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Le Figaro - 10 08 2018

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vendredi 10 août 2018 LE FIGARO - N° 23 015 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
HISTOIRES D’ESPIONS
L’ÉTÉ
GEORGES PÂQUES,
LE FRANÇAIS QUI
VOULAIT SAUVER
LE MONDE PAGE 20
DU
FIGARO
SUR LES TRACES
DE GEORGE ORWELL
Football : à l’heure de
la reprise, la Ligue 1 fête
les champions du monde
QUAND
L’ÉCRIVAIN
RÉDIGE
SON CHEFD’ŒUVRE,
« 1984 »
PAGE 18
DANS LES
COULISSES...
LE GUILVINEC,
VENTRE
DE LA PÊCHE
FRANÇAISE
PAGE 25
JEUX D’ÉTÉ PAGE 17
Les européennes
sèment la zizanie
au PS PAGE 4
Pourquoi le Sénat
a dit non à
l’avortement PAGE 6
CLIMAT
è « NOUS SOMMES LES PREMIERS DE CORVÉE » PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
FRANCK FIFE/AFP
Smartphones : l’irrésistible
ascension des marques
chinoises
Moins d’un mois après leur sacre en Russie, huit Bleus
- dont le nouveau chouchou du public français,
le Parisien Kylian Mbappé (photo) - vont prendre part
au championnat de France, qui débute ce vendredi soir.
Avec l’effet Coupe du monde, les stades devraient,
comme en 1998, attirer plus de spectateurs. PAGES 10 ET 11
CHAMPS
LIBRES
Loi État-nation
d’Israël :
une tribune
d’Emmanuel
Navon et un
entretien avec
Ofer Bronchtein
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de jeudi :
Êtes-vous satisfait
de votre banque ?
NON
49 %
OUI
51 %
TOTAL DE VOTANTS : 26 249
M 00108 - 810 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@i@l@k@a";
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Faut-il mieux indemniser
les maires des petites
communes ?
COLLECTION PERSONNELLE - GARO/
PHANIE - TYRONE SIU/REUTERS
La bataille sur le marché mondial des smartphones est-elle à
un nouveau tournant ? Après
l’éviction des pionniers (Nokia, Sony, Ericsson, Motorola…) par Apple et Samsung, les
groupes chinois montent en
puissance à grande vitesse.
Dans le sillage de Huawei, ils
menacent à leur tour la suprématie des leaders. Dans ce
contexte, Samsung joue gros
avec son nouvel appareil, le
Note 9. PAGE 22
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
n
PAGE 19
l’élection d’Emmanuel Macron, notamment dans les
zones rurales. Sur le terrain,
les premiers magistrats qui
s’accrochent encore à leur
mandat tirent la sonnette
d’alarme.
I
Fonction à haut risque
ls sont à bout psychologiquement.
Depuis les dernières élections municipales, un nombre impressionnant de
maires ont rendu leur écharpe tricolore. Plus de mille défections enregistrées, du jamais-vu par le passé. Rurale ou
urbaine, toute la France est affectée par ces
démissions en série, qui touchent surtout
des petites et moyennes communes. Le
malaise est profond et rien dans la politique
actuelle du gouvernement ne semble pouvoir l’enrayer.
Un mandat de maire a toujours été un sacerdoce. La gloire ne dure que le soir de la victoire électorale. Ensuite, l’élu court à hue et à
dia. Sans répit, jour et nuit, été comme hiver.
Davantage dans le rôle d’un assistant social
que dans celui, plus noble sur le papier, d’un
premier magistrat. Le montant de l’indemnité et la nature des avantages n’ont pas de
quoi susciter la jalousie, mais, longtemps, la
satisfaction du devoir accompli, de servir
l’intérêt général, est demeurée la plus forte.
C’était hier. Aujourd’hui, la France a beaucoup changé. Avec une insécurité galopante,
un excès de nouvelles normes, un communautarisme en expansion, une immigration
incontrôlée et un incivisme croissant. Le
maire doit faire face à tous les nouveaux défis
que la société moderne met sur sa route.
Pour un oui ou pour un non, il est livré à la
vindicte populaire, quand il n’est pas traîné
en justice. La fonction de maire n’avait jamais été une sinécure, elle est en plus devenue à haut risque.
Cette nouvelle donne s’accompagne de
moyens financiers qui se réduisent comme
peau de chagrin.
Endetté et débordé,
l’État se décharge
de ses missions et
lui transfère de plus
en plus de compétences, sans les dotations correspondantes. La prochaine suppression de la taxe d’habitation, dont nul ne
sait comment elle sera compensée à l’euro
près, fait donc s’arracher les cheveux à des
édiles au bord de la crise de nerfs.
Le pouvoir, à la fibre plus jupitérienne que
girondine, serait bien avisé de vite donner
des réponses concrètes aux maires s’il ne
veut pas que s’amplifie l’actuel vent de
fronde. ■
Les maires
sont au bord
de la crise
de nerfs
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
A
Cinq romans
à lire sous le soleil
exactement PAGE 13
des normes administratives,
poussent de plus en plus
d’élus à abandonner leur
mandat, comme en témoigne l’analyse du répertoire
national des élus. Un phénomène qui progresse depuis
è POUR L’ÉDILE DE MESVES-SUR-LOIRE, 700 HABITANTS, SE RETIRER « SERAIT UNE TRAHISON »
La sécheresse
frappe
de nombreux
agriculteurs PAGE 9
CULTURE
Vague inédite
de démissions
chez les maires
de France
Usés, déconsidérés, mal rémunérés… Année après année, le malaise des maires
s’amplifie. Les restrictions
budgétaires, conjuguées à la
perte d’autonomie des communes et à la multiplication
ARGENTINE
L’avènement
de Charlotte
Bonnet PAGE 11
LA SURCONSOMMATION
D’ANTALGIQUES OPIOÏDES
ALARME LES EXPERTS PAGE 12
Confrontés à des contraintes financières
et réglementaires de plus en plus lourdes, 1 021 édiles
ont passé la main depuis les municipales de 2014,
soit le double de la précédente mandature.
ÉLECTIONS
NATATION
SANTÉ
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vendredi 10 août 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Les démissions
explosent
chez les maires
1 021 démissions
*
de maires depuis avril 2014
TAILLE DE LA COMMUNE
Plus de 10 000 hab.
De 2 000 à 10 000 hab.
Moins de 2 000 hab.
DATE DE LA DÉMISSION
Après l’élection d’E. Macron (mai 2017)
Avant l’élection d’E. Macron
Normandie
Confrontés aux restrictions budgétaires
et à la perte d’autonomie, de plus en plus d’édiles
abandonnent leur fonction en plein mandat.
MATTHIEU DESMOULINS £@MatthDes
LONGTEMPS arborée comme un
insigne honneur, l’écharpe tricolore
s’est transformée pour certains en
un véritable fardeau. Et nombreux
sont les maires à avoir ployé sous
son poids. Pas moins de 1 021 d’entre
eux ont présenté leur démission depuis les dernières élections municipales de 2014, révèle l’analyse du
répertoire national des élus (RNE),
que Le Figaro a pu exploiter. Il s’agit
ici de départs volontaires et non de
démissions subies, liées par exemple
au respect du non-cumul des mandats. Un chiffre qui a presque doublé
(+ 90 %) par rapport à la précédente
mandature, à la même période. Cette vague s’est d’ailleurs amplifiée
avec l’élection d’Emmanuel Macron. En l’espace de quinze mois, ce
sont quelque 386 premiers magistrats qui ont claqué la porte de leur
mairie.
Élu en mars 2014 à la tête de Bourbon-l’Archambault, bourgade de
2 600 âmes nichée au cœur de l’Allier, Yves Girardot a décidé de se retirer trois ans et demi après son entrée en fonction. « J’étais plein
d’enthousiasme quand je me suis présenté, explique ce médecin en centre hospitalier. Mais les restrictions
budgétaires sont vite arrivées et j’ai
déchanté. » Lors de sa campagne, le
candidat avait notamment fait de la
construction d’une maison de santé
un élément majeur de son programme. Faute de moyens, le projet n’a
finalement jamais vu le jour. « À
partir du moment où je ne pouvais pas
tenir ma promesse, j’ai préféré démissionner », justifie l’ex-édile.
Le cas d’Yves Girardot est loin
d’être isolé, et aucun territoire
n’est épargné. Si le départ en mars
dernier du maire de Sevran (SeineSaint-Denis, 50 000 habitants),
Stéphane Gatignon, « usé par le
mépris de l’État pour les banlieues »,
a levé le voile sur la détresse de
nombreux élus locaux, les petites
communes - notamment rurales restent les premières concernées
par ce phénomène de désertion politique. Quelque 887 maires de
communes de moins de 2 000 habi-
A
Ces communes
sans maire
La démission d’un édile
n’est effective qu’une fois
que le préfet a fait part de
son accord. Cependant,
le maire et les adjoints restent
en fonction jusqu’à ce que leurs
successeurs soient nommés.
Une fois l’aval de la préfecture
obtenu, le premier adjoint
exerce les attributions du maire
et est habilité à convoquer
le conseil municipal en vue
d’une nouvelle élection
du maire et des adjoints.
Si aucun habitant de la
commune n’est candidat,
la préfecture prend les choses
en main et nomme une
délégation spéciale, composée
de cadres administratifs,
d’élus ou de fonctionnaires
territoriaux, pour une durée
de trois mois. Celle-ci se
contente des actes de « pure
administration conservatoire
et urgente ». Si personne
n’est candidat au-delà du délai,
la préfecture peut dissoudre
la commune et la rattacher
à une entité voisine.
J. G.-C.
1 021 démissions...
535 démissions...
après 4 années
de mandat
... après 4 années
de mandat
(mars 2008août 2012)
(mars 2014août 2018)
386
283
238
156
178
159
118
114
70
36
2008- 2009- 2010- 2011- 2012- 2013- 2014- 2015- 20162009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017
Depuis
mai 2017
...qui touchent principalement
le nord et l’est
de la France
NouvelleAquitaine
Occitanie
”
nonce une « ineptie ». « Pour des
communes un peu plus importantes,
c’est supportable, mais pour nous
c’est meurtrier », renchérit celui qui
a dû « augmenter les impôts sur sa
commune de 20 % d’un coup, à l’encontre de toutes [s]es convictions ».
En cause notamment, selon lui, la
« méconnaissance crasse des territoires » de la part de l’exécutif. « On
est une simple variable d’ajustement », regrette-t-il. À cela vient
s’ajouter la perte d’autonomie de la
plupart des communes. « On perd
des compétences. À force, cela peut
nous pénaliser dans nos fonctionnements », détaille Philippe Rion.
Tous les maires interrogés par Le
Figaro en témoignent : la mission
d’élu municipal serait devenue de
plus en plus difficile au fil des années, en particulier dans les communes peu peuplées (lire ci-dessous). « Dans les petites villes, le
maire et, à la rigueur, sa secrétaire
sont le principal point de contact
auquel les habitants ont accès », décrypte Luc Rouban, chercheur au
Cevipof. « Dès qu’il y a un problème
ou une fermeture de service public
- même si c’est un enjeu national -, le
maire concentre toutes les attentions
et toutes les critiques », poursuit-il.
« Les exigences ont carrément
augmenté, souffle une ex-élue de
Saône-et-Loire, arrivée pour la
première fois à la mairie en 2008.
C’est insupportable, j’avais parfois
l’impression d’être l’assistante sociale de tout mon village. » Et ce,
pour une indemnité « dérisoire ».
Pour une ville de moins de 500 habitants par exemple, soit la majorité
des communes françaises, celle-ci
est limitée à 658,01 euros bruts par
mois (lire encadré). Selon le baromètre réalisé chaque année par le
Cevipof, la confiance des Français
envers leur maire - pourtant « dernier bastion de la confiance politique » - a baissé de neuf points en
seulement un an.
Avec tous ces facteurs mis bout à
bout, certains édiles affirment avoir
frôlé le burn-out. « J’en avais assez
de ne plus dormir la nuit, à un moment donné il faut dire stop », avance
Philippe Rion. Face à cette situation, certains craignent de ne pas
trouver de prétendants pour reprendre le flambeau en 2020. « Des
candidats sans attache politique précise, hors des partis, il n’y en aura
bientôt plus, assure Yves Girardot.
Et c’est bien dommage. » ■
CentreVal de Loire
ÉVOLUTION DU NOMBRE DE DÉMISSIONS
“
UNE EX-ÉLUE DE SAÔNE-ET-LOIRE
Pays de la Loire
Des démissions de
plus en plus nombreuses...
tants ont d’ailleurs jeté l’éponge
depuis le début de la mandature en
2014. En outre, les départements
essentiellement ruraux concentrent la plupart des démissions volontaires. La Côte-d’Or en tête,
avec 29 départs, suivie du Pas-deCalais et de l’Aude.
Pour motiver leur défection, plusieurs premiers magistrats invoquent un « sentiment général de rasle-bol ». Entre la baisse des dotations publiques, la suppression de
la taxe d’habitation et la diminution
des contrats aidés, beaucoup ont eu
l’impression d’être « étranglés, tant
financièrement que matériellement ».
« D’autant que, pendant ce temps-là,
l’État continue de vous en demander
plus », souligne Philippe Rion, ancien maire démissionnaire de Castillon (Alpes-Maritimes), qui dé-
J’avais parfois
l’impression d’être
l’assistante sociale
de tout mon village
Bretagne
NOMBRE DE
DÉMISSIONNAIRES
PAR DÉPARTEMENT
20 et plus
De 10 à 19
De 1 à 9
Aucun
Pour l’édile de Mesves-sur-Loire, 700 habitants,
Des gens
« viennent
LORIS BOICHOT
ENVOYÉ SPÉCIAL À MESVES-SUR-LOIRE (NIÈVRE)
£@lboichot
parfois me
voir parce
qu’un voisin
fait du feu
dans son
jardin.
Je ne suis pas
formé à ça…
»
BERNARD GILOT, MAIRE
DE MESVES-SUR-LOIRE
LE MAIRE a sonné chez les Schoumann peu après 16 heures, à l’entrée de Mesves-sur-Loire, petit
bourg de la Nièvre installé entre les
replis de la Loire et la nationale 7. Il
leur avait passé un coup de téléphone la veille pour s’assurer que
les deux septuagénaires restaient
bien au frais. « C’est moi qui vous ai
appelé hier », dit Bernard Gilot dans
un sourire. Surprise dans le regard
de la femme : « Je croyais que c’était
le secrétaire ! » Impossible, « il est
en vacances ».
Bernard Gilot, 63 ans, le remplace pendant les trois premières se-
maines d’août, avant son retour. Il
ne voulait pas fermer la mairie, « ça
[l]’embêtait de laisser les gens dans
le besoin ».
Depuis le bureau fraîchement
repeint du secrétaire absent, à lui
de répondre au téléphone, d’ouvrir
les factures de ses grandes mains,
de tamponner « Bon pour accord »
sur une lettre à envoyer. « Entrez »,
lance-t-il de sa voix grave quand
un habitant se présente sur le palier
pendant les permanences, tous les
mercredis matin en août, de
10 heures à midi. C’est un propriétaire aux prises avec le cadastre
qu’il faudra rappeler. Une demande de location de la salle des fêtes à
honorer. Des documents à scanner.
Ce matin-là, pas moins d’une dizaine de courriels à traiter. « Je suis
débordé. J’en ai encore un tas à
ouvrir », lâche l’édile devant son
ordinateur, sans pour autant se départir de son flegme. Il n’est pas
rare qu’il donne son numéro de téléphone à ses visiteurs. « L’astreinte, c’est toute l’année. »
« Il faut tout faire »
Trois « amis » élus sur sa liste lui
prêtent main-forte dans la petite
salle du conseil municipal, en face.
Au téléphone, l’un d’entre eux
cherche à s’y retrouver dans la
« paperasse » réclamée pour financer le « permis transports en commun » de Sandy. Un employé en
contrat aidé, largement subventionné par l’État, auquel Bernard
Gilot doit renoncer « avec regret ».
Le maire n’a « pas les moyens de le
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LE FIGARO
vendredi 10 août 2018
L'ÉVÉNEMENT
« Nous sommes
les premiers de corvée »
MAIRE sans étiquette de GargilesseDampierre (Indre) depuis près de trente
ans, Vanik Berberian est président de
l’Association des maires ruraux de
France (AMRF).
Île -d e -Fran ce
Hau ts-d e Fran ce
LE FIGARO. - Les maires
démissionnaires sont beaucoup plus
nombreux que par rapport au précédent
mandat . C’est une surprise pour vous ?
Vanik BERBERIAN. - Non, car la situation s’aggrave mandat après mandat. Et
très souvent, ceux qui démissionnent
sont maires pour la première fois : ils ne
mesuraient pas ce qui les attendait. De
fait, exercer son mandat de maire est
devenu de plus en plus
difficile.
Gran d Est
Bou rgogn e Fran ch e -Comté
M
Base de données
collectée par le ministère
de l’Intérieur et
complétée par Le Figaro.
Le Figaro a pris en
compte les maires qui ont
démissionné volontairement, hors démissions
d’office (cumul des
mandats), jusqu’au 6
août 2018.
Une marge d’erreur de
plus ou moins 10 % de
démissions est à prévoir,
compte tenu de la mise
à jour du fichier.
Au ve rgn e Rh ôn e -Alp e s
Prove n ce -Alp e sCôte d ’Azu r
Corse
*dont 3 maires d’outre-mer :
2 en Polynésie française et 1 à Mayotte
Infographie
munes aux intercommunalités, NDLR).
Nous ne sommes pas contre le transfert
de compétences, mais le rendre obligatoire sans s’interroger sur l’intérêt pour
la commune, c’est le symptôme d’une
vision parisienne qui ne tient pas compte
des territoires. La France n’est pas plate,
elle a du relief. Les gouvernements l’ont
trop oublié.
Cette année, on observe pourtant
une très légère hausse générale de
la dotation globale de fonctionnement
(DGF) attribuée aux communes…
Des communes ont vu leur dotation globale augmenter (53 % d’entre elles),
mais d’autres ont subi une
baisse. Les dotations sont calculées en fonction du nombre
d’habitants : plus une comPourquoi ?
mune est peuplée, plus les
Parce que l’État ne nous
dotations sont importantes.
considère pas vraiment.
Ce qui est scandaleux, c’est
Nous sommes des élus de
qu’un habitant des campaterrain, au four et au mougnes vaut moitié moins qu’un
lin, mais sans moyens huhabitant des villes dans ce
mains et techniques. Et
calcul. C’est inacceptable
avec des entraves de toutes
Le choix du dans un pays qui affiche au
sortes. Tout est devenu plus
maire rural
fronton des mairies « Liberté,
compliqué. On a diminué
Égalité, Fraternité ». Et puis
les moyens et surajouté des
est simple :
derrière la DGF, il y a des
normes inadaptées. Dans
il est soit
choses qui se voient moins. La
ma commune, nous avons
dans
dotation touristique baisse
une lance à incendie end’année en année, par exemroulée autour d’un support
l’illégalité,
ple. Emmanuel Macron nous
rouge. Le fait de l’avoir
soit dans
a annoncé un monde noupeint en marron nous exol’inertie
veau, mais c’est pareil, voire
nère du contrôle annuel par
pire qu’avant. Nous ne somun organisme de sécurité, à
V A N IK BERBERIA N
mes pas les « premiers de
nos frais ! Le choix du maire
cordée », mais les premiers de corvée.
rural est simple : il est soit dans l’illégalité, soit dans l’inertie. Nous n’avons pas
les moyens de répondre aux attentes de
Que demandez-vous à l’exécutif ?
nos habitants et de remplir toutes les
Qu’il nous fasse confiance. Ce que l’on
obligations imposées par l’État.
dénonce, c’est la « contre-décentralisation » qui s’opère. Ce mode de gouvernance ne laisse pas de place à la responLes regroupements des communes
sabilité locale. Nous sommes considérés
en intercommunalités, renforcés par
comme les petites mains du pouvoir.
la loi NOTRe de 2015, ne permettent-ils
Mais nous sommes des exécutants sans
pas de mutualiser les moyens ?
moyens. L’espace dont on dispose à la
On nous vend cela comme de la mutualicampagne, la qualité de vie, la relation
sation, mais il s’agit en réalité de
humaine forment notre richesse. Soit on
concentration autour des pôles urbains.
continue de concentrer les humains, les
La loi NOTRe est une catastrophe pour
moyens, les pouvoirs dans les pôles urles territoires ruraux et la démocratie lobains, soit on cherche l’équilibre et on
cale. Et le gouvernement d’aujourd’hui
considère la ruralité comme un espace
continue dans la même veine, avec la loi
de développement. C’est à un changeeau-assainissement (promulguée le
ment de paradigme que nous appelons. ■
3 août dernier, elle transfère les compéPROPOS RECUEILLIS PAR L. B.
tences eau et assainissement des com-
»
3
Combien d’habitants
dans les communes
concernées ?
RÉPARTITION DES DÉMISSIONS
PAR TAILLE DE COMMUNE
Plus de 10 000 hab.
De 2 000 à 10 000 hab.
Moins de 2 000 hab.
Soit 4,3 % des maires
des communes de plus
de 10 000 hab.
94
40
1 021
démissions
depuis 2014*
887
Soit 2,9 % des maires
des communes de moins
de 2 000 hab.
*soit 2,8 % des maires des 35 886 communes de France
Quel est le profil
du démissionnaire ?
Un homme
pour 81 % d’entre eux
Divers droite
pour 27 % d’entre eux
Il a
62 ans
Il est
retraité
Il est maire d’une commune
rurale
Et s’appelle
Michel
(46 occurrences)
Alain
(31 occurrences)
Daniel
(28 occurrences)
se retirer « serait une trahison »
titulariser », mais il veut l’embaucher à mi-temps pour lui confier la
conduite du bus de ramassage scolaire. Dans le brouhaha, les élus
s’activent sous le regard indifférent de Marianne – et d’Emmanuel
Macron.
« Vous voyez, il faut tout faire »,
reprend Bernard Gilot. Avant sa
première élection à la tête du village de 700 habitants, en 2014, il savait à quoi s’attendre : voilà treize
ans déjà qu’il siégeait parmi la
quinzaine de conseillers municipaux. Mais la communauté de
communes a tout juste été créée
l’année dernière, alors il a découvert les réunions à répétition avec
les autres élus des alentours. Il a
aussi eu maille à partir avec les problèmes de voisinage, « le plus diffi-
cile » à gérer. « Des gens viennent
parfois me voir parce qu’un voisin
fait du feu dans son jardin. Je ne suis
pas formé à ça… » Fromager de
profession aujourd’hui retraité , il a
passé sa vie à enchaîner les kilomètres entre les marchés, pas à jouer
les médiateurs, encore moins les
bricoleurs.
Le soir de la victoire des Bleus,
les habitants de Mesves déversaient
leur joie dans les rues pendant que
leur maire réparait une fuite d’eau
sur la chaussée. « Il y a une nappe
d’eau sur la route, venez vite ! », lui
avait demandé un habitant. « Je l’ai
fait avec bon cœur, se souvient
l’édile. La Coupe du monde, c’était
bien joli, mais il fallait s’en occuper. » Comme il s’emploie parfois, à
bord de sa fourgonnette blanche, à
ramasser les encombrants que des
administrés rechignent à déposer à
la déchetterie. « Dans les grandes
villes, les maires ne font pas tout
ça », relève le sexagénaire derrière
ses lunettes. « Ils ont un staff avec
eux pour les aider », ajoute Pascal
Poirier, l’un de ses conseillers municipaux. À Mesves, le chef de la
municipalité ne peut compter que
sur son secrétaire. Et ce n’est pas
parce qu’il délègue certaines missions à des adjoints qu’il est moins
sollicité. « Si les gens veulent un
rendez-vous, ce n’est qu’avec le
maire. » À qui d’autre demander un
emploi ou un logement ? « On ne
peut pas toujours dire oui, regrette
Bernard Gilot. Même si on aimerait
faire plaisir à tout le monde. »
Lorsqu’il ferme sa mairie d’un
tour de clé, en fin de journée, il lui
arrive de penser à abandonner son
mandat, à cause d’un « ras-lebol », avant de se raviser. Dans le
département, trente-cinq maires
ont remis symboliquement leur
démission, en février, pour protester contre la fermeture des urgences de Clamecy, la sous-préfecture.
Le préfet a rejeté leur décision. « Je
me dis que je me suis engagé pour six
ans, dit Bernard Gilot. La démission
serait une trahison.» Quand il tient
son écharpe bleu-blanc-rouge entre ses mains, ses yeux bleus luisent
de fierté. Il ne sait pas encore s’il la
briguera à nouveau lors des prochaines élections. S’il décide de se
lancer, il a déjà trouvé la réplique à
opposer à ses contempteurs : « Tu
pourrais te présenter ! » ■
Bernard Gilot,
maire de Mesvessur-Loire
depuis 2014,
œuvre aussi
bien dans le bureau
de sa mairie
que sur le terrain
(de gauche
à droite).
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
En France, tout élu municipal a
droit à une indemnité qui varie
d’une commune à une autre.
Son montant dépend de
la fonction exercée (maire,
adjoint ou conseiller) ainsi que
du nombre d’habitants. Avec
une règle : moins la commune
est peuplée, plus le montant
perçu par l’édile sera faible.
Ainsi, le maire d’une commune
de moins de 500 habitants
- soit la majorité des
communes françaises ne peut pas toucher plus
de 17 % de l’indice de référence,
soit 658,01 euros.
La rémunération double
ensuite dans les communes
de 500 à 999 habitants,
et passe à 1 664,38 euros
dans la fourchette supérieure
(1 000-3 499 habitants).
A
658 EUROS
POUR UN MAIRE
DE VILLAGE
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vendredi 10 août 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Le scénario
européen
d’Olivier Faure
agace les cadres
de Solferino
ZOOM
Montebourg lance
sa marque de miel
L’ancien ministre socialiste
de l’Économie, qui a fait
du repeuplement des abeilles
l’un de ses chevaux de bataille,
vient d’annoncer le lancement
d’une marque de miel baptisée
Bleu Blanc Ruche. « Elle va
acheter du miel à des apiculteurs
français à un prix supérieur
au marché, en contrepartie de
quoi ceux-ci s’engagent à euxmêmes repeupler, c’est-à-dire
à augmenter leur cheptel »,
a précisé Arnaud Montebourg.
La marque, déjà déposée,
sera officiellement lancée
le 10 septembre sur la plateforme de crowdfunding Ulule.
Le premier secrétaire du PS a proposé
au Belge Paul Magnette d’être tête de liste
en 2019. Une idée qui ne fait pas consensus.
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
GAUCHE Un Belge va-t-il venir à la rescousse du PS français aux européennes
de mai 2019 ? Le bourgmestre de Charleroi, Paul Magnette, a confirmé au journal
Le Soir les informations révélées mardi
par Le Figaro : « Oui, j’ai bien reçu une
proposition du PS français, avec un certain
étonnement je l’avoue, car ils me proposent la première place sur leur liste européenne, pas moins. » L’ancien ministreprésident de la Wallonie a précisé qu’il se
donnait du temps pour réfléchir, tout en
rappelant qu’il était déjà en lice pour être
réélu à la tête de sa ville, en octobre prochain. « Que faire en vue de 2019 ? C’est
un sujet de réflexion. J’en discuterai évidemment dans le parti, chez nous », précise-t-il. Ajoutant : « Je veux être candidat là où c’est le plus utile. »
Quant à Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, il a été contraint de
confirmer l’information via un communiqué, évoquant seulement « une hypothèse » parmi d’autres « sans conclusion à
ce stade ». Tout en louant le parcours du
quadra : « Paul Magnette est aujourd’hui
l’une des figures européennes qui peuvent
incarner cette Europe qui ne se plie pas
aux dogmes libéraux. » Référence à son
combat contre le Ceta, le traité de libreéchange UE-Canada, mené lorsqu’il dirigeait la Wallonie. Un fait d’armes qui
ne rassure pas la sénatrice Marie-Noëlle
Lienemann. « Ce n’est pas le plus social-
libéral des sociaux-démocrates mais je
demande avant tout une clarification de la
ligne que le PS compte adopter pour ces
européennes », demande cette figure de
l’aile gauche. Même exigence de l’expremier secrétaire du PS par intérim, le
sénateur Rachid Temal : « Il faut rapidement arrêter une stratégie. »
Certains membres de la direction ont
peu goûté de ne pas avoir été prévenus de
l’initiative d’Olivier Faure. « Nous sommes tombés de l’armoire », raconte l’un
d’eux. Qui ajoute : « C’est le binz en plein
été. » Un ténor du PS estime que « c’est
une proposition bâclée pour contourner la
difficulté de choisir une tête de liste nationale ». « Ça révèle beaucoup de confusion
et une méconnaissance totale de la vie politique européenne », ajoute-t-il.
De fait, l’invitation faite à Paul Magnette est surprenante. Les citoyens
européens peuvent se présenter dans un
autre pays que le leur, mais à certaines
conditions. S’il voulait se présenter en
France, le Belge devrait justifier de six
mois de résidence dans l’Hexagone.
C’est-à-dire déménager au plus tard en
octobre. Or il sera en pleine campagne
électorale locale pour conserver Charleroi… Enfin, Paul Magnette est en bonne
position pour succéder prochainement à
Elio Di Rupo à la tête du PS belge, ce qui
rend son arrivée en France peu probable. Mais alors pourquoi ne pas avoir
tout de suite décliné l’offre de Solferino ? « Cela le renforce au sein du PS belge donc il balade Olivier Faure », pense
un parlementaire.
EN BREF
La France accueillera
des migrants
de l’« Open Arms »
Sollicité pour prendre la tête de la liste socialiste, le Belge Paul Magnette a répondu :
« Je veux être candidat là où c’est le plus utile. » STÉPHANIE LECOCQ/EPA/MAXPPP
Au-delà de cet hypothétique transfert,
Olivier Faure admet avoir imaginé un
grand mercato transnational, organisé
par le Parti socialiste européen (PSE).
« Plus que jamais la campagne doit être
européenne, pas seulement l’addition de
campagnes nationales », plaide-t-il.
Pierre Moscovici prévient
qu’il fera « entendre
en 2019 une certaine
idée de la gauche
et de l’Europe »
Dans ce cadre, il rêvait par exemple
d’envoyer Pierre Moscovici loin de
France. Le nom du commissaire européen circule pour être le futur candidat
des sociaux-démocrates à la présidence
de la Commission européenne ou du
Parlement européen. Bien qu’il jure pour
l’instant « ne rêver (à) aucune fonction »,
l’ancien ministre de l’Économie prévient
toutefois qu’il fera « entendre en 2019 une
certaine idée de la gauche et de l’Europe ».
Mais il a d’ores et déjà coupé court à
l’idée de prendre part au jeu de chaises
musicales imaginé par Olivier Faure :
« C’est une idée séduisante si le PSE décidait de la généraliser, ce qui ne sera évidemment pas le cas. Sinon c’est un gadget
qui évite de faire les nécessaires choix nationaux […]. Pour ma part, j’exclus totalement d’y participer », déclare-t-il au
Figaro.
Le scénario n’enchante pas plus ceux
qui ont fait acte de candidature pour mener la liste PS. L’ancien ministre Christian Eckert n’a pas souhaité réagir, de
même que Julien Dray, qui vient tout
juste de se déclarer. Loin d’avoir trouvé
la solution idoine, Olivier Faure a provoqué une nouvelle zizanie dont le PS a le
secret. ■
Critiqué par la gauche
et les associations pour son
inaction sur le dossier de
l’Aquarius, l’Élysée a annoncé
que la France va accueillir
environ 20 des 87 migrants
de l’Open Arms, arrivé jeudi
en Espagne. Le navire, affrété
par une ONG humanitaire
espagnole, a recueilli au large
de la Libye ces migrants,
pour la plupart des Soudanais
de la région du Darfour qui
avaient passé une cinquantaine
d’heures sans eau sur un canot
pneumatique. Comme
l’Aquarius, il a été interdit
d’accoster par l’Italie.
Alsace : la fusion des
départements à l’étude
Dans un rapport rendu au
gouvernement, le préfet de la
région Grand-Est Jean-Luc
Marx envisage une fusion du
Haut-Rhin et du Bas-Rhin pour
créer un département unique.
Plusieurs élus s’y sont montrés
favorables. « Tous les éléments
d’un terrain d’entente sont sur
la table », a assuré sur RTL jeudi
Jean-Marie Bockel, ancien
ministre et actuel sénateur du
Haut-Rhin. Le gouvernement
prendra sa décision en octobre
après un « travail de
concertation » mené auprès
d’acteurs de la région.
[
]
Wauquiez le traileur travaille son endurance
L’ÉTÉ DU FIGARO
6/16
La politique
c’est du spo
rt
Le président des Républicains pratique chaque semaine la course à pied dans son fief de Haute-Loire.
A
MARION MOURGUE
£@MarionMourgue
Laurent Wauquiez aime courir, le
trail surtout, chez lui en HauteLoire « dans des paysages sublimes ». Tous les week-ends, avec
son fils Baptiste ou sa femme,
Charlotte, qui le suit désormais à
vélo, le président de LR met ses
chaussures et part pour deux
heures. « Rien ne peut vous arrêter
quand vous courez », résume-t-il.
« Vous tracez et vous allez de
l’avant. Il n’y a rien de tel pour
prendre de la distance avec le monde médiatico-politique », sourit-il.
Pour s’évader, rien de mieux que
d’avaler les kilomètres.
Laurent Wauquiez a commencé
le jogging quand il passait Normale sup pour « se vider la tête »
lorsqu’il n’en pouvait plus de lire
et d’être enfermé. Il s’achète une
paire de chaussures. Depuis, il n’a
jamais arrêté de courir. « Ce que
j’aime, ce sont les longues distances qui demandent de l’endurance,
de la ténacité, de la constance »,
appuie-t-il. Évidemment, toute
ressemblance avec la politique
n’est pas fortuite… « Ce que j’adore, c’est cette confrontation avec
soi-même », confie-t-il. « On ne
peut pas tricher dans le sport, ni
avec soi-même ni avec les autres », raconte-t-il. « Ça fait du
bien par rapport à la politique où il
y a tellement de coups fourrés. » Le
président de la région AuvergneRhône-Alpes retient aussi cette
idée que dans un trail, « tout le
monde est pareil, en chaussures et
en short : que ce soit quelqu’un de
“
On ne peut pas
tricher dans le sport,
ni avec soi-même
ni avec les autres
LAURENT WAUQUIEZ
”
80 ans qui court plus vite que moi
ou un jeune de 15 ans qui court
pour la première fois. »
Le président de LR n’est pas du
genre à lâcher. « Dans le sport, il
faut aller chercher tout ce qu’on
obtient », insiste-t-il. Pas question de s’arrêter en chemin,
Laurent Wauquiez veut franchir
la ligne d’arrivée. « De la pugnacité dans la durée ! », lance-t-il,
bravache. Comme en politique,
où il rappelle souvent qu’il court
« un marathon » qui doit l’em-
Chaque année,
Laurent Wauquiez, qui
a déjà couru plusieurs
marathons, s’inscrit
chez lui à la course
des 15 kilomètres
du Puy-en-Velay
(ici en mai 2017).
COLLECTION PERSONNELLE
mener jusqu’à l’élection présidentielle de 2022, Laurent Wauquiez aime la compétition et la
performance.
Chaque année, le sportif qui a
déjà participé à plusieurs marathons comme celui de Berlin, s’inscrit chez lui à la course des 15 kilomètres du Puy-en-Velay. Con-
trairement à Nicolas Sarkozy qui
ne se sépare jamais de ses chaussures de sport pour pouvoir faire
un jogging, même lors de ses déplacements professionnels (lire
nos éditions du 30 juillet), Laurent
Wauquiez associe le jogging à sa
région. Comme une parenthèse
enchantée dans un agenda saturé.
Du sport, Laurent Wauquiez
entend retenir « les leçons de
vie ». Comme lorsqu’il s’entraîne
avec Didier Maneval, un ami très
sportif du Chambon-sur-Lignon,
qui est non voyant. Les deux
hommes courent alors attachés
l’un à l’autre par le bras. Tout au
long du parcours, Laurent Wauquiez doit guider son ami en restant légèrement devant lui mais
surtout en lui parlant beaucoup. Il
faut décrire la route, les pièges,
les obstacles, les virages.
« Ça suppose une vraie foi en
l’autre. La première année, il est
tombé au bout de cinq minutes. Je
m’en suis mortellement voulu… »,
se souvient-il. Désormais, le tandem est solide. « À chaque fois,
c’est une leçon de la vie. Il m’a
beaucoup appris, quand on est en
plein effort, à me dépasser », glisse-t-il. « À travers le sport, on
apprend que chaque handicap est
surmontable. La devise de Didier,
c’est “la vie est belle !” »
Mais ce qu’il lui plaît par-dessus tout, quand il court, c’est
« cette liberté ». Celle de sortir
des contraintes de l’agenda, des
turpitudes de la vie politique et de
l’organisation du parti. Celle
d’être chez lui, loin de Paris. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 10 août 2018
INTERNATIONAL
5
Gaza : roquettes
palestiniennes
contre frappes
israéliennes
Le Hamas et Israël s’affrontent à nouveau de
part et d’autre de la frontière de l’enclave.
PROCHE-ORIENT Est-ce la chaleur,
écrasante ou l’absurdité d’une mécanique qu’ils connaissent trop bien ? Les habitants de Wadi Salqa, venus jeudi matin
constater les dégâts après les bombardements de la nuit, affichent des mines défaites et ne sont pas d’humeur à chercher
les mots. Ce bourg agricole, situé dans
l’est de la bande de Gaza, offre un point
de vue idéal pour suivre l’énième poussée
de fièvre entre Israël et le mouvement islamiste Hamas. Malgré l’accalmie observée depuis le lever du jour, on voit de
temps à autre une salve de roquettes
s’élever dans les airs, suivie par un sifflement aigu, en direction des localités situées de l’autre côté de la clôture. Selon le
porte-parole de Tsahal, plus de 150 projectiles ont été tirés par les factions palestiniennes dans la nuit de mercredi à jeudi,
blessant une dizaine d’Israéliens. Les
bombardements conduits en représailles
par l’aviation israélienne sont unanimement décrits comme les plus violents depuis la guerre de l’été 2014.
La maison de la famille Khammash,
simple cube de parpaings coiffé d’une
plaque de tôle et entouré d’une courette
de terre battue, porte les stigmates de cet
accès de fièvre. Un projectile, dont les villageois exhibent les éclats métalliques
tordus par l’impact, a percé vers une heure du matin un orifice long d’environ un
mètre à travers le toit. Des tiges de ferrailles pendent dans le vide, un épais tapis
de gravats recouvre le sol de la chambre à
coucher et les murs sont maculés de sang.
Le père, Mohammed, a été sérieusement
blessé et transporté à l’hôpital al-Aqsa.
Son épouse Inas, âgée de 23 ans et enceinte de neuf mois, ainsi que leur fillette d’un
an et demi, Bayan, ont été tuées dans l’explosion. Un second projectile, qui a
d’abord traversé le mur de la mosquée
voisine, est tombé au seuil de la maison.
Khaled Abou Singer, un voisin, jure la
main sur le cœur qu’aucune roquette
“
J’ai eu peur comme
au plus fort de l’été 2014
OUSSAMA MOUSSA, UN PALESTINIEN
Ils assistaient à un entraînement des brigades Ezzeddine al-Qassam dans un
camp militaire lorsqu’un poste d’observation y a été pris pour cible mardi matin
par un tir de char israélien. Deux combattants palestiniens ont été tués sur le
The Breitling Jet Squad
L’escadron Breitling Jet
Jacques Bothelin
Christophe Deketelaere
Paco Wallaert
“
Les Israéliens ont par la
suite affirmé avoir ouvert
le feu par erreur mais
on ne peut pas laisser
un tel crime impuni !
ABOU AHMED, UN PALESTINIEN
A IR
TERRE
ME
#SQUADONAMISSION
R
”
n’avait été tirée depuis Wadi Salqa. Le
lieutenant-colonel Jonathan Conricus,
porte-parole de l’armée israélienne, indique ne pas avoir d’information sur l’événement. « Nous avons exclusivement visé
des camps d’entraînement, précise-t-il,
ainsi que des sites de lancement de roquettes, des entrepôts de stockage d’armes et
des ateliers de matériaux utilisés pour la
construction de tunnels. »
Ces bombardements, qui ont visé plus
de 140 cibles tout au long de la nuit, réveillent de bien mauvais souvenirs de
part et d’autre de la frontière entre les
deux territoires. « J’ai eu peur comme au
plus fort de l’été 2014 », raconte Oussama
Moussa, un Palestinien moustachu à la
silhouette élégante et aux traits anguleux,
qui dit vouloir la paix mais redoute qu’un
nouveau conflit ne soit inéluctable. Après
la longue période de calme qui a suivi la
dernière guerre, le rythme des passes
d’armes s’emballe depuis le printemps.
Le 29 mai comme le 20 juin et le 13 juillet,
des dizaines de roquettes tirées par les
groupes armés palestiniens vers les localités voisines de Gaza ont été accueillies
par des bombardements massifs, quoique
relativement peu meurtriers. L’armée israélienne a jusqu’à présent pris soin de
viser des sites militaires préalablement
évacués par la branche armée du Hamas.
C’est tout le paradoxe de cette « drôle de
guerre » : si chacun veut sortir de ces escarmouches la tête haute afin, selon la
formule consacrée, de rétablir la dissuasion, ni les Palestiniens ni les Israéliens ne
souhaitent infliger à l’autre des dommages qui rendraient un nouveau conflit
inéluctable.
coup. « Les Israéliens ont par la suite affirmé avoir ouvert le feu par erreur mais on
ne peut pas laisser un tel crime impuni ! »,
dénonce Abou Ahmed, rencontré à Beit
Lahiya lors des obsèques d’Ali al-Ghandour, autre membre des brigades Ezzeddine al-Qassam tué par l’État hébreu.
Les premiers tirs de roquettes, présentés comme une riposte du Hamas, ont
provoqué mercredi soir des scènes de panique dans les rues de Sderot. Sur une vidéo tournée par un résident, on voit le
sillage blanc d’un projectile fendre la nuit
tandis qu’un autre explose non loin d’un
parc pour enfants, soulevant une épaisse
fumée blanche.
Les 20 000 habitants de cette ville qui
s’étend à la limite nord de l’enclave palestinienne ont été invités jeudi à rester
près de leurs abris, tandis que les sorties
en plein air et les rassemblements ont été
suspendus. L’armée, qui affirme ne pas
rechercher l’escalade mais se prépare
pour tous types de scénarios, a acheminé
jeudi de nombreux engins de transports
de troupe vers la bande de Gaza.
BOUTIQUE BREITLING
10 RUE DE LA PAIX
PARIS
”
Au terme d’une rude nuit d’affrontements, Israël et le Hamas semblaient jeudi
midi envisager un retour au calme. Mais
toute escalade de ce type génère une dynamique difficile à contenir. Deux heures à
peine après l’annonce d’un retour au cessez-le-feu par le Hamas, les Palestiniens
ont ainsi tiré une roquette de moyenne
portée vers la grande ville de Beersheba –
ce qui, dans la grammaire singulière de ce
conflit à distance, a été interprété comme
une escalade significative. Le gouvernement israélien, sommé par l’aile droite de
sa majorité d’employer la manière forte, a
ordonné à l’armée de conduire de nouvelles frappes à Gaza. Un immeuble de cinq
étages hébergeant des institutions culturelles a été anéanti par plusieurs frappes
aériennes qui ont fait 18 blessés en fin
d’après-midi. Nikolaï Mladenov, le représentant du secrétaire général de l’ONU,
qui se démène depuis plusieurs semaines
pour promouvoir une trêve de longue durée, avait mis en garde peu auparavant :
« Nos efforts collectifs ont empêché la situation d’exploser jusqu’à présent mais la situation menace de dégénérer à tout moment, au risque de conséquences qui seront
dévastatrices pour tous. » ■
Quatre mois d’une spirale de violences et d’affrontements
« àBravo
nos soldats
qui ont
protégé
les frontières
de
notre pays !
»
BENYAMIN NÉTANYAHOU,
31 MARS.
LA BANDE de Gaza est le théâtre
depuis le 30 mars d’un mouvement
de protestation et d’affrontements
entre Palestiniens et soldats israéliens près de la barrière séparant
l’enclave du territoire israélien
u
La marche meurtrière
du retour
Le 30 mars, une « grande marche
du retour », officiellement organisée par la société civile et soutenue
par le mouvement islamiste Hamas, est lancée à Gaza. Le mouvement réclame « le droit au retour »
des Palestiniens chassés de leurs
terres ou qui ont fui à la création
d’Israël en 1948, et conteste le
strict blocus de l’enclave imposé
depuis plus de dix ans par Israël.
Des dizaines de milliers de Palestiniens, notamment des femmes
et des enfants, convergent le long
de la barrière. Quelques groupes
jettent des pierres et des cocktails
Molotov vers les soldats israé-
liens qui ripostent à balles réelles,
tuant 19 Palestiniens.
Le 31 mars, le premier ministre
israélien, Benyamin Nétanyahou,
félicite l’armée pour avoir « protégé les frontières du pays ».
u
Les cerfs-volants
incendiaires
Le 6 avril, des milliers de Palestiniens se rassemblent près de la
barrière de sécurité. Neuf Palestiniens sont tués et près de 500
blessés. Le 13 avril, de nouveaux
heurts font un mort et plus de 120
blessés par balles.
Le 20 avril, la confrontation entre
Gazaouis et soldats israéliens fait
quatre morts côté palestinien. Les
Palestiniens ont recours à des
cerfs-volants, dont certains transportent des engins incendiaires,
pour tenter d’atteindre les soldats
de l’autre côté de la frontière.
Des cerfs-volants et des ballons
incendiaires sont depuis réguliè-
rement lancés vers le sud du territoire israélien, provoquant des
centaines d’incendies.
bain de sang
uLe
Le 14 mai, des dizaines de mil-
liers de Palestiniens se réunissent
devant la barrière. Les manifestations coïncident avec l’inauguration à Jérusalem de l’ambassade
américaine, qui entérine la reconnaissance par les États-Unis de la
ville comme la capitale d’Israël.
Au moins 62 Palestiniens sont tués
par des tirs israéliens et plus de
2 400 blessés. Un haut responsable
du Hamas affirme que la grande
majorité des Palestiniens tués appartenaient au mouvement.
condamne Israël
uL’ONU
Le 13 juin, l’Assemblée géné-
rale de l’ONU adopte un projet de
résolution, auquel les États-Unis
étaient opposés, condamnant Israël pour la récente flambée de
violences meurtrières à Gaza,
tout en rejetant un amendement
américain mettant en cause le
Hamas dans ces violences.
uL’escalade
Le 14 juillet, Israël mène des
dizaines de raids aériens, tuant
deux adolescents palestiniens,
alors que 200 roquettes et obus
sont tirés depuis l’enclave vers le
territoire israélien.
Le 20, quatre Palestiniens sont
tués dans la bande de Gaza. Un
soldat israélien est tué par des tirs
palestiniens le long de la frontière. Le 25, trois Palestiniens sont
tués lors de bombardements israéliens à l’est de Gaza
Le 7 août, deux membres des brigades Ezzeddine al-Qassam, la
branche armée du Hamas, sont
tués dans une frappe israélienne
dans le nord de l’enclave ■
+
» Lire aussi PAGE 19
A
ENVOYÉ SPÉCIAL À GAZA
AFP
Plusieurs dirigeants du Hamas en exil
dont Salah el-Arouri, réputé proche de la
branche armée du mouvement, avaient
été exceptionnellement autorisés par
l’Égypte à se rendre dans la bande de
Gaza pour discuter de cette perspective.
NAVITIMER 8
CYRILLE LOUIS £@cyrille-louis
Mercredi soir, le nouvel accrochage a
d’ailleurs débuté alors qu’une rumeur insistante annonçait depuis plusieurs jours
la signature imminente d’une trêve de
longue durée en contrepartie d’un assouplissement du blocus imposé à l’enclave.
Une explosion déchire
la nuit après une attaque
aérienne israélienne,
mercredi, sur la vile
de Gaza. MAHMUD HAMS/
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 10 août 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Argentine :
le Sénat rejette
la légalisation
de l’avortement
La Chambre haute a voté contre un projet
de libre accès à l’IVG par 38 voix contre,
31 pour et 2 abstentions.
Dans la nuit de mercredi à jeudi,
une majorité de sénateurs
ont voté contre la légalisation
de l’avortement. AFP
AMÉRIQUE LATINE Le suspense a duré
jusqu’à 3 heures du matin. Une majorité
des 72 sénateurs argentins a fini par voter contre la légalisation de l’avortement jusqu’à la 14e semaine de grossesse. Le pays du pape François en restera
donc à la loi de 1921, qui n’autorise
l’IVG qu’en cas de viol, ou de danger
pour la santé de la mère.
Commencée à 10 heures du matin, la
séance a été houleuse. « Nous savons
qu’il y a des femmes qui prennent la tragique décision d’avorter. Mais sans maternité, nous n’avons pas de futur.
L’avortement est un échec social. La maternité ne devrait pas être un problème »,
a déclaré le sénateur Estaban Bullrich.
Le cinéaste Pino Solanas a, de son
Une foule compacte a passé la journée et la nuit à attendre le résultat de ce
vote malgré le froid et la pluie. Ou plutôt deux foules compactes : la verte côté
avenida Callao qui défendait le texte.
« Ce n’est pas une loi pour ou contre
l’avortement mais pour savoir si on veut
des avortements clandestins ou légaux »,
estimait une des manifestantes. La foule
bleue occupait la avenida Hipolito-Yrigoyen, autour du désormais célèbre
fœtus géant en carton-pâte, pour « défendre la vie » coûte que coûte.
À la cathédrale de Buenos Aires, sur
la célèbre place de Mayo, devant la Casa
Rosada présidentielle, monseigneur
Poli a célébré une messe pendant les
“
« Ce sera l’un des sujets centraux des élections de 2019 »
Ce n’est pas une loi
pour ou contre
l’avortement
mais pour savoir
si on veut
des avortements
clandestins ou légaux
UNE MANIFESTANTE PRO-IVG
débats. Dans son homélie, il a notamment affirmé : « Ils veulent légitimer le
fait qu’un être humain puise en éliminer
un autre. »
En Argentine, Amnesty International
estime que 500 000 avortements sont
pratiqués chaque année. Quelque
50 000 femmes sont admises à l’hôpital
pour des complications et une cinquantaine en meurent. La majorité du gouvernement du président Maurico Macri
avait pris position contre le texte.
Aucun parti n’a réussi à définir une position unie. « Ce sujet a divisé la société
et les partis, analyse Sébastien Velut,
spécialiste de l’Argentine et professeur
à l’université de Paris-III. À part le parti
PROPOS RECUEILLIS PAR
PATRICK BÈLE pbele@lefigaro.fr
RENÉE FREGOSI est philosophe
et politologue. Directrice de recherche l’Institut des hautes études sur l’Amérique latine.
”
côté, exhorté ses collègues à voter en
faveur du texte : « Arrêtons l’hypocrisie
d’une classe dirigeante qui sait que les riches peuvent avorter de façon sécurisée,
alors que les plus pauvres sont condamnées à l’infection ou à la mort. » Il y a
moins d’une semaine, Liliana Herrera,
22 ans, une mère de deux enfants, est
décédée d’une infection généralisée
après un avortement clandestin.
L’ancienne présidente Cristina Fernandez de Kirchner, qui s’est toujours
opposée à présenter un texte libéralisant l’avortement pendant ses mandats, a expliqué que « ce sont les milliers
de jeunes filles ayant manifesté dans les
rues qui m’ont fait changer d’avis ». Elle
a voté en faveur du texte.
Renée Fregosi :
« L’Église catholique
a toujours eu un poids
énorme dans la
société argentine qui
s’est encore renforcé
depuis qu’il y
a un pape argentin. »
OGRETMEN IBO/SIPA
LE FIGARO. - Pourquoi
le président Mauricio Macri
a-t-il présenté ce texte
sur l’avortement qui n’était pas
dans son programme ?
Renée FREGOSI. - Mauricio Macri est un libéral dans tous les sens
du terme. Il a dit qu’il n’était pas
forcément favorable, mais du
bout des lèvres. Il a peut-être
senti que la demande de libéralisation de l’avortement était majoritaire dans son pays. Il s’est peutêtre aussi rendu compte qu’avec
500 000 avortements par an,
c’était un vrai problème de santé
public. C’est sur cet argument de
de Cristina Kirchner, tous les autres se
sont divisés. L’Argentine est l’un des
pays les plus sécularisés et avancé
d’Amérique latine. »
Le président du Sénat, Federico Pinedo, a, lui, proposé de créer des centres d’accueil pour les femmes dont les
grossesses sont non désirées, dans lesquels l’État prendrait en charge l’ensemble des frais de logement, de nourriture, d’habillement et les soins
médicaux jusqu’à la naissance de l’enfant, lequel serait proposé ensuite à
l’adoption. Seuls 8 % des enfants des
orphelinats trouvent une famille.
Cette proposition, faite également
par l’Église, a placé un moment au cen-
santé public que Simone Veil a
convaincu la droite en France en
1974. Il a peut-être aussi voulu
gêner des gens de son propre parti, comme sa vice-présidente Gabriela Michetti, qui a proposé de
durcir la loi en interdisant les
avortements en cas de viol. Cette
loi a divisé toute la classe politique. La majorité du parti de Macri
a voté contre et la majorité de son
opposition a voté pour. Droite et
gauche sont très divisées sur le
sujet. Il est possible aussi que ce
soit pour détourner l’attention
des problèmes économiques que
connaît l’Argentine en ce moment. Mais s’il était farouchement
opposé à l’avortement, il n’aurait
pas présenté le texte.
Quel est le poids de l’Église
catholique en Argentine ?
L’Église catholique a toujours eu
un poids énorme dans la société
argentine qui s’est encore ren-
tre du débat un livre et son adaptation
en série, La Servante écarlate (Handmaid’s Tale) de Margaret Atwood. Il
s’agit d’un récit dystopique qui raconte
un monde où des femmes fertiles sont
contraintes par l’État à porter les bébés
que les femmes stériles, devenues largement majoritaires, ne peuvent plus
avoir. Une histoire qui s’inspirait du
drame des bébés volés de la dictature
argentine a expliqué l’auteure dans une
lettre ouverte.
En Amérique latine, seuls trois pays
autorisent aujourd’hui le libre accès à
l’avortement : Cuba, le Guyana et
l’Uruguay. ■
P. B.
forcé depuis qu’il y a un pape argentin. La dictature de Videla relevait d’un national catholicisme,
au contraire du régime de Pinochet. Les mouvements catholiques non progressistes sont puissants et s’appuient parfois sur des
pouvoirs occultes et des réseaux
d’extrême droite.
L’Argentine concentre toutes les
contradictions du catholicisme.
Et les Églises évangéliques, de
plus en plus présentes, renforcent ces comportements conservateurs sur les sujets de société.
Cela explique l’importance des
mobilisations qui ont été marquées par des comportements
parfois hystériques. Au Chili il y a
eu un débat mais qui est resté
beaucoup plus calme.
La forte mobilisation
de la jeunesse a surpris.
Il y a un regain d’intérêt pour les
luttes féministes chez les jeunes
Argentins après que le pays est
sorti des graves crises des années
1990. Ils ont envie de plus de liberté sexuelle dans un pays très
traditionnel. De plus, ils voient ce
qui se passe chez leurs voisins
uruguayens où l’accès libre à
l’IVG est assuré et le cannabis en
vente libre. En 2010, l’Église
n’avait pas réussi à s’opposer au
mariage homosexuel. Si je n’approuve pas tout ce qui entoure le
phénomène Metoo, on ne peut
nier que cela a remobilisé autour
de la lutte pour les droits des
femmes dans le monde entier et
donc aussi en Argentine.
Ce rejet du texte par le Sénat estil un échec pour les féministes ?
Au contraire. Le texte a été rejeté
de peu. Ce sera l’un des sujets
centraux des élections législatives et présidentielle de 2019.
C’est une défaite à court terme
mais le mouvement est lancé. ■
Trump se résout à de nouvelles sanctions contre Moscou
Ayant établi que la Russie est bien derrière l’empoisonnement au Novichok de Sergueï Skripal à Londres, le président ne pouvait
que valider des mesures de rétorsion de Washington enclenchées par l’application d’une loi de 1991 sur les armes chimiques.
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
A
1
NEW YORK
ÉTATS-UNIS La Grande-Bretagne avait
fini par s’habituer aux rodomontades
de Donald Trump à son égard, à ses
commentaires désobligeants sur les négociations en vue du Brexit et à sa servilité apparente envers la Russie. L’annonce de sanctions américaines contre
la Russie dans le cadre de l’affaire Skripal a donc ravi Londres, heureuse de
retrouver son allié dans de meilleures
dispositions face à « l’impétueuse »
Russie.
Mercredi, le département d’État a
rendu public un premier volet de sanctions attendu pour le 22 août, après
avoir formellement établi lundi que la
Russie était bien responsable de l’attaque chimique perpétrée à base de
l’agent neurotoxique Novichok, le
3 mars à Salisbury (Grande-Bretagne)
contre l’ex-espion Sergueï Skripal et sa
fille. Une Britannique de 44 ans est décédée le 8 juillet après une contamination accidentelle. Washington avait
déjà reconnu les conclusions britanniques portant sur la responsabilité russe,
sans toutefois le déclarer formellement.
La Maison-Blanche ne cessait de repousser cette condition sine qua non à
l’application d’une loi de 1991 portant
sur l’élimination des armes chimiques
et biologiques, dont une clause stipule
l’édiction automatique de sanctions
contre un État reconnu coupable d’employer de telles armes.
Dans un premier temps seront touchées les exportations de matériel sensible, tels que les logiciels et les moteurs,
ainsi que les transferts de technologie
pouvant « affecter la sécurité nationale ». Seules les pièces détachées requises
pour la station spatiale internationale
(ISS) et les avions de ligne seront exclues
de ce train de mesures.
Intransigeance
Si la Russie, sous trois mois, ne dénonce
pas à ces armes et refuse le principe
d’inspections onusiennes sur son territoire pour s’assurer de leur destruction
complète, une seconde salve de sanctions « draconiennes », selon un officiel
américain, affectera cette fois les relations diplomatiques bilatérales, l’accès
aux aéroports américains pour la compagnie Aeroflot, les prêts bancaires et la
réduction des échanges commerciaux,
qui s’élèvent à 38 milliards de dollars
annuels.
En concédant des sanctions rendues
inévitables en droit, Donald Trump devrait cependant trouver le moyen d’en
Les mesures envisagées par Donald Trump portent sur l’exportation de produits
technologiques et d‘équipements électroniques. JONATHAN ERNST/REUTERS
faire un argument électoral. Face à ceux
qui dénoncent sa pusillanimité vis-àvis du Kremlin, le président aura beau
jeu d’invoquer ces mesures punitives
pour arguer de son intransigeance.
L’argument sera aussi précieux face à
l’enquête menée par le procureur Robert Mueller au sujet d’une possible
collusion entre le même Donald Trump
et Moscou lors de la campagne présidentielle 2016. « Il est intéressant que
ces sanctions tombent maintenant, alors
qu’elles auraient pu être actionnées il y a
plusieurs mois déjà, note Mark Simakovsky, de l’Atlantic Council. Cela démontre combien la pression politique a
crû pour cibler la Russie à cause de ses
activités malveillantes. »
Donald Trump a cependant réussi le
tour de force de bousculer la ligne idéologique de ses compatriotes. D’après un
sondage Gallup, 40 % des républicains
considèrent aujourd’hui la Russie comme un allié des États-Unis, un chiffre
deux fois supérieur à celui recensé quatre
ans plus tôt. Cette foi en la Russie donne
la mesure des bouleversements internes
au sein du Grand Old Party (GOP, républicain), traditionnellement peu amène
vis-à-vis de l’ancien ennemi de la guerre
froide. Elle bat aussi en brèche les avertissements répétés de la communauté du
renseignement, pour qui la Russie reste
l’adversaire géopolitique numéro un, de
la Syrie à la Corée du Nord, en passant
par l’Iran et les risques renouvelés d’ingérence durant les élections parlementaires de mi-mandat, le 6 novembre.
Jeudi, Moscou a réagi avec virulence
aux mesures américaines. « Nous
considérons comme absolument inacceptable l’annonce de nouvelles restrictions
en lien avec l’affaire de Salisbury et les
considérons comme illégales, a déclaré le
porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Nous démentons encore une fois de
la manière la plus catégorique toutes les
déclarations sur une quelconque implication de la Russie. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 10 août 2018
INTERNATIONAL
Les Grünen voient la vie en rose
EN BREF
L’opposant Julio Borges se
dit en sécurité en Colombie
Les Verts allemands,
s’étant recentrés
avec un nouveau
leader, ont retrouvé
un élan politique.
JULIAN STRATENSCHULTE/DPA/PICTURE-ALLIANCE
L’ex-président du Parlement
vénézuélien Julio Borges a dit
mercredi se sentir « en sécurité »
en Colombie, considérant que
le mandat d’arrêt prononcé
à son encontre à Caracas
n’existait « pas légalement ».
VIOLETTE BONNEBAS £@VioBonnebas
BERLIN
ALLEMAGNE La tête de liste des écologistes bavarois a le sourire. « Le moral
est très bon », reconnaît Katharina
Schulze, entre deux meetings de campagne. « Nous venons de passer le cap
des 10 000 membres en Bavière, c’est du
jamais-vu ! » Ce n’est pas son seul motif
de contentement : les Grünen sont crédités de 16 % d’intentions de vote à
quelques semaines des élections régionales. Une petite sensation pour un
parti habitué à jouer les figurants dans
la région la plus conservatrice d’Allemagne. Si les sondages devenaient réalité le 14 octobre, les Verts deviendraient la deuxième force régionale,
derrière les conservateurs de la CSU, et
devant le parti d’extrême droite AfD.
Mais surtout, loin devant les sociauxdémocrates du SPD, qui chuteraient de
20,6 % à 11 %.
Cette popularité inédite en Bavière
reflète une tendance nationale. Les mines défaites des écologistes allemands
après l’échec des négociations pour entrer au gouvernement d’Angela Merkel
ne sont plus qu’un mauvais souvenir.
Neuf mois plus tard, les Grünen ont retrouvé des couleurs avec un programme rénové, incarné par une nouvelle
génération de cadres. À leur tête, Robert Habeck, quadragénaire au style
décontracté, surnommé « la superstar
des écologistes » par la presse allemande. Le charismatique ministre de l’Environnement du Schleswig-Holstein,
dans le nord du pays, n’a pas hésité à
intégrer une coalition, à première vue
contre-nature, avec les conservateurs
et les libéraux du FDP.
7
Robert Habeck (ici, en janvier à Hanovre) s’inspire du Canadien Trudeau pour transformer les Verts, en « parti de gouvernement ».
Issu de l’aile droite des Grünen, ce
docteur en philosophie, père de quatre
enfants, revendique « la fin d’un parti de
protestation au profit d’un parti du gouvernement » bâti sur deux piliers : l’environnement et la justice sociale. Il dit
s’inspirer du premier ministre canadien,
Justin Trudeau, qui a trouvé, selon lui,
« un discours dans lequel tous les milieux
peuvent se retrouver ». Désormais, les
Verts allemands ne ciblent plus seulement les étudiants, les catégories aisées
et les professions intellectuelles. Moins
de « veggie-days », plus d’État-providence : leur programme prévoit un investissement massif dans le logement
social, l’augmentation du salaire minimum ou encore la fin de l’allocationchômage controversée « Hartz IV ».
Devenir une force motrice
Les Verts ne veulent plus être un parti
d’appoint, mais une force motrice alors
que l’échiquier politique allemand se
recompose sous la poussée de l’extrême
droite. Au Bundestag, ils sont devenus
les premiers contradicteurs de l’AfD.
Cela semble leur réussir : au niveau na-
tional, ils enregistrent 15 % d’intentions de vote, trois points seulement
derrière le SPD, à son plus bas historique. Résultat, « ils sont devenus le principal concurrent du SPD au centre gauche, analyse le politologue Oskar
Niedermayer. En se décomposant peu à
peu, le parti social-démocrate laisse de la
place aux écologistes, qui parviennent à
la prendre de façon habile. » Là où le
SPD tergiverse, les Verts ont clos les
débats internes pour proposer une ligne
claire, qu’il s’agisse de la transition
énergétique, des retraites ou de l’accueil des réfugiés.
Les questions de sécurité sont au
cœur de cette nouvelle stratégie. En
Bavière, Katharina Schulze n’est pas
tête de liste par hasard. Experte en politique intérieure, elle est favorable à un
renforcement des effectifs et des
moyens de la police. Une position qui
ferait bondir les fondateurs de son parti, mais assumée : « La sécurité est depuis longtemps un sujet important pour
nous, mais ce n’était pas aussi clairement exprimé jusqu’ici, explique Robert
Habeck. Cela doit changer. » Et per-
mettre aux Verts des coalitions avec le
centre droit, comme c’est le cas dans le
Bade-Wurtemberg depuis deux ans.
« Avec le déplacement vers la droite du
centre de gravité de la scène politique, il
n’y a objectivement plus de majorité possible à gauche », expliquait récemment
Jürgen Trittin, ancien ministre écologiste de Gerhard Schröder.
Pour le chef de l’institut d’études
d’opinion Forsa, Manfred Güllner, « de
nombreux électeurs du centre votaient
auparavant pour les chanceliers sociaux-démocrates, Helmut Schmidt, Gerhard Schröder. Mais aujourd’hui, il n’y a
plus personne au SPD qui les fidélise. Robert Habeck fait figure d’alternative. Les
courbes des deux partis pourraient bientôt se croiser », pronostique-t-il dans la
Osnabrücker Zeitung. En 1998, à l’aube
d’une coalition rouge-verte, Gerhard
Schröder avait défini précisément les
places de chacun des deux partis avec
cette expression restée célèbre : « Le
plus grand, c’est le chef cuisinier, le plus
petit, c’est le serveur. » À l’époque, c’est
le SPD, du haut de ses 40 %, qui portait
la toque. ■
Bachelet à la tête des droits
de l’homme de l’ONU
Le secrétaire général des Nations
unies Antonio Guterres a nommé
mercredi l’ancienne présidente
du Chili Michelle Bachelet
à la tête du Haut-Commissariat
aux droits de l’homme,
en remplacement du Jordanien
Zeid Raad al-Hussein, critique
acerbe du président américain
Donald Trump.
Une première musulmane
élue au Congrès américain
Rashida Tlaib, fille d’immigrés
palestiniens arrêtée il y a
deux ans pour avoir perturbé
un discours de Donald Trump,
est entrée dans l’histoire
mercredi en s’assurant de
devenir la première musulmane
élue au Congrès américain.
La Zambie renvoie chez lui
un opposant au Zimbabwe
Les autorités zambiennes ont
expulsé jeudi vers le Zimbabwe
l’opposant zimbabwéen Tendai
Biti, dont le parti conteste
les résultats de la présidentielle,
passant outre une décision de
justice interdisant son expulsion.
Le séisme à Lombok a tué
au moins 319 personnes
Le bilan du séisme à Lombok,
secouée par une violente
réplique jeudi, ne cesse de
s’alourdir et s’élève désormais à
319 morts sur l’île indonésienne
où des zones dévastées restent
hors d’accès pour les secours.
Plus d’un millier d’habitants
ont été gravement blessés
et quelque 270 000 personnes
ont été déplacées.
Russie : l’état de santé
de Sentsov se détériore
Le cinéaste ukrainien emprisonné en Sibérie
est en grève de la faim depuis 89 jours.
MOSCOU
RUSSIE Condamné en 2015 à 20 ans
de prison par un tribunal militaire
russe pour « organisation et participation à un groupe terroriste », Oleg
Sentsov entame aujourd’hui sa 89e
journée de grève de la faim, réclamant la libération de 70 prisonniers
politiques qui selon lui sont détenus
en Russie.
Sa cousine Galina Kaplan, qui vit en
Ukraine, signalait mercredi sur sa
page Facebook : « Les choses ne vont
pas mal, elles vont catastrophiquement
mal. Oleg m’a fait passer une lettre à
travers son avocat : il ne se lève pratiquement plus. Il écrit que la fin est proche, et il ne parle pas de libération. Il
demande si quelqu’un s’intéresse encore
à sa grève de la faim car il ne reçoit pas
de lettres, aucune ! »
Très isolé et recevant très rarement
des visites, le cinéaste, père de deux
enfants, purge sa peine dans la colonie
pénitentiaire Ours blanc, située dans la
ville de Labytnangui, dans le Grand
Nord russe.
Mardi, son avocat russe Dmitri
Dinze signalait juste après avoir rendu visite à son client que Sentsov
souffre de problèmes cardiaques. Son
pouls serait descendu à 40 battements par minute, son taux d’hémoglobine serait très bas, entraînant
une anémie.
A
contrario,
les
autorités
pénitentiaires russes qualifient son
état de santé de « satisfaisant ». Un
communiqué de presse publié mardi
par le service de presse de la région de
Yamalo-Nenets signale que « le
condamné Sentsov se trouve sous l’observation permanente du personnel médical [de sa prison] […] les résultats de
l’examen pratiqué le 6 août n’ont détecté aucune dégradation de son état de
santé. »
À Kiev, la déléguée des droits humains de la Rada (Parlement ukrainien) Lioudmila Denisova a interpellé
mercredi son homologue russe Tatiana
Moskalkova pour lui signifier que Kiev
est prêt à « négocier à n’importe quelle
condition l’échange de Sentsov ».
Mais la situation apparaît bloquée.
En juin, Vladimir Poutine a refusé
d’échanger Oleg Sentsov contre un
journaliste russe emprisonné par
Kiev.
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Appel de Macron
La mère du cinéaste a écrit le 22 juin
une lettre au président russe lui demandant de gracier son fils, mais cette missive n’a été « enregistrée »
qu’hier, soit un mois et demi plus
tard, par l’administration présidentielle russe.
Entre-temps, le porte-parole du
Kremlin Dmitri Peskov avait de toute
façon énoncé la position du président,
qui exige que la demande de grâce
vienne de Sentsov lui-même. Ce dernier refuse de s’y plier, car il se considère innocent, rappelle son avocat
Dmitri Dinze.
Si la grève de la faim d’Oleg Sentsov devait avoir une issue dramatique, l’image de la Russie serait à nouveau
sérieusement
écornée.
Emmanuel Macron devrait évoquer
ce vendredi lors d’un entretien téléphonique avec Vladimir Poutine la situation du cinéaste a fait savoir jeudi
l’Élysée.
En 2015, l’Union européenne avait
affirmé que son procès violait le droit
international et le département d’État
américain avait dénoncé un « clair
déni de justice ». ■
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EMMANUEL GRYNSZPAN
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 10 août 2018 LE FIGARO
SOCIÉTÉ
Les bases
de loisirs luttent
contre la petite
délinquance
Avec la canicule, les « îles » ont vu leur
fréquentation exploser en Île-de-France.
Elles tentent de mettre fin aux incivilités.
ANTOINE PELÉ £@antoine_pele
SÉCURITÉ Un « mauvais regard »
aurait tout déclenché. Mardi soir, une
rixe a éclaté devant la base de loisirs
de Torcy (Seine-et-Marne). Près de
cent jeunes se sont affrontés, selon la
police, qui a dû intervenir pour disperser la foule. Une bagarre qui a éclaté alors que les autorités se mobilisent,
depuis quelques années, pour éradiquer la petite délinquance de ces lieux
de baignade.
En région Île-de-France, 12 « îles de
loisirs » accueillent chaque année près
de 6 millions de visiteurs à la recherche d’un peu de fraîcheur. Avec une
telle affluence, chaque base de loisirs a
mis en place des dispositifs de sécurité
afin de lutter efficacement contre les
incivilités. La région, propriétaire de
ces lieux de détente, a investi 1,5 million d’euros pour la sécurité, contre
1,4 l’an dernier. Dans un courrier envoyé aux bases de loisirs, la région, par
la voix de sa présidente, Valérie Pécresse, et de son vice-président, Patrick Karam, fait de la sécurité une
« priorité absolue ». Incivilités, délinquance, mais aussi actes de terrorisme
ou accidents de baignades veulent être
évités.
Cette augmentation de budget a notamment permis à la base de loisirs de
Cergy-Pontoise (Val-d’Oise) de revoir toute l’organisation de sa sécurité. « Nous avons des agents de préLa base de loisirs de Vaires-Torcy, en Seine-et-Marne, théâtre d’une bagarre ayant impliqué une centaine de jeunes mardi soir.
vention sur les plages, un contrat avec
une agence de sécurité et une brigade
de la police nationale qui patrouille »,
Aux Boucles-de-Seine (Yvelines),
Cependant, toutes les bases de loisirs
raconte Fabien Franc, responsable
le directeur, Wilfried Diedrich, se réreconnaissent que le « taux zéro » de
sport, secours et sécurité de l’île de
jouit. « Le mois de juillet a été très caldélinquance n’existe pas. « On ne vit
loisirs. La base accueille plus de
me, explique-t-il. Mais on reste très
pas dans le monde des bisounours », reTariq Ramadan maintenu
20 000 vacanciers lors des week-ends
vigilants, notamment face aux groupes
connaît Fabien Franc. En effet, des déen détention provisoire
de forte chaleur.
les plus agités qui viennent d’ailleurs »
gradations subsistent. Grillages abîIncarcéré depuis le 2 février pour
L’île de Cergy-Pontoise a donc inen Ile-de-France. Il peut compter sur
més, barrières forcées, baignades saule viol présumé de deux femmes,
vesti dans les nouvelles
l’aide de la gendarmerie,
vages… « Les premières personnes à
l’islamologue Tariq Ramadan
technologies : une centaiqui dispose d’une brigade
éduquer, ce sont les parents et les encaest maintenu en détention
ne de caméras de suren VTT. « Elle patrouille
drants, qui oublient parfois leurs resprovisoire sur décision de la cour
veillance ont été installées
lorsque l’on en a besoin. Le
ponsabilités », confie la direction de
d’appel de Paris. En effet, celle-ci
en deux ans et un drone
seul défaut, c’est que, loin
l’île de Cergy-Pontoise.
a rejeté mercredi la deuxième
vient désormais compléter
de tout, le temps d’interEn 2016, le bilan de la région Île-dedemande de mise en liberté
l’équipement. « Cela pervention est long. Au moins
France était particulièrement alardéposée le 19 juillet par la défense
met aux policiers de réqui15 minutes si l’on doit
mant : manque de moyens répressifs,
de Tariq Ramadan, d’après l’AFP.
en moins,
sitionner les images en cas
avoir recours aux forces
impuissance des agents de sécurité,
C’est donc la deuxième fois
à l’île de loisirs
de besoin », explique le
de l’ordre », reconnaît le
très nombreuses dégradations du madepuis mai que l’intellectuel se
de Cergy-Pontoise
responsable de la sécurité.
directeur.
tériel… Une situation qui semble se
voit refuser sa demande de mise
cette année
La base de loisirs jouit déPour le ministère de
résorber, au grand plaisir des baien liberté justifiée par son état de
sormais d’un label (« Sél’Intérieur, nul besoin
gneurs, de retour sur les plages, sursanté. Le maintien en détention a
curi-site ») qui permet de renforcer sa
d’aller plus loin dans la protection de
tout en cette saison caniculaire. « La
été légitimé, selon les juges, par
protection. « Un dispositif efficace, reces sites : « Ce ne sont que des bases de
fréquentation 2018 va battre un record.
le report au 18 septembre d’une
connaît la direction, car depuis 2016,
loisirs. La présence policière permanenCet été est très bon », reconnaît-on à
confrontation initialement
les incivilités ont baissé de près de
te n’est pas l’objet de ces lieux. Ces étaCergy-Pontoise. L’année dernière,
prévue le 18 juillet entre l’accusé
80 %. Nous avons une vraie maîtrise de
blissements peuvent toutefois demander
plus 1,5 million de visiteurs avaient
et sa deuxième accusatrice,
la situation. »
des patrouilles régulières. »
été accueillis. ■
surnommée « Christelle ».
ZOOM
80 %
d’incivilités
L’enterrement
écologique
progresse en France
Au cimetière de Montparnasse, à Paris,
pendant la Toussaint.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Des cercueils biodégradables, moins de soins
de conservation… Ce genre de funérailles attire
de plus en plus. Les sociétés de pompes funèbres
tâchent de s’adapter.
ALICE SANGOUARD £@alicesangouard
ENVIRONNEMENT Un cercueil qui se
décompose naturellement, une urne
biodégradable… Et si l’on pouvait
choisir d’être enterré de façon écologique ? C’est la nouvelle tendance qui
émerge en France, dans la lignée de ses
voisins européens et de l’Australie. Le
but : limiter la pollution de l’air et des
sols, liée aux émissions lors de la crémation, au traitement du bois des cercueils et aux techniques de conservation des corps.
Et pour cause : les dépouilles sont
souvent embaumées selon la pratique
de la thanatopraxie. Importée des
États-Unis dans les années 1960, elle
consiste à injecter dans le corps 8 à
10 litres de produits chimiques, comme le formol, pour ralentir le processus de décomposition. De fait, lors de
la crémation ou de l’enterrement, ils
contaminent l’air par l’émission de
particules fines, ou le sol et l’eau en
s’infiltrant dans la terre. Avec près de
800 000 décès prévus pour 2020 en
France contre seulement 600 000 en
2017, des alternatives plus naturelles
se développent. « Les jeunes générations sont particulièrement réceptives à
des nouvelles formes d’adieux, affirme
Brigitte Lapouge-Déjean, coauteure du
livre Funérailles écologiques. Pour des
obsèques respectueuses de l’homme et
de la planète. À une époque où la mémoire est informatique et intangible,
avoir un lieu plus naturel où retrouver
ses racines et un lien familial est très
important. »
Ce public cherche un retour à la terre dans la simplicité. « Je souhaitais
quelque chose de sobre avec un minimum d’impact sur l’environnement »,
explique Lætitia Royant, auteure du
guide Je veux des funérailles écologiques !. Elle a elle-même déjà préparé
les siennes de cette manière. La
conjoncture économique joue aussi un
rôle dans le choix d’obsèques écologi-
“
Je souhaitais quelque
chose de sobre avec
un minimum d’impact
sur l’environnement
”
LÆTITIA ROYANT, AUTEURE DU GUIDE
« JE VEUX DES FUNÉRAILLES ÉCOLOGIQUES ! »
ques. Isabelle Plumereau, directrice
associée dans l’entreprise de pompes
funèbres L’Autre Rive, à Paris, explique que « les gens font attention à ne
pas surconsommer, à ne pas prendre de
prestations très chères. Par ricochet, on
arrive à des perspectives écologiques ».
En effet, ce type de funérailles peut ne
pas dépasser les 2 000 €, contre
4 000 € en moyenne pour un enterrement traditionnel en 2017 d’après une
étude UFC-Que choisir. Pour Michel
Kawnik, président fondateur de l’Afif
(Association française d’information
funéraire), « la thanatopraxie coûte entre 400 et 600 € et n’est pas nécessaire : le formol est un poison ».
Pourtant, selon Lætitia Royant, « le
mot “écologique” est souvent mal vu.
Certains crématoriums n’acceptent
d’ailleurs pas les cercueils en carton,
bien qu’ils y soient tenus par la loi ».
C’est ce que soutient également Michel Kawnik, pour qui certaines sociétés de pompes funèbres « refusent
des obsèques moins onéreuses qui leur
rapportent moins ». Pour autant,
OGF, premier groupe français de services funéraires, se met à la page.
Après avoir réalisé deux études qualitatives en 2015-2016 sur les attentes
des familles des défunts, il n’utilise
plus de produit formolé et a développé une nouvelle gamme « nature »,
dont les cercueils, conçus avec des
bois peu traités, sont recouverts de
vernis mats.
« En cours de déploiement dans nos
1 100 points de vente, cette gamme fonctionne très bien, les familles sont très réceptives, d’après nos conseillers », affirme Camille Soustra, directrice de la
communication du groupe. S’adapter à
ces nouvelles demandes reste cependant plus compliqué pour les petites
entreprises de pompes funèbres, qui
ne disposent pas des mêmes moyens.
Pour multiplier le nombre d’enterrements écologiques, des initiatives
locales voient le jour. Edileuza Gallet,
psychanalyste à Bordeaux, organise
avec son association Syprès des « Cafés
mortels » pour échanger autour des
différentes manières d’aborder les obsèques d’un proche. « Les gens veulent
se voir proposer des alternatives comme
le retour à la nature », affirme-t-elle.
Son projet vise à désopacifier les pratiques d’un monde funéraire qu’elle juge
« très conservateur » et basé « sur des
modèles anciens ». ■
et
titia Gay
A
k-end
le 6/9 du wee
Retrouvez tous les samedis
di à 8h45 «la
l TTribune
ib
des critiques»
d
ii
avec un journaliste du quotidien
FACEBOOK ÎLE DE LOISIRS DE VAIRES-TORCY
8
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 10 août 2018
SOCIÉTÉ
9
La sécheresse
frappe de nombreux
agriculteurs en France
Selon le dernier relevé du ministère de la Transition écologique,
45 départements sont concernés par des restrictions d’eau,
soit 9 de plus que le 6 août.
ÉRIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
AGRICULTURE Même si les pluies de ces
derniers jours ont apporté un peu d’humidité dans les sols de France, il faudra
nettement plus de précipitations, dans
certaines régions, pour reverdir les prairies et procurer de l’herbe fraîche aux
vaches. Certaines cultures, comme le
maïs servant à nourrir le bétail, sont déjà
grillées quand elles ne sont pas irriguées.
« La canicule a perturbé la floraison et les
épis contiennent très peu de grains », remarque Christiane Lambert, présidente
de la FNSEA (Fédération nationale des
syndicats d’exploitants agricoles), ellemême agricultrice en Maine-et-Loire,
un territoire touché par le manque d’eau
comme de nombreux autres en France.
Au total 45 départements, soit neuf de
plus que le 6 août, sont concernés par des
restrictions d’eau, selon le dernier relevé
du ministère de la Transition écologique.
Ils sont situés majoritairement au nord
d’une
ligne
Bordeaux-Chambéry.
« L’hiver et le printemps 2018 ont été propices aux rechargements des nappes
d’eaux souterraines. Mais les fortes chaleurs et le manque de pluie des six dernières semaines ont entraîné la baisse des niveaux de ces nappes et des cours d’eau,
indique une porte-parole du ministère
de la Transition écologique. Dans ces départements, les préfets ont mis en place
des mesures de limitation des usages de la
ressource en eau, allant des réductions à
des arrêts de prélèvement d’eau pour
l’agriculture mais aussi pour les particuliers. » Exemple : le préfet de la Mayenne
a pris ce jeudi les premières mesures de
restrictions d’usage de l’eau de la saison.
L’irrigation agricole a été interdite entre
10 heures et 20 heures dans le sud du département.
Mais la majorité des agriculteurs français travaillent à ciel ouvert et dépendent des caprices de la météo. Ils n’arrosent pas leurs cultures. Les dernières
précipitations viennent donc regonfler
leur moral, même si elles restent nettement insuffisantes. « Je n’espérais plus la
pluie, nous n’en avions pas eu depuis deux
mois, avoue Emmanuel Hyest, agriculteur dans le Vexin normand, près de Gisors, content de voir que son pluviomètre affichait 48 millimètres jeudi midi. Il
faudrait autant de précipitations pour
sauver la récolte de maïs. Un voisin a récolté le sien le 7 août. C’est la première fois
de ma vie de paysan quinquagénaire que je
vois cela. Même lors de la sécheresse de
1976, cela ne s’était pas produit. »
Déjà les cultures de blé avaient fortement souffert de la première vague de
chaleur début juillet. Dans certains territoires céréaliers, réputés être le grenier à
blé de la France comme la Beauce, le
nord du Bassin parisien ou la HauteNormandie, les rendements sont en
chute libre. « Cela fait bien longtemps que
je n’avais pas fait de si mauvaises moissons, les rendements baissent de 10 %, et
c’est pire dans l’Eure-et-Loir voisine »,
déplore Emmanuel Hyest, également
président de la FNSafer (Fédération nationale des sociétés d’aménagement
foncier et d’établissement rural).
Pénurie de fourrage
La France n’est pas la seule à vivre cette
situation dramatique pour ses agriculteurs. Les pays du nord de l’Europe sont
plus fortement impactés. « L’Allemagne,
deuxième producteur européen de blé derrière l’Hexagone, a réalisé sa plus faible
production céréalière depuis vingt-quatre
ans à cause de la sécheresse, commente
Michel Portier, directeur d’Agritel, cabinet de gestion de risques des prix agricoles à Paris. La France limite les dégâts
avec une chute de 6,6 % de sa moisson. »
Conséquence directe : les cours du blé
sur les marchés internationaux ont augmenté de 25 % en un an, à près de
212 euros la tonne jeudi.
En revanche, pour les éleveurs laitiers, la situation est difficile à vivre.
« C’est le Sahel, nos herbages sont grillés,
nous sommes obligés d’entamer les stocks
de foin de l’hiver, confie Yannick
Bouillis, éleveur de vaches dans la baie
du Mont-Saint-Michel, en Ille-et-Vilaine. Nous avons essayé d’acheter de la
paille ailleurs, mais les négociants n’en
ont plus à vendre. » Effectivement, « les
éleveurs belges, hollandais ou suédois
viennent acheter de la paille en France,
créant une pénurie sur le marché, précise
au Figaro Christiane Lambert. Nous demandons aux agriculteurs de faire preuve
de solidarité. »
En Picardie, certains céréaliers ont
anticipé ce manque de fourrage, évitant
de broyer la paille à la moisson. « Ils
l’échangent aujourd’hui contre du fumier
pour leur terre à des éleveurs qui en ont
besoin », explique Luc Smessaert, éleveur dans l’Oise. ■
Des pieds de maïs victimes du manque d’eau à la Breille-les-Pins (Maine-et-Loire),
un département où sévit la sécheresse. JEAN-FRANCOIS MONIER/AFP
La canicule accélère le début des vendanges
dans plusieurs régions viticoles
LUC-ANTOINE LENOIR £@luc_lenoir
FITOU, dans l’Aude, a été mardi le premier vignoble de France à ouvrir le bal
des vendanges, avec la récolte des muscats. Rien d’exceptionnel pour cette appellation qui bénéficie d’un microclimat
propice à une maturation rapide. La
surprise vient d’autres appellations
françaises qui, à la suite des récentes canicules, vont aller cueillir leurs raisins
avec jusqu’à un mois d’avance sur la
date habituelle.
À la suite d’un hiver pluvieux et d’une
chaude fin de printemps, la prochaine
vendange en Champagne devrait ainsi
avoir quinze jours d’avance sur les rythmes normaux. Thibaut Le Mailloux, du
Comité Champagne, constate « un cycle
végétatif en avance de deux semaines »,
plaçant la récolte à venir « parmi les plus
précoces de l’histoire » de la région. Une
avance qui s’inscrirait dans une tendance récente : « il n’y avait pas eu de vendanges au mois d’août depuis 1822. Mais
depuis 2003, cela a eu lieu à quatre reprises », indique-t-il. Le ban des vendanges, qui ouvre officiellement la période
des récoltes, reste fixé au 22 août, même
si des dérogations sont possibles lorsqu’un viticulteur constate une maturation suffisante. Thibaut Le Mailloux souligne que les prochains jours vont être
déterminants, avec deux options possibles : « Soit la canicule revient et les vignes, en situation de stress hydrique, vont
commencer à ralentir leur maturation,
soit les pluies éparses continuent, la maturation reprend et le raisin est rapidement prêt, pour une vendange superbe. »
Un très bon millésime
Dans le Berry, région dans laquelle on
produit notamment les vins de Sancerre, Menetou-Salon ou Valençay, les
vendanges auront aussi parfois un mois
d’avance. Auprès de France Bleu Berry,
le vigneron Sébastien Vaillant, président de la cave viticole de Valençay, expliquait mercredi que la maturation « a
déjà commencé, plus de la moitié des
grains sont déjà bien colorés ». Le cultivateur s’attend à « un très bon millésime,
avec des tanins plus souple et plus
soyeux ». En Alsace enfin, les récoltes
devraient commencer aux alentours du
20 août pour les crémants et auront en
moyenne deux semaines d’avance.
Pour d’autres zones viticoles, les
épisodes caniculaires récents ne vont
pas précipiter les vendanges mais au
contraire, rattraper le retard des derniers mois. C’est le cas du Bordelais,
qui devrait connaître des vendanges
normales, selon Christophe Chateau
du Conseil interprofessionnel des vins
de Bordeaux : « Les vignes ont souffert
à cause des intempéries du printemps,
la période chaude et sèche des derniers
jours a permis de sécher les moisissures
de mildiou et de rattraper le retard de
maturation. »
Reste désormais pour les exploitants à
trouver des vendangeurs disponibles et
en nombre suffisant, alors que les pénuries de travailleurs deviennent problématiques. ■
EN BREF
Melun : l’IGPN saisie après
des tirs policiers
Un jeune homme de 18 ans a été
grièvement blessé par des tirs
de la police après avoir menacé
des fonctionnaires avec un
couteau, dans la nuit de mercredi
à jeudi, à Melun. Son pronostic
vital est engagé. Le parquet a saisi
la « police des polices ».
Deux enfants soupçonnés
d’actes de malveillance
sur une voie ferrée
Deux enfants de 9 et 11 ans ont été
interpellés mercredi soir,
soupçonnés d’actes
de malveillance sur une voie
ferrée en Gironde.
Fortes pluies dans le Gard :
un Allemand porté disparu
Un Allemand de 70 ans,
qui participait à l’encadrement
d’une colonie de vacances,
est porté disparu à Saint-Juliende-Peyrolas (Gard). Sa caravane
a été emportée à la suite
de la brusque montée des eaux
de l’Ardèche.
« Mon chien, c’est la condition de mon autonomie »
que, mais il est aussi primordial que l’ensemble du personnel, du vigile au gérant,
soit formé. Or, dans ce cas, le commerçant n’était pas bien renseigné. Nous demandons simplement que ces professionnels sachent comment réagir lorsqu’ils
sont amenés à accueillir ces publics avec
différents handicaps, moteurs comme
psychiques », explique Patrice Tripoteau, directeur général adjoint de l’Association des paralysés de France.
HANDICAP C’est un buzz dont Kévin
Fermine se serait bien passé. Dans une
vidéo vue plus de 800 000 fois sur Twitter, ce jeune homme apparaît en fauteuil roulant, accompagné de son chien
d’assistance et se voit refuser l’entrée
d’un magasin Carrefour, à Toulouse. Le
motif invoqué ? Des précautions d’hygiène. Malgré les explications de Kévin,
malgré un appel infructueux à la police,
le gérant du magasin n’en démord pas.
Indignation, incompréhension, colère :
les réactions ne se font pas attendre
après la publication de ces images le
4 août dernier. « Certains internautes
m’ont reproché de vouloir faire le buzz.
Non, je veux simplement faire respecter
la loi », rapporte le Toulousain de 27 ans
au Figaro. Et cette loi, en date du 11 février 2005, tient en quelques lignes, articles 53 et 54 : « L’accès […] aux lieux
ouverts au public est autorisé aux chiens
guides d’aveugle et d’assistance. » Pour-
ÉRIC CABANIS/AFP
CLOTILDE COSTIL £@ClotildeCostil
Kévin Fermine et Djembe, son chien d’assistance, dans une gare près de Toulouse.
tant, dans bon nombre de ces lieux, restaurants, commerces de bouche, administrations, cette obligation légale est
encore méconnue. À l’association Handi’chiens, qui a formé depuis 1989 plus
de 2000 chiens d’assistance, une dizai-
ne de formulaires de signalement, mis à
disposition des bénéficiaires, sont reçus
tous les mois. Ce sont autant de personnes refoulées régulièrement dans leur
quotidien. « Certes, il est nécessaire de
mettre l’accent sur l’accessibilité physi-
Des animaux très éduqués
« Peu de personnes savent en effet que
nos chiens sont éduqués pendant deux
ans à recevoir plus de cinquante commandes. Ils sont propres au point qu’on
leur brosse les dents régulièrement », indique Jean Pérez, responsable Mécénat
Handi’chiens.
Membre de cette association, Ève,
elle aussi en fauteuil roulant, a fait les
frais, à plusieurs reprises, de cette méconnaissance. Il y a quelques mois, elle a
dû insister pour monter dans un bus de
la RATP. « Le conducteur m’a vue avec
mon chien et il a refusé de sortir la rampe
pour que je puisse monter. Je lui ai présenté ma carte d’invalidité : il m’a répondu qu’il n’en avait rien à faire. Alors qu’il
refermait la porte, prêt à repartir, je suis
descendue du trottoir avec mon fauteuil
et je me suis positionnée devant le bus
jusqu’à ce qu’il accepte de bien vouloir
m’ouvrir ses portes. Choquée, j’ai fait
plusieurs malaises en arrivant à l’université. ». Des récits comme celui-ci, les
personnes accompagnées de chiens
d’assistance en racontent des dizaines.
Comme cette femme qui avait réservé
une chambre d’hôtel à Bourges et qui a
dû trouver une solution de repli à la
dernière minute parce que la direction
de l’hôtel « n’aimait pas les chiens »,
pouvait-on déjà lire en 2016 dans Le
Berry républicain. « C’est fatigant de devoir se battre pour faire valoir nos droits
et être considérés comme de véritables
citoyens. Mon chien est la condition de
mon autonomie. J’aimerais que cette affaire permette de donner l’exemple », espère Kévin. ■
A
S’étant vu refuser l’entrée dans un magasin avec son animal, un jeune homme dénonce le lot quotidien de personnes en fauteuil.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 10 août 2018 LE FIGARO
10
SPORT
LA L1 VA-T-ELLE
SURFER SUR L’EUPHORIE
DU MONDIAL ?
OUI Sacrée championne du monde
le 15 juillet dernier, l’équipe
de France peut emmener la Ligue 1 dans
son sillage. Avec notamment un public plus
nombreux dans les stades, comme après
1998. À l’époque, l’affluence moyenne avait
augmenté de 5 000 spectateurs par
rapport à l’année précédente. Déjà élevée,
avec 22 525 spectateurs en moyenne
la saison dernière, elle pourrait ainsi battre
le record de 2000-2001 (22 901). Un titre
planétaire qui pourrait également amener
plus de spectacle. Dans la foulée
du précoce et talentueux Kylian Mbappé,
la L1, proclamée « Ligue des talents », peut
espérer améliorer le record de buts de la
saison dernière (1 033, soit une moyenne
de 2,72 buts par match).
TUCHEL FERA-T-IL
MIEUX QU’EMERY ?
NON Thomas Tuchel devra cravacher
pour voir son Paris Saint-Germain faire
mieux que celui d’Unai Emery la saison
passée en championnat de France.
Certes, le titre lui est promis. Mais pour
le reste, le PSG cuvée 2017-18 a inscrit
146 buts, dont 104 en Ligue 1 et 82
toutes compétitions confondues
au Parc des Princes. Les Rouge et Bleu
auraient pu encore mieux faire sans
la blessure de Neymar et si la plupart
des joueurs n’avaient pas eu la tête
ailleurs en fin de saison, Coupe
du monde oblige. Cette fois, ils devront
à la fois digérer les méthodes de leur
nouvel entraîneur et l’après-Mondial.
Quelques points pourraient donc filer
en attendant que la mécanique
tourne… Idem en cas de parcours
prolongé en Ligue des champions.
TEDDY VADEEVALOO
LA BELLE MÉCANIQUE
DE MONACO PEUTELLE S’ENRAYER ?
OUI À force de vendre ses meilleurs
éléments à prix d’or et de miser
exclusivement sur de très jeunes pousses
à fort potentiel en vue d’une belle plusvalue à la revente, Monaco s’expose à un
sévère retour de bâton. Leonardo Jardim
est un excellent technicien. Mais ce
n’est pas un magicien. Du milieu de terrain
champion de France en 2017, il ne reste
plus rien ! Après Bakayoko, Bernardo Silva
et Dirar il y a un an, Moutinho, Fabinho
et Lemar ont quitté la Principauté cet été.
Alors certes, les caisses du club sont
pleines, mais Jardim doit tout reconstruire
dans un secteur ô combien important.
Le Trophée des champions face à un PSG
bis (0-4) a d’ailleurs déjà laissé apparaître
des failles inquiétantes.
Ligue 1 : dix questions
pour une saison
Moins d’un mois après le sacre
mondial des Bleus, le championnat
de France reprend ses droits
ce vendredi. Avec un leitmotiv :
tous à la poursuite du
Paris SG, tenant du titre, son
nouvel entraîneur et ses stars
Neymar, Mbappé et Buffon.
BUFFON SERA-T-IL
LE NUMÉRO 1
DANS LES BUTS
PARISIENS ?
OUI (et non) À l’heure où les gardiens
de but s’échangent à prix d’or (Courtois,
Kepa, Alisson…), le Paris Saint-Germain
a mis le grappin sur Gianluigi Buffon
sans débourser un kopeck. En tout cas,
le légendaire portier italien (40 ans,
176 sélections) arrive dans
la capitale sans indemnité
de transfert. Et a priori comme
numéro 1. S’il reste à Paris,
le jeune champion du
monde Alphonse Areola
devra peut-être faire
banquette lors
des plus grosses
affiches de Ligue
des champions.
Mais il devrait avoir
de quoi s’occuper en Ligue 1
et dans les Coupes. Quitte
à jouer plus que Buffon
C. R.
au final…
T. BRETON/PANORAMIC
VIEIRA,
PREMIÈRE
RÉUSSIE SUR
LE BANC
EN EUROPE ?
OUI Ancien capitaine d’Arsenal, mais
surtout champion du monde et d’Europe
avec l’équipe de France en 1998
et 2000, Patrick Vieira va se servir
de sa grande expérience pour
maintenir l’OGC Nice dans
la première partie
de tableau. Régulier
depuis quelques saisons
sous Puel puis Favre,
le club azuréen veut poursuivre son
ascension avec l’ancien coach des
U21 de Manchester City puis de New
York City. Pour le président JeanPierre Rivère, « l’objectif est
de continuer à faire grandir le club »
avec le joueur formé à Cannes, non
loin de Nice. Il cherchera à imiter
ses anciens coéquipiers,
Zinédine Zidane ou Laurent Blanc,
convaincants dès leur première
véritable expérience en Europe. T. V.
Radamel Falcao.
N. SCANELLA/PANORAMIC
NON Pas tout de suite en tout cas. Car si M6, le
propriétaire des Girondins de Bordeaux, a bien
annoncé fin juillet être entré « en négociations
exclusives avec le fonds d’investissement
américain General American Capital Partners
(GAPC) pour la cession à 100 % » du club,
la vente ne sera effective qu’à l’automne
prochain. Cette saison, Bordeaux ne vise
pas mieux qu’« une qualification en Ligue
Europa », dixit le président Stéphane Martin.
Des ambitions mesurées à la hauteur
d’un mercato… au point mort avec, pour l’heure,
une seule arrivée : l’ailier nigérian Samuel Kalu
(20 ans) censé faire oublier Malcom, parti
au FC Barcelone pour 41 M€ (+ 1 M€ de bonus).
Un peu léger pour rêver…
V. D.
A
T. V.
Adil Rami.
OUI Certains diront que le principal rival
du PSG, c’est le PSG lui-même. Disons
qu’en dehors de la capitale, c’est Lyon
qui semble avoir le plus d’arguments.
Troisièmes derrière Paris et Monaco
la saison passée, les hommes
du président Aulas ont, contrairement
à l’ASM, conservé leurs meilleurs joueurs.
Y compris Nabil Fekir, mais aussi Houssem Aouar
et Tanguy Ndombélé, sans oublier Memphis Depay,
Mariano Diaz et Anthony Lopes. Le tout en accueillant
Léo Dubois et Martin Terrier, avec encore un défenseur
central attendu (Yerry Mina ?). Bref, l’OL a les armes
C. R.
pour rêver, tant en qualité qu’en quantité.
BORDEAUX SERA-T-IL REBOOSTÉ
PAR LES AMÉRICAINS ?
NON À force de persévérance,
Marseille va finir par être récompensé.
Depuis 2012-2013, et une deuxième
place acquise sous l’ère Élie Baup,
le club phocéen n’a plus terminé sur
le podium de la Ligue 1. Mais le travail
fourni par Rudi Garcia, depuis son
arrivée à l’automne 2016, est en train
de porter ses fruits. 5e en 2016-2017,
4e en 2017-2018, l’entraîneur français
a les moyens de hisser son club dans
les trois premiers. Enfin stable, avec
une direction ambitieuse et un effectif
peu chamboulé, l’OM a le droit de rêver.
Si les matchs de préparation ont
été loin d’être convaincants,
nul doute que les Olympiens
monteront en puissance,
comme la saison dernière.
VINCENT DUCHESNE
CHRISTOPHE REMISE
LYON, PRINCIPAL RIVAL
DU PARIS SG ?
L’OM VA-T-IL ENCORE
RATER LE PODIUM ?
REIMS ET NÎMES, PROMUS SOLIDES ?
LE « VAR » VA-T-IL
TOUT RÉSOUDRE ?
OUI Promus en Ligue 1 cette saison, Reims et Nîmes
parviendront-ils à se maintenir ? Après une saison probante
en Ligue 2, Reims ayant battu tous les records et Nîmes
s’appuyant sur les deux meilleurs buteurs du championnat
(Bozok, Alioui), les deux équipes pourraient
bien s’appuyer sur cette belle dynamique
pour enchaîner à l’échelon supérieur. Axant
leur stratégie sur le jeu avant tout et ayant
à leur tête des entraîneursformateurs, respectivement
David Guion et Bernard
Blaquart, les deux clubs
ont des arguments pour
se maintenir. La dernière
fois que tous les promus
étaient restés dans l’élite
la saison suivante,
c’était en 2014 (Monaco,
T. V.
Guingamp, Nantes).
NON Que les « haters » se rassurent,
il y aura toujours des erreurs d’arbitrage, des
contestations en raison d’une décision sujette
à l’interprétation de l’arbitre. Mais le VAR
(Video Assistant Referee), qui sera en service
pour la première fois en L1 ce vendredi lors
du match Marseille-Toulouse et durant toute la
saison, doit permettre de les diminuer. Comme
lors du Mondial 2018, où le VAR n’a pas manqué
d’être critiqué malgré un apport indéniable,
l’arbitrage vidéo sera utilisé dans quatre
situations bien précises :
après un but marqué ; sur
une situation litigieuse dans
la surface pouvant amener
un penalty ; pour un carton
rouge direct ; et pour vérifier
l’identité d’un joueur
V. D.
à sanctionner.
Thomas Tuchel.
B. YIP/REUTERS
Gianluigi
Buffon.
PIXXMIXX/
PIXATHLON/SIPA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 10 août 2018
SPORT
Les champions du monde
célébrés dans les stades de France
La Ligue 1 veut profiter de la présence de huit Bleus sacrés en juillet,
l’icône Kylian Mbappé en tête, pour booster sa notoriété, ses audiences et ses recettes.
TEDDY VADEEVALOO £@TVadeevaloo
ZOOM
Foot : Benzema envoie un
message de soutien à Booba
Karim Benzema et le rappeur
Booba n’ont jamais caché leur
amitié. Sur les réseaux sociaux,
les deux hommes se sont même
souvent affichés ensemble.
Mercredi, l’attaquant du Real
Madrid a donc tenu à apporter
publiquement son soutien
au rappeur français en détention
provisoire à la prison de FleuryMérogis après la bagarre
qui l’a opposé à Kaaris, le 1er août
à l’aéroport d’Orly. Le joueur
du Real Madrid a posté une photo
de lui et son ami, avec un court
message : « la cefor » (la force en
verlan). Un prêté pour un rendu. Il
y a trois mois, Booba avait soutenu
le Madrilène qui n’avait pas été
retenu par Didier Deschamps pour
le Mondial. Le rappeur avait alors
envoyé un message faisant part de
son incompréhension à ses trois
millions d’abonnés sur Instagram.
EN BREF
Football : Courtois au Real,
Arrizabalaga à Chelsea
L’attaquant parisien Kylian Mbappé, en mars dernier lors d’un match de Ligue 1 face à Metz, au Parc des Princes.
Dernier mondialiste à évoluer en Ligue 1, Djibril Sidibé s’est fait chiper sa
place par Benjamin Pavard au poste de
latéral droit de l’équipe de France, après
avoir été titulaire la majeure partie du
temps lors des deux années précédentes.
Monaco, orphelin de Thomas Lemar,
milieu des Bleus parti à l’Atlético Madrid
cet été, pourra donc compter sur ce défenseur moderne capable de multiplier
les allers-retours dans son couloir.
Le marché chinois dans le viseur
Autant de joueurs qui seront fêtés en
grande pompe sur tous les terrains de
Ligue 1. Le précieux trophée - sa réplique
pour dire vrai - soulevé par Hugo Lloris
et ses partenaires le 15 juillet dernier à
Moscou sera en tournée dans toute la
France, sur les terrains des équipes
concernées. « Les huit internationaux
français vainqueurs de la Coupe du monde
Fifa jouant en France vont être honorés,
dès le 10 août, dans une tournée inédite. Le
célèbre trophée récompensant le lauréat
du Mondial sera ainsi présenté pour la
première fois dans les stades des clubs de
Ligue 1 Conforama où évoluent les joueurs
titrés le 15 juillet dernier en Russie », dé-
taille la LFP dans un communiqué. On
pourra ainsi admirer le trophée ce vendredi 10 août au Vélodrome (OM-TFC) et
le dimanche 12 au Groupama Stadium
(OL-Amiens) puis au Parc des Princes
(PSG-Caen). Certains clubs ont cependant déjà devancé la LFP, à l’image du
PSG qui a célébré ses trois champions du
monde à leur reprise de l’entraînement,
dès mardi, au Camp des Loges.
Avec l’apport de ces champions, la Ligue 1 espère encore améliorer son attractivité après avoir vu ses droits TV dépasser le milliard d’euros sur la période
2020-2024. En 1998, la victoire des partenaires de Zinédine Zidane avait entraîné dans l’Hexagone un regain de passion
pour le football, spécialement du côté des
femmes (hausse de 5 000 spectateurs en
moyenne par rapport à l’année d’avant).
Le championnat français peut espérer
ainsi attirer plus de public cette saison.
Mais également des investisseurs : « La
Ligue 1, c’est la Ligue de France. Même s’il
n’y a que huit joueurs de l’équipe de France
qui sont en Ligue 1, il y a quand même le
mot “France” qui est là en fil conducteur.
C’est un argument supplémentaire, cela
donne envie à des investisseurs, y compris
Le portier belge (26 ans,
65 sélections) s’est officiellement
engagé jeudi en faveur du Real
Madrid. Thibaut Courtois quitte
donc Chelsea (contre 40 M€),
où arrive Kepa Arrizabalaga en
provenance de Bilbao. Le jeune
Espagnol (23 ans, 1 sél.) devient
au passage le gardien de but le
plus cher de l’histoire (80 M€).
A. DIBON/ICON SPORT
étrangers, de regarder ce qu’il se passe en
France », espère ainsi le directeur général de la LFP, Didier Quillot.
Les diffuseurs du championnat se
frottent également les mains. La présence de ces champions du monde, et
en particulier de la nouvelle tête de
gondole du football tricolore, Kylian
Mbappé, sera certainement synonyme
d’audiences en hausse. Y compris à
l’étranger, où le marché émergent de la
Chine est ciblé avec des horaires adaptés au décalage horaire. Ainsi ces
matchs bientôt programmés à 13 heures
le dimanche en France… ■
PROGRAMME
FOOTBALL Alphonse Areola, Presnel
Kimpembe, Kylian Mbappé (PSG), Steve Mandanda, Adil Rami, Florian Thauvin (OM), Nabil Fekir (Lyon) et Djibril
Sidibé (Monaco) : les champions du
monde sont de retour en Ligue 1. Après
quelques semaines de vacances, les
joueurs de l’équipe de France ont repris
le chemin de l’entraînement. Sans doute extrêmement motivés après ce sacre,
les Bleus vont chercher à se servir de
leur expérience pour performer avec
leur club. À commencer par Kylian
Mbappé.
Titré à seulement 19 ans et élu
meilleur jeune de la compétition planétaire, le joueur du PSG a pris une autre
dimension. Révélé à l’hiver 2017 à Monaco, l’international tricolore est devenu une icône en France et va chercher à
confirmer son statut lors de cette nouvelle saison. Un exercice pas si évident
que cela. Thierry Henry - à qui on le
compare souvent - a rencontré des difficultés à surmonter l’après-Coupe du
monde 1998, avec un seul but inscrit lors
des six mois suivants sous les couleurs de
l’AS Monaco.
Ses coéquipiers au PSG, Presnel Kimpembe et Alphonse Areola, pourront
également s’appuyer sur ce sacre pour
asseoir encore un peu plus leur légitimité, leur position en club, alors que le premier nommé est barré depuis deux ans
par les deux Brésiliens Thiago Silva et
Marquinhos, et que le second doit faire
face à la concurrence de la légende italienne Gianluigi Buffon…
Du côté de l’Olympique de Marseille,
Adil Rami, Steve Mandanda et Florian
Thauvin ont joué un rôle davantage
dans les vestiaires que sur le terrain avec
les Bleus. Ils ont ainsi surtout vécu de
l’intérieur cette belle épopée et vont
chercher à en faire profiter leurs partenaires à l’OM. Leur mission : hisser enfin le club phocéen sur le podium du
championnat, lui qui n’y a plus été depuis la saison 2012-2013.
De son côté, le Lyonnais Nabil Fekir a
joué les jokers en Russie. Feu follet balle
au pied, il a les capacités de renverser
bon nombre de défenses grâce à sa force
de percussion. Capitaine de l’OL depuis
un an, le milieu offensif a l’occasion de
porter sa jeune équipe. À condition qu’il
soit encore motivé par le challenge proposé par son club formateur et qu’il ne
veuille pas partir sous d’autres cieux…
11
1RE JOURNÉE LIGUE 1
vendredi TOULOUSE
20 h 45 Canal +
samedi MONACO
17 h Canal +
LILLE 20 h beIN Sp. RENNES
ST-ÉTIENNE
GUINGAMP
NÎMES
ANGERS
MONTPELLIER
DIJON
NICE
REIMS
LYON 15 h beIN Sp. AMIENS
BORDEAUX 17 h beIN Sp. STRASBOURG
PARIS SG 21 h Canal + CAEN
MARSEILLE
NANTES
Bacary Sagna au Canada
L’ex-latéral droit des Bleus
(65 sélections) quitte l’Italie
(Benevento) pour rejoindre
l’Impact de Montréal. À 35 ans,
Bacary Sagna y évoluera sous
les ordres de l’ancien entraîneur
de l’Olympique Lyonnais,
Rémi Garde.
Tennis : Rafael Nadal
trop fort pour Benoît Paire
Le n° 1 mondial, Rafael Nadal,
qui disputait jeudi à Toronto
son premier match depuis
sa demi-finale perdue contre
Djokovic à Wimbledon,
s’est facilement débarrassé du
Français Benoît Paire 6-2, 6-3.
À noter l’élimination surprise
du 8e mondial, l’Autrichien
Dominic Thiem, battu 6-3, 7-6
par le Grec Stefanos Tsitsipas.
Triathlon : du bronze
pour Cassandre Beaugrand
La jeune Française (21 ans)
a pris, jeudi à Glasgow,
la 3e place du triathlon lors
des championnats d’Europe.
L’avènement de Charlotte Bonnet
La Niçoise a enfin concrétisé tous les espoirs placés en elle pour récolter quatre médailles lors des championnats d’Europe.
Le déclic à Copenhague
De la prise de conscience à la matérialisation sur les podiums, Bonnet allait néanmoins devoir patienter encore deux longues années, entre des JO à Rio en 2016
compliqués par le climat délétère régnant
au sein de l’équipe de France et des Mondiaux anonymes à Budapest l’année sui-
vante (8e de la finale du 200 m nage libre).
De grand espoir, la native d’Enghien-lesBains prenait le risque d’échouer directement à la case « never been », celle des
promesses non tenues. Jusqu’à son titre
de championne d’Europe du 200 m en
petit bassin à Copenhague en décembre
dernier qui lui a fait passer un cap. Sportivement, mais, aussi et surtout, mentalement. « Avant, je me plaçais toujours
dans une position d’infériorité, je ne retenais que le négatif », rappelait-elle après
son superbe titre à Glasgow lors du 200 m
Charlotte Bonnet lève le poing après sa victoire dans le 200 m nage libre
des championnats d’Europe, lundi à Glasgow. FRANCOIS XAVIER MARIT/AFP
qu’elle a survolé de la tête et des épaules.
« J’avais du mal à gérer l’attente autour de
moi. Et à gérer aussi ma propre attente,
car je suis très impatiente. Il m’a fallu du
temps pour comprendre que l’échec pouvait me faire avancer. »
Les épreuves - la disparition de sa
grand-mère ou de Muffat -, les échecs
furent autant d’étapes douloureuses mais
constitutives de la championne qui a
éclos cette semaine à Glasgow avec trois
titres européens – sur le 200 m, le
4 × 100 m féminin et le 4 × 100 m mixte – et
une médaille de bronze sur le 100 m nage
libre. Un bilan exceptionnel, y compris à
ses yeux souvent trop exigeants : « J’ai
fait un 200 m de folie et je fais un bon 100 m
malgré la fatigue. On s’habitue à ce que je
batte à chaque fois mes temps, mais ça ne
marche pas comme ça malheureusement.
J’ai fait presque tous mes meilleurs temps,
je me suis alignée sur tous les relais : je ne
pouvais pas faire mieux en termes de médailles et d’investissement. »
Reste maintenant à voir la suite, que
son entraîneur, Pellerin, espère sur la
même lignée : « Ce titre va lui amener
quelque chose en plus ou peut-être en
moins, ce poids de devoir prouver qu’on est
motivé, qu’on a envie de faire des choses et
qu’on sait les faire. On attend toujours
plus, et, maintenant qu’elle a ouvert la
porte, on va vouloir l’observer dans la pièce
suivante. » ■
La natation tricolore
sort la tête de l’eau
Sept médailles dont quatre titres
européens avant l’ultime journée
de compétition. Loin de la catastrophe
redoutée, l’équipe de France a tenu
son rang dans le grand bassin
de Glasgow. Certes, cette réussite tient
essentiellement à la razzia opérée par
Charlotte Bonnet (voir ci-contre). Mais
pas que. Le titre de Fantine Lesaffre
sur le 400 m quatre nages est survenu
comme une formidable surprise
et l’émergence de Marie Wattel, 21 ans,
a conduit la France au titre du relais
4 × 100 m. Le symbole d’une renaissance
d’un secteur féminin sinistré. Chez les
hommes, en revanche, si Mehdy Metella
a sauvé les meubles avec de l’argent sur
100 m papillon et du bronze sur 100 m
nage libre, Jérémy Stravius, lui, est
passé à côté à un âge, 30 ans, qui le
rapproche de la fin d’une formidable
carrière. Le signe qu’il y a encore
beaucoup de travail à accomplir dans
cette phase de reconstruction entamée
par la fédération après le psychodrame
des JO de Rio en 2016. Mais, après
Glasgow, un sourire, encore timide, est
bien revenu dans les rangs hexagonaux.
C. C.
1
NATATION « Une concrétisation de ses
désirs. » Fabrice Pellerin avait le sens de
la formule, lundi, alors que sa protégée,
Charlotte Bonnet, venait tout juste de
remporter la finale du 200 m nage libre
aux championnats d’Europe de Glasgow.
Son premier titre international en individuel et en grand bassin, à 23 ans. Celui
qu’elle attendait avec impatience, elle
qui, à 17 ans, était déjà présentée comme
la future pépite de la natation française
après avoir décroché la médaille de bronze olympique, à Londres, en 2012, lors du
relais 4 × 200 m. Celle qui devait succéder
à Laure Manaudou et Camille Muffat.
Cette dernière avec qui elle avait
d’ailleurs noué des liens extrêmement
forts, presque fraternels du côté de Nice
où les deux jeunes femmes s’entraînaient.
La disparition tragique de Muffat en
mars 2015, lors d’un accident d’hélicoptère, avait d’ailleurs agi comme un électrochoc, comme elle l’avait confié quelques semaines après dans les colonnes de
L’Équipe : « Je me suis dit que j’avais
moins le droit de me plaindre de mon sort,
qu’il fallait que j’avance. En fait, et c’est
malheureux, j’avais besoin d’un événement
qui m’amène à me dire : réveille-toi ! Arrête de te prendre la tête, tu n’es pas moins
forte que les autres. Tu mérites de réussir !
Il faut te battre. Je devais le faire pour
moi. » Et peut-être aussi un peu pour Camille, ce modèle qui n’avait jamais cessé
de croire en son potentiel.
A
CÉDRIC CALLIER ccallier@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 10 août 2018 LE FIGARO
SCIENCES
12
La France menacée par une
surconsommation d’antalgiques opioïdes
Les prescriptions de ce type de médicaments contre les douleurs chroniques ne cessent d’augmenter.
ANNE-LAURE LEBRUN £@LebrunAnneLaure
ADDICTOLOGIE La crise des opioïdes qui
ravage les États-Unis et le Canada (lire cidessous) n’a pas atteint la France. Loin de
là. Mais les experts s’alarment déjà : les
prescriptions d’antalgiques opioïdes forts
grimpent en flèche, et le nombre d’overdoses ne cesse de progresser. Des tendances qui laissent comme un sentiment
de déjà-vu…
Fin juillet dans European Journal of
Pain, l’Observatoire français des médicaments antalgiques (Ofma), créé en
2017 pour prévenir l’émergence d’une
crise sanitaire, a rapporté que l’usage des
opioïdes forts (morphine, oxycodone et
Fentanyl) a plus que doublé entre 2004 et
2017. Aujourd’hui, plus de 12 millions de
Français sont traités chaque année avec
un analgésique opioïde, dont un million
avec un opioïde fort. Et une donnée interpelle : la consommation d’oxycodone, un opioïde puissant grandement responsable du drame qui se joue outreAtlantique, a été multipliée par 20 en une
décennie.
« Auparavant réservée aux patients atteints de cancer, cette molécule peut désormais être prescrite pour soulager, par
exemple, les douleurs ostéoarticulaires résistantes aux autres traitements », explique le Pr Nicolas Authier, chef du service
de pharmacologie médicale au CHU de
Clermont-Ferrand et directeur de
l’Ofma. « Cet élargissement des indications associé à la force de promotion des
firmes pharmaceutiques explique cette
explosion ».
De même, le Fentanyl, une molécule
100 fois plus puissante que la morphine, a
vu ses ventes croître de 75 % en quelques
années dans notre pays. Cette molécule
est normalement indiquée pour soulager
les douleurs cancéreuses mais des prescriptions sont également rédigées pour
des patients atteints d’autres douleurs
chroniques.
Des femmes de 50 ou 60 ans
« Aujourd’hui, la majorité des patients
traités avec un opioïde fort souffrent de
douleurs chroniques non cancéreuses.
C’est un signal important car c’est dans ce
contexte que nous observons le plus de risques de mauvais usage, de dépendance,
voire d’overdose », souligne le Pr Authier.
Et de fait, entre 2014 et 2017, les hospitalisations et les décès ont plus que doublé
dans notre pays, passant de 1,3 mort
pour un million de personnes en 2000 à
3,2 décès pour un million d’habitants en
2015.
Mais ces analgésiques puissants ne sont
pas les seules responsables. « D’après
l’enquête “décès toxiques par antalgiques”
(DTA) de 2016, les médicaments principalement impliqués sont le tramadol, la morphine et la codéine, donc deux morphiniques faibles sont dans le trio de tête , relève
le Pr Maurice Dematteis, chef du service
d’addictologie au CHU Grenoble Alpes. Il
ne faut pas se rassurer faussement sur le
caractère faible ou fort qui peut faire sousestimer la dangerosité du médicament. »
En outre, toutes les études montrent
un risque accru de surdose chez les patients consommant des psychotropes
comme les benzodiazépines. Or la France
est le 2e plus gros consommateur d’anxiolytique en Europe, et les spécialistes
de la douleur sont fréquemment
confrontés à des patients traités avec ces
deux classes de médicaments. Des situations de mésusage liées, entre autres, à la
méconnaissance des médecins des dangers de ces molécules seules et associées.
Et les patients les plus vulnérables ne
sont pas les addicts au profil d’héroïnomane. Non, les victimes d’overdose sont
surtout des femmes atteintes de douleurs
chroniques de 50 ou 60 ans, selon l’étude
l’Ofma. Une population qui passe totalement sous les radars. ■
Évolution des prescriptions en France et des décès aux États-Unis
PART DE PATIENTS ATTEINTS DE DOULEURS CHRONIQUES
(HORS CANCER) TRAITÉS PAR OPIOÏDES FORTS EN FRANCE
PART DES MORTS PAR OVERDOSE D’OPIOÏDES SELON LE TYPE D’OPIOÏDE,
EN NOMBRE DE MORTS POUR 100 000 HABITANTS AUX ÉTATS-UNIS
FENTANYL
30
ENSEMBLE
DES OPIOÏDES
12
29,3
10
25
22,2
20
MORPHINE
20
19,2
6
15
10
OPIOÏDES
SYNTHÉTIQUES*
8
13,6
OPIOÏDES NATURELS
ET SEMI-SYNTHÉTIQUES**
4
MÉTHADONE
OXYCODONE
5
Héroïne
2
1,5
0
0
2004 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 2017
2000 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 2016
Source : « Prescription opioid analgesic use in France: trends
and impact on morbidity-mortality », European Journal of Pain
* Fentanyl… ** Oxycodone…
Source : CDC
Infographie
A
Aux États-Unis, plus de morts par overdose
que par arme à feu
LES OVERDOSES par opioïdes font plus
de victimes que les accidents de la route
ou les armes à feu aux États-Unis. En
2016, près de 64 000 personnes ont perdu la vie après avoir consommé des doses excessives d’opioïdes obtenus pour la
majorité sur prescription, soit 175 morts
par jour. « Aucune région des États-Unis
n’est épargnée par cette épidémie. Nous
avons tous un proche, un membre de la famille, un être aimé détruit par les opioïdes », s’est émue Anne Schuchat, directrice des Centres de prévention et de
contrôle des maladies (CDC), en mars
dernier en annonçant ce nouveau bilan
dramatique en constante augmentation.
Car la situation ne fait qu’empirer
d’année en année. Depuis 1999, les prescriptions d’opioïdes forts (morphine,
mais surtout oxycodone), les hospitalisations et les décès par overdose, ont été
multipliés par quatre. Près de 11 millions
de personnes souffriraient de dépendances à ces molécules. « Une urgence de
santé publique », avait martelé Donald
Trump fin 2017. Quelques mois plus tard,
un plan était présenté pour lutter contre
ce fléau. Centré sur la répression des
dealers pour mettre un terme à la vente
de Fentanyl fabriqué illégalement, ce
plan promeut aussi l’accès à l’antidote
aux opioïdes : la naloxone.
En spray nasal ou sous forme de stylo
injecteur, ce médicament permet de
sauver les personnes en arrêt respiratoire. Une quarantaine d’États autorisent sa
délivrance sans ordonnance, et certains
ont équipé leurs forces de police. Tous
les services d’urgence en sont également
dotés. Et des nouvelles données du CDC
montrent qu’ils n’hésitent pas à l’utiliser : entre 2012 et 2016, l’administration
de naloxone aux urgences a augmenté de
75 %. En France, ce traitement est disponible à l’hôpital et dans les centres de
soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA). Il devrait
prochainement être disponible en pharmacie. « Quand il le sera, je pense qu’il
sera pertinent de prescrire un kit aux patients sous opioïdes, comme cela est recommandé aux États-Unis. Cela permet
de sensibiliser les patients et de les responsabiliser face à leur traitement potentiellement dangereux », commente le Pr
Nicolas Authier, chef du service de
pharmacologie médicale au CHU de
Clermont-Ferrand.
Des nourrissons en manque
Mais l’overdose n’est pas la seule conséquence dramatique de cette crise des
opioïdes. Les CDC rapportent que le
nombre de femmes enceintes dépendantes à ces morphiniques explose. Elles
seraient quatre fois plus nombreuses en
2014 qu’en 1999, d’après une étude réalisée à partir des données de toutes les
maternités du pays. En conséquence, les
cas de nourrissons atteints de syndrome
d’abstinence se multiplient. Il existe
pourtant des moyens thérapeutiques
pour aider ces femmes à se sevrer et réduire les risques pour leurs bébés à naître. Il est notamment possible de mettre
en place un traitement de substitution
aux opioïdes avec de la méthadone ou de
la buprénorphine. D’action lente, il per-
met d’espacer les doses, d’éviter les périodes de sevrage et l’envie irrépressible
de la substance.
Désormais au pied du mur, les ÉtatsUnis tentent de faire volte-face. « L’éducation des médecins et du grand public est
un élément clé », assure Yasmin Hurd,
directrice de l’Institut des addictions de
l’hôpital Mount Sinai à New York. Elle
semble d’autant plus indispensable que
le durcissement des conditions de prescription ne semble avoir aucun effet sur
les médecins américains. Pour sensibiliser les médecins aux risques des opioïdes, le Dr Jason Doctor, spécialiste de
santé publique à l’université de Californie du Sud, a eu une idée simple : avertir
par courrier les médecins lorsque l’un de
leurs patients décède d’une overdose. Et
il montre dans la revue Science que cela
fonctionne. En moins de trois mois, les
médecins ayant appris la mort de leur
malade ont réduit de 10 % les doses
d’opioïdes prescrites, et ont même rédigé moins d’ordonnances que les médecins laissés dans l’ignorance. ■
A.-L. L.
Un pompier administre une dose de naloxone, un antidote aux opioïdes,
à une femme suspectée d’avoir fait une overdose dans une station-service
de Cincinnati (États-Unis). JOHN MINCHILLO/AP/SIPA
Prévenir le risque de dépendance avec un suivi étroit
Certains
« patients
consultent
plusieurs
prescripteurs
et se rendent
dans
différentes
pharmacies
afin d’avoir
une
délivrance
multiple
DR ROLLAND,
ADDICTOLGUE
»
CÉCILE THIBERT £@CecileThibss
« ON APPREND aux médecins à
initier les traitements mais pas à la
manière dont il faut les arrêter.
C’est un problème, en particulier
pour les opioïdes, qui n’ont pas vocation à être utilisés au long
cours », constate le Dr Benjamin
Rolland. Le médecin addictologue
le voit chaque jour au Centre hospitalier Le Vinatier à Lyon, où il
reçoit régulièrement des patients
sous opioïdes depuis plusieurs années. Or, avec le temps, ces médicaments très efficaces pour soulager certaines douleurs entraînent
très fréquemment une accoutumance. « Presque tous les patients
exposés à une prise chronique
d’opioïdes vont développer une tolérance, détaille le médecin. Petit à
petit, les effets du produit se font
moins sentir et des symptômes de
manque apparaissent en cas d’arrêt. » Sans contrôle étroit de la
prescription, le patient peut alors
facilement glisser dans l’addiction. La quête de plaisir, du soulagement de son anxiété ou de ses
troubles du sommeil le poussent
alors à prendre des doses croissantes. « Certains patients consultent plusieurs prescripteurs et se
rendent dans différentes pharmacies afin d’avoir une délivrance
multiple », rapporte le Dr Rolland.
Avec à la clé un risque d’overdose : lorsque les opioïdes inhibent
trop fortement les centres de
contrôle de la respiration, cela
peut entraîner un décès par arrêt
cardio-respiratoire.
Depuis quelques années, spécialistes de la douleur et addictologues travaillent main dans la
main pour remédier à ces dérives
et venir en aide aux médecins généralistes, premiers prescripteurs
d’opioïdes en France. « Avant de
commencer le traitement, il faut
d’abord repérer les facteurs de risque d’addiction. Si un patient a des
antécédents d’alcoolisme ou de dépendance au cannabis, cela ne signifie pas qu’il faut le priver de ces
médicaments, mais la surveillance
devra être très étroite », souligne le
médecin. Et dès la première pres-
cription, le patient doit être informé que le traitement n’a pas vocation à durer. La limite est fixée à
quelques mois. « L’efficacité du
traitement doit absolument être
réévaluée car les opioïdes ne soulagent pas toutes les douleurs, rappelle l’addictologue. Il est courant
de voir ces médicaments prescrits
pour des douleurs neuropathiques,
sur lesquelles ils sont peu efficaces ». Le patient peut alors avoir
tendance à augmenter les doses,
favorisant ainsi son accoutumance. « S’ils voient que la situation ne
s’améliore pas après quelques mois,
les médecins généralistes ne doivent
pas hésiter à adresser leur patient
vers des structures spécialisées »,
insiste le Dr Rolland. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 10 août 2018
CULTURE
13
Grand Bassin
C’est fou ce que les gens oublient à
la piscine. Au Petit Olympique,
Per, le maître-nageur, est devenu
le gardien des objets perdus. Il les
étiquette soigneusement non pour
les rendre à celui qui les réclamera
mais pour les contempler avec délectation. Per est obsessionnel et
légèrement perturbé depuis que
son père a disparu alors qu’il était
petit garçon. Dans l’univers turquoise et chloré de la piscine, il a
trouvé une matrice apaisante qui
lui permet de réfléchir à son histoire personnelle, à reconstituer les
pièces du puzzle qui constitue sa
courte vie. Ses souvenirs d’enfance
sont parcellaires et sa mère,
semble-t-il, ne lui a pas tout
dit. Le lecteur découvrira la
vérité en nageant avec lui.
On plonge volontiers
dans ce roman d’Élodie
Llorca, qui a fait une entrée
remarquée en littérature
l’année passée avec son
précédent ouvrage, La
Correction
(Rivages).
Même goût pour les personnages obsessionnels,
hier un correcteur profes-
sionnel, aujourd’hui un maîtrenageur kleptomane, même talent
pour dépeindre des ambiances un
peu flottantes.
Le héros de Grand Bassin se souvient de son enfance dans le Norrland, en Suède, patrie de son père,
relate une excursion dans la nature, un plongeon dans l’eau glacée, se souvient de la main ferme et
chaude de cet homme autour de
son petit poing. Des personnages
mystérieux et attachants l’accompagnent dans sa quête, une vieille
dame qui apprend à nager, une
fillette qui invente la brasse « à
l’envers », une amante qui voit en
lui le Johnny Weissmuller de la
piscine municipale.
Plume sensible
Et toujours coule l’eau du bassin
qui ressource, réconforte et permet de renaître tout neuf à la vie.
La plume sensible et rafraîchissante d’Élodie Llorca n’est pas sans
rappeler celles de certains auteurs
du Nord comme la délicieuse
Audur Ava Olafsdottir (Rosa candida). Il flotte sur ce livre un parfum d’étrangeté propice au dépaysement. On en profite, c’est l’été ! ■
Grand Bassin, d’Élodie Llorca, Rivages,
138 pages, 16 €.
Du bon vieux polar à la française
Le Hotu
SÉBASTIEN LAPAQUE
slapaque@lefigaro.fr
Au lecteur désireux de se transporter au temps où l’on inventa le roman noir français, recommandons
le fort volume d’Albert Simonin reprenant les trois volets de sa chronique sociale du milieu parisien
dans les années 1920 : Le Hotu
(1968), Le Hotu s’affranchit (1969) et
Hotu soit qui mal y pense (1971). Cette trilogie publiée par la « Série noire » n’a pas révélé celui que Léo
Malet surnommait « le Chateaubriand de la pègre ». Auparavant, il
y avait eu le cycle de Max le Menteur : Touchez pas au grisbi !, Le cave
se rebiffe et Grisbi or not grisbi – un
dernier roman chanstiqué par
Lautner, Simonin et Audiard pour
donner naissance au scénario et aux
dialogues des Tontons flingueurs.
Au crépuscule du septennat interrompu de Charles de Gaulle,
l’écrivain né porte de la Chapelle le
18 avril 1905 était une vedette. Ses
lecteurs ne lui reprochaient pas de
se caricaturer en dopant à l’argot de
Pigalle ses « polars à la française »
inspirés par les maîtres américains.
Ils en redemandaient. C’est peu dire
que les aventures du Hotu permettent aux caves d’enrichir leur vocabulaire. Sur les pas de Johnny, un
fils de famille à la moralité zéro regardé comme un tocard (un
« hotu ») par les gens du milieu, on
apprend que « fader », c’est partager, « affurer », c’est profiter et
« jaffer », c’est manger.
Poésie particulière
Venez et goûtez cette poésie d’un
genre particulier : « Brutalement,
Pierrot comprend de quelle illusion
romantique il a été victime au début
de sa carrière. En a-t-il tiré, des
coups de flingue, pour des différends
qui ne le concernaient nullement ! Il
en prend, imaginant tous les sapements qu’il a su éviter, un traczir rétrospectif. » Un régal. ■
Le Hotu, d’Albert Simonin, La Manufacture
de livres, 536 pages, 22,90 €.
1927, ou l’été où tout arriva. Dans
« tout », entendre : le premier vol
sans escale entre l’Amérique et
l’Europe par un jeune aviateur de
25 ans, l’invention méconnue
- la vraie - de la télévision et du
cinéma parlant, l’exécution
mondialement controversée des
Italiens Sacco et Vanzetti pour un
meurtre qu’ils n’avaient pas
commis, et l’erreur fatidique de
la banque centrale des ÉtatsUnis qui précipitera le krach
boursier. De Charles Lindbergh à
Calvin Coolidge, en passant par
John Ford et Al Capone, l’essayiste Bill Bryson livre un captivant portrait de l’Amérique de
l’époque, derrière les visages de
héros oubliés ou d’anonymes
glorifiés. Mêlant aviation, politique, boxe et cinéma, il jette une
nouvelle lumière sur les faits majeurs et divers, qu’il relie avec
hardiesse et qu’on lit avec plaisir.
Amusant et passionnant, celui
qu’Amélie Nothomb nomme
« l’inventeur de l’érudition comique » raconte l’Histoire par le petit bout de la lorgnette, avec humour. En s’appuyant sur les
anecdotes rapportées par les
journaux de l’époque, Bryson
Préoccupations actuelles
L’éditeur Mario Pasa note
d’ailleurs dans l’avant-propos
une certaine similitude entre
l’Amérique de 1927 et celle
d’aujourd’hui : problèmes écologiques (une crue du Mississippi
sans précédent), terroristes (explosion à la bombe dans une école
du Michigan), politiques (un président qui n’aurait pas dû l’être),
économiques (surconsommation), qui eurent les conséquences que l’on connaît. ■
L’été où tout arriva. 1927, l’Amérique
en folie, de Bill Bryson, Payot,
traduit de l’anglais par Hélène Hinfray,
590 pages, 24 €.
Tribulations sardes
THIERRY CLERMONT
tclermont@lefigaro.f
Exilé en Sicile, à Taormine, depuis
le printemps 1920, D. H. Lawrence
décide de s’offrir un périple en
Sardaigne quelques mois plus tard,
en compagnie de son épouse. De
ces tribulations, il tirera un récit de
voyage plein de verve et de poésie,
depuis l’embarquement à Palerme
jusqu’à l’arrivée à Terranova Pausania, tout au nord de l’île. Débarqué à Cagliari, il note : « Une ville
nue, escarpée, à pic, toute dorée,
qui, naissant au creux de la baie informe, étage sa nudité jusqu’au
ciel. » Le couple passe par Mandas,
Sorgono, village entouré de colli-
nes et de vallées
tapissées,
puis
Nuoro, Siniscola.
Le futur auteur
de L’Amant de
lady Chatterley
nous rapporte
les choses vues
et entendues : paysages, témoignages d’anonymes, anecdotes…
Tout n’est ici que ciel et lumière,
terre d’où s’élèvent citronniers,
caroubiers, amandiers en fleurs
et eucalyptus, hautes palmes…
Une réédition particulièrement
bienvenue. ■
Sardaigne et Méditerranée,
de D. H. Lawrence, « Omnia Poche »,
Bartillat, traduit de l’anglais
par André Belamich, 282 pages, 12 €
Les tours de l’argent
BERTRAND DE SAINT VINCENT
bdesaintvincent@lefigaro.fr
Sur la couverture, une bande rouge
avertit le lecteur : « L’argent ne fait
pas le bonheur. » À en croire Aurélie
Raya, la vie des riches est une succession de drames. Leur fortune les
rend malades, fous, paranoïaques.
Elle les obsède ; les pousse au crime,
à la trahison, à la désertion. La preuve par neuf. Neuf histoires d’enfants
terribles. On commence avec deux
sœurs, Tina et Eugenia. La première
épouse Onassis, la seconde Niarchos. Les deux armateurs se détestent. Sur leur yacht, « il y a du caviar
partout, du bonheur nulle part ». La
seule activité que Patricia Gucci
partage avec le commun des mortels est d’inhaler de l’air. Cette fille
de camionneur a épousé un sac. La
famille se déchire. Maurizio la quitte et prend sa
revanche. Il finit assassiné : « D’un point de vue
humain, je suis désolée,
dit la veuve. Sur le plan
personnel, je ne peux pas
dire la même chose. »
Deux ans plus tard, on l’arrête pour
crime. Michael Rockefeller part
chez les Papous, s’incruste chez les
Asmat, peuplade cannibale. Il n’en
reviendra pas. On dirait une nouvelle de Joseph Conrad.
Une pointe fine et légère
Aurélie Raya a des lettres, de la plume, la tendresse vache. Elle épingle
les riches comme Damien Hirst les
papillons. L’un de ses modèles les
plus fascinants est Lily Safra. Elle
saute d’un mari à l’autre. L’un
d’entre eux se suicide de deux balles. À croire que les milliardaires ont
les moyens. Quand elle épouse Edmond Safra, richissime et sulfureux
banquier libanais, « Lily la volontaire » touche le gros lot. Son mari finira en sang dans son bunker monégasque. Elle lui survivra. « La vie
des riches, disait Baudelaire, est une
turbulence dans le vide. »
D’une pointe fine et légère, Aurélie Raya nous
montre comment ils y
basculent. ■
Drames chez les riches,
d’Aurélie Raya, Stock,
80 pages, 18 €.
A
FRANÇOISE DARGENT
fdargent@lefigaro.fr
déroule une fresque aussi croustillante qu’instructive. Féru de
chiffres, il explique que la première traversée de l’Atlantique a
généré plus de 250 000 articles en
quatre jours, soit 36 millions de
mots, pour un aviateur qui n’en
prononçait pas dix en public. Ou
que le taux d’alcool autorisé pendant la prohibition était de 0,5 %
(le même que celui de la choucroute), ce qui enrichit les médecins et permit à l’organisation
d’Al Capone de faire en un an
plus de 100 millions de dollars de
bénéfices. L’ouvrage reconstitue
ainsi un panorama de l’été 1927.
CLAIRE DE MONTGOLFIER
RIVAGES, LA MANUFACTURE DE LIVRES, PAYOT, OMNIA POCHE, STOCK
Un maître-nageur en eaux troubles
L’été où tout
arriva
de la mondanité, voici quelques conseils pour l’été.
Sardaigne et
Méditerranée
LIVRES Sardaigne ou États-Unis, polar ou chronique
1927, l’Amérique s’emballe
Drames chez
les riches
Plein soleil
sur la lecture
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 10 août 2018 LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
1994
14
]
Quand la re
ncontre d’un
nez donne
naissance à couturier et d’un
un classiqu
e olfactif.
TIMOTHY GREENFIELD-SANDERS/CONTOUR BY GETTY IMAGES, COLLECTION PRIVÉE, LIONEL CIRONNEAU/AP/SIPA
5/6
[
Les couple
mythiquess
du parfum
Rei Kawakubo
& Christian Astuguevieille
2 iconoclastes pour 1 Eau de Parfum
Qu’ont en commun l’énigmatique Japonaise de Comme des Garçons et le volubile
plasticien basque ? Le goût d’un beau différent transcrit en un jus inclassable et addictif.
dans un coin et tout à coup, Rei est apparue. Elle m’a salué. Elle me connaissait par mon travail d’artiste qu’elle
avait découvert en passant galerie Vivienne (où il possède son atelier). Elle
organisait tous les deux ou trois mois
des expositions dans sa boutique. Elle
m’a donné la cassette vidéo de son défilé
automne-hiver 1992 et m’a dit : “Pouvez-vous venir demain à 17 heures avec
une idée ?” » Le touche-à-tout planche sur une scénographie destinée à
l’échoppe tokyoïte. « Sa collection
toute noire, avec de grands cols,
m’évoquait de longs arbres. » Quelques
mois plus tard, il donne naissance à
une forêt imaginaire de somptueux
palétuviers en cordes ébène. La veille
de l’inauguration, Rei Kawakubo l’interroge sur son métier de parfumeur
avant de lui lancer : « Très bien, il faut
que l’on se voie à Paris. »
A
Nager dans une piscine noire
L’histoire de leur rencontre, il en livre
volontiers tous les détails : « J’ai connu
Rei Kawakubo dans les années 1980
par sa mode, se souvient Christian Astuguevieille. Je suis devenu un client régulier de sa boutique rue Étienne-Marcel, à Paris. Vous savez, il y a des
vêtements dont vous ressentez tout de
suite qu’ils vous correspondent : à
l’époque, sur ce créneau d’un vestiaire
différent se nourrissant de culture et
d’audace, il n’y avait qu’elle et Yohji
(Yamamoto, NDLR). » On ne s’étonne
guère de ces affinités de la part du designer esthète basque à mille lieues du
glam qui sévit dans les golden eighties.
À l’époque, le directeur artistique
des fragrances Rochas (passé précédemment chez Molinard et Nina Ricci) est aussi un plasticien reconnu sur
le marché de l’art. Pour ses affaires, il
se rend quatre à cinq fois par an au Japon, un pays qui le fascine. À la recherche d’adresses insolites, il demande conseil aux équipes du
magasin parisien, où il a ses habitudes,
qui le redirigent vers les bureaux de
Rei Kawakubo, à Tokyo. « C’était dans
le quartier d’Aoyama. Quand je me suis
présenté, on m’a demandé de patienter
Le dandy volubile a « passé le test »
auprès de l’exigeante créatrice, qui
fuit la lumière des projecteurs mais
aimante tous ceux qui la rencontrent.
Rei Kawakubo a trouvé à qui parler.
Elle nomme le Français directeur artistique des parfums de sa marque et le
charge de créer son tout premier jus.
Un challenge de taille que de composer le sillage de sa mode pétrie de
culture japonaise où le parfum n’a pas sa place. Cependant, certains de
ses compatriotes
ont déjà franchi
le pas, et avec
succès, comme le pionnier Shiseido, Kenzo et,
bien
sûr,
deux
ans
plus tôt, Issey
Miyake avec
L’Eau d’Issey.
« Il était important pour Rei que
ce parfum soit différent. Il fallait détonner… Cela dit, ses
collections étaient déjà si
radicales qu’il nous suffisait d’être
nous-mêmes. »
À l’annonce de ce projet, le secteur
s’interroge : que va sortir cet ovni de
la mode ? Rei dessine pour flacon un
galet de verre dont les lignes organiques s’avèrent un défi technique à
produire. Ce contenant sera ensuite
mis sous vide « comme une tranche de
bacon », du jamais-vu en parfumerie.
Parallèlement, Astuguevieille, en
quête d’une signature olfactive singulière, fait le tour des laboratoires.
« Mon brief ? Vous êtes dans un endroit
magnifique, par un temps très agréable. Il y a une piscine. Elle est noire.
Vous plongez dedans, vous nagez et
vous n’avez plus envie d’en sortir tant
ce moment est parfait, tant vous êtes
heureux. Imaginez le parfum de cette
piscine, raconte-t-il. Tout le monde n’a
pas compris… L’un d’entre eux, dont je
tairai le nom, m’a répondu : “Je pense
que Comme des Garçons devrait se situer en périphérie de Thierry Mugler.” » Car il est vrai qu’Angel, sorti
deux ans plus tôt, a révolutionné la
parfumerie.
L’heureux élu sera finalement Mark
Buxton, nez anglais alors chez Haarmann & Reimer (devenu Symrise),
grâce à un accord rapporté d’un
voyage au Maroc. « Nous nous y sommes repris à deux fois, rappelle-t-il. Christian avait
CV
D’UN NEZ
1975, Molinard
Déjà, Astuguevieille
bouscule les codes
avec une « fraîcheur
mentholée façon
chewing-gum ».
1982, Rochas
Il reprend la direction
artistique des
parfums Rochas.
1998, Odeur 53
de CDG
Cette formule imitant
l’odeur d’un poupon
en Celluloïd marque
selon lui «la vraie
rupture » du label
avec la parfumerie
traditionnelle.
2003, Garage
Synthetic de CDG
Des effluves de
kérosène en pleine
mouvance naturelle.
« Rei m’a dit : “Réalisons
quelque chose
ensemble.” J’ai repensé
à une amie qui portait
du Comme des Garçons.
J’adore cette odeur.
Alors j’ai répondu :
Un parfum ! »
Pharrell Williams (2014)
trouvé notre premier essai trop attendu.
Nous avions effectivement travaillé en
tenant compte des tendances du marché. Pour cette deuxième tentative, j’ai
repris dans un carnet où je notais pour
moi des idées, des impressions, une formule inspirée de Marrakech, de l’énergie du souk, du charme de ses petites
rues, du trafic, du capharnaüm qui y
règne. » La structure hors norme, sans
note de tête ni de fond, fait scandale
en interne, chez H&R. « Sa composition en étoile façon oursin, toujours en
mouvement, était très déstabilisante. Et
puis, techniquement, mettre 20 % de
muscade dans un parfum était impensable ! Ils m’ont traité de fou », sourit
M. Buxton.
Astuguevieille tient enfin l’écriture
non conventionnelle qu’il voulait.
Kawakubo valide, trouve l’accord
« addictif ». Quelque quatre-vingtdix modifications plus tard, il reste
deux possibilités. « Deux essais très
différents, reprend le directeur artistique. J’en préférais un et, pour être honnête, Rei a choisi l’autre, celui qui est
devenu notre Eau de Parfum. Depuis,
j’ai senti à nouveau mon favori et je dois
dire qu’elle avait raison ! Son choix était
plus intemporel, osé sans être provocant. C’est ce qui fait sa modernité. »
Le chypré épicé, à rebours des sillages capiteux et des notes zen à la mode
dans cette première moitié des années
1990, capte une communauté de fans.
« Récemment, lors d’une réunion, une
personne, en apprenant ma contribution à ce jus, s’est écriée : “Je l’ai porté
pendant vingt ans. Je l’adorais mais j’ai
dû m’en séparer quand j’ai quitté mon
mari. Il était trop lié à lui. Puis, j’ai rencontré White (parfum Comme des
Garçons lancé en 1998).” Elle parlait
avec une telle intensité de nos fragrances, s’émeut-il. Se parfumer, chez
nous, signifie que vous êtes différent.
Ce n’est pas comme si vous portiez un
D… ou un C… Si vous voyez ce que je
veux dire ! » ■
VALÉRIE GUÉDON
RETROUVEZ DEMAIN :
Gabrielle Chanel et Ernest Beaux,
les parents terribles de N°5
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vendredi 10 août 2018
LE CARNET DU JOUR
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ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
M. et Mme Olivier de Seze,
Mlle Chantal de l'Escalopier,
M. et Mme
Edouard de Villenaut,
le baron et la baronne
Hugues de l'Escalopier,
ses enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
Hélène et Antoine Scherrer,
Françoise et Alain Baraud,
Jean et Michèle Casassus,
ses enfants,
Anne CASASSUS
née Jourdain,
survenu le 6 août 2018,
dans sa 96e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 13 août, à 14 h 30,
en l'église Saint-Bruno,
à Bordeaux,
suivie de l'inhumation
au cimetière de la Chartreuse.
Paris. Alger.
Le docteur Philippe Chemouilli,
Mme Corinne Chemouilli,
ses enfants,
les familles Séror, Cardenas,
Sonigou
ont l'immense tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Colette Aimée
CHEMOUILLI
née Sultan,
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Gisèle Bengui,
son épouse,
Monique Amar,
Francine Mazet,
ses sœurs,
et tous ses proches
ont la tristesse de faire part
de la disparition de
Jean-Louis BENGUI
Francine Dabout,
née Heinrich, son épouse,
Bernadette, Bruno,
Marie-Aude, Pierre-Yves,
ses enfants, et leurs conjoints,
ses belles-filles
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Une bénédiction aura lieu
ce vendredi 10 août,
à 15 heures, en la chapelle
de l'athanée de Cannes,
221, avenue de Grasse.
le 3 août 2018, à l'âge
de soixante-dix-sept ans.
Paris (17e).
Anne Buisine,
François et Catarina Buisine,
ses enfants,
Bruno et Olga,
Marthe et Pierre,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Eugène BUISINE
survenu le 2 août 2018,
à l'âge de 92 ans.
La cérémonie religieuse
a été célébrée en l'église
de Rosny-sur-Seine
(Yvelines),
dans l'intimité familiale,
le mardi 7 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 13 août, à 15 heures,
en l'église de Lantan (Cher).
Claude Vincent,
Bruno et Hugues Faillettaz,
Violette Jung
et tous ceux qui l'aiment
ont la douleur
d'annoncer le décès de
M. Roland FAILLETTAZ
agrégé de lettres classiques,
officier
des Palmes académiques,
survenu le 7 août 2018,
à l'âge de 91 ans.
Une cérémonie aura lieu
en l'église de Juliénas (Rhône),
ce vendredi 10 août, à 14 h 30,
suivie de l'inhumation.
Ingrandes (Vienne).
Nantes, La Chevrolière
(Loire-Atlantique).
M. et Mme Michel Dupuy,
M. et Mme
Jean-Louis Martineau,
M. et Mme Didier Toublanc,
ses sœurs et beaux-frères,
ses neveux, nièces,
petits-neveux et petites-nièces
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mlle Annick
FALIGOT de la BOUVRIE
survenu le 6 août 2018,
à l'âge de 73 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 11 août, à 10 heures,
en l'église Saint-Clair
de Nantes,
suivie de l'inhumation
au cimetière parc, à Nantes.
Anne et Thomas E. Leavey,
sa sœur et son beau-frère,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Monique ITURRALDE
née Roland,
survenu le 7 août 2018,
dans sa 91e année,
munie des sacrements
de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 11 août, à 11 heures,
en l'église Saint-Louis-en l'Île,
Paris (4e), suivie de
l'inhumation, à 14 h 30,
au cimetière de Senlis (Oise).
Goven (Ille-et-Vilaine).
Paris. Nantes.
Le comte et la comtesse
Gérard d'Aviau de Ternay,
le capitaine de frégate (h.)
et Mme Martial Jordan,
M. Charles
de Lancrau de Bréon,
M. Gabriel
de Lancrau de Bréon,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
font part du retour à Dieu de la
vicomtesse
de LANCRAU de BRÉON
née Marie-Magdeleine
de Turgy d'Estrées,
On nous prie d'annoncer
le décès, le 6 août 2018, de la
comtesse Odile de GERMINY
son frère,
le comte Alain de Germiny,
ses neveux,
Pierre, Philippe,
Benoît et son épouse,
Frédérique,
le 7 août 2018,
dans sa 96e année,
dans la foi et l'espérance
de la Vie éternelle.
La cérémonie sera célébrée
en l'église Saint-Martin
de Goven, ce vendredi 10 août,
à 14 h 30, suivie de l'inhumation
au cimetière.
Des prières et des messes
plutôt que des fleurs.
ses petits-neveux,
Marie, Alix, Marc, Isaure,
Vincent, Alice.
Son épouse Lieselotte,
ses enfants,
Sylvie, Philippe,
Alain, Christian,
ont la tristesse de faire part
du décès, à l'âge de 89 ans,
le 6 août 2018, de
La cérémonie religieuse
aura lieu en l'église
de Connerré (Sarthe),
ce vendredi 10 août,
à 15 heures.
Gilbert LARRALDE
Jean Paul DABOUT
survenu le 6 août 2018.
Visites à l'athanée de Cannes.
Jeanine Buisine,
née Moreau, son épouse,
née Gisèle de Penfentenio
de Cheffontaines,
le 8 août 2018.
De la part de
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
deuils
baronne
Joseph de l'ESCALOPIER
le 5 août 2018,
à Paris.
Famille Chemouilli,
3, rue Henri-Ribière,
75019 Paris.
Ana Iturralde Roland,
Casilda et Eric
Pommeret de Tourville,
Sophie Iturralde,
Laetitia Iturralde,
ses filles et son gendre,
ses 13 petits-enfants
et 13 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
Cet avis tient lieu de faire-part.
18, rue Juliette-Lamber,
75017 Paris.
15
Paris (15e).
Nicole Labourdette,
née Saget, son épouse,
Les membres de sa famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
Nathalie Labourdette,
Marie-Christine
Labourdette-Soulé
et Jean-Luc Soulé,
Béatrice et Alain
Merle d'Aubigné,
ses filles et gendres,
survenu le 7 août 2018,
à l'âge de 84 ans.
Quentin et Geneviève,
Hélène, Guillaume et Gabrielle,
Ariane, Louis et Diane,
ses petits-enfants,
et Hadrien,
son arrière-petit-fils,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Pierre
de Saint-Pol-de-Léon
(Finistère), le lundi 13 août,
à 14 h 30.
et toute sa famille
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme Denise MÉTAYER
officier
de l'ordre national du Mérite,
ont la grande tristesse
de faire part du décès de
M. Henri LABOURDETTE
ancien médiateur
de la République à Orléans,
ancien directeur
des services fiscaux,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
survenu le 7 août 2018,
à l'âge de 88 ans.
7 bis, rue Jules-Lemaître,
45000 Orléans.
Le contre-amiral (2S)
Rémi Monaque,
Mme Catherine
Rousset Monaque,
le contre-amiral et Mme
Xavier Monaque,
leurs enfants et conjoints
Maguelone MONAQUE
le 4 août 2018, à l'âge de 21 ans,
à Marseille.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Marie Schweitzer,
sa fille,
Antony Guitton,
son gendre,
Des dons à l'association
Vaincre la mucoviscidose
pourront être faits.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Recevez
Le FigaRo
Jules et Mathilde,
ses petits-enfants,
ont le regret
de vous annoncer le décès de
chaque jouR
Roland SCHWEITZER
chez vous
survenu le 7 août 2018,
à l'âge de 92 ans.
Les obsèques auront lieu
le mardi 14 août,
dans la plus stricte intimité.
Jean-Michel et Olivier Variot,
ses fils,
Margot et Isabelle,
ses belles-filles,
Marina, Aurélie, Giuliana,
Mélisande,
ses petites-filles,
Emeric, Jean,
leurs maris,
Oscar et Mathéo,
ses arrière-petits-fils,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Anne-Marie VARIOT
« Mamitou »,
survenu le 6 août 2018,
à l'âge de 89 ans,
à Boulogne-Billancourt.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Jean-Baptiste,
à Baume-les-Messieurs (Jura),
le lundi 13 août, à 15 heures.
Recevez Le Figaro
du lundi au samedi,
accompagné des suppléments
et des magazines du week-end.
Cet avis tient lieu de faire-part.
remerciements
Sa maman,
ses filles et petits-enfants,
toute sa famille et ses amis,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont
été témoignées lors du décès de
M. Christian LE ROUX
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leurs sincères remerciements.
6 mois
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
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en kiosque.
Jacqueline MAUDIÈRE
née Debiève,
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leurs sincères remerciements.
Ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
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de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Mme Rémi SOUBEYRAND
née Jeanne Sibert,
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
offices religieux
La Fondation
Shmouel et Bassie Azimov
vous informe que
l'allumage des bougies
de Chabbat avec bénédiction
deux bougies pour
les femmes mariées, une bougie
pour les jeunes filles, se fera
ce vendredi 10 août 2018,
avant 20 h 57,
(horaire pour l'Ile-de-France).
Le respect des lumières
de Chabbat conduira
aux lumières de la Rédemption.
Renseignements
Beth Loubavitch : 01 45 26 87 60.
209s
au lieu de 473,20E
Edmond Maudière,
son époux,
toute la famille et ses proches,
Toulon (Var).
font part du rappel à Dieu de
La cérémonie religieuse
se déroulera ce vendredi
10 août, à 15 heures,
en l'église Saint-Etienne
de Coullons (Loiret).
Micheline Schweitzer,
son épouse,
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au FigaRo
À renvoyer dans une enveloppe affranchie à :
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4 rue de Mouchy – 60438 NOAILLES Cedex
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pour 209e au lieu de 473,20e, et ej r eçois
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vendredi 10 août 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
16
« Les As de la déco » :
bas de plafond
17.10
○¡¡¡
ce format d’abord développé en Belgique, avec Valérie Damidot, sur la chaîne RTL-TVI, où une seconde saison a
été commandée. À l’image de toutes
ces émissions de concours, comme
« Un dîner presque parfait », « 4 Mariages et 1 Lune de miel », qui fleurissent en access prime time, celle-ci
tombe aussi dans le règlement de
comptes entre les candidats.
La décoration n’est finalement
qu’un prétexte pour organiser une
compétition. En effet, les participants
ont compris qu’il fallait se montrer
particulièrement sévère et injuste
pour remporter le titre de meilleur décorateur de la semaine. Heureusement, le point bonus offert par Valérie
Damidot permet de gommer ce mauvais esprit et de récompenser un candidat qu’elle juge méritant. Pour
l’heure, les téléspectateurs ne semblent pas convaincus. Après un lancement très timide lundi, l’émission est
passée mercredi sous la barre du million de téléspectateurs… ■
Le nouveau concours de TF1 animé par Valérie
Damidot vire souvent au pugilat entre les quatre
candidats. Première finale sans enthousiasme.
ROMAIN DELACROIX £@romaindlx
près avoir présenté « Les
Plus Belles Vacances », Valérie Damidot revient à ses
premières amours. Chaque
jour, elle anime sur TF1
« Les As de la déco ». La finale de la première semaine est diffusée cet aprèsmidi. Dans ce nouveau concours,
quatre amateurs de la décoration s’affrontent pour décrocher un chèque de
2 000 euros.
Du lundi au jeudi, les candidats doivent réaménager et redécorer une pièce d’une maison en respectant un thème et un budget imposés. Cette
semaine, ils devaient relooker une sal-
A
+@
SUR LE WEB
le à manger en s’inspirant de la « vie de
château ». Les téléspectateurs les suivent durant leurs achats, les travaux…
et leurs difficultés.
Un mauvais esprit
de compétition
Les travaux désormais effectués, nos
quatre décorateurs amateurs vont découvrir les notes attribuées par leurs
concurrents, les propriétaires des maisons qui ont accepté de revoir leur intérieur relooké et le dernier point bonus
attribué par Valérie Damidot, qui peut
faire basculer le classement.
Grâce à ce programme, très similaire
aux « Reines du shopping » de M6,
animée par Cristina Cordula, TF1 investit le terrain de la décoration avec
Valérie Damidot revient à ses premières amours en présentant une émission
autour du thème de la décoration intérieure. CHRISTOPHE CHEVALIN/TF1
» Mercato : la valse des animateurs » L’impressionnant reportage d’ABC aux États-Unis sur un déluge de grêle géante www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE St-Laurent
Soleil : Lever 06h36 - Coucher 21h14 - Dernier croissant de Lune
18.15 Les plus belles vacances. Jeu
19.20 Demain nous appartient 20.00
Le 20h 20.55 Nos chers voisins
18.35 N’oubliez pas les paroles !
Jeu. Présentation : Nagui 20.00
20 heures
19.00 19/20 19.55 Championnats
sportifs européens. Athlétisme. En
direct de berlin.
21.00
20.50
20.55
Téléréalité
Athlétisme
Série. Drame
18.45 La villa : la bataille des couples.
Téléréalité 19.40 Suburgatory
MATIN
14
21.00 B a b y B o o m
Téléréalité. 1h05. Un enfant sur le
tard. Inédit. En France, un nouveauné sur vingt a une maman de plus de
40 ans. Ces mamans ont des grossesses très surveillées.
50
11
11
12
11
11
13
11
13
12
13
12
22.05 Baby Boom. Téléréalité. Les
bébés de l’amour.
14
14
13
11
10
12
15
15
Chéri, épouse-moi
maintenant
Prés. : Karine Ferri. 1h20. Jessica et
Teddy. Inédit. Lassée d’attendre
que son compagnon la demande en
mariage, une femme amoureuse va
organiser ce grand jour en secret.
22.20 C h é r i , é p o u s e - m o i m a i n t e n a n t Téléréalité 23.55 Vendredi,
tout est permis avec Arthur
Championnats sportifs
européens
Disparue
15
12
16
19.00 Silence, ça pousse ! Magazine
20.00 L’odyssée des primates
17
17
12
18
En direct de Berlin. Au programme,
notamment : Athlétisme : 20.50 finale
400 m haies (dames), 21.05 finale
400 m, 21.20 finale 800 m (dames),
21.35 finale 110 m haies (messieurs).
Fra. Saison 1. Avec François-Xavier
Demaison, Pierre-François MartinLaval, Alix Poisson. 2 épisodes. Le
couple Morel parvient difficilement à
surmonter la disparition de Léa, mais
l’enquête avance.
20.50 L e s r o u t e s
d e l i’ m p o s s i b l e
22.55 C h e r if Série. Reine d’un jour
22.40 L e j o u r d u j u g e m e n t
- Black Jack - Faux-semblants Injustice 2.30 Private Practice. Série.
Film TV. Thriller 0.20 Soir/3 0.50 Libre
court 1.50 Des racines et des ailes
22.40 C dans l’air. Magazine 23.45
La route des Grandes Alpes. Doc.
Série doc. Société. Fra. Réal. :
Charles Comiti et Daniel Lainé. 1h45.
Birmanie, trompe-la-peur. Inédit. Congo : le dernier train du Katanga.
23
18
17
16
20
19
24
30
24
APRÈS-MIDI
20
50
21
20
19.25 Les incroyables aventures de
Nabilla et Thomas en Australie
19.40 La boîte à questions (C) 19.50
Flash pap’ (C) 20.10 Rendez-vous avec
Kevin Razy (C) 20.30 Avant match (C)
19.00 Les îles du futur. Série doc.
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes.
Magazine 20.50 La minute vieille
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu. Présentation : Stéphane Plaza 19.45 Le
19.45 20.25 En famille. Série.
20.45
20.55
21.00
Football
Film TV. Comédie
Série. Policière
22
21
21
23
23
19
22
24
23
23
22
23
20.55J u li e L e s c a u t
Série. Policière. Fra. 2005. Saison 14.
Avec Véronique Genest. Faux-semblants. Julie enquête sur le meurtre
d’une sage-femme, amie de la nouvelle conquête de Nguma, Lorraine.
23
22
23
22
22
26
10
22
25
26
25
22.50 Julie Lescaut. Série. Frères
d’armes. - Justice est faite.
29
29
31
24
26
31
30
40
29
19.10 Les constructeurs de l’extrême. Série documentaire.
Marseille/Toulouse
Ligue 1. 1re journée. En direct du
stade Orange-Vélodrome, à Marseille. Pour cette reprise à domicile, Marseille se doit de l’emporter
devant son public pour affirmer ses
ambitions.
Sciencefiction 0.55 Le serpent aux mille coupures. Film 2.35 Le journal du hard
22.55 S e v e n S i s t e r s
Ma vie en vrac
Bull
All. 2015. Réal. : Laura Lackmann.
1h44. Inédit. Avec Claudia Eisinger,
Katja Riemann, Barbara Schöne. À
l’aube de la trentaine, Karo tente
d’échapper à la dépression par une
thérapie un peu particulière.
EU. Saison 1. Avec Michael Weatherly, Freddy Rodriguez, Geneva
Carr. 2 épisodes. Inédits. Sollicité par
une psychiatre des affaires criminelles, Bull défend un étudiant après
le meurtre de son père.
22.40 L e s s e p t v i e s d ’ E l v i s Docu-
22.45 B u ll Série. Policière. EU. 2017.
mentaire. Musical. 0.15 Elvis : Aloha
from Hawaii. Concert.
Saison 1. Le quatrième pouvoir 23.35
NCIS. Série. 3 épisodes.
31
T (en °c)
20.55 R é s i s t a n c e
Série doc. Historique. 1h50. La Résistance s’organise. En 1940, le SS Knochen voulut traquer les premiers résistants avant qu’ils ne s’organisent.
- La résistance prend les armes.
22.45 L’Occupation intime. Documentaire.
<-10 à 0
19.25 Les rois de la réno. Téléréalité.
Termitenator. - Pièce rapportée.
SAMEDI
A
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55 La petite histoire de France
21.00 H e r c u l e P o i r o t
21.00 E n q u ê t e d ’ a c t i o n
Série. Policière. GB. 2005. Saison 10.
Avec David Suchet, Jenny Agutter.
Le flux et le reflux. Contacté par la
sœur d’un milliardaire qui vient de
mourir, Poirot rencontre sa veuve.
Mag. Société. Prés. : M.-A. Casalta.
2h00. Légion étrangère : un mois au
cœur de l’enfer vert. En Guyane, 35
soldats vont repousser leurs limites
pour venir à bout de leur formation.
22.50 Hercule Poirot. Série. Avec
David Suchet. Cinq petits cochons.
23.00 Enquête d’action. Magazine.
Présentation : Marie-Ange Casalta.
19.00 Couple ou pas couple ? Jeu.
Présentation : Jean-Luc Lemoine.
21.00 G é n é r a t i o n
d e C a u n e s & G a r cia
Divertissement. 1h45. Le meilleur
des sketchs de ce duo comique qui
sévissait tous les soirs dans «Nulle
part ailleurs».
22.45 Les Nuls de A à Z. Divertissement.
Série. Animation. EU. 1997. Saison 9.
3 épisodes. Comme chaque année,
Homer décide, la veille de Noël,
d’entraîner Marge dans les magasins pour acheter des cadeaux.
22.15 Les Simpson. Série. 9 épisodes.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
14/25
15/28
15/21
23/31
13/21
9/17
20/32
25/37
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
DIMANCHE
20/31
15/23
17/23
16/29
15/21
16/30
18/31
25/30
20/26
24/35
18/28
21/24
27/35
LUNDI
16/27
15/23
14/22
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
14/23
21.00 L e s S i m p s o n
19.05 Alerte Cobra. Série. Un braquage
pas comme les autres. - Le régicide.
27/32
22/28
15/22
20/22
12/20
20/30
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
18/25
16/24
19/25
23/31
24/30
lachainemeteo.com
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
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vendredi 10 août 2018
LE FIGARO
JEUX D'ÉTÉ
17
SU DO KU
TAKUZU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
Remplir la grille avec les chifres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
FAcile
grille 563
1
1
0
0
1
1
0
0
1
1
0
0
1
1
1
0
0
1
0
0
1
0
0
0
0
grille
2615
FAcile
1 6
8
2
5 3
9
7
4 5
5 8
3
6
7
6
4 2
3
1
8
5 4
1
6
9
3 4
7
2
2
1 5
9
7 3
COUCHE
ARTICLES
DE GOLF
MIRENT LES
VOILES
USAGÈRES
1
PRÉCISE
UNE POSSESSION
LIEU DE
SACRIFICE
PENDANT
IL EST
VENDU
INSONONON MONTÉ RISATION
COMME
C’EST
BIZARRE !
V
I
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9
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TYPE DE
SOCIÉTÉ
AU SOMMET
DU VOLCAN
1 0 1 0 1 0 1 0 1 0
NULLEMENT
DEBOUT
0 1 0 1 1 0 0 1 1 0
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T I
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Mots
léchés
0 1 1 0 0 1 1 0 0 1
1 0 0 1 0 1 0 1 0 1
TERRE
ANTILLAISE
SEMBLABLE
1 0 1 0 0 1 1 0 1 0
0 1 1 0 1 0 1 0 1 0
GRIOTTIER
À VOUS
ANGLE
NEUF À
POMPÉI
REND AMER
1 0 0 1 0 1 1 0 1 0
0 1 1 0 0 1 0 1 0 1
1 0 0 1 1 0 0 1 0 1
GARDIEN
DU PAF
SIEVERT
AU LABO
ENFONCEMENT
CALCIUM
CYCLE
COMPLET
TROP
NOURRIE
0 1 0 1 1 0 0 1 0 1
ERBIUM
SYMBOLISÉ
CROCODILES
DURÉE DE
TRAVAIL
AGITE
UN SIGNE
SUR DOUZE
M
F E
R
C I
S
R E
M
AUTOCHTONE DE
L’UTAH
7
SOLUTIONS DES JEUX
DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
F
REGARDÉE
AVEC
DÉDAIN
BAINS
9
2
3
7
9 4
FUT TOUT
OUÏE
LUEUR
CÉLESTE
LENTE
3 2
5 4
ON Y
TRICOTE
DES
JAMBES
AVAIT
DU CRAN
8
2 5
7
8
ABÎMÉES
MENÉE À
TERME
7
3
6
Par Diane Monfort
LAISSÉ
DE CÔTÉ
FAUNE ET
FLORE
MATIÈRE DE
COSTUMES
eXPerT
AIDE DE
L’ÉTAT
BANDE DE
TISSU
APPRÉCIER
LA VALEUR
MITARD
BOMBAGE
CONJONCTION
MUSIQUE
RYTHMÉE
FAIT
L’ARTICLE
À MADRID
grille
2
5
6
8
9
7
3
4
1
AURÉOLE
DU SAINT
CŒUR
TENDRE
SOUS LA
CROÛTE
ILS ONT
TOUJOURS
UNE FACE
ABOIEMENT
LADY LONDONIENNE
JEU DE
PRUNELLE
CADEAU
ROYAL
LE PREMIER
DES
MARINS
CIRCUIT
POUR TONY
PARKER
VINS
SERVIS
BIEN FRAIS
ATTACHE
DES FILS
MOTS CROISÉS
PROBLÈME N° 4801
HORIZONTALEMENT
1. Accorder un sursis. - 2. Transhumance
dans les montagnes savoyardes. - 3.
Le grand sot. - 4. Familier pour l’étoile
Rubinstein. Répond illico à son jumeau.
- 5. Matériel de plongeur. Morceau de
Gounod. - 6. Partie remise. - 7. Pièce en
habits. - 8. Fragment de lettre. Support
d’une voûte en construction. - 9. Il se
rafraîchit sur les rives de l’Orne. - 10.
Jamais comme avant. Donne soif mais
n’est jamais altéré. - 11. Elle transforme
peu à peu la peau en écaille de poisson.
- 12. Portent sur le système.
VERTICALEMENT
1. Actuel secrétaire de l’Académie des
Goncourt, elle lui décerna son prix en 1977
(prénom et nom). - 2. Faute d’étourderie.
- 3. Propos qui tombent à plat. Arrivé à
terme. - 4. Coup de baguette. Ses maisons
ont pignon sur Ruhr. Passage du train. - 5.
Lettres recommandées. Passa sous
l’eau. - 6. Entraîna une baisse de l’intérêt.
Il attaqua au vitriol la Révolution française
mais fit une apologie étincelante de la
langue française. - 7. Terre vue d’en bas.
Fis retentir dans la brume. Personnel.
- 8. Il a une corde autour de la gorge.
Souffres beaucoup ou prends énormément de plaisir.
Par Vincent Labbé
1
2
3
4
5
6
7
8
1
2
3
4
5
6
7
8
9
BRIDGE
PROBLÈME N° 2890 :
La règle avant
toutes choses
A4
R9876
A3
AR76
N
O
E
S
D872
A
D V 9 8 5
832
10
11
12
Contrat : Sud joue
3 Sans-Atout.
Entame : 7 de .
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4800
HORIZONTALEMENT 1. Phraseur. - 2. Houleuse. - 3. Impenses. - 4. Loess. RP. - 5. Ogre.
Mai.- 6. SE. Cuir. - 7. Onagre. - 8. Pelés. It.
- 9. Hier. ESO. - 10. Assailli. - 11. Lé. Nanar.
- 12. Erythème.
VERTICALEMENT 1. Philosophale. - 2. Homogénéiser. - 3. Ruper. Alès. - 4. Alèse. Gérant.
- 5. Sens. CRS. ïaH. - 6. Eus. Mue. Elne. - 7.
Userai. Islam. - 8. Respiratoire.
4
9
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2
1
3
7
5
6
562
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2889 :
C’est votre meilleure chance
et pas la dernière
Contrat : Sud joue 4 Piques, après une ouverture de 1
en Est.
Entame : Valet de pour la Dame et le Roi, As de (le 4
en Ouest) et 7 de . (Est montrera un singleton à l’atout).
Premier obstacle à franchir : coupez gros. Ouest pourrait
fort bien être doubleton à . Encaissez ensuite As-Roi
d’atout (ils sont 2-1) puis attaquez-vous aux .
Le meilleur maniement, sachant qu’Est, l’ouvreur,
a de fortes chances de détenir l’As de , est de faire
l’impasse au Valet en jouant pour le 10.
- Si elle réussit, vous avez gagné.
- Si elle rate (Est prend du Valet), le retour à est protégé.
Est doit donc rejouer . Coupez pour le cas où l’As serait
second à gauche (rarissime main 1-5-6-1 en Est). Si l’As ne
tombe pas, montez au mort au 6 d’atout et présentez
le Roi de en espérant l’As chez l’ouvreur.
A62
R D 10 6 5
D63
AV
10 3
7
N
984
AV72
O E A R 10 8 7 5
V4
S
10 9 8 5 4 3
R6
RDV9854
3
92
D72
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2613
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9
grille
IL BAT LA
DAME SANS
PROBLÈME
UN CHEF
RELIGIEUX
grille
Sudoku
PIÈCE À
VIVRE
PASSE À
TABLE
PORTEUR À
DOMICILE
Takuzu
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1
3
MOTS COUPÉS
Mots coupés
chèque - cliché clique - cloche cloque - évêché évêque - quelle socque - Triche Trille - Trique Trisoc.
Par Arthur Gary
Assemblez les huit groupes de trois lettres deux
par deux pour former au moins dix mots de six
lettres. Un même groupe de lettres peut être
utilisé plusieurs fois pour des mots diférents.
B O U
B R E
C A N
C H E
L O U
M A R
T R E
V E T
1
2
3
4
5
6
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9
10
A
ROUTARD
ÉLÉMENT
D’ÉPI
GRANDS
AIGLES
2616
2
MOTS FLÉCHÉS N° 2046
LES BONS
FONT RIRE
grille
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 10 août 2018 LE FIGARO
18
L’ÉTÉ DU FIGARO
Le Robinson de Jura
[
Sur les tr
de GeorgeacOersw
ell
]
George Orwe
ll est à la mode
, revendiqué
comme par la
par la droite
gau
De la Birmanie che et pourtant inclassab
le.
coloniale à l’îl
e écossaise de
où il écrit 198
4, en passant
Jura
par les taudis
de Londres ou
de Paris et
la guerre d’Espa
la vie aventureu
gn
se de ce grand e, Le Figaro retrace
il faut vivre la
écrivain pour
réalité avant
qui
de pouvoir en
parler.
Dans le nord de l’île
écossaise de Jura,
Orwell se retire à Barnhill
pour écrire 1984.
ADRIEN JAULMES £@AdrienJaulmes
ENVOYÉ SPÉCIAL SUR L’ÎLE DE JURA (ÉCOSSE)
De la cuisine, les visiteurs entendent le cliquetis frénétique d’une
machine à écrire. À l’étage, assis à
une petite table devant la fenêtre,
fumant cigarette sur cigarette
malgré ses poumons malades,
George Orwell travaille à la rédaction de son nouveau livre.
« Un roman sur l’avenir », dit-il à
son éditeur. Le titre provisoire est
Le Dernier Homme en Europe. Il
s’est installé pour l’écrire au bout
du continent, dans l’île écossaise
de Jura. Depuis l’été 1946, il vit à
Barnhill, une ferme isolée dans le
nord de l’île, à une dizaine de kilomètres de la plus proche habitation. À l’abri d’un vallon, entourée de prairies et de fougères
géantes où des cerfs pointent la
tête, la maison blanche fait face à
la mer. De l’autre côté des eaux
sombres du détroit se découpe la
côte de l’Écosse.
Pour la première fois de sa carrière, Orwell vient de connaître le
succès, avec La Ferme des animaux, paru l’année précédente. Il
est devenu un auteur connu et il
commence même à gagner de
l’argent. Mais c’est à peu près la
seule bonne nouvelle dans sa vie.
Orwell est affaibli par des bronchites à répétition qui seront
bientôt diagnostiquées comme les
symptômes d’une tuberculose
avancée. Sa femme, Eileen, vient
de mourir pendant une opération
chirurgicale, et il se retrouve seul
pour élever Richard, leur fils
adoptif, âgé de 2 ans.
Jura lui permet d’échapper aux
sollicitations des journaux auxquels il collabore, ainsi qu’au
smog londonien qui affecte ses
poumons. Sa sœur Avril vient l’y
rejoindre, pour l’aider à s’occuper
du garçonnet. Un jeune vétéran
de la guerre, Bill Dunn, l’épaule
pour les travaux de la ferme.
L’endroit est particulièrement reculé. Jura n’est pas d’accès aisé. Il
faut d’abord rejoindre l’île voisine
d’Islay, d’où l’on prend un ferry
pour Craighouse, la principale
bourgade de Jura ; de là, il reste
encore une quarantaine de kilomètres pour arriver à Barnhill,
dont les dix derniers par un chemin à peine carrossable.
Damaris et Jamie Fletcher, descendants de la famille qui louait la
maison à George Orwell, séjournent régulièrement à Barnhill. Ils
apprécient cet isolement, qui
oblige cependant à une certaine
maîtrise de la logistique. La maison n’a pratiquement pas changé
depuis l’époque d’Orwell. Une
eau orangée au fort goût de tourbe
coule de l’antique robinetterie
dans la baignoire en faïence ébréchée. L’électricité ne s’allume que
lorsque l’on fait tourner le groupe
électrogène, dont il faut apporter
le carburant par bateau ou auto.
Le seul chauffage est fourni par les
tuyaux qui passent dans la cuisinière à charbon. « Je préfère prévenir les visiteurs, certains sont
parfois un peu déconcertés par les
conditions de vie », dit Damaris.
Jamie, qui a grandi sur Jura, était
trop petit pour se rappeler Orwell,
mais il a gardé le souvenir de
sa sœur Avril. « Elle me faisait
un peu peur, elle lui ressemblait
physiquement. »
Une fois par an, les Fletcher reçoivent la visite de l’Orwell Society, association de passionnés de
l’écrivain. Jamie Fletcher les accueille au débarcadère, dans une
petite baie où de longues algues
ondulent dans les eaux grises. Au
ras de la surface, un phoque curieux observe l’accostage derrière
sa moustache.
Le président de l’association est
Richard Blair, le fils d’Orwell. Son
bras droit est Quentin Kopp, le fils
de Georges Kopp, le commandant
d’unité d’Orwell pendant la
guerre d’Espa-
gne. Richard Blair fait visiter la
maison, racontant ses souvenirs
d’enfance. « On passait la plupart
du temps dans la cuisine, le seul endroit où il faisait un peu chaud, ditil, à condition de ne pas s’éloigner
de plus de quelques centimètres du
poêle. » Puis, assis sur une chaise
dans l’herbe, il lit une lettre dans
laquelle Orwell décrit les deux
jours de trajets nécessaires pour se
rendre de Londres jusqu’à Barnhill. Quentin Kopp, lui, veut mettre fin à une légende tenace selon
laquelle son père aurait vendu
à Orwell une camionnette en panne. « C’est une invention, ce
camion fonctionnait parfaitement », explique-t-il à qui veut
l’entendre.
À la grande joie des visiteurs,
Jamie Fletcher exhume d’une remise les morceaux rouillés d’un
très ancien vélomoteur. Était-ce
celui sur lequel les habitants de
Jura voyaient circuler la longue
silhouette d’Orwell sur les chemins de l’île, une serpette dans
une sacoche pour dégager les
ronces, mais le plus souvent arrêté
au bord du chemin, en train d’essayer de faire redémarrer l’engin ?
Puis, théières vidées et cake aux
fruits englouti, la Société Orwell
rembarque pour la dernière étape
du pèlerinage orwellien : le
Corryvreckan, un puissant tourbillon qui se forme dans la passe
entre Jura et l’île voisine de Scarba. Le tourbillon est l’un des plus
grands de l’hémisphère Nord,
presque aussi dangereux que le
Maelstrom norvégien.
Le 19 août 1947, au retour d’un
pique-nique en barque sur la côte
occidentale de l’île avec son fils
Richard, 3 ans, et ses neveux Henry et Lucy Dakin, Orwell se trompe dans les horaires des marées.
Le courant violent entraîne leur
bateau vers le tourbillon. Le petit
moteur hors-bord est arraché par
les vagues et Orwell perd le
contrôle de l’embarcation.
5/6
Extrait
C’est dans une ferme isolée de cette petite île écossaise
que George Orwell a vécu dans des conditions spartiates
à la fin de sa vie, y écrivant son chef-d’œuvre, « 1984 ».
1984
« À la seconde minute,
la Haine tourna
au délire. Les gens
sautillaient sur place et
criaient de toutes leurs
forces pour s’efforcer
de couvrir le bêlement
exaspérant qui venait
de l’écran... La fille
brune qui était derrière
Winston hurlait : Porc !
Porc ! Porc !... Dans
un moment de lucidité,
Winston se vit criant
avec les autres
et frappant violemment
du talon contre les
barreaux de sa chaise.
Ce qu’il y avait
d’horrible dans ces
Deux Minutes de la
Haine, était, non qu’on
fût obligé d’y jouer
un rôle, mais que l’on ne
pouvait, au contraire,
éviter de s’y joindre. »
TORSTEN LAURSEN/
GAMMA-RAPHO
Aux avirons, le jeune Henry Dakin
parvient in extremis à gagner Eilean Mór, un îlot désert du détroit.
À l’accostage, la barque chavire
dans le ressac et Orwell doit plonger pour sauver le petit Richard
coincé sous le canot. Une fois à
terre, il organise leur survie ; il explore l’îlot, découvre une source
et allume un feu pour faire sécher
leurs vêtements. Les naufragés
sont secourus quelques heures
plus tard par un pêcheur de crabes. « Si l’on doit partir en mer
dans un petit bateau, mieux vaut
ne pas choisir Orwell comme barreur », fait remarquer Simon Leys
dans un article sur « Orwell
intime », « mais en cas de naufrage
ou de quelque catastrophe, on
ne saurait rêver de meilleure
compagnie ».
Les instructions nautiques déconseillent toujours de s’approcher du Corryvreckan, « sauf avec
une bonne connaissance de ces
eaux, et seulement par temps
calme ». Depuis le port de Creagh
Haven, sur la côte, Duncan Philip,
personnage tout droit sorti de L’Île
noire, y emmène de temps à autre
des visiteurs. À l’approche du
tourbillon, la vedette de Duncan
est secouée dans tous les sens,
comme entraînée par un torrent
qui s’écoule en pleine mer. Pardessus le plat-bord, on voit l’écume se mettre à tourner dans un
cercle de plus en plus rapide,
creusant une dépression à la surface de l’eau. Duncan ne s’en extrait que grâce à son puissant moteur. « Vous voyez ce que ça peut
faire à une barque comme celle
d’Orwell », dit-il.
Cette mésaventure mise à part,
Orwell est plutôt heureux à
Barnhill. Les conditions spartiates
correspondent à son idée un peu
masochiste du confort, et il est attiré par l’idée de vivre en quasiautarcie. Il cultive un potager,
chasse le lapin, pêche, écrit. Mais,
même si ses amis le décrivent
comme le seul intellectuel capable
de changer un fusible, Orwell est
un fermier plus enthousiaste
qu’efficace. Les limaces mangent
les laitues, son poney refuse de se
laisser atteler, et la ferme est de
toute façon trop éloignée de tout
marché pour être exploitable.
Son journal, qu’il tient méticuleusement, est presque celui de
Robinson. Il ne s’intéresse guère à
la marche du monde ; aucune
mention du début de la guerre
froide ou de la moitié de l’Europe
qui passe sous le joug soviétique. Il
donne en revanche un compte
rendu méticuleux de sa vie à
Barnhill, notant le temps qu’il fait,
les dégâts causés par les lapins,
l’état de ses plantations et les résultats de sa pêche.
Mais l’essentiel de son temps est
consacré à l’écriture de son roman. Le temps presse, car il sent
ses forces décliner. Après un séjour de quelques mois dans un sanatorium, Orwell revient à Barnhill à l’été 1948, où il parvient à
achever son manuscrit. Il lui trouve un nouveau titre en inversant
les deux derniers chiffres de l’année 1948. 1984 est son dernier livre. Affaibli par la maladie, crachant du sang, Orwell quitte Jura
pour ne jamais revenir.
Il meurt le 21 janvier 1950 d’une
hémorragie pulmonaire à l’University Hospital de Londres. Il est
devenu sur son lit de mort un
écrivain mondialement célèbre.
1984 est un succès immédiat.
400 000 exemplaires sont vendus
la première année et les traductions se multiplient. Cette dystopie glaçante décrit une Angleterre
pauvre et sinistre, gouvernée par
un parti unique au chef mystérieux, Big Brother, où de terrifiantes institutions, la Police de la
Pensée et le ministère de la Vérité,
contrôlent jusque dans leurs sentiments les plus intimes les habitants réduits à l’état de troupeau.
Son héros, Winston Smith, est le
dernier à tenter de résister, avant
de succomber à son tour. Soixante-dix ans plus tard, la description
de cet enfer urbain et mécanisé en
guerre permanente, où la technologie et l’idéologie contrôlent des
individus coupés de leur passé,
abrutis par des écrans qui les espionnent et dont le langage a perdu jusqu’à son sens, est une fable
qui n’a rien perdu de sa force. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Un monde orwellien
CHRONOLOGIE DE
GEORGE ORWELL
A
OCÉAN
ATLANTIQUE
S’installe dans l’île
de Jura (Écosse)
où il écrit 1984
19 46 -19 48
ÉCOSSE
Mer
du Nord
Barnhill
Jura
Édimbourg
Glasgow
19 03
19 17-19 21 19 22-19 27 19 28-19 29
Sert dans
Naissance
Boursier
à Motihari, à Eton, l’école la police
impériale
aux Indes
de l’élite
en Birmanie
anglaise
Vit dans
la misère
à Paris et
à Londres
19 3 3
19 3 6
19 3 7
19 43
19 45
Combat
Voyage
Prend le nom
Chroniqueur Publication
de G. Orwell dans le nord dans les rangs à la BBC de La Ferme
pour signer industriel de républicains au service de des animaux,
son 1er livre l’Angleterre en Espagne la propagande son 1er succès
international
19 5 0
Meurt
de la
tuberculose
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 10 août 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
La loi sur « l’État-nation juif » divise
■ En juillet, les députés de la Knesset ont voté la loi dite « État-nation », qui définit Israël
comme « l’État-nation du peuple juif » où le peuple juif « applique son droit naturel, culturel, religieux, historique ainsi que son droit à l’autodétermination ». Depuis trois semaines,
les protestations se poursuivent dans la société israélienne. Les Druzes, minorité
fidèle à l’État israélien, se
mobilisent, et cinquante députés ont convoqué une session extraordinaire au Parpréambule proclame la souveraineté au
a loi Israël : État-nation,
lement. Nous donnons la
nom d’un peuple.
récemment votée
Israël n’a pas de Constitution mais
par la Knesset, a suscité
parole à Ofer Bronchtein,
des lois fondamentales auxquelles
une
polémique
tant
en
Israël
président du Forum internala Cour suprême a attribué un statut
qu’à travers le monde.
tional pour la paix, farouconstitutionnel. La loi Israël :
En France, la critique
chement opposé à cette loi,
État-nation est une loi fondamentale.
est à la fois virulente et consensuelle.
et à Emmanuel Navon, l’un
Les principes d’égalité et de liberté
Samy Cohen a qualifié la nouvelle loi
sont déjà codifiés en droit israélien,
de « régression démocratique »
de ses concepteurs, qui la
tant par les lois fondamentales
dans Le Monde ; René Backmann
défend.
19
Oui, Israël est un État-nation
L
a décrété dans Mediapart que cette loi
fait d’Israël un pays « nationaliste,
ségrégationniste, raciste, et
communautaire ». Je conteste ces
interprétations et ces jugements.
La loi comporte onze articles. Elle
définit Israël comme l’État-nation
» Lire aussi PAGE 5
du peuple juif et codifie l’hymne
national, le drapeau, la langue officielle,
les fêtes nationales et le lien entre Israël
et la Diaspora. Mis à part la question
de la Diaspora, la nouvelle loi ne diffère
en rien des Constitutions de la plupart
des pays européens. La Constitution
de la Ve République codifie la langue
officielle, le drapeau et l’hymne
national (article 2) ; les trois premiers
mots du préambule
de la Constitution
sont « Le peuple
français ». Dix-sept
des vingt-huit pays
Le géopolitologue, membre du Forum Kohelet,
membres de
le think-tank qui a conçu et promu la loi Israël :
l’Union européenne
État-nation, défend une mesure qui, selon lui,
ont une
n’a rien de discriminant.
Constitution dont le
+
EMMANUEL NAVON
existantes que par la jurisprudence
de la Cour suprême.
La nouvelle loi fondamentale
ne remplace pas les lois fondamentales
existantes ; elle complète un arsenal
constitutionnel inachevé.
Elle ne remplace pas non plus
la Déclaration d’indépendance
d’Israël, puisque celle-ci n’a pas force
de loi (suite à une décision de la Cour
suprême en 1948).
La loi Israël : État-nation ne met pas
fin au statut officiel de la langue arabe,
puisque l’arabe n’a jamais été
formellement une langue officielle
en Israël. L’arabe avait statut de langue
officielle sous le mandat britannique,
au même titre que l’anglais et l’hébreu.
Avec l’indépendance d’Israël, en 1948,
le Conseil national temporaire statua
que le droit mandataire britannique
continuerait d’être en vigueur
tant que non supplanté par la législation
israélienne.
Or cette législation, ainsi que la
jurisprudence de la Cour suprême,
a fait de l’arabe une langue reconnue
mais pas officielle. La loi exige que
les listes de partis et de candidats aux
élections soient en hébreu mais autorise
les partis à traduire les noms de leurs
candidats en arabe. La Cour suprême
a obligé l’État à faire figurer l’arabe aux
côtés de l’hébreu sur certains panneaux
de signalisation mais a refusé de rendre
ses arrêts en arabe. Ce statut reconnu
mais non officiel de la langue arabe
est préservé et codifié par la nouvelle loi
fondamentale.
La loi Israël : État-nation ne
discrimine pas les Druzes ou autres
minorités. Ayoub Kara, le ministre
israélien de la Communication, est
druze. Il a voté en faveur de la loi parce
que, a-t-il expliqué, « si l’État juif
n’existait pas, nous autres, Druzes,
serions massacrés comme en Syrie. C’est
grâce aux Juifs que nous sommes libres ».
L’article 10 de la loi statue que les
minorités ont le droit de choisir leur
jour de repos hebdomadaires et de
chômer pendant leurs fêtes religieuses.
Les accusations faites à l’encontre
de la nouvelle loi fondamentale sont
donc factuellement infondées. Mais
cette loi était-elle nécessaire ?
Oui, elle l’était pour contrecarrer
l’activisme judiciaire. Ces deux
dernières décennies, la Cour suprême
d’Israël a étendu ses pouvoirs en
s’attribuant le droit d’abroger
a posteriori des lois qui contredisent
à ses yeux les lois fondamentales ;
en annulant le principe de locus standi ;
et en décrétant que tous les pourvois en
cassation sont recevables (même pour
des questions non juridiques). C’est
ainsi que des ONG (souvent financées
par les gouvernements européens)
ont transposé leur activisme politique
au terrain juridique en faisant bloquer
des décisions gouvernementales et en
faisant abroger des lois.
Cet activisme judiciaire débridé
menace potentiellement les symboles,
les lois et les pratiques qui peuvent être
accusés de ne pas être strictement
égalitaires (l’hymne national chante
le retour à Sion, et la loi du retour
privilégie l’immigration juive). La
nouvelle loi fondamentale fournit à la
Cour suprême la base constitutionnelle
pour préserver les lois et symboles qui
font d’Israël un État-nation.
Le droit des peuples à disposer d’euxmêmes fut reconnu comme universel
par la Société des nations après la
Première Guerre mondiale. Ce droit
s’applique au peuple juif.
Ceux qui remettent en cause
aujourd’hui la légitimité de l’Étatnation se doivent d’appliquer leur
logique à tous les États-nations, et pas
seulement à l’État-nation des Juifs.
Et ceux qui veulent remettre en cause le
droit des Juifs à disposer d’eux-mêmes
ne peuvent désormais plus le faire par
voie juridique.
« Cette loi est contraire aux valeurs
des pères fondateurs d’Israël »
EUGÉNIE BASTIÉ £@EugenieBastie
LE FIGARO. - La loi État-nation
a été votée par le Parlement israélien
en juillet dernier. Que pensez-vous
de cette disposition ?
Ofer BRONCHTEIN. - Cette loi n’était pas
nécessaire, car la déclaration d’indépendance d’Israël proclame déjà qu’Israël est
« le foyer national du peuple juif », tout en
affirmant que toutes les minorités y ont
des droits égaux. Elle est dangereuse,
dans un contexte de tensions accrues
avec les Palestiniens. Elle vient exacerber
les divisions. 20 % des citoyens du pays
qui sont de langue et de culture arabe, qui
se sentaient déjà des citoyens de seconde
classe, se sentent aujourd’hui des citoyens de troisième classe. Même la communauté druze, qui a prêté allégeance au
sionisme et a payé de son sang cette fidélité en servant dans l’armée, se sent désormais laissée-pour-compte. On est en
train de pousser les derniers musulmans
fidèles à Israël dans les bras des extrémistes. Elle est en revanche cohérente avec
le projet de l’extrême droite israélienne.
Rappelez-vous qu’un des slogans de
Nétanyahou était « Nétanyahou est bon
pour les Juifs » et que, lors des dernières
élections, dans une déclaration faite
quelques heures avant la
clôture des urnes, il a
prétendu que « les Arabes prennent d’assaut les
bureaux de vote » et a
Pour le président du Forum international pour
appelé les Juifs à aller
la paix et ancien conseiller de Yitzhak Rabin,
voter massivement, et
cette loi est inutile et dangereuse. Il faut selon
maintenant il y a cette
lui redéfinir un sionisme du XXIe siècle.
loi discriminatoire.
OFER BRONCHTEIN
Dassault Médias
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Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
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Dassault, Jean-Pierre
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Habert, Bernard Monassier,
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SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
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Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
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Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
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Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
En quoi cette loi discrimine-t-elle
les minorités ?
À partir du moment où un groupe a plus
de droits qu’un autre, on est dans la discrimination. Il est aberrant et inacceptable qu’un immigré juif venant des ÉtatsUnis ou de France qui débarque en Israël
ait automatiquement plus de droits qu’un
Arabe israélien qui vit là depuis des générations ! Cette loi va rayer la langue arabe
comme officielle, ce qui va, aussi, créer
un schisme culturel, y compris à l’intérieur de la société israélienne dont une
bonne partie est arabophone. Elle permettra aux Juifs de continuer à coloniser
et annexer des territoires en Cisjordanie
au nom du « droit à l’autodétermination ». Elle risque d’encourager l’établissement de communautés exclusivement pour Juifs et d’enfermer la
population arabe dans ses villages sans lui
permettre de se développer.
En quoi cette loi qui fait d’Israël
un « État juif » est-elle en rupture
avec le projet sioniste originel ?
Cette loi est contraire aux valeurs des
pères fondateurs d’Israël et à celles de la
démocratie, qui se définit aussi comme la
protection des minorités. Les pères fondateurs voulaient faire d’Israël une réponse à l’antisémitisme, aux ghettos, or
cette loi est en train de créer le plus grand
ghetto juif du monde, où les Juifs ne vivent qu’entre eux ! Le projet sioniste était
conçu comme démocratique. Or une démocratie qui ne protège plus ses minorités est boiteuse, fragile. Il y a actuellement des menaces de la part du
gouvernement sur la Haute Cour de justice, qui pourrait censurer la loi : menacer
des juges, c’est du jamais-vu ! C’est anti-
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
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(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
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Rédacteur en chef
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(Édition Web)
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du pôle news
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Éditeurs
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Anne Pican
démocratique, c’est une remise en questions de la séparation des pouvoirs, pierre
angulaire de toute démocratie. Cette
pente est très dangereuse.
Peut-on comparer la notion
de « peuple juif » à celle
de « peuple français » ?
Bien sûr que non : ce serait comme si,
dans la Constitution française, on mettait
que la France était un pays catholique !
« Juif » et « Israélien », ce n’est pas la
même chose. Le sionisme avait pour objectif de rassembler tous les Juifs du monde dans un pays, mais ça n’a pas eu lieu :
la majorité des Juifs aujourd’hui ne sont
pas israéliens, et 20 % des Israéliens ne
sont pas juifs. Il faut donc redéfinir ce
qu’est le sionisme du XXIe siècle.
Ne peut-on pas comprendre l’inquiétude
d’une partie de la population israélienne
qui a peur de devenir minoritaire
sur son sol et veut donc verrouiller
la judéité d’Israël par la loi ?
On peut comprendre cette inquiétude,
mais si les Juifs veulent rester majoritaires en Israël, la première chose à faire serait de se séparer des Territoires occupés
et de permettre aux Palestiniens la création d’un État indépendant. La solution
des deux États est la seule qui puisse permettre à Israël de garder son profil juif
tout en restant démocratique et respecter
et octroyer les mêmes droits à tous ses
citoyens.
Cette loi hypothèque-t-elle
l’avenir de la paix ?
Bien sûr. Et pas seulement la paix, mais
aussi notre combat contre l’antisémitisme et toutes formes de racisme. Nous,
FIGAROMEDIAS
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Tél. : 01 56 52 20 00
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Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
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Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
militants pour la paix, allons avoir du mal
à combattre l’antisémitisme en Europe.
Nous combattons par exemple le BDS
(Boycott Désinvestissement Sanctions) et
pensons que le boycott est une mauvaise
solution pour faire avancer la paix. Mais
comment le faire comprendre alors
même que l’État d’Israël organise le boycott des Arabes ? Comment justifier que
d’un côté on vote une loi renforçant la judéité d’Israël et de l’autre on entretient
des relations privilégiées avec des pays
comme la Pologne et la Hongrie, qui ont
des leaders populistes et font voter des
lois révisionnistes ! Comment peut-on
lutter contre l’antisémitisme et s’allier à
des antisémites notoires en Europe ?
Vous êtes pessimiste ?
Moi qui me bats pour la paix depuis quarante ans, je suis aujourd’hui très inquiet.
Nous sommes au bord du gouffre. Je
crains une guerre prochaine, que l’armée
israélienne décide d’envahir très prochainement Gaza à nouveau. Mais j’ai
confiance dans la société civile israélienne. Cent mille personnes se sont réunies à
Tel-Aviv samedi dernier pour protester
contre la loi.
Oui, il y a un réveil de la société israélienne. Hier, 55 membres du Parlement ont
réuni la Knesset en session extraordinaire. Chaque semaine, des dizaines de
milliers d’Israéliens manifestent pour dénoncer ces dérives dangereuses. Une
nouvelle manifestation sera organisée samedi. J’espère que les prochaines élections donneront raison à ceux qui veulent
que les Israéliens se réapproprient leur
pays et à ceux qui désirent l’égalité des
droits pour tous, une démocratie robuste
et la paix. ■
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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Ce journal
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Cahier 2 Économie
6 pages
Sur certaines éditions
Supplément 3
Magazine
100 pages
Cahier TV
60 pages
Supplément 4 Madame
96 pages
A
PROPOS RECUEILLIS PAR
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vendredi 10 août 2018 LE FIGARO
20
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
Histoires d’esp
ions
5/11
ALAIN BARLUET £@abarluet
Le lundi 12 août 1963, trois agents
de la DST, le contre-espionnage
français, arrêtent à Paris un homme à l’allure banale. Il sort de son
bureau, au siège de l’Otan, alors
situé place Dauphine. Une silhouette à la Pompidou, rassurante dans son costume gris.
Cet homme de 49 ans, c’est
Georges Pâques, la plus importante « taupe » du KGB
de l’après-guerre en France. Pendant vingt ans, en
pleine guerre froide, ce
haut fonctionnaire, normalien, en poste auprès de
plusieurs ministres et
dans la Défense, a transmis à l’URSS les informations les plus sensibles.
Pourquoi ce serviteur
de l’État, catholique fervent et apparemment de
droite, a-t-il trahi au profit de Moscou ? Pas pour de
l’argent, ni par idéologie ou
à cause du sexe. S’il a renseigné le régime communiste,
c’est par pacifisme et par antiaméricanisme, se justifierat-il lors de son procès. C’est par
idéalisme et surtout par orgueil,
estime Pierre Assouline, auteur
d’un roman biographique sur cet
espion de haut vol *.
Georges Pâques est conduit au
siège de la DST, rue des Saussaies.
Le commissaire Marcel Chalet,
chargé de l’affaire, l’interroge.
Après un long silence, Pâques demande de quoi écrire. Sa confession, dix pages manuscrites, rédigées d’un trait et sans une rature,
débute par ses mots : « L’histoire a
commencé à Alger en 1944. Depuis
quatre ans, nous vivions dans une
atmosphère tendue et nos esprits ne
se proposaient plus que deux buts :
abattre l’Allemagne et préparer un
monde dans lequel la guerre serait
impossible. Je pensais que l’URSS
aurait un rôle capital à jouer après
la victoire. »
“
J’ai pris de gros
risques, même celui
du sacrifice suprême,
en vue du maintien
de la paix. […]
J’ai uniquement songé
au bien de la France
”
A
GEORGES PÂQUES, LORS DE SON PROCÈS
Né en 1914 à Chalon-sur-Saône
dans un milieu modeste, élève
brillant, Georges Pâques entre à
l’École normale supérieure en
1935. Reçu premier à l’agrégation
d’italien, il est d’abord professeur à
Nice puis à Rabat. Lorsque les alliés
débarquent en Afrique du Nord, il
rejoint les rangs de l’armée du général Giraud à Alger. En mars 1944,
après avoir travaillé un temps à la
radio pour la Résistance, il devient
chef de cabinet du ministre de la
Marine, Louis Jacquinot.
La politique le mobilise apparemment moins que la morale.
Rue d’Ulm, il se situait dans la
mouvance du christianisme social. « Je ne suis pas un marxiste et
les sentiments dont je demeure animé sont humains et religieux », expliquera-t-il. En revanche, son
aversion à l’encontre des ÉtatsUnis ne cessera de s’affirmer.
« Devant les empiétements anglosaxons en Afrique, je songeais qu’il
fallait un contrepoids et que les intérêts de la Russie coïncidaient avec
les nôtres », plaidera-t-il devant
ses juges. Au cabinet du ministre
de la Marine, il se dit « épouvanté »
par les propos de certains amiraux
et par des échanges diplomatiques
évoquant des projets américanobritanniques pour poursuivre la
guerre contre l’Armée rouge, une
fois que les armées occidentales
auront franchi l’Elbe. Ce futur
conflit contre la Russie, Georges
Georges Pâques (à gauche),
condamné à la prison
à vie en 1964, fut gracié
par Georges Pompidou en 1970.
COLLECTION PERSONNELLE
L’espion
qui voulait
sauver
le monde
Pâques n’en veut pas.
À Alger, il a pour médecin Imek
Bernstein, un ancien des Brigades
internationales en Espagne, qui lui
fait rencontrer un « ami », premier
conseiller à l’ambassade de l’URSS.
Alexandre Gouzovsky est un agent
du KGB et sera le premier des cinq
officiers traitants à qui Georges Pâques aura affaire. Les deux hommes
sympathisent et se rencontrent régulièrement. Ce ne sont, à ce stade,
que des conversations amicales, au
cours desquelles le Français raconte ce qu’il a vu et entendu dans les
couloirs des ministères.
À la Libération, les deux hom-
Ci-dessus à gauche : Georges Pâques (à droite) transmit notamment au KGB les projets
de défense des pays de l’Otan. À droite : avec sa femme et leur bébé. COLLECTION PERSONNELLE
Normalien, haut fonctionnaire
en France et à l’Otan,
Georges Pâques a transmis
durant des années
des informations
sensibles à l’URSS,
avant d’être démasqué.
mes se retrouvent à Paris. Georges
Pâques se désole de la « tournure
nettement antisoviétique » que
prend la politique française. En
1947, la rupture avec les communistes, sous le gouvernement Ramadier, marque un nouveau palier dans sa collaboration avec
Gouzovsky. Ce dernier commence
à lui demander des documents. À
cette époque, Pâques, quoique
conseiller dans des cabinets ministériels, n’a pas accès aux documents « secret-défense ». Alors il
rédige pour son « ami » des notes
biographiques sur des personnalités françaises - plus de deux cents
au total - et des analyses sur la position des militaires et du gouver-
]
Trahison, ambit
ion, jalousie, idé
manipulation…
les grandes aff ologie, argent, sexe,
parfois changé
air
le destin du mo es d’espionnage ont
aussi des histoi
nde mais elles
res humaines.
son
Et l’actualité mo t toujours
cette vie de l’o
mb
ntre que
retrace quelque re est plus dense que jamais
. Le Figaro
s-unes de ces
étonnantes pa
certaines célèb
ges
res et d’autres
d’Histoire,
moins connue
s.
nement
dans le conflit
Est-Ouest.
Georges Pâques a
progressivement basculé. Lorsqu’il en a pris
conscience, il était trop tard. Un
homme complexe, ce Pâques. Pétri de contradictions, avec à la fois
une haute image de lui-même et
l’éternelle frustration de rester à
des postes subalternes, alors qu’il
se sent investi d’une mission supérieure : empêcher la guerre entre l’URSS et l’Occident. Il affirmera même avoir voulu prévenir
un « cataclysme atomique »…
Convictions sincères ou désarmante naïveté ? « Dès le début de
sa carrière, il a eu le sentiment qu’il
valait mieux que les ministres qu’il
servait mais qu’il ne pourrait pas
accéder aux hautes fonctions du
Quai d’Orsay, il a donc décidé de
rester dans l’ombre », explique
Pierre Assouline. En 1951, il
échoue aux législatives dans sa
ville natale.
À partir de 1955, sa carrière
prend un nouvel essor. Au cabinet
du secrétaire d’État au budget,
Pâques devient directeur adjoint
du bureau central de documentation et d’information (BDCI), un
organisme chargé d’harmoniser
la politique française avec les pays
arabes. Ce poste lui donne désormais accès à des informations
classifiées qu’il transmet aux Soviétiques. Son parcours culmine
après le retour de De Gaulle en
1958. Il est nommé adjoint du directeur de l’information à l’étatmajor de la Défense nationale,
puis directeur d’études à l’Institut
des hautes études de défense nationale (IHEDN). En 1962, il entre
à l’Otan, en tant que chef adjoint
du service de presse. Il est en mesure de concrétiser son dessein.
« Je crus en mon devoir de tenir au
courant mes amis soviétiques des
intentions agressives des Américains, dira-t-il. Mais aussi de travailler à la grande politique que je
prêtais au général de Gaulle : reconstituer une Europe suffisamment forte pour servir de pont entre le monde américain et le monde
soviétique. »
Tous les quinze jours, Georges
Pâques rencontre discrètement
son officier traitant, à Paris ou en
banlieue. Il lui remet une serviette
contenant des documents. Au dé-
but, le KGB lui avait confié différents types d’appareils photo mais
il n’était pas parvenu à les utiliser
correctement. C’est donc l’agent
soviétique qui se chargeait luimême des clichés. L’espion récupérait la serviette avec son précieux contenu quelques heures
plus tard. Parmi les informations
les plus importantes qu’il a
transmises au KGB figurent les
projets de défense des pays de
l’Otan, l’évaluation par l’Alliance du potentiel militaire
du pacte de Varsovie, le
système de défense occidental de Berlin-Ouest, le
plan d’importation des
radars en Turquie…
En décembre 1961, un
officier du KGB, Anatoli
Golitsyne, fait défection à
Helsinki. Il est exfiltré
aux États-Unis et révèle à
la CIA que des documents
ultrasecrets de l’Otan ont
« fuité » de Paris à Moscou.
Les Français sont mis dans
la boucle grâce à un agent
du renseignement extérieur, le SDECE, Philippe
Thyraud de Vosjoli ((lire nos
éditions du mardi 7 août).
août Deux
cents
initiés,
susceptibles
d’avoir trahi, sont identifiés. Les
recherches se concentrent ensuite sur quatre personnes, dont
Georges Pâques, mais l’enquête ne
donne rien.
L’étau va pourtant brusquement se resserrer autour de lui.
Le 4 août 1963, le commissaire
Chalet rencontre un bon informateur qui lui dit : « Pâques, un
homme de droite ? Certainement
pas. » La phrase fait tilt. Chalet
– qui deviendra plus tard directeur de la DST - remet alors son
équipe de limiers sur la piste de
Georges Pâques. Quatre jours
plus tard, celui-ci est repéré à
Feucherolles (Yvelines), au moment où il s’apprête à rencontrer
Vladimir Khrenov, un officier du
KGB connu du contre-espionnage français. Le flagrant délit
échoue à cause de l’arrivée inopinée d’une voiture de police. Mais
il n’y a plus de doute. Georges Pâques est interpellé le surlendemain et passe aux aveux.
Son procès se déroule en juillet
1964 devant la Cour de sûreté de
l’État. L’avocat général requiert la
peine de mort. Le journaliste Roland Bochin rapporte dans Le Figaro l’ultime déclaration de l’accusé : « J’ai pris de gros risques,
même celui du sacrifice suprême,
en vue du maintien de la paix. […]
J’ai uniquement songé au bien de la
France. Je n’ai pas été un agent des
Soviets. Les Russes ne sont rien
pour moi. » Georges Pâques est
condamné à la détention à vie. S’il
a pu être démasqué, d’autres ne le
furent jamais. Dans les années
1950, le KGB disposait dans
l’Hexagone de plus d’une dizaine
de sources françaises. On peut citer « Anna », qui travaillait auprès
des militaires américains stationnés à Orléans, ou encore « Monsieur P. », un ancien résistant devenu membre de la DGER
(l’ancêtre du SDECE) et qui recrutera d’autres taupes au sein du
renseignement français.
Pâques passe sept années derrière les barreaux. En 1970, il est
gracié par Georges Pompidou, ancien normalien comme lui. Libéré,
il retourne à l’anonymat et meurt
en 1993, à 79 ans. Sur le site officiel des services de renseignements extérieurs russes, le SVR,
son nom figure toujours parmi les
sources de grande valeur du KGB,
au même titre que Klaus Fuchs ou
Kim Philby. ■
* « Une question d’orgueil »,
Gallimard, 2012.
RETROUVEZ DEMAIN :
Le mystère Jim Thompson,
agent de l’OSS
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vendredi 10 août 2018 LE FIGARO - N° 23 015 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
ENSEIGNEMENT
L’ÉTÉ DU FIGARO
DANS LES COULISSES
DU PORT
DU GUILVINEC PAGE 25
Smartphones : l’irrésistible
offensive chinoise
Le stand Huawei au Mobile
World Congress
de Shanghaï, en juin dernier.
Dans le sillage de Huawei, les marques chinoises gagnent toujours plus
de terrain et remettent en cause la domination de Samsung et d’Apple. PAGE 22
New York limite les ambitions d’Uber
New York vient d’infliger un camouflet à Uber et à ses concurrents. La ville a gelé pour un an les
nouvelles licences pour les VTC.
Elle compte aussi imposer un salaire minimum pour leurs chauffeurs.
Deux mesures inédites aux ÉtatsUnis. Un rapport validé par l’autorité new-yorkaise de supervision
des véhicules avec chauffeur (TLC)
recommande un salaire horaire net
de 17,22 dollars, correspondant à
22,5 % d’augmentation moyenne.
Pour les usagers, cela pourrait
le PLUS du
FIGARO ÉCO
ALLEMAGNE
Thyssenkrupp,
un géant industriel
dans la tourmente
PAGE 24
LA SÉANCE
DU JEUDI 09 AOÛT 2018
CAC 40
5502,25
+0,01%
DOW JONES (18h)
25533,20 -0,20%
ONCE D’OR
1214,35 (1209,55)
PÉTROLE (lond)
72,190 (72,730)
EUROSTOXX 50
3492,42 -0,03%
FOOTSIE
7741,77 -0,45%
NASDAQ (18h)
7477,23 +0,10%
NIKKEI
22598,39 -0,20%
conduire à une majoration de 3 à
5 % du prix de la course. « Cette
décision va stopper l’afflux de voitures qui contribue à la congestion qui
paralyse nos rues », indique le maire de New York, Bill de Blasio.
En 2010, avant l’installation
d’Uber l’année suivante, la ville
comptait environ 37 000 VTC et
13 500 taxis. L’an dernier, le nombre de taxis n’avait pas bougé,
mais il y avait plus de 83 000 VTC.
Cet essor a fait plonger la valeur
des licences de taxi. Il a aussi ag-
gravé les embouteillages. Dans le
sud de Manhattan, la circulation
est ininterrompue du matin au
soir. La situation est telle que le
gouverneur de l’État de New York,
Andrew Cuomo, évoque la création d’une taxe pour les véhicules
circulant dans les zones les plus
encombrées.
Uber avait fait campagne depuis
des semaines pour éviter le gel des
licences pendant un an, soulignant
que la mesure était sans effet « pour
améliorer le métro ou décongestion-
ner la circulation ». « Bientôt, des
prix plus élevés et plus d’attente »,
avait prévenu la plateforme, invitant ses clients à contacter leurs
élus locaux pour s’opposer au texte. Avant New York, plusieurs villes et pays ont pris des mesures
contre Uber. Londres lui a retiré sa
licence avant de la restituer pour
quinze mois. Début juin, après une
campagne de protestations des
taxis d’Istanbul, le président turc a
clamé : « Uber, c’est terminé en
M. V.
Turquie. »
La grève s’annonce massive chez
Ryanair, ce week-end. Les pilotes allemands de la compagnie low-cost irlandaise ont annoncé qu’ils cesseraient le travail dès ce vendredi
10 août, et pour 24 heures. Ils rejoignent le mouvement social, déjà prévu en Irlande, en Suède et en Belgique.
Cette grève est historique. C’est la
première fois que des pilotes de Ryanair de plusieurs pays se mobilisent en
même temps. Conséquence : 400 vols
en Europe, dont 250 en Allemagne,
devraient être annulés. Près de
55 000 passagers sont concernés, selon les calculs de Ryanair, qui s’engage
à leur proposer une autre réservation.
L’impact du mouvement pourrait encore s’amplifier si les pilotes néerlandais le rallient. Leur syndicat, le VNV,
n’avait pas encore pris de décision en
ce sens lorsqu’il a appris, jeudi 9 août,
que Ryanair avait pris une mesure
préventive contre lui. La compagnie a
saisi le tribunal de Haarlem, à côté de
l’aéroport
d’Amsterdam-Schipol,
d’une procédure en référé, afin d’obtenir un jugement interdisant aux pilotes de se mettre en grève pendant
la saison estivale. « Furieux », le VNV
fustige « une nouvelle tentative de
Ryanair pour priver ses employés de
leurs droits ».
L’année 2018 restera comme un été
« pourri » pour Ryanair, qui n’avait pas
connu le moindre jour de grève depuis
sa naissance, fin 1984. La low-cost vit
au rythme des conflits sociaux, depuis
qu’elle a reconnu les syndicats fin
2017… afin d’éviter une grève au moment des fêtes de fin d’année. Au seul
mois de juillet, marqué par une grève
des hôtesses et stewards de plusieurs pays, Ryanair a été contrainte
d’annuler plus d’un millier de vols.
Le dialogue social a du mal à se mettre en place entre une compagnie qui
a toujours revendiqué sa pingrerie et
des personnels exaspérés qui veulent
« entamer des négociations sérieuses » sur les salaires et les conditions
de travail. Dans un contexte de pénurie de pilotes et sous la pression de la
justice (depuis un arrêt de la Cour
européenne en septembre 2017),
Ryanair devra lâcher du lest et sans
doute faire évoluer son modèle économique.
V. GD
L’Europe achète
du gaz américain mais
Une exécution aux États-Unis fâche
un laboratoire pharmaceutique allemand à toute petite dose
L'HISTOIRE
C
ela fait bien longtemps que Carey
Dean Moore a cessé de se battre
pour échapper à sa condamnation
à mort. Détenu depuis 1980 pour
le meurtre de deux chauffeurs de
taxi, l’Américain doit être exécuté mardi
prochain, le 14 août, au pénitencier de Lincoln
dans le Nebraska (photo). Pour la première
fois de son histoire, cet État du centre
des États-Unis a choisi d’opérer par injection
létale. D’où vient le poison ? Les autorités
refusent de répondre à cette question. Mais
le laboratoire pharmaceutique allemand
Fresenius Kabi en est convaincu : le Nebraska
s’est procuré « de façon inappropriée
ou illégale » des
substances qu’il
fabrique (un
dérivé du curare
et du chlorure de
potassium) non
destinées à être
utilisées pour
des exécutions
capitales.
La société s’est
donc lancée
dans une course
contre la montre, en engageant une procédure
au civil pour stopper les autorités pénitentiaires
du Nebraska. Dans sa plainte, le pharmacien
allemand, coté en Bourse, assure « ne pas
prendre position contre la peine de mort »
mais s’inquiète que cela ne porte « grandement
atteinte à sa réputation ».
L’affaire met en lumière la difficulté pour les
États américains qui pratiquent encore la peine
de mort à se fournir en substances létales.
De plus en plus d’entreprises pharmaceutiques,
notamment européennes, refusent de vendre
leurs produits à ces fins. Pour des questions
d’image, mais pas seulement : l’Union
européenne a durci sa législation en 2016, en
interdisant tout
commerce
et publicité
de produits
destinés à la
peine capitale
et à la torture,
dont font partie
les cocktails
létaux. ■
VIOLETTE
BONNEBAS
(À BERLIN)
Du tweet au fait, il y a un
monde. Le 26 juillet dernier,
le président américain déclarait fièrement sur son réseau
social favori que les États
membres de l’Union européenne allaient « acheter des
quantités importantes de gaz
naturel liquéfié (GNL) ! ». Une
victoire, selon lui, dans les
négociations commerciales.
Ce jeudi, la Commission
européenne a annoncé que
les 28 États membres avaient
déjà acheté 2,8 milliards de
mètres cubes de gaz américain depuis 2016 et que les
importations
totales
de
l’Union devraient augmenter
de près de 20 % d’ici à 2040
par rapport au niveau de
2016.
En réalité, comme l’indique
un rapport sur le marché gazier publié récemment par la
Commission, le gaz américain
ne représente qu’une très faible part des importations
européennes : 1 % du GNL, au
premier trimestre 2018. Or le
gaz liquéfié, acheminé par
bateau, majoritairement depuis le Qatar et le Nigeria, ne
représente lui-même que
12 % des importations totales
de gaz de l’UE. Le gaz américain a donc fourni au premier
trimestre environ un millième seulement des besoins
européens.
En 2017, 37 % des importations européennes de gaz
provenaient de la Russie, essentiellement
acheminées
par gazoducs. Mais depuis la
fin de l’année dernière, Moscou livre aussi du gaz à l’Europe, par navire, depuis le gisement arctique de Yamal, à
un prix beaucoup plus compétitif que le GNL venu des
États-Unis. Si bien que, début
2018, l’Europe a acheté moins
de GNL américain que de GNL
russe. La Commission suggère aux Américains d’offrir de
meilleures conditions commerciales et d’assouplir leurs
formalités administratives à
l’export J. C. (À BRUXELLES)
A
DANIEL LUEDERT/ASSOCIATED PRESS, QILAI SHEN/BLOOMBERG, CLAUDE PRIGENT/PHOTOPQR/LE TELEGRAMME
LE COÛT DES ÉCOLES
DE COMMERCE VA ENCORE
AUGMENTER PAGE 23
RYANAIR : GRÈVE
HISTORIQUE DES
PILOTES DANS
PLUSIEURS PAYS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 10 août 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Les Chinois bouleversent l’ordre
mondial dans les smartphones
La domination de Samsung et Apple n’a jamais été autant remise en cause.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
capacité
« deLaHuawei
à
En Europe, Huawei a construit sa
notoriété patiemment. Le groupe,
qui est aussi équipementier télécoms, avait ses entrées chez les opérateurs. Sur le marché des terminaux, il a d’abord proposé ses
produits en marque blanche pour de
grands opérateurs télécoms européens, puis en imposant peu à peu
son nom dans leurs boutiques. Lorsqu’il a commercialisé son premier
modèle sous son nom en France, sa
notoriété était qualifiée « d’inexistante ». Mais bien moins cher que
ses concurrents de l’époque, notamment Apple et HTC, Huawei a
aussi profité d’un tournant majeur
dans les habitudes d’achat : les terminaux sont de moins en moins
subventionnés par les opérateurs, ce
qui a ouvert un boulevard aux marques capables de proposer des
smartphones à des prix attractifs.
Néanmoins, Huawei joue sur les
deux tableaux, comme l’a fait Samsung avant lui, proposant à la fois
des terminaux à moins de
200 euros et des produits (très) haut de
gamme. Le plus cher,
le Mate RS Porsche
Design, est vendu
SMARTPHONES Promesse tenue ?
s’imposer sur
S’il est encore un peu tôt, le pari de
Richard Yu, le patron de Huawei,
des marchés
semble en bonne voie de réalisation.
où la marque
Son but est simple : devenir le nuétait jusqu’à
méro un mondial sur le marché des
smartphones. Et il vient de ravir à
récemment
Apple sa place de numéro deux. Le
totalement
géant chinois n’a plus qu’une marinconnue est
che à gravir pour détrôner Samsung. L’année dernière, à la même
impressionépoque, Huawei s’était hissé pour la
nante
première fois de son histoire en
RYAN REITH,
deuxième position, avant de se reANALYSTE CHEZ IDC
faire doubler par Apple. Mais au fil
des mois, le volume des ventes et la
part de marché de Huawei progressent. Sur les 342 millions de smartphones vendus dans le monde au
deuxième trimestre, 54,2 millions
l’ont
été
par
Huawei. La part
de marché atteint
le plus haut niveau de son histoire, à 15,8 %,
contre 11 % l’année dernière, selon
IDC. Il n’y a que sur
la valeur qu’Apple
reste intouchable.
Néanmoins,
la
progression
de
Huawei reflète un véritable passage de témoin entre les générations de fabricants de
téléphones. Les années
2010 ont marqué un
vendus
premier changement,
de mobiles
en 2017
de mobiles vendus
quand Apple, Samsung
en 2017
et LG faisaient tomber de
leur piédestal les pionniers du secteur : Sony,
6,6
2,8
Ericsson… Sans parler des
gloires aujourd’hui dispa9,4
8,6
rues, comme Motorola,
BlackBerry ou Nokia, dont
les marques ont été reprises
par d’autres. Cette fois, la
13,9
11,8
nouvelle vague vient de
Chine, avec Huawei en vaisseau amiral d’une nombreuse
flotte. Le groupe de Richard Yu a pris
le temps de s’installer hors de Chine.
« La croissance continue de Huawei
21,3
22,4
est pour le moins impressionnante,
comme l’est sa capacité à s’imposer
sur des marchés où la marque était,
jusqu’à très récemment, totalement
2e trimestre 2015
2e trimestre 2016
inconnue », souligne Ryan Reith,
analyste chez IDC.
Source : IDC
»
OPPO XIAOMI
1m0il9lio,8
104,9
ns
plus de 1 500 euros ! Au dernier trimestre, il a écoulé 9 millions de P20
et P20 Pro dans le monde, des appareils qui sont vendus 500 euros et
plus.
Des stratégies différentes
Pour soutenir ses produits, Huawei
ne lésine par non plus sur les campagnes de communication. Dans les
pas d’Apple et de Samsung, il multiplie les publicités sur tous les types
d’écran. Même si le record en dépenses marketing établi par Apple
en 2016 avec 1,8 milliard de dollars
est encore très loin d’être égalé.
Tous les groupes chinois n’ont pas la
même stratégie. Ils ont néanmoins
en commun de commencer leur
conquête du monde par les pays limitrophes du leur.
Oppo, Vivo et Xiaomi sont incontournables en Inde et en Asie du
Sud-Est. Après avoir conquis les
plus jeunes avec des stratégies de
vente en ligne, ils bâtissent peu à
peu leur propre réseau de distribution avec pour premier objectif
d’élargir leur audience. Régulièrement accusés de s’inspirer un peu
trop librement du design des smartphones concurrents, ces groupes
misent à leur tour sur l’innovation
pour séduire un public jeune, exigeant, mais aux moyens financiers
limités. Ces entreprises s’appuient
davantage sur les réseaux sociaux
pour se faire un nom, n’ayant pas les
moyens de leurs grands concurrents
pour se hisser en haut de l’affiche.
Le succès n’est pas toujours au rendez-vous, en témoigne les déboires
de Lenovo dans le secteur des
smartphones. Le groupe chinois a
racheté la division PC d’IBM en 2005
avant de devenir leader de ce marché. Il a tenté le même coup dans les
smartphones en mettant la main sur
Motorola en 2013. Mais la mayonnaise n’a pas pris, à cause d’une
stratégie marketing brouillonne faisant cohabiter les deux marques,
Motorola et Lenovo dans de nombreux pays, voire sur certains terminaux. Les déboires de Lenovo démontrent aussi qu’avoir une
marque ne suffit pas pour vendre
des smartphones. Motorola a pourtant joué la carte de l’innovation
avec ces Mods, des modules qui se
clipsent au téléphone pour améliorer la durée de vie, l’autonomie, le
son… Mais sans séduire les consommateurs. ■
GRIEZMANN, LE
PARI GAGNANT
DE HUAWEI
Le chinois Huawei fait partie
des annonceurs heureux
de l’après-Coupe du monde
de football. Dès le printemps,
il avait parié sur Antoine
Griezmann (photo) pour faire
la promotion de son nouveau
smartphone « flagship »,
le P20 Pro. Au fil des matchs,
le fabricant a vu les
performances de son égérie
s’améliorer, entraînant
ses ventes dans la foulée.
En associant son nom à celui
d’un champion du monde,
Huawei a changé de division.
Le choix de l’écran
publicitaire s’est avéré
plus payant que celui
du sponsoring. Hisense, un
autre groupe chinois, avait
lui choisi d’être partenaire
de la compétition. Parti lui
aussi à l’assaut des marchés
occidentaux avec ses
smartphones et ses
téléviseurs, il a finalement
bénéficié d’une moins bonne
exposition sur le marché
français.
Les téléphones chinois
en forte progression
ÉVOLUTION DES PARTS DE MARCHÉ
DES 5 LEADERS DANS LES SMARTPHONES, en %
millions
8
8,6
Oppo
9,3
Xiaomi
(Chine)
(Chine)
6,2
15,8
11
HUAWEI
Huawei
(Chine)
11,8
12,1
(États-Unis)
Samsung
22,9
20,9
157,9
Apple
millions
de mobile
s vendus
en 2017
(source ID
C)
OPPO, XIAOMI, HUAWEI,
(Corée du Sud)
MARVIN IBO GUENGOER/
PICTURE-ALLIANCE/
DPA/AP IMAGES
2e trimestre 2017
2e trimestre 2018
Infographie
A
Face à la concurrence, Samsung affirme sa position de marque premium
Sept ans après avoir lancé le premier Note, Samsung creuse le
sillon du smartphone doté d’un
grand écran et d’un stylet. Pour
présenter son nouveau Note 9,
lancé en grande pompe jeudi
à New York, la fine fleur
de son management avait fait le
déplacement.
Oubliées les turpitudes du Note
7 et de sa batterie explosive, le
Note 8 a retrouvé ses clients et le
Note 9 devrait s’inscrire dans
cette ligne. Même si Samsung ne
détaille pas les ventes de ses
téléphones par modèle, le Note
reste un de ses « flagships ». Le
message porté par le coréen est
double : il fait la démonstration
de sa capacité à innover en ajoutant de nouvelles caractéristiques à son terminal. Si les évolutions du Note 9 peuvent
sembler marginales, elles n’en
sont pas moins clefs, avec plus
d’autonomie et de mémoire interne. Ensuite, il confirme sa position de marque premium face à
des concurrents chinois qui
n’hésitent plus à venir le titiller
sur ce créneau.
En effet, le Galaxy Note 9 est
clairement inscrit dans le haut de
gamme, avec un prix de vente de
1 009 euros pour le modèle doté de
128 Go de mémoire et 1 259 euros
pour celui avec 512 Go.
Un triple positionnement
Avec cette capacité de stockage,
qui peut être doublée par l’ajout
d’une carte SD de 512 Go, Samsung positionne son Note 9 sur
deux marchés, voire trois. Il est à
la fois un smartphone, une tablette et un PC ! Le smartphone se
connecte à n’importe quel moniteur via un simple câble lorsque
son utilisateur veut bénéficier
d’un écran plus grand. Le stylet SPen est dédié à la prise de notes
sur écran, mais fait aussi office de
télécommande, par exemple,
pour faire défiler des slides sur un
téléviseur lors d’une présentation
professionnelle. Samsung joue sur
le fait que ses clients utilisent aussi
bien leur téléphone pour travailler
que pour leur usage personnel. Le
Note 9 fait aussi la part belle à la
prise de vue, avec ses deux capteurs photo, et aux jeux vidéo, qui
sont la fonction la plus utilisée (lire
l’encadré ci-dessous).
Le Note 9 constitue un élément
important dans la gamme Samsung. Il est généralement le pre-
mier terminal à être doté des dernières trouvailles de la marque et
préfigure les grandes tendances
de la saison pour les autres produits du fabricant. Ainsi, Samsung
a renoncé à la course au « téléphone le plus fin », privilégiant
l’autonomie de la batterie. Celle
du Note 9 affiche une capacité de
4 000 milliampères, un record
pour un smartphone. Surtout, le
coréen a encore amélioré le système de refroidissement de
son téléphone. La surchauffe est un des principaux défauts de bon
Avec « Fortnite », le coréen contourne Google
Samsung fait un pari
avec Fortnite. Le groupe
coréen va être le premier
à proposer le très populaire jeu
vidéo sur des smartphones
Android : il sera accessible sur
les Galaxy Note 8 et 9 et sur
les Galaxy S7, S8 et S9.
En prime, les amateurs
de cet univers auront à leur
disposition des « skins »
exclusifs, ces sortes d’armures
dont ils revêtent leur
personnage. Avec ce dispositif,
le coréen peut espérer
(re)conquérir une clientèle
jeune et avide de nouveautés.
Mais il fait aussi un pied de nez
à son partenaire Google.
En effet, Fortnite est disponible
dans l’espace dédié aux jeux
vidéo (« Game Launcher ») des
téléphones de Samsung
et non pas dans le magasin
d’applications Google Play.
Officiellement, c’est un moyen
d’« optimiser l’expérience
de jeu ». Cela permet aussi de
répondre à une préoccupation
d’Epic, l’éditeur de Fortnite, qui
ne souhaite pas partager
ses revenus avec Google.
Ce premier coup de canif
à la distribution d’applications
sous Android pourrait donner
des idées à d’autres.
E. B.
Le Samsung Note 9
a été lancé en grande
pompe, jeudi,
à New York. SAMSUNG
nombre de terminaux, haut de
gamme ou non, actuellement
commercialisés. Les utilisateurs
de Note 9 feront partis des premiers à bénéficier du partenariat
noué entre Samsung et Spotify.
Désormais, les titulaires d’un
compte Samsung peuvent retrouver leur abonnement Spotify sur
tous leurs terminaux Samsung,
automatiquement, sans avoir à
ressaisir de mot de passe. Cela
dépasse largement l’univers
des smartphones, puisque les
playlists peuvent aussi bien
être retrouvées sur une tablette
qu’un réfrigérateur ou une télévision connectée.
Samsung a aussi présenté son
enceinte connectée Galaxy
Home, qui intègre le système de
reconnaissance vocal Bixby et
des haut-parleurs AKG, ainsi
que sa nouvelle montre connectée, la Galaxy Watch. Comme
celle d’Apple, elle est dotée d’une
carte SIM virtuelle (eSIM), la rendant utilisable même sans smartphone. Mais pour l’heure, le groupe n’a pas encore conclu de
partenariat avec un opérateur télécoms français… Il n’est pas si facile de trouver un modèle économique pour ces nouveaux objets
connectés. ■
E. B. (À NEW YORK)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 10 août 2018
ÉCONOMIE
23
Les frais de scolarité dans les écoles
de commerce devraient encore augmenter
La chute des ressources des chambres de commerce pourrait coûter cher aux étudiants des écoles de gestion.
lement, la chambre leur verse à chacune une dizaine de millions d’euros.
On a prévu un plan de sortie pour arENSEIGNEMENT Les grandes écoles river à zéro à l’horizon 2022 », explique Didier Kling, président de la
de commerce, souvent pointées du
CCI Paris Île-de-France. Les sept
doigt pour leurs frais de scolarité
écoles suivantes dans le classement
élevés, vont-elles voir leurs prix
devraient en revanche mieux s’en
encore bondir ? C’est très probable,
sortir. « Elles sont plutôt protégées
à en croire plusieurs acteurs du secparce qu’elles ne touchent déjà pratiteur. En cause, la baisse de 400 milquement plus rien des
lions d’euros des
UNE
HAUSSE
CCI. À l’inverse, en desressources publiques
DES DROITS sous de ce groupe, cerdes chambres de CONTINUE
DE SCOLARITÉ
taines écoles risquent de
commerce et d’in- SOURCE : CCI FRANCE
souffrir car elles dépendustrie (CCI) d’ici à ET MAJOR-PRÉPA
dent davantage des
2022, annoncée au
CCI », prévoit Jeanprintemps par le miMichel Huet, associé
nistre de l’Économie
et des Finances, euros de frais de scolarité chez Bearing Point et
an en moyenne
coauteur d’un rapport
Bruno Le Maire. Une par
dans les écoles
de l’Institut Montaigne
mesure qui a déclen- de commerce françaises
sur le sujet.
ché un vent d’inquiétude dans les établisActionnaires
sements
rattachés
privés
aux CCI, au premier
rang desquels certai- d’augmentation des
Pour poursuivre leurs
droits
de
scolarité
depuis
nes écoles de cominvestissements
et
dix ans (92 % à Audencia
merce.
garder leurs enseiet 71 % à HEC).
La chute des sub- Depuis vingt ans, ils ont
gnants-chercheurs
ventions accordées été multipliés par 2,5
dont les salaires ont
aux écoles de gestion
nettement augmenté
par les CCI n’est pas
ces dernières années,
nouvelle.
Alors
les écoles vont devoir
qu’elle représentait
compenser cette coumillions d’euros
14 % de leurs recettes de subventions seront
pe budgétaire. Et les
en 2006, cette part versés en 2018 par la CCI
étudiants pourraient
n’atteint plus que 4 % Île-de-France à HEC,
avoir à sortir le carnet
en moyenne aujour- l’Essec et l’ESCP Europe
de chèques, alors
d’hui. Mais tous les
même que les droits de
établissements
ne
scolarité ont été mulsont pas logés à la
tipliés par deux et
même enseigne, certains étant plus
demi en vingt ans, avec là encore
dépendants de ces subventions que
de fortes disparités (17 500 euros
d’autres. Ainsi, à HEC, les dotations
par an à l’EM Lyon contre 8 200 à
de la CCI représentent 9 % du budl’ESC Clermont). « La question va
get ; à l’Essec, 7 % ; et à l’ESCP Euroforcément se poser, mais les élèves
pe, 11 %. Ces trois prestigieuses écosavent que c’est le prix à payer pour
les devraient donc être les plus
une formation de qualité, estime
impactées par la réforme. « ActuelFrançois Bonvalet, directeur de
ALEXANDRE BERTEAU £@aberteau_
12 756
64 %
30
L’Essec Business
School,
à Cergy-Pontoise,
dans le Val-d’Oise.
Les dotations de la CCI
à l’Essec représentent
7 % du budget
de l’école.
BRUNO LEVESQUE/IP3
PRESS/MAXPPP
Toulouse Business School (TBS). Il
ne faut pas oublier que de l’autre
côté de la Manche et de l’Atlantique
les tarifs des écoles sont bien plus
élevés que ce qu’on connaît en
France. »
Encore faut-il que les étudiants y
consentent. « Un étudiant est prêt à
s’endetter pour intégrer HEC, mais
pour les écoles qui n’ont pas cette
image de marque cela sera plus risqué d’augmenter les tarifs », souligne Loïck Roche, directeur de
l’École de management de Grenoble (GEM) et vice-président de la
Conférence des grandes écoles
(CGE). D’autant que cette solution
pourrait éloigner encore davantage
les étudiants issus de milieux modestes de ces établissements.
Dans un rapport sur les CCI remis
à l’exécutif début juillet, les députées LaREM Stella Dupont et Valérie
Oppelt s’inquiétaient que « l’augmentation continue des droits de
scolarité, suivant un modèle à
l’anglo-saxonne, nuise au principe
républicain d’égalité des chances ».
Depuis 2016, plusieurs écoles
(HEC, ESCP, GEM, TBS…) ont pris
les devants en se transformant en
établissements d’enseignement supérieur consulaire (EESC). Ce statut
de société anonyme leur permet
d’ouvrir leur capital à des actionnaires privés, à condition que
les chambres y soient majoritaires
et qu’aucun dividende ne soit versé. Si à ce stade les CCI sont bien
souvent les seules détentrices
d’actions, nombre de ces écoles
envisagent de démarcher activement des investisseurs. Plusieurs
de leurs dirigeants plaident même
pour qu’ils puissent devenir actionnaires majoritaires. Un mouvement que la disette annoncée des
chambres consulaires pourrait
encourager, si tant est, met en garde le président du conseil d’administration d’Audencia, Laurent
Métral, que « cela ne menace pas la
mission d’intérêt général des grandes écoles ». ■
Après douze ans d’efforts, Ikea étend son empire en Inde
Le groupe suédois a ouvert un premier magasin, à Hyderabad. Il adapte son offre à la culture locale.
NEW DELHI
ASIE Il aura fallu douze ans pour en
arriver là. Jeudi, Ikea a ouvert son
premier magasin en Inde, dernière
étape d’un long parcours du combattant pour le géant suédois. Au début
des années 2000, l’entreprise,
comme beaucoup de multinationales, s’intéresse à ce marché où la
classe moyenne est en pleine expansion depuis les réformes économiques et la libéralisation de 1991.
Problème : si l’Inde s’est ouverte
aux investisseurs étrangers après
quarante-quatre ans d’économie
mixte, les autorités imposent des
règles strictes pour limiter les importations et empêcher des groupes
internationaux de concurrencer ses
entreprises. Ikea envisage de s’implanter en Inde mais renonce à son
projet en 2006. À l’époque, la loi
impose aux groupes de distribution
monomarques de s’associer avec un
partenaire local qui doit détenir au
moins 49 % du capital de la coentreprise.
Le groupe revient à la charge dans
les années suivantes et lance un intense lobbying auprès des autorités
indiennes pour faire modifier la réglementation. Finalement, la société dépose une demande d’implantation en 2012 alors que le
gouvernement fédéral vient de
changer la législation. Désormais,
les groupes monomarques peuvent
détenir 100 % de leur filiale en Inde.
Seule condition : ils devront passer
par les petites et moyennes entreprises indiennes pour satisfaire au
moins 30 % de leurs commandes au
bout de cinq ans d’implantation.
Indiens rétifs au montage
Commence alors une intense étude
de marché qui doit permettre
d’adapter le modèle d’Ikea aux exigences du marché indien. L’entreprise établit son quartier général à
Gurgaon, dans la banlieue de Delhi,
où elle emploie 220 salariés en 2016.
La plupart sont des Indiens qui travaillent sous la direction de cadres
étrangers d’Ikea. Le groupe mandate des instituts de sondage qui
contactent des foyers à Delhi, Bombay, Hyderabad et Bangalore. Objectif : obtenir l’accord de ces familles pour qu’Ikea envoie des
observateurs chez elles afin d’y
scruter leur intérieur et de cerner
leurs besoins en ameublement.
En quelques mois, plus de cinq
cents visites sont réalisées. Un travail de fourmi qui doit permettre à la
firme d’adapter son catalogue. La
direction du groupe comprend que
son modèle de meubles en kit à
monter soi-même risque de ne pas
fonctionner en Inde.
Ikea veut en effet séduire la classe
moyenne urbaine au sens large, des
ménages gagnant au moins 350 euros
par mois. Le marché est gigantesque.
D’après le recensement de 2011,
COTATIONS HEBDOMADAIRES
Nom du Fonds
Date de valorisation :
Aviva Investors France
24-26, rue de la Pépinière 75008 Paris
Tél. : 01 76 62 90 00 / 01 76 62 91 01
Vocation
Valeur a la
Valeur
Valeur
création précédente liquidative
07/08/2018
AFER ACTIONS EURO
AFER-SFER
AFER PATRIMOINE
A. DIVERSIFIE DURABLE
AFER ACTIONS MONDE
ACTIONS ZONE EURO
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIE
ACTIONSINTERNATIONALES
76,00
15,00
500,00
500,00
500,00
141,74
63,57
611,33
756,67
965,24
142,48
63,89
611,46
758,57
967,78
PROCHAINE PARUTION : 17/08/2018
(1) Dédoublé 2 fois. (2) divisée par 2. (3) divisée par 8. (4) divisée par 30. (5) divisée par 100. (6) divisée par 10. (7) divisée par 5. (8) divisée par 6.
*Ou dernier cours connu.
Ouverture, jeudi,
du magasin Ikea
de Hyderabad.
D’ici à 2025, le groupe
suédois ambitionne
d’ouvrir 24 enseignes
en Inde.
MAHESH KUMAR A./AP
310 millions d’Indiens déclarent posséder une voiture ou un deux-roues,
sept fois plus qu’en 1991.
Mais cette clientèle qui emploie
des domestiques chez elle pour assurer les tâches ménagères est souvent réticente au travail manuel et
au bricolage. « Nous livrerons le
client chez lui, et nous lui proposerons
un monteur pour assembler ses meubles, expliquait en 2016 au Figaro Ulf
Smedberg, le directeur marketing.
On va devoir former des milliers
d’employés à l’assemblage de nos
produits, et ils recevront un certificat
à la fin. » Deux ans après, Ikea reste
sur cette idée. La société travaillera
avec UrbanClap, un site Internet qui
mettra en relation les clients avec
des travailleurs manuels.
L’ouverture en fanfare jeudi du
magasin de Hyderabad, 37 000 m2,
850 employés est une première étape. L’établissement abrite un restaurant de 1 000 places qui sert des
boulettes au poulet plutôt qu’au
bœuf ou au porc à la mode suédoise.
D’ici à 2025, Ikea ambitionne
d’ouvrir 24 enseignes en Inde et espère y attirer 100 millions de visiteurs par an. Montant de l’investissement : 1,4 milliard d’euros. Elle
n’est pas la seule entreprise étrangère à s’installer en Inde pour
conquérir le porte-monnaie des
classes moyennes. Le français Decathlon est présent dans le pays depuis 2009 avec 62 magasins. ■
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A
EMMANUEL DERVILLE £@e_derville
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 10 août 2018 LE FIGARO
24
ENTREPRISES
ThyssenKrupp, un symbole allemand en crise
Alors que les résultats du conglomérat se dégradent, deux fonds activistes militent pour son démantèlement.
THYSSENKRUPP,
UN GÉANT ALLEMAND
EN CHIFFRES
milliards d’euros
Chiffre d’affaires
des neuf premiers mois
de l’exercice 2017-2018
230
millions d’euros
Résultat net, en baisse
de 30 %, avec une perte
nette de 114 millions
d’euros au 3e trimestre
159 655
salariés
13,2
milliards d’euros
Capitalisation au 9 août
ThyssenKrupp
COURS DE L’ACTION, en euros
26
25
21,31
24
23
22
21
9 août 2018
Source : Bloomberg
INDUSTRIE Un autre symbole industriel allemand vacille. Après
les champions automobiles pris
dans le scandale du « dieselgate »
ou Deutsche Bank fragilisée,
ThyssenKrupp est dans la tourmente. Théâtre d’une lutte de
pouvoir interne, le géant de l’acier
traverse une crise sans précédent.
Le gouvernement allemand a fait
part de sa préoccupation. « Nous
suivons de très près la situation
chez ThyssenKrupp et avec une inquiétude croissante, a déclaré le
ministre du Travail (SPD), Hubertus Heil. Toutes les parties concernées devraient travailler ensemble
pour renforcer ThyssenKrupp en
tant qu’entreprise importante dans
le milieu économique en Allemagne
et ainsi préserver l’emploi. » L’ombre d’un démantèlement plane
sur l’entreprise centenaire, dont
les activités vont aujourd’hui de la
production d’acier à la fabrication
de sous-marins ou d’ascenseurs.
Cette dernière division, la plus
rentable, fait vivre le groupe.
Les mauvais résultats trimestriels dévoilés jeudi (lire encadré)
confortent les deux fonds activistes actionnaires du groupe, le
suédois Cevian (18 % du capital) et
l’américain Elliott (moins de 3 %).
Ils jugent que la stratégie de
conglomérat est « un échec » et
veulent étudier « pour chaque division la structure et l’actionnariat
qui conviennent le mieux ». En
clair, séparer les quatre activités
du groupe qui emploie 159 000
personnes pour favoriser les plus
profitables. Si les turbulences inquiètent les salariés, qui craignent
pour leur emploi, la Bourse, elle,
penche plutôt du côté des deux
activistes.
Mais leur logique n’est pas celle
des héritiers de la tradition industrielle du groupe. Sous leur pres-
L’usine de ThyssenKrupp, à Duisburg en Allemagne. Les activités du groupe vont de la production d’acier à la fabrication de sous-marins ou d’ascenseurs.
sion, les démissions fracassantes
se sont enchaînées à la tête de
ThyssenKrupp, dont les dirigeants
contestaient les objectifs des actionnaires. Dénonçant la «terreur
psychologique» de Cevian et
Elliott, le président du conseil de
surveillance, Ulrich Lehner, a annoncé son départ le 16 juillet. « Ma
décision pourrait contribuer à créer
l’attention nécessaire auprès de
toutes les parties prenantes qu’un
démantèlement de l’entreprise et la
perte induite de nombreux emplois
n’est pas une option - ni dans l’intérêt du fondateur, ni dans l’intérêt
du pays », s’est-il justifié. Cette
démission arrivait quelques jours
après celle du président du directoire, Heinrich Hiesinger.
Le directeur financier, Guido
Kerkhoff, nommé pour assurer
l’intérim d’Ulrich Lehner, a tenté
de calmer le jeu. « Le conseil de
surveillance nous a confié un mandat clair de continuer pour l’instant
Une lourde perte au troisième trimestre
Dans un contexte tendu après
la démission de ses dirigeants
(lire-ci dessus), ThyssenKrupp
a dévoilé jeudi une perte nette
de 131 millions d’euros au
troisième trimestre de son
exercice décalé qui sera clôturé
en septembre. L’an dernier,
pour la même période, il
affichait encore 120 millions de
profit net. Le bénéfice
opérationnel ajusté, très scruté
par les investisseurs, a reculé
de 46 %, à 332 millions d’euros,
en dépit de la légère
progression (2 %) du chiffre
d’affaires. Surtout, pour la
deuxième fois en trois mois,
l’industriel allemand a révisé à
la baisse la prévision de
résultats annuels de sa division
d’ascenseurs, la plus rentable
du conglomérat. Elle est
pénalisée par les variations de
taux de change et la hausse des
coûts des matériaux, en Chine
notamment. ThyssenKrupp
redoute maintenant qu’elle
affiche pour l’année un chiffre
d’affaires, une marge
opérationnelle et un résultat
d’exploitation en léger repli.
Dans l’ensemble, le groupe
continue à viser une
« amélioration significative »
de son bénéfice net sur
l’ensemble de l’exercice 20172018. Mais « les résultats
actuels ne nous satisfont pas »,
a déclaré Guido Kerkhoff,
président du directoire par
intérim. Il promet de redoubler
d’efforts pour redresser le
géant.
A. B.
sur notre trajectoire actuelle, avec
toutes les activités. Sous un même
toit », a-t-il assuré aux salariés.
S’il reconnaît que « la rentabilité
doit s’améliorer », Guido Kerkhoff
promet que l’avenir de l’entreprise ne sera pas sacrifié pour des bénéfices à court terme. « ThyssenKrupp n’aura pas d’avenir sans
vous, a-t-il précisé aux salariés.
Nous avons connu durant les deux
cents ans de notre activité des hauts
et des bas. Ensemble, nous pourrons surmonter la situation difficile
actuelle. »
Dernier « baron
de l’acier »
Mais son mandat ne sera que temporaire, comme l’ont fait comprendre les actionnaires. Elliott a
rétorqué qu’il attendait la nomination d’un nouveau président du
directoire « venu de l’extérieur » et
motivé « par ce qui est le meilleur
pour l’entreprise et l’ensemble des
parties prenantes, y compris les actionnaires ».
Deux cultures économiques
s’affrontent. Dans sa lutte contre
Cevian et Elliott, l’ancien président du directoire, Heinrich
Hiesinger, a reproché à la Fondation Krupp, qui détient 21 % du
capital, son manque de soutien.
Celle-ci est pourtant censée en
préserver les intérêts et l’héritage.
Les salariés ont d’ailleurs adressé
un courrier à Ursula Gather, présidente de la fondation, pour lui
faire part de leur colère. « Nous
sommes déçus, écrivent-ils, car la
fondation a failli à sa mission principale de défendre l’héritage d’Alfred Krupp. Nous sommes furieux,
car elle n’a pas personnellement
soutenu, comme il l’aurait mérité,
[Heinrich Hiesinger] l’homme que
Berthold Beitz est allé chercher
pour sauver l’entreprise. »
À la mort du patriarche Berthold Beitz, en 2013, c’est une
page d’histoire industrielle qui
s’était déjà tournée. « L’Allemagne
perd l’un de ses entrepreneurs les
plus prestigieux », soulignait alors
la chancelière Angela Merkel en
rendant hommage à l’industriel
décédé quelques semaines avant
de pouvoir célébrer ses 100 ans.
Avec lui, le pays avait perdu son
dernier « baron de l’acier ». Dans
le paysage économique allemand,
ThyssenKrupp incarne à la fois la
puissance industrielle de la Ruhr
et aussi une certaine culture d’entreprise, faite de cogestion et de
paternalisme. Mais cette époque
était déjà révolue avant que
n’éclate la crise actuelle.
Avant de démissionner, début
juillet, Heinrich Hiesinger a mené
à bien la fusion avec les activités
sidérurgiques de l’indien Tata,
fruit de deux ans de discussions.
En poussant cette opération, l’industriel, arrivé aux commandes
en 2012, espérait tourner la page
des aventures brésiliennes et
américaines qui s’étaient révélées
désastreuses.
La construction de deux aciéries
outre-Atlantique en 2007, dans
des conditions douteuses, avait
conduit le groupe au bord du
gouffre. Le conglomérat n’a, en
réalité, pas encore su trouver sa
place dans la mondialisation. Dès
le départ, la fusion de Thyssen, de
Krupp et de Hoesch à la fin des
années 1990, créant ThyssenKrupp, avait laissé les observateurs dubitatifs, jugeant le
conglomérat pas assez cohérent.
Près de vingt ans plus tard, l’heure des choix sonne à nouveau. ■
EN BREF
LE DG DE PANDORA
DÉMISSIONNE
£ Le directeur général de
Pandora, Anders Colding Friis,
a annoncé jeudi son départ.
Mardi, la marque danoise
de bijoux fantaisie, qui doit
réaliser 644 millions d’euros
de chiffres d’affaires en 2018,
avait lancé un avertissement
sur résultats et annoncé
la suppression de 400 postes.
Son cours en Bourse a chuté
de plus de 20 %.
LA CROISSANCE
D’ADECCO RALENTIT
£ La croissance d’Adecco
s’est tassée à 4 % au deuxième
trimestre contre 6 %
au précédent. Le leader
de l’intérim a souffert
de la baisse des embauches
en Europe.
Le bénéfice net perd 11 %
à 170 millions d’euros.
LES RÉSULTATS DE
BOOKING DÉÇOIVENT
£ Booking a perdu 5,99 %
à la Bourse de New York, jeudi.
Le site de réservation en ligne
anticipe une croissance moins
forte de 1 % de son chiffre
d’affaires.
+
» La canicule accélère
le début des vendanges
dans plusieurs régions
» « Bleu Blanc Ruche »,
le nouveau miel d’Arnaud
Montebourg
www.lefigaro.fr/economie
@
LA SÉANCE DU JEUDI 9 AOÛT
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 43,48
♣
AIR LIQUIDE ..................................
108,35
AIRBUS ..............................................108,66
ARCELORMITTAL SA ..................................
27,465
ATOS .............................................. 100,1
AXA .............................................. 22,265
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
54,18
BOUYGUES ..............................................
37,38
CAPGEMINI ..............................................
109,8
CARREFOUR ..............................................
15,535
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,43
DANONE ..............................................68,22
ENGIE .............................................. 13,385
ESSILOR INTL. ..................................125,4
HERMES INTL ..................................553
KERING ..............................................472,9
L'OREAL ..............................................211
LEGRAND ..............................................63,06
LVMH .............................................. 303
♣
MICHELIN ..............................................
111,95
%VAR.
+0,18
-0,18
+0,7
-0,44
-0,4
+0,38
-0,4
+0,11
0
-0,42
-0,08
-0,52
+0,41
-0,48
+1,65
+1,81
-0,66
-0,47
+1,2
+0,27
+HAUTJOUR
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,82
43,01
0,349 +1,12
108,45
107,6
0,149 +3,14
108,76
107,12
0,081 +30,92
27,695
27,31
0,095 +1,29
100,65
99,66
0,289 -17,51
22,315
22,03
0,218 -9,99
54,3
53,73
0,174 -12,96
37,43
37,02
0,112 -13,69
109,8
108,6
0,219 +11,03
15,605
15,465 0,266 -13,89
12,445
12,305 0,146 -9,93
68,46
67,84
0,115 -2,47
13,41
13,195
0,167 -6,63
125,95
124,2
0,211 +9,09
553,4
544
0,04 +23,92
473,6
464,2
0,139 +29,46
211,4
208
0,076 +14,08
63,36
62,84
0,142 -1,76
303,15
298,7
0,064 +23,47
112,3
110,5
0,229 -6,36
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................14,475 -0,07
140,1
+0,07
PERNOD RICARD ..................................
PEUGEOT ..............................................
25,23 +1,77
♣ 55
PUBLICIS GROUPE SA .............................
-1,04
RENAULT ..............................................
72,89 -0,49
SAFRAN ..............................................
107,85 +0,79
SAINT GOBAIN ..................................
36,89 -1,03
SANOFI ..............................................73,16
-1,07
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
69,28 -0,17
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
37,155 -0,92
SODEXO ..............................................95,3
+1,86
SOLVAY ..............................................
116
+0,69
STMICROELECTRONICS .............................
18,96 -1,25
TECHNIPFMC ..................................26,26 -0,42
TOTAL .............................................. 55,26 -0,43
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
189,35 -0,16
VALEO .............................................. 42,12
+1,49
VEOLIA ENVIRON. ..................................
18,73 -0,43
♣
VINCI .............................................. 84,5
-0,14
VIVENDI ..............................................22,04 +1,19
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,475
140,45
25,23
55,62
73,08
107,85
37,28
73,65
69,62
37,495
95,32
116,05
19,225
26,62
55,44
189,8
42,35
18,81
84,62
22,04
%CAP.ECH
14,31
139,5
24,54
54,6
72,27
106,55
36,85
72,91
69
36,935
93,26
114,7
18,95
26,24
55,12
188,35
41,19
18,655
83,84
21,66
A
ADIDAS EN FORME GRÂCE À LA COUPE DU MONDE DE FOOTBALL
Malgré l’élimination rapide de la Mannschaft, Adidas est un des grands gagnants de la Coupe du monde de football.
Après un deuxième trimestre meilleur
qu’attendu, le bénéfice net part de l’équipementier sportif allemand a décollé de
151 %, à 397 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires de 5,3 milliards. Adidas a
écoulé 10 millions de ballons et 8 millions
de maillots pendant l’événement, même
s’il n’équipait qu’un seul demi-finaliste (la
Belgique), les trois autres étant sous
contrat avec Nike.
L’action d’Adidas s’envolait jeudi en milieu d’après-midi de 8,4 %, à 208,20 euros.
Les analystes, qui redoutaient une hausse des dépenses marketing en raison de
la Coupe du monde, ont été rassurés.
0,154
0,121
0,486
0,233
0,261
0,119
0,232
0,151
0,177
0,436
0,242
0,207
0,207
0
0,132
0,092
1,135
0,238
0,097
0,212
31/12
+6,18
+48,81
-2,91
-13,13
+25,54
-19,77
+1,82
-2,23
-13,69
-14,95
+0,09
+4,15
+1,59
+20,01
-32,36
-11,96
-0,76
-1,69
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5626
1,5111
0,8994
9,1003
128,84
1,1512
1,1593
3,145
11,103
6,2639
20,6554
7,9053
79,5825
136,69
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33950
33840
-2,3
NAPOLEON ..................................................... 199,9
199,9
-3,38
PIECE 10 DOL USA .....................................................
591
591
+0,51
PIECE 10 FLORINS .....................................................
203
203
-4,61
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1130
1130
-3,25
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
198
198
-2,94
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
283
283
-7,21
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1262
1256
-3,66
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
105,9
107
-3,55
PIECE SUISSE 20F .....................................................
195,9
195,1
-3,35
PIECE LATINE 20F .....................................................
198
198
-2,41
SOUVERAIN ..................................................... 252,8
252,8
-3,03
KRUGERRAND .....................................................1100
1100
-1,68
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
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UNI HOCHE C ................................................
285,44 07/08/18
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49,73 07/08/18
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L’augmentation a été notamment compensée par des prix plus élevés. En
Russie, pays hôte de la Coupe, les ventes
ont bondi de 14 %. Le recentrage stratégique sur l’Asie, les États-Unis et la vente
en ligne porte ses fruits. En Chine, la
croissance a accéléré à 27 %. Elle s’est légèrement ralentie en Amérique du Nord, à
16 %, mais elle reste bien supérieure aux
3 % enregistrés par Nike au quatrième trimestre (de son exercice clos au 31 mai).
Le groupe bavarois a annoncé une
charge de dépréciation de 475 millions
d’euros à la suite d’un désaccord avec les
autorités de régulation allemandes, sur le
calcul de la valeur comptable de Reebok
en 2016. Treize ans après avoir été rachetée, Reebok reste une filiale défici-
taire. Elle ne vaut plus que 800 millions
d’euros au bilan du groupe. Ses ventes
trimestrielles ont reculé de 3 %. Kasper
Rorsted, le dirigeant danois d’Adidas, attend un retour aux bénéfices d’ici à 2020.
L’an dernier, Victoria Beckham a été
recrutée comme styliste pour relancer la
marque sur le fitness et la clientèle
féminine. ■
M. V.
KRISZTIAN BOCSI/BLOOMBERG
CORRESPONDANT À BERLIN
3 1 ,1
20
Janv. 2018
NICOLAS BAROTTE
£@Nicolas Barotte
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
vendredi 10 août 2018
25
]
Dans les couli
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Un mareyeur prend
une commande dans
le hangar de la criée
du port du Guilvinec.
Les caisses fraîchement
débarquées alimentent
la criée de l’après-midi.
La seconde, celle
de la pêche au large, se
déroule à 5 h 30 tous les
matins. Pour augmenter
le nombre d’acheteurs,
les criées ont basculé sur
Internet. Au Guilvinec,
70 % des achats
sont réalisés en ligne.
S. SALOM-GOMIS/SIPA
Le Guilvinec, le ventre de la pêche
La petite citée bigoudène est le premier port de France. Dans son immense criée, des dizaines
de tonnes de poissons et de crustacés sont préparées, vendues et expédiées chaque jour.
ENVOYÉ SPÉCIAL AU GUILVINEC
Qu’il pleuve, qu’il vente ou que le soleil brille, c’est un spectacle unique.
Chaque jour vers 16 heures, des dizaines de touristes et de visiteurs se
pressent sur l’immense plateforme
de la criée qui domine le port du
Guilvinec. Les yeux se portent
d’abord vers l’ouest au-delà du chenal du plus grand port du pays bigouden, situé sur « le menton de la
France », selon la célèbre réplique de
Jacques Dufilho dans Le Crabe
Tambour.
Au loin, des bateaux de toutes les
couleurs apparaissent. Combien
sont-ils ? Cinq, dix, quelquefois
vingt-cinq navires de retour de pêche. Ils se pressent pour accoster au
plus vite sur le quai dominé par la
plateforme où se massent les visiteurs. Ce rituel, c’est le retour de la
pêche au Guilvinec, premier port de
pêche en France en valeur devant
Lorient et troisième en volume. En
quelques secondes, les marins sautent des bateaux et font la chaîne
avec l’aide d’amis, d’un père, d’anciens pêcheurs, pour vider sur un
chariot quelques dizaines de caisses
contenant les poissons des côtes bretonnes et surtout les langoustines.
Pêchées à quelques heures du Finistère sud, les demoiselles, comme on
les surnomme, font la fierté du sud
du Finistère et le bonheur des amateurs, surtout en Bretagne, car ce
crustacé dont la reproduction reste
largement mystérieuse est fragile et
voyage assez mal.
Les chariots remplis en quelques
minutes roulent quelques mètres
plus loin, derrière de grandes portes,
dans les coulisses de la criée du Guilvinec, étape clé de la grande route du
poisson, des bateaux aux assiettes
des consommateurs. À l’intérieur de
cet immense bâtiment triste, loin du
regard des curieux, trieurs, caristes,
crocheteurs, mareyeurs, acheteurs,
peseurs, transporteurs… Près de
800 personnes s’activent chaque
jour dans cette place de marché organisée et gérée par la CCI Bretagne
Ouest Quimper (CCIMBO). Plus l’offre est abondante, variée et de qualité, et plus les acheteurs sont nombreux. La réputation du Guilvinec est
si bonne aujourd’hui que près de
40 % du poisson arrive… par la route
après avoir été débarqué dans un
autre port breton. Pour augmenter le
nombre d’acheteurs et donc faire
grimper les prix, les criées ont basculé sur Internet. Au Guilvinec, 70 %
des achats sont réalisés en ligne.
Les caisses fraîchement débarquées alimentent la criée de l’aprèsmidi. La seconde, celle de la pêche au
large, se déroule à 5 h 30 tous les ma-
tins, sauf le week-end, pour écouler
les volumes bien supérieurs, de baudroie, saint-pierre, sole, églefin,
langouste, merluchon… Une soixantaine d’espèces au total.
Pour la vente de l’après-midi,
deux tapis roulants reçoivent les lots
soigneusement étiquetés avant
d’être mis en vente en ligne auprès
d’une quinzaine d’acheteurs (mareyeurs, représentant de la grande
distribution, poissonniers…), tous
munis d’un boîtier
qui leur sert à enchérir.
Espèce, nom du
bateau - certains
équipages
vident
mieux le poisson
que d’autres -, poids
du lot, taille, calibre,
fraîcheur
(extra,
standard ou blessé),
l’idée est de pouvoir
acheter les yeux fermés. « Cet étiquetage est fondamental
car il permet d’attirer un grand nombre
d’acheteurs, ce qui
est indispensable pour obtenir des
bons prix », explique Christophe Hamel, responsable des criées de Cornouaille. « La description doit être le
plus juste possible pour satisfaire les
clients. Il ne faut jamais oublier que les
ports sont en concurrence », précise
Grégory Pennarun, le responsable de
la criée du Guilvinec.
120 tonnes en une matinée
Les enchères sont le plus souvent
descendantes, mais peuvent aussi
être montantes lorsque plusieurs
acheteurs se manifestent dès l’affichage du prix de départ. Tout est
électronique. On ne crie pas son prix.
Il suffit de presser sur le bouton du
boîtier pour passer son ordre. Le lot
qui ne trouve pas preneur est acheté
au prix plancher par l’organisation
professionnelle des pêcheurs de Bretagne. Charge à cette organisation
d’écouler ces lots vers l’industrie et
de limiter ses pertes. Le pêcheur bénéficie du prix minimum… un moindre mal.
En moins d’une heure, des centaines de caisses sont vendues. L’immense hangar se vide. Les chariots
élévateurs remplis de poissons
s’échappent vers les quais de chargement où attendent camionnettes
ou semi-remorques frigorifiques
pour une partie. D’autres filent vers
les entreprises de mareyage, des ateliers de quelques dizaines de mètres
carrés séparés de la criée par une
porte coulissante. Ils achètent,
transforment, emballent, revendent
le poisson à leurs clients : restaurants, géants de la distribution, poissonneries en France ou à l’étranger.
En haut, retour
d’un fileyeur au port
du Guilvinec.
Au centre, les poissons
sont découpés
en filets.
Ci-dessus, une caisse
de langoustines vivantes,
surnommées
les demoiselles, prêtes
à être vendues à la criée.
GILLES TARGAT/PHOTO12/
AFP FORUM;
S. SALOM-GOMIS/SIPA;
GERAULT GREGORY/ HEMIS.FR
Chez les mareyeurs, des hommes
et des femmes vêtus de larges tabliers maculés de sang, de gants protecteurs et de bottes pataugent dans
l’eau qui coule en continu sur les
grandes tables de travail en inox. Ils
préparent la marchandise. Les lottes
aux gueules immenses sont jetées sur
les plans de travail. En une quinzaine
de secondes, les queues sont découpées. Certains récupèrent les foies et
d’autres les joues. La vitesse d’exécution avec des couteaux, affûtés
plusieurs fois par heure, impressionne. Métier difficile. L’odeur est forte.
En bout de chaîne, les produits sont
soigneusement empaquetés dans des
caisses blanches. Les colis sont dans
la foulée transportés sur le quai de
chargement et déposés dans les camions réfrigérés.
Chez Guiffant, transporteur du
Guilvinec qui est devenu en quelques
décennies l’un des trois plus gros livreurs de poisson en France, plusieurs camions quittent chaque jour
les ports de la Cornouaille pour livrer
Rungis, Nantes, l’Italie ou les usines
de transformation espagnoles.
« C’est la course permanente. Le client
aimerait manger le poisson avant qu’il
soit pêché », raconte Luc Guiffant,
PDG du transporteur.
Vers 20 heures, le port est redevenu calme. Des dizaines de bateaux
sont alignés dans le bassin coincé entre Le Guilvinec et Léchiagat, que
l’on reconnaît à ses petites maisons
blanches, et le quai de réparation sur
lequel sont posés quatre ou cinq navires ventrus que le soleil de juin en
fin de journée fait joliment rougir. En
revenant dans la criée, l’activité bat à
nouveau son plein. Sous les néons,
des plans de travail sur des dizaines
de mètres. Autour, des bras, nombreux, s’agitent. Ce sont les trieurs,
des hommes, des anciens, des jeunes… Des petites mains payées au
forfait qui viennent compléter leurs
revenus.
Les caisses de poisson congelé sorties des bateaux de la pêche hauturière sont déchargées pour être triées
et vendues à la criée
du matin. Les visages
sont marqués car le
travail est rude. Bien
sûr, ça discute, mais
plus vite c’est terminé
– vers minuit généralement - et plus vite
chacun rentrera chez
soi. En milieu de nuit,
l’immense criée est à
nouveau remplie de
caisses. La veille,
plus de 120 tonnes de
poisons ont été mises
en vente, « c’était un
lundi, c’est toujours
une grosse criée »,
commente Grégory
Pennarun. À 5 h 30, c’est le coup
d’envoi de la grande criée du matin.
Des individus, un boîtier à la main,
suivent les deux petits chariots élévateurs portant les immenses écrans
de criées, qui s’arrêtent devant les
lots. Après chaque vente, quelques
personnes munies d’une tige avec un
croc au bout déplacent les lots pour
que les chariots élévateurs les retirent et les apportent soit au mareyeur soit directement vers les
quais de déchargement. Là encore, la
rapidité de la vente impressionne. À
8 heures, il n’y a plus rien dans la
criée, si ce n’est quelques mouettes
prêtes à chiper les derniers poissons.
Dehors, le ciel est bleu et le soleil
anormalement chaud en cette fin de
printemps. Les quais sont presque
vides. Les bateaux de pêche côtière
sont déjà repartis en milieu de nuit.
Un ou deux géants de la pêche au large se préparent à larguer les
amarres… ■
■ Dans les ports de pêche,
deux univers cohabitent
côte à côte. Dans la criée
domine un grand marché
archiconcurrentiel où s’achètent
et se vendent poissons
et crustacés. À l’extérieur, chez
les pêcheurs, c’est le règne
hyperréglementé des quotas
de pêche. Côté pile, un tel
mécanisme a été mis en place
pour protéger les espèces,
pérenniser l’activité
économique en évitant
la disparition de la ressource
halieutique et satisfaire les
consommateurs qui achètent
de plus en plus de poisson.
Ces quotas doivent permettre
de reconstituer les stocks de
poissons de façon abondante.
« Dans l’idéal, nous pêchons
les intérêts tout en conservant
le capital », résume ainsi Soazig
Le Gall Palmer, la présidente
de l’Armement bigouden, le
premier armateur du Guilvinec
avec une douzaine de très gros
bateaux reconnaissables
à leur coque bleue et leur
« casquette orange ». Côté
face, les quotas, qui peuvent
fortement varier d’une année
à l’autre selon les espèces,
privent les pêcheurs
de visibilité, ce qui freine
la modernisation d’une flotte
française vieillissante. Les
quotas tendent aussi à instaurer
une sorte d’oligopole, dans la
mesure où les droits à pêcher
sont attribués aux bateaux, un
peu comme les plaques de taxis.
Difficile pour les jeunes
d’entreprendre sur ce marché
qui se porte un peu mieux après
une quinzaine d’années difficiles
liées à la réduction de la flotte
à coups de subventions et de
charges élevées. Au Guilvinec,
le nombre de bateaux est passé
de plusieurs centaines il y a
vingt-cinq ans à 90 aujourd’hui.
Le traumatisme se ressent
à chaque discussion avec un
professionnel. Mais les marins
ne se plaignent pas pour autant.
Les prix et les volumes sont
bons depuis quelques années.
Et jusqu’à l’an dernier le gazole,
30 % des charges, était sage.
Résultat, leurs revenus se sont
largement appréciés et peuvent
atteindre 10 000 euros net
par mois pour le patron
d’un bateau et moitié moins
pour les marins…
70,6
millions d’euros
en 2017, devant
Lorient (65 millions)
et Boulogne-sur-Mer (43 millions)
17 100
tonnes
vendues en 2017, derrière
Lorient (19 500 tonnes)
et Boulogne (18 000 tonnes).
Source : FranceAgriMer
90
navires
RETROUVEZ DEMAIN :
La Pitié-Salpêtrière
de pêche côtière
et de pêche hauturière
A
JACQUES-OLIVIER MARTIN £@jocjom
Deux mondes
séparés
par un quai
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 10 août 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et TECH
Le projet « New TV » veut secouer
le marché des séries pour mobile
EN BREF
TUI PÂTIT
DE LA CANICULE
£ Au deuxième trimestre, le
géant allemand des voyages TUI
a enregistré une baisse des
réservations de dernière minute
vers les pays méditerranéens
en raison de la canicule, qui a
poussé les vacanciers du nord de
l’Europe à rester chez eux. Les
ventes en hôtellerie et croisière
ont tout de même augmenté
de 6 % sur la période. Le groupe
maintient son objectif d’une
croissance de 10 % de son
résultat opérationnel en 2018.
Ancien de Disney, Jeffrey Katzenberg a levé 1 milliard de dollars auprès de grands groupes médias.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
VIDÉO C’est une levée de fonds
peu commune dans le monde des
médias. Le holding américain
WndrCo a annoncé avoir réussi un
tour de table de 1 milliard de dollars pour son nouveau projet,
baptisé provisoirement New TV.
Outre cette somme faramineuse,
tous les grands groupes audiovisuels mondiaux ont accouru pour
participer à la levée : Disney, Fox,
NBCUniversal, Sony Pictures,
Viacom, Warner, MGM, Lionsgate, ITV… Même le chinois Alibaba
est de la partie.
Il faut dire que les personnes
derrière WndrCo ont de quoi faire
rêver. Ce holding appartient à Jeffrey Katzenberg, ex-président des
studios d’animation de Disney,
artisan de la « renaissance » du
groupe au début des années 1990
(La Petite Sirène, Le Roi Lion…) et
cofondateur des studios d’animation DreamWorks (Shrek, Kung Fu
Panda). Il a recruté en début d’année Meg Whitman, ex-PDG de HP
et d’eBay, pour diriger le projet
New TV. En bref, deux figures de
poids, venues pour l’un de l’industrie du divertissement et de
l’autre du monde de la Silicon
Valley, se sont alliées pour révolutionner la vidéo sur Internet.
New TV veut s’attaquer à un
segment bien particulier : les programmes courts pour smartphone. Le constat de la société est le
suivant : les gens, et notamment
les jeunes, passent un temps fou
sur leur smartphone, où ils regardent en moyenne une heure de vidéo par jour. L’arrivée de la 5G, la
nouvelle génération de téléphonie, ne va qu’accentuer ces comportements. Pourquoi donc ne pas
proposer des programmes de qualité, mais suffisamment courts
pour pouvoir être consultés en
mobilité ? New TV entend cibler
en priorité les trentenaires, avec
des programmes variés (séries,
LA PRODUCTION DE GAZ
EN AVANCE À YAMAL
£ En Russie, la deuxième unité
du champ gazier de Yamal, dont
Total détient 20 %, a produit
sa première cargaison de gaz
naturel liquéfié (GNL). Ce
démarrage a eu lieu avec six
mois d’avance sur le calendrier
initial. La capacité de production
du site s’élève à 11 millions de
tonnes par an.
VIACOM PÉNALISÉ
PAR LA PUBLICITÉ
documentaires, télé-réalité…) découpés en segments de 10 à 15 minutes qu’ils pourront regarder
dans les transports ou dans l’attente d’un rendez-vous. L’application reprendra le modèle économique de la plateforme Hulu :
gratuite avec publicités, une option payante permettant de réduire (mais pas de supprimer) le
nombre des coupures.
Jeffrey Katzenberg,
ex-président
des studios d’animation
de Disney,
a recruté en début
d’année Meg Whitman,
ex-PDG de HP
et d’eBay, pour diriger
le projet New TV.
DREW ANGERER/AFP
Nombreux échecs
Créer un service de formats courts
pour mobile n’a rien de nouveau.
Et nombreux sont ceux qui s’y
sont cassé les dents. En France,
Vivendi a annoncé le mois dernier
la fermeture imminente de son
application Studio+. Aux ÉtatsUnis, Fullscreen (5 dollars par
mois), dédié aux jeunes, n’aura
pas tenu plus d’un an et demi.
Même destin pour Go90, l’application vidéo pour les 15-25 ans de
Verizon, mis hors service cet été.
En moins de trois ans, l’opérateur
a brûlé plus de 1 milliard de dollars
dans l’application, aussi bien en
technologie qu’en acquisition de
droits, pour des audiences faméliques. De quoi se demander si la
demande pour ces webséries premium pour smartphone existe
réellement.
Jeffrey Katzenberg balaye ces
remarques d’un revers de main :
« Ces plateformes n’avaient simplement pas assez investi dans leurs
programmes. » New TV est, lui,
prêt à mettre « beaucoup, beaucoup d’argent », selon un investisseur cité par Digiday, pour s’approcher des standards de la
télévision. Le site avance un budget de 150 000 dollars par minute,
contre 200 000 à 300 000 dollars
par minute chez Netflix ou HBO.
Par comparaison, les programmes
vidéo de Facebook Watch ont un
budget
plus
proche
des
20 000 dollars par minute.
Reste qu’avec 1 milliard de dollars en poche, qui doivent aussi lui
permettre de recruter une centaine de salariés, les capacités
d’achat de programmes de New
TV sont inférieures à celles de
Netflix (7 milliards par an) ou
d’Amazon (5 milliards). Jeff Katzenberg espérait d’ailleurs en début d’année lever 2 milliards de
dollars. Il donne toutefois rendezvous à la fin de 2019, date de sortie
de New TV, pour surprendre
son monde. Auprès du site Deadline, Meg Whitman s’en s’amuse
déjà : « Et maintenant, que la fête
commence ! » ■
L’ÉTÉ DU FIGARO
5/6
£ Le groupe média américain,
propriétaire des chaînes MTV ou
Comedy Central et des studios
Paramount, a enregistré entre
avril et juin une baisse de 3 %
de ses recettes publicitaires aux
États-Unis. Cela a pesé sur son
revenu, en recul de 3,8 % sur un
an, à 3,24 milliards de dollars.
SINCLAIR RENONCE
À TRIBUNE MEDIA
[
£ Le groupe américain Sinclair
Broadcast Group a renoncé à
racheter son concurrent et
compatriote Tribune Media.
Annoncée en mai 2017, cette
opération, qui aurait donné
naissance à un géant de la
télévision locale aux États-Unis
(200 stations), a fait l’objet de
nombreuses réserves de
l’autorité fédérale des
communications (FCC), qui
exigeait que Sinclair cède
plusieurs antennes locales.
Tribune Media avait par ailleurs
mis fin aux négociations pour
rupture de contrat.
Ces pépite
du jeu vidés
en France o
Quantic Dream, expériences interactives
]
Le studio parisien produit des jeux narratifs où les décisions du joueur influent sur le cours du scénario.
A
VINCENT JOLLY £@vinny_jolly
JEUX VIDÉO Quantic Dream n’est
pas de ces licornes qui défrayent
la chronique avec des levées de
fonds mirobolantes. Ni de ces studios qui sortent frénétiquement
des produits exploitant à outrance
des franchises souvent essoufflées. Elle est une PME à la force
tranquille qui, depuis vingt et un
ans, développe et produit des jeux
vidéo à Paris, et dont le dernier
titre, Detroit : Become Human,
sorti le 25 mai, s’est déjà écoulé à
1,5 million d’exemplaires. C’est le
meilleur démarrage de l’histoire
de cette société, fondée en 1997
par David Cage, à l’origine compositeur de musique dans la publicité, la télévision et le jeu vidéo.
Installé boulevard Davout, dans
le XXe arrondissement de Paris,
Quantic Dream est un studio qui
s’accorde le temps long. Cinq jeux
ont été publiés en deux décennies
– les trois derniers financés par
Sony PlayStation. La signature de
cette maison française ? Des expériences narratives immersives
où le joueur peut influencer le
cours de l’histoire – et donc son
dénouement – par les choix qu’il
fait pendant sa partie, ainsi que
des rendus visuels hors du commun. Un exercice rendu possible
par la technologie de motion capture, autre marque de fabrique de
Quantic, qui dispose d’une impressionnante salle dédiée à ces
méthodes de tournage dans ses
locaux parisiens. « À Quantic, on
a toujours voulu considérer le jeu
vidéo autrement que de tirer sur
des gens ou conduire des voitures,
avoue David Cage. Il y a des jeux
comme ça, et c’est très bien. Nous
voulons offrir quelque chose de différent, en partie pour toucher des
gens qui ne sont pas forcément déjà
joueurs. »
Un fondateur
omniprésent
Sorti en 2010, le jeu Heavy Rain
fait entrer Quantic Dream dans la
cour des grands. Vendu à 5 millions d’exemplaires, ce polar où le
joueur part sur les traces du Tueur
aux Origamis réussi à séduire le
public autant que la presse. Le titre aura aussi eu le mérite de dépoussiérer les mécaniques du jeu
narratif : plusieurs studios glisseront sur le sillage laissé par Heavy
Rain, notamment les Américains
de Telltale avec leur jeu épisodique basé sur la série télévisée The
Walking Dead.
L’autre grande particularité de
Quantic Dream, et qui cristallise
la plupart des critiques adressées
au studio, est l’omniprésence de
son fondateur, que ce soit dans la
création ou dans la promotion des
jeux. À l’instar d’autres grandes
figures créatrices de l’industrie,
David Cage divise l’opinion, ses
principaux détracteurs lui reprochant le plus souvent d’être un
cinéaste frustré. Autre ombre au
tableau : Le Monde, Mediapart et
Canard PC ont publié au printemps des enquêtes sur les conditions de travail du studio. Ce dernier a porté plainte pour
diffamation. L’instruction est en
cours.
En explorant de nouvelles méthodes de narration, les cinq jeux
de Quantic Dream ont bâti des
ponts avec le monde du cinéma,
Le jeu Detroit : Become
Human, sorti le 25 mai,
s’est déjà écoulé
à 1,5 million
d’exemplaires.
QUANTIC DREAM
mais aussi de la musique. Pour
leur premier titre, The Nomad
Soul, David Bowie consacrera à
Quantic Dream un album entier
(Hours, 1999). Pour Beyond : Two
Souls, sorti en 2013, Cage parviendra engager l’actrice canadienne Ellen Page (Juno, Inception) et le comédien Willem Dafoe
(Platoon, Sailor et Lula)¸ pour incarner les deux protagonistes du
jeu. C’est le compositeur oscarisé
Hans Zimmer (Pirates des Caraïbes, Gladiator) qui sera en charge
de la musique.
Avec des budgets de plusieurs
dizaines de millions d’euros,
Quantic Dream réalise la prouesse
de rentabiliser des jeux relativement courts (une quinzaine
d’heures tout au plus) sans jamais
succomber à la tentation de vendre aux consommateurs des
contenus additionnels payants.
Les productions atypiques du studio piquent la curiosité des
joueurs : lors de sa sortie en mai,
Detroit : Become Human arrivait
dans le classement des dix jeux les
plus streamés sur la plateforme
Twitch, avec 9,2 millions de visionnages cumulés. Une réussite
détonante pour ce récit dystopique qui s’interroge sur la future
place de l’intelligence artificielle
dans notre société. ■
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