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Le Point - 30 08 2018 - 05 09 2018

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Le guide des
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Philippe Even et Bernard Debré
L 13780 - 2400 - F: 4,50 €
www.lepoint.fr Hebdomadaire d’information du jeudi 30 août 2018 n° 2400
LAURENT CHAMUSSY/SIPA. JACQUES WITT/SIPA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Nationalistes Ce que Jupiter nous avait caché
et socialistes Gaël Tchakalof infltrée en macronie
à la fois
(dixième et dernier épisode)
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L’éditorial de Franz-Olivier Giesbert
Trump et les « jugeournalistes »
Le 45e président des Etats-Unis peut-il être
destitué ? C’est le rêve et l’obsession des anti-Trump
depuis l’élection en 2017. Après le fiasco de l’enquête
russe où il était quasi accusé d’être un agent de Vladimir Poutine, le voici confronté à de nouvelles charges,
peu ragoûtantes.
Si on ne veut pas d’ennuis, il faut toujours emprunter le pont aux ânes de la bien-pensance. En ces temps
de bêtise tweetérine et de journalisme inquisitorial,
on dira donc d’entrée de jeu, pour éviter les malentendus, tout le mal que l’on pense de Donald Trump, monument de vulgarité, chantre d’un protectionnisme
antédiluvien, monstre d’égocentrisme triomphant et
j’en passe.
Certes, c’est péché de reconnaître qu’il a
aussi remporté des succès. Mais comment ne
pas rappeler que sa reconnaissance de Jérusalem
comme capitale d’Israël n’a pas provoqué l’embrasement général du Moyen-Orient annoncé par les « observateurs » unanimes ? N’a-t-il pas également
contribué – et pas qu’un peu – à un commencement
de « pacification » entre les deux Corées ? A-t-il eu vraiment tort d’amorcer le dégel des relations avec la Russie ou de remettre en question l’accord nucléaire avec
l’Iran, interlocuteur peu fiable ?
Que l’on me pardonne d’en rajouter encore
à la liste des offenses à la pensée de Panurge,
mais il faut aussi créditer Donald Trump de l’incroyable
relance de l’économie américaine. Au deuxième trimestre, elle a enregistré la plus forte croissance depuis
quatre ans : + 4,1 % en rythme annuel. Le chômage, lui,
n’est pas bien portant, contrairement à ce qui se passe
chez nous : il pourrait même passer rapidement sous
la barre des 4 %. En attendant, 219 000 emplois ont déjà
été créés, le mois dernier, bien au-dessus des prévisions.
Faut-il parler de « miracle Trump » ? Apparemment, le « président des riches » a gagné son pari.
Soutenue par les 1 500 milliards de dollars de baisses
d’impôts, une dynamique est désormais en marche
aux Etats-Unis, au point que certains économistes s’inquiètent, non sans raison, des risques de surchauffe.
Ce sont là des faits que nos chers confrères devraient
reconnaître. Eh bien, non ! L’idéologie aveugle. Si la
vérité vous défrise, dira l’humoriste, changez-la ou cachez-la. C’est ce que font, avec une obstination comique, beaucoup de médias internationaux.
Donald Trump n’est pas à l’abri d’un revers
de fortune provoqué par une crevaison de bulle
financière à Wall Sreet. Ou bien par les effets pervers
sur l’économie américaine de son protectionnisme
qui conduit à une hausse des tarifs douaniers. Ou encore par les conséquences des baisses d’impôts sur le
déficit budgétaire américain, qui culmine aujourd’hui
à 800 milliards de dollars, soit 4,2 % du PIB. Mais, aussi
foutraque, extravagant soit-il, le président américain
assure, malgré ses absurdes sautes d’humeur. Entre
janvier et décembre 2017, par exemple, il a supprimé,
avec la majorité républicaine au Congrès, 45 000 pages,
soit la moitié, du Code des réglementations.
Aujourd’hui, Donald Trump doit sentir sur
sa nuque le souffle aigrelet de l’armée de ses ennemis en train de se rapprocher. Il doit ne s’en prendre
qu’à lui-même : réduisant tout, y compris la géopolitique, à un combat de coqs, il ne cesse d’entretenir
l’animosité à son égard. Mais ce qui lui arrive est tout
à fait symptomatique de notre époque où, dans nos
démocraties épuisées, le tandem de choc justice-médias
tente de s’arroger le pouvoir.
Rien à voir avec l’affaire du Watergate, mais
Donald Trump est aujourd’hui empégué dans une histoire de cornecul, pour rester poli : des sommes versées à des femmes de petite vertu (150 000 et
130 000 dollars) pour qu’elles acceptent de ne jamais
évoquer, pendant la campagne présidentielle, leurs
relations avec Donald Trump. Michael Cohen, l’ancien avocat personnel du président, prétend avoir effectué les paiements à la demande de celui-ci.
Est-ce un crime ? Apparemment, c’est un écart à la
loi qui commande aux candidats de pas chercher à influencer la campagne. Mais Donald Trump est fondé
à répondre qu’il entendait seulement, par ces versements, protéger sa réputation et son couple. Il reste
qu’il y a quelque chose de nauséeux dans ces intrusions
dans la sphère privée de la justice américaine qui adore
patouiller à quatre pattes au milieu des petites culottes.
Dans quel monde allons-nous vivre ? C’est
peut-être ce qui nous attend en France, où officie un
Parquet national financier de mèche avec des médias,
qui ne cherche des poux qu’ à la droite. Si George Orwell
revenait parmi nous, à Dieu ne plaise, il nous raconterait sans doute, dans sa suite à « 1984 », un monde gouverné par les « jugeournalistes », hybride de magistrats
et de professionnels des médias, qui piétinent sans vergogne les règles de la justice, la morale, la présomption d’innocence. Aussi anti-Trump soit-on, n’est-ce
pas le moment de s’écrier : pitié pour la démocratie ! §
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 7
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La solitude de Jupiter
ebout face à Bush, couché devant Blondel » : en 2003, notre
éditorialiste Nicolas Baverez avait assassiné en ces termes Jacques Chirac,
dont l’aura internationale, lors de la
seconde guerre d’Irak, fut inversement proportionnelle à sa capacité
à imposer des réformes en France.
Pour Emmanuel Macron, la situation semble aujourd’hui inverse :
il parvient tant bien que mal, malgré
quelques faiblesses et renoncements, à faire évoluer le modèle
français. En revanche, ses ambitions
en Europe et dans le monde
sont pour le moment largement
contrariées.
Au cours du grand entretien qu’il
nous avait accordé il y a un an, le
président s’était longuement confié
sur le sentiment qu’il avait de diriger
un pays ballotté sur une mer déchaînée. « Regardez l’état du monde,
disait-il. Il est en voie de dislocation.
Les structures multilatérales nées du
monde de 1945 sont même remises en
question par une grande puissance,
les Etats-Unis, qui en étaient jusque-là
le garant. Nous vivons une crise de
l’Occident, car ce multilatéralisme était
irrigué par l’esprit occidental. »
S’il ne s’est pas trompé sur l’analyse,
d’ailleurs réitérée cette semaine dans
son discours aux ambassadeurs, on
ne peut pas dire que la position du
chef de l’Etat sur la scène internationale s’est améliorée depuis. Les
coups de boutoir de Donald Trump
se sont multipliés. Quant à la montée du populisme en Europe, de l’Autriche à l’Italie en passant par
l’Allemagne ou la Suède, elle s’est accélérée et même doublée d’une
convergence de ses déclinaisons de
droite et de gauche (voir p. 30). Dans
la même interview, Macron assurait
que la réponse à ce chaos devait être
l’Europe. Il avait alors des raisons
d’espérer, notamment les bons sondages de son alliée naturelle, Angela
8 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Merkel, à la veille des élections allemandes. Depuis, la chancelière a été
reconduite mais est considérablement affaiblie. Et, si cette dernière a
fait plusieurs pas en direction d’une
défense européenne, elle est restée
très prudente sur le budget de la
zone euro, très loin des objectifs
affichés par Macron dans nos colonnes quand il évoquait « plusieurs
points de PIB ». Jupiter est-il seul ?
C’est que cette crise de l’Occident a
peut-être des racines profondes. L’essai le plus remuant de la rentrée est
probablement « Le peuple contre la
démocratie » (1), de Yascha Mounk.
Pour cet universitaire de Harvard, la
montée des populismes correspond
– c’est un paradoxe – à une demande
de démocratie, mais, « confrontés à des
politiciens qui semblent de moins en
moins en position de gouverner un
monde à la complexité croissante, beaucoup se sentent l’envie de voter pour quiconque leur promettra un règlement
simple ». Les jeunes Occidentaux,
explique Mounk, études à l’appui,
trouvent de moins en moins indispensable de vivre dans une démocratie (voir p. 99). Début 2017, le
sénateur américain John McCain,
disparu récemment, le disait d’ailleurs, lors d’un discours à Munich :
« De plus en plus de nos concitoyens
semblent flirter avec l’autoritarisme, le
romantiser et en faire notre équivalent
moral. » Difficile de ne pas y voir une
des causes de la faiblesse de l’Ouest.
S’agissant d’Emmanuel Macron, parfois qualifié de « leader du monde
libre » il y a un an, n’oublions pas
qu’il n’est à la tête que de la France,
soit moins de 1 % de la population
de la planète et 3 % de son PIB. Tant
que des réformes profondes et abouties ne lui auront pas procuré une influence nouvelle, il n’y aura, hors
de nos frontières, pas de Jupiter qui
vaille § Etienne Gernelle
1. Editions de l’Observatoire.
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Le guide des antidépresseurs
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Gaël Tchakaloff infiltrée en
macronie (dernier épisode) :
Emmanuel Macron
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Carambar revient,
ce n’est pas une blague
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Whitney Houston,
le documentaire choc
ILLUSTRATION : JEAN POUR « LE POINT » - ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT » KHANH RENAUD POUR « LE POINT » - PHOTO12/NORMAN SEEFF
«D
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Nationalistes Ce que Jupiter nous avait caché
et socialistes Gaël Tchakalof infltrée en macronie
à la fois
(dixième et dernier épisode)
AFRIQUE CFA : 3500 CFA – ALLEMAGNE : 5,70 € – ANDORRE : 4,90 € – AUTRICHE : 5,90 € – BELGIQUE : 4,90 € - CANADA : 7,90 $ CAN – DOM : 4,90 € – ESPAGNE : 4,90 € – GRÈCE : 4,90 € – ISRAËL : 27 ILS
ITALIE : 4,90 € – LUXEMBOURG : 4,90 € – MAROC : 42 MAD – NOUVELLE-CALÉDONIE : 750 XPF – PAYS-BAS : 4,90 € – POLYNÉSIE FRANÇAISE : 750 XPF – PORTUGAL CONT. : 4,90 € – SUISSE : 6,90 CHF – TUNISIE : 6,50 TND
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Ceux qui sont efcaces, ceux qui sont dangereux
Exclusif Le livre référence des professeurs
Philippe Even et Bernard Debré
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L’éditorial
de Franz-Olivier Giesbert
11 La chronique de Patrick Besson
12 Editoriaux : Nicolas Baverez,
Pierre-Antoine Delhommais,
Laetitia Strauch-Bonart
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LE POINT DE LA SEMAINE
So shocking !
FRANCE
Gaël Tchakaloff infiltrée en
macronie (dernier épisode) :
Emmanuel Macron
Nationalistes et socialistes
à la fois
Jean-Louis Debré, les héros
oubliés de la République
MONDE
Howard Schultz, le milliardaire
qui rêve de détrôner Trump
EN COUVERTURE
Le guide des antidépresseurs
Le Pr Even : « La dépression
est le marché du siècle »
Quatre catégories
de psychotropes
vues par le Pr Philippe Even
Le Pr Antoine Pelissolo :
« Debré et Even cèdent à
des simplifications abusives »
Les alternatives aux pilules
André Comte-Sponville :
« Le malheur n’est pas
une maladie »
SOCIÉTÉ
Et si la grippe espagnole était
française ?
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ÉCONOMIE
Carambar revient, ce n’est pas
une blague
CULTURE
Rentrée littéraire : Julian Barnes
et le mystère du premier amour
Stephen King,
confessions d’un « effrayeur »
Rentrée littéraire : Jérôme Ferrari,
Christine Angot, Jean-Marc
Parisis
Les meilleures ventes de la Fnac
Cinéma : Whitney Houston,
le documentaire choc
Musique : Kiddy Smile, l’artiste
qui a fait « voguer » la France et
même l’Elysée
Brèves
TENDANCES
Evasion : la nouvelle Madeleine
de Fauchon
Gastronomie : Bizet-Pétrus,
le duo gagnant de Taillevent
Auto : Ralph Lauren,
le fou des volants
Mode enfants :
une rentrée trop classe
Bridge & Mots croisés
Le bloc-notes
de Bernard-Henri Lévy
LE POSTILLON
Quand les cerveaux ont des
œillères, par Sébastien Le Fol
99 Yascha Mounk : « Le peuple
contre la démocratie »
104 L’été en miettes,
par Sylvain Tesson
106 Les intouchables (épisode 6) :
Plantu
Merveilles de
la Patagonie
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L’Etat, premier servi
Patrick Besson
O
BRUNO KLEIN/DIVERGENCE
n avait une source, à laquelle on buvait nos
salaires. Selon notre place dans la société
et l’importance de notre travail, elle était
abondante ou petite. Après avoir absorbé la quantité d’eau nécessaire à notre survie, on en abandonnait une partie à l’Etat. De 5 à 75 %. Il y avait
des gens dont l’eau était si rare que l’Etat n’y touchait pas, se rattrapant sur les cotisations sociales,
les taxes locales et les impôts indirects. Les autres
contribuables, une fois désaltérés, laissaient l’Etat
se planter devant leur source et boire ce qu’il jugeait bon de boire. Puis sa large bouche humide et
son gros ventre bien rempli, il se redressait, satisfait, et allait dormir, dans ce petit coin tranquille
qu’on appelle l’administration, jusqu’au prochain
tiers provisionnel.
Cette créature assoiffée – l’Etat – tente de faire
oublier sa nature brutale par des propos où il est
sans cesse question d’une liberté qui n’existe pas,
d’une égalité qui est un songe et d’une fraternité
qui est un souvenir. « La Marseillaise », que nos
pauvres joueurs internationaux de football sont
obligés de chanter avant chaque match sous peine
de déplaire à Didier Deschamps et de se faire virer
de la sélection, n’est-elle pas un appel au meurtre
de masse ? « Qu’un sang impur abreuve nos sillons… »
Il y en a qui se sont retrouvés à La Haye pour moins
que ça. La dernière invention
de l’Etat pour tourmenter les
Français : la retenue à la
source. Les contribuables
étaient naguère les premiers
à boire leur eau. L’Etat leur
laissait ce mince privilège.
On sentait bien que cet ordre
des choses le mécontentait.
Il y avait comme une mauvaise humeur lente et une co-
lère atone dans la façon abrupte qu’il avait de boire
notre eau après nous. Il a fini par juger que la première place à la source lui revenait de droit. Désormais, c’est lui qui boira en premier. Quelle que
soit notre soif, la sienne primera. Et ce n’est pas
trois fois par an que nous verrons l’Etat encombrer l’entrée de notre source, mais douze fois. Il se
plantera, tous les trente ou trente et un jours, devant nos lèvres sèches, nous menaçant du doigt
tandis qu’il absorbera, avec de grossiers borborygmes, la quantité d’eau dont il aura besoin pour
ses dépenses somptuaires de sécurité personnelle
et ses coûteux voyages de prestige présidentiel.
Payer ses impôts était un acte, c’est devenu un
viol. On avait le choix de ne pas le faire et on en subissait les conséquences, souvent dramatiques.
L’Etat, alors, n’hésitait pas à tuer, avec une prédilection pour les écrivains : Vian, Sagan. On pouvait préférer nourrir ses enfants plutôt que les
fonctionnaires de l’Union européenne. A l’arrivée,
ça coûtait bonbon, mais, au moins, les petits avaient
mangé. Acheter pour notre mère les médicaments
non remboursés contre l’alzheimer au lieu d’engraisser les députés oublieux de leurs promesses
électorales, ce sera désormais impossible. La retenue à la source est une mesure pour infantiliser le
peuple : ce n’est plus lui qui décide s’il veut payer
ou pas, c’est son père qui ampute d’emblée l’argent de
poche du mois pour pouvoir
payer les traites de sa nouvelle voiture de fonction. Le
président Macron devrait
quand même se méfier des
buveurs d’eau français : « La
Marseillaise », ils ne se
contentent pas toujours de la
chanter §
Emmanuel Macron.
Acheter pour notre mère les médicaments non remboursés
contre l’alzheimer au lieu d’engraisser les députés oublieux
de leurs promesses électorales, ce sera désormais impossible.
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 11
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ÉDITORIAUX
Quand le dragon chinois aura
repris son souffle…
par Nicolas Baverez
L
e 23 août, les Etats-Unis ont annoncé une hausse de 25 % des
droits de douane sur 279 produits chinois représentant 16 milliards de dollars d’exportations. La cible ? Le plan Made in
China 2025 à travers les semi-conducteurs, les technologies et
les pièces détachées. La riposte chinoise a été immédiate, avec la
taxation de 16 milliards de dollars de biens américains sélectionnés pour leur impact politique sur les parlementaires républicains, à l’instar des motos Harley-Davidson. Après les mesures
protectionnistes de juillet, ce sont 100 milliards de dollars
d’échanges qui sont touchés, ce qui diminuera le commerce international de 0,5 %. Donald Trump étudie pour l’automne une
nouvelle hausse de 10 % des droits sur 200 milliards d’exportations chinoises, incluant le secteur des biens de consommation.
Derrière la dénonciation de l’excédent commercial chinois
de 375 milliards de dollars pointent trois enjeux déterminants
dans la rivalité entre les deux géants. Le premier concerne la technologie, où les Etats-Unis revivent le choc créé par le lancement
de Spoutnik par l’URSS, en 1957, avec la découverte des progrès
chinois dans l’espace, l’information et l’intelligence artificielle.
Le deuxième touche la finance avec l’offre de Broadcom sur
Qualcomm. Le troisième, stratégique, concerne la projection de
puissance via le financement des investissements qui permet à
Pékin de prendre le contrôle d’infrastructures et d’actifs stratégiques, voire de pays, en s’adossant aux 3 200 milliards de dollars de réserves accumulés grâce aux excédents commerciaux.
L’offensive lancée par Trump a porté ses fruits. La croissance
chinoise plafonne à 6 %. La Bourse de Shanghai a chuté de 20 %.
La fuite des capitaux s’intensifie. La multiplication des projets
dans le cadre des « nouvelles Routes de la soie », notamment au
Pakistan, en Turquie ou en Ethiopie, se heurte au resserrement
des contraintes financières. Au sein de la direction chinoise
percent des critiques sur la revendication par Xi Jinping du leadership mondial et son impérialisme à visage découvert. D’aucuns jugent désormais la rupture avec la stratégie d’émergence
prudente définie par Deng Xiaoping prématurée et dangereuse.
De fait, elle explique pour partie l’élection de Trump et le virage
protectionniste des Etats-Unis. La secousse a ainsi contraint Xi à
réviser sa politique économique. Lui qui avait justifié son accession à la présidence à vie par la nécessité de réformer le modèle
L’économie américaine
renoue avec le dynamisme,
mais ce rebond est artificiel
et éphémère.
– Tu vas mettre quoi comme filtre Instagram ?
12 | 30 août 2018 | Le Point 2400
ILLUSTRATION : TARTRAIS POUR « LE POINT »
L’offensive de Trump porte ses fruits dans la guerre
commerciale qui oppose les deux puissances. Mais
la Chine développe son projet impérial.
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économique et de l’assainir en limitant l’addiction à la dette, en
régulant la finance de l’ombre, en contrôlant les autorités régionales, est obligé d’arbitrer en faveur de la croissance en assouplissant la politique monétaire ainsi que les prêts aux
gouvernements locaux et aux entreprises d’Etat. Les nouveaux
emprunts bondissent ainsi de 75 % sur un an, ce qui renforce les
risques de crise financière alors que les dettes dépassent 250 %
du PIB. Riposte et soutien de l’activité passent aussi par la dévaluation compétitive du yuan. La Chine réserve pour l’heure le
recours aux autres instruments de représailles (rétorsion contre
les entreprises américaines, cession de bons du Trésor, embargo
sur les métaux et les terres rares). Elle se trouve en effet contrainte
par sa dépendance technologique, mise en lumière avec les sanctions envisagées, puis suspendues in extremis, contre ZTE. D’où
une spectaculaire accélération de la montée en gamme de la production et des investissements dans les sciences et les technologies.
Pour autant, la Chine est très loin d’avoir perdu la guerre pour
la croissance et les parts de marché mondiales. Certes, l’économie américaine renoue avec le dynamisme (croissance de 3,1 %,
taux de chômage réduit à 3,8 %, hausse de 30 % de Wall Street,
appréciation de 26 % du dollar face aux principales devises). Mais
ce rebond, largement artificiel et éphémère, résulte des baisses
d’impôts et du paradoxe qui voit les Etats-Unis jouer le rôle de
refuge face à la montée des risques qu’ils génèrent par la guerre
commerciale, la surenchère dans la course à l’endettement, la
mise en place d’une relance en période de plein-emploi. Les prix,
en hausse de 2,9 %, pèsent sur le pouvoir d’achat des ménages,
tandis que les déficits public et commercial se creusent. Leur origine profonde se trouve en effet dans l’insuffisance de l’épargne
des Américains et de la compétitivité de l’appareil de production, déséquilibres qui continuent à s’aggraver.
La Chine, à l’inverse, poursuit le renforcement de son économie. Elle atteint 19 % du PIB mondial, consolide sa prééminence
dans le domaine de l’investissement avec quelque 7 000 milliards
d’actifs et assure sa domination sur l’Asie-Pacifique, qui entre
pour près de 60 % de la hausse des exportations. Au plan géopolitique, elle reprend méthodiquement les positions abandonnées par la diplomatie et les entreprises occidentales du fait des
sanctions décidées par Trump et poursuit la construction d’un
axe hostile aux Etats-Unis avec la Russie, la Turquie et l’Iran.
Dans un monde moins riche en croissance, plus instable et
très dangereux pour les démocraties, Trump conduit la stratégie inverse de celle de Nixon et de Kissinger, dans les années 1970,
qui rassemblèrent les démocraties et divisèrent le bloc marxiste
entre l’URSS et la Chine : il fracture l’Occident, coupe l’Amérique
de ses alliés et soude les démocratures. La Chine s’adapte et accélère sa conquête du leadership du XXIe siècle. Sous le slogan
des nouvelles Routes de la soie, « One belt, one road », se dessine
plus que jamais le projet impérial avec pour devise : « One world,
one China, China number one » §
Ce feu qui couve sous la flambée des prix
Plus que les réformes, le retour de l’inflation
promet au gouvernement une rentrée agitée.
par Pierre-Antoine Delhommais
O
ccultée en juillet par l’affaire Benalla, l’économie a repris en
août la première place dans le débat politique et les préoccupations des Français. A la télévision, les graphiques illustrant
l’évolution de la croissance et du chômage ont remplacé les vidéos des interpellations musclées place de la Contrescarpe ; et ce
sont des économistes qui défilent sur les plateaux en cette rentrée, non plus des experts en protection rapprochée des hautes
personnalités. Bref, on est revenu aux choses sérieuses, aux problèmes qui touchent directement la vie quotidienne des Français. Il était temps. Emmanuel Macron aurait tort de trop s’en
réjouir, le coup de mou de la conjoncture économique le plaçant
aujourd’hui dans une situation autrement plus inconfortable et
embarrassante, lourde de risques et de menaces, que ne l’avaient
mis hier les coups de poing de son ex-chargé de mission.
Dans la longue liste des indicateurs économiques passés en
quelques mois du vert à l’orange, voire au rouge, il en est un qui
a de quoi inquiéter le gouvernement plus que tous les autres :
l’inflation. Pas seulement parce qu’il ne dispose guère de moyens
pour la combattre – en faisant baisser, par exemple, le prix du
pétrole –, mais aussi parce que les Français en ressentent d’ores
et déjà concrètement les effets. La progression moins forte qu’espéré du PIB (1,7 % au lieu de 2 %) est certes une source de déception et d’interrogations sur l’efficacité de la politique économique
menée, mais elle reste trop abstraite pour constituer dans l’opi-
nion publique un véritable sujet d’angoisse et de colère. Quant
à l’éventualité que Paris ne parvienne pas à respecter, en raison
de cette moindre croissance, ses engagements européens en matière de réduction des déficits publics, elle n’est pas non plus de
nature à empêcher les Français de dormir – ils auraient sinon depuis très longtemps perdu le sommeil.
La hausse des prix, elle, est susceptible de faire oublier rapidement les bienfaits des bains de mer et des randonnées en montagne. Selon l’Insee, celle-ci a atteint, en juillet, 2,3 % en glissement
annuel, son plus haut niveau depuis mars 2012. Le constat des
citoyens vient, une fois n’est pas coutume, corroborer le verdict
des statisticiens. C’est le prix du café au comptoir du Balto – 1 euro
depuis des années – qui vient de passer à 1,10 euro, au grand dam
des habitués, visiblement peu convaincus par les justifications
financières du patron et contraints d’aller piocher des pièces
jaunes dans leur porte-monnaie. C’est le prix de la pizza napolitaine sur la nouvelle carte de La Scala, qui s’élève à présent à 11 euros, soit une hausse de 60 centimes. Si l’on ajoute la forte
augmentation du prix de l’essence et du paquet de Camel, il n’est
plus permis de douter que l’inflation est bien de retour. …
En juillet 1788, le setier
de froment valait 23 livres
sur le marché de Pontoise,
mais 50 livres en juillet
1789. On connaît la suite.
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 13
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ÉDITORIAUX
Ce qui, en soi, est plutôt une bonne nouvelle, dans la mesure où elle marque aussi le retour à une certaine normalité économique, où la production de biens et de richesses, les prix et les
salaires progressent de concert, à la hausse. Elle témoigne surtout de l’éloignement des énormes pressions déflationnistes apparues lors des crises des subprimes puis des dettes souveraines
européennes et qui faisaient craindre un remake de celle des années 1930. L’inflation était tombée en France à 0,2 % en 2016 et
1 % en 2017, des niveaux extraordinairement bas qui avaient
certes permis de maintenir le pouvoir d’achat la tête hors de l’eau,
mais qui avaient surtout reflété l’anémie aiguë de l’économie.
Macroéconomiquement rassurants, le réveil des prix et la valse
des étiquettes tombent en revanche politiquement on ne peut
plus mal pour le gouvernement d’Edouard Philippe : les réformes
structurelles qu’il a commencé à mettre en œuvre vont prendre
du temps avant de produire leurs effets bénéfiques pour la croissance, l’emploi et donc… le pouvoir d’achat.
De l’ascension en Allemagne du parti nazi jusqu’aux printemps arabes en passant par l’effondrement de l’URSS et la chute
de l’Empire romain, on aurait du mal à faire la liste de tous les
bouleversements politiques dans lesquels une flambée des prix
a joué un rôle décisif. Inflation a souvent rimé avec révolution :
en France, en juillet 1788, le setier de froment valait 23 livres sur
le marché de Pontoise, mais 50 livres en juillet 1789. On connaît
la suite. Certes, Emmanuel Macron n’est pas confronté à un risque
de coup d’Etat inflationniste, mais il a certainement bien plus à
craindre, pour sa cote de popularité comme pour la réussite de
sa politique économique, de la hausse du prix du café au comptoir du Balto et de la pizza napolitaine à La Scala que de la mobilisation annoncée des syndicats et des militants de La France
insoumise contre ses prochaines réformes §
…
Deux études ont mesuré l’impact réel des fausses
informations.
par Laetitia Strauch-Bonart *
L
a proposition de loi relative à la lutte contre la manipulation
de l’information, rejetée par le Sénat en juillet, revient au Parlement à l’automne. Elle a déjà suscité, à raison, nombre de critiques qui ont souligné la menace qu’elle ferait peser sur la liberté
d’expression ou son inutilité. Mais on a moins évoqué une question cruciale : si fake que soient ces news, leur impact est-il réel ?
Et, en particulier, ont-elles vraiment joué un rôle dans l’élection
présidentielle aux Etats-Unis ?
Deux études répondent à cette question. En 2017, dans le Journal of Economic Perspectives (« Social media and fake news in the
2016 election »), H. Allcott et M. Gentzkow ont montré que le
nombre d’électeurs américains exposés aux fausses informations sur les réseaux sociaux pendant la présidentielle n’était pas
suffisant pour que celles-ci aient eu une influence décisive sur
le vote. Même si les fake news, largement partagées, favorisaient
14 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Trump, les économistes ont calculé qu’un électeur n’avait été exposé qu’à une seule « infox » pro-Trump et qu’en outre il ne l’avait
pas crue entièrement. Aussi, une fausse information aurait dû
avoir la force de persuasion de 36 spots publicitaires pour permettre l’élection de Trump. Auteurs de « The small, disloyal fake
news audience : the role of audience availability in fake news
consumption » (New Media & Society, 2018), J. Nelson et H. Taneja
ont également démontré qu’on avait surestimé l’effet pernicieux
des « infox ». Etudiant les données de 1 million d’internautes, ils
ont comparé l’accès à 30 sites de fake news et 24 sites d’actualités
réelles, ainsi que le temps consacré à ces sites, avant et après l’élection. Résultat ? Le public des fake news est bien plus restreint et,
étonnamment, moins partial que le public des sites d’informations. C’est parce qu’il passe plus de temps sur le Web que les
autres usagers, mais moins de temps sur chaque site.
Pourquoi, dans ce cas, légiférer, et de façon si précipitée ? Il est
bien plus facile de faire porter le chapeau d’opinions politiques
qu’on déteste ou qu’on craint à la mauvaise information des électeurs, que d’admettre qu’ils votent en pleine connaissance de
cause. Il y a quelque chose de platonicien chez ceux qui se font
un devoir de détecter et combattre les fake news : chez Platon, ce
qui est Vrai est aussi Bon et Beau. Dès lors, puisque connaître la
vérité pousse à bien agir, mal agir provient de ce qu’on ignore
celle-ci. Mais c’est ignorer qu’on peut tout à fait prendre de mauvaises décisions, comme élire un responsable politique dangereux et vulgaire, volontairement et sciemment. La politique n’a
rien de platonicien, et, cela, ce n’est pas une fausse nouvelle ! §
*
Responsable éditoriale de Phébé.
Une fausse information aurait
dû avoir la force de persuasion
de 36 spots publicitaires pour
permettre l’élection de Trump.
ILLUSTRATION : BOUCHARD POUR « LE POINT »
La surestimation
des « fake news »
Le blues que je vais vous chanter ce soir
raconte comment l’idée de devoir reprendre le boulot
après les congés a bousillé toutes mes vacances.
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Le point de la semaine
PAR MICHEL REVOL, FABIEN ROLAND-LÉVY ET LES SERVICES DU « POINT »
EN FORME
SO SHOCKING !
Dominique Besnehard
et Marie-France Brière
64 et 76 ans - Le festival du
film français d’Angoulême,
qu’ils ont créé, a connu un
grand succès, avec quelque
40 000 spectateurs.
Anne-Sophie Lapix
46 ans - La journaliste
présentera sur France 2
« Le grand échiquier »,
émission culte des années
1970 à 1990 animée par
Jacques Chancel.
EN PANNE
Sophia Chikirou
39 ans - L’ex-responsable du
Média, la Webtélé proche de
LFI, a été mise en demeure
par ses successeurs de
rembourser 64 000 euros.
Michel Sammarcelli
77 ans - L’Etat a suspendu
le caractère exécutoire
du plan local d’urbanisme de
Lège-Cap-Ferret, dont il est
maire, trop peu respectueux
de l’environnement.
Hugo Lloris
31 ans - Le capitaine des Bleus
a été arrêté et inculpé à
Londres pour conduite en
état d’ivresse. Il a présenté
ses excuses.
16 | 30 août 2018 | Le Point 2400
2
1
Avant Serena Williams (1),
dont la tenue a déclenché
une polémique, d’autres
joueurs de tennis ont provoqué un petit scandale.
Les plus célèbres : Suzanne
Lenglen (3), qui dévoile ses
jambes dans les années 1920,
et Andre Agassi (2), soixantedix ans plus tard, qui ose les
cuissards flashy.
3
Le Maire plus Maio
que Salvini
Le ministre de l’Economie ne met
pas dans le même sac les deux leaders du gouvernement italien, Luigi
Di Maio (Mouvement 5 étoiles) et
Matteo Salvini (Liga), qu’il croise
lors des sommets européens.
« Luigi Di Maio m’a fait une très bonne
impression, confie Le Maire, mais
Matteo Salvini va tout mettre en œuvre
pour faire tomber ce gouvernement.
S’ils appliquent le programme de la
coalition, c’est un coût de 50 à 100 milliards d’euros. Or l’Italie est un partenaire commercial majeur. »
Ferrand pas fan de Bas
Le sénateur LR Philippe Bas est devenu la nouvelle star politique depuis qu’il a mené de main de maître
les auditions de la commission d’enquête parlementaire chargée de l’affaire Benalla, au début de l’été. Le
patron des députés LREM, Richard
Ferrand, lui, n’est pas fan. « Philippe
Bas a une espèce de componction, de
cardinalisme, auxquels je n’adhère
absolument pas. Avec ces auditions au
Sénat, on a vraiment eu le sentiment
que la noblesse de robe se payait un frisson en se saisissant d’un fait divers. »
L’affaire Benalla, un fait divers ?
DOMINE JÉRÔME/ABACA – ROMAIN BEURRIER/RÉA – VIANNEY LE CAER/AP/SIPA – VINCENT ISORE/IP3 PRESS/MAXPPP – BAPTISTE FENOUIL/REA –
JAVIER GARCIA/BPI/REX/SIPA – CHRISTIAN HARTMANN/REUTERS – GILBERT IUNDT/CORBIS/VCG/GETTY – HISTORICAL/CORBIS/GETTY
David Martinon
47 ans - L’ancien porte-parole
de l’Elysée sous la présidence
de Nicolas Sarkozy est
nommé ambassadeur en
Afghanistan.
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Brossat veut Hamon
LE CHIFFRE
DE PIERRE-ANTOINE
DELHOMMAIS
GOUBELLE – JEAN-BAPTISTE QUENTIN/« LE PARISIEN »/MAXPPP – FRÉDÉRIC LHERPINIERE/« LA MONTAGNE »/MAXPPP – UGO AMEZ/SIPA – ALAIN ROBERT/SIPA – SIPA – STÉPHANE AUDRAS/RÉA
59,6
Selon la FAO, le secteur de la
pêche et de l’aquaculture emploie 59,6 millions de personnes
dans le monde, dont 85 % en Asie
et 10 % en Afrique. La production
de poisson a atteint 171 millions
de tonnes en 2016, d’une valeur
de 362 milliards de dollars, dont
232 milliards pour l’aquaculture.
Les exportations de poisson ont
représenté 37 milliards de dollars
de revenus pour les pays en développement, soit plus que ceux
tirés de leurs exportations réunies de viande, tabac, riz et sucre.
Ian Brossat, élu de Paris et
tête de liste du PCF aux européennes, n’exclut pas que Benoît Hamon et Génération.s
rejoignent sa liste. « Cinq ou
six listes de gauche, ça fait beaucoup, et je ne vois pas bien ce
que Benoît
pourrait faire
de mieux. » Le
candidat
communiste
espère, lui,
tutoyer la
barre des 10 %. On a le droit
de rêver. Yannick Jadot, tête
de liste EE-LV, se donne bien
pour objectif de dépasser la
barre des 15 % ! Mais sans Hamon, puisqu’il vient de refuser une alliance avec
l’ex-socialiste.
Mahjoubi déjà parmi
les grands maires
Comme le hasard fait bien
les choses, Mounir
Mahjoubi, candidat à la mairie de Paris, participera le
3 septembre à un colloque à
Tel-Aviv sur les « Villes
connectées de demain ». Le
secrétaire d’Etat au Numé-
rique y interviendra sur le
thème : « Le numérique au
service de l’humain ». Manière pour lui de défendre la
politique du gouvernement,
de faire campagne sans le
dire et de rencontrer les
grands édiles de la planète,
dont son modèle, Sadiq
Khan, maire de Londres.
Les rentrées politiques au banc d’essai
Nombre de participants, prix de l’entrée, menus… Puisqu’on ne pouvait pas être à la fois chez Pécresse et chez Wauquiez,
Le Point dit (presque) tout des réunions politiques du week-end.
Valérie Pécresse
Brive, le 24 août
Entre 300 et
500 personnes
€
Gratuit
Salade piémontaise,
planche de charcuterie,
poulet… (10 euros)
?
L’invité surprise :
Christian Estrosi
La phrase :
« Macron
n’a pas réussi
à digérer la droite :
c’est un trop gros
morceau pour lui. »
Robin Reda, député LR
Olivier Faure
Journées de formation
du PS. La Rochelle,
du 23 au 25 août
Jean-Luc Mélenchon
Amfis, Marseille,
du 23 au 26 août
Entre 300 et 400 élus
3 200 personnes, selon
les organisateurs
€
702 euros (couverts par le
budget formation)
€
De 20 à 200 euros, selon
les revenus
Buffet d’accueil breton
(galettes, cakes…)
Galette-saucisse, plats
vegan (de 5 à 10 euros)…
?
?
L’absent surprise :
François Hollande
La phrase :
« On n’a presque
aucun journaliste
pour couvrir
l’événement. »
Les invités surprise :
les députés LR,
Olivier Marleix
et Marianne Dubois
La phrase :
« M. Macron
n’existe pas, il est
le petit copiste de
l’Union européenne
et de Mme Merkel. »
Un militant
Jean-Luc Mélenchon
Yannick Jadot
Journée d’été des écolos.
Strasbourg,
du 23 au 25 août
Laurent Wauquiez
Ascension du mont
Mézenc et réunion,
le 26 août
1 000 personnes
1 500 personnes
€
40 euros les trois jours.
€
20 euros
Végétarien, bio et local
(flammekueche…)
Lentilles du Puy-en-Velay
(nature, en terrine…)
?
?
L’invitée surprise :
Marie-Monique Robin
(auteure d’une enquête
sur le glyphosate).
La phrase :
« Non, Marine Le Pen,
non, Laurent
Wauquiez, non,
Gérard Collomb, il n’y
a pas de submersion
migratoire .»
L’absent surprise :
Gérard Larcher.
Le président du Sénat
a malgré tout envoyé
un texte, qui a été lu.
La phrase :
« Finalement, est-ce
qu’Alain Juppé est
vraiment libéral ?
Il l’est autant qu’il
a de cheveux. »
Yannick Jadot
Valérie Boyer, députée LR
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 17
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LE POINT DE LA SEMAINE
À L’AFFICHE
La Ligue 1 de football attire moins de monde que le cricket australien
La fréquentation moyenne par match en Ligue 1, dont la saison vient de débuter, est très éloignée
de celles du football américain, du football australien ou encore du base-ball au Japon.
Fréquentation moyenne des diférents championnats
dans le monde, en milliers de spectateurs par match
69,5
42,4
SIPA – ALAIN ROBERT/SIPA – ALEXIS SICARD/IP3 PRESS/MAXPPP – JÉRÔME MARS/JDD/SIPA – VILLARD/SIPA, GRAPHISME CHRISTOPHE THOGNARD
31,9
30,1
29,1
28,2
28,2
26,2
24,7
22,6
Ligue 1
CFL
MLB
NPB Big Bash La Liga Liga MX
AFL
NFL Bundesliga Premier
Football Football League Football Base-ball Base-ball League Football Football Football Football
canadien
Cricket
Football australien
américain
Nicolas Hulot
Rien ne ressemble plus à
Nicolas Hulot que son annonce de démission, lâchée sur France Inter ce
mardi. Rien. Le désormais
ex-ministre de la Transition écologique et solidaire est un atome
virevoltant, voire instable.
« Il démissionnera du jour
au lendemain », assurait
son premier cercle depuis
des mois. Hulot n’a averti
personne de sa capitulation, pas même… luimême, qui a décidé de
l’annoncer au cours de
l’émission. Qui en sera
surpris ? Personne. Pas son
officier de sécurité, obligé
de se ruer à la gare Montparnasse un vendredi soir
car son patron avait filé,
sans crier gare, prendre le
train pour Saint-Lunaire,
retrouver son ULM. Ni
même Gérard Feldzer, son
vieux copain : en juin
2016, sur le point de déposer les statuts du parti
censé emmener Hulot à la
présidentielle, il reçoit un
appel : « Stop, je le sens
pas. » Oui, l’ex-ministre
est un atome instable,
donc radioactif. Dégageant des ondes d’incertitude au cœur de son
écosystème. Contaminant, aujourd’hui, l’exécutif et la machine
présidentielle §
36,5
Etats-Unis Allemagne Angleterre, Australie Etats-Unis,
2016-2017 2015-2016 pays de Galles 2016
Canada
2015-2016
2016
Japon
2016
Australie Espagne Mexique
2015-2016 2015-2016 2015-2016
Faux départ pour le PS
Le Parti socialiste devait faire
sa rentrée le 21 septembre,
avec l’inauguration de son
nouveau siège à Ivry-surSeine. Loin de Solférino, le
parti à la rose espère renouer
avec son électorat. Mais il
faudra patienter. Les travaux
pour installer la climatisation dans les locaux ont pris
du retard, et la date d’inauguration devrait être reportée.
A croire que le PS a vraiment
la poisse.
conclure, assez sûr de lui :
« La prochaine présidentielle
sera la bonne. » Il n’y a donc
aucune urgence à trouver un
successeur à Mélenchon
puisque Mélenchon sera président jusqu’en 2027…
Chikirou boude à Marseille
Mélenchon n’est pas un roi
Jean-Luc Mélenchon n’a pas
apprécié les différents articles parus ces jours-ci sur sa
succession. Devant quelques
proches, l’ex-candidat à la
présidentielle a fait une mise
au point : « Il n’y a pas de succession à La France insoumise
parce que nous ne sommes pas
une monarchie. » Avant de
ERWAN BRUCKERT
18 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Sophia Chikirou, fondatrice
démissionnaire du Média, la
webtélé proche de Jean-Luc
Mélenchon, n’a pas participé
aux ateliers de La France insoumise à Marseille. Elle
était pourtant présente dès le
Canada
2016
France
2017-2018
Source : sportingintelligence.com.
premier jour. « Elle a multiplié
les tête-à-tête avec Jean-Luc Mélenchon, mais en dehors de
notre rassemblement », affirme
un organisateur. Mise en
cause dans sa gestion du Média par ses anciens associés,
Sophia Chikirou a boudé la
rentrée médiatique de LFI.
Elle sera pourtant chargée de
la communication du parti
lors des élections européennes.
« Il ne faut
jamais
s’arrêter ! »
Michel Drucker,
animateur
de France 2,
de retour après
deux ans
d’absence
avec
« Vivement
dimanche »
et « Vivement
dimanche
prochain »
(TV Magazine,
26 août).
Retrouvez Fabien Roland-Lévy dans l’émission « Entre les lignes », présentée par
Frédéric Haziza, sur la chaîne LCP, tous les samedis à 12 h et 19 h, et les dimanches à 8 h.
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LE POINT DE LA SEMAINETECH&NET
Du solaire à la blockchain,
les prouesses de l’Afrique
d’Adéoké Abathan montre
à quel point l’innovation
s’accélère dans les transports
interurbains. Ainsi, la France,
qui a été pionnière dans la
location de scooters
électriques, voit
maintenant déferler
les acteurs de la trottinette électrique
comme les
californiens Lime et
Bird. S’appuyant sur des applications qui permettent de
débloquer les deux-roues, ces
deux acteurs, nés en 2017,
sont déjà des licornes, c’est-àdire des entreprises non
cotées valorisées plus de
1 milliard de dollars. En attendant, une part croissante de la
Start-up Manifesto
sécurité routière
continue de s’inventer en Afrique. Ainsi,
au Maroc, la start-up
Casky a mis au point
un support de casque capable
de prévenir les secours en cas
de chute et qui, s’appuyant
sur un historique de conduite
enregistré dans la blockchain,
récompense les chauffeurs
qui ont la conduite la plus
sûre § PAGE DIRIGÉE PAR GUILLAUME
GRALLET, AVEC GUERRIC PONCET
FLASH-TEST
Nikon réinvente sa monture
L’enjeu. La marque qui a accompagné le photographe David
Douglas Duncan dans sa couverture de la guerre du Vietnam
veut, avec ce modèle sans miroir, chatouiller Sony
et sa gamme Alpha 7. Et prendre de court Canon, Panasonic
ou encore Olympus. Le fabricant japonais, fournisseur
de la Station spatiale internationale, doit aussi affronter
la concurrence croissante des fabricants de smartphones.
Pour qui ? Nikon n’avait pas changé de monture depuis 1959.
Ici, le viseur optique devient électronique.
A savoir. 4K plein format, 45,7 mégapixels,
134 x 100,5 x 78,5 mm, 585 grammes pour le boîtier, sortie
HDMI, monture Z de 55 mm de diamètre. SnapBridge permet
de communiquer avec les mobiles en wi-fi et en Bluetooth.
Les optiques actuelles peuvent être utilisées avec l’adaptateur FTZ (299 €). Modèle Z7 : disp. fin septembre à 3 699 €
en boîtier nu et à 4 299 € avec le zoom 24-70 mm f/4 S.
On aime
Le capteur plein format combiné
à des optiques à grande ouverture
permet de créer un flou
d’arrière-plan, intéressant pour les
portraits.
On regrette
Le fait que les boutons physiques
ne soient pas rétroéclairés.
Verdict
La nouvelle monture permet de
faire entrer davantage de lumière.
20 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Chris Barton, créateur anglais du service de reconnaissance de musique Shazam,
et Jeff Burton, celui du géant
des jeux vidéo Electronic
Arts, se rendront à Paris pour
le France Digitale Day, qui,
le 25 septembre, réunira
3 000 fondateurs de start-up.
Plusieurs Français, comme
Jasmine Anteunis (Recast.AI,
photo), Frédéric
Mazzella (BlaBlaCar),
ou encore Pierre Dubuc
(OpenClassrooms), pourraient publier un « startup
manifesto » afin d’interpeller
les candidats aux européennes sur l’importance
du numérique.
L’appli Makidoo
Humain, trop humain
Le portrait baptisé « Portrait
d’Edmond de Belamy » (photo
ci-dessus), réalisé par un système d’intelligence artificielle, sera mis aux enchères
en octobre chez Christie’s à
New York. Mais n’allez pas
croire que l’homme n’y est
pour rien. Le programme qui
l’a dessiné a été écrit par
Hugo Caselles-Dupré, Pierre
Fautrel et Gauthier Vernier,
trois artistes français regroupés sous le collectif Obvious.
Accès direct
Spotify pousse, depuis le
début de l’été, ses utilisateurs
sur iPhone, Mac ou iPad à
court-circuiter Apple. La
plateforme musicale en a
assez de la « taxe » de l’App
Store, la Pomme prélevant
Cette appli démocratise la
création de films
en vous assistant
dans le minutage
du scénario.
« Les personnes
qui ont le meilleur
quotient émotionnel réussissent
mieux dans la
vie. »
Rana El Kaliouby, cocréatrice d’Affectiva (photo, à
dr.), une entreprise américaine qui a enregistré et
analysé plus de 6 millions
d’expressions faciales.
DR (X3) – TED/DR – RECAST/DR – OBVIOUS/DR – NIKON/DR
Adéoké Abathan (photo) n’a
pas 25 ans et pourtant ce
Togolais a mis au point
Latiwo Helmet, un prototype
de casques solaires (photo) qui
permet à ses porteurs de
charger leurs téléphones
portables en conduisant.
Quatre heures de conduite
permettent de recharger trois
téléphones portables. « Nous
pensons que nos casques seront
disponibles fin octobre au Togo,
avant un déploiement au Bénin,
au Nigeria, au Mali et au
Burkina », explique au Point
l’étudiant en physique à l’université de Lomé. Quel que soit
le succès de Latiwo Helmet
(ce qui signifie « le casque qui
ose » en yoruba), l’intuition
30 % du prix de l’abonnement s’il est souscrit via son
service. D’autres géants, dont
Netflix, s’engagent aussi sur
le sentier de la guerre contre
l’App Store.
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LE CARNET
INGRID HOFFMANN/OPALE/LEEMAGE – THOMAS BREGARDIS/OUEST FRANCE/MAXPPP – MICHAEL BUCKNER/DEADLINE/SIPA – ADMEDIA/SIPA – JIJI PRESS/AFP – BRIAN SNYDER/REUTERS – SIPA
Jean-Bernard Marlin,
primé à Angoulême.
Ségolène Royal, reine
des pôles à Deauville.
Bob Escoffier bientôt
sur la Route du rhum.
François-Xavier Léger,
ambassadeur au Népal.
Robin et Marsha Williams, de l’art à revendre.
DÉCÉDÉS
RÉCOMPENSES
Le valois de diamant, décerné lors du
11e festival du Film francophone d’Angoulême, a récompensé « Shéhérazade ». Le premier long-métrage de
Jean-Bernard Marlin, dont l’action se
situe dans les quartiers populaires de
Marseille, a aussi remporté le prix des
étudiants francophones et celui de la
musique de film, composée par les
frères Mouss et Hakim, du groupe
Zebda. « Tout ce qu’il me reste de la
révolution », de Judith Davis, a reçu le
valois du jury. Le prix du public est allé
à « L’amour flou », de et avec Romane
Bohringer et Philippe Rebbot.
EN MISSION
A Deauville, pour la 2e édition des
« 24 Hours for the Ocean », Ségolène
Royal a tout à fait honoré sa mission
d’ambassadrice des pôles en évoquant
avec passion la fonte des glaces et le sort
des manchots… royaux.
SUR LA ROUTE
A 69 ans, le Malouin Bob Escoffier
prépare sa 4e Route du rhum.
Le doyen de la course lèvera l’ancre
le 3 novembre à Saint-Malo, en direction de Pointe-à-Pitre, à la barre du
monocoque « Kriter V ».
DIPLOMATIE
Conseiller des affaires étrangères hors
classe, François-Xavier Léger, 51 ans,
vient d’être nommé ambassadeur de
France au Népal, son premier poste.
DISPERSION
Sotheby’s dispersera, le 4 octobre,
la collection d’objets et œuvres d’art
de l’acteur Robin Williams – décédé en
2014 – et de son épouse, Marsha. Tous
deux avaient réuni des œuvres de Niki
de Saint Phalle et des signatures de l’art
urbain, dont le Français Invader, ainsi
que Banksy et Shepard Fairey.
DESIGN
Ernesto Gismondi, ingénieur aérospatial italien, fondateur d’Artemide il y a
cinquante-neuf ans, a reçu deux compas
d’or décernés par l’Association pour le
design industriel, l’un pour sa carrière,
l’autre pour une création, « Discovery ».
PAGE DIRIGÉE PAR MARIE-CHRISTINE MOROSI
John McCain
81 ans. Sénateur républicain
de l’Arizona pendant trentecinq ans. Candidat malheureux à la présidentielle en
2008 contre Barack Obama,
ce vétéran de la guerre du
Vietnam était considéré
comme une icône aux EtatsUnis. Militaire de carrière,
diplômé de l’Académie navale d’Annapolis, il devient
pilote. Son avion est abattu
en 1967, pendant la guerre du
Vietnam. Capturé, il restera
prisonnier à Hanoi jusqu’en
1973 et refusera d’être libéré
sans ses codétenus. Très critique envers Donald Trump,
qui lui avait dénié sa qualité
de héros, il avait milité contre
l’abrogation de l’Obamacare,
loi sur la protection médicale.
Michel
Cazenave
76 ans. Homme
de radio et de télévision, ancien
producteur à
France Culture, il a créé et
dirigé plus de 300 émissions
traitant de cinéma, de littérature, de sciences humaines.
Il est l’auteur de dix romans.
Maria Isabel Chorobik
de Mariani, dite Chicha
94 ans. Cofondatrice du
mouvement des Grandsmères de la place de Mai, créé
par les familles des disparus
en Argentine, elle n’a jamais
retrouvé sa petite-fille enlevée par la junte en 1976.
Franck Venaille
81 ans. Poète, fondateur des
revues Chorus et Monsieur
Bloom, Prix Goncourt de la
poésie en 2017 pour
« Requiem de guerre »
(Mercure de France).
Neil Simon
91 ans. Dramaturge américain, auteur de plus de
30 pièces de théâtre, dont
certaines adaptées au cinéma, comme « Drôle de
couple », avec Walter Matthau et Jack Lemmon.
Pierre Cherruau
48 ans. Journaliste et écrivain, spécialiste de l’Afrique.
Uri Avnery
94 ans. Journaliste israélien,
pacifiste convaincu, il fut le
premier dans son pays à interviewer Yasser Arafat.
Atal Bihari Vajpayee
93 ans. Ancien Premier
ministre de l’Inde.
Arcabas
91 ans. Artiste isérois, il a
décoré des églises en France,
en Italie et en Belgique.
François Brossier
78 ans. Prêtre, commandeur
des Arts et des Lettres, auteur
d’ouvrages sur la Bible.
Rosa Bouglione
107 ans. Matriarche du clan
Bouglione, elle avait acheté
avec son mari le cirque
d’Hiver, en 1934.
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 21
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LE POINT DE LA SEMAINEVOTRE ARGENT
VINCENT GUENZI
Cholet Dupont
Comment interpréter la
bonne tenue des marchés
depuis deux mois ?
Les marchés ont bien tenu
en juillet en raison de l’apaisement de la guerre commerciale et des bons résultats des
entreprises. Il y eut deux
alertes. La première début
août, avec la baisse des intentions des directeurs d’achats
aux Etats-Unis et en Europe.
La seconde avec la Turquie.
Ces corrections sont-elles
des points d’entrée ?
Oui, car nous ne voyons pas
de signaux précurseurs
d’une récession avant au
moins un an. Le marché
américain pourrait rebondir
si, à la suite des discussions,
la Chine s’ouvrait davantage
aux importations et si un
accord était trouvé avec l’Europe. Le S & P 500 pourrait
alors dépasser 3 000 points
et l’Europe, même si elle est
plus vulnérable, rebondir
de 10 %.
Sur quels secteurs et titres ?
Il faut toujours privilégier
les valeurs à forte visibilité :
les technologiques (Google,
Apple, mais aussi STMicroelectronics, Wirecard,
Dassault Systèmes), le luxe
(LVMH, Kering, SEB), la
consommation (Danone,
Nestlé, Pernod Ricard),
la santé (Sanofi, Orpea) et
les services aux entreprises
(Sodexo, Ellis) §
PROPOS RECUEILLIS PAR L. A.
Des niches fiscales dans le collimateur
l’objectif social d’un accroissement du
Les grandes manœuvres ont commencé. Le
ralentissement de la croissance confirmé par nombre de logements locatifs accessibles.
Les professionnels de l’immobilier réfutent
le Premier ministre (1,7 % au lieu des 2 % atcette analyse, faisant valoir en contrepartie
tendus) réduit la marge budgétaire du goul’augmentation de la TVA perçue par l’Etat
vernement pour 2019. Edouard Philippe a
sur les ventes d’appartements, l’impôt sur les
déjà annoncé, côté dépenses, le plafonnement, l’an prochain et en 2020, de la revalori- sociétés payé par les constructeurs et les pressation des pensions de retraite, des
tataires de services… Selon eux, l’Etat serait
allocations familiales et des aides au logeau final gagnant. Ce dernier s’est d’ailleurs
engagé à maintenir le dispositif jusqu’en
ment à 0,3 %, alors même que l’inflation
2021. Gérald Darmanin, ministre de l’Action
pourrait atteindre 1,7 %, soit une baisse de
et des Comptes publics, en reverra-t-il les mopouvoir d’achat pour les personnes concernées. L’économie pour le budget est évaluée à dalités pour contenir son coût ?
un peu plus de 3 milliards d’euros.
• Les travaux réalisés dans les logements
D’autres mesures vont suivre. Emmanuel
anciens : ils bénéficient aujourd’hui d’un
Macron devrait également rogner certaines
taux de TVA de 10 % pour les travaux d’entreniches fiscales. En 2017, elles ont représenté
tien et de 5,5 % pour ceux œuvrant à l’amélioun manque à gagner pour l’Etat de
ration énergétique du bien. Les magistrats
93 milliards d’euros,
évaluent le manque à gagner
LE CHIFFRE
3 milliards d’euros de plus
pour les finances publiques
qu’initialement prévu. En
à 3,28 milliards d’euros cette
2018, elles devraient
année et à 70 milliards d’eudépasser 100 milliards.
ros depuis l’instauration du
milliards d’euros Des avantages sont sur la
taux réduit. C’est en effet la
C’est l’économie attendue
de la revalorisation limitée à
sellette à la suite des diffécinquième niche fiscale par
0,3 % des pensions de retraite,
son coût.
rents rapports de la Cour
aides au logement…
La Cour des comptes dedes comptes et des conclusions du comité de rémande une étude sur son efflexion Cap 22. Sont jugés inefficaces ou trop fet réel sur le secteur et la création d’emplois.
coûteux au regard leur efficacité :
La dernière enquête réalisée faisait état d’un
• Le dispositif Pinel : appelée tour à tour Ro- chiffre d’affaires supplémentaire de 1,6 milliard d’euros et la création de 32 000 emplois.
bien, Périssol, Scellier, Duflot et Pinel, cette
La majorité présidentielle plaide pour que le
aide à l’investissement locatif sous forme
crédit d’impôt ne profite plus qu’aux méd’une réduction d’impôt accordée aux pronages modestes.
priétaires qui achètent un bien en vue de le
louer grèverait, du fait de son étalement dans • La transition écologique : là encore, la
le temps, les finances publiques pour les anCour se déchaîne. Le nombre de dispositifs
fiscaux aurait doublé pour atteindre le
nées à venir. Selon les calculs de la Cour des
chiffre astronomique de 94. Et le rapport
comptes, le coût du Scellier se monterait à
Cap 22 d’en rajouter une couche en estimant
3,9 milliards d’euros d’ici à 2024 et celui du
possible de réduire les aides avec la suppresPinel à 7,4 milliards d’ici à 2035. Et la Cour
des comptes déplore que les dépassements
sion, par exemple, des doublons entre celles
continus par rapport aux plafonds de dédélivrées par l’Etat et par les collectivités.
penses actés dans les lois de programmation Compte tenu du poids du lobbying, ces niches
sont très difficiles à supprimer. A chaque élecdes finances publiques ne se soient pas traduits par des mesures d’ajustement.
tion présidentielle, les candidats ont annoncé
Autre reproche : cet avantage profiterait aux
vouloir s’y attaquer mais aucun ne l’a véritaplus aisés. Il n’atteindrait pas non plus
blement fait. A suivre ! § LAURENCE ALLARD
3
PERFORMANCES DES PRINCIPALES PLACES SUR UNE SEMAINE
New York
Dow Jones
+ 1,15 %
Paris
CAC 40
+ 1,85 %
Zone euro
Shanghai
+ 1,84 %
+ 3,05 %
Euro Stoxx 50
SSEC
Tokyo
Nikkei 225
+ 2,71 %
Prêts à la consommation Taux le plus fréquemment accordé
Sur 24 mois : 1,70 %
Source : Empruntis.com.
22 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Sur 36 mois : 2,99 %
Sur 48 mois : 2,99 %
CRÉDITS IMMOBILIERS
15 ans : 0,96 %
25 ans : 1,35 %
20 ans : 1,12 %
30 ans : 1,78 %
Taux hors assurance pour un très bon dossier
Pour 100 € de mensualité,
vous empruntez (assurance comprise) :
15 ans : 16 369 €
25 ans : 24 511 €
20 ans : 20 842 €
30 ans : 26 692 €
Source : meilleurtaux.com
CHOLET DUPONT/SP
BOURSE : L’AVIS DE…
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ILLUSTRATIONS : DUSAULT POUR « LE POINT »
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24 | 30 août 2018 | Le Point 2400
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INFILTRÉE EN MACRONIE (DERNIER ÉPISODE)
Emmanuel chéri…
Tout l’été, Gaël Tchakaloff a raconté, sous forme de lettre, les coulisses du pouvoir.
Sa correspondance s’achève avec un portrait intime d’Emmanuel Macron
et de la « famille de travail » avec laquelle il gouverne.
Auteur de « Lapins et merveilles.
18 mois ferme avec Alain Juppé »
(Flammarion, 2016), elle croque avec
mordant les politiques dans « Divine
comédie » (Flammarion, 2017).
PAR GAËL TCHAKALOFF
J
e t’en prie, ne sois pas farouche. Tu avais le sourire accroest-elle ? » Brigitte absente, tu parsèmes son bureau de petits
mots. On ne peut pas te comprendre sans vous comprendre,
ché aux cils, l’insouciance perchée dans les rêves. Tu déguiensemble. Parce que vous ne faites qu’un.
sais l’intériorité en imaginaire, effeuillais ta poésie en
Arrêt sur image. Hors déplacement, chaque soir, le même déempathie, baisers envoyés à tour de lèvres. Tu assumais tes déraillements, tes mots, cris de trop, tes « c’est notre projeeeeeet ! »,
bat : « On dîne où ? » Toujours, tes vélléités de sortir. Souvent, sa
petites fantaisies, bosses qui t’humanisaient. Tu te coulais pile
volonté de rester. Vous n’avez pas la même vie. Elle enchaîne
à l’endroit où se trouve l’Autre du pays latin, affectif et déborles rendez-vous, beaucoup à l’extérieur, institutionnalisant
l’heure et demie de promenade avec son équipe, conversations
dant en diable, comme toi, caméléon retournant les cœurs, des
du quotidien. Alors que toi, tes journées au palais sont une sucpatrons du CAC 40 aux ménagères du Creusot. C’était ton côté
Johnny. Si ce n’est que lui n’a rien perdu du lien magique avec
cession de réunions avec les ministres, chefs d’entreprise,
son public en grimpant sur le podium.
hommes et femmes qui font l’Etat et le pays. Peu de place à l’imJe t’en prie, ne sois pas pudique. Le jour se lève. Comme souprovisation, à la respiration.
Neuf ou dix heures sur une chaise. Tu te plains de l’agenda
vent lorsque tu es à Paris, tu travailles dans tes appartements
construit pour « un type qui vit enfermé sur une île déserte ». Alors,
privés, rue du Faubourg-Saint-Honoré. Ne descends que vers
quand arrive le coucher du soleil, tu veux la croiser, la vraie vie.
9 heures, sauf réunion matinale. Brigitte demeure à tes côtés
Brigitte ne l’a jamais quittée. Chacun fait un petit pas vers
jusqu’à ton départ. Drôle de lieu, aux airs de suite d’hôtel. Deux
l’autre. Les mêmes trois ou quatre restaurants que je ne citerai
cent cinquante mètres carrés, impersonnels. Vous avez retiré
quelques tableaux, trop chargés ou de mauvais goût. Tu as inspas, pour vous éviter les paparazzis. Vous partez vers 21 heures,
tallé tes livres, ta bibliothèque. Quelques photos de toi, d’elle,
rentrez aux alentours de minuit, à pied, dès que vous le poul’aimante qui t’appelle « le Prodige ». Vous ne vous quittez pas.
vez. Sinon, omelette, jambon qu’elle prépare à l’étage, film, téTéléphones et visites mutuelles, quatre ou cinq fois par jour.
lévision, lecture. Rituel nocturne. Tu rejoins Alexis Kohler
Parfois, c’est Pierre-Olivier Costa* qui décroche, lis les SMS,
jusque vers 1 ou 2 heures du matin. Te couches après un défiltre. Elle dit : « Réponds, si c’est urgent. » Toi, ça l’est toujours,
briefing dans les règles avec ton amoureuse. Il arrive qu’elle
somnole, n’entende pas tout ce que tu lui
urgent. Tu connais l’agenda de la première
indiques. Mais la plupart du temps, elle
dame, es au courant de tout, déboules à
CE N’EST PAS SUR SON CV
t’attend, Pénélope.
l’improviste pour la voir (quand ce n’est
Je t’en prie, ne sois pas timide. Polaroid
pas elle qui monte dans ton antre), attrapes
- Sa phrase : Benalla m’a trahi.
quelques minutes d’un rendez-vous qui
de vous. Lanterne, le week-end, seuls. Aucun
- Frais de bouche : règle les repas
familiaux, privés, et ceux de Nemo
t’intéresse. Récemment, celui avec une ascollaborateur, rarement la famille. Une ou
sur ses deniers personnels.
sociation de protection de l’enfance, un
deux personnes pour les courses, la cuisine.
- Indiscrétion : mais qui couvre
autre sur le cyberharcèlement. Quand elle
Pas de service à table. Beaux jours, tu tradonc Brigitte d’aussi gros bouquets
est attendue à tes déjeuners et qu’elle a
vailles dehors. A l’Elysée, tu as essayé aussi.
de fleurs ? Ce n’est pas toi, mais
Karl Lagerfeld.
cinq minutes de retard, tu trépignes : « Où
En vain. Aucun recoin dans le jardin …
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 25
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INFILTRÉE EN MACRONIE (DERNIER ÉPISODE)
permettant de poser une table sans être vu, observé.
Eparpillement de vous deux. Vos jeux, vos engueulades
sur des détails futiles, qui se terminent toujours en éclats de
rire. Tout ce que l’on ne sait pas, que tu gardes pour toi, pour
vous, secrètement. Tu as fait le minimum de concessions à la
dimension publique que t’impose ton statut. Photos faussement volées, Paris Match, mais tu ne fends pas l’armure. Qui
connaît vos intérieurs, appartements, maison du Touquet ?
Qui discerne tes passions, tes affects ? Un proche : « Il faudrait
qu’il vainque son incroyable pudeur. Celle qui l’empêche de révéler
aux Français combien le monde est tragique, dirigé par des dingues.
Il ne dit jamais “c’est dur”. Il se contente de lancer “heureusement
que je porte tout à bout de bras parce que, les amis, des fois, je suis
un peu seul”. Son hyper-rigueur avec lui-même lui rend impossible
toute effusion. » Pas d’expansion, quelques traces de tendresse.
Ton cadeau à Sibeth Ndiaye, lorsqu’elle perd sa mère, en 2015.
Tu cours à la Fnac, lui offre l’ouvrage de Roland Barthes « Journal de deuil ». A cette époque, elle te fait valider l’agenda en
poèmes. Même veine, le jour où la
femme d’Alexis Kohler décide de lui
organiser un anniversaire surprise.
Il faut le faire partir vite, pour qu’il
soit à l’heure. Tu abrèges la réunion,
contrairement à tes habitudes. Avec
toi, en principe, ça dure longtemps,
longtemps. Alexis se demande pourquoi, interloqué.
Tendresse revendiquée, avec Brigitte. Regards, doigts qui se croisent,
comme lors de cette projection des
« Chatouilles » à l’Elysée. Vous vous
tenez par la main pendant tout le film.
Parce que, oui, vous êtes fous d’amour.
Personne ne me croit quand je le dis.
Je commence à discerner pourquoi.
Certains voudraient gommer ce
lien entre vous, tandis qu’il révèle
l’une de tes dimensions. Sans Brigitte, tu serais « seulement »
un jeune homme brillant qui prend l’Elysée. Un conseiller :
« L’obsession gaullo-mitterrandienne de quelques proches d’Emmanuel l’a enfermé dans l’image d’un homme seul. Mais il n’est pas
veuf, que je sache ! Cela a débuté durant la conquête du pouvoir. Le
clan disait qu’elle devait se tenir à l’écart, prétextant de mauvais retours d’enquête. En réalité, ils veulent garder Macron pour eux seuls,
jalousement. Ils pensent que Brigitte est une potiche qui passe son
temps à se coiffer, à se maquiller, tandis qu’ils détiennent l’influence
intellectuelle, cérébrale. Ils en font un solitaire désincarné. Solitaire,
il l’est par son éducation, son histoire, par le choix qu’il a fait d’épouser cette femme. Et par la fonction, circonstance aggravée de son tempérament initial. » Total, les deux cellules « communication »,
celle de Brigitte et la tienne, sont séparées, ne se parlent jamais.
Chacun a ses groupes sur Telegram. Etanches, cloisonnés. Tu
minimises les maux.
Clairvoyances de Brigitte, régulièrement. Après l’affaire Benalla, elle confie à un affidé : « Emmanuel n’est pas perçu comme
étant proche des gens, je dois être davantage dans le social. » Le candidat accessible s’est mué en président lointain. Question de
moment, ontologie d’une fonction, sacralisation rendue indispensable par les erreurs des prédécesseurs. « Le monde est constamment au bord du gouffre, mais Emmanuel ne veut pas l’exprimer aux
…
Français. Il se dit qu’il répare un moteur cassé depuis trente ans, que
tout ce qu’il fait va dans le sens du bien commun. Le vrai soin des
Français se fait dans l’international, pas d’abord avec les APL. Son
volontarisme et son optimisme lui interdisent de tenir un langage d’effort aux Français » (un anonyme, évidemment). Bilan, tu as ancré le président d’autorité, délaissant un peu le président
compassionnel. Equation impossible pour maintenir un « en
même temps » des deux visages.
Je t’en prie, ne te bâillonne pas. Musellement d’un chien
fou, perte de la sensation du charme. « Ah ben, dans le cul ! »,
comme tu dis fréquemment à tes collaborateurs, lorsque tu
gagnes un combat, tandis que chacun t’enterre, quand ce n’est
pas : « On leur a mis profond ! » Quelquefois aussi : « C’est des
maboules, ils ne sont pas raisonnables ! » – à propos de ceux qui
s’en prennent à toi. Humour noir, tendance Audiard. Scène de
vie. Tu regardes la télévision avec Bruno Roger-Petit. Il commente une séquence : « On dirait le cri du cormoran, le soir, sur les
jonques. » Tu rectifies : « Non, c’est le cri du perroquet bleu du Mato
Grosso… Creua, creua. »
Taisez-vous, les gens. Je ne veux pas
entendre qu’« un président ne devrait
pas dire ça… ». Vous avez élu un millennial, l’équipe de millennials qui va avec.
Tenue et retenue dans la parole publique, ils demeurent des hommes et
des femmes normaux, de leur âge, de
leur temps, dans les rapports bilatéraux. Quand Jacques Chirac lançait :
« Ça m’en touche une sans faire bouger
l’autre », personne ne mouftait. Quand
Georges Pompidou martelait : « Arrêtons d’emmerder les Français », chacun
se taisait. Mais toi, tu n’aurais pas le
droit, tes soldats non plus. Réveillez-vous, la France.
Je t’en prie, ne sois pas brutal. Flashback, mai 2017. Fini, casser la voix, le
corps roulé dans les bras des meetings. Responsabilité, gravité,
une ombre zèbre ton regard. Même le soir de la victoire, tu ne
t’autorises pas l’euphorie, l’exultation. Je t’inspecte de près, toi,
déjà dans l’introspection, l’anticipation de la chorégraphie des
premières réformes. Tu es verrouillé au-dedans de toi. Cela ne
t’a plus quitté depuis. Cette fulgurance dans le passage d’un espace à l’autre, c’est ta spécialité. Tu n’opères jamais de transition, de « phase d’adaptation », comme on l’exige à la crèche, avec
les tout-petits. Sans doute parce que, jeune, tu ne l’as jamais
été. Jamais enfant, jamais adolescent. Tu ne t’es pas laissé aller
à l’absence de maîtrise de la temporalité. Allô, Brigitte. Tu as
grandi, tu t’es construit avec cette femme, glissant immédiatement de l’école à la vie d’homme. Tu l’as vraisemblablement
changée, Mme B., mais elle était déjà adulte, elle. Pas toi. Tu as
fait avec, comme tu fais avec le candidat devenu président. Subitement, immédiatement.
Névrose des temporalités. Chez toi, il y en a trois. Premier
temps : « On fait ça. » Deuxième temps : « Dans six mois, on va
faire ça. » Troisième temps : « Que restera-t-il à la fin du quinquennat ? » Désir de tenir, toujours, l’horizontalité – « être accessible »
– et la verticalité – « être président ». Gestion des saisonnalités,
qui explique sans doute le décalage du plan pauvreté. Volonté
de garder la main sur le tempo médiatique et politique. Tu
« Ah ben, dans le cul ! »,
comme tu dis
fréquemment à tes
collaborateurs, lorsque
tu gagnes un combat,
tandis que chacun
t’enterre, quand
ce n’est pas : « On leur
a mis profond ! »
26 | 30 août 2018 | Le Point 2400
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
passes un temps fou à penser le rythme de ton agenda, coupes
les sujets, sélectionnes les objets. Détestes rien de plus que céder
à la pression. Illustration au sortir de La Rotonde, puis pendant
l’affaire Benalla. Mais également durant la campagne, tandis
que tu te choisis – très tôt – Marine Le Pen comme adversaire,
balayant François Fillon d’un dédain mutique. Tu parles beaucoup de ce qui ne va pas, du risque
d’être pris dans l’échafaudage, la
structure, plutôt que de bâtir. Etrangement, tout est rangé dans ta tête.
Trop, peut-être. L’exercice du pouvoir n’a pas altéré ton mode intellectuel, tu ne sembles pas bouleversé
par ce qui se passe. Ce qui contribue
d’ailleurs à l’image arrogante ou distante qui te colle à la peau. Tu es un
ovni. Un gars trop étincelant pour
faire le match avec des modestes. Sibeth Ndiaye : « Il a uniquement perdu
ses moments d’insouciance. »
Je t’en prie, ne sois pas cassant. Ce dont j’ai peur pour toi,
ce sont tes raideurs. Antagonisme de tes facettes. Tu sais autant te mettre dans la peau de l’autre que te braquer, dans une
attitude qui n’est pas sans rappeler celle de Nicolas Sarkozy.
Le collégien qui t’a surnommé « Manu » s’en souvient. Glissement d’image perceptible dans les retours de foule. Tandis
que Brigitte se rend à Versailles, réunissant cinq mille enfants
pour l’occasion, un petit demande : « Est-ce qu’il est gentil, Emmanuel Macron ? » Tremblements. Cette question n’a jamais
été posée auparavant. Parallèlement, il y a cette singularité
pour se mettre au niveau de l’autre. Je l’ai vu un jour de visite
dans une maison pour handicapés. Naturellement, tu t’agenouilles, afin de te placer à la hauteur de ton interlocuteur,
en chaise roulante. Ton comportement avec Donald Trump
procède du même effet. Tu adoptes sa virilité, lui serres fort
la main, embrasses ses codes.
Je t’en prie, ne sois pas vexé. Plusieurs entourages familiaux considèrent que l’image de Brigitte lui
correspond. Pas celle qui est diffusée
de toi depuis l’élection. « Celui que l’on
voit, que l’on interprète, ce n’est pas lui »,
indique un ami. Pas faux. Comme si
les vases communicants apportaient
chaque jour plus de cœur à ta femme,
au fur et à mesure que les Français
considèrent que tu perds le tien.
Non, non, vraiment, tu n’as pas
changé. TOC gestuel. Ton index qui
essuie ton nez. Ceux qui ne te connaissent pas pourraient croire
que tu prends des substances illicites. Mais non. Traditionnelles
expressions, avec l’équipe que tu appelles « les enfants ». Ça les
fait hurler de rire, tes teasings. Le « comment ça va ? ». Si on te répond mou ou mal, tu reposes la question : « Comment ça va, vraiment ? T’as pas l’air bien aujourd’hui. » Puis, « ça tourne comment ? »,
à propos des dossiers. Une formule bizarre, que je n’ai jamais
totalement élucidée : « Si les dindes avaient le droit de vote à Noël,
on ne le fêterait pas souvent. » Et l’éternelle punchline par …
Tu n’opères jamais
de « phase d’adaptation »,
comme on l’exige
à la crèche, avec les toutpetits. Sans doute parce
que, jeune, tu ne l’as
jamais été.
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 27
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
INFILTRÉE EN MACRONIE (DERNIER ÉPISODE)
texto, lorsqu’on te propose une idée qui te plaît : « Feu,
go, bises ». Ça marche aussi en mimes. Au sortir des réunions,
tu tapes dans les mains, places les deux poings en avant, lances :
« Allez, on continue ! » Entraîneur, oui. Manageur, un peu moins.
Je t’en prie, ne sois pas blessé. Entre nous, tu n’es pas le meilleur DRH du monde. Plusieurs explications à cela, endogènes,
exogènes. Ta mécanique intellectuelle a besoin de se frotter à
des avis divergents. Si bien que tu t’es entouré d’une équipe
éclectique qui, non seulement n’est pas toujours d’accord, mais
travaille en silo. « Emmanuel fait son miel des confrontations, il se
nourrit des vents contraires. Il écoute, pose des questions, ne se prononce pas, identifie les angles morts. Son processus est celui de la décantation. Il aime faire et défaire pour refaire, mâchouille les sujets,
comme une cuisine moléculaire. L’une de ses singularités réside dans
sa capacité à s’entourer de gens qui offrent des points de vue opposés.
C’est un vecteur de tensions et de richesse. Il picore chez les uns, les
autres, avant de trancher. » Pas de fonctionnement harmonisé
en amont. Ce sont les individus qui s’expriment, pas un groupe,
après analyse complète de la situation. Explication officieuse :
« Alexis Kohler et le directeur de cabinet n’ont pas structuré un mode
d’organisation autour du président. Le silo est sans doute à l’origine
de quelques murs, dont celui de l’affaire Benalla. Chacun travaille
dans son coin. Le directeur de cabinet aurait dû virer Benalla sur-lechamp, sans même consulter le président. Mais on ne vire pas quelqu’un
qui est issu de la campagne. Et, de toute
façon, personne ne prend aucune décision
sans consulter Emmanuel. Tous les sujets
lui remontent. Il veille à tout, tous les jours,
tout passe entre ses mains. » Explication
officielle, le cabinet et les services de
l’Elysée ne se croisent jamais. Lorsqu’un individu se situe à la frontière,
le système ne fonctionne plus.
Ton style, tes méthodes, ça les fatigue un brin, les gens. Chacun se souvient de cette tribune que tu souhaitais
publier sur l’entrepreneuriat, tandis
que tu étais à Bercy. Après dix-sept
versions, elle n’est jamais sortie, faute
de combattants. Consignation de tes
petites manies. Carnets format A5 sur lesquels tu notes tout,
tout le temps, comme pour accompagner l’écoute d’une traçabilité écrite. Tes questions pointues. Par exemple, lorsque tu
demandes à Stéphane Séjourné ** la relation entre un maire
inconnu au bataillon et un député – pas plus visible –, toi qui
connais la carte électorale par cœur. « Il a un logiciel particulier
auquel il faut s’acclimater. Certains ministres n’y parviennent pas.
Il suffit de regarder quelles sont les lois constamment ajournées pour
comprendre. » Tes réécritures, à l’infini. Celle du discours pour
la cérémonie de Johnny Hallyday à la Madeleine, entièrement
refait le matin même. Ton appétence pour ceux qui font un pas
de côté. Tu préfères préparer les voyages avec des experts, des
universitaires qui ont écrit des livres lus par quatre personnes
plutôt qu’avec les diplomates. Tes lubies, comme celle de te
rendre au Shrine, lors du voyage au Nigeria. Cet endroit, tu le
déniches tout seul, personne ne sait d’où cela sort. Immense
boîte de nuit arty, lieu de la culture afro d’avant-garde. Autre
récurrence, ton incapacité à comprendre que les journées ne
font pas cinquante-deux heures mais vingt-quatre. « On passe
notre temps à cacher des minutes dans les déroulés, à gonfler les agen…
das pour lui laisser de la place. Autrement, on se fait assaisonner. »
Tes colères, toujours froides. Tes colères, glaçantes. Tes colères,
qui font semblant de cibler tout le monde tandis que celui qui
a péché sait. Tu dis : « On a été mauvais », ce qui signifie : « Tu as
fait n’importe quoi. » Ta mauvaise foi, enfin. Tu peux soutenir
une idée, mordicus, tu dis : « Il faut faire comme cela. » Une poignée de jours plus tard, tu n’as pas honte : « Pourquoi avez-vous
dit qu’il fallait faire comme cela ? » Vilain. Ils se taisent, les gens.
Perverse Ve République. Le président objet de critiques, cible
privilégiée à l’extérieur, nécessairement entouré de « yes men »
à l’intérieur ? Un collaborateur : « Je ne lui dis plus quand cela ne
va pas. Pour avancer, il doit être soutenu. Les mauvais mots, ce sont
les visiteurs qui s’en chargent. »
Je t’en prie, n’avance pas masqué. Je la vois, ton émotion,
même enfouie. Ta mimique te trahit. Lèvres pincées, un peu
trop fort. Comme ce jour où tu rencontres les familles de militaires disparus ou blessés, au ministère de la Défense. Brigitte
pleure. Souvenir à la prison de Fresnes, aussi. Tu arrives avec
une idée arrêtée du plan pénitentiaire. Tu en ressors avec une
autre. Entre-temps, tu te fais huer par les prisonniers. Une cellule t’interpelle. Porte fermée, au travers, on entend : « Sortez-moi
d’ici, je suis traité comme un chien. » Tu poses une main sur l’encoignure, parle au travers, retourné. Ressors dans la cour, cerclée de barbelés, trébuches sur un rat. Silence.
Je la vois, ton inaptitude à te séparer de ceux que tu aimes. Tu fais crédit, à l’infini, tu penses qu’il y a
toujours quelque chose à sauver chez
les gens. On ne touche pas au grisbi.
Tu protèges les tiens comme une
louve couve ses petits.
N’importe qui s’ennuierait ferme
dans l’exercice du pouvoir, demande
donc à François Hollande. Pas toi. La
famille avec laquelle tu gouvernes,
bande de sept, huit conseillers ***, tu
te l’es choisie. Avec elle, tes rapports
sont souvent plus fluides qu’avec
ceux de ton propre sang. Mais une
famille de travail emmène vers plus
de réflexion que de tripes, éloignant les Français de ce que tu
es vraiment. Au fond, le meilleur porte-parole de toi-même,
c’était toi. Voilà pourquoi je regrette le candidat. Depuis, il y a
eu : une fonction, un décorum, un agenda, une symbolique,
une coupure des médias (« finalement, on aurait dû garder les
jeunes journalistes qui nous suivaient pendant la campagne, lorsque
tout le monde nous prenait pour des losers. Ceux-là, c’était des vrais » –
petits bruits, au hasard des couloirs). Cette même équipe qui,
voulant bien faire, martèle : « La posture sacralisée préserve des
aléas liés à l’actualité, des trous d’air, des mesures impopulaires. »
C’est exact. Mais il manque ta chair. Ta fougue, ta sincérité, tes
transports, tes élans, tes éclairs, tes plaisirs juvéniles, tes maladresses, ton authenticité, ton petit « pet au casque ».
Reviens, Emmanuel. Je t’attends. Et je crois bien n’être pas
la seule §
Tes lubies, comme celle
de te rendre au Shrine,
lors du voyage au
Nigeria. Cet endroit,
tu le déniches tout seul.
Immense boîte de nuit
arty, lieu de la culture
afro d’avant-garde.
28 | 30 août 2018 | Le Point 2400
*
Directeur du cabinet de Brigitte Macron.
Conseiller politique du président.
***
La garde rapprochée. Alexis Kohler, Ismaël Emelien, Sylvain Fort, Sibeth
Ndiaye, Stéphane Séjourné, Bruno Roger-Petit, Philippe Etienne.
Et Jean-Marie Girier (chef de cabinet du ministre de l’Intérieur).
**
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FRANCE
Immigration.
En Europe, une
convergence politique unit de plus
en plus les populistes de gauche
et de droite.
30 | 30 août 2018 | Le Point 2400
PAR LUC DE BAROCHEZ, AVEC ERWAN
BRUCKERT ET LAURELINE DUPONT
N
ational et socialiste à la fois.
A travers l’Europe comme en
France, les passerelles se multiplient entre le souverainisme social, à gauche, et le populisme
nationaliste, à droite. Tandis que
la posture anti-immigration gagne
du terrain à gauche, la droite dure
s’approprie slogans et recettes hérités du socialisme. Le résultat est
Offensif. Jean-Luc
Mélenchon à Marseille,
le 25 août. « Il y a des
élections européennes.
(…) Nous allons faire de
cette élection un référendum anti-Macron »,
a déclaré le leader de
La France insoumise.
une convergence programmatique
entre populistes de toute obédience qui ébranle le paysage politique européen. Cela pourrait
conduire à une surprise aux élections européennes, dans neuf mois.
Non seulement le nombre d’élus
populistes europhobes au Parlement européen pourrait bondir
– aujourd’hui, ils occupent un siège
sur cinq –, mais leurs plateformes
auraient sans doute nombre de
traits communs. Le Premier
ALAIN ROBERT/SIPA
Nationalistes et socia
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
listes à la fois
(M5S), pour gouverner ensemble
un grand pays fondateur de
l’Union. A l’étonnement de beaucoup, la radicalité antimigrants de
la Ligue, incarnée par le ministre
de l’Intérieur, Matteo Salvini, a été
entérinée sans états d’âme par le
M5S : 86 % des électeurs de celui-ci
et 93 % des soutiens de celle-là soutiennent la fermeture des ports de
la péninsule aux bateaux chargés
de demandeurs d’asile venus de la
rive sud de la Méditerranée, selon
un sondage Ipsos.
Inflexible. Matteo Salvini, ministre italien de l’Intérieur, visite un bidonville dans le sud de la péninsule, le 10 juillet.
Membre de la Ligue, il s’affiche comme le fer de lance européen contre l’afflux des migrants africains.
PICTURE-ALLIANCE/AFP – MARCO COSTANTINO/AP/SIPA
Legende
ministre hongrois, Viktor Orban,
chef de file des souverainistes au
sein de l’Union, a évoqué le 15 juin
la possibilité de créer une « formation paneuropéenne anti-immigration ». D’après lui, « celle-ci
remporterait sans aucun doute un
grand succès » en mai 2019.
Il ne s’agit, à ce stade, que d’un
épouvantail agité par Viktor Orban pour intimider la droite traditionnelle. Néanmoins, le défi est
lancé. L’Italie a franchi la première
le Rubicon. Sans précédent, un
parti de droite populiste, la Ligue,
s’est allié avec une formation
attrape-tout issue de la gauche antisystème, le Mouvement 5-étoiles
Gauche identitaire
allemande. Sahra
Wagenknecht, figure
de Die Linke (ici, en
2017), va créer son
propre mouvement,
Aufstehen (Debout).
Union antilibérale. Qu’est-ce
qui unit les deux populismes ? « Le
refus de libérer les forces économiques
et l’individu, répond l’intellectuel
et ancien ministre italien Giuliano
Ferrara, qui dirige le quotidien libéral romain Il Foglio. L’idée est de
protéger, d’un point de vue communautaire et populiste, la communauté
nationale. Protéger, c’est-à-dire fermer, empêcher le mélange, empêcher
l’immigration. » Selon Ferrara,
l’union des deux populismes est
une fille de l’opposition virulente
à laquelle a fait face l’ancien président du Conseil de droite Silvio
Berlusconi : « La naissance d’un projet antijuridique, la dénonciation pour
corruption de presque toutes les pratiques d’une société ouverte et libérale,
l’agression contre la classe politique
vue comme une structure quasiment
criminelle et mafieuse, séparée de la
société, tout cela est né de la lutte contre
Berlusconi, et tout cela nous a conduits
à la situation présente. »
Une fois de plus, la situation
politique italienne sera-t-elle la
matrice d’autres expériences en
Europe ? Pour l’essayiste américain
Jacob Siegel, « derrière les convulsions et la confusion du paysage politique occidental se trouve une alliance
tacite entre les deux camps apparemment ennemis. Les populistes [de
gauche, NDLR] et les …
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 31
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
FRANCE
antihumanistes [de droite] ont
formé une coalition opportuniste pour
combattre l’establishment libéral ».
Les deux se rejoignent dans l’europhobie, dans l’opposition au libreéchange et aux multinationales,
dans le tropisme poutinien et dans
la compréhension des horreurs
perpétrées par le dictateur syrien
Bachar el-Assad. Les deux surfent
sur le trumpisme ambiant. L’antisémitisme est même dans certains
cas un point de contact entre les
deux extrêmes. Les diatribes « antisionistes » du chef du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn
(lire encadré ci-contre), font écho aux
philippiques anticosmopolites de
Viktor Orban à Budapest et aux vitupérations du M5S ou du même
Orban contre le financier juif
américain George Soros.
Anti-murs.
Dans un rassemblement anti-Trump,
à Londres le 13 juillet,
Jeremy Corbyn se joint
à des manifestants
mexicains et
palestiniens.
Jeremy Corbyn et l’antisémitisme
Avec des amis comme ça… Il y a quelques
jours, Jeremy Corbyn, le chef de l’opposition britannique, recevait les félicitations d’un ancien leader du Ku Klux
Klan ainsi que celles d’un ex-leader du
British National Party, le petit parti
d’extrême droite anglais, ouvertement
antisémite. Le patron des travaillistes
pensait faire un bon mot en déclarant
que les « sionistes » ne comprenaient pas
« l’ironie anglaise ».
Depuis son accession à la tête du parti
d’opposition, Jeremy Corbyn joue avec le
feu et multiplie les ambiguïtés qui séduisent une partie importante des militants de la frange plus à gauche de son
parti. Lui-même n’a jamais caché son
antisionisme et réitère depuis longtemps les critiques contre Israël. Voire
plus : en 2014, avant son élection à la tête
du parti, alors qu’il était député, il participait, à Tunis, à un dépôt de gerbe à la
mémoire des victimes d’un raid israélien
mené en 1985, mais aussi des leaders de
l’organisation Septembre noir, responsables du massacre de 11 athlètes israéliens lors des JO de Munich en 1972. Lors
de cette cérémonie, il était au côté de
Maher al-Taher, membre du Front populaire de libération de la Palestine,
32 | 30 août 2018 | Le Point 2400
un mois avant que cette organisation
revendique l’assassinat de quatre
rabbins à Jérusalem. Fréquemment
attaqué par Benyamin Netanyahou,
Corbyn répond souvent par la surenchère en dénonçant « le massacre par les
forces israéliennes de 160 Palestiniens, dont
des dizaines d’enfants, à Gaza ».
S’il assume ses critiques contre Israël,
Corbyn est beaucoup plus ambigu sur
l’antisémitisme. Il a longtemps fermé
les yeux sur les dérapages de Ken
Livingstone, l’ancien maire de Londres
qui a déclaré qu’Adolf Hitler « voulait au
départ envoyer les juifs en Israël et qu’il
soutenait le sionisme avant de devenir fou et
de tuer 6 millions de juifs ». Tout en affirmant qu’il a fait sa priorité de la « chasse à
l’antisémitisme au sein du parti pour de bon
et la reconstruction de la confiance avec la
communauté juive » et en excluant
certains responsables ouvertement antisémites, il a cautionné des affiches électorales caricaturant les banquiers qui
ressemblaient à celles des années 1930 et
laisse les internautes antisémites se
défouler sur le site Internet du parti. Ces
ambiguïtés ont poussé plusieurs parlementaires travaillistes de religion juive
à démissionner du parti § ROMAIN GUBERT
Droit à la protection. En Allemagne aussi, le spectre panpopuliste se profile. L’égérie du parti
de gauche Die Linke, Sahra
Wagenknecht, va lancer, le 4 septembre, un nouveau mouvement,
Aufstehen (Debout), qui prétend
réconcilier sous sa bannière l’ensemble des forces progressistes tout
en promouvant une vision critique
de la question migratoire. « Les gens
ont le droit d’exiger de l’Etat qu’il les
protège du dumping social, explique
la cheffe du groupe Die Linke au
Bundestag. Le droit d’asile pour ceux
qui sont politiquement persécutés doit
être préservé. Mais l’immigration économique est un problème, avant tout
pour les bas salaires. »
Sahra Wagenknecht et son mari,
Oskar Lafontaine, un ancien dirigeant du SPD qui a créé une scission de gauche en 2005, entendent
récupérer les électeurs traditionnels de la gauche dont beaucoup
ont été siphonnés ces dernières
années par le parti populiste de
droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). L’historien
germano-israélien Michael Wolffsohn leur reproche de jouer avec
le feu. « Le mouvement qu’ils veulent
lancer, c’est un peu comme prétendre
que le nazisme, sans la Shoah ni la
guerre, aurait pu être une bonne chose.
Je ne les accuse pas d’être des nazis,
bien sûr. Ce que je veux dire, c’est que
PETER NICHOLLS/REUTERS
…
BRITTA PEDERSEN/ZUMA PRESS/ZUMA
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l’association entre nationalisme et socialisme est un outil puissant qui peut
séduire tout un tas de gens, comme on
l’a déjà vu dans le passé, car il a une
longue histoire en Europe. » Le pari
de Wagenknecht, sur le papier, ne
semble pourtant pas absurde. Une
étude de l’Institut allemand de recherche économique (DIW) a mis
en lumière combien les électeurs
de l’AfD et ceux de Die Linke étaient
proches. Comparés à l’ensemble
des électeurs allemands, ce sont
eux les moins satisfaits (de leurs
revenus, de leur travail, de leur logement, de leur vie en général, et
même de leur sommeil), les plus
inquiets (pour l’avenir économique du pays, pour leur situation
personnelle), les plus enclins à se
dire en colère, les moins religieux.
En France, le chef de file de
La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui entend faire des européennes « un référendum
anti-Macron », a exprimé des préoccupations similaires à celles de
Wagenknecht, le 25 août, à Marseille. « Nous disons : honte à ceux qui
organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent
ensuite pour faire pression sur les salaires et les acquis sociaux ! » a-t-il
lancé. Déjà, dans son livre paru en
2016, « Le choix de l’insoumission »
(Points), Jean-Luc Mélenchon avait
rompu avec l’angélisme de gauche
sur la question migratoire. « Une
fois que les gens sont là, que voulez-vous
faire ? Les rejeter à la mer ? Non, c’est
absolument impossible. Donc, il vaudrait mieux qu’ils restent chez eux. »
Même s’ils font froncer des sourcils à gauche, ces propos ne heurtent
pas forcément l’électorat mélenchoniste. Mi-août, dans un sondage Ifop, 34 % des sympathisants
de La France insoumise se déclaraient contre l’accueil des migrants
en France, un score plus élevé qu’au
Parti socialiste (24 %) et même qu’à
La République en marche (33 %).
De là à voir dans cette étude les fondements idéologiques d’une mue
de la gauche radicale, il y a un pas
que Jérôme Fourquet, directeur du
département Opinion et stratégies
d’entreprise de l’Ifop, ne franchit
pas. « Sur la question de l’immigration,
l’Allemagne a trente ou quarante ans
Mutation.
Jean-Luc Mélenchon
s’entretient avec Sahra
Wagenknecht, à Berlin,
le 14 janvier.
A quelques mois des
élections européennes
de mai 2019, la « question migratoire » n’est
plus taboue à la gauche
de la gauche.
de retard sur nous. A cause de son
passé, ce sujet était tabou. En France,
le FN explose en 1983-1984 ; chez elle,
l’AfD fait une percée significative seulement à partir de 2016 à cause de la
crise des migrants. »
« Acquis sociaux ». Eric
Coquerel, député Insoumis de
Seine-Saint-Denis, reconnaît cependant « qu’entre Sahra Wagenknecht
et nous il y a plus de choses qui nous
rapprochent que de choses qui nous séparent ». Pour lui, « il ne faut pas
blâmer l’immigration en tant que telle,
mais l’utilisation qui en est faite par le
capital ». Djordje Kuzmanovic,
conseiller de Mélenchon sur l’international et lui-même proche de
la pasionaria de la gauche allemande, souligne que « ce qui est rejeté massivement, y compris dans les
milieux populaires, c’est l’immigration organisée par le patronat, la
concurrence entre les uns et les autres
au niveau européen et le nivellement
par le bas, qui se fait notamment par
les travailleurs détachés ».
Comme le reste de la gauche européenne, la gauche française aurait intérêt à se départir un tantinet
de son dogme pro-immigration,
avance l’analyste politique Eric
Dupin, auteur de « La France identitaire » (La Découverte) et explorateur de l’Hexagone, qu’il a
sillonné pour un précédent ouvrage intitulé « Voyages en France »
(Seuil). « La gauche française est particulièrement idéologique et coupée des
classes populaires, observe-t-il. Dès
lors que les migrations actuelles sont
essentiellement des migrations économiques et ne relèvent pas de l’asile, il
n’y a aucune raison que les gens de
gauche soient favorables à l’immigration, non seulement du point de vue de
l’intérêt des pays d’accueil mais aussi
de celui des pays de départ. »
Une analyse que le journaliste
Gérald Andrieu a pu vérifier lors
d’une longue marche le long de la
frontière est de la France durant la
dernière campagne présidentielle
et qu’il relate dans un livre au titre
inspiré de Jack London, « Le peuple
de la frontière » (Cerf). « La phrase
qui revenait tout le temps était : “Pourquoi on fait venir des gens pour ajouter de la misère à de la misère ?” A
Fourmies, dans le Nord, j’ai rencontré une mère célibataire qui …
« L’immigration économique est un problème,
avant tout pour les bas salaires. » S. Wagenknecht
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 33
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
FRANCE
me dit : “Ils arrivent. – Qui ?
– Les Noirs. Je ne suis pas raciste, mais
on n’a pas de boulot” (…). »
A « l’insécurité culturelle » décrite
par le politologue issu de la gauche
Laurent Bouvet s’ajoute une anxiété économique qui se traduit par
un antilibéralisme que l’on retrouve
également au FN, devenu Rassemblement national, de Marine Le Pen.
Il est loin le temps où le leader du
Front national Jean-Marie Le Pen
se comparait à Ronald Reagan en
défendant des thèses ultralibérales.
A droite comme à gauche, on appelle de ses vœux un protectionnisme et un interventionnisme de
l’Etat pour répondre à une nouvelle
angoisse sociale et financière.
Pendant la campagne de 2017,
on a entendu Marine Le Pen défendre les « acquis sociaux » contre
le « néolibéralisme » des candidats
François Fillon et Emmanuel
Macron. Les populistes de droite
disent oui à une redistribution, et
même plutôt généreuse, mais si
possible uniquement pour les autochtones. Il y a là une nouvelle
combinaison programmatique
mêlant des positions sociétales de
droite (défense d’une tradition
chrétienne contre l’islam, nationalisme et protection des frontières, critique d’une « théorie du
genre ») et économiques de gauche
(pour la redistribution). Ce mouvement est bien illustré en Allemagne par l’évolution de l’AfD,
passée en quelques années d’un
parti ordolibéral anti-euro à un
parti redistributif, anti-islam et
antimigrants, une mutation qui a
accompagné ses succès électoraux
croissants.
Les classes dirigeantes portent
une lourde responsabilité dans ces
bouleversements. Les partis sociaux-démocrates, qui étaient dominants en Europe il y a vingt ans,
ont commis deux erreurs majeures,
avance Michael Bröning, chercheur
de la Fondation sociale-démocrate
Friedrich-Ebert à Berlin, qui vient
de publier un livre sur la gauche
face à l’immigration (1). La première bourde fut, à l’époque de
Tony Blair et Gerhard Schröder,
dans les années 1990, d’avoir adopté
les thèses économiques de la droite,
…
34 | 30 août 2018 | Le Point 2400
ce que n’ont pas pardonné les classes
populaires. La seconde, explique
le chercheur, « c’est d’avoir voulu
compenser ce nouveau cours néolibéral par des positions particulièrement
progressistes en matière sociétale et
culturelle », heurtant derechef l’électorat traditionnel. Michael Bröning
résume ainsi le dilemme : « Les partis de gauche ont été trop peu critiques
vis-à-vis de l’immigration et du multiculturalisme, et en même temps ils
ont trop parlé de la nécessité de toilettes
pour le troisième sexe. » Double peine
pour les classes laborieuses.
Le retour du national. Plus
généralement, c’est l’ensemble de
la gauche européenne qui, peu à
peu, se repositionne à droite sur la
question migratoire, relève Michael
Bröning. La gauche a vu des pans
entiers de son électorat – ouvriers,
employés – passer avec armes et
bagages à l’extrême droite. Elle
s’aperçoit que ses valeurs internationalistes et humanistes peuvent
contrarier ses intérêts électoraux
immédiats, au point que ceux-ci
peuvent la pousser à mettre celles-là
entre parenthèses. « Dans 12 pays
européens que nous avons étudiés, l’immigration a été le thème dominant des
dernières élections dans 10 d’entre eux.
Il n’y a aucun exemple où les partis de
gauche aient réussi à faire valoir leurs
vues. » Un cas de figure qui risque
de se répéter bientôt avec les scrutins prévus le 9 septembre en Suède
et le 14 octobre en Bavière.
Aux yeux de Michael Bröning,
la gauche ne peut inverser la tendance qu’en prônant clairement
la maîtrise de l’immigration. « Pour
préserver l’Etat providence, il y a un
intérêt national à limiter l’immigration », dit-il. Le Parti social-démocrate danois, qui a effectué un
virage à 180 degrés sur le sujet en
2015, l’a compris. Son homologue
suédois de même que le Parti
Mi-août, 34 % des sympathisants de La France insoumise
se déclaraient contre l’accueil
des migrants en France.
social-démocrate autrichien
viennent eux aussi d’adopter des
plateformes critiques vis-à-vis des
migrants. Et la nouvelle patronne
du SPD allemand, Andrea Nahles,
en a fait s’étrangler plus d’un dans
son parti en proclamant en mai :
« Nous ne pouvons pas tous les accueillir chez nous ! »
Au fond, populistes de droite
et de gauche se rejoignent sur l’idée
que la démocratie ne peut pleinement s’épanouir que dans le cadre
national. Pour « reprendre leur destin en main », les électeurs devraient
donc pousser à une fermeture des
frontières. Cette thèse se fonde
sur les travaux de l’économiste
turco-américain de Harvard Dani
Rodrik, qui a posé en 2011 le « paradoxe de la mondialisation » (2).
Celui-ci veut qu’entre l’Etat souverain, la démocratie et l’ouverture des frontières, seuls deux des
trois peuvent coexister. Une démocratie souveraine ne pourrait
donc prospérer que frontières fermées, tandis qu’à l’inverse une démocratie ouverte sur le monde ne
saurait être souveraine.
C’est là faire peu de cas de
constructions comme l’Union européenne qui, justement, permettent aux Etats membres de
mettre en commun leur souveraineté dans un cadre démocratique
tout en assurant la libre circulation
des personnes, des capitaux, des
biens et des services. Des libertés
que les populistes de toute obédience, unis par une commune exécration de la globalisation et des
élites, entendent bien brider. Encore faudrait-il qu’ils parviennent
à transformer l’essai italien et à unir
leurs forces au Parlement européen.
On en est très loin. Une proximité
programmatique ne fait pas une
alliance électorale et encore moins
une unité d’action parlementaire.
Même la coalition italienne, fragilisée par son manque de crédibilité
sur l’économie, pourrait ne pas
tenir jusqu’aux européennes.
Rendez-vous en mai 2019 §
1. « The Politics of Migration and the
Future of the European Left », de Michael
Bröning et Christoph P. Mohr (Dietz
Verlag, 2018).
2. « The Globalization Paradox », de Dani
Rodrik (W. W. Norton & Company, 2011).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Le nouveau nom d’Eco-Emballages et Ecofolio
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
FRANCE
Jean-Louis Debré, les héros
PAR FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN
I
l s’étonne de l’inculture historique de
nos politiques actuels. Au moment des
ordonnances du gouvernement Macron,
il avait rappelé à de nombreux députés
un peu légers que Blum en 1936, de Gaulle
en 1958 ou Mitterrand en 1981 n’avaient
pas agi autrement. « Ah bon, vous êtes sûr ? »
s’est-il entendu répondre. Depuis « Les
oubliés de la République », en 2008, en
passant par « Ces femmes qui ont réveillé
la France », en 2013, Jean-Louis Debré est
notre grand « exhumateur » des laisséspour-compte de notre histoire politique.
La postérité, on le sait, est un tribunal injuste. Aussi construit-il des contre-Panthéon. Dans « Nos illustres inconnus, ces
oubliés qui ont fait la France », hommage
est rendu par l’auteur à nos grands législateurs, ceux qui ont eu droit parfois à un
boulevard ou à un square, comme René
Viviani, sans qu’on ne sache plus pourquoi. Réponse pour Viviani : il porta une
loi pour que les femmes puissent être avocates ou voter aux élections des conseils
de prudhommes, avant d’être le président
du Conseil qui instaura les retraites, le repos hebdomadaire et les assurances-vie,
excusez du peu. Ledru-Rollin (le suffrage
universel), Alfred Naquet (le divorce), le
doyen Carbonnier (la filiation), Charles
Barangé (la querelle scolaire)… Nous leur
devons tant. Et, même si Debré ne partage
pas toujours leurs idées, il lève le voile sur
ces rayés de la liste et… de l’Education nationale. Sur une chaîne de la télévision
publique idéale, on le verrait bien mener
une série documentaire qui les remettrait
à l’honneur. En attendant, en quittant la
politique pour l’Histoire, Jean-Louis Debré est moins passé de la lumière à l’ombre
que de l’oubli à la mémoire §
36 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Le Point : Y a-t-il des scènes ou des
souvenirs qui ont donné l’impulsion à
ce livre ?
Jean-Louis Debré : J’ai souvent reçu des
adolescents à l’Assemblée nationale ou
au Conseil constitutionnel. J’étais frappé
par leur méconnaissance de notre histoire politique. De Gaulle ? Oui, la guerre,
celui qui est revenu avec l’Algérie, et puis
c’est tout. Pompidou ? Connais pas. Giscard ? Idem. Mitterrand ? La gauche, un
point c’est tout. Chirac ? Ah ou i, ce grand
type sympa qui boit de la bière. Que restet-il ? Une image voilée et sommaire, martelée par la télévision. Plus généralement,
il circule le bruit persistant que les politiques ne servent à rien, alors que certains
ont été à l’origine de grandes
réformes qui ont façonné
notre société. N’ont subsisté
que les vainqueurs qui ont
su faire parler d’eux. Une
écume.
Comment expliquer notre
désamour pour les
législateurs, cet
effacement de leur
travail ?
ces noms : personne ne les connaît plus,
pas même les professeurs. Cette omission
s’explique aussi par la modestie de ces
hommes, profonds républicains, qui cultivaient avant tout la gloire de la République.
Depuis plusieurs décennies, combien de
ministres ont voulu à tout prix leur « loi »,
au mépris de l’intérêt général ?
N’est-ce pas une autre ère de la
politique que vous évoquez ?
La politique était une action, elle est devenue une réaction. On ne propose pas une
réforme, on réagit à l’actualité. Aujourd’hui,
les écologistes souhaitent modifier le préambule de la Constitution pour y ajouter
l’environnement. Ils oublient qu’une charte
avait déjà été intégrée en 2005. On veut absolument introduire la
non-discrimination fondée
sur le sexe dans ce préambule. Il s’y trouve déjà dans
le premier article. On veut
être dans l’air du temps, alors
on pratique la politique de
l’amnésie pour faire semblant de faire du neuf.
C’est aussi la conception
de la loi qui a changé.
La politique est devenue un
Notre histoire politique est
métier du spectacle, qui
jalonnée de très grandes lois
construit artificiellement des
durables, à commencer par
Jean-Louis Debré
Ancien président
la loi sur les associations,
personnalités. Elle a fait oudu Conseil
initiée par Waldeck-Rousblier qu’au-delà des appaconstitutionnel
seau. Encore un oublié. Ces
rences il y a eu des hommes
de conviction qui ont
lois, après un exposé des moconstruit patiemment une œuvre. Qui tifs politiques, énonçaient des principes
connaît encore René Cassin, juriste à qui clairs, concis et précis. A présent, nos lois
l’on doit la Déclaration universelle des sont des monuments de longueur et de
droits de l’homme ou les principes géné- technicité, qui donnent moins un sens à
raux de notre droit, un être de grande la vie collective qu’elles ne traitent des
culture que respectait le général de Gaulle ? problèmes particuliers, d’où son allongeQui se souvient de Léon Bourgeois, qui ment et son illisibilité croissante.
plaidait pour le solidarisme, une troisième Qu’est-ce qui explique cette
voie entre le communisme et le capita- mutation ?
lisme ? Aujourd’hui, on affirme le « ni Il y a eu un glissement progressif de la loi
gauche ni droite », mais Bourgeois, déjà, vers un objet de la communication poliavait inventé une possible réconciliation. tique qui est contigu à la médiatisation
Il m’arrive dans des conférences de tester de la vie politique. On y revient. Chaque
« Combien de ministres ont voulu à tout prix
leur “loi”, au mépris de l’intérêt général ? »
JULIEN FAURE POUR « LE POINT »
Dérives. Le gaulliste,
qui rend hommage
aux grands législateurs dans « Nos illustres inconnus »,
fustige l’air du temps.
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oubliés de la République
peut être modifiée à tout moment. Jadis,
on travaillait dans l’espoir qu’elle durerait ; aujourd’hui, on est dans le zapping.
La France est un des rares pays au monde
où l’on ne se prive pas de changer fréquemment les règles du jeu. Mais ces réformes continuelles sont un alibi à
l’inaction. On fait semblant.
Ce qu’on leur doit...
René Viviani Il défend
en 1899 une loi pour
que les femmes
puissent être avocates, avant de présider le conseil qui
instaure les retraites,
le repos hebdomadaire et les assurances-vie.
Vous y incluez le chantier mis en
place par Emmanuel Macron ?
Alfred Naquet Il permet, en 1884,
le divorce entre époux.
Si vous exhumez des Naquet et
Barangé, vous réglez son compte
à un faux mythe : Antoine Pinay.
MARY EVANS/SIPA (X2) – BIANCHETTI/LEEMAGE (X2) – ABECASIS/SIPA – ÉD. ALBIN MICHEL – RUE DES ARCHIVES/PVDE
Léon Bourgeois
A l’origine des
premières lois de
protection sociale.
Il a pérennisé et légitimé cette manie de
recourir à l’emprunt, qui est à l’origine
de notre endettement. Par ailleurs, il a
créé une échelle mobile des salaires qui
a fait le lit de l’inflation. Le bilan est catastrophique. Pourtant, que de visites au
sage de Saint-Chamond !
René Cassin On lui
doit la Déclaration
universelle des droits
de l’homme (1948).
Pierre Waldeck-Rousseau
Le père de la loi de 1901 sur
les associations.
député arrive avec son amendement, son
objet de com. Depuis 1958, le nombre
d’amendements a plus que triplé. Cette
tendance prolonge l’abandon déjà plus
ancien de la conception du « député de la
nation », qui cède trop souvent le pas au
« député de circonscription », qui ne se
bat que pour son canton. Je me souviens
de Jean Lassalle, qui avait fait un scandale
parce qu’on fermait une usine dans son
Son gouvernement entend modifier en
profondeur, c’est un bon point. Mais, si on
voulait réformer la SNCF pour désendetter la France, pourquoi a-t-on racheté la
dette de la SNCF ? Et quelle urgence y a-t-il
à réformer les institutions ? C’est le comportement de certains politiques qu’il faut
modifier.
Ledru-Rollin Il fait adopter
par décret, en 1848, le suffrage universel masculin.
canton, en oubliant de mentionner qu’on
la déplaçait à Pau pour créer des emplois.
Déjà dans les années 1930, Bertrand de
Jouvenel, dans « La république des camarades », et André Tardieu ont fustigé cette
dérive des mœurs parlementaires, où l’intérêt général cédait devant l’égoïsme et
les intérêts particuliers.
La loi a donc été pervertie ?
Elle s’est précarisée. On considère qu’elle
Vous citez les tentatives infructueuses
du plan Fouchet (1962) pour l’Europe
des nations ou le souverainisme de
Séguin. A la lumière de l’actuelle crise
européenne, on relit avec intérêt
Séguin, qui mettait en garde contre
la montée des nationalismes si on
occultait l’histoire des peuples.
Comme il avait vu juste ! Si l’Europe est
une volonté de vivre ensemble, il faut que
cette volonté s’incarne dans les grands
principes, le droit du travail, la fiscalité…
On laisse croire hypocritement qu’on
construit une Europe plus solidaire, mais
comment faire quand les règles sociales
et fiscales diffèrent entre les principaux
pays ? L’Europe est indispensable pour la
France, mais il convient
de la construire sans la
déchirer §
« Nos illustres inconnus,
ces oubliés qui ont fait la
France », de Jean-Louis Debré
(Albin Michel, 300 p., 19,50 €).
Parution le 5 septembre.
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 37
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MONDE
Le milliardaire qui rêve
Serré. A la tête
d’une fortune
colossale, le fondateur de Starbucks,
Howard Schultz,
prépare son entrée
en politique.
DE NOTRE CORRESPONDANTE
AUX ÉTATS-UNIS, HÉLÈNE VISSIÈRE
38 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Repères
1982 Howard
Schultz est
embauché par
Starbucks comme
directeur marketing.
1987 Rachète
l’enseigne.
2000 Abandonne ses
fonctions de PDG et
rachète une équipe
de basket.
2008 Reprend les
rênes du groupe qui
bat de l’aile.
2014 Il lance un programme qui permet
aux employés de
suivre une formation universitaire en
ligne gratuite.
2015 Demande à ses
employés d’écrire
« Race together » sur
les gobelets de l’enseigne pour susciter
un débat sur les inégalités raciales, mais
l’initiative, tournée
en dérision, est
abandonnée.
Juin 2018 Annonce
son départ, ce qui
déclenche des
spéculations sur
une éventuelle
candidature à la
présidentielle
américaine de 2020.
DR – SERGEY PONOMAREV/NYT-REDUX-RÉA
P
our quelqu’un qui affirme ne
pas avoir d’ambitions politiques, Howard Schultz s’agite
décidément beaucoup. Le patron
de Starbucks, après avoir passé
trente-six ans à la tête du groupe, a
annoncé son départ début juin au
cours de deux interviews parfaitement orchestrées. Il écrit un livre
sur sa philosophie des affaires, a
lancé son propre site Internet et,
dans son message d’adieu aux employés, ce démocrate bon teint explique qu’il va réfléchir à « une série
d’options » pour sa reconversion, de
la « philanthropie à des fonctions publiques ». Ce qui a suscité évidemment toutes sortes de spéculations
sur une future candidature à la Maison-Blanche. Après tout, que peut-on
bien faire quand on a développé
une enseigne mondiale de 22 milliards de dollars, implanté un Starbucks à chaque coin de rue et
converti la planète au Frappuccino ?
C’est le syndrome Trump. « Il est
le seul président américain à avoir été
élu sans expérience politique ou sans
avoir atteint un grade élevé dans l’armée. Du coup, beaucoup de grands patrons se disent pourquoi pas moi ? »
explique Aaron Chatterji, professeur à l’université Duke et auteur
d’une étude sur les chefs d’entreprise activistes. Une foule de …
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de détrôner Trump
A l’italienne. Howard
Schultz à Milan, en
2016. C’est lors d’un
voyage en Italie que
naît sa passion des bars
à expresso et qu’il
décide d’en créer un
à Seattle.
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 39
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MONDE
noms circulent : l’animatrice
de télévision Oprah Winfrey, l’exmaire de New York Michael Bloomberg, le PDG de Facebook, Mark
Zuckerberg, le propriétaire des Dallas Mavericks, Mark Cuban, le président de JPMorgan Chase, Jamie
Dimon. Et, bien sûr, Howard Schultz.
A 64 ans, cet ex-joueur de football américain, avec son air distingué de patricien romain et son
sourire hollywoodien, a le physique
de l’emploi. Il a aussi une biographie comme l’Amérique en raffole.
Fils d’un chauffeur-livreur, il a
grandi dans une HLM de Brooklyn.
En 1960, son père, en glissant sur
la glace, se casse la hanche et la cheville. Il n’a ni assurance-maladie ni
couverture en cas d’accident du travail, et son entreprise le licencie.
Cela a été un « moment marquant
dans ma vie », répète souvent
Schultz. « J’ai vu se briser le rêve américain et mes parents plonger dans le
désespoir et la détresse, confie-t-il. Ces
cicatrices et cette honte sont toujours
en moi. » Grâce à une bourse sportive, il fait des études universitaires,
puis travaille chez Hammarplast,
un fabricant d’articles ménagers.
Bon Samaritain. Parmi ses
clients, il découvre une chaîne de
Seattle spécialisée dans le café de
qualité. Conquis, Howard Schultz
se fait embaucher comme directeur marketing chez Starbucks.
Lors d’un voyage en Italie, il tombe
amoureux des bars à expresso et
décide d’en créer un à Seattle. Le
jeune entrepreneur démissionne
et ouvre son propre café. Un an plus
tard, Starbucks lui propose de racheter la chaîne qu’il va développer à toute vitesse, malgré le
scepticisme des investisseurs. « Ils
me disaient : “Vous plaisantez. Vous
allez vendre du café à 1 dollar dans un
gobelet en carton, avec des noms italiens qu’aucun Américain ne peut prononcer, alors que (…) l’on peut en
acheter un à 50 cents chez le vendeur
de beignets du coin” », se rappelle-t-il.
En 2000, il quitte le groupe et
s’offre les SuperSonics, équipe de
basket de Seattle. Mais Starbucks,
victime d’une expansion trop rapide et de la concurrence, pique du
nez. Howard Schultz rempile, re40 | 30 août 2018 | Le Point 2400
dynamise l’enseigne, la diversifie
dans les CD et les paninis au pesto
et en fait une marque iconique de
28 000 cafés fréquentés chaque semaine par 100 millions de consommateurs dans 77 pays. La marque
à la sirène verte a même réussi à
mettre la Chine-buveuse-de-thé au
cappuccino et se vante d’y lancer
un nouveau café toutes les
quinze heures !
Mais Howard Schultz, qui carbure à l’arabica de Sumatra, a
d’autres rêves que de caféiner la planète. « Il a des ambitions démesurées.
Dans ses livres, il promet de réinventer le capitalisme », observe Bryant
Simon, professeur à l’université
Temple et auteur d’un ouvrage sur
Gentleman.
Howard Schultz lors de
l’ouverture du premier
Starbucks britannique,
à Londres, sur King’s
Road, en 1998.
Balle perdue. En 2000,
Howard Schultz s’offre
les SuperSonics,
l’équipe de basket
de Seattle. En 2006,
il revend la franchise.
Deux ans plus tard,
Seattle perd son
équipe, qui déménage
à Oklahoma City.
la marque intitulé « Tout sauf le
café ». Le devoir d’une entreprise,
selon la philosophie schultzienne,
est de préserver « l’équilibre fragile
entre bénéfices et conscience ». « Schultz
a été l’un des pionniers de l’entreprise
socialement responsable, investissant
sur ses employés, dans le commerce
équitable, le soutien aux producteurs »,
assure Aaron Chatterji. Il est l’un
des premiers dans son secteur à offrir à sa main-d’œuvre l’accès à une
assurance-santé, à des stock-options
et prend à sa charge les frais de scolarité de ceux qui veulent obtenir
un diplôme en ligne de l’université
d’Arizona. Par le biais de sa fondation, gérée par sa femme, il a lancé
un programme destiné à réintégrer
les anciens combattants (il a promis d’en embaucher 25 000), aide
avec d’autres patrons de jeunes défavorisés à trouver un emploi et
s’implique dans le développement
des quartiers prioritaires en ouvrant un café à Ferguson, lieu
d’émeutes raciales.
Idéalisme ou marketing ? Un
peu des deux. Schultz sait qu’améliorer le bien-être de ses employés
– ou plutôt de ses partenaires,
comme on les appelle – est bon pour
l’entreprise. « Il excelle à promettre
la lune et vendre une image, poursuit
Bryant Simon. Il s’est engagé par
exemple à reverser, sur chaque bouteille d’eau minérale Ethos vendue,
5 cents à des projets d’eau potable, mais
DPA/PHOTONONSTOP – OTTO GREULE JR/GETTY/AFP
…
TED S. WARREN/AP/SIPA
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il facture cette même bouteille 25 cents
de plus que ses concurrents. Idem pour
la fac gratuite. Les employés pensent
que c’est un avantage, même si seul un
petit nombre décroche un diplôme. »
Depuis 2015, quelque 2 000 partenaires – sur les 175 000 aux EtatsUnis – ont achevé leur cursus.
Mais Howard Schultz a aussi un
vrai côté Bon Samaritain, affirment
ses proches. La preuve, c’est qu’il
n’a cessé de s’exprimer publiquement sur les inégalités raciales, les
droits des gays, l’accueil aux réfugiés. S’il met son grain de… café partout, c’est par frustration à l’égard
de l’incurie gouvernementale. En
2011, exaspéré par l’incapacité du
Congrès à trouver un compromis
budgétaire, il annonce qu’il ne donnera plus un sou aux candidats.
Une centaine de grands patrons,
dont ceux de Pepsi et de Disney, lui
emboîtent le pas.
Cet après-midi de septembre,
Schultz est venu haranguer une petite foule au milieu d’un jardin public d’un quartier du Queens. On
est à un peu plus d’un mois de la
présidentielle de 2016 et, avec son
ami le rappeur Common, il cherche
à pousser les Américains à s’inscrire sur les listes électorales. Le
problème, clame-t-il au micro, c’est
que « presque la moitié du pays ne vote
pas. Si nous, les Américains, quelles
que soient notre race, notre situation,
nos préférences sexuelles, nous ne
sommes pas satisfaits de Washington :
la seule manière de changer les choses
est de participer, de s’inscrire et de se
rendre aux urnes ». Le public, venu
surtout écouter Common, applaudit poliment.
Ses initiatives capotent parfois
spectaculairement. Après la série
de bavures policières dont des Noirs
non armés ont été victimes, Howard
Schultz décide de lancer en 2015 une
campagne contre le racisme. Il encourage les employés de Starbucks
à écrire au feutre sur les gobelets
« Race together » (« Race ensemble »),
pour « engager un débat ». Le débat
a bien lieu, mais pas tout à fait sur
le thème attendu. La chaîne se fait
éreinter. Comment, en trois minutes à la caisse, avec dix personnes
qui piaffent derrière vous, peut-on
aborder un sujet aussi vaste ? « Si
vous m’entretenez d’inégalités raciales
avant mon café du matin, ça ne va pas
bien se terminer », twitte Gwen Ifill,
une présentatrice de télévision
noire. L’enseigne met fin à la campagne. Mais Schultz persiste. Récemment, il a fermé 8 000 cafés pour
un après-midi de sensibilisation
des employés. Quelques jours auparavant, le gérant d’un Starbucks
de Philadelphie avait demandé à
deux Noirs qui ne consommaient
pas de sortir. Devant leur refus, il a
appelé la police et les deux hommes
ont été arrêtés, ce qui a provoqué
un scandale. « Nous sommes bien
conscients que quatre heures de formation ne vont pas résoudre les inégalités
raciales en Amérique, reconnaît
Schultz. Mais nous avons besoin de
lancer le débat. » C’est un « coup de
pub moralisateur et hypocrite », s’insurge T. J. Legacy-Cole, un militant
politique de Floride. D’autres font
remarquer que peu de multinationales acceptent de perdre des millions de dollars pour discuter de
racisme.
Depuis l’élection de Donald
Trump, le patron de Starbucks se
déchaîne régulièrement. Il dénonce
un président qui crée « le chaos tous
les jours », qualifie la réforme fiscale
de « pure fantaisie ». Et, lorsque l’administration américaine met fin
au programme d’accueil de réfugiés, il s’engage à en embaucher
10 000. Pas besoin de lire dans le
marc de café pour lui prédire un
avenir politique. Alors, va-t-il sauter le pas ? Il a déjà envisagé de se
présenter en 2016, avant de soutenir Hillary Clinton, dont il aurait
été, dit-on, le secrétaire au Travail.
Il a peut-être « initié les masses au
café haut de gamme, ironise une chroniqueuse du Washington Post. Mais
ça ne le qualifie pas pour devenir locataire de la Maison-Blanche. »
Quant aux électeurs, faut-il en-
Objectif
1 million
d’embauches
Le taux de chômage
des jeunes reste très
élevé. Près de
5 millions de jeunes
Américains âgés
de 16 à 24 ans ont
quitté l’école et sont
sans emploi. En
1995, Howard
Schultz lance une
initiative soutenue
par une
cinquantaine de
grands groupes,
dont Walmart,
FedEx et les hôtels
Hilton, qui vise à
offrir des emplois,
des stages, des
formations
d’apprentissage, et
organise des foires
de carrière un peu
partout aux EtatsUnis. L’objectif est
d’embaucher
1 million de jeunes
d’ici à 2021.
« Il a des ambitions démesurées. Dans ses livres,
il promet de réinventer le capitalisme. » B. Simon
core qu’ils aient envie, après Trump,
d’un autre milliardaire sans expérience politique. Le très centriste
Schultz semble surtout obsédé par
la rigueur fiscale : « Je pense que la
plus grande menace intérieure dans ce
pays, ce sont les 21 000 milliards de
dettes qui pèsent sur l’Amérique et les
générations futures. » Un message
qui ne risque guère de faire vibrer
la base démocrate très à gauche.
D’autant que les primaires s’annoncent comme une foire d’empoigne, avec au moins 25 candidats
potentiels. « Si Joe Biden ne se présente pas, c’est grand ouvert, il n’y a
pas de favori. Il n’est pas impossible
que Schultz récupère 25 % des électeurs modérés », estime Ed Rendell,
l’ex-gouverneur démocrate de
Pennsylvanie. Pour s’imposer, il
doit, selon lui, se positionner
comme un patron apte à résoudre
les problèmes.
Casseroles. Mais la campagne
sera rude. Tout, de ses déclarations
à sa fortune de 2,6 milliards de dollars, en passant par l’appartement
de 40 millions acquis l’an dernier
à New York, sera examiné à la loupe.
Et, évidemment, Starbucks, comme
toute multinationale, traîne
quelques casseroles. L’enseigne a
été accusée en Europe d’évasion fiscale, a bloqué la création de syndicats, essayé d’empêcher l’Ethiopie
de labelliser ses marques d’arabica…
Et puis il y a les SuperSonics, un
souvenir amer à Seattle. L’équipe
perd de l’argent, la municipalité refuse de financer un nouveau stade
et Schultz finit par la revendre à un
groupe d’investisseurs qui la relocalise dans l’Oklahoma. Il se justifiera en disant qu’il a péché par
naïveté. « Si c’est vrai, la question alors
est la suivante : voulons-nous vraiment
un président qui puisse être roulé dans
la farine si facilement ? » s’interrogeait récemment Danny Westneat,
un éditorialiste du Seattle Times.
Dans son bureau, Howard Schultz
garde une bouteille de Mazagran,
une boisson gazeuse à base de café
lancée dans les années 1990. « C’était
une idée à moi qui a totalement foiré,
déclarait-il au magazine Fast Company. Elle me rappelle ainsi tous les
jours que l’on n’est pas invincibles. » §
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 41
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MAGAZINE
SUJET
EN COUVERTURE
Le guide des
antidépresseurs
ILLUSTRATION : JEAN POUR « LE POINT »
Exclusif. Accros aux psychotropes, les Français souffrent-ils
vraiment de dépression ? Non, répondent en chœur les
professeurs Philippe Even et Bernard Debré dans « Dépressions,
antidépresseurs : le guide » (Cherche-Midi), où ils dénoncent
le mercantilisme du tout-médicament et analysent l’efficacité
des différents produits sur le marché.
42 | 30 août 2018 | Le Point 2400
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
PAR THOMAS MAHLER ET JÉRÔME VINCENT
F
aut-il avoir peur des antidépresseurs ? Après leur
tonitruant « Guide des 4 000 médicaments utiles,
inutiles ou dangereux », phénomène éditorial de
l’année 2012, « les tontons flingueurs de la pharmacie »
(Le Monde) récidivent. Dans « Dépressions, antidépresseurs : le guide » (Cherche-Midi), à paraître la semaine prochaine, le pneumologue Philippe Even et
l’urologue Bernard Debré s’attaquent à un marché
estimé à 100 milliards de dollars dans le monde pour
l’ensemble des psychotropes, dont 20 milliards de
dollars rien que pour les antidépresseurs. Pour ces
professeurs, la société s’est, en une quarantaine d’années, considérablement psychiatrisée. Alors qu’à
l’époque on ne portait ce diagnostic que pour des
mélancolies profondes et que le mot « dépression »
était tabou, il concernerait aujourd’hui entre 5 et
10 millions de Français. Est déprimé quelqu’un qui
a un mal-être, des angoisses, une inquiétude autrefois passée sous silence… Parallèlement, après des
découvertes de molécules innovantes contre cette
maladie entre les années 1950 et 1970, l’industrie
pharmaceutique ne ferait, selon eux, que recycler
les mêmes formules, aboutissant à une surprescription de médicaments vendus de cinq à vingt fois plus
cher. Leur efficacité reste, elle, scientifiquement discutable, ciblant en priorité la sérotonine, neuromédiateur dont une baisse de la concentration serait la
cause d’humeurs dépressives.
Philippe Even et Bernard Debré ne s’arrêtent pas
aux seuls antidépresseurs, mais abordent aussi l’ensemble des psychotropes : anxiolytiques (120 millions de boîtes prescrites, 200 comprimés par an par
22
milliards
d’euros
C’est le montant des
dépenses de soins de la
psychiatrie (consultations et
hôpital inclus) en 2017 en
France, en tête devant les
dépenses de cancérologie et
cardiologie (source : CNAM).
- Psychoses
Maladies mentales
chroniques marquées par la perte du
contact avec la réalité (schizophrénie,
bipolarité).
- Dépressions
Troubles mentaux.
Majeures, elles sont
marquées par la tristesse, le désintérêt,
la perte des désirs,
les troubles du sommeil... Moyennes et
mineures, elles sont
souvent circonstancielles (deuil,
rupture) ou réactionnelles.
- Psychotropes
Médicaments
agissant sur le
psychisme et le
comportement. Ils
regroupent les antidépresseurs (stimulants), les neuroleptiques (calmants
majeurs) et les anxiolytiques (calmants
mineurs). Il en existe
une centaine.
$
20
milliards
de dollars
C’est le montant
du marché mondial des
antidépresseurs (il a doublé
depuis 1988).
Français), antipsychotiques (tranquillisants majeurs)
et psychostimulants (Ritaline, notamment). Sollicités pour surmonter les dépressions, les insomnies,
les douleurs chroniques ou les migraines, ces substances qui « agissent sur l’esprit » représentent aujourd’hui le premier marché des médicaments, devant
ceux destinés aux maladies cardiaques et cancéreuses.
Ce mi-guide, mi-pamphlet va-t-il déclencher une
nouvelle polémique ? Après la publication de leur
premier manuel, devenu un best-seller, les auteurs
ont été condamnés à une année d’interdiction d’exercice pour « avoir contesté les derniers acquis de la science »,
jugement réduit à un blâme par le Conseil national
de l’ordre des médecins. En 2016, Philippe Even a été
radié pour avoir utilisé le terme de « putains académiques » envers des confrères, une formule qu’il n’a,
selon lui, fait qu’emprunter au professeur danois Peter Gotzsche. Si les analyses de ce nouvel ouvrage ne
sont pas incontestables, les conclusions se révèlent
en fait très raisonnables, rejoignant l’avis émis en
2017 par la Haute Autorité de santé, qui a évoqué « un
mauvaise usage des antidépresseurs » et a mis en garde
les généralistes : « Quel que soit le niveau de dépression ,
la prise en charge repose en premier lieu sur une assistance psychologique. » Le Point a interrogé en exclusivité Philippe Even, avant de demander au Pr Antoine
Pelissolo, psychiatre hospitalo-universitaire, de lui
répondre. Nous présentons aussi des solutions non
médicamenteuses pour faire face aux dépressions et
donnons la parole au philosophe André Comte-Sponville, qui estime que « le malheur n’est pas une maladie » et qu’il y a mille raisons d’être angoissé ou
malheureux dans la vie « sans que cela soit en rien pathologique ni relève donc de la médecine » §
2,6
13,4 %
millions
C’est le nombre de Français
sans maladie psychiatrique
lourde ou chronique qui ont
en 2016 consommé au moins
trois fois des antidépresseurs.
Coût : 2,4 milliards d’euros
(source : CNAM).
C’est la part de la population française qui,
en 2015, a consommé
au moins une fois une
benzodiazépine (anxiolytique). 64,6 millions
de boîtes ont été vendues cette année-là
(source : CNAM).
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 43
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SUJET
EN COUVERTURE
Le Pr Even : « La dépression
Réquisitoire. Des malades qui
n’en sont pas, des molécules
surprescrites… Le coauteur
de « Dépressions, antidépresseurs : le guide » fustige
quarante ans de dérive.
PROPOS RECUEILLIS PAR THOMAS MAHLER ET JÉRÔME VINCENT
Le Point : Pourquoi avoir écrit, avec Bernard
Debré, ce guide sur les antidépresseurs et plus
généralement les psychotropes ?
Le Pr Philippe Even : Ce livre est parti d’un de mes
Entre 1950 et 1970, la dépression concernait de
1 à 3 % de la population française. Aujourd’hui,
elle toucherait entre 5 et 10 millions de
personnes, dont 10 % de dépressions majeures.
Y a-t-il eu une épidémie ?
Nous sommes beaucoup plus nombreux à être déclarés déprimés par les médecins. Le sens du mot a changé.
Il y a quarante ans, c’était beaucoup plus sélectif : on
l’évoquait pour des malades plus sérieusement touchés. Aujourd’hui, on appelle dépression des états de
mal-être, d’inquiétude, de solitude, d’angoisse, qui ne
sont que des dépressions mineures, mais qui sont lourdement traitées. Depuis 1990, le nombre des médica44 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Expérience. Philippe
Even, pneumologue,
professeur émérite et
ancien doyen de la
faculté de médecine
Necker, chez lui,
le 15 août.
ments consommés a été multiplié par 10. Et ils sont
de plus en plus chers, alors qu’il n’y a aucun vrai nouveau médicament depuis quarante ans. Non seulement on a décuplé la consommation en volume, mais
on a multiplié par 30 les dépenses de médicaments
psychiatriques. La dépression n’est pas la maladie du
siècle, mais le marché du siècle !
N’est-ce pas excessif de dire qu’il n’y a eu
aucune vraie innovation depuis quarante ans
pour les antidépresseurs ?
Tous les médicaments apparus depuis les années 1970
ne sont que des copies à la fois dans la formule chimique
et dans les résultats observés chez l’animal et l’homme.
Il n’y a aucune supériorité ! Je note d’ailleurs qu’on ne
compare jamais dans les études les nouveaux médicaments aux anciens : l’industrie pharmaceutique sait
très bien qu’elle n’a aucun intérêt à faire cette comparaison. Prenez Cymbalta (2004) et Effexor (1998) dans
les inhibiteurs non sélectifs de la recapture de la noradrénaline, de la sérotonine et souvent de la dopamine, ou Brintellix (2014) et Seropram (2002) chez les
néo-Prozac inhibiteurs sélectifs de la recapture de la
sérotonine : ils n’ont jamais, jamais été comparés avec
les molécules antérieures de la même famille. La raison est simple : la formule est la même, à la virgule
LOUISE OLIGNY POUR LE POINT
très proches dont le fils s’est suicidé sans que personne
l’ait vu venir. Il ne se sentait pas bien depuis un mois,
et prenait un antidépresseur depuis quelques jours.
Bernard a eu une histoire identique de son côté. Des
histoires comme ça, il y a en a un grand nombre. Il
faut que tous les gens qui se sentent déprimés soient
vus par des psychiatres expérimentés. Il sont 12 000
en France, un nombre trop faible pour répondre à la
demande. Parallèlement, selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, 175 millions de
boîtes ont été vendues en 2017 pour les psychotropes
(antidépresseurs, anxiolytiques, antiépileptiques, neuroleptiques…), soit 13 millions de comprimés par jour.
Beaucoup pour un pays de 67 millions de personnes.
Cela représente 2 milliards d’euros. Or notre système
de santé à tous les niveaux va aujourd’hui à la dérive,
que ce soient les hôpitaux, les Ehpad, le financement
de la recherche… Le trou à combler en urgence se situe entre 5 et 10 milliards d’euros. C’est exaspérant de
se dire qu’une partie de l’argent est sous le tapis : nous
avons toute une série de médicaments remboursés,
dont les antidépresseurs, qui sont soit complètement
inefficaces, soit surprescrits à des gens qui n’en ont
pas besoin ou à des doses inutiles.
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est le marché du siècle »
près ! Malheureusement, il faut s’enlever de la tête
l’idée qu’un médicament nouveau marque nécessairement un progrès. C’est souvent le cas, mais très souvent aussi on ne fait que reprendre un brevet, plus
cher. Le Prozac est à 0,40 euro par jour. Le Brintellix à
4 euros par jour. C’est dix fois plus ! Vous pouvez observer le même phénomène pour toutes les familles
des psychotropes.
Les antidépresseurs seraient-ils inutiles ?
Ces molécules sont à la fois utiles et inutiles. Elles
sont utiles dans les situations de dépressions aiguës
soudaines et graves, qui mettent en jeu la vie quotidienne du malade, ses relations familiales et professionnelles, et qui peuvent conduire à des gestes graves,
jusqu’au suicide. Là, on n’a pas d’autre moyen pour
agir rapidement que l’hospitalisation ou l’utilisation de ces molécules, qui, pendant quelques jours,
vont calmer le malade. Mais elles sont inutiles car,
dans les dépressions qui vont durer des semaines,
des mois, parfois des années, ces molécules n’ont pas
de supériorité sur les placebos. Il en existe deux types :
le placebo courant, qui n’a pas de goût, sans rien dedans, et des placebos « dopés », auxquels on donne
un goût, une couleur, de sorte que le patient pense
qu’il prend quelque chose d’actif. Le placebo inerte
allège les symptômes de dépression dans 30 % des
cas, le placebo dopé dans 50 % des cas, et l’antidépresseur – selon les firmes – dans 60 % des cas.
Apprenons à reconnaître une autruche dépressive.
VINCENT FOURNIER/JEUNE AFRIQUE-R – ILLUSTRATION : JEAN POUR « LE POINT »
C’est donc mieux que les placebos…
La différence est minime. Ce qui complique les données, c’est que les chiffres sont les plus falsifiés de l’histoire des essais thérapeutiques. On trie les malades et
on écarte les plus gravement atteints. Ils ne reflètent
pas la population réelle. Ensuite, il n’y a pas de critères
objectifs d’amélioration : on essaie de traduire les angoisses, les sensations des malades par des chiffres.
Ce sont des échelles imprécises. Autrement dit, il est
très difficile de juger de l’amélioration apportée par
un antidépresseur, même quand on est profondément
honnête. Dans le livre, nous soulignons le rôle de David Healy, Irving Kirsch et Erick Turner, qui ont permis de mettre en évidence les mensonges des firmes
comme Lilly, GSK ou Pfizer, parce que le Freedoom of
Information Act permet aux Etats-Unis d’exiger de la
Food and Drug Administration, l’agence sanitaire fédérale, et des entreprises qu’elles ouvrent leurs dos-
Tandem. Le Pr Bernard
Debré, urologue, ancien
chef de service à
l’hôpital Cochin (Paris),
est coauteur, avec
Philippe Even, de
« Dépressions,
antidépresseurs :
le guide ».
« Si on prend l’ensemble des études,
les antidépresseurs n’ont qu’un seul
intérêt : dans les situations aiguës. »
siers. S’il faut résumer leurs découvertes, c’est que les
résultats publiés ont été falsifiés et qu’ils tendent à
montrer une certaine efficacité qui n’a rien d’extraordinaire. Surtout, deux tiers des études ne sont pas publiées parce qu’elles montrent souvent l’inverse. Si
on prend l’ensemble de ces études, il apparaît que les
antidépresseurs n’ont qu’un seul intérêt : dans les situations aiguës. Hélas, on a étendu l’usage de ces médicaments à toutes les dépressions moyennes et
mineures. Et, au lieu de donner un médicament, les
ordonnances en prescrivent actuellement en moyenne
trois, ce qui multiplie les risques d’effets secondaires :
troubles cardiaques, musculaires, accidents hématologiques, obésité avec malheureusement des passages
à l’acte et des suicides, qui se concentrent dans les
quinze premiers jours du traitement.
Les cliniciens expliquent qu’il n’y a pas de
malade unique et qu’il est utile d’avoir à
disposition des dizaines de molécules pour
tâtonner, essayer et avoir parfois des résultats
avec l’une, parfois avec l’autre…
J’ai lu toute la littérature sur la question. Depuis
vingt ans, je passe six heures par jour à m’informer
dans les revues médicales et scientifiques de langue
anglaise. Hélas, mes collègues ne s’informent pas toujours à ces sources-là, d’autant plus qu’ils ont des fonctions écrasantes, et je le dis sincèrement. Prendre en
charge la gestion d’un service, du personnel et du
quotidien des malades, c’est un travail à plein temps,
qui ne permet pas – et ils le disent eux-mêmes – de
s’informer aux sources. Or, actuellement, il ne se passe
pas une semaine dans les grandes revues internationales – Science, Nature, The New England Journal of Medicine… – sans qu’il y ait un article sur la fausseté des
publications scientifiques, que ce soit par erreur, par
volonté de simplicité ou pour embellir les résultats
afin de créer des marchés … (lire la suite p. 48)
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 45
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SUJET
EN COUVERTURE
Antidépresseurs
Ils « stimulent » le cerveau en y augmentant les
concentrations de sérotonine seule ou également
de noradrénaline et de dopamine. Ils sont l’inverse
des calmants et des anxiolytiques.
Trois antidépresseurs
efficaces et sûrs
« Si j’avais un malade
à traiter, très bêtement,
je prescrirais du Prozac,
du Deroxat ou du Zoloft,
parce que je les connais,
parce qu’on en a une
grande expérience dans
la vie réelle. »
Ceux qui sont
inutiles et dangereux
« J’éviterais complètement
les antidépresseurs de Servier,
par principe, mais pas
seulement. Arcalion, Stablon ett
Valdoxan sont non seulement
inefficaces, mais aussi
dangereux. J’écarterais les
récents de Lundbeck comme
Brintellix, Seroplex et Seropram.
D’abord parce que c’est un
laboratoire de copieurs, ensuite
parce que ces médicaments n’ont
aucune supériorité. Parmi les
antidépresseurs plus récents,
j’éviterais aussi Cymbalta et
Effexor, car ils n’apparaissent
pas plus efficaces, présentent
plus d’effets secondaires
désagréables et sont trois fois
plus chers que les plus anciens. »
Quatre catégories de psychotropes
vues par le Pr Philippe Even
Neuroleptiques
Ces tranquillisants majeurs (par rapport
aux anxiolytiques) sont utilisés dans
le traitement d’affections psychiatriques
comme la schizophrénie ou les troubles
bipolaires.
A réserver aux psychoses
« Tous ces médicaments, théoriquement
réservés aux psychoses caractérisées, sont
de plus en plus utilisés, sans le moindre
argument scientifique, dans les
dépressions et les douleurs chroniques,
ce qui a décuplé leur marché depuis
quinze ans et multiplie les complications,
obésité au premier rang. »
46 | 30 août 2018 | Le Point 2400
A bannir : le Zyprexa (olanzapine)
« Prescrire ne lui accorde aucune
supériorité sur les autres
psychotropes, mais notre Haute
Autorité de la santé considère qu’il
apporte un progrès “important”.
Or, selon le New York Times, ses
échecs et ses effets secondaires ont
été masqués. Autorisées pour les
grandes psychoses – schizophrénie,
bipolarité, délires maniaques –, ses
prescriptions ont été étendues aux
dépressions majeures résistant aux
antidépresseurs, puis à toutes les
dépressions et, sur la base d’une
étude de Yale, à la prévention des
psychoses chez les jeunes qui n’en
présentaient encore aucun signe.
Pour ces dérives, Lilly,
qui encaissait entre 4 et
5 milliards de dollars par an avec
ce blockbuster, a été condamné à
une amende de 1,4 milliard de
dollars, puis à 1,5 milliard à la
suite de la plainte de
27 000 patients victimes de
surpoids et de diabète (le Zyprexa
entraîne en effet un gain de poids
de 11 kilos en moyenne). »
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Anxiolytiques
A côté des benzodiazépines, on retrouve
d’autres anxiolytiques comme Stresam ou Buspar.
Essentiellement les benzodiazépines (BZD). Leur
durée d’action varie de quatre à trente-six heures, faisant des uns des hypnotiques d’action brève (Stilnox,
Imovane...), des autres des anxiolytiques d’action
prolongée (Lexomil, Témesta, Xanax, Valium...).
Stresam et Buspar à écarter
« Leurs risques sont très supérieurs aux BZD et ils n’ont pas
de dossier scientifique valide.
Stresam est inefficace et dangereux (atteintes hépatiques,
cutanées, vasculaires, inactivation des contraceptifs, des anticoagulants et des hormones
thyroïdiennes), mais a été prescrit à 1 million de Français en
2017, malgré les demandes de
retrait de Prescrire. A noter
que Stresam n’est autorisé ni
Avec modération
« Les hypnotiques, oui, mais
en discontinu, deux ou trois
jours par mois, une semaine
au maximum. Les anxiolytiques, de une à quatre
semaines, 2 ou 3 fois par an.
Jamais plus, pour éviter tolérance, surdose, dépendance
et sevrages difficiles. »
aux Etats-Unis ni en Angleterre, mais que notre Agence
française le considère comme
sans risque et même comme alternative favorable aux BZD. »
Les antihistaminiques : Atarax, Phénergan, Théralène.
Que pour les allergies !
« Quelques intérêts dans
l’allergie, mais sans la
moindre efficacité démontrée dans les dépressions
et l’anxiété. »
Psychostimulants
PHOTOS : KHANH RENAUD POUR « LE POINT »
Ils sont plus rares depuis que les amphétamines comme
Corydrane ou Mediator ont été retirées. Il reste Ritaline, pour
le syndrome d’hyperactivité.
Les parents ciblés
« Un syndrome d’hyperactivité avec déficit d’attention,
un syndrome du “Petit Nicolas”, dont personne ne parlait
en 1980, mais qui toucherait
aujourd’hui 20 % de jeunes
garçons de 10 à 17 ans aux
Etats-Unis, soit 5 ou 6 millions d’individus, pour un
marché à 10 milliards.
Seulement 100 000 garçons
seraient concernés en France,
soit 2 ou 3 %. Pour l’instant.
Le problème de Ritaline n’est
pas un problème de toxicité ni
même de coût, car aujourd’hui
son prix est minime, c’est un
problème de société. Tout est
fait, en particulier par certains psychiatres scolaires,
pour inquiéter les parents et
surtout les mères qui élèvent
seules leurs enfants. »
La kétamine, le nouvel espoir?
En juillet 2017, le magazine Time annonce en
couverture « un nouvel espoir pour la dépression ».
En France, la kétamine est expérimentée par
l’hôpital Sainte-Anne dans le cadre d’un protocole
de recherche.
« Le coup du Prozac recommence. Rien de nouveau depuis trente ans, il faut lancer quelque chose. Les antidépresseurs actuels sont d’efficacité limitée et il faut
prétendument attendre deux ou trois semaines pour mesurer leurs effets – ce qui ne repose sur aucune donnée
scientifique. Alors, l’industrie ressort la vieille kétamine
de 1970, un préanesthésique ou un anesthésique léger et
un puissant antalgique, avec un argument choc : comme
tout anesthésique, elle agit immédiatement. La dépression est vaincue d’un coup. La littérature scientifique est
beaucoup moins enthousiaste. Les effets nocifs sont fréquents et sérieux, d’autant mieux connus que la kétamine
et ses dérivés sont utilisés à titre récréationnel aux EtatsUnis, ainsi qu’en France, et ont entraîné de nombreux accidents de surdosage et des addictions difficiles à sevrer. »
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 47
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EN COUVERTURE
(suite de la p. 45) … pour l’industrie pharmaceutique et, pour les chercheurs, des crédits et des notoriétés de carrière.
Que proposez-vous pour les personnes qui se
sentent dépressives ?
Vous renvoyez autant l’explosion des
dépressions au marketing de l’industrie
pharmaceutique qu’à des causes sociétales.
Mais le nombre de suicides, marqueur des
dépressions, n’a connu aucune inflation, au
contraire. Alors qu’ils étaient moins de 7 000
dans les années 1950, ils se stabilisent à 11 000
depuis 1990, en sachant que la population est
passée de 40 millions à plus de 65…
Ce qui a augmenté, ce ne sont pas les dépressions
graves, sévères et suicidaires. Pour ces dépressions-là,
il faut à la fois un contexte familial et sociétal compliqué, ainsi qu’une histoire personnelle affective
troublée. En revanche, les dépressions moyennes et
mineures, qu’on va avoir tendance à soigner par des
antidépresseurs, ont explosé. En ce qui concerne les
suicides, l’Académie de médecine et beaucoup de
psychiatres nous disent que, heureusement, les antidépresseurs sont là pour éviter les suicides. Mais
des études portant sur des milliers de cas montrent
que le nombre de suicides sous antidépresseurs est
multiplié par 1,5 à 3 selon les séries.
Vous citez Andreas Lubitz, le pilote qui a tué
150 personnes en 2015. Qu’est-ce qui vous
permet d’attribuer la responsabilité à un
antidépresseur ?
Il était sous traitement avec trois antidépresseurs…
48 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Les psychiatres diagnostiquèrent une hypertrophie du Moi nettoyant
avec potentialité suicidaire.
Mais, scientifiquement, on ne sait pas si ces
antidépresseurs sont responsables dans ce cas
individuel.
Non, c’est vrai. Peut-être que Lubitz aurait fait la
même chose en n’étant pas traité. Mais il y a trop
d’histoires avec des meurtres et des suicides sous antidépresseurs. Leur prise peut, au début du traitement, désinhiber et lever des barrages, donc conduire
au passage à l’acte.
Les inégalités femmes-hommes sont criantes,
avec deux fois plus de dépressions chez les
femmes…
Les femmes font aussi quatre fois plus de tentatives
de suicide que les hommes. C’est impressionnant. Je
bats ma coulpe. Je le savais, on en parlait déjà à l’époque,
mais je ne m’en suis pas occupé. J’ai eu un comportement lamentable. On sait que les femmes ont toujours une part plus importante dans l’éducation ou
les tâches ménagères, qu’elle sont bien plus nombreuses à se retrouver seules avec un enfant que les
hommes. Il y a 40 professeurs cardiologues à Paris.
Vous savez combien il y a de femmes parmi eux ?
Zéro. Alors qu’elles représentent 60 % des étudiants
en médecine. On leur a barré la route partout. La cause
des dépressions des femmes, ce sont les hommes.
On annonce que la kétamine, un anesthésique
agissant sur un neurotransmetteur, le glutamate,
a des effets spectaculaires chez les souris…
Voilà effectivement quelque chose de nouveau en
termes de médicaments. La molécule servait depuis
longtemps en anesthésie et préanesthésie. Mais c’est
un profil apparemment innovant pour les dépressions. Deux de nos proches ont été mis à la kétamine,
alors que personne n’en parlait en psychiatrie, à Paris, il y a deux ans. En fait, c’est de la rigolade, ça
n’aboutira à rien. La kétamine calme tout, y compris
l’angoisse. Elle bloque les récepteurs spécifiques du
glutamate et ralentit aussitôt la transmission de tous
ILLUSTRATION : JEAN POUR « LE POINT »
Nous, nous pensons que 80 % des dépressions n’en
sont pas réellement. Ces gens devraient faire de la psychothérapie. Aux Etats-Unis, il y a encore dix ans, la
dépression avait le même sens que chez nous : des
gens mal dans leur peau, en conflit avec eux-mêmes,
les autres, la société… Mais beaucoup se plaignaient
en même temps de douleurs : mal au ventre, douleurs
pelviennes, articulaires. C’est ainsi qu’est né le syndrome de fatigue chronique sans cause identifiée,
créant de nouveaux marchés. Or une maladie, c’est
un ensemble de symptômes, avec une – ou plusieurs
– cause(s), qu’on identifie par l’anatomie, la biochimie
ou des anomalies génétiques. Mais, lorsqu’il y a seulement un ensemble de symptômes divers, sans qu’on
puisse les rattacher à une cause, on ne peut plus parler de maladie. Ce sont des troubles ! Cette distinction
est essentielle. Il y a de vraies maladies – autisme, schizophrénie – et il y a tout le reste, qui sont des syndromes cliniques dont se plaignent les patients en
fonction de leur environnement. Douleur, dépression : même combat. Pour nous, les causes des dépressions sont sociétales. Ce ne sont pas des maladies, mais
des réactions des individus à un environnement, qui
ne se sentent plus bien dans la société où ils vivent.
Or la société s’est considérablement durcie. Six millions de Français prennent en moyenne un ou deux antidépresseurs par jour. Un Français sur dix ! C’est une
réaction à une société de plus en plus aliénante.
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les signaux neuronaux. Les effets secondaires sont
donc multiples. La kétamine et ses dérivés, utilisés
à titre récréatif comme drogue, ont entraîné de nombreux accidents de surdosage et des addictions difficiles à sevrer.
Les antidépresseurs ciblent les
neuromédiateurs, la sérotonine, mais aussi la
dopamine ou la noradrénaline. En quoi serait-ce
une « illusion » ?
Même les plus bêtes d’entre nous ont au moins une
centaine de circuits dans le cerveau, qui fonctionnent
tous avec les mêmes neuromédiateurs, que ce soit
l’humeur, la douleur, le sommeil, l’appétit, l’amour,
la haine… Avec un médicament ciblant tel ou tel neuromédiateur, vous ralentirez ou exciterez l’activité
sur tous les circuits. C’est comme ça qu’on arrive à
des effets secondaires absolument imprévisibles. Et,
en même temps, je dirais tant mieux. Imaginez qu’on
puisse tout à coup, en appuyant sur un bouton, activer chez chacun de nous un circuit précis. Celui de
l’amour serait certes utile [rires]. Mais on télécommanderait complètement un individu avec des molécules. Pour l’instant, on en est loin. J’ai ainsi connu
l’époque où on assurait que le manque de sérotonine
était la cause de la dépression. Or, si vous lisez les
nombreuses études sur le sujet, vous obtenez une cacophonie de résultats contradictoires. Mais l’industrie pharmaceutique a sauté sur l’occasion et a sorti
des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine pour
augmenter sa concentration dans les synapses. Stanislas Dehaene, du Collège de France, explique qu’il
faut être bien naïf pour croire que l’homme prendra
un jour le pas sur son propre cerveau.
Que pensez-vous de la stimulation magnétique
transcrânienne, l’application à travers le crâne
d’impulsions magnétiques sur le cerveau, de
façon indolore, au moyen d’une bobine ?
Dans les dépressions aiguës, on peut par stimulation
magnétique obtenir des résultats bien plus rapides,
au moins égaux et avec moins d’effets secondaires
qu’avec les médicaments. C’est fait en un quart
d’heure et le malade ne sent rigoureusement rien.
Et si on remboursait les psychologues ?
La psychothérapie comme alternative aux antidépresseurs ? C’est
tout l’objet de l’expérimentation menée depuis mars, et pour
trois ans, dans le Morbihan, la Haute-Garonne, les Bouches-duRhône et les Landes. Pour la première fois en France, les caisses primaires d’assurance-maladie de ces quatre départements
remboursent les consultations chez un psychologue libéral pour
des patients souffrant de dépression ou d’anxiété « légères ou modérées ». L’initiative a été très diversement reçue par la profession,
même si son efficacité pour limiter le recours aux psychotropes et
réduire les dépenses de la Sécurité sociale semble avérée. Nombre
de psychologues mettent en cause le tarif des séances remboursées
(22 euros pour la consultation quand les prix habituellement pratiqués sont de l’ordre de 45 euros) et la prescription indispensable du
médecin généraliste assimilée par les psychologues à une « mise
sous tutelle », voire à une « paramédicalisation » de leur spécialité.
Malgré ces préventions, quelque 360 psychologues étaient inscrits dans le dispositif à la mi-juillet. Pour de premières évaluations
sans équivoque. « Pour des personnes qui ont subi un deuil, un divorce
ou un burn-out, ce n’est que du positif », constate Laurence de Kerno,
psychologue à Vannes, dont les consultations peuvent, selon elle,
dans bien des cas se substituer aux médicaments, même si ces derniers demeurent une ressource parfois nécessaire pour des profils
« trop anxiogènes ». Michaël Bocher, également praticien dans le Morbihan, observe une « nette amélioration » des troubles des patients
qui lui ont été confiés dans le cadre de l’expérimentation. Son impact sur un moindre recours aux arrêts de travail serait patent, une
psychothérapie permettant de traiter en profondeur les troubles
psychiques quand les médicaments ne sont que « des béquilles masquant la souffrance ». « Mais cela peut prendre du temps », relève Michaël Bocher, qui regrette une prise en charge plafonnée à vingt
séances. Autre impact du dispositif, permettre l’accès à la psychothérapie de patients qui n’auraient pas songé auparavant, faute de
moyens, à y recourir. Aujourd’hui, seules les consultations auprès
d’un médecin psychiatre ou dans un centre médico-psychologique
sont prises en charge, mais avec de longs mois d’attente avant de
décrocher un rendez-vous § PIERRE-HENRI ALLAIN
« Votre meilleur médicament, c’est vous »,
écrivez-vous. Ça ne fait pas remède de grandmère ?
J’ai connu des malades qui n’allaient pas très bien,
étaient très déprimés, et tout à coup on leur diagnostique un cancer du poumon. A la minute précise où
ils avaient une maladie identifiée, même grave comme
un cancer, on ne parlait plus de dépression. Ils se battaient pour survivre. C’était impressionnant. J’ai vu
des cancers guérir des dépressions, jamais l’inverse.
Dans les siècles anciens, il n’y avait pas non plus de
« Un Français sur dix prend 1 ou 2 anti­
dépresseurs par jour. C’est une réaction
à une société de plus en plus aliénante. »
dépression. Les très pauvres se battaient pour survivre. Tandis qu’aujourd’hui nous sommes dans une
société où la survie n’est plus un enjeu, mais où certains voient tout en noir. La dépression n’est pas une
maladie de la pauvreté. Il faut atteindre un certain niveau de richesse sociale pour commencer à s’interroger
sur tout ce qui nous entoure.
En avril, « The Lancet » a publié une métaanalyse portant sur 522 essais cliniques de 1979
à 2016, sur 21 antidépresseurs et sur
11 600 patients, confirmant que tous les
antidépresseurs font mieux que le placebo, mais
avec une efficacité de faible à modérée…
C’est une étude de masse, mais qui se fonde sur des
essais dont les auteurs eux-mêmes reconnaissent que
la qualité est très souvent réduite. Il faudrait créer un
institut d’évaluation des médicaments avec des universitaires totalement indépendants de l’industrie et
qui travailleraient à plein temps. Comme des …
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 49
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EN COUVERTURE
EXTRAIT
magistrats qui jugeraient en toute indépendance des risques et des avantages pour la santé des
Français. Xavier Bertrand, quand il était ministre, était
d’accord pour le faire, mais trois jours après il m’a rappelé pour me dire que la Haute Autorité de santé et
l’Agence nationale de sécurité du médicament ont réagi avec une extrême violence contre cette réforme.
…
Vous ne parlez pas de vos confrères dans
le livre. Plutôt que de faire le procès des
antidépresseurs, ne faudrait-il pas faire celui
de certains prescripteurs du corps médical ?
Les lecteurs intelligents comme vous feront le rapprochement [rires]. Les responsables de cette inflation de consommation thérapeutique, ce sont
clairement les médecins prescripteurs. Ils ont des
excuses. On leur bourre le mou en permanence avec
les visiteurs médicaux, des journaux de médecine à
la noix, ils sont stressés et n’ont pas de temps à perdre.
Et personne ne leur dit qu’il y a une autre façon de
prendre en charge le malade. Mais, de toute façon,
ils n’ont pas le temps de le faire !
Vous préconisez une consultation
psychologique remboursée à 40 ou 50 euros…
Ecouter un malade, le comprendre, lui et son entourage, ses relations professionnelles, parfois prendre
contact avec sa famille, lui expliquer que son environnement n’est pas forcément celui qu’il croit percevoir… Tout ça demande du temps. Pour un médecin
payé 25 euros la consultation, c’est évidemment plus
simple de prescrire des antidépresseurs. Il faudrait
donc des consultations psychologiques remboursées
à 40 ou 50 euros. Mais, tant que l’argent servira à payer
les médicaments qui ne servent à rien, on ne pourra
pas le donner aux médecins pour qu’ils puissent jouer
un rôle efficace et nécessaire face aux malades. En Angleterre, les praticiens sont rémunérés 1,5 fois plus
que les médecins français et ils font deux fois moins
d’ordonnances. Pareil en Allemagne §
« Dépressions,
antidépresseurs :
le guide »,
des Prs Philippe Even
et Bernard Debré
(Cherche-Midi, 400 p.,
21 €). Parution
le 6 septembre.
Les fromageries Bel cessèrent la production d’antidépresseurs
pour cause d’effets secondaires indésirables.
50 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Tout cadre thérapeutique ne peut être qu’un schéma
et la décision doit relever de chaque médecin, pour
chaque malade, à condition de respecter cinq principes :
• toute forme sérieuse doit être vue par un psychiatre ;
• la prise en charge psychothérapeutique est toujours, d’emblée et sur le long terme, essentielle, dans
tous les cas ;
• malgré leur efficacité limitée, un antidépresseur, mais pas deux, est indispensable, au moins
quelques semaines, dans les formes aiguës sérieuses
et inquiétantes, mais, à notre avis, pas dans les
autres ;
• un anxiolytique et un seul peut être ajouté, sans
jamais dépasser la dose moyenne ;
• les neuroleptiques sont à proscrire, sauf dans
les dépressions psychotiques.
Selon la grande revue de D. J. Kupfer, Lancet, en
2012, tous les épisodes de dépressions majeures,
entre 0,5 et 1 million par an, sont à prendre en charge
exclusivement par les psychiatres et, si nécessaire,
un temps en milieu hospitalier.
(…)
Les dépressions moyennes ou mineures et les
douleurs chroniques sont dix fois plus fréquentes
et évaluées à 6 ou 8 millions par an.
• Elles devraient, selon nous, être toutes vues et
validées initialement par un psychiatre, relayé par
un généraliste, mais tenu régulièrement au courant par le généraliste, qui en assume le suivi attentif et régulier.
Celui-ci doit bien connaître les signes d’alerte,
épisodes d’anxiété généralisée, d’agitation ou d’idées
suicidaires, qui peuvent faire craindre 1 fois sur
100 un passage à l’acte violent suicidaire ou meurtrier, justifiant un renforcement immédiat de la
thérapeutique, l’appel à un psychiatre et éventuellement l’hospitalisation.
• Pour assurer une surveillance efficace, le médecin doit suivre le patient de près, régulièrement,
y compris par téléphone, collaborer avec la famille
et/ou les proches, voire avec les services médicaux
des entreprises qui l’emploient.
• Le traitement de fond doit être avant tout psychothérapeutique, explicatif, analytique, empathique, éventuellement associé à quelque
médicament doux et sans risque associatif ou à un
placebo « actif », que beaucoup d’études montrent
d’efficacité égale aux antidépresseurs. Ne pas oublier ici qu’une étude de dix ans sur 50 000 femmes
a montré que 3 ou 4 tasses de café par jour réduisaient de 15 à 20 % les dépressions, sans effet nocif et presque toujours sans insomnie (Les Echos,
20/11/2011) §
ILLUSTRATION : JEAN POUR « LE POINT »
Que faire en cas de dépression ?
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« Debré et Even cèdent
à des simplifications
abusives »
Expertise. Chef de service au CHU Henri-Mondor (Créteil), le psychiatre
Antoine Pelissolo répond aux auteurs du « Guide des antidépresseurs ».
PAR LE PROFESSEUR ANTOINE PELISSOLO
T
JULIEN FAURE/LEEXTRA POUR « LE POINT »
out le livre de Philippe Even et Bernard Debré*
pourrait tenir en quatre pages : les avis donnés
sur le traitement de la dépression, qui apparaissent en conclusion, sont raisonnables et
conformes aux recommandations actuelles. Le reste
de l’ouvrage est plus hétérogène et discutable, avec
une tendance au mélange des genres et des sujets
(addictions, hyperactivité...). On peut regretter certaines erreurs, qui laisseront perplexes les lecteurs
un peu informés. Il est dit, par exemple, que le
trouble bipolaire fait partie des psychoses, alors
qu’il s’agit d’un trouble de l’humeur bien différencié. De même, les auteurs classent le lithium et les
thymorégulateurs (médicaments du trouble bipolaire) dans la famille des neuroleptiques, réservés
en fait à la schizophrénie et aux psychoses. Embêtant pour un ouvrage présenté comme le « guide »
de la dépression et des drogues.
Complexité de la pathologie. Plus gênantes,
certaines positions de fond sur la dépression et son
traitement me semblent contestables. Elles ne sont
étayées en général que par des informations parcellaires, des données scientifiques, certes, mais aussi
des cas individuels forcément limités. Des exemples
vécus, célèbres ou issus de la famille ou des proches
des auteurs, sont avancés à l’appui de leur thèse,
alors que, bien sûr, ils ne prouvent rien. Le pilote allemand suicidaire et très malade qui a crashé son
avion en 2015 prenait un antidépresseur, donc le
médicament est la cause du drame. Raccourcis étonnants de la part de médecins ne jurant que par la recherche et les publications scientifiques.
En plus des connaissances théoriques, un pilier
essentiel de la médecine est la pratique clinique, au
contact du malade. Or les professeurs Even et Debré
ne disposent pas de l’expérience de suivis prolon-
Praticien.
Le psychiatre Antoine
Pelissolo, qui a publié
« Dépression : s’enfermer ou s’en sortir »
(Le Muscadier), préconise le cas par cas.
gés et multiples de patients traités pour dépression,
qui renseigne sur la complexité de cette pathologie. Polarisés sur la conviction, justifiée, que l’industrie pharmaceutique a longtemps œuvré pour
forcer la main aux prescripteurs (c’est moins le cas
aujourd’hui, car la promotion des psychotropes est
réduite), ils me semblent céder à plusieurs simplifications abusives.
La première porte sur les pathologies. Reprenant
à leur compte le discours « anti-DSM » (la bible de
la psychiatrie, qui analyse tous les désordres mentaux à l’intention des professionnels du monde …
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 51
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EN COUVERTURE
entier), les auteurs martèlent que cette classification a inventé des pseudo-maladies pour vendre
plus de médicaments. L’intention existait peut-être,
mais la conclusion radicale rejetant des diagnostics
utilisés quotidiennement me paraît irrecevable. Sur
les troubles anxieux sévères, notamment, des progrès majeurs ont été réalisés grâce à leur mise en lumière dans les classifications et aux recherches sur
ces pathologies fréquentes et parfois très handicapantes : phobies sociales ou agoraphobies graves,
TOC sévères. Elles sont ainsi mieux dépistées et
prises en charge, en psychothérapie surtout, ce qui
limite leurs complications (isolement, addictions,
suicide).
Concernant la dépression, on retrouve le même
type d’erreurs nourries par des idées reçues naïves.
Pour dénoncer un usage excessif des antidépresseurs, la thèse des auteurs est que ces médicaments
n’auraient pas d’intérêt dans la majorité des dépressions. Ils proposent une dichotomie, qui a l’apparence du bon sens, entre dépressions graves, d’un
côté, d’origine plutôt biologique, et dépressions légères, de l’autre, d’origine psychosociale (la crise,
les conditions de vie). Seules les premières justifieraient des antidépresseurs, mais elles sont rares, ce
qui conduit les auteurs à avancer que 80 % des prescriptions sont inutiles. D’où vient ce chiffre ? Et
pourquoi ce mépris choquant pour ces déprimés
dont « beaucoup » seraient des « malades professionnels » cherchant à se « plaindre pour susciter la compassion » ? Les longs développements sur les causes
sociales de la dépression sont intéressants mais purement intuitifs, alors qu’il existe une littérature
scientifique très fournie dans ce domaine. Ces recherches confirment que les événements de vie augmentent les risques de dépression, mais toujours en
interaction avec d’autres facteurs de vulnérabilité
individuelle.
…
vrais obstacles à une psychothérapie. On ne peut
plus dissocier aujourd’hui le biologique du psychologique. Pour preuve, le volume de l’hippocampe –
le centre cérébral de la mémoire – est diminué chez
les personnes souffrant de dépressions répétées,
quelle qu’en soit la sévérité.
Une autre erreur de ce livre porte sur les médicaments eux-mêmes. A en croire les auteurs, tous les
antidépresseurs ont la même efficacité, il faudrait
donc n’utiliser que les plus anciens pour des raisons
économiques : deux ou trois molécules des années 1960 réellement efficaces, mais au prix de beaucoup d’effets secondaires. Cette recommandation
est inapplicable. Dans la « vraie vie », dans le cabinet
des médecins, il n’y a pas deux patients identiques,
car chaque cerveau est différent. Les données statistiques obtenues dans les conditions particulières des
essais cliniques ne peuvent pas être transposées à
une personne donnée. Pourtant proches chimiquement, deux antidépresseurs de la même famille
peuvent avoir des effets très différents (positifs comme
négatifs) sur le même patient, et aussi différents,
voire opposés, d’un patient à l’autre. Il est très utile
alors de disposer d’un panel assez varié de molécules
pour pouvoir les ajuster au mieux à chaque cas particulier.
Nous devons bien sûr progresser pour optimiser
les traitements, médicamenteux ou non, dans ces situations complexes et lourdes pour la santé publique.
C’est une tâche difficile, car la recherche en santé
mentale est notoirement sous-financée, mais les
vrais combats d’avenir sont là §
*
« Dépressions, antidépresseurs : le guide » (Cherche-Midi, 400 p.,
21 €).
« Deux antidépresseurs de la même famille peuvent
avoir des effets très différents sur le même patient.
Il est utile alors de disposer d’un panel varié de molécules. »
52 | 30 août 2018 | Le Point 2400
ILLUSTRATION : JEAN POUR « LE POINT »
Dans la « vraie vie »… Certes, la gravité des symptômes à un moment donné influe sur la réponse aux
antidépresseurs, plus faible dans les dépressions légères. Mais toutes les études menées depuis trente
ans ont conduit à abandonner cette catégorisation
des maladies dépressives en deux types, l’un biologique et l’autre « réactionnel ». Les causes sont toujours multiples, changeantes et sans lien univoque
avec la gravité. La souffrance psychique a des bases
psychobiologiques et des conséquences diverses,
qu’il faut souvent aborder médicalement, même
quand les causes semblent surtout extérieures. Par
exemple, les troubles cognitifs (concentration, mémoire) touchent beaucoup de déprimés et sont de
Cette sensation de bonheur nécessitait
des examens approfondis.
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EN COUVERTURE
Les alternatives aux pilules
Prescriptions. Psychothérapie, alimentation,
sport, plantes…
peuvent aussi aider à
lutter contre la dépression. Tour d’horizon.
PAR ANNE JEANBLANC
Des plantes
médicinales
pour le moral
Le millepertuis, le mucuna et
le griffonia sont, selon le Dr Eric
Lorrain*, les plantes les plus
performantes dans les dépressions
légères à modérées. Elles agissent
sur les perturbations des
neurotransmetteurs cérébraux
rencontrées dans les troubles de
l’humeur. Le millepertuis (ainsi
baptisé en raison de nombreux
trous présents sur ses feuilles,
aussi appelé herbe de la Saint-Jean
et longtemps utilisé pour traiter
les cas de démence) renforce
l’action de la sérotonine, puis agit
sur la dopamine, ce qui en fait un
antidépresseur complet. Mais,
attention, il doit impérativement
être prescrit par un médecin, car il
existe des contre-indications et
des interactions avec certains
médicaments.
Bouger pour espérer
La psychothérapie, première option
« Quel que soit le niveau de dépression,
la prise en charge repose en premier lieu
sur un soutien psychologique qui peut
tout à fait être conduit par le médecin
traitant, par un psychologue ou un psychiatre, pour les cas complexes et/ou sévères notamment. Il peut prendre la
forme d’une psychothérapie de soutien ou
d’autres psychothérapies (cognitivo-comportementales, psychodynamiques, systémiques…). » Ces recommandations
de la Haute Autorité de santé sont
claires : il ne faut pas recourir d’emblée aux médicaments antidépresseurs. « Ils ne sont pas indiqués en cas de
dépression légère, peuvent être envisagés
pour les dépressions modérées et doivent
en revanche être proposés d’emblée pour
les dépressions sévères. »
Il existe des centaines de formes de
psychothérapie. Deux précautions
s’imposent pour faire le bon choix :
consulter une personne ayant une
formation scientifique reconnue et
ne s’engager qu’avec un thérapeute
avec qui on se sent à l’aise. Le résultat en dépend directement.
Voici les principales méthodes :
Les thérapies comportementales et cognitives (TCC)
Elles sont centrées sur les problèmes
concrets et actuels. En un nombre
relativement limité de séances (une
vingtaine en moyenne), le thérapeute aide la personne à identifier
les causes de son mal-être et à sortir
Le plus sûr moyen de garder le moral est d’avoir une
activité physique. Et, s’il est « dans les chaussettes », il faut
le remonter. Une étude norvégienne publiée en début
d’année dans l’American Journal of Psychiatry et portant
sur près de 34 000 adultes suivis pendant onze ans montre
que 12 % des cas de dépression seraient potentiellement
54 | 30 août 2018 | Le Point 2400
de ses pensées trop souvent négatives. La psychothérapie cognitive,
fondée sur la pleine conscience, de
plus en plus à la mode, s’appuie sur
une pratique de la méditation
consistant à observer ses émotions
négatives sans les juger et à les
transformer en sensation neutre.
Les thérapies
psychodynamiques
Elles sont influencées par la
psychanalyse et font donc appel
à l’inconscient, aux difficultés
rencontrées dans l’enfance. Elles
nécessitent donc plus de temps
que les précédentes.
Les thérapies systémiques
Ces thérapies de groupe sont
utilisées quand l’interaction avec
l’entourage est à l’origine des
problèmes. Elles permettent de
travailler sur la relation aux autres
et la confiance en soi. L’effet
thérapeutique est lié à la qualité des
échanges et des liens qui se créent
au cours de séances collectives
d’entraînement à la communication
et à l’apprentissage de techniques de
résolution des problèmes.
Les thérapies familiales
Elles répondent à des situations
précises lorsque le fonctionnement
de la famille est en cause. Le but
est d’aider chacun à trouver son
équilibre et sa place au sein d’une
relation apaisée.
prévenus par au moins une heure d’activité physique
par semaine. Pour les spécialistes, l’explication est simple :
elle augmente la production d’endorphines, ces
morphines que le cerveau produit tout seul. Le Pr Michel
Lejoyeux**, pour qui la marche est déjà un bon remède,
conseille en plus de faire de larges mouvements des bras
le long du corps et de grandes foulées. Ainsi, « les bons
souvenirs remontent facilement à l’esprit ».
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Aliments antidéprime
Il est assez simple de se composer des
menus antidéprime, estime Michel
Lejoyeux, puisque l’on connaît la façon dont certains aliments agissent
sur le cerveau et l’humeur. Ils constituent ou renouvellent le stock de molécules permettant à cet organe de
fabriquer ses neuromédiateurs. C’est
pourquoi les psychiatres conseillent à
leurs patients dépressifs de manger du
chocolat, des œufs, de la noix de coco
ou encore des bananes. Même si rien
ne prouve qu’une augmentation de
leur consommation a un effet positif
sur l’humeur.
Du poisson
Plusieurs études aboutissent au même
constat : les individus qui mangent le
plus de poisson semblent moins
souvent déprimés et d’humeur
maussade que ceux qui en
consomment très irrégulièrement.
Surtout s’il est riche en oméga 3, qui
est globalement bénéfique pour le
fonctionnement du cerveau. Quant
au Dr Stéphane Clerget***, il prône la
consommation de hareng, surtout
fumé. Car c’est, après le foie de morue,
l’aliment le plus riche en vitamine D,
une vitamine très utile pour
combattre la dépression saisonnière.
La vitamine E
Elle rend les neurones « plus souples et
moins stressés », dixit Michel Lejoyeux.
On la trouve dans l’huile de germe de
blé et celle de tournesol, les brocolis,
les épinards, les tomates, les noix et
noisettes. Elle participe aussi à la production de sérotonine. Rien de tel
qu’un bon bain de soleil ainsi que la
consommation de saumon et
de sardines pour faire le plein.
Le régime écureuil
Les femmes souffrant de déprimes
liées au syndrome prémenstruel ont
un taux de mélatonine très diminué.
Stéphane Clerget leur conseille donc
de consommer, dans la période qui
précède les règles, noix et noisettes,
riches en cette hormone du sommeil.
Magnésium et calcium
Ces deux éléments sont indispensables
pour lutter contre la déprime. Les spécialistes l’expliquent aisément : le magnésium est un cofacteur de l’enzyme
qui fabrique la sérotonine et le calcium active cette même enzyme. D’où
l’intérêt de manger du chocolat, des céréales complètes et des amandes, ainsi
que des produits laitiers, des graines de
tournesol et de sésame, et des noix.
L’effet Mozart
Le bonheur
est dans
le pré
Michel Lejoyeux
conseille de privilégier
les temps passés dans la
nature. Il raconte qu’un
chercheur anglais a eu
une idée originale : « Il a
comparé la consommation
d’antidépresseurs entre des
quartiers de Londres plus
ou moins arborés. Ses
résultats sont sans appel :
plus il y a d’arbres, moins
les habitants consomment
d’antidépresseurs. »
La musique adoucit les
mœurs… et les vagues à l’âme.
« L’action euphorisante la plus
régulière et troublante est ce que
l’on appelle l’effet Mozart »,
précise le Pr Lejoyeux. Et le
morceau le plus « prescrit »
comme antidépresseur est la
« Sonate pour deux pianos
K448 ». Il n’a rien d’un placebo.
Les recherches démontrent
une action objective sur le
cerveau. « Deux autres morceaux
agissent sur les neurones et la
bonne humeur, le “Concerto
italien”, de Bach, et le “Concerto
grosso pour piano”, d’Arcangelo
Corelli », ajoute le psychiatre,
qui conseille de consacrer
cinquante minutes
quotidiennes à leur écoute.
Bouddha recommande Effexor.
ILLUSTRATION JEAN POUR LE POINT
Le yoga, source de joie
Le yoga aide efficacement à combattre la dépression, car cette maladie touche
non seulement la tête, mais aussi le corps. Elle entraîne des idées noires et des
douleurs physiques. Pour le Dr Lionel Coudron****, médecin et professeur de
yoga, sa pratique « permet d’agir autant sur le corps, en ramenant des sensations
positives et agréables, que sur les pensées irrationnelles pessimistes ».
Grâce à certaines postures, il explique que l’on ressent immédiatement une énergie nouvelle, qui va circuler dans tout l’organisme
et redonner « l’envie de faire ». Ainsi qu’une sensation de plaisir.
*
« 50 solutions plantes pour votre santé
au quotidien », Taillandier (2016).
**
« Tout déprimé est un bien portant
qui s’ignore », JC Lattès (2016).
***
« Bien dans son assiette, bien dans sa tête »,
Fayard (2016).
****
« Yoga-thérapie, soigner la dépression »,
Odile Jacob (2018).
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 55
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MAGAZINE
SUJET
EN COUVERTURE
Comte-Sponville : « Le malheur
n’est pas une maladie »
Sagesse. Pour le philosophe, le bonheur n’est pas
un devoir, ni la tristesse une fatalité. Et il faut apprendre
à les accueillir sans l’aide de la médecine.
Le Point : Le premier de vos
impromptus a pour titre
« L’inconsolable ». Pourquoi
avoir choisi ce thème de la
consolation ?
André Comte-Sponville : Pour deux
fois reproché) ; et j’ai horreur des philosophes qui consolent ou qui
prétendent le faire. La philosophie
n’est ni un antalgique ni un euphorisant !
Qu’est-ce que consoler ?
Apaiser un chagrin sans supprimer
sa cause. Vous voyez bien qu’il y a
là une part d’artifice, pour ne pas
raisons. D’abord parce que la consodire d’escroquerie ! On peut consolation, par définition, porte sur un
ler un enfant qui s’est fait bobo ou
malheur, un chagrin, une souffrance,
qui a cassé son jouet : un câlin, un
et que ce sont là des expériences humaines décisives que les philosophes
bisou peuvent suffire. Mais l’enfant
ont trop souvent tendance à évacuer.
qui va mourir ? Mais les parents de
Je n’aime pas qu’on peigne la vie en
cet enfant ? Bref, la consolation n’est
bleu et rose, comme si elle n’était
efficace que pour des broutilles, donc
qu’une partie de plaisir, comme si le
uniquement quand on n’a pas bebonheur était toujours à portée de
soin (en tout cas pour un adulte)
main. Je n’en crois rien. La vie est difd’être consolé. Face au pire, elle est
inefficace, voire obscène. Mieux
ficile, toujours, décevante, souvent,
André Comte-Sponville
vaut accompagner la souffrance de
atroce, parfois. C’est pourquoi,
Philosophe. Il vient de publier
l’autre, l’accepter, la partager évencomme disait Stig Dagerman, « notre
« L’inconsolable et autres
tuellement, plutôt qu’essayer de le
appétit de consolation est impossible
impromptus » (PUF, 304 p., 19 €).
consoler, ce qui reviendrait à lui exà rassasier » : parce qu’il y a toujours
pliquer, comme faisaient les stoïdu malheur en nous, parce que le traciens, qu’il a tort d’être malheureux.
gique fait partie de la condition humaine, parce qu’il
y a de l’inconsolable dans nos vies ! Ce n’est pas une
Pourquoi refusons-nous d’admettre que nous
raison pour renoncer au bonheur, bien au contraire ;
sommes inconsolables de certaines peines ?
mais c’en est une pour accepter le malheur, quand il
Parce qu’on préfère le bonheur, comme tout le monde,
est là, et pour chercher le bonheur, lorsqu’il redevient
parce qu’il est plus facile d’oublier le pire que de l’accepter, de penser à autre chose que d’y faire face !
possible, dans la lucidité plutôt que dans les niaiseMais le réel se venge. A force de se cacher l’essentiel,
ries optimistes ou consolatrices. Cela m’amène à ma
on finit par passer à côté de sa propre vie. On fait
deuxième raison, plus paradoxale : si j’ai écrit cet arsemblant d’être heureux, ce qui est un moyen impaticle, c’est aussi pour expliquer que je ne crois pas à la
consolation. C’est ce qui explique ce titre, « L’inconsrable de ne l’être pas. Mieux vaut regarder la vérité
en face : profiter du bonheur, lorsqu’il est là, accepolable ». Je n’aime pas qu’on essaie de me consoler
quand je suis malheureux ; je n’ai jamais su consoler
ter le malheur, lorsqu’il le faut. C’est la sagesse de
personne (les femmes avec qui j’ai vécu me l’ont parl’Ecclésiaste : « Il y a un temps pour pleurer et un
« S’agissant de la vie ordinaire, l’art et la philosophie
peuvent être plus utiles que des psychotropes. »
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PHILIPPE MATSAS/OPALE/LEEMAGE
PROPOS RECUEILLIS PAR SÉBASTIEN LE FOL
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temps pour rire. » Qui accepterait qu’on lui interdise
de rire ? Pourquoi faudrait-il que nous nous reprochions de pleurer ? Je l’ai dit bien souvent : mieux
vaut une vraie tristesse qu’une fausse joie. Mieux
vaut une vraie joie ? Bien sûr ! Mais elle passe par l’acceptation du tragique, pas par sa dénégation.
Les Bonnes Adresses du
Notre société n’a-t-elle pas tendance
à médicaliser la mélancolie ou le chagrin ?
Si, en effet. Dès lors que l’on dispose de molécules
pour atténuer ou endormir la souffrance psychique,
la tentation est forte d’en user, voire d’en abuser. C’est
parfaitement légitime si la tristesse est pathologique,
par exemple en cas de dépression. Mais le malheur
n’est pas une maladie. A force de demander à la médecine de nous aider à le supporter, nous risquons
d’oublier de le combattre ou de le surmonter.
La consommation grandissante d’antidépresseurs traduit-elle un refus de l’idée que
la douleur puisse être plus forte que nous ?
Souvent, oui. On voudrait nous faire croire que le bonheur est l’état normal de l’humanité, voire que c’est
un devoir d’être heureux. Je n’en crois rien. Quand on
est malheureux, la première sagesse est d’accepter de
l’être, au lieu de se le reprocher. N’oublions pas cependant que les antidépresseurs sont un formidable progrès médical et que la moitié des dépressions ne sont
pas soignées. C’est tout le problème : on compte parfois sur la médecine pour apaiser des souffrances qui
ne sont en rien pathologiques et on laisse sans soin
des milliers de gens qui ne sont malheureux que parce
qu’ils sont malades, en l’occurrence dépressifs.
Vous avez vous-même perdu un enfant.
Comment avez-vous surmonté ce chagrin ?
Le plus grand espace
tables et chaises de
repas à Paris !
Tables extensibles, plateaux laque, bois,
verre et céramique, procédés anti-rayures,
fabrication française et européenne.
C’était un bébé de 6 semaines. Le deuil est sans doute
plus facile que lorsqu’on perd un enfant plus grand.
Mais sa mère et moi n’avions jamais été aussi malheureux. Ce qui m’a aidé, c’est d’abord la volonté de faire
de cette souffrance une occasion de m’améliorer, de
devenir plus humain, si possible, de faire en sorte que
cette petite fille que nous avions perdue n’ait pas vécu
absolument pour rien. Puis il y eut la naissance d’autres
enfants (qui n’alla pas sans angoisse), le travail intellectuel, qui est un formidable dérivatif, peut-être aussi
un peu de sagesse, une forme d’acceptation, enfin :
comme pour tout le monde, le temps qui passe cicatrise peu à peu les blessures, même les plus atroces.
Clément Rosset ou Beethoven sont-ils plus
efficaces que les anxiolytiques ?
Ils ne sont pas du même ordre. Les anxiolytiques
peuvent éventuellement être utiles contre des angoisses pathologiques (bien qu’une psychothérapie
soit souvent plus indiquée). Mais il y a mille raisons
d’être angoissé ou malheureux, dans la vie, sans que
cela soit en rien pathologique ni relève donc de la
médecine. Gardons nos médicaments pour les maladies. S’agissant de la vie ordinaire, y compris malheureuse, alors là, oui, l’art et la philosophie peuvent
être plus utiles que des psychotropes. Parce qu’ils
nous consolent ? Non pas. Mais parce qu’ils nous
donnent envie de vivre malgré tout §
CANAPÉS, LITERIE, MOBILIER :
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SOCIÉTÉ
Et si la grippe espagnole était
L’autre hécatombe.
Il y a cent ans, la
pandémie tuait près
de 50 millions de
personnes. L’Américaine Laura Spinney a recherché
le « patient zéro ».
PAR FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN
C
’est le plus vaste cimetière du
Commonwealth en Europe.
Plus de 10 000 tombes, anglaises, canadiennes, australiennes,
indiennes… Leur parterre blanc domine l’estuaire de la Canche, audelà duquel se devine Le Touquet,
ses villas cossues cachées dans la
forêt, sa maison présidentielle… Ici,
on se trouve encore à Etaples, ville
ferroviaire dont les Anglais firent
le cœur de leur logistique après
1915, au sud de leurs ports de débarquement de Calais et Boulogne,
en installant de l’autre côté de la
voie ferrée un camp d’entraînement et de transit où sont passés
2 millions de soldats et dont il ne
subsiste rien sinon une hypothèse
tenace, celle d’Etaples comme foyer
de la grippe espagnole. C’est la journaliste américaine Laura Spinney,
auteure d’un livre passionnant
consacré à cette pandémie mondiale à 50 millions de morts, qui a
attiré notre attention sur Etaples.
Marianne Steenbrugge, chargée du
tourisme de la ville, nous désigne
les dates de décès sur les tombes de
soldats ou d’infirmières : une majeure partie correspond au pic de
mortalité de la grippe, l’automne
1918 et l’hiver 1919.
A lire « La grande tueuse » (Albin Michel), on comprend que
l’unique certitude à propos de la
grippe espagnole est qu’elle ne ve-
58 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Piste américaine.
Le camp de Funston,
au Kansas. Le 4 mars
1918, on y recense un
premier cas américain
de grippe espagnole.
nait pas d’Espagne. Seule l’absence
de censure militaire dans ce pays
neutre a jadis permis d’incriminer
ces pauvres Espagnols, qui ne dissimulaient rien de l’épidémie. A
l’époque, dans la panique, toutes
sortes d’autres origines furent attribuées. Au Chili, on invoqua la
punition divine ; en Russie, on accusa les bolcheviques ; en France,
où l’armée la désigna sous le nom
de code « maladie onze », on y vit
un coup de la Suisse, qui accueillait un flux de prisonniers de guerre
venus d’Allemagne et d’Autriche.
Aux Etats-Unis, on hésita entre
jeter la pierre à la communauté
Piste française. De nombreux arguments plaident pour le camp
d’Etaples (Pas-de-Calais) comme lieu d’origine de la grippe espagnole.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
française ?
LIBRARY OF CONGRESS/SPL/PHANIE – MUSÉE QUENTOVIC/VILLE
D’ETAPLES SUR MER – ADOC-PHOTOS – RUE DES ARCHIVES/TALLANDIER
allemands, japonais et britanniques
se penchent sur le problème, à leurs
risques et périls, certains se tapissant la gorge d’expectorations de
patients atteints. L’un d’eux meurt.
Ils en viennent à la conclusion qu’il
s’agit d’un virus et non d’un germe
bactériologique, comme on l’a
d’abord cru. Les analyses de la grippe
espagnole sont d’ailleurs à l’origine
de multiples expériences autour
des virus qui aboutissent dans les
années 1930 à la mise au point du
premier vaccin contre la grippe.
italienne et brandir la menace des
sous-marins allemands ayant touché les côtes. Le spectre de la guerre
biologique avait la vie dure. N’at-on pas prétendu que le sort du
conflit avait basculé à l’été 1918 à
cause de l’hécatombe provoquée
par la grippe dans les rangs allemands ? D’autres rendaient responsable la guerre en général, et
plus précisément la pestilence que
dégageaient des millions de soldats sans sépulture, disséminée
par les vents. Thanatos régnait sur
la planète. Du reste, c’est en 1920
que Freud, dont la fille chérie, Sophie, décéda de la grippe, forgea le
concept de pulsion de mort.
Etrange et insaisissable pandémie
qui affectait surtout les 20-40 ans
et qui n’épargna aucune partie du
monde : en Alaska, certaines villes
perdirent 50 % de leurs habitants,
les îles Samoa 22 % de la population. Mais comment remonter
jusqu’au porteur zéro de cette première maladie mondialisée ?
Dès la fin de 1918, plusieurs
équipes de chercheurs français,
Chinois déplacés. Concernant
l’origine géographique, des suppositions sérieuses circulent aussi
très vite. Le 4 mars 1918, le cuisinier Albert Gitchell, du camp
Funston, la base militaire du Kansas, est atteint de tous les symptômes. C’est le premier cas
enregistré par un pays qui inaugure à cette occasion un quadrillage administratif. Ce jeune
fermier, issu du comté très pauvre
de Haskell, où l’on élève de la volaille et des porcs, a longtemps été
considéré comme le malade originel. Il en fallait bien un. Reversé
dans les troupes qui débarquent
en Europe, il aurait transporté le
virus au sein de la machine de
guerre américaine, puis mondiale.
En 2014, cette hypothèse a reçu le
soutien d’un spécialiste en biologie évolutive de l’université de
l’Arizona, Michael Worobey, qui a
affirmé que sept des huit gènes du
virus de 1918 ressemblaient fortement aux gènes grippaux retrouvés dans les oiseaux de l’hémisphère
occidental, et plus précisément en
Amérique du Nord. Car la grippe
espagnole, c’est le seul point sur
lequel tout le monde s’accorde, a
une cause aviaire, les porcs …
Les cas
célèbres
On a retenu les
morts d’Apollinaire
(en haut), d’Edmond
Rostand (en bas),
d’Egon Schiele, mais
beaucoup furent
touchés : Gandhi –
l’épidémie, qui
donna lieu à des
émeutes, marqua un
tournant dans le
durcissement des relations avec la
Grande-Bretagne –,
Kafka, Béla Bartok
– qui devint sourd –,
jusqu’à Woodrow
Wilson, en pleine
négociation du
traité de Versailles.
Une épidémie de « bronchite purulente »
a touché le camp d’Etaples, fin 1916.
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 59
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
SOCIÉTÉ
Adieux. « La famille »
(1918), dernier tableau
d’Egon Schiele.
Le peintre autrichien de
28 ans se représente au
côté de sa femme,
Edith, alors enceinte de
six mois. Tous deux
mourront, à trois jours
d’intervalle, de la
grippe espagnole en
octobre 1918.
Souche H1N1. Mais, en 2002, des
virologues britanniques ont mis
en avant une troisième piste, française, celle d’Etaples, où se serait
logé le cas référence. Ils ont exhumé
des études menées à l’époque sur
une épidémie de « bronchite purulente » qui avait touché le camp
après la bataille de la Somme, fin
1916. Pour expliquer le délai entre
ces prodromes et l’explosion de la
48,8
millions
de morts
dus à
la grippe
espagnole
En comparaison, le bilan
humain de la Première
Guerre mondiale est de
18,6 millions de morts.
Estimations
du nombre
de morts
pandémie, Spinney rappelle que le
virus, par nature, est susceptible
de transformations, d’adaptations
et de mutations qui ont décuplé sa
virulence. La seconde vague, à l’automne 1918, fut ainsi beaucoup
plus meurtrière que la première,
au printemps. L’argument qui
plaide pour Etaples est sa proximité
avec la baie de la Somme, lieu majeur de migration des oiseaux, où
le microbiologiste français Claude
Hannoun, après examen de cinq
espèces de canards migratoires dans
l’estuaire, a identifié plus d’une centaine de souches grippales abritées
par ces volatiles. Par ailleurs, le
camp d’Etaples comptait de nombreux élevages de canards et de
porcs. Les pistes peuvent évidemment se croiser. Ainsi les travailleurs chinois étaient-ils regroupés
principalement à Noyelles-sur-Mer
– où se trouve aujourd’hui le plus
grand cimetière chinois d’Europe –,
non loin d’Etaples, et circulaient
tout le long de la Côte d’Opale pour
des tâches de transbordement.
Telle est sans doute l’une des raisons de la médiocre postérité de la
grippe espagnole : noyée chronologiquement dans le dénouement
de la Première Guerre mondiale,
elle souffre aussi d’une incertitude
majeure sur ses prémices et de sa
dissémination extrême. Le récit est
ardu et, comme Laura Spinney, il
faut se contenter de conjectures ou
d’un tour du monde des ravages.
Abritée aujourd’hui à Atlanta dans
un espace de confinement à haute
sécurité, la souche H1N1, à l’origine de cette grippe, est pourtant
la « mère de toutes les pandémies ».
Une majorité des gènes des autres
épidémies – la grippe asiatique de
1957, celle de Hongkong de 1968
et la grippe dite H1N1 de 2009 –
sont issus de la grippe espagnole.
Certes, elle a été l’occasion d’une
prise de conscience : des politiques
de santé publique étaient indispensables. Certes, elle a affecté une humanité affaiblie par la guerre. Mais
sa propagation mondiale nous rappelle, comme le soulignait le spécialiste des maladies infectieuses
Michael Osterholm dans Le Point
du 14 juin, qu’elle a inauguré une
nouvelle ère globale de la maladie
et que le seul remède serait la mise
en place d’un « projet Manhattan »
de recherche pour élaborer un
vaccin universel §
« La grande tueuse. Comment la grippe
espagnole a changé le monde », de Laura
Spinney. Traduit de l’américain par Patrizia Sirignano (Albin Michel, 418 p., 24 €).
EUROPE Russie : 450 000
2,3 millions Italie : 390 000
AMÉRIQUES
1,5 million
Etats-Unis : 675 000
Mexique : 300 000
Brésil : 180 000
Espagne : 257 000
France : 240 000*
Allemagne : 225 000
Angleterre :
200 000
AFRIQUE
2,4 millions
Nigeria : 455 000
Congo belge : 300 000
Cameroun : 250 000
A la hausse
ASIE
De 26 à 36 millions
Inde : 18,5 millions
Chine : de 4 à 9,5 millions
Indonésie : 1,5 million
Japon : 390 000
Afghanistan : 320 000
OCÉANIE
85 000
* Dont 30 000
dans l’armée
française.
La grippe espagnole a fait
l’objet de trois estimations
successives : dans les années 1920, un bactériologiste
américain décréta qu’il y
avait eu 21,5 millions de
morts. En 1991, deux épidémiologistes américains firent
passer le chiffre à 30 millions, avant qu’en 1998 deux
historiens de la grippe ne
donnent le chiffre plus probable, mais encore approximatif, de 48,8 millions.
Source : Niall Johnson et Jürgen Müller, Bulletin of the History of Medicine (2002).
60 | 30 août 2018 | Le Point 2400
LUISA RICCIARINI/LEEMAGE
ayant pu servir d’intermédiaires. Mais, comme argumente
Laura Spinney, il manque dans ce
séquençage le huitième gène, « qui
aurait pu circuler depuis au moins
une décennie avant 1918 ».
Dès 1918, les Américains, pour
se défendre d’être les coupables, rejettent la faute sur les Chinois. Dans
le registre « c’est pas moi, c’est
l’autre », le péril jaune a un succès
jamais démenti. Cette deuxième
piste, chinoise, Spinney la suit en
rappelant une épidémie qui a ravagé le Shanxi à l’hiver 1917, où
l’on aurait déjà eu affaire à la grippe,
qu’en Chine on appelait la « petite
peste ». Mais les spécimens
manquent pour procéder à des
vérifications. Cette hypothèse a été
réactivée depuis quinze ans et des
travaux historiques ont braqué
les projecteurs sur le corps de
travailleurs chinois, près de
350 000 hommes acheminés en Europe, dont 150 000 sur le territoire
français. Or « ils étaient originaires
des provinces infectées par la “peste”
de l’hiver 1917, le Shandong, le Hebei
et le Shanxi ». Parqués à Tsingtao,
ils transitèrent par Marseille ou par
le Canada, Vancouver et New York.
…
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ÉCONOMIE
Carambar revient, ce
Bonbecs. Carambar & Co veut
contrer le géant allemand Haribo en
misant sur le made
in France. Histoire
d’une reconquête.
PAR ANDRÉ TRENTIN
P
as très loin de la mairie de
Marcq-en Barœul, banlieue cossue de Lille, se cache une usine
de briques rouges où l’on fabrique
depuis 1954 une friandise que tous
les Français connaissent, le Carambar, cette fameuse petite barre de
caramel chocolaté. Des cuves en
cuivre patinées par les ans s’échappent des coulées de caramel de plusieurs mètres qui échouent dans
des machines d’où elles ressortent
en fils qui, découpés et « papillotés » à toute allure, finissent dans
des bacs de toutes les couleurs.
Chaque jour, 7 millions de Carambar sont produits ici.
En une cinquantaine d’années,
l’usine a changé pas moins de six
fois de propriétaire pour finir dans
les mains de… Carambar & Co, en
mai 2017. Une toute nouvelle entreprise qui, si elle a pris le nom de
son produit le plus emblématique
et le plus sympa, avec ses blagues
loufoques, n’en comprend pas
moins d’autres marques célèbres :
Krema, Malabar, La Pie qui chante,
Mi-Cho-Ko, Poulain, Vichy… On dirait que toutes les petites sucreries
à la française se sont retrouvées
dans le même sachet. De superbes
marques, mais qui ont un peu périclité ces dernières années. Le PDG
de Carambar & Co, Thierry Gaillard, 53 ans, arrivé en janvier à la
62 | 30 août 2018 | Le Point 2400
tête de l’entreprise, est là pour leur
redonner le lustre d’antan. Pas gagné d’avance…
« Redresser ces marques, c’est une
aventure excitante. » Gaillard est un
homme de marketing. Avant de
prendre la tête de Carambar & Co,
il a vendu des lessives (chez Unilever), des biscuits (Danone et Kraft
Foods), des barres chocolatées
(Mars) ou des sodas (Orangina Suntory). Maintenant, il s’attelle aux
bonbons et à la poudre de cacao.
Au siège d’Issy-les-Moulineaux
s’agitent une nuée de quadragénaires en tenue décontractée. C’est
ici que l’on prépare la reconquête
décrétée par le nouvel actionnaire,
Eurazeo, société d’investissement
qui gère plus de 15 milliards d’euros d’actifs disséminés dans l’immobilier, la location de voitures
(Europcar), le nettoyage (Elis), la
coiffure (Dessange), la restauration
(Léon de Bruxelles), les vêtements
(Desigual), les parfums (Nest)…
Pour reprendre les marques de
Carambar & Co, Eurazeo a mis sur
la table près de 220 millions d’euros. Un sacré pari, car l’héritage n’est
pas flamboyant. En dix ans, la vente
des seuls Carambar a été divisée
par trois ! Et les autres marques
n’ont guère fait mieux. Pour …
Le marché
de la confiserie
en France
600
millions d’euros
CARAMBAR & CO
250
millions d’euros
de chiffre d’affaires
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n’est pas une blague
KHANH RENAUD POUR « LE POINT »
Bonbonphile.
Thierry Gaillard, PDG de
Carambar & Co, et ses
collaborateurs au siège
d’Issy-les-Moulineaux
ont pour mission de
développer les marques
iconiques Carambar,
Suchard, La Pie qui
chante, Poulain, Vichy,
Malabar…
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 63
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉCONOMIE
A gogo. Chaque jour, 7 millions de Carambar sont produits dans l’usine de Marcq-en Barœul.
leur ancien propriétaire,
Mondelez, depuis 2010, elles
avaient un gros défaut : elles étaient
trop françaises ! Le géant américain
de l’agroalimentaire préférait les
marques à cheval sur plusieurs
pays. Thierry Gaillard, lui, prend
l’exact contre-pied en misant à fond
sur le made in France. Ses marques
sont autant de madeleines de
Proust. « Nous vendons des histoires »,
dit-il. Dont certaines remontent
loin dans le passé.
Les pastilles Vichy, concentrés
de sels minéraux de la célèbre
source, ont été commercialisées dès
1825 pour que les curistes puissent
prolonger leur cure une fois rentrés chez eux. Le Carambar, le bonbon qui colle aux dents, a été créé
beaucoup plus récemment, en 1954,
par les héritiers des DelespaulHavez, famille installée à Lille depuis 1848. Année précisément où,
à Blois, un certain Victor-Auguste
Poulain fondait les chocolats du
…
même nom. La Pie qui chante a été
créée en 1921, à Marseille, puis rachetée quatre ans plus tard par les
Cornillot, vieille famille de confiseurs établie dans le Nord en 1860.
Krema a commencé à fabriquer ses
bonbons en 1923 dans un atelier situé à Vincennes, vite transféré à
Montreuil, et sortira plus tard, en
1958, son fameux Malabar. Quant
au Rocher Suchard, s’il a été imaginé par le groupe suisse de Neuchâtel, il est fabriqué depuis 1948
dans l’usine de Strasbourg qu’il n’a
jamais quittée.
Alors, réveiller ces « belles
marques endormies » du groupe,
comme dit Gaillard ? « On ne part
pas d’une base ridicule », se rassure
le PDG. Même si elles ont été négligées par Mondelez, les marques
sont loin d’être tombées dans l’oubli. Et Gaillard compte sur les
moyens qu’Eurazeo va lui donner.
Après des années de disette, le budget communication et marketing
C’est la part
d’Eurazeo dans
le holding CPK,
propriétaire à 100 %
de Carambar & Co.
Les 32 % restants
sont entre les mains
d’un groupe
d’investisseurs
privés.
40 %
C’est la part du
seul Carambar
dans le chiffre
d’affaires confiserie
du groupe.
1 000
C’est le nombre
de salariés de
Carambar & Co.
Plein régime. « Les derniers investissements remontaient aux années 2000, explique Aurélie Belka
(35 ans), directrice de l’usine Carambar de Marcq-en-Barœul, qui
produit déjà à plein régime en prévision de Halloween, le boom annuel des confiseurs. Cette année,
nous allons dépenser un peu plus de
1 million d’euros en introduisant des
robots collaboratifs afin d’automatiser le ramassage et le stockage de nos
produits au bout des lignes de production. » L’usine, qui fabrique aussi les
Mi-Cho-Ko et les Gom’s, date un
peu, c’est vrai : la première brique
a été posée en 1896, c’était alors une
fonderie, reconvertie plus …
Les produits Carambar & Co
« Quand y’en
a marre,
y’a Malabar ! »
Le fameux chewinggum rose king size
jamais imité.
Carambar, la petite
barre de caramel
chocolaté qui colle
aux dents, s’adresse
plutôt aux enfants
et aux teen-agers.
64 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Rocher Suchard, boule
de chocolat praliné
recouverte d’éclats de
noisette, est consommé
quasi exclusivement en
France.
Mi-Cho-Ko, avec
sa pâte de caramel
enrobée de chocolat,
est un peu un ovni
sur le marché de la
confiserie.
Les pastilles
Vichy, commercialisées, dès 1825,
s’adressent
plutôt à
des adultes.
Les bonbons
Krema, fabriqués
depuis 1923,
misent sur
le fruit et
la naturalité.
KHANH RENAUD POUR « LE POINT » – PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP – DR (X4) – FLORENCE DURAND/SIPA
68 %
va être multiplié par trois. Une première vague de pubs mise sur les
produits vedettes que sont Carambar (« C’est de la barre ! ») et Poulain
(« Le goût du bonheur »). « Nous offrons des petits plaisirs gourmands au
quotidien, explique Gaillard. Le bonbon est un pur marché d’impulsion. Il
faut donner envie aux consommateurs
à travers des nouveautés. »
Ainsi, pour attirer les 11-12 ans
qui aiment les « bonbons qui piquent », comme Les Têtes brûlées
– créées par Verquin, un petit confiseur du Nord –, Carambar a sorti
X’treme. Pour trouver des nouveautés, deux centres de recherche et
développement, l’un à Blois pour
le chocolat, l’autre à Saint-Genest,
dans l’Allier, pour la confiserie, ont
été mis sur pied. Eurazeo est bien
décidé aussi à moderniser les usines
du groupe, en y consacrant jusqu’à
35 millions d’euros.
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ÉCONOMIE
La blague Carambar
« Que dit un pneu quand il est fatigué ? » Réponse :
« Je suis à plat. » Derrière les blagues que Carambar
propose depuis 1969, il ne faut pas chercher de
mystérieux auteurs payés à prix d’or. Finie aussi
l’époque où les rédacteurs des meilleures blagues
recevaient leur poids en Carambar. Si quelques vedettes, comme le créateur de Titeuf ou Elie Semoun, ont pu être sollicitées, le flux de calembours
est maintenant géré au siège de Carambar & Co par
une petite équipe marketing qui invente, et parfois
retient, les suggestions des réseaux sociaux. En cas
de panne, elle recourt à une agence de pub. Règle
d’or : la blague Carambar ne choque pas et favorise
l’échange, le jeu entre adultes et enfants.
produire Terry’s, un chocolat à
l’orange apprécié des seuls Britanniques, créé à York en 1926 et délocalisé, en 2005, en Pologne. Les
bonbons Dulciora, originaires de
Valladolid, délocalisés eux aussi en
Pologne et dégustés par les seuls
Espagnols, seront rapatriés à SaintGenest. Enfin Kaba, poudre chocolatée numéro deux en Allemagne,
auparavant confectionnée dans le
Bade-Wurtemberg, va se retrouver
à Blois. Des chassés-croisés qui
brouillent un peu l’image bleublanc-rouge sur laquelle insiste
Carambar & Co, où l’on met en
avant des usines françaises, un actionnariat français et des marques…
françaises. Car ces produits venus
d’ailleurs représentent tout de
même 40 % du chiffre d’affaires du
groupe. Pourtant, la priorité des
priorités de Carambar & Co reste
la reconquête du marché français.
Poulain galope encore
« Vous savez combien il y a de tablettes de chocolat dans un rayon d’hypermarché ? Environ
250 », observe Thierry Gaillard. Mais alors,
que va-t-il faire dans cette galère face à la
puissance de frappe des géants mondiaux
que sont les suisses Nestlé et Lindt ou l’américain Mondelez (Milka, Côte d’or…) ? C’est
simple, explique le PDG de Carambar & Co :
« Sur ces 250 références, le Poulain noir extra est
la cinquième vente. » La marque créée
en 1848 est toujours là, même si ces dernières années
elle n’a pas bénéficié de campagnes de pub marquantes. Une belle résistance, mais a-t-on un avenir avec seulement 3,2 % de part de marché ?
« Poulain est aussi numéro deux des poudres chocolatées, derrière Nesquik », rétorque Gaillard.
66 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Ils ont croqué
Carambar…
1954 Création à Lille,
par la famille
Delespaul-Havez
1965 Rachat par la
Générale alimentaire
1973 Rachat
par la Générale
occidentale
1980 Rachat par
BSN, qui deviendra
Danone
1997 Rachat par
Cadbury
2010 Rachat par
Kraft Foods, qui
se scindera en deux
groupes, dont
Mondelez.
17 mai 2017
Carambar tombe
dans l’escarcelle de
Carambar & Co en
même temps que
13 autres marques.
Le Carambar
a changé six fois
de mains à la faveur
de rachats
d’entreprises.
Se battre dans l’Hexagone signifie faire reculer le géant Haribo, qui
possède 38,7 % des parts de marché
de la confiserie. Le groupe allemand
est un rouleau compresseur qui dépense sans compter en marketing,
ouvre des boutiques dédiées, place
des distributeurs automatiques partout avec des prix bas. Haribo (plus
de 2 milliards d’euros de chiffre
d’affaires) est un géant par rapport
à Carambar & Co et ses 250 millions, dont la moitié seulement
dans la confiserie – l’autre moitié
étant dans le chocolat. Pourtant, le
groupe de Thierry Gaillard a déjà
réussi à grossir. Avec une part de
marché de 15,4 %, il creuse l’écart
avec Lutti (12,4 %). Ironie de l’histoire, cette entreprise franco-belge,
créée en 1889 et rachetée en 2011
par Katjes, une famille de confiseurs allemand, était à la lutte avec
Eurazeo pour la reprise de Carambar & Co.
Diversité. Le marché des bonbons n’est pas fait que de douceurs :
la grande distribution est au cœur
de la fête. C’est par elle que passe
l’essentiel des ventes (80 % pour
Carambar & Co), le reste se répartissant entre boulangeries, tabacs,
stations-service… La part de marché des bonbons que la grande distribution fait produire en propre,
les marques de distributeur (MDD),
représente 17,5 % du marché, ce
qui les place au deuxième rang. La
reconquête ne sera donc pas une
partie de plaisir. Quand Haribo propose une myriade de bonbons (Ours
d’or, Croco, Tagada, Chamallows…)
sous une seule marque ombrelle,
Carambar & Co doit jouer sur plusieurs touches, avec une gamme de
produits très large, surtout si on y
ajoute le cacao et les tablettes de
chocolat. « Cette diversité, c’est plutôt une force, c’est notre richesse »,
rétorque Gaillard. L’objectif affiché
est ambitieux : augmenter de 20 %
le chiffre d’affaires d’ici à 2022 pour
atteindre 300 millions d’euros.
Pour sauver leurs marques fétiches,
les Français sont donc invités
toutes affaires cessantes à croquer
et à mastiquer force caramels,
gommes, pastilles ou réglisses
bleu-blanc-rouge §
JOSSE/LEEMAGE
… tard dans l’agroalimentaire.
Les bâtiments se sont ajoutés les
uns aux autres, les ateliers ne sont
pas spacieux, l’outillage trahit son
vieil âge. Apparemment, les quatre
autres usines du groupe – à Blois,
Strasbourg, Vichy et Saint-Genest –
sont dans le même état.
« Fabriquer en France fait partie de
l’aventure. C’est un vrai défi », dit Gaillard sans plus de précisions. Alors
même que l’un de ses grands concurrents, l’allemand Haribo, a, lui, réduit la voilure ces dernières années
dans l’Hexagone, pays jugé trop
coûteux. Excès de confiance ? Surtout que le découpage effectué entre
Mondelez et Eurazeo complique
les choses. Avant la vente à Carambar & Co pouvaient coexister dans
une même usine des marques que
Mondelez voulait conserver ou
alors céder. Ainsi, à Strasbourg, les
lignes de Rocher Suchard (Carambar & Co) ne bougeront pas, mais
la production des tablettes de chocolat Milka (Mondelez) sera arrêtée. Or Mondelez, redoutant d’être
montré du doigt dans un pays sensible socialement, a voulu à tout
prix éviter des licenciements. Aussi,
pour maintenir l’activité, l’américain a mis dans la corbeille cédée à
Carambar & Co des marques étrangères qui seront donc produites en
France, en dehors de toute logique.
L’impératif industriel a prévalu
sur les exigences du marketing.
Toujours à Strasbourg, l’usine va
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9e édition annuelle
Etat-major FlixBus
Le bien-être au Travail
à l’épreuve de la Révolution Digitale
Simon Sappey
Olivier Decard
Vincent Hays
Delphine Chantôme
Rapport Villani sur l’IA, Ordonnances Macron,
Mission Santé-Travail : tout ce avec quoi les DRH
doivent composer en 2018
Le jeudi 20 septembre 2018, Paris
#Cloud Business Center
Avec les participations exceptionnelles de :
Camille Vanmeirhaeghe
Jean Rosado
Adrien Ravet
Charles Mouton
Cédric Villani
Mathématicien et Lauréat de la Médaille Fields 2010
Député de l’Essonne
Assemblée Nationale
Frédéric Tézé
PHOTOS : DR
Raphaël Daniel
Lionel Angoulevant
L’allemand FlixBus s’est
passée par La Ruche
engouffré sur les routes
qui dit oui, est aux
françaises après la libécommandes des ressources humaines.
ralisation du marché des
autocars en 2015. Il relie
Camille Vanmeiren bus longue distance
haeghe (29 ans, mas200 villes à travers l’Hexa- Yvan Lefranc-Morin ter 2 de droit des
gone. Yvan Lefranc-Morin affaires à la faculté libre de droit
(34 ans, master 2 de banque et de Lille et Edhec Lille), après
finance à Paris Dauphine) est une expérience à la Fédération
directeur général France. Après nationale des transports de
avoir débuté sa carrière en fu- voyageurs, est directrice jurisions-acquisitions au sein de dique et autorisations. Jean
Rothschild & Cie puis d’UBS, Rosado (36 ans, MBA à l’Inil cofonde une start-up spécia- sead, Centrale Lyon, diplôme
lisée dans l’analyse de données d’ingénieur aéronautique de
marketing sur Internet avant l’université technologique de
de rejoindre FlixBus France en Berlin), ancien de Bain & Com2015, d’abord en tant que direc- pany, est directeur général adteur du développement. Simon joint. Adrien Ravet (32 ans,
Sappey (31 ans, master en mar- master en management à l’uniketing à l’ESSCA), ancien de versité Bocconi de Milan), ex
l’UEFA, est directeur du mar- de TUI France, chapeaute le déketing. Olivier Decard (45 ans, veloppement. Charles Mouton
master 2 d’affaires publiques à (27 ans, école de management
Panthéon-Sorbonne, master 2 de Bordeaux), ex d’Air France,
d’infocom à Paris-III), ex-colla- est directeur des opérations.
borateur parlementaire, dirige Raphaël Daniel (35 ans, masles relations institutionnelles. ter 2 en management public et
Passé par ESV digital, Vincent politique de l’ISMaPP), ancien
Hays (30 ans, MSC en manage- de Vae Solis Corporate, est diment à l’EM Lyon) est directeur recteur de la communication
expérience voyageur et points et des affaires publiques. Liode vente. Delphine Chantôme nel Angoulevant (31 ans, mas(38 ans, licence en communi- ter 2 d’audit à l’ESSCA, DSCG)
cation des entreprises à l’IICP), est directeur financier § B. P.
Adjoint au sous-directeur des conditions de
Travail, de la santé et de la sécurité au travail
Direction Générale du Travail
Laëtitia de Montgolfier
Directrice des Ressources Humaines Opérations
Amazon
Charlotte Lecocq
Députée et Membre de la Commission
des Affaires Sociales
Assemblée Nationale
Michaële Guégan
Directeur des Ressources Humaines,
Transformation et Santé Sécurité
Enedis
Anne Deneux
Directrice des Ressources Humaines
Nature & Découvertes
En partenariat avec
Lieu de la Conférence
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CULTURERENTRÉE LITTÉRAIRE
Julian Barnes
et le mystère du
premier amour
PAR CLAUDE ARNAUD, ENVOYÉ SPÉCIAL À LONDRES
J
ulian Barnes ne tient sans doute pas Alphonse
Allais parmi ses maîtres, mais sa maison londonienne réalise idéalement le rêve de l’humoriste,
qui voulait voir les villes construites à la campagne :
entre un jardin immense et un salon assez large pour
abriter une grande table de billard, il vit à cinq stations de la gare de Saint-Pancras comme à mille lieues
de tout trafic. C’est là qu’il écrit, seul depuis la mort
de sa femme il y a dix ans, la grande agente littéraire
Pat Kavanagh, dont il reprit le patronyme pour ajouter, sous le prénom de Dan, quatre romans policiers
à son œuvre. C’est là qu’il reçoit, dans un silence propice au travail, au milieu d’arbres, de livres et de portraits gravés de ses idoles – de Jules Renard à Tchekhov.
Mince et posé, Julian Barnes répond volontiers
aux questions. Assis sur le divan de son salon édouardien, cet homme aigu et courtois pèse chaque mot,
sans cesser de vous sonder indirectement, avec un
regard bienveillant. A sa voix lente, grave et pudique
on sent pourtant qu’il aime d’abord écouter et préférerait vous arracher vos secrets plutôt que vous
confier les siens. Comme tant d’écrivains attentifs
aux accidents du métier de vivre, il aurait pu être
analyste – peut-être même confesseur : « J’aurais fait
un prêtre très utile, peut-être dans la France rurale »,
avait-il déclaré au New Statesman – ; on le devine tenu
lui aussi au secret professionnel, peu enclin à révéler ses sources, en tout cas. Par un goût spontané
pour la réserve plutôt anachronique aujourd’hui,
même en Grande-Bretagne, mais aussi par une pente
naturelle à relativiser – son frère aîné, Jonathan, a
beaucoup écrit sur le scepticisme en philosophie.
68 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Un homme
complet
Il est, avec Jonathan
Coe, Martin Amis
et Ian McEwan,
la grande voix
de la littérature
britannique.
Man Booker Prize
2011 pour « Une
fille, qui danse »,
nouvelliste,
essayiste, il est le seul
étranger à avoir été
couronné par le prix
Médicis essai (pour
« Le perroquet de
Flaubert » en 1986)
et par le Femina
étranger (« Love,
etc. » en 1992). Il est
l’auteur d’« England,
England », satire de
l’Angleterre. Il est
aussi traducteur
d’Alphonse Daudet,
et a également
publié quatre
romans policiers
sous le pseudonyme
de Dan Kavanagh.
L’arrogance n’est pas le fort de Julian Barnes. A
tout propos, il montre l’intelligence et l’humilité de
l’artisan habitué à remettre cent fois sur le métier
son ouvrage, en veillant à ne laisser aucune trace de
son passage. Propice à l’analyse du cœur et de l’esprit, la paix concentrée qui émane de la maison où il
nous reçoit s’entend en basse continue, tout au long
de « La seule histoire », son nouveau roman. Le narrateur s’y remémore l’aventure vécue, à 19 ans, avec
une femme de trente ans son aînée, Susan, qui abandonna son mari alcoolique et ses deux filles pour
vivre avec lui à Londres. Malgré l’opprobre de sa famille et de celle de Susan, laquelle dut l’entretenir
en partie alors qu’il était encore étudiant. Et malgré
les commentaires sans appel de ses propres amis,
qui n’avaient fait que le rendre un peu plus fier de
cet amour inouï, dont ils semblaient les tout premiers interprètes.
L’histoire sonne si « vraie » qu’on voudrait croire
que Julian Barnes se livre enfin ici : les romanciers
français nous ont habitués à des taux si élevés de
nombrilisme !
– Non, ce n’est pas le cas.
– Et pourtant ce jeune étudiant ne paraît pas vous
être étranger…
– Disons qu’il a quelque chose d’un faux frère,
comme certains de mes narrateurs masculins. Mais
je ne lui ai accordé qu’un tiers de ma propre expérience
émotive. Le reste provient des observations que j’ai
pu faire, ici ou là.
– Un tiers seulement ?
– Je ne peux que vous renvoyer à la biographie
qu’on me consacrera peut-être un jour, si vous en
doutez…
…
JONATHAN PERUGIA/TIME OUT/CAMERAPRESS/GAMMA-RAPHO
Le plus discret des auteurs britanniques publie la plus belle
histoire d’amour de la rentrée. Celle d’un homme de 19 ans
et d’une femme de 48 ans. Rencontre chez lui, à Londres.
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Bienveillant. « Il n’y a
aucun libertinage,
aucune tentative
de corruption de la part
de Susan. (...) C’est l’antiMme de Merteuil. »
En ce temps-là, dans ce pays-ci, il y avait l’amour,
❝
et il y avait le sexe, et il y avait un mélange des deux, parfois problématique,
parfois harmonieux, qui parfois fonctionnait, et parfois non.❞
(extrait de « La seule histoire »)
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CULTURERENTRÉE LITTÉRAIRE
– Mais Susan est si touchante qu’on peine à
croire qu’elle soit totalement inventée.
– J’avais quelques modèles autour de moi, c’est
vrai, mais presque trop. Le mariage étant leur seul
objectif, beaucoup de femmes de l’après-guerre
arrêtaient leurs études après 14 ans. Elles se retrouvaient très vulnérables face au monde, partagées
entre leur intelligence naturelle et leur manque de
formation. Leur vie, dès lors, dépendait essentiellement de la qualité de l’homme qu’elles épousaient.
– Certains ici ont parlé d’une histoire « à la
française ».
– Mais ce n’est pas le cas. Il n’y a aucun libertinage,
aucune tentative de corruption de la part de Susan.
Elle ne se protège pas, elle divorce, s’engage totalement, c’est l’anti-Mme de Merteuil. Paul pense du
haut de ses 20 ans être le bon partenaire pour elle, il
accepte son argent sans aucun cynisme. Il veut vivre
une histoire originale et s’y implique corps et âme.
– Une telle différence d’âge serait-elle mieux
acceptée aujourd’hui dans la société anglaise ?
– Peut-être. La pression sociale diminue, les
femmes sont moins dépendantes. Et votre président
vit une situation comparable. Cela semble plutôt
bien se passer, non ?
Difficile de donner tort sur ce point à Julian Barnes,
à moins d’accorder quelque crédit aux tentatives
récentes pour prêter un amant à Emmanuel Macron.
Reste que ce genre d’histoire marque, elle sera
même la première et la dernière pour Paul, aucune
n’ayant pu rivaliser ensuite avec le séisme émotif
vécu alors. D’un bond, l’étudiant passa d’une
quasi-virginité morale et physique à l’expérience
d’un homme de 40 ans. Tout le savoir de la vie lui fut
délivré, alors même que le comportement de Susan
prenait un tour déroutant, via des sautes d’humeur
et des bizarreries qu’elle ne cessa de nier avec ironie
– « le petit chéri s’inquiète ! » – avant que Paul ne comprenne qu’elle souffre elle aussi d’une profonde
dépendance à l’alcool. Il se retrouva ainsi l’aîné d’un
couple miné par les dénis d’une femme formée à
l’école du « Never complain, never explain » [Ne jamais
…
« The Only Story ».
En français, « La seule
histoire », de Julian
Barnes, traduit
de l’anglais par
Jean-Pierre Aoustin
(Mercure de France,
272 p., 22,80 €).
Barnes politique
Sur le Brexit : « Est-ce qu’on pourrait arrêter avec le mantra solennel :
“Le peuple a parlé” ? Le peuple a été interrogé par une élite sûre d’ellemême qui ne lui autorisait comme réponse qu’un monosyllabe :
oui ou non. Un monosyllabe qui a été interprété, par une version
légèrement différente de cette même élite, selon ses propres intérêts
politiques et partisans. »
Sur l’Angleterre : « Ce que nous allons devenir ? Peut-être une sorte
de grosse Belgique avec des valeurs quasi américaines. »
Sur Theresa May : « Croyons-nous sérieusement que Mme May
construira “un pays qui fonctionne pour tous” ? A la piété de notre
élite politique actuelle je préfère de beaucoup le vieux proverbe
portugais : “Si la merde était précieuse, les pauvres naîtraient sans
cul” » (avril 2017, London Review of Books).
70 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Quels mots pourrait-on trouver, de nos
❝jours,
pour décrire une relation entre un
garçon, ou quasi-homme, de 19 ans et une
femme de 48 ans ? Peut-être ces termes de
presse à sensation “cougar ” et “toy boy ” ?
Mais ces mots n’existaient pas dans ce sens
alors. (...) On pourrait penser : roman
français, femme mûre enseignant l’« art
d’aimer » à un jeune homme, oh la la.
Mais il n’y avait rien de français dans
notre relation, ni dans nos personnes.
Nous étions anglais et n’avions donc
que ces mots anglais moralisants
à notre disposition. ❞
(extrait de « La seule histoire »)
se plaindre, ne jamais se justifier, NDLR] et bien
décidée à ne plus rien changer à sa vie. Qu’il cherchera
à sauver d’elle-même des années, avec une insistance
et un courage remarquables, mais avec moins de
résultat encore que s’il avait cherché à s’en venger.
Car aussi libre, joyeuse et iconoclaste, aussi désireuse d’aimer et d’être aimée soit-elle, Susan garde
un fil à la patte. Ce mari qui l’aimait mal et la battait
parfois, faute de savoir lui faire l’amour, vit, depuis
son départ, un enfer. Comme si elle souffrait de le
faire autant souffrir, même si elle ne le dit jamais,
allant jusqu’à nier avoir un quelconque problème
avec lui, l’alcool et plus généralement la vie…
– Ne se désespère-t-elle pas de le voir enfin l’aimer,
comme elle l’avait longtemps espéré ?
– Je ne dirais pas ça.
– Paul tente pourtant de comprendre pourquoi
tout a si mal tourné pour eux, pourquoi il est allé
jusqu’à « rendre » Susan à ses filles.
– Mais il n’y arrive pas. Pour la bonne raison qu’il
n’y a pas d’explication.
– Vous n’en aviez pas en tête, en écrivant le livre ?
– Absolument pas.
Il faut s’y faire : chacun meurt ici avec ses secrets,
comme dans les romans de Henry James.
Barnes sait à merveille plonger des individus
singuliers dans les tempêtes de la vie, comme le faisaient les écrivains anglo-saxons du siècle passé, tout
en portant sur leur expérience ce regard généraliste
et critique qui était la marque des moralistes français – Chamfort n’est pas pour rien deux fois cité.
Une double appartenance culturelle qui donne à ses
livres une profondeur très particulière. Celle d’un
homme qui écrit avec patience et méthode, sans
bruit ni fureur, pour mieux saisir le silence terrifiant de nos abysses §
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CULTURELIVRES
Stephen King, confessions d’un « effrayeur »
De la sexualité des vampires à
son analyse de « Blair Witch »,
le maître de l’horreur livre son
bréviaire de la peur et les clés
de son art. Extraits exclusifs.
PAR MICHEL SCHNEIDER
Q
u’est-ce que l’horreur, et en quoi se distinguet-elle de la peur ou de la terreur ? Publié en 1981
sous le titre « Danse macabre », aujourd’hui augmenté d’inédits et dans une traduction révisée, revoici l’essai mythique de Stephen King ! Il s’y fait,
avec une gourmandise terrifiante, l’archéologue des
différents genres d’effroi à travers les livres, les films,
les BD, les émissions de radio et de télévision qui l’ont
marqué. Une archéologie qui tient beaucoup plus de
la confession que de l’analyse académique. Le maître,
par exemple, distingue trois émotions : la terreur,
consistant à effrayer en faisant simplement appel à
l’imagination, sans que le surnaturel soit montré ;
l’horreur, stade intermédiaire où la manifestation
monstrueuse qui cause la terreur est révélée ; et la révulsion, provoquée par la description détaillée d’actes
ou d’êtres horribles. Il détaille aussi une « psychologie de l’horreur », qu’il nomme « dionysiaque », et décrit l’impact de la fiction horrifique sur certaines
personnalités violentes, l’influence des peurs sociétales sur les fictions et l’impact en retour de ces formes
de l’imaginaire sur les angoisses de l’époque. Mais ce
livre est aussi, à côté de « Ecriture : mémoires d’un
métier », une nouvelle autobiographie dans laquelle
« Horror King » raconte sur trente ans, depuis son
enfance jusqu’à ses derniers livres, ses propres peurs
et ses tentatives de les dépasser en écrivant. Intelligent, drôle et passionnant §
« Je reconnais
que la terreur
est l’émotion
la plus forte,
la plus aiguë,
et je veux terro­
riser le lecteur.
Mais, quand
je n’y arrive pas,
je me contente
de l’horreur. »
Mes livres, des armes létales ?
Baltimore, 1980. La jeune femme attend son autobus en bouquinant. Le soldat démobilisé qui l’aborde
est un vétéran du Vietnam. Il agresse la jeune femme.
Plus tard, les policiers supposeront qu’il avait besoin
d’argent pour se procurer de la drogue. La jeune
femme a dissimulé un couteau. Quand l’autobus arrive, le cadavre du vétéran gît dans le caniveau. « Quel
livre lisiez-vous ? » demande à la jeune femme un
journaliste curieux. Elle lui montre « Le fléau », de
Stephen King.
EXTRAITS
Longtemps, j’ai eu peur de bonne heure
Dans « Anatomie de l’horreur », livre écrit il y a près
de trente ans, j’affirmais que les gens attirés par les
histoires de monstres et de massacres sont essentiellement sains d’esprit (quoique parfois morbides).
Les critiques de ce livre – et il y en a eu pas mal – ont
réagi de façon prévisible : « Ouais, bien sûr, qu’est-ce
que tu pouvais dire d’autre ? Que vous êtes une bande
de malades du bulbe ? »
Eh bien, c’est probablement la vérité, mais nous
sommes aussi doués d’un surplus d’imagination (c’est
72 | 30 août 2018 | Le Point 2400
parfois une bénédiction ; parfois – surtout quand il
fait nuit noire et qu’on ne peut pas dormir – une malédiction). Parmi les accessoires dont nous héritons
quand le bureau génétique nous gâte question imagination figure une propension à l’inquiétude supérieure à celle du citoyen lambda. Alors, pendant que
papa et maman sont au salon à regarder « American
Idol » en grignotant des Doritos et à s’inquiéter à l’idée
que leur crooner préféré se fasse éliminer, leur gamin
(ou gamine) à l’imagination hypertrophiée est en haut
dans sa chambre en train d’écouter Slipknot et de se
demander si les Doritos ne donnent pas le cancer.
Etre imaginatif signifie avoir une idée plus claire
de sa fragilité ; celui ou celle qui est imaginatif se
rend compte que tout peut tourner à la catastrophe,
à tout moment. Il ou elle n’ira pas croire que les tueurs
en série ne frappent que les autres ; il ou elle sait que
des types comme Henry [Lee Lucas] se baladent en
liberté et qu’il est plus probable de croiser l’un d’eux
que de gagner 350 millions de dollars à la loterie. Et
il y a plein d’autres tueurs en série. Ils ont pour nom
cancer ou AVC, ou encore ce crétin d’alcoolo carburant à la vodka qui roule à contresens sur une voie
rapide – la vôtre – à 180 kilomètres à l’heure en
fantasmant que sa minable Honda Accord est le
Faucon Millenium. Dans un cas de ce genre, le scénario optimiste est la mort instantanée par décapitation. Et le pessimiste ? On se retrouve paraplégique,
à pisser dans une poche fixée à la hanche pendant
vingt-cinq ans. Et avoir une imagination hypertrophiée, c’est le savoir avec certitude.
« Anatomie de
l’horreur »,
de Stephen King.
Traduit de l’américain
par Jean-Daniel Brèque
et annoté par
Jean-Pierre Croquet
(Albin Michel,
624 p., 24,90 €).
Sexualité du vampire
Les pratiques sexuelles qu’évoque Dracula ne peuvent
certes pas être qualifiées de « normales » ; c’est en
vain que vous y chercherez la position du missionnaire. Le comte Dracula ainsi que les trois sœurs si
redoutables sont apparemment inactifs en dessous
de la ceinture ; ils font l’amour uniquement avec la
bouche. L’élément sexuel de Dracula est une oralité
infantile associée à un intérêt marqué pour la nécro-
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près au moment où les trois cinéastes en herbe (Heather
Donahue, Joshua Leonard et Michael Williams, interprétés – quelle coïncidence ! – par Heather Donahue,JoshuaLeonardetMichaelWilliams)commencent
à découvrir d’étranges symboles lovecraftiens accrochés aux arbres, j’ai demandé à mon fils, qui regardait le film avec moi, d’éteindre cette saleté de télé.
C’est peut-être la première fois de ma vie que j’ai laissé
tomber un film d’horreur en plein milieu parce que
j’avais trop peur de le regarder.
L’horreur, oui, mais avec une morale
Hypertrophie.
Stephen King
à Bridgton (Maine),
ville où l’écrivain vécut
et qui sert de décor
à « Dôme » (2009).
STACEY CRAMP/NYT-REDUX/RÉA
philie (et aussi pour la pédophilie, pourrait-on dire,
vu le rôle joué par Lucy). En outre, le sexe y est sans
responsabilité aucune et, pour reprendre une expression amusante due à Erica Jong, on y baise toujours
la braguette fermée. C’est peut-être en partie grâce à
cette sexualité infantile et « rétentive » que le mythe
du vampire – qui, sous la plume de Stoker, semble
nous dire : « Je vais te violer avec ma bouche et tu vas
adorer ça ; au lieu d’emplir ton corps de mon fluide
puissant, je vais te dérober le tien » – a toujours eu
du succès auprès des adolescents qui cherchent encore à maîtriser leur sexualité.
« le mythe
du vampire a
toujours eu
du succès auprès
La première fois que j’ai vu « Blair Witch » des adolescents
qui cherchent
C’était dans une chambre d’hôpital, à peine douze encore à maîtriser
jours après qu’un conducteur distrait m’a démoli et leur sexualité. »
envoyé valdinguer dans le fossé d’une route de campagne. D’une certaine façon, c’étaient des conditions
idéales : j’étais ravagé de douleur de la tête aux pieds,
abruti par les antalgiques et je visionnais une cassette
pirate pourrie sur une télé portable. (Comment avais-je
obtenu cette cassette ? Ça ne vous regarde pas.) A peu
« Le fléau » m’a donné l’occasion d’annihiler l’espèce
humaine, et j’ai pris un pied d’enfer ! Et la morale
dans tout ça ? L’écrivain débute par des prémices nihilistes et réapprend en chemin des valeurs anciennes.
Je postule que l’espèce humaine porte en elle une
sorte de germe qui se fait de plus en plus virulent à
mesure que la technologie accroît sa puissance. (…)
Mon bouquin s’efforce aussi de célébrer ce qu’il y a
de positif dans notre vie : le courage, l’amitié et l’amour
dans un monde qui en semble souvent dépourvu.
En dépit de son thème apocalyptique, « Le fléau » est
un livre plein d’espoir qui fait écho à la remarque
d’Albert Camus selon laquelle « le bonheur lui aussi
est inévitable ». Ou, plus prosaïquement et comme
disait ma mère : « Il faut s’attendre au pire et espérer
le meilleur. »
Franchir la porte
La danse macabre est une valse avec la mort. Nous
ne pouvons pas nous permettre de nier cette vérité.
A l’instar des attractions foraines qui font référence
à la mort violente, l’histoire d’horreur nous donne
la possibilité de voir ce qui se passe derrière des portes
que nous maintenons d’ordinaire fermées à double
tour. Car l’imagination humaine ne se satisfait jamais d’une porte fermée. Notre partenaire nous attend derrière cette porte, murmure-t-elle – une femme
vêtue d’une robe de soirée pourrissante, aux orbites
vides, aux gants couverts de moisissure, aux rares
cheveux grouillants de vers. Tenir une telle créature
entre nos bras ? Qui serait assez fou pour avoir une
pareille idée ? me demandez-vous. Qui ?… Si nous
franchissons la porte ou la fenêtre interdites, c’est
peut-être parce que nous savons qu’il viendra un moment où nous devrons le faire, que ça nous plaise ou
non… et pas simplement pour jeter un coup d’œil
derrière, mais pour y être précipités. Pour l’éternité.
Le sel de l’esprit
L’horreur fait appel au pire de nous-mêmes, mais elle
est aussi nourricière. Le sel de l’esprit, réactionnaire,
anarchiste et révolutionnaire. Je reconnais que la
terreur est l’émotion la plus forte, la plus aiguë, et je
veux terroriser le lecteur. Mais, quand je n’y arrive
pas, je me contente de l’horreur §
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 73
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CULTURERENTRÉE LITTÉRAIRE
Le Ferrari
de la
rentrée
d’un prisonnier politique, mais sans le statut ni l’assurance d’une exclusivité ; à elle d’être fidèle pour
deux et de se montrer digne du sacrifice qu’il endure
– au risque d’être rejetée par tous, quand elle se consolera avec un jeune militant qui ne rêve que de « devenir » Pascal, son héros. Lequel finira assassiné,
après s’être retiré de la lutte, sans qu’on sache pourquoi. Mort pour rien ?
Ce double décès inspire à Jérôme Ferrari un requiem d’un grand tact. Il chante l’amour moins fort
que la guerre et la profonde humanité d’un prêtre
accablé d’avoir à enterrer tant de cadets. Il dit la vie
qui passe et les images qui aimeraient l’éterniser un
peu, à travers les destins parallèles de deux photographes, l’un qui couvrit la guerre italo-turque en Libye (1912), l’autre qui suivit le premier conflit
mondial dans les Balkans. Et il le fait avec une aisance et une vitesse contagieuses, et peut-être plus
de liberté que n’en avait « Le sermon sur la chute de
Rome », qui lui valut le prix Goncourt en 2012. Dire
la vérité sans peur, rendre la vie belle et touchante
même quand elle semble absurde, c’est le sceau d’un
véritable écrivain §
« A son image », de Jérôme Ferrari (Actes Sud, 220 p., 19 €).
Angot,
moins d’auto,
plus de fiction
Pour son « Sermon », on lui
prévoyait une mise sur orbite. Un Goncourt et un livre
raté après, il revient avec un
requiem d’un grand tact.
L’auteure de « L’inceste »
signerait-elle enfin un livre à
contre-courant d’elle-même ?
PAR CLAUDE ARNAUD
U
74 | 30 août 2018 | Le Point 2400
PAR MICHEL SCHNEIDER
L
En grâce. Jérôme Ferrari (« Le sermon sur la
chute de Rome », prix
Goncourt 2012) publie
un nouveau roman,
« A son image ».
e pitch est simple : dans une rue, une femme croise
un homme, Vincent, qu’elle n’a pas revu depuis
neuf ans. Déboussolée, le corps en cavale, elle rentre
chez elle et raconte à Alex, son compagnon. Elle a
beaucoup aimé Vincent. Les deux hommes se
connaissent par la musique. Vincent, chanteur-compositeur, Alex à la console. Les deux hommes décident
de retravailler ensemble. Ils s’appellent la nuit, se
voient sans elle. Lits séparés avec l’un, draps froissés
avec l’autre, Marseille, la Normandie, Florence, elle a
beau partir, chaque fuite la ramène à cet amour qui
se défait et se refait. Le triangle se boucle. Isocèle ou
équilatéral, on ne le saura qu’au fil des liens complexes
qu’entretiennent les trois personnages. Dans les rencontres, les carrefours ne sont parfois que des tournants que prend la vie pour vous ramener en arrière.
PHILIPPE DE POULPIQUET/LE PARISIEN/MAXPPP
ne photographe de 38 ans meurt en voiture près
de Calvi, en 2003. Antonia a tout vécu de son
métier : la découverte de sa vocation grâce à l’appareil que son oncle prêtre lui a offert pour ses 14 ans ;
le plaisir de saisir l’existence sur le vif et la quête des
fameux « instants décisifs » qui lancèrent Cartier-Bresson à travers le globe ; la déception devant le rôle à
quoi la presse locale la réduisait, celui d’un « œil »
chargé de ressouder une population minée par les
dissensions ; le besoin de fuir le cycle de la violence
insulaire, pour tomber sur la guerre civile ravageant
l’ex-Yougoslavie, où les snipers visaient jusqu’aux
reporters. Le retour dans l’île pour finir, où elle se
contentait désormais de photographier des mariages –
des symboles du vivant, enfin.
Antonia a longtemps vécu dans l’ombre et l’attente d’un jeune de son village. Pascal l’a toujours
regardée comme sa promise ; devenu indépendantiste, il n’a cessé de vivre menacé, entre deux séjours
en prison. Elle est « naturellement » devenue la femme
COLLECTION CHRISTOPHEL/SNC/TRITONE CINEMATOGRAFICA – JEAN DELMARTY/OPALE/LEEMAGE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Un amour, ça ne se soigne pas, ça dure, comme une
maladie : « Alors, on n’est vraiment rien », dit la narratrice à son amie Claire. Une femme pour deux, la vieille
histoire où deux hommes s’entrebaisent à travers le
corps d’une femme ? Pas seulement. Une femme en
deux, divisée, comme fendue par son amour. Mais cet
amour se meut et se meurt à une époque et dans une
société précises. Rares sont les romans sur le couple
où comme ici on parle d’argent : qui paie quoi ? Ou de
classes : Alex végète et Vincent, qui a réussi, lui propose même de lui refiler ses maîtresses. De race, si ce
nom banni de notre Constitution est encore permis
aux romanciers et aux critiques : Alex est martiniquais, porte des dreadlocks et s’appelle lui-même « le
petit Renoi ». Et enfin de sexe, des sexes. Au risque de
paraître féministement incorrect, comme Angot l’est
quand elle parle de la prostitution, du sexe et des couleurs de peau, et même d’une soumission de la femme
à l’homme, ou du moins au désir de l’homme.
On ne peut pas reprocher à Christine Angot d’écrire
depuis sa vie : tout écrivain le fait. Valéry disait qu’on
ne parle jamais que de soi, surtout quand on croit parler des autres. Le problème, avec elle, c’est que le plus
souvent elle ne parle que d’elle, sans la distance de la
fiction et l’ironie qui sauvent du kitsch des sentiments.
Un roman n’est pas un blog. Agacé par ses précédents
livres et leur ton de pythie énonçant le vrai sur le vrai,
on avait envie de dire à la diva de l’autofiction : plus
de fiction et moins d’auto. « Un tournant de la vie »
échappe à cette critique, malgré des passages convenus (rencontre initiale ratée, scène chez le néphrologue avec ce dilemme de téléfilm : greffe de rein, mais
de qui ?) et des excès de mièvrerie. Mais à contre-courant d’elle-même et des romans de la rentrée où se
multiplient les racontars post-ruptures, celui d’Angot
parle d’êtres que seule la fiction rend réels. Surtout, il
en parle autrement. Fini, les monologues complaisants : des dialogues vifs et douloureux. Fini, les révélations à peine masquées sur des personnes
identifiables, données comme gages de l’effet de réel :
ses personnages ont un nom et vivent leur vie, pas
seulement celle de Christine Angot. Il était temps §
Ténébreux. Alain Delon
(ici dans « La piscine »,
de Jacques Deray)
inspire l’écrivain et
journaliste Jean-Marc
Parisis.
Aucun problème
avec la beauté !
Jean-Marc Parisis consacre à
Alain Delon un magnifique
récit... écrit en delon.
« Un tournant de la vie », de Christine Angot (Flammarion, 192 p.,
18 €).
PAR JEAN-PAUL ENTHOVEN
D
Tourbillon.
Dans « Un tournant de
la vie », son dernier
roman, Angot semble
rompre avec Christine…
’où vient que la plupart des ténébreux, des inconsolés, des veufs d’un bonheur enfui choisissent, un jour ou l’autre, de se servir du mythe
Delon comme d’un miroir qui réfléchira leur propre
désarroi ? Comme s’il fallait en passer par la mystique du samouraï, le panache du Tancrède viscontien
ou le regard bleu métal de M. Klein pour dire un idéal
du moi, un mal de vivre, un code de l’honneur et de
l’héroïsme démodés… Mais le fait est : le Delon haute
époque, le Delon à jamais intranquille de ses débuts
au cinéma, le Delon qui est (qui fut ?) tellement plus
qu’un simple acteur est, pour les écrivains, un inépuisable gisement de mal-être, un aimant à désastres
– auquel seul Maurice Ronet (que Delon tua si souvent sur la pellicule) aurait pu faire concurrence. …
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 75
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CULTURERENTRÉE LITTÉRAIRE
Les meilleures ventes de la Fnac
« Un problème avec la beauté. Delon dans les yeux », de Jean-Marc
Parisis (Fayard, 272 p., 19 €).
Delon exhalait une mélancolie
❝ Le jeune
native, pure, une mélancolie
sans la culture de la mélancolie,
que seul un homme aussi archaïque
et cultivé que Visconti pouvait capter.
On consent plus d’efforts à qui vous
comprend si bien, surtout s’il a l’œuvre,
la gravité, l’autorité d’un seigneur italien
capable d’écraser de sa superbe
les bricoleurs de la Nouvelle Vague. ❞
(Extrait de « Un problème avec la beauté.
Delon dans les yeux »)
76 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Fnac/Le Point du 20 au 23 août 2018
Rang
Nombre de semaines de présence continue
Genre
Classement précédent
Titre
Editeur
Auteur
1
R
Les prénoms épicènes
Amélie Nothomb
Albin Michel
-
1
2
R
La disparition de Stephanie Mailer
Joël Dicker
Ed. de Fallois
1
25
90
3
E
Sapiens. Une brève histoire de l’humanité
Yuval Noah Harari
Albin Michel
3
4
R
Khalil
Yasmina Khadra
Julliard
-
1
5
E
Un été avec Homère
Sylvain Tesson
Ed. des Equateurs
4
14
6
R
Un monde à portée de main
Maylis de Kerangal Verticales
-
1
7
R
La jeune fille et la nuit
Guillaume Musso
Calmann-Lévy
2
18
8
R
My Absolute Darling
Gabriel Tallent Gallmeister
7
10
9
E
Le lambeau
Philippe Lançon
Gallimard
8
19
10
E
Coupe du monde 2018. Le livre d’or
Gérard Ejnès
Solar
6
3
11
R
Une fille comme elle
Marc Levy
Robert Laffont
5
15
12
R
L’enfant perdue (L’amie prodigieuse,
tome 4)
Elena Ferrante
Gallimard
14
32
1
13
R
A son image
Jérôme Ferrari
Actes Sud
-
14
R
Tu t’appelais Maria Schneider
Vanessa Schneider
Grasset
-
1
15
R
Sang famille
Michel Bussi
Presses de La Cité
11
15
16
E
Père riche, père pauvre
Robert Kiyosaki
Un Monde
différent
19
6
17
R
Il est grand temps de rallumer les étoiles
Virginie Grimaldi
Fayard
10
17
18
E
Vers la sobriété heureuse
Pierre Rabhi
Actes Sud
-
1
Albin Michel
9
17
19
R
La terre des morts
Jean-Christophe
Grangé
20
R
Couleurs de l’incendie
Pierre Lemaitre
Albin Michel
12
34
21
E
La confiance en soi. Une philosophie
Charles Pépin
Ed. Allary
21
21
22
R
Le manuscrit inachevé
Franck Thilliez
Fleuve noir
17
17
Stock
-
1
23
R
Avec toutes mes sympathies
Olivia
de Lamberterie
24
E
Homo deus. Une brève histoire de l’avenir
Yuval Noah Harari
Albin Michel
15
6
25
E
Le miracle Spinoza
Frédéric Lenoir
Fayard
34
-
R : Romans et nouvelles
E : Essais et documents
Entrée ou retour dans la liste
La minute antique
WAUQUIEZ, L’OLYMPE ET L’AVENTIN. Mitterrand avait
Solutré. Montebourg, le mont Beuvray. Wauquiez, pour sa rentrée politique, gravit depuis 2012 le mont Mézenc. Pourquoi
l’homme politique français raffole-t-il des ascensions rituelles ?
Pour suggérer, sans doute, un destin de « premier de cordée »,
comme dirait le président. Le lien entre politique et prise d’altitude est ancien : c’est sur une colline, la Pnyx, que les Athéniens
installèrent l’Ecclesia (ἐκκλησία), l’assemblée des citoyens. Quant
à la plèbe de Rome, elle fit un véritable coup politique en se retirant avec armes et bagages sur le mont Aventin, terrifiant les
patriciens qui lui accordèrent les droits qu’elle voulait (494 avant
notre ère). Du haut du mont Mézenc, le prétendant a pu rêver
détrôner Jupiter en son Olympe parisien. Mais il n’est pas sans
savoir qu’en politique un proverbe romain a son importance :
« Arx Tarpeia Capitoli proxima. » (« Il n’y a pas loin du Capitole à
la roche Tarpéienne. ») En français d’aujourd’hui, plus haut est
le sommet, plus dure peut être la chute § CHRISTOPHE ONO-DIT-BIOT
L’INTÉGRALITÉ DE CETTE « MINUTE ANTIQUE » SUR lepoint.fr
RICHARD DUMAS/ÉDITIONS FAYARD
Après Pascal Jardin, Jean Cau ou Stéphane
Guibourgé, voici donc la contribution décisive de
Jean-Marc Parisis à l’édification du mausolée delonien. Grâce à cet expert en spleen et en âmes errantes, Delon revit dans sa quintessence romanesque
et en compagnie de tous ses visages : le voyou, le
play-boy, Rocco, le flic, Ripley, la petite frappe, l’ami
des truands, la pub pour Eau sauvage, le tombeur
de ces dames… Ils devraient, tous, être comblés par
le delonroman qui leur est aujourd’hui offert. Car
ce « Problème avec la beauté » est, dans son genre,
une sorte de chef-d’œuvre. C’est écrit, mûri et senti
en delon – cette langue presque morte, ressuscitée
par Parisis et réservée aux
féodaux égarés dans la modernité.
Les amateurs de légende
trouveront là tous les épisodes dont se trame l’odyssée delonienne : le Pigalle
des débuts et la dolce vita romaine, la charcuterie de
Bourg-la-Reine et Nathalie-Romy-Mimi, Marcantoni
et Markovic, les années Pompidou et le flirt avec Le Pen,
Odyssée. Jean-Marc Parisis le gaullisme naïf et le mano
a mano avec Bebel, Jacky « le
revisite le mythe Delon.
Mat » et Burt Lancaster. Un
fil rouge : cette beauté diabolique sans laquelle Delon n’aurait pas existé et qui, toujours, s’interposa
entre lui et son impossible bonheur. On découvrira
même, dans ce panthéon revisité, sa première réplique de cinéma (« Ben, on n’est pas des spécialistes,
M’sieur Riton ! » dans « Quand la femme s’en mêle »,
d’Yves Allégret) et le cimetière de chiens où il a réservé sa place. Au final, en sait-on davantage ? Non,
bien sûr, quoique. De toute façon, Delon, depuis toujours, se réserve le mot de la fin. Ça promet… §
…
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CULTURECINÉMA
Whitney Houston, le documentaire choc
Quelqu’un qui accomplit quelque chose d’aussi significatif
sur le plan sociologique, et ce grâce à la maîtrise de son art,
c’est exceptionnel. »
Exceptionnelle, elle l’était assurément, la gamine
de Newark, prédestinée à la grandeur par une famille
de musiciens virtuoses. Sa mère, Cissy, est choriste
pour la reine de la soul, Aretha Franklin. Ses cousines,
Dionne et Dee Dee Warwick, ont toutes les deux quitté
leur poste de stars du gospel pour tenter des carrières
PAR FLORENCE COLOMBANI
solo. Whitney, enfant au départ aimée et choyée, est
oir un documentaire sur Whitney Houston ne victime de harcèlement à l’école et d’abus sexuels à
vous enthousiasme guère ? Kevin Macdonald la maison, au gré des nombreuses absences de Cissy,
comprend très bien. Avant de s’éprendre avec souvent partie en tournée. Le film de Kevin Macdopassion de son sujet, et de lui consacrer trois ans de nald comporte, sur ce sujet, des révélations doulousa vie, il n’éprouvait, confie-t-il, « aucun intérêt particu- reuses. Sa voix au registre vertigineux et son physique
lier pour sa musique ». « J’en voyais surtout le côté joyeux, de mannequin font de Whitney une star avant ses
optimiste, très Amérique de Reagan, poursuit le réalisa- 25 ans. Comme Prince et Michael Jackson, elle enteur britannique, connu notamment pour son por- flamme le public blanc. Et comme eux, elle mène une
trait d’Idi Amin Dada ,“Le dernier roi d’Ecosse” (2006). vie qui défie les conventions. La présence permanente
Et puis j’ai vu les trois minutes du Super Bowl et ça a tout à ses côtés d’une amie, Robyn Crawford, donne lieu
changé. » Ces trois minutes occupent, comme de juste, à toutes sortes de rumeurs. « Sa sexualité était très moune place centrale dans « Whitney », un film à ne derne, note Kevin Macdonald, le genre de la personne
manquer sous aucun prétexte,
qu’elle aimait ou qui l’attirait était
à la fois bouleversant portrait
secondaire, elle aurait été à l’aise
d’une star déchue et étude sodans le monde d’aujourd’hui où
on comprend mieux cette fluidité.
ciologique d’une rare acuité sur
Mais, à l’époque, et en particulier
l’Amérique et ses démons.
dans la communauté noire améLe 27 janvier 1991, au tout
début de la guerre du Golfe,
ricaine, c’était un tabou absolu.
Whitney Houston, ravissante
Whitney n’arrivait pas à être elleicône pop de 28 ans, entonne
même librement. » Surnommée
l’hymne national. Il s’agit de
« Whitey » par des protestataires
lancer le Super Bowl, le match
qui trouvent sa musique trop
de football américain le plus
calquée sur le goût des Blancs et
important de l’année, le temps Rumeur. Whitney aurait entretenu une relation
taxée d’homosexualité, la jeune
d’une séquence qui sera à avec son assistante et amie Robyn Crawford.
femme rend les armes en époul’époque vue par plus de 700 milsant Bobby Brown, un musicien
lions de téléspectateurs. Ce jour-là, Whitney Houston issu du ghetto dont le machisme rassure ses fans. Tantransforme radicalement l’interprétation tradition- dis que le film « Bodyguard » (1992) et son tube « I Will
nelle du « Star-Spangled Banner ». Elle le ralentit – en Always Love You » font de Whitney une star planéle passant de trois à quatre temps – et l’embellit de va- taire, sa vie tourne au désastre.
riations inspirées du gospel que des générations d’artistes reprendront ensuite à leur compte. Ce qui se Cocaïne. « Il est assez fascinant que Michael Jackson,
produit là, au-delà de la beauté évidente de l’instant Prince et elle aient tant en commun, relève Kevin Macdoet de l’ovation qui s’ensuit, est d’une importance cru- nald. Tous trois sont de la même génération, appartiennent
ciale. « Pas seulement une révolution musicale, comme le à des familles qui avaient fui les lynchages dans le Sud pour
dit Cinque Henderson, un journaliste du New Yorker s’installer dans le Nord industriel. Ce sont trois personnes
qui intervient dans “Whitney”, mais une révolution de apolitiques, du moins en apparence, et elles sont mortes à
sens. » Kevin Macdonald explique : « En rattachant peu près au même moment de la drogue, isolées du monde
l’hymne national à la musique noire, Whitney l’a offert à et taxées de bizarrerie. Pourquoi ? En partie, à mon sens, le
sa communauté. C’est devenu un chant que les Noirs amé- fait qu’elles n’avaient pas de prédécesseur. Elles étaient les
ricains entonnent avec fierté alors qu’auparavant ils ne le premières de leur communauté à arriver là. Et c’était lourd
chantaient qu’avec réticence. Elle l’a fait basculer d’une à porter. La question de l’abus sexuel, celle de l’addiction,
chanson sur le pouvoir de l’Etat en une chanson sur la li- tout ceci ne peut se considérer que sur plusieurs générations.
berté. Changer le sens d’un hymne national, c’est incroyable. De même que le stress intense qu’inflige au corps le fait d’être
Quand le réalisateur du « Dernier roi d’Ecosse » explore le
destin fracassé de la star. Trop
moderne pour son époque ?
Repères
9 août 1963
Naissance de
Whitney Houston
à Newark
(New Jersey).
1983 Premier
contrat avec le label
Arista.
1987 Succès planétaire pour son
2e album « Whitney » et le single
« I Wanna Dance
with Somebody ».
1992 Elle épouse
Bobby Brown et
donne naissance
à leur fille Bobbi
Kristina en 1993.
Héroïne du film
« Bodyguard » avec
Kevin Costner. La
bande originale,
avec le tube « I Will
Always Love You »,
se vend à plus
de 42 millions
d’exemplaires.
1998 Sortie de l’album « My Love Is
Your Love » (11 millions d’exemplaires).
2006 Divorce.
11 février 2012
Décès à 48 ans.
Whitney Houston
a vendu plus
de 170 millions
d’albums dans sa
carrière.
V
78 | 30 août 2018 | Le Point 2400
EVERETT COLLECTION/ABACA – SHOOTPIX/ABACA
Biographe. Avec
« Whitney », Kevin
Macdonald retrace
la vie de l’interprète de
« I Will Always Love
You », disparue en 2012.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Diva. Son mariage (de 1992 à 2007) avec le
rappeur Bobby Brown marque un tournant,
le couple sombrant dans la drogue.
A droite, en 1991, elle interprète l’hymne national américain lors de la finale du Super Bowl.
MICHAEL ZAGARIS/GETTY IMAGES – NORMANSEEFF/PHOTO12 – NY DAILY NEWS VIA GETTY IMAGES
une personne de couleur dans un monde
où le racisme est institutionnel. Des études
scientifiques récentes en témoignent. » La plongée vertigineuse de Whitney dans la drogue précipite sa déchéance. Elle meurt en 2012, à 48 ans, noyée dans sa
baignoire, après avoir consommé de la cocaïne. Sa
fille, Bobbi Kristina, meurt de la même façon en 2015,
à l’âge de 22 ans. Comme Michael Jackson, devenu un
paria jusqu’à ce que sa mort précoce le sanctifie, Whitney est fêtée comme une princesse lors de son enterrement. Ceux qui la conspuaient lorsqu’elle
apparaissait sur scène dans un état second hurlent
leur douleur parce qu’ils l’ont perdue.
Eclat pop. Le film de Kevin Macdonald croise les
témoignages des personnes les plus importantes de
la vie de Whitney Houston, souligne
son talent artistique, révèle des vidéos intimes où apparaît très tôt
la fêlure. Mais son plus grand
mérite est de constamment replacer cette tragédie individuelle dans son contexte. Les
éclats pop, la vitalité réjouie des
premiers tubes de Whitney sont
mis en résonance avec l’optimisme sans frein des années Reagan, l’amertume de sa fin avec
une perte de l’innocence collective. « Ses meilleures chansons sont
sur le désir d’amour ou de retourner
à la maison, dans un passé idéalisé.
Elle a eu un moment de bonheur dans
son enfance, dans une famille où il y
avait un sentiment de sécurité. Mais
ensuite tout a mal tourné », résume le
cinéaste. Restent la voix, irréelle de
beauté, et un destin brisé, emblématique d’une fracture entre Blancs et Noirs
que l’Amérique d’aujourd’hui ne risque
pas de réparer §
« Whitney », en salles le 5 septembre.
« Michael Jackson,
Prince et Whitney
Houston étaient
les premiers de
leur communauté
à arriver là.
Et c’était lourd
à porter. »
Kevin Macdonald
« The voice ». Whitney
Houston photographiée
par Norman Seeff,
à Los Angeles, en 1990.
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CULTUREMUSIQUE
Kiddy Smile, l’artiste qui a fait « voguer » la
Il est noir, homo et a grandi
dans une cité. Il ressuscite
le « voguing », cette culture
née dans la communauté
gay de Harlem.
PAR ANNE-SOPHIE JAHN
80 | 30 août 2018 | Le Point 2400
« Strike a pose ».
Dans un paysage électronique français très
masculin, hétérosexuel
et blanc, le producteur
Kiddy Smile fait figure
d’ovni.
de vogue dans leurs chorégraphies. Et Ryan Murphy,
créateur de « Nip/Tuck » et « Glee », vient de créer
« Pose », une série sur les débuts du voguing à New
York dans les années 1980.
En 2013, à Paris, Kiddy Smile leur a ouvert les
portes du Social Club et a rejoint la House of Mother
Steffi Mizrahi (dans le voguing, on appartient à une
« maison » avec un « père » ou une « mère » guidant
et protégeant des jeunes souvent rejetés par leur
propre famille). « Si j’avais grandi avec ça, confie-t-il,
je n’aurais jamais été vers le hip-hop, où mon homosexualité a été ignorée. Cela aurait été incroyable de ne pas avoir
eu à choisir entre être noir et être pédé, de pouvoir être les
deux. Dans le Marais, c’est pas terrible d’être de couleur
TRISTAN REYNAUD/SIPA POUR «LE POINT»
A
ssis à la terrasse d’un hôtel de son quartier parisien (le Marais), Kiddy Smile est difficile à rater :
du haut de son 1,98 mètre, affublé d’un ensemble
chemise-short à motifs colorés, il se déleste de la chaleur caniculaire à l’aide d’un immense éventail et de
bonbons Mentos à la pomme. Pierre-Edouard Hanffou (ou Pierre Hache – pour protéger sa famille, il se
donne de nombreux noms) préfère le pseudonyme
qu’il s’est choisi : Kiddy Smile, référence à un sac à
dos en forme de smiley qu’il ne quittait jamais. Impassible, il vient pourtant de provoquer un tollé chez
Les Républicains en jouant à l’Elysée pour la Fête de
la musique, le 21 juin, devant 1 500 personnes, aux
côtés de Busy P, Kavinsky, Chloé et d’autres représentants de la scène électronique française, qui s’exporte si bien à l’étranger. En cause : son tee-shirt barré
de l’inscription « Fils d’immigrés, noir et pédé », mais
aussi la photo de ses danseurs transgenres posant en
top résille avec le couple présidentiel et postée sur
le compte Instagram de Pierre-Olivier Costa, directeur de cabinet de Brigitte Macron.
Ayant grandi dans une cité proche de Rambouillet, Kiddy Smile a notamment dansé pour Yelle et
George Michael avant d’organiser des soirées et de
prendre la direction musicale de la marque Balmain.
Il est alors contacté par Lasseindra Ninja, une danseuse qui cherche un lieu pour faire renaître le voguing à Paris. Elle lui explique qu’il ne s’agit pas
seulement d’une danse popularisée par Madonna
dans son clip « Vogue », mais aussi d’une communauté créée dans les années 1980 par les drag-queens
et transsexuels afro-américains et latinos de Harlem
rejetés à la fois par les gays et le ghetto. Réunis dans
des ballrooms (« salles de bal »), où ils peuvent exprimer leur identité queer sans être jugés, ils défilent
devant un jury (en choisissant leur catégorie : femme,
hommasse, queen, homme d’affaires…) et dansent
en prenant des poses exagérées de mannequin comme
dans les pages du magazine Vogue. Le mouvement
s’est essoufflé avec l’apparition du sida, mais est revenu à la mode il y a quelques années, en Russie, notamment, où les homosexuels persécutés y trouvent
un refuge. De nombreuses chanteuses, comme
Beyoncé ou Rihanna, reprennent aussi certains pas
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
France et même l’Elysée
INSTAGRAM – HAMILTON/RÉA
Choc des cultures.
Invité à mixer à l’Elysée
par le couple présidentiel (ci-contre) le 21 juin,
Kiddy Smile (ci-dessus,
aux consoles) arborait
sur son tee-shirt noir
un slogan explicite
–« Fils d’immigrés, noir
et pédé » – qui a
provoqué un tollé chez
Les Républicains.
et – pire encore – de venir des banlieues. C’est désolant,
parce que les homosexuels aussi sont des gens oppressés.
Il devrait y avoir plus d’empathie. » Il se souvient avec
émotion de son premier ball au Carreau du Temple
en 2014 : « Je ne voulais pas forcément danser mais la
partie défilé, pour laquelle on doit créer ses tenues, m’a
donné l’occasion de m’habiller à nouveau de façon extravagante [il était en Anubis, NDLR], ce que je ne pouvais
plus faire à cause de la pression sociale et des regards dans
la rue. J’ai été frappé par la rage des participants, leur liberté crue, on voyait enfin qui ils étaient vraiment. »
Influencé par DJ Mehdi et par la house de Chicago,
il s’est alors lancé dans la musique, avec Ed Banger
Records d’abord, puis en indépendant. Il sort au-
« Si une personne
sur quatre est
homosexuelle,
il y en a forcément
dans les
quartiers ! »
jourd’hui son premier album, « One Trick Pony »,
dans lequel il parle de sexe (avec beaucoup d’humour),
d’amour, de sa relation chaotique avec son père…
Dans le clip de son tube « Let a B!tch Know », des danseurs LGBT développent une gestuelle sensuelle sur
fond de barres de cité devant Kiddy Smile, maître de
cérémonie en combinaison de plumes. « Si une personne sur quatre est homosexuelle, il y en a forcément dans
les quartiers ! poursuit le chanteur. Le but de cette vidéo
est de montrer que les homosexuels des cités peuvent revendiquer d’où ils viennent. Pendant le tournage, mes danseurs ont été invectivés, on nous a prié de partir… »
Quand Pedro Winter (le fondateur du label Ed
Banger Records et ex-manager des Daft Punk) lui a
proposé de jouer à l’Elysée, il a d’abord cru qu’il parlait de la salle de concert parisienne l’Elysée Montmartre… « Quand j’ai réalisé que c’était l’Elysée de Macron,
j’étais honoré : je suis fils d’immigrés, ma mère n’avait pas
prévu ça pour moi », admet-il. La veille du concert, il
a rappelé dans un post qu’il était contre la loi asile-immigration et qu’il reverserait l’intégralité de son cachet (1 500 euros) à une association pour les migrants.
Repéré par Beth Ditto, qui l’a invité à jouer au prestigieux festival Coachella, il tient un des rôles principaux dans le nouveau film de Gaspar Noé « Climax »
(en salles le 19 septembre). Kiddy Smile n’en a pas
fini de voguer sur son flamboyant succès §
« One Trick Pony » (Neverbeener Records - Grand Musique Management). En concert le 25 octobre à la Gaîté lyrique, à Paris.
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 81
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CULTURE
Spike Lee contre
Scarlett O’Hara
Amélie
Nothomb.
Cinéma. Alors que son « BlacKkKlans-
AMÉLIE NOTHOMB ET LE CŒLACANTHE
mancière belge qui n’arrête jamais
d’écrire, de 4 à 8 heures du matin, tous
les jours : cette fois, elle nous entraîne au
sein d’une étrange famille avec une épouse
dévouée, un mari absent et leur fille silencieuse. Dans « Les prénoms épicènes »,
il est question d’amour, de haine, de vengeance et de manipulation – pas moins.
Epicène, défini par le dictionnaire comme
un nom qui a la même forme au masculin et au féminin, est ici le prénom d’une
enfant détestée par un père ignoble et
qui le lui rend bien. Une héroïne ambiguë, inspirée de la pièce ironique de Ben
Jonson (1572-1637) qui annonce que la
femme parfaite… est un homme. Elle fera
comme le cœlacanthe, ce poisson ancestral qui peut se mettre dans une sorte de
coma quand tout va mal et renaître plus
tard. « Familles, je vous hais », reprend Amélie Nothomb, qui revendique le droit des
enfants à divorcer de leurs parents et dissèque avec une certaine distance cette
histoire de double vengeance vue sous
l’angle de la mère, sorte d’héroïne
hitchcockienne manipulée. Il y a aussi
du Chanel 5, du champagne Deutz, le
verbe to crave (« avoir un besoin éperdu
de »), Shakespeare et la ville de Brest,
parce que les trois héros du livre sont des
Finistériens, des têtes dures. Fidèle à son
style fluide, léger, poétique, la romancière conduit son intrigue avec un bon
sens du tempo qui va crescendo jusqu’à
la fin des 156 pages. Morale de l’histoire :
« La personne qui aime est toujours la plus
forte. » § JEAN-LUC WACHTHAUSEN
« Les prénoms épicènes », d’Amélie Nothomb
(Albin Michel, 156 p., 17,50 €).
Spike Lee, Topher Grace et Adam Driver
sur le tournage de « BlacKkKlansman ».
La mère, la mer et moi
Poche. « Les jours sans nager sont nuls.
Non vécus », déclarait Jackie, la mère de
Chantal Thomas, à plus de 80 ans. Au
sortir de la Seconde Guerre, elle n’en avait
pas 17 quand elle plongea dans
le grand canal de Versailles pour
un crawl, qu’elle rythmait à la
perfection. Dans son livre, le plus
personnel, l’auteure des « Adieux
à la reine » célèbre avec une infinie délicatesse la figure maternelle. Elle y recoud les rivages
(d’Arcachon à Nice), les faits (la
mort de son père à l’âge de 43 ans, la seconde vie de sa mère) sur un canevas oscillant entre le présent et le passé. Elle se
souvient d’une mère à deux visages,
82 | 30 août 2018 | Le Point 2400
comme celle de Colette : « Son visage de
maison, obscur, et son visage de natation, lumineux. » A petites phrases douces, justes,
la vie de ces deux femmes défile, empruntant des « chemins de sable » (titre
d’un livre précédent aux éditions
Points) et de liberté. Des pages
d’une pudeur que la célérité caractérise laissent imaginer la souffrance d’une petite fille souvent
aux prises avec les humeurs de
sa mère-enfant, au point de
vouloir la consoler. Mais qui, au
final, lui dit merci dans ce beau livre §
VALÉRIE MARIN LA MESLÉE
« Souvenirs de la marée basse », de Chantal
Thomas (Points, 216 p., 6,90 €).
D. W. Griffith, sorti en 1915, cinquante ans
après la guerre de Sécession. Ce film muet
en noir et blanc, qui fait l’éloge de l’idéologie sudiste, a en effet contribué à la renaissance du Ku Klux Klan (qui avait été
officiellement interdit) par son immense
succès. Et le cinéaste, dans son pamphlet
antiraciste, de lui rendre la monnaie de
sa pièce, en filmant dans « BlacKkKlansman » une projection du film au cours
de laquelle les membres du Klan s’esclaffent à chaque fois qu’un Noir est maltraité ou lynché. Quand la citation
devient punition… § DAVID MIKANOWSKI
« BlacKkKlansman », en salles.
LIRE LA CRITIQUE DU FILM ET
LA RENCONTRE AVEC RON STALLWORTH,
LE POLICIER QUI A INSPIRÉ SPIKE LEE, SUR
MOLLONA/LEEMAGE – SP – DAVID LEE/FOCUS FEATURES
Phénomène. Voici le 27e livre de la ro-
man », Grand Prix à Cannes, histoire
vraie d’un officier de police noir américain ayant infiltré le Ku Klux Klan est
en salles, le réalisateur s’en prend à deux
grands classiques hollywoodiens. « Autant en emporte le vent » (1939), d’abord,
coupable de rendre romantique le Sud
et l’esclavage. Spike Lee ouvre d’ailleurs
son nouvel opus avec un extrait de ce
film : un long plan qui montre Scarlett
O’Hara s’avancer au milieu de soldats
confédérés blessés ou morts, après la bataille d’Atlanta. Et qui s’achève sur un
drapeau sudiste en lambeaux, flottant
dans le ciel… Mais un autre film lui est
resté en travers de la gorge : le très controversé « La naissance d’une nation », de
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Sauvages Appalaches
« Le poids du monde », de David
Joy. Envoûtant, d’une beauté dé-
Sam Fogarino, Paul Banks et Daniel Kessler : la bande d’Interpol.
SP – DEAGOSTINI/LEEMAGE – STEPHANE DE SAKUTIN/AFP – JAMIE JAMES MEDINA LIGHT – KIM CHAPIRON/STUDIO CANAL
Interpol court toujours !
Rock. La police a arrêté Interpol ! Débarquant dans l’espace
de répétition à Manhattan
(prêté par les Yeah Yeah Yeahs),
elle a prié le groupe de cesser
immédiatement son tintamarre (il faut dire que Sam Fogarino tapait tellement fort sur
sa batterie qu’il l’a cassée), interrompant la composition de
son sixième album… Mais requinqué par une tournée mondiale à guichets fermés pour
célébrer les 15 ans de son premier album, « Turn on the Bright Lights », rien ne pouvait
arrêter l’ex-quatuor, devenu
trio (en partant, le bassiste Carlos Dengler a décrit son expérience avec le groupe comme
l’ayant laissé dans un état de
stress post-traumatique). Né à
New York en 1997, Interpol a
réussi à faire de la Grosse
Pomme la capitale du rock au
début des années 2000, entraînant dans son sillage
The Strokes, LCD Soundsystem, The National… Le groupe
s’est offert les services de Dave
Fridmann (Tame Impala,
MGMT…) pour produire cet
opus postpunk à l’énergie
sombre. A 40 ans, le chanteur
Paul Banks (qui a sorti un album avec RZA, le leader du
groupe Wu-Tang Clan, en 2016)
écrit des textes moins abstraits
et plus introspectifs et pense
déjà à leurs prochaines chansons. Seule une notice rouge
pourra stopper Interpol §
ANNE-SOPHIE JAHN
« Marauder », d’Interpol (Matador).
Une saison
avec Schubert
Musique. Ian Bostridge est
un ténor plein de lectures, volontiers écrivain. Il a beaucoup
chanté le cycle testamentaire
de Schubert, « Le voyage d’hiver ». Les 24 étapes de ce
voyage, il les prend comme
points de départ et rayonne
autour : excursions, explorations, jamais de digressions.
Parfait guide de ces lieder.
Nous découvrons leur étonnant poète, Wilhelm Müller,
mort presque aussi jeune que
Schubert. Voici Vienne à
l’époque, sa bohème de musiciens, les branchés, les
fauchés ; leur disette, leurs
plaisirs, leur hôpital, souvent.
Puisque poste il y a (l’étape 13
Ian Bostridge, ténor et guide
du « Voyage d’hiver » de Schubert.
du voyage), et une corneille,
aussi (la 15), Bostridge nous
dira un peu à quoi ressemblaient les postillons alors, de
quel cor ils jouaient ; et la place
de la corneille dans l’imagerie
romantique. Epatant livre :
c’est touffu mais aéré, intelligemment illustré. On voudrait
davantage de telles approches
pour les chefs-d’œuvre de la
musique § ANDRÉ TUBEUF
« Le voyage d’hiver de Schubert », de
Ian Bostridge (Actes Sud, 448 p., 29 €).
sespérante, le premier roman de ce jeune Américain nous
avait époustouflés à sa sortie. Deux ans après « Là où les lumières se perdent », Joy nous emporte de nouveau dans sa
Caroline du Nord natale, dans un univers d’âmes en peine
enchaînées à la menace de leur destin. Il y a Thad le vétéran, brûlé par l’horreur afghane, Aiden, qui a vu son père
avaler son canon de fusil après qu’il a abattu
sa mère dans le séjour. Et April, la mère de
Thad, amante d’Aiden. Les deux gosses, abandonnés par l’amour, devenus tout l’un pour
l’autre, s’oublient dans la drogue. Jusqu’à ce
que leur dealeur se crame la cervelle. Commencent une pluie de dope et une cavale à
la « Trainspotting ». Tout dérape pour ces
héritiers de la guigne, qui tentent de rectifier les coups du
sort. Mais échappe-t-on au « Poids du monde » ? L’épopée est
splendide, le drame, terrible, et l’on sait désormais que Joy
a tout d’une future légende américaine § JULIE MALAURE
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabrice Pointeau (Sonatine, 320 p., 21 €).
Les choix du « Point »
\ Cinéma
« Le poirier sauvage »,
de Nuri Bilge Ceylan. La
balade existentielle de Sinan,
jeune aspirant écrivain, dans
la Turquie d’Erdogan. Nuri
Bilge Ceylan porte son
regard tranchant sur une
société bigote et étriquée.
Mais surtout, il filme
comme personne la beauté
de la nature et le rythme des
saisons.
« Le monde est à toi »,
de Romain Gavras. Cette
comédie délirante sur des
bras cassés de banlieue est
propulsée par un beau
casting : Isabelle Adjani,
Vincent Cassel, François
Damiens et la révélation
Karim Leklou (photo).
\ Art
Catherine Grenier,
directrice de la Fondation
Giacometti, a ouvert le
22 juin l’Institut Giacometti
au 5, rue Victor-Schœlcher, à
Paris. Elle y a magistralement reconstitué l’atelier de
l’artiste. C’est très beau et
émouvant. Paris, www.fondation-giacometti.fr.
Au Havre, sous le titre
« Né(e)s de l’écume et des
rêves », sirènes, plongeuses
et Vénus alanguies dans
les vagues racontent, à
travers 180 œuvres de Rodin,
Brassaï ou Man Ray la
fascination des hommes
pour les mystères de la
femme et de la mer
(www.muma-lehavre.fr).
\ Théâtre
Si vous avez raté
« Edmond », la comédie
délirante de Michalik sur
l’écriture de « Cyrano de
Bergerac », cinq molière en
2017, c’est au Théâtre
du Palais-Royal, 21 heures,
à Paris.
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 83
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TENDANCESÉVASION
Les tons champagne
insufflent une atmosphère
joyeuse et contemporaine.
Hôtel. En offrant 54 chambres au cœur de Paris,
l’épicerie fine se rêve en temple de l’art de vivre.
PAR CONSTANCE ASSOR
A
u soir du XIXe siècle, Auguste Fauchon, jeune et sémillant Normand,
achète fruits et légumes exotiques,
fraîchement débarqués des Amériques,
pour en faire commerce dans la capitale,
sur les marches de l’église de la Madeleine.
Dans le sillage des premiers grands magasins, le jeune homme pressent l’essor
des épiceries fines et met en scène ses denrées telles de précieuses gemmes dans
84 | 30 août 2018 | Le Point 2400
une échoppe, située 26, place de la Madeleine. Cent trente-deux ans plus tard,
100 boutiques et restaurants estampillés
Fauchon font rayonner dans le monde la
gastronomie tricolore. Mais la maison
voit encore plus grand et ouvrira, le 1er septembre, à quelques mètres de la boutique
originelle, son tout premier hôtel. Un
5-étoiles, membre des Leading Hotels of
the World, pensé pour les fines bouches.
Cette expansion n’est pas l’œuvre des
héritiers du fondateur, mais d’un autre
entrepreneur français, Michel Ducros,
bien connu pour les épices qui portent
son nom. « Nous proposons plus de 2 000 références, pour toutes les heures et toutes les
occasions. Mettre un toit sur nos produits est
l’évolution naturelle du concept store Fauchon.
Le gîte et le couvert sont les deux facettes d’un
même métier : l’accueil », décrypte Samy
Vischel, président et beau-fils du propriétaire de la firme depuis 2005. « A l’instar
des marques de prêt-à-porter qui ont ouvert
des établissements ayant pour fil rouge l’élégance, nous cherchions à étendre nos activités avec un hôtel centré sur l’art culinaire à
la française », enchérit l’ancien élève de
l’Ecole hôtelière de Lausanne. Une telle
SP
La nouvelle Madeleine de
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Les chambres allient
glamour et patine XIXe.
La rénovation des deux
immeubles haussmanniens a été confiée à l’architecte Richard Martinet.
SP (X2)
Fauchon
diversification est inédite en France mais,
à l’étranger, Mövenpick, glacier reconverti en hôtelier, fait office de modèle avec
ses 80 établissements. Les Ducros ne
cachent d’ailleurs pas leurs ambitions et
souhaitent dupliquer leur concept, en
Asie et au Moyen-Orient, d’ici à 2030.
Pour l’aider dans cette nouvelle aventure parisienne, la famille s’est associée
à Esprit de France, un autre groupe familial spécialisé dans la gestion hôtelière,
doté d’une cinquantaine d’adresses de
charme dans l’Hexagone. Plus de 20 millions d’euros ont été investis par Fauchon
pour transformer les deux immeubles
haussmanniens (propriété de Qatar
National Bank), reconnaissables à leurs
altières silhouettes en pierre de taille moulurée, enrichies de mosaïques, bowwindows et balustrades, en hôtel et spa
de 54 chambres, dont 11 suites.
Ambiance de fête. L’exercice de fusion était risqué, tant les couleurs signature de l’épicier (le noir, le blanc, l’or et le
magenta) sont puissantes. C’était compter sans le talent de Richard Martinet,
architecte spécialiste de la restauration
d’édifices historiques (on lui doit
notamment la rénovation de l’hôtel de
Crillon et du Peninsula, à Paris). Pour imprégner le rez-de-chaussée d’une atmos-
phère joyeuse et contemporaine, ce dernier
a travaillé en étroite collaboration avec des
artistes. Ils ont imaginé un ensemble de
meubles aux courbes sensuelles, de fresques
aux couleurs gourmandes et de mosaïques
suspendues évoquant des bulles de champagne. Les motifs se télescopent, l’ambiance est à la fête.
Changement de décor dans les étages,
où l’immeuble a conservé sa patine XIXe.
Moulures, parquets point de Hongrie, crémones d’époque… Les essentiels du chic
parisien investissent les six catégories de
chambres (de 25 à 75 mètres carrés) et dialoguent avec un mobilier plus contemporain, dont la noblesse des matériaux …
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 85
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TENDANCESÉVASION
Meubles aux courbes
sensuelles et nuancier
poudré invitent à la
gourmandise.
(velours, Corian, terrazzo, laiton)
sert de trait d’union. Des photos d’artistes
et des têtes de lit semblables à des tricots
rayés Sonia Rykiel, ou des patchworks
roses et mordorés, confèrent à ces cocons
rock ou poudrés une touche arty. Certains
disposent d’une belle hauteur sous plafond, d’autres d’un balcon filant, et tous
offrent une vue sur la tour Eiffel, le musée d’Orsay ou la Madeleine.
Cerise sur le gâteau, un Gourmet Bar
trône telle une œuvre d’art dans les
chambres. « Chaque client dispose d’une bibliothèque de gourmandises dont le contenu
sucré, salé, liquide ou diététique est sélectionné
en fonction de ses goûts, explique Jérôme
Montantème, le directeur de l’établissement. Entièrement gratuits, ces délices servent
de prélude au voyage gustatif que nous proposons tout au long de la journée à nos clients. »
…
Cela commence par un petit déjeuner,
servi sous la verrière du patio transformé
en Jardin des thés. Jus frais et boissons
chaudes arrivent tandis qu’un ensemble
de douceurs vient comme par enchantement réveiller les papilles, avant même la
commande. Croissant tigré à la framboise,
madeleine au miel, pain à la crème de noisettes, cake au citron : le panier de viennoiseries retrouve ses lettres de noblesse.
Accords mets et thés. Déjeuners et
dîners se tiennent au Grand Café Fauchon.
Là, oubliez le concept d’entrée-plat-dessert, place aux « assiettes », à partager et à
cumuler selon son appétit. « Toute l’année,
nous parcourons la France à la recherche de
fournisseurs engagés dans une démarche de
qualité et avec lesquels nous élaborons des recettes exclusives », ajoute le directeur.
Truffes, foie gras, caviar, terrines, saumons
fumés, charcuteries, épices, huiles, vinaigres… C’est tout le catalogue de la maison qui s’offre aux fins gourmets.
Pour les Glam’hours, comprenez ces
parenthèses gourmandes entre les repas,
direction le bar. Chefs et barmans y préparent sous vos yeux pâtisseries et cocktails. Leur spécialité ? Les accords mets et
thés. « Fauchon revendique une des plus vastes
sélections de thés parfumés », indique Jérôme
Montantème. Mais la gastronomie ne se
vit pas qu’à table : dégustations de vins
français, visites privées de Rungis, l’hôtel
décline une offre de services gourmands
à même de contenter les plus fines bouches
et de sublimer son histoire d’épicier §
Hôtel Fauchon. 4, boulevard Malesherbes,
Paris 8e. A partir de 500 € la nuit,
www.hotel-fauchon-paris.fr.
SP (X4)
Jolies vues sur Paris,
chambres raffinées et plaisir
des papilles à toute heure,
c’est la philosophie maison.
86 | 30 août 2018 | Le Point 2400
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David Bizet, sixième
chef de l’histoire de
Taillevent, et Antoine
Pétrus, directeur
général et chef
sommelier, le 22 août.
Bizet-Pétrus, le duo
gagnant de Taillevent
Le mythique restaurant de Paris mise sur
cette nouvelle équipe
à partir du 3 septembre.
PAR THIBAUT DANANCHER
I
ls sont en ébullition dans l’ultime ligne
droite de ce qui s’annonce comme l’événement de cette rentrée gastronomique
à Paris : la nouvelle ère de Taillevent. David
Bizet et Antoine Pétrus s’apprêtent à
prendre les commandes de la mythique
88 | 30 août 2018 | Le Point 2400
table de la rue Lamennais, nichée dans le
8 e arrondissement, à deux pas des
Champs-Elysées. La première représentation des duettistes, qui enfileront respectivement le tablier de chef et le costume
de directeur de la restauration et chef sommelier, sera jouée le lundi 3 septembre. A
quelques jours de leur entrée en scène,
les deux compères sont en pleine effervescence. « Nous sommes impatients d’écrire
le prochain chapitre de ce restaurant historique sur lequel 3 étoiles ont brillé pendant
trente-quatre ans, de 1973 à 2007 », clame
en chœur le pétillant binôme.
Voilà David Bizet de retour aux sources
et en grâce à Taillevent. Une façon de
boucler la boucle pour le cuisinier de
40 ans qui a passé dix-huit mois ici sous
Philippe Legendre à la fin des années 1990.
« A l’époque, c’était un rêve d’intégrer cette
maison légendaire. Jamais je n’aurais imaginé en être à la tête en 2018 », confie la toque originaire de Mortagne-au-Perche,
dans l’Orne. Le Normand a ensuite migré
à quelques centaines de mètres de là, au
Four Seasons George-V, où il est resté dixhuit ans : d’abord toujours avec Philippe
Legendre, son mentor, qui lui a transmis
« le savoir-faire et la profondeur des goûts » ;
puis avec Eric Briffard, qui lui a inculqué
« la maîtrise technique et l’amour des produits » ; enfin avec Christian Le Squer, qui
a révélé « sa lecture des plats et son palais ».
Second dans l’ombre des maestros des
fourneaux, il a jailli dans la lumière en
juin 2016 aux manettes de L’Orangerie,
cocon intime de 20 couverts créé spécialement pour lui, où il a décroché seulement
REPORTAGE PHOTO : JULIEN FAURE POUR « LE POINT »
TENDANCESGASTRONOMIE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
huit mois après 1 étoile. « Une merveilleuse
aventure » avant qu’il ne fasse le chemin
inverse en quittant le palace de l’avenue
George-V direction Taillevent.
En succédant à Alain Solivérès, fidèle
parmi les fidèles, qui y a œuvré dix-sept
ans, David Bizet devient simplement le
sixième gardien du temple gourmand
fondé en 1946 par le visionnaire André
Vrinat et acquis en 2011 par les frères Gardinier. Ce perfectionniste qui a baigné
dans l’univers de la chasse, de la pêche et
de la nature – « mes grands-parents étaient
agriculteurs, mon oncle charcutier » – compte
se mettre au diapason de l’institution
2 étoiles. « Je serai dans l’évolution, pas dans
la révolution », assure le champion du
monde de lièvre à la royale en 2016, qui
aura bonheur à célébrer les gibiers à
Grouse à l’étouffée
de bruyère, praliné,
betterave, café grillé.
Ci-dessus : rouget barbet
confit, concentré torréfié,
butternut, foie gras.
Ci-contre : poulette du
Perche et homard bleu
en croûte de sarrasin,
émulsion de tokaji.
l’automne. Pour son baptême du feu,
David Bizet va dévoiler son style mêlant
le classicisme bourgeois à l’épure contemporaine. Ses signatures d’identité française ? Poireau en croûte de sel truffé,
mimosa de cèpe, essence sauvage poivrée ;
tourteau de casier, eau de citron, floralie
acidulée, chou-fleur du potager ; langoustine à la nage, tartare d’algues, crémeux
noisette et son consommé ; rouget barbet
confit, concentré torréfié, butternut, foie
gras ; poulette du Perche et homard bleu
en croûte de sarrasin, émulsion de tokaji ;
grouse à l’étouffée de bruyère, praliné,
betterave, café grillé…
Antoine Pétrus, titi pur souche, intronisé en septembre 2017 directeur général de Taillevent Paris, constituera un
atout majeur pour « sublimer » la cuisine
de son complice « au fil des univers du vin
et du service ». Le garçon millésime 1983
au CV en or massif – l’Auberge du Pontde-Collonges de feu Paul Bocuse, El Bulli
de Ferran Adria, Le Crillon, Lasserre,
Le Clarance – piochera dans sa cave de
60 000 bouteilles pour 2 000 références
afin d’accorder sa partition bachique à
celle de David Bizet. « Je ne suis pas figé !
J’ouvrirai aussi bien des flacons français
qu’européens ou d’encore plus loin. Et, surtout, j’alternerai aussi bien les grands vignerons que ceux en devenir », détaille-t-il. Dans
ce prolongement, Antoine Pétrus a à cœur
de ressusciter l’art de vivre à la française.
« Il n’y a rien de plus magique qu’une pièce
entière découpée devant les convives par un
maître d’hôtel. On le fera dès qu’on le pourra »,
promet-il. On salive déjà en humant ce
ballet de saveurs §
Taillevent, 15, rue Lamennais, Paris 8e.
01.44.95.15.01.
Menus : 90 € (déjeuner), 198 €.
Carte : de 87 à 217 €.
Légende
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 89
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TENDANCESAUTO
Ralph Lauren,
le fou des volants
Collection. A l’occasion des 50 ans de sa griffe,
le créateur de mode américain lève le voile sur
son autre passion : les jolis bolides.
PAR MARINE DE LA HORIE ET YVES MAROSELLI
I
l est l’un des créateurs de mode les plus
connus au monde et célèbre un
demi-siècle de carrière. Autodidacte,
Ralph Lauren est né dans le Bronx, à
New York, en 1939, dans une famille modeste. Celui qui a commencé sa carrière
en vendant des cravates a inventé le style
preppy, incarnant le cool chic de la côte
Est américaine. Les premiers polos déclinés dans une riche palette de couleurs
vont donner naissance à une griffe transversale qui propose aussi bien des vêtements que des accessoires et de la déco.
En juin, Ralph Lauren a reçu le premier
Members Salute Award, remis par le
90 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Council of Fashion Designers of America,
pour son rôle dans l’industrie de la mode,
l’entrepreneuriat et la philanthropie.
Ce que l’on sait moins, c’est que, tout
au long de sa carrière, le créateur a collectionné les voitures anciennes. Un trésor
qui lui avait même valu, en 2011, d’être
accueilli à Paris, sous la nef du musée des
Arts décoratifs, pour exposer une partie
de son trésor. « Mes voitures ont toujours été
une source d’inspiration pour moi. Je les considère comme des œuvres d’art à part entière », confie-t-il. Cette collection
compte d’inestimables bolides. A
l’occasion des 50 ans de sa griffe,
Ralph Lauren nous ouvre les portes
de son garage §
Ralph Lauren devant
sa Jaguar XKSS de 1958.
Porsche 550 Spyder
(1955)
Conçue pour la compétition,
la 550 Spyder est très légère
(550 kilos), animée par un petit
4-cylindres de 1,5 litre développant un peu plus de 100 chevaux, et tellement basse (98 cm
de haut) que le pilote allemand
Hans Herrmann en profitait
pour passer sous les barrières
des passages à niveau lors de
l’édition 1954 des Mille Miglia.
La 550 Spyder remporta en
1956 la Targa Florio. C’est à son
volant que James Dean trouva
la mort en 1955.
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McLaren F1 LM (1996)
En plein essor dans les
années 1990, la catégorie des
supercars connut une sorte
d’apogée avec la F1 lancée en
1993 comme le premier modèle
de route construit par McLaren. Développée autour d’une
coque en carbone animée par
un V12 6,1 litres de 627 chevaux fourni par BMW, elle
n’était pas conçue pour courir.
Elle remporta pourtant les
24 Heures du Mans dès sa première tentative, en 1995. C’est
en hommage à cette victoire
que la F1 LM fut produite, à
seulement 5 exemplaires.
Allégée et plus puissante, elle
est reconnaissable à sa couleur
orange Papaye, évocation des
premières voitures de course
construites par Bruce McLaren.
Ferrari F40 (1991)
Bentley BirkinBlower
4,5 litres
à compresseur (1929)
Cette très rare Bentley de
course fut fabriquée à la
demande de sir Birkin, l’un des
« Bentley boys » auxquels la
marque anglaise doit ses
premiers succès en
compétition. La BirkinBlower
est un témoignage d’une
période charnière : alors que le
petit constructeur remportait
les 24 Heures du Mans avec la
régularité d’un métronome, la
crise de 1929 provoqua sa chute
et son rachat par son rival
Rolls-Royce en 1931. Depuis
1998, Bentley fait partie du
groupe Volkswagen.
Alfa Romeo 8C 2900B
Mille Miglia Spyder
(1938)
Dans les années 1930, le petit
constructeur milanais exerçait
une véritable hégémonie sur
les compétitions automobiles
européennes grâce à des pilotes
très talentueux et à un directeur de course nommé Enzo
Ferrari – qui fondera sa marque
à Modène en 1947. Cette 8C
2900B aux 8 cylindres en ligne
compressé de 180 chevaux fut
construite pour l’édition 1938
des Mille Miglia, une épreuve
de 1 618 kilomètres courue de
Brescia à Rome et retour. Elle
domina la course avec Carlo
Maria Pintacuda à son volant,
avant d’être retardée par un
problème de freins dans la
dernière portion du parcours,
qu’elle terminera deuxième.
SP
Lancée lors du 40e anniversaire
de la marque en 1987, la F40 est
considérée comme la dernière
Ferrari approuvée par Enzo
Ferrari, disparu en 1988.
Conçue comme une voiture de
route, elle fut pourtant engagée
en compétition dès 1989
en Imsa aux Etats-Unis, puis
en Grand Tourisme en Europe.
Avec son V8 biturbo dont
la puissance de 478 chevaux
pouvait être portée à près de
700 chevaux en course, elle
accumulera un palmarès qui
en fait l’une des supercars
les plus recherchées.
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 91
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TENDANCESENFANTS
Une rentrée
Bons points. Cap sur les futures pièces
phares des cours de récré, pour s’aventurer
avec style sur le chemin de l’école.
Tout un monde. Isis-Colombe Combréas
a voulu recréer pour Monoprix
l’univers de son magazine « Milk ».
les tee-shirts aux imprimés hypergraphiques avec boulons et marteaux stylisés ainsi que le ravissant mobile, clin d’œil
à Calder. Mention très bien pour la cafetière en grès et le sac banane en cuir ultrasouple qui se ceinture à la mode nipponne.
Pas étonnant que ce bijou de design soit
aussi le chouchou de l’éditrice au goût
très pointu et fan de l’empire du SoleilLevant. A l’instar de ces kimonos ceinturés
et des objets nomades, comme ces boîtes
à goûter, et plus si affinités, façon bento.
Judicieusement baptisée Back to work
et proposée à des prix très doux, cette
collection irrésistible donne sacrément
envie de retourner à l’école §
Au boulot.
La collection
s’inspire des
vêtements
de travail.
Monoprix x le magazine « Milk »,
la collaboration ultradésirable
PAR MARINE DE LA HORIE ET FABRICE LÉONARD
Q
uand Monoprix rencontre les éminences créatives de Milk, le magazine
d’art de vivre chic et pointu des familles
contemporaines, le résultat est forcément détonant. L’enseigne a demandé à
Isis-Colombe Combréas, la fondatrice du
très esthète média – qui fête ses 15 ans –
de se glisser dans la peau d’une créatrice
de mode. Elle a imaginé une collection
capsule inspirée de son vestiaire de fille
très stylée et qui fait la part belle à la mode
enfant. « L’idée était d’insuffler l’ADN du
magazine et de rendre hommage aux créa92 | 30 août 2018 | Le Point 2400
teurs qu’on a toujours soutenus », s’enthousiasme Isis-Colombe Combréas.
« Je n’avais jamais dessiné de collection de
mode avant. Il a fallu créer un logo, trouver
un nom. Nous avons retravaillé des basiques
de workwear avec une forte inspiration japonaise. Nous avions une grande liberté, avec un
cahier des charges de 30 références. Nous en
avons imaginé 90 qui n’ont pas toutes été produites, mais cela nous a pris un an », détaille la
créatrice qui semble avoir adoré ce nouvel
exercice de style. Cette collaboration très
inspirée, qui sort ces jours-ci, a donné
naissance à des vêtements et accessoires
minimalistes et japonisants. On adore
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trop classe
Plouf. Dans le grand bain avec un bonnet Finis.
Tous en mode
Californie
L
Teatime. Ultraluxe,
Bleu comme gris se
lance dans le sur-mesure.
L’esprit couture de Bleu comme gris
SP (X4) - K.BALAS/« MILK » – « MILK »/MONOPRIX/SP – « MILK »
L’
aventure de Bleu comme gris débute
il y a une dizaine d’années, quand la
créatrice Vanessa Marrapodi et son mari,
Stéphane, décident de se lancer dans la
mode enfantine. Le couple mise d’abord
sur le créneau de l’uniforme scolaire, avant
d’élargir son offre à une gamme plus généraliste pour enfants âgés de 0 à 14 ans.
En 2015, la griffe se repositionne radicalement comme une maison de couture
pour enfants. Elle ne travaille plus que
les matières nobles telles que la soie, la
dentelle ou le cachemire pour proposer
un vestiaire luxueux pour enfants. Du
prêt-à-porter aux accessoires en passant
par les souliers, Vanessa Marrapodi dessine toutes ses collections dans son atelier parisien où est réalisé chaque patron.
La production est ensuite assurée par un
atelier de confection situé dans le sud de
l’Europe. La maison ne lésine pas sur les
finitions de ses pièces qui affichent des
ourlets invisibles ou roulottés et des biais
gansés à la main. Bleu comme gris, qui
proposait déjà des collections pour bébés, filles et garçons, a récemment lancé
une ligne Cérémonie, où chaque pièce
est faite sur mesure. Cette PME française
a présenté sa dernière collection lors d’un
défilé au Ritz, pendant la Semaine de la
couture parisienne.
Pour cet hiver, la créatrice s’est inspirée de la vague disco. En témoigne l’esprit
glam-rock, le tourbillon de paillettes ainsi
que les couleurs flamboyantes et lamées
qui font briller sa collection. Cerise sur le
gâteau, Bleu comme gris propose en ligne
un service de conciergerie. Une experte
mode est là pour prodiguer mille conseils
de style aux clients indécis §
www.bleucommegris.com.
e Bon Marché ouvre un espace enfant
début novembre mais, déjà, pour la rentrée, se met à l’heure californienne. Faisant écho à la gigantesque exposition sur
Los Angeles qu’accueille dès le 30 août
le grand magasin, les acheteurs du futur
espace ont déniché pour leurs clients la
crème des marques branchées des cool
kids de la côte Ouest des Etats-Unis. Des
labels à découvrir en exclusivité. On adore Sol Angeles
et les accessoires de plage
délurés Finis. A elle seule,
la spectaculaire piste de
skate-board installée à
l’occasion de l’expo
vaut le détour §
Le Bon Marché Rive
gauche, 24, rue de
Sèvres, Paris 7e.
A l’Ouest. Le Bon Marché fait sa rentrée à l’heure californienne.
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 93
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TENDANCESENFANTS
ROSE CERISE
Pour petites filles sages. Casquette
en velours milleraies, Bonpoint.
NÉORÉTRO
Pour la première
fois, Inès de La
Fressange a dessiné
une ligne exclusive
de vêtements pour
enfants pour son
complice Uniqlo,
qui la dévoile ces
jours-ci. Un hiver
très néorétro pour
cette collection
qui s’inspire
de la mode des
années 1920 et
de Montmartre.
L’esthétique « Petit
Nicolas » pourrait
revenir dans les
cours de récré...
COMME PAPA
Paul Smith crée
une ceinture en cuir
avec le détail décoré
de sa célèbre bande
multicolore.
JUNGLE
Les motifs animaliers ont la cote
chez les enfants. Bonnet en laine
Kenzo Kids.
accessoires
ÉCARLATE
FUTURISTE
La collection Geox enfants propose des
sneakers Xled avec talons lumineux. Dans la
chaussure de gauche, on choisit entre quatre
séquences de lumières programmées. Dans
celle de droite, on imagine des inscriptions et
des messages personnalisés par le biais d’une
application pour smartphone.
Toujours culte,
le logo de Levi’s
se retrouve aussi
dans le vestiaire
des petits.
CONSTELLATION
Coup de cœur pour cette barrette
à motifs étoiles pailletées signée
Tartine et Chocolat.
GRIFFÉ
Gucci étend son univers romanticobaroque-ludique au vestiaire des
enfants. Sac-à-dos en toile GG imprimé
d’un dessin animalier.
La montre
Ultracolorée
Pour la rentrée,
Flik Flak, le
spécialiste des
montres pour
enfants, a choisi un
modèle très
jurassique aux
motifs bleus sur
fond rouge sur un
bracelet en tissu.
Etanche et résistant
aux chocs, le
boîtier en plastique
bleu marine
transparent affiche
un cadran tricolore
où l’on retrouve les
aiguilles Flik et
Flak. Apprendre à
lire l’heure
devient un jeu
d’enfant.
RETROUVEZ
TOUTE
L’ACTUALITÉ
DES MONTRES
SUR
www.
lepointmontres.fr
SP (X9)
Indispensables
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TENDANCESENFANTS
Le temps des bonnes résolutions
Bons plans. Gâteaux d’anniversaire, lecture, transport... Zoom sur de
nouveaux services pour enfants qui facilitent aussi la vie des parents.
Des lettres
qui ont du cachet
née de timbres anciens à collectionner
– certains ont plus de 100 ans – et, à la
fin de la semaine, l’enfant peut réunir
ses lettres pour en faire un livre, grâce au
kit de reliure fourni. Sans oublier, pour le
jeune lecteur, la magie de recevoir du courrier à son nom, un plaisir devenu désuet §
www.epistoire.fr.
Un taxi rien
que pour eux
La folie des gâteaux
à thèmes
O
ubliez le bon vieux fondant au chocolat
maison pour épater les invités à l’anniversaire du petit dernier. Désormais,
celui-ci va vous réclamer un dessert en
forme de licorne ou peut-être l’incontournable rainbow cake, le gâteau arc-en-ciel
furieusement tendance... mais qui nécessite tout de même 5, voire 7 couches de
génoise différentes. Une préparation qui
pourrait avoir raison de votre patience.
Adressez-vous plutôt aux spécialistes
de l’entremets yankee à Paris : Stoney
Clove Bakery. Sinon, allez Chez Bogato.
On adore ce concept inventé par une exgraphiste qui mitonne dans son atelier des
gâteaux très décomplexés. Chez Bogato
propose aussi de recevoir votre brochette
de têtes blondes lors d’ateliers de pâtisserie. Parfait pour se débarrasser d’une
bande d’enfants qui risque de mettre
vos nerfs à rude épreuve et votre maison
sens dessus dessous en ce jour d’anniversaire béni des enfants, mais parfois tant
redouté des parents §
www.stoneyclovebakery.com, www.chezbogato.fr.
96 | 30 août 2018 | Le Point 2400
nvie de leur donner le goût de la lecture
et de les détourner des écrans ? Essayez
Epistoire, des histoires du soir en épisodes
envoyées chaque semaine par La Poste
dans une enveloppe rétro, calligraphiée
au nom de l’enfant et cachetée. A l’intérieur, sept enveloppes, pour un épisode
par jour. Lu en cinq à dix minutes selon
la tranche d’âge (de 4 à 14 ans), le récit
s’arrête à un moment crucial pour faire
travailler l’imagination, car le lecteur
n’aura la suite que le lendemain. Si un
pavé littéraire peut faire fuir un enfant,
ce concept lui permet, mine de rien, de
lire en un mois l’équivalent d’un roman
de 200 pages ! Chaque enveloppe est or-
En voiture !
Le chauffeur
envoie un message
une fois les enfants
déposés. Et hop !
omment déposer l’aîné chez le dentiste et la petite dernière à son cours
de poney sans rater la réunion de l’année ? La perspective de confier la chair
de sa chair – de surcroît mineure – à un
inconnu dans un taxi fait parfois hésiter.
Créée par des mamans, Hopways est une
société de chauffeurs triés sur le volet et
spécialisée dans le transport d’enfants, en
toute sécurité. En plus de conduire votre
progéniture à bon port, le chauffeur kids
friendly vous enverra un message après
l’avoir déposée. Il existe des formules
d’abonnement pour les conduites régulières, mais aussi de mutualisation pour
emmener plusieurs enfants à la même
activité §
www.hopways.com.
SP – DIANA YEN-JEWELS OF NEW YORK/SP – THOMAS KOSZUL/SP
E
C
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JEUX
RETROUVEZ DÉSORMAIS SUR IPAD ET IPHONE
NOS MOTS CROISÉS SUR L’APPLICATION LE POINT
MOTS CROISÉS PAR ALBERT D’AUNAC
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II
III
IV
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VIII
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T
HORIZONTALEMENT I. Difficiles. II. Va combiner.
III. Anthrax. IV. Un institut parisien. Pas d’applaudissements dans ces théâtres. V. Sans fard. VI. Il fait mourir
Ase. Un réacteur. VII. Mises en train. Le tabès peut la
provoquer. VIII. Couleurs de Monaco. Copain d’un
Cimbre. IX. Agirent par derrière.
Solution de la grille
du numéro 2399
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
VERTICALEMENT 1. On n’y revient pas. 2. Plutôt
tarabiscotée. 3. De joie, c’est le bonheur. 4. Ils parlent kwa.
Ouvertures. 5. Satisfaite. 6. Le pommeau en fait partie.
Leva le train vers le haut. 7. Façon de communiquer.
8. On est en 4e. Demi-dame. 9. Ne firent que passer.
1
2
3
4
5
6
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E
BRIDGE PAR MICHEL LEBEL
LE PROBLÈME DE LA SEMAINE
II. Jeu de la carte
Vous jouez 4 ¿ en Sud.
Ouest entame de la Dame de \.
Voici les jeux de Nord-Sud :
¿ 10 9 4
• R76
\ AR
±RV983
Réponse
Vous prenez la Dame de \ du Roi
et constatez qu’il est dangereux de rendre
la main à Ouest, qui peut rejouer •,
traversant le Roi du mort. Votre plan doit
empêcher – si possible – Ouest de prendre
la main. Voici la bonne manœuvre :
ne tentez pas l’impasse à la Dame de ¿,
encaissez l’As et le Roi dans le but de
trouver la Dame seconde ou sèche chez l’un
des deux joueurs et réaliser douze levées.
Les deux adversaires fournissent à ¿,
mais la Dame ne tombe pas. Si la Dame
est troisième en Est, votre Roi de •
est protégé. Si la Dame est en Ouest, il
vous reste une bonne chance de gagner
– même avec l’As de • en Est. Arrêtez
de jouer atout et encaissez vos ± maîtres.
Si votre adversaire de gauche possède
trois cartes à ± – ou plus –, vous aurez
la possibilité de défausser un petit • sur
le quatrième ± – c’est le cas sur la donne.
N
O
E
S
¿ ARV82
• 843
\ 72
±AD5
I. Enchères
Nord donneur.
Faites les enchères de Nord-Sud,
qui se déroulent dans le silence
adverse.
Réponse
La bonne séquence :
Nord
1±
1 SA
2¿
LE TEST D’ENCHÈRES
Sud
1¿
2±
4¿
Le test d’enchères du Point
est fondé sur « La Majeure cinquième,
édition spéciale », de Michel Lebel.
Quelques commentaires :
1 ± : avec un jeu régulier
de 14 points H.
1 ¿ : Sud nomme sa majeure
en 1 sur 1.
2 ± : utilisez le Roudi avec
une majeure cinquième et, au minimum,
un espoir de manche.
2 ¿ : maximum et trois cartes à ¿.
¿ D64
N
• D 10 9
O
E
\ D V 10 3
S
± 10 6 3
¿ ARV82
• 843
\ 72
±AD5
¿ 73
• AV52
\ 98654
±72
LE POINT
1, boulevard Victor, 75015 Paris – Tél. : 01.44.10.10.10 – Fax : 01.43.21.43.24
Vice-président
Vice-président opérations
Président-directeur général
et directeur général délégué :
et directeur de la publication :
et directeur général délégué :
Etienne Gernelle
Renaud Grand-Clément
François Claverie
Service abonnements : tél. 01.44.10.10.00 – CS 50002, 59718 Lille cedex 9
Tarif abonnement pour 1 an, 52 numéros : 149 €. E-mail : abo@lepoint.fr
Publicité : Le Point Communication, tél. 01.44.10.13.69
Le Point, fondé en 1972, est édité par la Société d’exploitation de l’hebdomadaire Le Point - Sebdo.
Société anonyme au capital de 10 100 160 euros, 1, boulevard Victor, 75015 Paris. R.C.S. Paris B 312 408 784
Actionnaire principal : ARTEMIS S.A. (99,9% du capital social)
Dépôt légal : à parution - n° ISSN 0242 - 6005 - n° de commission paritaire : 0620 C 79739
A 2 ¿ = 20 ; 1 SA = 15 ; passe = 5.
Sur une intervention au palier de 1,
la réponse par une couleur en 1 sur 1
est forcing. Avec trois cartes
dans la majeure de votre partenaire,
soutenez à 2 ¿.
Le début des enchères a été :
Sud
1±
passe
Ouest Nord
passe
1•
?
Est
1¿
B 2 \ = 20 ; 1 SA = 15 ; 2 • = 5.
Avec un bicolore économique,
nommez votre deuxième
couleur : 2 \.
Vous êtes en Ouest (Nord-Sud
vulnérables). Quelle doit être
votre deuxième enchère
avec chacun des cinq jeux suivants ?
¿
A D97
B
V
C R974
D V 10
E R 10 4
•
\
±
A V 10 6 2
R 10 9 6 2
A D 10 5 3
AD973
A D 10 6 2
10 4
A V 10 4
R98
A 10 9
A V 10 4
R98
R 10 7
3
RV7
8
C 3 ¿ = 20 ; 2 ± = 15 ; 2 ¿ = 10.
Revalorisez votre jeu avec
un soutien de quatre cartes à ¿
et un singleton dans la couleur
adverse : donnez un soutien
avec saut à 3 ¿.
D 2 SA = 20 ; 1 SA et 2 ± = 10.
Vous possédez une belle intervention,
15 points H, un jeu régulier et un double
arrêt à ± – la couleur d’ouverture.
Annoncez 2 SA.
E 2 ± = 20 ; 3 ¿ = 15 ; 2 \ = 10.
Faites un cue-bid à 2 ± avec un fit
de trois cartes à ¿, une bonne
intervention et la courte à ±.
N’annoncez pas votre deuxième couleur
– 2 \ – avec un fit à ¿.
Voici les quatre jeux :
¿ 10 9 4
• R76
\ AR
±RV983
Réponses
Retrouvez
prochainement
les Infos
de Michel Lebel.
Impression : Maury Imprimeur SA (45330 Malesherbes).
VOTRE RÉSULTAT :
- De 90 à 100 : un excellent résultat.
- De 70 à 85 : un bon résultat.
- De 50 à 65 : assez bien, travaillez
davantage vos enchères.
- Moins de 50 : lisez « La Majeure
cinquième, édition spéciale ».
Diffusion : MLP.
Les noms, prénoms et adresses de nos abonnés peuvent être communiqués à nos services internes
et aux organismes liés contractuellement avec Le Point à des fins de prospection notamment
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Le Point 2400 | 30 août 2018 | 97
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Le bloc-notes
de Bernard-Henri Lévy
Par ici la rentrée
I
l était une fois la rentrée.
C’était le temps où, à la débandade de l’août profond et
à ses grands mouvements centrifuges, succédait un retour
d’élastique jetant chacun contre chacun.
Mais aujourd’hui ?
Il y a la rentrée scolaire, ça, c’est sûr, avec ses parents
anxieux et ses enfants impatients.
Il y a une vague rentrée littéraire où, comme chaque année
à la même date, on pleure la mort du livre en publiant plus
que jamais.
Il y a les perles de cette rentrée : Christine Angot, forcément ; Vanessa Schneider et le dernier tango de Maria, sa cousine lumineuse et tragique ; Pierre Guyotat – d’accord, j’en
suis l’éditeur ! mais est-ce une raison pour ne pas dire qu’il
nous rappellera, avec « Idiotie », qu’il est notre dernier poète
épique ?
Il y a, paraît-il, une rentrée des idées – mais n’est-ce pas
confondre les idées et les data ?
II y aura peut-être une rentrée théâtrale, ne serait-ce qu’à
cause des Bohringer père et fille à l’Œuvre (mais deux monologues, et leur chant brisé, font-ils un automne théâtral ?),
et, à l’Odéon, la énième adaptation du « Procès » (mais rien,
dans le genre, n’égalera jamais le film d’Orson Welles : c’était
en 1962, avec une autre Schneider, Romy, dans le rôle de
l’épouse de l’huissier – il y avait encore, en ce temps-là, des
cinémas de quartier pour faire de ça une « exclusivité »).
Il n’y aura pas, en revanche, de rentrée cinéma vu le continuum d’images qui, de Netflix à la télé en passant par les
films-qui-sortent-en-août-parce-que-c’est-moins-encombré,
fait que tout, désormais, se fond et se confond : à la rigueur,
« A Star Is Born », à cause de Lady Gaga, la star ; de Bradley
Cooper, l’auteur-acteur ; et des musiques de Mark Ronson ;
mais à part eux ?
Il n’y aura pas non plus de rentrée politique. Car socialistes, en cure de sommeil à La Rochelle. Républicains, au
bord de la crise de nerfs au Puy-en-Velay. La République en
marche qui sèche ou, plutôt, zappe sa propre université d’été.
Le Rassemblement national en apnée, réduit à se réclamer
d’Onfray. Et le pauvre Mélenchon soumis à la pression des
plus brillants de ses Insoumis qui ne semblent plus d’accord
que pour le pousser vers la retraite.
Il n’y aura pas davantage de rentrée sociale, car on a beau
s’exclamer, rituellement, que l’automne sera chaud, ça retombera comme un soufflé. Bien sûr, c’est chaud, dedans,
un soufflé. Mais quelque chose manque. Un projet. Un désir. Un esprit de résistance. Une mémoire. Bref, un peuple.
Or le peuple, en France, a été grand. Il ne l’est plus. Ou mal.
Et se consumant dans la cendre de ses passions inanimées.
Appellera-t-on « rentrée » ce que nous concoctent, en Italie,
98 | 30 août 2018 | Le Point 2400
les compères de la Ligue et des 5 étoiles ? Leur vrai programme
n’est pas de baisser les impôts. Ni de créer un ersatz de revenu
universel. Mais, avec la complicité de Monsieur Poutine, de
faire exploser l’Europe.
Et l’anti-merkélisme primaire qui devrait être, dans toute
l’Europe, la tendance de la saison, voire de l’année ? Que cet
édito de « rentrée » serve, au moins, à prévenir : s’il y a bien
un lieu où l’on ne consentira pas à cela et où l’on ne cédera
donc jamais, à propos des réfugiés notamment, sur la durable noblesse de cette grande dame nommée Merkel, ce sera
ici, dans ce « Bloc-notes ».
Et Trump… Y aura-t-il une rentrée Trump ? Pas sûr non
plus. Car hyperprésent. Hyperprésident. Docteur Folamour
suraffiché et prêt, hiver comme été, à toutes les aventures
pour empêcher l’impeachment qui, dorénavant, lui pend au
nez : s’il y a un article à lire, ce matin, c’est celui, précis,
argumenté, implacable, de Bret Stephens, sur le sujet, dans
le New York Times.
Il y a bien Erdogan. Ruiné. Aux abois. Il fera tout ce qu’il
pourra pour prendre de l’argent aux Russes (qui n’ont plus,
eux non plus, un sou vaillant) ou aux Qatariens (avant que
leurs « frères » saoudiens ne coulent définitivement leur
faux pays). Il tournoiera, comme un vautour, autour de ma
chère Bosnie (Ami Izetbegovic, entends-tu son vol noir sur
nos plaines ? les cris sourds du pays qui ne veut ni ces chaînes
ni cette chape ?). Mais ce n’est pas non plus une rentrée. C’est
une sortie. Et la seule chose qu’on puisse espérer, c’est que,
venu à l’hyperpouvoir par la volonté d’une crise, il en parte
par la force démocratique des baïonnettes d’une autre crise.
Il y aura Bachar el-Assad, le dernier des Syriens. Ce pourrait être une variation sur le dernier des hommes nietzschéen.
Ou le titre d’un roman de Gracq ou de Lampedusa. Mais non.
C’est une tragédie à Lampedusa. Et c’est l’application, en première mondiale, de ce théorème nouveau, en formation depuis sept ans, avec accélération cet été : mieux vaut 10 millions
d’esclaves dociles que 30 millions d’hommes libres.
Et puis, bien sûr, les réseaux sociaux. Ça repart sur les chapeaux de roue, les réseaux sociaux. Mais comment veut-on
qu’il y ait « rentrée » à l’âge d’Instagram, de Twitter et de leur
imprésence ? Oui, je sais, « imprésence » est un néologisme.
Mais il dit bien cette façon nouvelle de ne plus se quitter,
d’être tous et en permanence présents les uns aux autres – en
sorte que la présence réelle, avec débat, discorde et éventuelle société, en devient soit inutile, soit interdite.
Allez, bonne rentrée quand même ! Car on ne sait jamais.
Des fois que survienne un événement, mais un vrai, celui
qu’avec Michel Butel, décédé pendant l’été, nous appelions
l’imprévu. Il aura passé une vie à attendre. Je suis là. Je guette
toujours §
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Yascha Mounk : « Le peuple
contre la démocratie »
L
Professeur à Harvard, ce politologue remet en question la théorie acquise en Occident selon laquelle
la démocratie est éternelle. Dans « Le peuple contre la démocratie » (L’Observatoire),
l’essayiste analyse avec précision la montée des populismes et le recul des idées libérales. Entretien.
a démocratie est-elle mortelle ? Peut-on la dénaturer,
la réduire ? Lui donner une autre forme ? En garder
uniquement les apparences ? Depuis quelques années,
c’est le sujet d’étude favori de bien des penseurs anglo-saxons, comme Steven Levitsky, Daniel Ziblatt ou
William Galston… Yascha Mounk est de ceux-là. Le jeune
professeur à Harvard est l’auteur d’un essai important,
« Le peuple contre la démocratie » (Editions de l’Observa-
toire), dans lequel il désigne le peuple, dans sa colère et
ses frustrations, ses déceptions et ses impatiences, comme
la principale force d’usure de la démocratie. Il écrit : « Les
électeurs n’aiment pas l’idée que le monde soit compliqué. Ils
détestent entendre qu’il n’y a pas de solution immédiate à leurs
problèmes. Confrontés à des politiciens qui semblent de moins
en moins en position de gouverner un monde à la complexité
croissante, beaucoup sentent monter l’envie de voter …
Quand les cerveaux ont des œillères
PAR SÉBASTIEN LE FOL
Au cœur de l’été, l’économiste Max Roser,
chercheur à l’université d’Oxford, a publié
une étude éloquente sur la perception de
la pauvreté dans le monde. Selon elle, 68 %
des Français pensent (à tort) qu’elle continue à progresser. Contre 48 % des Canadiens, 43 % des Britanniques et 39 % des
Suédois. L’idée reçue reste tenace chez
nous : l’économie de marché produirait de
la misère. Cette vision du monde est
inoculée dès le plus jeune âge au sein de
l’Education nationale.
Sous la houlette de Philippe Aghion,
professeur au Collège de France, un
groupe d’experts a été chargé par le
gouvernement de récrire les programmes
de sciences économiques et sociales au
lycée. A la bonne heure ! Espérons que
leurs préconisations ne seront pas timo-
rées. Ils s’attaquent là à un dogme.
L’hostilité des universitaires et chercheurs,
français notamment, à l’égard de l’économie
de marché est connue. Deux professeurs,
Abel François et Raul Magni-Berton, l’ont
établie scientifiquement dans un ouvrage
qui mériterait d’être davantage médiatisé :
« Que pensent les penseurs ? » (Presses universitaires de Grenoble). Selon les résultats
de leurs travaux, par rapport à un autre citoyen français, un universitaire critique une
fois et demie plus le marché et se positionne
deux fois plus à gauche sur l’échiquier politique. Quand on pose la question suivante :
« Pourquoi y a-t-il en France des gens qui
vivent dans le besoin ? », 76,6 % des universitaires interrogés répondent : « Parce qu’il y
a beaucoup d’injustices dans notre société »,
contre seulement 44 % dans la population
française. Et 17, 1 % des Français pensent
que « c’est par paresse ou mauvaise
volonté » (2,7 % des universitaires).
Cette tendance se révèle encore plus
marquée parmi les sociologues, anthropologues et scientifiques du langage.
Plusieurs facteurs expliquent cette attitude
des « sachants ». D’après les auteurs, ils ne
jugent pas le marché « à partir de leur
propre situation, mais à partir de la condition des diplômés en général (…). Plus ils
pensent que la réussite scolaire a une
influence sur les revenus dans l’économie
actuelle, moins ils sont défiants à l’égard
de l’économie de marché ». Ce fossé entre
les opinions des éducateurs ou administrateurs de notre pays et celles du reste de la
population explique bien des difficultés
à réformer en France §
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 99
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POLITIQUE
pour quiconque leur promettra un règlement simple. » De
cette approche émergeraient des leaders populistes, longtemps dans la marge, qui ont, peu à peu, intégré les représentations nationales, puis, pour certains, obtenu le pouvoir
central. Salvini (Italie), Orban (Hongrie) et Kurz (Autriche)
en sont l’illustration, mais aussi Le Pen, Farage (RoyaumeUni) ou Petry (Allemagne). Aux Etats-Unis, de manière plus
fulgurante, Donald Trump.
Mounk, qui est né en Allemagne et a étudié à Paris, analyse le phénomène en profondeur et s’appuie sur l’histoire
et moult statistiques afin d’éclairer le lecteur sur les flux, les
dynamiques et les aspirations populaires. Le populisme est,
explique-t-il, une réaction à un système libéral de moins en
moins démocratique, à force de technicité, de normes et de
déconnexion. L’auteur admet donc qu’il y a chez le populiste une volonté d’insuffler davantage de démocratie et de
légitimité au détriment du libéralisme et des ensembles non
élus (Cour suprême, Commission européenne, Conseil
d’Etat…). Mounk, qui se dit « idéaliste » et adepte d’un monde
« postnational », reproche à la gauche identitaire nombre de
ses obsessions, telle l’appropriation culturelle, qui, quand
elles ne perpétuent pas le racisme, portent atteinte à la liberté d’expression. Ou la meilleure manière d’alimenter l’extrême droite. Pour l’essayiste, le salut viendra d’un patriotisme
inclusif qui défend une nation multiethnique, garantit les
droits des minorités et prend en compte la nature et l’ampleur de l’immigration.
Un livre ambitieux dont on cherche l’équivalent hexagonal. On peut toutefois reprocher à l’auteur sa détestation de Trump, qu’il met sur le même plan
que les leaders populistes les plus autoritaires,
et douter de sa théorie selon laquelle on ne sort
du populisme que pour aller vers un régime plus
dur, quasi dictatorial § THOMAS MAHLER ET SAÏD MAHRANE
La dictature n’est plus taboue
…
Part des sondés américains convaincus
qu’une dictature militaire est un «bon» ou «très bon»
système, classés par groupes d’âge et en %
24
De 18 à 24 ans
12
8
7
1995
9
1999
19
16
14
Tous âges confondus
2006
2011
Source : World Values Survey.
les Etats-Unis a été capable d’élire un populiste qui accuse la
Chine d’être à l’origine de ses problèmes économiques et soutient que l’Amérique est envahie par des violeurs mexicains
et des terroristes musulmans. Nous sommes dans une période de tensions et il est difficile de deviner ce qui arrivera.
On a longtemps pensé que le libéralisme et la
démocratie formaient un couple durable. Mais, selon
vous, il y a aujourd’hui divorce : d’un côté,
nous aurions des peuples de plus en plus
antilibéraux et, de l’autre, des élites
libérales de plus en plus
antidémocratiques…
Le libéralisme et la démocratie sont deux choses
distinctes. Le libéralisme, dans son sens politique, garantit le respect du droit et les libertés
Le Point : « Un système de gouvernement
individuelles, ce qui signifie qu’il faut une proqui paraissait immuable donne l’impression
de pouvoir soudain s’effondrer », écriveztection des droits des minorités et des instituvous. La démocratie est-elle à ce point en
tions indépendantes. Si vous dites quelque chose
danger aujourd’hui ?
qui déplaît à MM. Macron ou Trump, ils ne
Yascha Mounk : C’est facile d’exagérer le danpeuvent pas vous punir. La démocratie, elle, trager. Quand on se remémore les propos alarmistes
duit la volonté populaire. Il n’y a pas un mo« Le peuple contre la
narque ou un dictateur qui vous dicte les lois.
des années 1970 au sujet de la démocratie, on se
démocratie », de Yascha
C’est nous, en tant que citoyens, qui les faisons.
rend compte que les crises étaient plus locales
Mounk. Traduit de
qu’on ne le pensait. Mais, aujourd’hui, nous l’américain par Jean-Marie Pendant des siècles, en effet, ces deux concepts
Souzeau (Editions de
s’accompagnaient naturellement. Mais on obsommes dans une situation sans précédent. Dans
l’Observatoire,
serve aujourd’hui, partout dans le monde, des
les années 1990, les politologues estimaient que,
530 p., 23,50 €).
décompositions de la démocratie libérale. Il y a
une fois qu’un pays aurait atteint un produit inl’essor d’un libéralisme antidémocratique qui
térieur brut par habitant de 14 000 dollars par
année, il aurait inévitablement un système démocratique protège les droits des minorités et qui ignore de plus en plus
pérenne. Or une nation comme la Hongrie, qui a bénéficié la volonté populaire. Cela s’explique par la professionnade la croissance, de médias critiques et d’universités parmi lisation de la politique, mais surtout parce que les décisions
les meilleures d’Europe centrale, n’est désormais plus une majeures ne sont plus prises au Parlement. Beaucoup de
démocratie libérale. Même une vieille démocratie comme gens ont le sentiment qu’ils n’ont plus voix au chapitre – et ils
100 | 30 août 2018 | Le Point 2400
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La déconsolidation
de la démocratie
Part des sondés américains
considérant comme «essentiel » de vivre
en démocratie, selon leur décennie
de naissance et en %
Un désintérêt croissant
pour la politique
Intérêt des sondés américains
pour la politique, selon leur décennie
de naissance et en %
84
75
71
58
57
Part des votes en faveur des partis
antisystème européens, en %
20
68
60
51
La montée
du vote antisystème
15
48
44
41
10
29
5
1930 1940 1950 1960 1970 1980
1930 1940 1950 1960 1970 1980
Source : World Values Survey.
n’ont pas totalement tort. La réaction à ce phénomène, c’est
l’essor des démocraties illibérales, avec à leur tête un populiste qui explique que l’élite est corrompue. Cela signifie également que les institutions qui tentent de rester indépendantes
sont vues comme des ennemis du peuple. Cet illibéralisme
sape les droits des minorités et érode l’équilibre des pouvoirs
définis par Montesquieu. A la fin, un président ou un Premier ministre populiste élu démocratiquement concentre
tellement de pouvoirs qu’il devient impossible de le renverser par des moyens démocratiques. Nous en sommes là en
Turquie, en Russie ou au Venezuela. La Hongrie et la Pologne
ne semblent pas loin de cette dérive.
Vous parlez de libéraux antidémocratiques. Certes,
mais en France nous avons eu un référendum en
2005 sur l’Europe, qui n’a pas été souhaité par un
président populiste, et le référendum qui a conduit au
Brexit a été voulu par un gouvernement libéral…
Ce n’est bien sûr pas une conspiration de l’élite qui veut déposséder le peuple, comme l’assurent les populistes. Simplement, la nature des sujets devient de plus en plus complexe.
Si vous voulez qu’une centrale nucléaire reste sûre, il vous
faut confier sa gestion à un comité d’experts, car ni vous ni
moi ne comprenons quoi que ce soit en fission nucléaire.
De la même façon, si vous voulez régler le problème du réchauffement climatique, il vous faut une coopération entre
200 Etats dans le monde, ce qui n’est pas possible par la
Source : World Values Survey.
2004
2010
2017
Source : Timbro Authoritarian Populism Index 2017.
consultation populaire. Ce développement du libéralisme
antidémocratique pose un vrai dilemme technocratique.
Alors, oui, sur certaines grandes questions, les politiques
ont tendance à suivre les sondages et donc la majorité. Mais,
sur des sujets de plus en plus complexes, les citoyens n’ont
plus ni le temps ni la compétence pour s’y intéresser.
Vous évoquez aussi un désenchantement croissant des
jeunes à l’égard de la démocratie. N’est-ce pas le plus
inquiétant ?
Oui, les chiffres sont vraiment frappants. Plus de deux tiers
des Américains considèrent qu’il est d’une importance capitale de vivre dans une démocratie, alors que, parmi ceux
nés entre 1980 et l’an 2000, c’est moins d’un tiers. En 1995,
seul un Américain sur seize pensait qu’un régime militaire
constituait un bon système de gouvernement ; aujourd’hui,
c’est un sur six. En France aussi, il y a une vingtaine d’années, 35 % de la population estimait qu’un dirigeant « musclé », qui ne serait pas limité par le Parlement ou des élections,
serait une bonne chose. En 2017, les dernières données nous
disent qu’ils sont désormais près d’un sur deux ! On observe
ce phénomène dans de nombreuses démocraties. Pendant
les Trente Glorieuses, les gens constataient dans leur
porte-monnaie les bénéfices du système politique. Les réfrigérateurs, le chauffage central étaient des preuves tangibles
de l’efficacité de la démocratie libérale. Aujourd’hui, ce progrès économique fulgurant – qui est d’ailleurs une …
« L’une des transformations majeures de ces dernières
années est le passage douloureux d’Etats mono-ethniques
à des sociétés multiethniques. »
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 101
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POLITIQUE
Outre l’économie, vous distinguez deux autres facteurs
pour expliquer cette crise de la démocratie libérale :
l’immigration et la communication de masse, avec
Internet et les réseaux sociaux.
multiethniques – du moins en Europe occidentale et aux
Etats-Unis –, nous avons trois options : soit nous réussissons
à trouver un moyen de faire fonctionner cette démocratie
multiethnique, soit nous reléguons les étrangers à une citoyenneté de seconde zone, soit nous revenons en arrière.
A mon avis, la première option est difficile à atteindre, la
deuxième est moralement terrible et la troisième, moralement épouvantable.
Pour vous, l’une des manières de répondre au
populisme est de « domestiquer le nationalisme ».
Comment procéder ?
Dans l’Allemagne où j’ai grandi, comme en Suède ou en Italie, il y avait une idée simple de ce que signifiait être alle- La gauche est sceptique par rapport au nationalisme, car
mand, suédois ou italien : vous descendiez d’une souche elle pense que cela sera toujours en défaveur des immigrés.
Pour moi, c’est une grande erreur stratégique de sa part
ethnique unique. Aujourd’hui, à peu près 17 millions d’imde fuir ce nationalisme. Le nationalisme, en dépit de
migrés et leurs descendants vivent en Allemagne. En
Italie, en 2002, il n’y avait qu’un peu plus de 1 million
la mondialisation – ou peut-être à cause de cela – reste
de résidents étrangers. En 2011, ils étaient plus de 4 milla force politique la plus puissante au monde. Plutôt
que de le rejeter, je pense qu’il faut se battre pour un
lions. Les craintes relatives à l’immigration sont ainsi
patriotisme inclusif. Le nationalisme sera touarrivées en tête des préoccupations des électeurs.
Même en France, où il y a toujours eu cette idéolojours un animal dangereux qu’il faut maîtrigie républicaine et intégrationniste, les sondages
ser, mais ses potentiels positifs sont immenses
montrent que l’angoisse démographique est
en termes de solidarité. Dans une nation, nous
omniprésente. En fait, nous n’avons pas vraine sommes pas seulement soucieux de notre
famille, de notre tribu ; nous sommes aussi dément de précédent historique d’une nation
ayant au départ une conception mono-ethvastés en cas de tremblement de terre à Marseille
nique et qui accepte sa nouvelle nature mulalors que nous habitons en Bretagne. De la même
tiethnique. Dans la démocratie athénienne,
manière, nous sommes prêts à contribuer à des
certaines des plus célèbres figures, comme Arisimpôts en faveur de personnes que nous n’avons
tote ou Diogène, restèrent « métèques » et ne
jamais rencontrées. Voilà une sacrée réussite. Par
purent prendre part au gouvernement. La Répuailleurs, je pense que nous devons mettre l’acblique romaine fut un peu plus généreuse en
cent sur nos points communs en dépit des diftermes de citoyenneté, mais les individus apparférences ethniques plutôt que célébrer nos
différences identitaires.
tenant à la même ethnie se situaient au sommet
de la hiérarchie et les étrangers à la base. En reLa France, avec son modèle républicain, est-elle
un exemple à suivre ?
vanche, en 212, l’édit de Caracalla offrit les mêmes
droits à tous les hommes libres, quel que soit leur lieu
Macron a été exemplaire lors de son discours à Marde résidence dans l’Empire. Il y a une raison à cela. Il
seille durant sa campagne, parce qu’il a dit que quand
est simple pour un empereur de faire preuve de généil regardait Marseille il voyait des gens d’origines très
rosité en matière de citoyenneté, car elle ne confère pas
diverses, mais qu’il voyait avant tout des Marseillais
de pouvoir véritable. En revanche, dans une démocraet des Français. Il a aussi explicitement regardé les
origines des personnes, citant « les Arméniens, les
tie, cela affecte beaucoup plus mon pouvoir de décision
si quelqu’un d’autre reçoit la citoyenneté. Il est ainsi
Comoriens, les Italiens, les Algériens… ». Cela est poplus compliqué dans une démocratie d’arriver à
sitif tant qu’on met l’accent ensuite sur les similariune société multiethnique que dans l’Empire rotés. Mais, en France, vous refusez les statistiques
ethniques au nom du principe républimain ou celui des Habsbourg.
cain. Or il est scientifiquement prouvé
Pourrait-on, dans ces démocraties
Politologue
illibérales, voir les immigrés acquérir un
que certaines personnes sont victimes de
Yascha Mounk est professeur de
statut de citoyen de seconde zone ?
discriminations et en refusant de collecthéorie politique à l’université
Le danger est réel. Quand vous regardez la nou- Harvard et chercheur associé du ter des données sur ce phénomène vous
think tank New America.
velle législation danoise, vous voyez des mene rendez que plus difficile la réalisation
Il
a
déjà publié « Stranger in My
sures particulières pour les « ghettos
du principe selon lequel tous les Français
Own Country » (Farrar, Straus
ethniques », définis par leur population imont les mêmes droits. Voilà un domaine
& Giroux, 2014) et « The Age of
migrée. Mais de manière plus générale, vu que
où l’idéologie républicaine empêche dans
Responsability » (Harvard
nous sommes déjà de fait dans des sociétés
les faits l’intégration.
University Press, 2017).
102 | 30 août 2018 | Le Point 2400
ROBERTO RICCIUTI/GETTY IMAGES
aberration si on regarde toute l’Histoire – appartient
au passé. De 1935 à 1960, le niveau de vie d’un foyer américain moyen a doublé. De 1960 à 1985, rebelote. Mais depuis
1985 il n’a quasiment pas bougé. Cela enlève forcément de
la légitimité à la démocratie libérale, et les gens sont plus
enclins à tenter des expérimentations politiques.
…
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Vous décrivez Trump comme une menace pour la
démocratie, au même titre que Kaczynski ou Modi.
N’est-ce pas exagéré ?
Il est encore tôt pour dire quel sera son impact, car il n’est
au pouvoir que depuis deux ans. Mais, en termes de rhétorique et d’action, les similarités sont fortes. Trump a par
exemple puni son contradicteur John Brennan (ancien directeur de la CIA) en révoquant son habilitation secret défense. Il y a quelques jours, le FBI a suivi la demande répétée
de Trump sur Twitter de licencier l’agent Peter Strzok. Si
vous regardez toutes les personnes qu’il a réussi à révoquer
au FBI, cela ressemble à une prise de pouvoir politique sur
une institution clé, qui doit rester indépendante pour nos
libertés individuelles. Il a aussi qualifié les journalistes d’« ennemis du peuple » et l’opposition de « traîtres ». Je ne vois
pas pourquoi il serait si différent d’un Viktor Orban.
Le mandat de Trump pourrait-il donc déboucher sur
une dictature ?
Je vous invite à lire ce que les journalistes écrivaient durant
les premières années d’Erdogan. Rien n’indiquait qu’il allait
virer des milliers de fonctionnaires, emprisonner des centaines de journalistes et transformer en crime la critique de
l’économie turque. Les populistes prennent un certain temps
pour corrompre le système politique et se radicaliser. Les
premiers pas de Trump ne sont pas moins menaçants que
ceux d’Erdogan. La deuxième chose inquiétante, c’est que,
si vous regardez à l’échelle globale, seule une minorité de
populistes abandonnent le pouvoir de manière démocratique. Ou alors ils le transmettent à des membres de leur famille ou à des alliés. Au Pérou, Alberto Fujimori a été condamné
pour corruption massive. Mais, en 2017, il a obtenu une grâce
présidentielle à l’aide de ses alliés politiques, qui forment à
nouveau la force la plus puissante du pays. Regardez l’Italie,
où Berlusconi, un populiste pionnier, a longtemps dominé
le jeu politique avant de devoir démissionner, en 2011. Mais,
sept ans plus tard, des populistes encore plus idéologiques,
disciplinés et potentiellement dangereux sont à la tête du
pays. Si la démocratie américaine doit s’effondrer, Trump
ne sera que le chapitre 1 plutôt que le chapitre 10 dans les
livres d’Histoire. Mais cela ne le rend pas moins dangereux.
Que reprochez-vous à une partie de la gauche
américaine, qui refuse, selon vous, de voir dans les
Pères fondateurs ou les philosophes des Lumières autre
chose que des racistes « hétéronormatifs » ?
En ce moment, il y a deux positions tranchées sur le rôle des
Pères fondateurs aux Etats-Unis. La première est de dire qu’il
faudrait les célébrer de manière inconditionnelle et faire
abstraction du fait que Jefferson, par exemple, possédait des
esclaves. La seconde est de dire qu’en dépit des valeurs uni-
versalistes exprimées par la Constitution américaine les minorités ont toujours été discriminées. Ces valeurs seraient
donc hypocrites et nous devrions les mettre de côté en les
oubliant. Je défends une troisième position : il est malheureusement exact que nous n’avons jamais été à la hauteur
de ces valeurs universalistes et qu’il y a des discriminations.
Mais ce que nous devons faire, c’est lutter contre ces discriminations pour pleinement réaliser ce programme universaliste des Pères fondateurs.
Pour votre collègue de Harvard Steven Pinker, la
démocratie libérale se porte bien. Selon les recherches
du Polity Project, il y avait 103 démocraties en
2015 dans le monde, englobant plus de la moitié de la
population…
Dans son dernier livre, « Enlightenment Now », Pinker rappelle à juste titre à quel point les conditions de vie se sont
améliorées de façon spectaculaire. En deux décennies, la part
de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté
a diminué de près de la moitié, ce que les critiques du capitalisme et de la mondialisation sous-estiment grandement.
Pinker a aussi raison sur le déclin de la violence ou sur les
progrès incroyables en matière de santé. Mais je pense qu’il
est bien trop optimiste sur le progrès démocratique. Nous
sommes dans une récession démocratique et les données, y
compris celles du Polity Project, sont très claires là-dessus :
depuis treize ans, plus de pays se sont éloignés de la démocratie que l’inverse. Au-delà même des statistiques, on était
persuadé, dans les années 1990, que la démocratie était une
chose sûre dans les pays occidentaux ou au Japon et que
d’autres pays allaient rejoindre le club. Mais l’échec de la démocratie libérale en Hongrie et sa fragilisation tant en Italie qu’aux Etats-Unis prouvent que c’était une erreur.
Les populistes d’extrême droite ont-il troqué
l’antisémitisme contre l’opposition à l’immigration
d’origine musulmane ? On a vu Netanyahou recevoir
Orban…
Si vous prenez Orban, il est très clair que l’antisémitisme demeure un thème fort, comme en témoigne la campagne
contre Soros. Il est aussi vrai que l’ennemi principal pour
les populistes, ce sont les musulmans. Ces populistes vont
ainsi afficher leur soutien à Israël et aux juifs pour montrer
qu’ils ne sont pas racistes. Mais, si vous grattez la surface,
vous voyez à quel point les mouvements d’extrême droite
restent imprégnés par l’antisémitisme. C’est vrai d’une partie du FN de Marine Le Pen, des Démocrates en Suède, où un
parlementaire a expliqué que les juifs ne sont pas suédois,
comme de l’AfD en Allemagne, où des révisionnistes veulent
revenir sur le rôle de l’Allemagne dans la Seconde Guerre
mondiale § PROPOS RECUEILLIS PAR THOMAS MAHLER ET SAÏD MAHRANE
« Le nationalisme, en dépit – ou peut-être à cause – de la mondialisation, reste la force politique la plus puissante au monde. »
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 103
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FEUILLETON
L’été en miettes
PAR SYLVAIN TESSON
Entre grains de sable et flocons, l’écrivain voyageur partage sa moisson d’aphorismes.
J
’ai passé l’été au bord de la mer et dans la montagne. J’ai
lu des livres, regardé des matchs de football et entendu
l’explosion de feux d’artifice. Plutôt que raconter des
choses ordinaires, mieux vaut ramasser des maximes sur la
plage et dans la neige. Coquillages et aphorismes : récit d’un
été en miettes.
Experts : spécialistes à interner dans des établissements
dont ils auraient préalablement expertisé la conformité.
Le monde : une table de banquet que personne ne songe
à débarrasser.
Une journée ressemble à la vie : l’aube est parfaite,
ensuite tout dégénère.
En bateau, je rêve d’un équipage de gens dont la vie aurait
été un naufrage.
Le silence d’Homère n’est pas l’omerta.
A l’aube, la Terre dit au Soleil : c’est à cette heure-ci
que tu rentres ?
Bateaux de croisière :
prisons flottantes où
les détenus n’ont même pas
connu la volupté du crime.
La Vénus de Milo : la dernière fille à qui l’on peut voler
un baiser sans se faire gifler.
L’homme aime la mer parce qu’elle cache ce qu’il balance
dedans.
Le globe terrestre : table ronde où les participants
se déchirent.
Les races, qui n’existent pas, sont une invention
de sales Blancs.
Ecueils bretons : petits cailloux semés pour trouver
son chemin vers le naufrage.
Canicule : le Soleil est le marteau, la Terre l’enclume,
chaque homme un clou.
Les nouveau-nés extralucides : ils hurlent devant
ce qui les attend.
La bouche de Sartre : l’être et le béant.
L’espadon ne sert à rien : un coup d’épée dans l’eau.
104 | 30 août 2018 | Le Point 2400
Les poulpes sont des sportifs des années 1950 :
la tête et les jambes.
Les ruelles de Naples : des vers dans le fruit.
La technique, c’est quand on sait pourquoi les choses
ne marchent pas. La technologie, c’est quand on l’ignore.
Quelqu’un a dû dire aux poissons : « Ouvrez l’œil ! »
Le moteur de ma vie est d’échapper aux lois mécaniques.
Les corps sur la plage : le tableau de chasse du soleil.
Tous ces tatouages sur les corps nus : traçabilité
de la viande.
L’Europe est devenue un marché tout ce qu’il y a de plus
commun.
Libéralisation islamique : du vent dans les voiles.
Un visage creusé : ce que l’âme fait à la chair.
Dans un bistro parisien, si le garçon vous paraît aimable,
c’est que vous êtes saoul.
Mme Hidalgo possède une carte au trésor. Elle fait
des trous partout.
Occuper le temps ? Mais le temps n’est pas un cabinet
de toilette !
La vie ? Une procession de Courbet en marche vers
le cimetière.
Président de la Ve République : l’agenda d’une vedette,
les ennuis d’un sous-préfet.
La guerre : c’était ça ou s’ennuyer.
La théorie de l’évolution : progresser vers les ennuis.
Enfance : intervalle de temps très ennuyeux menant
à l’âge où il paraîtra trop court.
Echange de coups, explosion de passions : la guerre est
généreuse.
« Je m’occupe de tout », dit la mort.
L’alpinisme : montée des extrêmes.
La géologie est la pâtisserie du monde.
Je me sens à ma place lorsque je me déplace.
Miel : le soleil saigne.
Bretagne : des gens
qui vont à la plage
en tenue de ville.
Côte d’Azur : le contraire.
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ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
La plage dit
à la mer :
« Tu montes, chérie ? »
Les notes du clavecin : gouttes de rosée sur la toile
d’araignée.
Tenir en place, ambition de cadavre.
Le digital est le doigt d’honneur que la Silicon Valley
adresse à la vie intérieure.
Les enfants posent des problèmes interminables pour
vous punir de les avoir faits trop vite.
Guérir, c’est se priver de l’occasion de devenir un autre.
Le ciel est trop changeant pour que je lui adresse
la moindre prière.
Certaines filles russes ressemblent à des poupées qui ne
contiendraient qu’elles-mêmes.
Match Allemagne-Russie : on dirait qu’ils courent sur
la Pologne.
La civilisation a bâti les villes. La culture sauve
les meubles.
Sur le papier, l’encre est l’ombre de la pensée.
La lande bretonne est un buisson d’oursins.
Dans un cèdre du Liban, les oiseaux vivent-ils en paix ?
L’enfant est pingre et méchant. Heureusement, il grandit
et devient avare et cruel.
On se demande ce que les îles attendent pour s’en aller.
Ces amants qui s’embrassent sur la jetée.
L’arbitre : un corbeau qui sépare les moineaux.
Le feu d’artifice du 14 Juillet recouvre les cris de la Terreur.
Un bon marin est un alpiniste capable d’escalader
la falaise sur laquelle il vient de s’échouer.
Comment les mouettes font-elles pour ne pas se salir ?
La diététique, c’est ne rien manger.
Les bunkers : vue imprenable.
Feu d’artifice du 14 Juillet. Pourquoi pas
du 11 Septembre ?
Un pigeon n’est pas toujours un oiseau qui s’est fait avoir.
Falaise : soudain, la Terre dit « Il faut que cela cesse ».
Algue : l’herbe pensive.
Café : une goutte de nuit au fond de la tasse.
Ce qu’il faudrait à l’humanité en marche, c’est une roche
de Solutré.
Dès que je cesse d’écrire mon journal, le temps passe.
Il y a des femmes qui nous aiment pour ce qu’elles
voudraient que nous ne soyons plus §
Le Point 2400 | 30 août 2018 | 105
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LES INTOUCHABLES (ÉPISODE 6)
Dessine-moi un Plantu
PAR SAÏD MAHRANE
O
n préférera toujours une colombe à un corbeau. La
blanche colombe inspire le bien, la virginité, l’altruisme, tandis que le sombre corbeau, lui, propage
un sentiment d’impureté et de crainte là où il passe. A
ce titre, on est semblable à Plantu. On préfère la paix à
la guerre. On milite pour l’émancipation des femmes
dans les théocraties. On n’est pas indifférent au sort des
réfugiés. Comme lui, aussi, on aime voir la France rassemblée et incarnée par sa jolie Marianne plutôt que
divisée. On s’émeut des catastrophes humanitaires ou
écologiques. On pleure le recul des libertés et la multiplication des régimes dits autoritaires. Et, quand un scandale politico-financier éclate, on s’indigne, on trouve ça
« pas bien ». On aime aussi ses hommages aux disparus,
c’est d’ailleurs là qu’il est le meilleur, selon nous. Arnaud
Beltrame, Johnny Hallyday, Jean d’Ormesson ou Simone
Veil, récemment, des modèles du genre. Sobres, dignes
et touchants à la fois.
Cela écrit, là où Plantu voit un footballeur de l’équipe
de France « d’origine migratoire » (sic) – dessin du 9 juillet,
L’Express –, on voit un footballeur français, point. Là où
on voit l’Afrique comme un continent hétérogène, fait
de drames et d’avancées, d’exils et d’innovations, il la dessine la bouche grande ouverte
– de faim ? (30 novembre, Le Monde.) Là où on
voit un patron, bon ou mauvais, selon les
cas, il le caricature en dévoreur de salariés (17 octobre 2017, Le Monde).
Et puis, quand on aime l’originalité, Plantu, « dessinateur éditorialiste », déçoit par la récurrence
de ses cibles : Wauquiez, Trump,
Netanyahou, Poutine, Sarkozy,
qu’il s’obstine à dessiner accompagné d’une mouche, comme
Le Pen avec un brassard ou, jadis,
Giscard avec un catogan. Quelque
chose nous fait dire qu’il n’aime pas
trop la droite, même s’il n’a pas toujours été
tendre avec Hollande, en son temps.
Plantu est un gentil, qui milite à sa
manière, sans transgresser le politiquement correct, sans prendre beaucoup de
risques. Ah si, une fois, en regrettant
106 | 30 août 2018 | Le Point 2400
l’éviction de Tex de France Télévisions après sa blague
sur les violences conjugales (« Ce n’est pas cool, ce n’est pas
bien », France Inter). Avec le dessinateur star, les messages
sont limpides, car il y a souvent, comme dans un Walt
Disney, un bon et un méchant. Son crayon est animé par
un droit-de-l’hommisme et un tiers-mondisme hérité de
René Dumont, qui se vérifient presque chaque jour en
une du Monde et dans les pages de L’Express. Cela pourrait nous aller, mais le problème, quand on suit toujours
ses pulsions, quand on « laisse aller le crayon », comme il
le dit, quand on est constamment dans le registre de la
dénonciation, c’est qu’on n’est jamais surpris du résultat, fût-il illustré avec talent. Un Plantu, c’est souvent dessiné à l’avance. Alors, il y a peu, nous est venue une idée,
un brin saugrenue, donc vite abandonnée, que l’on vous
soumet quand même : lancer une pétition pour que Xavier
Gorce remplace Plantu en une du Monde, ou qu’ils
alternent.
Qui est Xavier Gorce ? Un des meilleurs dessinateurs
du moment, le père des Indégivrables, ces manchots qui,
sur la banquise, commentent l’actualité avec humour et
esprit (xaviergorce.blog.lemonde.fr). Il nous fascine,
Gorce, nous agace, nous interpelle, nous bouscule. Il ne
caricature personne, ses manchots étant les seuls protagonistes de ses dessins, présentés comme de petites histoires. (« Ils [les manchots] ont cette
chose de bien qu’ils collent parfaitement à la
satire sociale en ceci qu’ils vivent en groupe et,
surtout, qu’ils sont verticaux. Cette silhouette
presque humaine me permet de leur donner
des comportements humains. ») En trois
phrases, parfois une, Gorce montre l’évidence, l’absurdité ou l’exagération d’un
événement. En plein épisode Benalla,
par exemple, lancé par le quotidien du
soir, qui l’avait qualifié d’« affaire d’Etat »,
il met en scène des manchots qui exigent de « revoir la vidéo » : « Il semble
bien qu’il y a eu une taloche… Ce qui impliquerait un scandale d’Etat dans la
création d’un escadron de la mort. » Plus
tôt, il avait illustré un de ses personnages prenant un boomerang en
pleine figure après avoir hurlé « scandale d’Etat ! ». Audacieux, le manchot,
en tout cas plus que la colombe §
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
Chaque jour, à la une du « Monde », le dessinateur met en scène sa vision de l’actualité.
Moraline, radotage et cibles attendues….
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