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Le Figaro - 06 08 2018

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lundi 6 août 2018 LE FIGARO - N° 23 011 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
SUR LES TRACES DE GEORGE
ORWELL (1/6)
L’ÉTÉ
QUAND L’AUTEUR
DE « 1984 » ÉTAIT
POLICIER EN BIRMANIE
DU
FIGARO
PAGE 18
LES COUPLES
MYTHIQUES
DU PARFUM
Le Muséum national
d’histoire naturelle révèle
ses trésors au « Figaro »
CHRISTIAN
DIOR ET LE
NEZ EDMOND
ROUDNITSKA
PAGE 14
HISTOIRES D’ESPIONS
ELIZABETH
MCINTOSH
DÉSINFORMAIT
LES JAPONAIS
PAGE 20
JEUX D’ÉTÉ PAGE 17
OPPOSITION
Finances,
adhésions :
le Rassemblement
national dans
le rouge PAGES 4 ET 5
PAGE 6
PAGE 8
ATHLÉTISME
Les Bleus rêvent
d’une nouvelle
moisson PAGE 9
CINÉMA
Avec la Fox,
Disney s’arroge
le quasi-monopole
des super-héros
PAGE 22
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de samedi :
Selon vous, est-il
nécessaire que les
ministres restent à
proximité de Paris
pendant les vacances ?
OUI
39 %
NON
61 %
TOTAL DE VOTANTS : 33 285
M 00108 - 806 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@i@a@q@k";
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Canicule : pensez-vous
que les municipalités
en font assez pour les
personnes âgées ?
FABIEN CLAIREFOND-JULIEN MATTIA /
LE PICTORIUM/MAXPPP-U KYAW
THEIN/COURTESY NYO KO NAING
PRIVATE COLLECTION
Des cabinets de curiosités des rois au Muséum national
d’histoire naturelle, des dizaines de millions de spécimens de la faune et de la flore sauvages du monde entier
ont été accumulés et sont aujourd’hui précieusement
conservés. Mais le Muséum, c’est aussi une bibliothèque,
une ménagerie, un herbier ou encore des graines centenaires que l’on tente de faire pousser. PAGES 10 ET 11
qué dans ses transactions
avec le reste du monde. La
crise économique risque
fort de s’amplifier à Téhéran, où notre reporter n’a
rencontré que des commerçants, industriels et hommes d’affaires à la peine.
Ces derniers jours, des ma-
nifestations ont agité la capitale mais aussi plusieurs
villes du pays. Les slogans
contre la vie chère laissent
rapidement la place à des
revendications plus politiques, contre la corruption
et contre le régime.
PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
Affaire Benalla : Collomb
pose des règles strictes
pour les observateurs
Dans une directive publiée
vendredi, le ministre de l’Intérieur entend préciser, sans
le supprimer, un statut jusqu’à présent nébuleux. Les
observateurs feront désormais l’objet d’une autorisa-
tion préalable, porteront un
signe distinctif, seront encadrés par un tuteur expérimenté. Ces mesures sont inspirées du rapport commandé
à l’IGPN au lendemain de
l’affaire Benalla. PAGE 7
ÉDITORIAL par Arnaud de La Grange adelagrange@lefigaro.fr
E
Pari persan
n forçant le trait, mais avec lui
souvent il n’en est nul besoin, on
pourrait dire que les Iraniens semblent être pour Trump des Coréens
du Golfe. Des Nord-Coréens vivant un peu moins à l’Est et qui auraient
embrassé l’islam. Alors avec eux, il va jouer
le même coup. Selon le même déroulé. Menaces apocalyptiques, main tendue, sommet grand spectacle. Et deal !
Mais Téhéran n’est pas Pyongyang. Même
dotée de la bombe, la Corée du Nord est un
royaume ermite, isolé et exsangue économiquement. L’Iran, lui, est tout sauf replié
sur lui-même. C’est une active puissance
régionale, avec des alliés et des vassaux un
peu partout au Moyen-Orient, du Yémen à
la Syrie en passant par le Liban. Et l’on peut
penser que le devenir de l’antique Perse influera plus sur le cours du monde que celui
de la Corée du Nord. Trump, là, joue gros.
Depuis le début, le quarante-cinquième
président a l’Iran dans le viseur. Il avait promis de déchirer ce « torchon » d’accord nucléaire. Il l’a fait. De manière contestable
mais en pointant d’indéniables faiblesses :
l’impasse sur les missiles balistiques et les
menées régionales déstabilisatrices. Trump
a ensuite menacé les Iraniens de « conséquences » telles que peu en ont connu dans
l’Histoire. Qu’il vienne nous chercher !, ont
répondu en substance les mollahs…
Depuis, le président américain a ouvert sa
porte. Optimiste, il s’attend à des discussions, « très bientôt ». Téhéran paraît moins
emballé. Car Trump
veut les Iraniens à genoux. C’est le sens du
rétablissement
des
sanctions, pour les
mettre sous pression. À
l’évidence, elles ont
leur effet et font
s’échauffer le Bazar.
Vont-elles ébranler le régime, en dressant
contre lui la société ? Ou au contraire le renforcer, en lui donnant l’occasion de resserrer sa poigne et de faire l’unité nationale
contre l’agression extérieure ?
Nul ne sait ce qui découlera du pari iranien
de Trump. Mais il aura au moins eu le mérite
de dissiper quelques mirages. De rappeler
qui est le patron : l’Amérique. Et de renvoyer
les Européens à leurs vaines indignations. ■
Les
sanctions
vont-elles
ébranler
le régime ?
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
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ISSN 0182.5852
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
A
Canicule : les villes
se mettent en frais
pour leurs anciens
FRANÇOIS BOUCHON / LE FIGARO
BRÉSIL
ASSISTANCE
Sanctions :
Donald Trump
met l’Iran
sous pression
En décidant de ne plus être
tenu, à compter de ce lundi,
par l’accord sur le nucléaire
iranien, Donald Trump
réinstaure le lourd régime
de sanctions qui prévalait
avant 2015. L’Iran va avoir
de plus en plus de mal à accéder au dollar et sera blo-
Le président
Maduro échappe
à un attentat
PAGE 6
« FIERTÉ, ENCORE UN MOT
INCONNU DU LEXIQUE
UTILITARISTE » PAGE 19
Alors que le retrait américain de l’accord
sur le nucléaire devient effectif, des manifestations
ont déjà éclaté en Iran contre le coût de la vie, que
le rétablissement de l’embargo va encore renchérir.
VENEZUELA
De sa prison,
Lula lance sa
candidature
à la présidentielle
JACQUES JULLIARD
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lundi 6 août 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
À l’heure des
sanctions, l’Iran au
bord de l’asphyxie
Alors que
les mesures
américaines entrent
en vigueur ce lundi,
leurs effets
psychologiques
se font déjà
lourdement
ressentir. La grogne
monte à travers
le pays. Mais le
régime reste solide.
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
A
ENVOYÉ SPÉCIAL A TÉHÉRAN
ABDOLFAZ SADATI a perdu le sourire.
Oubliés, ses projets d’achat d’appartement à Paris et de construction à Téhéran
d’un nouveau siège pour sa société d’importation de luminaires. Sous pression
américaine, ses banques à l’étranger refusent de financer ses achats de marchandises, et en Iran, la banque centrale ne fournit plus de dollars aux importateurs
locaux. « C’est la catastrophe, se plaint-il,
en déambulant dans les allées presque vides de son dépôt du sud de Téhéran.
J’avais commandé d’Asie 200 conteneurs de
bannières en PVC, mais j’ai perdu deux millions de dollars, la moitié de ma vente, à
cause de la dévaluation du rial. » Plus de
50 % en six mois.
Son épouse, Parmina, ne le reconnaît
plus. « Il est stressé », dit-elle. Ses clients
l’appellent, chez lui, jusqu’à tard le soir. Ils
veulent savoir s’il va pouvoir les livrer.
Mais Sadati ne répond pas. Il doit également résister aux pressions des autorités
qui lui demandent de faire « comme si de
rien n’était ». Mais « je n’ai plus que pour
deux à trois semaines de stock », se lamente
ce commerçant dont les affaires avaient
fleuri ces dix dernières années. « Combien
de temps je peux tenir ? » se demande Sadati, qui se refuse à licencier certains de
ses 70 salariés. « Trump est en train de nous
étrangler, dit-il. Regardez ce courriel de
ma banque coréenne qui rejette l’envoi de
260 000 dollars en wons. Elle a peur de
Trump, elle sait que ses menaces sont
sérieuses. Et en Chine aussi, une banque
n’accepte plus de me financer. C’est la première fois que je me retrouve asphyxié, depuis plus de vingt ans dans le business. »
Ce n’est pas un commerçant qui est pris
à la gorge, mais un pays tout entier placé
dans l’étau. En décidant le 8 mai de dénoncer l’accord sur le nucléaire iranien,
signé en juillet 2015, et de rétablir les
sanctions applicables avant son entrée en
vigueur en janvier 2016, Donald Trump a
privilégié l’option la plus radicale. L’objectif est de placer la République islamique dans un étau tel que ses dirigeants
soient contraints, in fine, d’accepter un
accord qui soit à la fois élargi (aux missiles
balistiques détenus par l’Iran, notamment) et durci par rapport à celui qui a été
signé en 2015.
Trump y parviendra-t-il ? Il est encore
trop tôt pour répondre. Mais une chose est
sûre : la Cocotte-Minute est sous pression.
Comme nous l’avons constaté en une semaine d’entretiens avec des industriels,
des jeunes, des anonymes, et même des
supporteurs d’un régime qui affronte
l’une des crises les plus graves depuis son
avènement en 1979, après le renversement du chah. « En 2009, c’était les intellectuels, les milieux éduqués et la jeunesse
dorée qui manifestaient », se rappelle
Arash, un jeune cadre, en référence au
trucage de l’élection présidentielle, qui
avait donné la victoire au populiste Mahmoud Ahmadinejad au détriment du réformateur Mir Hossein Moussavi, assigné
Racht
Zanjan
Abhar
Tonkabon
Qazvin
Sari
Machhad
Neychabur
Karadj
Hamadan
Qom
Arak
Kermanchah
Khoramabab
Manifestations
et mouvements
de contestation
Téhéran
Doroud
Ispahan
Chahr-e
Ahvaz Izeh Kord
Khoramchar
Contre la corruption et la situation
économique débutent le 28 déc. 2017
à Macchad et s’étendent à tout le pays
jusqu’au 1 er janvier 2018
Bandar Abbas
Grève du bazar de Téhéran (24, 25 et 26 juin)
150 km
Contre la pollution de l’eau
(fin juin-début juillet)
Infographie
depuis à résidence. Une manipulation
grossière qui avait entraîné des manifestations monstres à Téhéran, suivies par des
mois de répression meurtrière contre les
opposants. « Les gens du Bazar nous critiquaient à l’époque, mais aujourd’hui ce sont
eux qui protestent », insiste Arash, attablé
à la terrasse d’un café, dans le nord de la
capitale.
Direction le Bazar, ce labyrinthe d’allées grouillant de vie, dans le sud de Téhéran. Une semaine avant notre passage,
les commerçants s’étaient mis en grève
plusieurs jours. Une fronde rare de la part
de ces milieux conservateurs, qui contribuèrent à la chute du chah. Le calme règne désormais. Seuls quelques policiers
antiémeutes sont déployés. Mais, là encore, une même complainte monte des
échoppes embaumées au safran. « J’ai
fermé parce que je vends moins à cause des
prix que j’ai augmentés pour compenser le
renchérissement du dollar », déplore un
jeune bijoutier. Trump ? « C’est sur le
peuple qu’il met la pression. » Sous-entendu, pas sur le régime. « Et c’est lui, le
maître de la situation. »
“
Donald Trump au moins
pense aux intérêts de
son peuple. Ici, ce n’est pas
le cas, ils ne pensent
qu’à leurs intérêts, pour
conserver le pouvoir
”
RÉACTIONS DE BEAUCOUP D’IRANIENS
Sous un porche en briques ocre, deux
jeunes femmes délicatement maquillées
vendent des nappes en dentelle, fabriquées à Yazd, la ville des Zoroastriens,
dans le centre du pays. « Depuis un mois,
les affaires sont au plus bas, fulmine leur
père, juste à côté. On paie un loyer élevé
qui nous étrangle, les propriétaires sont à
l’étranger, ils ne pensent qu’à l’argent.
Tout cela, c’est de la faute du régime. Ce
sont des voleurs. C’est de pire en pire, sauf
pour les mollahs. »
« Nous ne faisons pas de politique, renchérit un autre bazari, un peu plus loin.
Mais c’est la politique qui perturbe notre
travail. Des gens ont menacé de brûler les
boutiques qui resteraient ouvertes. » Des
manifestations pas forcément spontanées, signes de règlements de comptes
fomentés par les ultraconservateurs,
hostiles au président de la République,
modéré, Hassan Rohani. Comme en janvier lors des manifestations dans la ville
sainte de Machhad, qui se sont étendues à
d’autres cités, avant de se transformer en
jacquerie contre le système, faisant des
dizaines de morts.
Depuis, les camionneurs ont protesté,
les habitants de Khoramchar également
et, la semaine dernière, ceux de Chiraz,
Ahvaz, Karadj, et des agriculteurs près
d’Ispahan. Samedi, des manifestants sont
encore descendus dans les rues de Karadj
et Ispahan, ainsi qu’à Téhéran. Un peu
partout, les retraités grognent également.
« Ils plaçaient leurs économies à la banque
et percevaient 22 % de taux d’intérêt,
c’était leur pension, ils vivaient avec ça, explique Mehdi Miremadi, un homme d’affaires. Quand ils ont réduit les taux de 22 à
15 %, c’est autant de pertes qu’ils ont subies. » Le 25 juillet, le président iranien a
évincé le gouverneur de la banque centrale, Valiollah Seif, et d’autres têtes
pourraient tomber.
Après l’accord nucléaire, « le gouvernement Rohani a très mal joué, décrypte
un journaliste iranien. Il a fait le pari que
cette signature allait déboucher sur tellement de contrats avec les Occidentaux que
ceux-ci ne pourraient plus revenir à la logique des sanctions. Et le gouvernement
s’était dit : commençons par les Français,
les méchants dans les négociations ! Comme
ça, les autres pays vont se dire : allons-y,
car les Français vont tout rafler. Mais
quand on regarde, il n’y a pas eu grandchose, y compris avec la France ».
Est-ce à dire que face à la déception qui
se creuse, les Iraniens plébiscitent Donald
Trump ? « Deux scénarios sont possibles,
note un diplomate occidental. Les Américains et les Israéliens nous disent que les
pressions, qui font mal, vont ébranler le régime, car la société en aura marre et se rebellera. Et un autre, selon lequel les sanctions vont, au contraire, ressouder la Perse
et conduire au renforcement du contrôle sur
la population. »
La Maison-Blanche multiplie les embargos
et interdit l’utilisation du dollar
Donald Trump a choisi de pénaliser
Téhéran et les entreprises ayant des
liens avec la République islamique.
Les sanctions américaines incluent
d’une part un embargo sur les
produits pétroliers, les secteurs
aéronautique et minier, d’autre part
l’interdiction d’utiliser des dollars
américains pour l’Iran.
Afin de laisser aux entreprises
commerçant avec l’Iran le temps
de mettre fin aux contrats en cours
et de « défaire leurs engagements »,
la Maison-Blanche a installé
les sanctions en deux temps.
Une première vague prend effet le
6 août, une seconde début novembre.
Ce lundi, les blocages visent
les transactions financières, les
importations de matières premières
et les achats dans le secteur
automobile et l’aviation commerciale.
Dans trois mois, la seconde salve
s’abattra sur les secteurs pétrolier
et gazier, et visera par ailleurs
la banque centrale iranienne. A. BOH.
Comme souvent dans ce pays, difficile à
décrypter, la réalité est quelque part au
milieu. Mais une réaction, tout de même,
ne laisse pas de surprendre : de nombreux
Iraniens interrogés approuvent les pressions de Donald Trump. Une réponse revient souvent : « Lui au moins pense aux
intérêts de son peuple. Ici, ce n’est pas le
cas, ils ne pensent qu’à leurs intérêts, pour
conserver le pouvoir. »
« Le discours de Trump prend assez bien
sur les thèmes : les responsables iraniens ne
s’occupent pas du peuple et dépensent l’argent chez leurs alliés en Syrie et au Yémen »,
confirme un diplomate. « Allez dans les
quartiers pauvres du sud de Téhéran,
conseille Reza, un enseignant, vous verrez
dans quelle misère vit la population. Et en
même temps, on nous dit qu’on a offert des
milliers de repas d’iftar pour ramadan aux
Palestiniens de Gaza. Ils se fichent vraiment
de nous ! Si vous aviez vu les insultes sur les
réseaux sociaux. »
Face aux pressions du « Grand Satan »
américain, l’absence de réaction nationaliste est une autre surprise. La République islamique donne de sérieux signes
d’essoufflement, voire d’usure. L’adhésion populaire s’est érodée. Combien
d’Iraniens lui restent-ils acquis ? Guère
plus de 25-30 %, si l’on additionne les
voix des candidats soutenus par le système à chaque premier tour de l’élection
présidentielle.
Après la répression du Mouvement vert
en 2009, l’élection de Hassan Rohani en
2013 avait redonné une dose de légitimité
au régime. Puis en 2015, « l’accord nucléaire et ses bénéfices attendus ont constitué un moyen d’unifier une partie de la population derrière cet objectif, défendu par le
pouvoir, affirme un industriel étranger,
depuis longtemps en Iran. Maintenant que
ni l’accord, ni ses bénéfices ne sont au rendez-vous, il va falloir que le régime trouve
un autre mode d’unification de la population, sinon cela va être compliqué ».
Mohsen, colonel dans l’armée régulière, et Farzone, journaliste à la télévision
d’État, sont deux exemples de déçus de la
République islamique.
Le premier veut émigrer en Europe où
vit déjà une partie de sa famille. À 40 ans, il
est contraint d’avoir un deuxième emploi,
il ne gagne que l’équivalent de 400 euros
par mois. « Ce n’est pas assez pour vivre,
dit-il, même si je suis logé gratuitement
dans une cité militaire. » Mohsen se plaint
surtout que « l’artesh (l’armée) n’a pas de
moyens, l’argent et les équipements vont
aux gardiens de la révolution », l’unité
d’élite en charge de la protection du pouvoir. Il aimerait que le régime change,
mais il n’y croit guère : « il est très malin »,
dit-il, en montrant l’ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême, en photo au mur du
café où nous l’avons rencontré. « Dans ma
base, ajoute-t-il, beaucoup d’officiers pensent comme moi, mais la piétaille non. »
« À la télévision aussi, on est obligé
d’obéir », soupire Farzone, la journaliste,
mais, à voir le sourire qui éclaire son visage enveloppé dans un foulard marron, on
devine que le cœur n’y est plus vraiment.
« La télé a parlé des manifestations à Kho-
ramchar, mais comme d’habitude, on dit
que ce sont de petits problèmes », allusion
aux protestations contre une eau insalubre dans une ville qui n’a toujours pas été
reconstruite, trente ans après la fin de la
guerre avec l’Irak de Saddam Hussein.
« La politique, j’en ai marre, sourit-elle,
alors je me réfugie dans l’art, pour ne pas
mourir de la réalité. » Si elle doit respecter
certaines « lignes rouges » - ne pas parler
de tel opposant, par exemple -, elle reconnaît que, ces dernières années, la censure n’a pas été renforcée. « Pas mal de
gens à la télé pensent comme moi, dit-elle.
Ils ne croient plus au système, ils veulent
émigrer, mais ils ont peur de se montrer, ils
font semblant. »
Pleine d’espoirs, Farzone a voté Rohani,
l’an dernier. Comme tant d’autres, elle est
aujourd’hui déçue, mais résignée. « Il y a
quarante ans que nos responsables nous disent que nous sommes en crise. Est-ce qu’ils
n’ont pas besoin de crise en permanence
pour survivre ? » s’interroge-t-elle, soulignant la contradiction fondamentale de la
République islamique. Ce régime révolutionnaire peut-il se réformer, à la manière
de l’ex-URSS, sans crainte de disparaître
dans une glasnost à l’iranienne ?
C’est une autre leçon de l’accord nucléaire. « Le régime peut-il longtemps encore concilier une idéologie révolutionnaire
antiaméricaine avec une stratégie d’intégration dans une globalisation économique,
dominée par les États-Unis ? » se demande
le chercheur Clément Therme. Brutalement, Donald Trump a répondu que non.
Mais, entre des gardiens de la révolution
mus par quarante ans de bellicisme et des
diplomates avenants, formés aux ÉtatsUnis, comme le ministre des Affaires
étrangères, Javad Zarif, Téhéran ne veut
pas - ou ne peut pas - trancher. Sous peine, une fois encore, d’imploser.
« Mais non ! » balaie d’un revers de la
main Ali Akbar Salehi, le patron de l’Organisation nucléaire iranienne. Il reçoit Le
Figaro dans son bureau, au septième étage
d’un immeuble du centre de Téhéran.
C’est un homme clé du système. Un technicien ouvert, formé au prestigieux MIT
américain (Massachusetts Institute of
Technology), apprécié par le guide suprême, qui l’avait envoyé au printemps 2013,
alors qu’il était ministre des Affaires
étrangères, entamer des discussions secrètes avec des diplomates américains à
Oman. « Les États-Unis ne peuvent plus
demeurer le leader du monde. Le monde a
besoin de multilatéralisme, pas de la loi de la
jungle de M. Trump », affirme celui qui fut
un des négociateurs de l’accord nucléaire.
Comme la plupart des autres officiels
interrogés, Ali Akbar Salehi n’affiche pas
d’inquiétude. « La situation, c’est vrai, est
plus menaçante qu’avant, concède-t-il.
Mais notre potentiel de résistance est, aussi,
plus élevé. On pourrait recourir à la planche
à billets, mais on ne le fait pas. On a
120 milliards de dollars de réserves qu’on
n’a pas utilisées. » Bref, si la situation devient trop pressante, l’État dénouera les
cordons de la bourse.
Un régime encore sûr de lui, face à une
population en colère, mais qui ne croit
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LE FIGARO
lundi 6 août 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
Le 8 mai, Donald Trump
s’adresse aux journalistes,
après avoir signé
une proclamation déclarant
son intention de se retirer
de l’accord nucléaire
iranien. JONATHAN ERNST/REUTERS
Un habitant de Téhéran effectue un retrait d’argent. Le rial, la monnaie iranienne, a été
dévalué de plus de 50 % en six mois. ATTA KENARE/AFP
plus au grand soir. L’Iran est dans une impasse. Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce
n’est pas demain que le régime tombera.
Depuis deux mois, il fait bloc. Après les
troubles du Bazar, il n’y a pas eu d’attaque
en règle des ultraconservateurs contre
Rohani. Khamenei, de son côté, a multiplié les marques de soutien à son président. « Rohani est une protection pour le régime, analyse le diplomate précité, la
situation est d’une telle tension que si jamais
Rohani saute, cela pourrait devenir chaud
pour le système. » L’intéressé en joue probablement, qui a durci le ton, multipliant
les menaces de fermeture du détroit d’Ormuz, si jamais les États-Unis empêchaient
l’Iran d’exporter son pétrole. Ce qui lui a
valu les louanges du général Qassem Soleimani, le chef de la Force al-Qods, le
bras armé de l’Iran hors de ses frontières.
Presque l’hommage de la corde au pendu,
tant les deux hommes ont des agendas différents. « C’est le Rohani qu’on aime », a
même tweeté Soleimani.
La solidité des forces de sécurité constitue l’autre atout du pouvoir. « La répression marche bien, reconnaît un expert
étranger, on l’a très bien vu au Bazar. Ils ont
mis leurs forces antiémeutes un peu partout,
et en deux jours, la fronde a été éteinte. » Le
contrôle d’Internet fonctionne également
très bien, de même que l’application
cryptée Telegram, fermée en janvier.
Le pouvoir se veut habile. Il cible les
meneurs, tout en lâchant la bride sur la
société, les femmes, par exemple, qui laissent tomber leur voile. Le régime a fait
quelques exemples, en en condamnant
deux (à un an et deux ans de prison) pour
s’être ostensiblement affichées sans fichu,
sur les réseaux sociaux. « Mais on sent
qu’ils ne veulent pas faire plus que le nécessaire, constate le diplomate, ils ne sont pas
dans l’ultra-répression, ils ne veulent pas
ouvrir un front intérieur. »
Rendez-vous dans un café un soir de
Coupe du monde où certaines filles ont
leur voile sur les épaules. Niloufar n’est
pas surprise. « Dans mon quartier, on voit
désormais des filles dans la rue marcher de
longues minutes sans foulard. Il y a deux
ans, la police des mœurs serait intervenue.
Aujourd’hui, elle est discrète. » « Les protestations vont continuer, prédit Kamal,
son fiancé. Mais ce sont des îlots de mécontentement, sans chefs et sans récupération
possible par les réformateurs. » Laminés
par la répression, ceux-ci soutiennent désormais Rohani face aux pressions américaines, d’autant que leurs leaders, Mir
Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi,
pourraient être bientôt libérés. Autre signe que le pouvoir veut faire bloc face à
l’ennemi américain.
“
Les Iraniens voient aussi
ce qui s’est passé en Irak,
en Syrie, et ailleurs.
Ils ont peur du chaos.
On veut seulement profiter
des pressions américaines
pour que le régime
bouge
”
ARDÉCHIR, UN RETRAITÉ
avait défié le général dans un rare tweet,
adressé aux manifestants du début de
l’année.
Comme d’autres, Moghadam Kaanani,
lui-même ancien haut gradé des gardiens,
n’y croit guère. « Le pouvoir, dit-il, est déjà
entre les mains des gardiens », allusion à
leur poids non seulement militaire mais
aussi économique, à travers le pays. Il reconnaît toutefois que « ce serait notre dernière option ». Le 26 juillet, Qassem Soleimani n’a pas hésité à défier Donald
Trump, qui venait de menacer l’Iran :
« Nous sommes près de vous, comme vous
ne pouvez même pas l’imaginer. Venez.
Nous sommes prêts. »
Pour redonner un peu d’air à l’Iran,
d’autres ne voient que des négociations
directes entre Téhéran et Washington, à
l’image de ce qui s’est passé avec la Corée
du Nord. « Avec les sanctions, la situation
ne va qu’empirer. À la fin, nous n’aurons
pas d’autre option que de négocier avec les
États-Unis », estime Hussein, un autre
gardien, reconverti dans les affaires.
Après l’avoir écrit dans un tweet, Donald
Trump, lundi dernier, a renouvelé son
offre de rencontres avec les Iraniens. À
huit reprises pendant le séjour d’Hassan
Rohani en septembre dernier à New
York, le président américain avait déjà
essayé - en vain - de le joindre au téléphone. Rohani sait que le guide suprême
s’y oppose. Début juillet, Ali Khamenei a
répété qu’il n’était pas question de négocier avec un dirigeant qui a renié la signature de son pays. En revanche, le numéro un du régime a approuvé des
négociations avec les Européens pour
sauver l’accord nucléaire.
Peu d’options s’offrent, en fait, à Téhéran. « Si l’Iran sort de l’accord et recommence à enrichir de l’uranium, décrypte un
diplomate européen, il tombe dans le piège
que lui tend Trump. Et de toute façon, la
bombe, ils ne l’auront jamais, car les Israéliens ou les Américains frapperont certaines
de leurs installations. Ils perdront également le soutien de l’Europe, car on condamnera. Qu’y gagneront-ils ? OK, ils resserreront leur dictature militaire, mais ensuite
comment sortir de là ? Parce qu’il y aura, in
fine, une négociation et ils y entreront encore plus affaiblis. »
Ce n’est a priori pas la voie choisie par
l’Iran. « Depuis janvier, révèle ce diplomate
européen, les Iraniens ont accepté de parler
du Yémen avec la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Italie. Nous avons eu
deux ou trois rencontres. Zarif a aussi accepté que l’on parle de leurs missiles balistiques, mais là, c’est plus compliqué »,
concède ce diplomate.
Alléger sa présence auprès de son allié
syrien Bachar el-Assad serait une autre façon de s’attirer les bonnes grâces des
Européens. Alliés indispensables pour éviter que l’Iran bascule dans l’inconnu. ■
Inflation
221 %
34,7
t (selon le prof. Steve Hanke)
16,8 %
(selon l’IFF)
15,6
11,9
12,1
9,9
9,1
Source : FMI
Un changement de régime ? La plupart
des Iraniens interrogés n’y croient pas.
« Et puis, on ne voit pas d’alternative, soupire Kamal. Les Moudjahidins du peuple ?
Les Iraniens n’en veulent surtout pas. Le fils
du chah, de son côté, a encore des nostalgiques, mais ce n’est pas suffisant. Les Iraniens voient aussi ce qui s’est passé en Irak,
en Syrie, et ailleurs. Ils ont peur du chaos. »
« On veut une évolution, pas une révolution », résume en anglais Ardéchir, un retraité. « On veut seulement profiter des
pressions américaines pour que le régime
bouge », dit-il.
En cette période troublée, l’ombre d’un
homme plane sur l’Iran : Qassem Soleimani, dont le portrait est désormais affiché à
l’aéroport de Téhéran, privilège accordé
aux seuls ayatollahs Khomeyni, fondateur
de la république islamique, et Ali Khamenei, son successeur. La rumeur annonce
Soleimani comme chef d’un gouvernement militaire contrôlé par les gardiens de
la révolution, en cas de menaces graves
sur le régime. « C’est à moi qu’il faut vous
en prendre au lieu de brûler le drapeau »,
»
MESSAGE DU GÉNÉRAL
QASSEM SOLEIMANI,
CHEF DE LA FORCE
AL-QODS,
À DONALD TRUMP
2013 2014 2015 2016 2017 2018*
INDICE OFFICIEL DES PRIX
À LA CONSOMMATION ,
en moyenne annuelle, en %
*prévisions
Rial iranien (IRR)
120
106,5
100
80
64,5
60
44,09
t g 40
8 mai
2018
Source : bonbast.com
FATEMEH BAHRAMI/
ANADOLU AGENCY
comme vous
ne pouvez
même pas
l’imaginer.
Venez. Nous
sommes
prêts
1er août
COURS DU DOLLAR À LA VENTE SUR
LE MARCHÉ LIBRE, en milliers de rials
Exportations de pétrole
- 530 000
barils
2,46
Source : DG Trésor
Manifestation
contre le régime,
à Téhéran,
le 8 juin.
POOL/PRESS OFFICE OF IRANIAN S/ANADOLU AGENCY
Nous sommes
« près
de vous,
1,09
2014
mai 2018
nov. 2018
(prévisions)
EXPORTATIONS DE PÉTROLE BRUT
IRANIEN, en millions de barils par jour
À CHAQUE entretien téléphonique ou presque, Hassan Rohani aborde le sujet avec Emmanuel Macron. Pourquoi la
France héberge-t-elle encore
les Moudjahidins du peuple, ces
opposants au régime iranien,
considérés comme une organisation terroriste jusqu’en 2012
par les États-Unis et 2009 par
Le
l’Union
européenne ?
2 juillet, ils tenaient leur rassemblement bisannuel à Villepinte, près de Paris, en présence de personnalités, dûment
rémunérées : l’ex-maire de New
York Rudy Giuliani et les anciens ministres français Bernard
Kouchner, Philippe DousteBlazy et Rama Yade.
À Téhéran, confie un officiel,
« personne ne peut accepter
qu’une telle réunion puisse se tenir sans l’aval des services de
renseignements français. Cela
casse la confiance entre nous ».
Quelques jours après, l’ambassadeur de France en Iran,
François
Sénémaud,
était
convoqué au ministère des Af-
faires étrangères et des parlementaires iraniens demandaient son expulsion.
Retour en arrière
Les diplomates français sont
pourtant les premiers à reconnaître que les Moudjahidins ne
représentent pas une alternative crédible au pouvoir actuel. Mais une affaire est venue
compliquer la donne. Ce même
2 juillet, un couple de Belges
d’origine iranienne était arrêté
pour avoir planifié un attentat à
l’explosif contre le rassemblement parisien des Moudjahidins. Il était en possession de
500 grammes d’explosif dans sa
voiture. En poste à Vienne, un
diplomate iranien, en contact
avec le couple, a également été
interpellé. « C’est potentiellement une affaire extrêmement
sérieuse et grave qui, si les faits
sont avérés, pourrait nous ramener longtemps en arrière », lâche
un diplomate français. Au
temps où, via ses relais, le régime iranien punissait la France
de son soutien à l’Irak de Saddam Hussein en posant des
bombes à Paris. Il serait en effet
difficile aux Européens de soutenir alors l’Iran dans son bras
de fer avec les États-Unis. Les
Moudjahidins ont immédiatement accusé la « dictature »
iranienne. Téhéran, de son
côté, a crié à la manipulation
par des services de renseignements ennemis, le Mossad israélien en premier lieu. Une
instruction judiciaire a été
ouverte en Belgique. ■
G. M.
A
Les Moudjahidins, cactus entre Paris et Téhéran
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 6 août 2018 LE FIGARO
POLITIQUE
4
Finances, adhésions :
le RN dans le rouge
Le parti de Marine Le Pen, qui doit faire face au gel
de ses subventions, pâtit aussi d’une chute des cotisations.
CHARLES SAPIN £@csapin
RASSEMBLEMENT NATIONAL Plus de
500 000 euros en moins d’un mois. La
somme récoltée par le Rassemblement
national auprès de quelque 8 000 donateurs pour pallier l’absence de subventions publiques dans ses caisses est rondelette. Mais elle est encore loin de
compenser les 2 millions d’euros gelés
par la justice début juillet dans le cadre
de l’affaire des emplois d’assistants
parlementaires présumés fictifs, une
décision qui fait l’objet d’un appel en
référé examiné ce lundi. « Cela reste
très insuffisant, on est à deux doigts du
dépôt de bilan, s’inquiétait encore le délégué national aux ressources, Jean-Lin
Lacapelle, la semaine dernière. Ça prolonge notre durée de vie en jours, malheureusement pas en mois. »
Un constat d’autant plus alarmiste
que les aides publiques ne sont pas les
seules ressources derrière lesquelles
court le parti de Marine Le Pen. La précieuse manne des cotisations des adhé-
rents, aussi, laisse à désirer. Alors qu’il
représente chaque année 15 % des revenus du parti, le produit des cartes ne
cesse de chuter depuis la présidentielle.
Au même rythme que le nombre d’adhérents. Au point que le siège a réclamé, par solidarité, à certaines fédérations de renoncer à leur part dans le
bénéfice dans les cotisations, 60 % leur
étant normalement reversés.
« La machine s’est arrêtée »
Selon nos informations, le parti ne
comptait le 1er juin, lors du vote en faveur de sa nouvelle appellation, le Rassemblement national, que 31 000 adhérents à jour de cotisation. Soit une perte de
60 % par rapport au chiffre de 83 000 adhérents revendiqué par le Front national à la veille du premier tour de la présidentielle. « Les adhésions ne sont pas
un révélateur absolu, ce n’est pas un critère suffisant pour juger de la santé du
parti, analyse un haut cadre du RN.
Reste que pendant six ans, on a connu
une progression continue, et que pour la
première fois la machine s’est arrêtée. »
Lors de son dernier congrès, à Lille,
en mars dernier, le parti de Marine
Le Pen présentait déjà cette perte de vitesse comme logique, lors d’une année
sans élection, qui plus est succédant à la
présidentielle : « C’est toujours comme
ça en période postélectorale. On rencontre un plat, et on progresse à la veille de
chaque élection, témoigne Jean-Lin Lacapelle. D’autant que d’octobre à fin février les banques nous ont retiré la possibilité de renouveler ou de faire adhérer
nos militants en ligne par carte bleue, ce
qui représente plus de 40 % de nos adhésions en temps normal. » Malgré le rétablissement de ses moyens bancaires, le
nombre d’adhérents à jour de cotisation
du Rassemblement national a pourtant
continué de chuter. Entre le 10 mars et
le 1er juin, le nombre d’adhérents à jour
de cotisation est passé de 38 000 à
31 000. « On est largement au-delà
aujourd’hui », tempère Gilles Pennelle,
délégué national aux fédérations.
Difficile de s’en persuader, tant la
réalité est perçue différemment selon
les territoires. Les plus importantes fé-
dérations, telles que le Nord, le Pas-deCalais ou les Bouches-du-Rhône, sont
les premières à souffrir de cette perte de
vitesse. « Certains militants me disent
que cela fait quinze, trente ans qu’ils militent, qu’ils pensaient enfin gagner et
Florian Philippot en quête de fonds
pour jouer son va-tout européen
européen, ce dernier devra retrouver son corps d’origine sous
l’autorité du ministère de l’Intérieur, signant ainsi la fin de ses
responsabilités en tant que chef de
parti.
“
Même s’ils
remplissaient leur
objectif financier,
cela ne couvrirait pas
la propagande papier
”
L’ENTOURAGE DE FRANÇOIS ASSELINEAU
Malgré l’importance de l’échéance, Les Patriotes sont loin d’être
assurés de figurer sur la ligne de
départ des prochaines européennes. En cause : le budget incombant à chaque liste candidate, qui
doit au minimum couvrir les bulletins de vote et les enveloppes, les
affiches comme les professions de
foi, selon les termes de l’article
R. 39 du Code électoral. Or c’est là
que le bât blesse. « Nous visons les
500 000 euros de budget, nous en
avons déjà récolté plus de 200 000 »,
indique Mireille d’Ornano. De quoi
laisser sceptiques les autres challengers : « Même s’ils remplissaient
leur objectif financier, cela ne couvrirait pas la propagande papier »,
moque-t-on dans l’entourage du
patron de l’UPR, François Asselineau, l’autre partisan du Frexit
habitué aux campagnes à petit
budget.
« En 2009, en ne nous présentant
que dans quelques régions, en négociant les prix et en payant tout
d’avance, le ticket du R. 39 était à
800 000 euros, confirme un responsable du parti de Nicolas Dupont-Aignan. Moins, c’est impossible. À moins qu’ils ne tentent
qu’un simple coup médiatique. » Un
dernier. ■
C. S.
La malédiction
des premiers lieutenants
MATTHIEU DESMOULINS
£@MatthDes
Sans réélection
de Florian Philippot
au Parlement européen,
ce dernier devra
retrouver son corps
d’origine sous l’autorité
du ministère de
l’Intérieur, signant ainsi
la fin de ses
responsabilités en tant
que chef de parti.
FRANCOIS LO PRESTI/AFP
LE POSTE effraie autant qu’il fascine. Dans la hiérarchie frontiste, il
n’a jamais été de bon augure d’être
placé juste derrière le président.
Comme frappés de disgrâce, nombreux sont les bras droits à avoir vu
leur existence politique décliner subitement, comme c’est le cas de
Florian Philippot (lire ci-contre).
Deux d’entre eux ont même
trouvé la mort au sens propre du
terme : François Duprat et JeanPierre Stirbois. Le premier, ancien
idéologue négationniste du Front
national, a été victime d’un attentat
à la voiture piégée en 1978 dont
l’auteur n’a jamais été identifié. Le
second, compagnon de route de
Jean-Marie Le Pen et partisan de
l’union des droites, est accidentellement décédé dix ans plus tard, en
pleine ascension politique, à bord
de son véhicule.
L’asphyxie
de Bruno Mégret
Les autres numéro deux sont, eux,
toujours en vie. Du moins physiquement. Car dans un parti où la
culture du chef prévaut, la moindre
critique interne peut être fatale politiquement. Quant à ceux tentés
par l’aventure solitaire, ils risquent
l’asphyxie. Bruno Mégret en a
d’ailleurs fait les frais. Nommé délégué général en 1988, ce haut fonctionnaire a longtemps œuvré pour
une alliance avec la droite, contre
l’avis du Menhir, qui s’inquiétait
pour son aura « antisystème ». S’est
alors mise en place une concurrence féroce entre les deux hommes,
jusqu’en 1998 où le divorce est
consommé.
En pleins préparatifs pour les
élections européennes de l’année
suivante, Jean-Marie Le Pen –
Parmi ces mots,
lesquels sont
mal orthographiés ?
ÉT
É
20
18
REQUIEM pour un Patriote. C’est
un air terrible qui se joue pour Florian Philippot. Depuis qu’il a claqué la porte du Front national, en
septembre dernier, l’ancien bras
droit de Marine Le Pen essuie toutes les déconvenues : du score décevant de sa jeune formation aux
dernières législatives partielles en
passant par des sondages peu engageants pour les prochaines élections européennes - 1 % des voix
au mieux -, sans compter sa garde
rapprochée, qui, mois après mois,
apparaît plus clairsemée.
Début juin, ce fut tout d’abord
Maxime Thiébaut, cofondateur du
mouvement et jeune prise de
guerre issue de Debout la France,
qui a annoncé se mettre en retrait
afin de se « concentrer sur (sa) thèse ». Un mois plus tard, c’est la seconde figure la plus médiatique des
Patriotes qui décidait de tourner
les talons. L’eurodéputée Sophie
Montel, proche parmi les proches
de Florian Philippot, claquait avec
fracas la porte du parti, portant au
passage plainte pour faux, usage de
faux et détournement de fonds publics contre le mouvement et son
président. Un départ justifié par les
« dérives » de la jeune formation,
similaires à celles qui l’avaient
poussée, neuf mois plus tôt, à quitter le parti de Marine Le Pen. Des
déconvenues dont elle souhaite tirer un livre, dont la parution est
prévue en 2019, juste avant le
scrutin des européennes.
« Elle n’a pas supporté que je sois
désignée deuxième de liste à sa place pour les européennes, explique
l’eurodéputée Mireille d’Ornano,
elle aussi démissionnaire du Front
national. Mais cela n’aura aucune
conséquence. Vous verrez, en 2019,
nous aurons notre liste. C’est obligatoire que nous soyons présents. »
Vital, même. Sans réélection de
Florian Philippot au Parlement
PRÉSENTE
Grammaire, orthographe, dictées,
expressions, synonymes…
A
sont déçus que ce ne soit pas arrivé. Mais
ça ne change rien aux prochains rendezvous électoraux. S’ils ne reprennent pas
leur carte, ils continueront de voter de la
même façon, se persuade le député RN
Sébastien Chenu, également patron de
DES CENTAINES DE QUIZ POUR TOUT L’ÉTÉ
A déshoneur
condamné à l’inéligibilité – a favorisé sa femme, Jany, pour être tête
de liste, au détriment de Mégret. Un
casus belli pour la figure montante
du FN. Celui-ci a claqué la porte du
parti, emportant avec lui la moitié
des cadres du parti pour fonder le
Mouvement national républicain.
En vain. Son parti est resté cantonné sous la barre des 5 % et il observe, impuissant, Jean-Marie Le Pen
se qualifier au second tour de la
présidentielle de 2002.
Ses successeurs ont connu des
destins similaires. Militant de la première heure, Carl Lang a marqué son
désaccord lors de l’investiture de
Marine Le Pen pour être tête de liste
aux européennes de 2009 dans la
circonscription Nord-Ouest – territoire sur lequel il lorgnait à l’époque.
En guise de revanche, l’ex-eurodéputé a, dans la foulée, coupé les
ponts avec le Front national et créé le
Parti de la France. Un réceptacle
marginal pour certains déçus de la
« dédiabolisation » qui n’a jamais
percé électoralement.
Jadis considéré comme le « dauphin » de Jean-Marie Le Pen, Bruno
Gollnisch s’est également opposé au
népotisme du parti. Ce proche du
patriarche a finalement été battu
par Marine Le Pen à l’occasion de la
course à la présidence du parti, en
2010. Le torchon n’a depuis cessé de
brûler entre lui et la direction mariniste. Lorsque, en dépit des consignes, le député européen a participé
aux commémorations de Jeanne
d’Arc le 1er mai 2016 aux côtés de
Jean-Marie Le Pen, la direction l’a
encore un peu plus marginalisé. La
présidente du FN l’a cependant
réintégré quelques mois plus tard à
son équipe de campagne pour 2017,
afin d’éviter toute voix discordante.
Lui qui fustigeait la ligne incarnée
par Florian Philippot. Autre exlieutenant ayant subi la malédiction
qui sévit au Carré de Nanterre. ■
7
,90
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 6 août 2018
POLITIQUE
délégué départemental des Bouchesdu-Rhône, qui revendique quant à lui
près de 1 500 adhérents. Mais tout ça est
en train de se stabiliser. Pour relancer la
machine, il faut du temps. »
Paradoxalement, ce sont les plus petites fédérations, là où le parti de Marine
Le Pen est le moins bien implanté, que
sont enregistrées les meilleures progressions. Selon un classement interne,
basé sur le nombre de renouvellements,
celui des nouvelles adhésions et le rapport entre électeurs à la présidentielle
et nombre d’encartés, les fédérations
EN BREF
PS : Dray veut mener
la bataille des européennes
Alors que Solférino n’a toujours
pas désigné de tête de liste pour
les européennes de 2019, Julien
Dray, qui avait déjà tenté une
OPA sur le parti au début de
l’année, se dit prêt à s’investir.
« Je souhaite mener cette bataille
au nom des socialistes et créer
un collectif rassembleur autour
de ce projet », annonce-t-il dans
Le Parisien. L’ex-député a déjà
quelques propositions, comme
la création d’une « dotation
universelle » pour les jeunes
Européens de 18 ans. Reste à
savoir si le conseiller régional
d’Île-de-France, derrière lequel
plane l’ombre de François
Hollande, saura convaincre
la direction du parti.
“
S’ils ne reprennent pas
leur carte, les militants
continueront de voter
de la même façon
SÉBASTIEN CHENU, DÉPUTÉ RN
la fédération du Nord, qui revendique
4 500 adhérents. Je constate, en revanche, l’arrivée de nouveaux profils, il y a
un renouvellement générationnel voire
sociologique dans certains coins. C’est
normal, une présidentielle, c’est la fin
L’ÉTÉ
DU FIGARO
d’un chapitre et le début d’un autre. »
« C’est vrai qu’il y a eu une importante
baisse après la présidentielle. Ce qu’on
voit au niveau national corrobore assez
bien ce qu’on a vécu dans notre fédération, confirme Emmanuel Fouquart,
[
]
La politique
c’est du sport
Dupont-Aignan
à contre-courant
Le dernier congrès
du Front national avant sa
transformation en
Rassemblement national, le 11
mars, à Lille.
SYLVAIN LEFEVRE/GETTY IMAGES/AFP
”
les plus dynamiques sont la Creuse, la
Vienne et le Cantal. Des zones plutôt
rurales en dehors des centres névralgiques du parti, au nord et au sud de la
France. « Je ne fais pas un concours avec
les copains, ce n’est pas l’objet, tempère
Gilles Lacroix, patron de la fédération
du Cantal, qui compte aujourd’hui
quelque 200 adhérents. Nous sommes
une fédération de proximité, on a eu
beaucoup de renouvellements en janvier,
ce qui a permis de doubler notre nombre
d’encartés par rapport aux régionales de
2015. » Pour inciter les autres délégués
départementaux à suivre le même
exemple, Marine Le Pen a décidé de
convier les patrons des dix fédérations
les plus dynamiques en termes d’adhésions aux réunions de bureau national,
l’instance dirigeante du parti. ■
Révision constitutionnelle :
Rugy souhaite aller vite
Le président de l’Assemblée
nationale se déclare « favorable »
à une reprise de l’examen
de la réforme constitutionnelle
« dès le mois de septembre
ou d’octobre», dans un
entretien au Parisien. Il avait
été suspendu le 23 juillet par
le gouvernement en raison
du tollé soulevé au Parlement
par l’affaire Benalla. La reprise
des travaux n’a toujours pas été
reprogrammée, l’exécutif
s’interrogeant sur les priorités
à donner dans les réformes
de la rentrée.
Magistrale !
EMMA
THOMPSON
STANLEY
TUCCI
5
Télérama
FIONN
WHITEHEAD
Le député pratique la natation, où,
comme en politique, « l’effort constant
finit par porter ses fruits ».
« Il peut pas, il a piscine. » Pour ménager
la susceptibilité de ses interlocuteurs,
l’assistante de Nicolas Dupont-Aignan
évite autant que possible de telles justifications. Ce serait pourtant la stricte vérité. Le chef de file de Debout la France
s’est découvert sur le tard une passion
pour la natation. « C’est venu progressivement, pendant la campagne de 2012.
J’ai trouvé que ça me faisait beaucoup de
bien. Je ne suis pas un champion, mais ça
me défoule », lâche le député de l’Essonne, qui alterne crawl arrière et brasse
sur un kilomètre au minimum deux fois
par semaine. « En dessous, ça ne sert à
rien, assure-t-il. Quand je ne supporte
plus la vie politique, je vais à la piscine. Ça
me donne du recul. Si les députés faisaient
plus de sport, je suis sûr que les déclarations seraient plus mesurées et les attitudes plus raisonnables. »
Un exutoire comme un autre, mais
pas forcément des plus pratiques, admet l’ancien candidat à la présidentielle : « Ce n’est pas comme le jogging que
l’on peut faire partout et à toute heure. La
plus grande difficulté, c’est de trouver
une piscine ouverte à des heures praticables. Ce qui a été quasiment impossible
lors de la dernière présidentielle. Et puis
l’hiver, il faut se forcer, avoir du courage », témoigne le nageur qui alterne entre une piscine parisienne du VIe arrondissement et les trois bassins de sa ville
de Yerres (Essonne), dont il a été l’édile
de 1995 à 2017.
« Une école d’endurance »
« En tant que maire et patron de l’agglomération, je me suis battu pour
ouvrir des piscines, j’ai imposé des nocturnes. Parce qu’entre les sorties scolaires et les réservations de groupes, il
reste très peu de créneaux pour la fréquentation individuelle. » En plus de
rendre le député « plus serein », la
piscine a un autre avantage de
taille selon lui : « C’est que personne ne vous reconnaît avec bonnet et lunettes sur la tête. »
L’homme qui nage à contre-courant
de la politique depuis 2007 - date à laquelle il a quitté l’UMP pour créer Debout la République, devenu depuis Debout la France - voit plus d’un parallèle
entre ses responsabilités publiques et le
sport : « C’est une école d’endurance. La
régularité, l’effort constant, porte toujours ses fruits. Comme en politique, ce qui
compte en natation, c’est la persévérance
et la rectitude. Ça ne paye pas de mine,
mais à force de détermination, on finit superentraîné, discret mais efficace. »
Ces prochaines semaines, l’élu a prévu de raccrocher son écharpe mais pas
son maillot. Nicolas Dupont-Aignan
ambitionne de nager pendant ses vacances un kilomètre par jour. « Si possible en Méditerranée, car là où je vais le
plus souvent, dans la Manche, du côté de
Berck, personne ne se risque dans l’eau à
part les phoques. » Le plongeon donnerait pourtant un avant-goût du grand
bain bruxellois à la future probable tête
de liste aux européennes. ■
2/16
Nicolas Dupont-Aignan alterne crawl
arrière et brasse sur un kilomètre au
minimum deux fois par semaine.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
My
Lady
Pour elle, seul compte
l’intérêt de l’enfant
Un film de
Richard Eyre
A
CHARLES SAPIN £@csapin
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 6 août 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Le président du Venezuela échappe à un attentat
Un curieux groupe, « Les soldats en tee-shirt », a revendiqué l’attaque menée par deux drones contre la tribune d’où Nicolas Maduro
s’exprimait samedi à Caracas. Sept gardes nationaux ont été blessés. Le président du Venezuela accuse son homologue de Colombie.
PATRICK BÈLE £@Patrickbele
Nicolas Maduro, protégé par
ses gardes du corps, lors de l’attentat
déjoué, samedi à Caracas. XINHUA/AP
AMÉRIQUE LATINE Le président vénézuélien Nicolas Maduro a échappé à un attentat alors qu’il prononçait un discours
samedi dans le centre de Caracas. La cérémonie était retransmise en direct à la télévision. Il était entouré de son épouse, Cilia
Flores, du ministre de la Défense, Vladimir Padrino Lopez, du procureur général,
Tarek William Saab, et de représentants
du haut commandement militaire.
Il expliquait son plan pour redresser
l’économie du pays quand l’ensemble de
la tribune présidentielle a craintivement
levé les yeux vers le ciel. Les troupes de
la garde nationale qui défilaient se sont
éparpillées sur l’avenue Bolivar. La retransmission a été interrompue.
Les gardes du corps ont rapidement
déployé une valise bouclier pour protéger le président et l’ont ensuite emmené
en lieu sûr. Une heure plus tard, le ministre de l’Information, Jorge Rodriguez, l’a confirmé : « Il s’agit d’un attentat contre le président Maduro, qui est
indemne. » Il a précisé que sept membres
de la garde nationale avaient été blessés.
La main de l’ultradroite
Peu après, le président Maduro a renchéri
à la télévision : « Il s’agissait d’un attentat
pour me tuer, ils ont tenté de m’assassiner
aujourd’hui. Je n’ai aucun doute que [les
auteurs sont] l’ultradroite vénézuélienne
alliée avec l’ultradroite colombienne de
Juan Manuel Santos [le président colombien, qui quitte le pouvoir demain]. Les
premiers éléments de l’enquête désignent
Bogota, ce qui explique les annonces faites
par Santos ces derniers jours de la fin du
régime de Maduro. Santos ne peut pas partir sans faire du mal au Venezuela. »
Le président Maduro a demandé l’aide
de Donald Trump pour qu’il lui livre les
« auteurs intellectuels et financiers », qui
se trouveraient, selon lui, en Floride. Les
États-Unis, qui n’ont pas reconnu
l’élection de Maduro, ont émis de sérieux doutes sur l’implication du président colombien et ses supposés complices américains. Le conseiller à la Sécurité nationale John Bolton a déclaré qu’« il
n’y a eu absolument aucune participation
du gouvernement américain là-dedans ».
Trois juges colombiens ont été désignés pour faire toute la lumière sur cet
attentat, commis à l’aide de deux drones
chargés de C4, un puissant explosif.
De sa prison,
Lula lance
sa candidature
présidentielle
Dilma Roussef, l’ancienne
présidente du Brésil, arbore
un tee-shirt de soutien à Lula,
lors de la convention nationale
du Parti des travailleurs,
samedi à Sao Paulo.
NELSON ALMEIDA/AFP
mener une opposition dure au gouvernement élu en 2018, alimentant les quatre
prochaines années de campagne de Lula
jusqu’aux élections de 2022 ».
La porte n’est pas verrouillée
Plébiscité par l’opinion, l’ancien chef de
l’État brésilien a été investi par son parti.
Alors qu’il devrait être déclaré inéligible.
MICHEL LECLERCQ
A
RIO DE JANEIRO
AMÉRIQUE LATINE Sans doute le vieux
militant Luiz Inacio Lula da Silva n’estil jamais aussi combatif que lorsqu’il est
acculé. De sa prison de Curitiba, dans le
sud du Brésil, plein de défiance envers
la justice, qui doit le déclarer inéligible,
il a lancé samedi sa candidature à la
présidence, dénonçant à l’avance une
élection « truquée ». Le Parti des travailleurs (PT) a formellement adoubé
son chef historique pour qu’il concoure
à un troisième mandat de président,
lors de sa convention nationale à Sao
Paulo. En l’absence de l’idole de la gauche, qui purge depuis quatre mois une
peine de douze ans et un mois de prison
pour corruption passive et blanchiment
d’argent.
« Aujourd’hui, notre démocratie est
menacée, a-t-il dit dans une lettre lue
devant des centaines de militants vêtus
de tee-shirts rouges. Aujourd’hui, ils
veulent faire une élection avec des cartes
truquées. Exclure un nom qui est en tête
de tous les sondages. […] Aujourd’hui, ils
veulent dénier au peuple le droit de choisir librement le prochain président. »
L’ancien dirigeant, âgé de 72 ans, a été
condamné en appel dans l’affaire du
« triplex de Guaruja », un appartement
au bord de la mer qui lui aurait été offert par une entreprise de travaux publics en échange de faveurs. Ses partisans dénoncent une condamnation
sans preuve à seule fin de l’empêcher
d’être élu. Une accusation nourrie par
des sondages très favorables : il est crédité du tiers des intentions de vote au
premier tour, le double de tous ses rivaux, et l’emporterait aisément au second. Deux autres prétendants sérieux
ont aussi été désignés ce week-end par
leurs partis : l’ancien gouverneur de
Sao Paulo, Geraldo Alckmin, à la tête
d’une coalition de centre droit, et
l’écologiste Marina Silva dont ce sera la
troisième tentative (voir ci-dessous). Ils
rejoignent le candidat d’extrême droite, l’ancien capitaine Jair Bolsonaro, et
Ciro Gomes, un rival de Lula à gauche.
Le scrutin, dont le premier tour aura
lieu le 7 octobre et le second tour trois
semaines plus tard, s’annonce comme
l’un des plus indécis depuis plusieurs
décennies.
L’ancien président n’a pas encore
désigné son colistier, mais un nom
émerge, celui d’un fidèle, l’ancien maire de Sao Paulo, Fernando Haddad. Le
choix est important, car il pourrait être
amené à remplacer Lula sur les bulletins de vote, peu imaginant qu’il puisse
aller au bout. Mais Haddad ne pèse
pour l’instant pas grand-chose dans les
enquêtes d’opinion. Le PT déposera officiellement la candidature de Lula et
celle de son colistier le 15 août, date limite d’enregistrement devant le Tribunal supérieur électoral (TSE). Les juges
examineront alors la validité des candidatures à la lumière de la loi dite « Ficha Limpa » (« casier vierge »), qui
rend inéligible pour huit ans toute personne condamnée en appel. Pour Carlos Ari Sundfeld, professeur à l’école de
droit de la Fondation Getulio Vargas de
Sao Paulo, peu importe que Lula soit
incarcéré. « Cela ne change rien. » En
revanche, « une condamnation en seconde instance pour crimes de corruption et blanchiment d’argent est, en
principe, une cause d’inéligibilité, selon
la loi Ficha Limpa. C’est le cas de Lula ».
Il estime même que le TSE ne peut accepter sa candidature, car « l’éligibilité
est une condition pour enregistrer une
candidature à une fonction élective. Si
Lula sollicite l’enregistrement de sa candidature, en principe, elle doit être rejetée », explique le juriste. Le tribunal a
Leurs explosions prématurées seraient
dues aux tirs de militaires qui les ont
abattus avant qu’ils n’atteignent la tribune du président vénézuélien.
Une revendication est apparue sur le
compte Twitter « Los soldados de Franelas » (les soldats en T-shirt). Ils se
présentent comme un groupe de « militaires, civils, patriotes et loyaux au peuple
du Venezuela » : « Nous n’avons pas réussi aujourd’hui, mais ce n’est qu’une question de temps. »
La présidence colombienne a jugé les
accusations du président Maduro « sans
fondement ». Juan Manuel Santos vient
d’être grand-père, et le palais de Narino
a expliqué que samedi il « se consacrait
au baptême de sa petite-fille Céleste et
non à renverser des gouvernements
étrangers ». ■
jusqu’au 17 septembre au plus tard pour
se prononcer. Toutefois, comme au
Brésil les possibilités de recours sont
quasi sans limites, Lula pourra encore
faire appel devant le TSE, puis la Cour
suprême. « Mais ces recours, en principe, n’ont pas d’effets suspensifs sur la
décision de rejet », souligne Carlos Ari
Sundfeld.
L’aura passée de Lula, « l’homme qui
a sorti de la misère 30 millions de Brésiliens », est toujours un puissant facteur de mobilisation, des concerts aux
pétitions internationales réunissant
des noms tels que Jean-Luc Mélenchon, François Hollande, d’anciens
chefs de gouvernement européens ou
le sénateur démocrate américain
Bernie Sanders.
En insistant contre vents et marées
sur la candidature de Lula, le PT cherche à décrédibiliser l’élection et le futur
président élu, estime Adriano Codato,
professeur de sciences politiques à
l’Université fédérale du Parana. L’objectif du PT « est de dénoncer une élection illégitime d’où le principal compétiteur a été exclu illégalement », puis « de
Bien que derrière les barreaux, l’exprésident pourra faire campagne tant
que sa candidature n’aura pas été rejetée, estime Carlos Ari Sundfeld. En
pratique, elle sera forcément a minima, car une juge lui a déjà interdit
d’accorder des interviews ou d’enregistrer des vidéos et des programmes
électoraux, privant de tribune le charismatique leader populaire. Cela n’a
cependant pas empêché l’ancien président de continuer, de sa cellule, située
au troisième étage du quartier général
de la police fédérale, à diriger le parti
et à décider de tout dans la campagne,
des décisions stratégiques aux alliances
locales. Ces consignes passent par l’intermédiaire de ses huit avocats, qui se
relaient pour venir tous les jours. Le
jeudi, jour des visites, il reçoit les dirigeants du PT et des fidèles comme
l’ex-président uruguayen Pepe Mujica
ou le chanteur Chico Buarque. Selon
les témoignages, ces visites et la rédaction de notes occupent l’essentiel de sa
journée. Par égard pour son ancienne
fonction, la porte n’est pas verrouillée
et les gardes frappent avant d’entrer. Il
dispose d’un tapis roulant pour ses
exercices matinaux et d’un grand
écran de télévision. Il peut aussi faire
quelques pas sur une petite terrasse qui
jouxte sa cellule.
Lula s’était rendu à la police fédérale
début avril après s’être barricadé au
siège du syndicat des métallurgistes,
dans la banlieue de Sao Paulo, là où il
avait fait ses premières armes de leader
syndical. Protégé par des centaines de
partisans, il avait défié la justice pendant deux jours de confusion. Il a plus
tard confié à des visiteurs qu’il ne pensait rester qu’une semaine en prison… ■
Quatre candidats peuvent aussi prétendre l’emporter
Je savais
« que
j’étais
marqué
comme
la chèvre
qui devait
mourir
»
CIRO GOMES,
CANDIDAT
À LA PRÉSIDENTIELLE
BRÉSILIENNE
Sans Lula, ils sont quatre prétendants à la victoire :
ALCKMIN,
uGERALDO
le candidat
de l’establishment
Ex-gouverneur de l’État de Sao
Paulo, Geraldo Alckmin, 65 ans,
est à la tête d’une vaste coalition
de centre droit, menée par le Parti
social-démocrate
brésilien
(PSDB). Il plaide pour une réforme politique et veut « déverrouiller » l’économie brésilienne.
Dénué de charisme, bloqué dans
le bas des sondages (8 % au
mieux), il a mené un début de
campagne poussif. Mais, en attirant à lui les partis du centre, il
bénéficie aujourd’hui de la moitié
des fonds de campagne et de plus
du tiers du temps de parole à la
télévision. Ce qui lui donne une
force électorale sans égale. Certains y voient toutefois un « baiser
de la mort » : ces partis ayant été
de proches alliés de Michel Temer, il court le risque d’être associé au très impopulaire président.
u
MARINA SILVA,
l’austère écologiste
Militante de l’environnement,
Marina Silva, 60 ans, tente d’imposer une difficile troisième voie
entre la gauche et la droite. Née
dans une extrême pauvreté dans
l’État amazonien de l’Acre, elle a
commencé à travailler à 10 ans et
est restée analphabète jusqu’à
16 ans. Activiste syndicale et
politique, elle a été ministre de
l’Environnement de Lula, avant
de claquer la porte en raison de
désaccords sur la protection de
l’Amazonie. Pour sa troisième
tentative, la candidate du petit
parti Rede culmine à 15 % dans
les sondages. Cette évangéliste à
l’allure austère peut se prévaloir
de ne jamais avoir été impliquée
dans des scandales de corruption.
BOLSONARO,
uJAIR
le provocateur
Il avoue « ne rien comprendre à
l’économie ». Mais les chiffres
importent peu au candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro qui
rêve d’un destin à la Donald
Trump.
L’ex-capitaine
de
63 ans, nostalgique de la dictature militaire, est très controversé pour ses provocations à
l’égard des femmes, des homosexuels ou des Indiens. Mais dans
un pays miné par la corruption et
la violence, son discours pour le
retour à l’ordre fait mouche et,
sans Lula, il est en tête des intentions de vote (environ 18 %). Son
atout : député de Rio de Janeiro
depuis vingt-sept ans, il n’a jamais été éclaboussé par une affaire de corruption. Sa faiblesse :
sans alliés, avec son petit parti
PSL (Parti social libéral), il
n’aura que quelques secondes
quotidiennes à la télévision.
GOMES,
uCIRO
le tempétueux
« Je savais que j’étais marqué
comme la chèvre qui devait mourir. » Ciro Gomes, 60 ans, n’a pas
caché son dépit après que l’exprésident Lula a organisé son
isolement politique, annonçant
un probable troisième échec à la
présidentielle. Rival de Lula
dans son bastion du Nordeste, il
pouvait espérer récupérer les
voix de l’ancien président si celui-ci était hors course. Il a promis de revenir sur les réformes
libérales du président Michel
Temer et affirmé qu’il était le
seul à pouvoir faire sortir Lula de
prison. Mais il a découragé nombre d’alliés potentiels par ses
zigzags politiques et son caractère tempétueux. « Son pire ennemi, c’est lui-même », reconnaissent ses proches. ■
M. L.
(À RIO DE JANEIRO)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 6 août 2018
SOCIÉTÉ
7
Affaire Benalla : Collomb durcit les règles
pour les observateurs dans la police
Le ministre leur impose une charte, des
tuteurs expérimentés et le port d’un signe
distinctif pour éviter toute confusion.
SÉCURITÉ Un chef de cabinet adjoint du
président de la République surpris à jouer
les nervis contre des manifestants le
1er mai dernier à Paris, casqué comme un
CRS et arborant, qui plus est, un brassard
police dans un service d’ordre où il
n’avait aucune légitimité pour agir. Le
feuilleton Benalla a secoué le pouvoir
toute la deuxième quinzaine de juillet.
Vendredi, le ministre de l’Intérieur a
édicté sa directive pour faire en sorte que
plus jamais de telles dérives ne se produisent. Il sait pertinemment que de mauvaises habitudes ont été prises dans la chaîne
de sécurité. Renforcer le système des remontées d’informations qui font sa force,
éclairer les zones d’ombre où naissent les
polices parallèles et s’assurer d’un minimum de rigueur à tous les échelons, le défi
qui l’attend n’est pas mince.
Sa directive du 3 août est donc adressée
aux directeurs généraux de la police et de
la gendarmerie, ainsi qu’au préfet de police de Paris. Premier constat : elle ne supprime pas le statut d’« observateur ».
Question de « transparence », explique le
ministre. À ses yeux, il est important que
des magistrats, des universitaires, des
journalistes puissent « comprendre », au
plus près du terrain, la « richesse et la difficulté » de la tâche des forces de l’ordre. Il
assure même qu’« un meilleur encadrement de cette activité essentielle pour
maintenir le lien police-population garantira son succès et son expansion ». Car la
police n’a, dans son esprit, rien à cacher.
Les « diverses préconisations [qu’il] souhaite voir mises en œuvre sans délai »
s’inspirent largement des travaux de
l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), saisie à sa demande du cas
Benalla. Les services devront ainsi produire, chacun à son niveau, une « note
d’organisation ». « Adapté aux différentes
missions », ce canevas administratif se
fondera sur cinq principes clés.
Éviter toute confusion
D’abord, le « maintien d’un régime
d’autorisation préalable » pour devenir
observateur. La décision échoira « au niveau hiérarchique adapté, partagé entre
les directeurs opérationnels et l’autorité
préfectorale ». Ils devront préciser « les
motivations du demandeur ou l’objectif
poursuivi ».
Autre préalable indispensable : la définition d’une charte des droits et des devoirs des observateurs. Les grands pa-
31 17 : le numéro
anti-harcèlement qui
sonne dans le vide
Lancée il y a huit ans par la SNCF et la RATP, cette
ligne d’urgence manque encore d’efficacité.
CLOTILDE COSTIL£@ClotildeCostil
TRANSPORTS « Je suis une femme et mon
corps ne m’appartient pas. » La tête enfouie dans ses mains et le teint pâle, Ingrid s’apprête à dénoncer dans une vidéo un acte de violence sexuelle qu’elle a
subi dans les transports en commun. Son
histoire est tristement banale : «Hier, je
prenais le train, commence-t-elle. Je
m’assois, enlève mon gilet et me retrouve
bras nus. Eh bien, visiblement, ça doit être
quelque chose d’incroyablement sensuel » : elle découvre avec effroi un homme, assis non loin d’elle dans le wagon,
qui se masturbe en l’observant. Après
avoir changé de place, elle prend son téléphone et décide de contacter le compte
Twitter du RER D dans lequel elle se
trouve. « Puis je me suis souvenue qu’il
existait aussi un numéro d’alerte. On l’entend souvent dans les gares. »
Ce numéro d’alerte, c’est le 31 17 ou
31 17 7 pour les SMS. Mis en place en 2010,
initialement pour des signalements
concernant des incivilités (graffitis, pieds
sur les sièges, fumer à bord des trains…)
dans le métro et dans le train, ce numéro
est étendu trois ans plus tard à tout le territoire. Il devient « numéro d’urgence »,
ouvert 24 h/24, 7 j/7, et permet d’élargir
les signalements aux comportements qui
sortent de l’ordinaire avec, en ligne de
mire, les harceleurs sexuels. En 2017,
60 000 appels et textos auraient été recensés, contre 44 000 en 2016.
En mars dernier, la RATP, associée à
la SNCF, s’engage plus frontalement
dans la lutte contre le harcèlement
sexuel dans les transports via une campagne de sensibilisation des usagers. Des
affiches, placardées sur les murs du métro, dans les trains, donnent le ton : une
femme tient la barre du métro, seule, au
milieu d’un environnement hostile, entourée d’animaux sauvages : les prédateurs sexuels. Et ce slogan : « Ne minimisons jamais le harcèlement sexuel,
victimes ou témoins, donnez l’alerte ! »
Pourtant, « ce n’est pas assez », martèle
Christiane Dupart, membre de la Fédération nationale des associations d’usagers de transports (Fnaut). «Ce numéro
d’alerte manque encore d’efficacité. »
Scotchée à son téléphone, en attente
d’une réponse qui n’est arrivée que treize minutes plus tard, Ingrid a pu apprendre à ses dépens, ce 27 mai 2018, les
limites du 31 17. « J’ai reçu un message
automatique m’avertissant qu’un opérateur transférerait mon SMS aux services
concernés. Mais mon deuxième message
est resté sans réponse », se souvient-elle.
Gérard Collomb pendant la séance des questions au gouvernement, le 24 juillet.
trons de la police et de la gendarmerie
devront rendre leur copie dès la rentrée.
Ce document commun aux deux forces
de sécurité intérieure « rappellera les règles de responsabilité en cas d’accident ou
de dommages causés et indiquera, de façon
explicite, la non-participation de l’observateur aux activités de police, principe
d’application stricte dont un référent expressément désigné se portera le garant ».
La charte devra systématiquement être
remise à l’observateur, après signature.
Par ailleurs, « aussi souvent que cela se
révélera nécessaire, notamment pour l’accueil de stagiaires, une convention sera
établie et signée par le demandeur avec
l’autorité qui valide l’observation », précise le ministre.
Gérard Collomb recommande également la « désignation d’un référent » qua-
BERTRAND GUAY/AFP
lifié. « À la fois pédagogue, garant de la
sécurité de l’observateur et chargé du respect des termes de l’autorisation », celuici « devra impérativement posséder un niveau hiérarchique adapté à la qualité de
l’observateur et rendre compte immédiatement de toutes difficultés. » Dans l’affaire
Benalla, le cornac de ce proche du chef de
l’État n’avait manifestement pas le niveau suffisant pour oser le recadrer.
Enfin et surtout, l’observateur devra
désormais porter un « insigne distinctif »,
brassard spécial ou chasuble, permettant
d’éviter toute confusion avec les forces de
l’ordre. Le ministre a visiblement entendu les syndicats de la « grande maison ».
« Il fallait clarifier le port du brassard police qui ne doit pouvoir être porté que par
les policiers et personne d’autre », se félicite Philippe Capon, patron de l’Unsa-
police. Lui réclame aussi « l’interdiction
de tout port d’arme pour un observateur ».
Solution qui semble aller de soi pour le
ministre de l’Intérieur.
Faut-il aller plus loin ? « Puisque l’explication de l’Élysée conclut que l’affaire
Benalla relève d’une dérive strictement
personnelle et en aucun cas d’un problème
structurel, il serait ahurissant d’en tirer
comme conséquence une réforme de la
Préfecture de police », estime le patron de
Synergie-officiers, Patrice Ribeiro. Cela
reviendrait, il est vrai, à reconnaître qu’il
s’agit bien d’un scandale d’État. Or, jusqu’à preuve du contraire, l’affaire Benalla
n’est pas l’affaire Ben Barka, qui, dans les
années 1960, avait entraîné la création
d’une vraie police nationale et une mise
au pas de la préfecture de police de
Paris. ■
PYRAMIDE PRÉSENTE
E L L E
F A N N I N G
À 18 ANS, ELLE ÉCRIT FRANKENSTEIN
ET RÉVOLUTIONNE LA LITTÉRATURE
L E S I N R O C K U P TI B L E S
Des usagers désemparés
Derrière ce numéro, pourtant, des opérateurs sont censés se tenir prêts à réagir
aux appels et SMS. Une fois le contact
établi, ils posent plusieurs questions à la
victime ou au témoin et tentent d’obtenir les détails de l’incident, la position de
la personne en gare ou en station. Ils
contactent ensuite la police, permettant
à la victime de déposer plainte dans un
second temps. Pourquoi Ingrid n’a-t-elle donc pas eu de réponse à son SOS ?
Panne du service, absence de réponse,
problème de réseau ? Comme Ingrid, de
nombreux usagers disent s’être retrouvés seuls face à leur détresse.
Sur Twitter, leurs publications
s’adressent à la SNCF ou à la RATP,
pointant du doigt certains problèmes :
« Répondez-vous aux SMS envoyés au
31 17 ? J’en ai envoyé un hier soir, il est
resté lettre morte. » Un autre constate :
« Quand j’ai été agressé par un déséquilibré sur le quai de mon RER, le 31 17 était en
panne » ou encore « J’ai été témoin d’une
agression samedi, j’ai appelé le 31 17, personne ne m’a répondu.» Face à ces usagers désemparés, la Fnaut tente d’apporter des réponses.
« Dans nos enquêtes, deux aspects reviennent : la lenteur de réaction et la méconnaissance de ce numéro en cas de harcèlement sexuel », explique Christiane
Dupart, qui estime que les opérateurs ne
sont pas suffisamment formés. Quant à la
RATP et la SNCF, elles assurent que « la
géolocalisation du smartphone permet une
prise en charge rapide et efficace », et que
« l’appli fonctionne en toutes circonstances, grâce à une technologie réseau ne nécessitant pas de couverture 3G ou 4G ».
Tous les agents RATP et quelque 740
agents SNCF Transilien auraient aussi
reçu une formation dédiée à la prise en
charge des victimes de harcèlement. ■
M ARY S HELLEY
U N
H A I F A A
F I L M
D E
A L - M A N S O U R
A
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
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lundi 6 août 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Canicule : les
villes se mettent
en frais pour
leurs anciens
ZOOM
Décès de Marie Humbert,
qui avait euthanasié son fils
Elles ont prévu des parades à la chaleur, à
la déshydratation mais surtout à l’isolement.
CAROLINE COUPAT£@carolinecoupat
ASSISTANCE Confortablement installée
dans un fauteuil, dans la salle climatisée
à 21 °C de la mairie du IXe arrondissement de Paris, Catherine, chemisier
élégant et lunettes carrées, est plongée
dans un magazine. Pour cette retraitée
de 65 ans, ce lieu est salvateur : « C’est la
deuxième fois que je viens en deux semaines et je compte bien rester jusqu’à la fermeture, à 18 heures, explique-t-elle. Je
vis dans un T2 où le soleil vient taper les
vitres tout l’après-midi, autant dire que
la température est insupportable. Ici, non
seulement je suis au frais, mais il y a de la
lecture, du thé glacé… et de la convivialité ! », sourit-elle à l’intention de son
voisin, Pascal, un sexagénaire enghiennois venu se rafraîchir quelques instants
avant de retourner se promener dans les
rues de la capitale.
Depuis la semaine dernière, une chaleur de plomb s’est abattue sur la France, au point que la plus grande partie du
pays est actuellement en vigilance
orange. Comme toujours dans ce type
de situation, les personnes âgées font
partie des populations les plus à risque.
Les villes prévoient donc des dispositifs
spécifiques pour leur venir en aide. À
Paris, la municipalité a mis à disposition
du public une quarantaine de salles rafraîchies, dans les clubs seniors, les Ehpad, la majorité des mairies d’arrondis-
sement, à l’instar de celle du IXe… Et
jusqu’en septembre, 167 parcs, jardins
et squares resteront ouverts en permanence.
Autre dispositif utile pendant les fortes
chaleurs : à Paris, le plan Chalex, pour
« chaleur extrême », permet la surveillance des personnes de plus de 75 ans
isolées ou souffrant de problèmes de
santé : « En période de canicule, les près de
8 000 personnes inscrites dans ce registre
sont contactées deux fois par jour par un
téléopérateur », détaille Anne Souyris,
adjointe à la maire de Paris en charge de
la santé et des relations avec l’AP-HP.
Prévention
Cette année, lors des forts épisodes de chaleur, familles, personnels d’accueil
ou municipalités sont plus attentifs à la situation des personnes âgées. P. LECOMTE
« Si la personne ne répond pas ou dit se
sentir mal, elle pourra être contactée par
un médecin. Une assistante sociale peut
aussi lui rendre visite pour déterminer ses
besoins », précise-t-elle. Reste à faire en
sorte que les personnes âgées soient inscrites au dispositif Chalex. « Pour cela, il
faut que les voisins, la famille soient attentifs à la situation des personnes âgées seules et les encouragent, voire les aident, à
remplir le dossier d’inscription. Les services d’urgence ont aussi un rôle majeur à
jouer en identifiant les personnes auxquelles ce système pourrait être profitable »,
conclut Anne Souyris.
En province, pas de plan Chalex. Ce
qui n’empêche pas les municipalités
d’être attentives à la situation des personnes âgées lors de forts épisodes de
chaleur. Ainsi à Clermont-Ferrand
(Puy-de-Dôme), outre une ouverture
plus tardive des parcs et la diffusion de
messages de prévention sur les panneaux d’affichage, le Centre communal
d’action sociale (CCAS) est en première
ligne durant la canicule. « Nous venons
en aide chaque jour à 2 000 personnes,
qu’il s’agisse de portage de repas ou
d’aide dans les tâches de la vie quotidienne, explique son directeur, Michel Cabrit. Pendant toute la durée de la canicule, nos agents profitent de ces visites pour
vérifier que les gens boivent assez d’eau
et pour leur fournir des brumisateurs.
Nous organisons aussi des tournées pour
emmener les personnes qui vivent chez elles passer quelques heures dans les Ehpad
disposant de salles rafraîchies. Enfin,
nous appelons quotidiennement une quarantaine de personnes particulièrement
fragiles pour s’assurer qu’elles vont
bien. »
Malgré l’existence de ces dispositifs,
une grande partie des seniors supportent la canicule sans aide extérieure.
Certaines vivent plutôt bien la situation,
à l’instar de Denize Gidon : « Bien sûr,
j’ai chaud, comme tout le monde, mais je
m’organise, déclare cette pimpante
Clermontoise de 92 ans. Je m’active le
matin, quand il fait encore un peu frais, je
veille à boire suffisamment d’eau, je
prends des douches fraîches, j’ouvre les
persiennes la nuit… Je regrette juste de ne
plus pouvoir me rendre dans mon jardin,
Marie Humbert est morte à Évreux,
a annoncé dimanche RTL. En 2003,
cette femme avait mis fin aux jours
de son fils Vincent. L’affaire
Humbert avait contribué à relancer
le débat sur la fin de vie.
Tétraplégique, muet et quasiment
aveugle à la suite d’un accident
de la route, mais disposant
de ses facultés intellectuelles,
Vincent Humbert meurt
le 26 septembre 2003. Auparavant,
de son lit d’hôpital, cet ex-pompier
avait demandé par écrit au
président Jacques Chirac « le droit
de mourir ». Le chef de l’État lui
avait répondu : « Je ne peux vous
apporter ce que vous attendez. »
Le 24 septembre, injectant
des barbituriques dans une de
ses perfusions, sa mère avait tenté
d’exaucer son vœu. Dans le coma,
Vincent Humbert est maintenu
en vie avant que le médecin
réanimateur ne débranche son
respirateur artificiel… Inspirée par
cette affaire, la loi Leonetti, votée
en avril 2005, a instauré un droit
au « laisser mourir » mais sans
permettre l’euthanasie active. En
2018, cette question a fait l’objet de
discussions dans le cadre des États
généraux de la bioéthique. Début
juillet, le Conseil d’État a rejeté
l’idée d’une loi qui autoriserait
l’euthanasie et l’aide au suicide.
car il y fait trop chaud en ce moment ! »
Denize peut aussi compter sur un solide
réseau familial : « Mon petit-fils me rend
visite souvent et mon fils m’appelle régulièrement », se réjouit celle qui bénéficie
aussi d’un logement bien isolé. Pierrette
Guyon, une autre Clermontoise, âgée de
89 ans, a davantage de difficultés : « Je
vis très mal cet épisode caniculaire, se
plaint-elle. J’ai très chaud, je suis essoufflée, je ne peux pas sortir et je vis
dans le noir faute de pouvoir ouvrir les
volets », regrette-elle. Elle est en revanche assez satisfaite des conditions de vie
de son époux, hébergé en Ehpad : « Depuis que la climatisation a été installée
dans les parties communes, il souffre
beaucoup moins de la chaleur. » ■
Les pompiers
déplorent la vétusté
de leur équipement
Leur matériel, rudement mis à l’épreuve en 2017,
n’aurait pas été suffisamment renouvelé.
A
ALICE SANGOUARD £@alicesangouard
INCENDIES Dans quelques jours, leur cagnotte en ligne arrivera à son terme. Faute
d’argent, les pompiers de Chaintré, en
Saône-et-Loire, ont été obligés de recourir au financement participatif pour remplacer leur camionnette. Le 26 juillet, à
bout de souffle, elle avait pris feu à cause
d’un court-circuit. « Il est difficile pour notre petite commune de financer totalement
ce véhicule, les budgets étant extrêmement
restreints », regrettent les organisateurs
de la cagnotte, qui espéraient obtenir de
6 000 à 8 000 euros. Partout contraints
d’utiliser des matériels vétustes, les pompiers se plaignent d’être moins réactifs.
Et, alors que l’été est jusqu’ici plutôt calme, même si la chaleur de ces derniers
jours augmente le risque d’incendie, ils
estiment que la fatigue de leur équipement pourrait les mettre en danger.
En juillet 2017, cette situation avait
donné lieu à une vive polémique, lorsque,
face à une inhabituelle série de départs de
feu, la Fédération nationale des sapeurspompiers de France (FNSPF) avait dénoncé la « baisse notable des crédits d’investissements (- 25 % en cinq ans) »,
entraînant le ralentissement du renouvellement de la flotte aérienne.
Le ministère de l’Intérieur a par la suite
investi dans l’équipement aérien comme
l’explique Michaël Bernier, le chef de la
communication de la sécurité civile (DGSCGC), qui se veut rassurant. « Les bombardiers d’eau seront progressivement remplacés par un modèle plus récent et plus efficace
à partir du deuxième trimestre 2019, les
Dash 8. Nous disposons aujourd’hui de
26 appareils, sans compter les 37 hélicoptères de la sécurité civile : c’est largement suf-
fisant », estime-t-il. Mais les soldats du feu
continuent de récriminer contre des
équipements vétustes. Si Éric Faure, président de la FNSPF, admet qu’« on ne peut
techniquement pas faire mieux dans le domaine de l’aérien », il regrette des « investissements en décalage par rapport aux besoins des SDIS [service départemental
d’incendie et de secours, NDLR] ».
Plus d’interventions
La baisse du budget global attribué à leur
fonctionnement (4 844 millions d’euros en
2016 contre 4 927 millions en 2015) s’accompagne en effet de la hausse du nombre
d’interventions (+ 2 % entre 2015 et 2016).
« Les coûts de fonctionnement augmentent,
car nous n’avons pas les moyens d’investir
dans du matériel neuf », précise Éric Faure.
En Haute-Garonne, la moyenne d’âge du
parc roulant tourne autour de 8 ans. « Nous
investissons annuellement 4 millions pour
renouveler nos véhicules », indique Sébastien Vergé, directeur départemental dont
les services cherchent à développer des
outils technologiques. Il a ainsi choisi d’allouer une partie de son budget à l’achat de
drones, à 5 000 euros pièce, qui sont engagés dès qu’une intervention d’ampleur a
lieu. « Ils nous permettent d’avoir une vision
globale et d’assurer la sécurité du personnel », affirme le colonel Vergé.
La brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) n’est pas en reste. Depuis deux
ans, elle investit une partie de son budget
dans un prototype de robot télécommandé. Capable de se déplacer dans les galeries
souterraines et de proposer des images
précises du sinistre, il permet aussi de procéder à l’extinction de l’incendie avant
l’arrivée des pompiers sur les lieux. La brigade espère avoir les ressources nécessaires pour en développer davantage. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 6 août 2018
SPORT
9
Euro : l’athlétisme français
rêve d’une nouvelle moisson
Portés par de glorieuses têtes d’affiche,
les Bleus ambitionnent de briller à Berlin.
CÉDRIC CALLIER ccallier@lefigaro.fr
ATHLÉTISME Natation, athlétisme,
deux trajectoires opposées en France.
Alors que la première discipline doit
digérer les départs à la retraite de ses
plus émérites membres en se reconstruisant, la seconde, elle, semble en
mesure de poursuivre sur sa belle lancée. Celle symbolisée par les six médailles ramenées de Rio lors des Jeux
olympiques de 2016, un total que la
France n’avait plus atteint depuis
l’édition… 1948 à Londres.
Aujourd’hui, la Fédération peut
donc s’appuyer sur des têtes de gondole au palmarès pour le moins fourni,
même si certaines manquent à l’appel
pour les championnats d’Europe de
Berlin, qui s’ouvrent ce lundi. Si Yohann Diniz ne brigue pas une quatrième couronne continentale en raison
d’une fracture de fatigue au niveau du
bassin, si Christophe Lemaitre ne vise
pas un neuvième podium européen
pour cause de déchirure à la cuisse
droite, si Mélina Robert-Michon a mis
sa carrière entre parenthèses le temps
d’avoir son deuxième enfant, l’équipe
de France a toujours fière allure.
Autour d’un trio majeur composé de
Renaud Lavillenie, Kevin Mayer et
Pierre-Ambroise Bosse. Les deux derniers ont d’ailleurs été sacrés champions du monde il y a un an sans jamais être montés sur la plus haute
marche d’un championnat d’Europe
en plein air au préalable. Leur palmarès ne demande donc qu’à s’étoffer.
Mais avec également d’autres solides
atouts à faire prévaloir.
Comme Jimmy Vicaut sur 100 m. Le
corecordman d’Europe sur la distance
ZOOM
F1 : nouvelles rassurantes
de Niki Lauda
L’ancien triple champion
du monde de Formule 1 est sorti du
coma samedi à l’hôpital de Vienne,
en Autriche, et s’est montré
pleinement conscient, parvenant
à parler avec sa famille. Niki
Lauda, 69 ans, avait été plongé
dans un coma artificiel après
une transplantation pulmonaire,
jeudi, consécutive à une grippe.
Le docteur Kelpetko a confié
au média autrichien oe24.at : « Son
état était critique. Ces derniers
jours, M. Lauda n’a été maintenu en
vie que par une machine, la pompe
officiait à la place de ses poumons.
Sans transplantation, l’espérance
de vie est limitée à quelques jours,
quelques semaines au plus. »
800 m, ainsi que des espoirs prometteurs tels que Ninon Guillon-Romarin
à la perche ou Carolle Zahi sur le 100 m
et vous obtenez un collectif France
complet, désireux de performer dans
une multitude de catégories.
Avec un objectif clairement
énoncé par le président de
la Fédération, André
Giraud : « Lors des
précédentes éditions
des championnats
d’Europe disputées hors année
olympique, nous
avions décroché
18 médailles à
Barcelone en 2010 et 23 à
Zurich en 2014. Aujourd’hui, nous
disposons d’une équipe performante
qui doit être capable de réaliser le
même type de performance avec une
vingtaine de podiums. Cette compétition sera importante pour bien préparer les Jeux olympiques de 2020 à
Tokyo car nous avions vu les bienfaits
de Zurich sur la préparation pour Rio. Et
même au-delà de Tokyo, il nous faut
déjà penser à Paris en 2024. »
Une volonté de voir loin symbolisée
par une équipe élargie à 84 noms.
Une option défendue par Patrice Gergès, le directeur technique national,
dans les colonnes du magazine fédéral : « Nous avons fait le choix d’établir
une sélection relativement large, qui va
permettre à nos jeunes talents de
s’aguerrir pour être performants au
cours des prochaines olympiades. Nous
avons même fait des paris, et nous le
revendiquons, en misant sur des athlètes qui possèdent le profil idéal pour
tirer leur épingle du jeu en grand
championnat. » Préparer l’avenir en
tentant de réaliser une nouvelle razzia, quatre ans après celle de Zurich
qui avait annoncé des lendemains qui
chantent pour l’athlétisme hexagonal : tel sera l’objectif des Bleus à
Berlin durant toute la semaine. ■
en 9’’86 n’est jamais monté
sur la plus haute marche
d’un podium européen
en individuel. Une incongruité à laquelle il
aimerait mettre un terme, lui dont la carrière
ne cesse d’être perturbée par des blessures
d’ordre
musculaire.
Comme Mahiedine Mekhissi,
aussi, qui ambitionne un cinquième titre européen sur 3 000 m steeple.
Comme, enfin, Pascal Martinot-Lagarde, qui veut briller en plein air sur
le 110 m haies, où il n’a décroché
qu’une modeste médaille de bronze
européenne il y a quatre ans.
« Une vingtaine de podiums »
L’avenir de l’athlétisme hexagonal ne
s’écrit cependant pas qu’au masculin,
même si tous les noms cités jusqu’à
présent appartiennent au sexe supposé
fort. Longtemps blessée, la sauteuse en
longueur Eloyse Lesueur-Aymonin est
décidée à reprendre sa marche victorieuse, quatre ans après son titre à
Zurich. Même constat pour Alexandra
Tavernier, la médaillée de bronze aux
Mondiaux de Pékin en 2015 au lancer
du marteau, qui veut tourner le dos à
deux années délicates pour repartir de
l’avant. Ajoutez à cela des demoiselles
revanchardes comme Floria Gueï sur
le 400 m ou Rénelle Lamote sur le
Kevin Mayer (ici, après
son sacre à l’heptathlon, lors
des championnats du monde indoor,
en mars à Birmingham) ambitionne
de remporter l’or européen
au décathlon à Berlin. A. GRANT/AP
La natation française
respire un peu mieux
EN BREF
Euros : la France brille
en gymnastique et en aviron
Les Françaises ont brillé
aux championnats d’Europe
de gymnastique. Mélanie de Jesus,
18 ans, a été sacrée championne
d’Europe au sol. Avec Juliette
Bossu (18 ans), Lorette Charpy
(16), Coline Devillard (17)
et Marine Boyer (18), également
en bronze à la poutre, de Jesus a
décroché une historique médaille
d’argent européenne par équipes.
En aviron, la France a glané
deux titres grâce aux tandems
Androdias-Boucheron et
Lefebvre-Ravera-Scaramozzino.
Foot : le Paris SG frappe fort
Un démarrage en fanfare ! Pour la
6e année d’affilée, le champion de
France s’est adjugé le Trophée des
champions. Samedi en Chine, le
PSG a étrillé Monaco 4 à 0 (doublé
de Di Maria, buts des jeunes
Nkunku et Weah). Une première
réussie pour le nouvel entraîneur,
Thomas Tuchel. Bizuté par ses
joueurs, il a dû chanter Happy
lors de la conférence de presse.
Ce n’est pas du cinéma... c’est pire !
LE BUREAU
présente
Avec déjà trois médailles au compteur aux
championnats d’Europe, dont deux titres pour les
Bleues, la mission de reconstruction est bien lancée.
dredi. À 23 ans, Fantine Lesaffre a décroché l’or lors du 400 m 4 nages. La Nordiste, qui n’était jamais montée sur un
podium international en grand bassin, a
su profiter de l’absence de la Hongroise
Katinka Hosszu, la reine incontestée de la
distance, pour confirmer ses récents progrès et signer un magnifique 4’34’’17,
nouveau record de France à la clé. De
quoi rendre le sourire à une natation féminine française en grande difficulté ces
dernières années.
6
années
Par
les CRÉATEURS
de STRIP TEASE
l’émission culte de
la
télévision belge
EN EXCLUSIVITÉ
© TITANE GRAPHIC
qu’une Française n’avait pas
été sacrée dans une compétition
internationale. Soit depuis le titre
olympique de Camille Muffat
aux JO de Londres en 2012
D’autant plus que quelques dizaines de
minutes plus tard, un autre grand bonheur
survenait lors du relais 4 × 100 m nage libre. Habituellement, le relais est une spécialité française chez les hommes, les femmes n’ayant plus goûté à un podium
européen depuis 2006 à Budapest. Sauf
qu’avec une Charlotte Bonnet arrivée à
maturité et une Marie Wattel qui, à 21 ans,
émerge au plus haut niveau, la France dispose désormais de deux atouts forts. À
même de pousser une Margaux Fabre ou
une Béryl Gastaldello à se surpasser. Notamment cette dernière, qui a épaté lors
d’un dernier relais face à la Néerlandaise
Kromowidjojo, championne olympique
du 100 m en 2012. Et si l’avenir de la natation française s’écrivait au féminin ? ■ C. C.
L’ÉTRANGE FESTIVAL
PARIS
BFI LONDON
FILM FESTIVAL
IDFA FESTIVAL INTERNATIONAL
DU FILM DOCUMENTAIRE D’AMSTERDAM
“La réalité est souvent
beaucoup plus forte que la fiction”
“Madame la juge,
on vous adore !”
“Un documentaire choc”
“Un strip-tease magistral”
LE FIGARO
DIRECT MATIN
ELLE
LE PARISIEN
“Une bonne dose d’humour très noir”
LE JDD
© LE BUREAU - ARTEMIS PRODUCTIONS - FRANCE 3 CINEMA - RTBF - 2017
© 2018 LAYOUT AND DESIGN SONY PICTURES HOME ENTERTAINMENT INC. TOUS DROITS RÉSERVÉS.
A
NATATION À force de vivre une saison
sous forme de montagnes russes, Mehdy
Metella avait tout à craindre de ces
championnats d’Europe. À l’image d’une
équipe de France aussi jeune qu’inexpérimentée. Néanmoins, après trois jours
de compétition à Glasgow, le désastre redouté n’est pas survenu. Au contraire,
quelques motifs d’espoir pointent leur
nez. À commencer par Metella, qui a décroché le bronze dimanche lors de la finale du 100 m nage libre. Comme il y a un
an lors des Mondiaux, ce qui pourrait
sembler marquer un recul du nageur de
Marseille. Un constat en partie fondé, ne
serait-ce que d’un point de vue chronométrique puisque à Budapest il avait signé
un superbe 47’’89 alors que ce dimanche
il a terminé en 48’’24.
Mais au terme d’une saison perturbée
par les blessures, le Guyanais a eu le mérite de s’accrocher. Comme lors de cette
finale mal emmanchée, lors de laquelle il
pointait à la dernière place à mi-parcours. Une belle coulée et quinze derniers
mètres tout en puissance ont rappelé cependant que le garçon avait du talent. À
son grand soulagement : « Je reviens de
loin, de très loin. Cela fait longtemps que je
n’arrive pas à évoluer à mon niveau, donc
je suis satisfait de finir quand même sur le
podium. La vie, c’est comme cela, il n’est
pas possible d’être toujours à son meilleur
et il y a des années plus difficiles. » Reste à
voir comment, à 26 ans, il digérera celleci, alors qu’un nouvel adversaire de poids
s’est révélé à Glasgow en la personne de
l’Italien Alessandro Miressi, 19 ans et déjà
champion d’Europe en 48’’01.
Mais la vraie satisfaction de ce début de
championnats d’Europe pour le contingent hexagonal vient du secteur féminin
avec deux titres - l’un inattendu, l’autre
espéré du bout des lèvres – obtenus ven-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 6 août 2018 LE FIGARO
10
SCIENCES
Les trésors cachés du Muséum natio
Des dizaines de millions de spécimens de la faune et de la flore mondiales peuplent en surface ou dans des
VINCENT BORDENAVE £@bordenavev
PATRIMOINE Voilà plus de 200 ans
qu’il voit passer les curieux. Mais il
faut bien l’admettre, ce rhinocéros
a un drôle d’air. Une seule corne sur
le museau, une carapace aux allures
d’armure médiévale et surtout, une
posture assez maladroite. Originaire d’Inde, il appartient en fait à une
espèce un peu moins connue que
ses cousins africains.
Ce rhinocéros n’est pas n’importe qui. C’est un des spécimens phares du Muséum national d’histoire
naturelle (MNHN). À tel point qu’il
est à la fois admiré au troisième étage de la Grande Galerie de l’évolution, mais aussi dans la Galerie
d’anatomie comparée et même
dans les précieux vélins de la bibliothèque. Comme lui, nombreux sont
les animaux qui fréquentent plusieurs allées de ce temple de la
science naturelle. Car ici, la mort
n’est pas vraiment une fin.
Le MNHN est un héritage de la
Révolution. Initialement Jardin
royal des plantes médicinales et Cabinet des curiosités du roi, c’est la
Convention, qui, le 17 juin 1793, le
consacre en Muséum d’histoire naturelle. Riche d’une quinzaine de
sites, il voit sans cesse affluer de
nouvelles pièces. Le Muséum doit
s’adapter car aucune n’est jetée.
Ainsi, des dizaines de millions de
spécimens s’accumulent. Si les
chercheurs qui y travaillent aiment
à rappeler que rien n’est vraiment
caché, seule une infime partie est
montrée au public tant les collections sont immenses. Dès son
ouverture,
le
rangement devient une question obsessionnelle
et
de
nouveaux bâtiments voient le
jour.
En 1793, la Ménagerie ouvre ses
portes, (ce qui en
fait la plus ancienne au monde). Les
animaux y sont
transférés depuis
Versailles. C’est au
cours de ce voyage
que notre rhinocéros décède. L’animal avait été offert à
Louis XV en 1769 par le gouverneur
de Chandernagor (un comptoir
français en Inde). La cause de la
mort est sujette à débat. D’aucuns
racontent qu’il s’est noyé dans son
bassin, d’autres qu’il a été tué d’un
coup de sabre. Sa naturalisation est
une première en taxidermie au vu
de la taille de l’animal. Sa peau vernie est tendue sur une armature cylindrique de chêne et de cerceaux
de noisetier, avec quatre poteaux
pour les pattes. D’où son côté un
peu mal dégrossi.
A
Une multitude de trésors
En 1841, la Galerie de minéralogie et
de géologie est inaugurée. Suivie
par la Galerie de zoologie en 1889 en
lieu et place de l’ancien Cabinet des
curiosités du roi. En 1898, c’est au
tour des galeries de paléontologie et
d’anatomie comparée, qui fêtent
donc leurs 120 ans cet été. Initialement, les collections d’anthropologie s’y mêlaient aux restes de
dinosaures, mammifères et autres
mollusques. Elles ont fini par déménager au Musée de l’homme du
Trocadéro en 1937.
Malgré ce délestage, les collections restent innombrables. Encore
aujourd’hui, en pénétrant dans le
bâtiment, on ne sait plus où donner
de la tête. Même avec le meilleur des
guides, impossible de tout voir. Inévitablement, une grande partie de
ce qui défile sous nos yeux nous
échappe. Plus de 600 mètres d’étagères de bois (presque aussi vieilles
que la galerie) recèlent une multitude de trésors. Des milliers de pièces
sont exposées dans les vitrines, mais
des dizaines de milliers d’autres
sont enfermées à clé, invisibles.
C’est au rez-de-chaussée de ce bâtiment que l’on retrouve le squelette
de notre rhinocéros. À l’étage, les
dinosaures côtoient les mammifères
géants désormais disparus. Un allosaure aux allures de Godzilla tient
compagnie au diplodocus dont
l’immense queue traîne par terre
sur plusieurs mètres. Tous deux témoignent d’une époque révolue.
Celle où les paléontologues
croyaient que le T. rex se tenait debout et que les queues des dinosaures nettoyaient les sols du Jurassique. La science a progressé, et les
paléontologues pensent que ces
géants s’en servaient comme balancier et qu’elles ne devaient toucher
le sol que très rarement.
Collection unique
Dans une pièce inconnue du grand
public, la typothèque, sont regroupés les 41 000 spécimens qui ont
servi à définir les espèces (les « types », donc). Les tiroirs y sont récents, d’un gris un peu triste donnant à l’ensemble des faux airs de
bâtiment administratif. Fermée,
cette salle n’en reste pas moins accessible. Quiconque fait une demande motivée est en droit de
consulter ses collections rares. Des
bénévoles viennent d’ailleurs donner un coup de main au Muséum en
aidant à la numérisation et au classement de l’ensemble.
En sortant de ce bâtiment et en
suivant les allées jusqu’en haut du
Jardin des Plantes, on tombe sur la
bibliothèque. Inaugurée dans les
années 1970, elle regroupe des périodiques et des publications récentes au côté des ouvrages les plus
précieux. Parmi eux, une collection
unique : les vélins. Ces 7 000 représentations de plantes et d’animaux ont été peintes pendant près
de quatre cents ans
sur des peaux de
veaux mort-nés,
très appréciés et
recherchés pour
leur blancheur,
leur finesse et la
durée de leur
conservation.
Trop
fragiles
pour être montrés au grand
public, 150 de
ces vélins ont
tout de même
bénéficié d’une
exposition
temporaire fin 2016 (le Muséum a
édité un livre regroupant 800 reproductions de planches).
Depuis, ils sont précieusement
conservés dans de magnifiques livres rouges. Au fil des pages, on y
découvre plantes, fleurs et animaux, aux couleurs remarquables
et sur un fond blanc impeccable.
Dans l’un d’eux, le cœur, le foie et le
poumon du fameux rhino apparaissent sur trois vélins.
La Grande Galerie de l’évolution
se trouve juste à côté de la bibliothèque. Ouverte en 1994, elle remplace la Galerie de zoologie. À cette
occasion, le rhinocéros a d’ailleurs
été restauré et les chercheurs ont
découvert que sa corne était celle
d’un rhinocéros noir africain. Elle a
donc été remplacée par un moulage. Aucune corne originale n’est
d’ailleurs conservée dans la galerie
pour des raisons de sécurité.
Devenue un véritable capharnaüm, immortalisé dans le film de
La Grande Galerie
de l’évolution.
Chris Marker La Jetée, la Galerie de
zoologie avait donc largement fait
son temps. Avec cette rénovation,
un changement radical est adopté.
Seule une sélection sera exposée au
public. Est donc creusée sous terre
une immense cave pour ranger les
centaines de milliers d’animaux.
C’est la zoothèque, partie immergée
de l’iceberg. Ils sont aujourd’hui
plus de 8 millions à attendre patiemment de revoir la lumière par la
grâce d’une exposition. Sur une
étagère, on retrouve Mégane, extortue star de la ménagerie alors
que son ami Kiki, mort à l’âge (présumé) de 146 ans en 2009, dispose
d’un espace rien qu’à lui, en haut,
dans la Grande Galerie. Dans une
petite salle sont entreposés les trésors les plus précieux du Muséum.
Un tigre de Tasmanie original (espèce disparue en 1936) côtoie dans
un coin les maquettes miniatures
ayant servi pour la naturalisation
des stars de la Grande Galerie. Face
à eux, une petite caille albinos tuée
par Louis XV…
Mais que le visiteur se rassure, les
plus beaux spécimens de cette pièce
sont reproduits et exposés pour
permettre à tout un chacun d’en
profiter. À l’instar du seul squelette
original d’un dodo, oiseau de l’île
Maurice qui s’est éteint à la fin du
XVIIe siècle, dont une des copies
trône en surface. Avec toujours un
seul et même souci : montrer le
maximum d’une collection pourtant presque infinie. ■
8
millions
C’est le nombre
d’animaux naturalisés
qui patientent dans les
sous-sols de la Grande
Galerie de l’évolution
120
ans
C’est l’âge de la Galerie
de paléontologie et
d’anatomie comparée,
inaugurée en 1898
En médaillon, à gauche :
un rhinocéros avec
une seule corne
originaire d’Inde.
En bas, de gauche
à droite : la collection
des vélins dans
la bibliothèque ;
un botaniste devant
les étagères de l’Herbier,
dont on voit un
spécimen à droite.
Faire renaître des plantes
L’HERBIER national est un des
fleurons du Muséum national
d’histoire naturelle (MNHN). Vieux
de trois siècles, il est, avec son immense collection de 8 millions de
planches, un des plus grands du
monde. Rénové dans les années
2010, l’Herbier est désormais moderne. La plupart des planches ont
été numérisées et sont accessibles à
tous, en quelques clics.
Avec le temps, son intérêt n’a pas
diminué, au contraire. Poussé par
les enjeux du changement climatique et de la disparition de beaucoup
d’espèces, il permet de garder une
Certaines graines
vieilles de 170 ans
sont encore en vie
empreinte, un souvenir, de la richesse de la biosphère. Témoin des
temps passés et peut-être d’un
temps futur où les fleurs ne s’admireront plus qu’en bibliothèque.
Mais il n’est pas seulement un lieu
de conservation, il peut être aussi
un lieu de renaissance.
Derrière le Jardin des Plantes, de
l’autre côté de la rue Buffon, dans
de petits bâtiments ombragés et
bien abrités de la chaleur urbaine,
se trouve le laboratoire de Valérie
Priolet. C’est ici que se joue le projet
Revivre. À partir de graines récupérées dans la collection de plantes,
cette botaniste tente de faire germer
des fleurs centenaires. Certaines
graines vieilles de 170 ans sont encore en vie et ainsi aptes à germer.
Toutefois, le travail est fastidieux. De plus, le nombre de graines étant très limité, la chercheuse
ne dispose au mieux que d’une dizaine d’essais. Le droit à l’erreur est
donc très restreint. Les graines sont
d’abord soumises à un test de viabilité. Elle les compare ensuite aux
espèces les plus proches encore en
vie et définit ainsi les conditions
optimums de germination. Car
pour faire pousser une plante, il ne
suffit pas de la planter dans la terre
et de l’arroser régulièrement. Les
orchidées, par exemple, ont besoin
d’un champignon très précis qui
s’introduit dans la graine et lui
fournit eau, sels minéraux, sucres
et graisses.
Mais même après toutes ces étapes, la renaissance n’est pas assurée. Si pour l’instant quelques espèces disparues ont pu germer,
aucune n’a pu être réimplantée hors
du laboratoire. Pour au moins quelque temps encore, il faudra donc se
contenter des versions aplaties et
archivées de l’Herbier pour admirer
ces plantes du passé. ■
V. B.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 6 août 2018
SCIENCES
11
onal d’histoire naturelle
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO, MNHN
réserves la quinzaine de bâtiments de l’institution, offrant l’un des plus beaux spectacles de la vie sur terre.
« Une fois disparues,
les espèces ne reviennent jamais »
Le MNHN
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO, MNHN
EN 10 SITES
Le Jardin des Plantes
Paris Ve
Siège du MNHN, il regroupe
le Jardin alpin, les Grandes Serres,
la Ménagerie et des galeries.
La Galerie de paléontologie
et d’anatomie comparée
Paris Ve
Inaugurée en 1898, elle abrite
plusieurs millions de pièces.
La Grande Galerie de l’évolution
Paris Ve
Inaugurée en 1994, elle remplace
la Galerie de zoologie.
La Galerie de minéralogie
et de géologie
Paris Ve
Inaugurée en 1841, elle abrite
près de 770 000 spécimens ou
échantillons de roches, minéraux…
La Galerie de botanique
Paris Ve
Inaugurée en 1935, rénovée en
2014. Elle accueille l’Herbier
national, un des fleurons du MNHN.
La Ménagerie du Jardin
des Plantes
Paris Ve
Inaugurée en 1793, c’est le plus
vieux zoo du monde. Il regroupe
près de 1 800 animaux.
Le Musée de l’homme
Paris XVIe
Inauguré en 1938, rénové en 2015,
il est réservé aux collections
d’anthropologie.
Le Parc zoologique de Paris
Vincennes, Val-de-Marne
Inauguré en 1934, il a été rénové
et rouvert en 2014. Il compte
quelque 2 000 animaux.
L’Arboretum de Chèvreloup
Versailles, Yvelines
Inauguré en 1927, il regroupe
d’importantes collections végétales
vivantes, sur 205 hectares.
La Réserve zoologique
de la Haute-Touche
Obterre, Indre
Elle héberge plus de 1 300 animaux
appartenant à 120 espèces
des cinq continents.
En haut à droite,
quelques spécimens
de la zoothèque fermée
au public.
En bas, dans la
ménagerie, une femelle
wallabie porte son
bébé ; un vétérinaire
devant des grues ;
une mâchoire de
dinosaure de la Galerie
de paléontologie.
À L’ENTRÉE du Jardin des
Plantes, côté gare d’Austerlitz, la
Galerie de paléontologie et d’anatomie comparée fête ses 120 ans cet
été. Damien Germain, maître de
conférences au Muséum national
d’histoire naturelle, est chargé des
collections d’amphibiens fossiles.
LE FIGARO. - En cent vingt ans,
la discipline a énormément évolué,
un bâtiment aussi ancien doit être
un formidable témoin de ces
évolutions ?
Damien GERMAIN. - Il y a des bons
et des mauvais côtés d’avoir un
bâtiment aussi vieux. Les bons
côtés, c’est que sous nos yeux
on comprend comment la
discipline a changé. En
voyant par exemple la façon dont les dinosaures
ont été positionnés il y a
un siècle. Aujourd’hui,
on les placerait tout à fait
différemment. L’étendue
des collections est un
autre
point
positif. La galerie est un lieu de
recherche en tant que tel ! Il est
impossible d’avoir un nombre
précis, mais, en tout, c’est plus de
10 millions de pièces qui se sont
accumulées ici. On essaye d’en
montrer le maximum au public,
mais la grande majorité est à la disposition de la science. Les chercheurs viennent du monde entier
pour y travailler.
Et les points négatifs ?
L’étendue des collections a son revers : c’est un travail sans fin de
tout répertorier. Et comme la discipline a évolué, ce qui était vrai il
y a cent ans ne l’est plus forcément
aujourd’hui, il faut sans arrêt remettre à jour. Et puis un siècle,
c’est vieux pour un bâtiment, alors
forcément c’est un peu vétuste.
Quand il fait trop chaud, comme
en ce moment, on est obligés de
fermer la galerie, car la verrière au
plafond crée un effet de serre. Et
quand il pleut, on doit mettre des
seaux par terre à cause des fuites.
Tous les mardis, nous fermons la
Galerie au public pour inspecter
les dégâts… Des travaux pour
étanchéifier la ver-
rière sont prévus prochainement.
Mais la Galerie a besoin d’un vrai
coup de neuf. Au sous-sol, il y a
énormément de pièces conservées
dans les meubles, et il est déjà arrivé en 1910 qu’ils soient inondés
en raison de la proximité de la Seine. Les travaux nécessaires coûtent très cher, et donc ils demandent du temps.
Lorsqu’on entre dans la Galerie,
elle semble vraiment sans âge. Elle
n’a pas bougé en cent vingt ans ?
Si, bien sûr ! Par exemple, le diplodocus n’a pas toujours été au milieu de la pièce au premier étage, il
n’est arrivé qu’en 1920. Avant,
c’étaient les mêmes étagères que
celles que l’on trouve au centre de
la Galerie. Si le rez-de-chaussée a
toujours été occupé par l’anatomie
comparée, à savoir les collections
d’animaux contemporains, et le
deuxième étage par la paléontologie, les espèces préhistoriques, le
troisième était initialement occupé par l’anthropologie…
C’est donc pour cette raison qu’une
représentation des peintures
de Lascaux est dessinée au mur ?
Ça pourrait, oui, mais ce n’est pas
le cas. Lascaux a été découvert en
1940 et les collections ont déménagé en 1937… Les peintures ont
donc été faites par la suite, sans lien
avec les collections d’anthropologie. Maintenant, ce troisième
étage est occupé par les collections
d’invertébrés.
Alors que de nombreuses espèces
sont en grand danger d’extinction,
quel peut-être le rôle éducatif
de la Galerie de paléontologie ?
C’est important de prendre
conscience de la biodiversité passée, justement parce que la situation actuelle est très grave. La Terre
a été peuplée par de nombreuses
espèces et 99 % d’entre elles ont
disparu. Un lieu comme la Galerie
de paléontologie permet de se ren-
“
C’est un
travail sans fin
de tout
répertorier
DAMIEN GERMAIN
”
dre compte que pour vivre, les espèces ont besoin d’un équilibre et,
une fois disparues, elles ne reviennent jamais. La crise d’extinction que nous connaissons est
particulière, car nous en sommes
en grande partie responsables. Et
nous pourrions en être les premières victimes. La Terre et la vie
sur Terre survivront sûrement
sous d’autres formes. Mais rien ne
dit qu’il en sera de même pour
l’homme.
Pour finir sur une note
positive, avez-vous
des pièces préférées ?
J’aime beaucoup les grenouilles
momifiées du Quercy d’environ
40 millions d’années. Mais ce que je
préfère, je pense, c’est le diplocaulus. Un amphibien doté d’une
tête en forme de boomerang, qui
date du permien, soit aux environs
de 250 millions d’années. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR V. B.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 6 août 2018 LE FIGARO
12
CULTURE
L’appétit insatiable de l’ogre Picasso
EXPOSITIONS À Barcelone, le Museu Picasso s’intéresse pour la première fois à l’aspect culinaire
de l’œuvre du Minotaure. Et le Museu nacional d’art de Catanunya met en lumière la muse de Salvador Dali.
L
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
a cuisine de Picasso ? Ce
pourrait être sa jeunesse d’artiste à la
veille du nouveau siècle dans les bars
populaires de Barcelone, ville qui resta
chère à son cœur d’Andalou (il croque
le gérant de la taverne Els Quatre Gats,
Pere Romeu, en 1900, en un trait d’encre et deux couleurs). Ce pourrait être
juste un thème de peinture, comme la
nature morte, ses fruits, cruches et
compotiers qui posent en personnages.
Ce pourrait être une antithèse, un
chambardement pictural telle l’iconographie du cubisme né dans le bistrot et
la cuisine (Le Verre d’absinthe, bronze
peint de 1914 avec sa petite cuiller en
argent). Ce pourrait être un geste d’artiste, comme cette sole que le peintre
mange proprement, jusqu’à faire briller
les arêtes qu’il imprime aussitôt dans la
terre crue de la future céramique, à
Cannes le 16 avril 1957, devant l’objectif
d’un photoreporter de guerre américain (ce plat, Tauromachie et squelette
de poisson, entra au Museu Picasso par
la donation Jacqueline Picasso en 1982,
les tirages, modernes, avec la Donation
David Douglas Duncan en 2013).
Deux palais et dix salles
Ce pourrait être la réalité, comme la disette déchirante de la période bleue,
l’absence de nourriture pendant la
guerre à Paris (La Cuisine, superbe grisaille de novembre 1948) ou le rêve
d’un banquet pendant ces mêmes années noires. Ce pourrait être la vie
DAVID DOUGLAS DUNCAN/SUCCESSION PABLO PICASSO, VEGAP, MADRID 2018
ENVOYÉE SPÉCIALE À BARCELONE
Picasso nettoyant une arête de sole pour réaliser le plat en céramique Tauromachie et squelette de poisson, en avril 1957, à Cannes.
narquoise d’un joueur-né aux mains
en petits pains vus par Robert
Doisneau à Vallauris en 1952. Ou le
goût insistant des mots qui la traduisent avec gourmandise dans La Peinture à l’estomac (à lire, le bel essai de
Marie-Laure Bernadac).
« La cuisine de Picasso », c’est cet art
de tout prendre, de tout transformer,
de tout faire sien, jusqu’aux ustensiles
de cuisine qui deviennent sculptures
(de la Tête de femme en passoire, 19291930, à la Figure avec visage en louche
concave et bras en crochets de pêcheurs, 1935). Le Museu Picasso de Barcelone consacre deux palais (le palais
Finestres et le palais Meca) et dix salles
à ce « roman populaire » pour emporter
le visiteur. Ce royaume mi-comestible,
mi-spirituel est bien campé en
180 peintures, gravures, sculptures et
dessins que complète une foule de documents et de photographies, soit près
de 400 œuvres (et un poème de Prévert
sur une pomme peinte par Picasso, génialement lu par Yves Montand !).
« Une exposition sur la cuisine de
Picasso ? Pourquoi pas ? », prévient
d’emblée Emmanuel Guigon, directeur
du Museu Picasso depuis juin 2016 et
Gala, une femme sombre en son château
COMMENT réhabiliter la dame de
pique ? Comment transformer
Gala Dali (1894-1982), ombre du
fantasque génie catalan, femme
de tête et femme donc présumée
froide, en autre chose que la seconde moitié la moins aimée d’un
peintre beau comme le diable ?
C’est tout le propos de cette exposition « Gala Salvador Dali.
Une chambre bien à soi à Pubol »
au Museu nacional d’art de Catalunya, sur le versant de Montjuïc
à Barcelone. Elle avance à pas de
loup, sans soulever les pierres
d’où s’échapperaient des scorpions (ou les fourmis mortifères
du Dali surréaliste). Elle préfère
s’appuyer sur les lettres d’amour
fou du jeune Paul Éluard, rencontré en 1912 au Sanatorium de
Clavadel à Davos, que sur les témoignages de sa descendance
abandonnée, sa fille unique Cécile Éluard qui se souvint longtemps de sa dureté, sa petite-fille
Claire Sarti qui a hérité du front
large du poète.
En fait, tout est là entre les lignes, dans cette poésie si débri-
dée qu’elle transforme le banal
des jours en épopée où la femme
est hissée sur un périlleux piédestal. Et dans les si petites photos d’avant la Grande Guerre où
cette jeune fille de 17 ans, sans
être une reine de beauté, a déjà
l’autorité d’une tsarine, qu’elle se
déguise en Pierrot ou qu’elle soit
la seule femme à jouer aux échecs
dans les salons stricts du Sanatorium.
Construite
comme une œuvre d’art
Des alcôves aux rideaux rose pâle
se succèdent où s’égrènent les
chapitres d’une vie au final intensément romanesque. L’histoire commence au XIXe siècle en
Russie, avec un père perdu trop
tôt, une enfance entourée de livres. Elle finira le 10 juin 1982
dans la crypte du Castillo de Pubol que Dali lui a offert et qu’elle a
accepté à la seule condition qu’il
n’y pénètre qu’à son invitation.
Son jeune visage est fin, les
joues de l’adolescence diminuent
cette dureté qui imposera sa pré-
sence de duègne dans les tableaux de Dali, même dans ceux
où elle pose comme la Madone.
Elle gagne au fil des ans une maigreur ascétique. Sur les tableaux
de Dali, Gala fait toujours un peu
peur. Même sa nudité n’a rien de
vulnérable (Dali levantando el piel
del mar Mediterraneo para mostrar a Gala el nacimiento de Venus, 1978). La victime n’est pas
son registre.
« Qui était cette femme qui ne
passait inaperçue de personne,
suscitait la haine de Breton ou de
Bunuel ; l’amour inconditionnel de
Dali ou d’Éluard ; la passion de
Max Ernst ; l’amitié fidèle de Crevel, la modèle de Man Ray… Étaitelle d’abord et uniquement une
muse ayant inspiré artistes et poète ? Ou une artiste à part entière,
une femme créative et passionnée
de création qui écrivait, lisait,
concevait ses vêtements comme
son image dans les portraits que
faisait d’elle Dali », souligne la
commissaire Estrella de Diego.
Gala, née Elena Diakonova à
Kazan en 1894, s’est, dit-elle,
non seulement construite comme
une œuvre d’art, mais a participé
activement à l’œuvre de Salvador Dali (une quarantaine de pièces du peintre sont là pour attester son omniprésence). Le reste
est le secret derrière la porte. ■
V. D.
« Gala Salvador Dali. Una habitacion
propia a Pubol », au Museu nacional
d’art de Catanunya, Barcelone,
jusqu’au 10 octobre.
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Salvador Dali et Gala
travaillant sur
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de Venus, en 1939,
photographiés
par Eric Schaal.
DROITS D’IMAGE DE GALA
ET SALVADOR DALI
RÉSERVÉS. FUNDACIO
GALA-SALVADOR DALI,
FIGUERES, 2018
l’un des trois commissaires de cette exposition savante qui fait parler d’elle
jusqu’à Budapest et en Irlande. Les
amateurs ont leur compte de chefsd’œuvre (Pomme cubiste, sculpture en
plâtre de l’automne-hiver 1909, Fleur
en pain et en papier, 1941), le grand public sa leçon de choses simples, souvent
ironiques (une Seiche presque enfantine, crayon et papier découpé vers
1914). « L’acte même de se nourrir et de
digérer est une métaphore pour un créateur. À travers le comestible et même
l’immangeable, il y a une posture joyeuse
d’engloutir le monde. Picasso possède ce
goût du monde et du concret jusqu’à
réellement y mordre : “Je n’en peux plus
de ce miracle qui est de ne rien savoir
dans ce monde et de n’avoir rien appris
qu’à aimer les choses et à les manger vivantes” », cite le docteur en histoire de
l’art, tout en verve et en savoir original.
Ce spécialiste des avant-gardes du
XXe siècle, du surréalisme et de l’art espagnol a été chercheur à la Casa de
Velazquez à Madrid, puis conservateur
en chef de l’Institut valencien d’art
moderne à Valence de 1995 à 2001. Il est
ici comme un poisson dans l’eau.
Scène culturelle
en toile de fond
Dans son Picasso, portrait intime paru
chez Albin Michel en 2013, le fils de
Maya et petit-fils du Minotaure Olivier
Widmaier Picasso le disait frugal, buvant à peine, peu porté sur les débordements de table. Les innombrables photos qui le montrent torse nu à un âge
avancé tendent à prouver que le Minotaure surveillait sa ligne et gardait ses
excès pour d’autres domaines, peinture
comprise. Comme au Musée Picasso de
Paris, qui aime puiser dans les archives,
voici le contenu du panier de courses de
Picasso, à travers ses factures gardées
comme des reliques. Elles montrent
qu’il garde le goût des choses simples,
des bons produits, dirait-on aujourd’hui. Quelques exceptions : foie gras,
anguilles fumées. Beaucoup de légumes, de fruits, de la gelée royale. Quatre œufs et du lait, chaque jour. Et de
l’eau minérale en grande quantité.
On le comprendra, « La cuisine de Picasso » sort très vite de l’assiette pour
parler d’art, de scène culturelle : la taverne Els Quatre Gats de la rue Montsio à
Barcelone pour laquelle il dessine menus
et l’affiche du plat du jour. D’amitiés,
surtout viriles : à la mort en 1968 de son
cher Jaime Sabartés, le poète catalan devenu son secrétaire particulier, Picasso
décide de donner toutes ses études des
Ménines à Barcelone dont c’est aujourd’hui le trésor. De rejets à peine déguisés : le franquisme retranscrit en mets
dégoûtants et en bile noire. D’aventures
à tous les âges de sa longue vie : la céramique si appétissante avec Madoura à
Vallauris, les recettes chimiques de la
gravure. Le parcours est copieux. Un second service n’est pas interdit. ■
« La cuisine de Picasso », Museu Picasso
de Barcelone, jusqu’au 30 septembre.
Catalogue en quatre langues, coédition
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LE FIGARO
lundi 6 août 2018
CULTURE
Quand
« Salomé »
devient
œuvre d’art
ZOOM
Jean d’Ormesson
à l’honneur à la rentrée
Jean d’Ormesson nous a quittés
le 5 décembre 2017 mais sera très
présent dans l’actualité à la
rentrée. En septembre, le second
tome de ses Œuvres sortira chez
Gallimard, dans la « Pléiade ».
À partir du 9 octobre, sa pièce
La Conversation sera reprise au
Théâtre du Gymnase (Paris Xe).
Le 15 novembre paraîtra
son roman posthume Un hosanna
sans fin (Éditions Héloïse
d’Ormesson) et, à la fin du même
mois, Sophie des Déserts,
journaliste à Vanity Fair, sortira
sa biographie consacrée
à l’académicien, Le Dernier Roi
Soleil (Fayard). Enfin, Monsieur,
un documentaire de Laurent
Delahousse, sera en salle
le 5 décembre.
OPÉRA Au Festival de Salzbourg,
Romeo Castellucci transpose
avec un génie d’esthète et de plasticien
l’œuvre de Strauss dans un univers
kafkaïen et onirique.
R
CHRISTIAN MERLIN
ENVOYÉ SPÉCIAL À SALZBOURG
omeo Castellucci est
bien plus qu’un metteur en scène. C’est
un créateur. Il ne faut donc pas attendre
de ses spectacles qu’ils racontent l’histoire de manière linéaire et illustrative.
Il invente plutôt un monde poétique,
fait d’associations mentales qui
éclairent personnages et situations de
manière oblique, en s’adressant à
l’inconscient plus qu’au raisonnement.
Et il le fait avec un génie d’esthète et de
plasticien. Écrite en pleine naissance de
la psychanalyse, la Salomé de Richard
Strauss et Oscar Wilde se prête magnifiquement à ce traitement cryptique, dont il n’est pas indispensable de
comprendre tous les symboles pour
être fasciné : on est dans la métaphore,
pas dans le réalisme.
Transposée dans un monde kafkaïen
où les personnages masculins se ressemblent tous, avec leur complet
veston et leur chapeau, la Salomé de
Castellucci est une œuvre d’art qui
habite génialement l’espace gigantesque du Manège des rochers, avec
quelques motifs récurrents, comme la
figure du cercle, structurant cette géométrie de marbre et de pierre. Maître
du contre-pied, le metteur en scène,
qui signe aussi le décor et les éclairages
(renversants de beauté), nous prive
sciemment des deux passages obligés
les plus attendus : la danse des sept
voiles et la tête de Jean-Baptiste. Ou
plutôt, il les déplace.
Salomé a déjà dansé pour elle-même, prise de convulsions suggestives
en entendant le prophète. Du coup,
son ballet pour Hérode ne la verra plus
qu’attachée et roulée en boule,
EN BREF
Une autre affaire Kennedy
au Festival de Deauville
exposée avant d’être avalée par une
pierre géante : cette pierre même qui
domine la bien nommée salle du
Manège des rochers. Quant à la scène
finale, ce n’est pas à la tête mais au
corps décapité du baptiste qu’elle déclare son amour, avant de lui ajouter
une tête de cheval, ce mystérieux et
beau cheval noir que l’on avait vu
tourner dans la citerne.
Magnétisme animal
Au cœur de cet univers onirique et
fantasmatique, les personnages de
complément, bien distribués à l’exception d’un Jochanaan assez pâle,
s’effacent devant Salomé, la femme
enfant, tiraillée entre éveil de la sensualité et aspiration à la pureté. Comme
il l’avait fait avec l’actrice Audrey
Bonnet dans Jeanne au bûcher à Lyon,
Castellucci obtient de l’incroyable Asmik Grigorian qu’elle aille au bout d’elle-même. Il y a un magnétisme animal
dans la manière qu’a la soprano lituanienne de se jeter à corps perdu dans
cette personnalité explosive et acharnée. Prouesse physique autant que vocale, avec ce chant tout à la fois adolescent et dardé comme un glaive, qui n’a
aucun mal à franchir le mur du son.
Constatant que cette cantatrice extraterrestre encaisse toutes les déflagrations sonores, le chef Franz WelserMöst sait qu’il n’a pas à modérer les
Wiener Philharmoniker, d’un éclat
sans concurrence dans ce répertoire : sa
direction objective et sans concession
refuse le lyrisme pour mieux souligner
les arêtes vives de cette musique si moderne, en phase avec un spectacle exigeant, captivant et résolument singulier. ■
Salomé, Festival de Salzbourg (Autriche),
au Manège des rochers, les 9, 12, 17, 21
et 27 août. www.salzburgfestspiele.at
13
Le Secret des Kennedy, de John
Curran, ouvrira le 44e Festival
du cinéma américain de Deauville
(du 31 août au 9 septembre). Jason
Clarke y tient le rôle du sénateur
Ted Kennedy, frère cadet du
président assassiné. Le 18 juillet
1969, il a un accident de voiture
qui provoque la mort de sa
directrice de campagne. Un drame
aux implications très politiques.
Le ténor Julian Prégardien et la soprano Asmik Grigorian dans Salomé de Richard
Strauss, sur la scène du Manège des rochers, à Salzbourg. BARBARA GINDL/AFP
« La Flûte enchantée »,
reine de l’ennui
Et lorsque, de surcroît, le chef opte pour
l’effectif orchestral le plus petit qui soit
(deux contrebasses !), on touche à l’absurde. Si l’on ajoute que le maestro en
question, Constantinos Carydis, à qui
l’on doit l’an dernier un des plus formidables concerts Mozart du festival, se
fourvoie soudain dans une interprétation artificielle, où les changements
de tempi les plus arbitraires font perdre
tout sentiment de cohérence et neutralisent le Philharmonique de Vienne,
avouez que cela n’aide pas.
Ce n’est pas sur la mise en scène que
l’on peut compter pour trouver l’unité
UN FILM DE DAVID ROBERT MITCHELL
ANDREW
GARFIELD
UNDER
THE
RILEY
KEOUGH
SILVER LAKE
LE 8 AOÛT
A
Des chanteurs à hue et à dia
qui manque à la ligne musicale. La
production de Lydia Steier est spectaculaire et virtuose, et l’idée de remplacer les dialogues par le récit d’un
grand-père à ses trois petits-enfants,
est excellente, surtout quand le narrateur est Klaus Maria Brandauer. Le
côté Little Nemo, où les membres d’une
grande maisonnée bourgeoise en 1914
deviennent les personnages du conte,
est un bien séduisant départ, mais
assez vite l’obsession d’habiter le
plateau géant provoque surcharge et
turbulence, tandis que l’excès d’interprétation aboutit à la confusion. Difficile, dans ces conditions, d’évaluer
équitablement des chanteurs tirés à
hue et à dia.
On notera seulement que le rôle de
Sarastro est une erreur d’appréciation
que l’immense Matthias Goerne ne renouvellera sans doute pas de sitôt, que
la toute jeune Belge Emma Posman n’a
pas eu froid aux yeux en remplaçant au
pied levé la titulaire de la Reine de la
nuit, que Christiane Karg et Mauro
Peter formeraient un couple émouvant
dans des conditions plus favorables.
Une Flûte bien frustrante, un mois
après celle, si poétique, de Simon
McBurney à Aix. Salzbourg ne gagne
pas toujours ! ■
C. M. (À SALZBOURG)
La Flûte enchantée, Festival de Salzbourg,
le 7 août.
Crédits non contractuels • © 2017 Under the LL Sea, LLC
Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Pourquoi, après les envoûtants sortilèges de
Salomé, le charme de la nouvelle Flûte
enchantée salzbourgeoise n’a-t-il pas
opéré ?
D’abord le choix du lieu. Pour Mozart, le « Grand Festspielhaus » est
trop… grand ! On sait bien que le critère consistant à programmer un tube
du répertoire dans la salle la plus vaste
est économique, tout comme lorsque
l’on joue Rossini à Bastille plutôt qu’à
Garnier. Le gain commercial est alors
une perte artistique, puisqu’une musique appelant l’intimisme se retrouve
noyée dans un espace ouvert aux
quatre vents.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 6 août 2018 LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
1954
14
]
Quand la ren
contre d’un cou
turier et d’un
nez donne na
issance à un cla
ssique olfactif.
KEYSTONE-FRANCE/GAMMA-KEYSTONE VIA GETTY IMAGES, ARCHIVES M ROUDNITSKA, DIOR PARFUMS, GETTY
1/6
[
Les couples
mythiques
du parfum
Christian Dior & Edmond Roudnitska
L’accord Diorissimo
A
Derrière la prouesse olfactive qui chante la jeunesse se lit l’amitié
entre le couturier du New Look et le maître de la parfumerie du XXe siècle.
l’abri du tumulte de la capitale, Christian Dior, sous son chapeau de paille,
remonte ses jardins et longe le grand
bassin. Au bout de l’allée de cyprès, ce
matin du 20 octobre 1954, la façade de
la Colle Noire semble encore blanchie
par un soleil d’été. Cette bastide, c’est
son havre de paix, où il échappe enfin
aux mondanités parisiennes et retrouve la tranquillité nécessaire après les
collections. Le Français est adulé avenue Montaigne, son métier l’anime,
mais c’est bien aux collines du Sud
qu’il appartient.
Il salue en passant ses ouvriers et
gravit l’escalier afin d’enfiler un complet pour le déjeuner. Aujourd’hui,
une table pour cinq est dressée sous la
pergola. Mme Raymonde Zehnacker et
Serge Heftler-Louiche, l’une confidente et l’autre associé du couturier,
guettent l’arrivée de leurs amis, Edmond Roudnitska et son épouse Thérèse, conviés à un repas sans façon.
Voilà sept ans que Serge HeftlerLouiche s’est rendu pour la première
fois, dans les laboratoires Art et Parfum fondés par le nez, à Bécon-lesBruyères, missionné par Christian
Dior, qui souhaite s’entourer des
meilleurs talents pour le deuxième jus
de la maison (après Miss Dior)… Le
couturier a pensé à celui qui s’est fait
un nom dans le monde clos de la parfumerie avec Femme de Rochas,
l’odeur que toute la France porte en
1944. Discret et travailleur, le Niçois
d’origine russe né en 1905 s’exerce en
autodidacte, sans véritable connaissance de la chimie, aux métiers de la
vente de matières premières et apprend avec passion et nécessité les différentes essences pour l’élaboration
des compositions. En 1949, Dior et
Roudnitska, voisins en Provence, se
rencontrent enfin. « Dès le premier
contact, écrira le parfumeur dans ses
Mémoires, j’ai été séduit par cet homme
simple, placide et bon, fin et cultivé. » Ils
lanceront ensemble Diorama en 1949,
puis Eau Fraîche en 1953. « Une complicité, un lien d’amitié, s’est très
rapidement établie entre Dior et
mon père, nous confie Michel
Roudnitska. Ces deux hommes, créateurs, passionnés, se comprenaient, se
respectaient infiniment. »
« Soliflore porte-bonheur »
Le déjeuner fini, tous s’en vont visiter
la demeure des Roudnitska, Sainte
Blanche, à quelques kilomètres sur les
hauteurs de Cabris. Si Christian Dior
n’a pas particulièrement prévu de lancer une nouvelle fragrance, le parfumeur a bien une idée derrière la tête quand il lui
présente ses essais sur le
muguet. La fleur que
le couturier superstitieux glisse au
fond de sa poche
dans un reliquaire ouvragé
qui ne le quitte
plus. Celle dont
les clochettes
blanches courent sur les robes
dans les ateliers
de l’avenue Montaigne. Celle que ses
petites mains ont
pour mission de coudre
dans les ourlets et ses vendeuses, d’offrir aux clientes.
En humant la note fraîche longuement étudiée par le nez, Dior déclare
simplement : « Ce sera mon prochain
parfum. » Il accepte la formule pratiquement sans retouche. « Pour mon
père aussi, cette fleur revêtait une grande valeur affective, il allait en cueillir des
bouquets entiers dans la forêt de Rambouillet avec celle qui allait devenir sa
femme, confie Michel Roudnitska. Il
avait planté un parterre dans le jardin
de Sainte Blanche afin de travailler les
variations du muguet dans son olfactorium naturel. Il maîtrisait l’odeur, voulait la reconstituer dans son environnement d’humus et de feuillages frais. »
Pour la première fois, Christian Dior
dessine un flacon. C’est en 1956, dans
du cristal de Baccarat, que naît son
troisième opus : Diorissimo. Une épure
de fraîcheur, un classique moderne qui
repose sur une authenticité. « Roudnitska voulait rompre avec les senteurs
“confiserie” de l’après-guerre, avec les
fragrances sophistiquées et en particulier le muguet trop musqué, explique
Élisabeth de Feydeau, historienne et
expert du parfum. Quand Dior ne cesse
de répéter dans ses ateliers “simplifier,
simplifier, simplifier”, le parfumeur
croit que “la simplicité est la consécration d’une technique à son apogée”. Il
stylise le thème floral au diapason des
aspirations de l’époque : la jeunesse,
la nature. »
CV
D’UN NEZ
1944 : Femme
de Rochas
Fruit de sa rencontre
avec Marcel Rochas,
Edmond Roudnitska
construit un accord
floral sur un fond
chypré. Le succès
est immédiat.
1951 : Eau d’Hermès
La première
fragrance du sellier,
évoquant l’intérieur
d’un sac Kelly.
1953 : Eau Fraîche
de Dior
Un chypré frais
et tonique, aux notes
d’agrumes.
1966 : Eau Sauvage
de Dior
Le premier masculin
de la griffe, devenu
un classique de la
parfumerie, toujours
un best-seller.
« Les senteurs sont
très importantes
pour moi. Les bonnes
odeurs me remontent
le moral. Je ne peux
pas m’en passer. »
Naomi Campbell
(2009)
Diorissimo est un muguet non plus
confit mais cueilli, c’est une sensation
que l’on hume, un courant d’air parfumé, un souvenir de cueillette
mouillée par la rosée. « Et en même
temps, ce jus possède du volume, de la
puissance, de la persistance, poursuit la
spécialiste. C’est une composition florale signée par deux autodidactes
amoureux de la musique, une symphonie qui porte bien son nom, un allegrissimo ! Ce soliflore porte-bonheur a la
qualité d’une œuvre d’art : il ne pouvait
que marcher. »
Le souffle de l’âme
La réussite du parfum est immense, le
flacon plébiscité par les jeunes filles des
bals des débutantes et par les « salons de
l’avenue Montaigne, où se pressait le
Tout-Paris élégant, écrit Edmond Roudnitska bien des années après, en 1987.
L’accueil qui lui a été fait réjouit Christian
Dior et nous a sans doute rapprochés un
peu plus. J’étais presque plus heureux
pour lui que pour moi, et je ne peux y repenser sans une profonde émotion. » Sur
l’affiche publicitaire dessinée par René
Gruau, le slogan poétise :« Diorissimo
contient l’esprit de Christian Dior, le
souffle parfumé de son âme ! »
Quelques mois plus tard, à 52 ans, le
couturier est « rappelé par Dieu pour
habiller les anges », comme dit l’abbé
Béal, tout ému dans son homélie.
« Lors de ses obsèques à l’automne 1957,
son catafalque disparaissait sous un
amoncellement de brins de muguet frais,
confessera Edmond Roudnitska. En
entrant dans l’église, j’en fus complètement bouleversé, c’était sa fleur préférée, c’est la mienne aussi. » « Parce que
c’était lui, parce que c’était moi », écrivait Montaigne. Christian Dior ne disait
pas autrement dans ses Mémoires
Christian Dior & moi : « Pour qu’un parfum tienne, il faut d’abord qu’il ait tenu
longtemps au cœur de ceux qui l’ont
créé. » ■
MARIE-GABRIELLE GRAFFIN
RETROUVEZ DEMAIN :
Frédéric Malle et Dominique
Ropion, Carnal Flower
et les copains d’abord
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lundi 6 août 2018
LE CARNET DU JOUR
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15
Bertrand et Pascale Biron
et leurs enfants,
Isabelle et Bruno Demont,
leurs enfants et petits-enfants,
les familles Biron, Rosset
Michel Combes,
son époux,
Mme Pierre Josse-Sion,
son épouse,
M. Pierre Lieb,
son époux,
Jean, Caroline, Gilles, Cécile,
ses enfants et leurs conjoints,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Thibault, Guilhem, Mathieu,
Philippine, Baptiste,
Romain, Amélie, Victoire,
Astrid, Alix, Charlotte,
Gabriel, Alice,
ses petits-enfants,
Dominique et Cécile
Josse-Bétous,
Benoît et Isabelle
Josse-Normand,
Guillaume et Florence
Josse-Bry,
Hélène et Bruno
Belthoise-Josse,
ses enfants,
Jean-Pierre et Marie-Sophie
Lieb,
son fils et sa belle-fille,
Pierre-Edouard, Alexandre,
Anne-Lorraine et Guillaume,
ses petits-enfants,
Léna, Eglantine, Léo, Lucas,
Clara, Fanny, Blandine,
Pierre-Etienne, Noé, Félix,
Irénée, Edith,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Marie-Béatrice BIRON
survenu dans sa 69e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mercredi
8 août 2018, à 14 heures,
en l'église Saint-JacquesSaint-Christophe-de-la-Villette,
Paris (19e),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Montparnasse.
Condoléances sur registre.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Léone BUREAU
née Denis,
dame de commanderie
avec plaque de l'ordre équestre
du Saint-Sépulcre de Jérusalem,
est entrée dans la Paix de Dieu,
dans sa 99e année,
le 2 août 2018, munie
des sacrements de l'Église.
En union avec son mari,
le capitaine de frégate
François Bureau
(1917 - 1994),
ses enfants,
M. et Mme Georges Bureau,
Mme Pauline Bureau,
M. et Mme Xavier Bureau,
le capitaine de frégate et Mme
Michel Bureau,
l'amiral et Mme Yves Lagane,
ses 19 petits-enfants
et leurs conjoints
et ses 23 arrière-petits-enfants
vous remercient
de vous associer à leurs prières
lors de la cérémonie religieuse
qui sera célébrée
le mardi 7 août, à 10 h 30,
en la chapelle de la Providence,
77, rue des Martyrs, Paris (18e),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Chartrettes
(Seine-et-Marne).
Marie-Thérèse Gros-Combes
et Marie,
sa belle-sœur et sa nièce,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Dany COMBES
née Tireau-Fallet,
« Sophie »,
à l'âge de 76 ans, le 3 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame de Versailles,
le vendredi 10 août, à 14 h 30,
suivie de l'inhumation
au cimetière Notre-Dame
de Versailles.
les familles Weber, Baumann,
Nagel, Pernet
Marie LIEB
née Weber,
« Mariette »,
ont la tristesse
de faire part du décès de
survenu le 2 août 2018,
à Bry-sur-Marne,
à l'âge de 90 ans.
Pierre JOSSE
Priez pour elle.
le 2 août 2018,
dans sa 91e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le mardi 7 août, à 15 heures,
en l'église Saint-JacquesSaint-Christophe,
rue Guillaume-Budé,
à Villiers-sur-Marne,
suivie de l'inhumation à 16 h 30,
au cimetière,
rue Christophe-Guinegagne,
dans le caveau de famille.
La cérémonie d'À-Dieu
aura lieu en l'église
Saint-François-de-Sales,
Paris (17e),
le lundi 6 août, à 10 h 30.
112, boulevard Malesherbes,
75017 Paris,
brigitte.josse@laposte.net
Jérôme, Guillaume
et Elisabeth Aerts,
ses petits-enfants,
Julien, Capucine,
Pierre-Louis Aerts,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Anne-Marie AERTS
née Boullet,
survenu à Nancy,
le 2 août 2018, à l'âge de 96 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 7 août, à 15 heures,
en la basilique du Sacré-Cœur
de Nancy,
suivie de l'inhumation au
cimetière de Villers-lès-Nancy.
Mme Cécile
Alessandri Mathon,
son épouse,
M. et Mme
Jacques Mathon Leviez,
ses beau-frère et belle-sœur,
Anne et Bruno Baptiste,
Claire Mathon,
François Mathon,
ses neveux et nièces,
Delphine et Emilie,
ses petites-nièces,
et la famille
vous font part
du rappel à Dieu de
Charles ALESSANDRI
le 2 août 2018, à l'âge de 91 ans.
Hélène Cassaigne,
Florence et Xavier Greffe,
ses sœurs et beau-frère,
Laure et Emmanuel Lhermitte,
Guillaume et Béatrice Greffe,
Grégoire Greffe
et Claire Ottavi,
Lorraine et Marc
Poueymidanette,
ses neveux et nièces,
Marion, Elise, Daphné
et Camille,
ses petites-nièces,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Frédéric CASSAIGNE
survenu le 20 juillet 2018.
La cérémonie religieuse
et l'inhumation ont eu lieu
dans l'intimité familiale.
ont la douleur
de vous faire part du décès du
docteur
Christophe-Marie COMBIER
survenu àl'âge de 33 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 9 août 2018,
à 15 heures, en l'église
de Brandon (Saône-et-Loire),
dans l'intimité.
Françoise Dagousset,
née Dupré,
son épouse,
Philippe, Pascal, Sophie,
ses enfants,
ainsi que leurs conjoints,
Arnaud, Guillaume,
Christophe, Bruno, Marc,
Marie, Laure, Lucie et Vincent,
ses petits-enfants,
Gaspard, Lise, Olivia, Arthur,
Louise, Victor, Clara,
Matthieu, Maxime,
ses arrière-petits-enfants,
Henri, son frère,
Annie et Christiane,
ses belles-sœurs,
et toute sa famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Mme Philippe de La Morinerie,
née Bernadette Jousset,
son épouse,
ses six enfants,
ses seize petits-enfants
et toute la famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Philippe de LA MORINERIE
commandeur de l'ordre
équestre du Saint-Sépulcre
de Jérusalem,
survenu le 2 août 2018,
dans sa 85e année.
Saint-Hilaire-Saint-Florent,
Saumur (Maine-et-Loire).
survenu le 3 août 2018,
dans sa 92e année.
Anne-Marie, son épouse,
La cérémonie religieuse aura
lieu le jeudi 9 août, à 10 h 30,
en l'église Saint-Médard,
Paris (5e).
Gabriel, Clara, Emmanuel,
Oskar, Lucy,
ses petits-enfants,
Nathanaël,
son arrière-petit-fils,
ont l'extrême tristesse
de faire part du décès de
René CHANTRIEUX
survenu le 1er août 2018,
à son domicile,
entouré de sa famille,
à l'aube de ses 90 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi 7 août,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
Paris (16e),
suivie de l'inhumation
à 15 h 30, au cimetière
de Bouvigny-Boyeffles
(Pas-de-Calais).
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce lundi 6 août, à 10 heures,
en l'église Saint-Barthélémy
de Saint-Hilaire-Saint-Florent.
Cet avis tient lieu de faire-part.
rovie.chantrieux@gmail.com
Bruno Piette,
Michel et Virginie Piette,
Stéphane Piette,
ses enfants,
Julien, Marie, Margaux,
Charlotte, Guillaume, Louise,
Benoit, Camille, Alexis,
ses petits-enfants,
et Pascale Piette-Roulleau
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Nicole PIETTE
font part du rappel à Dieu de
Mme Jean
MARTIN-CHAUFFIER
née Antoinette Bertin,
« Manette »,
chevalier
de la Légion d'honneur,
le 3 août 2018, à Kergantelec,
Île-aux-Moines.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Michel,
à l'Île-aux-Moines,
le mardi 7 août 2018, à 15 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Nous sommes priés
de vous faire part du décès de
M. Jacques DUPEUX
survenu le 3 août 2018.
Jacques ayant fait don
de son corps
à la faculté de médecine,
il n'y aura pas d'obsèques.
Cet avis tient lieu de faire-part.
13 bis, rue du Closeau,
94350 Villiers-sur-Marne.
M. et Mme Pascal Béchu
et leurs fils, Hadrien, Charles
et Arthur,
M. Christophe
Philippart de Foy,
Mlle Devy Philippart de Foy,
Mme Solange Biaggi
et M. Carime Igo,
M. et Mme Pierre-Louis Biaggi,
M. Serge Ceccato
et Mme Marion Durand
et leurs enfants,
M. Sylvain Giudicelli
et son fils,
Mlle Géraldine Giudicelli
et M. Julio Luque,
Mlle Pauline Biaggi,
M. Louis Biaggi,
Mlle Lise Biaggi,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 6 août, à15 heures,
en l'église Saint-André
de Reims.
Dons à l'association des
Œuvres du Saint-Sépulcre,
112 ter, avenue de Suffren,
75015 Paris.
Mme Charles Benelli,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
Mme Antoine Biaggi,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
Mme Rose Pietri,
La comtesse
Thibauld Le Court de Béru,
son épouse,
Mme Georges Altieri,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
Mme Roger Altieri,
ses enfants et petits-enfants,
Mme Dominique Germoni,
ses enfants et petits-enfants,
Olivier et Isabelle Bizard,
Charles-Henri et Stéphanie
Le Court de Béru,
Cédric et Anne Wehry,
ses enfants,
Gaspard, Irène, Constantin,
Casimir, Victoria,
Ariane, Édouard,
ses petits-enfants,
ont la douleur de vous
faire part du rappel à Dieu,
le vendredi 3 août 2018, du
comte Thibauld
LE COURT de BÉRU
La cérémonie religieuse
aura lieu en l'église
de Saint-Georges-sur-Loire,
ce lundi 6 août, à 16 h 30, suivie
de l'inhumation au cimetière
dans le caveau familial.
Michel DAGOUSSET
HEC 1948,
magistrat honoraire
au tribunal de commerce
de Paris,
Roland, Elisabeth, Jean-Paul,
Thierry, Guy,
ses enfants, et leurs conjoints,
Jacques Piette,
son époux,
née Cazenave,
dans sa 83e année,
le 2 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 8 août, à 10 h 30,
en l'église Saint-Augustin,
place Saint-Augustin,
Paris (8e).
L'inhumation aura lieu
à 16 heures, au cimetière
de Pierrefitte-sur-Sauldre
(Loir-et-Cher).
Ni fleurs ni couronnes,
des prières pour la défunte.
Le docteur Annabelle
Yap Combier,
son épouse,
Octavie et Aimée,
ses enfants,
le docteur
Jean-Philibert Combier
et Monique,
ses parents,
Maud, sa sœur,
Thierry, son beau-frère,
Victor et Iris,
ses neveu et nièce,
ainsi que toute sa famille
Nancy.
Chantal Aerts,
Dominique (†) et Nicole Aerts,
Emmanuel et Vohangy Aerts,
Bertrand Aerts,
ses enfants,
Gilles et Elisabeth
Martin-Chauffier,
Emmanuèle et Yann Lainé,
ses enfants,
Justine Martin-Chauffier,
Yann et Florence
Martin-Chauffier,
ses petits-enfants,
Louis et Aurélien,
ses arrière-petits-fils,
Luc Martin-Chauffier,
son beau-fils,
Michèle et Pierre Aubé,
Geneviève Bertin,
ses sœurs,
Jacques Miedzyrzecki
et Emile Breton,
ses beaux-frères,
Martine Leymarie
et Jacques Puisais,
ses enfants,
M. Alexandre Biaggi,
Mme Christiane Biaggi,
ses enfants et petits-enfants,
M. et Mme Antoine Carta,
leurs enfants et petits-enfants,
le docteur et Mme
Jacques-Charles Bertrand,
leurs enfants et petits-enfants,
Mlle Marie Béatrice Bertrand,
le docteur et Mme
Jean-Baptiste Bertrand,
leurs enfants et petits-enfants,
le docteur et Mme
Henri-Joseph Bertrand
et leurs enfants,
le docteur et Mme
Pierre-Paul Biaggi,
leurs enfants et petits-enfants,
Mme Agnès Biaggi,
sa fille, son gendre,
sa petite-fille
et M. Robert Pecorini,
Mme Anne-Marie Biaggi
et Mme Laetitia Dubur,
M. Marc Philippart de Foy,
ses enfants et petits-enfants,
M. et Mme Daniel
Philippart de Foy,
leurs enfants et petits-enfants,
Elisa Puisais et Yannick Willi,
Pauline Puisais,
ses petits-enfants,
Gabriel, Camille Puisais,
ses arrière-petits-fils,
les familles Béchu, Pietri,
Calizi, Reynard et Belleville
Yvette Vitoz,
sa sœur,
ainsi que toute la famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
ont la tristesse
de vous faire part du décès
le 2 août 2018, à Paris,
à l'âge de 84 ans, de
Marielle PHILIPPART de FOY
née Biaggi,
Geneviève LEYMARIE
née Guillou,
chevalier
de l'ordre du Mérite agricole.
leur mère, belle-mère,
grand-mère, sœur, belle-sœur,
tante, grand-tante, nièce,
cousine et alliée,
survenu à Lausanne,
le 1er août 2018,
à l'âge de 67 ans.
Une messe sera célébrée
ultérieurement
à Neuilly-sur-Seine.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 8 août, à 10 h 30,
en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
à Paris (7e), suivie
de l'inhumation à12 h 15, au
cimetière parisien de Bagneux.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mardi 7 août,
à 14 heures, en l'église
Sainte-Catherine de Minerbio,
à Barrettali (Haute-Corse).
149, rue Perronet,
92200 Neuilly-sur-Seine.
32, avenue de Provence,
78140 Vélizy-Villacoublay.
7, chemin du Léman,
1260 Nyon, Suisse.
Sa famille et ses amis proches
ont la grande tristesse
de faire part du décès du
docteur Léon OLIVIER
professeur des Universités,
praticien hospitalier retraité,
ancien chef du service
d'histo-embryologie
cytogénétique de l'hôpital
de la Pitié-Salpêtrière de Paris,
survenu le mercredi
1er août 2018, à l'âge
de quatre-vingt-neuf ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le mardi 7 août, à 14 h 30,
en l'église Notre-Dame,
35, rue de la Paroisse,
à Versailles.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme Lucienne Olivier,
12 bis, rue des Missionnaires,
78000 Versailles.
M. Philippe Tournier,
son époux,
Denis et Véronique Tournier,
leurs enfants et petits-enfants,
Anne et Nicolas Delzant,
leurs enfants et petits-enfants,
Claire et François Curis,
leurs enfants et petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du décès de
Mme Marie-Claude TOURNIER
née Viennet,
survenu à Meudon,
le 3 août 2018,
dans sa 87e année.
La messe d'obsèques
sera célébrée
le mardi 7 août 2018, à 14 h 30,
en l'église Saint-Pierre
du Sap-en-Auge (Orne),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Sap-en-Auge.
Une messe àson intention
aura lieu le samedi
22 septembre 2018, à 18 h 30,
dans sa paroisse
Notre-Dame-d'Auteuil,
Paris (16e).
1, rue des Tybilles,
92190 Meudon.
Le comte et la comtesse
Alain Rioult de Neuville,
ses parents,
le comte et la comtesse
Olivier d'Hérouville,
Franck Lafaurie
en union avec Caroline (†),
ses sœurs et beaux-frères,
le comte Thibault d'Hérouville,
Emmanuel et Charlotte Coulot,
Benoît et Tiphaine
de Raguenel de Montmorel,
le comte Jean-Baptiste
d'Hérouville,
Marine Lafaurie,
Margaux Lafaurie,
Mathis Lafaurie,
ses neveux et nièces,
Timothée, Théophile
et Thaïs Coulot,
Augustin, Joséphine
et Alexandra
de Raguenel de Montmorel,
ses petits-neveux
et petites-nièces,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
comte Christian
RIOULT de NEUVILLE
le jeudi 2 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 8 août, à14 h 30, en
l'église de Livarot (Calvados),
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial,
au cimetière de Livarot.
L'ensemble de la famille
Rioult de Neuville
a la grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
remerciements
Marie-Christine et Philippe
Girault,
Françoise et Pierre
Courbouleix,
Jean-Marie et Dominique
Guesné,
Natalie et Jean-Clément (†)
Laurent,
Bénédicte Guesné Bataille,
Valérie et Jean-Paul Barrière,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Juliette GUESNÉ
née Jourdain,
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
M. Bernard Sonnier,
ses enfants et petits-enfants,
très touchés
par les nombreuses marques
d'amitié et de soutien
que vous leur avez
témoignés lors du décès de
Mme Monique SONNIER
vous prient de trouver, ici,
l'expression de leurs profonds
remerciements.
souvenirs
Caroline LAFAURIE
née Rioult de Neuville,
le vendredi 27 juillet 2018.
La cérémonie religieuse
a été célébrée
le vendredi 3 août 2018,
en l'église Saint-Germain
du Chesnay (Yvelines).
Il y a neuf ans,
Christiane POTIER
nous quittait.
Que ceux qui l'ont connue
et aimée se souviennent.
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lundi 6 août 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
16
« Motive », les disciples canadiens de Colombo
France 2 lance ce soir la première saison d’une nouvelle série policière diffusée outre-Atlantique en 2013.
i les grilles des chaînes de télévision sont généralement
composées avec des rediffusions durant l’été, France 2
nous propose, à partir de ce
lundi soir, une nouvelle série policière.
Avec Motive. Le mobile du crime, la
chaîne publique exhume la première
saison de 13 épisodes de cette production canadienne déjà diffusée en France sur 13ème Rue… en 2013.
À la manière de Columbo, les téléspectateurs découvrent, dès
les premières secondes
de chaque épisode,
○○¡¡
l’identité de la victime
et du meurtrier. Comme son nom l’indique, le but est donc de découvrir le
mobile du crime (motive en anglais).
On suit alors l’enquête du département des homicides de la police de
Vancouver menée par la détective An-
S
+ @ SUR LE WEB
gie Flynn, héroïne sûre d’elle et mère
de famille célibataire (Kristin Lehman,
vue dans la version américaine de The
Killing) et son partenaire Oscar Vega
(Louis Ferreira).
Dans le reste du casting, on retrouve
Brendan Penny dans la peau de Brian
Lucas, un jeune détective un peu naïf,
mais surtout Lauren Holly, qui joue le
Dr Betty Rogers, un médecin légiste
dont les répliques font toujours mouche. Un visage que les fans de NCIS.
Enquêtes spéciales, autre série policière
diffusée sur M6, connaissent bien
puisqu’elle y a incarné
le personnage de la directrice Jennifer Shepard. Au fur et à mesure qu’avance leur
investigation et à
l’aide de flash-back, on comprend les
raisons qui ont conduit les suspects, a
priori sans histoire, à commettre l’impensable.
Si la diffusion de Motive n’est pas un
événement télévisuel, la série a au
moins le mérite de nous changer des
traditionnels décors des grandes villes
américaines. Et, au final, c’est un bon
programme pour les amateurs de fictions policières en peine d’autre chose
de mieux à regarder.
Mécanique répétitive
CAROLE SEGAL/SEASON 01: © MOTIVE PRODUCTIONS
ROMAIN DELACROIX £@romaindlx
20.55
Mais il faut cependant s’accrocher
pour suivre les quatre épisodes inédits
programmés chaque lundi. À l’inverse des fictions plus récentes, elle
n’use pas de la carte du feuilleton. Les
intrigues, d’une grande simplicité
- loin de celles farfelues des Experts
ou Enquêtes criminelles -, sont bouclées à la fin de chaque épisode. Et
contrairement à Columbo, où le téléspectateur devait attendre le petit détail permettant au héros porté par Peter Falk de confondre le meurtrier, la
mécanique de cette série, qui a tout
de même eu droit à quatre saisons
outre-Atlantique, est malheureusement trop simple et répétitive pour
être prenante. ■
La détective Angie Flynn (Kristin Lehman) et son partenaire Oscar Vega (Louis Ferreira)
mènent les enquêtes pour le compte de la police de Vancouver.
» Franck Dubosc : « Je ne cherche pas à faire plus d’entrées qu’un autre » » Chaînes, horaires, disciplines : le calendrier complet des championnats européens www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE St-Octavien
Soleil : Lever 06h31 - Coucher 21h21 - Dernier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.55Nos chers
voisins. Série. Avec M. Lamotte.
19.15 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 D’art d’art
20.50 Parents mode d’emploi. Série
21.00
19.00 19/20. Présentation : Carole
Gaessler 20.00 Tout le sport. Le
magazine traite l’actualité sportive.
20.55
Série. Comédie
Série. Policière
20.30
Feuilleton. Comédie dramatique
18.45La villa : la bataille des couples
19.40 Suburgatory. Série.
MATIN
16
21.00 Appels d’urgence
M a g a z i n e . S o c i é t é . h 0 0 . S a m u d e
b a n l ie u e : d e s u r g e n c e s p a s c o m m e
le s a u tr e s . U n e p lo n g é e a u c œ u r d u
q u o t id ie n m o u v e m e n t é d e s m é d e c i n s d u S a m u , à l ’ h ô p ti a l d e P o n t o i s e .
10
16
18
13
15
17
17
17
17
18
16
18
22.00 Appels d’urgence. Magazine.
Société.
20
17
19
18
20
19
22
22
Joséphine,
ange gardien
Motive :
le mobile du crime
i
.
C a n . S a i s o n A v e c K r i s t i n L e h m a n ,
L o u i s F e r r e ri a . 2 é p i s o d e s . I n é d ti s .
G le n n M a rt in , u n p r o f e s s e u r d e
s c ie n c e s a p p r é c ié a u s e in d e s o n
ly c é e , a é t é a s s a s s in é c h e z lu i .
Fra . A v e
C ord e s .
q u e L é a
pre n dre
E m m a d
v ie a c t iv
22.55 New York, unité spéciale
22.20 Motive : le mobile du crime
22.30 Plus belle la vie F i l m T V 0.15
S é r i e . P o l ic i è r e . 4 é p is o d e s . A v e c
C h r is t o p h e r M e l o n i .
S é r i e . P o l i c i è r e 23.55 Mensonges.
Série 2.50 Au rythme de la vie
Soir/3 0.50 Les carnets de Josée
Laval 1.45La France en humour
F r a . S a i s o n ( A v e c M i m
T ti o u a n B o u z a r d , E m i l i e
P a p a e s t u n C h ip p e n d a le
é l è v e s e u l s o n f i ls d e 8 a n
lu i a p a s a v o u é q u ’ i l e s t C h
ie M a t h y
P ip o n n ie r
. T o m , q u
s ,M a x ,n e
ip p e n d a le
,
.
19.00 Silence, ça pousse ! 20.00 La
famille loup & moi. Série doc.
Plus belle la vie
c L a u r e n t K e r u s o r é , M ic h e l
5 é p i s o d e s . I n é d ti s . T a n d i s
lu t t e , Y o la n d e r e f u s e d e
s e s p r o b lè m e s a u s é r ie u x .
é m a r r e s o n e n t r é e d a n s la
e c h e z G r e e n S o lu t io n .
16
14
17
21
23
19
23
25
23
20.50 Le septième juré
F ilm T V
N ie r m a
s in . E n
s in e u n
pro c è s
. P o l ic i e r . F r a . 2 0 0 8 . R é a l . : E .
n s . h 3 0 . A v e c J . - P . D a r r o u s (€' u n p h a r m a c i e n a s s a s e f e m m e e t d e v ie n t ju r é a u
d ’u n A lg é r ie n a c c u s é à t o rt .
22.20 C dans l’air 23.25Avis de sorties 23.40 Au bout c’est la mer
22
20
25
24
26
10
27
APRÈS-MIDI
31
20
31
31
19.25Les incroyables aventures de
Nabilla et Thomas en Australie
20.20 Groland le Zapoï (C) 20.50 La
semaine de Catherine et Liliane (C).
Divertissement.
19.00 Loups solitaires en toute liberté. Doc. 19.45Arte journal 20.05
28 minutes 20.45La minute vieille
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu. Présentation : Stéphane Plaza 19.45Le
19.45 20.25En famille. Série.
21.00
20.50
21.00
Série. Drame
Film. Western
Film. Comédie
32
30
29
33
32
28
33
33
34
34
31
34
20.55 Crimes à Poitiers
M a g a z in e .
A u s o m m a
« M e u rtr e a u
m o rt e l le s u r
Sté p h a n e ? »
S o c ié t é .
h 4 5 .
ir e d u m a g a z i n e :
s a b r e » - « R e n c o n tr e
la T o i le » - « Q u i a t u é
.
35
35
33
35
34
36
10
34
38
35
37
22.40 Crimes dans le Lyonnais 0.30
Crimes à la frontière italienne. Mag.
38
33
34
36
38
33
31
10
35
19.10 Les constructeurs de l’extrême. Série documentaire.
Guyane
L’homme
des vallées perdues
Les reines du ring
F r a . S a i s o n A v e c O l i v i e r R a b o u r d i n ,
M a t h i e u S p i n o s i ,I s s a k a S a w a d o g o .
2 é p is o d e s . L o u is s e r e m e t d o u c e m e n t d e s e s b l e s s u r e s , m a is d e s
s o u p ç o n s p è s e n t s u r lu i c o n c e r n a n t
l ’ a f f a ri e M e r l o t .
E U . R é a l . : G e o r g e s S t e v e n s .
h 5 3 . A v e c A l a n L a d d , J e a n A r t h u r t .
A u X I X e s iè c le , d a n s l ’ O u e s t a m é r ic a i n , u n a v e n t u r i e r s o l ti a ri e v i e n t e n
a id e à u n e f a m i l le d e f e r m ie r s .
F r a . €€ R é a l . : J e a n - M a r c R u d n i c k i .
h 4 7 . A v e c M a r i l o u B e r r y , N a t h a l i e
B a y e , A n d r é D u s s o l l ie r , Is a b e l le
N a n t y . P o u r s e r a p p r o c h e r d e M ic k a ë l , s o n f i l s d e a n s , R o s e d é c i d e
d e p a rt a g e r s a p a s s io n p o u r le c a t c h .
22.45 21 cm M a g . L ti t é r a ri e . P r é -
22.45 Au feu les pompiers ! F i l m
22.50 Qui c’est les plus forts ?
s e n t a t i o n : A . T r a p e n a r d I. n v ti é : B a s t i e n V i v è s 23.35Paula. Film.
23.55Alouettes, le fil à la patte. Film
1.30 Koudelka Shooting Holy Land
F i l m . C o m é d i e 0.50 Legends. Série.
Iconoclaste - L’envers du miroir.
30
T (en °c)
20.55 Australie Express
é l é r é a l ti é . h 4 5 . P a n n e s è c h e I. n
ti . U n e é q u i p e d e m a i n t e n a n c e d
o ie s f e rr é e s a q u a tr e h e u r e s p o
é p a r e r u n t r o n ç o n d e r a i ls . - D
a s m a n i e .I n é d ti .
T
d
v
r
T
é e s
ur
éfi
22.40 Australie Express 23.30 Méga
convois. Série doc. Alerte toxique.
<-10 à 0
18.55Les rois de la réno. Téléréalité.
Tout feu, tout flamme.
19.05 Alerte Cobra. Série. Avec Erdogan Atalay. 2 épisodes.
21.00 L’ouragan vient
de Navarone
A
F ilm . G u e rr e .
m i tl o n . h 5 4 .
e t M i l le r d o iv
q u ia ré u ss ià
E U . R é a l . : G . H a A v e c R . S h a w . M a llo r y
e n t é l i m in e r u n a g e n t
i n f i tl r e r l a r é s i s t a n c e .
23.10 Les canons de Navarone. Film.
Guerre. Avec Gregory Peck.
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55La petite histoire de France
19.00 Couple ou pas couple ? Jeu.
Invité notamment : Gil Alma.
21.00 Les 11 commandements
21.00 L’auberge rouge
F ilm
D e s
Y o u
d ie u
! " #"$%&
F i l m . C o m é d i e d r a m a t i q u e . F r a . N B . R é a l . : C . A u t a n t - L a r a . h 4 0 . A v e c
F e r n a n d e l . E n ' d a n s u n v i l l a g e
p e r d u , u n c o u p l e d ’ a u b e r g is t e s a s s a s s in e s e s c l ie n t s p o u r le s v o le r .
22.40 Du «Morning Live» à «Fatal»,
le meilleur de Michaël Youn. Doc.
22.50 Don Camillo en Russie. Film.
Comédie. Avec Fernandel.
. C o m
a g n at
n .Tro
d e la
é
,T
is
B
d ie . F r a . 2 0 0 3 . R é a l . : F .
. S o r r i a u x . h 2 5 . A v e c M .
a m is s o n t c h a r g é s p a r l e
l a g u e d ’ a c c o m p l ri « L e s
MARDI
. R é a l. : D .
a n s , m a is
q u a n d sa
q u e .
22.25 Le chant de la mer. Film. Animation 0.05Kaamelott. Série.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
25/31
15/21
16/22
22/29
13/20
18/26
20/27
25/32
19/29
23/32
24/32
16/27
27/33
JEUDI
18/23
22/35
24/36
16/31
22/32
18/32
14/20
27/39
26/36
MERCREDI
21/32
19/26
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
21/33
21.00 Kérity,
la maison des contes
F ilm . A n im a t io n . F r a . 2 0 0 8
M o n f e r y . h 2 0 . N a t a n a ë l a 7
i l n e s a ti t o u j o u r s p a s l ri e
t a n t e lu i lè g u e s a b ib l io t h è
27/32
28/33
17/31
18/23
19/29
26/37
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
20/25
16/24
18/25
25/31
25/31
lachainemeteo.com
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
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LE FIGARO
lundi 6 août 2018
JEUX D'ÉTÉ
17
TAKUZU
SU DO KU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
FAcile
grille 559
grille
2607
1
0
0
0
1
0
0
1
0
0
1
0
1
0
1
1
1
0
0
0
9
6 8
8
4 1 5
5 7
0
0
0
3
8
6
5
2
0
FAcile
7
1
3
9 7 2 4
4 1 5 6
2
6
8
7 4
3
5
2
6
3
8
9
1
MOTS FLÉCHÉS N° 2042
BORDS DE
CANAL
LINGES
DE LIT
FÉLIN
TACHETÉ
MOMENTS
TRISTES
grille
TOILES
ABRASIVES
RÉAPPARITIONS
ANCIEN
SERVICE
FÉODAL
MÉDIA
MANQUES
DE CORRECTION
FAIT DE
MISE EN
BOÎTE
RÉPRIMANDE
PRIT LA
POUDRE
D’ESCAMPETTE
PRONONCÉ
EN TAPANT
DU PIED
DES PIEDS
À TAILLER
SOLDAT EN
PUISSANCE
BLASON
ANIMÉ
D’UNE
PASSION
ELLE A PRIS
FIN
À MAASTRICHT
ENLÈVEMENT
APPELS
DÉTIENS
AVEC CELA
GARNIE
DE GLACE
GARDANT
LE SECRET
CRI
D’EFFORT
ROULEAU
DE PLUMES
1 0 1 0 1 1 0 0 1 0
ESPÈCES DE
LÉZARDS
AUTRE MOI
ÉTENDUE
D’EAU
FIN
D’INFINITIF
DROGUE
CAS DE
NULLITÉ
AUX
ÉCHECS
MANTEAU
DE ZORRO
MILLE
MÈTRES
RANDONNÉE EN
HAUTE
MONTAGNE
DONT
L’ORALITÉ
EST LIMITÉE
PROBLÈME N° 4797
HORIZONTALEMENT
1. B l a n c h e o p a l i n e . - 2. W l a d i m ri p u i s
J e a n , c o m t e s i m m o r t e l s . - 3. P e t ti s c o i n s
d e r u e . - 4. P e t ti e l e t t r e I. n t r o d u ti u n s t y l e
r e n a i s s a n c e . - 5. G r a n d s o u s L o u i s X I V .
- 6. S é a n c e d ’ a s s o u p i s s e m e n t . - 7. E n
A fr i q u e . S y m b o l e d u n ° 4 3 . A c c r o c h e u r
m a i s i n d o l e n t . - 8. P r é d a t e u r d e k a n g o u r o u s t o m b é d u c i e l . - 9. L e p a r a d i s
d e s s u r f e u r s . L e t r o i s i è m e h o m m e . - 10.
P a r m e s a n s e t B o l o g n a is e s y f o n t r e c e t t e .
- 11. C h e v a l i e r , p a r e x e m p l e . - 12. V i e i l l e s
m o n n a i e s d ’ o r g a u l o is e s .
Par
ParVincent
Louis Morand
Labbé
1
2
3
4
5
6
7
8
1
2
3
4
5
BRIDGE
PROBLÈME N° 2886 :
Une défausse
qui soulage
7
6
7
A
O
7
A
A
A
6
8
6
5 4
6 4
R 7 4 2
N
6
VERTICALEMENT
9
1.I l f o n d a l a r e v u e Planète p u i s u n m a g a z i n e
q u i v o u s e s t f a m i l ie r ( p r é n o m e t n o m ) .
- 2. É q u i p a g e a n c i e n . M o n t r e s a p e u r . - 3. 10
N e s o n t p a s r e s t é s s a n s r é p l i q u e . C o u l a à p ic .
11
- 4. E n f a ti p r e u v e c e l u i q u i n e l â c h e r i e n .
G a r d é a v e c a ff e c t i o n . - 5. A u n e a m b ti i o n
12
a s tr o n o m iq u e . E l le s e m e t à l ’ o u v r a g e e t
n o t a m m e n t c h e z D e v i l l e . - 6. N e f u m e n t
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4795
q u ’ a u x h e u r e s d e t r a v a i l . C h e r c h a it à
s ’ é l e v e r a u - d e s s u s d e s h o m m e s . - 7. HORIZONTALEMENT 1. P h i l é m o n . - 2. R a b o B o u q u e t d e s a c s d e s p o r e s . P o s s e s s fi . t a g e . - 3. O b è s e . M c . - 4. T e r e s a . - 5. O m e r .
C h e m i n d a n s u n e a l l é e . - 8. P a s s é e s a u x I d a . - 6. P u . S a l e r . - 7. L S D . R é m i . - 8. A p é r o .If .
- 9. N a r i n e . - 10. É p i s . C a r . - 11. T a v e l u r e . - 12.
ra y o n s .
É m e r is e s .
VERTICALEMENT 1. P r o t o p l a n è t e . - 2. H a b e m u s p a p a m . - 3.I b è r e . D é r i v e . - 4. L o s e r s .
R i s e r . - 5. É t é s . A r o n . L i . - 6. M a . A i l é . É c u s . - 7.
O G M . D e m i . A r e . - 8. N e c t a r fi è r e s .
Mots
léchés
E
S
R 5
R 7
R 5 2
5 3
Contrat : S u d j o u e
3 Sans-Atout.
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2885 :
De marbre
Contrat : S u d j o u e 3 Sans-Atout.
Entame :1 0 d e .
P r e n e z l ’ e n t a m e a u m o r t e t présentez le Valet de ,
i m p a s s e o r i e n t é e d o n t l ’ é c h e c v o u s la is s e d e m a r b r e .
E n e ff e t , O u e s t e n m a in n ’a a u c u n e c o n t r e - a t t a q u e
g ê n a n t e . S ’ i l i n s i s t e à , f a ti e s d e r e c h e f l a l e v é e a u m o r t
e t j o u e z p o u r l e V a l e t . L à e n c o r e , s i O u e s t v o u s f a ti
l ’ a ff r o n t d e p r e n d r e d e l a D a m e , v o u s a u r e z t o u t l o i s ri
d ’ a ff r a n c h ri v o s .
N o t e z q u ’ i l n ’e s t p a s a u s s i e ffi c a c e d e c o m m e n c e r p a r
l ’ a ff r a n c h i s s e m e n t d e s a v a n t c e l u i d e s . I m a g i n o n s
q u e v o u s j o u i e z à l a d e u x i è m e l e v é e . E s t b o n d ti d e l ’ A s
e t c o n t r e - a t t a q u e à . V o t r e c o n t r a t n ’ e s t p l u s a s s u r é !
V o u s ê t e s d é s o r m a is e n d e m e u r e d e n e p a s v o u s t r o m p e r
à ( e t / o u à ) , s i n o n l a l e v é e e n c a i s s e u n m i n i m u m
d e c i n q p l i s ( d e u x c a r t e s n o ri e s e t a u m o i n s t r o i s ) .
7 4 3
1 0 6 5
A D 5
R V 1 0 5
Entame : D a m e d e ( le 2 e n E s t) .
D
D
1 0
6
6 5 2
9 8 7
9 8
N
O
E
S
4
R
A
R
A
V 10 9
V
V 4 3
3 2
Takuzu
grille
558
Sudoku
grille
2
1
9
8
3
5
4
6
7
3
5
4
1
7
6
9
2
8
2
4
5
9
7
8
3
1
6
2605
7
6
8
2
4
9
3
1
5
grille
6
1
9
4
2
3
7
5
8
QUI
GAGNERAIT
À ÊTRE POLI
FAIT
PERDRE
PATIENCE
MOTS CROISÉS
E
G E
E N
E R
O
E U
S E
C E
R
I F
M E
E R
U I
R E
1 1 0 1 0 1 0 0 1 0
0 0 1 1 0 0 1 1 0 1
1 1 0 0 1 1 0 0 1 0
FILET DE
SIESTE
AVEC
LA TVA
ION À
CHARGE
NÉGATIVE
M
A
R
G
E
U
S
U
E
L
A S
L
B E
U T
M O
I S I
L
L
E V E
A
N
N
U
L
E
R
A
1 0 0 1 1 0 1 1 0 0
APÉRITIF
AMER
C’EST
ICI
T
I
E
D
I
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R E
L
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B A
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S F
L
U E
S
0 0 1 1 0 1 0 1 0 1
QUI
DESCEND
DU CIEL
ON Y BOXE
ESTAMPE
Q
U
E
S
T
I
O
N
1 1 0 1 0 0 1 1 0 0
AÉRIEN,
TRÈS PUR
QUI SE
RECOUPE
AXE BORNÉ
I
B
G I A T
O N N E
R
D I
C E N
D I
T
B I S
A I D
U S E R
T A I
B E L
I
I R
N E S
E
E P
0 1 0 0 1 0 1 0 1 1
QUI NE
COURT PAS
LES RUES
ID EST
M
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V I L L E
R E A B
S O C C E
T I N
D E R A I
P I L E
T I C
R
N E T
P C
A C
E T
A
E T A B L
E G R E
C R E U S
0 1 1 0 0 1 0 0 1 1
ÉPONGEA
MÉTAL
ÉQUIPE
SPORTIVE
SOLUTIONS DES JEUX
DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
SOUTENEUR
LÉSION
EN FACE
FROMAGE
BATAVE
IL SE TAPE
LE TRONC
LE CHROME
EN BREF
DÉMARREUR
6
0 0 1 0 1 0 1 1 0 1
C’EST
CONTRE
RAPPORT
CONSTANT
CONVIÉ
FEUILLET
DE PROPAGANDE
9
5
C’EST DU
SOLIDE
NETTOYÉ
AVEC LE
HÉRISSON
MILIEU
TRÈS
PRIVILÉGIÉ
8
7 2
1
8 7
6 5
8
AIR DE DIVA
AVÉRÉ
ÇA SORT
APRÈS
COUP
7
8 5
1
3 6
6
3
1
DÉGUERPIRA
PRONOM
9
7 4
PAYS DE
TÉHÉRAN
ABRI DE
BLEUS
BLÉ
ROUMAIN
eXPerT
4
Par Diane Monfort
DÉAMBULE
2608
6
8
2
4
9
7
5
3
1
5
9
1
3
6
8
2
7
4
4
7
3
5
1
2
6
8
9
1
3
5
6
8
4
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9
2
9
4
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7
2
1
8
5
3
8
2
7
9
5
3
1
4
6
9
6
2
1
5
4
8
7
3
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2
1
8
4
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6
3
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3
9
4
5
6
1
2
8
7
7
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6
2
3
9
1
4
5
2606
8
7
3
6
1
5
4
9
2
4
5
7
3
8
6
9
2
1
1
3
8
7
9
2
5
6
4
MOTS COUPÉS
Mots
coupés
boucAn - bouche bouTon - bouveT brèche - breTon breveT - cAnche cAnine - cAnTon cAnTor - chèque cheveT - croche croqué - croTon mArbre - mArche mArine - mArque menine - menTon menTor - nombre nominé - Prêche Prénom - Proche Pronom - ProPre ProTon - Torché Torque - velcro velveT.
Par Arthur Gary
Assemblez les huit groupes de trois lettres deux
par deux pour former au moins dix mots de six
lettres. Un même groupe de lettres peut être
utilisé plusieurs fois pour des mots diférents.
B O T
G E T
G O U
L I S
P I E
R O U
T E R
T I N
1
2
3
4
5
6
A
R
7
D
8
4 3 2
6 2
9 8 7
7
8
9
10
A
Remplir la grille avec les chifres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
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lundi 6 août 2018 LE FIGARO
18
L’ÉTÉ DU FIGARO
1/6
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qui
de pouvoir en
parler.
George Orwell
(deuxième rang,
troisième en partant
de la gauche)
dans la police impériale
en Birmanie, en 1927.
U KYAW THEIN/
COURTESY NYO KO NAING
PRIVATE COLLECTION
Le sale boulot de l’Empire
ADRIEN JAULMES £@AdrienJaulmes
ENVOYÉ SPÉCIAL À KATHA (BIRMANIE)
Le fleuve immense roule ses eaux
chocolat le long des berges de la
petite ville. Descendu vers le sud
par des paquets d’herbes et des
convois flottants de bois de teck,
remonté vers le nord par de longs
bateaux pétaradant qui saluent la
rive de coups de klaxon, l’Irrawaddy reste, comme à l’époque du
poème de Kipling Mandalay, la
grande artère commerciale qui traverse la Birmanie. En bas du quai
pentu, des femmes lavent leurs
cheveux en même temps que leur
linge et des garçonnets nagent entre les roseaux. Le soleil fait briller
les toits pointus des pagodes où des
bouddhas sourient, songeurs sous
la garde des chinthes géants. Le
long de la promenade passent des
moines au crâne rasé en toges couleur jambon de Parme, des mâcheurs de noix de bétel au sourire
ensanglanté de vampires et des
jeunes filles en amazone derrière
les vélomoteurs, des tourbillons de
poudre jaune sur les joues pour
protéger leur teint du soleil.
Le monde moderne n’a transformé Katha que superficiellement. Des guirlandes de néon clignotent autour des temples, des
triporteurs ont remplacé les chars
à buffles et des écrans de télévision éclairent du vert hypnotique
des pelouses de football l’intérieur
des cafés. Des banques et des magasins de téléphones portables ont
ouvert et des paraboles satellites
ont poussé sur les maisons de teck
aux toits de tôle. Mais pour le reste, la petite ville du nord de la Birmanie est restée à peu près la
même qu’au moment de l’arrivée
en décembre 1926 d’un certain
Eric Blair, le nouveau DSPO (District Superintendent Police Officer) de la police coloniale britannique. Katha est le dernier poste
de celui qui ne s’appelle pas encore George Orwell.
S’il n’a pas vraiment choisi sa
carrière, le jeune Eric Blair a des
liens personnels avec les Indes, où
il est né en 1903, dans la petite ville
de Motihari, dans l’actuel État indien du Bihar. Son père est fonctionnaire subalterne dans la Section Opium du gouvernement
colonial, invraisemblable organisme chargé du commerce officiel
de la drogue à destination de la
Chine ; sa grand-mère maternelle,
Limouzin, vit à Moulmein, dans le
golfe du Bengale. Élevé en Grande-Bretagne, comme beaucoup de
rejetons de familles anglo-indiennes, il revient en Birmanie par nécessité plus que par inclination.
“
Je compren ais
qu e n on seu lemen t
je devais fu ir
l’impérialisme, mais
au ssi tou te forme de
domin ation de l’h omme
par l’h omme
”
GEORGE ORWELL, EN PARLANT
DE SON EXPÉRIENCE EN BIRMANIE
Après des études comme boursier à Eton, la plus élitiste des public schools anglaises, mais sans argent pour poursuivre ses études à
l’université, le jeune Blair s’est engagé à 19 ans dans la police coloniale. Il sert dans des postes variés,
à Moulmein et à Insein, aujourd’hui encore la plus grande prison
birmane, avant d’arriver à Katha.
Ces cinq années marquent le
jeune homme pour la vie ; elles le
dégoûtent à jamais de l’impérialisme et le renforcent dans sa détermination à devenir écrivain. Elles
inspirent aussi son premier roman,
publié en 1934 : Une histoire birmane, cruelle description du système
colonial britan-
nique. Les Indes d’Orwell ne sont
pas celles de Kipling, à l’égard duquel il oscille entre admiration et
agacement. Pas de nostalgie pour
l’Est de Suez, ni de merveilleuses
histoires comme celle de Peachy et
Dravot de retour du Kafiristan, ou
de Kim à cheval sur le canon de
Lahore : les représentants de l’empire sont imbibés d’alcool, mesquins, ridicules et racistes. Le Club
européen est sordide, le billard est
couvert d’insectes morts, la chaleur insoutenable et le gin tonic
tiède.
Une histoire birmane est un roman sans pitié. Le protagoniste,
John Flory, employé d’une compagnie forestière, nourrit la même
détestation qu’Orwell pour la société coloniale à laquelle il appartient. Marqué par une tache de vin
qui le défigure, le pauvre Flory
tombe amoureux d’Elizabeth, une
pimbêche arrivée d’Angleterre à la
recherche d’un mari. Seul ami
blanc d’un médecin indien qui ne
rêve que d’appartenir au Club
européen, Flory est peu à peu mis à
l’écart par la petite communauté
coloniale, jusqu’à ce qu’un fonctionnaire birman fourbe et cruel
ne précipite sa chute. L’action se
déroule dans la ville imaginaire de
Kyauktada (en birman, l’« échelle
de pierre » ou le « débarcadère »),
après que son éditeur lui a demandé de changer le nom de Katha par
crainte de procès.
Car pour le reste, tout est pratiquement identique aux descriptions du roman. « On peut se promener dans Katha avec le livre à la
main, tant Orwell a été fidèle à la
topographie des lieux », dit Nyo Ko
Naing. Dans la grande salle de son
bar, le Zone Café, au centre de Katha, cet artiste et designer a affiché un portrait de l’écrivain, dont
il est devenu un spécialiste. « Dans
les années 1990, quand j’étais étudiant à Mandalay, je ne connaissais
rien de lui ni de sa vie, dit-il. Seuls
Extrait
En 1926, celui qui ne s’appelle pas encore George Orwell mais Eric Blair est policier
dans une petite ville de la Birmanie coloniale. Une expérience qui le marquera à vie.
Une histoire
birmane
« Dès lors, chaque
année avait été pour lui
plus solitaire et plus
amère encore que
la précédente.
Ce qui, désormais,
dominait ses pensées
et empoisonnait toutes
choses était la haine,
toujours plus violente,
de l’atmosphère
d’impérialisme dans
laquelle il baignait…
il avait saisi la vérité
au sujet des Anglais
et de leur Empire.
L’Empire des Indes
est un despotisme
- bien intentionné,
à n’en pas douter,
mais un despotisme
qui a le vol
pour finalité. »
les étrangers lisaient Une histoire
birmane : c’était à l’époque de la
junte militaire, et le livre était interdit. Un jour, j’ai rencontré un
Suisse qui m’a expliqué que l’intrigue se déroulait en fait à Katha et
m’a posé beaucoup de questions
auxquelles j’étais bien incapable de
répondre. C’est à ce moment-là que
j’ai commencé à m’intéresser à
Orwell et à son époque. »
Devenu historien amateur, exhumant de vieilles cartes et d’anciennes photos rongées par l’humidité, Nyo Ko Naing a
patiemment recherché les lieux
décrits par Orwell. Il découvre ainsi que la grande maison de brique
rouge, abandonnée au milieu d’un
grand jardin en friche et présentée
aux visiteurs comme celle de
l’écrivain (et encore ainsi répertoriée dans la grande mémoire d’Internet), était en fait celle du commissaire de district. « Celle où vivait
Orwell est toujours celle du chef de la
police locale : les régimes changent,
les fonctionnaires demeurent ! » La
voiture de police est garée sous un
auvent et la famille du major laisse
gentiment visiter les lieux.
Construite en teck sombre, ce bois
imputrescible dont la Birmanie est
le principal exportateur, posée sur
des pilotis de ciment en protection
contre les termites, la maison est
un extraordinaire travail de menuiserie où tout est façonné et taillé
à la perfection, jusqu’aux barreaux
de la balustrade qui coulissent pour
aérer les pièces.
Le court de tennis, où Flory joue
avec Elizabeth, existe encore, ainsi que le bâtiment du club colonial. « Le lit du fleuve a juste un peu
reculé », indique Nyo Ko Naing en
montrant la fenêtre par laquelle
Flory s’échappe pour aller chercher du secours pendant l’émeute
des indigènes. On n’y sert plus de
gin tonic : l’édifice est devenu le
siège de la coopérative locale et la
salle, occupée par des tables où
des fermiers viennent demander
des microcrédits.
Non loin de la statue dorée du
général Aung San, père de l’indépendance et de l’ancienne opposante Aung San Suu Kyi, au prix
Nobel aujourd’hui controversé, se
dresse toujours la petite église anglicane Saint-Paul, où Flory est
publiquement humilié par sa maîtresse birmane, avec sa cloche
aigrelette qui tinte en haut du clocher fait de quatre madriers.
Avec quelques amis, Nyo Ko
Naing a fondé une société historique visant à préserver la mémoire
de l’écrivain. Ils ont déblayé et
nettoyé la maison du commissaire
de district pour en faire un musée,
dessinant les panneaux et peignant
ses portraits. « Orwell est un auteur
de renommée mondiale, dit Nyo Ko
Naing, et Katha ne peut que bénéficier de cette notoriété. » Depuis,
deux nouveaux hôtels ont ouvert
leurs portes. L’un d’eux a appelé
son restaurant le Kyauktada.
La Birmanie est le premier grand
épisode formateur du futur George
Orwell. Il découvre dans la touffeur
de l’Asie les ressorts profonds du
système colonial, dont il a été l’un
des rouages, et qu’il décrit comme
« le sale boulot de l’Empire ». Après
six mois à Katha, il demande un
congé anticipé. De retour en Angleterre à l’été 1927, il annonce à sa
famille qu’il démissionne de la police indienne. « Je comprenais que
non seulement je devais fuir l’impérialisme, mais aussi toute forme de
domination de l’homme par l’homme, écrit-il plus tard en parlant de
son expérience birmane. Je voulais
m’immerger, descendre parmi les
opprimés, être l’un d’eux et de leur
côté contre les tyrans. »
En Birmanie, la fin de l’administration coloniale au moment de
l’indépendance n’a pas signifié
celle de la tyrannie. En 1962, un
coup d’État militaire instaure une
dictature dont certains aspects
rappellent d’autres ouvrages
d’Orwell. « Pendant longtemps, la
blague courait que la Birmanie
n’avait pas seulement inspiré Une
histoire birmane, mais aussi La
Ferme des animaux et 1984 », dit
Thurein Win, qui vient d’achever
la première traduction en birman
des Essais d’Orwell. Deux de ses
meilleurs textes sont inspirés de sa
période coloniale : Une pendaison,
réquisitoire contre la peine de
mort, et Abattre un éléphant, dont
la première phrase résume à elle
seule son expérience birmane : « À
Moulmein, en basse Birmanie,
j’étais détesté par un nombre considérable de gens, la première fois de
ma vie où je paraissais suffisamment important pour que cela puisse
m’arriver. » Il fera en sorte de ne
jamais revivre cette expérience. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Sur le pavé parisien...
CHRONOLOGIE DE
GEORGE ORWELL
A
Katha
Sert dans
la police impériale
en Birmanie
BIRMANIE
(Myanmar)
Naypyidaw
Golfe du
Bengale
Rangoun
Mer
d’Andaman
1922-1927
1903
1917-1921
Naissance
Boursier
à Motihari, à Eton, l’école
aux Indes
de l’élite
anglaise
1928-1929
Vit dans
la misère
à Paris et
à Londres
1933
1936
1937
1943
1945
1946-1948
1950
Meurt
S’installe
Combat
Voyage
Prend le nom
Chroniqueur Publication
de la
de G. Orwell dans le nord dans les rangs à la BBC de La Ferme dans l’île de
pour signer industriel de républicains au service de des animaux, Jura (Écosse) tuberculose
son 1er livre l’Angleterre en Espagne la propagande son 1er succès où il écrit
1984
international
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 6 août 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
FABIEN CLAIREFOND
BRANGUES,
30 JUIN-2 JUILLET :
DU CÔTÉ DE CHEZ PAUL
Le
Carnet
DE JACQUES
JULLIARD
L’historien* revient
sur la victoire des Bleus
à la Coupe du monde.
Pour une fois, personne n’a
trouvé à redire au grand
tumulte identitaire,
et c’est tant mieux.
La France a su renoncer
au culte de la défaite,
mais il ne faudrait pas
qu’elle abandonne aussi
le panache. L’essayiste
analyse l’affaire Benalla,
qui a révélé selon lui l’esprit
de cour qui règne autour
d’Emmanuel Macron.
Il considère cependant
qu’en se lançant dans une
dénonciation hyperbolique
l’opposition ne s’est pas
grandie. Enfin, du château
de Paul Claudel
aux Chorégies d’Orange,
il nous emmène découvrir
ses plaisirs culturels
de l’été.
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
« Moi, je n’oserais pas », aurait répondu
Claudel à Jean-Louis Barrault, qui lui
demandait, pour les besoins de la mise en
scène, de modifier une scène du Soulier
de satin. Pure provocation de la part
du dramaturge, qui a passé son temps
à remettre sur le métier des œuvres
déjà produites, et qui témoigne non pas,
comme le croiraient les imbéciles,
d’un orgueil démesuré, mais au contraire
d’une manière d’humilité devant
le personnage qu’il lui avait été donné
d’incorporer…
Nous sommes à Brangues (Isère),
à mi-chemin entre Lyon et Chambéry,
dans le château où Claudel a terminé ses
jours, et qui lui ressemble : haut, massif,
plein de dépendances et de surprises,
« jeune ensemble qu’éternel ».
Car Claudel est un paradoxe qui
n’en finit jamais. Cet homme de droite
est un diplomate de gauche ; ce prétendu
vichyssois est un antipétainiste enragé,
comme en témoigne son Journal ;
ce franquiste affirmé fut un des rares
écrivains à s’élever avec violence contre
les lois antisémites de Vichy ; cet homme
grave a un sens inné de l’humour.
Avisant, à la librairie Lardanchet, de
Lyon, la bande d’un ouvrage, « Claudel,
le grand auteur comique », il s’écrie :
« Enfin quelqu’un qui m’a compris ! »,
pour feindre le dépit quand il s’aperçoit
que c’est « cosmique » qu’il faut lire…
Depuis six ans, les Rencontres Claudel
sont désormais intégrées dans un
ensemble plus vaste, que Robin Renucci,
grand acteur claudélien, a baptisé
« le solstice de Brangues ».
C’est ainsi qu’on a pu successivement
y entendre avec plaisir des pièces
qui sont les deux sommets opposés
du théâtre français, le dépouillement
janséniste de la Bérénice de Racine et le
foisonnement baroque du Soulier. Hélas,
le verset claudélien comme l’alexandrin
s’accommodent mal de la diction brève,
saccadée, ignorante des diphtongues
du « parler jeune »…
Superbe réussite dramatique
en revanche que cette Jeanne d’Arc de
Joseph Delteil, un grand oublié, que
Christian Schiaretti, maître des lieux,
et authentique héritier de Jean Vilar,
avait déjà mis en scène lorsqu’il était
à Reims. Une bouteille de plastique
blanche, amoureusement bercée,
devient l’agneau que Jeanne a pris dans
ses bras ; tenez : dans ce grand chiffon
rouge, on reconnaît sans hésitation
l’évêque Cauchon ; et ce tabouret
renversé, les quatre fers en l’air, c’est à
n’en pas douter le petit roi de Bourges…
Cette mise en scène de la suggestion,
c’est la vraie magie du théâtre, surtout
lorsqu’elle est servie par une comédienne
comme Juliette Rizoud, inspirée,
formidable d’énergie intérieure,
qui met en place le décor, tout en
proférant pendant près de deux heures,
devant un public constamment tenu en
haleine, la magnifique langue de Delteil.
Le réaménagement des Rencontres
de Brangues est en cours, avec le projet
de lui consacrer de façon permanente
une partie du château appartenant
en copropriété à la famille Claudel
et d’installer un théâtre de verdure.
Il ne faudrait pas trop tarder à prendre
une décision.
Dans le même esprit, à l’occasion
du cent cinquantenaire de la naissance de
Claudel, Christian Schiaretti et le Théâtre
national populaire (Villeurbanne)
préparent en collaboration avec le
Théâtre des Gémeaux de Sceaux la
représentation de L’Échange (première
version) avec notamment Francine Bergé
et Robin Renucci dans le rôle de Thomas
Pollock Nageoire. L’Échange, c’est à la
fois l’argent et l’amour, la trahison et la
fidélité. Un chef-d’œuvre de jeunesse, où
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Il y a entre
le Onze de Didier
Deschamps et la
France d’Emmanuel
Macron le goût
commun de la
victoire à tout prix,
quitte à oublier un
peu le panache
»
chacun des personnages est une figure
de l’auteur. Quatre Claudel pour le prix
d’un seul.
Rendez-vous à Sceaux du jeudi
15 novembre au samedi 1er décembre,
du mercredi au samedi à 20 h 45
le dimanche à 17 heures.
CHEZ JACQUES
ET MICHÈLE B., 15 JUILLET :
FIN DU COMPLEXE
DE POULIDOR
Par quel miracle l’équipe de France
de football a-t-elle marqué quatre buts
à une équipe de Croatie qui la dominait
assez nettement ? Appelez cela
de l’opportunisme, de la chance,
ou invoquez la bonne étoile de Didier
Deschamps. Vous dites vrai, mais ce n’est
là qu’une demi-vérité : c’est la France
tout entière qui avait besoin de changer
et de troquer son panache traditionnel
contre une redoutable efficacité.
Il exista longtemps, au pays
de Vercingétorix et de Bayard, un culte
de la défaite. Une culture de l’héroïsme
inutile, incarné par Cyrano de Bergerac ;
les charges des cuirassiers
de Reichshoffen en 1870 ; celle des élèves
de Saint-Cyr, en gants blancs sur les
bords de la Loire en 1940, contre les
blindés allemands ; le fort Chabrol
du nationaliste antisémite Jules Guérin,
résistant 38 jours à la police qui l’assiège
(1899) ; ou encore Camerone, glorieuse
défaite de la guerre du Mexique (1863)
dont la Légion étrangère a fait sa fête
traditionnelle. Et de Camerone
à Cambronne à Waterloo (1815), il n’y a
qu’un pas : si Austerlitz a fait la gloire
de Napoléon, c’est Waterloo qui,
Victor Hugo aidant, lui a gagné le cœur
des Français. Et si Poulidor y a conservé
une place que n’a jamais occupée
Anquetil, c’est que celui-ci se contentait
de gagner, tandis que « Poupou » était
sublime dans la défaite.
Même chose au football.
Si la victoire de 1998 à la Coupe
du monde, à laquelle s’ajoute désormais
celle de 2018, font la gloire
du Onze national, c’est la défaite
de Séville en demi-finale et la brutale
agression de Schumacher contre
Battiston qui en a fait la légende.
Si nous avions, cette année, disputé
la finale contre l’Allemagne, le monde
entier eût été pour nous, mais nous
aurions encore une fois perdu. Tout cela
est en train de changer. Il y a entre
le Onze de Didier Deschamps
et la France d’Emmanuel Macron
le goût commun de la victoire à tout prix,
quitte à oublier un peu le panache.
16 JUILLET
Nous avons été pris, enveloppés,
entraînés pendant les jours écoulés
dans une sarabande patriotique,
une tornade de cris de joie et de danses,
un déluge de tricolore et de Marseillaise,
comme si se libéraient d’un coup des
sentiments trop longtemps comprimés.
Et même réprimés.
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
Le sens profond de cette explosion
est clair : la France en a assez de faire
pénitence et de voir son histoire
ramenée à ses défaites et à ses crimes. Ce
masochisme pédagogique est en train de
prendre fin : toutes les catégories sociales
et ethniques confondues, elle a décidé
que cela suffisait. Même les docteurs de la
bienséance antiraciste, anticolonialiste,
antifasciste, craignant d’être débordés
et désavoués, ont baissé la garde. Pour
cette fois - ci, on vous pardonne ce grand
tumulte identitaire. D’autant plus, Barack
Obama l’a souligné, que cette équipe
victorieuse est multicolore à souhait.
La fête n’était ni raciste, ni antiraciste,
mais a-raciale, et c’était très bien ainsi.
Du reste, c’est la première fois
à ma connaissance que les cris de
« Vive la France ! », déjà plus fréquents
et plus fervents qu’à l’ordinaire pour
saluer la victoire, se sont accompagnés
de ceux de « Vive la République ! » et
même de « Vive la République laïque ! ».
Quelle défaite et quelle leçon pour tous
les tenants d’une conception punitive
de l’histoire.
Les deux formes de l’utilitarisme
moderne, le marxisme et le libéralisme,
professent que les hommes sont menés
et dominés par leurs intérêts. Cela est
vrai, quand il s’agit des individus.
Mais dès qu’ils se rassemblent,
ce sont les passions qui l’emportent,
pour le meilleur et pour le pire.
Fierté : encore un mot inconnu
du lexique utilitariste.
SAINT-LAURENTDES-ARBRES, 29 JUILLET :
MACRON N’EST PLUS SEUL
Cette affaire Benalla, c’est, selon le mot
de Laurent Joffrin, la souris qui accouche
d’une montagne. Il faut un irrépressible
penchant à l’amplification lyrique pour
y voir l’embryon d’un Watergate à la
française. S’il y eut tabassage, il fut, au vu
des images que l’on a pu consulter, plutôt
léger. La principale faute de Benalla est
en réalité une erreur de casting : quand on
est à l’évidence un homme de confiance
et même un familier du président
de la République, on ne se conduit pas
comme un cogneur de commissariat
En vérité, le vrai scandale n’est pas là.
Il s’est découvert progressivement,
à mesure que l’enquête journalistique
avançait : il est dans la révélation
de l’atmosphère de cour qui entoure
Emmanuel Macron. L’opinion découvre
stupéfaite la fulgurante ascension,
en dehors des procédures habituelles,
d’un costaud de service d’ordre, jadis
licencié par Arnaud Montebourg, et
devenu en quelques mois un personnage
occulte mais comblé de faveurs et
de pouvoirs exorbitants. Le scandale ne
se situe pas à la Contrescarpe, mais bien
à l’Élysée ; car il y a dans la résistible
ascension de M. Alexandre le symbole
de la foudroyante extension du règne du
Bon Plaisir. À travers la sortie de l’ombre
d’Alexandre Benalla, ce que les Français
découvrent, c’est la brutale mutation de
leur président. Le Mozart de l’économie
se révèle, un an plus tard, une sorte de
Talleyrand de la politique. Ce n’est pas
pour lui ni pour cela qu’ils avaient voté.
Seulement voilà… les oppositions
en ont trop fait. Un Martien ou un Huron,
débarquant directement au Palais
Bourbon en cette après-midi du 31 juillet
se serait demandé quelle catastrophe
sans précédent, sauf à imaginer
une combinaison d’Azincourt
et du 10 juillet 40, la France venait de
connaître. Jean-Luc Mélenchon parlait
de « brigands » et d’« une chaîne
ininterrompue de turpitudes à la tête de
l’État », Chenu, un lepéniste, agitait
le spectre du totalitarisme et Chassaigne,
un communiste, parlait d’« une plaie
qui ne se refermera jamais ».
L’indignation de la classe politique tout
entière devant les inqualifiables forfaits
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de Benalla et, indirectement, de Macron
lui-même nous a fait chaud au cœur. Nul
doute qu’à l’avenir les Insoumis seront
impitoyables à l’égard d’un Maduro
au Venezuela, d’un Ortega au Nicaragua,
qui font tirer sur le peuple à l’arme
lourde ; que Marine Le Pen condamnera
sans équivoque les crimes contre les
immigrés et la dérive antidémocratique
de la Hongrie et de la Pologne.
Heureuse faute en vérité,
bienheureuse faute que celle de Benalla,
qui va permettre à tous les hommes
politiques, n’en doutons pas, de sortir
du rôle de comiques et de tartufes
que l’opinion leur attribue !
Trêve de balivernes. L’alliance
« objective » de la droite et de l’extrême
droite avec la gauche radicale, maniant
de concert le discours le plus outré,
le plus mélodramatique, le plus artificiel,
n’a rien de rassurant. Le couple
Melenchon-Jacob a même quelque chose
de patibulaire, qui évoque les alliances
rouge-noir de l’Allemagne d’avantguerre ou les dérives de l’Italie actuelle,
beaucoup plus que les élans généreux
du Front populaire.
Tout le monde a perdu dans cette
affaire, à l’exception d’Édouard Philippe,
que l’on n’attendait pas si tôt. Tandis
que Macron se montrait silencieux
et Collomb pathétique, Philippe, lors
de sa première intervention, a comblé
le vide. Maîtrisé, distancié, il a trouvé
les mots justes et le ton qui convient.
On a découvert qu’il y avait un homme
à la barre. Je ne voudrais pas lui nuire en
prononçant les mots fatals aux premiers
ministres, ceux de la concurrence
avec l’Élysée, mais enfin les Français
découvrent avec un certain soulagement
qu’Emmanuel Macron n’est plus tout
à fait seul en macronie : nous avons perdu
un héros et gagné un recours.
ORANGE, 4 AOÛT :
UNE LITURGIE
Je ne puis concevoir mes vacances
provençales sans le soleil, l’opéra
et la foule qui s’y presse. C’est pourquoi,
à Orange, les Chorégies sont une
véritable liturgie, vieille de près de cent
cinquante ans. Il y manque aujourd’hui
deux personnages qui des années durant
en ont été l’âme : Roberto Alagna, idole
du public, qui a décidé d’y renoncer,
et Raymond Duffaut, leur directeur,
qui par vents et marées a su en faire
un rendez-vous populaire d’excellence.
Jean-Louis Grinda, qui lui a succédé,
annonce son intention de s’engager
dans une voie résolument différente.
C’est ainsi que l’on a pu voir et entendre
cette année deux inédits en ce lieu :
le Mefistofele de Boito et Le Barbier
de Séville de Rossini.
Du premier j’ai préféré la mise en
scène à la musique, du second la musique
à la mise en scène.
Pour Le Barbier, le metteur en scène
Adriano Sinivia a imaginé le tournage
de l’opéra de Rossini : on voit donc
des machineries, des accessoiristes,
des acteurs, des figurants s’affairant
autour du spectacle qui se déroule sous
nos yeux. C’est une variante du théâtre
dans le théâtre : ici le cinéma dans
l’opéra, et inversement. Il en résulte un
joyeux désordre qui fait plus d’une fois
penser à Hellzapoppin et qui n’aurait pas
déplu à Rossini, et à Beaumarchais
lui-même. Le public a adoré, d’autant
que les voix, notamment celles du Figaro
de Florian Sempey et de la Rosine d’Olga
Peretyatko, sont splendides. Bravo donc.
Seul l’empereur Auguste, dont la
statue domine invariablement le mur,
paraissait détaché et un peu réticent.
Car cette mise en scène compliquée
escamote complètement le mur, qui est
un décor incomparable et qui donne à
tout spectacle une dignité particulière,
une sorte de réalité onirique.
Jean-Louis Grinda, n’oubliez pas le
mur, n’oubliez pas Verdi. Verdi est à
Orange ce que Wagner est à Bayreuth,
Mozart à Salzbourg et à Aix-en-Provence :
l’esprit des lieux. Chaque année, pour être
heureux, j’ai besoin d’une certaine dose
de Verdi. C’est ma drogue. Jean-Louis
Grinda, n’oubliez pas Verdi !
* Éditorialiste de l’hebdomadaire
« Marianne ».
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
Commission paritaire n° 0421 C 83022
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Édition nationale
1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
6 pages
A
Fierté : encore un mot inconnu
du lexique utilitariste
19
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 6 août 2018 LE FIGARO
20
L’ÉTÉ DU FIGARO
1/11
[
Histoires d’esp
ions
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
En ce temps-là, l’espionnage était
encore un sport amateur. Un sport
aussi vieux que le monde, sans doute, mais, à la différence de la vieille
Europe, l’Amérique ne l’avait pas
encore professionnalisé.
En juin 1942, six mois après
Pearl Harbour et l’entrée en
guerre des États-Unis, le président Franklin Roosevelt jugea nécessaire de coordonner toutes les ressources du
renseignement militaire. Il
confia cette tâche au général William J. Donovan,
surnommé « Wild Bill »
malgré
son
pedigree
d’avocat et de diplomate.
Cet esprit indépendant
partait de zéro et n’avait
pas le temps de soumettre
chaque recrue à des contrôles de sécurité poussés. À la
tête de l’Office of Strategic
Services (OSS), ancêtre de la
CIA, il s’entoura donc de gens
« dont la loyauté allait de soi, raconte Elizabeth McIntosh dans
Sisterhood of Spies (1) : amis proches, clients, membres des mêmes
clubs, professeurs d’universités huppées, linguistes, écrivains établis. Ce
noyau dur d’aspirants espions appartenait aux strates élevées de la
société. Ils recrutèrent à leur tour des
relations et c’est ainsi que la connotation élitiste de l’OSS fut établie ».
Au point d’être surnommé « Oh So
Social » !
Elizabeth McIntosh (Peet de son
nom de jeune fille) avait 28 ans et le
goût de l’aventure. Née à Washington mais élevée à Hawaï, cette fille
de journalistes avait suivi les traces
de ses parents en devenant reporter. Au matin du 7 décembre 1941,
elle est témoin du bombardement
de la flotte du Pacifique par l’aviation nipponne à Pearl Harbour. Son
article, rédigé le lendemain, ne passe pas la censure militaire. Elle y
décrit les bulles d’air remontant
encore à la surface de l’épave de
l’USS Arizona, coulé avec 2 000
hommes à bord, et les cadavres
d’oiseaux jonchant le sol, tués par
l’onde de choc des explosions. Il lui
faudra attendre 2012 pour le voir
imprimé dans le Washington Post.
Sur le moment, Elizabeth « Betty »
change de journal : le Scripps Howard News l’envoie à Washington
couvrir la Maison-Blanche.
“
Pour Betty,
l’Operation Black Mail
fut un tournant. Elle
y puisa un sentiment
d’accomplissement
personnel que ne lui
avait jamais apporté
le journalisme
OSS
Operation
Black Mail :
la guerre
des « fake
news »
Ancienne
journaliste,
Elizabeth
McIntosh est
recrutée par l’OSS,
en 1943. Elle devint
experte dans la fabrication
d’« infos bidons » destinées à saper
le moral des troupes japonaises.
COLLECTION PERSONNELLE
res, vont exercer leurs talents
sur un front immense baptisé
CBI – Chine-Birmanie-Inde. « Leur
job consistait à mobiliser leur énergie
créatrice pour détruire le moral des
soldats japonais, ainsi que de leurs
familles restées au pays, en leur infectant le virus du défaitisme et le désir d’arrêter la guerre, écrit Ann
Todd dans OSS Operation Black Mail
(2). Le but était de tromper l’ennemi
pour l’amener à se rendre. »
Après une formation plus intellectuelle que militaire - quoiqu’elle
ait inclus le maniement d’une
mitrailleuse sur un golf de
Washington -, Betty s’embarque le
17 juillet 1944 pour l’Inde, équipée
d’un manuel titré This Is No Picnic
(ceci n’est pas une promenade de
santé). Durant les quatorze derniers
mois de la guerre du Pacifique, jus-
”
A
ANN TODD, AUTEUR
D’OSS OPERATION BLACK MAIL
Dans la capitale, la journaliste est
approchée au printemps 1943 par un
commandant au look intello intéressé par sa maîtrise du japonais. Elle
l’a étudié à Hawaï, vivant un temps
chez son professeur, Keiko Watanabe, avec l’ambition d’obtenir un
poste de correspondante en Asie.
« Avez-vous envisagé de travailler
pour le gouvernement ?, lui demande
l’officier. Vous pourriez être très utile. Je ne peux pas vous dire de quel
travail il s’agit, mais je peux vous garantir que vous voyagerez. » C’est
tout ce qui motive la reporter.
La nouvelle recrue est d’emblée
affectée à la division ExtrêmeOrient des « Morale Operations »
(MO), le laboratoire de la guerre
psychologique. Elle y côtoie une galerie de personnages pittoresques,
un photographe, une dessinatrice,
un cartographe, un ornithologue
diplômé de Harvard… Ces polyglottes, dont plusieurs ont grandi en
Chine avec des parents missionnai-
Durant la Seconde Guerre
mondiale, la jeune
Américaine Elizabeth
McIntosh a mené
d’incroyables opérations
de propagande sur le
théâtre d’Asie-Pacifique.
qu’à la reddition japonaise du
2 septembre 1945, elle sera affectée
d’abord à New Delhi, puis à Calcutta, enfin à Kunming, en Chine, derrière les lignes ennemies.
Son inventivité en fera une
championne de la désinformation,
une artiste des « fake news », ces
« infos bidon » qu’on retrouve au
cœur de polémiques très actuelles.
Les interférences russes dans les
élections aux États-Unis et en Europe les ont remises au goût du jour, et
Donald Trump ne cesse de les invoquer pour désigner les médias qui lui
déplaisent. À ceux qui pensent qu’il
s’agit d’un jeu, cette histoire rappel-
]
Trahison, ambit
ion, jalousie, idé
manipulation…
les grandes aff ologie, argent, sexe,
parfois changé
air
le destin du mo es d’espionnage ont
aussi des histoi
nde mais elles
res humaines.
son
Et l’actualité mo t toujours
cette vie de l’o
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retrace quelque re est plus dense que jamais
. Le Figaro
s-unes de ces
étonnantes pa
certaines célèb
ges
d’Histoire,
res et d’autres
moins connue
s
le que la propagande est une arme et
que la guerre de l’information peut
influer sur les événements.
Jusqu’à la création de l’OSS, l’armée américaine faisait principalement de la communication « blanche » (white mail), comme le
largage de prospectus ostensiblement produits par le Pentagone,
appelant l’adversaire à déposer les
armes ou la population à se soulever. Avec les Japonais, soumis à un
code d’honneur fanatique – plutôt
seppuku que la défaite –, l’état-major américain jugeait l’effort assez
vain. « Il y avait des rapports émanant du front à propos de soldats nippons se livrant à des danses rituelles
frénétiques sous la mitraille, criant le
nom de l’empereur ou des insultes en
anglais, raconte Ann Todd. Ils piégeaient des cadavres et faisaient de
fausses offres de reddition pour attirer les Américains dans des embuscades. Les récits d’atrocités,
réelles ou imaginaires, étaient tellement fréquents qu’ils rendaient
improbable l’idée qu’un soldat japonais puisse se rendre. »
« Tuer ou être tué », telle était
la nature de cette guerre. Mais la
propagande de « l’ombre » (black
mail) offrait un espoir. Jusqu’à
Betty McIntosh, elle se limitait à
imprimer de faux journaux et à
diffuser des programmes radio en
japonais comme s’ils provenaient
de l’Archipel. La nouvelle recrue
des MO va avoir une révélation
devant un sac postal saisi fin 1944
dans la jungle birmane : 500 cartes
de soldats adressées à leurs familles
au Japon et déjà passées par la censure. Celles écrites au crayon pouvaient être falsifiées – une pratique
testée par les Britanniques durant la
Première Guerre mondiale. Betty et
son équipe vont insérer des « fake
news » dans de vraies missives : les
soldats se plaignent soudain de
manquer de munitions, évoquent
des bombardiers ennemis les survolant quotidiennement, indice
d’un pilonnage prochain du Japon,
s’inquiètent pour leurs proches en
cas de défaite…
La méthode va fonctionner dans
les deux sens. Les courriers militaires seront spécifiquement ciblés
pour intercepter leur cargaison et
envoyer au front des récits angoissés ou plaintifs de parents restés au
pays : des épouses prétendent
n’avoir reçu que quatre lettres en
cinq ans, une voisine est tombée
enceinte alors que son mari était
à la guerre, la santé des enfants
pâtit du rationnement sévère…
De quoi saper le moral des
troupes. « C’est la première
incursion de l’armée américaine au Japon », applaudit
le colonel Ray Peers, commandant du Détachement
101 de l’OSS dans le nord de
l’Inde. « Pour Betty, l’Operation Black Mail fut un
tournant, écrit Ann Todd.
Elle y puisa un sentiment
d’accomplissement personnel que ne lui avait jamais
apporté le journalisme. »
Sur sa lancée, la jeune espionne va exploiter les
points faibles qu’elle a identifiés chez l’ennemi. L’une de
ses rumeurs favorites s’appuie
sur « la peur du Russe », fréquemment évoquée dans les
journaux intimes saisis sur des
soldats nippons : la crainte avouée
de voir déferler de Mandchourie
des hordes cosaques venues venger
les massacres de la guerre russo-japonaise de 1905. La superstition
étant également répandue chez
l’ennemi, elle a recours aux prédictions astrologiques d’un gourou indien, Pundit Inbramunyum Rao, et
d’un sage chinois, Wua Yan Chuhe, l’Ermite des Nuages , entièrement sortis de son imagination.
Leur science est d’abord validée
grâce à des journaux antidatés annonçant des événements réels. Ils
peuvent ensuite prédire des catastrophes avec un certain impact sur
le moral de la troupe.
Début août 1945, l’Ermite prophétise ainsi une grande catastrophe imminente, « quelque chose
que nous ne pouvons même pas
nommer tellement c’est affreux, cela
va éradiquer toute une zone du Japon ». Le 6 août, la première bombe atomique est larguée sur Hiroshima.
Betty
peinera
à
convaincre ses collègues médusés
qu’elle n’était pas au courant de
cette opération ultrasecrète…
Mais le chef-d’œuvre de celle qui
finira la guerre avec le rang de capitaine, à la tête des Morale Operations pour tout le CBI, est sans doute
l’envoi d’un ordre falsifié du gouvernement japonais à l’état-major
des forces impériales à Rangoun,
rendu crédible par de récents changements politiques à Tokyo. La
fausse consigne abroge les punitions pour reddition : « En conséquence, sous certaines conditions
strictes – lorsque les soldats sont en
situation désespérée d’infériorité numérique, trop faibles pour combattre
ou à court de munitions – », déposer
les armes n’est plus un déshonneur.
Betty McIntosh, qui a toujours préféré emporter un rouge à lèvres
dans son sac plutôt qu’un colt, a
ainsi « sauvé des vies des deux côtés », soulignera Bill Clinton lors du
50e anniversaire du Débarquement
en 1994.
Après la guerre, Betty a continué
à servir son pays avec sa plume.
D’abord à la radio La Voix de
l’Amérique, puis à la CIA jusqu’en
1973. Sa couverture, pour certaines
opérations, fut la sortie en traduction étrangère des deux livres pour
enfants qu’elle écrivit dans les années 1950, après ses Mémoires en
1947 sous le titre Undercover Girl.
Betty Mcintosh est morte à 100 ans
en 2015. ■
(1) Sisterhood of Spies. The Women of the
OSS, Naval Institute Press, 1998.
(2) OSS Operation Black Mail. One Woman’s
Covert War Against the Imperial Japanese
Army, Naval Institute Press, 2017.
RETROUVEZ DEMAIN :
L’espion français
qui défia de Gaulle
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 6 août 2018 LE FIGARO - N° 23 011 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
TEREOS
BISBILLES ENTRE
LES COOPÉRATEURS
DU GÉANT SUCRIER PAGE 24
CULTURE
LA FLAMBÉE DES COÛTS
DE SÉCURITÉ MENACE
L’ÉQUILIBRE DES FESTIVALS PAGE 24
Les super-héros, agents
de la domination de Disney
Le rachat de 20th Century Fox donne au groupe un quasi-monopole sur
les franchises. Il les exploite en films, produits dérivés et dans ses parcs. PAGE 22
le PLUS du
FIGARO ÉCO
Nerd, la pépite
française au service
de Nintendo
PAGE 25
ARMELLE BOHINEUST
Technip sommé de
À Wall Street, des « clauses Weinstein » remédier au mal-être
pour se protéger des scandales sexuels de ses salariés
L'HISTOIRE
ouragan Harvey Weinstein
(photo), le producteur
hollywoodien accusé de viols
et harcèlement sexuels,
n’aura pas laissé insensibles
les financiers de Wall Street. Certains
contrats de fusion d’entreprises
sont désormais assortis de « clauses
Weinstein » en vue de prémunir
les investisseurs contre des scandales
sexuels, explique l’agence
de presse américaine
Bloomberg. Révélée
en octobre 2017, l’affaire
Weinstein a provoqué
une onde de choc
d’envergure planétaire,
mené à de nombreuses
accusations contre des
personnalités issues
d’horizons divers et,
plus largement, relancé
le débat sur la place
publique sur le
harcèlement sexuel
des femmes. Dans
l’ombre, les conseillers
financiers de la place
L’
JEUX VIDÉO
Les menaces et les sanctions de Donald Trump sont loin de produire, pour
l’instant, l’effet attendu. Alors que le
président américain n’a qu’une idée en
tête, réduire le déficit commercial, celui-ci s’est creusé en juin. Pour les
biens et services, il s’est établi à
46,3 milliards de dollars, en hausse de
7,3 % par rapport à mai. La situation
s’est détériorée avec tous les grands
partenaires de Washington visés par la
guerre commerciale. Le déficit a augmenté de 1,3 % avec la Chine, 22,4 %
avec le Canada, 14,25 % avec le Mexique et 7,8 % avec l’Union européenne.
Les États-Unis ont vu leurs exportations reculer de 200 millions de dollars
dans l’aéronautique et de 900 millions
dans l’automobile. À l’inverse, leurs
importations ont progressé en juin, en
particulier pour les médicaments (en
hausse de 1,5 milliard de dollars) et les
produits pétroliers (+ 1,2 milliard) pénalisés par la hausse des cours.
Le soja est l’un des rares produits à
répondre aux vœux de Donald
Trump : ses exportations ont augmenté de 1,6 %. Mais cela s’explique
sans doute par la volonté des acheteurs, en particulier chinois, de faire le
plein de stocks avant l’entrée en vigueur des taxes douanières.
Donald Trump a mis en place des
taxes supplémentaires sur la plupart
des importations américaines d’acier
et d’aluminium. Début juillet, il a imposé 34 milliards de dollars de produits
chinois et il menace de taxer 200 milliards de biens supplémentaires vendus par la Chine. Ses partenaires ont
riposté en renchérissant les importations de produits américains.
de New York ont, eux aussi, vite rebondi.
Quelques mois seulement après l’explosion
du scandale, ils utilisent leur créativité
juridique pour s’adapter à ce nouveau
contexte. Avec ces « clauses Weinstein »
ajoutées aux contrats de fusion,
les acquéreurs d’une entreprise obtiennent
la garantie, par écrit, que personne n’a accusé
de harcèlement sexuel les directeurs
ou encore les cadres qui gèrent un nombre
important d’employés,
explique Bloomberg.
En outre, certains ont
négocié la possibilité
de récupérer une partie
de leur argent
si un « comportement
inapproprié » est révélé et
affecte la société, précise
l’agence de presse. Cette
année, au moins sept
accords impliquant des
entreprises cotées en
Bourse issues de différents
secteurs tels que
l’immobilier et l’hôtellerie
ont intégré cette clause. ■
MANON MALHÈRE
Le malaise social chez Technip France inquiète la direction du travail. La situation
est « dangereuse », affirme la
direction régionale des entreprises, de la concurrence,
de la consommation, du travail et de l’emploi (Dirrecte).
Elle donne six mois au groupe
de services pétroliers pour
procéder à « une évaluation
des risques dans l’ensemble »
de l’entreprise et « mettre en
œuvre un plan d’action ».
Technip, qui compte 3 000 salariés dans l’Hexagone, a fusionné début 2017 avec l’américain FMC Technologies pour
devenir TechnipFMC. Et, en
France, le moral des équipes
s’est dégradé. Des salariés
« pleurent », les démissions
explosent (136 en 2017 et 80
depuis le début de l’année),
trois salariés se sont suicidés
depuis 2015… Le mal-être est
« aigu », détaille un délégué
CFDT en expliquant que la fusion a renforcé une situation
dégradée depuis la crise du
pétrole en 2014-2015. Les difficultés « liées à un type de management », une très forte
charge de travail, des heures
supplémentaires non déclarées et des salariés « qui ne se
projettent plus », ajoutés à des
rumeurs de cession de l’activité onshore-offshore, créent
une situation « anxiogène ».
La direction de Technip assure s’en préoccuper. « Nous
avons commencé un travail
approfondi depuis avril pour
inclure » les risques psychosociaux dans le document
d’évaluation des risques professionnels et « mettre en place un plan d’action approprié », a indiqué une porteparole de TechnipFMC.
Afin de « rétablir un dialogue
social plus constructif », la
direction de Technip, assignée en justice par les instances représentatives du
personnel et les syndicats
CFDT et CGT, a par ailleurs
proposé une médiation
A. BOH
judiciaire.
Savoir, c’est pouvoir.
A
20TH CENTURY FOX/THE WALT DISNEY COMPANY, E. MUNOZ ALVAREZ/AFP, NINTENDO
X-Men,
L’Affrontement
final.
ÉTATS-UNIS :
LE DÉFICIT
COMMERCIAL
SE CREUSE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 6 août 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
Avec la Fox, Disney s’arroge le
quasi-monopole des super-héros
Le groupe va pouvoir rapatrier Deadpool, les X-Men et les Quatre Fantastiques au sein
du giron Marvel. De quoi multiplier les scénarios à l’infini en croisant les franchises.
du divertissement. Sachant que les
super-héros ont pris le pouvoir au cinéma et qu’ils sont plébiscités par le
grand public ces dernières années,
Disney devrait en profiter pour remplir un peu plus ses caisses. Depuis
qu’il a fait tomber Marvel dans son
escarcelle, la fabrique de justiciers
lui a déjà rapporté 17 milliards de dollars au boxoffice mondial. Sorti fin
avril, Avengers : Infinity
War est entré dans le club très
fermé des films ayant franchi la
barre des 2 milliards de
recettes en salle.
Black Panther, arrivé sur les écrans
en février, a fait
vendre
pour
1,35 milliard de
dollars de tickets.
Et les super-héros
de l’animation Indestructibles 2,
2
sous pavillon
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
CINÉMA Mais où s’arrêteront donc
les superpouvoirs de Disney ? Après
une lutte intense avec Comcast, la
firme de Burbanks a finalement
réussi à mettre la main sur les actifs
de la Fox, moyennant un chèque de
71,3 milliards de dollars. Entre
autres vertus, ce rachat va permettre
à la souris d’épingler de nouveaux
super-héros à son tableau de chasse
déjà bien fourni. Avec le rachat des
studios Marvel en 2009 pour 4 milliards de dollars, Disney avait déjà
mis la main sur des milliers de personnages, dont Captain America,
Thor ou Black Panther. Lui manquaient en revanche trois licences dont Marvel avait vendu les
droits d’adaptation à la Fox dans
les années 1990 : X-Men, les
Quatre Fantastiques et Deadpool. Pour ces dernières, c’est
donc en quelque sorte un retour
à la maison.
Après ce rachat de la Fox, quatre
grandes licences de super-héros
échapperont encore à la mainmise
de Disney : Superman, Wonder
Woman, Batman, qui appartiennent à l’écurie DC Comics
(Warner Bros), et Spiderman,
licence Marvel toujours détenue par Columbia (Sony).
Pas de quoi inquiéter le
PDG de Disney, Bob Iger.
Avec un catalogue riche
de 7 000 justiciers estampillés Marvel, son groupe
a de quoi multiplier les
scénarios à l’infini en
croisant les franchises. Le
rachat de la Fox « donne à
Disney l’opportunité de rassembler sous un même toit les
X-Men, les Fantastic Four et
Deadpool avec le reste de la
grande famille Marvel, pour créer
des mondes plus riches et plus
complexes de personnages et
d’histoires interconnectés », déclarait en décembre le géant
américain
Disney depuis le rachat des studios
Pixar en 2006, sont en passe d’atteindre le milliard de dollars.
et Pirates des Caraïbes. Concurrencée
par Netflix, qui compte investir
8 milliards de dollars dans les contenus cette année, ou encore Amazon
et Apple, la major est entrée dans une
course à l’armement lourd et tente à
tout prix de doper son portefeuille de
franchises. D’un côté, elle assèche le
marché. De l’autre, elle muscle son
catalogue avant de lancer courant
2019 sa propre plateforme de streaming. D’une pierre, deux coups. ■
Hold-up sur le box-office
En rachetant la Fox, Mickey s’arroge
non seulement le quasi-monopole
des superhéros hollywoodiens, mais
il opère en outre un formidable holdup sur le box-office mondial. Outre
les franchises « testostéronées » de
Marvel, Disney va récupérer les suites d’Avatar,, de James Cameron, plus gros succès de
l’histoire du cinéma avec
2,8 milliards de dollars
collectés. Mais aussi
L’Âge de glace ou Alien,
qui viendront s’ajouter
aux très lucratives licences Star Wars
QUI
DOMINE
LE BOXOFFICE
EN 2018 ?
Parts de marché des
grands studios au 2 août
(source : Box Office Mojo)
35 %
Disney/Buena Vista
13,9 %
Universal
10,3 %
Warner Bros.
9,9 %
20th Century Fox
Deadpool
DISNEY
BUENA VISTA
9,1 %
Sony/Columbia
Deadpool
Captain
America
Thor
Docteur
Strange
X-Men Wolverine
X-Men
TH
20
CENTURY
FOX
Ironman
Black
Panther
Gardiens de Ant-Man
la Galaxie
Les Quatre
Fantastiques
Hulk
Avengers
Univers Marvel
Univers DC Comics
WARNER
BROS
SONY
COLUMBIA
Batman
Superman Green Lantern
Spiderman
Les Quatre Fantastiques
Wonder Woman
À 90 ans, Mickey est contraint de partager la vedette dans les parcs Disneyland
A
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
La Belle au bois dormant auraitelle droit à son château si Disneyland Paris était construit aujourd’hui ? Pas certain. Ouvert en
1992, le parc fait certes toujours la
part belle à la joyeuse bande des
personnages
historiques
de
Disney, emmenée par l’iconique
Mickey et la pimpante Minnie. La
célèbre souris, éternellement jeune, souffle pourtant ses 90 bougies
cette année.
Pour son anniversaire, une « fête
en l’honneur de Mickey » est donnée dans les parcs d’attractions
Disney du monde entier et « bien
Les
« nouvelles
stars
s’appellent
Anna,
Anakin
Skywalker,
Iron Man,
les Quatre
Fantastiques
»
d’autres surprises » doivent rythmer l’année.
Malgré ces hommages appuyés,
Mickey doit désormais partager la
vedette avec d’autres personnages
de la galaxie Disney, devenus
cultes en quelques années. La plupart de ces héros sont tombés dans
l’escarcelle du groupe à la suite de
coûteux rachats. Ils sont clés pour
élargir la cible des consommateurs, séduire les filles comme les
garçons, du tout-petit aux adultes.
Winnie l’Ourson s’adresse aux
plus jeunes. En grandissant, R2-D2
prend facilement le relais de Mickey. La trilogie Star Wars peut
autant plaire aux parents qu’à
leurs enfants. À lui seul, Mickey
n’y suffisait plus.
Les nouvelles stars s’appellent
Anna (La Reine des neiges), Anakin
Skywalker (Star Wars), Iron Man
(Marvel), les Quatre Fantastiques
(Fox). Ces concurrents trustent les
investissements. Avant de se mettre en scène dans les parcs, ils ont
fait la preuve de leur succès au cinéma et dans des produits dérivés.
Nouveaux univers
L’an dernier, pour marquer les
25 ans de son ouverture, Disneyland Paris a placé l’événement
sous le signe de… Dark Vador et
Star Wars. L’enjeu est clé : l’an
dernier, les parcs ont dégagé
18,4 milliards de dollars de chiffre
d’affaires, en hausse de 8 %.
En début d’année, Bob Iger, PDG
de The Walt Disney Company, a annoncé un investissement de 2 milliards d’euros pour agrandir
Disneyland Paris. La Belle au bois
dormant peut continuer de dormir
dans son château, mais les nouvelles
places iront aux licences qui cartonnent. Trois univers seront dédiés
aux héros de Star Wars, Marvel et La
Reine des neiges. Les travaux doivent débuter l’an prochain, pour
s’échelonner jusqu’en 2015. Des attractions inédites sont annoncées
dès 2021.
Disneyland Paris n’est pas un
cas isolé : Hongkong aura son univers Marvel l’an prochain ; très attendue, l’ouverture de deux univers Star Wars est annoncée pour
2019, en Californie et à Orlando, le
fief de Disney aux États-Unis ; les
Disney’s Hollywood Studios de
Floride ont eux inauguré cet été un
Toy Story Land ; en mai 2017, un
nouvel espace baptisé PandoraThe World of Avatar a débarqué au
parc Disney World d’Orlando.
L’univers est entièrement dédié au
monde créé par James Cameron
dans son film Avatar.
Même s’il n’est plus seul à l’affiche des Disneyland, Mickey a toutes les raison de garder le sourire.
En 2019, les Disney’s Hollywood
Studios proposeront de plonger au
plein cœur d’un cartoon, dans une
attraction dédiée baptisée Mickey
and Minnie’s Runaway Railway.
Les vrais héros ne meurent jamais. ■
RUE DES ARCHIVES/EVERETT/BCA, 20TH CENTURY FOX/THE WALT DISNEY COMPANY
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LE FIGARO
lundi 6 août 2018
ÉCONOMIE
23
L’Allemagne face
à la révolution
du paiement mobile
EN BREF
ARKEMA INCULPÉ
AUX ÉTATS-UNIS
£ La justice a inculpé vendredi
la filiale américaine du groupe
français de chimie Arkema, son
PDG et le directeur de l’usine de
Crosby (Texas). Elle les juge
responsables de la formation
d’un nuage toxique l’an dernier,
après une série d’explosions
consécutives au passage de
l’ouragan Harvey, en août 2017.
Arkema North America risque
une amende de 1 million
de dollars.
Apple et Google débarquent sur ce marché où
les habitants sont accros au cash et rétifs au crédit.
NATHALIE STEIWER £@natbxltec
BERLIN
EUROPE 2018, année où les Allemands auront changé leurs ancestrales habitudes de paiement ? Les
Gafa en rêvent. Tim Cook, le patron
d’Apple, a annoncé le 1er août l’arrivée d’Apple Pay en Allemagne d’ici
fin 2018. Google Pay est disponible
depuis le 26 juin sur Android, qui
équipe 75 % des smartphones locaux. Les caisses d’épargne allemandes ont lancé leur propre service de paiement mobile le 30 juillet
pour Android aussi. La banque populaire Raiffeisen Bank devrait suivre mi-août.
Jusqu’à présent, aucune banque
allemande n’était parvenue à s’entendre avec Apple, faute d’accord
sur l’accès aux données et le pourcentage encaissé par la firme américaine (0,15 %). La Deutsche Bank,
N26 et le fournisseur de paiement
Wirecard seraient maintenant sur
les rangs. Les banques coopératives
et d’épargne n’excluent pas un accord.
Une petite révolution semble
donc en route dans un pays toujours
accro au cash. Les consommateurs
allemands paient les trois quarts de
leurs achats en espèces, selon une
étude de la Bundesbank en 2017. Les
cartes de crédit n’ont pas leur faveur : seuls 36 % des Allemands en
ont une, et ils ne l’utilisent que pour
une opération sur soixante-sept…
Le succès n’est donc pas garanti.
Plusieurs fournisseurs se sont cassé
les dents sur le marché du paiement
mobile. Les opérateurs télécoms
Telekom, Vodafone et O2 ainsi que
le service de paiement d’Otto, Otto
Yapital, ont dû renoncer à leurs offres. Les seuls services à avoir survécu sont ceux de la Deutsche
Bank, de PayPal et de la carte de
consommateur Payback. 75 % des
terminaux de paiement sont équipés pour le paiement sans contact
ou avec mobile. Mais seuls 7 % des
Allemands utilisent leurs smartphones pour régler leurs achats.
Caisses d’épargne prêtes
à coopérer avec Apple
Pourquoi les Allemands sont-ils
aussi rétifs à la dématérialisation de
l’argent ? La Bundesbank donne des
pistes, dans une étude de février :
plus de 90 % des Allemands veulent
garder leurs dépenses sous contrôle
et moins de 30 % d’entre eux font
confiance aux paiements par carte
ou mobile pour protéger leur vie
privée.
Les réticences allemandes sont
ancrées dans leur histoire, comme
le montre une exposition, « L’épargne : histoire d’une vertu allemande », prolongée jusqu’en novembre
au Musée historique allemand, à
Berlin. Elle fait remonter au
XVIIe siècle l’endoctrinement des
Allemands pour mettre systémati-
Google Pay est
disponible depuis
le 26 juin sur Android,
qui équipe 75 %
des smartphones
allemands.
FUSION AVEC
PRAXAIR : LINDE
S’INQUIÈTE
JENS B’TTNER/PICTUREALLIANCE/DPA/AP IMAGES
quement de l’argent de côté et surtout éviter l’endettement.
La perte de leurs économies dans
le financement des deux guerres
mondiales et l’hyperinflation de
1923 n’y ont rien changé : les Allemands préfèrent toujours épargner
que vivre à crédit. Le crédit à la
consommation et les cartes de crédit n’ont donc pas décollé en Alle-
magne dans les années 1970 comme
ce fut le cas en France ou au Royaume-Uni, montre l’exposition.
Dans ce contexte, un espoir pour
Apple : les caisses d’épargne et
banques populaires, qui concentrent 34 % des dépôts allemands,
sont « prêtes à examiner » une
coopération avec la firme américaine. ■
£ Le groupe allemand de gaz
industriels Linde craint de devoir
faire davantage de concessions
pour obtenir le feu vert des
autorités de régulation à son
projet de fusion avec l’américain
Praxair. Au-delà d’un certain
seuil de cessions exigées, le projet
serait en péril, estime Linde.
Cette opération à 87 milliards de
dollars doit donner naissance au
nouveau leader mondial des gaz
industriels devant le français
Air liquide.
Réservé aux professionnels uniquement.1 Risque de perte supérieur aux dépôts.
La protection contre le solde débiteur n’est pas disponible pour les clients professionnels.
La Turquie confrontée
à une inflation de 16 %
La Banque centrale ne peut la juguler.
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
MONDE Inflation galopante, dégringolade de la monnaie locale,
endettement… Malgré une croissance soutenue ces derniers mois,
l’économie turque passe un été
particulièrement chaud. Vendredi,
la livre turque a momentanément
atteint son plus bas niveau historique, avec une valeur de 5,11 pour
1 dollar sur le marché des changes,
soit une chute de 5 % en une semaine. De son côté, l’inflation continue
à s’emballer. Son taux a atteint
15,85 % en juillet sur un an, contre
15,39 % en juin, selon les chiffres
officiels également rendus publics
vendredi. Un record depuis 2003,
qui se ressent dans la vie de tous les
jours : les prix des transports et de
l’alimentation, les plus affectés par
la hausse, ont respectivement augmenté de 24,41 % et de 19,4 % en un
an. Le haut niveau de l’inflation
« reflète en partie la dégringolade de
la livre turque, qui était de 25 % plus
faible contre le dollar en juillet par
rapport à il y a un an », affirme Capital Economics dans une note à ses
clients. Mais la conjoncture géopolitique y a aussi sa part de responsabilité.
En décrétant la semaine passée
des sanctions contre deux ministres
d’Erdogan, le président américain
Donald Trump n’a fait que précipiter encore plus la livre turque vers
l’abîme. Cette crise dans la crise a
éclaté il y a plus d’une semaine avec
le refus de la Turquie, pays membre
de l’Otan, de libérer un pasteur
américain, accusé d’avoir été impliqué dans le coup d’État raté du
15 juillet 2016. Incarcéré depuis
21 mois, et récemment placé en résidence surveillée pour la durée de
son procès, l’homme plaide non
coupable.
Cherchant à faire pression sur
Ankara, Washington a ainsi décidé
de trancher avec fermeté en ordonnant la saisie des avoirs aux ÉtatsUnis du ministre turc de la Justice,
Abdulhamit Gül, et de son collègue
de l’Intérieur, Süleyman Sylu. La
riposte turque ne s’est pas fait attendre, Ankara promettant des
mesures « réciproques » prises sans
délai. Un député a même proposé
de saisir les deux Trump Towers
d’Istanbul pour se venger des mesures de rétorsion américaines.
Quand vous savez investir
en bourse, vous savez chez
qui passer vos ordres.
Erdogan opposé
à la hausse des taux
Pour juguler l’inflation, la plupart
des économistes préconisent une
hausse significative des taux d’intérêt. Mais la Banque centrale ne
cesse de se heurter à l’opposition
de Recep Tayyip Erdogan, « ennemi » autoproclamé des taux d’intérêt. Réélu à la présidence le
24 juin dernier, il a fait de l’économie une affaire familiale en nommant son gendre, Berat Albayrak,
au portefeuille des Finances. « Notre priorité numéro un, c’est la baisse de l’inflation et des taux d’intérêt », déclarait ce dernier vendredi
en écho aux positions de son beaupère.
Autant de signaux qui ne sont pas
sans inquiéter les investisseurs et
les marchés étrangers. Or, si elle
veut remonter la pente, la Turquie
dépend également d’eux. Avec un
important déficit de sa balance des
paiements – 5,5 % du PIB en 2017 –
et un endettement élevé, elle doit
recourir en permanence aux financements extérieurs. Une interruption de ce flux financier pourrait, à
terme, entraîner une crise de paiement. ■
A
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 6 août 2018 LE FIGARO
24
ENTREPRISES
Le gouvernement réforme les pôles de compétitivité
Il les incite à fusionner afin de conserver le label leur permettant d’accéder à des financements publics.
71
pôles de
compétitivité
labellisés en France
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
POLITIQUE ÉCONOMIQUE L’exécutif a choisi la méthode douce
pour réformer les pôles de compétitivité, créés en 2004 par le
gouvernement Raffarin à partir
des anciens technopôles. Le bilan
de ces places, qui rassemblent sur
un territoire donné entreprises de
toutes tailles, acteurs de la recherche et établissements de formation pour faciliter leur
connaissance commune, est globalement jugé positif. « Les pôles
de compétitivité ont été des éléments cruciaux d’accélération
et de dynamique », se félicitent les
auteurs - Jacques Lewiner (ESP-
CI), Ronan Stephan (Plastic Omnium), Stéphane Distinguin (Fabernovel) et Benjamin Dubertret
(Inspection des finances) - du
dernier rapport officiel sur les politiques de l’innovation, publié en
mars dernier.
Seul hic, au fil des ans, le dispositif a perdu en lisibilité, en raison
du trop grand nombre d’entités
labellisées et surtout de leur hétérogénéité. Suite aux innombrables
demandes de labellisation des élus
locaux, 71 pôles sont dénombrés.
Pourtant, l’État ne cesse de se désengager financièrement. Depuis
2008, son soutien, via le Fonds
unique interministériel (FUI), est
passé de 241 à 41 millions d’euros
par an. Quand il était locataire de
Bercy, Emmanuel Macron avait
déclaré que la gestion de ces pôles
serait confiée aux régions, à l’exception des neuf ou dix principaux, qui resteraient coordonnés
par l’État.
Visibilité internationale
Arrivé à l’Élysée, le président n’a
pas renoncé à son objectif ; mais,
pour éviter de prendre de front les
élus régionaux, il a décidé de passer par la voie d’un nouvel appel à
candidatures plus restrictif. Début
2019, commence justement la
« quatrième phase » des pôles, qui
durera jusqu’à 2022. À chacune de
ces phases, le gouvernement en
place assigne de nouveaux objectifs aux pôles. Pour cette étape, les
critères de taille sont clairement
mis en avant. « La phase IV aura
pour objet de donner une ambition
européenne aux pôles de compétitivité », a détaillé la secrétaire
d’État de Bercy, Delphine GényStephann. « Dans le cadre de cet
appel, nous encouragerons certains
pôles à fusionner, à se rapprocher
ou à bâtir des synergies avec
d’autres structures », avait prévenu fin juin le premier ministre.
« Le lancement d’une nouvelle
phase, à partir de janvier 2019, de
la politique des pôles de compétitivité offre l’occasion d’une refondation profonde. Pourrait être privilégiée la constitution d’un nouveau
label, par exemple des « pôles d’excellence » ou des « hubs », visant à
sélectionner une vingtaine de pôles
de compétitivité positionnés sur des
thématiques d’avenir, autour de
critères stricts de performance et
de visibilité internationale », proposent les auteurs du rapport sur
les politiques de l’innovation.
Les dirigeants des pôles ont jusqu’au 19 octobre pour déposer
leur dossier de candidature. Ils
connaîtront les résultats en décembre. Les pôles retenus bénéficieront d’un coup de pouce financier supplémentaire de l’État. Le
gouvernement compte leur accorder un accès privilégié à une
enveloppe de 400 millions d’euros
au sein du Programme d’investissements d’avenir (PIA) pour la
période 2019-2020. ■
Tereos : crise ouverte
chez les coopérateurs
Certains critiquent la gouvernance. Le président du
sucrier dénonce une « campagne de dénigrement ».
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
AGRICULTURE Coup de chaleur
chez les betteraviers de Tereos.
Moins d’un an après la fin des quotas sucriers en Europe, et alors que
les cours mondiaux du sucre restent
désespérément bas, la coopérative
française traverse une forte zone de
turbulences. François Leroux a été
élu le 9 décembre président du
conseil de surveillance, l’instance
représentant les 12 000 planteurs de
betteraves coopérateurs du groupe
connu pour ses marques BeghinSay et La Perruche. La semaine passée, il a dû prendre la plume pour
« réagir à la campagne de désinformation contre Tereos » et dénoncer
une « campagne publique de dénigrement de l’entreprise et de sa gouvernance ».
Dans sa lettre, diffusée jeudi soir
par le groupe sucrier, ce coopérateur, planteur installé dans la région
de Soissons (Aisne), révèle que
« Tereos est victime depuis plusieurs
mois d’une campagne anonyme de
déstabilisation qui a conduit Tereos à
porter plainte et le parquet à ouvrir
une enquête ». Le président du
conseil de surveillance fait allusion
à des courriers envoyés par d’anciens salariés, alarmistes sur la situation de l’entreprise et peu amènes envers la stratégie menée par le
directoire, composé de managers
non agriculteurs.
Cette stratégie est, de fait, également critiquée par certains des
coopérateurs de Tereos. Et pas les
moindres. Les 12 000 planteurs de
betteraves copropriétaires du groupe sont représentés d’une part par
172 conseillers de région (CR), euxmêmes coopérateurs, d’autre part
par le conseil de surveillance, dont
les 22 membres sont élus par les CR.
Or, 70 des 172 conseillers de région
(représentant 7 500 des 12 000 coopérateurs) ont collectivement démissionné dans la foulée de l’assemblée générale de Tereos.
Organisée le 27 juin dernier au
Splendid, une salle de spectacle de
Saint-Quentin (Aisne), cette dernière a été le lieu d’un psychodrame, comme les coopératives en ont
parfois le secret : deux membres du
conseil de surveillance n’ont pas été
réélus, au premier rang desquels
Gérard Clay. Ce coopérateur du
Nord-Pas-de-Calais avait été candidat malheureux au poste de président du conseil le 9 décembre,
avant d’être battu lors de l’élection
du vice-président le même jour,
toujours par 11 voix contre 10…
« Confiance rompue »
Après l’assemblée générale de juin,
cinq membres du conseil de surveillance ont démissionné, en protestation des deux non-réélections.
Le 9 juillet, ces sept sortants, qui
avaient refusé d’approuver les
comptes de l’exercice clos fin mars
lors d’un conseil de surveillance,
ont fait parvenir aux conseillers de
région un courrier de 13 pages, que
Le Figaro a pu consulter. Ils y détaillent les « trois inquiétudes majeures » qui les tiraillent depuis début 2017 : « Une inquiétude sur la
maîtrise de la dette du groupe ; une
inquiétude sur les résultats réels de la
diversification, notamment hors Europe, et plus particulièrement des acquisitions et développements menés
La sucrerie d’Origny-Sainte-Benoite, dans l’Aisne, l’un des 49 sites industriels du groupe Tereos.
Certains
membres
du conseil de
surveillance
qui dénigrent
Tereos,
après avoir
participé
pendant plus
de quinze ans
à toutes les
décisions, ont
tout perdu
de cet esprit
coopératif
»
FRANÇOIS LEROUX,
PRÉSIDENT DU CONSEIL
DE SURVEILLANCE
DE TEREOS
depuis 2012 ; une inquiétude sur la
maîtrise des frais généraux. »
Les réserves des ex-membres du
conseil de surveillance sont antérieures aux votes de l’assemblée générale, dont ils veulent contester les
résultats en justice. S’ils assurent que
« la confiance avec le directoire est
rompue », les sept sortants reconnaissent qu’ils étaient « un groupe
minoritaire au sein du conseil de surveillance, qui a tenté de se faire entendre depuis plus d’un an, en vain ».
Ce courrier, source de discussions
et d’inquiétude chez les betteraviers
coopérateurs de Tereos, provoque
l’ire de François Leroux. « De quoi
s’agit-il ? D’une banale histoire
d’élection perdue, résume le président du conseil de surveillance dans
son courrier. Nos coopérateurs et salariés méritent mieux que cela : il
s’agit maintenant de passer à autre
chose. […] Il est inacceptable d’exercer des pressions et d’agir dans les
médias pour imposer à Tereos de revenir sur un vote démocratique de son
assemblée générale. Cela est juridiquement impossible et démocratiquement inconcevable. Qui aspire à exercer des responsabilités ne peut œuvrer
contre l’intérêt de ses mandants en
dénigrant publiquement l’entreprise
pour son intérêt personnel. »
Un porte-parole du groupe assure, de son côté, que le conseil de
surveillance peut parfaitement
fonctionner avec 15 membres, que
de nouveaux conseillers de région
seront élus par les coopérateurs de
Tereos en juillet 2019 et que la démission des 70 CR n’a aucune incidence sur la bonne gouvernance du
groupe d’ici là.
Ouverture du capital
En attendant, le plus important,
tant pour le conseil de surveillance
que pour le directoire, est de rassurer les 12 000 coopérateurs et les
25 000 salariés de Tereos, mais aussi
les clients, les fournisseurs et les
banquiers du sucrier, qui a réalisé
l’an passé un chiffre d’affaires de
5 milliards d’euros.
« Je souhaite être très clair : Tereos
va bien, assure François Leroux. Il
est devenu le deuxième groupe sucrier mondial sur l’exercice clos fin
mars ; son résultat opérationnel est
resté stable à un niveau élevé et progresse de 30 % sur deux ans ; notre
dette nette a baissé malgré une distribution importante et la poursuite
de notre plan d’investissements dans
nos usines à hauteur de 200 millions
d’euros. Le fait que notre résultat net
comptable soit négatif relève exclusi-
P. ALLARD/REA
vement d’une décision de distribuer
du résultat à ses coopérateurs dans
une période de crise agricole. »
Tout en dénonçant la « réaction
arrogante et méprisante » de
François Leroux à leur égard, les
sortants du conseil de surveillance
s’inquiètent, eux, surtout de la faiblesse du résultat net de Tereos :
25 millions d’euros avant le complément de prix des betteraves payé
aux coopérateurs, qui a fait plonger
le groupe dans le rouge. C’est, observent-ils, « le plus mauvais des
grands sucriers européens alors que
Tereos est à la fois l’un des leaders du
secteur et l’un des plus diversifiés ».
Les différences de normes comptables et de prix des betteraves payé
aux planteurs ne permettent pas de
telles comparaisons, assure un porte-parole de Tereos.
L’évolution du marché mondial
du sucre et la perspective de voir les
cours rester bas jusqu’en 2020
pourraient aboutir, selon certains
acteurs, à une consolidation entre
industriels européens. De son côté,
Tereos a annoncé en juin rechercher des fonds propres. La coopérative envisage, d’ici deux ou trois
ans, d’ouvrir son capital à des investisseurs. De quoi alimenter les
débats entre coopérateurs. ■
Les festivals culturels ploient sous les coûts de sécurité
Une circulaire ministérielle sur l’indemnisation des services d’ordre menace l’avenir de certains événements.
+7%
Hausse annuelle
des frais liés
à la sécurité,
à la technique
et à la logistique
des festivals
depuis 2008
A
(Source : Centre national
de la chanson, des variétés
et du jazz)
AGATHE FOURCADE
afourcade@lefigaro.fr
LOISIRS Avec les risques croissants d’intempéries, d’attentats et
de vols, les missions de sécurité
pour les grands événements de l’été
augmentent. Depuis trois ans, les
coûts en matière de sécurité pour
les festivals sont en forte hausse,
accélérant une tendance ancienne :
selon le Centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV),
les frais liés à la sécurité, à la technique et à la logistique ont augmenté de 7 % par an depuis 2008.
Cela fait les affaires des agences
de sécurité mais plombe les budgets des événements. Le festival
des Vieilles Charrues, à Carhaix
(Finistère), accueille 280 000 personnes sur quatre jours. Pour assurer la sécurité des festivaliers, plus
de 750 agents privés sont déployés
sur le site, en plus des 250 agents de
secours à la personne et des gendarmes. Il y a deux ans, moins de
600 agents seulement étaient là. La
hausse a entraîné un surcoût de
300 000 euros dans le budget de
l’association,
pour
atteindre
1,3 million d’euros. Les organisateurs n’ont pourtant pas choisi de
pénaliser les festivaliers en augmentant le prix du billet.
Tous les festivals ne peuvent se
permettre d’absorber ces coûts en
plus. Garorock (Lot-et-Garonne),
qui a accueilli 145 500 personnes
cette année, envisage des répercussions sur le prix des billets pour
l’an prochain. Le poste de sécurité
représente déjà 600 000 euros dans
son budget.
Déjà payées par les impôts
Du côté des agences de sécurité, on
a remarqué une hausse de la demande des festivals en matière de
protection. Universal Security, qui
couvre le festival Beauregard (calvados) et dont le contrat est renégocié tous les deux ans, note que la
hausse des coûts provient surtout
de la formation du personnel de sécurité : celle-ci est de plus en plus
importante et s’accompagne de
hausse de salaires. La flambée des
coûts vient aussi de l’achat de matériel sophistiqué, tels les drones,
pour optimiser le contrôle optimal.
Si les mesures ont été renforcées
à l’entrée des festivals avec davantage de palpations et l’installation
de blocks anti-voiture bélier et de
caméras de sécurité, l’accroissement des frais de sécurité n’est pas
uniquement lié au plan Vigipirate.
C’est aussi la conséquence du succès : les festivaliers sont toujours
plus nombreux…
Une récente circulaire du ministère de l’Intérieur sur l’indemnisation des services d’ordre ne va pas
arranger les choses. En imposant
aux organisateurs de prendre en
charge les coûts des services d’ordre mobilisés pour les missions de
« périmètre missionnel », la circulaire risque de signer la fin de certains événements et de leurs retombées économiques dans les
régions hôtes. Les Eurockéennes
(Territoire de Belfort) verraient
ainsi leurs dépenses en matière de
sécurité augmenter de 800 %. Un
surcoût indéniable, d’autant que
les forces de l’ordre sont déjà
payées via les impôts. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
L’ÉTÉ DU FIGARO
1/6
Nerd,
l’atout français
de Nintendo
La société parisienne
est l’un des centres de recherche
et développement du géant japonais.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
JEUX VIDÉO À Paris, la rue de
Rivoli abrite l’un des atouts secrets de Nintendo. Peu porté sur
les acquisitions, le plus japonais
des grands acteurs de l’industrie du jeu vidéo a pourtant mis
la main à la poche pour acheter
en 2011 une petite société française créée par des ingénieurs
en informatique. Baptisée Actimagine puis Mobiclip, elle a été
depuis renommée Nerd, pour
Nintendo European Research
and Development (centre européen de recherche et développement de Nintendo). Un clin
d’œil assumé avec le mot anglosaxon nerd, qui désigne les
passionnés un tantinet obsessionnels des sciences et des
technologies. Longtemps péjoratif, le terme est devenu
aujourd’hui motif de fierté,
comme son proche cousin, le
geek.
Cofondé en 2003 par Jérôme
Larrieu et Alexandre Delattre,
Actimagine s’était rapidement
fait un nom autour d’une technologie encore balbutiante à
l’époque : la vidéo sur écrans
mobiles. La PME française avait
réussi le tour de force de créer
un « codec » permettant de lire
une vidéo en qualité DVD sur un
8
millions
de ventes cumulées
pour la NES et la Super Nintendo
Mini, conçues par Nerd
Super Mario,
personnage
emblématique
des jeux
Nintendo.
téléphone portable sans réduire
à néant la batterie de la machine. Petit Poucet face aux mastodontes Window Media Player ou
RealPlayer, Mobiclip a été testé
par les constructeurs Nokia ou
Sony. Ces derniers pouvaient
ainsi offrir à leurs nouveaux
clients des films stockés sur la
carte mémoire du téléphone,
comme OSS 117 ou Da Vinci
Code, dans le cadre d’opérations
promotionnelles. En 2008, Actimagine est allé un cran plus loin
en concevant une des premières
applications de télévision pour
smartphone, avec comme client
France 24. La chaîne d’information pouvait ainsi diffuser en direct et à la demande ses émissions en HD sur mobile.
NINTENDO
[
investisseurs d’Actimagine décident de vendre leurs parts. Nintendo en
profite pour faire l’acquisition
de la société, pour une somme
restée secrète. Un voile de mystère entoure depuis l’entreprise,
qui prête main-forte aux équipes d’ingénieurs de Nintendo
basées au Japon.
Au fil des ans, ce qui s’appelle
désormais Nerd s’est en partie
spécialisé dans l’émulation,
c’est-à-dire la capacité à jouer
sur une console aux jeux d’une
machine plus ancienne. La société parisienne a aussi amélioré
l’écran de la console portable
Nintendo 3DS, en permettant de
voir l’effet 3D sans lunettes sous
n’importe quel angle. Il est fort
probable que Nerd soit également derrière certaines spécificités techniques de la console
Nintendo Switch.
Travailleurs de l’ombre, les
LE FIGARO
lundi 6 août 2018
]
Ces pépites
MÉDIAS
25
du
jeu vidéo
en France
équipes de Nerd ont à leur actif
deux machines de poche très populaires : la NES Mini et la Super
Nintendo Mini, qui permettent
de rejouer aux titres Nintendo
des années 1980 et 1990. Nerd a
eu pour mission de restituer
l’expérience de jeu la plus fidèle
possible à ce qu’ont pu connaître
“
Nerd a amélioré
l’écran de la console
portable Nintendo 3DS,
en permettant de voir
l’effet 3D sans lunettes
sous tous les angles
”
les consommateurs d’il y a trente ans, en les adaptant aux
écrans de télévision actuels, à la
définition d’image beaucoup
plus fine. Autre impératif, proposer des machines à très bas
prix (de 60 à 80 euros). Le pari a
été tenu et le résultat est sans
appel : les deux consoles de poche totalisent près de 8 millions
de ventes dans le monde. ■
Réservé aux professionnels uniquement.1 Risque de perte supérieur aux dépôts.
La protection contre le solde débiteur n’est pas disponible pour les clients professionnels.
Des vidéos dans les jeux
Mais la rencontre la plus déterminante pour Actimagine a eu
lieu quelques années plus tôt,
dans un salon du jeu vidéo à
Londres. Jérôme Larrieu et
Alexandre Delattre y découvrent la console portable de
Nintendo Game Boy Advance.
Malgré ses limitations techniques, la machine, avec son
écran couleur, pourrait bien
être capable de diffuser des vidéos grâce à Mobiclip. Les deux
ingénieurs repèrent à son badge
un haut cadre de Nintendo et
vont au culot lui proposer leurs
services. Bonne pioche : il s’agit
de Satoru Okada, directeur de
l’ingénierie de la société japonaise.
Nintendo décide de donner sa
chance aux petits Français, qui
réussissent effectivement à bâtir
un lecteur vidéo pour la Gameboy Advance. Le partenariat
s’est ensuite prolongé sur les
consoles portables DS et 3DS,
dont les jeux, sous forme de
cartouches, ont ainsi pu s’enrichir de séquences vidéo en images de synthèse de haute qualité. Le logo Mobiclip, affiché au
début des jeux, devient familier chez les joueurs.
Peu se doutent que derrière se cachent des
Parisiens. En 2011, les
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Compte professionnel IG.
Pour les investisseurs avisés.
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La NES Mini
de Nerd.
NINTENDO
Sortie à l’automne 2016,
la console rétro de poche NES
Mini, conçue par Nerd, a
eu un succès foudroyant qui
a surpris Nintendo. Impossible
pour les revendeurs de mettre
la machine en rayon :
la demande était telle que les
stocks étaient immédiatement
vendus. Six mois et deux millions
de ventes plus tard, Nintendo
avait annoncé la fin de la
production de la NES Mini... avant
de se raviser. Le retour tant
attendu de la machine, qui permet
de jouer à trente jeux Nintendo
des années 1980, a eu lieu
le 29 juin dernier. Et la fièvre
est loin d’être retombée. En
seulement deux jours, la NES Mini
a été la console la plus vendue
aux États-Unis en juin, devant
la PlayStation 4 de Sony
ou la toute récente console
Switch de Nintendo. Le prix très
doux de la machine (60 euros,
soit le tarif d’un jeu vidéo) peut
expliquer en partie ce succès.
Au vu de l’emballement du public
pour ces produits nostalgiques,
Nintendo a annoncé
qu’il continuerait à alimenter
la gamme Mini. Le dépôt
de la marque « N64 » au Japon
laisse à penser qu’une réédition
de la console Nintendo 64,
initialement sortie en 1996,
approche à grands pas.
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A
La NES Mini de Nerd en tête
des ventes de consoles aux États-Unis
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