close

Вход

Забыли?

вход по аккаунту

?

Le Figaro - 02 08 2018

код для вставкиСкачать
2,60 €
jeudi 2 août 2018 LE FIGARO - N° 23 008 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
LES RENCONTRES
INATTENDUES
L’ÉTÉ
LA FORTE AMITIÉ
DE FRANÇOISE HARDY
ET D’EMMANUEL BERL
DU
FIGARO
PAGE 20
PIERRES SACRÉES,
PIERRES MAUDITES
LES ÉTRANGES
REFLETS
DE L’ÉTOILE
DU SUD
PAGE 14
VILLES FANTÔMES
JING JIN CITY,
MIRAGE
DE LA CLASSE
MOYENNE
CHINOISE
PAGE 18
JEUX D’ÉTÉ PAGE 17
DIPLOMATIE
Un pasteur
américain, retenu
en Turquie,
brouille Trump
et Erdogan
AUTOMOBILE
TESLA : COMMENT ELON MUSK A
RELEVÉ LE DÉFI DE LA PRODUCTION
À GRANDE ÉCHELLE PAGE 22
Air France : le grand gâchis
Fragilisée par les grèves,
la compagnie plonge dans
le rouge. Conflits sociaux,
absence de PDG depuis
la mi-mai, l’ancien
fleuron français
n’arrive pas
à sortir des
turbulences.
PAGES 2, 3 ET
L’ÉDITORIAL
CHRISTIAN HARTMANN/REUTERS
PAGE 6
AFRIQUE
Lendemains
électoraux tendus
au Zimbabwe PAGE 7
SANTÉ
PAGE 10
FAIT DIVERS
Une rixe entre
rappeurs perturbe
le trafic à Orly PAGE 8
SMARTPHONE
L’iPhone X,
un pari gagnant
pour Apple PAGE 26
CHAMPS
LIBRES
La chronique
de Luc Ferry
La tribune
de Michel Barnier
La réforme constitutionnelle
compromise
par l’affaire Benalla
Reporté après quinze jours
de crise ouverte avec l’opposition, le texte phare d’Emmanuel Macron ne figure pas
pour l’instant à l’agenda de
rentrée des parlementaires.
Richard Ferrand, le chef des
ÉDITORIAL par Jacques-Olivier Martin jomartin@lefigaro.fr
n
n
PAGE 19
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mercredi :
Un mois après
la limitation de vitesse
à 80 km/h, pensez-vous
que cette mesure
améliore la sécurité ?
OUI
22 %
NON
78 %
M 00108 - 802 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@s@a@c@a";
TOTAL DE VOTANTS : 41 594
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
La compagnie Air France
peut-elle disparaître ?
STEPHEN LAM/REUTER-KEYSTONEFRANCE-BENAROCH/SIPAGEOFFROY VAN DER HASSELT/AFP
députés de LaREM, cherche
un moyen de contourner
l’obstacle. La loi Pacte de
Bruno Le Maire pourrait également faire les frais du
chamboulement du calendrier. PAGES 4 ET 5
D
Un avion sans pilote
ans d’autres circonstances, les
tribulations d’Air France en
quête d’un PDG prêteraient à
sourire, mais pas aujourd’hui.
Le spectacle offert par la compagnie aérienne qui arbore le drapeau tricolore est un bien mauvais vaudeville, une farce détestable qui pourrait finir en drame. À
ceux qui se demandent s’il y a un pilote dans
l’avion, la réponse est simple : c’est non. Depuis le printemps et le départ de Jean-Marc
Janaillac en pleine crise sociale, la compagnie s’est mise en pilotage automatique. Anne-Marie Couderc, nommée commandant
de bord par intérim du groupe, n’a qu’une
seule mission : trouver au plus vite un PDG.
Le temps passe et l’on ne voit rien venir.
Chaque candidat pressenti est interdit
d’embarquement, barré par les manœuvres
des pilotes ou par l’État actionnaire.
Cette entreprise n’est pas « le plus bel endroit
de la terre ». Elle cumule en fait tous les maux
qui affaiblissent les fleurons les plus fragiles.
Le premier d’entre eux est le corporatisme.
À l’instar des cheminots de la SNCF qui se
sont battus au printemps pour défendre leur
statut, les pilotes, emmenés par le syndicat
SNPL, sont tout-puissants. Non seulement
ils font et défont à leur guise les PDG, mais,
de facto, ils cogèrent l’entreprise, avec pour
principale stratégie la défense de leurs avantages, et pour mode d’action : les grèves !
L’État actionnaire fait quant à lui beaucoup
plus de mal que de bien. Sa seule présence au
capital trouble les règles d’une bonne gouvernance, en confortant
les jusqu’au-boutistes,
certains que les pouvoirs
publics n’abandonneront jamais la compagnie, mais aussi en affaiblissant la direction et ses
administrateurs, dont les décisions sont à
tout moment susceptibles d’être remises en
question.
Croire que l’immobilisme et l’exception Air
France résisteront dans un monde du transport aérien de plus en plus concurrentiel est
une immense gageure. En réalité, l’État, qui
se vante d’être stratège, serait bien avisé de
sortir rapidement du capital. C’est à coup sûr
le meilleur moyen d’attirer un PDG de grand
talent capable de tenir tête aux pilotes et de
remettre les gaz pour éviter la catastrophe. ■
L’été maudit des transports
publics ferroviaires
Après la panne d’électricité
qui a perturbé le trafic gare
Montparnasse pendant plusieurs jours, c’est la ligne 1 du
métro parisien qui s’est brusquement arrêtée mardi soir,
laissant les voyageurs dans
un désarroi total. À chaque
fois, même si des progrès
sont enregistrés à la SNCF,
l’information des voyageurs,
davantage considérés comme
des usagers que comme des
clients, est déficiente. Ces incidents sérieux révèlent aussi
un manque d’investissements pour la modernisation
des réseaux. PAGE 9
DULON
ARTS D’AFRIQUE
ET D’OCEANIE
Que l’État
stratège
sorte
du capital !
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
Expert près la Cour d’Appel
10 Rue Jacques Callot
75006 Paris
01 43 25 25 00
06 07 69 91 22
info@dulonbernard.fr
A
Fin du
remboursement
des médicaments
anti-Alzheimer
jeudi 2 août 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Toujours sans pilote, Air FranceLa présidente intérimaire a promis la mise en place d’une nouvelle gouvernance en septembre, mais
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
N’ÉTAIENT les grèves et l’absence
d’un PDG depuis le 15 mai, Air France-KLM irait bien. Ou, en tout cas,
pas plus mal que l’an passé. C’est, en
substance, le message que martèle le
triumvirat chargé depuis trois mois
de gérer l’intendance. Et ce, le
temps que le conseil d’administration recrute un successeur à JeanMarc Janaillac, qui a démissionné
dans la foulée de son référendum
perdu sur les salaires chez Air Fran-
ce (lire ci-dessous). Il y a urgence,
mais le conseil semble avoir du mal à
dénicher un candidat de qualité capable de satisfaire tous les décisionnaires, dont l’État, actionnaire à
14 %. « Si l’État décidait qui est le
PDG d’Air France-KLM, Guillaume
Pepy serait PDG depuis 2015, assure
un ex-haut dirigeant du groupe.
Quand Alexandre de Juniac est parti,
c’était le choix de l’Élysée. Mais les
administrateurs indépendants et
l’État hollandais, qui a son mot à dire,
ont refusé. Désormais, il y a en plus
Delta et China, dont la parole doit être
Le problème, c’est qu’il y a bel et
bien eu des grèves chez Air France
au printemps. Elles ont même coûté
260 millions d’euros et fait plonger
dans le rouge les comptes de la
compagnie tricolore. Sur le semestre, Air France affiche 164 millions
d’euros de pertes pour 7,5 milliards
d’euros de chiffre d’affaires, quand
écoutée. Le gouvernement a un droit
de veto, pas un pouvoir de décision. Le
consensus va être difficile à trouver. »
Menace de nouveau conflit
sur les salaires à la rentrée
En attendant, « le groupe a généré
un résultat d’exploitation stable au
deuxième trimestre, sans compter
l’impact des grèves chez Air France », s’est réjoui mercredi Frédéric
Gagey, le directeur financier du
groupe, lors d’une conférence organisée au Pullman Paris Tour Eiffel, un hôtel d’Accor.
sa petite sœur KLM augmente ses
profits, à 388 millions, pour 5,2 milliards de recettes. Le gouffre financier et culturel n’a jamais semblé si
grand entre les compagnies française et batave.
Franck Terner, le DG d’Air France, a même failli en oublier de présenter son « plan de reconquête des
UN RÉFÉRENDUM RATÉ, TROIS MOIS ET DEMI DE PERDUS
Philippe Evain.
Sébastien Bazin.
STEPHEN CAILLET/
PANORAMIC
ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
Jean-Marc Janaillac.
P. WOJAZER/REUTERS
VENDREDI 20 AVRIL 2018
VENDREDI 4 MAI
DIMANCHE 3 JUIN
Face au refus des syndicats d’accepter
les hausses de salaires proposées par la direction
d’Air France (2 % d’augmentation), Jean-Marc
Janaillac, PDG d’Air France KLM, annonce
un référendum des salariés de la compagnie sur
le sujet. Pour peser sur le vote, il met son mandat
dans la balance. Mais le processus s’enraye,
et les salariés voteront non à plus de 55 %.
« Mes pensées vont vers vous, je vous demande
de revenir sur votre décision. » Philippe Evain,
le président du puissant syndicat de pilotes SNPL,
est réjoui de la victoire du non au référendum,
actée l’après-midi par Jean-Marc Janaillac.
Mais il envoie ce SMS pour demander au PDG
du groupe de revenir sur sa démission, annoncée
dans la foulée. Un message resté sans réponse.
Après les révélations du Figaro, Accor officialise
son projet d’acheter les 14,3 % d’Air FranceKLM détenus par l’État. Sébastien Bazin, PDG
de l’hôtelier, veut signer avant mi-juillet, devenir
président du groupe aérien et peser sur le choix
de son patron opérationnel. Pour l’État, la priorité
est de réorganiser la nouvelle gouvernance
avant de décider une éventuelle sortie du capital.
Les coulisses
d’une longue bérézina
A
ENQUÊTE DU SERVICE ÉCONOMIE
TOUT COMMENCE par un coup de
théâtre, vendredi 4 mai à 18 heures.
Au siège parisien d’Air FranceKLM, aux Invalides, « un immense
regret » se lit sur le visage de JeanMarc Janaillac. Le PDG a perdu son
pari. À 55,44 %, les salariés de la
compagnie tricolore ont dit non à
l’accord salarial proposé par la direction. Le référendum devait sortir
Air France de l’impasse après des
grèves à répétition ? Il a tourné à la
déroute. « Je tire les conséquences de
ce vote, et je remettrai ma démission
au conseil d’administration », déclare l’énarque de la promo Voltaire.
« Je voulais créer un électrochoc…
Ce n’est pas à celui-là que je pensais », confie-t-il avec une autodérision grinçante. Janaillac a commis
une énorme erreur de jugement. Il
pensait ce référendum gagnable,
comme tout le monde. Averti,
l’exécutif a validé sa démarche
« courageuse » quand il a lancé, le
20 avril, cette consultation, et mis
son job en jeu. « Ça avait du panache », admire une source gouvernementale. Le PDG avait en tête 1994,
quand son prédécesseur Christian
Blanc avait mis son poste dans la
balance pour faire voter son « plan
de la dernière chance ».
Blanc avait obtenu un plébiscite ?
Vingt-quatre ans plus tard, le référendum est un crash. « Cette arme
s’enraye facilement », selon un expert. La somme des malaises des
différentes catégories de personnels
d’Air France sort des urnes. Janaillac a sous-estimé ce « terreau de
mal-être sur lequel ont prospéré des
revendications salariales irréalistes ». A posteriori, il dénonce le
« populisme syndical » qui a alimenté la campagne à coups de « fake
news », notamment sur les rémunérations du comité exécutif.
« Pour moi, ce référendum est un
acte manqué. Janaillac en avait ras la
casquette », assure un observateur.
Les dernières semaines ont été difficiles. Une intersyndicale dirige le
conflit social ? La direction voit là
une manipulation du syndicat des
pilotes, le SNPL, et de son président,
Philippe Evain. La grève perlée lancée en février agit comme un supplice chinois sur le PDG, les clients
et les comptes, avec Evain dans le
rôle du bourreau. Laurent Berger, le
patron de la CFDT, cogne contre ce
« Lider Maximo ». Le 4 mai, quand
le non l’emporte, Evain tweete :
« Bravo aux salariés d’Air France.
On forme une belle équipe. » Et envoie à Janaillac une supplique par
texto : « Mes pensées vont vers vous.
Je vous demande de revenir. » Le bras
de fer avec Evain a altéré la lucidité
du PDG. Pour ce dernier, la défaite
est cruelle : le vote n’a pas affaibli le
syndicaliste, mais l’a relégitimé.
Le premier ministre, Édouard
Philippe, a prévenu fin avril : en cas
“
Air France n’a pas
les moyens de perdre
plus de temps
”
JEAN-MARC JANAILLAC, PDG D’AIR
FRANCE-KLM, LORS DE SA DERNIÈRE
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE, LE 15 MAI
d’échec du référendum et de démission de Janaillac, « j’inciterais
volontiers tout le monde à attacher sa
ceinture de sécurité parce que les
turbulences ne seraient pas minimes ». Il ne croyait pas si bien dire…
Le samedi 5 mai, le conseil d’administration d’Air France-KLM demande au futur ex-PDG d’assurer
l’intérim jusqu’à ce qu’un successeur soit trouvé. Janaillac refuse. Il
restera jusqu’à l’assemblée générale, ce qui laisse dix jours. Dans un
tract, le SNPL fait de Janaillac « la
marionnette de l’État » actionnaire à
14,3 % et titulaire de droits de vote
double. La manœuvre vise à impliquer le gouvernement dans la négociation sociale, pariant qu’il ne voudra pas voir le conflit s’éterniser. En
plein mouvement SNCF, cela accrédite l’idée d’une contagion des
contestations et risque de pourrir les
vacances d’été des Français.
Raté. Janaillac lâche : « Faute d’un
nouveau mandat, la direction générale d’Air France ne sera pas en mesure d’ouvrir quelque négociation que
ce soit. » Le gouvernement ne laisse
pas embarquer. « Ceux qui pensent
que, quoi qu’il arrive, l’État arrivera à
la rescousse d’Air France et épongera
les pertes, se trompent, assène Bruno
Le Maire. Air France disparaîtra si
elle ne fait pas les efforts de compétitivité nécessaires. » Le ministre de
l’Économie veut, au moins en apparence, se maintenir à distance de ce
dossier explosif : « Il appartiendra au
conseil d’administration de définir les
conditions de sortie de crise. »
L’urgence est d’organiser l’intérim et de rassurer alors que le cours
de l’action Air France-KLM plonge
de 13 % le 8 mai. Le 11, Édouard Philippe reçoit Jean-Marc Janaillac et
tente de le convaincre de rester un
peu. Nouveau refus. Les réunions
d’administrateurs s’enchaînent. En
apparence, la gouvernance de l’entreprise a la main. En fait, le sujet se
traite en direct avec les responsables publics : Martin Vial, directeur
de l’Agence des participations de
l’État, Emmanuel Moulin, dircab de
Bruno Le Maire, Emmanuel Miquel,
conseiller à l’Élysée, et Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée.
Pour l’intérim, Anne-Marie Idrac,
administratrice d’Air France-KLM,
ex-PDG de la SNCF et ex-ministre,
s’impose. Mais, comme le dit un
proche, « un intérim de quelques semaines, sans mandat, ce n’est pas le
profil d’Idrac ». Elle préférerait finir
le mandat de Janaillac, jusqu’à mi2019. Cela lui est refusé. Selon les
uns, Anne-Marie Couderc, autre administratrice, autre ex-ministre,
soutient cette position. Selon les
autres, l’enjeu est de voir laquelle
des deux « craquera ».
Le 14 mai, Anne-Marie Couderc
devient présidente non exécutive,
avec un trio opérationnel formé de
Frédéric Gagey, directeur financier,
Franck Terner, directeur général
d’Air France, et Pieter Elbers, PDG
de KLM. Tout le monde s’accorde sur
un point : l’intérim doit « être le plus
On
« n’impose
pas à l’État
un dirigeant.
Ce sont les
actionnaires
qui décident.
Nous allons
élargir la
recherche
»
UN PROCHE
DU MINISTRE
DE L’ÉCONOMIE,
APRÈS L’ÉPISODE
DE LA CANDIDATURE
AVORTÉE
DE PHILIPPE CAPRON
bref possible ». Le 15 mai, présidant
son ultime assemblée générale, Janaillac prévient : « Air France n’a pas
les moyens de perdre plus de temps. »
Ce sentiment d’urgence expliquet-il le désordre à venir ? La recherche d’un patron tourne en tout cas à
la farce, l’intérim d’Anne-Marie
Couderc au calvaire. Certes, le groupe respecte les codes d’un processus
de recrutement, piloté par un comité
des nominations formé d’Anne-Marie Couderc, de Jean-Dominique
Comolli, ex-patron de l’APE, et
d’Alex Wynaendts, PDG de l’assureur néerlandais Aegon. Un cabinet
de chasseurs de têtes, Egon Zehnder,
est recruté, puis un second, Heidricks et Struggles. La fiche de poste
est claire. Bruno Le Maire veut
« quelqu’un qui connaisse bien le secteur de l’aérien ».
Dans le microcosme parisien et
celui de l’aérien, la machine bien
huilée des réseaux se met en branle.
On cite des noms, ceux qui ont déjà
voulu être patron d’Air France,
ceux qui, de près ou de loin, ont dirigé une compagnie aérienne, ceux
dont on avait parlé lors de procédures antérieures, à la RATP ou à la
Caisse des dépôts… Les chasseurs de
têtes auditionnent, selon une sélection qui parfois déconcerte.
Dimanche 3 juin, une bombe explose au milieu de ce terrain déjà
dévasté. AccorHotels confirme par
communiqué une information des
Échos et du Figaro, que son PDG Sébastien Bazin vient de révéler par
téléphone à Anne-Marie Couderc :
le groupe réfléchit à « l’éventualité
d’une prise de participation » dans le
capital d’Air France-KLM.
Sébastien Bazin et ses conseils
(Matthieu Pigasse et Jean-Louis Girodolle chez Lazard, Pierre-Yves
Chabert chez Cleary Gottlieb) dé-
clenchent l’offensive. « À ce moment précis, ils peuvent proposer à
l’État une route différente », dit un
proche. Rendez-vous a été pris mimai avec Martin Vial à l’APE et Emmanuel Moulin au cabinet du ministre, avec les équipes de l’Élysée
aussi. Sébastien Bazin présente aussi son projet, slides à l’appui, à
Anne-Marie Couderc et quelques
administrateurs. Son plan est un
couteau suisse : il sort l’État de la
galère Air France en lui rachetant
ses parts. Le gouvernement ne défend-il pas le désengagement de
l’État actionnaire des entreprises
commerciales ? Janaillac reconnaît
que la présence de l’État au capital
est « dommageable », car elle entretient la fiction d’un Air France éternel. AccorHotels, actionnaire de référence privé d’Air France-KLM,
veillerait à une gouvernance efficace. Bazin envisage d’en prendre luimême la présidence non exécutive.
Enfin, les deux champions français
bâtiraient un partenariat industriel
consolidé par le volet capitalistique.
« Nous n’étions pas au courant de
ce projet avant qu’AccorHôtels ne
nous en parle, après le référendum »,
confie l’entourage du ministre de
l’Économie. Le 4 juin, le gouvernement se dit « ouvert » à la discussion, mais précise qu’elle doit
d’abord « se mener entre les entreprises ». Sébastien Bazin se sent
autorisé à poursuivre son projet… et
déclenche une levée de boucliers.
« La technostructure d’Air FranceKLM est viscéralement contre. Elle a
mené une campagne de lobbying très,
très active », témoigne un député.
« Bazin se battra jusqu’au bout »,
avertit un proche à la mi-juin.
La perspective d’une mise au pas
d’Air France est d’autant plus séduisante que la situation dégénère.
LE FIGARO
jeudi 2 août 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
KLM en pleines turbulences
elle n’a pas trouvé le candidat idéal. En attendant, la compagnie tricolore plonge dans le rouge.
clients postgrève », alors que l’intersyndicale, qui a mis le feu au
groupe, a menacé, la semaine passée, de reprendre en septembre le
conflit sur les salaires. « Y aura-t-il
des grèves avant la fin de l’été à Air
France ? C’est ce que laisse entendre
l’intersyndicale, écrit un administrateur représentant des salariés
actionnaires au conseil d’Air France-KLM, dans un courriel interne
envoyé lundi. Quoi qu’il en soit, le
nouveau patron du groupe aura besoin de temps pour analyser la situation et répondre à ces revendications
de hausses salariales. »
Sans doute Franck Terner a-t-il
été troublé par des bruits persis-
Un Boeing
d’Air France après
son atterrissage
à l’aéroport parisien
Roissy-Charlesde-Gaulle. CHRISTIAN
HARTMANN/REUTERS
tants de perceuses à l’Hôtel Pullman. « C’est un sabotage », a lâché
le dirigeant en souriant, allusion à la
tentative avortée d’Accor de devenir le premier actionnaire d’Air
France-KLM, à laquelle il était hostile. Pieter Elbers, le PDG de KLM,
s’est voulu plus positif : « Quelqu’un
veut finir les travaux avant les vacances, c’est une bonne initiative. »
De son côté, le comité des nominations chargé de trouver un PDG à
Air France-KLM n’a pas rempli sa
mission avant les vacances. Cela
explique sans doute qu’Anne-Marie
Couderc, présidente non exécutive
du groupe par intérim (et présidente du comité des nominations), n’ait
pas jugé utile de venir présenter les
résultats, comme l’avaient toujours
fait les patrons d’Air France-KLM.
Le 13 juillet, la direction a envoyé
une « Manager info » aux salariés
pour indiquer que « le conseil d’administration fin juin avait demandé
au comité de nomination d’élargir la
liste des candidats examinés, en y
ajoutant des profils internationaux
venant du monde aérien. Anne-Marie Couderc a confirmé que les audi-
tions des candidats se poursuivent
activement et que le processus de recrutement devrait être finalisé dans
les prochaines semaines, permettant
une mise en place effective de la nouvelle gouvernance en septembre ».
Le 1er août, personne chez Air
France-KLM ne s’est risqué à confirmer ce calendrier, qui semble compromis. Tout juste se borne-t-on à
indiquer que les administrateurs
travailleront à distance pendant
leurs vacances. Contacté, l’entourage d’Anne-Marie Couderc n’a pas
souhaité répondre au Figaro. ■
Bruno Le Maire.
Philippe Capron.
F. BOUCHON/LE FIGARO
M. AWAAD/IP3
Anne-Marie Couderc.
Le 8 juin, l’intersyndicale appelle à
quatre jours de grève à la fin du
mois. Anne-Marie Couderc tente un
coup de poker en proposant une
hausse salariale de 3,65 % sur un an,
très légèrement améliorée par rapport à la version antérieure. « Gilles
Gateau, le DRH, l’a envoyée au feu
alors qu’elle n’avait pas les moyens
de négocier », dit un proche du dossier. Le conseil d’administration siffle la fin de la partie et rappelle qu’il
n’existe aucun mandat pour cela.
L’approche d’Accor met la pression sur tout le système. Y compris
l’hôtelier. Une difficulté juridique
est apparue : le capital d’une compagnie aérienne européenne doit
être au moins à moitié européen. Or
AccorHôtels serait considéré comme non européen, vu la répartition
de son capital. Pour acheter les 14 %
de l’État, il lui faut échafauder un
montage complexe ou s’allier avec
des sociétés d’investissement ou
des fortunes familiales. L’opération
s’annonce aussi délicate pour l’État.
Sortir du capital du pavillon français serait un symbole politique
fort. Financièrement, vu le cours de
Bourse, ce serait une retraite en rase
campagne. « Je ne sais pas si la
Commission des participations et des
transferts pourrait accepter cela »,
dit un expert.
La cause est loin d’être entendue,
mais chacun positionne ses troupes.
L’APE est conseillée par la banque
Nomura et les avocats de BDGS,
tandis qu’Air France-KLM, pour
qui il est délicat pendant l’intérim
de signer un mandat en bonne et
due forme, s’appuie sur Morgan
Stanley, son conseil traditionnel.
Les syndicats préfèrent lâcher un
peu de lest et suspendent leur préavis. Le conseil d’administration est
sur la défensive : « La priorité est à
MERCREDI 20 JUIN
JEUDI 21 JUIN
VENDREDI 13 JUILLET
Jean-Dominique Comolli, un des trois membres
du comité des nominations chargé de trouver le
successeur de Jean-Marc Janaillac à la tête d’Air
France-KLM, rencontre Martin Vial, le patron
de l’agence des participations de l’État. Il l’informe
que le comité a retenu un nom, et un seul,
pour le poste de PDG du groupe : celui de Philippe
Capron, alors directeur financier de Veolia.
Martin Vial informe Bruno Le Maire, son ministre
de tutelle, du choix du comité des nominations.
La nouvelle fuite sur les réseaux sociaux.
« On n’impose pas à l’État un dirigeant, note
l’entourage du patron de Bercy. Ce sont les
actionnaires qui décident. » Philippe Capron
retire sa candidature, non sans avoir envoyé
une lettre au vitriol pour dénoncer le rôle d’Accor.
Anne-Marie Couderc, présidente par intérim,
envoie un mail aux salariés d’Air France-KLM.
Fustigeant Accor et les médias, elle assure
que « le processus de recrutement devrait être
finalisé dans les prochaines semaines, permettant
une nouvelle mise en place effective de la
nouvelle gouvernance en septembre ». Malgré le
retrait d’Accor, le dossier n’a pas avancé depuis.
la mise en place d’une nouvelle gouvernance. » Il faut faire vite. Le tempo s’accélère, ce qui met en position
de force le meilleur connaisseur du
système, rompu à l’exercice, JeanDominique Comolli, 70 ans. Nommé sur proposition de l’État et expatron de l’APE, il joue de cette
ambiguïté lui donnant l’apparence
d’être la voix off de l’exécutif, alors
qu’il ne le représente pas. C’est lui
qui a voulu un deuxième chasseur
de têtes ; c’est lui qui guide le processus de recrutement à l’ancienne,
se focalisant sur le vivier d’hommes
d’entreprise français passés par les
grandes écoles et les cabinets ministériels. Il mène la chasse avec
Philippe Villin. Le banquier d’affaires, qui exècre Bazin, active son réseau d’inspecteurs des finances.
Le 20 juin, Jean-Dominique Comolli prévient Martin Vial : le comité des nominations a fini son travail.
Il a un candidat à soumettre au vote
du conseil d’administration, dont un
séminaire stratégique est prévu au
début de la semaine suivante : Philippe Capron, 60 ans, directeur financier de Veolia. En 24 heures,
l’information confidentielle se retrouve sur le Net, puis dans la presse.
La séance de ball-trap est ouverte.
« Nous ne voulons pas d’un parachuté », écrivent des salariés sur les
réseaux sociaux. Des ex-présidents
de syndicats d’Air France écrivent
que la compagnie « n’a pas besoin
qu’une oligarchie place une personne
à ses commandes pour toutes sortes de
mauvaises raisons ». « Comolli et Villin ont fait leur coup en douce et n’ont
prévenu l’État qu’au dernier moment », grince un bon connaisseur
du dossier. Le désaveu sera terrible.
La fronde publique contre Philippe Capron est violente. Les attaques
viennent de toutes parts. De chez
« leC’est
bordel.
On n’a pas
de candidat
sérieux
et crédible.
Il faut voir
le niveau
de ceux
que nous
présentent
les chasseurs
de têtes
»
UN ADMINISTRATEUR
D’AIR FRANCE-KLM,
DÉBUT JUILLET
KLM, d’abord. La compagnie néerlandaise en a assez des affres de sa
grande sœur française. La crise est
l’occasion de mettre un coup de
pied dans la fourmilière. Réunis à
dîner le 29 avril et en séance le 30,
les administrateurs de KLM ont
écrit à Anne-Marie Couderc et proposé une refonte de la gouvernance : il faut nommer un président non
exécutif pour le groupe et un directoire dont les chevilles ouvrières seront les patrons d’Air France et de
KLM. Lettre restée « sans réponse
d’aucune sorte », selon un proche.
Alors que la piste Capron est dévoilée, le conseil de KLM se braque.
Son président, Hans Smits,
contacte Martin Vial et Emmanuel
Moulin, et leur donne copie de la
lettre du conseil. Un proche de la
majorité confirme la sensibilité du
cas KLM : « Il ne faut pas risquer la
rupture comme on l’avait fait entre
Nissan et Renault. Des missi dominici
ont été envoyés aux Pays-Bas. »
Le week-end des 23 et 24 juin est
meurtrier. AccorHotels pressent la
manœuvre du conseil d’Air FranceKLM pour lui couper l’herbe sous le
pied, et sonne, lui aussi, la charge
contre Capron. Delta Airlines entre
dans la danse. Depuis plus d’un
mois, Air France-KLM mène sa
barque dans une forme d’entre-soi.
Or le groupe a radicalement changé
depuis l’automne 2017 et l’entrée au
capital de Delta et de China Eastern
à hauteur de 10 % chacun. Pendant
ce week-end, Delta dépêche à Paris
son représentant au conseil d’Air
France-KLM, George Mattson. Cet
ancien de Goldman Sachs « n’est
pas un rigolo », prévient un proche
du dossier. Il rencontre tour à tour
Sébastien Bazin, Anne-Marie Couderc et des représentants des pouvoirs publics. « Il joue le rôle du “safety check” qui rappelle comment les
choses se passent dans la vraie vie des
entreprises internationales », explique un proche du dossier.
Dimanche 24 juin, Bruno
Le Maire exécute à la radio le dossier Philippe Capron, « un candidat
parmi d’autres ». « Il n’y a pas eu
volte-face. Son profil n’avait rien à
voir avec la fiche de poste que nous
avions définie et que le conseil avait
approuvée, selon une source gouvernementale, sa candidature
n’aurait jamais dû aller aussi loin. »
Les « recruteurs » en prennent pour
leur grade. « L’État a continué de
déléguer le choix des dirigeants d’Air
France-KLM à des personnes qui
font partie d’un système dysfonctionnel, qui le vérolent depuis quinze
ans », selon un proche du dossier.
« Ce ne sont ni la presse, ni les réseaux parisiens qui décident. Tous
les jours, Macron et Le Maire reçoivent des SMS pour proposer tel ou tel
nom. Mais ça, c’est l’ancien monde », rétorque-t-on à Bercy.
L’épisode Capron laisse des traces profondes, tout le monde
“
La recherche
se focalise sur le poste
de PDG d’Air FranceKLM. Ensuite, ce sera
le tour de l’étage d’en
dessous (Air France)
UN PROCHE DU DOSSIER
”
amer. Le directeur financier de
Veolia est furieux. Dans une lettre
envoyée à Anne-Marie Couderc,
publiée dans la presse avant de
parvenir à sa destinataire, il accuse : « J’ai eu le sentiment que mon
arrivée dérangeait ceux qui voulaient faire main basse à bon compte
sur Air France-KLM. » Il n’écrit
pas le nom d’AccorHôtels, mais
décrit un projet « scandaleux ». En
coulisses, d’autres crient au
« scandale d’État ». Dans les rangs
de l’exécutif, ce courrier et les rumeurs laissant entendre que Bercy
a changé d’avis sous l’influence
d’intérêts privés ulcèrent. La tension monte encore d’un cran.
Ces péripéties ont des conséquences. L’État réaffirme que le sujet de la gouvernance est prioritaire. Celui du capital « sera géré dans
un second temps ». La procédure de
recrutement repart, menée par un
comité des nominations de facto
élargi à l’APE, à Delta Airlines et à
China Eastern. Comolli et Couderc
ont perdu des plumes et de la crédibilité. Ensuite, le modèle de gouvernance proposé par KLM, s’il
n’est pas acté, fait désormais partie
des hypothèses. Enfin, on enterre
les pudeurs de gazelle des entreprises dont l’État est actionnaire : Air
France-KLM peut recruter un patron non français et y mettre le
prix, alors que le poste a jusqu’ici
été moins rémunérateur que chez
ses concurrents, avec un salaire fixe
plafonné à 600 000 euros par an,
tout comme la part variable
Encore faut-il convaincre les
candidats d’entrer dans le proces-
sus. Le tir de barrage contre Capron
et le manque de confidentialité découragent plus d’une ambition. Catherine Guillouard, PDG de la RATP
et dix années d’Air France au
compteur de son CV, fait partie des
prudents. Pas question de sortir à
découvert pour prendre les balles.
Elle n’ira que si on le lui demande.
L’État ne le fait pas : la RATP a déjà
eu trois patrons en quatre ans.
La reprise en main du processus
n’a éteint ni les doutes ni les polémiques. « C’est le bordel, lâche un
administrateur début juillet. On
n’a pas de candidat sérieux et crédible. Il faut voir le niveau de ceux que
nous présentent les chasseurs de têtes. » D’anciens représentants
syndicaux plaident, mi-juillet,
pour une nouvelle gouvernance et,
semble-t-il, pour une candidature
pour Air France d’un ancien de la
maison, Bruno Matheu, consultant
depuis qu’il a dû quitter Emirates
l’an dernier. Là, c’est le SNPL qui
pilonne contre ces « messieurs et
leurs obscures chapelles ».
Le 13 juillet, au lendemain d’une
réunion du conseil, Anne-Marie
Couderc règle ses comptes dans un
« Manager Info » envoyé par mail.
Selon elle, tout se déroulait normalement jusqu’à la mi-juin et
« des perturbations externes », dont
« la manière dont AccorHotels manifeste son intérêt capitalistique » et
« l’agitation médiatique alimentée
par les nombreuses rumeurs autour
de “candidats potentiels” ou “supposés”. Ainsi, le nom de l’actuelle
PDG de la RATP a été avancé par
certains médias, alors même que
l’intéressée n’a jamais été candidate, et par conséquent n’est pas intégrée dans le processus de sélection
en cours. »
Depuis, tout le monde s’est mis
en silence radio. Le processus de
recrutement traîne en longueur,
mais au moins a-t-il enfin retrouvé de la confidentialité. « La recherche se focalise sur le poste de
PDG d’Air France-KLM. Ensuite, ce
sera le tour de l’étage d’en dessous
(Air France) », explique un proche
du dossier. Le couvercle a été remis
sur le dossier sans que rien soit réglé
sur le fond ni que l’exécutif, par
ailleurs secoué par l’affaire Benalla,
semble prêt à des choix radicaux.
Résultat : Air France-KLM n’a toujours pas de patron et n’a plus de
prétendant : le 26 juillet, AccorHôtels a jeté l’éponge. ■
B. B., V. C., A. G., B. J., I. L., M. VT ET M. V.
A
ÉRIC PIERMONT/AFP
jeudi 2 août 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Après l’affaire Benalla, la révision consti
L’exécutif s’interroge
sur l’opportunité d’inscrire
à l’ordre du jour dès la rentrée
le texte dont l’examen a été
suspendu en juillet.
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
PARLEMENT L’affaire Benalla a eu
pour effet de totalement paralyser
l’Assemblée nationale. En pleine
tempête politique, le gouvernement
avait décidé, le 22 juillet, de suspendre l’examen houleux de la réforme
constitutionnelle. Depuis, le calendrier de cette révision voulue par
Emmanuel Macron reste nébuleux,
au point que certains doutent désormais de la volonté de l’Élysée de mener ce chantier à son terme. Une
question stratégique taraude le couple exécutif : faut-il inscrire ce projet
de loi de réforme constitutionnelle à
l’ordre du jour de la rentrée parlementaire de septembre ? Le président de la République et le premier
ministre ont échangé cette semaine
sur ce sujet, sans trancher. L’exécutif
veut se donner du temps. « Aucune
décision ne sera prise avant la rentrée,
temporise-t-on à Matignon. Il n’y a
aucune urgence. »
L’agenda de septembre, fixé en
partie mardi lors de la conférence
des présidents de l’Assemblée, est
déjà chargé. À partir du 12 septembre, les députés plancheront sur la
deuxième lecture du projet de loi
agriculture et alimentation, puis à
partir du 17, sur l’examen du projet
de loi de lutte contre la fraude fiscale. « Ensuite, ce n’est pas déterminé », affirme Christophe Castaner,
secrétaire d’État en charge des
Relations avec le Parlement, qui
renvoie à la publication du décret de
convocation de la prochaine session
extraordinaire.
Une reprise des travaux sur la réforme constitutionnelle entraînerait
un report de l’examen de la loi Pacte
sur la croissance des entreprises. Or,
ce texte préparé depuis des mois par
le ministre de l’Économie, Bruno Le
Maire, a déjà essuyé des décalages de
calendrier… (lire ci-dessous). « Ne
pas prendre Pacte serait un tel échec
pour Le Maire… », souffle un ministre. Autre complication : l’examen
du budget, comme chaque année,
monopolisera les séances du Palais
Bourbon pendant plusieurs semaines
à partir de la mi-octobre.
Le président du groupe La République en marche (LaREM), Richard
Ferrand, apporte un début de réponse. Interrogé par Le Monde sur la
possibilité d’une reprise des travaux
sur la réforme constitutionnelle à
partir de la rentrée, ce proche du
chef de l’État a répondu : « Je ne
peux pas vous l’assurer. » Le chef de
file des députés macronistes semble
plaider pour un examen de la loi
Pacte plutôt qu’une reprise de la réforme constitutionnelle. « Il faut
donner la priorité à ce qui concerne la
“
Ce serait un comble
qu’au motif de cette
affaire Benalla on
abandonne purement et
simplement la réforme
constitutionnelle
”
FRANÇOIS DE RUGY, PRÉSIDENT
DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE
vie de nos compatriotes », a-t-il opportunément précisé, alors que le
président de l’Assemblée nationale,
François de Rugy, presse l’exécutif
de mettre en priorité la réforme
constitutionnelle. « Ce serait un
comble qu’au motif de cette affaire
Benalla on abandonne purement et
simplement la réforme constitutionnelle », s’est-il ému sur LCP, mercredi. « Tout dépend de comment on
souhaite séquencer la rentrée : par
l’économie ou les institutions ?, s’interroge un proche du premier ministre. Les deux textes ont leurs
avantages et correspondent à des
engagements forts du président de la
République. » Le chef de file des députés MoDem, Marc Fesneau, sou-
haite de son côté attendre que « les
esprits s’apaisent » avant de reprendre les débats sur les institutions. « Je ne suis pas sûr qu’il faille
se précipiter sur la réforme constitutionnelle, qui ne passionne pas les
Français », fait-il savoir.
En plus d’un calendrier incertain,
des interrogations existent sur le
maintien ou non de la réforme
constitutionnelle. En coulisses, les
proches du chef de l’État étudient
L’agenda de septembre
de l’Assemblée nationale
est très chargé avec, à
partir du 12, la deuxième
lecture du projet de loi
agriculture et
alimentation, puis,
à partir du 17, l’examen
du projet de loi de lutte
contre
la fraude fiscale.
GÉRARD JULIEN/AFP
Jean Leonetti : « Je ne vois pas d’avenir
à cette réforme des institutions »
PROPOS RECUEILLIS PAR
CHARLES SAPIN £@csapin
LE NUMÉRO 2 du parti Les Républicains revient sur l’affaire Benalla
et ses conséquences sur la réforme
institutionnelle portée par Emmanuel Macron.
A
LE FIGARO. - Qu’a changé l’affaire
Benalla dans les rapports entre la
majorité et l’opposition de droite ?
Jean LEONETTI. - C’est un vrai
tournant qui met fin à une forme
d’attentisme, de bienveillance,
notamment dans les rangs de la
droite, à l’égard d’Emmanuel Macron. Beaucoup se sont dit : « On va
lui donner sa chance, après tout, il
est jeune… » Il est désormais bien
clair qu’au-delà de ce jeunisme, il
y a surtout beaucoup d’amateurisme. Le pouvoir ne pourra plus nous
servir sa « République exemplaire »
et son « nouveau monde ». On sort
d’une période d’un an où le peuple,
lui aussi, a donné sa chance au président. Il voulait regarder avant de
juger. Cette période est désormais
terminée, et l’affaire Benalla a démontré que le nouveau monde,
c’est l’ancien en pire. En tant que
force d’opposition, nous entrons
désormais dans une nouvelle
phase, celle d’une opposition proposante qui continuera à faire son
travail de critique.
Cette affaire a en tout cas déjà
fait une victime : la révision
constitutionnelle,
dont le calendrier a été reporté.
On peut considérer que cette réforme est une victime collatérale de
l’affaire Benalla. Mais pas seulement. Son report « sine die » est
également lié à une perte de crédibilité plus générale de l’exécutif.
Plus les mois passent, plus le président est bunkérisé et plus la majorité est caporalisée. Cela ne donne pas
une bonne image de la démocratie.
Les agissements de M. Benalla révèlent la faute de l’Élysée de se voir
comme un pouvoir solitaire et déconnecté du réel. Après n’avoir eu
“
L’affaire
Benalla a
démontré que
le nouveau
monde,
c’est l’ancien en pire
JEAN LEONETTI
”
de cesse de casser les corps intermédiaires, le chef de l’État attaque
désormais nommément la presse et
l’opposition. Comment, dans ce
contexte, faire adopter une révision
constitutionnelle dont l’objet est,
en plus, d’affaiblir les pouvoirs du
Parlement ? Le président doit comprendre que la Ve République, ce
n’est pas le pouvoir d’un seul. Cette
quête de pouvoir absolu va lui coller
à la peau.
Dans les rangs de la majorité,
beaucoup poussent pour
que les discussions sur le premier
volet de cette réforme
institutionnelle reprennent dès
septembre. Y êtes-vous favorable ?
Je ne vois pas d’avenir à cette révision constitutionnelle. Aborder
cette réforme, en septembre, dans
le contexte actuel, est une erreur.
J’y suis opposé. La révision constitutionnelle n’était pas prioritaire
hier, elle l’est encore moins aujourd’hui. Elle n’est pas au cœur des attentes des Français, contrairement
à la croissance, la baisse du chômage où l’impératif de baisse de nos
dépenses publiques. Contrairement
à la révision constitutionnelle impulsée par Nicolas Sarkozy en 2008,
qui a redonné plus de pouvoir au
peuple et au parlement, celle-ci
n’apporte pas plus de démocratie.
Si les discussions reprennent bien
à la rentrée, faudra-t-il que ce soit
sur des bases nouvelles ?
Le climat est différent. Le président
du Sénat, Gérard Larcher, est un
homme intelligent et averti, sa parole aura encore plus de poids à la
rentrée. Avant cette affaire, nous
avions un peu l’impression qu’il y
avait un marché de dupes entre le
pouvoir et l’opposition, qui se voulait constructive. Nous sommes en
faveur d’une réduction du nombre
de parlementaires. Mais quand on
voit les réussites auxquelles mène
la proportionnelle en Italie ou en
Allemagne, on se dit qu’il serait
temps d’avoir la sagesse d’avancer
désormais sur les réformes qu’attendent réellement les Français. ■
sérieusement l’option d’écarter le
projet de loi constitutionnel, dont
l’examen a été suspendu en juillet,
et ainsi de réformer les institutions
simplement par le vote d’une loi ordinaire et d’une loi organique. Un
moyen de faire pression sur l’opposition, dont le pouvoir de nuisance
est nettement moindre sur ces véhicules législatifs que sur un projet
de loi constitutionnelle, qui nécessite pour être adopté une majorité
des trois cinquièmes du Parlement
réuni en Congrès à Versailles. « Les
engagements essentiels pris par
Emmanuel Macron portent sur trois
choses : la réduction du nombre de
parlementaires, la limitation du
cumul des mandats dans le temps et
l’introduction d’une dose de proportionnelle. Or, ces trois réformes
ne nécessitent pas une révision de la
Constitution », rappelle, à dessein,
Richard Ferrand dans Le Monde.
De son côté, Bruno Le Maire
que sa loi Pacte ne soit pas
« Vivement que nous
puissions examiner
ce projet de loi sur la
croissance et la
transformation des
entreprises le plus tôt
possible », a déclaré
Bruno Le Maire.
JOHN MACDOUGALL/AFP
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
BRUNO LE MAIRE tient mordicus à
sa loi Pacte, destinée à simplifier le
quotidien des entreprises. Mais son
examen dans l’hémicycle pourrait
être repoussé au profit de la réforme
constitutionnelle, stoppée net en
juillet par l’affaire Benalla. Le gouvernement s’interroge sur le moment opportun pour reprendre le
fil de la discussion parlementaire
autour de ce texte cher à Emmanuel Macron. Alors que l’agenda
de l’Assemblée est surchargé, une
des options consisterait à décaler
la loi Pacte, dont l’examen est initialement prévu en septembre.
Elle serait alors la nouvelle
victime collatérale de l’affaire Benalla…
De retour d’un déplacement à Rome, le ministre de l’Économie avait
rendez-vous mercredi
après-midi à l’Élysée
pour plaider sa
cause. « Nous sommes combatifs pour
que l’examen en
septembre soit maintenu. On se bat », explique
l’entourage du ministre.
Le patron de Bercy a déjà
échangé avec le premier
ministre lundi et il est
ressorti de son entretien
en ayant le sentiment
d’être sur « la même
longueur d’onde » que
le chef du gouvernement. « Vivement que nous puissions examiner ce
projet de loi sur la croissance et la
transformation des entreprises le plus
tôt possible », a lâché Bruno Le Maire
mardi sur RMC et BFMTV.
Dans une interview au Monde, Richard Ferrand a rappelé que l’exécutif « arbitrerait dans les semaines à
venir ». Le président du groupe LaREM à l’Assemblée nationale a penché en faveur du ministre de l’Économie en estimant qu’il « faut
donner la priorité à ce qui concerne la
vie de nos compatriotes ». Même état
d’esprit de Roland Lescure, le président de la commission des affaires
économiques du Palais Bourbon.
« J’aime bien l’idée de commencer la
rentrée par un texte économique »,
explique-t-il au Figaro, notant au
passage que la conférence des présidents de l’Assemblée nationale a
d’ores et déjà confirmé que le projet
de loi Pacte sera examiné en commission à compter du 4 septembre.
Impatience
Quand bien même la réforme
constitutionnelle est symboliquement très importante - tant l’opposition en a fait une cible prioritaire -,
on prône dans les rangs de la majorité pour l’examen à la rentrée d’un
texte qui démontrera aux Français
que le président n’a pas perdu de vue
son objectif de transformation économique du pays. D’autant plus que
la croissance pour 2018 va être revue
à la baisse et que les derniers chiffres
du chômage (+ 0,2 % au 2e trimestre)
n’envoient pas le signal escompté.
LE FIGARO
jeudi 2 août 2018
POLITIQUE
tutionnelle menacée
5
La loi immigration votée
définitivement à l’issue
d’un parcours accidenté
jet de loi. Gérard Collomb insiste : il
s’agit de conjuguer « humanité » et
« fermeté ». Le gouvernement cite à
l’envi la partie « intégration » du
PLUS DE CINQ MOIS de travail létexte. L’article 3, permet ainsi aux
gislatif auront été nécessaires avant
mineurs réfugiés de demander la
son adoption définitive. Le projet de
« réunification familiale » en faisant
loi « pour une immigration maîtrisée,
venir leurs frères et sœurs, possibiun droit d’asile effectif et une intégralité aujourd’hui limitée à leurs pation réussie », l’un des plus polémirents. « Cet article est dangereux »,
ques de la première année du quinlance dans l’Hémicycle Éric Ciotti
quennat d’Emmanuel Macron, a
(LR).
achevé mercredi ses allers-retours
La gauche conteste de son côté le
entre l’Assemblée nationale et le Sévolet « fermeté » du texte, qui ennat. Les députés ont adopté le texte :
tend accélérer le traitement des
sur 136 votants, 100 ont voté pour,
demandes d’asile, en réduisant de
25 contre et 11 se sont abstenus. Sous
onze à six mois leur durée moyenne
les applaudissements de la majorité,
de traitement. Pour atteindre cet
le ministre de l’Intérieur, Gérard
objectif, le délai dont dispose un
Collomb, a esquissé un sourire.
étranger pour déposer une demanCette adoption définitive par
de d’asile passe de 120 à 90 jours.
l’Assemblée nationale, qui a le der« Inutile », selon les sonier mot, marque en efcialistes. Quand le goufet la fin d’un parcours
vernement défend le
législatif accidenté, en
raccourcissement du déraison des oppositions
lai de recours des dédu Sénat, où la droite est
boutés du droit d’asile de
majoritaire. Mardi, les
30 à 15 jours, la même
sénateurs ont rejeté le
coalition des gauches
texte, de retour faute
au lieu de 120
d’accord entre députés actuellement, c’est s’élève contre la mesure.
et sénateurs en première le délai dont dispose Mais le Sénat la retoquera, et les députés y relecture. « Ce projet consun étranger
nonceront.
titue une véritable occapour déposer
Le doublement du délai
sion manquée en matière une demande d’asile
maximal de rétention des
de lutte contre l’immiaprès le vote
étrangers en attente d’exgration irrégulière », esde la loi
pulsion - de 45 à 90 jours
time le sénateur Philippe
- suscite aussi l’ire de la
Bas (LR).
gauche. Cette mesure « transforme
Mi-avril, lorsque les députés
la rétention en véritable détention »,
commencent à plancher sur le prodénonce Danièle Obono depuis les
jet de loi, les oppositions sont déjà
bancs de LFI. Neuf députés La Répuremontées, le clivage entre gauche
blique en marche (LaREM) votent
et droite réactivé. La France insoucontre la mesure.
mise (LFI) dénonce « une loi extrêAu fil des débats, les premières
me », LR un « manque de fermeté ».
fêlures apparaissent au sein de la
Le ministre de l’Intérieur loue pour
majorité. Une poignée d’élus LaREM
sa part « un texte équilibré ».
défendent, en vain, des amendeGérard Collomb a beau tenter
ments contre l’avis du gouverned’apaiser les tensions, interruptions
ment. Jean-Michel Clément est le
de séance et duels oratoires
seul député LaREM à voter contre. Il
émaillent les 61 heures de débats,
quitte le groupe majoritaire dans la
parfois chaotiques, pendant le prefoulée. Lorsque le texte repasse en
mier passage du texte à l’Assemblée.
deuxième lecture, jeudi dernier,
« Qu’est-ce que c’est que d’obliger
onze députés LaREM s’abstiennent.
un ministre à répondre ? », s’emporUne élue, Aina Kuric, vote contre.
te, le 19 avril, la ministre Jacqueline
Elle devrait écoper d’un « avertisseGourault, pressée par les élus LR de
ment » et non d’une exclusion du
s’expliquer sur un prétendu « plan
groupe, a annoncé mardi le présicaché de régularisation de 40 000
dent du groupe LaREM, Richard
clandestins ».
Ferrand. ■
Rien de tel, pourtant, dans le proLORIS BOICHOT £@lboichot
90
jours
« Je fais tout corps et âme pour que
le texte passe en septembre », promet la présidente (LaREM) de la
commission spéciale Pacte, Olivia
Grégoire. « Il n’y a aucune urgence à
finir la réforme constitutionnelle,
alors qu’il y a une vraie urgence à
avoir des résultats économiques, et je
suis convaincue que cette loi Pacte en
apporterait », abonde Laure de
La Raudière (Agir-UDI), une proche
de Bruno Le Maire.
À Bercy, on assure qu’on ne fait
pas de cet arbitrage « une question
d’ego », mais le ministre bout d’impatience. Au printemps, la présentation en Conseil des ministres de sa
loi Pacte avait déjà été plusieurs fois
retardée, relançant les commentaires autour d’un ministre qui peinerait à s’intégrer en macronie.
L’ancien candidat à la primaire
de la droite ne ménage pourtant pas
sa peine pour être le bon élève du
gouvernement. Retenu en Argentine pour une réunion du G20 au
plus fort de l’affaire Benalla, Bruno
Le Maire a tenu à monter au front
aussitôt revenu dans l’Hexagone.
« Les oppositions veulent faire de
cette affaire une crise de régime, et
c’est irresponsable. […] Elles n’ont
jamais digéré la victoire d’Emmanuel
Macron en 2017 », avait-il lâché le
24 juillet dernier sur BFMTV.
Ajoutant : « Elles ont trouvé un os à
ronger et elles le rongent jusqu’à
la nausée. » Dans une équipe où les
ministres techniciens dominent,
ils sont peu nombreux à être ainsi venus en renfort politique au
président. ■
projet de loi constitutionnel », plaide
un ministre du premier cercle.
« Même si électoralement on n’a pas
besoin d’une révision de la Constitution pour tenir nos promesses, ce
serait une erreur que de s’en passer », pointe Sacha Houlié, responsable de la majorité pour le texte
constitutionnel. Avant de se rassurer : « Mais de toute façon, je n’ai jamais vu Emmanuel Macron reculer
sur un texte. » ■
L’Assemblée devient le cœur névralgique du RN
Comme
« beaucoup
de partis
politiques,
on a gardé
une structure
traditionnelle,
bonapartiste,
où il y a une
tête bien
identifiée.
Si le général
change de QG,
tout le reste
suit
»
UN ASSISTANT
PARLEMENTAIRE RN
CIRCULEZ, il n’y a plus rien à voir.
C’est au fond le sentiment que
donne le siège du Rassemblement
national, à Nanterre. Le bâtiment
froid de trois étages aura cette année été la victime collatérale des
dernières législatives. Depuis l’arrivée de Marine Le Pen ainsi que de
cinq autres députés RN au Palais
Bourbon, la banlieue des Hautsde-Seine aura progressivement été
dépossédée de sa fonction de centre névralgique du parti à la flamme au profit de l’Assemblée nationale. « Comme beaucoup de partis
politiques, on a gardé une structure
traditionnelle, bonapartiste, où il y a
une tête bien identifiée. Si le général
change de QG, tout le reste suit, témoigne un assistant parlementaire
RN qui a également travaillé au
Carré. « Nanterre est devenu un pôle
presque exclusivement administratif. » Outre les réunions des ins-
tances dirigeantes du parti, une
fois par mois, que sont le bureau
exécutif et le bureau national, le
siège a été vidé de tous ses organes
politiques. Depuis la réforme des
statuts du parti, lors du congrès de
Lille au mois de mars, il n’existe
plus de secrétaire général ni de vice-présidences
thématiques
qu’occupaient jadis l’eurodéputée
Marie-Christine Arnautu, Louis
Aliot ou encore l’ancien numéro 2
du parti, Florian Philippot.
Moins de moyens
« On l’a bien vu lors des débats
autour de l’affaire Benalla, c’est à
l’Assemblée que ça se passe, témoigne le délégué national à la communication, Laurent Jacobelli, qui,
bien que basé à Nanterre, se rend
régulièrement à l’Assemblée. Nous
sommes dans la pratique politique,
pas dans la théorie. Et de fait, l’éla-
Marine Le Pen et Louis Aliot sur
le banc du Rassemblement national,
à l’Assemblée, en avril.
boration du programme comme la
communication, tout le travail de
fond qui y est fait donne de la matière au parti. »
L’attribution des badges au Palais Bourbon sera moins aisée
Il ne sera plus chose aisée pour
les collaborateurs de l’exécutif d’accéder
à la salle de sport de l’Assemblée nationale.
François de Rugy, le président de l’institution,
a en effet souhaité prendre des dispositions
après l’indignation de certains députés
lors de l’affaire Benalla. Ils ne comprenaient
pas comment le collaborateur de l’Élysée
a pu disposer d’un badge d’accès privilégié
au Palais Bourbon. Le bureau de l’Assemblée
nationale a donc convenu à la « quasiunanimité », mercredi, que l’attribution
des badges permanents serait désormais
« réservée exclusivement aux directeurs
de cabinets et aux conseillers
parlementaires/politiques » de l’exécutif,
sous le contrôle de la présidence
de l’Assemblée.
Cette mesure risque de ne pas calmer toutes
les critiques. Comme l’a révélé Le Figaro,
mardi, Alexandre Benalla était de passage
à l’Assemblée les 16 et 17 mai, comme
l’attestent les données de son badge d’accès.
Il faut rappeler que l’ancien collaborateur
de l’Élysée était alors sous le coup d’une mise
à pied et censé, selon les premières
déclarations de son avocat, être en Bretagne.
Ces informations jettent le doute
sur l’application de la sanction prise
à l’encontre de l’ex-chargé de mission.
Elles s’ajoutent également aux déclarations
du directeur de cabinet d’Emmanuel Macron,
Patrick Strzoda, le 25 juillet, qui a précisé
qu’Alexandre Benalla avait bien touché
l’intégralité de son salaire en mai, en dépit
de sa suspension. Ces dernières révélations
ont entraîné une nouvelle enquête au sein
du Palais Bourbon. François de Rugy,
le président de l’Assemblée, souhaitant
connaître l’identité de l’auteur de la fuite.
Une enquête administrative pour identifier
le ou les responsables a été lancée mardi. E. C.
Malgré l’absence de groupe parlementaire, qui induit pour les six
députés RN moins de moyens, des
difficultés matérielles comme pour
réserver des salles et, surtout,
moins de temps de parole dans
l’Hémicycle, Marine Le Pen ne
cesse de se féliciter de ce déménagement. La candidate malheureuse
à la présidentielle n’a jamais caché
son aversion pour les locaux de
Nanterre, pas assez fonctionnels,
trop vieux et trop éloignés de la capitale. Quant au Parlement de
Strasbourg, où elle a siégé de 2004
à 2017, elle moquait dans L’Express, en mai dernier : « C’est plus
efficace d’être ici qu’au Parlement
européen, un gigantesque édredon.
Il y faut un grand nombre de décibels
pour se faire entendre à travers les
plumes. » À l’Assemblée, elle dispose d’un accès direct aux médias
comme une tribune sur la plupart
des sujets d’actualité. « C’est vraiment un plus. On le voit en comparaison des chefs de parti qui ne sont
pas à l’Assemblée et qui peinent à se
faire entendre », se félicite le député du Pas-de-Calais Ludovic Pajot.
Mais si le premier cercle des
conseillers de Marine Le Pen, au
premier rang desquels Philippe Olivier, ont pris leurs quartiers à l’Assemblée, du côté des permanents
historiques du siège restés à Nanterre, on assiste à cette désaffection
avec inquiétude. « Depuis le congrès, on assiste à une large réorganisation. Et avec l’affaire des subventions bloquées (2 millions d’euros
gelés par la justice, NDLR), ils se demandent si plusieurs d’entre eux ne
vont pas passer par la case plan social », lâche un cadre du parti. ■ C. S.
A
se bat pour
reportée
Ce scénario, s’il permet de
contourner l’éventuel blocage de
l’opposition et notamment du Sénat, comporte toutefois le risque
d’apparaître comme un cruel aveu
d’échec pour le président de la République. « Il ne faut pas laisser le
sentiment qu’on abdique, qu’on cède
à nos opposants », met en garde un
pilier du groupe LaREM. « Moi, je
pense qu’il vaut mieux faire les choses dans l’ordre, et reprendre par le
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
« Si d’aventure le climat ne se prêtait
pas à la reprise de la révision constitutionnelle, nous serions quand
même en capacité de tenir l’intégralité de nos engagements. » Ce
même argument avait été brandi la
semaine dernière par le premier
ministre, Édouard Philippe, devant
le Sénat. « Si l’opposition nous met
des bâtons dans les roues, il faut
avancer sur le reste », juge Marc
Fesneau.
jeudi 2 août 2018 LE FIGARO
INTERNATIONAL
6
Un pasteur
brouille Trump
avec Erdogan
Le président américain demande
la libération immédiate du pasteur Brunson
que son homologue turc lui refuse.
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
TURQUIE Le ton monte entre Ankara et
Washington. Ce mardi, une cour d’appel
turque a rejeté la demande de remise en
liberté du pasteur américain Andrew
Brunson, assigné à résidence durant son
procès, au risque de froisser encore plus
Donald Trump. L’affaire, qui pourrait
s’avérer tristement anecdotique dans la
longue saga des purges et arrestations en
série qui minent la Turquie depuis le
putsch raté du 15 juillet 2016, a pris une
tournure géopolitique particulièrement
saillante. Tout commence il y a deux ans,
en octobre 2016, lorsque Andrew Brunson, qui dirige une petite église protestante d’Izmir, est arrêté par la police.
L’homme, qui vit en Turquie depuis une
vingtaine d’années, est accusé d’avoir agi
pour le compte du réseau du prédicateur
Fethullah Gülen, l’instigateur présumé
du coup d’État avorté, mais aussi pour
celui du PKK, la rébellion armée kurde.
Aussitôt, il est pointé du doigt pour « terrorisme » et « espionnage ». Selon la loi
turque, il risque trente-cinq ans de réclusion s’il est reconnu coupable des charges
retenues contre lui, qu’il nie en bloc.
À plusieurs reprises, le président Donald Trump exige sa libération. Mais ses
demandes restent lettres mortes… Jusqu’à la semaine dernière. En prison depuis vingt et un mois, Andrew Brunson
est finalement libéré le 25 juillet pour être
placé en résidence surveillée. Mais
Washington juge insuffisant ce petit signe
de clémence. Fidèle à son discours direct
et provocateur, Donald Trump menace
aussitôt la Turquie de « vastes sanctions »
si elle ne rend pas au pasteur son entière
liberté. La mise en garde est réitérée par
son vice-président, Mike Pence. Des
membres du Congrès ont également dénoncé la détention de Brunson, rappelant
l’incarcération de deux employés locaux
de missions américaines en Turquie et le
placement en résidence surveillée d’un
Le pasteur Andrew Brunson (au centre) a été libéré de prison le 25 juillet pour être placé en résidence surveillée.
troisième. Pour l’heure, le contour des
mesures de rétorsion reste flou. Une proposition de loi prévoit néanmoins de restreindre les prêts des institutions financières internationales à la Turquie jusqu’à
ce que le gouvernement turc cesse ses
« arrestations et ses détentions arbitraires » de citoyens américains.
Labyrinthe politico-juridique
En face, le président turc Recep Tayyip
Erdogan refuse de plier l’échine. Son homologue américain ne pourra pas « obliger
la Turquie à reculer avec des sanctions »,
déclarait-il il y a quelques jours. Des propos partagés par son porte-parole, Ibrahim Kalin : les menaces américaines sont
« absolument inacceptables », a-t-il répété
ce mardi. En cas d’application de ces
sanctions, Ankara prendrait, précise-t-il,
« des mesures de représailles ». Ces sanctions sont de mauvais augure pour la Turquie, qui craint la suspension de la livraison de chasseurs F-35. Sur le terrain
militaire, les deux pays restent cependant
partenaires : dans sa déclaration de mardi,
Ibrahim Kalin a tenu à souligner que les
tensions actuelles ne devraient pas affecter les patrouilles menées en parallèle par
la Turquie et les États-Unis dans la ville de
Manbij, dans le nord de la Syrie.
La porte des négociations diplomatiques reste également ouverte : les ministres des Affaires étrangères des deux pays
doivent se rencontrer cette semaine.
L’occasion d’évoquer d’autres sujets de
dissensions, à commencer par la demande turque d’extradition de Fethullah
Gülen, qui réside en Pennsylvanie, ou encore le soutien américain à une milice
kurde de Syrie. En marge de ces tractations, Ismail Cem Halavurt, l’avocat du
pasteur Brunson, poursuit sa folle course
à travers le labyrinthe politico-juridique
de la Turquie. La prochaine audience du
procès se tiendra le 12 octobre. « Mais
nous allons demander la levée de l’assignation à résidence tous les mois », prévientil, en promettant de continuer à faire
campagne pour sa remise en liberté. ■
DHA/AP
EN BREF
Trump somme son ministre
de clore l’enquête russe
Donald Trump a estimé mercredi
que l’Attorney General (ministre
de la Justice), Jeff Sessions,
devrait « immédiatement »
mettre fin à l’enquête fédérale
sur une éventuelle collusion
entre son équipe de campagne
et la Russie lors de l’élection
présidentielle de novembre 2016.
L’Afghanistan aux urnes fin
2018 et au printemps 2019
L’Afghanistan organisera
un scrutin présidentiel le 20 avril
2019 pour choisir le successeur
d’Ashraf Ghani, élu en 2014,
a annoncé la Commission
électorale indépendante (IEC). Ce
scrutin aura lieu six mois après les
législatives prévues le 20 octobre.
Pakistan : Imran Khan tente de bâtir sa coalition
Trouver des alliés au Parlement est le premier défi rencontré par le leader du PTI, dont l’opposition conteste toujours l’élection.
EMMANUEL DERVILLE £@e_derville
NEW DEHLI
ASIE Imran Khan a proclamé sa victoire aux législatives le 26 juillet. Voilà une
semaine que son parti, le PTI, est arrivé
en tête avec 116 sièges à l’Assemblée nationale. Toutefois, l’homme censé devenir premier ministre d’une puissance
nucléaire qui est le sixième pays du
monde par son peuplement n’a pas de
majorité. Il lui manque 21 élus pour
franchir la barre des 137 députés dans
une chambre de 272 membres élus.
Imran Khan assure que c’est bien lui
qui prendra les rênes. « Je prêterai serment le 11 août », a-t-il déclaré à Radio
Pakistan. En coulisses, les tractations
vont bon train pour permettre au PTI de
rallier 13 élus sans étiquette et les petits
partis. La PML-Q, l’ancienne formation
du dictateur militaire Pervez Musharraf,
a apporté ses quatre députés. Lundi, le
PTI a fait savoir que deux indépendants
rejoignaient la coalition. Insuffisant.
Alors des partis régionaux sont courtisés.
Mardi, le PTI a reçu le soutien du BAP,
une formation baloutche de quatre élus.
Rien n’a filtré sur les promesses que le
PTI a faites à ces alliés. Les marchandages
en cours jettent le doute sur les réformes
qu’Imran Khan a promises dans sa quête
d’un « État-providence islamique » - lutte contre la corruption et le gaspillage
des fonds publics, réforme de la fiscalité… La mise en œuvre de ces mesures
sera compliquée car elles vont heurter
les intérêts d’une classe politique corrompue, championne de l’évasion fiscale. D’après le Centre pakistanais de reportage d’investigation (CIRP), 60 % des
candidats aux législatives n’ont pas déposé leur déclaration de revenus.
Les réformes sont d’autant plus urgentes que l’économie est au bord du
défaut de paiement, avec moins de deux
mois de réserve de change. Les analystes
estiment qu’Islamabad devra solliciter un
prêt du FMI. Mais sur ce front-là, les choses se corsent. Lundi, le secrétaire d’État
américain Mike Pompeo a prévenu, sur la
chaîne CNBC : « Il n’y a aucune logique à ce
que des dollars du FMI, qui proviennent en
partie du Trésor américain, servent à tirer
d’affaire ceux qui sont endettés à l’égard de
la Chine. » Le Pakistan est destinataire de
62 milliards de dollars d’aide chinoise, en
particulier des prêts accordés par des
banques publiques, pour financer la
construction d’un corridor énergétique et
routier. Le chantier a précipité la hausse
des importations chinoises, grevant ainsi
les réserves de change.
De son côté, l’opposition continue
d’affirmer que le scrutin a été truqué et
demande de nouvelles élections. Les
conclusions de la mission d’observation
de l’Union européenne lui donnent en
partie raison. Elle a estimé que « le
comptage des bulletins avait été problématique parce que le personnel en charge
du vote ne suivait pas toujours la procédure ».
Plusieurs partis comme la PML-N,
mais aussi le PPP, affirment que les résultats définitifs, qui ne sont tombés que
trois jours après le vote, étaient parfois
retranscrits à la main sur des feuilles
blanches. ■
Jean-Pierre Bemba revient
à Kinshasa pour la présidentielle
AFRIQUE Tout juste acquitté par la Cour
pénale internationale (CPI), l’ex-chef de
guerre et ex-vice-président Jean-Pierre
Bemba est rentré mercredi en République démocratique du Congo, où il
compte s’inscrire parmi les candidats à
la succession du président Joseph Kabila.
Après onze ans d’absence, dont dix en
prison, M. Bemba, 55 ans, a atterri en jet
privé en provenance de Belgique vers
8 h 30 à l’aéroport de Ndjili, où il a été
accueilli par ses partisans du Mouve-
VENTES AUX ENCHERES PUBLIQUES
01.49.04.01.85 - annonces@osp.fr
06
SCP d’Avocats MAXIME ROUILLOT - FRANCK GAMBINI
12 boulevard Carabacel (06000) NICE - Tél. 04.93.80.48.03
4 Avenue Alphonse Morel (06130) GRASSE Tél. 04.93.36.05.77 - www.rouillot-gambini.fr
Maître Jean-Marc SZEPETOWSKI Avocat au barreau de NICE 4 avenue Georges Clemenceau (06000) NICE
VENTE AUX ENCHERES PUBLIQUES
A MOUGINS (06) - Domaine de Ranguin, 1190 avenue de la Borde
UNE PROPRIETE Cadastrée section DP n° 106 pour 4ha 4a 77ca et
section DP n° 107 pour 15ha 44a 8ca Ladite propriété composée de :
Sur la parcelle DP n° 106 : UNE BATISSE PRINCIPALE
divisée en 8 lots de copropriété et UN BATIMENT INDEPENDANT
Sur la parcelle DP n° 107 : UNE MAISON ET TERRAIN ATTENANT
ADJUDICATION JEUDI 6 SEPTEMBRE 2018 à 9H
Au Palais de Justice de Grasse, 37 avenue Pierre Sémard.
Le ministère d’un avocat au Barreau de Grasse est obligatoire pour enchérir.
A
MISE A PRIX : SIX MILLIONS CENT CINQUANTE MILLE € 6.150.000 €
Consignation : 10 % du montant de la mise à prix.
Les enchères ne peuvent être soutenues que par le ministère d’un avocat inscrit au Barreau de GRASSE.
Pour tous renseignements s’adresser au cabinet d’avocats ci-dessus mentionné ou encore consulter le
cahier des conditions de vente déposé au grefe du TGI de GRASSE le 1er juin 2017 - RG n° 17/143.
Visites sur place par Maître LENCHANTIN DE GUBERNATIS, Huissier de Justice à DRAP :
mercredi 22 août 2018 de 10h à 12h - mercredi 29 août 2018 de 14h à 16h
ment de libération du Congo (MLC). Au
moins un membre du gouvernement de
Joseph Kabila, le ministre des Relations
avec le Parlement, Jean-Pierre Lisanga,
se trouvait sur les lieux. M. Lisanga a
rappelé que M. Bemba était toujours
sénateur, d’où sa présence à l’aéroport.
M. Bemba revient en RDC une semaine avant la date butoir du dépôt des candidatures à l’élection présidentielle prévue le 23 décembre pour organiser le
départ du président Kabila. Le chef de
l’État ne peut plus se représenter mais
n’a toujours pas désigné de « dauphin »
au sein de sa majorité présidentielle.
Pour cette élection à un tour, M. Bemba
fait jeu égal avec les deux autres ténors
de l’opposition, Félix Tshisekedi et Moïse Katumbi, selon les intentions de vote
d’un sondage présenté mardi par les
universitaires du groupe des experts du
Congo. Il plaide pour une « candidature
unique » de l’opposition.
Organiser un retour populaire
Sur les 25 km allant de l’aéroport au centre-ville, des dizaines de milliers de personnes ont accueilli M. Bemba, qui a
réussi son test de popularité. Quelques
gaz lacrymogènes ont été tirés par la
police qui avait déployé des camions
antiémeute. C’est le rassemblement le
KENNY KATOMBE/REUTERS
Des dizaines de milliers de personnes ont accueilli l’ancien vice-président
de la République démocratique du Congo, finalement acquitté par la CPI.
Bain de foule hier pour Jean-Pierre Bemba de retour à Kinshasa après onze ans d’absence.
plus important en RDC depuis le retour
de l’opposant historique Etienne Tshisekedi, il y a quasiment deux ans, jour
pour jour, le 27 juillet 2016. Ce jour-là
M. Tshisekedi avait drainé des centaines
de milliers de personnes, et les forces de
sécurité avaient tiré sur la foule venue
réclamer dans la rue le départ du président Kabila. Depuis cette date du
27 juillet 2016, les autorités congolaises
empêchent tout rassemblement de masse de l’opposition, les tensions étant
grandes avec le report des élections depuis la fin du deuxième et dernier
mandat de M. Kabila, le 20 décembre
2016. La manifestation de mercredi
n’était ni formellement interdite ni vraiment autorisée, comme le souhaitaient
les partisans de M. Bemba, qui s’étaient
engagés dans un bras de fer avec les
autorités afin d’organiser un retour populaire à leur chef.
M. Bemba a retrouvé une ville qu’il
avait quittée le 11 avril 2007, après des
combats meurtriers entre sa milice et
l’armée de Kabila (environ 250 morts).
Depuis, l’ex-vice-président et rival
malheureux du président Kabila aux
élections de 2006 a passé dix ans dans les
prisons de la CPI, condamné en juin 2016
à une peine de dix-huit ans pour des
exactions de sa milice en Centrafrique en
2002-2003. Son acquittement surprise
en juin dernier avait provoqué la joie de
ses fidèles dans l’ouest de la RDC et une
certaine mansuétude des « katangais »
du pouvoir, qui avaient facilité son retour au pays avec la délivrance d’un passeport diplomatique.
Après son dépôt de candidature à la
présidentielle, M. Bemba compte se
rendre samedi dans son fief familial de
Gemena (nord-ouest) sur la tombe de
son père, un homme d’affaires qui a fait
fortune à l’époque du maréchal Mobutu.
C’est d’ailleurs là-bas, dans la province
de l’ex-Équateur, qu’il aurait voulu
commencer son test de popularité pour
son retour au pays - mais il en a été empêché par les autorités. ■
T. B.
LE FIGARO
jeudi 2 août 2018
INTERNATIONAL
7
Lendemains électoraux tendus au Zimbabwe
Des heurts, qui ont fait au moins un mort, ont accompagné la proclamation de la victoire législative du parti au pouvoir.
CAROLINE DUMAY
PHILIMON BULAWAYO/REUTERS
ENVOYÉE SPÉCIALE À HARARE
Des sympathisants du parti au pouvoir,
la Zanu-PF, exultent à l’annonce
des résultats, mardi, à Harare.
AFRIQUE AUSTRALE Une personne au
moins est morte, tuée par balle mercredi par des soldats dans le centre de Harare, alors que les sympathisants du
Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de Nelson Chamisa
s’étaient rassemblés après l’annonce de
la victoire du parti de Robert Mugabe
aux élections du 30 juillet dernier. À en
croire les résultats officiels de la Commission électorale zimbabwéenne
(ZEC), la Zanu-PF, au pouvoir depuis
1980, emporte la majorité des deux tiers
des sièges à l’Assemblée nationale. Alors
que le décompte des voix pour la présidentielle entre Emmerson Mnangagwa
et Nelson Chamisa n’a pas été publié,
l’opposition cherche à comprendre les
raisons d’une cuisante défaite, tandis
que les accusations de fraude se
multiplient.
Sur les 210 circonscriptions du pays,
la Zanu-PF obtient 144 sièges, tandis
que le MDC (Mouvement pour le changement démocratique) obtient 61 sièges.
Le parti de Robert Mugabe, au pouvoir
depuis 1980 au Zimbabwe, semble avoir
fait le plein des électeurs dans les zones
rurales. Avec 26 sièges sur 29 pour la capitale Harare, et 11 sièges sur 12 pour
Bulawayo, l’opposition s’est en revanche imposée dans les deux plus grandes
villes du pays.
« L’opposition a payé le prix de sa division », fait remarquer un militant du
MDC. Traditionnellement acquis à l’opposition, le sud du Matabeleland n’a pas
eu les scores espérés. À Gwanda North
par exemple, les deux tiers des électeurs
voulaient le changement, mais le parti
au pouvoir a gagné car il y avait plus de
sept candidats d’opposition. Même scénario a Lupane West, Insiza South ou
Bulawayo South.
Avec l’opposition, nombre de personnalités de la société civile crient aussi
à la fraude. L’organisation Zesn, qui regroupe une quarante d’ONG, a fait part
dans son dernier rapport des irrégularités lies à des formulaires V11. Ces fiches,
que tous les agents électoraux devaient
remplir, signer et poster sur le mur des
10 000 bureaux de vote après le décompte des voix, ne semblent pas avoir
été toutes retournées au centre électoral. 21 % de ces formulaires n’ont jamais
été signés par les agents électoraux, ce
qui signifie que le vote de plus de 1 million d’électeurs est impossible à vérifier.
Les responsables de la Commission
électorale ont confirmé hier que la vérification de ces formulaires était la principale raison du retard de l’annonce des
résultats de l’élection présidentielle.
Rapport critique de l’UE
Les observateurs cautionnent dans leur
ensemble ce scrutin considéré comme
« libre » et « pacifique ». Pour les missions africaines, comme celles de la Sadec (communauté des États d’Afrique
australe) et de l’Union africaine (UA), le
vote « calme » et « transparent » a respecté les standards régionaux et inter-
nationaux. Le rapport de l’Union européenne cependant est plus critique,
dénonçant l’inégalité des moyens de
propagande, le parti pris des médias,
l’interférence par les chefs traditionnels
ou la distribution de nourriture par le
parti au pouvoir. Mêmes doutes du côté
de la mission jointe des observateurs
américains de l’IRI (International Republican Institute) et du NDI (National Democratic Institute), dirigée par Helen
Johnson Sirleaf, qui faisaient par ailleurs
remarquer que le fichier électoral défavorisait le vote urbain.
Nelson Chamisa, candidat de l’opposition à l’élection présidentielle, ne s’est
pas exprimé officiellement. Mais il multiplie les messages sur son compte Twitter : « La stratégie est destinée à préparer
mentalement le Zimbabwe à accepter de
faux résultats pour la présidentielle », affirmait-il mercredi. Si personne
n’obtient la majorité absolue au premier
tour, les deux candidats arrivés en tête
s’affronteront lors d’un second tour
prévu le 8 septembre. ■
Au centre du Mali
monte la haine entre
Dogons et Peuls
Les rivalités ethniques, de plus en plus meurtrières,
minent l’unité d’un pays au bord du chaos.
300 km
TANGUY BERTHEMET £@tanguyber
ENVOYÉ SPÉCIAL À BAMAKO
ALGÉRIE
MAURITANIE
MALI
Gao
BURKINA
FASO
GUINÉE
er
Bamako
Infographie
lation et la raréfaction de l’eau. « Il y
avait des petites luttes mais pas ça, pas
de massacres. » Dana Ambassagou a
tout changé. « Au début, c’étaient des
dozos qu’on ne connaissait pas. Puis,
peu à peu, ils ont été rejoints par les
jeunes Dogons de la région. Les morts
ont commencé », affirme-t-il. Quatre
dans des villages voisins, qui ensuite
ont été brûlés. Selon lui, dans le cercle
de Koro, au moins 35 villages ont été
vidés de la population peule. Et la liste
s’allonge. Certains Peuls sont à
Bamako, mais le plus souvent, ils ont
trouvé refuge au Burkina Faso voisin.
Côté Dogons, on réfute ces massacres. Pour l’association Guina Dogon, les groupes ne font que se défendre, même si on reconnaît de possibles
« dérapages » de « jeunes exaltés ». Il
Marche silencieuse, le 30 juin 2018, à Bamako, en soutien aux populations peules victimes d’exactions.
s’agirait avant tout de lutter contre les
djihadistes.
La région de Mopti, qui avait échappé à tous les conflits jusqu’alors, a de
fait sombré avec l’islamisme armé. Le
Front de libération du Macina (FLM)
s’est officiellement allié, en mars 2017,
à Ansar Dine, le mouvement dirigé par
le Touareg Iyad ag Ghaly, affilié à
al-Qaida. Les tentations djihadistes
sont néanmoins plus anciennes. Amadou Koufa, cheikh du FLM, recrute au
moins depuis 2012 de jeunes Peuls
sous sa bannière noire. Ses troupes,
qui puisent parmi les djihadistes mis
en déroute par l’armée française en
2013 et parmi la jeunesse sans avenir,
ont lentement essaimé autour de
Mopti. Depuis trois ans, les attaques et
les attentats se multiplient, contre les
symboles de l’État impie, mais aussi
contre les chefs traditionnels accusés
de collaboration, ou les maîtres
d’école.
« Le djihad existe, c’est vrai. Et
beaucoup dans ses rangs sont des
Peuls. Mais si les djihadistes sont Peuls,
tous les Peuls ne sont pas djihadistes »,
s’agace Hamadoun Dicko, l’un des
responsables de l’association Tabital
Pulaaku.
“
L’armée malienne est
dans le piège de la lutte
de la contre-insurrection.
Les djihadistes se cachent
parmi les civils, contraints
à collaborer. Du coup,
ils ont tendance à faire
des amalgames
UN EXPERT OCCIDENTAL
”
Dramane Barry, qui, lui aussi, a dû
partir de son hameau « après une attaque » assure qu’il « n’a jamais vu de
djihadistes ». Quant à Amadou Koufa,
il n’avait « jamais entendu son nom ».
L’homme est pourtant fort connu depuis les années 1980. Prêcheur talen-
Rumeurs autour de la présidentielle
rêve
« deLe gagner
d’un coup,
par K.-O.,
s’est envolé.
C’est
une belle
victoire
»
TIÉBILÉ DRAMÉ,
DIRECTEUR
DE CAMPAGNE
DE SOUMAÏLA CISSÉ
TROIS JOURS après le vote,
l’attente se prolonge au Mali.
Un temps d’incertitude, favorable aux rumeurs les plus variées. Les candidats de l’opposition et l’entourage du
président sortant, Ibrahim
Boubacar Keïta, dit IBK, se
sont lancés dans une vaste
partie de poker menteur, à
l’aveugle. La Commission
électorale, qui gère le scrutin,
n’a laissé filtrer aucun chiffre
et la loi interdit d’en publier.
Elle n’a pas non plus précisé
quand les résultats seraient
rendus publics, même si beaucoup pensent que ce sera le cas
aujourd’hui jeudi. On se réfu-
gie donc dans les sous-entendus. Du côté d’IBK, on fait état
de sa « confiance », certifiant
que les résultats sont « très
bons ».
Dans le camp du principal
rival, Soumaïla Cissé, on se dit
certain que l’organisation
d’un second tour est acquise.
« Le rêve de gagner d’un coup,
par K.-O., s’est envolé. C’est
une belle victoire », souligne le
directeur de campagne, Tiébilé Dramé. Surtout, on dénonce
des fraudes « massives »,
soulignant de « nombreuses
irrégularités ». Mercredi, 18
des 24 prétendants ont fait
cause commune pour exiger
une plus grande transparence
et la neutralité de la Cour
constitutionnelle, qu’ils soupçonnent de rouler pour le
pouvoir. Ils demandent aussi
la publication des résultats
bureau de vote par bureau de
vote. Une réclamation également posée par la plupart les
missions d’observation, notamment celle de l’Union
européenne. « Cette diffusion
détaillée est le seul moyen de
réellement vérifier que les résultats pris en compte sont bien
ceux issus des urnes et qu’ils ne
comportent pas d’absurdités »,
explique
un
observateur
international. ■
T. B.
N. REMENE/LE PICTORIUM/MAXPPP
tueux dont les discours sur cassettes
séduisaient les foules, il s’est radicalisé dans les années 2000. Mais Dramane n’a « jamais entendu » de ces cassettes. « Les Peuls sont aussi victimes
des djihadistes. Ils ont peur, s’ils dénoncent, d’être abattus », explique
Hamadoun Dicko. L’État et l’armée en
particulier sont massivement absents
de ses régions. « Si vous les appelez, ils
ne viennent pas ou demandent que vous
payiez le carburant », s’agace Abdou
Diallo. De toute façon, il n’a pas
confiance. Les soldats, qui essuient de
lourdes pertes, ont la solide réputation de commettre des exactions régulièrement contre les civils. Un rapport de l’Human Rights Watch, publié
en septembre, et un autre d’Amnesty
International, datant d’avril, accusent
des militaires de meurtres. Le ministère de la Défense malien a ordonné
des enquêtes, affirmant qu’il ne « tolérerait pas ces comportements ».
« L’armée malienne est dans le piège
de la lutte de la contre-insurrection.
Les djihadistes se cachent parmi les
civils, contraints à collaborer. Du coup,
ils ont tendance à faire des amalgames », note un expert occidental. Pour
éviter ce piège, et contourner les faiblesses de l’armée nationale, le gouvernement s’appuie régulièrement sur
des milices, notamment dans le Nord.
Tabital Pulaaku soupçonne ainsi le
pouvoir de financer et d’armer les
groupes dogons pour commettre des
« tueries ». À Bamako, les autorités le
réfutent vivement. « Dans les années
1990, le gouvernement a équipé une
milice peule, le Ganda Izo, pour combattre les Touaregs. On le sait. Aujourd’hui, il fait pareil contre les Peuls »,
insiste Hamadoun Dicko. « Ces luttes
tribales qui s’accélèrent partout, créant
des microconflits, sont très dangereuses. Elles minent le Mali. Le prochain
président devra d’urgence faire baisser
ces tensions, sans quoi la paix sera
impossible », affirme une source
occidentale. ■
A
Koro
Mopti
NIGER
Tombouctou
Nig
SAHEL Il se demande encore à quel
moment la guerre a avalé sa vie. Peutêtre au début de l’hiver, alors que les
premiers hommes de Dana Ambassagou, une milice d’autodéfense de
l’ethnie Dogon, sont apparus près de
son village, Yozo Béné. Plus sûrement
en avril, quand le chef communautaire l’a appelé pour lui conseiller de ne
pas rentrer chez lui. Abdou Diallo, à
66 ans, n’avait jamais eu aussi peur.
Ce Peul, éleveur comme beaucoup de
ses compatriotes, a hésité. « Le chef,
un Dogon que je connais depuis toujours, m’a dit au téléphone que les miliciens dozos [des chasseurs traditionnels, NDLR] voulaient me tuer »,
raconte-t-il. Il se cache alors dans la
campagne du cercle de Koro, une vaste zone administrative située au sud
de Mopti, dans le centre du Mali. Trois
jours plus tard, les Dozo le trouvent.
« Ils m’ont menacé et ils ont pris mes
25 vaches. »
La terreur et la misère l’ont forcé à
fuir, une errance de quelques jours
avec sa femme et trois de ses enfants
jusqu’à la capitale régionale. « Quelqu’un a finalement loué un car et on est
arrivés là. » Ses yeux se perdent sur la
rue sèche et un peu crasseuse de Dialakorobougou, le quartier perdu de
l’est de Bamako où il a échoué. Un riche Peul, prie de pitié, l’a accueilli
dans sa cour, avec 280 autres réfugiés.
Sous des tentes de fortune, ou entre
les murs d’une école désaffectée, des
grappes d’enfants, des femmes et des
vieillards traînent. On survit comme
on peut, assez mal.
Il arrive de nouveaux malheureux
régulièrement. Amadou Barry, le
27 juillet dernier, le bras en écharpe.
Deux semaines auparavant, alors qu’il
roulait à moto avec ses amis, il a été
fauché par des tirs. « J’ai reçu une balle
dans le bras et mes amis dans l’épaule
et la jambe », se rappelle-t-il. Il n’a jamais pu voir ses agresseurs, qui ont
disparu dans la brousse, les laissant
pour morts. Ils sont parvenus à se
traîner dans un centre de santé. À peine soigné, Amadou a préféré rejoindre
Bamako. « Sinon, ils seraient venus
m’achever. »
Abdou Diallo secoue la tête, faisant
osciller son chèche bleuâtre. « Comment tout ça est-il arrivé ? » Fils de
notable, il le reconnaît sans mal, les
relations entre Dogons, souvent agriculteurs, et éleveurs peuls ne sont pas
sans vagues. Les échanges ancestraux
entre les groupes ont été mis à mal par
les sécheresses, la hausse de la popu-
jeudi 2 août 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Une rixe entre rappeurs perturbe le trafic à Orly
Le sulfureux Booba et son rival Kaaris, ainsi que leur entourage, se sont violemment affrontés dans une salle d’embarquement.
ANGÉLIQUE NÉGRONI anegroni@lefigaro.fr
VIOLENCES Filmées, les scènes de violence qui se sont déroulées mercredi
après-midi à l’aéroport d’Orly Ouest
ont aussitôt fait le tour des réseaux sociaux. Sous les yeux médusés des
nombreux voyageurs qui attendaient
leur vol dans la salle d’embarquement
du hall 1, les rappeurs français Booba
et Kaaris se sont affrontés.
Dans la bagarre, l’entourage des
deux vedettes est également intervenu. À coups de pied et de poing, les
deux camps, en tenue de sport - jog-
ging et tennis - se sont violemment
battus. Sous les cris de passagers totalement consternés, les adversaires
ont continué leur lutte au milieu des
rayons d’un magasin Duty Free qui a
été saccagé et dont le responsable a
annoncé qu’il allait porter plainte.
« Il y a eu de la casse, mais aucun
blessé n’est à déplorer parmi les passagers », a signalé Pierre MarchandLacour, sous-préfet à l’aéroport de
Paris-Orly.
Cette vive altercation qui a démarré
vers 15 heures a cessé une vingtaine de
minutes plus tard avec l’intervention
des hommes de la police aux frontiè-
res. Au total, treize individus ont été
arrêtés. En parallèle, la salle d’embarquement, théâtre de la bagarre, a dû
être fermée durant plus d’une heure.
« Les centaines de passagers qui attendaient leur vol ont été acheminés vers
d’autres salles d’embarquement », a-ton indiqué à Paris Aéroport. Ces violences auraient entraîné quelques retards dans certains vols.
Amitié brisée
Mercredi, les causes de cette rixe devaient encore être déterminées. Les
rumeurs indiquaient cependant qu’un
différend autour de droits d’auteur
oppose les deux hommes qui, après
avoir travaillé ensemble, sont dorénavant en conflit. La rupture entre Booba, la sulfureuse star du rap français de
41 ans originaire d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), et son poulain, Kaaris, 38 ans et venant quant à
lui de Sevran (Seine-Saint-Denis), remonterait à quelques années, vers
2014. Un autre rappeur aurait brisé
leur amitié. Kaaris n’aurait pas soutenu son mentor face à Rohff, le féroce
rival de Booba. Depuis, les deux vedettes se toiseraient par textes interposés.
Mercredi, tous deux comptaient se
rendre en Espagne et se produire dans
la soirée à Barcelone sur des scènes
différentes. Booba devait retrouver ses
fans au club Pacha, Kaaris au Shoko,
deux salles situées non loin l’une de
l’autre. Ils ont dû finalement partager
les mêmes locaux de police.
« Dès qu’ils ont été arrêtés, les rappeurs et leurs accompagnateurs se
sont vus notifier leur garde à vue et
tous devaient être examinés pour s’assurer qu’il n’y avait pas de blessés
parmi eux », a signalé le sous-préfet à
l’aéroport de Paris Ouest. Le parquet
de Créteil, qui a été saisi de l’enquête,
décidera des suites données à cette
affaire. ■
Mariage forcé
d’une élue :
sa famille devant
le tribunal
Son père, ses oncles et son frère auraient
tenté de la marier de force en Algérie.
Une pratique loin d’être isolée.
CAROLINE COUPAT £@carolinecoupat
JUSTICE Une vie professionnelle épanouie, un compagnon aimant : à 29 ans,
Mounia Haddad, conseillère départementale LaREM de Saint-Pierre-desCorps (Indre-et-Loire) et cadre administrative au CHU de Tours, d’origine
kabyle algérienne, cochait toutes les cases d’un parcours réussi. Mais, malgré
son parcours brillant, ses proches n’ont
pas accepté ses fiançailles avec l’homme
qu’elle avait choisi.
Ce jeudi, à 13 h 30, doit avoir lieu devant le tribunal correctionnel de Tours
le procès de plusieurs membres de sa famille. Elle les accuse de l’avoir enlevée
puis séquestrée du 18 au 19 juillet pour
lui imposer un autre mari. Son père et
deux de ses oncles sont poursuivis pour
des chefs d’enlèvement et séquestration
de moins de sept jours, son frère pour
des menaces de mort écrites. Deux semaines après les faits, Mounia Haddad
« est toujours très inquiète pour sa situation et sa sécurité », affirme son avocat,
Me Abed Bendjador. La jeune femme,
très choquée, ne sera d’ailleurs « très
certainement pas présente à l’audience »,
poursuit-il. D’autant qu’elle « ne s’explique pas la réaction de sa famille, qui lui
a pourtant permis de faire de longues
études et de réaliser ses ambitions »,
note l’avocat.
Cette affaire met en lumière un phénomène toujours présent en France, malgré
sa stricte interdiction : celui du mariage
forcé de jeunes filles et de jeunes femmes.
Les victimes de cette pratique sont d’origines diverses, relève Isabelle GilletteFaye, directrice de la Fédération nationale du groupe femmes pour l’abolition
des mutilations sexuelles et des mariages
forcés (Gams) : « Certaines sont d’origine
européenne, il s’agit de jeunes filles roms,
explique-t-elle. D’autres sont originaires
d’Afrique de l’Ouest ou du Nord, d’Asie du
Sud-Est et dans une moindre mesure du
Moyen-Orient, Turquie exceptée. » Diversité confessionnelle également : les
victimes peuvent être de religion chrétienne évangéliste, musulmane, animiste, hindouiste… Certaines peuvent aussi
avoir atteint un niveau universitaire élevé : « C’est en particulier le cas des jeunes
femmes originaires d’Asie du Sud-Est, qui
voient dans la poursuite d’études longues
la possibilité de retarder l’échéance de leur
mariage », relève la chercheuse.
Les victimes de mariage forcé sont notamment originaires d’Afrique du Nord ou de l’Ouest et d’Asie du Sud-Est.
Ce phénomène touche aussi bien de
jeunes majeures, que des mineures : ces
dernières seraient 70 000 chaque année
à être menacées par un mariage forcé.
« La famille prend la décision lorsqu’une
adolescente se fait un peu trop remarquer,
“
Elle ne s’explique pas
la réaction de sa famille,
qui lui a pourtant permis de
faire de longues études et
de réaliser ses ambitions
L’AVOCAT DE MOUNIA HADDAD
”
détaille Isabelle Gillette-Faye. Si, dans
son quartier, on lui prête une relation
amoureuse, si on l’a vue fumer, si on
craint qu’elle ne perde sa virginité… »
L’union a parfois lieu en France, mais
elle se déroule le plus souvent dans le
pays d’origine de la victime. « On les y
envoie en vacances et on en profite pour les
marier, souvent aussi pour les exciser »,
s’insurge Linda Weil-Curiel, avocate
spécialisée dans les droits des femmes,
qui n’hésite pas à parler de ces mariages,
généralement coutumiers, comme de
« viols organisés par les familles ».
Les victimes, poursuit l’avocate,
« sont prises dans un conflit de loyauté
avec leur famille. La situation ne leur
convient pas, mais elles ont peur de briser
les liens avec leurs proches si elles dénoncent leurs agissements… » De fait,
« choisir la liberté, c’est en général se
couper de sa famille pour une période plus
ou moins longue, même si ce n’est pas
forcément pour toute la vie », note Isabelle Gillette-Faye. « Les potentielles
victimes de mariage forcé disposent de
plusieurs moyens pour l’éviter, poursuitelle : les mineures peuvent demander une
interdiction de quitter le territoire. Quant
EN BREF
La situation reste tendue à Calais
Près de 400 migrants sont regroupés dans la ville. Certains s’en prennent violemment à la police.
Aujourd’hui, environ 450 policiers et
gendarmes sont présents à Calais. « Les
migrants ont le sentiment qu’ils n’ont rien
à perdre. Certains sont arrêtés mais très
vite relâchés. Il n’y a des suites judiciaires
que lorsque des collègues sont blessés »,
fait remarquer le syndicaliste. Pourtant,
ce lundi, aucun agresseur des quatre policiers n’a été interpellé.
A
HUGO WINTREBERT £@HugoWintre
SÉCURITÉ Près de deux ans après la fermeture de la « jungle », la tension reste
palpable à Calais entre policiers excédés, population fatiguée et près de
400 migrants, dont une centaine de
mineurs prêts à tout pour rejoindre
l’Angleterre. Ils se concentrent dans les
quatre zones de la commune où ont lieu
les distributions de nourriture.
Lundi, des CRS appelés après une intrusion de migrants dans une zone industrielle sont tombés « dans un guetapens », selon des syndicats de
policiers. Victimes de jets de pierres par
des réfugiés « fortement alcoolisés »,
quatre policiers ont été blessés. L’un
d’eux, touché au visage, a reçu cinq
points de suture. Le même jour, deux
réfugiés étaient condamnés à dix-huit
et douze mois de prison ferme après
avoir été identifiés comme faisant partie d’un groupe d’une dizaine de migrants, eux aussi sous l’emprise de l’alcool, qui s’attaquaient aux voitures des
Calaisiens.
Le sentiment d’inutilité
des forces de l’ordre
Des policiers en patrouille croisent
un groupe de migrants, le 7 juillet dernier
à Calais. DENIS CHARLET/AFP
« Nous faisons face à des réfugiés de
plus en plus violents », s’inquiète Christophe Canon, délégué zonal adjoint Unsa-police Hauts-de-France. Comme les
autres syndicats de policiers, il demande
un renforcement des effectifs sur place.
« Nous comprenons l’exaspération des
policiers. Ils ont le sentiment que leur
travail est inutile, souligne François
Guennic, vice-président de l’association l’Auberge des migrants, qui distribue des repas. Mais ça ne justifie pas les
violences d’une police tombant parfois
dans la provocation. » Selon ce bénévole, la tension est d’abord causée par « la
situation psychologique déplorable »
dans laquelle se trouvent « beaucoup de
migrants, victimes des pressions policières, mais aussi des passeurs ».
À l’instar de l’Auberge des migrants,
les associations présentes sur place
protestent contre le manque de moyens
FLICKR
aux majeures, elles peuvent bénéficier
d’une ordonnance de protection accordée
par le juge des affaires familiales, si elles
en font la demande. » Elle insiste également sur le rôle primordial des assistantes sociales, en particulier en milieu
scolaire, afin de détecter les profils les
plus à risques avant leur départ. Car,
rappelle-t-elle, « le mieux est encore
que le mariage n’ait jamais lieu : beaucoup de jeunes filles qui partent ne reviennent jamais en France. »
Enfin, Marianne Nicosi, animatrice du
Planning familial, rappelle l’importance
capitale de faire connaître aux jeunes
femmes leurs droits : « Au cours d’ateliers, d’interventions en milieu scolaire,
nous cherchons à leur faire prendre
conscience d’une réalité autre que celle de
leur milieu familial, en particulier de leur
droit à choisir leur partenaire et d’une
manière générale à avoir une vie amoureuse et sexuelle libre et consentie. » ■
fournis par l’État. Pour elles, l’accès à
l’eau et aux quelques douches demeure
trop limité, de même que la distribution
de nourriture par l’État. « Certains migrants en viennent à s’en prendre à nous,
ils estiment que nous ne leur donnons pas
ce dont ils ont besoin », regrette François Guennic.
Lundi, le tribunal administratif de
Lille a néanmoins jugé que le dispositif
humanitaire mis en place par l’État était
suffisant, pointant seulement quelques
carences, comme celle de l’accès aux
toilettes.
Pour la maire LR de Calais, Natacha
Bouchard, même si la situation s’est
stabilisée depuis le démantèlement de
la « jungle », « le problème de fond reste
entier ». Mardi, elle a contacté le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, afin
de lui faire part de son inquiétude et de
s’assurer que les forces de l’ordre n’allaient pas diminuer sur le terrain.
Seule source d’espoir pour l’édile :
une légère amélioration de l’image de la
ville. Pour preuve, 2018 devrait même
être la meilleure saison touristique de
ces cinq dernières années. ■
Trois morts et deux
disparus emportés
par une crue dans
un canyon en Corse
Trois personnes sont mortes et
deux personnes étaient toujours
portées disparues mercredi,
après avoir été emportées
par une crue dans le canyon
de Zoïcu, en Corse-du-Sud.
Les fêtes de Bayonne
resteront payantes
Les Fêtes de Bayonne, l’un
des plus grands rassemblements
festifs d’Europe, ont connu une
édition 2018 moins fréquentée,
mais dans l’ensemble plus sûre,
ont indiqué mercredi
les autorités, qui entendent
reconduire en 2019 l’accès
payant, étrenné cette année.
Tentative d’évasion
à la fourchette
Les surveillants de la prison de
Digne-les-Bains ont découvert
dans le plafond d’une cellule
un trou, que les détenus
avaient commencé à percer
avec des fourchettes accrochées
à un manche à balai. Ils ont été
transférés dans une autre prison.
LE FIGARO
jeudi 2 août 2018
SOCIÉTÉ
9
Été noir dans les transports publics
Panne paralysant la gare Montparnasse,
ligne 1 du métro parisien bloquée :
les dysfonctionnements se multiplient.
départ de Montparnasse pour les prévenir de la gravité de la situation, en
leur demandant de reporter leur voyage ou les informant du changement de
gare de départ ou d’arrivée. « Une information en temps réel, c’est déjà une
partie du problème réglé », rappelle
Pascal Perri.
C’est enfin le manque d’investissements chroniques dans les infrastructures de transports publics, vieillissantes et soumises à un trafic de plus en
plus intense, que souligne les dysfonctionnements de ce mois de juillet. Dans
le ferroviaire, il va doubler dans les
quinze années à venir, mais l’État ne
semble pas prendre la mesure du problème. « Cela devrait être une priorité,
or les investissements publics ne sont pas
à la hauteur de la situation, déplore
Bruno Gazeau, président de la Fnaut
(Fédération nationale des associations
d’usagers des transports). Pour répondre à la demande croissante, cette enveloppe devrait être au moins de 20 % plus
élevée. » ■
l’arrivée de compagnies privées accessibles sur les smartphones, pouvait
améliorer le service : mise en place de
forfait pour se rendre dans les aéroports, possibilité de faire de petits trajets sans être jeté du taxi… Dans l’aérien, la multiplication des compagnies
dans le ciel français a fait apparaître des
sociétés offrant des services de qualité,
à des prix plus bas que la compagnie
nationale historique.
ÉRIC DE LA CHESNAIS
edelachensais@lefigaro.fr
TRANSPORTS Panne électrique à la
SNCF, gare Montparnasse, ralentissant
depuis sept jours le trafic ferroviaire
vers le grand ouest de la France. Métro
automatique de la ligne 1, à Paris, à
l’arrêt pendant plusieurs heures, bloquant des milliers de voyageurs mardi
soir dans la capitale. Sans parler de
l’annulation de centaines de vols à Air
France pendant deux mois, faute de pilotes. Et sans oublier ce qui pourrait paraître plus anecdotique mais tout aussi
important pour leurs utilisateurs : la fin
des Autolib’ le 31 juillet dernier dans
l’agglomération parisienne et le fiasco
des Vélib’dont les 20 000 vélos promis
se font attendre depuis plus de six mois.
La série noire dans les transports publics tricolores n’en finit pas alors que
tout est fait tout pour dissuader les
Français de prendre leur voiture.
SNCF, RATP : ces entreprises de
transport de voyageurs bénéficient
d’un monopole. Résultat, estime Pascale Perri, économiste spécialisé dans
les transports publics, le client est
considéré comme un numéro qui n’a
pas d’autre choix que d’utiliser le réseau de ces deux entreprises pour ses
déplacements domicile-travail ou aller
en vacances. « La concurrence stimule
l’innovation et la performance opérationnelle. Pendant longtemps, la RATP et
la SNCF ont considéré le client comme un
usager alors qu’il doit être au centre de
leurs relations commerciales. »
L’expérience a montré que la fin du
monopole dans les taxis parisiens, avec
Médiocrité de l’information
Montparnasse : lent
retour à la normale
Après l’incendie ravageur de vendredi
dernier, le trafic n’est toujours pas
optimal à la gare Montparnasse.
Àprès l’interruption totale de
vendredi dernier, un train sur deux
avait pu circuler jusqu’au mardi, où,
grâce au retour de l’électricité en
gare Montparnasse, deux trains sur
trois quittaient le quai. La situation
s’est doucement améliorée mercredi
avec trois trains sur quatre. Quatre
trains sur cinq sont attendus
aujourd’hui. La SNCF espère un
retour à la normale vendredi.
A. P.
GÉRARD JULIEN/AFP
Les pannes de ces derniers jours à
Montparnasse et dans le métro ont également révélé la médiocrité de l’information dispensée aux voyageurs. Si,
dans le cas de la SNCF, on peut considérer qu’elle s’est améliorée dans l’optique de l’arrivée de la concurrence en
2021, elle est encore nettement insuffisante. Mardi soir, coincés dans leur
rame, les voyageurs n’ont eu qu’un
même le message pendant trente minutes : « Ne touchez pas aux portes car
quelqu’un va venir vous chercher. »
Même la présidente de la région Île-deFrance, Valérie Pécresse, qui participe
à hauteur de 4 milliards d’euros par an
au budget de la RATP, s’est dite « indignée de ne pas avoir été informée de la
situation ».
La SNCF peut, elle, se prévaloir de ses
expériences passées : le trafic avait été
totalement interrompu l’an dernier,
une fois encore à la gare Montparnasse,
après une panne informatique. Elle envoie des messages à ses clients, via des
mails ou des SMS. Au total, 200 000
messages ont été transmis samedi dernier aux voyageurs qui allaient emprunter des trains à destination ou au
À la gare Montparnasse, des usagers attendent leur train, vendredi dernier, après
l’incendie du transformateur électrique qui vient d’interrompre le trafic ferroviaire.
Deux heures d'angoisse sur la ligne 1 du métro parisien
5
0
h2
h4
20
20
0
h2
21
Le 31 juillet, plus de 3 000 voyageurs
circulent sur la ligne 1 du métro,
lorsqu’une rame s’arrête entre
Saint-Paul et Bastille. Douze
navettes se retrouvent bloquées, suite
à une réaction en chaîne des systèmes
de sécurité, la ligne étant automatisée.
5
h3
21
0
h0
22
La RATP informe ses
voyageurs via Twitter
que le trafic est
« perturbé » suite
à un « incident
technique ».
0
h3
14
0h
22
Les passagers
déclenchent en nombre
les alarmes présentes
dans les rames.
Conséquence :
l’électricité lâche, la
ventilation est coupée.
Les premiers
voyageurs sortent
par eux-mêmes
sur les voies, sans
attendre les services
de sécurité.
Premiers départs
pour les 9 bus
de remplacement
entre Nation
et Châteaude- Vincennes.
200 agents de la RATP
sont mobilisés afin
d’évacuer les passagers.
La BAC et les
sapeurs-pompiers
supervisent
les opérations.
Ligne 1 : autopsie d’une pagaille
ANGÉLIQUE NÉGRONI
anegroni@lefigaro.fr
SOUS UN FLOT de critiques portant sur la gestion de cette panne
exceptionnelle ayant affecté mardi
soir la ligne 1 du métro parisien, la
RATP est revenue mercredi sur
l’enchaînement des faits. Pour son
vice-président, Philippe Martin,
une réflexion va être menée pour
améliorer la prise en charge des
usagers au cas où cette situation se
renouvellerait.
C’est vers 20 heures que tout a
commencé lorsqu’un train, bloqué
dans un tunnel entre Saint-Paul et
Bastille, a connu une avarie. Sur
cette ligne automatisée et dans
l’impossibilité de faire redémarrer
la machine, ce fut alors l’arrêt des
navettes les plus proches, dont
certaines étaient bloquées entre
deux stations.
Mais trente minutes plus tard et
alors que rien ne se passait, les
usagers, inquiets et prisonniers
d’une chaleur suffocante, ont actionné les alarmes, ce qui a aggravé
la situation. Permettant le déverrouillage des portes pour fuir un
possible danger dans la rame, les
alarmes ont eu pour effet de passer
en éclairage de sécurité, mais aussi
de couper le courant et la ventilation sur une partie de la ligne.
« Je comprends que des gens
aient pu paniquer », indique au
Figaro Philippe Martin. Mais pour
ce dernier, tout s’est déroulé du
mieux possible. « Vers 20 h 35, 200
agents mobilisés ont été positionnés
dans les stations concernées pour
évacuer les voyageurs », dit-il.
Pour tenir compte du fort dénivelé
entre la rame et le sol, des échelles
ont dû être mises en place aux extrémités des 12 trains à l’arrêt dans
les tunnels.
« Ne pas sortir des rames »
« Les voyageurs ont été sortis un à
un, et dans ce cas il faut compter
une heure au moins », dit-il en précisant qu’une réflexion va être
menée sur deux points. « Tout au
long de la soirée, nous avons adressé des messages destinés à rassurer
les usagers coincés pour leur demander de ne pas sortir des rames.
Nous allons voir comment améliorer
la communication », dit-il. Autre
élément de réflexion : faire en sorte que les trains soient ramenés en
station.
Pour la Fédération nationale des
associations d’usagers des transports d’Île-de-France, ce point est
essentiel. « Il faut tout faire pour
que les usagers ne restent pas coincés sous terre », insiste son viceprésident, Michel Babut, qui s’interroge sur les nombreux incidents
techniques constatés ces derniers
mois sur cette ligne.
De son côté, Île-de-France
Mobilités, qui finance les transports d’Île-de-France demande
des explications notamment « sur
les raisons du dysfonctionnement
technique et la durée de cet événement ». Pour l’autorité organisatrice, cette panne est d’autant plus
surprenante que le matériel roulant de cette ligne venait d’être vérifié. Davantage utilisé pour prendre en charge le trafic du RER A,
fermé pour travaux en août, il
avait donné lieu à une maintenance préventive. Pour l’heure, le
train défectueux est parti « en expertise » afin de connaître l’origine
de la panne. ■
40
5h
54
1h
La RATP
informe que
la ligne 1 est
totalement
évacuée.
La RATP
présente ses
excuses sur
Twitter.
Le trafic
est rétabli.
Le trafic a
repris son
cours
normal.
Infographie
« On se serait cru à bord
du “Titanic” »
CLOTILDE COSTIL £@ClotildeCostil
Une journaliste du Figaro
empruntait mardi soir la ligne 1
du métro pour rentrer chez elle.
Elle nous livre son témoignage.
Des voyageurs,
bloqués pendant
plusieurs heures sur
la ligne 1, mardi soir,
empruntent les voies
souterraines pour
sortir à l’extérieur.
TWITTER NICOPOLLUX
« IL ÉTAIT aux environs de
20 h 45 quand je suis montée dans
le métro à Nation. Très vite, le
train s’est arrêté. Au départ, c’est
le message habituel qui nous a été
livré : “Il s’agit d’un incident sur
les lignes, veuillez patienter.” Puis,
ça a duré, longtemps, très longtemps jusqu’à ce qu’un nouveau
message, plus angoissant, se fasse
entendre. Quelqu’un nous répétait toutes les deux minutes : “Ne
touchez pas aux portes, veuillez
patienter, quelqu’un va venir vous
chercher.”
Mais quelques instants plus
tard, l’électricité a été coupée,
laissant pour seul éclairage un
mince filet de lumière. À cause de
travaux sur le RER A, il y avait
beaucoup de monde dans le wagon. Il a commencé à faire très
chaud. Cette attente a duré 1 h 30.
Au départ, les gens restaient calmes, ils échangeaient tranquillement. Puis certaines personnes se
sont inquiétées du risque d’attentats. La tension a commencé à
monter. J’essayais de me calmer,
en me disant que les portes finiraient bien par s’ouvrir. Mais le
stress s’est peu à peu propagé dans
tout le wagon. Ce qui était oppres-
sant, c’était cette ambiance.
D’autant que, pendant ce temps,
on nous annonçait toujours
qu’une personne viendrait nous
chercher. Elle n’est jamais venue.
Si bien que des gens ont décidé
de forcer l’ouverture des portes.
Un premier individu a mis un pied
dehors, puis tous les autres ont
suivi. C’était complètement spontané. Des voyageurs criaient : “Les
femmes et les enfants d’abord !”
On se serait cru à bord du Titanic.
Une fois dehors, une première
difficulté nous est apparue : il fallait enjamber dans le noir la marche, haute d’au moins un mètre
entre la rame et la terre ferme. De
son côté, la RATP ne donnait toujours aucun signe de vie. Puis nous
avons progressé dans l’obscurité,
les uns derrière les autres, éclairés
à l’aide de nos téléphones portables. Les gens étaient nerveux,
nous étions couverts de suie, nous
marchions à tâtons de peur de
croiser des rats. Lorsque l’on a atteint le bout du tunnel après au
moins cinq minutes de marche qui
m’ont paru interminables, deux
agents de la RATP se trouvaient là.
Ils ne nous ont été d’aucune aide.
Pas de navette prévue non plus à
la sortie, j’ai donc décidé de rentrer en taxi.
Je crois que cette histoire m’a
un peu traumatisée, je n’ai pas
réussi à franchir tout de suite les
portes du métro le lendemain matin, et pourtant, jusqu’à présent,
je n’étais pas claustrophobe.» ■
A
0
h1
20
jeudi 2 août 2018 LE FIGARO
10
SCIENCES
Fin du remboursement des anti-Alzheimer
Depuis le 1er août, les 4 médicaments existants ne sont plus pris en charge en raison de leur manque d’efficacité.
SANTÉ Ils étaient dans le viseur des
autorités sanitaires depuis plus de dix
ans, ont échappé au déremboursement
sous la gouvernance de l’ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine avant
finalement d’être pris dans les filets
d’Agnès Buzyn. Depuis le 1er août, les
quatre médicaments dits anti-Alzheimer
(Aricept, Ebixa, Exelon, Reminyl) et
leurs génériques ne sont plus remboursés
par l’Assurance maladie.
Une décision annoncée fin mai par
l’actuelle ministre de la Santé et actée par
un arrêté publié le 1er juin au Journal officiel. Avec à la clé une économie pour la
Sécurité sociale : en 2015, le montant du
remboursement pour ces médicaments
s’élevait à 90,3 millions d’euros. Agnès
Buzyn a toutefois pris soin de préciser
qu’il ne s’agissait pas d’un « sujet financier ». « C’est une décision purement médicale, avait-elle affirmé à l’antenne
d’Europe 1 le 1er juin. Ces médicaments
ont été évalués deux fois par la Haute
Autorité de santé, et dans les deux cas les
experts ont conclu qu’ils sont plus nocifs
pour les patients que bénéfiques. »
Comment ces médicaments ainsi désavoués par la ministre de la Santé ontils pu obtenir le feu vert de l’Agence du
médicament quelques années plus tôt ?
Rappelons-nous qu’au moment de leur
arrivée en France en 1997, ils représentaient un immense espoir pour les malades, qui ne disposaient alors d’aucune
solution pour faire face à cette maladie
qui ronge la mémoire de quelque
800 000 personnes en France. Ces molécules n’avaient évidemment pas la prétention de guérir - aucun traitement ne
s’est encore montré capable de le faire mais simplement de ralentir l’évolution
des symptômes.
Troubles digestifs
Quelques années après leur commercialisation, des doutes concernant leur efficacité ont commencé à émerger. En 2011,
après plusieurs années de recul, la Haute
Autorité de santé (HAS), organisme public indépendant chargé d’évaluer les
produits de santé, réexamine leur balance bénéfice/risque. Elle conclut alors que
leurs effets sont « au mieux modestes »,
qu’il existe un risque d’effets indésirables
liés aux médicaments eux-mêmes ainsi
qu’aux interactions avec d’autres traitements. Les experts de la HAS évoquent
notamment des troubles digestifs, cardio-vasculaires ou neuropsychiatriques.
Première conséquence : le taux de
remboursement passe alors de 65 à 15 %.
Les patients en ALD (affection longue
durée) restent, eux, pris en charge à
100 %. En 2016, la HAS revient à la
charge et se montre encore plus sévère
en affirmant que ces médicaments
« n’ont plus de place dans la stratégie thérapeutique ». Une recommandation que
n’avait pas souhaité suivre Marisol Touraine. C’est donc Agnès Buzyn, passée
par la présidence de la HAS, qui a finalement sauté le pas.
Une décision mal reçue par les fa-
milles, mais aussi par certains professionnels de santé. « Certes, le niveau d’efficacité de ces médicaments est faible,
mais il existe, souligne Serge Bakchine,
professeur de neurologie au CHU de
Reims et coauteur, aux côtés de près de
200 médecins, d’une tribune publiée
dans Le Figaro demandant le maintien
du remboursement. Quant à leur dangerosité, il y a un saut énorme entre ce qui est
Une infirmière prépare des médicaments pour les pensionnaires d’un établissement accueillant des personnes âgées atteintes d’Alzheimer, à Ouzouer-des-Champs (Loiret).
Un médicament expérimental diminue le déclin cognitif
Il faut
« rester
ANNE-LAURE LEBRUN
£@LebrunAnneLaure
prudent,
nous avons
souvent vu
des études
positives en
phase 2 être
contredites
lors d’une
phase 3
»
PR PIERRE
KROLAK-SALMON
APRÈS un début d’année difficile
et l’interruption de trois essais cliniques faute de résultats, la recherche d’un médicament contre
la maladie d’Alzheimer apporte
enfin de bonnes nouvelles.
Au congrès international organisé sur cette pathologie neurodégénérative à Chicago, une étude
menée au Japon, aux États-Unis et
en Europe a montré des effets significatifs chez des patients présentant les premiers signes de la
maladie. « Ce qui est intéressant,
c’est que ce médicament s’attaque
aux lésions présumées responsa-
bles de la maladie, les plaques
d’amyloïdes, et que dans le même
temps une amélioration des fonctions cognitives est observée »,
commente le Pr Pierre KrolakSalmon, responsable du Centre de
mémoire, de ressources et de recherche de Lyon, qui n’a pas participé aux travaux.
Ces résultats encourageants sont
issus d’un essai de phase 2 visant à
évaluer la dose optimale de ce médicament, un anticorps conçu pour
neutraliser spécifiquement les
protéines amyloïdes et activer leur
destruction par les globules blancs.
Près de 860 patients se sont portés volontaires pour tester ce médicament expérimental. Ils ont été
divisés en six groupes : cinq ont
reçu des doses différentes et le
dernier a pris un placebo.
Double effet
Au bout de 18 mois, les chercheurs
ont observé que les dosages les plus
élevés ont permis de détruire une
grande partie des dépôts de protéines amyloïdes. Et l’élimination de
ces agrégats toxiques pour le cerveau aurait permis d’améliorer les
fonctions cognitives des participants (mémoire, raisonnement,
langage). Comparé au groupe placebo, le déclin cognitif des patients
ayant reçu le dosage le plus élevé a
diminué de 47 %. Un ralentissement visible dès six mois de traitement et accompagné d’effets secondaires minimes.
TOM PARKER/QUANTA MAGAZINE
Protéger les coraux
des produits chimiques
Alessio Figalli, 34 ans, a passé son doctorat
en France sous la direction de Cédric Villani.
A
MATHÉMATIQUES Pour la première fois
depuis 1998 (à croire que les années de
victoire en Coupe du monde sont maudites), aucun mathématicien français n’a
décroché la médaille Fields, la plus prestigieuse distinction dans la discipline.
Décernée tous les quatre ans lors du
Congrès mondial de mathématiques (qui
se tient cette année au Brésil, à Rio), elle
récompense des chercheurs de moins de
40 ans pour des travaux exceptionnels.
Parmi les quatre lauréats cette année, un
Australien (né en Inde), Akshay Venkatesh, un Kurde iranien, Caucher Birkar,
un Allemand, Peter Scholze, et un Italien,
Alessio Figalli.
Si la France n’est pas représentée directement dans cette promotion 2018,
l’école française de mathématique peut
s’enorgueillir d’avoir grandement contribué à la formation de ce dernier récipiendaire, parfaitement francophone.
Diplômé de l’École normale supérieure
de Pise en Italie en 2006, ce génie précoce
a décroché son doctorat en France dès
l’année suivante à seulement 23 ans, à
l’École normale supérieure de Lyon, sous
la direction conjointe d’un mathématicien pisan, Luigi Ambrosio, et du Français Cédric Villani, lui-même médaillé en
2010 (et dont le professeur, Pierre-Louis
Lions, avait obtenu la médaille en 1994).
“
C’est le plus grand
mathématicien italien
de sa génération, le diamant
d’une école en plein essor
LUDOVIC RIFFORD
”
« C’est une grande nouvelle pour l’école
française, mais aussi pour l’école italienne,
Alessio est vraiment un produit des deux »,
applaudit le mathématicien français, élu
député LaREM dans l’Essonne l’année
passée.
Le jeune homme est repéré dès 2005
par Albert Fathi, mathématicien francoégyptien, professeur à l’ENS Lyon, qui
l’invite à un séjour de longue durée en
Ce médicament développé par
le laboratoire japonais Eisai, en
collaboration avec l’américain
Biogen, est vraisemblablement le
premier à montrer ce double effet
sur les plaques amyloïdes et le déclin cognitif chez des patients présentant une maladie encore peu
avancée. Jusqu’alors, les études
cliniques montraient peu ou pas
de bénéfices sur le plan cognitif.
Ces résultats sont donc prometteurs et suggèrent qu’il est possible d’agir avant la perte d’un
grand nombre de neurones. « Cependant, il faut rester prudent,
nous avons souvent vu des études
positives en phase 2 être contredites
lors d’une phase 3 », tempère le
Pr Krolak-Salmon. ■
EN BREF
La médaille Fields
décernée à un Italien
formé en France
TRISTAN VEY £@veytristan
en charge non médicamenteuse (orthophonie, stimulation cognitive…) et sur le
soutien aux aidants familiaux. La ministre l’a d’ailleurs promis, « tout l’argent
qui va être économisé sera intégralement
réorienté vers l’accompagnement des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer. Il
n’y aura aucune économie faite sur les
malades, mais ce qui compte, c’est que les
malades soient bien accompagnés ». ■
relevé dans la littérature scientifique et
l’analyse qui en est faite. C’est une mesure
non justifiée qui ne repose sur aucun argument tangible », assure-t-il. Déterminées
à se faire entendre, l’association France
Alzheimer et plusieurs sociétés savantes ont saisi le Conseil d’État le 27 juillet pour faire annuler cette décision.
Mais, selon la HAS, mieux vaut désormais concentrer les efforts sur une prise
AJ PHOTO/BSIP
CÉCILE THIBERT £@CecileThibss
Les travaux d’Alessio Figalli portent, entre autres, sur la théorie du transport.
France. Fait rarissime, Alessio Figalli est
recruté par le CNRS en septembre 2007
avant même la soutenance de sa thèse.
« C’est le plus grand mathématicien italien
de sa génération, le diamant d’une école en
plein essor », souligne Ludovic Rifford,
qui a beaucoup travaillé avec lui à cette
époque au laboratoire Jean-Alexandre
Dieudonné (CNRS/université Nice Sophia
Antipolis). Détaché du CNRS depuis octobre 2008, il est d’abord professeur au
Centre de mathématiques LaurentSchwartz à l’École polytechnique pendant un an, période pendant laquelle il
obtient son habilitation à diriger des recherches. Il n’a que 25 ans. Il poursuit sa
carrière à l’université du Texas avant de
revenir en Europe en 2016 à l’École polytechnique fédérale de Zürich.
Les travaux du jeune mathématicien de
34 ans portent sur de nombreux domai-
nes tels que la théorie du transport dont
l’objectif est de trouver le moyen optimal
d’allouer des ressources d’origines géographiques diverses vers différents sites.
Il travaille aussi sur les matrices aléatoires
(des tableaux dont les éléments sont des
variables aléatoires), un domaine très
fertile qui trouve notamment des applications en mécanique quantique.
« Alessio est extrêmement rapide et
puissant », juge Cédric Villani. « Il absorbe très, très vite. Il suffisait parfois de lui
présenter un problème complexe le matin
pour qu’il arrive avec des pistes de solutions l’après-midi. » Ludovic Rifford
ajoute : « Il est extrêmement prolifique et
adore travailler avec les autres. C’est un
mathématicien remarquable comme on en
rencontre rarement, qui n’aime pas travailler dans son coin, mais a besoin
d’échanger pour avancer. » ■
Brune Poirson, la secrétaire
d’État à la Transition écologique
et solidaire a annoncé mercredi
le lancement d’une mission
destinée à identifier les produits
chimiques les plus toxiques pour
les récifs coralliens, afin de
mieux protéger ces écosystèmes
fragiles. C’est l’Agence nationale
de sécurité de l’alimentation
et de l’environnement (Anses)
qui sera chargée d’identifier
les produits les plus nocifs
et de « proposer les mesures
d’encadrement réglementaires
adéquates », a précisé la ministre.
Les massifs coralliens recouvrent
moins de 1 % des fonds
océaniques mais ils sont l’habitat
de 25 % des espèces de poissons.
Football : faire des têtes est
plus risqué pour les femmes
Les lésions cérébrales causées
par le jeu de tête au football
seraient cinq fois plus
importantes chez les femmes
que chez les hommes, selon une
étude américaine, réalisée sur
un échantillon d’une centaine
de joueurs, et publiée mardi dans
la revue Radiology. Grâce à une
IRM, les chercheurs ont montré
que « le volume de matière
blanche endommagée chez
les joueuses était cinq fois plus
important que chez les joueurs ».
Mais aucune femme n’a signalé
d’altération cognitive.
LE FIGARO
jeudi 2 août 2018
SPORT
11
La Ligue 1 entre dans l’ère de la vidéo
Inaugurée lors
du Mondial,
l’assistance vidéo
sera désormais
utilisée lors
de tous les matchs
de championnat.
fin d’un match serré », précise Fautrel.
Enfin, après une situation litigieuse, il a
été conseillé aux arbitres de laisser le jeu
se poursuivre en cas de contre-attaque.
S’il y a ensuite but mais que le VAR montre qu’il y avait penalty de l’autre côté du
terrain, le but sera annulé et on reviendra
au penalty.
u Du temps perdu, vraiment ?
FOOTBALL Trois ans après la GLT ou
« goal-line technology » (« technologie
de la ligne de but »), utilisée pour savoir
si le ballon franchissait bien entièrement
la ligne de but ou non, La Ligue 1 se dote
de l’assistance vidéo pour l’arbitrage. En
test en Coupe de France et Coupe de la Ligue la saison dernière, cette innovation,
plus connue sous l’acronyme VAR (pour
Video Assistant Referee), sera utilisée
dans tous les matchs de Ligue 1 cette saison. Si la GLT avait vite fait l’unanimité
(même si quelques problèmes techniques
la saison dernière ont poussé la Ligue à
changer d’opérateur et à choisir HawkEye, qui sera également le prestataire
pour le VAR), l’assistance vidéo compte
un peu plus de détracteurs, notamment
pour le ralentissement du jeu qu’elle peut
provoquer. Mercredi, au siège de la Fédération française, à Paris, Pascal Garibian et Fredy Fautrel ont présenté le dis-
“
Les joueurs doivent faire
confiance aux arbitres
et il faut responsabiliser
les capitaines
”
FRÉDY FAUTREL, EX-ARBITRE INTERNATIONAL
positif et ses conditions d’utilisation. Le
premier a été ancien arbitre international
et est à la tête de la Direction technique
de l’arbitrage ; le second, également exarbitre international, est en charge de la
formation des 20 arbitres vidéo français
(tous doivent avoir arbitré en L1 ou en L2
pour être arbitre VAR principal) depuis
dix-huit mois. Détails du dispositif.
u Des cas d’utilisation spécifiques
L’International Football Association
Board (Ifab), qui régit les règles du football et qui a adopté l’assistance vidéo le
8 mars dernier après de nombreux tests
(notamment lors de la Coupe du monde
des clubs en décembre 2016, puis à la
Coupe des confédérations 2017), a « un
MICHAEL DALDER/REUTERS
CLÉMENT BESSOUDOUX £@ClBessoudoux
L’arbitre Nestor Pitana va vérifier la vidéo avant d’accorder un penalty à l’équipe de France lors de la finale contre la Croatie.
cahier des charges très précis et à respecter », précise d’entrée Pascal Garibian.
En Ligue 1, comme dans toutes les autres
compétitions sur la planète foot, l’assistance vidéo ne sera utilisée qu’en cas de
but (hors-jeu ou pas, faute à l’origine de
l’action ou pas, mais pas de vérification
sur les remises en jeu) pour déterminer
s’il y a penalty ou pas, s’il y a un carton
rouge direct et en cas d’erreur d’identité
lorsque l’arbitre distribue un carton. Lors
de la dernière Coupe du monde, par
exemple, tous les buts ont été visionnés
(le plus souvent en « contrôle silencieux » par l’arbitre VAR lui-même, sans
que l’arbitre de terrain soit sollicité). Sur
ces 169 buts contrôlés, 166 ont été confirmés. Sur les quatre cartons rouges distribués au Mondial, deux situations ont été
contrôlées par les arbitres VAR et visionnées par l’arbitre central à qui revient la
décision finale. Et, à chaque fois, la décision a été confirmée. C’est pour les penalties (32 situations lors du Mondial) que
le VAR a été le plus déterminant : 17 ont
été contrôlés et visionnés, pour seule-
ment deux décisions initiales de l’arbitre
maintenues. Là aussi, ce dernier doit se
déplacer pour regarder lui-même les
images, car il s’agit d’apprécier une faute. Seule exception : si la vidéo est utilisée
pour savoir si la faute est à l’intérieur ou à
l’extérieur de la surface. Pour une « décision factuelle » comme celle-là, l’arbitre
n’est pas obligé de se déplacer. C’est le
cas également lorsqu’il faut juger un
hors-jeu simple ou si le ballon est sorti
des limites du terrain avant un but. « Il
peut y aller en cas de contestation ou à la
Moins de moyens qu’au Mondial pour la mise en place
Lors de la dernière Coupe du monde,
quatre arbitres (un principal et trois
assistants) étaient chargés de
l’assistance vidéo, plus quatre opérateurs
pour les images. « Des moyens
hors norme pour une question de
sécurisation », explique Pascal Garibian.
Ce ne sera pas le même dispositif en
Ligue 1, ni dans aucun autre championnat
utilisant le VAR (Italie, Allemagne,
Pays-Bas, Belgique, Portugal…), avec
le désavantage de prendre « peut-être
un peu plus de temps pour visionner les
actions », concède Fredy Fautrel. Trois
personnes seront en effet assignées
à l’assistance vidéo : un arbitre principal,
son assistant et un opérateur.
S’il y a plus de 12 caméras pour filmer
un match, un deuxième opérateur sera
désigné. Un troisième si 24 caméras
ou plus. En cas de problème technique
(image ou son) empêchant l’utilisation
du VAR, les capitaines et entraîneurs
en seront informés pour éviter les
contestations. Enfin, la Ligue attend
d’installer la fibre optique dans tous
les stades pour se doter d’un centre
de visionnage centralisé d’ici à 2019.
« Ce sera plus pratique pour les arbitres,
cela fera moins de déplacements. Mais
il y aura toujours 3 personnes dédiées
au VAR pour chaque match », précise
Garibian.
C. B.
Si l’on en croit les statistiques que nous
a fournies la FFF, peu. En moyenne, le visionnage d’une action uniquement par
l’arbitre préposé au VAR ne prendrait
que 35 secondes. Couplé à un visionnage
terrain, cela prendrait 68 secondes. En
comparaison, la 3F a fourni les durées de
temps perdu par les arrêts de jeu « naturels ». On compte en moyenne 2’ 57 pour
les remplacements ; 3’ 57 pour tous les
corners d’un match, 5’ 45 pour les six
mètres, environ 7 min pour les touches et
presque 9 min pour les coups francs…
Mieux, le bilan de l’utilisation du VAR en
Serie A, la première division italienne,
fait état de 43 s de temps de jeu effectif
gagnées en moyenne par match. Les raisons ? Des baisses du nombre de contestations (- 20 %) et de simulations
(- 43 %), mais aussi diminutions du nombre de fautes (- 9 %), de cartons jaunes
(- 14 %) et rouges (- 7 %).
u La pédagogie en appui
La vidéo calmerait-elle les ardeurs ?
C’est ce qui semble en découler. Désormais, les contestations proviennent plutôt des demandes des joueurs pour demander la vidéo (on l’a vu par exemple
avec Matuidi et Giroud qui sollicitaient
son utilisation pour la main de Perisic
dans la surface lors de la finale de la Coupe du monde). Mais « les joueurs doivent
faire confiance aux arbitres et il faut responsabiliser les capitaines qui doivent rester les seuls interlocuteurs de l’arbitre », a
martelé Fautrel qui était en début de semaine auprès de l’Olympique Lyonnais
pour expliquer le VAR aux joueurs et faire
passer ce type de message. « J’ai déjà été
reçu par trois clubs et d’autres ont répondu
favorablement à nos propositions de présentation de la vidéo et comme les arbitres,
les joueurs et les entraîneurs sont très heureux de l’arrivée de la vidéo en Ligue 1. Ils
trouvent que ça va rendre le football plus
juste. »
Un football qui « restera humain malgré la
vidéo » a rappelé Garibian, car, certes, les
erreurs d’arbitrage seront moins nombreuses, mais il peut arriver qu’aucun
angle ou vitesse de lecture ne puissent
aider le corps arbitral. Dans ces cas-là, la
décision initiale de l’arbitre sera maintenue. Avis donc aux romantiques, des erreurs d’arbitrage devraient subsister. ■
Roi déchu, Clermont
est en quête de rachat
À moins d’un mois de la reprise du Top 14, les champions de France 2017
se préparent intensément pour ne pas revivre le cauchemar de la saison passée.
RUGBY Repartir sur une autre dynamique et oublier les fantômes du passé.
Ceux qui ont fait du champion de France
2017 un recalé des phases finales de la
cuvée suivante (9e). Au terme d’une saison blanche à oublier, le club auvergnat a
pu profiter d’une longue coupure, comme
le souligne son entraîneur (depuis 2014),
Franck Azéma : « Notre non-qualification
pour les phases finales nous a permis de finir très tôt et de régénérer le groupe, qui en
avait besoin. Ça faisait depuis 2006 que
l’on n’avait pas eu une coupure aussi longue. Les joueurs ont donc eu six semaines
complètes, puis huit semaines de préparation pour le premier match de Top 14. On
connaît les erreurs de la saison à ne pas répéter et surtout le niveau à avoir pour pouvoir très vite entrer dans le vif du sujet. »
Le contrecoup du titre acquis en 2017 a
été brutal pour les coéquipiers d’Alexandre Lapandry. L’ASM a raté ses premiers
matchs avant d’être poursuivie par une
multitude de blessures (21 au total !) dont
elle ne se relèvera pas : « On a été en dedans dans notre façon d’appréhender les
matchs et dans notre capacité à nous remettre en question. Notre début de saison
nous a beaucoup handicapés, et le grand
nombre de blessés ne nous a pas aidés non
plus, rappelle le troisième ligne. On a à
cœur d’attaquer très fort dès le début. Il va
falloir cravacher pour parfaire notre début
de saison. » Son entraîneur pointe du
doigt une autre cause, moins excusable.
« Il nous a certainement manqué un peu de
grinta au début où on était plus dans la suffisance. Nous sortions d’une incroyable
saison (champion de France et finaliste de
la Champions Cup) et n’avions pas le
même appétit à l’entraînement, ce qui explique notre mauvaise entame et notre incapacité à nous mettre à l’abri. Ensuite, du
17 décembre jusqu’au 1er mars, nous avons
eu entre 15 et 21 blessés, ce qui rendait
“
Notre non-qualification
pour les phases finales nous
a permis de finir très tôt et
de régénérer le groupe, qui
en avait besoin
”
FRANCK AZÉMA, ENTRAÎNEUR DE L’ASM
notre tâche impossible pour redresser la
barre. Ajoutez à cela les internationaux qui
étaient sollicités à la même période, là. Ce
sont des paramètres qui ont compté… »
Pour ce nouvel exercice, le groupe
clermontois pourra compter sur ses valeurs sûres malgré quelques départs notables comme l’ailier anglais David
Strettle ou l’arrière tricolore Scott Spedding. Le staff des Jaunards est néanmoins
satisfait de la qualité de son effectif : « Notre responsabilité est d’avoir une équipe
équilibrée et compétitive. C’est le cas, et
nous sommes très heureux de pouvoir retrouver nos joueurs au complet, sans les
blessures. Nous avons pu prolonger une
large ossature de notre effectif tout en accueillant plusieurs nouveaux qui vont nous
faire du bien. »
Pour la première fois depuis dix-neuf
ans, Aurélien Rougerie ne foulera pas les
pelouses de Top 14 sous sa tunique jaune
et bleu. Symbole du club, « Roro » passe
de l’autre côté de la barrière en intégrant
le staff de Franck Azéma : « Il va s’occuper
essentiellement du recrutement avec Neil
McIlroy. Il sera chargé de visionner des vidéos de matchs de jeunes pour essayer de
nous dégoter de nouveaux talents dans le
monde entier. Profitons de l’aura qu’il peut
avoir et qui va nous aider dans le recrutement. C’est dur de le perdre, car c’est un
monument dans le vestiaire, mais très heureux qu’il rejoigne le staff car c’est un garçon attachant qui va apporter un œil neuf
et tout frais. »
Le club, lui, retrouvera la « petite »
Coupe d’Europe après ses épopées récentes en Champions Cup (finales en 2013,
2015 et 2017). Aux côtés des Anglais de
Northampton, des Dragons gallois et des
Roumains des Timisoara Saracens dans la
poule 4, l’ASM (double vainqueur en 1999
et 2007) s’avance comme l’un des gran-
Virimi Vakatawa du Racing 92 marque
un essai face à l’ASM Clermont Auvergne,
lors du championnat de France de rugby,
le 7 janvier, à l’U Arena de Nanterre.
EN BREF
STEPHANE ALLAMAN/DPPI
Rugby : Ledesma nouveau
sélectionneur des Pumas
dissimes favoris de la compétition aux
côtés de La Rochelle. Pour Alexandre
Lapandry, même si la priorité reste le
Top 14, la Challenge Cup ne servira pas
simplement à faire tourner : « On verra
sur le moment présent, avec l’état du
groupe et des potentielles blessures. Mais
on a toujours joué les compétitions européennes à fond avec Clermont et je ne vois
pas pourquoi aujourd’hui on ne le ferait
pas. On est dans cette compétition, on va la
jouer, on va l’honorer. On sait que l’on sera
attendus. »
Après sa saison cauchemardesque, le
sursaut d’orgueil est donc attendu de la
part des Clermontois, pour qui l’accession aux phases finales relève bien plus
que d’un simple objectif. L’heure de la
reconquête a sonné. ■
L’ancien talonneur de Clermont
a été nommé sélectionneur de
l’Argentine en remplacement de
Daniel Hourcade, démissionnaire
en juin, au terme d’une série de
15 défaites en 17 matchs. Mario
Ledesma, 45 ans, entraînait la
province argentine des Jaguares.
Tennis : Serena Williams
a vécu sa pire défaite
De retour sur les courts depuis
quelques semaines, l’Américaine,
ancienne numéro 1 mondiale,
a subi au tournoi de San José la
plus cuisante défaite de sa carrière.
Serena Williams a été balayée au
1er tour par la Britannique Johanna
Konta (48e mondiale) 6-1, 6-0.
A
QUENTIN MARCHAL £@Marchal7Quentin
jeudi 2 août 2018 LE FIGARO
12
CULTURE
DENIS SAILLARD
HISTORIEN DES CULTURES
GASTRONOMIQUES
L’art du bien
manger et
du bien boire»
Guerre 1914-1918. Scène de rue : un repas sur un camion, devant un commerce de café et de liqueurs. Paris, fin mai 1917, Fonds Roger Viollet.
EXCELSIOR-L’EQUIPE/ROGER-VIOLLET
À Marseille,
la photographie
se met à table
EXPOSITION Le Mucem se paye
une belle tranche de la vie des Français
avec « Manger à l’œil », qui célèbre l’art du
repas. De Nicéphore Niépce jusqu’au « food
porn », en vogue aujourd’hui sur Internet.
B
PROPOS RECUEILLIS PAR I. S.
ISABELLE STASSART
istassart@lefigaro.fr
ENVOYÉE SPÉCIALE
À MARSEILLE
anquets, dîners mondains de la Belle Époque, repas
ouvriers, déjeuners dominicaux, le
motif du repas est sans doute celui
qui revient le plus souvent dans nos
albums photo, mais ce rituel bien
particulier a aussi été immortalisé
par les grands noms de la photographie. Avec l’exposition « Manger à l’œil », le Mucem passe à table
sur une période de près de 200 ans
d’histoire de la photo. Des clichés
signés Brassaï, Henri-Cartier Bresson, Marc Riboud, Massimo Vitali
mais pris aussi par de nombreux
anonymes, avec des images provenant de collections aussi diverses
que celles du Mucem, du Musée
français de la photographie de Bièvres ou encore de la Médiathèque
de l’architecture et du patrimoine.
Le classement du repas gastronomique des Français au patrimoine immatériel de l’Unesco, annoncé par le président Nicolas Sarkozy
le 16 novembre 2010, a été le déclencheur d’une réflexion commune permettant de bâtir l’exposition. De quoi nourrir pas moins
de quatre commissaires pour étudier cette vaste question.
Parti pris chronologique
A
Chercheur spécialisé
dans l’histoire des
représentations et des
pratiques sociales liées à
la gastronomie, Denis
Saillard évoque le rapport particulier
des Français à la nourriture.
En quoi la gastronomie française
se différencie-t-elle des autres ?
La cuisine française rassemble deux
courants. Le premier est régional,
chaque région apporte sa contribution
à la gastronomie française et offre une
très riche diversité. Le second vient
de la haute cuisine, élaborée à la cour
pendant la monarchie absolue. Les
mets sont alors somptueux et raffinés,
à l’image du Roi-Soleil. On réduit
l’utilisation des épices au profit des
aromates, thym, laurier, persil.
On y invente les sauces et les ragoûts
qui font encore les joies de la cuisine
bourgeoise et populaire. La France,
c’est aussi Brillat-Savarin et son
ouvrage majeur en 1825, Physiologie
du goût, le premier discours sur
l’alimentation.
Que recouvre exactement le
classement du repas gastronomique
des Français au patrimoine
immatériel de l’humanité ?
Il y a une ambiguïté sur le terme
« gastronomie », qui renvoie souvent
à la haute cuisine.
Étymologiquement, le mot vient
du grec, ventre et loi, l’art de régler
l’estomac en quelque sorte.
Le classement de l’Unesco rend
honneur à une pratique festive
des repas pour célébrer les grandes
occasions ou le dimanche. Il met
en valeur le plaisir d’être ensemble
pour célébrer l’art du « bien manger »
et du « bien boire ».
Ce classement de 2010 a-t-il eu
des incidences depuis ?
Oui, des chefs étoilés s’en sont
emparés comme d’un label, alors que le
classement concerne la pratique sociale
quotidienne des repas. Sinon, cela a
donné lieu à de très bonnes initiatives
qui souffrent d’un manque de moyens,
même si les travaux avancent. Je parle
des cités de la gastronomie que les
régions se disputent. Dijon, Rungis,
Lyon et Tours sont sur les rails.
Des activités pédagogiques sont
au programme et il est vraiment
important d’éduquer à l’art du goût.
Un parti pris chronologique permet de dérouler les grandes étapes
qui ont marqué l’histoire de nos
repas au quotidien sans que cela
soit ennuyeux un seul instant.
Nous sommes en effet au cœur
d’un sujet qui nous touche tous
personnellement et collectivement. L’exposition s’ouvre sur une
émouvante nature morte de
Nicéphore Niépce datée de 1823, La
Table servie. Elle inaugure une série
de photographies qui vont décrire
les mutations de notre société. Au
début du XXe siècle, les épiceries
fleurissent et on assiste aux prémices de la grande distribution. Pendant la Grande Guerre, si les poilus,
sur le front, tirent leur subsistance
des boîtes de conserve, on n’oublie
pas de se restaurer à la bonne franquette. La restauration collective
voit le jour, les femmes ayant quitté les cuisines pour travailler à
l’usine ou aux champs, c’est la
naissance des cantines d’entreprise comme celle des usines Citroën
photographiée en 1917. En 1923, le
premier Salon des arts ménagers
apparaît comme une petite révolution, l’irruption de la technologie
dans les cuisines influe sur le
contenu des recettes, la première
Cocotte-minute y est présentée en
superstar. En 1936, les premiers
congés payés coïncident avec l’apparition d’appareils photo beaucoup plus légers, les Français prennent la route et goûtent au plaisir
du camping et de la cuisine en plein
air. Pendant la Seconde Guerre
mondiale, c’est l’ère du rationnement, pommes de terre et rutabagas constituent l’essentiel des menus. Cette pénurie d’aliments va
conduire à une période de surconsommation dans les années 1950,
une revanche sur les privations
endurées précédemment.
Les Trente Glorieuses voient la
photographie se démocratiser,
Picnic Allée,
Jardin du Luxembourg,
Paris, 2000,
de Massimo Vitali
(en haut).
Pique-nique.
Alfa Roméo Giulietta
Berlina 1900, France,
années 1960, anomyme
(à gauche).
La Colonie
des Bernardoux, 1937,
de Willy Ronis,
(à droite).
MASSIMO VITALI, ROGERVIOLLET, MINISTÈRE DE
LA CULTURE -MÉDIATHÈQUE
DU PATRIMOINE,
DIST.RMN-GRAND PALAIS/
WILLY RONIS
cette période de prospérité économique allèche les industriels
qui veulent simplifier la vie des
ménagères. Une surenchère d’appareils ménagers prétend libérer
la femme, comme le clame le slogan de Moulinex. En 1969, le premier restoroute sort de terre sur
l’autoroute du Soleil, symbole de
modernité mais aussi de malbouffe et de nourriture industrielle,
caricaturé dans L’Aile ou la cuisse,
de Claude Zidi, avec Coluche et
Louis de Funès. Dans les mêmes
années, le magazine Elle lance ses
fiches
recettes
demeurées
incontournables aujourd’hui. Les
décennies qui suivent passent
d’un extrême à l’autre, la mode du
fast-food et des plats sous plasti-
que prêts à être consommés rivalisent avec la nouvelle cuisine et le
développement du bio. Les Français adorent toujours partager
leurs repas, et Internet leur offre
un nouvel outil, témoin le succès
du food porn, qui consiste à poster
sur les réseaux sociaux des clichés
de son assiette.
L’incursion de la photographie
contemporaine dans cette frise
chronologique vient créer quelques carambolages. Une affiche
scolaire des années 1960 décrit la
famille idéale à table : le père a découpé le poulet, la mère sert, la
grand-mère et les trois enfants
sont sagement assis autour de la
nappe en toile cirée. À ses côtés,
une photo noir et blanc d’Alain Laboile montre le joyeux désordre
d’une famille à l’heure du déjeuner
aujourd’hui. La séquence des politiques à table vaut aussi le détour,
Giscard d’Estaing s’invite dans les
familles, Jacques Chirac fait bombance avec le jeune Nicolas
Sarkozy et Macron commande un
menu enfant. Pour clore l’ensemble et boucler le sujet, une vidéo
présente une performance de Thomas Mailaender qui mange une
photographie ! En France, on l’aura
bien compris, l’heure du repas est
« une affaire d’État familiale »,
comme le constatait déjà l’écrivain
gastronomique M.F.K Fisher dans
les années 1960. ■
« Manger à l’œil » au Mucem,
7, promenade Robert-Laffont
à Marseille (13), jusqu’au
30 septembre. www.mucem.org.
Catalogue coédition L’Épure/Mucem,
192 pages, 28 euros.
LE FIGARO
jeudi 2 août 2018
CULTURE
13
Florian Sempey fait son cinéma à Orange
OPÉRA Dans un décor de Cinecitta, le baryton se montre impérial en Figaro du « Barbier de Séville » de Rossini.
U
THIERRY HILLÉRITEAU
£@thilleriteau
ENVOYÉ SPÉCIAL À ORANGE
n hommage au néoréalisme du cinéma italien des années 1940.
C’est ainsi que le Vénitien Adriano
Sinivia a conçu sa mise en scène du
Barbier de Séville de Rossini. Cette
dernière fut créée à l’Opéra de Lausanne en 2009, mais le chef-d’œuvre du
Cygne de Pesaro n’avait, lui, jamais été
donné dans l’enceinte des Chorégies
d’Orange. L’annulation de dernière
minute du ténor vedette Michael
Spyres, censé camper Almaviva et victime d’une laryngite, avait bien refroidi quelques ardeurs. Mais ce n’est pas
la première fois que le festival devait
faire face à pareille situation et, par le
passé, ces remplacements inopinés
avaient réservé de belles surprises.
C’est donc avec curiosité et excitation
que l’on attendait ce Barbier.
L’idée de Sinivia de transposer l’action sur un plateau de tournage de Cinecitta est séduisante. Elle renouvelle
l’approche du théâtre dans le théâtre.
Mais tire aussi une ficelle que l’on a
parfois tendance à négliger : celle de la
comédie italienne. On ne peut toutefois
s’empêcher d’être dérouté par le
désordre qui règne sur scène : multiplication des figurants et accessoires (Fiat
500 et Vespa comprises), manipulation
des décors à vue, va-et-vient permanent de faux cameramen et de perchistes… Auxquels s’ajoutent d’incessants
gags de fond de scène évoquant le cinéma burlesque : un curé poursuivant un
enfant de chœur à vélo et inversement,
un gladiateur s’étant trompé de studio…
Vent de folie
Ce n’est qu’une fois passée cette impression de fouillis général, qui ne sert
guère la compréhension de l’ouvrage,
que l’on peut goûter l’inventivité de
Sinivia. Quelques tours ne fonction-
Pour ce Barbier transposé sur un plateau de tournage, une succession d’effets comiques emmenés à vive allure donnent à voir un joli désordre.
nent vraiment pas (une fanfare années
1950 bien trop anachronique dans la
partition de Rossini). Mais cette succession d’effets comiques emmenés à
vive allure semble bien rendre, à défaut
de la lettre, une partie de l’esprit buffa
façon Rossini. Un vent de folie sans
doute pas si éloigné de celui qui devait
régner, en plein carnaval romain, en
1816.
On retiendra de jolies trouvailles : la
scène hilarante de postsynchronisation
à la fin du deux. Le duo entre Figaro et
le Comte, « All’ idea di quel metallo »,
sur une Vespa immobile derrière laquelle défile une route. Ces ronflements
du barbon Bartolo qui s’élèvent textuellement, façon BD, le long des
murs…
Un Bartolo plein d’aplomb
Lors de la création, Rossini avait rebaptisé son opéra Almaviva, ou la Précaution inutile… Peut-être moins pour ménager les partisans de Paisiello que pour
mettre à l’honneur Manuel Garcia, qui
faisait le Comte. À Orange, le doute
n’est pas permis : la star de cette pro-
duction n’est pas Almaviva, campé
courageusement par un Ioan Hotea bien
à la peine dans sa cavatine d’ouverture
(sans doute écrasé par la chaleur étouffante et déstabilisé par le vent). Malgré
des intonations approximatives, le lauréat 2015 du concours Operalia laisse
deviner en seconde partie des aigus
acérés et lumineux. Mais c’est le Figaro
impayable de Florian Sempey qui emporte tous les suffrages. Le baryton ne
recule devant aucune pitrerie. Impose
dès la célèbre cavatine « Largo al factotum », sa projection claire, sa voix ron-
PHILIPPE GROMELLE/ORANGE
de et ambrée, son agilité rossinienne.
Mention pour le Bartolo plein d’aplomb
et d’autodérision de Bruno de Simone.
Olga Peretyatko est une Rosine délicieusement mutine, mais pour ses débuts à Orange elle ne trouve pas toujours la projection suffisante pour
passer les rangs de l’Orchestre national
de Lyon… Lequel pèche par manque de
précision sous la baguette énergique de
Giampaolo Bisanti, mais fait entendre
de superbes couleurs dans la scène de
l’orage, à l’acte II. ■
Jusqu’au 4 août. www.choregies.fr
À Locarno :
comédies et portraits
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
a 71e édition du Festival international de Locarno, qui se
tient jusqu’au 11 août, s’est
ouverte hier sous le signe de la
comédie, avec Les Beaux
Esprits de Vianney Lebasque, interprété
par Jean-Pierre Darroussin, Camélia
Giordana, Ahmed Sylla : les aventures
d’une équipe de basket paralympique
pas du tout réglementaire. Au dernier
moment, le coach y a introduit des
joueurs non handicapés, pour ne pas
perdre ses subventions (sortie en France en novembre). Le film était précédé
du court-métrage Liberty (1929) avec
Laurel et Hardy, « une des plus belles et
irrévérencieuses comédies » de Leo McCarey, selon Carlo Chatrian, directeur
artistique du festival. Locarno consacre
cette année sa grande rétrospective à
l’élégant réalisateur des deux versions
de Elle et lui (1939 et 1957), dont Jean
Renoir disait : « Personne à Hollywood ne
comprend mieux l’homme que lui. »
L
« Histoires personnelles »
Parmi les projections en plein air de la
Piazza Grande, Carlo Chatrian annonce
beaucoup de comédies. Bruno Dumont,
qui recevra un léopard d’honneur pour
l’ensemble de sa carrière, y contribuera
avec l’avant-première de sa série télévisée CoinCoin et les Z’inhumains. Et le
film de clôture, samedi 11 août, restera
dans le ton du comique satirique, insolent et grinçant : I Feel Good de Benoît
Delépine et Gustave Kervern (sur les
écrans le 26 septembre) réunit Jean Dujardin et Yolande Moreau, frère et sœur
radicalement opposés. Monique dirige
une communauté Emmaüs dans les Pyrénées. Jacques est un bon à rien qui ne
pense qu’à l’argent et vient lui pourrir la
vie après des années d’absence…
Le cinéaste chinois Jia Zhang-ke préside le jury de la compétition internationale, qui comprend 15 films, pour la
plupart en avant-première mondiale.
S’il faut relever une caractéristique de
cette édition, c’est que beaucoup
d’œuvres « se concentrent sur des histoires personnelles », même si elles sont
plongées dans les troubles et les conflits
collectifs. Carlo Chatrian présente la
sélection 2018 comme « une longue et
extraordinaire galerie de visages singuliers , et note que beaucoup de titres
sont des prénoms : ainsi M, pour Menahem, de Yolande Zauberman est le portrait d’un jeune Israélien, Diane de
l’Américain Kent Jones ou Alice T. du
Roumain Radu Muntean parlent l’un
d’une septuagénaire, l’autre d’une adolescente, Ray & Liz de Richard Billingham évoque les parents du réalisateur
et photographe anglais.
L’acteur et réalisateur Ethan Hawke,
à qui Locarno rend hommage, va aussi
dans ce sens en apportant en première
internationale son film Blaze, sur le
chanteur country Blaze Foley.
Et Locarno fêtera une autre star
américaine, Meg Ryan. La vedette de
Top Gun et de Quand Harry rencontre
Sally viendra dialoguer avec le public
samedi 4 août, lors d’une des nombreuses « Conversations » qui émaillent le
festival.
On rencontrera également quelques
personnalités plus politiques, comme
Kate Gilmore, haut commissaire aux
Nations unies, et Gilles Kepel, politologue, invités à célébrer le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des
droits de l’homme. Ce sera la dernière
édition signée par Carlo Chatrian, qui
prendra à partir de l’an prochain la
direction de la Berlinale. ■
AVIS À NOS LECTEURS - MENTIONS LÉGALES
Toutes les annonces qui ne comprennent pas la mention
« Part. » pour les particuliers ou « Agents Co. » pour les agents
commerciaux sont des annonces émanant d’agents immobiliers
ou de promoteurs. Sans mention explicite d’honoraires dans les
annonces, les prix présentés s’entendent nets pour l’acquéreur.
Toutes les annonces des rubriques « appartements » sont réputées
être des lots de copropriétés, sauf mention contraire. Ces biens
faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien
proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
l’encontre de la copropriété à la date de la parution de l’annonce.
Les honoraires de l’agence immobilière et les commissions de
chaque bien sont consultables sur le site de l’annonceur.
Bonnes
Affaires
Décoration
CONFECTION
A VOS MESURES !
Légende des sigles utilisés dans nos annonces : ◆ membre
F.N.A.I.M (Fédération nationale de l’immobilier) membre
S.N.P.I (Syndicat national des professionnels immobiliers)
■ Notaires ● Ventes aux enchères M.A.P : mise à prix.
*
Immobilier
ventes
et achats
Viagers
Ventes 14e
Ventes
APPARTEMENTS
GAITÉ-MONTPARNASSE
Mo Gaité. Appt familial.
5 P. 118 m2 carrez. R.d.c
Jolie coppté anc. Expo
Sud-Est vue dégagée sur
cour pavée arborée,
bénéficiant de 4 chambres.
Prox commerces, transport
Mo. 1.050.000 1 FAI
De Ferla Immobilier
01.44.10.60.00.
www.deferla.com
Ventes 16e
APPARTEMENTS
é PASSY é
APPT 130 M2,
parfait état, 3 chbres,
2 bains, 2 w.c., cave, box
1.350.0001. 01.42.88.96.96
Ventes
APPARTEMENTS MAISONS
Sud-Est
PORTO VECCHIO
2 & 3P. Te rrasse avec vue
mer. Piscine, tennis.
06.85.41.99.51.
VOILAGES
RIDEAUX, STORES
Immobilier
intérieurs et extérieurs
Choix de tringles et
de tissus d'éditeurs.
Conseils, devis et poses
assurées par
nos décorateurs.
06 Juan-les-Pins, libre
3 P. 97 m2, terrasse, box
90.000 1 et 2.150 1/mois
sur Homme 64 ans. Imm.
Stand. Viager Prévoyance
viagers.net.01.45.05.56.56
- 15% LECTEURS
DU FIGARO.
34, Rue de Bassano,
75008 - Paris.
01.84.25.15.77
RENOVATION
PONCAGE
VITRIFICATION
Votre Parquet
REMIS à NEUF
ê
Ancien - Traditionnel
Massif - Vieilli
AVEC GAVO FINI
LES CORVÉES
D'AMEUBLEMENT !
Traitement
Huile Naturelle
ê
Étude e t Devis Gratuits.
34, Rue de Bassano
75008 - Paris.
01.84.25.15.77
01.47.43.11.43.
01.47.20.78.64.
CRÉEZ
VOTRE TAPIS
RENOVATION
CRISTALLISATION
Pour
Finition
Brillante - Brute
Locations 7
VERNEUIL 73 M2
3/4P. traversant, charme,
caractère, 2.700 1 + 250 1
ch. Part. 07.89.04.31.62.
34, Rue de Bassano
75008 - Paris
passer votre
annonce
contactez-nous
au
RÉALISATION DE
MODÈLES UNIQUES
MARBRE - TRAVERTIN
GRANIT - BETON
PIERRE NATURELLE
DÉCORATION travail soigné de qualité,
prix spécial pour appts en
location. Promotions exemple : une pièce 12 m2
1.200 1 HT.
DEVIS GRATUITS.
ê
Large choix de styles
formes matières textures
LAINE, SOIE, LIN,
Fabrication française
et sans intermédiaire.
ê
Etude e t Devis gratuits.
Manufacture Tapis Design
34, Rue de Bassano,
75008 - Paris.
Hall d'Entrée - Sol
Mur - Plan de Travail
Salle de B ains - Vasque
ê
REFERENCE
DE PRESTIGE
ê
Étude e t Devis Gratuits.
34, Rue de B assano
75008 - Paris.
01.47.20 78 84.
01.84.25.15.77
Libre Août, Paris IDF.
www.lightandmoon.com
www.lightandmoon.com
ARTISAN PEINTRE
OFFRES VIDES
ê
de votre Ameublement.
Réfection Sièges
et Fauteuils.
Excellentes références.
Devis Livraison gratuits.
contactez-nous
locations
e
CONFECTION
RESTAURATION
votre annonce
01 56 52 8000
Immobilier
Tapis, Rideaux
Moquettes, Stores
Te ntures Murales,
Canapés et Cuirs.
ê
Spécialiste depuis 1939
du Nettoyage
d'ameublement.
Décroche et raccroche
vos rideaux.
Ravive vos tapis,
canapés, moquettes,
tentures.
Devis gratuit.
-15 % LECTEURS
DU FIGARO
84, Rue Michel Ange,
75016-Paris.
Pour passer
01 56 52 8000
NETTOIE
RENOVE, RAVIVE
06.81.30.02.33.
du lundi
au vendredi
de 9h00
à 18h30
au
01 56 52 8000
A
FESTIVAL La ville suisse célèbre le cinéma d’auteur
et deux stars américaines, Meg Ryan et Ethan Hawke.
jeudi 2 août 2018 LE FIGARO
14
L’ÉTÉ DU FIGARO
4/6
[
Pierres sacré
pierres maudes,
ites
]
Des diamants
exotiques pro
venant des an
Golconde, de
ciennes mine
s gemmes his
s de
toriques porté
France, une per
es par les Rois
le unique à la
de
destinée holly
Le Figaro bro
sse le portrait
woodienne…
de six cailloux
au destin sou
vent chaotiqu
e.
L’Étoile du Sud :
le rose lui va si bien
Du Brésil à l’Inde, cette pierre
a fasciné des générations de
minéralogistes, envoûtés par
son poids inhabituel mais
surtout par ses étranges reflets.
PAULINE CASTELLANI
Il faut s’attarder sur cette photographie d’Henri Cartier-Bresson
prise en 1948, lors de son premier
voyage en Inde : face à l’objectif,
la maharani de Baroda se prépare
pour fêter les 39 ans de son mari,
le maharajah Pratap Singh
Gaekwad. Hypnotisée par les
pierres précieuses et les beaux
cailloux, Sita Devi a l’habitude de
piocher dans l’incroyable collection de bijoux de son époux. Ce
jour-là, trois gros rangs de diamants. Le cliché a beau être en
noir et blanc, on y devine le scintillement par-dessus le sari immaculé. Au centre de la parure,
une poire blanche de 78 carats
– l’English Dresden - mais surtout
la fabuleuse Étoile du Sud dont la
maharani semble jauger les reflets
dans le miroir. Des reflets étrangement rosés, démultipliés par les
rayons du soleil de la matinée.
Car la gemme intrigue surtout
par sa coloration à peine perceptible qui adoucit sa matière, la rend
presque palpable et trouble tous
ceux qui l’ont approchée. Ce teint
si inhabituel pour un diamant qu’il
valut liberté et pension à vie à l’esclave brésilienne qui le trouva, à la
fin du mois de juillet 1853, près du
fleuve Bagagem, dans le Minas Gerais. Dans cette région du sud-est
du Brésil, l’existence d’importants
gisements a permis à ce pays de
devenir le plus gros producteur de
diamants au XIXe siècle avec, notamment, une extraction record
en 1850 avec 300 000 carats sortis
de cette fertile terre…
128,48
carats
Le poids actuel
de l’Étoile du Sud
12
ans
L’âge de son plus jeune
propriétaire, Sayaji Rao III,
maharajah de Baroda,
de 1875 à 1939
mée de la vivacité de ses feux. Dans
son Guide pratique du joaillier ou
traité complet des pierres précieuses, Charles Barbot écrit en 1858 :
« Elle est, du reste, d’une pureté sans
reproche… Blanche par réflexion,
elle prend, par réfraction, une teinte
rose assez prononcée. […] un beau
diamant, bien digne de figurer dans
une collection princière. »
Des nuances hypnotiques
A
« Digne d’une collection
princière »
Dès sa découverte, cette grosse
pierre de 261 carats captive les
géologues. Le Français Armand
Dufrénoy - qui occupe alors la
chaire de minéralogie du Muséum
national d’histoire naturelle - en
fait d’emblée une description détaillée donnant naissance en 1855 à
la plus ancienne réplique de diamant en verre connue et conservée au Muséum. Il pointe sa forme
« en dodécaèdre », ses mensurations disproportionnées « 42 × 35
× 27 mm » et son aspect velouté
« des faces mates et légèrement rugueuses ». « Des stries forment une
espèce de sablé très fin, assez analogue à la disposition désignée par le
mot de chagriné propre à la peau
des squales, de telle sorte qu’il est
simplement translucide à la manière
d’une glace dépolie », poursuit, lyrique, le scientifique dans son
Traité de minéralogie en cinq volumes. Mais peu importe cette surface un peu mate, presque sourde,
l’Étoile du Sud voit vite sa valeur
flamber : passant de 3 000 livres (le
prix obtenu par son premier propriétaire, Casimiro de Tal, en 1853)
à 35 000 livres deux ans plus tard.
C’est à cette époque, en 1855,
que Joseph Halphen décide de la
faire retailler. L’homme possède
alors le monopole du marché parisien des pierres précieuses, détient des succursales à Batavia et à
Manille, en Inde et au Brésil, jouit
aussi d’entrées dans les célèbres
ateliers Coster à Amsterdam. Dans
cette même cité, il demande à
Louis Benjamin Voorzanger de
En 2005, Cartier
monte l’Étoile du Sud
(en gros plan,
en haut) sur un
bracelet en cristal
de roche et brillants.
Croquis du diamant
monté en ornement
de turban avec
d’autres pierres
d’exception,
vers 1870.
La maharani
de Baroda, dont
la famille posséda
la gemme
pendant près de
quatre-vingts ans
(ci-dessus).
CARTIER, COLLECTION
PRIVÉE, HENRI CARTIERBRESSON/MAGNUM
décupler la luminosité rosissante
de l’Étoile du Sud. Pendant trois
mois, l’artisan - celui-là même
qui tailla quelques années plus tôt
le diamant maudit Koh-i-Noor
pour la reine d’Angleterre - s’attelle à redessiner le relief de la
gemme brésilienne. Il en fera une
généreuse taille coussin de 128 carats. Flanquée de sa nouvelle silhouette, la brésilienne est exposée
sur les Champs-Élysées lors de
l’Exposition universelle de 1855,
où Napoléon III et son épouse
Eugénie viendront l’admirer - sa
teinte délicate rappelle-t-elle
alors à l’impératrice celle tout
aussi rosée de son Hortensia, diamant de la Couronne qu’elle fera
monter l’année suivante sur un
grand peigne à pampilles ?
L’Étoile du Sud devient alors la
sixième plus grosse pierre taillée au
monde mais tire surtout sa renom-
Après avoir été achetée par le
joaillier anglais Edward Dresden
pour 2 millions de francs or, c’est
bien un prince qui va en devenir,
en 1870, l’heureux propriétaire : le
gouverneur de la province indienne de Baroda, Khande Rao. Il
piquera plusieurs fois à son turban
cette merveille à la douceur opalescente, montée alors en aigrette.
Car si les maharajahs portent, à
cette époque, leurs sublimes parures serties de cailloux issus des
mines de Golconde ou du Cachemire, cette Étoile du Sud venue
d’un continent lointain leur fait
tout autant tourner la tête.
Mis en scène sur le fameux collier photographié des années plus
tard par Cartier-Bresson, le diamant sera porté, dès 1875, autour
du cou de l’un des héritiers de
Khande Rao, le tout jeune Sayaji
Rao III, alors âgé de 12 ans, et restera dans la dynastie des Baroda
pendant près de quatre-vingts
ans. Jusqu’à ce que l’on perde totalement sa trace dans les années
1950 (il sera un temps signalé entre les mains de joailliers de
Bombay).
En 2001, la pierre réapparaît : le
laboratoire suisse Gübelin Gem
Lab la reçoit pour expertise. « Les
gemmologues ont rarement l’opportunité de publier une étude complète sur de tels diamants historiques, s’enthousiasme aujourd’hui
encore Christopher P. Smith, à
l’origine, avec George Bosshart,
de cette publication extrêmement
détaillée. Seuls le Hope en 1989, le
Diamant vert de Dresde également
en 1989 et le Tavernier en 1989 et
1990 avaient déjà fait l’objet de ce
genre d’analyses. Mais bien plus
que ses 128 carats ou ses propriétés
physiques, c’était d’abord son passé qui rendait cette pierre jusque-là
disparue si impressionnante. »
Couleur, pureté, indice de réfraction, spectre d’absorption, fluorescence, transparence… L’Étoile
du Sud est, près d’un siècle et
demi après sa découverte, passée
au crible de la technologie. Estampillé désormais VS2 pour la
clarté (pauvre en azote et chimiquement très pure) et Fancy Light
Pinkish Brown pour la couleur.
« C’est surtout un diamant que
l’on a plaisir à manipuler, note
Pierre Rainero, directeur de
l’image, du style et du patrimoine
de Cartier, qui acquiert l’Étoile du
Sud en 2002. Au lieu d’être pointue, sa culasse est légèrement plane : il tient en équilibre et peut être
observé facilement sans osciller
d’un côté ou de l’autre. Cela le rend
très intrigant. » Pour mieux révéler ses nuances hypnotiques, Cartier le présente nu, simplement
posé dans son écrin, lors de la
22e Biennale des antiquaires en
septembre 2004. « Nous l’avions
mis en scène aux côtés d’autres
diamants historiques comme les
Larmes du tigre, deux poires étincelantes de 56 et 57 carats, se souvient Pierre Rainero. Mais ce qui
frappait le plus, c’était évidemment
sa couleur pêche à la chaleur inhabituelle. Il s’en dégageait un charme étrange et presque familier qui
tranchait avec la puissance de son
histoire. » Après avoir passé cinquante ans dans l’oubli, l’Étoile du
Sud renaît enfin sur un impressionnant bracelet articulé tout en
diamants, aux lignes géométriques si chères à Cartier. Exposé à
l’occasion de la réouverture des
salons du 13, rue de la Paix, à Paris, il sera vendu peu de temps
après, lors d’une transaction que
l’on imagine, cette fois encore,
stratosphérique. Le prix de son
histoire mythique… ■
RETROUVEZ DEMAIN:
Le Hope, en voie
de démystification ?
FABIENNE REYBAUD
GRAND REPORTER AU « FIGARO »
Elle a la chair d’un bébé
dans laquelle on a envie de mordre»
Vous avez eu la chance
de photographier L’Étoile du Sud
en 2006. À quelle occasion ?
C’était pour un dossier haute joaillerie dans un supplément du Figaro
intitulé « Caprices de Cannes », paru
en mai pendant le festival. Quelques
mois auparavant, j’avais découvert
ce diamant extraordinaire chez Cartier. L’Étoile du Sud était alors montée sur un bracelet, un peu sur le
même modèle que ceux en diamants et cristal de roche fabriqué
dans les années 1930 pour Gloria
Swanson. Il a fallu négocier dur avec
Cartier pour l’avoir en studio une
demi-journée. Nous avions programmé une séance classique, en
porté, avec un mannequin, mais le
photographe a voulu shooter les bijoux dans une baignoire remplie
d’eau et de mousse…
À gemme exceptionnelle,
dispositif de sécurité
hors norme ?
Pendant ce shooting, l’Étoile du Sud
a fait l’objet d’une surveillance digne
de celle d’une star. Cartier avait mis
en place un périmètre de sécurité
tout le long du trajet du diamant :
depuis les salons de la rue de la Paix
jusqu’au XVIIIe arrondissement, où
se trouvait le studio du photographe. C’était impressionnant. Une
équipe avait même sécurisé l’endroit la veille ! Le jour de la séance,
en plus d’une demi-douzaine de
gardes sont arrivés un joaillier et
une technicienne chargés uniquement de manipuler le diamant. Il faut
dire qu’il était alors estimé entre 30
et 50 millions d’euros.
Vous avez pu le toucher.
Quel effet vous a-t-il fait ?
Il était très lourd ! Presque aussi
gros qu’un œuf de poule, il paraissait surnaturel sur le poignet très
fin du mannequin. Mais ce qui m’a
le plus frappée, c’était son eau à la
fois un peu rosée et très brillante.
L’Étoile du Sud a la chair d’un bébé,
fraîche et douce, dans laquelle on
a envie de mordre. Surtout, sa
taille coussin met parfaitement en
valeur cette clarté insensée.
Quand Cartier l’a récupérée, il a
fallu une journée entière pour y
effacer les traces de doigts et de
mousse…
PROPOS RECUEILLIS PAR P. C.
jeudi 2 août 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
avec justification d’identité
par téléphone
01 56 52 27 27
par télécopie
01 56 52 20 90
par courriel
carnetdujour@media.figaro.fr
en nos bureaux
14 boulevard Haussmann,
75009 Paris,
sur notre site :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Tarif de la ligne € TTC :
Du lundi au jeudi
25 € jusqu'à 25 lignes
23 € à partir de 26 lignes
Vendredi ou samedi
28 € jusqu'à 25 lignes
26 € à partir de 26 lignes
Réduction à nos abonnés :
nous consulter
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
Jacques Chaumont,
son époux,
Philippe et Anne-Suga
Chaumont,
Caroline et Hervé Le Brun,
François et Emmanuelle
Chaumont,
ses enfants et leurs conjoints,
Joséphine, Mathurin, Sarah,
Rose, Cécile, Stella et Swann,
ses petits-enfants,
Nadine et Henri de Coignac,
Pierre Vimont,
sa sœur, son beau-frère
et son frère,
sa famille et ses amis
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
Isabelle CHAUMONT
née Vimont,
survenu à Paris,
le 30 juillet 2018.
Une cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 3 août,
à 15 heures, en l'église
Saint-François-Xavier,
12, place du PrésidentMithouard, Paris (7e).
10, rue du Docteur-Roux,
75015 Paris.
Françoise Dreyfus,
Marc e t Lorena Dreyfus,
Sophie et Cédric Lopez-Huici,
Philippe et Patricia Lamoral
et leurs enfants,
Christophe et Gabriela
Lopez-Huici
deuils
Ses enfants,
Jean-Jacques et Marie-Paule
Arnoult,
Michel et Laurence Arnoult,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
leur époux, père et grand-père,
ont la douleur
de vous faire part du décès,
le 27 juillet 2018,
à l'âge de 95 ans, de
Marguerite ARNOULT
née Demaillet.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Jean-Baptiste
du Perreux-sur-Marne,
le vendredi 3 août, à 15 heures,
suivie de l'inhumation
au cimetière.
jja@arnoult.fr
michel@arnoultsa.fr
M. Yves Cambournac,
son époux,
Benoît et Anne-Christine,
Xavier,
Dominique et Anne,
Pascal,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants,
Dom André Gozier, o.s.b.,
son frère,
vous font part
du rappel à Dieu de
Mme Yves CAMBOURNAC
née Jacqueline Gozier,
le 31 juillet 2018,
dans sa 92e année, munie
des sacrements de l'Église.
La messe de funérailles
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-Nazareth,
Paris (15e),
ce jeudi 2 août, à 14 h 30.
Josette Harmina DEMAIRÉ
née Janó,
s'est éteinte dans sa 93e année,
le 27 juillet 2018.
L'inhumation aura lieu
le vendredi 3 août, à 16 heures,
au cimetière du Père-Lachaise,
28, boulevard
de Ménilmontant, Paris (20e).
De la part de
son neveu,
Patrice Jano,
sa nièce,
Marie-José Thevenet Jano,
et toute sa famille.
M. Philippe DREYFUS
survenu dans sa 93e année.
Une cérémonie se déroulera
à Biarritz,
dans la plus stricte intimité.
L'inhumation aura lieu à Paris,
au cimetière du Montparnasse,
à une date ultérieure.
Bièvres. Chailles.
Monique Forestier,
née Pougin de la Maisonneuve,
son épouse,
Sophie, Hélène,
Olivier, Isabelle,
ses enfants, et leurs conjoints,
Solène, Chillina, Loïc,
Matteu, Juliette,
ses petits-enfants,
vous font part du décès,
survenu dans sa 82e année, de
Jean-Henri FORESTIER
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 4 août 2018,
à 14 heures, en l'église
des Montils (Loir-et-Cher).
L'inhumation aura lieu
le lundi 6 août 2018,
à 15 heures, au cimetière
du Montparnasse, à Paris (14e).
Fabienne Herlaut Angelini
et Hervé Angelini,
Cécile, Claire,
Francis et Stéphanie
Herlaut-Coppinger,
Etienne, Eloïse,
Guillaume, Sophie,
Paul et Nathalie
Herlaut-Reinhardt,
Sarah, Alexandre,
ses enfants et petits-enfants,
François Heilbronner
et Nathalie, née Ducas,
Bernard Zimmern
et Marie, née Ducas,
ses sœurs et beaux-frères,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Elisabeth HERLAUT
née Ducas,
le 31 juillet 2018,
dans sa 87e année.
Les obsèques auront lieu
au cimetière de Montmartre,
Paris (18e),
le vendredi 3 août, à 11 h 30.
née Van Melle,
survenu le 30 juillet 2018,
à l'âge de 97 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 4 août, à 10 heures,
en l'église Saint-Joseph,
à Angers,
suivie de l'inhumation au
cimetière de Longué-Jumelles.
Mme Henri Stouff,
née Thérèse Delubac,
son épouse,
Jean-François et Tien Lalloz,
Isabelle et Gilles Thieffry
et leurs enfants
vous font part du rappel à Dieu
le 1er août 2018, à Angoulême,
dans sa 85e année, de
sa famille et ses amis
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Christiane LALLOZ
Henri STOUFF
chevalier
de la Légion d'honneur.
née Burnier,
à l'âge de 94 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 3 août 2018, à 9 h 30,
en l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine.
Anne-Marie, son épouse,
Sébastien, Foucaut,
Louise-Eléonore et Cyril,
ses enfants,
Moana, Romanée, Maxine,
Marie, Swann, Faustine,
ses petites-filles,
ses sœur, frères,
belles-sœurs, beaux-frères,
nièces et neveux,
les familles du Merle,
Defrance, Picq, Haslé,
ont l'immense tristesse
de vous faire part de la mort de
Dominique du MERLE
le dimanche 29 juillet 2018.
La cérémonie aura lieu en
l'église Notre-Dame d'Orbec,
le lundi 6 août, à 15 heures.
Ni fleurs ni couronnes,
des dons à la Maison médicale
Jeanne Garnier
https://dons.jeanne-garnier.org
Essey-lès-Nancy, Blamont
(Meurthe-et-Moselle).
Grandris, Saint-Genis-Laval
(Rhône).
Lons-le-Saunier (Jura).
les familles Copin, Vaudaine,
Terrier, Perrot, Jonet,
amis et alliés
ont l'immense tristesse
de vous faire part du décès de
La cérémonie sera célébrée
le vendredi 3 août 2018,
à 10 heures, en l'église
Saint-Blaise, à Écully.
docteur Viviane PILLOT
Charlotte, Camille,
Mélanie, Lucas,
ses petits-enfants,
Jean-Louis Perroux,
Marie-Paule et Jean-Pierre
Descotes,
Nicole et Etienne Fillot,
son frère, ses sœurs
et leurs conjoints,
toute la famille et ses amis
survenu à l'âge de 91 ans.
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
3, rue de l'Amiral-Joinville,
92200 Neuilly-sur-Seine.
fabienne.herlaut@noos.fr
Thérèse Grollier-Baron,
son épouse,
Myriam, Annick,
Christiane, Nadia,
ses filles,
ses dix petits-enfants,
ses cinq arrière-petits-enfants,
ingénieur en chef
de l'armement,
expert judiciaire,
Sa famille et ses amis
Pierre et Geneviève,
Stéphane et Luis, Michel,
ses enfants,
Écully (Rhône).
M. Roger GROLLIER-BARON
Angers, Longué-Jumelles
(Maine-et-Loire).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Annick Perroux,
née Brignatz, son épouse,
Anne-Lorène Perroux,
sa fille,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
15
M. Maurice PERROUX
survenu le 29 juillet 2018,
dans sa 75e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le samedi 4 août,
à 10 heures,
en l'église Saint-Pie-X,
à Essey-lès-Nancy,
suivie de la crémation
au crématorium.
Le présent avis tient lieu
de faire-part.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le samedi 4 août,
à 10 heures, en l'église
Saint-Jacques-de-l'Houmeau,
à Angoulême,
suivie de l'inhumation
au cimetière des Trois-Chênes.
Henri Stouff repose
à la maison funéraire,
556, route de Bordeaux,
16000 Angoulême.
La famille vous remercie d'y
faire parvenir vos courriers,
fleurs et condoléances.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme Jacques Troussard,
son épouse,
ses enfants et petits-enfants
ont l'immense tristesse
de vous faire part du décès,
le 30 juillet 2018, de
M. Jacques TROUSSARD
La messe d'obsèques
sera célébrée en la cathédrale
Saint-Pierre d'Angoulême,
le vendredi 3 août, à 10 heures.
En vente
vendredi 4
et samedi 5 août
avec votre Figaro
Renate de Wavrechin,
son épouse,
sa fille,
Céline de Wavrechin,
et Germain Monchaux,
et ses frères et sœurs,
beaux-frères, belles-sœurs,
neveux et nièces,
Anne
de Kerguiziau de Kervasdoué,
son époux,
leurs enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
Françoise de Wavrechin
en religion
sœur Henri,
Jehan de Wavrechin,
son épouse,
leurs enfants et petits-enfants,
Josseline de Wavrechin,
Régine de Montfort,
son époux,
leurs enfants et petits-enfants,
Bertrand de Wavrechin,
ses enfants et petits-enfants,
Guillaume de Wavrechin,
son épouse et leurs enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Philippe de WAVRECHIN
survenu le 28 juillet 2018.
Une cérémonie sera célébrée
ce jeudi 2 août, à 14 h 30,
en la basilique Notre-Dame
d'Arcachon.
remerciements
Ses frère, belle-sœur,
neveu et nièces,
sa cousine,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Mlle Renée AVRIL
« Ninette »,
M. Jean François Turquan,
son époux,
sa famille,
sa belle-famille
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Jean François TURQUAN
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
souvenirs
En ce premier anniversaire
de la disparition du
née
Béatrice Bourel de la Roncière,
le 28 juillet 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 3 août,
à 14 h 30, en la collégiale
de Blainville-Crevon
(Seine-Maritime).
docteur Aly ELSAMMAN
18 décembre 1929,
2 août 2017,
Brigitte Lefebvre-Elsamman,
son épouse,
et Sam Elsamman,
son fils,
rendent hommage
à sa mémoire.
Homme de dialogue
et grand patriote, le
docteur Aly Elsamman
Mlle Isabelle Vincent,
M. Thierry Vincent (†)
et Mme, née Anne Ferry,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
la baronne François de Silans,
sa sœur,
Mme Jacques Vincent,
sa belle-sœur,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Philippe VINCENT
née Guillemette de Messey,
survenu le 1er août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 9 août 2018,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-la-Salette,
Paris (15e).
32, rue de Thionville,
75019 Paris.
a dédié toute sa vie
au service de l'Égypte dont
il s'est efforcé de défendre
le rôle majeur sur la scène
internationale.
Messager officieux entre
la France du général de Gaulle
et l'Égypte du président Nasser,
il a mené une longue carrière
de journaliste et a exercé
les fonctions de conseiller
pour l'information extérieure
auprès du président Sadate.
Homme de paix, il a œuvré
à partir des années 1990
en qualité de conseiller
du sheikh d'Al Azhar et de
président de l'ADIC (l'Union
internationale pour le dialogue
interculturel et religieux
et l'éducation de la paix)
en vue d'affirmer
la voix d'Al Azhar
dans le dialogue interreligieux.
Avocat, homme de cœur
et de convictions, le
docteur Aly Elsamman
Les éditions du Figaro
était « un grand artiste
de la relation humaine »,
et constitue aujourd'hui
une source d'inspiration
pour toutes les générations.
Des fiançailles, un mariage
SUIVEZ LE GUIDE !
Demandez-le par courriel : mariage@media.figaro.fr
par courrier : Le Carnet du Jour • Le Figaro
14 boulevard Haussmann • 75009 Paris
En vente chez votre marchand de journaux
et sur www.figarostore.fr
jeudi 2 août 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
16
25 jours pour sauver Bombay
Pour sa première série originale indienne, Netflix adapte un roman de Chandra, chassé-croisé mystique entre un policier et un truand.
couvrir une bavure, mettant en rage son
supérieur et ses collègues. Pourtant, c’est
à ce sans-grade que téléphone Ganesh
Gaitonde. Le légendaire gangster a régné
our continuer à engranger des
non sans violence sur la pègre de la mésouscriptions, Netflix, qui
galopole avant de disparaître de la circucompte déjà 130 millions de filation. Il explique à Sartaj Singh avoir
dèles dans le monde, mise sur
connu son père et lui enjoint de sauver
les productions locales. Après
Bombay d’une menace terrible qui
l’allemande Dark, le nanar « made in
anéantira ses 26 millions d’habitants
France » Marseille ou la latino-américaivingt-cinq jours plus tard. La clef de
ne Narcos, les abonnées de la plateforme
l’énigme se trouve dans son passé, mais
SVOD font désormais halte en Inde. La
Gaitonde n’en dira pas plus et se donne la
firme, pour sa première série originale, a
mort. À Sartaj Singh de mener une enchoisi un projet à mille lieues des films
quête contre la montre.
dansants et chatoyants de Bollywood : l’adaptation du roman
Attentat islamique, attaque
noir Le Seigneur de Bombay de
bactériologique, affrontements
l’écrivain indo-américain Vikram
communautaires ou menace plus
Chandra (édité en France aux édisurnaturelle ? Le Seigneur de Bom○○○¡
tions Pocket). Un déroutant et ulbay fait planer le doute. Ses huit
traviolent chassé-croisé d’outre-tombe
épisodes initiaux ne couvrent qu’un quart
entre un petit flic et un truand légendaire.
du livre, qui devrait nécessiter trois autres
Largué par son épouse, accro aux somsaisons. Ils conjuguent une plongée virenifères, Sartaj Singh est le paria de son
voltante et crue dans les entrailles de la
commissariat à Bombay. Le policier (le
ville à une étrange touche de réalisme macomédien star Saif Ali Khan) rechigne à
gique. Comment expliquer autrement que
Sartaj Singh entende la voix de Gaitonde
qui le guide d’entre les morts au travers
des décennies de son ascension ?
CONSTANCE JAMET£@constancejamet
P
+@
SUR LE WEB
Mise en scène accrocheuse
Comme tout bon film de gangsters, Le
Seigneur de Bombay mitraille et frappe à
l’envi. Le feuilleton est aussi porté par
une mise en scène accrocheuse : les réalisateurs Anurag Kashyap et Vikramaditya
Motwane jouent des silences et du hors
cadre. Toutefois, l’intrigue policière ne
saurait occulter les réflexions sur la religion et le pouvoir. Les références à l’histoire de la péninsule abondent, permettant de mieux saisir la réalité des tensions
entre hindous et musulmans. Ces digressions politiques ont d’ailleurs suscité l’ire
de plusieurs élus, qui ont porté plainte.
Pas de quoi cependant décourager Netflix. La plateforme lance fin août une
deuxième création originale indienne, la
série d’horreur Ghoul. La magie y est encore de mise : une détective doit envisager
la possibilité que les prisonniers qu’elle
interroge ne soient pas de ce monde. ■
Le comédien star Saif Ali Khan incarne Sartaj Singh, un policier menant une enquête
contre la montre dans les entrailles de la métropole indienne. I. MOHAN MOTWANE/NETFLIX
» Roberto Alagna : « J’apprécie la confiance de France Télévisions » » Stéphane Bern sur tous les fronts à la rentrée www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE St-Julien
Soleil : Lever 06h25 - Coucher 21h27 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.50 Nos chers
voisins. Série. Avec Isabelle Vitari.
21.00
Film. Fantastique
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 D’art d’art
20.50 Parents mode d’emploi. Série.
20.55
Magazine. Historique
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec L. Kerusoré.
19.40 Suburgatory. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
17
21.00 L a R e i n e d e s n e i g e s
20.55
Film TV. Comédie dramatique
Film TV. Animation. Russie. 2012.
Réal. : V. Barbe, M. Sveshnikov. 1h11.
Une malédiction jetée par la Reine
des neiges plonge un royaume dans
un hiver long et rigoureux.
10
15
15
19
16
14
19
20
18
15
14
19
19
19
17
22.25 La Reine des neiges : le miroir
sacré. Film TV. Animation.
20
15
20
17
20
18
22
20
19.00 Silence, ça pousse ! 20.00
Sauver le lynx ibérique 20.50 Vu
The Dark Knight Rises
Secrets d’Histoire
Quand vient la peur...
EU. 2012. Réal. : Christopher Nolan.
2h45. Avec Christian Bale, Anne
Hathaway, Joseph Gordon-Levitt.
L’arrivée de Bane, terroriste masqué,
à Gotham City, va arracher Batman à
l’exil qu’il s’est imposé.
Présentation : Stéphane Bern. 1h50.
Cléopâtre ou la beauté fatale. Portrait de la dernière reine d’Égypte
Cléopâtre, qui a conquis le cœur de
Jules César et Marc-Antoine avant
de se donner la mort.
Fra. 2009. Réal. : Élisabeth Rappeneau. 1h30. (1/2). Avec Sophie
Quinton, Céline Vitcoq, Grégory
Fitoussi. Une série de crimes cible
des femmes brunes dans une petite
ville de Poitou-Charentes.
20.55 D e s t r a i n s p a s
c o m m e le s a u tr e s
23.50 T h e D a r k K n i g h t , l e c h e v a li e r n o i r Film. Fantastique. Avec
22.45 S e c r e t s d ’ H i s t o i r e Mag.
22.25 Q u a n d
0.35 Complément d’enquête. Mag.
2.05 Au rythme de la vie. Feuilleton.
Film TV (2/2) 23.55 Soir/3 0.25 La
France en humour. Documentaire.
22.40 C dans l’air. Magazine 23.50
Cuisine sauvage. Série doc.
Christian Bale, Heath Ledger.
vie n t la
p e u r …
18
20
18
24
Série doc. Aventures. Fra. 2018.
1h45. Canada. Inédit. Philippe Gougler parcourt le Canada d’est en
ouest - Italie du Sud.
26
24
20
20
26
26
27
10
24
APRÈS-MIDI
30
30
30
19.25 Les incroyables aventures de
Nabilla et Thomas en Australie
20.20 Groland le Zapoï (C). Divertissement 20.45 La semaine de Catherine et Liliane (C). Divertissement.
19.00 En passant par… Série doc.
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes
20.50 La minute vieille. Série.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu. Présentation : Stéphane Plaza 19.45 Le
19.45 20.25 En famille. Série.
21.00
20.55
21.00
Série. Drame
Série. Drame
Jeu
34
31
29
25
33
33
26
31
33
34
33
32
33
20.55 N o s p l u s b e ll e s v a c a n c e s
Film. Comédie. Fra. 2011. Réal. : P.
Lellouche. 1h29. Avec P. Lellouche.
Isabelle et Claude, qui traversent
une période conjugale délicate,
partent en vacances en Bretagne.
34
31
33
34
33
37
30
33
36
37
36
22.25 Erreur de la banque en votre
faveur. Film 0.25 Julie Lescaut. Série.
36
31
36
34
35
34
32
10
37
19.10 Les constructeurs de l’extrême USA. Téléréalité.
This Is Us
EU. Saison 2. Avec Milo Ventimiglia,
Mandy Moore, Stervling K. Brown,
Justin Hartley. 2 épisodes. Inédits. En
1989, la varicelle attaque les Pearson,
incitant la mère de Rebecca à leur
rendre une visite surprise.
22.20 T h i s I s U s Série 23.05 Better
Things. Série 23.45 Live in Canal 0.20
Conspiracy. Film 1.55 Surprises
Berlin 56
All. Saison 1. Avec Claudia Michelsen,
Sonja Gerhardt, Maria Ehrich, Emilia Schüle, Heino Ferch. 3 épisodes.
À Berlin-Ouest, la jeune Monika
lutte contre les conventions de son
époque et s’oppose à sa mère.
Pékin Express :
la course infernale
Prés. : Stéphane Rotenberg. 2h15.
Inédit. Dernière étape à Bornéo. Les
six équipes vont cette fois tenter
de décrocher leur passeport pour
les Philippines.
23.15 1 8 6 4 : a m o u r e t t r a h i s o n s
e n t e m p s d e g u e r r e Série. Drame
23.15 P é k i n E x p r e s s : i t i n é r a i r e
b i s Jeu. Prés. : Stéphane Rotenberg
3.10 Au cœur de la nuit. Magazine.
0.00 The Strain. Série. 3 épisodes
A
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55 La petite histoire de France
19.05 Touche pas à mon poste !
Divertissement. Best of.
21.00 O n a m a r c h é s u r B a n g k o k
21.00 N C I S : L o s A n g e l e s
21.00 M e u r t r e a u s o l e il
Film. Comédie. Fra. 2013. Réal. : Olivier
Baroux. 1h35. Avec Kad Merad, Alice
Taglioni. Deux journalistes en quête
d’un énorme scoop s’aventurent au
fin fond de la Thaïlande.
Série. Policière. EU. 2009. Saison 1.
Avec Chris O’Donnell, LL Cool J.
2 épisodes. Le NCIS de Los Angeles
enquête sur la mort d’un marine décédé lors d’une course de rue illégale.
Film. Policier. GB. 1981. Réal. : Guy
Hamilton. 1h52. Avec Peter Ustinov,
Jane Birkin. Parti sur une petite île de
l’Adriatique pour retrouver un bijou,
Poirot enquête sur un meurtre.
22.25 L’Italien. Film. Comédie 0.25
90’ enquêtes. Magazine.
22.35 NCIS : Los Angeles. Série.
Avec Chris O’Donnell. 4 épisodes.
23.00 Mort sur le Nil. Film. Policier.
Avec Peter Ustinov, Bette Davis.
T (en °c)
20.55 L ’ A 4 0 0 M :
u n m a s t o d o n t e d a n s l e s a ir s
Doc. Science et technique. 2017. Réal. :
L. Hirsch. 0h55. L’A400M est le cargo
des airs des forces françaises, un
monstre d’acier et d’électronique.
21.50 Le Tigre : hélicoptère de combat 22.45 Megafactories. Série doc.
18.55 Les rois de la réno. Beaucoup
de bruit pour rien - Nid de poule.
19.05 Alerte Cobra. Série. Sans mon
frère - Bons baisers de Moscou.
32
21.00 L e g e n d a r m e
d e S ain t- T r o p e z
Film. Comédie. Fra. 1964. Réal. : Jean
Girault. 1h34. Avec Louis de Funès.
Le gendarme Cruchot prend son
nouveau poste à Saint-Tropez.
22.50 Les rois de la piscine. À l’abordage ! - La ruée vers l’or.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
<-10 à 0
26/31
28/32
16/30
19/26
14/27
33/42
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
VENDREDI
0 à 10
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
SAMEDI
19/33
27/35
17/28
19/29
22/32
18/29
21/33
22/36
27/34
23/31
23/33
23/38
22/32
27/35
DIMANCHE
19/30
23/33
22/35
18/29
22/31
18/32
16/21
26/38
27/39
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
18/31
16/28
10 à 20 20 à 30 30 à >40
22/31
21/33
22/36
27/36
27/35
lachainemeteo.com
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
LE FIGARO
jeudi 2 août 2018
JEUX D'ÉTÉ
17
TAKUZU
SU DO KU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
FAcile
grille 556
0
1
1
0
1
grille
2601
7 4
1
2 1
4 6
9
1
1
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
1
0
0
1
0
PROVENANT PAR
DESCENDANCE
ENVAHI DE
CIRRUS
CONIFÈRE
IMMACULÉ
SPÉCIALISTE DU
CRU
AUTORITÉ
SOUVERAINE
FAUX CUIR
IL A UN
RÔLE D’ASSISTANT
RISQUE DE
FAIRE SUCCOMBER
FAIT
CONCRET
INERTIE
MINER
C’EST ELLE
QUI
TRANCHE
JAZZ VOCAL
MORCEAUX
D’ÉTOFFE
QUI NE
DEMANDE
QU’À
GRANDIR
ANIMAL
LENT
ÔTA LA
MOUSSE
ÉTATS
GROUPÉS
HOMME
D’IMAGES
SÉPARATEUR DANS
UNE
ADRESSE
ILS CHANTAIENT
COMME
HOMÈRE
BINOCLES
RADIO FM
ELLES S’AFFICHENT AU
KIOSQUE
PARCELLE
CANCANE
ÉTABLE À
COCHONS
IL SE CACHE
SOUS UN
BONNET
SURNAGE
LARCINS
PROBLÈME N° 4794
HORIZONTALEMENT
1. C h a ri à c a n o n . - 2. F a ti c h a n g e r d e r é g i m e .
- 3. L a b o n n e a ff a ri e . - 4. M a n q u e q u e l q u e
p e u d e f e r m e t é . - 5. E m p o i s o n n e l ’ a ri
a m b ia n t . M o n tr e s d e s s i g n e s d e d é t e n t e .
- 6. V i e u x S c o t c h . D i s p o s ti fi d e D é f e n s e .
- 7. D ’ u n e h u m e u r m a s s a c r a n t e . T e r m e
d e j a d i s . - 8. P r i s s e u n e r o b e t o u t e n e u v e .
- 9. C a i l l o u b l a n c à u n m i l l e d u V i e u x - P o r t .
P r o p u l s é . N o t e . - 10. L o n g i c o r n e s d o n t l e s
la r v e s a t t a q u e n t le s tr o n c s d e s p e u p l ie r s .
- 11. B o u c h e r i e e n g r o s . - 12. P o u r u n e
m a t i è r e q u i a p r is d u v o l u m e .
VERTICALEMENT
1. V i a n o u A n d r é . - 2. U t i l i s é o u e n c o r e
d i s p u t é . A t t r i b u t d e l a m o r t . - 3. A l l é g o r i e
d e s U S A ( d e u x m o t s ) . A l la n t e n t o u t s e n s .
- 4. P r i s e n g r a p p e . F ti u n e l o n g u e l ti a n i e .
- 5. S ’ i n t é r e s s e r a u x l i v r e s . Q u e l l e c o r r i d a ,
u n t e l s p e c t a c l e ! - 6. S o i g n é e à l ’ œ i l . J e u
d e p i s t e . - 7.I l e s t d i ffi c i l e m e n t a c c e s s i b l e
c a r p l e i n d e s e n s i n t e r d i t s . - 8. F i l s
c o n d u c t e u r s . T r e m b l e m e n t s p u is s t u p e u r .
DE BONNES
CHOSES
CUBE À
LANCER
Par Louis Morand
4
5
6
7
8
3,14...
BRIDGE
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
PROBLÈME N° 2884 :
(Dés)illusion royale
2
R
9
R
8
3
O
1
D
D
A
A
6
9
10
11
12
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4793
HORIZONTALEMENT 1. P a i s i b l e . - 2. O n d u l e u x .
- 3. I d e . E r n e . - 4. T r a c . C E A . - 5. R e l è v e .
- 6.I s i d o r e . - 7. N a s e s . N a . - 8. A n a r . O d e . - 9.
I T T . B o e r . - 10. R i e u r . M i . - 11. É n u r é s i e . - 12.
S ri é n i e n .
VERTICALEMENT 1. P o ti r i n a ri e s . - 2. A n d r é
S a n t i n i . - 3.I d é a l i s a t e u r . - 4. S u . C é d e r . U r e .
- 5.Î l e . V o s . B r e n . - 6. B e r c e r . O ô . S i . - 7. L u n e .
E n d é m i e . - 8. E x e a t . A é r i e n .
E
S
5
8
Contrat : S u d j o u e 3 Piques, a p r è s
l ’ o u v e r t u r e d e 1 S A (1 2 - 1 4 H ) e n E s t
( E . - O v u l n ). .
N
4
7
6 5
3
7 5
7 6 3 2
V 8 4 3 2
V 2
2
4
Entame : V a l e t d e .
R
R
R
A
A
V
D
10
V
V
6 5 2
V 10 7 6
8 7 6
6 4 3 2
6 5 2
R 8 2
A 5
7
D 9
4
A
A
A
A
A
L
A
I
D
L
P
M E
E L
O
A I
R
T A
I R
F E
I S
C
I T
E H
L E
Mots
léchés
grille
555
Sudoku
grille
1
2
7
4
6
8
9
5
3
9
8
6
5
7
2
1
4
3
2599
9
8
4
2
5
3
1
7
6
6
3
2
9
8
4
7
1
5
7
9
8
3
1
5
6
4
2
4
5
1
6
2
7
8
3
9
8
4
9
7
3
6
5
2
1
2
7
6
5
4
1
3
9
8
5
1
3
8
9
2
4
6
7
2
3
4
7
6
1
5
8
9
7
1
9
4
2
6
8
3
5
8
6
3
1
5
7
9
2
4
4
2
5
9
3
8
6
7
1
2600
5
7
1
3
8
4
2
9
6
6
5
8
2
9
3
4
1
7
1
9
7
8
4
5
3
6
2
MOTS COUPÉS
Mots coupés
berger - éTAger éTAlon - éTAmer gAlAnT - gAlber gAllon - gérAnT gerber - germer longer - merlon venAnT - venger.
Par Arthur Gary
Assemblez les huit groupes de trois lettres deux
par deux pour former au moins dix mots de six
lettres. Un même groupe de lettres peut être
utilisé plusieurs fois pour des mots diférents.
C H I
C O R
D O N
L A I
N E R
P I E
P R O
T O N
1
RÉPONSES AU TEST D’ENCHÈRES N° 2883 Le début de la séquence :
Votre main en Sud
S u d
O u e st
N ord
E st
1 - D
2 - 1 0
3 - D 4
4 - 7
5 - A 9 8
T
E
E T
S
R
A N
D I
G
O
U
T
E
E
Takuzu
3
4
2
6
1
9
7
5
8
PAS
GÂTÉES
DU TOUT
3
T
I
N
T
E
R
0 1 0 1 0 1 1 0 0 1
grille
L’AMOUREUX DE
VIRGINIE
2
N
E
U
T
R
O
N
1 0 1 1 0 0 1 1 0 0
3
6
5
1
7
9
2
8
4
AIDE DE
L’ÉTAT
DONNER UN
CERTAIN
CALIBRE
1
S
E
E R
T
E
N A
S S
T
R E
R
N O
O I
D
C E
0 1 1 0 1 0 0 1 0 1
FAIT EAU DE
TOUTES
PARTS
INOFFENSIVE
MOTS CROISÉS
I
A M
P
P E
E R
E
L A
I T
N T
G E
N
R T
E E
R
0 1 0 1 0 0 1 1 0 1
HAUT COL
ALPIN
(DE L’)
CHAMPIGNON DE
GASCOGNE
UNTEL
COINCÉE
C’EST LE
BON
VOULOIR
V
G
T R E
T E R
S A
R C I
H A S
I P
N E D
I
A
T E
E N T
D O
P O T
S S O
0 0 1 0 1 1 0 1 1 0
DIRECTION
SUR LA
BOUSSOLE
PANIER À
SALADE
QUI A FAIT
SON
APPARITION
A
L F S
E F U
T A R
M E
E E
S L
E
I
N V O
A N
M I N
L I A N E
M I E
A C E
E
1 0 0 1 0 0 1 0 1 1
PUNIR
DANS LA
GAMME
MONNAIE
À RIO
AVANT MIDI
C
G U
R
S I
O
U S
I
S T
E
H S
0 1 0 0 1 1 0 1 0 1
MAUVAIS
PRÊTEUR
LE BON
FAIT RIRE
ACCROÎTRE
LE CHEPTEL
SOLUTIONS DES JEUX
DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
1 0 1 1 0 1 0 0 1 0
OBNUBILÉE
MIROIR AUX
ALOUETTES
ÇA FAIT
QUINZE
6
1 1 0 0 1 1 0 0 1 0
NOMS POUR
LE PUBLIC
LE XÉNON
5
1 0 1 0 1 0 1 0 1 0
ALLERRETOUR EN
DEUX
LETTRES
ABRÉVIATION PIEUSE
ÉTAPE DE
VOYAGEUR
MÉGÈRE
RESTER
SUR SA
FAIM
1
9 3
5
9
1
7 1
2
9 4
2
4
6
7
2
7 1
6
9
5
PLAT DES
BALKANS
PRIVÉ DE
BRILLANT
CAMBRIOLEUR
eXPerT
6 7 1
2 9
1 2 3
8
5 7 4
9 7
3 5 6
8 1
3
8
4 6
3 7
6 5
Par Diane Monfort
HURLES
FLEUVE
D’ESPAGNE
2
2602
9 6
MOTS FLÉCHÉS N° 2039
DÉCROCHAGE
CHIENS
DE GARDE
grille
5
8
0
1
FAcile
D 10 4
V 5 4
R 7 6 5
R D 5
R 3 2
1
p asse
2 p asse
?
Q u e l le e s t v o tr e e n c
c h a c u n e d e s c in q m
1
2 S A
p asse
p asse
h è r e e n Sud a v e c
a in s c i- c o n t r e ?
M a i n 1 : 3SA. N o r d a m o n t r é 1 1 - 1 2 H , e n c h è r e n o n f o r c i n g , e t n ’ a n u l l e m e n t p r o m i s u n e
m a i n r é g u l i è r e . I c i , v o u s a v e z 1 5 p o i n t s , v o u s n ’ ê t e s p a s m i n i m u m e t la conclusion
à 3 Sans-Atout s’impose.
M a i n 2 : 4. S û r e m e n t l e m e i l l e u r c o n t r a t . Vos sont très solides, a s s e z s o l i d e s
p o u r q u e v o u s n e v o u s in q u ié t ie z p a s d ’u n é v e n t u e l s in g le t o n e n f a c e .
M a i n 3 : 3. E n c h è r e n o n f o r c i n g , m o n t r a n t cinq . P o u r i n d i q u e r u n 5 - 5 e n s ti u a t i o n
f o r c i n g , o n u t i l i s e c o n v e n t i o n n e l l e m e n t l a q u a t r i è m e c o u l e u r ( 3 ) .
M a i n 4 : 3. N o r d n ’ a p a s p r o m i s u n e m a i n r é g u l i è r e ( i l p o u r r a ti ê t r e c h i c a n e à )! ,
4 C œ u r s n e s a u r a p a s f o r c é m e n t l e m e i l l e u r c o n t r a t . Rallongez vos en situation
forcing en les répétant( n o t e z l a d i ff é r e n c e a v e c l e c a s p r é c é d e n t ) .
M a i n 5 : 3. Nord pouvant avoir cinq ( R D 7 6 2 7 D V 7 6 D V 6 ) , p e n s e z
à l e « s o u t e n ri » à 3 .
2
3
4
5
6
7
8
9
10
A
Remplir la grille avec les chifres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
jeudi 2 août 2018 LE FIGARO
18
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
Villes fantôm
es
L’immense château façon Disneyland de Jing Jin City et quelques-unes
des nombreuses maisons inachevées de la ville (photo ci-dessous).
CYRILLE PLUYETTE
cpluyette@lefigaro.fr
A
ENVOYÉ SPÉCIAL À TIANJIN
À l’entrée de la cité, un pompeux
arc de triomphe à trois arches
ouvre sur un rond-point orné
d’un attelage de chevaux ailés.
Puis, au bord de l’avenue déserte,
surgit un immense château façon
Disneyland, mélange décomplexé
d’un pseudo-Versailles et d’un
palais de maharajah. Avec ses
tourelles kitsch pointant vers le
ciel blanc et lourd, le Hyatt
Regency était censé
symboliser le luxe
et la réussite de la
Ji ng
ville nouvelle
chinoise
de
Jing Jin City.
Mais le plan
ne s’est pas
exactement
déroulé comme
prévu.
Une poignée
de clients errent
dans le lobby en
marbre, parsemé de
colonnes égyptiennes.
Sur les quelque 600 chambres
de l’établissement, une centaine
environ sont occupées, en ce vendredi, et une centaine ne sont plus
utilisables, faute d’entretien, admet la réceptionniste, un brin
tendue. Ce 5-étoiles à la dérive,
dont le groupe Hyatt a cédé en
juin la gestion à un tiers, multiplie
les mesures d’économies. Des
buissons recouvrent la quasi-totalité du grand bassin, duquel ne
jaillissent plus que quelques maigres jets d’eau. La climatisation
s’arrête à 22 heures malgré une
chaleur étouffante. Et la piste de
bowling, vieillie avant d’avoir
vraiment servi, est fermée.
Créée de toutes pièces à partir de
2003, à 120 kilomètres de Pékin,
Jing Jin City n’a pas réussi à attirer
l’élite qu’elle ciblait. Les ambitions
du promoteur immobilier chinois
Hopson, soutenu par les autorités
locales, étaient pourtant sans limite : bâtir le plus grand complexe
de villas d’Asie, avec quelque
8 000 maisons. Il s’agissait d’exaucer les rêves de la classe moyenne
supérieure : logements spacieux,
terrains de golf, centres commerciaux haut de gamme, spas avec
sources d’eau chaude… L’endroit,
conçu pour environ 300 000 habitants, était supposé être idéalement
placé, entre la capitale et la cité
portuaire de Tianjin.
Jing Jin City est bien sortie de
terre mais, loin d’avoir fait le
plein, elle a rejoint la longue liste
des « villes fantômes » qui ont
poussé dans toute la Chine depuis
les années 2000. Des experts
chinois en ont répertorié cinquante en 2015, dont le tristement
célèbre nouveau quartier de
Kangbashi, à Ordos, en Mongolie
intérieure, qui devait à l’origine
accueillir un million d’habitants,
avant d’être redimensionné pour
300 000 personnes, pour des raisons économiques. Perdus au milieu de nulle part, ses gratte-ciel
sont aujourd’hui à moitié vides.
Derrière le vaste jardin
infesté de moustiques
du Hyatt, le parc à
thème
« sports
Ji n
d’hiver » semble
avoir été abandonné après
une catastrophe. La petite
piste de ski et
le canon à
neige artificielle dépérissent dans un silence de fin du
monde. Tandis que
sur des affiches défraîchies, des familles rayonnent
de bonheur dans des décors de station hivernale. Au parc aquatique,
les pédalos restent obstinément
amarrés au bord d’un étang et les
manèges sont figés. Ailleurs, des
cours de tennis cabossés ont perdu
leur filet.
Le long de la route, des commerces sans commerçants s’alignent à perte de vue. Même spectacle de désolation dans le dédale
des zones résidentielles. Des portails rouillent devant des jardinets
envahis par les mauvaises herbes.
Dans l’une des résidences les plus
cossues, on ne croise que quelques
gardiens oisifs. À l’intérieur des
hautes demeures, dont les balcons
à colonnes et les grandes baies vitrées font illusion, les structures
en béton n’ont pas été décorées.
Des agents immobiliers soutiennent que la plupart des logements de Jing Jin City ont été vendus. Mais la grande majorité des
propriétaires ne vivent pas ici. Ce
sont des spéculateurs, ou alors des
personnes travaillant à Pékin, à
deux heures de route, ou à Tianjin,
et qui ne viennent qu’occasionnellement, le week-end. « Les
gens de Pékin trouvent que c’est
trop long et trop compliqué de venir
ici, donc ils n’y habitent pas », résume une retraitée, l’une des rares
résidentes croisées.
Les villes fantômes chinoises
obéissent à une temporalité inver-
La cité est bien sortie
de terre, à 120 kilomètres
de Pékin, mais elle a rejoint
la longue liste des « villes
fantômes » qui ont poussé
dans toute la Chine
depuis les années 2000.
300 000
habitants
prévus
dans la ville déserte
50
villes
fantômes
en Chine
sée par rapport à celles du reste du
monde. « Ailleurs, ces cités ont
d’abord vu la population affluer,
avant de sombrer dans le déclin. Les
villes minières de l’Ouest américain
se sont vidées une fois les gisements
d’or épuisés ; et des municipalités
industrielles russes isolées n’ont pas
survécu à l’effondrement de l’Union
soviétique », souligne Dinny McMahon, chercheur au Paulson Institute. Dans l’empire du Milieu, ces
villes nées d’une feuille blanche
n’ont jamais connu la première
phase. « L’échec tient au fait que
ces endroits sont sous-peuplés et
que le niveau social de la population
n’est pas à la hauteur des ambitions
de départ », précise Judith Audin,
chercheuse au Centre d’études
français sur la Chine contemporaine (CEFC). Mais ils ne sont toutefois pas complètement inhabités,
même s’il est difficile d’évaluer les
taux d’occupation.
Ce sont généralement des retraités qui essayent de s’aménager une
vie dans le décor irréel de Jing Jin
City. « C’est la maison de notre nièce, mais comme elle ne vient jamais,
on s’en occupe du printemps à
l’automne. L’hiver, on part pour le
LI XIAOFEI TJ/IMAGINECHINA,
4/6
Jing Jin City,
le mirage
de la classe
moyenne
]
Elles peuvent
être le fruit de
le témoin d’u
projets immo
n passé révolu
bil
ou d’un essor iers fous,
chassé par un
industriel
e nouvelle rév
olution. D’un
du monde à l’a
coin
utre, Le Figaro
de ces villes fan
dévoile les my
figées pour tou tômes hantées par leurs spe stères
ctr
jours ou qui att
endent de rev es,
ivre.
Sud, dans l’île de Hainan », raconte
Hu Yingqing, une ancienne enseignante, qui a voulu fuir les embouteillages et la pollution de la capitale. Elle dit s’être habituée au vide
du quartier, dont elle apprécie la
« tranquillité ». Mais reconnaît que
« la vie n’est pas très pratique »,
surtout sans voiture. Le supermarché étant situé à 6 kilomètres, elle
doit y aller en bus ou se faire accompagner par un voisin. Une
autre grand-mère regrette que
l’hôpital, tout aussi éloigné, soit
« petit » et juge que les médecins ne
sont « pas très bons ».
Plus loin, Fang Yong, un retraité, écaille dans son jardin le
poisson pêché dans la rivière
toute proche. Il n’aurait peutêtre pas été autorisé à se livrer à
son passe-temps favori si son
quartier était devenu aussi chic
que les promoteurs l’espéraient.
Venu de la province du Jiangsu, il
pense avoir fait une bonne affaire. « On paie pour une villa le
même prix que pour un petit appartement à Pékin, où vit notre
fils », précise-t-il. En dehors des
retraités, très peu de familles ont
emménagé. La preuve, l’unique
école de Jing Jin City n’accueille
qu’environ soixante-dix enfants,
de 3 à 8 ans. Et encore, « souvent,
les parents travaillent dans la capitale et confient les petits aux
grands-parents », indique le gardien. Les nouveaux arrivants
sont des rejetons du personnel
des universités, apparues ces
dernières années.
“
L’échec tient au fait
que ces endroits
sont sous-peuplés
et que le niveau social
de la population n’est
pas à la hauteur des
ambitions de départ
JUDITH AUDIN, CHERCHEUSE
AU CENTRE D’ÉTUDES FRANÇAIS
SUR LA CHINE CONTEMPORAINE
”
Le quartier universitaire est
d’ailleurs l’un des seuls à être un
peu animé. À l’entrée de la ville,
une dizaine d’agents immobiliers
en cravate hèlent fébrilement les
voitures en agitant leurs prospectus
pour proposer de petits appartements dans cette zone. « C’est vrai
qu’il n’y a pas grand monde. Le problème, c’est l’absence de connexion
rapide avec Pékin », soupire un
professionnel. Mais, selon lui,
quand la gare de TGV ouvrira, en
2020, tout va changer.
Comme tant d’autres, ce projet
raté témoigne des dérives de la
politique immobilière chinoise.
Les officiels locaux sont essentiellement jugés sur leur capacité à
générer de la croissance. « Étant
donné qu’ils ne restent généralement en poste que trois à cinq ans,
le moyen le plus simple et le plus rapide pour obtenir des résultats
consiste à céder des terrains à des
promoteurs et à s’associer avec eux
pour lancer des méga projets, financés à grands coups de dette locale », explique Max Woodworth,
professeur assistant à l’université
d’État de l’Ohio. Le tout sans
aucune vision à long terme.
La situation de certaines villes
semble
irrattrapable.
Pour
d’autres, tout n’est peut-être pas
encore perdu, estiment quelques
experts. Mais « pour les remplir, il
faut créer des emplois, et c’est de
plus en plus difficile, dans un
contexte où l’industrie lourde est
déjà en surcapacité de production », prévient Dinny MacMahon.
Pékin se montre désormais plus
méfiant à l’égard des grands projets immobiliers, même s’il n’a pas
toutes les armes pour contrôler les
initiatives municipales. Son combat récemment lancé pour enrayer
l’inquiétant endettement des gouvernements locaux pourrait toutefois freiner l’émergence de nouvelles villes fantômes.
Cependant, même si cela peut
paraître contradictoire, l’État
central est loin d’avoir renoncé à
des projets titanesques. Le président Xi Jinping lui-même ne jure
que par la « nouvelle zone de
Xiongan », à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Pékin :
une gigantesque cité du futur,
« verte » et « innovante », qui sera
presque trois fois plus étendue
que New York. Nul doute que
l’implication personnelle de
l’« empereur rouge » accélérera
l’installation d’administrations,
d’entreprises publiques ou d’universités. « Mais il faudra du temps
pour réaliser le plan grandiose
imaginé, et il y aura certainement
une période où Xiongan ressemblera à une ville fantôme », pronostique Max Woodworth. Le
président serait bien avisé d’étudier les raisons pour lesquelles
d’autres projets chinois démesurés ont échoué s’il veut que sa
mégalopole emblématique prenne réellement vie… ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Klomino, « paradis perdu »
des nazis
LE FIGARO
jeudi 2 août 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
CHRONIQUE
Luc Ferry
luc.ferry@yahoo.fr
www.lucferry.fr
Coupe du monde et Benalla : futilités !
our déplaisante qu’elle
soit par ce qu’elle révèle
du fonctionnement
monarchique de l’Élysée,
l’affaire Benalla n’a malgré
tout qu’un intérêt relatif.
À force de prendre le contre-pied
du président normal, Macron s’est
vraiment pris pour Jupiter. Qu’on
le lui reproche est légitime. C’était
une erreur et une faute. Pour autant,
si l’on considère les vrais problèmes
de la France, l’affaire Benalla ne vient
pas au premier rang. J’ai voté
pour François Fillon parce qu’il avait
à mes yeux non seulement le meilleur
programme, mais le seul qui fût
capable de redresser la situation
du pays. Que ce soit sur la dette,
P
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
19
sur l’islamisation galopante
des banlieues ou le rapport à la Russie,
Fillon avait à la fois l’expérience
et la lucidité. Depuis, je suis au regret
de dire que nous nous perdons chaque
jour davantage en futilités.
La Coupe du monde de foot ? Très
bien, mais ce n’est pas avec ça qu’on
va reconstruire l’Europe ni diminuer
le chômage, qui continue d’augmenter
en même temps que la dette. Les JO à
Paris ? Une futilité de plus si l’on songe
aux milliards qui vont être engloutis
dans du divertissement au moment où
la Chine et les États-Unis construisent
des entreprises géantes, les Gafami
et les BATX, qui vont rabaisser nos
pays européens au rang de colonies
vassalisées. Mes amis libéraux
ENTRE GUILLEMETS
2 août 1802 : Napoléon devient consul à vie après consultation du peuple ŠBIANCHETTI/LEEMAGE
Constitution de l’An X
votée par le Sénat
Article 1. - Le Peuple
français nomme,
et le Sénat proclame
Napoléon Bonaparte
Premier Consul à vie»
s’ébaubissent d’admiration parce
que notre président aurait eu
le « formidable courage » de toucher
au Code du travail ainsi qu’à ce
nouveau mammouth qu’est devenue
la SNCF. Soyons sérieux ! Attendu que
l’opposition était laminée, provoquer
des syndicats et un PS exsangues
n’avait rien de courageux.
Au contraire, en agitant des marqueurs
étincelants de l’opposition
droite-gauche, le marché du travail
et le statut de cheminot, Macron ne
prenait qu’un seul et unique risque,
celui de récupérer la partie libérale
et proeuropéenne d’une droite
républicaine naïvement enthousiasmée
à l’idée qu’on allait enfin prendre
des mesures que ni Chirac ni Sarkozy
n’avaient eu le courage de mettre en
œuvre. On me permettra quand même
de rappeler que l’opposition à laquelle
se heurtaient Sarkozy et Chirac, c’était
autre chose qu’aujourd’hui ! Le PS était
encore en état de marche. Il l’était
même assez pour conduire un
Hollande à l’Élysée ! Quant à La France
insoumise, il faudrait être aveugle
pour ne pas voir qu’elle joue le rôle
bien inoffensif de faire-valoir pour
l’Élysée. Autrement dit, loin d’être
courageuses, ces mesures étaient avant
tout politiques et intéressées.
Si notre président s’était vraiment
soucié d’améliorer lasituation
de la France, il aurait commencé
son quinquennat en réduisant la dette,
ce qui eût été autrement plus utile,
mais aussi infiniment plus difficile,
donc réellement courageux. Au lieu
de cela, l’État va augmenter encore
ses dépenses, bien obligé qu’il va être
de prendre en charge la suppression
de la taxe d’habitation (entre 10 et
20 milliards par an), ainsi qu’une
bonne partie de la dette de la SNCF,
étant donné qu’il est impossible
d’ouvrir une entreprise à la
concurrence quand elle est plombée de
50 milliards, ce qui lui ôte les moyens
d’investir pour être compétitive face à
la concurrence. En clair, la réduction
de la dette n’est ni pour maintenant, ni
pour demain. Que pèse le 1,5 milliard
investi (et encore, il était déjà budgété
par Hollande !) dans l’intelligence
artificielle quand l’État s’apprête
à prendre en charge pas loin de
60 milliards d’euros pour la SNCF,
la taxe d’habitation, les JO et quelques
autres bricoles ? Les choix budgétaires
échappent aux scanners de l’opinion
publique, qui ignore à peu près tout
dans ce domaine. Ils sont pourtant au
plus haut point significatifs des options
politiques les plus fondamentales.
Or je le dis posément, les choix
du pouvoir actuel ne sont pas les bons.
L’urgence absolue eût été de réduire
la dette, d’arrêter définitivement tout
élargissement de l’Union européenne
pour refonder enfin une Europe avec
les neuf ou dix pays qui ont le niveau
économique et démocratique pour
y parvenir. Il aurait fallu commencer
par proposer la mise en place, contre
l’absurde traité de Maastricht,
d’une harmonisation fiscale et
sociale entre ces pays afin que : 1) nous
cessions de nous tirer la bourre sur
les règles du marché et non seulement
sur les biens; et 2) l’Union européenne
devienne ou redevienne une Europe
puissante capable d’investir dans
la troisième révolution industrielle,
celle de l’intelligence artificielle et
du numérique. Au lieu de cela,
notre président ne pense qu’à casser
la droite en deux quand il ne joue pas
à téléguider Rambo. Futilités…
« Un partenariat ambitieux
avec le Royaume-Uni après le Brexit »
L
MICHEL BARNIER
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
pour le Parlement européen.
Le Royaume-Uni a également accepté
d’honorer tous les engagements
financiers pris en tant que membre
de l’UE. Une période de transition
de 21 mois donnera aux entreprises et aux
administrations le temps de s’adapter,
puisque le Royaume-Uni restera
membre du marché unique et de l’union
douanière jusqu’au 31 décembre 2020.
Toutefois, 80 % n’est pas 100 %. Nous
devons encore trouver un accord sur des
points importants, tels que la protection
des « indications géographiques ».
Il s’agit des produits agricoles et
alimentaires locaux, comme le whisky
écossais ou le roquefort, pour lesquels
la protection de l’UE crée une importante
valeur ajoutée pour les agriculteurs et
les producteurs européens. Nous devons
aussi trouver des solutions pour certains
territoires britanniques spécifiques, tels
que les bases souveraines britanniques à
Chypre, et le territoire de Gibraltar, pour
lequel des négociations bilatérales sont en
cours entre l’Espagne et le Royaume-Uni.
Le plus grand risque lié au Brexit
se trouve sur l’île d’Irlande. Nous devons
veiller à ce que le Brexit ne crée pas de
frontière dure entre l’Irlande et l’Irlande
du Nord et à ce que l’accord du Vendredi
saint, qui a apporté paix et stabilité
en Irlande du Nord, soit maintenu.
Aujourd’hui, les échanges entre l’Irlande
et l’Irlande du Nord se font dans le cadre
commun de l’UE. Comme nous ne
saurons pas encore à l’automne 2018, au
moment de finaliser l’accord de retrait,
quelle sera la nature de la future relation
entre l’UE et le Royaume-Uni, nous
devons prévoir dans l’accord de retrait
une solution de dernier recours, qui
pourra être améliorée par la suite. Le
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
Royaume-Uni partage ce point de vue.
L’UE a proposé que l’Irlande du Nord
demeure dans un espace commun de
réglementation avec le reste de l’UE pour
les marchandises et les douanes. Nous
sommes prêts à améliorer le texte de
notre proposition avec le Royaume-Uni.
Deuxièmement, nous devons nous
mettre d’accord sur les conditions
de notre future relation.
Soyons francs : le Royaume-Uni ayant
décidé de quitter le marché unique, il ne
peut plus être aussi proche du reste de l’UE
sur le plan économique. Le Royaume-Uni
souhaite quitter notre espace commun de
réglementation où les personnes, les biens,
les services et les capitaux circulent
librement d’un pays à l’autre. Il s’agit
des fondations économiques sur lesquelles
l’UE s’est construite. Le Conseil européen,
c’est-à-dire les 27 chefs d’État et
de gouvernement, ainsi que le Parlement
européen ont souvent rappelé que ces
fondations ne pouvaient pas être affaiblies.
Le Royaume-Uni connaît bien
les avantages du marché unique. Il a
contribué à en façonner les règles au cours
des quarante-cinq dernières années.
Pourtant, certaines propositions
britanniques affaibliraient notre marché
unique, qui est l’une des plus grandes
réalisations de l’UE. Le Royaume-Uni
souhaite maintenir la libre circulation
des marchandises entre nous, mais pas
celle des personnes et des services.
Il propose d’appliquer les règles
douanières de l’UE sans faire partie de
l’ordre juridique de l’UE. Le Royaume-Uni
souhaite donc reprendre la souveraineté
et le contrôle de sa propre législation,
ce que nous respectons, mais il ne peut
pas demander à l’UE de perdre le contrôle
de ses frontières et de ses lois.
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
Fax : 01 56 52 23 07
Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
Je reste cependant convaincu que
les négociations peuvent aboutir à un bon
résultat. Il est possible de respecter
les principes de l’UE et de créer un
nouveau partenariat ambitieux. C’est
ce que le Conseil européen a déjà proposé
en mars. L’UE a proposé un accord de
libre-échange sans droits de douane
et sans restrictions quantitatives pour
les marchandises. Elle a proposé
de mettre en place une coopération
douanière et réglementaire étroite et de
permettre l’accès aux marchés publics,
pour ne citer que quelques exemples.
En matière de sécurité, l’UE souhaite
une coopération très étroite avec le
Royaume-Uni pour protéger nos citoyens
et nos sociétés démocratiques.
Nous devrons organiser des échanges
fructueux de renseignements et
d’informations et veiller à ce que nos
forces de police travaillent ensemble.
Nous devrons coopérer pour lutter contre
la criminalité, le blanchiment de capitaux
et le financement du terrorisme. Nous
pourrons coopérer en ce qui concerne
l’échange d’ADN, d’empreintes digitales
ou des données des dossiers passagers
dans le domaine de l’aviation afin de
mieux suivre et identifier les terroristes
et les criminels. Nous sommes également
prêts à discuter de mécanismes
permettant une extradition rapide
et efficace, tout en garantissant les droits
procéduraux des suspects.
Si le Royaume-Uni le comprend et si
nous trouvons rapidement des solutions
aux questions en suspens, y compris la
solution de dernier recours pour l’Irlande
et l’Irlande du Nord, je suis convaincu que
le futur partenariat que nous construirons
entre l’UE et le Royaume-Uni sera d’une
portée et d’une ambition sans précédent.
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
Commission paritaire n° 0421 C 83022
Pour vous abonner Lundi au vendredi de 7 h à 18h ;
sam. de 8 h à 13 h au 01 70 37 31 70. Fax : 01 55 56 70 11 .
Gérez votre abonnement, espace Client : www.lefigaro.fr/client
Formules d’abonnement pour 1 an - France métropolitaine
Club : 409 €. Semaine : 259 €. Week-end : 209 €.
Imprimé sur papier issu de forêts gérées durablement.
Origine du papier : France. Taux de fibres recyclées : 100%. Ce journal
est imprimé sur un papier UPM porteur de l’Ecolabel européen
sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
6 pages
A
e Royaume-Uni quittera
l’Union européenne
le 29 mars 2019.
Nous regrettons son départ,
mais nous respectons
sa décision souveraine.
Notre tâche est maintenant d’organiser
les modalités du retrait du Royaume-Uni
des institutions et des politiques
de l’Union européenne. Nous devons
également nous tourner vers l’avenir.
Après le Brexit, l’UE restera un acteur
majeur sur la scène internationale,
avec 440 millions de citoyens et l’une des
plus grandes économies mondiales. Le
Royaume-Uni est membre de l’UE depuis
quarante-cinq ans : nous partageons des
valeurs communes et un certain nombre
d’intérêts communs. Le Royaume-Uni,
membre du G7 et du Conseil de sécurité
des Nations unies, peut être un partenaire
important de l’UE sur les plans
économique et stratégique. Dans
le contexte géopolitique actuel, nous
avons intérêt non seulement à renforcer
le rôle de l’UE dans le monde, mais aussi
à coopérer avec le Royaume-Uni
en tant que partenaire proche. Comment
parvenir à un nouveau partenariat ?
Premièrement, nous devons veiller
à ce que la sortie du Royaume-Uni soit
ordonnée. Nous sommes déjà d’accord
sur 80 % de l’accord de retrait.
Nous protégerons les droits de plus
de 4 millions de citoyens de l’UE résidant
au Royaume-Uni
et de citoyens
britanniques
résidant dans l’UE.
Il s’agissait de notre
Le chef de la négociation avec le Royaume-Uni pour
priorité absolue
la Commission européenne précise les conditions
et d’un point de
de la future relation qui unira la Grande-Bretagne à l’UE. vigilance essentiel
jeudi 2 août 2018 LE FIGARO
20
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
Les rencontr
inattendues es
Rien ne les pré
disposai
]
t à se croiser,
à converser,
à s’e
univers étaien stimer, tant leurs
t différents. Et
pourtant...
4/6
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
Pour donner une idée de ce que
représente Emmanuel Berl (18921976), écoutons Jean d’Ormesson :
« Ouvrez n’importe quels Mémoires d’écrivain, il est là. Berl hante
les index du XXe siècle. C’est bien
simple, il est même devenu un personnage de roman chez Drieu,
Chamson, Jardin. À force d’être
partout, un peu comme Zelig, il
s’est rendu inévitable. » Ces mots
de Jean d’O sont couchés dans la
préface du livre d’Olivier Philipponnat et Patrick Lienhardt, Emmanuel Berl, cavalier seul (Librairie Vuibert), superbe biographie
consacrée à cet homme inclassable et viscéralement libre. Essayiste, romancier, journaliste,
philosophe, historien, mémorialiste, « cavalier seul en marge des
grandes équipées de son temps »,
disent les coauteurs.
Quant à Françoise Hardy, pas
besoin de faire les présentations.
Tout le monde la connaît. Tout le
monde peut fredonner « Tous les
garçons et les filles de mon âge / Se
promènent dans la rue deux par
deux… »
“
Lui et Mireille
étaient très
préoccupés par
ma vie personnelle
A
DATCHARY JEAN-JACQUES/ABACA, KEYSTONE-FRANCE
FRANÇOISE HARDY
”
Entre Emmanuel Berl et Françoise Hardy, entre le grand intellectuel de son époque et la jeune
chanteuse populaire yéyé, entre
l’auteur de Mort de la pensée bourgeoise et l’interprète de Mon amie
la rose, a priori, rien, vraiment
rien, ne les prédisposait à se rencontrer, à passer de longs moments ensemble, à échanger sur le
monde tel qu’il ne va pas, à s’entraider, à se conseiller, à nouer
une profonde amitié, tant leurs
univers étaient – apparemment –
différents. Et leur âge si éloigné.
En 1962, année de leur rencontre,
Berl a 70 ans, Hardy n’est pas majeure avec ses 18 printemps tout
frais. Et pourtant… Cet homme et
cette fille symbolisent à merveille
l’extrême complexité des êtres
humains. Aucun destin n’est déterminé à l’avance. Ils en sont la
preuve.
Comment Françoise Hardy a fait
la connaissance d’Emmanuel
Berl ? Il faut toujours une passerelle, ou plutôt un passeur. Le trait
d’union entre ces deux étoiles qui
n’étaient pas vouées à briller ensemble s’appelle Mireille, la fameuse artiste et fondatrice du
« Petit Conservatoire » qui a fait
éclore tant de voix de la chanson
française – impossible de les citer
tous : Alice Dona, Alain Souchon,
Hervé Cristiani, Yves Duteil… Et
Françoise Hardy. Aussi étonnant
que cela puisse paraître – là aussi,
on parle de deux univers si différents –, Mireille était tout simplement Mme Emmanuel Berl. Et cela
durant quarante années, jusqu’à la
mort de son époux, survenue en
1976. Le couple détonnait vraiment. C’est encore Jean d’Ormesson qui raconte dans l’un des rares
livres qu’il a accepté de préfacer,
celui sur son ami Berl. Il se souvient de la première fois qu’il s’est
rendu dans l’appartement de
l’auteur de Sylvia, rue de Montpensier, qui donnait sur les jardins
du Palais Royal : « J’arrivais. Je
sonnais. Une dame m’ouvrait, amicale, petite et vive. C’était Mireille.
Je n’en revenais pas. Je ne savais
rien. Quoi ! Mireille ! Est-ce que
c’était, par hasard, la Mireille des
chansons ? “Couchés dans le foin,
avec le soleil pour témoin…” […]
Mireille me disait quelques mots, me
parlait quelques fois de son “Petit
Conservatoire”, où elle était très
contente d’une débutante qui s’appelait Françoise Hardy, et me me-
À 18 ans, la jeune passionnée
de musique intègre l’émission
hebdomadaire de Mireille,
« Le Petit Conservatoire »,
qui la propulsera
sur la voie de la célébrité.
« Je savais à peine
qui il était… »
[
1962
]
C’est par la femme de l’écrivain,
Mireille, et son « Petit Conservatoire »,
que la rencontre a eu lieu avec la jeune
chanteuse. Une longue
et indéfectible amitié les a unis.
À cette date, la renommée
de l’écrivain n’est plus à faire.
Après le succès de Sylvia, son
grand récit autobiographique,
paru dix ans auparavant,
il se consacre aux essais
historiques, dont Cent ans
d’histoire de France,
publié en 1962.
nait chez Théodore [surnom que donnait Mireille
à son mari, NDLR]. »
Mireille avait repéré la gamine aux cheveux longs et à la
voix cristalline, elle en parlait
souvent à son époux, comme on
parle de son travail. La rencontre
n’allait pas tarder entre le vieil
homme et la chanteuse débutante.
De cette rencontre est née une
amitié improbable et indéfectible,
comme on les aime.
Berl aurait pu, comme cela arrive parfois dans les couples, ne pas
s’intéresser au travail de sa femme. Chacun son univers. On cloisonne sa vie privée et sa vie professionnelle, et tout ira bien.
C’était loin d’être le cas. L’écrivain se passionnait pour « Le Petit
Conservatoire ». Olivier Philiponnat et Patrick Lienhardt l’expliquent très bien : « Est-ce pourquoi
il est un fervent spectateur du Petit
Conservatoire. Toute cette jeunesse
le requinque. […] Il les aime toutes
et tous, fredonne leurs chansons,
suit leur carrière, guide parfois
leurs pas, comme le ferait un oncle.
La plus jeune n’a pas 18 ans, une jolie moue, de grands yeux bleus, de
longs cheveux, de longues jambes.
Plate comme une eau minérale,
un filet de voix en équilibre sur de
grêles accords de guitare. Une
trouvaille de Mireille, cette
“Mlle Hardy”. »
Cette dernière raconte les premiers échanges. « C’est plutôt lui
qui me posait des questions, parce
que j’étais vraiment très jeune, je
savais à peine qui il était… » Elle lui
fait découvrir les premières chansons de Dutronc, notamment le
tube On nous cache tout, on nous
dit rien. Hardy-Dutronc d’un
côté, Berl-Mireille, de l’autre, les
deux couples, malgré la grande
différence d’âge et d’univers, deviennent amis et ne se quittent
plus. « Une vraie complicité les unit
tous les quatre : Françoise et Jacques, toujours fourrés rue de Montpensier, sont un peu les enfants
qu’ils n’ont pas eus », soulignent
Philopponnat et Lienhardt. « Lui
et Mireille étaient très préoccupés
par ma vie personnelle », raconte
Françoise Hardy. On apprend ainsi que Berl s’inquiète - déjà - du
fait qu’elle se pique d’astrologie,
au risque de délaisser la chanson.
Le vieil homme admirait la jeune femme. Dans Le Nouveau Candide, il écrit ceci, avec des trémolos dans la plume : « Françoise
Hardy n’est pas seulement une vedette, elle est une personne. Photogénique à vous couper le souffle, et
d’une élégance naturelle qui ne cesse de vous surprendre, même si on
la connaît de longue date : sur elle,
la vieille robe de chambre de Diderot paraîtrait une création géniale
de Chanel. »
Du couple qu’elle forme avec
l’auteur de Paris s’éveille, il ajoute :
« Françoise qui pleure et Jacques
qui rit, cela fait une distribution excellente. » Il conseillait aussi à la
chanteuse de ne pas devenir une
femme au foyer - elle s’occupait
beaucoup du ménage…
Le lien qui unissait Berl à Hardy
a été fructueux pour la jeune
chanteuse. C’est grâce à l’auteur
de Rachel et autres grâces que la
jeune femme a rencontré Patrick
Modiano. Elle raconte au Figaro
comment le lien avec le Prix Nobel
s’est noué. C’était en 1967.
L’anecdote est savoureuse : « Hugues de Courson, qui était à l’époque l’un des amis de Patrick Modiano, était venu me montrer de
nombreuses chansons, et la seule
qui avait retenu mon attention était
Étonnez-moi, Benoît, dont Patrick
avait écrit le texte, mais pas à mon
intention. Je crois que c’est à cette
occasion que je le rencontrai pour la
première fois. Nous avions par
ailleurs Mireille et Emmanuel Berl
comme amis communs. Nous sommes souvent sortis ensemble à la fin
des sixties et avons par la suite toujours gardé le contact, via Dominique, sa femme, qui est aussi mon
amie.
Nous
nous
connaissons depuis une
quarantaine d’années et j’ai
toujours perçu Patrick comme
l’introverti type, plus ou moins distrait et farfelu, qui a beaucoup de
problèmes avec le monde matériel,
le monde des objets. Faire cuire des
pâtes ou déboucher une bouteille
semble plus compliqué et plus dangereux pour lui qu’écrire un roman.
Je me souviens de la façon stupéfiante dont, dans sa jeunesse, il hélait un taxi : on aurait dit une ballerine ou un ange sur le point de
s’envoler. »
Le monde des lettres et celui de
la chanson se trouvaient ainsi réunis. Françoise Hardy explique son
fonctionnement : « Il n’y avait
aucune bande. Simplement, Mireille
m’avait recommandé de veiller à
faire manger Patrick - elle m’avait
fait la même recommandation pour
l’un de ses élèves que je voyais aussi
de temps à autre. Sans doute Patrick était-il très démuni matériellement à cette époque, et puis il paraissait assez désincarné, distrait,
peu préoccupé par ce genre de
contingences. Je l’ai souvent emmené dîner au restaurant. Je l’ai
aussi emmené au théâtre, en particulier voir la pièce géniale de James
Saunders, La prochaine fois je
vous le chanterai, qui se jouait au
Théâtre Antoine. Nous avons plus
ou moins découvert ensemble la
musique de Stockhausen. Patrick
était déconcertant. »
“
Françoise Hardy
n’est pas seulement
une vedette, elle
est une personne.
Photogénique à vous
couper le souffle,
et d’une élégance
naturelle qui ne cesse
de vous surprendre
EMMANUEL BERL
”
Patrick Modiano écrira Interrogatoire suivi de Il fait beau, allons
au cimetière (Gallimard) un livre
d’entretiens avec Emmanuel Berl,
qui le fascinait. Avec la biographie
de Philipponnat et Lienhardt, ainsi que les deux récits de Bernard
Morlino qui l’a bien connu, Emmanuel Berl. Les tribulations d’un
pacifiste (La Manufacture) et Berl,
Morand et moi (Le Castor astral), et
celui, plus récent, d’Henri Raczymow, Mélancolie d’Emmanuel Berl
(Gallimard), Interrogatoire est le
livre qui nous fait le mieux comprendre Berl. Les questions du futur Prix Nobel de littérature ont
poussé Berl dans ses retranchements et ont donné une sorte
d’autobiographie qu’il n’aurait
pas pu écrire. Françoise Hardy
adore ce livre. « Il devrait être obligatoire dans les écoles, pour que
l’on comprenne ce qui s’est passé
au moment de la dernière guerre.
C’est remarquable », nous dit-elle.
La relation qui a uni Hardy et
Berl ne s’est éteinte qu’avec la
mort de l’écrivain en 1976. La
chanteuse était à l’hôpital SaintJoseph, à Paris, peu avant la mort
de l’écrivain. C’était en septembre. Berl a 84 ans, il souffre d’insuffisance cardiaque. Dans Emmanuel Berl, cavalier seul, on apprend
que ce n’est pas la mort qui l’effraie, mais la déprogrammation
prévue du « Petit Conservatoire »
de sa femme, à la suite de la réforme de l’ORTF. Sur son lit d’hôpital, cela le tracasse beaucoup. Mireille n’arrive pas à trouver un
local où poursuivre son enseignement. L’intervention de Jacques
Chirac permet de débloquer la situation. Il est rassuré. « Je peux
partir tranquille », confie-t-il à
Françoise Hardy. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Albert Camus
et R. L. Bruckberger
jeudi 2 août 2018 LE FIGARO - N° 23 008 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
LA TOUR EIFFEL
FERMÉE POUR
CAUSE DE GRÈVE
lefigaro.fr/economie
APPLE
LA CHINE FAIT LE MÉNAGE
SUR SES PLACES
FINANCIÈRES PAGE 23
L’ENTREPRISE RÉCOLTE
LES FRUITS DE SON PARI
SUR L’IPHONE X PAGE 26
ANDREJ SOKOLOW/DPA PICTURE-ALLIANCE/AFP, EMMANUEL DUNAND/AFP, YVES HERMAN/REUTERS
Tesla face au défi
de la production de masse
Elon Musk, l’emblématique patron du constructeur,
se bat pour livrer ses clients et réduire les pertes. PAGE 22
Elon Musk lors
de la présentation
de la Tesla Model 3,
en juillet 2017.
Les achats européens de soja américain ont triplé
L’Union européenne a accru ses
importations de soja américain de
283 % en juillet 2018 (par rapport à
juillet 2017), soit un quasi-triplement, a fait savoir mardi la Commission européenne. « L’UE peut
importer davantage de soja en provenance des États-Unis et cela se passe
sous nos yeux. Il s’agit d’une situation
gagnant-gagnant pour les Européens
comme pour les Américains », s’est
réjoui Jean-Claude Juncker avec
tambour et trompette.
Le président de la Commission
le PLUS du
FIGARO ÉCO
L’ÉTÉ DU FIGARO
« La Langue géniale »
d’Andrea Marcolongo,
phénomène
d’édition en Italie PAGE 26
LA SÉANCE
DU MERCREDI 01 AOÛT 2018
CAC 40
5498,37
-0,23%
DOW JONES (18h)
25382,24 -0,13%
ONCE D’OR
1219,00 (1220,95)
PÉTROLE (lond)
72,600 (74,400)
EUROSTOXX 50
3509,08 -0,47%
FOOTSIE
7652,91 -1,24%
NASDAQ (18h)
7254,06 +0,31%
NIKKEI
22746,70 +0,86%
européenne s’était rendu le
25 juillet à Washington, et la trêve
commerciale conclue alors avec
Donald Trump stipulait notamment
une augmentation des achats de
soja. Avec toutefois une grande ambiguïté, Juncker prétendant que le
soja constituait une exception et
qu’il n’y avait eu aucune discussion
sur les autres produits agricoles, ce
que la Maison-Blanche conteste.
La déclaration commune du
25 juillet avait en tout cas permis de
surseoir aux droits de douane sur les
automobiles que Washington menaçait d’imposer aux marques
européennes. Pour Trump, les
achats de graines de soja par l’UE
sont essentiels car ils compensent
l’arrêt des importations chinoises
de cette source de protéines pour
nourrir les animaux. Les agriculteurs américains, soutiens traditionnels du Parti républicain, sont
les premiers soulagés.
De son côté, la Commission européenne a précisé dans son communiqué de mardi que « les prix améri-
cains pour le soja et la farine de soja
sont actuellement les plus compétitifs
du marché et constituent donc une solution très attrayante pour les importations et les utilisateurs européens ».
L’honneur est sauf pour Bruxelles,
qui fait mine de croire qu’on ne
s’est pas incliné devant un diktat
yankee. Tous les regards sont désormais tournés sur le contentieux
sino-américain et la menace de Donald Trump d’imposer des taxes de
25 % sur 200 milliards de dollars de
produits chinois. J.-P. R.
L'HISTOIRE
Les journalistes devront payer pour…
assister aux sommets européens
e message publié mardi sur
le site du Conseil européen aurait
pu être mis sur le compte
de l’humour belge. Las, il n’en est
rien. Les journalistes belges
ou résidant en Belgique devront
dorénavant s’acquitter tous les six mois
d’un montant de 50 euros pour assister
aux sommets européens à Bruxelles.
Une somme destinée à financer les
contrôles de sécurité effectués chaque
semestre par les autorités belges lors
des réunions des 28 chefs d’État
européens. Outre les journalistes,
les diplomates
et les
contractuels
du Conseil
(personnel de
cantine, agents
d’entretien…)
devront eux
aussi payer
cette « taxe
Michel », du
nom du premier
ministre
Charles Michel.
L
L’annonce n’a pas manqué de susciter un tollé
chez les professionnels des médias basés
dans la capitale du plat pays. Rappelant que
les journalistes indépendants ne pourraient
compter sur un employeur pour débourser
cette taxe, l’Association générale
des journalistes de Belgique (AGJPB) a ainsi
appelé le gouvernement à abandonner cette
mesure. « Le principe même de devoir payer
pour être accrédité constitue une entrave
à la liberté d’informer », a-t-elle alerté.
De son côté, la Commission européenne s’est
désolidarisée de cette initiative belge. « Cette
loi ne nous plaît pas. Les journalistes doivent
pouvoir faire
leur travail
dans les meilleures
conditions
possible »,
a déclaré Mina
Andreeva, la
porte-parole
de la Commission,
qui les a même
invités à porter
plainte auprès
de ses services. ■
ALEXANDRE BERTEAU
Près de 10 000 visiteurs se sont cassé le nez au pied de la tour Eiffel mercredi après-midi. Les accès à la dame
de fer ont fermé à 16 heures, en raison d’un conflit entre la direction et le
personnel, mécontent de la nouvelle
organisation de l’accueil des visiteurs. En fin de journée, la direction
n’était pas en mesure de savoir
quand le monument pourrait rouvrir,
faute d’avoir repris les négociations
avec les syndicats.
Afin de mieux gérer les files d’attente, le monument vend désormais
50 % des billets en ligne. La moitié
des visiteurs choisissent leur horaire
de passage sur Internet. Les autres
achètent leur billet sur place, après
une longue attente. En juillet, la direction a modifié l’accueil pour tenir
compte de ces deux catégories de
visiteurs.
Les syndicats CGT et FO dénoncent
« des files d’attente parfois monstrueuses » et critiquent le choix de la
direction de réserver l’un des deux
piliers aux préventes. Cela conduit,
selon eux, l’ascenseur qui leur est
dédié à monter à vide dans certains
créneaux. « Au-delà du gâchis généré en termes d’efficacité et de satisfaction des visiteurs, les agents d’accueil sont à bout », fustige la CGT. Le
syndicat propose de permettre à
tous « d’accéder aux deux piliers »
avec « une file prioritaire » pour les
billets achetés en prévente.
« Le système a été élaboré avec les
salariés. Il marche, déclare-t-on du
côté de la direction. C’est vrai que,
depuis juillet, la mise en place d’un
système de caisse centralisé au pied
de la tour oblige le personnel à réorienter les visiteurs. C’est un gros
changement dans la façon de travailler. Il y a peut-être quelques ajustements à trouver. Nous nous sommes engagés à ne licencier personne
et à former tous ceux qui le souhaitent. » Pour gérer l’accueil, une trentaine de CDI ont aussi été recrutés.
La tour Eiffel a accueilli 6,2 millions de
visiteurs en 2017. Elle a été à plusieurs reprises touchée par des grèves : en octobre, elle avait été fermée en raison d’un arrêt de travail de
ses salariés et, en septembre, partiellement fermée dans le cadre
d’une manifestation nationale contre
la réforme du Code du travail. M. V.
Darmanin s’avance
sur une croissance
à 1,8 % en 2018
Le couple de Bercy a du mal à
accorder ses violons depuis
quelques mois. Alors que
Bruno Le Maire, aux Finances,
se contentait mardi d’affirmer
que, après un premier semestre décevant, le gouvernement allait revoir à la baisse sa
prévision de croissance du PIB
de 2 % pour 2018, sans donner
plus de précision. Gérald Darmanin, au Budget, a, lui,
avancé un pronostic précis
mercredi devant les députés.
« Il faut attendre la fin du mois
d’août, peut-être même le début
du mois de septembre, pour être
assuré du changement du taux
de croissance, […] qui, quoi qu’il
arrive, ne serait pas inférieur à
1,8 % », a-t-il lancé. Le ministre fait donc peu de cas de
la prévision de l’Insee, qui table désormais sur une croissance à 1,7 %. Il rejoint en revanche la Banque de France,
un cran plus optimiste, à
1,8 %. Alors que l’activité de
toute la zone euro ralentit sous
la pression de la hausse des
prix du pétrole et des tensions
commerciales internationales,
la confiance de Gérald Darmanin s’appuie sur l’hypothèse
d’un rebond de la consommation, qui interviendrait en raison des mesures fiscales propouvoir d’achat qui entreront
en vigueur à l’automne.
Son annonce vient brouiller
un peu plus une communication déjà compliquée. Initialement, à l’automne dernier,
lors de la confection de la loi
de finances 2018, le gouvernement tablait sur une croissance de 1,7 %. Pris d’optimisme
après la forte accélération de
l’activité fin 2017, il s’aventurait en avril, dans le cadre du
programme de stabilité envoyé à Bruxelles, à émettre
une prévision de 2 %. Et au
passage, Bercy révisait à la
baisse son objectif de déficit
public à 2,3 %. Gérald Darmanin a confirmé ce chiffre mercredi. Reste à savoir quels
moyens il entend déployer
A. G.
pour le tenir.
A
BOURSE
jeudi 2 août 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Tesla : l’ascension semée d’embûches
Elon Musk, patron du constructeur américain de voitures électriques,
peine à durablement monter les cadences de production.
CAPITALISATIONS
BOURSIÈRES
En milliards de dollars,
au 01/08/2018
DAIMLER
72
BMW
VÉRONIQUE GUILLERMARD
£@vguillermard
AUTOMOBILE À chaque publication
de résultats financiers, Elon Musk
joue gros. C’était encore le cas mercredi 1er août, avec celle du 1er semestre 2018 de Tesla, le fabricant de voitures électriques né en 2003 avec
l’ambition de révolutionner l’industrie automobile. Malgré le pari enfin
tenu sur les cadences de production
de la Model 3 (lire ci-dessous), les
marchés doutent de la capacité de
Tesla de s’imposer comme un
constructeur de grande série rentable. Elon Musk n’est pas encore Henry Ford qui, avec de nouvelles méthodes d’industrialisation et un
nouveau modèle de voiture (la
Ford T), avait révolutionné l’automobile au début du XXe siècle. En
quelques années, l’automobile est
passée de l’artisanat avec des voitures produites pour des « happy few »
à la production de masse pour tous.
Elon Musk, qui a réussi à réveiller
l’intérêt pour les véhicules électriques, avec des bolides sportifs et glamours, peine à réitérer ce succès
avec la Model 3. Reprenant sa mé-
thode éprouvée chez SpaceX, sa société spatiale, le PDG a voulu tout
contrôler en interne avec son
concept de Gigafactory. Contrairement aux autres constructeurs qui
s’appuient sur un réseau de soustraitants mondial. L’entrepreneur a
aussi parié sur une automatisation
radicale de la fabrication. Encore une
fois, à l’inverse de l’industrie, qui
s’appuie sur des opérateurs humains
surtout dans la phase de l’assemblage final, pendant lequel se déroulent
les contrôles qualité.
Tesla a accumulé les déboires avec
sa Gigafactory, une robotisation trop
poussée et une qualité médiocre. Le
patron a dû faire marche arrière.
Comme toujours, les difficultés ne
l’arrêtent pas. Il voit loin et grand. Il
promet un enrichissement de la
gamme de 3 à 6 modèles et veut faire
rouler des Tesla sur toute la planète.
Il vise en priorité la Chine, le premier
marché mondial, où il a obtenu, mijuillet, le feu vert pour ouvrir une
immense usine d’une capacité de
500 000 voitures par an, à Shanghaï,
d’ici à 2020. Mais aussi l’Europe, où il
envisage de construire une usine de
même capacité. Un site aurait été
choisi en Allemagne. ■
62
GENERAL MOTORS
53
TESLA
49
FORD
39
Source : Bloomberg
Comment Elon Musk s’est battu pour relever le défi des 5 000 Model 3
A
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
5031. C’est le nombre exact de Tesla
Model 3 produites pendant la dernière semaine de juin dans l’usine
du constructeur à Fremont, en Californie. C’était l’objectif fixé par
Elon Musk, le patron du constructeur. Il a été atteint d’extrême justesse. Mais il l’a été. « Je pense que
nous sommes devenus un vrai
constructeur automobile », s’est félicité avec fausse modestie l’emblématique patron dans un message
adressé à ses salariés. Pour y parvenir, il n’a pas ménagé ses efforts,
passant ses journées et ses nuits
dans l’usine à tenter de relever ce
qui s’est révélé être un immense
défi industriel.
Les débuts de l’aventure Model 3
ressemblent pourtant à un doux
rêve. C’est cette voiture qui doit
permettre à Tesla de devenir un
constructeur à gros volume. Jusque-là, le constructeur ne vendait
que la berline Model S et le SUV Model X à des prix compris entre
80 000 et 100 000 dollars.
À ce niveau de prix, difficile de
devenir un constructeur généraliste. La Model 3, proposée à partir de
35 000 dollars, doit permettre de
franchir cette étape. Le 31 mars
2016, Elon Musk présente cette berline électrique en grande pompe. Le
succès commercial est phénoménal : en quelques semaines,
400 000 précommandes sont passées, avec un versement de
1 000 dollars bien réels. Alors que les
caractéristiques de la voiture n’ont
pas été dévoilées, que personne ne
l’a vue ou essayée et que son prix
définitif n’a pas été dévoilé. Une
performance qui apparaît irréelle
pour la plupart des concurrents de
Tesla. Mais qui fera des émules,
puisque Renault fera la même chose
avec la nouvelle Alpine. Avec un
succès moindre, mais bien réel.
Les objectifs de production sont,
dès cette première présentation,
très élevés. Elon Musk vise 500 000
véhicules produits au global sur
l’année 2018, contre à peine 86 000
sur l’ensemble de l’année 2016. Fin
2016, Tesla rachète l’allemand
Grohmann, spécialiste des systèmes
de production automatisés, pour
135 millions de dollars. Un an plus
tard, c’est l’américain Perbix, présent dans le même domaine d’activité, qui passe dans le giron du
constructeur américain. C’est le
temps des déclarations ambitieuses.
Elon Musk veut faire de son usine
californienne la plus automatisée du
monde.
Ce sera « la machine qui fabrique
la machine ». L’homme d’affaires
voit cette robotisation à outrance
comme un avantage compétitif.
« Cela va être quelque chose de très
difficile à copier pour les autres
constructeurs, fanfaronne-t-il. Je ne
sais pas ce que je ferais si j’étais à leur
place. » Les premières étapes sont
franchies dans les temps. En
juillet 2017, les premières Model 3
sortent des chaînes de production,
avec deux semaines d’avance sur le
planning prévu. En août, le premier
client reçoit livraison de son bolide.
Tesla est alors au plus haut. Début
avril 2017, sa capitalisation boursiè-
Cela va être
« quelque
chose de très
difficile à copier
pour les autres
constructeurs.
Je ne sais pas
ce que je ferais
si j’étais
à leur place
ELON MUSK
»
re dépasse celle de Ford. En septembre, elle passe devant General Motors,
longtemps
premier
constructeur automobile mondial.
Pas mal pour une entreprise d’à peine 15 ans, qui a livré moins de
10 000 voitures à ses clients l’année
précédente et engrangé 7 milliards
de dollars de chiffre d’affaires.
Contre près de 10 millions de véhicules et 150 milliards de chiffre d’affaires pour General Motors !
Les premières interrogations ne
vont pourtant pas tarder à surgir. Au
quatrième trimestre 2017, le groupe
ne fabrique que 1 550 exemplaires
de sa Model 3, contre un objectif de
5 000… sur la seule dernière semaine de l’année. Le cours vacille au
Nasdaq, repassant derrière GM. Fin
mars de cette année, Elon Musk
propose à ses actionnaires, qui l’approuvent, de faire disparaître sa rémunération fixe, et de n’être payé
que via des stock-options en fonction de l’atteinte de critères opérationnels et de capitalisation boursière.
Sauf que l’affaire vire au scandale : la rémunération du patron pourrait atteindre 56 milliards de dollars
si la capitalisation de Tesla dépassait
650 milliards ! Des chiffres extravagants… Mais le patron a absolument
besoin de la confiance des investisseurs. Et ce ne sont pas les performances opérationnelles de l’entreprise qui peuvent les convaincre : en
2017, Tesla perd 2 milliards de dollars. Et continue de brûler du cash :
près de 1,7 milliard au second semestre 2017. L’homme d’affaires est
sous pression. Il n’aime pas ça. Et
cela se sent. En mai, il perd son calme lors d’une conférence téléphonique. Il refuse de répondre à plusieurs questions, les jugeant trop
« arides » et arguant que « les questions ennuyeuses ne sont pas cool ».
Les investisseurs craignent que le
groupe n’ait encore rapidement besoin d’argent frais. Le modèle économique de Tesla consiste à brûler
du cash pour développer sa technologie et acheter des parts de marché.
En 2017, les analystes de Morgan
Stanley estimaient à 10 milliards de
dollars le cash dépensé par Tesla au
cours des trois années précédentes
en R&D et investissements. En
mars 2018, l’agence de notation
Moody’s dégrade la note de la dette
de la société. Elon Musk répète qu’il
« n’a pas besoin de lever des fonds
cette année », pour 2018 donc. Pour
convaincre des marchés de plus en
plus sceptiques, l’entrepreneur n’a
plus le choix : Tesla doit réduire ses
pertes, quitte à tailler dans les coûts.
Le 13 juin, le constructeur annonce
le licenciement de 9 % de ses effectifs dans le monde, soit environ
4 000 personnes. Elon Musk est
clair : l’entreprise ne pourra pas
survivre « si nous ne parvenons pas à
démontrer que nous pouvons être
rentables à terme ».
Ci-dessus : chaîne
de montage de l’usine
de fabrication
de la Tesla Model 3,
à Fremont, en Californie,
le 28 juin 2018.
À gauche : Elon Musk,
PDG et fondateur
de Tesla, à Chicago,
le 19 juillet dernier.
JUSTIN KANEPS/NYT-REDUXREA ET KIICHIRO SATO/AP
Objectif manqué de peu
Mais le nerf de la guerre, le point qui
focalise l’attention de tous, c’est
bien le niveau de production de la
Model 3. C’est Tesla qui s’est mis la
pression avec cet objectif. En présentant les résultats de l’année 2017,
la société californienne compte produire 5 000 Model 3 fin juin avec un
passage à 2 500 en mars. Cet objectif
« créera les conditions pour avoir, au
troisième trimestre, la combinaison
longtemps recherchée de gros volumes, d’une bonne marge brute, et
d’un cash-flow opérationnel très positif », écrit alors Tesla.
L’objectif intermédiaire est manqué de peu. Début avril, Elon Musk
annonce une production de
2 270 exemplaires sur la dernière semaine de mars. Un niveau honorable. Sauf que la hausse des cadences
ne semble pas permettre d’atteindre
l’objectif désormais sacralisé des
5 000 voitures. Les chaînes de montage sont arrêtées plusieurs jours, en
avril, pour améliorer les choses.
L’entrepreneur finit par avouer que
CHIFFRES
D’AFFAIRES
2017
11,7
milliards de dollars
PERTES
2,2
milliards de dollars
l’automatisation de l’usine de Fremont est « excessive ». « C’était une
erreur. Mon erreur. Les humains sont
sous-estimés », reconnaît l’icône
des nouvelles technologies dans un
tweet. Un tel acte de contrition chez
Musk était encore inimaginable
quelques semaines plus tôt.
Ainsi, fin mai 2018, l’entreprise
commence la construction d’une
nouvelle ligne d’assemblage sous
une tente géante grande comme
deux terrains de football. Dans toute
usine automobile, l’assemblage –
qui vient après les phases d’emboutissage et de ferrage – est la partie
utilisant le plus les opérateurs humains. Tesla a donc tout simplement
décidé de doubler sa ligne de montage pour régler le problème de ses
« goulets d’étranglement ». Le patron passe désormais ses nuits dans
l’usine. Lors de l’assemblée générale
des actionnaires, début juin, Elon
Musk reconnaît que « ces quelques
mois ont été les plus horribles que j’ai
jamais eu à connaître ». Mais il se
montre aussi optimiste, affirmant
« je crois qu’on y arrive ».
Effectivement, le 2 juillet, le patron annonce fièrement – « on l’a
fait » - que l’usine a fabriqué 5 031
Model 3 sur la dernière semaine de
juin. En tenant son objectif de production, Elon Musk a gagné un répit. Mais les défis sont encore nombreux. Il va d’abord falloir montrer
que la qualité des véhicules produits
dans ces conditions de très grande
pression atteint un niveau suffisant.
Ensuite, il faut tenir – et même augmenter - les cadences. 10 000 véhicules par semaine étaient visés en
2016. ■
LE FIGARO
jeudi 2 août 2018
ÉCONOMIE
23
Rome et Paris d’accord sur la zone euro
Le Maire et son homologue italien veulent achever l’Union bancaire et taxer les géants du numérique.
ARMELLE BOHINEUST £@armelella
EUROPE Qui parle de dissensions
entre la France et l’Italie au sujet
de l’Europe ? Selon Bruno Le Maire, ministre de l’Économie en visite à Rome mercredi, Paris et le
nouveau gouvernement italien,
issu d’une coalition entre le populiste Mouvement 5 étoiles et la
Ligue (d’extrême droite) ont la
« même vision » de l’Union européenne. « Nous avons fait avec
l’Allemagne un certain nombre de
propositions » et, sur « la plupart » d’entre elles, « nous sommes en plein accord avec l’Italie »,
a spécifié le ministre français.
Alors que son homologue Giovanni Tria avait annulé sa visite à
Bercy mi-juin en raison des tensions franco-italiennes dans
l’affaire du navire humanitaire
Aquarius, les deux ministres de
l’économie ont souligné mercredi
leur entente sur l’avenir de la zone
euro. « Nous partageons une même
vision de la construction européenne et des relations commerciales »,
a détaillé Bruno Le Maire.
Contrairement à ce qu’il entend
« dire ici et là », il y a « une volonté
européenne en Italie », affirme-til. Et Paris et Rome sont d’accord
sur « la nécessité absolue de renforcer la zone euro », garantie de
sécurité et stabilité financière.
Les deux ministres estiment que
c’est une « priorité » d’achever
« l’union bancaire dans toutes ses
composantes » et de créer « un
budget de la zone euro ». Autre
point commun : ils se disent décidés à « adopter rapidement » la
proposition de Bruxelles de « taxe
sur les services numériques d’ici fin
2018 ».
Avec Luigi Di Maio, patron du
Mouvement 5 Étoiles, en charge
du développement économique et
des politiques sociales, Bruno Le
Maire a mis en avant une volonté
de « promouvoir une stratégie industrielle européenne renouvelée ».
Fusion STX en bonne voie
Ces positions sont assez éloignées
de celles de Matteo Salvini. Le patron de la Ligue et ministre de
l’intérieur a assuré cette semaine
au journal britannique Sunday
Times qu’il n’y avait « ni objectivité, ni bonne foi du côté européen ». Il a même conseillé à la
première ministre britannique
Theresa May de se montrer plus
dure dans les négociations avec
Bruxelles sur le Brexit, si elle ne
veut pas « se faire avoir ».
Plus concrètement, au sujet des
Chantiers de l’Atlantique (ex-STX
France), les ministres français et
italien ont rappelé « leur engagement à mettre en œuvre la feuille de
route de l’alliance de septembre
2017 », ce qui consiste essentiellement à accorder à l’italien Fincantieri le contrôle du groupe
français de construction navale.
Bruno Le Maire,
ministre de l’Économie,
et son homologue
italien, Giovanni Tria,
mercredi à Rome.
RICCARDO ANTIMIANI/AP
« La fusion entre STX et Fincantieri
est en bonne voie », résume Bruno
Le Maire. En parallèle, Fincantieri
et le français Naval Group, également actionnaire des Chantiers de
l’Atlantique, doivent réfléchir à la
création d’un champion européen
du naval militaire. Mais, l’hôte de
Bercy ne veut pas de précipitation
dans ce dossier et il exclut une fusion entre les deux compagnies.
Quant à la ligne ferroviaire à
grande vitesse entre Lyon et Tu-
rin, « un énorme gaspillage » (lire
ci-dessous) selon Luigi Di Maio, il
attend désormais « une position
officielle ».
Les indicateurs économiques
sont loin d’être au beau fixe pour
la troisième économie de la zone
euro. Sa croissance n’a progressé
que de 0,2% au deuxième trimestre. Et le taux de chômage a augmenté à 10,9% en juin et atteint
32,6% chez les jeunes, les travailleurs de moins de 24 ans. ■
La ligne à grande vitesse Turin-Lyon sème la zizanie en Italie
MAX ROSSI/REUTERS
RICHARD HEUZÉ
ROME
Nous
étudierons
les coûts
de toutes les
alternatives,
y compris
celle d’y
renoncer
»
DANILO TONINELLI,
MINISTRE ITALIEN DES
INFRASTRUCTURES
ET DES TRANSPORTS
Le train à grande vitesse entre Lyon
et Turin verra-t-il le jour ? Rien
n’est moins sûr tant les tensions
s’intensifient en Italie. Le gouvernement de Giuseppe Conte vient de
réaffirmer sa volonté de renégocier
à l’automne la participation de
l’Italie au chantier ferroviaire Turin-Lyon, alors que celui-ci a fait
l’objet d’un traité ratifié en 2016.
Intervenant mardi devant le
Sénat, Danilo Toninelli, ministre
(M5S) des infrastructures et des
transports, a confirmé que le tunnel Lyon-Turin, qui représente une
part importante des travaux de la
ligne ferroviaire, figurait en tête
des grands chantiers publics que le
gouvernement va scruter. Il sera
soumis à « une analyse attentive du
rapport coûts-bénéfices. Nous étu-
dierons les coûts de toutes les alternatives, y compris celle d’y renoncer », a précisé Danilo Toninelli. En
ajoutant une mise en garde : « Que
personne ne signe quoi que ce soit
concernant l’avancement des travaux. Notre gouvernement le considérerait comme un acte hostile. »
Cela fait deux semaines que le
vice-président du Conseil et leader
du Mouvement 5 étoiles, Luigi
Di Maio, parle presque quotidiennement de remettre en cause ce
chantier emblématique, prioritaire
pour l’Union européenne. Une attitude qui semble résulter d’un
sondage interne réalisé parmi les
activistes M5S, lesquels menaceraient de faire défection aux élections européennes de mai 2019 si le
projet n’est pas stoppé.
Mais l’autre partenaire de la coalition au pouvoir, la Ligue (extrême
droite) de Matteo Salvini, est hostile à toute interruption des travaux.
De même que les syndicats, prêts à
se mobiliser pour défendre un
chantier qui créera 4 000 emplois.
L’ancien gouverneur du Piémont
Sergio Chiamparino, un démocrate
acquis à la cause du tunnel, se fait
fort d’organiser un référendum populaire d’ici à Noël pour le soutenir.
Un sondage IPR Marketing montre
que 60 % des Piémontais y sont favorables et que 28 % seulement de
la population locale y est hostile.
Menace de lourdes
sanctions pécuniaires
Telt, la société mixte franco-italienne chargée de réaliser le tunnel
long de 57,5 km qui permettra de
relier les deux villes, a confirmé
mercredi au Figaro qu’elle
« sui[vait] son planning ». Elle lancera comme prévu dans les prochaines semaines les avis d’ouverture de marché pour trois chantiers
représentant 2,3 milliards d’euros.
Le tunnel, qui devrait être livré
en 2029, a été chiffré à 8,6 milliards
d’euros. L’Europe en prendrait
40 % en charge, l’Italie 35 % et la
France 25 % (soit 2,2 milliards
d’euros). À ce jour, 14 % des ouvrages, soit un engagement financier
de 1,7 milliard d’euros, ont déjà été
réalisés. Côté français, à SaintMartin-la-Porte, les excavations
vont leur train, à raison de 15 m par
jour. Une galerie de 4,5 km devrait
être achevée d’ici à fin 2019.
Un renoncement unilatéral exposerait l’Italie à de lourdes sanctions pécuniaires. Au bas mot, calcule-t-on, 2 milliards d’euros avec
le remboursement des sommes
avancées par Bruxelles en moins
de deux ans. En France, les ingénieurs du chantier interrogés par
la presse italienne estiment « impossible » de l’arrêter. Quant au
gouvernement, il observe un prudent silence. ■
EN BREF
HAUSSE DES STOCKS
DE BRUT AUX USA
£ Les stocks de pétrole brut
aux États-Unis ont affiché
une hausse inattendue,
de 3,8 millions de barils, la
semaine dernière. Par ailleurs,
la production a baissé pour la
première fois depuis février,
selon les chiffres de l’Agence
américaine d’information
sur l’Énergie (EIA).
BIC SANCTIONNÉ
£ Même s’il maintient ses
objectifs annuels, Bic a perdu
9,91 % à 73,65 euros en clôture
à la Bourse de Paris, sur
des résultats en recul.
À 544 millions d’euros, son
chiffre d’affaires du deuxième
trimestre est inférieur aux
attentes. Le bénéfice net a
chuté de 72 % à 22,2 millions
d’euros, sous l’effet d’une
dépréciation de 68,7 millions
des actifs de Cello, filiale de
stylos indienne. Le fabricant de
stylos, briquets et rasoirs fait
les frais d’une activité rasoirs
en berne, notamment aux
États-Unis, d’un contexte
économique défavorable au
Brésil, et d’effets comptables.
+@
» Un château de « Game
of Thrones » est en vente
pour moins de 600 000 euros
www.lefigaro.fr/economie
La Chine fait le ménage sur ses places financières
SÉBASTIEN LE BELZIC £@slebelzic
PÉKIN
ASIE Pour la place de Shanghaï, ce
devait être l’apogée : la première
entrée en Bourse simultanée en
Chine continentale et à Hongkong,
celle de Xiaomi, champion chinois
de l’électronique grand public.
Mais une liste de 84 questions a mis
la firme de Pékin à genoux, l’obligeant à renoncer à Shanghaï et à se
contenter de Hongkong, en n’y levant que la moitié des 10 milliards
de dollars espérés.
La liste des entreprises qui se sont
vu ainsi fermer la porte de la place
chinoise au nez est impressionnante : nouvelles technologies, santé,
automobile… À Shanghaï, moins
d’une entreprise sur deux a pu réaliser cette année son introduction
en Bourse (IPO).
« Le ralentissement des IPO en
Chine continentale prend en compte
le taux de rejet plus élevé des candidatures. Le secteur est encore en
pleine réforme. Dans le même temps,
nous observons une amélioration de
la taille moyenne des offres, ce qui
devrait contribuer à créer à long
terme un marché des capitaux de
meilleure qualité », note Anthony
Wu, responsable des IPO chez
Deloitte Chine.
La Commission de contrôle
boursier de Chine (CCBC) a édicté
une série de règles draconiennes
passant au crible les perspectives de
croissance des entreprises et leur
solidité avec un seul mot d’ordre : le
« zéro tolérance », tel que l’a énoncé son patron, Liu Shiyu. L’ancien
président de la banque agricole de
Chine a été nommé à ce poste en
2016, juste après l’effondrement
des marchés chinois à l’été 2015.
À l’époque, Shanghaï et Shenzhen
perdaient plus de 40 % en quelques
jours. La chasse aux sorcières a
alors commencé pour mettre au pas
cette jungle des marchés gangrenés
par les délits d’initiés, la corruption
et une très forte volatilité.
Fin 2017, la CCBC lançait une
vaste remise en ordre. Aucune entreprise ne peut plus entrer en
Bourse sans son feu vert. « Le
contrôle des introductions sera de
plus en plus strict en 2018 et l’exigence de conformité des entreprises
China Tower, la plus grosse IPO depuis 2016
Premier opérateur mondial de
tours de télécommunication,
China Tower a levé 6,9 milliards
de dollars américains
(5,9 milliards d’euros) à la
Bourse de Hongkong. Il s’agit
de la plus importante levée de
fonds en Bourse au monde
depuis deux ans. En 2016, la
banque postale chinoise - Postal
Savings Bank of China - avait
levé 7,6 milliards de dollars.
China Tower a mis sur le marché
25 % de son capital, au prix de
0,16 dollar par action, soit le bas
de la fourchette espérée. Ce prix
le valorise à 28 milliards. Selon le
groupe public, des entreprises
internationales figurent parmi
les principaux investisseurs. La
cotation débutera le 8 août. I. V.
est portée à un niveau sans précédent », a indiqué cette semaine la
CCBC qui veut purger le marché et
« servir l’économie réelle ».
Situation kafkaïenne
Mais en voulant faire le ménage, le
gendarme chinois laisse les entreprises et les investisseurs dans une
situation kafkaïenne. Cette semaine, la CCBC a retoqué six dossiers
sur sept. « Les entreprises ne savent
plus vers qui se tourner pour lever
des fonds car les banques ont également resserré considérablement les
conditions de crédit », explique un
investisseur.
Cette reprise en main permet
une plus grande stabilité des marchés financiers chinois abonnés
jusque-là au yo-yo et à la spéculation. Mais elle risque d’affaiblir des
entreprises qui ont besoin de capitaux frais. Sans le feu vert de l’État,
plus rien n’est possible. « Le marché n’a plus la main », se lamente
un investisseur. En redonnant le
pouvoir aux fonctionnaires, le
gouvernement veut aussi servir ses
intérêts et pousser les entreprises
qui vont dans le sens de ses réformes économiques.
La Commission a ainsi édicté, la
semaine dernière, une série de règles pour justifier le retrait de la
cote des entreprises en cas de fraudes et d’opérations « pouvant nuire
à la sécurité nationale, publique et
sur le lieu de travail ou à l’environnement ». Une liste assez longue pour
inquiéter des entreprises de plus en
plus cornaquées par l’État.
Ces mesures ne visent pas seulement les Chinois. Le ministère du
Commerce prépare un texte qui
obligera les entreprises étrangères
à se plier, elles aussi, à un contrôle
accru des autorités pour prendre
des participations dans des sociétés chinoises cotées « stratégiques ». Cette mesure répond aux
décisions américaines, britanniques et allemandes visant à limiter
les investissements chinois dans
des domaines sensibles. Tout cela
redonne du souffle à la Bourse de
Hongkong. Elle récupère les déçus
de Shanghaï et se maintient à la
première place pour les introductions en Bourse en Asie. ■
A
La Commission de contrôle des opérations de Bourse refuse plus d’une introduction en Bourse sur deux.
jeudi 2 août 2018 LE FIGARO
24
ENTREPRISES
Le marché auto
démarre l’été sur les
chapeaux de roues
LES CONSTRUCTEURS
FRANÇAIS TIRENT
LA CROISSANCE DU
MARCHÉ AUTOMOBILE
51,67 %
Part de marché des
groupes français en juillet
23,1 %
Progression
des immatriculations
des voitures de marques
françaises en juillet,
contre 14,5% pour
les voitures étrangères
175 397
Voitures immatriculées
en juillet, et 1,36 million
depuis janvier. Le cap
des 2 millions de ventes
devrait être atteint
d’ici à la fin de l’année
AGATHE FOURCADE
afourcade@lefigaro.f
AUTOMOBILE Du jamais-vu depuis les années 1990. En juillet, les
constructeurs tricolores se sont
arrogé 52 % du marché auto français. D’après le rapport mensuel
du Comité des constructeurs
automobiles français (CCFA), qui
évalue le nombre d’immatriculations, les ventes de voitures particulières ont augmenté de 18,9 %
par rapport à juillet 2017. Une
hausse à relativiser puisque le
mois de juillet 2018 comptait
22 jours ouvrés, contre 20 en 2017.
Une fois corrigée, la croissance
atteint tout de même 8,1 % avec
175 396 voitures immatriculées.
Un niveau jamais atteint en juillet.
Une bonne nouvelle pour les
constructeurs, note Flavien Neuvy, directeur de l’observatoire
Cetelem : « Comme les objectifs de
ventes en volume sont atteints, les
groupes n’ont pas besoin de baisser
leurs prix ou de faire des opérations
de promotions et préservent donc
leurs marges. » Sur le podium des
voitures les plus vendues, la première place revient à la Renault
Clio, mais Peugeot truste les deux
autres places avec la 208 et la
3008. Le groupe PSA devance son
concurrent français avec 32 % des
parts de marché, contre 21,4 %
pour Renault.
Impact de la grève SNCF
Les ventes de véhicules aux ménages (60 % du marché) ont été
tirées par le boom des locations
avec option d’achat (LOA). Celles-ci représentent désormais un
tiers des achats de voitures neuves. Les particuliers conservent
moins longtemps leur voiture, ce
qui accélère le renouvellement du
parc automobile. « C’est un vrai
coup de fouet pour le marché français ces trois dernières années »,
reconnaît François Roudier, du
CCFA. Outre les LOA, le moral des
ménages booste la consommation.
La forte demande, couplée à la
hausse du prix moyen des voitures (les consommateurs ajoutent
davantage d’options et paient
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Les locations avec option d’achat ont contribué
aux immatriculations records de juillet en France.
Parc automobiles de l’usine PSA, à Sochaux. Le groupe devance Renault avec 32 % des parts de marché, contre 21,4 %.
donc plus cher), garantit des
marges plus importantes pour les
constructeurs.
Le contexte macroéconomique
très favorable aux entreprises a
par ailleurs dopé les achats par les
professionnels (40 % du marché).
Même si les derniers chiffres de la
croissance ont connu une légère
baisse, les entreprises n’hésitent
pas à investir pour renouveler leur
flotte. En juillet, les voitures particulières étaient plus prisées que
les utilitaires légers, dont les ventes ont baissé de 4,4 % à jours
ouvrés constants.
Les grèves de la SNCF ont aussi
joué en faveur des chiffres du mois
de juillet. Comment ? À cause du
retard dans l’approvisionnement
des matériaux et des matières
premières, la production a pris
plus de temps et les livraisons ont
été reportées en juillet, gonflant
les immatriculations sur ce mois.
Ces résultats sont particulièrement encourageants pour les
constructeurs français, puisqu’ils
traduisent de la bonne adaptation
de l’offre de modèle. Si, il y a
quelques années, les ménages privilégiaient les monospaces plus
familiaux, ce sont aujourd’hui les
SUV et les crossovers qui les séduisent.
Une tendance confirmée par le
palmarès des voitures les plus
vendues en France : sur les dix les
plus demandées, cinq sont des
SUV ou des crossovers, aux dé-
pens des berlines allemandes. Les
marques étrangères ont progressé
de seulement 14,5 % dans l’Hexagone (23,1 % pour les françaises)
L’année 2017 avait été une très
bonne année en termes de ventes,
avec plus de 2 millions de véhicules écoulés. 2018 semble suivre la
même tendance. Mais, après plusieurs millésimes exceptionnels, le
risque est qu’une nouvelle baisse
ne pénalise les constructeurs. Une
éventualité rejetée par François
Roudier : « Le parc automobile
français compte 31 millions de voitures et continues de vieillir, sachant que l’âge moyen des véhicules
est de neuf ans. » Les constructeurs
automobiles ont encore de beaux
jours devants eux. ■
Veolia surfe sur une bonne dynamique à l’international
Le géant français de l’eau et des déchets reste à la peine en France, mais il confirme ses objectifs annuels.
12,56
milliards
d’euros
Chiffre d’affaires
de Veolia au premier
semestre (+6%)
ANNE-SOPHIE CATHALA
£@Ascathala
ENVIRONNEMENT Et de sept.
Veolia signe un septième trimestre
d’une croissance au flot continu et
soutenu, portée par une bonne
dynamique à l’international et
dans la gestion des déchets, davantage que dans celle d’une eau à
la croissance plus tiède.
Le chiffre n’a pas porté chance
au leader mondial de l’eau et des
déchets à la Bourse. Son titre a été
lanterne rouge du CAC 40, cédant
3,28 %, sur des prises de profit.
Les analystes restent très
confiants en la capacité de Veolia,
qui a renoué avec une belle crois-
sance en 2017, à poursuivre sur sa
lancée.
Le groupe a vu son chiffre d’affaires progresser de 1,76 % à
12,56 milliards d’euros, en ligne
avec les attentes des analystes.
L’envolée est même de 6 % à
changes constants et hors Gabon,
dont le contrat a été résilié en février. Le bénéfice net a également
été au beau fixe - quoiqu’un peu
en dessous des attentes -, à
225 millions d’euros, en hausse de
10,1 %, et même de 13,5 % retraité
de l’activité au Gabon, dont le
problème n’est pour autant pas réglé. La conciliation commencée fin
mai entre l’État gabonais et Veolia
suit son cours. Mais le PDG du
groupe, Antoine Frérot, a d’ores et
déjà indiqué qu’elle risquait
d’échouer, menant à un arbitrage,
voire un procès. Toujours hors Gabon, l’Ebitda (excédent brut d’exploitation) s’est amélioré de 5,8 %,
à 1,67 milliard d’euros, profitant
notamment de 148 millions de réductions de coûts, sur 300 prévus
sur l’année.
Vents contraires
« Les performances de nos équipes
qui expliquent notre croissance »,
souligne le dirigeant, conscient
des efforts fournis ces derniers
mois. L’activité a été portée par
une forte hausse des volumes de
déchets dans le monde, des indexations tarifaires et des gains de
contrats en France dans l’eau.
Mais Veolia a affronté deux vents
contraires : la baisse du prix du
papier et d’autres matières recyclées d’abord, notamment en
France ; le renchérissement du
coût des énergies, ensuite, sur
fond d’un climat météo moins favorable. En France, Veolia a en
outre subi un retard dans l’exploitation de l’usine de traitement des
eaux usée de Valenton (Val-deMarne). Ce contrat récent devait
entrer en vigueur le 1er avril, mais
il est suspendu à une décision du
Conseil d’État.
Pour muscler sa croissance,
Veolia a dû puiser ses forces loin
de la France, à l’activité presque
stable (-0,3 %), et même loin de
l’Europe. Même si le chiffre d’af-
faires en Europe hors France gagne 6,8 %, la croissance moins
forte (autour de 4 %) du Royaume-Uni, de l’Irlande ou de l’Europe centrale et orientale, contraste
avec les + 12,8 % du Nord du vieux
continent. C’est, plus offensivement, dans le reste du monde que
Veolia atteint 14 % de croissance,
avec des envolées de 29,1 % en
Amérique Latine, de 21,8 % en
Asie. Autant d’encouragements à
confirmer ses objectifs annuels :
Veolia vise en 2018 une « croissance soutenue » du chiffre d’affaires et une progression de son
Ebitda « supérieure à celle de
2017 », déjà de + 2,7 %. En 2019,
Veolia espère qu’il atteindra de 3,3
à 3,5 milliards d’euros. ■
EN BREF
Coup d’arrêt à la croissance de Criteo
Fragilisé par Apple, le spécialiste du ciblage publicitaire se réorganise en profondeur.
A
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
PUBLICITÉ Société emblématique
de la French Tech, cotée au Nasdaq
depuis fin 2013, Criteo n’est pas
encore tirée d’affaire. Les changements introduits à la fin de l’année
dernière dans le système d’exploitation d’Apple ont fait caler son
moteur. Criteo s’appuie sur les
cookies de navigation des internautes pour proposer aux annonceurs sa solution de « retargeting »
(reciblage) : elle permet de suivre
leurs parcours d’achat en ligne et
de les exposer à des publicités sur
des produits pour lesquels ils ont
manifesté de l’intérêt.
Or Apple, au nom du confort et
de la protection de la vie privée de
ses utilisateurs, s’est lancé dans
une politique anti-cookies qui restreint notamment leur utilisation
dans le temps et rend donc beaucoup plus difficile le traçage des internautes. Criteo en subit directement les conséquences. Après
avoir averti à deux reprises sur ses
résultats à la fin de l’an dernier, la
société a annoncé mercredi qu’elle
revoyait nettement à la baisse ses
perspectives de croissance.
Capitalisation divisée
par deux en un an
Le groupe s’attend désormais à faire
du sur place cette année et se montre très prudent vu l’ampleur des
adaptations qu’il doit apporter à son
modèle face aux évolutions technologiques de la publicité en ligne. Il
estime désormais que son chiffre
d’affaires, hors reversement aux
partenaires (l’indicateur qu’il met
en avant) augmentera ou baissera
de 1 % en 2018, à taux de change
constant. En février, il tablait encore sur une croissance comprise entre 3 % et 8 %. Après cette annonce,
l’action Criteo plongeait mercredi
de près de 20 % à l’ouverture de
Wall Street. En un an, la capitalisation de l’entreprise a fondu de
moitié.
Signe de l’étendue du problème,
Jean-Baptiste Rudelle, fondateur
de Criteo qui avait pris du recul, est
revenu aux manettes il y a trois
mois avec la volonté de prendre le
Criteo s’appuie
sur les cookies
de navigation
des internautes
pour proposer aux
annonceurs sa solution
de reciblage. CRITEO
taureau par les cornes. L’impact
technologique des décisions d’Apple a été « un choc exogène très violent, admet le patron. Mais c’est
derrière nous, on a tiré nos leçons ».
Jean-Baptiste Rudelle pointe du
doigt la stratégie d’Apple. « Ils
veulent basculer un maximum les
gens dans le monde des applications,
qu’ils contrôlent mieux que le monde
des navigateurs. Cela tombe bien
parce que c’est dans le monde des
apps que nous enregistrons notre
plus forte croissance. »
Pour rendre leur activité moins
dépendante des choix techniques
des navigateurs, la société a entrepris une réorganisation en profondeur qui prendra six à douze mois
avant d’être pleinement opérationnelle. Criteo entend notamment segmenter sa base de 19 000
clients pour se concentrer sur le
milieu de marché et proposer à ses
plus gros comptes toute une palette
de services, notamment du conseil
stratégique. Aux plus petits clients,
la société proposera une offre en
self-service dès début 2019.
Criteo veut se positionner comme un « partenaire ouvert » des
annonceurs de l’e-commerce,
contrairement à ses grands
concurrents comme Google ou
Amazon, présentés comme des
« systèmes fermés ». « Nos clients
veulent des partenaires indépendants qui les aident à monétiser leurs
données »,
explique
Benoît
Fouilland, directeur financier de
Criteo. Soit exactement ce que propose Amazon à grande échelle depuis la fin de l’année dernière et qui
monte rapidement en puissance. ■
4 TRAINS SUR 5
À MONTPARNASSE
£ Retour progressif à la
normale en gare Montparnasse,
où la SNCF prévoit ce jeudi
quatre trains sur cinq.
FERRARI EN FORME
£ Le fabricant italien
de voitures de luxe Ferrari,
endeuillé par le décès,
le 25 juillet, de son patron
Sergio Marchionne, confirme
ses objectifs pour 2018,
fort d’un bon deuxième
trimestre. À 906 millions
d’euros, le chiffre d’affaires
gagne 1,4 % à change constant.
À 160 millions, le bénéfice net
bondit de 18,1 %.
PRADA REPART
DE L’AVANT
£ Le groupe de luxe italien
Prada a annoncé mercredi
avoir vu son bénéfice net
grimper de 11 % au premier
semestre, à 106 millions
d’euros, mettant fin à quatre
ans de baisse. Son chiffre
d’affaires est lui aussi reparti
à la hausse, progressant de 3 %,
à 1,5 milliard d’euros.
LE FIGARO
jeudi 2 août 2018
ENTREPRISES 25
BNP Paribas souffre toujours des taux bas
La banque affiche toutefois un résultat meilleur que prévu et est en avance sur son plan de réduction de coûts.
ANNE BODESCOT
abodescot@lefigaro.fr
LES CHIFFRES CLÉS
BNP PARIBAS
2 ,4
milliards d’euros
de bénéfice net au
deuxième trimestre 2018
1 1 ,2
milliards d’euros de
produit net bancaire au
deuxième trimestre 2018
+3,7 %
Hausse des encours
de crédits au deuxième
trimestre 2018
858
millions d’euros
d’économies de coûts
depuis le lancement du
plan de transformation
BANQUES Comment les banques
françaises vont-elles défendre cette année encore leur rentabilité,
toujours laminée par la faiblesse des
taux d’intérêt ? La question hante
les marchés financiers depuis des
mois, et met sous pression les cours
de Bourse des grands établissements tricolores, surtout depuis
qu’il semble illusoire de tabler sur
un prochain retour à meilleure fortune. Un moment espéré pour
2018, la remontée des taux d’intérêt sous le pilotage de la Banque
centrale européenne a été repoussée à l’été 2019 par Mario Draghi,
son président.
Les résultats de BNP Paribas, publiés mercredi, étaient donc particulièrement attendus. Elle était en
effet la première des grandes banques françaises à dévoiler ses chiffres pour le deuxième trimestre,
avant Société générale, jeudi, et
Crédit agricole vendredi.
Verdict ? La banque de la rue
d’Antin revendique une solide dynamique commerciale, mais sans
pouvoir surmonter complètement
le handicap de la faiblesse des taux
d’intérêt. Elle continue donc de déployer d’ambitieux programmes de
réductions de coût pour tenter de
préserver ses profits.
« L’activité progresse bien, car
Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas, lors de la présentation des résultats du groupe
pour le deuxième trimestre, mercredi à Paris. PHILIPPE WOJAZER/REUTERS
l’économie, européenne notamment,
va bien, a résumé Jean-Laurent
Bonnafé, le directeur général du
groupe, mais cela ne se voit pas totalement dans les revenus ». Le produit net bancaire a augmenté de
2,5 % au deuxième trimestre, par
rapport à la même période de 2017.
Mais la progression n’est que de 1 %
pour le cœur de métier, les trois
pôles opérationnels : les activités
de détail, la banque de financement
et d’investissement, et la division
International financial services
(IFS), qui regroupe la gestion d’actifs, l’assurance, le crédit à la
consommation ou encore la banque
de détail américaine BancWest.
Moteur de croissance
Le pôle IFS est désormais le moteur de croissance du groupe,
avec une progression de 8,7 % de
ses revenus. Mais il ne peut com-
penser la situation plus difficile
des deux autres. Les activités de
détail en France, en Belgique ou
encore en Italie se sont ainsi encore érodées de 0,3 %. Mais quelques bonnes nouvelles ont été mises en avant. La production de
crédits est par exemple en nette
hausse (+ 3,7% par rapport au
deuxième trimestre 2017). En
outre, les renégociations de crédits immobiliers en France, qui
ont fait du tort aux banques, sont
revenues à leur niveau habituel.
La situation est plus problématique pour CIB (Corporate & Institutional Banking), dont les revenus
reculent de 6,8 %, en raison d’effets de change défavorables et d’un
contexte de marché moins porteur.
La très faible volatilité sur les marchés financiers pénalise en effet
l’activité de la banque d’investissement, qui souffre bien sûr également des faibles rendements obligataires. Sans les effets de change et
en gommant les plus values réalisées au deuxième trimestre l’an
dernier, qui faussent la comparaison, le repli de la banque d’investissement de BNP Paribas se limite
toutefois à 1,6 %.
Jean-Laurent Bonnafé a salué à la
fois « la bonne résistance de la division Marchés Domestiques, l’excellente performance d’IFS, et la bonne
résilience, dans un marché défavorable, de CIB ». Il a aussi rappelé
que les économies de coût étaient
en avance sur les prévisions du Plan
de transformation 2020 de la banque. Elles s’élèvent déjà à 858 millions d’euros depuis le début du
projet, dont 149 millions enregistrés au deuxième trimestre.
Au total, le bénéfice net est resté
quasiment stable (-0,1 %). C’est
plus que ce que prévoyaient les
analystes. Mais cela n’a pas suffi à
rassurer le marché, qui a accueilli la
nouvelle sans enthousiasme. ■
Eutelsat armé face aux grandes manœuvres annoncées
Très solide financièrement, le 3e opérateur mondial de satellites n’a pas besoin de se marier pour survivre.
VÉRONIQUE GUILLERMARD
£@vguillermard
360
millions
d’euros
Investissements
réalisés en 2017-2018
SPATIAL Éclatée, en phase de
transition technologique et défiée
par les acteurs du New Space, la
grande famille des opérateurs de
satellites est mûre pour envisager
des mariages entre ses membres.
« Une consolidation entre acteurs de
grande taille pourrait dégager de
fortes synergies, notamment en termes d’investissements », a estimé
Rodolphe Belmer, directeur général d’Eutelsat, premier opérateur
de satellites européen et troisième
mondial, en marge de la publication, mercredi 1er août, des résultats
annuels 2017-2018 (clos le 30 juin).
En juin dernier, Eutelsat a étudié
le dossier Inmarsat. L’opérateur
britannique faisait alors l’objet
d’une offre de la part de l’américain
EchoStar. Offre rejetée sèchement
par le conseil d’administration de la
cible. Eutelsat a indiqué aux autorités boursières britanniques qu’« il
ne ferait pas d’offre », ce qui l’engage pour six mois. Le français n’a pas
voulu s’engager dans une bataille
de surenchères contre EchoStar.
Pour l’heure, Inmarsat, en mauvaise santé, joue sa survie en tant
qu’acteur indépendant, en travaillant à un plan de relance.
Eutelsat n’est pas dans ce cas. Au
contraire, il est maître de son destin. « Nous n’avons pas besoin de
faire partie d’une vague de consolidations car notre stratégie distinctive porte à elle seule ses fruits.
Cependant, en tant qu’acteur d’envergure mondiale, en forme économiquement et solide financièrement,
nous regarderons de près son impact potentiel pour nous, avec, toujours en priorité, la création de valeur, insiste le directeur général,
qui fête son troisième exercice à la
tête de l’opérateur français. Grâce
à notre stratégie, nous avons un
avenir très solide, en tant qu’entreprise indépendante. »
De facto, Eutelsat a retrouvé un
équilibre financier « très robuste »
en trois ans. En 2017-2018, le groupe a dépassé ses objectifs financiers.
À 76,9 % (au lieu des 76 % attendus), la marge d’exploitation
(Ebitda) ressort en hausse de
0,2 point, pour un chiffre d’affaires
de 1,47 milliard. « La profitabilité
s’améliore mais aussi la production
de cash-flow, qui a encore progressé
de 12 %, après une hausse spectaculaire de 65 % un an plus tôt. Cela
nous permet de verser un dividende
en hausse de 5 % tout en poursuivant
rapidement notre désendettement »,
développe le directeur général.
Eutelsat maîtrise de mieux en
mieux ses investissements. Ils ont
décru à 360 millions, contre un objectif moyen annuel de 420 millions, « sans pour autant décaler
notre plan de déploiement de satellites ni renoncer à nos projets d’ave-
nir ». Cela, « en optimisant les process de fabrication de nos satellites,
en partenariat étroit avec les
constructeurs », précise Rodolphe
Belmer.
Phase de transition
La bonne santé d’Eutelsat détonne
sur un marché composé d’acteurs
dont les comptes ont viré au rouge
ou qui sont en petite forme. Le
marché a applaudi : le titre a gagné
jusqu’à 7 % à la Bourse mercredi.
D’autant qu’Eutelsat promet, après
un premier pas vers le retour à la
croissance en 2017-2018, « une légère » hausse de son chiffre d’affaires cette année.
En phase de transition, Eutelsat
se transforme en société de distribution de vidéo - activité où il est
leader mondial avec plus de 7 000
chaînes dans le monde -, son activité historique, et de télécoms où il
monte en puissance. « Notre mission est d’amener la connectivité
partout où les opérateurs terrestres
ne vont pas : aux humains dans leur
bureau et à domicile dans les déserts
numériques, ou à bord des avions,
ainsi qu’aux objets. Cela, grâce à une
offensive technologique qui s’appuie
sur deux piliers : les satellites de très
grande capacité (VHTS) qui permettent d’apporter du très haut débit à
un prix similaire à la fibre ; et les nanosatellites qui répondent au besoin
de l’Internet des objets (IoT) », développe Rodolphe Belmer.
Eutelsat mettra en service, en
2021, le premier satellite de la génération des VHTS. Il a déjà deux
clients : Orange, pour proposer des
services de connectivité à très haut
débit aux foyers en Europe, et Thales, qui développe une offre pour les
clients gouvernementaux. L’opérateur lancera, courant 2019, un
service IoT à partir d’un premier
nanosatellite ELO, ébauche d’une
future constellation, qui sera lancé
en orbite basse début 2019. ■
LA SÉANCE DU MERCREDI 1ER AOÛT
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 43,64
♣
AIR LIQUIDE ..................................
109,75
AIRBUS ..............................................106,6
ARCELORMITTAL SA ..................................
28,135
ATOS .............................................. 112,15
AXA ..............................................
21,685
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
55,41
BOUYGUES ..............................................
37,24
CAPGEMINI ..............................................
107,3
CARREFOUR ..............................................
15,165
CREDIT AGRICOLE ..................................
11,98
DANONE ..............................................67,28
ENGIE .............................................. 13,54
ESSILOR INTL. ..................................126
HERMES INTL ..................................543,2
KERING ..............................................458,6
L'OREAL ..............................................210
LEGRAND ..............................................63,08
LVMH .............................................. 298,45
♣
MICHELIN ..............................................
109
%VAR.
+HAUTJOUR
-1
44,31
+0,23 109,95
+0,57 107,36
+2,25 28,3
-2,35 114,9
+0,39
21,8
-0,47 56,94
-0,98 37,63
-2,28 110,15
-1,27
15,415
-0,29
12,14
+0,1
67,28
-1,99
13,81
-0,16 126,85
+0,3 548,8
+0,57 462
+0,24 212,2
+0,38 64,02
-0,13 302,6
-1
110,45
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,55
109,25
105,92
27,745
112,15
21,5
55,22
37,17
107,3
15,165
11,97
66,61
13,52
125,7
540,6
455,5
209,5
62,64
297,7
108,6
0,29
0,188
0,113
0,28
0,427
0,283
0,289
0,124
0,492
0,387
0,233
0,229
0,204
0,224
0,05
0,141
0,079
0,347
0,089
0,295
+1,49
+4,47
+28,43
+3,76
-7,58
-12,33
-10,99
-14,02
+8,5
-15,94
-13,19
-3,82
-5,55
+9,61
+21,73
+25,54
+13,54
-1,73
+21,62
-8,82
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................14,585 -0,21
PERNOD RICARD ..................................
138,6
+0,47
PEUGEOT ..............................................
24,62 +0,04
♣ 54,36 -0,55
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
73,74 -2,06
SAFRAN ..............................................
106
-0,05
SAINT GOBAIN ..................................37,575 -1,31
SANOFI ..............................................75,6
+1,65
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
68,5
-0,49
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
37,97 -0,37
SODEXO ..............................................94,3
-0,4
SOLVAY ..............................................
116,65 -0,51
STMICROELECTRONICS .............................
18,62 +0,08
TECHNIPFMC ..................................27,56 -0,4
TOTAL .............................................. 55,48 -0,68
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
186,7
-1,66
VALEO ..............................................40,49 -3,6
VEOLIA ENVIRON. ..................................
18,895 -3,28
♣
VINCI .............................................. 84,54 -1,7
VIVENDI ..............................................22,15 -0,23
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,635
139,05
25,2
54,74
75,75
106,55
38,17
76,17
69,28
38,5
94,76
118,15
18,985
28,06
55,7
191,1
42,16
19,38
85,98
22,42
14,5
137,7
24,41
54,12
73,7
105,85
37,575
74,45
68,44
37,815
93,92
116,6
18,5
27,13
55,36
186,7
40,35
18,755
84,54
21,98
%CAP.ECH
0,175
0,143
0,471
0,243
0,443
0,152
0,356
0,246
0,245
0,387
0,161
0,268
0,398
0
0,189
0,238
2,346
0,702
0,179
0,274
31/12
+0,76
+5,04
+45,21
-4,04
-12,12
+23,38
-18,28
+5,22
-3,33
-11,8
-15,84
+0,65
+2,28
+6,62
+20,49
-34,98
-11,19
-0,72
-1,2
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5767
1,5231
0,8904
9,1807
130,81
1,1589
1,1696
3,145
11,103
5,7654
20,9454
7,9519
79,9705
137,75
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33740
33600
-2,91
NAPOLEON ..................................................... 201,9
202,9
-2,42
PIECE 10 DOL USA .....................................................
570
570
-3,06
PIECE 10 FLORINS .....................................................
208
208
-2,26
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1135
1135
-2,83
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
198
198
-2,94
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
290
290
-4,92
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1250
1255
-4,58
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
113,7
112,9
+3,55
PIECE SUISSE 20F .....................................................
196,2
198,9
-3,21
PIECE LATINE 20F .....................................................
199
199
-1,92
SOUVERAIN ..................................................... 246
253,5
-5,64
KRUGERRAND .....................................................
1060
1119
-5,25
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
286,85 30/07/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
49,52 30/07/18
BELLATRIX C ................................................
336,50 30/07/18
SIRIUS ................................................56,34 30/07/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
a bondi de 41 %, à 1,9 milliard de dollars,
et l’Ebitda (excédent brut d’exploitation), de 45,5 %, à 3,1 milliards.
Le PDG d’ArcelorMittal, Lakshmi Mittal, a rassuré, confiant en une conclusion favorable de l’acquisition du sidérurgiste italien Ilva, qu’il espère voir
aboutir à la mi-septembre. En juillet, le
nouveau gouvernement italien a lancé
une procédure risquant d’annuler la
vente, jugeant insuffisants les engagements environnementaux et sociaux
d’ArcelorMittal, qui les a améliorés.
Son PDG salue des « résultats encourageants » au deuxième trimestre,
reflétant des « améliorations structurelles » dans l’industrie sidérurgique
mondiale mais aussi « au sein d’Arce-
lorMittal », notamment grâce au plan
de compétitivité « Action 2020 ».
Des prix de l’acier en hausse, couplés
à une demande dynamique, constituent
des « conditions de marché favorables », qui devraient perdurer au second semestre, selon son dirigeant. Il
assure qu’ArcelorMittal, déjà leader sur
de nombreux marchés, est « en bonne
position » pour en tirer profit. Le groupe a relevé d’un demi-point son estimation de la demande mondiale d’acier en
2018, prévoyant désormais une hausse
de 2 à 3 %. En attendant, il poursuit ses
efforts de désendettement, afin de redescendre à une dette nette de 6 milliards de dollars, contre 10,5 milliards au
30 juin. ■
A.-S. C.
A
ARCELORMITTAL GARDE UN MORAL D’ACIER MALGRÉ UN SOUCI EN ITALIE
Supérieurs aux attentes, les résultats
trimestriels d’ArcelorMittal ont été salués à la Bourse de Paris, où le titre a
terminé mercredi en tête du CAC 40, en
hausse de 2,25 %, à 28,14 euros. Au
deuxième trimestre, le chiffre d’affaires
du géant mondial de l’acier a augmenté
de 16 %, à 20 milliards de dollars
(17,14 milliards d’euros). Le bénéfice net
jeudi 2 août 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et TECH
L’iPhone X, un pari gagnant pour Apple
Le groupe américain, qui vend ses iPhone de plus en plus cher, s’approche des 1 000 milliards de dollars de capitalisation.
SMARTPHONE Apple descend
d’une marche sur le podium des
plus gros vendeurs de smartphones, rétrogradé en troisième position par le chinois Huawei, toujours derrière le numéro un
Samsung. Ce dernier a vendu
70,8 millions de smartphones au
deuxième
trimestre,
contre
54,2 millions pour Huawei, dont
les ventes s’envolent, et 41,3 millions pour Apple. Mais qu’importe
le nombre de téléphones commercialisés quand leur prix augmente
et que les services associés sont de
plus en plus profitables. Et à ce petit jeu, Apple reste imbattable.
L’iPhone n’est pas mort, n’en
déplaisent aux Cassandre. Certes,
il y a deux ans, Apple en avait vendu 51 millions dans le même intervalle de temps. Mais le prix moyen
de ses iPhone n’a cessé d’augmenter, pour atteindre 724 dollars, soit
une hausse de 20 % en un an.
Plusieurs éléments peuvent expliquer cette hausse. Tout
d’abord, les consommateurs renouvellent moins souvent leur téléphone, mais ils sont prêts à dépenser plus pour avoir dans les
mains les dernières innovations
du marché. Et quand ils doivent
choisir entre plusieurs produits
électroniques, ils privilégient souvent le smartphone.
En outre, le californien démontre sa capacité à ancrer ses produits dans le haut de gamme, un
domaine où tout semble possible
en matière de prix. Quand certains
aiment s’exhiber au volant de voitures de luxe, d’autres font état de
leur réussite en dégainant un
iPhone X à plus de 1 000 dollars de
la poche de leur veste. Dans un tel
contexte, nul besoin de viser un
marché de masse, quand les marges sont bien plus juteuses dans le
haut de gamme.
Enfin, passer à la troisième place
mondiale présente quelques avantages. À l’heure où la Commission
européenne fait la chasse aux positions dominantes en infligeant
des amendes records à Google,
n’avoir « que » 15 % de part de
marché dans les smartphones devient un précieux avantage. Apple
revêt à nouveau un costume qui lui
sied comme un gant : celui d’alternative à un rival qui a écrasé la
concurrence. En l’occurrence,
Android, le système d’exploitation
de Google pour smartphone. Jadis,
c’était Microsoft dans les PC. Les
temps changent.
Performance
« stratosphérique »
Prudent, le PDG d’Apple, Tim
Cook, a toutefois fait du développement des services un des axes
clés de sa stratégie. Ils sont un précieux relais de croissance, dans
l’hypothèse où les ventes d’iPhone
viendraient à s’essouffler. En 2012,
le patron a fixé un objectif :
14 milliards de chiffre d’affaires
sur cette division en 2020. Peu à
peu, la société se rapproche de ce
but. Les revenus générés par l’App
Store, AppleCare, Apple Music,
iCloud et Apple Pay ont atteint
9,5 milliards de dollars, en hausse
de 28 %, au deuxième trimestre.
Une performance que Tim Cook
qualifie de « stratosphérique ». Et
pour cause : les services sont un
excellent vecteur de fidélisation,
générant en outre un cercle vertueux : habitués à l’univers Apple,
les consommateurs renouvellent
Lancé fin 2017,
l’iPhone X est vendu plus
de 1 000 dollars. Le prix
moyen des iPhone n’a
cessé d’augmenter pour
atteindre 724 dollars,
soit une hausse
de 20% en un an.
ELIJAH NOUVELAGE/AFP
alors plus volontiers leur équipement en restant fidèles à leur marque. La base installée d’Apple a
d’ailleurs connu une croissance
« à deux chiffres en un an », comme l’a rappelé le PDG.
Au total, avec en plus les ventes
de Mac, d’iPad, d’Apple Watch et
d’Apple TV, le groupe a engrangé
un chiffre d’affaires de 53,2 milliards de dollars (45,6 milliards
d’euros), en hausse de 17 % sur un
an. Son bénéfice net s’élève à
11,5 milliards de dollars. Sur la période, il a généré 14,5 milliards de
trésorerie disponible, venant
grossir sa montagne de cash, qui
culmine à 243,7 milliards. Apple
peut sereinement continuer à racheter ses propres actions et à
distribuer des dividendes. Au
cours du dernier trimestre, le
L’ÉTÉ DU FIGARO
ITALIE
« La Langue géniale »
d’Andrea Marcolongo
g
p
l
z
suis, à me libérer du futur, à mieux
comprendre ma vie en général. »
Le succès de ce livre, imprimé
dans vingt-sept pays et récemment
traduit en français aux Éditions Les
Belles Lettres, se trouve peut-être
là, dans cette incontestable sincérité avec laquelle l’helléniste décortique le grec ancien au fil des pages.
Dès le début, on est prévenu qu’elle
partagera avec nous, lecteurs, son
émoi et « l’histoire d’amour la plus
longue de sa vie » avec le grec ancien. On y lit : « Et le jour où l’on
m’annonça que Les Belles Lettres allaient traduire mon livre, je me suis
mise à pleurer. » Pourquoi ces lignes si intimes dans un ouvrage qui
traite d’un sujet scientifique ?
« Avant d’être helléniste, je suis romancière, sinon j’aurais fait de la
recherche », justifie-t-elle. Même
le titre, La Langue géniale, fait appel à nos émotions, choisi comme
un clin d’œil à la saga italienne au
succès mondial, L’amica geniale,
d’Elena Ferrante.
t
y
p
b
g
f
x
d
r
k mm
t
z
d
o
p
e
b
Aventure personnelle
Comment définir ce livre ? « C’est
d’abord celui d’une femme qui a
appris le grec, une sorte d’aventure personnelle, mais pas un
manuel qui donne des
leçons », répond
Andrea
Marcolongo. À Rome,
oj
r
h
q
a
w
u t f
go ggg g
g ezg z
gtzaggzaetgaztggetzggg tggzzaqgzzgzz
t
w
t
atfqatzgazzgg
t tbggh
o agtz
pgtazzw
zggagw
zah
afazp
azz
p ezhatgfqw
za aw
m lau
th
rr
o u zegqarz
p
sf f
ss ps ssp s
s sf
sp s s
fp s sss
s
p
spf ss
ps s
pp s
sss s
A
e
a
a
ÉDITION Elle répond au téléphone
d’une voix suave, communique sa
tranquillité malgré la distance qui
nous sépare. L’heure de ce rendezvous avec Andrea Marcolongo était
convenue, et il serait incongru de
demander à l’auteure italienne si
elle a du temps à nous consacrer
pour répondre à nos questions.
D’abord parce que nous avons lu
son livre intitulé La Langue géniale :
9 bonnes raisons d’aimer le grec, qui
parle du grec ancien à tous, et dans
lequel elle explique dès le premier
chapitre que la conception du
temps dans le grec ancien y est totalement différente de celle de nos
langues contemporaines.
Dans cet ouvrage à la couverture
épurée, vendu à 150 000 exemplaires en Italie depuis sa sortie, fin
2016, Andrea Marcolongo écrit :
« Les Grecs s’exprimaient en prenant en considération l’effet des actions sur le locuteur. Eux, qui étaient
libres, se demandaient toujours
comment. Nous, qui sommes prisonniers, nous nous demandons toujours quand. » La jeune écrivaine,
qui fut également la plume de Matteo Renzi, confirme à l’autre bout
du fil son obsession pour le temps et
sa fascination pour Proust : « Tout
cela m’a aidée à devenir ce que je
c
ROME
k
h
EN BREF
FACEBOOK PERMET DE
CONTRÔLER LE TEMPS
PASSÉ SUR LE RÉSEAU
£ L’entreprise américaine a
annoncé qu’elle allait déployer
de nouveaux outils pour que ses
utilisateurs puissent « mieux
gérer leur temps passé » sur
Facebook et Instagram.
Des statistiques précises sur
leur consommation seront
communiquées, et des options
permettront de limiter les
notifications ou le temps de
consultation. Facebook suit
les pas de Google et d’Apple,
qui ont également lancé
des applications pour limiter
l’addiction aux technologies.
]
Ces phénomèn
es
d’édition surp
dans leur paysrises
son éditeur, Giovanni Carletti,
estime « juste » la
définition
du
Monde des livres
qui le qualifie de
« journal intime érudit ». Faut-il donc impliquer le lecteur et le
prendre par la main pour
qu’un essai sur un sujet sérieux
l’interpelle aujourd’hui ? « En Italie, ce genre connaît un fort engouement, il permet de prendre une pause au milieu de la masse
d’informations, de penser à notre vie
et à nous, en dehors de l’actualité »,
commente l’éditeur, qui ne s’attendait pas à un tel succès. « Ces
ventes sont tombées comme une
avalanche. En Grèce, il a été réimprimé deux fois », s’étonne-t-il.
m
La conception du temps en grec
ancien nous apprend beaucoup
sur nous-mêmes.
LAETITIA MORÉNI £@LaetiMoreni
u
r
[
groupe a ainsi rendu près de
25 milliards à ses actionnaires.
Cette générosité et les bonnes
performances du groupe alimentent la folle ascension de l’action
Apple, à plus de 200 dollars. Le
marché anticipe les distributions
à venir promises par le management du groupe.
La société se rapproche d’un
seuil historique et devrait être la
première entreprise dont la capitalisation boursière franchit le cap
symbolique des 1 000 milliards de
dollars. Valorisé 984 milliards en
séance à Wall Street, Apple est
confortablement installé dans son
fauteuil d’entreprise la plus chère
du monde. Alphabet (la maison
mère de Google) et Amazon suivent… à 100 milliards de dollars
près ! ■
Recommandé
aux étudiants
Bien reçu par les critiques, mais
aussi par le milieu académique, La
Langue géniale est désormais recommandé aux étudiants dans de
prestigieux lycées classiques. Monica Delfabro fait partie de ces professeurs de latin et grec qui ont apprécié le livre. « Je le conseille à mes
élèves. Il permet de regarder le grec
ancien avec un œil nouveau, il donne
une autre perspective. Ce n’est pas
un livre académique, mais l’auteure
le dit dès le départ. C’est très beau de
parler du grec de cette manière, avec
le cœur ; je pense cela motive les étudiants », indique l’enseignante au
lycée classique d’Udine.
À l’heure du changement, il faut
du courage pour dire à 30 ans que
l’on aime l’Antiquité. Andrea Marcolongo rappelle que les mythes ne
sont pas nationalistes tandis que
l’Europe est gagnée par la montée
des populismes. « Regarder uniquement les racines, c’est être myope », observe-t-elle. Et elle recommande de demander à l’arbre mais
aussi aux fruits qu’il a produits s’ils
vont bien. ■
PHILIPPE MATSAS/LEEMAGE
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
Документ
Категория
Журналы и газеты
Просмотров
0
Размер файла
5 909 Кб
Теги
Le Figaro, newspaper
1/--страниц
Пожаловаться на содержимое документа