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Le Figaro - 08 08 2018

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mercredi 8 août 2018 LE FIGARO - N° 23 013 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
HISTOIRES D’ESPIONS
KIM PHILBY, LE PLUS
CÉLÈBRE TRAITRE
DU XXE SIÈCLE
L’ÉTÉ
DU
FIGARO
PAGE 20
BIODIVERSITÉ
L’EUROPE PEINE À
PROTÉGER LES ESPÈCES
EN DANGER PAGE 10
Déficit du commerce
extérieur : le mal français
DANS LES COULISSES...
AU CŒUR DU
TUNNEL SOUS
LA MANCHE
PAGE 25
SUR LES TRACES
DE GEORGE ORWELL
UN
INTELLECTUEL
CHEZ LES
OUVRIERS
DE WIGAN
Dans le rouge de 33,5 milliards d’euros au premier semestre, le solde extérieur de la France
ne se redresse toujours pas, signe du manque de compétitivité de l’économie.
PAGE 18
Point noir de l’économie
française depuis des années,
le commerce extérieur devrait encore être déficitaire
d’une soixantaine de mil-
LES COUPLES
MYTHIQUES
DU PARFUM
PIERRE
BALMAIN
ET GERMAINE
CELLIER
liards d’euros en 2018. Affecté par le renchérissement
du prix du pétrole au cours
des derniers mois, il traduit
aussi l’attrait des produits
étrangers pour les consommateurs et l’affaiblissement
de l’appareil productif français. La part des exportations
de la France dans le monde
et en Europe ne cesse de régresser, à la différence de
celle de pays comme l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie ou
le Portugal.
Longtemps en position privilégiée sur le marché africain,
l’Hexagone y cède désormais
du terrain face à ses concurrents.
è CES PAYS DE LA ZONE EURO QUI PROSPÈRENT À L’ÉTRANGER è L’EXPORT FRANÇAIS À LA PEINE EN AFRIQUE, CONCUR RENCÉ PAR LA CHINE è LA FACTURE ÉNERGÉTIQUE
ALOURDIE PAR L’ENVOLÉE DES PRIX DU PÉTROLE è TRUMP A GAGNÉ UNE BATAILLE, IL N’A PAS GAGNÉ LA GUERRE COMMERCIALE PAGES 22, 23 ET L’ÉDITORIAL
PAGE 14
Les chrétiens d’Irak retournent peu à peu
dans leurs villages libérés de l’État islamique
JEUX D’ÉTÉ PAGE 17
CORSE
Frictions
chez les
nationalistes PAGE 4
MARINE LE PEN
Son parti redoute
un dépôt
de bilan PAGE 4
Vif débat sur
la légalisation de
l’avortement PAGE 6
SYRIE
Après des années
de silence,
Damas compte
ses morts PAGE 8
EDOUARD DE MARESCHAL
ARGENTINE
Quatre ans après l’offensive de Daech contre les minorités religieuses dans le nord de l’Irak, les chrétiens d’Orient
reconstruisent leurs maisons et leurs églises, malgré la défiance entre communautés. PAGES 2 ET 3
Comment
Mélenchon
se cherche
des alliés
à gauche
Le leader de La France insoumise cherche à redorer
son image de premier opposant à Emmanuel Macron et
à élargir son assise avant les
élections européennes de
2019. Il multiplie donc les
gestes
d’apaisement
à
l’égard des socialistes. Il invitera des représentants des
différentes chapelles lors de
sa rentrée politique à Marseille, fin août. La direction
du PS, elle, n’entend pas
tomber dans ce qu’elle
considère comme un piège
PAGE 5
politique.
ENTREPRISE
CHAMPS LIBRES
La tribune de
Jean-Éric Schoettl
n
PAGE 19
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mardi :
Énergie : les éoliennes
sont-elles une bonne
solution écologique ?
OUI
32 %
NON
68 %
TOTAL DE VOTANTS : 39 557
M 00108 - 808 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@s@k@i@a";
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
La France est-elle
suffisamment mobilisée
pour aider les chrétiens
d’Orient ?
PAUL POPPER/POPPERFOTO SERGIO HANQUET / BIOSPHOTO
ÉDITORIAL par Gaëtan de Capèle gdecapele@lefigaro.fr
Non-compétitivité : la facture
À
en juger par les derniers chiffres du commerce extérieur, la
bataille du « made in France »
est encore loin d’être gagnée :
au cours des six premiers mois
de 2018, la facture des achats de notre pays
à l’étranger excède ses ventes de 33,5 milliards d’euros. À ce rythme, il faut s’attendre à une nouvelle année noire, avec un
déficit commercial de l’ordre de 60 milliards…
En ces temps de vacances caniculaires,
cette statistique aride a peu de chances de
troubler la quiétude estivale des Français.
Elle les concerne pourtant directement :
mieux que toute autre, elle reflète un cruel
manque de compétitivité de notre économie, ce mal profond qui freine la croissance, provoque la fermeture d’usines et
détruit des emplois. Ce phénomène de déclassement industriel a déjà été étudié sous
toutes ses coutures et n’a rien de surprenant. Autrefois terre d’excellence, la France s’est dangereusement spécialisée - à
quelques exceptions près comme le luxe et
l’aéronautique - dans les produits à faible
valeur ajoutée, avec des coûts plus élevés et
une réglementation bien plus lourde
qu’ailleurs. La férocité grandissante de la
concurrence étrangère a fait le reste. Résultat, dans un monde où la demande croît
fortement, le poids commercial de la France fond comme neige au soleil, y compris en
Europe.
Les causes de cette dégradation étant identifiées, les solutions pour y remédier devraient couler de
source,
même
dans un pays fâché avec les lois
élémentaires de
l’économie. Loin
des fadaises du
protectionnisme,
elles passent par une montée en gamme
- donc un effort d’innovation - et une baisse du coût du travail. Un premier pas a été
- enfin - franchi avec le pacte de responsabilité, le CICE, les mesures en faveur de
l’investissement et la réforme du Code du
travail. Mais, dans une France écrasée de
prélèvements obligatoires et de normes en
tous genres, il en faudra davantage pour reconquérir notre compétitivité. ■
Notre
déclassement
industriel
n’a rien de
surprenant
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
A
Les pianos Steinway
pourraient passer
sous contrôle
chinois PAGE 24
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mercredi 8 août 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Fin juillet,
notre premier
ministre,
Nechirvan Barzani,
et le premier
ministre irakien,
al-Abadi, sont
tombés d’accord
sur le principe
d’une réouverture
de toutes
les routes entre
le gouvernement
régional kurde
et l’Irak
»
GÉNÉRAL HAZHAR OMAR ISMAIL,
DIRECTEUR DE LA COORDINATION
AU MINISTÈRE KURDE
DES PECHMERGAS
Le 20 juillet, dans l’église
Mar Shmoni d’Ankawa, à Erbil,
une statue de la Vierge Notre-Dame
de Lourdes, offerte aux chrétiens
de la plaine de Ninive par l’Œuvre
d’Orient, est portée par les fidèles
lors de la cérémonie de bénédiction.
JEAN-MATTHIEU GAUTIER/CIRIC
Bagdad
soutient les
Hachd al-Chaabi,
les unités
de la Mobilisation
populaire (MP).
Ces milices chiites
sont intégrées aux
forces de sécurité
irakiennes, et elles
disposent de gros
moyens. Voilà une
preuve de plus que
l’armée irakienne
est devenue
une force chiite
A
»
GÉNÉRAL HAZHAR OMAR ISMAIL,
DIRECTEUR DE LA COORDINATION
AU MINISTÈRE KURDE
DES PECHMERGAS
L’Irak entre reconstruction et
Dans le Nord, quatre ans après l’invasion de la plaine de Ninive par l’État islamique,
se poursuit malgré les départs à l’étranger et la défiance entre communautés. Dans
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
TROIS MOIS après les élections législatives, le pays est toujours sans gouvernement, tandis que dans le Sud les manifestations se poursuivent contre l’absence
de services publics. Quatre ans après la
conquête de pans entiers de territoires
irakiens par Daech – et même si la menace djihadiste est désormais contenue -,
l’Irak n’en finit pas de panser ses plaies.
La reconstruction de Mossoul, « l’excapitale » du califat, tarde. Des chrétiens
retournent peu à peu chez eux dans la
plaine de Ninive, mais les tensions communautaires y restent fortes. Quant au
pouvoir politique à Bagdad, il demeure
fragmenté et décrié par une population
lasse de l’impéritie de ses dirigeants, qu’ils
soient chiites, sunnites, voire kurdes.
Trois mois après les premières élections législatives de l’après-Daech, l’Irak
n’a toujours pas de gouvernement. Le
nouveau décompte décidé après des
plaintes est terminé, et les résultats officiels devraient être connus sous peu. Ils
ne devraient pas modifier l’équilibre des
forces dans le nouveau Parlement. Lors
des résultats initiaux des élections du
12 mai, le populiste Moqtada al-Sadr, allié
aux communistes sur un programme anticorruption, l’avait emporté, à la surprise générale. Depuis, les Irakiens - qui
ont massivement boycotté ce scrutin attendent l’ouverture de la session du
nouveau Parlement pour le lancement de
la formation d’un nouveau gouvernement, sur fond de contestation sociale.
Une fois n’est pas coutume, c’est du
« pays chiite », d’où sont originaires la
plupart des dirigeants irakiens depuis la
chute de Saddam Hussein en 2003, que
souffle le vent de la révolte. La région regorge de puits de pétrole, mais ses habitants restent laissés pour compte. Depuis
deux mois, ils manifestent à Bassora, la
grande ville du Sud, abandonnée à son
sort, et dans d’autres cités. Ces derniers
jours, des dizaines de personnes ont de
nouveau protesté devant le gouvernorat
de Bassora pour réclamer des créations
d’emplois. D’autres ont tenu un sit-in
devant le siège de la compagnie pétrolière
russe Lukoil. Plus au nord, dans la ville de
Mouthana, depuis dix jours, un autre sitin rassemble des mécontents.
Dans l’urgence, le ministère des Finances a annoncé le déblocage de fonds
alloués aux projets relatifs aux services
publics dans les gouvernorats de Bassora,
Dhi Qar, al-Nadjaf et al-Muthanna. La
colère est également sourde à Bagdad, où
des manifestants ont fermé une rue du
centre-ville pour protester contre les
coupures de courant. Depuis 2003,
40 milliards de dollars ont pourtant été
dépensés dans le secteur de l’électricité,
Dans la plaine de Ninive, les villages chrétiens renaissent de
ÉDOUARD DE MARESCHAL
£@edemareschal
QUATRE ANS après l’invasion de la plaine de Ninive par l’État islamique, la reconstruction des villages se poursuit.
Mais l’épreuve a aggravé les départs pour
l’étranger, et la défiance entre les communautés. « Bienvenue dans l’État libre de
Qaraqosh ! » Abouna George Jahola vient
de passer le dernier checkpoint irakien à
la frontière avec le Kurdistan. Il file désormais à travers le désert de la plaine de
Ninive. Par ses embardées et ses coups de
klaxon rageurs contre les camions impavides, sa conduite tranche avec le sourire
en coin de son visage apaisé. Ce prêtre
syriaque catholique retourne à Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne
d’Irak, où la vie reprend chaque jour un
peu plus de vigueur. Sur les 50 000 personnes qui y vivaient avant 2014, près de
la moitié des familles sont revenues, selon le décompte du Comité de reconstruction de la plaine de Ninive (CRN).
Dans l’air de la ville, le claquement
des marteaux-piqueurs a remplacé celui des armes automatiques. Les climatiseurs ronronnent de concert avec les
générateurs électriques, indispensables
pour pallier les coupures de courant.
Devant le bureau du CRN, dirigé par
abouna George, une longue tranchée
met au jour les canalisations dont tout
est à reprendre. Par 50 °C, les ouvriers
attaquent le bitume à la pioche.
La reconstruction se fait de façon
méthodique. « Nous avons recensé les
maisons en trois groupes : le groupe A
pour celles qui sont totalement détruites,
le B pour les brûlées et le C pour celles qui
sont partiellement abîmées », détaille le
père George devant une carte de la ville.
“
Avant de partir,
les combattants
de Daech
ont tout incendié,
et pillé ce qui ne l’avait
pas encore été
PÈRE GEORGE
”
Un tableau, constamment mis à jour,
indique l’état d’avancement des travaux. Sur près de 7 000 maisons détruites, un tiers a déjà été restauré. Mais les
efforts se concentrent pour l’instant sur
les moins abîmées. Le plus gros reste à
faire : ici une maison aplatie par un
bombardement, là un mur éventré ou
perforé à l’arme lourde. Sur d’innombrables façades, de longues traces de
suie s’échappent des encadrements de
fenêtres. « Avant de partir, les combattants de Daech ont tout incendié, et pillé
ce qui ne l’avait pas encore été », explique le père George.
À quelques encablures du CNR, des
ouvriers s’affairent dans la maison de
John Elias. Entre les morceaux de plâtre
et les pots de peinture, cet ancien professeur des écoles assiste à la renaissance
du rez-de-chaussée de sa maison, qu’il a
retrouvée saccagée. « Nous avons été
plutôt chanceux. Celle de notre voisin
s’est effondrée après une explosion », explique un retraité. Le second étage est
encore totalement carbonisé, mais il espère bientôt pouvoir réaménager avec
sa femme et ses trois enfants. « Si l’Église
continue à nous aider comme elle le fait,
on s’en sortira, à Qaraqosh », juge-t-il.
Dans la reconstruction, toutes les
Églises d’Orient se sont unies : chaque
ville chrétienne compte un comité de
reconstruction composé de syriaques
catholiques et orthodoxes, de Chaldéens et d’Arméniens. Les besoins pour
la reconstruction sont estimés à
250 millions de dollars. Les fonds affluent d’associations privées, le plus
gros contributeur étant Aid to Church
in Need (ANC), dont la branche française (l’Aide à l’Église en détresse, AED)
a contribué à hauteur de 9,3 millions
d’euros en 2017.
La reconstruction doit aller vite. Ne
serait-ce que pour arrêter l’hémorragie
des départs aux quatre coins du monde.
« Toute ma famille est à l’étranger », assure Rezouane Ghazwan, un père de famille tout juste rentré à Qaraqosh. « J’ai
des proches en Australie, un frère en
Suède, un frère et une sœur aux ÉtatsUnis », énumère-t-il. « Et un jour avant
l’arrivée de Daech (le 6 août 2014,
NDLR), mes parents étaient partis dans
le Michigan leur rendre visite. Ils ne sont
jamais revenus. » Lui et sa femme vivent
aujourd’hui dans la maison de son père,
moins abîmée que la sienne. Ils ont
deux petites filles : Crispy, 4 ans, et
Emily, 2 ans. Née à Erbil quand ils
étaient en fuite, la petite dernière met
les pieds à Qaraqosh pour la première
fois. Fraîchement rénovée, la façade des
Ghazwan, où les impacts de balles ont
été rebouchés au ciment, crée des envieux. « Pourquoi l’Église leur vient en
aide et pas à nous, maugrée une voisine
qui rince son palier. Notre maison aussi
a été brûlée par Daech. »
Les tensions existent aussi avec les
autres communautés de la plaine de Ninive. À Bartella, la défiance est de mise
entre les chrétiens et les Shabaks, un
groupe ethnique chiite présent dans les
petits villages autour de Mossoul. « Ils
nous volent nos terres agricoles pour y
construire des logements illégaux », accuse abouna Benham.
La réalité semble plus nuancée. Mais
plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer
le rachat de terres chrétiennes au prix
fort par des Shabbaks, grâce à l’argent
iranien. Ces brouilles intercommunautaires sont antérieures à l’invasion de
Daech ; mais elles expriment une
crainte lancinante chez les chrétiens
d’al-Hamdaniya, le district qui englobe
Qaraqosh, Bartella et Qaramlech. « Ces
villes représentent le dernier bloc chrétien
du district », explique abouna Benham.
« Il ne faut pas que nous subissions de
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mercredi 8 août 2018
LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
crise sociale
la refondation des villages chrétiens
le Sud, la révolte gronde en « pays chiite ».
selon des experts cités par le journal alSabah al-Jdid. Pour quels résultats ?, s’interrogent de nombreux Irakiens.
Dans son éditorial, le quotidien Zaman
estime qu’il est « inutile d’attendre des
hommes politiques actuels une véritable
réforme », et accuse ceux-ci de « corruption » aggravée. L’Irak figure au 166e rang
sur 175 des pays les moins corrompus au
monde. Acculé, le gouvernement promet
de dévoiler les noms de 73 personnes impliquées dans des scandales de corruption. En aura-t-il le courage ? À Bagdad,
le fléau s’est transformé en un véritable
système de gouvernance, qui n’a pas
épargné le premier ministre sortant,
Haïdar al-Abadi.
Alors que, de Nadjaf, le plus haut dignitaire chiite, l’ayatollah Ali Sistani, très
respecté en Irak, appelle Bagdad à accélérer la formation d’un gouvernement,
les tractations se poursuivent entre blocs
politiques. Mais, sur les bords du Tigre, il
n’est pas du tout sûr que, malgré l’avertissement lancé par les électeurs en mai,
les différents partis fassent abstraction
des critères confessionnels et ethniques
pour composer le prochain cabinet. Et il
n’est pas exclu que, grâce au jeu des alliances, alors même qu’il a été défait dans
les urnes, le premier ministre se succède
à lui-même, au détriment de Moqtada alSadr, vainqueur pourtant incontesté du
scrutin. ■
Les derniers déplacés du camp d’Erbil
craignent de rentrer chez eux
«
Nous
tentons
de leur
réapprendre
à travailler,
à ne pas
dépendre
d’une aide
extérieure
»
PÈRE EMMANUEL,
DIRECTEUR DU CAMP
LE CAMP d’Ashti 2 à Erbil sera
démonté à la fin de l’été. Mais
malgré la libération de la plaine de Ninive, certaines familles n’ont toujours pas trouvé les ressources nécessaires
pour reconstruire leur vie dehors. Elles sont les laisséspour-compte de la reconstruction de la plaine de Ninive.
Dans des préfabriqués usés,
exposés au cagnard de l’été
irakien, une quarantaine de
familles vivent toujours dans
le camp d’Ashti 2, à Ankawa,
le quartier chrétien d’Erbil.
« La fermeture du camp nous
inquiète », dit Azziz Abdelarad
Khadher, un homme massif au
regard éteint. Ouvert dans
l’urgence en avril 2015 par les
Irakiens, les Kurdes et l’Église,
le camp a accueilli jusqu’à
40
familles
environ vivent encore
dans le camp de préfabriqués
d’Ashti 2, à Erbil.
Ouvert dans l’urgence en 2015,
le camp a accueilli
jusqu’à 5 000 personnes
5 000 personnes. Aujourd’hui,
la vie a quitté les travées du
camp pour retourner dans la
plaine de Ninive libérée. Mais
à 66 ans, Azziz et sa femme,
Hanna, n’ont plus le courage
de repartir de zéro.
Au gré des guerres et des attentats, la famille Khadher a
été ballottée dans tout le nord
de l’Irak ces dix dernières années. Azziz tenait une petite
menuiserie dans une zone industrielle de Mossoul. « En
2009, deux de nos proches ont
été abattus dans leur magasin », se souvient-il. Ils fuient
la ville et se réfugient au monastère d’al-Qosh. « On espérait rentrer le mois suivant, une
fois que la situation se serait
calmée », raconte-t-il. Ils renoncent finalement et déménagent une première fois à
Qaraqosh.
Retrouver
une vie normale
Les préfabriqués fatigués
du camp d’Ashti 2 à Ankawa,
le quartier chrétien d’Erbil.
Ils seront démontés
à la fin de l’été. LE FIGARO
ABOUNA BENHAM
”
fesseurs musulmans du sud de l’Irak
comme un moyen de les arabiser, comme à l’époque de Saddam Hussein.
Aujourd’hui, toute la reconstruction
de la plaine de Ninive se passe sous un
prisme confessionnel. Le référendum
d’indépendance kurde a tendu un peu
plus la situation. Le 16 octobre dernier,
l’armée irakienne a repris le contrôle
Des préfabriqués vides
Finalement, seule une petite
minorité n’a pas sauté le pas et
reste bloquée dans le camp.
Les 1 000 préfabriqués sont
pratiquement tous vides. Le
chantier de l’Ankawa Mall, qui
a lui aussi accueilli plusieurs
centaines de familles au plus
fort de la crise, est désormais
terminé ; le centre commercial
s’apprête à ouvrir ses portes.
Quelques familles prolongent
leur séjour dans des maisons
aux alentours, aidés par la
baisse des loyers depuis la libération de Mossoul. Mais tous
les regards se tournent désormais vers la plaine de Ninive
où se concentre l’effort de reconstruction, financée par
l’aide internationale, dont
celle de l’Aide à l’Église en détresse.
Dans les allées du camp, une
grande dalle de béton nu marque l’endroit ou avait été
construite l’église d’al-Bichara, « l’Annonciation ». À la
meuleuse, des ouvriers s’attellent à démonter le groupe
électrogène
de
l’église
construite en 2015 par une association française, Fraternité
en Irak. Il va rejoindre Mossoul, où l’église sera remontée
sur le lieu de l’ancienne église
al-Bichara, rasée après les
combats pour libérer la ville.
« C’est un signe fort, celui du
retour des chrétiens à Mossoul », explique abouna Emmanuel, prêtre de cette paroisse où il retournera une fois
que le camp aura fermé. Mais
pour l’instant, ce retour est
plus qu’hypothétique. À ce
jour, seule une vingtaine de
familles ont sauté le pas. ■
E. D. M. (À ERBIL)
Limite orientale de l’avancée de Daech début 2017
XX % Pourcentage de rénovations effectuées
Limite de la région du gouvernement régional du Kurdistan irakien
Principaux camps
de déplacés encore en
activité en juilllet 2018
5 km
Essian
Mamrashan
Tall Kayf
800 maisons
(2 %)
Mossoul
Za
Baqofa
108 maisons (38,9 %)
b
nd
Sheikhan
Batnaya
967 maisons (0 %)
Bahzani
310 maisons (43,6 %)
Bachiqa
580 maisons (47,9 %)
Gra
Garmawa
r
Telskuf
1 287 maisons
(67,4 %)
Kh az i
des territoires disputés en chassant les
pechmergas kurdes et toutes les milices
interconfessionnelles qui opéraient
dans la plaine de Ninive. Mais dans les
villages traumatisés par la fuite face à
Daech, la décision a été très mal vécue.
« Le gouvernement irakien estime que la
sécurité revient à l’État central. Mais on
ne fait plus confiance à l’armée irakienne », estime un père de famille de Bartella. Ancien policier, il a démissionné
quand on lui a demandé de quitter Bartella pour prendre un poste à Mossoul.
« Pourquoi irais-je risquer ma vie pour ce
gouvernement ? » s’interroge-t-il.
L’épisode de Daech a aussi provoqué
une défiance inédite des minorités de la
plaine de Ninive envers leurs voisins
sunnites, accusés parfois à juste titre
d’avoir collaboré avec les hommes en
noir. De retour chez elles, la plupart des
familles restent constamment sur leurs
gardes. « Nous sommes totalement effrayés », assure le père d’une famille
yazidie revenue à Bachiqa. « Nous gardons toujours nos papiers d’identité sur
nous, et nous veillons toujours à ce que le
plein d’essence soit fait. Nous sommes
prêts à repartir. » Dans la ville, chrétiens et yazidis vivent en bonne entente. Mais les relations avec les musulmans sont au point mort. « Après ce
qu’ils ont fait à nos filles à Sinjar, après
ce qu’ils nous ont fait dans nos villages…
Comment voulez-vous que la confiance
revienne ? Entre nous et les musulmans
aujourd’hui, il y a une ligne rouge. » ■
Nombre de maisons chrétiennes endommagées par localité
Territoire
sous contrôle kurde
Bartella
1 813 maisons (40,3 %)
Qaramlech
754 maisons (47 %)
Bartella
Territoire
sous contrôle
du gouvernement
irakien Tigre
Khazer M1
Hasansham U3
Ashti 2
Hasansham U2
Qaraqosh
6 936 maisons (33,8 %)
Hamam al-Alil 2
Erbil
As Salamyia
Hamam al -Alil 1
As Salamyia
Nimrud
A
“
Ces villes représentent
le dernier bloc chrétien
du district. Il ne faut pas
que nous subissions
de changement
démographique
trop important
Arrive le 6 juin 2014 et l’offensive des insurgés sunnites
dans Mossoul. Trois semaines
plus tard, ils y proclament leur
califat, à cheval entre l’Irak et
la Syrie. La famille Khadher
fuit dans le nord du pays, à
Dahuk, avant de s’installer à
Erbil, où ils louent un logement. Entre-temps, leur maison de Mossoul est occupée et
pillée par des terroristes.
« Aujourd’hui, elle est réparée, mais il est hors de question
de retourner y vivre », tranche-t-il. Ils la louent désormais à une famille musulmane
pour 200 000 dinars irakiens
(145 euros). « Autant dire pour
rien du tout », dit Azziz. Sans
travail ni revenus suffisants,
ils ont échoué dans une caravane du camp d’Ashti 2.
Après trois ans d’errance,
certains déplacés n’arrivent
plus à retourner à une vie normale. « C’est le rôle de l’Église
de les convaincre de retourner
chez eux », explique le père
Emmanuel, directeur du camp.
D’allure soignée, la moustache
taillée de près, il garde le même
entrain que dans les premiers
jours de la crise. « Nous tentons
de leur réapprendre à travailler,
à ne pas dépendre d’une aide
extérieure », poursuit-il. La libération de la plaine de Ninive
a provoqué de vifs débats dans
le clergé oriental, entre ceux
qui voulaient rester à Erbil et
les partisans d’un retour. En
effet, certains jeunes ont commencé leurs études à Ankawa,
d’autres y ont trouvé un travail. Quitter cette nouvelle vie,
c’est un nouveau déracinement.
La reconstruction des villages chrétiens de la plaine de Ninive
leurs cendres
changement démographique trop important. » Cette même crainte de devenir
minoritaires nourrit depuis des années
leur opposition à la construction de
l’université d’al-Hamdaniya à la périphérie de Bartella. « Après l’attaque du
bus d’étudiants en 2010 à Mossoul, nous
avions obtenu la création d’une université pour le district. Elle était destinée aux
chrétiens, mais, une fois de plus, Bagdad
n’a pas tenu ses engagements. Nous
avons progressivement perdu la main
dessus et le mois dernier, c’est un président shabak qui a été nommé. » Les
chrétiens voient aussi l’arrivée de pro-
3
Infographie
Source : Nineveh Reconstruction Committee, iMMAP, Yandex maps, OpenStreetMap et iraq.liveuamap.com
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 8 août 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Frictions chez les nationalistes corses
Gilles Simeoni, président autonomiste du conseil exécutif, a boycotté une tribune indépendantiste à Corte.
EMMANUEL GALIERO
egaliero@lefigaro.fr
CORSE Gilles Simeoni, le président
autonomiste du conseil exécutif de
Corse, fait beaucoup parler de lui sur
l’île. Dimanche, il a refusé de s’afficher
à la tribune des Journées internationales de Corte, une manifestation nationaliste organisée chaque année sous
l’égide notamment de Corsica libera, le
mouvement du président indépendantiste de l’Assemblée de Corse, JeanGuy Talamoni.
Simeoni avait à l’origine accepté de
participer à l’événement, comme il l’a
fait depuis son accession au pouvoir. Ce
rassemblement d’organisations indépendantistes et autonomistes est une
occasion pour lui de respecter le
contrat politique passé avec certains
membres de sa majorité. Mais il a rebroussé chemin en découvrant les
conditions modifiées du débat prévu
entre les élus et la salle. En tant que représentant d’une majorité qu’il croit
élue pour rompre avec les dérives du
nationalisme corse, Simeoni a estimé
qu’il ne pouvait pas s’afficher à côté de
certaines figures indépendantistes
comme celle de Charles Pieri, convié
par les organisateurs. L’ex-leader du
FLNC a été réintégré récemment au
sein de Corsica libera. Par deux fois, en
février puis en avril, il a été placé en
garde à vue parce que la justice le
soupçonne d’être l’auteur d’un message Facebook dans lequel l’épouse du
préfet Érignac assassiné était comparée
aux « femmes françaises ayant eu des
relations sexuelles avec des soldats allemands pendant la Seconde Guerre mondiale ». Ces mots, diffusés lors de la
première visite d’Emmanuel Macron
en Corse, avaient suscité une vive
réprobation.
Méfiance à l’égard de Paris
De toute évidence, le geste de Simeoni
était aussi un message adressé à ses
partenaires indépendantistes. Selon
ses proches, il se croit dans l’obligation de défendre une « ligne politique
et démocratique validée par 56 % des
Corses ». Si lui aussi entend œuvrer
pour « l’émancipation » de l’île, il veut
Gilles Simeoni a refusé de s’afficher aux côtés de Charles Pieri (à gauche) lors des Journées internationales de Corte, le 5 août.
début des négociations avec le gouvernement, ils sont toujours apparus soudés. Sans nier leurs différences, ils sont
conscients d’avoir construit une
convergence stratégique et inscrivent
ce partenariat dans le temps. Le tandem partage aussi les mêmes réserves à
l’égard de l’État. Il se méfie d’un pouvoir qu’il croit capable d’instrumentaliser les divergences nationalistes dans
l’espoir d’en tirer profit.
Mardi, deux jours après les journées
de Corte, le parti de Talamoni a voulu
apaiser les choses. Qualifiant l’affaire
de « tempête dans un verre d’eau provoquée par certaines réactions à chaud
prêtées au président de l’exécutif »,
Corsica libera a tenu à « rétablir la réalité des faits et à dissiper toutes ces fumerolles noires qui ne sont révélatrices
d’aucun incendie dans la maison natio-
le faire dans le respect des « engagements » pris devant les électeurs.
« Même si le pouvoir à Paris lui donne le
sentiment de vouloir pousser le dialogue
au pourrissement et les Corses à la radicalisation, il lance un message à la
responsabilité. Il pense que les obstacles
dressés par l’État ne doivent pas entraîner l’exécutif de l’île dans des mécanismes révolus dont les Corses ne
veulent plus », explique son entourage. Si Simeoni n’a pas l’intention de
peser sur les choix stratégiques de
Corsica libera, il n’a pas davantage
envie de se faire imposer un positionnement politique.
Pour l’heure, l’incident de Corte ne
permet pas d’acter une profonde fêlure
dans le tandem Simeoni-Talamoni. Les
deux hommes s’apprécient et une
confiance existe entre eux. Depuis le
PASCAL POCHARD-CASABIANCA/AFP
naliste ». En reconnaissant un « petit
“couac” organisationnel » à Corte, le
parti a souligné l’importance de Gilles
Simeoni. Selon les organisateurs, la
présence du président de l’exécutif
territorial reste une « priorité ».
Éviter les dissensions
Cette recherche d’apaisement, perceptible dans les deux camps, révèle aussi
une volonté de laver son linge sale en
famille. Les nationalistes calment le jeu
pour garder une maîtrise de l’incendie.
Les bisbilles de Corte ne doivent pas
donner du grain à moudre à l’Élysée et
au gouvernement d’Édouard Philippe,
avec lesquels les élus corses au pouvoir
ont engagé un bras de fer musclé depuis plusieurs mois.
D’ailleurs, certains ministres guettent avec intérêt les dissensions au sein
de la famille nationaliste. On pense
même que s’il veut obtenir des résultats, Simeoni devra s’affranchir de
partenaires indépendantistes jugés
trop radicaux.
Depuis longtemps, Simeoni et Talamoni ont identifié ces réalités comme
des pièges. Ils savent parfaitement,
aussi, que des fractures trop visibles au
sein de leur majorité les exposeraient à
une probable sanction électorale. Parmi les nombreux combats qu’il leur
reste à mener ensemble, au-delà d’une
révision constitutionnelle dont ils n’attendent plus grand-chose, les difficultés économiques et sociales de la Corse
ne peuvent pas leur échapper. D’où la
nécessité d’une unité sans faille. « Une
discussion très serrée aura lieu en interne », prévient déjà un observateur du
premier cercle. ■
Marine Le Pen face au spectre
du dépôt de bilan
A
L’absence de trésorerie constitue une
impasse pour le parti de Marine Le Pen.
point d’écarter toute possibilité d’aller en
cassation si cette saisie devait être confirmée. « Nous serons morts avant », dit
Wallerand de Saint-Just.
Impossibilité d’emprunter
Une perte de 2 millions d’euros sur un
budget compris entre 8 et 10 millions obligerait, selon lui, le parti à mettre rapidement la clef sous la porte. « Non seulement
cette décision est inique, mais elle arrive au
plus mauvais moment. Au-delà de la disparition d’un quart de nos ressources s’ajoute
un problème très important de trésorerie »,
insiste-t-il, en soulignant l’impossibilité
d’emprunter, compte tenu du refus désormais systématique des banques. En 2009,
le Front national avait été confronté à des
problèmes semblables, mais il avait trouvé
les moyens d’assumer un plan social, notamment grâce aux 9 millions d’euros empruntés à la Société générale.
Cette fois, le trésorier du parti craint un
défaut « total » de trésorerie empêchant
d’assurer les salaires et les charges sociales
du Rassemblement national. « Nos ressources prévisibles sur les prochaines années, soit environ 40 millions d’euros dont
22 millions d’euros de subventions, peuvent
laisser croire que la vie est belle sauf que la
vie peut s’arrêter », prévient Wallerand de
Saint-Just. Il assure n’avoir jamais connu
de situation comptable aussi périlleuse,
même avec les 500 000 euros récoltés depuis le lancement du dernier appel aux
dons. Concrètement, le parti s’estime en
capacité de payer ses charges du mois
d’août mais pas celles du mois de septembre. Dans ce cas, un risque « très important » de dépôt de bilan et de la liquidation
ne pourra pas être écarté. La situation financière est tellement compliquée que le
Rassemblement national n’envisage pas de
plan social comme option, trop coûteux en
termes d’indemnités. Là encore, l’absence
de trésorerie constitue une impasse. Le
parti devrait également réduire la voilure
lors de son université d’été organisée à
Fréjus mi-septembre.
Dès septembre, avant même le délibéré
de la cour d’appel, il est fort probable que
Marine Le Pen adresse un nouvel appel au
secours à ses électeurs. « La seule anticipation possible, ce sont les appels aux dons et
aux adhésions. Personne n’arrive à imaginer
que cette force politique qui fait 11 millions de
voix et qui existe depuis quarante-cinq ans
puisse disparaître » souffle, le trésorier du
mouvement lepéniste. ■
E. G.
BORIS HORVAT/AFP
RASSEMBLEMENT NATIONAL Le temps
risque de paraître bien long aux responsables du RN d’ici au 26 septembre. C’est la
date à laquelle la chambre de l’instruction
de la cour d’appel de Paris rendra sa décision sur le gel de 2 millions d’euros de subventions ordonné le 28 juin par les juges
Claire Thépaut et Renaud Van Ruymbeke.
Lundi soir, après avoir examiné le recours
du parti à huis clos, les magistrats ont mis
leur décision en délibéré.
Initialement, la décision de confisquer
2 millions d’euros était motivée par une
suspicion d’emplois fictifs d’assistants
parlementaires au sein du Parlement européen, entre 2009 et 2017. L’information judiciaire avait été ouverte pour « abus de
confiance » et « escroquerie en bande organisée » pour un préjudice évalué à
6,8 millions d’euros. Avec l’appui de trois
avocats (Mes David Dassa, Rodolphe Bosselut et Alexandre Varaut) et des attestations de deux experts-comptables présentées aux juges, le trésorier du mouvement
s’insurge contre cette décision. « Nous
contestons formellement avoir commis la
moindre infraction. Notre argent est confisqué avant toute condamnation et au mépris
total de la présomption d’innocence », clame Wallerand de Saint-Just alors que les
juges Thépaut et Van Ruymbeke ont décidé cette saisie au motif qu’il existait un
risque de « dissipation » des sommes,
compte tenu de l’endettement du Rassemblement national. Le trésorier espère toujours une annulation totale ou partielle de
cette confiscation. Il la juge condamnable
sur les plans « juridique et moral » et vante
des « arguments en béton » pour l’obtenir.
Il sait aussi que le temps est compté au
ALAIN JOCARD/AFP
Privé d’une dotation de 2 millions d’euros, le Rassemblement national
devra patienter jusqu’au 26 septembre pour être fixé sur son sort.
Premier bain de foule de Macron à Brégançon
« Bonjour, vous allez bien ? », « Merci
d’être là », « Ravi d’être parmi vous ».
Quatre jours après son arrivée au fort
de Brégançon, à Bormes-les-Mimosas
(Var), Emmanuel Macron s’est offert
mardi soir son premier bain de foule.
Vêtu d’un polo blanc, le président,
accompagné de son épouse, Brigitte
Macron, a salué pendant une vingtaine
de minutes les vacanciers pour la
plupart en maillots de bain. « Je suis
venu faire un petit coucou », leur a-t-il
lancé à son arrivée. « J’espère que vous
profitez de vos vacances », lui a glissé
une touriste des Hauts-de-France.
« Je fais comme tout le monde, ça fait
du bien. Je bouquine, je me promène.
Je sortirai plus quand il fera moins
chaud », a-t-il promis aux vacanciers
qui pour beaucoup viennent à la plage
à côté du fort « dans l’espoir de
rencontrer » le président. Emmanuel
Macron a profité de sa sortie pour
retrouver Maxime. Lundi matin,
sur Europe 1, ce jeune garçon avait fait
part à l’antenne de son souhait
de rencontrer le chef de l’État. L’Élysée
a tout mis tout en œuvre pour
qu’Emmanuel Macron puisse le
rencontrer. Tout en serrant la main du
président, un vacancier auvergnat lui a
aussi demandé de maintenir le projet de
la ligne TGV Paris-Clermont-Ferrand.
« Vous ne lâchez rien vous, même
pendant les vacances », lui a souri
Emmanuel Macron. D’humeur taquine,
un autre touriste n’a pas manqué
d’évoquer la piscine polémique installée
à l’initiative d’Emmanuel Macron
sur la forteresse. « L’eau de la mer est
meilleure que celle des piscines », lui
a-t-il signalé. Réponse du président :
« Je n’aime pas les piscines. Je préfère
mille fois la mer. » PIERRE LEPELLETIER
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 8 août 2018
POLITIQUE
Mélenchon joue
l’apaisement
à gauche
Jean-Luc Mélenchon
cherche à cultiver
son image
de premier opposant
à Emmanuel Macron.
JACQUES DEMARTHON/AFP
Le leader de La France insoumise, qui
multiplie les signes d’ouverture vis-à-vis
du PS, cherche à élargir son socle électoral.
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
EXTRÊME GAUCHE Le Mélenchon
nouveau est arrivé. Après avoir multiplié les ruades pour envoyer valser les
autres mouvements de gauche, le trublion envoie des signaux d’apaisement.
Ainsi, les socialistes ont été surpris de
le voir débarquer au cocktail qu’ils
avaient organisé le 17 juillet dernier à la
questure de l’Assemblée nationale pour
fêter la fin de la session parlementaire.
« Il est arrivé avec Danièle Obono,
Adrien Quatennens et Ugo Bernalicis. Il
m’a salué et a dit en rigolant : “Nous
sommes invités… On n’allait pas faire
les barbares” », raconte un député socialiste, stupéfait par ce changement
d’attitude. Quelques jours plus tard,
l’affaire Benalla éclate, aboutissant à
une motion de censure conjointement
déposée par les groupes de gauche.
« Un événement politique », observe
alors Jean-Luc Mélenchon, en félicitant
« le Parti socialiste (qui) est maintenant
un parti d’opposition frontale au gouvernement » après avoir tergiversé lors du
vote de confiance au gouvernement, en
juillet 2017. « Il veut nous donner un
brevet de bonne conduite, mais c’est loufoque », s’étonne le premier secrétaire,
Olivier Faure, qui juge que la clarification du PS avait déjà eu lieu bien en
amont de cette séquence…
Ouvert au dialogue aimable
En réalité, Jean-Luc Mélenchon est
entré dans une nouvelle phase. Plus la
peine de terroriser les socialistes - ils
sont menacés d’extinction -, JeanLuc Mélenchon veut maintenant s’appuyer sur leurs restes pour continuer
sa progression. Et pour cela, toutes les
amabilités sont les bienvenues. Pas un
hasard s’il a accordé une longue interview à Libération le 26 mai dernier :
« Il fallait passer en tête de notre espace politique. C’est fait. J’ai une nouvelle
étape à franchir. Par vous, j’ouvre un
dialogue », avait-il dit lors de cet en-
5
tretien alors qu’il boycottait ce titre
phare de la gauche réformiste depuis
2012. Et d’y développer son idée de
nouveau « front populaire » dans lequel La France insoumise (LFI) - « la
composante la plus importante de la
mouvance progressiste » - y jouerait
forcément un rôle moteur. Une matière d’expliquer aux socialistes qu’ils
n’ont plus d’autre choix que d’acter
l’hégémonie de LFI.
Pour y parvenir, il peut compter sur
Emmanuel Maurel. L’eurodéputé PS,
représentant de l’aile gauche, organisera sa rentrée les 7 et 8 septembre, à
Marseille, dans la ville d’élection de
Jean-Luc Mélenchon. Lequel sera l’invité d’honneur de l’évènement…
« C’est bien que Jean-Luc Mélenchon
exprime sa volonté de travailler avec
d’autres. Je ne crois pas qu’il a envie
d’être seul », argue la sénatrice Marie-
Noëlle Lienemann, une proche d’Emmanuel Maurel.
Jean-Luc Mélenchon ne s’intéresse
pas qu’au mouvement des plaques au
sein de la gauche. L’ancien candidat à
la présidentielle cherche aussi à cultiver son image de premier opposant à
Emmanuel Macron. Selon nos informations, il a invité des élus de
plusieurs partis à participer à des débats lors de son université d’été, les
24,25 et 26 août prochain à Marseille.
Les députés LR Marianne Dubois et
Olivier Marleix devraient être présents, de même que les socialistes
Boris Vallaud et Dominique Potier ou
encore Régis Juanico (Génération.s)
ainsi que le communiste Stéphane
Peu. La macroniste frondeuse Sonia
Krimi avait accepté l’invitation avant
de se raviser.
« Le but est de montrer que face à la
politique d’Emmanuel Macron, la première force d’opposition a cœur de donner la parole à tout le spectre politique,
malgré des divergences », explique au
Figaro Manuel Bompard, le directeur
des campagnes de LFI. C’est surtout une
occasion pour Jean-Luc Mélenchon de
chercher à corriger son image et d’apparaître moins sectaire. Une attitude
déjà adoptée lors de l’élection présidentielle. « Jean-Luc Mélenchon cherche à
se démarginaliser avant les élections
européennes, où la fragmentation de la
gauche le menace. Il tente une manœuvre
de revers pour ne pas paraître isolé »,
analyse l’ancien patron du PS JeanChristophe Cambadélis. « Il va être de
plus en plus aimable », parie-t-il. ■
Carvounas : « Face à LFI, le rapport de force parle pour les socialistes »
LUC CARVOUNAS est député PS du
Val-de-Marne.
LE FIGARO. – Observez-vous
un changement d’attitude de Jean-Luc
Mélenchon à l’égard des socialistes ?
Luc CARVOUNAS. – Je note chez lui une
sorte d’inflexion à notre égard. Il est
moins dans la radicalité. Il est vrai que
de nombreux sujets peuvent nous rassembler, comme la démocratie. On l’a
vu lors de la motion de censure ou face à
la loi asile et immigration. J’attends de
Jean-Luc Mélenchon qu’il soit dans cette posture de rassemblement de la gau-
che plutôt que de chercher à nous laminer, en bon lambertiste qui voudrait la
mort du PS. Mais dans le même temps,
je pense que les socialistes n’ont pas intérêt à se faire courtiser par les Insoumis. Nous le sommes déjà par La République en marche, qui cherche à faire
tomber dans son escarcelle certains de
nos maires. Face à la politique d’Emmanuel Macron, notre histoire peut être
commune mais il faut arrêter cette
guerre intestine, mortifère pour la gauche. On a plus intérêt à trouver des
points de convergence qu’à chercher à
se contrer.
Vous êtes pour le dialogue
avec les Insoumis mais eux veulent
avant tout être hégémoniques à gauche.
Quelle ligne rouge ne doivent-ils pas
dépasser ?
Hégémoniques ? Mais par rapport à qui
et à quoi ? La gauche rassemblée, c’est
35 % en tout dans les sondages. LFI ne
compte que 17 parlementaires, nous 120
et des dizaines de villes ! Le rapport de
force parle pour nous, mais je le répète :
les comportements hégémoniques sont
d’un autre temps. Quant à ma ligne rouge, elle est simple : vouloir faire tomber
des maires de gauche sortants en 2020.
J’appelle Jean-Luc Mélenchon à discuter
avec eux et à trouver le chemin de listes
communes. C’est ce qu’attend le peuple
de gauche face à Macron et sa politique
de casse de notre modèle social.
Emmanuel Maurel recevra Jean-Luc
Mélenchon lors de la rentrée
de son mouvement, les 7 et 8 septembre.
Doit-il être vigilant ?
Le débauchage individuel, on a déjà
connu ça avec Emmanuel Macron lors
de la précédente législature. À Emmanuel Maurel de juger de l’intérêt de recevoir Jean-Luc Mélenchon, mais s’il
L’ÉTÉ DU FIGARO
voulait se faire vampiriser médiatiquement son week-end, il ne pouvait pas
mieux faire.
Le lancement de votre club,
le 29 septembre, est-il un acte
de défiance à Olivier Faure ?
Il est invité. J’ai de l’énergie à revendre
et je veux travailler sur le fond pour redéfinir la gauche. Je ne ferai rien qui
nuise au PS. Quand on voit ceux qui ont
tourné le dos à leurs valeurs, on ne peut
pas m’accuser de ne pas être dans les
clous de ma famille politique. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR T. Q.-M.
[
]
La politique
c’est du spo
rt
4/16
Pierre Laurent, la pétanque pour héritage
AU CŒUR de la Saône-et-Loire,
du côté de Genouilly, Vaux-enPré, Bissy-sur-Fley ou Germagny, à 374 kilomètres de la place
du Colonel-Fabien et du siège du
PCF, le secrétaire national des
communistes s’avance doucement sur la bande de sable et de
gravier. Pierre Laurent est désormais seul face au cochonnet. Sa
boule de pétanque passe d’une
main à l’autre. Il observe le terrain, les aspérités, les positions
de ses adversaires. Il cherche le
sens du vent peut-être. Que faire ? Viser la cible, expulser ceux
qui en sont trop proches ? Il hésite, longuement. Son fils le presse.
Pierre Laurent se redresse, proteste pour la forme face à la petite
troupe des camarades de son village d’enfance, et se lance. Détente ! Tout est oublié dans le geste libérateur. Une année de soucis
s’envole et ceux qui viennent
sont empêchés, bloqués aux portes du terrain.
Le 6 juillet dernier à Marseille,
il était présent et aucune grève
des cheminots n’aurait pu l’empêcher de se rendre sur place, au
Mondial de pétanque. Déjà parce
qu’il s’agit de la plus fameuse des
compétitions de pétanque et ensuite parce qu’elle est organisée
par le quotidien La Marseillaise,
historiquement lié au parti. Or ce
journal a connu ces derniers
temps de lourdes difficultés. Il
sort à peine la tête de l’eau. Il fallait donc aller soutenir le quotidien et l’événement qui fait perdurer une tradition des journaux
communistes parrains de grands
événements sportifs.
« Un certain talent »
Créé en 1962, le Mondial de pétanque est un véritable événement populaire auquel participent 13 600 personnes face à
160 000 spectateurs, durant une
semaine. « C’est une fédération
sportive homologuée, tient à souligner Pierre Laurent, et la pétanque demande à être admise dans la
catégorie des sports de démonstration en 2024, puisque les Jeux
se déroulent en France ! »
Le premier des communistes
reconnaît volontiers qu’il est bien
plus un amateur qu’un excellent
joueur. D’ailleurs, une feuille
d’information locale de Marseille
précise que lors de sa participa-
ROBERT TERZIAN
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
Pierre Laurent,
lors du « Trophée
des artistes »,
épreuve du Mondial
de pétanque réservée
aux figures médiatiques,
le 6 juillet à Marseille.
tion au « Trophée des artistes »
du Mondial, une épreuve parallèle réservée aux figures médiatiques, Pierre Laurent « a laissé
entrevoir un certain talent, insuffisant toutefois pour faire un lourd
parcours ». Il en plaisante.
« L’intérêt et la joie de ce sport,
c’est que l’on voit pratiquer ensemble des gens qui n’ont jamais
lancé une boule et d’autres très
expérimentés. »
Faute de talent certain donc, il
se fait plaisir, en vacances avec
ses proches, et ne demande rien
de plus. Sa passion remonte loin.
Une enfance dans une famille
ouvrière où tout le monde joue,
oncles, tantes et cousins. À Paris,
dans le XXe arrondissement où
les Laurent habitent, il défie ses
petits camarades dans une contre-allée de la rue Botzaris, le
long du parc des Buttes-Chaumont. À son mariage, un grand
concours de pétanque est organisé, auquel participaient les invités. Son beau-père est de Fréjus
et la famille se rend régulièrement dans le Var, dans un centre
de vacances. Soleil et parties de
pétanque.
Pierre Laurent devient songeur. À quelques mois d’un
congrès du Parti communiste qui
s’annonce compliqué pour lui,
lourd à porter, des européennes
et des incertitudes sur les alliances à nouer, sans même parler du
contexte social et des luttes à
poursuivre, les souvenirs légers
de l’été viennent le provoquer.
Pierre Laurent reprend la main.
« La pétanque au fond, c’est comme la politique. Il faut être précis
pour placer ses pions et savoir
rendre les coups, voir expulser
l’adversaire du jeu. Mais au
moins, à la pétanque, ça reste de
la rigolade. » ■
A
La passion du secrétaire national des communistes pour le jeu de boules remonte à son enfance. L’été, il perpétue la tradition.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 8 août 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Le Sénat argentin vote sur l’avortement
Les députés ont adopté une loi légalisant l’IVG. Mais rien ne dit que la Haute Assemblée suivera ce mercredi.
PATRICK BÈLE pbele@lefigaro.fr
AMÉRIQUE LATINE Le pays du pape
François, qui a réaffirmé à plusieurs reprises l’opposition de l’Église à l’avortement, va-t-il être le premier grand pays
sud-américain à légaliser l’interruption
volontaire de grossesse ? Après un vote
favorable des députés le 14 juin, un texte
légalisant l’avortement jusqu’à 14 semaines de grossesse passe ce mercredi
devant le Sénat.
Pour l’instant la balance semble plutôt pencher vers un rejet, mais sur les
72 sénateurs, cinq semblent encore indécis. Pour convaincre ces derniers de
voter le texte, certains projetaient
d’autoriser l’avortement jusqu’à la
12e semaine (au lieu de 14) et de prévoir
l’objection de conscience pour les médecins, mais cela obligerait à repasser
devant les députés. Le sujet a créé des
divisions dans tous les partis. Aucun n’a
réussi à fixer une position commune.
Dans la rue, l’avantage était aux défenseurs de la loi, qui ont envahi à plusieurs reprises le centre de Buenos Aires
et les principales villes du pays revêtus
de leurs foulards verts, devenu le symbole pro-IVG. La coalition d’organisations opposées au texte, Unidad Provida, a tenté de reprendre l’avantage, en
organisant une manifestation samedi
4 août. L’Église est très active dans ce
combat. La Conférence épiscopale argentine a publié un texte pour appeler à
participer aux manifestations : « Comme
nous l’avons déjà dit à plusieurs reprises,
nous soutenons et encourageons à participer ceux qui veulent manifester publi-
quement comme des citoyens responsables pour défendre le droit à la vie. »
Une messe sera organisée dans la cathédrale sur la Plaza de Mayo, face au palais
présidentiel, au moment du vote au
Sénat.
La vice-présidente de la République,
Gabriela Michetti, est un autre soutien
de poids aux anti-IVG. En cas d’égalité
de vote au Sénat, sa voix est prépondérante. Elle a annoncé vouloir durcir la
loi actuelle, datant de 1921, et qui autorise l’avortement en cas de viol ou de mise
en danger de la vie de la mère. Federico
Pinedo, le président du Sénat, a, lui, déposé un projet de loi visant à créer des
centres d’accueil afin de nourrir et alimenter les femmes subissant une grossesse non désirée et de favoriser l’adoption. Une proposition défendue par
l’Église, alors que seuls 8 % des enfants
en orphelinat trouvent actuellement
une famille d’adoption. La législation
argentine sur l’adoption est très stricte,
dans un pays marqué par les enfants volés de la dictature. Le très influent journal conservateur La Nación a écrit : « Ce
n’est pas un avortement qui peut gommer
les tristes conséquences d’un viol. Cela
supprime un être en gestation et ajoute la
souffrance d’avoir avorté. »
Moins de complications
médicales avec la légalisation
Des femmes brandissent le bandana vert, symbole de la campagne pro-avortement, lors d’une manifestation, le 25 juillet, devant
le Sénat, à Buenos Aires. ANITA POUCHARD SERRA/HANS LUCAS
En face, le ministre de la Santé, Adolfo
Rubinstein, défend le texte, chiffres à
l’appui. Fort de l’expérience de l’Uruguay voisin, il démontre que le nombre
d’avortements n’augmente pas avec sa
légalisation, ce sont les complications
médicales qui diminuent. Ainsi, il y
aurait plus de 50 000 hospitalisations
par an dues aux complications des IVG
clandestines. Amnesty International estime que 500 000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année et une
cinquantaine de décès sont enregistrés
tous les ans en Argentine.
Les avortements se font de plus en
plus souvent avec un médicament prévu
pour soigner les ulcères gastriques, le
misoprostol. Les cachets sont administrés par voie orale et vaginale et coûtent
130 dollars. Certaines pharmacies acceptent de les distribuer sans ordonnance. La peur pousse les femmes à retarder la consultation d’un médecin en
cas de complications. Des associations
comme Socorristas en red proposent un
accompagnement pour les femmes voulant pratiquer une IVG. Mais elles ne
sont actives qu’à Buenos Aires. ■
90 % des Sud-Américaines n’ont pas un accès libre à l’IVG
TEODORA VASQUEZ a été condamnée
à trente ans de prison après avoir fait
une fausse couche dans les toilettes de
l’école où elle travaillait. Elle a été libérée en février 2018 après avoir passé dix
ans derrière les barreaux. À 34 ans, elle
a enfin pu s’occuper de son fils, qui a
maintenant 14 ans. Une trentaine de
femmes sont actuellement en prison
condamnées au Salvador pour « homicide aggravé ».
Car la réforme constitutionnelle de
1999 décrète que la vie commence dès
la conception. S’il s’agit du pays sudaméricain le plus restrictif en matière
d’avortement, 90 % des Sud-Américains n’ont pas accès ou ont un accès
très limité (viol, mise en danger de la
vie de la mère, fœtus non viable) à
l’avortement.
« Il faut comprendre que cette trentaine de Salvadoriennes ne sont pas en prison pour avortement mais pour homicide
aggravé, explique Delphine Lacombe,
chercheuse au CNRS et spécialiste de la
région. C’est ce qui explique la lourdeur
des peines. La législation ne criminalise
pas seulement l’avortement mais aussi la
fausse couche. Et c’est évidemment les
femmes les plus pauvres qui en subissent
les conséquences. Les riches font le voyage aux États-Unis. »
Quatre femmes ont été libérées depuis le début de l’année grâce au travail
inlassable des féministes comme Morena Herrera, pour qui « il est clair que
dans la majorité des pays d’Amérique latine la vie des femmes n’a que peu de valeur, voire aucune ».
En Amérique latine, six pays interdisent totalement l’avortement : le Salvador, le Honduras, Haïti, le Nicaragua, la
République dominicaine et le Surinam.
Au Brésil, au Panama, au Chili, en
Colombie, au Costa Rica, au Pérou, au
Paraguay, en Argentine, l’IVG n’est
autorisée qu’en cas de viol, de mise en
danger de la mère ou de fœtus non viable. « Au Nicaragua, les groupes religieux ont réussi à politiser la question de
l’avortement,
rappelle
Delphine
Lacombe. En 2006, Daniel Ortega a fait
un accord avec le cardinal Ibando y Bravo
pour criminaliser l’avortement et l’inter-
dire même en cas de viol ou de malformation. » Une association salvadorienne, Si
a la vida, a créé des lieux d’accueil pour
les femmes subissant une grossesse non
désirée. Sa présidente Julia Regina de
Cardinal, fervente catholique, entend
ainsi donner une alternative à l’avorte-
“
Il est clair que dans
la majorité des pays
d’Amérique latine la vie
des femmes n’a que peu
de valeur, voire aucune
MORENA HERRERA, MILITANTE FÉMINISTE
”
ment, de la même veine que la proposition du président du Sénat argentin (lire
ci-dessus).
En Colombie, la situation est aussi très
compliquée pour les femmes subissant
une grossesse non désirée, estime Cécile
Lavigne, de l’ONG Cleo. « La Colombie
est l’un des plus mauvais élèves de la région en matière d’avortement, explique-
t-elle. On peut l’expliquer par le poids de
la religion catholique dans le pays. Il n’y a
pas d’avortement légal et aucun projet de
loi envisageant de l’autoriser. Cela n’empêche pas des centaines de milliers
d’avortements clandestins chaque année.
Les plus fortunées prennent l’avion pour
les États-Unis, les autres se débrouillent
avec les médicaments accessibles en
pharmacie comme le Cytotec, administré
par voie orale et vaginale. Ou, pire, s’introduisent des objets ou de l’acide dans le
vagin pour tuer le fœtus. Elles doivent ensuite le plus souvent aller pratiquer un
“nettoyage” à l’hôpital.»
Les secteurs les plus conservateurs de
la Colombie sont opposés également aux
contraceptifs. C’est d’ailleurs le cas
dans l’ensemble du sous-continent : là
où la législation est la plus restrictive en
matière d’IVG, l’accès à la contraception est également très difficile.
Le sujet est devenu une véritable
question de santé publique : l’Amérique
latine connaît l’un des taux les plus élevés de grossesses précoces ou adolescentes, le plus souvent provoquées par
Miguel Bernal,
le Don Quichotte
de Panama
Miguel Antonio Bernal, en avril 2018,
à Panama. ALEJANDRO BOLIVAR/EFE
Ce professeur de droit se présente à l’élection
présidentielle pour dénoncer la corruption.
A
THIERRY PORTES £@ThDoors
DÉMOCRATIE Miguel Antonio Bernal est
un empêcheur de tourner en rond rêvant
de démocratie. Durant le règne des militaires au Panama, il a goûté de la prison
et, par deux fois, à l’exil, au Mexique en
1976, puis aux États-Unis en 1987. Dans
ces deux pays, il a enseigné le droit
constitutionnel, qu’il avait fini d’apprendre à Bordeaux. À la chute des militaires,
cet avocat est revenu chez lui en 1990 et a
repris le chemin de la faculté de Panama,
où il continue aujourd’hui encore, à
68 ans, de dispenser des cours. Ne badinant pas avec l’esprit des lois, il poursuit
également sa croisade pour que la démocratie s’impose en son pays de quelque
75 000 km2. Après deux candidatures à la
mairie de Panama, il se lance aujourd’hui
dans l’élection présidentielle, prévue en
mai 2019, pour réveiller un peu cette nation connue pour son canal et ses avocats
spécialisés dans l’évasion fiscale.
De multiples obstacles
Quand, au printemps 2016, sont divulgués, via les Panama Papers, les documents confidentiels du cabinet Mossack
Fonseca mettant en cause plus de
214 000 sociétés offshore et quelque
140 personnalités de tous horizons, Miguel Antonio Bernal est bien le seul sur
place à l’affirmer : « Oh, mais le Panama
ne fait pas que le blanchiment, il amidonne
aussi et il repasse l’argent sale… » « Cela
m’a valu des insultes, s’amuse encore
aujourd’hui l’avocat. Ils disaient que
j’avais un comportement antinational, que
des viols au sein de la cellule familiale.
Des récits plus effrayants les uns que les
autres concernent tous les pays. Ainsi
Rosaura Almonte, dominicaine, s’est vu
diagnostiquer une leucémie alors
qu’elle était enceinte de sept semaines.
Les médecins ont refusé de la soigner,
car les traitements risquaient de tuer le
bébé. Elle est décédée à l’âge de 16 ans
quelques mois après avoir accouché. Au
Pérou, une jeune femme de 17 ans n’a
pas été autorisée à avorter alors que
l’enfant qu’elle portait était encéphalique. Les autorités l’ont même forcée à
l’allaiter pendant les quatre seuls jours
où l’enfant a survécu.
Selon une étude de l’OMS, publiée par
la revue scientifique The Lancet en 2012,
confirmée par une étude de l’Institut
Guttmacher de 2017, l’interdiction de
l’avortement ne limite pas le nombre
d’IVG. Au moins 10 % de la mortalité en
couche serait liée à des avortements
clandestins. Chaque année, on évalue à
760 000 le nombre de Sud-Américaines
ayant recours à l’interruption volontaire de grossesse. ■
P. B.
j’étais un traître. Vraiment, ils n’ont pas
d’humour… »
En un français parfait, les phrases récemment prononcées par Miguel Antonio Bernal à la terrasse d’un café parisien
visent la petite oligarchie économicopolitique qui tient le Panama. « La société
Mossack Fonseca a été dissoute, mais
contrairement à ce qui s’est passé un peu
partout, ici rien n’est advenu et aucune enquête n’a été vraiment lancée. Ceux qui
contrôlent la politique, explique-t-il, sont
les mêmes qui tiennent l’économie. Ramon
Fonseca Mora (du cabinet Mossack
Fonseca) dirigeait le Parti panamiste du
président de la République, Juan Carlos
Varela, dont il avait financé la campagne,
et dont il était le principal conseiller ! » Magnat de la grande distribution, Ricardo
Martinelli, le prédécesseur de Varela à la
présidence du Panama, possédait, lui,
son parti, celui du Changement démocratique. Arrêté aux États-Unis, dernièrement remis aux autorités de son pays, il
attend son jugement pour des faits de
corruption. « Quand il est parti en 2015
aux États-Unis, persifle l’avocat, il avait
32 grands magasins ; il en a 44 aujourd’hui, preuve que ses affaires n’ont pas
souffert de ses démêlés avec la justice… »
En ajoutant le PRD, le Parti révolutionnaire démocratique, jadis aux mains des
militaires, trois formations verrouillent la
vie politique du Panama. Pour un candi-
dat indépendant, comme Miguel Antonio
Bernal, il est extrêmement difficile de
participer à une course électorale. Il faut
franchir de multiples obstacles constitutionnels, le premier étant la collecte des
signatures de citoyens soutenant votre
démarche. Et il faut parvenir à se faire
connaître. Or les trois grandes chaînes de
télévision nationales appartiennent aux
mêmes, « l’une à Martinelli, énonce
l’avocat, l’autre à la famille Motta, qui
soutenait Varela, et la troisième à la famille
Gonzalez Revilla, plus proche du PRD ».
« C’est un régime féodal », dit le professeur, qui aussitôt ajoute : « Mais on ne
peut quand même pas rester les bras croisés ! » Alors Miguel Antonio Bernal tente
de prendre à témoin les réseaux sociaux
et les journalistes étrangers. D’ici à
l’élection présidentielle, il aura plusieurs
occasions de se faire entendre des médias
internationaux. En décembre prochain,
le président Xi Jinping est attendu au Panama, qui vient de virer de bord en
abandonnant Taïwan pour la République
populaire de Chine. Un retournement
d’alliances qui s’est évidemment monnayé. Un mois plus tard, en janvier 2019,
le Pape sera au Panama pour les Journées
mondiales de la jeunesse. C’est le dernier
legs du président Varela, membre de
l’Opus Dei, à son pays. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 8 août 2018
INTERNATIONAL
Simone Gbagbo,
la « dame de
fer » ivoirienne,
amnistiée
ZOOM
Brouille entre le Canada
et l’Arabie saoudite
Riyad, après avoir annoncé lundi
l’expulsion de l’ambassadeur
canadien et le rappel de son
propre représentant au Canada,
a gelé les relations commerciales
bilatérales, après un tweet
de l’ambassade du Canada se
disant « gravement préoccupée »
par de nouvelles arrestations de
militants des droits de l’homme.
Le royaume saoudien a aussi
suspendu les bourses
universitaires dont bénéficiaient
quelque 7 000 de ses étudiants au
Canada, qui vont partir ailleurs,
notamment aux États-Unis
et en Grande-Bretagne.
La compagnie nationale Saudia
suspend ses vols à destination
et en provenance de Toronto.
Le président Ouattara a annoncé lundi
la libération surprise de 800 prisonniers.
AFRIQUE DE L’OUEST À la veille de la
Fête de l’indépendance, personne n’attendait autre chose du président ivoirien
qu’un discours traditionnel. La surprise
n’en a été que plus grande. Lundi soir,
Alassane Ouattara a annoncé une large
amnistie notamment de condamnés pour
leur implication dans les troubles qui ont
suivi l’élection de 2010. La plus symbolique est celle de Simone Gbagbo. L’expremière dame s’était vu infliger en 2015
vingt ans de prison pour « atteinte à la sécurité de l’État ». Selon son avocat, qui
avoue n’avoir jamais été prévenu de cette
libération, elle devrait quitter cette semaine la gendarmerie où elle est incarcérée. Deux ministres de Laurent Gbagbo
sont également blanchis.
Cet élargissement massif, qui touche au
total 800 personnes, dont 300 sont toujours sous les verrous, apparaît comme
une tentative d’apaiser le climat en Côte
d’Ivoire et d’encourager une réconciliation nationale à la peine. Près de huit ans
après la fin de la guerre civile qui a embrasé le pays, les rivalités sont presque
toujours aussi vives. Un échec, comme
une tache qui s’étale et salit le bilan
d’Alassane Ouattara. Les ONG de défense
des droits de l’homme, mais aussi les ambassadeurs de l’Union européenne sont
de plus en plus critiques. Dans un rapport, révélé par l’AFP, ces derniers esti-
ment que la gestion de la réconciliation
est une « faille majeure » dans les sept années de mandat du président. La commission de dialogue national n’a pas su
relever le défi, et l’incarcération de centaines de partisans de Laurent Gbagbo,
alors qu’aucun soutien d’Alassane Ouattara n’a été arrêté, donne le sentiment
d’une justice de vainqueur. Un sentiment
renforcé par l’interminable et chaotique
procès de l’ancien président Laurent
Gbagbo devant la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye. Ses avocats ont déposé une demande d’acquittement et les
juges doivent se prononcer le 1er octobre.
Pour ne pas donner l’impression d’échanger une certaine partialité contre une impunité pas moins critiquable, Alassane
Ouattara a bien pris garde de ne pas libérer les coupables de « crime de sang ».
« Une soixantaine de militaires […] ne sont
pas concernés », a détaillé le président. Le
général Bruno Dogbo Blé, ancien chef de
la garde républicaine, ou le commandant
Séka Séka, aide de camp de Simone Gbagbo, restent derrière les barreaux.
En ouvrant les prisons, le gouvernement fait un geste vis-à-vis de l’opposition. Une main tendue bienvenue et visiblement appréciée, la plupart des partis
politiques saluant l’amnistie. Signe évident d’une recherche de décrispation
politique, Souleymane Kamaraté, alias
« Soul to Soul », un proche de Guillaume
Les Pays-Bas aussi entendent suivre l’exemple des
États-Unis, qui ont récemment obtenu de la Corée
du Nord la restitution de 55 de leurs militaires.
DISPARITIONS Après le rapatriement
de 55 dépouilles mortelles de militaires
américains remontant à la guerre de
Corée vendredi 27 juillet, fruit de la
rencontre entre Donald Trump et Kim
Jong-un, l’Australie a réclamé mardi de
la Corée du Nord que lui soient restitués
43 corps de soldats portés disparus. Les
vétérans du Pays-Bas avaient émis le
même souhait, mercredi dernier,
auprès de leur premier ministre pour
cinq de leurs camarades.
La ministre des Affaires étrangères australienne, Julie Bishop, avait déjà abordé
ce sujet au cours d’un forum de sécurité à
Singapour, lors d’un échange avec son
homologue nord-coréen, Ri Yong-ho.
Les cercueils de dépouilles mortelles
américaines venaient d’arriver à Hawaï.
Quelque 17 000 soldats australiens ont
combattu au nom des Nations unies
contre le régime communiste de Corée du
Nord, entre 1950 et 1953. On estime les
pertes australiennes durant cette guerre à
340 et le nombre de blessés à 1 216.
Demande officielle
« Nous avons proposé une assistance de
médecins légistes et d’experts pour récupérer ces dépouilles australiennes de soldats de la guerre de Corée, et il en a pris
acte », a ajouté Julie Bishop, interrogée
par la chaîne de télévision Sky News. La
demande de l’Australie est depuis mardi officielle. Toutefois, les tests ADN des
corps demeurent incertains, et les experts parlent de plusieurs mois, voire
plusieurs années, avant d’affirmer toute identification.
Mercredi 1er août, des vétérans néerlandais avaient émis l’idée du retour de
Le président géorgien
dénonce « l’occupation »
Le président géorgien, Giorgi
Margvelachvili, lors d’une
réunion avec ses ministres et des
responsables venus de Lettonie,
Lituanie, Pologne et Ukraine,
a condamné « l’occupation »
de son territoire par la Russie,
mardi, à la veille du dixième
anniversaire de la guerre
de 2008.
L’obsession de la présidentielle
L’Australie réclame ses
soldats à Pyongyang
ESTELLE PIATON
EN BREF
cinq corps de leurs camarades de combats tombés sur le front sur la péninsule
coréenne. Ces anciens soldats souhaitent
que les dépouilles mortelles soient enterrées au cimetière du Mémorial des
Nations unies, qui se trouve à Busan, en
Corée du Sud. C’est dans ce même cimetière que reposent 117 soldats néerlandais tombés durant la guerre de Corée.
Selon l’agence de presse néerlandaise
ANP, le premier ministre des Pays-Bas,
Mark Rutte, dit « comprendre » la demande formulée par l’association d’anciens combattants VOKS ; il affirme
vouloir lancer les démarches et a demandé qu’un entretien se tienne entre
l’un de ses conseillers et le président de
cette même association, Paul Gommers.
Les vétérans prennent soin de souligner
dans leur lettre adressée à Marke Rutte
que « c’est seulement à ce moment-là que
les familles pourront enfin dire adieu à
leurs proches de manière digne ».
Les Pays-Bas avaient déployé
4 700 soldats sur le front coréen sous
mandat des Nations unies ; 122 y
auraient trouvé la mort. Parmi les cinq
soldats dont il est question, trois ont été
portés disparus, l’un est tombé sur le
champ de bataille, l’autre est mort en
captivité. L’association VOKS évoque
néanmoins la possibilité que certaines
dépouilles mortelles américaines parmi
les 55 récemment rapatriées, soient en
réalité néerlandaises, les soldats des
Pays-Bas ayant « été affectés à la 2e division d’infanterie américaine » et ayant
« porté des uniformes américains ».
Les forces onusiennes ont perdu au
total 57 000 militaires lors de la guerre
opposant les deux Corées. Elles se composaient essentiellement d’Américains,
face à la Corée du Nord qui était soutenue par l’Union soviétique et la Chine. ■
Simone Gbagbo au tribunal à Abidjan, en mai 2016.
Soro, est ainsi libéré. Il avait été arrêté mais pas encore jugé - pour la possession
d’un imposant stock d’armes chez lui,
des armes utilisées lors des mutineries de
2017. Dans son discours, le président propose aussi une réforme de la Commission
électorale (CEI), une vieille exigence des
opposants.
La tension baissera donc sans doute un
peu à Abidjan avant les élections municipales d’octobre et surtout avant la présidentielle de 2020, qui obsède tout le
monde. Les commentateurs s’agacent
déjà pour savoir si Simone Gbagbo fera
Espagne : le nouveau chef
du PP à son tour soupçonné
JOE PENNEY/REUTERS
acte de candidature. La « dame de fer »,
femme politique dans l’âme, ne s’est pas
prononcée. Elle n’en a, en fait, pas terminé avec la justice. Elle va devoir faire face
à un nouveau procès pour « crime contre
l’humanité ». La cour d’assises d’Abidjan
l’avait acquittée en 2016 de ce motif, mais
la Cour suprême a cassé ce verdict le
26 juillet. Et Alassane Ouattara ne semble
pas vouloir relancer la carrière de ses
vieux rivaux. En conclusion de son
adresse, il a appelé une nouvelle fois à
« travailler à transférer le pouvoir à une
nouvelle génération ». ■
Le Parti populaire vient à peine
d’être évincé du pouvoir
en Espagne après des affaires
de corruption que le nouveau
président de cette formation
conservatrice, Pablo Casado,
37 ans, est au cœur d’une
polémique, soupçonné d’avoir
obtenu son diplôme de Master
sans avoir passé d’examen.
Pablo Casado avait promis
d’incarner la « régénération »
quand il a remplacé à la tête
du PP le 21 juillet l’ex-chef du
gouvernement Mariano Rajoy.
VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE
LA FONTAINE, L’AMI RETROUVÉ
Il sut manier avec un naturel confondant la langue de
la Cour et celle du bon peuple. Parler philosophie avec
des mots bien simples. S’essayer au théâtre, ne point s’y
arrêter. Et créer, l’air de rien, la fantaisie d’un monde où
le lapin taquin, la cigale étourdie, le moustique obstiné
ressemblent, comme des frères, au poète et à ses
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de La Fontaine est un auteur universel.
Suivre ses traces, entendre l’écho de son œuvre, au
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mercredi 8 août 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Damas compte
ses morts après
des années
de silence
Le régime syrien a déclaré le décès
de centaines de détenus ou disparus.
Les familles vivaient dans l’ignorance
de leur sort.
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
SYRIE C’était en juillet 2011. Le militant
démocrate Motaz Murad sortait tout
juste de prison. Son ami, l’activiste Yahya Chorbaji, s’était précipité chez lui,
dans la banlieue damascène de Daraya,
pour prendre de ses nouvelles. « Il avait
toujours les mots justes pour nous encourager à poursuivre notre mobilisation
pacifique », se souvient Motaz, aujourd’hui exilé à Gaziantep, dans le sud-est
de la Turquie. Les deux dissidents se
connaissaient depuis l’âge de 16 ans.
Avec un groupe d’amis, ils avaient créé
dans les années 1990 les « Chebab de
Daraya », un groupe de Syriens prônant
l’opposition non-violente au régime de
Bachar el-Assad.
« Yahya était un exemple pour nous
tous. Au début de la révolution de 2011,
c’est lui qui avait eu la brillante idée d’offrir aux soldats des roses et des bouteilles
d’eau pendant les manifestations. On le
surnommait le Petit Ghandi », confie-t-il
par téléphone. Ironie du sort : deux mois
plus tard, Yahya était à son tour arrêté
par les services de renseignement de
l’armée de l’air. À part quelques rares
signes de vie colportés jusqu’en 2014
par d’anciens détenus libérés, ses amis
et ses proches étaient restés sans nouvelles de lui. Condamnés à l’attente.
Hantés par l’idée de le savoir humilié et
torturé.
Fin juillet 2018, presque sept ans jour
pour jour après leur dernière rencontre, Motaz Murad a appris la nouvelle
Des hommes de l’Armée syrienne libre montrent, en 2013, une salle de la prison de Darkoush, dans le nord du pays, où les
prisonniers étaient exécutés par pendaison. THE TIMES/GETTY IMAGES
qu’il redoutait tant : Yahya Chorbaji
était mort. Son nom figurait noir sur
blanc sur un certificat de décès délivré
par Damas. « Difficile de décrire ma
douleur. Jusqu’ici, je gardais espoir.
Aujourd’hui, sa mort est bien réelle »,
souffle Motaz Murad. Réelle, comme
celle de centaines d’autres prisonniers
assassinés en détention et dont la liste,
pour la première fois rendue publique
par le régime, ne cesse de s’allonger
dans les registres de l’état civil. Au
cours des dernières semaines, les familles ont été soudainement informées
du décès de leurs proches lors de visites
de routine auprès de l’administration
locale ou à la suite d’appels inattendus
effectués par des comités locaux de réconciliation. Souvent, c’est le même
« motif » qui est invoqué : arrêt cardiaque ou attaque cérébrale.
“
Bachar el-Assad
cherche à clore le dossier
des disparus. Soutenu par
Téhéran et Moscou, il se
sent en position de force
MOTAZ MURAD, MILITANT DÉMOCRATE
”
Pourquoi un tel revirement du régime
après tant d’années de déni sur ces
morts en série ? Dès le début de la répression du soulèvement anti-Assad, le
pouvoir de Damas s’est tristement rendu célèbre pour sa « bureaucratie de la
mort » - selon l’expression de Nadim
Houry, de l’organisation Human Rights
Watch. En 2013, le dossier César avait
permis de révéler au grand jour l’existence d’un archivage macabre et méticuleux des prisonniers tués sous la torture avec la défection d’un exphotographe de la police militaire qui
s’était enfui après avoir pris des milliers
de clichés de cadavres. Le Réseau syrien
pour les droits de l’homme (SNHR) estime à plus de 80 000 le nombre de disparitions forcées perpétrées par Damas
depuis 2011 et à 13 000 celui de morts
sous la torture en prison. Mais, pendant
toutes ces années, le régime avait fait du
silence une arme de pression et d’intimidation contre les proches des disparus. « J’ai passé des années à errer de
centres de détention en bureaux administratifs pour obtenir un signe de vie de mon
fils. À plusieurs reprises, j’ai même dû offrir des bakchichs à des intermédiaires,
qui ont pris mon argent sans m’aider »,
concède, épuisée, la mère d’un « disparu » qui préfère taire son nom par
crainte de représailles.
Aujourd’hui, la donne a changé.
« Bachar el-Assad cherche à clore le
dossier des disparus. Soutenu par Téhéran et Moscou, il se sent en position de
force », estime Motaz Murad. Pour la
seule ville de Daraya, pas moins de
1 000 noms auraient ainsi été révélés.
Parmi eux figurent d’autres icônes de la
contestation pacifique comme Islam
Dabbas ou encore Maan, le frère de Yahya. « Je pense que le régime tente de
tester la réaction de la communauté
internationale vis-à-vis de ces actes »,
déclare pour sa part Abdul Ghany, le
président du SNHR. Selon lui, une faible
réaction occidentale encouragerait le
pouvoir de Damas à « continuer à enregistrer de la même façon des milliers
d’autres personnes disparues ». De récents incidents indiquent également
une volonté de se débarrasser d’acteurs
et de témoins encombrants. En janvier,
les Syriens apprenaient ainsi la mort,
inexpliquée, du directeur de Saydnaya,
une des prisons les plus infâmes du
pays. Début juillet, c’est celle du lieutenant-colonel Somar Zidan, un officier
“
Les dépouilles mortelles
ne sont pas rendues
aux familles, privées
de leur droit le plus
précieux à l’organisation
de funérailles
MOTAZ MURAD
”
de la direction de la sécurité politique
d’Alep qui s’est mise à circuler sur les
réseaux sociaux.
Selon de nombreux observateurs, il y
a fort à parier que le régime, actuellement en quête de normalisation, cherche tout simplement à réorganiser la
bureaucratie labyrinthique des dossiers
de détention dans un seul objectif : effacer toute trace documentaire qui exposerait les fonctionnaires syriens à de futures poursuites. « Or il est plus que
jamais indispensable que la justice internationale se saisisse de ces dossiers,
comme ce fut le cas pour la Bosnie et la
Serbie », insiste Motaz Murad. Seul un
procès transparent et équitable permettrait, d’après lui, « d’éviter la récidive et d’apporter un moindre réconfort
aux familles des victimes ». Et surtout,
de contraindre le régime à faire la lumière sur les conditions de détention et
les vraies circonstances des décès. Pour
l’heure, le deuil est d’autant plus dur à
endurer qu’il est inachevé. « Aucune information ne filtre sur la date de la mort
des défunts, ni sur les lieux d’inhumation.
Les dépouilles mortelles ne sont pas rendues aux familles, privées de leur droit le
plus précieux à l’organisation de funérailles », précise Motaz Murad.
Lui qui eut la chance d’avoir survécu
à la prison entend continuer à porter le
flambeau de la non-violence prôné par
son ami Yahya Chorbaji. « Un moyen
d’honorer sa mémoire », dit-il, en évoquant ce compagnon perdu dont les expressions – « Je préfère être tué que de
tuer » - font figure de référence au sein
de l’opposition libérale syrienne. Pendant les bombardements du régime lors
du blocus de Daraya – de 2012 à 2016 -,
de jeunes activistes soucieux de préserver le patrimoine de la ville avaient retrouvé La Coquille, de l’écrivain Moustafa Khalifé dans la maison abandonnée
de Yahya Chorbaji. L’ouvrage est une
plongée au cœur de l’enfer carcéral
sous le règne de Hafez, le père de Bachar al-Assad. « Toute sa vie, Yahya
s’était attelé à documenter et à dénoncer
ce genre de pratique. Il a fini par en être
la victime. Ne pas l’oublier, c’est la
meilleure façon de maintenir les
consciences éveillées sur les exactions du
régime », conclut Motaz Murad. ■
Le Mossad suspecté du meurtre d’un scientifique syrien
Aziz Asbar travaillait sur un programme de missiles. Il serait le quatrième ingénieur en armement assassiné en trois ans.
L’État hébreu, qui refuse toute implantation militaire durable de l’Iran à
sa frontière nord, multiplie depuis un
an les attaques contre des sites où il
estime avoir repéré des activités menaçantes. Les autorités russes, soucieuses d’éviter que les tensions entre
ces deux pays ennemis ne menacent la
stabilisation du régime syrien, ont récemment obtenu que les Gardiens de
la révolution évacuent leurs armes
lourdes à 85 kilomètres du plateau du
Golan. Mais Moscou fait aussi savoir
qu’il n’est pas réaliste d’exiger le départ des militaires iraniens de la totalité du territoire syrien. L’assassinat
d’Aziz Asbar, s’il a bien été ordonné
par Israël, est peut-être une façon
d’afficher sa détermination. Selon le
CYRILLE LOUIS £@cyrille_louis
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
PROCHE-ORIENT Qui a tué Aziz Asbar ? Ce scientifique de haut rang,
présenté comme le responsable d’un
programme visant à doter l’armée
syrienne de missiles de précision, est
mort samedi soir dans l’explosion de
son véhicule à Massyaf, non loin de
Tartous, en Syrie. L’attentat, bien que
revendiqué par un groupe rebelle, a
vite été attribué par le régime de Bachar el-Assad à l’État hébreu. Selon
son habitude, celui-ci a refusé de
commenter publiquement l’accusation. Mais le journaliste Ronen Bergman, qui compte parmi les meilleurs
connaisseurs des services secrets israéliens, l’a reprise à son compte
mardi dans le New York Times. Citant
une source de haut niveau qui travaille pour les services de renseignements d’un État du Moyen-Orient, il
affirme que la bombe qui a tué
M. Asbar a été actionnée par le Mossad. Selon lui, il s’agit du quatrième
assassinat en trois ans contre des ingénieurs impliqués dans le développement d’armes susceptibles d’être
utilisées contre Israël.
A
Détermination affichée
L’État hébreu, qui n’a pu empêcher la
milice chiite libanaise Hezbollah
d’amasser un arsenal estimé à plus de
120 000 roquettes après la guerre de
l’été 2006, surveille de très près la fabrication et le transport d’armes sur le
territoire syrien depuis le début de la
guerre civile. À partir de janvier 2013,
son aviation y a mené plusieurs dizai-
New York Times, le scientifique était
en contact direct non seulement avec
de hauts responsables syriens mais
aussi avec Qassem Souleimani, le
commandant iranien de la force Qods.
De nombreux assassinats de scientifiques employés par des pays ennemis
ont par le passé été attribués au Mossad, y compris ceux de six Iraniens
impliqués dans les programmes nucléaire et balistique de leur pays depuis 2007. Interrogé mardi matin sur
le mort d’Aziz Asbar, le ministre israélien du Renseignement, Yisrael
Katz, a déclaré : « Si l’on considère
qu’il travaillait à développer des armes
chimiques et des missiles de longue portée menaçant Israël, je suis absolument
ravi qu’il ne soit plus de ce monde. » ■
Deux membres du Hamas tués à Gaza
Conférence de presse, mardi, du ministre de la Défense israélien, Avigdor Lieberman,
sur les hauteurs du Golan, près de la frontière syrienne. JALAA MAREY/AFP
nes de frappes afin d’empêcher le
transfert de missiles sophistiqués au
Hezbollah. Parallèlement, les stratèges
israéliens affirment que l’armée syrienne cherche, en collaboration
étroite avec l’Iran, à développer des
armes capables d’atteindre leur pays.
Aziz Asbar, qui pilotait une unité secrète au sein du Centre de recherches
et d’études scientifiques (Cres) de
Massyaf, était apparemment l’une des
chevilles ouvrières de ce programme.
Selon Ronen Bergman, il travaillait
notamment à améliorer la précision
des missiles Tishreen, version syrienne
du Fateh-110 iranien, dont la portée
est d’environ 200 kilomètres.
Le Cres, où le régime syrien fut
longtemps soupçonné de fabriquer et
d’entreposer ses armes chimiques, a
été visé à plusieurs reprises par des
bombardements attribués à Israël au
cours des dernières années. La plus
spectaculaire de ces frappes, menée en
septembre 2017, a endommagé une
grande partie de ce complexe où plusieurs milliers de personnes étaient jadis employées. Les services de renseignements israéliens croient savoir que
d’importants travaux ont depuis été
engagés pour recréer, cette fois en
sous-sol, les installations détruites. Un
nouveau bombardement a visé le site il
y a une dizaine de jours.
Deux membres des Brigades
Ezzedine al-Qassam, la branche
armée du Hamas, ont été tués mardi
par un tir de char dans le nord de la
bande de Gaza. L’armée israélienne
affirme avoir visé une position
militaire du mouvement islamiste
en riposte à des tirs qui n’auraient
pas fait de blessés. Les Palestiniens
affirment au contraire que les deux
hommes participaient à un exercice
organisé à l’occasion d’une rare
visite, dans l’enclave palestinienne,
de hauts responsables
du mouvement établis à l’étranger.
« La résistance ne peut pas laisser
l’occupant imposer une politique qui
consiste à bombarder des positions
et prendre pour cible des résistants
sans en payer le prix », a mis en
garde le Hamas dans un communiqué.
Ce nouvel accès de fièvre intervient
alors que les dirigeants du
mouvement islamiste débattent
depuis cinq jours d’un projet d’accord
non seulement avec le parti rival
Fatah, mais aussi avec Israël.
Le coordinateur spécial des Nations
unies pour le processus de paix
au Moyen-Orient, Nikolaï Mladenov,
cherche à promouvoir une « trêve
de longue durée » en contrepartie
d’un assouplissement du blocus
imposé à la bande de Gaza et
d’un retour de l’Autorité palestinienne
présidée par Mahmoud Abbas.
C. L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 8 août 2018
SOCIÉTÉ
9
Les colonies de vacances se renouvellent
De moins en moins plébiscitées, elles pâtissent du manque de confiance de certains parents. Canaux
de communication démultipliés, séjours personnalisés… Tous les moyens sont bons pour rassurer les familles.
pond plus à notre réalité de société », affirme Xavier Hernandez, responsable de la
politique éducative à l’UCPA (Union nationale des centres sportifs de plein air).
Snapchat, Instagram, Facebook… Tous
les canaux de communication ont été investis. Sur sa page Facebook, l’organisme
Epaf Vacances avait donné rendez-vous
à des centaines de parents le 9 juillet dernier pour un live vidéo. Tous espéraient
apercevoir leurs enfants, partis la veille
en bus depuis leur ville d’origine, et réunis dans le parc des expositions de Villepinte avant le grand départ pour plusieurs destinations. Sous la vidéo, des
messages de parents rassurés : « Merci
pour ce direct, j’ai pu voir ma fille. »
CLOTILDE COSTIL £@ClotildeCostil
JEUNESSE « J’ai toujours eu peur d’envoyer mes enfants en colonie de vacances.
Pourtant, j’y étais moi-même partie à
l’âge de 12 ans et j’en garde encore de très
bons souvenirs. Si mon fils ou ma fille
m’avaient demandé, peut-être les auraisje laissés partir. » Comme Sophie, 64 %
des Français n’ont jamais proposé à leurs
enfants d’aller en « colo », selon un sondage Ifop de juillet 2017. Le coût financier
et le manque de confiance dans le personnel sont les principaux freins, d’après
une autre étude de l’institut de sondage
datant de 2016. Pourtant, les trois quarts
des Français ont une bonne opinion de
ces programmes de loisirs.
« Il y a deux catégories de parents, analyse Florence Millot, psychologue pour
enfants. Soit il est de nature à faire
confiance et a une vision positive de la colonie de vacances, souvent grâce à sa propre expérience plus jeune. Soit il fait trop
souvent référence à l’actualité, aux faits
divers, que ce soit pour des colonies ou
autre chose. » « Je pense malgré tout que
la majorité reste assez confiante, même si
de nouvelles peurs apparaissent démultipliées, constate-t-elle. Aujourd’hui, les
parents sont en communication permanente avec leur enfant. Cet hyperlien crée
du stress supplémentaire, surtout quand le
fils ou la fille ne répond pas. »
Est-ce donc à cette inquiétude parentale que tient la baisse de fréquentation des colonies de vacances ? En 2016,
le ministère de l’Éducation nationale,
qui pilote la question des loisirs et de la
jeunesse, a en effet relevé 43 724 séjours
en moins par rapport à l’année précédente. Pour taire les appréhensions et
redorer l’image des « colos », le ministère s’est donc lancé depuis quatre ans
dans une campagne de promotion, « À
nous la colo », à coups de jeux concours
« Séjours passion »
Retour d’une colonie de vacances à la gare Montparnasse, à Paris.
sur les réseaux sociaux et sur YouTube.
L’objectif : donner envie aux jeunes de
vivre cette expérience, et surtout, rassurer les parents sur le fait que leurs enfants partent en toute sécurité, dans un
lieu encadré par des professionnels de
l’animation.
La communication, une priorité
De leur côté, les organismes se mobilisent pour enrayer cette désaffection.
Aujourd’hui, il est loin le temps de la
« petite bafouille » chantée en 1966 par
Pierre Perret et qui satisfaisait les parents
HERVÉ BOUTET/DIVERGENCE
inquiets. « Les parents laissent moins facilement leurs enfants qu’auparavant et
gardent un lien continu via leur téléphone
portable, explique Anne Carayon, directrice de l’association Jeunesse en plein air
(JPA). Quelque part, c’est presque logique
qu’ils appréhendent davantage de faire
partir leur enfant. » Désormais, les colonies de vacances font de la communication une priorité. En témoigne le décret
du 15 juillet 2015 qui redéfinit les critères
du Bafa. Parmi les changements principaux, la fonction « participer à l’accueil,
à la communication et au développement
des relations entre les différents acteurs »
passe de la quatrième position à la seconde par rapport à l’arrêté des 22 et 25 juin
2007.
À l’UCPA, un lien continu est entretenu avec les parents, dans un premier
temps par mail, puis par téléphone tout
au long du voyage. Une application a
d’ailleurs été créée et propose de mettre
les parents directement en réseau avec la
collectivité. Ces derniers ont ainsi accès à
différents contenus multimédias (photos,
vidéos) qu’ils peuvent commenter. « La
rupture totale avec les parents ne corres-
Au-delà de la communication, les différents catalogues de séjours varient les
formules, de la colonie généraliste multiactivités aux formules plus thématiques
et personnalisées. Cuisine, sciences, jeux
d’échecs, équitation, les « séjours passion » se déclinent à l’envi et les parents
les plus exigeants y trouvent leur compte. Et pour les plus frileux, l’UCPA propose des colonies de proximité, dédiées
au premier séjour de l’enfant sans ses parents, ou des colonies en fratries. Rendre
compte de cette multitude de choix fait
partie des nouvelles difficultés que rencontrent les organismes, « parce qu’il y a
une réelle méconnaissance », signale Anne
Carayon. « Les parents les plus réticents
associent certainement la colonie de vacances à une autre époque. Pourtant, elles
ont su s’adapter et correspondre aux enfants d’aujourd’hui. »
Vivre des expériences d’autonomie, de
liberté et apprendre à se faire confiance,
les aspects positifs de la colonie de vacances sont pourtant nombreux d’après
Florence Millot, qui ajoute : « Le but de la
vie, c’est quand même d’aller de l’intérieur
vers l’extérieur. » ■
Dans la capitale, la vignette
Crit’Air ne s’impose pas encore
La police contrôle les conducteurs qui n’ont pas apposé sur leurs voitures
l’autocollant, obligatoire, indiquant leur taux de pollution.
CIRCULATION Obligatoire depuis le
1er juillet 2017 pour tous les automobilistes circulant dans la capitale, la vignette Crit’Air est loin de figurer sur tous les
pare-brise. En ce mardi matin, lors d’un
contrôle organisé dans le sud-est de la
capitale, place d’Italie, nombre d’usagers
sont en effet arrêtés pour défaut d’acquisition de ces autocollants. Numérotés de 1
à 5, ces derniers renseignent les forces de
l’ordre sur le degré de pollution de la voiture.
Brièvement retenus le long du trottoir,
certains repartent alors avec une amende
68 euros (minorée à 45 euros), comme
cet habitant du XIXe arrondissement qui
n’aurait même pas dû prendre le volant
ce mardi. Au cours de ce deuxième jour
de pollution à l’ozone dans la capitale,
seuls les détenteurs des certificats d’un à
trois, attestant d’un véhicule « propre »,
étaient autorisés à circuler. Avec sa vieille
Twingo, « ce conducteur aurait vraisemblablement obtenu une vignette 4 », estime
Aurélie, de la compagnie motocycliste de
la préfecture de police de Paris.
Depuis plusieurs heures déjà, et avec
son collègue, Dany, celle-ci sillonne à
moto les avenues ceinturant la place pour
repérer les conducteurs en infraction.
« On est des rabatteurs et on escorte les
contrevenants jusqu’au point de contrôle », poursuit Dany, qui, sous son blouson
et son airbag réglementaire, est comme
dans une étuve. Quelques minutes plus
tard, les deux motards accablés de chaleur ramènent au point de contrôle, un
peu ombragé par des arbres, la conductrice d’une grosse Range Rover noire,
sans vignette.
Malgré le tintamarre médiatique
autour de ces macarons numérotés
adoptés par Paris depuis janvier mais
aussi par quelques autres grandes villes
du pays, cette dernière tombe des nues.
« J’ignorais », dit-elle en se trouvant une
excuse. Elle habite la ville de Mulhouse
qui ne recourt pas à ces certificats pour
imposer une circulation différenciée en
cas de pollution. « Strasbourg non plus ne
le fait pas », assure-t-elle. Erreur : cette
autre agglomération d’Alsace fonctionne
aussi avec Crit’Air. Cette méconnaissance des règles vaut à la Mulhousienne
de passer entre les mailles du filet.
Le ton pourrait se durcir
« Ceux qui viennent de province ne sont
pas sanctionnés, car ce dispositif n’est pas
en général utilisé chez eux », souligne le
commissaire Léon Grappe, de la Préfecture de police, présent sur le dispositif.
« Pour ne pas paralyser l’activité économique, des catégories professionnelles
échappent aux restrictions », précise-t-il.
C’est le cas des taxis ou des livreurs justifiant d’un bon de commande.
En ce mardi matin, aucun véhicule
roulant avec une vignette non autorisée 4
Placée sur le pare-brise, la pastille colorée, numérotée de 1 à 5, indique le niveau
de pollution du véhicule. GRÉGORY YETCHMENIZA/PHOTOPQR/LE DAUPHINE/MAXPPP
ou 5 n’a été repéré. Ni avec des autocollants qui volontairement ne correspondent pas au type de la voiture. Pourtant,
c’est évident, certains se sont procuré sur
le site officiel du gouvernement et via Internet une vignette « propre »… pour une
poubelle. Mais, en cas d’opération policière, l’entourloupe sera vite déjouée.
Avec leurs tablettes dernier cri qui arrivent peu à peu dans les services, les forces de l’ordre consultent en un clic le fichier des véhicules immatriculés.
Le marché de Noël de Campion reste à Paris
Le Musée du Louvre a donné son accord au forain pour installer ses chalets dans le jardin des Tuileries.
CAROLINE COUPAT£@carolinecoupat
TOURISME Après une année de traversée
du désert, le « roi des forains » Marcel
Campion organisera de nouveau un marché de Noël à Paris, du 18 novembre 2018
au 9 janvier 2019. Mais cette fois, aux
Tuileries. L’an dernier, ce traditionnel
rendez-vous de fin d’année avait été
l’objet d’un bras de fer avec la Mairie de
Paris et ne s’était finalement pas tenu sur
les Champs-Élysées. Anne Hidalgo avait
en effet décidé de supprimer cette attraction gérée par le célèbre forain, pourtant
familière des Parisiens depuis 2008. Motif
invoqué : des animations et des produits
vendus de « qualité médiocre ».
Cette année, la société de Marcel Campion, Le Monde festif, s’est donc adressée
directement au Louvre, qui gère également le jardin des Tuileries depuis 2005 et
a accepté de lui louer les 8 300 m2 de l’esplanade des Feuillants. Une décision qui
ne constitue pas un choix politique, assure le musée. « Marcel Campion est pour
nous un partenaire ancien et régulier,
puisque sa société gère déjà la fête foraine
qui se tient tous les étés aux Tuileries, explique-t-on au Louvre. Son projet de
marché de Noël remplissait notre cahier
des charges, nous avons donc donné notre
accord à sa tenue. » Le dossier doit désormais être validé, entre autres, par la préfecture.
Si Marcel Campion s’est gardé de tout
commentaire, son projet prévoit, d’après
le Louvre, « une centaine de chalets proposant en majorité des produits français,
en particulier gastromiques, ainsi qu’une
dizaine de manèges pour enfants et une
grande patinoire ». Quant à la somme
payée par le forain au Louvre pour accueillir le marché de Noël, elle serait
« bien inférieure à un million d’euros, com-
me on a pu l’entendre. Pour mémoire, en
2017, l’ensemble des locations nous a rapporté seulement 3,4 millions d’euros »,
rappelle le musée.
Cette décision fait néanmoins grincer
quelques dents : Éric Azière, président du
groupe UDI-MoDem du Conseil de Paris,
déplore que cette décision ait été prise
sans concertation avec les élus de la ville.
Du côté de la Mairie, on se refuse à tout
commentaire, tandis que l’entourage de
Marcel Campion donne rendez-vous à sa
prochaine conférence de presse, « fin
août-début septembre », pour de plus
amples précisions. ■
En cas de nouveau pic de pollution, des
opérations policières de ce type seront de
nouveau organisées. Mais, par la suite, le
ton pourrait se durcir. Des contrôles
automatisés, par le biais de caméras aux
portes de Paris lisant les vignettes, pourraient être mis en place. C’est du moins la
volonté de l’Hôtel de ville et de sa maire,
Anne Hidalgo, qui fait de l’amélioration
de la qualité de l’air l’une de ses priorités.
Dans ce cas, les amendes pleuvront aux
entrées de la capitale. ■
EN BREF
Enquête sur le survol
d’un drone à Brégançon
Une enquête a été ouverte par
le parquet de Toulon à la suite
du survol, lundi, par un drone,
du fort de Brégançon (Var),
où Emmanuel Macron passe ses
vacances avec son épouse. Selon
une source judiciaire, « le drone
a été neutralisé, c’est-à-dire que
les ondes ont été brouillées, ce qui a
provoqué sa chute ».
Parti pour le djihad
en bateau, il est arrêté
Selon BFMTV, un homme de
45 ans a été arrêté dans l’Hérault,
en mai dernier, alors qu’il
s’apprêtait à rejoindre la Syrie
en voilier pour y faire le djihad.
A
ANGÉLIQUE NÉGRONI anegroni@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 8 août 2018 LE FIGARO
10
SCIENCES
L’Europe peine à protéger sa biodiversité
Des chercheurs de quinze pays montrent dans une étude que les aides financières pour soutenir certaines
espèces sont trop circonscrites et ne s’appuient pas suffisamment sur la liste des espèces en danger de l’UICN.
MARIELLE COURT £@MarielleCourt
NATURE En 2011, l’Union européenne
s’est engagée sur deux objectifs : « Enrayer
la perte de biodiversité d’ici à 2020 et protéger, évaluer et rétablir la biodiversité et les
services écosystémiques d’ici à 2050. » À
moins de deux ans de la première échéance, une étude publiée par une équipe de
chercheurs de quinze pays montre que
l’Europe risque de passer à côté de ce premier objectif.
Piloté par Sylvaine Giakoumi, chercheuse au laboratoire Ecomers (université
Nice Sophia-Antipolis et CNRS), le travail
des scientifiques publié dans la revue
Conservation Letters montre que non seulement le déclin n’est pas arrêté, mais que
les moyens mis en œuvre par les politiques
publiques sont insuffisants et surtout mal
ciblés.
destinés à favoriser la reproduction d’espèces d’amphibiens en protégeant seulement
les zones humides, sans s’occuper de l’habitat terrestre alentour ».
De fait, rappelle la chercheuse, on peut
prendre soin des espèces autour d’un barrage lors de sa construction, mais celui-ci
aura également bien d’autres impacts en
affectant l’estuaire en aval et en diminuant
la quantité d’eau douce s’écoulant dans la
mer. Tout comme des effluents agricoles
peuvent avoir des conséquences sur l’état
des rivières et plus largement des océans.
L’autre constat dressé par les scientifiques est que les aides accordées par
l’Union européenne vont certes vers des
espèces qui peuvent en avoir besoin, mais
pas nécessairement celles qui sont le plus
en danger. Cela s’explique notamment par
le fait que les projets d’aide s’appuient sur
les listes des grandes directives habitat et
oiseaux, qui pour l’une date de 1992, pour
l’autre de 2009. « De notre côté, nous nous
sommes appuyés sur la liste rouge révisée de
l’UICN (Union internationale pour la
conservation de la nature), qui date de 2016
et répertorie les espèces les plus menacées en
trois catégories : vulnérable, en danger et en
danger critique. » Or, « plus de la moitié du
budget (61 %) concernant les projets Life
Nature a été attribuée à des espèces qui sont
rangées dans la catégorie “préoccupation
mineure” », précise l’étude.
Pour les scientifiques, seule une approche globale de conservation permettra
éventuellement d’atteindre les objectifs
que s’est fixés l’Europe avec une meilleure
prise en compte des espèces menacées.
Un point d’autant plus important que,
dans son budget pour soutenir les actions
en faveur du climat et de l’environnement pour la période 2021-2027, l’UE annonce une augmentation des financements de 60 %. ■
Les chercheurs, qui ont analysé quelque
1 567 projets de conservation étalés sur
vingt-cinq ans, pointent plusieurs biais
dans le système. Ils se sont notamment intéressés aux nombreuses espèces qui bougent beaucoup et vivent sur plusieurs zones à la fois : les écosystèmes marins, d’eau
douce et terrestres. « Or, note Sylvaine
Giakoumi, les efforts de conservation portent souvent sur un des trois territoires mais
pas sur l’ensemble. Pourtant, tout est
connecté », rappelle la scientifique.
Les travaux des chercheurs évoquent
ainsi « les efforts qui visent les tortues de
mer. Ils ont porté essentiellement sur la protection des sites de nidification. Certes, cela
donne des résultats, mais, pour autant, la
diminution actuelle de certaines populations
de ces tortues de mer peut être associée avec
l’idée qu’il faut aussi protéger leur habitat »,
précise l’étude, « tout comme se sont montrés inefficaces les efforts de conservation
Les efforts qui visent les tortues
de mer ont surtout porté sur la
protection des sites de nidification,
mais la disparition de certaines
d’entre elles est liée à leur habitat.
A
L’Écotron, une vaste
plateforme novatrice
d’écologie expérimentale
LE NOM est particulier, l’intérêt est immense. À Saint-Pierre-lès-Nemours,
en Seine-et-Marne, se trouvent côte à
côte un bel ancien corps de ferme et un
magnifique bâtiment tout en bois. Nichés au milieu de quelque 80 hectares,
ils abritent tous deux le Cereep-Écotron
d’Île-de-France. Si l’acronyme signifie
Centre de recherche en écologie expérimentale et prédictive, l’origine et le
sens du mot « Écotron » ne sont pas très
clairs.
À la différence de son rôle. Car les
Écotrons (il en existe deux en France,
celui de la région parisienne et un autre
dans la région de Montpellier) sont des
centres de recherche destinés à la seule
expérimentation. « Jusque dans les années 90, il y avait très peu de dispositifs
expérimentaux. Cela se résumait à des
laboratoires avec des paillasses », commente Jean-François Le Galliard, chercheur au CNRS et directeur du centre
francilien.
Dans ce lieu, il n’y a d’ailleurs que
très peu de chercheurs à demeure.
L’idée est de mettre à disposition de la
communauté scientifique des outils
uniques en leur genre, permettant d’effectuer des recherches hors du commun en écologie. Ces deux dernières
années, ce sont ainsi une centaine de
scientifiques qui en ont profité pour effectuer tout ou partie de leur recherche.
Il faut dire que les installations sont assez impressionnantes.
Il y a tout d’abord la plateforme Planaqua. Elle propose des « microcosmes » aquatiques de quelques litres, des
« mésocosmes » avec un volume de
plusieurs centaines de litres mais aussi
seize lacs artificiels permettant aux
chercheurs de travailler dans des
conditions très proches de ce qu’il se
passe dans la nature. « Il n’y a rien
d’équivalent à l’échelle internationale »,
rappelle Jean-François Le Galliard.
« Ces lacs de trente mètres de long sur
quinze de large sont aujourd’hui de petits
écosystèmes naturels », précise Gérard
Lacroix, le directeur adjoint de la
station.
ZOOM
Alimentation à base
d’algues, attention
à l’excès d’iode
Des typhas et des joncs ont d’abord
colonisé les bords dans lesquels coassent aujourd’hui des batraciens et évoluent toute sorte d’insectes. « On espérait que les poissons arriveraient
également tous seuls grâce aux
oiseaux », explique le chercheur qui
s’est finalement décidé, pour accélérer
le tempo, à introduire environ 200 spécimens de perches, gardons, épinochettes et autres goujons… Et dans chaque lac un brochet, espèce prédatrice
pour maintenir un équilibre.
Ce que permettent ces lacs tous identiques dans leurs formes et compositions au départ, c’est de voir comment
les milieux réagissent quand on modifie
un élément en apportant par exemple
des nutriments. « Dans certains bassins,
on a ajouté 100 microgrammes de phosphore par litre d’eau, ce qui pouvait potentiellement rendre les eaux très vertes
en raison de l’eutrophisation. Or, on a été
surpris de se rendre compte que les plantes sur les bordures permettaient d’absorber énormément de ces nutriments
“
Il n’y a rien d’équivalent
à l’échelle internationale
”
JEAN-FRANÇOIS LE GALLIARD, CHERCHEUR
AU CNRS ET DIRECTEUR DU CENTRE FRANCILIEN
supplémentaires », explique ainsi Gérard Lacroix.
Température, oxygène, pH, chlorophylle… tout est mesuré, comparé : estce que ces bassins absorbent plus de
CO2 qu’ils n’en émettent ? Comment
évolue le zooplancton ? S’il diminue,
quel risque a-t-on de voir les algues
pulluler ? « Quand elles sont en trop
grand nombre, elles tombent au fond de
l’eau. Elles absorbent dès lors tout l’oxygène, le milieu devient anoxique et les
poissons meurent », précise encore le
scientifique. « On cherche notamment à
comprendre pourquoi tous les lacs ne
réagissent pas de la même façon », ajoute-t-il, sachant que toutes ces mesures
sont d’un intérêt évident pour des collectivités territoriales ou pour l’Agence
À Saint-Pierre-lès-Nemours, 80 hectares abritent le Cereep-Écotron d’Île-de-France
(ci-dessus la plateforme Planaqua). SAMUEL PERRET/CEREEP/CNRS PHOTOTHÈQUE
française de la biodiversité, qui a en
charge, via l’Onema (Office national de
l’eau et des milieux aquatiques), le bon
état écologique des eaux de surface.
Sur l’autre plateforme, baptisée Écolab, c’est l’Ademe qui, en ce mois de
juin, a passé commande pour mieux
comprendre l’impact de l’ozone sur les
grandes cultures, qu’il s’agisse de rendements, de qualité des semences ou de
l’huile obtenue à partir des graines. Un
sujet on ne peut plus d’actualité compte
tenu des pics d’ozone que connaît la
France, et notamment l’Île-de-France
ces derniers temps.
Pour effectuer leurs travaux, les
chercheurs ont conçu un tout autre
système, qui consiste en 15 « chambres
environnementales » dans lesquelles
quasiment tous les climats peuvent être
reproduits. « De - 15 °C à + 45 °C, de 15 %
d’humidité à 95 % », raconte Florent
Masson, ingénieur chef sur le projet.
Dans un de ces conteneurs remplis de
capteurs où des rampes de LED reproduisent les conditions normales du soleil, des plants de colza, d’orge et de tabac (plante référence) sont ainsi soumis
à toute sorte de quantité d’ozone : « On
les soumet à ce que l’on observe dans
l’atmosphère, puis aux émissions correspondant aux pics d’ozone, voire à des
émissions bien supérieures. Le premier
cas sert de témoin ; dans le deuxième, on
sait qu’il y a des impacts sur la plante,
mais ils ne sont pas visibles ; enfin, quand
la dose d’ozone est très élevée, les feuilles
sont nécrosées et le rendement de l’orge
chute de 10 à 15 % », raconte le respon-
sable de l’expérience. L’objectif est non
seulement de comprendre comment
ces plantes réagissent au stress, mais
également de mettre au point un outil
qui permettrait aux agriculteurs de mesurer très rapidement l’impact de
l’ozone. « L’an prochain, on refera le
même programme et ensuite on ajoutera
un stress hydrique », poursuit le scientifique.
Quelques semaines auparavant, les
« chambres » accueillaient des écosystèmes de la savane d’Arizona pour étudier les effets du changement climatique en cas de petite ou grande
sécheresse, de petite ou grande pluie.
Une recherche commandée par l’Université américaine. Et prochainement,
ce sera un autre projet, cette fois-ci
coordonné par l’Inra, qui aura pour objectif de comprendre comment les
changements climatiques peuvent influer sur les émissions odorantes des
plantes. Ces composés organiques volatils essentiels pour les insectes lorsqu’ils
veulent se nourrir.
On est de plus en plus sollicité par
l’étranger, se félicite Jean-François Le
Galliard, qu’il s’agisse des États-Unis
comme de pays de la communauté
européenne. Mais le centre a également
permis de mettre au point des instruments uniques au monde (dont quatre
sont protégés par des brevets industriels). L’Écotron a ouvert ses portes en
2008, sous l’égide de l’École normale
supérieure et du CNRS, dans un certain
scepticisme. Que de chemin parcouru
depuis. ■
M. C.
Fraîches, séchées ou en
complément alimentaire,
les algues s’invitent de plus en
plus souvent dans notre assiette.
Mais gare au risque d’excès
d’apports en iode, avertit
l’agence de sécurité sanitaire
Anses. Un apport excessif
et régulier en iode peut entraîner
des dysfonctionnements
de la thyroïde, mais également
certains effets indésirables,
notamment pour le cœur
ou les reins. La consommation
est également déconseillée
aux personnes traitées
avec un médicament contenant
de l’iode ou du lithium, ainsi
qu’aux femmes enceintes
ou celles nourrissant leur bébé.
EN BREF
Nouvel incendie record
en Californie
La Californie est désormais
ravagée par le plus grand
incendie de son histoire récente,
le « Mendocino Complex »,
qui gagne du terrain dans le nord
de l’État le plus peuplé des ÉtatsUnis. Le précédent incendie
record dans cet État de la côte
Ouest des États-Unis remonte
à seulement huit mois.
Le Mendocino Complex n’est
maîtrisé qu’à 30 % environ,
selon le service californien
de lutte contre les incendies.
Il a fait au moins deux morts
mais, depuis le début de l’été,
une dizaine de personnes ont été
tuées en raison des incendies.
Ce dernier feu est composé
de deux foyers mitoyens qui
se sont formés le 27 juillet et
ont constitué lundi un incendie
gigantesque. Il a déjà dévoré
114 850 hectares, presque autant
que la superficie de l’immense
ville de Los Angeles et plus
que les 114 078 hectares
détruits en décembre 2017
par l’incendie Thomas.
PAULO DE OLIVEIRA/BIOSPHOTO
1 567 projets de conservation
analysés
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 8 août 2018
SPORT
11
Kevin Mayer,
l’immense
désillusion
ZOOM
Cyclisme : Mathilde Gros en
or, de l’argent pour les Bleus
La jeune Française de 19 ans
a remporté le titre européen sur
l’épreuve de keirin en cyclisme
sur piste, mardi à Glasgow.
Il s’agit de sa deuxième médaille
de la semaine après le bronze
sur la vitesse. « Je ne réalise pas,
c’est un truc de fou », s’est réjouie
Mathilde Gros, qui a profité en
finale du travail de sa compatriote
Sandie Clair. Petite déception
pour Sébastien Vigier, champion
d’Europe en titre du keirin, qui a
dû, lui, se contenter, de la médaille
d’argent. Même métal en VTT
pour Pauline Ferrand-Prévost.
« Je pense que c’est mérité, je suis
à ma place, je suis contente. »
Le champion du monde du décathlon,
auteur d’un zéro à la longueur, a abandonné.
GILLES FESTOR gfestor@lefigaro.fr
ATHLÉTISME Un coup de tonnerre. Deux
heures seulement après avoir débuté le
concours du décathlon, mardi, Kevin
Mayer rangeait déjà ses affaires dans son
sac. Le Tricolore, grandissime favori,
s’apprêtait à quitter Berlin, où se tiennent
les championnats d’Europe d’athlétisme,
bien plus tôt que prévu. Le Français a annoncé son abandon à la mi-journée après
deux épreuves seulement et un terrible
zéro pointé à la longueur qui a anéanti
toutes ses chances de décrocher une médaille. « C’est le sport. Je suis tellement déçu
pour moi et pour tous ceux qui attendaient
quelque chose de moi. Je donne ma vie à
mon sport… », a déclaré la star de l’athlétisme français, abattue et au bord des larmes, au micro de France Télévisions.
Quelques instants auparavant, il avait
mordu à trois reprises sur ses trois tentatives de la longueur. Une mésaventure qui
lui coûte plusieurs centaines de points.
Plutôt que de courir derrière une médaille
inaccessible (à moins d’un incroyable retournement de situation), Mayer a préféré préserver son corps en vue des échéances à venir. « Je fais énormément de
championnats et si je continue j’aurai
moins de chances de décrocher une médaille ailleurs. Je préfère reposer mon
corps. C’est très dur », a-t-il avoué en
ayant une pensée pour le public français.
« Je vais me relever et j’espère que personne
ne m’en veut. On a tous le droit à la faute.
J’espère que ça n’arrivera plus jamais… »
Ce coup de massue sera d’autant plus
difficile à encaisser que Mayer avait effectué une entrée fracassante dans le
concours dans la matinée en remportant
sa série du 100 m en signant sa meilleure
performance personnelle en 10’’65. De
bonnes sensations qui l’ont poussé à
prendre de gros risques à la longueur,
même sur le troisième essai, où il a refusé
d’assurer.
EN BREF
Foot : le PSG au complet
À cinq jours de son entrée en lice
en Ligue 1 (réception de Caen
dimanche soir), le club parisien
est au complet. Les champions du
monde français Kylian Mbappé,
Presnel Kimpembe et Alphonse
Areola, ainsi que le Belge Thomas
Meunier et l’Uruguayen Edinson
Cavani ont effectué leur retour
à l’entraînement. Pas certain,
cependant, qu’ils soient alignés
par le nouvel entraîneur du PSG,
Thomas Tuchel, dès dimanche.
« Beaucoup de frustration »
« Je pouvais sauter 8 m. Quand on a ça
dans les jambes, on ne peut pas se dire
qu’on doit assurer. Je n’imaginais pas une
seule seconde mordre. Je n’avais pas mordu depuis très longtemps et les statistiques devaient se rééquilibrer un peu… Je
ne parle pas de malchance, je mets tout
sur moi. Pourtant, je me suis fait trop
plaisir à sauter. J’allais loin, c’était génial.
Et si on ne regarde que le résultat dans
l’athlétisme, on ne se fait plus plaisir. Estce qu’en tant qu’homme je me serais félicité de faire 6,90 m ? Et pourquoi ne pas
assurer aussi toutes les autres épreuves ?
Pourquoi ne pas faire un saut dégueulasse
juste pour gagner ? Franchement, vous
pensez que c’est ça, le sport ? a lâché le
champion du monde et médaillé d’ar-
Favori du décathlon, Kevin Meyer a dû jeter l’éponge, mardi, à Berlin, après avoir
mordu à trois reprises sur ses trois tentatives à la longueur. K. PFAFFENBACH/REUTERS
Rugby : nouveau coup dur
pour le pilier Cyril Baille
gent aux derniers JO de Rio. Il n’y a pas
de regret mais beaucoup de frustration, et
de la tristesse pour mes proches, ceux qui
me suivaient et m’attendaient. Ma plus
grosse déception est pour eux. Je n’étais
pas blessé cette année, je pouvais le faire.
Malheureusement, cet état de forme est
gâché, mais je sais ce que je vaux et,
quand ça sortira, ça fera mal… »
Déjà absent huit mois en 2017
après une grave blessure
au genou, le pilier du Stade
Toulousain et du XV de France
(24 ans, 11 sélections) a dû subir
lundi une nouvelle opération,
cette fois aux ischio-jambiers.
Cyril Baille va donc être
de nouveau tenu éloigné
des terrains plusieurs mois.
Place maintenant aux vacances, le
prochain rendez-vous n’étant programmé que les 18 et 19 septembre pour le Décastar de Talence ? « Je n’ai pas envie de
partir en vacances parce que je ne pense
pas les mériter, mais retourner à l’entraînement et s’entraîner jusqu’au Décastar,
cela fait vraiment mal au cœur. Je suis
dans un combat intérieur… » ■
Yoann Gourcuff,
l’atout expérience de Dijon
Arrivé cet été dans ce club familial, l’ancien international espère
y relancer une énième fois sa carrière. La dernière chance sans doute
pour cet ex-prodige, âgé désormais de 32 ans.
FOOTBALL International français entre 2008 et 2013, les meilleures années
de Yoann Gourcuff semblent bien loin
aujourd’hui. Joueur brillant, intelligent, milieu de terrain doté d’une belle
vision du jeu, il a fait naître les plus
belles promesses à la fin des années
2000 lorsqu’il évoluait à l’AC Milan
(2006-2008), mais surtout quand il a
été sacré champion de France avec les
Girondins de Bordeaux (2009).
Seulement, la Coupe du monde 2010
et le scandale de Knysna ont marqué
un gros point d’arrêt dans sa carrière,
alors que des rumeurs faisaient état de
tensions avec Franck Ribéry, un des
leaders à l’époque des Bleus. Transféré
à Lyon l’été suivant pour un montant
de 22 millions d’euros, il ne retrouvera
plus jamais son meilleur niveau, entre
performances décevantes, blessures
multiples et incapacité à se transcender. Bien qu’intelligent dans sa manière d’appréhender le jeu, le joueur formé au Stade Rennais peine à
convaincre sur la durée. Revenu dans
le club de ses débuts en 2015, il n’a pas
été davantage constant malgré la présence de son père, Christian, en tant
qu’entraîneur à partir de 2016.
À Dijon depuis quelques semaines,
Gourcuff espère donc, une nouvelle
fois, se relancer. Mais son entraîneur,
Olivier Dall’Oglio, sait qu’il va devoir
faire preuve de patience avec lui,
comme il l’a expliqué au Figaro :
« Yoann sort d’une saison difficile,
avec beaucoup de blessures. Pour nous,
c’est un joueur exceptionnel et ce n’est
pas quelqu’un que l’on pensait avoir.
Au niveau technique, expérience, vision
du jeu, c’est quand même du très haut
niveau. Après, il a eu pas mal de complications physiques. C’est la raison
pour laquelle on va être patient avec
lui, parce qu’il faut d’abord qu’il découvre le contexte, qu’il se reconstruise
au niveau physique. Il ne faut pas être
impatient avec lui, on le sait. Il ne sera
sans doute pas là en début de saison.
L’erreur serait d’aller trop vite. Mais
on a tous envie de le voir le plus souvent
sur le terrain. »
Renfort prestigieux
L’entraîneur du club bourguignon a
d’ailleurs une idée bien précise sur la
manière de l’utiliser : « J’ai discuté
avec lui avant son arrivée et c’est un
garçon qui a envie de toucher pas mal
de ballons. Il a une très belle vision du
jeu et je le veux au cœur du milieu de
terrain au poste de relayeur. C’est un
joueur qui a du fond, capable de récu-
pérer des ballons. Il nous ferait du bien
dans ce secteur. »
Plus que son apport dans le jeu,
Yoann Gourcuff est forcément une
vraie attraction à Dijon. Le club n’a
pas souvent enregistré des renforts
aussi prestigieux : « Sa venue a forcément amené de l’engouement, de la
curiosité sur Dijon, c’est une certitude, confirme Dall’Oglio. Ce n’est pas
habituel ici d’avoir un joueur aussi réputé, avec une trentaine de sélections
en équipe de France. Ça n’existe pas
dans notre club. On a juste eu l’exemple de Marvin Martin (15 sélections en
équipe de France, NDLR) il y a deux
ans et ça avait été difficile. Là, on a
L’ancien international Yoann Gourcuff veut relancer sa carrière à Dijon.
affaire à un joueur hyper médiatisé
sur les dernières années, avec des
hauts et des bas. Ça a aiguisé pas mal
de curiosités chez les supporteurs,
dans la ville et même au-delà. On a
d’ailleurs reçu pas mal d’appels au niveau des médias, pas uniquement
FIDELIN/ICON SPORT
sportifs. Les joueurs l’ont également
bien accueilli, ils l’ont tout de suite
adopté. C’est une chance pour les jeunes d’évoluer avec lui, ils vont apprendre à son contact. » Un club familial qui conviendra peut-être
enfin à ce joueur atypique. ■
Un baptême du feu face au PSG pour l’entraîneur de Caen
Quand on
« commence
dans ce
métier, l’idée,
le fantasme
de tous,
c’est d’arriver
en L1. Et
puis Caen est
un club sain.
C’était une
opportunité
à ne pas
rater
»
FABIEN MERCADAL,
ENTRAÎNEUR DE CAEN.
PREMIER adversaire du Paris
Saint-Germain, lors de la première journée de championnat,
dimanche prochain au Parc des
Princes, Caen s’avance avec un
nouvel entraîneur. Un homme
discret mais passionné par son
métier. Nouveau club et nouvelle
étape dans la carrière d’entraîneur de Fabien Mercadal. Après
avoir entraîné notamment Tours
et le Paris FC, le natif de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence)
s’attaque à la L1 avec le Stade
Malherbe de Caen.
Pour Le Figaro, l’ancien défenseur a expliqué les raisons de sa
venue. « J’ai choisi Caen pour la
Ligue 1 forcément. Quand on commence dans ce métier, l’idée, le
fantasme de tous, c’est d’arriver
en L1. Et puis Caen est un club sain,
il n’y a pas un énorme turnover en
termes de staff, de coach. C’était
une opportunité à ne pas rater. »
L’entraîneur du club normand,
qui a « envie de rester très long-
temps à Caen » et veut « faire
mieux que la saison dernière »,
donne une explication de ce qu’il
souhaite mettre en place. « Ce
que je veux, c’est valoriser au
maximum nos joueurs. Je veux essayer de les mettre dans les
meilleures conditions possible pour
qu’ils servent au mieux le collectif.
Je n’arrive pas avec un système de
jeu auquel je vais m’accrocher bêtement. Je suis pragmatique et je
m’adapte au club. »
Ancien réserviste de l’OM à la
grande époque (1991-1994), l’entraîneur de 46 ans s’est beaucoup
inspiré des grands champions du
club olympien de l’époque pour
exercer sa fonction. « Mon passage à l’OM m’a marqué. Je côtoyais
des compétiteurs hors pair. Je les
voyais s’arracher pour un simple
toro. Ce n’était pas étonnant de les
voir tout gagner. Ce n’était pas
forcément les meilleurs joueurs à
tous les postes, mais c’était vraiment les plus compétiteurs. L’OM
avait ainsi été très bon dans le recrutement et cela m’a inspiré par
la suite. Avant de rechercher des
bons joueurs, on cherche des hommes capables d’assumer la compétition de haut niveau. »
Il rend également hommage à
l’entraîneur belge de Marseille à
l’époque, Raymond Goethals.
« C’était un accompagnateur. Il
épaulait les joueurs, il n’a rien imposé. Il était très intelligent, audessus de la moyenne. Il a su donner les clés du camion à des joueurs
comme Deschamps, Desailly, Di
Meco aussi, qui avait un rôle très
important dans cette équipe-là. »
Mercadal, qui veut « bien partir et bien terminer » la saison, se
frotte donc à l’ogre parisien
d’entrée (dimanche 12 août,
21 heures). La Ligue 1, le Parc des
Princes, autant d’enjeux motivants pour son baptême dans
l’élite. « J’aborde cela avec appétit et envie. D’un point de vue médiatique, ce n’est pas le même
monde, mais d’un point de vue du
jeu, ça reste en soi du football.
(Concernant le Parc des Princes)
J’ai envie d’y aller. Caen mais
d’autres clubs de L1 veulent fouler
cette pelouse, jouer dans ce stade.
On ne va pas se présenter là-bas
en victime. On va jouer notre vatout. J’ai en mémoire que Les
Herbiers ont gêné longtemps le
PSG en finale de Coupe de France,
en mai dernier (victoire du PSG
2-0). Donc on va s’inspirer de
cela. »
Sans oublier de rendre hommage à Thomas Tuchel, son homologue allemand sur l’autre
banc dimanche. « J’ai beaucoup
de respect pour Tuchel, qui peut
aussi être une source d’inspiration. C’est lui qui a sans doute
gêné le plus Guardiola (lors des
confrontations
Bayern-Dortmund en Allemagne). Il va vraiment falloir qu’on soit au top pour
espérer obtenir quelque chose à
Paris… » ■
T. V.
A
TEDDY VADEEVALOO £@TVadeevaloo
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 8 août 2018 LE FIGARO
CULTURE
12
« Under the Silver Lake » :
Hollywood brouillard
Un film qui jongle
entre thriller
horrifique, film noir
et comédie d’humour
référentielle. LE PACTE
CINÉMA En compétition au dernier Festival de Cannes, ce long-métrage américain ausculte les entrailles,
les mystères et la singularité de Los Angeles. Remarquable.
« Cherchez la femme »
L’histoire jongle allègrement entre
thriller horrifique, film noir et comédie
d’humour référentielle. Dans ce La La
Land noir, sorte de Los Angeles qui
aurait basculé du côté obscur, tout commence par un éternel adolescent, nommé Sam (Andrew Garfield), qui rentre
chez lui. Il est menacé d’expulsion par
son propriétaire. Il voit tomber du ciel
des cadavres d’animaux. Un tueur de
chiens hante les parcs du voisinage. Sam
n’a pas un sou et semble ne pas s’en soucier. Sur son balcon, il prend des jumelles et regarde sa voisine aux seins nus. À
la télévision, un milliardaire est enlevé
dans de mystérieuses circonstances. Et
une jeune blonde platine nommée Sarah
(Riley Keough) fait irruption dans le
condominium du héros. Elle possède un
petit chien et a un visage qu’on n’oublie
pas. Dans la piscine, elle ne fait pas que
troubler la surface de l’eau. Pourtant, à
peine approchée, à peine séduite, à peine embrassée, la donzelle s’évapore, à la
façon du film de Hitchcock Une femme
disparaît (1938). S’ensuit alors une enquête aussi obsessionnelle que labyrinthique sous le soleil trompeur de la Cité
des Anges. Les références sont légion,
entre l’étrangeté de Mulholland Drive de
David Lynch, la déambulation de Chinatown de Polanski ou celle du Privé
d’Altman.
Le mantra de David Robert Mitchell
semble être « cherchez la femme ». Sous
la surface d’un lac d’argent en apparen-
ce calme et serein, on trouve toujours
une boue stagnante où pullulent de
mystérieuses créatures qui vous frôlent.
Mitchell réalise un film en forme de cauchemar envoûtant, comme une sorte de
trip hallucinogène sous substances
hitchcockiennes. Le maître du suspense
est partout cité en référence, y compris
lorsque Andrew Garfield et ses amis
s’adossent à sa pierre tombale.
Le motif de la « demoiselle en détresse » (damsel in distress) se tisse tout au
long du film, entre une filature d’une
blonde qui rappelle Kim Novak dans
Vertigo et les relations de voisinage singulières évoquant Grace Kelly et James
Stewart dans Fenêtre sur cour. On
n’oubliera pas de dire que la naïade dorée qui fait perdre la tête à notre protagoniste principal sort des flots comme
Marilyn Monroe dans la scène de son ultime film inachevé, Something Got to
COMME Columbo, David Robert Mitchell parle souvent de sa femme. Par
exemple, il n’a jamais lu une ligne de
Bret Easton Ellis mais Madame est fan
de l’auteur de Moins que zéro. Après
Cannes, où il était l’autre Américain de
la compétition avec Spike Lee (BlacKkKlansman), Mitchell passe par Paris en
juin dernier. On le retrouve la veille de
France-Uruguay. Il se fiche de la Coupe
du monde de football. Le sport en général n’est pas sa tasse de thé. En revanche, dès qu’il est question de cinéma, il
est intarissable. Cela tombe bien, il est
cinéaste, tendance fétichiste, cinéphage insatiable et cinéphile sans œillères.
Mitchell grandit dans la banlieue de
Detroit, Michigan. Au lycée, il noircit
des cahiers et se rêve d’abord écrivain.
Puis il commence à réaliser des courtsmétrages et étudie le cinéma en Floride,
à l’université de Tallahassee. Il y rencontre la plupart de ses futurs collaborateurs et croise notamment Barry Jenkins, réalisateur de Moonlight, Oscar du
meilleur film en 2017. Mitchell déménage à Los Angeles, mange son pain noir
comme nombre de jeunes ambitieux qui
veulent tourner leur premier film. Il gagne sa vie en montant des bandes-annonces tout en essayant de réunir l’argent pour produire son premier longmétrage. Il trouve 30 000 dollars pour
tourner The Myth of the American
Sleepover, sélectionné à la Semaine de la
critique, au Festival de Cannes en 2010.
Et quitte son boulot alimentaire pour se
donner toutes les chances de percer.
Son second film, It Follows, horrifique et
métaphorique, n’est pas plus facile à
produire mais fait sensation en mettant
en scène des jeunes gens contaminés
par une étrange maladie sexuellement
transmissible.
Il se fait un nom mais doit se battre
pour tourner Under the Silver Lake avec
un budget décent. Les temps sont durs
pour les cinéastes indépendants. « Je
suis jaloux des réalisateurs qui ont émergé dans les années 1990, admet-il. Tout
semblait plus facile, il y avait plus d’argent, mais je me trompe sûrement. J’ai
rencontré Quentin Tarantino, mais je
ne lui ai pas posé la question. Ce qui
est sûr, c’est que le public pour ce
genre de film se fait plus rare et
que beaucoup d’auteurs se
tournent vers la télévision, où
ils se sentent plus libres. » Mitchell lui-même planche sur
une série télé, Mr Postman,
dont il préfère ne rien
dire. La série est-elle le
futur du cinéma ?
« J’espère que non.
Certaines séries sont
formidables, mais rien
n’est plus fort qu’un
long-métrage. À mes
yeux, aucune série ne
pourra jamais dépasser un film. Mad Men,
en termes de complexi-
té des personnages et de narration sur la
durée, est phénoménal, mais beaucoup de
séries font du remplissage. Une saison est
souvent très inégale, les épisodes se répètent. »
Hommage à Hitchcock
Le panthéon de Mitchell est peuplé de cinéastes morts ou tricards à Hollywood.
Under the Silver Lake est un hommage à
Hitchcock et à son épigone le plus doué,
Brian De Palma. « J’adore Brian De Palma, confesse-t-il. Body Double est l’un
de mes préférés. J’aime aussi Pulsions,
Carrie, Les Incorruptibles… J’ai même de
l’affection pour ses films ratés et certaines
séquences tartignolles qui font se pincer le
nez des gens de goût. La filiation avec
Hitchcock est évidente, mais De Palma n’est pas qu’un copiste. Il ajoute
quelque chose de brillant et de
glauque à la fois, le tout saupoudré de fantastique et d’un humour absurde. » À travers De
Palma, Mitchell donne une
bonne définition de son cinéma. Dans Under the Silver Lake, la scène du
compositeur dans son
manoir, baroque et
violente,
pourrait
sortir tout droit d’un
« J’écris des scénarios
du matin au soir,
sept jours sur sept »,
confie David Robert
Mitchell. A. PIZZOLI/AFP
« Under the Silver Lake »
Thriller de David Robert Mitchell
Avec Andrew Garfield, Riley Keough,
Topher Grace
Durée 2 h 19
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Les autres
David Robert Mitchell, le 7e art aux trousses
ÉTIENNE SORIN esorin@lefigaro.fr
Give (« Quelque chose va craquer »). Effectivement, quelque chose attend de
craquer sous le vernis de ce long-métrage où le spectateur va devoir abandonner sa logique cartésienne s’il veut pénétrer au cœur de ce film-fantasme, où
flotte l’idée sous-jacente que tout est
une vaste conspiration. La seule conspiration qui vaille, en réalité, c’est celle du
réalisateur. Son noir complot, mélancolique et nostalgique d’un âge d’or hollywoodien qu’il n’a pas connu, est un
beau rêve éveillé, hypnotique. Il suffit
juste d’accepter de s’y plonger. ■
films
film de l’auteur de Phantom of the Paradise.
Pour parvenir à la demeure de ce
créateur solitaire et cynique, Sam, le
héros joué par Andrew Garfield, longe
une piscine et un court de tennis à
l’abandon. Deux plans subliminaux qui
évoquent The Swimmer (1968), de
Frank Perry avec Burt Lancaster en
maillot de bain, mâle triomphant de la
riche société qui finit par boire la tasse.
« C’est drôle parce que j’ai un scénario
que j’essaie de tourner et qui aurait dû
être mon deuxième film. Il est très influencé par The Swimmer. Mon script en
est une sorte de version au féminin. »
Sam n’a pas grand-chose du personnage joué par Burt Lancaster. Il ne prétend
pas être un winner. Il incarne au
contraire la quintessence du slacker,
jeune homme sans ambition et fier de
l’être. Un genre de Bartleby hipster qui
préférerait ne pas travailler et ne pas
s’engager. « Je ne partage pas l’absence
de désir de Sam, mais je comprends son
questionnement. Son existence ne l’intéresse pas et sa connexion au monde ne
passe que par la résolution du mystère de
la disparition de Sarah. »
David Robert Mitchell, lui, semble
dédier sa vie au 7e art. Quand il écrit, et
il a toujours un scénario en cours, plus
rien d’autre n’existe. « Je ne fais que ça
du matin au soir, sept jours sur sept.
J’écris seul, mais je montre des pages à
ma femme, pour avoir son avis. » Sans
Madame, Mitchell ne serait pas ce qu’il
est. Comme Columbo. ■
■ « DETECTIVE DEE.
LA LÉGENDE DES ROIS
CÉLESTES » Action
de Tsui Hark, 2 h 12.
Dans le dernier volet du
triptyque, le Steven Spielberg
asiatique met le détective Dee
face à des guerriers masqués,
adeptes de la sorcellerie,
qui menacent la dynastie Tang.
Mélange de cinéma d’action,
de fantastique et de wu xia pian
(film de sabre), l’histoire mêle
énigmes et trahisons. Dragon
doré, gorille albinos géant
et moine taoïste surgissent
dans des décors somptueux.
Si l’intrigue met le spectateur
à l’épreuve, la mise en scène est
ROBIN CANNONE
spectaculaire.
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
■ « MARY SHELLEY » Drame
de Haifaa al-Mansour, 2 heures.
Voyage en Asie avec Edward Yang et Takeshi Kitano
CINÉMA « A Brighter Summer Day » et « A Scene at the Sea » ressortent en salle.
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
eux grands auteurs du cinéma asiatique contemporain
reviennent sur les écrans : le
Taïwanais Edward Yang
(mort à 60 ans en 2014), et le
Japonais Takeshi Kitano. Si leurs noms
sont connus, les deux films à l’affiche
cette semaine restent à découvrir : on
n’avait pas encore vu la version intégrale
(3 h 56) de A Brighter Summer Day de
Yang, réalisé en 1991. La même année,
A
D
Kitano livrait A Scene at the Sea, inédit en
France.
A Brighter Summer Day, titre emprunté
à une chanson d’Elvis Presley, nous plonge dans le Taïwan de 1960 avec une puissance d’évocation exceptionnelle. On est
immergé dans une multiplicité d’actions
et de personnages qui s’entrecoupent et
s’entrechoquent par ondes d’abord larges, puis de plus en plus resserrées et tumultueuses. Il y a les lycéens qui forment
des bandes rivales, se disputent les filles
et les territoires, jouent de la prestance et
de la menace. Ils sont formidablement vivants, et Edward Yang les saisit sans les
arrêter, les perd, les retrouve, interceptant des moments de chacun pour composer une polyphonie de jeunesse pleine
de défi, de dédain, de violence et de désarroi. Mais ces jeunes voyous ne font que
jouer en amateurs sincères la pièce que
les adultes interprètent en professionnels
avec un cynisme tortueux : oppression
politique, mépris du droit, favoritisme
cynique, corruption. Parti d’un fait divers réel, un crime commis par un mineur, le cinéaste développe une sombre
et magistrale saga, éclairée par l’amour
d’une famille dévastée.
À l’opposé du foisonnement de Yang,
Kitano va vers l’épure du récit et de
l’image dans A Scene at the Sea, qui a la
grâce d’un film muet, comédie sentimentale avec des touches presque burlesques, à la tonalité douce-amère, teintée d’ironie. Le héros est un jeune sourdmuet très beau (Kuroudo Maki), éboueur
sur une plage. Récupérant une planche de
surf cassée, il se transforme en autodidacte passionné et talentueux, accompagné par son amoureuse. Hauts et bas du
sport et de l’amour, suivis par Kitano
dans des plans fixes limpides ou des mouvements très graphiques. Une fantaisie
pleine de charme. ■
LES BOOKMAKERS/THE JOKERS
e que l’on retient d’abord
du troisième film de David Robert
Mitchell, Under the Silver Lake, c’est cette
image d’un jeune homme en filature dans
un Los Angeles fantasmé. Andrew Garfield, à la tignasse ébouriffée, se cache
derrière un palmier californien. Il incline
sa tête et dirige son regard dissimulé par
une paire de lunettes de soleil vers un intrigant spectacle. La posture est connue.
Elle est inscrite dans l’inconscient collectif du cinéma américain. Mais voilà, vêtu
d’un tee-shirt rouge, ce « détective » est
tellement voyant qu’on ne voit que lui.
Ce tee-shirt rouge qui dénote de manière presque comique, c’est le petit pas
de côté du cinéaste de 44 ans qui, depuis
ses débuts de réalisateur (en 2010, avec
The Myth of the American Sleepover, puis It
Follows, en 2015), ne cesse jouer avec les
codes du cinéma hollywoodien de l’âge
d’or, en y incrustant ses propres obsessions, le tout saupoudré de pop culture.
RICARDO VAZ PALMA
C
OLIVIER DELCROIX
£@Delcroixx
Mary rêve d’un destin. Mais
quelle idée de s’amouracher
du poète Shelley, qui oublie
de préciser à sa conquête qu’il
a déjà une femme et un enfant !
Qu’importe, la demoiselle
va concurrencer son amant
et le psychédélique lord Byron
en livrant Frankenstein.
Na ! Ce biopic, qui oscille entre
soap opera et Jane Austen, saute
du décoratif à la cuculterie et se
regarde sans ennui. Elle Fanning
semble absente, comme si elle
avait du mal à sortir de son rôle
dans The Neon Demon.
ÉRIC NEUHOFF
■ L’avis du Figaro : ○¡¡¡
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 8 août 2018
CULTURE
13
ENTRETIEN Le réalisateur turc
du « Poirier sauvage » trouve sa liberté
dans la lenteur et les longs dialogues.
FRANÇOISE DARGENT
fdargent@lefigaro.fr
alme d’or en 2014 avec
Winter Sleep, le cinéaste turc Nuri Bilge
Ceylan présentait Le Poirier sauvage en
mai dernier à Cannes. Un film d’un peu
plus de trois heures, riche de (très)
longs dialogues, qui évoque les relations complexes entre un père et son
fils. Conversation avec un cinéaste qui
défend le droit à la lenteur et à la réflexion, en mode radical et entêté.
LE FIGARO. – En général, vous signez
vos films avec votre épouse. Pour
Le Poirier sauvage apparaît un
troisième nom, Akin Aksu. Qui est-il ?
Nuri BILGE CEYLAN. – Akin est un parent éloigné. J’étais d’abord parti de
l’idée de faire un film sur son père, dont
l’histoire m’attirait [un homme pris par
le jeu qui dilapide l’argent de la famille,
NDLR]. Quand j’allais au village, Akin
était parfois présent, mais il prenait peu
la parole. C’était un jeune plutôt renfermé. Un jour, je suis passé le voir en
lui demandant de m’écrire tous les souvenirs d’enfance qu’il avait se rapportant à son père. Trois mois plus tard, j’ai
reçu un mail auquel était joint un tapuscrit de 80 pages. Ça m’a tellement
plu que j’ai décidé d’arrêter un autre
travail en cours pour me mettre à cette
histoire.
Vous vouliez donc, à travers ce film,
évoquer les relations père-fils ?
Le sujet le plus visible est la relation père-fils, mais je souhaitais, depuis longtemps déjà, faire un film sur la jeunesse.
À travers la lutte que mène ce jeune
pour changer son destin, je peux aussi
raconter le monde qui l’entoure.
Vous dites : « Chaque chose que cache
 LA
CRITIQUE
Avec Le Poirier sauvage, il faut entrer
dans la lenteur des jours, des plans,
des scènes aux ramifications embrouillées. Nuri Bilge Ceylan n’est pas
un cinéaste pour les impatients. Pourtant, le jeune Sinan, son personnage
central, l’est, impatient. Impatient de
réaliser son ambition, devenir écrivain. Impatient devant tout ce qui
l’empêche, l’incurie de son père,
l’inertie de sa mère et de sa sœur, les
bavardages inutiles de ceux dont il espère aide ou conseil, la pesanteur
d’une vie provinciale étroite et répétitive. Après ses études, Sinan (Dogu
Demirkol, excellent) est de retour dans
son village natal d’Anatolie. Il prépare
le concours de professeur tout en espérant financer la publication de son
premier ouvrage, Le Poirier sauvage. Il
retrouve ses souvenirs d’enfance, la
fille qu’il aimait et qui s’apprête à faire
un mariage conformiste, les gens et les
lieux à la fois familiers et étrangers, et
cette maison misérable où tout part à
vau-l’eau. Les scènes varient les décors et les saisons avec un art consommé de la lumière.
Quoi qu’il fasse, Sinan se heurtera toujours à la figure accablante de son
père, instituteur près de la retraite que
sa passion du jeu a rendu indigne. Il
fait des dettes partout, vole le peu
d’argent que sa femme essaie de cacher pour la famille. Personne ne le
respecte mais il n’oppose au mépris
général qu’une espèce de rire absurde.
Et quand il ne se perd pas dans le jeu, il
poursuit son rêve obsessionnel : creuser un puits dans un champ aride, sûr
qu’il va finir par y trouver de l’eau.
Le jeune Sinan (Dogu Demirkol) revient dans son village natal d’Anatolie. Il y retrouve ses souvenirs d’enfance, la fille qu’il aimait...
un père reparaît un jour chez son fils. »
Qu’entendez-vous par là ?
La phrase est un proverbe. Si je me réfère à mes relations avec mon père, je
constate que j’ai fait beaucoup d’efforts
pour ne pas acquérir les traits que je
n’aimais pas chez lui. Mais le temps
passant, j’ai aussi remarqué que je portais en moi ceux que je ne voulais justement pas avoir !
Avez-vous tenté de les corriger ?
Mon père n’était pas adapté au monde
dans lequel il vivait mais ne le montrait
pas. Il donnait l’impression d’accepter
cette situation avec un sourire amer. Il
pensait que le monde se devait d’être
ainsi. Mais, pour moi, c’était tragique.
Je me suis retrouvé dans une situation
similaire au fur et à mesure que je gran-
“
Je souhaitais,
depuis longtemps
déjà, faire un film
sur la jeunesse
NURI BILGE CEYLAN C. ARCHAMBAULT/AFP
”
dissais, que je voyais que ce qui se passait en mon for intérieur ne collait pas
avec les préjugés du monde qui m’entourait. Je me suis senti dans l’obligation de l’enfouir au fond de moi-même.
Pour moi, la rencontre avec l’art a été
déterminante. J’ai pu faire passer cette
différence à travers ça. Mon père n’a jamais eu cette chance.
pourquoi les villageois n’éprouvaient
aucun respect pour lui mais ne cessaient d’en parler avec admiration.
Était-ce à cause de ses points de vue, de
ses valeurs, de son amour absolu pour la
nature ? Les caractères qui peuvent
nous apprendre quelque chose doivent
être différents et sont difficiles à saisir.
Dostoïevski dit qu’il a le plus appris
auprès de quelqu’un qu’il avait connu
en prison, un meurtrier. Il ne parle pas
d’une personne qui aurait réussi.
Dostoïevski laissait libre cours aux
dialogues de ses héros. Vous-même
accordez une place importante aux
dialogues. Y mettez-vous une limite ?
Pour Le Poirier sauvage, nous avons
énormément écrit, avec beaucoup de
liberté, mais le dialogue devenait de
plus en plus long, de plus en plus compliqué et je commençais à avoir beaucoup d’inquiétude en tant que réalisateur. Mon souci était de trouver un
acteur qui saurait parler autant. Je l’ai
trouvé, et il le faisait brillamment. J’accorde énormément d’importance à ce
que les dialogues soient respectés de A à
Z. Un seul mot changé sonne désagréablement à mes oreilles !
Au point de laisser une très longue
discussion sur la religion ? N’avez-vous
pas peur de faire fuir les spectateurs ?
Je crois même que c’est la scène la plus
significative ! Et aussi celle qui divise le
plus. Certains de mes associés m’ont
demandé de la supprimer. Mais personnellement, c’est celle que j’aime le plus,
pas à cause de ce dont on parle mais
pour l’ambiance générale et les détails
qu’elle renferme. Je sais que pour les
non-Turcs, qui doivent suivre en permanence le sous-titrage, on voit moins
ce qui se passe en haut. Mais cette scène
comporte une forme de liberté parce
qu’elle force les limites du langage
cinématographique. C’est cela qui
m’intéresse, même si c’est contraire à
tout ce à quoi nous sommes habitués au
cinéma. ■
Magistrale !
EMMA
THOMPSON
STANLEY
TUCCI
Télérama
FIONN
WHITEHEAD
Dans le film, le père du héros n’apparaît
pas comme un homme antipathique
alors qu’il dilapide l’argent familial
au jeu et ne semble pas se soucier de
ce que ressent sa famille. Un hommage
à votre père ?
C’est très important pour moi. Sa passion pour le jeu est le seul moyen de révolte contre l’absurdité de la vie.
Quand je réfléchissais au vrai père, à
celui d’Akin, j’essayais de comprendre
Murat Cemcir, interprète du père, crée
un personnage au charme paradoxal,
réfugié dans une solitude désenchantée mais non pas insensible, d’une finesse ironique dans la déchéance, captivant à force d’être au-delà de tout
amour-propre. On comprend l’attraction-répulsion qu’il exerce sur sa famille. La fidélité de sa femme est plus
que de la soumission, la colère de Sinan est tissée de sentiments obscurs,
comme s’il se devinait, non sans angoisse, dans ce père asocial.
Autour d’eux, Nuri Bilge Ceylan compose une vaste fresque, âpre et rugueuse, qui ne se laisse pas facilement
pénétrer. On passe du réalisme quotidien à de longs dialogues parfois fastidieux, de paysages admirablement filmés à d’étonnantes visions oniriques.
Le cinéaste turc ne fait rien pour séduire. Il creuse son sillon romanesque
dans une terre souvent ingrate, avec la
même persévérance que le père creuse
son puits. Et il faut le suivre jusqu’à la
fin, jusqu’aux dernières scènes entre le
père et le fils retrouvés, pour apprécier
vraiment le chemin parcouru. Cela
vaut la peine d’accomplir le trajet,
pour voir naître le fruit de ce labeur.
Père et fils ont atteint les sources profondes du cœur, les voilà simplifiés par
l’amour, comme disait Claudel. Il y a
dans ces instants une rare beauté. ■
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
« Le Poirier sauvage »
Drame de Nuri Bilge Ceylan
Avec Dogu Demirkol, Murat Cemcir,
Bennu Yildirimlar
Durée 3 h 08
■
L’avis du Figaro : ○○○¡
My
Lady
Pour elle, seul compte
l’intérêt de l’enfant
Un film de
Richard Eyre
A
P
PROPOS RECUEILLIS PAR
MEMENTO FILMS DISTRIBUTION
Nuri Bilge
Ceylan : « J’aime
forcer les limites
du langage »
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mercredi 8 août 2018 LE FIGARO
14
[
L’ÉTÉ DU FIGARO
]
Quand la re
ncontre d’un
nez donne
naissance à couturier et d’un
un classiqu
e olfactif.
REG LANCASTER/GETTY IMAGES ; COLLECTION PRIVÉE ; RUE DES ARCHIVES/PVDE
1947
3/6
Les couples
mythiques
du parfum
Pierre Balmain & Germaine Cellier
Ils faisaient le Vent Vert et le beau temps
A
Il habille de ses lignes structurées les mondaines d’après-guerre. Elle compose,
avec culot, une parfumerie surdosée. Ensemble, ils signent le premier jus vert.
La Croisette, septembre 1947. Un vent
de fraîcheur souffle sur Cannes. Celui
de l’après-guerre. De la renaissance et
de la liberté. Sur les écrans du Palais, on
peut voir le Ziegfeld Follies (1945) de
Vincente Minnelli et son aréopage de
stars - Fred Astaire, Gene Kelly, Judy
Garland, Esther Williams et les autres s’étourdir à force de danses. Sur la promenade, c’est un parfum inattendu que
l’on respire, un sillage à la fraîcheur incisive et impertinente. Celui de Vent
Vert, le nouveau jus que Pierre Balmain
a choisi de lancer en plein Festival.
Le trentenaire a le vent en poupe.
Après cinq ans d’apprentissage chez
Molyneux et six autres en tant qu’assistant chez Lucien Lelong, aux côtés de
son ami Christian Dior, il vient d’inaugurer ses ateliers de couture à l’angle de
la rue François-Ier et de l’avenue
George-V, à Paris. Ses premières collections sont accueillies avec enthousiasme et Gertrude Stein salue l’arrivée
d’un « new French style ». Le couturier
cisèle la structure de ses vêtements, il
aime les couleurs douces et les volumes
excessifs, les fioritures et les fourrures
enveloppantes. Ses silhouettes, il les
dessine pour toutes celles qui se déles-
tent des années noires de la guerre.
Pour les élégantes et les désinvoltes, les
actives et les pétulantes.
C’est à l’une d’entre elles qu’il commande cet insolent accord. Le pari est
audacieux car Germaine Cellier est une
exception dans la parfumerie de
l’après-guerre. C’est l’une des seules
femmes. Et quelle femme ! « Grande,
mince, blonde, les yeux très bleus, élégante, pleine d’humour et de gouaille populaire. Une “Arletty blonde”, disent
ceux qui l’ont connue, écrit le parfumeur Jeannine Mongin (1). Son langage est des plus verts mais, dans sa bouche, perd toute vulgarité. C’est une
artiste-née. Libre de mœurs et libre de
pensée. » En tailleur beige et chapeau
Rose Valois, mais clope au bec. Nature
indépendante et caractère bien trempé, Germaine Cellier n’hésite pas à
bousculer les hommes avec qui elle travaille. La société de parfums Roure
Bertrand Dupont, qui l’emploie depuis
une quinzaine d’années, lui a même
installé un laboratoire rien que pour
elle, si réfractaire aux contraintes. C’est
là, dans cet hôtel particulier un peu vétuste de Neuilly-sur-Seine, que sera
tourné, quelques années plus tard, le
film Parfums de France, commandé par
le syndicat des parfumeurs, dont Louise
de Vilmorin écrira le texte. Là surtout,
où Germaine Cellier invente une parfumerie différente.
Ses créations, intuitives et percutantes, tranchent avec les
tendances florales, les roses
et les fleurs blanches qui
dominent la période. En
pleine occupation allemande, elle a créé
Bandit pour le couturier Robert Piguet, un
chypre cuiré, fauve
et sensuel, déjà à
contre-courant,
qu’elle affirme avoir
élaboré en « cinq minutes sur le coin d’une
table » et dans lequel elle
n’a pas hésité à introduire, pour la première fois,
1 % d’isobutyl quinoléine, une
molécule synthétique à l’odeur
de cuir. « Cellier compose une parfumerie
sans contrainte, sans préjugé, avec génie,
à la façon d’un peintre. Sa palette, c’est
l’armoire à produits. Elle associe les
odeurs, comme Balmain les couleurs. Ses
créations sont hardies, carrées, un peu
brutes. Elle transpose le fauvisme et
l’abstrait en parfumerie », continue
Jeannine Mongin. Dans son appartement de Montparnasse, Germaine côtoie peintres, artistes et couturiers. Elle
pose pour André Derain et ses amis
s’appellent Chas Laborde, Jean Cocteau,
François Périer, Maria Casarès…
Le grand air, le soleil et la mer
Pour le styliste, elle a déjà imaginé
Élysées 63.84, le numéro de téléphone
de la maison de couture. Si ce dernier
évoque « le parfum du vison », Vent Vert
se saisira, lui, du printemps. Germaine
Cellier et Pierre Balmain inventent un
accord acidulé et piquant, symbole de
cette formidable envie de vivre de la
population française. Une senteur
joyeuse de brins d’herbe coupée, presque terreux, de bourgeons de fleurs, de
feuillage balayé par le vent. Pierre
Balmain se plaisait à dire qu’il l’avait
pensé pour une femme sportive, aimant
à la folie le grand air, le soleil et la mer. Il
donne carte blanche à sa complice.
Encore une fois, le nez fait preuve
d’une incroyable liberté. « Elle crée en
dissonance.
CV
D’UN NEZ
1946, Cœur Joie
de Nina Ricci
Un bouquet d’aldéhydes
dont le flacon de cristal
est dessiné par Lalique.
1948, Fracas
de Robert Piguet
La tubéreuse
de référence, fragrance
de la séduction par
excellence.
1949, La Fuite des
Heures de Balenciaga
Un accord thym et
jasmin capiteux et
tenace dans le pur style
Germaine Cellier.
1953, Jolie Madame
de Pierre Balmain
« Le parfum de
l’aventure pour les soirs
de passion et
d’enchantement »,
selon le couturier.
« Il a un caractère
vireux de végétal
écrasé à la main.
De quoi plaire
à ces diablesses
de femmes
d’aujourd’hui. »
Colette (1947)
Ses formules sont courtes, très concises.
Taillées à la hache même : avec une certaine violence dans les notes, avec des
matières premières souvent surdosées »,
admire Patricia de Nicolaï, présidente
de l’Osmothèque, le Conservatoire international des parfums situé à
Versailles, où l’on peut encore sentir la
formule originelle de Vent Vert.
Forte de sa formation de chimiste,
Germaine Cellier expérimente les ingrédients en les poussant à l’extrême.
Avec 8 % de galbanum, Vent Vert laisse
en état de choc. Cette essence d’Iran,
extrêmement astringente et difficile à
manier, est utilisée, ici, sous deux formes : l’huile essentielle, fusante et
agressive, mais aussi le résinoïde, sourd
et puissant. Tout en saturation, le galbanum apporte une densité végétale
que l’on imagine volontiers dans le
sillage de Marlene Dietrich, de Katharine Hepburn ou Cyd Charisse, ces héroïnes racées, libres, déjà fidèles à la
couture Balmain. « La note verte, un peu
jeune, très écolo et visionnaire donnera
naissance à des fleuris verts : No 19 de
Chanel, Fidji de Guy Laroche, l’Eau de
Campagne de Sisley, souligne Patricia de
Nicolaï. Dans cette toute première proposition, la surdose de galbanum est contrebalancée, comme souvent dans les
créations de Germaine Cellier, par des
notes plus classiques de fleur d’oranger,
de feuilles de violette, de jasmin et de jacinthe. » Au final, l’effet reste intense,
fougueux. Il sera pourtant atténué lors
de la reformulation plus aérienne de
1990, dont la production vient de s’arrêter (comme celle de tous les parfums
Balmain). Sur la réclame, où l’on reconnaît le trait singulier de René Gruau, le
jus est personnifié par une beauté sauvage, cheveux verts et ondulés, cascade
de perles rosées coulant sur le buste.
Vent Vert est, en 1947, un coup de poing
olfactif. ■
PAULINE CASTELLANI
(1) Les Nouvelles de l’Osmothèque
o
n 26, avril 2001.
RETROUVEZ DEMAIN :
Yves Saint Laurent
et Sophia Grojsman
J’ai deux amours... et Paris
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mercredi 8 août 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
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deuils
Gisèle Bengui,
son épouse,
Monique Amar,
Francine Mazet,
ses sœurs,
et tous ses proches
ont la tristesse de faire part
de la disparition de
Jean-Louis BENGUI
le 3 août 2018, à l'âge
de soixante-dix-sept ans.
On nous prie d'annoncer
le décès de
Mme Jacqueline
BIALOBOS-FAILLIOT
dite Sylvie DELORME
dans sa 90e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 9 août 2018, à 15 heures,
en l'église
Saint-François-Xavier,
place du Président-Mithouard,
Paris (7e).
L'inhumation aura lieu
dans le caveau de la famille
Brenière-Bialobos
au cimetière ancien
de Neuilly-sur-Seine,
dans l'intimité familiale.
De la part de
Geneviève Chose,
sa sœur,
Gérard Carretier.
4, rue de Civry, 75016 Paris.
6, rue Jacques-Kellner,
75017 Paris.
Mme Philippe Canac,
son épouse,
M. et Mme Alain Robert,
M. Benoit Canac,
M. et Mme Frédéric Doublet,
M. Matthieu Canac,
M. et Mme Philippe Joffre,
ses enfants,
ses petits-enfants,
son arrière-petite-fille
et toute sa famille
ont le très grand chagrin
de vous faire part du décès,
le 3 août 2018,
muni des sacrements
de la Sainte Église, de
M. Philippe CANAC
architecte en chef
des Bâtiments Civils
et Palais Nationaux,
auditeur de l'Institut des hautes
études de d
éfense nationale,
membre de
l'Académie d'architecture,
chevalier
de l'ordre national du Mérite.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 10 août, à 11 heures,
en l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine.
Une messe en sa mémoire
sera célébrée ultérieurement.
137, avenue Achille-Peretti,
92200 Neuilly-sur-Seine.
Paris (17e).
Jeanine Buisine,
née Moreau, son épouse,
M. François CAPO
décédé le 3 août 2018,
à l'âge de 86 ans,
auront lieu
le vendredi 10 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée à 10 h 30,
en l'église Saint-Germain
de Pantin.
Céline Girardot,
née Lenoir, son épouse,
Florentine et Taco
van der Leij,
Myrtille et Alexis
Clément-Fromentel,
Laurier et Jeanne Girardot,
Olivier et Charlotte
Girardot,
ses enfants,
Justine,
sa fille,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Loïc et Elisabeth Clavières,
ses parents,
Eugène BUISINE
La cérémonie religieuse
a été célébrée en l'église
de Rosny-sur-Seine
(Yvelines),
dans l'intimité familiale,
le mardi 7 août 2018.
Bénédicte Pérusat-Clavières (†),
Bertrand et Anne Clavières,
Thierry Pérusat,
ses sœur, frère, belle-sœur,
beau-frère,
Camille, Daphné,
Colin, Alexandre,
ses neveux,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Alexandra DEVERRE
Paris. Lyon. Riorges.
Nous sommes priés
de faire part du décès de
Mme Jack CHEVALIER
née Jeanne Boulez,
survenu le vendredi 3 août 2018,
à l'âge de 96 ans.
M. André Boude et Mme,
leurs enfants et petits-enfants,
M. Pierre Chevalier,
le docteur Gérard Ganier
et Mme,
leurs enfants et petits-enfants,
M. Roger Boulez,
son frère, son épouse,
leurs enfants et petits-enfants,
les familles Chevalier, Boulez
et Rivoire-Vicat.
La cérémonie d'obsèques a été
célébrée dans la plus stricte
intimité familiale, à Roanne.
Des dons peuvent être adressés
à la
Fondation Claude Pompidou,
42, rue du Louvre, 75001 Paris.
32, rue de Varenne, 75007 Paris.
née Clavières,
M. Paul Delannoy,
son époux,
Anne-Christine et Guy
Tittelein-Delannoy,
Bertrand et Mildred
Delannoy-Dufour,
Isabelle Delannoy
et Bernard Houilliez,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Paul DELANNOY
née Jeanne Thieffry.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Cet avis tient lieu de faire-part.
L'Huisserie (Mayenne).
Lyon (2e).
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 10 août,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Lambert-de-Vaugirard,
rue Gerbert, Paris (15e).
Dominique et Flore Lemoine,
Bénédicte et Jean-Michel
André,
ses enfants et leurs conjoints,
François ECK
est entré dans la Paix
et la Joie de Dieu le 5 août 2018,
dans sa 74e année.
Coralie et Jean-Dominique,
Laurent et Ségolène,
Marie-Camille et Xavier,
ses enfants et leurs conjoints,
Victoire, Mathilde, Gaspard
et Héloïse,
ses petits-enfants,
vous invitent à partager
leur espérance
lors de la cérémonie religieuse
qui sera célébrée
le vendredi 10 août, à 10 h 30,
en l'église
Notre-Dame-des-Champs,
91, boulevard d u Montparnasse,
Paris (6e).
Mme Michel Faÿ,
née Maÿlis d'Aleman,
M. Michel FAŸ
La messe d'obsèques
sera célébrée
le vendredi 10 août, à 15 heures,
en l'église de Saint-Cirq, suivie
de l'inhumation au cimetière
de Hautefage-la-Tour.
ingénieur École centrale Paris,
croix de guerre 1939-1945,
diplômé de Harvard.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce mercredi 8 août 2018,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Martin de Biarritz.
L'inhumation aura lieu
dans l'intimité familiale.
Ombeline, Maxence, Oriane,
Raphaëlle et Matthieu,
Guillaume, Eléonore,
Constance,
ses petits-enfants,
comtesse Odile de GERMINY
De la part de
son frère,
le comte Alain de Germiny,
ses neveux,
Pierre, Philippe,
Benoît et son épouse,
Frédérique,
ses petits-neveux,
Marie, Alix, Marc, Isaure,
Vincent, Alice.
La cérémonie religieuse
aura lieu en l'église
de Connerré (Sarthe),
le vendredi 10 août, à 15 heures.
Les éditions du Figaro
En vente actuellement
Monique Niay,
son épouse,
Sylvie et Luc-Bertil Fievet,
Antoine et Marie-Sophie Niay,
France et Nicolas Bussière,
ses enfants,
Edouard et Agnès Fievet,
Guillaume et Camille Niay,
Agathe et Anthony Legroux,
Alice et Matthieu Mimey,
Alexis, Louis Bussière,
ses petits-enfants,
Louise, Valentine, Gaspard,
Joséphine, Ernestine, Jeanne,
Charles, Gabriel,
ses arrière-petits-enfants,
et toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Bernard NIAY
survenu le 5 août 2018,
à l'âge de 96 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 9 août,
à 14 h 30, en l'église
de Bruyères-et-Montbérault
(Aisne).
Ses enfants et leurs conjoints,
ses petits-enfants,
son frère et sa belle-sœur
Pierre Alexandre RIGAUD
le 4 août 2018, à l'âge de 87 ans.
La cérémonie religieuse
se déroulera
le jeudi 9 août, à 10 heures,
en l'église
Saint-Pierre-Saint-Paul
de Clamart.
Cet avis tient lieu de faire-part.
ont la douleur
de vous faire part du décès de
François-Régis LEMOINE
veuf de
Sabine Lemoine
survenu le 4 août 2018,
à l'âge de 85 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce mercredi 8 août, à 10 heures,
en l'église de L'Huisserie,
suivie de l'inhumation
au cimetière d'Entrammes.
M. François-Régis Lemoine
repose au funérarium
de Vaufleury de Laval.
La famille remercie tout
particulièrement le personnel
soignant de Castelli,
à L'Huisserie pour sa
gentillesse et son dévouement.
Condoléances sur registre
et sur www.dansnoscoeurs.fr
Cet avis tient lieu de faire-part.
M. Gilles Maquet,
son époux,
Sébastien et Elisabeth,
Christophe et Clotilde,
Thibault et Joséphine,
ses enfants,
Paul, Gabriel, Raphaël,
Timothée, Isaure, Ambroise,
Agathe,
ses petits-enfants,
Elisabeth Jobard,
sa mère,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Marie-Hélène MAQUET
On nous prie d'annoncer
le décès, le 6 août 2018, de la
Arrancy (Aisne).
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Michel DUCHEMIN
est décédé le 3 août 2018,
à l'âge de 93 ans.
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Guy
DE MASQUARD DE LAVAL
Didier GIRARDOT
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 10 août 2018,
à 10 heures, en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
Paris (7e).
19, avenue du Parc,
59262 Sainghin-en-Mélantois.
survenu le 7 août 2018,
dans sa 94e année.
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de l'Immaculée Conception,
63, rue du Dôme,
à Boulogne-Billancourt,
le vendredi 10 août, à 10 h 30.
le général et Mme
de Stabenrath,
leurs enfants et petits-enfants,
M. et Mme
Alain de Stabenrath,
leurs enfants,
M. Guillaume Faÿ,
ses enfants et petits-enfants,
Mlle Stéphanie Faÿ
Mme Janine
De Masquard D e Laval,
son épouse,
Mme Marie-Pierre
De Masquard D e Laval,
Mme Fabienne
De Masquard D e Laval,
ses filles,
Olivier et Lise,
Victoire et Vincent,
Edouard, Julie et Marin,
ses petits-enfants,
Ava et Elie,
ses arrière-petits-enfants,
Nicole et Frans
van Rijkevorsel,
Pomme (†) et Ferd Berger,
Patrick (†) et Alice Girardot,
ses sœurs et frères,
le 5 août 2018,
dans sa 75e année.
La messe de funérailles
sera célébrée le vendredi
10 août 2018, à 14 h 30,
par le père Eric Mahieu,
son filleul,
en l'église Saint-Nicolas,
à Sainghin-en-Mélantois,
suivie de l'inhumation
au cimetière.
Colayrac-Saint-Cirq
(Lot-et-Garonne).
Félicie, Maartje, Jules, Victor,
Melchior, Horace, Flore,
Clotilde, Hugues, Louis,
Madeleine, Maximilien,
Clémentine et Théodore,
ses petits-enfants,
survenu le 26 juillet 2018,
à l'âge de 47 ans.
Sabine, son épouse,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Les obsèques de
Boulogne-Billancourt
(Hauts-de-Seine).
Le capitaine de frégate (r.)
Bruno Deverre,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
son époux,
Anne Buisine,
François et Catarina Buisine,
ses enfants,
Bruno et Olga,
Marthe et Pierre,
ses petits-enfants,
survenu le 2 août 2018,
à l'âge de 92 ans.
15
née Jobard,
le 5 août 2018,
aux Portes-en-Ré,
dans sa 68e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 9 août 2018, à 15 heures,
en l'église Saint-Eutrope
des Portes-en-Ré et sera suivie
de l'inhumation au cimetière
des Portes-en-Ré.
Une messe sera dite
dans le courant du mois
de septembre, en l'église
Saint-Antoine-de-Padoue,
sa paroisse, au Chesnay.
Liliane et Jean-Olivier Peyrin,
sa sœur et son beau-frère,
Marie-Paule Salmieri
et Isabelle Ledoux,
ses filles,
Françoise Ferret,
Georges-Henri Peyrin,
Jocelyne Betrancourt,
ses neveu et nièces,
et leurs familles
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Adrien SALMIERI
inspecteur d'académie
et écrivain,
survenu le 6 août 2018,
à l'âge de 89 ans.
La levée de corps aura lieu
le vendredi 10 août, à 14 heures,
en la chambre funéraire,
65, rue Henri-Barbusse,
à Argenteuil.
Une cérémonie religieuse
sera célébrée
le même jour à 15 heures,
en l'église Christ-Roi,
40, rue Saint-Germain,
à Cormeilles-en-Parisis, suivie
de l'inhumation au cimetière
parc des Bois-Rochefort,
à Cormeilles-en-Parisis.
Christiane
Toubeau de Maisonneuve,
née Vidal de Verneix,
son épouse,
Jérôme et Bénédicte
Bergerault,
Arnaud et Fabienne Batut,
Arnaud et Sabine
Richard d e Latour,
Anne
Toubeau de Maisonneuve,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu de
Philippe
TOUBEAU de MAISONNEUVE
le 3 août 2018,
dans sa 83e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu ce mercredi 8 août,
à 15 heures, en l'église
de Blancafort (Cher).
...et recevez Le Figaro gracieusement pendant 3 mois
Té l. 01 56 52 27 27 - carnetdujour@media.figaro.fr
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Un souvenir inoubliable !
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mercredi 8 août 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
16
Ligue 1, dans les
coulisses d’un succès
21.20
○○○¡
ser leurs séances d’entraînement.
Enfin, l’arbitre Clément Turpin a été
suivi dans sa préparation de la finale de
la Coupe de la ligue où, pour la première
fois, la vidéo avait été utilisée.
Autre point fort du documentaire,
l’esthétique des images, sa dimension
sonore et la sélection d’archives inexploitées parmi toutes les séquences de
matchs dont dispose la LFP. « L’image
d’un match de football a une telle puissance quand elle est produite avec les
bons outils. Nous avons pu nous focaliser
sur les joueurs que nous souhaitions, nous
avons travaillé le son en faisant appel à
un bruiteur de cinéma. Nous avons voulu
casser les codes classiques des résumés
de match, confie Éric Hannezo. Nos enceintes sportives sont magnifiques et
nous avions à cœur d’obtenir les autorisations pour pouvoir les filmer avec des
drones. » Avec un objectif avoué de faire
de ce film un outil de communication
en France comme à l’international afin
de montrer au plus grand nombre que la
Ligue 1 a vraiment tout pour plaire. ■
C8 diffuse un documentaire inédit et éclairant
sur la dernière saison du championnat
de France de football, celle de tous les records.
DAMIEN MERCEREAU
£@DamienMercereau
À
deux jours du lancement de
la nouvelle saison de Ligue 1, Black Dynamite Production et la Ligue de football professionnel (LFP)
reviennent sur l’exercice précédent,
2017-2018. Neuf mois de compétition
résumés en un peu plus de 90 minutes,
l’équivalent d’un match avec ses arrêts
de jeu. Ligue 1 : la nouvelle ère revient
sur l’arrivée retentissante du Brésilien
Neymar au Paris Saint-Germain, jusqu’au sacre du club de la capitale, et déroule les moments clés du championnat. Des focus sur les grands buteurs,
+ @SUR LE WEB
les différentes méthodes d’entraînement, l’arbitrage, les supporteurs, les
infrastructures, la formation et l’émergence du phénomène Kylian Mbappé
sont aussi au programme.
« Réservoir de talents »
Un tour d’horizon complet qui a nécessité trois mois de travail, une équipe
d’une quinzaine de personnes et des
moyens techniques ambitieux. « À
l’étranger, avec la NBA aux États-Unis
ou la Premier League en Angleterre, il y a
cette habitude de développer de grands
films à la fin de chaque saison, nous explique le producteur Éric Hannezo. La
Ligue 1 est à un tournant de son histoire
avec un réservoir de talents français et
des stars internationales. Elle est de plus
Neymar et Kylian Mbappé, lors du match PSG-Lyon, le 17 septembre dernier,
au Parc des Princes. FRANCK PENNANT/PANORAMIC
en plus attractive. » Des joueurs majeurs
comme Neymar, Cavani, Mbappé,
Balotelli, Falcao ou Fekir aux présidents
comme Nasser al-Khelaïfi (PSG), Vadim Vasilyev (Monaco), Jean-Michel
Aulas (Lyon) et Jacques-Henri Eyraud
(Marseille), tous ont accepté de témoi-
gner. « À notre grande surprise, tout le
monde a joué le jeu sans difficulté », souligne-t-il. Des entraîneurs comme
Claudio Ranieri (Nantes), Gustavo
Poyet (Bordeaux) et Antoine Kombouaré (Guingamp) ont évoqué leurs méthodes et laissé les caméras immortali-
» M6 rediffuse l’épreuve de « Top chef » avec le célèbre chef français Joël Robuchon » « House of Cards » : la saison 6 en ligne le 2 novembre sur Netflix www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE St-Dominique
Soleil : Lever 06h34 - Coucher 21h18 - Dernier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.55 Nos chers
voisins. Série.
21.00
Série. Drame
19.15 N’oubliez pas les paroles !
Jeu. Présentation : Nagui 20.00
20 heures. Prés. : Julian Bugier.
20.50
Athlètisme
19.00 19/20 19.55 Championnats
sportifs européens. Athlétisme.
En direct de Berlin.
20.55
Série. Drame
18.45 La villa : la bataille des couples
19.40 Suburgatory. Série.
MATIN
19
21.00 Les 30 histoires
étonnantes
Divertissement. 2h20. Au sommaire, notamment : «Le trésor
du chômeur» - «Superman» «L’énigmatique chiffre 13».
30
18
17
21
20
16
19
21
19
16
15
21
17
21
17
23.20 Les 30 histoires spectaculaires. Divertissement.
19
17
21
19
20
18
23
19
Cameron Black :
l’illusionniste
EU. Saison 1. Avec Jack CutmoreScott, Ilfenesh Hadera. 2 épisodes.
Inédits. La «Femme mystère» kidnappe Cameron. Le FBI fait aussitôt
appel à son frère jumeau, Jonathan.
22.45 Cameron Black : l’illusionniste Série. Pas vu, pas pris. Inédit
23.35 Flash. Série. (3 épisodes).
Championnats
sportifs européens
Disparue
En direct. Rendez-vous pour la 1re édition des championnats sportifs européens. Au programme : 20.45 finale
10 000 m (messieurs), 21.35 finale
décathlon 1 500 m.
Fra. Saison 1. Avec François-Xavier
Demaison, Pierre-François MartinLaval, Alix Poisson, Alice Pol. 2 épisodes. Pour ses 17 ans et parce que
c’est la fête de la Musique, Léa Morel
a la permission de 3 heures.
22.55 L’angle éco Magazine. Pré-
22.35 Disparue Série 23.35 Soir/3
sentation : François Lenglet. Inédit
0.20 Poutine, le parrain. Doc.
0.05 Chasseur de son. Documentaire 1.00 Dernière pêche. Doc.
19.00 Silence, ça pousse ! Magazine
20.00 Au rythme des saisons
19
19
19
23
20.50 Royaumes secrets
Série doc. Fra. 2014. Réal. : V. White
et S. Bell. 0h50. Plaines et savanes.
Cet épisode suit deux jeunes mammifères qui tentent de survivre dans
un monde semé d’embûches.
21.40 Royaumes secrets 22.30
C dans l’air 23.40 Déserts
25
24
19
19
26
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25
10
24
APRÈS-MIDI
27
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25
23
19.25 Les incroyables aventures de
Nabilla et Thomas en Australie
20.25 Groland le Zapoï (C). Divertissement 20.50 La semaine de Catherine et Liliane (C). Divertissement.
19.00 Scandinavie, l’appel de la
nature 19.45 Arte journal 20.05 28
minutes 20.50 La minute vieille
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu 19.45
Le 19.45. Présentation : Ophélie
Meunier 20.25 En famille. Série.
21.00
20.55
21.00
Divertissement
Film. Comédie
Magazine. Société
31
27
21
26
31
21
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35
29
25
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20.55 Terrapocalypse
Film TV. Science-fiction. EU. 2016.
Réal. : Nick Lyon. 1h22. Avec Andrew
J. Katers. Dans un monde étrange et
dévasté, des rescapés doivent survivre et trouver un endroit sécurisé.
28
26
32
27
27
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30
30
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22.35 Stormageddon. Film TV 0.20
Apocalypse Day. Film TV.
34
29
30
23
29
30
29
10
35
19.10 Les constructeurs de l’extrême. Série documentaire.
La Gaule d’Antoine
Quand j’étais chanteur
Zone interdite
Prés. : Antoine de Caunes. 1h20.
Auvergne-Rhône-Alpes. Antoine
de Caunes parcourt les quatre
coins de l’Hexagone. Inédite, insolite,
curieuse, son épopée sera l’occasion
de dépoussiérer le patrimoine.
Fra. 2006. Réal. : Xavier Giannoli.
1h52. Avec Gérard Depardieu, Cécile de France, Mathieu Amalric. Un
chanteur de bal démodé passe une
nuit avec une belle femme, mère
célibataire et agent immobilier.
Prés. : O. Meunier. 1h50. Une maison
à la mer ou à la campagne : grands
bonheurs et petites galères. Inédit.
Comme Nicolas, Sandrine et leurs
enfants, 70% des Français rêvent de
posséder une résidence secondaire.
22.20 Mary Film. Drame 0.00
22.45 Ephraim Kishon, rire
pour survivre Doc. Inédit 23.40 Le
22.50 Zone interdite Magazine.
Guyane. Série 1.45 Lumière ! Film.
Documentaire 3.10 Surprises
monde des Wunderlichs. Film.
30
T (en °c)
20.50 Megafactories
Série documentaire. Science et
technique. 2011. 0h55. Aston Martin. Voici l’histoire de l’Aston Martin
One-77, une voiture d’un million de
livres qui détonne.
21.45 Megafactories. Série documentaire. Bentley - Jaguar XJ.
Foire de Paris 2018 : révolution dans
nos maisons !
<-10 à 0
19.00 Too Cute (Trop mignon). Série
documentaire.
JEUDI
A
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55 La petite histoire de France
19.20 France/Nouvelle-Zélande.
Football. En direct.
21.00 Nicolas Canteloup :
20 ans de regard sur l’actualité
21.00 Goldman :
un héros si discret
Doc. Fra. 2017. Réal. : Tony Liégeois.
1h55. Une rétrospective sur la carrière de Nicolas Canteloup, à travers
ses spectacles et ses prestations.
Documentaire. Musical. Fra. 2016.
1h55. Ce documentaire dresse le
portrait de l’un des plus grands artistes de la chanson française.
21.20 Ligue 1 : la nouvelle ère
Documentaire. Football. 2018.
1h50. Inédit. C’est l’heure de la
reprise de la Ligue 1 ! Tour d’horizon des forces et des faiblesses de
chaque équipe.
22.55 Anne Roumanoff : «Aimonsnous les uns les autres…
22.55 La fabuleuse histoire du
Top 50. Documentaire.
23.10 Les yeux dans les Bleus. Documentaire. Football.
Divertissement. Prés. : Roxane.
1h50. Inédit. Des compilations de
vidéo tendres et tellement mignonnes qu’elles ne peuvent que
donner le sourire.
22.50 Le zapping le plus chat.
Divertissement.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
25/30
12/20
14/24
14/23
13/22
12/23
14/25
26/34
24/35
23/35
18/25
20/33
26/33
SAMEDI
13/21
15/20
18/20
21/25
22/32
20/27
11/17
26/35
26/36
VENDREDI
21/32
14/19
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
17/21
21.00 Chat alors !
19.05 Alerte Cobra. Série. Terrain
miné - Nudistes et chasse au trésor.
28/35
25/31
18/31
23/29
17/23
22/29
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
14/26
14/26
15/29
22/30
21/31
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LE FIGARO
mercredi 8 août 2018
JEUX D'ÉTÉ
1
7
SU DO KU
TAKUZU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
FAcile
grille 561
1
1
1
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
1
0
0
1
1
0
0
1
0
0
0
0
0
grille
2611
FAcile
4
7
2
2
9
6 8 5 9
3
7
5
6 7
3 8
4
1 3
6
3
2
6
1 4 9 8
9 6
5
3
8 3
AIDE À
LA VENTE
GRANDE
COLÈRE
VIEUX
FILOUS
DÉPLACÉ
C’EST
LE MARI
BATAVE
ENLEVA
LE SULKY
1
9
2
7
DIFFUSION
EN TEMPS
RÉEL
BOUTS
DE BOIS
COIFFURE
VOLUMINEUSE
RÉTRIBUER
DÉCISION
PRISE EN
HAUT LIEU
COUETTE
AGIRA
ELLE SE
REND À
LA FIN
DIFFÉRER
CITÉ
OSTRÉICOLE
FAUSSE
ATONE
CAP À TENIR
UNE PARTIE CONTORSIONNÉ
DE LA
SUISSE DÉGOUTTER
PROPOSÉ
AVEC LE
COUVERT
POUR LA
SUITE
IL VIT
AU CIEL
TELLE UNE
PÂTE AU
BEURRE
À
LA POINTE
DE LA MODE
DIVINITÉ
GRECQUE
DE LA
TERRE
POUR LA
SAINTE
VIERGE
MOTS CROISÉS
tout son jus. - 8. Entendu pendant le
défilé. Grains de maïs. - 9. Entraîne un
sacré laisser-aller. En Catalogne dans
ce sens, au Japon dans l’autre. - . Cité la
plus australe d’Israël. Doublé en chantant.
- Cercle de cercle. - Mises sous abri
en pleine campagne.
VERTICALEMENT
L’Épervier de Maheux lui valut le prix
Goncourt en 1972 (prénom et nom). - Message angélique. - Adoucît les
couleurs. Mis à la diète. - N’a pas été
compris. Prend l’air ou donne de l’eau.
Le plus grand, enfin c’est lui qui le disait.
- Mauvais effet. Il se fie à un indicateur
pour s’accaparer le butin. - 6. Descendit
en montant. Frédéric II de Prusse le surnomma le « cyclope mathématique ». Fait
l’angle. - Elle sent la violette. Compagne
d’aventure. - 8. Donnent le sentiment
d’apaiser.
3
4
5
6
7
;
<
=
>
6
?
8
6
8
8
9
39
33
34
!"# $ %& 98
HORIZONTALEMENT '( Toupayes. - )* Rushmore. - +* Atèles. - ,* Crée. Ève. - -* Hé. Ormes.
- 6. Écalait. - .* Ouïe. Top. - 8. Tin. Fe. - 9.
Odeur. Pi. - /0* Masséter. - //* Insémine. - /)*
Étésiens.
VERTICALEMENT 12 Trachéotomie. - )* Outrecuidant. - +* Usée. Aînesse. - ,* Phléole. Uses.
- -* Âme. Râ. Frémi. - 6. Yosemite. Tie. - .* Er.
Véto. Penn. - 8. Sexes. Paires.
PRASÉODYME
SYMBOLISÉ
BIEN
COMPRIMÉE
Par Vincent Labbé
:
BRIDGE
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
HIAJBKLM GM GZ[MF@M FN OPPP R C\V ]^V_T`S\ aV bS\c\bV
R6
6542
D 10 6 2
R82
3
O
E R73
8 7 3
S
A D 10 6 5 3
N
S
E
N
S
E
P
C E
A R
L
D A
O N
M S
1 0 0 1 0 1 0 0 1 1
Takuzu
1 0 1 0 1 0 1 0 1 0
Mots
léchés
grille
Contrat : Sud joue 4 Piques.
La séquence (Pers. vuln.) :
Sud Ouest Nord
Est
1
passe 1SA
2
3
passe 4
Entame : 9 de pour votre Dame (le 4 en Sud). Vous
contre-attaquez du 3 de pour le 10 en Sud et le Valet
d’Ouest qui rejoue le 7 de pour votre As (le Valet en
Sud). Et maintenant ?
grille
9
6
7
8
2
1
3
5
4
3
4
7
2
8
6
1
9
5
2
1
4
5
9
3
8
6
7
Que redoutez-vous ? De rendre la main à Ouest lors de l’affranchissement des ,
qui pourrait vous transpercer à . La défense serait alors en mesure de prendre trois ,
une levée de et l’As de . Pour protéger votre Dame de , le bon maniement semble
de jouer le 2 de pour le Valet. Accordez-vous 9 sur 10 si vous avez procédé de la sorte.
Néanmoins, ce maniement ne vous met pas à l’abri d’une mauvaise surprise si par hasard
Ouest a tous les manquants. Meilleur est de jouer le Roi de .
- Si tout le monde fournit, rejouez pour le Valet quand
D652
Ouest fournit à nouveau. Même si Est prend de la Dame,
765
il ne peut rejouer efficacement (vous fourniriez petit,
AV43
sans crainte de voir Ouest fournir le Roi) et, sur un retour
D4
à , vous auriez vos neuf plis (un , quatre , un et 9 8 7
V 10 4 3
N
A8
V 10 9 3 2
trois ).
- Si Ouest a tous les , comme redouté, vous allez réaliser D 9 6 5 O S E R 10 8 3
toutes les levées à en impassant successivement V 9 7 2
AR
le 9 et la Dame d’Ouest !
RD4
- Si Est a tous les , poursuivez d’un petit pour le Valet
R 10 8 7 2
afin de ménager vos communications.
A65
6
8
9
5
1
3
4
2
7
2609
5
8
3
6
7
4
2
1
9
6
2
5
7
8
9
1
4
3
7
9
1
3
4
2
5
8
6
4
3
8
1
5
6
9
7
2
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9
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6
5
7
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3
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2
4
1
7
6
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1
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6
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2
5
4
3
2
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9
5
6
8
1
9
5
6
3
7
4
8
1
2
8
1
3
6
2
9
5
7
4
2
7
4
1
5
8
9
3
6
2610
5
2
1
9
4
7
3
6
8
1
6
8
4
3
2
7
5
9
7
9
5
8
6
1
2
4
3
MOTS COUPÉS
Par Arthur Gary
Assemblez les huit groupes de trois lettres deux
par deux pour former au moins dix mots de six
lettres. Un même groupe de lettres peut être
utilisé plusieurs fois pour des mots diférents.
C O P
D O L
E A U
I E R
I N E
M E N
R A D
T H E
1
@ABCDEAF GC HIAJBKLM FN OPPQ R STUV WUSTXYXV
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : 9 de pour votre As (le 4 en Est).
560
Sudoku
grille
TRÈS
REPENTANT
QUI ABRITE
UNE VIE
99
HORIZONTALEMENT
Langue jaune. - Est en train de devenir
aveugle. - Résiste aux contacts violents.
- Dispute ancienne. Dans la galerie. - Chaîne tout info. Rester coi. - 6. Matière
de cabinet. - Pratique régulière. A perdu
GLISSE
SUR
LE CÔTÉ
PLUTÔT
SERIN
LE PIED
DU CRU
ATTENTION,
FINE LAME !
O
T
T
O
M
A
N
1 1 0 0 1 0 1 0 1 0
ADRESSE
DU PC
LUTH
D’IRAN
AUTEUR
ITALIEN
A
C
V A L E
E V A N
C A R T
I T E
L E E
N
A
E T A L
S
L I
P L
R E U R
A R M A
I D E
T S
S
1 0 1 1 0 0 1 1 0 0
0 1 1 0 1 1 0 1 0 0
DÉCIMÈTRE
MARCHÉ
AVANTAGEUX
ON
L’UTILISE
POUR
MONTRER
P
V
A
I E S
R
C R
U S E
S
N E
I S O
U M I N
P O
M A N T
U R N E
T E R
S I L
O
L A
U L E N
0 1 0 0 1 1 0 0 1 1
BROUTER
AU
CHAMP
MALAISE
IL JOUE
AVEC
LA CLÉ
BASE DE LA
TAPENADE
S
B
I N E R
S A L E
E T I E
T E L
G E R E
R
C
F A R T
O
A I
R E T O
A T I N
I C S
N
S S
F E C
L
E
C
O
N
S
0 0 1 1 0 0 1 1 0 1
TIGE À
GRILLER
BANCS DE
STADES
ÉTIRE À
NOUVEAU
BONS MOTS
ANCIEN
DIRIGEANT
BULGARE
ÉLÉMENT
DE
L’ALPHABET GREC
PATRES
TANGIBLES
BOÎTE
À VOIX
C
C A
R
F A
B
L I
N
I I
E
D R
1 0 0 1 0 1 0 1 1 0
CONTRAT
PRÉCAIRE
ARME À
FLÈCHES
MÈNE SA
BARQUE
RESTES
ÉTENDU
SOLUTIONS DES JEUX
DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
0 1 1 0 1 0 1 0 0 1
DEVANT
CRACHEUR
SICILIEN
4
0 1 0 1 0 1 0 1 0 1
RAVITAILLÉS
MARIÉE
9
3
S
A S P
I O
A R T
REMETTRE
EN TÊTE
IL PASSE
À STRASBOURG
eXPerT
1 9
7
6
8
1 2
3
7
8
1
5 9
7
8
2
6 9
8
3
9
2
Par Diane Monfort
DE L’ESPRIT
2612
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MOTS FLÉCHÉS N° 2044
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mercredi 8 août 2018 LE FIGARO
18
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
Sur les tr
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qui
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3/6
Un intellectuel chez les ouvriers
ADRIEN JAULMES £@AdrienJaulmes
ENVOYÉ SPÉCIAL À WIGAN
CHRONOLOGIE DE
GEORGE ORWELL
A
Les cheminées ont cessé de cracher
leur fumée et les mines de charbon
ont fermé. Entre les murs de brique
rouge des usines désaffectées et des
entrepôts à l’abandon, au bord du
canal qui relie Liverpool à Leeds,
deux rails recourbés sertis dans les
pavés sont tout ce qui reste du quai
de Wigan. L’installation, qui servait
à renverser les wagonnets de
houille dans les péniches, a été rendue célèbre par l’enquête que mène
Orwell dans cette petite ville
ouvrière de la région de Manchester
en 1936. Le titre du livre The Road to
Wigan Pier (en français, Le Quai de
Wigan), fait référence à une plaisanterie de music-hall en vogue à
l’époque, comparant l’embarcadère à la promenade d’une station
balnéaire : Wigan étant considérée
comme une des plus pauvres et des
plus sinistres villes ouvrières anglaises, l’expression déclenchait les
rires.
Orwell arrive à Wigan en février 1936, au milieu de l’hiver et de
la crise économique. Son éditeur,
Victor Gollancz, lui
a commandé un
ouvrage sur les
conditions de vie de
la classe ouvrière
pour sa nouvelle
collection, « Le club
du livre de gauche ».
Il lui a avancé la
somme, à l’époque
importante,
de
500 livres sterling.
Orwell mène son
enquête
pendant
deux mois. S’il se
rend
aussi
dans
d’autres villes de la
région de Manchester,
Barnsley et Sheffield,
c’est à Wigan qu’il
passe le plus de temps.
Il cherche à habiter
chez des ouvriers.
Muni de lettres de recommandation de militants socialistes, il loge
d’abord dans une première famille, avant de
prendre pension audessus d’un magasin de
tripes, au 22, Darlington
Street. La description
des lieux qui ouvre le
livre donne le ton.
L’appartement est immonde. La propriétaire,
Mme Brookers est une
horrible grabataire, et
son mari, « incroyablement sale », laisse des traces de doigts sur le beurre.
Les repas sont « invariablement dégoûtants ». « Le
jour où il y eut un pot de
chambre plein sous la table
du petit déjeuner, je décidais de partir », écrit
Orwell.
Ses descriptions de la ville sont
aussi sinistres. « Tout autour s’étendait le paysage lunaire des terrils, et
vers le nord, entre les montagnes de
scories, vous pouviez voir les cheminées des usines cracher leurs panaches de fumée. Le chemin de halage
était un mélange de cendres et de
boue gelée, sillonné par les empreintes d’innombrables sabots… » Grand
amateur de répétitions, il utilise
fréquemment les adjectifs « horrible », « affreux », « épouvantable », « répugnant », « hideux ».
C’est aussi l’un des premiers exemples de son style d’écriture, utilisant un langage parlé, direct, et
prenant à témoin le lecteur pour lui
faire part de ses propres impressions.
Mais Orwell ne fait pas de misérabilisme. Il mène une enquête
poussée, visitant les maisons, compulsant des statistiques à la bibliothèque municipale, calculant les
heures de travail et les salaires. Il
descend aussi au fond de plusieurs
mines de charbon, courbé en deux
à cause de sa grande taille. Il
compare la
peau marbrée de particules de
charbon des mineurs à du roquefort, mais il dit aussi son admiration pour eux et décrit la dureté de
leur travail.
L’ouvrage est prenant, mais il
reste aussi l’un des plus controversés de toute l’œuvre d’Orwell. Le
premier mécontent est son éditeur,
Victor Gollancz. Si la première partie du livre décrit bien les conditions de vie des mineurs et de leurs
familles, la seconde moitié de
l’ouvrage, beaucoup plus personnelle, ne correspond pas du tout à
ce que Gollancz attendait. Orwell
s’y livre à une critique virulente
des intellectuels de gauche, qui
prétendent aimer et défendre la
classe ouvrière tout en nourrissant
un profond mépris pour plus pauvre qu’eux. Le socialisme, écrit-il
aussi dans une tirade cinglante,
« attire comme un aimant les buveurs de jus de fruits, les nudistes,
les porteurs de sandales, les détraqués sexuels, les Quakers, les adeptes de la médecine naturelle, les pa-
Extrait
C’est dans une petite ville ouvrière de la région de Manchester, Wigan, que George Orwell pose plume et
valises en 1936. Cette rencontre avec l’injustice sociale et la misère fut pour lui une révélation bouleversante.
Le Quai
de Wigan
« Derrière l’une de ces
maisons, une femme
était agenouillée sur
les pierres et essayait
d’enfoncer un bâton
dans une canalisation
qui menait à l’évier
de la maison, et qui je
suppose devait être
bouchée... Elle avait
un visage rond et pâle
et ce visage avait,
dans la seconde
où je l’entrevis,
l’expression la plus
triste et la plus
désespérée que j’aie
jamais vue. (…) Car
ce que je vis sur son
visage n’était pas
l’ignorance de
la souffrance propre
à l’animal. Elle savait
suffisamment bien
ce qui lui arrivait
– comprenait aussi
parfaitement que
moi quelle terrible
destinée c’était
d’être agenouillée
dans le froid
piquant sur les
pierres inégales
d’une arrière-cour
de taudis
à enfoncer
un bâton dans
une canalisation
bouchée. »
La carte
de presse de
George Orwell.
Wigan
Liverpool
Manchester
ROYAUMEUNI
Londres
Manche
cifistes et les féministes ». Après
avoir ajouté une préface qui met en
garde contre cette deuxième
partie, Gollancz la supprimera dans
les éditions ultérieures.
Le livre ne plaît pas non plus
beaucoup aux habitants de Wigan.
« Orwell a été profondément injuste,
et l’image de la ville en souffre encore », dit Tomas Walsh, un historien
local. Né en 1954 dans le quartier de
Scholes, où vit Orwell pendant son
séjour, Tom Walsh a grandi entouré par des gens qui se souviennent
d’avoir croisé l’écrivain. « À l’époque, son nom était un anathème.
Orwell était un snob qui venait voir
les ouvriers comme des singes en
cage. Nous étions pauvres, c’est
vrai, mais les maisons étaient impeccables. Au lieu de décrire cette
réalité, Orwell a systématiquement
cherché les pires exemples. Il a
changé de logement peu de temps
après son arrivée pour aller vivre
au-dessus de la triperie, parce que le
premier appartement n’était pas assez sale et ne correspondait pas à
l’idée qu’il avait de son livre. »
Dans Darlington Street, la triperie où logeait Orwell, n’existe plus,
et la plupart des corons ont été
remplacés par des immeubles modernes. Mais si la misère a disparu,
la pauvreté fait encore partie du
paysage. À Scholes, Sunshine
House est une association qui vient
en aide aux habitants du quartier.
Une épicerie vend des produits alimentaires de base et un réfectoire
sert des déjeuners à prix modiques.
On peut aussi suivre divers ateliers,
allant du remplissage de documents administratifs à l’écriture
créative. Louise Fazackerley, poète, a fait récemment travailler son
atelier d’écriture sur Orwell. « Je
pense qu’on le lit un peu trop comme
un reporter, alors qu’il cherchait à
écrire un livre politique, dit-elle. Il
cherchait à susciter des changements sociaux, il ne pouvait pas
vraiment dire que ça n’allait pas si
mal, il fallait qu’il décrive le pire. »
Orwell a rendu le nom de Wigan
célèbre dans le monde anglophone,
tout en l’associant à une image de
désolation et de saleté qui dure jusqu’à nos jours. La ville actuelle est
pourtant loin d’être aussi sordide
que sa réputation. Comme dans le
reste de la région, les mines de
charbon ont fermé depuis bien
longtemps, et les terrils ont été recouverts par des bois ; beaucoup
d’usines et de bâtiments industriels
ont été transformés en bureaux, et
le chemin de halage le long du canal sert de piste cyclable.
Même Orwell n’est plus aussi
controversé. En face du quai de
Wigan, le pub The Orwell a fermé
voici quelques années et le portrait
de l’écrivain sur la façade commence à perdre ses couleurs. Mais
dans le centre-ville, un autre établissement, The Moon Under Water,
a été baptisé d’après le nom imaginaire donné par Orwell à son pub
idéal : « Une atmosphère chaleureuse, de la bière et à manger, et pas de
musique. » Appartenant à la chaîne
Wetherspoon, le pub reproduit le
portrait de l’écrivain sur les cartes
du menu. « Orwell a rendu la ville
célèbre et c’est plutôt un avantage,
dit David Molyneux, chef de l’exécutif du conseil municipal. Et puis,
Le Quai de Wigan est un livre de son
époque : le temps a passé depuis. »
En 2017, Alex Gregory, un habitant de Wigan, a l’idée d’écrire des
chansons inspirées du livre de
George Orwell. Ses textes plaisent à
Richard Blair, fils adoptif de l’écrivain, venu visiter la ville. « J’ai décidé d’en écrire d’autres, et c’est devenu une comédie musicale, dit Alex
Gregory. Je n’ai pas suivi exactement le livre d’Orwell ; à la place, j’ai
inventé une intrigue dans laquelle il
tombe amoureux d’une jeune fille de
Wigan. » Financée par une souscription populaire, et soutenue par
la municipalité, la comédie, intitulée Beyond Wigan Pier (Au-delà du
quai de Wigan), est montée avec
des habitants de la ville dans les rôles principaux ainsi que dans les
chœurs et l’orchestre. La première
“
Je pen se
qu ’on le lit u n peu trop
comme u n reporter,
alors qu ’il ch erch ait
à écrire u n livre
politiqu e
”
LOUISE FAZACKERLEY, POÈTE
représentation, en avril 2018, a lieu
à The Edge, la nouvelle salle de
spectacle située non loin du fameux
quai. Après ce premier succès, Alex
Gregory travaille à l’écriture d’une
deuxième partie, avec l’espoir de
voir le spectacle monté prochainement à Londres.
À sa parution, Le Quai de Wigan
remporte un petit succès, le premier que connaît Orwell. Mais surtout, les deux mois passés dans
l’Angleterre industrielle sont pour
lui une nouvelle révélation. Après
avoir vu en Birmanie les ressorts de
l’impérialisme, il découvre à Wigan
la réalité de la condition ouvrière.
N’ayant sans doute jamais lu Marx
ni aucun théoricien politique,
Orwell tire de cette expérience
personnelle sa propre vision du socialisme. « Sa visite ne dura que
quelques semaines, mais cette rencontre avec l’injustice sociale et la
misère fut pour lui une révélation
bouleversante et définitive, écrit Simon Leys dans Orwell ou l’Horreur
de la politique. Le Quai de Wigan fut
son chemin de Damas. » C’est aussi
pendant ce bref séjour dans le nord
de l’Angleterre qu’il entrevoit la
menace du fascisme, après avoir
assisté à un rassemblement du parti
fasciste anglais d’Oswald Mosley.
Avant la fin de l’année, à peine la
rédaction de son livre terminée, il
part pour l’Espagne combattre ce
nouvel adversaire. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Les idées au bout du fusil
Voyage dans le nord
industriel de
l’Angleterre
Mer
du Nord
1936
1903
1917-1921 1922-1927 1928-1929
Sert dans
Boursier
Naissance
à Motihari, à Eton, l’école la police
impériale
de l’élite
aux Indes
en Birmanie
anglaise
Vit dans
la misère
à Paris et
à Londres
1933
Prend le nom
de G. Orwell
pour signer
son 1er livre
1937
1943
1945
1946-1948
1950
Meurt
S’installe
Chroniqueur Publication
Combat
de la
dans les rangs à la BBC de La Ferme dans l’île de
républicains au service de des animaux, Jura (Écosse) tuberculose
en Espagne la propagande son 1er succès où il écrit
1984
international
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LE FIGARO
mercredi 8 août 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
19
Et si l’affaire Benalla permettait d’enterrer
la réforme constitutionnelle ?
À
quelque chose malheur
est bon. Si navrante
que soit l’affaire Benalla
(par la faille de
gouvernance qu’elle révèle
comme par les réactions
disproportionnées qu’elle suscite dans
la sphère politico-médiatique),
elle reporte à une date indéterminée
la poursuite de l’examen en première
lecture du projet de loi constitutionnelle
« pour une démocratie plus
représentative, responsable et efficace ».
Cette pause offre l’occasion
de s’interroger sur l’opportunité
de s’obstiner à cette révision.
Qu’y a-t-il dans ce projet qui apporte
à nos institutions ce surcroît
de représentativité, de responsabilité et
d’efficacité promis par son intitulé ?
Il comporte d’abord toute une série de
dispositions de procédure législative
destinées à hâter ou à contraindre le vote
de la loi. C’est revenir sur certains acquis
de la révision de 2008, qui avait eu pour
but de tempérer le « parlementarisme
rationalisé » hérité de 1958. Ces mesures
sont soit inutiles, soit inacceptables
par les parlementaires, y compris ceux
de la majorité. Ainsi, la disposition selon
laquelle, en tout ou
partie, l’exercice du
droit d’amendement
s’exerce en
commission et non
L’ancien membre du Conseil constitutionnel
en séance publique
e
explique pourquoi il est inutile de réviser une 25 fois (article 4 du projet)
la Constitution. Le projet de révision, reporté,
est faussement
devrait, selon lui, être mis aux oubliettes.
révolutionnaire.
JEAN-ÉRIC SCHOETTL
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
La loi organique prévue à cet effet ne
pourra que subordonner la mise en
œuvre de cette possibilité à un consensus
des présidents de groupe. Or, comme
le montre le règlement du Sénat
(art. 47 ter), une base constitutionnelle
n’est pas nécessaire en présence d’un tel
consensus. Au chapitre des dispositions
inacceptables par les parlementaires,
mentionnons celle qui tend à raccourcir
la navette après échec de la commission
mixte paritaire (art. 5) : transformant
le Sénat en simple chambre consultative,
elle ne peut être admise par celui-ci ;
restreignant le droit d’amendement
de l’Assemblée nationale en lecture
définitive, elle a fait l’objet
d’un amendement de la commission
restaurant le droit plein et entier
d’amendement des députés à ce stade
de la procédure.
Certains articles du projet entérinent
des règles déjà entrées dans les mœurs
politiques et n’ont donc rien
d’indispensable. Il en est ainsi
de l’incompatibilité entre les fonctions
gouvernementales et les mandats
exécutifs locaux (art. 1er du projet).
Ou de la non-participation des anciens
présidents de la République aux travaux
du Conseil constitutionnel (art. 10) :
ni M. Chirac, ni M. Sarkozy,
ni M. Hollande ne songent à y siéger, ce
qui crée une coutume constitutionnelle.
M. Giscard d’Estaing y siège à l’occasion,
mais le projet de loi constitutionnelle
n’y changerait rien, car il le fait
bénéficier d’une mesure transitoire.
D’autres articles ont une portée
de cette chambre alors que l’on presse
par ailleurs le Parlement ?
En commission déjà, 1 384
amendements ont été déposés :
un concours Lépine de l’innovation
constitutionnelle. Les amendements
adoptés à ce jour sont moins nombreux
et certains atténuent le projet dans un
sens raisonnable. Pour autant, nombre
d’entre eux, de caractère incantatoire,
vont apporter à la Constitution des
modifications au mieux superfétatoires
ou, plus gravement, ayant
des répercussions imprévues.
Ainsi, pourquoi supprimer le mot
« race » dans une disposition de la
Constitution (art. 1er) qui, précisément,
nous arme contre le racisme ? Pense-ton sérieusement que cette manipulation
symbolique mettra fin aux préjugés
raciaux ? Et que faire des occurrences du
mot « race » figurant dans la législation
prohibant les discriminations ?
Remplacer « race » par « ethnie » ?
Qu’aura-t-on gagné à cette hypocrisie ?
Pourquoi, à ce même article 1er,
préciser que « La République assure
l’égalité devant la loi de tous les citoyens
sans distinction de sexe », alors que
le troisième alinéa du Préambule
de la Constitution de 1946 dispose déjà
que « La loi garantit à la femme,
dans tous les domaines, des droits égaux
ceux de l’homme » ?
Pourquoi vouloir faire consacrer par
cet article 1er
Pourquoi supprimer le mot « race »
la préservation
de
dans une disposition de la Constitution
l’environnement
(article 1er) qui, précisément, nous arme
et de la
contre le racisme ? Pense-t-on sérieusement biodiversité,
alors que la
que cette manipulation symbolique
Charte de
mettra fin aux préjugés raciaux ?
l’environnement
adoptée par le
complexes de choix de politiques
Congrès en 2005 a déjà placé au niveau
publiques susceptibles d’être constitutifs
constitutionnel les diverses exigences
d’infractions involontaires.
prévalant en la matière ?
La création d’un « Conseil de la
On ne touche à la Constitution que
participation citoyenne » (dans l’avantd’une main tremblante. Or, au cours des
projet), devenu « Chambre de la société
trente dernières années, la Constitution
civile » (dans le projet déposé
se boursoufle de révision en révision. Qui
à l’Assemblée nationale), puis « Forum
plus est, ce bourgeonnement détourne
de la République » (en commission),
un temps politico-administratif pourtant
assemblée composée de « représentants
précieux du traitement des problèmes
de la société civile » qui « éclaire
réels : chômage, compétitivité, sécurité,
le gouvernement et le Parlement, après
services publics, maîtrise des comptes
avoir organisé la consultation du public,
publics, pauvreté, immigration…
sur les enjeux économiques, sociaux et
On comprend le souhait de l’exécutif
environnementaux et sur les conséquences
et de la majorité de traduire
à long terme des décisions prises par
le programme présidentiel en actes.
les pouvoirs publics » (art. 14), suggère
Mais, précisément, en matière
une forme de démocratie participative
de réformes institutionnelles,
chaperonnant les Assemblées élues.
ce programme n’évoquait que des sujets
Le Conseil d’État n’a pu se résoudre, dans
relevant (quoi qu’on en pense sur le fond)
son avis, à ce qu’elle soit obligatoirement
de la loi organique ou de la loi ordinaire
saisie de tous les projets de loi
(réduction du nombre des députés
« ayant un objet économique, social
et sénateurs, introduction d’une dose de
ou environnemental ». Où commencent
proportionnelle à l’Assemblée nationale,
et où s’arrêtent les projets ayant un tel
limitation du nombre de mandats électifs
objet ? À s’en tenir à ceux qui présentent
successifs de même nature). N’est-il pas
principalement cet objet, ils constituent
plus sage de s’y tenir et de renoncer
près du tiers du flux législatif : pourquoi
à cette 25e révision sans ligne directrice,
insérer dans la procédure législative le
inutilement clivante et qui laisse
délai incompressible de la consultation
nos concitoyens indifférents ?
normative faible, voire nulle. Ainsi
de la prise en compte de la particularité
corse, en partie tautologique (art. 16).
Ou des dispositions relatives au Conseil
supérieur de la magistrature (art. 12) :
que les magistrats du parquet soient
nommés sur l’avis conforme
de la formation du Conseil supérieur
de la magistrature compétente à l’égard
des magistrats du parquet (et non plus,
comme aujourd’hui, sur son avis simple)
ne change pas grand-chose en pratique.
De même, on a peine à voir
le fondement d’un « pacte girondin »
dans l’article 15 du projet, qui permet
à la loi de prévoir que certaines
collectivités territoriales exerceront
« des compétences, en nombre limité,
dont ne disposent pas l’ensemble
des collectivités de la même catégorie » et
que les collectivités pourront déroger aux
dispositions régissant l’exercice de leurs
compétences, « pour un objet limité » et
non plus seulement à titre expérimental.
D’autres dispositions sont
en revanche, par leur portée, hautement
problématiques.
La soumission de la responsabilité
pénale des ministres à une juridiction
pénale de droit commun, remplaçant la
Cour de justice de la République (art. 13),
méconnaît le caractère spécifique
des actes accomplis dans l’exercice
de fonctions gouvernementales,
qui s’inscrivent dans des processus
«
»
ENTRE GUILLEMETS
8 août 1873 : Verlaine condamné à deux ans de prison pour avoir tiré sur Rimbaud.
RUE DES ARCHIVES
« Sagesse », recueil écrit en prison
Mon Dieu, mon Dieu,
la vie est là,/
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.
– Qu’as-tu fait, ô toi
que voilà/Pleurant sans
cesse,/ Dis, qu’as-tu fait,
toi que voilà,/
De ta jeunesse ?»
BIBLIOTHÈQUE DES ESSAIS
Yves
Lacoste.
Équateurs.
330 p., 21 €
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
■ YVES LACOSTE, EXPLORATEUR DU
SENTIMENT GÉOGRAPHIQUE Il a
rendu sa fierté à une grande proscrite,
la géographie, cette « discipline dénigrée et sous-estimée de l’école républicaine », comme il le dit lui-même.
Sans hésiter à bousculer les esprits. En
1972, c’est un titre provocateur que
choisit Yves Lacoste pour son manifeste : La géographie, ça sert, d’abord, à
faire la guerre. Ceux qui s’arrêtent aux
mots de la couverture naturellement
s’indignent…
Quelques années plus tard, il crée la
revue Hérodote, placée sous le signe de
celui qui est considéré comme le « père
de l’histoire » mais aussi le premier
géographe de notre civilisation. Et
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
l’influence de la géographie sur l’histoire intéresse Lacoste. Mais « il n’était
alors pas question de parler de géopolitique», raconte-t-il. Elle était encore
trop sulfureuse, « en raison de l’usage
qu’en avaient fait les géographes allemands au profit de Hitler et du nazisme ». Le mot est aujourd’hui réhabilité, au point d’être souvent galvaudé.
Un livre très personnel
Tous ceux qui ont emprunté le chemin
de ces disciplines ont un jour suivi la
trace pionnière d’Yves Lacoste. Sylvain Tesson notamment, qui en a tiré
l’art de comprendre où il mettait les
pieds. « J’ai eu un très beau professeur
qui s’appelle Yves Lacoste, a-t-il un
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
jour confié. Grand géographe, grand
géopoliticien qui savait que pour analyser la folie des hommes et les conflits qui
les opposaient il fallait d’abord recourir
à la carte et comprendre le substrat, le
sol, le paysage, le relief où ils habitaient. » Erik Orsenna fut aussi un des
fervents lecteurs d’Hérodote.
Dans ce livre très personnel, celui qui
se définit comme un « géographe très
soucieux de l’histoire » raconte son
cheminement. Son enfance marocaine, qui influença son attention au
monde, son séjour au Vietnam en
guerre de 1972, qui fut un « tournant »
majeur dans sa vie de géographe, mais
aussi Cuba, l’Afrique et la France de la
Montagne de Reims.
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
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Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
Au-delà des sensibilités et chapelles
idéologiques, Yves Lacoste a marqué
tous ceux qui ont un jour posé leurs
yeux sur les cartes. Il leur a montré
« une certaine façon de voir les choses
en fonction d’abord de leurs configurations spatiales ». Et résonne en écho
cette phrase d’un autre homme habité
du sentiment géographique, l’immense Julien Gracq, qui un jour confia :
« Je me demande quelquefois ce qu’est
le monde des gens qui n’ont pas de formation géographique. Le voyage doit
être pour eux une espèce de fantasmagorie mal liée, une juxtaposition heurtée de formes étranges où rien ne s’enchaîne. »
ARNAUD DE LA GRANGE
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
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Cahier 2 Économie
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A
■ Aventures
d’un géographe
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 8 août 2018 LE FIGARO
20
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
Histoires d’esp
ions
3/11
ADRIEN JAULMES £@AdrienJaulmes
Le 12 janvier 1963 à Beyrouth, encore mal remis d’une chute après
une soirée trop alcoolisée, un
journaliste anglais frappe à la porte d’un appartement du quartier
chrétien. Mais au lieu du chef de
poste du MI6 qui lui a donné rendez-vous la veille, la porte
s’ouvre sur l’un de ses plus
vieux amis. « Je pensais bien
que ce serait toi qu’ils enverraient », dit le journaliste.
Correspondant à Beyrouth
des magazines The Economist et The Observer, le
journaliste a d’autres activités parallèles : il travaille
aussi pour les services de
renseignements britanniques, le MI6. Mais surtout
il est depuis 1934 un agent
double soviétique. Il s’appelle Kim Philby.
Son ami est Nicholas Elliott. Les deux hommes se
connaissent depuis trente
ans. Ils appartiennent au
même monde. Ils sont de
purs produits de l’establishment britannique, ont été
éduqués dans les public schools
les plus prestigieuses, Elliott à
Eton, Philby à Westminster,
avant d’étudier tous les deux à
l’université de Cambridge. Ils ont
rejoint le MI6 à un an d’intervalle
et ont servi pendant la Seconde
Guerre mondiale dans le même
bureau, la Section V, chargée du
contre-espionnage. Un peu plus
jeune que lui, Elliott a toujours admiré Philby, dont le charisme,
l’intelligence, le charme et l’humour plein d’autodérision séduisent aussi bien les hommes que les
femmes. Elliott a aussi été l’un de
ses plus ardents défenseurs quand
les soupçons se sont portés sur lui
après la défection en 1951 de Burgess et Maclean, les deux autres
anciens de Cambridge devenus
espions pour les Soviétiques.
L’idée que Kim puisse être soupçonné de trahison lui était complètement inconcevable.
A
PAUL POPPER/POPPERFOTO/GETTY IMAGES, RUE DES ARCHIVES/TALLANDIER, LASKI DIFFUSION/GETTY IMAGES
Les Russes sont
persuadés que
si les Anglais l’ont
laissé fuir, c’est qu’il
était en fait un agent
triple. Reçu en grande
pompe à Moscou,
Philby s’aperçoit vite
qu’on se méfie de lui
Après ses quelques années de
mise à l’écart du MI6, c’est grâce à
Elliott que Philby a retrouvé un
poste au sein du service. C’est
aussi lui qui a convaincu les deux
magazines britanniques de lui
fournir une couverture en l’envoyant à Beyrouth, vers ce
Moyen-Orient qu’il connaît bien,
notamment grâce à son père,
Saint-John Philby, conseiller du
roi d’Arabie Ibn Saoud. Et Elliott a
été jusqu’à l’année précédente le
chef de poste du MI6 au Liban. Les
deux amis se retrouvaient fréquemment au bar de l’hôtel SaintGeorges, le rendez-vous des espions, des journalistes et des
diplomates dans le Levant des années 1960. En apparence, rien n’a
changé dans leurs relations. Philby et Elliott s’asseyent dans le salon comme s’ils étaient à leur club
sur Pall Mall. Mais l’appartement
est bourré de microphones ; dans
la pièce contiguë, deux sténographes mettent leurs écouteurs et
commencent à prendre en note la
discussion. Leur entrevue est le
dernier chapitre de l’une des plus
grandes affaires d’espionnage
contemporaines.
« Je suis venu te dire que ton passé t’a rattrapé », lui dit Elliott.
Philby commence par nier. Puis il
doit se rendre à l’évidence. Après
L’agent
double
soviétique
Kim Philby,
en 1968 à Moscou,
après sa défection des
services secrets britanniques.
PAUL POPPER/POPPERFOTO
Kim Philby
ou la
vengeance
du MI6
avoir trahi son pays et
ses amis pendant presque trente
ans, il a fini par être démasqué. Un
haut responsable du renseignement polonais, passé à l’Ouest
l’année précédente, a donné des
renseignements précis sur le
« troisième homme », la taupe
placée par les Soviétiques au cœur
des services de renseignements
britanniques. Cette fois, même les
amis de Philby ont dû se rendre à
l’évidence. Ce bon vieux Kim était
depuis le début un agent soviétique, un membre du Cercle de
À gauche, une photo de jeunesse de Kim Philby. À droite, l’espion dans les années 1980 à Moscou
avec sa femme, Rufina Poukhova, épousée en 1971.
En le laissant s’enfuir
en URSS après avoir été
démasqué, les services
secrets britanniques
se sont peut-être
cruellement vengés
du plus célèbre traître
du XXe siècle.
Cambridge, ces jeunes gens
brillants et dévoyés recrutés dans
les années 1930 par les Soviétiques. Elliott, l’ami trahi, obtient
d’être envoyé pour confronter
Philby. Il est venu lui proposer un
marché : l’immunité en échange
d’une confession complète. Elliott
veut tout savoir : quels secrets
Philby a livré aux Soviétiques,
quels réseaux il a trahi, envoyant
ses membres à la torture et à la
mort. Et peut-être même aussi
comprendre : pourquoi, comment
a-t-il pu trahir son pays, trahir les
siens, le trahir, lui ? Savoir s’il a
agi par idéologie ou par goût pathologique du mensonge et de la
duperie.
À la fin de l’entretien, les deux
anciens amis se serrent la main
]
Trahison, ambit
ion, jalousie, idé
manipulation…
les grandes aff ologie, argent, sexe,
parfois changé
air
le destin du mo es d’espionnage ont
aussi des histoi
nde mais elles
res humaines.
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Et l’actualité mo t toujours
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retrace quelque re est plus dense que jamais
. Le Figaro
s-unes de ces
étonnantes pa
certaines célèb
ges
res et d’autres
d’Histoire,
moins connue
s
comme si de rien n’était, en prenant rendez-vous pour le lendemain. Philby rentre chez lui. L’interrogatoire reprend le jour
suivant, et celui d’après. Philby
tergiverse, tente de jouer au plus
fin, n’avoue qu’une partie des
faits. Elliott est inflexible, mais le
laisse chaque fois regagner son
appartement, où il vit avec sa
nouvelle femme, Eleonor (qu’il a
prise au correspondant du New
York Times au Liban). Dix jours
plus tard, le 23 janvier 1963, alors
que les pluies violentes de l’hiver
s’abattent sur Beyrouth, Philby prend son imperméable et
sort en prétextant un rendezvous. Il promet d’être de retour à temps pour dîner. Il ne
rentrera jamais. À l’aube, dans
la rade de Beyrouth, un cargo
soviétique lève l’ancre à destination de la mer Noire. Debout
à l’arrière de la passerelle, son
écharpe d’ancien élève de
Westminster nouée autour du
cou contre l’air glacé de la
nuit, Kim Philby regarde disparaître les lumières de la ville. Trente ans de mensonge et
de trahison ont pris fin. Il part
vers l’URSS, la patrie qu’il
s’est choisie, mais où il n’a jamais
mis les pieds.
La nouvelle de sa défection déclenche la fureur dans les milieux
occidentaux du renseignement.
Les Américains sont hors d’eux.
James Jesus Angleton, le chef du
contre-espionnage de la CIA, est
fou de rage. Les « cousins » ne
l’ont pas prévenu de la rencontre.
Il est aussi personnellement blessé. Lui aussi était l’un des plus
vieux amis de Philby. À Londres,
où Angleton était en poste pendant la Seconde Guerre mondiale,
puis à Washington au début de la
guerre froide, quand Philby était
chargé de la liaison entre les services britanniques et américains,
les deux hommes étaient inséparables. Après cette affaire, Angleton basculera peu à peu dans la
paranoïa,
ne
faisant
plus
confiance à personne, soupçonnant chaque défecteur soviétique
d’être un agent double. À Langley,
on fulmine contre ces fichus Anglais dont les services secrets sont
infiltrés de toutes parts.
À Londres, le MI5 est aussi furieux. Les services de renseignements intérieurs soupçonnent depuis 1951 Kim Philby d’être le
« troisième homme » du KGB,
celui qui a averti Burgess et
Maclean et leur a permis de
s’échapper. Toutes les pistes
remontaient vers lui. Mais le
MI5, qui recrute dans les milieux plus modestes et les
élèves des grammar schools, s’est toujours heurté
dans son enquête à la solidarité sans faille des Old
Boys et des anciens d’Oxbridge nombreux dans les
MI6. Pour eux,
rangs du MI6
c’est l’esprit de classe qui a
encore joué. Soit par naïveté, soit par amitié, Elliott
a délibérément laissé une
porte de sortie à Philby.
Lorsque, en mars 1963, le
gouvernement britannique
est obligé d’admettre sous la
pression des médias que Philby a fait défection, ce dernier
reçoit à Moscou la nationalité
soviétique. Pour les services secrets anglais et américains, l’humiliation est totale.
Tous les aspects ou presque de
l’affaire Philby ont été racontés.
Des dizaines et des dizaines de
livres ont été consacrés au plus célèbre traître de l’histoire contemporaine, y compris son autobiographie et les souvenirs de deux de
ses quatre ex-femmes. Il a inspiré
à John le Carré (qui refusa toujours
catégoriquement de le rencontrer
à la fin de sa vie à Moscou) l’un de
ses meilleurs romans, La Taupe. La
seule question irrésolue reste celle
des circonstances qui entourent sa
défection. Même si sa fuite a permis au gouvernement britannique
d’éviter un procès public et des
révélations embarrassantes sur
l’étendue des dégâts commis,
l’explication la plus courante est
que Philby a réussi à coups de
charme et de duplicité à duper une
fois de plus le MI6.
L’écrivain britannique Ben Macintyre, dans un ouvrage récent
basé sur les carnets de Nicholas Elliott (L’espion qui trahissait ses
amis), avance une seconde hypothèse beaucoup plus troublante.
Au lieu d’avoir été piégé par Philby, Elliott aurait en fait doublé
l’agent double en le laissant
s’échapper et aurait ainsi vengé
son amitié trahie de la façon la plus
subtile et la plus cruelle qui soit. En
laissant Philby expérimenter par
lui-même le paradis socialiste pour
lequel il avait trahi les siens ; et
surtout en semant le doute dans
l’esprit des Soviétiques sur la
loyauté de Philby. De fait, les Russes sont persuadés que si les Anglais ont laissé fuir Philby, c’est
qu’il était en fait un agent triple.
Reçu en grande pompe à Moscou,
Philby s’aperçoit vite qu’on se méfie de lui. Il comprend qu’il n’occupe aucun poste au KGB. Et un
agent lui est spécialement attaché,
officiellement pour sa protection,
mais aussi pour le surveiller. Moscou ne lui fait plus confiance.
Philby vit encore vingt-cinq
ans à Moscou, lisant le Times et regrettant l’Angleterre. À sa mort, le
11 mai 1988, un an avant la chute
de l’URSS, on lui fait des funérailles officielles. Son portrait est
imprimé sur des timbres et on
l’enterre avec les héros au cimetière de Kuntsevo. Mais celui qui
avait trahi ses amis n’en aura pas
gagné de nouveaux : Philby aura
été jusqu’à la fin de ses jours suspecté par ceux-là mêmes pour
lesquels il avait trahi son pays. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Eli Cohen,
espion israélien en Syrie
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 8 août 2018 LE FIGARO - N° 23 013 - www.lefigaro.fr - Edition internationale - Maroc : 22 DH
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
INDUSTRIE
L’ÉTÉ DU FIGARO
L’AUSTRALIEN AMCOR CRÉE
UN NOUVEAU CHAMPION
MONDIAL DE L’EMBALLAGE PAGE 24
DANS LES COULISSES
DU TUNNEL
SOUS LA MANCHE PAGE 25
La France toujours malade
de son commerce extérieur
Le déficit commercial a atteint 33,5 milliards d’euros au premier semestre, affecté
par la hausse des prix du pétrole et le manque de compétitivité de l’économie.
Les années se suivent et se ressemblent pour les comptes extérieurs de la France. Avec un déficit de 33,5 milliards d’euros au
premier semestre, la balance
commerciale de l’Hexagone est
partie pour connaître un très
mauvais exercice 2018, semblable
à celui de l’an dernier, qui s’était
soldé par un trou de 62,3 milliards
d’euros. Le commerce français est
victime de l’appétit des consommateurs pour les produits étrangers, de l’affaiblissement de l’appareil industriel national et du
positionnement de son offre, peu
concurrentielle sur les marchés
mondiaux. La France continue à
perdre du terrain dans les échanges mondiaux et européens.
Un groupe
chinois
convoite
Steinway
Et si le prestigieux
facteur de pianos
passait sous pavillon
chinois ? Steinway,
propriété du financier
américain John Paulson,
intéresse Poly. Ce
conglomérat, né au sein
de l’Armée populaire,
est aujourd’hui actif
dans l’immobilier,
la technologie et les
ventes aux enchères.
Piano « Sunburst »
de Steinway & Sons.
L’Allemagne entend contrôler mieux
les investissements chinois dans
ses entreprises. La loi de 2017 qui lui
donne un droit de veto dès le rachat
de 25 % du capital d’une entreprise
stratégique par un investisseur hors
UE ne suffit plus au gouvernement.
Berlin voudrait intervenir dès 15 %.
« Jusqu’à présent, nous ne pouvions
entrer en scène que lorsque 25 % au
moins du capital d’une entreprise
avaient été acquis ; nous voulons
abaisser ce seuil pour pouvoir examiner plus d’acquisitions dans des
secteurs économiques sensibles
comme la défense et la sécurité », a
indiqué le ministre de l’Économie,
Peter Altmaier, dans Die Welt. Sans
le dire, il vise essentiellement la
Chine, dont Berlin a contré deux tentatives récentes d’entrée au capital
d’entreprises considérées comme
stratégiques, le fabricant de machines-outils Leifeld Metal Spinning et
l’opérateur de réseau à haute tension 50Hertz.
L’Allemagne est une cible privilégiée
de l’empire du Milieu, qui a investi l’an
dernier 12 milliards d’euros dans ses
sociétés, soit près de vingt fois plus
qu’en 2015. L’Union européenne et
plusieurs de ses États membres redoutent aussi les visées de la Chine
sur leurs technologies sensibles.
La Grande-Bretagne prépare des
mesures lui permettant de bloquer
les prises de contrôle d’investisseurs étrangers dans des secteurs
liés à la sécurité nationale. La France
s’apprête à renforcer son arsenal
avec le projet de loi Pacte. Paris veut
préserver l’attractivité économique
du pays mais entend aussi protéger
les pépites nationales face aux appétits des nations étrangères comme la Chine ou les États-Unis.
Sous l’impulsion de Paris, Berlin et
Rome, la Commission européenne
souhaite maîtriser les investissements chinois en Europe aussi bien
dans des entreprises sensibles à
l’Ouest que dans les infrastructures
des pays de l’Est. Un projet de règlement sur le contrôle des investissements réalisés par des pays tiers et
portant sur des secteurs stratégiques est en négociation au sein de
l’Union.
A. BOH
PAGE 24
le PLUS du
FIGARO ÉCO
« FAKE NEWS »
Le cas Infowars,
révélateur
de l’ambiguïté
des Gafa PAGE 26
LA SÉANCE
DU MARDI 07 AOÛT 2018
CAC 40
5521,31
+0,81%
DOW JONES (18h)
25663,69 +0,63%
ONCE D’OR
1212,35 (1209,65)
PÉTROLE (lond)
74,310 (74,090)
EUROSTOXX 50
3507,31 +0,69%
FOOTSIE
7718,48 +0,71%
NASDAQ (18h)
7457,38 +0,25%
NIKKEI
22662,74 +0,69%
L'HISTOIRE
Aux JO de Tokyo, de la reconnaissance
faciale pour identifier les athlètes
n 2020, les Jeux olympiques et
paralympiques de Tokyo seront
répartis sur 43 sites. Assurer
leur sécurité tout en fluidifiant
les allées et venues des quelque
300 000 athlètes, membres des staffs,
bénévoles et journalistes
attendus peut relever
de la gageure dans la ville
la plus peuplée
du monde… Les autorités
ont donc choisi
de déployer un système
de reconnaissance
faciale. Développé par
le groupe japonais NEC,
il s’appuie sur une
intelligence artificielle
baptisée NeoFace. Il
s’assurera que la photo
préenregistrée et
stockée dans la puce d’un
badge correspond bien
au visage de la personne
qui se présentera devant
les caméras de contrôle.
Le tout en seulement
0,3 seconde et avec un
E
taux de réussite de 99,7 %, assure-t-on
chez NEC. Une rapidité d’autant plus
bienvenue que les températures attendues
dans la capitale japonaise à cette époque
de l’année devraient avoisiner les 40 °C
à l’ombre avec un taux d’humidité de 80 %…
Le système ne s’appliquera
en revanche pas
aux spectateurs.
Cette première aux JO
est une sacrée vitrine
technologique pour le géant
informatique NEC, qui avait
déjà réalisé des tests
à petite échelle aux Jeux
olympiques de Rio en 2016.
La compétition est engagée
depuis longtemps entre
groupes américains et
asiatiques pour s’imposer
sur ce marché porteur de
la reconnaissance faciale.
Estimé à 4,1 milliards de
dollars en 2016, il pourrait
atteindre les 8 milliards à
l’horizon 2022, selon
une étude de Allied Market
I. V.
Research. ■
L’Italie limite le
recours aux contrats
de travail temporaire
Le décret-loi « Dignité »,
cheval de bataille du parti
populiste
Mouvement
5 étoiles (M5S), a été adopté
mardi par le Parlement italien.
La durée totale des contrats
de travail temporaire, renouvelables quatre fois de
suite au lieu de cinq, est ramenée de trois à deux ans.
Au-delà, le contrat devra
cesser ou être converti en
embauche définitive. En
outre, tout renouvellement
devra être justifié par écrit et
affecté d’une pénalité de
0,5 %.
Les indemnités pour licenciement abusif sont augmentées. Par ailleurs, toute entreprise ayant reçu une aide
de l’État sera tenue de la
rembourser si elle délocalise
son activité dans les cinq ans.
Si cette délocalisation a lieu
en dehors de l’Union européenne, l’entreprise devra
rembourser deux à quatre
fois le montant de l’aide
reçue. Le texte balaie le Jobs
Act, la réforme emblématique du marché du travail
menée en 2015 par l’ex-chef
du gouvernement Matteo
Renzi, membre du Parti démocrate, de centre gauche.
Selon Luigi Di Maio, patron
du M5S, le Jobs Act n’a fait
que « précariser l’emploi ». En
supprimant des rigidités, il
avait pourtant entraîné la
création d’un million de
nouveaux postes de travail
en trois ans. Il avait notamment introduit un contrat de
travail à durée indéterminée
à « protection croissante », qui
permettait aux employeurs
un licenciement plus facile
pendant trois ans et était accompagné d’allègements de
charges sociales.
Le décret adopté mardi est
« contre les travailleurs », il va
rendre plus difficile l’embauche de jeunes, en particulier
dans le sud du pays, a déploré la sénatrice du Parti démocrate Valeria Fedeli. A. BOH
A
JO VAN DEN BERG/STEINWAY & SONS, TORU HANAI/REUTERS, PASCAL ROSSIGNOL/REUTERS
èCES PAYS DE LA ZONE EURO QUI PROSPÈRENT À L’ÉTRANGER èL’EXPORT FRANÇAIS À LA PEINE EN AFRIQUE, CONCURRENCÉ PAR LA CHINE èLA FACTURE
ÉNERGÉTIQUE ALOURDIE PAR L’ENVOLÉE DES PRIX DU PÉTROLE èTRUMP A GAGNÉ UNE BATAILLE, IL N’A PAS GAGNÉ LA GUERRE COMMERCIALE PAGES 22 ET 23
BERLIN VEUT
CONTRÔLER LES
INVESTISSEURS
CHINOIS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 8 août 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Le commerce extérieur, talon d’Achille de
Le déficit commercial a atteint 33,5 milliards d’euros au premier semestre, en détérioration par rapport aux 29,6
MARIE VISOT £@MarieVisot
CONJONCTURE Ce n’est qu’une
légère dégradation : en juin, le déficit commercial s’est creusé de
200 millions par rapport au mois
précédent, pour atteindre 6,2 milliards d’euros. C’est pourtant un
chiffre qui révèle un mal profond :
le commerce extérieur reste le talon d’Achille de l’économie française. Depuis maintenant quatorze
ans, l’Hexagone achète beaucoup
plus à l’étranger qu’il n’y vend ses
propres produits.
Sur l’ensemble du premier semestre, le déficit cumulé de la
balance commerciale a atteint
33,47 milliards d’euros, après
29,6 milliards au semestre précédent, selon les données publiées
par les Douanes. Autant dire que
le déficit annuel ne devrait pas
franchement être meilleur que
celui de 2017, où il avait atteint
62,3 milliards. Rien de réjouissant… surtout si l’on se compare
à l’Allemagne, qui a dégagé un
excédent commercial de plus
121 milliards d’euros depuis le
début de l’année.
Certes, la hausse du prix du pétrole a pesé sur l’addition française.
La « dégradation reflète principalement l’augmentation de la facture
énergétique, qui représente près de
60 % du déficit de notre balance
commerciale », a d’ailleurs justifié
le ministère des Affaires étrangères, en charge du commerce extérieur, dans un communiqué.
Affaiblissement progressif
de l’appareil productif
Et certes, les exportations ont repris un peu de vigueur au printemps - elles ont progressé de
2,4 % au deuxième trimestre.
Mais les problèmes français demeurent. Ils sont identifiés de
longue date : les produits étrangers (téléphones, électroménager, vêtements…) ne cessent de
gagner du terrain dans la
consommation, alimentant les
importations - elles ont encore
progressé de 3,2 %
au deuxième
trimestre.
En cause ?
L’affaiblissement progressif de
l’appareil
productif français, qui a tardé
à se moderniser.
Côté export, ensuite, la France
est dans une position d’équilibriste : ses produits sont moins
compétitifs que ceux provenant
des pays européens à plus faible
coût de main-d’œuvre, comme
l’Espagne notamment. Mais ils
sont également moins haut de
gamme que ceux fabriqués en
Allemagne.
Et c’est sans compter la faiblesse de la machine exportatrice
française : elles n’étaient que
124 000 entreprises l’an dernier à
avoir franchi les frontières contre
300 000 pour l’Allemagne. Ce sont essentiellement les grandes entreprises - et surtout
dans quelques secteurs
historiquement bien positionnés sur les marchés
internationaux, comme
le luxe ou l’aéro-
Tout comme le contexte de guerre
commerciale qui s’accentue.
Le déficit commercial « n’est
pas inéluctable, assurait en février le premier ministre,
Édouard Philippe, lors de la présentation d’un nouveau plan
pour venir au secours du commerce extérieur. Nous devons être conquérants et
renoncer à la petitesse ».
La bataille risque
d’être encore
longue. ■
nautique - qui parviennent à tirer leur épingle du jeu.
Au total, la France perd des
parts de marché dans le bal des
échanges mondiaux : selon CoeRexecode, la part de ses exportations de biens et services dans le
total des exportations de la zone
euro a reculé en 2017. Elle est passée de 13,2 % en 2016 à 12,9 %
l’année dernière - contre 17 % en
2000.
Quant aux perspectives, elles ne
laissent pas supposer d’amélioration. Le ralentissement de la croissance européenne va peser sur
les échanges, donc sur
la demande adressée à la France.
Le commerce extérieur
de la France
ÉVOLUTION DES IMPORTATIONS ET EXPORTATIONS,
140,3
en milliards d’euros, par trimestre
140
130
122,8
120
IMPORTATIONS
Ces pays de la zone euro
qui prospèrent à l’étranger
MANON MALHÈRE £@ManonMalhere
Allemagne, Espagne, Portugal,
Italie : les bons élèves de la zone
euro sont plus moins ou moins affectés par le ralentissement du
commerce mondial qui s’observe
depuis le début de l’année.
ALLEMAGNE
Avec un excédent
commercial estimé à
19,3 milliards d’euros
en juin et 121,5 milliards d’euros sur le
premier semestre, l’Allemagne
reste, de loin, le premier exportateur européen. Certes, en juin, les
importations ont significativement augmenté pour atteindre
93,7 milliards d’euros. C’est
d’ailleurs « la plus forte valeur
mensuelle » enregistrée depuis
1950, explique l’office fédéral des
statistiques allemand (Destatis).
Toutefois, les exportations ont atteint 115,5 milliards d’euros. Et
« l’excédent commercial est tellement important que la hausse des
importations n’est pas inquiétante », explique Dominique Fruchter, économiste de Coface.
La recette allemande est bien
connue. « L’économie repose depuis longtemps sur un tissu industriel puissant qui a été renforcé par
les réformes du marché du travail
adoptées avant la crise de 2008 »,
poursuit Dominique Fruchter. Ce
sont les fameuses lois Hartz qui
ont permis d’accroître la compétitivité des entreprises. En outre,
l’Allemagne mise depuis le début
sur des produits à très haute valeur ajoutée dans des secteurs
clés tels que l’automobile, la mécanique et l’ingénierie. Résultat
des courses : les exportations
sont peu sensibles aux variations
des prix ainsi qu’à la concurrence
internationale.
A
ESPAGNE
Après avoir connu
une croissance d’environ 8,5 % en 2017,
« les exportations espagnoles commencent à
être affectées par une perte de compétitivité vis-à-vis des marchés
hors UE due au taux de change
mais aussi à la baisse de la demande extérieure», constate Sofia
Tozy, également économiste chez
Coface. D’ailleurs, en raison de la
baisse des exportations et de la
hausse des importations, le déficit
110
100
commercial s’est creusé au premier semestre 2018 par rapport
aux semestres précédents, pour
s’établir à 14 milliards d’euros.
Quoi qu’il en soit, l’Espagne continue de récolter les fruits des intenses réformes menées en réponse à
la crise de 2008 qui ont permis aux
entreprises de gagner en compétitivité et en profitabilité. À partir de
2013, le pays a connu un boom des
exportations de produits à faible et
moyenne valeur ajoutée.
90
EXPORTATIONS
T1 2011
ITALIE
Estimée à 7 % en
2017, la croissance
des exportations italiennes pourrait également ralentir en 2018.
Selon les dernières données de
l’Institut national des statistiques
(Istat), l’Italie a connu une baisse
de ses exportations de 1,6 % alors
que les importations ont continué
à augmenter (0,8 %) en mai. En
outre, le solde commercial a baissé mais reste excédentaire, s’établissant à 13,9 milliards d’euros au
cours du premier trimestre 2018.
En réponse à la crise de 2008,
Rome a engagé d’importantes réformes du marché du travail (que
le nouveau gouvernement est en
train de détricoter) qui ont permis
de doper les exportations. Toutefois, « le tissu économique italien
reste très hétérogène, rappelle Sofia Tozy. Il est composé de groupes
industriels qui exportent des produits haut de gamme et de petites
entreprises familiales toujours fragiles qui peinent à exporter. » ■
2012
2013
2014
2015
2015
2016
T2 2018
IMPORTATIONS
276,2
PORTUGAL
Au Portugal, la
croissance des exportations connaît
également un ralentissement non négligeable après une hausse exceptionnelle. « On est passé d’une
croissance de 10 % au premier trimestre 2017 à 4,6 % entre janvier et
mars 2018, constate Jésus Castillo,
économiste chez Natixis. Toutefois, ce résultat reste bon comparé
au ralentissement du commerce
mondial. » En particulier, les biens
industriels - très concurrentiels
sur la scène internationale continuent de représenter une
part importante des exportations
du pays. En revanche, il enregistre toujours un déficit commercial
évalué à 1,1 milliard d’euros en
mai 2018 par l’Institut national de
la statistique (INE).
Source : DGDDI
80
milliards d’euros au 1er semestre 2018
milliards d’euros
L’export français à la peine en Afrique, concur
ANNE CHEYVIALLE
£@AnneCheyvialle
Un magasin
de chaussures tenu
par un Chinois,
à Kampala, capitale
de l’Ouganda.
STEPHEN WANDERA/AP
L’Afrique est symptomatique de la
perte de compétitivité de l’export
français. Longtemps la France a
occupé une position privilégiée
sur le continent, dans les pays
francophones et au Maghreb en
particulier. Et pourtant, l’an dernier, l’Allemagne lui a ravi le statut de premier fournisseur européen. La balance commerciale
avec l’Afrique reste excédentaire,
mais à quelque 3 milliards d’euros
en 2017, l’excédent est en nette
baisse par rapport aux deux années précédentes. Comme le souligne une étude de l’assureur-crédit Coface, les parts de marché à
l’exportation de la France en Afrique ont diminué de moitié depuis
2000, passant de 11 % à 5,5 % en
2017. « La tendance est générale, y
compris dans les économies dynamiques comme le Ghana et le Nigeria, et très marquée dans les pays
francophones, où la France détenait 25 % de parts de marché contre
12 % aujourd’hui », note Ruben
Nizard, de Coface.
Dans le détail, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie absorbent la moi-
tié du commerce franco-africain,
suivis des deux grandes économies africaines, le Nigeria et
l’Afrique du Sud, puis de l’Égypte
et de la Côte d’Ivoire. Madagascar
représente aussi une part non négligeable, pour ses précieuses
gousses de vanille. En termes de
produits, plus du tiers des importations françaises concerne les
combustibles et 10 % les textiles,
qui atteignaient le double en 2001.
“
La tendance est très
marquée dans les pays
francophones,
où la France détenait
25 % de parts de
marché en 2000, contre
12 % aujourd’hui
”
Côté export, ajoute l’expert de
Coface, on retrouve les mêmes
spécificités que dans le reste du
monde, « avec un poids moindre
pour l’automobile et l’aéronautique, la présence de combustibles
raffinés et beaucoup d’exportations
de céréales, surtout le blé ».
Si le savoir-faire tricolore vient
de se faire doubler par l’Allemagne et subit aussi le regain de
compétitivité espagnol – notamment sur les machines -, sa dégringolade est à mettre en parallèle avec la montée en puissance
de la Chine et d’autres émergents
comme la Turquie sur le continent africain. Entre 2001 et 2017,
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 8 août 2018
L'ÉVÉNEMENT
l’économie française
La facture énergétique
alourdie par l’envolée
des prix du pétrole
milliards du semestre précédent, indiquent les Douanes.
«
AÉRONAUTIQUE
L’amélioration
de nos
performances
à l’export
est l’un des
objectifs de
la politique du
gouvernement
Les exportations ont
augmenté de 2,4 %
au deuxième trimestre
2018 (après avoir reculé
de 1 % au trimestre
précédent).
« Ce dynamisme est tiré
par la nette reprise
des livraisons
aéronautiques
et spatiales », (+ 13,6 %,
contre - 13,6 %
au trimestre précédent),
relèvent les Douanes.
Le secteur, qui vit
essentiellement
au rythme des livraisons
d’Airbus, fait partie
des plus solides
à l’exportation.
»
R. PELI/MASTER FILMS/AIRBUS
COMMUNIQUÉ DU MINISTÈRE
DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
ÉNERGIE
59
CHRISTIAN HARTMANN/REUTERS
Prix moyen (en euros)
du baril de pétrole
au 1er semestre 2018
33,5
de déficit commercial au premier
semestre 2018 en France.
L’année 2017 s’était soldée
sur un déficit total de 62,3 milliards
au 1er semestre 2018
C’est un fardeau dont l’économie
française, qui peine à redresser sa
balance commerciale depuis
2004, se serait bien passée. La
flambée de l’or noir, portée par la
demande mondiale et l’incertitude géopolitique au Moyen-Orient,
pèse lourdement sur le déficit extérieur de l’Hexagone. Car si l’envolée des cours du brut, passés de
50 à 75 dollars en l’espace d’un an,
fait les affaires des pays exportateurs, elle s’avère douloureuse
pour un pays comme la France,
qui importe 99 % de son pétrole.
Et les derniers chiffres des Douanes ne manquent pas le confirmer.
Sur les six premiers mois de l’année 2018, la facture énergétique
s’est alourdie de 3 milliards
d’euros par rapport au deuxième
semestre 2017, pour s’établir à
22,2 milliards d’euros. Une conséquence directe de la hausse de
23 % du prix en euros du baril de
brent sur cette période, la facture
pétrolière expliquant à elle seule la
quasi-totalité du déficit énergétique global (électricité, gaz et biocarburants confondus).
« La dégradation du solde énergétique tient bien plus à l’augmentation des prix qu’à celle du
volume des importations, explique
Francis Perrin, directeur de recherche à l’Institut de relations
internationales et stratégiques
(Iris). Le ralentissement de la croissance française au début de l’année
a limité la demande de pétrole brut
et raffiné. » Avec le rebond des
cours de cette matière première,
les importations de pétrole brut
tendent en effet à ralentir au premier semestre, au point de même
diminuer de 17 % en volume sur le
deuxième trimestre 2018.
Las, ce recul des quantités importées ne suffit pas à compenser
l’effet prix pesant sur la balance
commerciale. D’autant que celuici fait tache d’huile sur les carburants, au premier rang desquels
l’essence et le gazole, qui ont vu
eux aussi leur prix augmenter mécaniquement. Des produits raffinés que la France exporte et qui lui
permettraient, en théorie, de limiter le creusement de son déficit
énergétique. Mais là encore, tous
les voyants sont au rouge : les
achats de pétrole raffiné ont bondi
de 26 % sur le premier semestre,
confinant la France à son statut
d’importateur net dont elle souffrait déjà l’an passé. En cause, la
fermeture de plusieurs raffineries
pour maintenance.
La tendance ne devrait
pas s’inverser, d’autant
que le rétablissement
de l’embargo américain
sur le pétrole iranien
entrera en vigueur
le 5 novembre
Signe du poids de l’or noir sur le
commerce extérieur de l’Hexagone, « la facture énergétique représente à elle seule la moitié du déficit
commercial français », souligne
Francis Perrin. Et la tendance ne
devrait pas s’inverser, d’autant que
le rétablissement de l’embargo
américain sur le pétrole iranien entrera en vigueur le 5 novembre.
Décidées par Donald Trump dans le
sillage du retrait de son pays de
l’accord sur le nucléaire signé en
2015, ces sanctions pourraient accentuer la tension pesant sur le
marché pétrolier, et, partant, sur la
balance commerciale française. ■
Le déficit commercial
n’est pas inéluctable.
Nous devons être conquérants
et renoncer à la petitesse
milliards d’euros
242,7
ALEXANDRE BERTEAU £@aberteau_
ÉDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE,
EN FÉVRIER DERNIER
»
GEOFFROY VAN DER HASSELT/AFP
Trump a gagné une bataille,
il n’a pas gagné la guerre commerciale
rencé par la Chine
Les tarifs
« douaniers
fonctionnent
bien mieux
que quiconque
ne l’avait
anticipé
JEAN-PIERRE ROBIN jprobin@lefigaro. fr
»
NICHOLAS KAMM/AFP
DONALD TRUMP
Ce 8 août marque le cinquième mois
de la guerre commerciale que Donald Trump a lancée la fleur au fusil
pour réduire le déficit extérieur
abyssal de son pays et sauver les
emplois américains. « Quand un
pays perd des milliards de dollars en
commerçant virtuellement avec tous
les pays avec lesquels il fait des affaires, les guerres commerciales sont
bonnes et faciles à gagner », avait-il
tweeté le 8 mars. La Maison-Blanche venait de décréter des droits de
douane de 25 % sur l’acier et de
10 % sur l’aluminium.
Promesse tenue, malgré certains
aménagements (en faveur de la Corée du Sud et du Brésil en échange
de concessions). Depuis, le front des
hostilités s’est élargi, avec l’imposition de droits de 25 % sur 34 milliards de dollars de produits
chinois, plus des pénalités diverses
sur 16 autres milliards. Ce à quoi Pékin a répliqué en déployant des représailles équivalentes, notamment
sur le soja américain.
De son côté, l’Union européenne a
signé une sorte de « gentleman
agreement », lors d’un voyage de
Jean-Claude Juncker, le président
de la Commission, le 25 juillet à
Washington. Les deux parties se sont
engagées à ne commettre aucun acte
unilatéral tant que les négociations
se poursuivraient. Grâce à quoi les
Européens ont échappé à un relèvement de 25 % des taxes sur les ventes
automobiles, l’UE promettant d’accroître ses achats d’huile de soja.
Armistice fragile, alors que la
menace d’instaurer 25 % de taxes
sur 200 milliards de dollars supplémentaires d’importations de produits chinois reste une épée de Damoclès sur la tête de Xi Jinping, le
président chinois. « La Chine est
prête pour une guerre longue », diton mezza voce à Pékin.
Tweets triomphalistes
Trump est persuadé que « l’Histoire
est écrite par les vainqueurs », même
s’il ne connaît pas Robert Brasillach,
l’auteur de la formule. Il multiplie
les tweets triomphalistes : « Les tarifs douaniers fonctionnent bien
mieux que quiconque ne l’avait anticipé », a-t-il lancé ce week-end. Ou
encore, la Bourse américaine « est
plus forte que jamais », quand le
marché chinois « a chuté de 27 % sur
les quatre derniers mois, et ils nous
parlent », selon l’impulsif président.
« Au regard du comportement des
marchés, les États-Unis sont les
grands gagnants de la récente guerre
commerciale qui les oppose à la
Chine. La Chine est plus dépendante
des exportations vers les États-Unis
que ces derniers ne le sont à l’égard de
la Chine », analyse Witold Bahrke,
stratégiste chez Nordea Asset Management. Ainsi Pékin a-t-il plus de
mal à dresser la liste de produits sur
lesquels il pourrait établir des taxes,
car ils sont à la fois moins nombreux
et souvent irremplaçables (circuits
intégrés, gros avions).
L’Allemagne, deuxième excédent
commercial au monde (derrière la
Chine) et autre grand « ennemi »
(foe, dans le vocabulaire trumpiste),
est aussi à la peine, victime de sa dépendance extrême vis-à-vis du
commerce mondial. Les commandes à l’industrie allemande ont chuté de 4 % en juin (et de 5,9 % de la
part de la clientèle non européenne).
Alors que Pékin et Berlin doivent
revoir à la baisse leurs perspectives
de croissance, l’économie américaine se porte comme un charme.
Son PIB a progressé de 4,1 % en
rythme annualisé au deuxième trimestre et, depuis dix-neuf mois que
Trump trône à la Maison-Blanche,
3,686 millions d’emplois ont été
créés. En outre, sa cote d’amour en
tant que président, sans être mirobolante, s’est améliorée dans les
sondages entre mars et août, passant d’un taux d’approbation de
40,1 % à 43,1 % (RealClearPolitics).
Ah, que la guerre est jolie quand
on a l’impression de remporter des
victoires ! Peu importe qu’à moyen
terme elle ne fasse que des perdants comme le prophétisent les
économistes à peu près unanimes.
Trump a-t-il gagné la bataille de
l’opinion ? Rendez-vous le 6 novembre, jour des élections américaines de mi-mandat. ■
A
EXPORTATIONS
la part de marché chinoise s’est
envolée de 2 % à 18 %. Elle progresse dans quasiment tous les
domaines, sauf l’agriculture. Les
entreprises chinoises vendent de
plus en plus de machines-outils et
d’appareils électriques.
« La France enregistre des pertes
sur les secteurs phares – biens
d’équipement, automobile et pharmacie –, à l’exception de l’aéronautique », ajoute Ruben Nizard. À
souligner, la percée de l’Inde sur
les produits pharmaceutiques
grâce aux génériques. Quant à la
Russie et l’Ukraine, elles sont devenues des fournisseurs importants de blé, aidées par la forte dépréciation de leurs devises.
L’assureur-crédit estime toutefois que la France pourrait rattraper son retard et retrouver son niveau d’avant la crise de 2008, soit
7 % de parts de marché. En prenant plusieurs variables – PIB,
langue parlée, proximité du système juridique, distance entre les
deux pays –, Coface identifie des
gains potentiels dans 27 pays sur
53 analysés. Ces marges de progression se situent dans les pays
du Maghreb, proches géographiquement, et ceux ayant un système légal d’origine française, en
particulier dans la bande sahélienne (Mali, Burkina Faso, Niger
et Tchad). Mais aussi en Afrique de
l’Est, où la présence française est
relativement faible, notamment
en Zambie et en Éthiopie - un gros
marché de 100 millions d’habitants, en plein essor. ■
48
Prix moyen (en euros)
du baril de pétrole
au 2e semestre 2017
Au deuxième trimestre,
« la dégradation du solde
commercial s’explique
surtout par l’aggravation
du déficit énergétique »,
qui passe de 10,6 milliards
à 11,6 milliards,
expliquent les Douanes.
Lesquelles précisent que
cela tient notamment
à « l’accélération
des approvisionnements
en produits pétroliers
raffinés, suite
à la fermeture
pour maintenance
de raffineries ». Le tout,
sur fond de hausse
des prix du pétrole.
23
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 8 août 2018 LE FIGARO
24
ENTREPRISES
Un groupe
chinois lorgne
Steinway
La Rolls-Royce des pianos pourrait
valoir jusqu’à 1 milliard de dollars.
SÉBASTIEN LE BELZIC
ET MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
MUSIQUE Le mythique fabricant
américain de pianos Steinway
pourrait passer sous pavillon
chinois. Le milliardaire et investisseur activiste John Paulson, qui
en est propriétaire depuis 2013, a
reçu des marques d’intérêt de la
part du conglomérat chinois Poly
Group. Contrôlé par l’armée,
présent dans l’immobilier et l’armement, Poly Group s’est aussi
imposé dans les ventes aux enchères comme un sérieux
concurrent de Sotheby’s et Christie’s. Selon l’agence Bloomberg,
ce géant chinois réfléchit à faire
une offre d’achat sur Steinway.
Mais d’autres candidats pourraient se manifester.
Steinway, plébiscitée par Wagner, Liszt, John Lennon ou le
virtuose chinois Lang Lang,
pourrait valoir jusqu’à 1 milliard
de dollars. En 2013, 512 millions
de dollars avait pourtant suffi à
John Paulson pour mettre la main
sur la Rolls-Royce des pianos,
qu’il n’était pas le seul à convoiter. Le coréen South Korea’s Samick Musical Instruments était
aussi sur les rangs.
Depuis sa création, en 1853,
Steinway a toujours été le symbole de l’excellence. La marque entretient des liens privilégiés avec
les artistes, qui assurent son prestige. La fabrication est restée artisanale. Chaque piano est unique.
Les secrets de fabrication sont
protégés par plus de 125 brevets.
En 2015, l’entreprise a dévoilé son
600 000e piano, « un exploit artistique de l’ingénierie et de la précision ». Baptisé du nom du mathématicien Fibonacci, le petit bijou
a nécessité 6 000 heures de travail. Il vaut 2,4 millions de dollars. Le dernier-né, le Sunburst,
présenté en juin, a été fabriqué à
69 exemplaires.
Un facteur de piano
intervient sur
un instrument à l’usine
Steinway, implantée
depuis 1853 dans
le quartier du Queens,
à New York.
CRAIG WARGA/BLOOMBERG
« Énorme potentiel »
En rentrant dans le giron de Poly
Group, Steinway pourrait s’imposer en Chine, où son réseau de
distribution est encore limité.
« Steinway a un énorme potentiel en
Chine, affirme Shaun Rein, fondateur de la société de conseil China
Market Research Group. En augmentant son pouvoir d’achat, la
classe moyenne chinoise sera de plus
en plus encline à acheter un piano à
ses enfants, car la musique est un
élément clé de leur éducation. Et
tout le monde sait qu’il n’y a pas
mieux qu’un Steinway. » Outre les
pianos, l’entreprise a élargi son registre à d’autres instruments passés dans son giron : les saxophones
Selmer, les cors CG Conn, les clarinettes Leblanc, les trombones
King, les caisses claires Ludwig, les
trompettes Bach Stradivarius…
Si la transaction avec Poly se
concrétisait, Steinway rejoindrait
un groupe composé de plus de
600 entreprises et qui emploie
60 000 personnes dans le monde,
selon les chiffres officiels disponibles. Le conglomérat est entre les
mains de l’armée chinoise, l’Armée populaire de libération, avec à
sa tête depuis sa création dans les
années 1980 des « princes rouges »
de la famille de Deng Xiaoping. Les
branches les plus lucratives sont
l’immobilier et les ventes d’armes
(notamment avec les ventes en
Afrique de la version chinoise de
l’AK47). Sa filiale de ventes aux
enchères, Poly Culture & Arts, née
au début des années 2000, s’est
engagée dans un politique de rachat d’antiquités chinoises détenus
à l’étranger depuis les pillages du
XIXe siècle par les armées française
et britannique pendant les guerres
de l’opium. Poly Culture est aussi
très actif dans le management de
salles de spectacles et la production de films et de programmes TV.
Quatre filiales sont cotées en
Bourse : l’immobilier (à Shanghaï
et Hongkong), les industries culturelles et les ventes aux enchères
(Hongkong), une branche d’armement (Shenzhen). À elle seule, la
branche immobilier cotée a généré
en 2017 un chiffre d’affaires plus de
45 milliards de dollars. ■
Un mariage à 7 milliards de dollars dans l’emballage
L’australien Amcor achète son concurrent américain Bemis pour devenir leader mondial.
ANNE BODESCOT abodescot@lefigaro.f
13
milliards
de dollars
Chiffre d’affaires
cumulé d’Amcor
et Bemis
INDUSTRIE La consolidation s’accélère dans le secteur de l’emballage, où les fabricants cherchent tous
azimuts à grandir plus vite et à se
protéger de la convoitise de leurs
concurrents. Après avoir refusé les
avances de l’américain International Paper au printemps, l’irlandais
Smurfit Kappa, premier producteur
européen d’emballages à base de
papier, a ainsi mis la main en juillet
sur Reparenco, basé au Pays-Bas.
Quelques semaines plus tôt, le fabricant britannique d’emballages
en carton DS Smith s’était, lui, emparé de l’espagnol Europac.
Cette fois, la bataille s’est déplacée loin de l’Europe et sur le terrain
du plastique. L’australien Amcor a
en effet annoncé mardi qu’il achetait pour 6,8 milliards de dollars son
concurrent américain Bemis. Il deviendra ainsi le numéro un mondial
de l’emballage plastique.
La nouvelle entité affichera un
chiffre d’affaires cumulé de 13 milliards de dollars. Elle devrait d’emblée faire son entrée dans l’un des
indices boursiers les plus importants de Wall Street, le S&P 500. Selon l’accord, Amcor proposera
5,1 actions pour chaque action Bemis, soit une prime de 25 % par rapport au dernier cours du titre de
celle-ci.
Amcor, dont le siège social est situé à Zurich, produit des emballages rigides et souples pour l’alimentation, les boissons, la pharmacie, le
médical, l’hygiène personnelle et
d’autres secteurs. Le groupe australien opère dans une quarantaine de
pays avec un chiffre d’affaires annuel de 9 milliards de dollars.
Malgré le bannissement progres-
sif dans de nombreux pays des sacs
et autres produits jetables en plastique, il est convaincu du potentiel de
ce marché. En mettant la main sur
son concurrent basé dans le Wisconsin, il veut profiter de l’évolution des attentes des consommateurs, en quête de solutions
d’emballage moins nocives pour
l’environnement.
Pousser ses pions
sur le continent américain
« Amcor a identifié le secteur des
emballages souples aux Amériques
comme étant une priorité de croissance et cette transaction va permettre de changer de braquet dans cette
région », souligne le directeur général d’Amcor, Ron Delia. Bemis,
un groupe fondé en 1858 , est bien
implanté aux États-Unis et au Brésil. Fort de 16 000 salariés dans douze pays, il produit comme Amcor
des plastiques souples et rigides
aussi bien pour la nourriture pour
animaux ou bébés que pour le pain
ou la viande. Parmi ses clients figurent de très grandes entreprises,
comme Unilever ou Johnson & Johnson.
Amcor a réalisé ces dernières années une série d’acquisitions, en reprenant notamment Alusa, le plus
grand groupe sud-américain d’emballages souples, ou encore le
chinois Qite. Mais le rachat de Bemis est la plus importante opération
qu’il ait jamais réalisée.
Selon l’accord conclu entre les
deux groupes, les actionnaires
d’Amcor détiendront 71 % de la
nouvelle entité et ceux de Bemis le
reste. Le rapprochement, qui devra
obtenir le feu vert des autorités de la
concurrence américaine, devrait
être effectif au cours du premier trimestre 2019. ■
EN BREF
ELON MUSK PRÊT
À RACHETER TESLA ?
£ Est-il sérieux ? Dans
un tweet, Elon Musk, dirigeant
de Tesla, envisage de racheter
le constructeur de voitures
électriques et de le retirer de
la Bourse, lorsque l’action aura
atteint 420 dollars. Soit quelque
20 % de plus qu’au cours actuel.
Le financement de l’opération
est assuré, précise-t-il.
UN NOUVEAU
CONCURRENT POUR
UBER EN EUROPE
£ Le concurrent indien d’Uber,
Ola, a annoncé avoir obtenu
les licences pour développer
son activité de VTC en GrandeBretagne. Après l’Australie,
le groupe marque sa volonté
de gagner des parts de marché
à l’international.
RÉSULTATS SOLIDES
POUR UNICREDIT
£ La banque italienne
UniCredit a révélé des résultats
en hausse pour le premier
semestre : le bénéfice net
grimpe à 15,3 % et s’établit
à 2,136 milliards d’euros.
En revanche, les revenus ont
chuté de 2,5 %, à 10,3 milliards
d’euros.
VIENNE BANNIT LES
VÉLOS SANS BORNE
£ Une nouvelle réglementation
entrée en vigueur en août
à Vienne (Autriche) interdit les
vélos en « free floating » lancés
en 2017 par Ofo et oBike. La ville
a saisi 780 bicyclettes, la quasitotalité de la flotte, considérant
qu’elles encombraient et
enlaidissaient l’espace public.
+
» Cet hiver, Marcel
Campion réinstallera
un marché de Noël à Paris
» Les soldes se terminent
sur un bilan contrasté
www.lefigaro.fr/economie
LA SÉANCE DU MARDI 7 AOÎT
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 43,03
♣
AIR LIQUIDE ..................................
109,4
AIRBUS ..............................................109
ARCELORMITTAL SA ..................................
28,02
ATOS .............................................. 99,94
AXA .............................................. 22,05
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
54,54
BOUYGUES ..............................................
37,54
CAPGEMINI ..............................................
109,75
CARREFOUR ..............................................
15,5
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,49
DANONE ..............................................68,14
ENGIE .............................................. 13,49
ESSILOR INTL. ..................................125,95
HERMES INTL ..................................546,6
KERING ..............................................466,7
L'OREAL ..............................................213,6
LEGRAND ..............................................62,84
LVMH .............................................. 303,3
♣
MICHELIN ..............................................
110,3
%VAR.
+HAUTJOUR
+0,89 43,28
+1,25 109,9
+1,09 109,96
+2,9
28,17
-10,41 108
-0,02 22,165
+0,94 54,79
+0,37 37,95
+1,01 110,05
-0,61
15,63
+1,26
12,59
+0,16 68,46
+0,63
13,535
+0,08 126,5
+0,48 548,2
+1,97 469,1
+0,52 214,6
-0,63 63,64
+1,73 304,5
-0,05 111,5
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
42,64
108,05
108,76
27,43
98,56
22,01
54,16
37,5
107,85
15,415
12,37
67,83
13,385
125,6
543,8
458,8
211,2
62,84
299
110,15
0,384
0,203
0,129
0,169
1,404
0,179
0,211
0,184
0,476
0,441
0,315
0,144
0,171
0,164
0,055
0,142
0,077
0,293
0,082
0,211
+0,07
+4,14
+31,33
+3,34
-17,64
-10,86
-12,39
-13,32
+10,98
-14,08
-9,49
-2,59
-5,89
+9,57
+22,49
+27,76
+15,49
-2,1
+23,59
-7,74
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................14,685 +0,69
PERNOD RICARD ..................................
139,7
-0,14
PEUGEOT ..............................................
24,66 +1,19
♣ 55
PUBLICIS GROUPE SA .............................
+1,85
RENAULT ..............................................
72,73 +0,73
SAFRAN ..............................................
107,8
+1,13
SAINT GOBAIN ..................................37,395 +0,86
SANOFI ..............................................73,96 +0,33
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
69,4
+1,76
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
37,515 +0,59
SODEXO ..............................................93,14
+1,2
SOLVAY ..............................................
114,85 +0,83
STMICROELECTRONICS .............................
19,055 +0,08
TECHNIPFMC ..................................27,06 +0,45
TOTAL .............................................. 55,96 +1,84
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
190,1
+0,16
VALEO .............................................. 41,51
+1,54
VEOLIA ENVIRON. ..................................
18,835 -0,03
♣
VINCI .............................................. 84,86 +0,88
VIVENDI ..............................................21,81 -0,64
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,71
140,5
24,93
55,34
73,34
107,95
37,545
74,49
69,56
37,7
93,9
115,35
19,285
27,5
56,19
190,8
42,05
18,985
85,2
22,07
14,59
139,65
24,46
54,1
72,31
106,65
37,17
73,42
68,18
37,29
92,06
113,85
19,055
26,83
55
188,6
41,07
18,82
84,28
21,8
%CAP.ECH
0,127
0,088
0,274
0,313
0,266
0,165
0,271
0,162
0,298
0,389
0,275
0,179
0,22
0
0,168
0,126
1,494
0,31
0,114
0,217
31/12
+1,45
+5,87
+45,44
-2,91
-13,32
+25,48
-18,67
+2,94
-2,06
-12,86
-16,88
-0,91
+4,67
+4,68
+21,53
-33,34
-11,47
-0,34
-2,72
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5599
1,5047
0,8948
9,1065
128,88
1,153
1,1602
3,145
11,103
6,1448
20,6554
7,9171
79,685
136,69
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33840
33840
-2,62
NAPOLEON ..................................................... 199,9
199,9
-3,38
PIECE 10 DOL USA .....................................................
556
556
-5,44
PIECE 10 FLORINS .....................................................
201,5
200
-5,31
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1130
1130
-3,25
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
198
198
-2,94
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
290
290
-4,92
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1263
1263
-3,59
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
112,9
112,9
+2,82
PIECE SUISSE 20F .....................................................
193,2
198
-4,69
PIECE LATINE 20F .....................................................
197
197
-2,91
SOUVERAIN ..................................................... 256
256
-1,8
KRUGERRAND .....................................................1100
1100
-1,68
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
285,76 03/08/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
49,41 03/08/18
BELLATRIX C ................................................
336,64 03/08/18
SIRIUS ................................................56,34 03/08/18
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WWW.WANSQUARE.COM
A
BONDUELLE CHUTE EN BOURSE APRÈS AVOIR RÉVISÉ SES PRÉVISIONS ANNUELLES
Coup dur pour Bonduelle. L’action du
groupe alimentaire français a chuté de
7 % à l’ouverture de la Bourse de Paris
mercredi matin. Elle a fini la séance à
29,80 euros, soit une baisse de 6,44 %.
L’annonce, la veille, d’un possible ralentissement de la croissance du chiffre
d’affaires pour l’exercice en cours a pénalisé le groupe. En cause, une consom-
mation en baisse en Europe et aux
États-Unis. Par ailleurs, les pluies et les
fortes chaleurs ont entraîné un « début
difficile des campagnes agricoles »,
note Bonduelle.
Pourtant, les résultats de l’exercice
décalé de 2017-2018 étaient encourageants. Mis à part un recul du chiffre
d’affaires au quatrième trimestre de
7,1 %, l’entreprise enregistre un total des
ventes de 2,8 milliards d’euros sur l’année, avec une augmentation de 21,4 %
par rapport à l’année précédente. La
perte de vitesse de fin d’exercice ne serait due qu’à un effet de change négatif,
selon le groupe. C’est d’ailleurs dans la
zone hors Europe (Amérique, Europe
centrale et orientale), où les ventes
sont réalisées en devises, que le chiffre
d’affaires a connu la plus forte baisse au
quatrième trimestre, à - 15 %. En Europe, au contraire, le dernier trimestre a
été plus favorable, et la croissance de
l’activité a été de 2,6 %.
Au printemps 2017, Bonduelle avait
racheté la société américaine Ready
Pac Foods pour 409 millions de dollars.
L’acquisition de ce spécialiste des salades en portion individuelle a largement
contribué aux bons résultats, l’activité
hors Europe progressant de 47 %.
« Cette forte évolution repose sur la
consolidation en année pleine de l’activité de la société américaine Ready Pac
Foods », confirme Bonduelle. ■
A. F.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
mercredi 8 août 2018
25
Dans les couli
sses...
... d’Eurotunn
el
]
Cet été, Le Fig
aro
de lieux ordina vous emmène dans les co
ulisses
ires ou d’excep
plongée dans
le tunnel sous tion. Aujourd’hui,
la Manche.
2/5
Novembre 2017,
la traversée
de Lambert
Wilson
EUROTUNNEL GROUP
Sous la Manche, au cœur du tunnel
Chaque week-end, durant la nuit, plusieurs dizaines de techniciens sont à pied d’œuvre
dans le tunnel transmanche pour y réaliser des opérations de maintenance.
CORINNE CAILLAUD
£@corinnecaillaud
TRANSPORT Un soir de juillet, à
plus de 23 heures. Les trois trains
travaux qui doivent s’ébranler depuis le Royaume-Uni n’ont pas encore quitté le terminal d’Eurotunnel de Folkestone (Kent). De l’autre
côté de la Manche, Rémi scrute les
ordinateurs de contrôle de la salle
des réalisateurs travaux (RT) du
terminal de Coquelles (Pas-de-Calais) qui s’étend sur 650 hectares.
La mine sombre du responsable du
bureau français ne présage rien de
bon pour la nuit. « C’est à cause du
commercial », lâche-t-il laconiquement. En d’autres termes, de
l’affluence de voyageurs en ce
début d’été. Le groupe, dont le
holding est devenu Getlink en novembre dernier, transporte plus de
20 millions de passagers par an.
Rémi pointe du doigt le numéro
9087 qui s’affiche en vert sur
l’écran noir. C’est le dernier Eurostar de ce dimanche parti de la gare
du Nord, pour rallier Londres
St Pancras. Il accuse un retard important. Tant que le 9087 ne sera
pas arrivé à destination, aucune intervention de maintenance ne
pourra avoir lieu sur les 50,5 km du
tunnel sous la Manche, dont 37 km
sous le niveau de la mer.
Le site fonctionne 24 heures sur
24 et sept jours sur sept. Si l’Eurostar marque une pause la nuit, les
navettes passagers (Shuttle), les
trains de marchandises et les navettes camions continuent à circuler dans les deux tunnels ferroviaires monovoies, qui, avec le
tunnel de service, composent l’infrastructure transmanche (voir le
schéma). La journée, les trains se
suivent toutes les 3 à 4 minutes. Au
total, 350 circulent quotidiennement. Ce sont les agents du centre
de contrôle ferroviaire (RCC), situé
dans un bâtiment distinct de celui
des RT, qui orchestrent le ballet des
convois. « On anticipe le trafic, et on
coordonne dans le sens de l’excellence et de la sécurité », souligne le
chef de salle du RCC français (il en
existe un autre côté britannique).
Le RCC gère aussi les équipements
fixes comme la ventilation, l’éclairage et l’alimentation caténaire de
25 000 volts, qu’il met hors tension
sur les portions de voies où des travaux sont prévus, les intervalles 4
et 6 pour ce soir. Sa mission est
aussi de protéger les techniciens
qui interviennent la nuit, chaque
week-end. Ils accèdent aux voies à
partir du tunnel de service, via des
galeries de communication situées
tous les 375 m. Deux traverséesjonctions (cross-over), permettent
de faire bifurquer un train d’un
tunnel à l’autre pendant leurs opérations.
Ce soir de juillet, 37 chantiers
sont répertoriés sur le sommaire
travaux, contre 75 la veille. « Il y a
des nuits à 80 items qui se passent
comme sur du velours, et puis il y a
des nuits à 12 items où on est emmerdé ! On gère en temps réel, aucune
nuit ne ressemble à une autre », assure Rémi. Ce colosse est un enfant
du pays. À son retour du service
militaire, en 1986, il a assisté à la
construction du tunnel et y a ensuite réalisé la majeure partie de sa
carrière. Un chantier, selon son
importance, peut mobiliser de trois
à 15 personnes ; 150 hommes sont
prévus cette nuit. Aucune femme
n’y officie : « C’est assez physique…
Mais il y a des femmes au service
prévention », précise le quinquagénaire, assurant que la sécurité du
personnel est une préoccupation
majeure.
orange sont à pied d’œuvre. Des
lumières rouges posées sur les rails,
à l’extrémité de chaque chantier,
signalent leur présence. Sur le premier, une opération de drainage est
en cours. Elle consiste à aspirer la
boue qui s’accumule dans les cavités de la voie, notamment les jours
de mauvais temps, où les véhicules
sont chargés sur les navettes dégoulinant de pluie.
Brumisateur géant
Un des deux tunnels
monovoies qui,
avec le tunnel
de service, composent
l’infrastructure
transmanche.
JACKY LANNOY/EUROTUNNEL
Classé point d’importance
vitale
Minuit sonne… Le 8000, premier
train travaux, démarre enfin de
Folkestone. Il déposera, via le tunnel Nord, les modules, c’est-à-dire
des wagons plateformes, adaptés à
la spécificité des chantiers. Remplacement d’isolateur sur caténaire
et inspection visuelle d’appareils
de voie sont notamment au programme. Rémi rejoint le tunnel de
service, à bord d’une Modus. Les
voitures de la flotte d’Eurotunnel
sont de petit gabarit, et sans rétroviseur à droite. « Autrement, lorsqu’on se croise, ça ne passe pas »,
précise-t-il. Les 4,80 m de diamètre du tunnel de service ne laissent
pas beaucoup de marge, et on y
roule à gauche. « C’est la seule cho-
se qu’on a laissée aux Anglais. Côté
pendule, on est à l’heure française ! »
s’amuse-t-il.
Ce site étant classé point d’importance vitale (PIV), la sécurité est
maximale à ses abords. Elle a été
renforcée après l’intrusion, en
2015, de plus d’une centaine de migrants dans le tunnel Sud, sur une
quinzaine de kilomètres. On ne pénètre dans le tunnel de service
qu’après reconnaissance par empreintes digitales et badge. Ce n’est
qu’alors que les lourdes portes jaunes s’ouvrent et qu’il est possible
de s’engager dans le cylindre de
béton. La voiture de Rémi traverse
à 50 km/h des portions plongées
dans l’obscurité. Il ralentit à
30 km/h à l’abord de celles qui sont
éclairées pour signaler des travaux
sur les voies. Ses coups de klaxon
mettent un peu de vie dans ce lugubre endroit. « Ce ne sera pas une
bonne nuit, du point de vue temps de
travail », relève-t-il, en constatant
que des hommes attendent encore
dans les véhicules. Une canette de
Red Bull est posée sur le tableau de
bord de l’un d’eux. L’intégralité
des modules n’a pas été distribuée,
et certaines équipes n’ont pas reçu
leur permis de travail par SMS.
Quand on s’enfonce plus en
avant vers l’Angleterre, des techniciens en tenue de protection
Tunnel sous la Manche : les voies de circulation
Deux tunnels monovoies et monodirectionnels (réservés à la circulation ferroviaire)
Terminal
France
Tunnel de service (qui permet l’accès aux opérations de maintenance)
INTERVALLE 2
Terminal
Royaume-Uni
INTERVALLE 6
Points de jonction
INTERVALLE 1
Source : www.getlinkgroup.com
INTERVALLE 4
INTERVALLE 3
INTERVALLE 5
Quelques kilomètres plus loin,
c’est une des quatre stations d’attaque de feu (dites stations Safe) qui
est inspectée. Ce système - sorte de
brumisateur géant qui permet de
diffuser des microgouttes afin de
rafraîchir la température en cas de
feu - a été mis en place trois ans
après l’incendie de 2008. Nicolas
supervise les opérations menées
par une entreprise sous-traitante.
À 40 ans, il totalise dix-neuf ans
d’expérience dans le groupe, où il
s’occupe de la maintenance électromécanique (ventilation, scanner, etc.). « C’est assez varié, on ne
s’ennuie pas », assure-t-il, tout en
reconnaissant que les horaires décalés sont une contrainte pour la
vie de famille et les nuits assez
dures. Originaire du Calaisis, lui
aussi, il ne se verrait pas travailler
ailleurs. « Ici on a besoin de savoirfaire et le tunnel n’est pas délocalisable », dit-il. Ce qui n’empêche
pas que ce soient des travailleurs
hongrois qui officient dans la
station Safe…
Un peu plus loin encore, dans un
vacarme assourdissant, deux hommes nettoient au karcher les voies
et les trottoirs de part et d’autre. Ils
suivent la lente progression de
l’engin qui les précède et dont les
projecteurs diffusent une lumière
blafarde. Plus d’une centaine de
mètres derrière eux, quatre silhouettes se découpent dans la pénombre. Elles pataugent dans
l’eau, qu’elles poussent vers les buses à l’aide de grands balais raclettes, pour que la voie sèche plus
vite. Un homme est plié en deux
sur le manche, qu’il manipule frénétiquement.
Le tunnel sous la Manche a été
maintes fois primé pour la qualité
de ses infrastructures et a notamment reçu le prix mondial d’ingénierie des cent dernières années.
Pourtant, les nuits de week-end,
on y travaille encore comme au début du siècle dernier. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
L’hippodrome de Deauville
2 500 km
de câbles
électriques
268
galeries de
communication
entre les 2 tunnels
ferroviaires et le
tunnel de service
450 km
de canalisations
A
Un Eurostar franchit
le tunnel sous la Manche.
Dans la journée,
les trains se suivent
toutes les 3 à 4 minutes.
Au total, 350 trains
circulent
quotidiennement.
■ Si le premier tournage qui
a eu lieu dans l’infrastructure
transmanche est celui de la
série Tunnel, un court-métrage
réalisé avec l’acteur Lambert
Wilson à l’occasion du
lancement de l’Audi A8 s’y est
déroulé en novembre dernier.
Sa préparation a nécessité près
de deux ans de travail. « Les
contraintes techniques étaient
d’une grande complexité
et les enjeux de sécurité,
monstrueux », indique Thomas
Deloubriere, associé fondateur
de l’agence de communication
Double2. Les Audi A8 et les
voitures de tournage ont
notamment été passés
au déminage. Par ailleurs,
la largeur de l’Audi A8 rendait
tout demi-tour impossible dans
le tunnel de service. Les temps
de passage du véhicule ont été
déterminés à la seconde près.
« Les hommes derrière la
caméra ont réalisé de vraies
prouesses, dans ce décor
de science-fiction où, au bout
de 100 m, on éprouve une perte
de repère totale », poursuit-il.
Même sensation pour
Jean-Bernard Piron, directeur
Marketing Audi France.
« Le tunnel de service
m’évoque le film 2001 :
l’Odyssée de l’espace. C’est un
lieu très futuriste qui collait
exactement avec le thème de
notre campagne, où l’on voulait
montrer que l’A8 est à l’avantgarde du progrès. » Le film
met en scène Lambert Wilson
quittant Paris et pénétrant
dans le tunnel à 5 heures du
matin. Arrivé une demi-heure
plus tard au point de
franchissement du midpoint,
frontière symbolique entre
la France et le Royaume-Uni,
l’horloge de la voiture marque
4 h 30. « Seul le tunnel sous
la Manche nous permettait
de symboliser cette idée de
gain de temps, compte tenu
du décalage d’une heure entre
la France et la GrandeBretagne », poursuit JeanBernard Piron. En décembre,
le constructeur automobile
a également organisé
une traversée pour des
influenceurs à bord de dix
Audi A8. Pour l’occasion,
le tunnel a été totalement
privatisé pendant une heure.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 8 août 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et PUBLICITÉ
« Fake news » : le cas Infowars,
révélateur de l’ambiguïté des Gafa
ZOOM
« L’ÉQUIPE » A PROFITÉ
DU MONDIAL DE FOOT
£ En juin, la diffusion payée
en France de L’Équipe a atteint
270 409 exemplaires (+ 21,7 %
par rapport à juin 2017) grâce
à un envol de 115,7 % des ventes
numériques pour le Mondial,
selon l’ACPM. Sur l’ensemble du
premier semestre, les ventes du
quotidien sportif ont progressé
de 7,2 %. Le Figaro reste le
premier quotidien national avec
312 945 exemplaires en moyenne
(+ 0,69 %) devant le couplage
Le Parisien-Aujourd’hui en
France, à 309 592 exemplaires
(- 7,3 %), et Le Monde (283 335
ex., - 0,75 %). Le quotidien
économique Les Échos
est aussi resté stable avec
130 436 exemplaires (+ 0,33 %).
La Croix a légèrement reculé
(90 062 ex.,- 3,6 %). Libération
a chuté à 66 844 exemplaires
(– 14,4 %).
Les plateformes
ont banni le site
complotiste après
des semaines
de tergiversations.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
INTERNET Le couperet est tombé
pour le site américain Infowars.
Lundi, les principaux réseaux sociaux ont banni ce média en ligne
à forte audience, créé par Alex Jones et baignant entre théories du
complot, intox ou discours haineux. Apple a été le premier à agir
fermement dans la nuit de dimanche à lundi, en supprimant d’iTunes et d’Apple Podcast quatre des
cinq émissions audio d’Alex Jones.
Les autres plateformes ont suivi le
mouvement, tels des dominos.
Spotify a déréférencé les podcasts
d’Infowars. Facebook a supprimé
plusieurs pages officielles du média. YouTube a coupé la chaîne
d’Alex Jones, qui compte 2,4 millions d’abonnés. Même Pinterest a
banni le compte d’Infowars, tout
comme LinkedIn.
C’est la première fois qu’un site
accusé de « fake news » se retrouve banni quasi simultanément par
autant de plateformes. Infowars
reste toutefois accessible sur Internet, et son application mobile
n’a pas été retirée de Google Play
et de l’App Store. Twitter n’a également pas agi contre lui. Alex
Jones hurle depuis à la censure et
dénonce une action coordonnée
par la Silicon Valley dans le but de
museler les voix de l’ultradroite à
quelques mois des élections de
mi-mandat. Il aura pourtant fallu
du temps et beaucoup de tergiversations pour que les plateformes se
EN BREF
Le site à forte audience
créé et présenté
par Alex Jones relaie
théories du complot,
intox et discours
haineux.
CAPTURE INFOWARS.COM
décident à agir. Infowars existe
depuis 1999 et publie des articles,
des vidéos et des programmes
audio. Le site a d’abord affirmé
que le 11 Septembre était une machination américaine. Depuis, ses
attaques les plus virulentes ciblent
les proches des victimes de fusillades. Les parents des écoliers tués à
Sandy Hook ou les survivants du
lycée de Parkland ? Des acteurs
impliqués dans un vaste complot
contre le droit de posséder des armes, selon lui. Les cibles des diatribes d’Alex Jones se retrouvent
harcelées par les fans d’Infowars.
Le site diffuse aussi des informations biaisées ou fantaisistes.
Après la polémique autour des
ingérences
extérieures
dans
l’élection de Donald Trump, les
réseaux sociaux ont tous juré vouloir agir pour limiter la diffusion
des « fake news ». Mais les médias
américains ont remarqué qu’Infowars, malgré ses audiences et ses
outrances, passe à travers les
mailles du filet. Après des déclarations qui semblent en contraction
avec leurs actions, les Gafa se sont
aussi retrouvés sous la pression
grandissante d’activistes en ligne
comme le groupe Sleeping Giants,
qui s’attaque aux médias colportant des « fake news ».
Pris en étau
En réaction, seules des actions
sporadiques ont été décrétées
contre Infowars, comme le blocage d’une poignée de vidéos sur
YouTube. « Ce n’est pas parce que
ce qu’ils écrivent est faux qu’ils violent les standards de la communauté Facebook », a répondu à CNN un
responsable du réseau social. Facebook a vite précisé sa pensée :
au nom de la liberté d’expression,
le réseau n’empêchera personne
de poster des théories complotistes. Mais il limitera fortement la
viralité de ces écrits. Ces contorsions n’ont satisfait personne.
Les plateformes sont en réalité
prises dans un étau qui explique
leur embarras. Au vu des implications dans le monde réel, leur
neutralité face aux contenus
qu’elles diffusent n’est plus tenable. Ne rien faire, c’est être complice. Mais agir, c’est prendre le
risque de passer pour un censeur
tout-puissant. Ce n’est pas pour
rien que les Gafa répètent ne pas
vouloir être « arbitres de la vérité ». Aux États-Unis, certains leaders républicains s’inquiètent que
les voix conservatrices puissent
ainsi être étouffées, la Silicon Valley étant accusée d’avoir un biais
de gauche.
Que les plateformes aient fini
par copier une à une dans la précipitation la décision d’Apple n’est
au final guère surprenant. « Nous
ne sommes pas dupes, ils veulent
simplement garder la face »,
dénonce Sleeping Giants. Il est
intéressant de noter qu’Alex Jones
n’a pas été banni des plateformes
pour propagation de fausses
nouvelles. C’est son discours haineux, « glorifiant la violence » et
« déshumanisant les immigrants,
les musulmans ou les personnes
transgenres », qui a causé sa
chute. ■
NEWTV LÈVE 1 MILLIARD
DE DOLLARS
£ Jeffrey Katzenberg,
ex-Walt Disney et cofondateur
de Dreamworks, a levé 1 milliard
de dollars pour lancer un service
vidéo en streaming, NewTV,
qui sera dirigé par l’ancienne
PDG de Hewlett-Packard
Meg Whitman. Parmi les
investisseurs : 21st Century Fox,
Disney, Viacom, Alibaba
ou Goldman Sachs.
WARNER MUSIC
SORT DE SPOTIFY
£La major a vendu toutes
ses parts dans la plateforme
de streaming pour 504 millions
de dollars. Sur les 317 millions
touchés après impôts,
126 millions seront versés
en royalties. Sony Music
a aussi vendu 50 % de ses parts
pour 768 millions de dollars.
Universal reste actionnaire.
[
Ces pépite
du jeu vidés
en France o
]
Focus Home Interactive, dénicheur de talents
L’ÉTÉ DU FIGARO
3/6
A
L’éditeur a bâti sa stratégie sur le soutien à des jeux au budget peu élevé et s’adressant à des publics très ciblés.
JEUX VIDÉO Le paysage français
de la création de jeu vidéo pourrait
grossièrement se découper en trois
strates. D’un côté, le champion
mondial Ubisoft, dont les cinq studios qu’il détient en France travaillent sur des blockbusters excédant les 50 millions d’euros. De
l’autre, les « indés », ces minuscules structures (1, 2, 5, 10 personnes…) qui financent par elles-mêmes des créations originales à petit
budget. Et au milieu, des studios
trop petits pour intéresser les
grands acteurs internationaux,
mais dont les projets sont trop coûteux pour être autofinancés. Comme dans le livre ou dans le cinéma,
ils ont besoin d’un éditeur prêt à
investir l’argent nécessaire à la
réalisation du jeu, puis qui s’occupera du marketing et de la commercialisation.
C’est sur cet entre-deux que
s’est positionné avec succès l’éditeur Focus Home Interactive.
Comptant une centaine de salariés
dans le XIXe arrondissement de
Paris, il a réalisé en 2017 un chiffre
d’affaires de 79 millions d’euros
pour 6 millions de bénéfice net. Sa
taille a été multipliée par trois en
cinq ans et 90 % de ses ventes sont
réalisées à l’international.
Contrairement à la majorité des
éditeurs, Focus ne possède pas ses
propres équipes de développement. Il a préféré nouer des partenariats avec des studios, le plus
souvent français, dont les jeux
coûtent moins de 5 millions
d’euros à produire. Sa sélectivité
est très élevée : moins de 1 % des
dossiers soumis par les développeurs sont sélectionnés par Focus. Il dispose par ailleurs d’une
équipe de sourcing managers,
chargés de débusquer des productions prometteuses sur les salons
professionnels.
L’éditeur met sur le marché une
dizaine de titres par an, dont il aura
très étroitement suivi l’avancée de
la production. Les résultats parlent
d’eux-mêmes : 80 % des jeux édités par Focus sont rentables au
bout de six mois de commercialisation. Pour atteindre une telle réussite, la société a su être astucieuse.
Un positionnement malin
Focus a été fondée en 1995 par
l’homme d’affaires Denis Thébaud,
propriétaire d’Innelec (distributeur de jeux vidéo, CD et DVD) et
de Qobuz (streaming musical). À
l’origine, Focus n’était qu’un simple distributeur de logiciels pour le
territoire français. Après quelques
coups d’essais (Pro Cycling Manager du studio parisien Cyanide en
2001, Trackmania de Nadéo en
2003), il se lance pleinement dans
l’activité d’édition de jeux vidéo en
2004.
Avec une force de frappe financière limitée, Focus se doit d’être
malin. Il n’opère alors que sur PC et
se positionne sur des jeux « moyen
de gamme », vendus moins cher
que la moyenne, mais de qualité et
dédiés à des niches de gamers dont
Farming Simulator
(simulation
d’exploitation agricole)
a réalisé la meilleure
vente de jeux sur PC
en France en 2011 et
cumule à ce jour plus
de 7 millions de ventes
dans le monde. FOCUS
les grands éditeurs se soucient peu.
À la différence de ses concurrents
directs, comme Mindscape, Focus
a refusé de se lancer dans le marché
des jeux pour le très grand public casual gaming - incarné alors par
les consoles de Nintendo Wii et DS.
Bien lui en a pris. Ce marché, inondé de productions médiocres, s’est
effondré à la fin des années 2000,
entraînant avec lui une grande
partie des studios et éditeurs français. L’industrie nationale a mis
plus de cinq ans à se remettre de
cette crise. Sur cette période, Focus
n’a, lui, cessé de grandir. Focus
doit énormément à celui qui fut son
patron durant dix-huit ans, Cédric
Lagarrigue.
Figure incontournable de l’industrie, il est connu pour son flair
comme pour ses coups de sang.
Son plus beau coup s’appelle Farming Simulator. Il a importé en
France cette simulation d’exploitation agricole créée en Suisse,
avant d’en récupérer les droits
d’édition dans le monde. Bingo :
Farming Simulator a réalisé la
meilleure vente de jeux sur PC en
France en 2011 et cumule à ce jour
plus de 7 millions de ventes dans le
monde. La licence demeure une
des principales sources de revenus
de l’éditeur avec un nouvel épisode
tous les deux ans.
Distribution digitale
Focus a attendu 2012 pour se lancer
sur le marché des consoles, qui représente aujourd’hui 70 % de ses
ventes. Pour compenser l’absence
de bureaux commerciaux à l’international, il a misé très tôt sur la distribution digitale de ses titres. Cela
lui vaut d’excellentes relations
commerciales avec Steam, première plateforme d’achats de jeux
sur PC dans le monde. En 2015, la
société s’est lancée avec succès en
Bourse. L’argent levé lui a permis
d’augmenter sensiblement le budget des jeux qu’il produit.
Mais l’année 2018 a été marquée
par deux départs fracassants pour
Focus. En avril, le PDG, Cédric Lagarrigue, annonce à la surprise générale sa démission. Un mois plus
tard, le studio Cyanide, partenaire
depuis toujours de Focus, est acquis par l’éditeur lillois Bigben Interactive, qui empoche leur catalogue de jeux à venir. « Focus faisait
partie de nos acquéreurs potentiels.
Ça ne s’est pas fait pour diverses
raisons et cela a participé au départ
de Cédric », explique sur le site
Factornews le dirigeant de Cyanide, Patrick Pligersdorffer. Les analystes financiers attendent désormais de savoir comment Focus va
se remettre de ces évènements
déstabilisateurs. ■
C. W.
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