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2018-03-21 Le Temps

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J.A. 1002 Lausanne / www.letemps.ch
CHF 3.80 / France € 3.50
MERCREDI 21 MARS 2018 / N° 6068
Portrait
Innovation
Chronique masquée
Cinéma
Petit Biscuit, la douceur
électro d’un DJ qui galvanise
les foules ● ● ● PAGE 24
Fini les projections,
le cinéma se met aux
écrans LED ● ● ● PAGE 9
A Genève, une campagne
électorale sans relief, avec des
candidats apathiques ● ● ● PAGE 10
Abdellatif Kechiche est de
retour avec un film choral,
estival et enivrant ● ● ● PAGE 22
Facebook trahi par ses propres données
NUMÉRIQUE Le plus puissant réseau
social se retrouve cloué au pilori pour
avoir livré à son insu les données de ses
utilisateurs à Cambridge Analytica, une
entreprise britannique proche de l’AltRight. Ces données auraient permis la
victoire de Trump et peut-être celle des
partisans du Brexit
Il y a une année, Facebook avait lancé
un exercice d’autocritique intitulé «Hard
Questions». Des employés pouvaient aborder sans aucune crainte les sujets sensibles. La matière était là: l’influence du
réseau social, l’addiction des utilisateurs,
la politique de modération, la propagation
de fake news, la lutte contre le terrorisme
et l’explosif dossier de l’influence russe
sur l’élection américaine.
Ces derniers jours, sa légèreté dans la
gestion des données personnelles lui permettra d’ajouter une nouvelle ligne à ces
«questions difficiles». Une société britannique, baptisée Cambridge Analytica, a
aspiré les données de 50 millions d’utilisateurs américains. Une masse d’informations qu’elle aurait utilisée pour la
«Ce réseau social
est désormais un
puissant outil
d’influence vendu
au plus offrant»
PAUL-OLIVIER DEHAYE,
EXPERT EN PROTECTION DES DONNÉES
campagne victorieuse de Donald Trump.
Un ancien employé parle d’une «arme de
guerre psychologique». Ce scandale met
en avant la grande vulnérabilité de l’entreprise de Mark Zuckerberg. Les pouvoirs publics n’ont pas attendu les explications du patron de Facebook pour réagir.
Des enquêtes vont être ouvertes, des deux
côtés de l’Atlantique.
Spécialiste de la protection des données et basé à Genève, le mathématicien
Paul-Olivier Dehaye s’intéresse depuis
2015 aux activités de la société américaine
Cambridge Analytica. Il a collaboré avec
de nombreux médias et a révélé pour la
première fois le rôle de l’entreprise adepte
du micro-ciblage dans la campagne présidentielle de Donald Trump. «Ces révélations prouvent une fois de plus que
Facebook est désormais un puissant outil
d’influence vendu au plus offrant. […]
Dans le contexte actuel, il y a si peu de
transparence, si peu de débat, il est si difficile d’enquêter, que tout le monde
devient suspect.» Et ajoute, solennel: «La
démocratie en sort fragilisée.»
● ● ● PAGES 2, 3
ÉDITORIAL
Traders en matières premières,
les nouveaux méchants
Au nom du
journalisme
Le clou de l’histoire
PRESSE A l’occasion de son 20e anniversaire, Le Temps lance une bourse
de 5000 francs destinée à accompagner des projets
d’enquête journalistique innovants
et audacieux. Et
pour continuer
son tour d’horizon
des rédactions
dans le monde,
nos journalistes
vous emmènent aujourd’hui à Katmandou pour vous raconter l’histoire
du Nepali Times. Créé il y a dix-huit
ans, cet hebdomadaire, qui n’a cessé
de plaider la réconciliation durant les
années de guerre civile, se bat désormais contre les milieux affairistes de
Katmandou, persuadés de pouvoir
acheter la fragile démocratie himalayenne.
● ● ● PAGES 11, 12
Le rituel est bien rodé. Chaque année, la crème mondiale du négoce de matières premières se réunit à Lausanne sous les huées éparses de militants de gauche
qui dénoncent un système de prédation capitaliste
opaque et corrompu.
Les quelques journalistes suisses admis dans les
salons sécurisés du Beau-Rivage Palace se voient gratifiés de commentaires mi-ironiques, mi-amers de la
part des traders présents: «Vous ne nous aimez pas,
hein? Parce qu’on est les bad guys.»
Les nouveaux méchants. Ce cliché qui colle à la peau
des négociants en pétrole, métaux ou grains (il y a même
des traders en pesticides ou en poissons) s’est encore
accentué durant l’année écoulée. Les grands noms de
l’industrie ont été éclaboussés par une série d’affaires
retentissantes (Addax, PDVSA, Gunvor, Glencore en
République démocratique du Congo, etc.). Le secteur
est habitué aux scandales, mais d’une année sur l’autre,
ça ne s’arrange pas. Pourquoi?
Il y a une raison psycholoDans l’imaginaire
gique et structurelle. Le trader
collectif de gauche, ils
en matières premières a pris la
ont remplacé la figure
place négative du banquier dans
honnie du banquier
un certain imaginaire collectif
de gauche. Avec la fin du secret
bancaire, les «gnomes de Zurich» ou de Genève ont perdu
de leur superbe et de leur mystère. Il faut un nouveau
personnage à même d’incarner la face obscure de la
Suisse: affairiste, cachée, fricotant sans scrupule avec
les puissants. Les traders remplissent bien ce rôle car
ils pratiquent un capitalisme pur et dur, sans morale
supérieure à celle qui consiste à acheter et vendre au
meilleur prix. «Ma vie n’a pas de sens», entend-on parfois
dans la bouche d’expats las de négocier jour après jour
des cargos de produits pétroliers. Le monde est une
machine de consommation gloutonne, les traders l’alimentent. Sans trop d’états d’âme.
Alors que le modèle d’affaires de l’évasion fiscale a
été cruellement démystifié, le travail des traders reste
difficile à comprendre. Les discours lénifiants («Notre
tâche consiste à amener des denrées d’un point A à un
point B») contrastent avec les mécanismes subtils qui
leur permettent d’exploiter les différentiels de prix sur
des marchés peu connus (concentrés de plomb, fioul
lourd, métaux industriels…). Sans parler de la corruption, qui reste la norme dans certains pays sources des
matières premières clés.
Enfin, contrairement aux banquiers qui étaient nés
en Suisse et qu’on avait l’impression de connaître de
près, les traders en matières premières sont largement
une importation du monde anglo-saxon. Une des rares
journalistes helvétiques à bien connaître cet univers
parlait de «champignons» greffés sur la Suisse sans en
faire réellement partie.
A quelques exceptions près, les porte-parole des
grandes entreprises du secteur établies en Suisse ne
parlent qu’anglais. Leurs patrons aussi. Et ils ne donnent
presque jamais d’interviews. Ce que le grand public
pense d’eux leur est au fond égal. Le cliché du bad guy
a encore de beaux jours devant lui.
Sarkozy placé
en garde à vue
FRANCE La campagne présidentielle
victorieuse de Nicolas Sarkozy en
2007 a-t-elle profité de financements libyens?
L’ex-chef de l’Etat
français a été placé
en garde à vue
mardi, pour la première fois dans ce
dossier sur lequel la justice enquête
depuis cinq ans.
● ● ● PAGE 4
Ne pas taxer
les robots
G20 Dans une interview au Temps,
Ueli Maurer, qui était à Buenos Aires
pour des réunions du G20, estime
qu’il ne faut pas taxer les robots. Car,
dit-il, cela équivaudrait à taxer l’in● ● ● PAGE 15
novation.
Un geste pour
les usagers CFF
H
K/P
ON
PL
K
SYLVAIN BESSON
t @SylvainBesson
)
RV
ON
(PL
OM
OT
E
&R
EXPOSITION Fonctionnel, rituel, décoratif ou maléfique, le clou accompagne les sociétés
humaines depuis plus de deux mille ans. Le Musée romain de Lausanne-Vidy raconte son histoire.
● ● ● PAGE 13
RAIL Les CFF, qui ont enregistré en
2017 un bénéfice en hausse de 4,8%
et une augmentation du nombre de
passagers, revoient certains tarifs à
la baisse. Les billets dégriffés, en
particulier aux heures creuses,
seront vendus à un prix réduit
jusqu’à 70%, au lieu de 50% actuelle● ● ● PAGE 7
ment.
LE TEMPS
Pont Bessières 3, CP 6714, 1002 Lausanne
Tél. +41 58 269 29 00
Fax +41 58 269 28 01
30012
www.letempsarchives.ch
Collections historiques intégrales: Journal de Genève,
Gazette de Lausanne et Le Nouveau Quotidien.
INDEX
Avis de décès............................ 18
Convois funèbres ................ 18
Fonds ...................................... 14‚ 16
Bourses et changes ........... 16
Toute la météo ....................... 13
SERVICE ABONNÉS:
www.letemps.ch/abos
Tél. 0848 48 48 05 (tarif normal)
9
771423 396001
LE TEMPS
MERCREDI 21 MARS 2018
2 Temps fort
Le scandale qui révèle la grande vulné
RÉSEAUX SOCIAUX En aspirant les donnéess
personnelles de 50 millions d’utilisateurs américains
nald Trump,
et en les utilisant pour la campagne de Donald
ica
l’entreprise britannique Cambridge Analytica
eau social.
a mis en avant les failles du plus grand réseau
ompue
Avec les utilisateurs, la confiance semble rompue
FLORIAN DELAFOI
t @floriandel
Rarement épargné par les critiques ces derniers mois, Mark
Zuckerberg semblait pourtant
tenir le cap. Mais le voilà désormais dos au mur. Facebook
est en pleine tempête après les révélations récentes
de la presse
anglo-saxonne
sur l'exploitation de données
personnelles à
des fins politiques.
Au cœur du scandale:
Cambridge Analytica.
Selon le New York
MARK ZUCKERBERG
LE ROI SILENCIEUX
Il se rêve en héros du bien et de l’Américain
moyen (et pourquoi pas en prochain président).
Mais depuis plusieurs mois, la multiplication
des révélations sur le fonctionnement
de son royaume peuplé de plus de 2 milliards
d’humains fragilise sa position.
Sans compter le silence dans lequel il se mure.
Times et le Guardian,
uardian, cette sulfureuse PME britannique
ritannique financée
par l'Alt-Right
ht est soupçonnée
d'avoir influé sur la campagne présidentielle américaine
méricaine de 2016 en
utilisant les informations
nformations d'utilisateurs de Facebook
cebook à leur insu.
Les soupçons ne sont pas nouveaux, mais les preuves s'accumulent. Mardi soir, une réunion
d'urgence était organisée pour
rassurer ses employés. Une initiative qui est loin de mettre un terme
à la polémique.
L’informaticien russe
Fondée en 2013, Cambridge Analytica s'est spécialisée dans la communication stratégique et l'analyse
de données. Son slogan: «Les données sont le moteur de tout ce que
nous faisons.» Cette filiale de l'entreprise de marketing Strategic
Communication Laboratories
(SCL) offre ses services aux partis
politiques. «Nous trouvons vos
électeurs et les faisons passer à
l'action», promet la société, qui
compte dans ses rangs des
spécialistes du big data
ainsi que des
experts politiques. A sa
t ê t e :
Alexander
Nix. Dans
une vidéo
diffusée par
Channel 4, cet
entrepreneur sulfureux se vante de pouvoir
faire chanter des hommes politiques en ayant recours à des prostituées ou à des pots-de-vin.
Peu après sa création, l'entreprise
s'offre les services de l'informaticien russe Aleksandr Kogan. Ce
chercheur à l'Université de Cambridge crée une application baptisée Thisisyourdigitallife. En
quelques clics, les utilisateurs de
Facebook peuvent remplir un
banal test psychologique. La
société rémunère les internautes
pour les inciter à remplir le questionnaire. Problème: la société
aspire aussi les données des amis
Facebook de quelque 270 000 participants, soit 30 à 50 millions de
personnes, qui n'ont pas été averties de la manœuvre. Les nombreuses informations collectées
ROBERT MERCER
LE FINANCIER DE L’OMBRE
Proche de l’Alt-Right, cet
homme d’affaires américain
a financé Cambridge Analytica
à hauteur de 15 millions de
dollars. Il est également l’un des
financiers du site Breitbart News
fondé par Steve Bannon.
STEVE BANNON
LE HÉRAUT DE L’ALT-RIGHT
ALEXANDER NIX
LE PATRON SANS COMPLEXE
Il fut l’un des très proches
conseillers de Donald Trump et
son stratège avant d’être évincé
durant l’été 2017. Selon «The
Guardian», il a été aux manettes
de Cambridge Analytica.
Le CEO de Cambridge Analytica se vante
d’influencer les élections. La chaîne
britannique Channel 4 l’a filmé en caméra
cachée: il exposait ses méthodes de travail,
à base de chantage et de prostituées
ukrainiennes. Il a été suspendu hier.
devaient simplement nourrir une
recherche universitaire. Or cette
masse de données serait devenue
au fil de la collecte une arme politique redoutable.
«L’arme de guerre
psychologique»
Cambridge Analytica a développé un puissant logiciel capable
de prédire et d'influencer le vote
des électeurs. Pour alimenter cette
machine, la société aurait utilisé
les données récoltées sur le réseau
social Facebook. Des informations
particulièrement précieuses
puisque le vol concernerait un
tiers des membres actifs en Amérique du Nord et près d'un quart
des électeurs américains. Interrogé par le Guardian, l'ancien
employé Christopher Wylie
raconte avoir participé à la fabrication de cette «arme de guerre
psychologique» pour la campagne
de Donald Trump.
Grâce à ce programme, des spécialistes pouvaient détecter les
potentiels électeurs républicains,
et élaborer des publicités ciblées
afin de les convaincre de voter
pour le candidat du parti conser-
vateur. L'équipe de campagne de
Donald Trump aurait ainsi profité
de cette manne numérique pour
effectuer des simulations de participation à l'élection ou déterminer les régions où les déplacements du candidat seraient les
plus efficaces. Malgré l'accumulation des indices, Cambridge
Analytica «nie fermement» avoir
agi de la sorte. Pourtant, ses
méthodes d'analyse auraient également été mobilisées pendant la
campagne victorieuse du groupe
pro-Brexit, au Royaume-Uni.
identifier d'éventuels dysfonctionnements.
«En 2015, nous avions appris
qu'Aleksandr Kogan nous avait
menti et avait violé la politique de
la plateforme en transmettant les
données récupérées sur une application utilisant une interface de
connexion de Facebook à SCL/
Cambridge Analytica», a reconnu
dans un communiqué Paul Grewal,
le vice-président et directeur juridique adjoint de Facebook. Malgré
la violation des règles d'utilisation,
le géant américain n'a pas engagé
de poursuites. Il s'est contenté de
supprimer l'application en 2015,
sans vérifier que les informations
avaient bien été détruites. Le New
York Times affirme que des copies
des données existent toujours.
Facebook a-t-il été
irresponsable?
Dans cette affaire, Facebook a
tardé à prendre des dispositions.
La suspension des accès au réseau
social de Cambridge Analytica a
seulement été annoncée vendredi
dernier, alors que l'entreprise
était au courant d'au moins une
partie du vol de données depuis
2015. Tout aussi problématique,
les utilisateurs concernés n'ont
pas été mis au courant du problème. Après les dernières révélations, Facebook a fini par engager un cabinet d'audit pour
La sanction de Wall Street
Facebook aggrave ainsi sa réputation de «boîte noire». Selon plusieurs médias américains, le responsable de la sécurité, Alex
Stamos, compte quitter son poste
d'ici à l'été. La raison? Il est
en désaccord avec la direction sur
la transparence nécessaire sur le
réseau social.
«Un puissant outil d’influence vendu au plus offrant»
BIG DATA Facebook se retrouve au centre d’une
polémique liée à l’utilisation indue des données
personnelles de millions d’utilisateurs par Cambridge Analytica, société liée à la campagne de
Donald Trump. Spécialiste de la protection des données, Paul-Olivier Dehaye s’était penché sur cette
société dès 2015
Spécialiste de la protection des données et basé à
Genève, le mathématicien Paul-Olivier Dehaye s'intéresse depuis 2015 aux activités de la société américaine Cambridge Analytica. Il a collaboré avec de
nombreux médias dont l'hebdomadaire alémanique Das Magazin qui a révélé pour la première
fois le rôle de l'entreprise adepte du microciblage
dans la campagne présidentielle de Donald Trump.
Cambridge Analytica est accusée d'avoir recueilli
les informations de millions d'électeurs américains
inscrits sur Facebook pour recréer leur profil psychologique et tenter d'influencer leur vote.
Pourquoi dans cette affaire parle-t-on de «siphonnage
de données» et non pas de hacking? Facebook entre-
tient un malentendu sur la sémantique. Il refuse de
parler de hacking, mais en réalité, lorsque les don-
nées de plus de 50 millions d'utilisateurs sont
extraites sans vraiment avoir leur consentement,
il y a un vrai problème. Au point que les systèmes
de sécurité du réseau social ont été activés lorsque
Cambridge Analytica a lancé l'opération. Le psychologue Aleksandr Kogan et son équipe ont toutefois réussi à déjouer ces alarmes en affirmant à
Facebook vouloir récolter des données à des fins
académiques. Or, dans le domaine de la cybersécurité, falsifier son statut pour masquer ses véritables
intentions relève du hacking.
Le portrait-robot de millions d’internautes est-il donc
si facilement accessible? Facebook part du principe
que la responsabilité incombe à l'utilisateur. La
plupart des paramètres sont ouverts par défaut, il
faut modifier les réglages pour instaurer une protection de ses données privées. Le réseau social n'en
a pas suffisamment anticipé les conséquences. Certaines fonctionnalités ont été supprimées après
coup, en 2015, lorsque Facebook a réalisé qu'elles
pouvaient être facilement détournées. C'est le cas
de celle qui donnait automatiquement accès à l'intégralité des données des contacts liés à un profil
d'utilisateur déjà siphonné.
Comment la société Cambridge Analytica a-t-elle
ensuite procédé pour utiliser les données extraites de
Facebook? Le processus est en réalité extrêmement
simple. Il s'agit de techniques classiques de marketing ciblé réalisé à partir de données personnelles.
L'enjeu est d'utiliser ces mécanismes pour exploiter
la psychologie d'une grande masse d'individus. Le
contexte particulier des élections où les avis ont
tendance à se fragmenter, à se polariser, constitue
un terreau idéal pour ce genre de techniques. Il est
alors plus aisé de définir des types d'électeurs et de
cibler des communautés pour ensuite leur proposer
un contenu personnalisé. En développant
leur propre système de prédiction, Aleksandr Kogan et son équipe ont collecté des
informations plus précises que Facebook
lui-même. Ils ont la capacité d'exploiter la
plateforme sociale de manière beaucoup plus fine
que ne le fait l'algorithme actuel. Facebook a été
pris à son propre jeu, mais ne semble pas l'avoir
compris.
pas procédé exactement de la même manière. Deux
services ont été développés: reconstruire le profil
psychologique d'un électeur à partir de son profil
Facebook d'une part, fournir des conseils sur les
contenus à mettre en avant d'autre part. Dans le
cas de Ted Cruz, Cambridge Analytica a combiné
les deux approches et s'est finalement dispersée.
Pour Donald Trump, elle s'est focalisée sur le
découpage des différents publics Facebook afin de
façonner un modèle global de l'électorat américain.
L'équipe a testé sur des échantillons toutes les
combinaisons possibles de public et de contenu,
pour voir ce qui fonctionnait le mieux. Elle
a vite compris qu'il fallait optimiser le
facteur de viralité, autrement dit, la propension des internautes à repartager un
type de publications. Or, plus la publicité
est virale, plus son coût diminue. D'une certaine
manière, on peut dire que Ted Cruz a payé pour
développer un outil qui a finalement bénéficié à
Donald Trump. INTERVIEW
L’outil a été efficace pour la campagne de Donald
Trump, mais pas pour celle de Ted Cruz, comment
l’expliquer? L'équipe de Cambridge Analytica n'a
Quelle est l’attitude de Facebook dans la crise actuelle?
Elle est tout sauf proactive. Des articles de presse
ont montré que Facebook était au courant des abus
MERCREDI 21 MARS 2018
LE TEMPS
Temps fort 3
abilité de Facebook
Cambridge
Analytica,
du Big Data pour l’Alt-Right
SUR
LE WEB
Sur notre site,
relisez notre
grande enquête
sur la famille
Mercer, financier
de l’ombre de
Donald Trump,
réalisée l’an
dernier par notre
correspondante à
New York.
www.letemps.ch/
mercer
ALEKSANDR KOGAN
LA CAUTION SCIENTIFIQUE
L’homme est psychologue à l’Université
de Cambridge, et le créateur de
Thisisyourdigitallife, une application
récoltant des données personnelles
sur Facebook transmises à Cambridge
Analytica.
Le temps des enquêtes
Autre point sensible: en 2011,
Facebook a signé un décret avec la
Federal Trade Commission dans
lequel il s’engage à respecter le
consentement des utilisateurs.
Avec cette fuite massive, le réseau
social pourrait devoir payer d’importantes amendes.
Ces révélations suscitent bien évidemment de vives réactions des
deux côtés de l’Atlantique. En Angleterre, l’agence de protection des
données a annoncé qu’elle allait
demander un mandat pour perquisitionner les locaux de Cambridge
Analytica. Une commission parlementaire britannique a par ailleurs
convoqué Mark Zuckerberg, jugeant
que les explications fournies par son
entreprise étaient «trompeuses».
Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a de son côté
promis l’ouverture d’une enquête
sur ces révélations «inacceptables».
Même ton aux Etats-Unis. «C’est
une brèche énorme sur laquelle il
convient d’enquêter. Il est évident
que ces plateformes ne peuvent se
réguler elles-mêmes», a affirmé sur
Twitter la sénatrice démocrate Amy
Klobuchar. Dans les prochains
mois, il est fort probable que les
règles d’exploitation des données
se durcissent. Un changement qui
toucherait l’ensemble des réseaux
sociaux. n
VALÉRIE DE GRAFFENRIED, NEW YORK
t @VdeGraffenried
Déjà très discret, Robert Mercer l’est encore davantage depuis que la machine s’emballe autour de Cambridge Analytica et ses méthodes plus que douteuses,
allant du siphonnage des données de 50 millions
d’utilisateurs de Facebook au recours à des prostituées pour piéger des hommes politiques. Le milliardaire et sa fille Rebekah tirent les ficelles de la société.
Ils ont joué un rôle clé dans l’élection de Donald
Trump. Ils étaient très proches de Steve Bannon, ont
même contribué au financement de Breitbart News,
sa plateforme de propagande de thèses nationalistes,
suprémacistes et racistes, mais s’en sont éloignés
depuis le début de l’année. La famille s’est donné un
but: radicaliser la droite américaine. Et Cambridge
Analytica est devenue une pièce de son puzzle.
15 millions de dollars
CHRISTOPHER WYLIE
LE LANCEUR D’ALERTE
L’entreprise de Mark Zuckerberg
est régulièrement la cible de critiques concernant les tentatives
d’ingérence russes dans la présidentielle américaine ou au sujet de
la publication de fausses nouvelles
et de contenus haineux. Cette fois,
l’entreprise vacille. Les récentes
accusations ont fait perdre lundi
près de 6,8% à l’action Facebook à
Wall Street et sa capitalisation a
fondu de presque 30 milliards de
dollars en quelques heures. Hier,
le titre perdait encore près de 3%.
Les investisseurs s’inquiètent
des suites de ces révélations.
Le modèle économique de Facebook est frappé de plein fouet. A
ce stade, les annonceurs qui font
vivre Facebook n’ont pas réagi.
Mais l’hypothèse qu’ils retirent
leurs publicités et revoient leurs
investissements est évoquée. Le
grand public pourrait par ailleurs
prendre ses distances avec la
plateforme.
ÉTATS-UNIS Derrière Cambridge Analytica se
trouve la puissante famille Mercer, des républicains
ultra-conservateurs, un temps très liés avec le
controversé Steve Bannon
C’est par lui que le scandale a éclaté. Christopher Wylie, 28 ans, est le lanceur d’alerte aux
cheveux roses qui a dénoncé les pratiques de
Cambridge Analytica. Ex-employé de l’entreprise, l’homme est un analyste canadien, féru
de politique, et visiblement conscient de ses
prouesses informatiques. Pourquoi dénonce-t-il
si tardivement les dérives de la société qu’il
aurait contribué à créer? Ses motivations profondes restent obscures. Mais, révèle le quotidien canadien La Presse, Christopher Wylie a
été licencié en 2009 par le Parti libéral du
Canada pour lequel il travaillait, précisément
parce qu’il aurait proposé des méthodes de
récolte de données peu orthodoxes, jugées trop
intrusives. Le voilà qui dénonce aujourd’hui l’exploitation des données de près de 50 millions
d’utilisateurs de Facebook.
Christopher Wylie a quitté Cambridge Analytica en 2014 déjà. Dans un communiqué diffusé
lundi, l’entreprise non seulement se défend
d’avoir obtenu des données de Facebook de
manière inappropriée, mais elle assure que
Christopher Wylie n’était qu’un employé comme
les autres. Et pas un de ses fondateurs. Le jeune
homme intéresse en tout cas le Congrès américain. Lundi, le représentant Adam Schiff, chef
de la minorité démocrate de l’influente Commission du renseignement de la Chambre, lui a
demandé, par lettre, de venir témoigner dans
le cadre de l’enquête sur l’ingérence russe dans
la présidentielle américaine. Facebook a supprimé son compte. Mais il a déjà plus de 65 000
followers sur son profil Twitter qu’il alimente
depuis trois jours. n VDG
Robert Mercer est un mathématicien qui a commencé sa carrière chez IBM. Il a fait fortune en
codirigeant Renaissance Technologies, un puissant
hedge fund dont il vient de démissionner en
novembre. Lui et sa famille sont les généreux donateurs de différents think tanks et médias
ultra-conservateurs aux Etats-Unis. Ils ont d’abord
soutenu Ted Cruz, un proche du Tea Party, lorsqu’il
était candidat à la présidentielle, avant de se rabattre sur Donald Trump, dès le printemps 2016. Ils
auraient injecté plus de 11 millions de dollars dans
sa campagne.
Un de leurs leviers, pour faire gagner Donald
Trump, était l’entreprise de Big Data Cambridge
Analytica, dont ils sont les principaux investisseurs.
Alexander Nix, le jeune CEO de Cambridge Analytica, a toujours refusé d’évoquer publiquement ses
soutiens financiers. Mais selon le New York Times,
Cambridge Analytica est
désormais dans le viseur de
Robert Mueller, le procureur
spécial chargé de l’enquête
sur l’affaire russe
la famille Mercer aurait investi plus de 15 millions
de dollars dans la société. Cambridge Analytica est
désormais également dans le viseur de Robert Mueller, le procureur spécial chargé de l’enquête sur
l’affaire russe. Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, a fait savoir qu’Alexander Nix l’avait contacté
pour tenter d’obtenir des e-mails de Hillary Clinton.
Une nébuleuse liée à la droite américaine la plus
conservatrice entoure donc Cambridge Analytica.
Plus active sur le plan politique que son discret père,
Rebekah Mercer est à la tête de la Mercer Family
Foundation et siège dans le conseil d’administration
de la Heritage Foundation, un think tank conservateur de Washington. Mais alors que les démissions
et limogeages font rage à la Maison-Blanche, que le
divorce semble être consommé avec Steve Bannon,
il est difficile d’évaluer à quel point la famille exerce
encore de l’influence auprès du président américain.
Pour certains républicains, son positionnement tout
à droite de l’échiquier politique est devenu gênant.
Première rencontre en 2013
PAUL-OLIVIER
DEHAYE
EXPERT
EN PROTECTION
DES DONNÉES
«Lorsque les
données de plus
de 50 millions
d’utilisateurs sont
extraites sans
consentement,
il y a un
vrai problème»
depuis 2015, il n’en a pourtant pas informé le grand
public. Bien au contraire, lorsque des journalistes
se sont présentés avec des preuves, Facebook les
a menacés et accusés de diffamation. C’est seulement une fois acculé, au pied du mur, qu’il a daigné prendre position et annoncé qu’il suspendait
Cambridge Analytica et consorts. C’est une
approche très préoccupante en termes de transparence et de gestion des données personnelles.
Pour Facebook, le problème se situe uniquement
du côté de Cambridge Analytica. A titre de comparaison, Swisscom a connu une crise similaire
lorsque les données de quelque 800 000 comptes
ont fuité par l’intermédiaire d’un de ses partenaires. Même si elle n’était pas à l’origine de la
fraude, l’entreprise de télécommunications a pris
ses responsabilités et a averti ses abonnés.
Où se trouvent actuellement les données collectées?
Facebook affirme avoir demandé à Cambridge
Analytica de les supprimer, mais en réalité, il
n’existe aucune preuve l’attestant. A l’heure
actuelle personne ne sait combien de copies de
ces données ont été faites, ni où elles se trouvent.
Au cours de leur enquête, certains journalistes du
New York Times affirment en avoir consulté. La
réalité est qu’aujourd’hui, l’utilisateur américain
lambda ne sait toujours pas si ses informations
personnelles ont fuité, son ami européen non plus.
C’est très problématique.
Après la crise des fake news et les soupçons
d’ingérence russe dans la présidentielle américaine,
qu’est-ce que ces nouvelles révélations disent du rôle
du plus grand réseau social du monde? Elles prouvent
une fois de plus que Facebook est désormais un
puissant outil d’influence vendu au plus offrant.
Les intérêts économiques en jeu sont énormes –
rappelons que Donald Trump a levé près de
270 millions de dollars grâce à la publicité en ligne
durant sa campagne. Lorsque des soupçons d’influences externes touchent des élections, la transparence devient un enjeu crucial. Or dans le
contexte actuel, il y a si peu de transparence, si
peu de débat, il est si difficile d’enquêter, que tout
le monde devient suspect. La démocratie en sort
fragilisée.
SYLVIA REVELLO
t @sylviarevello
Rebekah Mercer a fait partie de l’équipe de transition de Donald Trump. C’est grâce à elle que Steve
Bannon serait devenu le conseiller stratégique du
président. Limogé, il n’a désormais plus d’influence
auprès de Donald Trump. Et serait officiellement à
couteaux tirés avec la famille Mercer. Mais tout
comme la fille Mercer, Steve Bannon a siégé au sein
du comité de direction de Cambridge Analytica. The
Observer, l’édition dominicale du Guardian, le rappelle dans une récente enquête.
Le lanceur d’alerte, Christopher Wylie, un ancien
employé de Cambridge Analytica, petit génie de
l’informatique, a raconté à l’Observer ses liens avec
Steve Bannon. Il se décrit comme le Canadien gay
et végane «qui a fini par créer l’outil de guerre psychologique de Steve Bannon». Il l’a rencontré pour
la première fois en automne 2013, alors que Bannon
était encore rédacteur en chef de Breitbart, un
homme pour lequel il ne cache pas éprouver une
certaine fascination. Christopher Wylie a ensuite
été introduit auprès des Mercer. La suite, on la
connaît: Cambridge Analytica voit le jour. Steve
Bannon y aurait joué un rôle prépondérant pour
s’adonner à de la manipulation politique. Les millions des Mercer ont fait le reste. n
LE TEMPS
MERCREDI 21 MARS 2018
4 International
Pour Sarkozy, retour à la case Kadhafi
JUSTICE L’ex-président français a été convoqué mardi par les policiers chargés d’enquêter sur de prétendus financements libyens
en faveur de sa campagne 2012. Un dossier qui passe par la Suisse
contrôle judiciaire après avoir
payé une caution de 1 million
d’euros, et de nouveau incarcéré
en février, celui-ci – qui avait ses
habitudes au bar de l’Hôtel des
Bergues à Genève lors de ses
années fastes – risque l’extradition en France. Ce qui pourrait
l’avoir amené à coopérer avec les
juges. La bataille féroce entre
Alexandre Djouhri et Ziad
Takieddine est relatée de façon
détaillée dans le livre Avec les
compliments du guide (Ed.
Fayard), paru en octobre 2017.
RICHARD WERLY, PARIS
t @LTwerly
Tout découle peut-être d’une
perquisition effectuée par la
police genevoise le 24 mars 2015
à Chêne-Bougeries. Ce jour-là, les
limiers suisses fouillent la
demeure helvétique d’Alexandre
Djouhri, intermédiaire plusieurs
fois cité dans l’enquête sur de possibles versements libyens en
faveur de l’entourage de Nicolas
Sarkozy pour financer, entre
autres, sa campagne présidentielle de 2012 perdue face à François Hollande.
Soupçon de montant gonflé
Des documents
parvenus aux
juges voici
quelques semaines
expliqueraient
la convocation
Leur moisson? Des notes personnelles et des documents susceptibles de confirmer des versements en provenance de
Tripoli perçus en 2005 et 2006
par Claude Guéant, l’ancien bras
droit du locataire de l’Elysée.
Mais aussitôt, les requêtes juridiques se multiplient pour entraver leur transmission aux juges
du pôle financier de Paris, dont
Serge Tournaire. Celui-ci est
connu pour avoir ordonné, le
3 février 2017, le renvoi de Nicolas
Sarkozy en procès dans le cadre
de l’«affaire Bygmalion», une
firme de relations publiques
employée par le parti de droite
UMP et accusée d’avoir couvert
par de fausses factures des
dépassements de dépenses de la
campagne présidentielle d’environ 10 millions d’euros.
Ce sont ces documents, finalement parvenus sur le bureau des
m a g i s t r at s f r a n ç a i s v o i c i
quelques semaines, qui pourraient expliquer la convocation
de l’ancien chef de l’Etat mardi
Mouammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy au palais de l’Elysée, à Paris, en décembre 2007. (PATRICK HERTZOG/AFP PHOTO)
matin par les policiers de l’office
anti-corruption de Nanterre
(Hauts-de-Seine). Arrivé vers
8 heures, Nicolas Sarkozy s’y
trouvait encore en début de soirée, tandis que l’un de ses plus
proches soutiens, l’eurodéputé
Brice Hortefeux, a, lui, été
entendu lors d’une «audition
libre». Cette garde à vue inédite
de l’ex-président, présumé innoc e n t , p e u t d u r e r j u s qu ’à
48 heures. Elle peut déboucher
soit sur sa relaxe, soit sur sa mise
en examen, soit sur l’octroi du
statut de «témoin assisté». Interrogés tout au long de la journée,
plusieurs responsables du parti
Les Républicains, successeur de
l’UMP, ont dénoncé «l’acharnement judiciaire» dont l’ancien
chef de l’Etat serait victime, plus
de onze ans après les versements
présumés, dont ce dernier a toujours nié l’existence.
Retrouvé noyé à Vienne
L’élément central de ce feuilleton politico-financier est l’ancien
dictateur libyen Mouammar
Kadhafi, mort en octobre 2011
après être tombé aux mains d’insurgés près de la ville de Syrte, à
l’issue de l’intervention militaire
aérienne franco-britannique
(coordonnée par l’OTAN, avec
l’aval des Etats-Unis) déclenchée
en mars de la même année… par
Nicolas Sarkozy alors que la
répression menaçait de s’abattre
sur les populations civiles
libyennes, en plein Printemps
arabe. Deux des émissaires financiers de Kadhafi, Bechir Saleh
(exfiltré de Tripoli avec l’aide
d ’A l e x a n d r e D j o u h r i e t
aujourd’hui réfugié en Afrique du
Sud, où on lui a tiré dessus en
février) et Choukri Ghanem (mystérieusement retrouvé noyé à
Vienne en 2012), auraient, de
2005 à 2007, copieusement
«arrosé» leurs «amis» hexagonaux. L’une de leurs valises, renfermant 5 millions de dollars,
aurait été convoyée par un autre
intermédiaire incontournable du
dossier, Ziad Takieddine, qui jure
l’avoir remise à l’entourage de
Nicolas Sarkozy.
La perquisition suisse aurait été
un élément crucial du puzzle,
selon des sources judiciaires
françaises. Elle aurait permis aux
magistrats de resserrer l’étau
autour d’Alexandre Djouhri,
59 ans, longtemps proche des
milieux chiraquiens, un homme
dont le sort judiciaire a pris un
tournant très défavorable depuis
son arrestation en janvier à
Londres, où ce Franco-Algérien
s’était rendu malgré l’existence
d’un mandat d’arrêt européen
émis contre lui depuis 2013. Placé
en détention puis relâché sous
L’autre personnage central de
cette affaire est l’ex-secrétaire
général de l’Elysée Claude
Guéant, mis en examen en 2015
dans ce dossier pour «blanchiment de fraude fiscale», et également mis en examen dans une
autre affaire de primes en
liquide versées lorsqu’il était
m i n i s tre d e l ’ I nté r i eu r.
Aujourd’hui avocat, cet ancien
préfet a toujours contesté l’existence de versements en liquide
en provenance de Tripoli. Mais
deux épisodes l’accablent. Le
premier est la réception sur son
compte, via un virement en provenance de Malaisie, puis de
Suisse, de 500 000 euros qui
auraient pu être utilisés pour
l’achat de son appartement parisien, alors qu’il justifie cette
somme par la vente de tableaux
à un avocat malaisien. Le second
est la vente au Fonds souverain
libyen, en 2009, d’une villa possédée par Alexandre Djouhri sur
la Côte d’Azur. Son montant
aurait été gonflé pour dissimuler
des commissions occultes et le
nom de Claude Guéant apparaît
là aussi.
Sur tous ces sujets, aucun lien
formel n’avait pu, avant cette
garde à vue, être établi avec Nicolas Sarkozy. Lequel a toujours
qualifié ces allégations de «grotesques». Mais, à l’évidence,
l’ombre de Mouammar Kadhafi
continue de planer au-dessus de
celui qui provoqua, en mars 2011,
le renversement du «Guide»
libyen par la force des armes. ■
«Le problème vient de la cour de Vladimir Poutine»
RUSSIE Qui a tenté de tuer l’ancien agent
russe Sergueï Skripal? Quel rôle Vladimir
Poutine a-t-il pu jouer dans cette affaire?
Interview d’un opposant de longue date
au président russe, Mikhaïl Khodorkovski
L’ancien oligarque et patron du groupe
pétrolier Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski,
a passé dix ans en prison après s’être
opposé à Vladimir Poutine. Libéré fin
2013, il vit désormais à Londres où il a
accordé lundi un entretien de plus de
deux heures à une vingtaine de journalistes.
La tentative d’assassinat de l’agent double
Sergueï Skripal et de sa fille a-t-il aidé Vladimir Poutine pour sa réélection? Je n’exa-
gérerais pas l’influence de cet événement.
Personne en Russie ne savait qui était
Skripal. La signification [de l’empoisonnement] n’est vraiment comprise que par
les membres des services spéciaux. Pendant la période soviétique, il était très
rare que des espions fassent défection.
Depuis, le nombre de transfuges a beaucoup augmenté. Et désormais, ils ont
commencé à les tuer. C’est un message
très clair, qui dit: «Vous ne pouvez jamais
échapper aux services spéciaux.»
Est-on sûr que cela vient de Russie? Impos-
sible d’être certain tant que l’enquête n’est
pas terminée. Mais sous Staline, la Russie
a développé de très nombreux poisons. Il
y avait un laboratoire spécialisé à Moscou
qui s’en occupait. Ces poisons sont très au
point. Souvent, il est impossible de savoir
que l’un d’entre eux a été utilisé, et on ne
s’en aperçoit que parce que l’entourage de
la personne décédée tombe également
malade. Certains sont indétectables après
quelques heures. Alors, le choix d’utiliser
du Novitchok [l’agent innervant employé
contre Sergueï Skripal] est un signal clair,
de même que le polonium [l’agent radioactif utilisé contre Alexandre Litvinenko en
2006].
Pensez-vous que Vladimir Poutine a commandité l’empoisonnement de Sergueï Skripal?Il existe un champ de possibilités. A
une extrémité, on peut imaginer que
Poutine a demandé directement de l’éliminer. Cela me semble improbable. A
l’autre extrémité, une agence russe a pu
agir de façon complètement indépendante. Cela me semble également improbable. Entre les deux, il y a toute une
gamme de gris. Une liste d’espions transfuges à liquider existe peut-être mais cela
n’a pas forcément besoin d’être dit explicitement.
Le 12 mars, Nikolaï Glouchkov, qui était
proche de Boris Berezovski, un ancien oli-
MIKHAÏL KHODORKOVSKI
OLIGARQUE RUSSE EN EXIL
connu, Poutine ne m’aime pas mais je ne
crains pas que la même chose ne m’arrive.
N’avez-vous jamais été menacé? J’étais
«C’est un groupe
criminel composé
de moins d’une
centaine de personnes,
aidées par 1500
ou 2000 autres»
garque lui-même décédé dans des circonstances controversées, a été retrouvé assassiné à Londres. Cette affaire est-elle liée à
celle de Skripal? Je ne pense pas. La situa-
tion est différente. Je ne vois pas pourquoi les autorités russes y seraient liées.
Skripal et Litvinenko [un autre ex-agent
russe empoisonné en 2006] étaient d’anciens membres des services spéciaux et
leur ciblage est à considérer dans ce
contexte. Les opposants politiques, c’est
différent. Je suis moi-même un opposant
beaucoup plus inquiet quand a été assassiné Boris Nemtsov [un opposant politique tué en 2015 au centre de Moscou].
J’ai appris à l’époque que j’étais sur une
liste qui visait quatre personnes. On me
l’a dit de façon, disons… semi-officielle.
Il y a eu une énorme dispute après cela,
pour régler l’affaire et cette liste a été
annulée. Sur la liste, il y avait aussi Ksenia
Sobtchak [candidate… à la présidentielle
cette année].
Qu’attendez-vous des gouvernements occidentaux pour contrer Poutine? Il faut
d’abord comprendre que le gouvernement et l’administration russes n’ont rien
à voir dans cette affaire: ce sont des officiels qui font leur travail, à qui on peut
peut-être reprocher de la corruption,
mais c’est tout. Le problème vient du
cercle autour de Poutine, de sa «cour».
C’est un groupe criminel. Il s’agit sans
doute de moins d’une centaine de personnes, aidées par 1500 ou 2000 autres.
Bien sûr, le gouvernement les couvre,
mais il est distinct de ce groupe.
Pour les combattre, il faut utiliser la
même méthode qu’à l’encontre des gangs
criminels. Il s’agit de mener une enquête
et de découvrir qui possède quoi exactement, qui a des comptes en banque, à leur
nom ou à ceux de leurs amis, etc. La façon
dont le gouvernement français a agi
contre Suleyman Kerimov est la bonne
[arrêté à Nice en novembre 2017, l’oligarque est soupçonné d’avoir acquis plusieurs propriétés de luxe en liquide et est
interdit de sortie du territoire français].
Il est sénateur [avec un passeport diplomatique], mais les autorités françaises
n’en ont pas tenu compte, ce qui normal:
l’homme se promenait avec des valises
de billets!
Vous souhaitez donc des sanctions ciblées,
visant juste les proches de Poutine? Des
sanctions économiques puniraient
150 millions de Russes, alors qu’il faut
viser une centaine de personnes. De plus,
elles pourraient être positives politiquement pour Poutine, qui a besoin de la
confrontation [avec l’Occident] pour
tenir. Si j’étais président américain, je
demanderais au FBI d’enquêter sur les
criminels du Kremlin. Ensuite, une fois
identifiés les coupables, les outils juridiques existent pour agir. Il y a abondance
de lois contre le blanchiment d’argent et
la corruption. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR ÉRIC ALBERT, LONDRES
t @IciLondres
LE TEMPS
MERCREDI 21 MARS 2018
6 International
Le Conseil national prié
de réagir au drame syrien
DIPLOMATIE Estimant que la
neutralité suisse ne commande ni
de se taire ni de ne rien faire, la
majorité de la Commission de
politique extérieure du Conseil
national veut faire aboutir une
déclaration exceptionnelle sur la
Syrie
LISE BAILAT
t @LiseBailat
«Stop aux crimes de guerre en
Syrie.» Sous ce titre, la Commission de politique extérieure (CPE)
du Conseil national propose au
plénum d'adopter une déclaration
condamnant les «nombreuses
cruautés et violations des droits
de l'homme et du droit international humanitaire commises
dans le conflit syrien» et appelant
à un cessez-le-feu. Un geste exceptionnel, dans la mesure où le parlement suisse répugne généralement à prendre position sur des
événements de politique extérieure. La dernière déclaration
propre au Conseil national date
de 2013 et avait trait au règlement
du différend fiscal entre les
banques suisses et les Etats-Unis.
L'avant-dernière remonte à 2004.
Elle concernait l'organisation de
l'Euro 2008 de football en Suisse.
La Turquie entre les lignes
Mais aujourd'hui, par 15 voix
contre 7 et 2 abstentions, la Commission de politique extérieure
du Conseil national estime que la
situation en Syrie oblige à une
réaction officielle du plénum.
«Nous sommes très préoccupés.
Cette déclaration correspond à la
mission humanitaire de la Suisse.
La neutralité suisse, ce n'est pas
se taire. Ce n'est pas ne rien faire
non plus», commente la présidente de la CPE, Elisabeth Schneider-Schneiter (PDC/BL). Son
collègue de commission Laurent
Wehrli (PLR/VD) abonde: «Le
drame en Syrie a dépassé l'entendement d'un point de vue humanitaire.»
Au Conseil national de dire s'il
entend faire valoir cette déclaration de manière officielle ou pas.
La demande de sa commission
sera traitée seulement lors de la
session parlementaire de juin. La
procédure helvétique est lente et
complexe, comparée à celle du
Parlement européen qui vient
d'approuver une déclaration similaire élaborée puis soumise au
vote en quelques jours. Et le règlement ne prévoit pas que le Conseil
des Etats se prononce sur cette
déclaration. Mais pour Laurent
Wehrli, «la procédure n'est pas
une raison de se taire».
Cette déclaration intervient par
ailleurs quelques jours après la
révélation d'une affaire présumée
d'espionnage par le pouvoir turc
sur sol suisse avec une tentative
d'enlèvement à la clé. Les élus
helvétiques souhaitent-ils, par
leur déclaration, cibler précisément la Turquie impliquée dans
le conflit syrien? Elisabeth Schneider-Schneiter reconnaît que
différentes moutures de texte ont
été discutées. Au final, la commission a opté pour une déclaration
qui «respecte la neutralité suisse».
«Ce n'est pas une déclaration qui
vise la Turquie, mais les différentes parties au conflit», affirme
la Bâloise.
MAIS ENCORE
Félicitations de
Donald Trump à
Vladimir Poutine
Donald Trump a
appelé mardi
Vladimir Poutine
pour le «féliciter»
de sa réélection.
Les deux hommes
en ont profité
pour évoquer
«une possible
rencontre au plus
haut niveau» dans
le but notamment
de s’entretenir sur
les moyens de
limiter la course
aux armements.
AFP
La crainte d’un précédent
Les élus se défendent aussi
d'adresser une critique déguisée
au gouve r n e m e nt , d o nt l a
condamnation du conflit syrien
est jugée trop molle par certains
parlementaires et diplomates. «Il
faut voir cette déclaration comme
une forme de complémentarité à
l'action gouvernementale», assure
Laurent Wehrli. Cela dit, le texte
invite le Conseil fédéral à «faire
tout ce qui est dans le pouvoir de
la Suisse pour que l'ONU appelle
de nouveau à un cessez-le-feu
immédiat en Syrie et engage un
processus de paix incluant toutes
les parties au conflit, y compris
les Kurdes».
Une minorité de la CPE a refusé
la déclaration. Elle veut éviter un
précédent. «La plupart des collègues qui n'ont pas voté cette déclaration l'ont aussi fait pour éviter
une gradation des conflits,
explique Laurent Wehrli. C'est
légitime. Mais le refus complet
des belligérants d'un cessez-le-feu
et de laisser les humanitaires travailler a motivé notre décision
concernant la Syrie.» n
EN BREF
Avancée des discussions
sur le nom de la Macédoine
Athènes a envoyé à Skopje une feuille de route pour régler la
dispute bilatérale sur le nom de la Macédoine, dans le cadre
des négociations relancées en janvier entre les deux pays, a
indiqué mardi le gouvernement grec. Le «plan d'accord»
prévoit pour l'ex-République yougoslave de Macédoine un
«nom composé» assortissant le nom Macédoine d'un
déterminant, du type Haute-Macédoine. AFP
Attaque de l’Etat islamique
dans un quartier de Damas
L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a
rapporté mardi la mort de dizaines de combattants du
régime syrien dans un quartier du sud de Damas lors d'une
attaque nocturne de combattants du groupe Etat islamique.
Les djihadistes ont mené l'assaut depuis des positions sous
leur contrôle dans un quartier adjacent. AFP
Amnesty dénonce des centaines
de disparitions forcées au Pakistan
Amnesty International a appelé le Pakistan à prendre des
mesures pour «résoudre» des centaines de cas de
disparitions forcées survenues ces dernières années et pour
lesquelles «personne n'a jamais eu à rendre de comptes».
Selon l'organisation, le phénomène touche «des blogueurs,
des journalistes, des étudiants, des militants pour la paix et
les droits humains». ATS
Robert Mueller au Capitole, au sortir d’une réunion confidentielle avec le Comité judiciaire du Sénat. (J. SCOTT APPLEWHITE/AP PHOTO)
Le procureur Robert Mueller,
nouvelle cible de Donald Trump
ÉTATS-UNIS Le président américain
tire à boulets rouges sur le magistrat
chargé de l’enquête russe. Les pressions
ne sont même plus masquées
VALÉRIE DE GRAFFENRIED, NEW YORK
t @VdeGraffenried
Robert Mueller doit parfois se trouver
quelques similitudes avec saint Sébastien, qui, attaché à un arbre, a eu le
corps transpercé de flèches durant la
persécution de Dioclétien. Saint Sébastien s'est remis de ses blessures, mais
il est mort quelques jours plus tard, tué
à coups de verges. Depuis ce week-end,
Robert Mueller, le procureur spécial
chargé de l'affaire russe, reçoit lui aussi
des flèches bien aiguisées, sans piper
mot, sans même essayer de les esquiver.
Il est le nouveau souffre-douleur de
Donald Trump. Les pressions ne sont
même plus masquées.
Une enquête de près d’un an
sur l’affaire
Jusqu'ici, les avocats du président des
Etats-Unis lui avaient recommandé de
ne pas s'en prendre frontalement à
Robert Mueller. Donald Trump vient
de franchir la ligne rouge. Pour la première fois, samedi et dimanche, il l'a
nommément mentionné dans ses
tweets. «Le début de la fin de sa présidence.» Voilà ce que la mise à pied de
Robert Mueller représenterait pour
Donald Trump s'il mettait ses menaces
à exécution. C'est du moins l'avis du
sénateur républicain Lindsey Graham.
Le limogeage de l'ex-numéro deux du
FBI Andrew McCabe a provoqué une
avalanche de réactions le week-end
dernier. Car derrière ce brutal licenciement apparaît justement la volonté
de la Maison-Blanche, et surtout de son
plus haut représentant, de mettre fin à
l'enquête sur l'ingérence de Moscou
dans la présidentielle américaine et sur
les liens entre les Russes et l'entourage
de Donald Trump.
Ancien patron du FBI, Robert Mueller
enquête depuis bientôt un an sur cette
délicate affaire. Il vient d'exiger des
documents d'affaires de la Trump Organization, désormais gérée par les deux
fils aînés du président américain. Il doit
aussi déterminer si Donald Trump s'est
rendu coupable d'entrave à la justice
en licenciant, en mai 2017, l'ex-patron
du FBI James Comey.
Robert Mueller, 73 ans, a été nommé
à la tête du FBI en 2001 par George
W. Bush, alors qu'il se remettait d'un
cancer de la prostate. Il est resté douze
ans à la tête de l'agence fédérale. La
nomination d'un procureur spécial
pour l'affaire russe est une revendication des démocrates, après le limogeage
de James Comey. Pour son enquête,
Robert Mueller s'est entouré d'experts
réputés, dont des spécialistes de cas de
blanchiment d'argent. Certains avaient
clairement soutenu des candidats
démocrates, un fait qui lui est
aujourd'hui reproché par le clan
Trump.
«Pourquoi l’équipe
Mueller compte-t-elle
13 démocrates
endurcis, dont
certains ont été
de grands soutiens
d’Hillary la crapule,
et zéro républicain?»
DONALD TRUMP
«Pourquoi est-ce que l'équipe Mueller compte 13 démocrates endurcis, dont
certains ont été de grands soutiens d'Hillary la crapule, et zéro républicain? Un
autre démocrate a été récemment
ajouté… Est-ce que quelqu'un pense que
c'est juste? Et pourtant, il n'y a pas de
collusion!» a dénoncé Donald Trump
dimanche sur Twitter. Robert Mueller
est pourtant inscrit au Parti républicain.
Surtout, il a toujours été reconnu
pour son impartialité, son intégrité et
sa méticulosité dans les enquêtes. Le
30 octobre, il a procédé à de premières
inculpations: celles de l'ex-directeur de
campagne de Donald Trump, Paul
Manafort, et de son associé, Rick Gates,
pour «complot contre les Etats-Unis».
Diplômé en lettres, titulaire d'un doctorat en droit, le New-Yorkais a combattu
durant la guerre du Vietnam, où il a
même été blessé. Il a rencontré sa femme
à 17 ans. Ensemble, ils ont eu deux filles.
Il a notamment été procureur à San
Francisco, puis numéro deux du Ministère de la justice sous George Bush père,
avant d'être nommé directeur du FBI.
Parmi ses faits d'armes figure celui
d'avoir supervisé le procès de Manuel
Antonio Noriega, commandant en chef
des Forces armées du Panama,
condamné pour trafic de drogue et blanchiment d'argent aux Etats-Unis. Il a
aussi géré l'enquête sur l'affaire Lockerbie, qui a éclaté en décembre 1988.
Robert Mueller est devenu patron du
FBI six jours avant les attentats du 11 septembre 2001. Rapidement, sa principale
tâche a été de réorganiser l'institution,
alors considérablement affaiblie et critiquée pour ne pas avoir su anticiper les
menaces terroristes. En 2004, Robert
Mueller a menacé de démissionner. Il
s'était opposé à George W. Bush à propos
d'un programme d'écoutes extrajudiciaires de la NSA.
Un mandat prolongé en 2011
à la demande de Barack Obama
Son mandat à la tête du FBI a été prolongé en 2011, à la demande de Barack
Obama. La durée maximale pour un tel
poste était initialement de dix ans. Mais
aucune voix au Congrès ne s'est élevée
contre cette prolongation, ce qui
démontre le professionnalisme qui lui
est reconnu. En 2013, quand il quitte
son poste, il reprend un travail dans un
prestigieux cabinet d'avocats à Washington. Mais donne également des
cours sur la cybercriminalité à l'Université Stanford.
Aujourd'hui, la valse des départs à la
Maison-Blanche et les pressions de
Donald Trump compliquent sa tâche.
Mais Robert Mueller continue d'avancer, pas à pas, toujours aussi déterminé.
Un peu comme le joueur de football
américain qu'il a été cherchait à parcourir la plus longue distance le ballon
à la main, malgré les adversaires qui se
ruaient sur lui. Fin janvier, Donald
Trump avait laissé entendre qu'il était
prêt à témoigner sous serment devant
Robert Mueller. Une déclaration qui ne
semble plus vraiment d'actualité. Sa
fébrilité est probablement révélatrice
de sa crainte de voir l'étau se resserrer
autour de lui. n
MERCREDI 21 MARS 2018
LE TEMPS
Suisse 7
La concurrence fait pression
sur les prix des CFF
TRANSPORTS Alors que le
bénéfice annuel est en hausse,
l’entreprise annonce une première salve de baisse de prix à
hauteur de 50 millions. Pour des
réductions plus importantes, une
entente au sein de la branche est
nécessaire
BERNARD WUTHRICH, BERNE
t @BdWuthrich
Le prix du train va-t-il baisser
en décembre à l’occasion du prochain changement d’horaire? Il
est encore trop tôt pour le dire,
mais la pression augmente en
faveur d’une adaptation des
tarifs des transports publics à la
baisse. L’arrivée des bus longue
distance de la compagnie Domo
Reisen, dont la mise en service a
toutefois été repoussée au
10 juin, n’y est pas étrangère. Ces
autocars relieront les principales
villes du pays sur trois axes à des
prix défiant toute concurrence,
mais avec des temps de parcours
sensiblement plus longs qu’en
train.
A cela s’ajoute la mutation que
traverse le secteur de la mobilité:
les opérateurs cherchent de plus
en plus à proposer des solutions
clés en main, porte à porte, de
sorte que chacun s’aventure sur
le terrain de l’autre, les transporteurs combinant désormais leur
offre de base avec une voiture
(Mobility, Green Class) ou un vélo
(Green Class E-Bike, PubliBike).
«C’est un grand défi pour nous»,
relève Andreas Meyer en présentant les résultats 2017 de l’entreprise mardi. Pour baisser les
tarifs de manière plus large, il
faut cependant trouver un
accord entre les 246 entreprises
concessionnaires de la branche
et les seize communautés tari-
faires. C’est un processus complexe.
ANDREAS MEYER
DIRECTEUR DES CFF
Projet pilote en Lavaux
Dans l’immédiat, les CFF agissent
sur les prix dont ils ont seuls la
maîtrise. Dès le 1er mai, c’est le
tarif local qui s’appliquera aux
appels de la hotline, et plus celui
de 1 fr. 19 la minute. Au lieu de 50%,
les billets dégriffés seront vendus
jusqu’à 70% moins cher. Les titulaires de l’abonnement général
(AG) recevront un carnet de bons.
Enfin, les passagers victimes de
l’interruption, pendant sept
semaines, de la ligne Lau sanne-Puidoux pourront faire
valoir un droit à des bons de réduction grâce à un projet pilote de
dédommagement. Ce programme
équivaut à un abandon de recettes
d’environ 50 millions, calcule
Andreas Meyer.
La santé financière des CFF le
permet. En 2017, le groupe a réalisé
un résultat de 399 millions, en
hausse de 18 millions, grâce à la
productivité, au bénéfice de la division voyageurs et au programme
d’économies RailFit 20/30. Ce plan
d’action a permis d’économiser
785 millions à fin 2017, dont
512 millions sur les charges d’exploitation et 273 millions sur les
investissements. Cette situation
fâche le Syndicat du personnel des
transports (SEV). Il rappelle qu’un
tel résultat n’aurait pas été possible sans le personnel. Or RailFit
20/30 a pour effet de désécuriser
les collaborateurs et provoque des
suppressions d’emplois.
50 000 francs de moins
pour Andreas Meyer
Les chiffres sont positifs dans 3
divisions et demie sur quatre, souligne le chef des finances, Christoph Hammer. La section voya-
geurs affiche un excédent de
186 millions, CFF Infrastructure
100 millions et le secteur immobilier 435 millions. Le bilan est plus
contrasté chez CFF Cargo: les opérations internationales se portent,
mais l’entité affiche un déficit de
239 millions à fin 2017 et un plan
de restructuration a été mis en
route. Les CFF publient une analyse de l’utilisation des bénéfices
par segment. C’est évidemment
l’affaire CarPostal qui les incite à
le faire, puisqu’ils reçoivent eux
aussi des indemnités de la part de
la Confédération et des cantons
pour le trafic régional. Ils rappellent que l’objectif financier visé
est l’équilibre et que la loi sur le
transport des voyageurs exige la
consignation d’éventuels excédents dans un compte de réserves
pour la couverture de pertes
futures qui seraient provoquées
par une diminution des indemnités.
Dans un contexte de scepticisme
croissant face aux revenus des
dirigeants des ex-régies fédérales,
le salaire d’Andreas Meyer a diminué en 2017. Il a touché tout juste
Les titulaires
de l’abonnement
général (AG)
recevront un
carnet de bons
un million, soit 50 000 francs de
moins qu’en 2016. C’est le bonus
qui a diminué. Dans leur rapport,
les CFF rappellent que le Conseil
fédéral s’est prononcé à fin 2016
pour un plafonnement de la part
variable et des prestations accessoires.
Polémique autour
des appels d’offres
Les CFF sont en outre dans le
collimateur de parlementaires
romands qui ne comprennent pas
que l’entreprise n’applique pas une
décision du Tribunal administratif
fédéral (TAF). En 2017, Le Temps
avait révélé que le TAF avait
accepté le recours de l’entreprise
fribourgeoise Bétontec Gram
contre le fait qu’un appel d’offres
n’avait été rédigé qu’en allemand.
Un accord extrajudiciaire avait été
trouvé par la suite. Malgré cela, les
CFF ont publié en février 2018 un
nouvel appel d’offres en allemand,
ce qui a de nouveau fait réagir la
société fribourgeoise ainsi que les
élus fédéraux Jacques-André
Maire (PS/NE), Jacques Bourgeois
(PLR/FR) et Fathi Derder (PLR/
VD), a révélé L’Agefi.
Doris Leuthard a répondu que,
selon la loi sur les marchés publics
(LMP), l’adjudication doit être
publiée «au moins dans la langue
officielle du lieu» où le chantier
est prévu. Interrogé à ce sujet
mardi, Andreas Meyer dit privilégier une approche «pragmatique»
afin de limiter les coûts de traduction. «Si nous étions obligés de
tout traduire, cela nous coûterait
10 millions de plus», calcule-t-il.
Jacques-André Maire demande
désormais que l’on profite de la
révision en cours de la LMP pour
exiger la publication dans au
moins deux langues nationales à
partir d’un certain montant. n
Loi sur le tabac: une initiative pour défier le parlement
PRÉVENTION Le monde de la
prévention fait appel au peuple
pour interdire toute forme de
publicité s’adressant aux jeunes
Les milieux de la santé ne font
plus confiance au parlement pour
combattre le tabagisme chez les
jeunes. Quelques jours avant que
ne prenne fin la procédure de
consultation sur la nouvelle mouture de la loi fédérale sur les produits du tabac, ils lancent une
initiative visant à interdire toute
forme de publicité touchant les
jeunes, qui sont 57% à commencer
à fumer dès l’adolescence. Entre
le monde de la prévention et l’industrie du tabac, qui a fait plier
les deux Chambres du parlement
en 2016, la bataille s’annonce passionnelle, et la future votation
devrait être très ouverte.
Ce n’est pas nouveau, c’est
même inscrit en gras sur tous les
paquets de cigarettes: «Fumer
tue.» Le tabagisme est même la
première cause de mortalité en
Suisse: sur un total de deux mil-
lions de fumeurs, entre 9000 et
10 000 – soit 25 par jour –
d é c è d e n t p r é m at u r é m e n t
chaque année. «Neuf cancers sur
dix sont directement imputables
au tabac, mais les décideurs persistent à ignorer ses risques»,
s’est offusqué le docteur Gilbert
Zulian, président de la Ligue
suisse contre le cancer.
Le peuple à la rescousse
Face à l’industrie du tabac, qui
vise d’abord ce jeune public, les
milieux de la santé ont serré les
rangs comme jamais. Pas moins
d’une trentaine d’organisations
– dont la Fédération des médecins
suisses (FMH), l’Alliance pour la
santé en Suisse, les médecins de
famille, les pneumologues, les
pharmaciens et autres droguistes
– soutiennent la démarche.
Le seul politicien présent en
conférence de presse, le Biennois
Hans Stöckli (PS/BE), a instamment demandé que l’on oublie
son titre de sénateur. «Nous
n’avons volontairement pas sou-
SSR
Moins de pub, tous perdants
Une interdiction de pub le
soir sur la SSR ne serait pas
une bonne nouvelle pour
le marché suisse. Les diffuseurs privés en tireraient
très peu profit. Les entreprises helvétiques en pâtiraient. Cela serait surtout
une aubaine pour Google
et Facebook, selon l’Ofcom.
L a SS R e n p ât i ra i t e n
matière de revenus. Avec
une interdiction dès 20h,
elle perdrait de 105 à
115 millions de francs de
recettes, sur un total actuel
de 230,5 millions. Dès 22h,
l’impact serait moindre: le
manque à gagner serait de
13 à 18 millions. n ATS
mis le texte de cette initiative aux
partis politiques», dit celui qui a
pris la tête de l’association pilotant l’initiative. Un clair signal de
d é f i a n c e e nve r s l e s d e u x
Chambres. En 2016, le Conseil
national et le Conseil des Etats
avaient renvoyé un premier projet
de loi d’Alain Berset à son expéditeur.
En décembre dernier, le Conseil
fédéral n’a pu qu’écouter le message émis par le législateur. La
mort dans l’âme, le conseiller
fédéral socialiste est revenu avec
un projet minimaliste. De nombreuses mesures ont été abandonnées dans le domaine de la public i t é . C ’e s t a i n s i qu e l e s
interdictions qui étaient à l’origine prévues dans les cinémas,
sur les affiches et dans la presse
payante ont été biffées. Seule la
prohibition dans les journaux
gratuits a été maintenue.
«Esprit critique enfumé»
Les milieux de la prévention ont
ainsi décidé d’en appeler au
peuple, dont on sait qu’il s’est
montré par le passé moins timoré
que le monde politique sur ce
thème. «Il faut arrêter d’enfumer
l’esprit critique des jeunes en
associant le tabac à des notions
positives comme la liberté et
l’émancipation», a déclaré Marcel
Mesnil, le secrétaire général de la
Société suisse des pharmaciens.
Quant au président de la FMH,
Jürg Schlup, il a rappelé les
énormes coûts sociaux du tabac,
estimés au total à plusieurs milliards de francs par an. «Selon
une étude du bureau BASS, il y
aurait un potentiel d’économies
chiffré à 1 milliard de francs par
année sur les coûts directs de la
santé en cas d’interdiction de la
publicité. C’est deux fois plus que
ce qu’on attend de la révision du
tarif TarMed pour 2018», s’est-il
exclamé. n
MICHEL GUILLAUME, BERNE
t @mfguillaume
CarPostal: la police fédérale
muselle Urs Schwaller
BÉNÉFICES ILLICITES Le président du conseil d’administration
de La Poste n’a pas eu le droit
d’informer la commission du
Conseil national, a appris «Le
Temps». Il doit par ailleurs renoncer à l’un des experts qu’il avait
mandatés
URS SCHWALLER
PRÉSIDENT DU
CONSEIL
D’ADMINISTRATION
DE LA POSTE
Nouveaux rebondissements dans
l’affaire CarPostal. Lundi, le président du conseil d’administration
de La Poste, Urs Schwaller, et la
directrice générale, Susanne
Ruoff, se sont présentés devant la
Commission des transports et des
télécommunications (CTT) du
Conseil national pour l’évoquer. La
discussion a tourné court. Selon
nos informations, Urs Schwaller a
reçu le matin même une injonction
de fedpol: chargé de l’enquête
pénale en cours, l’Office fédéral de
la police a interdit au Fribourgeois
de communiquer quoi que ce soit
aux membres de la commission.
parlement en ce qui concerne les
chiffres d’affaires de sa filiale»,
a-t-elle communiqué mardi.
Ce n’est pas la seule déconvenue
subie par Urs Schwaller dans ce
dossier. Ce mardi aussi, l’ancien
directeur du Contrôle fédéral des
finances (CDF) Kurt Grüter a fait
savoir qu’il renonçait à faire partie du comité d’experts indépendants chargé de superviser les
investigations menées par le
bureau d’avocats Kellerhals Carrard et l’expert-comptable EY
pour le compte de La Poste.
Une discussion politique
qui n’a pas lieu
C’est Urs Schwaller qui avait fait
appel à lui. Le 8 mars, il avait
annoncé la composition de ce trio
de spécialistes. Comme ancien
patron du CDF jusqu’en 2013, Kurt
Grüter paraissait être la bonne personne pour cela. Mais plusieurs
voix ainsi que le CDF ont craint un
possible conflit d’intérêts, invoque
Kurt Grüter. Les bénéfices illicites
engrangés par CarPostal portent
principalement sur les années 2007
à 2015, mais sans doute aussi sur la
période 2016 et 2017. Dans une
déclaration envoyée à l’ATS, Kurt
Grüter assure que sa contribution
au sein du groupe d’experts n’aurait
pas remis la neutralité de celui-ci
en question. «J’ai été et je reste
convaincu que l’indépendance de
l’enquête et de ses résultats aurait
été assurée», écrit-il. La Poste
recherche désormais un autre
expert pour compléter le triumvirat. n B. W.
La CTT a ainsi été privée de la
discussion politique qu’elle attendait avec impatience. Elle s’est vue
contrainte d’attendre le résultat
de l’enquête pénale et des investigations administratives en
cours. Elle «souhaite que La Poste
suisse fasse preuve d’une plus
grande transparence à l’égard du
La commission
du National a été
privée de la
discussion
politique qu’elle
attendait avec
impatience
La bonne personne,
en apparence
Fribourg
Acquittement général après la
débâcle d’une caisse de prévoyance
Après la débâcle d’une caisse de
prévoyance fribourgeoise, soldée
par un trou de plus de 57 millions
en 2014, la justice a jugé le premier
volet de l’affaire. Elle acquitte les six
prévenus accusés de manque de
vigilance envers le gestionnaire
externe. Cette affaire n’aurait même
pas dû être portée devant le
Tribunal pénal économique, a
commenté mardi le président de la
cour, Alain Gautschi. L’Etat versera
plus de 1 million de francs
d’indemnités au total aux prévenus
pour les dépenses, le tort moral et
les dommages économiques qu’ils
ont subis à cause de cette
procédure. Les accusés étaient
quatre membres de la commission
de placement. S’y ajoutaient une
experte en prévoyance et un
contrôleur comptable. ATS
LE TEMPS
MERCREDI 21 MARS 2018
8 Suisse
Le périple atypique d’un condamné vaudois
JUSTICE Emprisonné au Royaume-Uni pour avoir tenté de tuer sa compagne, le jeune homme a voulu exécuter sa peine en Suisse.
Mal lui en a pris. Il s’est retrouvé sous le coup d’un internement. Plongée dans un dossier inédit
mois plus tard. Le diagnostic est
assez proche mais la conclusion
diffère. L’expert décrit un être
qui a des fragilités psychiques,
une dépendance fusionnelle,
une manière de considérer
l’autre comme un objet indispensable à son fonctionnement, qui
est submergé par ses émotions
quand l’autre s’éloigne et qui présente une grande vulnérabilité
face à de telles situations. Mais
le Dr Kamdem note aussi des
facteurs de pronostic favorable.
Kevin a réussi à s’adapter au
cadre carcéral, il a renforcé un
narcissisme fragile en développant ses ressources intellectuelles et il a pu entamer un travail sur lui-même tout en nouant
une bonne alliance avec ses thérapeutes.
FATI MANSOUR
t @fatimansour
Kevin*, bientôt 36 ans, n’est pas
un interné tout à fait comme les
autres. Condamné au RoyaumeUni pour avoir tenté de tuer sa
compagne avec une épée de
samouraï, le Vaudois s’est jeté
dans la gueule du loup en demandant son transfèrement dans une
prison suisse afin de se rapprocher de sa famille. C’était sans
prévoir qu’il allait être incarcéré
au Tessin, donc encore très loin
d’Yverdon-les-Bains et de sa
mère. C’était aussi sans savoir
que le système des sanctions à
durée indéterminée allait être
abrogé de l’autre côté de la
Manche et qu’il aurait pu, en restant là-bas, espérer une libération après avoir effectué sa peine
minimale de 4 ans et 8 mois. Au
lieu de cela, le voilà enfermé
depuis une décennie et c’est
peut-être loin d’être fini.
Le dossier de ce détenu se
retrouve sur la table du juge d’application des peines vaudois, qui
tiendra une audience d’instruction le 22 mars. Le Tribunal fédéral a ordonné une nouvelle
expertise psychiatrique et le
réexamen du dossier. Trois scénarios sont envisageables. Soit
la requête de Kevin est acceptée
et il fera partie du tout petit
nombre de condamnés internés,
environ 2% selon les chiffres
d’une étude récente, à obtenir
une libération conditionnelle.
Soit le refus est total et son enfermement est prolongé tel quel.
Dernière possibilité: il reste en
prison mais étiqueté d’une
mesure un peu moins radicale,
dite thérapeutique, qui nuance
son statut de potentiel dangereux récidiviste encore imperméable au changement.
Sanglante dispute
Les faits à l’origine de la condamnation remontent au 29 novembre
2008. A la suite d’une dispute,
d’une annonce de rupture et de
quelques verres, Kevin, 26 ans à
l’époque, se jette sur sa compagne
et lui serre la gorge jusqu’à lui faire
perdre connaissance. Il la frappe
ensuite avec une épée et lui inflige
plusieurs blessures à la poitrine et
au ventre, mettant ainsi sa vie en
danger. Avant de quitter les lieux,
il cache les téléphones de la jeune
femme.
C’est un voisin, alerté par des
cris, qui prévient les secours. La
victime passera dix jours à l’hôpi-
«Le moment est
venu d’extraire
notre client de ce
dédale infini où le
temps s’est arrêté»
LES AVOCATS DU DÉTENU
Transféré en Suisse le 8 mars 2013, le détenu a passé quatre ans au pénitencier de La Stampa, à Lugano, avant d’être placé à Bellechasse, dans le canton de Fribourg.
(TI-PRESS/FRANCESCA AGOSTA)
tal. Parti en voiture, Kevin erre un
moment avant de se rendre en
demandant à des promeneurs
d’appeler la police. Le jugement
anglais relève que l’intéressé s’est
déjà montré jaloux, possessif et
agressif envers les femmes. Une
semaine avant le drame, il a empêché son amie de partir et a menacé
de se suicider.
Reconnu coupable de tentative
d’homicide par la Cour d’assises
de Leeds, il est condamné à une
peine de prison d’une durée indéterminée aux fins de protection
de la population, avec un minimum de 3 ans et 4 mois. La Cour
d’appel de Londres ajoute 16 mois
à cette durée. Incarcéré dans une
prison du Yorkshire, il demande
son transfèrement en mai 2009
afin d’exécuter sa peine en Suisse.
Il arrive quatre ans plus tard avec
un internement à la clé, sans mise
en œuvre d’une expertise psychiatrique. Son tout premier défenseur acquiesce à cette équivalence
et le Tribunal fédéral refusera
plus tard d’annuler la solution.
Détenu modèle
Placé tout d’abord à Bochuz, il
doit rapidement quitter l’établissement en raison de possibles
tensions avec un surveillant qu’il
connaissait à titre privé. Le voilà
à la Stampa, au Tessin, où son
comportement est jugé exemplaire. Il travaille, passe les examens avancés d’anglais, s’inscrit
à la faculté de théologie de Lugano
pour suivre des cours de philosophie à distance. Ses thérapeutes
font état d’une bonne collaboration. Les choses se gâtent avec une
première expertise, déposée en
mars 2014. La psychiatre dresse
un tableau sombre de ce sujet qui
débarque à l’entretien avec un
livre de Kant à la main.
Le rapport détaille l’enfance de
Kevin, marquée par le départ très
précoce de son père et une relation mouvementée avec sa mère.
Après un apprentissage dans les
arts graphiques, des jobs comme
imprimeur ou courtier en assurances, il part en Australie pour
vivre l’aventure et côtoyer les
reptiles. «La plus belle année de
ma vie», dira-t-il. Sur cette route,
il croise une Néerlandaise avec
l a qu e l l e i l va s’é t ab l i r e n
Grande-Bretagne. Elle le quitte
et il rencontre sa future victime.
Expertise défavorable
Selon l’experte, Kevin souffre d’un
trouble mixte de la personnalité. Il
est arrogant, hautain, sensible à
l’échec, rancunier et manque d’empathie. Il n’a pas vraiment la volonté
de changer son fonctionnement
pathologique et présente un risque
de récidive important dans le
contexte d’une relation sentimentale. Pire, ses perspectives thérapeutiques sont faibles, conclut la
doctoresse Pascale Hegi. La
défense, alors incarnée par Me Yves
Burnand, mandate un psychiatre à
titre privé. Le Dr René Raggenbass
livre une lecture très critique du
rapport et parle d’un «travail
orienté par des a priori à charge».
Le condamné, qui supporte mal
les conclusions de l’expertise, se
replie sur lui-même. Dans la foulée,
la commission de dangerosité préconise un maintien de l’internement et les juges vaudois suivent
cet avis en juin 2015. Une petite
lueur d’espoir viendra des hauteurs du Tribunal fédéral, qui
reconnaît que la confrontation des
avis psychiatriques aurait dû pousser les juges à douter davantage et
à ne pas se fonder sur une seule et
unique expertise très défavorable.
L’affaire est renvoyée au canton et
le Dr Rigobert Hervais Kamdem est
mandaté pour évaluer les chances
d’évolution de Kevin. Ce dernier est
transféré à la prison fribourgeoise
de Bellechasse en mai 2017.
Des facteurs positifs
Le nouveau rapport tombe un
Contrairement au premier
expert, le second tient compte
d’une évolution qualifiée de
bonne et préconise de transformer l’internement en mesure
thérapeutique institutionnelle
afin de poursuivre sur cette lancée. Une libération conditionnelle, sans période de préparation, risquerait par contre de le
déstabiliser et d’accroître ses
tensions internes, explique
encore le Dr Kamdem, qui sera
entendu ce jeudi par le juge.
A cette audience, le Ministère
public sera représenté par
Magali Bonvin, qui suit cette
affaire depuis ses débuts. La procureure ne souhaite pas s’exprimer à ce stade. Côté défense, le
flambeau a été repris par Mes
Yaël Hayat et Guglielmo Palumbo.
Les avocats estiment «que le
moment est venu d’extraire
notre client de ce dédale infini
où le temps s’est arrêté et de lui
donner la possibilité d’envisager
un lendemain». Il faudra encore
de la patience à Kevin avant
d’être fixé sur la suite de son destin carcéral.
* Prénom fictif
Une «Genferei» pourrait compromettre les élections
GENÈVE La brochure électronique explicative mélange de
vrais et de faux candidats, privilégiant certains au détriment
d’autres. La Chancellerie reconnaît que cette version test n’aurait
pas dû sortir. Mais l’UDC et Genève
en marche vont déposer un
recours
Au bout du Léman, tout indique
que la «Genferei» ait gagné une
véritable stature institutionnelle. Après l’affaire de la brochure de vote de la Ville, jugée
partiale, qui avait provoqué l’annulation d’un scrutin l’année
dernière, voici maintenant,
dévoilée par la Tribune de
Genève, l’histoire de la brochure
en vue des élections cantonales,
toute pleine de malice.
Au point qu’elle pourrait tout
bonnement compromettre les
élections du 15 avril, plusieurs
partis annonçant déposer un
recours.
Factice
Reproduisant un bulletin de
vote factice pour l’élection au
Conseil d’Etat, la brochure se veut
explicative pour éviter l’invalidation des votes. Le hic, c’est que
l’exemple mélange le vrai et le
faux. Le réalisme va à la liste de
l’Entente PLR-PDC quand le fantaisiste «parti Démocratie représentative et vigoureuse» remplace… qui vous voudrez. Dans cet
égayant bulletin de vote se
côtoient Jean Lemeilleur, Josiane
Tropbon, mais aussi les véritables
Stéphane Florey ou Thomas Bläsi.
Aucune trace en revanche de
Ronald Zacharias ou d’Yves Nide-
gger, ce qu’ils ne goûtent guère:
«Le fait de voir un nom crée une
proximité particulière, estime
l’UDC Yves Nidegger. En ceci, la
notice de la Chancellerie devient
un genre de propagande dont je
veux croire qu’elle n’est pas volontaire.» Les griefs ne s’arrêtent pas
à l’omission. Le dessin montre en
effet un bulletin déjà coché, où
l’on découvre que l’illustrateur
plaisantin devait avoir un faible
pour le PLR, dont il a coché les
candidats, mais pas pour le PDC.
Il a aussi préféré les socialistes
Sandrine Salerno et Thierry Apothéloz à la sortante Anne Emery-Torracinta, boudée, tout
comme les Verts et l’extrême
gauche.
«Une bande d’incapables»
«Quand l’affaire a été dévoilée
sur les réseaux sociaux, j’ai cru
à un gag, raconte Bertrand
Buchs, président du PDC. La
Chancellerie est une bande d’incapables et mérite un grand coup
de balai. Si on veut que les
citoyens perdent totalement
confiance en l’administration,
qu’on continue ainsi.» Si son
parti ne va pas faire recours pour
autant, d’autres vont s’en charger, comme l’UDC et Genève en
marche.
Malaise palpable
A la Chancellerie, où le malaise
est palpable, on reconnaît «une
maladresse», mais qui ne serait
«pas de nature à influencer la
libre formation de l’opinion des
citoyens». L’Etat fait valoir que
ces illustrations sont un test réalisé à l’été 2017, qui aurait dû être
suivi d’un exemple définitif.
Comment se fait-il que personne
n’ait relu cette copie récréative?
«C’est la version papier qui a été
validée par les responsables [le
vice-chancelier et le directeur du
support et des opérations de
vote, ndlr], et sur celle-ci, la
police de caractère est si petite
qu’on ne peut lire les noms»,
répond Patrick Ascheri, chef du
Service des votations et des élections. En revanche, la version
électronique pose problème, car
des citoyens, notamment des
Suisses de l’étranger, ont agrandi
l’illustration, provoquant le tollé
que l’on sait. La Chancellerie a
donc retiré cette version pour la
remplacer par des noms fictifs,
mais le mal est fait, aux yeux des
recourants: «Personne ne peut
dire quel sera l’impact réel de
cette bourde, estime Ronald
Zacharias. Je rappelle que la loi
sur la police a passé pour 50
voix.» Pierre Gauthier, député
d’extrême gauche et baptisé pour
l’occasion Jérémie Peutêtre,
réfléchit aussi au recours, «bien
qu’un peu onéreux»: «Les gens
vont maintenant prendre la
loupe pour scruter la brochure
papier! Cette affaire atteste d’un
amateurisme affligeant.»
Si les recours devaient aboutir,
Genève pourrait être privé de
son élection au Conseil d’Etat,
voire de celle au Grand Conseil,
puisque les deux sont liées. Sans
compter le remboursement des
frais. La «Genferei» serait alors
chère payée. n
LAURE LUGON ZUGRAVU
t @LaureLugon
MERCREDI 21 MARS 2018
LE TEMPS
Innovation 9
Les écrans de cinéma
LED arrivent en Suisse
«C’est un moment excitant,
mais aussi effrayant»
spécialisés, des téléchargements,
des manipulations, etc. Avec les
écrans LED, c’est quasiment du
«plug and play»; l’exploitant n’a
plus grand-chose à faire pour
la projection. Du point de vue
de l’entretien également,
cela reviendra moins cher.
Cela changera en outre
toute la manière de
construire les salles
puisque, jusqu’à maintenant, il fallait imaginer les
gradins et la hauteur de la
salle en fonction du faisceau de lumière.
7E ART Depuis 1895, les cinémas fonctionnent sur le même principe:
la projection d’un faisceau de lumière sur une toile blanche. Samsung
veut changer cela grâce à de nouveaux écrans LED, dont l’un des
premiers exemplaires au monde vient d’être installé à Zurich
L’expression «se faire une toile» s’apprête-t-elle à tomber dans l’oubli? Le
groupe Arena, troisième exploitant
suisse derrière Pathé et Kitag, a présenté mardi à Zurich un nouveau type
d’écran destiné à remiser les projecteurs au grenier.
C’est une première. Car si la pellicule
a récemment disparu des cabines et
des studios au profit du tout-numérique, le principe de base du septième
art n’a, lui, pas changé d’un iota. Les
quelque 170 000 écrans de cinéma du
monde (585 en Suisse) fonctionnent
ainsi toujours grâce à la projection d’un
faisceau de lumière sur un écran blanc,
technologie mise au point par les frères
Lumière en 1895. Samsung ambitionne
aujourd’hui de remplacer la toile par
des millions de petites ampoules LED.
Avis aux vieilles générations: Samsung n’est pas le nom d’un réalisateur
asiatique méconnu mais celui d’un
gigantesque conglomérat sud-coréen
actif dans des secteurs aussi divers que
les plateformes de forage, les téléphones portables et les frigos connectés. Le groupe est également connu
pour ses moniteurs et ses écrans
numériques. Sur les 170 000 salles
citées plus haut, trois seulement sont
équipées de cette nouvelle technologie:
à Séoul, Shanghai et… Zurich. Pour
promouvoir ces écrans, Samsung vante
ses noirs plus profonds, ses contrastes
plus prononcés et son environnement
sonore plus immersif.
Il n’y a donc plus de toile. Dans la salle
5 du mégaplexe zurichois, l’écran
prend la forme d’une gigantesque dalle
noire composée de 2304 petites plaquettes en aluminium. Au total, pas
moins de 26,4 millions d’ampoules LED
habillent cet écran de 10,3 mètres de
large pour 5,4 mètres de haut. Au-dessus et au-dessous de l’écran, de larges
espaces sont prévus pour diffuser le
son. Le fait qu’il n’y ait plus de faisceau
facilite l’agencement de la salle (il est
possible de mettre davantage de sièges)
et la rend plus sombre durant la
séance. «Et vous ne voyez plus la tête
de votre voisin apparaître sur l’écran
quand il se lève», souligne Edouard
Stöckli, propriétaire du groupe Arena.
Lors de la séance montrée après la
conférence de presse, l’auteur de ces
lignes a surtout été frappé par la netteté irréprochable et la luminosité
éclatante des images. Mais également
par le fait que la salle de cinéma était
complètement noire et non plus éclairée par un puissant faisceau de
lumière, ce qui permet une meilleure
immersion dans le film.
Pour promouvoir
ces écrans, Samsung
vante ses noirs plus
profonds, ses
contrastes plus
prononcés
Andy Bohli, patron de la société zurichoise Imaculix – qui a fait le lien entre
Arena et Samsung –, assure que ce type
d’écran consomme moins d’énergie et
s’avère plus facile à entretenir qu’un
projecteur traditionnel. «Changer une
plaquette est plus facile que de changer
de toile. En outre, l’ampoule du projecteur devait être remplacée toutes les
600-800 heures alors qu’une ampoule
LED est supposée tenir 100 000
heures.» Il en est convaincu: ce type
d’écran est appelé à se banaliser. «On
peut y diffuser également des contenus
alternatifs tels que des présentations
professionnelles ou des compétitions
de e-gaming», argumente-t-il. Il
conclut sur une boutade: «Il est l’heure
de mettre les projecteurs à la retraite.»
Retraite anticipée, alors. Car les projecteurs que l’on trouve aujourd’hui
dans les cabines sont, pour la plupart,
encore flambant neufs. Ces dix dernières années, les exploitants du
monde entier ont en effet dû casser
leur tirelire pour s’équiper, à grands
frais, de projecteurs numériques. Et
envoyer la fine mécanique du 35 mm à
la casse. Sans compter que cette transition a eu lieu à une époque critique,
où le public se tourne de plus en plus
vers d’autres modes de consommation
que la bonne vieille salle aux fauteuils
rouges. L’arrivée de ces nouveaux
écrans va-t-elle imposer un nouveau
cycle d’investissements?
Rien n’est moins sûr, à en croire René
Gerber. «Lors de la transition numérique, rappelle le secrétaire général de
l’association faîtière ProCinema, les
exploitants n’avaient pas le choix.
C’était changer ou mourir, puisque les
distributeurs ont fini par arrêter de
livrer de la pellicule pour passer uniquement aux disques durs.» Avec les
écrans LED, le saut technologique est
moins important puisque le film est de
toute façon dématérialisé. La transition pourrait donc être plus facile à
faire pour les exploitants.
Mais, tôt ou tard, ils devront passer à
la caisse. «Jusqu’à une certaine époque,
nous pouvions attendre le client, se
rappelle Edouard Stöckli. Maintenant,
nous devons aller le chercher.» En
investissant par exemple dans de nouvelles projections de type IMAX (écran
plus grand que la moyenne) ou 4DX
(proposant des effets tels que des mouvements de siège ou des souffles d’air).
En ce qui concerne ce nouvel écran LED,
Edouard Stöckli ne souhaite pas divulguer le montant exact de l’investissement. Selon les bruits qui circulent sur
le marché suisse, ils coûteraient pour
l’heure plusieurs centaines de milliers
de francs.
La toile est-elle donc définitivement
condamnée? Dans l’absolu, c’est peutêtre trop tôt pour le dire. En ce qui
concerne celle de la salle 5 du mégaplexe de Zurich, en revanche, la
réponse ne fait pas un pli. En sortant
de la présentation, les journalistes ont
tous reçu un porte-clés confectionné
avec un petit morceau de l’ancien
écran. n
Vous dites que le spectateur ne
verra pas la différence… Pas exac-
(DR)
VALÈRE GOGNIAT, ZURICH
t @valeregogniat
RÉACTION Pour l’heure, le
patron de Pathé Suisse préfère
investir dans d’autres technologies que les écrans LED. Thierry
Hatier estime que le modèle des
cinémas de demain n’est pas
encore défini
Il hésite encore. Thierry Hatier,
patron de Pathé Suisse, principal
exploitant du pays en termes de
nombre de spectateurs, ne sait pas
quand les nouveaux écrans LED
équiperont ses cinémas.
Est-ce que les cinémas suisses de
Pathé vont s’équiper de ces nouveaux
écrans? Oui, mais je ne peux pas
vous dire quand. Les prix
doivent encore baisser, et
je ne suis même pas sûr
qu’il y en aura dans toutes
nos salles. Pour tout vous
dire, nous n’avons pas encore
décidé s’il y en aurait dans le multiplexe qui est actuellement en train
de sortir de terre à Zurich.
tement. Je dis qu’il ne viendra pas
au cinéma spécialement pour un
écran LED comme il se déplace pour
l’IMAX ou la 4DX [ndlr: le premier
offre une projection sur un écran
immersif plus grand que la moyenne
et la deuxième des mouvements de
sièges et des effets tels que souffle
d’air, brouillard, gouttelettes
d’eau, etc.]. Ce qui fait venir les gens,
outre le film bien sûr, c’est le confort,
le service, le design ou les effets. Les
écrans LED ne fournissent pas d’effets exceptionnels. La qualité de
l’image est théoriquement meilleure,
mais c’est difficilement perceptible.
Durant ces dernières années, vous
avez dépensé des centaines de milliers
de francs pour des projecteurs numériques remplaçant les machines
35 mm. Si la projection est désormais
appelée à disparaître, ces
investissements étaient-ils
inutiles? Je ne crois pas.
INTERVIEW
Pensez-vous que la transition sera
aussi rapide que le passage de la pellicule au numérique? Encore une
fois, difficile à dire. La transition
pellicule-numérique devait
prendre entre cinq et dix ans et s’est
réalisée entre deux et trois ans. En
ce qui concerne ces écrans, j’ai
néanmoins l’intuition que cela
prendra davantage de temps car,
contrairement au numérique, qui
apportait la 3D, cette nouvelle technologie ne change pas grand-chose
pour le spectateur. Ce sera surtout
une question économique.
Comment ça? La projection numé-
rique demande encore des logiciels
«Ce sera la
première fois que
l’image ne sera
plus projetée dans
un cinéma. En tant
qu’amoureux du
septième art, cela
me fend le cœur»
Nous sommes déjà en train
de remplacer notre première génération de projecteurs
numériques par des projecteurs
laser (qui remplacent les ampoules
au xénon). Le modèle de demain
n’est pas encore défini. Ce sera certainement un mix entre différents
types de projecteurs et d’écrans.
Néanmoins, la technologie change
vite. Et les investissements dans les
salles sont toujours très coûteux…
C’est juste. Il y a tellement de nouveautés que nous ne vivons plus à
une époque où le plan d’investissement classique à cinq ans tient la
route. La seule chose que l’on sait,
c’est qu’il faut investir en permanence. Pour l’heure, nous ouvrons
des salles en 4DX et des IMAX laser.
Pour la Suisse, nous envisageons
toujours de dépenser entre 50 et
60 millions de francs dans les cinq
ans à venir. Mais il est difficile de
vous dire aujourd’hui plus précisément où et comment.
Enfin, à titre plus personnel, quel est
votre sentiment sur ces écrans? Après
plus de cent ans d’histoire, ce sera
la première fois que l’image ne sera
plus projetée dans un cinéma. C’est
un moment qui est excitant mais
aussi à la fois presque effrayant.
Cela signifie que, techniquement,
le cinéma se rapproche de la technologie de la télévision ou de l’ordinateur. En tant qu’amoureux du
septième art, cela me fend le
cœur. n PROPOS RECUEILLIS PAR V. G.
275
Le chiffre de la semaine
C’est le nombre de cinémas
en Suisse en 2017, selon les
statistiques de ProCinema.
L’écran LED installé à Zurich. Contrairement aux deux autres écrans installés dans le monde, celui-ci est le premier à posséder la technologie 3D. (PPR/ALADIN KLIEBER)
Au total, cela rassemblait
585 écrans et exactement
102 697 sièges. V. G.
LE TEMPS
MERCREDI 21 MARS 2018
10 Débats
Repenser l’enseignement de
l’économie à l’Université de Genève
La crise financière de
2 0 0 8 a éb r a n l é l e
monde. Quelques banques éminentes ont
disparu, et le sauvetage d’autres a évité l’effondrement de l’économie mondiale. Cela
grâce à des Etats qui ont, dans cette situation
d’urgence, recommencé à jouer un rôle actif
sur le marché. Des mouvements contestant
le libéralisme économique ont fait des vagues
dans le paysage politique. Cependant, une
chose n’a pas changé:
l ’e n s e i g n e m e n t d e
l’économie dans nos
universités.
L’influence des universités sur de tels événements économiques
n’a qu’une place très
marginale dans le discours public. Mais ce
sont elles qui donnent
aux futurs managers et
fonctionnaires les
outils avec lesquels ils
analyseront le monde
économique. Certes,
elles ne peuvent pas disposer de panacées. Elles
doivent plutôt préparer
les étudiants à prendre
de bonnes décisions
dans des situations
complexes qui touchent l’écologie autant que
des humains dans les multiples pays de notre
économie mondialisée. Ce qui n’est, selon
nous, pas encore suffisamment le cas.
Selon une étude, presque 90% des professeurs recrutés aux universités françaises
appartiennent à l’école de pensée dominante,
professeurs qui sont ainsi dits orthodoxes.
En ce qui concerne l’enseignement, les analyses que nous avons entretenues à l’Université de Genève vont dans la même direction.
Cela ne veut pas dire que tous les économistes chantent la même chanson, bien sûr,
il existe des débats dans la profession. Mais
le poids de cette orthodoxie a pour effet qu’on
parle plus de la mélodie que du fondement
sonore de notre économie.
Nous, les étudiants, avons besoin de
connaître la panoplie des fondements
sonores avant de nous pencher sur les mélodies. Si nous ne sommes pas conscients des
OPINION
hypothèses fondamentales sur lesquelles se
basent les théories qui nous sont enseignées,
nous ne serons pas suffisamment capables
de nous rendre compte de la diversité des
enjeux économiques. Or, si on fait un bachelor en économie et management à notre université, on n’a pas encore de cours traitant
de l’histoire de la pensée économique ou
élaborant un fondement théorique loin de
l’orthodoxie.
L e s tro i s g roup e s
suisses de Rethinking
Economics (Genève,
Zurich et Lugano), une
faîtière d’associations
d’étudiants créée au
Royaume-Uni en 2012,
prônent une approche
pluraliste dans la
science économique. Ce
pluralisme répond aux
exigences diverses de
notre monde. Il forme
des étudiants diplômés
critiques prêts à affronter notre monde complexe. Prenons comme
exemple le réchauffement climatique. En
simplifiant, deux
visions s’affrontent sur
le rapport entre l’économie et la nature: certains disent que notre économie peut devenir durable tout en continuant à croître,
d’autres contestent la compatibilité d’une
économie verte avec la croissance. Le rôle
de l’enseignement économique dans ce débat
ne consiste pas à juger cet enjeu, mais à illuminer l’esprit des étudiants avec des théories
et des faits, parfois contradictoires, qui
coexistent.
Cependant, les cours de la faculté d’économie consacrés à cet enjeu ne posent presque
jamais la question ouverte de la croissance,
malgré son importance certaine. La structure prépondérante des cours d’économie à
l’université est la suivante: les professeurs
commencent avec l’élaboration de théories
orthodoxes. Les critiques de ces dernières
sont données d’une manière rassemblée à la
fin. Ainsi, on peut dire que oui, la critique
existe. Mais cette structure des cours donne
l’image que la critique ne fait qu’amender le
Cette structure
des cours donne
l’image que
la critique ne fait
qu’amender
le noyau dur de la
science économique
noyau dur de la science économique. C’est
faux, il existe bien d’autres fondements théoriques qui sont cruciaux pour pouvoir interpréter les processus de notre monde réel.
Pour ce besoin de réforme, nous avons
lancé une pétition pour un enseignement
économique pluraliste, critique et proche
du monde réel à l’Université de Genève, qui
a déjà le soutien de 400 personnes. Nos
réflexions ont permis des changements, dont
un cours obligatoire en histoire de la pensée
économique, et nous continuons à avoir un
débat constructif avec les instances universitaires. C’est ainsi que nous voulons œuvrer
ensemble pour la meilleure éducation économique possible. n
A trois semaines du premier tour des élections genevoises, les observateurs s’accordent sur un point: cette campagne est
l’une des plus décevantes des dernières
années. Les débats de fonds sont inexistants, les partis comme les candidats sont
apathiques, aucune personnalité ne se
dégage du lot.
Certes, l’ancien leader du MCG Eric Stauffer amène un peu d’animation en s’attaquant à ses anciens alliés populistes. On
entend timidement le PLR remettre en
cause le bilan de Mauro Poggia et les
méthodes d’Antonio Hodgers en matière de
politique du logement. Mais ces agitations
restent en marge d’une campagne molle,
sans éclat, et rien n’indique que la dynamique va changer dans les jours à venir.
Cette terne joute électorale ressemble
étrangement à celle que nous avons connue
dans le Canton de Vaud il y a une année. Six
magistrats sur sept se représentent. Un des
poids lourds du paysage politique (PLR à
Genève, PS dans la Canton de Vaud) laisse
un siège à repourvoir. Et comme dans le
canton de Vaud, il ne fait guère de doutes
que ce siège reviendra à son propriétaire
d’origine, en l’occurrence le PLR.
Il y a aussi peu de chances que les équilibres au sein de l’exécutif soient modifiés.
Certes, les écarts seront plus serrés à
Genève qu’en terres vaudoises, seul Pierre
Maudet semblant pouvoir obtenir une
majorité absolue au 1er tour. Mais au final,
il serait surprenant qu’on assiste à de
grands bouleversements.
Les magistrats sortants, candidats à leur
propre réélection, se neutralisent, laissant
le soin à chacun de mettre en avant son bilan
sans aucune contestation ou critique. On
se fait des politesses, on soutient les actions
menées par ses collègues. En passant une
forme de pacte de non-agression, les six
sortants entraînent dans leur léthargie
leurs partis respectifs et l’ensemble de la
campagne.
Rien n’indique donc que le siège de Mauro
Poggia, tant convoité par le PS et le PLR,
puisse être gagné. Bien que le bilan du
magistrat n’ait rien d’exceptionnel, sa popularité est grande. Avec le soutien indirect
de ses collègues et même si le MCG affaibli,
il ne fait guère de doute qu’il sera confortablement réélu.
Finalement, le seul suspense naît des rivalités internes aux partis. A gauche, la question est de savoir si Anne Emery-Torracinta
résistera aux assauts de Sandrine Salerno
et de Thierry Apothéloz. Bien discrets, les
deux outsiders comptent sur le manque de
popularité de la sortante au sein du corps
enseignant, ou sur ses récents déboires en
marge de l’affaire Ramadan pour lui ravir
sa place.
A droite, c’est la mauvaise campagne et le
maigre bilan de Luc Barthassat qui pour-
OPINION
Pour fêter leur trentième anniversaire,
les Editions Noir sur Blanc publient une brochure, «Le persil», avec des extraits de textes
des auteurs est-européens et russes édités
avec persévérance et générosité pour le
public francophone depuis trois décennies.
Bravant la noirceur des temps politiques en
ces confins de l’Europe, Vera Michalsky-Hoffmann, cofondatrice de la maison avec feu
son mari Jan Michalsky, poursuit l’ambition
de faire connaître un univers esthétique et
psychologique marqué par l’histoire, et dont
les traits, les couleurs, les résonances nous
procurent d’intenses émotions artistiques.
Noir sur Blanc nous fournit en surprises, en
ébranlements, et bien sûr en humour car
lorsque le malheur frappe – et plus souvent
qu’à son tour sur ces frontières de l’Est et de
l’Ouest –, il se fait annoncer par la dérision.
SUR
LES BLOGS
ZENO BERNHARD PRÉSIDENT
DE L’ASSOCIATION RETHINKING
ECONOMICS UNIVERSITÉ DE
GENÈVE
ADRIEN GUISAN SECRÉTAIRE
Une campagne genevoise
au goût de Dézaley
CHRONIQUE MASQUÉE
Il ne peut pas y
avoir de crocodile
dans la chambre
à coucher
raient permettre au PLR de lui ravir son
siège. Car les méthodes «à la Trump» du
ministre déplaisent. Et avec un bilan en
matière de mobilité pour le moins mitigé,
dont lui seul est fier, de moins de moins de
monde croit en ses capacités de résoudre
les problèmes et les défis auxquels le Canton
est confronté.
Sachant qu’il a été le maillon faible de
l’Entente au sein du Conseil d’Etat, en
votant régulièrement avec ses collègues de
gauche et du MCG, on peut penser que ses
soutiens à droite se sont effilochés.
Cette campagne au goût de Dézaley autorise tout de même un espoir sur la composition future du Grand Conseil. Les divisions aux extrêmes pourraient rééquilibrer
les forces au centre, donnant plus de
stabilité et de sécurité au futur gouvernement pour mener des réformes. n
ÉMILIE SOMBES
Bertrand Cantat:
le jury n’a
toujours pas
rendu son verdict
«L’affaire Bertrand
Cantat est
ressortie ces
derniers jours
des prétoires et
des chroniques
judiciaires, pour
écraser de sa force
et de sa violence
le paysage
médiatique.
La situation est
gravissime – je ne
vais pas dire le
contraire – et la
douleur des
proches de la
victime est sans
aucun doute
extrême, comme
le choc subi par
certains. Dans ce
contexte, il m’est
apparu essentiel
de rationaliser
quelque peu le
débat animé par
les passions»,
écrit sur son blog
l’avocate Véronique
Fontana. A lire sur
le site du «Temps».
Qu’est-ce qu’on fait, par exemple, quand un
crocodile entre dans sa chambre à coucher?
Appeler la police? Le dramaturge polonais,
Slawomir Mrozek (1930-2013) y a songé un
instant, avant d’y renoncer, jugeant le geste
exagéré de la part d’un Européen élevé dans
un esprit cartésien et éprouvant de l’aversion
pour les extrémismes. Il a donc choisi de
mettre la tête sous les couvertures pour se
livrer à un travail intellectuel.
Il a d’abord établi que l’absurdité n’appartenant pas à la pensée logique, il ne pouvait
pas y avoir de crocodile dans la chambre à
coucher. Apaisé par cette conclusion, il a
émergé de la couverture pour apercevoir le
crocodile en train de dévorer le fil du téléphone. «Quand bien même j’aurais pu lui
fourrer la main dans la gueule jusqu’à l’estomac et composer ainsi l’un des numéros d’urgence, la communication était maintenant
coupée.»
Il décide alors de s’habiller et d’aller à la
cabine téléphonique la plus proche pour faire
part au service compétent de la panne de son
téléphone privé. La réparation faite, il pourra
avertir l’institution chargée de la maintenance des crocodiles. Hélas, l’animal est en
train d’avaler son pantalon. En tant qu’homme
civilisé, il ne peut pas sortir dans la rue en
pyjama. Certes, il a plusieurs pantalons,
acquis grâce à une amélioration (insuffisante)
de son niveau de vie. L’un d’eux est particulièrement bien harmonisé avec sa cape Yves
Saint Laurent. Malheureusement, il est à la
blanchisserie. Où est passé le reçu?
L’Européen cartésien et civilisé entreprend
de le chercher en boitillant un peu car entretemps le crocodile lui a dévoré une jambe, ce
à quoi il ne prête guère attention parce que
son inquiétude ne cesse de croître au sujet du
pantalon. Le crocodile s’apprête à lui dévorer
l’autre jambe lorsqu’il devine l’atroce vérité:
le reptile a avalé le reçu de la blanchisserie.
Jamais plus il ne récupérera le pantalon. C’en
est trop.
«J’étouffai le crocodile de mes propres mains.
J’avoue m’être conduit avec brutalité et, ce
qui est pire, sous l’effet d’une émotion incontrôlée. J’avoue qu’au lieu de faire confiance
aux institutions constitutionnelles, j’ai agi de
mon propre chef. Mais dévorer le reçu de la
blanchisserie… Il est de ces situations où la
défense de la civilisation exige qu’on enfreigne
les normes civilisées.»
Slawomir Mrozek est l’un des écrivains satiriques les plus lus en Pologne. Revenu à Cracovie en 1996 après plus de trente ans d’exil,
il a collaboré à la Gazeta Wyborcza avant de
retourner à Nice où il est mort. Il n’a pas connu
le régime Kaczynski mais ses écrits, et surtout
ses pièces de théâtre, dont Tango, témoignent
de la présence constante dans l’histoire de la
Pologne d’une obsession de la forme (politique, institutionnelle, artistique) motivée par
l’angoisse de l’informe, c’est-à-dire de l’échec
national. Cette obsession peut elle-même
conduire jusqu’à l’absurde.«J’ai rêvé cette nuit
de la réalité, écrit Stanislaw
Jerzy Lec (1909-1966), un aphoriste polonais de «Le persil».
Quel soulagement quand je me
suis réveillé.» n
JOËLLE KUNTZ
MERCREDI 21 MARS 2018
LE TEMPS
Eclairage 11
Le Temps
de s’engager.
Tout au long de
2018, retrouvez
sur notre site
dédié les causes
que «Le Temps»
défendra.
letemps.ch/20
Première cause:
Journalisme
(16 mars–15 avril)
LE «NEPALI TIMES»
EN CHIFFRES
Hebdomadaire anglophone
du Népal
Année de création: 2000
Propriétaire: la famille Dixit
Tirage: 30 000 exemplaires
Twitter: 294 000 abonnés
Kunda Dixit, le fondateur et rédacteur en chef du «Nepali Times», au siège du journal à Katmandou. (MARIA CONTRERAS COLL)
Au «Nepali Times», la plume dans la paix
JOURNALISME L’hebdomadaire népalais fondé il y a dix-huit ans garde des années de guerre civile la volonté de réconciliation chevillée dans
ses pages. Un combat mené aujourd’hui contre les affairistes de Katmandou, persuadés de pouvoir acheter la fragile démocratie himalayenne
RICHARD WERLY, KATMANDOU
t @LTwerly
Des sommets enneigés peints sous
tous les angles. Un drapeau rouge
vif frappé de la faucille et du marteau, récupéré dans un cantonnement de l'ex-guérilla maoïste. Un
article encadré du Times of India,
sur l'étrange massacre de la famille
royale dans le palais de Katmandou,
en 2001. Comme souvent dans les
rédactions, les murs du siège du
Nepali Times, dans la capitale népalaise, disent les convulsions de ce
pays himalayen, toujours classé
parmi les plus pauvres du monde.
L'ombre de la guerre civile. L'armée omniprésente, ébranlée par
une série de scandales financiers.
La majesté des plus hautes cimes de
la planète, au rythme desquelles
vivent aussi les ruelles de Katmandou, encombrées de magasins d'articles de montagne.
«Une fenêtre sur le monde»
Au milieu de tout cela, raconter le
Népal à travers le Nepali Times est,
pour son rédacteur en chef-fondateur Kunda Dixit, une mission bien
éloignée de celle d'un journal européen: «Il faut comprendre que toute
une partie de la population de ce
pays demeure analphabète, et que
des centaines de districts restent
hors d'atteinte de la presse et de
l'information, même si internet
avance à grands pas, nous expliquet-il. Il faut aussi voir que nous occupons un espace très identifié. Un
journal comme le nôtre, en langue
anglaise, est une fenêtre ouverte sur
le monde. Pour tous les Népalais de
l'étranger, pour les alpinistes du
monde entier, nous sommes d'abord
un trait d'union, un lien. Et nous
sommes dans le viseur des autorités,
très soucieuses de leur image.»
Le Nepali Times était, dit-on, la
lecture préférée d'Elizabeth Hawley,
alias la «mémoire de l'Himalaya».
Morte en janvier à 94 ans dans un
hôpital de Katmandou, cette Américaine consacra sa vie à documen-
ter les expéditions qui partirent à
l'assaut de l'Everest, de l'Annapurna,
ou des autres sommets. Dawa, l'une
des plus jeunes recrues de la rédaction, est de l'ethnie sherpa, même si
elle nous avoue «ne pas être envoûtée par la montagne». Elle travaille
à la nécrologie de «Miss Hawley»
sous le regard d'un vieux cliché, posé
là par Kunda Dixit. Reproduction
d'une photo des années 50, celui-ci
montre le géologue et diplomate
helvète Tony Hagen.
Une histoire suisse
L'expédition menée par ce diplomate montagnard, venu à pied
depuis l'Inde en 1951, fit à l'époque
sensation, saluée par Le Journal de
Genève. «Sans doute Hagen avait-il
mieux compris que d'autres comment nos montagnes impactent nos
mentalités, nos manières de gouverner, notre réalité», poursuit Kunda
Dixit.
Arrêt sur image. La rédactrice
chargée du site internet fait défiler
pour nous sur son écran d'autres
documents d'archive. Le Nepali
Times fait aussi office de mémoire
nationale virtuelle par ses reportages sociétaux et ses longs articles
culturels: «Nous ne pouvons pas
seulement nous définir par l'information brute, ou par l'investigation,
complète Kunda Dixit. Notre journal
garde une vocation sociale. Nous
sommes un peu une lanterne.»
Au bas du petit immeuble occupé
par le Nepali Times construit sur un
terrain du quartier de Patan où la
famille Dixit possède aussi un restaurant, une agence de voyages et
une pension, tricycles colorés et
voitures livrent leur bataille quotidienne. Katmandou est, comme
souvent, noyée dans un nuage de
pollution. Au loin, les sommets
enneigés sont masqués par une
brume à forte odeur de charbon et
d'essence. Le Népal d'aujourd'hui est
bien éloigné de celui exploré à pied
par Tony Hagen, pionnier de l'importante assistance humanitaire
que la Confédération consacre à ces
contreforts himalayens. Et pourtant, tout y reste à construire. La
paix, revenue après des décennies
de guerre civile entre maoïstes et
royalistes, bute toujours sur les dramatiques inégalités sociales. La
géologie, comme l'a prouvé le séisme
meurtrier de 2015, dicte ses lois. La
démocratie institutionnelle est
minée par les trafics d'influence, les
dynasties politiques, le poids de l'armée. L'indépendance même du pays
reste l'otage des deux géants à ses
frontières: l'Inde et la Chine. Au
point que les autorités de Delhi n'hésitèrent pas, après le tremblement
de terre, à décréter un embargo qui
mit à genoux ce pays dévasté.
Le Nepali Times – Le Temps du
Népal – n'est pas la principale publication en langue anglaise, dans cette
ancienne colonie britannique où la
langue de Shakespeare reste celle
de l'administration, des affaires et
quoi la sortie de la guerre civile, en
2006, pèse toujours aussi lourd. La
vérité est que les Népalais ne comprennent pas le fonctionnement
d'un pouvoir décentralisé. Ils voient
s'accumuler les administrations
locales, le nombre d'élus et le
nombre de gouvernements locaux.
Le Nepali Times met sa plume dans
la paix.»
Des pages toutes blanches
Kunda Dixit nuance. La soixantaine élégante, son chien labrador
assis à ses côtés, le fondateur du
Nepali Times s'étonne que Le Temps
vienne, pour ses 20 ans, lui rendre
visite à Katmandou. Motif de sa surprise, exprimée autour d'un thé
improvisé avec la rédaction? «Tout
est fragile ici. Tout peut s'arrêter
demain, ou la semaine prochaine»,
explique ce rédacteur en chef qui a
tout connu depuis la création du
«Nous sommes dans le viseur des
autorités, très soucieuses de leur image»
KUNDA DIXIT, RÉDACTEUR EN CHEF DU «NEPALI TIMES»
de l'éducation supérieure. A trente
minutes de voiture, juste de l'autre
côté de la rivière Baghmati, l'immeuble imposant et moderne du
groupe de média Kantipur abrite la
rédaction du quotidien Kathmandu
Post. Autre dimension, autre
démarche, autre approche: «Nous
avons plus de cent correspondants
dans les provinces, détaille son
rédacteur en chef Akhilesh Upadhyay. Nous sommes à la fois explorateurs, pédagogues, décodeurs.»
Deux missions, pour deux titres
presque aux antipodes tant le Nepali
Times semble fragile par rapport au
Post: «La force du Times est de savoir
raconter ce pays autrement, nuance
un diplomate européen. Un de ses
articles récents, sur le fédéralisme,
m'a permis de comprendre pour-
journal, en l'an 2000. La censure lors
du conflit entre rebelles maoïstes et
forces royalistes, obligeant à faire
paraître des pages entières en blanc,
sans articles. Les pressions sur sa
famille, qui l'ont contraint à fuir à
l'étranger, en 2016, lorsqu'un
magnat local, ulcéré par les soupçons de pots-de-vin relayés par le
journal, fut propulsé… chef de l'office national anti-corruption. Les
rédacteurs du Nepali Times sont
alors en contact par e-mail avec leur
patron en exil: «J'éditais les articles
dans les trains en Inde, dans les
gares, à l'aéroport de Dubai où je
transitais, sourit Kunda Dixit. Le
Népal est un bon exemple de ces
zones grises sur lesquelles les journalistes butent sans cesse dans les
pays émergents qui s'essaient à la
démocratie. Ici, la loi est un labyrinthe. C'est un bouclier percé de
toutes parts.»
L'escalier de l'immeuble du Nepali
Times est encombré de cartons. Le
dernier numéro de l'hebdomadaire
sort tout juste de l'imprimerie.
Odeur du papier. L'encre des pages
colle aux doigts. Malgré le ciel ensoleillé, la froide humidité de janvier
fait frissonner les lieux, et contraint
les rédacteurs à conserver anorak
et bonnet. Direction deux étages
plus bas, où la publication sœur du
journal anglophone, l'hebdomadaire Himal Times en langue népalaise, est en train d'être bouclée.
Le sujet de une est à nouveau
explosif. Toujours le même magnat
accusé de corruption, qui a dû
renoncer à ses menaces après une
décision de la Cour suprême népalaise réitérant la liberté de la presse
et la légalité des écrits de Kunda
Dixit. Sauf que plusieurs de ses
investissements, en lien avec l'armée, sont aujourd'hui sur la sellette.
Et que trois pages plus loin, un autre
article risque d'attirer la foudre. Les
journalistes y critiquent les errements politiques de Pushpa Kamal
Dahal, alias «Prachendra» (le
furieux), leader des ex-maoïstes et
de l'alliance de gauche victorieuse
aux élections législatives de
décembre 2017. La paix et ses
méandres, dans cet Etat devenu une
république depuis l'abolition de la
monarchie voici une décennie: «Le
Népal est un bon exemple de pays
où une presse libre fait la différence,
estime Akhilesh Upadhyay, du Katmandou Post. Il n'y a pas d'autres
lanceurs d'alerte que nous ici. Les
syndicats sont tous ultra-politisés.
Les dynasties règnent sur la politique. La loi du silence règne sur les
agissements de l'armée. Les ex-rebelles attendent leur tour. Qui
d'autre, à part les journalistes, pour
dire l'intérêt général?»
Un lectorat d’expatriés
Une autre réalité transpire dans les
locaux du Nepali Times: les dispari-
tés socio-géographiques, et le préoccupant fossé qui ne cesse d'augmenter entre les Népalais restés au pays
et ceux de l'étranger. Sept millions
de Népalais sur une population de
trente sont employés hors des frontières et inondent leur pays de transferts monétaires. Résultat: des
centres commerciaux de Katmandou à la fois rutilants – aux standards
locaux – et presque vides, car destinés à ces expatriés pressés de combler parents et enfants à chacun de
leur retour d'Inde, des Emirats ou
d'Asie du Sud-Est. Or ce lectorat-là
est aussi une mine pour le Nepali
Times dont le passage au tout-internet est imminent. Kumar, un rédacteur vétéran, lorgne sur www.nepalitimes.com: «Le paradoxe est que nos
défis marketing et commerciaux
sont sans doute les mêmes que les
vôtres en Suisse, analyse-t-il. Nos
annonces locales baissent. La distribution des journaux, qui se faisait
hier par des démarcheurs à pied, à
vélo ou à moto, est devenue chaotique. Nous survivons, en attendant
sans doute de basculer complètement en ligne.»
On le chahute, en lui montrant les
deux pleines pages de pub pour Yeti
Airlines, la compagnie spécialisée
dans les tours aériens de l'Everest.
La mondialisation de la presse n'estelle pas moins dévastatrice au Népal
qu'en Suisse? Kunda Dixit rajuste sa
polaire North Face, sorte d'uniforme
dans cette ville où touristes et alpinistes vendent et s'approvisionnent
en matériel: «Le gouffre qui nous
séparait il y a vingt ans, lorsque nous
avons créé notre journal et vous le
vôtre, était bien plus profond, complète notre confrère népalais. Le
Népal, en termes de vie quotidienne,
reste à des années-lumière de la
Suisse. Mais notre quotidien de journaliste s'est rapproché. Près de sept
millions de Népalais sont sur Facebook et contactent directement
leurs familles. Notre rôle est
aujourd'hui moins de les informer
que de les éclairer ou de les surprendre.» n
LE TEMPS
MERCREDI 21 MARS 2018
12 Conversation
SUR LES RÉSEAUX
«Bad buzz» pour la ministre
IMMIGRATION Sylvi Listhaug,
à la tête de la Justice norvégienne, a démissionné mardi
matin, quelques heures avant que
le parlement ne vote une motion
de défiance à son encontre. Une
crise politique sans précédent
déclenchée par un post Facebook
controversé
ALBANE GUICHARD
t @albanegcd
Quel est le point commun entre
Sylvi Listhaug, la ministre norvégienne de la Justice et de l’Immigration, et Anders Behring Breivik,
le terroriste d’extrême droite responsable de la double attaque
meurtrière du 22 juillet 2011? Ils
partagent la même inclination à
publier des propos controversés
sur les réseaux sociaux. Le second
est en prison, la première vient de
démissionner du gouvernement.
Vendredi 9 mars, Sylvi Listhaug a
déclenché la plus grosse crise politique du pays depuis l’élection en
octobre 2013 d’Erna Solberg, chef
du Parti conservateur (Hoyre), et
de la coalition de droite au pouvoir.
Sylvi Listhaug appartient, elle, à
l’autre famille politique qui forme
la coalition: le Parti du progrès
(Fremskrittspariet, FrP), populiste
et anti-immigration. Sur son
compte Facebook, suivi par près de
160 000 personnes, la ministre a
laissé libre cours à des jugements
très discutables. Sur la photo d’un
homme en turban noir, armé d’un
collier de munitions, elle écrivait:
«Les travaillistes pensent que les
Sylvi Listhaug, juste avant l’annonce de sa démission suite à la polémique
déclenchée par son post Facebook. (HAKON MOSVOLD LARSEN/NTB SCANPIX/NORWAY/AFP)
droits des terroristes sont plus
importants que la sécurité de la
nation.» Soit le même argument
qu’avait employé Anders Breivik
pour justifier la tuerie d’Utoya, île
sur laquelle il avait abattu de sangfroid 69 jeunes Norvégiens participant à l’université d’été du Parti
travailliste. Quelques jours avant,
les députés s’étaient opposés à un
texte de loi que Sylvi Listhaug voulait faire adopter concernant la
déchéance de nationalité.
En Norvège, le post Facebook de
la ministre a soulevé un tollé de
protestations. Pour ceux qui ont
perdu un enfant, un ami ou un
proche, les attentats de 2011 sont
encore un sujet sensible. Les propos déplacés de Sylvi Listhaug ont
d’autant plus choqué qu’un film sur
le massacre d’Utoya sortait le même
jour dans le pays. Réalisé avec l’aide
de certains rescapés, Utoya 22 Juli
reconstitue les 72 minutes d’horreur et de peur vécues par les adolescents sur l’île norvégienne. Le
but du réalisateur Erik Poppe:
réveiller les consciences politiques,
car «le souvenir de ce qui s’est passé
était en train de s’estomper». Sur
son compte Facebook, la secrétaire
des travaillistes, Kjersti Stenseng,
a suggéré à Sylvi Listhaug d’aller
faire un tour au cinéma, pour
rafraîchir sa mémoire engourdie:
«Elle devrait aller voir le film et
avoir honte.»
Face à l’indignation générale, la
cheffe du gouvernement, Erna Solberg, s’est vue obligée de demander
des excuses à sa ministre, ainsi que
la suppression du post Facebook.
Après avoir ignoré ces ordres pendant plusieurs jours, Sylvi Listhaug
finit par le retirer le 14 mars, en
précisant qu’elle l’a fait pour des
raisons de droit d’image et non par
La justice traîne les pieds
avec l’affaire Weinstein
regret. Cette ultime provocation
pousse un député d’extrême gauche
à déposer une motion de censure
contre elle. Sur Twitter, la journaliste norvégienne Marie Simonsen
avait partagé une copie d’écran du
post incriminé, avec ce commentaire: «La ministre de la Justice
pense que les clics sur les réseaux
sociaux sont plus importants que
les lois et les règles.»
La crise gouvernementale s’est
accélérée lundi 19 au soir lorsque
les démocrates-chrétiens (KrF) ont
demandé à la première ministre
d’intervenir, sans quoi ils se prononceraient en faveur du fameux
vote de défiance le lendemain. Erna
Solberg n’aura finalement eu à
congédier personne, puisque Sylvi
Listhaug a démissionné d’ellemême, estimant avoir subi une
véritable «chasse aux sorcières».
L’annonce de son départ via son
compte Facebook, quelques heures
avant le vote du parlement, a mis
fin au raz-de-marée politique
qu’elle avait déclenché.
Sylvi Listhaug n’en était pas à sa
première polémique. En avril 2016,
elle s’était jetée dans les eaux
froides de la mer Méditerranée, au
large des côtes grecques, pour comprendre le «point de vue» des
migrants. Contrairement à eux, elle
était équipée d’une tenue de survie
qui ne l’a pas protégée du ridicule.
A la suite de sa démission du gouvernement norvégien, Sylvi Listhaug va maintenant devoir songer
à une reconversion professionnelle.
On lui suggère d’éviter la politique
comme les réseaux sociaux. n
CHARIVARI
Avoir ou ne pas avoir le pouce vert
Certains l’ont, d’autres pas. J’en suis dépourvue et je n’aime pas ça. Je vis à Genève, au bord
de l’Arve, rivière souveraine dans ses humeurs
dont j’ai déjà évoqué ici la variété des états.
Les voitures fourmillent au bas de chez moi,
pourtant c’est le ciel qui frappe les invités. Un
panoramique impressionnant, vaste ouverture sans vis-à-vis qui va du Salève au Jura.
Mais ce n’est pas tout, je donne plein sud. Pile
poil, paraît, vers Marseille et ses attraits. Les
jardiniers qui me lisent ont déjà compris où
m’amènent mes pas…
Mon balcon est le spot rêvé pour faire pousser tomates, herbes aromatiques et fleurs
insensées. Ma voisine en est d’ailleurs la
preuve émouvante. Son balcon est un poème.
Une symphonie de vert, de rouge, de tomates
gorgées et de lianes emmêlées. Au point qu’elle
doit freiner l’envahissement en taillant, dépotant, donnant à d’autres les plants qui pul-
lulent sous son toit. Jumelle de palier, j’ai donc
les conditions idéales pour transformer le
béton de mon balcon en folie végétale.
Sauf que non. Il me manque l’ingrédient clé.
La fameuse main verte, ce talent permettant
de cultiver fleurs ou fruits et célébrer chaque
jour le miracle de la nature en joie. J’en fais
un peu trop, je sais, mais cette vision me bouleverse à chaque fois. Mes grands-parents des
deux côtés étaient maraîchers, mon père
excellait dans ce registre, façon bio, s’il vous
plaît, et je suis une tache du terreau, une ratée
du râteau. Quelle déception!
Pourtant, on m’a aidée, beaucoup. Il y a
quelques printemps, le propriétaire d’un «jardin extraordinaire» m’a donné un pot tout
prêt, avec, dedans, de la terre féconde, des
plants de tomates et des tuteurs. Surtout, il
m’a dit exactement quand et comment arroser. J’ai appliqué ses instructions à la lettre,
mais tout a séché, lamentablement. Je n’ai rien
pu sauver. A ce niveau, ce n’est plus un échec,
c’est un châtiment!
Alors je rêve et m’amuse comme je peux. En
anglais, en italien et en allemand, la main
verte se dit «pouce vert». C’est tout de suite
autre chose, non? Moins protecteur, plus
volontaire. Le pouce levé, c’est un truc de gars
pour dire, «cool mec, t’es un pro, tu gères». En
même temps, en français seulement, pouce,
c’est l’homonyme de pousse… Bon présage
pour le jardinage! Voilà, voilà. A défaut de
pouvoir cultiver mon jardin, je me balade dans
la forêt des mots. C’est un peu mon paradis.
Mais ça ne remplacera jamais le
thym fleurant bon la Provence,
les tomates riant sous le soleil et
les radis réjouis. n
MARIE-PIERRE GENECAND
PIQUÉ AU VOL
«Je vomis…»
L’actrice
Lola Marois
a attaqué
l’animatrice TV
Karine
Le Marchand
sur Twitter lundi.
«Je hais, j’exècre,
je vomis Karine
Le Marchand.
Elle est hautaine,
condescendante,
snob et n’éprouve
aucune amitié
pour les gens
qu’elle
interviewe»,
a notamment
écrit
celle qui incarne
la lieutenante
Ariane Hersant
dans la série «Plus
belle la vie», sans
donner plus
d’explications sur
les raisons de ce
coup de gueule.
Paléo 2008-2018
Comme
chaque année,
on a entendu
ce mardi la petite
ritournelle des
«postmodernes»
qui râlent contre
la ringardise de
l’affiche nouvelle
du festival de
Nyon. A l’instar de
@SforSainath, qui
a twitté: «Cette
prog de Paléo,
c’est celle dont je
rêvais en 2008.»
Défi pontifical
Sur Facebook,
la Garde suisse
pontificale
annonce que,
jusqu’au 25 mars,
elle se présente
au Salon
interjurassien
de la formation
au Forum de l’Arc,
à Moutier.
Elle invite les
jeunes intéressés
à venir lui rendre
visite et à «tenter
le challenge
de la sentinelle».
Bientôt six mois que l’affaire Weinstein a
éclaté, et le producteur de cinéma, accusé
d’abus sexuels par une centaine de femmes,
n’a pas été inculpé: la pression monte sur le
procureur de Manhattan, soupçonné de
reculer devant une bataille judiciaire
difficile. Pressé par le mouvement Time’s
Up, né dans le sillage du #MeToo pour aider
les victimes, le procureur de l’Etat de New
York a annoncé lundi qu’il allait mener «un
examen complet, juste et indépendant» des
raisons pour lesquelles son collègue de
Manhattan, Cyrus Vance, n’avait jusqu’ici
pas inculpé le producteur multi-oscarisé.
Depuis la publication le 5 octobre des
premières révélations sur Harvey
Weinstein, de nombreuses actions ont été
intentées contre lui au civil, qui pourraient
le ruiner. Face à ce qui ressemble à un
blocage, Time’s Up, dont la requête a été
relayée sur Twitter par des célébrités
comme Ashley Judd, Reese Witherspoon
ou Jessica Chastain, a réclamé une enquête
pour vérifier l’«intégrité» du procureur
new-yorkais et «rétablir la confiance» dans
son bureau. AFP/LT
Satisfait de votre séjour
à Abu Dhabi, M. Enderlin?
Le journaliste Serge Enderlin avait été
arrêté par les services secrets émiratis et
maintenu en détention pendant cinquante
heures avec son cameraman alors qu’ils
effectuaient un reportage pour la RTS en
marge de l’inauguration du Louvre à Abu
Dhabi en novembre dernier. Suite
«comique» à ce que les deux reporters
avaient décrit comme un calvaire – enduré
à cause de leur trop grande curiosité
concernant les conditions de travail des
immigrés –, Enderlin vient d’annoncer sur
Twitter qu’il s’était vu proposer de
répondre à une enquête de satisfaction – un
customer happiness survey – du Conseil des
médias des Emirats arabes unis! Il précise
ne pas savoir quoi répondre exactement. Et,
au passage, qu’il attend toujours que le
matériel qui leur avait été confisqué leur
soit restitué. LT
Florian Philippot ironise
sur Nicolas Sarkozy & Cie
En garde à vue, Nicolas Sarkozy a été
entendu dans le cadre de l’enquête sur des
soupçons de financement libyen de sa
campagne présidentielle victorieuse de
2007. Florian Philippot, président des
Patriotes qui n’en perd jamais une, a
aussitôt publié le message suivant sur
Twitter: «Jamais agréable pour la fierté
nationale de voir d’anciens présidents en
garde à vue: oui. Mais la vraie question est
ailleurs: avez-vous le sentiment que les
hommes installés à l’Elysée depuis pas mal
de temps sont dignes de la fonction de
président de la République?» LT
La Bourse «Le Temps», pour encourager l’enquête journalistique
JOURNALISME «Le Temps» lance
à l’occasion de son 20e anniversaire
une bourse destinée à accompagner
des projets d’enquête innovants qui
se situent dans sa ligne éditoriale
L’assassinat de la blogueuse et journaliste maltaise Daphne Caruana
Galizia en octobre 2017 et celui du
journaliste slovaque Jan Kuciak aux
côtés de sa compagne, Martina Kusnirova, en février 2018 ont résonné
comme un coup de tonnerre en
Europe.
Leur mort violente – des crimes
qui restent impunis aujourd’hui –
rappelle brutalement à nos sociétés
assoupies par les médias sociaux
que la liberté d’informer demeure
fragile même en plein cœur de
l’Union européenne, et que la corruption et le crime organisé restent
en embuscade et redressent la tête
dès que la vigilance démocratique
s’essouffle.
Il est d’autres enquêtes moins dangereuses, tout aussi importantes
pour la bonne santé de nos sociétés.
Comme celle sur les ravages du mercure dans le Valais, révélés dans toute
leur ampleur historique par notre
ancien correspondant Xavier Lambiel lors d’un partenariat avec le
Walliser Bote, Le Nouvelliste et la
RTS. Comme l’enquête sur les dessous de l’industrie mondialisée du
fioul menée par notre journaliste
Sylvain Besson, qui lui a valu le Swiss
Press Award en 2016 dans la catégorie online.
Secret bancaire, enfants placés,
fonds juifs en déshérence, affaire des
fiches, etc. Les sujets d’enquête ont
toujours été bien représentés dans
Le Temps.
Comment certaines industries
obtiennent-elles des accès privilégiés
auprès des parlementaires? Des
laboratoires pharmaceutiques
prennent-ils trop de place dans les
Le Temps
de s’engager.
Tout au long de
2018, retrouvez
sur notre site
dédié les causes
que «Le Temps»
défendra.
letemps.ch/20
Première cause:
Journalisme
(16 mars-15 avril)
universités? Nos données sont-elles
suffisamment protégées? Pour marquer l’anniversaire de ses 20 ans et
matérialiser son soutien à la cause
du journalisme, Le Temps a donc
décidé de lancer une bourse qui
récompensera un projet d’enquête
innovant en offrant à son auteur-e
les moyens de le réaliser et de le
publier.
Les candidats doivent présenter un
projet d’investigation journalistique
à la fois original, faisable, qui a du
sens par rapport à la ligne rédactionnelle du Temps, et qui sera réalisé en
Suisse.
Le sujet peut être d’inspiration économique, sociétale, culturelle ou
politique.
Pour un choix éditorial fort
Le choix du projet gagnant sera
effectué par un jury composé de journalistes du Temps, de membres de la
rédaction en chef, de chefs de
rubrique et du directeur de Ringier
Axel Springer Romandie. Le projet
retenu portera la marque d’un choix
éditorial fort de la rédaction.
La bourse est constituée de deux
éléments: une indemnité de
5000 francs et un accompagnement
p e r s o n n a l i s é d ’u n e d i z a i n e
d’heures par la rédaction du Temps
(parrainage).
Le Temps publiera le projet retenu sur
son site internet et sur ses pages print.
La Bourse Le Temps est ouverte à
tous les résidents en Suisse âgés de
35 ans au plus à la date de clôture des
inscriptions, inscrits ou non au
Registre professionnel des journalistes, et qui peuvent attester de trois
sujets publiés dans des médias
suisses – article, vidéo, datavisualisation, projet multimédia, etc.
Rendez-vous sur notre site pour en
savoir plus et vous inscrire, d’ici au
20 avril. Le nom de la lauréate ou du
lauréat sera annoncé le 21 mai. n LT
LE CALENDRIER
20 avril Délai de réception
des projets.
21 mai
Annonce de la lauréate –
du lauréat.
Juin, juillet, août
Réalisation du
projet. La lauréate – le lauréat reçoit
une allocation pour frais de 5000.–
et bénéficie d’un soutien d’une dizaine
d’heures à la rédaction (aide aux
contacts, aide technique, aide à la
réalisation, etc.), selon des modalités
qui seront précisément définies avec
la rédaction selon le type de projet
retenu.
3 septembre Rendu du projet.
Septembre
Publication/diffusion
du projet par «Le Temps».
MERCREDI 21 MARS 2018
LE TEMPS
Science 13
EN BREF
Le clou, trésor des archéologues
Mort du dernier rhinocéros
blanc du Nord mâle
EXPOSITION Datant de plusieurs
milliers d’années, il règne en maître
dans les maisons. D’apparence
modeste, petit, pointu, fonctionnel ou
décoratif… le clou est la vedette de la
nouvelle exposition du Musée romain
de Lausanne-Vidy
VISITE
«Le clou de
l’exposition
(et vice versa)»
Exposition
temporaire du
17 mars 2018 au
20 janvier 2019.
Musée romain de
Lausanne-Vidy,
chemin du
Bois-de-Vaux 24,
à Lausanne.
Ouvert de mardi à
dimanche, de 11h
à 18h.
JULIE SCHUEPBACH
Depuis plus de deux mille ans, le clou
accompagne les sociétés humaines.
Au cœur des évolutions architecturales, des effets de mode ou des
croyances, ce petit objet d'apparence
anodine est une ressource utile aux
archéologues. Taille, répartition ou
quantité: chacune de ces informations
permet aux chercheurs d'interpréter
les vestiges du passé. La nouvelle exposition du Musée romain de Lausanne-Vidy, Le clou de l’exposition (et
vice versa), le met à l'honneur. Inventé au IVe siècle avant JésusChrist, soit durant le second âge du fer,
le clou a toujours possédé la même
fonction première: assembler des éléments organiques tels que le bois.
Quant à sa forme, elle n'a évolué qu'une
seule fois. Durant des millénaires, les
artisans forgent le fer en le frappant,
ce qui donne à la tige du clou de multiples facettes. Lors de la révolution
industrielle, des systèmes de production mécaniques permettent la création d'une tige circulaire. La forme du
clou connu de nos jours, bien que passablement récente, évince alors totalement celle des temps passés.
Des savoir-faire différents
Petits et robustes, les clous ne se
dégradent pas facilement au cours des
siècles et sont parfois retrouvés par
centaines de kilos sur des fouilles
archéologiques. Mais n'ayant que très
peu évolué, ils ne permettent pas aux
experts de dater une découverte.
Cependant, ils ouvrent le champ à
l'imagination des chercheurs, attestant des techniques de construction.
En effet, d'une fouille faite de ruines
en deux dimensions enfouies dans le
sol, la répartition des clous et leur
nombre permettent aux experts de
reconstruire les architectures passées,
d'imaginer les volumes des anciennes
bâtisses. Mais leur simple présence ou
absence est aussi un indice primordial. Sur le site de fouille de Lousonna,
ancêtre gallo-romain de la ville de
Lausanne situé aux environs de Vidy,
d'énormes quantités de clous ont été
retrouvées. Non loin de là, à Vufflens-le-Château, un site datant de la
même période ne possède aucune
MÉTÉO
Oiseau en fort déclin dans
les campagnes françaises
Moins 60% de moineaux friquets depuis
dix ans, un tiers d'alouettes des champs
disparues en quinze ans… les oiseaux des
campagnes françaises sont victimes d'un
déclin «vertigineux», qui s'est encore
intensifié depuis deux ans, se sont alarmés
mardi dans un communiqué le CNRS et le
Muséum national d'histoire naturelle. Que
se passe-t-il? «On ne prend pas de grands
risques en disant que les pratiques
agricoles sont à l'origine de cette
accélération du déclin», a expliqué
Grégoire Loïs, directeur adjoint de
Vigie-Nature, qui chapeaute le Suivi
temporel des oiseaux communs (STOC).
Les oiseaux ne reculent pas au même
rythme dans d'autres milieux. AFP
Clou présenté comme une «relique secondaire», dont la mise en contact avec un «vrai clou de la crucifixion» lui aurait
conféré un caractère – et un pouvoir – sacré. (COLLECTION PRIVÉE/PHOTO MRV)
trace du petit outil. «Cela démontre
qu'il y avait, à cette époque et dans la
région, des artisans qui possédaient
des savoir-faire très différents»,
explique Aurélie Crausaz, doctorante
en archéologie à l'Université de Lausanne et auxiliaire scientifique au
Musée romain de Lausanne-Vidy.
«Traditionnellement, dans un
musée, le clou ne sert qu'à accrocher
une œuvre digne de ce nom. Le mettre
à l'honneur a été notre contre-pied.»
Laurent Flutsch, directeur du Musée
romain de Lausanne-Vidy
Dans le port de Lousanna
Dans de plus rares cas, les clous sont
retrouvés dans leur position d'origine,
au sein de la matière organique dans
laquelle ils ont été plantés. Une telle
découverte permet aux experts de
mieux comprendre leur rôle. Comme
en 2017, lors d'une campagne de
fouilles engagées afin de valider la
construction d'un nouveau bâtiment
du Comité international olympique
( C I O ) à V i dy. L e s c h e rc h eu r s
découvrent alors le port de Lousanna.
Pieux, digues et une pièce de chêne de
plusieurs dizaines de mètres sortent
des sous-sols.
Le chêne, conservé depuis des milliers d'années dans les couches sédimentaires, est jonché de multiples
«D’habitude, dans un
musée, le clou ne sert
qu’à accrocher une
œuvre. Le mettre
à l’honneur a été
notre contre-pied»
LAURENT FLUTSCH, DIRECTEUR DU MUSÉE
ROMAIN DE LAUSANNE-VIDY
clous de taille exceptionnelle. Ces
crosses, retrouvées dans la position
dans laquelle elles ont été plantées,
attestent de leur fonction: retenir la
berge. «Sur d'autres sites, des clous de
ce type avaient déjà été retrouvés.
Cependant, le bois dans lequel ils
avaient été plantés n'avait pas été
conservé. La découverte faite sur le
site du port romain de Lausanne permet de proposer par comparaison
l'hypothèse que dans ces autres
fouilles, ils avaient la même fonction»,
dit la doctorante.
Crucifixion et fétichistes
Cependant, l'histoire du clou ne se
limite pas à sa fonction architecturale. Clous de la crucifixion, tablettes
de malédiction et fétiches à clou, l'ob-
ÉPHÉMÉRIDE
jet est à l'origine de nombreuses
croyances. L'exposition du Musée
romain de Lausanne-Vidy explore
l'ensemble des dimensions du petit
objet. D'une salle à l'autre, les visiteurs passent de l'archéologie aux
visions christiques pour finir par
l'époque moderne et les fameux blousons cloutés. Sans oublier d'attester
de traditions bien ancrées en
Suisse. En Valais, la levée de la matze
représente le désaccord de la population vis-à-vis de décisions politiques. Un tronc avec ses racines est
gravé des traits d'un visage et érigé
sur la place centrale du village.
Chaque citoyen mécontent y frappe
alors son clou. Une fois présenté aux
dirigeants, le nombre de clous plantés
dénote de la virulence du mouvement.
«Créer une telle exposition était un
défi muséographique. Traditionnellement, dans un musée, le clou ne sert
qu'à accrocher une œuvre digne de ce
nom. Le mettre à l'honneur a été notre
contre-pied», dit Laurent Flutsch,
concepteur de l'exposition et directeur
du Musée romain de Lausanne-Vidy.
Une exposition maligne, déroutante
et empreinte de croyances afin de
rendre justice à ce petit objet dont la
banalité première occulte à tort l'exceptionnelle histoire. n
lever: 06h37
coucher: 18h50
3 minutes de soleil en plus
Mercredi 21 mars 2018
Situation générale
aujourd’hui à 13h
–3° 4°
–5° 0°
–6° –1°
La Chaux-de-Fonds
Basse
pression
Berne
–3° 4°
B
–3° 4°
0° 4°
1015
Genève
0° 4°
Front
froid
Bassin lémanique,
Plateau romand
et Jura
Coire
Saint-Moritz
Lausanne
Isobares
(hPa)
–14° –4°
Sion –2° 7°
Verbier
–5° 1°
Locarno
0 à 5° 5 à 10° 10 à 15° 15 à 20° 20 à 25° 25° et +
Prévisions en Suisse pour le matin et l’après-midi.
Les températures indiquées sont les valeurs minimales (en bleu)
et maximales (en rouge)
JEUDI
VENDREDI
SAMEDI
DIMANCHE
LUNDI
70 %
40 %
40 %
40 %
–4°
Alpes
vaudoises
et valaisannes
(500 m)
MétéoSuisse tél. 0900 162 666
en ligne avec nos météorologues, 24 heures sur 24
(fr. 2.90 la minute)
0°
8°
0°
–4°
8°
0°
8°
0°
–
–
Limite des chutes de neige
–4°
8°
–
–
Limite des chutes de neige
nuages et parfois quelques flocons
en direction du Jura et des
Préalpes. A partir de vendredi, le
temps va s’adoucir, mais de l’air
plus humide pourrait affluer vers
nos régions, poussé par une
dépression sur la Méditerranée.
5°
–
–4°
3° 11°
Front
chaud
Front
occlus
lune croissante
taux de remplissage: 17%
80 %
Limite des chutes de neige
Suisse
centrale
et orientale
LA SUISSE SERA SOUS L’INFLUENCE d’un courant du nord,
froid mais relativement sec jusqu’à
demain jeudi. Le soleil sera donc
souvent généreux sur le Plateau,
ainsi que dans les Alpes. La bise
entraîne toutefois un peu plus de
La probabilité d'être contaminé par un
passager malade en avion est très élevée
uniquement pour les personnes assises
devant, derrière ou à côté de l'individu
contagieux, ont rapporté lundi des
chercheurs américains de l'Université
Emory et du Georgia Institute of
Technology dans la revue Proceedings of
the National Academy of Sciences (PNAS).
L'étude va à l'encontre de la croyance
populaire. Traditionnellement, les
consignes de santé publique exigent que
les passagers installés jusqu'à deux
rangées de la personne infectée soient
surveillés pour certaines maladies
contagieuses. ATS
PRÉVISIONS À CINQ JOURS
Saint-Gall
Zurich
–3° 4°
H
Un passager d’avion
contagie ses seuls voisins
lever: 08h55
coucher: 23h18
Bâle
Haute
pression
- de -15° -15 à-10° -10 à -5° -5 à 0°
Le dernier rhinocéros blanc du Nord mâle
est mort au Kenya à l'âge de 45 ans, ne
laissant plus en vie que deux femelles de
cette sous-espèce, ont annoncé mardi ses
gardiens. Nommé Sudan, l'animal souffrait
depuis longtemps de différents maux liés à
son âge et, après une sérieuse
détérioration de sa santé, «l'équipe
vétérinaire a pris la décision de
l'euthanasier», selon un communiqué
publié par la réserve Ol Pejeta du Kenya où
il vivait. Le décès de Sudan est synonyme
de l'extinction de sa sous-espèce. A moins
que les scientifiques qui ont prélevé son
matériel génétique parviennent à
développer des techniques de fécondation
in vitro afin de concevoir des «bébés
rhinocéros éprouvettes» qui seraient
implantés dans une mère porteuse d'une
autre sous-espèce. AFP
–1°
9°
0°
12° –1° 12°
0°
–
–
12°
1°
12°
1°
12°
1°
14°
–
–
0°
10°
–
–
0°
–
12° –1° 12°
1°
–
–
12° –1° 12°
9°
14°
–
14°
Sud
des Alpes
Limite des chutes de neige
www.MeteoSuisse.ch
–
–
–
–
–
FONDS DE PLACEMENT
AS Investment Management
Tél. +41 22 716 52 00
www.as-im.com
Fonds en actions
BBGI Swiss Physical Gold Cl CHF hed
CHF 1/1 e
68.30
CHF 2/1 e
26.19 -4.0 Cassiopeia UCITS C
EUR 1/1 a
108.84
2.0 WMP EM Established Leaders Fd B
BBGI Swiss Physical Gold Cl EUR
EUR 1/1 e
89.40 -1.8 CS (CH) Small Cap Switzerland EF A
CHF 2/4 e
393.13 -2.1 Cassiopeia UCITS D
GBP 1/1 a
102.16
CHF
2.3 WMP Eq Opport Fd - B
Fonds d’allocation d’actifs
EUR 1/1 e
72.40
0.0 CS (CH) Swiss Blue Chips Eq Fd B
CHF 2/1 e
300.19 -4.2
BBGI Swiss Physical Gold Cl USD
USD 1/1 e
82.00
0.9 CS (CH) Swiss Div Plus Eq Fd A
CHF 3/1 e
12.70 -3.4
BBGI Tactical Switzerland A
CHF 2/1 e
148.70 -0.1 CS (CH) Swiss Div Plus Eq Fd B
113.30 0.2 CS (CH) Swissac EF B
CHF 3/1 e
CHF 4/4 a
134.84 -3.0 BBGI Tactical World A
AS Opportunity Switzerland (CHF) A
CHF 4/4 a
145.45 -2.5
www.baloisefundinvest.com
0.6 CS (CH) 130/30 Swiss Equity Fd B
BBGI Swiss Physical Gold Cl EUR hed
AS Flexibility Switzerland (CHF) A
Baloise Fund Invest
Tél. +41 58 285 80 72
Fax +41 58 285 91 47
USD 2/1 e
BCV 0848 808 885
Gérifonds +41 21 321 32 00
www.gerifonds.ch
info@gerifonds.ch
BFI EuroBond (EUR) R Acc
EUR 2/1
BFI Swissfranc Bond (CHF) R Acc
CHF 2/1
BCV (LUX) Strat Act Defensive (CHF) A CHF
1/1 a
104.64 -1.0
1/1 a
109.38 -0.9
CHF 1/1 a
113.10 -1.6
BCV (LUX) Strat Act Offensive (EUR) A EUR
Fonds en actions
BFI Equity Fund (EUR) R Acc
200.24 -3.4 BCV (LUX) Strat Act Security (CHF) A
EUR 2/1
BFI InterStock (CHF) R Acc
CHF 2/1
1/1 a
118.74 -1.5
CHF 1/1 a
100.06 -0.8
97.12 -3.3 BCV (LUX) Strat Act Security (EUR) A
EUR 1/1 a
104.47 -0.9
BCV (LUX) Strategy Balanced (CHF) A
CHF 1/1 a
124.60 -1.4
123.66 -2.0 BCV (LUX) Strategy Balanced (EUR) A
EUR 1/1 a
143.94 -1.0
Fonds d’allocation d’actifs
BFI Activ (CHF) R Acc
CHF 2/1
BFI Activ (EUR) R Acc
EUR 2/1
74.55 -1.5 BCV (LUX) Strategy Equity (CHF) A
CHF 1/1 a
127.52 -2.2
BFI Capital Protect (CHF) R Acc
CHF 2/2
11.21 -0.8 BCV (LUX) Strategy Yield (CHF) A
CHF 1/1 a
117.41 -1.1
BFI C-QUAD. ARTS Bal. (EUR) R CHF
CHF 2/1
13.18 -1.2 BCV (LUX) Strategy Yield (EUR) A
EUR 1/1 a
138.24 -1.0
BFI C-QUAD. ARTS Bal. (EUR) R EUR
EUR 2/1
13.83 -1.1 BCV Actif Défensif (CHF)
CHF 2/1 f
95.09 -0.7
BFI C-QUAD. ARTS Cons. (EUR) R CHF
CHF 2/1
12.59 -1.2 BCV Actif Offensif (CHF)
CHF 2/1 f
94.05 -1.0
BFI C-QUAD. ARTS Cons. (EUR) R EUR
EUR 2/1
13.16 -1.1 BCV Actif Sécurité (CHF)
CHF 2/1 f
99.32 -0.6
BFI C-QUAD. ARTS Dyn. (EUR) R CHF
CHF 2/1
12.23 -1.6 BCV Pension 25 -AP-
CHF 1/1
127.95 -1.3
BFI C-QUAD. ARTS Dyn. (EUR) R EUR
EUR 2/1
12.92 -1.5 BCV Pension 40 -AP-
CHF 1/1
133.99 -1.6
BFI Dynamic (CHF) R Acc
CHF 2/1
CHF 2/1 f
114.32 -1.5
123.34 -3.2 BCV Stratégie Actions Monde
BFI Dynamic (EUR) R Acc
EUR 2/1
69.51 -2.5 BCV Stratégie Dynamique
CHF 2/1 f
100.40 -1.3
BFI Progress (CHF) R Acc
CHF 2/1
129.14 -2.3 BCV Stratégie Equipondéré
CHF 2/1 f
152.20 -0.8
BFI Progress (EUR) R Acc
EUR 2/1
77.60 -2.1 BCV Stratégie Obligation
CHF 2/1 f
96.09 -0.8
CHF 2/1 f
114.80 -0.7
BCV Stratégie Revenu
CS (Lux) Em Mkt Eq Fd B
USD 2/2 e
167.06
CS (Lux) Europ Div Plus EQ B
EUR 2/1 e
USD 2/1 e
CS (Lux) GL EM ILC Equity B
USD 2/1 e
CS (Lux) GL Security Equity B
USD 2/1 e
CS (Lux) Gl. Digit. Health Eq Fd B USD USD
PUBLICITÉ
25.13
5.1
499.86 10.7
12.09 -2.3
EUR 2/1 e
CS (Lux) Infrastruct Eg Fd B
USD 2/2 e
CS (Lux) Japan Value Equity B
JPY 2/1
2380.00 -4.9
CS (Lux) S&M Cap Europe EF B EUR
EUR 2/1 e
2945.85 -2.0
149.82 -2.3
2872.32
EUR 2/1 e
USD 2/1 e
CS EF (CH) S&M Cap Switz.Eq Fd B
CHF 2/1 e
133.81 -5.4 Migros Bank (CH) Fd Sust 85 B
EUR 2/1 e
EUR 4/4 e
Allround QUADInvest Fund - D
EUR 4/4 e
Allround QUADInvest Growth - C
USD 4/4 e
135.00 -5.1 Allround QUADInvest Growth - D
22.59
3.2
0.5
NCFL - Cash CHF A
USD 4/4 e
127.85 -1.8 Tél. +41 58 200 60 01
marketing@mirabaud-am.com
179.70 -1.8
226.02 5.2 Á la recherche d’une gestion active de conviction ?
227.58 5.2 Tous les détails de nos solutions d’investissements
à disposition ici www.mirabaud-am.com
Fonds en obligations
NCFL - Cash EUR A
EUR 2/1 e
NCFL - Cash USD A
USD 2/1 e
Fonds en obligations
NCFL - Bonds CHF A
CHF 2/1 e
NCFL - Bonds EUR A
EUR 2/1 e
1427.57 -2.3 NCFL - Bonds USD A
NCFL - Global Credit Bond EUR A
Fonds d’allocation d’actifs
CS (CH) Int & Dvd Focus Growth B
CHF 2/1 f
131.46 -2.8
CS (CH) Int & Dvd Focus Growth B
EUR 2/1 f
135.40 -2.7
Mir. - Gl Strat Bd I USD
www.fir.ch
CHF 2/1 e
Fonds immobiliers
USD 2/1 e
EUR 2/1 el
NCFL - Global Dynamic A
EUR 2/1 e
NCFL - Short Term Bonds CHF A
CHF 2/1 e
98.36 -0.2
FIR
104.59 -2.9
172.88 -1.8
GEP SA
Fonds en instruments du marché monétaire
CHF 2/1 e
151.50 -3.4
Mirabaud Asset Management
Allround QUADInvest Fund - B
EFG Bank AG
Lugano Branch
17.46 -1.2 via Magatti 2
12.31 6.7 CH-6900 Lugano Switzerland
2/2 e
CS (Lux) USA Value EF B USD
CHF 2/2 e
1/1 e
11.36 -2.2
CS (Lux) Global Value EF B EUR
CS (Lux) S&M Cap Germany EF B EUR
EDR Real Estate SICAV - Swiss - A
CHF 1/1 e
Allround QUADInvest Fund - C
15.01 -2.3
e
CS (Lux) GL Div Plus EQ B
5.0
17.14 -5.4
2/1 e
CS (Lux) Eurozone Active Oppt Eq Fd UBEUR 2/1
91.81 -0.1 BCV (LUX) Strat Act Defensive (EUR) A EUR
116.05 -0.7 BCV (LUX) Strat Act Offensive (CHF) A
CHF 2/1 e
Edmond de Rothschild Real Estate SICAV
Tel. +41 58 201 75 88, inforealestate@bper.ch
16.67 -3.4 www.edr-realestatesicav.ch
411.96 -4.0
CS (Lux) Eurozone Active Oppt Eq Fd B EUR
Fonds d’allocation d’actifs
Fonds en obligations
Fournis par: Swiss Fund Data AG en collaboration avec SIX Financial Information AG
Ordre des informations de fonds: Nom du fonds, monnaie comptable du fonds, Conditions d’émission / rachat, Particularités, Valeur d’inventaire, prix
d‘emission ou cours de clôture (valeurs du mardi, 20.03.2018, indication des fluctuations de cours voir particularités), Performance 2018 en %
CHF 2/2 e
183.50
USD 4/4 e
109.36 -1.2
La Mobilière
Asset Management SA
0.0 info.am@mobi.ch
www.mobi-am.ch
101.32 -0.2 GFG Groupe Financier de
103.54 0.3 Gestion (Monaco) SAM
Tél: +377 979 72 737
www.gfgmonaco.com
109.94 -0.6
142.26 0.4 Fonds en obligations
Fonds d’allocation d’actifs
107.82 -2.0 EURO GLOBAL BOND Class I EUR
106.37 -1.1 EURO GLOBAL BOND Class P CHF
155.10 -1.0 EURO GLOBAL BOND Class P EUR
EUR 2/2 e
EUR 2/2 e
137.52
0.1
117.83 -0.2 EURO GLOBAL BOND Class P USD
EURO GLOBAL BOND Class PP EUR
USD 2/2 e
106.79
0.6
EUR 2/2 e
103.42
0.0
CHF 2/2 f
116.01
0.2
MobiFonds 3a A
CHF 2/1 e
127.27 -1.6
MobiFonds 3a Plus B
CHF 2/1 e
118.62 -2.2
MobiFonds Select 20 B
CHF 2/1 e
114.96 -1.2
MobiFonds Select 50 B
CHF 2/1 e
124.12 -2.1
MobiFonds Select 90 B
CHF 2/1 e
145.21 -3.2
92.15 -0.1
Tél. +41 58 787 00 00, www.patrimonium.ch
Patrimonium Swiss Real Estate Fund
CHF -/-
153.00 -3.8
Pictet Asset Management S.A.
Tél. +41 (58) 323 3000
<wm>10CAsNsjY0MDQx0TUxMjQxMAYApmOW_w8AAAA=</wm>
<wm>10CFXKqw6AMBBE0S_aZqa73bZUkjqCIPgagub_FQ-HuObmLEtLAV9zX_e-NYJmYpEGbYYUNNkzc8jMDaRHsEyoGuG1lp8XwNViGa8RUOgDVZSiaRRnuI7zBu36MF5yAAAA</wm>
www.assetmanagement.pictet
Fonds en instruments du marché monétaire
Tél. +41 32 722 10 00
info@bonhote.ch
www.bonhote.ch
BlackRock Asset Management Schweiz AG
Tél. +41 800 08 80 20
www.blackrock.com/ch
IG.com
PCH-Enhanced Liquidity CHF -P dy
CHF 2/2
ACTIONS | FOREX | INDICES | MATIÈRES PREMIÈRES
PCH-Enhanced Liquidity EUR -P dy
EUR 2/2
PCH-Enhanced Liquidity USD -P dy
USD 2/2
Fonds en obligations
Bonhôte Asym.–Oblig.(CHF) B (CHF)
CHF 3/1 a
Bonhôte Asym.–Oblig.(CHF) D (CHF)
CHF 3/1 a
99.14 -1.9 Fonds en obligations
99.18 -1.8 BGF FixedIncGlbOpps A2 USD
Bonhôte Sel.-Obl HR Multi-Fds (CHF)
CHF 4/2 a
99.10 -1.7 Fonds en actions
Bonhôte Strategies-Obligations (CHF)
CHF 4/4 a
94.50 -1.2 BGF Asian Dragon A USD
BGF Asian Grwth Lead Fd A2
Fonds en actions
Bonhôte Sel. Glob Emerg MF (CHF)
3.2 BSF MMAS A2
CHF 4/2 a
154.88
CHF 2/2
140.50 -5.1
Fonds immobiliers
B. Alter. Multi-Performance Cl. (CHF)
CHF 4/2 b
14523.00
Bordier & Cie
1204 Genève
t +41 58 258 00 00
0.4 bordier.com
B. Alter. Multi-Performance Cl. (EUR)
EUR 4/2 b
10352.00
0.4
B. Alter. Multi-Performance Cl. (USD)
USD 4/2 b
11902.00
0.8
Bonhôte-Immobilier
Investissements alternatifs
Autres fonds
USD 3/1 el
Bonhôte Asym.– Act.(CHF) A (CHF)
CHF 3/1 a
106.37 -2.4
CHF 3/1 a
111.59 -2.4
Bonhôte Asym.–Gl.(CHF) B (CHF)
CHF 3/1 a
105.48 -1.7
Bonhôte Strategies-Monde (CHF)
CHF 4/4 a
162.03 -4.0
Banque Cantonale
de Genève
Tél. 058 211 21 11
bcge.ch/funds
CS (CH) Int & Dvd Focus Yield EUR B
0.4 CS (CH) Interest&Dividend Bal CHF B
CS (CH) Interest&Dividend Bal EUR B
USD 2/1 el
46.87
USD 1/1 e
21.41
USD 1/1 e
102.97
2.3 CS (CH) Privilege 20 CHF
1.4 CS (CH) Privilege 45 CHF A
BO Fd IV-Bordier Eur.ShTerm Bd EUR
EUR 4/4 e
4/4 e
EUR 4/4 e
BO Fd IV-Bordier Gbl EmMkt USD
USD 4/4 e
BO Fd IV-Bordier Sat Eq Eur - EUR
EUR 4/4 e
BO Fd IV-Bordier US Sel Eq I USD
USD 4/4 e
BO Fd IV-Bordier US Sel Eq USD
USD 4/4 e
CHF 1/1 e
Synchrony (LU) World Bonds (EUR) A
EUR 1/1 e
Synchrony LPP Bonds B
CHF 1/1 a
Synchrony Swiss Government Bonds
CHF 4/3 e
Fonds en actions
EUR 1/1 e
166.73 -1.1
Synchrony (LU) HighDiv US Stocks A
USD 1/1 e
104.41 -4.1
Synchrony (LU) HighDivEurope Stocks AEUR 1/1
e
Synchrony (LU) Silk Road Zone Stocks AUSD 1/1
e
Synchrony (LU) Swiss All Caps (CHF) A CHF
1/1 e
Synchrony (LU) SwissSm&MidCaps A
CHF 1/1 e
Synchrony (LU) World Equity (EUR) A
EUR 1/1 e
Classic Global Equity Fund
CHF 3/3 a
Classic Value Equity Fund
CHF 3/3 f
CHF 2/1 e
CHF 2/1 e
CS (Lux) PF Balanced CHF B
CHF 2/1 e
CHF 2/1 e
114.98 -1.2
134.98 -0.9
EUR 2/1 e
172.61 -2.4 NCFL - Strategy Income (CHF) A
265.95 0.1 NCFL - Strategy Income (EUR) A
EUR 2/1 e
122.25 -1.8 Investissements alternatifs
EUR 2/1 e
172.26 -1.8 EFG MM (USD) A
USD 2/1 bf
USD 2/1 e
145.87 -0.9 EFG MM DIRECT FD (USD) A
USD 2/1 b
EUR 4/3 f
Synchrony High Div. Swiss Stocks A
CHF 1/1 e
101.86 -2.7 Swissquote Quant European Eq. A CHF CHF
1/1 e
Synchrony Small & Mid Caps CH A
CHF 1/1 e
1/1 e
Synchrony Swiss Equity
CHF 4/3 e
224.43 -0.9 Swissquote Quant European Eq. A EUREUR
148.52 -5.6 Swissquote Quant Swiss Eq. (CHF) A CHF
Synchrony US Equity A
USD 4/3 e
203.98
262.63 -0.9 Autres fonds
10007.00 -1.4 NCFL - Dyn. European Markets EUR A
CS (Lux) PF Income USD BH
JPY 2/1 e
CS (Lux) PF Reddito EUR A
EUR 2/1 f
CS (Lux) PF Yield CHF A
CHF 2/1 e
CS (Lux) PF Yield CHF B
CHF 2/1 e
CS (Lux) Target Volat. Euro B
EUR 2/1 e
CS(CH)Int&DvdFocus Yield B
CHF 2/1 f
80.90
1/1 e
CHF 5/5 b
1390.00 -4.1
CHF 5/5 b
1260.00
0.4
CHF 5/5 b
120.50
0.8
CHF 5/5 b
89.80
2.3
128.40 -5.6
CHF 5/5 b
CHF 5/5 b
CHF 5/5 b
CS (CH) Convert Intl BF A CHF
CHF 2/1 e
CS (CH) Swiss Real Estate Sec Fd A
CHF 2/1 e
Synchrony (CH) Balanced (EUR)
EUR 2/1 f
127.73 -0.5
CS (Lux) Com Idx Pl USD Fd B
USD 2/1 e
Synchrony (CH) Defensive (CHF)
CHF 2/1 f
Synchrony (CH) Dynamic (CHF)
CHF 1/1 f
Synchrony (CH) World Equity (CHF)
CHF 1/1 f
Synchrony (LU) Balanced (EUR) A
EUR 1/1 e
Synchrony (LU) Dynamic (EUR) A
EUR 1/1 e
Synchrony LPP 25 B
Synchrony LPP 40 B
219.00
15.31 -1.9
54.76 -1.4
USD 2/1 e
105.90 -0.7 Tél. +41 21 925 00 33 – www.explorersinfinance.ch CS (Lux) CommodityAllocation B
118.19 -0.6
ONE Sustainable Fund-Global Env. A EUR 1/1
220.02 1.0 de Pury Pictet Turrettini & Cie S.A.
126.18 -0.6 ONE Sustainable Fund-Global Env. B EUR 1/1
2105.27 1.1 Tél. +41 22 317 00 30, www.ppt.ch
120.62 -1.1
58.23 -1.0
Fonds en actions
113.08 -1.4
Cadmos Em Mkts Engagemt Fd A
USD 2/1 a
277.37
Synchrony LPP 40 SRI B
CHF 1/1 a
105.48 -1.8
300.42
CHF 1/1 a
100.27 -2.1 Fonds en instruments du marché monétaire
USD 2/1 a
Synchrony LPP 80 B
Cadmos Em Mkts Engagemt Fd B
Cadmos European Engagemt Fd A
EUR 2/1 e
Cadmos European Engagemt Fd B
Banque CIC (Suisse) SA
Tél. +41 61 264 14 51
www.cic.ch
CS (Lux) Money Market CHF B
Fonds en obligations
CIC CH CONVERT BOND AKL B
EUR 3/3 e
CIC CH CONVERT BOND AKL C
CHF 3/3 e
CIC CH COR BD EUR–SWI F AKL B
CIC CH CORP. BD CHF AKL B
CIC CH GOVERNM..BOND CHF AKL B
EUR 3/3 e
CHF 3/3 e
CHF 2/3 e
CIC CH HY BOND “CHF PRIMUS” AKL BCHF 3/3
e
Fonds en actions
CIC CH LA CAPS SWI EQ AC AKL B
CHF 2/3 e
CIC CH SM CAPS SWISS EQ.ACT AKL BCHF 3/3
e
CHF 3/3 e
CHF 2/1 e
CS (Lux) Money Market Fund EUR B
EUR 2/1 e
CS (Lux) Money Market Fund USD B
USD 2/1 e
Fonds en obligations
1187.38 -0.7 Credit Suisse (Lux) Green Bond Fund BHEUR 2/1
103.01 -0.8 CS (CH) Corporate Bond EUR BF A
EUR 2/1
879.08 -0.7 CS (CH) Corporate CHF BF A
1211.22 -0.7 CS (CH) Sust. Intern. Bond A
101.43 -1.3 CS (Lux) AgaNola Glob Val BF B
105.58 -0.2
CS (Lux) Asia Corporate Bond Fund B
CS (Lux) Bond Asia Local Ccy BF B
2496.83 -4.3 CS (Lux) Broad EUR Bond Fund B
194.31 -1.6
CS (Lux) Broad USD Bond Fund B
Fonds d’allocation d’actifs
CIC CH STRATEGY (CHF) AKL B
USD 2/1 f
1039.95 -2.0
BBGI GROUP S.A.
Tél. +41 22 595 96 11
www.bbgi.ch
e
e
CHF 2/1 e
1040.90 -0.1
1044.43
0.2
693.80 -0.2
99.28 -0.2
101.87
0.2
149.90 -1.2
101.55 -1.1
114.53 -1.1
USD 2/1 e
74.93
0.8
USD 1/1 e
128.82
0.1
USD 2/1 e
128.02 -1.7
USD 2/1 e
114.89
EUR 2/1 e
0.7
0.3
USD 2/1 e
368.00
CHF 3/1 ci
156.08 -5.5
4/1 e
399.02 -1.0
1/1 e
USD 1/1 e
Falcon Gold Equity Fund Asia I
USD 1/1 e
Falcon Gold Equity Fund H
EUR 1/1 e
Falcon Swiss Equity Fund A
CHF 1/1 e
Falcon Swiss Equity Fund I
CHF 1/1 e
492.21 -4.6 MFM Global Thematic L/S (CHF) I
498.39 -4.5 MFM Global Thematic L/S (CHF) R
CHF 4/4
108.70
0.5
CHF 2/1 e
94.33
1.9
EUR 1/1 e
296.89
4.7
Pictet-Digital -P USD
USD 2/2 e
366.19
7.5
Pictet-Emerging Europe -P EUR
EUR 2/2 e
365.46
0.7
Pictet-Emerging Markets -P EUR
EUR 2/2
541.70
1.0
Pictet-Emerging Markets -P USD
USD 2/2
666.87
3.7
Pictet-Emerging Mkts Idx -P USD
USD 2/2 e
315.13
4.0
Pictet-Ethos(CH)Sw SustEq -I dy
CHF 2/2 e
156.18 -5.5
Pictet-Ethos(CH)Sw SustEq -P dy
CHF 4/4 e
155.35 -5.6
Pictet-Eu Equities Sel -P EUR
EUR 2/2 e
689.53 -1.9
Pictet-Euroland Index -P EUR
EUR 2/2 e
150.22 -2.0
Pictet-Europe Index -P EUR
EUR 4/4 e
181.34 -3.8
Pictet-European Sust Eq -P EUR
EUR 2/2 e
245.43 -3.5
Pictet-Glo Megatrend Sel -P CHF
CHF 1/1 e
264.30
Pictet-Glo Megatrend Sel -P EUR
EUR 1/1 e
225.47 -0.0
Pictet-Glo Megatrend Sel -P USD
USD 1/1 e
277.96
2.6
Pictet-Greater China -P EUR
EUR 2/2
528.89
5.0
2/1 e
99.86 -1.1 Pictet-Greater China -P USD
USD 2/2
651.16
7.9
2/1 e
99.97 -1.0 Pictet-Health -P EUR
EUR 1/1 e
206.07 -1.8
2/1 e
112.92 -1.5 Pictet-Health -P USD
USD 2/2 e
254.08
2/1 e
116.50 -1.5 Pictet-Indian Equities -P EUR
EUR 2/2
437.99 -8.0
2/1 e
115.99 -2.0 Pictet-Indian Equities -P USD
USD 2/2
539.24 -5.4
2/1 e
102.71 -1.9 Pictet-Japan Index -P JPY
JPY 2/2
17960.28 -5.4
EUR 2/1 e
72.86 -3.5
MFM Global Conv Bonds I USD
USD 2/1 e
123.80 -0.5
FORTUNA INVEST - Risk Control 6
CHF 3/1 e
102.02
CHF 2/1 e
115.43 -0.3
FORTUNA Multi INDEX 10
CHF 2/1 e
107.39
FORTUNA Multi INDEX 20
CHF 2/1 e
112.77
CS (Lux) Corp ST Duration USD BF B
USD 2/1 e
139.94 -0.4
CS (Lux) Emerging Mkt Corp Bd Fd B
USD 2/2 e
136.82 -1.3 Fonds en actions
FORTUNA Multi INDEX 30
CHF 2/1 e
117.94
FORTUNA Multi INDEX 40
CHF 2/1 e
124.15
CS (Lux) EMMA Corp IG Bd FD B
USD 2/2 e
132.35 -1.5 Dominicé - US Equities Plus A
USD 2/2 a
194.61
CS (Lux) GL Bal Convertible B
USD 2/1 e
144.65
1.6 Dominicé - US Equities Plus B
USD 2/2 a
197950.00
CS (Lux) Inflation Linked CHF BF B
CHF 2/1 e
BBGI - Equities Sw. Behavior.
CHF 1/1 e
128.40 -4.0 CS (Lux) Swiss Franc Bond Fund B
CHF 2/1 e
111.83 -0.3 Swiss Equity Discovery Fund A
533.88 -0.8 Swiss Equity Discovery Fund Q
BBGI Commodities (USD) A
USD 1/1 e
100.00
USD 1/1 e
126.12
BBGI Share Clean Energy (USD)
USD 1/1 e
70.90
BBGI Share Energy (USD)
USD 1/1 e
BBGI Share Gold (USD)
USD 1/1 e
48.00 -8.0 Credit Suisse (Lux) Italy EF B EUR
EUR 2/1 e
462.96
4.4 Cassiopeia UCITS A
CHF 1/1 a
BBGI Swiss Physical Gold Cl CHF
CHF 1/1 e
82.00 -1.6 Credit Suisse (Lux) Italy EF EB EUR
EUR 2/1 e
1102.83
4.7 Cassiopeia UCITS B
USD 1/1 a
1.7 Fonds immobiliers
129.71 -0.4 Dominicé Swiss Property Fund
CHF 1/1 a
CHF 1/1 a
CHF 5/5 x
0.4
0.5 GAM Investment Management (Switzerland) AG
153.22 -3.0 Private Label Funds
160.98 -3.1 plf@gam.com, www.gam.com
+41 58 426 30 30
117.65
- Fonds en actions
127.92 -0.5
USD 2/2 e
EIC Energy Infras. Fund A (EUR)
100.12
611.94 -2.0
USD 2/2 e
Pictet-Digital -P EUR
0.6
142.37 -0.9
CHF 3/1 e
USD 2/2 e
Pictet-USD Short Mid-Term Bds -P
Pictet-Clean Energy -P USD
112.66
EUR 2/1 e
FORTUNA INVEST - Risk Control 5
Pictet-USD Government Bonds -P
1.4
2.7
MFM Global Conv Bonds I EUR
99.61
155.90 -1.4
EUR 2/2 e
86.07 -3.3
99.48
105.78
USD 2/2 e
Pictet-Clean Energy -P EUR
CHF 2/1 e
CHF 3/1 e
USD 2/1 e
Pictet-US High Yield -P USD
0.0
EIC Energy Infras. Fund A (CHF)
CHF 3/1 e
Pictet-STEmLocCcy Dt -P USD
85.27 -1.3
732.57
138.92 -1.0
FORTUNA INVEST - Risk Control 3
EUR 2/1 e
USD 2/2 e
CHF 2/1 e
0.4 FORTUNA INVEST - Risk Control 4
4.0
Pictet-STEmLocCcy Dt -P EUR
Pictet-Biotech -P USD
MFM Global Conv Bonds I CHF
113.16
134.90
3.0
141.69 -3.3
CHF 4/4 e
1.7
USD 2/1 f
594.14
CHF 4/4 e
Cadmos Balanced CHF B-ACCU
110.56
Pictet-LATAM Lc Ccy Dbt -P USD
EUR 1/1 e
Cadmos Swiss Engagement Fd B
Fonds d’allocation d’actifs
EUR 2/1 f
Pictet-Biotech -P EUR
1.0
98.49
155.24 -1.3
Pictet-LATAM Lc Ccy Dbt -P EUR
0.2
106.03
CHF 3/1 e
EUR 2/1 e
299.83
USD 2/1 a
CHF 2/1 e
369.98 -3.0
Pictet-Global Bonds -P EUR
243.66
MFM Conv Bonds Opp R USD
EIC Renewable Energy Fund IH
133.92 -0.0
USD 2/2 e
USD 2/2
131.52 -3.7
MFM Global Conv Bonds R CHF
CHF 2/1 e
135.05 -1.1
MFM Global Conv Bonds R EUR
EUR 2/1 e
138.98 -1.0
MFM Global Conv Bonds R USD
USD 2/1 e
121.17 -0.6
Service Line
0848 845 400
-1.2
www.banquemigros.ch
-1.6
Fonds d’allocation d’actifs
-0.9
Migros Bank (CH) Fd 0 B
CHF
-1.4
Migros Bank (CH) Fd 0 V
CHF
-1.0
CHF
Migros Bank (CH) Fd 25 B
-2.4
CHF
Migros Bank (CH) Fd 25 V
-2.4
Migros Bank (CH) Fd 45 B
CHF
-2.5
CHF
Migros Bank (CH) Fd 45 V
-2.6
CHF
Migros Bank (CH) Fd 65 B
EUR 2/2 e
Pictet-Glo Emerging Debt -P USD
Pictet-Asian Eq ExJpn -P USD
CHF 4/4 e
97.63 -1.0
Pictet-EUR SMT Bonds -P
0.5
2774.75 -4.5
Cadmos Swiss Engagement Fd A
CHF 3/1 e
251.02 -0.9
CHF 2/2 e
0.6
7652.40 -0.8 FORTUNA INVEST - Risk Control 1
9665.19 -0.9 FORTUNA INVEST - Risk Control 2
159.42
EUR 2/2 e
EUR 2/2
136.61
EUR 2/1 e
197.34 -0.7
EUR 2/2 e
Pictet-Asian Eq ExJpn -P EUR
EUR 2/1 a
EIC Renewable Energy Fund I
EUR 2/2 e
2.5
Pictet CH - Swiss Eq -P dy CHF
MFM Conv Bonds Opp R EUR
132.09 -1.2
550.33 -0.3
153.10 -4.9
EUR 2/1 e
2/1 e
174.72
EUR 2/2 e
1919.08 -4.3
0.5
271.68 -5.8
141.70 -0.2
USD 2/2 e
CHF 2/2 e
105.73 -1.2
111.17
111.02 -1.0
484.81 -0.5
EUR 2/1 e
PI (CH)-Swiss Equities I dy CHF
CHF 4/4 a
CHF 2/1 a
CHF 1/1 e
158.48 -0.0
CHF 2/2 e
7872.84 -2.5
110.57 -0.8
FORTUNA INVEST - Long Term BF
128.71 -2.7
USD 2/2
CHF 2/2 e
USD 4/4 a
115.00 -0.8
102.19 -1.2
EUR 1/1
CHF 2/2 e
112.84 -0.6
CHF 2/1 e
EUR 4/4 e
PE CH-Swiss Eq 130/30 -P dy CHF
USD 4/4 a
FORTUNA Bond Fund CHF
0.0
1056.39 -0.9
PCH-Swiss Mid Small Cap -P dy CHF
MFM Global Thematic L/S (USD) I
Fonds en obligations
810.10
CHF 2/2 e
153.96 -4.5
105.45 -1.3
145.87 -1.0 MFM Conv Bonds Opp I CHF
1056.84 -1.2
1947.66
EUR 4/4 a
EUR 1/1 af
CHF 4/4 e
CHF 4/4 e
114.80 -0.8 MFM Global Thematic L/S (EUR) R
USD 1/1 af
CHF 4/4 e
PCH-Swiss Market Trk -P dy CHF
107.68 -1.2
Twelve-Falcon Cat Bond Fd (USD) A
0.3
1917.36 -1.8
103.74 -1.3
Twelve-Falcon Cat Bond Fd (EUR) A
0.3
CHF 4/4 e
CHF 2/1 a
EUR 2/1 e
10072.25 -0.0
USD 4/4 e
MFM Conv Bonds Opp R CHF
EIC Renewable Energy Fund A
136.28 -0.1
JPY 1/1
PCH-Global Equities -P dy CHF
1.2
CHF 2/1 e
EUR 2/2
Pictet-Short-Term MM JPY -P
PCH-Global Equities -P dy USD
0.7
EIC Energy Infras. Fund IH (CHF)
Pictet-Short-Term MM EUR -P
0.2
76.55 -2.1 Fonds en actions
CHF 4/4 a
1.6
2/1 e
120.90 -0.2
Pictet-EUR High Yield -P
108.03
CHF 2/1 e
CHF 2/2
104.24
143.13
EUR 2/1 e
993.38
Pictet-Short-Term MM CHF -P
USD 2/1
EUR 2/1 a
EIC Energy Infras. Fund I (CHF)
957.54 -0.2
USD 1/1
Pictet-Sov Short-Term MM USD -P
101.90 -0.7
USD 2/1 a
EIC Energy Infras. Fund I (EUR)
EUR 1/1
PCH-Sov Short-Term MM USD -P dy
USD 3/1 ci
EUR 4/4 a
116.32 -1.4 MFM Global Thematic L/S (USD) R
133.68 -1.4 Autres fonds
11692.37 -3.3 Fonds en actions
FORTUNA Eq Fd Switzerland A
CHF
9797.32 -3.5
10518.87 -3.4 Fonds d’allocation d’actifs
CHF
75.61 -1.0 FORTUNA Anlagefonds
PCH-Sov Short-Term MM EUR -P dy
100.85 -0.2
32.06 -9.0 Fonds en actions
MFM Global Thematic L/S (EUR) I
CHF 1/1 af
930.90 -0.2
136.06
MFM Mirante Fund Management SA
Tél. +41 21 808 00 90
230.91 -8.8 www.mirante.ch
56.42 -8.7 info@mirante.ch
Fonds d’allocation d’actifs
CHF 1/1 e
CHF 1/1
EUR 2/1
Fonds d’allocation d’actifs
Falcon Gold Equity Fund A
972.72 -0.1
USD 2/2
Lienhardt & Partner Investments AG
Tél +41 31 399 31 11
Fax +41 31 382 88 88
110.59 -1.6 info@lienhardtinvestments.ch
Lienhardt & Partner Core Strat.Fd A
CHF 2/2
0.3 Pictet-Short-Term MM USD -P
Pictet-Sov Short-Term MM EUR -P
MFM Conv Bonds Opp I USD
USD 2/1 e
0.6
76.50 -0.8
0.1
0.9
2/1 e
103.89 -2.4 Pictet-Japanese Eq Opp. -P EUR
EUR 1/1
82.35 -3.8
Migros Bank (CH) Fd 85 B
CHF 2/1 e
105.11 -2.9 Pictet-Japanese Eq Opp. -P JPY
JPY 2/2
10789.01 -6.5
Migros Bank (CH) Fd Sust 0 B
CHF 2/1 e
99.45 -1.0 Pictet-Japanese Eq Sel -P EUR
EUR 2/1
116.79 -4.4
Migros Bank (CH) Fd Sust 0 V
CHF 2/1 e
99.59 -1.0 Pictet-Japanese Eq Sel -P JPY
JPY 2/2
15300.91 -7.1
Migros Bank (CH) Fd Sust 25 B
CHF 2/1 e
100.74 -1.6 Pictet-Nutrition -P EUR
EUR 1/1 e
195.62 -4.1
Migros Bank (CH) Fd Sust 25 V
CHF 2/1 e
100.89 -1.6 Pictet-Nutrition -P USD
USD 1/1 e
241.20 -1.5
Konwave Gold Equity Fd CHF - B
CHF 2/1 e
129.89 -11.6 Migros Bank (CH) Fd Sust 45 B
CHF 2/1 e
130.63 -2.2 Pictet-Pac ExJpn Idx -P USD
USD 2/2 e
436.32 -0.5
107.29
1.8 Konwave Gold Equity Fd EUR - B
EUR 2/1 e
107.76 -11.7 Migros Bank (CH) Fd Sust 45 V
CHF 2/1 e
132.77 -2.2 Pictet-Premium Brands -P EUR
EUR 2/2 e
150.61
0.5
112.71
2.2 Konwave Gold Equity Fd USD - B
USD 2/1 e
141.59 -9.3 Migros Bank (CH) Fd Sust 65 B
CHF 2/1 e
102.86 -2.6 Pictet-Robotics -P dy EUR
EUR 4/4 e
136.33
3.0
Investissements alternatifs
145.70 -7.2 Fonds en actions
1004.27
MFM Conv Bonds Opp I EUR
CS (Lux) Corp ST Duration CHF BF B
EUR 2/1 e
0.0
USD 2/2
1.7 Fortuna Investment AG
Tél. 058 472 53 05
121.31 -3.1
Fax 058 472 53 39
131.18 -2.9
120.19 -0.3 Dominicé & Co Asset Management
116.66 -2.8 www.dominice.com
2.4 CS (Lux)Gl Convert. IG Bd Fd B
3.5 CS Lux) Corp ST Duration EUR BF B
2/2 e
Fonds en actions
Twelve-Falcon Cat Bond Fd (CHF) A
CHF 1/1 a
EUR 2/1 f
127.62 -1.6 La Foncière
Investissements alternatifs
CHF 1/1 a
109.39 -3.0 CS (Lie) Money Market Fund EUR B
CS (Lie) Money Market Fund USD B
229.13 -4.4 Fonds immobiliers
CHF 4/4 e
Falcon Best Select - Mixed (CHF)
135.86 -1.2 Credit Suisse Funds AG
113.85 -1.5 www.credit-suisse.com/amfunds
991.41 -0.1
0.6
1006.08
Investissements Fonciers SA
134.98 -1.0 www.lafonciere.ch
93.00 -0.4
CHF 3/3 e
111.81 -2.6
2.8
GBP 2/2
151.00 -0.1 Fonds en obligations
105.13 -0.9
PCH-CHF Bonds Tracker -P dy
129.46 -1.0 IAM Independent Asset Management SA
PCH-CHF Short Mid Term Bd -P dy
Tél. 022 8183640
PI (CH)-CHF Bonds I dy
www.iam.ch
114.58 1.3
Pictet-Abs Ret Fixed Inc HP EUR
953.95 0.5
Pictet-Asn Lcl Ccy Dbt -P EUR
Fonds en actions
Pictet-Asn Lcl Ccy Dbt -P USD
CHF 2/1 e
2238.98 0.1
100.57 -1.0 IAM Emerging Market - A
Pictet-CHF Bonds -P
CHF 2/1 e
1296.17 -5.0
IAM European Equity - A
Pictet-Em Lcl Ccy Dbt -P EUR
CHF 2/1 e
2108.14 -2.6
IAM Global Equity - A
Pictet-Em Lcl Ccy Dbt -P USD
CHF 2/1 e
2043.23 -4.6
IAM Gold & Metals - A
Pictet-EUR Bonds -P
CHF 2/1 e
1156.40 -2.6
IAM Immo Securities - A
Pictet-EUR Corporate Bonds -P
IAM Swiss Equity - A
CHF 2/1 e
2455.24 -5.1
Pictet-EUR Government Bonds -P
Equities CH Index. C.G.
CHF 2/1 e
2198.89
Gutzwiller TWO (CHF)
Gutzwiller TWO (USD)
Equities Sustainable World exCH E
EUR 2/1
USD 2/1 bf
EUR 2/2
100.49 -1.1 PCH-Short-Term MM USD -P dy
100.15 -1.2 PCH-Sov Short-Term MM CHF -P dy
Investissements alternatifs
0.3
914.01 -0.2
PCH-Short-Term MM GBP -P dy
Fonds en actions
70.55 -1.6 CS Comm. Fd Plus (CH) USD BH CHF
103.31 -2.5 CSPST (Lux) Global Eq Long/Short B
141.61 -0.6
CHF 1/1 a
CHF 3/3 e
EUR 2/1 a
CHF 2/1 f
Synchrony Swiss Real Est FoF A
Bonds International
284.80 -5.2 CS (Lux) Prima Multi-Strat. B EUR
94.62 -1.7 CS (Lux) S&M Cap Alpha L/S B
Synchrony (CH) Balanced (CHF)
CHF 2/1 f
CHF 3/3 e
CHF
92.50 -1.5 Pictet-Ethos(CH)Sw SustEq -E dy
Vontobel(CH)-EthosEqSwissM&S A CHF
197.70 -3.4
135.00 -4.5 Fonds d’allocation d’actifs
CHF
193.80 -4.3 Sustainable Balanced 33 -E
Autres fonds
CS (Lie) Money Market Fund CHF B
Bonds CHF
Falcon Private Bank Ltd.
102.29 -0.2 Tél. 044 227 55 55
165.79 4.3 www.falconpb.com
2.6
Fonds immobiliers
-
Ethos
Tél. 022/ 716 15 55
172.13 -2.0
Fax 022/ 716 15 56
99.27 -1.8 www.ethosfund.ch
108.09 -1.8
Fonds en obligations
Fonds immobiliers
Fonds d’allocation d’actifs
EUR 2/1 e
114.80 -2.0
Investissements alternatifs
CHF 3/3 a
CHF 2/1 e
Gutzwiller ONE
960.61 -0.1
1010.32
PCH-Short-Term MM CHF -P dy
0.5 PCH-Short-Term MM EUR -P dy
0.2
EUR 2/1 e
EUR 2/1 e
0.7 CS REF Siat
6367.00
205.22 -3.2 NCFL - Strategy Balanced (EUR) A
USD 2/1 e
104.99
126.00 -2.3 Gutzwiller Fonds
Management AG
219.70 3.5
+41 61 205 70 00
493.03 -4.8
119.01 -1.9
USD 2/1 e
101.00
106.98 -2.7
CHF 2/1 e
CS (Lux) PF Growth EUR B
Credit Suisse 1a Immo PK
628.20 -6.8 CS Real Estate Fund International
174.25 -4.9
CS Real Estate Fund LogisticsPlus
2/2 f
2/2 e
Fonds en actions
98.98 -5.9 CS (Lux) PF Growth USD B
207.95 3.9 CS (Lux) PF Income EUR A
100.07 -0.9 CS (Lux) PF Income EUR B
1235.50 -0.7 CS (Lux) PF Income USD A
125.78 -0.9 CS (Lux) PF Income USD B
Effic.Growth-Income Opportunity P EUREUR
10188.00 -0.9 NCFL - Strategy Balanced (CHF) A
CHF 2/1 b
Synchrony Europe Equity A
2/1
2/2 f
JPY 2/1 e
CHF 5/5 b
USD 2/3 a
CHF 2/1 e
151.97 -0.1 EURO GLOBAL BOND Class PP USD USD
159.74 -0.8
Autres fonds
92.87 -0.9
Effic.Growth-Income Opportunity I EUR EUR
CHF 2/1 e
CS REF LivingPlus
2.7 Fonds en actions
174.91 -1.3 SVM VALUE FUND (SWITZERLAND) A
USD 2/1 e
275.76 -0.5 EFG Life Invest - 40 A
CS REF Interswiss
122.40
JPY 2/1
EUR 2/1 e
111.69 -0.8
CHF 1/1 e
131.37 -2.1 NCFL - US Stocks A
111.40 -1.4 New Capital Multihelvetia A
EUR 2/1 e
USD 2/1 e
CS REF Hospitality
USD 4/3 f
CHF 2/1 e
CS (Lux) PF Balanced USD B
CS REF Green Property
Synchrony Emerging Equity A
USD 2/1 e
New Capital Global Dynamic A
CS (Lux) PF Balanced Euro B
CS REF Global
Synchrony All Caps CH A
NCFL - Short Term Bonds USD A
JPY
198.51 -2.6 New Capital Multinippon A
175.20 -2.1 Fonds d’allocation d’actifs
95.95 -4.7 CACEIS (Switzerland) SA
103.90 1.0 Tél. +41 58 261 94 00
www.caceis.ch
100.96 -4.2
152.00 -1.7 Fonds en obligations
184.11 -4.3 BCP EM FixIn F USD
EUR 2/1 e
99.32 -1.9 Fonds en actions
116.83 -3.0 NCFL - Euro Stocks EUR A
120.35 -1.7 NCFL - Japanese Stocks A
CHF 2/2 e
CS (Lux) Index Sel Income CHF B
111.35 -0.4 CS (Lux) PF Balanced USD BH JPY
108.73 -0.9 CS (Lux) PF Growth CHF B
99.89 -0.6 www.bwm.ch
Synchrony (LU) EuroPEAn Eq. (EUR) A
123.54 -1.8
EUR 2/1 f
CHF 2/1 e
BWM SA
Tél. +41 44 206 40 80
105.03 -0.6 Représentant pour la Suisse:
112.95 -0.8 LB(Swiss) Investment AG, Zurich
108.19 -2.0
Fonds en actions
118.94 -1.8
CS (Lux) Index Sel Cap Gains CH B
Fonds en obligations
Synchrony (LU) World Bonds (CHF) A
113.24 -1.7
CHF 2/1 f
CHF 2/1 e
Fonds en actions
BO Fd IV-Bordier Core Hold Eur - EUR
EUR 2/1 f
0.5 CS (Lux) Index Sel Balanced CHF B
Fonds en obligations
BO Fd IV-Bordier USD ShTerm Bd USD USD
Bonhôte Asym.– Act.(CHF) B (CHF)
14.05
NCFL - Short Term Bonds EUR A
893.28 -0.2
MERCREDI 21 MARS 2018
LE TEMPS
15
Economie&Finance
Hausse du profit
de Vetropack
Le bénéfice net 2017
du fabricant valdozurichois d’emballages
en verre s’est étoffé de
plus d’un tiers (+34%)
par rapport à l’année
précédente, à
57 millions de francs.
BIEN ACCUEILLI
Action Vetropack, en francs
1900
1900
1850
1800
1750
21.02.18
20.03.18
Source: Bloomberg
2,4 milliards
LI KEQIANG
Premier ministre chinois
La Chine ouvrira davantage
son économie et cette
ouverture ne pourra aller
qu’en s’agrandissant et cela
permettra aux entreprises
étrangères et locales de se
livrer à une concurrence
équitable, a déclaré mardi
le numéro deux chinois.
GOOGLE A ACHETÉ LE CHELSEA MARKET À NEW
YORK, BÂTIMENT EMBLÉMATIQUE DU QUARTIER
DE CHELSEA, POUR 2,4 MILLIARDS DE DOLLARS.
Cet immeuble de 110 000 m2 prend place dans le
portefeuille de Google, qui avait déjà acheté, en
2010, un immeuble situé en face.
SMI
8847,29
+0,41%
k
Dollar/franc
0,9548
Euro/franc
1,1708
Euro Stoxx 50
3412,08
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k
Euro/dollar
1,2262
Livre st./franc
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67,24
Once d’or/dollar
1311
FTSE 100
7061,27
+0,27%
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«Je ne suis pas pour la taxation des robots»
FISCALITÉ Présent à Buenos Aires pour des réunions du G20 avec les autres ministres des Finances, Ueli Maurer évoque les enjeux
de l’imposition de la nouvelle économie. Le conseiller fédéral s’inquiète également du risque de guerre commerciale
Votre point de vue diffère donc de
celui de l’Union européenne… De
PROPOS RECUEILLIS PAR DANIEL ESKENAZI,
BUENOS AIRES
celui de la France et de l’Allemagne,
oui. Mais l’Union européenne est
divisée sur cette question.
Lundi et mardi, Ueli Maurer, le
conseiller fédéral chargé des
Finances, se trouvait pour la première fois à Buenos Aires,
en Argentine. But du
voyage: participer à quatre
réunions, notamment avec
les autres ministres des
Finances des pays du G20. Non
membre, la Suisse est présente pour
la quatrième fois en tant que pays
invité, aux côtés notamment de l’Espagne et de Singapour.
Ce G20 a lieu dans un contexte de
crise du multilatéralisme au profit
de décisions unilatérales et protectionnistes. Les intérêts des pays
divergent de plus en plus. Le G20
est-il en danger? Non, je ne le pense
INTERVIEW
Quel est l’intérêt de la Suisse à participer à quatre réunions du G20
consacrées à l’économie mondiale,
l’avenir du travail, l’imposition des
entreprises et l’architecture financière internationale? Il est impor-
tant de soigner les contacts bilatéraux. C’est le seul forum auquel la
Suisse est invitée. Nous devons
connaître les idées des autres pays.
En tant que place financière forte,
nous profitons de notre venue à
Buenos Aires pour rencontrer les
membres des gouvernements
d’autres pays, voire influencer un
peu peut-être les discussions dans
les groupes de travail. La Suisse est
un petit pays et il est important de
ne pas subir de restrictions, d’avoir
des portes ouvertes.
Plusieurs pays veulent des modifications concernant l’imposition de
Google, Amazon, Facebook et Apple
(GAFA). Qu’en est-il de la Suisse?
L’Union européenne veut introduire de nouvelles taxes sur l’économie numérique. L’OCDE ne veut
pas aller si loin. Pour la Suisse, il
est important d’avoir un régime
fiscal favorable, car nous sommes
un pays très cher, par exemple au
niveau des salaires. Il y a une
réforme de l’imposition des entreprises en Suisse et nous avons une
opinion différente de l’UE à propos
des GAFA. Nous sommes plus
proches des Etats-Unis et des pays
asiatiques sur cette question.
pas. Il est normal de ne pas partager les mêmes idées. Nous avons
des divergences avec les Etats-Unis
et leur protectionnisme. Mais
l’Union européenne fait la même
chose vis-à-vis de la Suisse, par
exemple. Le protectionnisme est
un danger partout, même si
chaque pays dit qu’il n’y a pas
recours. Le G20 constitue un
forum pour mener des discussions
sur ce sujet. L’OMC n’est pas en
mesure de l’être. Peut-être trouvera-t-on quelques solutions ici. Pour
le moment, les pays émergents
exigent de la solidarité, des investissements. Ils demandent que les
pays riches contribuent à leur
développement en ouvrant leurs
frontières et je comprends leur
point de vue.
Ueli Maurer:
«L’appartenance de
la Suisse au G20 est
l’un de mes
objectifs, car nous
ne faisons pas
partie de l’Union
européenne et ne
sommes pas
présents dans
d’autres
organisations.»
(MARCOS BRINDICCI/
REUTERS)
L’une des réunions portait sur l’avenir du travail. Comment jugez-vous
l’impact de la robotisation? Elle per-
mettra de créer des places de travail. Mais cela implique qu’il faut
adapter les cursus dans les hautes
écoles, les universités et la formation professionnelle. Les changements surviennent très rapidement, mais ils constituent une
chance pour les jeunes d’avancer
avec les nouvelles technologies.
Pour les personnes plus âgées, il y
a aussi des avantages, même s’il est
clair que l’on perdra quelques
places de travail. Au final, il y a plus
de chances que de dangers.
La Suisse fait face à une pénurie croissante de main-d’œuvre qualifiée,
notamment dans l’informatique.
Comment inverser cette tendance?
Nous avons besoin de main-d’œuvre
étrangère dans différents secteurs,
pas seulement dans l’informatique.
Nous devons nous battre au niveau
mondial pour attirer des travailleurs qualifiés.
Comment jugez-vous les effets de la
robotisation sur les contributions
sociales? Je ne crois pas que l’on
manquera d’argent. Des discussions
ont lieu actuellement sur la taxation
des robots. Je n’y suis pas favorable.
Cela équivaudrait à taxer l’innovation, à ralentir les efforts pour innover. Les changements sont plus
rapides qu’auparavant. C’est la quatrième révolution industrielle.
«Le
protectionnisme
est un danger
partout, même
si chaque pays
dit qu’il n’y a pas
recours. Le G20
constitue un
forum pour mener
des discussions
sur ce sujet»
Salt se lance sur le marché du réseau fixe
TÉLÉCOMS L’opérateur, jusqu’ici cantonné à la téléphonie mobile, a conclu
un partenariat avec Swiss Fibre Net, une
coentreprise regroupant des entreprises
électriques locales de Suisse
L’opérateur, jusqu’ici cantonné à la
téléphonie mobile, a conclu un partenariat avec Swiss Fibre Net (SFN), une
coentreprise regroupant des entreprises électriques locales de Suisse.
Salt proposera une offre de réseau
fixe dans plus de 30 villes et communes
en Suisse, a indiqué mardi le directeur
général de Salt, Andreas Schönenberger, cité dans un communiqué. Une
extension est prévue «dans les mois et
années à venir».
Dans le cadre de ce partenariat, le
groupe basé à Renens (VD) fournit des
investissements initiaux dans les
infrastructures des actionnaires et
partenaires de SFN. Il obtient ainsi des
droits d’utilisation irrévocables à long
terme. «Salt passe du statut d’opérateur de téléphonie mobile à celui d’opérateur offrant une gamme complète de
services de télécommunication en
Suisse», notamment avec la «triple
play» (TV, Internet, téléphonie fixe), a
souligné le groupe.
Salt a revendiqué dans sa nouvelle
offre une technologie à large bande
ultra-rapide de 10 gigabits par seconde
(Gbit/s), un boîtier télévisé Apple, plus
de 300 chaînes de télévision ou encore
des services de téléphonie illimités.
Avec son nouveau routeur, Salt a également promis une vitesse de 2,2 Gbit/s
sur le réseau sans fil.
«Concurrents sous pression»
L’expert du secteur Ralf Beyeler, du
comparateur en ligne Moneyland.ch,
a indiqué à l’agence financière AWP
que le tarif de l’abonnement premium
à 49,95 francs était plus avantageux
que la concurrence. «Il est clair que les
prix de Swisscom, Sunrise et UPC vont
se retrouver sous pression», a-t-il
relevé.
Ralf Beyeler a toutefois pointé «une
offre disponible uniquement dans les
grandes agglomérations pour des
foyers disposant d’un raccordement
au réseau de fibre optique».
Les 10 Gbit/s proposés par l’opérateur
semblent également démesurés au
spécialiste. Selon lui, «les produits
actuels suffisent amplement, même
pour les clients désirant une connexion
très rapide».
Grâce à cette nouvelle offre, Salt
renoue avec ses origines. L’ex-Orange,
repris en avril 2015 par le magnat français des télécommunications Xavier
Niel, avait été le premier opérateur
suisse à proposer en 2008 une offre
combinée sur le réseau de fibre optique
de la ville de Zurich, une offre qu’il
avait retirée fin 2010 en raison du
manque d’intérêt de la clientèle. n ATS
Durant le G20, l’Allemagne et la
France ont demandé la rédaction
d’un document condamnant les
cryptomonnaies. Quelle est la position de la Suisse à ce sujet? Nous
devons analyser la situation. Il
n’est pas nécessaire d’introduire
des changements rapidement.
Des nouveautés arrivent chaque
semaine. Pour le moment, nous
avons la chance que les cryptomonnaies n’offrent pas la possibilité de blanchir de l’argent. On
achète par exemple des bitcoins
avec de l’argent et c’est à ce
moment-là que le contrôle peut
être effectué. Il y a certes un côté
spéculatif sur les cryptomonnaies, mais chacun est responsable de son argent. Pas l’Etat.
Les Etats-Unis vont introduire des
taxes sur les importations d’acier et
d’aluminium. Craignez-vous le protectionnisme américain et ses conséquences pour l’économie mondiale?
Oui, c’est dangereux pour l’économie mondiale. Car cela provoque
une réaction de la part des autres
pays, qui se disent prêts à prendre
des mesures similaires. Il y a donc
un danger de guerre économique.
A terme, voulez-vous une entrée de
la Suisse au G20? Oui, appartenir
au G20 est l’un de mes objectifs,
car nous ne faisons pas partie de
l’Union européenne et ne sommes
pas présents dans d’autres organisations. Notre économie est très
forte. En termes de produit intérieur brut (PIB), la Suisse occupe
le 19e rang. n
Les exportations suisses
confirment leur dynamisme
ÉCHANGES Les exportations helvétiques
ont progressé de 1,8% en février. Les
importations ont subi un repli de 9,8%
En termes réels, soit corrigés de l’inflation,
les exportations ont grimpé de 2,3%, à 19,3 milliards de francs, a indiqué mardi l’Administration fédérale des douanes (AFD). Les
importations réelles ont reculé de 9,5%, à
16,1 milliards, continuant toutefois d’évoluer
à un haut niveau. Au final, la balance commerciale boucle avec un excédent de 3,2 milliards.
A l’exportation, les produits chimiques et
pharmaceutiques ont été les principaux artisans de la croissance, avec une progression
de 4,1%. Avec un bond de 21%, les principes
actifs ont joué le rôle de locomotive dans ce
secteur. Important essor également pour la
bijouterie et joaillerie, avec une croissance de
22,6%. Le secteur horloger a, lui, exporté pour
1,7 milliard de francs en février (+12,9% sur un
an). «La forte hausse affichée en janvier [ndlr:
+12,6% à 1,6 milliard] a été confirmée – et
même dépassée – en février», selon la Fédération de l’industrie horlogère suisse.
Du côté des importations, les secteurs
chimie-pharma et véhicules ont expliqué 93%
du repli, a expliqué l’AFD. Conséquence de
la base de comparaison très élevée de janvier,
les importations de produits chimiques et
pharmaceutiques ont chuté de 979 millions
de francs (–20%).
Moins de véhicules importés
Les importations de véhicules ont plié de
33,6% à 1,3 milliard de francs, soit le niveau le
plus bas des deux dernières années. Le mois
de janvier avait toutefois été marqué par l’importation de plusieurs avions de ligne. Le
secteur machines et électronique (–5,6%) ainsi
que celui des métaux (–2,1%) ont également
marqué le pas. n ATS
FONDS DE PLACEMENT
Pictet-Robotics -P dy USD
USD 4/4 e
Pictet-Russian Equities -P USD
USD 2/1 e
Pictet-Security -P USD
USD 2/2 e
168.10
5.7 Piguet Galland & Cie SA
73.16 10.1 Tél. 058 310 44 36
238.25 3.9 pgfunds@piguetgalland.ch
1224.74 -1.8 www.piguetgalland.ch
Pictet-Small Cap Europe -P EUR
EUR 2/2 e
Pictet-Timber -P USD
USD 1/1 e
194.88
4.6 Fonds en obligations
Pictet-US Eq Sel -P USD
USD 2/2 e
226.42
3.7 Piguet Global Fund - Int. Bond Cap
Pictet-USA Index -P USD
USD 4/4 e
241.95
Pictet-Water -P EUR
EUR 2/2 e
1.7 Piguet Global Fund - Int. Bond Cap
285.12 -4.9 Piguet Global Fund - Int. Bond Cap
Fournis par: Swiss Fund Data AG en collaboration avec SIX Financial Information AG
Raiffeisen Futura Global Bond I
CHF 1/1 e
Raiffeisen Futura Swiss Franc Bond A
CHF 4/1 e
Raiffeisen Futura Swiss Franc Bond I
CHF 4/1 e
99.31 -1.2 Solvalor Fund Management
108.92 -1.0 Tél. +41 58 404 03 00
101.83 -0.9 www.solvalor.ch
Raiffeisen Swiss Obli A
CHF 2/1 e
115.91 -0.5
Raiffeisen Swiss Obli B
CHF 2/1 e
195.88 -0.5 Solvalor 61
CHF 1/1
173.29 -1.7 Fonds en actions
EUR 1/1
171.72 -1.7 Raiffeisen EuroAc A
EUR 2/1 e
USD 1/1
261.99 -0.6 Raiffeisen EuroAc B
EUR 2/1 e
Piguet Global Fund - Int. Bond Dis
CHF 1/1
115.44 -1.7 Raiffeisen Futura Global Stock A
CHF 4/1 e
PCH-LPP 25 -P dy CHF
CHF 4/4 e
1236.37 -1.9 Piguet Global Fund - Int. Bond Dis
EUR 1/1
111.31 -1.7 Raiffeisen Futura Global Stock I
CHF 4/1 e
PCH-LPP 40 -P dy CHF
CHF 4/4 e
1372.89 -2.1 Piguet Global Fund - Int. Bond Dis
USD 1/1
154.61 -0.6 Raiffeisen Futura Swiss Stock A
CHF 4/1 e
261.77 -3.1 Fonds en actions
Pictet-Multi Asset Glb Op P EUR
EUR 4/4 e
CHF 4/1 e
136.47 -3.0 Manavest - Global Equity
Pictet-Piclife -P CHF
CHF 2/1 e
118.73 -0.5 Fonds en actions
1060.53 -1.7 Piguet Int. Fd SICAV-World Eq. CHF
Autres fonds
Manavest-Actions Emerg. CHF
CHF 4/4 a
109.71
Manavest-Actions Emerg. EUR
EUR 4/4 a
80.00
Manavest-Actions Eur. Evol. EUR
EUR 4/4 a
Manavest-Actions Euro Sel. EUR
EUR 4/4 a
Manavest-Convertibles CHF
CHF 4/4 a
Manavest-Convertibles EUR
EUR 4/4 a
Manavest-Convertibles USD
CHF 4/4 a
Manavest-Glo. Themes EUR
EUR 4/4 a
Manavest-Glo.Fix.Inc.To.Ret. CHF
EUR 4/4 a
Manavest-Glo.Fix.Inc.To.Ret. USD
USD 4/4 a
Manavest-Multist. Fix. In. CHF
CHF 4/4
Manavest-Multist. Fix. In. EUR
EUR 4/4
Manavest-Multist. Fix. In. USD
USD 4/4
Manavest-Ob.Da.Et Fle. 2022 CHF
CHF 4/4 a
121.73
USD 1/1 a
155.26
1.5 Fonds d’allocation d’actifs
CHF 1/1 a
149.62
0.4
PostFinance SA
Bèrne, Suisse
140.28 -0.7
Tél +41 848 888 710
113.92 1.1 www.postfinance.ch
81.73 1.2
Fonds en actions
102.87 1.6
PostFinance Fonds Global
CHF
102.46 0.2
CHF
PostFinance Fonds High Dividend
101.85 0.2
PostFinance Fonds Suisse
CHF
85.11 -2.0
Fonds d’allocation d’actifs
79.67 -1.9
PostFinance Fonds 1 Bond
CHF
102.18 -1.4
CHF
98.62 -1.3 PostFinance Fonds 2
CHF 4/4 a
Manavest-Glo.Fix.Inc.To.Ret. EUR
EUR 1/1 a
0.5 Raiffeisen SwissAc A
0.6 Raiffeisen SwissAc B
216.36 -1.0
USD 4/4 a
Manavest-Glo. Themes CHF
Piguet Int. Fd SICAV-World Eq. EUR
0.4 Piguet Int. Fd SICAV-World Eq. USD
Raiffeisen Futura Swiss Stock I
2/1 e
139.82 -2.7
2/1 e
96.91 -3.6
2/1 e
167.66 -4.6
Raiffeisen Global Invest Balanced A
CHF 2/1 e
124.53 -2.5
Raiffeisen Global Invest Balanced B
CHF 2/1 e
Raiffeisen Global Invest Equity A
CHF 2/1 e
Raiffeisen Global Invest Equity B
CHF 2/1 e
Raiffeisen Global Invest Growth A
CHF 2/1 e
Raiffeisen Global Invest Yield A
CHF 2/1 e
Raiffeisen Global Invest Yield B
CHF 2/1 e
Raiffeisen Pens.Inv. Fut Yield A
CHF 4/1 e
Raiffeisen Pens.Inv. Fut Yield I
2/1 e
2/1 e
99.31 -1.0 PostFinance Fonds 3
100.14
- PostFinance Fonds 4
CHF 2/1 e
109.98 -0.9 PostFinance Fonds 5
112.55 -0.8 PostFinance Pension 25
CHF 2/1 e
115.90 -0.4 PostFinance Pension 45
PostFinance Pension 75
111.84 -0.5
CHF 2/1 e
CHF 2/1 e
CHF 2/1 e
CHF 4/1 e
92.10 -0.6
Raiffeisen Pens.Inv.Fut.Balanced A
97.66 -1.0 Raiffeisen Pens.Inv.Fut.Balanced I
106.70 -1.8
Autres fonds
109.82 -2.2
EURO STOXX 50 EUR Dis
110.87 -2.4
Pension Growth A Dis
116.63 -1.2 Pension Growth I Acc
CHF 4/1 e
CHF 4/1 e
EUR 4/4 e
127.79 -3.0
CHF 4/4 e
125.80 -1.7
Manavest-Obl. Gouver. EUR
EUR 4/4 a
88.91 -0.4
Manavest-Obli. Cor. Euro CHF
CHF 4/4 a
116.40 -0.6
UBAM - Europe Equity AC
Manavest-Obli. Cor. Euro EUR
EUR 4/4 a
UBAM - IFDC Japan Opport. Equity APCJPY 1/1
Manavest-US Ble.Res. Eq. USD
USD 4/4 a
92.23 -0.5 Tél : +41 (0)43 817 70 43
128.48 -0.6 www.procimmo.ch
Manavest-US Flex. Eq. USD
USD 4/4 a
133.00
Pictet(CH)Pre.Mtls-Phy.Gold P
CHF 2/1
Pictet(CH)Pre.Mtls-Phy.Gold P
EUR 2/1
Pictet(CH)Pre.Mtls-Phy.Gold P
103.30 -1.8 Streetbox Real Estate Fund
CHF
127.17 0.9
PvB Pernet von Ballmoos AG
USD 2/1
Fondations Pictet
Tél.: 058/323 29 60
pictetfoundations@pictet.com
www.pictet.com
Tél. 044 205 51 51
www.pvbswiss.com
Fonds en obligations
Nerrick Swiss Equity Fd A
5/5 e
FPLP-LPP/BVG-SMT Bonds -P
CHF 3/3 b
FPPI-LPP/BVG-SMT Bonds -P
CHF 3/3 b
113.23 -0.0
113.12 -0.1 Banques Raiffeisen
Tél. 0844 888 808
www.raiffeisen.ch
104.42 -1.2
139.13 -1.6 Fonds en obligations
Fonds d’allocation d’actifs
FPLP-LPP/BVG-10 P
CHF 4/4 e
FPLP-LPP/BVG-25 -P
CHF 3/3 e
FPLP-LPP/BVG-40 -P
CHF 3/3 e
FPPI-LPP/BVG-10 P
CHF 4/4 e
FPPI-LPP/BVG-25 -P
CHF 3/3 e
FPPI-LPP/BVG-40 -P
CHF 3/3 e
104.33 -4.8
156.07 -1.8 Raiffeisen Conv Bond Global B
104.26 -1.2 Raiffeisen Euro Obli A
147.19 -1.6 Raiffeisen Euro Obli B
134.30 -1.8 Raiffeisen Futura Global Bond A
CHF 2/1 e
EUR 2/1 e
EUR 2/1 e
CHF 4/1 e
EUR 2/2 b
99.95
2/1 e
2/1 e
224.24 -2.2
CHF 4/4 e
226.59 -2.2
Clean Technology B
EUR 2/1 e
305.53 -2.4
Emerging Markets Equity B
USD 2/1 e
847.29
EUR 2/1 e
248.60 -3.4
548.71
Future Resources A
CHF 4/4 e
141.70 -9.8
Future Resources B
CHF 4/4 e
141.70 -9.8
Future Resources B
EUR 2/1 e
193.01 -10.0
Global Equity B
USD 2/1 e
279.98
Global Equity Income B
USD 2/1 e
264.18 -2.6
mtx Sust.Asian Leaders(Ex-Jap) B
USD 2/1
412.43
6.1
140.90 -2.2 mtx Sust.Emer.Mkts Leaders B
0.4 mtx Sust.Global Leaders B
USD 2/1 e
162.97
4.4
USD 2/1 e
146.39 -0.2
166.85 -0.7 New Power B
EUR 2/1 e
139.13 -5.0
102.64 -0.5 Sustainable Swiss Equity A
CHF 4/1 e
212.31 -4.6
1013.97
e
0.7
9.1
0.2
2511.19 -1.9 Swiss Mid and Small Cap Equity B
EUR 1/1 e
UBAM - Swiss Equity AC
1/1
145.45
3.7 Vescore Swiss Eq Min Volati AN
CHF 2/1 e
429.14 -2.4 WM Efficient Index Europe G
16122.00 -7.9 WM Efficient Index Switzerland G
1560.00 -5.8 WM Efficient Index USA G
332.13 -2.3 WM Global Quality Achievers G
101.23 -1.6
Autres fonds
CHF 1/1 e
USD 4/4 e
EUR 1/1 f
1656.36 -0.8
Vontobel
Fonds Services AG
0.1 T +41 58 283 53 50
0.1 vontobel.com/am
1. Pas de commission de rachat et/ou de taxes
en faveur du fonds (le rachat a lieu à la valeur
d'inventaire)
2. Commission de rachat en faveur de la direction
du fonds et/ou du distributeur (peut être différente
pour le même fonds en fonction de la filière de
distribution)
3. Frais de transaction en faveur du fonds
(participation à la couverture des frais lors
de la vente de placements )
4. Combinaison de 2) et 3)
5. Conditions particulières lors du rachat de parts
3.3
289.29
174.32 -2.4
e
280.42 -6.3
USD 2/1
JPY 2/1
e
e
EUR 2/1 e
Far East Equity B
USD 2/1
217.85
Le second chiffre en italique se réfère aux
conditions appliquées lors du rachat de parts:
1.0
8053.00 -8.0
Particularités:
a)
b)
c)
d)
e)
f)
g)
h)
évaluation hebdomadaire
évaluation mensuelle
évaluation trimestrielle
pas d'émission ni de rachat régulier de parts
valeur du jour précédent
évaluation antérieure
émission des parts suspendue temporairement
émission et rachat de parts suspendus
temporairement
i) prix indicatif
l) en liquidation
x) après distribution de revenu et/ou gain de cours
229.82 -1.0
USD 2/1 e
1251.44
2.1
CHF 4/4 e
96.12
-
Les informations fournies sont sans garantie
NAV / Issue Price commissions non comprises
EUR 4/4 e
97.43
- Helvetia - Dynamic Pf I
CHF 4/4 e
95.83
- Fonds d’allocation d’actifs
USD 4/4 e
99.28
USD 4/4 e
99.20
CHF 4/1 e
131.95 -2.3
- Helvetia - Mix 30 Pf A
CHF 4/1 e
107.31 -1.1
- Helvetia - Mix 30 Pf I
CHF 4/1 e
109.94 -1.1
CHF 4/1 e
161.62 -1.5
CHF 4/1 e
171.13 -1.5
Helvetia - Mix 50 Pf A
2.3 Helvetia - Mix 50 Pf I
Commodity B
USD 2/1 e
61.39
Dynamic Commodity B
USD 2/1 e
70.33 -2.1
Euro Short Term Bond B
EUR 2/1 e
Multi Asset Solution B EUR
EUR 4/4 e
Non-Food Commodity B
USD 4/4 e
Zurich Invest AG
132.56 -0.2 Tél. 044 628 49 99
102.46 -0.4 Fax 044 629 18 66
83.31 -4.1 www.zurich.ch
EUR 2/1 e
96.69 -1.2 Fonds en instruments du marché monétaire
Target Return Defensive B
0.3 Fonds en instruments du marché monétaire
Target Inv. Fd Geldmarkt CHF - B
CHF 1/1 e
8.78 -0.2
123.73 -0.2 Swiss Money B
CHF 2/1 e
114.40 -0.2 Vontobel Fonds Services AG - Helvetia
Fonds en obligations
138.65 -0.1 US Dollar Money B
USD 2/1 e
131.62 0.2 Tél. 0848 80 10 20
Fax 0848 80 10 21
Target Inv. Fd Obligationen CHF - B CHF 2/1 e
9.56 -1.3
Fonds en obligations
www.vontobel.com
Fonds en actions
Absolute Return Bond (EUR) B
EUR 2/1 e
154.62 0.0
Fonds en obligations
Target Inv. Fd 100 CHF - B
CHF 2/1 e
20.42 -3.3
Absolute Return Bond Dynamic B
EUR 2/2 e
97.47 0.7
CHF 4/1 e
135.49 -1.3 Fonds d’allocation d’actifs
Bond Gbl Aggregate B
EUR 2/2 e
108.70 1.5 Helvetia - Income Pf A
CHF 4/1 e
150.58 -1.3 Target Inv. Fd 25 CHF - B
CHF 2/1 e
11.82 -1.8
Eastern European Bond B
EUR 2/1 e
137.23 -1.0 Helvetia - Income Pf I
155.09
Schroder Investment Management
(Switzerland) AG
www.schroders.ch
107.25 -1.1 Tél. 0800 844 448
82.46 -0.1 Fonds d’allocation d’actifs
191.43 -0.1 Schroder Capital Fund
CHF
85.93 -1.3 Schroder Strategy Fund (BVV/LPP)
CHF
CHF 4/4 e
Clean Technology B
1119.95 -1.5
rA Fair Agriculture B2
EUR 4/1 b
Clean Technology A
0.0
CHF 4/1 e
97.52
rA Micro and SME FF H EUR
105.02
1834.23 -3.8 Vontobel Swiss Small Companies A
CHF 2/2 b
CHF 4/1 b
CHF 2/1 e
1/1 e
rA Fair Agriculture B1
USD 4/1 b
Value Bond B
UBAM - Dr. Ehrhardt German Equity ACEUR
UBAM Convertibles Europe AC
rA Micro and SME FF B
99.49 -0.8
EUR 4/4 e
Japanese Equity B
254.26 -0.2
Autres fonds
rA Micro and SME FF H CHF
241.20 -0.6
TwentyFour Abs. Ret. Credit AQHG
528.92 -3.9
Autres fonds
CHF 4/4 e
132.28 -1.1
CHF 2/1 e
CHF 4/1 e
368.25 -4.4 responsAbility
Investments AG
www.responsAbility.com
Autres fonds
EUR 2/1 e
1105.82 -1.3 Vontobel Swiss Dividend A
140.50 -5.7 UBAM - Turkish Equity AC
CHF 2/1 e
High Yield Bond B
Conditions d'émission et de rachat de parts:
Le premier chiffre se réfère aux conditions
appliquées lors de l'émission de parts:
1. Pas de commission d'émission et/ou de taxes
en faveur du fonds (l'émission a lieu à la valeur
d’inventaire)
2. Commission d'émission en faveur de la direction
du fonds et/ou du distributeur (peut être différente
pour le même fonds en fonction de la filière de
distribution)
3. Frais de transaction en faveur du fonds
(participation à la couverture des frais lors
du placement de nouvelles res-sources entrées)
4. Combinaison de 2) et 3)
5. Conditions particulières lors de l'émission de parts
1/1 e
UBAM - SNAM Japan Equity Value AC JPY
Realstone Swiss Property
139.38 -1.6
1/1 e
Tél. +41 58 262 00 00, www.realstone.ch
166.00 -5.5
EUR 2/1 e
0.5
149.61 -4.5 UBAM - 30 Global Leaders Equity AHCUSD
UBAM - AJO US Equity Value AC
USD
Procimmo SA
CHF 2/2 e
Global Convertible Bond B
US Equity B
CHF 4/4 a
4.6 Fonds immobiliers
121.18 -1.4 Procimmo Swiss Commercial Fund
Explication Indices
400.60
mtx China Leaders B
e
e
Fonds en actions
Manavest-Obl. Gouver. CHF
CHF 2/1 e
188.41 -1.8
USD 1/1 e
EUR 4/4 a
130.52 -1.7
e
UBAM - US Dollar Bond AC
USD 4/4 a
CHF 4/1 e
194.55 -0.8
EUR 2/1 e
Manavest-Ob.Da.Et Fle. 2022 USD
CHF 4/4 e
0.4
e
UBAM - Unconstrained Bond APC
Manavest-Ob.Da.Et Fle. 2022 EUR
123.75 -2.0 Raiffeisen Index-SPI Dis
117.60 -2.8
175.10 -0.7
EUR 2/1 e
110.03 -1.2 Eur. Mid & Small Cap Equity B
European Equity B
2/2 a
Union Bancaire Privée, UBP SA
Tél. 00800 827 38 637
157.70 -2.5
www.ubp.com
97.23 -3.7 ubpfunds@ubp.ch
101.55 -3.6
Fonds en obligations
109.30 -3.1
UBAM - Corporate Euro Bond AC
EUR 1/1
113.53 -3.1
UBAM - Corporate US Dollar Bond AC USD 1/1
109.27 -1.9
UBAM - Dynamic Euro Bond AC
EUR 1/1
144.52 -1.9
UBAM - Dynamic US Dollar Bond AC USD 1/1
139.96 -1.7
UBAM - Em Mkt Dbt Opportunities AC USD 1/1
151.11 -1.7
UBAM - Emerging Mkt Corp Bond AC USD 4/1
131.43 -2.1
UBAM - Euro Bond AC
EUR 1/1
141.06 -2.1
UBAM - Global High Yield Solution ACUSD 4/1
CHF 2/1 e
166.38
CHF 2/2 a
CHF 2/1 e
Raiffeisen Global Invest Growth B
EUR 2/1 e
Fonds en actions
396.69 -3.8 Fonds d’allocation d’actifs
468.83 -3.8 Manavest - Global Balanced
CHF
CHF 2/1 e
EUR Corporate Bond Mid Yield B
Euro Bond B
263.50 -2.8 Swiss Franc Bond B
CHF 2/2 e
108.75 -1.7 Trillium SA
154.74 -1.7 Tél.: 022 318 84 49
95.16 -0.9 Fax: 022 318 84 48
129.39 -0.7 www.manavest.ch
Fonds d’allocation d’actifs
PUBLICITÉ
Ordre des informations de fonds: Nom du fonds, monnaie comptable du fonds, Conditions d’émission / rachat, Particularités, Valeur d’inventaire, prix
d‘emission ou cours de clôture (valeurs du mardi, 20.03.2018, indication des fluctuations de cours voir particularités), Performance 2018 en %
1252.93 -1.8 Emerging Markets Debt B
143.73 -1.4 Emerging Mkts Loc Ccy Bd B
USD 2/1 e
USD 2/1 e
128.12 -1.1 Fonds en actions
99.85
2.5 Helvetia - Dynamic Pf A
CHF 4/1 e
Target Inv. Fd 35 CHF - B
CHF 2/1 e
12.49 -2.0
129.29 -2.3 Target Inv. Fd 45 CHF - B
CHF 2/1 e
13.49 -2.2
BOURSE
ACTIONS SUISSES DE COURS SUR WWW.LETEMPS.CH
Titre
ABB LTD N
ACTELION N
ADDEX PHARMA N
ADECCO N
Cours Cours
clôture préc.
22.92
22.72 4812150 27.24 21.65 – 12.2
— 280.25
2.66
70.02
Volume
Extrêmes 12 mois Var. %
déb.
Haut Bas 18
2.85
— 280.75 131.202
55663
70.46 714282
0.0
Titre
FEINTOOL N
INDICES BOURSIERS
Cours Cours
clôture préc.
115
114.8
FISCHER N
1335
1324
Volume
Extrêmes 12 mois Var. %
déb.
Haut Bas 18
4005 131.1 107.8 – 2.5
12523
1420 890.5
FLUGHAFEN ZUERICH N
212.4
213
80.1 68.05 – 6.0
FORBO N
1393
1400
5338
1669
51
4
1.98 16.15
60374 249.8 208.5 – 4.7
ADVAL TECH N
242
242
60
338
206
1.2
GALENICA SANTE N
48.76
48.46 199200
AEVIS HOLDING
60.6
61
112
62
54
4.3
GAM N
16.71
16.62 436867 18.18
ARBONIA AG
17.8
17.4 201835 19.05 15.18
9.5
GEBERIT N
AIRESIS N
1.27
1.27
GIVAUDAN N
ALLREAL N
158.3
159.9
47192 187.8 152.1 – 3.9
73
73.2
3405 90.35 61.85 15.7
ALPIQ HOLD.
AMS AG N
113.9
10164
1.45
1.08 11.4
113 434837 121.2 51.033 28.7
GRAUBUEND KB BP
GROUPE MINOTERIES
HELVETIA N
3.6
Titre
RICHEMONT P
RIETER N
ROCHE BJ
1384 – 7.4
ROCHE P
Cours Cours
clôture préc.
87.32
202.4
Volume
85.46 1166079
204.8
221.6
92.5
75.2 – 1.1
16213 258.8 198.5 – 14.8
219.4 219.35 1604019
221
Extrêmes 12 mois Var. %
déb.
Haut Bas 18
273 214.3 – 10.9
21819 271.75 219.8 – 10.2
1210
5
1315
1116
18.02
19.72 100715
80.4
17.8 – 49.8
430.2
429.6 103588 486.9 405.6
0.2
SCHINDLER N
2155
2136
25148
2327
1778 – 4.3
SCHINDLER BP
210.6
209.8 143995
239 188.6 – 6.1
1485
1485
105
1566
1398
6.0
SCHMOLZ+BICKENB N
0.738
0.727 495215
0.99 0.682 – 12.1
FRANCE
406 331.25
6.2
SCHWEITER P
1210
1218
1294
CAC 40
584
506
4.7
SFS GROUP N
114.7
114.3
35330 123.5 91.65
388
402
110
574.5
573
14076
42987 232.8 186.8 – 7.9
1126
1054 – 4.2
1.3
510 384.75 – 12.7
HIAG IMMOBILIEN
126
125
1304
128 107.5
4.2
SGS N
2452
2458
29808
2653
2082 – 3.5
22.41 961500 38.884 21.41 – 44.1
HUBER+SUHNER N
54.8
54.9
15591
73.8 50.55
7.7
SIKA FIN P
7460
7480
6995
8405
5770 – 3.6
ASCOM N
21.05
21.45
96947
25.8 17.25 – 16.4
HYPOBK LENZBURG N
4460
4480
74
4650
0.4
SONOVA N
BACHEM N -B-
121.2
122.4
28710
163 102.1 – 21.2
IDORSIA N
23.94
24.08 189533
30.7
10 – 5.9
ST GALLER KB N
545
548
1532
555 410.25 12.6
BALOISE N
147.6
146.5 120045 159.9 134.7 – 2.7
IMPLENIA N
79.55 148510 81.05
60.1 20.6
STRAUMANN N
603.5
617
75228
746 438.5 – 12.3
BARRY CALLEBAUT N
INTERSHOP N
496.5
1.9
SULZER N
125.5
124.7
JULIUS BAER N
61.5
3.1
SUNRISE N
84.9
94.4 63.75 – 12.2
KUDELSKI P
9.86
404.5
2700
1926
1932
9293
2086
BASELLAND KB BP
908
908
152
934
BASILEA PHARMA N
66.6
66.65
59397
BASLER KB BP
77
77.6
4878
78.8 68.75
6.7
KUEHNE & NAGEL N
BB BIOTECH N
68.45
68.5
59973
74 53.05
6.0
KUROS BIOSCIENCE N
BELIMO N
4020
4045
299
BELL FOOD GRP N
4825
1294 – 5.2
890
0.3
79.5
495
4402
1644 502.5 464.5
60.72 603738
65.4 47.57
SWATCH GROUP P
413.6
146.7
146.7 230253 181.8 138.2 – 14.9
SWATCH GROUP N
78.6
11.35
11.25
SWISS FIN&PROP N
3342 – 5.7
LAFARGEHOLCIM N
53.12
14.65
86509 17.95
2119 19.18 11.25 – 4.6
53 2039882
60
50.4 – 3.3
SWISS LIFE N
389
1367
468
383 – 10.3
LASTMINUTE.COM
14.65
6485
15.8 11.55 – 4.8
SWISS PRIME SITE N
25.9
25.6
10309
27.3
16.1
6.5
LECLANCHE N
2.04
2.05
40470
2.94
SWISS RE N
181.4
2715
195 173.5
3.0
LEM HOLDING N
1742
1770
654
1828
915
BQUE CLER
43.1
42.7
2063
1.2
LEONTEC N
52.95
53.4 112376
73.5
36.4 – 15.9
BK LINTH N
488
490
60
57
BERNER KB N
BKW N
BNS N
385
5680
5720
BOBST GROUP N
114.1
113.9
BQUE ROTHSCHILD P
18000
18000
BQUE CANT. GE N
171.5
170.5
48
13 542.5
68298
41.1
480 – 3.9
62.6 52.55
3.5
LIECHT LANDESBK N
LINDT & SPRU N
6800
1625 46.0
LINDT & SPRU BP
19355 133.7
88.5 – 11.9
LOGITECH N
171
1 19500 15315 – 2.7
4.6
LUMX GROUP N
52 – 5.1
579 171.5 152.1
BQUE CANT. JU P
55
55
11
60
BQUE CANT. VD N
794
791
2164
800
BUCHER N
410
408.2
BURCKHARDT N
315.2
316.8
CALIDA N
LONZA N
54.5
54.4
69400
69500
5750
37.57
236.3
0.221
3353 55.75 45.55
91 72280 61790 – 1.5
0.22
15130
0.36
3545
3520
3155 – 4.0
VALIANT N
117.6
117
0.79
VALORA N
340
341
68406 94.35
80.5 – 4.4
MOBIMO N
66
67
38.1
MOLECULAR N
2652
80.6
9.0
1.7
8.04
11.54
1.724 4506795 2.245
8.16
3026
256
256.5
26.25
26.5
8189 281.5
5199
CIE FIN TRADITION P
104.5
104.5
9.5
MYRIAD N
0.316
0.32
CLARIANT N
23.35
23.05 1344270 29.48 18.27 – 14.3
NESTLE N
75.8
75.9 4658739
COMET N
146.4
140.1
NOVARTIS N
77.54
77.36 3720314
CONZZETA P
1140
1098
3677
CPH CHEMIE&PAPIER
67.5
67.5
2161
105
87
77352 168.9 113.1 – 4.5
1170 827.5 12.2
71
47 26.0
17.315 17.135 7653383 18.81 12.91 – 0.4
4.0
17.16
ORASCOM DEV N
15.5
ORELL FUSSLI N
PANALPINA N
PARGESA P
84.25
734 – 16.3
PARTNERS GROUP N
731.5
PERFECT N
PERROT DUVAL P
605
ENERGIEDIENST N
26.4
26.4
113
129.1
74.4 – 5.8
1017
3694
11.2
27.4
84.1
38
508
104
1900
1785
1290
VIFOR PHARMA N
143.35
1128 43.415
4.6
35.2 – 4.0
550 493.75 – 3.1
2175
143 252532 144.2
1710
1.2
93.9 14.7
VILLARS N
860
865
50
900
700
86.4 73.34 – 9.5
VON ROLL P
1.39
1.41
29814
1.74
0.65 – 0.7
88.3 72.45 – 5.8
VONTOBEL N
60.25
60.7
67670
68.6
55.6 – 2.0
3.6
149.2
148
0 153.6 113.2 12.1
VZ HOLDING N
269.5
269.5
1413 349.75 263.75 – 18.4
59 138.4
106 – 4.2
WALLISER KB N
104
103.5
37.25
37.5
52122
99511
15824
71
-
668
364
572 – 6.5
POENINA HOLD.
54.6
54.8
24.5
PSP SWISS PROP N
91.6
91.5
RELIEF THERAPEUT N
8720 362.5 281.313
38
512
VPB VADUZ N
706.5 150773
0.025 0.0255
INDE
5 40.9
663
0.295 25053670 0.637 0.251 – 3.2
32 22.75 – 0.1
KOSPI
VAUDOISE ASS N
165 116.9 – 14.9
88.9
0.04
0.0108 0.0106 976314
1068 107.5
82.8
9817
37.2 – 4.2
49.5
8.1
WISEKEY N
5.21
5.18
40221
YPSOMED N
145.4
146
14783 228.7 132.5 – 9.4
0.02 – 16.6
ZEHNDER N
45.05
85 50.35 – 2.4
689
WALTER MEIER N
9.5
69.1 – 0.2
734 531.5
1328 64.15
61134
4.3
481
7.8
48.5 – 9.5
44.25
19760
26.4
26.8
233
ZUGER KB P
5740
5680
33
5820
5115
ZUG ESTATES HOLD
1725
1730
56
1870
1695 – 5.5
ZURICH FS N
0.02 0.002
ZWAHLEN & MAYR P
312.7
250
45.9
2.7 – 14.4
ZUEBLIN IMMO P
94.3 85.05 – 0.8
8
7.38
5252.43
5222.84
5567.03
5051.21
1 Euro
1 Dollar US
1 Dollar canadien
1 Dollar australien
1 Dollar hongkong
100 Yens
1 Livre sterling
100 Couronnes suédoises
100 Couronnes norvég.
100 Couronnes danoises
Monnaies
12307.30 12217.02 13596.89 11830.98
9681.60
9664.10 11184.40
9494.50
22798.20 22633.10 24050.15 21460.46
1256.00
1241.28
1339.41
1154.44
24762.80 24610.91 26616.71 20379.55
2712.66 2712.92 2872.87 2532.69
7343.80 7344.24 7637.26 6630.67
21381.00 21480.90 24129.34 20937.26
3446.30
3434.53
3757.20
3207.61
31549.90 31513.76 33484.08 29129.26
CORÉE DU SUD
21214 120.5 100.1 11.5
VARIA US PROP
VETROPACK P
HANG SENG
6.92 – 15.7
1000 10.25
17.9
13929
74.50m
1.7
246 – 2.1
70446 1.679 0.252 – 54.8
PHOENIX P
809 600.5 10.4
18028 712.5
1421
5.58 – 24.0
15.2
108
79910 92.65
1.7
5.8 10.1
17.25 1059977 18.27 10.35
128.5
16701
130 258868 172.6 124.9 – 9.5
608
0.3
19393 211.5 147.3
OC OERLIKON N
7.74 287660
EMS-CHEMIE N
EVOLVA N
530
8.38
11.4 427909 15.104 10.663 – 10.1
53711 224.7 160.7 – 1.1
17.59 17.335 7094082 19.765 15.11 – 1.9
METALL ZUG N
86.9
779.5
190
3.5
86.8
7.82
HONG KONG
15096 450.6 271.75
CEMBRA MONEY BK N
774.5
SHANGAI A
2.2
3.8 96.5
7034.91
CHINE
90.2
7.9
MOBILEZONE N
131.1
189.5
NIKKEI 225
75.7 – 7.3
612 109.5
7792.56
TOKYO
103.5
8.05
MIKRON N
EMMI N
U-BLOX N
60172 217.8 148.8 – 1.0
11.35 122039 11.95
VALARTIS P
MEYER BURGER N
EFG INTL N
0.15 10.5
124 – 4.7
113.5 250663 144.1
UBS GROUP N
33.2 – 3.5
DUFRY N
104
11.95
417 12.4
31.5 10.6
80.7
115.8
TORNOS N
48.4 – 26.2
41.4
755.5
201
530
40.8
759
200.6
9096 83.15
2277
80.25
TECAN N
1438
6487 379.8 257.5 – 0.2
DORMAKABA N
NASDAQ
526
2989
DKSH HOLD N
S&P 500
159
7042.93
La Banque
Franc suisse
Dollar US
Euro
Livre sterling
Yen
Dollar canadien
Dollar australien
Devises
achète
vend
1.1525
0.9180
0.6980
0.6990
0.1145
0.8600
1.2805
11.1500
11.8200
15.1100
1.2145
1.0020
0.7680
0.7770
0.1285
0.9400
1.4125
12.2100
12.8800
16.4900
avec 100 francs
vend
1.156
0.9427
0.721
0.7249
0.1194
0.8861
1.3206
11.4831
12.1867
15.4164
on achète
1.1852
0.9666
0.7393
0.7433
0.124
0.9086
1.3541
11.7739
12.4953
16.0136
82.34
99.80
130.21
128.70
778.21
10638.00
70.80
819.00
776.00
606.00
CHF
USD
EUR
GBP
JPY
CAD
AUD
—
0.9551
1.1709
1.3374
0.8980
0.7305
0.7343
1.0474
—
1.2258
1.4007
0.9400
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0.8157
—
1.1423
0.7668
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0.8754
—
0.6714
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0.5493
111.4300
106.4000
130.4400
148.9800
—
81.3600
81.7900
1.3699
1.3073
1.6038
1.8312
1.2292
—
1.0054
1.3699
1.3177
1.5952
1.8219
1.2229
0.9952
—
TAUX D’INTÉRÊT
ÉTATS-UNIS
5.3
49.8
4295
RTS
1.2
57.9 25.55 50.7
7061.27
RUSSIE
83.9
523
140
FTSE MIB
98.8 81.65
9405
8612.98
9922.07
1410.28
2445.20
ITALIE
95.42 1479586
37090
THURGAUER KB I
IBEX 35
91.15 159144 92.15
502.6 652197 530.6 431.1 – 7.5
8847.29 8811.33 9616.38
10312.40 10275.11 11040.77
1457.76 1449.57 1579.97
2542.55 2530.69 2694.56
ESPAGNE
96.1
131
TEMENOS N
5.5
90 – 3.1
DAX 30
91.15
479.3
56.8
30.2 14.1
82.2 65.75
Bas
ALLEMAGNE
DOW JONES
57.5
5055 – 3.3
2594
4.0
FTSE 100
0.0
131.5
6020
5750
338
107 99.011
TAMEDIA N
37.34 593551 40.82
235.4 232174 278.4 166.454 – 10.2
6.1
72.1 – 4.6
Précédent Haut
GRANDE-BRETAGNE
340.7 216842 363.9 313.4
48.9
39
191.6
SWISSQUOTE N
92.5
MCH GROUP N
36.75
196
9.7
SWISSCOM N
77.1 101720
LUZERNER KB N
38.5
DAETWYLER P
5.4
345.3
97.4
404.9 167342 437.5
8.0
36.65
CS GROUP N
2 – 22.4
92
32084 139.9 102.3
90.7 1125136
678
CASSIOPEA N
CICOR TECH N
151.35 150.95 230239 181.6 133.4 – 0.5
9.8 – 18.1
9.98
181.8
BELLEVUE GROUP N
SLI
SMIM
1205
SANTHERA PHARMA N
21.57
397
SPI
ROMANDE ENERGIE N
ARYZTA N
APG SGA N
SMI
6.0
202
Clôture
SUISSE
41.8 – 2.5
203
Billets
achète
Extrêmes 12 mois
Valeurs par pays
11.2
2.1
CHANGES
BSE 30
2485.52
2475.03
2607.10
2117.82
4156.07
4153.49
4709.76
3679.03
BRÉSIL
BVSP
6040.80
6064.70
6256.50
5887.30
2111.26
1209.25
2991.66
2110.40
1203.59
2977.80
2249.69
1278.53
3283.23
2009.60
1136.27
2935.48
INDICES MSCI
WORLD
M.ÉMERGENTS
EUROPE
Sources
1 MOIS
– 0.9000
– 0.4700
0.5300
1.8200
– 0.4200
2 MOIS
– 0.7600
– 0.4300
0.8500
1.9300
– 0.2300
3 MOIS
– 0.8200
– 0.4200
0.7300
2.2200
– 0.2600
6 MOIS
– 0.7800
– 0.3700
0.8800
2.3800
– 0.2400
12 MOIS
– 0.7300
– 0.3500
1.0600
2.6200
– 0.1500
1 SEMAINE
– 0.8007
– 0.4227
0.4896
1.6773
– 0.0273
1 MOIS
– 0.8042
– 0.4108
0.5076
1.8406
– 0.0768
3 MOIS
– 0.7400
– 0.3892
0.6143
2.2224
– 0.0556
6 MOIS
– 0.6584
– 0.3310
0.7238
2.3905
0.0146
12 MOIS
– 0.5302
– 0.2537
0.9326
2.6332
0.1071
MATIÈRES PREMIÈRES
84230.30 83913.06 88317.83 76402.60
AUSTRALIE
ALL ORD
EUROMARCHÉ
Monnaies
Franc suisse
Euro
Livre sterling
Dollar US
Yen
LIBOR
Monnaies
Franc suisse
Euro
Livre sterling
Dollar US
Yen
Achat
OR
Once/USD
Kg/CHF
ARGENT
Once/USD
Kg/CHF
PLATINE
Once/USD
Kg/CHF
Vente
Achat
1302.90
39998.00
1318.95
40498.00
15.94
489.70
16.44
504.70
933.00
28654.00
958.00
29404.00
PALLADIUM
Once/USD
Kg/CHF
BLÉ
Bushel/Cents
20 FRS
Vreneli
20 FRS
Napoléon
Vente
978.50
30041.00
990.50
30411.00
455.75
450.75
230.00
258.00
229.00
258.00
PÉTROLE ET COMBUSTIBLES
31.3 12.7
29.2 21.55 – 1.1
Clôture Var. %
9.0
309.7 472545 321.8 262.1 5.4
262
172
270
166 11.1
Cours sans garantie
Baril Londres Brent
67.32
1.92
BarilNewYorkNymexWTI
63.45
2.23
91
5.38
Mazout*
*Prix net du mazout par 100 litres à 15º C
de 3001 à 6000 litres, en frs
Source: L’Association des Négociants en
Combustibles de Lausanne et environs
MERCREDI 21 MARS 2018
LE TEMPS
Economie 17
Un cadre de l’Aéroport
de Genève sous enquête
TRANSPORT La conférence de
presse des résultats annuels a été
le lieu de la révélation d’un problème de ressources humaines.
La plateforme aéroportuaire
genevoise a connu une hausse de
son trafic passagers de 4,95% l’an
dernier
DAVID HAEBERLI
t @David_Haeberli
CONJONCTURE
Le Nigeria est l’un des premiers partenaires commerciaux de la Suisse en Afrique. La visite du conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann à Lagos
doit renforcer les liens entre les deux économies. (STEFAN HEUNIS/AFP)
La Suisse mise sur une Afrique
chaotique, mais prometteuse
COMMERCE Le conseiller fédéral
Johann Schneider-Ammann conduit,
dès ce mercredi, une mission économique au Nigeria et en Côte d’Ivoire. Le
dynamisme du continent attire les
investisseurs étrangers
RAM ETWAREEA
t @ram52
Renvoi des élections en République
démocratique du Congo, tensions entre
l'Angola et son voisin congolais, enlèvement de jeunes filles au Nigeria par des
islamistes, répression contre l'opposition
en Tanzanie, le continent africain n'a pas
fini avec ses convulsions politiques. Il
n'empêche, telle une lame de fond, une
transformation économique s'y opère. Les
hommes d'affaires et investisseurs internationaux se mobilisent pour saisir les
opportunités qu'offre ce continent au
sous-sol riche et dont la population dispose d'un pouvoir d'achat en croissance.
La Confédération accompagne le mouvement. Ainsi, le conseiller fédéral chargé
de l'Economie, Johann Schneider-Ammann, conduit, dès ce mercredi, une mission économique au Nigeria (du 21 au
23 mars) et en Côte d'Ivoire (du 23 au
25 mars). Objectif: soutenir le secteur
privé suisse sur ces deux marchés. La
collaboration scientifique et la formation
professionnelle seront aussi abordées
avec les autorités ivoiriennes. Plusieurs
parlementaires et conseillers d'Etat
seront aussi de la partie. La dernière mission économique en Afrique au plus haut
niveau date de 2013. Johann Schneider-Ammann s'était alors rendu en
Afrique du Sud.
Tant le Nigeria que la Côte d'Ivoire sont
parmi les premiers partenaires africains
de la Suisse, avec une balance commerciale en leur faveur. Le premier est une
importante source d'approvisionnement
en produits pétroliers. Le second, premier
producteur mondial de cacao, alimente
les chocolatiers suisses.
Au total, la Suisse a importé pour
526 millions du Nigeria, contre des exportations de 185 millions. Pour la Côte
d'Ivoire, les importations étaient de
465 millions de francs, contre des exportations de 66,8 millions. Le nombre d'emplois induits par les investissements
suisses au Nigeria s'élevait en 2016 à 8685.
En Côte d'Ivoire, 3048.
suisse poursuivra son voyage et participera au Africa CEO Forum, un haut lieu
des rencontres du secteur privé africain,
à Abidjan. Cette manifestation, qui aura
lieu les 26 et 27 mars, a un fort ancrage
suisse. «Sa tenue sur sol genevois, une
année sur deux, constitue une courroie
de transmission de premier plan entre les
marchés africains et les entrepreneurs
suisses», explique Vincent Subilia,
vice-président de la Chambre de commerce, d'industrie et des services de
Genève.
«Les grandes
entreprises s’engagent
de plus en plus dans
ce continent et
investissent même
hors des pays
traditionnels»
Zone de libre-échange en cours
MICHAEL RHEINEGGER, MEMBRE DE LA
DIRECTION DU SWISS-AFRICAN BUSINESS CIRCLE
«Les grandes entreprises s'engagent de
plus en plus dans ce continent et investissent même hors des pays traditionnels», fait remarquer Michael Rheinegger,
membre de la direction du Swiss-African
Business Circle. Cette plateforme
d'échanges comprend près de 80 entreprises suisses qui y ont déjà pignon sur
rue. Parmi elles, ABB, Cotecna (inspections), Bellevue (fonds d'investissement)
et Ringier, éditeur et copropriétaire du
Temps. «Les conditions ne sont pas toujours faciles mais les entreprises ne
peuvent plus se permettre d'être
absentes», poursuit Michael Rheinegger.
Du reste, une partie de la délégation
Autre preuve, s'il en faut, de dynamisme
et d'ambition du continent africain: la
signature, ce mercredi, du traité instituant la Zone de libre-échange continentale (ZLEC). La décision d'instituer ce
marché commun africain date de 1991 et,
dans une première étape, huit communautés économiques régionales ont été
mises en place. Depuis 2015, un accord de
libre-échange réunit déjà trois d'entre
elles.
«Pour peu que le traité se concrétise et
sans un grand nombre de dérogations, le
ZLEC aura un impact majeur, explique
Gilles Carbonnier, professeur d'économie
à l'Institut des hautes études internationales et de développement. Nous parlons
d'un marché de 1,2 milliard d'habitants
qui en comptera 2,4 milliards en 2050.»
Et alors que l'Asie, l'Europe et l'Amérique
seront des continents vieillissants,
l'Afrique sera le continent d'avenir.
Gilles Carbonnier mentionne toutefois
deux obstacles. En premier, le continent
doit se doter d'infrastructures (transports, énergie) qui font cruellement
défaut. Ensuite, de nombreux Etats
auront de la difficulté à se passer des taxes
douanières du fait que celles-ci représentent encore une partie importante de
leurs recettes fiscales. n
L’économie suisse
affiche sa
meilleure forme
depuis 2015
La reprise de
l’économie suisse
se confirme. A la
faveur
essentiellement
d’une conjoncture
dynamique à
l’étranger, le
Secrétariat d’Etat
à l’économie
(Seco) a révisé en
hausse son
attente de
croissance
économique pour
2018, celle-ci
passant de 2,3 à
2,4%. Elle devrait
ralentir à 2% l’an
prochain. Son plus
haut niveau
depuis janvier
2015. ATS
Croissance de 2%
attendue en 2018
par les sondés
du KOF
A l’image du Seco,
le collège
d’économistes
sondés par le KOF
a revu en hausse
ses attentes de
croissance pour
l’économie suisse
cette année. Ils
tablent désormais
sur une
progression du
produit intérieur
brut (PIB) de 2%,
contre 1,9% en
décembre. ATS
Un cadre de l'Aéroport international de Genève (AIG) est sous
enquête, a-t-on appris ce mardi
lors de la conférence de presse
portant sur les résultats 2017. Le
directeur de l'AIG, André Schneider, a affirmé que l'enquête
interne est terminée et que les
actions «qui s'imposent» seront
prises suite à cette procédure.
La décision de l'aéroport sur
cette affaire est en préparation, a
dit le directeur, qui a précisé que
le conseil d'administration et le
conseiller d'Etat de tutelle, le PLR
Pierre Maudet, ont été «tenus au
courant». Evoquant la protection
de la personnalité, il n'a pas voulu
en dire plus.
Selon nos informations, l'enquête a été confiée à un juge expérimenté. Elle a été ouverte le
1er novembre. Son rapport de 68
pages est sur le bureau de la direction de l'AIG depuis le 12 février.
Les faits concernent un chef de
service, qui observe un arrêt
maladie depuis plusieurs
semaines. Deux membres de son
équipe font partie des plaignants.
L'un est en arrêt maladie et la
direction a demandé à l'autre de
rester chez lui. Suite aux auditions, le juge a inclus une troisième victime.
–2,3%
Le bénéfice net de l’Aéroport
de Genève a reculé de 2,3%
l’an dernier, à 78,9 millions
de francs.
Les faits relèveraient bien du
harcèlement moral et sexuel:
remarques dégradantes, rabaissement. Le cadre, employé de
l'AIG depuis dix ans, aurait tenu
un classement des collaboratrices
selon leur physique et les aurait
informées de leur évolution dans
son «top 5». L'avocat du cadre précise qu'il a des «contestations de
fonds assez substantielles» à
apporter suite au rapport du juge.
Cette révélation a eu lieu durant
la présentation des résultats d'un
exercice 2017 que le directeur a
qualifié de «très bonne année». Le
nombre de passagers, en hausse,
a atteint 17,4 millions. André Schneider a insisté: la hausse des
mouvements n'a pas été proportionnelle, grâce à de meilleurs
taux de remplissage d'avions plus
spacieux. Le trafic passagers a
ainsi connu une hausse de 4,95%
alors que le nombre de mouvements a évolué de 0,49%.
Chiffre d’affaires
en progression de 4,7%
Le chiffre d'affaires est monté à
466,4 millions de francs (+4,7%),
pour un bénéfice de 78,9 millions
(–2,3%). La moitié reviendra à
l'Etat de Genève. La redevance
passagers couvre 43% des revenus
contre 10% pour la redevance
atterrissage. La part des activités
commerciales se monte à 21%.
Parmi elles, les activités de change
assurent 25%, les locations de voitures 21%, le commerce de détail
17,47%, la restauration 16,39% et
le duty free 15,85%.
André Schneider a insisté sur
l'importance d'un processus en
cours avec la Confédération visant
à définir les paramètres de l'activité de l'aéroport à l'horizon 2030.
Ce plan sectoriel de l'infrastructure aéronautique (PSIA) a été mis
en consultation jusqu'à la semaine
dernière. Soixante-deux communes genevoises, vaudoises et
françaises ont fait part de leur
opposition. L'Office fédéral de
l'aviation civile va les étudier
avant que le Conseil fédéral n'apporte son verdict, dans le second
semestre 2018. n
CONTRÔLE AÉRIEN
Skyguide dans le rouge
La société suisse de contrôle aérien Skyguide boucle
l’exercice 2017 avec un déficit de 10,5 millions de francs.
Ce résultat d’exploitation négatif est dû à une provision
pour la caisse de pension Skycare. Le chiffre d’affaires a
progressé de 3,4% pour atteindre 470,3 millions de
francs. Les charges d’exploitation ont augmenté de
13,8%, à 480,8 millions de francs, essentiellement en
raison d’une provision extraordinaire de 53 millions de
francs pour Skycare.
En 2017, Skyguide a contrôlé 1,24 million de vols, en
croissance de 3,2% par rapport à l’année précédente.
Cette hausse s’explique par le prix relativement bas du
pétrole, la reprise économique dans la zone euro et l’amélioration de la sécurité en Europe.
Pas moins de 97% des vols n’ont enregistré aucun retard
(97,2% en 2016). Les redevances de route ont été majorées de 0,1%, alors que celles d’approche sur les aéroports
de Genève et Zurich ont été réduites de 0,9%. n ATS
EN BREF
Chute du bénéfice pour Orell
Füssli l’an dernier
BKW a surmonté la faiblesse
des prix de l’électricité
Scandale des moteurs diesel:
perquisitions chez BMW…
… et chez Volkswagen
en Allemagne
Comme attendu, Orell Füssli a vu sa rentabilité
chuter en 2017. Suite à un correctif de valeur
passé pour Atlantic Zeiser, actif dans les
systèmes d'impression numérique, le groupe
zurichois affiche un bénéfice net en repli de près
de moitié à 6,4 millions de francs. Son chiffre
d'affaires s'est tassé, passant en l'espace d'un an
de 298,9 millions à 288,5 millions. Pour 2018,
l'entreprise zurichoise s'attend à une situation
difficile, ses revenus devant diminuer. ATS
BKW a enregistré de nouveaux résultats en
croissance l'an dernier, malgré le bas niveau des
prix de l'électricité. Le groupe énergétique
bernois a vu son bénéfice net bondir de 15,9%,
pour atteindre 271 millions de francs. Le chiffre
d'affaires s'est amélioré de 5,1%, à 2,58 milliards
de francs. Le résultat opérationnel d'exploitation
(EBIT) a gagné 9,6% à 379 millions. Pour l'année
en cours, BKW table sur un résultat EBIT
compris entre 340 et 360 millions de francs. ATS
BMW a fait l'objet mardi de plusieurs
perquisitions menées par le parquet de Munich,
qui le soupçonne d'une manipulation sur les
émissions des milliers de véhicules diesel, ce
qu'il nie. Les enquêteurs entendent vérifier
l'installation par la marque premium d'un
logiciel utilisé pour manipuler les émissions
polluantes de moteurs diesel de modèles des
séries 5 et 7, après avoir été avisés fin février par
l'autorité allemande du secteur KBA. ATS
Volkswagen (VW) a annoncé que son siège social
avait de nouveau fait l'objet de perquisitions par
le Ministère public allemand début mars,
confirmant une information de l'hebdomadaire
WirtschaftsWoche. Le parquet de Brunswick a
ouvert une enquête sur des soupçons de
manipulation de marché chez VW afin de
déterminer s'il a minimisé les émissions de
dioxyde de carbone (CO2) d'un nombre de
véhicules plus élevé qu'il ne l'a reconnu. ATS
LE TEMPS
MERCREDI 21 MARS 2018
18 Carnet du jour
CONVOIS FUNÈBRES
DEUIL
LAUSANNE
14 h 30: M. Jean-Marie ObersonSonney; centre funéraire de Montoie,
chapelle A.
15 h: M. Gilbert Dewarrat-Monnard;
centre funéraire de Montoie, chapelle B.
VAUD
Bex – 14 h: M. Alex Genet; temple.
Champtauroz – 13 h 30: Mme Juliette
Thuner-Gilliand; temple.
Cully – 14 h: M. Ulysse Held; temple.
Granges-Veveyse – 14 h: Mme Eliane
Margot-Ditzler; chapelle.
Maracon – 14 h: Mme Rose-Marie
Volet-Serex; église.
Vevey – 10 h: M. Andrea Sottile; église
St-Jean.
Vevey – 14 h: Mme Hanna StubyMonhart; temple St-Martin.
FRIBOURG
Arconciel – 14 h 30: Mme Huguette
Carrel; église.
Granges-Paccot – 14 h: M. Bernard
Cuennet; centre funéraire.
Promasens – 14 h 30: M. Léon
Périsset-Carrard; église.
Villars-sur-Glâne – 14 h 30: M. Franz
Ebener; église.
JURA
Delémont – 14 h: M. Claude Galeuchet;
église.
Le Noirmont – 14 h: M. mario
Pomodoro; église.
NEUCHÂTEL
Cressier – 14 h: Mme Sylvia Ruedin;
église catholique.
Dombresson – 13 h: Mme Cécile
Béal-Lacombe; temple.
Neuchâtel – 14 h: Mme Juliane Cortina;
centre funéraire.
VALAIS
Ardon – 17 h: M. Joseph Genetti;
église.
Chermignon-d’en-Haut – 17 h: M.
Emmanuel Robyr; église.
Martigny-Bourg – 10 h: M. victor
Terretaz; église.
Sion – 10 h 30: Mme Irma BiollazBurrin; église St-Guérin.
Vissoie – 15 h: M. Francis Massy; église.
Vouvry – 16 h 30: M. Antonio
Rodriguez Horta; église.
GENÈVE
Carouge – 14 h 30: M. Lino Carota;
chapelle de La Providenzia.
Genève – 10 h: Mlle Clara Ingrid
Hoffmann; cathédrale St-Pierre.
Genève – 11 h 15: Mme Suzanne
Zwahlen; centre funéraire de
Saint-Georges.
Genève – 14 h 45: M. Gabriele Fiucci;
centre funéraire de Saint-Georges.
Genève – 15 h 45: Mme Claire-Lise
Chopineau; centre funéraire de
Saint-Georges.
Genève – 16 h: Mme Thérèse Dubuis;
centre funéraire de Saint-Georges.
Vernier – 14 h 30: M. Aloys Emery;
église.
TÉLÉPHONES UTILES
NUMÉROS D’URGENCE
Ambulances: Tél. 144
Police Secours: Tél. 117
Sauvetage du lac: Tél 117
Pompiers: Tél. 118
Secours routier: Tél. 140
La Main tendue: Tél. 143
Centre d’information
toxicologique: Tél. 145
Aide pour enfants
Pro Juventute: Tél. 147
REGA: Tél. 1414
Air Glaciers: Tél. 1415
PAUL GENTON
1928-2018
Je salue mes amis, tout particulièrement mes T C F en leurs grades et qualités, et les informe
de mon passage de l’autre côté, fidèle à mes convictions philosophiques.
Je pars confiant dans une justice immanente qui, si elle fera fondre le malheur sur les méchants,
ne manquera pas d’apporter dans le même temps tout le bonheur du monde aux gentils dont, tout
particulièrement à ma très chère Liliane qui a partagé avec moi pendant toutes ces années un idéal
fait de liberté, d’égalité et de probité.
Après avoir mis mon corps à la disposition de la médecine, je confie sans regret mes cendres aux vents
pour qu’elles retournent là d’où elles viennent… et qu’un jour tout recommence!
MURITH
CARNET DU JOUR
Pour tout faire-part de décès,
l’avis de remerciement de la famille est offert
Le Temps publicité:
Tél. +41 58 269 29 00
E-mail: carnets@letemps.ch
LE TEMPS
HÔPITAUX ET CLINIQUES
GENÈVE
HUG: Tél. 022 372 33 11
HUG Urgences adultes:
Tél. 022 372 81 20
HUG Urgences de gynécologie
et d’obstétrique: Tél. 022 372 42 36
HUG Urgences ophtalmologiques:
Tél. 022 372 84 00
HUG Urgences pédiatriques:
Tél. 022 372 45 55
HUG Urgences psychiatriques:
Tél. 022 372 38 62
HUG Prévention suicide:
Tél. 022 372 42 42
HUG Ophtalmologie:
Tél. 022 382 84 00
Hôpital de La Tour: Tél. 022 719 61 11
Centre médico-chirurgical
des Eaux-Vives: Tél. 022 718 03 80
Centre médico-chirurgical Grand-Pré:
Tél. 022 734 51 50
Clinique de Carouge: Tél. 022 309 45 45
Clinique La Colline: Tél. 022 702 21 44
Clinique Générale-Beaulieu:
Tél. 022 839 54 15
Clinique des Grangettes:
Tél. 022 305 01 11
Urgences adultes: Tél. 022 305 07 77
Urgences enfants: Tél. 022 305 05 55
Clinique et permanence d’Onex:
Tél. 022 709 00 00
Clinique dentaire de Genève:
Tél. 022 735 73 35
Garde pédiatrique de Lancy:
Tél. 022 879 57 00 (Jour)
Tél. 0844 022 022 (Soir sur RDV)
SOS médecins à domicile:
Tél. 022 748 49 50
SOS Infirmières: Tél. 022 420 24 64
VAUD
CHUV: Tél. 021 314 11 11
Hôpital de l’enfance:
Tél. 021 314 84 84
Hôpital ophtalmique:
Tél. 021 626 81 11
Centrale des médecins de garde du
canton de Vaud: Tél. 0848 133 133
Centre de la main:
Tél. 021 314 25 50
Clinique Cecil: Tél. 021 310 50 00
Clinique de Montchoisi:
Tél. 021 619 39 39
Clinique Bois-Cerf:
Tél. 021 619 69 69
Clinique de La Source:
Tél. 021 641 33 33
Clinique de Genolier:
Tél. 022 366 90 99
Centre hospitalier Yverdon:
Tél. 024 424 44 44
Hôpital Saint-Loup: Tél. 021 866 51 11
Hôpital d’Orbe: Tél. 024 442 61 11
Hôpital La Vallée, le Sentier:
Tél. 021 845 18 18
Hôpital Riviera-Chablais, Vevey:
Tél. 021 923 40 00
Hôpital Riviera-Chablais, Montreux:
Tél. 021 966 66 66
Centre hospitalier de La Côte, Morges:
Tél. 021 804 22 11
Hôpital de Rolle: Tél. 021 822 11 11
Hôpital de Gilly: Tél. 021 822 47 00
Clinique La Lignière, Gland:
Tél. 022 999 64 64
Hôpital de Nyon: Tél. 022 994 61 61
Hôpital du Pays-d’Enhaut,
Château-d’Œx: Tél. 026 923 43 43
Hôpital Riviera-Chablais, Aigle:
Tél. 024 468 86 88
Policlinique médicale universitaire:
Tél. 021 314 60 60
Permanence PMU-Flon:
Tél. 021 314 90 90
FRIBOURG
Hôpital cantonal: Tél. 026 306 00 00
NEUCHÂTEL
Hôpital Pourtalès, Neuchâtel:
Tél. 031 713 30 00
Hôpital La Chaux-de-Fonds:
Tél. 032 967 21 11
Hôpital de la Providence:
Urgences médicales et chirurgicales
Tél. 032 720 30 46
VALAIS
Hôpital de Sion: Tél. 027 603 40 00
Hôpital de Sierre: Tél. 027 603 70 00
Hôpital Martigny: Tél. 027 603 90 00
Hôpital Riviera-Chablais, Monthey:
Tél. 024 473 17 31
Permanence médicale du Chablais:
Route de Morgins 54, Monthey,
024 473 11 46, ouverte du lundi
au vendredi de 9h à 18h,
avec ou sans rendez-vous.
JURA
Hôpital de Delémont: Tél. 032 421 21 21
Hôpital de Porrentruy: Tél. 032 465 65 65
ADRESSES DE POMPES FUNÈBRES
EN SUISSE ROMANDE
GENEVE
Pompes Funèbres Officielles Ville
de Genève: Tél. 022 418 60 00
Pompes Funèbres Générales Genève SA:
Tél. 022 342 30 60, www.pfg-geneve.ch
A. Murith SA: Tél. 022 809 56 00,
www.murith.ch
VAUD
Pompes funèbres officielles
de la Ville de Lausanne:
Tél. 021 315 45 45
Blanchet & Wiesmann SA:
www.blanchet-wiesmann.ch
Renens, Tél. 021 636 13 13
Cossonay-Ville: Tél. 021 861 13 13
Nyon: Tél. 022 362 33 33
Cassar Pompes Funèbres SA:
www.cassar.ch
Lausanne: rue du Tunnel 7,
Tél. 021 329 08 10.
Aigle: tél 024 466 46 56
Aubonne: Tél. 021 808 62 88
Bex: tél : 024 463 35 79
Carrouge: Tél. 021 903 26 24
Corcelles-le-Jorat: Tél. 021 903 18 69
Château-d’Oex: Tél. 026 924 40 00
Chexbres: Tél. 021 946 24 01
Echallens: Tél. 021 882 23 35
Froideville: Tél. 021 881 15 20
Goumoens-la-Ville: Tél. 021 881 56 94
La Tour-de-Peilz: Tél. 021 944 00 54
Le Mont-sur-Lausanne:
Tél. 021 653 06 12
Mézières: Tél. 021 903 23 38
Montreux: Tél. 021 964 46 46
Morges: Tél. 021 801 06 08
Morrens: Tél. 021 731 16 55
Moudon: Tél. 021 905 28 28
Nyon: Tél. 022 361 80 10
Orbe: Tél. 024 441 15 55
Oron-la-Ville: Tél. 079 398 80 15
Rolle: Tél. 021 825 50 60
Villeneuve: Tél. 021 960 30 20
Vuibroye: Tél. 021 907 79 18
Yverdon-les-Bains: Tél. 024 425 27 27
Eggs F. & Fils: Territet, av. de Chillon 74,
Tél. 021 963 44 24, www.pfeggs.com
Fischer Manfred Sàrl: Chavornay,
le Verneret 27A, Tél. 024 441 13 38
Florideuil: Lausanne,
av.William-Fraisse 1, Tél. 021 616 05 97
Funeradog: Pampigny.
rte de la Moutonnerie 3A,
Tél. 021 800 08 33
Funesta: Aigle, rue de Jérusalem 2,
Tél. 024 471 91 91
François Schneiter et fils,
Yverdon-les-Bains et environs:
www.schneiteretfils.ch
rue du Buron 2, Tél. 024 425 73 43.
Gaillard et Pittet SA pompes Funèbres:
Morges, av. de Vertou 8,
Tél. 021 801 23 43
Bière: Tél. 021 809 51 60
Nyon: Tél. 022 361 05 05
Perroy: Tél. 021 825 30 40
Gavillet SA Pompes funèbres:
Montreux, avenue des Alpes 90bis,
Tél. 021 963 27 32
Vevey: Tél. 021 922 89 11
Générales SA:
Montreux, avenue des Alpes 90bis,
Tél. 021 963 10 43
Vevey, boulevard Paderewski 12,
Tél. 021 922 89 13
Le Sépey, route de Leysin 35,
Tél. 024 491 18 51
Echallens, Grand-Rue 7,
Tél. 021 882 20 22
Lucens, avenue de la Vignette 25,
Tél. 021 906 60 44
Lausanne, rue du Maupas 6,
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ISSN 1423-3967
No CPPAP: 0413 N 05139
Journal imprimé
sur papier certifié FSC®
MERCREDI 21 MARS 2018
LE TEMPS
Source: Bloomberg
Finance 19
SMI / CLÔTURE: 8847,29
STOXX EUROPE 600 / CLÔTURE: 375,57
S&P 500 / 18H: 2715,47
TOPIX (TOKYO) / CLÔTURE: 1716,29
OBLIGATIONS
TAUX DE CHANGE
Performance sur 3 mois: -5,71%
Performance sur 3 mois: -3,43%
Performance sur 3 mois: +1,91%
Performance sur 3 mois: -5,08%
Taux à 10 ans
En francs
9600
403
2830
2780
1880
2
9280
393
1820
1
2730
2680
2630
383
8960
373
363
8640
14 décembre
20 mars
14 décembre
1760
0
2580
1700
-1
2530
1640
14 décembre
20 mars
20 mars
Etats-Unis 2,875%
Europe 0,585%
20 mars
Euro 1,1708
1,10
1,05
1,00
Suisse 0,086%
Dollar 0,9548
0,95
0,90
-2
14 décembre
1,15
14 décembre
20 mars
14 décembre
20 mars
Dans le négoce, l’après-pétrole attendra
MATIÈRES PREMIÈRES Réunis à Lausanne, les barons du négoce mondial ne craignent ni une guerre commerciale, ni les tensions
avec la Russie. Les marchés ont appris à faire avec la géopolitique, alors que le pétrole reste toujours incontournable
ADRIÀ BUDRY CARBÓ
t @ AdriaBudry
La révolution des matières premières attendra encore un peu.
Dans le salon très «Belle Epoque»
de l’hôtel Beau-Rivage de Lausanne, les patrons des principales
maisons de négoce ont rappelé
mardi le rôle prépondérant du
pétrole dans l’économie mondiale,
à l’occasion du forum des matières
premières, le FT Commodities
Global Summit.
Le patron du trader Gunvor,
Torbjörn Törnqvist, s’est notamment attelé à déboulonner le
mythe d’un pic de la demande:
«Dans dix ans, la consommation
de pétrole continuera à augmenter, portée par la demande des
pays émergents en énergies fossiles.» Et ce, malgré le momentum
des voitures électriques dont les
ventes affichent une hausse de
50%. Elles ne représentent encore
qu’un infime pourcentage du parc
automobile mondial. Et plus de
80% de la consommation d’énergie
globale provient toujours de
l’énergie fossile.
Le cobalt tousse,
le cuivre sourit
D’autant que les extracteurs des
métaux nécessaires à la fabrication
des batteries toussotent déjà. La
production mondiale de cobalt,
dont les cours ont pris l’ascenseur,
est consommée à plus de deux tiers
par les composants électriques. Si
de nouveaux gisements ne sont pas
exploités, un goulot d’étranglement menace pour 2020 déjà. «Les
véhicules électriques ont un
impact beaucoup plus important
sur les minerais que sur le pétrole»,
a contrasté Jeremy Weir, directeur
de Trafigura, en rappelant l’écart
entre offre et demande.
A noter que le trader zougois
Glencore, qui a annoncé vouloir
tripler sa production de cobalt
d’ici là, vient d’investir 1,7 milliard
de dollars pour acquérir 82% des
parts de la mine australienne de
charbon Hail Creek. Le nouveau
monde n’est pas près de changer
l’ancien.
Les tensions géopolitiques?
«Business as usual»
Sur le plan géopolitique, aucun
des grands patrons de maison de
négoce ne semblait s’inquiéter
outre mesure d’une possible
«guerre commerciale». L’instauration par Donald Trump de droits
de douane de 25% sur l’acier et de
10% sur l’aluminium avait déjà été
tentée en 2002 par George
W. Bush. Les négociants lui ont
survécu.
La réélection de Vladimir Poutine à la tête de la Russie, jusqu’en
Un sucre nommé EverSweet
MATIÈRE PREMIÈRE La biotech
suisse Evolva et le géant américain du
négoce Cargill ont annoncé mardi l’exploitation de la stévia pour créer un
concurrent au sucre de canne et de
betterave
Cargill, le géant américain de négoce
de matières premières, a commencé
mardi la production d’un sucre à partir de stévia dans l’une de ses usines
aux Etats-Unis. Dans un communiqué
publié mardi, Evolva, la biotech bâloise
partenaire de Cargill, affirme
qu’EverSweet est une alternative naturelle sans calorie et correspond à la
demande de produits sains. La stévia
est une plante originaire d’Amérique
du Sud, où elle est connue depuis des
siècles comme l’«herbe à sucre».
Ce n’est pas la première fois que le
marché du sucre de canne et de betterave est défié par un concurrent. Les
édulcorants de synthèse ont été introduits sur le marché depuis plusieurs
décennies. Toutefois, les grands acheteurs de sucre, notamment les fabricants de limonades, préfèrent toujours
le sucre naturel. Selon Cargill, plusieurs industriels s’intéressent déjà à
EverSweet.
Evolva compte sur EverSweet pour
redresser ses comptes. Selon les résultats
publiés mardi, elle a creusé ses pertes en
2017 à 39 millions de francs, contre
35 millions en 2016. L’entreprise attribue
le recul de son chiffre d’affaires à la réduction de ses activités en recherche et développement sous contrat. n
RAM ETWAREEA
t @rametwareea
BOURSE
MARCHÉ DE ZURICH
Belles performances
des horlogères
Le marché suisse a ouvert la séance
de mardi en progression de 0,33% à
8840,05 points. La prudence reste de
mise dans l’attente de la réunion de la
Réserve fédérale qui se tiendra
mercredi. Les investisseurs se
focalisent aussi sur la réunion des
ministres
LE TITRE VEDETTE
des Finances
Richemont
du G20 qui
+2,18%
discuteront
87,00
des menaces
86,50
de guerre
86,00
commerciale.
85,50
Le SMI a
9h00
17h30 clôturé en
Source: Bloomberg
hausse de
0,41% à
8847,29 points et le SPI de 0,36% à
10 312,43 points. Les valeurs du luxe
ont une nouvelle fois occupé le haut
du tableau: Swatch a engrangé 2,15%
à 413,60 francs et Richemont 2,18% à
87,32 francs. En effet, les ventes
horlogères à l’international ont
progressé de 12,9% sur un an à 1,69
milliard de francs le mois dernier. Sur
les deux premiers mois de 2018, les
exportations se sont inscrites à 3,3
milliards de francs, en augmentation
de 12,8%. Hongkong, les Etats-Unis et
la Chine, les trois principaux
débouchés, ont particulièrement
soutenu cette performance. Les
bancaires ont également fait la course
en tête. UBS s’est apprécié de 1,47% à
17,59 francs, Credit Suisse de 1,05% à
17,315 francs et Julius Baer de 1,28% à
61,50 francs. Pour sa part, Novartis
(+0,23% à 77,54 francs) a conclu avec
deux instituts américains un accord
de collaboration et de licence portant
sur le développement de nouveaux
biomatériaux destinés à administrer
des traitements d’immunothérapie.
Roche (+0,02% à 219,40 francs) a
publié des résultats d’une étude avec
Tecentriq et obtenu une
homologation pour un nouveau
dosage du Mircera au Japon. Le
troisième poids lourd Nestlé (-0,13% à
75,80 francs) a cédé quelques points.
Enfin, Swisscom a chuté de 4,64% à
479,30, signant la plus mauvaise
performance du SMI. Sur le marché
élargi, Evolva a gagné un 1,7% après
avoir fortement augmenté au cours
de la séance. n BCGE, SALLE DES MARCHÉS
PUBLICITÉ
2024, a à peine été évoquée. Il est
vrai que l’ancien officier du KGB,
65 ans, souffle le chaud et le froid
«Dans dix ans, la
consommation de
pétrole continuera
à augmenter,
portée par la
demande des pays
émergents en
énergies fossiles»
TORBJÖRN TÖRNQVIST,
PATRON DE GUNVOR
sur son pays depuis vingt ans.
Martin Wolf en a vu d’autres. L’éditeur du Financial Times, 72 ans,
rappelait lors d’un panel, qu’en
quarante ans, les tensions géopolitiques n’avaient jamais affecté les
relations énergétiques entre l’Est
et l’Ouest.
Les négociants n’avaient pas non
plus l’air de croire à un «âge d’or»
de l’énergie américaine. Malgré la
réouverture des forages de pétrole
de schiste, qui a fait des Etats-Unis
le deuxième producteur de brut
au monde (dix millions de barils
par jour), le cours du brut a repris
des couleurs et s’échange au-dessus de 65 dollars. Un mirage il y a
deux ans.
Rendement limité pour
les hydrocarbures de schiste
Pas de quoi changer le paradigme mondial pour Andrew
MacKenzie, directeur général du
mineur australien BHP Billiton.
«Le fait est que les hydrocarbures
de schiste continueront à offrir de
bons retours sur investissement
pendant dix ans. Mais cela ne
durera pas éternellement», prévient-il en évoquant le déclin naturel des forages de schiste et la
consécutive hausse de leurs coûts
d’exploitation.
En ouverture du sommet, le
directeur de BHP Billiton soulignait que c’est la croissance de la
population mondiale et l’urbanisation des pays émergents qui
représentaient, pour lui, les principaux vecteurs de croissance
pour l’industrie des matières
premières. Difficile de prendre la
mesure de cette affirmation
depuis les salons feutrés du
Beau-Rivage. Les barons du
négoce qui se sont succédé mardi
sur les cinq premiers panels
étaient tous des hommes occidentaux d’âge moyen. Dans le
négoce, on reste encore dans
l’entre-soi. n
LE TEMPS
MERCREDI 21 MARS 2018
20 Sport
Matt Walker, le routard du foot
PORTRAIT L’Anglais Matt Walker parcourt les stades d’Europe depuis juin 2017. Son objectif: voir au moins un match dans chacun
des 55 pays affiliés à l’UEFA. Samedi 17 mars, Saint-Gall-Grasshopper était l’étape 47 de son périple
fois tous les quinze jours. Pour moi,
c’était prioritaire.» Il est arrivé la
veille en Suisse, depuis la Slovaquie.
Il a visité ce qui était gratuit, l’abbaye, et payé 12 francs pour la bibliothèque. Il avait rendez-vous avec un
fan saint-gallois, qui l’a invité. «J’ai
bien aimé quand les fans de
Grasshopper se sont mis torse nu
sous la neige.» Matt est reparti avec
une écharpe du FC Saint-Gall, club
fondé en 1879. «La même année que
mon club, Fulham.»
Au-delà de l’anecdote, le routard
du ballon a pu prendre la mesure
des grandes mutations à l’œuvre
dans le football européen. «A l’Est,
j’ai vu de grands clubs historiques
jouer devant 500 spectateurs. Dans
les anciennes républiques soviétiques, les ligues nationales sont
mortes. Elles ont eu un rôle symbolique au moment de l’indépendance,
mais aujourd’hui, elles n’intéressent
plus personne, et je pense qu’à
LAURENT FAVRE, SAINT-GALL
t @LaurentFavre
Une dernière cuillerée de bircher
(«Comment vous dites que ça s’appelle?»), un coup d’œil à sa montre
et Matt Walker est déjà prêt à repartir, mû par une impérieuse nécessité. «Je ne voudrais pas rater
Vaduz-Schaffhouse.»
Matt Walker est Anglais, donc facilement soupçonnable d’être un peu
excentrique. Brûler d’envie d’aller
voir de la Challenge League un
dimanche sous la neige au
Liechtenstein ne relève pourtant
d’aucune forme bizarre de perversion. Ce n’est que la suite logique
d’une idée toute simple et très belle.
L’an dernier, ce passionné de football, de voyages et de photographie
a mis entre parenthèses sa vie de
statisticien au Ministère de la justice
pour concrétiser un vieux rêve:
suivre durant une saison au moins
un match de championnat dans
chacun des 55 pays affiliés à l’UEFA.
Le projet, baptisé «55 Football
Nations», a débuté le 2 juin 2017 par
la victoire 2-0 du Lokomotiv Tbilissi
sur Dila Gori. Dila recevait mais le
match était délocalisé à Tbilissi,
devant quelques centaines de spectateurs. «L’entrée était gratuite
parce que la vente des tickets n’aurait pas remboursé les frais d’impression», se souvient Matt, alias
«55FN». Le ton était donné.
Le Londonien a depuis suivi des
affiches aussi improbables que Breidablik-Valur (Islande), Taraz-Aktobe
(Kazakhstan), Bray Wanderers-Drogheda United (Eire), Doxa Katokopias-Alki Oroklini (Chypre) ou Glacis
United-Europa (Gibraltar). S’il a
parfois été accrédité comme journaliste («A Plovdiv, le chef de presse
était la seule personne dans le stade
à parler autre chose que le bulgare»),
Matt Walker préfère suivre les
matches au milieu du public. «En
moyenne, j’ai dépensé 14 livres
[18,70 francs] pour un ticket.» Pour
chaque match, il a deux obligations:
se prendre en photo dans le stade et
goûter à la bière locale.
Les premiers articles dans
quelques médias influents lui ont
rapidement offert une notoriété
internationale. Son aventure parle
à beaucoup de gens, qui rêvent parfois d’un monde sans Ligue des
champions, sans Big 5, sans Ballon
d’or, sans Clasico. Ces fans, qui
vivent plus qu’ils ne «consomment»
Il est arrivé à
Saint-Gall depuis
la Slovaquie. Il a
visité ce qui était
gratuit, l’abbaye, et
payé 12 francs pour
la bibliothèque
Kosovo, pays de Galles, Estonie… quelques-unes des étapes de Matt Walker. (DR)
Un palmarès subjectif
GUIDE Mike Walker donne quelques-uns de
ses coups de cœur
Meilleure ville pour le tourisme: «Tbilissi.
C’est très beau, très original, pas cher, avec
beaucoup de petites excursions d’une journée
autour de la ville. A visiter rapidement, avant
que cela ne change trop.»
Meilleure ville pour le football: «Trabzon.
La Turquie est unique. Son championnat allie
à la fois un très bon niveau, un jeu très offensif et des fans complètement fous. Au contraire
d’Istanbul, où la ville est partagée entre plusieurs équipes, à Trabzon tout le monde est
derrière les rouge et bleu.»
Meilleur stade: «Arena Nationala, le stade
national de Bucarest. Absolument magnifique.
Mais il n’y avait que 2000 ou 3000 spectateurs
sur 60 000 places.»
Meilleur match: «Drita-Liria Prizren (4-3), le
18 novembre au Kosovo. C’était complètement
fou et inattendu. L’équipe locale mène 3-1, se
fait rejoindre à 3-3, et finit quand même par
gagner. Les spectateurs sont passés par toutes
les émotions.»
Meilleure équipe: «Atlético Madrid. Je les ai
vus gagner 5-2 à Séville. Je crois qu’ils seraient
facilement champions dans toutes les ligues
autres que la Liga.»
Meilleur joueur: «Antoine Griezmann. Il a
marqué un triplé contre Séville et un quadruplé le match d’après. J’ai vu peu de grosses
équipes, et donc peu de très grands joueurs,
mais il en fait assurément partie. Avec lui, le
football a l’air si simple!»
Meilleur espoir: «David Hancko, un jeune défenseur central du MSK Zilina. Vous savez quand
vous avez un pressentiment sur un joueur? Lui,
je serais surpris qu’il reste longtemps en Slovaquie.» n PROPOS RECUEILLIS PAR L. FE
le foot, le suivent sur son site internet (www.55footballnations.com) et
l’accueillent les bras ouverts. «Souvent, des gens se sont proposés pour
me servir de guide, m’inviter au
match ou au restaurant, parfois
m’héberger. Je n’ai jamais été réellement seul.» En Turquie, Matt a
rencontré Ergil. «Un supporter très
drôle et absolument charmant qui
fumait des dizaines de cigarettes par
jour et mettait des dizaines de
sucres dans son thé. Il m’avait
contacté par e-mail mais en fait il ne
parlait pas un mot d’anglais. Il faisait
tout par Google Translate, ce qui
prenait un temps fou.»
Matt Walker a cependant déçu
beaucoup de fans en établissant son
itinéraire d’abord selon des critères
logistiques. Saint-Gall avait l’avantage d’être proche du Liechtenstein.
«Vaduz ne joue à domicile qu’une
terme elles vont fusionner. A Tbilissi
par exemple, le match décisif pour
le titre, avec un penalty manqué à la
dernière minute, n’a attiré que 4000
à 5000 spectateurs. Les vieux fans
sont nostalgiques de l’époque où
leur club jouait contre le Spartak
Moscou ou le Dynamo Kiev. Les
jeunes, eux, soutiennent le Real
Madrid ou Manchester City.»
Un autre phénomène l’a frappé:
«Le déséquilibre des ligues
moyennes. A Chypre, en Biélorussie, en Bulgarie, dans les pays
Baltes, celui qui dispute la Ligue des
champions écrase tout au niveau
national», constate Matt Walker.
Mais si le football se déshumanise,
les tribunes demeurent accueillantes et les gens «étonnamment
sympathiques. Le football est partout un langage commun et un
excellent moyen d’entamer une
conversation.» n
Le Tessin veut pouvoir identifier les fans violents
SÉCURITÉ Après un match houleux à
Ambri, le canton entend obliger les clubs
à s’équiper de systèmes informatiques
identifiant les supporters. Certains crient
au délire sécuritaire
Des mesures «fortes». C’est ce que Norman Gobbi (Lega), directeur du Département des institutions, a soumis aux
clubs de hockey et de football tessinois
de séries A et B pour éviter les débordements violents lors des matchs. Ceux
qui s’y opposeront se verront empêchés
par son département de jouer devant
un public.
Reconnaissance facilitée
Les stades tessinois devront désormais
s’équiper de systèmes informatiques
identifiant les supporters et leur document d’identité. Objectif: faciliter la
reconnaissance des responsables en cas
de violences. Il devra encore être décidé,
avec les clubs, si le dispositif doit être
adopté partout ou seulement dans le
secteur des visiteurs.
Il s’agit ainsi pour Norman Gobbi,
ancien arbitre de hockey, de «donner
une réponse forte» à la suite des émeutes
survenues à la patinoire de la Valascia,
dans le nord du Tessin, le 14 janvier. Des
affrontements entre partisans des clubs
de Lausanne et Ambri – des explosifs
ont été lancés, des bancs volés… – ont
impliqué une soixantaine de supporters
suisses, forçant la police à intervenir en
tirant des balles de caoutchouc.
«Insoutenable»
Contacté par Le Temps, le directeur
des Institutions, qui considère la situation actuelle «insoutenable», affirme
que là où le dispositif technologique a
déjà été appliqué, notamment à Zoug,
les violences ont été substantiellement
réduites. «La petite minorité violente
nuit gravement à l’image du sport et des
sociétés sportives, et fait monter en
flèche les coûts liés à la sécurité,
publique et privée. Ces mesures ont un
effet dissuasif, car les chances pour les
auteurs de violences de rester impunis
diminuent drastiquement.»
Cependant, certains s’opposent au
«délire sécuritaire» de Norman Gobbi,
à l’instar de l’association de supporters
Gioventù Biancoblù qui dans un communiqué condamne ses mesures comme
«répressives et inutiles».
Directeur sportif du Football Club
Chiasso, Nicola Bignotti faisait valoir
dans le dominical tessinois Il Caffè que
les clubs dépensent déjà des sommes
considérables pour la sécurité, supé-
«On ne peut pas dire
que la violence est un
problème sportif; elle
est partout. Seulement,
les événements sportifs
regroupent beaucoup de
personnes et sont plus
sujets aux
débordements»
JEAN-JACQUES AESCHLIMANN, DIRECTEUR
GÉNÉRAL DU HOCKEY CLUB LUGANO
rieures à celles qu’ils encaissent avec la
vente des billets. «Plusieurs seraient en
grande difficulté s’ils devaient encore
investir dans de nouveaux instruments
de contrôle, dont nous ignorons l’efficacité.» Il ajoute encore que les mesures
imposées risquent fort d’éloigner les
supporters pacifiques – qui représentent tout de même 99,9% des spectateurs.
Des dispositifs et des problèmes
Pour sa part, Jean-Jacques Aeschlimann, directeur général du Hockey Club
Lugano, signale qu’il a eu connaissance
des éventuelles mesures sécuritaires
par la presse. «Il faudra voir en quoi elles
consistent exactement, si elles sont
envisageables, quand elles seraient
implantées et quels sont leurs coûts, ce
qui pourrait être problématique pour
les petits clubs.» Ces dispositifs créeront des problèmes, soutient-il, parce
que tous les fans n’accepteront pas de
se faire identifier.
Le thème de la sécurité ne sort pas de
nulle part, reconnaît Jean-Jacques
Aeschlimann, estimant que ce qui s’est
passé à la Valascia est inacceptable. «La
violence ne peut être tolérée. Cela dit,
on ne peut pas dire que la violence est
un problème sportif; elle est partout.
Seulement, les événements sportifs
regroupent beaucoup de personnes et
sont de ce fait plus sujets aux débordements.»
«Signal fort» demandé
Le «signal fort» de Norman Gobbi
contre les spectateurs violents s’est
aussi illustré le 14 mars par la perquisition des domiciles et l’arrestation de
treize supporters tessinois qui ont pris
part aux émeutes de janvier. Parmi la
soixantaine de personnes qui y ont participé – plusieurs avaient le visage couvert – une quarantaine ont été identifiées. Outre 17 Tessinois, les autres
supporters – accusés notamment de
voies de fait, lésions, violences contre
fonctionnaires, émeute, et infraction à
la loi sur les armes et les explosifs –
venaient des cantons de Vaud, d’Uri, de
Schwytz, de Berne et de Lucerne. n
ANDRÉE-MARIE DUSSAULT, LUGANO
MERCREDI 21 MARS 2018
LE TEMPS
Société & Culture 21
Renée, 34 ans de lutte avec la psychose
PSYCHIATRIE Renée Defay, 67 ans, qui souffre de maniaco-dépression, raconte sa maladie et parle du «Cercle des insensé(e)s», dans
lequel elle joue. Une lecture-spectacle qui tourne cette semaine en Suisse romande à l’occasion des 15es Journées de la schizophrénie
être hospitalisée. Que se passe-t-il
lorsqu'elle est ainsi submergée?
«Je ressens une hyperexcitation.
Dans les années 80-90, je passais
des nuits entières à dévorer des
articles dans les encyclopédies
sans jamais m'arrêter. Ensuite, il
y a eu Internet dont j'ai dû me
séparer, car il m'absorbait de la
tête aux pieds. Sinon, je parle, je
parle, je parle. Et puis je délire
aussi. Durant une de mes crises,
MARIE-PIERRE GENECAND
«Je me suis réveillée, éberluée
de peur, dans un présent insurmontable, à un point culminant
de la folie…» Renée Defay, 67 ans,
vit depuis 1984 dans les filets de
la maniaco-dépression. La plupart du temps, elle en sort et
décrit avec précision le calvaire
où elle se sent «prisonnière de son
imaginaire» – elle a déjà publié
trois livres. Mais parfois, à la suite
d'un choc notamment, les portes
du délire se referment sur elle et
la sexagénaire se débat avec ses
obsessions. Renée fait partie des
quatre actrices psychotiques du
Cercle des insensé(e)s, une lecture-spectacle originaire d'Auvergne qui sillonne la Suisse
romande, à l'enseigne des
15es Journées de la schizophrénie. Plongée dans une vie secouée.
Elle est plutôt petite, menue.
Son regard, brun et franc, est
directement attachant. Avant de
rencontrer Renée, on se demande
si la folie se raconte. Si on peut
mettre des mots sur des moments
qui, précisément, se dérobent à la
pensée. La réponse est «oui, et
comment!». C'est peu dire que
Renée est cash dans ses récits. Et
éloquente pour expliquer la vague
de surrégime qui l'emporte à chacune de ses crises maniaques.
«La personne
psychotique est
victime de son
délire, prise dans
une spirale de
souffrance et de
perte de repères
terrible»
MARTINE BONNEFOUX,
INFIRMIÈRE EN PSYCHIATRIE
mes amis me disaient: «Reposetoi.» Je leur répondais: «Je ne
peux pas me reposer sinon Dieu
va me tuer!» La culpabilité est très
forte dans ces moments-là. J'ai
toujours le sentiment d'avoir fauté
et de devoir être punie.»
Lorsqu'elle revient de sa première crise massive suivie d'une
hospitalisation de trois mois,
Renée ne peut pas reprendre son
poste à la Mutualité. «J'ai fait des
menus travaux, récolte de fruits,
ramassage d'œufs. Je ne pouvais
plus assumer trop de responsabilités, car mon cerveau fonctionnait au ralenti.»
Besoin de propreté
intérieure
La maladie, Renée l'a d'abord
connue avec sa mère, déjà maniaco-dépressive, mais à peine diagnostiquée à l'époque et, surtout,
très peu suivie et médicamentée.
«C'était terrible», dit laconiquement la sexagénaire. Elle-même
attribue sa première crise à une
psychose puerpérale. Elle a
24 ans, un fœtus qui meurt dans
son ventre sans que personne ne
le détecte et présente un risque
majeur d'infection. Le médecin
intervient à temps, ordonnant un
curetage, mais Renée a alors ce
souci, obsédant, d'être «propre
au-dedans». «Mon cœur était
propre, mais mon corps était sale.
J'avais besoin de me nettoyer.»
A la suite de cette crise initiale,
la jeune femme devient assistante
sociale et mère de trois enfants,
issus de deux compagnons différents. La maladie la laisse en paix
pendant dix ans. Une nuit, la tempête éclate. «C'était incroyablement puissant. J'ai réveillé mes
garçons – ma fille aînée vivait chez
son père – et j'ai eu ce besoin
impératif, pressant, d'aller cher-
Malade, pas zombie
Renée Defay explique avec éloquence la vague de surrégime qui l’emporte à chacune de ses crises maniaques. (BERTRAND REY)
«Durant mes crises,
je parle, je parle,
je parle. Et puis
je délire aussi »
RENÉE DEFAY
cher le bonheur ailleurs. J'ai fait
mes paquets sans jamais redescendre de cette phase de suractivité et nous avons quitté la Drôme
pour la Haute-Loire où j'ai trouvé
un emploi à la Mutualité sociale
agricole. D'un côté, je retrouvais
mes racines paysannes, c'était
bien. Mais de l'autre, cette première crise a engendré une
grande phase d'instabilité.»
«Dieu va me tuer!»
Peu de temps après, «dans cet
hiver qui durait», Renée refait une
crise maniaque massive et doit
Et ses enfants? Comment ont-ils
vécu ces crises? «Ils étaient très
décontenancés. Par chance, ma
sœur a pu s'en occuper durant
mes séjours à l'hôpital, sinon ils
auraient été placés à l'assistance
publique. Ils ont été très marqués,
mais, devenus adultes, ils ont
demandé que le traitement ne soit
pas trop important, car, plus que
tout, ils détestent me voir à l'état
de zombie.»
Aujourd'hui, Renée, six fois
grand-mère, maîtrise plutôt bien
sa maladie. Cela dit, sa dernière
grosse crise, en 2015, n'a pas été
la moins spectaculaire. «C'était
fou. Le déclencheur? Les attentats
de Charlie Hebdo. J'ai vraiment
cru que j'étais la mère des frères
Kouachi et je disais partout que
j'étais une terroriste. C'est peutêtre parce que mes deux garçons
sont à moitié Turcs… Tout s'est
mélangé dans ma tête et je voyais
les agresseurs comme des croisés,
des libérateurs. Ça a pris une telle
proportion qu'on a dû m'attacher
à mon lit.»
Lors d'une autre crise, Renée a
brûlé des billets de banque, car
elle en voulait au «monde capitaliste qui réduit l'être à l'état d'objet». Peut-on dire que les malades
ont parfois des actes symboliquement inspirés? «Peut-être de
manière métaphorique, mais
jamais dans la réalité du patient»,
répond Martine Bonnefoux, infirmière en psychiatrie et proche de
Renée. «La personne psychotique
est victime de son délire, prise
dans une spirale de souffrance et
de perte de repères terrible.»
La force du groupe
Martine Bonnefoux participe
aux ateliers de théâtre et d'écriture de Bruno Boussagol à l'hôpital psychiatrique du Puy-en-Velay,
ateliers qui sont à l'origine du
collectif Parce qu'on est là. L'idée?
«Bruno déteste le mot thérapeutique. Pour lui, qui a commencé
sa carrière de metteur en scène
avec l'œuvre de Beckett, toute personne a une parole propre, une
parole singulière, détaille Martine. Que ce soit dans les créations
de théâtre ou de lectures-spectacles, les participants sont considérés comme des artistes et non
comme des malades.»
Un trait que Renée apprécie.
«Chacun écrit très librement.
Ensuite, nous jouons des scènes
ou nous lisons nos témoignages.
On se soutient.» Que ressent-elle
en écrivant? «D'abord, je me dis
que mon récit ne vaut rien. Alors
j'isole une phrase et je repars de
là. Au fur et à mesure que j'avance
– je travaille beaucoup –, je suis
plus enthousiaste.» Mais le principal pour Renée, c'est la cohésion
du groupe. «Avec Martine et
Bruno, on veut faire quelque
chose de beau à partir des
humains qu'on est. C'est une
grande force.» n
Le Cercle des insensé(e)s, 21 mars,
Fribourg, 20h, Centre socioculturel du
Jura; 22 mars, Vevey, 20h30, Café
littéraire; 23 mars, Prangins, 18h, Centre
hospitalier.
Infos: collectifparcequonestla@lilo.org
A perdre la raison, pensées sauvages,
de Renée Defay, Puy-en-Velay, avril 2017.
«Cavalleria rusticana» et «I Pagliacci» s’opposent à l’ODN
OPÉRA Les deux mises en scène d’Emma
Dante et Serena Sinigaglia révèlent des
univers contraires
Tirer un fil rouge entre Cavalleria rusticana de Mascagni et I Pagliacci de Leoncavallo est la tentation de beaucoup de metteurs en scène. Ce qui relie les deux petits
opéras, artificiellement programmés en
binôme depuis 1895 au Met? Leur création
à deux ans d'écart. Leur brièveté permettant de les rassembler sur une soirée. Leur
style vériste qui se déploie sur des tensions
et des lignes musicales proches. Leur proximité territoriale, en Italie du Sud. Enfin, la
trahison, la jalousie et la vengeance comme
parenté thématique.
D'un côté, un petit village sicilien à
Pâques. De l'autre, une troupe ambulante
en Calabre. Dans ces deux mondes ruraux,
l'amour trahi et la mort.
Ce que Serena Sinigaglia propose, ce
n'est pas un lien, c'est une rupture.
Franche et nette. Car c'est à elle que
revient le rapport entre les deux ouvrages,
Cavalleria rusticana ayant déjà été présentée en 2015 à Bologne. La Milanaise
s'appuie donc sur le travail de la Sicilienne
pour construire une unité dans le spectacle. En l'occurrence, elle le déconstruit,
à l'image de la transition à vue qu'elle réalise sur le prologue de Pagliacci.
En évacuant la nuit, le vide et la religiosité pesante de la proposition d'Emma
Dante, elle incendie le plateau. Hautes
herbes sèches, quelques coquelicots, tréteaux et lumières d'été brûlant: le décor
doré de Maria Spazzi plonge Pagliacci
dans le feu et fait fondre la glace nocturne
de Cavalleria.
Le poids de la religion
Pour ces deux univers aux antipodes
l'un de l'autre, le traitement corporel fait
lui aussi le grand écart. Il y a une distance,
comme une ligne infranchissable entre
les personnages de Cavalleria. Les corps
s'empoignent mais ne semblent pas s'atteindre. L'éructation et la douleur des
émotions restent maîtrisées, sous le
regard de choreutes observant l'action
derrières des voiles. Quant au poids écrasant de la religion (profusion de croix,
Christ noir accablé sous son fardeau traversant à plusieurs reprises le plateau,
Madone symbolisant la douleur maternelle), il alourdit çà et là une narration
magnifiquement décorée par Carmine
Maringola.
La masculinité se voit
bien représentée dans
ce double spectacle
tenu par deux femmes
inspirantes
La vie éclate du côté de Pagliacci, où
l'instinct se libère. Chaque geste vibre de
sensualité et de brutalité. L'œuvre appelle
un traitement physique. Mais le naturel
de cette réalisation, inspirée de la commedia dell'arte, emporte les sens.
Virulence émotionnelle
En fosse, l'OSR est éclatant. Touffu, malléable, sanguin et affettuoso au-delà des
notes, l'orchestre rassemble les deux
partitions dans un seul geste musical.
Alexander Joël accompagne la finesse de
chaque pupitre et anime l'élan commun
de manière spontanée autour de la
virulence émotionnelle des œuvres. Une
compacité saisissante, à laquelle la densité du chœur répond parfois trop puissamment pour l'acoustique de l'ODN.
La distribution évolue de son côté sur
la même crête élevée, avec des femmes
de tempérament. Nino Machaidze
(Nedda), couleurs sombres et vibrato
large, rivalise de lyrisme avec Oksana
Volkova (Santuzza au timbre caramel),
devant Stefania Toczyska (Mamma Lucia
digne) et Melody Louledjian (Lola «carmenesque»).
Chez les hommes, la brillance vocale de
Roman Burdenko (Tonio et Alfio) et l'incarnation intense de Marcello Giordani
(Turridu ardent) répondent au Pagliaccio
argenté de Diego Torre, voix projetée loin,
profération très théâtrale et timbre tranchant. Avec Migran Agadzhanyan
(Beppe), Markus Werba (Silvio) et les
deux villageois (Terige Sirolli et Rodrigo
Garcia), la masculinité se voit bien représentée dans ce double spectacle tenu par
deux femmes inspirantes. n
SYLVIE BONIER
t @SylvieBonier
Opéra des Nations, les 19, 21, 23, 25, 27, 29 mars.
Rens: 022 322 50 50, www.geneveopera.ch
LE TEMPS
MERCREDI 21 MARS 2018
22 Culture
A Paléo, on maîtrise l’art
du grand écart
FESTIVAL A défaut d’une superstar fédératrice, la 43e édition du
festival vaudois propose un programme dense et équilibré ne
laissant aucun genre sur le carreau
Il y a une année, toute l’attention
s’était cristallisée autour de la
venue événementielle des Red Hot
Chili Peppers, avec à la clé le plus
gros cachet jamais payé par le festival. Mais quatre mois plus tard,
le concert des Californiens n’avait
pas été à la hauteur des folles
attentes, tout en générant des
mouvements de foule inquiétants.
Car ce soir-là, tout le monde voulait voir la bande à Anthony Kiedis.
En ce début de printemps glacial
et venteux, le Paléo Festival a
dévoilé un programme duquel
aucun nom ne se détache totalement. Cependant, les têtes d’affiche ne manquent pas. En premier
lieu, Depeche Mode. Douze ans
après un concert à la fois extrêmement pro et furieusement sauvage,
le trio anglais sera de retour sur
l’Asse et c’est une excellente nouvelle, tant son électro-rock est de
ces musiques qui déchirent la nuit.
Quelques mois après sa première incursion en terres
romandes, Gorillaz sera également de la fête pour une performance qui s’annonce déjà comme
l’une des plus essentielles de la
semaine nyonnaise. Emmené
depuis la fin des années 1990 par
le génial Damon Albarn (Blur),
seule icône britpop à avoir su se
renouveler en multipliant les projets excitants et en métissant ses
productions d’influences world
et urbaines, le groupe est, sur
scène, d’une présence sidérante.
Huitième fois pour Lavilliers
Quelques autres têtes de gondole?
Citons Lenny Kravitz, MGMT, The
Killers, Emir Kusturica & The No
Smoking Orchestra, Indochine,
Jamel Debbouze ou encore OrelSan,
récent triomphateur des Victoires
de la musique. Autant de noms qui
incarnent le grand écart réalisé une
fois de plus par Paléo. Cet été, l’équilibre entre les genres et les générations (exemple avec tant Suprême
NTM que Bigflo & Oli au rayon rap)
semble plus que jamais excellent.
Et pour ceux qui entonneront le
sempiternel refrain «c’est du
réchauffé», le chamane Daniel Rossellat a une réponse toute prête:
83,9% des artistes programmés,
autant être précis, ne sont jamais
venus à Nyon. A l’extrême inverse,
le vétéran Bernard Lavilliers fêtera
son huitième Paléo!
Et à ceux qui ne manqueront pas
de trouver cette 43e édition tiédasse, on pourrait aussi conseiller
ceci: désertez les abords de la
grande scène, décollez-vous des
Allez faire un tour
du côté des
espaces annexes,
où les découvertes
seront multiples
bars et allez faire un tour du côté
des espaces annexes, où les découvertes seront multiples. Tant en
chanson au sens large (Vendredi
sur Mer, Angèle, Clara Luciani et
«la» grande révélation de l’année
Eddy de Pretto) qu’en rock (Algiers,
Superorganism, Idles, Declan
McKenna), en hip-hop (Lorenzo et
Little Simz, une jeune Anglaise au
flow tranchant et aux arrangements telluriques), en électro
(Bicep et la jeune DJ russe Nina
Kraviz) ou en musiques du monde
(Tshegue, 47Soul et tous les invités
du Village du monde, dédié cette
année à l’Europe du Sud), très
nombreux seront les artistes
encore méconnus ou ne bénéficiant pas sous nos cieux d’une
renommée importante. n S. G.
Le 43e Paléo Festival, du 17 au 22 juillet.
Mise en vente des billets le mercredi
28 mars à 12h. www.paleo.ch
Animation
Georges Schwizgebel primé
Le réalisateur reçoit le Prix
d’honneur du cinéma suisse 2018.
Cette distinction, dotée de
30 000 francs, vient couronner
l’œuvre de toute une vie dans le
film d’animation. Elle lui sera
remise vendredi 23 mars à Zurich,
dans le cadre de la cérémonie des
Kechiche, une question d’engagement
prix Quartz du cinéma suisse, a
indiqué mardi l’Office fédéral de la
culture. Né en 1944 à Reconvilier
(BE), Georges Schwizgebel a produit
et réalisé plus de vingt films
d’animation, à commencer par Le
Vol d’Icare (1974), jusqu’à La
Bataille de San Romano (2017). ATS
«Mektoub My Love: Canto Uno» raconte l’été 1994 à Sète d’un groupe de personnages, dont Tony (Salim Kechiouche) et Ophélie (Ophélie Bau). (QUAT’SOUS FILMS)
CINÉMA Cinq ans après «La Vie
d’Adèle», le film qui lui a valu une
Palme d’or mais aussi des accusations de harcèlement psychologique, le cinéaste franco-tunisien
revient avec «Mektoub My Love:
Canto Uno», film choral et enivrant
STÉPHANE GOBBO
t @StephGobbo
«Un engagement total qui est aussi
le sien.» C’est ainsi, en septembre
2013, dans les colonnes de la revue
So Film, que l’homme de théâtre
Dominique Bluzet résumait la
méthode Abdellatif Kechiche. En
1981, au Festival d’Avignon, les deux
hommes avaient présenté L’Architecte et l’empereur d’Assyrie, de Fernando Arrabal, une pièce à deux
personnages. Kechiche en était
également le metteur en scène. «Sa
force, c’est d’amener les acteurs très
loin […]. Il ne faut pas travailler avec
lui si on n’est pas dans cette dynamique-là», avançait Bluzet.
Après des débuts au théâtre,
Kechiche est passé au cinéma, lui
qui à 15 ans signait son premier
scénario. Avec le succès que l’on
sait: en 2005, son deuxième
long-métrage, L’Esquive, lui a permis de remporter le César du
meilleur film ainsi que celui du
meilleur réalisateur. Trois ans
plus tard, nouveau doublé avec La
Graine et le mulet. Puis, en 2013,
ce fut la consécration internatio-
nale: La Vie d’Adèle recevait la
Palme d’or du Festival de Cannes.
Une triple palme, même, puisque
le jury présidé par Steven Spielberg y avait associé les actrices
Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos. C’est alors que la mèche
s’allumera.
pas ce grand déballage. Il dira à
Télérama: «Selon moi, ce film ne
devrait pas sortir, il a été trop sali.
La Palme d’or n’a été qu’un bref
instant de bonheur; ensuite, je me
suis senti humilié, déshonoré, j’ai
senti un rejet de ma personne, que
je vis comme une malédiction.»
Grand déballage
Film-fleuve
Cette méthode Kechiche consistant à pousser les acteurs dans
leurs derniers retranchements
deviendra source de polémique
lorsque, dans une interview
accordée à un site américain, Léa
Seydoux et Adèle Exarchopoulos
reprocheront ouvertement au
Franco-Tunisien d’être allé trop
loin: scènes tournées jusqu’à cent
fois, pression psychologique,
caméra intrusive. Léa Seydoux
parlera même de traquenard et
de manipulation.
Pour Kechiche, comme pour
Hitchcock ou Kubrick avant lui,
seul compte le résultat final. S’il
convient de pousser à bout ses
comédiens afin qu’ils donnent le
meilleur d’eux-mêmes, il faut le
faire, estime-t-il. Se posait alors
un autre problème: La Vie d’Adèle
racontant une passion homosexuelle, les actrices soulignaient,
au-delà d’une pure pression psychologique, la difficulté de jouer,
rejouer et rejouer encore des
scènes de sexe devant l’équipe du
film. Le cinéaste ne pardonnera
On est en 2018 et voici qu’après
cinq d’absence Abdellatif Kechiche
repart à l’assaut des écrans avec un
nouveau film-fleuve. Mektoub My
Love: Canto Uno dure près de trois
heures et raconte le retour à Sète,
le temps de l’été 1994, d’un jeune
homme monté à Paris, aspirant
PUBLICITÉ
LES ÉTOILES
DU TEMPS
VVVV
On adule
VVV
On admire
VV
On estime
V
On supporte
x
On peste
xx
On abhorre
–
On n’a pas vu
Il y a dans ce film
quelque chose de
vivant, un souffle,
un vrai amour du
médium cinéma
scénariste rêvant de cinéma. Amin
retrouve sa mère, qui travaille dans
le restaurant familial, son cousin
Tony, sa meilleure amie Ophélie. A
la plage, avec Tony, il fait la connaissance de deux vacancières peu
farouches, Charlotte et Céline. Son
cousin est dragueur, lui est plus
timide, en retrait. Il traversera d’ailleurs tout le film dans une position
d’observateur passif. Amin, en plus
de faire en quelque sorte le lien
entre le spectateur et le film, est
aussi l’alter ego de Kechiche.
Comme une réponse du berger
à la bergère, le réalisateur ouvre
son sixième long-métrage sur une
longue scène de sexe. Problème,
elle est aussi inutile narrativement que peu intéressante esthétiquement, là où La Vie d’Adèle
proposait une approche sculpturale des corps. On craint alors le
pire. Mais le film se met gentiment en place, alterne longues
séquences de groupe et moments
plus intimes à deux personnages,
le tout souvent filmé dans la
durée, parfois en plan-séquence,
avant de brutales ellipses. Librement adapté du roman de François Bégaudeau La Blessure la
vraie, dont on ne retrouve plus
quelques profils et intentions,
Mektoub My Love: Canto Uno ne
raconte pas grand-chose. Un été,
des amis, la famille, un jeu de
séduction, des chassés-croisés
amoureux: ce n’est pas tant ce que
le film met en place que la façon
dont il le fait qui, finalement,
impressionne. Il y a là quelque
chose de vivant, un souffle, un vrai
amour du médium cinéma et de
sa faculté à être bigger than life.
Regarder, ne pas toucher
Mektoub My Love: Canto Uno est
un film de troupe, de bande. Certains ne manqueront pas de fustiger la manière dont Abdellatif
Kechiche filme les filles – parfois
– à hauteur de fesses. Mais son
regard est dans le fond celui
d’Amin, ce jeune homme qui
regarde et se cherche – à l’aune de
#MeToo, Amin rappelle ce que
Stephan Eicher chantait jadis
dans Les Filles du Limmatquai:
«Regarder, ne pas toucher.» Il y a
dans ce personnage une pudeur,
une retenue, à l’inverse du volcanique Tony, qui se réclame à la fois
de Tony Montana (Al Pacino dans
Scarface) et d’Aldo Maccione.
Dans une émouvante séquence
tendant vers le documentaire, le
jeune homme attend seul, appareil photo en main, qu’une brebis
mette bas. Ailleurs, Kechiche se
fait chorégraphe en utilisant à
d eu x re p r i s e s u n tub e d e
Supertramp pour surligner les
émotions. Dans la retenue comme
dans l’emphase, son sens de la
mise en scène sidère.
Mektoub My Love est sous-titré
Canto Uno parce qu’il y aura un
deuxième chant, déjà tourné. Fasciné par La Comédie humaine de
Balzac, Kechiche avoue vouloir
réaliser dix autres films; Amin
deviendrait ainsi son Antoine Doinel. On a furieusement envie de
voir la suite. Parce que le film, malgré quelques petites baisses de
rythme, a quelque chose de profondément enivrant, pour peu
qu’on accepte de lâcher prise et
d’être dans une position d’attente.
Mais aussi parce qu’après l’insouciance propre au milieu des
années 90, faire évoluer ces personnages dans le temps permettrait – on l’espère – de politiser le
propos, d’évoquer notamment
comment la communauté arabe
subira les dommages collatéraux
consécutifs aux attentats du 11 septembre 2001. Ce Canto Uno s’ouvre
d’ailleurs sur une double citation
de la Bible et du Coran, comme
pour souligner que l’altérité est un
concept qui n’existe que dans la
tête des gens. Le cinéma d’Abdellatif Kechiche a quelque chose de
profondément humaniste, incarné
ici par de jeunes comédiens
magnifiques. Et pour l’heure,
aucun d’entre eux ne s’est épanché
sur un tournage difficile. n
VVVMektoub My Love: Canto Uno,
d’Abdellatif Kechiche (France, Italie,
2017), avec Shaïn Boumedine, Ophélie
Bau, Salim Kechiouche, Lou Luttiau,
Alexia Chardard. 2h54.
MERCREDI 21 MARS 2018
LE TEMPS
Culture 23
THÉÂTRE L’AMOUR VOLCAN
MARIE-PIERRE GENECAND
L’amour est parfois aussi véhément qu’un volcan et aussi chaotique
qu’un sol raviné. L’amour, nous dit Anna Lemonaki à La Parfumerie, ressemble aux paysages islandais. Dans Fuchsia saignant,
spectacle polyglotte et amoureux, il y a du Rodrigo Garcia dans
l’adresse directe, l’agressivité et le côté gymnique du show. Mais
il y a aussi du Angélica Liddell dans le rapport à la féminité et la
souffrance expiatoire qui lui est associée. Formée chez Serge Martin, l’auteure et metteuse en scène grecque plébiscite le théâtre
physique, l’interaction avec le public et le questionnement ardent.
Son travail, brut et débordant, est attachant.
Une famille se présente au micro, face au public, l’air las. Il y a la
mère (Jessica Kaibali), le père (Philipp Stix) et l’enfant
(Mélina Martin). La fille porte le prénom d’Aretoussa
et, comme le spectacle joue sur les langues et une
forme de dépit, on entend «arrête tout ça». C’est
que la mère, Eva (comme la première femme), a 103 000 ans, ditelle, et n’est plus amoureuse de son mari, Babis (qui se fait appeler Adam). Elle aime un hidalgo qu’elle a laissé au large de l’Islande.
Babis est moins profilé. Lorsque sa fille veut s’envoler avec un
guitariste blond (Samuel Schmidiger) qui porte le nom d’Erotokritos, poème épique crétois, le père invite le musicien sur le grand
trampoline qui trône au centre du plateau et le déstabilise en
sautant à ses côtés.
On aime ce travail? Oui, pour l’énergie et la force du questionnement. Moins pour les tics contemporains, comme le moment de
télé-réalité, hurlé et archi-cliché, sur la guérison de la mère mélancolique. On préfère quand Anna parle avec sa voix. ■
CRITIQUE
SÉLECTION
Les nazis se réclamaient d’une vision biologique de l’humanité. Les normes, la morale découlaient de la race et de la nature dont le culte est illustré ici
par une fête à la fin des années 1930. (KEYSTONE/INTERFOTO/AWKZ)
«Les nazis étaient souvent
lettrés et savants»
HISTOIRE Spécialiste de la période nazie,
le Français Johann Chapoutot est l’une
des figures phares du Festival Histoire et
Cité, qui commence ce mercredi à Genève.
Il décrit les fondements culturels parfois
sophistiqués d’un système monstrueux
JOHANN CHAPOUTOT
HISTORIEN
PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEMIDOFF
t @alexandredmdff
Mais comment fait-il, le docteur Wilhelm
Bayer, pour ne pas ciller devant les juges?
La charge est accablante: on l’accuse, lui
et dix-sept collègues, de la mort de 56
enfants entre 1939 et 1945, à l’hôpital de
Hambourg. Imperturbable, il explique que
les victimes étaient si diminuées qu’elles
n’étaient pas tout à fait des êtres humains.
Et qu’au nom de la vitalité de la race, il fallait «éliminer ces vies indignes d’être
vécues». Platon ou Sénèque ne pensaient
pas autrement, assène-t-il encore.
Cette scène, classique, sidérante toujours, ouvre La Loi du sang, penser et agir
en nazi, radioscopie magistrale de la
culture hitlérienne, des normes au nom
desquelles des centaines de milliers de
docteurs Bayer, têtes bien faites, ont agi
entre 1933 et 1945. Son auteur, Johann
Chapoutot, est l’hôte de marque du Festival Histoire et Cité, qui s’ouvre ce mercredi
à Genève. Le Français montre comment
ces médecins ont épousé le nazisme, corps
et âme. Certains se sont peut-être sentis
embrigadés. La plupart ont communié
dans une vision biologique, nationaliste
et raciste du monde, en toute bonne foi.
Le docteur Bayer, qui bénéficiera en
1949 d’un non-lieu, avait le choix, suggère
Johann Chapoutot, spécialiste de la
culture nazie qui donnera ce jeudi une
conférence sur la naissance de
l’individu libre dans l’Allemagne
de la fin du XIXe siècle. Cet
exposé s’inscrit dans une édition du festival consacrée à la
question de la liberté, justement, celle
que proclament les révoltés de la place
Tahrir, celle qui anime Martin Luther
King et Malcolm X dans leur lutte pour
les droits civiques. A l’aube du XXe siècle,
les sujets de Guillaume II prennent leur
envol sur le tremplin de l’individualité,
dans une angoisse inavouée qui nourrira
peut-être, après le choc de 14-18, le fantasme d’une communauté sans mélange.
«Les nazis s’inscrivent
dans un mouvement
banal, qui est le
retour au paradis
perdu. Il faut revenir
à l’archaïque, à ce
Germain dont les
Grecs et les Romains
portent l’héritage»
Pourquoi ce rejet de l’universalisme? Parce
qu’il a contribué à dissoudre la race germanique, porté d’abord par les baïonnettes de l’armée française après la Révolution de 1789 jusqu’au traumatisme de
la bataille d’Iéna en 1806. Les nazis se
réclament du particularisme de la race,
ils estiment que chaque race produit une
morale et un droit valables pour elle.
Dans cette vision, les juifs sont considérés comme un agent ennemi qui a créé
le christianisme pour abattre le peuple
germanique et imposer leur doctrine des
deux mondes, selon laquelle la vie terrestre est une épreuve, en vue d’un
accomplissement ultérieur. Le
Germain originel est heureux
ici-bas. Les idéologues nazis
prétendent ainsi que christianisme et judaïsme ont dénaturé
l’humanité. Eux, ils prétendent réenchanter le monde.
INTERVIEW
Quel est l’homme nouveau que les nazis
veulent imposer? Il n’est pas nouveau, jus-
tement. Leur modèle est le Germain,
archétype du courage, de la vitalité, un
guerrier, mais pas un belliciste, qui évolue
en parfaite harmonie avec la nature. Les
nazis s’inscrivent dans un mouvement
banal, qui est le retour au paradis perdu.
Il faut revenir à l’archaïque, à ce Germain
dont les Grecs et les Romains portent
l’héritage. Et pour cela, il faut mettre fin
à l’aliénation que font subir au peuple
allemand le christianisme, le judaïsme,
les Lumières, le communisme, tous ces
courants universalistes.
Naturisme, défense des animaux, végétarisme, danse à ciel ouvert: les nazis recyclent
des pratiques propres aux communautés
utopistes du début du XXe siècle, celles qui
font de Monte Verita, au bord du lac Majeur,
le foyer d’un renouveau. Comment expliquer cette continuité? La Kulturkritik est
un mouvement hétérogène, qui appelle
à changer son mode de vie et de pensée
comme à Monte Verita, à contester une
industrialisation aliénante, etc. Ce mouvement est traversé par des courants
divers, communistes, spiritualistes,
nationalistes et racistes aussi, comme
toute cette mouvance pour qui le retour
à la nature doit être un retour à la race.
Le nazisme en tant que culture serait donc
une synthèse du temps? Le nazisme n’est
pas un ovni par rapport à l’époque. Quand
on se penche sur ses fondements, on est
frappé par la banalité de sa vision du
monde: l’idée du paradis perdu est une
rengaine rousseauiste, l’antisémitisme
est une constante européenne, l’idée de
sursaut national est en vogue… Tout cela
n’a rien de proprement allemand. Ce qui
l’est, en revanche, c’est l’obsession de
l’espace vital, qui est une conséquence de
la révolution démographique que le pays
a connue. Entre 1870 et 1914, la population
a crû de 27 millions, d’où cette angoisse
d’être un «peuple sans espace».
En vous lisant, on est effaré par le nombre
d’intelligences qui servent l’idéologie nazie.
N’y a-t-il pas une part d’opportunisme, malgré tout? Elle est faible. On doit faire à tous
ces intellectuels le crédit de la sincérité.
Ils ne se déclarent pas nazis pour la galerie. Il suffit de lire les journaux intimes et
les correspondances pour saisir qu’ils
sont convaincus. Les idées auxquelles ils
adhèrent, ils les professaient avant 1933
et ils les défendront après la guerre
encore. Le général Otto Ohlendorf, par
exemple, responsable de la mort de
dizaines de milliers de juifs, dira que le
nazisme a répondu à la crise morale qui
a été la sienne dans les années 1920.
Comme avec le docteur Bayer, on est dans
l’idéologie pure et dure.
Qu’avez-vous découvert que vous n’imaginiez pas en épluchant pendant des années
des milliers de documents? Comme ces
crimes en chaîne dépassent l’entendement, on a tendance à penser qu’on a
affaire à une clique de fous ou de barbares.
Or, plus vous allez de l’avant, plus vous
réalisez que ce sont souvent des personnes très aimables, bons pères de
famille, bons maris, amis des bêtes, végétariens parfois. Le nazisme n’a rien d’exotique, il participe de notre culture, il puise
dans nos humanités, latine et hellénique,
et il interroge notre humanité.
Quelle conclusion en tirer alors? Le nazisme
n’était pas une fatalité, malgré un contexte
qui le favorisait. Ces gens ont fait un choix,
ils n’ont pas été emportés par une mécanique. Il y a des Allemands qui ont fait
d’autres choix.
Est-ce qu’au vu des crispations nationalistes, du repli identitaire, un avatar du
nazisme est imaginable? Non, je ne le
pense pas. D’une part, le nazisme s’enracine dans la Grande Guerre et l’humiliation de la défaite. Sa violence est justifiée par celle des tranchées. D’autre
part, l’extrême droite contemporaine,
même raciste, ne peut s’appuyer sur
aucun fondement intellectuel et scientifique. Dans la première partie du
XXe siècle, le racisme est un concept
heuristique reconnu dans les sciences
humaines et naturelles. Des linguistes,
des biologistes, des anthropologues
fondent leurs recherches sur cette
vision. C’est aujourd’hui impensable. ■
La Loi du sang, penser et agir en nazi, de
Johann Chapoutot, Gallimard, 570 p.
Histoire et Cité
Le festival se
déroule du 21 au
24 mars à Genève.
Renseignements:
histoire-cite.ch
Malcolm X
et Martin Luther
King
Le droit à la liberté,
par Pap NDiaye,
me à 18h30,
Maison de la paix
PUBLICITÉ
La vulgarisation
de l’histoire
sur YouTube
Le cas de la chaîne
Nota Bene avec
son concepteur,
Benjamin Brillaud,
je à 16h30, Uni
Dufour.
Faut-il avoir peur
de la liberté?
La naissance de
l’individu dans
l’Allemagne de la
fin du XIXe, par
Johann Chapoutot,
je à 18h, Uni Dufour.
Raconter
l’histoire en BD
Avec le dessinateur
Etienne Davodeau
et l’historien
Sylvain Venayre,
ve à 18h30,
Uni Dufour
Destins à la
dérive autour
de Lampedusa
Avec la metteuse
en scène Maryse
Estier et la
comédienne Kayije
Kagame, sa à 15h, à
la Comédie
LES ÉTOILES
DU TEMPS
VVVV
On adule
VVV
On admire
VV
On estime
V
On supporte
x
On peste
xx
On abhorre
–
On n’a pas vu
Texte référence italique,
texte référence gras,
texte référence romain
V x – Titre film, de Xxxxxxx, avec
xxxxxx xxxxx xxxxx xxxx xxxx xxxx 1h35
Les étoiles du Temps: VVVVOn adule
VVVOn admire VVOn estime
VOn supporte xOn peste xxOn abhorre
–On n’a pas vu
LE TEMPS
MERCREDI 21 MARS 2018
24 Der
«Je rappelle toujours aux gens que je n’aurai pas 18 ans toute ma vie. Et, au-delà
de mon âge, j’aimerais surtout qu’on me reconnaisse en tant que musicien»
PROFIL
1999 Naissance à Rouen
2011
Petit Biscuit commence
à composer dans sa chambre,
chez ses parents.
2015
Composition du tube
«Sunset Lover».
2017 Sortie de son second
album, «Presence».
2018
Tapez «petit biscuit suisse» dans
Google et vous tomberez sur une
recette de milanais au beurre.
Enfin, en «scrollant» un peu. On
le comprend vite, les premiers
résultats s’adressent moins aux
amateurs de pâtisseries helvétiques qu’aux fans de musique
électronique: le moteur de
recherche leur dit tout sur le passage d’un jeune DJ jeudi, aux Docks
de Lausanne.
Petit Biscuit, le nom intrigue. On
pense à quelque chose de doux, à
une gourmandise régressive. Et on
n’est pas très loin: s’il euphorise
aujourd’hui le monde de la nuit,
Mehdi Benjelloun, de son vrai nom,
n’a pas 13 ans lorsqu’il goûte au frisson électro pour la première fois.
Un synthé, un ordinateur, un
logiciel de production un peu trop
complexe pour lui: en 2011, dans
sa chambre d’enfant à Rouen,
Mehdi tâtonne, bidouille des
brouillons de compositions.
«C’était du bricolage. Il n’y avait pas
de tutos, pas de méthodes… J’ai
appris tout seul.» Au téléphone, le
jeune homme évoque ses débuts
avec une nonchalance amusée.
Alors que sa famille l’imagine
plongé dans un jeu vidéo, l’adolescent jongle avec des samples, les
tord, les superpose pendant des
heures. Une exploration musicale
quasi instinctive pour Mehdi,
immergé depuis l’enfance dans un
joyeux bain mélodique: d’un côté
les disques de son père, Marocain
d’origine, et de l’autre les pièces
classiques qu’il apprend au violoncelle.
Doux ouragan
Si le solfège l’ennuie, la musique
électronique lui offre une liberté
insoupçonnée. Puisque l’ordinateur peut imiter n’importe quelle
texture, tout reste à inventer. Un
vertige créatif plus grisant qu’intimidant pour Mehdi. «Sans jouer
de la harpe, je peux par exemple
créer des sons qui y ressemblent,
les rendre plus lisses, plus purs
encore.»
De plus en plus dégourdi, le DJ
en herbe poste ses compositions
(JONATHAN BERTIN)
Concert aux Docks
de Lausanne.
sur SoundCloud et, par une
connexion dont seul le Web a le
secret, se fait repérer par une
chaîne YouTube qui offre de les
partager. Les clics pleuvent: c’est
le moment de se choisir un blase.
Mehdi, qui le veut simple, accrocheur et francophone, pense alors
à la formule sucrée qu’on lui
connaît. Impossible de prévoir
que, quelques années plus tard,
elle aurait fait le tour du monde et
le bonheur des journalistes, gourmands de métaphores culinaires
(oui, nous aussi).
Et puis il y aura «Sunset Lover»,
le doux ouragan qui propulsera,
en 2015, Petit Biscuit dans la cour
des grands. Comme beaucoup de
premiers succès, il naît un peu par
hasard. Mehdi retombe sur un
enregistrement vocal envoyé par
une amie, le trafique un peu et, en
quatre heures, imagine ce titre
paisible, atmosphérique. Une progression d’accords de guitare, un
beat envolé et surtout cette voix,
Un jour, une idée
Sur les plus belles
routes de France
Douce
transe
PETIT BISCUIT
Surnommé «le prince de l’électro»,
le DJ français a composé à 18 ans
dans sa chambre, des tubes
qui électrisent les foules des grands
festivals internationaux. Un univers
épuré et mélodique à découvrir jeudi aux Docks de Lausanne
VIRGINIE NUSSBAUM
t @VirginieNuss
SÉBASTIEN LADERMANN
t @SLadermann
Alexandre Pierquet pratique la route depuis
toujours, ou presque. Journaliste, éditeur, chroniqueur radio et organisateur de rallyes et de
voyages en voitures anciennes, il célèbre avec la
sortie d’une nouvelle édition de son ouvrage Les
plus belles routes de France, 70 roadtrips et itinéraires en voiture son amour de la découverte et
des chemins de traverse. Au fil de ce livre d’une
centaine de pages, il dévoile les attraits de
quelque 7000 kilomètres de bitume français.
Des routes touristiques, gastronomiques, sportives, panoramiques ou encore mythiques; un
patrimoine à découvrir et à déguster comme au
cinéma, avec, comme écran, le pare-brise de la
enfantine, qui fredonne une rengaine inintelligible, à la fois étrange
et délicieuse. Petit Biscuit a 15 ans
et électrise les foules comme il les
délasse.
Mention «très bien»
A l’âge où les adolescents se
cherchent une identité, le jeune
Français, lui, a trouvé son créneau:
un son épuré et, à l’inverse du cliché boum-boum type boîte de nuit,
très mélodique. «Il y a toujours
dans mes morceaux un refrain, un
gimmick qui capte l’attention.»
Sans se préoccuper des étiquettes
qui définiraient son univers
(downtempo, pop, électro-chill…),
Petit Biscuit veut emmener l’auditeur ailleurs. «C’est un appel au
voyage, à des choses profondes de
l’humain, naturelles, sensuelles.»
La balade intérieure, c’est bien
joli, mais Mehdi veut faire danser
aussi. «Dans ma musique, je mets
à la fois de l’émotion et des
moments où ça explose.» Après un
monture de son choix. Car Alexandre Pierquet
n’est pas sectaire: «Avant tout, j’ai recherché des
voies méconnues que l’on puisse emprunter avec
tout type de véhicule, ancien ou moderne, et susceptibles d’intéresser un large public.»
L’ouvrage s’articule par région, où chaque
itinéraire s’avère détaillé et illustré, complété
lorsque cela le mérite par quelques conseils et
suggestions d’éléments incontournables aux
yeux de l’auteur. On y découvre ainsi notamment la route des cols des Pyrénées, avec pas
moins de 942 kilomètres constellés de 34 cols,
dont celui, mythique, du Tourmalet. Un itinéraire menant de l’Atlantique à la Méditerranée, à emprunter sans contrainte de temps,
pour le plaisir sans cesse renouvelé de la découverte. Et pour ceux qui souhaitent compléter
premier EP en 2017, Petit Biscuit
part tester sa recette en tournée,
écumant les Zéniths de France et
les festivals, dont le Paléo de Nyon.
Sur scène, pas de musicos: seul
face à la foule, le jeune DJ alterne
guitare et boîte à rythme pour
recréer en direct ses meilleurs
tracks, qu’il accompagne de visuels
sur grand écran. La sauce prend
instantanément. «De voir les gens
bouger, réagir devant moi, c’est un
bonheur énorme. Plus j’y goûte,
plus je cherche à le reproduire
ensuite en studio. Je travaille beaucoup pour que mes live ne soient
pas chiants.»
Lâché au milieu d’un discours
étonnamment mûri, un mot trahit
parfois son jeune âge. Et Mehdi
s’en réjouit: il a longtemps réussi
à concilier vie d’artiste et vie d’ado.
Toujours chez ses parents, il obtenait l’an dernier son bac scientifique avec la mention «très bien»
et entamait dans la foulée des
études en maths à l’Université
Paris-Dauphine. Un cursus «carrément en pause» aujourd’hui, à
l’heure où Petit Biscuit est invité
sur les plus grandes scènes internationales, dont celle du mythique
festival américain Coachella.
S’il a moins de temps pour voir
ses amis, Mehdi les fait chanter:
leurs voix s’invitent sur son
second album, Presence, sorti en
novembre. Un opus qui se veut
plus sombre, plus tribal. «J’y ai
incorporé mes expériences, toute
la maturité que j’ai acquise en
tournée. Parfois, je rentre à la
maison et le soir même, je crée
trois tracks parce que j’ai des
choses à dire.»
Sous ses airs de gamin et sa
mèche habilement relevée, Petit
Biscuit garde les pieds sur terre.
Il n’a signé avec aucune maison de
disques, préférant se produire en
i n d é p e n d a nt . E t e s t b i e n
conscient que la jeunesse, comme
le succès, peut être éphémère. «Je
rappelle toujours aux gens que je
n’aurai pas 18 ans toute ma vie. Et,
au-delà de mon âge, j’aimerais
surtout qu’on me reconnaisse en
tant que musicien.» n
l’approche, Alexandre Pierquet propose également un Guide de voyages en voiture de collection: itinéraires et hébergements en France, dont
la 3e édition est disponible depuis janvier.
Riche de 255 adresses d’étapes recensées pour
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la chambre d’hôte, en passant par l’auberge, le
gîte, le restaurant et bien évidemment l’incontournable food truck. Sans oublier les précieuses indications pratiques, telle la présence
de garages spécialisés en automobile ancienne,
de clubs de passionnés ou encore la mise à disposition d’outillage par des structures ad hoc
en cas de pépin mécanique. Bonne route! n
«Les plus belles routes de France, 70 roadtrips
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17 euros sur www.bedandhistoricmotors.com
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