close

Вход

Забыли?

вход по аккаунту

?

Le Figaro - 07 08 2018

код для вставкиСкачать
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2,60 €
mardi 7 août 2018 LE FIGARO - N° 23 012 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
HISTOIRES D’ESPIONS
CET AGENT
DU SDECE QUI
DÉFIA DE GAULLE
L’ÉTÉ
DU
FIGARO
PAGE 22
SUR LES TRACES
DE GEORGE ORWELL
QUAND
L’ÉCRIVAIN
VIVAIT DANS
LA MISÈRE
À PARIS
Joël Robuchon,
le chef aux 24 étoiles
s’est éteint
PAGE 20
LES COUPLES
MYTHIQUES
DU PARFUM
DANS LES
COULISSES
DE CARNAL
FLOWER
PAGE 16
JEUX D’ÉTÉ PAGE 19
Les ténors des
partis aux abonnés
absents PAGE 4
PARLEMENT
COLOMBIE
Chaleur suffocante,
sécheresse, pics
d’ozone… Les fléaux
de la canicule PAGE 12
CHAMPS
LIBRES
La chronique
de Renaud Girard
Entretien avec
Jean-Pierre Digard
PAGE 19
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses
à la question de lundi :
Canicule : pensez-vous
que les municipalités
en font assez pour
les personnes âgées ?
OUI
48 %
NON
52 %
TOTAL DE VOTANTS : 18 525
M 00108 - 807 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@i@k@r@a";
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Énergie : les éoliennes
sont-elles une bonne
solution écologique ?
A. EISENSTAEDT/THE LIFE PICTURE
COLLECTION/GETTY IMAGESFOTOGESTOEBER - STOCK.ADOBE.COMUMIT BEKTAS/REUTERS
Saturée par la présence de plus
de 3,6 millions d’exilés syriens
sur son territoire, la Turquie,
qui pariait sur une chute du
régime de Damas, a mis fin à sa
politique d’accueil systématique des réfugiés, soutenue financièrement par l’Union
Le grand cuisinier français est mort à Genève lundi,
à l’âge de 73 ans. Il avait commencé sa fabuleuse carrière
dans son Poitou natal, avant de connaître la célébrité
dans le monde entier, notamment au Japon, pays
où il cumulait le plus d’étoiles (sept). PAGES 14 ET 15
è LE LONG DES CÔTES,
L’ÉOLIEN TOURNE AU RALENTI
è AUCUN IMPACT IDENTIFIÉ
SUR LA SANTÉ HUMAINE
PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
européenne. Conséquence : le
nombre de migrants qui tentent d’entrer illégalement en
Europe est à nouveau en hausse. Les départs de clandestins
depuis les côtes turques vers le
Vieux Continent ont augmenté
de 60 % en 2018. PAGE 8
ÉDITORIAL par Bertrand de Saint Vincent bdesaintvincent@lefigaro.fr
n
n
è PARCS, PRODUCTION…
LA FILIÈRE SE DÉVELOPPE
MALGRÉ CERTAINS FREINS
D
Vents contraires
on Quichotte est de retour. Un vent
de colère souffle contre les éoliennes. De l’illustrateur Philippe Dumas au président de la région des
Hauts-de-France, Xavier Bertrand,
des voix de plus en diverses s’élèvent contre ces
pylônes de plus de cent mètres de haut qui défigurent le territoire terrestre et, demain, maritime. Pêcheurs bretons, paysans normands, défenseurs du patrimoine, de l’environnement ou
simplement des finances publiques, la coalition
antiéolien gonfle comme un spi.
Les reproches s’accumulent : atteinte à l’intégrité des paysages et au cadre des monuments
historiques, pollution sonore ou lumineuse,
danger pour les oiseaux migrateurs ou la faune
marine. Sans oublier l’accusation majeure : le
tarif exorbitant du rachat garanti de l’électricité
produite par cette forêt de mâts dont il faut souligner que les pales ne tournent que 23 % du
temps en moyenne.
Quel gâchis. Quel triste chemin parcouru entre
l’idée initiale, séduisante, d’utiliser la force du
vent pour produire une électricité renouvelable
et sa réalisation, qui fait aujourd’hui figure
d’épouvantail et s’annonce comme un gouffre
financier. Que d’amateurisme, d’incohérences.
Comment expliquer, par exemple, que tandis
que l’on continue à enterrer les fils électriques,
on parsème les champs - et bientôt les océans de piliers coulés dans le béton dont nul ne se
soucie de savoir ce qu’ils deviendront lorsqu’ils
seront obsolètes ? Prodige de la technocratie.
Conduite à coups de subventions et de promesses illusoires, livrée à l’air du temps et teintée de
frénésie idéologique, notre politique énergétique manque de vision globale et à
long terme.
Lorsque, au lendemain de la Seconde
Guerre mondiale,
la France fit le pari
du nucléaire, ce
choix fit l’unanimité et fut un succès. À l’heure où s’impose la nécessité de faire
évoluer ce schéma, Emmanuel Macron, qui
aime à se draper dans les habits du général de
Gaulle, se doit d’en redéfinir, dans la clarté, les
contours et les enjeux. Loin des « petits arrangements entre amis » et du saupoudrage arbitraire, la politique énergétique française mérite
mieux que des battements d’ailes. ■
Notre politique
énergétique
mérite mieux
que des
battements
d’ailes
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
UN FILM DE DAVID ROBERT MITCHELL
ANDREW
GARFIELD
UNDER
THE
RILEY
KEOUGH
SILVER LAKE
DEMAIN AU CINÉMA
A
MÉTÉO
è PLAN HULOT : UN AN APRÈS,
UN BILAN DÉCEVANT
La Turquie se ferme
aux réfugiés syriens
Crédits non contractuels • © 2017 Under the LL Sea, LLC
PAGE 9
des projets sont attaqués devant les tribunaux administratifs. Jusque-là cantonné aux
associations, ce mouvement
trouve des relais dans le monde
politique : Xavier Bertrand, le
président des Hauts-de-France, a ainsi lancé un observatoire destiné à contrôler le développement de cette politique.
PICARD/LE FIGARO MAGAZINE
Entretien avec le
président sortant,
Juan Manuel Santos
Nouvelle agression
d’un surveillant
à Nîmes
La fronde
anti-éoliennes
prend de
l’ampleur
Ils sont mélenchonistes, propriétaires de belles demeures
ou anarchistes. Entre eux, un
point commun : le rejet des
éoliennes, qui se manifeste de
manière radicale. En juin, un
incendie volontaire a détruit
une installation dans la Drôme.
Le nombre de recours judiciaires augmente fortement : 70 %
Mal à l’aise dans la
majorité, les déçus
de Macron tentent
de s’organiser PAGE 5
PRISONS
POURQUOI LES FRANÇAIS
SONT FÂCHÉS AVEC
L’ÉCONOMIE PAGES 24 ET 25
Le gouvernement souhaite doubler le nombre
d’éoliennes sur le territoire dans les cinq prochaines
années. Mais la contestation s’intensifie
et réunit des opposants de tous bords.
EUROPÉENNES
PAGE 6
ENQUÊTE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 7 août 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
La France vent debout contre les
Le plan du gouvernement pour favoriser leur expansion fédère et remodèle la contestation, de plus en
MARIE-ESTELLE PECH £@MariestellPech
“
De nombreuses
associations jouent
sur les angoisses
des gens, propageant
des idées reçues
”
PAULINE LE BERTRE, DÉLÉGUÉE GÉNÉRALE
DE FRANCE ÉNERGIE ÉOLIENNE
d’Europe et la deuxième façade maritime.
Le potentiel est considérable », selon
Pauline Le Bertre, déléguée générale de
France Énergie éolienne (FEE). Si l’Allemagne a depuis longtemps compris « la
nécessité impérative d’avoir une transition énergétique, en France, de nombreuses associations jouent sur les angoisses
des gens, propageant des idées reçues ».
Le degré d’opposition à l’éolien serait,
selon elle, unique en Europe, lié à notre
historique avec le nucléaire.
De fait, malgré le discours politique
français très volontariste sur le sujet,
malgré les sondages favorables à l’éolien
menés auprès des Français, l’installation
des éoliennes suscite de plus en plus
d’opposition. On compte 70 % de recours
contre les permis de construire devant les
tribunaux administratifs, contre 50 % il y
a cinq ans. Une perte de temps pour les
promoteurs : la mise en route d’un parc
est désormais d’environ neuf ans, contre
quatre pour l’Allemagne. Pour accélérer
le processus, le gouvernement a décidé
de supprimer le premier degré de juridiction, le tribunal administratif, pour passer directement à la cour administrative
d’appel. Un projet de décret est actuellement en consultation devant le Conseil
d’État. Cela se pratique déjà pour les projets éoliens en mer, les multiplexes de cinéma et les supermarchés. Un projet
« antidémocratique » pour Fabien Bouglé,
et qui, ces derniers mois, mobilise et durcit plus encore le front anti-éolien.
Les associations d’opposants s’offusquent aussi d’un décret paru le 11 juillet
qui permet de moderniser les parcs existants sans reprendre de zéro toutes les
études d’impact. Que reprochent ces opposants à l’éolien ? Sa laideur, sa proximité avec des habitations et des monuments
historiques, ses nuisances sonores, ses lumières « aveuglantes », des installations
entachées de multiples prises illégales
d’intérêt de la part des élus. Les arguments sont multiples. Et parfois écoutés.
Des éoliennes ne seront ainsi pas installées
en arrière-plan du paysage du MontSaint-Michel, pas plus que du côté du pont
du Gard. Pauline Le Bertre, elle, indique
qu’en France « les restrictions d’installa-
tion sont les plus élevées d’Europe. On multiplie les études d’impact liées à la biodiversité, le patrimoine, les habitations ». À
l’entendre, une éolienne implantée à
500 mètres d’une habitation, le minimum
réglementaire, « fait un bruit semblable à
celui d’un frigidaire ». Elle vante la compétitivité du mégawatt éolien, 64 euros
contre 110 pour le nucléaire dernière génération. Inversement, Karine Poujol, à la
tête de l’association Gardez les caps, considère que les 64 éoliennes prévues en baie
de Saint-Brieuc provoqueront la mort de la
biodiversité sous-marine, alors même que
la zone est protégée Natura 2000. Elle anticipe un bruit « semblable à celui d’un décollage d’avion ». Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG d’Elf Aquitaine, défend les
coquilles Saint-Jacques du cap Fréhel, qui
pourraient être « très affectées » par ces
installations fixées par 42 mètres de fonds.
L’ancien industriel se défend de jouer pour
le camp des pronucléaires, lui qui a « toujours défendu le fait qu’il fallait diversifier »,
rapporte-t-il au Figaro. Il met en doute
cette politique qui « pénalise notre compétitivité en augmentant nos importations de
matériel : 95 % des investissements de l’éolien viennent d’Allemagne, du Danemark,
d’Inde ou de Chine, tandis que deux tiers des
exploitants viennent d’ailleurs ».
Ce printemps, la Cour des comptes affirmait que « le tissu industriel français a
peu profité du développement des énergies
renouvelables ». Malgré des moyens
considérables, qui se sont élevés en 2016 à
5,3 milliards d’euros. La prévision de dépense publique en 2023, elle, est de
7,5 milliards d’euros. ■
7éoliennes
300
sur le territoire français,
fin mars 2018. Elles sont réparties
dans 1 230 parcs, la plupart
comptant moins de 10 unités
Ci-dessous, à gauche :
le parc éolien
de Mazeray-Bignay
en arrière-plan
de l’abbaye royale
de Saint-Jean-d’Angély,
en Charente-Maritime.
À droite : les éoliennes
dressées sur le col de la
Serra, à Ersa, au Cap Corse.
VLC ENVIRONEMENT, PHOTO12/ALAMY
APRÈS les McDonald’s et les champs
d’OGM, la prochaine cible des écologistes
ou des zadistes sera-t-elle l’éolien ? En
juin, un feu criminel détruisait une éolienne et en endommageait une autre à
Marsanne, dans la Drôme. L’attaque a été
revendiquée mi-juin par un site libertaire
précisant « s’attaquer aux dominations ».
Du bourgeois au militant mélenchoniste
en passant par l’anarchiste, le pêcheur et
le châtelain, l’opposition à l’éolien est
« de plus en plus composite », affirme Fabien Bouglé, porte-parole du collectif
d’opposants Touche pas à nos îles !, en
guerre contre le projet de parc éolien au
large de l’île de Noirmoutier, en Vendée.
Certes, cette opposition a historiquement débuté chez des pronucléaires situés
bien à droite, « mais ça change », souligne
cet élu versaillais, spécialiste du marché
de l’art, qui témoigne avoir assisté à une
lecture sur le sujet dans une « librairie
anar de gauche » à Paris, et qui prophétise
« une grande révolte populaire anti-éoliennes ». D’autant que semble s’opérer une
mutation : la contestation, jusque-là cantonnée aux citoyens et aux associations
anti-éoliennes, trouve désormais des voix
et des relais dans le monde politique pour
porter le combat. Ainsi Xavier Bertrand,
ancien ministre du Travail et actuel président de la région des Hauts-de-France,
qui a lancé fin juin un observatoire de
l’éolien afin de mieux contrôler l’expansion des parcs dans sa région, qui « défigure complètement les paysages » et
« coûte les yeux de la tête ». Ou encore ces
dix députés, tant de la majorité que de
l’opposition, qui ont signé une tribune,
« Stop aux nouvelles éoliennes ! », dans
nos éditions du 20 juin dernier.
La France constitue aujourd’hui le
quatrième parc d’Europe derrière
l’Allemagne, l’Espagne et la GrandeBretagne. Sa proportion d’électricité éolienne représente moins de 5 % de sa
consommation mais, d’ici à 2023, les éoliennes terrestres devraient doubler,
passant de 7 300 à quelque 15 000.
« C’est le deuxième gisement de vent
Parcs, production… La filière
se développe malgré certains freins
A
DELPHINE DENUIT ddenuit@lefigaro.fr
LA FILIÈRE éolienne terrestre connaît un fort déploiement depuis
2015, sous l’impulsion politique. La
loi de transition énergétique pour la
croissance verte prévoit de porter la
part des énergies renouvelables à
23 % de la consommation finale brute d’énergie en 2020 et à 32 % en
2030. Si une grande majorité de
l’énergie renouvelable reste aujourd’hui produite par nos quatre cents
barrages hydrauliques, la part de
l’éolien terrestre dans le mix énergétique croît chaque année. La Fédération Énergie éolienne (FEE) recense à
fin mars 1 230 parcs éoliens, soit
7 300 éoliennes réparties sur l’ensemble du territoire.
Mais c’est en Occitanie, dans le
Grand Est, les Hauts de France et le
Centre-Val de Loire que l’on retrouve la puissance installée la plus forte :
aujourd’hui, elles regroupent plus de
60 % de la production nationale, selon le Syndicat des énergies renouvelables (SER). Résultat : l’énergie
éolienne terrestre représente, au
premier semestre, 6,3 % de la
consommation nationale d’électricité, soit l’équivalent de la consommation de 12 millions de ménages (hors
chauffage et eau chaude), selon les
derniers chiffres de la FEE. La part de
l’éolien devrait grimper dans les pro-
chaines années, jusqu’à atteindre,
selon le SER, 16 % du mix électrique
en 2030 avec un parc de 40 gigawatts
(GW). Actuellement, on en est loin :
la puissance du parc éolien terrestre
installé s’élève à 13,6 GW, soit moins
de 10 % de la puissance des parcs
européens. Mais « la France devrait
tenir l’objectif de l’actuelle programmation pluriannuelle de l’énergie d’un
parc installé de 15 GW à fin 2018 », assure, confiante, Pauline Le Bertre,
déléguée générale de la FEE.
Un stockage problématique
Pour peser dans le mix électrique, le
développement de l’éolien doit encore surmonter plusieurs obstacles.
Techniques, d’abord. À la différence
d’une centrale, qui fournit de l’énergie en continu, une éolienne produit
une énergie intermittente dont le
stockage reste problématique. C’est
là que le bât blesse. Car, même si la
France représente, selon les experts,
le deuxième meilleur potentiel venteux d’Europe, la production d’énergie éolienne reste aléatoire et donc
difficilement comparable avec celle
des énergies fossiles. Autre frein à son
développement : son coût. À 65 euros
en moyenne le mégawattheure
(MWh), le coût de l’éolien terrestre
reste supérieur à celui du nucléaire
(42 euros/MWh). Mais le SER anticipe une baisse de 30 % de son prix en
2030, s’établissant à 50 euros le
MWh. Enfin, troisième entrave au
développement de l’éolien : sa réglementation. La FEE a récemment dénoncé les conditions du dernier appel
d’offres bouclé fin mai. Celui-ci n’a
rassemblé que 300 mégawatts (MW)
de projets, au lieu des 500 MW attendus par l’État. Les industriels n’ont
pas souhaité concourir pour ne pas
prendre de risques face à une réglementation mouvante.
Le Conseil d’État vient en effet de
retoquer l’autorité en charge de suivre et d’octroyer les appels d’offres.
Dans son avis, il estime que le préfet
ne peut pas être compétent à la fois
pour réaliser les évaluations environnementales des projets et les
autoriser. Pour les parcs dont l’autorisation est purgée de tout recours,
cela n’a guère d’incidence. Mais pour
tous les parcs dont l’autorisation est
en cours d’instruction (3 000 MW)
ou ceux pour lesquels l’autorisation
est attaquée, le risque d’annulation
est grand. « Au regard des temps de
développement actuels des projets
(cinq à sept ans minimum, NDLR),
cette situation de blocage retardera les
volumes installés à horizon 20202021 », s’inquiète la déléguée générale de la FEE. De quoi mettre en
danger la filière ? Non, rassure le ministère de la Transition écologique et
solidaire, qui promet de résoudre ce
problème réglementaire par décret
dès la rentrée. ■
Le long des
côtes, l’éolien
tourne au
ralenti
800
foyers
français
sont alimentés
en moyenne par
une éolienne de 2 MW
3,9 %
de l’énergie
produite en France
en 2016 provenait
de l’éolien
12
millions
de foyers
alimentés par l’énergie
éolienne terrestre,
hors chauffage
et eau chaude
TRÈS DÉCRIÉ en France, l’éolien en
mer n’a pas le vent en poupe. Annoncée le 26 juillet, la décision de
Naval Energies de mettre fin à ses
activités dans l’hydrolien a été le
dernier contretemps d’une filière
- les énergies marines renouvelables - qui accumule depuis des années échecs et péripéties. Deuxième
surface maritime mondiale avec
3 500 kilomètres de côtes, l’Hexagone dispose pourtant d’une situation géographique qui se prête
particulièrement bien à son développement. Le pays constitue le
« deuxième gisement éolien d’Europe
derrière la Grande-Bretagne et devant l’Allemagne », selon la société
de conseil européenne BearingPoint,
qui estime que la France est « moins
ambitieuse que ses voisines ».
Premiers parcs en 2021
En 2009, le Grenelle de la mer avait
en effet fixé pour objectif d’atteindre 6 gigawatts (GW) d’éolien en
mer posé à l’horizon 2020 (contre
20 GW visés par la Grande-Bretagne). Non seulement cet objectif ne
sera pas atteint mais on sait déjà
qu’en 2020 le nombre d’éoliennes le
long des côtes françaises s’élèvera
à… zéro. Nos voisins, eux, en comptent plus de 3 600 le long de leurs
côtes. Certes, une éolienne flottante
(arrimée sur un flotteur en béton) a
été installée au printemps au large
du Croisic, en Loire-Atlantique,
mais il s’agit d’un projet pilote pour
tester la performance du dispositif.
Les premiers parcs en mer ne devraient pas être opérationnels avant
fin 2021. Emmanuel Macron vient, en
juin, de donner son feu vert définitif
au développement de six projets. Il a
conditionné son accord à une renégociation tarifaire avec les industriels, qui avaient remporté les appels
d’offres en 2012 et 2014. Au final,
l’État a réduit ses subventions de
40 %, soit près de 15 milliards d’euros
d’économies pour le contribuable,
ramenant ainsi le coût du mégawattheure (MWh) à 150 euros au lieu de
200. Du Tréport jusqu’à l’île d’YeuNoirmoutier en passant par SaintNazaire, Saint-Brieuc, Courseullessur-Mer et Fécamp, ces six projets
regroupent plus de 400 éoliennes
pour une puissance d’un peu moins
de 3 gigawatts et font tous l’objet de
recours en justice.
Quatre autres projets de fermes
flottantes pilotes ont été confirmés
par l’Ademe. « À horizon 2023, ces
projets devraient représenter 2,5 %
de la consommation électrique globale », estime Pauline Le Bertre, déléguée générale de France Énergie
éolienne (FEE). D’ici à 2028, l’association table sur une puissance installée de 12 GW, capable de générer
10 % du mix électrique national. ■
D. D.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 7 août 2018
L'ÉVÉNEMENT
éoliennes
plus composite et ardente.
PUISSANCE DU
PARC ÉOLIEN
FRANÇAIS,
en GW
6
Éolien
offshore
flottant
15
Éolien
offshore
posé
66 GW
IMPLANTATION DES PARCS
ÉOLIENS TERRESTRES
PROJETS DE PARCS ÉOLIENS...
... offshore posés
... offshore flottants
45 GW
Éolien
terrestre
ZAD
LILLE
13,6
2018
33
1
Objectif 2030
Source : FEE
PARIS
BREST
CLERMONTFERRAND
BORDEAUX
Gady : « C’est la première menace
qui pèse sur les paysages français »
PROPOS RECUEILLIS PAR
EUGÉNIE BASTIÉ ebastie@lefigaro.fr
PRÉSIDENT de la société Sites et
Monuments, qui se bat pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France, Alexandre Gady
explique son engagement contre
l’extension du parc éolien.
LE FIGARO. - Pourquoi une telle
ardeur contre les éoliennes ?
Alexandre GADY. - Les aérogénérateurs industriels polluants (AIP), dits
« éoliennes », sont la première
menace qui pèse aujourd’hui
sur les paysages français.
Ces machines
gigantesques
STRASBOURG sont désastreuses,
non
seulement parce
qu’elles envahissent
l’horizon,
mais encore parce
que cet objet unique, partout et en
tout lieu, banalise les
paysages français dont la
diversité fonde la richesse. La France, avec ses sites
exceptionnels, est ainsi menacée d’être uniformément
recouverte d’un objet industriel de couleur blanLYON
che au design primaire.
À ce rythme, dans dix ou
quinze ans, notre pays
aura changé de visage.
Et il sera trop tard :
qui voudra payer pour les
faire enlever, quand on
découvrira leur nocivité ? On se retrouvera au
pire avec des
champs
d’éoNICE
liennes rouillées,
comme en CaliforMARSEILLE
nie, au mieux avec
d’énormes socles de béton
enfoncés dans le sol, impossibles à éradiquer.
Sources : The Wind Power, Ademe
3
De nombreux paysages sont-ils
déjà gâchés ?
Fin 2017, la France comptait environ 7 000 éoliennes, et il est prévu
d’en construire jusqu’à 20 000 ! Des
paysages entiers sont déjà profanés : je pense à la cathédrale de
Coutances, dont il existe une vue
célèbre où l’on voit une éolienne
entre les deux tours, mais aussi à la
charmante ville de Saint-Jeand’Angély, en Charente, ou au cap
Corse, à Ersa… L’appareil de l’État
s’est jeté dans l’éolien avec une forme de dogmatisme absolu. Il est
question de mettre des éoliennes
face aux plages du Débarquement
ou à proximité du Mont-SaintMichel… Les promoteurs en mettraient dans la Galerie des Glaces s’il
y avait du vent ! Rien ne semble arrêter ce qui est devenu un totem
politique, abreuvé de subventions
d’argent public. Pire, il n’y a plus
moyen de négocier. Sous cet aspect,
M. Emmanuel Macron est resté très
« vieux monde », lui qui veut poursuivre la désastreuse politique de
ses prédécesseurs.
Mais la sauvegarde
de l’environnement ne doit-elle pas
passer avant des considérations
esthétiques ?
Voilà l’argument éculé : mettre en
cause les éoliennes ferait de vous
un lobbyiste du nucléaire ! L’association dont je suis président se
donne certes pour objectif la défense de la beauté, pas de l’environnement. Ce qui ne signifie pas
que nous ne soyons pas sensibles à
la cause écologique, bien au
contraire. Mais nous pensons que
celle-ci ne doit pas se faire en détruisant les paysages. Une éolienne
ne fonctionne qu’environ 30 % du
temps et il faut près de 300 mètres
cubes de béton pour fonder chaque
engin ! L’éolien est un problème industriel, mais également religieux :
est-ce qu’on y croit ou pas ? Étudiant la question depuis plusieurs
années, je suis très sceptique sur les
effets véritablement écologiques de
ces machines. Si cela fonctionnait,
ce serait différent, or les éoliennes
ne fabriquent presque pas d’élec-
tricité - mais beaucoup d’argent en
revanche.
L’éolien en mer est-il
une bonne alternative
au ravage des campagnes ?
L’éolien terrestre est une catastrophe esthétique et, de plus, n’est
guère efficace. En mer, il y a évidemment plus de puissance, mais
pour lutter contre l’eau, il faut des
engins encore plus énormes, qui
nécessiteront un entretien onéreux.
Je suis pour ma part convaincu que
la solution passe par la biomasse et
le solaire.
Comment vous mobilisez-vous
contre l’extension du parc éolien ?
Nous attaquons régulièrement des
projets en justice. Il y a des victoires
mais aussi beaucoup d’échecs. La
France est le pays où il y a le plus de
recours citoyens en la matière. Les
Français n’aiment pas ces machines
car ils sont attachés à leurs paysages, une richesse unique et gratuite
qui appartient à tous.
Le paysage fait-il partie
du patrimoine culturel ?
À l’évidence ! Le problème aujourd’hui est l’existence de deux ministères qui traitent séparément de ces
questions, la Culture et l’Environnement. Or, le paysage n’est pas
naturel, c’est d’abord une création
humaine, façonnée par des siècles
de sédimentation historique. Si un
paysage ne se construit pas en un
jour, il est très facile en revanche de
le détruire rapidement et de manière irréversible. C’est pourquoi nous
réclamons depuis plusieurs années
un audit sur les aérogénérateurs. Si
on doit irrémédiablement changer
le visage de la France, on peut bien
prendre le temps d’évaluer les coûts
et les profits de ces engins. Si un tel
audit était mis en œuvre, on s’apercevrait sans doute que les lobbys
qui sont derrière tout ce business
aiment moins la nature que l’argent… Il faut donc d’urgence que le
gouvernement ouvre un débat
transparent ! ■
LES SIX OBJECTIFS DU PLAN CLIMAT
Rendre irréversible
l’accord de Paris
La France souhaite
l’adoption avec ses
partenaires d’un pacte mondial
pour l’environnement, accord
juridiquement contraignant
afin d’ancrer l’accord de Paris
en droit international.
LES ÉOLIENNES
TERRESTRES
tripales à axe horizontal
sont les plus courantes.
Diamètre du rotor :
80 à 110 m
Hauteur du mât :
80 à 100 m
Hauteur totale :
120 à 155 m
Puissance :
1,8 à 3 MW
Distance miminale :
500 m des habitations
LES ÉOLIENNES
OFFSHORE.
Elles sont destinées
aux fonds marins de
moins de 50 m.
Ce sont les plus grandes
et les plus puissantes.
Le diamètre du rotor
peut dépasser
150 mètres.
LES ÉOLIENNES
OFFSHORE
FLOTTANTES.
Implantées loin des côtes,
elles évitent la pollution
visuelle et bénéficient
de vents plus forts
et constants.
2
Transformer le
quotidien des Français
Le gouvernement
entend faire de la rénovation
thermique une « priorité
nationale », pour éradiquer les
bâtiments « passoires », et veut
rajeunir le parc automobile à
travers la prime de conversion.
3
En finir avec les
énergies fossiles
Fermer les dernières
centrales à charbon d’ici à
2022, mettre fin à la vente
des voitures émettant des gaz
à effet de serre d’ici à 2040,
atteindre la neutralité carbone
d’ici à 2050.
4
La France, pays
à l’économie verte
Inciter entreprises et
écoles à collaborer davantage,
innover écologiquement afin
de porter la part des énergies
renouvelables à 32 % en 2030.
Hulot : un an après,
un bilan décevant
ANTOINE PELÉ £@antoine_pele
L’ÉCOLOGIE n’est pas qu’une affaire de paroles. Si l’arrivée au gouvernement de Nicolas Hulot avait
été félicitée par les écologistes, le
premier bilan de l’action du ministre peut laisser perplexe. Et le programme écologique mené par l’ensemble du gouvernement, encore
plus. En cause, l’omniprésence d’Emmanuel Macron sur la scène internationale, le fracas des ambitieux
objectifs climatiques face à la réalité
du pouvoir et le puissant rôle des
lobbys.
Rarement pourtant un gouvernement n’avait été aussi ambitieux
sur le climat. Le plan de Nicolas Hulot, présenté à l’été 2017, prévoyait
d’en finir avec les énergies fossiles
(voir ci-dessus). Mais après un an
d’exercice, le ministre de la Transition écologique et solidaire dresse
lui-même un premier bilan mitigé
de son action, avec des résultats en
deçà des courageux objectifs. « Le
changement n’est pas à l’échelle »,
reconnaissait-il en juillet dernier.
Légitimité réduite
Bien que satisfait de la mise en place
de la prime de conversion, qui a bénéficié à 75 000 usagers de la route,
le héraut de l’écologie ne peut
s’enorgueillir que d’une maigre sa-
tisfaction. Celui qui a lutté contre
l’aéroport de Notre-Dame-desLandes n’a ainsi pas pu faire fléchir
le gouvernement sur le glyphosate.
« L’exécutif est composé de ministres anti-écologie, comme Travert
(Agriculture), Le Maire (Économie)
et Darmanin (Comptes publics), qui
font de l’ombre à la sincérité de Nicolas Hulot », attaque Julien Bayou,
porte-parole d’Europe ÉcologieLes Verts. Le ministre a donc du mal
à trouver sa place, au point de menacer à plusieurs reprises de quitter le
gouvernement. Mais, entre autorisation à Total d’importer 300 000 tonnes d’huile de palme par an et mutisme sur le projet Montagne d’or en
Guyane qui veut extraire six tonnes
du métal en pleine forêt amazonienne, les sujets sur lesquels Hulot
se fait invisible sont nombreux, ce
qui, aux yeux des militants écologistes, affaiblit sa légitimité.
C’est surtout sur le volet international que la France entend rayonner. Depuis la COP21, le gouvernement veut être au premier plan de la
transition écologique. Avec l’accueil de 32 chercheurs à la suite de
l’appel « Make our planet great
again » et le projet d’une résolution
à l’ONU pour ancrer l’Accord de
Paris dans le droit international,
Emmanuel Macron refuse d’être
inactif. « Mais hormis les discours, il
n’y a rien », conclut Julien Bayou. ■
5
Préserver
les écosystèmes
Transformer
l’agriculture, protéger
les Français des évènements
climatiques extrêmes,
mettre fin à l’importation
de bois provenant des
grandes forêts tropicales.
6
Coopérer
internationalement
À travers la
« diplomatie climatique »,
la France veut pousser Union
européenne et organisations
internationales à intégrer
les enjeux climatiques
d’aujourd’hui et de demain.
Aucun impact identifié
sur la santé humaine
Les
« connais-
MARIELLE COURT mcourt@lefigaro.fr
RISQUES sanitaires, impacts sur la
sances
faune… Les éoliennes font l’objet de
nombreuses accusations. Qu’en estactuelles
? Côté santé, l’Anses (Agence de
en matière ilsécurité
sanitaire) s’est penchée en
d’effets
2017 sur les études analysant les effets que pourraient avoir les basses
potentiels
sonores et les infrasons
sur la santé fréquences
dus aux éoliennes. « Les mécanismes
liés à
d’effet sur la santé regroupés sous le
l’exposition terme “vibroacoustic disease” rapportés par certaines publications, ne
aux
reposent sur aucune base scientifique
infrasons
sérieuse », précise le rapport, qui
ajoute : « Les connaissances actuelles
et basses
matière d’effets potentiels sur la
fréquences en
santé liés à l’exposition aux infrasons
sonores ne et basses fréquences sonores ne justijustifient pas fient ni de modifier les valeurs limites
ni d’étendre le spectre sode modifier existantes,
nore actuellement considéré. »
les valeurs
Oiseaux et chauves-souris
limites
Pourtant, l’Agence reconnaît que,
existantes
parmi les riverains, « des situations
»
L’AGENCE DE SÉCURITÉ
SANITAIRE
de réel mal-être sont rencontrées, et
des effets sur la santé parfois constatés médicalement ». Le problème est
que « la causalité avec l’exposition
aux infrasons et basses fréquences
sonores ne peut pas être établie de
manière évidente ». Elle plaide donc
pour plus d’informations et la poursuite des études.
Des études, il y en a aussi eu pour
évaluer l’impact des grands moulins
sur la faune, oiseaux et chauves-souris notamment. Ces machines tuentelles en masse les oiseaux ? La réponse la plus récente vient de la Ligue
pour la protection des oiseaux (LPO),
qui a compilé 197 rapports sur le sujet. « Le nombre de cas de collisions
constatés est globalement faible au regard de l’effort de prospection mis en
œuvre (35 903), soit 803 cadavres
d’oiseaux », dont 102 appartenant à
des espèces protégées, souvent des
rapaces, souligne le rapport.
Toutefois, la LPO alerte sur le fait
que 60 % des cadavres ont été trouvés à proximité de zones dédiées à la
conservation des oiseaux sauvages
et demande donc que l’on évite
d’implanter des éoliennes dans ces
secteurs. L’impact est en revanche
plus élevé pour les chauves-souris.
Attirées par les machines, elles se
heurtent aux pales. La variation de
pression provoquée par la vitesse
des pâles les blessent également. Il y
aurait de 33 à 79 chauves-souris
tuées par éolienne et par an.
L’évitement des sites présentant
les plus forts enjeux de biodiversité
est donc présenté comme la principale solution permettant de limiter
les conséquences sur les espèces patrimoniales, qu’il s’agisse d’oiseaux,
de chauves-souris ou de mammifères marins. ■
A
1
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 7 août 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Européennes : les ténors aux abonnés absents
Dans la majorité
comme dans
l’opposition,
les poids lourds
ne se bousculent pas
pour se lancer dans
la bataille de 2019.
EMMANUEL GALIERO ET MATHILDE SIRAUD
egaliero@lefigaro.fr £@Mathilde_Sd
ÉLECTIONS Le patron du mouvement
présidentiel aime à le rappeler : pour les
élections européennes, La République en
marche « ne recyclera pas » des candidats qui auraient été « sanctionnés dans
un scrutin national ». Christophe Castaner renvoie ainsi dos à dos la droite et la
gauche, qui ont, selon lui, trop souvent
considéré ce scrutin comme une élection
de seconde zone. Sauf qu’à ce stade,
aucune personnalité de la macronie ne
semble émerger pour incarner le combat
pro-européen d’Emmanuel Macron.
Seules les secrétaires d’État Marlène
Schiappa - non élue - et Brune Poirson
ont déjà exprimé leur intérêt pour le
Parlement européen. Certains poussent
Christophe Castaner à y aller, mais le
délégué général du parti ne semble pas
dévoré d’envie d’un mandat européen.
« Je peux éventuellement être candidat »,
a-t-il coutume de répondre. D’autres
noms, comme celui de l’écologiste Pascal Canfin, reviennent régulièrement.
Selon des proches du chef de l’État,
Emmanuel Macron décidera au « dernier moment » du casting de la majorité
pour 2019. En attendant, Castaner affine le dispositif et prépare la campagne :
en septembre, il devrait poursuivre sa
tournée européenne, avec cinq destinations. À la rentrée, l’ancienne
conseillère diplomatique de Muriel Pénicaud, Garance Pineau, rejoindra son
cabinet en vue de cette échéance cruciale. Le processus de désignation ne
semble pas plus avancé du côté de l’op-
Une conférence au Parlement européen, le 26 juin dernier, à Bruxelles.
position. Il n’y a guère qu’à La France
insoumise que le binôme imaginé par
Jean-Luc Mélenchon, formé de Manuel
Bompard et de Charlotte Girard, devrait conduire la liste en vue de 2019.
Pour porter les idées de LR,
certains noms sont parfois
avancés en coulisses,
tels Jean Leonetti, Damien
Abad, Nadine Morano
ou Brice Hortefeux
La droite, elle, est loin d’avoir désigné son leader. Officiellement, la question de la tête de liste n’est pas jugée
prioritaire. Les Républicains (LR) placent ce sujet après celui du projet, dont
STÉPHANIE LECOCQ/EPA/MAXPPP
les grandes lignes ont été fixées lors du
dernier conseil national, à Menton. Si
Laurent Wauquiez a déjà annoncé qu’il
n’était pas candidat pour porter la liste,
il s’est appliqué jusqu’à présent à dépasser les visions divergentes existant
au sein du mouvement. Aujourd’hui, il
se félicite d’avoir pu rassembler les
sensibilités de son parti sur quelques
principes allant, par exemple, du refus
de l’élargissement de l’Union à la défense de l’identité culturelle européenne. Pour porter ces idées, certains noms
sont parfois avancés en coulisses, tels le
numéro deux du parti, Jean Leonetti, le
député Damien Abad, Nadine Morano
ou Brice Hortefeux… Mais il faudra encore patienter quelques mois avant les
premières consultations du président
Wauquiez. Au Parti socialiste aussi, les
ténors comme l’actuel dirigeant Olivier
Faure et les ex-ministres Ségolène
Royal et Christiane Taubira ont tous exclu de se présenter (lire ci-dessous).
Au Rassemblement national, Marine
Le Pen espère, quant à elle, trouver les
moyens financiers de sa participation
aux européennes. La justice française a
saisi 2 millions d’euros d’aides publiques et soupçonne son parti d’avoir
financé des emplois fictifs au Parlement
européen. Lundi, la cour d’appel de Paris a examiné le recours déposé par le
mouvement lepéniste contre cette décision qu’il juge « inique », voire susceptible de le pousser au « dépôt de bilan » dès la fin septembre. Pourtant, le
Rassemblement
national
anticipe
l’échéance européenne comme l’occasion d’un rebond politique et certains
cadres poussent Marine Le Pen à se déclarer tête de liste. L’intéressée a écarté
Le PS imagine un grand mercato
par-delà les frontières
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
OLIVIER FAURE a une pile de devoirs de vacances. Parmi lesquels
l’élaboration d’une stratégie solide
pour les élections européennes. Un
casse-tête tant le sujet divise les socialistes, démotivés par des sondages piteux.
Pour sortir de cette équation impossible, le premier secrétaire du PS
teste une idée auprès de ses proches : organiser, via le Parti socialiste européen (PSE), un gigantesque
mercato. Les élections européennes
permettent à des citoyens de se présenter dans un autre pays que le
leur. Une règle dont le PSE pourrait
user à grande échelle.
Ainsi, le Belge Paul Magnette a
été approché par le PS français. Âgé
de 47 ans, le bourgmestre de Charleroi et ancien dirigeant de la Wallonie s’est fait connaître à gauche en
A
1
Julien Dray
veut mener la liste
Le conseiller régional d’Île-deFrance Julien Dray est candidat
pour mener la liste PS aux
européennes. « Le renouvellement
n’interdit pas l’expérience […].
L’expérience, c’est plus utile à
63 ans qu’à 26 ans », a-t-il dit lundi
sur France inter après être sorti
du bois dimanche dans Le Parisien.
Il a proposé une allocation
universelle pour les jeunes
« financée par les Gafa ». Alors que
cette candidature peut surprendre,
certains socialistes pensent
que Julien Dray cherche avant
tout à se positionner pour obtenir
une place éligible sur la future liste.
T. Q.-M.
remettant en cause le traité de libre-échange avec le Canada (Ceta).
Ce fait d’armes empêcherait l’aile
gauche du PS de s’opposer à ce qu’il
soit tête de liste, veut croire un
ponte de Solférino. Le Belge s’est
opportunément affiché le 29 juin
dernier à Paris lors du meeting du
PSE organisé au Cirque d’Hiver. « Il
faut que nos concitoyens sachent
qu’aujourd’hui, en Europe, il n’y a
pas que des Viktor Orban (le premier
ministre hongrois) et des Matteo
Salvini (le vice-président du Conseil
des ministres italien), qui sont les visages de l’exclusion et de la fermeture. En Europe, il y a aussi les visages d’Antonio Costa (le premier
ministre portuguais), de Pedro Sanchez (le chef du gouvernement espagnol) et de beaucoup d’autres qui
portent l’ouverture, la fraternité et la
solidarité, qui nous rendent confiance
en nous-mêmes et portent nos valeurs », avait-il lancé dans un discours très énergique.
Dans le même esprit, Pierre
Moscovici serait invité à se présenter en dehors de l’Hexagone - en
Grèce souffle-t-on -, ce qui ne
l’empêcherait pas, ensuite, d’être
tête de liste des sociaux-démocrates pour la présidence de la Commission européenne ou candidat à
la présidence du Parlement européen. Syriza, avec qui le PSE entretient de plus en plus de liens, pourrait envoyer un candidat mener
une liste avec le PSOE en Espagne
pour y affaiblir Podemos, etc. « Le
PSE n’a pas encore donné son accord mais il explore cette hypothèse », affirme un ténor de Solférino,
qui indique qu’Olivier Faure a récemment rencontré le Bulgare
Sergueï Stanichev, président du
Parti socialiste européen. Mais cette piste agace déjà au sein même de
la direction du PS : « Il faut arrêter
les blagues et ce concours Lépine des
candidatures », s’insurge un élu du
bureau national. ■
cette hypothèse mais son entourage
n’exclut rien. Les stratégies de la
concurrence seront déterminantes.
Le parti RN pourra-t-il s’allier à Nicolas Dupont-Aignan pour mener la
bataille ? Le président de Debout la
France n’a pas saisi cette main tendue.
Il veut bâtir un « programme commun
de la droite » au sein d’un collectif initié avec Jean-Frédéric Poisson, le président du Parti chrétien démocrate (les
Amoureux de la France). Mais, là encore, aucune tête de liste n’émerge.
Dans la galaxie souverainiste, seuls
Florian Phillippot, président des Patriotes, et François Asselineau, président de l’Union populaire républicaine, semblent décidés à s’illustrer
comme candidats du Frexit, seule solution à leurs yeux pour sortir de la
crise européenne. ■
« Les chefs de parti
veulent éviter la défaite »
PROPOS RECUEILLIS PAR
LORIS BOICHOT £@lboichot
OLIVIER ROZENBERG est chercheur associé au Centre d’études
européennes de Sciences Po.
Olivier Faure, le premier
secrétaire du Parti
socialiste, le 16 mars
dernier à Paris.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
LE FIGARO.- Prendre la tête d’une
liste aux européennes ne semble pas
attirer les chefs de parti. Pourquoi ?
Olivier ROZENBERG.- Les partis de
gouvernement font souvent des
contre-performances aux européennes. Leurs chefs veulent donc
éviter une défaite. D’autant que la
légitimité des ténors à l’intérieur des
formations politiques est limitée. Il y
a quarante ans, un échec de François Mitterrand ne remettait pas en
cause son leadership. Aujourd’hui,
une défaite d’Olivier Faure (PS)
pourrait hypothéquer sa carrière.
Il faut aussi dire qu’il est difficile
de faire carrière depuis
le Parlement européen…
Oui, l’exemple d’Élisabeth Guigou
est éloquent. Ministre sous Jospin,
passionnée d’Europe, elle s’est fait
élire à l’Assemblée nationale en
2002 pour rester une personnalité
de premier plan. Elle avait le sentiment qu’en allant à Bruxelles, elle
se ferait oublier des électeurs, des
médias et de l’opinion.
Le mandat d’eurodéputé serait-il
un mandat de second rang ?
En fait, il y a deux profils d’eurodéputés. D’un côté, la figure ancienne
des « recasés » : ce sont d’anciens
ministres, d’anciens numéro un ou
des candidats malheureux à une
élection, qu’on retrouve de Rachida
Dati (LR) à Vincent Peillon (PS). De
l’autre, les eurodéputés professionnels de l’Europe. Connus pour leur
investissement et leur spécialisation dans certains dossiers, ils se
sont imposés lors des dernières lé-
gislatures. C’est le cas d’Alain Lamassoure, à droite, dont c’est le
quatrième mandat, ou de Pervenche Berès, à gauche, qui exerce son
cinquième mandat. On en trouve
aussi au MoDem ou chez Europe
Écologie-Les Verts. Ce qui est assez
fascinant, c’est que les partis font
cohabiter ces différents profils.
“
Les
eurodéputés
ont du mal
à convertir
leur expérience
en succès national
OLIVIER ROZENBERG
”
Qu’en est-il chez nos voisins ?
Dans les autres grands États membres, les eurodéputés ont du mal à
convertir leur expérience en succès
national. En Allemagne, Martin
Schulz, ancien président du Parlement européen, a décroché l’investiture du SPD mais perdu les législatives. À l’inverse, les petits États
membres voient le mandat d’eurodéputé comme un élément de prestige, parfois plus rémunérateur que
les responsabilités nationales.
Si le mandat des eurodéputés est
dévalorisé en France, est-ce parce
que leur pouvoir est sous-estimé ?
Oui, alors qu’il est monté en puissance au fil des révisions des traités.
Le traité de Lisbonne, en 2009, a fait
du Parlement européen un colégislateur dans 80 % des cas (avec le
Conseil). C’est considérable. Les élites politiques françaises ont mis du
temps à le saisir, sans doute pour des
raisons de culture politique. Compte
tenu de la faiblesse du Parlement
français sous la Ve République, elles
ont eu du mal à comprendre qu’un
Parlement puisse être influent. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 7 août 2018
POLITIQUE
Mal à l’aise
dans la majorité,
les déçus de
Macron tentent
de s’organiser
Francois-Michel Lambert, le 7 mars
à l’Assemblée. Avec Paul Molac,
ces deux députés LaREM projettent
de former un groupe dissident.
VINCENT ISORE/IP3 PRESS/MAXPPP
centristes et socialistes. Tout comme les
trois élus nationalistes corses, à condition qu’ils renoncent à employer le terme de « prisonniers politiques ». De quoi
dépasser le seuil des 15 députés nécessaires à la constitution d’un huitième groupe parlementaire. « Nous avons le nombre
de parlementaires intéressés, garantit le
député divers gauche de Charente-Maritime Olivier Falorni. Il faut désormais
passer du potentiel à l’officiel. » En juin
dernier, l’élu rochelais avait déjà entrepris de créer un groupe de centre gauche
au Palais Bourbon. En vain, faute d’effectifs. « Cette fois-ci, c’est la bonne »,
martèle un futur membre, persuadé que
l’affaire Benalla produira un « déclic »
chez certains députés macronistes encore hésitants.
Plusieurs députés désenchantés espèrent
constituer à la rentrée un nouveau
groupe parlementaire.
PARLEMENT S’ils souhaitent que le projet aboutisse à la rentrée, pas question de
lézarder au soleil. Tandis que leurs collègues profitent de quatre semaines de vacances parlementaires, plusieurs députés
s’affairent en coulisse à la constitution
d’un nouveau groupe à l’Assemblée. Parmi eux, une poignée d’élus de La République en marche (LaREM) attendent le
moment opportun pour prendre leurs
distances. Notamment deux anciens
écologistes, François-Michel Lambert
(Bouches-du-Rhône) et Paul Molac
(Morbihan), tous deux déçus par la politique du gouvernement et mal à l’aise sur
les bancs de la majorité. « La question climatique n’est pas la priorité du gouvernement si l’on se fonde sur la première année », regrette le premier, tandis que le
second reproche à Emmanuel Macron de
délaisser les territoires.
Dans les rangs des Marcheurs, consigne a été donnée de ne pas s’inquiéter.
« Ils ne seront que trois ou quatre à nous
faire défaut, sur les 312 députés que compte le groupe », veut croire un cadre du
mouvement présidentiel. « Chacun est libre, indique la porte-parole du groupe,
Aurore Bergé. Mais on a été élu sur le projet du président de la République, il serait
bon qu’ils ne l’oublient pas. »
Même au sein de la « frange sociale »
du groupe majoritaire, l’initiative peine
“
Le groupe n’a pas
vocation à être dans une
opposition systématique ni
dans une majorité béate
OLIVIER FALORNI, DÉPUTÉ DIVERS GAUCHE
réunions. D’autres élus écologistes préfèrent, eux aussi, rester dans le giron de
la majorité (lire encadré). L’un d’entre
eux analyse ainsi la tentative des déçus
de la majorité : « Certains n’ont peut-être
pas accédé aux responsabilités qu’ils souhaitaient lors de leur élection. »
Outre ces futurs transfuges de La République en marche, le groupe devrait
notamment réunir des députés radicaux,
D’autres écolos de LaREM ne veulent pas se « ghettoïser »
« Un pôle écolo oui mais pas un groupe
écolo. » Au sein de la majorité, d’autres
députés étiquetés écologistes
n’approuvent pas le projet de Paul
Molac et de François-Michel Lambert
de former un groupe dissident. Au
contraire, cette aventure parlementaire
ne servirait, selon eux, aucunement
leur engagement. Bérangère Abba,
députée La République en marche
(LaREM) et membre de la commission
développement durable, y voit une
forme de « ghettoïsation » de l’écologie
politique. Appartenir au groupe
majoritaire accorde, au contraire,
des avantages, assurent ces députés.
Ils bénéficient ainsi de l’oreille attentive
du ministre de la Transition écologique :
« Nous sommes en relation directe
avec le cabinet de Nicolas Hulot.
Nous organisons des séances de travail
et nous faisons remonter des
informations », se félicite Éric Alauzet,
député LaREM et ex-EELV. Rester
dans le groupe majoritaire leur permet
aussi d’être en relation avec des
députés qui ne sont pas
nécessairement sensibles aux
problèmes écologiques. « Il faut que
nous interpellions les citoyens comme
les députés éloignés de ces sujets »,
martèle Sandrine Le Feur, députée
LaREM. Enfin, ils considèrent que
le pouvoir actuel n’a pas à rougir
de son bilan. « On a fait plus que tout
ce qu’avaient fait les précédents
gouvernements », assure Matthieu
Orphelin, député LaREM et proche de
Nicolas Hulot (lire ci-dessous).
E. C.
L’ÉTÉ DU FIGARO
3/16
Orphelin, accro
au beach-volley
Pour le député de Maine-et-Loire,
« poil à gratter » de la majorité, c’est
plus qu’un simple sport de plage.
JULES PECNARD £@JulesPec
« Matt, t’es seul ! Tu l’as, tu l’as ! »
Thibault vient de faire une manchette fluide et bien cadrée vers son
coéquipier. La balle flotte dans les
airs quelques furtives secondes
avant de retomber, d’abord lentement puis de plus en plus vite. Impossible de la rater. L’air à la fois
concentré et satisfait – il sait qu’il va
obtenir le point –, Matthieu bondit,
le corps longiligne, puis tend le bras
pour faire un smash en règle. « Oui,
monsieur !…. », exulte Thibault. Essoufflé, le duo prend l’avantage sur
ses adversaires.
La scène se déroule à l’occasion
d’un entraînement comme un
autre, en bordure d’Angers, un
après-midi de juillet. La session a
pourtant failli être annulée. La météo est hésitante, maussade. Il pleut
des cordes par intermittence sur la
préfecture de Maine-et-Loire. Pas
idéal pour jouer au beach-volley
même si, dit-on, les jambes et la
voûte plantaire s’accommodent
mieux d’un sable humide. Qu’im-
porte, certains camarades cherchent des excuses pour manquer
leur rendez-vous hebdomadaire au
stade. Dans un café du centre-ville,
l’un d’entre eux achève d’expliquer
les règles du jeu au Figaro, le temps
que la grisaille se dissipe. Il s’agit de
Matthieu Orphelin, 45 ans, député
La République en marche de la
1re circonscription du département.
Supplément d’endurance
Désormais connu comme l’un des
« poils à gratter » de la majorité
macroniste, ce proche de Nicolas
Hulot s’est fait un nom ces derniers
mois en défendant des positions
parfois à rebours du tempo gouvernemental, aussi bien sur des sujets
environnementaux que sociétaux.
Un rôle qui, en sus d’un travail parlementaire parfois fastidieux, exige
de sa part un supplément d’endurance et d’entêtement. De là, il n’y
a qu’à se baisser pour récolter les
analogies sportives.
Importé des États-Unis, le
beach-volley se joue à deux contre
deux. « C’est un sport très technique,
très codifié, contrairement au volley
Matthieu Orphelin
sur le terrain
de beach-volley
d’Angers.
« Je fais de la politique
comme je joue au
volley, confie-t-il,
en ayant la gagne,
la volonté d’être
présent jusqu’au
dernier point. »
JULES PECNARD
à trois contre trois, où tous les coups
sont permis, où on peut être approximatif, remettre la balle en jeu un peu
n’importe comment. On ne peut pas
faire ça au beach. Il faut être précis et
en pleine condition physique », raconte Matthieu Orphelin. Et
d’ajouter, plus prosaïquement, que
le volley-ball est un sport « où il ne
faut pas être le meilleur, mais le
mieux accompagné ». À l’instar
d’un groupe de mutins dans une
majorité parlementaire ? « Je fais de
la politique comme je joue au volley,
en ayant la gagne, la volonté d’être
présent jusqu’au dernier point. C’est
exactement la même chose lorsque
vous défendez un amendement en
commission. Le goût de la compétition me sert, c’est indéniable. »
Entre deux gorgées de son Perrier rondelle, le natif de Saint-Nazaire revient sur les raisons de sa
”
S’ils cherchent évidemment à être plus
audibles dans l’hémicycle et à profiter
des moyens mis à la disposition des groupes parlementaires, les partisans du projet se refusent pour autant à parler de
« groupe technique ». « Il y aura un attachement commun à la fonction de parlementaire, à la décentralisation du pouvoir
vers les territoires, à la question écologique
ainsi qu’à l’humanisme », détaille le député de la Vienne Jean-Michel Clément,
premier parlementaire à s’être mis en
congé de LaREM après s’être opposé à la
loi asile et immigration. Et de compléter :
« La liberté sera la première de nos valeurs.
[…] Il n’y aura pas de mise à l’index ou de
sanctions. » « Ce ne sera pas un groupe
monolithique », renchérit Olivier Falorni.
Pour l’heure, le projet reste encore à
peaufiner. Le groupe s’inscrirait-il dans
la majorité ou dans l’opposition ? « Dans
la pratique, ce n’est pas aussi clair, élude
le député de Charente-Maritime. Le
groupe n’a pas vocation à être dans une
opposition systématique ni dans une majorité béate. » Tous les détails devront être
réglés avant que les statuts ne soient déposés. Les déçus de Macron se sont fixé
une date limite, le 15 septembre, afin
d’être opérationnels à l’ouverture de la
nouvelle session parlementaire, début
octobre. ■
passion pour ce sport d’extérieur,
qu’il pratique depuis l’enfance.
« Quand j’étais gosse, mes vacances
se résumaient toujours à jouer au
volley à un moment sur une plage. Le
plus souvent celle de Pornichet, à
quinze bornes d’où je vivais », se remémore-t-il. Un temps, l’écologiste a même présidé un club local,
« en sommeil » depuis que la politique a pris le pas sur le reste. Claude
Orphelin, son père, a quant à lui cofondé en 1986 les MVP, les Masters
Volley Pornichet.
« C’est ma drogue »
Cette filiation n’explique qu’en partie l’attachement du député à son
sport. « Il est inconcevable pour moi
de m’en passer. Je sais que chaque
semaine, à partir d’avril, je vais rentrer en circonscription pour faire
mon match. Le volley, c’est ma dro-
[
]
La politique
c’est du spo
rt
gue, mon équilibre. Il me permet de
remettre les compteurs à zéro après
ma semaine à l’Assemblée. »
Détail amusant : lorsqu’il a fallu
se trouver un point de chute dans le
Maine-et-Loire pour les législatives
de 2017, Matthieu Orphelin n’a pas
choisi son fief au hasard. « Je suis
dans la circonscription où il y a le plus
de clubs de volley, notamment les
deux plus grands du département,
avoue-t-il avec le sourire. C’était
une raison parmi un millier d’autres,
évidemment. » Ce choix lui permet
de ne rater quasiment aucun tournoi de son club, le SCO Volley. « La
compatibilité est difficile à préserver.
Cet été, avec la session extraordinaire, je ne vais pouvoir faire que deux
ou trois tournois, maximum », regrette-t-il.
Raison de plus pour en profiter.
Quand il joue, Matthieu Orphelin
laisse derrière lui son costume de
député. Il devient « Matt », l’un des
« potes » du groupe, qui inclut un
podologue et deux jeunes en fin de
parcours étudiant. « Des gens normaux, quoi », précise celui qui est
de plus de quinze ans leur aîné. Une
différence d’âge qui passe inaperçue tant les niveaux de forme sont
comparables. « Ça, c’est parce qu’on
le laisse gagner », chambre Romain,
l’un des joueurs. In fine, le volley
permet à l’élu de garder « un pied
dans la vraie vie », où on ne parle
politique qu’à petite dose. D’ailleurs, il évite de faire du sport avec
ses collègues parisiens. Seule exception, Nicolas Hulot, avec qui il
aimerait faire un match de foot en
salle. Difficile de libérer un espace
dans un agenda de ministre. ■
A
MATTHIEU DESMOULINS £@MatthDes
à convaincre. Plutôt que de claquer la
porte, une trentaine de députés issus de
l’aile gauche de LaREM - parfois qualifiés de « frondeurs » - se réunissent
chaque mercredi matin, entre 8 et
9 heures, pour « expliquer leurs positions ». « Ils se retrouvent car ils souhaitent porter le volet social d’Emmanuel
Macron et ainsi être sûrs qu’il soit ensuite
porté par la majorité », précise l’entourage de Sonia Krimi, à l’origine de ce
groupe informel.
« C’est toujours mieux de débattre et
d’exprimer publiquement son mécontentement, plutôt que de prendre la fuite »,
cingle une participante active de ces
5
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 7 août 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Caracas : un attentat symptôme du malaise militaire
L’attaque aux drones contre Maduro, samedi, a été revendiquée par un groupe de soldats.
VENEZUELA Mais que s’est-il passé samedi 4 août à 17 h 40 sur l’avenue Simon-Bolivar à Caracas ? Les images
ont été vues par tous : un président
Maduro dont le discours est interrompu par une explosion, des troupes en
défilé saisies de panique, une intervention télévisée du ministre de l’Information, Jorge Rodriguez, puis une
autre du président pour montrer qu’il
était indemne et accusant le président
colombien d’être l’instigateur de l’attentat.
Une partie de l’opposition vénézuélienne met en doute l’existence même
d’un attentat. Pourtant, les témoignages confirment la présence de deux
drones qui ont explosé, l’un en l’air,
l’autre sur la façade d’un immeuble.
Mais pourquoi ont-ils explosé avant
d’atteindre leur cible ? Un tir de militaire ou un brouillage des ondes comme le suggèrent des sources militaires ?
Le film des événements est d’autant
plus difficile à reconstituer que l’une
des premières choses que le pouvoir ait
faite est de mettre en détention pendant trois heures les quelques journalistes qui couvraient l’événement et de
confisquer les images qu’ils avaient
prises.
Selon le ministre de l’Intérieur,
« nous avons jusqu’à présent six terroristes et tueurs à gages arrêtés, plu-
sieurs véhicules saisis ; des perquisitions
ont eu lieu dans divers hôtels de la capitale, où des preuves accablantes ont été
découvertes ».
« Carnet de la Patria »
L’opposition estime que cet événement
va en tout cas plomber ses projets qui
visaient à remobiliser la population en
organisant une grève générale et une
grande manifestation contre le « Carnet de la Patria ». Celui-ci serait désormais indispensable pour obtenir du
carburant dans les stations-service.
Un ex-général dissident, Hebert
Garcia Plaza, va plus loin en tweetant
que « cela ressemble à une situation
créée par le gouvernement pour se présenter en victime et accuser la droite vénézuélienne ».
Cette opération « Fenix » a été revendiquée par un groupe de militaires
regroupés sous l’appellation « Soldados
de Franelas », les « soldats en teeshirt ». Le malaise dans l’armée est de
plus en plus évident. De nombreuses
arrestations d’officiers, de sous-officiers ont eu lieu ces derniers mois. Récemment, à l’occasion de sa seconde
investiture, le président Maduro a exigé que tous les hauts grades signent
devant les caméras de télévision un
« serment de loyauté au président de la
République ».
Parmi les actions de rébellion les
plus spectaculaires, mais pas forcément les plus importantes, au sein des
forces de l’ordre, figure le détournement d’un hélicoptère par le policier
et plongeur de combat Oscar Perez le
27 juin 2017. Il avait lancé des grenades contre le bâtiment de la Cour suprême. Il a diffusé ensuite régulièrement des vidéos qui l’ont rendu
célèbre dans le pays. Il sera tué dans
une intervention particulièrement
violente et médiatisée des forces spéciale en janvier 2018. En août 2017,
une vingtaine d’hommes avait pris
d’assaut une caserne à Valencia et
était repartie avec des armes. ■ P. B.
Ivan Duque, nouveau président colombien
Alors que la principale fierté de Santos est l’accord de paix avec les Farc, son successeur y est opposé.
COLOMBIE Ivan Duque sera le
nouveau président colombien
après la cérémonie de passation de
pouvoirs qui se déroulera aujourd’hui 7 août à Bogota. C’est un jeune politicien peu expérimenté qui
entrera à la Casa de Narino, le palais
présidentiel, pour au moins quatre
ans, après avoir gagné la présidentielle, le 17 juin dernier, face à Gustavo Petro que ses adversaires accusaient de flirter avec le chavisme
et le castrisme.
Ivan Duque a été élu pour la première fois sénateur en 2014. Il a travaillé auparavant à la Banque interaméricaine de développement et à
l’ONU. Sa victoire doit beaucoup à
l’habileté politique et à la popularité de son mentor : Alvaro Uribe.
L’axe principal de sa campagne a
consisté à critiquer les accords de
paix signés par Juan Manuel Santos
avec la guérilla des Farc.
Son parti, le Centro democratico, a mené la campagne lors du
référendum du 1er octobre 2016 et
réussit à faire rejeter par une courte
majorité les accords de paix.
L’Église a beaucoup aidé à ce rejet
en prétendant que les accords allaient introduire la « théorie du
genre » dans la Constitution. Le
gouvernement avait dû renégocier
en urgence avec les Farc et faire ratifier le texte modifié par le Parlement.
Ivan Duque défend une attitude
sans concession avec les anciens
chefs de la guérilla qui a été active
dans le pays pendant plus de cinquante ans. Il estime que ceux-ci
ne doivent pas pouvoir se présenter
à une élection avant d’avoir purgé
la peine pour les délits commis. Il
réfute la qualification de « délit
connexe » pour le narcotrafic
(c’est-à-dire délit amnistiable si
l’objectif de ceux qui le commettaient était le financement des
Farc).
10 millions. Les assassinats de leaders sociaux sont toujours très
nombreux par manque de protection de l’État, malgré les promesses
du gouvernement Santos.
« Le danger pour les accords de
paix avec Ivan Duque ne vient pas de
lui-même mais des gens qui l’appuient, estime Ariel Avila, de la
Fondation Paz y Reconciliacion. Ils
sont les principaux bénéficiaires du
conflit, et l’idée de restituer des terres qu’ils se sont appropriées grâce à
la guerre ne leur plaît pas du tout. Le
risque, ce n’est pas qu’il revienne sur
les accords de paix mais que l’absence de volonté politique mette au
point mort leur application. »
Pour Ariel Avila, les transformations du pays sont profondes audelà des accords de paix. « En matière d’éducation, depuis 2012,
l’école, maternelle, primaire et secondaire, est gratuite. Le taux d’homicides pour 100 000 personnes est
passé de 34 à 24. Malgré la baisse
des prix du pétrole, la croissance en
2018 sera de 2,4 %, la meilleure performance de toute la région après le
Pérou. Mille quatre cents kilomètres
d’autoroute ont été construits, la
plupart des aéroports et des ports
ont été modernisés. » ■
P. B.
A
JOHN VIZCAINO/AFP
Santos : « Il n’y a plus de démocratie au Venezuela »
PROPOS RECUEILLIS PAR
PATRICK BÈLE pbele@lefigaro.fr
LA PRÉSIDENCE colombienne nous
a fait savoir que Juan Manuel Santos
préfère s’en tenir au communiqué
officiel qui qualifie d’« absurdes »
les accusations de Nicolas Maduro
impliquant le président colombien
dans l’attentat de samedi à Caracas.
Des accords de paix
fragilisés
Dans un entretien accordé au Figaro en décembre 2017, il rejetait la
« justice transitionnelle » (une justice spéciale pour les ex-guérilleros
et les militaires) et disait vouloir
que le tribunal spécial pour la paix
soit réintégré à l’appareil judiciaire
traditionnel. Tout cela pourrait fragiliser les accords de paix, qui
connaissent déjà des complications
dans leur application.
La restitution des terres aurait
pris du retard et la réintégration à
la vie civile des guérilleros est au
point mort. Cécile Lavergne de
l’ONG Cleo, n’est pas loin de partager ce constat. « En milieu rural,
dans la pratique, on est loin des accords. Plus de 50 % des ex-guérilleros, las d’attendre des possibilités
de réintégration, ont quitté les zones de regroupement et sont allés
grossir les rangs des déplacés. »
Selon elle, les territoires
laissés par les Farc ont été reconquis par des groupes délinquants. Le cartel mexicain de Sinaloa, très
présent, aurait fait monter les prix des assassinats, qui seraient passés
de 2 millions de pesos à
Le nouveau président colombien, Ivan Duque, 41 ans, lors de l’ouverture du Festival Naranja, le 27 juillet à Bogota.
Juan Manuel Santos
lors d’un entretien
à l’AFP le 30 juillet
2018. RAUL ARBOLEDA/AFP
LE FIGARO.- Quelles sont
les répercussions de la crise
vénézuélienne sur votre pays ?
Juan Manuel SANTOS.- C’est le
problème le plus grave auquel
nous devons faire face actuellement. Nous avons reçu plus d’un
million de Vénézuéliens venus
pour fuir cette crise si profonde,
résultat d’un régime qui a détruit la démocratie, qui a violé
tous les droits humains. Nous
avons pris une position très critique face à ce régime et nous
n’avons pas reconnu le résultat
de la dernière élection présidentielle. Il n’y a plus de
démocratie, plus de
liberté, plus de respect pour les droits
humains. Il est
inconcevable
que dans ce
pays, le plus riche d’Amérique
latine, celui qui a
les plus importantes
réserves
pétrolières
du
monde, les gens
soient en train de
mourir de faim et
de manque de médicaments.
Quel bilan faites-vous de vos huit
années à la tête de la Colombie ?
Je laisse au prochain gouvernement un pays débarrassé de la
guérilla la plus puissante du continent américain, les Farc. Cinq
millions et demi de Colombiens
sont sortis de la pauvreté, l’extrême pauvreté a été réduite de moitié. L’éducation est désormais
gratuite pour tous les garçons et
filles colombiens. Nous avons engagé le programme d’investissement dans les infrastructures le
plus ambitieux de tous les pays
émergents, selon la Banque mondiale. La Colombie a trouvé un
“
Tous les pays
doivent assumer leur
responsabilité dans
le trafic de drogue
”
rôle dans les échanges internationaux qu’elle n’a jamais eu dans
son histoire, ce pour quoi je remercie la France et les autres pays
européens. Nous appartenons
maintenant à l‘OCDE. Nous sommes le seul pays latino-américain
membre de l’Otan et nous sommes membres fondateurs de l’Alliance du Pacifique, le programme
d’intégration économique le plus
réussi de tout le continent.
La perte du référendum
sur le processus de paix avec
les Farc le 1er octobre 2016
et l’élection d’Ivan Duque pour
vous succéder ne sont-ils pas un
échec pour vous ?
Non, au contraire. Nous avons
réussi à renégocier un accord en y
introduisant 95 % des observations qu’avaient faites les partisans du non au référendum. Le
congrès colombien a ratifié ces
accords avec une très large majorité et la Cour constitutionnelle
aussi, affirmant que personne ne
pourrait aller à l’encontre de ces
accords pendant les trois prochains mandats présidentiels.
Certains dénoncent des retards
dans l’application des accords,
notamment la redistribution des
terres et la reconquête des anciens
territoires des Farc par l’État.
Ce sont des critiques normales, car
les attentes sont toujours supérieures à la capacité d’y répondre. Mais
tous les accords qui ont été négociés dans le monde se limitent à la
démobilisation, au désarmement
et à la réintégration. Cela a été réalisé en Colombie à 100 %. La preuve
la plus claire est la photo de l’excommandant en chef des Farc votant pour la première fois de sa vie.
Au congrès de la République siègent désormais cinq députés et
cinq sénateurs de la Farc. Pourtant,
ces accords sont bien plus ambitieux. Pour la première fois, les
deux parties se sont mises d’accord
sur un système de justice transitionnelle en totale conformité avec
les paramètres du statut de Rome
pour qu’il n’y ait pas d’impunité.
Mais un dicton colombien dit : Del
afan no queda sino el cansancio
(« Trop de précipitation nuit. »)
La production de coca a beaucoup
augmenté ces dernières années.
Pourquoi ?
L’annonce de l’inclusion du thème de la drogue dans les accords
de paix et de la substitution volontaire des cultures illicites a eu
pour effet pervers d’inciter à la
culture de la coca. Les familles qui
la cultivent ont semé plus pour
toucher plus d’aide à l’éradication. De plus, la dévaluation du
peso a rendu plus rentable le commerce de la coca. Enfin la
consommation a beaucoup augmenté dans le monde. Cela fait
trente-cinq ans que nous essayons
d’éradiquer la culture de la coca et
nous avons chaque fois échoué car
le réensemencement se faisait immédiatement sous l’impulsion des
Farc. Maintenant, les Farc participent aux plans de substitution.
C’est la seule façon pour que la
Colombie cesse d’être le premier
exportateur de cocaïne. Mais je
veux aussi dire que le monde entier est coresponsable. Un pays
seul ne peut pas lutter contre le
trafic de drogue. C’est une guerre
que le monde a déclarée il y a quarante-cinq ans et qu’il a perdue.
Tous les pays doivent assumer
leurs responsabilités dans ce trafic
et définir une nouvelle stratégie.
Votre popularité est forte à
l’extérieur, et faible en Colombie.
Comment analysez-vous cela ?
Deux grands hommes d’État sont
mes modèles : le général de Gaulle
et Winston Churchill. Faire ce
qu’il faut, pas ce qui est populaire.
L’histoire a reconnu les mérites de
ces deux hommes. Et ici, en Colombie, on commence à reconnaître ce que j’ai fait. Dans la dernière
enquête de cette semaine, l’appui
à la politique du gouvernement est
monté à 48 % et ma popularité,
qui était à 25 %, est à 40 %. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 7 août 2018
INTERNATIONAL
Après guerre,
le Canada
raflait les bébés
ZOOM
Indonésie : une centaine
de morts dans un séisme
près de Bali
Les équipes de secours
indonésiennes ont évacué lundi
plus de 2 000 touristes de petites
îles touristiques proches de celle
de Lombok, où des sauveteurs
étaient à la recherche
de survivants au lendemain
d’un puissant séisme qui a tué
au moins 98 Indonésiens et fait
des centaines de blessés, dont
quatre Français. Le tremblement
de terre, de magnitude 6,9,
survenu dimanche soir
à une faible profondeur
de 10 kilomètres, y a endommagé
des milliers de bâtiments, une
semaine après un autre séisme qui
avait tué au moins 17 personnes.
Jusqu’au début des années 1970, entre
300 000 et 600 000 bébés ont été pris à
leur mère pour être confiés à des familles.
MONTRÉAL
AMÉRIQUE DU NORD Les Canadiens
l’appellent « la rafle des bébés ». Alors
qu’était fêtée la fin de la Seconde Guerre mondiale, Ottawa menait l’une des
politiques les plus honteuses de son histoire. Elle durera jusqu’en 1971. Entre
ces deux dates, des centaines de milliers de bébés ont été arrachés à leur
mère célibataire pour être placés dans
des foyers, appelés maisons de maternité. Ces femmes ont été considérées
comme de mauvaises mères, car non
mariés. Leurs enfants ont été jugés illégitimes. Les jeunes mères ont donc été
placées dans des foyers jusqu’à leur accouchement. Des foyers gérés par
l’Église, et financés par Ottawa. Les enfants ont ensuite été adoptés et, pour la
plupart, ils n’ont jamais connu leur
mère.
Le Sénat, qui est d’ordinaire discret,
a publié un rapport au vitriol intitulé
« Honte à nous ». Le nombre exact de
bébés enlevés est flou : de 300 000 à
600 000, selon les sources, mais la plupart penchent pour 600 000 enfants.
L’une des filles-mères, Sandra Jarvie, a
témoigné récemment devant un comité
sénatorial canadien. « La travailleuse
sociale s’est postée devant moi et m’a
annoncé froidement que je ne reverrais
jamais mon bébé de toute ma vie, et que,
si je cherchais à le retrouver, je détruirais
sa vie […]. Les mères célibataires
n’étaient pas perçues comme pouvant
être mères », a confié cette femme âgée
de 20 ans en 1968. Sandra Jarvie a expliqué qu’elle a été placée dans une
maison de maternité isolée. « On vivait
séparé du reste du monde… Ces maisons
n’offraient plus que la servitude domestique », se souvient-elle.
EN BREF
Irak : perpétuité pour
un djihadiste français
de 55 ans
“
Il y a toujours des mères
qui ignorent si elles ont
donné naissance
à un garçon ou une fille
”
VALERIE ANDREWS, DIRECTRICE GÉNÉRALE
D’ORIGINS CANADA
Selon les témoins, les maisons ressemblaient plus à des centres de détention, avec leurs barreaux aux fenêtres,
qu’à des foyers. Valerie Andrews, directrice générale d’Origins Canada, une
organisation d’aide aux mères victimes
de la politique d’Ottawa, a confié que
les mères célibataires étaient alors
considérées comme souffrant de « maladie mentale », avant de préciser : « Il y
a toujours des mères qui ignorent si elles
ont donné naissance à un garçon ou à une
fille. » C’est le cas de l’une des personnes auditionnées, Eugenia Powell : « On
m’a dit que je me marierais plus tard et
que j’oublierais mon bébé. Comment une
mère peut-elle oublier son bébé ? » Outre
l’humiliation, la violence verbale et
En 2016, la série télévisée Le Berceau des anges s’est inspirée du scandale des bébés
retirés à leurs mères célibataires dans le Canada du baby-boom. LE BERCEAU DES ANGES
physique, nombre de ces femmes ont
témoigné avoir été victimes de violences sexuelles.
Tant les Églises anglicanes que l’Église catholique ont refusé de participer
aux audiences du Sénat. Seule l’Église
unie du Canada y a consenti. Les scandales qui ont touché les organisations
religieuses sont si nombreux que cellesci craignent de devoir indemniser les
victimes comme cela a été le cas dans
l’affaire des pensionnats autochtones.
Là, de petits Amérindiens avaient aussi
été arrachés à leurs parents jusqu’au
milieu des années 1990 pour en faire de
« bons Blancs ». Ils ont été placés dans
des pensionnats, où les prêtres ont souvent abusé d’eux. Il en va de même au
Québec, où les scandales d’abus sexuels
d’enfants par l’Église jusque dans les
Un site réunit les proTrump à Washington
ÉTATS-UNIS Ne demandez pas à Daniel
Jativa ce qu’il pense de la vie de célibataire à Washington DC. Un vrai « champ
de mines » ! Depuis que ce jeune assistant parlementaire est arrivé dans la capitale fédérale, les rendez-vous galants
ont pris la fâcheuse habitude de virer à la
catastrophe. « Je me suis toujours considéré comme un républicain plutôt modéré, explique-t-il à Fox News, et il y avait
donc souvent des atomes crochus avec les
filles que je rencontrais : la frustration
vis-à-vis de la politique trop partisane,
des blocages, de la radicalisation excessive et malheureuse de certains groupes.
Mais quand j’ai dit que je travaillais pour
un élu membre du Freedom Caucus (ultraconservateurs, inspirés des Tea Party
de 2010), je me suis immédiatement fait
traiter de (type) dégoûtant et de suppôt du
racisme et de la misogynie. » « Vous bavardez sagement, confie une jeune femme de 31 ans à Politico, et tout d’un coup,
la personne en face de vous lâche : tu n’as
pas voté Trump, j’espère ? Dès que je réponds si, c’est l’avalanche d’insultes. »
Des cœurs en hiver
Ce genre de mésaventures ressemble à
celles vécues par de nombreux autres
jeunes « staffers » arrivés dans les bagages de leur champion, Donald Trump,
en janvier 2017 des quatre coins du pays.
Difficile de réussir sa vie romantique
dans une ville qui vota à 4 % seulement
- record national – pour le milliardaire
new-yorkais et rival de Hillary Clinton,
le 8 novembre 2016. Lassés d’être éconduits, parfois au prix d’un esclandre public, Daniel Jativa et ses pairs ont fini par
déserter les lieux de rencontre fréquentés de la capitale, à l’exception de pubs
ouvertement pro-Trump, tels que le
bien nommé Rebellion, au nord de Dupont Circle, ou le bar lounge Benjamin
du Trump International Hotel, bien sûr.
Washington, ce « marigot » que le candidat Trump avait promis d’« assécher », demeure fidèle à sa réputation,
du moins pour ceux qui la voient comme
une cité politiquement débauchée et
ignominieusement « libérale » (gauchiste). Même les sites de rencontre habituels, Tinder, sont devenus toxiques.
« Nous sortons entre nous, confie une
autre assistante parlementaire, s’exprimant sous couvert de l’anonymat. C’est
plus sûr ainsi. J’ai un groupe d’amis assez
conservateurs et nous finissons par sortir
les uns avec les autres, dans le même cercle. Je ne pensais vraiment pas qu’en venant vivre ici, dans le cœur de la nation,
cela finirait ainsi, mais c’est la réalité ces
jours-ci. »
Depuis début 2017, une autre option
existe pour ces cœurs en hiver : deux
sites de rencontre spécialement conçus
pour les fans du quarante-cinquième
président des États-Unis ont vu le jour.
Sur www.trump.dating, un couple
drapé dans une bannière étoilée accueille les visiteurs, promettant de
« rendre leur grandeur aux rencontres
romantiques » (make dating great
again), de permettre de « rencontrer le
partisan de “L’Amérique d’abord”
(America First) de ses rêves », et notant
judicieusement que « tout est permis
quand des fondations politiques communes existent ». Seule une mention a été
retirée du bandeau principal, après
mûre réflexion. Elle disait en substance : « Déportez les gens de gauche loin de
votre vie amoureuse. » ■
Le Canada s’est dit « sérieusement
inquiet » de l’expulsion de son
ambassadeur à Riyad, annoncée
lundi par l’Arabie saoudite en
réplique aux critiques d’Ottawa
sur la répression des opposants
au régime et la violation des droits
de l’homme.
Bangladesh : projet de peine
de mort pour les chauffards
Le gouvernement bangladais a
proposé lundi la peine de mort en
cas d’accident de la route mortel
« causé délibérément », pour
apaiser les manifestations contre
l’insécurité routière.
ÉRIC ZEMMOUR, LA FRANCE AU CŒUR
Passionné d’Histoire de France, Éric Zemmour trouve dans chaque épisode de notre roman national
des leçons pour notre temps.
Lors de cette rencontre Salle Gaveau, l’essayiste qui publie un nouvel ouvrage au mois de septembre
chez Albin Michel, racontera aussi ses années d’enfance et d’adolescence où apparaît l’attachement
profond pour son pays. Une forme d’autobiographie intellectuelle, historique et littéraire.
E. Zemmour © Jean-Christophe Marmara
NEW YORK
Arabie saoudite : expulsion
de l’ambassadeur du Canada
CONFÉRENCE - DÉBAT
Dans une ville qui récuse le président,
ses fidèles ont leurs bars et maintenant
leur site de rencontre.
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
années 1960 ont été monnaie courante.
Tant dans l’affaire de la « rafle des bébés » que dans celui des pensionnats
autochtones, le plus étonnant est l’aspect contemporain de l’affaire.
Contrairement au dossier des pensionnats autochtones, le Sénat canadien ne
recommande pas d’indemnisations financières, mais un accès des familles
aux dossiers d’adoption et que les victimes puissent recourir à des services
d’aide psychologique. Il recommande
aussi au gouvernement de s’excuser.
« La première étape du processus de
guérison est de reconnaître officiellement
les douleurs et les souffrances subies par
les survivantes des pratiques d’adoption
forcée du Canada », a conclu la sénatrice Judith Seidman, vice-présidente du
comité sénatorial. ■
Lahcen Ammar Gueboudj,
un Français de 55 ans, a été
condamné lundi à une peine
de prison à perpétuité par la Cour
pénale centrale irakienne pour
appartenance au groupe État
islamique (EI).
ÉRIC
ZEMMOUR
JEUDI 20 SEPTEMBRE 2018
20H00 - SALLE GAVEAU
45-47 rue La Boétie, 75008 Paris
TARIF : 25 €
Placement Libre
Réservez vos places sur
www.leigaro.fr/rencontres
Informations au 01 70 37 31 70
A
LUDOVIC HIRTZMANN
7
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 7 août 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
La Turquie se ferme aux réfugiés syriens
Saturé par la présence de plus de 3,6 millions d’exilés sur son territoire, le pays, qui tablait sur une chute
du régime de Damas, a mis fin à sa politique d’accueil et érigé un rempart infranchissable à sa frontière.
ces enregistrements une nouvelle approche politique de la Turquie vis-àvis des Syriens. « Le discours du président Recep Tayyip Erdogan a changé
depuis son alliance avec les ultranationalistes du MHP turc, peu avant sa réélection du 24 juin dernier. Lors d’une allocution, une semaine avant le scrutin,
dans la ville de Sanliurfa, on l’a entendu
dire : j’ai beaucoup de respect pour les
réfugiés, mais n’ayez crainte, ils vont
rentrer chez eux », poursuit le spécialiste turc des questions d’immigration.
Un discours qui tranche avec la « politique de la porte ouverte » des premières années du soulèvement antiAssad : « Au début de la révolution,
Ankara avait misé sur une chute rapide
du régime de Damas. Or, la donne a
changé en 2015 avec l’intervention russe. À partir de là, les Turcs ont compris
que les réfugiés n’étaient pas prêts à
rentrer chez eux. »
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
MOYEN-ORIENT Entre la guerre et la
clandestinité,
Mohammad
(nom
d’emprunt), 25 ans, a fini par trancher : « J’ai franchi la frontière en pleine
nuit, en faisant fi du danger. » Ce petit
matin de mars 2018 a encore le goût de
la peur sur les lèvres asséchées du jeune réfugié syrien. Blotti à l’intérieur
d’un café stambouliote, c’est la première fois qu’il raconte sa folle échappée. « Cela faisait six mois que je tentais
de partir. Six mois ponctués d’une dizaine de tentatives ratées. À plusieurs
reprises, j’ai été refoulé par les tirs de la
police turque. Une fois, j’ai même été
arrêté par les gardes-frontières avant
d’être renvoyé en Syrie », raconte-t-il.
Ce fameux matin de mars, un copain
frappe à sa porte et lui tend un uniforme de l’Armée syrienne libre. « Habille-toi vite. On va te faire passer dans
un bus de soldats anti-Assad qui partent en permission du côté turc », lui
souffle l’ami.
C’est l’époque où des supplétifs syriens participent à l’offensive de l’armée turque pour déloger des milices
kurdes dans l’enclave d’Afrine, dans le
nord de la Syrie. Mohammad hésite un
instant : lui, l’activiste pacifiste, le militant antiguerre de Daraya (un des
berceaux de la révolution de 2011),
n’aurait jamais pensé devoir se travestir un jour en combattant. « Mais à ce
stade, j’avais perdu toutes mes illusions.
À Idlib, entre bombardements russo-syriens et hégémonie croissante des djihadistes, il n’y avait plus de place pour les
gens comme moi. Je n’avais pas pu sauver mon pays. Il me fallait sauver ma
peau », dit-il. Côté turc, un passeur
l’expédie aussitôt à Bursa, plus au
nord, où Mohammad réussit à obtenir
un kimlik, cette carte temporaire de
protection dispensée par les autorités
turques aux demandeurs d’asile. Sa
périlleuse odyssée lui a coûté une fortune - près de 2 000 dollars.
Appels au retour
Le poste frontière de Bab al-Hawa, entre la Syrie et la Turquie, le 3 août. Des camions turcs transportent des blocs de béton pour
continuer d’ériger une grande muraille entre les deux pays, au nord-ouest de la province syrienne d’Idlib. OMAR HAJ KADOUR/AFP
Mais dans son malheur, Mohammad
a eu une chance folle : resté à Idlib, son
meilleur ami est aujourd’hui coincé au
pied du mur. À la frontière turco-syrienne, longue de 900 kilomètres, la
cloison érigée par Ankara est, depuis
deux mois, un rempart infranchissable.
Fin des enregistrements
Pour les plus téméraires qui parviennent à passer entre les mailles, le
voyage n’a jamais été aussi risqué :
avec plus de 3,6 millions de réfugiés
sur son territoire, la Turquie a quasiment cessé d’enregistrer les nouveaux
arrivants, les exposant à la menace
d’une expulsion immédiate. « Les
autorités turques d’Istanbul et de neuf
provinces situées à la frontière syrienne
ou à proximité ont cessé d’enregistrer
les demandeurs d’asile syriens récemment arrivés, sauf dans de rares cas.
Cette suspension entraîne des expulsions illégales, des retours forcés en
Syrie et le déni du droit à la santé et à
l’éducation », s’alarme un nouveau
rapport de l’organisation Human
Rights Watch. L’ONG, qui s’appuie sur
le témoignage de dizaines de réfugiés
recueillis à la mi-mai, évoque plusieurs cas d’arrestations collectives et
de renvois expéditifs en Syrie liés à la
récente suspension des enregistrements de réfugiés : d’abord à Antioche,
ville frontalière turque, en décembre 2017 ; puis dans sept autres villes –
dont Gaziantep et Istanbul – en janvier 2018.
Les autorités turques, qui nient en
bloc ces expulsions, sont sans conteste
à la limite de leurs capacités d’accueil.
Dans certaines villes du Sud, la population syrienne a dépassé le nombre de
Turcs, provoquant des tensions sociales que la crise économique ne fait
qu’exacerber. « En 2011, le nombre total de réfugiés, toutes nationalités
confondues, sur le territoire turc s’élevait à 58 000. Aujourd’hui, les Syriens
frôlent à eux seuls les 4 millions. C’est
un bouleversement démographique
auquel n’importe quel pays aurait du
mal à s’adapter », constate Murat
Erdogan, directeur du Centre de recherche sur les migrations et l’intégration de l’Université turco-allemande. Mais il voit dans la suspension de
Les appels turcs à rentrer en Syrie ont
ouvertement commencé dès 2016,
lors de l’opération turque « Bouclier
de l’Euphrate» et l’éviction de Daech
de Djarabulus, dans le nord de la
Syrie. Ils se sont démultipliés depuis
ce début d’année avec la « libération » d’Afrine. À ce jour, plusieurs
dizaines de milliers de Syriens seraient ainsi repartis en « zone libre » –
selon l’expression d’Ankara. « Mais il
est fondamental que ces départs se
fassent sur la base du volontariat »,
relève Murat Erdogan. « En parallèle,
insiste-t-il, il est important que le
nouveau discours politique ne mette
pas en péril les programmes d’intégration des nombreux Syriens enregistrés
qui veulent rester en Turquie : octrois
de permis de travail, cours de langue,
écoles. » Faute de quoi ils seraient de
nouveau tentés d’emprunter la voie
clandestine. « Sans garantie pour mon
avenir, je prendrai un radeau de fortune pour la Grèce. Je n’ai plus rien à
perdre », prévient Mohammad, le
jeune réfugié. ■
NI DRAPEAU, ni bannière. Seuls quelques « falafels » en guise de trait
d’union. À la porte de ce petit local désaffecté d’Okmeydani, quartier populaire d’Istanbul où vivent de nombreux
réfugiés syriens, les slogans sont culinaires avant d’être politiques. « Allez,
allez, vous allez bien goûter à mes boulettes de pois chiches », roucoule une
dame ronde, tablier cintré à la taille,
en offrant aux visiteurs du jour une assiette remplie à ras bord de mets encore tout chauds. Maryam Hamad,
54 ans, est la cuisinière en chef de ce
nouveau traiteur-express, où travaillent gaiement une petite vingtaine
“
Nous voulions
provoquer des échanges,
retisser un lien social pour
désamorcer les tensions
A
UMUT DEDE,
DE L’ONG CARITATIVE TURQUE OKDER
”
d’exilées syriennes dans l’espoir de
faire vivre leurs familles. « Cuisiner,
c’est s’intégrer », sourit-elle. Il y a
trois ans, Maryam a fui le nord de la
Syrie avec son mari et ses dix enfants.
« La guerre était invivable. J’avais peur
qu’on oblige mes fils à combattre. » Depuis, cinq d’entre eux ont fait la traversée clandestine jusqu’en Grèce pour
finir en Allemagne et en Hollande. Maryam, elle, a choisi de rester en Turquie. « Je m’y sens plus proche de ma
culture, même si je ne parle pas la langue et que mon mari est au chômage »,
explique-t-elle. Maryam s’interrompt.
Pivotant sur ses talons, elle embrasse
une cliente. « C’est ma voisine turque.
Jamais je n’aurais imaginé qu’elle vienne nous voir. Une petite victoire ! »
L’entreprise n’était pas gagnée
d’avance. À Okmeydani, district populaire peuplé de minorités kurdes et
alévies originaires d’Anatolie, où les
affrontements avec la police sont fré-
quents, les nouveaux arrivants syriens
ont eu du mal à se faire accepter. « La
plupart des habitants, connus pour leurs
positions antigouvernementales, les
voyaient comme un fardeau imposé par
le pouvoir. Au début, les gens disaient :
À quoi bon les aider ? Nous avons suffisamment de problèmes ! » souffle Umut
Dede, de l’ONG caritative turque
Okder, à l’origine de cette initiative
culinaire. Il y a deux ans, tout commence par quelques pots de confitures
et de cornichons préparés chez les
unes et les autres : « On a dit aux réfugiées syriennes : aidez-nous à vous
aider. Faite ce que vous savez faire. Et
ensuite, on vous montrera comment
vendre vos produits sur Facebook. »
Mais il fallait aussi les inciter à briser
leur isolement : « Nous voulions provoquer des échanges, retisser un lien social
pour désamorcer les tensions. » Au bout
de quelques mois, Umut décide de
transformer un petit dépôt appartenant à son ONG en cuisine collective.
Faute de moyens, un appel à donations
est lancé sur les réseaux sociaux. La réponse est inespérée : en quelques jours,
sacs de sucre, casseroles, bocaux et
chaises en plastique affluent jusqu’à
Okmeydani. « Un homme nous a offert
500 kilos de citrouilles. Un autre a fabriqué gracieusement un placard en
bois. Une femme nous a envoyé de la lavande », raconte Umut. « Une véritable
chaîne de solidarité s’est mise en place », confie l’architecte Burcu Tüm.
Cette jeune Stambouliote a gracieusement dessiné les plans de la cuisine en
pensant à tout, y compris à l’espace de
jeux dédié aux enfants. « Une idée de
génie qui m’a permis de convaincre mon
mari de me laisser travailler ! » s’enthousiasme Mona al-Sharif, une Damascène en exil, mère de cinq enfants.
Un joyeux brouhaha teinté d’accents
turcs et arabes enveloppe la petite salle. Au fond, le buffet croule sous des
assiettes de taboulé, de houmous et de
pâtisseries aux amandes. « En Turquie,
il y a encore beaucoup de préjugés
contre les Syriens. Ici, nous faisons tout
pour les briser », se réjouit Farideh
Abiç, une habitante d’Okmeydani.
Originaire de Mardin, dans le Sud-Est
turc, elle est une des premières à avoir
apporté son aide aux Syriennes du
quartier. « Comme je parle un peu l’ara-
CNN TURC.COM
À Istanbul, les bonnes recettes
d’intégration des cuisinières exilées
Des Syriennes, réfugiées dans le quartier d’Okmeydani, à Istanbul, fabriquent
des pots de confiture qu’elles commercialisent sous la marque Kadin Kadina.
be, je leur sers de traductrice et je leur
donne quelques cours de turc », dit-elle.
Dans ce nouvel espace polyphonique,
les Syriennes aussi ont dû apprendre à
cohabiter. « Nous sommes de régions
différentes : Damas, Alep, al-Hassaké,
Homs… Au départ, c’était tendu entre
nous… Maintenant, on s’échange des
recettes de cuisine », cancane Shanaz
Ibrahim, une Syrienne kurde de
Qamishli. Experte en confiture de fraises, elle a troqué sa recette contre celle
des « falafels ». Le petit groupe compte
aujourd’hui sur les commandes via sa
page Facebook, « Kadin Kadina »,
pour se faire connaître. « À terme, on
espère en faire notre gagne-pain. Pour
l’heure, le simple fait de cuisiner nous
donne un sentiment d’appartenance. En
renouant avec toutes ces saveurs, c’est
un peu de la mémoire de notre pays perdu que nous faisons revivre », souffle
Maryam, la chef en tablier. ■
D. M. (À ISTANBUL)
Hausse des départs de migrants clandestins vers l’Europe
Près de 40 %
« des
petits
Syriens
en âge d’être
scolarisés
ne vont pas
à l’école
»
MURAT ERDOGAN,
SPÉCIALISTE
DES QUESTIONS
D’IMMIGRATION
EN 2016, la Turquie signait un
pacte migratoire avec l’Europe.
Moyennant une aide de 3 milliards de dollars sur deux ans
(renouvelable une fois épuisée),
Ankara s’est engagé à enrayer le
flux de réfugiés clandestins vers
la Grèce et à améliorer les conditions de vie des exilés syriens sur
son territoire. Mais cet accord
controversé trouve aujourd’hui
ses limites. « Tout en soutenant la
Turquie afin de dissuader les demandeurs d’asile de parvenir en
Europe, l’UE détourne le regard
des récentes mesures de ce pays
visant à bloquer et à décourager
les gens fuyant la Syrie », s’inquiète Gerry Simpson, directeur
adjoint du programme droits des
réfugiés à Human Rights Watch.
Selon lui, l’insécurité juridique
croissante des réfugiés syriens et
le risque qu’ils encourent à être
renvoyés dans leur pays en
guerre pourrait les pousser « à
passer en clandestinité pour partir vers l’UE ».
Coïncidence – ou conséquence
directe des nouvelles mesures
turques -, le nombre de migrants
qui tentent d’entrer illégalement
en Europe a grimpé en flèche au
cours de ces derniers mois. Ce
lundi, le commandement des
gardes-côtes turcs évoquait ainsi
une augmentation de 60 % en
2018 des clandestins empruntant
la mer pour gagner les côtes
européennes. Outre le flou juridique qui pèse sur leur sort, la
difficulté à s’intégrer pousse
également ces candidats au départ. Selon des chiffres officieux,
la Turquie aurait à ce jour natu-
ralisé entre 50 000 et 80 000 réfugiés syriens. Mais les cartes de
séjour et les permis de travail
sont des sésames de plus en plus
difficiles à obtenir. Quant aux
capacités d’accueil scolaire des
enfants syriens, elles sont loin
d’être suffisantes. « Près de 40 %
des petits Syriens en âge d’être
scolarisés ne vont pas à l’école. Or
l’éducation constitue la base de
l’intégration », remarque Murat
Erdogan, spécialiste des questions d’immigration. ■
D. M. (À ISTANBUL)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 7 août 2018
SOCIÉTÉ
9
Belloubet à la
prison de Nîmes
pour apaiser
les tensions
Dimanche, un agent pénitentiaire
a été gravement blessé à l’arme blanche.
HUGO WINTREBERT £@HugoWintre
DÉTENTION Un drame évité de peu. Dimanche, en fin de matinée, un détenu de
la maison d’arrêt de Nîmes a grièvement
blessé un surveillant, qui venait d’ouvrir
la porte de sa cellule. L’agent pénitentiaire a été frappé à la gorge à coups de
lame de rasoir, et une veine a été touchée.
Le surveillant, « très choqué », selon ses
collègues, est sorti dans la journée de
l’hôpital avec onze points de suture.
L’agresseur présumé, âgé de 21 ans,
« au profil psychologique très lourd », selon
un syndicaliste, purgeait une peine jusqu’en 2020 pour des faits de violence et
d’escroquerie. Dimanche, il a été hospitalisé dans un service psychiatrique. Ce détenu devait comparaître ce mardi pour
d’autres faits de violences sur un codétenu et pour avoir assené des coups de poing
à un surveillant il y a deux semaines.
À cause de sa dangerosité, consigne
avait été donnée de ne pas ouvrir sa cellule sans la présence d’au moins deux surveillants. Mais, en raison du manque
chronique d’effectifs, l’instruction n’a pas
pu être respectée. Car la maison d’arrêt de
Nîmes est aussi une des plus surpeuplées
de France : 400 détenus y vivent alors que
la prison ne compte que 200 places.
La garde des Sceaux, Nicole Belloubet,
s’est rendue sur place lundi pour annoncer l’arrivée, au cours des prochains mois,
de sept surveillants supplémentaires et a
confirmé l’accroissement, sur le site actuel, de 120 places d’ici à 2021. Elle a égale-
La maison d’arrêt de Nîmes, où vivent 400 détenus alors que la prison ne compte que 200 places.
ment renouvelé l’engagement du gouvernement précédent de créer une nouvelle
prison de 400 places « dans la région ».
Menace de mouvement social
Les surveillants réclamaient aussi que
cinq détenus au profil psychologique
dangereux soient incarcérés ailleurs. Le
transfert de trois d’entre eux a été
accepté. « Les hôpitaux psychiatriques
étant déjà pleins, de plus en plus de profils
psychologiques difficiles sont renvoyés vers
les prisons », fait remarquer Laurens Maffre, délégué régional Ufap-Unsa, syndicat majoritaire chez les surveillants.
« Nous faisons face à une multiplication
de cas psychologiques lourds qu’on a du
mal à gérer, abonde Gregory Jalade, délégué régional FO pénitentiaire. Les cellules
ne sont pas adaptées, et le personnel n’est
Un détenu casse à deux reprises les murs de sa cellule
Un détenu, assigné dans le quartier
disciplinaire de la maison d’arrêt de
Grasse, est parvenu à détruire à deux
reprises, la semaine dernière, les murs
de sa cellule. L’individu, « au profil
psychologique inquiétant », selon
un syndicaliste, protestait contre
un refus de transfèrement dans
un autre établissement pénitentiaire
de Nice. Il a finalement été placé dans
une unité psychiatrique à Marseille.
La déconcertante facilité avec laquelle
le détenu a réussi à s’extraire
de sa cellule met une nouvelle fois en
évidence les défauts de construction
de la maison d’arrêt de Grasse,
inaugurée en 1992. Dans la nuit
du 10 mai 2018, sept détenus mineurs
de la même prison ont démoli les murs
de huit cellules, en descellant des
parpaings avec une barre de douche
métallique, pour aller passer à tabac un
de leur codétenu de 17 ans. Interrogée
lundi, la direction de la maison d’arrêt
se refuse à tout commentaire.
« Nous avons une prison en carton »,
s’indigne Philippe Abime, responsable
régional FO pénitentiaire. « Pour
l’heure, aucun événement “grave” n’a
eu lieu du fait du peu de solidité de cet
établissement, mais nul ne peut
l’exclure », s’inquiète le syndicaliste.
H. W.
SYLVAIN THOMAS/AFP
pas assez nombreux, ni suffisamment bien
formé pour faire face à ce genre de profils. »
Les syndicats pénitentiaires demandent
aussi un meilleur « fléchage » des détenus.
En d’autres termes, que chaque personne
incarcérée soit prise en charge de manière
différente, en fonction de sa dangerosité.
Selon les syndicats, cette mesure permettrait de réduire les agressions de surveillants, devenues « monnaie courante ».
En janvier dernier, une agression de
trois surveillants à la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil, par un détenu
radicalisé, avait déclenché un mouvement
de protestation des gardiens de prison
d’une ampleur inédite. Plusieurs mesures
pour améliorer la sécurité des agents
avaient été annoncées par le ministère de
la Justice, telle l’acquisition de matériel
(gilets pare-balles, alarmes individuelles,
chaussures…). Mais, sept mois plus tard,
les résultats peinent à se faire sentir.
« Nos politiques ne veulent pas prendre
la mesure de l’urgence de la situation »,
s’agace Grégory Jalade. Avant de se faire
plus menaçant : « Si rien n’est décidé d’ici
là, nous relancerons un mouvement social
à la rentrée, comme en janvier. » ■
Petite enfance : les mères gardent un rôle traditionnel
D’après une étude, les familles françaises pensent que les mamans sont les plus aptes à s’occuper des bébés.
FAMILLE Seize mois après la naissance de
son second enfant, Élise envisage de
prendre un congé parental à temps partiel. « Avec 50 heures de frais de nourrice
par semaine, on ne s’en sort plus », soupire
la jeune femme, qui avait pourtant choisi
de continuer à travailler. Comme 21 % des
familles françaises, ces parents installés
dans la Sarthe passaient jusqu’à présent
chacun le même temps à s’occuper de
leurs enfants. Une situation minoritaire
pour les parents d’enfants en bas âge :
dans 70 % des familles interrogées, la
mère passe plus de temps avec ses enfants
que son conjoint, d’après une étude annuelle publiée fin juillet par la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf).
Réalisé auprès de 1 200 familles, le Baromètre d’accueil du jeune enfant 2017
fait état des modes d’accueil désirés par
les parents d’enfants âgés de 6 mois à 1 an.
Sans surprise, la garde par les parents est
majoritairement souhaitée dans les premiers mois de l’enfant, mais avec une large préférence pour la mère. « Lorsque
l’enfant est âgé de 0 à 6 mois, 61 % des familles estiment que le mode d’accueil le plus
adapté à leur enfant est la garde par la
mère, 5 % considèrent que c’est le père,
16 % que c’est la mère ou le père indifféremment », indique le Baromètre.
Ces résultats reflètent l’ancrage des rôles traditionnels dévolus aux pères et aux
mères dans les familles françaises. « Parce
que leur conjointe a porté l’enfant, beaucoup
de pères (et de mères) estiment qu’elle a des
compétences naturelles pour s’en occuper,
et qu’ils ne peuvent eux-mêmes le faire qu’à
titre d’apprenants », explique Danielle
Boyer, responsable de l’Observatoire national de la petite enfance à la Cnaf et coauteur du rapport. Pour Marta Dominguez
Folgueras, sociologue à l’Observatoire sociologique du changement de Sciences Po,
ces chiffres révèlent « le rôle énorme du
genre dans nos sociétés. Les femmes, par
leur éducation et leur instinct maternel, se-
raient plus à l’aise avec le bébé. C’est une
norme très forte. Le rôle du père est considéré comme secondaire ». De plus en plus de
femmes prennent aussi leur congé parental pour donner le sein, dans la lignée des
recommandations de l’OMS pour un allaitement jusqu’à l’âge de 6 mois.
“
On déclare souhaiter que
les pères participent plus,
mais les représentations
et les pratiques demeurent
fortement sexuées
”
DANIELLE BOYER, COAUTEUR
DU RAPPORT PUBLIÉ PAR LA CNAF
Toutefois, l’importance prêtée à l’implication des mères réduit considérablement à mesure que l’enfant grandit : les
familles interrogées ne sont plus que 16 %
à estimer que la garde par la mère est « la
plus adaptée » pour garder l’enfant lorsqu’il a entre 12 et 24 mois. Cette évolution
se fait au profit de la crèche ou de l’assistance maternelle, qui favorisent la socialisation de l’enfant. « À partir de 6 mois,
les parents estiment adapté un accueil de
coéducation, avec des professionnels de la
petite enfance, mais le père ne gagne pas
en légitimité », constate Danielle Boyer.
« Entre le père et la mère, je ne vois pas
de différence », estime quant à elle Élise. Si
cette comptable prévoit de cesser en partie son travail, c’est avant tout pour des
raisons financières. « Nos salaires étaient à
peu près égaux, mais mon mari va devenir
cadre et gagner plus. C’est donc plus avantageux si c’est moi qui prends le congé »,
raisonne-t-elle. Les politiques sociales
pensées pour atténuer ce déséquilibre entre les pères et les mères se heurtent ainsi
à la persistance des inégalités salariales.
Seuls 4 % des congés parentaux sont pris
par les pères, alors que la réforme du
congé parental de 2015 a donné les mêmes
droits aux parents, afin de mieux répartir
les congés et de ne pas pénaliser les mères
dans leur vie professionnelle.
Les proches de Tiphaine Véron mobilisés
Ils déplorent le manque de soutien dans leur recherche de cette jeune femme, disparue fin juillet au Japon.
crise qui l’a désorientée ou qu’elle ait fait
une chute ». De son côté, la police japonaise, qui a passé au peigne fin les chemins que Tiphaine aurait pu emprunter, n’écarte pas la piste criminelle.
CLOTILDE COSTIL£@ClotildeCostil
ENQUÊTE Depuis 24 heures, son visage
longiligne, coiffé en chignon, fait le
tour des réseaux sociaux. Tiphaine Véron, 36 ans, cheveux châtains et yeux
verts, a disparu depuis dix jours alors
qu’elle était en vacances au Japon, dans
la région de Nikko (Nord-Est). La jeune
Française, qui a atterri le 27 juillet dans
l’archipel, n’a plus donné signe de vie
depuis le dimanche 29 juillet. Ce matinlà, elle a été aperçue une dernière fois à
la sortie de son hôtel, d’après les caméras de surveillance de l’établissement.
Deux jours plus tard, sa disparition a été
signalée aux autorités locales par le
propriétaire de l’hôtel.
Pour sa famille, prévenue mercredi,
cette disparition est d’autant plus inquiétante que Tiphaine est épileptique.
D’après Sibylle, sa sœur cadette, il est
probable qu’elle « ait été victime d’une
« Sentiment d’impuissance »
Tiphaine Véron, 36 ans, a disparu depuis
dix jours alors qu’elle était en vacances
dans le nord-est du Japon. HANDOUT/AFP
Malgré les 9 000 kilomètres qui les séparent, les proches de la jeune femme
ont mobilisé de nombreux moyens pour
poursuivre les recherches, tant du côté
français que japonais. Depuis samedi, la
sœur et les deux frères de Tiphaine ont
ainsi gagné Nikko. Sur place pourtant,
il semblerait que les investigations
avancent à pas comptés : « Les interrogations de base n’ont pas cherché à être
résolues. Ce sont les proches qui ont pris
l’initiative de récolter des témoignages,
d’obtenir la géolocalisation du portable
de Tiphaine que l’on réclame depuis le
début », précise Romain Auzouy, beaufrère de Tiphaine Véron. Il ajoute :
« L’avis de recherche a été tardivement
émis par les autorités japonaises. Ce
n’est pas normal de prendre cette affaire
à la légère. » La famille dénonce de
nombreux manquements dans le cours
de l’enquête : « Nous avons nous-mêmes
fait appel à des traducteurs franco-japonais. L’ambassade de France ne nous l’a
jamais proposé. »
Vissés derrière leurs portables et ordinateurs, les proches restés en France
sont plongés dans l’attente, interminable. En contact régulier via la messagerie Whatsapp, ils tentent d’assurer
avec leurs propres moyens les relais logistiques entre les deux pays. « Malgré
ce sentiment d’impuissance, nous sommes stimulés par tous ces messages de
bienveillance véhiculés sur les réseaux »,
rapporte une cousine de la jeune fille.
Lundi, rien qu’en quelques heures, des
centaines de messages d’alerte ont ainsi
été publiés puis partagés sur Twitter et
sur Facebook, donnant à l’affaire un
supplément de visibilité. ■
Malgré tout, d’après l’étude, dans 48 %
des familles interrogées « la mère passe
plus de temps auprès des enfants, [mais les
deux parents] souhaitent que le père en
passe plus ». Dès lors, comment expliquer
le décalage entre cette volonté et la réalité
du temps passé par les pères auprès de
leur jeune enfant ? Danielle Boyer évoque
une forme de réponse politiquement correcte sur l’idée d’une répartition égalitaire des tâches. « On déclare souhaiter que
les pères participent plus, mais les représentations et les pratiques demeurent fortement sexuées », juge-t-elle.
Néanmoins, de plus en plus de femmes
et d’hommes essaient de déconstruire ces
normes. Sur Internet, où les blogs et forums destinés aux mères dominent, des
sites prodiguant des conseils aux pères
ont vu le jour, comme « Nous les papas »
ou « Planète papas ». « Il y a une tendance
très claire à un plus grand investissement
des pères auprès des enfants en Europe.
Mais cette évolution reste très lente », observe Marta Dominguez Folgueras. ■
EN BREF
Trois morts dans le crash
d’un avion de tourisme
Un homme et deux femmes ont
été tués lundi à la mi-journée dans
le crash de leur avion de tourisme,
à Mazoires (Puy-de-Dôme).
Les circonstances du drame
sont encore indéterminées.
Accident ferroviaire :
un mort et 600 voyageurs
bloqués
Un automobiliste a été
mortellement percuté dimanche
soir au Cannet-des-Maures (Var)
par un train de marchandises,
a indiqué lundi la SNCF, pour
laquelle il s’agit d’un « suicide
avéré », bloquant pendant
quelques heures 600 voyageurs.
Une plaque à la mémoire
d’un couple homosexuel
vandalisée à Paris
Une plaque à la mémoire
du dernier couple homosexuel
exécuté en France en 1750
a été vandalisée à Paris, pour la
deuxième fois en quelques mois.
A
ALICE BROGAT £@AliceBrogat
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 7 août 2018 LE FIGARO
SPORT
10
Reims mise sur les relations humaines
Pour installer le promu champenois en Ligue 1, l’entraîneur David Guion s’attache d’abord à l’état d’esprit.
TEDDY VADEEVALOO £@TVadeevaloo
FOOTBALL Promu cette saison dans
l’élite, le Stade de Reims retrouve la
Ligue 1, deux ans après l’avoir quittée.
Un court bail quand on se souvient que
la fois précédente les Champenois
avaient dû patienter… trente-trois ans.
Son entraîneur, David Guion, est pour
beaucoup dans la progression du club
champenois. S’il était entraîneur intérimaire lors de la descente en 2016 (le
temps des trois derniers matchs de la
saison), il retrouve aujourd’hui le plus
haut niveau français avec gourmandise, comme il l’a longuement confié au
Figaro. « Je ne suis pas dans le même état
d’esprit qu’il y a deux ans. À l’époque, je
devais assurer le maintien en trois
matchs avec une mission commando. Là,
j’ai le temps de préparer mon équipe. Et
puis c’est aussi un projet qui continue.
Car on en a posé les bases la saison dernière. Ce que je souhaite, c’est assurer
une continuité sur ce que l’on a commencé à travailler et développer la saison
dernière. »
Le résultat, c’est une montée brillante en réalisant plusieurs records en
Ligue 2 (28 victoires, + 50 de différence
de buts…). Large champion devant
Nîmes, avec 15 points d’avance, le
Stade de Reims a surpris tous les observateurs. Y compris son entraîneur :
« En toute honnêteté, s’il avait fallu écrire l’histoire, je ne l’aurais pas écrite
d’une aussi belle façon, c’est une certitude. On a en effet vécu une magnifique
histoire, il y a eu une grosse connivence
entre les joueurs et le staff. On a abordé
tous nos matchs avec beaucoup d’humilité mais aussi beaucoup d’ambition. On
a su au fur et à mesure des semaines
créer un état d’esprit dans ce groupe. »
Guion guette et ne sous-estime pas,
malgré tout, les difficultés du championnat français pour ce jeune effectif
(un seul élément de plus de 30 ans,
l’ex-Phocéen de retour de Grèce
Alaixys Romao), qui, de plus, a perdu à
tiel de ce club. Pendant cinq ans, j’ai pu
initier ce projet. Le mettre en place dans
des infrastructures de très haut niveau,
c’est motivant pour un entraîneur.
C’était le bon moment pour prendre en
charge l’équipe professionnelle, j’arrivais à maturité dans ma façon de voir les
choses de par mon expérience à SaintÉtienne (il a guidé plusieurs jeunes dont
Matuidi, Payet, Gomis, NDLR). »
Pour commencer ce championnat,
les Champenois n’auront pas un calendrier aisé (déplacements à Nice,
Amiens et Nîmes et réception de Lyon) :
« On s’attaque tout de suite à du lourd de
cette Ligue 1. On sait que les garçons
“
Ce que je souhaite,
c’est assurer une continuité
sur ce que l’on a commencé
à travailler et développer
la saison dernière
”
DAVID GUION, ENTRAÎNEUR DE REIMS
Les Rémois à l’entraînement, sous les ordres de David Guion, le 28 juillet.
l’intersaison deux de ses principaux
atouts : Jordan Siebatcheu (parti à
Rennes), meilleur buteur du club l’an
passé, et le Brésilien Diego (à al-Dhafra,
aux Émirats arabes unis), élu, lui,
meilleur joueur de Ligue 2…
« Le danger, c’est que les jeunes soient
inhibés par l’environnement. Ce sont des
choses qu’ils n’ont jamais eu à appréhender, d’où le rôle essentiel d’un Romao,
d’un Marvin Martin, des garçons qui
auront la capacité d’apporter leur vécu
et de rassurer les jeunes. Ils peuvent
s’épanouir en L1 mais ils ont besoin de
cadres pour leur amener du calme. »
ARGUEYROLLES LAURENT/PRESSE SPORTS
La transition générationnelle, un
point sur lequel l’entraîneur du club rémois compte beaucoup : « La première
étape, c’est que les anciens et le staff
mettent les nouveaux joueurs dans les
meilleures dispositions et communiquent
l’état d’esprit que l’on a mis en place. Il
faut responsabiliser les joueurs, notamment les leaders de la saison dernière,
car eux ont comme mission de faire perdurer cet état d’esprit, de le renforcer.
Cette saison, c’est à nous de le sublimer.
On a mis un an à le mettre en place avec
beaucoup de travail et je veux qu’ils véhiculent ces valeurs, de façon à ce que les
Û
AO
La guerre de Troie a-t-elle eu lieu ?
A
Alors que l’un des plus anciens fragments connus de
l’Odyssée vient d’être découvert sur une tablette à
Olympie, Le Figaro Histoire explore cet été l’œuvre
passionnante et généreuse d’Homère. Le poète aveugle
a-t-il existé ? La guerre de Troie a-t-elle eu lieu ? Faisant
la part du mythe et de l’histoire, les meilleurs spécialistes
se penchent sur l’histoire du monde mycénien, des
siècles obscurs et de la cité grecque émergente, et
partent sur les traces de Schliemann, le découvreur de
Troie. Un portfolio du masque d’or d’Agamemnon et du
trésor de Priam, un dictionnaire des héros de l’Iliade et
un décryptage de la série Troie complètent ce numéro
exceptionnel.
8
Au cœur de l’actualité, Le Figaro Histoire revient sur
l’histoire cachée du printemps de Prague en montrant
comment, il y a cinquante ans, les troupes du pacte de
Varsovie écrasèrent les tentatives de démocratisation
de la Tchécoslovaquie avec l’accord tacite de De
Gaulle. Côté reportage, il vous emmène au Vietnam,
sur les sentiers secrets de la piste Hô Chi Minh, et vous
fait visiter les coulisses d’un tournoi de béhourd, ce
spectaculaire sport de combat qui reproduit dans les
règles de l’art les joutes médiévales.
Le Figaro Histoire, 132 pages.
En vente chez tous les marchands de journaux
et sur www.figarostore.fr/histoire
Retrouvez Le Figaro Histoire sur Twitter et Facebook
Le Figaro Histoire,
tout reste à découvrir
PROMU cette saison dans l’élite, le Nîmes
Olympique retrouve la Ligue 1, vingtcinq après sa dernière apparition (une
défaite à domicile, 0-2, face au Havre, le
2 juin 1993…). Un challenge particulier
qui ne semble pas faire peur aux Crocodiles de Bernard Blaquart, l’entraîneur de
60 ans à l’origine du renouveau du club
gardois. Arrivé en 2015, l’ancien directeur du centre de formation sait d’où
vient Nîmes : « C’est aussi beau d’avoir
sauvé le club, il y a deux saisons, d’une relégation, après l’avoir vu moribond et véhiculer une image catastrophique, que cette
accession au mois de mai en Ligue 1. »
Une chose est sûre, l’ancien attaquant
ne veut pas changer le style du club :
« Quel est le plus compliqué : accéder à ce
championnat ou s’y maintenir ? Je ne sais
pas. Sera-t-on capables de s’inscrire sur la
durée en Ligue 1 ? Nous ne serons pas favoris dans ce championnat mais cela, tout le
monde le sait. Aujourd’hui, notre objectif est
de montrer que le club y a sa place. Le Nîmes
Olympique n’a plus le lustre d’il y a quarante ans (vice-champion de France 1958,
1959, 1960, 1972, NDLR). Aujourd’hui, on
est le Petit Poucet, avec le plus petit budget
(autour de 20 millions d’euros). »
Un système offensif
Un Petit Poucet aux dents longues, qui se
repose sur un système offensif avec quatre attaquants. Pour terminer, la saison
passée, meilleure attaque de la Ligue 2 (75
buts). « Je ne veux pas renier mon système
de jeu même si la Ligue 1 n’évolue pas dans
le même monde que la Ligue 2 », prévient
Blaquart. Une chose est sûre : à Nîmes,
tout le monde apprécie le style du technicien français, à l’image du capitaine et
défenseur de la formation gardoise, Anthony Briançon.
« Par son discours simple et efficace, le
coach a apporté de la sérénité. Voilà trois
ans, il a amené un nouveau souffle et nous
a redonné de la confiance. Ce jeu tourné
vers l’avant, très attractif, est depuis sa
venue comme entraîneur sa griffe, l’ADN
du club. C’est un football qui nécessite de
ne pas calculer ses efforts, mais nous
sommes prêts à souffrir avec, cette année
À Nîmes, tout le monde apprécie le style
de l’entraîneur, Bernard Blaquart.
encore, le plus petit effectif de joueurs
professionnels. »
Un effectif déterminé à ne pas se laisser
faire. Sur les terrains mais aussi en dehors. Ainsi, jeudi dernier, les joueurs se
sont mis en grève. La raison ? Des primes
de match inférieures à celles perçues la
saison passée en Ligue 2. Une action qui a
reçu le soutien de leur entraîneur, qui a
aussitôt menacé, à l’instar de ses joueurs,
de boycotter la rencontre amicale face à
Guingamp samedi dernier. Une solution a
évidemment été trouvée. Et tout est rentré dans l’ordre. Mais les futurs adversaires des Crocos sont prévenus. Ils sont déterminés à ne rien lâcher… ■
T. V.
PROGRAMME
NOT – SEPT
DAVE WINTER/ICON SPORT
Nîmes, enfin de retour après
vingt-cinq ans d’attente
U 8
EA BRE 201
V
U EM
€
,90
nouveaux sentent rapidement vers quoi
on veut tendre. Sur ce que je vois sur les
premières semaines de préparation, cette
dynamique continue. C’est important
pour moi. » Et de se souvenir que, l’an
passé, le Stade de Reims avait affiché de
solides garanties défensives (seulement
24 buts encaissés). Histoire de perpétuer une histoire qui dure depuis 2012
entre le formateur et le Stade de Reims :
« C’est un club historique. Un club qui,
quand je suis arrivé, avait un projet de
formation. Être à l’initiative de ce projet
de formation, c’était quelque chose qui
me motivait. J’étais convaincu du poten-
vont être de suite dans le bain, de suite
dans la concentration. Il faut qu’ils apprennent vite et fassent très rapidement
leur apprentissage de la Ligue 1. Les derniers matchs amicaux face à des équipes
de l’élite doivent les y aider (victoire face
à Dijon, nul contre Strasbourg et défaite
face à Guingamp). »
Pour accélérer le processus, l’ancien
défenseur reste persuadé de l’importance des relations humaines et compte
là-dessus pour faire grandir ses joueurs
dans l’élite : « Pour moi, c’est essentiel.
Le projet humain doit ressortir, c’est évident, c’est la base du projet sportif. On
l’a vécu la saison dernière. Quand on a
des hommes avec des valeurs, c’est plus
facile de gagner des matchs. […] Ce que
j’attends surtout, c’est de voir les joueurs
continuer à progresser, les voir avancer
et s’épanouir face à la difficulté de ce
championnat. Qu’on continue notre
histoire que l’on a commencé à écrire la
saison dernière. » ■
1ÈRE JOURNÉE LIGUE 1
vendredi TOULOUSE
20h45 Canal +
samedi MONACO
17h Canal +
LILLE 20h beIN RENNES
ST-ÉTIENNE
GUINGAMP
ANGERS
NÎMES
MONTPELLIER
DIJON
NICE
REIMS
dimanche AMIENS
LYON
15h beIN
BORDEAUX
17h beIN STRASBOURG
PARIS SG 21h Canal + CAEN
MARSEILLE
NANTES
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 7 août 2018
SPORT
Kevin Mayer,
le décathlonien
sans limites
ZOOM
Natation : Charlotte Bonnet
sacrée championne d’Europe
24
médailles
9 en or, 8 en argent, 7 en bronze, en 2014.
Soit le record de l’équipe de France aux
championnats d’Europe d’athlétisme
Depuis le début de la saison, Kevin Mayer a sans cesse amélioré ses records
personnels (ici lors du triathlon du Meeting de Paris, en juin dernier).
plus, les deux Allemands (Rico Freimuth
et Kai Kazmirek), qui étaient derrière
moi sur le podium des derniers Mondiaux, ont déclaré forfait. Donc ça amène
à se poser plus de questions sur soi-même. À Berlin, je me battrai contre moimême. Et arrivera ce qui arrivera. J’attendrai le javelot et le 1 500 m pour savoir
si je peux être champion d’Europe. »
Le jeune champion (26 ans) n’a pas
oublié, en effet, comment le titre mondial avait failli lui échapper l’été dernier
à Londres lors du concours de la perche, où il n’évita un zéro pointé qu’à
son ultime tentative. Comme il aime à
le rappeler, le décathlon est une épreuve de dépassement, de souffrance, qui
ne se gagne pas « sur un claquement de
doigts ». Avec le temps, le Français a
aussi appris à mieux gérer la pression.
« Je me sens beaucoup mieux que l’an
dernier avant Londres (théâtre des
championnats du monde), estime-t-il.
L’année dernière, c’était la première fois
que je me présentais à un décathlon dans
la peau du favori et j’avais eu un peu de
mal à le gérer. Là, ce statut me semble
moins lourd à porter. En plus, j’arrive
dans de meilleures conditions car je ne
ressens aucune douleur, je suis en
confiance dans toutes les épreuves. Non,
vraiment, je me sens bien et mon titre de
champion du monde ne m’ajoute pas de
pression. Au contraire, même, je dirais
qu’il m’en enlève car, désormais, tout ce
qui vient sera du bonus. »
Avec la tête bien sûr les épaules et
une progression exponentielle sur au
moins cinq des disciplines composant le
décathlon, le Français dispose d’un
avenir radieux devant lui. Et celui-ci
débute ce mardi à Berlin, où un premier
titre de champion d’Europe lui tend les
bras. ■
AVIS À NOS LECTEURS - MENTIONS LÉGALES
Légende des sigles utilisés dans nos annonces : ◆ membre
F.N.A.I.M (Fédération nationale de l’immobilier) membre
S.N.P.I (Syndicat national des professionnels immobiliers)
■ Notaires ● Ventes aux enchères M.A.P : mise à prix.
*
Immobilier
ventes
et achats
Ventes 6
Ventes
APPARTEMENTS MAISONS
Est
e
Ventes
APPARTEMENTS MAISONS
Sud-Est
Chemin des Patapans
VILLA MADON PATAPAN
290m2 env. s/terrain de
plus de 2 ha + dépendances
piscine à débordements
Hélipad, nombreux patios
et terrasses.
Classe énergie : C
Prix de réserve - Départ
des enchères : 2.650.0001
Vis.s/RDV 06.66.34.16.35
Mme Bouvet
contact@groupemeglio.fr
NOTAIRE:01.56.33.80.91
encheres-paris.com
APPARTEMENTS
BEAUX-ARTS
Appt 5P. 148,37 m2. 1erét
traversant. Professions
libérales autorisées.
A RENOVER.
2.000.000 1 (Frais de
négociation inclus)
MOREL d'ARLEUX
NOTAIRES
06.60.47.43.79. ou
06.63.62.60.80.
Un
appartement
à vendre ?
01 56 52 8000
EXCLUSIVITÉ
UNIQUE
10 kms
BEAUNE (21)
Ancien moulin de
400 M2 sur 1,5 HA
de terrain. Piscine.
Dossier sur demande
écrite uniquement.
info@zorin.fr
www.zorin.fr
MEGEVE (74)
EXCLUSIVITÉ
Fabuleux chalet d'alpage
totalement à rénover.
Vue panoramique sur
les Aravis.
Dossier complet sur
demande écrite.
info@zorin.fr
www.zorin.fr
CANNES (06)
Secteur très recherché.
Studio 25,10 m2, meublé
tout confort, 2e étage,
ascenseur. 100 m plage de
sable, commerces et centre
ville. 145.000 1.
Part 04.92.58.01.46.
PORTO VECCHIO
ëENCHEREë
RAMATUELLE
CANNES
EXCLUSIVITÉ
Villa contemporaine 420m2
Vue panoramique
sur la baie.
Propriété unique
et rare sur la Riviera.
Dossier sur demande
écrite uniquement.
info@zorin.fr
www.zorin.fr
ST TROPEZ
GASSIN. BORD DE MER
Demeures hôtelières :
2 Villas, 2 piscines.
Vue mer. 17 chambres.
Sur 2.100 m2. 4.200.000 1
IDÉAL INVESTISSEUR
BONNE RENTABILITÉ
Part. 06.15.31.29.47
st.tropez83@gmail.com
EN BREF
Rugby : Ashton revient
sur son départ de Toulon
Après une saison, pourtant
accomplie, l’ailier anglais
a expliqué aux médias anglais
les raisons de son retour en
Angleterre . Pour pouvoir postuler
à la sélection. Mais aussi parce que
sa famille n’était « pas heureuse
à Toulon ». « Je pensais que j’étais
ouvert d’esprit, mais pas assez
a priori », a reconnu Chris Ashton.
Football : Nabil Fékir à Lyon...
pour l’instant
Le champion du monde était de
retour hier dans son club. Va-t-il
passer la saison à l’OL malgré
l’intérêt manifesté par Chelsea
et Manchester United ? « Je suis
très bien ici. Mais le mercato est
encore long et tout va très vite dans
le football. On ne sait pas ce qu’il
se passera à l’avenir », a esquivé
Nabil Fékir sur le site du club.
BONNES A
AFFAIRES
Toutes les annonces qui ne comprennent pas la mention
« Part. » pour les particuliers ou « Agents Co. » pour les agents
commerciaux sont des annonces émanant d’agents immobiliers
ou de promoteurs. Sans mention explicite d’honoraires dans les
annonces, les prix présentés s’entendent nets pour l’acquéreur.
Toutes les annonces des rubriques « appartements » sont réputées
être des lots de copropriétés, sauf mention contraire. Ces biens
faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien
proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
l’encontre de la copropriété à la date de la parution de l’annonce.
Les honoraires de l’agence immobilière et les commissions de
chaque bien sont consultables sur le site de l’annonceur.
Propulsée à 23 ans chef de file
de la natation féminine tricolore,
la Niçoise n’a pas déçu hier
à Glasgow, devenant la première
Française sacrée championne
d’Europe sur 200 m nage libre.
Une performance de choix puisque
Charlotte Bonnet a signé au
passage son record personnel en
1’54’’95. Un deuxième or autour
du cou de la nageuse entraînée
par Fabrice Pellerin après celui du
relais 4 × 100 m décroché vendredi.
Et un troisième titre pour les
Bleues en pleine reconquête
avec le sacre de Fantine Lesaffre
sur 400 m 4 nages.
De son côté, le phénomène russe
Kliment Kolesnikov, 18 ans,
a complété sa collection en
remportant son troisième titre
de la semaine en finale du 100 m
dos, après l’or sur 50 m dos
et sur 4 × 100 m nage libre.
AVEC GAVO FINI
LES CORVÉES
D'AMEUBLEMENT !
2 & 3P. Terrasse avec vue
mer. Piscine, tennis.
06.85.41.99.51.
%
" ##
Immobilier
! !(&(! ! &
'$$
locations
saisonnières
Locations
VACANCES OFFRES
Campagne
St Saturnin Les Apt
Superbes villas de
vacances haut de gamme.
8pers, 4 chbres, plein sud
face au Luberon. Piscine
chauffée et sécurisée.
Clim, jardin clos 1500 m2
Libre à partir du 25/08 :
Promotion : Septembre
14001. Octobre 900 1.
Possibilite au mois.
www.hameau-deoliveraie.fr
Part. 06.68.42.97.00.
Affaires
Société recherche :
JEUNE ASSOCIE
investisseur et actif
pour développer sur le net
une société et devenir
Co-Gérant
06.43.10.68.91
! NETTOIE
RENOVE, RAVIVE
Tapis, Rideaux
Moquettes, Stores
Tentures Murales,
Canapés et Cuirs.
ê
Spécialiste depuis 1939
du Nettoyage
d'ameublement.
Décroche et raccroche
vos rideaux.
Ravive vos tapis,
canapés, moquettes,
tentures.
Devis gratuit.
-15 % LECTEURS
DU FIGARO
84, Rue Michel Ange,
75016-Paris.
01.47.43.11.43.
LUBERON
Capitaux,
associations
Décoration
CONFECTION
RESTAURATION
ê
de votre Ameublement.
Réfection Sièges
et Fauteuils.
Excellentes références.
Devis Livraison gratuits.
34, Rue de Bassano
75008 - Paris
01.47.20.78.64.
RENOVATION
CRISTALLISATION
CONFECTION
A VOS MESURES !
MARBRE - TRAVERTIN
GRANIT - BETON
PIERRE NATURELLE
VOILAGES
RIDEAUX, STORES
Hall d'Entrée - Sol
Mur - Plan de Travail
Salle de Bains - Vasque
ê
REFERENCE
DE PRESTIGE
ê
Étude et Devis Gratuits.
34, Rue de Bassano
75008 - Paris.
01.84.25.15.77
www.lightandmoon.com
intérieurs et extérieurs
Choix de tringles et
de tissus d'éditeurs.
Conseils, devis et poses
assurées par
nos décorateurs.
- 15% LECTEURS
DU FIGARO.
34, Rue de Bassano,
75008 - Paris.
01.84.25.15.77
RENOVATION
PONCAGE
VITRIFICATION
Votre Parquet
REMIS à NEUF
ê
Ancien - Traditionnel
Massif - Vieilli
Finition
Brillante - Brute
Traitement
Huile Naturelle
ê
Étude et Devis Gratuits.
34, Rue de Bassano
75008 - Paris.
01.84.25.15.77
CRÉEZ
VOTRE TAPIS
RÉALISATION DE
MODÈLES UNIQUES
ê
Large choix de styles
formes matières textures
LAINE, SOIE, LIN,
Fabrication française
et sans intermédiaire.
ê
Etude et Devis gratuits.
Manufacture Tapis Design
34, Rue de Bassano,
75008 - Paris.
01.47.20 78 84.
www.lightandmoon.com
A
ATHLÉTISME 16,51 m au lancer du
poids, 13’’71 sur le 110 m haies, 10’’66
sur le 100 m… Depuis le début de la saison, Kevin Mayer s’est fait une spécialité d’améliorer ses records personnels
discipline par discipline, ou presque.
Des performances qui, inévitablement,
titillent l’imaginaire, avec en ligne de
mire le record du monde établi par
Ashton Eaton le 29 août 2015 :
9 045 points. Une barrière mythique
des 9 000 points que seuls l’Américain
et le Tchèque Roman Sbrle avant lui ont
brisée. Pour l’instant, Mayer n’a jamais
fait mieux que 8 834 points, établis lors
des Jeux olympiques de Rio, où il glana
la médaille d’argent derrière… Eaton,
pas encore retraité des pistes. Mais ces
9 000 points, le Français sait qu’il les a
dans les jambes et dans les bras, comme
il le confiait il y a quelques semaines à
Ouest-France : « Quand j’additionne mes
dix records personnels, je dépasse le record du monde. » Sauf que le décathlon
n’est pas à proprement parler une
science aussi exacte.
« Dans un grand championnat, il faut
être au maxi de tes possibilités sur chacune des dix épreuves, ce n’est pas pareil, rappelle-t-il. Moi, je reste prudent.
Parler de battre le record du monde, ce
serait prétentieux. J’aimerais d’ailleurs
qu’on arrête avec ça. Mon objectif cette
saison, c’est le titre européen à Berlin. »
Un titre que, curieusement, il n’a encore jamais décroché en plein air, se
contentant d’une médaille d’argent en
2014 à Zurich. D’ailleurs, son palmarès
ne comporte pour l’instant que trois
grands titres internationaux : ceux
européen et mondial en salle (en 2017 et
2018) ainsi que celui, en extérieur, glané il y a un an lors des derniers championnats du monde à Londres. Logique,
donc, qu’il ne se sente pas blasé : « Je ne
me considérerai jamais comme champion
du monde ou d’Europe avant la compétition, confiait-il au magazine de la fédération. Et je vivrai toujours mes titres
comme un accomplissement. Si on me
voit toujours à l’avance vainqueur, à quoi
ça sert de disputer un décathlon ? »
Même prudence quand est évoqué
son statut, logique, de grandissime favori à Berlin. « Je sais que je dispose
d’une certaine marge, je sais aussi que
mes rivaux le pensent, qu’ils savent que
je suis champion du monde. Ce n’est pas
un excès de confiance de ma part. En
ETIENNE GARNIER/PRESSE SPORTS
Au fil d’une saison où il a amélioré
ses performances, le Français se présente
en favori aux championnats d’Europe.
CÉDRIC CALLIER ccallier@lefigaro.fr
11
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 7 août 2018 LE FIGARO
12
SCIENCES
Des gens se rafraîchissent aux fontaines du parc André-Citroën à Paris, dimanche, alors que les températures atteignent des records.
GEOFFROY VAN DER HASSELT/AFP
Chaleur suffocante, sécheresse,
pics d’ozone… Les fléaux de la canicule
L’épisode actuel de flambée du thermomètre devrait prendre fin en milieu de semaine.
MÉTÉO D’où vient la pollution à l’ozone,
quelles sont les personnes à préserver en
priorité et faut-il craindre une grande
sécheresse ? Éléments de réponse.
de pollution à l’ozone :
u Pics
un risque réel pour la santé
Le deuxième gros épisode de pollution à
l’ozone de l’année, qui a concerné quasiment toute la France, devrait prendre fin
mardi 7 août au soir… jusqu’au suivant.
On considère qu’il y a pollution lorsque
le niveau d’ozone dépasse 180 µg/m3
(microgrammes par mètre cube), qui est
le seuil d’information pour les femmes
enceintes, les personnes âgées ou celles
ayant des maladies respiratoires et
240 µg/m3, le seuil d’alerte lorsqu’il présente un risque pour l’ensemble de la
population. Deux conditions sont nécessaires pour qu’il y ait un pic d’ozone : il
faut des polluants primaires tels que
l’oxyde d’azote (transports, agriculture,
industrie) et des composés organiques
volatils ainsi que des températures élevées et les rayons du soleil. Ces dernières
années, la situation s’est améliorée puisque les oxydes d’azote ont diminué de
36 % en dix-sept ans. « Cette amélioration fait que désormais il faut des températures autour de 34 °C ou 35 °C pour déclencher un problème d’ozone là où
auparavant 30 °C suffisaient », expliquet-on à Airparif.
Seul problème, comme le nombre
d’épisodes de canicule avec des températures très élevées augmente, les pics
d’ozone suivent le même mouvement.
Santé publique France rappelle que l’inhalation d’ozone peut entraîner des effets néfastes sur la santé tels que toux et
irritation de la gorge, du nez et des yeux.
Des concentrations élevées sont associées à « une augmentation de crises
d’asthme, d’admissions hospitalières pour
causes respiratoires et cardiovasculaires
pouvant conduire à un excès de mortalité», précise encore l’organisme. Les
personnes âgées, les asthmatiques, celles
souffrant de pathologies respiratoires et
enfin les jeunes enfants sont les plus à
risque.
thermie (température corporelle supérieure à 40 °C) associée à des signes
neurologiques tels que la confusion, les
troubles de conscience. Dans les cas les
plus graves, une défaillance de plusieurs
organes peut être observée. Le traitement de cette urgence vitale repose sur
le refroidissement du patient pour atteindre le plus vite possible une température inférieure à 38 °C.
L’hyponatrémie, ou le manque de sodium dans le sang, causée par excès
d’eau, est l’autre danger de la canicule
pour les seniors. Ce désordre apparaît
car les aînés boivent beaucoup d’eau
pour éviter la déshydratation mais ne
mangent pas assez pour compenser la
perte de sel. Selon la ministre de la Santé,
un quart des seniors ayant consulté un
service d’urgence en raison de la canicu-
et déshydratation,
u Hyperthermie
les dangers de la canicule
Près de 40 °C à Carpentras, pas loin de
37 °C à Vichy, 36 °C à Reims… Après un
léger répit ce week-end, deux tiers du
pays sont touchés par la canicule. Un
épisode de chaleur extrême qui devrait
cesser d’ici mardi soir. Mais avant de
pouvoir à nouveau respirer, notre organisme est mis à rude épreuve. En particulier celui des seniors. En raison d’une
faible sudation, ils supportent très difficilement l’envolée du mercure. Ils sont
alors davantage sujets aux coups de chaleur, qui se manifestent par une hyper-
le ont présenté ce trouble. Les nourrissons et les enfants sont les autres grandes
victimes des canicules. Contrairement à
celui des seniors, leur corps transpire
beaucoup et, du fait de leur jeune âge, ils
ne peuvent pas s’hydrater sans un adulte. Les tout-petits sont donc plus sensibles au risque de déshydratation rapide.
: restrictions d’eau
u Sécheresse
dans 39 départements
Des arrêts préfectoraux limitent plus ou
moins les prélèvements d’eau non prioritaires pour les particuliers mais aussi
les professionnels dans 39 départements.
Ces arrêtés vont d’une simple incitation
aux économies à un arrêt complet des
prélèvements non prioritaires, y compris ceux pour l’agriculture. Restent
autorisés ceux pour la santé, la sécurité
Si la situation hydrique se tend, elle s’améliore sur le front de la pollution à l’ozone
Les restrictions d’eau
39 DÉPARTEMENTS CONCERNÉS PAR AU MOINS UN ARRÊTÉ
PRÉFECTORAL LIMITANT L’USAGE DE L’EAU*, situation au 6 août
PRÉVISIONS DE PIC D’OZONE POUR LA JOURNÉE DU MARDI 7 AOÛT,
en µg/m³ d’O₃
De 180 à 144
Crise (12)
Alerte renforcée (10)
De 108 à 144
59
Alerte (17)
De 72 à 108
60
Vigilance (5)
28
72
44
79
17
89
25
18
86
03
42 69
15
24
46
47
12
82
01
38
43
48
Strasbourg et
l’Eurométropole
90
39
71
16
40
70
21
37
Paris et les communes
situées à l’intérieur
de l’autoroute A86
88
45
41
49
85
91
74
Lyon et Villeurbanne
73
Isère
07 26
81
11
*ainsi que 5 départements en vigilance
Sources : Propluvia et Prev’Air
civile, l’eau potable et la salubrité. Près
de 12 départements sont placés dans cette catégorie « crise ». Ce n’est pas le département tout entier qui est concerné
mais certaines zones, comme par exemple le bassin du Cher, dans l’Allier, ou
certaines zones de Vendée, de l’Eure-etLoir, le Lot ou le Tarn-et-Garonne. Seize
départements sont en alerte – réduction
des prélèvements agricoles, interdiction
à certaines heures d’arroser les espaces
verts… – et onze sont en alerte renforcée, avec plus de restrictions. Cela
concerne les eaux superficielles. Pour les
eaux souterraines, selon le dernier point
du BRGM, plus de la moitié des nappes
phréatiques (58 %) ont un niveau d’eau
suffisant. Un seul arrêté a pour le moment été pris, dans le sud-ouest de
l’Ain. ■
2017, la troisième
année la plus chaude
La pollution à l’ozone
2B
Restriction
du trafic
automobile
le 6 août pour
les véhicules les plus polluants
Infographie
ANNE-LAURE LEBRUN £@LebrunAnneLaure
Alors que l’hémisphère Nord ne cesse
de battre des records de chaleur
depuis plusieurs semaines, la NOAA
(organisation météorologique
américaine) vient de publier son
rapport sur l’année 2017. Or, tous les
résultats confirment le réchauffement
de la planète. 2017 est la troisième
année la plus chaude jamais
enregistrée, juste après 2016 (la
première) et 2015. L’an dernier, les
émissions de gaz à effet de serre n’ont
jamais été aussi élevées. Depuis une
moyenne établie en 1993, le niveau de
la mer a augmenté de 7,7 centimètres,
sachant que les océans battent
également des records de
températures. Du côté de l’Arctique
comme de l’Antarctique, les étendues
de la glace de mer n’ont jamais été
aussi faibles. C’est une année très
rude également pour les récifs
coralliens, du fait du blanchissement.
Dans les villes désertées, les SDF sont les plus vulnérables
A
ALICE BROGAT £@AliceBrogat
« JE CHERCHE des volontaires pour distribuer de l’eau et des fruits frais aux SDF de
Paris […]. Il nous faut des bras en plus. »
Constatant la détresse des sans-abri
étouffés par la chaleur à Paris, Stéphanie,
32 ans, a lancé vendredi 3 août sur Twitter un appel à la solidarité qui a trouvé un
écho formidable. En à peine quelques
heures, son message a été vu près de
1,2 million de fois et 3 000 personnes l’ont
contactée pour s’inspirer de cette maraude spontanée. En cette période de canicule, les températures très élevées augmentent la vulnérabilité des sans-abri.
L’été est encore plus dangereux que l’hiver pour les personnes sans-abri, car les
places en accueil d’urgence du 115 sont
réduites et les maraudes et distributions
alimentaires, plus rares.
« Il y a une aggravation de leur situation
sanitaire, ainsi qu’une aggravation des
maladies cardiaques et respiratoires »,
constate Sami Chayata, adjoint au délégué national de la lutte contre les exclusions à la Croix-Rouge. Pour faire face au
risque de déshydratation, qui peut être
amplifié par la consommation d’alcool,
les associations distribuent des bouteilles
d’eau et orientent les SDF vers des points
d’eau ou des endroits ombragés. À Paris,
une carte répertoriant les fontaines pu-
bliques est dorénavant disponible via
l’application Mapstr, fréquemment utilisée par les bénévoles.
« Gestion thermomètre »
Les équipes de la Croix-Rouge, renforcées en raison de la canicule, redoublent
de vigilance pour venir en aide aux sansabri. Fuyant le soleil, certains se protègent dans des endroits très reculés et se
rendent invisibles. Sami Chayata insiste
sur la nécessité de sensibiliser ces personnes, certaines n’ayant pas de « ressenti physique de la chaleur ».
« Nous avons rencontré un monsieur qui
n’avait pas bu depuis plusieurs jours, il
n’avait même plus la force de se lever », ra-
conte, quant à elle, Stéphanie. « Même si
nous sommes forts d’un réseau de
9 000 bénévoles à travers la France, c’est
vrai qu’il est plus difficile de mobiliser durant l’été », poursuit Sami Chayata. Cette
année, l’activation du niveau 3 du plan
canicule dans de nombreuses villes de
France a toutefois permis d’augmenter
l’aide aux personnes vulnérables. À
Montpellier, la Croix-Rouge a ouvert un
centre d’hébergement d’urgence pour les
personnes fragiles, notamment les SDF.
Cinquante-cinq places d’hébergement
d’urgence ont été ouvertes en renfort par
le Samu social, à Paris, qui a aussi allongé
les horaires de son accueil de jour, situé
porte de Saint-Mandé.
Si les associations saluent ces moyens,
débloqués en raison de circonstances climatiques exceptionnelles, elles réclament des efforts constants à l’année pour
venir en aide aux sans-abri. « Il faut sortir
de cette “gestion thermomètre” de l’hébergement et adapter toute l’année l’offre aux
besoins réels des personnes à la rue », demande Sami Chayata.
Pour Stéphanie, ces efforts doivent
aussi venir de la société civile : « Chaque
personne arrive avec deux ou trois euros en
poche, achète des packs d’eau et des fruits
et c’est ensuite plus facile d’aller à la rencontre des sans-abri. L’idée est que les volontaires sensibilisent les gens de leurs propres quartiers. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 7 août 2018
CULTURE
13
Rena Shereshevskaya, impératrice du piano
CLASSIQUE De Rémi Geniet à Lucas Debargue, la pédagogue russe a formé et conseille les meilleurs pianistes
de la jeune génération française. Ils lui rendent aujourd’hui hommage au Festival de La Roque-d’Anthéron.
l l’a prise par les sentiments. Avec
cette unique question : « Lucas Debargue
serait-il devenu Lucas Debargue sans
vous ? » C’est en ces termes que René
Martin, directeur de l’incontournable
Festival international de piano de La
Roque-d’Anthéron, a convaincu la pédagogue Rena Shereshevskaya de participer
à la journée hommage que lui rendent,
aujourd’hui, plusieurs de ses élèves.
Question complexe qui interroge sur l’essence même de la pédagogie. Elle lui a répondu, avec ce mélange de malice et
d’humilité qui la caractérise : « Je ne sais
pas. Mais je veux bien plaider coupable ! »
Coupable du délit d’initier, elle l’est
sans le moindre doute… Initier la fine
fleur du piano français à la science complexe de l’interprétation. Coupable
d’avoir passé, depuis vingt-cinq ans, des
claviéristes de tous âges, de tous niveaux
et de tous horizons à la question. La seule
qui, pour elle, permet à un pianiste de
savoir qui il est véritablement : « Où
s’arrête le jeu et où commence l’interprétation ? Je dis toujours à mes élèves que le
jeu doit être facile. Ce qui est difficile, c’est
d’interpréter. » Ne pas jouer les notes, les
faire sonner.
Une science du détail parfois acquise
au prix d’heures entières passées sur une
mesure. Mais dans laquelle ses étudiants
situent le point de départ de leur carrière.
Volubile dès qu’on l’interroge sur la pédagogie, Rena Shereshevskaya parle peu
d’elle. Ces dernières années, les amateurs
de piano ont appris à la connaître au travers de ses disciples.
Rémi Geniet, deuxième prix du
concours Reine Élisabeth de Belgique, en
2013, après avoir survolé le concours
Beethoven de Bonn deux ans plus tôt. Lucas Debargue, le « phénomène du piano », qui fit sensation au concours
Tchaïkovski à Moscou en 2015, re-
« La musique exige du savoir »
PRESSE
I
lité. À 15 ans, juste avant d’entrer au
conservatoire de Moscou, j’ai été frappée
par une tendinite à la main. Au lieu de me
laisser sans jouer pendant plusieurs semaines, elle m’a dit qu’elle avait besoin de
moi, pour que je l’aide à donner des cours à
une fillette de 9 ans, ainsi qu’à l’une de mes
amies, qui avait mon âge. Sans que je le
réalise, elle avait planté en moi une graine
qui germerait des années plus tard », raconte-t-elle.
THIERRY HILLÉRITEAU
£@thilleriteau
Rena Shereshevskaya : « Je dis toujours à mes élèves que le jeu doit être facile. Ce qui est difficile, c’est d’interpréter. »
cueillant, à défaut de premier prix, les
éloges tonitruants de Boris Berezovsky,
Dmitri Bashkirov et Valery Gergiev.
Maroussia Gentet, lauréate au printemps
dernier du concours d’Orléans, dédié à la
musique contemporaine. Ou encore
Dmitry Sin, révélation du Festival international des jeunes talents de Moscou.
Ces quatre talents, qui ont entre 24 et
28 ans, comptent parmi les plus prometteurs et sont tous passés par la classe de
Rena. En Alsace, où elle s’était installée
dans les années 1990, venue de Russie à
l’invitation du maestro Vladimir
Spivakov, directeur du Festival international de Colmar). Ou à l’École normale
de musique de Paris, où certains suivent
encore son cursus de perfectionnement.
Tous saluent son influence décisive. Rémi
Geniet, qui à 13 ans venait la voir chaque
semaine de Montpellier, affirme qu’elle
lui a tout appris. Lucas Debargue, qu’elle
a préparé au concours Tchaïkovski en
quatre ans, la consulte avant chaque décision.
Brillantes études
Tutorat ou mentorat ? Même combat.
« Le rôle de l’enseignant ne se limite pas à
la salle de classe, dit-elle. Si mes étudiants,
ceux d’aujourd’hui comme ceux d’hier, ont
besoin de conseils, je me dois d’être là. Ce
n’est pas moi qui les accompagne dans leur
carrière, ce sont eux qui me laissent cheminer à leur côté. Un peu comme un acteur
qui aurait besoin d’échanger des idées avec
un metteur en scène pour trouver sa juste
définition du personnage. » D’ailleurs,
Rena Shereshevskaya n’oriente pas que
ses élèves. « La regrettée Brigitte Engerer
me sollicitait parfois pour ses enregistrements », confie-t-elle. Heureuse d’avoir
pu, avec le temps, briser le mur qui sépare trop souvent solistes et pédagogues.
Elle-même n’avait pas envisagé d’enseigner. Après de brillantes études au
conservatoire Tchaïkovski de Moscou,
elle aurait pu embrasser une carrière de
soliste. C’était compter sans une maladie
professionnelle. « J’ai alors laissé ma
carrière d’interprète pour consacrer ma
vie à la pédagogie. Je n’ai compris que
beaucoup plus tard que mon premier professeur m’avait préparée à cette éventua-
Elle espère aujourd’hui suivre sa trace.
Plantant à son tour des graines dans le
cœur de ses élèves. Un antidote à « cette
étonnante idéologie du tout-plaisir qui trop
souvent étouffe la vraie réflexion chez les
apprentis musiciens. Bien sûr que la musique, c’est du plaisir et des émotions. Mais
c’est aussi un art, qui exige du métier, du
savoir, un questionnement. Le plaisir de
lire peut-il nous dispenser de connaître
l’alphabet, l’orthographe, la grammaire ?
Non. Pourquoi devrait-il en être autrement
en musique ? Et lorsque je parle de grammaire musicale, je ne parle pas de savoir
jouer les notes. Si j’aborde une valse de
Chopin avec Lucas, je veux qu’il soit capable de danser la valse avec moi. D’ailleurs,
mon rêve serait d’ouvrir une master class
de danse pour les pianistes. »
Des graines qu’elle plante avec parcimonie. N’hésitant pas à refuser des élèves
qu’elle n’estime pas faits pour son enseignement. Et se remettant en question à
chaque seconde. « Enseigner, ce n’est jamais que transmettre ce que l’on a en nous.
La difficulté n’est pas tant dans cette transmission que dans l’art de savoir lâcher prise
au bon moment. Dire à un élève qu’il doit
maintenant oublier ce qu’il a appris pour
jouer comme il l’entend est une lourde responsabilité. La musique résiste. Et jouer
comme on l’entend ne veut pas dire jouer
n’importe quoi. Il m’est arrivé de commettre cette erreur. Je ne veux pas la refaire »,
conclut-elle… Un peu coupable ! ■
Festival de La Roque-d’Anthéron (13),
jusqu’au 18 août. www.festival-piano.com
Salzbourg : le plein de voix des chanteuses françaises
CLASSIQUE Sabine Devieilhe et Marianne Crebassa ont séduit le public par leur maîtrise technique. Et porté haut le talent national.
ENVOYÉ SPÉCIAL À SALZBOURG
e prestige des représentations
d’opéra données au Festival de
Salzbourg a parfois tendance à
éclipser le haut niveau de la
programmation des concerts.
La vedette en est traditionnellement le
Philharmonique de Vienne, dont
Salzbourg est la résidence d’été depuis
1922. Celui auquel nous avons assisté
marquait les retrouvailles entre les
Wiener Philharmoniker et un chef avec
lequel le courant n’a jamais tout à fait
passé jusque-là : Esa-Pekka Salonen.
Un chef nordique réservé, épris de précision et de modernité, avec un orchestre d’Europe centrale, extraverti,
amoureux de lyrisme et de tradition,
c’est le mariage de l’eau et du feu. C’est
peut-être ce qui explique un Ainsi parlait Zarathoustra de Strauss légèrement
distant, c’est aussi ce qui a bénéficié à
un Mandarin merveilleux de Bartok à la
fois sauvage et voluptueux. Mais ce que
l’on retiendra, c’est le charme naturel
de notre Marianne Crebassa nationale,
éblouissante dans sa robe rouge, pleine
de saveur et de justesse de ton dans les
délicieux Folk Songs de Luciano Berio.
Le chant français était du reste à
l’honneur cet été à Salzbourg, puisque,
pendant que la mezzo montpelliéraine
séduisait le Grand Festspielhaus, c’est
Sabine Devieilhe, elle aussi dans une
robe rouge, qui mettait le feu au Mozarteum, lors d’une de ces Matinées Mozart
où le public est beaucoup moins guindé
que sur l’autre rive de la Salzach.
Raphaël Pichon et elle avaient construit
un programme inspiré des « académies » de l’époque Mozart, pot-pourri
de pièces instrumentales et vocales où
les mouvements d’une symphonie
étaient joués séparément.
L’Orchestre du Mozarteum, qui assure la saison musicale de Salzbourg à
l’année et est relégué l’été dans la petite
salle quand les Viennois arrivent en co-
L
lonisateurs, a à cœur d’y montrer qu’il
existe et joue avec une ardeur qui pousse parfois aux limites l’acoustique très
sonore de ce charmant écrin. Concert
plein d’esprit, où Sabine Devieilhe a
conquis l’auditoire : sa voix est un véritable joyau, un diamant taillé, manié
avec une maîtrise technique souveraine
et une musicalité aristocratique, tout en
souplesse et en variations infinitésimales. Même lorsque, en bis, elle entonne,
en faisant mine de s’excuser, une de ces
pochades chères à Mozart, en forme de
canon sur le texte « Lèche-moi le cul »,
elle le fait avec une grâce infinie.
Au risque de paraître cocardier, on
aura préféré la simplicité de nos compatriotes aux minauderies des mégastars
Jonas Kaufmann et Diana Damrau dans
l’Italienisches Liederbuch de Hugo Wolf.
Qu’ils soient de fabuleux artistes, on n’a
pas besoin de le rappeler. On se réjouissait donc de les retrouver en duo pour
un des plus beaux cycles de lieder du répertoire germanique, avec ces poèmes
si subtilement mis en musique, où l’on a
juste une voix, un piano et quelques minutes pour faire surgir un monde de
sentiments. Et ceux exprimés par Wolf,
contemporain de Mahler qui a basculé
dans la folie, sont des chefs-d’œuvre de
clair-obscur et de dégradé.
Miniatures intimes
Avec leur pianiste Helmut Deutsch,
Kaufmann et Damrau ont changé l’ordre des morceaux pour tisser une trame
narrative, et ils l’ont fait avec intelligence. Alors de quoi nous plaignonsnous, allez-vous dire ! Tout simplement
de ce que, sans doute par crainte que le
public du Grand Festspielhaus (évidemment bien trop vaste pour le lied, tout
comme pour Mozart…) s’ennuie à cet
enchaînement de miniatures intimes,
nos deux artistes se sont crus obligés
d’accompagner leur chant souverain de
petits jeux de scène se voulant espiègles, mais tournant à la blague de potache et aux taquineries d’adolescents. Au
risque de paraître puriste ou grincheux,
on a vécu comme une faute de goût ces
clins d’œil démagogiques, grand écart
avec une musique si profonde. S’étaiton dit qu’il fallait cela pour faire passer
la pilule du lied allemand à un public insuffisamment cultivé ? Cela contredirait
l’esprit d’un festival qui a entrepris depuis l’an dernier de placer la barre à un
haut niveau d’exigence. ■
« La Dame de pique » réjouit
les cœurs grâce à Mariss Jansons
Ce que l’on
« entend
dans
la fosse
est un vrai
miracle,
de tenue
sans pathos,
de précision
du détail,
mais aussi
d’expression
ardente
et de sens
du drame
»
PARMI les grands mérites de
Markus Hinterhäuser, directeur
du Festival de Salzbourg dont il
redore le blason depuis l’an dernier, il en est un qui nous tient
particulièrement à cœur : il a entrepris de faire revenir régulièrement Mariss Jansons dans la fosse.
Le merveilleux chef letton de
75 ans, dont la carrière s’est essentiellement développée dans le
domaine symphonique, a plus
d’une fois exprimé sa frustration
de ne pas diriger davantage
d’opéras.
De fait, c’est sa direction qui
restera l’événement inoubliable
de la nouvelle production de La
Dame de pique présentée au Grand
Festspielhaus. Il est vrai que
Tchaïkovski est une de ses spécialités depuis toujours, il l’a appris
auprès de son père qui était second
chef d’orchestre à Léningrad, à
l’époque du grand Mravinsky. Ce
que l’on entend dans la fosse est
un vrai miracle, de tenue sans pa-
thos, de précision du détail, mais
aussi d’expression ardente et de
sens du drame. Le Philharmonique de Vienne, qui a élu Jansons
membre d’honneur voilà quelques
semaines, est l’instrument idéal
pour cette lecture habitée. En état
de grâce, les pupitres offrent leur
jeu le plus complet, celui qui combine flamme palpitante et noblesse aristocratique, avec une beauté
sonore de chaque instant. Le
Chœur de l’Opéra de Vienne n’est
pas en reste, impressionnant de
puissance et de cohésion.
Distribution correcte
On se souviendra donc de La
Dame de pique « de » Mariss Jansons, un peu moins de celle de
Hans Neuenfels, tant le metteur en
scène allemand s’est montré sage.
Si l’on nous avait dit un jour que
celui qui fut longtemps le trublion
du paysage lyrique ne serait pas
hué à Salzbourg, on ne l’aurait pas
cru. À 77 ans, Neuenfels n’a pas
Le ténor Brandon Jovanovich et la soprano Evgenia Muraveva,
sur la scène du Grand Festspielhaus. SALZBURGER FESTSPIELE/RUTH WALZ
tenté une de ces relectures qui ont
fait sa célébrité.
Il s’est contenté d’un décor et de
costumes réalisés avec goût, entre
abstraction et réalisme, plus plaisants que réellement intéressants.
On préfère le Neuenfels d’avant !
Distribution correcte sans être
exceptionnelle, à l’image du
Hermann insuffisamment halluciné de Brandon Jovanovich ou de la
Lisa précise mais peu rayonnante
d’Evgenia Muraveva, auprès de
partenaires plus solides que marquants. Seule la Comtesse pathétique de Hanna Schwarz réussit une
composition théâtrale un tant soit
peu frappante, dans une représentation où la musique passe
avant tout. ■ C. M. (À SALZBOURG)
La Dame de pique, Festival de
Salzbourg, les 10, 13, 18, 22 et 25 août.
A
CHRISTIAN MERLIN
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 7 août 2018 LE FIGARO
À TABLE
Robuchon,
14
Joël
génie de la
gastronomie
DISPARITION Le chef français
le plus célèbre au monde s’est éteint
lundi 6 août, à l’âge de 73 ans.
Visionnaire, il a bouleversé à tout jamais
les codes de la haute cuisine.
L
A
e cuisinier aux 24 étoiles
vient de rendre son tablier. Joël Robuchon
n’est plus et la planète
gourmande est en deuil.
Le Pr David Khayat l’a
soigné et suivi jusqu’à
ses derniers moments.
À 73 ans, il a succombé à un méchant cancer qu’il a tenu à distance
aussi longtemps que possible, masquant les stigmates de la maladie avec
un courage et une élégance rares. Pour
tous, il avait suivi un régime, repensé
son alimentation pour s’orienter vers
une cuisine plus saine qui, sans être
totalement végétarienne, avait banni
les graisses et les sucres, faisant la part
belle aux légumes et aux cuissons vapeur. Il avait pris ce virage il y a plusieurs années.
Opéré il y a plus d’un an d’une tumeur au pancréas qui l’avait beaucoup
affaibli, il se savait malade et avait
alors décidé de vendre très discrètement ses établissements à un fonds
d’investissement basé en Angleterre et
au Luxembourg. Un contrat de sept
ans le liait aux nouveaux propriétaires,
l’obligeant contre royalties à maintenir le niveau d’excellence de ses
adresses, de les incarner partout dans
le monde. En revanche, certaines
ouvertures annoncées ces derniers
mois ne s’étaient pas concrétisées.
Lorsqu’on semblait s’en étonner, il
avançait paisiblement des raisons tout
à fait plausibles.
Joël Robuchon est né à Poitiers le
7 avril 1945, dans une famille modeste
– son père était maçon, sa mère, femme de ménage - et très catholique. À
12 ans, il entre au petit séminaire de
Mauléon, dans les Deux-Sèvres, avec
l’intention de devenir prêtre. Pourtant, c’est en aidant les religieuses de
l’établissement à préparer les repas
qu’il se découvre un vrai penchant
pour la gastronomie.
En 1960, alors âgé de 15 ans, il débute un apprentissage de cuisinier-pâtissier auprès du chef Robert Auton, au
Relais de Poitiers, à Chasseneuil-duPoitou, puis devient, à 21 ans, compagnon du Tour de France des devoirs
unis. « Poitevin la Fidélité » – tel était
le petit nom qu’on lui avait attribué. Il
fait sien, dans ce nouvel environnement, l’amour du travail bien fait,
poussant
le
perfectionnisme
à
l’extrême.
C’est aussi l’occasion pour lui de
parfaire sa formation et de s’initier, au
fil des maisons et des régions, à
d’autres techniques, d’autres façons
de travailler. La nouvelle cuisine, encore à ses balbutiements, commence à
faire parler d’elle. Il s’y intéressera aux
côtés de son mentor, Jean Delaveyne.
Il commence sa véritable carrière de
chef à la tête du Concorde Lafayette
(Paris XVIIe), en 1974. Il a alors 29 ans
et dirige une brigade de 90 cuisiniers.
Deux ans plus tard, il accédera au rang
de meilleur ouvrier de France, puis, en
1978, occupera la place de chef cuisinier à l’Hôtel Nikko, où il décrochera
ses deux premières étoiles Michelin. Il
acquerra la troisième dans son propre
restaurant, Jamin (Paris XVIe), en 1984.
Sacré meilleur cuisinier du siècle par
Gault&Millau en 1990, il abandonne
néanmoins la restauration à l’âge de
51 ans, en 1996. Rend dans la foulée ses
étoiles à l’issue de trente ans de carriè-
re. Une façon de tourner le dos au
stress des services à performance
constante, de se remettre du trauma
occasionné par les décès prématurés
de ses amis Alain Chapel, Jean Troisgros, Jacques Pic. C’est surtout le moment de vivre tout simplement, lui
qui, à 50 ans, n’avait encore jamais vu
la montagne sous la neige. Il s’installe
en Espagne, au pied du Penon de Ifach,
dans la province d’Alicante.
Lassé de la haute gastronomie, des
plats hypertechniques et des multiples contraintes d’un quotidien harassant, il se ressource et découvre
une autre culture, un autre mode de
vie. Cela lui inspirera le concept de
l’Atelier, qu’il dupliquera partout
dans le monde quelques années plus
tard, oubliant son désir de retraite
oisive. « L’idée m’en est venue dans les
bars à tapas dont j’apprécie la convivialité. Je cherchais une formule où il
puisse se passer quelque chose entre les
clients et les cuisiniers », déclarait-il à
nos confrères de L’Obs, lors de l’inauguration à quelques mois de distance
des Ateliers de Tokyo puis de Paris, en
2003.
Le principe était totalement novateur. Pas de réservation et, de fait, des
files d’attente interminables, de hauts
tabourets autour d’un long comptoir
en palissandre et un décor en bichromie rouge et noir imaginé par PierreYves Rochon. Et, surtout, la surprise
de petites assiettes époustouflantes,
totalement maîtrisées, à partir de produits exceptionnels. Une nouvelle façon de penser la gastronomie sans habillage superfétatoire, avec une
lisibilité extrême. Là encore, la patte
du maître.
Autre détail qui marquera également
les esprits : ses cuisiniers portent tous
un tablier noir, ce qui n’était guère
courant à l’époque. Joël Robuchon luimême avait adopté un dress code immuable : baskets rouges et tenue noire.
La purée de Joël Robuchon
était devenue iconique
dès les années 1980.
Un kilo de pommes
de terre rattes
pour 200 grammes
de beurre, une texture
pommadée qui l’avait fait
passer à la postérité
À ceux qui y voyaient une réminiscence de son adolescence passée auprès
des prêtres, il répondait invariablement : « On dit que j’aime ces cols de
veste par nostalgie du séminaire. En
fait, je n’aime pas les cravates ! » Le
noir était aussi pour lui la couleur de
l’élégance.
Parallèlement aux différents restaurants gastronomiques de « J. R. » à travers le monde, les Ateliers fleuriront à
Paris, Bangkok, Hongkong, Las Vegas,
Londres, Montréal, New York, Shanghaï, Taïpeh, Tokyo. Avec partout le
même succès.
Comme d’autres immenses chefs
avant lui (Michel Guérard et la firme
Nestlé à partir de 1976), il collabora dès
1987 avec l’agroalimentaire. Le groupe
Fleury Michon le sollicite cette annéelà pour l’élaboration et la mise au
FRANÇOIS BOUCHON, SÉBASTIEN SORIANO/ LE FIGARO
PAR COLETTE MONSAT cmonsat@lefigaro.fr
CHRONO
Joël Robuchon dans son restaurant parisien l’Atelier Étoile au Publicis Drugstore, en 2011.
Ci-dessous, le chef multiétoilé, dans son salon de thé-restaurant-pâtisserie-bar
à saké, ouvert au printemps 2018, à Paris, avec son partenaire japonais Hiroshi Sakurai.
1945 Naissance à Poitiers.
point de nouvelles technologies, la
marque Reflets de France lui propose
aussi une collaboration en 1996, comme le fera le groupe Ariake à partir de
2007. La caution de ce chef triple étoilé, réputé pour sa rigueur et son professionnalisme, a la vertu de booster
les ventes. Avec son complice Guy
Job, il se tourne aussi vers la télévision
et produit avec lui des formats inédits.
Ce sera « Cuisinez comme un grand
chef », une quotidienne, de 1996 à
1999, puis la fameuse émission « Bon
appétit bien sûr », qui, de 2000 à
2009, battra des records d’audience et
de longévité avant d’être remplacée
par l’éphémère « Planète gourmande » en 2011, qui ne durera qu’une saison.
La télévision est pour Joël Robuchon
le moyen de s’adresser au plus grand
nombre et surtout de transmettre, de
rendre la cuisine accessible à tous. Ce
timide qui ne communiquait jamais et
détestait mettre en avant sa vie privée
(il était père de deux enfants, Sophie
et Louis Robuchon-Abe) prenait très à
cœur, en revanche, sa mission de
« passeur ». Livres, émissions, formations, tout était bon.
Pour le clin d’œil, il avait accepté de
participer en avril dernier à une émission « Top Chef », sur M6, où les candidats devaient travailler des recettes
autour de la pomme de terre. On devine pourquoi. La purée de Joël Robuchon était devenue iconique dès les
années 1980. Un kilo de pommes de
terre rattes pour 200 grammes de
beurre, une texture pommadée qui
l’avait fait passer à la postérité. Il
s’amusait d’ailleurs que ce soit la
presse américaine, sous la plume de
Patricia Wells dans le Herald Tribune,
qui l’ait fait connaître au plan international. Depuis plus de trois décennies,
1957 Entre au petit séminaire
de Mauléon (Deux-Sèvres).
1960 Devient apprenti au Relais
de Poitiers, à Chasseneuil-du-Poitou.
1974 Devient chef au Concorde
Lafayette.
1976 Sacré meilleur ouvrier
de France.
1981 Ouvre son premier restaurant
à Paris, Jamin.
1984 Obtient une troisième étoile
au Guide Michelin.
1990 Sacré cuisinier du siècle
par le Gault&Millau.
1994 Ouverture du restaurant
Joël Robuchon, avenue RaymondPoincaré, à Paris.
1996 Annonce son départ à la retraite
et rend ses étoiles.
2003 Ouvre le premier Atelier,
à Tokyo, puis celui de Saint-Germain,
à Paris.
2018 Inaugure sa pâtisserie-salon
de thé-restaurant-bar à saké en
partenariat avec Hiroshi Sakurai,
à Paris.
pas un de ses restaurants où elle ne
soit réclamée, alors qu’il aurait sûrement préféré – il ne s’en cachait pas que la tarte aux truffes, la crème de
chou-fleur au caviar et les raviolis de
langoustines soient ses créations les
plus reconnues.
À Paris, sa dernière réalisation restera le salon de thé-restaurant-pâtisserie-bar à saké, ouvert au printemps
2018, sans aucun buzz médiatique,
avec son partenaire japonais Hiroshi
Sakurai, producteur des grands sakés
Dassai. Car le Japon était avec l’Espagne sa grande passion. Il le fascinait,
nourrissait son imaginaire et sa culture. C’est aussi dans ce pays qu’il cumulait le plus d’étoiles (sept), entre
restaurants gastronomiques et Atelier, présent aussi à travers des boutiques et des caves à vin. « Je suis très
attaché à ce pays qui a beaucoup influencé ma cuisine, y compris dans la
façon de présenter les plats, de respecter les saisons, de jouer avec les différentes vaisselles, nous déclarait-il lors
de l’ouverture. Cela m’a semblé intéressant de traduire cette inspiration à
Paris » (lire nos éditions du 7 avril
2018).
Joël Robuchon avait la réputation
d’être exigeant, d’aucuns diront très
dur avec les autres comme avec luimême. Pas vraiment zen, lorsqu’il
hurlait devant une assiette mal dressée, terrorisant les commis. Il n’empêche que ses « compagnons », terme
emprunté à la franc-maçonnerie, à
laquelle il appartenait, lui étaient
dévoués corps et âme. Antoine Hernandez, Éric Bouchenoire, François
Benot, Juan Moll, Philippe Braun,
Tomonori Danzaki… Les mêmes depuis des décennies. Ses fidèles lieutenants. La purée, pour eux, n’aura sans
doute plus jamais la même saveur. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 7 août 2018
À TABLE
De gauche à droite : l’Atelier à New York, Dassai à Paris, l’Atelier à Tokyo, trois établissements emblématiques de la galaxie Robuchon.
15
JOËL ROBUCHON ; FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Un cuisinier entrepreneur
Joël Robuchon laisse orphelins trente-huit établissements partout dans le monde.
de thé, restaurant et bar à saké.
Un lieu inclassable, en partenariat
avec son partenaire japonais
Hiroshi Sakurai, producteur des
sakés Dassai.
Ensemble, les établissements de
Joël Robuchon emploient plus
d’un millier de collaborateurs.
Leur volume d’affaires dépasserait
la centaine de millions d’euros,
dans le monde. Trois nouvelles
ouvertures avaient été annoncées
pour l’an prochain, à Miami, New
York et sur les bords du lac de
Genève. Des Ateliers et des restaurants gastronomiques.
En 2016, Joël Robuchon avait
même mis son talent au service de
l’UEFA, à l’occasion de l’Euro de
football en France, en partenariat
avec l’autrichien Do&Co, propriétaire d’Hédiard. Pour cette première, l’épicerie fine avait choisi
le chef multiétoilé afin d’assurer
les 200 000 repas de l’événement.
Depuis 1996, Joël Robuchon était
aussi le conseil de la marque de Reflets de France, chez Carrefour. Et
depuis 1987, celui de Fleury Michon. Mais sa création, c’est son
concept d’Atelier, développé depuis
2003 à travers le monde. Celui de
Shanghaï est idéalement situé sur le
Bund, au premier étage du même
immeuble que le Bar Rouge, l’un
des clubs les plus célèbres de la ville.
Jean-Pierre Raffarin était de la partie pour couper le ruban, en 2016.
École à Montmorillon
Joël Robuchon a publié une vingtaine de livres de cuisine. Ses
conseils et son image étaient très
recherchés. Il était notamment le
président du studio culinaire de
Servair. À ce titre, il présidait une
« dream team » de chefs, dont la
mission est d’augmenter les standards de qualité à bord des compagnies aériennes. Il signait les repas de la première classe des vols
long-courriers d’Air France.
LA GALAXIE ROBUCHON
Joël Robuchon a eu un impact incalculable sur la gastronomie française
au Japon et fut un passeur de la gastronomie japonaise dans le monde.
Dans le panthéon gastronomique
nippon, Joël Robuchon est un dieu
égal à Paul Bocuse. Il suit ce dernier
dans la découverte du Japon à quelques années près ; on le reconnaît
sur des photos des années 70 prises à
Tokyo, quand le chef lyonnais et lui
partageaient la table de Shizuo Tsuji,
un pédagogue qui introduisit la cuisine française contemporaine dans
son pays.
Joël Robuchon commença par
conquérir l’Archipel avec des dîners
de démonstration pour lesquels, tel
un contrebandier, il passait en
douane des valises d’échalotes et
d’épices rares non autorisées. En
1994, ses partenaires locaux lui bâtirent un château (en pierres de Chevigny et couvert, ce dont il était fier,
d’ardoises de Trélazé) à Tokyo, surnommé Moulinsart par les tintinophiles. Là, ses commis locaux exécutaient à la perfection un menu
gastronomique à la française. Il a
embauché des dizaines de jeunes
chefs nippons qui ont, plus tard, répandu la bonne parole de la gastronomie française au Japon et ailleurs.
Après le château, il avait ouvert
une Table et surtout son premier Atelier, concept de gastronomie au
comptoir qui fera merveille dans le
monde entier. Lorsque Michelin sortira son premier guide de Tokyo en
2007, ses trois restaurants obtiendront en tout six étoiles. La soirée de
lancement s’était terminée dans son
Atelier justement, où il avait officié,
au piano (comme on appelle le plan
de travail des cuisiniers) pour trente
et un chefs trois étoiles, gratin de la
gastronomie mondiale, rassemblés
pour l’occasion. Une belle entente régnait entre lui et les nombreux autres
chefs (Ducasse, Gagnaire…) qui
ouvrirent un établissement au Japon.
Badin, il visitait ses équipes cinq
ou six fois par an, à l’arrière d’une
Rolls-Royce mise à sa disposition
en permanence. Très sollicité pour
développer une marque à son image, il aura vaillamment résisté aux
sirènes de la grande distribution,
malgré de rares incartades qu’on
retrouve parfois sur les rayons des
grands magasins.
Mais Joël Robuchon fut aussi un
passeur de la gastronomie japonaise, comme l’atteste son dernier établissement en France, avec le producteur des sakés Dassai. Il était
“
Le chef sushi Jiro
lui a expliqué
qu’un comptoir devait
faire la même largeur
que deux bras
d’hommes qui se
serrent la main
MASUHIRO YAMAMOTO,
CRITIQUE CULINAIRE
”
stupéfait par la richesse des ingrédients, en particulier le poisson, par
la vaisselle, par la rigueur mêlée de
fantaisie des Japonais dans cet art de
la reproduction et de la variation
qu’est la cuisine, et par la profondeur d’une gastronomie qui, sacrilège rare, avait placé le cru au-dessus du cuit. Une anecdote, contée
par le grand critique culinaire Masuhiro Yamamoto, prouve que le
Japon fut sa seconde patrie : « C’est
moi qui lui ai présenté le chef sushi
Jiro, qui allait devenir une star mondiale au terme d’un documentaire à
succès. Ce dernier lui a expliqué
qu’un comptoir de sushis devait faire
la même largeur que deux bras
d’hommes qui se serrent la main, distance idéale pour une conversation.
Cette histoire l’a tellement ému qu’il a
mesuré devant moi le comptoir avec
un centimètre et a rétabli cette distance pour celui de tous ses
Ateliers. » ■
RÉGIS ARNAUD
(CORRESPONDANT À TOKYO)
luxembourgeois, en créant une
société commune, JR International, détentrice des contrats de licence et des marques pour la plupart des pays. Leur alliance avait
pour objectif de lancer de nouveaux établissements et concepts.
Joël Robuchon allait ainsi réaliser
un de ses rêves, sur ses terres natales poitevines : ouvrir à Montmorillon (Vienne), dans le site à
l’abandon de la Maison-Dieu - un
ancien monastère hôpital du
XIe siècle -, un Institut international Joël Robuchon. Un projet en
suspens Cette école de cuisine
haut de gamme, associée à la prestigieuse École hôtelière de Lausanne, devait pouvoir accueillir
ses premiers élèves début 2020. ■
AGATHE FOURCADE
ET MATHILDE VISSEYRIAS
Chine
Hongkong
Canada
Royaume-Uni
Montréal
Londres
L’ Atelier Montréal
Casino de Montréal
Heureux au Japon
comme Dieu en France
Joël Robuchon ne gérait pas ses
restaurants. Tous ont été ouverts
sous licence, avec des investisseurs et des partenaires professionnels (MGM à Las Vegas, une
riche famille libanaise à Monaco,
un homme d’affaires chinois à
Shanghaï…). Le chef élaborait la
carte (mais pas ses prix), choisissait les équipes, le décor. Il s’engageait à passer régulièrement. En
échange, il percevait un droit
d’entrée et des redevances sur le
chiffre d’affaires réalisé par les
restaurants, avec un minimum
garanti. « Joël a réussi à avoir
autant d’établissements a travers le
monde car il se concentrait uniquement sur ce qui l’intéressait : la cuisine », insiste Guy Job.
Il y a plus d’un an, il s’était associé à un fonds d’investissement
Covent
Garden
L’ Atelier Londres
La Cuisine
Salon Bar
L’ Atelier Hongkong
Le Jardin
Salon de thé
Suisse
Genève
En projet
Macao
Robuchon au Dôme
Hôtel Lisboa
Shanghaï
L’ Atelier Shanghaï
États-Unis
Japon
Tokyo
New York
L’ Atelier New York
Hôtel Four Seasons
Le Gril New York
Joël Robuchon Restaurant
En projet
Las Vegas
L’ Atelier Las Vegas
Joël Robuchon Restaurant
Hôtel MGM Grand
Miami
En projet
France
Paris
L’ Atelier Étoile
Publicis Drugstore
Dassai
L’ Atelier Saint-Germain
La Cave
L’ Atelier Tokyo
Mori Tower
Joël Robuchon
Restaurant
La Table
Rouge Bar
Yebisu
Garden
Place
Monaco
Yoshi
Hôtel Métropole
Odyssey
Joël Robuchon
Monte-Carlo
Liban
Thaïlande
Le Café
Bangkok
La Boutique
L’ Atelier Bangkok
Yebisu
Taïwan
Taïpeh
L’Atelier Taïpeh
Beyrouth
Bellavita Mall
La Cave
Salon de thé
Bellavita Mall
Source : Guide Michelin
Infographie
RÉACTIONS
Emmanuel
Macron
« Avec les décès
de Paul Bocuse et
de Joël Robuchon,
la gastronomie
française est douloureusement
endeuillée cette année, mais
elle est forte de l’héritage vivant
et vibrant de ses grands chefs,
qui ont donné à l’apprentissage, à
l’artisanat et à la culture française
de nouvelles lettres de noblesse. »
Jean-Pierre
Raffarin
« Cet homme,
mon ami, était
l’incarnation
de la fidélité. Il était
fidèle aux siens, à son métier,
à ses apprentis, à la France…
Compagnon, son nom était déjà
“le Poitevin fidèle”. Ses amis
feront vivre sa mémoire. »
Alain Ducasse
Marc Veyrat
« Toute la cuisine
française est
affectée. C’était un
modèle. Quelqu’un
qui nous a tracé un
sillon éternel. Robuchon, ce n’était
pas hier, c’est aujourd’hui encore.
Il a été l’homme le plus créatif
du XXIe siècle en respectant
les produits de proximité. […]
C’était un créatif incroyable,
il a d’ailleurs été l’instigateur
de la cuisine nouvelle il y a 25 ans.
Il a révolutionné la cuisine, c’était
un véritable génie et un ami. »
« La cuisine
française rend un
immense hommage
à un homme qui,
pendant plus de
quarante ans, a su
la faire rayonner dans le monde
entier. Il était un confrère exigeant,
mais cette exigence était
finalement le socle solide de notre
estime et de notre entente.
Joël Robuchon a marqué la haute
cuisine française de son empreinte.
Il l’a fait en suivant toujours sa
propre voie, mélange de liberté et
de rigueur. Rigueur du savoir-faire
et d’une précision métronomique
du geste. Liberté d’explorer
des territoires nouveaux et
d’ouvrir la cuisine sur le monde. »
Michel Hidalgo
« Cette disparition
m’attriste
terriblement.
Je le connaissais
bien. J’ai visité
plusieurs de ses restaurants.
C’était un homme d’une
gentillesse extraordinaire, d’un
professionnalisme exemplaire
qui avait une qualité : il savait se
mettre en retrait alors que tout
le monde voulait le rencontrer. »
Alain Passard
« Il avait une grande
tendresse pour la
profession. Il n’y
avait pas un
moment où il ne
vous prenait pas par l’épaule et
vous racontait sa dernière création,
un moment qu’il avait passé
en cuisine. C’est très douloureux
parce que c’est brutal. »
A
râce à la purée et à la crème de chou-fleur au caviar,
Joël a fait sa réputation et
sa fortune. C’était un
artiste, pas un homme d’affaires. Il
n’a jamais négocié un contrat, lance Guy Job, un des plus anciens
clients du chef, qui était devenu
son associé fidèle. Mais c’était un
compétiteur qui a gagné tous les
concours. Il a toujours eu la notion
de la performance. »
En disparaissant, Joël Robuchon
laisse orphelins trente-huit établissements, dont dix-neuf restaurants - parmi lesquels cinq
gastronomiques et onze « Ateliers ». Il était aussi à la tête de
deux cafés à Tokyo et Hongkong,
quatre salons de thé - toujours en
Asie -, une cave à Paris. De sa cuisine il avait fait un art ; de son
nom, une marque. L’an dernier, il
a ouvert à New York un « Club »,
un bar à cocktails où manger sur le
pouce. Sa dernière inauguration
date d’avril. À Paris, rue du Faubourg-Saint-Honoré, le chef a
ouvert une adresse d’un genre
nouveau, à la fois pâtisserie, salon
P. DE MELO MOREIRA/AFP ; F. BOUCHON, J.-C. MARMARA/LE FIGARO ; JB AUTISSIER/PANORAMIC/STARFACE ; N. CARRIER/VISUAL PRESS AGENCY
G
«
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 7 août 2018 LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
2/6
[
Les couples
mythique
du parfums
]
Quand la re
ncontre d’un
nez donne
naissance à couturier et d’un
un classiqu
e olfactif.
COLLECTION PERSONNELLE, COLL. PRIVÉE, PATRICK SWIRC/MADAME FIGARO
2005
16
Frédéric Malle
& Dominique Ropion
Carnal Flower et les copains d’abord
A
Il y a vingt ans, le directeur olfactif aux airs de dandy mondain et
le nez devenu monstre sacré perçaient le mystère de la tubéreuse.
Le paradoxe de ce métier ? Si, en boutique, un sillage se choisit en quelques secondes, « il faut des années, des milliers
d’heures de travail et de réglages pour
arriver à cette attirance quasi spontanée,
explique Frédéric Malle, fondateur des
Éditions de Parfums du même nom.
L’origine d’un jus ressemble à celle d’une
sculpture. Le créateur met en place les
grandes masses avant de polir les facettes
proéminentes, avec le risque, s’il réduit
trop, de perdre en personnalité. Un parfum, c’est comme une personne, pour
être attachant, il ne doit pas être parfait. » Dire stop quand le but est atteint,
quand les aspérités donnent un supplément d’âme à la composition, est le rôle
de l’évaluateur, binôme du parfumeur.
Dans le milieu, il se murmure que les
« bons » se comptent sur les doigts
d’une main. Frédéric Malle en fait partie. Il a de qui tenir, tombé petit dans la
marmite. Son grand-père Serge
Heftler-Louiche a développé l’entité
parfums de Christian Dior, un ami
d’enfance ; sa mère, Marie-Christine
Wittgenstein, a à son tour dirigé la créa-
tion des fragrances de la maison de
l’avenue Montaigne. Après des études
d’art, le jeune Parisien, rattrapé par le
virus, vend des compositions pour la
société Roure, fournisseur d’essences
basé à Grasse. Nous sommes dans les
années 1980 et il y fait la connaissance
de Dominique Ropion. Le nez ne vient
pas non plus du Sud mais son père,
chimiste, et avant lui son grand-père
ont travaillé chez Roure. Les deux hommes, aux personnalités antagoniques
(l’un dandy mondain, l’autre pudique et
circonspect) vivent l’insouciance des
débuts de carrière. « Je devais avoir
25 ans, Dominique une trentaine, reprend l’éditeur de flacons. Il était une
étoile montante, réputé pour ses formules
taillées à la serpe et son premier succès,
Ysatis de Givenchy. À l’époque, nous
avons peu travaillé ensemble, mais beaucoup sympathisé. Sous ses airs pincesans-rire, il était le boute-en-train de la
cantine, l’un de ceux avec qui j’ai le plus
ri. Quand j’ai créé ma marque en 2000,
j’ai naturellement eu envie de continuer la
conversation. »
Repartir de zéro
Le projet de Malle s’inscrit à contrecourant de l’industrie de l’époque. Là,
pas de marketing mais une bande
d’amis, noyau dur formé chez
Roure, qui deviendra la
crème des parfumeurs.
« Il y avait Dominique, bien sûr, Pierre
Bourdon,
Édouard
Fléchier…
Puis
d’autres comme
JeanClaude Ellena
(l’ancien directeur
des
fragrances
Hermès, NDLR)
sont venus se
greffer, passionnés
au point de s’acharner au travail pour pas
grand-chose. À cette période, les parfumeurs étaient
de parfaits inconnus, personne ne les
mettait en avant et moi, je vendais des
flacons chers, difficiles à trouver. » Des
propos confirmés par Dominique Ropion : « Frédéric a eu le génie de s’entourer de copains. Personnellement, j’ai accepté pour tous les moments drôles et
parce que Frédéric est un esthète, un visionnaire. L’histoire des Éditions me fait
penser à celle d’André Breton et des surréalistes. »
En 2000, donc, Les Éditions de
Parfums lancent neuf premiers jus.
Parmi eux, Une Fleur de Cassie, signé
Dominique Ropion. En 2003, il réitère
avec Vétiver Extraordinaire. Mais l’idée
d’une tubéreuse trotte dans la tête des
compères. La fleur n’est pas aisée, affublée d’une image de séduction facile.
Ses effluves, d’abord végétaux et
aqueux, deviennent vite camphrés et
entêtants. « Ces notes peuvent présenter,
notamment au soleil, un côté violent et
animal. L’archétype, Fracas de Piguet, a
inspiré des jus non moins capiteux comme
Poison de Dior, poursuit Frédéric Malle.
Nous voulions éviter ce stéréotype, notre
propos étant de faire avancer la machine,
pas de la suivre. »
Repartir de zéro, expérimenter : rien
ne plaît davantage à Dominique
Ropion, considéré comme un
chirurgien des fleurs :
CV
D’UN NEZ
1984, Ysatis
de Givenchy
Son premier parfum,
son premier succès.
« La chance
du débutant », dit-il.
2005, Alien
de Thierry Mugler
Un bouquet étrange
mêlant jasmin, ambre
et cashmeran.
2010, Portrait
of a Lady des Éditions
de Parfums F. Malle
Avec Carnal Flower,
l’autre fleur la plus
vendue de la marque.
2013, La Vie Est Belle
de Lancôme
La référence
du gourmand, numéro
un en France.
« L’échange secret,
diffus qui se crée grâce
au parfum appartient
à la magie de la vie,
celle-là même
qui nous fait nous
retourner dans la rue,
dans notre lit. »
Catherine Deneuve (2011)
« Leurs parfums, fascinants, sont composés de molécules assemblées dans des
proportions précises. C’est cette combinaison qui recrée l’odeur ; pris séparément, aucun élément ne sent la rose ou la
tubéreuse. Les bois sont moins compliqués, avec une note majoritaire - par
exemple le patchoulol dans le patchouli. »
En 2003, les chimistes d’IFF où Ropion
exerce, lui présentent une nouvelle extraction de tubéreuse, nettoyée de ses
facettes médicamenteuse grâce à un
procédé de distillation moléculaire.
« J’en ai aussitôt parlé à Frédéric et je
suis parti sur une tubéreuse à la fois fraîche et solaire, très moderne. J’ai mis une
dose vertigineuse d’absolu, de la bergamote et du melon. » Le déclic et puis,
vite, le nom à imprimer sur le flacon,
clin d’œil à Carnal Knowledge (1971) de
Mike Nichols avec l’actrice Candice
Bergen, dernière femme de Louis Malle,
l’oncle de Frédéric…
Reste à régler les détails. Entre le nez
basé à Neuilly-sur-Seine et l’éditeur
désormais expatrié à New York, commence un match de ping-pong qui va
durer… deux ans ! Chaque semaine, le
premier envoie au second ses tests par la
poste. « Plutôt que téléphoner, je me forçais à lui écrire, afin d’être très précis. Je
crois à la vertu des mots couchés sur le
papier. » Pas de tabou, ni de perte de
temps, leur relation est osmotique.
Pourtant, les essais se heurtent à des
problèmes de performance, le sillage ne
tient pas. « Cette difficulté nous obsédait,
nous sommes deux polards, se souvient
Frédéric Malle. Et puis, en août 2005,
lors d’un voyage à Papeete pour fêter
nos 15 ans de mariage, je sens sur ma
femme le 629e essai. À trois mètres derrière elle, j’appréciais enfin le divin sillage, à la fois proche de la fleur sur pied et
tenace grâce à un accord solaire doublé
de muscs. Nous avons lancé Carnal
Flower un mois plus tard. » ■
LAURENCE FÉRAT
RETROUVEZ DEMAIN :
Pierre Balmain et Germaine
Cellier, ils faisaient le Vent Vert
et le beau temps
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 7 août 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
avec justification d’identité
par téléphone
01 56 52 27 27
par télécopie
01 56 52 20 90
par courriel
carnetdujour@media.figaro.fr
en nos bureaux
14 boulevard Haussmann,
75009 Paris,
sur notre site :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Tarif de la ligne € TTC :
Du lundi au jeudi
25 € jusqu'à 25 lignes
23 € à partir de 26 lignes
Vendredi ou samedi
28 € jusqu'à 25 lignes
26 € à partir de 26 lignes
Réduction à nos abonnés :
nous consulter
Les lignes comportant des
caractères gras sont facturées
sur la base de deux lignes ;
les effets de composition
sont payants ;
chaque texte doit comporter
un minimum de 10 lignes.
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
Tél Abonnements :
01 70 37 31 70
deuils
Sabine et Valérie
Chapoulaud-Floquet,
Axel et Anni, Roxane,
Glenn et Yan,
Hippolyte et Céline,
Gaël,
ses filles, petits-enfants
et arrière-petit-fils,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Yves CHAPOULAUD
le 2 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 8 août, à 11 heures,
en l'église Saint-Pierre,
à Neuilly-sur-Seine.
le docteur
Jean-Philibert Combier
et son épouse Monique,
ses parents,
Maud, sa sœur,
Thierry, son beau-frère,
Victor et Iris,
ses neveu et nièce,
ainsi que toute sa famille
ont la douleur
de vous faire part du décès du
docteur
Christophe-Marie COMBIER
dans sa 90e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 8 août 2018, à 15 heures,
en l'église
Saint-François-Xavier,
place du Président-Mithouard,
Paris (7e).
L'inhumation aura lieu
dans le caveau de la famille
Brenière-Bialobos
au cimetière ancien
de Neuilly-sur-Seine,
dans l'intimité familiale.
De la part de
Geneviève Chose,
sa sœur,
Gérard Carretier.
4, rue de Civry, 75016 Paris.
6, rue Jacques-Kellner,
75017 Paris.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 9 août 2018,
à 15 heures, en l'église
de Brandon (Saône-et-Loire),
dans l'intimité.
Patrice et Béatrice Rouer,
Nathalie et Jean-Dominique
Gheerbrant,
Stéphane et Isabelle Rouer,
ses enfants,
Priscilla et Gauthier
Moulard de Torcy,
Martin et Elodie Rouer,
Thomas Rouer et Maria,
Clémentine, Edouard, Hubert
et Louis Gheerbrant,
Philippine, Théo, Myrtille
et César Rouer,
ses petits-enfants,
M. et Mme Bernard Rouer,
Mme Xavier Poissonnier,
M. et Mme Hervé Richard,
M. et Mme Serge Richard,
M. et Mme Jacques Guillois,
ses sœurs, frères,
beaux-frères et belles-sœurs,
ont la profonde tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Michelle COMOY
née Richard du Montellier,
le samedi 4 août 2018.
En union avec
Jean-Paul Causse (†),
son époux,
Sophie et Nicolas Deschamps,
Francois-Xavier
et Sophie-Anne Causse,
Anne-Cécile et Benoît
Lanchon,
Aurélie et Pierre
Benoist d'Anthenay,
Angélina Causse,
ses enfants,
Elle a aimé la Vie
jusqu'à ses derniers jours.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 9 août,
à 15 heures, en la chapelle
de La Providence, attenante
à la cathédrale Saint-Louis,
Versailles.
famillemrm2018@gmail.com
ses 16 petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Jean-Paul CAUSSE
née Marie-Hélène Neveux,
le 5 août 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le jeudi 9 août 2018, à 14 h 30,
en l'église de Nuces (Aveyron),
suivie de l'inhumation au
cimetière de Onet-le-Château.
« Serres », 12330 Nuces.
On nous prie d'annoncer
la disparition de
Jean CHABOT
ancien chef de centre
des télécommunications
et chef du service téléphonique
d'Aéroport de Paris,
officier
de l'ordre national du Mérite,
Boulogne-Billancourt
(Hauts-de-Seine).
Le capitaine de frégate (r.)
Bruno Deverre,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
son époux,
Justine,
sa fille,
Loïc et Elisabeth Clavières,
ses parents,
Bénédicte Pérusat-Clavières (†),
Bertrand et Anne Clavières,
Thierry Pérusat,
ses sœur, frère, belle-sœur,
beau-frère,
Camille, Daphné,
Colin, Alexandre,
ses neveux,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Alexandra DEVERRE
née Clavières,
survenu le 26 juillet 2018,
à l'âge de 47 ans.
L'inhumation a eu lieu dans
la stricte intimité familiale.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de l'Immaculée Conception,
63, rue du Dôme,
à Boulogne-Billancourt,
le vendredi 10 août, à 10 h 30.
Montmorency.
Cet avis tient lieu de faire-part.
survenue le 27 juillet 2018,
dans sa 93e année.
Thoiry (Yvelines).
Mme Jean-François Legrand,
son épouse,
Isabelle et Michel Petitperrin,
sa fille et son gendre,
Raphaëlle et Guillaume,
Camille et Emmanuel,
Louis, Emile,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants,
Chantal et Bernard
Granger-Veyron,
sa sœur et son beau-frère,
Stéphanie et Philippe
de Carné,
Solenne, Maïeule,
Ulric et Juliette Delcourt,
Tristan, Quentin, Hadrien
ont la grande tristesse
de faire part du décès de
née Quérat.
Ils s'associent par la pensée à
Alain de Cournuaud (†).
Pauline et Romaric
de Corbière,
Marion et Antoine Aguettant,
Caroline Legrand,
Constance Legrand,
ses enfants,
Victoire, Auguste,
Joséphine, Paul,
ses petits-enfants,
Mme Jean Legrand,
sa mère,
font part du rappel à Dieu de
M. Jean-François LEGRAND
notaire à Thoiry,
le 3 août 2018, à l'âge de 61 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Martin,
à Thoiry, le mercredi 8 août,
à 15 heures.
Un office religieux
sera célébré
le mercredi 8 août 2018,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Etienne de Beauvais.
13, place de la Fontaine,
78770 Thoiry.
L'inhumation aura lieu
dans l'intimité,
au cimetière d'Agen.
Catherine
Asselin Bastard de Crisnay,
Emilie Labry Herou
et l'ensemble du personnel
de l'office notarial
Ni fleurs ni couronnes.
Une urne sera mise à votre
disposition pour recueillir
vos dons au profit
de la Ligue contre le cancer.
Cet avis tient lieu de faire-part.
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
Me Jean-François LEGRAND
notaire à Thoiry.
survenu à l'âge de 33 ans.
On nous prie d'annoncer
le décès de
Mme Jacqueline
BIALOBOS-FAILLIOT
dite Sylvie DELORME
Saint-Martin-le-Nœud (Oise).
Le docteur Philippe Delcourt,
Arlette de COURNUAUD
Le docteur Annabelle
Yap Combier,
son épouse,
Octavie et Aimée,
ses enfants,
17
Mme Michel Faÿ,
née Maÿlis d'Aleman,
le général et Mme
de Stabenrath,
leurs enfants et petits-enfants,
M. et Mme
Alain de Stabenrath,
leurs enfants,
M. Guillaume Faÿ,
ses enfants et petits-enfants,
Mlle Stéphanie Faÿ
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Michel FAŸ
ingénieur École centrale Paris,
croix de guerre 1939-1945,
diplômé de Harvard.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 8 août 2018,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Martin de Biarritz.
L'inhumation aura lieu
dans l'intimité familiale.
Mme Claude Fronteau,
née Magdeleine Denis,
son épouse,
M. Thierry Fronteau,
son fils,
ses petits-enfants
et leurs conjoints,
son arrière-petit-fils
et toute sa famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès,
dans sa 91e année, de
Claude FRONTEAU
médaille de l'Aéronautique,
chevalier
de l'ordre souverain de Malte.
Une bénédiction aura lieu
le jeudi 9 août 2018, à 14 h 30,
en l'église Saint-Sulpice,
Paris (6e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
79, boulevard Raspail,
75006 Paris.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le mercredi 8 août 2018,
à 15 heures, en l'église
Saint-Martin de Thoiry.
L'Huisserie (Mayenne).
Lyon (2e).
Dominique et Flore Lemoine,
Bénédicte et Jean-Michel
André,
ses enfants et leurs conjoints,
Ombeline, Maxence, Oriane,
Raphaëlle et Matthieu,
Guillaume, Eléonore,
Constance,
ses petits-enfants,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
François-Régis LEMOINE
veuf de
Sabine Lemoine
survenu le 4 août 2018,
à l'âge de 85 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 8 août, à 10 heures,
en l'église de L'Huisserie,
suivie de l'inhumation
au cimetière d'Entrammes.
M. François-Régis Lemoine
repose au funérarium
de Vaufleury de Laval.
La famille remercie tout
particulièrement le personnel
soignant de Castelli,
à L'Huisserie pour sa
gentillesse et son dévouement.
Condoléances sur registre
et sur www.dansnoscoeurs.fr
Cet avis tient lieu de faire-part.
Jacques Piette,
son époux,
Bruno Piette,
Michel et Virginie Piette,
Stéphane Piette,
ses enfants,
Julien, Marie, Margaux,
Charlotte, Guillaume, Louise,
Benoit, Camille, Alexis,
ses petits-enfants,
Dora et François
Jurd de Girancourt,
Léodie et Laurent Duret,
ses filles et gendres,
toute sa famille
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Nicole PIETTE
née Cazenave,
dans sa 83e année,
le 2 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 8 août, à 10 h 30,
en l'église Saint-Augustin,
place Saint-Augustin,
Paris (8e).
L'inhumation aura lieu
à 16 heures, au cimetière
de Pierrefitte-sur-Sauldre
(Loir-et-Cher).
Ses enfants et leurs conjoints,
ses petits-enfants,
son frère et sa belle-sœur
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Pierre Alexandre RIGAUD
le 4 août 2018, à l'âge de 87 ans.
La cérémonie religieuse
se déroulera
le jeudi 9 août, à 10 heures,
en l'église
Saint-Pierre-Saint-Paul
de Clamart.
Anne-Géraldine Lavielle,
sa fille,
Marie-Caroline et Alban
Stievenart,
sa fille et son gendre,
Bernard LOGIÉ
survenu le 30 juillet 2018,
à l'âge de 65 ans,
à Sainte-Foy-la-Grande
(Gironde).
Paul, Gabrielle, Etienne,
Olivia, Alice,
ses petits-enfants,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Notre-Dame,
à Sainte-Foy-la-Grande,
ce mardi 7 août 2018, à 9 h 30.
ont la prodonde tristesse
de faire part du décès de
1, rue Jouvenet,
75016 Paris.
M. Jean-Pierre LAVIELLE
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
officier de l'ordre
des Palmes académiques,
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
Christian Schmid,
son époux,
Heinz Müller,
son frère,
Simone Schmid,
sa tante,
Ingrid Müller,
Marie-Claude Schmid,
ses belles-sœurs,
Martina, Anne-Laure
et Florence,
ses nièces,
ses cousins,
ses amis de France
et d'Allemagne
vous font part
du rappel à Dieu de
Margret SCHMID
née Müller,
(9 juin 1929 - 6 août 2018).
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 9 août,
à 14 heures,
en l'église Saint-Léon,
1, place du Cardinal-Amette,
Paris (15e),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Fontainebleau
(Seine-et-Marne).
Christiane
Toubeau de Maisonneuve,
née Vidal de Verneix,
son épouse,
Jérôme et Bénédicte
Bergerault,
Arnaud et Fabienne Batut,
Arnaud et Sabine
Richard de Latour,
Anne
Toubeau de Maisonneuve,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
Philippe
TOUBEAU de MAISONNEUVE
survenu le 2 août 2018,
à l'âge de 79 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 9 août, à 10 heures,
en l'église du Sacré-Cœur,
à Mulhouse.
Suzanne de NOYERS
survenu le 6 août 2018,
à Toulouse, dans sa 97e année.
Les obsèques auront lieu
dans l'intimité familiale.
Le réalisateur Moshé Mizrahi, décédé à Tel-Aviv à
l’âge de 86 ans, est resté
dans les mémoires pour
son coup d’éclat cinématographique La Vie devant
soi, en 1978. Le titre était
déjà célèbre, car il avait
marqué le retour de Romain Gary sur le devant de
la scène : caché sous le
pseudonyme d’Émile Ajar,
le romancier avait obtenu
le prix Goncourt 1975. En le
portant à l’écran, avec Simone Signoret en vedette,
Moshé Mizrahi lui a apporté une nouvelle gloire : ce
mélodrame tendre remporte l’Oscar du meilleur
film étranger et Signoret le
César de la meilleure actrice pour son rôle de Madame Rosa, ancienne prostituée de Belleville qui passe
ses vieux jours à s’occuper
des enfants du quartier.
Momo, un petit Algérien,
lui est particulièrement attaché et l’accompagnera
jusqu’à la fin quand ses
forces l’abandonneront.
Auparavant, le réalisateur avait déjà eu deux nominations aux Oscars du
meilleur film étranger,
pour Rosa je t’aime (1972),
avec Michal Bat-Adam, qui
deviendra sa seconde femme, et pour La Maison de la
rue Chelouche (1973), récit
autobiographique
évoquant l’installation à TelAviv d’une famille juive
d’Égypte.
Apprentissage
sur le tas en France
Né en 1931 à Alexandrie,
Moshé Mizrahi avait émigré vers la Palestine mandataire en 1946 avec sa
mère et son jeune frère, qui
sera tué en 1948 dans la
guerre consécutive à la
naissance de l’État israélien. Dans les années 1950,
il fait ses classes de cinéma
sur le tas, en France, en
travaillant pour la télévision ou dans la production,
et en signant des critiques
de films.
Il tournera avec nombre
d’acteurs français célèbres, notamment Chère
inconnue (1980), avec Simone Signoret, Jean Rochefort, Delphine Seyrig,
La vie continue (1981), avec
Annie Girardot et JeanPierre Cassel, Une jeunesse
(1983), d’après Patrick
Modiano, avec Jacques
Dutronc, Charles Aznavour, Michael Lonsdale,
Mangeclous (1988), d’après
Albert Cohen, avec Pierre
Richard, Bernard Blier,
Jean Carmet, Jacques Dufilho. Moshé Mizrahi avait
également enseigné le cinéma à l’université de TelAviv. ■
le 3 août 2018,
dans sa 83e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi 8 août,
à 15 heures, en l'église
de Blancafort (Cher).
Villiers-le-Bâcle (Essonne).
Ses guides thématiques
pour accompagner les événements de votre vie.
Stéphane Vandame,
Emmanuel et Cristiana
Vandame,
Olivier et Katia Vandame,
Benoît Vandame
et Dominique Soupart,
Cécile Vandame,
ses enfants et belles-filles,
Cloé, Tiziano, Manon,
Harmonie, Benjamin, Mathis,
Mathilde, Alice et Paul,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Christian VANDAME
On nous prie
d'annoncer le décès de
Moshé Mizrahi avait remporté l’Oscar du meilleur film
étranger avec son adaptation du roman de Romain Gary
La Vie devant soi. YVES SAMUEL/©YVES SAMUEL/OPALE/LEEMAGE
Cet avis tient lieu de faire-part.
ont la tristesse
de faire part du décès de
Lisette Lavielle,
son épouse,
Moshé Mizrahi,
un cinéaste israélien proche
de la France
et Pascale Piette-Roulleau
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu de
Mme Florence Logié-Naville,
disparition
Prénoms
Obsèques
survenu le 3 août 2018,
à son domicile,
à l'âge de 87 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 10 août,
à 15 heures, en l'église
de Villiers-le-Bâcle.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Olivier Vandame,
16 bis, rue du Château-d'Eau,
28300 Cintray.
Mariage
Demandez-les par courriel :
carnetdujour@media.figaro.fr
par courrier :
Le Carnet du Jour • Le Figaro
14 boulevard Haussmann • 75009 Paris
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 7 août 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
18
« La Bombe » : sur le chemin
de la destruction massive
Avec l’appui de solides témoignages, ce documentaire commémore
les bombardements de Hiroshima et Nagasaki, il y a soixante-treize ans.
our la première fois dans l’histoire de l’humanité nous sommes
devenus capables de détruire
notre propre espèce. » Little Boy
et Fat Man sont responsables de
cette prise de conscience. Largués les 6 et
9 août 1945 sur Hiroshima et Nagasaki,
les deux bombes atomiques feront plus de
200 000 victimes au Japon et mettront un
terme à la Seconde Guerre mondiale. À
l’occasion des 73 ans de ces bombardements, Arte diffuse La Bombe, documentaire écrit et réalisé par Rushmore DeNooyer en 2015. Le cinéaste revient
d’abord sur l’origine de la fission nucléaire en 1943, en passant par l’élaboration
du projet Manhattan, jusqu’à la pression
nucléaire pendant la guerre froide.
P
+ @SUR LE WEB
Grâce aux images d’archives et aux témoignages de scientifiques, on reprend
chronologiquement toutes les étapes qui
ont conduit à la fabrication de la première
arme au plutonium, Gadget. Comme dans
Apocalypse, la Seconde Guerre mondiale,
une partie des films d’époque ont été colorisés numériquement. Des effets spéciaux sont même ajoutés pour combler le
manque d’illustration des bombardements. Heureusement, il y en a peu.
Rushmore DeNooyer s’intéresse surtout
aux scientifiques qui ont croisé leurs
connaissances pour construire une arme
nucléaire, sans le savoir.
Une attention particulière est accordée
à l’aspect humain. « Sur
les 400 scientifiques présents au complexe de Los
Alamos, moins de dix
○○¡¡
étaient des femmes »,
précise la voix off assurée par l’acteur
américain Jonathan Adams. Cet angle est
mis en valeur par des témoignages privilégiés, comme celui du pilote Walter
J. Boyne, de l’historienne Amy Knight ou
de la chimiste Lilli Hornig.
COURTESY OF JACK AEBY/LOS ALAM
VINCENT MOREL £@VdMorel
Vulgarisation réussie
Il est difficile de vulgariser plus de vingt
ans d’histoire en une heure et demie. La
Bombe s’en sort bien dans cet exercice
mais éclipse parfois des éléments de
contexte pour favoriser des analyses creuses. Un court extrait vante par exemple
l’influence de la bombe atomique sur notre
société en citant la création du bikini, qui
tire son nom d’une île
bombardée. Puis vient
une transition sur la guerre froide, sans argument.
Un peu court.
20.50
La bombe Fat Man larguée sur Nagasaki, le 9 août 1945, par l’armée américaine.
débouche sur un commentaire de la situation actuelle du monde. Des spécialistes prédisent une guerre nucléaire imminente entre l’Inde et le Pakistan. Heureusement, comme pour la fin du monde,
nous n’en sommes pas là. ■
On suit avec attention le projet secret
de l’armée américaine jusqu’à son aboutissement. Le rythme se perd à mi-chemin avec la perspective d’une course à
l’armement pendant la guerre froide.
Bien documentée, cette seconde partie
» De « Bon appétit bien sûr » à « Top chef », Joël Robuchon, un chef adoré de la télévision » Les adieux émouvants de Bernard Poirette aux auditeurs de RTL www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE St-Gaétan
Soleil : Lever 06h32 - Coucher 21h19 - Dernier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient.
Feuilleton 20.00 Le 20h 20.55 Nos
chers voisins. Série.
19.20 N’oubliez pas les paroles !
Jeu. Prés. : Nagui 20.00 20 heures.
Présentation : Julian Bugier.
19.00 19/20 19.55 Championnats
sportifs européens. Multisport.
En direct de Berlin.
21.00
20.50
20.55
Série. Comédie
Athlétisme
Film TV. Policier
18.45 La villa : la bataille des couples.
Téléréalité 19.40 Suburgatory
MATIN
20
21.00 Max
Film. Comédie. Fra. 2012. Réal. : Stéphanie Murat. 1h23. Avec Mathilde
Seigner. Une petite fille de 6 ans
décide de louer les services d’une
prostituée pour son père.
20
19
20
20
20
18
23
21
20
16
17
20
21
19
20
22.25 16 ans ou presque. Film.
Comédie. Avec Laurent Lafitte.
19
20
20
21
30
Camping Paradis
Fra. Saison 7. Avec Laurent Ournac,
Géraldine Lapalus, Louisy Joseph.
Une star au camping. Une surprise
attend Tom, puisqu’une star de la
chanson est venue se réfugier dans
le Camping Paradis.
Championnats sportifs
européens
Meurtres à La Ciotat
20
21
21
19.00 Silence, ça pousse ! Magazine
20.00 Le roi des éléphants. Doc.
23
21
21
22
Fra. 2016. Réal. : Dominique Ladoge.
1h40. Avec Élodie Varlet, Philippe
Bas, Olivier Pages, Julie Boulanger.
Un homme a été découvert pendu
dans un hangar des chantiers navals
de La Ciotat.
20.55 Au bout c’est la mer
En direct de Berlin. Au programme :
Athlétisme : finale 10 000 m (messieurs), finale lancer du poids (messieurs), finale 100 m (dames), finale
100 m (messieurs).
22.55 Camping Paradis Série. Une
22.50 Retour aux sources Série
22.30 Meurtres au Pays basque
fiancée presque parfaite (1 et 2/2)
0.45 New York, unité spéciale. Série.
doc. Franck Dubosc 0.25 Les enfants de la télé. Divertissement.
Film TV. Policier 0.15 Soir/3 0.50
Boulevard du Palais. Série.
21.40 Le marcheur du Nil. Série doc.
Soudan 22.30 C dans l’air. Magazine.
Série doc. Fra. 2018. Réal. : Pascal
Richter. 0h45. Le Mississippi. Inédit. Une traversée des États-Unis
du nord au sud, en descendant le
Mississippi jusqu’à son embouchure.
26
24
22
23
26
24
25
5
24
APRÈS-MIDI
35
40
37
32
20.20 Groland le Zapoï (C). Divertissement 20.45 La semaine de Catherine et Liliane (C). Divertissement.
19.00 Loups solitaires en toute liberté. Documentaire 19.45 Arte journal
20.05 28 minutes. Magazine.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu. Présentation : Stéphane Plaza 19.45 Le
19.45 20.25 En famille. Série.
21.00
20.50
21.00
Film. Historique
Documentaire. Historique
Divertissement
37
34
28
19.25 Les incroyables aventures de
Nabilla et Thomas en Australie
38
35
23
29
36
38
38
34
38
20.55 Trésor
Film. Comédie. Fra. 2009. Réal. : C. Berri, F. Dupeyron. 1h25. Avec A. Chabat.
La vie d’un couple est chamboulée
par l’arrivée d’un adorable despote
du nom de Trésor, un bulldog anglais.
39
31
36
36
33
37
40
35
29
32
35
22.25 Didier. Film. Comédie 0.25 Le
super bêtisier. Divertissement.
34
29
30
26
33
30
29
10
34
19.10 Les constructeurs de l’extrême
USA. Téléréalité.
Nos patriotes
Fra. 2017. Réal. : Gabriel Le Bomin.
1h57. Inédit. Avec Marc Zinga,
Alexandra Lamy, Louane Emera.
Après la défaite française de l’été
1940, Addi Ba, tirailleur sénégalais,
s’évade et se cache dans les Vosges.
La bombe
EU. 2015. Réal. : R. DeNooyer. 1h40.
Inédit. Ce documentaire propose de
plonger dans l’histoire de la bombe
atomique, de sa conception à la manière dont elle a changé le monde, en
s’appuyant sur des archives.
22.45 Tchi tcha Magazine 23.30
22.30 De Nuremberg à Tokyo
L’autre côté de l’espoir. Film 1.10 Nos
années folles. Film. Drame.
Documentaire 23.30 Guerre froide :
l’homme qui sauva le monde. Doc.
Audition secrète
Présentation : David Ginola, Éric
Antoine. 2h15. Qui deviendra une
star sans le savoir ? Inédit. Grâce à
la complicité de leurs proches, des
talents cachés vont se retrouver sur
scène sans le savoir.
20.55 La France des mystères
Série doc. Historique. Fra. 2016.
1h35. Les Cathares et le Saint Graal.
Au XIIIe siècle se développe dans le
sud de la France une contestation
religieuse appelée catharisme.
22.30 La France des mystères 0.10
Lascaux IV, un défi technologique
23.15 Audition secrète - La deuxième audition Divertissement.
Inédit 0.10 Empire. Série.
20.20 Les rois de la réno. Téléréalité.
Chérie, j’ai rétréci la maison.
19.05 Alerte Cobra. Série. Tel père,
telle fille - Opération Midas.
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55 La petite histoire de France
19.00 Couple ou pas couple ? Jeu.
Présentation : Jean-Luc Lemoine.
21.00 90’ enquêtes
21.00 Les douze travaux
d’Astérix
21.00 Une proie certaine
A
Magazine. Société. Présentation :
Carole Rousseau. 1h20. Au sommaire :
Cambriolages, bagarres, accidents
alerte maximum pour les gendarmes
de Montpellier.
22.20 90’ enquêtes. Magazine. Présentation : Carole Rousseau.
Film. Animation. Fra. 1976. 1h20. Jules
César lance un défi aux Gaulois en
échange de leur liberté : triompher
de douze épreuves.
Film TV. Action. EU. 2011. Réal. : Chris
Gerolmo. 1h25. Avec Lola Glaudini. Un
policier de Minneapolis se retrouve
traqué par deux femmes qui se sont
associées pour le tuer.
22.25 Astérix et le coup du menhir.
Film. Animation.
22.30 Nikita. Film. Policier. Avec
Anne Parillaud, J.-H. Anglade.
30
T (en °c)
<-10 à 0
22.35 Super Hero Family. Série.
Avec Tricia Helfer. 3 épisodes.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
18/24
25/30
13/20
13/22
20/25
12/21
16/22
18/23
25/34
21/32
21/33
20/26
17/30
27/31
VENDREDI
16/20
22/30
20/26
19/33
22/32
21/35
11/16
28/38
26/36
JEUDI
18/23
15/20
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
MERCREDI
21.00 Marvel : les agents
du S.H.I.E.L.D.
Série. Fantastique. EU. 2016.
Saison 4. Avec C. Gregg. 2 épisodes.
Inédits. Daisy et Melinda parviennent
à échapper aux griffes d’Hydra.
26/32
26/31
19/28
19/27
18/28
24/33
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
15/24
13/24
15/25
25/30
22/31
lachainemeteo.com
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 7 août 2018
JEUX D'ÉTÉ
19
SU DO KU
TAKUZU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
Remplir la grille avec les chifres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
FAC
G 0
0
0
0
26
0
0
1
0
0
6
9
3
1
0
0
0
6
1
7
0
0
0
0
0
0
0
0
4
7
DEVOIRS DE
MÉMOIRE
9
8
ILS SONT
GÉNÉRALEMENT CINQ
HILARANTE
BLAGUEUSE
BOÎTE
AGENT DE
LOUIS
XV (D’)
BULLETIN
OFFICIEL
FEMME
D’ENTRETIEN
APPARU AU
GRAND
JOUR
DÉVOLU
POUR
COMPARER
ÉPREUVES
DE TESTS
4
4
6
SOLUTIONS DES JEUX
DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
O
L
E N T E R
C A S E
L E I
S
E C U
R E S E R
L
P R
J E T S E
C R
C
S T A R T
R C
I
L I T H O
S
A N
C E A N S
E
E
R E M E
R N E
E
R E
A I
V I S T
I E
A
T
P I
R O I S
E R
A
E
R N
B I T
I O N
A G A
I
N
D
E
C
E
N
C
E
S
O
F
T S
I R
E T A L E
L
R A P
E C I
R
R A M O
T I
A C
S E C H
E
D
E
T R A L
H A M A C
T E R
C A
T R E K
M
C E
M U E
C
A
R
T
O
N
N
A
G
E
N
A
C
E
E
O
R
V
P E
A T
T S
Mots
léchés
1 0 0 1 1 0 0 1 1 0
1 0 1 1 0 0 1 0 0 1
0 1 0 0 1 1 0 1 1 0
PRÉNOM
D’ORIGINE
ARABE
COUPÉE
DU MONDE
ILS
FINISSENT
EN FRITURE
0 1 0 1 0 0 1 1 0 1
1 0 1 0 1 0 1 0 0 1
1 0 1 0 0 1 0 1 1 0
0 1 0 1 0 1 1 0 0 1
FAUX ANIS
IL TIENT
BIEN SA
BARAQUE
LIE LE
MAÎTRE
AUX
MATIÈRES
NETTOIE
UNE ALLÉE
STIMULANT
TENDRES
DOCTEUR
EN ABRÉGÉ
AINSI DE
SUITE
0 1 1 0 1 0 0 1 0 1
1 0 0 1 0 1 1 0 1 0
ENFLAMMÉ
0 1 1 0 1 1 0 0 1 0
DÉBIT DE
VIANDE
PLUS QUE
FLEUVE
D’ITALIE
POUSSÉ
PAR
PRODUIT
POUR
MIEUX
GLISSER
AMATEUR
DE SON
CELA
SERAIT
PRÉFÉRABLE
BIS
CHAMP
CLOS
ÉGARES
CHANGE
DE FACE
ÉCRAN
DE PUB
COURT
ALLERRETOUR
RADIUM
CYCLE DE
LA LUNE
BRAME
CHAUD
EFFROI
ROND
POPULAIRE
ÉTOFFE
HOMME DE
LONDRES
TITRE
D’HONNEUR
AU
PORTUGAL
ARGILE
ANTIQUE
LE
SCANDIUM
ATOME
CHARGÉ
BELLE
ADRESSE
GROSSE
FLOTTE
BERGE
CE PEUT
ÊTRE
N’IMPORTE
QUI
PAS
VRAIMENT
JOLIE
UNE
DIRECTION
DES POIS ET
DES
LENTILLES
C’EST UN
TEXTO
MOTS CROISÉS
PROBLÈME N° 4798
HORIZONTALEMENT
1.I n s e c t i v o r e s d ’ A s i e p r o c h e s d e s p r i m a t e s . - 2. L a t ê t e d e T r u m p n ’ y s e r a p a s
s c u l p t é e ! - 3.I l s o n t d e s v o i s i n s q u i n ’ a r r ê t e n t p a s d e h u r l e r . - 4. P r o d u ti d e s p r i m e u r s . P o ri e a v e c u n e p o m m e . - 5. F a ti l a
q u e u e a u s u p e r m a r c h é . A r b r e s p o u r le s
l a p i n s . - 6. O u v r a ti l ’ e n v e l o p p e . - 7. Q u a d r ic h r o m i e r i m b a l d i e n n e , b i e n e n t e n d u .
C ’ e s t c e q u ’ i l y a d e m i e u x . - 8. R e p o r t e r à
m o ti i é . S y m b o l e d e d u r e t é . - 9. C o g n e
q u a n d e l le e s t f o rt e . U n r a p p o rt s a n s fi n .
- 10. C o n s t a m m e n t s o l l i c ti é a v e c u n
c h e w i n g - g u m d a n s l a b o u c h e . - 11. E s s a i e
d e f é c o n d e r . - 12. S o u f f l e s b r û l a n t s e n
m er É g é e .
VERTICALEMENT
1. S e c t i o n d e t u b e . - 2. P l u s q u e s u ffi s a n t .
- 3. A p r e s q u e fi n i s o n s e r v i c e . L e d e r n i e r
s o u c i d e s c a d e t s . - 4. E l l e f a ti u n e p e l o u s e
d e s p l u s r u s t i q u e s . M e t s à p l a t . - 5. C e l l e
d ’u n s tr a d i v a r iu s n o u s e s t tr è s c h è r e .
F r a p p a ti l e s f e l l a h s a u v i s a g e . É t é s u r l e
p o i n t d e b o u i l l ri . - 6. P a r c n a t i o n a l d a n s l a
S i e r r a N e v a d a . E x t r é m ti é d e l a m a n c h e
m a i s s e u l e m e n t l a p r e m i è r e p a r t i e . - 7.
P a rt ie d e p o k e r . R e f u s c a t é g o r iq u e .
A r t h u r a r é a l i s é Little Big Man e t S e a n
Into the wild. - 8. O n p r ô n e l ’ é g a l ti é e n t r e
e u x . O bj e t s e n d o u b le .
Par Louis Morand
1
2
3
4
5
6
7
8
1
BRIDGE
PROBLÈME N° 2887 :
Votre protégée
4
D
7
A
D
5
6
7
8
9
10
11
12
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4797
HORIZONTALEMENT 1. L a ti e u s e . - 2. O r m e s s o n . - 3. U r i n o ri s . - 4.I o t a . N é o . - 5. S i è c l e . - 6.
S i e s t e . - 7. A f . T c . A ï . - 8. U r a è t e . - 9. W e b . I l .
- 10. É m i l i e . - 11. L i m i c o l e . - 12. S t a t è r e s .
VERTICALEMENT 1. L o u i s P a u w e l s . - 2. A r r o i .
F r é m ti . - 3.I m ti é s . A b î m a . - 4. T é n a c ti é . L ti . - 5.
E S O . L e c t r i c e . - 6. U s i n e s . E O R . - 7. S o r e . T a .
L é . - 8. E n s o l e i l l é e s .
Sudoku
60
8 9 ! " #
# 6 ! 8 $ %
" % $ 9 6
% " 9 6 8 6 $ 8 9 # !
! # $ % "
$ 8 6 % 9
! # % " 6 8
9 " # ! $
0
% # 6 $ 9 8
$ 9 ! " 6
" 8 ! # %
# 9 % 8 !
$ " 8 % 6 #
! 6 " $ 9
9 ! $ 6 8 6 % # 9 ! "
8 " # % $
$
!
#
%
9
% 6
"
# 8
$ !
" 8 6 9
" ! #
9 $
6 8 %
" ! # 8 %
$ 9 6 Mots coupés
6 " $
B&TTEr - boTTin ! 9 geTTer - gourou goûTer - lisTer 8 % #
- PiéTin % # " PiéTer
rougeT - roulis $ 8 rouPie - rouTer TinTer.
9 6 !
ÉTÉ 2018
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2886 :
Une défausse qui soulage
PRÉSENTE
2
3
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
Takuzu
55
6 5 2
6 5
V 4 3
4
N
O
E
S
A
R
R
A
R
D 4
10 8 7 2
6 5
Contrat : S u d j o u e
3 Sans-Atout.
Contrat : S u d j o u e 3 Sans-Atout.
Entame : D a m e d e ( l e 2 e n E s t ) .
Grammaire, orthographe, dictées,
expressions, synonymes…
Prenez de l’As c a r i l n ’ y a a u c u n e r a i s o n d e d u q u e r p o u r
l ’ i n s t a n t , s i c e n ’ e s t à v o u l o ri d o n n e r l a c h a n c e à O u e s t
d e v o u s f a ri e c h u t e r ( e n c o n t r e - a t t a q u a n t i c i à ) . . .
D o n n e z e n s u ti e u n coup à blanc à . L a d é f e n s e i n s i s t e
à e t i l e s t m a i n t e n a n t t e m p s d e la is s e r p a s s e r , p o u r
n e p r e n d r e q u ’a u t r o is i è m e t o u r e t t e n t e r d e r o m p r e la
c o m m u n ic a t i o n a d v e r s e .
V o u s a v a n c e z m a in t e n a n t le 5 d e e t O u e s t d é f a u s s e .
V o t r e r é a c t i o n ? Fournissez encore petit du mort !I c i ,
E s t n ’ a p l u s d e ( m a i s s ’ i l e n a v a ti e u e n c o r e u n , c e l a n e
v o u s a u r a ti f a ti n i c h a u d , n i f r o i d ) e t v o u s r é a l i s e z t r o i s + d e u x + d e u x + d e u x = n e u f p l is .
B i e n e n t e n d u , s i O u e s t a v a ti f o u r n i a u d e u x i è m e t o u r
d e , v o u s a u r i e z m i s l ’ A s e n e s p é r a n t q u ’ E s t f o u r n i s s e .
DES CENTAINES DE QUIZ
POUR TOUT L’ÉTÉ
7
6
7
A
Entame : 9 d e p o u r
v o t r e A s ( le 4 e n E s t) .
D V 1 0 8 4
D 9 8 3 2
V 1 0
8
6
5 4
6 4
R 7 4 2
N
O
E
S
A
A
A
6
R 5
R 7
R 5 2
5 3
9
V
D
D
3 2
10
9 8 3
V 10 9
7,90
En vente
actuellement
disponible chez tous les marchands de journaux
et sur www.igarostore.fr
A
INITIALES
PIEUSES
DEUX À
ROME
VIPÈRES
DANGEREUSES
7
8
FIGURES
DE JEU
RAJOUTER
UNE PINCÉE
9
D’UN
EMPIRE
DISPARU
GREFFE
APPORT DU
SOLEIL
DÉTENAIENT
INDICATION
D’ACCOMPAGNEMENT
QUI TEND
À MONTER
7
3
7
Par Diane Monfort
BASE DE
CONTAGION
SECOND
VOTE
BÊTE À
CORNES
ENTRELACERA
SITUÉE
4
8
6
7
MOTS FLÉCHÉS N° 2043
ANCIEN
SOLDAT
GESTES
DOUX
7
3
9
6
8
9
9
9
6
9
8
4
3
X
T
7
4
0
0
8
261
3
4
1
0
FA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 7 août 2018 LE FIGARO
20
L’ÉTÉ DU FIGARO
2/6
[
Sur les tr
de GeorgeacOersw
ell
George Orwell écrit son premier
roman à partir de son expérience
personnelle de la pauvreté,
à Paris et à Londres.
En s’immergeant
dans les milieux
populaires
de la capitale,
Eric Blair devient
écrivain
et George Orwell
commence
sa carrière…
ULLSTEIN BILD VIA GETTY IMAGES
ADRIEN JAULMES £@AdrienJaulmes
Sur le pavé parisien…
Orwell/Blair ne fréquente pas ces
joyeux expatriés. Pour lui, Paris
n’est pas une fête. Il vit chichement de ses quelques économies
en donnant des cours d’anglais. Il
écrit aussi ses premiers articles en
français, dans des revues parisiennes, Le Progrès civique, et
dans Monde, à l’époque une revue
intello-chic communiste dirigée
par Henri Barbusse, qu’il signe de
son propre nom, E.A. Blair.
Plongeur dans un hôtel
Décidé à expérimenter lui-même
les conditions de vie des pauvres,
il a commencé à se déguiser en
clochard. Vêtu de vieux vêtements sales, il a dormi dans des
asiles de nuit en Angleterre. Mais à
Paris, l’expérience sociologique
devient soudain réalité lorsque
son petit pécule est volé par un locataire malhonnête (ou bien par
une grisette, selon certains biographes). Orwell se retrouve tout
à coup dans le dénuement le plus
complet. Il est d’abord contraint
de mettre en gage ses vêtements.
Puis, ses derniers francs dépensés,
il doit quitter son hôtel et se retrouve à la rue. Il dort sur un banc,
ramasse les mégots, jusqu’à ce que
la faim le contraigne à trouver du
travail, n’importe lequel.
Il est embauché comme plongeur dans les cuisines de l’« Hôtel
X », un grand hôtel de la rue de Rivoli (qui pourrait avoir été, selon
les sources, l’Hôtel Crillon ou bien
l’Hôtel Lotti). Cet emploi non qualifié, aujourd’hui fréquemment occupé par des im-
migrants récents dans la plupart
des restaurants parisiens, est un labeur éreintant. La description des
arrière-cuisines de l’Hôtel X figure
parmi les meilleurs passages du livre. Dans une chaleur étouffante
s’activent frénétiquement cuisiniers, garçons, plongeurs. L’hygiène des lieux et des employés est assez approximative. « Dès qu’on
s’aventurait dans les locaux de service, on était frappé par la saleté repoussante qui y régnait […], dans les
cuisines, la saleté était encore plus
criante. » C’est encore pire lorsqu’il
est ensuite engagé dans un petit
restaurant faussement traditionnel
tenu par un escroc, L’Auberge de
Jehan Cottard. Les cuisines sont
d’une saleté encore plus repoussante. La poubelle déborde et le sol
est couvert de déchets alimentaires. Orwell a touché le fond. « Le
plongeur est l’un des esclaves du
monde moderne, écrit-il. Le travail
qu’il effectue est servile et sans art…
On ne le paye que juste ce qu’il faut
pour le maintenir en vie. Ses seuls
congés, il les connaît quand on le
fiche à la porte. »
Son séjour parisien s’achève à la
fin de l’année 1929 quand on lui
propose de garder en Angleterre
un enfant handicapé mental. Mais
à son retour à Londres, le poste
promis n’existe plus. Le voici de
nouveau à la rue. Il dort dans des
hospices publics ou privés, dont il
décrit par le détail la crasse, l’horrible promiscuité avec des corps
sales. Avec des compagnons d’infortune, il arpente la ville, ses
chaussures trouées comme le
CHRONOLOGIE DE
GEORGE ORWELL
A
ROYAUMEUNI
vagabond de Charlie Chaplin. Forcé d’assister aux offices religieux
d’organisations charitables pour
obtenir un repas gratuit, Orwell
fait l’expérience de la rancœur que
suscite cette assistance. « L’homme
à qui l’on fait la charité nourrit quasi invariablement une haine féroce à
l’égard de son bienfaiteur, écrit-il.
Je tiens à souligner deux ou trois
choses que m’a définitivement enseignées mon expérience de la pauvreté. Jamais plus je ne considérerai
tous les vagabonds comme des vauriens et des ivrognes, jamais plus je
ne m’attendrai à ce qu’un mendiant
me témoigne sa gratitude lorsque je
lui aurai glissé une pièce, jamais
plus je ne m’étonnerai que les chômeurs manquent d’énergie. »
Extrait
On cherchera en vain la rue du
Coq-d’Or sur un plan de Paris.
Cette adresse imaginaire est inspirée de la rue du Pot-de-Fer, dans
le Ve arrondissement, où vit George Orwell en 1928. « C’était une
rue très étroite, une sorte de gorge
encaissée entre de hautes maisons
aux façades lépreuses figées dans
de bizarres attitudes penchées,
comme si le temps s’était arrêté au
moment précis où elles allaient
s’abattre les unes sur les autres »,
écrit-il dans le livre qu’il tire de
ses années parisiennes, Dans la
dèche à Paris et à Londres.
Il loge à l’Hôtel des Trois Moineaux, « une sorte de taupinière
sombre et délabrée, abritant, sur
cinq étages, quarante chambres
délimitées par des cloisons de bois
[…], minuscules et irrémédiablement vouées à la saleté, car tout le
personnel se limitait à la patronne,
Madame F., qui avait d’autres
chats à fouetter que de donner un
coup de balai ». Pas de trace non
plus aujourd’hui de ce charmant
établissement. La rue du Pot-deFer est à présent une ruelle touristique aux façades immaculées et
aux pavés impeccables, bordée
par les terrasses d’une douzaine
de cafés, bars à bière, restaurants
français ou japonais. Au no 6, à la
place de l’hôtel et du bistrot sordide aux tables maculées où Orwell
boit du gros rouge avec des
ouvriers, se trouve un bar à narguilé, le Planet-chicha.com, où
des jeunes gens en tee-shirt fument en terrasse, penchés sur
leurs téléphones portables.
En 1928, le quartier de la
Contrescarpe est encore un quartier populaire, où s’entasse dans
des meublés insalubres un petit
peuple de « cordonniers, maçons,
tailleurs de pierre, terrassiers, étudiants, prostituées, chiffonniers ».
George Orwell s’appelle encore
Eric Blair. Il est rentré quelques
mois plus tôt de Birmanie, après
avoir démissionné de la police
coloniale. Il veut devenir écrivain,
au grand désarroi de sa famille.
Paris est à l’époque la destination
favorite des jeunes auteurs anglais
et américains. Hemingway a vécu
quelques années plus tôt dans le
même quartier, rue du CardinalLemoine, ainsi que James Joyce,
qu’Orwell aperçoit un jour à une
terrasse. Francis Scott Fitzgerald
vit rue de Vaugirard. Henry Miller
arrive deux ans plus tard. Mais
]
George Orwe
ll est à la mode
, revendiqué
comme par la
par la droite
gau
De la Birmanie che et pourtant inclassab
le.
coloniale à l’îl
e écossaise de
où il écrit 198
4, en passant
Jura
par les taudis
de Londres ou
de Paris et
la guerre d’Espa
la vie aventureu
gn
se de ce grand e, Le Figaro retrace
il faut vivre la
écrivain pour
réalité avant
qui
de pouvoir en
parler.
Dans la
dèche à Paris
et à Londres
« Curieuse sensation
qu’un premier contact
avec la débine...
quand vient ce moment,
tout prend un tour
si totalement et si
prosaïquement différent.
Vous vous imaginiez
que ce serait très simple :
c’est en fait
extraordinairement
compliqué. Vous vous
imaginiez que ce serait
terrible ; ce n’est
que sordide et fastidieux.
C’est la petitesse
inhérente à la pauvreté
que vous commencez par
découvrir. Les expédients
auxquels elle vous réduit,
les mesquineries
alambiquées,
les économies
de bout de chandelle. »
En immersion
Dans la dèche est resté l’un des
exemples les plus fameux de la
technique de l’immersion, consistant pour un journaliste à partager
les mêmes conditions de vie que
les sujets de son enquête. Orwell
n’est pas le premier à recourir à ce
procédé. Henry Mayhew, journaliste britannique de l’époque victorienne, a publié une série de reportages restée célèbre sur les
travailleurs et les pauvres de Londres. Aux États-Unis, une jeune
reporter intrépide, Nellie Bly, se
fait enfermer en 1887 dans un asile
psychiatrique pour écrire un livre.
Au début du XXe siècle, Jack London se déguise en vagabond dans
l’East End de Londres, expérience
dont il tire Le Peuple de l’abîme.
La méthode a continué à faire
des émules. Dans les années 1980,
le journaliste allemand Günter
Wallraf se fait passer pour un
ouvrier turc afin de rendre compte à la première personne des
conditions de vie des immigrés
(Tête de Turc).
Mais Orwell va au-delà de la
simple enquête de terrain. Il tire
de chaque expérience des réflexions personnelles qui ajoutent
à la force du récit. « Il est impossible de ne pas penser à lui quand on
entreprend ce genre de reportage », dit Florence Aubenas, qui a
passé plusieurs mois comme femme de ménage à nettoyer des ferries pour écrire Le Quai de Ouistreham, paru en 2010. « Ce qui est
remarquable chez lui, c’est qu’il a
la grande honnêteté de s’interroger
sur sa méthode ; il admet d’ailleurs
qu’on ne résout pas les problèmes
sociaux en fraternisant avec les
clochards. C’est sans doute la plus
grande leçon : on ne défend pas les
gens malgré eux. »
Ben Judah, journaliste britannique, auteur d’une longue enquête-reportage sur Londres, This
Is London, dans laquelle il côtoie
les nouveaux pauvres et les immigrés venus du monde entier, fait
des éloges plus circonspects. « On
ne peut pas ne pas être inspiré par
Orwell, reconnaît-il. Mais j’ai
essayé de ne pas refaire ce qu’il fait.
Je me suis notamment efforcé de
faire parler les gens au lieu de parler à leur place, et de ne pas porter
de jugement ou de tirer de conclusions, ce qu’il fait systématiquement. » S’ajoute chez Orwell une
tentative presque masochiste pour
dépasser ses propres préjugés et
briser la barrière de classe sociale,
sans toujours y parvenir. Dans
l’un de ses récits, il tente de se faire arrêter pour ivrognerie, avant
qu’un policier, repérant en lui
l’ancien élève d’Eton, lui dise
gentiment de rentrer chez lui.
Au début des années 1930,
Orwell finit par retourner vivre
auprès de sa famille pour se lancer
dans l’écriture. Intitulé Journal d’un
plongeur, le manuscrit est d’abord
refusé par le dramaturge T.S. Eliot,
qui critique le manque de structure
entre les parties parisiennes et londoniennes. Il finit par intéresser
l’éditeur de gauche Victor Gollancz.
Par égard pour sa famille, BlairOrwell veut publier l’ouvrage sous
pseudonyme. Il en propose plusieurs : Kenneth Miles, Lewis
Allways, George Orwell. C’est ce
dernier nom, tiré de celui d’une petite rivière du Suffolk, qui est retenu
par Gollancz. « Ainsi naquit George
Orwell, écrit son biographe, Bernard Crick, et heureusement pas
Lewis Allways. » Le titre sera finalement Dans la dèche à Paris et à Londres. À sa parution, le livre remporte un petit succès d’estime. Eric
Blair est devenu écrivain. La carrière de George Orwell commence. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Un intellectuel
chez les ouvriers
Vit dans la misère
à Paris et
à Londres
Londres
1928-1929
1903
1917-1921 1922-1927
1933
1936
1937
1943
1945
1946-1948
1950
Manche
Paris
FRANCE
Sert dans
Naissance
Boursier
à Motihari, à Eton, l’école la police
impériale
aux Indes
de l’élite
en Birmanie
anglaise
Meurt
S’installe
Combat
Voyage
Prend le nom
Chroniqueur Publication
de la
de G. Orwell dans le nord dans les rangs à la BBC de La Ferme dans l’île de
pour signer industriel de républicains au service de des animaux, Jura (Écosse) tuberculose
son 1er livre l’Angleterre en Espagne la propagande son 1er succès où il écrit
1984
international
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 7 août 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
CHRONIQUE
Renaud Girard
rgirard@lefigaro.fr
21
Pourquoi l’Afrique a-t-elle tant de mal
avec la démocratie ?
e 3 août 2018, au postefrontière de Kasumbalesa,
entre la Zambie et la
République démocratique du
Congo (RDC, ancien Zaïre), il
s’est passé un incident. Il fut
relativement peu remarqué car non
violent. Mais il est préoccupant quant à
l’avenir du plus vaste pays d’Afrique
francophone, et emblématique quant à la
manière dont on fait aujourd’hui de la
politique sur le Continent noir.
Ce jour-là, l’entrepreneur Moïse
Katumbi, ancien gouverneur de la riche
province minière du Katanga de 2007 à
2015, s’est vu refuser le droit de rentrer
dans son pays natal. Il est vrai que le très
populaire opposant au gouvernement
chaotique de Joseph Kabila, réfugié
depuis deux ans en Belgique pour fuir
les persécutions du régime à son endroit,
souhaitait se porter officiellement
candidat à l’élection présidentielle.
Celle-ci doit normalement avoir lieu le
23 décembre 2018, et les candidats ont
jusqu’au 8 août pour enregistrer leurs
candidatures auprès de la commission
électorale à Kinshasa, capitale de la RDC.
Le 4 août, Moïse Katumbi a fait une
nouvelle tentative et il a été à nouveau
refoulé. Jean-Pierre Bemba, un autre
opposant célèbre qui, lui, a reçu du
régime la permission de revenir en RDC
déposer sa candidature, a dénoncé
l’injustice infligée à son compatriote et
rival politique Katumbi. Il a
publiquement reconnu qu’un scrutin
sans la participation de Katumbi serait
une élection biaisée, tant est populaire
l’ancien gouverneur du Katanga dans
les provinces swahiliphones de l’est de
la RDC. Dans un communiqué du 6 août,
la Conférence épiscopale nationale du
Congo (Cenco) a estimé « inacceptable »
le sort réservé à Moïse Katumbi.
L
africaines, le président Barack Obama
avait fait une remarque très pertinente :
« Les États africains ont davantage besoin
d’institutions fortes que d’hommes
forts ! » Malheureusement, ce précepte
évident est peu suivi sur le Continent
noir. Fort politisée et fort au courant
(grâce à la radio RFI) des pratiques
politiques européennes, la jeunesse
congolaise se sent frustrée de ne pas
pouvoir choisir librement son prochain
chef de l’État. Cette frustration peut
très bien dégénérer en désespoir.
Or on n’a jamais construit un pays sur
du désespoir.
Moïse Katumbi a entrepris de faire une
tournée des pays
membres de la SADC
Disons-le tout net : la baisse
(Communauté pour
de l’influence européenne en Afrique le développement de
l’Afrique australe, dont
est à long terme une catastrophe
la RDC est membre),
une organisation
pour le continent
régionale créée en 1992
pour encourager l’intégration financière
celui-là les échéances constitutionnelles,
et monétaire ainsi que le maintien
le président s’est-il senti trahi par un
de la paix. Les chefs d’État de la SADC
ami ? Kabila a-t-il toujours eu l’intention
réussiront-ils à persuader Kabila
de ne pas respecter la Constitution qu’il
d’honorer les promesses d’élections
avait pourtant lui-même promulguée ?
transparentes et inclusives, qu’il avait
Mo Ibrahim a créé un prix de la
faites à l’occasion des accords de la
« bonne gouvernance », pour couronner
Saint-Sylvestre (31 décembre 2016) ?
les dirigeants africains qui savent se
Passés entre son gouvernement et
retirer du pouvoir une fois leur mandat
l’opposition sous l’égide de la
accompli. C’est une excellente idée mais
Conférence épiscopale, ces accords
ce mécène anglo-soudanais (qui fit
avaient suscité beaucoup d’espoir et
fortune dans la téléphonie mobile en
calmé les esprits au sein de la population
Afrique) manque souvent de candidats
congolaise. Il semble hélas peu probable
pour recevoir son prix. Les chefs d’État
que Kabila junior se laisse amadouer
africains ont, dans leur majorité, une
par ses homologues régionaux. Le
fâcheuse tendance à s’accrocher au
président de la RDC s’est déjà montré
pouvoir une fois qu’ils l’ont conquis, que
hermétique aux résolutions de l’ONU
ce soit par les armes ou par les urnes.
l’encourageant à respecter les accords
À l’occasion d’une réception donnée à
de la Saint-Sylvestre. On se dirige
Washington en l’honneur de jeunes
donc politiquement en RDC vers une
représentants des sociétés civiles
Pourquoi le président Joseph Kabila,
au pouvoir à Kinshasa depuis l’assassinat
de son père, Laurent, en janvier 2001,
en veut-il autant à Moïse Katumbi ? C’est
un mystère car le président actuel de la
RDC – dont le mandat s’achevait
constitutionnellement à la fin de l’année
2016 et qui n’a pas le droit de se
représenter pour un troisième mandat –
ne s’est jamais exprimé directement sur
le sujet. C’est Kabila qui est allé naguère
chercher l’entrepreneur Katumbi – qui
avait brillamment réussi dans la
logistique minière – pour lui demander
de devenir gouverneur du Katanga.
Lorsque, en 2015, celui-ci a rappelé à
«
»
zone grise, qui ne présage rien de bon.
Pourquoi l’Afrique, à une poignée
d’exceptions près, a-t-elle tant de mal
avec la démocratie ? Pourquoi le message
de François Mitterrand à la Conférence
de La Baule (juin 1990) n’a-t-il jamais
pris ? C’était à la fin de la guerre froide.
Le président français, devant trente-sept
chefs d’État africains qui semblaient
acquiescer, avait plaidé pour la
conditionnalité de l’aide. L’aide
européenne n’irait plus qu’à des régimes
pratiquant la démocratie et la
transparence. Des tentatives
démocratiques eurent bien lieu, mais
elles finirent sur d’épouvantables
massacres comme au Rwanda (1994) ou
au Congo Brazzaville (1997), où les partis
se construisirent sur des critères
ethniques et non politiques.
À ces échecs s’ajouta le phénomène
majeur de l’intrusion de la Chine sur le
continent. Car Pékin intervint à la fois
avec beaucoup d’argent et pas la moindre
exigence politique. La Chine ne
s’intéresse qu’aux ressources de
l’Afrique, pas au devenir de ses
populations. Elle n’évoque jamais
l’adjectif « démocratique », l’étant ellemême fort peu.
Du temps de l’URSS et de l’université
Patrice-Lumumba, Moscou s’intéressait
réellement à la formation des élites
africaines. Aujourd’hui, la Russie de
Poutine a renoncé à exporter une
quelconque idéologie en Afrique. Mais
elle est prête à contrer les Occidentaux
partout où se présenteront des occasions.
Disons-le tout net : la baisse de
l’influence européenne en Afrique est à
long terme une catastrophe pour le
continent. Car sans démocratie – et donc
sans État de droit –, comment pourrait-il
se développer et garder sur son sol sa
jeunesse la plus dynamique ?
« La violence est inscrite dans la logique
du projet vegan »
EUGÉNIE BASTIÉ £@EugenieBastie
LE FIGARO. - Des boucheries sont
régulièrement attaquées par des
militants vegan. Les professionnels
de la viande ont récemment lancé un
appel aux autorités pour les protéger.
La virulence de certains lobbys
antispécistes vous étonne-t-elle ?
Jean-Pierre DIGARD. – Plutôt que de
virulence, c’est de violence qu’il faut
parler. Cette violence, donc, ne
m’étonne nullement. Elle s’inscrit dans
la logique de cette mouvance, qui est
poussée à l’excès par la conjonction de
trois phénomènes. 1. Les animalistes
sont des idéologues, c’est-à-dire des
gens qui relèvent de ce que le grand
sociologue allemand Eugen Weber
appelait l’« éthique de conviction »,
pour laquelle ses idées seules comptent, qu’il distinguait de l’« éthique de
responsabilité », attentive, elle, aux
conséquences pratiques de ses convictions. 2. Les mouvements animalistes
se livrent à une concurrence qui les
incite à la surenchère et les aspire dans
une spirale du « toujours plus », qui
pousse les végétariens
(qui ne consomment
pas de viande) à deL’ethnologue et chercheur au CNRS, qui publie
venir végétaliens (qui
« L’animalisme est un antihumanisme »*,
ne consomment
revient sur la généalogie intellectuelle
aucun aliment d’oridu mouvement antispéciste, qui lui paraît
gine animale) puis
à l’opposé des valeurs occidentales.
véganiens (qui
JEAN-PIERRE DIGARD
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
condamnent toute utilisation et possession d’animaux). 3. Pour des causes qui
dépassent le cadre du seul animalisme,
la société occidentale actuelle montre
une inquiétante tendance à la radicalisation (de l’islam, de l’animalisme, etc.) qui fait que les militants de
certaines causes ne supportent pas que
d’autres puissent avoir des idées ou des
pratiques différentes des leurs, obsession qui peut pousser les plus irresponsables jusqu’à la tentation de détruire
physiquement leurs contradicteurs. Ça
n’est pas pour rien que l’écoterrorisme
a été classé aux États-Unis comme la
deuxième menace après le djihadisme !
Dans votre dernier livre, vous dites
que l’« animalisme est un
antihumanisme ». Pouvez-vous définir
ce qu’est l’animalisme ? À partir de
quel moment la cause de la libération
animale trouve-t-elle des adeptes ?
Le mot « animalisme » désigne l’idéologie selon laquelle on devrait accorder
aux animaux et à leurs intérêts (du
moins à ce que l’on croit en savoir) une
place prépondérante, au détriment de
ceux de l’espèce humaine. La sensibilité « animalitaire », c’est-à-dire de
compassion envers les animaux, est née
dans la foulée de Révolution française,
avec les « amis des bêtes de l’an X ».
L’idée de « libération animale » au nom
de l’antispécisme a été popularisée par
le livre du philosophe Peter Singer
publié en 1979, date qui marque le
véritable début du mouvement animaliste. Cette idéologie s’est ensuite pro-
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
pagée sur fond de méconnaissance
croissante des animaux et de l’élevage.
En effet, les animalistes ne connaissent
pas les animaux ; pire, ils ne les aiment
pas (de l’aveu de Singer lui-même),
sinon ils ne réclameraient pas la « libération » d’animaux domestiques qui
vivent en symbiose avec les humains
depuis plus de dix millénaires.
Vous insistez sur le gouffre qui existe
dans nos sociétés occidentales entre
« animaux de rente » et « animaux
de compagnie ». De quand date
cette fracture ? Est-elle propre
aux sociétés occidentales ?
La bipolarisation entre animaux de
rente et animaux de compagnie s’est
installée très lentement, à partir du
Moyen Âge. Elle se manifeste notamment par une double tendance à la
« mastodontisation » des premiers
(taureaux qui atteignent aujourd’hui
les deux tonnes) et à la miniaturisation
des seconds (races de chiens comme le
bichon maltais, le chihuahua, le spitz
nain ou le yorkshire). Le mouvement
s’est accéléré et accentué à partir du
milieu du XXe siècle, sous le double
effet de l’augmentation de la productivité en élevage et de l’expansion du
phénomène « animal de compagnie »
dans une société occidentale désormais
citadine et coupée de ses racines paysannes et de la culture animalière
correspondante. Ce phénomène, né en
Occident, gagne peu à peu les élites
plus ou moins occidentalisées de pays
comme la Chine et le Japon.
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
Fax : 01 56 52 23 07
Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
En quoi la pensée animaliste
contrevient-elle aux fondements de
l’humanisme occidental ? N’est-elle pas
plutôt le prolongement du mouvement
des droits individuels ?
Le mouvement des droits individuels, issu des Lumières, auquel vous
faites référence, concerne les humains, pas les animaux. Car la notion
de droits ne saurait se concevoir sans
celle de devoirs. Or peut-on imaginer, sauf à revenir au Moyen Âge où
eurent lieu des procès d’animaux,
que ceux-ci pourraient avoir des
devoirs ? Ceux qui ont des devoirs, ce
sont les humains envers les animaux :
essentiellement, le devoir de bien les
traiter, c’est-à-dire de les traiter
d’une manière qui soit respectueuse
des caractères de leurs espèces respectives, c’est-à-dire, et j’y insiste,
de manière spéciste car ce serait
maltraiter un chat que de le traiter
comme un chien, ou un cheval comme un mouton, etc. Et pour aller plus
loin encore, au risque de paraître
provocant : la tauromachie me paraît
plus respectueuse de la nature du
taureau espagnol que le traitement
que certains infligent à leurs animaux
de compagnie en les traitant comme
des substituts d’enfant ou de conjoint.
Au total, la pensée animaliste contrevient aux fondements de l’humanisme dès lors que, accusant l’espèce
humaine de tous les maux, son antispécisme se mue en un spécisme antihumain.
* CNRS Éditions, 150 p., 14 €.
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
Commission paritaire n° 0421 C 83022
Pour vous abonner Lundi au vendredi de 7 h à 18h ;
sam. de 8 h à 13 h au 01 70 37 31 70. Fax : 01 55 56 70 11 .
Gérez votre abonnement, espace Client : www.lefigaro.fr/client
Formules d’abonnement pour 1 an - France métropolitaine
Club : 409 €. Semaine : 259 €. Week-end : 209 €.
Imprimé sur papier issu de forêts gérées durablement.
Origine du papier : France. Taux de fibres recyclées : 100%. Ce journal
est imprimé sur un papier UPM porteur de l’Ecolabel européen
sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 22 pages
Cahier 2 Économie
6 pages
A
PROPOS RECUEILLIS PAR
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 7 août 2018 LE FIGARO
22
L’ÉTÉ DU FIGARO
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
A
NEW YORK
Philippe Thyraud de Vosjoli ne rentrera pas. Ce 18 octobre 1963, sa décision est prise. Attendu à Paris
pour « consultations », le représentant à Washington des services spéciaux français a été informé qu’un
contrat pesait sur sa tête. Il ne
quittera pas l’Hexagone vivant, lui
assure une source amicale.
Bouille ronde et crâne dégarni,
pilier du Service de documentation
extérieure et de contre-espionnage
(Sdece), installé aux États-Unis en
1951 et correspondant inamovible
auprès de la CIA, cet officier de
43 ans, rescapé de mille combats
souterrains, sait que celui-là sera
son dernier. Depuis des nuits, il ne
dort plus en ressassant l’énormité
de la décision qu’il s’apprête à divulguer. Quitte à faire une désagréable surprise à l’ambassadeur
Hervé Alphand, avec lequel il entretenait d’excellents rapports. Le
voici donc dans les couloirs de
l’ambassade de France, muni d’une
lettre de démission qui va faire des
vagues à la « Piscine », le siège du
Sdece à Paris.
Vosjoli, comme l’appellent ses
amis américains, a décidé de faire
défection. De « passer à l’ouest »…
de l’Atlantique. C’est un coup de
tonnerre dans le monde du renseignement français, où personne
n’avait jamais sauté un tel pas, si
l’on excepte la poignée de militaires
du 2e Bureau qui renièrent le gouvernement Pétain en 1940 et s’enfuirent à Londres pour constituer
l’embryon du BCRA, le Bureau central de renseignements et d’action,
fondé par de Gaulle et le colonel
André Dewavrin.
Vosjoli, lui aussi, a fait partie du
BCRA. Entré en Résistance comme
passeur sur la ligne de démarcation,
chez lui à Romorantin (Loir-etCher), il a rallié la France libre à Alger en 1943 après avoir tâté des geôles franquistes en Espagne. Sous les
ordres d’un fidèle du général de
Gaulle, Jacques Soustelle, il y a supervisé les relations avec l’Amérique du Nord, puis l’Indochine. À
Washington, il noue une relation
étroite, idéologiquement « alignée » avec ses interlocuteurs de la
CIA, dont le patron, Allen Dulles, et
le chef du contre-espionnage,
James Angleton. L’heure est à la
lutte anticommuniste, et Vosjoli
ne partage guère la quête de la
« troisième voie » de Charles
de Gaulle. Tout compromis
semble inacceptable avec
Moscou, à l’heure où les
crises de Cuba et de Berlin
menacent d’exposer la
planète à une guerre
chaude. Cuba, justement, où Vosjoli a peutêtre joué un rôle clé.
« En juillet 1962, écrirat-il plus tard, j’apprends de mes agents
l’arrivée de navires soviétiques à La Havane
ainsi que dans le petit
port de Mariel. » Il est
question de silos creusés à même la montagne, d’un convoi de remorques lance-missiles
charriant « des ogives
d’une longueur inédite »,
aperçu par une de ses sources, un ancien sous-officier
français établi sur l’île caraïbe. Vosjoli alerte Paris et aussi
Washington, comme le voulait la
consigne. Il recevra les félicitations de John McCone, le successeur de Dulles à la CIA. Mais rien,
pas même un satisfecit de la part du
Sdece, trop occupé avec les suites
de l’affaire algérienne pour se soucier de prolifération sous les tropiques.
Vosjoli, qui croyait avoir apporté
une contribution décisive dans la
lutte contre l’hydre soviétique, va
vite déchanter. Du siège, il reçoit
des instructions « dignes d’un État
totalitaire » : la surveillance d’opposants à de Gaulle, à l’instar de
L’espion
français
qui défia
de Gaulle
Correspondant du Sdece
auprès de la CIA, Philippe
Thyraud de Vosjoli fit
défection, aux États-Unis,
alors qu’il suspectait
les services français
et même l’Élysée d’être
infiltrés par des taupes
soviétiques.
[
Histoires d’esp
ions
2/11
Jean-Jacques Servan-Schreiber, le
patron de l’hebdomadaire L’Express, de passage à New York pour
affaires. Outré, Vosjoli refuse de le
filer et s’inquiète des desseins de
l’Élysée. Sa défiance envers l’homme du 18 Juin ne cesse alors de
croître.
Ses ennuis commencent un matin de juin 1962. La sonnerie du téléphone le tire de son lit dans sa résidence de Bethesda, sur Wilson
Lane, dans les faubourgs de la capitale fédérale. Une équipe de Paris
vient d’atterrir pour « débriefer »
un transfuge venu du froid, le major
du KGB Anatoli Golitsine, passé à
l’Ouest le 22 décembre 1961. Et Golitsine raconte à ses interlocuteurs
stupéfaits que l’URSS a si profondément infiltré le siège de l’Otan en
France que tous ses secrets parviennent « en soixante-douze heures » à Moscou. Le président John
Fitzgerald Kennedy s’en alarme au
point d’adresser début 1962 une lettre personnelle à son homologue
français, Charles de Gaulle. Elle ne
recevra pas de réponse. Baptisé
« Martel », Golitsine n’en a pas fini
]
Trahison, ambit
ion, jalousie, idé
manipulation…
les grandes aff ologie, argent, sexe,
parfois changé
air
le destin du mo es d’espionnage ont
aussi des histoi
nde, mais elles
res humaines.
son
Et l’actualité mo t toujours
cette vie de l’o
ntre
mbre est plus
de
nse que jamais que
retrace quelque
. Le Figaro
s-unes de ces
éto
d’Histoire, cer
taines célèbres nnantes pages
et d’autres mo
connues.
ins
avec la France. Les services spéciaux de cette dernière seraient infiltrés au plus haut niveau par le
KGB, qui disposerait d’au moins six
taupes constituées en un réseau,
« Saphir ». Et ce n’est pas tout :
l’Élysée aussi serait compromis ! Il
s’agit d’un membre du premier
cercle autour du président de
Gaulle, exerçant les fonctions de vice-premier ministre, précise même
Golitsine sans livrer de nom.
De prime abord, Thyraud de
Vosjoli refuse de croire à ces « fadaises ». La seule perspective que
des officiers œuvrent contre la
France lui paraît « insensée ». Et
pourtant, Martel « l’affabulateur »
insiste. Oui, l’Élysée est compromis ! On soupçonne Jacques Foccart, chef de la fameuse cellule africaine, Georges Gorse, ambassadeur
habitué des missions délicates en
URSS. Mais le profil le plus plausible
est celui de Louis Joxe, ministre
gaullien et ancien ambassadeur à
Moscou (1952-1955). Vosjoli attend
un séisme. Mais le sismographe parisien reste atone. Lorsqu’il s’enquiert de la suite des opérations, ses
interlocuteurs bottent en touche.
Seul tombera un cadre de l’Otan, le
Français Georges Pâques (lire un
épisode à suivre), démasqué pour
espionnage au profit de Moscou.
Vosjoli, qui trépigne devant tant
de passivité, ne sait pas que lui-même se trouve dans le collimateur du
président français, pour d’autres
motifs : de Gaulle n’a pas du tout
apprécié qu’il ait facilité le séjour à
Washington, en avril 1960, de Jacques Soustelle, tombé en délicatesse
avec le pouvoir pour son soutien à
l’Algérie française et entré depuis
en clandestinité. Vosjoli a également organisé un dîner entre Soustelle et des dirigeants de la CIA,
ceux-là mêmes qui appuient le FLN
en sous-main face à la France et qui
semblent manipuler le représentant
du Sdece outre-Atlantique, au
point de suggérer une
compromission de l’Élysée. Basse manœuvre
américaine visant à
affaiblir la Fran-
ce !, a tranché le Général. La
conjoncture, en outre, dessert Vosjoli : de Gaulle reproche aux ÉtatsUnis de refuser à la France tout partage de secret nucléaire. Suprême
affront, ce partage est toléré au profit de la Grande-Bretagne, dans le
cadre des accords de Nassau. Avec
de tels amis, nul besoin d’ennemis.
La France avancera donc seule, sur
une troisième voie maintenant à
équidistance des « deux grands ».
Pour Vosjoli, les conséquences seront dramatiques. Un nouvel ordre,
qu’il juge invraisemblable, est donné
de constituer en territoire américain
un réseau d’espionnage scientifique,
visant essentiellement à localiser les
silos de missiles balistiques dans le
Midwest. « Exactement ce que prédisait Golitsine ! », s’insurge Vosjoli, qui
refuse courtoisement mais fermement d’obtempérer. Et voilà que son
De Gaulle n’a pas
du tout apprécié que
Philippe Thyraud de
Vosjoli ait facilité le
séjour à Washington,
en avril 1960, de
Jacques Soustelle,
tombé en délicatesse
avec le pouvoir
pour son soutien
à l’Algérie française
et entré depuis
en clandestinité
patron, le général Paul Jacquier, le
somme de remettre les noms de ses
agents à Cuba. Dans la foulée, ceuxci disparaissent. Consterné, Vosjoli a
la confirmation qu’il redoutait : des
taupes soviétiques « tiennent » la direction du Sdece.
C’est à ce moment précis que
tombe la convocation à Paris, et
l’avertissement parallèle des funestes conséquences pouvant en résulter. À la croisée des chemins, Vosjoli
saute le pas. Appuyé par son ami James Angleton, il demande et obtient
l’asile politique. Depuis son refuge
de Lighthouse Point, en Floride,
l’exilé écrit et se confie. Il vend les
droits de sa mésaventure à l’auteur
Léon Uris, qui en tirera le roman Topaz, adapté au cinéma par Alfred
Hitchcock. « Topaz », pour « saphir », bien sûr. Life titre en 1968 sur
« Le scandale de l’espion français ».
Suivront des Mémoires publiés en
1970 et en anglais sous le titre Lamia,
puis à titre confidentiel en français,
deux ans plus tard (1).
Le nouveau patron du Sdece,
Alexandre de Marenches, se décide
enfin à nettoyer ce que Georges
Pompidou appelle « les écuries
d’Augias ». Et ceux qui tombent
coïncident curieusement avec
les individus que Vosjoli soupçonnait d’appartenir à Saphir :
les colonels Léonard Hounau et
Georges de Lannurien, qui ont
passé du temps derrière le rideau de fer et « cochent toutes
les cases » des portraits-robots
de taupes dressés par Golitsine,
alias Martel. Rebondissant sans
heurts chez Renault Véhicules Industriels, de Lannurien a même eu
le toupet de se voir décerner à Prague l’ordre tchécoslovaque du Lion
Blanc, le 31 août 1968. Dix jours après
l’intervention brutale de l’Armée
rouge ! « Une chose est sûre, maugrée
Vosjoli. De Lannurien est le bienvenu
dans un pays communiste et moi, je ne
le serais sûrement pas. » Décédé à 80
ans en 2000, le vieux rebelle ne fut,
lui, jamais décoré par la France et n’a
jamais revu Romorantin, ni le LoirPhilippe
et-Cher. Et le secret sur la comproThyraud de mission des services spéciaux franVosjoli a rallié
çais durant la guerre froide demeure
la France libre
à Alger en 1943 après inviolé. ■
(1)
Lamia. L’anti-barbouze, Philippe
avoir tâté des geôles
Thyraud de Vosjoli, Les Éditions de
franquistes en Espagne.
Il s’est installé aux États-Unis l’Homme, 1972
en 1951 et devint correspondant
inamovible auprès de la CIA.
RETROUVEZ DEMAIN :
A. EISENSTAEDT/THE LIFE PICTURE COLLECTION/
GETTY IMAGES, RUE DES ARCHIVES/TALLANDIER
Kim Philby, ou la vengeance
du MI6
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 7 août 2018 LE FIGARO - N° 23 012 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
LA GRÈCE
TOUCHE SA
DERNIÈRE AIDE
DE L’EUROPE
lefigaro.fr/economie
LE GROUPE AMÉRICAIN
CHANGERA DE PDG
EN OCTOBRE PAGE 26
Dans les coulisses
de… l’Opéra Garnier
JEUX VIDÉO
VIRTUOS, LE PARTENAIRE
DE L’OMBRE DES GRANDS
ACTEURS DU SECTEUR PAGE 28
Les Français
et l’économie :
c’est le grand
désamour
ARMANDO BABANI/EPA/MAXPPP, JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO, VIRTUOS / ELECTRONIC ARTS,
Le manque de culture économique
les pénalise dans leur vie quotidienne.
Les Français et l’économie, une histoire de désamour ? D’incompréhension, c’est certain.
Aujourd’hui, 60 % d’entre eux ne
maîtrisent pas l’effet de l’inflation
sur leur pouvoir d’achat. Et 43 %
ont le sentiment de ne pas disposer
d’informations assez fiables pour
bien gérer leur budget. Afin de tenter de pallier ce manque de culture
économique, le ministère de l’Économie et la Banque de France ont mis en
place un comité stratégique d’éducation financière.
Mais le mal serait plus profond, selon
Yann Algan, doyen de l’École d’affaires publiques et professeur d’économie à Sciences Po. « Si les Français se
méfient tant de l’économie et l’apprécient si peu, explique-t-il au Figaro,
c’est peut-être que son enseignement ne
répond pas aux attentes des citoyens.
L’économie est encore trop souvent enseignée comme une sphère théorique. »
èQYANN ALGAN : « L’ENSEIGNEMENT NE RÉPOND PAS AUX ATTENTES DES CITOYENS
èQUAND LES FRANÇAIS ÉTAIENT ACCROS À LA BOURSE… PAGES 24 ET 25
La riposte hasardeuse de Bruxelles
aux sanctions américaines sur l’Iran
Cet été, Le Figaro explore les coulisses de lieux ordinaires
ou d’exception. Première escale de cette série :
l’Opéra Garnier. Ce chef-d’œuvre architectural, inauguré
en 1875 au cœur du nouveau Paris haussmannien,
est une fourmilière. Machinistes, couturières,
modistes et médecins s’activent sans relâche. PAGE 27
le PLUS du
FIGARO ÉCO
E-COMMERCE
Wish, le bazar
du Web qui vaut
3 milliards de dollars
PAGE 28
LA SÉANCE
DU LUNDI 06 AOÛT 2018
CAC 40
5477,18
-0,03%
DOW JONES (18h)
25485,83 +0,09%
ONCE D’OR
1209,65 (1216,30)
PÉTROLE (lond)
74,090 (73,040)
EUROSTOXX 50
3479,63 -0,08%
FOOTSIE
7663,78 +0,06%
NASDAQ (18h)
7413,08 +0,24%
NIKKEI
22507,32 -0,08%
Pour les dirigeants européens, il
n’était pas question de laisser sans
réagir les entreprises du Vieux Continent commerçant avec l’Iran sous la
menace des nouvelles sanctions américaines. Bruxelles a dégainé une « loi
de blocage » censée protéger les sociétés européennes. Il s’agit de la version actualisée d’un dispositif qui
avait été conçu en 1996 pour contrer
des sanctions américaines sur Cuba, la
Libye et l’Iran, mais qui n’avait finalement pas servi. Pour les dissuader de
se plier au pouvoir extraterritorial de
Washington, leurs autorités nationales pourraient, en théorie, sanctionner les entreprises européennes. Les
juristes spécialisés sont sceptiques sur
la portée de la riposte de l’Europe.
Reconvertie à l’électricité, la petite
Isetta de BMW renaît en Suisse
U
F. N.-L.
PAGE 25
L'HISTOIRE
ne version moderne
et électrique de l’Isetta sera
bientôt en vente. Ce drôle de
modèle ovoïde a connu son
heure de gloire dans les années
1950 lorsqu’il était construit par BMW.
Rebaptisée Microlino (photo), elle s’offre
une nouvelle jeunesse grâce à Micro
Mobility. Ce fabricant suisse de trottinettes
électriques a annoncé il y a quelques jours
avoir passé avec succès tous les tests
d’homologation de l’Union européenne.
Le premier prototype avait été présenté
en 2016. Il lui a fallu deux ans pour aboutir
en raison de
« la forme si
particulière »
du véhicule,
explique
l’entreprise
helvète.
Comme l’Isetta,
la Microlino est
une citadine
modèle réduit,
même très
réduit :
2,44 mètres
« Reçu pour solde de tout compte ».
Cette fois, ça y est, la Grèce a touché la dernière tranche d’aide financière prévue par le plan de sauvetage européen, décidé dans la douleur
à l’été 2015. Le MES (Mécanisme
européen de stabilité) a annoncé
lundi avoir versé 15 milliards d’euros
à l’État grec. Cette enveloppe avait
été approuvée le 22 juin par les ministres des Finances de la zone
euro, qui ont jugé satisfaisants les
efforts menés par le gouvernement
d’Alexis Tsipras pour redresser les
finances publiques de son pays et
mener les réformes qu’ils exigeaient
en échange de leur soutien.
Sur cette dernière tranche de
15 milliards d’euros, 5,5 milliards
sont affectés au paiement du service de la dette. Le reste, soit
9,5 milliards, va étoffer une réserve
de précaution. Celle-ci se monte
désormais à 24 milliards d’euros, de
quoi couvrir 22 mois de besoins de
financement de la Grèce, indique le
MES. Une marge de manœuvre
confortable, à même de rassurer les
marchés lorsque Athènes voudra y
faire appel dans les prochains mois,
et qui contraste avec la situation de
crise aiguë d’il y a trois ans où l’État
grec était au bord du défaut de
paiement.
Alors que le plan d’aide de 2015
avait prévu une enveloppe de
86 milliards d’euros, ce sont finalement « seulement » 61,9 milliards
d’euros qui auront été décaissés,
précise encore le patron du MES,
Klaus Regling.
Officiellement, c’est le 20 août que
la tutelle des créanciers européens
et du FMI sur la Grèce prendra fin.
Elle sera alors mise sous « surveillance renforcée » par la Commission européenne, une procédure
beaucoup moins contraignante. Le
20 août « sera une étape importante pour le pays », souligne Klaus
Regling qui avertit en même temps :
« La Grèce devra maintenant prouver à ses partenaires et aux marchés qu’elle s’est engagée à ne pas
inverser les réformes passées […]
pour devenir une économie robuste
qui crée de la croissance et des
emplois. »
de long sur 1,50 mètre de large pour un poids
plume de 450 kg, sans la batterie. Soit juste
assez de place pour embarquer
deux personnes et quelques sacs de courses
à l’arrière. Un « pot de yaourt » encore plus
petit qu’une Smart et qui s’ouvre par une
unique porte basculante placée à l’avant. Pas
question, donc, de faire de longue distance
à bord. L’autonomie du véhicule est de 126 ou
202 kilomètres en fonction des batteries,
et sa vitesse de pointe n’excède pas
les 90 km/h. Les premiers modèles tests
seront fabriqués courant septembre en Italie
sur la chaîne de production du groupe Tazzori,
qui produit déjà un
autre poids plume,
la voiture
électrique Zero.
Il faudra attendre
début 2019 pour sa
commercialisation,
d’abord en Suisse
puis en Allemagne.
Prix de vente
de ce petit bijou
de technologie :
12 650 euros. ■
ALICE KACHANER
D’ici à 2027,
7 000 petits satellites
seront mis sur orbite
Le marché des petits satellites
est en forte expansion. Dans sa
dernière étude, publiée lundi
6 août, lors de la Small Satellite Conference organisée jusqu’au 9 août par l’Utah State
University à Logan (Utah), le
cabinet Euroconsult estime
que 7 000 engins seront lancés
entre 2018 et 2027. C’est six
fois plus que lors de la décennie précédente.
Il s’agit aussi bien d’engins de
moins de 500 kilos de masse
au lancement que de CubeSats
de moins de 10 kilos. Ces milliers de satellites représentent
un chiffre d’affaires potentiel
de 38 milliards de dollars, réparti entre la fabrication
(60 %) et le lancement en orbite basse (40 %).
Plus de 80 % de ces 7 000 satellites appartiennent à cinquante constellations « dont
certaines doivent encore boucler
leur financement ». Deux d’entre elles sont des constellations
géantes avec plus de 1 000 satellites à terme, rappelle l’étu-
de d’Euroconsult. Il s’agit de
OneWeb (dont les premiers
satellites devraient être lancés
fin 2018) et de Starlink, la
méga constellation d’Elon
Musk, le fondateur de SpaceX.
Il promet une première
tranche avec plus de 4 400 satellites en orbite. Les deux
constellations veulent apporter des services de connectivité à haut débit et à bas coût
partout sur la planète.
Les applications télécoms et
Internet se taillent la part du
lion avec plus de 3 500 petits
satellites dédiés entre 2018 et
2027, suivis par l’observation
de la Terre (1 400 satellites) et
l’information « pour la collecte
de données produites par des
capteurs terrestres et la transmission de leurs données » nécessaires pour l’Internet des
objets ou la communication
entre machines. « Il s’agit d’un
marché en forte croissance,
avec 850 satellites à lancer pour
quatorze constellations », préV. GD
cise Euroconsult.
A
PEPSI
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 7 août 2018 LE FIGARO
24
L'ÉVÉNEMENT
Entre les Français et l’économie, l’incompréhen
Seuls 17 % d’entre eux considèrent avoir une connaissance élevée sur les questions financières. Bercy tente de
MARIE VISOT £@Marie Visot
ÉDUCATION Améliorer la sensibilisation du public aux questions économiques, notamment chez les
jeunes. C’est une des missions du
comité stratégique d’éducation financière, qui s’est réuni début
juillet à Bercy. À cette occasion, le
ministre des Finances, Bruno Le
Maire, l’a chargé de développer une
stratégie consacrée à l’éducation financière des entrepreneurs ; le ministre de l’Éducation, Jean-Michel
Blanquer, a annoncé l’expérimentation d’un passeport d’éducation
financière dans une académie
auprès d’élèves de classes de 4e ; et
le gouverneur de la Banque de
France, François Villeroy de Galhau, a confirmé l’ouverture prochaine d’une Cité de l’économie et
de la monnaie ainsi que le développement d’outils pratiques et ludiques à destination, notamment, des
jeunes et des entreprises.
Si la France a décidé, l’an dernier,
de commencer à élaborer une stratégie de sensibilisation à la finance,
c’est parce qu’elle a bien conscience
que le manque de culture économique des Français est un problème. Et
que la méfiance envers le monde de
la finance et l’hostilité à l’économie
de marché y sont plus prononcées
qu’ailleurs. En 2016, une étude
Allianz plaçait la France bonne der-
La culture financière des Français
85 %
des Français n’ont pas
bénéficié d’une éducation
budgétaire et financière
Sondage IFOP
septembre 2016
Yann Algan :
« L’enseignement
ne répond pas aux attentes
des citoyens »
Yann Algan est doyen de l’École
d’affaires publiques et professeur
d’économie à Sciences Po. Il pilote
en France le cours en ligne du programme Core, qui veut renouveler
l’enseignement de l’économie.
A
LE FIGARO. - Une très grande
majorité des Français s’y connaît
mal en économie.
Comment l’expliquer ?
Yann ALGAN. - Si les Français se
méfient tant de l’économie et
l’apprécient si peu, c’est peut-être
que son enseignement ne répond
pas aux attentes des citoyens.
L’économie est encore trop souvent enseignée comme une sphère
théorique régie par des équations
et où les comportements humains
seraient uniquement conduits par
l’intérêt personnel et une rationalité parfaite. Les grands sujets passionnants de notre temps - la
question des inégalités, du réchauffement climatique, des crises financières mais aussi de l’innovation, de la prospérité, du
bien-être - ne sont pas suffisamment placés au cœur de l’enseignement. Un jeune étudiant en
économie pendant la crise financière était bien incapable de l’expliquer tant on n’en aborde pas les
causes dans les cours d’introduction. Du coup, l’économiste renvoie l’image d’être éloigné des
préoccupations des citoyens !
Cette image des économistes
est-elle justifiée ?
Ce qui est dommage, c’est que cette
vision est très éloignée de toutes les
avancées récentes de la recherche
en économie et en sciences humaines. Ne serait-ce que parmi les
économistes français, les travaux
de Thomas Piketty sur les inégalités, Esther Duflo sur le développement, Philippe Aghion sur l’innovation, Jean Tirole sur les
imperfections des contrats et des
marchés ou encore d’Olivier Blanchard donnent pourtant un éclairage précieux sur ces sujets. L’économie s’est aussi ouverte sur les
autres sciences sociales et la psychologie, pour mieux comprendre
les comportements, et se fonde
bien davantage sur les données et
méthodes d’évaluation pour valider les théories. L’économie peut
être passionnante ! Ce procès fait à
l’économie rend peu justice au travail concret de recherche. Cette
méconnaissance a aussi un coût
pour guider les politiques publiques
en matière d’emploi, de croissance,
d’éducation, d’environnement ou
encore de santé.
Et cela les pénalise dans leur vie
quotidienne. Le comité stratégique
d’éducation financière a pu mesurer
à quel point. En juin dernier, il a interrogé 2 154 personnes sur Internet
et les résultats montrent les méfaits
du manque de culture dans ce domaine : près de 60 % des personnes
interrogées ne maîtrisent pas l’effet
de l’inflation sur leur pouvoir
d’achat ou le calcul d’un intérêt
sur un placement. Quelque
46 % ne savent pas définir un
crédit renouvelable. 43 % enfin ont le sentiment de ne pas
disposer d’informations suffisamment fiables et neutres
pour gérer efficacement leur
budget.
Une récente étude de
l’Institut Sapiens va
nière des pays européens en matière
de culture financière – l’Autriche et
l’Allemagne se situant tout en haut
du classement. En 2017, un sondage
Ifop montrait que 63 % des Français
n’ont aucune idée de l’ordre de
grandeur du PIB du pays et 65 %
aucune idée du montant de la dette
publique. Quant au montant du
smic, la moitié des Français n’en a
qu’une idée approximative.
Ce désintérêt pour l’économie
explique-t-il la réticence
des Français face aux réformes ?
L’insuffisance de culture économique a bien sûr un impact important sur les comportements en
rendant difficile l’appropriation
des réformes. Mais une cause plus
profonde est la plus forte défiance
des Français vis-à-vis de leurs
institutions de manière générale que ce soit de la justice, du Parlement, du gouvernement, etc. Prenez l’exemple de la vaccination : la
France est championne du monde
du scepticisme… L’arrivée d’Emmanuel Macron a toutefois un peu
changé la donne. Son élection
s’est faite sur le thème de la société optimiste, progressiste,
proeuropéenne. Les Français ont
décidé qu’il fallait reprendre en
main l’avenir du pays - contre le
repli de la candidate du FN. Ils témoignent d’une adhésion assez
nouvelle aux réformes pour leur
pays, mais ces dernières les inquiètent pour leur destinée personnelle. Les Français sont devenus plus optimistes et confiants
sur l’avenir du pays en général,
mais plus pessimistes sur leur situation économique personnelle.
Dans ce contexte, vous lancez
en France le projet Core, qui veut
révolutionner la façon d’enseigner
l’économie…
L’une des raisons pour lesquelles
l’enseignement de l’économie ne
répondait pas aux attentes des citoyens est que l’on ne proposait
aucune alternative. Le projet Core
(pour Curriculum Open-access
Resources in Economics) est un
projet international collaboratif
qui vise à donner une compréhension et un éclairage différent
de l’économie. Ce programme est
déjà enseigné dans 130 universités
dans le monde et Sciences Po pilote le lancement de la version française. Il a le mérite de considérer
que les trente dernières années
ont eu lieu. Ne faisons pas comme
si la crise ne s’était pas produite,
comme si les inégalités ou le réchauffement climatique n’étaient
pas un problème, que la révolution numérique était marginale, et
enseignons la recherche récente
qui permet de répondre à ces enjeux fondamentaux pour nos économies et nos démocraties.
Les différents chapitres s’ouvrent
sur des grandes questions, ils mobilisent les données et les théories
pour pouvoir y répondre. On y
évoque bien sûr les grands
auteurs, mais, en plus de leur ap-
SONDAGE COMITÉ STRATEGIQUE D’ÉDUCATION
FINANCIÈRE : 2 154 PERSONNES INTERROGÉES SUR
INTERNET EN JUIN 2018
CULTURE FINANCIÈRE
17 %
des personnes
interrogées
considèrent avoir une
connaissance élevée
sur les questions
financières.
encore plus loin dans l’analyse, expliquant que le manque d’éducation
financière « coûte cher à notre pays
en termes de croissance et d’emploi ».
D’abord, parce que cela favorise une
allocation « peu satisfaisante » de
leur épargne, qui « ne contribue pas
efficacement au financement des entreprises ».
Hostilité
Ensuite parce que l’hostilité française envers l’économie de marché et la
mondialisation « nuit au dialogue social » et gêne « considérablement la
mise en œuvre de réformes pourtant
indispensables au bon fonctionnement
de notre système productif ». Et l’étude de rappeler que « le grand économiste Edmund Phelps estime que le
manque de culture économique des
Français fait perdre à notre pays un
point de croissance par an ».
L’économie, ils semblent pourtant
vouloir la comprendre… Selon une
étude OpinionWay de mars dernier,
63 % des Français assurent que le su-
INFLATION
60 %
ne maîtrisent pas
l’effet de l’inflation
sur leur pouvoir
d’achat ou le calcul
d’un intérêt sur
un placement.
CRÉDIT
46 %
ne savent pas
définir un crédit
renouvelable.
BUDGET
43 %
ont le sentiment
de ne pas disposer
d’informations
suffisamment fiables
et neutres pour
gérer efficacement
leur budget.
INFORMATION
27 %
Quand nos compatriotes étaient
considèrent disposer
de sources d’information utiles
et compréhensibles sur
les débats économiques.
ANALYSE
ANNE DE GUIGNÉ
£adeguigne@lefigaro.fr
Infographie
port théorique, on les incarne
dans des histoires captivantes.
Schumpeter a évidemment travaillé sur la création destructrice,
mais il avait aussi trois ambitions
dans la vie : être le meilleur économiste au monde, mais aussi le
meilleur amant et le meilleur cavalier. Il se targuait de dire qu’il
n’avait juste pas eu le temps d’être
le meilleur cavalier parce que
l’automobile était arrivée. On
propose aussi une pédagogie innovante avec un e-book interactif
composé de vidéos, de quiz, de
graphiques interactifs et d’analyse
de données pour comprendre les
phénomènes économiques. La
plateforme, gratuite, est ouverte
depuis juin en français à l’ensemble des étudiants et aux enseignants à l’université. Un projet
d’adaptation de Core pour l’enseignement secondaire est également en cours en France et pourra
être expérimenté à la rentrée dans
des lycées partenaires des
Conventions Éducation Prioritaire
de Sciences Po. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR M. VT
« deL’insuffisance
culture
économique
a un impact
important
sur les
comportements
en rendant
difficile
l’appropriation
des réformes
»
YANN ALGAN,
PROFESSEUR D’ÉCONOMIE
À SCIENCES PO
Les Français n’ont pas toujours été
nuls en économie, loin de là… Il fut
un temps où cette jeune science les
passionnait, où les familles, au coin
du feu, discutaient coups boursiers
et bons rendements. Les romans
du XIXe décrivent cette fascination
de la bourgeoisie devant l’émergence du capitalisme. L’un des plus
célèbres avares de la littérature,
Félix Grandet, le père d’Eugénie,
passe ses nuits à analyser les fluctuations des cours de la rente et de
l’or. Balzac fait mourir le vieil
homme en 1828. Il n’a donc pas
connu le développement des Sociétés anonymes. D’où sa passion
pour les rentes, dont la valeur des
titres évolue en fonction de la solidité du gouvernement et qui
constituent le meilleur moyen de
spéculation de l’époque.
Quelques dizaines d’années plus
tard, la Bourse s’est développée.
Dans Bel Ami, Virginie Walter livre
à son amant, pour tenter de garder
ses bonnes grâces, les ficelles d’un
coup boursier que prépare son
mari. À cette époque, Paris bruisse
de ce type d’opérations. C’est l’âge
d’or de la IIIe République des af-
faires, du développement du chemin de fer, des grandes compagnies
de navigation, de l’exploration
coloniale… Autant d’immenses
projets à financer qui nécessitent de
mobiliser les capitaux privés. Une
presse pléthorique accompagne
cette effervescence. La Bibliothèque
nationale de France (BNF) recense
100 publications dédiées à l’économie et à la Bourse à la fin du
XIXe siècle. Parmi les titres, des
« généralistes » comme Les Annales
de la Bourse, Le Journal des finances
ou encore L’Écho de l’industrie française. Mais aussi beaucoup de journaux ultraspécialisés. Paris s’affiche
alors fièrement comme le premier
centre financier mondial et n’a rien
à envier à Londres ou à New York
en termes de culture économique
de sa population. De l’eau a depuis
coulé sous les ponts…
Scandales financiers
Pourquoi un tel retournement ?
Une série de scandales financiers,
qui touchent les élites du pays, a
ébranlé la confiance des épargnants
au tournant du siècle. Celui de Panama, du nom de la Compagnie
universelle du canal transocéanique
mise en liquidation en 1889, ruine
85 000 petits porteurs et manque
emporter la IIIe République. À la
même époque, entre 1888 et 1914,
1,6 million de porteurs français ac-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ÉCONOMIE
ÉCONOMIE
les y sensibiliser.
quièrent des emprunts russes qui
garantissent une bonne rente. La
Russie lève ainsi 12 milliards de
francs or, l’équivalent d’un peu
moins de 20 milliards d’euros, selon
les associations de porteurs. Alors
que l’URSS refuse de reconnaître
cette dette tsariste, des enquêtes
révèlent que les Russes avaient corrompu la classe politique et les médias français pour vendre leurs
titres…
Dans les années 1920, sous l’impulsion de l’électrification du Vieux
Continent, la Bourse de Paris atteint
des sommets. Les ménages, appauvris par l’inflation et désormais méfiants, ne suivent toutefois plus. Le
capitalisme se coupe peu à peu des
classes moyennes. En parallèle, le
socialisme, unifié depuis 1905, gagne du terrain auprès des paysans,
ouvriers, intellectuels, fonction—
naires… avant d’être supplanté sur
sa gauche par l’Internationale communiste. La crise des années 1930
vient consommer le divorce entre
les Français et l’économie. Arrivé
au pouvoir en 1936, le Front populaire prend immédiatement trois
mesures économiques fortes pour
donner à l’État le contrôle du blé, de
l’armement et du crédit. C’est un
tournant décisif. Tous les gouvernements français depuis resteront
dirigistes. Le culte de l’État a remplacé celui de l’entreprise ! ■
Bruxelles brandit une « loi de blocage » censée protéger les entreprises
de l’UE actives à Téhéran. Un geste jugé plus politique qu’opérationnel.
JEAN COMTE £@JeanComte
BRUXELLES
Les Français
ont une
très faible
connaissance
des mécanismes
économiques
de base.
Il en découle
un risque
plus élevé
de vulnérabilité
financière
»
MICHEL PÉBEREAU,
ANCIEN PDG DE BNP PARIBAS
Des courtiers devant
la Bourse de Paris, en 1930.
Ci-dessous, des unes
de journaux économiques
entre la fin du XIXe
et le début du XXe siècle.
DELIUS/LEEMAGE, BNF GALLICA
COMMERCE Hors de question de
se laisser faire. Alors que Washington a rétabli ce lundi même une série de sanctions à l’encontre des
acteurs économiques opérant en
Iran, l’Union européenne a immédiatement répliqué en enclenchant
une « loi de blocage » censée protéger les entreprises européennes
des effets de la loi américaine.
« Nous sommes déterminés à
protéger les opérateurs économiques européens engagés dans des
affaires légitimes avec l’Iran », ont
déclaré les ministres des Affaires
étrangères de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, les
trois pays de l’UE artisans de l’accord sur le nucléaire conclu en
2015, dans un communiqué
conjoint avec la chef de la diplomatie de l’UE, Federica Mogherini.
Dans les faits, le geste de Bruxelles « est surtout politique », comme
le reconnaît une source européenne. Ce texte est l’actualisation
d’une « loi de blocage » initialement prise en 1996. Elle visait alors
à contrer les sanctions américaines
concernant plusieurs pays - Cuba,
la Libye et l’Iran. En raison d’un
compromis politique trouvé à
l’époque avec Washington, cette
loi n’a jamais été vraiment mise en
œuvre. Aussi, peu d’avocats sont
capables de prédire la façon dont
ses articles, formulés de façon large, pourraient s’appliquer. « Il
n’existe qu’une expérience limitée
de la façon dont ce texte fonctionne
en pratique », alertait fin juillet
BusinessEurope, le Medef européen. « Ce n’est pas la panacée plutôt un moyen de dissuasion »,
approuve une seconde source.
Le texte protège en principe les
entreprises européennes d’éventuelles amendes américaines. Mais
cette clause ne sera pas très
utile pour celles qui ont une activité significative outre-Atlantique : les juges américains pourront toujours geler les avoirs ou
imposer des punitions aux filiales
établies chez eux.
Le texte interdit également aux
entreprises européennes de se
conformer aux sanctions américaines. Ce qui veut dire, en théorie,
que l’UE devrait sanctionner chaque entreprise qui se désengage
d’Iran à cause des sanctions - par
exemple Total ou Engie. Dans les
faits, cette option est difficile à
prendre au sérieux. « Est-ce que
Paris est vraiment prêt à punir Total ? Je ne pense pas », ironise un
avocat spécialiste du sujet. « En
pratique, on espère surtout que le
Bureau de contrôle des avoirs étrangers [l’Ofac, le puissant organisme
américain chargé des sanctions,
NDLR] comprendra les conflits de
droit qui cernent les entreprises
européennes et sera arrangeant »,
précise une source de Bercy.
Poursuites judiciaires
De plus, ces sanctions doivent être
mises en œuvre au niveau national, et certains États n’ont jamais
prévu dans leur droit pénal de
sanctions pour cela. C’est le cas de
la France, affirme Olivier Dorgans,
avocat au barreau de Paris, spécialiste des sanctions.
Autre dispositif de la « loi de blocage » européenne : elle autorise
les entreprises européennes à attaquer en justice toute entité qui lui a
causé des dommages en appliquant
les sanctions américaines. Concrètement, cela autorise par exemple
un sous-traitant de Total qui perd
des contrats en Iran à cause du retrait du géant pétrolier à l’attaquer.
Ou une entreprise lésée à poursuivre les États-Unis. Mais quelle société prendrait le risque d’une procédure à l’issue incertaine pouvant
se prolonger des années durant ?
s’interroge un avocat.
Les commentaires d’entreprises
remontés auprès des juristes sont
unanimes : la « loi de blocage »
européenne n’est pas protectrice.
D’autres mesures de soutien plus
substantielles avaient été évoquées. Paris proposait par exemple
que tous les États de l’UE dédommagent leurs entreprises touchées
par une amende américaine. L’op-
tion, jugée peu crédible par certains, n’a pas été reprise au niveau
européen.
Pour financer les entreprises
européennes en Iran en se passant
du dollar, la Commission avait
autorisé la Banque européenne
d’investissement (BEI) à investir
en Iran, mais elle s’est heurtée au
refus de la Banque elle-même. Celle-ci, qui se finance en grande partie en devise américaine, préfère
ne pas s’exposer aux sanctions de
Washington, décidément toutpuissant sur ce dossier. ■
ATR, la coentreprise
entre Airbus et l’italien
Leonardo, a livré
cinq avions
à la compagnie IranAir,
dimanche, vingtquatre heures avant
l’entrée en vigueur
des sanctions
américaines. MOHAMMA
D HASSANZADEH/AP
Pour les sociétés françaises,
il est compliqué de rester
Les activités de PSA en Iran
sont depuis lundi passibles
de sanctions américaines,
comme celles d’autres
entreprises de l’automobile,
de l’aéronautique ou du
commerce des métaux.
Le 5 novembre, les acteurs du
pétrole et de l’énergie seront à
leur tour visés. C’est pourquoi
PSA et Total ont annoncé la
suspension de leurs activités.
Mais bien d’autres seront
durement pénalisés
par les sanctions américaines.
Car si les entreprises de la
pharmacie, comme Sanofi,
présent en Iran depuis douze
ans, de l’agroalimentaire
ou du tourisme ne sont pas
explicitement ciblées par
Washington, il leur deviendra
très difficile de se faire payer.
Les canaux financiers avec
l’Iran seront coupés. « L’enjeu
est de trouver pour ces
sociétés un moyen de leur
permettre de continuer à
travailler », pointe Olivier
Dorgans, avocat au barreau
de Paris. « Les États membres
pourraient faire intervenir
leurs banques centrales dans
les transferts d’argent »,
propose-t-il. À moins que,
comme certains acteurs
de l’agroalimentaire, elles
choisissent de réinvestir
leurs bénéfices en Iran. C’est
surtout un vaste potentiel
de développement qui
s’efface avec les sanctions
américaines. Car « à quelques
exceptions près, le chiffre
d’affaires des entreprises
françaises en Iran est
marginal », souligne
Olivier Dorgans.
A. BOH
Pour le FMI, les excédents allemands
alimentent le protectionnisme
L’économiste du Fonds exhorte l’Allemagne à investir plus à domicile.
VIOLETTE BONNEBAS
£@VioBonnebas
BERLIN
EUROPE Et si l’Allemagne partageait la responsabilité des tensions
actuelles dans le commerce mondial ? C’est la thèse défendue par
l’économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI). Maurice
Obstfeld, ancien conseiller de Barack Obama, n’est pourtant pas un
partisan du protectionnisme de Donald Trump. Dans une tribune publiée lundi par le journal allemand
Die Welt, Obstfeld pointe du doigt
des excédents commerciaux « disproportionnés » qui « alimentent le
sentiment protectionniste » et représentent « une menace à moyen terme
sur la stabilité financière mondiale ».
Ce n’est pas la première fois que
le FMI presse Berlin de réduire ses
excédents. Mais dans le contexte
d’une guerre commerciale déclen-
chée par Washington, ces propos
semblent apporter de l’eau au moulin du président américain. L’Allemagne enregistre en effet l’excédent commercial le plus élevé au
monde : il a atteint près de 245 milliards d’euros en 2017, dont un cinquième concerne les échanges avec
les États-Unis.
Pour Maurice Obstfeld, ce déséquilibre de la balance commerciale
est une conséquence de la politique
d’orthodoxie budgétaire menée par
Berlin depuis 2009. « Un solde exportateur important n’est pas nécessairement un signe de force, écrit-il,
mais plutôt d’une faiblesse de l’investissement intérieur et d’une épargne qui va au-delà du nécessaire. »
L’économiste appelle les pouvoirs publics à « inciter les entreprises à investir en Allemagne plutôt
qu’à l’étranger » et à « stimuler la
demande intérieure par une augmentation sensible des dépenses publiques ». La hausse des investisse-
ments engagée au printemps
(+ 10 % par rapport à 2017) est, selon
lui, trop « timide ». Une critique
réfutée par le ministère allemand
des Finances. « Les investissements
publics ont été portés à un niveau
record », assure la porte-parole
Maike Kreutzberg.
Recul des commandes
Du côté des exportateurs allemands, on rejette aussi toute responsabilité. « Les produits allemands sont très demandés sur le
marché mondial en raison de leur
qualité et de leur prix, explique
Sophia Krietenbrink, de la chambre
allemande de commerce et d’industrie. Les entreprises allemandes
pourraient en tout cas être parmi
les premières à pâtir des conflits
commerciaux : les commandes
passées à l’industrie d’outre-Rhin
ont chuté de 4 % en juin, et même
de 5,9 % de la part des clients hors
Union européenne. ■
Un solde
« exportateur
important
n’est pas
nécessairement un signe
de force, mais
plutôt d’une
faiblesse
de l’investissement
intérieur et
d’une épargne
qui va
au-delà du
nécessaire
»
MAURICE OBSTFELD,
ÉCONOMISTE EN CHEF
DU FMI
A
accros à la Bourse
25
25
Iran : la riposte européenne aux
sanctions américaines laisse sceptique
sion…
jet les « intéresse vraiment » et 89 %
pensent que l’école devrait permettre d’acquérir « les connaissances
de base en matière d’économie ».
« Mais force est de constater la lenteur des mutations de l’Éducation nationale », déplore l’institut Sapiens,
dans une analyse publiée récemment. L’auteur de la note, l’économiste Pierre Robert, critique notamment le faible nombre d’heures
consacrées à l’économie au lycée
(1 h 30 en seconde). Il rappelle que le
professeur Olivier Blanchard (Harvard, MIT, ex-FMI) a relevé que les
manuels scolaires « comportent trop
d’informations que les élèves peuvent
absorber de façon passive et pas assez
de méthode de raisonnement ». Il regrette également le manque de pluralisme et « la manière encore assez
politisée dont nombre d’enseignants
de sciences économiques et sociales
conçoivent toujours leur mission »,
avec un tropisme sur les théories
keynésiennes et une résistance marquée à l’orthodoxie libérale. ■
mardi 7 août 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 7 août 2018 LE FIGARO
26
ENTREPRISES
Brexit : HSBC
transfère sept
succursales
de Londres à Paris
La banque investit également lourdement en Asie
pour accélérer sa croissance.
HSBC EN CHIFFRES
AU PREMIER SEMESTRE
2,5 %
Hausse du bénéfice net
7%
Hausse des dépenses
d’exploitation
27,3
milliards de dollars
de chiffre d’affaires
ANNE BODESCOT
abodescot@lefigaro.fr
BANQUE Dans la finance, les préparatifs en prévision du Brexit
s’accélèrent. La Grande-Bretagne
redoute désormais une sortie de
l’Union européenne (UE) sans accord avec Bruxelles. Ce qui compliquerait encore davantage le travail
de ses banques sur le Vieux Continent. Prenant les devants, HSBC a
annoncé lundi que plusieurs de ses
succursales européennes, jusqu’alors contrôlées depuis Londres, seront l’an prochain rattachées à sa filiale française.
Ses activités en République tchèque, Irlande, Italie, Luxembourg,
Pays-Bas et Espagne seront pilotées depuis Paris par HSBC France,
en principe à partir du premier trimestre 2019. Soit juste avant la sor-
Les activités de HSBC en République tchèque, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas et Espagne seront pilotées
depuis Paris par HSBC France. TOLGA AKMEN/AFP
tie effective du Royaume-Uni de
l’UE, prévue fin mars. « Ce que nous
avons prévu depuis le début, depuis
plus de deux ans, a été fondé sur le
pire des scénarios », explique John
Flint, le nouveau directeur général.
L’annonce a été faite quelques
heures après la publication de résultats mitigés pour le groupe bancaire britannique. Après avoir
mené un vaste plan de restructuration ces dernières années et fait des
économies à tous crins, la banque a
enregistré une hausse de 7 % de ses
coûts sur les six premiers mois de
l’année, en raison de ses investissements en Asie, où elle veut pousser
plus encore son avantage. Elle y
réalise déjà près de la moitié de son
activité. « Nous sommes en train
d’investir pour gagner de nouveaux
clients, pour accroître notre part de
marché et poser les fondations d’une
croissance régulière des bénéfices »,
souligne John Flint. Aux manettes
depuis février, il est d’ailleurs prêt
à aller beaucoup plus loin, puisqu’il
a dévoilé en juin un plan d’investissement sur trois ans de 15 à
17 milliards de dollars.
Les dépenses déjà engagées ces
derniers mois par la banque ont
permis d’embaucher afin de
conquérir davantage de clients et
de se renforcer dans les activités
numériques, en particulier en
Chine. Mais cette hausse des dépenses a été plus forte que celle du
chiffre d’affaires, qui augmente de
4 % (2 % ajustés des éléments exceptionnels). Voilà qui explique
l’accueil plutôt froid réservé aux
résultats semestriels de la banque à
la Bourse de Londres, où le titre a
terminé lundi en léger repli
(- 1,06 %).
Pourtant, le bénéfice semestriel
dévoilé lundi est légèrement supé-
rieur aux prévisions, avec une progression de 2,5 %, à 7,173 milliards
de dollars. En Asie, le bénéfice
avant impôt du premier semestre a
même bondi de 23 %, à 9,4 milliards de dollars, ce qui représente
88 % du bénéfice total du groupe.
Baisse des profits
en Europe
Mais ces bonnes performances ont
été contrebalancées par une baisse
des profits sur d’autres marchés, en
particulier en Europe, où l’activité
est pénalisée notamment par la faiblesse des taux d’intérêt. Toutefois,
le patron de HSBC espère toujours
stimuler les revenus de son groupe
dans les prochains mois, pour que,
sur l’année, la progression des recettes soit plus forte que celle des
coûts.
Mais la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, qui
EN BREF
Pepsi se prépare à changer de PDG
HAUSSE DES PRIX
DES CARBURANTS
En octobre, Indra Nooyi cédera sa place alors que les sodas perdent du terrain.
AGATHE FOURCADE
afourcade@lefigaro.fr
Indra Nooyi est l’une
des rares femmes
à diriger un grand
groupe américain.
EVAN VUCCI/AP
AGROALIMENTAIRE Après douze
années à la tête de PepsiCo, Indra
Nooyi se prépare à tirer sa révérence. D’origine indienne, à
62 ans, elle était l’une des rares
femmes à diriger un grand groupe
américain. Elle quittera son poste
le 3 octobre, après vingt-quatre
ans de loyaux services au sein de
Pepsi, mais restera présidente du
conseil d’administration jusqu’à
début 2019, pour assurer une
transition en douceur. Son successeur est un ancien de la maison. Ramon Laguarta, 54 ans, est
l’actuel numéro deux. Ce dirigeant
espagnol est présent dans le groupe depuis vingt-deux ans.
Ce changement à la tête de l’entreprise intervient alors que le
secteur des boissons non alcooli-
sées et gazeuses est entrée dans
une période complexe : les sodas,
jugés trop sucrés, sont moins prisés par les consommateurs tandis
que les pouvoirs publics en alourdissent la fiscalité avec des taxes
spécifiques. Au deuxième trimestre 2018, le bénéfice d’exploitation
de la division boissons de Pepsi
avait chuté de 16 % en Amérique
du Nord. Ce sont les autres activités qui ont compensé ce recul.
Adversaire tenace
Arrivée au poste de PDG en
2006, la dirigeante avait anticipé
la tendance de la « healthy food »,
une nourriture plus saine préférée
par les consommateurs. Elle avait
poussé les investissements dans la
recherche-développement (R&D)
pour proposer des boissons moins
sucrées et des snacks moins salés.
Elle avait même encouragé la R&D
sur les végétaux pour aborder au
préoccupe toujours les marchés financiers, lézarde la confiance dans
la capacité de la banque à tenir
cette promesse. Pour l’instant,
HSBC affirme que cette guerre
douanière n’a eu aucun effet sur
son activité et ses clients. Le président du groupe, Mark Tucker, a
même tenu à rappeler que le marché asiatique restait solide. Mais
John Flint reconnaît que la croissance chinoise pourrait en être légèrement affectée.
Touchée par de nombreux scandales financiers ces dernières années, HSBC a aussi annoncé avoir
trouvé un accord en juillet avec le
département américain de la Justice. La banque paiera une pénalité
financière de 765 millions de dollars pour mettre fin aux poursuites
sur son activité dans les prêts immobiliers avant la crise financière
de 2008. ■
mieux ce tournant dans les habitudes alimentaires. Une vision reprise ensuite par ses principaux
concurrents dont Coca-Cola.
En parallèle, elle a diversifié
l’activité et acquiert la coentreprise composée du fabricant de houmous Sabra et du saoudien Almarai, géant de l’agroalimentaire.
Elle a ensuite racheté le brésilien
Amacoco, fabricant de boisson à
l’eau de coco, en 2010 et le géant
du lait et des jus de fruit russe
Wimm-Bill-Dann en 2014. Une
stratégie payante puisque depuis
qu’Indra Nooyi dirigeait Pepsi le
chiffre d’affaires avait progressé
de 81 %, passant de 35 milliards de
dollars en 2006 à 63,5 milliards en
2017. En Bourse, le cours a presque
doublé en douze ans, à 109 dollars.
Pourtant, celle qui affirme
qu’« ayant grandi en Inde, [elle]
n’aurait jamais imaginé avoir l’opportunité de diriger une entreprise
aussi extraordinaire » a dû faire
face à un adversaire tenace : l’actionnaire activiste Nelson Peltz.
Son fonds d’investissement,
Trian, est entré au capital de Pepsi
en 2011. Il a alors milité pour une
scission en trois entités indépendantes : les sodas, l’embouteillage
et les snacks, estimant que la diversification n’était pas assez rémunératrice.
Si, à l’époque, la dirigeante y
était formellement opposée, elle
avait tout de même considéré la
possibilité de séparer l’embouteillage et le conditionnement
mais elle n’avait pas concrétisé
cette option stratégique. Nelson
Peltz s’était finalement retiré du
capital, mais les questions soulevées restent toujours d’actualité.
Reste à savoir si Ramon Laguarta
engagera Pepsi dans cette direction ou préférera la politique de la
PDG sortante. ■
£ Le gazole, carburant le plus
vendu en France avec environ
80 % des volumes, s’affichait
en moyenne à 1,44 euro le litre,
soit 1,12 centime de plus que
la semaine précédente, selon
le ministère de la Transition
écologique et solidaire. Le litre
d’essence sans plomb 95 (SP95)
a augmenté de 2,03 centimes,
à 1,54 euro. Le litre de SP98 a
pour sa part pris 1,46 centime,
à 1,60 euro.
UNE ACQUISITION
POUR CONSOLIS
£ Le groupe français Consolis,
fabricant de produits en béton
préfabriqué, rachète l’estonien
TMB (500 personnes,
120 millions d’euros de chiffre
d’affaires en 2017). Propriété
du fonds américain Bain Capital
depuis 2017, Consolis emploie
11 000 personnes dans 22 pays
pour un chiffre d’affaires
de 1,45 milliard d’euros en 2017.
LA SÉANCE DU LUNDI 6 AOÛT
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 42,65
♣
AIR LIQUIDE ..................................
108,05
AIRBUS ..............................................107,82
ARCELORMITTAL SA ..................................
27,23
ATOS .............................................. 111,55
AXA .............................................. 22,055
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
54,03
BOUYGUES ..............................................
37,4
CAPGEMINI ..............................................
108,65
CARREFOUR ..............................................
15,595
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,335
DANONE ..............................................68,03
ENGIE .............................................. 13,405
ESSILOR INTL. ..................................125,85
HERMES INTL ..................................544
KERING ..............................................457,7
L'OREAL ..............................................212,5
LEGRAND ..............................................63,24
LVMH .............................................. 298,15
♣
MICHELIN ..............................................
110,35
%VAR.
+HAUTJOUR
-1,16 43,39
-0,09 108,25
+0,06 109,58
-1,84 27,835
-0,67 112,6
+0,02 22,165
-0,72 54,54
-0,43 37,63
-0,82 110,1
+0,91
15,73
+0,9
12,44
-0,25 68,45
-0,33
13,515
-0,28 126,65
+0,04 545,8
-0,39 463,3
+0,19 213,7
0
63,64
+0,97 301,95
+0,68 110,65
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
42,57
0,35
106,95
0,224
107,34
0,118
27
0,134
111,4
0,228
21,835 0,258
53,68
0,219
37,23
0,095
108,05
0,266
15,47
0,414
12,245 0,342
67,92
0,165
13,28
0,204
125,3
0,166
540,8
0,038
455,9
0,115
211,7
0,06
62,96
0,158
295,3
0,091
109,1
0,194
-0,81
+2,86
+29,9
+0,42
-8,08
-10,83
-13,2
-13,65
+9,87
-13,55
-10,62
-2,74
-6,49
+9,48
+21,9
+25,3
+14,9
-1,48
+21,5
-7,7
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................14,585 -0,21
PERNOD RICARD ..................................
139,9
-0,5
PEUGEOT ..............................................
24,37 +0,58
♣ 54
PUBLICIS GROUPE SA .............................
-0,07
RENAULT ..............................................
72,2
-0,23
SAFRAN ..............................................
106,6
+1,04
SAINT GOBAIN ..................................37,075 +0,37
SANOFI ..............................................73,72 -0,51
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
68,2
-0,2
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
37,295 -0,11
SODEXO ..............................................92,04 -0,07
SOLVAY ..............................................
113,9
-0,13
STMICROELECTRONICS .............................
19,04 +0,16
TECHNIPFMC ..................................26,94 -0,04
TOTAL .............................................. 54,95 +0,31
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
189,8
-0,21
VALEO ..............................................40,88 +1,06
VEOLIA ENVIRON. ..................................
18,84 -0,63
♣
VINCI .............................................. 84,12 -0,38
VIVENDI ..............................................21,95 -0,41
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,675
141,05
24,52
54,44
73,2
107,65
37,2
74,41
68,86
37,465
92,5
114,45
19,11
27,28
55,07
190,95
41,11
18,99
84,58
22,13
14,53
139,45
24,24
53,66
71,77
105,5
36,775
73,53
67,86
37,005
91,46
113,15
18,71
26,84
54,51
188,05
40,22
18,75
83,82
21,83
%CAP.ECH
0,118
0,1
0,285
0,181
0,275
0,157
0,279
0,136
0,204
0,278
0,183
0,182
0,187
0
0,112
0,144
1,153
0,276
0,11
0,203
31/12
+0,76
+6,03
+43,73
-4,68
-13,96
+24,08
-19,37
+2,6
-3,75
-13,37
-17,86
-1,73
+4,59
+4,22
+19,34
-34,35
-11,45
-1,21
-2,1
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5629
1,5032
0,8928
9,0605
128,68
1,1513
1,1543
3,145
11,103
5,9627
20,6554
7,9066
79,49
136,69
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33840
33500
-2,62
NAPOLEON ..................................................... 199,9
199,7
-3,38
PIECE 10 DOL USA .....................................................
556
570
-5,44
PIECE 10 FLORINS .....................................................
200
200
-6,02
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1130
1130
-3,25
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
198
198
-2,94
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
290
290
-4,92
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1263
1262
-3,59
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
112,9
113,7
+2,82
PIECE SUISSE 20F .....................................................
198
198
-2,32
PIECE LATINE 20F .....................................................
197
197
-2,91
SOUVERAIN ..................................................... 256
250
-1,8
KRUGERRAND .....................................................1100
1060
-1,68
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
285,67 02/08/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
49,19 02/08/18
BELLATRIX C ................................................
335,62 02/08/18
SIRIUS ................................................56,12 02/08/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
A
LA MÉGAFUSION ENTRE LINDE ET PRAXAIR REMISE EN CAUSE
La mégafusion entre Linde et Praxair
aura-t-elle lieu ? Le fabricant de gaz
industriel allemand Linde a plongé de
7,47 % à la Bourse de Francfort lundi : il
avait prévenu dimanche que de nouvelles
exigences des autorités américaines de la
concurrence pourraient faire dérailler son
rapprochement avec l’américain Praxair,
qui doit être bouclé d’ici au 24 octobre,
selon le droit allemand. Cette fusion, évaluée à 68 milliards d’euros et annoncée en
décembre 2016, doit donner naissance au
numéro un mondial des gaz industriels,
détrônant le français Air liquide. Linde explique que « la Commission fédérale du
commerce des États-Unis a exprimé des
attentes concernant d’autres engagements de désinvestissement et ache-
teurs potentiels, jugés nécessaires en
vue de l’approbation de la fusion ».
À la mi-juillet, le groupe allemand avait
déjà cédé une grande partie de ses actifs
américains pour tenter de satisfaire les
autorités de la concurrence. Début juillet,
Praxair, de son côté, avait annoncé la
cession à son concurrent japonais Taiyo
Nippon Sanso de ses activités europé-
ennes. Les nouvelles exigences des autorités américaines pourraient désormais
« excéder le seuil fixé » par l’accord
conclu entre Linde et Praxair.
Les deux groupes peuvent en effet renoncer à la fusion si les autorités de régulation exigent des cessions d’actifs pour
plus de 3,7 milliards de dollars de chiffre
d’affaires ou 1,1 milliard de dollars d’excé-
dent brut d’exploitation (Ebitda). La Commission européenne s’est donné jusqu’au
9 août pour approuver ou non le mariage
des deux groupes, tandis que le gendarme américain doit se prononcer d’ici à
l’automne. Linde avait déjà renoncé en
septembre 2016 à une première tentative
de fusion avec Praxair, faute d’accord sur
les modalités pratiques. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
27
Dans les couli
sses...
... de l’Opéra G
arn
Garnier, un Opéra d’excellence
Ce chef-d’œuvre architectural, inauguré en 1875 au cœur du nouveau Paris haussmannien,
est une fourmilière. Machinistes, couturières, modistes et médecins s’activent sans relâche.
Ici, tout est fait maison
11 heures. Au service couture, au
4e étage, 33 couturières, modistes et
décoratrices – jusqu’à 70 personnes, avec les intermittents, lors des
pics d’activité - s’agitent avant la
trêve estivale. De 2000 à 3 500 costumes passent chaque année entre
leurs mains. Ce matin-là, ce sont les
costumes et les masques de La
Dame aux camélias, ballet de John
Neumeier qui sera repris à Noël. On
a ressorti du stock ceux qui ont servi il y a cinq ans. Pour les reprises,
pas question de repartir de zéro.
Tout est remis en état et aux mesures. Le coût ne doit pas dépasser
90 000 euros par spectacle.
À elle seule, l’héroïne, Marguerite, porte 12 robes différentes. Une
couche du jupon de dentelle de
l’une de ses robes doit être changée.
À quelques entrechats de là, plusieurs kilos de tissus vont être
teints. Ils serviront à l’automne au
ballet Glass Pieces. Ici, tout est fait
maison. Aux fourneaux, Valérie
prépare son mélange, l’œil rivé sur
ses pigments. Au vert, elle rajoute
une pointe de rose. « Je fais tout à
l’œil, mètre par mètre, il n’y a pas de
recette préétablie, dit-elle. À l’Opéra, chaque atelier s’active dans son
]
coin puis tout prend vie comme par
magie sur scène. C’est une machine
bien huilée. »
11 h heures 30. Au pôle santé,
Pierre patiente, IRM sous le bras,
avant de voir le médecin. Il s’est fissuré le tendon d’Achille et se retrouve au chômage technique. Depuis deux ans, à l’initiative de
Benjamin Millepied, ex-directeur
de la danse, médecins, kinés et préparateurs physiques ont été regroupés.
Un
cabinet de radiologie a été créé. « Cela
permet un meilleur
suivi des danseurs et
nous évite de courir
à l’autre bout de Paris en béquilles »,
déclare Pierre.
12 heures. Dans
la « classe D » au
2e étage, Marc, jogging et baskets
noirs, répète dans
la pénombre le ballet The Season’s Canon de Crystal
Pite, qu’il danse début juillet à
Novossibirsk, en Russie. « J’aime
l’ambiance colonie de vacances des
tournées, confie-t-il. Je suis content
de finir l’année par un voyage. »
14 heures. Dans le studio Lifar, le
chorégraphe
israélien
Ohad
Naharin, treillis et sweat-shirt à capuche, fait travailler une vingtaine
de danseurs, pieds nus ou en chaussettes. Aurélie Dupont, la directrice
de la danse, ex-étoile, passe une
tête. Les danseurs s’échauffent par
petits groupes dans un joyeux désordre. Ils préparent Decadance,
qui sera à l’affiche du gala de la rentrée, le 27 septembre : avec 1,1 million d’euros, les recettes de cette
soirée ont battu des records.
15 heures. Sur scène, la représentation de Don Pasquale, de Gaetano Donizetti, se prépare. Une
grande structure en LED, représentant le toit d’une maison, est bientôt suspendue dans les airs. Deux
voitures arrivent de la cour par le
monte-charge. Ce nouveau spectacle a été coproduit par le Royal
Opera House de Covent Garden et
le Teatro Massimo de Palerme. Les
coproductions permettent à l’Opéra de partager les frais de décors et
de costumes. Sachant que Stéphane
Lissner a pris le contre-pied de ses
prédécesseurs en augmentant le
nombre de nouvelles productions.
Un gage d’attractivité, selon lui,
auprès du public et des mécènes.
15 h 30. Arrivée à l’Opéra du baryton Florian Sempey, 30 ans, qui
chante Dottor Malatesta dans Don
Pasquale. Au programme, méditation et relaxation. « J’aime prendre
mon temps, sentir l’énergie du soir,
voir les gens arriver, confie-t-il en
En haut : le lac
souterrain de l’Opéra,
créé par Charles
Garnier. Au milieu :
costumes de Christian
Lacroix réalisés aux
ateliers de l’ONP pour
le spectacle Le Palais
de cristal, de George
Balanchine.
Ci-dessus : Hugo
Marchand, danseur
étoile, à l’exercice
dans la salle des petits
pas de l’Opéra
Garnier. SEGUIN FRANCK/
PRESSE SPORTS, AGATHE
POUPENEY, GOOGLE
peignoir dans sa loge. Chanter trois
heures, c’est comme courir un marathon ! » Il s’échauffe la voix avec une
paille, se masse la nuque. Chaque
chanteur est free-lance, recruté via
son agent par l’Opéra. Son contrat
de deux mois pour Don Pasquale a
été signé il y a deux ans. Il a déjà
rempilé pour un autre spectacle en
2021. Le cachet moyen par représentation varie de moins de
1 000 euros bruts, pour les petits rôles, à 15 000 euros pour les quinze
stars du circuit.
16 heures. Pause déjeuner tardive
à la cafétéria pour six danseurs. Les
sucres lents sont de rigueur les jours
de spectacle. Marc avale des pâtes
au ketchup et un yaourt avant de filer à la répétition avec Ohad
Naharin. « C’est un régal, racontet-il. Nous sommes très chanceux de
travailler avec lui. »
17 heures. Des curieux entrent
dans l’Espace Devialet, logé depuis
un an au cœur de Garnier. C’est une
première pour une marque. Le fabricant des enceintes connectées
très haut de gamme a conçu un modèle exclusif qui porte le logo de
l’établissement. Au même mo-
ment, les derniers visiteurs quittent
l’Opéra, qui reçoit chaque année
670 000 personnes. Un groupe de
Chinois s’arrête à la boutique où le
label de l’Opéra se décline désormais en livres pour enfants, ballerines, bougies… Le développement
de la marque, les concessions et la
location d’espaces ont dopé les recettes commerciales.
18 h 15. Arrivée des 35 personnes
chargées de l’accueil. Les ouvreuses
distribuent
les
programmes.
L’Opéra est l’un des plus gros éditeurs de Paris avec 104 000 programmes vendus par an. Au même
moment, les séances de maquillage
s’enchaînent au pas de course.
19 heures. Assis à droite de la scène, le régisseur général bat le rappel
au micro. Casque sur la tête, derrière ses écrans, il pilote le spectacle en
coulisses. Il fait le lien entre machinistes et éclairagistes, un œil sur les
partitions et sur le chef
d’orchestre.
19 h 30. La dernière
sonnerie retentit. Arrivé sur scène détendu, Florian, blouson de
cuir, lunettes de soleil,
fait la bise à une chanteuse. Le chef d’orchestre prend place
sous les applaudissements. Le rideau se
lève.
21 heures. À l’entracte, les spectateurs
prennent d’assaut les
11 bars. Les gros soirs,
le traiteur, la Maison
Villaret, fait jusqu’à 9 000 euros
de recettes, dont plus de 300 coupes de champagne. « Plus le
spectacle plaît, plus les gens viennent consommer ! », constate un
serveur.
22 heures. Le rideau tombe. Le
souper de l’Arop (Association pour
le rayonnement de l’Opéra de Paris), qui rassemble 415 convives, va
débuter dans le Grand Foyer - cette pièce légendaire de 154 mètres
de long… Au menu, gambas et légumes croquants, filet de veau
grillé puis fraises et meringuettes.
La soirée, avec le dîner, est facturée 500 euros. Le mécénat a rapporté le montant record de
15,7 millions d’euros en 2016
(+ 13 %). Depuis son arrivée, Stéphane Lissner permet aux donateurs de choisir à la carte les projets
qu’ils financent. Depuis le virage
amorcé par le directeur de l’Opéra,
les recettes propres représentent
55 % des ressources, la subvention
publique 45 %, pour un budget de
220 millions d’euros. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Le tunnel sous la Manche
Février 1862,
Charles
Garnier crée
un « lac »
sous l’Opéra
■ Après les premiers travaux
de terrassement, les ouvriers
du chantier s’attellent à
creuser les fondations. La
parcelle où s’élèvera le futur
Opéra a été attribuée
par le baron Haussmann. Le
monument, à la croisée des
grandes artères, au cœur d’un
quartier d’affaires et de
résidences élégantes, devra
symboliser la refonte
de la géographie parisienne.
Aujourd’hui encore, l’avenue
de l’Opéra est la seule de Paris
dépourvue d’arbres afin
d’offrir la meilleure perspective
sur la façade du théâtre.
Sauf que Charles Garnier
et ses hommes découvrent
un terrain marécageux.
Rapidement, les fondations
percent la nappe phréatique
et cette dernière inonde le
chantier… La mise en place
de pompes ne suffit pas à
l’assécher. Le jeune architecte,
qui a remporté le concours
parmi 171 candidats, a l’idée de
contrebalancer les poussées
des eaux en remplissant une
cuve de la taille du plateau,
à l’aplomb de la scène. Cela
permet de stabiliser l’édifice
et d’assurer l’étanchéité du
bâtiment. La cuve créée,
qui est située à une dizaine de
mètres sous le niveau de la
scène, contient 5 000 mètres
cubes d’eau. Elle sert aussi de
réservoir en cas d’incendie. Elle
donnera naissance à la
légende du lac et du fantôme
de l’Opéra de Gaston Leroux.
On l’aperçoit même dans La
Grande Vadrouille ! Pour la
première fois depuis vingt-six
ans, la cuve a été vidée fin juin
pour vérifier l’état des
maçonneries et effectuer
de premiers relevés
topographiques. La mission
a été menée par la brigade
de pompiers « maison »
en liaison avec l’architecte des
Monuments historiques, le
bâtiment étant classé. La cuve
accueille aussi une fois
par mois des plongeurs des
sapeurs-pompiers de Paris
pour leurs entraînements.
600
Nombre de personnes
travaillant à Garnier,
dont 154 danseurs
670000
Nombre de visiteurs
en 2017
(+ 21 %)
74
millions d’euros
Recettes de la billetterie
en 2017
A
FRANÇOOIS BOUCHON/LE FIGARO
Les spectaculaires
détails architecturaux
du hall d’entrée
et des escaliers
de l’Opéra Garnier.
6 heures. Place Diaghilev, l’entrée
des artistes, en face des Galeries Lafayette. Les agents de sécurité, qui
se relaient pendant la nuit avec les
pompiers à l’Opéra, ouvrent les
portes aux 15 ouvriers de nettoyage.
Entre les répétitions des danseurs et
les locations d’espaces à des entreprises, le ménage est un vrai cassetête en matière d’organisation.
10 heures. Crayon en main, visage masqué, un groupe d’une centaine de personnes se lance dans un
Escape Game et part à la recherche
de la partition de La Flûte enchantée
au gré de huit énigmes. Un jeu
grandeur nature (28 euros par participant) organisé pour la première
fois au Palais Garnier. « C’est un
moyen de nous ouvrir à un autre public, plus jeune, qui va découvrir
l’architecture de Garnier et rentrer
dans un lieu qui peut être intimidant », explique Stéphane Lissner,
directeur général de l’Opéra de Paris. Depuis trois ans, une douzaine
d’avant-premières à 10 euros sont
réservées aux moins de 28 ans. En
parallèle, l’Opéra se fait davantage
connaître en dehors de ses murs.
« Entre les retransmissions TV et cinéma (1 000 salles en France et à
l’étranger), nous avons dépassé le
million de spectateurs l’an passé »,
indique Stéphane Lissner, qui partage son temps entre Bastille et
Garnier.
ier
Cet été, Le Fig
aro
de lieux ordina vous emmène dans les co
ulisses
ires ou d’excep
de cette série,
le joyau dont tion. Premier
la
avait été décid
ée par Napoléo construction
n III.
1/5
KEREN LENTSCHNER £@Klentschner
mardi 7 août 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 7 août 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et TECH
Wish, le bazar du Web qui valait
3 milliards de dollars
EN BREF
CARREFOUR ET TESCO
OFFICIALISENT
LEUR PARTENARIAT
£ Carrefour et Tesco ont
officiellement signé leur
partenariat stratégique sur les
achats en commun de produits
pour leurs marques propres
(MDD) et de biens non
marchands. Le français
et le britannique avaient
dévoilé ce projet le 2 juillet.
Pour Carrefour, c’est le
troisième grand partenariat
conclu en six mois, après ceux
avec deux géants d’Internet,
le chinois Tencent
et l’américain Google.
À coups de prix cassés et de publicités, ce site d’e-commerce a déjà bâti un petit empire.
ELISA BRAUN £@ElisaBraun
INTERNET Son logo bleu a fait son
apparition à la télévision française
durant les coupures publicitaires
des matchs de la Coupe du monde.
Le site Wish.com avait jusqu’ici
misé sur le bouche-à-oreille et les
réseaux sociaux pour se hisser
discrètement dans le top des sites
d’e-commerce les plus consultés
de France, avec 7 millions de visiteurs uniques chaque mois en
2017, selon Médiamétrie. Désormais, l’entreprise américaine attaque le marché européen à visage
découvert.
Lancé en 2013, Wish est un empire bâti sur la vente de produits
du quotidien à tout petits prix. Sur
sa plateforme, 2 millions de vendeurs, principalement issus de
Chine, proposent aux consommateurs une large gamme de produits high-tech ou de mode à des
tarifs ridiculement bas. Wish ne se
préoccupe pas de l’inventaire :
c’est aux vendeurs d’assurer la logistique. Grâce aux commissions
prélevées sur les transactions,
l’entreprise aurait réalisé 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires en 2017 et « plus que doublé ses
revenus chaque année depuis sa
création, il y a huit ans », selon son
discret PDG, Peter Szulczewski.
Cet ancien ingénieur de Google
revendique 300 millions d’utilisateurs dans le monde. L’application
de Wish est numéro un dans près
de quarante pays sur le magasin
d’applications Android dans la catégorie shopping, et numéro deux
en France derrière Le Bon Coin.
Malgré ces résultats vertigineux, l’arrière-boutique de la plateforme, valorisée à 3 milliards de
dollars selon Forbes, est nettement moins reluisante. Wish.com
se montre peu scrupuleux sur la
qualité des produits vendus ou
leur simple conformité à leur description. Les arnaques sont donc
monnaie courante et rapportées
par centaines sur YouTube par de
BOULANGER RACHÈTE
DEUX MAGASINS
DARTY À PARIS
Lancé en 2013, Wish
est un empire bâti
sur la vente de produits
du quotidien
à tout petits prix.
PHOTOMONTAGE LE FIGARO/
WISH.COM/ANDREY POPOV/
STOCK.ADOBE.COM
jeunes
adolescents.
Croyant
s’acheter un canapé, l’un s’est retrouvé avec sa version miniature.
D’autres espérant obtenir un
iPhone pour 5 euros se retrouvent
avec sa boîte en carton.
Publicité ciblée
Si Wish marche malgré sa mauvaise réputation, c’est qu’il a
choisi de s’attaquer à une cible
bien précise : celle des acheteurs à
faible revenu. Le PDG de Wish
soutient qu’il s’agit d’un énorme
marché, extrêmement désireux
d’accéder aux produits à la mode,
mais pourtant très mal servi par
les offres des e-commerçants.
L’élection de Donald Trump a été
vécue par le chef d’entreprise
comme une validation de sa théorie. Il accuse les « élites technologiques (d’avoir) ignoré les priorités, les valeurs et l’existence de
millions d’invisibles ».
Avant de se préoccuper des désargentés, Peter Szulczewski et
Danny Zhang, son associé, ont fait
fortune dans la Silicon Valley en se
spécialisant dans la publicité ciblée. Cette compétence est au
cœur de l’autre source de revenus
de Wish, méconnue de la plupart
de ses jeunes consommateurs :
l’exploitation de leurs données
personnelles.
Sur la plateforme, il est ainsi
obligatoire de s’inscrire pour accéder au catalogue, et l’utilisateur
est fortement incité à utiliser son
compte Facebook ou Google. Ainsi, Wish peut accéder à tout un tas
de données sur ses goûts qu’il se
réserve le droit d’utiliser à sa guise. Il n’est pas rare qu’il s’en serve
pour suivre ses clients à la trace en
leur proposant des publicités ciblées un peu partout sur Internet.
Avec 100 millions de dollars dépensés chez Facebook, Wish
comptait ainsi parmi les trois premiers annonceurs du réseau social
en 2015, et les dix premiers de
Google et Pinterest.
C’est grâce à cette connaissance
du monde de la publicité en ligne
que les deux créateurs de Wish
avaient d’abord levé 1,7 milliard
de dollars en 2011. Avant d’opérer
un « pivot », Wish était une entreprise spécialisée dans le ciblage
algorithmique, baptisée ContextLogic. Les contrats de Wish sont
d’ailleurs toujours au nom de cette
société, qui dispose d’un siège
européen aux Pays-Bas et un à San
Francisco.
Entre 2015 et 2016, Wish a levé
1 milliard de dollars, notamment
auprès du géant chinois de l’ecommerce JD.com et du fonds
d’investissement de Singapour
Temasek. « Si nous voulons atteindre 1 000 milliards de dollars (en
volume brut de ventes de marchandises), nous devons être
agressifs », expliquait Peter Szulczewski. D’après Business Insiders, le PDG aurait déjà refusé des
offres de rachat d’Alibaba et
d’Amazon. ■
L’ÉTÉ DU FIGARO
2/6
Cette discrète société franco-chinoise collabore
avec tous les grands acteurs mondiaux du jeu vidéo.
A
JEUX VIDÉO Difficile d’avoir entendu parler de Virtuos si on ne
travaille pas dans le secteur du jeu
vidéo. Cette société, fondée en
Chine en 2004 par le Français
Gilles Langourieux, cultive la discrétion.
Lors du salon E3, rendez-vous
mondial de l’industrie à Los Angeles, Virtuos occupait un petit stand
dans un hall glacial réservé aux
rendez-vous professionnels, bien
loin du bouillonnant showfloor où
sont présentés avec strass et
paillettes les jeux vidéo de demain.
Et pourtant « Virtuos travaille sur
un tiers des blockbusters présentés
lors du salon », souligne Gilles
Langourieux. Impossible d’en publier la liste tant que Virtuos n’a
pas reçu le feu vert de ses clients,
qui sont les plus grands acteurs
mondiaux du jeu vidéo. « Tout le
top 20 mondial, comme Activision,
EA, Ubisoft, Nintendo ou Square
Enix, collabore avec nous », indique le PDG.
Virtuos, qui compte 1 500 salariés répartis dans sept bureaux en
Asie, en Amérique et en Europe
(dont la France), conçoit une
grande partie des éléments graphiques d’un jeu,
notamment les
objets en 3D, sa
spécialité. Il a
ainsi
prêté
main-forte aux
créateurs
des
derniers
volets de la saga
Tomb Raider (Square Enix), ainsi
qu’à
ceux de Star Wars Battlefront 2
(EA). Mais Virtuos peut aussi
prendre en charge le développement d’un titre sur une
console précise. La société
s’occupe actuellement de la
version Nintendo Switch du
prochain titre d’Ubisoft, Starlink. Elle a également remis au
goût du jour l’an passé, pour
PlayStation 4 et PC le jeu de
Square Enix Final Fantasy XII,
sorti initialement en 2006.
De la même manière, il s’apprête à sortir sur Nintendo Switch
une version modernisée du jeu de
Bandai Namco Dark Souls (2011).
Virtuos pourrait être défini comme
un sous-traitant. « Je préfère nous
comparer à l’équipementier Valeo,
partenaire technologique majeur de
Virtuos a participé
à la création
du X-Wing T-65B,
le chasseur rebelle
de Luke Skywalker
dans le dernier volet
du jeu Star Wars,
Battlefront 2.
VIRTUOS/ELECTRONIC ARTS
toute l’industrie automobile »,
sourit Gilles Langourieux. Ce dernier a travaillé près de dix ans
chez le géant français Ubisoft, où
il a notamment dirigé de 1997 à
2000 son studio de développement situé à Shanghaï.
Tarifs compétitifs
« En 2004, mon épouse a été mutée
en Chine et j’ai quitté Ubisoft pour la
suivre. Grâce à mon expérience, j’ai
voulu bâtir une entité capable d’offrir des solutions aux grands acteurs
du secteur, alors que les coûts de
production explosent avec la montée
en puissance des plateformes de
jeux », se rappelle le PDG.
Le faible coût de la masse sala-
BLABLACAR
SE RENFORCE
EN RUSSIE
£ La société de covoiturage
BlaBlaCar rachète le russe
Beepcar, filiale de Mail.Ru
Group, le premier groupe
Internet de Russie en termes
d’audience. Le français
BlaBlaCar s’est implanté
en Russie en 2014.
» Ce que dit la loi pour
les salariés souffrant
de la canicule
» L’état du réseau routier
français toujours plus alarmant
www.lefigaro.fr/economie
+@
[
Virtuos, le partenaire de l’ombre
CHLOÉ WOITIER
£@W_Chloe
£ L’Autorité de la concurrence
a autorisé le rachat de deux
magasins Darty parisiens par
son concurrent Boulanger.
Ces points de vente avaient fait
l’objet d’une « injonction
de cession » le 27 juillet.
L’Autorité avait en outre infligé
une amende de 20 millions
d’euros à Fnac Darty, pour ne
pas avoir vendu dans les délais
impartis trois des six magasins
qu’il devait céder pour garantir
le maintien de la concurrence
dans certaines zones.
Les deux magasins vendus
à Boulanger se substituent aux
trois qui n’avaient pas été
cédés à temps.
riale
chinoise
permet à Virtuos de
proposer aux éditeurs de
s’occuper d’une partie
du développement
pour des tarifs
compétitifs. « Le
fait que je vienne
d’Ubisoft a rassuré nos premiers
clients, car vu de loin, le “made in
China” fait peur », souligne Gilles
Langourieux.
Au fil des années, la société a
ouvert d’autres studios en
Chine, puis au Vietnam, à Paris
et à Dublin, qui représentent un
total de 400 développeurs sur
1 500 salariés. « Nous avons de
grandes équipes d’artistes et
d’animateurs capables de travailler sur les moteurs de développement de nos clients. En quatorze ans, nous avons toujours été
bénéficiaires et notre croissance
annuelle est à deux chiffres », in-
Ces pépite
du jeu vidés
en France o
]
dique le PDG. Les principaux
rivaux de Virtuos sont
l’irlandais Keywords, au
spectre d’action plus large
(traduction, doublage, tests
qualité…) et le japonais Tose,
centré sur le marché asiatique.
Tous trois sont largement méconnus du grand public, malgré
leur rôle central.
Virtuos a récemment déménagé
son siège de Shanghaï à Singapour
afin de pouvoir attirer plus facilement des managers internationaux. La société a levé 15 millions
de dollars pour pouvoir acquérir des studios un peu partout dans le monde.
« La tendance est aujourd’hui au
jeu connecté, avec des mises à jour
régulières des contenus. Cela demande une grande réactivité, qui
est plus évidente si nous travaillons
sur le même fuseau horaire que
nos clients », souligne Gilles
Langourieux.
Virtuos a aussi fait des incursions dans le cinéma, en travaillant pour Disney sur Star
Wars : Le Réveil de la Force et Star
Wars : Les Derniers Jedi ainsi que
sur Thor : Ragnarok. « Cela génère
du revenu additionnel, mais notre
cœur de métier reste le jeu vidéo »,
insiste le PDG. « Nous avons tout à
gagner à devenir le numéro un
mondial de la coproduction dans
le jeu plutôt que de nous
disperser. » ■
Документ
Категория
Журналы и газеты
Просмотров
1
Размер файла
8 825 Кб
Теги
Le Figaro, newspaper
1/--страниц
Пожаловаться на содержимое документа