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Le Figaro - 03 08 2018

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vendredi 3 août 2018 LE FIGARO - N° 23 009 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
RÉCIT
VILLES FANTÔMES
KLOMINO,
LE « PARADIS
PERDU » DES NAZIS
L’ÉTÉ
DU
FIGARO
QUINZE JOURS AU CŒUR
DE LA TEMPÊTE BENALLA
À L’ÉLYSÉE PAGES 4, 5 ET 19
PAGE 18
PIERRES SACRÉES,
PIERRES MAUDITES
Brexit : Theresa May vient
chercher l’appui de la France
LE HOPE,
LE DIAMANT
DE LOUIS XIV
PAGE 14
LES RENCONTRES
INATTENDUES
QUAND
CAMUS ET
BRUCKBERGER
DIALOGUAIENT
SUR DIEU
Empêtrée dans les dissensions internes sur la nature du Brexit et en butte à la fermeté de
Bruxelles, la première ministre britannique rencontre Emmanuel Macron au fort de Brégançon.
PAGE 20
En difficulté sur son front intérieur et face à Bruxelles,
Theresa May cherche l’appui
des grandes capitales européennes pour l’aider à trouver
un accord sur le Brexit. C’est
dans le cadre de cette offensi-
JEUX D’ÉTÉ PAGE 17
CANYONING
Des questions
après l’accident
qui a fait cinq
victimes en Corse
ve diplomatique que la première ministre se rend ce vendredi soir au fort de Brégançon
pour y rencontrer Emmanuel
Macron. Mais une source à
l’Élysée a d’ores et déjà fait savoir que le président français
ne se substituerait pas au
processus mené par Michel
Barnier.
Dans un entretien au Figaro, le
nouveau ministre britannique
des Affaires étrangères, Jeremy
Hunt, avertit sur les risques
d’un Brexit « sans accord », qui
serait une « erreur géostratégique ». Il plaide pour un « partenariat étroit et spécial avec l’Europe », pour une GrandeBretagne qui « reste intégrée
dans l’économie européenne ».
RELIGION
La peine de mort
« inadmissible »
pour le Pape
SOCIAL
Arrêts maladie :
les entreprises
redoutent de devoir
payer une partie
des indemnités
Dans le cadre de la Nuit des étoiles, des centaines de manifestations sont organisées jusqu’à dimanche pour admirer
planètes et constellations. Depuis quinze ans, jamais Mars n’avait été si proche de la Terre, et donc aussi visible.
Une pluie d’étoiles filantes est également attendue, comme chaque année au cours du mois d’août. PAGES 10 ET 11
PAGE 23
CHAMPS
LIBRES
La tribune de
Chantal Delsol
La tribune
d’Anne-Sophie
Letac
PAGE 19
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de jeudi :
La compagnie Air France
peut-elle disparaître ?
NON
13 %
OUI
87 %
TOTAL DE VOTANTS : 47 285
M 00108 - 803 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@i@k@d@k";
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Les entreprises
doivent-elles contribuer
davantage
au financement
des arrêts maladie ?
PHOTO12/ALAMY STOCK PHOTO NICOLAS MESSYASZ / HANS LUCAS
Plus des trois quarts des entreprises françaises inscrites
au CAC 40 ont publié leurs résultats semestriels. Malgré
une hausse de l’euro en début
d’année et les menaces de
guerre commerciale, globalement leurs performances sont
solides. Même si leur publication a été accueillie avec réserve par la Bourse. Seul Carrefour affiche des pertes au
premier semestre 2018. Les
entreprises du luxe dégagent
des résultats exceptionnels.
PAGES 22 ET 23
ÉDITORIAL par Arnaud de La Grange adelagrange@lefigaro.fr
n
n
PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
L
Sortie de route ?
e maître mot de l’affaire était « reprendre le contrôle ». Mais, pour
l’heure, le Brexit donne plutôt l’impression d’une folle course dans laquelle les dirigeants britanniques
ont perdu le contrôle du véhicule. Theresa
May s’agrippe au volant que les « hard brexiters » tentent de tourner d’un côté et les « soft
brexiters », de l’autre. La voiture tressaute
sur les nids-de-poule londoniens et dérape
sur les plaques d’huile bruxelloises. La première ministre est en permanence au bord de
la sortie de route.
C’est pour éviter d’aller dans le mur que Londres lance ces jours-ci une offensive européenne. Le dîner varois avec Emmanuel Macron fait partie de ce plan. Après avoir
longtemps affiché un air détaché, les politiques britanniques ne cachent plus leur désarroi. Et appellent les grands d’Europe à la rescousse. Le journal conservateur Times a
donné le ton en titrant : « La supplique de May
à Macron sur le Brexit ».
L’idée de la manœuvre est claire. Puisque la
Commission reste de marbre face à ses propositions, Theresa May veut la court-circuiter. Séduire les grandes capitales pour qu’el-
les influent sur Bruxelles. Cette campagne
s’appuie sur la dramatisation des enjeux. Le
nouveau chef de la diplomatie britannique
explique ainsi au Figaro combien une séparation houleuse serait une « erreur géostratégique ». Le Royaume y perdrait, mais le continent aussi. Du « perdant-perdant ».
Certes, nous avons avec les Britanniques une
communauté de valeurs, même si nos sensibilités (toujours) et nos intérêts (parfois) divergent. Et l’Europe
n’a aucun intérêt à punir brutalement Londres. Il suffit de voir qui
se réjouirait d’une
brouille : Poutine et
Trump,
dont
on
connaît
l’ardente
europhilie…
Pour autant, la balle est plus dans le camp de
Londres que dans celui de Bruxelles. Fermes
dans leur choix, les Britanniques sont loin
d’avoir résolu leurs contradictions. Il leur
reste à mettre de l’ordre dans leurs idées et
dans leurs rangs. Et à prouver que les démolisseurs de système peuvent aussi être d’efficaces bâtisseurs. Ce n’est pas une évidence. ■
La balle est
aujourd’hui
dans le
camp
de Londres
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
A
Les Français en
quête d’un nouveau
souffle à l’Euro
de Glasgow PAGE 9
LIONEL VADAM /PHOTOPQR/L’EST REPUBLICAIN/MAXPP
PAGE 8
NATATION
è BRÉGANÇON ET LA
POLITIQUE DE LA DÉTENTE
Bon début
d’année
pour les
grandes
entreprises
françaises
Des milliers d’étoiles à contempler
dans le ciel du mois d’août
PAGE 7
è JEREMY HUNT : « NOTRE
CHOIX EST UN PARTENARIAT
ÉTROIT ET SPÉCIAL »
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vendredi 3 août 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Brexit : May vient chercher l’aide de
Alors qu’aucun réel accord n’est en vue, la première ministre britannique cherche à amadouer les chefs
MARINA DARAS £@MarinaDaras
LONDRES
LES NÉGOCIATIONS officielles entre
Bruxelles et Londres doivent reprendre le
13 août, mais si Theresa May décide d’empiéter sur ses vacances en Italie et sa randonnée dans les Alpes suisses, pour passer
du temps sur la Côte d’Azur avec le président français, c’est que le temps presse.
Elle devrait arriver ce vendredi en fin de
journée au fort de Brégançon, la résidence
de vacances officielle du président de la
République, pour une réunion de travail
avec Emmanuel Macron. Le chef de l’État
et la première ministre britannique mettront leurs vacances sur pause le temps
d’un week-end pour tenter de faire avancer des négociations sur le Brexit qui piétinent, alors que Theresa May n’a plus que
quelques mois pour trouver un accord
avec Bruxelles, sans quoi le Royaume-Uni
risque de quitter l’Union européenne sans
véritable plan de sortie.
La perspective d’un « no deal » fait de
plus en plus peur. En visite mardi à Paris,
le nouveau chef de la diplomatie britannique, Jeremy Hunt, a une fois de plus mis
en garde contre une sortie de l’UE sans
accord commercial entre les deux parties.
D’après lui, le coût d’un divorce raté pèsera tout autant sur l’Europe que sur le
Royaume-Uni. Des inquiétudes qu’il a
réitérées mercredi à Vienne, déclarant
que « le risque d’un divorce houleux est
bien réel » lors d’un entretien avec son
homologue autrichienne, Karin Kneissl.
La Commission européenne a, de son
côté, adopté une position très ferme à
l’encontre des propositions que Theresa
May a décrites dans son livre blanc sur le
Brexit, notamment sur les droits de
douane différenciés qui verraient le
Royaume-Uni prélever les droits de
douane à la frontière britannique et les
restituer à l’UE lorsque les biens sont à
destination du marché commun. Une
solution irréalisable, d’après Michel
Barnier, le négociateur pour l’Union
européenne.
“
La Grande-Bretagne doit
accepter l’idée que c’est
à elle de faire les derniers
efforts plutôt que de tenter
de séduire des dirigeants
européens qui ne veulent
pas rompre les rangs
de Chequers (le livre blanc sur le Brexit)
et les convaincre que les conditions sont
réunies pour signer l’accord de retrait.
C’est peine perdue pour l’ancien ambassadeur du Royaume-Uni en France, lord
Ricketts, qui déclarait jeudi qu’il y avait
très peu de chances que Theresa May obtienne quelques concessions de la part du
président français.
« La Grande-Bretagne doit accepter
l’idée que c’est à elle de faire les derniers efforts dans ces négociations plutôt que de
tenter de séduire des dirigeants européens
qui ne veulent pas rompre les rangs », a
déclaré l’ancien ambassadeur. Une source à l’Élysée a d’ailleurs affirmé, jeudi,
qu’Emmanuel Macron n’entendait pas se
substituer au processus mené par Michel
Barnier. Malgré les efforts des Britanniques pour rattraper leur retard et leur
long silence, certains points continuent
de bloquer les négociations, notamment
la question irlandaise et l’implication future de la Cour de justice européenne.
Pour Renaud Thillaye, consultant en affaires européennes pour le cabinet de
conseil Flint Global, les perspectives d’un
« no deal » ont augmenté depuis la démission de Boris Johnson et de David Davis,
qui refusent, comme beaucoup de « hard
brexiters », les propositions de Theresa
May et souhaitent un Brexit plus franc.
« Il est à prévoir qu’une partie des
conservateurs votera contre l’accord que
signera Theresa May, mais il n’est pas du
tout certain que la première ministre per-
tains ne sont pas prêts à accepter ce
genre de chose. Mais nous reconnaissons qu’il y a des compromis à faire,
parce que nous estimons que l’avenir
de la Grande-Bretagne sera meilleur
si elle reste intégrée dans l’économie européenne. Cela démontre
que la volonté du gouvernement
n’est pas de concurrencer le reste
de l’Europe en cherchant à niveler les normes par le bas.
Je pense qu’il y a un choix
géostratégique de première
importance à faire, pas seulement pour la Grande-Bretagne, mais aussi pour l’Europe. Car nous avons fait ce
que nous pensons être un
compromis raisonnable,
qui prend en compte les
inquiétudes qui se sont
exprimées sur l’intégrité
du marché unique [la Commission de Bruxelles estime
que ces quatre libertés forment
un tout et qu’elles sont difficilement
séparables, NDLR]. Mais il faut être
deux pour danser. Et si, au bout du
compte, les 27 membres de l’UE décident qu’ils ne sont pas prêts à aller
dans cette direction, alors nous terminerons par un « no deal par accident »,
car toutes les autres options actuellement sur la table ne fonctionneraient
pas. Ce serait grand dommage. Donc
nous avons fait notre choix géostratégique, qui est de souhaiter un partenariat étroit et spécial avec l’Europe.
Nous espérons que c’est partagé à Paris et ailleurs, car c’est impossible de
séparer l’économique, le politique et
le militaire. Tout cela fonctionne ensemble, et une fissure économique
avec le Royaume-Uni rendra plus
difficile la coopération dans d’autres
domaines.
Mais ce fossé entre l’Europe
continentale et les îles Britanniques,
c’est quand même le Royaume-Uni
qui l’a creusé !
Nous ne pensons pas que la paix et la
prospérité en Europe ont commencé
dans les années 1960 et 1970, mais en
1945, quand nous avons contribué à
construire des passerelles entre des
cultures très différentes, des histoires
très différentes, et nous voulons que
cela se poursuive. Il y a aujourd’hui une
extrême instabilité dans l’ordre mondial. Nous sommes confrontés à une
Russie qui est à la fois opportuniste et
blessée, une combinaison très dangereuse, et nous sommes confrontés à la
perspective de voir la Chine dépasser
l’Amérique en tant que première économie du monde d’ici moins de trente
ans. Nous allons vers un monde multipolaire. C’est, potentiellement, une période très instable. Dans de telles situations, des pays comme la GrandeBretagne et la France ont des valeurs
très semblables. Nous devons nous serrer les coudes. Certes, nous avons des
rivalités historiques, mais cela ressemble plus à la rivalité entre frères d’une
même famille.
”
LORD RICKETTS, ANCIEN AMBASSADEUR
DU ROYAUME-UNI EN FRANCE
Peu importe. La première ministre a
décidé de contourner la Commission et
d’aller droit au but en tentant de
convaincre directement les chefs d’État
européens. D’où cette soudaine tournée
européenne qu’elle a préparée pour ses
ministres, qui ont eux aussi été chargés
de convaincre leurs homologues de l’importance de faire des compromis avant le
sommet européen de Salzbourg, le
20 septembre prochain. Car, comme le
rappelle Jeremy Hunt, « au final, le résultat de ces négociations concernera les
pays européens dont la Commission a obtenu le mandat ». Voilà qui explique son
voyage en Autriche, pays qui assume la
présidence semestrielle européenne en
ce moment même. Quant au nouveau
ministre du Brexit, Dominic Raab, c’est
la ministre française de l’Europe, Nathalie Loiseau, qu’il a rencontrée jeudi.
Les membres du gouvernement britannique espèrent donc pouvoir sensibiliser leurs homologues français au plan
Jeremy Hunt : « Notre
choix est un partenariat
étroit et spécial »
PROPOS RECUEILLIS PAR
Une fissure
économique
rendra plus
difficile la
coopération
dans d’autres
domaines
RENAUD GIRARD
rgirard@lefigaro.fr
JEREMY HUNT a été nommé ministre
des Affaires étrangères et du Commonwealth le 9 juillet 2018. Auparavant, il était ministre de la Santé, poste
qu’il a occupé de 2012 à 2018. Il a voté
pour rester dans l’Union européenne
lors du référendum sur le Brexit. Avant
d’être élu député en 2005, il dirigeait
sa propre entreprise de publications
pédagogiques et avait créé une ONG
pour soutenir les orphelins du sida en
Afrique.
A
Mais seriez-vous prêts
à accepter des règles décidées
par les vingt-sept États membres,
sans participation à la décision
du Royaume-Uni ?
Eh bien, c’est la raison pour laquelle
Boris Johnson a démissionné. Car cer-
DAVID CHESKIN/AFP
LE FIGARO.- L’UE est fondée
sur quatre libertés (de circulation
des biens, des services, des capitaux
et des personnes). Votre pays a voulu
s’en retirer. Mais vous souhaitez quand
même garder la première de ces libertés
et demeurer dans le marché unique,
comme l’indique le livre blanc que
votre gouvernement vient de publier.
Ce n’est pas vouloir le beurre et l’argent
du beurre ?
Jeremy HUNT.- Non. Je crois que nous
comprenons parfaitement qu’en quittant l’Union européenne nous faisons
un choix, et que ce choix implique des
compromis. L’accord que nous avons
proposé en est un bon exemple, car
nous donnons la priorité à la fluidité
d’échange des biens, et ce malgré le
fait que nous sommes le deuxième plus
gros exportateur de services au monde. C’est un choix stratégique. Et la
raison pour laquelle nous agissons ainsi est que nous estimons que l’avenir
de la Grande-Bretagne est de rester
proche économiquement du reste de
l’Europe. Et si nous voulons y parvenir, il ne peut pas y avoir de contrôles
douaniers entre notre pays et le reste
de l’Europe.
»
L’armée britannique et l’armée
française sont les seules en Europe
réellement prêtes à se battre.
Avez-vous pour objectif d’améliorer
les relations militaires entre
la Grande-Bretagne et la France ?
Oui parce que, selon moi, c’est une erreur de penser que des pays comme la
Grande-Bretagne ou la France ne sont
pas capables de façonner leurs propres
choix. Vous voyez parfois des signaux
contradictoires en provenance des
grandes puissances, les États-Unis de
l’Administration Trump, la Chine, la
Russie. C’est pourquoi la Grande-Bre-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 3 août 2018
L'ÉVÉNEMENT
d’État du continent.
dra ce vote, explique Thillaye. Par
ailleurs, une défaite ne signifierait pas forcément un “no deal”. Elle pourrait ouvrir
la voie à une extension des négociations. »
La probabilité de voir le Royaume-Uni
et l’UE trouver un accord et s’entendre
sur un divorce en bon ordre reste donc
envisageable, même si la première ministre s’est lancé un pari dangereux en
court-circuitant les voies officielles des
négociations pour s’adresser directement aux chefs d’État. ■
Brégançon et la politique de la détente
VINCENT-XAVIER MORVAN
£@vincentxaviermo
ENVOYÉ SPÉCIAL À BORMES-LES-MIMOSAS
HELMUT KOHL convié par Mitterrand
en 1985 pour sceller la réconciliation
franco-allemande, Bouteflika par Chirac
en 2004 pour tourner la page des vieilles
querelles, notamment celle des harkis,
ou encore Condoleezza Rice, invitée par
Sarkozy en 2008, pour entériner un plan
de paix entre la Russie et la Géorgie… Si
le fort de Brégançon est avant tout
connu pour être le lieu de villégiature
des chefs d’État français, il a aussi été le
théâtre de rencontres diplomatiques de
haut vol, dans un cadre propice aux
échanges discrets. La visite de Theresa
May s’inscrit dans le droit fil de l’histoire
de cette forteresse médiévale, où sept
présidents se sont succédé depuis que
de Gaulle décida de la transformer en résidence présidentielle. C’était en 1964, à
la suite du seul séjour que le Général y
effectua, le 15 août, pour célébrer l’anniversaire du débarquement en Provence.
Certains de ses successeurs se rendirent avec assiduité dans ce fort, comme
Pompidou ou encore Giscard, tombé
amoureux des lieux. D’autres s’y firent
plus rares, tel Sarkozy qui avait fini par
lui préférer la résidence du cap Nègre de
son épouse Carla Bruni, à quelques kilomètres de là, ou encore Hollande qui n’y
posa ses valises qu’une fois, au lendemain de son élection.
Pourtant, sur la petite plage de Brégançon, premier ministre britannique
ou pas, c’est bien le couple Macron qui
focalise aujourd’hui toute l’attention. Du
haut de ses 10 ans, Victor, tête blonde
venue de Vannes passer comme chaque
année ses vacances au camping de Bormes-les-Mimosas, s’apprête ainsi à
peut-être serrer la main de son deuxième président de la République. « En
2012, à cause de son train en retard, on
avait attendu jusqu’à 22 heures François
Hollande, mais j’en garde un très bon souvenir. Il était resté discuter une heure devant la grille », se souvient le garçon, qui
« aime bien voir si les personnes qui ont
une grande hiérarchie sont gentilles avec
les gens ». De la plage, Victor pointe du
doigt le fort de Brégançon, niché à quelques encablures de là sur une presqu’île.
« Il y a quatre ans, on l’a visité avec mes
parents et on a vu le jeu d’échecs où Napoléon aimait faire des parties », raconte le
garçon avant de retourner plonger dans
les eaux turquoise de la Méditerranée.
Comme Victor, vacanciers et locaux
attendent le président de pied ferme.
Certains, tel Guillaume, venu de Bourgen-Bresse pour la semaine avec femme
et enfants, ne comptent pas déroger à
leurs habitudes. Steeve, de Toulouse, es-
père aussi croiser le président, se promettant de ne pas lui parler du RSI qu’il
paie encore malgré les engagements du
candidat. « Le temps du quinquennat, il
est chez lui, et c’est aussi un être humain,
il a droit à des vacances », avance le père
de famille. « Macron, c’est le grand sujet
de conversation », confirment les pompiers du poste de secours de la plage voisine de Cabasson.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Macron
3
Une tradition relancée
L’un d’eux se souvient de la visite de
Brigitte Macron après l’incendie dévastateur de l’été dernier, dont les flammes
avaient léché la plage. « On avait fait le
goûter avec les gars de la garde, ça avait
été un très bon moment d’échange avec
quelqu’un qui avait fait l’effort de venir
nous remercier », se souvient-il, avant
d’être interrompu par un malade à secourir au restaurant de plage voisin, La
Paillote, à la vue imprenable sur la grille
d’entrée du fort. Robert y assure sa dixneuvième saison comme gérant. Des
présidents, il en a vu défiler. « Il y a eu
Chichi, qui saluait de la main par la fenêtre de sa voiture mais qui ne s’est jamais
arrêté », raconte le patron, en plein coup
de feu. « Et Sarkozy, reprend-il. Je
l’avais invité mais il m’a répondu qu’il
viendrait plus tard. Et il n’a pas menti,
deux ans après, il était en vacances, il a
débarqué un soir à l’improviste avec Carla. Elle était enceinte, ils ont mangé une
pizza, debout au comptoir. On a parlé de
tout pendant une heure, de football et
autre, sauf de politique. Macron, lui aussi
je l’invite, comme tous les présidents. »
Du côté de la mairie, un responsable
assure que la quiétude du chef de l’État
sera respectée pendant son séjour.
« S’ils ont besoin de quelque chose, ils
peuvent faire appel à nous, sinon on les
laisse tranquilles », assure-t-on. « Que
Macron relance la tradition après Hollande qui avait déserté le fort, je ne pense pas
que les Français aient à s’en plaindre »,
assure un pompier, l’œil toujours rivé
sur les baigneurs. ■
Nous devons
veiller à ce que
le Brexit ne crée
pas de frontière
dure entre l’Irlande
et l’Irlande du Nord
et à ce que l’accord
du vendredi saint,
qui a apporté paix
et stabilité en
Irlande du Nord,
soit maintenu
»
MICHEL BARNIER,
LE NÉGOCIATEUR EUROPÉEN
0,75 %
Le nouveau taux
directeur décrété,
jeudi, par la Banque
d’Angleterre
DEVANT LA HAUTE COUR DE JUSTICE
Emmanuel Macron et Theresa May
lors d’une conférence de presse
commune, le 22 mars à Bruxelles.
GEERT VAN DEN WIJNGAERT/AFP
COMMUNIQUE
N. : CR –2018 – 0 03147
TRIBUNAUX COMMERCIAUX ET IMMOBILIERS D’ANGLETERRE ET DU PAYS DE
GALLES
TRIBUNAL DES SOCIETES (CH.D)
tagne et la France devront se tenir côte
à côte et s’accorder sur certaines lignes
rouges. Pourquoi la Russie a-t-elle
franchi une importante ligne rouge en
Crimée, ou encore en tentant d’assassiner deux personnes à Salisbury avec du
Novitchok ? Parce qu’elle pensait que la
famille des pays occidentaux ne serait
pas unie. Donc, il faut que nous nous
serrions les coudes, que ce soit à propos
de la Syrie, de l’Iran, de la Libye. Nous
partageons fondamentalement la même
approche et nous devons faire cause
commune.
Avez-vous une opinion critique
sur la Commission européenne ?
Non. Je crois qu’il est très important
que nous ayons une vue d’ensemble de
la situation européenne, et que nous ne
considérions pas cela comme un simple
débat à propos des institutions. La
Grande-Bretagne est une démocratie
très ancienne, et peut-être que de
Gaulle avait raison quand il disait douter que les Britanniques se sentiraient à
leur place au sein des institutions politiques européennes. Mais cela ne veut
pas dire que nous ne voulons pas être
des Européens.
Mon grand souci actuellement est que
si nous débouchons sur un « no deal
par accident », nous modifierons pour
plusieurs générations l’attitude des
gens à l’égard de l’Europe. En interprétant de façon erronée ce qu’ils ont
voulu dire en votant de la façon dont
ils ont voté, ou en faisant comme si
c’était un vote contre l’Europe, nous
risquerions véritablement de dresser
les gens contre l’Europe. Ce n’est pas
notre désir et je crois que nous devons
reconnaître que l’une des plus grandes
réussites de l’ordre d’après-guerre est
le consensus qui a été conclu à propos
du libre-échange, de l’intégrité terri-
Certes,
nous avons
des rivalités
historiques,
mais cela
ressemble plus
à la rivalité
entre frères
d’une même
famille
»
toriale, de la promotion des valeurs
démocratiques. Seuls les gens qui ne
partagent pas ces valeurs se réjouiraient si la Grande-Bretagne quittait
l’UE à la suite d’un divorce terriblement désordonné et acrimonieux.
Pourriez-vous expliquer ce que vous
souhaiteriez pour l’Irlande du Nord ?
La première chose à dire, c’est
qu’aucun pays européen n’a plus souffert du terrorisme que le Royaume-Uni.
C’est pourquoi nous n’avons pas besoin
que l’on nous rappelle les risques que
nous courrions si les choses se passaient
mal. Nous ne ferons jamais rien qui
porte atteinte à l’accord du Vendredi
saint et au processus de paix. Ces questions seront toujours en tête des priorités de tout premier ministre britannique. Si vous parliez avec Theresa
May, je pense qu’elle dirait que si elle a
conclu ce compromis sur la réglementation des marchandises, c’est en partie
à cause de l’Irlande du Nord - pour
Diriez-vous que votre gouvernement
est fort ou qu’il est faible ?
Je pense que nous sommes plus solides
qu’il n’y paraît, parce qu’il existe désormais un consensus très fort au sein
du gouvernement. Tout le monde s’accorde pour dire que nous avons trouvé
une solution qui peut marcher à la fois
pour la Grande-Bretagne et pour l’UE,
qui respecte les lignes rouges de l’Union
européenne et qui honore le référendum. Mais je pense aussi que nous devons être réalistes. Quand quelque chose d’aussi important que le Brexit
arrive, iI est inévitable qu’il y ait quelques turbulences. Vous avez eu ce genre de débat en France à propos du traité
de Maastricht puis en 2005. Mais ce qui
se passe avec Theresa May, c’est qu’elle
est extrêmement résiliente et extrêmement déterminée. S’il y a quelqu’un capable de tenir la barre dans des circonstances aussi difficiles, c’est elle.
Ne regrettez-vous pas que
la Grande-Bretagne, influencée peutêtre par l’exemple français, ait adopté
cet instrument politique étrange
que l’on appelle un référendum ?
Je pourrais aussi bien vous demander si
vous regrettez de l’avoir exporté ! Mais
je pense que la question ne concerne
pas l’instrument. Je pense que dans
n’importe quelle démocratie, fondamentalement, la question principale est
celle du consentement entre ceux qui
gouvernent et ceux qui sont gouvernés.
Et ce que ce référendum a révélé, c’est
que la classe dirigeante britannique
avait perdu le contact avec le peuple,
notamment sur la question de l’immigration. Au lieu d’expliquer franchement les avantages et les inconvénients
de l’immigration, nous nous sommes
contentés de dire que nous étions d’accord avec ce que pensaient les gens,
mais que nous ne pouvions rien faire,
que c’était à cause de l’UE. Donc je pense que la leçon à tirer est de faire en sorte de ne jamais perdre le contact avec
vos électeurs. ■
CONCERNANT HCC INTERNATIONAL INSURANCE COMPANY PLC
CONCERNANT TOKIO MARINE KILN INSURANCE LIMITED
CONCERNANT TOKIO MARINE EUROPE SA
CONCERNANT LE FINANCIAL SERVICES AND MARKETS ACT 2000 (LOI DU
ROYAUME UNI SUR LES SERVICES ET MARCHES FINANCIERS)
AVIS EST DONNE PAR LA PRESENTE que le 13 juillet 2018, HCC International Insurance
Company Plc (« HCCI ») et Tokio Marine Kiln Insurance Limited (« TMKI ») se sont présentées devant la
Haute cour de justice aux motifs :
1. d’une Ordonnance rendue en vertu de la Partie VII du Financial Services and Markets Act 2000 (loi du
Royaume Uni sur les services et marchés inanciers) (la « Loi ») sanctionnant un projet (le « Projet »)
prévoyant le transfert à Tokio Marine Europe SA (« TME ») des activités des succursales de l’EEE de HCCI
et des activités des succursales de l’EEE de TMKI ; et
2. d’une Ordonnance prévoyant des dispositions annexes relatives à la mise en œuvre du Projet en vertu
de la Section 112 de la Loi.
Les activités à transférer comprennent les contrats d’assurance et de réassurance en vertu desquelles
HCCI est l’assureur ou le réassureur via ses succursales situées en France, en Allemagne, en Irlande,
en Italie, en Norvège et en Espagne, et en vertu desquelles TMKI est l’assureur ou le réassureur via ses
succursales situées en Belgique, en France, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas et en Espagne.
Le transfert proposé entraînera l’exécution par TME de toutes les activités d’assurance et de réassurance
exécutées par HCCI et TMKI, mentionnées ci-dessus. Le transfert proposé assurera la continuité par TME
ou vis-à-vis de cette dernière de toutes les procédures légales engagées par ou contre HCCI ou TMKI et qui
relèvent des droits et obligations en vertu des activités transférées. Toutes les demandes traitées avant le
transfert pour le compte de HCCI ou de TMKI seront, à la suite du transfert, gérées pour le compte de TME
; toutes les demandes postérieures au transfert seront traitées pour le compte de TME.
La requête doit être adressée pour être entendue devant le Juge du Tribunal des sociétés, Companies
Court Judge, 7 Rolls Buildings, Royal Courts of Justice, Fetter Lane, London, EC4A 1NL le 16 novembre
2018 et toute personne (y compris le personnel salarié chargé de l’exécution des activités de HCCI, de
TMKI ou de TME) invoquant pour elle-même des conséquences défavorables résultant de la mise en œuvre
du Projet est en droit de s’y opposer (par l’envoi de ses représentations écrites à l’avocat nommé ci-après
et/ou au Tribunal, ou par des représentations orales transmises aux avocats nommés ci-après), ou peut
comparaître au moment de cette audience en personne ou par l’intermédiaire d’un Conseil. Il est demandé
(sans que cela ne constitue une obligation) à toute personne ayant l’intention de s’opposer oralement ou par
écrit ou de comparaître de notiier ses objections et les raisons qui les motivent dans les plus brefs délais,
de préférence avant le 14 novembre 2018, à Hogan Lovells International LLP (les avocats agissant pour
HCCI et TMKI), Atlantic House, Holborn Viaduct, London, EC1A 2FG, en indiquant la référence C4/NC/TJG.
Des exemplaires d’un rapport sur les termes du projet préparé en vertu de la Section 109 de la Loi (le «
Rapport de l’expert indépendant ») ainsi qu’une déclaration exposant les termes du Projet et contenant
un résumé du Rapport de l’expert indépendant sont disponibles sur :
http://www.tokiomarinekiln.com/about-us/brexit/
ou
https://www.tmhcc.com/en/about-us/brexit
et seront mises à dispositions gratuitement par les avocats nommés ci-après.
Hogan Lovells International LLP
Atlantic House, Holborn Viaduct, London EC1A 2FG
Téléphone : +44(0) 20 7296 2000 ; Fax : +44(0) 20 7296 2001
Réf : C4/NC/TJG
Les avocats de HCC International Insurance Company Plc et Tokio Marine Kiln Insurance Limited
3 août 2018
A
s’assurer qu’on évite une frontière
« dure ». C’est la bonne décision à
prendre pour la paix en Irlande du Nord
et l’intégrité du Royaume-Uni, même
si cela va compliquer les négociations
d’accords commerciaux indépendants
avec d’autres pays.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 3 août 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Affaire Benalla : dans le secret
de la « war room » de l’Élysée
Débordé par l’ampleur du scandale, Emmanuel Macron s’est appuyé sur ses proches de la première heure.
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
EXÉCUTIF Ce n’est jamais très bon signe quand ça commence par un raté.
Un petit raté de rien du tout mais qui va
donner le ton de quinze jours en enfer
pour l’Élysée. Le garde du corps d’Emmanuel Macron vient d’être identifié
par le journal Le Monde sur une vidéo
de violences commises lors des manifestations du 1er Mai. Le scandale qui
s’annonce est potentiellement dévastateur pour le chef de l’État. À tel point
que l’Élysée décide de répondre comme il ne l’a encore jamais fait depuis un
an : en envoyant au front le porte-parole de la présidence de la République,
Bruno Roger-Petit, pour une intervention en direct.
Il faut éteindre le départ d’incendie,
fournir des images aux chaînes d’information en continu qui tournent en
boucle sur l’affaire depuis le matin. Le
message délivré et son objectif sont
simples : l’Élysée était au courant,
Alexandre Benalla a été sanctionné, fin
de l’histoire. Pas de questions, les journalistes n’ont pas été autorisés à entrer
dans la salle pour en poser au porteparole.
Dans cette pièce qui sert d’ordinaire
aux comptes rendus du Conseil des ministres, Bruno Roger-Petit s’installe
derrière le pupitre et commence à lire
son communiqué. À l’intérieur du Palais, les collaborateurs du président
sont tous devant la télé. Lorsqu’on les
informe que l’intervention a démarré,
ils s’inquiètent un peu, il n’y a rien à
l’écran. Moment de flottement. Dans la
salle, pendant que le porte-parole
continue à lire son communiqué, un
conseiller s’alarme aussi en remarquant un câble qui pendouille : « Pourquoi c’est pas branché, ça ?! » Un technicien a oublié d’activer la connexion
qui permet d’assurer le direct. La déclaration de Bruno Roger-Petit sera finalement bien diffusée, mais en retard.
Le point de départ de trois jours d’improvisation dans l’urgence qui vont
voir Emmanuel Macron malmené
comme jamais depuis son élection, attaqué de toutes parts, droite, gauche,
extrême droite et extrême gauche rassemblées dans une même offensive
contre lui.
A
Dans les couloirs de
l’Assemblée, les ministres
du gouvernement rasent
les murs, traqués par
les députés de l’opposition.
C’est la panique dans
la macronie
Face à l’avalanche de révélations et
de rumeurs qui circulent sur Alexandre
Benalla, l’Élysée entre en mode gestion
de crise et s’efforce tant bien que mal
de s’organiser. Le service de presse se
transforme en une sorte de gigantesque
« call center ». Le brouhaha y est continu. Il faut contenir le flux ininterrompu
d’appels de la presse. Les demandes
sont traitées dans un ordre précis.
D’abord, répondre aux chaînes d’information en continu. Ce sont elles qui
font vivre le feuilleton en direct. Ensuite, traiter les matinales radio. C’est là
que se donne le ton de la journée. Enfin, s’occuper de la presse écrite. C’est
sur le papier que se fixe le récit.
Trois jours durant, l’affaire Benalla
va de rebondissement en rebondissement. Le vrai se mêle au faux et les rumeurs tutoient le vraisemblable. Le
salaire de 10 000 euros. La voiture de
fonction équipée toutes options police.
Le permis de port d’arme. Le logement
de fonction de 300 mètres carrés au
quai Branly. La proximité avec le chef
de l’État. La police parallèle. L’habilitation secret-défense. Le badge d’accès à l’Hémicycle. Les clés de la maison du Touquet. Le grade de lieutenant-colonel… L’Élysée joue en défense. En quatre jours, quatre démentis
officiels partiront du Palais. Du jamaisvu. « On ne va pas se mentir, on a encaissé tous les buts, soupire un
conseiller d’Emmanuel Macron. Non
seulement il y a eu du retard à l’allumage
En se reformant à l’occasion de l’affaire Benalla, l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, installée dans le bureau d’Ismaël Emelien au deuxième étage de l’Élysée, a retrouvé
les réflexes de gestion de crise qu’elle avait acquis durant l’élection présidentielle, ainsi que les nuits sans sommeil. JEAN-PAUL PELISSIER/REUTERS
mais, en plus, quand on a allumé, on
s’est rendu compte que nous ne disposions pas d’un véritable dispositif de crise. Nous n’avions pas de relais efficaces
dans ce genre de situation avec les ministères ou le Parlement. »
En écho au chaos médiatique, les oppositions au chef de l’État ont décidé
de mettre l’Assemblée nationale à feu
et à sang. L’épicentre de la crise se
trouve au cœur de l’Hémicycle où les
députés sont censés examiner la réforme constitutionnelle. L’opposition
multiplie les rappels au règlement à
l’infini. Dans les couloirs de l’Assemblée, les ministres du gouvernement
rasent les murs, traqués par les députés
de l’opposition. C’est la panique dans
la macronie.
Elle est d’autant plus forte que rien
ne filtre de l’Élysée. Le chef de l’État ne
veut pas abîmer la parole présidentielle
en la mêlant au vacarme du scandale. Il
se tait, mais, sans leur chef, les troupes
sont perdues. Emmanuel Macron et ses
proches campent sur la version du premier jour : Alexandre Benalla a été
sanctionné, il n’y a pas d’affaire Benalla. L’opposition hurle l’inverse. « Watergate français », dénonce Jean-Luc
Mélenchon. « Dérive autoritaire du
pouvoir », s’alarme Christian Jacob.
« Présidence du mensonge », s’insurge
Olivier Faure. Et en chœur, tous évoquent un « scandale d’État ».
Le dimanche 22 juillet, au quatrième
jour d’une crise qui semble ne pas avoir
encore atteint son pic d’intensité, Emmanuel Macron comprend que l’affaire
Benalla est désormais hors de contrôle.
Le licenciement de son garde du corps
ne suffira pas. S’il ne reprend pas la
main très vite, les dégâts risquent
d’être considérables. Il faut former la
« tortue romaine », se remettre en
mode commando, celui qui a accompagné Emmanuel Macron dans sa conquête du pouvoir.
Dans son bureau de l’Élysée, le président de la République convoque ses
plus proches conseillers, ceux de la
première heure, le cœur du réacteur de
la macronie : Ismaël Emelien, Sibeth
N’Diaye, Sylvain Fort et Stéphane Séjourné. Le conseiller spécial, la conseillère communication, le conseiller
discours et le conseiller politique. Ils
sont accompagnés d’Alexis Kohler, se-
crétaire général et tour de contrôle de
l’Élysée. Le porte-parole, Bruno Roger-Petit, n’est pas convié, il n’a jamais
fait partie du sérail et s’attire les critiques des proches de la première heure.
Face à la crise, c’est le noyau dur de
l’équipe de campagne qui se reforme.
Depuis que ces cinq-là sont entrés à
l’Élysée, leur énergie collective et leur
force de frappe se sont diluées dans la
gestion quotidienne du pouvoir.
« Vous allez mettre en place une vraie
procédure de crise. Je veux que vous
constituiez une “war room” », leur demande le président de la République.
La cellule de crise s’installe dans le bureau d’Ismaël Emelien, au deuxième
étage de la présidence de la République.
Ils créent une boucle Telegram qu’ils
baptisent « war room », mais le chef de
l’État n’en fait pas partie. Impossible.
Trop de messages circulent. Seules les
informations essentielles lui sont communiquées via une autre messagerie.
Une seconde boucle est mise en place
pour être en contact permanent avec le
service de presse. La riposte s’organise.
En se reformant, l’équipe de campagne
retrouve les réflexes de gestion de crise
qu’elle avait acquis durant l’élection
présidentielle. C’est aussi le retour des
nuits sans sommeil.
Il faut rassembler
les informations, démonter
les rumeurs, élaborer
des argumentaires
sur chacune des attaques
encaissées
Première étape : prendre la mesure
réelle de la menace. Comme dans le
monde de la finance avant une grosse
opération de rachat ou de fusion,
l’équipe procède aux « due diligences ». Dans la banque d’affaires, ce mécanisme vise à permettre aux entreprises en négociations de se faire connaître leurs petits secrets respectifs afin
que personne ne découvre de cadavre
dans les placards à l’issue de l’opération. La « war room » de l’Élysée passe
le profil d’Alexandre Benalla au scanner : ce qui est sorti, ce qui peut sortir,
ce qui peut relancer l’affaire. Il faut
rassembler les informations, démonter
les rumeurs, élaborer des argumentaires sur chacune des attaques encaissées. Objectif : nettoyer les « fake
news » sur Alexandre Benalla.
Deuxième étape : planifier la riposte.
Les membres de la macronie qui s’expriment publiquement sur l’affaire sont
briefés. Convoqués par la commission
d’enquête du Sénat, Alexis Kohler et
Patrick Strzoda, le directeur de cabinet, sont pris en charge par la cellule de
crise. Le périmètre de leurs interventions est délimité avec autorisation, si
cela s’avère nécessaire, d’aller au-delà
de ce qu’impliquerait normalement le
principe de séparation des pouvoirs.
Dans le même temps, les prises de parole des troupes macronistes sont coordonnées. Après cinq jours de silence ou
presque, il faut désormais occuper chaque jour le terrain.
C’est là que se décide l’intervention
du président de la République devant la
majorité lors du pot de fin de session à
la Maison de l’Amérique latine. Le discours est conçu comme le point de départ du retour d’Emmanuel Macron et
de ses troupes dans le jeu. C’est là aussi
que l’intervention dans l’Hémicycle du
premier ministre, Édouard Philippe,
est calibrée. La « war room » est à la
manœuvre et s’occupe de tout, y compris d’annuler le déplacement du président de la République sur le Tour de
France. Pour la première fois depuis le
début de son quinquennat, le maître
des horloges accepte de bousculer son
agenda. Il tentera tout de même quelques bains de foule dans les HautesPyrénées pour se rassurer et prendre de
la distance avec l’affaire.
Mais la tentative de reprise en main
de la crise par l’Élysée n’empêche pas
les fausses notes. Un jour, c’est Christophe Castaner qui explique qu’Alexandre
Benalla était dans le bus des Bleus pour
s’occuper des bagages. Le lendemain,
c’est Mimi Marchand qui est aperçue
par les journalistes du Monde alors
qu’ils
réalisent
une
interview
d’Alexandre Benalla. La papesse de la
presse people qui gère l’image du couple Macron se justifie en assurant
qu’elle ne faisait que passer récupérer
les clés d’une maison de vacances. Plus
tard encore, c’est Alexandre Benalla
qui tente de récupérer sa voiture de
fonction à la fourrière. Elle avait été
embarquée pendant son audition par le
juge au Palais de justice, avant sa garde
à vue. L’Élysée n’avait pas été prévenu.
La farce le dispute au grotesque, mais,
tant bien que mal, la sortie de la phase
aiguë de la crise se profile.
La « war room » est à
la manœuvre et s’occupe
de tout, y compris d’annuler
le déplacement du
président de la République
sur le Tour de France
Poursuivi par l’affaire en Espagne
puis au Portugal où il effectue un déplacement de deux jours, Emmanuel
Macron est encore régulièrement interpellé sur le sujet. Il lui reste une étape à franchir : les deux motions de censure déposées contre son gouvernement par la droite et la gauche à
l’Assemblée nationale. Pour répondre,
Édouard Philippe choisit le terrain politique. « Vos motions de censure ne sont
rien d’autre que des motions de blocage », lance-t-il en dénonçant l’« instrumentalisation politique » qui vise à
« atteindre le président de la République », mais aussi « ralentir le rythme des
réformes ». « Nous ne ralentirons pas,
nous ne lâcherons rien » sur les réformes, prévient le premier ministre. Sans
surprise, les motions échouent. Les vacances parlementaires se profilent et,
avec elles, l’entrée de l’affaire Benalla
dans une phase sans doute moins virulente sur le plan politique et médiatique mais tout aussi complexe : l’enquête judiciaire.
« L’histoire n’est pas terminée, reconnaît un conseiller du chef de l’État. De
notre point de vue, cette affaire était
exagérée, mais nous ne sous-estimons
pas le fait que cela puisse laisser des traces. Il faut être très attentif à l’effet
“poison lent” de ce genre de crise. À un
moment, il faudra que le président revienne dessus, en action ou en parole. »
Pour l’heure, Emmanuel Macron n’a
pas encore tranché sur la forme d’une
intervention éventuelle. ■
+
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 3 août 2018
POLITIQUE
Commission
d’enquête :
beaucoup
de bruit pour
pas grand-chose
Plusieurs enquêtes
judiciaires en cours
Créée au lendemain des révélations
de l’affaire Benalla, la commission
de l’Assemblée ne publiera pas de rapport.
PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
AFFAIRE « C’est la montagne qui a accouché d’une souris », se désole un député des Républicains. Après deux semaines houleuses, la commission des lois de
l’Assemblée nationale, transformée en
commission d’enquête sur l’affaire
Benalla, se réunissait une dernière fois
mercredi soir. À la sortie, un même sentiment d’« échec » et de « frustration »
habitait les élus. Censée faire « la lumière » sur l’affaire Benalla, la commission
n’aura même pas abouti sur un rapport.
Seul un compte rendu de près de 400 pages vient d’être publié sur le site de l’Assemblée pour retranscrire les différentes
auditions.
« Je n’aurais jamais signé mon nom sur
un rapport d’une commission d’enquête
bafouée et étouffée par l’Élysée », cingle le
député LR et corapporteur Guillaume
Larrivé. Mercredi soir, il avait d’ailleurs
abandonné sa place à côté de la présidente de la commission, la macroniste
Yaël Braun-Pivet, pour regagner les sièges de son groupe. « Compte tenu de la situation et des postures de l’opposition,
nous étions dans l’incapacité de tirer la
moindre conclusion », justifie l’élue de
LaREM.
Un revers, donc, « piloté » par l’Élysée,
selon l’opposition. « C’était l’histoire d’un
échec annoncé, raille le député Nouvelle
Gauche (PS), Luc Carvounas. La commis-
sion était totalement verrouillée par l’Élysée. Toutes les demandes d’auditions de
l’opposition ont été rejetées », regrette le
socialiste. Le député LR Sébastien
Huyghe se voulait pourtant optimiste :
« J’avais cru qu’ils étaient de bonne foi en
acceptant la commission d’enquête. Qu’ils
faisaient contre mauvaise fortune bon
cœur. Mais ils n’ont pas cessé de nous
adresser des fins de non-recevoir. Je n’ai
pas souvenir d’avoir vu une présidente de
commission d’enquête autant aux ordres », assure l’élu des Républicains,
quatre mandats de député au compteur.
“
Je n’ai pas souvenir
d’avoir vu une présidente
de commission d’enquête
autant aux ordres
SÉBASTIEN HUYGHE, DÉPUTÉ LR
”
Même si elle assure n’avoir « aucun
regret » sur la façon dont elle a mené sa
commission, Yaël Braun-Pivet reconnaît des « dysfonctionnements » et propose de « revoir l’organisation » des enquêtes parlementaires. « La temporalité
est à repenser. Il n’est par exemple pas
bénéfique de travailler à chaud sur un sujet comme nous venons de le faire avec
l’affaire Benalla », avance-t-elle. La présidente de la commission d’enquête souhaite par ailleurs réduire le nombre de
députés en séance en le limitant unique-
5
Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, lors de son audition sur l’affaire Benalla par
la commission des lois de l’Assemblée nationale, le 23 juillet. J.-C. MARMARA/LE FIGARO
ment à ceux membres de la commission.
Braun-Pivet se dit aussi « favorable » à
des séances à « huis clos ». Une façon, selon elle, d’éviter que des députés « ne
viennent uniquement pour la télévision ».
« Leur principal objectif n’est pas la recherche de la vérité, mais l’exposition médiatique. À l’image de Nicolas DupontAignan, qui se permet de faire un coup en
quittant une séance en plein milieu, alors
qu’il n’est même pas membre de la commission des Lois », critique-t-elle.
Au Palais Bourbon, nombreux dans
l’opposition jalousaient l’autre commission d’enquête qui siégeait en même
temps au Sénat. « Les sénateurs sont to-
talement libres, car leur commission est
présidée par l’opposition, à savoir le sénateur LR Philippe Bas, certifie le corapporteur Guillaume Larrivé. Il a pu auditionner qui il souhaitait. J’aurais présidé la
commission d’enquête de l’Assemblée,
j’aurais fait exactement la même chose
que lui. » « Une commission d’enquête ne
doit pas être le lieu d’un combat politique,
mais un combat pour la vérité. Nous nous
sommes efforcés de respecter cela », résume le sénateur socialiste Jean-Pierre
Sueur, rapporteur de la commission
d’enquête. « Chacun a pu s’exprimer
dans le respect. Le Sénat a été à la hauteur. Nous avons prouvé qu’il avait encore
Parallèlement aux investigations
parlementaires et aux procédures
administratives, plusieurs enquêtes
judiciaires ont été lancées depuis
le début de l’affaire. Alexandre Benalla
a été mis en examen pour « violences
en réunion n’ayant pas entraîné
d’incapacité totale de travail »,
« immixtion dans l’exercice d’une
fonction publique en accomplissant
des actes réservés à l’autorité
publique », « port et complicité de port
prohibé et sans droit d’insignes
réglementés par l’autorité publique »,
« recel de détournement d’images
issues de la vidéoprotection » et
« recel de violation du secret
professionnel ». Son acolyte Vincent
Crase, à ses côtés le 1er mai, est quant
à lui poursuivi pour « violences en
réunion », « immixtion dans l’exercice
d’une fonction publique » et « port
prohibé d’arme ». Trois policiers haut
gradés, Laurent Simonin, Maxence
Creusat et Jean-Yves Hunault, ont été
mis en examen pour « détournement
d’images issues d’une
vidéoprotection » et « violation
du secret professionnel ». Le premier
cité est également poursuivi pour
« complicité de port illégal d’insigne ».
Deux autres enquêtes ont par ailleurs
été ouvertes ces derniers jours. La
première vise à faire la lumière sur une
altercation qui aurait impliqué
Alexandre Benalla, Vincent Crase et le
major de police Philippe Mizerski au
Jardin des Plantes, trois heures avant
les événements de la place de la
Contrescarpe. La seconde s’intéresse
au couple molesté le 1er mai,
soupçonné d’avoir commis des
violences à l’encontre des forces
A. B.
de l’ordre.
toute sa place, alors que certains souhaitent le supprimer. On a plus fait progresser le bicamérisme en quinze jours qu’on
l’a fait en dix ans », sourit son collègue
Patrick Kanner.
La commission d’enquête du Sénat a
cependant pris un coup d’arrêt. Trêve
estivale oblige, les travaux ne reprendront qu’en septembre, pour une
conclusion qui ne devrait pas survenir
avant l’automne, voire la fin de l’année.
Au risque donc de ne plus être en phase
avec l’actualité. « Notre rapport pointera
du doigt les dysfonctionnements de l’affaire. Les journalistes s’y intéresseront »,
veut-on croire depuis le Sénat. ■
Les Républicains pointent la gêne des ténors « Macron-compatibles »
droite qui auraient aimé être au gouvernement ont été particulièrement gênés aux
entournures », appuie Geoffroy Didier. Et
de lâcher une formule ironique : « Les
ouvriers de la 25e heure ne sont pas montés
au créneau et n’ont pas cherché à protéger
Macron. »
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
ILS SAVOURENT leur revanche, Les Républicains. Au siège de la rue de Vaugirard, on veut croire que l’affaire Benalla
aura démontré la solidité du parti. « La
dimension collective a été très bonne », se
félicite le député Guillaume Larrivé, qui
estime que « le groupe à l’Assemblée nationale, le Sénat et le parti ont été bien articulés » pour mener l’offensive. « Ça a
été une bonne séquence. Dès lors que l’on
chasse en meute, on démontre notre force », insiste celui qui fut corapporteur de
la commission d’enquête au Palais Bourbon avant de claquer la porte.
Surtout, en plus de se rassurer sur leur
dispositif, les Républicains pensent que
ce tournant du quinquennat signe « la fin
de la concurrence déloyale », dixit le député européen Geoffroy Didier. « Cette
affaire a confirmé le diagnostic de la droite
sur le macronisme, c’est la fin d’une publicité trompeuse », ajoute le secrétaire général délégué des Républicains. Exit,
donc, les tiraillements internes au sein
“
Les plus ridicules,
ce sont ceux qui ont vanté
le macronisme
”
ÉRIC CIOTTI, DÉPUTÉ LR DES ALPES-MARTIMES
Laurent Wauquiez et Alain Juppé, en juin 2016 à Blavozy.
du parti entre les partisans de la ligne
dure de Laurent Wauquiez et les « Macron-compatibles » ? « Les plus ridicules,
ce sont ceux qui ont vanté le macronisme », s’amuse le député Éric Ciotti, qui
ne se prive pas de pointer du doigt ses
THIERRY ZOCCOLAN/AFP
meilleurs ennemis : « Peut-être que
MM. Raffarin et Estrosi sont en vacances… » Il est vrai que, pour certains ténors bienveillants avec le chef de l’État,
le silence a été une règle d’or. « Les ministres de droite ou les responsables de
Même retenue des rivaux de Laurent
Wauquiez. Pas un mot d’Alain Juppé. Xavier Bertrand ne s’était pas exprimé
avant une longue interview parue ce jeudi dans Le Point. « Même ceux qui ont voté
Emmanuel Macron à la présidentielle sont
profondément déçus », concède le président de la région des Hauts-de-France.
« Le président de la République a trahi une
de ses promesses les plus fortes : celle du
changement de la pratique politique », ditil. Valérie Pécresse s’est contentée de
deux tweets, au début de l’affaire pour
demander à l’Élysée de « s’expliquer devant les Français ». Christian Estrosi a
simplement publié un tweet le 22 juillet
demandant que « la clarté [soit] faite »,
axant ensuite sa communication sur sa
seule ville de Nice. « Tous les grands leaders de la droite sont en vacances et veulent
prendre de la hauteur », nuance un cadre
du parti pour justifier le peu d’allant de
ces ténors à s’exprimer sur l’affaire.
À l’inverse, les proches de Laurent
Wauquiez défendent la stratégie du président des Républicains, qui a vigoureusement attaqué le chef de l’État dès le
début de l’affaire avant de s’effacer, tout
en restant en contact avec ses troupes au
Parlement. « Tous ceux qui lui reprochaient de s’en prendre indûment à la majorité ont découvert un leader responsable
qui n’a pas été dans l’excès ni dans l’agitation. Il ne s’est pas abîmé », argue Geoffroy Didier. ■
COMMUNIQUÉ
01.49.04.01.85 - annonces@osp.fr
S’il souhaite obtenir le concours
de la droite sénatoriale à la réforme
des institutions, Emmanuel Macron
devra faire quelques concessions.
Face à lui, le patron du groupe LR au
Palais du Luxembourg, Bruno Retailleau,
a posé plusieurs conditions au soutien
de ses troupes. Sans cela, la réunion
d’une majorité de trois cinquièmes
des voix du Parlement nécessaire à
l’adoption du texte semble compromise.
Comme ils le martelaient depuis déjà
plusieurs semaines, les sénateurs LR
souhaitent que la révision
constitutionnelle n’affaiblisse pas
le Parlement. « Nous ne voulons pas
voter une réforme à contresens
de l’histoire », prévient leur président.
Bien qu’il soit en faveur d’une baisse
du nombre de parlementaires, Bruno
Retailleau réclame également « une plus
juste représentativité » de l’institution.
« Ce n’est pas la loi du nombre qui
doit gouverner », fustige-t-il.
À ces contreparties « cumulatives »,
les sénateurs LR en ont récemment
ajouté deux autres. Premièrement,
que le gouvernement abandonne
le renouvellement intégral du Sénat
en 2021. Ensuite, que le chef de l’État
renonce à son projet de répondre
devant le Congrès, annoncé le mois
dernier à Versailles. « On change
de régime, dénonce le chef de file
du groupe LR. On enclenche un
processus qui rend le président
responsable devant le Parlement
et efface le rôle du premier ministre. »
L’ultimatum est lancé.
M. D.
Avis de convocation du suspect à l’interrogatoire
Le Parquet général de la République du Kazakhstan, en vertu de l’alinéa 3 de l’article 205 du Code
de procédure pénale de la République du Kazakhstan (ci-après CPP RK), publie le présent avis de
convocation à l’attention du suspect Mukhtar Kabulovich Ablyazov, né le 16 mai 1963, se retrouvant actuellement hors du territoire de la République du Kazakhstan et ne comparant pas devant les
autorités de poursuites.
Par la présente, Monsieur Ablyazov est informé qu’il lui est nécessaire de se rendre avant 15h00 le
16 août 2018, au Parquet général de la République du Kazakhstan sis à République du Kazakhstan,
ville d’Astana, 14, avenue Mangilik el, au bureau du chef du groupe d’enquête, substitut du Procureur général de la République du Kazakhstan Ermukhanbetuly Bekzhan, pour l’accomplissement des
actes de l’enquête.
En vertu de l’article 68 du Code de procédure pénale de la République du Kazakhstan, il est précisé
que le suspect a le droit d’être assisté d’un avocat de son choix ou d’un avocat commis d’oice.
Si un avocat n’est pas désigné par le suspect ou par ses représentants légaux, ainsi, qu’à la demande
de ses derniers, par d’autres personnes, l’assistance d’un avocat sera assurée par l’autorité en charge
de l’instruction (article 67 du CPP RK).
S’il existe des causes empêchant la comparution du suspect conformément à la présente convocation
à l’heure désignée, ainsi que si le suspect souhaite demander l’assistance d’un avocat commis d’oice
(i.e. commis par le procureur ou par une personne en charge de l’enquête préliminaire), le suspect ou
ses représentants légaux sont tenus à en notiier à l’avance l’autorité en charge de l’instruction.
A
Révision constitutionnelle : LR durcit ses conditions
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 3 août 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Donald Trump
réclame la fin
de l’enquête
russe
miers recrutés par Mueller et soupçonnés par le camp présidentiel d’être de
mèche avec l’opposition démocrate.
Sitôt ces propos diffusés, les « pompiers » de l’Administration Trump sont
entrés en action : Jay Sekulow et Rudy
Giuliani, avocats de la Maison-Blanche
spécifiquement recrutés pour étouffer
ce genre d’incendie et prêcher la bonne
parole auprès du seul interlocuteur qui
vaille en vue des midterms : l’opinion
publique. Un de ces pitbulls médiatiques, l’ex-maire républicain de New
York Rudy Giuliani, a cru bon d’expliquer que les tweets de Trump n’avaient
« pas valeur d’ordre » mais étaient de
simple « incitations ». Il se retrouve en
totale contradiction avec la pratique
Le président a demandé à son ministre de
la Justice de limoger le procureur Mueller.
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
NEW YORK
ÉTATS-UNIS La Pennsylvanie rurale et
ses cohortes de supporters fidèles, pour
oublier Washington et ses tourments.
Depuis plusieurs semaines, les collaborateurs du président Donald Trump
veillent à lui concocter un emploi du
temps aussi fourni que possible, pour
éviter les divagations et les bourdes irrattrapables. Officiellement, il n’est
question que du coup de pouce attendu
par les élus républicains en campagne
pour les élections de mi-mandat (midterms), le 6 novembre prochain.
Mardi, le chef de l’État a donc goûté
aux joies des bains de foule à Tampa Bay
(Floride), devant 12 000 personnes venues lui clamer leur loyauté et brocarder avec lui cette presse « menteuse ».
Jeudi soir, il était attendu à Wilkes-
Barre (Pennsylvanie), dans l’un de ces
fameux swing states, les États clés de
l’élection présidentielle de 2016 censés
renforcer Hillary Clinton et finalement
tombés dans son escarcelle, avec le
Wisconsin et l’Ohio. Le président se
trouvera justement à Newark (Ohio)
samedi, pour tenter de contrer l’offensive démocrate, avant de rallier son
parcours de golf de Bedminster (New
Jersey) jusqu’au 13 août.
Ces pérégrinations champêtres n’empêchent pas les erreurs, ni les divagations dangereuses. En une bordée de
tweets incendiaires, le magnat newyorkais a sommé son procureur général,
le ministre de la Justice, Jeff Sessions, de
se mêler enfin de l’enquête russe et de
boucler celle-ci, en limogeant le procureur fédéral Robert Mueller. Cet ancien
directeur du FBI enquête depuis mai 2017
sur d’éventuelles interférences russes
dans la présidentielle 2016 et a ouvert le
“
Le procureur général
Jeff Sessions devrait
arrêter cette chasse
aux sorcières truquée,
avant que cela ne continue
de souiller notre pays
DONALD TRUMP SUR TWITTER
Donald Trump devant ses partisans,
mardi, à Tampa Bay en Floride.
JOE RAEDLE/AFP
premier procès en ce sens, contre l’exdirecteur de campagne du candidat
Trump, Paul Manafort. « La situation est
vraiment épouvantable, a écrit le président sur son compte Twitter, et le procureur général Jeff Sessions devrait arrêter
cette chasse aux sorcières truquée, avant
que cela ne continue de souiller notre pays.
Bob Mueller est en plein conflit d’intérêts
et les 17 démocrates qui font son sale boulot sont une honte pour les États-Unis. »
Donald Trump évoque ici les dix-sept li-
”
présidentielle, le chef de l’État usant de
ce réseau virtuel pour annoncer certaines décisions ou le limogeage de certains ministres, à l’instar de l’ex-secrétaire d’État Rex Tillerson.
En outre, les derniers accès de colère
de Donald Trump apportent de l’eau au
moulin de Bob Mueller, intéressé par les
tentatives d’obstruction de la justice
par le président lui-même. D’après le
New York Times, Trump pousserait cependant ses avocats à hâter la perspective d’une audition avec le procureur
Mueller, se faisant fort de convaincre
celui-ci de son bon droit. Il s’agirait,
pour les proches du président, d’une
très mauvaise idée. ■
Au Zimbabwe, une présidentielle contestée
Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa a appelé à « résoudre pacifiquement » les différends avec l’opposition.
CAROLINE DUMAY
ENVOYÉE SPÉCIALE À HARARE
AFRIQUE AUSTRALE L’histoire se répète
au Zimbabwe. Comme en 2013, les observateurs ont entériné les élections générales
du 30 juillet, alors que l’opposition affirme
qu’elles sont entachées d’irrégularités. Le
président Emmerson Mnangagwa, dont le
parti (Zanu PF) a emporté les législatives,
appelle au calme et à la patience, après les
manifestations qui ont fait trois morts dans
la capitale, Harare. Mais il serait en contact
avec son rival de l’opposition, Nelson Chamisa, pour résoudre la crise.
« Nous sommes en communication avec
Nelson Chamisa pour discuter de la façon
dont on peut calmer la situation. Et nous
maintiendrons ce dialogue pour protéger la
paix, qui nous est chère », déclarait sur
Twitter Emmerson Mnangagwa. Le chef
de l’État a aussi demandé une enquête
indépendante, pour mieux comprendre
l’enchaînement des événements qui a
abouti aux violences du 1er août.
Accusés d’avoir provoqué les forces de
l’ordre, les responsables de l’opposition
démentent être à l’origine des dérapages.
« La violence n’est pas dans notre ADN », a
fait remarquer Nkulelelo Sibanda, porteparole de Nelson Chamisa, ajoutant que la
réaction « disproportionnée » de l’armée
était de toute façon « injustifiable ».
Le Mouvement démocratique pour le
changement (MDC), qui n’arrive toujours
pas à digérer sa défaite cuisante aux élections législatives, accuse la Commission
électorale zimbabwéenne (ZEC) de fraudes. Le parti au pouvoir a emporté la majorité des deux tiers, mais les responsables du MDC, qui auraient en leur
possession 97 % des formulaires de décompte des voix, assurent qu’il y a des irrégularités majeures.
Sortir de l’isolement
« C’est souvent la phase des résultats, et de
leur acceptation, qui en matière de démocratie est le test le plus important », a fait
remarquer John Mahama. L’ancien président ghanéen, qui dirigeait à Harare la
mission d’observation du Commonwealth, a suggéré de résoudre l’im-
passe « par tous les mécanismes possibles
de résolution du conflit ».
Déjà, des rumeurs de gouvernement
d’Union nationale commencent à circuler. « Nous ne sommes pas à l’aise avec cette idée », avait déclaré Nelson Chamisa au
Figaro, juste avant les élections. « Mais je
ne serai pas le leader qui arrivera avec du
sang sur les mains », avait-il assuré,
conscient des risques de dérapages s’il appelle ses troupes à descendre dans la rue.
Nelson Chamisa est pourtant familier
du concept. Il en a même fait l’expérience. Quand, en 2008, un scrutin sanglant
avait abouti à une totale impasse avec le
président Robert Mugabe, un gouvernement d’Union nationale avec Morgan
Tsvangirai avait alors été formé. De 2008
à 2013, le jeune Chamisa a été ministre
chargé des Technologies de l’information
et de la communication. « Les Zimbabwéens savent que je n’ai pas volé quand
j’étais ministre. C’est pour ça que je suis
populaire », explique-t-il aujourd’hui.
Reste à savoir si Chamisa, 40 ans, et
Mnangagwa, 75 ans, pourront travailler
ensemble. À en croire leurs manifestes,
les deux leaders prônent la même politique. « Des réformes, des réformes et des
réformes », affirme Nelson Chamisa, qui
explique que « la priorité est de sortir le
pays de son isolement international et d’attirer les investisseurs étrangers ». Cette
ligne est en parfaite harmonie avec celle
d’Emmerson Mnangagwa : « Zimbabwe is
open for business. » ■
Israël soulagé par la reprise du Sud syrien par le régime
Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, estime que cette reconquête présente des avantages pour son pays.
CYRILLE LOUIS £@cyrille_louis
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
PROCHE-ORIENT Les dirigeants israéliens, qui affirment depuis le début de la
guerre en Syrie ne pas vouloir prendre
parti entre le régime et les rebelles, ont
accueilli avec un certain soulagement la
reconquête du sud du pays par l’armée
de Bachar el-Assad. Le général Sergueï
Roudskoï, un haut responsable de l’étatmajor russe, a annoncé jeudi que les forces gouvernementales syriennes ont
achevé de reprendre le contrôle de
146 localités ainsi que de la frontière avec
la Jordanie et de la ligne d’armistice avec
l’État hébreu. Le ministre israélien de la
Défense, Avigdor Lieberman, qui effec-
tuait au même moment une revue des
installations antiaériennes, a estimé que
cette reprise en main présente des avantages pour son pays. « La situation revient
à celle qui prévalait avant la guerre civile,
a-t-il précisé, c’est-à-dire qu’on sait à
qui s’adresser : il y a quelqu’un qui est responsable ; il y a un pouvoir central. »
Ces déclarations optimistes tranchent
avec l’inquiétude exprimée, il y a quelques semaines encore, par de nombreux
responsables et observateurs israéliens.
Les opérations de reconquête engagées
fin juin ne risquaient-elles pas d’entraîner de violents combats susceptibles de
déborder la ligne d’armistice entre les
deux pays ? Ces violences allaient-elles
contraindre l’État hébreu à accueillir des
milliers de civils syriens menacés par le
régime, voire à intervenir au secours des
groupes rebelles qu’il a soutenus ces
dernières années ? Et les forces iraniennes, de même que la milice chiite libanaise Hezbollah, n’allaient-elles pas
profiter de l’avancée du régime pour
prendre position le long du Golan occupé par Israël ?
Les armes iraniennes retirées
Le dialogue constant noué ces dernières
semaines avec Moscou a en partie rassuré le gouvernement israélien. Les négociations menées avec les rebelles sous
pression de l’aviation russe ont permis
d’éviter que la reconquête ne se traduise
par un bain de sang le long de la clôture
édifiée par l’État hébreu. Alexander Lavrentiev, l’émissaire de Vladimir Pou-
tine pour la Syrie, a par ailleurs indiqué
mercredi que l’ensemble des armes
lourdes appartenant aux troupes iraniennes ainsi qu’aux milices chiites impliquées dans les opérations de reconquête ont été transférées à 85 kilomètres
de la ligne d’armistice. Mais cette annonce ne suffit pas au gouvernement
israélien. « La ligne rouge que nous avons
fixée, a déclaré jeudi le ministre israélien
Tzachi Hanegbi, c’est une intervention
militaire ou un ancrage de l’Iran en Syrie.
Il n’y aura pas de compromis à ce sujet. »
À défaut d’accord sur ce point, la police militaire russe a été déployée jeudi
dans la zone de cessez-le-feu qui
s’étend, du nord au sud, le long de la
ligne d’armistice entre Israël et la Syrie,
afin d’y sécuriser le retour, pour la pre-
mière fois depuis six ans, des observateurs de l’ONU. L’État hébreu insiste
pour que le rétablissement du régime syrien se fasse dans le respect de cette bande démilitarisée prévue par l’accord de
1974. Mercredi soir, l’aviation israélienne a d’ailleurs frappé une colonne de
sept hommes présentés comme des
combattants du groupe État islamique
qui venaient de pénétrer la zone frontalière. « Comme a permis de l’établir une
inspection du site intervenue le lendemain
matin, explique le lieutenant-colonel
Jonathan Conricus, porte-parole de l’armée, ces suspects étaient armés de fusils
d’assaut AK-47, munis de ceintures d’explosifs et ils se dirigeaient vers la clôture
dans l’intention manifeste de s’introduire
sur notre territoire. » ■
et
titia Gay
A
k-end
le 6/9 du wee
Retrouvez tous les samedis
di à 8h45 «la
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des critiques»
d
ii
avec un journaliste du quotidien
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 3 août 2018
SOCIÉTÉ
7
La crue causée par un orage, à l’origine
du drame, avait dissuadé d’autres groupes.
CLOTILDE COSTIL £@ClotildeCosti
FAIT DIVERS Le drame est survenu vers
17 heures, mercredi après-midi, dans la
petite commune de Soccia, en Corsedu-Sud. Cinq personnes qui évoluaient
dans un canyon ont été emportées par
une vague après un violent orage et sont
décédées. Parmi elles, le guide de canyoning, âgé de 36 ans, une fillette de 7
ans, son père, un homme de 26 ans et
une jeune femme de 22 ans, tous originaires du « continent ». Les recherches, qui avaient débuté peu après l’accident, ont été interrompues par la nuit
mercredi soir et ont repris jeudi matin,
permettant d’extraire en fin de matinée
le corps de la cinquième victime.
Cette tragédie qui bouleverse la Corse est le plus grave accident de canyoning jamais enregistré depuis dix ans en
France. Ce sport en eau vive, à mi-chemin entre la spéléologie et l’escalade,
est régulièrement pratiqué sur l’île de
Beauté, notamment en période estivale.
Avant-hier, le guide de la société Alticanyon emmenait avec lui un groupe de
douze participants dans les eaux du
ruisseau Zoicu, considéré comme l’un
des plus beaux canyons de l’île et très
prisé par les touristes en cette saison. Il
n’en demeure pas moins que ce site
sportif est inaccessible sans équipement
spécialisé.
Malgré les pluies diluviennes - le département était alors placé en vigilance
jaune au risque d’orages -, les randonneurs se sont engagés dans le Zoicu, situé à 1 000 mètres d’altitude. Au milieu
du parcours et face aux premières difficultés météorologiques, le groupe s’est
scindé en deux parties et certaines personnes ont alors rebroussé chemin. Les
sept canyoneurs restants ont poursuivi
la descente en rappel. C’est à ce moment précis que la vague mortelle les a
surpris. Deux personnes ont pu être secourues par une guide, présente sur les
lieux par chance, qui les a tirées jusqu’à
la rive à l’aide d’une corde. Les cinq
autres personnes ont quant à elles perdu la vie.
Dès le lancement de l’alerte, pompiers, plongeurs, secouristes du Samu
ont été mobilisés et ont travaillé en bi-
Les victimes piégées par une crue soudaine
Bastia
Soccia
Ajaccio
CORSEDU-SUD
Ziocu
Trajet du groupe faisant
du canyoning sur le Ziocu
emporté par une crue
soudaine due aux orages
Les recherches effectuées jeudi par les secours sur les lieux de l’accident ont permis d’extraire le corps de la cinquième victime.
nôme, aidés de trois hélicoptères. Un
poste de commandement a également
été installé sur place. « Il était compliqué
de localiser les victimes car l’endroit est
difficile d’accès. C’est un vallon qui recueille énormément d’eaux de pluie, d’où
la difficulté d’apprécier le danger. Il fallait agir vite », indique le colonel Bruno
Maestracci, qui était à la tête des opérations de secours jusqu’au début de
l’après-midi.
Imprudence du guide ?
Jeudi, une question majeure restait encore en suspens : y a-t-il eu imprudence de la part du guide ? L’enquête
ouverte pour homicide involontaire devrait donner les premiers éléments de
réponse. D’après Éric Bouillard, procureur de la République d’Ajaccio, le mo-
niteur, originaire de Bretagne, était en
règle. Diplômé depuis dix ans, il exerçait en tant qu’autoentrepreneur depuis
quatre ans. Il avait toutefois fait l’objet
d’un contrôle par les gendarmes, deux
jours avant l’accident. La conclusion de
cette enquête avait démontré une vétusté de ses baudriers, qui avaient immédiatement été changés.
Reste encore une ombre au tableau :
sa supposée négligence vis-à-vis des
conditions météorologiques. D’autres
guides, qui eux-mêmes avaient renoncé à poursuivre la randonnée mercredi,
avaient alerté l’intéressé du danger, lequel avait décidé de poursuivre malgré
tout. « La quasi-totalité des personnes
qui formaient ce groupe ont d’ores et
déjà été interrogées. Mais nous n’en
sommes pas encore arrivés aux conclu-
sions de l’enquête », précise Éric Bouillard.
Dans la commune de Soccia, à 70 kilomètres au nord d’Ajaccio, la colère a
laissé place aux interrogations. Mathilde Defranchi, secrétaire municipale,
dénonce l’imprudence du guide. « J’ai
rencontré des rescapés du groupe qui disaient faire confiance au guide », révèlet-elle au Figaro. « Ici, tout le monde sait
bien qu’on ne s’aventure pas dans la
montagne quand le ciel est menaçant. Un
agent du parc municipal était sur une des
passerelles, au-dessus du canyon, lorsque l’orage a éclaté. Il est descendu vers
la rivière pour prévenir le groupe, mais ils
étaient déjà trop engagés pour faire demi-tour », affirme-t-elle. Dans le jargon corse, ce phénomène de montée
des eaux soudaine porte un nom, la fiumara. Elle leur aura été fatale. ■
Magistrale !
EMMA
THOMPSON
Départ
HAUTECORSE
PASCAL POCHARD-CASABIANCA/AFP
Canyoning
en Corse :
cinq victimes
et une question
STANLEY
TUCCI
Télérama
FIONN
WHITEHEAD
1 165 m
Parking,
QG des secouristes
Arrivée
700 m
Soccia
Sources : AFP, Google Earth
Infographie
Face aux périls de l’été,
l’indispensable prévention
C’EST un jeune homme de 20 ans qui est
mort, lundi, à l’hôpital de Dax. Quelques
jours plus tôt, sur une plage de Lit-etMixe, dans les Landes, il s’amusait à
creuser un tunnel qui s’est écroulé sur
lui. Tiré du sable en arrêt cardio-respiratoire, il avait été réanimé in extremis par
les sauveurs présents sur place. Mais les
efforts des médecins qui l’avaient placé
dans le coma n’ont pas permis de le sauver. C’est encore, dans l’Aube, cette jeune femme, prise d’un coup de chaud
alors qu’elle se promenait à pédalo, qui
s’est noyée dans un lac, avec son bébé.
Dans l’insouciance de l’été, les jeux les
plus innocents peuvent devenir fatals.
Entre le 1er juin et le 26 juillet, 1 139 noyades dont 251 décès ont déjà été recensés
par Santé publique France, fleuves et
mer étant les endroits les plus risqués.
« Il faut 1 200 maîtres-nageurs
de plus en France »
Afin de lutter contre ce phénomène, les
autorités publiques, les mairies, les professionnels du tourisme sont à la
manœuvre pour sécuriser, prévenir et
intervenir en cas d’urgence. Au lac de
Baudreix (Pyrénées-Atlantiques), Jean
Soumet-Dutertre est maître-nageur
sauveteur et chef de poste. Chaque été, il
officie auprès des vacanciers pour leur
apprendre les gestes à suivre, et se charge de la surveillance du bassin et de la
plage. « Règlement intérieur, profondeur,
affichage, conseils, zone surveillée à la
baignade, tout est prévu pour limiter les
risques », nous explique-t-il. Mais cette
année, il reconnaît que les accidents sont
particulièrement nombreux. « On conseille beaucoup, on intervient parfois, mais
on n’est pas la police », conclut-il, impuissant face aux comportements de
certains vacanciers. Composée de six
membres, son équipe lutte constamment
afin d’éviter un drame. Pour Jean-Michel Lapoux, secrétaire général de la Fédération des maîtres-nageurs sauveteurs
(FMNS), la prévention ne suffit plus face
au manque de personnels. « Il faudrait
1 200 maîtres-nageurs de plus en France,
mais le manque de moyens des mairies
empêche un tel investissement, notamment
dans les piscines municipales. » La fédération, qui alerte sur le nombre d’enfants ne
sachant pas nager, voit l’évolution du
nombre de morts comme un « vrai scandale » et presse le gouvernement de passer à l’action.
En montagne également, les autorités
insistent constamment sur la protection
des randonneurs. Afin de garantir la sécurité des marcheurs, le ministère des
Sports a mis à disposition un « mémento », « Pour que la montagne reste un
plaisir », dans lequel il précise les gestes à
adopter : conseils auprès de professionnels, météo, vérification d’assurance,
téléphone, sécurité, etc. Ce qui n’empêche pas les accidents, comme, jeudi, ces
trois alpinistes morts dans le secteur des
Dômes de Miage, dans le massif du
Mont-Blanc. ■
My
Lady
Pour elle, seul compte
l’intérêt de l’enfant
Un film de
Richard Eyre
A
ANTOINE PELE £@antoine_pele
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 3 août 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Le rodéo urbain devient
passible de prison
ALICE BROGAT £@AliceBrogat
POLICE Ils paradent en roue arrière, en
quad ou à moto. De plus en plus d’amateurs de sensations fortes s’adonnent à
une acrobatie qui porte bien son nom :
le rodéo urbain. Mais en plein centreville, au milieu de la circulation, le phénomène est dangereux et, pour la police, quasiment impossible à empêcher.
En 2017, d’après les chiffres du ministère de l’Intérieur, 7 152 rodéos ont été
constatés en France par la police nationale, dont 650 à Paris et dans la petite
couronne. Ces pratiques sont aussi en
pleine expansion en milieu rural : la
gendarmerie est intervenue pour
6 429 cas de rodéos motorisés l’an dernier, soit une augmentation de près de
20 % en un an. D’après Rémy Rebeyrotte, député de Saône-et-Loire, l’usage des réseaux sociaux a changé la donne. « Cela devient un mode de rencontre,
et il y a aussi une volonté de performance », observe-t-il.
En plus de générer des nuisances sonores, ce numéro périlleux peut aussi
prendre des tournures dramatiques :
récemment, une petite fille a été blessée
lors d’une course sauvage, à Lormont
(Gironde). Excédé par ce « phénomène
récurrent » au printemps, le maire de la
ville, Jean Touzeau, a interpellé fin mai
le premier ministre pour demander un
« durcissement de la législation ».
C’est chose faite depuis l’adoption
définitive par le Sénat d’une nouvelle
loi, le 26 juillet. Auparavant sanctionné
pour des infractions au Code de la route,
le rodéo motorisé devient en soi un délit, puni d’un an d’emprisonnement et
de 15 000 euros d’amende. En cas de
facteurs aggravants, les condamnations
pourront même aller jusqu’à cinq ans de
prison et 75 000 euros d’amende. « Audelà de l’aspect répressif, l’intérêt est de
“
Au-delà de l’aspect
répressif, l’intérêt
est de lutter contre
le sentiment d’impunité
”
RÉMY REBEYROTTE, RAPPORTEUR DU TEXTE
À L’ASSEMBLÉE NATIONALE
lutter contre le sentiment d’impunité et de
pouvoir saisir immédiatement le véhicule
afin d’empêcher une récidive », explique
Rémy Rebeyrotte, le rapporteur du texte à l’Assemblée nationale. De son côté,
la ministre auprès du ministre de l’Intérieur Jacqueline Gourault a salué « une
réponse solide et viable », qui « offre un
cadre légal adapté et dissuasif ». Votée à
l’unanimité par les deux chambres du
Parlement en moins de deux mois, cette
loi est le fruit d’un large consensus sur la
question.
Mais le renforcement de la législation
n’est pas accueilli avec autant d’enthousiasme par les forces de l’ordre. « Il
y a une certaine circonspection », confie
Loïc Lecouplier, responsable du syndicat Alliance Île-de-France. S’il loue une
« prise de conscience tardive » mais
bienvenue des élus, le policier doute que
cette loi change quelque chose aux difficultés du terrain. Cagoulés ou casqués,
les auteurs de rodéos urbains ne sont
pas identifiables et leurs plaques d’immatriculation sont difficilement traçables. La nouvelle loi ne permet donc pas
d’appréhender plus facilement les individus, d’autant que le refus d’obtempérer constituait déjà un délit. « Lorsqu’on
veut intercepter les individus, ils s’enfuient, risquent de chuter, et nous redoutons des émeutes ou que ce soient les policiers qui se retrouvent devant les
tribunaux », s’indigne le syndicaliste.
Conscientes de ce risque, les forces
de l’ordre assistent parfois aux figures à
motos sans intervenir. D’après le syndicaliste, une note interne de la police
nationale leur interdit d’ailleurs de
poursuivre les individus auteurs de rodéo. « Face à ce genre de situation, nous
sommes dépourvus de protection juridique », regrette Loïc Lecouplier, qui estime que sa hiérarchie est trop frileuse.
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
C’est un jeu dangereux qui compte de plus en plus d’adeptes.
Malgré la loi qui l’interdit désormais, la police se sent démunie.
Rodéo sauvage de cross-bitume dans la zone industrielle de Wissous (Essonne).
Et pour cause, les contrôles de police
qui dégénèrent ont des conséquences
désastreuses. À Nice, un nouvel accident de scooter a ainsi eu lieu dimanche
soir après un contrôle, déclenchant de
nouvelles scènes d’émeute dans la cité
des Moulins. ■
La peine de mort « inadmissible » pour le Pape
Modifié par François, l’article du catéchisme de l’Église catholique en condamne désormais le principe.
JEAN-MARIE GUÉNOIS £@jmguenois
RELIGION Pour l’Église catholique, le
principe de la peine de mort est désormais « inadmissible ». Jeudi, le pape
François a fait modifier par « rescrit »,
l’article 2267 du catéchisme de l’Église
catholique, référence officielle de la
doctrine. En voici le passage clé : « C’est
pourquoi l’Église enseigne, à la lumière
de l’Évangile, que la peine de mort est
une mesure inhumaine qui blesse la dignité personnelle et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition
partout dans le monde. »
Curieusement, le texte français de la
nouvelle version, publié jeudi, est le
seul qui n’utilise pas le mot « inadmissible ». Il lui préfère le terme « inhumain ». Sans doute une erreur de traduction car les cinq autres versions
publiées le même jour, dans le même
document du Vatican (italienne, anglaise, espagnole, allemande et portugaise) disent explicitement : « La peine
de mort est une mesure inadmissible ».
La version latine, non encore disponible, fera foi.
En attendant, il ne fait aucun doute
que c’est le terme « inadmissible » qui
l’emporte. Le pape François avait en effet publiquement demandé cette modi-
fication du catéchisme lors d’un discours remarqué, le 11 octobre 2017.
Considérant le catéchisme de l’Église
catholique trop mou sur la peine de
mort, le pape François avait attaqué la
possibilité pour un État de supprimer
une personne. C’était pour lui « une
mesure inhumaine qui humilie », un
« remède extrême et inhumain » qui
porte « atteinte à l’inviolabilité de la
personne humaine » et « contraire à
l’Évangile ». Il était donc « inadmissible », avait-il lancé.
« Le primat de la miséricorde
sur la justice »
Il avait également justifié une évolution
en affirmant que la Parole de Dieu ne
pouvait être « conservée dans de la
naphtaline ». Que la doctrine ne devait
pas être interprétée de façon « rigide et
immuable », ce qui « humiliait l’action
Le pape François a fait modifier, jeudi, par « rescrit » l’article 2267 du catéchisme.
L’Église catholique « s’engage en vue de l’abolition » de la peine de mort. A. TARANTINO/AP
du Saint-Esprit » tout en niant « l’évolution de conscience du peuple de Dieu ».
D’autant que la peine de mort supprimait « une vie humaine, qui est toujours
sacrée aux yeux du Créateur ». Qu’elle
empêchait la possibilité d’un « rachat
moral et existentiel ». Et qu’elle « oubliait
le primat de la miséricorde sur la justice »
selon une « mentalité plus légaliste que
chrétienne », concluait François.
En 1992, dès la publication du catéchisme de l’Église catholique, voulue
par Jean-Paul II, la peine de mort avait
suscité un vif débat chez les théologiens. En fait, le Vatican tenait ferme le
principe juridique fondamental de la
« légitime défense » d’un État pour assurer la sécurité de ses habitants. Il acceptait donc « la peine de mort » au titre
d’un cas limite : à ne pas « exclure », disait le catéchisme dans « des cas d’une
extrême gravité ».
Puis, sous l’influence de Benoît XVI,
opposé à la peine de mort, le catéchisme de l’Église catholique a considéré
ces « cas d’absolue nécessité » comme
« désormais très rares, sinon même pratiquement inexistants ». L’Église maintenait alors le principe mais le considérait comme inapplicable. Désormais,
c’est le principe même de la peine de
mort que le pape François, et l’Église
avec lui, condamne. ■
EN BREF
Canicule : Agnès Buzyn
« inquiète pour
le grand chassé-croisé »
La ministre de la Santé, Agnès
Buzyn, s’est dite jeudi « inquiète
pour le grand chassé-croisé
des vacances » sur les routes,
« qui va se passer essentiellement
dans la région Rhône-Alpes,
très impactée par la canicule ».
« Il faut impérativement rouler plus
tôt le matin ou tard le soir, protéger
les enfants. Prendre suffisamment
d’eau dans les voitures, s’arrêter
régulièrement », a-t-elle
conseillé. Selon Météo France, la
France va connaître en cette fin de
semaine la canicule la plus intense
depuis 2006 à l’échelle du pays.
À Nantes, un nouveau
campement de migrants
Quelque 261 migrants ont été
évacués par les forces de l’ordre,
jeudi matin à Nantes,
d’un ex-lycée qu’ils occupaient,
après avoir été expulsés fin juillet
d’un square du centre-ville.
Les migrants se sont regroupés
dans la place d’où ils avaient été
expulsés. Jeudi après-midi,
ils y avaient monté une trentaine
de tentes.
« Clash » de rappeurs à Orly :
la garde à vue de Booba
et Kaaris prolongée
La garde à vue des rappeurs Booba
et Kaaris a été prolongée jeudi
au lendemain d’une rixe
les impliquant ainsi que leurs
« clans » dans une salle
d’embarquement de l’aéroport
d’Orly et à la suite de laquelle
quatorze personnes avaient été
placées en garde à vue pour
violences volontaires.
À Alençon, rixes en série entre bandes rivales
Dans cette ville de l’Orne, un Afghan a été tué par balle alors qu’il prenait part à une bagarre d’une soixantaine de personnes.
A
HUGO WINTREBERT £@HugoWintre
FAIT DIVERS La spirale de la violence
est-elle enclenchée à Alençon (Orne) ?
Depuis le début de la semaine, une série de rixes se sont succédé dans cette
ville habituellement calme de Normandie, ce qui fait désormais craindre
aux autorités de nouveaux affrontements entre des bandes rivales pour
l’heure mal identifiées.
Mercredi, en début de soirée, une
soixantaine de personnes se sont retrouvées dans le quartier de Perseigne, dans le sud de la ville. Armés de
battes de baseball et d’armes blanches, ces individus se sont livrés à une
vaste bataille rangée. Plusieurs coups
de feu ont aussi été entendus par des
habitants qui ont d’abord pensé à un
attentat.
Dix blessés
Toutes les victimes de ces affrontements sont de nationalité afghane :
touché par balle, un homme est mort
des suites de ses blessures à son arrivée à l’hôpital d’Alençon. Deux
autres compatriotes ont également
été hospitalisés. Ils se trouvent toujours dans un état grave. Au total, dix
personnes ont été blessées, dont cinq
par balle, selon le bilan donné jeudi
par le procureur de la République
d’Alençon, François Coudert, qui
évoque un conflit entre « communautés rivales ».
Pour le moment, aucune interpellation n’a été réalisée. Une information judiciaire a été ouverte et
confiée au service régional de police
judiciaire (SRPJ) de Rouen et à l’antenne de police judiciaire de Caen en
cosaisine avec la sûreté départementale d’Alençon.
Elle devrait notamment permettre
d’identifier les auteurs des faits et de
comprendre qui sont ces bandes et
pourquoi elles se sont livrées à un tel
déchaînement de violence. « On en est
encore aux supputations quant aux
causes de la rixe », a déclaré, prudent,
le procureur, François Coudert.
La veille, déjà, d’autres affrontements avaient fait quatre blessés dans
la ville. Un Afghan avait été griève-
ment blessé. Mercredi, cet individu est
sorti du coma, et ses jours ne sont
aujourd’hui plus en danger.
La sécurité de l’hôpital de la ville, où
se trouvent encore plusieurs blessés, a
été renforcée, afin d’éviter que la violence ne se propage.
Renfort d’une compagnie
de CRS
Pour briser la logique de surenchère, la
préfète de l’Orne, Chantal Castelnot, a
demandé au ministère de l’Intérieur le
renfort d’une compagnie de CRS. Des
forces de l’ordre de la Sarthe ont ainsi
commencé à arriver jeudi soir à Alençon afin d’aider leurs confrères de
l’Orne à assurer l’ordre et à procéder
aux interpellations. Une aide bienve-
nue alors que la police d’Alençon fait
face à un état de sous-effectif depuis
plusieurs années.
Classé prioritaire à la politique de
la ville, le quartier de Perseigne, où
se sont déroulés les faits, a bénéficié
d’une récente réhabilitation. Des incidents s’y déroulent assez régulièrement, et notamment des incendies
de véhicules. Mais, jusqu’à aujourd’hui, aucune bande n’y avait été
identifiée.
Jeudi, la ville s’est contentée d’un
communiqué lapidaire. Le maire socialiste, Emmanuel Darcissac, a lancé en
fin de journée un appel au calme, rappelant qu’« il n’est pas de préoccupation
plus grande que celle de veiller à la sécurité des citoyens de notre ville ». ■
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LE FIGARO
vendredi 3 août 2018
SPORT
9
La natation
française
en quête
d’un nouvel
élan à l’Euro
Considérablement rajeunie, l’équipe
de France aborde à partir de ce vendredi
les championnats d’Europe de Glasgow sans
certitudes. Mais avec quelques ambitions.
CÉDRIC CALLIER ccallier@lefigaro.fr
NATATION Reconstruire. Le verbe tourne en boucle dès qu’il s’agit d’évoquer la
natation française, coulée à Rio lors des
Jeux olympiques 2016 avec seulement
deux médailles d’argent aux allures de
défaites pour les tenants du titre
qu’étaient alors Florent Manaudou sur
50 m nage libre et le relais 4 × 100 m.
Aucun titre pour la première fois depuis
Sydney, en 2000. Et surtout, une collection de psychodrames atterrants laissant
l’impression d’un vaste champ de ruines.
Guère surprenant, aux yeux de certains.
À commencer par un Alain Bernard qui,
du haut de son titre olympique obtenu
sur le 100 m nage libre à Pékin en 2008, a
symbolisé cet âge d’or de la natation
hexagonale. Avant de tirer sur l’ambulance : « L’échec de Rio est la conséquence
d’une politique sportive qui n’a pas été menée avec une grande rigueur ces quatre
dernières années. C’était déjà presque un
miracle que cela dure aussi longtemps. »
Faire table rase du passé et repartir sur
des bases saines. Tel était le premier impératif au sein d’une Fédération gangrenée par les luttes intestines. Première
victime de marque, Francis Luyce, l’inamovible président depuis 1993, dépossédé de son trône par Gilles Sezionale en
avril 2017. Ce pharmacien niçois de
59 ans n’a pas tardé à revoir l’organigramme de « son » institution en nommant quatre mois plus tard Julien Issoulié
au poste de directeur technique national
avec l’ambition de mettre fin à l’instabilité chronique régnant autour de ce rôle
depuis 2012. Quelques semaines plus
tard, nouvelle intronisation avec celle de
Richard Martinez, patron du pôle France
de Font-Romeu depuis près de trente
ans, en tant que directeur de la natation
« course », épaulé par Denis Auguin,
l’ancien entraîneur de Bernard, et Olivier
Nicolas.
La question de l’encadrement technique réglée demeure désormais le plus
gros chantier : celui du sportif proprement dit, avec une équipe de France qui
reste notamment sur des championnats
du monde à Budapest, en 2017, disputés
avec une formation réduite à seulement
neuf membres. Signe du vivier restreint
et de l’absence d’une relève forte après la
génération dorée des Bernard, Manaudou
frère et sœur et autres Camille Lacourt, le
dernier à avoir tiré sa révérence sur un
magnifique titre mondial sur le 50 m dos.
Ultime rescapé de cette période bénie :
Jérémy Stravius, qui, du haut de ses
30 ans, fait office de figure paternelle au
sein de cette équipe de 23 ans de moyenne d’âge. Le Nordiste porte un regard
avisé et bienveillant sur cette nouvelle
génération (la délégation tricolore est
forte cette fois de 30 membres, 12 femmes et 18 hommes). « Il fallait reconstruire, c’est une certitude. Il y a de la jeunesse
qui arrive et il faut qu’elle se fasse sa place.
En ce qui me concerne, je suis confiant. Il y
a un an, cela était peut-être encore un peu
tôt pour certains, mais, avec pour objectif
les Jeux olympiques de 2020, je pense que
cela va le faire. Certains ont déjà bien commencé à prendre leurs marques et ces
championnats d’Europe doivent leur permettre de poursuivre leur apprentissage du
haut niveau. »
Le Français
Jérémy Stravius
sur 100 m papillon,
lors du Mare Nostrum,
le 9 juin à Caneten-Roussillon.
MANUEL BLONDEAU/
ICON SPORT
Sezionale au micro de France Bleu : « Ce
qui a changé en équipe de France, c’est
l’ambiance. C’est primordial. Sur les derniers championnats, on a vu des athlètes
qui s’encourageaient, les entraîneurs
étaient tous ensemble. Des images que l’on
ne voyait plus chez les Bleus. Ils ne partiront peut-être pas tous ensemble en vacances, mais les gens se parlent. On est reparti sur une bonne dynamique. » Et
Guyanais nage à la poursuite de son
meilleur niveau. Sans certitude de le retrouver le jour J. Quant aux jeunes, une
Marie Wattel (21 ans) sur 100 m nage libre
ou un David Aubry (21 ans) sur les épreuves de demi-fond (400 m, 800 m et
1 500 m), ils peuvent parfaitement s’inviter pour la première fois sur le podium.
Tous seront portés en tout cas par un
nouvel état d’esprit, comme le rappelait
évidemment, au-delà de ces championnats d’Europe, ou même des JO 2020,
nombreux sont ceux à avoir le regard
déjà braqué sur 2024 et la grand-messe
parisienne.
Hors de question, en effet, de boire la
tasse dans la capitale comme ce fut le cas
à Rio. Six ans, cela semble loin, mais,
pour renaître de ses cendres, la natation
française n’a plus de temps à perdre. ■
Regard déjà braqué sur 2024
À ses côtés, Stravius pourra s’appuyer sur
Charlotte Bonnet (50 m, 100 m et 200 m
nage libre) et Mehdy Metella (100 m nage
libre, 50 m et 100 m papillon). La première semble avoir passé un cap sur le plan
mental, mais aussi chronométrique, à
même de lui permettre de décrocher son
premier titre international en grand bassin, quelques mois après sa médaille d’or
européenne en petit bassin sur le 200 m
nage libre à Copenhague. Le second, lui, a
envie de faire fructifier sa médaille de
bronze mondiale d’il y a un an sur le
100 m nage libre. Seul souci, une sérieuse
blessure à la cheville droite en septembre
dernier a stoppé son élan, et, depuis, le
0 sur 30
Aucune des nageuses ni aucun
des nageurs français retenus
pour cette compétition n’ont déjà
remporté de titre européen
en individuel et en grand bassin
Mini Jeux olympiques
pour douze disciplines
UN FILM DE DAVID ROBERT MITCHELL
ANDREW
GARFIELD
UNDER
THE
RILEY
KEOUGH
SILVER LAKE
LE 8 AOÛT
A
super intéressante, qu’on ne connaît malheureusement qu’aux JO jusqu’à maintenant, résume le président de la Fédération française d’aviron, Jean-Jacques
Mulot. « L’intérêt de bénéficier des retombées et de l’éclairage de sept sports, dont
deux beaucoup plus médiatiques que nous,
l’athlétisme et la natation, est très grand.
On n’aurait jamais eu les moyens télévisés
mis en place si on était restés entre nous
comme d’habitude. »
« Je crois plutôt à la complémentarité
qu’à la concurrence, renchérit Philippe
Lescure, président de la FF de triathlon. Si
on veut exister dans les grands événements
internationaux, il faut une dimension pluridisciplinaire. Si une discipline comme la
nôtre organisait une compétition le même
week-end que les championnats d’Europe
de natation par exemple, on serait encore
moins mis en valeur. Être sur un même lieu
crée un phénomène de synergie. » ■
Crédits non contractuels • © 2017 Under the LL Sea, LLC
POUR la première fois cette année, du 2
au 12 août, athlètes et nageurs vont partager l’affiche. Le résultat d’un partenariat entre les fédérations européennes
concernées, à l’initiative des deux
concepteurs du projet, Marc Joerg et Paul
Bristow, pensé pour avoir lieu tous les
quatre ans. Pendant onze jours, entre
Glasgow (natation, natation synchronisée, plongeon, cyclisme sur piste et sur
route, VTT, BMX, gymnastique, aviron,
triathlon et golf) et Berlin (athlétisme à
partir de lundi), quelque 4 500 athlètes moitié moins qu’aux Jeux d’été, à titre de
comparaison - vont se disputer 188 médailles d’or. Un milliard de téléspectateurs pourraient être devant leur poste de
télévision, selon les organisateurs.
Une occasion à ne pas manquer pour
des disciplines qui retombent souvent
dans l’ombre, une fois la parenthèse
olympique refermée. « C’est une fenêtre
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vendredi 3 août 2018 LE FIGARO
10
SCIENCES
LA
VOIE LACTÉE
Nuit des étoiles :
laissez-vous happer
par le ciel de l’été
● Notre galaxie fend le ciel de part
en part, du nord au sud. Comme nous
faisons partie des milliards d’étoiles qui
la composent, nous ne la voyons que
par la tranche. La traînée blanchâtre
qu’elle forme est un bon point
de repère, lorsqu’on arrive à la
distinguer. Elle contient par
exemple le « W » de
Cassiopée.
Jusqu’au 5 août, les astronomes amateurs organisent
des centaines de manifestations ouvertes au public
partout en France. L’occasion de découvrir le spectacle
des planètes et d’apprendre à se repérer
dans le labyrinthe des constellations.
UN
TRIO ESTIVAL
TRISTAN VEY £@veytristan
ASTRONOMIE Se laisser happer par
un beau ciel étoilé lors d’une douce
nuit d’été est à la portée de tout le
monde. C’est une expérience métaphysique en soi. Il n’est pas rare
d’être saisi d’un vertige, surtout si
l’on se rend brusquement compte
que nous sommes emportés par le
vaisseau Terre qui file autour du Soleil à la vitesse astronomique de
107 280 km/h ! Nous réalisons alors
au plus profond de nous-mêmes
que nous sommes des microbes
perdus sur un grain de sable. Il n’est
pas rare d’être pris alors d’un vague
sentiment d’impuissance ou d’absurdité.
Depuis des millénaires, les hommes scrutent ainsi le ciel en quête de
sens. Ils tentent d’en percer les
mystères. D’en comprendre les
évolutions, les régularités. Par curiosité, bien sûr, mais peut-être
aussi pour se rassurer. Les phases de
la Lune, le mouvement des planètes, le dessin des constellations sont
autant de repères qui nous permettent aujourd’hui de nous l’approprier. Si nous avons globalement
perdu le contact avec ce spectacle
grandiose, trop souvent gâché par
la pollution lumineuse, des millions
d’astronomes amateurs perpétuent
encore cette tradition séculaire. Et il
dez-vous
chaque année en
France, depuis 1991, qui leur
permet de partager leur passion et
leurs connaissances avec le grand
public : la Nuit des étoiles. De vendredi à dimanche, ce ne sont pas
moins de 418 manifestations dans
tout le pays qui seront organisées
sous l’égide de l’Association française d’astronomie à l’occasion de
cette 28e édition (le détail sur le site
www.afastronomie.fr).
Repérer l’étoile polaire
Plus de 3 000 bénévoles y participeront encore cette année, mettant
souvent leur matériel d’observation
à la disposition des novices. « C’est
une année qui s’annonce exceptionnelle : nous pourrons voir Vénus,
Jupiter et ses lunes, Saturne et bien
Dunkerque
La pollution
lumineuse en France
Lille
Maubeuge
Amiens
Le Havre
Caen
● Le célèbre triangle d’été est formé
par trois étoiles (Véga, Deneb
et Altaïr) parmi les plus brillantes.
Le trio est proche du zénith, au milieu
de la Voie lactée. Trois constellations
y sont associées : la minuscule
Lyre (Véga) et les deux croix
représentant un Cygne
(Deneb) et un Aigle
(Altaïr).
est un ren-
Rouen
Reims
Metz
Paris
Nancy
Brest
Strasbourg
Troyes
Rennes
Le Mans
Orléans
Tours
Nantes
Poitiers
Dijon
Limoges
Lyon
ClermontFerrand
Grenoble
Valence
Bordeaux
Nîmes
Toulouse
Bayonne
MARS,
STAR DE L’ÉTÉ
Besançon
Bourges
Niort
La Rochelle
Pau
Avignon
Montpellier
Nice
Marseille
Perpignan
Toulon
Bastia
NOMBRE D’ÉTOILES VISIBLES À L’ŒIL NU
0 à 50
50 à 100
(principales
constellations)
100 à 200
200 à 250
250 à 500
500 à 1 000
1 000 à 1 800
3 000 à 5 000
Plus de 5 000
Ajaccio
(voie lactée)
1 800 à 3 000
Source : Frédérick Tapissier, Avex, http://www.avex-asso.org
A
La pollution lumineuse, un fléau omniprésent
Vous souhaitez profiter
d’un ciel libre de toute pollution
lumineuse ? C’est le moment
de vous précipiter à la montagne.
Que ce soit dans les Pyrénées,
les Alpes, le Massif central
ou encore le Morvan, c’est là
qu’allongés sur le sol ou sur
une chaise longue, loin de toute
habitation, vous aurez les
meilleures chances de bénéficier
d’un ciel aussi riche en étoiles que
d’épis dans un champ de blé!
Un ciel sans pollution doit
permettre d’apercevoir environ
3 000 étoiles. Dans la
constellation de la Grande Ourse,
400 étoiles devraient être
visibles à l’œil nu. Or, rappelle
l’Association nationale
pour la protection du ciel
et de l’environnement nocturnes
(l’ANPCEN), « 40 étoiles
seulement sont visibles dans les
évidemment
Mars, qui est
en majesté »,
se réjouit Olivier Las Vergnas, président de l’AFA.
La planète rouge est en effet au
plus près de la
Terre
depuis
quinze ans (voir
ci-contre). Un focus particulier sera
ainsi porté cette année sur notre « petite
sœur ».
Mais ce n’est évidemment pas tout. La
Nuit des étoiles est aussi
l’occasion de découvrir
les constellations et d’apprendre à les retrouver. La
carte que nous publions ici
vous y aidera peut-être ! Le repérage du « triangle d’été », formé par les trois étoiles très brillantes Véga, Deneb et Altaïr, permet
par exemple d’identifier facilement
les constellations du Cygne, de
l’Aigle et de la minuscule Lyre. Vous
pourrez aussi vous amuser à essayer, dans un ciel de qualité, à retrouver les 17 étoiles qui forment
l’intégralité de la Grande Ourse
(vous connaissez probablement
seulement les 7 qui forment
le « grand chariot » ou la
« grande
casserole »,
suivant les appella● Quatre planètes seront visibles à l’œil
tions).
nu cet été : Vénus, Saturne, Jupiter et Mars.
Essayez aussi de
La planète rouge est particulièrement
repérer l’étoile poreconnaissable à son éclat orangé. Elle apparaît
laire (Polaris sur la
carte), la seule étoien début de nuit au sud-est avant de se déplacer
le qui ne bouge peu à peu vers l’ouest. Cela faisait par ailleurs
presque - pas au
15 ans qu’elle n’avait pas été aussi proche de la
cours de la nuit et
Terre. Lorsque Vénus se couche, peu après la
autour duquel le ciel
tombée de la nuit, elle devient l’étoile la plus
semble tourner. Elle
brillante du ciel. Il faudra néanmoins
vous permettra de retoujours un petit télescope, au moins,
trouver la Petite Ourse,
pour arriver à distinguer certains
dont elle fait partie. Pour
vous y aider, essayer de redétails de sa surface.
pérer le « W » caractéristique,
très visible, de Cassiopée. Ou utilisez une boussole : l’étoile polaire indique en effet assez précisément le
nord !
N’hésitez pas non plus à ramener
votre vieille lunette qui appartenait
à votre grand-père ou celle de votre
neveu que personne ne sait trop utiliser. Les amateurs pourront probablement vous aider à vous en servir.
Aux plus contemplatifs, nous
conseillons enfin de s’installer
confortablement, bien à l’abri de
toute lumière, et de laisser leur regard se faire surprendre par les
étoiles filantes qui se compteront
chaque heure par dizaines. Une
seule règle pour en voir un maximum : ne pas fixer son regard sur un
point en particulier et faire preuve
d’un peu de patience. Un exercice
salutaire dans un monde qui semble
aller parfois un peu trop vite. ■
zones les moins polluées, moins
de 10 au centre des grandes
villes. De même, la voie lactée
est aujourd’hui difficilement
observable dans toute sa
splendeur. » Et la tendance
actuelle n’est pas à l’amélioration.
En vingt ans, la lumière émise
par le seul éclairage public
a augmenté de 94 %, le nombre
de points lumineux s’étant accru
de 89 %, rappelle l’association. M. C.
Une Lune
très discrète
Les organisateurs de la Nuit des
étoiles choisissent généralement
un week-end où la Lune ne
perturbe pas trop l’observation.
Par son éclat, notre satellite
est en effet une source naturelle
de « pollution » lumineuse.
En l’occurrence, la Lune sera dans
son dernier quartier le 4 août
et continuera à décroître jusqu’au
11 août. Mais elle se lèvera surtout
en deuxième partie de nuit
seulement, à partir de 1 heure
du matin. Avant cela, les conditions
seront idéales pour observer
la Voie lactée et les étoiles les plus
ténues. Après cette heure, il vous
sera possible de braquer une simple
paire de jumelles vers le satellite
pour tenter de distinguer ses
reliefs. En regardant sur ses bords,
notamment. Mais pas trop
longtemps, attention aux yeux. T. V.
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LE FIGARO
vendredi 3 août 2018
SCIENCES
11
3 000
LES
DEUX OURSES
● Nous pensons tous déjà connaître
la Grande Ourse. On la confond pourtant
souvent avec un autre astérisme formé de sept
étoiles seulement, qu’on appelle familièrement
la « grande casserole » ou le « grand chariot ».
Si la Grande Ourse contient bien ces étoiles, elle
en compte dix de plus pour être au complet !
La plupart ne sont pas toujours aussi faciles
à voir à l’œil nu dans un ciel trop éclairé.
Le bord extérieur de la « casserole »
donne par ailleurs la direction
de l’étoile polaire (Polaris), qui
appartient, elle, à la Petite
Ourse.
C’est le nombre
d’étoiles que l’on
peut voir dans un
ciel sans pollution
lumineuse
Les Perséides, une
pluie d’étoiles filantes
incontournable
CE
PA
EL
ET
ES
CI
SI LA NUIT des étoiles se
déroule systématiquement
entre fin juillet et début
août, ce n’est pas un hasard. Entre mi-juillet et fin
août, la Terre traverse en
effet un nuage de petites
poussières laissées par la
comète Swift-Tuttle, qui
croise l’orbite de la Terre
tous les 133 ans. Comme nous
nous déplaçons à très grande
vitesse dans le Système solaire, nous entrons dans ce nuage
comme une voiture foncerait
dans un essaim de moucherons.
À cette différence que ces petits
grains cométaires, de quelques
millimètres tout au plus, ne
s’écrasent pas sur notre pare-brise
atmosphérique, mais s’enflamment sous l’effet des frottements de
l’air. Cela provoque la formation de
fines et évanescentes traînées lumineuses : les étoiles filantes.
La densité du nuage cométaire
n’est pas uniforme. Nous passons
chaque année en son cœur aux
alentours du 10 août. C’est à ce
moment que la pluie d’étoiles filantes est le plus intense. Cette année, ce sera précisément dans la
nuit du 12 août qu’elle devrait atteindre son pic, avec 70 météores
par heure, selon les prévisions des
astronomes. Les observations seront particulièrement favorables
cette année, car la Lune ne formera
qu’un croissant extrêmement fin :
sa lumière ne masquera donc pas
leur éclat ténu.
Chaque année, la Terre traverse
au moins une dizaine de nuages
cométaires. Le point de contact
entre notre planète et le nuage est à
chaque fois lié à une constellation
d’arrière-plan. Persée en l’occurrence, qui donne son petit nom à la
pluie d’étoiles associée : les Perséides. Si l’on prolonge les trajectoires de toutes les étoiles filantes
pendant cette période, elles se
couperont au même point, appelé
radiant, qui se situe dans cette
constellation.
Les observations seront
particulièrement
favorables cette année
car la Lune ne formera
qu’un croissant
extrêmement fin
La pluie des Perséides est la plus
connue et l’une des plus actives,
mais ce n’est pas toujours la plus
belle. Les Géminides (dont le radiant se situe dans les Gémeaux,
comme son nom l’indique) sont
bien souvent plus intenses. Leur pic
d’activité tombe toutefois mi-décembre, à une période où nous
sommes généralement plus réticents à braver le froid pour nous
installer de longues minutes dehors
pour regarder le ciel… Mieux vaut
profiter de l’été pour se coucher
confortablement dans l’herbe et attendre le passage de ces fulgurances
lumineuses. Sans oublier de faire un
vœu. ■
T. V.
Jusqu’à la fin de l’été
et de façon rarissime,
Mars restera l’étoile
la plus brillante du ciel.
Notre photo : l’éclipse
lunaire du 27 juillet.
LUDEK PERINA/AP/SIPA
Cela fait 15 ans que Mars
n’avait pas été si proche
SI VOUS avez un peu regardé le ciel
depuis le début de l’été, vous avez
probablement remarqué une étoile
orange très lumineuse qui brillait
un peu au-dessus de l’horizon. Eh
bien ce n’est pas une étoile : il s’agit
de la planète Mars. Notre plus proche compagne dans le Système solaire (si l’on met de côté la Lune)
est en effet plus proche encore que
d’ordinaire. Le 31 juillet, elle pointait ainsi à 57,6 millions de km seulement. Soit presque deux fois plus
près qu’en 2012, quand elle était à
101 millions de km.
Tous les 26 mois, Mars et la Terre
sont alignées avec le Soleil, du
même côté de notre étoile. On dit
qu’elles sont en opposition. C’est à
cette période que la distance qui les
sépare est minimale. Mais les orbi-
tes des deux planètes n’étant pas
parfaitement circulaires, ce minimum est plus ou moins prononcé
en fonction des années. Il faut remonter à août 2003 pour trouver
un passage plus rapproché avec
moins de 56 millions de km. Il faudra attendre 2035 pour que Mars
soit aussi proche de nous que cet
été, et 2287 pour battre le record de
2003.
Une sorte
de planète fossile
Jusqu’à la fin de l’été et de façon
rarissime, Mars restera ainsi
l’étoile la plus brillante du ciel
après le coucher de Vénus (en début de nuit). Cette conjonction astronomique particulière fait évidemment de notre compagne
« rouillée » la star de cette 28e édition de la Nuit des étoiles. Partout
en France, des expositions et des
conférences martiennes émailleront les sessions d’observation
proposées au grand public. Ce sera
l’occasion d’apprendre (ou de se
rappeler) qu’une mission franco-
américaine, Insight, est en route
vers notre voisine. Cet atterrisseur, qui doit se poser en novembre, tentera de déceler les petits
tremblements de terre qui l’agitent
peut-être encore et de déterminer
sa structure interne.
Il n’est en effet pas sûr que notre
« petite sœur », deux fois moins
large que la Terre, ait encore une
activité sismique. De par sa taille,
la planète s’est refroidie bien plus
vite. Elle n’a pas réussi non plus à
retenir la majeure partie de son atmosphère, soufflée par les vents
solaires. Ce qui en fait une sorte de
planète fossile, comme morte, bloquée à un niveau très primitif de
son évolution en comparaison de
la Terre.
La vie a-t-elle eu le temps d’y
émerger avant de disparaître ou de
se réfugier dans le sous-sol ? Personne ne peut encore répondre à
cette question. « Nous n’avons pas
de preuve aujourd’hui que ce soit le
cas, mais, dans une certaine mesure, c’est une affaire de croyance,
partage Caroline Freyssinet, chercheuse au Latmos (Laboratoire atmosphères, milieux, observations
spatiales), à Paris. Nous savons
qu’à certains endroits, toutes les
conditions étaient réunies pour que
la vie puisse émerger. Alors à titre
personnel, moi, j’y crois. » ■ T. V.
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vendredi 3 août 2018 LE FIGARO
12
CULTURE
ENTRETIEN Le
chanteur breton
se produit avec
un orchestre
symphonique au
Festival interceltique
de Lorient, qui
débute aujourd’hui.
Denez Prigent :
« Je milite par
humanisme »
N
PROPOS RECUEILLIS PAR
OLIVIER NUC
£@oliviernuc
é près de Roscoff, le
chanteur breton de 52 ans a sorti un sixième album, Mille chemins, sur lequel il
s’ouvre au chant en français. À Lorient, sa
prestation avec l’Orchestre symphonique
de Bretagne est l’aboutissement de près de
trente ans de recherche.
LE FIGARO. – Vous allez vous produire
accompagné par un orchestre
symphonique. Pourquoi ?
Denez PRIGENT. – Nous avons déjà joué
au couvent des Jacobins, à Rennes, mais
aussi à Carhaix puis à Saint-Malo au festival Étonnants Voyageurs. La proposition
m’a été faite par le directeur de l’Orchestre symphonique de Bretagne, l’Américain Marc Feldman, qui a une vision très
ouverte. Habituellement, ces orchestres
ont une approche assez élitiste. En venant
en Bretagne, il a eu la curiosité d’aller
vers la culture bretonne pour marier l’orchestre et les musiques traditionnelles. Il
m’a approché dans le cadre d’un cycle
musical. J’avais jusqu’alors travaillé avec
des musiciens issus d’un éventail musical
allant du jazz aux musiques du monde en
passant par l’électronique, le folk, la pop
et le rock, mais je n’étais encore jamais
monté sur scène avec un orchestre symphonique qui interprète du classique. J’ai
travaillé avec des bagads, ce qui m’a habitué aux grandes formations. Dès la première répétition, nos deux univers se
« Avec mes musiciens, il m’arrive de trébucher, mais là, avec trente personnes derrière, [il faut] rester concentré jusqu’au bout »,
confie Denez Prigent. EDMOND SADAKA/SIPA
Dès la première
répétition
avec l’orchestre,
nos deux univers
se sont ariés
avec bonheur.
Désormais, *
me voilà entouré
d’une forêt
de violons, altos,
violoncelles
et contrebasses !
DENEZ PRIGENT
»
sont mariés avec bonheur. Désormais,
me voilà entouré d’une forêt de violons,
altos, violoncelles et contrebasses !
Comment se sent-on physiquement
sur scène avec un tel ensemble ?
Tout est écrit, ce qui implique beaucoup
de rigueur. Alors je me concentre davantage. Je me suis fait une petite partition
bien que je ne sache pas lire ma musique.
Avec mes musiciens, il m’arrive de trébucher, mais là, avec trente personnes
derrière, il ne faut pas se laisser trop
prendre, garder une certaine retenue et
rester concentré jusqu’au bout. Sur scène, je m’abandonne moins. Mais c’est
une très belle expérience. Je découvre ma
voix et mon chant de manière différente.
J’aimerais beaucoup continuer à travailler avec cet orchestre à l’avenir. Nous
travaillons sur mon répertoire, avec des
arrangements qui donnent une nouvelle
vie à mes compositions. Mon chant est
comme un corps nu qui change en fonction de l’habit qu’on lui fournit.
Votre sixième album, Mille chemins, sonne
comme une synthèse de vingt-cinq ans
de recherche. Était-ce votre intention ?
Oui, tout à fait. J’ai commencé par le
chant a capella, la gwerz et le kan ha dis-
9
LE 01
EL 8-2
V
U 01
NO N 2
O
TI
DI
É
PARTEZ À LA DÉCOUVERTE
DE L’AUTHENTICITÉ, DU CHARME
ET DU PARTAGE
kan, c’est mon école. Très vite, j’ai voulu
habiller ce chant. Là, mille chemins se
sont présentés à moi. Je suis allé vers des
musiciens d’horizons très différents. Cet
album est une manière de se retourner
sur le chemin parcouru, une synthèse de
ces trente années de parcours. J’apporte
aussi de nouvelles propositions, avec un
chant en français. J’ai entendu ce chant
du répertoire gallo quand j’étais étudiant,
dans les fest-noz de haute Bretagne. J’ai
découvert la culture gallo, qui a des
points communs avec la musique de basse Bretagne dont je suis issu. Il y a également une poésie que je récite, ce que je
n’avais jamais fait. Et aussi du piano, celui
de Yann Tiersen, à qui j’ai envoyé un
chant sur lequel il a trouvé une musique.
Nous partageons une certaine mélancolie. Et c’est une des premières fois que je
travaille avec un musicien bretonnant, je
n’ai pas besoin de lui traduire les textes
en français ou en anglais, comme j’ai dû
le faire avec certains collaborateurs.
Chanter en langue bretonne
constitue-t-il un acte militant ?
J’ai grandi dans un univers où on parlait
encore breton, du côté de Roscoff.
Aujourd’hui, on le parle de moins en
moins en Bretagne. La langue est sérieusement en danger. Nous avons des hommes politiques qui prônent la tolérance
mais n’ont toujours pas ratifié la charte
des langues minoritaires. La France est un
des rares pays à ne pas l’avoir fait. Il y a
beaucoup de mépris, même en ce qui me
concerne. Les grandes radios ne me diffusent pas à cause de la langue, de nombreux directeurs de festivals ont le même
esprit. Quand j’ai commencé, les choses
étaient davantage ouvertes. Aujourd’hui,
elles sont cloisonnées. Si je milite, c’est
contre ma volonté mais par humanisme.
Votre concert aux Transmusicales
de Rennes en 1992 est considéré comme
votre acte de naissance artistique…
Oui, cela a été un tremplin énorme. Jusqu’alors, je chantais surtout dans des festivals vocaux, en France ou ailleurs. Les
Trans m’ont ouvert les portes de festivals
de sensibilités différentes. Cela m’a aussi
permis de me sensibiliser à la musique
électronique. Mon premier accès à la
techno, c’était lors de la rave des Trans.
En la mâtinant d’électro, vous avez fait
découvrir la musique bretonne
à une génération…
Ma collaboration avec Arnaud Rebotini a
marqué. Les jeunes me parlent encore de
ce disque devenu une référence. J’ai revu
Arnaud récemment, vingt ans après notre travail. Ça fait plaisir d’avoir pu
défoncer certaines portes. Je suis très
heureux qu’il ait eu le César pour
120 battements par minute. Je serais
content de refaire des choses avec lui sur
quelques titres, j’y ai pensé. ■
Festival interceltique de Lorient (56),
jusqu’au 12 août.
Sculptures exotiques
au château de Villandry
ART Près de Tours, les personnages gracieux créés
par Marine de Soos offrent un instant de sérénité.
BERTRAND DE SAINT VINCENT
bdesaintvincent@lefigaro.fr
e Pousseur de lune, Grand flûtiste, Grand pêcheur sur échasse ou
Grand pêcheur Badjo… Invitées
par le propriétaire du château
de Villandry, Henri Carvallo, à
s’installer pour l’été le long des allées aux
teintes jaune orangé qui découpent artistiquement le jardin du Soleil créé par
Louis Benech, quatre personnages sculptés se détachent à l’ombre d’une végétation luxuriante. Leurs traits sont exotiques. Ils viennent de loin.
« De l’enfance », confie Marine de Soos,
en évoquant la vision lointaine de visages
aux traits mi-asiatiques mi-africains qui
ont bercé ses jeunes années à Djibouti.
Depuis vingt ans, cette longue femme
brune aux silences intérieurs agités fait
renaître dans la cire ou la terre, avant de
les faire couler dans le bronze, des images
captées au fil de ses voyages ou de ses
souvenirs. Lentement, par petites touches, la sculptrice leur donne vie dans la
solitude de son atelier.
Suspendues dans l’espace et le temps,
ces silhouettes élancées semblent émerger de la brume d’une poétique rêverie.
Immémoriales et comme imperméables
au chaos contemporain, il émane de leurs
formes graciles une sensation d’élégance
et de plénitude ; une douce sérénité. Saisies dans leur intimité, absorbées par ce
L
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Grand pêcheur sur échasse de Marine
de Soos. CATHERINE DE TORQUAT
qu’elles font, elles sont dans l’évidence de
l’essentiel. Avec une sensibilité que l’on
devine à fleur de peau, une émotion dont
elle avoue qu’elle « ne peut travailler
sans », l’artiste les restitue dans leur
émouvante simplicité. La position d’un
corps, d’une main ou d’un pied donne à
leur attitude un élan joyeux. Elles sont
vivantes : « J’essaie de rendre la beauté de
la vie, commente la sculptrice, la grâce
d’un moment. » Dans leur douce sobriété,
ces œuvres témoignent de l’aboutissement d’un long cheminement intérieur.
On dirait, à les observer, qu’en elles
Marine de Soos a trouvé la paix. ■
« Exposition de sculptures », jusqu’au
30 septembre au château de Villandry (37).
Nuits des mille feux, ce soir et samedi 4 août.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 3 août 2018
CULTURE
13
Un sacré
« Parsifal »
à Munich !
OPÉRA Au Festival d’opéra, l’œuvre
de Wagner a envoûté le public. Une alliance
parfaite entre le chef Kirill Petrenko
et les meilleurs chanteurs du monde.
ENVOYÉ SPÉCIAL À MUNICH
n croyait avoir tout vu.
Mais la scène à laquelle on a assisté pendant les applaudissements qui ont suivi le
Parsifal de clôture du Festival d’opéra de
Munich est sans précédent, aussi loin que
remontent nos souvenirs.
Lorsque le chef Kirill Petrenko est entré
sur scène pour saluer, il a été littéralement
inondé de fleurs. À ceci près que celles-ci
n’étaient pas lancées par le public, mais
par les musiciens de l’orchestre. On a déjà
vu des orchestres applaudir leur chef,
mais ça, jamais. Faut-il que les instrumentistes de l’Opéra d’État bavarois aient
conscience que jouer sous la direction
d’un génie est donné une fois dans une
carrière de musicien d’orchestre.
Quand ce geste si touchant a eu lieu, cela
faisait déjà un moment que l’auditoire
s’était levé comme un seul homme, après
avoir tambouriné des pieds pour bien
montrer que l’on se rendait aussi compte
du caractère unique de la soirée que l’on
venait de vivre. Car, tout à fait entre nous,
il n’est pas sûr que l’on puisse jouer et
chanter Parsifal aussi bien que ce 31 juillet
2018 à Munich.
À tout seigneur tout honneur, Petrenko.
Que dire sur lui que nous n’ayons déjà
écrit ? Ce chef est presque une énigme par
sa capacité à combiner des qualités réputées s’exclure. Il est analytique et lyrique.
Il contrôle tout et laisse respirer. Il est
olympien et déchaîné. Intellectuel et viscéral. On entend avec lui des détails que
l’on ne soupçonnait pas et l’on garde le
sens de la grande arche. Son orchestre
sonne avec une douceur de musique de
chambre et fait trembler les colonnes du
théâtre. Une expérience qui relève bel et
bien de la quadrature du cercle, pour ne
“
Les prestations
ont été d’un niveau
si fabuleux que les rôles
du chef-d’œuvre
testamentaire de Wagner
nous ont rarement
paru aussi pleinement
incarnés
”
pas dire de l’inouï, y compris dans les
nuances infinitésimales du chœur, ailleurs
si souvent massif et germanique.
Mais ce n’est pas tout. Figurez-vous
qu’on avait aussi les quatre meilleurs
chanteurs du monde. Ce n’est certes une
condition ni nécessaire ni suffisante pour
réussir une représentation, mais cela
aide… En l’occurrence, les prestations ont
été d’un niveau si fabuleux que les rôles du
L’Amfortas de Christian Gerhaher (à gauche) est phénoménal et Parsifal convient bien à la voix actuelle de Jonas Kaufmann.
chef-d’œuvre testamentaire de Wagner
nous ont rarement paru aussi pleinement
incarnés.
L’Amfortas de Christian Gerhaher est
tout simplement phénoménal, chantant
la souffrance du roi en diseur autant que
chanteur, formé à l’école du lied, avec
une voix blanche qui évolue du chuchotement au cri en déterminant le poids vocal
en fonction du mot : inédit. Le Gurnemanz de René Pape a toujours cet incroyable moelleux qui dessine ses immenses phrases musicales avec un legato
de violoncelle et une noblesse de seigneur. La Kundry de Nina Stemme a atteint une évidence vocale absolue, faisant
passer toutes les dimensions du personnage par les seules ressources d’un chant
souverain.
Parsifal convient bien à la voix actuelle
de Jonas Kaufmann, dont la matité pénétrante dessine un héros plus grave et ténébreux que d’habitude. Il n’est pas jus-
“
Le travail de Castorf
est toujours aussi
dramatiquement puissant
que riche sur le plan
symbolique
”
forces vives comme par la diversité des
esthétiques, en propose une nouvelle,
confiée au metteur en scène Frank Castorf. Et revoilà le théâtre qui manquait
au Parsifal (lire ci-dessus) musicalement mémorable vu au même moment !
Celui qui fit scandale à Bayreuth par un
Ring qui aura marqué son époque est
aussi un passionné de Dostoïevski, dont
Janacek s’est inspiré pour son livret.
Sans surprise, Castorf relève d’un
style opposé à celui de Chéreau. Là où le
Français clarifiait ce récit touffu en
Le chef d’orchestre
Daniele Gatti licencié
pour harcèlement sexuel
« Le Royal Concertgebouw
Orchestra a mis fin à la
collaboration avec le chef
d’orchestre Daniele Gatti avec effet
immédiat », a déclaré l’institution
dans un communiqué. Le chef est
soupçonné de harcèlement sexuel
après la diffusion, le 26 juillet, de
témoignages par le Washington
Post. Âgé de 56 ans, il a dirigé
l’Orchestre national de Radio
France de 2008 à 2016, année
où il a pris la tête du Royal
Concertgebouw d’Amsterdam.
Il est mis en cause pour des faits
qui auraient été commis
en 1996 et 2000.
UV
O
A
concentrant l’utilisation de l’espace,
l’Allemand multiplie les niveaux de lecture. Visuellement, par l’usage simultané d’un décor tournant, de projections
vidéo sur un écran et d’affiches truffées
d’allusions et de citations. Non sans
animaux sur scène, de vrais lapins et un
aigle anthropomorphe. Cela peut paraître confus ou dispersant, mais après
tout l’intrigue de Janacek n’est pas une
trame linéaire mais une succession de
fragments. Et, surtout, le travail de
Castorf est toujours aussi dramatiquement puissant que riche sur le plan
symbolique, car rien n’y est jamais gratuit, parvenant ainsi à élargir cette évocation de l’univers carcéral à toutes les
formes d’enfermement. Il faut juste apprendre à démultiplier son attention !
Le spectacle doit beaucoup de sa force expressive à des chanteurs qui sont
aussi des acteurs de premier ordre.
Dans le cas de Bo Skovhus, le jeu
dostoïevskien l’emporte même aujourd’hui sur la voix, élimée. Quant à Charles Workman, il est littéralement habité. Si l’on a dans l’oreille les directions
de Pierre Boulez et d’Esa-Pekka Salonen, la baguette de Simone Young
pourra paraître quelque peu prosaïque,
mais l’Australienne dirige cette œuvre
redoutablement complexe avec un professionnalisme et une vigueur tout sauf
négligeables. ■
C. M. (À MUNICH)
EN BREF
N
près avoir été longtemps
réputé injouable, le fascinant De la maison des morts
de Janacek a trouvé sa place
au répertoire des grandes
maisons. Une production y a contribué :
l’inoubliable mise en scène de Patrice
Chéreau créée sous la direction de Pierre Boulez. Voici que l’Opéra de Munich,
peut-être le théâtre lyrique le plus
complet aujourd’hui par la qualité des
RUTH WALZ
EA
U
« De la maison des morts »
s’évade de sa prison
qu’au rôle, souvent sacrifié, de Klingsor,
qui ne soit tenu exemplairement par un
Wolfgang Koch au mordant exceptionnel.
On aurait aimé vous parler de manière
aussi détaillée de la partie visuelle, mais il
n’y a pas grand-chose à en dire. Selon la
bouteille à moitié pleine ou à moitié vide,
on pourra vanter l’humilité du metteur en
scène Pierre Audi ou son absence de
conception. Toujours est-il qu’il se
contente de dérouler des tableaux sans
proposer de vision prégnante ou de direction d’acteurs intense, comme s’il s’était
agi d’habiller les décors primitivistes commandés au grand peintre allemand Georg
Baselitz ou de s’effacer devant ces personnalités musicales interstellaires.
De fait, on oubliera vite les images, mais
jamais les sons, tant nous avons eu le sentiment, non pas de renouer avec un âge d’or
de l’interprétation wagnérienne, mais
d’en écrire un nouveau. ■
« Nous portons tous un livre en nous,
un désir de texte pour soi ou à partager.
Le Figaro littéraire a ouvert de nouveaux
ateliers pour celles et ceux qui sont attirés
par la formidable aventure de l’écriture. »
À VOS
PLUMES,
REJOIGNEZ
LES ATELIERS
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Écrivain, éditeur chez Grasset,
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la nouvelle pour Singe savant
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De la maison des morts élargit l’évocation de l’univers carcéral à toutes les formes
d’enfermement. WILFRIED HÖSL
A
Dans les locaux du Figaro, 14 bd Haussmann, Paris 9ème.
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vendredi 3 août 2018 LE FIGARO
14
L’ÉTÉ DU FIGARO
Le Hope,
en voie de
démystification ?
[
Pierres sac
pierres maurées,
dites
]
Des diaman
ts exotiques
pr
de Golcond
e, des gemm ovenant des ancienn
es mines
es historique
par les rois
de France,
s portées
un
hollywood
ienne… « Le e perle unique à la desti
née
Figaro » br
de six caillo
os
ux au desti
n souvent ch se le portrait
aotique.
5/6
115
carats
Poids du diamant bleu
brut, acheté par Tavernier
Derrière ce diamant bleu, découvert en Inde
au XVIIe siècle - et supposé porter malheur
à ceux qui le possèdent -, se cachent une
filiation, une histoire et une couleur uniques
dont certains aspects ont été révélés au
XXIe siècle par des chercheurs français.
78
facettes
possédait la pierre
de Louis XIV lorsqu’il
la fit tailler
1792
Année
du sac de l’hôtel
du Garde-Meuble, à Paris,
où se trouvaient
les joyaux de la Couronne
A
FABIENNE REYBAUD freybaud@lefigaro
La vitrine est d’une hideur remarquable. Trônant au milieu d’une
salle à laquelle on accède après
avoir traversé des kilomètres de
surfaces d’exposition consacrées à
feu nos amis les dinosaures, ce
meuble tournant, au pied en
contreplaqué façon merisier et aux
vitres blindées, tient lieu d’écrin ou plus justement de catafalque au diamant Hope. Depuis que la
plus célèbre gemme bleue de la
planète a été donnée en 1958 par le
joaillier new-yorkais Harry Winston au Musée national d’histoire
naturelle de la Smithsonian Institution à Washington, elle fait salle
comble. En soixante ans, plus de
230 millions de visiteurs sont venus la regarder. Cette attraction
fatale qui pèse aujourd’hui
45,5 carats aurait été rapportée des
Indes au XVIIe siècle par l’aventurier et négociant français JeanBaptiste Tavernier. Ce fils de cartographe, dont les pérégrinations
en Turquie, Perse, Inde et autres
contrées orientales inspireront à
Montesquieu ses Lettres persanes,
l’aurait volée sur la statue d’une
déesse hindoue. Laquelle se serait
vengée en faisant dévorer Tavernier par une meute de bêtes sauvages… Le diamant bleu aurait été
ensuite vendu à Louis XIV. Le RoiSoleil l’aurait baptisé le « Violet de
France » et serait mort en le portant… Sort identique pour la comtesse du Barry. Quant à Louis XVI
et à Marie-Antoinette, qui se le
partagèrent, on ne sait si c’est le
Hope ou la Révolution française
qui fit valser leurs têtes. En 1792,
lors du sac de l’hôtel du GardeMeuble à Paris, la pierre céruléenne est dérobée en même temps
que d’autres joyaux de la Couronne. Elle disparaît pendant vingt ans
et deux jours, durée légale pour
que le larcin soit prescrit… et réapparaît dans la Perfide Albion, au
XIXe siècle, baptisée « Hope », du
patronyme du banquier anglais qui
la possède et dont une partie de la
descendance finira ruinée…
Au début du XXe siècle, Pierre
Cartier remonte le diamant maudit, puis le revend à une certaine
Mme McLean, riche héritière américaine, propriétaire du Washington Post. La terrible pierre aurait
encore sévi : mort d’enfant, mari
volage, fille junkie…
Massacre à la taille
« Pierre Cartier a contribué à inventer la légende du Hope, car il
subodora que ces histoires de diamant porte-malheur allaient amuser et intriguer ses clients.
Mme McLean affirmait qu’elle n’y
croyait pas mais demanda tout de
même à Cartier de lui rembourser
son achat au cas où la malédiction
s’abattrait sur elle et sa famille
dans les six mois suivants », déclare un expert de ce secteur.
« Croire au pouvoir maléfique
d’une pierre est stupide ! renchérit
Vincent Meylan, journaliste à Point
de vue Images du monde et auteur
de plusieurs livres sur la joaillerie.
La rareté des diamants bleus qui ont
été formés dans les entrailles de la
terre, il y a deux voire trois milliards
d’années, leur valeur extraordinaire
les prédestinent à appartenir à des
êtres exceptionnels, rois, reines,
puissants de ce monde, qui ont un
destin tout aussi exceptionnel, au
sommet de leur gloire comme dans le
fracas de leur chute. De tout temps,
les pierres précieuses ont déclenché
des passions, suscité la convoitise,
attisé la haine, servi à financer des
guerres. Pour cela, il y aura toujours
des “diamants du sang”, et ceux qui
en seraient choqués devraient se
plonger dans l’exégèse d’une baguette de pain à qui rien ne peut arriver, à part, peut-être, le fait d’être
mangée ! »
On sait aujourd’hui que, lors de
son voyage en Inde, Tavernier a
pu acheter la pierre, probablement sur un marché aux diamants, près des mines de Golconde, car elle était bleue. Cette
couleur était considérée comme
maléfique dans l’Empire moghol,
qui ne prisait que les gemmes rouges, vertes et blanches. Autre
mystère levé, la mort de notre
aventurier, qui ne servit point de
festin à des fauves mais s’éteignit
paisiblement à Moscou, à plus de
80 ans… Restait à prouver la filiation du Hope avec le fameux diamant bleu de Louis XIV. C’est un
Ci-dessus, en 2010,
Harry Winston
offre une monture
en diamants baguette
au célèbre Hope.
En haut à droite, Evalyn
Walsh McLean, l’une des
infortunés propriétaires
de la pierre bleue.
Au centre, portrait de
Jean-Baptiste Tavernier,
l’homme qui rapporta
à la Couronne de France
ses plus beaux joyaux,
dont le diamant bleu
ayant appartenu
à Louis XIV
reconstitué ci-contre.
DON HURLBERT, TOPICAL
PRESS AGENCY/GETTY
IMAGES, HERITAGE IMAGES/
GETTY IMAGES ;
MNHN / BERNARD FAYE
Français, François Farges, professeur de minéralogie et chercheur
au Muséum national d’histoire
naturelle à Paris, qui s’en chargea
en 2007 (voir interview ci-dessous). En rangeant les collections
de l’établissement, il tombe sur
une réplique en plomb d’une pierre aux proportions parfaites.
L’étiquette précise que c’est « un
diamant remarquable par sa limpidité », sans faire état de son coloris, et qu’il appartient à un certain
« M. Hope, à Londres ».
Divine couleur saphir
Grâce aux techniques numériques,
Farges parvient à redonner vie à
cette gemme exceptionnelle de
69 carats d’une divine couleur saphir et qui se révèle être le fameux
« diamant bleu de la Couronne »,
disparu depuis 1792. Aux côtés du
Côte-de-Bretagne , un spinelle
rouge en forme de dragon, il ornait le grand insigne de la Toison
d’or de Louis XV. Un truand breton se serait emparé du bijou lors
du pillage de l’hôtel du GardeMeuble, à Paris. Le voleur se serait
enfui du Havre vers l’Angleterre
où il aurait vendu à un aristocrate
français exilé à Londres une ou
tout ou partie (le mystère demeu-
FRANÇOIS FARGES
CHERCHEUR AU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE DE PARIS
« La seule pierre au monde à avoir été taillée à l’image d’un roi»
LE FIGARO. – À quoi
ressemblait le diamant rapporté
d’Inde par Tavernier en 1688 ?
C’était une énorme pierre brute
d’environ 115 carats, à peine polie,
selon le mode indien. D’après les
études de couleur que nous
avons pu établir, ce diamant était
d’un bleu ciel. Louis XIV ordonne
sa retaille qui est supervisée pendant deux ans par Jean Pittan,
joaillier de la cour. Il en ressort une
pierre qui ne pèse plus que 69 carats, en forme de bouclier, à
78 facettes, ce qui en fait sans
doute l’un des premiers diamants
de taille brillant de l’histoire. Ce facettage a rendu aussi le bleu de la
gemme plus dense, plus intense. Il
est devenu bleu foncé avec une
pointe de gris lors de sa transformation en diamant Hope au
XIXe siècle.
Pourtant Tavernier
et Colbert le qualifièrent
de « Grand Violet »…
Oui, il nous a fallu les livres de
Michel Pastoureau sur la couleur
pour comprendre qu’à l’époque
le qualificatif de « violet » renvoyait à une valeur tonale de
couleur froide. Cette taille était
un chef-d’œuvre - sa symétrie
d’ordre 7 -, et le fait que le diamant ait été serti dans une coque en or jaune et monté sur un
bâton permettait à la lumière de
se réfracter en son centre et de
former un soleil. C’est la seule
pierre au monde à avoir été
taillée à l’image d’un roi et je
crois en avoir percé les derniers
mystères.
re) des gemmes serties sur la Toison d’or. En 1812, un diamant bleu
foncé apparaît chez un joaillier
londonien, puis dans la collection
de Henry Philip Hope, grand banquier de la City. « La pierre royale
a été retaillée entre 1797 et 1812
pour devenir le Hope, affirme
François Farges. C’était un banquier très connu, il ne pouvait se
permettre d’être accusé de recel. La
taille a été un massacre. Le lapidaire a coupé les trois extrémités du
diamant de Louis XIV puis a diminué sa profondeur. Non seulement
on a perdu la merveilleuse forme
baroque dite “rose de Paris” de cette gemme, mais elle a aussi été allégée de 23,5 carats. »
Grâce au tracé du diamant Hope
fourni par le Smithsonian, Farges
démontre scientifiquement que la
pierre américaine n’est autre
qu’une version amputée de celle
ayant appartenu aux rois de France. Une question demeure : pourquoi Harry Winston a-t-il donné
le plus gros diamant bleu connu à
ce jour au monde au musée américain de Washington, au lieu de le
revendre comme le fit Cartier ? Il y
a une dizaine d’années, Maurice
Galli, un ancien artisan français
ayant effectué sa carrière chez
Harry Winston et aujourd’hui disparu, nous répondait ceci. « Harry
Winston était un homme très superstitieux. Il était convaincu qu’en
offrant le Hope à un musée, il briserait la malédiction de cette pierre à
laquelle il croyait dur comme fer. Il
a même pris le risque de l’envoyer
par la poste, de New York à
Washington, en valeur déclarée de
quelques centaines de dollars alors
qu’il en valait plus d’un million ! Il
disait : “Si le diamant est volé ou se
perd, cela sera son destin !” » Et le
sort en a été jeté. ■
C’est-à-dire ?
Je ne peux rien encore vous dire,
mais cette découverte fera l’objet d’une prochaine publication.
PROPOS RECUEILLIS PAR F. R.
RETROUVEZ DEMAIN:
Le Régent, « un diamant
unique en tout »
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vendredi 3 août 2018
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le samedi 4 août 2018, à Écully.
vous font part
avec une grande tristesse
du décès, le 26 juillet 2018,
à l'âge de 92 ans, de
Maurice BRIAND
La cérémonie religieuse
a été célébrée en l'église
de Jouy-en-Josas,
dans l'intimité familiale.
Heureux les épis mûrs
et les blés moissonnés.
Charles Péguy.
Françoise Dreyfus,
Marc et Lorena Dreyfus,
Sophie et Cédric Lopez-Huici,
Philippe et Patricia Lamoral
et leurs enfants,
Christophe et Gabriela
Lopez-Huici
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Philippe DREYFUS
leur époux, père et grand-père,
survenu dans sa 93e année.
Une cérémonie se déroulera
à Biarritz,
dans la plus stricte intimité.
deuils
M. Roger Alexis,
son époux,
MM. Bruno et Stéphane Alexis,
ses fils,
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Roger ALEXIS
née Marie-Geneviève Jamet.
La messe sera célébrée
en l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine,
ce vendredi 3 août, à 11 heures.
L'inhumation aura lieu au
cimetière de Privas (Ardèche),
le samedi 4 août, à 11 heures.
roger.alexis163@orange.fr
Sa famille
nous prie d'annoncer le décès,
dans sa 90e année,
à Boulogne-Billancourt, de
Joan BROWN
Les obsèques seront célébrées
le mardi 7 août 2018,
à 11 heures, au crématorium
du Mont-Valérien,
104, rue du Calvaire,
à Nanterre.
Cet avis tient lieu de faire-part.
55, rue Carnot,
92100 Boulogne-Billancourt.
Annie Corsaro,
son épouse,
Grégory Corsaro et Hana Na,
son fils et sa compagne,
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Donald CORSARO
directeur de l'agence
immobilière Marigny,
à Paris (8e),
survenu le 25 juillet 2018,
dans sa 85e année.
Selon sa volonté,
les obsèques ont eu lieu
dans l'intimité familiale.
21, rue du Cirque, 75008 Paris.
L'inhumation aura lieu à Paris,
au cimetière du Montparnasse,
à une date ultérieure.
Bièvres. Chailles.
Monique Forestier,
née Pougin de la Maisonneuve,
son épouse,
Sophie, Hélène,
Olivier, Isabelle,
ses enfants, et leurs conjoints,
Solène, Chillina, Loïc,
Matteu, Juliette,
ses petits-enfants,
vous font part du décès,
survenu dans sa 82e année, de
Fabienne Herlaut Angelini
et Hervé Angelini,
Cécile, Claire,
Francis et Stéphanie
Herlaut-Coppinger,
Etienne, Eloïse,
Guillaume, Sophie,
Paul et Nathalie
Herlaut-Reinhardt,
Sarah, Alexandra,
ses enfants et petits-enfants,
François Heilbronner
et Nathalie, née Ducas,
Bernard Zimmern
et Marie, née Ducas,
ses sœurs et beaux-frères,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Elisabeth HERLAUT
née Ducas,
le 31 juillet 2018,
dans sa 87e année.
Les obsèques auront lieu
au cimetière de Montmartre,
Paris (18e),
ce vendredi 3 août, à 11 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
3, rue de l'Amiral-Joinville,
92200 Neuilly-sur-Seine.
fabienne.herlaut@noos.fr
Josy Jolly,
son épouse,
Philippe et Marie-Annick Jolly,
Frédéric et Valy Jolly,
Olivier et Valérie Jolly,
Lorraine Jolly
et Jean-Christophe Miege,
ses enfants,
Elodie et Nicolas, François,
Alexandra, Paul, Edouard,
Eugénie,
ses petits-enfants,
Alice et Romane,
ses arrière-petites-filles,
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
François JOLLY
collectionneur
et historien de l'automobile,
survenu le 29 juillet 2018,
dans sa 84e année.
La crémation aura lieu
dans la plus stricte intimité.
Cet avis tient lieu de faire-part.
3, rue des Deux-Frères-Laporte,
78680 Epône.
Sa famille et ses amis proches
ont la grande tristesse
de faire part du décès du
docteur Léon OLIVIER
professeur des Universités,
praticien hospitalier retraité,
ancien chef du service
d'histo-embryologie
cytogénétique de l'hôpital
de la Pitié-Salpêtrière de Paris,
survenu le mercredi
1er août 2018, à l'âge
de quatre-vingt-neuf ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le mardi 7 août, à 14 h 30,
en l'église Notre-Dame,
35, rue de la Paroisse,
à Versailles.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme Lucienne Olivier,
12 bis, rue des Missionnaires,
78000 Versailles.
Catherine Piperno,
son épouse,
Sabrina, sa fille,
et son époux Pascal,
Andrea, son petit-fils,
et toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Gilberto PIPERNO
survenu à son domicile
le 1er août 2018,
à l'âge de 93 ans.
Un temps de recueillement
aura lieu ce vendredi 3 août,
à 11 heures, au funérarium
des Batignolles, Paris (17e),
suivie de l'inhumation à 11 h 45,
au cimetière des Batignolles.
Mme Henri Stouff,
née Thérèse Delubac,
son épouse,
Pierre et Geneviève,
Stéphane et Luis, Michel,
ses enfants,
Charlotte, Camille,
Mélanie, Lucas,
ses petits-enfants,
sa famille et ses amis
vous font part du rappel à Dieu
le 1er août 2018, à Angoulême,
dans sa 85e année, de
Jean-Henri FORESTIER
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 4 août 2018,
à 14 heures, en l'église
des Montils (Loir-et-Cher).
L'inhumation aura lieu
le lundi 6 août 2018,
à 15 heures, au cimetière
du Montparnasse, à Paris (14e).
Mme Caroline Decazes,
le comte et la comtesse
Henri-Marc de Montalembert,
le vicomte et la vicomtesse
Decazes,
M. et Mme Gérard de Clarens,
M. et Mme Patrick Herbet,
M. Dominique Herbet,
M. et Mme Frédéric Herbet,
M. et Mme
Dominique Coulomban,
la famille Victor-Michel,
tous ses neveux et nièces
et ses petits-neveux
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Claudy HERBET
à l'âge de 82 ans.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le lundi 6 août 2018,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
à Paris (16e),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Fontainebleau.
Pas de fleurs, des dons
à Lourdes cancer espérance.
Chatou (Yvelines).
Mme Nicole Lucas,
son épouse,
Dominique, Thierry,
Sabine et Philippe,
ses enfants,
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Jean-Robert LUCAS
directeur honoraire
de la Société générale,
survenu le 18 juillet 2018,
à l'âge de 92 ans, à Versailles.
Mme Pierre Maillard,
son épouse,
M. Jean-François Maillard,
son fils,
ont la douleur
de faire part du décès de
Pierre MAILLARD
(1916 - 2018),
ambassadeur de France,
conseiller diplomatique
du président Charles de Gaulle,
commandeur
de la Légion d'honneur,
grand officier dans l'ordre
national du Mérite,
chevalier dans l'ordre
des Palmes académiques.
82, rue Marcel-Dassault,
92100 Boulogne-Billancourt.
Henri STOUFF
chevalier
de la Légion d'honneur.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le samedi 4 août,
à 10 heures, en l'église
Saint-Jacques-de-l'Houmeau,
à Angoulême,
suivie de l'inhumation
au cimetière des Trois-Chênes.
Henri Stouff repose
à la maison funéraire,
556, route de Bordeaux,
16000 Angoulême.
La famille vous remercie d'y
faire parvenir vos courriers,
fleurs et condoléances.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Guillaume et Bérénice
Testasecca de Lestrade,
Charles-Edouard et Caroline
Testasecca de Lestrade,
Arnaud et Marie-Alix Vaqué,
leurs enfants,
Marie Sol
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu
le 1er août 2018, de
Erick
TESTASECCA de LESTRADE
La cérémonie religieuse
se tiendra
le lundi 6 août, à 10 h 30,
en l'église Saint-Thyrs
de Labruguière (Tarn).
Mme Jacques Troussard,
son épouse,
disparitions
ses enfants et petits-enfants
Jean-Yves Chatelais,
comédien
ont l'immense tristesse
de vous faire part du décès,
le 30 juillet 2018, de
M. Jacques TROUSSARD
La messe d'obsèques
sera célébrée en la cathédrale
Saint-Pierre d'Angoulême,
ce vendredi 3 août, à 10 heures.
Arlette Warolin,
son épouse,
et toute sa famille
ont la tristesse de faire part
du décès de
Christian WAROLIN
membre honoraire
de l'Académie nationale
de pharmacie,
président d'honneur
de la Société
d'histoire de la pharmacie,
ancien directeur
de l'assistance technique
à la direction de la recherche
du groupe Synthélabo,
survenu le 24 juillet 2018, dans
sa quatre-vingt-dix-septième
année.
Les obsèques ont eu lieu
dans l'intimité familiale,
à Vendeuvre-du-Poitou
(Vienne).
remerciements
Marie-Henriette
de Bodard de la Jacopière,
son épouse,
Marie-Paule et Christophe
Renoud,
sa fille et son gendre,
Constantine et Mathilde,
ses petites-filles,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Patrick, Marie, Jean Gonzague
de BODARD de la JACOPIÈRE
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
Sa sœur,
son beau-frère,
ses neveux et nièces,
ses petits-neveux
et petites-nièces,
ses arrière-petits-neveux
et arrière-petites-nièces,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès du
docteur Philippe DELAVIERRE
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
C’est qu’il avait été à la très
bonne école d’un théâtre
exigeant, sous la direction
de metteurs en scène remarquables. Il avait fait ses
premiers pas sur les planches dès 1972, avant même
le Conservatoire national
supérieur d’art dramatique, dont il sortit en 1976,
comme Christine Murillo
ou Alain Marcel. Dès 1977,
il joue dans Le Songe d’une
nuit d’été de Shakespeare,
mise en scène de Petrika
Ionesco. Il ne quittera plus
le théâtre jusqu’en 2010.
Antoine Vitez le distribue
dans Falsch de René Kalis-
Jean-Yves Chatelais.
LIONEL GUERICOLAS/VISUAL
PRESS AGENCY
ky, dans Hamlet, dans Ubu
roi. Il est vif, mobile, enjoué, profond en même
temps. Un excellent comédien qui va également travailler avec Alain Françon
pour O’Neill, Cormann,
Ibsen, et plus tard Planchon écrivain, Tchekhov,
Feydeau. Il était de cette
famille-là, celui d’un
grand théâtre d’art, jamais
rébarbatif. On ne l’oublie
pas dans Great Britain de
Marlowe par Jean-Hugues
Anglade ni dans Kinkali
d’Arnaud Bédouet, créé
par Philippe Adrien. Tous
les metteurs en scène l’ont
appelé : Viviane Théophidès, Brigitte Jaques, JeanLouis Thamin, Christian
Schiaretti, Didier Bezace,
Marcial Di Fonzo Bo avec
qui il créa La Mère de Florian Zeller au privé, comme il avait joué Le Jugement dernier de BernardHenri Lévy sous la
direction de Martinelli. Un
homme libre, oui. ■
A. H.
Arlette Téphany,
passion théâtre
Michèle Jérôme,
François Coudert,
ses enfants,
ses petits-enfants
et leurs conjoints,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Francine MARTIN-PRÉVEL
née Guérin,
vous prient de trouver, ici,
leurs sincères remerciements.
offices religieux
La Fondation
Shmouel et Bassie Azimov
vous informe que
l'allumage des bougies
de Chabbat avec bénédiction
deux bougies pour
les femmes mariées, une bougie
pour les jeunes filles, se fera
ce vendredi 3 août 2018,
avant 21 h 08,
(horaire pour l'Ile-de-France).
Le respect des lumières
de Chabbat conduira
aux lumières de la Rédemption.
Renseignements
Beth Loubavitch : 01 45 26 87 60.
Un souvenir inoubliable !
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et de votre mariage dans
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Tél. 01 56 52 27 27 - carnetdujour@media.figaro.fr
Depuis quelques années,
on le voyait moins sur les
planches. Il avait été happé
par la télévision et le cinéma, et aucun jeune n’ignorait son talent, lui qui fut
l’irrésistible Vibius Pisentius Petrus de Kaamelott, à
partir de 2009. Jean-Yves
Chatelais s’en est allé le
31 juillet. « Il est mort comme il a vécu. Libre », a annoncé sa compagne, la comédienne Aude Briant, sur
son compte Twitter. Il
avait 63 ans.
Jean-Yves Chatelais était
également connu de la jeunesse par son travail de
doublage. Il aura prêté son
timbre ferme et clair à de
grands acteurs, tels Michael Madsen, Tom Wilkinson, Martin Sheen. Son
talent, son esprit, sa densité donnaient aux personnages qu’il incarnait une
présence singulière, qu’il
joue des comédies ou des
partitions plus graves, au
cinéma comme à la
télévision.
Un homme libre
© iStock
avec
Mme Maurice Briand,
née Yolande Chapalain,
15
Arlette Téphany.
PATRICE FALOUR/STARFACE
Née à Marseille le 9 août
1935, Arlette Téphany avait
obtenu une licence d’anglais tout en intégrant le
Conservatoire national supérieur d’art dramatique
(CNSAD). Très jeune, elle
avait fait partie de la Guilde, compagnie créée par
Guy Rétoré, qui fonda ensuite, avec elle et quelques
pionniers, le Théâtre de
l’Est parisien (TEP). Premiers grands rôles pour
cette interprète, belle et
rayonnante, capable d’être
irrésistible dans la comédie
comme dans les registres
tragiques. Marivaux, Molière, Shakespeare, Brecht,
Gatti, le TEP est une aventure exemplaire.
En 1973, Arlette Téphany
rencontre Pierre Meyrand,
son mari, formidable comédien venu de chez Planchon. Ensemble, et dans la
proximité de Jacques Téphany, frère cadet, et de
son épouse, comédienne
elle aussi, Dominique Vilar, fille de Jean Vilar (décédée jeune, en 1995), ils
fondent une compagnie
très active, Théâtre en liberté. En 1975, ils dirigent
le Théâtre de Chelles, en
Seine-et-Marne, qui devient un lieu où l’on se
rend souvent. Arlette Téphany signe des mises en
scène. On retrouve cette
famille ardente à Limoges.
En 1985, Arlette Téphany
et Pierre Meyrand sont
nommés directeurs du
Centre dramatique national de Limoges. Elle est la
première femme à la tête
d’un tel établissement. Ils
accomplissent là un grand
travail d’Homère à Peter
Shaffer, de Labiche à René
de Obaldia. Le public découvre auteurs contemporains et classiques.
Trois Molières
en 1995
Un travail qu’ils prolongeront toute leur vie et qui
connaît un sommet avec la
production exceptionnelle
des Affaires sont les affaires, d’Octave Mirbeau,
dans une mise en scène de
Régis Santon. Trois Molières en 1995, dont celui de
meilleur comédien pour
Pierre Meyrand, qui meurt
en 1999. Depuis, tandis que
son frère Jacques avait pris
la direction de la Maison
Jean-Vilar à Avignon, Arlette Téphany avait choisi
de se consacrer à l’enseignement. Professeur de
tragédie classique au cours
Périmony, elle disait à ses
élèves :
« Régalez-vous,
régalez-nous,
régalezmoi. » Ses obsèques auront
lieu mardi 7 août, à 9 h 30,
en la cathédrale de
Cavaillon. ■
A. H.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 3 août 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
16
Trouver la bonne piste en Sierra Leone
Pour fêter ses 10 ans, « Les Routes de l’impossible » proposent des épisodes inédits, dont la découverte de ce pays africain.
FLORENCE VIERRON £@flovierron
ans un pays où 90 % du
transport se fait par la route,
on s’attend à de belles infrastructures. Consacré à la
Sierra Leone, cet épisode de
l’émission « Les Routes de l’impossible »,
qui fête ses 10 ans, dresse un constat effarant de la situation de ce petit pays africain, situé entre la Guinée et le Liberia.
Appauvri par onze ans de guerre civile,
de 1991 à 2002, dont l’origine tient au
contrôle des zones diamantaires, puis par l’épidémie du virus Ebola
entre 2014 et 2016, sa reconstruction est lente.
○○○¡
Très lente. Aucun train ne
circule, et il n’existe aucun vol intérieur.
La voie terrestre est donc reine. Cependant, seules des pistes permettent la
circulation des personnes et des marchandises. À la saison des pluies, la boue
se transforme en glaise. Glissades et enli-
D
+ @SUR LE WEB
sements allongent la durée du voyage. Il
faut compter cinq heures pour affronter
150 km. « Je souffre chaque fois que j’emprunte la route entre le Liberia et la Sierra
Leone », confie un chauffeur de camion
qui pratique depuis presque quinze ans
cet axe majeur de commerce entre les
deux pays.
sonnes là où 7 places sont prévues ! Sans
débrouillardise, impossible de survivre.
Promis à un bel avenir, l’économie du
pays a sombré avec la guerre civile. C’est
aussi ce que montre l’émission : les
constructions inachevées par manque de
moyens dans la capitale Freetown, les
habitations insalubres, le pillage du sable
sur la côte effaçant du paysage ce qui était
un petit paradis il y a seulement deux ans.
Trouver un travail reste un parcours du
combattant. Une femme n’a donc pas
honte de casser des pierres dans une carrière pour les transformer en gravier et
d’y traîner ses enfants pour qu’ils participent à ce travail de forçat. Analphabète à
50 %, la population se révèle aussi courageuse que le lion, emblème de son pays
- Sierra Leone signifie « colline du lion ».
Des collines qui présentent pourtant la
même difficulté que la montée du Kilimandjaro mais que chacun défie avec le
sourire. Un dicton sierra-léonais dit
d’ailleurs : « La bonne humeur coûte moins
cher qu’un manteau mais donne autant de
chaleur. » Une leçon de vie. ■
Population courageuse
Et le spectateur éprouve les difficultés
avec lui et son équipe. Dans un camion
dépourvu de pare-brise la pluie fouette
l’intérieur de l’habitacle ; devant chaque
montée, il faut étaler du
gravier, se retrouver
maculé de boue et parfois tirer le véhicule
avec une sangle. Un sac
plastique suffit à protéger un filtre à air afin de traverser une flaque dont la profondeur pourrait noyer le
moteur et un peu de colle colmate un
tuyau percé. Quant au taxi-brousse, seul
moyen de transport disponible pour se
déplacer, il n’hésite pas à charger 18 per-
20.55
En Sierra Leone, seules des pistes permettent la circulation des personnes
et des marchandises. TONY COMITI
» « Fort Boyard » : les 10 questions que vous vous posez » Julien Clerc en discussion avec TF1 pour devenir coach de « The Voice » www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Lydie
Soleil : Lever 06h27 - Coucher 21h26 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.50 Nos chers
voisins. Série. Avec M. Lamotte.
18.40 N’oubliez pas les paroles !
Jeu 20.00 20 heures 20.50 Parents
mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.10 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Michel Cordes.
21.00
20.55
20.55
Divertissement
Série. Policière
Divertissement
19.40 Suburgatory. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
18
21.00 Baby Boom
Téléréalité. 1h05. La course contre
la montre. Des femmes veulent reprendre le contrôle de la situation
pour ne pas vivre leur accouchement dans une urgence absolue.
20
16
16
17
16
17
18
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15
15
22.05 Baby Boom. Téléréalité. Naissances sous haute surveillance.
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19
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Vendredi,
tout est permis…
… avec Arthur
Prés. : Arthur. 2h05. Spéciale Circus.
Inédit. Invités notamment : Camille
Cerf, Issa Doumbia, Cartman, AnneSophie Girard, Chris Marques.
23.05 Vendredi, tout est permis
avec Arthur 1.10 Vendredi, tout est
permis avec Arthur. Divertissement.
Cherif
Fra. Saison 4. Avec Abdelhafid
Metalsi, Carole Bianic, Catherine
Marchal, Mélèze Bouzid. 2 épisodes.
Alors qu’il enquête sur un trafic de
fausse monnaie, Kader voit des
indices le mener à son père, Farid.
22.55 Cherif Série. Policière 0.45
Caïn. Série. Otages - Confusions Innocences - Juge et partie.
300 chœurs chantent
le meilleur…
… des chansons d’amour
2h35. Inédit. Invités notamment :
Isabelle Boulay, Nolwenn Leroy,
Vianney, Nicole Croisille, Patricia
Kaas, Garou, Enrico Macias.
23.35 Soir/3 0.05 Libre court 1.10
On refait le sketch ! Divertissement
3.05 Les carnets de Julie. Magazine.
18
21
22
20.00 Les babouins des marécages.
Documentaire 20.50 Vu. Magazine.
20
23
18
23
20.55 Les routes
de l’impossible
Société. Fra. 2018. Réal. : F. Elhorga
et A. Marcel. 1h40. Sierra Leone, la
rage de vivre. Inédit - Afghanistan,
dans le corridor du Wakhan.
25
25
22
21
28
25
28
20
24
APRÈS-MIDI
22.40 C dans l’air. Magazine 23.50
Le Nil éternel. Documentaire.
32
20
31
31
20 .10 Rendez-vous avec Kevin Razy
(C) 20.25 Groland le Zapoï (C) 20.50 La
semaine de Catherine et Liliane (C)
19.00 En passant par... Série doc.
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes
20.50 La minute vieille.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu. Présentation : Stéphane Plaza. 19.45 Le
19.45 20.25 En famille. Série.
21.00
20.55
21.00
Film. Comédie
Film TV. Drame
Série. Policière
33
33
29
33
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34
34
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34
20.55 Julie Lescaut
Série. Policière. Fra. 2005. Saison
14. Avec Véronique Genest. Frères
d’armes. Julie et Verdon se rendent
au poste pour récupérer Romain,
intercepté en état d’ivresse.
33
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19.25 Les incroyables aventures de
Nabilla et Thomas en Australie
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22.55 Julie Lescaut. Série. Justice
est faite - Double vie.
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36
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32
20
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19.10 Les constructeurs de l’extrême USA. Téléréalité.
Mon poussin
Monstres ordinaires
Bull
Réal. : Frédéric Forestier.
1h37. Avec Pierre-François MartinLaval, Isabelle Nanty. Vincent, ado
immature surnommé «le Poussin»,
est quitté par sa petite amie, Elina. Il
est inconsolable.
All. 2014. Réal. : Sebastian Ko. 1h30.
Avec Mehdi Nebbou, Janina Fautz,
Ulrike C. Tscharre, Ronald Kukulies.
Deux époux en train de divorcer se
rapprochent pour protéger leur fille,
qui a tué une amie.
EU. Saison 1. Avec Michael Weatherly, Isaiah Washington, Jaime Lee
Kirchner. 2 épisodes. Inédits. Une
styliste amie de Chunk succombe
à un empoisonnement, à l’issue du
défilé qu’elle organise.
22.35 Marie-Francine F i l m 0.05
22.25 Freddie Mercury - The
Great Pretender Documentaire
22.45 Bull Série. Policière. EU. 2017.
De plus belle. Film 1.45 Bienvenue
au Gondwana. Film 3.25 Surprises
23.55 In Bed With Madonna. Film.
30
T (en °c)
20.55 La Seconde Guerre
mondiale vue du ciel
Documentaire. Société. 2014. Réal. :
S. George. 1h50. Ce documentaire
propose une nouvelle lecture de la
guerre 39-45.
22.45 Été 44. Entre le printemps et
l’automne 1944, la France est libérée.
Saison 1. La théorie du genre 23.30
NCIS. Série. 3 épisodes.
<-10 à 0
18.55 Les rois de la réno. Téléréalité.
Bonne affaire - En demi-teinte.
SAMEDI
A
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55 La petite histoire de France
19.05 Touche pas à mon poste !
Divertissement. Best of.
21.00 Hercule Poirot
21.00 Enquête d’action
21.00 La télé de Foresti
Série. Policière. GB. 2005. Saison 11.
Avec D. Suchet. Rendez-vous avec
la mort. Poirot enquête sur le meurtre
d’une certaine Mrs Boynton, survenu
au cours d’une excursion.
Mag. Société. Prés. : M.-A. Casalta.
2h00. Vacances en Haute-Savoie :
policiers et pompiers en alerte tout
l’été. «Enquête d’action» a suivi les
policiers et les pompiers d’Annecy.
Documentaire. Société. Fra. 2017.
1h50. Retour sur la carrière de l’humoriste et comédienne Florence
Foresti, depuis ses premiers personnages cultes qu’elle a incarnés.
22.50 Hercule Poirot. Série. ABC
contre Poirot - Le chat et les pigeons.
23.00 Enquête d’action. Magazine.
Présentation : Marie-Ange Casalta.
22.50 La télé des Nuls. Doc. Les
sketches et parodies du quatuor.
Série. Animation. EU. 1996. Saison
8. 4 épisodes. Quand elle est exclue
de son club d’investissement, Marge
monte son entreprise de vente de
bretzels.
22.40 Les Simpson. Série. Animation. (8 épisodes).
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
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ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
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LUNDI
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10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
20/31
21.00 Les Simpson
19.05 Alerte Cobra. Série. Les intraçables - A bout de nerfs.
26/31
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ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
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lachainemeteo.com
par téléphone :
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et sur
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LE FIGARO
vendredi 3 août 2018
JEUX D'ÉTÉ
17
TAKUZU
SU DO KU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
FAcile
grille 557
1
0
0
1
1
1
0
1
0
1
0
0
0
1
0
1
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1
0
1
0
1
0
0
1
1
grille
2603
FAcile
grille
7 4 5
8
5
9
2
2
6 7 4 3 5
7
8 3
6
4
3
5
1
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8
2 3 5 7 4
9
1
8
2
6
2 1 7
MOTS FLÉCHÉS N° 2040
COULEUR
D’ÉCOLO
TOILE À
MATELAS
MYTHIQUE
ABJURÉS
GRISANTE
OVATION
POUR LE
VAINQUEUR
PIÈCE
DE TROUSSEAU
DÉCORE
ACCOMPAGNE ET
PROTÈGE
OUBLIENT
DE DIRE
QUI VIDENT
LE COMPTE
MARIAGE
CHOISIE
7
RÉSULTAT
D’UN
ENTRELACEMENT
DÉPLACÉES
ÉLÉMENT
D’UNE
CHUTE
INTERJECTION
FATIGUE
MÉDECIN
DURÉE
ABRI DE
VERRES
JUNIOR
ÉPOQUE
SEIN
FAMILIER
ASSISTE LA
RÉDACTION
RÉPRIMÉE
RITES
SAUVEGARDER DES
DONNÉES
PROBLÈME N° 4795
HORIZONTALEMENT
1. Vieille branche transformée en chêne.
- 2. Guillaume peut servir pour ce genre
de travail. - 3. Est du côté des plus forts.
Fils d’Écosse. - 4. Bienheureuse mère.
- 5. Sanctifié dans l’Audomarois. Berceau
de Zeus. - 6. Forme élémentaire de
pouvoir. Répandre un conservateur. - 7.
Créateur de spectacles psychédéliques.
Il a fait courber la tête à un fier Sicambre.
- 8. Coup de bar. S’élève dans les cimetières. - 9. Passage à tabac. - 10. Ornent
les faîtages. Amène à la raison. - 11.
S’attaque aux reinettes. - 12. Fais du
gratte-papier.
VERTICALEMENT
1. Future Terre ? - 2. Expression consacrée
à la fin du conclave (deux mots). - 3. Langue d’Aragon. Dérapage non contrôlé. - 4.
Champions d’échecs. Tube qui remonte le
brut. - 5. Temps de cuisson. Il dénonça
des intellectuels opiomanes… Il en faut
dix mille comme lui pour faire une muraille.
- 6. Placé auprès de ses rivaux, il tient des
propos galants. Paré pour le décollage.
Pièces de musée. - 7. Céréale qui leurre.
Coup de bar. Lopin nain. - 8. Producteurs
de sucre.
2
3
5
6
7
8
1
Takuzu
1 0 1 1 0 0 1 0 0 1
grille
GARDIEN
DU PAF
ROBE À
DELHI
2
3
4
743
10 6 5
AD5
R V 10 5
5
6
7
8
9
10
N
O
E
S
R V 10 9
AV
R V 4 3
A32
11
Contrat : Sud joue
3 Sans-Atout.
12
Entame : 10 de .
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4794
HORIZONTALEMENT 1. Troupier. - 2. Renverse. - 3. Occasion. - 4. Mollette. - 5. Pue.
Ries. - 6. Erse. SR. - 7. Tuant. IS. - 8. Muasse.
- 9. If. Mu. Mi. - 10. Saperdes. - 11. Tuerie. - 12.
Expansée.
VERTICALEMENT 1. Trompettiste. - 2. Recouru.
Faux. - 3. Oncle Sam. Pep. - 4. Uval. Énuméra.
- 5. Peser. Taurin. - 6. Iritis. Dés. - 7. Ésotérisme. - 8. Rênes. Séisme.
grille
7
8
9
5
1
4
6
3
2
7
5
8
4
6
3
1
2
9
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2884 :
(Dés)illusion royale
Contrat : Sud joue 3 Piques, après l’ouverture de 1SA
(12-14H) en Est (E.-O vuln.).
Entame : Valet de .
La faute classique, commise par un joueur international (!),
consiste à appeler le Roi de du mort pour jouer vers
Dame-Valet. Voici le détail attendu de ses déboires :
Ouest prend et rejoue le 10 de qui court jusqu’à la
Dame. Sud rejoue le Valet de mais Est duque habilement. En guise de dernière cartouche, le déclarant joue
le 2 de de sa main, espérant le 10 à gauche, mais Est
prend du 10, encaisse l’As d’atout et donne deux tours
de , laissant Sud à court d’une levée.
La bonne ligne ? Prenez en main de l’As, conservant
précieusement le Roi, et présentez la Dame de .
Si Ouest s’en empare pour rejouer atout, prenez de
la Dame, montez au mort à et jouez à nouveau ,
laissant la défense sans ressources ; si Est prend, c’est
tout aussi facile, vous jouerez ultérieurement pour le
Valet, assuré de couper
R65
un , votre neuvième pli.
93
Le Roi de devait être
R75
utilisé au bon moment,
87632
A97
c’est-à-dire après un 10
premier tour de et non R 7 6 5 4 O N E A 10 8
V 10 9
D8643
avant.
S
D 10 9 5
RV
DV8432
DV2
A2
A4
556
Sudoku
4
3
6
8
2
9
7
5
1
9
1
4
5
7
2
8
3
6
2601
5
1
2
6
3
7
4
8
9
grille
CRIE SOUS
LES
HALLIERS
PROBLÈME N° 2885 :
De marbre
Mots
léchés
1 0 1 1 0 1 0 0 1 0
1 0 1 0 1 0 0 1 0 1
DANS UNE
ADRESSE
AU ROI
BRIDGE
S
A K A
C A T
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D E E
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S S E
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R S A
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0 1 0 1 0 1 1 0 1 0
CANAUX
DES
MARAIS
SALANTS
4
P
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BLAIR
SAISON
Par Vincent Labbé
1
S
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ELLE
MOUILLE
D’UN COUP
ARBRES QUI
CACHENT
LA FORÊT
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0 1 0 0 1 1 0 1 0 1
À L’ABRI
DU BESOIN
ENTENDU
APRÈS
LE CHOC
MOTS CROISÉS
R
C E
T
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J E
0 1 0 0 1 0 1 0 1 1
TENIR EN
SON
POUVOIR
DEVANT
CELUI QUE
L’ON FÊTE
SOLUTIONS DES JEUX
DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
ARCHIVES
DE LA TÉLÉ
COUP
VIOLENT
GALETTE
DE MAÏS
PROCHE DE
LA VIGOGNE
1
0 1 0 0 1 1 0 1 1 0
ENGAGÉE
PAR LE
JOUEUR
PASSER
UN SAVON
6
0 1 1 0 0 1 0 1 0 1
ÉLEVÉE
DANS UN
PARC
MOYEN DE
TRANSPORT
8 6 4
1 0 0 1 1 0 1 0 1 0
ESTNORD-EST
FACTEUR
SANGUIN
ACACIA
9
5
X V
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F L
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PLACERA
AILLEURS
1
2 7
FRUIT DU
VANILLIER
DESSUS
ELLE
REGROUPE DE TABLE
DES USINES BRÛLÉ
8
3
GELÉE
ATTRAPENT
SPHÈRE
D’INFLUENCE
5
3
3
DENTELER
DIVINITÉ
7
1
ÊTRE
FABULEUX
C’EST LE
TITANE
9
9 3 4
COLLERA
GRANDE
UTILISATRICE
À DEMI
4
2 8
TOUT À FAIT
TEL UN
COUSIN
OUTIL DE
MONTAGE
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1
Par Diane Monfort
CHICANE
2604
9
4
8
7
6
2
5
1
3
2
6
5
1
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3
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2602
3
2
6
8
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7
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5
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8
3
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6
2
1
9
7
4
MOTS COUPÉS
Mots coupés
chiner - chiPie chiTon - cordon corner - corTon donner - lAiner lAiTon - PiéTon Prôner - ProTon Tonner.
Par Arthur Gary
Assemblez les huit groupes de trois lettres deux
par deux pour former au moins dix mots de six
lettres. Un même groupe de lettres peut être
utilisé plusieurs fois pour des mots diférents.
A L E
A R D
D E C
E N T
I M E
P E T
R E G
R E T
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
A
Remplir la grille avec les chifres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
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vendredi 3 août 2018 LE FIGARO
18
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
Villes fantôm
es
Les garnisons soviétiques ont quitté Klomino en 1993, après la chute
de l’URSS. À l’intérieur des bâtiments délabrés, les rampes
des escaliers ont été arrachées pour être revendues (ci-dessous).
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
A
ENVOYÉ SPÉCIAL À KLOMINO
lomètres. Les deux villages ont
connu la même histoire mais n’ont
pas subi le même destin. Ils constituaient les deux zones d’habitation
d’un vaste terrain militaire de
180 km2, fermé à la population polonaise et occupé par l’Armée rouge. Mais en 1993, deux ans après la
chute de l’URSS, les garnisons soviétiques ont quitté presque du jour
au lendemain les deux sites :
20 000 soldats en tout, leurs
familles et les commerces qui
allaient avec.
Des pruniers ont poussé devant l’entrée d’une barre de béton. Quatre
étages, cinquante mètres de longueur, l’immeuble à la façade noircie
n’a sans doute jamais eu de charme,
pas plus que celui adjacent. Après
avoir enjambé quelques herbes hautes, il faut écarter les branches pleines de fruits pour accéder à l’entrée.
Klomino se visite un peu plus facilement à l’automne ou au printemps,
Plusieurs vies
quand la végétation recule et dévoile
les restes de ce village-garnison au
L’État polonais, qui avait hérité des
cœur de la Pologne. Les traces de la
droits de propriété, a revendu les
plupart des édifices, effondrés ou
logements à bas prix à des particudémolis, ont été recouvertes
liers ou des investisseurs. Dapar la forêt. Entre les
riusz Czerniawski a fait
voies de passage enpartie de la première
core intactes, on
vague des nouimagine les bâtiveaux habitants
Klom i no
ments. Il y en
qui ont emméavait une dinagé dans la
zaine du gen« ville noure il y a trente
velle »
de
ans.
Borne SuliLe mur qui
nowo. Trenbarrait l’entenaire, il avait
trée vers la
fait le trajet decage d’escalier a
puis
Varsovie
été démoli. À l’inavec sa famille et
térieur, les murs nus
acheté un logement
n’ont conservé qu’une
semblable à celui qu’il
couleur délavée verte ou
nous fait visiter à Klomino.
ocre. Le moindre morceau de métal
Son épouse a beaucoup pleuré après
a été arraché pour être revendu, y
le déménagement, confie-t-il. « Il
compris la rampe de la cage d’escan’y avait rien, ici, pas de travail », se
lier. Un paquet de cigarettes écrasé,
souvient-il en racontant qu’il avait
des débris de bouteilles ou bien enfinalement trouvé un emploi en
core les tags qui recouvrent les paSuisse. Pendant sept ans, il s’est asrois suggèrent que l’endroit est entreint à des allers-retours hebdocore parfois visité. Construits selon
madaires en bus. Lentement, la vie
le modèle des Plattenbau, ces ima repris à Borne Sulinowo, tandis
meubles typiques des pays commuque Klomino dépérissait pour se
nistes, assemblés à partir d’élétransformer en ville fantôme.
ments préfabriqués en béton, ont
Passionné d’histoire et Européen
abrité des dizaines de logements.
convaincu, Dariusz Czerniawski
Sur le sol, on trouve encore des dals’est ensuite reconverti pour s’ocles décollées de PVC. Comme elles
cuper du centre culturel de la ville,
ne présentent aucun intérêt, perqui compte aujourd’hui 4 700 habisonne ne les a récupérées. Au dertants. « Tout a commencé par un
nier étage, quelqu’un a entassé des
courrier en allemand que j’ai retrougravats pour accéder au toit, qui a
vé dans les archives. Cela m’a intriété percé. Des balcons, on aperçoit
gué », raconte-t-il en poursuivant
toute la « ville ». Jusqu’en 1993,
la visite de Klomino. Il désigne un
quelque 4 000 personnes vivaient
autre bâtiment, en bon état, et son
là. Aujourd’hui, il ne reste que cinq
toit en pointe couvert de tuiles.
familles qui se partagent trois im« Ça, c’est une ancienne caserne almeubles encore en bon état.
lemande. Les bâtiments soviétiques,
Dans une cuisine, des dessins
eux, ont des toits plats », poursuit-il
pour enfants ont subsisté sur un
en pointant un autre immeuble.
mur : un lapin attablé pour son petit
Klomino, comme Borne Sulinowo,
déjeuner, un pingouin avec une
a connu plusieurs vies. Les villages
écharpe sur le cou et un bonnet sur
se sont d’abord nommés Gross Born
la tête. « Ce sont des dessins rusWestfalenhof et Gross Born Linde,
ses », indique Dariusz Czerniawski.
quand la terre était prussienne.
Notre guide habite Borne Sulinowo,
Adolf Hitler est le premier à leur
la sœur de Klomino, à quelques kiavoir donné un destin. Peu après
L’invasion de la Pologne
y a été planifiée. Hitler y vient
le 4 septembre 1939, pour se
rapprocher de la ligne de front.
20 000
soldats
et leur
famille
jusqu’en 1993
4 700
habitants
en 2018
son arrivée au pouvoir à Berlin, le
dictateur nazi s’intéresse à cette
zone située au sud du lac de Jezioro
Pile, en Poméranie, qui se trouve
encore en Allemagne à l’époque.
Dès la fin du XIXe siècle, l’armée
avait déjà repéré cette région au sol
sableux, idéale pour des exercices
de tir d’artillerie. Mais après la Première Guerre mondiale, la dimension stratégique de l’emplacement,
à quelques kilomètres seulement de
la nouvelle frontière dessinée en
1918, est devenue encore plus évidente pour le pouvoir nazi. En deux
années, entre 1934 et 1936, le dictateur y fait installer des garnisons
dans des infrastructures ultramodernes. Une ligne de chemin de fer
est ouverte. Un champ est transformé en piste d’atterrissage. Les soldats s’entraînent au tir et les panzers
au combat. Jusqu’à 20 000 militaires y prennent leurs quartiers. Les
six villages avoisinants et leurs centaines d’habitants ont été évacués.
Dans le dispositif nazi, Gross
Born, c’est son nom, est d’importance. L’invasion de la Pologne y a
été planifiée. Hitler visite l’endroit
une première fois en août 1938, puis
il y revient le 4 septembre 1939,
pour se rapprocher de la ligne de
PHOTO12/ALAMY STOCK PHOTO
5/6
Klomino,
« paradis
perdu »
des nazis
]
Elles peuvent
être le fruit de
le témoin d’u
projets immo
n passé révolu
bil
ou d’un essor iers fous,
chassé par un
industriel
e nouvelle rév
olution. D’un
du monde à l’a
coin
utre, Le Figaro
de ces villes fan
dévoile les my
figées pour tou tômes hantées par leurs spe stères
ctr
jours ou qui att
endent de rev es,
ivre.
front que ses armées ont ouverte.
Erwin Rommel y organisera aussi
les préparatifs de l’Afrikakorps.
Pendant la guerre, des camps de
prisonniers polonais, français et soviétiques ont été érigés. Les associations d’anciens combattants visitent de temps en temps les
cimetières disséminés dans les bois.
À la fin de la guerre, Gross Born
est âprement disputée. Après la victoire et le redécoupage de l’Europe,
la région est devenue polonaise.
Mais l’Armée rouge a déjà investi les
lieux, profitant des habitations et
des installations militaires abandonnées. L’avenue « Adolf Hitler »,
au centre de la ville, est rebaptisée
avenue « Joseph Staline ». Le camp
est transformé en base soviétique
permanente. L’enceinte est close.
Borne Sulinowo et Klomino, qui ont
changé de nom, disparaissent des
cartes officielles. Moscou y fait
transporter des armes nucléaires.
Dans la forêt autour de Klomino, on
trouve les dépouilles de deux bunkers où des missiles pouvaient être
entreposés. Un panneau prévient
du danger ceux qui y pénètrent sans
lumière : une chute dans la fosse de
quatre mètres de profondeur, à
l’intérieur, peut être fatale. En y
descendant à l’aide d’une vieille
échelle de bois, on découvre un dédale de salles. Au sol, il reste des
points d’ancrage dans le béton. Dariusz Czerniawski pense qu’ils servaient à fixer et entreposer les missiles. « Personne ne sait combien
d’armes étaient stationnées ici et
quand précisément les Soviétiques les
ont retirées », dit-il.
Une poignée d’habitants
À l’abri des regards polonais, l’Armée rouge a organisé sa vie à Borne
Sulinowo et Klomino. La première
ville accueillait la principale garnison, jusqu’à 15 000 personnes, familles comprises. C’est là que se
trouvaient l’école et les deux jardins
d’enfants, les quatre cinémas, l’hôpital, la plupart des magasins d’alimentation. « Les habitants de la
région prenaient le bateau pour traverser discrètement le lac. Ils venaient
s’approvisionner dans les commerces
de la ville. On pouvait payer en zlotys.
Mais à la différence du reste du pays
les étals étaient pleins », raconte
Dariusz Czerniawski. Partiellement
détruit pendant la guerre, Klomino,
avec ses 4 000 habitants, est demeurée plus modeste. Les Soviétiques y
avaient néanmoins installé un théâtre en plein air dont on retrouve la
trace dans les broussailles : un long
mur de pierre d’un mètre cinquante
de haut, recouvert de silhouettes de
militaires ou de travailleurs, formait
le fondement d’une ancienne estrade. En dégageant des arbustes, surgit aussi une étoile rouge aux couleurs presque intactes, près de
l’escalier menant à l’ancienne scène.
Après l’effondrement de l’Union
soviétique, les soldats russes ont
plié bagage. Le 5 juin 1993, la zone a
été rendue à la Pologne. Un cinéma
a été reconverti en église catholique. L’ancien casino nazi, transformé en salle de réception pour officiers soviétiques, est tombé en
ruine. L’ancienne salle de sport a
été reprise telle quelle. À Borne
Sulinowo, une nouvelle vie a commencé même si beaucoup de bâtiments et de vieilles casernes sont
toujours à rénover. « Chaque année
a été meilleure, surtout après l’entrée
de la Pologne dans l’Union européenne », dit Dariusz Czerniawski en
évoquant les trottoirs refaits. Klomino, en revanche, va bientôt disparaître. Les routes se sont transformées en pistes truffées de nidsde-poule.
« La ville a eu de l’argent pour reconstruire Borne Sulinowo, il n’est
plus rien resté pour Klomino », affirme Violetta Tarwacka, à la fenêtre
de son logement. La jeune femme
d’une trentaine d’années fait partie
de la poignée d’habitants de la ville
fantôme. Elle a suivi ici son compagnon qui « travaille pour le propriétaire » de l’immeuble. Depuis six
ans, il se charge de son entretien. À
deux pas des barres en ruine, ce bâtiment est en cours « de rénovation », dit-elle. « Les trois premiers
étages ont été refaits, les deux derniers sont tels que les Russes les ont
laissés et sans intérêt », poursuit-elle, méfiante. « Les nouveaux logements sont loués à la nuit », complète-t-elle en assurant accueillir, les
week-ends, des amateurs de nature, de décors improbables ou de
discrétion.
« Klomino, c’est un petit paradis », assure de son côté Malgorzata
Trzebiatowska. Elle vit un peu plus
loin, dans la maison des gardes forestiers. Elle s’y est installée il y a
cinq ans avec ses trois enfants et son
mari, qui y est employé. « Je ne
connais pas beaucoup l’histoire de la
ville », s’excuse-t-elle. « Je sais que
ce bâtiment date de l’époque de Hitler puis que les Russes sont venus.
Après leur départ, ça a été la fin de la
grande histoire », dit-elle. La perspective de voir les dernières ruines
bientôt rasées la réjouit. Personne
d’autre ne pourra revenir. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Goldfield, le bourg hanté
de la ruée vers l’or
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LE FIGARO
vendredi 3 août 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
19
Pourquoi est-il impossible en Europe
d’avoir un vrai débat sur l’immigration ?
es pays d’Europe centrale
ont ces derniers temps
développé leurs points
de vue sur la question
de l’immigration. Il est
dommage qu’on les reçoive
seulement en les traitant de barbares.
Impossible en Europe de l’Ouest d’avoir
un débat sur l’immigration, car une seule
affirmation est recevable : l’obligation
morale que nous avons, en tant
que culture humaniste, d’accueillir
les démunis frappant à notre porte.
Modérer cette affirmation ou la mettre
en cause n’est pas politiquement correct.
Nos gouvernants, Macron ou Merkel,
ne limitent l’ouverture que dans le but
affiché d’éviter la montée des courants
populistes. Ce qui manque ici, sur
la question critique la plus inquiétante
et primordiale depuis la Seconde Guerre
mondiale, c’est la possibilité de débattre.
Victor Orban s’est exprimé là-dessus
le 16 juin dernier à l’occasion
de l’anniversaire de la mort
de Helmut Kohl. Il fait appel à l’un
des plus importants symboles dans
la culture centre-européenne :
le rempart de la chrétienté. Ces pays
ont été en effet, dans l’histoire, ceux
qui stoppent les invasions barbares
et par là, situation géographique oblige,
protègent l’Europe occidentale. Orban
fait le lien avec ces situations anciennes
et suggère que la charité consiste à aider
au développement plutôt qu’à ouvrir
les portes. La thèse est bien discutable :
l’aide au développement agit sur le long
terme, mais
le problème est
à très court
terme ; une foule
de pauvres,
La philosophe analyse les discours du premier
demandant asile,
ministre hongrois Viktor Orban et du chancelier
peut-elle être
autrichien Sebastian Kurz, qui méritent mieux
comparée
que des postures indignées. Plutôt que de nier
aux invasions
la réalité de la crise migratoire, nos gouvernants
barbares ? Mais
enfin l’opinion
devraient poser les cadres d’un débat apaisé.
L
CHANTAL DELSOL
occidentale ne s’entretient qu’avec ellemême et, donc, ne discute pas. D’ailleurs,
elle ne sait même pas ce qu’est
le « rempart de la chrétienté » et ne veut
pas le savoir.
Le texte du chancelier autrichien
Kurtz, soumis aux experts nationaux
des vingt-huit pays de l’Union, est
différemment argumenté. Mais bien sûr
il a été reçu avec la même indignation
et les mêmes préjugés, sans aucune quête
de compréhension.
Le jeune chancelier autrichien a mis
sur la table un autre aspect de la question.
Moins l’accueil que la manière
d’accueillir. L’Autriche a reçu
proportionnellement davantage de
migrants que la France. Nous ne sommes
pas tenus pour autant de le faire n’importe
comment, en donnant aux accueillis toute
latitude pour dégrader cette culture même
qui les reçoit. Autrement dit, l’accueil
doit se faire contre exigences réciproques,
comme c’est toujours le cas lorsqu’on fait
preuve d’hospitalité. Or qu’avons-nous
vu depuis quelques années ? Une volonté
d’ouvrir grandes les portes, en Allemagne
en 2015, en fermant les yeux sur les
problèmes posés et la nécessité d’en tenir
compte. On a constamment essayé de
faire croire à l’opinion que la population
migratoire était composée de médecins et
d’universitaires chassés par les dictatures.
Un événement gravissime comme
les viols de Cologne a été traité par
les gouvernements avec une légèreté
sidérante. Pendant longtemps il a été
impossible de parler de la différence
entre migrants politiques et migrants
économiques, l’idée même de faire un
« tri » était aussitôt, par une comparaison
honteuse, assimilée à une sinistre
mémoire. Demande-t-on aux réfugiés
accueillis d’adopter la culture du pays
d’accueil ? Sans oser toujours défendre
ouvertement le multiculturalisme,
nos gouvernants n’osent pas prendre
les mesures positives d’une intégration.
L’islamo-gauchisme qui se développe
« celui qui a été fort contre Dieu ». Mais
il ne faudrait pas le dire.
Pour Kurz, il est normal, évident, en
tant que culture d’accueil, de ne garantir
l’asile « qu’à ceux qui respectent
les valeurs de l’UE et les droits et libertés
fondamentales ». Nous devons ouvrir
la porte, mais n’avons pas le devoir de
laisser nos hôtes dénaturer notre culture.
Un véritable humaniste est celui qui
déploie la bienveillance sous le regard
de la réalité assumée. C’est bien parce
que les gouvernants n’ont pas admis
cela qu’ils se heurtent
aujourd’hui à t
L’islamo-gauchisme est devenu
ant d’oppositions.
expert pour promouvoir les cultures Le discours de Kurz
davantage
accueillies au détriment de la nôtre, mériterait
que quelques crachats.
sans vouloir admettre qu’elles sont
Depuis quelques
semaines, le mantra des
en train de détruire cela même
responsables européens
qui légitimait l’accueil…
et d’une partie des
médias est qu’il n’y a
pas de crise migratoire. Manière de nier
considéré comme inacceptable. Étant des
la réalité pour ne pas avoir à la regarder
victimes, ils sont entièrement innocents,
en face. La baisse réelle du nombre
en accord avec le manichéisme ambiant.
d’arrivants depuis un an ne change rien
Plus encore, énoncer à leur sujet quelque
à l’immense espérance d’Occident dans
chose de général (même assorti
une Afrique de plus en plus peuplée, ni
de précautions comme c’est le cas ici) est
ne résout notre incapacité, ici, à intégrer
insupportable. Quand il s’agit de groupes
convenablement les arrivants récents,
à protéger, nul n’a le droit de prononcer
mais aussi d’anciens arrivants ou même
une affirmation générale, faute de se
leurs enfants. Il y a quelque chose de
rendre coupable d’« amalgames » ou
honteux à vouloir nous faire croire que
de « clichés ». Autrement dit on ne peut
la situation critique a cessé d’exister,
alors parler que des individus : il faut être
comme si nous étions, nous les électeurs,
nominaliste. Kurz a l’audace d’oser
de sombres idiots.
une généralisation, qui au demeurant
Nous n’avons pas besoin
ne fait que décrire la culture de la plupart
de gouvernants humanitaristes et
de ces réfugiés. Dire que des musulmans
pleurnichards, aux yeux bandés. Nous
auront plus de mal que nous à vivre dans
avons besoin de gouvernants humanistes
des sociétés ouvertes, c’est bien ce que
aux yeux ouverts, capables d’exigence
tout le monde sait et voit. Les cultures ont
dans leur bienveillance même. Ce n’est
des caractéristiques. On peut les décrire
pas en dissimulant les caractéristiques
sans les « essentialiser », mot à la mode
de la culture musulmane, pour ne pas
pour accréditer le nominalisme rampant.
« faire d’amalgame » et pour ne pas
Leurs dénominations les désignent. Ce
« discriminer », qu’on répondra
n’est pas un pur hasard si islam signifie
décemment à cette situation critique.
soumission, pendant qu’Israël signifie
chez nos élites est devenu expert
pour promouvoir les cultures accueillies
au détriment de la nôtre, sans vouloir
admettre qu’elles sont en train de détruire
cela même qui légitimait l’accueil…
Le discours de Kurz est dénigré parce
qu’il a dit que parmi ces jeunes migrants
« beaucoup sont tout particulièrement
sensibles aux idéologies hostiles à la
liberté, qui prônent la violence » et « ont
de manière répétée de gros problèmes pour
vivre dans des sociétés ouvertes ». Le fait
de proférer une critique des réfugiés est
«
»
Benalla et Macron, les nouveaux
Cléandre et Commode ?
P
+
ANNE-SOPHIE LETAC
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
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Charles Edelstenne
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Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
du pouvoir bien plus vite
qu’Alexandre Benalla, le petit gars
de la Madeleine, ZUP d’Évreux, et
se hissa au poste envié de chambellan
de l’empereur. Moins petit joueur
que Benalla, Cléandre réussit
à posséder autrement plus que les clés
d’une villa du Touquet ou un banal
appartement de fonction quai Branly.
Il avait le pouvoir de faire construire
des palais, des bains aux frais
du prince, de faire du trafic de postes
prestigieux, et pas seulement
de parader dans le bus des Bleus.
« Beaucoup de Romains éminents
périrent de sa cruauté » dit-on
de Cléandre, alors que le mastard
du président Macron ne s’attaquait
qu’à d’inoffensifs citoyens munis
de carafons en verre venus assister
à une charge de CRS comme
à un spectacle de gladiateurs. Quant
à la carrière de Cléandre, nous dit
l’historien « on peut dire qu’elle
fut courte et chargée autant que
désastreuse ». En effet, il se fit haïr
à force de la ramener, un peu comme
Benalla quand il terrorisait le GSPR,
ce groupe de policiers et de gendarmes
d’élite chargés de la sécurité
présidentielle, soudain menacés
de perdre leur poste ou leur tête.
En ce qui concerne Cléandre, il fut
massacré avec sa famille « une fois
que Commode, dans sa retraite, eut été
mis au courant de la crise ». Quant
à Benalla, il fut seulement mis à pied,
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
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Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
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Directeur artistique
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Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
grondé pour sa trahison, et accorda
une interview à sensation au journal
Le Monde qui aurait fait pâlir Cléandre
de jalousie, expliquant en substance
que les policiers étaient des imbéciles,
qu’heureusement il était là pour
se taper le sale boulot, et que si
on ne l’aimait pas c’est parce
qu’il n’était pas du sérail.
Certes, Macron n’est pas Commode,
on le sait, et il n’est même pas
empereur. Bien qu’il ait jugé à propos
de préciser que Benalla n’était pas
son amant, il n’est pas un tyran
débauché qui entretient des harems
de filles et de mignons, comme
l’Histoire Auguste en accusait le fils
de Marc Aurèle. La révision
constitutionnelle qui accélérerait
la procédure parlementaire et
permettrait au président d’assister
aux débats ne ressemble tout de même
pas aux relations de Commode
et du Sénat, ni LREM à une cour
d’affranchis impériaux. Mais Benalla
n’est pas non plus Cléandre. Avec son
permis de port d’armes trouvé dans
une pochette-surprise et ses manières
de voyou, il fait tout au plus fonction
de porte-flingue du président, une
sorte de préfet de la pétoire, pour ainsi
dire. Toute ressemblance avec
des Romains ayant existé serait donc
complètement fortuite.
Quoique. « En fait, nous informe
Benalla dans son interview, tout à
l’Élysée est basé sur ce que l’on peut
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vous prêter en termes de proximité avec
le chef de l’État. Est-ce qu’il vous a fait
un sourire, appelé par votre
prénom, etc. C’est un phénomène
de cour. » Dans la France de 2018,
on tiendrait donc son pouvoir d’un
sourire ou de la confiance du prince,
d’une proximité dont aurait par
exemple bénéficié le « petit gars de
la Madeleine ». De même, la disgrâce
pourrait vous reléguer avant
de vous tuer. De hauts fonctionnaires
compétents accepteraient donc de
s’incliner devant un Benalla introduit
dans le secret des dieux, de feindre
d’ignorer ses agissements par réflexe
courtisan. Il ne manque plus que des
monnaies impériales, qu’on graverait
comme au temps de Commode
d’un Jupiter muni d’un foudre et d’un
sceptre, avec la légende « Le meilleur
et le plus grand ». Évoquant Cléandre,
l’historien conclut : « Alors qu’il
bafouait l’empereur, sa fonction et son
administration, il utilisait la monnaie
pour présenter de l’ensemble une image
réconfortante et heureuse qui pût servir
ses desseins. » Heureusement, le vraifaux adjoint au chef de cabinet
n’a pas le pouvoir de battre monnaie.
Malheureusement, il a celui de
parader dans les journaux et de livrer
« sa » version des événements
et « sa » vision crapuleuse du pouvoir.
Au fond, même si nous sommes un
peuple d’irréductibles Gaulois, il y a
quelque chose de très romain en nous.
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
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1er cahier20 pages
Cahier 2 Économie
6 pages
Sur certaines éditions
Supplément 3
Magazine 96 pages
Cahier TV 60 pages
Supplément 4 Madame
96 pages
A
anta rhei, tout passe,
comme disaient Héraclite
et Socrate. Mais pas
tout quand même,
et sûrement pas les
sombres affaires de favoris
qui de siècle en siècle se ressemblent,
nous l’allons montrer tout à l’heure,
comme disait cette fois-ci
La Fontaine. Songerie de vacances
aidant, transportons-nous
sous l’Empire romain au temps
de Commode, empereur qui le fut
peu et qui le paya cher. Commode
qui, tel le Charles Gervais de la pub,
était odieux et divin en même temps,
s’entendait fort mal avec le Sénat
qui tenta clairement de l’assassiner.
Un climat détestable s’étant établi
entre lui et les sénateurs, l’empereur
s’isola, se coupa de cette puissante
élite et gouverna en s’appuyant
sur des plébéiens et des favoris.
Or, l’un d’entre eux, Cléandre,
s’empara du titre de préfet
du prétoire, celui qui commandait
la garde prétorienne chargée
» Lire aussi PAGES 4 ET 5
de la sécurité de l’empereur et
de l’ordre à Rome. Esclave phrygien
affranchi,
« ambitieux
et d’humeur
redoutable »,
nous dit l’historien
Notre chroniqueuse dresse un parallèle entre
Rudolph Storch,
l’affaire Benalla et les relations qu’entretenait
il gravit
le fils de Marc Aurèle avec son préfet du prétoire. les échelons
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 3 août 2018 LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
20
[
Les rencontr
inattendues es
Rien ne les pré
disposai
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t à se croiser,
à converser,
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t différents. Et
pourtant...
5/6
A
RENE SAINT PAUL/RUE DES ARCHIVES, ARCHIVES DOMINICAINES DE TOULOUSE
ASTRID DE LARMINAT
adelarminat@lefigaro.fr
26 août 1944. Paris est libéré.
Notre-Dame attend le général de
Gaulle. Dans la sacristie, un jeune
moine en habit blanc, mèche rebelle, explique au haut clergé parisien pourquoi le gouvernement
issu de la Résistance ne veut pas
que l’archevêque de Paris, le cardinal Suhard, soit présent pour
accueillir le chef de la France
libre. Ce moine dominicain intrépide, c’est le père Bruckberger,
aumônier des FFI, que tout le
monde appelle Bruck. La discussion tourne court. Une fusillade a
éclaté dans la nef. Les prêtres battent en retraite. Bruck se précipite
dans l’église. Lui qui s’était engagé
en septembre 1939 avait rejoint les
corps francs pour être en première ligne, avant d’assister, désespéré, à la débandade de l’armée
française ; lui qui avait failli mourir de ses blessures et connu ensuite les geôles de la Gestapo a tant
attendu cette victoire. Lorsqu’il
arrive dans la cathédrale, il voit le
Général s’avancer, imperturbable
au milieu des rafales de mitraillettes. À ses côtés, un franciscain
entonne un magnificat. C’est ainsi, écrira le père Bruckberger dans
son journal de guerre, que le traditionnel Te Deum, chanté lors
des victoires, fut remplacé par
l’antique chant de la Vierge exaltant le Dieu qui élève les humbles
et renverse les puissants.
Quelques jours plus tôt, son ami
Albert Camus et l’équipe de Combat, journal clandestin auquel le
romancier collabore depuis décembre 1943, s’étaient emparés
des locaux de la presse collaborationniste, rue Réaumur. Les premiers numéros libres de Combat
paraissent. Dans un édito, Camus
écrit : « Il y a quatre ans, des
hommes se sont levés au milieu des
décombres et du désespoir et ont
affirmé avec tranquillité que rien
n’était perdu. » Camus en a connu,
de ces résistants-là, bien que luimême, occupé par son œuvre à
écrire, diminué par sa maladie des
poumons, ait mis longtemps avant
de rejoindre leurs rangs. Parmi
eux, il y avait le père Bruckberger,
que Bernanos décrivait avantguerre comme un « jeune moine
prédestiné au cœur d’enfant et de
poète ».
Camus et Bruck se sont rencontrés vraisemblablement pour la
première fois en janvier 1943,
dans les bureaux de Gallimard, qui
l’année précédente avait publié
L’Étranger ainsi que le premier livre du jeune dominicain. Il semble
que la sympathie fut immédiate
entre l’écrivain nonchalant, retenu et réfléchi, volontiers ironique,
et le jeune religieux combatif,
aussi impulsif, voire imprudent,
que généreux et entier dans ses
engagements et ses affections. Les
deux hommes sont pourtant très
différents. Il n’est que de revenir
en arrière, à l’année 1939, pour en
prendre la mesure. Camus a
27 ans, Bruck, 33. Aussitôt, le
moine veut se battre. Sergentchef au 3e régiment de chasseurs
alpins, voyant l’inaction miner le
moral des troupes, il lit à ses
hommes La Légende de Guillaume
d’Orange : « C’est confusément cet
héroïsme et ces batailles dont ce
peuple a la nostalgie qui le fait se
lever d’un coup chaque fois qu’il
croit à la justice et à la liberté menacées. » Bruck haïssait l’Action
française, comme toutes les tentatives de faire de la politique avec
le christianisme. Après-guerre,
les démocrates-chrétiens feront
aussi les frais de sa plume
affûtée. Il était un fils spirituel de Bernanos, un lecteur de Péguy. Fin dé-
Un an après la publication
de L’Étranger (1942), le jeune
écrivain se voit confier
la direction de Combat,
alors qu’il s’était réfugié au
Chambon-sur-Lignon pour écrire
La Peste, qui paraîtra en 1947.
« Le chrétien doit
crier. Nous avons
besoin de son cri »
[
1943
Le jeune dominicain et l’écrivain
agnostique se croisèrent pendant
la guerre. Un dialogue sur Dieu
et l’homme s’instaura entre eux.
]
Prêtre de profession,
chrétien de préférence,
le futur aumônier des Forces
françaises de l’intérieur
s’engage dans la Résistance
malgré son vœu d’obéissance,
qu’il ne respectera
presque jamais.
cembre 1939, il fête Noël avec son
régiment, un sapin et la crèche. Il
célèbre la messe de minuit : « Il ne
me manque rien quand je tiens dans
les mains le Roi des Anges. »
Pendant ce temps, Camus est à
Alger et ne goûte qu’aux liturgies
païennes de la mer et du soleil. « Le
monde est beau, et hors de lui, point
de salut », écrivait-il dans Noces. Il
travaille pour le Soir Républicain où
il déclare, en novembre 1939 :
« Non, cette guerre n’était pas fatale. Et elle pouvait être évitée, elle
peut l’être encore à tous moments. »
On est loin de Bruck, que les accords de Munich avaient révulsé.
Pacifiste, Camus tente néanmoins
de s’engager : « Je pensais que dans
un abri ou au front, j’aurais été seul
et libre de mépriser. » Mais l’armée
le réforme. Ce conflit le dégoûte au
point qu’il se sent devenir indifférent au sort des hommes. La guerre
dérange son rêve de paix et de
justice universelle. Elle le
dérange aussi personnellement. Il voudrait
qu’elle s’achève pour
partir avec sa future
épouse « rire et vivre
dans l’innocence ». Il
voudrait aussi avoir l’esprit tranquille pour écrire.
Des nombreuses conversations
des deux hommes, on a peu de traces. Quatre notes elliptiques dans
les Carnets de Camus, des pages
chaleureuses disséminées dans les
Mémoires de Bruck. C’est dans
leurs écrits, La Peste, par exemple,
qu’on trouve en palimpseste
l’écho de leurs discussions : sur le
mal, l’héroïsme, la sainteté, la
chasteté, sur l’honneur et l’épuration – Bruckberger confessa le collaborationniste Darnand avant son
exécution et obtint de De Gaulle la
grâce de dix condamnés à mort.
Camus, le Français d’Algérie, et
Bruckberger, l’Auvergnat de père
autrichien, à première vue n’ont
pour point commun qu’un refus
viscéral des systèmes de pensée,
de l’embrigadement, de l’esprit de
troupeau, nourri par leur lecture
de Nietzsche. Le premier en retiendra le refus des arrière-mondes qui détourne des devoirs et
des joies de ce monde, et le second
une lucidité si féroce sur les ressorts douteux de la morale que se
donnent les hommes qu’il dira
que la lecture de Nietzsche le
confirma dans son désir de faire le
don total de lui-même à Dieu.
Mais il y a autre chose entre eux.
« Plus encore que l’Auvergne, mon
pays d’origine, le pays d’où je viens
c’est la misère. Il me semble que j’ai
toujours connu ceux qui venaient
d’une telle patrie, et que c’est cela
même qui me lia du premier coup
avec Albert Camus. » Camus, dont
le père mourut au front en 1914, fut
élevé dans les quartiers populaires
d’Alger par une grand-mère intraitable et une mère qui faisait des
ménages, murée dans le silence et
la soumission. Il en eut « honte et
honte d’avoir honte ». Le jeune Raymond Léopold Bruckberger, qui
grandit à Murat, dans le Cantal,
avait 7 ans lorsqu’en 1914 il vit son
père partir entre deux gendarmes.
Considéré comme ennemi de la
France parce que Autrichien, il
passa la guerre en prison. L’usine
qu’il dirigeait et ses biens furent
mis sous séquestre, puis confisqués
en 1918. Par son mariage, sa femme
auvergnate était devenue sujet de
l’Empire autsro-hongrois, leurs
cinq enfants aussi. Pour survivre,
ils n’avaient plus que leurs mains
pour prier. À sa mère implacable,
Bruck sera redevable de l’exemple
qu’elle lui donna : fière dans la misère, elle serait morte plutôt que de
dire que son sort était injuste. « Je
ne l’ai jamais vue s’humilier devant
qui que ce soit. » Il n’y avait qu’un
moment dans la journée où cette
femme déposait les armes. « Elle
reconnaissait alors son impuissance
et appelait au secours : c’était le moment de la prière du soir. » Aprèsguerre, son père repartit à Vienne
et mourut en lui laissant un seul
héritage : l’ordre de prendre la
nationalité française à sa majorité.
Et c’est ainsi que le fils de l’Autrichien aima la France et épousa une
des devises de la résistance :
« Honneur et Patrie ». Le sens de
l’honneur était en lui un instinct
supérieur qui lui tenait lieu de
conscience morale.
Étonnamment, Bruck, enfant
fugueur, insolent et bagarreur qui
vécut sous la férule des femmes et
de curés bornés – en cela, son enfance ne fut pas très différente de
celle de Camus -, étouffant dans
sa ville natale, détestait tout et
tout le monde – sauf l’église de sa
paroisse : « La liturgie était avec la
nature le seul endroit où je trouvais
une poésie dont j’avais faim et
soif. » Camus, lui, fit sa première
communion, mais se souvint surtout d’avoir été giflé par un curé.
Pourtant, Bruck était convaincu
qu’il lui était resté quelque chose
des cours de catéchisme. Après la
guerre, quand le bureau de Camus
jouxtait le sien chez Gallimard,
Bruck décrit ce qu’il appelle « l’insolence extrême » du christianisme qui « plante au cœur et à l’esprit d’enfants de huit à douze ans
les questions les plus décisives ». Il
se revoit petit garçon « seul et inconnu dans la vie », avec ses « galoches mouillées », interrogé par
un vicaire sur une question du catéchisme : « Pourquoi l’homme at-il été créé et mis au monde ? »
Certains de ces enfants, écrit-il,
“
Plus encore que
l’Auvergne, mon pays
d’origine, le pays d’où
je viens c’est la misère.
Il me semble que j’ai
toujours connu ceux
qui venaient d’une telle
patrie, et que c’est cela
même qui me lia
du premier coup
avec Albert Camus
LE PÈRE BRUCKBERGER
”
« croiront se débarrasser un jour de
cette religion, mais ses questions
les travailleront toujours. Ils dissiperont l’héritage parce qu’ils en
auront d’abord recueilli le bénéfice :
les doutes de leur esprit, les révoltes
de leur cœur. » De ces doutes et de
ces révoltes, Camus a hérité.
Dans L’Homme révolté, Camus
reconnaît que le désespoir du Dieu
fait homme au Golgotha désarme
les critiques des libertins contre un
Dieu tout-puissant et indifférent au
mal. Au fond, écrit-il, si le révolté
conteste la divinité du Christ, c’est
parce qu’il veut défier Dieu, le
vaincre et prendre sa place. Et Camus lui-même ? Avait-il peur de
perdre sa liberté s’il se reconnaissait un Créateur ? L’exemple de
Bruck, bien moins inquiet de morale que Camus, n’aura pas suffi à le
convaincre qu’on pouvait être
chrétien et prodigieusement libre.
Pourtant, Camus écoutait Bruck.
La fameuse conférence qu’il donna
chez les dominicains de La TourMaubourg en 1946 est pétrie des
idées du jeune prêtre. Camus invite
le christianisme à « rejeter sans
nuance absolument les idéologies
modernes » - Bruck se désespérait
de voir les beautés de la liturgie et
le mystère eucharistique se diluer
dans la politique et le social. « Les
chrétiens n’ont que faire du compromis. Ceci représente la condamnation du MRP, dit Camus. Le chrétien
doit crier. […] Nous avons besoin de
son cri. Je ne le dirai jamais assez
fort. » Par ces mots, il encourageait
son ami moine à continuer de ferrailler de sa plume tonitruante.
Jusqu’à sa mort en 1998, Bruckberger, grand écrivain à découvrir, fut
fidèle à la mission que l’incroyant
Camus lui assigna ce jour-là. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Jean Cocteau
et Raymond Oliver
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vendredi 3 août 2018 LE FIGARO - N° 23 009 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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PAGES 22 ET 23
Livraison : Foodora France est à vendre
RESTAURATION Dépassé par le
succès de Deliveroo, Uber Eats et
Just Eat, Foodora est lâché par son
propriétaire. L’allemand Delivery
Hero a mis en vente sa filiale française, préférant se concentrer sur
ses plus gros marchés. « Nous sommes trop loin du numéro un », reconnaît un porte-parole. Le géant de la
livraison de repas à domicile compte aussi arrêter les activités de Foodora - présent dans dix pays - en
Italie, aux Pays-Bas et en Australie.
« Des discussions avec un éventuel
le PLUS du
FIGARO ÉCO
L’ÉTÉ DU FIGARO
« Le champ de
bataille », édité
en France et plébiscité
en Belgique
PAGE 26
LA SÉANCE
DU JEUDI 02 AOÛT 2018
CAC 40
5460,98 -0,68%
DOW JONES (18h)
25242,58 -0,36%
ONCE D’OR
1215,45 (1219,00)
PÉTROLE (lond)
73,290 (72,600)
EUROSTOXX 50
3468,47 -1,16%
FOOTSIE
7575,93 -1,01%
NASDAQ (18h)
7321,45 +0,67%
NIKKEI
22512,53 -1,03%
repreneur sont en cours. À ce stade, la
mise en vente ne change rien pour les
clients, les livreurs et les restaurants.
Le service continue », insiste Stéphane Mac Millan, à la tête de Foodora
France. Lancée en France en
juin 2015, la plateforme référence
plus de 2000 restaurants, emploie
une cinquantaine de salariés et fait
travailler plus de 1500 coursiers
dans huit villes de l’Hexagone.
« Foodora souffre face à ses concurrents depuis plusieurs mois en France.
Le dossier a été vu par les principaux
intervenants, sans succès », confie
un financier. Dans un marché
concurrentiel exigeant de lourds
investissements (en marketing et
communication surtout), la startup s’est laissé distancer par des
concurrents plus agressifs.
Coté en Bourse, Delivery Hero doit
modérer ses dépenses. En pertes,
son concurrent Deliveroo a multiplié les levées de fonds et mise sur
les gains de parts de marché. Le britannique référence plus de 4 500
restaurants en France. Le groupe
vient d’ouvrir sa première cuisine
100 % dédiée à la livraison, accueillant des chefs. Il y a un an,
Uber Eats a signé un partenariat
exclusif avec McDonald’s, premier
restaurateur de France avec plus de
1 400 adresses. Avec un modèle de
« marketplace » sans livreurs, Just
Eat France est présent dans plus de
2 000 villes. Présent dans plus de
quarante pays avec une trentaine
de marques, Delivery Hero mise
surtout sur l’Asie et le MoyenMATHILDE VISSEYRIAS
Orient.
L'HISTOIRE
La start-up Geev lève 3 millions
d’euros pour faire prospérer le don
C
e n’est pas le genre de modèle
économique que l’on enseigne
dans les manuels de stratégie
commerciale. Dans un paysage
dominé par les plateformes
permettant de monétiser le moindre
de ses biens (Leboncoin, Airbnb, Drivy,
Allovoisins…), la start-up
Geev a fait le pari du don
d’objets entre particuliers.
Et la formule semble
fonctionner. Livres,
électroménager, meubles,
vêtements… les biens
proposés sur l’application
ont beau être gratuits,
les 3 millions d’euros que
la jeune pousse bordelaise
vient de lever sont, eux,
sonnants et trébuchants.
Depuis sa création, en
avril 2017, 600 000 objets
ont été échangés
sur la plateforme, qui
revendique aujourd’hui
800 000 inscrits.
L’histoire de Geev a
commencé il y a trois ans,
quand Hakim Baka et Florian Blanc décident
de créer le groupe Facebook « Adopte un
objet ». Leur but ? Faciliter les dons à Paris,
où les deux amis résident alors. L’idée essaime
dans plus de 200 villes en France et
l’application du même nom voit alors le jour,
avant d’être rebaptisée Geev à l’occasion d’une
première levée de fonds
de 200 000 euros en 2017. Si
l’application s’est construite
sur ce geste gracieux,
les investisseurs peuvent
toutefois être rassurés :
Geev tire ses revenus de la
publicité et d’une version
payante plus confortable.
Forte de la manne financière
procurée par cette levée de
fonds, la start-up ambitionne
maintenant de s’exporter
au-delà de Londres,
Montréal et Toronto,
où elle est déjà implantée.
Son nom ne devrait pas
l’en empêcher : Geev
renvoie au verbe « donner »
en anglais. ■
ALEXANDRE BERTEAU
Très attendu, certes, mais historique : Apple a franchi jeudi les
1 000 000 000 000 dollars de capitalisation boursière. La firme californienne est la première entreprise privée au monde à être
passée au-dessus de cette barre
symbolique. Elle vaut à elle seule
plus de la moitié de la valeur totale
des 40 premières entreprises cotées à la Bourse de Paris. Cette
somme représente aussi près de la
moitié des richesses produites chaque année en France…
Plus qu’une valeur d’entreprise
stratosphérique, ces treize chiffres
sont la meilleure illustration du
changement de dimension économique provoqué par la révolution
numérique. Pendant près d’un siècle, ce qui est très long, le palmarès
des valeurs d’entreprise a été largement dominé par les majors du
pétrole, symbole de la deuxième
révolution industrielle. La première
d’entre elles, Exxon, descendante
directe de la Standard Oil de
Rockefeller, a souvent tutoyé les
500 milliards de dollars sans jamais
les dépasser.
Il aura fallu moins de vingt ans pour
que les géants américains du numérique se hissent bien plus haut.
Amazon, Google et Microsoft valent
plus de 800 milliards, Facebook et
les deux chinois Tencent et Alibaba
tournent autour des 500 milliards.
Ces valorisations boursières sont la
combinaison de facteurs peu communs pour des entreprises : des
positions mondiales extrêmement
fortes, une croissance de l’activité
incroyable (+ 39 % de hausse du
chiffre d’affaires d’Amazon au printemps) et une capacité d’innovation
qui leur permet de s’étendre vers
de nouvelles activités. Google s’intéresse ainsi à la voiture autonome,
à la santé, à l’éducation…
Avec l’émergence de ces nouveaux
géants, on assiste également à un
changement d’échelle des fortunes
professionnelles. Longtemps « limitées » à des dizaines de milliards de
dollars, elles se calculent désormais
en centaines de milliards. Jeff Bezos,
le fondateur d’Amazon, est le premier à avoir franchi cette barre. Il
est suivi de près par Bill Gates.
JACQUES-OLIVIER MARTIN
L’impôt sur la fortune
immobilière va
rapporter 1 milliard
Bonne nouvelle pour le gou- année faste en 2017, avec un
vernement. Le nouvel impôt rendement autour de 4,2 milsur la fortune immobilière liards d’euros, après plafonne(IFI), qui a remplacé
ment. Sa transforl’ISF depuis le
mation en IFI fut
La suppres- l’un des points
1er janvier 2018, desion de l’ISF emblématiques de
vrait rapporter à
l’État un peu plus
la loi de finances
sur les
que ce qui était pré2018.
valeurs
vu. Selon les préviSur un total de près
mobilières
sions de Bercy, rede 300 milliards
permettra
layées par Les Échos,
d’euros de recettes
il fera rentrer dans
fiscales, les quelaux PME
les caisses un peu
que 200 millions
d’investir
plus de 1 milliard
d’euros supplédavantage
d’euros et non pas
mentaires apporBRUNO LE MAIRE,
850 millions. Queltés par l’IFI pèsent
OCTOBRE 2017
que 120 000 foyers
bien sûr peu.
fiscaux auraient déReste que, pour
posé une déclaration d’IFI. Soit Bercy, ce signal positif n’est
trois fois moins que le nombre pas anecdotique. Le gouverd’assujettis à l’ISF en 2017 !
nement a en effet renoncé cetAlors que l’IFI est concentré te semaine à son objectif de
sur le patrimoine immobilier, croissance de 2 % en 2018. Le
l’assiette de l’ISF comprenait risque de voir le déficit déraaussi les valeurs mobilières et per à la hausse s’accroît donc.
les placements financiers. Cet Sauf rentrées fiscales excepimpôt hérité de François Mit- tionnelles…
terrand a connu une dernière
A. G.
«
»
A
PRÉLÈVEMENTS
APPLE VAUT
1 000 MILLIARDS
DE DOLLARS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 3 août 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Moisson de bons
résultats pour le CAC
Inquiète des retombées de la guerre commerciale,
la Bourse réagit parfois à contre-courant.
ANNE BODESCOT abodescot@lefigaro.fr
FINANCE Ni le tassement progressif
de la croissance en Europe, ni la politique agressive de Donald Trump
n’ont pour l’instant pénalisé les
grands groupes français. Alors que
presque tous ceux du CAC 40 ont déjà
dévoilé leurs résultats pour le premier semestre, « ces publications sont
globalement solides, relève Olivier de
Berranger, directeur de la gestion de
La Financière de l’Échiquier. Les
marchés craignaient de voir se traduire dans les chiffres les premiers effets
de la guerre commerciale, mais cela
n’a pas été le cas ».
Le premier trimestre avait été délicat pour beaucoup de grandes entreprises exportatrices, en raison de la
hausse de l’euro face au dollar.
Mais la devise européenne s’est assagie au deuxième trimestre. Cette
bouffée d’air a permis d’atténuer les
effets de change sur les résultats semestriels. « L’environnement économique est resté porteur, souligne Vincent Juvyns, le stratège de JPMorgan
AM, avec une croissance solide aux
États-Unis et un faible impact des
tensions commerciales entre Trump et
l’Europe. »
Néanmoins, peu d’entreprises
réussissent à afficher sur les trois
derniers mois des résultats meilleurs
que prévu. « Au regard des chiffres
déjà publiés, les profits du CAC 40 progressent au deuxième trimestre de
5%, par rapport à la même période de
l’année dernière, alors que les analystes tablaient sur une hausse de
8 % », observe Vincent Guenzi, le
stratège de Cholet Dupont. Sur
l’ensemble de l’année, les analystes
espèrent une hausse de 9,2 %, contre
8,5 % en 2017.
Parmi les groupes qui ont quand
même réservé de bonnes surprises figure notamment Airbus. Certes,
l’avionneur a affiché sur le semestre
un bénéfice net divisé par deux, à
496 millions d’euros. Mais, après un
premier trimestre catastrophique, il a
calmé le jeu au deuxième, largement
au-dessus des prévisions, grâce à des
progrès sur le programme A350 XWB
et A320neo.
Surprise aussi pour Peugeot, qui a
publié un bénéfice net record, en
hausse de 18 % au premier semestre,
grâce à l’amélioration de la rentabilité de ses activités automobiles, y
compris chez Opel. Racheté l’an dernier à General Motors, il contribue
déjà aux bénéfices.
Le deuxième trimestre a été aussi
faste pour nombre d’entreprises aux
performances corrélées à la croissance mondiale, comme le chimiste Solvay. Son bénéfice net a bondi de
9,8 % au deuxième trimestre, nettement au-dessus des attentes. « La
hausse des cours du pétrole soutient
“
Les marchés
craignaient de voir
les premiers effets de
la guerre commerciale,
ça n’a pas été le cas
”
OLIVIER DE BERRANGER, DIRECTEUR
DE LA GESTION DE LA FINANCIÈRE
DE L’ÉCHIQUIER
également les profits des valeurs pétrolières », souligne Vincent Juvyns.
Le bénéfice net de Total s’est envolé
de 44 % au deuxième trimestre.
En revanche, le coup de froid observé sur la consommation des ménages, en France au premier trimestre, et plus récemment aux ÉtatsUnis, n’était pas de bon augure pour
les poids lourds du secteur. Carrefour, par exemple, qui doit faire face
aux coûts de son plan de transformation, a dévoilé une lourde perte (plus
de 860 millions d’euros) pour le
semestre.
Mais la plus grande surprise est venue… de la Bourse elle-même, dont
les réactions ont été parfois déconcertantes. Le titre Carrefour, par
exemple, a bondi de 12 % après la pu-
blication de résultats un peu moins
mauvais qu’on ne le redoutait, mais
peu enthousiasmants. « Sur cette valeur ou d’autres, délaissées et donc peu
chères, les investisseurs ont été tentés
d’acheter quand les résultats étaient
même simplement encourageants »,
relève Thierry Le Clercq, chez Mandarine Gestion.
À l’inverse, Kering a vu son cours
s’effondrer de plus de 7 %, après
avoir annoncé des résultats exceptionnels au deuxième trimestre, avec
une envolée de plus de 30 % de ses
ventes. Sur le semestre, le groupe de
luxe a même presque quadruplé son
bénéfice net (près de 55 % de hausse
en ôtant les gains réalisés grâce à la
cession de certaines sociétés), grâce
notamment aux performances de
Gucci. Mais le titre, qui se paie en
Bourse plus de 22 fois les profits attendus sur les douze prochains mois,
est vulnérable, et les marchés se sont
interrogés sur la capacité de l’entreprise à tenir le rythme dans la durée.
Les chefs d’entreprise se gardent
d’ailleurs de fanfaronner, même s’ils
affichent leur confiance dans l’avenir. « Le ton est mesuré. Sans être
alarmistes, ils évoquent les risques que
font peser sur certaines activités la
guerre commerciale lancée par les
États-Unis et le ralentissement de la
croissance en Europe », souligne
Guillaume Dard, le président de
Montpensier Finance.
La Chine, deuxième moteur de
l’économie mondiale après les ÉtatsUnis, est en effet regardée de près.
« La chute du yuan depuis trois mois
n’est pas une bonne nouvelle pour les
entreprises qui exportent là-bas, relève Guillaume Dard. Si la guerre commerciale fait caler la croissance
chinoise, de nombreuses entreprises
seront pénalisées, par exemple dans le
secteur du luxe, au second semestre. »
Ce serait aussi un coup dur pour l’Allemagne, grand partenaire commercial de la Chine. « Or, quand l’Allemagne souffre, toute la zone euro souffre
avec elle », ajoute le gestionnaire. ■
A
Société générale vante sa
croissance à l’international
La Société générale, devenue le
symbole des difficultés des banques françaises dans un environnement de taux d’intérêt trop
faibles, a annoncé jeudi des résultats meilleurs qu’attendu,
grâce au dynamisme de ses activités internationales. Frédéric
Oudéa, le directeur général du
groupe, a souligné la capacité
de la banque de détail internationale à « croître de manière rentable », sur toutes les régions du
monde.
Autre auto-safisfecit pour les
services financiers internationaux,
à commencer par les activités de
marché, qui ont rebondi et « offert
des performances de bon niveau »,
a-t-il souligné, dans un contexte
de taux d’intérêt plus élevés en dehors de la zone euro. Au total, cette
division de la banque a vu son
produit net bancaire grimper de
5,4 % au deuxième trimestre 2018,
par rapport à la même période de
2017.
La banque de détail en France
reste en revanche à la peine, avec
un recul de 2 % de ses revenus
sur le deuxième trimestre. Le
groupe a d’ailleurs abaissé ses
perspectives pour les prochains
mois. Il table maintenant sur
une baisse annuelle de 1 % à 2 %,
alors qu’il espérait jusque-là stabiliser l’activité. « Le chantier de
la transformation est bien avancé », a souligné la banque, une
cinquantaine d’agences ayant
déjà fermé leurs portes sur le
trimestre.
Au total, sur le deuxième trimestre, le groupe bancaire a vu son
bénéfice net progresser de 8,6 %, à
1,16 milliard d’euros. Mais, une fois
ôté les éléments exceptionnels, son
produit net bancaire ne progresse
plus que de 1 %.
Accord transactionnel
La banque, mêlée à une dizaine de
contentieux, a par ailleurs annoncé poursuivre « activement ses
discussions avec les autorités
américaines en vue de conclure un
accord transactionnel » dans le
cadre d’une enquête concernant la violation supposée
d’embargos. Celui-ci pourrait être conclu « dans les
prochaines semaines », précise le groupe français, qui,
depuis plusieurs mois, répète
vouloir en terminer rapidement avec ces litiges.
La Société générale a
réglé récemment deux
des trois litiges l’opposant aux autorités
américaines. Elle a
annoncé avoir passé
une
provision
supplémentaire
de 200 millions
d’euros
au
deuxième trimestre.
Cela
porte le total de
ses provisions
pour litige à
1,43 milliard. ■
A. B.
CHIFFRE D’AFFAIRES,
au 1er Sem. 2018
en millions d’euros
LES RÉSULTATS
DES ENTREPRISES
DU CAC 40
VARIATION
sur 1 an,
en %
RÉSULTAT NET PART DU
GROUPE, au 1er Sem. 2018
en millions d’euros
VARIATION
sur 1 an,
en %
ACCORHOTELS
1 459
3,0
2 179
AIR LIQUIDE
10 162
-1,3
1 040
12,1
AIRBUS
24 970
-0,8
496
-54,5
ARCELORMITTAL*
33 530
17,6
2 616
31,5
ATOS
6 005
0,0
228
8,1
AXA
53 600
-1,3
2 796
-14,4
BNP PARIBAS
-7,7
2 404,6
22 004
-1,0
3 960
BOUYGUES
NC
NC
NC
NC
CAPGEMINI
6 467
+3,0
314
-0,3
CARREFOUR
37 071
-3,0
-861
NS
NC
NC
NC
NC
DANONE
12 498
2,4
1 132
8,1
ENGIE
30 182
0,1
938
-22,2
ESSILOR INTERNATIONAL
3 726
-3,4
421
-2,3
HERMÈS INTERNATIONAL
2 853
+5,2
NC
NC
KERING
6 432
26,8
2 360
185,7
L'ORÉAL
13 391
-0,2
2 275
11,7
LEGRAND
2 987
11,8
390
23,4
LVMH
21 750
10,3
3 004
41,2
MICHELIN
10 603
-4,1
917
6,3
ORANGE
20 262
0,9
789
31,3
PERNOD RICARD***
3 934
-0,4
520
-1,1
PEUGEOT
38 595
40,1
1 481
18,0
PUBLICIS GROUPE
4 280
-8,2
313
-19,1
RENAULT
29 957
1,4
1 952
-18,6
CRÉDIT AGRICOLE SA
SAFRAN
NC
NC
NC
NC
SAINT GOBAIN
20 787
1,9
1 219
61,7
SANOFI
16 074
-7,2
1 778
-73,6
SCHNEIDER ELECTRIC
12 317
1,2
1 020
6,5
SOCIÉTÉ GÉNÉRALE
12 748
9,2
2 006
11,1
SODEXO**
10 293
-3,2
372
6,9
SOLVAY
5 092
-1,7
586
3,7
STMICROELECTRONICS*
3 819
19,7
431
92,4
TECHNIPFMC*
5 208
-15,9
172
37,6
TOTAL*
87 411
26,0
5 440
30,1
NC
NC
NC
NC
VALEO
9 863
4,6
453
-10,1
VEOLIA ENVIRONNEMENT
12 564
3,1
225
13,6
VINCI
19 758
6,7
1 300
26,2
6 463
18,3
165
UNIBAIL-RODAMCO
VIVENDI
* conversion en euros au 30 juin
Source : Sociétés
** 1er semestre : septembre à février
*** deuxième semestre : janvier à juin, estimations Bloomberg
-6,3
NC : exercice non clôturé
Infographie
Axa rassure en accélérant
sa transformation et son désendettement
ANNE-SOPHIE CATHALA £@Ascathala
Frédéric Oudéa
(à gauche), directeur
général de la Société
générale, et Thomas
Buberl, directeur
général d’Axa.
FRANÇOIS BOUCHON/
LE FIGARO
Mission accomplie pour l’assureur
français, numéro deux européen
derrière l’allemand Allianz. Engagé dans son plan de transformation Ambition 2020, Axa a
réussi à rassurer investisseurs et
analystes.
Beaucoup étaient sceptiques,
depuis que le groupe a levé 1 milliard de dollars de moins en introduisant en Bourse son activité
américaine et qu’il a racheté à prix
d’or en mars l’américain XL.
L’opération, la plus importante
de l’histoire d’Axa, en fait un
leader mondial de l’assurancedommages des entreprises, activité prometteuse, moins exposée aux marchés financiers.
Le titre s’est distingué à la
Bourse de Paris, ouvrant la
séance en tête du
CAC 40, sur de solides
résultats. Au premier
semestre, sous l’effet d’éléments exceptionnels, le
résultat net a
chuté
de
11 %,
à
2,8 milliards
d’euros,
mais à peu
près en ligne avec les
attentes. Le résultat
opérationnel croît de
9 % à changes constants, à 3,3 milliards.
Le chiffre d’affaires gagne 3 %, à
53,6 milliards, mieux qu’attendu
par les analystes. Les volumes de
nouvelles affaires ont fortement
augmenté en santé et protection.
Se félicitant d’un semestre « très
solide », « le plus dynamique depuis
cinq ans », Thomas Buberl, directeur général d’Axa, sacre 2018
« année de l’action ». Il compte accélérer une transformation pilotée
au pas de charge depuis sa nomination, en 2016. Pour Gérald Harlin, directeur financier du groupe,
ce semestre illustre une « forte accélération ».
“
Ce semestre restera
un moment marquant
de l’histoire d’Axa
THOMAS BUBERL, D.G. D’AXA
”
Axa a lancé en 2016 un offensif
plan stratégique à 2020, qui prévoit
de réduire sa dépendance aux risques de marchés et à l’assurancevie en faveur d’activités plus porteuses, telles la santé ou l’assurance-dommages pour les entreprises.
Thomas Buberl veut aussi accentuer la réduction de la dette d’Axa,
n’hésitant pas à fixer un nouvel
objectif d’ici à 2020. Axa vise désormais un ratio d’endettement
compris entre 25 % et 28 % à
cet horizon. Déterminé à regagner
en flexibilité financière, Axa
multiplie les opérations partout
dans le monde.
Sur le front des économies et
cessions, la compagnie rivalise de
gages de bonne gestion. Elle a
réorganisé ses activités d’assurance-vie collective en Suisse, afin
d’y réduire sa consommation de
fonds propres et de récupérer plus
de 2 milliards d’euros.
Axa va s’atteler à restructurer
sa filiale de gestion Axa Investment Managers, et vient
d’annoncer négocier la cession au
fonds Cinven d’Axa Life Europe,
portefeuille de rentes variables
(produits de retraite). Au-delà
du 1,17 milliard d’euros qu’Axa
en attend, c’est une étape
clé « dans la stratégie visant
à obtenir un meilleur équilibre
entre risques assurantiels et financiers, en ligne avec notre plan
Ambition 2020 », insiste Gérald
Harlin.
Ces chantiers stratégiques ont
impacté les résultats : la réorganisation en Suisse s’est soldée par
une facture de 340 millions
d’euros. Si la remontée progressive
des taux est une évolution positive,
Axa a supporté les frais d’une
charge comptable consécutive à
cette remontée.
À ces réserves près, Thomas
Buberl a souligné que la dynamique
de croissance était « soutenue pour
l’ensemble de nos zones géographiques, en particulier en France et
en Europe… avec une hausse du
volume d’affaires nouvelles de 10 %
en prévoyance et une croissance
du chiffre d’affaires de 7 % en
santé ». ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 3 août 2018
ÉCONOMIE
ECONOMIE
ÉVOLUTION DE L’INDICE CAC 40,
EN POINTS
5 460
5 600
5 500
5 400
23
Arrêts maladie : le patronat redoute
de devoir payer la facture
Les entreprises pourraient avoir à prendre en charge une partie des indemnités journalières
versées en cas d’arrêt de travail par la Sécurité sociale.
5 312
5 300
5 200
5 100
MANON MALHÈRE £@ManonMalhere
29 déc. 2017
2 août 2018
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Source : Bloomberg
L’Oréal
a réalisé
sa meilleure
croissance
depuis dix ans.
Nous réitérons
notre
surperformance
sur le marché
»
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
JEAN-PAUL AGON,
PDG DE L’ORÉAL
Danone
a enregistré
de très bons
résultats
malgré un
environnement
volatil et des
événements
défavorables
inattendus
sur certains
marchés
»
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
EMMANUEL FABER,
PDG DE DANONE
SOCIAL C’est une ligne rouge
pour le patronat : il n’est pas
question que les employeurs
paient une partie des indemnités
journalières versées en cas d’arrêt
maladie pour faire des économies.
À l’unisson, le Medef, la CPME et
l’U2P ont manifesté leur « ferme
opposition » à un tel scénario dans
une lettre adressée cette semaine
au premier ministre, Édouard
Philippe, révélée par Les Échos et
obtenue par Le Figaro.
La limitation des indemnités
maladie en raison de leur coût
très important pour l’Assurancemaladie n’est pas un sujet nouveau. En forte hausse (5,7 % durant les cinq premiers mois 2018),
leur montant a atteint 10,5 milliards d’euros entre juin 2017 et
mai 2018. Cette augmentation
s’explique en grande partie par le
recul de l’âge de départ à la retraite ainsi que la montée du burn
out. Concrètement, lorsqu’un salarié se trouve en arrêt maladie, il
n’est pas indemnisé pendant les
trois premiers jours de carence,
puis, la Sécurité sociale lui verse
50 % de son salaire.
Selon Les Échos, le gouvernement serait en train de réfléchir à
faire prendre en charge par les
entreprises quatre jours d’indemnités journalières pour les arrêts
de moins de huit jours, au-delà du
délai de carence. Ce qui lui permettrait de faire des économies
annuelles de 900 millions
d’euros.
De leur côté, deux des trois organisations patronales indiquent
ne pas avoir eu échos d’une prise
de position claire de l’exécutif. Du
moins, à ce stade. « On nous raconte qu’il n’y a rien, mais nous
sommes inquiets, explique le vice-
Lorsqu’un salarié se trouve en arrêt maladie, il n’est pas indemnisé pendant les trois premiers jours de carence, puis, la Sécurité sociale lui verse
50 % de son salaire. LUC NOBOUT/IP3 PRESS/MAXPPP
président de la CPME, Jean-Michel Pottier. Il s’agit d’une question budgétaire, et les arbitrages
sur le projet de loi de financement
de la Sécurité sociale pour 2019 se
font au mois d’août. Soit avant la
concertation [entre les partenaires
sociaux et le gouvernement,
NDLR] sur la santé au travail qui
se tiendra à la rentrée. »
Autrement dit, si ce scénario
devait se réaliser, les partenaires
sociaux n’auraient pas vraiment
voix au chapitre sur cette question sensible des arrêts maladie.
Et la pilule passerait mal, à l’heure
où Emmanuel Macron tente de
renouer le dialogue social qui s’est
dégradé depuis son arrivée au
pouvoir. Le 17 juillet dernier, il a
reçu les huit dirigeants des orga-
»
JEAN-PASCAL TRICOIRE, PDG
DE SCHNEIDER ELECTRIC
Dégradation des relations
Quoi qu’il en soit, pour contrer ce
projet, le patronat multiplie les
arguments. Ce transfert aux entreprises constituerait une charge
nouvelle qui « pèserait nécessairement sur la compétitivité des entreprises, à l’inverse de la politique
de baisse des prélèvements obligatoires affirmée par le gouvernement », écrivent les trois organisations patronales dans leur
lettre. Elles pointent également
du doigt « la question des pratiques de prescriptions médicales »
par les médecins à l’origine des
arrêts maladie ou encore « la responsabilisation du salarié ».
« Le sujet représente aussi un
risque sérieux de dégradation des
relations entre les salariés et l’employeur dans l’entreprise », explique Alain Griset, le président de
l’U2P. Avec des effets pervers
déjà bien identifiés. Les employeurs pourraient, par exemple, décider de multiplier les contre-visites médicales en vue de
suspendre les indemnisations.
Enfin, « ce serait une brèche dans
le régime assurantiel de la Sécurité
sociale », s’inquiète Jean-Michel
Pottier, de la CPME. ■
10,5
milliards
d’euros
Montant
des indemnités
journalières versées
sur un an (de juin 2017
à mai 2018)
Taxes douanières : les sociétés allemandes
souffrent déjà des mesures américaines
Plus de la moitié des entreprises faisant affaire avec les États-Unis ou la Chine subissent
une hausse de leurs coûts liée à la guerre commerciale.
ARMELLE BOHINEUST £@armelella
INTERNATIONAL
L’Allemagne
est sans doute le pays d’Europe
qui redoute le plus l’impact de la
guerre commerciale orchestrée
Trump intensifie ses menaces
de taxes contre la Chine
Notre
portefeuille
d’offres
nous permet
de continuer à
gagner des parts
de marché.
Nous revoyons
à la hausse
notre objectif
nisations patronales et syndicales
pour parler des dossiers à venir.
« Les arrêts maladie, qui sont en
lien avec le sujet de la santé au travail, seront évoqués dans le cadre
des discussions avec les partenaires sociaux à la rentrée », se
contente de dire Matignon…
Taxer les métaux et imposer
des droits de douane
sur 34 milliards de biens
chinois ne suffit pas à Donald
Trump. Le président américain
est monté d’un cran dans
la guerre commerciale
qu’il livre à ses partenaires,
en particulier Pékin. « Il m’a
chargé cette semaine de
considérer la possibilité
d’accroître les taxes
douanières de 25 % » plutôt
que 10 % sur 200 milliards
de dollars d’importations
chinoises, a indiqué Robert
Lighthizer, le représentant
américain au Commerce. Pour
celui-ci, il ne s’agit que « d’une
option pour inciter la Chine
à changer sa politique,
à mettre un terme à ses
pratiques déloyales ».
Ce n’est « pas un cataclysme
pour l’économie chinoise »,
a indiqué de son côté
le secrétaire américain
au Commerce, Wilbur Ross,
en expliquant que cela ne
représentait que 50 milliards
de dollars par an, soit moins
de 1 % de l’économie chinoise.
Outré par ces nouvelles
menaces et le double jeu
de Donald Trump, qui manie
en permanence la carotte
et le bâton, Pékin a appelé
les États-Unis « à revenir à la
raison ». « Nous enjoignons
aux Américains d’avoir une
attitude décente, à ne pas
tenter un quelconque
chantage. Cela ne fonctionne
pas avec la Chine »,
a déclaré le porte-parole de
la diplomatie, Geng Shuang,
Fustigeant des pressions
« contre-productives ». A. BOH
par Donald Trump. Non sans raison. Les dégâts sont déjà là et ils
sont « énormes », assure Volker
Treier, responsable du commerce
extérieur de DIHK, l’Association
des chambres de commerce et
d’industrie germaniques.
Une enquête récemment réalisée auprès d’entreprises allemandes actives en Chine ou aux ÉtatsUnis indique qu’une majorité
d’entre elles souffrent déjà des
nouvelles barrières douanières.
Plus de 40 % des entreprises allemandes implantées en Chine subissent une hausse des taxes dans
leurs échanges avec les ÉtatsUnis, une proportion qui s’élève à
46 % s’il s’agit d’importations.
Pour les sociétés germaniques basées aux États-Unis, c’est pire. Les
trois quarts d’entre elles sont confrontées à différents obstacles,
parmi lesquels une hausse des
coûts lorsqu’elles importent des
biens fabriqués en Chine. Et
quand il s’agit d’importations,
57 % des entreprises installées aux
États-Unis pâtissent des nouvelles
conditions commerciales. Résultat, beaucoup d’entre elles envisagent de délocaliser leur production dans d’autres pays, avertit
DIHK.
La Chine,
premier partenaire
L’enquête se concentre sur les sociétés allemandes implantées
outre-Atlantique ou en Asie, et les
enjeux sont loin d’être négligeables. La Chine est le premier partenaire de l’Allemagne dans le
monde et les États-Unis sont la cible numéro un de ses exportations. Les sociétés germaniques
emploient quelque 800 000 salariés outre-Atlantique et pas loin
de 700 000 en Chine, pointe l’Association des chambres de commerce.
D’ailleurs, l’impact est plus large, précise DIHK. Même les entreprises qui produisent en Allemagne souffrent déjà, car elles
s’appuient sur un vaste réseau
international de fournisseurs et de
partenaires. « Une escalade dans
le conflit menacerait l’ensemble
du commerce mondial », avertit
Volker Treier.
Les nouvelles taxes douanières
mises en place entre les deux
géants mondiaux concernent
aujourd’hui 34 milliards de dollars
de biens chinois taxés par les
États-Unis. En représailles, Pékin
impose les biens américains pour
des montants identiques. S’y
ajoutent les taxes américaines de
25 % et 10 % sur l’acier et l’aluminium. ■
COTATIONS HEBDOMADAIRES
Nom du Fonds
Date de valorisation :
Aviva Investors France
24-26, rue de la Pépinière 75008 Paris
Tél. : 01 76 62 90 00 / 01 76 62 91 01
Vocation
Valeur a la
Valeur
Valeur
création précédente liquidative
01/08/2018
AFER ACTIONS EURO
AFER-SFER
AFER PATRIMOINE
A. DIVERSIFIE DURABLE
AFER ACTIONS MONDE
ACTIONS ZONE EURO
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIE
ACTIONSINTERNATIONALES
76,00
15,00
500,00
500,00
500,00
142,88
64,03
612,28
760,54
955,80
142,16
63,83
612,42
758,11
956,47
PROCHAINE PARUTION : 10/08/2018
(1) Dédoublé 2 fois. (2) divisée par 2. (3) divisée par 8. (4) divisée par 30. (5) divisée par 100. (6) divisée par 10. (7) divisée par 5. (8) divisée par 6.
*Ou dernier cours connu.
A
5 000
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 3 août 2018 LE FIGARO
24
ENTREPRISES
Siemens se restructure pour négocier son virage numérique
Le conglomérat allemand s’organise en trois divisions. Parmi ses priorités, les services pour l’Internet des objets.
NATHALIE STEIWER £@natbxltec
MICHAEL DALDER/REUTERS
BERLIN
Joe Kaeser, PDG
de Siemens, lors d’une
conférence de presse,
jeudi à Munich.
INDUSTRIE Régime sec pour les
géants de l’énergie. Après General
Electric en juin, c’est au tour de son
rival allemand Siemens de se restructurer. Son président, Joe Kaeser, a annoncé mercredi soir son
plan « vision 2020+ », visant à augmenter le taux de croissance et les
marges, avec à la clef plus d’internet des objets, plus de services numériques et moins d’énergie.
En octobre, il n’y aura plus que
trois divisions au lieu de cinq. L’entité Gas and Power, basée à Houston
(Texas), regroupera les activités gaz
et énergie, ainsi que les technologies « intelligentes » de construction et de gestion de l’énergie. La
branche Smart Infrastructure, basée à Zoug (Suisse), se concentrera
sur les infrastructures et bâtiments
intelligents. L’activité Digital Industries, basée à Nuremberg (Allemagne), intégrera les activités
d’automatisation dans l’industrie.
Ces trois structures travailleront
main dans la main avec les « sociétés stratégiques » de Siemens : Siemens Healthineers pour l’ingénierie médicale, Siemens Gamesa,
géant de l’énergie éolienne, et la future filiale ferroviaire Siemens-Alstom, dont la fusion est en cours
d’examen à Bruxelles.
La nouvelle stratégie « donnera
une plus grande liberté aux branches
sous la marque Siemens », assure le
groupe. La manœuvre, préparée en
grand secret au siège du groupe, à
Munich, doit rassurer les marchés,
toujours plus hostiles aux conglomérats. Avec la révolution industrielle du numérique, « ce ne sont
pas les grands groupes qui survivront mais ceux qui sauront s’adapter », tranche Joe Kaeser.
« Anticiper le changement »
Le patron doit rassurer le puissant
syndicat IG Metall, remonté contre
l’idée de transformer le groupe en
holding. « Pour les salariés de Siemens, il est essentiel que la restruc-
turation se fasse dans le cadre de Siemens AG », prévient Jürgen Kerner
d’IG Metall. Or, après la suppression de 6 900 emplois dans la branche énergie en 2017, le climat social
est à la méfiance dans l’entreprise.
Les trois nouvelles branches
« n’ont pas de statut autonome,
prend donc soin de préciser le
groupe dans son communiqué, ce
n’est donc pas un modèle classique de
holding ». Le groupe avait pourtant
bien pris cette direction avec l’introduction en Bourse de sa filiale
médicale Healthineers en mars
dernier et la fusion avec l’espagnol
Gamesa dans l’éolien en 2016.
Avec l’effondrement des commandes sur le marché mondial des
grandes centrales, Siemens consolide dans tous les cas ses barrières
antifeu et réoriente ses activités,
tout comme ses concurrents General Electric, Mitsubishi au Japon ou
Ansaldo en Italie.
« Nous avons le devoir d’anticiper
la vitesse et la puissance du changement global » en cours, assure Kaeser. Siemens ne veut plus vendre
uniquement des techniques d’automatisation mais aussi les conseils et
services qui vont avec. Près de
10 000 employés devraient être affectés à ces activités d’ici à 2025. Il
vient aussi d’annoncer l’acquisition
de l’américain Mendix, éditeur de
plateformes de programmation
pour l’Internet des objets. ■
Manurhin sauvé par les Émirats arabes unis
L’ex-fabricant mythique d’armes de poing, devenu spécialiste de machines de munitions, était au bord
de la faillite. Epic, groupe d’armement émirien dirigé par l’ex-patron de Thales, va relancer la firme de Mulhouse.
VÉRONIQUE GUILLERMARD
£@vguillermard
DÉFENSE Avec la reprise de Manurhin par un groupe émirien, l’industrie de l’armement française
tourne une page de son histoire.
Depuis mercredi 2 août, la « Manufacture de machines du HautRhin », son nom de baptême en
1919, est la propriété d’Emirates
Defense
Industries
Company
(Edic), comme en a décidé la
chambre commerciale du tribunal
de grande instance de Mulhouse.
Elle a opté pour « le projet financier
le plus solide » après avoir rejeté
cinq autres offres, dont celles portées par le belge New Lachaussée, la
PME française Odyssée Technologies et le slovaque Delta Defense.
Edic est né fin 2014 de la volonté
des Émirats arabes unis (EAU) de se
doter d’une industrie de défense indépendante. Elle regroupe plus
d’une dizaine d’entreprises publiques d’armement et est dirigée par
un Français : Luc Vigneron, ancien
PDG de Nexter, le leader français de
l’armement terrestre, puis du groupe de défense Thales.
Bruno Le Maire, le ministre de
l’Économie, s’est félicité du « maintien de plus de 100 emplois industriels
et de la pérennisation d’un savoir-faire industriel exceptionnel ». La PME
française est en effet un des leaders
mondiaux, aux côtés de New Lachaussée et de l’allemand Fritz Werner, de la conception et de l’équipement d’usines de munitions clés en
main. Et le dernier français de la
spécialité. Edic prévoit de reprendre
104 salariés sur 145, les installations
ainsi qu’un carnet de commandes
valorisé à 100 millions d’euros. Edic
doit injecter 45 millions, afin de relancer l’entreprise. Dans les cartons
du nouveau propriétaire, un projet
de construction d’une usine de munitions aux EAU pour 60 millions.
Popularisé par Belmondo
La PME ouvre un nouveau chapitre
de son histoire. Au départ spécialisée
dans les machines dédiées à l’industrie alimentaire, elle s’était diversifiée dans les munitions en 1922. Il
faudra attendre la fin du second
conflit mondial pour voir Manurhin
se développer tous azimuts : dans les
armes de poing, l’embouteillage et
même les scooters… La marque devient iconique avec ses revolvers,
notamment le MR 73, l’armée préférée des hommes du Raid et du GIGN
ainsi que de la police nationale… Au
cinéma, elle accompagne les stars
masculines, notamment Jean-Paul
Belmondo, dans Peur sur la ville, le
film d’Henri Verneuil.
La société est considérée comme
un joyau de l’industrie de défense
française. Dans les années 1990,
elle se recentre sur la conception et
la construction d’usines de munitions. L’activité revolvers est vendue, en 1999, au français Chapuis,
spécialiste des armes de chasse. Le
recentrage est réussi. Mais Manurhin manque de stabilité. Elle est
ballottée d’un actionnaire à l’autre
dans les années 1990 et 2000, de
Matra à Nexter, avant d’être rachetée par ses cadres puis, en 2010, par
Rémy Thannberger, ancien avocat,
enfant du pays dont le grand-père
avait travaillé chez Manurhin. Fin
2011, un tour de table est constitué
sous l’égide de l’État, qui accepte
de céder la direction opérationnelle
à un mystérieux groupe slovaque,
Delta Defense, qui prend 34 % du
capital. Commence alors la descente aux enfers. Delta Defense – société opaque soupçonnée du pire fait fuir les banques. La PME ne
peut plus financer son développement, n’ayant plus accès au crédit
bancaire. Les managers slovaques
sont débarqués mais Delta Defense
reste actionnaire. Manurhin voit sa
situation se détériorer. En 2017, elle
a perdu 16,7 millions et son chiffre
d’affaires est divisé par deux, à
12 millions. Malgré son crédit et son
savoir-faire, elle se meurt. Elle fait
l’objet d’une procédure de sauvegarde pendant un an avant d’être
placée en redressement judiciaire
en juin 2018. ■
L’atelier de fabrication
de cartoucherie,
de l’usine Manurhin,
à Mulhouse.
JEAN-FRANÇOIS FREY/
PHOTOPQR/L’ALSACE
Legris Industries à l’affût d’acquisitions en Europe
Le groupe familial est prêt à miser jusqu’à 120 millions d’euros dans une pépite industrielle.
DELPHINE DENUIT £@ddenuit
30
millions
d’euros
A
tirés de la cession
de Savoye,
annoncée en juillet
INDUSTRIE Legris Industries est à
l’affût de la perle rare. L’investisseur spécialisé dans les entreprises
industrielles de taille intermédiaire (ETI) cherche à étoffer son portefeuille de sociétés prometteuses.
Le groupe sait exactement ce qu’il
veut. « Nous recherchons à acquérir une ETI industrielle œuvrant
dans le BtoB, disposant d’un savoirfaire pointu et d’un fort potentiel de
croissance dans un marché de niche
où il s’impose comme un acteur majeur », annonce Erwan Taton, président du conseil de direction du
groupe breton créé en 1986. Afin
de ne pas déséquilibrer son portefeuille actuel, l’investisseur vise
une société au chiffre d’affaires
variable, entre 40 et 150 millions
d’euros, à l’image des sociétés
qu’il détient : Clextral, spécialisée
dans l’industrie agroalimentaire,
Keller, dans les matériaux de
construction clés en main, et
Schiederwerk, dans l’éclairage
professionnel de haute puissance.
Cela fait plusieurs mois que le
groupe prospecte en France et en
Europe en quête de la pépite qu’il
pourrait « aider à progresser ». Le
groupe aimerait bien passer à l’offensive depuis la vente, officialisée
début juillet, de la société Savoye.
Acquise en 1992, cette entreprise
spécialisée dans les solutions de
logistique automatisée doit être
cédée avant la fin de l’année au
groupe chinois Noblelift, pour
30 millions d’euros.
Sa vente va permettre d’accroître d’autant la capacité d’investissement du groupe. « La cession
de Savoye nous permet de viser une
ou plusieurs entreprises d’une valeur globale de 50 à 120 millions
d’euros (dette comprise) », précise
Erwan Taton, qui s’est fixé un an
pour réaliser au moins une acquisition significative.
« La France de nouveau
attractive pour investir »
Contrairement à d’autres investisseurs, Legris Industries, dont le
siège est à Bruxelles, ne se limite
pas à un marché précis. « Nous
sommes atypiques, souligne son
président du directoire. Nous accompagnons dans leur croissance
des PMI et ETI industrielles sur le
long terme, sans secteur de prédilection, et nous nous impliquons
réellement, bien plus que ne le ferait un fonds qui se fixe souvent un
terme plutôt court. »
Et de citer l’exemple de Savoye,
conservé vingt-six ans en portefeuille. Le groupe ne se considère
pas non plus comme un incubateur, ses cibles ayant souvent déjà
un leadership et une expertise re-
connus dans leur secteur. Toujours contrôlé majoritairement
par la famille Legris (70 % du capital), l’entreprise ne manque pas
d’ambitions, en dépit d’un exercice
2017
en
perte
de
300 000 euros, après un bénéfice
net de près de 18 millions d’euros
en 2016 porté par des plus-values
de cession. Fort d’un carnet de
commandes de 122 millions
d’euros, le groupe est résolument
confiant dans l’avenir et dans le
potentiel industriel national.
« L’industrie française a beaucoup souffert ces quinze dernières
années, conclut le chef d’entreprise. Mais depuis un an, les conditions économiques et environnementales redeviennent plus favorables à l’investissement. La France
et son tissu industriel sont de nouveau attractifs, ce qui nous amène à
reconsidérer nos investissements
dans l’Hexagone. » ■
EN BREF
ARMANI PÂTIT
DE SA RÉORGANISATION
£ Le groupe italien, détenu
et dirigé par son fondateur,
Giorgio Armani, a vu son chiffre
d’affaires reculer de 5,8 % l’an
passé, à 2,3 milliards d’euros,
et son bénéfice d’exploitation
baisser de 5,4 %, à 438 millions.
Des chutes « imputables
à la rationalisation du réseau de
distribution et à la simplification
de son portefeuille de marque »,
selon le groupe, qui prévoit une
reprise de sa croissance en 2020.
BERLIN STOPPE
UN RACHAT CHINOIS
£ Le chinois Yantai Taihai
a renoncé à acheter le fabricant
de machines-outils allemand
Leifeld Metal Spinning,
anticipant un veto, pour motif
de sécurité nationale,
du gouvernement allemand.
SODEXO : TROIS MORTS
EN AFGHANISTAN
£ Le géant des services aux
entreprises déplore la mort de
trois employés expatriés, enlevés
et exécutés jeudi en Afghanistan.
EURAZEO CÈDE SES
PARTS DANS DESIGUAL
£ Eurazeo cède sa part (10 %)
dans Desigual au fondateur de
cette griffe de mode espagnole
pour 105 millions d’euros, soit
la moitié de son investissement…
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 3 août 2018
ENTREPRISES 25
SFR gagne des clients
mais perd
du chiffre d’affaires
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
TÉLÉCOMS Volte-face chez SFR.
Depuis novembre et son spectaculaire plongeon boursier, Altice, la
maison mère de SFR, a fait un virage stratégique à 180 degrés. Plus
question de laisser filer les abonnés à la concurrence ; désormais,
c’est « le client d’abord ». Quitte à
sacrifier les marges et le chiffre
d’affaires de la filiale française, pilier d’Altice Europe.
Pour faire revenir les clients, un
opérateur télécoms dispose de
deux arguments majeurs : la qualité de son réseau et ses prix. Après
avoir amélioré la première, SFR a
baissé les seconds en multipliant
les promotions. Et cela commence
à se voir dans les comptes. L’entreprise, qui avait perdu plus de deux
millions de clients après son rachat
par Numericable, en 2014, regagne
du terrain depuis le début de l’année. Au cours du deuxième trimestre, SFR a gagné 13 000 abonnés
dans le fixe et 211 000 dans le mobile : il compte désormais 6 millions de clients dans le fixe et
14,5 millions pour le mobile. Voilà
pour les bonnes nouvelles. Car
pour séduire les Français, SFR a
multiplié les promotions. Et,
contrairement à ses concurrents
dont les petits prix sont valables
douze mois, l’opérateur de Patrick
Drahi se targue d’offrir des remises
« à vie ». Par exemple, en ce moment, Red (sa marque low-cost)
propose un forfait 4G avec 30 gigas
de data pour 10 euros par mois,
sans limitation de durée. Il va donc
falloir que l’opérateur mette les
bouchées doubles pour voir son
chiffre d’affaires renouer avec la
croissance. Il ne peut pas compter
sur des hausses tarifaires mécaniques au bout d’un an.
Inéluctable consolidation
Conséquence des promotions, le
chiffre d’affaires de SFR au
deuxième trimestre s’établit à
2,5 milliards d’euros, en recul de
6,6 % sur un an. La marge recule
elle aussi, à 38,7 %, quand l’Ebitda s’inscrit en repli à 974 millions d’euros. Surtout, Alain
Weill, le PDG d’Altice Europe et
de SFR, s’est montré très prudent.
Il ne prévoit pas d’amélioration
de la tendance en 2018, misant
sur une remontée du chiffre d’affaires en 2019. Il espère une accalmie dans la course aux promotions - qui, soit dit en passant, est
espérée par tous les acteurs du
secteur depuis des années. Alain
Weill mise aussi sur la vente de
contenus aux abonnés de SFR
pour remonter ses revenus. Ce
dernier dispose des droits du foot
anglais, mais surtout ceux de la
Champions League. Pour le moment, le mariage des télécoms et
des médias, censé engendrer de
jolis profits joufflus, n’a pas tenu
ses promesses. SFR affiche même
un revenu moyen par abonné
(Arpu) en recul dans le fixe.
Déçus par ces résultats trimestriels, les marchés financiers ont
lourdement sanctionné le titre Altice Europe. Il a cédé 16,30 % à la
Bourse d’Amsterdam, pour s’établir à 2,40 euros. La déception est
d’autant plus lourde que les cessions engagées par Altice pour se
désendetter ne se voient pas encore dans les comptes. Le groupe affiche une dette de 31,7 milliards,
pour l’ensemble de ses activités
européennes.
Parmi les pistes qui permettraient à SFR de remonter la pente
figure celle du retour à trois opérateurs sur le marché français.
Évoqué par Stéphane Richard, le
PDG d’Orange, la semaine dernière, il est présenté comme « inéluctable » par Alain Weill, qui ne sait
toutefois pas s’il aura lieu « dans
trois mois ou dans cinq ans ». Il reprend des arguments très similaires à ceux avancés par le patron
d’Orange : « La concurrence est
BLONDET ELIOT/ABACA
L’opérateur télécoms privilégie la reconquête
de parts de marché plutôt que la rentabilité.
Alain Weill, PDG d’Altice
Europe et de SFR,
lors d'une conférence
de presse, le 7 juin à Paris.
rude. Seuls deux opérateurs génèrent suffisamment de trésorerie disponible pour faire face aux investissements qui seront nécessaires à la
5G. » Les deux opérateurs en
question étant Orange et SFR. Il va
sans dire que Free et Bouygues Telecom ne partagent pas cet avis.
Un modèle économique intégrant
davantage de partage de réseau
fixe et mobile reste une alternative
plausible et viable à la consolidation. Néanmoins, interrogé jeudi
matin sur d’éventuelles discussions entre Bouygues Telecom et
Altice, Alain Weill a botté en touche, d’un « sans commentaire » laconique. Il laisse ainsi la porte
ouverte à toutes les spéculations. ■
Coup d’envoi à la réattribution
des fréquences
Le gouvernement a lancé
jeudi la procédure
de réattribution
des fréquences allouées
aux opérateurs télécoms
(900 MHz, 1 800 MHz
et 2,1 Ghz). Elle s’inscrit dans
la continuité d’un accord,
dit « new deal », conclu
en janvier entre l’État
et les opérateurs télécoms.
Ces derniers s’engagent
notamment à améliorer
la couverture de la population
en 4G ou à en équiper
les axes routiers. De cela
dépendra la répartition entre
opérateurs des bandes de
fréquence. En contrepartie de
ces engagements gourmands
en investissements,
l’État renonce à relancer
des enchères pour
le processus d’attribution. E. B.
Les incubateurs dans la restauration se multiplient
Il s’agit de proposer des accompagnements sur mesure aux aspirants restaurateurs.
TILLER SYSTEMS
ALICE KACHANER
Jennifer Moukouma,
cofondatrice de La
Frégate, un incubateur
créé par Tiller Systems.
FORMATION Tout plaquer pour
ouvrir son restaurant. Ils sont
nombreux à quitter le quartier de
la Défense pour créer leur propre
affaire et se lancer dans le business culinaire. La restauration
devient l’Eldorado de cadres en
quête de sens et qui souhaitent
devenir leur propre patron. Mais
le rêve peut vite virer au cauchemar dans cet univers extrêmement concurrentiel, où un établissement sur deux ferme après
trois ans d’exploitation. Les acteurs du secteur sont unanimes :
« Servir un burger ou une bavette-
frites n’est plus satisfaisant. Pour
réussir, il faut absolument se démarquer et aller vite pour faire
face à un secteur de plus en plus
investi par d’anciens élèves des
grandes écoles de commerce », résume Jennifer Moukouma, cofondatrice de La Frégate, un incubateur créé par Tiller Systems,
le leader de la caisse enregistreuse connectée.
Pour sécuriser les parcours de
ces apprentis restaurateurs, tout
un écosystème se met en place.
Depuis l’an dernier, plusieurs incubateurs et accélérateurs ont vu
le jour. Même la prestigieuse école de gastronomie Ferrandi a décidé de se lancer sur ce créneau et
ouvrira à la rentrée son propre
incubateur. Ces formations intensives proposent un accompagnement sur mesure des projets.
En trois à quatre mois, tout est
passé au peigne fin : le menu, les
fournisseurs, la communication,
l’emplacement et même le décor.
Avec la promesse derrière d’un
lancement rapide d’une entreprise viable.
Modèle économique
« Nous venions d’essuyer un échec
auprès d’un bailleur. Le fait d’intégrer un incubateur nous a aidés
à retrouver de la motivation », témoigne Émilie Neukirch, une ancienne consultante qui, depuis, a
ouvert son établissement à Clichy. Chaque formation a sa spécificité, mais aussi son modèle
économique. Leur coût varie ainsi entre 0… et 11 000 euros ! Les
plus chères, comme Ferrandi Entrepreneurs, sont certifiantes et
sont exclusivement financées par
le montant même des frais de
scolarité ; alors que d’autres récupèrent une partie de leur mise
en investissant directement dans
les projets lancés.
Certaines encore en profitent
pour étendre leur influence. Tous
les incubés de La Frégate ont ainsi
opté pour le logiciel de gestion de
Tiller Systems, alors que du côté
d’Émergence Concept, l’incuba-
tion gratuite de trois mois est un
produit d’appel vers d’autres
services payants du cabinet de
conseil. Les grossistes, banques
ou assurances qui défilent devant
les apprentis restaurateurs ne
sont pas en reste, puisqu’ils profitent du lien de confiance établi
durant la formation pour séduire
de nouveaux clients.
Si, pour le moment, on ne peut
préjuger de l’impact de ces formations sur la pérennité des établissements créés, l’Umih, principal syndicat du secteur, se
réjouit de ces initiatives « toutes
bonnes à prendre » pour réduire le
nombre de défaillances particulièrement élevé du secteur. ■
LA SÉANCE DU JEUDI 2 AOÛT
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 43,4
♣
AIR LIQUIDE ..................................
109
AIRBUS ..............................................106,48
ARCELORMITTAL SA ..................................
27,255
ATOS .............................................. 112,25
AXA ..............................................
21,91
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
54,62
BOUYGUES ..............................................
37,03
CAPGEMINI ..............................................
109,05
CARREFOUR ..............................................
15,155
CREDIT AGRICOLE ..................................
11,95
DANONE ..............................................68,14
ENGIE .............................................. 13,44
ESSILOR INTL. ..................................125,7
HERMES INTL ..................................543,8
KERING ..............................................455,4
L'OREAL ..............................................210,1
LEGRAND ..............................................63,2
LVMH .............................................. 294,2
♣
MICHELIN ..............................................
109,55
%VAR.
+HAUTJOUR
-0,55 43,59
-0,68 110,25
-0,11 106,78
-3,13
27,92
+0,09 112,4
+1,04 22,2
-1,43 55,39
-0,56 37,31
+1,63 109,45
-0,07
15,185
-0,25
11,97
+1,28 68,6
-0,74
13,58
-0,24 126,65
+0,11 544,8
-0,7 457,1
+0,05 211
+0,19
63,2
-1,42 297,1
+0,5
109,75
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,28
108,8
105,9
26,895
111,2
21,675
54,01
36,89
106,8
15,01
11,855
67,15
13,39
125,2
539,6
451,6
208,9
62,26
292,75
107,35
0,285
0,265
0,19
0,236
0,266
0,518
0,372
0,184
0,495
0,358
0,261
0,315
0,234
0,257
0,054
0,228
0,092
0,327
0,131
0,339
+0,93
+3,76
+28,29
+0,52
-7,5
-11,42
-12,26
-14,5
+10,27
-15,99
-13,41
-2,59
-6,24
+9,35
+21,86
+24,67
+13,6
-1,54
+19,89
-8,36
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................14,485 -0,69
PERNOD RICARD ..................................
140,45 +1,33
PEUGEOT ..............................................
24,06 -2,27
♣ 53,66
PUBLICIS GROUPE SA .............................
-1,29
RENAULT ..............................................
72,4
-1,82
SAFRAN ..............................................
105
-0,94
SAINT GOBAIN ..................................37,015 -1,49
SANOFI ..............................................74,5
-1,46
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
67,36 -1,66
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
37,115 -2,25
SODEXO ..............................................91,68 -2,78
SOLVAY ..............................................
114,1
-2,19
STMICROELECTRONICS .............................
18,765 +0,78
TECHNIPFMC ..................................27,07 -1,78
TOTAL .............................................. 54,95 -0,96
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
188,75
+1,1
VALEO ..............................................40,44 -0,12
VEOLIA ENVIRON. ..................................
18,84 -0,29
♣
VINCI .............................................. 83,52 -1,21
VIVENDI ..............................................22,04 -0,5
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,58
141,1
24,77
54,2
73,42
106,2
37,435
75,48
68,26
38,08
93,16
116,05
18,82
27,62
55,39
188,75
40,54
18,945
84,6
22,14
14,465
138
23,95
53,3
72,28
105
36,955
74,28
67,02
36,93
90,84
113,85
18,35
26,83
54,68
186,65
39,55
18,805
83,24
21,81
%CAP.ECH
0,235
0,215
0,534
0,329
0,407
0,27
0,405
0,236
0,36
0,69
0,385
0,302
0,267
0
0,213
0,313
1,631
0,383
0,234
0,391
31/12
+0,07
+6,44
+41,91
-5,28
-13,72
+22,22
-19,5
+3,69
-4,94
-13,79
-18,18
-1,55
+3,08
+4,72
+19,34
-35,06
-11,45
-1,91
-1,69
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5781
1,5144
0,8915
9,1185
129,43
1,155
1,1617
3,145
11,103
5,872
20,9454
7,9518
79,7915
137,75
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33520
33740
-3,54
NAPOLEON ..................................................... 199,9
201,9
-3,38
PIECE 10 DOL USA .....................................................
570
570
-3,06
PIECE 10 FLORINS .....................................................
200
208
-6,02
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1100
1135
-5,82
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
198
198
-2,94
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
290
290
-4,92
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1255
1250
-4,2
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
113,7
113,7
+3,55
PIECE SUISSE 20F .....................................................
196,2
196,2
-3,21
PIECE LATINE 20F .....................................................
199
199
-1,92
SOUVERAIN ..................................................... 256,5
246
-1,61
KRUGERRAND .....................................................1081
1060
-3,37
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
287,15 31/07/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
49,76 31/07/18
BELLATRIX C ................................................
337,17 31/07/18
SIRIUS ................................................56,50 31/07/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
(de 20 %), après avoir obtenu alors
l’autorisation de l’Agence nationale de
sécurité du médicament et des produits
de santé de reprendre son essai clinique
de cœur artificiel. Il avait été interrompu
en 2016 suite au décès d’un cinquième
patient implanté.
« Cette annonce renforce notre
confiance dans le potentiel du cœur
Carmat et notamment sa capacité à
combiner l’aspect médical (survie) et la
qualité de vie du patient », selon le
courtier Gilbert Dupont.
L’opération a consisté à enlever la
prothèse Carmat reçue en octobre
2017 par le patient, pour lui transplanter
un greffon de cœur. Ce « après huit
mois d’un excellent fonctionnement du
cœur artificiel », précise Carmat. L’implantation du cœur artificiel avait été
décidée dans l’attente d’une transplantation. Cette implantation préalable
s’est faite dans le cadre d’une ambitieuse étude « pivot ». Lancée à l’été
2016, elle doit permettre à Carmat
d’implanter vingt patients d’ici à fin
2018. Le critère principal d’évaluation
de ladite étude est la survie de plus de
la moitié des patients six mois après
l’implantation du cœur artificiel, ou
après une transplantation cardiaque
réussie en remplacement de la prothèse. Son succès s’avère crucial pour laisser espérer à Carmat une autorisation
de commercialisation de cette prothèse innovante en Europe. ■
A.-S. C.
A
CARMAT PORTÉ PAR LE SUCCÈS D’UNE TRANSPLANTATION CHEZ UN PATIENT PORTEUR DE SON CŒUR ARTIFICIEL
En hausse de 9 % ce jeudi matin en
Bourse de Paris, le concepteur de
cœurs artificiels Carmat gagnait encore
5,83 %, à 21,80 euros, en clôture. Il retrouve du souffle sur une bonne nouvelle : le succès de la première transplantation chez un patient ayant déjà un
cœur Carmat. Au printemps 2017, Carmat avait flambé plus encore en Bourse
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 3 août 2018 LE FIGARO
MÉDIAS et PUBLICITÉ
ZOOM
Facebook cherche de nouveaux
leviers de monétisation
LA PRESSE ANGLAISE
ATTIRE À NOUVEAU
LES ANNONCEURS
£ Pour la première fois en huit
ans, les revenus publicitaires
des quotidiens britanniques ont
augmenté, selon l’Advertising
Association. Les recettes
des titres outre-Manche
ont progressé de 1 % au premier
trimestre 2018.
Les grands gagnants sont les
tabloïds (The Sun, Daily Mail…),
dont les recettes ont crû
de 2,8 %. Pour les quotidiens
dits de qualité (The Times,
The Guardian…), les gains
publicitaires sont restés stables,
ce qui n’était pas arrivé depuis
2010. La grande distribution
notamment a accru ses dépenses
publicitaires et réorienté ses
investissements des réseaux
sociaux vers les quotidiens.
Sa messagerie WhatsApp devient payante pour les entreprises et intégrera de la publicité.
moyen d’inclure des publicités directement dans la boîte de réception.
ÉLISA BRAUN £@ElisaBraun
INTERNET Une semaine seulement après la chute vertigineuse
de son action en Bourse, Facebook
est bien décidé à trouver un nouveau relais de croissance avec
WhatsApp. C’est la première fois
que Facebook s’essaie à la monétisation de l’application de messagerie, qu’il a rachetée en 2014
pour 19 milliards de dollars et où
1,5 milliard d’utilisateurs s’échangent chaque jour près de 60 milliards de messages gratuitement.
Désormais, l’application proposera des options payantes à destination des entreprises. Elles sont
déjà 3 millions à être présentes sur
la messagerie.
Pour dialoguer avec ses clients
gratuitement sur WhatsApp, une
entreprise devra répondre à leurs
requêtes sous 24 heures. Passé ce
délai, les messages lui seront facturés entre 0,5 et 9 cents (0,43 et
7,7 centimes d’euro). D’autres options permettront également aux
entreprises d’envoyer automatiquement des notifications « non
promotionnelles » aux clients qui
les ont déjà contactées, comme
une carte d’embarquement, la
confirmation d’une livraison ou le
rappel d’un rendez-vous. Elles seront également facturées au
même tarif. Facebook affirme
avoir testé cette solution auprès
de quatre-vingt-dix grandes entreprises, comme Singapore
Airlines ou Uber.
L’autre pilier de la monétisation
Croissance ralentie
nécessaire
Pour dialoguer avec ses
clients gratuitement
sur WhatsApp,
une entreprise devra
répondre à leurs
requêtes sous
24 heures. Passé
ce délai, les messages
lui seront facturés.
DADO RUVIC/REUTERS
de WhatsApp repose sur la publicité. Les marques auront désormais la possibilité d’acheter des
emplacements sur le fil d’actualités de Facebook, qui ouvriront directement une discussion sur
WhatsApp. C’est la régie publicitaire de Facebook qui assurera les
transactions. À partir de 2019,
WhatsApp commencera également à afficher des publicités sur
les statuts, un format popularisé
par Snapchat avec ses « stories »,
qui permettent à un utilisateur de
partager pour une durée limitée
des photos et de courtes vidéos.
Plus de 450 millions d’utilisateurs
utiliseraient cette fonctionnalité
chaque mois sur WhatsApp, selon
le Wall Street Journal. À terme, de
nouveaux emplacements publicitaires pourraient voir le jour : sur
l’application Facebook Messenger, Facebook a déjà trouvé le
L’ÉTÉ DU FIGARO
BELGIQUE
« Le Champ
de bataille »
de Jérôme Colin
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p
l
Mais ce n’est pas tout : en s’attaquant à l’adolescence et à l’éducation, le livre touche à un thème
social sensible. « C’est un livre à
charge contre le système scolaire,
un sujet en phase », insiste Patrick
De Munck, à la librairie D-Livre,
à Dinant (Wallonie). L’ouvrage
est en effet consacré aux péripé-
z
t
p
y
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b
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CYBERSÉCURITÉ : CISCO
ACHÈTE DUO SECURITY
£ Le leader mondial
des équipements réseaux
a acquis auprès d’un groupe
de fonds d’investissement
la société Duo Security
pour 2,3 milliards de dollars.
C’est sa plus importante
acquisition dans la cybersécurité
depuis 2013.
DEEZER LÈVE
160 MILLIONS D’EUROS
£ La plateforme française de
streaming musical a réalisé une
levée de fonds de 160 millions
d’euros auprès du fonds
souverain saoudien Kingdom
Holding Company (KHC) et
d’Orange. L’opération valorise
l’entreprise un milliard d’euros.
Ces phénomèn
es
d’édition surp
dans leur paysrises
]
Frontière culturelle
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A
Livre à charge
e
a
a
Chez Allary, une petite maison
d’édition parisienne, on répète
qu’il s’agit d’un cas particulier.
80 % des 10 000 ventes du Champ
de bataille, un ouvrage sorti fin
février, se sont faites… en Belgique. « Un cas d’école extraordinairement
intéressant,
juge
Guillaume Allary, président et
fondateur de la maison. En général, 95 % des ventes se font en
France. »
Explication simple, l’auteur de
cet ouvrage, Jérôme Colin, est
belge. Journaliste culturel, il bénéficie d’une certaine notoriété
au plat pays, notamment grâce à
l’émission « Entrez sans frapper »
qu’il anime à la RTBF. « Ça a joué
un rôle de déclencheur », admet
Guillaume Allary.
ties d’un adolescent peu studieux
suivi par un proviseur intransigeant qui le menace continuellement de l’exclure de son école. Le
tout est narré par le père, luimême torturé par ses propres
souvenirs d’école - il a également
été mis à la porte d’un établissement scolaire dans sa jeunesse et
en garde une rancune invétérée
contre le système scolaire. Le
texte explore aussi longuement
les conséquences de cette crise
d’adolescence sur le père, qui
traverse une sorte de crise de la
quarantaine et se souvient avec
nostalgie de l’époque où lui et sa
femme n’avaient aucun enfant
sur les bras.
Depuis la sortie de l’ouvrage,
Jérôme Colin a eu l’occasion de
s’exprimer plusieurs fois dans les
médias, se montrant extrêmement critique sur le fonctionnement de l’école. Une séquence de
télévision où il accuse le système
scolaire belge d’être « resté dans
les cavernes » a été vue près de
trois millions de fois. « Pour
moi, déscolariser un enfant
est honteux », racontet-il au Figaro.
« Et pourtant,
la
Fédération
c
BRUXELLES
k
h
[
EN BREF
Wallonie-Bruxelles (la partie
francophone de la Belgique,
NDLR) exclut entre 3 800 et
4 000 élèves par an (sur 4,5 millions d’habitants) ». La question
n’est pas purement belge : selon
lui, le nombre d’exclusions en
France s’élève à 18 000 ou 19 000
par an.
Au-delà des problématiques
sociales, le livre est aussi
ancré dans l’actualité. La
question du terrorisme
est évoquée plusieurs
fois au cours de l’histoire, et les situations à
Paris et Bruxelles sont
décrites,
constituant
des ressorts narratifs
importants.
m
Un livre sur le système scolaire
édité en France mais plébiscité
au plat pays.
JEAN COMTE £@JeanComte
u
r
Au moment du rachat de WhatsApp, en 2014, Mark Zuckerberg
avait juré que la monétisation de
l’application prendrait un autre
chemin : « Je ne pense pas que la
publicité soit le meilleur moyen de
monétiser les services de messagerie. » Seulement quatre ans plus
tard, Facebook n’a plus vraiment
le choix. Cette annonce intervient
une semaine après que la capitalisation boursière de Facebook a
fondu de 125 milliards de dollars.
Au deuxième trimestre, l’entreprise a connu un ralentissement
de sa croissance. La nouvelle réglementation européenne sur les
données personnelles (RGPD)
s’est déjà soldée par la suppression
d’un million de comptes en Europe. Ainsi qu’un plus bas historique
du taux de croissance des nouveaux utilisateurs, à seulement
1,5 %.
Mark Zuckerberg a également
annoncé que les investissements
massifs de Facebook pour renforcer la sécurité des données de ses
utilisateurs vont continuer de peser sur les profits et la croissance.
Facebook tire la quasi-totalité de
ses revenus de la publicité mais
manque désormais de place sur sa
plateforme et sur Instagram. Dans
ce contexte, la monétisation des
applications de messagerie s’avère
finalement indispensable.
Le passage par une maison
d’édition française s’est fait via
l’émission « Entrez sans frapper », pour laquelle Jérôme Colin
a interviewé le moine bouddhiste
Matthieu Ricard, qui a publié
plusieurs ouvrages chez Allary.
« Après l’enregistrement, Nicole
Lattès, la conseillère éditoriale,
m’a envoyé un message pour me
remercier de la façon dont j’avais
préparé l’interview. Et m’a proposé de la contacter si j’avais un jour
des projets d’écriture », se rappelle-t-il. Coup de chance : il venait
tout juste d’achever son premier
ouvrage, Évitez les péages, qui
dormait tranquillement sur son
disque dur. « Quatre jours plus
tard, j’étais à Paris pour signer le
contrat », se rappelle-t-il. Jérôme
Colin l’admet, il préférerait avoir
plus de succès en France. « C’est
triste que la frontière culturelle soit
si importante, regrette-t-il. Surtout qu’en Belgique on consomme
beaucoup de culture française. »
En attendant, son agenda belge
reste chargé. Une version théâtrale est prévue pour la rentrée
2019 au Théâtre de Poche. Et un
projet d’adaptation au cinéma
pourrait suivre. ■
ALLARY EDITIONS
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