunte alors un itinéraire
bien précis. Il est directement envoyé
en consigne bagage de l’aéroport, où il
est stocké pendant plusieurs jours
avant d’être récupéré par son propriétaire directement ou envoyé par voie
postale. Ce service présente plusieurs
tarifs, selon que l’expédition est faite en
France, en Europe ou à l’international.
« L’objectif est de déployer ce type de
solution d’ici la fin d’année sur tout l’aéroport », puisque aujourd’hui seuls les
terminaux 2E (halls L et M) et 2F de Paris-Charles-de-Gaulle sont concernés.
Il est aussi question d’étendre le service
à l’échelle européenne.
Et pour ceux qui verraient encore les
départs en avion comme sources de
stress, l’aéroport de Paris a aussi prévu
des séances de yoga en salle d’embarquement, un autre service destiné à
améliorer le confort du voyageur. ■
La guerre de Troie a-t-elle eu lieu ?
Alors que l’un des plus anciens fragments connus de
l’Odyssée vient d’être découvert sur une tablette à
Olympie, Le Figaro Histoire explore cet été l’œuvre
passionnante et généreuse d’Homère. Le poète aveugle
a-t-il existé ? La guerre de Troie a-t-elle eu lieu ? Faisant
la part du mythe et de l’histoire, les meilleurs spécialistes
se penchent sur l’histoire du monde mycénien, des
siècles obscurs et de la cité grecque émergente, et
partent sur les traces de Schliemann, le découvreur de
Troie. Un portfolio du masque d’or d’Agamemnon et du
trésor de Priam, un dictionnaire des héros de l’Iliade et
un décryptage de la série Troie complètent ce numéro
exceptionnel.
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Au cœur de l’actualité, Le Figaro Histoire revient sur
l’histoire cachée du printemps de Prague en montrant
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Le Figaro Histoire,
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A
MARIE TRANCHANT£@MarieTranchant
mercredi 1er août 2018 LE FIGARO
10
SCIENCES
1er août 2018 : le jour où une seule planète
ne suffit plus à l’humanité pour vivre
Depuis le début des années 1970, la population mondiale grignote les ressources naturelles de la Terre
plus vite qu’elles ne sont régénérées tous les ans.
MARC CHERKI mcherki@lefigaro.fr
ENVIRONNEMENT « Nous vivons à crédit », tel pourrait être un autre slogan du
Global Footprint Network, un club de
réflexion sur l’écologie qui publie chaque année le « jour du dépassement ».
Cette association cherche à marquer les
esprits en annonçant qu’en 2018, la date
du dépassement ou overshoot day a été
atteinte le 1er août, contre le 2 août en
2017. Chaque année, depuis le début de
la décennie 1970, le jour du dépassement
est de plus en plus précoce.
Auparavant, la Terre était capable de
répondre aux besoins de l’humanité : les
écosystèmes arrivaient à absorber les
émissions de dioxyde de carbone produites pour les besoins de l’homme, les
terres agricoles étaient suffisantes pour
répondre à la demande planétaire en
nourriture – ce qui n’empêchait pas la
survenue de famines –, les cultures de
coton et la production d’autres textiles
étaient suffisantes pour être régénérées
en une année. Bref, la planète était à
l’équilibre.
Mais la croissance de la population
mondiale, la hausse de la production
d’énergie, le développement des villes,
l’explosion de l’usage des transports
gourmands en hydrocarbures, l’industrialisation des secteurs d’activité comme celui de l’agroalimentaire ont
contribué à créer un énorme déficit,
grandissant inexorablement. Pour indiquer où en est l’humanité, un mode de
calcul se fonde sur la notion d’« empreinte écologique ». Cette dernière
« mesure la quantité de surface productive requise pour fournir tout ce que
l’humanité utilise, y compris la nourritu-
re, fibres et bois, infrastructures urbaines
et absorption des émissions de dioxyde de
carbone liées à la consommation d’énergies fossiles », résume un communiqué
du think-tank.
Mathis Wackernagel, le créateur de
cette initiative du jour du dépassement,
se félicite de l’écho de ses analyses dans
les médias sociaux et la presse traditionnelle. Rompu à l’exercice de la communication, il prend la métaphore des
Pour faire reculer la date
du dépassement
de 30 jours, le think-tank
propose une limitation
des naissances
« chaînes de Ponzi », utilisées notamment par l’escroc Bernard Madoff, qui
payait les intérêts de ses créanciers en
levant de nouveaux emprunts (cette
technique frauduleuse s’écroule quand il
n’y a plus de nouveaux entrants dans la
chaîne), pour expliquer le comportement de l’humanité vis-à-vis de la Terre. Une attitude qui devrait conduire à
l’« éclatement de la bulle » !
Pour faire reculer la date du dépassement de 30 jours, le think-tank propose
une limitation des naissances. Si une famille sur deux avait un enfant de moins
en moyenne, il y aurait sur Terre
8,7 milliards de personnes en 2050 plutôt que les 9,7 milliards attendus par les
Nations unies ! Réduire par deux les
émissions de dioxyde de carbone permettrait de gagner 93 jours au milieu du
siècle. Autrement dit, l’humanité aurait
besoin de 1,2 Terre par an, nettement
moins que le bilan actuel de 1,7 planète.
Réduire par deux les déplacements
automobiles et accroître l’usage des
transports publics pour un tiers des déplacements individuels feraient reculer
la date de 12 jours. Diviser par deux la
consommation de viande permettrait
d’économiser 5 jours et diviser également par deux les déchets alimentaires
aurait un impact positif de 11 jours.
Les pistes sont nombreuses. Afin que
chacun estime sa propre « empreinte
écologique », l’association propose un
quiz sur Internet, disponible en français,
pour répondre à la question : « Quel est
votre jour personnel du dépassement ? »
Sous-entendu, si tout le monde vivait
comme vous, combien faudrait-il de
planètes. En partenariat avec des entreprises, des associations et des organisations non gouvernementales, le Global
Footprint Network s’associe à de curieuses initiatives. Elle fait notamment
la promotion du recrutement de volontaires pour distribuer des préservatifs
gratuits, proposés par le centre pour la
diversité biologique des espèces en danger, contenus dans une petite boîte où
est dessinée une espèce en danger, comme un ours polaire !
Enfin, plus classiquement, une conférence est prévue le 1er août 2018, avec la
participation de Christiana Figueres,
l’ancienne responsable du climat aux
Nations unies, et également de Nicolas
Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, pour indiquer comment
faire reculer le jour du dépassement. Si
le monde entier vivait comme les Français, l’humanité aurait commencé à
creuser son déficit écologique dès le
5 mai 2018. Ces propositions cadrent
avec les objectifs de développement durable des Nations unies. ■
L’homme a dorénavant besoin de 1,7 planète terre
pour subvenir à ses besoins
PROGRESSION DU JOUR DE DÉPASSEMENT MONDIAL ENTRE 1969 ET 2018
1er juil.
Depuis ce mercredi 1er août 2018,
nous avons consommé toutes les ressources naturelles
que la planète terre peut produire en une année
1er août
1er sept.
En 1970, l’humanité atteignait cette date
le 29 décembre et « consommait » donc
une planète par an
1er oct.
1er nov.
1er déc.
31 déc.
1970
1975
1980
1985
1990
Source : overshootday.org
1995
2000
2005
2010
2015
Infographie
L’expédition Under the Pole au chevet des coraux profonds
Un bateau scientifique va explorer les eaux polynésiennes à une profondeur de 30 à 150 m pour y étudier les organismes marins.
PROGRAMME DE RECHERCHE Quand
l’aventure rencontre la science, quand la
passion croise la connaissance, on se retrouve alors sur le Why, le bateau d’Under
the Pole, pour un troisième périple qui a
commencé mi-2017 et s’achèvera en juin
2020.
Pilotée par Ghislain et Emmanuelle
Bardout, tous deux plongeurs passionnés
par la découverte de cet immense territoire encore très largement méconnu
qu’est l’océan profond, cette troisième
expédition s’accompagne d’un solide volet scientifique concentré autour de ce
que l’on appelle la « twilight zone ». Dans
cette zone « crépusculaire », située audelà de 30 mètres sous la surface, vivent
pourtant de très nombreux organismes,
alors même qu’à 150 mètres, seul 1 % de la
lumière de la surface pénètre.
Aujourd’hui, le bateau se trouve en
Polynésie française pour préparer le plus
gros morceau de l’expédition, consacré
aux coraux profonds. « C’est un programme gagnant-gagnant », assure Lætitia
Hedouin, biologiste marine au Criobe
(Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement/EPHECNRS), qui coordonne sur ce projet le travail d’une dizaine de chercheurs français,
américains et australiens. « Il y a une limite de plongée pour les scientifiques en
France, l’expertise des plongeurs d’Under
the Pole nous offre la combinaison parfaite :
ils seront nos yeux et nos mains, et de notre
côté, nous ferons les analyses », explique la
jeune femme. Le programme est particulièrement ambitieux : « Il s’agit, sur les
seize îles qui composent les archipels, de
sélectionner trois sites à chaque fois et d’effectuer les plongées sur six profondeurs
étagées entre 6 mètres et 120 mètres, commente Ghislain Bardout, sachant que le
cœur de projet est au-delà des 40 mètres. »
A
Dresser un état des lieux
L’un des enjeux est bien sûr de dresser un
état des lieux des coraux polynésiens audelà de ceux qui sont étudiés en surface.
« Les deux tiers des récifs tropicaux pro-
fonds sont inexplorés, raconte la chercheuse, et en France, il n’y a jamais eu
aucune étude sur ces écosystèmes coralliens mésophotiques » (à partir de 30 à
40 mètres). Or, un peu partout dans le
monde, les coraux sont menacés par la
pollution et par le réchauffement climatique, qui se traduit par des épisodes de
blanchissement dont certains ne se relèvent pas. Qu’en est-il pour ceux qui se
trouvent en profondeur ? « À Hawaï, il y a
80 % de recouvrement corallien à 70 mètres, contre seulement 30 % en surface, assure Lætitia Hedouin. Donc si on ne va pas
voir, on ne sait pas ce qui se passe. » Comment expliquer également que des coraux
qui vivent en symbiose avec une algue, la
zooxanthelle, puissent survivre en profondeur alors qu’il n’y a pratiquement
plus de lumière ? Les scientifiques veulent
aussi savoir si les coraux de profondeur
sont les mêmes que ceux qui sont trouvés
en surface, ce qui permettrait alors de les
imaginer comme une sorte de réserve.
Une récente étude publiée dans la revue
Science par une équipe de l’Institut des
sciences de Californie (musée et institution scientifique) et menée sur des coraux
de l’Atlantique Ouest et du Pacifique tend
à montrer que les écosystèmes coralliens
Ghislain Bardout,
à la tête de
l’expédition
Under the Pole,
devrait plonger
dans cette cellule
de vie sousmarine
en Polynésie,
mi-2019.
Une grosse capsule posée au fond de l’eau pour observer
Pour les plongeurs, l’arrivée des
recycleurs est une petite révolution.
« Quand on reste une heure avec un
scaphandre conventionnel, on peut
passer cinq ou six heures sous l’eau
avec un recycleur », se réjouit Ghislain
Bardout. Il n’empêche, il faut bien
remonter à la surface à un moment ou
un autre. Pour l’aventurier à la tête des
expéditions Under the Pole, dont la
troisième est actuellement en Polynésie
française, il fallait trouver un moyen de
rester encore plus longtemps. « Ce que
nous souhaitions, c’était avoir les
moyens d’observer les espèces sousmarines en profondeur, un peu comme
un naturaliste qui reste dans la forêt
des jours durant », explique-t-il. C’est
aujourd’hui chose faite avec la mise
au point d’une capsule « de plongée à
saturation légère et facile à opérer sous
toutes les latitudes, destinée à réaliser
des immersions continues pouvant
atteindre plusieurs jours ». Testée avec
succès à Concarneau pour l’étanchéité
et le contrôle de l’oxygène, cette
capsule, qui est fermée de chaque côté
par des grands hublots en verre, devrait
rejoindre la goélette Why en Polynésie
française mi-2019. En permettant
à trois personnes de stationner
à 20 mètres de profondeur, cette
capsule permettra d’observer en toute
tranquillité et, espère Ghislain Bardout,
sans faire fuir la faune comme cela
se produit avec des scaphandriers . M. C.
QUENTIN MATEUS/ZEPPELIN NETWORK
MARIELLE COURT £@MarielleCourt
profonds sont globalement très différents
de ceux de surface. Ces constats sont, là
encore, à croiser avec les observations qui
seront faites en Polynésie française, où
« chaque archipel est complètement différent de son voisin », rappelle Lætitia
Hedouin qui espère que leurs travaux
inciteront au développement d’aires
marines protégées.
Toujours dans le cadre de la même expédition scientifique, Éric Clua, également biologiste au Criobe, effectuera de
son côté des recherches sur le comportement des superprédateurs que sont le
grand requin-marteau et le requin-bouledogue, victimes de la pêche mais aussi
cible du tourisme. Marcel Koken, biologiste moléculaire et cellulaire au Labocea
à Brest (CNRS), était quant à lui dans la
première partie de l’expédition l’an dernier, en Arctique. Son objectif est de comprendre comment des espèces biofluorescentes et bioluminescentes des régions
polaires aux nuits continues, peuvent fabriquer de la lumière.
Sponsors très fidèles
« Aujourd’hui, on bénéficie d’outils uniques
pour aller dans ces zones », se félicite
Ghislain Bardout dont toute la démarche
est inspirée par de grands explorateurs
qui l’ont précédé. « Ce genre de projet
offre de nouveaux moyens pour faire de la
recherche, et la connaissance, c’est la base
de la protection, tout cela a beaucoup de
sens », assure-t-il, enthousiaste. Il est
vrai qu’Under the Pole III bénéficie
désormais de moyens sans commune mesure avec la première expédition effectuée en 2010 au pôle Nord, destinée à rapporter des images de sous la banquise ; ni
avec la deuxième aventure de 2014 au
Groenland, que les Bardout ont en partie
financée en vendant leur maison. En partie, car, depuis le début, l’équipe d’Under
the Pole bénéficie également de sponsors
très fidèles qui s’appellent Rolex, Azzaro,
mais aussi la région Bretagne, la banque
Bordier… À Moorea, chercheurs, plongeurs et équipage effectuent les dernières
mises au point scientifiques et techniques.
Under the Pole relève mi-août son nouveau défi. ■
LE FIGARO
SPORT
mercredi 1er août 2018
11
La L1 bénéficiera-t-elle de l’effet Mondial ?
Kylian Mbappé et huit champions du monde, très attendus, participeront au championnat à partir du 10 août.
TEDDY VADEEVALOO £@TVadeevaloo
FOOTBALL La Ligue 1 reprendra ses
droits le 10 août. Le championnat bénéficiera-t-il des retombées du sacre mondial des Bleus ? En 1998, la victoire des
partenaires de Zinédine Zidane avait entraîné dans l’Hexagone un regain de passion pour le football, spécialement du
côté des femmes. Les chiffres sont là pour
le prouver. Avec, à l’époque, une hausse
spectaculaire de spectateurs en moyenne : affluence moyenne de 20 000 spectateurs en D1 (ex-L1) après 1998, contre
15 000 l’année d’avant. Le championnat
français peut espérer cette saison une
augmentation de l’affluence, qui s’élevait
à 22 544 en moyenne la saison dernière.
Même si elle reste loin des chiffres de
l’Allemagne (45 000 spectateurs en
moyenne pour la Bundesliga) et de l’Angleterre (38 000 de moyenne pour la
Premier League).
Entre un public français qui manque
de culture sportive, des résultats pas
toujours au rendez-vous pour les clubs
et des interdictions de déplacement, les
stades ne font pas forcément le plein. La
Ligue de football professionnel (LFP)
doit ainsi encourager le dialogue pour
motiver les supporteurs à aller au stade,
alors que pas mal d’incidents se sont déroulés ces dernières saisons (interdictions de déplacement, fumigènes, envahissement…).
Pourtant, les efforts ont été mis de ce
côté avec la rénovation de plusieurs stades avant l’Euro 2016. Mais les taux de
remplissage sont décevants, Lyon s’en
tirant le mieux avec 73 %. A-t-on-vu
trop gros pour ces stades ? Ce sacré Mondial va sans doute apporter des éléments
de réponse pour savoir s’il changera la
donne dans ce domaine et si les clubs
vont enfin réussir à fidéliser leur public
dans le sillage de l’exploit des Bleus. La
Fédération française de football (FFF) va
également profiter de l’effet Mondial en
empochant un chèque de 38 millions de
dollars (32,6 millions d’euros environ).
Son projet de budget pour 2018-2019
reste sans précédent avec un total de revenus de 250,2 millions d’euros, à com-
Après leur sacre en Russie, « certains joueurs de l’équipe de France peuvent devenir des icônes », selon Christophe Lepetit, expert en économie du sport.
parer à 224 millions pour 2017-2018 et
aux 198 millions en 2010-2011, après le
catastrophique Mondial 2010 et le fameux scandale de Knysna avec la grève
des joueurs français aux yeux du monde
entier.
Des projets de développement
Le grand succès qui va sans doute permettre également d’augmenter le nombre de licenciés dans l’Hexagone. Après
1998, il a augmenté de 200 000. Aujourd’hui, il existe un peu plus de 2 millions
de licenciés en France. Un chiffre qui
reste néanmoins bien loin de l’Angleterre
(8 millions) et de l’Allemagne (7 mil-
lions). Là aussi, il y a du retard. Mais pas
au niveau de la valeur des joueurs. Dans
le top 5 des transferts les plus élevés de
l’histoire, trois joueurs français sont
concernés (Mbappé, Pogba et Dembélé).
Et la valeur du premier nommé risque
bien de grimper. Selon le site Transfermarkt, réputé pour être assez fiable
concernant les estimations de transferts, Kylian Mbappé a vu sa valeur augmenter de 30 millions après sa grande
performance au Mondial (4 buts). Acheté 180 millions à l’AS Monaco par le PSG,
le joueur de 19 ans peut espérer voir son
coût exploser comme celui d’un certain
Neymar, son partenaire en club
(220 millions). Grande révélation de ce
Mondial, Mbappé fait partie des neuf
joueurs de l’équipe de France à évoluer
en Ligue 1. Mais il était le seul titulaire.
Brillant, percutant, intelligent, il va forcément attirer la curiosité des observateurs et investisseurs étrangers et la Ligue 1 n’en sera que mieux valorisée.
« Cette équipe de France est jeune, et certains joueurs peuvent devenir des icônes », comme le souligne Christophe Lepetit, expert en économie du sport, alors
que Pascal Perri, autre économiste, affirme que la victoire des Bleus « valide »
la politique des clubs et la FFF en matière
de formation. Le championnat possède
La Ligue professionnelle veut être celle « des talents »
«
On a décidé
de se doter
d’une
signature
pour
singulariser
la Ligue.
Ces quelques
mots
reflètent
son identité,
son ADN
»
NATHALIE BOY
DE LA TOUR,
PRÉSIDENTE DE LA LFP
CLÉMENT BESSOUDOUX
£@ClBessoudoux
LA LIGUE de football professionnel
faisait sa rentrée des classes ce
mardi et avait du nouveau dans son
cartable. Après un processus de
« plusieurs mois », l’instance qui régit le foot professionnel en France a
trouvé et lancé sa signature pour
son produit phare la Ligue 1 Conforama. « La Ligue des talents », voilà
le slogan qui sera accolé au logo du
championnat à la télévision ainsi
que sur les « dispositifs numériques » et les réseaux sociaux. « On a
décidé de se doter d’une signature
pour singulariser la Ligue. Ces quelques mots reflètent l’identité, l’ADN
de la Ligue. En Espagne, la Liga a
“No es futbol. Es la Liga”. En Angleterre, la Premier League a sa signature : “This is Premier League”.
Donc, à l’instar de ces deux autres
grands championnats, il était important d’avoir un récit nous aussi. Le
mot “talents” correspond bien sûr
aux joueurs mais aussi aux entraîneurs, directeurs de centre de formation, éducateurs ou encore aux
supporteurs. Cela reflète aussi nos
“quartiers” » d’où viennent la plupart des joueurs formés en France.
Cette signature sert pour la communication de la Ligue mais aussi pour
inspirer ses acteurs. D’autant plus
que nous sommes à une étape charnière du championnat », présente
Nathalie Boy de la Tour, présidente
de la LFP.
Un championnat dont la LFP a
rappelé « les talents footballistiques
venus d’ailleurs » comme les arrivées récentes de l’Italien Gianluigi
Buffon (PSG) et du Russe de 22 ans
Aleksandr Golovin (Monaco). Un
championnat qui compte surfer
sur la victoire des Bleus lors du
Mondial en Russie et qui, en mai
dernier, a vendu les droits télévisés
domestiques pour plus de
1,153 milliard d’euros par saison
(en hausse de 60 % par rapport au
contrat actuel) pour la période
2020-2024.
« Une signature publicitaire doit
refléter une ambition, résume Didier Quillot, le directeur général de
la LFP. On a envie qu’elle reste très
longtemps. Cette signature doit mobiliser tout le monde. Les diffuseurs,
les investisseurs et les partenaires
doivent s’en imprégner comme les
dirigeants de club qui l’ont validée. »
Elle sera révélée au Vélodrome
lors du premier match du championnat (OM-TFC, le vendredi
10 août) et déclinée sur les réseaux
sociaux. Des réseaux sociaux qui
comme la télévision (+ 20 %
d’audience selon la Ligue) ont gagné en visibilité. En tout, Quillot
vient d’annoncer que la Ligue 1
Conforama comptait 7 millions de
« followers » soit une hausse de 7 %
par rapport à l’année dernière. Le
site de la Ligue bénéficie, lui, d’une
hausse de 20 % des visites alors que
le nombre de fans « embasés » (qui
ont créé un compte supporteur sur
le site internet de la LFP) a atteint le
million. « On a pour objectif d’atteindre les 5 millions d’ici quelques
années », précise Quillot.
Cette signature a été traduite
« The League of Talents » pour tous
les pays étrangers qui diffusent ou
sont amenés à diffuser la Ligue 1. Et
elle tombe à pic car la LFP est en
pleine renégociation des droits télé
à l’étranger. La victoire des Bleus à
la Coupe du monde est du même
coup une aubaine. « On est train de
renégocier zone géographique par
zone
géographique,
explique
Quillot. D’ici septembre, il faut que
ce soit signé. Évidemment, cette
Coupe du monde gagnée est un argument supplémentaire. Cela donne
envie également à des investisseurs
étrangers. Ces derniers mois, nous
sommes allés quatre fois aux ÉtatsUnis pour promouvoir la Ligue 1 et la
Ligue 2 et nous parlons du championnat français comme du “next big
thing in Europe”. Nous ne sommes
pas à l’origine de l’arrivée des investisseurs américains à Bordeaux mais
peut-être que par ricochet nos visites
sur le continent américain ont
aidé… »
Les États-Unis, donc, et la Chine
notamment, où se jouera ce samedi
le Trophée des champions (à Shenzhen, entre le Paris-Saint-Germain
et l’AS Monaco). L’empire du Milieu
pour qui certains horaires du
championnat version 2020-2024
ont été faits sur mesure. Le multiplexe de quatre matchs du dimanche à 15 h (21 h en Chine) mais également l’affiche du dimanche à 13 h.
Une preuve de plus de la volonté de
la LFP de faire de la L1 l’égal de la
Premier League ou de la Liga. ■
FRANCK FIFE/AFP FORUM
ainsi beaucoup d’arguments pour espérer des jours encore meilleurs. À commencer par le recrutement de stars
- spécifiquement au PSG - mais également divers projets de développement
dans les clubs nationaux. Les investisseurs sont désormais nombreux, entre
l’OM de l’Américain Frank McCourt,
l’AS Monaco du Russe Dmitri Rybolovlev, les Girondins de Bordeaux d’un
autre Américain, Joseph DaGrosa, sans
oublier l’OL toujours fiable de Jean-Michel Aulas. Il convient également
d’ajouter la hausse des droits TV à partir
de 2020. Autant dire que la Ligue 1 a de
beaux jours devant elle. ■
EN BREF
Voile : décès
de Tony Bullimore
Le navigateur anglais Tony
Bullimore, qui avait survécu
à son naufrage très médiatisé
lors du Vendée Globe 1996-1997,
s’est éteint à l’âge de 79 ans
des suites d’un cancer.
Cyclisme : Nibali opéré
avec succès
L’Italien Vincenzo Nibali, qui
a abandonné le Tour de France
après sa chute dans la montée
de l’Alpe-d’Huez, a été opéré
avec succès mardi à Milan pour
réduire la fracture d’une vertèbre
dorsale. Le Sicilien devrait sortir
de l’hôpital mercredi et pouvoir
reprendre dans quelques jours
l’entraînement, d’abord
sur rouleaux puis sur route.
Basket : LeBron James
veut ramener les Lakers
au sommet
La mégastar LeBron James veut
« aider » sa nouvelle équipe
des Los Angeles Lakers à
retrouver les sommets de la NBA,
qu’elle a désertés depuis
des années. « C’est un challenge
qui me plaît », a déclaré lundi
l’ancien ailier de Cleveland,
septième meilleur marqueur
de l’histoire de la NBA.
Nathalie Boy de la Tour, présidente de la LFP, et Didier Quillot, son directeur général, mardi à Paris.
évoluer l’assistance vidéo
en France. Notre projet est de se
doter, à partir de janvier 2019,
d’un replay center centralisé
comme c’était le cas en Russie ou
comme c’est le cas en Serie A
depuis la saison dernière. D’ici là,
il faut installer la fibre optique
dans tous les stades. Si ce n’était
pas opérationnel en début
d’année, ce le serait pour la
saison 2019-2020. »
En attendant que ce « replay
center » soit opérationnel,
chaque arbitre préposé au VAR
regardera les images du match
dans un camion-régie près
du stade.
Enfin, en vue d’expliquer
aux supporteurs les décisions
arbitrales prises avec l’aide de la
vidéo, des commentaires seront
affichés sur les écrans du stade.
C. B.
A
BAPTISTE FERNANDEZ/ICON SPORT
Du nouveau pour l’assistance vidéo
Le Video Assistant Referee
(assistance vidéo à l’arbitrage),
ou VAR, fera comme prévu
son apparition en Ligue 1
cette saison. Son fonctionnement
devrait également évoluer,
comme l’a annoncé Didier Quillot.
« Je crois que le Mondial
a montré l’utilité du VAR
et pas seulement car la France
a eu deux penalties grâce
à cela. Nous devons donc faire
mercredi 1er août 2018 LE FIGARO
12
CULTURE
Emma Thompson :
« Ma réflexion
politique s’est
développée en faisant
mon métier d’actrice,
en observant
les évolutions
de la loi et les idées
des autres. »
Emma
Thompson :
la Dame
de cœur
ALBERTO PIZZOLI/AFP
 LA CRITIQUE
Cela fait beaucoup. Son mari a
une liaison et elle est confrontée
à l’affaire la plus compliquée
de sa carrière. Voilà qui nuit à sa
tranquillité d’esprit. Comment,
quand on est juge, rendre un verdict
équitable dans ces conditions ? Jack,
qui est professeur d’université,
couche avec une statisticienne
(une statisticienne, on n’a pas idée !).
Il a des excuses. Entre eux,
apparemment, il ne se passait plus
grand-chose. Fiona est un peu vexée.
Jusque-là, elle délibérait sereinement
sur ces cas difficiles, des bébés siamois
qui risquaient de mourir si on ne
les opérait pas - oui, mais si on
les opérait, l’un d’eux était sûr
de mourir. Là, il s’agit de trancher
sur un adolescent atteint de leucémie
et qu’une transfusion pourrait sauver.
Problème : les parents
et le garçon sont Témoins
de Jéhovah. Donc, interdiction
de mélanger son sang à celui d’un
inconnu. Le malade étant mineur,
la loi anglaise étant ce qu’elle est,
l’héroïne décide d’aller contre la
décision de la famille. Adam reste
en vie. Il lui en sait un gré infini.
Sa reconnaissance gêne Emma
Thompson, qui trouve ici un de ses
meilleurs rôles. Il faut la voir délivrer
ses arrêts avec l’autorité d’une reine
égyptienne. Elle joue Bach sur le piano
du salon avec une élégance presque
shakespearienne, claque la porte de sa
chambre à coucher sans se retourner.
Elle se rend à l’hôpital où repose
Adam, récite une poésie de Yeats. Ses
certitudes vacillent face à ce surdoué,
elle qui n’a jamais eu d’enfant. Il la
bombarde de lettres, de messages.
Il la suit partout. Richard Eyre adapte
le roman de Ian McEwan d’une main
ferme, tranquille. Il filme une
conscience en pleine tourmente,
s’attarde sur une crise de la
cinquantaine, dévoile les dessous
d’une existence trop bourgeoise pour
être satisfaisante. Emma Thompson
court sous la pluie en robe du soir,
raisonne un gamin exalté, bouscule
son greffier. Cette dame si posée a
soudain des sautes d’humeur. Elle
rentre chez elle, c’est pour se verser
un whisky. Une gorgée, et elle se
plonge dans ses dossiers. Alors le
doute lui tombe dessus comme un
immeuble sur la nuque. A-t-elle raté
sa vie ? À quel moment quelque chose
a-t-il vraiment cloché ? Elle jouait à
pile ou face avec le destin des autres.
De quel droit ? Ces questions
jalonnent ce drame au ralenti. Emma
Thompson porte l’entreprise à bout
de bras. Sur son visage se récapitule
tout l’alphabet des émotions. Elle
arrive souvent à la stature d’une
Helen Mirren ou d’une Judi Dench.
Le compliment n’est pas mince. Vous
avez dit classicisme ? Après tout,
ça n’est pas un gros mot. ■
ÉRIC NEUHOFF
CINÉMA L’actrice britannique,
qui joue une juge dans le
captivant « My Lady », évoque
l’obligation du débat
et de l’engagement. Entretien.
E
PROPOS RECUEILLIS PAR
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
lle est le charme et l’intelligence incarnés. Un mélange délicieusement anglais de Monty Python, de
Shakespeare, de Jane Austen et de
Nanny McPhee. La drôlerie extravagante
lui va aussi bien que le sérieux, la raison
que les sentiments. Depuis près de quarante ans, Emma Thompson séduit et
subjugue. Avec My Lady, de Richard
Eyre, elle revient dans un registre grave
et vibrant en interprétant un très beau
personnage de juge. « Elle parvient à exprimer ce trait de caractère tellement anglais qui consiste à éprouver des sentiments
profonds mais à faire en sorte qu’ils ne
soient jamais visibles », dit Ian McEwan,
auteur du roman et du scénario.
LE FIGARO. - D’où vient cette histoire ?
Emma THOMPSON. - C’est la question
que j’ai posée à Ian McEwan. Il a fréquenté des juges et lu beaucoup de jugements de la Haute Cour sur des affaires
familiales. Il m’a dit : « Dans ces histoires, on trouve toute la condition humaine. » Celle de Fiona Maye est extraordinairement complexe, pleine d’ambiguïtés qui ne cessent de se révéler et
d’interférer. Ce qu’elle traverse, professionnellement et personnellement, est
passionnant à incarner.
Elle apparaît comme isolée,
retirée en elle-même.
Au début, on la trouve dans un endroit
très éloigné de tout le monde. J’ai rencontré beaucoup de femmes juges des
affaires familiales qui ont ce retrait. Elle
a créé une sorte de mur entre elle et la
souffrance qu’elle rencontre chaque
jour, pour ne pas se laisser submerger.
Elle se protège même de son mari. Elle
voit son mariage s’effondrer mais elle ne
s’autorise même pas à y penser car elle
doit garder non seulement ses forces
mais son cœur pour son travail, des vies
en dépendent. C’est qu’elle prend sa
responsabilité très au sérieux. Elle représente la justice, ce n’est pas rien. Elle
est presque une allégorie de la Justice.
C’est un défi intellectuel très subtil, qui
exige de doser la rigueur, l’honnêteté et
l’attention à ce qui se passe émotionnellement.
“
La pensée qui est
derrière l’acte, voilà
ce qui importe, et c’est
cela qui m’a fascinée
EMMA THOMPSON
”
Elle doit décider s’il faut imposer une
transfusion sanguine à un adolescent
leucémique contre le choix
de ses parents, Témoins de Jéhovah.
Comment avez-vous abordé
ce dilemme ?
J’ai beaucoup écouté le magistrat qui a
jugé le cas réel. Il a voulu rendre visite
au jeune malade à l’hôpital et m’a expliqué pourquoi : souvent, on traite les
Témoins de Jéhovah avec mépris, les
considérant comme secte. Lui, le juge,
a voulu montrer du respect pour le
jeune homme et sa famille, les prendre
au sérieux pour que l’impartialité
de son jugement ne soit pas contestée.
La pensée qui est derrière l’acte, voilà
ce qui importe, et c’est cela qui m’a
fascinée.
Quelle pensée avez-vous découverte ?
A priori, refuser la transfusion sanguine
nous paraît aussi bizarre que professer
que la terre est plate. On s’attend à ce
qu’un juge puisse distinguer intellectuellement entre savoir et croyance, et
considère le refus de transfusion sanguine comme une marque d’ignorance.
Mais je trouve extrêmement intéressant
que le juge ne s’arrête pas à ces a priori.
Nous sommes tellement habitués à la
transfusion qu’on ne se pose plus de
question.
Comment comprendre l’opposition
des Témoins de Jéhovah ?
Pour eux, verser le sang d’un être dans
un autre, c’est toucher à un ordre essentiel… On a beaucoup perdu ce sens
du sang comme sacré : le sang, c’est la
vie, et la vie ne nous appartient pas. Ce
n’est pas une vision naïve ou superficielle, on la trouve dans les grandes
mythologies, au cœur de la tragédie antique et des drames shakespeariens.
Mais pour la comprendre, il faut dépasser le rationnel.
Cela donne un autre arrière-plan
aux manipulations de l’être humain
que permet la science…
C’est l’intérêt et la puissance de l’art de
déjouer les pensées toutes faites pour
entrer dans des courants plus complexes et plus profonds de l’existence.
Adam, le jeune leucémique, est un personnage absolument authentique, il
n’est pas dévoré par les influences extérieures, sa vie est une expérience personnelle. Et il ressent une joie extrême à
être écouté pour la première fois par
une adulte d’intelligence supérieure qui
prend au sérieux son point de vue. Entre eux, il y a une espèce de coup de foudre. Quand il l’appelle « my lady », ce
n’est plus seulement le titre usité au tribunal, c’est l’ancien langage de la chevalerie. On est à la fois dans l’histoire et
dans le mythe.
Vous avez beaucoup d’engagements
sociaux, un côté très militant. Le droit
ne vous intéresse pas qu’au cinéma…
La loi est un domaine qui m’a toujours
passionnée. Et cela continue à travers
mon fils du Rwanda (un ex-enfant soldat
adopté en 2004, NDLR), qui est dans le
droit humanitaire. Ma réflexion politique
s’est développée en faisant mon métier
d’actrice, en observant les évolutions de
la loi et les idées des autres. La curiosité
pour diverses manières de penser repousser les frontières de notre cerveau.
Votre réflexion politique est très axée
sur le féminisme. Comment
le concevez-vous ?
Il ne s’agit pas de transformer les femmes en « hommes allégés » ! Je pense que
la question de fond, c’est le pouvoir. Je
suis féministe depuis l’âge de 19 ans, et je
constate que le patriarcat archaïque est
toujours aussi pesant. Nous restons des
primitifs, et cela nous conduit au désastre. On pourrait changer très vite, mais il
faut une volonté. Parce que le changement est perçu comme une perte de
pouvoir. Il faudrait comprendre que le
pouvoir est quelque chose de puéril, et
que c’est fini, le temps des enfantillages.
Les rôles binaires nous emprisonnent et
nous empêchent de faire place à la richesse de la vie émotionnelle. On veut
que les choses soient simples : c’est impossible parce que les êtres humains sont
compliqués. Ian McEwan rapproche
l’histoire racontée dans le film du jugement de Salomon, qui balance entre la
loi et la vie. Voilà : la balance est difficile.
« My Lady »
Drame de Richard Eyre
Avec Emma Thompson, Stanley Tucci
Durée 1 h 45
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Autopsie
d’un mariage russe
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
A
J
eunes et beaux, Oleg, urgentiste
(Alexandre Yatsenko), et Katya,
sa femme infirmière (Irina Gorbatcheva), ont tout pour être
heureux, mais leur existence
épuisante émousse leur relation. Décontenancé par la nouvelle législation
de l’hôpital, très dévoué à ses patients,
Oleg côtoie la mort au quotidien et a
tendance à boire. Plus solide, Katya
tente de retrouver celui qu’elle a aimé.
Dans Arythmie, écrit avec la scé-
nariste Natalia Meschaninova, Boris
Khlebnikov relate une histoire d’amour
en forme de montagnes russes, réaliste
et émouvante bien qu’un peu longue.
Ce qui ne l’a pas empêchée d’être plusieurs fois récompensée (prix de la critique à Arras, de la Presse aux Arcs et
du meilleur film au Festival du cinéma
russe de Honfleur, 2017).
Des moments de vérité
Médecin des cœurs en perdition, proche
d’un Ken Loach, né à Moscou, le metteur
en scène offre la radioscopie d’un couple
de Russes ordinaires, observant le lent
LES VALSEURS DISTRIBUTION
CINÉMA Avec « Arythmie », Boris Khlebnikov
observe au microscope le délitement
d’une relation entre un couple de soignants.
Alexandre Yatsenko et Irina Gorbatcheva, deux interprètes humbles et généreux.
délitement de leur relation. Il s’est imprégné de l’univers des urgences avant
d’accoucher de deux protagonistes aux
personnalités contrastées. Katya voit
Oleg se détruire et envisage de divorcer.
« Je suis un loser », reconnaît ce dernier,
qui refuse pourtant de la quitter.
Boris Khlebnikov filme ses personnages au plus près, parfois en huis clos. La
proximité favorise les affrontements et
les moments de vérité. Les comédiens,
Alexandre Yatsenko, qu’il avait déjà dirigé - l’acteur a été plusieurs fois récompensé pour sa performance - et
Irina Gorbatcheva, une révélation, les
servent avec humilité et générosité.
Reflet du système hospitalier de la Russie d’aujourd’hui, en particulier du
« Secours rapide » soumis à des restrictions budgétaires, Arythmie était
d’abord pressenti pour être une comédie avant de prendre une teinte plus
dramatique. Il en reste néanmoins des
traces et, s’il n’élude pas les difficultés
des conditions de travail du personnel
médical, le film n’est toutefois pas dénué d’humour.
C’est le sixième long-métrage de
Boris Khlebnikov, qui a tourné dans la
ville de Yaroslavl où constructions passées et contemporaines s’entremêlent.
Étudiant en biologie, puis à l’Institut
russe du cinéma (VGIK), issus des
Nouveaux Calmes, un groupe de cinéastes russes qui abordait des sujets
plus sereins que leurs homologues,
Boris Khlebnikov, 45 ans, tourne actuellement des épisodes de la série russe
An Ordinary Woman, sur une fleuriste
proxénète… ■
« Arythmie »
Drame de Boris Khlebnikov
Avec Alexandre Yatsenko,
Irina Gorbatcheva
Durée 1 h 56
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
LE FIGARO
mercredi 1er août 2018
CULTURE
13
BAYREUTHER FESTSPIELE/ENRICO NAWRATH
À Bayreuth,
Lohengrin,
chevalier
perdant
FESTIVAL Le héros wagnérien s’égare dans
la scénographie clinquante de cette version
ratée de l’opéra, signée Yuval Sharon.
Q
CHRISTIAN MERLIN
ue retenir de la nouvelle
production de Lohengrin que le Festival de Bayreuth a
confiée au metteur en scène américain
Yuval Sharon, à la suite du renoncement d’Alvis Hermanis ? Que les personnages de l’opéra de Wagner ont des
ailes de libellules, qui leur permettent
de se battre dans les airs : c’est pratique.
Que les Brabançons vivent dans un générateur électrique, mais qu’ils ne savent pas très bien s’en servir. Qu’un
superhéros aux cheveux bleus, un certain Lohengrin, maîtrise quant à lui si
bien le courant alternatif qu’il se sert
d’un éclair comme épée. Mais qu’il
s’agit d’un sauveur sadique, qui attache
sa fiancée Elsa à une bobine Tesla. Que
ladite fiancée est habillée en orange
alors que les autres sont en bleu. Mais
après avoir fait alliance avec son ennemie Ortrud, elle est finalement sauvée
par le Duc du Brabant, un homme vert.
La rencontre de Cetelem et d’Orange
comme image de fin de Lohengrin, on
n’y avait pas pensé.
On retiendra surtout que l’on tombe
de haut. Parce que le précédent
Lohengrin de Bayreuth était la déjà lé-
gendaire production de Hans Neuenfels, un pur régal pour les yeux et l’esprit, et qu’à côté, les décors et costumes
ridicules de Neo Rauch et Rosa Loy
relèvent du comique involontaire. Parce que, la veille, on avait vu, avec Les
Maîtres chanteurs mis en scène par Barrie Kosky, un des spectacles les plus
brillants depuis longtemps.
Une absence de théâtre
Le contraste est cruel, non pas tant
pour l’absence affligeante de conception du nouveau Lohengrin que pour la
faiblesse de sa réalisation. Que Sharon,
qui n’est pas pour rien en résidence à la
Walt Disney Concert Hall de Los Angeles, ait voulu faire un Lohengrin de BD
façon heroic fantasy, pourquoi pas ?
Mais on ne pensait plus revoir un jour
ces tableaux vivants sans direction
d’acteurs, où les chanteurs sont livrés à
eux-mêmes et où les chœurs restent
plantés là pendant des scènes entières.
On comprend que le chef Christian
Thielemann soit content : l’absence de
théâtre ne vient pas troubler la suprématie de la musique. Mais en attendant,
quel ennui !
Qu’aurait donné Roberto Alagna
avec les cheveux bleus ? On ne le saura
jamais. En tout cas, son remplaçant
Piotr Beczala est à la hauteur de sa responsabilité, avec son timbre ambré,
Le metteur en scène américain, Yuval Sharon, a voulu faire un Lohengrin de BD, façon heroic fantasy.
son chant lyrique, son émission très
contrôlée. Une discipline qui demanderait plus de variété et d’intensité
pour passer du très honnête à l’exceptionnel. Anja Harteros nous inquiète
deux actes durant, avec des acidités
qu’on ne lui connaissait pas, mais se
reprend au troisième, qui lui permet de
déployer son incandescence de tragédienne. Pour ses adieux à Bayreuth,
l’immense Waltraud Meier se sert de
ses restes vocaux avec art. Que le baryton Tomasz Konieczny n’ait pas bien
chanté, c’est une affaire entendue,
mais huer un chanteur, comme on l’a
entendu l’autre soir, devrait être passible de prison. À la baguette, Thielemann, premier chef depuis Felix Mottl
(1856-1911) à avoir dirigé les dix opéras
de Wagner à Bayreuth, commence et
termine magnifiquement les actes,
avec son art de sculpter le son et de
construire les progressions, mais des
chutes de tension lui échappent dans
les longues scènes dialoguées, soulignées par l’indigence de la mise en scène. Comme quoi c’est un mauvais cal-
cul de croire que la musique y gagne si
le théâtre est inexistant.
Ce que l’on retiendra du Festival de
Bayreuth 2018, c’est que, sur le plan
scénique, le plus stimulant côtoie le
plus consternant. Que le niveau des
distributions a clairement monté. Que
l’orchestre et le chœur sont toujours
incomparables. Que le lieu est toujours
magique, mais que l’on ne peut s’empêcher de regretter l’époque où l’on
pouvait déambuler autour du Festpielhaus aux entractes, croiser les artistes
en toute liberté, sans avoir l’impression d’une forteresse assiégée. Quant
aux dernières informations sur le Ring
de 2020, il faudra encore se contenter
de rumeurs ! Les dernières disent que
finalement le chef ne serait pas Andris
Nelsons, trop occupé à Boston et
Leipzig, mais Daniele Gatti, et que le
metteur en scène ne serait pas Dmitri
Tcherniakov, mais peut-être une femme, voire quatre femmes différentes,
une par ouvrage. Ce ne sont que des
bruits de couloir, comme Bayreuth les
a toujours adorés… ■
EN BREF
Les Traversées Tatihou
C’est le seul festival
qui vit au rythme des grandes
marées et cale les horaires
de sa programmation
sur ceux de la mer :
la 24e édition des Traversées
Tatihou, dans le Cotentin,
se tiendra du 6 au 15 août
entre le joli port de SaintVaast-la-Hougue
et l’île Concerts, stage
de pratiques artistiques,
cinéma en plein air,
déambulations mettent
à l’honneur l’insularité
et les musiques du monde.
Au programme cette année :
Emir Kusturica et le No Smoking
Orchestra, le Réunionnais
Danyèl Waro ou encore
les Corses d’A Filetta,
parmi d’autres.
Rens. : culture.manche.fr
Joue-la comme un hétéro
CINÉMA Avec « Mario », le Suisse Marcel Gisler
BAPTISTE SAVIGNAC bsavignac@lefigaro.fr
L
e mois de juillet se termine et le
souvenir de l’équipe de France
de football reste indélébile. Une
image parmi d’autres, celle des
vingt-trois champions du
monde célébrés à l’Élysée aux bras de
leur épouse mais surtout pas de leur
époux… Dans le business du ballon rond,
l’image de la virilité rapporte. L’homosexualité vous bannit du marché. C’est le
sujet tabou auquel se confronte avec finesse Marcel Gisler. Loin d’être un grand
fan de foot, le réalisateur suisse assoit sa
fiction sur un travail documentaire remarquable. Il livre une fresque très réaliste de cet univers ultracompétitif où règne une discrète homophobie.
Jeune talent des Young Boys de Bern,
Mario brûle de passer professionnel. Sa
dernière année dans l’équipe des moins
de 21 ans est son ultime chance pour décrocher un contrat. Son club lui propose
d’emménager près du stade avec Léon,
nouvelle recrue venue d’Allemagne.
Mario (Max Hubacher) et Léon (Aaron
Altaras), joueurs complémentaires
et amants dans la vie. EPICENTRE FILMS
VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE
Mario a la vitesse et la précision, Léon est
puissant et athlétique. Une complémentarité parfaite qui fait trembler les filets
adverses. Pour la première fois de sa vie
Mario tombe amoureux. De plus en plus
complices, les deux attaquants se découvrent être un couple dans la vie. Leur
histoire d’amour doit rester secrète. Une
rumeur circule. Le club décide aussitôt
d’étouffer un scandale qui menace de
faire fuir les sponsors. Entre l’amour et le
plus haut niveau, Mario doit choisir.
LA FONTAINE, L’AMI RETROUVÉ
Il sut manier avec un naturel confondant la langue de
la Cour et celle du bon peuple. Parler philosophie avec
des mots bien simples. S’essayer au théâtre, ne point s’y
arrêter. Et créer, l’air de rien, la fantaisie d’un monde où
le lapin taquin, la cigale étourdie, le moustique obstiné
ressemblent, comme des frères, au poète et à ses
semblables. Bien plus qu’un conteur pour enfants, Jean
de La Fontaine est un auteur universel.
Suivre ses traces, entendre l’écho de son œuvre, au
fil des siècles et des livres, c’est entrer au royaume
d’un styliste virevoltant, d’un génie de l’à-propos,
d’un moraliste en robe des champs. C’est revivre en
compagnie de Molière, Boileau, Racine, de Louis XIV
et de Fouquet, découvrir la galerie de portraits de ses
Fables, ses contes érotiques, son théâtre. Le Figaro
Hors-Série vous y invite, avec Marc Fumaroli, Fabrice
Luchini, Laurent Dandrieu, Sébastien Lapaque, Mathilde
Brézet et quelques autres, en 104 pages magistralement
illustrées par Gustave Doré, Fragonard, Benjamin Rabier,
Félix Lorioux, Rébecca Dautremer…
Faute de conduite fatale
Loin de l’image de la vie pailletée du footballeur vedette drainant les millions, la
caméra de Marcel Gisler retranscrit à la
perfection l’atmosphère oppressante
d’un vestiaire, où seule une poignée de
sportifs chanceux pourront passer professionnels. La moindre faute de conduite
s’avère fatale. Mario tente de sauver les
apparences. Son amie d’enfance Jenny
joue la parfaite femme de footballeur. Elle
pose à ses côtés et s’affiche publiquement
avec le jeune attaquant. La parade n’est
pas neuve. Certains joueurs gays du
championnat allemand l’ont déjà pratiquée, comme l’a confié Marcus Urban,
l’un des rares footballeurs à avoir fait son
coming out des années après sa carrière.
Le casting très convaincant magnifie
une romance attachante qui n’est pas
sans rappeler Le Secret de Brokeback
Mountain de Ang Lee, l’intimité entre les
deux hommes racontée avec la pudeur
nécessaire. Mario n’annonce pas la fin de
l’homophobie dans le foot, mais le but est
là, ouvert, pour s’interroger sur la nécessité d’une plus grande tolérance. Le sport
n’en serait pas forcément perdant. ■
« Mario »
Drame de Marcel Gisler
Avec Max Hubacher, Aaron Altaras
Durée 1 h 59
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Le Figaro Hors-Série : La Fontaine.
104 pages.
NOUVEAU
Juillet
Août
2018
!
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A
dépeint un amour impossible entre deux
footballeurs dans le milieu très viril des clubs.
mercredi 1er août 2018 LE FIGARO
14
[
L’ÉTÉ DU FIGARO
Pierres sacré
pierres maudes,
ites
Des diamants
exo
mines de Golco tiques provenant des ancie
nnes
nde, des gem
me
par les rois de
France, une per s historiques portées
hollywoodien
le unique à la
destinée
ne… Le Figaro
brosse le portr
de six cailloux
ait
au destin sou
vent chaotiqu
e.
3/6
]
Propriété des
Grands Moghols,
cet émouvant
diamant suit
sa destinée, part
en Perse, revient
en Inde, rejoint
l’Angleterre
dans le ventre
d’un cheval…
sans jamais
voir troubler
son éclat.
NICOLE TARBOURIECH
ntarbouriech@lefigaro.fr
28,15 carats, un rose délicat, une
pureté inégalée. « Il possède une
lumière intérieure extraordinaire,
un certain mystère, une douceur,
décrit Vivienne Becker, historienne de la joaillerie, qui a eu l’opportunité de l’approcher. Il a la
limpidité infinie des diamants de
Golconde, une couleur rose profond
d’une beauté émouvante et une
présence extraordinaire. » Le Régent, le Sancy ou encore l’Orloff…
Les plus belles pierres au monde
proviennent aussi des mines de
cette région de l’Inde où, il y a environ deux milliards d’années, les
précieux cristaux sont remontés à
la surface de la Terre grâce à un
processus volcanique puissant.
« De plus, les mythes et légendes
qui entourent l’Agra ajoutent à son
charme », reprend l’historienne.
« Cette gemme est exceptionnelle
par sa destinée, enchérit Raymond
Sancroft-Baker, consultant senior
pour le département des bijoux de
Christie’s. Elle possède une histoire
très intéressante.»
L’Agra,
le diamant ou la vie
Emblème du pouvoir divin
Son histoire, même si elle est à
l’évidence plus ancienne, montre
ses premières traces au début du
XVIe siècle. À cette époque, le maharajah de Gwalior règne sur son
territoire indien, entouré de sa famille et de ses joyaux issus de la
vallée des diamants. Quand, en
1526, un prince du nom de Zahir
al-Din Muhammed (1483-1530),
fils du roi de Fergana (Ouzbékistan aujourd’hui), se met en tête de
fonder le grand empire moghol.
Rusé et brave, notre homme, surnommé « Baber » (ou « Babur »)
- signifiant « le tigre », c’est dire
qu’il offrirait peu d’espoir à ses
proies -, part à la conquête de
l’Inde septentrionale, fait fléchir
d’abord Delhi puis prend Agra. Le
rajah de cette cité et les siens sont
écrasés et constitués prisonniers.
Ces derniers n’ayant guère l’intention d’abandonner là leur chemin, négocient leurs vies sauves
en échange de leur magnifique
collection de gemmes.
Une deuxième version indique
que Baber et son fils Humayun
auraient bien vaincu le maharajah
de Gwalior, mais ne l’auraient pas
condamné à mort. Et c’est en reconnaissance de ce généreux geste
que ce dernier aurait offert tous
ses joyaux au conquérant turcomongol et à sa descendance.
« Baber dit avoir acquis, à cette
occasion, l’Agra en même temps
que d’autres pierres, dont le diamant Hope. Les archives historiques montrent que le premier empereur moghol aimait tellement le
diamant rose qu’il le portait sur son
turban », explique l’expert. En effet, « plusieurs peintures miniatures représentent Baber arborant la
coiffe traditionnelle, avec un bijou
ou une pierre précieuse et une plume. Les diamants étaient considérés comme des signes, des emblè-
De forme coussin
depuis le XIXe siècle,
l’Agra a été retaillé
en 1996 (en haut).
Portrait de Baber,
fondateur de l’empire
moghol en 1526.
Gravure du duc Charles II
de Brunswick,
l’un des propriétaires
du diamant (ci-dessus,
à gauche).
Le fort rouge de la cité
d’Agra.
WWW.BRIDGEMANART.COM,
VICTORIA AND ALBERT
MUSEUM, ADOC-PHOTOS/BF,
WOJTEK BUSS/
ONLYWORLD.NET
mes du pouvoir divin donné à un
souverain, décrypte l’historienne.
Et les pierres les plus précieuses se
portaient sur la tête ».
Ce qui est sûr, c’est que l’Agra
reste la propriété de la dynastie
moghole jusqu’à l’arrivée du Perse
Nadir Shah, en 1739, qui envahit
l’Inde et emporte avec lui une
grande partie du trésor moghol.
L’Agra est-il parti en Perse ?
Aucune certitude, à ce jour. Toujours est-il qu’il ressurgit en Inde
des années plus tard. On raconte
qu’il aurait été volé au souverain
de Delhi, lors des mutineries, et
aurait quitté clandestinement
l’Inde grâce à un jeune soldat britannique qui aurait eu l’ingénieuse
idée de le faire avaler à son cheval.
Sauf que l’animal se serait senti
mal et aurait trépassé avant même
d’avoir aperçu les côtes anglaises.
COLL. PARTICULIÈRE
AURÉLIEN DELAUNAY
RESPONSABLE DU SERVICE DIAMANTS AU LABORATOIRE FRANÇAIS DE GEMMOLOGIE
La taille influe directement sur la couleur»
A
Quelle est la couleur
de l’Agra ?
Lorsqu’il avait sa forme coussin taille ancienne, sa couleur
était Fancy Light Pink. Mais
depuis qu’il a été retaillé, en
1996, en rectangle à pans coupés, brillant modifié, il est devenu plus saturé avec un grade final Fancy Intense Pink. La
taille influe directement sur la
couleur, chaque angle de facette fait ressortir la teinte.
C’est tout l’art du tailleur de
diamants !
Il est qualifié de VVS1 :
que cela signifie-t-il ?
Cela définit le grade de pureté
de l’Agra. L’échelle internationale de pureté des diamants
s’établit de flawless (pur) à included (piqué). VVS1 pour
Very, Very Slightly Included
(« Les inclusions sont difficiles
à voir sous un grossissement
de 10× » selon les standards
du Gemological Institute of
America, NDLR) confirme qu’il
s’agit quasiment d’un diamant
pur.
En quoi est-il remarquable ?
Il est exceptionnel à différents titres : par sa taille, par
sa pureté et, évidemment, par
sa couleur. En général, les
diamants roses présentent
une teinte supplémentaire associée, par exemple le pourpre ou le brun. L’Agra, lui, est
d’un rose pur, sans aucune
autre nuance. En cela il est
remarquable, rare et très recherché. Sa dimension, sa
couleur et son éclat sont typiques des diamants provenant de Golconde. La cité était
le point de commerce de toutes les mines de la région. Elle
a livré les plus gros et les plus
beaux diamants historiques
du monde. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR N. T.
conde Guerre mondiale, dans une
cassette en fer fabriquée spécialement et enterrée sous un arbre.
« C’était incroyable de voir une si
belle pierre. Non seulement elle
était rose, une couleur très rare
pour un diamant, mais elle ne pesait
pas plus de 30 carats et présentait
une incroyable pureté. Que demander de plus !, s’exclame Raymond
Sancroft-Baker, l’expert de cette
vente. Au mois de juin 1990, à King
Street, après des enchères effrénées, l’Agra est adjugé à
4 070 000 livres, devenant ainsi le
diamant le plus cher au monde jamais vendu aux enchères. Il est
acheté par SIBA Corporation de
Hongkong, société dirigée par
M. Sam Abram, qui l’a conservé
pendant de nombreuses années
avant de le revendre. Ensuite, il a
été encore réduit à 28,15 carats afin
d’améliorer sa couleur et son éclat.
Nombreux sont ceux qui regrettaient de voir une pierre historique
subir de tels changements… mais
souvent les considérations commerciales ont la préférence. »
Restait encore à récupérer la
pierre…
Les dates ne correspondent pas
Ni bijou ni parure
très précisément… En revanche,
en 1844, le duc Charles II de
L’origine exacte de l’Agra n’est
Brunswick a bien acheté l’Agra.
pas connue mais il vient très pro« Un personnage haut en couleur
bablement d’une des mines siet célèbre collectionneur de bijoux
tuées à l’est du plateau du Deccan,
du XIXe siècle, se
exploitées
depuis
l’Antiquité.
« De
délecte Raymond
celles de Sambalpur,
Sancroft-Baker.
sur les rives de la riD’après son invenvière
Mahanadi,
taire de 1860, il a
baptisée “le fleuve
payé 348 600 francs
aux diamants” et
français pour la
Avant d’être retaillé
mentionnées
par
pierre (l’équivalent
de 13 670 livres à deux reprises, il pesait Ptolémée dans son
récit sur l’Inde ansterling, un mon40 carats en 1873
cienne,
propose
tant
énorme
à
M. Sancroft-Baker.
l’époque). Après sa
Il est souvent indiqué
mort, en 1873, le
que le diamant Agra
diamant est acquis
proviendrait des mipar un marchand
nes de Golconde à
français qui élimine
Kollur proche de la
les quelques petites
ville de Hyderabad. »
inclusions noires et le
Cette imprécision
réduit
ainsi
à
Ainsi qualifié après sa
n’ombrage absolu32,24 carats. En
ment pas son carac1905, l’Agra se re- dernière taille, en 1996,
le rose a effectivement tère exceptionnel et
trouve sous le margagné en intensité
même « le fait que
teau de Christie’s à
l’Agra ait été retaillé
Londres, vendu pour
au XIXe siècle et plus
la
somme
de
5 355 livres. Quelques années
récemment encore n’entame en rien
plus tard, la pierre entre dans
sa beauté. Et pour autant que je sala collection de M. Louis Winans,
che, il n’a jamais été monté en bijou
constructeur du chemin de
ou en parure ». Le sera-t-il un
fer entre Moscou et Saintjour ? Pour l’heure, il demeure
Pétersbourg. »
choyé dans une riche collection
privée. ■
Au début des années 1990, une
descendante de M. Winans se rend
dans les bureaux de Christie’s à
RETROUVEZ DEMAIN:
Londres. Elle explique alors que la
L’Étoile du Sud,
collection de bijoux dont elle a héle rose lui va si bien
rité avait été cachée, durant la Se-
28,15
carats
FANCY
Intense
Pink
mercredi 1er août 2018
LE CARNET DU JOUR
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Gabriel Fossorier,
son époux,
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deuils
Ses enfants,
Jean-Jacques et Marie-Paule
Arnoult,
Michel et Laurence Arnoult,
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ses arrière-petits-enfants
ont la douleur
de vous faire part du décès,
le 27 juillet 2018,
à l'âge de 95 ans, de
Marguerite ARNOULT
née Demaillet.
Du lundi au jeudi
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23 € à partir de 26 lignes
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Pierre, Jean-Marie, Michel,
Claire et Françoise,
leurs conjoints,
ses huit petits-enfants
et toute la famille
vous font part
avec une grande tristesse
du décès, le 26 juillet 2018,
à l'âge de 92 ans, de
Maurice BRIAND
le 27 juillet 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-François-de-Molitor,
44, rue Molitor, à Paris (16e),
ce mercredi 1er août,
à 15 heures.
Denis Francois,
Claude Delaporte (†),
ses enfants,
Sophie et Julien,
Antoine et Sarah,
Caroline et Edouard, Charles,
Pierre et Aurélie, Louis,
ses petits-enfants,
Lilou, Arthur, Raphaël, Jules,
Eugénie, Sixtine, Alexandre,
Diane, Garance,
ses arrière-petits-enfants,
et toute la famille
La cérémonie religieuse
a été célébrée en l'église
de Jouy-en-Josas,
dans l'intimité familiale.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Francine FRANCOIS
Heureux les épis mûrs
et les blés moissonnés.
Charles Péguy.
survenu à Paris,
le 30 juillet 2018,
à l'âge de 92 ans.
Philippe et Anne-Suga
Chaumont,
Caroline et Hervé Le Brun,
François et Emmanuelle
Chaumont,
ses enfants et leurs conjoints,
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 2 août,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
place de l'Église-d'Auteuil,
à Paris (16e),
suivie de l'inhumation
au cimetière des Batignolles,
Paris (17e), dans le caveau
de famille.
Joséphine, Mathurin, Sarah,
Rose, Cécile, Stella et Swann,
ses petits-enfants,
Écully (Rhône).
Jacques Chaumont,
son époux,
Nadine et Henri de Coignac,
Pierre Vimont,
sa sœur, son beau-frère
et son frère,
sa famille et ses amis
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
Isabelle CHAUMONT
née Vimont,
Thérèse Grollier-Baron,
son épouse,
Myriam, Annick,
Christiane, Nadia,
ses filles,
ses dix petits-enfants,
ses cinq arrière-petits-enfants,
les familles Copin, Vaudaine,
Terrier, Perrot, Jonet,
amis et alliés
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Roger GROLLIER-BARON
survenu à Paris,
le 30 juillet 2018.
Une cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 3 août,
à 15 heures, en l'église
Saint-François-Xavier,
12, place du PrésidentMithouard, Paris (7e).
Josette Harmina DEMAIRÉ
née Janó,
s'est éteinte dans sa 93e année,
le 27 juillet 2018.
Tél. 01 56 52 27 27
carnetdujour@media.figaro.fr
Marie FOSSORIER
Des dons à
la Fondation des Bernardins.
Mme Maurice Briand,
née Yolande Chapalain,
10, rue du Docteur-Roux,
75015 Paris.
...et recevez
Le Figaro gracieusement
pendant 3 mois
font part du rappel à Dieu de
L'inhumation aura lieu
dans l'intimité le jeudi 2 août,
à 11 h 30, au cimetière
de Léhon (Côtes-d'Armor).
deux lignes ; les effets
de composition
Danielle Fossorier,
sa belle-mère,
Isabelle de la Ménardière,
Antoine Fossorier,
Camille Doucet (†),
leurs conjoints et leurs enfants
née Kergall,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Jean-Baptiste
du Perreux-sur-Marne,
le vendredi 3 août, à 15 heures,
suivie de l'inhumation
au cimetière.
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Tarif de la ligne € TTC :
Alain et Laurence Kergall,
ses parents,
Yves, Pierre et Louis,
ses frères,
leurs épouses et leurs enfants,
L'inhumation aura lieu
le vendredi 3 août, à 16 heures,
au cimetière du Père-Lachaise,
28, boulevard
de Ménilmontant, Paris (20e).
De la part de
son neveu,
Patrice Janó,
sa nièce,
Marie-José Thevenet Janó,
et toute sa famille.
ingénieur en chef
de l'armement,
expert judiciaire,
survenu à l'âge de 91 ans.
La cérémonie sera célébrée
le vendredi 3 août 2018,
à 10 heures, en l'église
Saint-Blaise, à Écully.
Mme Suzanne Huvé,
sa belle-sœur,
Christine Huvé-Diez,
Alain Diez,
ses nièce et neveu,
et leurs enfants,
Guillaume et Olivier,
ont la douleur de faire part
du rappel à Dieu du
père Jean-Claude HUVÉ, s.j.,
le 7 juillet 2018.
La messe d'obsèques a eu lieu
le mardi 10 juillet,
en l'église Saint-Rémy
de Vanves (Hauts-de-Seine).
15, rue Labrouste, 75015 Paris.
15
Le Seigneur
a accueilli dans Sa Lumière,
le 29 juillet 2018, la
vicomtesse Hervé-Patrick
HUON de KERMADEC
née
Colette de la Croix-Vaubois,
munie des sacrements
de l'Église, à l'âge de 79 ans.
De la part de
Arnaud et Béatrice
Poncelin de Raucourt,
le père Eric
Huon de Kermadec,
le père Renaud
Huon de Kermadec,
Thibaut et Isaure
Huon de Kermadec,
ses enfants,
Astrid, Matthieu et Hélène,
Augustin, Timothée,
ses petits-enfants,
Sixtine et Maxence,
ses arrière-petits-enfants.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 2 août, à 10 h 30,
en l'église
Saint-Antoine-de-Padoue,
au Chesnay.
Une messe sera célébrée
le vendredi 3 août, à 14 h 30,
en l'église de Ploumoguer
(Finistère),
suivie de l'inhumation.
Josy Jolly,
son épouse,
Philippe et Marie-Annick Jolly,
Frédéric et Valy Jolly,
Olivier et Valérie Jolly,
Lorraine Jolly
et Jean-Christophe Miege,
ses enfants,
Elodie et Nicolas, François,
Alexandra, Paul, Edouard,
Eugénie,
ses petits-enfants,
Alice et Romane,
ses arrière-petites-filles,
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
François JOLLY
collectionneur
et historien de l'automobile,
survenu le 29 juillet 2018,
dans sa 84e année.
La crémation aura lieu
dans la plus stricte intimité.
Olivier et Florence (†)
Mazeaud,
Sylvain et Chantal Mazeaud,
Guillaume et Christine
Mazeaud,
Marie-Anne et Philippe
Delestre,
Isabelle et Jean Terras,
ses enfants, et Fréderic Michel,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
les familles Mazeaud,
Blanchon, Béraud, Total
font part du rappel à Dieu de
M. Bernard MAZEAUD
le 27 juillet 2018,
dans sa 93e année, à Nancy.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en la cathédrale de Nancy,
ce mercredi 1er août,
à 15 heures.
L'inhumation aura lieu
au cimetière du Sauze-du-Lac
(Hautes-Alpes),
le vendredi 3 août,
à 15 heures.
M. et Mme Hubert Pabion,
Mlle Isabelle Pabion,
ses enfants,
Mlle Constance Pabion,
le vicomte et la vicomtesse
Alain de Chabot,
ses petits-enfants,
Louis et Paul,
ses arrière-petits-fils,
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Robert PABION
née
Marie-Antoinette Perrusson,
le 24 juillet 2018,
à l'âge de 95 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 2 août, à 14 h 30,
en l'église paroissiale
de Sancoins (Cher).
L'inhumation aura lieu
au cimetière de
Mornay-sur-Allier (Cher).
Cet avis tient lieu de faire-part.
3, rue des Deux-Frères-Laporte,
78680 Epône.
Angers, Longué-Jumelles
(Maine-et-Loire).
Jean-François et Tien Lalloz,
Isabelle et Gilles Thieffry
et leurs enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Christiane LALLOZ
née Burnier,
à l'âge de 94 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 3 août 2018, à 9 h 30,
en l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine.
Anne-Marie, son épouse,
Sébastien, Foucaut,
Louise-Eléonore et Cyril,
ses enfants,
Moana, Romanée, Maxine,
Marie, Swann, Faustine,
ses petites-filles,
ses sœur, frères,
belles-sœurs, beaux-frères,
nièces et neveux,
les familles du Merle,
Defrance, Picq, Haslé,
ont l'immense tristesse
de vous faire part de la mort de
Dominique du MERLE
le dimanche 29 juillet 2018.
La cérémonie aura lieu en
l'église Notre-Dame d'Orbec,
le lundi 6 août, à 15 heures.
Ni fleurs ni couronnes,
des dons à la Maison médicale
Jeanne Garnier
https://dons.jeanne-garnier.org
Sa famille et ses amis
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
docteur Viviane PILLOT
née Van Melle,
survenu le 30 juillet 2018,
à l'âge de 97 ans.
Le Figaro Hors-Série :
Dans le secret des fables
La Fontaine
Michel Butel, fondateur
de « L’Autre Journal »
ARMELLE HÉLIOT
aheliot@lefigaro.fr
C’était un homme qui
aimait les journaux. Il les lisait, il en avait créé, il en
était nostalgique. Michel
Butel s’est éteint le 26 juillet
dernier, à Paris. Il aurait eu
78 ans le 19 septembre prochain. Sa santé avait toujours été fragile. Il souffrait
depuis toujours d’un asthme tenace, menaçant.
Sa famille, ses amis, se
réuniront le 2 août au cimetière de Bagneux, 45, avenue Max-Dormoy, 92120
Montrouge, à 14 heures,
pour lui rendre hommage,
lui dire adieu.
C’était un esprit à part.
En phase avec son époque,
mais réfractaire à toute
pensée convenue. Un intellectuel, certes, un observateur aigu de la scène politique, culturelle, sociétale,
un être engagé, défendant
ses convictions. Mais un
écrivain d’abord, un poète
très imaginatif, sensible,
mélancolique
souvent,
abattu parfois par les revers
de la vie, la disparition des
journaux qu’il mettait toute
son énergie à penser, à fabriquer, à choyer.
Des très beaux livres qu’il
a composés, on retiendra
en
priorité
L’Enfant,
ouvrage bouleversant, récit
envoûtant que hante la
mort (Melville Éditeur,
2004). Des années plus tôt,
L’Autre Amour (Mercure de
France, 1977) l’avait propulsé à l’avant-scène des
jeunes écrivains. Il avait
obtenu pour ce livre le prix
Médicis.
Écrire, oui. Mais faire des
M. Jean François Turquan,
son époux,
sa famille,
sa belle-famille
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Jean François TURQUAN
née
Béatrice Bourel de la Roncière,
Lucien Allavena.
ARCHIVES FAMILIALES
CAROLE BELLEMARE
cbellemare@lefigaro.fr
le 28 juillet 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 3 août, à 14 h 30,
en la collégiale
de Blainville-Crevon
(Seine-Maritime).
Enigmes judiciaires :
Redécouvrez les grandes
affaires criminelles
Michel Butel. HANNAH
ASSOULINE/OPALE/LEEMAGE
journaux, d’abord. Dès
1975, après ses études et son
travail auprès de Félix
Guattari à la Clinique de La
Borde, il fonde L’Imprévu,
avec Bernard-Henri Lévy.
Un très beau titre, une belle
ambition. Une vie brève.
Les années passent et
surgit L’Autre Journal. Il l’a
rêvé, il l’a voulu, il s’est
donné les moyens de le publier. Un magazine magnifique dont nul n’a oublié la
première couverture, fin
1984. Un tigre splendide,
un tigre royal énigmatique,
déterminé, sans agressivité. Nul n’a oublié ce papier
si particulier alors qui donnait une tonalité sourde aux
photographies, aux dessins,
aux couleurs. Un magazine
riche de ses contributions
chamarrées. Journalistes
rompus aux enquêtes et à la
belle écriture rapide, écrivains, poètes. La pensée
flambe haut. Le mensuel
devient hebdomadaire et
meurt. Michel Butel écrit
tout seul L’Azur, distribué
en kiosque. Puis Encore et
L’Impossible de 2012 à 2013.
Exténué, il avait dû
s’interrompre… ■
Lucien Allavena,
directeur technique
de Radio Monte-Carlo
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 4 août, à 10 heures,
en l'église Saint-Joseph,
à Angers,
suivie de l'inhumation au
cimetière de Longué-Jumelles.
Les éditions du Figaro - En vente actuellement
Le Figaro Histoire : Homère
La guerre de Toie
a-t-elle eu lieu ?
disparitions
Né le 19 juillet 1930, de nationalité monégasque et
enraciné dans cette région
depuis de nombreuses générations, Lucien Allavena
rejoint Radio Monte-Carlo
dès la fin de ses études d’ingénieur en 1955, dans cette
période de l’après-guerre
où tout ou presque est à inventer tant dans le domaine technique que pour le
contenu des programmes
ou la communication. Durant plus de quarante ans, il
va accompagner puis piloter cette aventure qui, au
seuil des années 1980, fera
de RMC une radio nationale
notamment grâce à la création des émetteurs de Roumoules, sur le plateau de
Valensole, l’un de ses
grands projets.
Beaucoup de grands
noms sont passés à l’époque par RMC parmi les dirigeants (Michel Bassi, Jean-
Pierre
Hoss,
Hervé
Bourges…), les animateurs
et journalistes (Jean-Pierre
Foucault, Julien Lepers,
Pierre Lescure…) ou encore
des producteurs (Albert
Mathieu, Yves Mourousi…).
La fin du monopole de la
radio en 1981 ouvre de nouvelles perspectives et Lucien Allavena négocie de
nombreuses fréquences qui
permettent à RMC de compléter sa couverture en
France.
Il conduit aussi l’acquisition de Radio Nostalgie
auprès de son fondateur,
Pierre Alberti, ou encore
d’autres stations à l’étranger. C’est d’ailleurs ce volet
international qui complète
son parcours avec de nombreux
développements
pour le holding de l’État
français, la Sofirad, qui,
dans les années 1960-1970,
prend des positions stratégiques dans des pays africains ou du Proche et
Moyen-Orient. Lucien Allavena conduit ainsi des
missions en Guinée, au Liban, à Chypre… dont certaines à haut risque. Il est à
ce titre distingué par la
France, chevalier de l’ordre national du Mérite, et
par Monaco, officier de
l’ordre de Saint-Charles.
Il se retire en 1995, toujours en Principauté, où il
est mort cette nuit à 88 ans,
entouré de sa famille dont
ses deux fils, Jean-Charles,
ancien conseiller national
de Monaco, et Jean-Luc,
qui fut directeur général
adjoint de Lagardère Media, et directeur de cabinet
du prince Albert. ■
mercredi 1er août 2018 LE FIGARO
16
TÉLÉVISION
« The Good Fight » tient la barre face à Trump
Saga dérivée de « The Good Wife », ce feuilleton judiciaire s’affirme comme une satire décapante de l’Amérique actuelle.
CONSTANCE JAMET£@constancejamet
L’
capitalise. Elle met en sourdine les turpitudes romanesques des personnages
et s’ancre dans l’actualité politique. De
série judiciaire, The Good Fight devient
une satire jubilatoire.
été tombe bien pour
mettre à jour ses lectures
et ses séries. En tête de
Chute de Harvey Weinstein
ce rattrapage : The Good
Fight, dont les deux saiPerturbée par le climat politique et par
sons sont disponibles sur Amazon
une vague de meurtres touchant ses
Prime Video. Jetez-vous les yeux ferconfrères, Diane Lockhart (l’impeccamés sur le feuilleton dérivé de The Good
ble pince-sans-rire Christine Baranski,
Wife qui raconte la nouvelle vie dans un
à l’affiche de Mamma Mia !) perd pied et
cabinet d’avocats afro-américains de
voit Donald Trump partout. Dans les
Diane Lockhart, une des consœurs
dessins animés. Chez ses voisins. Séd’Alicia Florrick (campée sept
quences surréalistes irrésissaisons durant par Julianna
tibles. Le locataire de la MaisonMargulies d’Urgences).
Blanche accapare aussi le
Les premiers épisodes ont efcabinet, recruté par le Parti dé○○○¡
fectué avec succès la transplanmocrate pour monter un dossier
tation. Le cynisme de Diane a
de destitution. The Good Fight
donné le ton d’une saga qui analyse
trempe sa plume dans l’actualité contiavec mordant la société et les institunue, évoque l’ingérence russe, la chute
tions américaines. La scène d’ouverde Harvey Weinstein. Nommément.
ture, où l’avocate regardait abasourdie
Pas une once de personnage fictif et de
l’intronisation de Donald Trump, est
licence artistique.
restée dans les mémoires. D’excellents
Ce miroir simultané des débats
débuts sur lesquels la deuxième saison
outre-Atlantique, les showrunners Mi-
+@
SUR LE WEB
Diane Lockhart (Christine Baranski ), Liz Lawrence (Audra McDonald)
et Maria Rindell (Rose Leslie), un trio de femmes aussi engagées que drôles.
chelle et Robert King ne l’avaient pas
anticipé. « Sans même avoir de concept,
nous avons créé The Good Fight pour
continuer de travailler avec nos scénaristes et Christine Baranski. Le mouvement Black Lives Matter venait d’émerger. En œuvrant dans un cabinet qui
traite des violences policières, nos protagonistes prennent de vrais risques. Leurs
procès ne sont pas un simple point d’intrigue », confiait en juin au Figaro le
duo, de passage au Festival de télévision
de Monte-Carlo.
Devenir la série porte-drapeau de la
résistance anti-Trump n’était pas forcément au programme. « Cette saison 2
ne devait pas être aussi politique. On la
voulait porteuse d’un message d’espoir.
Mais nos personnages sont engagés, il
aurait été absurde de ne pas les voir discuter de ce qui fait la une », notent-ils.
Michelle et Robert King cherchent
avant tout à faire rire pour libérer les
esprits. D’ailleurs, comme ils le soulignent, « la satire vise aussi bien Trump
que les démocrates, qui n’en finissent pas
de lécher leurs plaies ». ■
CBS
» HBO se lance dans l’univers des super-héros » Western et horreur : deux nouvelles chaînes pour Canal + www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE St-Alphonse
Soleil : Lever 06h24 - Coucher 21h29 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton. Avec Ingrid Chauvin 20.00 Le
20h 20.50 Nos chers voisins
21.00
Série. Drame
18.40 N’oubliez pas les paroles !
Jeu 20.00 20 heures 20.50 Parents
mode d’emploi. Série.
20.55
Série. Policière
19.00 19/20. Présentation : Carole
Gaessler 20.00 Tout le sport. Magazine 20.30 Plus belle la vie. Feuilleton.
20.55
Documentaire. Musical
18.40 La villa : la bataille des couples
19.40 Suburgatory 20.55 LolyWood
MATIN
21.00 Les 30 histoires
stupéfiantes
Divertissement. 2h10. Au sommaire,
notamment : «Peur sur la ville» «Tragique arabesque» - «Touristes
en danger» - «L’homme canon».
16
10
15
16
15
Duel au soleil
EU. Saison 1. Avec Jack CutmoreScott, Ilfenesh Hadera, L. Crichlow.
3 épisodes. Inédits. Un homme assassine une voyante, Irène, tandis
qu’il est en consultation avec elle.
Fra. Saison 1. Avec Gérard Darmon,
Yann Gael, Jeanne Bournaud, Chloé
Stefani, Didier Ferrari. 2 épisodes. Le
commissaire Ange Renucci enquête
sur la découverte d’un cadavre dans
un ferry arrivé en Corse.
23.35 Flash Série. Fantastique. EU.
22.40 Duel au soleil Série. Policiè-
Avec Grant Gustin, Candice Patton,
Jesse L. Martin. (4 épisodes).
re. (2 épisodes) 0.20 Accusé. Série
1.15 Au rythme de la vie. Feuilleton.
Roberto Alagna,
l’homme à la voix d’or
Fra. 2016. Réal. : Andy Sommer. 1h25.
Un voyage à travers la carrière lyrique de Roberto Alagna. Derrière le
parcours incroyable de l’enfant de
banlieue devenu star internationale.
22.20 Le barbier de Séville
Opéra 0.45 Soir/3 1.20 Des racines
et des ailes. Magazine.
20.10 Rendez-vous avec Kevin Razy
(C) 20.25 Groland le Zapoï (C) 20.50
La semaine de Catherine et Liliane (C)
19.00 En passant par... Série documentaire. La Lorraine 19.45 Arte
journal 20.05 28 minutes. Magazine.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu 19.45
Le 19.45 20.25 En famille. Série.
Avec Yves Pignot, Marie Vincent.
21.00
20.55
21.00
Divertissement
Film. Drame
Magazine. Société
19
20.00 Au rythme des saisons. Série
documentaire 20.50 Vu
Série doc. Animalier. 2016. Réal. :
Clare Dornan et Alex Williamson.
0h45. Asie. Inédit. Comment les premiers primates se sont répandus à
travers le monde. - Afrique. Inédit.
22.25 L’odyssée des primates. Série
documentaire 23.20 C dans l’air
19.25 Les incroyables aventures de
Nabilla et Thomas en Australie
22
22
20
20
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24
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10
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APRÈS-MIDI
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10
28
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21
30
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22.40 The Controller. Film TV. Action 0.30 Diamond Dogs. Film TV.
27
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30
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30
30
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38
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30
28
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20.55 Stormageddon
Film TV. Science-fiction. EU. 2015.
Réal. : Nick Lyon. 1h22. Avec John
Hennigan. Le plus puissant programme informatique doit prédire
le comportement humain.
21
20
19
20.55 L’odyssée des primates
19
19
17
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20
20
18
17
14
19
18
17
15
23.10 Les 30 histoires impressionnantes. Divertissement.
Cameron Black :
l’illusionniste
15
32
35
33
10
36
19.10 Les constructeurs de l’extrême USA. Téléréalité.
La Gaule d’Antoine
Prés. : Antoine de Caunes. 1h25. Les
Hauts-de-France. Une visite d’État
au Touquet-Macron-Plage et la
découverte du data center d’OVH,
la très grosse start-up française qui
concurrence Google.
22.25 Chips - La relève Film. Comédie 0.05 Guyane. Série. (2 épisodes) 1.50 Howl. Film. Horreur.
Europa Europa
All-Fra. 1990. Réal. : Agnieszka Holland. 1h48. Avec Marco Hofschneider, René Hofschneider, Delphine
Forest. Un jeune Juif échappe à
l’Holocauste en endossant tour à
tour l’uniforme russe et nazi.
22.45 Crimes dans l’extase Film.
Horreur 0.05 Artur Brauner, l’aventurier du cinéma. Documentaire.
Zone interdite
Prés. : Ophélie Meunier. 1h55. Camping-car : les vacances préférées
des Français. Inédit. Si le campingcar est synonyme de liberté pour
de nombreux Français, les galères
les attendent parfois au tournant.
22.55 Zone interdite Magazine.
33
T (en °c)
20.50 Megafactories Supercars
Série doc. Science et technique.
2h40. Tesla model S. Des ingénieurs
s’affairent autour d’un nouveau
modèle de berline 100 % électrique.
- Swedish Super Car. - Lexus LFA.
23.30 Top Gear France. Magazine.
Quand «Top Gear» voyage.
Société. Vacances en camping-car :
l’aventure sur la route.
<-10 à 0
19.50 Les rois de la réno. Téléréalité.
Termitenator - Pièce rapportée.
19.05 Alerte Cobra. Série. Dans la
tête de mon père - Code fantôme.
21.00 Burger Quiz
A
Jeu. Prés. : A. Chabat. 1h45. Invités,
notamment : Kyan Khojandi, Fadily
Camara, Jérôme Commandeur.
Seize ans après son arrêt, «Burger
Quiz» a fait son grand retour.
22.40 Burger Quiz. Jeu 23.35 Une
année incroyable à Disneyland
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55 La petite histoire de France
21.00 La fabuleuse histoire
du Top 50
Documentaire. Musical. 2017. 1h50.
Le temps d’une soirée, Jérôme
Anthony fait revivre le meilleur de
cette émission culte.
22.50 Les 20 chansons préférées
des Français. Documentaire.
19.05 Touche pas à mon poste !
Divertissement.
21.00 Légion étrangère :
de l’engagement au combat
Documentaire. Société. Fra. 2018.
1h40. Plongée dans le camp Raffalli
de Calvi (Corse) avec les parachutistes de la Légion étrangère.
22.40 Forces spéciales : l’impitoyable
sélection des commandos marines
JEUDI
21.00 Les aventures de Tintin
Série. Animation. Fra. 1991. Saison 1.
3 épisodes. De retour d’Amérique du
Sud, les membres d’une expédition
sont victimes d’un mystérieux mal
et plongés dans le coma.
22.20 Les aventures de Tintin. Série
0.25 Pyros : les rois du feu d’artifice
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
26/31
26/33
19/32
21/24
14/24
21/34
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
VENDREDI
19/30
26/35
17/28
19/30
21/32
18/28
20/33
22/36
27/33
26/34
23/34
18/31
22/32
26/34
SAMEDI
18/30
20/31
20/34
17/27
23/31
18/28
12/16
25/37
27/38
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
16/28
15/27
10 à 20 20 à 30 30 à >40
22/32
21/33
22/36
27/35
27/36
lachainemeteo.com
par téléphone :
2,99 €/appel
LIVE 24/24 SUR
et sur
mercredi 1er août 2018
LE FIGARO
JEUX D'ÉTÉ
17
sU Do KU
sU Do KU
Remplir la grille avec les chiffres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
Remplir
la grille
avecde
les0chiffres
Chaque
et chaque
colonne
doit contenir
autant
que de 0
1. et
Les1. lignes
ouligne
colonnes
identiques
sont
doit
contenir
autant
de 0
1. Les
identiques
interdites.
Il ne
doit pas
y que
avoirde
plus
de lignes
deux 0ou
oucolonnes
1 placés l’un
à côté sont
interdites.
Il
ne
doit
pas
y
avoir
plus
de
deux
0
ou
1
placés
l’un
à
côté
ou en dessous de l’autre.
ou en dessous de l’autre.
FAcile
grille 555
grille 555
0
0
0
0
0
0
0
0
1
1
0
0
0
0
0
0
0
0
FAcile
0
0
1
1
0
0
0
0
0
0
0
0
En partant des chiffres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
En
des chiffres
remplissez
lesles
grilles
de manière
de partant
3 x 3 contienne
une déjà
seuleplacés,
et unique
fois tous
chiffres
de 1 à 9. à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chiffres de 1 à 9.
grille
grille
3
3
5
5
77
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
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0
0
0
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0
0
0
8
8
2599
2599
2
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4
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6
6
2
2
4
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9
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4 2
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8
4
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5
5
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5 2
2
5
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3
3
NIER
NIER
GRATTE
EN
INDE
GRATTE
EN INDE
ABÎMÉE PAR
LE TEMPS
ABÎMÉE
PAR
LE TEMPS
LETTRES
D’UNE
LETTRES
PATRONNE
D’UNE
PATRONNE
EXPÉDITION
EXPÉDITION
INUTILISABLE
INUTILISABLE
SAPENT
PLANTE
SAPENT
INDICE
GRIMPANTE
PLANTE
POIDS
GRIMPANTE DEINDICE
DE POIDS
DESSOUS
QU’ON A
DESSOUS
DESSUSA
QU’ON
DESSUS
DE LÀ
DE LÀ
DIRIGEAIS
L’AFFAIRE
DIRIGEAIS
L’AFFAIRE
INDEMNE
INDEMNE
C’EST DU
JAMAIS
VU
C’EST DU
JAMAIS VU
INUTILE
INUTILE
CAVERNE
CAVERNE
SIGNATURE
SIGNATURE
ÉLAN QUI
PERMET
DE
ÉLAN QUI
S’ENVOLER
PERMET
DE
S’ENVOLER
SES
LÉGUMES
SES
SONT
LÉGUMES
BOUILLIS
SONT
BOUILLIS
HORIZONTALEMENT
1. Demeure au calme. - 2. Offre des
courbes généreuses. - 3. Faux gardon.
Flotte dans l’Éire. - 4. Jetons sur la scène.
Frédéric Joliot-Curie fut son premier haut
commissaire. - 5. Remplacement du
quart. - 6. Familier pour Ducasse. - 7.
Foutus ou hotus. Éclat de la jeunesse. - 8.
Il marche au pas de loi. Un peu de poésie
pour clore l’épisode. - 9. Éloigne du bureau.
Avait ses quartiers dans l’Orange. - 10.
À mettre de son côté. Note. - 11. Mouille
les pages. - 12. Une vache marine qui se
termine en queue de poisson.
VERTICALEMENT
1. Tenaient le crachoir. - 2. Cela fait près de
quarante ans qu’il s’occupe des gens d’Issy
dans la joie et le bon humour (prénom et
nom). - 3. Donne une image toujours
parfaite. - 4. Conservé dans la cafetière.
Lâcher prise. Bison buté. - 5. Noire pour
Tintin. Possessif. Juron du Père Ubu. - 6.
Agiter pour calmer. Arthur n’y aurait vu
que du bleu, évidemment ! Créateur
d’utopies. - 7. Promesse électorale.
Le mal du pays. - 8. Certificat de radiation.
C’est le ciel qui l’envoie.
DÉESSE DE
LA TERRE
DÉESSE
DE
LA TERRE
POU
POU
PLACE AUX
RÊVES
PLACE
AUX
RÊVES
LIGNES
EN SUS
LIGNES
EN SUS
9
9
4
4
77
2
3
4
5
6
7
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1
2
CARACTÈRE
GREC
CARACTÈRE
GREC
COUPELLES
AU LABO
COUPELLES
AU LABO
LUTIN
SCANLUTIN
DINAVE
SCANDINAVE
TEXTO !
TEXTO !
SYMBOLE
DU
RADIAN
SYMBOLE
DU RADIAN
3
4
5
BIEN
PRONONCÉ
BIEN
PRONONCÉ
C’EST
NÉGATIF
C’EST
NÉGATIF
DÉSINENCE
VERBALE
DÉSINENCE
VERBALE
AFFREUX
AFFREUX
RV652
R D V 10 7 6
R 10 8 7 6
AV6432
AV652
BOISSON DE
CINQ DE
BOISSON
HEURES
CINQ
HEURES
RÉPÉTÉ, IL
MARQUEIL
RÉPÉTÉ,
L’IRONIE
MARQUE
L’IRONIE
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
R82
A5
7
D9
4
A D 10 4
AV54
AR765
ARD5
AR32
7
9
10
11
12
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4792
HORIZONTALEMENT 1. Identité. - 2. Niçoises.
- 3. Échelons. - 4. STO. Luta. - 5. Talée. Er. - 6.
Itou. - 7. Mocharde. - 8. Ara. Item. - 9. Bitos. Vé.
- 10. Laideron. - 11. Éloi. Ait. - 12. Senneurs.
VERTICALEMENT 1. Inestimables. - 2. Dictatoriale. - 3. Écholocation. - 4. Noé. Euh. Odin.
- 5. Tille. Aisé. - 6. Isou. Art. RAU. - 7. Tente.
Devoir. - 8. Essartements.
Le début de la séquence :
Sud Ouest Nord
Est
1
passe
1
passe
2
passe 2SA passe
?
Quelle est votre enchère en Sud avec
chacune des cinq mains ci-contre ?
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2882 : Attaque douloureuse
Contrat : Sud joue 4 Cœurs.
Entame : 8 de pour l’As d’Est qui insiste du 2 de (le 3 en Ouest).
Sur toute autre entame, vous auriez été en mesure de couper facilement un .
Mais le flanc a trouvé une attaque douloureuse. Si vous lui redonnez la main à ,
il pourra donner un troisième tour d’atout mortel. À moins que…
Maximisez vos chances d’empêcher l’adversaire détenteur du troisième atout de
rejouer en débloquant As-Roi de , avant de présenter le Roi de . Observez les
quatre jeux. Est prend de l’As mais n’a plus d’atout. Il contre-attaque à . Vous coupez
un puis défaussez un sur la Dame de . Contrat
4
juste fait. Soulagement.
654
Jouer le 6 de n’aurait pas eu le même effet, Ouest
98762
n’ayant qu’à intercaler… le Valet (meilleur que le 9,
D832
V
9
5
3
2
A D 10
au cas où Est aurait AD10 secs, non ?!) et rejouer
N
873
A2
atout pour vous battre.
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6
6
5
5
77
9
9
5
5
8
8
2
2
8
8
6
6
11
solUTioNs Des jeUx
solUTioNs
jeUx
DU NUméroDes
PrécéDeNT
DU NUméro PrécéDeNT
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Mots
Mots
fléchés
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01
10
0
01
10 1
0 10
01 01
1 1
1 1
Takuzu
Takuzu
grille
grille
554
554
2597
6
8
4
4
4
4
grille
9 2 8 7 6 1 5 4 3
TEST D’ENCHÈRES N° 2883
1 - D
2 - 10
3-D4
4-7
5-A98
6
11 6
9
9
Sudoku
Sudoku
grille 2597
Mercredi 1 août
BRIDGE
Votre main en Sud
6
6
5
5
77
eXPerT
eXPerT
11
5
5
8
8
1 0 0 1
0 01 10
01 10 01
ELLE ORNE
LE CORNE
DU
ELLE
POINÇON
LE C DU
POINÇON
Par Vincent Labbé
1
CRÉÉ PAR
LA
PENSÉE
CRÉÉ
PAR
LA PENSÉE
EXPLOSIF
TRÈS
EXPLOSIF
PUISSANT
TRÈS
PUISSANT
DIRECTION
DIRECTION
IL PASSE
SOUS
PARIS
IL PASSE
SOUS PARIS
LE
TRÉSORIER
LE
DE
TRÉSORIER
DAGOBERT
DE
DAGOBERT
LOPINS DE
GARENNE
LOPINS
DE
GARENNE
CHARENTAIS
CHARENTAIS
DRAME
LOINTAIN
DRAME
LOINTAIN
2600
2600
4 9
9
4
BOÎTE À
GÉRERÀ
BOÎTE
GÉRER
SAVOURÉE
SAVOURÉE
HABIT
D’ÉTOILE
HABIT
D’ÉTOILE
NORMALE
SUP
NORMALE
SUP
BUS DU LAIT
BUS DU LAIT
CORPS
CÉLESTE
CORPS
CÉLESTE
NIVEAU SUR
UN TATAMI
NIVEAU
SUR
UN TATAMI
MOTS CROISÉS
PROBLÈME N° 4793
SA CLÉ EST
À
SADURE
CLÉ EST
TROUVER
DURE À
TROUVER
RACONTER
RACONTER
ESPOIR
PARFOIS
ESPOIR
DÉÇU
PARFOIS
DÉÇU
CORDE
ÀCORDE
NŒUD
À NŒUD
UN OUI
UN OUI
RÉSONNER
RÉSONNER
ÉLÉMENT
D’ATOME
ÉLÉMENT
D’ATOME
MET EN
JEUEN
MET
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BARBU DE
LÉGENDE
BARBU
DE
LÉGENDE
SOIN DE
LA
PEAU
SOIN
DE
LA PEAU
LAPINE
LAPINE
ELLE
CHASSE
ELLE EN
SAVANEEN
CHASSE
SAVANE
PILIER
PILIER
COFFRE
À PAIN
COFFRE
À PAIN
CŒUR DE
BÂTARD
CŒUR
DE
BÂTARD
BALLE
RAPIDE
BALLE
RAPIDE
VÊTEMENT
EN CAOUVÊTEMENT
TCHOUC
EN
CAOUTCHOUC
MINE
LEMINE
RHUME
DU
LE RHUME
DOCTEUR
DU
DOCTEUR
SES
ARTICLES
SES
PEUVENT
ARTICLES
PIQUER
PEUVENT
PIQUER
4
4
11
3
3
9
9
2
2
6
6
Par Diane monfort
Par Diane monfort
CYCLE
CYCLE
DIGNE DE
CONFIANCE
DIGNE DE
CONFIANCE
PRIVÉS DE
VIVRESDE
PRIVÉS
VIVRES
FILET !
FILET !
3
3
11
11
moTs fléchés N° 2038
moTs fléchés N° 2038
RARETÉS
RARETÉS
COURANT
MARITIME
COURANT
MARITIME
grille
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FAcile
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S
V543
10 7 6 5
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AR
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1
2598
2598
grille
grille
9 2 8 4 1 5 7 6 3
Par Arthur Gary
moTs coUPés
moTs coUPés
Par Arthur Gary
Assemblez les huit groupes de trois lettres deux
Assemblez
les former
huit groupes
de trois
lettres
par deux pour
au moins
dix mots
dedeux
six
par
deux
former
au moins
dix mots
de six
lettres.
Unpour
même
groupe
de lettres
peut être
lettres.
Un même
groupe
de lettres
peut être
utilisé plusieurs
fois
pour des
mots différents.
utilisé plusieurs fois pour des mots différents.
A
A
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G
1
1
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8
8
10
10
A
TAKUZU
TAKUZU
mercredi 1er août 2018 LE FIGARO
18
L’ÉTÉ DU FIGARO
La Calle Mayor du Pueblo Viejo (l’ancien village) de Belchite est
une archive des violents combats entre franquistes et républicains
pendant la guerre civile espagnole. SATUR73 - STOCK.ADOBE.COM; PHOTO12
bataille de Belchite, l’une des très
rares places d’où les soldats loyaux
à la République parvinrent à déloger les rebelles franquistes. Les touristes font silence. Comme si quaBelchite est magnifique. Dès qu’il
tre-vingt-un ans après les
pénètre dans son enceinte par l’Arc
massacres, les ruines, en pierres réde la Ville, l’une des quatre portes
fractaires, retransmettaient encore
de la muraille, le visiteur est saisi
un peu de l’angoisse du village.
par la richesse de son patrimoine.
Les combats furent si féroces et,
Tout au long de la Calle Mayor, qui
à ses yeux, la défense de ses troule conduit jusqu’à l’église mudéjar
pes si brave, qu’en 1938, après
de Saint-Martin de Tours, le pasavoir définitivement repris Belsant admire le raffinement de l’archite, Franco grimpa à un balcon
chitecture Renaissance, la finesse
de la Casa Domi pour y proclamer :
des fers forgés des balcons, la hau« Sur ces ruines sera bâtie une ville
teur de la Casa Domi, le bel hôtel
grande et belle en hommage à son
particulier de cinq étages de la plus
héroïsme sans pareil. »
riche famille locale.
La guerre terminée, la
Belchite est dévastée. La
dictature
franquiste
plus belle des coupoles
décide finalement
bleutées de Saintque
la
nouvelle
Martin est percée
Belchite
sera
d’un trou de
reconstruite à
3 mètres de
côté du vildiamètre. Les
lage dévasté,
longs escaet que ce
liers, les céBelch ite
dernier resramiques et
tera en ruiles tuyautenes pour téries modernes
moigner de la
de la Casa
« barbarie des
Domi sont obRouges ». La réservables de l’exnovation est tout
térieur par les énorsimplement interdite.
mes pans du mur qui se
Le site devient un décor de
sont effondrés. Les balcons
propagande, auquel on songe
qui subsistent aux façades ne démême à faire venir tous les enfants
bouchent que sur le vide de maidu pays pour mieux leur bourrer le
sons détruites. La Calle Mayor est
crâne. Avec quelques années
comme une tranchée entre deux
d’avance, c’est un anti Oradourlignes de tas de pierres, d’où
sur-Glane, où les héros sont d’exémergent parfois quelques murs
trême droite, les méchants sont
préservés. Tout est d’un ocre morépublicains, et l’histoire priée de
nochrome, la couleur des briques
se couler dans le discours du vainfatiguées par le temps et dégradées
queur. Les habitants, eux, sont enpar le soleil.
voyés vivre dans les maisons moNotre guide, employée par l’ofdernes que le régime leur bâtit
fice de tourisme, alterne les consilentement à quelques centaines de
dérations architecturales et les exmètres. À peu de frais, grâce à la
plications
historiques.
Pilar
main-d’œuvre quasi gratuite des
évoque le style typiquement araprisonniers politiques. Le dernier
gonais de cette ville située à 50 kihabitant déménage en 1964.
lomètres au sud de Saragosse, qui a
Belchite la nouvelle est froide,
toujours vécu de l’olive et des cémalgré ses 40 degrés à l’ombre en
réales et qui hébergea jusqu’à
cet après-midi de juillet. Sa place
50 000 personnes. Puis elle signale
de la Mairie - Google Maps l’appelles collines de Cabezo del Lobo, à
le encore « place du Généralissime »
4 kilomètres de là, l’artillerie ré- est à la fois trop jeune pour que
publicaine pilonnait les combatl’on y ressente l’âme d’un village
tants franquistes qui tinrent la ville
rural et trop petite pour incarner
pendant deux semaines en août et
l’agora d’une ville nouvelle. Ses
septembre 1937, un an après le démaisons, où ne vivent plus que
but de la guerre civile espagnole.
1 500 habitants, sont trop semblaElle explique l’organisation de la
bles pour que l’on veuille les prenville, de la longue Calle Mayor aux
dre en photo, ses rues trop parallèimpasses où deux ânes peinaient à
les pour que l’on ait envie de s’y
se croiser. Puis, en nous accompaperdre. Sans doute est-on un peu
gnant au pressoir à olives où furent
dur, marqué par le contraste entre
entassées les victimes, elle estime à
l’esthétique du Pueblo Viejo (l’an6 000 le nombre de morts lors de la
MATHIEU DE TAILLAC £@mdetaillac
A
ENVOYÉ SPÉCIAL À BELCHITE
Belchite,
vestige de la
guerre civile
espagnole
[
Villes fantôm
es
3/6
« Il y a une part de mythe dans la
présentation d’une ville dévastée
par la guerre », confirme Cinca,
historien local amateur qui par son
travail de fourmi dans les archives
a fait connaître un peu mieux
l’histoire du village. Les édifices de
Belchite ont été victimes des horreurs de la guerre, certes… mais
aussi du passage du temps, de la
récupération des matériaux par les
Belchitains et du vol généralisé
perpétré par les ferrailleurs que les
pénuries de l’après-guerre avaient
débarrassés de tout scrupule.
Une Mecque
de la parapsychologie
La nouvelle Belchite a été
reconstruite à côté du village
dévasté. Ce dernier est resté
en ruines pour témoigner de
la violence des affrontements.
50 000
habitants
avant 1937
1 500
habitants
en 2018
cien village) et l’anonymat du Pueblo Nuevo (le nouveau). Attablée à
la terrasse du Sevilla, Nuria nous
parle des concerts de musique
classique, des rétrospectives des
nombreux films tournés sur place
et du dispensaire bien équipé de
Belchite. Et la vieille ville ? Elle n’y
va jamais, ou si peu. « C’est comme
si l’histoire et nos ancêtres étaient
restés au vieux village et que nous
avions recommencé de zéro dans la
ville nouvelle », dit María Ángela,
une autre habitante.
La propagande a laissé peu à peu
la place à l’indifférence. Jusqu’en
2013, qui voulait visiter le vieux
village y entrait librement. Il n’y
avait ni écriteau, ni guide officiel,
ni contrôle. C’est d’ailleurs l’une
des raisons de son délabrement. Le
livre El viejo Belchite, la agonía de
un pueblo (« Le Vieux Belchite,
l’agonie d’un village »), qu’a coordonné Jaime Cinca, permet de
comparer l’état des rues au début
des années 1940 avec leur situation
actuelle. Grâce à des photos prises
aux mêmes endroits et du même
angle, on voit comment de nombreux bâtiments de plusieurs étages qui survécurent à la guerre ont
été réduits depuis à des murets de
quelques dizaines de centimètres.
]
Elles peuvent
être le fruit de
le témoin d’u
projets immo
n passé révolu
bil
ou d’un essor iers fous,
chassé par un
industriel
e nouvelle rév
olution. D’un
du monde à l’a
coin
utre, Le Figaro
de ces villes fan
dévoile les my
figées pour tou tômes hantées par leurs spe stères
ctr
jours ou qui att
endent de rev es,
ivre.
Sans compter les profanations
d’un autre genre. À partir des années 1980, Belchite devient une
espèce de Mecque de la parapsychologie et autres sciences occultes. L’équipe d’une émission de
radio prétend avoir enregistré des
phénomènes de voix électroniques, des vrombissements
d’avions, des explosions… « Les
seuls cris que j’ai entendus au vieux
village sont ceux poussés par de
jeunes Belchitains qui s’amusaient à
faire détaler les touristes morts de
trouille ! » sourit Cinca. La version
contemporaine de ces superstitions est donnée par notre guide :
« Lors de la visite de ce matin, la
batterie du téléphone d’une personne s’est subitement déchargée et
une autre ne pouvait plus prendre
de photos. » Manque de chance, Le
Figaro a choisi la visite de l’aprèsmidi, sans incidents. Ceux qui
veulent jouer à se faire peur peuvent réserver le tour nocturne,
éclairé à la lampe de poche et
consacré aux légendes locales.
Les visites guidées ont commencé en 2013. « Un mur s’était
effondré et nous avons appris qu’en
cas d’accident la mairie pourrait
être tenue pour responsable », se
souvient José María Artigas, qui fut
conseiller municipal socialiste puis
maire de la ville. Désormais, les
touristes seront encadrés par des
guides, qui réciteront un texte rédigé par la mairie. « Nous voulions
être prudents, assure Artigas, expliquer les destructions plus que la
guerre. Nous ne voulions pas diviser
les gens. À Belchite, la population
était répartie à moitié entre franquistes et républicains. Et aujourd’hui c’est pratiquement pareil entre la gauche et la droite. »
En 2015, le Parti populaire (PP),
de droite, reprend l’hôtel de ville.
Le nouveau maire, Carmelo Pérez,
encourage les visites, qui passent
en trois ans de 15 000 à 37 000 an-
nuelles. Il augmente également les
effectifs, de trois à cinq guides. Revoit-il aussi leur discours ? « À la
marge, répond-il. Par exemple,
nous parlons désormais des nacionales [les “nationaux”, le nom par
lequel s’identifiaient les troupes
franquistes, que ne rechignent pas
à utiliser les historiens, NDLR], car
des spécialistes nous on dit que le
terme ne gênerait personne. » Artigas, l’élu socialiste, s’en offusque.
« Nous, nous avions évité le terme
de golpistas [putschistes], précisément pour ne gêner personne, et
avions retenu celui de sublevados
[littéralement, les soulevés, autrement dit les rebelles]. Cacher que
les partisans de Franco se sont soulevés contre la République légalement établie est une faute historique », proteste-t-il.
Quatre-vingts ans après la bataille, la gauche et la droite pinaillent encore sur un mot. En
parlant avec les uns et les autres,
on sent pourtant qu’ils ne sont pas
si loin de partager un même horizon pour le Pueblo Viejo. Socialistes et conservateurs considèrent
en substance que puisque ces ruines existent, qu’elles sont belles et
qu’elles attirent les touristes,
autant qu’elles servent à raconter
la guerre civile. Belchite a été prise
trois fois, par les franquistes en
1936, par les républicains en 1937
et à nouveau par les nacionales en
1938. Y a-t-il un meilleur symbole
de cette guerre terriblement fratricide où les deux camps commirent excès et atrocités ?
« Nous souhaitons que Belchite
honore la mémoire de tous et soit le
symbole de la paix, qu’aucune différence ne soit faite entre les deux
camps », indique le maire. Son opposant reconnaît qu’« il existe un
consensus sur la nécessité d’organiser les visites ». Cela peut sembler peu de chose. Mais en Espagne, c’est déjà considérable. À
400 kilomètres de là, le Valle de los
Caídos, le mausolée de Franco
construit lui aussi par des prisonniers républicains, est toujours
dépourvu du moindre écriteau et
ne compte aucune visite guidée. La
volonté du nouveau chef du gouvernement socialiste, Pedro Sánchez, d’en exhumer le dictateur
pour le faire enterrer dans une
tombe plus modeste divise les Espagnols. Belchite peut peut-être,
avant les autres, réconcilier ses
vieux fantômes. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Jing Jin, le mirage de la classe
moyenne chinoise
mercredi 1er août 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
OPINIONS
Les États-Unis, exemple ou contre-modèle ?
tweets provocateurs et revirements diplomatiques, Donald Trump est conspué
aux quatre coins du monde depuis son élection. Pour l’historien Ran Halévi, si le président américain a eu pour mérite de mettre sur la table les dérives du politiquement
correct, son populisme est
étranger aux traditions républicaines françaises. Il ne
peut donc servir d’exemple
à la droite conservatrice.
Le directeur de l’Iref, Nicolas
Lecaussin,
souligne
en
revanche les succès économiques de Trump. Avec un
dire la vérité mais de paraître véridique,
our un Français attaché
taux de chômage à 3,8 %,
pendant que les besogneux « factà nos traditions républicaines,
l’Amérique n’a aucune leçon
checkers » s’essoufflent à rattraper
l’actuel hôte de la
à recevoir de la France.
le flot ininterrompu de ses mensonges.
Maison-Blanche représente
19
■ Entre
Le trumpisme, un bien mauvais modèle
pour les souverainistes français
P
une vivante anomalie.
Nous avons sévèrement jugé
les présidents qui n’ont su incarner le
magistère auquel nous les avions élevés.
Donald Trump, lui, n’hésite pas à bafouer
toute forme de civilité en avilissant,
avec un naturel déconcertant, la haute
fonction qu’il occupe. La grossièreté
du personnage, son inculture,
son incuriosité, son irascibilité,
sa susceptibilité, son imprévisibilité,
surtout, et son usage pathologique
du mensonge le servent, apparemment,
autant qu’ils ne lui portent préjudice.
Voici un chef d’État qui préfère
aux procédures démocratiques
habituelles – qu’il connaît mal et dont
il n’a cure – les méthodes expéditives
de la téléréalité, qu’il maîtrise en virtuose
– tweets virulents, déclarations
tapageuses, insultes ciblées,
de préférence en direct, contre
des chefs d’État étrangers, des
journalistes indociles, des adversaires
politiques, des législateurs récalcitrants
et jusqu’à ses propres collaborateurs.
Lui seul possède le secret de fabrication
de son personnage, mélange détonant
de culot et d’obscénité, qui résiste
d’ailleurs à toute imitation.
Même sa manière de tordre la réalité,
ou de la fabriquer, échappe à l’ordinaire
des mensonges
politiques. Ce
président-là réduit
la vérité à un point
Pour l’historien*, la démagogie du président
de vue personnel,
milliardaire est étrangère à nos traditions
momentané,
politiques. Son nationalisme sans contenu
révisable. Ce qui lui
importe n’est pas de
ne saurait servir d’exemple en France.
RAN HALÉVI POUR « LE FIGARO »
Sa fortune, qu’il adore exhiber en
l’exagérant, les possessions qui portent
son nom en lettres géantes ont également
de quoi indisposer dans un pays comme
la France où parler d’argent relève
toujours d’une faute de goût. Trump
a la fortune vulgaire, et narcissique :
il aime la montrer mais la réserve à son
seul usage et ne songe à la gaspiller
ni dans le mécénat ni pour des œuvres
éducatives ou philanthropiques.
Tout comme il n’hésite pas à assumer
une forme de virilité, à l’heure de
l’effacement de la domination masculine.
Une virilité passablement fruste, la forme
dégradée, si l’on veut, de l’honneur
aristocratique dont Montesquieu avait
immortalisé les traits. Comme l’a noté
récemment le philosophe politique
Harvey Mansfield, M. Trump ne vise
en effet ni l’esprit de sacrifice ni l’oubli
de soi. Son robuste égoïsme lui insuffle
plutôt une soif inextinguible d’être aimé,
encensé, applaudi. Pourtant, l’espèce
d’« honneur au rabais » qu’il incarne,
pimenté par la dénonciation des élites,
continue à lui attacher ses électeurs,
nullement contrariés par sa vulgarité
et ses outrances ; ils y voient au contraire
une expression d’authenticité à laquelle
eux peuvent s’identifier.
« Toute ma vie j’ai fait des deals.
Je le fais vraiment bien. » La méthode est
bien connue : tenir l’interlocuteur dans
l’incertitude, prendre constamment
l’initiative, passer à l’offensive, forcer
l’autre à agir. Transposé au domaine
politique, ce credo n’a produit guère
de résultats. Sur les dossiers
qui l’intéressent de près – la Corée,
le commerce international, le nucléaire
iranien, la Russie –, aucune issue claire
ne se dessine à l’horizon, si ce n’est
les risques d’une guerre commerciale
et d’une sérieuse dégradation
de la situation internationale.
En France, certains reconnaissent à
M. Trump le mérite de vouloir asphyxier
l’immigration, de fustiger la tyrannie du
politiquement correct et de revendiquer
sans fard sa politique identitaire.
Faut-il rappeler que l’immigration
aux États-Unis touche des populations
et soulève des problèmes sensiblement
différents des conséquences produites
en France par l’immigration arabe
ou par la crise des migrants ?
Donald Trump a eu l’intuition
infaillible en effet de retourner contre
l’idéologie multiculturelle ses propres
arguments : aux « minorités »
qu’elle célébrait en victimes, il opposait
les laissés-pour-compte de la crise
économique, ignorés par les élites
parce qu’ils étaient blancs et n’avaient
rien de politiquement correct.
Mais il l’a fait à sa manière, démagogique,
venimeuse et autopromotionnelle.
Quant à son brevet de patriotisme,
il appelle aussi quelques correctifs.
« L’Amérique d’abord » ? Cette devise
électorale a peu à voir avec le patriotisme
et beaucoup avec le nationalisme, deux
notions que George Orwell, dans un texte
célèbre, distingue et même oppose.
Le patriotisme, c’est l’attachement
à un territoire, à une manière d’être,
nationale, culturelle, qu’on vénère mais
qu’on n’entend imposer à personne.
Le nationalisme se nourrit de la volonté
de puissance, de domination ; il est conçu
en termes de victoires et de défaites,
d’élévation et d’humiliation.
« L’Amérique d’abord » de Trump
est un nationalisme vidé de son contenu
patriotique, méfiant envers les nations
étrangères, hostile aux conventions
internationales et préférant
un pur bilatéralisme à toute forme
d’engagement multilatéral.
D’où les récriminations contre l’Otan,
l’Europe, les accords de libre-échange…
tous soupçonnés de parasiter la grandeur
américaine.
Patriote, Donald Trump ?
Voyez la consternante conférence
de presse de Helsinki, où il avalisait
les mensonges d’un autocrate étranger
sur les ingérences russes dans les
élections présidentielles américaines,
en balayant les rapports accablants réunis
par ses propres services
de renseignements et assimilés à un acte
de guerre : c’était désavouer, sans même
s’en apercevoir, l’État qu’il préside
au bénéfice de l’auteur même de
ces délits. Bref, c’était Poutine d’abord.
M. Trump a raison d’admonester
les États européens qui lésinent sur
leur contribution au budget de l’Otan.
De pointer l’incohérence
des Britanniques à vouloir se maintenir
dans la zone de libre-échange
européenne et obtenir un accord
commercial avantageux avec les ÉtatsUnis. D’évoquer la dépendance excessive
des Allemands au gaz russe. Et d’avoir
arraché la question du politiquement
correct à l’enceinte des campus
pour l’agiter sur la place publique.
Mais une chose est de reconnaître
le rôle d’« idiot utile » qu’il lui arrive
quelquefois d’assumer, une autre
de l’ériger en icône souverainiste
ce qui le ferait sans doute bien rire.
* Directeur de recherche au CNRS
et professeur au Centre de recherches
politiques Raymond-Aron.
L’Amérique de Trump, c’est 4,1 % de croissance !
O
n pourrait publier des livres
avec les moqueries
et autres railleries
à l’adresse du président
Trump. Journalistes,
analystes, spécialistes
ou politiques s’en donnent à cœur joie,
à chaque tweet c’est reparti !
Tout ce monde aurait dû se rendre
compte depuis longtemps que nous ne
sommes pas vraiment au cirque, malgré
les déclarations et tweets provocateurs
dans le style bien connu de Trump.
La rencontre récente avec le président
de la Commission européenne Juncker
a révélé un président qui ose demander
la liberté totale des échanges
commerciaux entre l’Europe
et l’Amérique et la fin des subventions
(« No tariffs, no barriers and
no subsidies ! »). Du jamais vu ! Même
Reagan ne s’y serait pas aventuré. Ce qui
confirme que, contrairement à ce qu’on
pouvait dire ou écrire ici ou là, Trump
est bien un vrai libéral adepte du libreéchange. En fait, il est en train de faire
exploser un système
hypocrite basé sur
des tarifs douaniers
et des
réglementations plus
Si le président américain est sans cesse
ou moins cachées,
conspué pour ses tweets et ses provocations,
protégés par
il obtient cependant des résultats économiques
des organisations
remarquables, argue le directeur de l’Iref
bureaucratiques
(Institut de recherches économiques et fiscales).
internationales.
NICOLAS LECAUSSIN
Il semble avoir convaincu Juncker, au
moins en partie, et il est en train de faire
la même chose avec le Nafta (traité de
libre-échange nord-américain) et avec
la Chine, quitte à forcer un peu la main
de ses dirigeants. Trump a été le premier
à dénoncer les méthodes commerciales
chinoises et la façon dont les entreprises
étrangères sont malmenées
et espionnées quand elles s’installent
en Chine. Les leaders chinois ont cru
jusqu’au dernier moment que
Trump allait renoncer à ses menaces.
Espoir perdu, il n’en a rien été.
Et cette politique marche !
La suppression des réglementations
et la baisse massive de la fiscalité ont
stimulé l’économie américaine. Le taux
de croissance économique a été de 4,1 %
au deuxième trimestre et de plus de 3 %
en rythme annuel. L’investissement des
entreprises a augmenté de 6,3 % en 2017
et de 9,4 % dans la première moitié de
l’année 2018. L’emploi est pratiquement
en surchauffe en Amérique. Le taux
de chômage est descendu à 3,8 % (mai)
et les employeurs ont de plus en plus
de mal à embaucher. Impressionnantes
sont aussi les statistiques concernant
les minorités. Le taux de chômage de
la population noire est tombé à 5,9 %,
ce qui ne s’était jamais produit depuis
que ces données existent (1972) ! Et celui
des hispaniques est à seulement 4,9 %.
Les inscriptions au chômage atteignent
le niveau de… 1973. Autre point crucial :
comme les entreprises manquent
de main-d’œuvre, elles ont de plus en
plus tendance à embaucher des jeunes
à partir de 16 ans. Et selon le Labor
Department, leur taux de chômage
est extrêmement bas : 13,9 % pour
les 16-19 ans, 7,2 % pour les 20-24 ans.
Les revenus des Américains ont
augmenté de 3,4 % au premier trimestre
et la hausse va continuer grâce à la baisse
des impôts. En moyenne, les ménages
vont payer, en 2018, 2 000 dollars
d’impôts de moins qu’en 2017. Les
entreprises ont aussi largement profité
de la baisse de l’IS (impôt sur les sociétés)
de 35 % à 21 %. Environ 600 grandes
entreprises ont déjà accordé des primes
et des hausses de salaires à leurs
employés. Le 25 mai dernier, Trump
a signé trois décrets qui donnent
la possibilité à l’administration fédérale
de licencier très facilement
les fonctionnaires qui ne sont pas
performants. C’est une réforme très
concrète. Le président américain a aussi
affaibli le pouvoir des fonctionnaires
syndicalistes, dont le temps consacré
aux activités du syndicat est de plus
en plus limité : pas plus de 25 % du temps
de travail. Quand on pense à
nos syndicalistes à temps plein payés
par l’administration… De même, les
embauches des fonctionnaires fédéraux
se feront de manière transparente, les
contrats seront même publiés en ligne,
afin de court-circuiter les syndicats.
L’année dernière, plus
de 2 500 fonctionnaires fédéraux ont
été licenciés, 80 % de plus qu’en 2016.
Rappelons que l’Amérique compte
3,6 millions de fonctionnaires fédéraux
pour une population de 326 millions
d’habitants. En France, nous avons
2,4 millions de fonctionnaires d’État
pour 67 millions d’habitants.
Mais Trump n’obtient pas seulement
des résultats économiques. Il est devenu
le garant des valeurs conservatrices
et un rempart contre le « progressisme »
ambiant. Il veut en finir avec la plaie
de la discrimination positive dans
les universités américaines et avec
les dérives du politiquement correct.
Les juges qu’il a nommés à la Cour
suprême seront les défenseurs
de ses idées et, vu les sondages,
la population américaine semble de plus
en plus acquise à sa politique. Tout
n’est pas gagné mais quels changements
et quelles réformes pour quelqu’un
considéré comme un « demeuré » !
Pendant ce temps, en France,
la croissance économique au deuxième
trimestre est à… 0,2 %. Le taux
de chômage, lui, est remonté à 9,2 %
au premier trimestre, ce qui place
(Eurostat) notre pays en 25e position
parmi les 28 membres de l’Union
européenne ! Qu’importe ! À défaut
de croissance, Alexandre Benalla passe
au « 20 Heures », le peuple et les
chômeurs peuvent dormir tranquilles.
“Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais
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mercredi 1er août 2018 LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
20
[
Les rencontr
inattendues es
Rien ne les
3/6
PAUL-FRANÇOIS PAOLI
« Pouvons-nous nous serrer la
main ? » C’est par ces mots que
Lucien Rebatet accueillit chez lui
George Steiner, à l’époque où celui-ci n’était pas encore mondialement renommé pour des travaux littéraires et philosophiques
d’une portée exceptionnelle qui
lui permettront d’enseigner aussi
bien aux États-Unis qu’en Europe.
Nous sommes un matin du mois
de
mars
1964.
George
Steiner est venu à Paris faire la
promotion de Tolstoï ou Dostoïevski, son premier essai traduit et
publié en France. Il donne des entretiens au Figaro littéraire et aux
Lettres françaises et, surprise,
lorsqu’on le questionne sur les romans qui comptent le plus pour lui
ces dernières années, ne tarit pas
d’éloges
sur
Les
Deux
Étendards de Lucien Rebatet,
l’auteur maudit des Décombres.
Celui qui échappa au peloton
d’exécution en 1945, notamment
grâce à l’intervention de Mauriac,
qu’il avait injurié en évoquant « sa
figure torve de faux Greco » dans
ce pamphlet qui se vendit à des
dizaines de milliers d’exemplaires
pendant l’Occupation, couve une
retraite tranquille dans un pavillon de la banlieue parisienne.
Rebatet, dont de Gaulle aurait dit
qu’il n’était pas digne d’être fusillé, avait commencé sa carrière
littéraire comme critique musical
dans L’Action française avant de
“
J’ai écrit beaucoup
de choses outrées,
cruelles, que je ne
signerais plus
aujourd’hui.
J’ai contribué
à accroître la brutalité
de notre siècle
A
RUE DES ARCHIVES/LOUIS MONIER, LOUIS MONIER/RUE DES ARCHIVES
LUCIEN REBATET
”
dériver vers un pronazisme qui
provoquera la vindicte de Maurras, lequel le qualifiera un jour de
« nabot malsain et impulsif ». On
n’était pas économe dans l’invective, ces années-là… ! Mais ce
n’est pas par masochisme que le
« Juif Steiner », comme l’appelle
Rebatet, souhaite rendre visite à
un paria des lettres françaises. Ce
qui intéresse le grand critique littéraire, c’est le lien mystérieux
qui peut exister entre l’infamie et
le talent. Comment cet homme
ivre de son propre fiel a-t-il pu
composer Les Deux Étendards, roman d’amour courtois que Steiner
tenait pour une œuvre aussi forte
que La Semaine sainte d’Aragon ?
Publié chez Gallimard sur les
conseils de Camus en 1951, ce roman de 1 300 pages écrit à Clairvaux durant les années de captivité du journaliste, a comme fil
conducteur la passion de deux
amis, Régis et Michel, pour une
jeune fille sublime de grâce.
Régis, qui va devenir prêtre, aime
Anne-Marie. Il veut la convaincre
de renoncer à l’amour terrestre
pour l’absolu de l’amour divin en
devenant novice dans un ordre
féminin. Il veut aussi convertir
Michel, mais il échoue. Celui-ci
lui ravit Anne-Marie. Il lui fait
découvrir la volupté, mais leur
amour ne survivra pas aux décombres de la désillusion. « Régis
et son Dieu triomphent mais sur les
ruines de tout bonheur humain »,
écrit Rebatet. Dans ce roman qui
contient de belles envolées
lyriques et sensuelles, l’amour
n’est pas « l’infini mis à la portée des caniches » (Céline), c’est le sens de la
vie. À travers cette
ode à la jeunesse,
c’est aussi de l’éter-
]
prédisposait à
se croiser,
à converser,
à s’e
univers étaien stimer, tant leurs
t différents. Et
pourtant...
Fils d’émigrés juifs viennois,
George Steiner quitte la France
en 1940 afin d’échapper aux
nazis. Universitaire brillant, il
étudie les grandes œuvres
littéraires et philosophiques
et les problèmes de sens que
posent leurs traductions. En
1964, il n’a encore publié qu’un
essai, Tolstoï ou Dostoïevski.
« Pouvons-nous
nous serrer
la main ? »
[
1964
]
Comment le jeune intellectuel juif
en vint à demander à rencontrer le
sulfureux auteur des « Décombres ».
Critique à L’Action française
et à Je suis partout,
auteur en 1942 du pamphlet
Les Décombres, il est
condamné à mort en 1946
pour collaboration. Gracié,
il sort de prison en 1952
et publie Les Deux Étendards.
nelle confrontation entre paganisme et christianisme qu’il est
question. Un christianisme que
Rebatet, ancien élève des maristes, exècre autant que ce judaïsme dont Steiner est, à ses yeux,
une incarnation. Entre celui qui
ne jure que par Nietzsche et Céline et le défenseur d’une tradition
morale qui honnit toute forme de
violence, un dialogue improbable
va pourtant se nouer.
Mais, avant de se voir, Steiner
et Rebatet se sont d’abord écrits.
Après avoir pris connaissance
d’un article publié dans le Sunday
Times où Steiner évoque Les Deux
Étendards, Rebatet lui envoie une
lettre où il le complimente. Dans
cet essai, Steiner classe les écrivains en deux familles : ceux qui
sont du côté de Dostoïevski et
ceux qui aiment Tolstoï. Rebatet
est du côté de Dostoïevski, tout
antichrétien qu’il soit. Il écrit à
Steiner : « Bien que probablement
vous le sachiez, je crois honnête de
préciser que je suis un demi-maudit, à peu près pour les mêmes raisons qu’Ezra Pound et Céline avec
lequel je fus lié d’amitié. Journaliste politique depuis 1934, j’ai été
antisémite, j’ai pris parti en 1940
pour la collaboration. Dans la violence de ces batailles, j’ai écrit
beaucoup de choses outrées, cruelles, que je ne signerais plus aujourd’hui. J’ai contribué à accroître la
brutalité de notre siècle. Mais je
partage cette responsabilité avec
d’innombrables hommes et si je
devais faire mon mea culpa je voudrais que d’autres le fassent avec
moi. »
Steiner lui répond le 30 janvier
1964 par une lettre qui commence
par ces mots : « Je suis juif. » Il
poursuit : « Si je fais des fautes de
syntaxe, ce dont j’ai doublement
honte devant vous qui êtes maître
de cette langue - c’est que j’ai dû
quitter la France en 1940 avant que
les tueurs de la Gestapo ou de la
milice dont vous étiez ne m’eussent
tué moi et les miens. Je sais que ce
furent des enfants de cet âge-là
qui, grâce à vos actions, sont
morts hurlant de peur et de soif
dans les trains scellés et les hauts
fours de Belsen. » Il en vient à
l’œuvre de Rebatet. « Je voudrais
savoir, au risque de perdre toute
croyance en l’homme, comment
celui qui a su créer Anne-Marie et
Michel peut être aussi Lucien Rebatet. » Courroucé par cette lettre
à laquelle il ne répond pas, Rebatet est bien décidé à ne jamais
rencontrer Steiner, mais celui-ci
lui téléphone. C’est sa femme Véronique qui décroche et convainc
son mari de le recevoir. Quelques
heures plus tard, les
voilà face à face. Quand Rebatet
lui demande : « Pouvons-nous
nous serrer la main ? », Steiner répond : « Mais bien sûr, M. Rebatet. » Véronique leur sert un
whisky, et la conversation s’engage. Ils parlent de littérature, de
Dostoïevski et de Tolstoï et naturellement des Deux Étendards. On
évite la politique. L’entretien
dure une heure et demie. Et voici
ce que lui dit Steiner avant de
s’en aller : « Un homme comme
vous, un homme comme moi, oui,
notre réconciliation serait vraiment un acte de civilisés, un acte
qui porterait loin. Si c’est bien votre désir, vous pouvez frapper à
ma porte quand il vous plaira. »
Rebatet semble acquiescer à sa
proposition. Quelques jours plus
tard, Steiner lui écrit de Cambridge où il enseigne : « Un mot
pour vous dire que je viens d’écrire
à Alfred Knopf, le plus grand des
éditeurs américains, qu’il faudrait
traduire en anglais Les Deux
Étendards. Je lui ai parlé de ce
merveilleux roman, tout en disant
aussi quel est pour moi le mystère
de l’homme qui a conçu Anne-Marie et qui est le journaliste de Je
suis partout. Sombre ironie que ce
soit un Juif qui recommande à un
autre Juif votre œuvre. Mais notre
maladie héréditaire c’est d’être
juste envers ce qui est grand dans
le monde de l’Esprit. »
Tout en étant reconnaissant à
Steiner, Rebatet campe sur ses
positions. « Je lui ai exposé mon
thème habituel de la confession générale des crimes. Alors je serais le
premier à reconnaître les miens.
Mais je me refuserai toujours à
battre ma coulpe seul », écrit-il.
Rebatet ne renie rien de son passé, s’il reconnaît ses excès. À ses
yeux, les Juifs sont ontologiquement coupables depuis toujours.
Il a, dans son journal, cette incroyable formule venant d’un
homme qui allait disparaître en
1972 : « L’antisémitisme renaîtra
mais à 60 ans j’ai peu de chance
“
Un homme comme
vous, un homme
comme moi, oui, notre
réconciliation serait
vraiment un acte
de civilisés, un acte
qui porterait loin
GEORGE STEINER
”
d’y assister. » Qui peut dire qu’il a
eu tort ? Quelques années plus
tard, Steiner reviendra de son
enthousiasme au sujet des Deux
Étendards : « Mon envoûtement
n’a pas survécu au temps écrivaitil en 2003. Il est des pages superbes mais les longueurs sont excessives et je sais maintenant qu’il y a
dans cette œuvre un kitsch sentimental fondamental. » Il ajoutait :
« Rebatet dans son journal exagère
la cordialité de notre brève rencontre. Le personnage m’inspira et
m’inspire un dégoût profond. Mais
son œuvre pose la question qui est
au centre de mon travail : comment la barbarie peut-elle engendrer des œuvres rayonnantes ? Les
Deux Étendards débordent de lyrisme et de passions spirituelles.
L’auteur en était un triste salaud
qui avait au moins la décence de ne
pas se repentir. J’ai voulu comprendre. » En vain, peut-être…
Mais quel contraste entre cette
époque où de talentueux ennemis
pouvaient se rencontrer pour
tenter de s’expliquer et la nôtre
où la haine, la bêtise et la vulgarité s’expriment à distance à travers les réseaux sociaux ! ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Françoise Hardy
et Emmanuel Berl
mercredi 1er août 2018 LE FIGARO - N° 23 007 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
RYANAIR :
LE PDG DIT ADIEU
À SON BONUS
lefigaro.fr/economie
NOTAIRES
BERCY VA REVOIR À LA BAISSE
SON OBJECTIF DE 2 %
DE CROISSANCE POUR 2018 PAGE 24
TOUS LES POSTES CRÉÉS
PAR LA LOI MACRON N’ONT PAS
TROUVÉ PRENEUR PAGE 25
économie
MEZZOTINT/SHUTTERSTOCK, JEAN_CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO,
Les députés votent la loi
avenir professionnel
Avec ce texte, le gouvernement opère une refonte des systèmes de formation
professionnelle et d’apprentissage. Un pari ambitieux. PAGES 22 ET 23
Le FMI partisan d’un allègement de la dette grecque
Mieux vaut se répéter que se
contredire. Le Fonds monétaire international, qui présentait mardi
son étude annuelle sur la Grèce, a
appelé à nouveau les États européens créanciers à « fournir un allègement supplémentaire de la dette,
après une réévaluation des perspectives économiques ».
L’accord conclu en juin dernier
avec les créanciers européens s’est
en effet contenté d’un allongement
des périodes de remboursement,
évitant de véritables remises de
le PLUS du
FIGARO ÉCO
SÉRIE D’ÉTÉ
« Farina », phénomène
éditorial de l’année
en Espagne
PAGE 26
LA SÉANCE
DU MARDI 31 JUILLET 2018
CAC 40
5511,30
+0,37%
DOW JONES (18h)
25450,27 +0,57%
ONCE D’OR
1220,95 (1223,80)
PÉTROLE (lond)
74,400 (74,950)
EUROSTOXX 50
3529,40 +0,49%
FOOTSIE
7748,76 +0,62%
NASDAQ (18h)
7256,59 +0,88%
NIKKEI
22553,72 +0,04%
dette, qui auraient été coûteuses
pour leurs contribuables. La dette
grecque représente encore aujourd’hui 178 % du PIB du pays. Le FMI
reconnaît, certes, que l’accord avec
les partenaires européens permet à
Athènes d’avoir désormais accès à
des financements à moyen terme
sur les marchés privés. Mais l’organisation financière internationale
de Washington considère que
l’amélioration du baromètre d’endettement « sera difficile à tenir ».
Les nouvelles prévisions du FMI pour
l’économie grecque restent sensiblement en deçà du scénario des institutions européennes. Ces dernières
croient que la Grèce est capable d’atteindre et de maintenir un excédent
budgétaire (hors service de la dette)
de 2,2 % du PIB tout en soutenant
une croissance annuelle de 3 %, rappelle le FMI. Pour sa part, celui-ci estime que la croissance, qui a été de
1,7 % en 2017, atteindrait entre 2 %
et 2,4 % l’an prochain, mais qu’il est
difficile d’envisager un excédent
budgétaire de plus de 1,5 % du PIB.
De même, le reflux du chômage
s’annonce assez lent, passant d’un
taux de 21,5 % l’an dernier à 19,9 %
en 2018 et 18,1 % en 2019.
Ces progrès sont confrontés à des
risques importants, souligne le FMI,
citant le resserrement des conditions financières inhérent à la sortie
du programme d’aide de ces huit
dernières années, ainsi que le calendrier de politique intérieure. Et plus
généralement le risque d’une « fatigue des réformes » de la part de la
population.
L'HISTOIRE
Le succès du pet-sitting à l’heure
des grands départs en vacances
C
hien, chat, hamster, tortue…
Les Français sont fous
des animaux de compagnie. Selon
l’institut Ipsos, un Français sur
deux en aurait au moins un. C’est
dire… Seulement voilà, nos amies les bêtes
ne sont pas toujours acceptées
sur les lieux de villégiature ;
pas toujours facile,
donc, de parcourir
la planète avec son animal
de compagnie dans le sac
à dos. Alors que la SPA
constate une hausse
systématique des
abandons durant la période
estivale, de nombreux
services se sont mis
en place pour répondre
à cette problématique.
Visites à domicile, nuitées
sur place ou placement en
« familles d’accueil »… Les
réseaux se multiplient pour
mettre en relation les
pet-sitters (souvent des
retraités ou des étudiants
à la recherche d’un petit
complément de revenu) et les propriétaires en
vacances. « On constate une réelle explosion
du phénomène », explique Benjamin Suchar,
fondateur de Yoopies, une plateforme en ligne
qui a vu le nombre de profils dans la garde
d’animaux multiplié par quinze en trois ans,
pour atteindre 186 000 cette année. Pour les
propriétaires, la solution semble financièrement
attractive : alors que le prix
d’une place en chenil oscille
généralement entre 15 et
30 euros par jour, le tarif
du pet-sitting est de
11,33 euros par jour en
moyenne en 2018, selon
Yoopies. Le concept séduit
aussi par sa simplicité,
la géolocalisation permettant
de trouver
un pet-sitter à proximité
en quelques clics. Sur
le même principe, le Web
voit émerger des modèles
gratuits entre amoureux
des animaux. Cette fois-ci,
aucune contrepartie, juste le
plaisir de rendre service… ■
ALICE KACHANER
Le geste de Michael O’Leary est
d’autant plus louable qu’il porte sur
un million d’euros… c’est, en effet, le
probable coquet bonus - équivalant
à un an de son salaire - qu’il était en
droit d’empocher au titre de l’exercice 2017-2018, clos fin mars sur un
bénéfice record. Si le patron de
Ryanair vient de décider de dire,
haut et fort, adieu à ce million, c’est
en raison de la récente crise des annulations de vols de la compagnie à
bas coût, explique le rapport annuel
publié ce lundi.
Ryanair y rappelle qu’à l’automne
2017 un problème de planning de pilotes a entraîné un grave conflit social et des annulations portant au
total sur 20 000 vols. Cette crise et
le malaise social qu’elle a révélé ont
toutefois poussé la compagnie à
changer complètement d’attitude.
Elle qui avait toujours refusé de reconnaître les syndicats de différents pays, a accepté d’effectuer à
cet égard un virage à 180 degrés.
Elle a en effet entamé des négociations avec tous ces syndicats.
Ryanair est parvenue à signer des
accords avec plusieurs syndicats,
sans mettre un point final au conflit.
Les discussions sont restées tendues dans plusieurs pays.
À tel point que Ryanair a dû affronter, la semaine dernière, une grève
sans précédent de son personnel de
cabine dans pas moins de quatre
pays européens, à laquelle s’est
ajouté un mouvement de la part de
pilotes irlandais.
Le groupe n’a cessé de fustiger ces
mouvements sociaux et a averti
qu’ils pourraient l’obliger à supprimer des vols et des emplois, avant
de mettre sa menace à exécution.
Il a ainsi annoncé la semaine dernière qu’il réduisait le nombre de ses
vols au départ de Dublin pour l’hiver
2018. Il a prévenu que jusqu’à
300 emplois, 100 de pilotes et
200 de personnels de cabine,
étaient en jeu.
En attendant, Michael O’Leary, qui
avait déjà obtenu un bonus de
950 000 euros sur l’exercice précédent, a de quoi se consoler, conservant son salaire, de 1,06 million
d’euros, mais également 1,25 million
d’euros de rémunération en actions.
A.-S. C. (AVEC AFP)
Sous pression,
Procter & Gamble
augmente ses prix
Quand Coca-Cola rit, Procter
& Gamble pleure… Alors que
les géants mondiaux de
l’agroalimentaire, Danone,
Nestlé comme Coca-Cola, se
félicitent d’appétissants résultats au premier semestre, le
fabricant américain de produits ménagers et d’hygiène
(Gillette, Ariel, Always, Pampers, Head& Shoulders, Vicks)
déçoit et fait son mea culpa.
Les ventes trimestrielles ont
été plombées par une baisse
des prix et des volumes dans
les rasoirs. Le chiffre d’affaires
a augmenté de 2,63 %, à
16,50 milliards de dollars, au
quatrième trimestre de l’exercice fiscal 2017-2018 et de
2,7 % à 66,83 milliards pour
l’ensemble de l’exercice,
moins qu’attendu. Le résultat
net annuel a plongé de 36,4 %,
à 9,75 milliards de dollars.
Ne profitant pas de la bonne
conjoncture qui redynamise la
grande consommation, victime de nouveaux concurrents
de niche et des changements
de goût des consommateurs,
Procter & Gamble a promis ce
mardi, par la voix de son PDG,
Maurice Taylor, d’accélérer
« les changements dans l’organisation et la culture interne
afin de surmonter ces défis »
sans rien annoncer. Si ce n’est
une augmentation des prix,
qui coupe court à la politique
de baisse actionnée, en vain.
Une décision qui risque d’affecter les ventes négativement « à court terme », selon
la société, mais qui aura à terme des effets « positifs », assure-t-elle.
En attendant, ses rasoirs sont
chahutés par des marques
chères aux millennials, dont
Dollar Shave Club (Unilever).
Sous pression de l’investisseur
activiste Nelson Peltz, qui
l’exhorte à sabrer ses coûts et
à se recomposer, Procter &
Gamble a cédé plus de 3 % en
préséance avant de regagner
0,17 % à 80,38 dollars, mardi
en séance à Wall Street.
A.-S. C. (AVEC AFP)
A
CONJONCTURE
mercredi 1er août 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Le pari ambitieux de la loi avenir profession
L’Assemblée nationale procède mercredi au vote final des réformes de la formation, de l’apprentissage et de l’assu
MANON MALHÈRE £@ManonMalhere
SOCIAL Après plusieurs mois
d’intenses discussions et de nombreux bras de fer avec les partenaires sociaux, les régions et l’opposition au Parlement, le
gouvernement devrait tenir sa
promesse de boucler l’acte II des
réformes sociales avant la fin de
l’été. Ce mercredi, le projet de loi
avenir professionnel (qui réforme
la formation, l’apprentissage et
l’assurance-chômage) doit être
définitivement adopté par l’Assemblée nationale réunie en session extraordinaire. Ce projet intervient près d’un an après
l’adoption des ordonnances réformant le Code du travail qui accordent de la flexibilité aux entrepri-
ses - l’acte I des réformes sociales
du gouvernement.
L’objectif de l’exécutif est désormais bien connu : mener un
véritable « big bang » des systèmes de formation professionnelle
et d’apprentissage en vue de favoriser la montée en qualification
des individus, accroître leur employabilité et, à terme, faire baisser le chômage. Fini, donc, les
subventions à tout-va des politiques de l’emploi, comme ce fut le
cas avec les contrats aidés.
« Dans un monde en pleine mutation, avec un marché du travail
qui évolue extrêmement vite, chacun doit pouvoir choisir de se former, être acteur de sa vie professionnelle et non plus la subir. La
compétence est la meilleure des
protections », a récemment dé-
claré Muriel Pénicaud, la ministre
du Travail, dans une interview accordée au Figaro. Le défi est toutefois extrêmement ambitieux.
Ces réformes structurelles, qui visent à impulser un changement de
paradigme, n’auront pas d’effets
immédiats et rien n’est encore gagné. « Nous n’avons même pas fait
50 % du travail », reconnaît-on
d’ailleurs au ministère du Travail.
Transformation culturelle
D’abord, parce qu’une
centaine de décrets doivent encore être
adoptés d’ici à la fin
de l’année. Ensuite,
parce que la réussite de ces réformes
Pourcentage des jeunes
dépendra en granapprentis qui trouvent
de partie de leur
70 %
mise en œuvre opérationnelle, qui
s’étalera sur plusieurs mois. En
outre, le « big bang » tant attendu
n’aura pas lieu si les acteurs ne s’en
emparent pas. « Comme il s’agit de
transformations culturelles, c’est un
pari, reconnaît cette même source
gouvernementale. Il va falloir aller
au-delà des décrets et continuer à
marteler les messages. »
Changer les mentalités et les habitudes n’est évidemment pas une
mince affaire. Concrètement, pour
encourager les individus à acquérir des compétences, le gouvernement mise sur la refonte du compte personnel de formation (CPF)
dont dispose chaque actif pour se
un emploi après
leur formation
former. L’accès à ce compte sera
considérablement simplifié. Encore faut-il que les personnes se
l’approprient et l’utilisent. Et
qu’elles choisissent des formations
adaptées pour améliorer leur employabilité… Dans ce contexte, la
capacité des entreprises à anticiper la transformation des métiers
et les besoins en compétences
s’annonce cruciale.
Sur l’apprentissage, l’exécutif
s’est fixé le pari audacieux de faire
décoller cette filière encore souvent perçue comme une voie de
garage, alors même qu’elle
a fait ses preuves. Les
chiffres
parlent
d’eux-mêmes :
70 % des jeunes apprentis trou-
Ce qui va changer
concrètement
Le projet de loi avenir professionnel vise à favoriser la formation des individus et leur insertion
sur le marché du travail. De nouveaux filets de sécurité sont prévus
en cas d’erreur de parcours.
les salariés
uPour
Le compte personnel de forma-
tion (CPF) dont dispose chaque actif pour se former sera rénové. Ce
compte sera alimenté en euros et
non plus en heures. Chaque année,
il sera crédité de 500 euros
(plafonné à 5 000 euros) et de
800 euros pour les salariés peu
qualifiés (plafonné à 8 000 euros).
Avec cet argent, les salariés pourront payer une formation de leur
choix sans passer par un intermédiaire, via une application mobile.
Elle fournira diverses informations
comme le taux d’insertion dans
l’emploi à l’issue d’une session.
Les salariés pourront solliciter un
conseiller en évolution professionnelle pour les orienter dans
leur choix.
les jeunes
uPour
L’apprentissage, qui permet aux
jeunes d’apprendre un métier en
alternant cours théoriques et formation en entreprise, sera plus attractif. Pour chaque contrat d’apprentissage conclu entre un jeune
et une entreprise, un financement
sera désormais garanti. L’embauche pourra se faire tout au long
de l’année et non plus durant les
quatre premiers mois du cycle
scolaire. En cas de rupture du
contrat, le jeune ne perdra plus
son année car il pourra continuer
sa formation au sein d’un centre de
formation d’apprentis (CFA).
Autres mesures clés : la rémunération mensuelle que touchent les
apprentis sera rehaussée et une
aide de 500 euros sera octroyée
aux jeunes d’au moins 18 ans pour
les aider à financer leur permis de
conduire. La limite d’âge pour
s’inscrire dans la filière passera de
26 à 30 ans.
les chômeurs
uPour
Afin de tenir compte des situa-
tions personnelles, les chômeurs
détermineront avec leur conseiller
de Pôle emploi l’offre raisonnable
d’emploi (ORE) qu’ils ne peuvent
refuser plus de deux fois. Dans
certaines régions, ils devront tenir
un journal de bord mensuel sur
leur recherche d’emploi. Il s’agit
d’une expérimentation qui vise à
« améliorer
l’accompagnement
personnalisé », selon le texte. Par
ailleurs, les sanctions prises à l’encontre des chômeurs qui manquent à leurs obligations seront
revues et les effectifs de contrôles
renforcés.
Pour les démissionnaires
A
uLes salariés qui veulent se re-
convertir ou créer une entreprise
pourront démissionner et bénéficier d’un droit à l’assurance-chô-
mage identique à celui des chômeurs, selon des conditions
strictes. Ils devront avoir cotisé
à l’Unedic pendant cinq ans
(un décret est à venir sur ce
sujet). Le projet professionnel
sera examiné en amont et devra présenter un « caractère
réel et sérieux ». Sa réalisation
sera contrôlée par Pôle
emploi.
uPour les indépendants
Les indépendants - chefs d’entreprise, autoentrepreneurs… pourront être indemnisés en cas
de redressement ou de liquidation
judiciaire s’ils disposaient de ressources suffisamment élevées. Par
décret, le montant maximal de
l’indemnisation devrait être fixé à
800 euros par mois pendant une
période de six mois.
7%
les travailleurs
uPour
des plateformes
Les plateformes du type Uber ou
Deliveroo auront la possibilité
d’établir des chartes sociales pour
encadrer la relation de travail avec
leurs collaborateurs. Ce sont ces
travailleurs indépendants souvent
qualifiés d’« économiquement dépendants » car, même s’ils exercent une activité sans contrat de
travail, ils peuvent avoir un lien de
subordination avec la plateforme.
Ces chartes devront, par exemple,
préciser les mesures pour garantir
des prix décents aux prestations
fournies ou encore améliorer les
conditions de travail. L’objectif est
double : améliorer la protection
sociale des collaborateurs tout en
sécurisant les plateformes face au
risque de requalification des
contrats en salariat.
Les plateformes devront également abonder le compte personnel
de formation (CPF) des collaborateurs dont le chiffre d’affaires dépasse un certain seuil. Le montant
doit encore être défini par décret.
les travailleurs
uPour
détachés
Dans certains cas précis, les salariés issus d’un pays européen
pourront plus facilement être détachés en France par leurs employeurs pour effectuer une activité temporaire. Les procédures
administratives encadrant le détachement seront en effet simplifiées
lorsque, par exemple, des artistes
viennent effectuer des prestations
ponctuelles. Ou encore, lorsque
des entreprises frontalières détachent des travailleurs en France.
Par contre, si un travailleur est détaché en France de façon illégale,
l’entreprise étrangère responsable
sera exposée à une amende d’un
montant pouvant aller jusqu’à
3 000 euros - contre 2 000 euros
aujourd’hui. Et si cette entreprise
ne s’acquitte pas de son amende,
l’activité en France pourra être
suspendue. ■
M. M.
Pourcentage des jeunes
de 16 à 25 ans
en apprentissage
En
« France,
nous
conservons
une vision
très négative
du handicap,
contrairement
à des pays
comme
le Canada
»
SOPHIE CLUZEL,
SECRÉTAIRE D’ÉTAT
CHARGEE
DES PERSONNES
HANDICAPÉES
Sophie Cluzel : « Nous voulons favoriser l’in
des personnes handicapées dans l’emploi
Sophie Cluzel est secrétaire d’État
chargée des Personnes handicapées depuis mai 2017. Fondatrice
de plusieurs associations de scolarisation d’enfants en situation de
handicap, elle se bat depuis plus
de vingt ans pour l’insertion de
ces personnes.
LE FIGARO.- La France fait partie
des mauvais élèves en matière
d’insertion dans l’emploi
des personnes handicapées.
Pourquoi ?
Sophie CLUZEL.- Il y a un
consensus depuis longtemps
pour dire que l’on peut franchement faire mieux en matière
d’insertion dans l’emploi des
personnes handicapées. En 1987,
une loi a été adoptée pour imposer aux entreprises d’employer 6 % de personnes
handicapées dans leurs
effectifs. Mais force est
de constater que, trente
ans après, le bilan est
loin d’être satisfaisant
et à la hauteur des enjeux. Le taux d’emploi des personnes
handicapées est d’environ 3 % aujourd’hui
et je n’ai pas envie
d’attendre trente ans de plus pour
que les entreprises atteignent le
quota de 6 %… alors que leur taux
de chômage est de 19 %, soit deux
fois plus que celui de l’ensemble
des demandeurs d’emploi. On doit
faire mieux. En France, nous
conservons une vision très négative du handicap, contrairement à
des pays comme le Canada. Certes,
certains grands groupes ont mis en
place des directions Handicap extrêmement actives mais cet enjeu
est moins pris en compte par les
PME et les TPE. C’est un fait, l’emploi des travailleurs en situation de
handicap n’est toujours pas dans
l’ADN des employeurs.
Que prévoit le projet de loi
Avenir professionnel
pour améliorer la situation ?
Ce projet de loi contient plusieurs
dispositions concrètes qui visent à
inverser, enfin, la tendance. Afin
d’inciter les entreprises à respecter l’obligation d’emploi de 6 %,
les déclarations d’embauche des
personnes handicapées seront facilitées et automatiquement intégrées à leur déclaration sociale
nominative (DSN). Parallèlement,
seul l’emploi direct sera pris en
compte dans le quota de 6 %. Les
entreprises ne pourront plus
contourner légalement cette obligation en comptabilisant les prestations fournies par des structures
extérieures qui accueillent des
personnes en situation de handicap comme, par exemple, les établissements ou services d’aide par
le travail (Esat). C’est un changement majeur qui vise à dynamiser
l’insertion dans des entreprises
ordinaires.
Les entreprises peuvent
rencontrer des difficultés
à recruter des personnes
handicapées en raison
de leur faible qualification.
Que prévoit le texte sur ce point ?
Le projet de loi prévoit des mesures incitatives à l’embauche de
jeunes handicapés en contrat
d’apprentissage. Par ailleurs, le
compte personnel de formation
(CPF) des travailleurs handicapés
sera financièrement majoré.
Il reste que le frein à l’embauche
des personnes handicapées
est avant tout culturel.
Et ce n’est pas un projet de loi
qui va changer la donne…
Nous agissons sur tous les fronts et
c’est en ce sens que nous opérons
LE FIGARO
ÉCONOMIE
nel
23
États-Unis : la croissance reste solide,
la Fed maintient sa trajectoire monétaire
rance-chômage.
vent un emploi après leur
formation. Le gouvernement a
ainsi procédé à une transformation
radicale du système : l’apprentissage ne sera plus administré par les
régions mais piloté par le monde
professionnel, de façon plus souple,
afin de coller davantage aux besoins des entreprises. Reste à voir si
les mentalités évolueront suffisamment chez les enfants, les parents,
les entreprises et surtout à l’Éducation nationale, qui a pour habitude
de privilégier les parcours scolaires traditionnels. ■
mercredi 1er août 2018
Aucune hausse de taux n’est attendue pour cette réunion estivale.
Les prochains resserrements sont prévus en septembre et en décembre.
La
meilleure
et la première
protection
contre
le chômage
est la
compétence
»
MURIEL PÉNICAUD,
MINISTRE DU TRAVAIL
ANNE CHEYVIALLE
£@AnneCheyvialle
AMÉRIQUE Les derniers indicateurs de l’économie américaine,
marquée par une forte croissance
au deuxième trimestre, devraient
conforter le resserrement monétaire progressif de la Fed. Après les
deux hausses de taux décidées en
mars et en juin, cette nouvelle
réunion de deux jours de la Réserve fédérale américaine devrait se
terminer mercredi soir par un statu quo. Le consensus prévoit deux
relèvements de taux de 25 points
de base en septembre et décembre, alors qu’ils se situent actuellement entre 1,75 % et 2 %.
Pour ce rendez-vous estival, il
n’y a ni conférence de presse ni
publication de nouvelles prévisions économiques, juste un
communiqué qui confirmera la
bonne santé économique des
États-Unis. « Il va mettre à jour
quelques adjectifs sur la croissance
solide et les gains d’emploi et d’investissement forts », commente
Valentin Bissat, économiste à la
banque Mirabaud.
50 %
Pourcentage des emplois
qui seront transformés
au cours des dix
prochaines années
PART DES SALARIÉS AYANT
ACCÈS À LA FORMATION
PROFESSIONNELLE
66 %
CADRES
De fait, le PIB a nettement accéléré au deuxième trimestre, à 4,2 %,
en rythme annuel, après un début
d’année en demi-teinte et les créations d’emploi continuent de bien
se porter, au rythme de 211 000 ce
mois-ci. Quant au chômage, en dépit d’une légère remontée, il est
toujours à un niveau très bas, de
4 %. De quoi nourrir la forte
consommation, soutenue aussi par
une inflation modérée, et la grande
réforme fiscale de Donald Trump.
Critique de Trump
« La relance budgétaire du président contribue à un point de PIB,
surtout les baisses d’impôt pour les
entreprises et, de façon plus marginale, les dépenses d’investissement
en infrastructures et liées à la défense nationale », note Hervé Goulletquer, de La Banque postale Asset
Management. Les chiffres d’inflation, publiés ce mardi pour juin, se
situent dans la cible des 2 % de la
Fed. La hausse des prix, hors alimentation et prix de l’énergie, s’est
maintenue pour le troisième mois
d’affilée à 1,9 % sur un an.
Au-delà du statu quo, les risques
pesant sur l’économie mondiale, le
premier d’entre eux lié aux tensions
commerciales, devraient alimenter les
débats du comité de politique monétaire.
Jerome Powell, le président de la Fed, a
récemment tiré la sonnette d’alarme sur
l’impact négatif d’une guerre commerciale orchestrée par Washington. « Il le
relève comme risque potentiel mais ne
l’intègre pas au scénario », tempère Valentin Bissat.
Les banquiers centraux de la Fed ne
manqueront pas d’évoquer, dans leurs
discussions, la récente critique du président américain contre leur politique de
hausse de taux qui renchérit le dollar et
risque de nuire à la croissance américaine. Cette question taraude les experts. À
quel moment, après un cycle exceptionnel, la dynamique va-t-elle marquer le
pas et pourrait-elle infléchir la politique
de la Fed ? Des effets commencent à se
ressentir sur l’immobilier, sur les ventes
et les nouvelles constructions, liées au
renchérissement du crédit.
« Les marchés estiment que le cycle de
resserrement de la Fed est déjà bien avancé », note William de Vijlder, chef économiste à BNP Paribas, qui table sur une
baisse de régime aux États-Unis en 2019.
Mettant en avant la conjoncture mondiale moins porteuse et l’effet estompé
de la relance américaine. ■
Jerome Powell,
président
de la Fed,
à Washington,
le 17 juillet.
JAMES LAWLER
DUGGAN/REUTERS
38 %
L’Afrique séduit les investisseurs étrangers
OUVRIERS
sertion
ordinaire »
une véritable révolution culturelle
et proposons un changement de
paradigme. Avec un mot d’ordre :
favoriser l’insertion dans l’emploi
ordinaire. Car dès qu’une personne
handicapée s’intègre dans une entreprise, ça marche ! C’est pourquoi il n’est plus question de mener
une politique du handicap à part ou
spécifique, mais d’inclure les personnes handicapées dans le droit
commun. L’enjeu principal est de
diffuser cette culture dans les entreprises et, en particulier, dans les
PME et TPE. Nous venons d’ailleurs
de lancer une nouvelle phase de
concertation, avec les organisations patronales et syndicales ainsi
qu’avec les associations, qui débouchera à l’automne sur des mesures concrètes.
Quels sont les enjeux
de cette nouvelle concertation ?
L’objectif est de renforcer l’accompagnement global des personnes
handicapées vers l’emploi et de faciliter leur recrutement. Pour ce
faire, il faut décloisonner les mondes des professionnels de l’emploi
et du handicap en vue d’encourager la rencontre entre les personnes
handicapées et les employeurs. ■
RECUEILLI PAR M. L. ET M. M.
PART DES SALARIÉS AYANT
CHOISI EUX-MÊMES
DE SUIVRE UNE FORMATION
28 %
CADRES
12 %
EMPLOYÉS
6%
OUVRIERS
PART DES SALARIÉS ACCÉDANT
À LA FORMATION
Suède, Suisse
70 %
Danemark, Pays-Bas
60 %
France
50 %
Source : ministère du Travail
Infographie
ARNAUD ROBIN/LE FIGARO MAGAZINE, SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO, /ROBERT KNESCHKE/STOCK.ADOBE.COM, FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
34 %
Les entreprises internationales parient sur la croissance
démographique et l’émergence d’une classe moyenne.
ARMELLE BOHINEUST £@armelella
DÉVELOPPEMENT Faut-il croire
dans le potentiel de l’Afrique ? Les
investisseurs internationaux présents sur le continent n’ont aucun
doute. Selon l’étude annuelle de
l’agence Havas et de l’Institut
Choiseul, la quasi-totalité des
responsables interrogés se dit optimiste et 80 % d’entre eux ont
l’intention de renforcer leurs investissements d’ici à 2023.
La croissance du PIB, qui passera de 2,2 % en 2016 à 4 % en
2018 selon la Banque africaine de
développement (BAD), ne découle
pas seulement de la reprise mondiale et du redressement des matières premières. La dynamique
s’appuie aussi sur des atouts spécifiquement africains, explique
Jean-Philippe Dorent, directeur
général d’Havas Horizons. Elle est
stimulée par une demande intérieure soutenue, liée à l’émergence d’une classe moyenne importante, et par la mise en œuvre de
grands projets d’infrastructure
aux quatre coins du continent.
En 2017, sur les 180 milliards de
dollars de flux financiers internationaux reçus par l’Afrique, près
de 50 milliards ont été des investissements directs venant en premier lieu de Chine, selon le panorama conjoint de l’OCDE et de la
BAD.
« La population africaine va
doubler d’ici à 2050, c’est un énor-
me potentiel pour le développement
économique du continent. La croissance africaine passera forcément
par cette nouvelle génération qui
souhaite entreprendre et qui transmettra une certaine confiance aux
investisseurs », souligne JeanChristophe Brindeau, directeur
général de CFAO Retail. Pour les
sociétés interrogées, Société générale, Axian, Janngo, Microsoft
ou encore Sanofi, l’Afrique de
l’Ouest et l’Afrique de l’Est, et plus
particulièrement la Côte d’Ivoire,
le Kenya, le Nigeria et le Ghana,
recèlent le plus d’opportunités.
Modèle spécifique
d’innovation
Les services financiers, qui se sont
beaucoup développés ces dernières années, en volume et en qualité, occupent cette année la première place des secteurs à fort
potentiel. La grande distribution,
portée par les besoins liés à la
croissance démographique et à
l’émergence d’une classe moyenne, arrive en seconde position
devant l’énergie.
En raison du manque d’infrastructures traditionnelles, comme
le téléphone fixe, les produits et
services numériques se développent plus vite qu’ailleurs. Les investisseurs, qui évoquent un modèle « typiquement africain de
l’innovation », caractérisé par « sa
grande flexibilité et son adaptabilité aux réalités locales », misent
davantage sur l’innovation. C’est
le cas du Kenya, où se multiplient
les incubateurs de start-up, de
l’Afrique du Sud, du Rwanda, du
Nigeria ou encore du Maroc.
Autre atout, le climat des affaires semble s’être amélioré, expliquent les entreprises interrogées
tandis que l’ONG Transparency
International note les progrès du
Rwanda, de la Côte d’Ivoire ou du
Sénégal. Mais l’instabilité politique, qui représente selon l’étude
« le premier danger pour la sécurité et la profitabilité des avoirs », et
la corruption restent les principaux freins au développement.
L’amélioration de la gouvernance
demeure le plus grand défi du
continent. ■
Allonger leurs délais de paiement
aiderait les entreprises africaines
Et si les fournisseurs
étrangers accordaient
des délais de paiement
aux entreprises d’Afrique ?
L’assureur crédit Euler
Hermes propose d’octroyer
30 jours de délai de paiement
aux sociétés du continent
qui doivent souvent payer
comptant ou à l’avance,
en particulier les plus petites.
Cette augmentation du
besoin en fonds de roulement
leur permettrait de gonfler
leur trésorerie de quelque
33,5 milliards de dollars
et de financer, par exemple,
l’accroissement de leur
productivité, explique
le leader mondial de
l’assurance-crédit. Les pays
exportateurs de pétrole
(Algérie, Nigeria, Angola,
Libye) et ceux d’Afrique
de l’Est (Kenya, Éthiopie)
seraient les principaux
bénéficiaires d’une telle
mesure.
A. BOH.
A
EMPLOYÉS
mercredi 1er août 2018 LE FIGARO
24
ENTREPRISES
Le gouvernement
va revoir à la baisse
la croissance 2018
L’affaire Benalla pourrait provoquer un report
de l’examen du projet de loi Pacte.
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
CONJONCTURE Couper la poire
en deux. Suite à la prévision « décevante » de croissance du produit
intérieur brut (PIB) au premier semestre, Bruno Le Maire, ministre
de l’Économie et des Finances, a
confirmé mardi matin, au micro
de BFMTV, que le gouvernement
allait revoir à la baisse son objectif
annuel pour 2018. C’est une claque symbolique pour Emmanuel
Macron, qui avait, tout au long de
L’inflation signe cet été son retour
via la hausse du prix du pétrole
Selon la première estimation
de l’Insee, l’inflation a atteint
un pic en juillet à 2,3 %, après
2 % en juin. « Cette nette
hausse proviendrait
essentiellement d’une
accélération sur un an
des prix de l’énergie et,
dans une moindre mesure,
des services », avancent
les experts de l’Insee.
Sous l’effet de la hausse
du baril du pétrole, les prix
de l’énergie se sont envolés
de 14,3 % sur un an. Le retour
de l’inflation - qui va grignoter
les gains de pouvoir d’achat
attendus des mesures
fiscales entrant en vigueur à
l’automne (baisse de la taxe
d’habitation et des cotisations
salariales) - complique
la donne de l’exécutif.
Dans sa dernière note
de conjoncture, l’Insee
estimait que l’inflation
se stabiliserait autour de 1,7 %
d’ici à la fin de l’année.
A. G.
sa première année à l’Élysée, bénéficié d’un véritable état de grâce sur le front économique.
D’autant que le ralentissement de
la croissance, a été confirmé par
des résultats décevants sur le
front du chômage au deuxième
trimestre. Selon Pôle emploi, entre avril et juin, le nombre de personnes sans aucune activité a
augmenté de 0,1 %.
L’exécutif prend donc acte qu’il
ne tiendra pas son objectif… sans
pour autant s’aventurer à communiquer encore de nouvelle prévision de croissance. L’annonce
est réservée pour la présentation
de loi de finances 2019, fin septembre. « Nous prendrons notre
décision à la rentrée en nous appuyant sur les indicateurs conjoncturels de l’été, explique-t-on dans
l’entourage du ministre. Si nous
revoyons la croissance, nous présenterons une nouvelle trajectoire
sur plusieurs années. »
Dans le programme de stabilité, envoyé en avril à la Commission européenne, l’exécutif tablait sur une croissance solide de
2 % en 2018 puis 1,9 % en 2019,
après un très solide 2,3 % l’année
dernière. Aujourd’hui, la majorité des instituts de prévision, dont
l’Insee et la Banque de France,
estime que la croissance française
tournera entre 1,7 % et 1,8 %. Ce
Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, et Gérald Darmanin, ministre du Budget (ici le 9 avril,
à Paris), peaufinent en ce moment la loi de finances 2019. FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
décalage s’explique essentiellement par la consommation atone
des ménages au premier semestre. Les grèves dans les transports, au sein de la SNCF et d’Air
France, les tensions commerciales internationales et la hausse du
prix du baril du pétrole ont également pesé.
Déficit de 2,8 %
Selon toute logique, sauf nouvelle
dégradation durant l’été toujours
possible en raison des incertitudes
internationales, la nouvelle prévision du gouvernement devrait
donc se rapprocher du consensus.
Bercy retomberait ainsi, peu ou
prou, sur son estimation initiale. À
l’automne 2017, le budget avait
été en effet bâti sur une hypothèse
de croissance de 1,7 %.
Seul hic, cette croissance de
1,7 % s’accompagnait dans la loi
de finances d’un déficit de 2,8 %,
dégradé par rapport aux 2,6 % de
2017 et surtout bien supérieur aux
2,3 % qui ont été promis à Bruxelles en avril. Afficher un déficit,
certes toujours inférieur à 3 %
mais en augmentation sur un an
serait évidemment très délicat
pour le gouvernement. Cela affaiblirait notoirement la voix française en Europe, à l’heure de rudes
négociations sur l’avenir de la
zone euro. Las, à mi-année, la
marge de manœuvre pour redresser la barre est ténue. Reste pour
le gouvernement à espérer que les
rentrées fiscales du deuxième semestre resteront soutenues.
La rentrée s’annonce donc tendue pour Bruno Le Maire, qui
peaufine en ce moment avec son
collègue du Budget, Gérald Darmanin, la loi de finances 2019. Les
arbitrages actuels sur le calendrier
parlementaire pourraient néanmoins, bien contre la volonté du
EDF se prépare à prolonger l’activité de Fessenheim
L’électricien publie de bons résultats semestriels, portés par l’hydraulique et le nucléaire.
8,2
milliards
d’euros
Montant de l’excédent
brut d’exploitation
d’EDF au premier
semestre 2018
DELPHINE DENUIT £@ddenuit
ÉNERGIE Contraint de reporter
d’un an, à fin 2019, le démarrage
de l’EPR de Flamanville 3 (Manche), EDF s’organise pour prolonger d’autant l’exploitation de la
centrale nucléaire de Fessenheim
(Haut-Rhin). Pour ce faire, l’électricien a annoncé mardi l’arrêt
pour maintenance de deux des
réacteurs de la centrale alsacienne
afin de prolonger leur exploitation
jusqu’au quatrième trimestre
2019, date prévue de l’entrée en
service du réacteur de troisième
génération de Flamanville.
Depuis la loi de transition énergétique, il est en effet prévu que la
mise en route de l’EPR coïncide
avec l’arrêt de la centrale alsacienne vieillissante. Le retard du
démarrage de l’un entraîne donc
le report de fermeture de l’autre.
L’hydraulique fait le plein
L’annonce en a été faite mardi, en
marge de la publication des résultats semestriels, confirmant que
« 2018 est l’année du rebond »
pour EDF, selon les termes de son
PDG, Jean-Bernard Lévy.
Le groupe, détenu à 83,7 % par
l’État, affiche des résultats supérieurs aux attentes, avec une marge brute d’exploitation en hausse
de 17,7 %, à 8,2 milliards d’euros
au premier semestre, grâce à l’effet combiné d’une hausse de la
production d’électricité nucléaire
et hydraulique.
La production électrique nucléaire a grimpé de 2,7 % (à
202,6 térawattheures, TWh) du
fait d’une meilleure disponibilité
du parc par rapport à l’année dernière, où plusieurs réacteurs
avaient dû être stoppés. Et grâce
aux pluies abondantes de printemps, la production des 400 barrages hydrauliques a atteint son
plus haut niveau depuis quinze ans
(+ 37,6% à plus de 29 TWh).
Le bénéfice net d’EDF est en revanche en recul de 13,9 %, à
1,7 milliard d’euros, par rapport
au premier semestre 2017 qui avait
enregistré une exceptionnelle
plus-value de cession. L’électricien en profite pour revoir à la
hausse ses perspectives pour l’ensemble de l’année. Le groupe vise
désormais un bénéfice avant impôts et intérêts (Ebitda) compris
entre 14,8 et 15,3 milliards d’euros
contre entre 14,6 et 15,3 milliards
d’euros auparavant. Parallèlement, EDF a finalisé son plan de
cessions (10 milliards d’euros prévus sur la période 2015-2018) et
précise négocier la vente d’un
portefeuille d’actifs immobiliers.
Enfin, interrogé sur les rumeurs
d’une scission entre les activités
nucléaires et renouvelables d’EDF,
Jean-Bernard Lévy s’est dit prêt à
travailler avec l’État. « Mais nous
ne sommes pas au courant que l’État
nous ait demandé de regarder quelque scénario spécifique que ce
soit », a rejeté le PDG. Le titre a
clôturé mardi à Paris en hausse de
3,1 %, à 12,80 euros. ■
Eau, déchets : le marché en pleine effervescence
Suez a signé pour 1 milliard d’euros de nouveaux contrats en France depuis début janvier.
20
contrats
A
gagnés ou renouvelés
par Suez au premier
semestre
ANNE BODESCOT
abodescot@lefigaro.fr
ENVIRONNEMENT En France, le
dynamisme du marché de la gestion de l’eau ou des déchets ne se
dément pas. Alors qu’une vague de
contrats arrive à échéance depuis
2015, un nombre croissant de collectivités sont prêtes à repenser
leur gestion en la matière, pour
améliorer le service rendu aux usagers, mieux intégrer la protection
de l’environnement (tri, recyclage…) et profiter des progrès permis
par les nouvelles technologies.
Le premier semestre a même été
si fructueux qu’il a permis à Suez,
un des leaders mondiaux du secteur, d’engranger près de vingt
contrats dans l’Hexagone depuis le
début de l’année, pour environ
1 milliard d’euros. « La conjoncture économique dynamique nous a
aidés, comme des projets d’aménagements d’envergure, à l’image du
Grand Paris », explique MarieAnge Debon, la nouvelle directrice
générale France de Suez, qui voit
se multiplier les grands appels
d’offres lancés par les métropoles.
« De plus en plus de communes se
regroupent, parfois à trente autour
de la table, pour avoir le même opérateur, harmoniser leurs tarifs,
profiter d’un effet de taille et s’offrir
une gestion plus sophistiquée »,
souligne-t-elle.
Ces derniers mois, le groupe tricolore a ainsi poussé ses pions
dans le télérelevé des compteurs.
Après avoir remporté le contrat du
renouvellement des compteurs
d’eau parisiens l’an passé, il va déployer 58 000 compteurs connectés pour le Syndicat des eaux Durance Ventoux (Vaucluse) et
assurera la gestion d’eau potable
pour 28 communes, pour dix ans.
À la clé, un chiffre d’affaires cumulé de 70 millions d’euros.
Du numérique pour mieux
gérer les réseaux
« L’intérêt pour l’Internet des objets
est frappant, et nous utilisons ces
technologies par exemple pour le
traitement intelligent des eaux
usées », relève Marie-Ange Debon.
Suez a ainsi obtenu le renouvellement du contrat d’exploitation de
la station d’épuration de l’Eurométropole de Strasbourg, pour 5 ans et
un chiffre d’affaires cumulé de
75 millions d’euros.
À compter du 1er janvier prochain, le groupe tricolore assurera
aussi la collecte et le transport des
eaux usées des Hauts-de-Seine. Ce
contrat de 387 millions d’euros sur
12 ans embarque lui aussi de nouvelles technologies, avec notamment le développement d’une maquette numérique 3D des réseaux,
qui permet d’en optimiser la gestion. Pour limiter les risques
d’inondation, un outil de gestion
prédictive des réseaux sera également mis en œuvre pour diminuer
les rejets vers le milieu naturel
quand la période et le climat ne s’y
prêtent pas. Autre cheval de bataille : la propreté urbaine. Après
avoir gagné ce marché à Marseille,
Suez vient de le remporter pour le
centre historique de Bordeaux,
pour 10 millions d’euros sur 5 ans. ■
ministre, alléger son agenda. Initialement, l’ancien ténor de LR
devait défendre à l’Assemblée en
septembre, juste avant la loi de finances, son projet de loi Pacte sur
la croissance des PME.
Cet ordre pourrait être bousculé par l’affaire Benalla. Les
commissions d’enquête parlementaire qui en ont découlé ont
en effet provoqué un report du
vote de la réforme constitutionnelle. Le gouvernement doit désormais décider s’il recale dès la
rentrée l’examen de ce texte
phare du quinquennat, quitte à
reporter les débats sur Pacte à
2019, ou s’il opte pour le schéma
inverse. Bruno Le Maire, qui doit
s’entretenir mercredi avec le
président, plaidera bien sûr pour
la seconde voie. Un nouveau décalage de Pacte serait politiquement douloureux pour le ministre des Finances. ■
EN BREF
PFIZER INQUIET
DU DOLLAR FORT
£ Le premier laboratoire
pharmaceutique américain
affiche de solides résultats
au deuxième trimestre :
le bénéfice net a bondi de 6 %,
à 3,87 milliards de dollars,
grâce à une hausse de 4,4 %
des ventes de médicaments.
Mais Pfizer prévient que
le dollar, qui s’est beaucoup
apprécié de mi-avril à mijuillet face à l’euro, au yuan
et au yen, rognera ses ventes
annuelles. Sa rentabilité en sera
peu affectée.
SMCP OPTIMISTE
£ Le groupe de prêt-à-porter
SMCP (Sandro, Maje et Claudie
Pierlot) relève ses objectifs 2018
après des ventes supérieures
aux attentes, en hausse de près
de 13 % au deuxième trimestre,
à 241,3 millions d’euros.
Elles ont été très dynamiques
en Chine et en ligne.
Pour l’année, SMCP anticipe
une croissance des ventes
supérieure à 13 %, contre 11 %
à 13 % auparavant.
EMBRAER
DANS LE ROUGE
£ Le brésilien Embraer, dont
la division commerciale doit
être rachetée par Boeing d’ici
à fin 2019, affiche une perte
nette de 126,5 millions
de dollars au deuxième
trimestre, contre un bénéfice
de 61,7 millions sur la même
période en 2017. Il évoque
une baisse des livraisons dans
l’aviation commerciale et les
jets d’affaires, une chute des
recettes en défense et les effets
d’une forte hausse des coûts
de développement de l’avion
militaire de transport KC-390.
+@
» Transports alternatifs :
comment se déplacer
dans Paris sans Autolib’ ni Vélib’
www.lefigaro.fr/economie
LE FIGARO
mercredi 1er août 2018
ENTREPRISES 25
Notaires : la réforme
victime de son succès
Les zones d'installation
de notaires
jusqu'en 2020
Paris
700 notaires auront le droit de s’installer d’ici à 2020. Les
postes créés par la loi Macron n’ont pas tous été pourvus.
MATHILDE VISSEYRIAS £@MVisseyrias
SERVICES « Le premier bilan est un
succès, assure Isabelle de Silva, présidente de l’Autorité de la concurrence. Le nombre très important de
candidatures montre que la réforme
des notaires était très attendue. Elle
n’a pas affaibli la profession. Il y
avait beaucoup d’incertitudes, qui
peuvent être apaisées. L’économie du
secteur reste très saine, et les taux de
marge très importants. » Trois ans
après la loi Macron, qui ouvre à la
concurrence la profession, les sages
de la Rue de l’Échelle préconisent
l’installation de 700 nouveaux notaires pour 2018-2020, deuxième
étape de l’application de la libéralisation. Selon eux, c’est un rythme
de croisière, après un effet initial de
rattrapage. Les instances de la profession n’ont pas obtenu de pause.
Depuis le début, les notaires en
place contestent la réforme, dont le
but est double : corriger les déséquilibres démographiques du notariat
(certaines zones en ont trop,
d’autres pas assez) et favoriser l’installation de jeunes professionnels.
Avant, pour s’installer, il fallait racheter un - très coûteux - office ou
accéder par concours à l’une des ra-
res places vacantes ou créées. Il n’y
en a eu que 60 entre 2005 et 2013.
À l’horizon 2024, l’Autorité porte
désormais le potentiel d’installations entre 1800 et 2300. Dans un
premier temps - de septembre 2016
à septembre prochain -, elle en
avait recommandé 1 650.
Plus de 36 000 candidatures ont
été enregistrées, permettant à la fois
un rajeunissement et une féminisation de la profession. En effet, 57 %
des nommés pour les créations sont
des femmes. Et l’âge moyen est de
35-37 ans, alors que la moyenne de
la profession est de 49 ans.
Malgré cet engouement, le cap
des 1 650 ne sera pas franchi. Il
manque encore entre 100 et
200 installations. « L’objectif ne
sera pas totalement atteint, a reconnu la présidente de l’Autorité.
La première année, la machine ne
s’est pas totalement mise en marche. » Elle y voit les conséquences
d’une réforme victime de son succès. De nombreux désistements
ont aussi ralenti le processus.
« Il apparaît indispensable de prendre des mesures pour rendre la procédure plus efficace, sans porter atteinte
aux principes posés par la loi », indiquent les sages dans leur avis. Le recours à un tirage au sort manuel a
mobilisé 5 personnes pendant 76 demi-journées. Recourir à une procédure électronique ne prendrait que
quelques minutes et réduirait le coût
administratif du dispositif. Autre
piste d’amélioration : limiter le
nombre de candidatures par personnes physiques et par zones, afin de
réduire l’afflux de demandes et
mieux garantir leur sérieux.
Rennes
Nantes
Proposition
de zones d’installation
de nouveaux notaires
pour la période 2018-2020
Lyon
Bordeaux
Zone d’installation
contrôlée
Zone d’installation libre
Départements
non concernés
« Le cadre est
très contraignant »
Isabelle de Silva milite aussi pour
plus de souplesse commerciale.
« Nous pensons qu’il faut libérer les
possibilités de communication et de
publicité, sans que cela porte atteinte
aux conditions déontologiques, affirme-t-elle. Le cadre est très contraignant. Nous proposons de l’assouplir
et d’abaisser les seuils de remises
autorisées à 20 %, alors qu’elles sont
aujourd’hui plafonnées à 10 %. »
Ces recommandations font suite
à la publication d’une nouvelle carte identifiant les zones d’installation
des notaires. Certaines sont libres
(zones vertes), d’autres contrôlées
(orange). Ce découpage du territoire fait partie des nouvelles missions
attribuées à l’Autorité dans le cadre
de la loi Macron. Il est actualisé tous
les deux ans, pour tenir compte de
Toulouse
Marseille
Source : Autorité de la Concurrence
Infographie
EN BREF
l’évolution de l’offre et de la demande. En juin 2016, la première
carte instaurait 247 zones vertes et
60 orange. La deuxième mouture
est modifiée à la marge, faisant apparaître 16 zones orange de plus. Il
s’agit surtout de zones rurales
(Guingamp, Millau, Montbard…)
qui deviennent contrôlées après
l’installation d’offices supplémentaires. Dans ces zones, l’Autorité
estime que l’offre de services notariaux est suffisante, ne nécessitant a
priori plus la création de nouveaux
offices. ■
TROIS TRAINS
SUR QUATRE
À MONTPARNASSE
£ La SNCF prévoyait mardi
trois trains sur quatre
au départ et à l’arrivée
de la gare Montparnasse pour
ce mercredi, confirmant un
retour progressif à la normale
après le rétablissement
de l’alimentation électrique
haute tension. La compagnie
doit encore « annuler certains
de ses trains pour des raisons
de disponibilité de matériel »,
le centre de maintenance
des TGV ayant aussi subi
la coupure d’électricité.
Sanofi promet d’accélérer au second semestre
Le groupe compte sur ses activités vaccins, les maladies rares et ses nouveaux produits.
17,3
milliards
d’euros
Le chiffre d’affaires
de Sanofi est stable
au 1er semestre 2018,
malgré la perte
du brevet Lantus
(insuline)
PHARMACIE Après un premier semestre 2018 difficile, Sanofi promet
de renouer avec la croissance dès la
seconde partie de l’année. « L’accent mis sur la médecine de spécialité, ainsi que notre position de leader
dans les marchés émergents et les
vaccins, devraient nous permettre
d’entrer dans une nouvelle phase de
croissance », a déclaré Olivier
Brandicourt, directeur général du
groupe pharmaceutique français,
en marge de la publication, mardi,
des résultats du second trimestre.
Marqués par un recul de 5,7 % des
ventes, à 8,17 milliards d’euros, et
une baisse de 7,9 % du résultat net
des activités, à 1,55 milliard, ces résultats ont été affectés par plusieurs
phénomènes (taux de change, frais
de restructuration…), dont l’impact
de la perte du brevet du Lantus, un
best-seller de Sanofi prescrit pour
traiter les patients diabétiques. Aux
États-Unis, la perte du brevet a
donné un coup d’arrêt aux ventes,
qui
ont
lourdement
chuté
(- 33,9 %). Ce qui a entraîné un recul global (- 11,9 %) des ventes
« diabète » sur le seul deuxième trimestre. Même si le Lantus s’est
maintenu sur d’autres continents et
a même progressé (+ 14,7 %) dans
les pays émergents, Sanofi estime
avoir passé « le pic de la chute des
ventes du Lantus ».
Sanofi a aussi pâti de la saisonnalité de son activité vaccins, traditionnellement plus dynamique au
second semestre, grâce aux antigrippaux. Sanofi, leader mondial
des vaccins contre la grippe saisonnière, réalise plus de 30 % de son
activité Vaccins (5,1 milliards) avec
les quelque 200 millions de doses
antigrippales livrées tous les ans.
Au total, sur le semestre, l’activité est restée stable à 17,3 milliards
d’euros, grâce à la bonne santé des
médicaments vendus sans ordon-
nance, de l’activité pharmacie et
des traitements contre les maladies
rares du sang.
Croissance
dans l’hémophilie
Au second semestre, Sanofi veut renouer avec la croissance grâce à son
activité vaccins, à la montée en
puissance de nouveaux médicaments en cours de déploiement
commercial, à l’instar du Dupixent
(contre les dermatites atopiques
chez l’adulte), déjà lancé aux ÉtatsUnis en mars 2017, ainsi qu’à l’apport en chiffre d’affaires de l’activité maladies rares du sang.
Cette nouvelle « franchise »,
dans le jargon de Sanofi, a été créée
début 2018 afin de regrouper tous
les actifs dans ce domaine après les
rachats, en janvier 2018, de l’américain Bioverativ, spécialiste de
l’hémophilie, et de la biotech belge
Ablynx, dont le nouveau produit
LA SÉANCE DU MARDI 31 JUILLET
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 44,08
♣
AIR LIQUIDE ..................................
109,5
AIRBUS ..............................................106
ARCELORMITTAL SA ..................................
27,515
ATOS .............................................. 114,85
AXA ..............................................
21,6
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
55,67
BOUYGUES ..............................................
37,61
CAPGEMINI ..............................................
109,8
CARREFOUR ..............................................
15,36
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,015
DANONE ..............................................67,21
ENGIE .............................................. 13,815
ESSILOR INTL. ..................................126,2
HERMES INTL ..................................541,6
KERING ..............................................456
L'OREAL ..............................................
209,5
LEGRAND ..............................................62,84
LVMH .............................................. 298,85
♣
MICHELIN ..............................................
110,1
%VAR.
+HAUTJOUR
+1,17
44,43
+0,74 109,75
-1,01 107,26
+1,49 27,695
-0,3
115,4
+1,03
21,705
+1,03 56,09
+0,16
37,76
-0,63 110,4
+0,39
15,45
+0,97
12,14
+0,03 67,9
+0,11
13,92
+0,24 126,2
+0,18 542,6
-1,62 464,5
+1,11 210,2
-1,94 64,24
+0,07 300,15
-0,81
111,15
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,36
108,4
105,76
26,765
110,95
21,33
54,95
37,35
107,9
15,3
11,845
67,2
13,715
125,45
535,2
451,7
207
61,5
293,8
109,85
0,507
0,241
0,144
0,199
0,553
0,326
0,394
0,154
0,471
0,493
0,338
0,293
0,232
0,286
0,068
0,232
0,09
0,435
0,105
0,309
+2,51
+4,24
+27,71
+1,48
-5,36
-12,67
-10,57
-13,16
+11,03
-14,86
-12,93
-3,92
-3,63
+9,79
+21,37
+24,83
+13,27
-2,1
+21,78
-7,9
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................14,615 +0,1
PERNOD RICARD ..................................
137,95 +0,69
PEUGEOT ..............................................
24,61 +0,29
♣ 54,66 +0,89
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
75,29 +0,44
SAFRAN ..............................................
106,05 -1,03
SAINT GOBAIN ..................................
38,075 +1,22
SANOFI ..............................................74,37 +0,57
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
68,84 +0,2
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
38,11
+1,84
SODEXO ..............................................94,68 -0,23
SOLVAY ..............................................117,25 +3,44
STMICROELECTRONICS .............................
18,605 -0,35
TECHNIPFMC ..................................27,67 -2,91
TOTAL .............................................. 55,86 +1,29
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
189,85 +0,24
VALEO .............................................. 42
-2,46
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,535 +0,75
♣
VINCI .............................................. 86
-0,14
VIVENDI ..............................................22,2
+3,74
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,685
138,45
24,77
54,84
75,73
107,3
38,22
74,66
69,24
38,325
95,32
118,65
18,89
28,7
56,08
191
43,06
19,71
86,52
22,67
14,58
136,6
24,27
53,94
74,73
105,65
37,49
72
68,04
37,435
94,68
115,1
18,425
27,67
54,6
189,05
41,95
19,28
85,68
22,02
%CAP.ECH
0,248
0,179
0,486
0,386
0,286
0,215
0,499
0,241
0,316
0,71
0,253
0,593
0,247
0
0,261
0,275
3,387
0,345
0,201
0,626
31/12
+0,97
+4,55
+45,15
-3,51
-10,27
+23,44
-17,19
+3,51
-2,85
-11,48
-15,5
+1,16
+2,2
+7,04
+21,32
-32,55
-8,18
+0,1
-0,98
LES DEVISES
(Cablivi) a reçu un avis favorable du
comité européen du médicament.
Ce qui est de bon augure, puisque
l’Agence du médicament tient
compte de son avis avant de se prononcer. Sa décision concernant
l’autorisation de mise sur le marché
(AMM) est attendue dans les prochains mois.
Dans le domaine de l’hémophilie,
Sanofi a également récupéré les
droits mondiaux du Fitusiran
auprès de la biotech Alnylam, dans
lequel le français détient 12 % du
capital. « Nous continuons de regarder les opportunités afin de croître
dans l’hémophilie », a souligné Olivier Brandicourt. Au second semestre, le laboratoire profitera à plein
du dynamisme de Bioverativ, dont
Sanofi consolide les comptes depuis
le 9 mars dernier. En un peu moins
de quatre mois, la biotech a généré
des ventes de 321 millions, en hausse de 15 %. ■
V. GD
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
SICAV ET FCP
1 EURO=
1,5804
1,5298
0,8922
9,2114
130,84
1,1592
1,1736
3,145
11,103
5,7319
20,9454
8,0178
80,4445
137,75
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
CREDIT SUISSE
DOUBLE SON BÉNÉFICE
£ Alors qu’elle entre dans
la dernière ligne droite d’un
vaste plan de repositionnement
de trois ans, la banque a vu son
bénéfice net bondir de 114 %,
à 647 millions de francs suisses
(559 millions d’euros).
Ses revenus se sont étoffés
de 7 %, à 5,5 milliards de francs
suisses, en partie grâce
à sa banque d’investissement,
portée par un regain d’activité
dans les fusions et acquisitions.
MAISONS DU MONDE
SANCTIONNÉ
£ L’enseigne a perdu 6,77 %,
mardi, à la Bourse de Paris.
Les investisseurs ont
sanctionné un avertissement
du groupe d’ameublement et de
décoration qui vise désormais
une croissance des ventes de
8 % au lieu de 10 % pour 2018.
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33600
33970
-3,31
NAPOLEON ..................................................... 202,9
202,2
-1,93
PIECE 10 DOL USA .....................................................
570
570
-3,06
PIECE 10 FLORINS .....................................................
208
208
-2,26
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1135
1135
-2,83
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
198
198
-2,94
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
290
290
-4,92
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1255
1260
-4,2
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
112,9
112,9
+2,82
PIECE SUISSE 20F .....................................................
198,9
198,9
-1,87
PIECE LATINE 20F .....................................................
199
199
-1,92
SOUVERAIN ..................................................... 253,5
248,9
-2,76
KRUGERRAND .....................................................1119
1119
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Au deuxième trimestre, le résultat
opérationnel a dépassé les attentes, la
hausse des volumes ayant plus que
compensé les effets négatifs des variations de change. Le bénéfice net a bondi
de 9,8 %, à 339 millions d’euros. Mais le
bénéfice d’exploitation a baissé de 3 %,
à 618 millions d’euros, et le chiffre d’affaires a stagné, à 2,6 milliards.
Solvay récolte les fruits d’un virage
stratégique engagé il y a cinq ans, qui a
consisté à délaisser des activités jugées moins prometteuses comme le
PVC, pour se développer dans les composants innovants, destinés à
l’aéronautique et à l’automobile. Au
premier semestre, le volume du secteur matériaux composites a atteint un
niveau historiquement élevé. « Cette
bonne performance témoigne de la
transformation de portefeuille accomplie ces dernières années », a résumé le
Français Jean-Pierre Clamadieu, patron
de Solvay et artisan de ce changement.
Le dirigeant, qui a pris la présidence du
français Engie le 18 mai, continue à diriger Solvay jusqu’à la fin de l’année. Son
successeur n’a pas encore été désigné,
et le processus de recrutement se
poursuit.
L’annonce des résultats de Solvay a
été bien accueillie en Bourse. L’action
Solvay prenait 3 % mardi dès la mijournée, à 116,75 euros, avant de terminer la séance sur une hausse de 3,44 %,
à 117,25 euros. ■
A.-S. C. (avec AFP)
A
SOLVAY PORTÉ PAR LA BONNE TENUE DES COMPOSANTS AÉRONAUTIQUES
Le groupe chimique belge, qui est coté à
Bruxelles mais aussi à Paris, a confirmé,
mardi, ses objectifs pour l’ensemble de
l’année 2018. Il est porté par de bonnes
performances dans son secteur, celui
des composants innovants pour l’aéronautique et l’automobile. Il table toujours sur une croissance de 5 % à 7 % du
bénéfice d’exploitation (Ebitda).
mercredi 1er août 2018 LE FIGARO
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Le jeu vidéo continue de tirer
la croissance de Sony et Nintendo
ZOOM
BFMTV DOPÉE PAR
L’AFFAIRE BENALLA
£ Après le parcours des Bleus au
Mondial, les auditions
parlementaires dans le cadre de
l’affaire Benalla ont permis à
BFMTV d’être la cinquième
chaîne nationale du 23 au
25 juillet, jours des premières
auditions de la commission
d’enquête à l’Assemblée
nationale et au Sénat, avec 3 %
de part d’audience, selon
Médiamétrie. Sur le mois, la
chaîne d’info a réalisé 2,5 %
de part d’audience, soit plus de
quatre fois l’audience de ses
premières concurrentes,
CNews et LCI. Les auditions ont
aussi permis à LCP-AN (le soir
de l’audition du directeur de
l’ordre public à la préfecture de
police de Paris, Alain Gibelin,
le 23 juillet) et à Franceinfo
(sur l’ensemble de la journée
du 23 juillet) d’enregistrer
des records d’audience
à des horaires inhabituels.
Les ventes de jeux ont propulsé les résultats trimestriels des deux sociétés japonaises.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
JEUX VIDÉO Les sociétés japonaises Sony et Nintendo ont toutes
deux publié mardi leurs résultats
financiers pour le trimestre allant
d’avril à juin. Et à la lecture des
chiffres, un constat s’impose : le
marché du jeu vidéo sur consoles
se porte extrêmement bien.
Pour Sony, le jeu vidéo est même
le premier pourvoyeur de chiffre
d’affaires et de bénéfice opérationnel pour un groupe tentaculaire,
présent dans la musique, le cinéma, l’électronique, les smartphones… Ce rôle de locomotive ne cesse de se renforcer. En un an, le
bénéfice opérationnel trimestriel
de la branche jeu vidéo a été multiplié par cinq, à 635 millions
d’euros ! Les ventes ont, elles, progressé de 35 %, à 3,6 milliards
d’euros. Les autres divisions de
Sony sont en bonne forme ce trimestre, à l’exception du cinéma
(60 millions de pertes) et du mobile
(76 millions de pertes). Le chiffre
d’affaires du groupe a progressé de
5 %, à près de 15 milliards d’euros,
avec un bénéfice opérationnel en
hausse de 24 %.
Sony a réussi ce confortable
bond en avant alors que les ventes
de consoles PlayStation 4 sont en
train de se tasser. Il en a écoulé
3,2 millions d’unités sur le trimestre (- 3 % en un an), pour un parc
installé total de 82,2 millions de
consoles. La raison de cette forte
croissance est à chercher du côté
des ventes de jeux vidéo, au format
physique comme digital. Celles-ci
ont progressé de 70 % en valeur par
rapport à la même période l’an
passé, à 2 milliards d’euros. Un résultat bien au-delà des attentes de
EN BREF
E.-U. : 45 % D’EMPLOIS
DÉTRUITS DANS LES
JOURNAUX EN DIX ANS
Sony a réussi
un confortable bond
en avant alors que
les ventes de consoles
PlayStation 4
(ci-dessus) sont en train
de se tasser. Il en
a écoulé 3,2 millions
d’unités sur le trimestre
(- 3 % en un an), pour un
parc installé total
de 82,2 millions.
Sony, et qui s’explique en partie
par les très bonnes performances
des titres God of War et Detroit :
Become Human, tous deux édités
par Sony. Le premier, développé
aux États-Unis par Santa Monica
Studios, a dépassé les 5 millions de
ventes en un mois de commercialisation. Detroit, créé en France par
Quantic Dream, a réalisé un million
de ventes en quinze jours. À cela
s’ajoute la croissance de 30 % des
transactions, hors achats de jeux
vidéo, sur la plateforme de divertissement PlayStation Network.
Elle permet de louer des films,
d’écouter de la musique ou de jouer
en ligne grâce à l’abonnement
PlayStation Plus.
Au vu de ces résultats, Sony a
revu ses prévisions financières an-
VINCENT BOISOT/LE FIGARO
nuelles. Le bénéfice opérationnel
attendu de la branche jeu vidéo est
ainsi relevé de 30 %. Sur l’ensemble du groupe, le chiffre d’affaires
global attendu croît de 3 %, à
65 milliards d’euros.
Un public qui achète
beaucoup de jeux
Nintendo peut également se targuer d’avoir fait progresser de
88 % son bénéfice opérationnel
entre avril et juin, à 230 millions
d’euros, alors que les ventes de
consoles Nintendo Switch sont en
léger retrait (1,88 million de ventes
contre 1,97 à la même période l’an
passé, pour un total de 19 millions
d’unités). Le chiffre d’affaires trimestriel progresse, lui, de 9 %, à
1,3 milliard d’euros. Là encore,
L’ÉTÉ DU FIGARO
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ESPAGNE
« Farina »
de Nacho Carretero
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Le rôle des mères
Quand, fin juin, la juge lève la mesure conservatoire, c’est une nouvelle
naissance. Libros del K.O. fait réimprimer 15 000 exemplaires, qui disparaissent en une semaine. « Nous
en sommes à 70 000 livres vendus, et
nous allons bientôt distribuer la
12e édition, triomphait Saez fin
juillet. Le drame de la série télévisée,
c’est qu’elle a fait une énorme publicité pour un produit que nous n’avions
pas le droit de vendre ! Aujourd’hui,
nous rattrapons notre retard. »
Ce coup de projecteur inespéré
met en lumière le récit exhaustif
d’une réalité que les Espagnols connaissaient par
épisodes judiciaires et
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Phénomène éditorial en 2018, Farina
est pourtant sorti dès 2015. Cette
longue enquête journalistique, qui
retrace toute l’histoire du trafic de
drogue en Galice, dans l’extrême
nord-ouest de l’Espagne, avait été
saluée par la presse et s’écoulait paisiblement chez les libraires : quelque
30 000 exemplaires en trois ans. Jusqu’à ce que deux événements fassent exploser les ventes. L’un était
prévisible : la diffusion, à partir de
février 2018, d’une adaptation télévisée par la chaîne privée Antena 3.
L’autre était inattendu : le retrait du
livre des rayons, un mois plus tard,
sur l’ordre d’une juge, en attendant
de répondre sur le fond à la plainte
déposée par un présumé trafiquant
qui n’appréciait pas les quelques lignes que l’auteur lui consacrait.
Chez Libros del K.O., une petite
maison d’édition spécialisée dans les
livres journalistiques, Alberto Saez
reconnaît avoir « bénéficié à plein
d’un effet Streisand » : ce phénomène
qui veut que la tentative de dissimuler une information jugée gênante
provoque au contraire une démultiplication de l’intérêt pour la chose
a
a
A
MADRID
cachée. « L’homme qui nous a traînés
au tribunal voulait torpiller les ventes,
il a fait de Farina le livre le plus connu
d’Espagne ! » Entre l’annonce du retrait du livre et l’entrée en vigueur
de la mesure, les lecteurs se précipitent en librairie. Une fois l’interdiction effective, Farina est traduit en
portugais. Les lecteurs galiciens,
dont la langue régionale est proche,
peuvent, tels les contrebandiers décrits dans l’ouvrage, franchir la
frontière voisine pour acquérir un
matériel introuvable en Espagne !
c
Le drame du trafic de cocaïne
en Galice. Netflix a intégré la série
tirée du livre à son catalogue.
MATHIEU DE TAILLAC £@mdetaillac
k
m
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[
£ En dix ans, le nombre de
postes de journalistes dans les
quotidiens américains a été
réduit de 45 %, soit 32 000
destructions d’emplois, indique
le Pew Research Center. La
radio a également subi une
chute de 27 %. Le Web, en
croissance, n’a pas enrayé la
chute du nombre de postes
dans les médias, passés en une
décennie de 114 000 à 88 000.
ACQUISITION
POUR LOGITECH
£ Le groupe suisse
d’accessoires informatiques
rachète pour 117 millions de
dollars la société californienne
Blue Microphones, un fabricant
de micros pour PC .
]
Ces phénomèn
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d’édition surp
dans leur paysrises
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l’explication se trouve du côté des
ventes de jeux vidéo, qui ont bondi
de 120 % en volume en un an, avec
18 millions d’unités écoulées. Trois
titres lancés durant ce trimestre
ont dépassé le million de ventes
dans le monde. « La Nintendo
Switch attire un public qui a tendance à acheter beaucoup de jeux, en
physique comme en digital », explique un analyste de Goldman Sachs
dans le Wall Street Journal. La nature même de la console, utilisable
en mobilité, incite à l’allumer régulièrement.
Nintendo lancera en septembre
son abonnement payant pour jouer
en ligne, Nintendo Switch Online.
La société garde pour objectif de
vendre sur l’année fiscale
20 millions de consoles. ■
faits divers ponctuels. Tout le monde
savait que la Galice était la porte
d’entrée de la cocaïne - au zénith de
la connexion galicienne, jusqu’à
80 % de la poudre blanche consommée en Europe provenait des ports
de la région - et que la drogue avait
ravagé la jeunesse du pays. Le livre
ne s’illustre d’ailleurs par aucun
scoop fracassant. Mais l’auteur,
Nacho Carretero, en interrogeant les
trafiquants, les policiers, les juges et
les victimes, raconte l’histoire dans
sa globalité : de la genèse des petits
trafics anodins - de la ferraille, du
matériel de construction trimballé
de part et d’autre de la frontière
portugaise - dans les années 1930
jusqu’à l’étalage indécent de l’immense richesse des narcos galiciens dans les années 1990, en
passant par la plus bénigne
contrebande de cigarettes, qui, dès les années
1960, établit toute l’infrastructure nécessaire.
Farina permet de
comprendre comment
une région pauvre et isolée, dont les habitants ferment les yeux sur des pratiques dont ils croient qu’elles
leur bénéficient, fut sur le point
d’être entièrement contrôlée par des
mafias locales. Il rend justice à ces
modestes mères de famille qui, en
interpelant au péril de leur vie les
millionnaires qui s’enrichissent sur
le dos de leurs enfants camés, obligent la garde civile, les magistrats et
les politiques à enfin s’attaquer au
problème. Le public international
aura bientôt l’occasion de découvrir
l’histoire de la « farine » galicienne.
Les droits du livre ont été vendus
pour les traductions anglaise, italienne, polonaise, turque et arabe.
Netflix a acheté la série pour la proposer à ses centaines de millions
d’abonnés. ■
CABALAR/EFE
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