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La croix 260918

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mercredi 26 septembre 2018 — Quotidien n° 41213 —2,00 €
Économie
Cinéma
Jeunes et catholiques
Le fait religieux « Un peuple et son roi »,
se banalise dans fresque ambitieuse de
l’entreprise P. 10
Pierre Schoeller P. 18-19
synode
des jeunes
Leur foi à l’épreuve
de l’engagement politique
P. 26-27
éditorial
Guillaume Goubert
Bioéthique,
un tournant
135e année-ISSN/0242-6056. – Imprimé en France – Belgique : 2, 10 € ;
Canada : 6 $ ; Espagne : 2, 50 € ; Italie : 2, 80 € ; Luxembourg : 2, 10 € ;
Maroc : 29 MAD ; Suisse : 3, 80 CHF ; DOM : 2, 70 €
Annonces légales p. 20
Sur la PMA,
les tests génétiques,
la recherche sur l’embryon,
l’anonymat,
le CCNE propose
des évolutions
de grande ampleur
P. 2 à 5
Culture de cellules souches. Andrew Brookes/Getty Images
Mauvaises
directions
P
ersonne ne peut mettre
en doute l’ampleur de
la rélexion qui fonde la
« Contribution à la révision de la
loi de bioéthique » publiée mardi
par le Comité consultatif national
d’éthique. Cet épais document a
été nourri par de précédents travaux du CCNE, par un rapport du
Conseil d’État et surtout par la
vaste consultation des états généraux de la bioéthique qui se sont
déroulés au premier semestre.
Ajoutons encore que le texte de
l’avis mentionne explicitement
les objections qui se sont exprimées au sein du comité et le fait
qu’il n’est pas parvenu à un accord
unanime.
Ayant dit cela, on ne peut
qu’être surpris par l’importance
des déplacements de lignes
que propose l’opinion majoritaire au sein du CCNE. On peut
même presque parler de volatilité puisque le comité a changé
d’opinion en l’espace de quinze
mois sur la question de l’autoconservation ovocytaire. L’attention
se portera particulièrement sur la
conirmation de l’avis favorable à
la PMA pour toutes les femmes.
Mais il faut aussi souligner les
nets assouplissements proposés
en matière de recherche sur l’embryon ou de diagnostic prénatal.
Dans chaque cas, le CCNE inventorie les risques, propose des
garde-fous. Mais ne recule pas
devant le fait d’accomplir des pas
dans ces directions. Mauvaises
directions ? Nombreux sont ceux
qui le pensent et pour de bonnes
raisons. D’autres jugeront que
nous n’en sommes pas encore au
Meilleur des mondes. Mais cela
nous en rapproche. Chacun, en de
telles matières, porte en lui l’idée
de seuils qu’il n’accepterait pas de
voir franchis. Chacun a des « lignes
rouges ». Par exemple l’euthanasie
ou la gestation pour autrui. L’avis
du CCNE, justement, a exclu toute
ouverture dans ces domaines, au
moins pour maintenant. Pour ne
pas s’en approcher plus tard, il faut
déployer maintenant d’intenses
eforts de conviction.
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
ÉVÉNEMENT
2
Le Comité d’éthique
a rendu hier matin
un avis très attendu
sur les grands thèmes
de la prochaine loi de bioéthique.
Sur la PMA, les tests génétiques,
la recherche sur l’embryon, l’anonymat,
le Comité rompt avec les positions
qui caractérisaient jusqu’alors
une forme d’équilibre à la française.
Pour le philosophe
Pierre Le Coz,
ancien vice-président du Comité,
« cet avis exprime le triomphe
de l’autonomie individuelle ».
PMA, embryon, tests
génétiques… le chambouletout du Comité d’éthique
Des limites
qui reculent
Les questions sont diiciles
et les quelques mots prononcés
hier matin par la théologienne
Marion Muller-Colard, lors de la
présentation de l’avis du Comité
consultatif national d’éthique
(CCNE), en sont le signe. « La
bioéthique consiste à résister
à la loi de Gabor selon laquelle
tout ce qui est techniquement
possible sera fait tôt ou tard »,
a-t-elle insisté, évoquant
notamment la nécessité de
« développer une conscience
de nos limites ». Pourtant, la cinquantaine
de préconisations du
CCNE semble plutôt
montrer la volonté
de faire reculer
les limites.
Dans plusieurs domaines, les membres
du Comité d’éthique envisagent en efet une évolution de
la loi, mais entendent conserver
une ligne éthique commune.
Un « invariant éthique » qui se
résume en quelques principes,
énoncés au début de l’avis : nonnuisance, pertinence, autonomie, bienfaisance, équité. S’y
ajoute la « non-commercialité
du corps humain », ainsi que
la « dignité de la personne humaine ». Même si ce texte a un
statut purement consultatif,
nul doute qu’il sera regardé de
très près par le gouvernement
lorsque ce dernier élaborera
son projet de révision des lois
de bioéthique, qui doit être présenté in novembre au conseil
des ministres avant d’être examiné au premier semestre 2019
par le Parlement.
Dès hier, l’avis a suscité de
vives réactions de la part des
associations opposées à l’extension de la PMA. À l’instar
de La Manif pour tous, qui a dénoncé une « décision qui n’est
pas éthique mais politique » en
airmant que la majorité des
Français s’étaient exprimés
contre une évolution de la loi
dans ce domaine lors des
états généraux de la
bioéthique, entre
janvier et avril
derniers. Un argument auquel
le CCNE répond
en rejetant l’assimilation de ce
processus de consultation des Français à
« une logique de sondage ». « Si
la mobilisation citoyenne fut
importante, elle n’a cependant
pas permis de donner une évaluation scientiique de l’état de
l’opinion française », peut-on
lire dans le texte de l’avis.
Tentant de désamorcer la polémique qui s’annonce, l’entourage d’Emmanuel Macron fait
savoir que « ce rapport n’est pas
un avant-texte de loi ». « Il y a
toute une phase d’écoute et une
phase de discussion parlementaire qui va avoir lieu », a souligné un proche du chef de l’État,
interrogé par l’agence Reuters.
Le débat est loin d’être clos.
Loup Besmond de Senneville
BIO
ETHI
QUE
tDans un imposant avis
de 160 pages, les membres
du Comité consultatif
national d’éthique (CCNE)
se prononcent sur plusieurs
points, bien au-delà des deux
thèmes les plus médiatiques,
la PMA et la in de vie.
Revue de détail.
t PMA et GPA
Sans surprise, le CCNE conirme
son avis favorable à l’extension de
la PMA aux couples de femmes et
aux femmes seules. Une position
déjà exprimée en juin 2017, dans
un avis où les membres du Comité
d’éthique avaient longuement
énoncé tous les « points de butée »
constituant autant d’obstacles à
l’élargissement de cette technique
d’aide à la procréation, avant de
conclure à la possibilité de changer la loi. Cette fois-ci, le CCNE
rappelle brièvement que le recours
à la PMA de la part de femmes
seules ou de couples de femmes
institutionnaliserait une « absence de père ab initio », sans pour
autant y voir un obstacle infranchissable. « La famille est en mutation », justiie le Comité d’éthique,
qui rappelle cependant qu’une
partie de ses membres s’étaient
opposés à l’avis de juin 2017 : onze
d’entre eux avaient alors signé un
avis minoritaire. Aujourd’hui, ils
ne sont plus que deux à l’avoir
fait, mais plusieurs signataires de
la motion de 2017 assurent ne pas
avoir changé d’avis et être toujours
opposés à cette évolution. « Je n’ai
pas changé d’avis et les autres non
plus, a précisé hier l’un d’entre
eux, Pierre-Henri Duée. Mais la richesse de la rélexion éthique est de
détricoter la complexité et de faire
émerger un assentiment majoritaire. » (Lire aussi ci-contre).
Ainsi, les membres du CCNE
considèrent que l’ouverture de la
PMA peut se concevoir « notamment pour pallier une soufrance
induite par une infécondité résultant d’orientations personnelles ».
L’avis rejette en particulier la critique selon laquelle les femmes
seules recourant à la PMA pourraient être en situation de fragilité,
à l’instar des familles monoparentales, qui connaissent, reconnaît
le CCNE, « une situation de grande
vulnérabilité ».
Les membres
du CCNE se
montrent désormais
favorables à
l’autoconservation
ovocytaire pour
toutes les femmes.
« Le statut des familles monoparentales par choix d’une femme
seule pourrait se révéler fort diférent des situations des familles monoparentales actuelles », écrivent
les auteurs de l’avis, qui reconnaissent néanmoins qu’« aucune
étude convaincante » ne corrobore
ce point précis. Ils se prononcent
donc pour que ces femmes seules
bénéficient d’un « accompagnement », sans autre précision. Par
ailleurs, le CCNE se dit favorable à
la PMA post-mortem, c’est-à-dire
au transfert d’un embryon après
la mort de son géniteur.
Concernant la GPA, le Comité
d’éthique ne modiie pas sa position, estimant que la prohibition
de la GPA en droit français demeure justiiée.
t Anonymat
Sur le principe, les membres
du Comité d’éthique sont clairement favorables à « la levée de
l’anonymat des futurs donneurs
de sperme », ain que les enfants
issus du don puissent en savoir
plus sur l’identité de leur géniteur. Cette prise de position est
une réponse à la demande exprimée avec force depuis plusieurs
mois par des associations regroupant des enfants nés d’un don de
sperme, et qui demandent d’accéder à l’identité de leur géniteur. En revanche, le CCNE reste
très lou sur les conditions dans
lesquelles pourrait s’opérer la levée de cet anonymat, renvoyant à
une rélexion ultérieure.
t Auto-
conservation
des ovocytes
C’est l’une des surprises de
l’avis. Fermement opposés à
sa légalisation en juin 2017, les
membres du CCNE se montrent
désormais favorables à l’autoconservation ovocytaire pour
toutes les femmes. Cette pratique consiste pour une femme à
pouvoir congeler ses ovocytes en
période fertile, ain de pouvoir y
recourir plus tard dans le cadre
d’une fécondation in vitro. Elle
est pour l’instant uniquement autorisée pour les femmes dont la
fertilité est menacée par un traitement médical (comme lors d’une
chimiothérapie).
Le Comité est favorable « à la
possibilité de proposer, sans l’encourager, une autoconservation
ovocytaire de précaution à toutes
les femmes qui le souhaitent, après
avis médical ». La seule limite posée est l’instauration d’un âge minimum et d’un âge maximum.
Pour justiier cette orientation, le
CCNE invoque notamment l’autonomie et la liberté des femmes. Si
l’on en croit l’argumentation déployée, la notion de « liberté » a
pesé lourd dans ce choix. Dans leur
avis précédent, les membres P P P
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
ÉVÉNEMENT
En couple depuis onze ans, Sophie et Agnès ont eu recours à une FIV en Belgique. Amélie Benoist/BSIP
3
P P P du Comité d’éthique avaient
insisté au contraire sur les risques
et les contraintes liés à la collecte
des ovocytes, ainsi que le succès
incertain de l’insémination pratiquée après décongélation ovocytaire. Outre ces risques médicaux, ils avaient aussi évoqué les
« risques de pressions sociales et
professionnelles » inhérents à cette
technique. Des objections rappelées dans l’avis d’hier, mais qui
semblent désormais
balayées d’un revers de main : « Ce
sont ces considérations, et non pas
du tout un principe éthique général », qui avaient conduit le CCNE
à s’opposer à cette pratique, justiie
le présent avis.
Il ne s’agit plus,
désormais,
d’encadrer
les recherches
en fonction de la
nature des cellules
utilisées, mais
en fonction du but
de la recherche.
t Recherche
sur l’embryon
Extraction de cellules fœtales contenues dans du liquide amniotique. Sandy Hufaker/Corbis via Getty Images
Dans ce domaine, le CCNE préconise des changements spectaculaires. D’abord, il plaide pour
l’allégement des autorisations
encadrant la recherche sur les
cellules souches embryonnaires.
Le Comité d’éthique estime en
efet que l’utilisation de ces cellules, prélevées d’un embryon
puis cultivées pour produire des
« lignées » exploitées par les chercheurs, ne pose pas les mêmes
« enjeux éthiques » que l’emploi
d’embryons. Il estime ainsi que
l’« origine embryonnaire » de ces
cellules n’est plus « l’élément déterminant » du débat éthique,
mais dit vouloir encadrer les recherches en fonction de leurs
objectifs. Ce faisant, le Comité
opère un renversement complet par rapport à la logique qui
a longtemps prévalu : il ne s’agit
plus, désormais, d’encadrer les
recherches en fonction de la nature des cellules utilisées, mais en
fonction du but de la recherche.
Cette proposition vient conirmer le desserrement progressif
des obligations entourant ces recherches : fermement interdites en
1994, elles ont été autorisées à titre
exceptionnel en 2004 avant que le
principe d’interdiction ne soit supprimé en 2013 et remplacé par un
régime d’autorisations encadrées.
La nouvelle distinction faite entre
embryons et cellules embryonnaires correspond à la demande de
nombreux scientiiques utilisant
ces cellules, qui dénoncent régulièrement des processus d’autorisation à leurs yeux trop restrictifs.
Suite page 3. P P P
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
ÉVÉNEMENT
4
paroles
Dépistage de la trisomie 21 d’après une prise de sang. Garo/Phanie
Membre du CCNE
et ancienne
directrice
de La Croix
ri
c
n
Corin e Simon
Dominique
Quinio
/C
i
« Je n’ai pas changé d’avis sur la PMA »
« Cet avis est vraiment à
part puisque, habituellement,
un groupe se penche sur un
sujet pendant de longs mois.
Cette fois, c’est un travail qui
mêle à la fois l’opinion du
CCNE et ce qui a pu ressortir
des états généraux de la bioéthique. Et les propositions qui
sont formulées dans l’avis ont
été passées en revue de manière très rapide, car le temps
nous était compté. Il n’y a pas
nécessairement eu de temps de
débat sur tous les thèmes : forcément, tout le monde ne pouvait pas être là tout le temps.
En bref, ce texte constitue une
contribution à la rélexion.
Lorsque nous sommes revenus
sur la PMA, j’ai été la première
à intervenir pour dire que tous
ceux qui avaient signé un avis
P P P Suite de la page 3
Autre point de desserrement : le
CCNE « s’interroge » sur l’opportunité de maintenir dans la loi
les deux conditions imposées
aux chercheurs souhaitant utiliser des embryons ou des cellules
souches embryonnaires : la inalité médicale et l’absence d’autre
option pour conduire ces recherches.
Enin, le CCNE est
favorable à la possibilité de modiier
génétiquement
des embryons
dans un cadre
exp érimental, à
condition que ces
embryons soient détruits à l’issue des expérimentations. Des éléments
qui, mis bout à bout, constituent
une véritable rupture dans la
ligne éthique qui fondait et caractérisait jusqu’alors la position
française.
minoritaire sur cette
question dans le texte
publié par le CCNE
en juin 2017, dont
moi, n’avaient pas
changé d’avis. Cette
précision igure
d’ailleurs clairement
dans le texte actuel.
C’est pourquoi j’ai estimé qu’il n’était pas nécessaire de le refaire, même s’il
est clair que je n’ai pas changé
d’avis sur cette question et suis
toujours aussi sceptique quant
à l’opportunité d’étendre la
PMA aux couples de femmes
et aux femmes seules.
Par ailleurs, signer un avis
minoritaire sur la PMA sousentendait que je partageais
pleinement les options prônées dans tout le reste du
texte, ce qui n’est pas le cas.
Il y a des thèmes que nous
n’avons pas suisamment
travaillés, comme celui
de l’extension des tests
génétiques, où il reste de
lourdes questions éthiques
à traiter. »
Recueilli par Loup Besmond
de Senneville
aux couples identifiés comme
porteurs d’une maladie d’une
particulière gravité. Le Comité
d’éthique propose de rendre possible l’accomplissement de ces
tests à la demande de tous les
couples qui le souhaiteraient,
pour tester une série de maladies
prédéterminées par les autorités.
Ce test serait pris en charge
par l’Assurance-maladie.
De même, sans être
aussi airmatif que
sur les tests préconceptionnels,
le CCNE souhaite
étudier l’extension
des techniques de
dépistage génétique à la population
générale. Sur les plans
éthique et pratique, ces évolutions ne sont pas sans conséquences. Il faudrait considérablement augmenter le nombre
de conseillers génétiques – ils
sont actuellement 200 à exercer
en France. Les questions éthiques
sont nombreuses : Quelles maladies tester ? Comment ? À qui et
comment annoncer les résultats ?
Les propositions du CCNE
concernent aussi le champ génomique, puisque le Comité propose
d’élargir le dépistage néonatal à
certaines maladies. Il encourage
également les nouvelles techniques, dites « non invasives » de
BIO
ETHI
QUE
t Tests
génétiques
et génomiques
Le CCNE se prononce en faveur
de l’élargissement de la pratique
de tests génétiques préconceptionnels. Aujourd’hui, ces tests
sont exclusivement réservés
repères
Les objections
éthiques
des évêques
Une position claire.
Dans un long document
intitulé La Dignité de la
procréation et publié jeudi
dernier, la Conférence des
évêques de France (CEF) réairmait son opposition à l’extension de la PMA aux couples
de femmes et aux femmes
seules, contraire
« à la dignité de l’enfant ».
diagnostic prénatal. « L’eicacité
de ce dépistage aura probablement
pour conséquence de diminuer le
nombre de naissances d’enfants
porteurs d’une trisomie 21 », peuton lire dans l’avis.
t Fin de vie
Le rapport du Comité exclut
clairement la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, insistant sur les dispositifs légaux
existants, en particulier sur la loi
Claeys-Leonetti adoptée en 2015.
L’avis parle de « l’impérieuse nécessité que cette loi soit mieux
Cinq obstacles.
Les évêques identiiaient cinq
obstacles majeurs à ce changement : la « privation d’une référence paternelle » engendrant
chez l’enfant des « soufrances
prévisibles », l’émergence d’un
« risque de marchandisation »
de sperme avec la tentation
d’achat de gamètes à l’étranger,
un recul pour la « mission de
la médecine » au service d’un
« désir d’enfant insatisfait »
et au détriment de « la réalité
biologique », et la crainte d’une
future légalisation de la GPA
– au nom du principe d’égalité –
pour les hommes.
Un appel à résister.
Désireux d’entrer « en
dialogue » avec la société,
les évêques appelaient
« à résister collectivement
à la fascination de la technique ». Ils ont envoyé leur
texte aux parlementaires, qui
devraient examiner le projet
de révision des lois de
bioéthique dès janvier.
connue, mieux appliquée et mieux
respectée ». Le Comité rejoint sur
ce point les conclusions d’un rapport de l’Inspection générale des
afaires sociales (Igas) publié en
juin dernier, qui se prononçait
également pour l’application de
la législation actuelle.
Il revient aussi sur le terme
de dignité, largement utilisé par
les partisans de la légalisation
de l’euthanasie. « Enseigner que
toute personne est digne, quel que
soit son statut, quelle que soit sa
condition, quel que soit son degré
d’indépendance, est essentiel. »
D’après nos informations, les
membres du CCNE ont un temps
envisagé de retenir une « exception d’euthanasie », avant de inalement y renoncer.
En revanche, les auteurs du
rapport ne ferment pas totalement la porte à l’évolution de la
loi dans ce domaine, puisqu’ils
envisagent que les textes puissent évoluer pour prendre en
compte « les situations dites exceptionnelles », en se fondant sur
des travaux de recherche déinissant précisément le périmètre de
ces situations. Des recherches qui
restent à mener.
Lire aussi La Croix du 21 septembre
sur la-croix.com
X Retrouvez
nos articles détaillés
Loup Besmond de Senneville
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
ÉVÉNEMENT
5
à l’unité de soins palliatifs de la maison médicale Notre-Dame-du-Lac, à Rueil-Malmaison. Luc Seba/Cocktail Santé
entretien
« A quoi sert le CCNE s’il suit l’air du temps ? »
Pierre Le Coz
Philosophe,
ancien vice-président
du Comité consultatif
national d’éthique
tPierre Le Coz
met en garde contre
le triomphe de l’autonomie
sur toute autre valeur.
Quel regard portez-vous
sur l’avis du Comité consultatif
national d’éthique ?
Pierre Le Coz : Il était prévisible.
Chacun se doutait qu’il se situerait dans la droite ligne de l’avis
de 2017, en rupture avec la philosophie des textes antérieurs,
puisque le Comité se montrait favorable à la PMA pour les femmes
en couple ou célibataires. L’avis
d’aujourd’hui semble moins résulter des états généraux de la bioéthique que d’une volonté d’enté-
riner une position déjà connue,
fondée sur la prééminence de la
liberté individuelle. Certes, il n’y
a pas de raison d’être nostalgique
d’une société où la volonté individuelle était soumise aux normes
du groupe. Mais je m’interroge
sur le risque de tomber dans l’excès inverse, promu par l’idéologie
« libertarienne » venue des ÉtatsUnis. Ce minimalisme éthique
conduit à se montrer favorable à
toute pratique tant qu’il n’est pas
prouvé que celle-ci nuise à autrui.
Le Comité rappelle en
introduction les principes qui
le guident : la non-nuisance,
la pertinence, l’autonomie,
la bienfaisance, l’équité.
S’en est-il éloigné selon vous ?
P. L. C. : Longtemps, le Comité a
œuvré pour une pondération entre
toutes ces valeurs, comme en 2005
avec l’avis sur la iliation. Son avis
aujourd’hui exprime le triomphe
de l’autonomie individuelle sur
toute autre considération. Qu’en
est-il de la pertinence médicale
de la PMA pour « indication sociétale », par exemple, renvoyant à la
frustration du désir ? Mais le principe qui me semble le plus fragilisé par le libertarisme, c’est la fraternité envers ceux qui vont nous
survivre. Comment notre société,
qui a enin décidé de se soucier des
générations futures, peut-elle ne
pas être attentive au bien des enfants à venir ? Les lois ne peuvent
pas déterminer le bonheur, mais
elles doivent poser les conditions
pour que chacun puisse librement
le rechercher.
La rélexion bioéthique
est par déinition évolutive
car, rappelle le rapport, elle
consiste à « intégrer en temps
réel les avancées scientiiques,
technologiques et sociétales ».
L’évolution du Comité
n’est-elle pas inévitable ?
P. L. C. : L’évolution des mœurs
et du droit de la santé, depuis cinquante ans, a clairement posé
l’autonomie comme valeur incontournable. Quel doit être le rôle du
Comité au sein de notre société
individualiste ? Un espace pour
l’esprit critique ou une caisse de
résonance de l’air du temps ? À
quoi sert-il s’il n’est que le portevoix de l’idéologie dominante ? Si
l’éthique du CCNE se résume au
respect de la liberté de l’individu,
comment peut-il, à terme, faire
obstacle à la GPA ou à l’euthanasie ? La logique libertarienne
est imparable. Sur des questions
sensibles, le rôle du CCNE est de
faire vivre la contradiction. Il devrait veiller à la représentation
de l’ensemble des sensibilités qui
traversent la société et, si nécessaire, aicher l’impossibilité d’un
consensus en rendant publique la
position minoritaire à côté de la
position majoritaire. Cette procédure de transparence a déjà été
mise en œuvre pour l’avis sur le
clonage thérapeutique en 2003.
Comment peut-il encore
atteindre cet objectif ?
P. L. C. : En pratique, c’est le
fonctionnement du CCNE qu’il
faudrait remettre à l’étude,
comme l’a d’ailleurs suggéré
son actuel président. Mettre en
place des votes à bulletin secret
sur certains sujets, ain que chacun puisse librement s’exprimer.
Rendre sa composition plus représentative, par des collèges
d’associations ou de citoyens.
Ceci implique de repenser les
nominations de ses membres.
Les modes de désignation en vigueur ne sont plus en phase avec
les évolutions de la société. Le
CCNE a posé la bonne question
à la veille des états généraux :
quel monde voulons-nous pour
demain ? La réponse devrait intégrer le souci pour les enfants à
venir et la pondération mutuelle
de nos valeurs : liberté, égalité,
fraternité. Face au nihilisme qui
menace et aux discours fatalistes,
le philosophe allemand Hans Jonas nous invitait au sursaut par
cette phrase : « Je perçois le devoir
de ne pas nous résigner. »
Recueilli par Béatrice Bouniol
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
Débats
6
vu par Rémi Malingrëy
billet
Alain Rémond
Action !
O
n peut être journaliste et
être, en même temps, très
mal informé. Je découvre
ainsi, avec un an de retard, qu’il
existe des salles de cinéma équipées d’une nouvelle technologie,
appelée 4DX, qui décoife sacrément (au sens propre). Supposons que vous alliez voir un ilm
d’action. Eh bien, l’action n’est
pas que sur l’écran : elle est dans
la salle. Déjà, à chaque choc, à
chaque explosion, les fauteuils
vibrent et bougent dans tous les
sens, en haut, en bas, à droite, à
gauche, en avant, en arrière.
S’il y a une scène d’orage, ça
déclenche aussitôt des éclairs,
des vrais, dans la salle, grâce à
des spots positionnés en hauteur.
De la même façon, en fonction de
l’intrigue, un système de soulerie vous envoie dans les cheveux
aussi bien une légère brise qu’un
vent de tempête. Des brumisateurs, placés au plafond et dans
les sièges, vous arrosent dès qu’il
pleut. Enin, des difuseurs installés dans les dossiers des fauteuils vous inondent d’odeurs et
de parfums. Apparemment, on
n’a encore rien trouvé de suisamment convaincant pour les
coups de feu. Ouf. Il se trouve
(apprends-je encore) que la toute
première salle équipée en 4DX
est tout près de chez moi. J’hésite. Je ne suis pas sûr d’avoir envie de sortir d’une séance de cinéma trempé comme une soupe,
les vêtements imprégnés de parfums divers, les yeux carbonisés
à cause des éclairs, sans parler
du mal de mer et des vertiges.
Ou alors je demande à être payé.
Comme un acteur.
courrier
Vos réactions par courrier : 18 rue Barbès, 92128 Montrouge Cedex. Par courriel : lecteurs.lacroix@bayard-presse.com. Sur le site : www.la-croix.com
Écologie (suite)
t Un de mes amis avait pour
métier de parcourir la planète
ain d’enquêter sur les problèmes d’énergie, en particulier
dans les pays en voie de développement. Il avait, il y a trente
ans, publié un rapport qui montrait clairement l’étroite corrélation entre PIB et consommation
d’énergie. Alors que l’on sait que
toutes les énergies renouvelables
possibles réunies ne suiraient
pas à satisfaire ne serait-ce que
le quart des besoins actuels, on
est en droit de se poser la question : croissance et lutte contre
le réchaufement sont-elles vraiment compatibles ? Une solution
radicale serait de généraliser le
nucléaire, mais c’est une perspective taboue. Il faudrait donc avoir
le courage d’airmer que pour
stopper ce réchaufement, la décroissance économique et/ou démographique est inévitable. Voilà
un sujet ou le « en même temps »
est sûr de ne pas fonctionner, et
aucun ministre de l’écologie n’y
pourra quelque chose.
Claude Beauducel
(Oise)
t (…) Au moment où il est de
plus en plus dramatiquement
évident que l’avenir de notre
planète est irréversiblement
engagé vers le pire, où nos décideurs ne prennent pas vraiment
le problème à bras le corps, sans
doute pour diverses raisons d’intérêt à court terme, où la magniique encyclique Laudato si’reste
quasiment lettre morte dans les
paroisses catholiques, très probablement parce que la majorité
d’entre nous a peur de devoir
rogner sur son train de vie – nous
sommes englués dans le confort
et l’abondance ; il est diicile d’en
sortir – j’attendrais de La Croix
qu’elle quitte sa ligne éditoriale
trop mesurée et qu’elle devienne
un journal « résistant » qui nous
aide vraiment à regarder la réalité
en face, sans concession.
Bernard Fouré
(Yvelines)
LE BILLET ÉCONOMIQUE
DE VINCENT DE FÉLIGONDE
DE
Vincent de Féligonde
TOUS LES JEUDIS À 7H15 DANS
LA MATINALE RCF DE STÉPHANIE GALLET
Oui, il faut rééquilibrer
les relations entre clercs et laïcs ;
et que dans chaque fonction
d’Église ait lieu une rélexion
sur le pouvoir.
Jacques D.
Affaire
Benalla
t Tout le monde en
convient, M. Benalla, jusqu’ici
inconnu, est entré par efraction dans l’actualité le 1er mai.
Et pas de la bonne manière.
Jouer au cow-boy et au policier
pendant une manif, sous prétexte
de maintien de l’ordre, c’est pas
malin. Surtout quand on a une
fonction importante auprès
du président de la République.
On a qualiié son intervention de
« brutale ». Mais la matérialité
des faits est de l’ordre de la bousculade. Pas d’hospitalisation de
la victime, même pas une ecchymose à montrer à la télé. C’est
frustrant pour nos médias.
Alors ils ont, comme souvent,
surjoué dans le commentaire.
Mais du point de vue disciplinaire, cet écart est suisamment
grave pour que la justice
s’en saisisse. Et elle l’est.
Mais les parlementaires se sont
emparés aussi de « l’afaire ».
Ils ont créé des commissions,
abandonné le travail en cours
(la réforme parlementaire).
On ne parle plus que de cela.
Les retransmissions des séances
de la commission sénatoriale
sont franchement comiques. Il
faut voir comment ces notables
se prennent au sérieux, s’écoutent parler, jouent aux précieuses
ridicules et prennent des airs
graves pour traiter de questions
que l’on ne se pose guère. Je ne
crois pas que cet empressement
à s’impliquer dans des jeux aussi
factices soit de nature à nous
réconcilier avec le personnel
politique.
Mesdames et messieurs les élus
de la Nation, parlez-nous de
ce qui devrait être votre souci
quotidien : que dites-vous de
la réforme de la santé ? Du plan
« pauvreté » ? De l’éducation nationale ? Des migrations actuelles
et futures ? De la réduction de
la dette et des réformes structurelles de l’état. De l’Europe, etc.
Et laissez la justice faire son travail concernant Benalla. Et tant
pis si les médias veulent faire le
« buzz ». Votre mission serait
de les en dissuader plutôt que
leur servir d’acteurs braillards
et radoteurs.
La politique vaut mieux que cela.
Elie Gefray
(Côtes d’Armor)
t On nous dit par médias
interposés que les Français
sont choqués par cette afaire.
74 % d’après les derniers sondages ! Si j’avais eu à répondre à
telle question, j’aurais répondu
que moi aussi je suis choqué.
Oui choqué, outré même par tout
le tintamarre qu’on fait autour
de ce qu’on pourrait appeler un
dysfonctionnement du pouvoir
exécutif. Un dysfonctionnement
grave ? Oui sans doute. Mais de là
à en faire tout un pataquès. Non.
L’afaire Audin, l’afaire Benbarka, l’afaire Boulin, l’afaire
du Rainbow Warrior, ce sont des
afaires d’état. L’afaire Benalla :
non, mille fois non. C’est une
afaire qu’on monte en épingle à
des ins de politique politicienne.
C’est une évidence. Les politiciens qui mènent cette afaire
n’en sortiront pas grandis. Et
plus généralement la politique.
La icelle est trop grosse. Quant
aux journalistes, ils seraient bien
avisés de mieux analyser
le contenu de ces sondages,
de ce que ressentent les Français
et de leurs attentes.
Jean Chaussade
(Dordogne)
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
FRANCE
7
Parcoursup, des ajustements
dès l’an prochain
tFrédérique Vidal, la
ministre de l’enseignement
supérieur et de la recherche,
a tiré hier un bilan
positif de la plateforme
d’orientation Parcoursup,
tout en annonçant plusieurs
mesures d’ajustement
pour la rentrée 2019.
tPlus de 900 bacheliers
n’ont, à l’heure actuelle,
toujours reçu aucune
proposition.
« Un objectif atteint mais des
ajustements nécessaires. » Après un
an de débats houleux, Frédérique
Vidal, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche,
a tiré hier, lors de sa conférence
de rentrée sur le campus d’Orsay
(Essonne), un bilan positif de l’an 1
de Parcoursup. « La plateforme a
pleinement fonctionné. Nous avons
tenu nos trois engagements pour
accomplir la démocratisation de
l’enseignement supérieur : supprimer le tirage au sort, mettre en
place un accompagnement personnalisé et faire baisser le coût de la
rentrée », s’est-elle félicitée.
Sur le s 81 2 000 candidats
inscrits en phase principale,
730 000 ont reçu au moins une
proposition, soit près de 90 %
des candidats. Au total, plus de
2 400 000 propositions d’admission ont été formulées en phase
principale, soit une moyenne de
trois propositions par candidat.
À l’issue des phases principale
et complémentaire restent aujourd’hui 955 lycéens sans afectation – dont 60 bacheliers généraux – qui sont accompagnés par
les commissions des rectorats. En
2017, pour la dernière année d’Admission post-bac (APB), 3 729 bacheliers étaient restés sans solution à l’issue de la procédure.
La ministre n’a néanmoins pas
précisé le nombre d’étudiants en
réorientation sans afection – ils
étaient 4 000 le 5 septembre. Frédérique Vidal a salué la progres-
essentiel
Décès T Ida Grinspan,
ancienne déportée
d’Auschwitz, est morte
Une des dernières survivantes
de la Shoah, l’ancienne déportée d’Auschwitz Ida Grinspan,
est décédée à l’âge de 89 ans.
C’est la députée des DeuxSèvres Delphine Batho qui l’a
annoncé dans la nuit de lundi
à mardi. Née à Paris en 1929 de
parents originaires de Pologne,
elle fut arrêtée en janvier 1943
puis déportée en février 1944 à
Auschwitz. Son frère survécut
lui aussi à la déportation, mais
pas leurs parents. Ida Grinspan
avait plusieurs fois témoigné
devant des collégiens.
Collectivités
La baisse des
dotations a mis
un « coup d’arrêt »
aux dépenses
locales
Accueil des étudiants à l’université Lumière-Lyon 2, le 3 septembre. Bruno Amsellem/Divergence
sion du nombre d’élèves boursiers à avoir reçu et accepté une
proposition lors de la phase principale (+ 21 %), notamment dans
des filières sélectives (+ 28 %).
Le nombre de bacheliers professionnels acceptés en STS (section de technicien supérieur) et
de bacheliers technologiques en
IUT est lui aussi à la hausse – respectivement + 23 % et + 19 % (lire
aussi ci-dessous).
Mais le passage d’une logique
d’afectation à une logique d’orientation ne s’est pas fait sans douleur. Première critique, la trop
longue durée de la procédure. Cet
été, en efet, de nombreux candidats ont conservé leurs vœux en
attente dans l’espoir de décrocher
une autre formation, alors qu’ils
avaient déjà reçu une proposition.
Ils n’ont pas pu préparer sereinement leur arrivée dans l’enseignement supérieur et les établissements ont, quant à eux, connu
Développer les formations
courtes professionnalisantes
Parmi les trois chantiers prioritaires de 2019, le ministère a aiché sa volonté de garantir l’égalité d’accès aux formations courtes
professionnalisantes. Ces ilières sont de plus en plus plébiscitées
par les titulaires du bac général, alors qu’elles avaient d’abord été
pensées pour les bacs professionnels et technologiques. L’objectif
est de proposer de nouveaux parcours d’une à trois années. « Nous
allons travailler en concertation avec les territoires pour déterminer les besoins de formation. » Le ministère a également annoncé
le lancement d’un travail de « rénovation des ilières professionnalisantes dans l’enseignement supérieur ».
très tard la liste déinitive de leurs
élèves, au risque de se retrouver
avec des places vacantes.
Le retour à une
hiérarchisation
des vœux a été
exclu pour éviter
le phénomène
d’auto-censure.
La ministre en a tiré les conséquences : l’an prochain, le calendrier sera resserré. La procédure
principale s’achèvera au plus
tard in juillet – contre début septembre cette année – pour « remédier au sentiment d’incertitude »,
principal point noir de Parcoursup. Les inscriptions pourront
alors être quasiment inalisées in
juillet. Cette évolution du calendrier, qui sera précisée après les
vacances de la Toussaint, est d’autant plus envisageable, selon la ministre, « qu’à la in du mois de juillet
près de 97 % des candidats avaient
déjà accepté la proposition qu’ils allaient conserver jusqu’à la in de la
procédure ». Le retour à une hiérarchisation des vœux a, lui, été exclu
pour éviter le phénomène d’autocensure et ne pas limiter « la liberté de choix des candidats ».
Ces derniers bénéicieront l’an
prochain de davantage d’informations. Chaque formation devra indiquer le rang du dernier reçu de
l’année 2018 ; les taux minimaux
de boursiers et maximum de nonrésidents de l’académie de formation seront dévoilés de manière
anticipée et l’aichage du taux de
remplissage des formations devra être perfectionné. Autre piste
d’amélioration : un raccourcissement du délai de réponse, proposition qui « ne fait pas encore
consensus ». Le ministère dit aussi
travailler sur un nouveau dispositif, « un répondeur automatique ».
Les candidats sûrs de leur choix
pourraient « déinir par avance la
réponse qu’ils apporteront aux différentes propositions qui leur sont
faites », a expliqué la ministre,
sans entrer dans les détails.
Face aux accusations de discrimination, qu’elle a qualifiées de
« politicardes », Frédérique Vidal s’est dite prête à travailler sur
« l’anonymisation des dossiers ».
« J’ai entendu cette vraie inquiétude des jeunes qui disent avoir
perdu coniance dans le système. »
Mais la ministre a refusé de répondre à la demande de rendre
publics les algorithmes utilisés
par les établissements pour choisir leurs futurs étudiants.
Après la séquence d’orientation des élèves vers les diférents
cursus, Frédérique Vidal a souligné que « l’enjeu de Parcoursup se jouait maintenant dans
les amphis ». « C’est dans la durée
qu’on mettra in à la sélection par
l’échec. » Les chifres concernant
les taux d’abandon et de réussite
en fin de première année seront
donc particulièrement scrutés.
Anaïs Brosseau
La baisse des dotations de
l’État aux collectivités territoriales de 2014 à 2017 a mis « un
coup d’arrêt » à la progression
des dépenses publiques locales, mais cette amélioration
reste fragile, selon le rapport
annuel de la Cour des comptes
sur les inances locales. Globalement, cette stratégie mise en
place sous le quinquennat de
François Hollande s’est révélée eicace malgré une reprise
des dépenses en 2017, quand
les contraintes inancières ont
été un peu desserrées. Une
« grande incertitude » demeure
en revanche sur la réalisation
de la trajectoire prévue par
la loi de programmation des
inances publiques 2018-2020.
Adoption T
L’Igas saisie pour
discrimination sur des
couples homosexuels
Le ministère de la santé a
saisi l’Inspection générale des
afaires sociales (Igas) après
des propos tenus par une responsable du service adoption
du conseil départemental de
Seine-Maritime. Celle-ci avait
estimé en juin que les couples
homosexuels correspondaient
moins aux critères requis
pour adopter un bébé en
bonne santé qu’un couple
hétérosexuel.
X
sur la-croix.com
t Des élus locaux
se rebellent contre
l’État centralisateur
t Roland Castro
rêve « Paris en grand »
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
MONDE
8
Les migrants de l’« Aquarius »
débarqueront à Malte
tAu terme d’un long
suspense, le gouvernement
maltais a annoncé,
hier après-midi, que
les 58 migrants présents
à bord de l’Aquarius
débarqueront à Malte et
seront immédiatement
répartis dans d’autres
pays européens.
tLe Portugal, de son côté,
a fait état d’un accord trouvé
avec Paris et Madrid pour
l’accueil des migrants.
Après plusieurs heures d’incertitudes, le gouvernement maltais
a inalement consenti, hier, à voir
débarquer les migrants de l’Aquarius à Malte. Transbordées sur un
navire maltais dans les eaux internationales, les 58 personnes à bord
seront ensuite immédiatement réparties dans plusieurs pays européens. Le Portugal a notamment
annoncé être parvenu à un accord
avec Paris et Madrid pour prendre
en charge 10 de ces migrants débarqués en territoire européen.
L’Aquarius transporte donc
58 migrants, parmi lesquels
17 femmes et 18 mineurs, dont
trois enfants de moins de 3 ans. Il
s’approchait hier après-midi des
côtes maltaises. Préalablement,
dès lundi, l’ONG SOS Méditerranée,
qui l’a afrété, avait demandé à Paris l’autorisation d’accoster à Marseille, son port d’attache. « Nous
avons l’objectif d’aller à Marseille
pour des questions administratives.
Le siège de notre ONG étant là-bas, y
régler les problèmes de pavillon sera
plus simple pour nous », expliquait
alors Francis Vallat, président de
SOS Méditerranée.
« Son activité réelle
de sauvetage fait
partie d’un interstice
indéini en droit
humanitaire
et maritime. »
Le navire humanitaire pourrait en effet perdre le pavillon
panaméen sous lequel navigue aujourd’hui 18 % de la lotte
mondiale. Les autorités de l’État
d’Amérique centrale ont annoncé,
samedi, qu’une plainte italienne
avait porté à leur attention sur le
« non-respect des procédures juridiques internationales ». SOS Méditerranée et MSF ont de leur côté
Migrants secourus par l’Aquarius le 24 septembre. Maud Veith/AFP
dénoncé les pressions politiques
italiennes, démenties par Matteo Salvini. En août, déjà, Gibraltar avait retiré l’immatriculation
du bateau pour des raisons similaires. « Que ce soit Gibraltar ou le
Panama, nous avons droit à tous les
prétextes possibles pour nous retirer
notre pavillon, dénonce Francis Vallat. C’est un jeu purement politique,
qui se cache derrière des histoires de
conventions internationales. »
Ancien navire d’approvisionnement de plates-formes pétrolières,
le bateau, considéré aujourd’hui
comme navire de recherche, est
aussi attaqué sur son statut oiciel. « Son activité réelle de sauvetage fait partie d’un interstice
indéfini en droit humanitaire et
maritime, estime Paul Tourret,
directeur de l’Institut d’économie
maritime. Elle n’est pas illicite,
mais inédite, et interroge sur une
zone grise du droit maritime international. » En sursis, le pavillon
ne pourra néanmoins pas être retiré tant que l’Aquarius n’aura pas
accosté. SOS Méditerranée demande donc aux autorités euro-
repères
La Méditerranée
de plus en plus mortelle
qu’à la même période en 2017.
Au 25 septembre, le nombre
de traversées s’élevait à 78 281.
De moins en moins de départs. À la mi-août, 69 420
personnes avaient tenté de rejoindre l’Europe en traversant
la Méditerranée depuis le début de l’année, selon le HautCommissariat aux réfugiés, qui
estime que c’est 41 % de moins
Un taux de mortalité qui
explose. Entre janvier et
juillet 2018, toujours selon
le HCR, une personne sur 18
tentant la traversée par la
Méditerranée centrale est morte
ou a disparu, contre une sur 42
pour la même période de 2017.
Au 25 septembre, le nombre
de morts atteignait 1 719.
péennes d’intercéder en sa faveur
auprès du Panama et, à défaut,
de lui octroyer un pavillon européen. « Nous souhaitons surtout
pouvoir repartir en mer le plus tôt
possible », réairme Francis Vallat.
En mer depuis le 15 septembre,
le bateau humanitaire Aquarius
affrété par SOS Méditerranée et
Médecins sans frontières (MSF) a
efectué depuis deux sauvetages.
Le 20 septembre, il a porté secours
à 11 migrants, dont un adolescent,
dérivant dans un petit canot dans
les eaux internationales au large
des côtes libyennes.
L’équipage avait alors refusé de
transférer les naufragés sur un patrouilleur libyen ain qu’ils soient
ramenés vers la Libye, pays que
l’ONG ne considère pas comme un
« lieu sûr ». Trois jours plus tard, le
bateau a secouru 47 migrants d’un
canot en détresse dans les eaux in-
ternationales, après des négociations avec les gardes-côtes libyens.
Depuis juin, ces derniers sont chargés de la coopération des secours
en mer dans cette partie des eaux
internationales.
Hier, avant l’annonce des autorités maltaises, le gouvernement
français avait indiqué son refus
d’autoriser l’Aquarius à accoster
à Marseille. Une position clivante
dans la classe politique, entre une
droite qui refuse majoritairement
l’accueil dans un port français, et
une gauche qui, comme Jean-Luc
Mélenchon, estime qu’il s’agit de
« notre devoir et notre honneur ».
« Selon le droit de la mer, c’est le port
le plus proche qui doit accueillir »,
argumentait-on au ministère des
afaires européennes. Malte a suivi
sur ce point l’avis de Paris.
Justine Benoit
et Nathalie Birchem
sur la-croix.com
X « Près de trois navires
sur quatre battent pavillon
d’États étrangers »
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
MONDE
9
En Suède, le Parlement vire à droite
mais accueille une femme voilée
tLe centre droit et
l’extrême droite ont uni leurs
voix hier pour démettre
le premier ministre socialdémocrate Stefan Lofven,
afaibli après les législatives
du 9 septembre.
tDans ce contexte
chahuté par les questions
d’intégration, une députée
voilée, Leila Ali Elmi (Les
Verts), fait son entrée au
Parlement grâce au vote
« personnel » des électeurs.
Stockholm
De notre correspondante
Les Suédois s’accoutument doucement aux nouveaux visages de
leur représentation nationale, dans
la foulée des élections générales.
Depuis lundi, un conservateur, Andreas Norlén, a été élu président du
Riksdag, avec le soutien du parti
d’extrême droite des Démocrates
de Suède sortis renforcés du scrutin avec 17,5 % des voix. Reste à savoir qui sera le prochain premier
ministre. Le Parlement n’a pas renouvelé la coniance au social-démocrate Stefan Lofven, hier.
Andreas Norlén doit convier les
leaders de partis en vue de former
un gouvernement. Les tractations
peuvent encore prendre des semaines. En attendant, les regards
se tournent vers un proil encore jamais vu dans l’hémicycle suédois :
Leila Ali Elmi, une femme voilée
suédo-somalienne. Membre des
Verts à Göteborg, elle est originaire
d’Angered, un quartier défavorisé
de la ville.
Placée 21e sur la liste de son parti,
elle n’était pas en position d’être
élue. C’était sans compter une
subtilité du vote suédois. Les électeurs, dans l’isoloir, ont en efet la
possibilité de cocher le nom d’une
personne pour la faire remonter
dans la hiérarchie des candidats.
Avec 1 467 « voix personnelles »,
la novice en politique a rassemblé plus de 6 % des voix des Verts
au niveau national. « Un record
suédois », selon le politologue de
Göteborg Patrik Ohberg. Dépasser
la barre des 5 % suisait pour être
automatiquement propulsée au
rang de députée.
La polémique a vite gonlé. « Une
inconnue pourrait prendre place au
Parlement », titre le tabloïd suédois
Expressen, le jour du résultat. Aux
journalistes, la secrétaire des Verts
à Göteborg répond : « Leila, je ne l’ai
jamais rencontrée. » Les questions
fusent : qui est donc cette inconnue, portant le voile et ayant fait
campagne à la fois en somalien et
en suédois ?
« Si certains groupes votent personnellement pour des candidats en
fonction de leur appartenance, cela
peut déformer la démocratie (…), le
risque étant que des petits groupes
organisés gagnent de l’influence
disproportionnellement », estime
Ivar Arpi, éditorialiste au journal
conservateur Svenska Dagbladet.
« Conduira-t-elle des questions qui
proitent principalement au groupe
somalien ou musulman ? »
L’élue e st née en S omalie,
comme 66 000 habitants du
royaume, mais vit en Suède depuis
ses deux ans. Elle assure avoir fait
campagne pour « motiver les gens
à voter » dans un quartier marqué
par l’abstention, où les résultats
scolaires sont faibles, et où 46 %
des enfants vivent à l’étroit. Elle
doit en partie sa victoire au club de
football local qui n’a cessé de faire
du porte à porte pour elle. Concer-
nant son voile, la députée explique
qu’elle va peu à la mosquée, qu’elle
a trouvé la religion à un moment
où elle allait mal.
Dans un pays où 18,5 % de la population est née à l’étranger, Leila
Ali Elmi n’est pas un cas isolé.
Plusieurs candidats issus de l’immigration se sont invités dans les
conseils municipaux et régionaux,
à l’issue des élections du 9 septembre, grâce à une forte visibilité
sur le terrain pendant la campagne.
Pour Patrik Ohberg, c’est le revers de la médaille, pour les partis : « Leila Ali Elmi n’était pas là
pour être élue mais pour décorer la
liste électorale. C’est toujours mieux
pour les statistiques d’avoir de la
diversité », critique l’expert. Selon
lui, le cas Leila Ali Elmi pourrait
susciter des vocations, mais aussi
inciter les partis à faire « plus attention » à leurs listes. Il reste, quoi
qu’il en soit, du chemin avant que
les habitants des 23 quartiers classés comme « particulièrement exposés » se sentent représentés. À en
croire les comptes de la télévision
suédoise SVT, seul 1 % des candidats au Parlement en étaient issus.
Élodie Pradet
Une bourse d’échange pour commercer
librement entre l’Europe et l’Iran
Les Européens sont décidés à
préserver le commerce des entreprises européennes avec l’Iran
tout en échappant aux sanctions
américaines. Ils l’ont montré en
annonçant la création de l’« entité
spéciique » (Special Purpose Vehicle – SPV) assimilée à une bourse
d’échange ou à « un système de troc
sophistiqué ». « Concrètement, les
États membres de l’UE vont instaurer une entité légale pour faciliter les
transactions financières légitimes
avec l’Iran », a annoncé la chef de
la diplomatie de l’UE, Federica Mogherini, dans une déclaration lue
avec le ministre iranien des afaires
étrangères, Javad Zarif.
Par cette décision, l’Europe tient à
réairmer son intention de se maintenir au sein de l’accord de Vienne
sur le nucléaire iranien, signé en
juillet 2015, malgré le retrait des
États-Unis en mai dernier. Retrait
que Washington a accompagné d’un
nouveau train de sanctions auxquelles s’en ajouteront d’autres, le
4 novembre. Ces dernières frapperont directement les exportations
de pétrole iraniennes et les opérations bancaires avec ce pays, qui se
trouvera de facto déconnecté des
circuits inanciers internationaux.
Selon l’accord de Vienne, le retrait
des États-Unis, et le retour des sanctions qui l’accompagne, est une décision juridiquement contestable et
inopposable aux autres parties qui
ont décidé de rester dans l’accord.
Toutefois, cela n’a pas suffi à rassurer de nombreuses entreprises
françaises qui, telles Total ou PSA,
ont préféré se retirer du marché iranien. Elles redoutent d’être victimes
du principe d’extraterritorialité, selon lequel le Trésor américain peut
poursuivre toute entreprise étrangère ayant un lien avec les ÉtatsUnis si elle se livre à une action
contraire aux intérêts nationaux.
Il suffit par exemple d’opérer une
transaction en dollars.
« En créant cette ”entité spécifique” européenne, à l’origine une
initiative allemande, explique
maître Louis de Gaulle, président
de la commission Iran du Club des
juristes, les entreprises vendront ou
achèteront à cette entité. Elles ne
seront pas directement en lien avec
l’entreprise ou l’État iranien. C’est
cette entité, autrement dit l’UE, qui
s’en chargera. Ce qui devrait protéger les entreprises de la loi d’extraterritorialité. » Les transactions pourront faire l’objet d’un troc ou d’un
paiement en devises, même en dollars. Si par exemple l’Iran vend du
pétrole à l’Espagne et l’Allemagne
des machines-outils à Téhéran, la
somme correspondant à la livraison
du pétrole servirait directement à
payer le fournisseur allemand. Si
les États-Unis voulaient attaquer
cette entité, ils s’attaqueraient de
fait à l’Europe, et le diférend deviendrait politique. Ce mécanisme
européen de contournement des
sanctions permet de « donner des
gages à l’Iran », en échange de son
maintien dans l’accord et de son
renoncement à un programme
nucléaire militaire, « et d’éloigner
le risque sans toutefois l’éliminer »,
modère cependant Louis de Gaulle.
Et il est peu vraisemblable que
les grandes entreprises ayant des
intérêts aux États-Unis, comme
Total, aient recours à ce système.
Agnès Rotivel
ONU T L’ordre
mondial « de plus
en plus chaotique »
au cœur du discours
d’Antonio Guterres
« Aujourd’hui, l’ordre mondial est de plus en plus chaotique… » Inaugurant hier
l’Assemblée générale des nations Unies, son secrétaire
général, le Portugais Antonio
Guterres, a dressé un bien
sombre portrait de la planète.
Il a déploré que « le multilatéralisme soit autant critiqué », il a évoqué « les principes démocratiques attaqués,
l’état de droit sapé, l’impunité
en développement ». « Nous
devons renouveler nos engagements en faveur d’un ordre
reposant sur des règles, avec
les Nations unies au centre »,
a-t-il réclamé.
États-Unis T
Un double espoir
pour les paraplégiques
Dans l’État américain du
Kentucky, les patients d’un
programme expérimental de
rééducation sont capables de
marcher de nouveau grâce à
une stimulation électrique
de leur colonne vertébrale,
selon des résultats publiés
lundi dans la revue New England Journal of Medicine,
qui indique que deux autres
personnes peuvent se lever
ou s’asseoir. Dans le même
temps, la revue Nature Medicine fait état d’un autre
homme paraplégique, traité
dans le Minnesota, qui réussit
à remarcher grâce à une
électrode implantée dans
la colonne.
sur la-croix.com
Plus d’informations
X
sur la-croix.com
t Le chirurgien sudsoudanais Evan Atar
Adaha reçoit le prix
Nansen du HCR
t En Russie, le parti
de Vladimir Poutine
s’essoule
DU GRAIN À MOUDRE.
Hervé Gardette
Jeudi 27 septembre
> 18H2
© Radio France/Ch. Abramowitz
tL’UE va créer un système
de troc pour préserver
le commerce des entreprises
européennes avec l’Iran tout
en échappant aux sanctions
américaines.
essentiel
Notre modèle social est-il périmé ?
Émission co-présentée par Hervé Gardette et Guillaume
Goubert, directeur de la rédaction de
franceculture.fr /
@Franceculture
L’esprit
d’ouverture.
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
ÉCONOMIE
10
Le fait religieux se banalise
dans l’entreprise
repères
Ce qui est acceptable
et ce qui ne l’est pas
Le fait religieux n’est pas
tabou dans l’espace de travail :
7 personnes sur 10 ne voient pas
d’objection au fait de parler de
religion avec les collègues
de travail si cela ne gêne pas
la réalisation du travail (71 %).
La proportion est la même pour
la prière pendant les pauses
(70 %). En revanche, deux tiers
des personnes sondées (66,6 %)
sont opposées au fait de proposer
à d’autres de venir prier.
La pratique religieuse ne doit
pas primer sur la réalisation
du travail : 9 personnes sur
10 considèrent qu’il n’est
pas légitime de refuser de
réaliser une tâche pour des
motifs religieux (90,5 %) ou
de travailler avec une autre
personne pour les mêmes
motifs (93,5 %).
Les demandes d’absence et la pratique de la prière durant les pauses priment désormais sur le port visible de signes religieux. B. Sacha/Getty Images
tLa religion est devenue
une réalité comme une autre
sur le lieu de travail, estime
l’enquête annuelle réalisée
par l’Observatoire du fait
religieux en entreprise (Ofre)
et l’Institut Randstad.
tMais s’ils restent
minoritaires, les cas
conlictuels ont tendance
à augmenter.
Dans la très grande majorité des
entreprises, l’expression de l’appartenance religieuse sur le lieu
de travail n’est pas un problème.
Et dans neuf cas sur dix, elle n’en
gêne pas le bon fonctionnement.
C’est le principal enseignement de
la sixième édition de l’étude annuelle sur le fait religieux en entreprise, menée par l’Observatoire du
fait religieux en entreprise (Ofre) et
l’Institut Randstad, que La Croix
publie en exclusivité (1).
Aujourd’hui, 65 % des personnes
interrogées observent « rarement »
ou « occasionnellement » des faits
religieux sur leur lieu de travail
(quelques fois par trimestre ou par
an). Le chifre est stable depuis 2016
et confirme la place qu’a prise en
quelques années la religion dans le
monde de l’entreprise. En revanche,
la part des personnes confrontées
« régulièrement » baisse pour la première fois : 29,5 % en 2018 contre
34 % en 2017. Le chiffre était de
14 % en 2014. L’essentiel des faits
religieux concerne l’islam.
« Le fait religieux se banalise et
s’airme comme une réalité de l’entreprise. Dans la plupart des cas, il
est parfaitement accepté et s’exprime
de manière apaisée », souligne Laurent Morestain, le président de
l’Institut Randstad et secrétaire général du groupe d’intérim. Avec 5 %
des situations de blocage, ce n’est
pas, et de très loin, le sujet le plus
conflictuel dans l’entreprise, qui
reste le travail lui-même (35 %).
La typologie des manifestations
du fait religieux est aussi en train
de changer. Le port de signe visible de sa croyance, qui représente
19,5 % des cas, est détrôné par les
demandes d’absences (21 %). Ils
sont suivis par toutes les requêtes
liées à l’aménagement du temps
de travail (15 %) et la pratique de la
prière pendant les pauses (10,5 %).
« Il y a une maturité du fait religieux. Et une sorte d’équilibre
semble avoir été trouvé sur la manière de pratiquer ou d’aicher sa
croyance sans que cela gêne la bonne
marche de l’entreprise, note Lionel
Olivier, directeur de l’Ofre et professeur à l’université de Papeete. Il
y a encore quatre ou cinq ans, c’était
le grand capharnaüm, personne ne
sachant comment faire. »
« Dans la plupart
des cas, le fait
religieux est
parfaitement accepté
et s’exprime de
manière apaisée. »
Ces changements plutôt positifs
sont liés en grande partie, selon
lui, à la loi El Khomri de 2015 qui
a permis aux entreprises d’édicter
un règlement intérieur encadrant
les pratiques religieuses. « À peine
un tiers des entreprises en ont mis
un en place, c’est assez peu. Mais la
loi a surtout envoyé un signal clair
en poussant toutes les parties à discuter et à trouver des compromis,
relève Lionel Olivier. Les salariés
savent jusqu’où ils peuvent aller, et
les managers ont désormais acquis
un savoir-faire. »
Enfin, l’amélioration de la
conjoncture et la pénurie de maind’œuvre dans certains secteurs,
comme la sécurité, expliquerait
également une plus grande tolérance des recruteurs. « Ils sont aujourd’hui concentrés sur la compétence des candidats et la manière de
les idéliser. Le reste vient au second
plan », airme le président de l’Institut Randstad.
Mais tout n’est pas rose. Les cas
conflictuels représentent 9,5 %
des faits religieux en 2018, contre
7,5 % en 2017. « Près des deux tiers
des personnes interrogées pensent
qu’ils vont augmenter dans le futur », souligne l’étude.
Les causes sont toujours les
mêmes. Notamment la stigmatisation, la prière pendant le temps
de travail, le prosélytisme, le refus
d’exécuter une tâche et le refus de
travailler avec une femme ou de
lui serrer la main. « Cela concerne
une minorité d’entreprises qui est
totalement désarmée et ne trouve
pas de réponse avec la loi », note
Lionel Olivier.
« Les secteurs concernés sont principalement ceux qui emploient de la
main-d’œuvre peu qualiiée. Mais
on commence à voir apparaître des
cas de conflits chez les cadres, notamment dans l’informatique »,
explique Denis Maillard, auteur
d’un livre sur le sujet. Aujourd’hui,
plus d’un manager sur deux (55 %)
affirme de pas disposer des ressources nécessaires pour gérer les
situations conflictuelles impliquant un fait religieux.
Jean-Claude Bourbon
(1) Enquête réalisée à partir d’un
questionnaire adressé à un échantillon
de 25 000 cadres travaillant en France.
1 453 questionnaires complets ont
été recueillis, et après suppression
de ceux qui n’étaient pas exploitables,
1 111 ont été pris en compte dans l’étude.
(2) Quand la religion s’invite dans
l’entreprise, Denis Maillard, Fayard,
octobre 2017, 232 p., 18 €.
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
ÉCONOMIE
11
essentiel
explication
La Sécurité sociale sort du déficit
tPour la première fois
depuis 2001, la Sécurité
sociale devrait dégager
un excédent l’année
prochaine.
Comment va la « Sécu » ?
La Sécurité sociale se remet
en forme. Selon le projet de loi
de financement de la Sécurité
sociale présenté hier, le célèbre
trou de la Sécu devrait en efet
disparaître en 2019. L’ensemble
des quatre branches du régime
général (santé, retraite, famille,
accident du travail) et le FSV (qui
inance notamment le minimum
vieillesse et les cotisations retraite des chômeurs) vont terminer l’année prochaine sans déicit. Une première depuis… 2001.
En réalité, le régime général
va sortir du rouge dès cette année. Mais son excédent (1,1 milliard euros) ne suffira pas à combler le déficit persistant du FSV
(2,2 milliards). En 2019, en revanche, le régime général dégagera davantage de marges
(2,5 milliards) permettant alors
de gommer les pertes du FSV
(1,8 milliard) et de finir l’année
dans le vert avec un gain d’environ 700 millions d’euros.
Pourquoi
ce redressement ?
Cette embellie résulte d’une
amélioration progressive des
comptes que la crise inancière
de 2008 avait plongé dans le
rouge vif, jusqu’à atteindre un
déicit record de près de 30 milliards d’euros en 2010. Même
la branche maladie, longtemps
qualifiée « d’homme malade de
la Sécurité sociale », achève sa
convalescence et devrait aicher
un déicit limité d’un demi-milliard d’euros en 2019.
Alors que le vieillissement de
la population alourdit inexorablement les dépenses de protection sociale, le retour à l’excédent s’est fait par l’augmentation
des recettes mais aussi par des
coups de frein sur les dépenses.
Celles-ci « évolueront de 2 %
en 2019, contre 2,3 % initialement prévus », s’est félicité hier
le ministre des comptes publics
Gérald Darmanin. Elles passeront ainsi de 396 milliards d’euros en 2018 à 404 milliards en
« Il serait absurde
de voir la Sécu aicher
des excédents par milliards.
Il est donc normal
qu’elle assume une partie
des coûts qui sont
venus alourdir
le déicit de l’État. »
2019. Ces mesures de maîtrise
ont beaucoup touché l’hôpital et
le secteur du médicament. Mais
pas seulement. En 2019, le retour
dans le positif doit beaucoup à
une mesure qui va peser directement sur les ménages : le quasigel des pensions et de certaines
prestations, qui n’augmenteront
que de 0,3 %. Une mesure qui va
permettre à la Sécurité sociale
d’économiser 1,8 milliard d’euros
l’année prochaine, dont 1,6 milliard sur les seuls retraités.
Quelles perspectives
pour les années à venir ?
Même si la Sécu a retrouvé
des couleurs, le gouvernement
n’entend pas relâcher l’effort.
Il prévoit au contraire de poursuivre les économies ain que la
Luxe T Versace et
Patou changent de main
sphère sociale puisse progressivement absorber des dépenses
jusqu’à présent prises en charge
par l’État, notamment les allégements de charges sociales
consentis au il des ans.
« Il serait absurde de voir la
Sécu afficher des excédents par
milliards. Il est donc normal
qu’elle assume une partie des
coûts qui sont venus alourdir
le déficit de l’État », explique
un conseiller de Bercy. Dans le
même temps, le gouvernement
prévoit aussi d’afecter une partie des recettes à la résorption de
la dette accumulée au il des ans.
La Caisse d’amortissement de
la dette sociale (Cades) va récupérer 15 milliards d’euros supplémentaires de dettes toujours
inscrits dans les comptes de la
Sécurité sociale. En échange, la
Sécu devra abandonner une partie de ses ressources (environ
5 milliards d’euros de CSG par
an) au profit de la Cades. Avec
l’objectif, réairmé par le gouvernement, que la dette sociale
restante (105 milliards d’euros
fin 2018) soit totalement remboursée d’ici à 2024.
Mathieu Castagnet
La fiscalité n’est pas le meilleur outil
pour réduire les inégalités
tUne étude inédite
publiée hier révèle que le
dispositif iscal américain
redistribue mieux les
richesses qu’en France.
tLa France reste
néanmoins un pays
plus égalitaire en raison
d’une situation de départ
moins défavorable.
Voilà une étude à rebours des
idées reçues, et riche d’enseignements pour faire évoluer la lutte
contre les inégalités sociales en
France et à l’étranger. Pendant
plusieurs années, une équipe de
chercheurs issus du laboratoire
sur les inégalités mondiales et
de l’Institut des politiques publiques (IPP) a comparé les inégalités de revenus en France et
aux États-Unis, avant et après
impôts et en tenant compte, pour
la première fois, de l’ensemble
des cotisations et transferts sociaux (allocations familiales,
aide au logement et autres prestations sociales).
Première conclusion de cette
étude dévoilée hier (1) : le sys-
tème fiscal et social américain
est plus efficace que le dispositif français pour redistribuer.
Le premier a en effet contribué,
d’après les calculs, à réduire en
moyenne de 34 % les inégalités après impôts sur 1990-2018
outre-Atlantique, tandis que sur
la même période, cet indicateur
a été réduit de 23 % en France.
Cela tient à la structure de la fiscalité de part et d’autre de l’Atlantique : plus progressive aux
États-Unis, où l’impôt sur le revenu pèse lourd dans les prélèvements, et davantage indirecte
et proportionnelle en France en
raison du poids important de la
TVA et la CSG par rapport à l’impôt sur le revenu.
Pour autant, le système iscal
et social tricolore est aujourd’hui
deux fois plus eicace qu’en 1990
pour réduire les inégalités sociales. « Cela a permis de contrecarrer leur progression en France
en trente ans, alors qu’elles se sont
accrues aux États-Unis », précise
Jonathan Goupille-Lebret.
Comment expliquer cette différence entre les deux côtés de
l’Atlantique ? Par les inégalités
de départ, dites « inégalités primaires ». Elles sont beaucoup
plus fortes aux États-Unis qu’en
France. L’efort à fournir pour les
compenser est donc nettement
plus important.
« En plus de la iscalité,
on peut également
citer les politiques
publiques soutenant
l’accès à l’éducation
et à la santé, l’existence
d’un salaire minimal
et d’un système eicace
de négociations collectives,
de la présence ou non
de syndicats… »
Et pour cela, la fiscalité n’est
pas forcément l’outil le plus
performant. Il en existe bien
d’autres, énumère Antoine Bozio,
de l’IPP, qui a coordonné l’étude :
« On peut citer les politiques publiques soutenant l’accès à l’éducation et à la santé, l’existence
d’un salaire minimal et d’un système eicace de négociations collectives, de la présence ou non de
syndicats… »
Les chercheurs reconnaissent
que le poids de chacun de ces éléments reste diicile à quantiier,
ouvrant la voie à de nouvelles recherches. Cette piste s’annonce
prometteuse pour réduire les disparités aux États-Unis, mais aussi
en France qui était plutôt bonne
élève mais qui a vu les « inégalités primaires » se dégrader progressivement en trente ans.
L’étude dévoile par ailleurs des
chifres qui montrent que le taux
moyen d’imposition des 0,01 %
les plus favorisés, qui s’était redressé entre 2013 et 2016 pour
rejoindre le taux d’imposition
moyen des autres ménages français, a de nouveau baissé dès
cette année 2018, sous l’efet de la
suppression partielle de l’impôt
de solidarité sur la fortune (ISF)
et de l’instauration d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU) de
30 % sur les revenus du capital.
Marie Dancer
(1) « Trois décennies d’inégalités et de
redistribution en France, 1990-2018 »,
septembre 2018. Par une équipe issue du
laboratoire WID (World Inequality Lab) et
de l’Institut des politiques publiques (IPP).
L’américain Michael Kors a oicialisé hier le rachat de la maison italienne Versace, l’une
des rares à être encore indépendantes, valorisée à 1,83 milliard d’euros. Selon les spécialistes, cette vente permettrait à
la marque américaine, célèbre
pour ses sacs à main, de se
transformer en une maison de
marques de luxe. De son côté, le
géant mondial du luxe LVMH a
pris une « participation majoritaire » dans la maison de couture
et de parfumerie Jean Patou,
connue pour son parfum Joy.
1000
mégawatts. C’est la
capacité de la nouvelle
centrale à charbon
que la société d’état
polonaise Enea
construira à Ostroleka
(120 kilomètres au nord de Varsovie), malgré les protestations
des écologistes et l’organisation de la COP24 dans le pays
en décembre. Si la Pologne tire
90 % de son électricité de centrales à charbon et à lignite, le
ministère de l’énergie a indiqué
qu’il s’agirait de la dernière centrale de ce genre construite dans
le pays. Aujourd’hui, environ
100 000 personnes sont employées dans le secteur du charbon en Pologne, avec 65,5 tonnes
extraites des mines l’an dernier.
Argentine T
Démission surprise
du gouverneur
de la Banque centrale
Alors que son pays était touché
par une grève générale pour protester contre l’austérité, le gouverneur de la Banque centrale
de la République d’Argentine
(BCRA), Luis Caputo, a démissionné hier. Il aurait été mis à
l’écart en raison de divergences
avec le Fonds monétaire international (FMI), qui a octroyé voici
trois mois à l’Argentine un prêt
de 50 milliards de dollars. Le
peso a perdu la moitié de sa valeur face au dollar depuis le début de l’année, ce qui a conduit
à une forte inlation et un grand
mécontentement social.
X
sur la-croix.com
t La bonne santé des
énergies renouvelables
aux états-Unis
t L’investissement
socialement responsable
(ISR) doit conquérir
le grand public
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
RELIGION
12
Abus sexuels, l’Eglise allemande
poursuit son travail de vérité
Mer
du Nord
Danemark
Mer
Baltique
Berlin
ALLEMAGNE
HESSE
Belg.
Lux.
Fulda
Francfort
France
Munich
Pologne
PaysBas
Rép.
tchèque
Autriche
200 km
tLes évêques allemands,
réunis de lundi à jeudi
en Assemblée plénière à
Fulda, analysent, depuis
hier, le rapport d’expertise
indépendant consacré
aux abus sexuels au sein
de l’Église catholique
outre-Rhin.
tIls ont annoncé
vouloir entamer un
travail d’introspection,
en attendant des mesures
concrètes.
Fulda (Allemagne)
De notre envoyée spéciale
Harald Dressing travaille depuis
plus de trente ans comme psychiatre et se dit habitué aux afaires
d’abus sexuels. Pourtant, hier, lors
de la présentation de l’étude qu’il
a dirigée avec des chercheurs des
universités de Giessen, Mannheim
et Heidelberg, à la demande de la
Conférence épiscopale allemande,
Harald Dressing s’est dit « bouleversé » par l’étendue des abus commis au sein de l’Institution catholique outre-Rhin depuis le Seconde
Guerre mondiale.
Le rapport fait état de 3 677 enfants et adolescents victimes d’abus
sexuels commis par 1 670 religieux.
« Ceci n’est que le haut d’un iceberg
dont nous ne connaissons pas la
taille », reconnaît le psychiatre. Sur
la base des 38 000 documents relatifs au personnel religieux auxquels
les chercheurs ont eu accès, ceux-ci
estiment que 5,1 % des prêtres allemands et 1 % des diacres sont auteurs de tels abus. Maisce ne sont
là encore que des ordres de grandeur, l’Église « ne connaissant pas
le nombre exact de personnes qui
ont travaillé pour elle », reconnaît
le chercheur. Le rapport fait aussi
état d’archives détruites dans deux
diocèses, et de cas de « manipulation ». La commission note aussi
des niveaux de collaboration divergents, seuls 10 des 27 diocèses
ayant fourni des données remontant à 1946. Les 17 autres se sont
concentrés sur les années 2000.
Le cardinal Reinhard Marx (au centre) lors de la conférence de presse, hier, à Fulda. Arne Dedert/dpa Picture-Alliance/AFP
« Ceci n’est que
le haut d’un iceberg
dont nous ne
connaissons pas
la taille. »
Après cinq années de travail,
cette étude a donc été officiellement présentée hier aux membres
de la Conférence épiscopale mais
ne constitue pas les conclusions
officielles de l’Église catholique
allemande. Le cardinal Reinhard
Marx, président de la Conférence
épiscopale, s’est dit « efrayé » par
ces résultats et appelle désormais
de ses vœux à un « travail d’introspection » de la part de son institution sur la base de ce rapport.
« Pourquoi pas sur le modèle d’une
commission vérité ? », a-t-il lancé.
Toutefois, rien de concret n’a été
annoncé hier. « Nous avons prévu
de débattre de manière intensive sur
les conséquences à tirer », explique
Stephan Ackermann, évêque de
Trèves, chargé des afaires d’abus
sexuels depuis 2010. « Il nous faut
évidemment prendre des mesures
concrètes et ceci est un vrai défi.
Croire que l’Église peut avancer
seule est une erreur. Nous avons
besoin d’une aide extérieure et de
l’aide des victimes. En revanche,
l’Église porte seule la responsabilité
de ces abus », estime-t-il.
Interrogé sur une possible responsabilité personnelle en tant que
président de la Conférence épiscopale face à un scandale d’une telle
ampleur, le cardinal Reinhard Marx
a reconnu des imperfections dans
la prise de conscience de l’Église
allemande. « Avons-nous suisamment pris les victimes au sérieux ?
Non », reconnaît-il.
Le cardinal Marx rappelle toutefois avoir lancé l’Église allemande
sur la voie de l’introspection par
l’introduction de directives sur le
sujet en 2002, avec le lancement
d’un processus de dialogue en 2010,
au moment de la mise en lumière
repères
les victimes est mise en place.
À ce jour, 5,5 millions d’euros
ont été versés aux victimes.
Une démarche de longue
haleine
Janvier 2010. Le jésuite Klaus
Mertes, directeur du collège
berlinois Canisius, révèle l’existence d’abus sexuels dans son
établissement. Il est le premier
à en parler.
Septembre 2010. L’Église catholique allemande lance un
processus dit de dialogue. Une
commission pour indemniser
2011. Lancement d’une première étude indépendante, à la
demande de la conférence épiscopale. Son directeur Christian
Pfeifer jette l’éponge en 2013. Il
dénonce le manque d’accès aux
sources.
2013. Lancement du travail
par les universités de Giessen,
Heidelberg et Mannheim.
Présentation des résultats
le 25 septembre 2018.
de ces scandales, et grâce à un travail accru de prévention. « Nous
sommes dans un processus d’apprentissage que nous devons poursuivre », souligne le prélat.
Sur le fond, le rapport rendu hier
met en lumière des « spécificités
structurelles de l’institution catholique qui favorisent les abus sexuels
et rendent la prévention diicile ».
Il pointe du doigt le cléricalisme, la
volonté de « protéger l’institution
avant tout », ainsi que le secret de
la confession. Le cardinal Reinhard
Marx en a pris note hier. « Notre
vœu est de regarder les causes systémiques de tels abus, tels que le cléricalisme ou la volonté de nous détourner des faits », a-t-il déclaré.
De manière plus concrète,
Mgr Rainer Maria Woelki, évêque
de Bonn, a annoncé en amont de
cette conférence de presse le lancement d’une étude « indépendante
et exhaustive » destinée à « faire la
lumière sur les échecs individuels et
institutionnels » au sein de son diocèse. « Nous ne pourrons regagner la
coniance que si nous sommes honnêtes et sincères », estime-t-il.
Delphine Nerbollier
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
Parents&enfants
P
our Annie, cela a été un
choc. Son père était allé se promener le long de cette côte qu’il parcourait depuis plus de quarante
ans. Mais, ce jour-là, au bout de plusieurs heures, il n’était toujours pas
revenu… Sa ille l’a inalement retrouvé, assez loin de chez lui, adossé
à un mur : il ne retrouvait plus sa
maison. « Ce jour-là, j’ai compris que
rien ne serait plus comme avant »,
raconte Annie Beauducel, accompagnatrice de personnes âgées et
auteure, avec son mari, d’un petit
guide pratique et spirituel pour accompagner les parents qui vieillissent (lire pistes p. 15 ).
L a pris e de cons cience de
l’avancée en âge de son père ou
de sa mère peut être plus brutale, lorsqu’on est confronté, par
exemple, à un accident vasculaire
cérébral, qui oblige à prendre des
décisions en urgence. Elle peut
aussi être plus progressive. « En
étant attentif à des petits signes,
comme la tendance à reposer la
même question, à ralentir le rythme
de la marche », indique Florence
Leduc, présidente de l’Association
française des aidants.
Dans tous les cas, voir ses parents
vieillir constitue une épreuve. « Les
parents sont les repères majeurs.
Nous nous sommes construits par
rapport à eux, que ce soit dans une
certaine continuité ou en opposition », relève Annie Beauducel. Un
jour, nous découvrons leur fragilité.
Et leur vieillissement nous renvoie
à notre propre initude.
Lorsque nos parents prennent
de l’âge, une nouvelle relation se
crée. Un temps d’adaptation est
nécessaire pour ajuster nos gestes,
à leurs besoins. Quand le parent va
bien, « il s’agit de poser sur lui un
regard attentif, mais non inquisiteur, de l’interroger sur son appétit, son sommeil… », précise Florence Leduc. Il est essentiel, à ce
moment-là, hors de toute urgence,
d’aborder la question de la maladie
et de la dépendance, recommande
la spécialiste. En cas de pépin de
santé, quels seraient les souhaits
du parent ? S’il décide de rester à
domicile, comment se répartir les
tâches entre frères et sœurs ?
La façon dont on se comporte
avec ses parents vieillissants dé-
Quand
les parents
prennent
de l’âge
Voir ses parents vieillir
est une épreuve qui
nous renvoie à notre
propre finitude.
Un cheminement
susceptible de bousculer
toute la famille.
La grand-mère du photographe Yann Castanier vivait seule à son domicile depuis que son mari
était entré en maison spécialisée pour la maladie d’Alzheimer. Yann Castanier/Hans Lucas
13
pend en grande partie des relations qu’on a eues avec eux. « Dans
les deux tiers des cas, selon une
étude publiée en 2010 (1), la solidarité familiale s’exerce », remarque
le psychogériatre Philippe Thomas. Lorsqu’on a été un enfant
choyé, « On se tourne le plus souvent vers ses parents dans un mouvement naturel de compassion,
d’empathie, fondé sur des loyautés invisibles ». À chacun ensuite
de « déterminer le niveau d’aide
qu’il est en capacité d’apporter, et
ce pour quoi il préfère déléguer »,
conseille Florence Leduc, qui insiste sur « la nécessité de concilier
son rôle de proche aidant avec les
autres domaines de sa vie ».
« Certes, nous
avons à honorer
nos parents, mais
jamais au détriment
de notre couple. »
Avec les progrès de la médecine, il est devenu fréquent de voir
coexister quatre voire cinq générations dans une même famille.
Dans cette configuration, « certains appartiennent à une génération ”charnière” qui doit s’occuper
à la fois des petits-enfants et des parents âgés, tout en étant encore souvent dans la vie active », souligne
Annie Beauducel. Aussi, il est
crucial d’échanger avec sa propre
famille, et en premier lieu, son
conjoint. « Certes, nous avons à honorer nos parents, mais jamais au
détriment de notre couple », avance
Annie Beauducel.
« Dans un tiers des cas, les familles agissent par sens du devoir
ou encore par obligation sociale,
les deux étant parfois entremêlés », complète Philippe Thomas.
Les enfants sont parfois éloignés.
« L’aide repose alors souvent sur
un seul membre de la fratrie, en
général le plus proche géographiquement, qui devient en quelque
sorte le bras armé de son parent »,
observe Philippe Thomas. L’un
peut se montrer autoritaire envers l’autre, jouer du sentiment de
culpabilité. Le parent, à la limite
du caprice, exigera de son enfant
qu’il lui fasse une nouvelle course,
alors qu’il a déjà rempli son réfrigérateur. Ou bien l’enfant réprimandera son parent parce qu’il
Suite page 14. P P P
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
Parents&enfants
14
Quand les parents prennent de l’âge
« Nos parents restent des adultes, capables généralement
de faire des choix, même si cela ne nous convient pas. »
P P P Suite de la page 13.
n’a pas pris sa douche, contrairement à la consigne donnée… Ces
situations rendent l’accompagnement difficile. En cas de conflit
avec le parent ou dans la fratrie, le
recours à une médiation familiale
peut aboutir à une décision collective, le cas échéant à un placement
en maison de retraite.
Pour entrer dans une relation
apaisée avec son père ou sa mère,
une autre voie est possible, celle
de la réconciliation. « On peut
essayer de pardonner dans l’intimité de son cœur », estime Annie Beauducel. Dans le même esprit, Philippe Thomas suggère de
proiter de cet accompagnement
pour faire la paix avec ses parents.
« Personne ne nous a appris à nous
occuper de nos parents vieillissants », reconnaît le sociologue
Bernard Ennuyer.
Il ne faut donc pas hésiter à se
faire aider par du personnel spécialisé. Ce fin connaisseur de
l’aide à domicile préconise aussi
d’entretenir des « relations aussi
normales que possible ». Ofrir du
temps, sans les coller, faire preuve
de patience, accepter qu’ils ne
soient pas toujours au top. Surtout
éviter de les infantiliser, ce qui
risquerait de précipiter leur perte
d’autonomie. « Nos parents restent
des adultes, capables généralement
de faire des choix, même si cela ne
nous convient pas », airme-t-il.
Enfin, il ne faut pas sous-estimer l’importance des modèles
que l’on donne à ses enfants ou petits-enfants lorsqu’ils nous voient
prendre soin de nos aînés. Un jour,
eux aussi auront peut-être à s’occuper de nous.
repères
témoignages
La perte d’autonomie
Une épreuve qui peut souder…
ou miner le couple
À l’âge de 85 ans, 8 personnes
sur 10 vivent à domicile. À l’âge
de 75 ans, 9 sur 10 vivent chez
elles. Elles bénéicient pour la
plupart du soutien de leur entourage et de professionnels.
Moins de 10 % des personnes
âgées cohabitent avec leurs
enfants. Dans les années 1960,
elles étaient un tiers.
Après 80 ans, 20 % des personnes âgées connaissent des
diicultés de vie importantes.
Autrement dit, quatre sur cinq
n’ont pas besoin d’être aidées
au quotidien.
Sur 8,3 millions d’aidants, 80 %
sont des aidants familiaux.
Parmi eux, 70 % de femmes et
30 % d’hommes.
Dans plus de 7 cas sur 10, les
personnes atteintes d’Alzheimer vivent à domicile, accompagnées par des proches.
Chaque année, plus de
3 000 personnes de plus de
65 ans mettent in à leurs jours.
Ce geste multiplie par cinq le
risque de suicide chez les adolescents de leur lignée.
France Lebreton
(1) Étude Pixel de l’institut BVA sur
les aidants familiaux en France, réalisée
sous l’égide du laboratoire Novartis.
Revue francophone de gériatrie
et de gérontologie, septembre 2010.
« Vivre à deux ces
épreuves a consolidé
notre couple »
Pierre et Thérèse
45 ans de mariage
Pierre : « Nos parents et beauxparents habitaient à Dunkerque et
Annecy. Nous nous sommes installés entre les deux, à Paris. Après
vingt-cinq ans de mariage, nous
avons vécu chacun le décès soudain de l’un de nos parents. Nous
avons ensuite connu plusieurs
années diiciles d’accompagnement du parent survivant. Je me
rendais au chevet de mon père
une fois par mois. Parfois mon
épouse m’accompagnait. Elle allait aussi voir sa mère. On parlait
souvent ensemble, bien plus pour
s’encourager que pour se tirer
dans les pattes. C’était un vrai soutien mutuel. Nous avions le souci
En août 2015, atteinte de démence fronto-temporale, la grand-mère de Yann Castanier
(ici avec sa ille) a dû entrer en Ehpad à Frontignan (Hérault). Yann Castanier/Hans Lucas
de maintenir une bonne entente
entre nous pour tenir un objectif commun : que ma belle-mère
meure heureuse, entourée de
l’afection de ses enfants, ce
qui passait par le renoncement
à régler les comptes. »
Thérèse : « Nous avons vécu
ces années dans une certaine paix
et en dialogue, en préservant un
équilibre entre nous. Vivre ces
épreuves ensemble nous a permis de consolider l’unité de notre
couple. J’ai pris du temps sur mes
congés pour aller passer du temps
avec ma mère. J’étais sans cesse
sur le pont, parfois écartelée entre
mon lien conjugal et mon devoir
ilial. Un jour où j’hésitais à faire
le déplacement, Pierre m’a poussée à faire l’aller et le retour, dans
la journée. C’est la dernière fois où
j’ai parlé à maman. Pierre m’a apporté une aide au discernement.
Il m’a permis de ne pas perdre
de vue l’objectif commun : conserver de bonnes relations avec
mes frères et sœurs. »
« Je me suis sentie
stressée, parfois
abandonnée »
Marie, 42 ans, 4 enfants
« Mon beau-père est tombé
malade à l’âge de 65 ans.
La maladie l’a progressivement
paralysé durant sept ans. Et cela
a été l’horreur. Il n’y avait pas eu
d’amour ilial entre mon mari
et son père. Pas plus d’ailleurs
qu’avec ses autres enfants.
Mais Laurent était sa bête noire.
Pourtant, mon mari a fait tout ce
qu’il a pu pour soutenir et épauler cet homme qui lui avait fait
du mal. Il est même devenu son
tuteur à la in de sa vie. Cela me
révoltait. J’ai eu des moments de
colère en voyant Laurent assumer ce rôle, au détriment parfois
de celui de conjoint et de père de
famille. Il s’absentait le dimanche
pour aller voir son père, à une
heure et quart de route de chez
nous. Je me suis sentie stressée,
parfois abandonnée. À la maison, mon mari s’enfermait dans
son bureau, le nez plongé dans
la paperasse. J’étais dans l’efacement, tout en essayant d’alléger au maximum son quotidien.
Quand il avait terminé sa tâche,
mon mari avait cette capacité de
revenir à fond vers nous, en refusant de lire les mails incendiaires
que lui envoyait son frère. On a
beaucoup pris sur nous pour tenir
bon. Pour protéger notre couple,
nous faisions de vraies coupures,
en vacances, quitte à déléguer à
d’autres proches. Nous avons été
aussi accompagnés par une communauté de prière. De mon côté,
depuis la mort de mon père, trois
mois après celle de mon beaupère, ma mère a anticipé ses
vieux jours. Elle a posé des jalons
pour éviter, le moment venu,
de peser sur nous. »
Recueilli par France Lebreton
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
Parents&enfants
15
Prochain dossier :
Couples à distance
#AirDuTemps.
Mariant fantastique et aventure,
la bande dessinée d’Alex Alice
plaît autant aux enfants qu’à
leurs parents et grands-parents.
Passé un certain stade
de la maladie, l’enfant devient
en quelque sorte le parent
de son parent. Un rôle diicile.
pistes
entretien
« Avec Alzheimer,
il faut faire le deuil de
son parent d’avant »
Olivier de Ladoucette
Psychiatre et gériatre
Comment aider les enfants
à repérer les premiers signes
de la maladie d’Alzheimer chez
leurs parents ?
Olivier de Ladoucette : Les ma-
lades d’Alzheimer ne sont pas
conscients de leurs troubles. Donc
les premiers à s’en rendre compte,
ce sont souvent les enfants. Le parent répète les choses, se perd un
peu, il a du mal à s’organiser, il ne
se souvient pas de ce qu’il a fait
peu de temps auparavant, il oublie
les prénoms. Si les enfants sont attentifs, sans être dans le déni, ils
repèrent les troubles avant le patient qui a tendance à banaliser ces
signes, par peur de la maladie.
Faut-il encourager
son parent à consulter ?
O. de L. : Il faut faire preuve de
beaucoup de tact, de mesure, de
douceur, car le parent est peu
conscient et très angoissé. Il risque
d’opposer un refus net et catégorique. On peut lui proposer d’aller avec lui chez le médecin de famille, qui saura éventuellement
orienter le patient vers un centre
de dépistage. Il est important en
efet d’accompagner son parent.
Car le médecin peut passer à côté
des difficultés. Le patient peut
donner le meilleur de lui-même,
il banalise, il cache les problèmes.
Le proche peut démentir, apporter
des précisions. Si le parent refuse
d’être accompagné, l’enfant doit
savoir attendre le moment propice.
Quelles sont les
répercussions de cette
maladie dans la famille ?
O. de.L. : Sans l’aide de leurs
proches, ces malades ne peuvent
pas rester à domicile et doivent
être placés en institution. La maladie d’Alzheimer afecte toute la fa-
mille. Quand la maladie touche le
père ou la mère, qui joue le rôle de
fédérateur, le foyer peut se déliter,
être en soufrance. Quand la maladie s’installe, toute la famille est
mobilisée, de façon permanente,
stressante, ce qui est très déstabilisant. Si la famille est bien organisée, elle peut s’en sortir. Si elle est
en conlit, la maladie va majorer
les diicultés.
Comment évolue cette
pathologie pour les proches ?
O. de L. : La maladie d’Alzheimer
désigne le trouble progressif de
tous les mécanismes adaptatifs qui
permettent de vivre au quotidien.
C’est une maladie qu’on soigne
un peu mais qu’on ne guérit pas.
Dans un premier temps, l’enfant
devient un peu le parent de son
parent. Il doit décider pour lui,
gérer pour lui. C’est un rôle diicile à endosser, surtout si on a une
histoire personnelle douloureuse.
Après des années d’évolution, l’enfant devient un inconnu pour son
parent. Et c’est difficile à accepter pour l’enfant qui doit faire en
quelque sorte le deuil de son parent d’avant. Chez le malade, pourtant, la mémoire afective est robuste. Il peut ne pas savoir qui est
devant lui mais comprendre que
c’est un proche bienveillant. Sa
voix lui est familière.
Quelle attitude adopter
en face d’un parent malade ?
O. de L. : Essayer de se mettre à sa
place, analyser et comprendre ses
réactions, à l’aune de ses déficits
d’adaptation. Faire preuve d’empathie, mettre de l’émotion dans la relation, qui est la dernière chose qui
lui reste. S’adapter, être tolérant,
laisser le patient dans son monde.
Faire preuve de créativité, et surtout d’humour, ce qui est loin d’être
simple dans ces situations dramatiques. On est souvent seul et démuni. Mieux vaut se faire aider à la
maison par du personnel soignant.
Recueilli par France Lebreton
Des livres
Repenser le maintien à domicile,
de Bernard Ennuyer, deuxième
édition, Dunod, 2014, 27 €.
Quand mes parents vieillissent.
Petit guide pratique
et spirituel, d’Annie
et Claude Beauducel,
Éd. Emmanuel, 2017, 9,90 €.
Quand nos parents vieillissent. Prendre soin d’un parent
âgé, sous la direction de Pascal
Dreyer et Bernard Ennuyer,
Autrement, 2007.
Quand nos parents vieillissent, de Nicole Lépine et MariePascale Nobécourt, Acropole.
Un colloque
« La médiation familiale, un
soutien pour les aidants », journée organisée par la Fédération
nationale de la médiation
et des espaces familiaux
(Fenamef) et l’Union nationale
des associations familiales
(Unaf), le 13 novembre 2018.
28 place Saint-Georges,
75009 Paris. Ouvert au public.
Rens. : 02.31.46.87.87
et www.fenamef.asso.fr
Des adresses
L’Association française
des aidants propose une
formation en ligne, gratuite.
Six modules pour un parcours
adapté aux situations personnelles (« Quand la maladie, le
handicap s’immisce dans la
relation au proche », « Être aidant : une posture, des besoins,
des attentes et des limites »,
« La relation au quotidien
avec son proche », « Trouver sa
place avec les professionnels »,
« Comment s’y prendre avec son
proche pour les gestes de la vie
quotidienne ? » et « Comment
concilier sa vie d’aidant avec
sa vie personnelle et sociale ? ».
Les Cafés des aidants sont des
lieux, des temps et des espaces
d’information destinés à tous
les aidants. On en compte 160,
répartis sur le territoire.
www.aidants.fr
Le château des étoiles,
un voyage familial
dans l’espace
I
maginez pouvoir gambader à la surface de la Lune
sans combinaison d’astronaute ou partir
à la rencontre,
sur Mars, d’une
civilisation plus
ava n c é e q u e
la nôtre, bâtisseuse de « canaux » visibles
depuis la Terre.
Ces hypothèses
fantaisistes
étaient dans
tous les esprits
des scientiiques et des écrivains à la in du
XIXe siècle. Elles sont réactivées
aujourd’hui par Le Château des
étoiles, une bande dessinée qui
fascine un public toujours plus
nombreux. Récompensée dans de
nombreux festivals et traduite en
10 langues, la série s’est vendue en
France à plus de 300 000 exemplaires depuis 2014.
« Entre espionnage
et course
technologique,
les rebondissements
tiennent
en haleine. »
Grand amateur des romans de
Jules Verne, son créateur Alex
Alice ne s’est jamais remis du tour
joué par l’écrivain à ses lecteurs :
« Dans De la Terre à la Lune et Autour de la Lune, les personnages
préparent leur voyage pendant des
centaines de pages mais ne foulent
jamais le sol lunaire ! » Cette frustration intense, ressentie dans son
enfance, lui a donné envie de revisiter cette conquête de l’espace
en costumes trois-pièces et hautsde-forme, tout en renouant avec
la tradition des
albums tous
publics, « de
7 à 7 7 ans »,
comme Tintin
ou Astérix.
Les enfants
(à partir de
8 ans) s’identiient aux jeunes
« chevaliers de
l’éther », optimistes et naïfs,
que les péripéties vont faire
g r a n d i r. L e s
adultes, eux,
apprécient la
toile de fond
historique
(le Second Empire) et les démêlés géopolitiques : Louis II de Bavière et le chancelier Bismarck, à
la tête de la Prusse, s’y disputent
âprement la découverte de l’éther,
mystérieuse substance capable de
propulser un vaisseau. « Entre espionnage et course technologique,
les rebondissements tiennent en haleine », se réjouit Daniel qui, avec
ses trois enfants, adore également
se plonger dans les gazettes publiées en marge des albums (1).
À notre avis
Au-delà des aventures trépidantes, Le Château des étoiles distille, par ses graphismes pastel,
un sentiment de merveilleux. Inspirés des aquarelles de la fin du
XIXe siècle, les paysages alpins, jalonnés de châteaux romantiques,
comme les machines volantes inventées par Alex Alice rappellent
aussi les décors de certains ilms
de Hayao Miyazaki. Une centaine
de planches originales, d’illustrations et de maquettes sont actuellement exposées à Paris, à la
galerie Daniel-Maghen (du 26 septembre au 6 octobre).
Cécile Jaurès
(1) Douze parus, à ce jour, chez Rue
de Sèvres (20 p., 3,30 €), qui vient
de publier le quatrième tome de la série
(Un Français sur Mars, 14 €).
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
Parents&enfants
16
chronique
essentiel
Sylvie Blanchet
Ancienne enseignante spécialisée
bénévole dans une association de quartier
On en parle. Dans « Fleurs
tardives » (1), Susie Morgenstern,
la star de la littérature jeunesse,
raconte sa redécouverte
de l’amour après son veuvage.
Mina, l’ado
qui dormait mal
L’éclosion
d’un amour tardif
DVD
Croc-Blanc
C
’est une déconcertante histoire que
me raconte ce soir-là
mon amie Adèle, mère
de trois illes, dont
l’aînée, Mina, est âgée de 14 ans.
Quelques mois plus tôt, Mina
se plaint de mal dormir. Consulté,
le médecin suggère aux parents
de l’emmener voir un psychologue. Les parents acquiescent,
conscients que leur ille est passablement tourmentée… Ils lui ont
appris à veiller sur les personnes
qui l’entourent. Mais ils se demandent s’ils n’en ont pas fait trop :
Mina se soucie des problèmes de
ses copines, elle veut les aider
et elle se fait ensuite un sang
d’encre si elle n’y parvient pas.
Mina commence donc à
consulter. Au bout de quelques
séances, elle va seule aux rendezvous. Mais un jour, la psychologue appelle Adèle, lui demandant
de venir chercher sa ille et lui disant qu’elle ne veut pas la laisser
repartir seule tant son état l’inquiète… Gros choc pour Adèle…
Mina est certes souvent tourmentée mais elle ne manifeste par
ailleurs aucun signe de détresse :
elle mange bien, elle est sociable
et curieuse, elle aime aller au
collège et y réussit bien, elle a
des loisirs et des amis…
Que se passe-t-il donc ?
La psychologue conseille à
Adèle d’emmener Mina aux urgences psychiatriques, évoquant
même une hospitalisation. Les
deux parents sont efarés. Soulignons qu’Adèle est enseignante et
que son compagnon travaille de
longue date auprès d’adolescents
en grande diiculté : tous deux
ont donc l’habitude de côtoyer
des jeunes et sont au moins
un peu en capacité de repérer
ceux qui vont mal.
Ils acquiescent néanmoins
de nouveau. Aux urgences, Adèle
et sa ille sont accueillies par
une inirmière. Elle reçoit Mina.
Au terme de l’entretien, elle
conirme : la jeune ille va mal.
Elle indique cependant qu’elle
doit, avant toute décision, rencontrer une pédopsychiatre.
La pédopsychiatre parle avec
Mina puis dit à son tour que
l’adolescente ne va pas bien du
tout. Adèle, jusque-là restée en
retrait, s’agace quelque peu et
décrit le comportement quotidien de sa ille : celui d’une enfant
certes tourmentée mais heureuse
de vivre ! Éberluée, la pédopsychiatre change de registre et
cherche à en savoir plus…
Au terme de l’échange, elle
conclut qu’une hospitalisation
n’a pas de raison d’être, pas plus
qu’un traitement médicamenteux, qu’il faut seulement
surveiller d’assez près Mina.
Plusieurs
des soignants qui
ont rencontré Mina
s’en sont tenus
à ses dires.
L’histoire est de celles qui se
terminent bien : peu après, la
famille part en voyage, tout se
passe à merveille. Au retour,
les deux parents décident donc
de suspendre toute sorte de
rendez-vous chez quelque
« psy » que ce soit !
L’ahurissant dans cette affaire, me semble-t-il, c’est que
plusieurs des soignants qui ont
rencontré Mina s’en sont tenus à
ses dires, sans doute inquiétants,
sans prendre le soin de s’informer
sur son comportement.
Si l’on veut y voir clair, il importe pourtant de croiser les données : une personne peut aller
très mal, avoir un comportement
des moins adaptés, et tenir des
propos très ordinaires. Une autre,
qui va mal en famille, peut être
à l’aise au lycée, ce qui est moins
alarmant que si elle ne se sentait
nulle part à sa place… Tout cela,
me semble-t-il, doit être examiné
avec soin et soupesé avant que
de livrer des appréciations terriblement anxiogènes pour l’entourage… et potentiellement très
préjudiciables pour le patient.
Vingt-sept ans après l’adaptation en prises de vue réelles
des studios Disney, le cinéma
d’animation s’empare à son
tour du classique de la littérature jeunesse signé Jack London. Beau récit d’apprentissage centré sur le point de vue
du jeune chien-loup, ce ilm
familial n’élude pas la cruauté
de l’œuvre originale (notamment celle des combats de
chiens) mais suggère la violence plus qu’il ne la montre.
Si les déplacements des personnages humains semblent
un peu mécaniques, les animaux sont dotés d’une expressivité impressionnante, et les
décors – de grands espaces enneigés peints en format cinémascope – sont somptueux.
Cécile Jaurès
À partir de 8 ans
Album
Alphabet
des plantes
et des animaux
Ce livre est un abécédaire mais
il est aussi un merveilleux documentaire sur les plantes et
les animaux. Il ne décline en
efet, lettre après lettre, aucun objet du quotidien, mais
chaque fois un animal, un végétal, et un verbe pour les lier.
L’on passe ainsi de l’abeille au
nandou ou de la passilore aux
violettes. Les images d’Émilie
Vast sont stylisées mais parfaitement idèles à la réalité.
Elles sont aussi magniiques,
et l’ensemble, texte et dessin,
est d’une incroyable poésie.
Yaël Eckert
À partir de 6 ans
D
e Susie Morgenstern, on
connaît avant tout les livres
destinés aux enfants. Toute
une bibliothèque, riche de 140 volumes, qui fait d’elle l’un des piliers de la littérature de jeunesse.
Mais il y a depuis peu un autre
versant dans l’œuvre proliique de
cette écrivaine franco-américaine.
En 2005, elle rédigeait Jacques a
dit (2), un premier roman à l’attention des adultes, vibrant hommage à son mari mathématicien,
emporté prématurément par le
cancer. Et en ce début d’automne,
la voilà qui nous revient avec un
texte aux étranges accents de printemps. Un texte lui aussi autobiographique, et même doublement
puisque la voix de Susie alterne
avec celle de Georges, venu accomplir son rêve vieux de dix ans, « se
réveiller dans les bras d’un homme
accueillant et doux ».
Fleurs tardives, qui sort en librairie la semaine prochaine, c’est
l’histoire d’un amour qui éclôt sur
les terres désolées du deuil. La
rencontre d’un homme et d’une
femme d’âge mûr qui ont pour
point commun d’avoir perdu, bien
des années plus tôt, dans des circonstances similaires, l’être qui les
comblait et leur semblait un horizon indépassable.
À des centaines de kilomètres
de distance, Susie et Georges ont
pleuré. Ils auraient pu, l’un comme
l’autre, s’emmurer dans la douleur,
la solitude, le souvenir. Mais tant
bien que mal, tous deux ont choisi
de s’ouvrir de nouveau à la vie, à
l’inconnu. Un beau jour, Georges
accepte une ofre d’inscription gratuite à un site de rencontres. Susie,
elle, ne s’inscrit pas toute seule :
c’est son gendre qui, déplorant de
la voir perpétuellement triste, se
charge de la démarche. « Ça suit
de pleurer, tu es encore potable ! »,
exhorte-t-il sans ménagement.
Au il des pages, l’humour drape
d’une touchante indulgence les
défauts accentués par le poids des
ans (Georges est l’aîné, de quatorze
ans). Il se joue aussi de l’inversion
des rôles, lorsque Susie, telle une
ado, élude les mises en garde de sa
propre ille. Dans ce récit à la fois
Susie Morgenstern et Georges
Rosenfeld. Source : S.Morgenstern
sage, sensible, sans fausse pudeur,
les deux auteurs évoquent, en stéréo, leur rencontre, la peur de ne
pas se montrer à la hauteur, la joie
des corps, l’impatience des retrouvailles, les réactions contrastées
de la famille, le premier voyage
réunissant les petits-enfants respectifs, la façon dont Georges, entraîné par Susie, se met à pratiquer
le judaïsme… Resurgit aussi, avec
la maladie, la crainte de se trouver
de nouveau seul.
Un beau jour,
Georges accepte une
ofre d’inscription
gratuite à un site
de rencontres…
Le mari défunt, l’épouse décédée sont restés dans les cœurs.
Mais pas, ou peu, chez les deux
amoureux, de culpabilité, de sentiment de trahison. « Une fois
qu’on a aimé si fort, l’amour demeure en nous (…), nous sommes
capables d’aimer de nouveau », assure Susie, tout occupée à célébrer
– tant qu’il en est encore temps –
le « miracle » de la vie.
Denis Peiron
(1) Susie Morgenstern
et Georges Rosenfeld,
Fleurs tardives, Bayard, 16,90 €.
(2) Bayard, 2005, 18 €.
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
RELIGION
Le pape
en terre
de mission
chez les jeunes
Estoniens
tFrançois, qui dans les
pays Baltes s’est plusieurs
fois inquiété de la jeunesse,
a évoqué avec elle, hier en
Estonie, le Synode qui s’ouvre
la semaine prochaine à Rome.
essentiel
Islam T Un congrès des musulmans
de France annoncé pour mi-novembre
Italie T Les évêques se penchent
sur la prévention des abus sexuels
Les grandes fédérations de mosquées, dont celles
constituant le Conseil français du culte musulman
(CFCM), ont annoncé hier la tenue prochaine d’un
« congrès des musulmans de France » pour permettre
à ces derniers d’« organiser le culte musulman
par eux-mêmes et pour eux-mêmes ». Ce rassemblement
pourrait avoir lieu le 10 ou le 17 novembre à Paris.
À l’occasion de son Assemblée plénière d’automne
qui se termine aujourd’hui, la Conférence épiscopale
italienne doit présenter ses directives de formation
et prévention en matière d’abus sexuels et de pédophilie
dans l’Église. La rélexion a été menée par Mgr Lorenzo
Ghizzoni, représentant italien de la Commission
pontiicale pour la protection des mineurs.
C’est à une jeunesse pour qui la
foi n’est plus une question dans un
pays où la moitié des habitants sont
athées et 70 % sans religion, que
François s’adressait hier en Estonie,
au dernier jour de son voyage dans
les pays Baltes. Le pape s’est dit
conscient que « beaucoup de jeunes
ne nous demandent rien parce qu’ils
ne nous considèrent pas comme un
interlocuteur valable pour leur existence ». « Certains demandent même
expressément qu’on les laisse tranquilles, car ils trouvent la présence
de l’Église pénible voire irritante »,
a-t-il souligné, évoquant leur « indignation » devant les « scandales
sexuels et économiques, face auxquels ils ne voient pas une nette
condamnation ».
« Beaucoup de jeunes ne
nous demandent rien parce
qu’ils ne nous considèrent
pas comme un interlocuteur
valable pour leur existence. »
Nicolas Senèze
X
sur lacroix.com
t Au Brésil,
les chrétiens
mobilisés
pour l’élection
présidentielle
Publicité
Tallinn (Estonie)
De notre envoyé spécial
Reconnaissant qu’il est souvent
plus facile pour les religions « de
parler, de conseiller, de proposer à
partir de notre expérience, plutôt
que d’écouter, de se laisser interroger et éclairer par ce que vous, vous
vivez », il n’a pas éludé les incompréhensions qu’elles suscitent :
« Certains (…) ont le courage de
dire : ”Vous ne vous apercevez pas
que personne ne vous écoute plus, ni
ne vous croit ?” »
D’où la convocation du Synode
des jeunes, qui s’ouvre dans une
semaine à Rome, et dont la vocation est justement d’aider l’Église
à devenir une « communauté transparente, accueillante, honnête, attirante, accessible, joyeuse, une communauté qui communique et où
chacun peut participer ». « Beaucoup parmi vous demandent que
quelqu’un vous accompagne et vous
comprenne sans juger et qu’il sache
vous écouter, comme aussi répondre
à vos interrogations », leur a expliqué le pape. Et François d’assurer
à ces jeunes qui l’ont chaleureusement applaudi : « Aujourd’hui, ici,
je veux vous dire que nous voulons
pleurer avec vous si vous pleurez, accompagner vos joies de nos applaudissements et de nos éclats de rire. »
17
7h-9h
Deux heures d’info
avec Nikos Aliagas
Avec Audrey Crespo-Mara, Nicolas Canteloup, Jean-Michel Aphatie
et toute la rédaction.
Du lundi au vendredi
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
CULTURE
18
cinéma
P Non ! E Pourquoi pas EE Bon ilm EEE Très bon ilm EEEE Chef-d’œuvre
Adèle Haenel campe Françoise,
une lavandière, et Gaspard
Ulliel, Basile, un indigent
du faubourg Saint-Antoine,
emportés dans le tourbillon
révolutionnaire.
Jérôme Prébois/Studio Canal
tLe réalisateur de
L’Exercice de l’État, Pierre
Schoeller, signe une fresque
ambitieuse et formellement
très belle sur la Révolution
française, depuis la prise de la
Bastille jusqu à la mort du roi.
tUn peu empêtré dans
un dispositif mêlant réalité
et iction, le ilm parvient
néanmoins à saisir ce
moment de bouillonnement
où un peuple conquiert
sa souveraineté.
Un peuple et son roi EE
de Pierre Schoeller
Film français, 2 h 01
Quelques mois avant la prise de
la Bastille, dans le décor solennel
du château de Versailles et entouré
de toute la pompe de la monarchie,
Louis XVI procède comme chaque
Jeudi saint à la cérémonie du lavement des pieds d’enfants pauvres.
Parmi ceux sagement alignés devant lui, l’un d’entre eux relève la
tête : « Bientôt, j’aurai des sabots ! »,
lance-t-il au souverain médusé.
Cette scène symbolique et ictionnelle, placée en ouverture du ilm
préfigure aussi bien les événements à venir, la prise de la Bastille
puis la lente marche vers la République, que les intentions du réalisateur. Raconter la Révolution à
travers le face-à-face entre le peuple
et son roi. Ce passage de la souveraineté de l’un à l’autre, qui prendra trois ans, et ne peut s’achever,
comme le ilm, que par la disparition du corps du roi.
Très vivantes et
contemporaines,
les scènes de foule
évitent le piège de
la reconstitution.
Sept ans après L’Exercice de
l’État, formidable réflexion sur
le pouvoir et les différentes façons de l’exercer, Pierre Schoeller,
dont c’est seulement le troisième
long métrage, a cette fois voulu se
plonger dans le passé, remonter
aux sources de notre République,
de cette passion française pour la
politique et pour l’égalité. Ce ilm
pour lequel il a disposé d’un budget important (près de 17 millions
d’euros) se présente comme une
fresque racontant les premières années de la Révolution (1789-1793) à
« hauteur d’hommes », en mêlant
personnages de iction et épisodes
Aux sources
de la République
historiques. On y suit une galerie
de personnages du faubourg SaintAntoine – un maître verrier et sa
femme (Olivier Gourmet et Noémie Lvovsky), Françoise et Margot,
deux lavandières (Adèle Haenel et
Izïa Higelin) et Basile, un indigent
(Gaspard Ulliel) – emportés par le
tourbillon révolutionnaire et dont
le destin va croiser celui des igures
historiques naissantes (Robes-
pierre, Marat, Saint-Just et Danton) dont les débats à l’Assemblée
constituante rythment le ilm.
C’est pourtant ce dispositif d’allers-retours entre iction et réalité
qui s’avère à la longue un peu artiiciel. À vouloir reconstituer tous les
épisodes clés de cette période (prise
de la Bastille, marche des femmes
sur Versailles, fête de la Fédération,
fusillade du Champ-de-Mars, fuite
paroles
« Une étoile morte
qui rayonne encore »
Pierre Schoeller
Réalisateur
« Après L’Exercice de l’État qui
témoignait d’un rapport à la
politique rude et sombre, j’avais
envie de revenir à une époque
où elle était davantage un processus collectif et un temps d’action, de conquête, d’héroïsme
même. La Révolution est un lieu
magniique pour cela. J’avais
besoin de faire vivre ce moment-
Photo Loïc Venance/AFP
là. Le ilm touche à des énergies
politiques qui rayonnent encore,
comme une étoile morte dont on
perçoit toujours le scintillement.
Elle est toujours là dans notre
de Varennes, chute des Tuileries,
mort du roi), le film souffre d’un
excès de didactisme qui empêche à
ses personnages de réellement exister en dehors de leur participation
à chacun de ces événements. Et témoigne de toute la diiculté qu’il y
a à se détacher de l’histoire pour entrer dans la iction. Ce constat posé,
il ne doit pas pour autant masquer
ses indéniables qualités. Et d’abord
vie politique, notre façon d’être
citoyens. Ce qu’il en reste, c’est
cette passion de l’égalité toujours palpable, notamment dans
la revendication des femmes.
Ce que l’on a perdu en revanche,
c’est la passion de la citoyenneté, la notion de communauté
politique. L’idée même de nation
est devenue problématique. La
Révolution est une période de
montée de l’opinion publique,
de l’investissement local. Tout
cela créait un enthousiasme très
diférent de la société actuelle,
crispée et tétanisée. »
Recueilli par Céline Rouden
sur la-croix.com
X L’entretien complet
un parti pris formel qui consiste à
mettre au cœur du ilm les lumières
(l’astre royal, le verre en fusion, la
flamme des révolutionnaires…),
comme métaphore des bouleversements en cours, et donne lieu à
de magniiques images tantôt solaires, tantôt en clair-obscur grâce
aux éclairages naturels.
Très vivantes et contemporaines,
les scènes de foule évitent le piège
de la reconstitution et parviennent
à saisir magniiquement cette énergie et ce bouillonnement qui traverse le peuple dans les révolutions,
ce moment où il prend conscience
de ses droits et conquiert sa souveraineté. « Une plongée dans un torrent dont le cours reste néanmoins
fragile », explique le réalisateur.
Surtout, le ilm possède l’immense
qualité d’inscrire la Révolution,
souvent résumée à quelques dates,
dans le temps long, d’en éprouver à
la fois la durée et la précarité et d’y
remettre le peuple et les femmes,
omniprésentes, en première ligne.
Une façon de nous rappeler que
la Révolution ne s’est pas faite en
un jour et de nous interroger sur
ce qu’il en reste aujourd’hui dans
notre rapport à la politique.
Céline Rouden
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
CULTURE
19
essentiel
Dujardin chez les compagnons d’Emmaüs
chirurgie esthétique low-cost
– rendre les pauvres beaux – qui
le conduira avec quelques compagnons jusqu’en Bulgarie à la
poursuite de ses chimères.
Si Jean Dujardin apporte tout
son génie comique à cette fable
antilibérale, celui-ci n’en diminue pas moins la portée politique
voulue par les deux auteurs. Une
réflexion sur les dernières utopies, après la disparition des
grandes idéologies communistes
et collectivistes du siècle dernier.
tDans cette fable
désopilante tournée dans
une communauté Emmaüs,
Jean Dujardin apporte
toute sa puissance comique
à la charge antilibérale
de ses deux auteurs.
I Feel Good EEE
de Benoît Delépine
et Gustave Kervern
Film français, 1 h 43
I Feel Good, c’est la rencontre
de deux univers. D’un côté celui du duo Delépine et Kervern.
Depuis bientôt quinze ans, ces
deux-là distillent sur grand écran
leur humour décalé et gentiment
anar (Mammuth, Le Grand Soir,
Saint Amour), dans des ilms un
peu foutraques servis par des comédiens talentueux comme Gérard Depardieu ou Benoît Poelvoorde qui partagent leur goût de
l’absurde et de la provocation. De
l’autre, celui de Jean Dujardin,
acteur oscarisé et ultrapopulaire
dont la puissance comique a fait
les grandes heures des séries à
succès OSS 117 et Brice de Nice.
De ce mélange détonant résulte l’une des comédies les
plus drôles et réjouissantes de
la rentrée. Tournée presque intégralement dans une communauté Emmaüs près de Pau, elle
célèbre, sur le mode de la farce,
Jean Dujardin incarne Jacques, sorte de loser magnifique
en quête de la bonne idée pour devenir riche. Patrice Terraz/Ad Vitam
les vertus de la solidarité et de la
bienveillance, face à une pensée
ultralibérale qui n’a que l’individualisme et la richesse pour tout
horizon. Et, comme le suggère
le titre du ilm, ça fait du bien !
D’autant qu’on rit beaucoup à
suivre les péripéties de Jacques,
sorte de loser magnifique, biberonné à Bernard Tapie et Bill
Gates, chassé par ses parents
communistes et vivant d’expédients en attendant d’avoir « la
bonne idée » qui le rendra immédiatement très riche.
À court d’argent, il débarque
chez sa sœur Monique (impec-
cable Yolande Moreau), directrice d’une de ces communautés
fondées par l’abbé Pierre dont la
philosophie est à l’exact opposé
du bréviaire capitaliste qu’il ne
cesse de ressasser jusqu’à l’obsession. De la confrontation de ces
deux mondes découle une série
de situations désopilantes qui
doivent autant aux dialogues qu’à
l’incroyable abattage d’un Jean
Dujardin en très grande forme.
Lesté de quelques kilos, arborant une coifure improbable et
un bronzage artiiciel, il emmène
son personnage jusqu’aux limites
de la folie dans une aventure de
Le ilm célèbre, sur le mode
de la farce, les vertus
de la solidarité et
de la bienveillance, face
à une pensée ultralibérale
qui n’a que l’individualisme
et la richesse pour
tout horizon.
Les deux réalisateurs font de
cette communauté Emmaüs de
Lescar-Pau, et de son mode de
vie alternatif fondé sur le partage, un personnage à part entière du ilm, où les compagnons
jouent leur propre rôle et où servent de décor les piles de rebuts
de la société de consommation.
« Le nouveau monde, explique
Monique à un Jacques incrédule,
c’est l’ancien qu’on récupère. On le
retape et on le transigure. »
Céline Rouden
La face sombre de l’humanité
tPrix de la mise en scène
(Un certain regard)
à Cannes, ce pavé
dans la mare russe décrit
une Ukraine livrée aux pires
instincts, dans une série
de saynètes glaçantes.
Donbass EEE
de Sergei Loznitsa
Film ukrainien, allemand,
néerlandais et français, 2 h 01
Voyage tragique dans le monde
d’Orwell, là où toutes les notions
habituelles sont inversées et les
humains livrés aux pires pulsions, encouragés et impunis.
Sergei Loznitsa nous plonge au
cœur du Donbass d’aujourd’hui,
dans l’est de l’Ukraine, son pays,
contrôlé par des bandes armées
qui font régner la terreur, la violence et l’humiliation avec un
plaisir sadique.
Une traversée ponctuée d’une
série de saynètes glaçantes,
comme autant de facettes de
l’enfer, sans issue de secours.
Sur fond de guerre entre l’armée
ukrainienne et les milices sépa-
ratistes soutenues par la Russie
de Poutine, passée maître dans
la déstabilisation, peu connue
pour s’encombrer de considérations morales. Au milieu, les civils, maillon faible d’un sauvage
rapport de force, proie facile, font
les frais de cette confrontation.
En treize chapitres, inspirés
par des histoires vraies, dans diverses circonstances de l’existence par temps de guerre, à
peine croyables, illustrant le rafinement de l’absurde et de la volonté de détruire l’autre, Sergei
Loznitsa agit comme un entomologiste qui décrirait les pires
comportements humains. Quand
l’homme, chaufé à blanc par une
propagande mortifère, s’abandonne à lui-même, sans le surplomb d’une éducation ou d’une
civilisation.
L’une des séquences de cette
démonstration saisissante, qui
a valeur d’universel, décrit la
montée progressive d’un processus de lynchage par une foule qui
s’acharne contre un passant que
des miliciens viennent de désigner comme collabo. Les étapes
de ce déchaînement grégaire font
froid dans le dos par leur terrible
évidence démonstrative.
Bienvenue dans le dernier
cercle de l’enfer de Dante, au
pays où cynisme, corruption aichée et brutalité mènent le bal, semant désolations, dénonciations,
exactions. Depuis My Joy, en 2010,
Sergei Loznitsa aligne, ilm après
film (Dans la brume, Austerlitz,
Une femme douce), les pièces
Bienvenue dans le dernier
cercle de l’enfer de Dante,
au pays où cynisme,
corruption aichée
et brutalité mènent
le bal, semant désolations,
dénonciations, exactions.
d’un dossier accablant sur l’état
de l’humanité au XXIe siècle, avec
un style sec et frontal, qui coupe
le soule. Par une gradation terriiante, alternant comédies noires
et tragédies absurdes, il décrit le
chaos des âmes, renforçant l’effet de vérité de ses implacables
réquisitoires en mélangeant acteurs professionnels et quidams
jetés dans la bataille. Ce tour de
force lui a valu de recevoir le prix
de la mise en scène au Festival de
Cannes, dans la section « Un certain regard ».
Sergei Loznitsa (18 documentaires à son actif, dont Maïdan)
use, dans ses fictions, d’une
forme d’humour, froide et macabre, pour dresser, une nouvelle
fois, le constat accablant d’une
dérive dévastatrice dans cette
partie du monde. Là où il vit, observe, regarde, ilme et transmet
ce qu’il voit. L’homme nu, abandonné à lui-même, privé de la
moindre lueur d’espoir, qui use
de sa force pour avilir l’autre.
Certains reprocheront à Sergei Loznitsa sa noirceur radicale
et son formalisme naturaliste,
comme dans la scène inale qui
boucle la démonstration, s’exonérant de fournir des explications pour décrire la complexité
de la situation locale. Il ne cesse
de répéter qu’il filme ce qu’il
a sous les yeux. Loué soit-il de
nous le montrer et de n’accepter
aucune concession pour dénoncer l’éternel retour de la cruauté.
Sous toutes ses formes.
Jean-Claude Raspiengeas
Arts T
Le modèle de « L’Origine
du monde » identiié
La jeune femme qui servit
de modèle à Gustave Courbet
pour peindre L’Origine du
monde s’appelait Constance
Quéniaux, une danseuse de
l’Opéra de Paris, révèle Claude
Schopp dans son livre L’Origine
du monde, vie du modèle, à paraître le 4 octobre chez Phébus.
C’est une lettre d’Alexandre
Dumas ils à George Sand qui
a livré à l’écrivain, Goncourt
de la biographie en 2017,
la clé d’une énigme vieille
de cent cinquante-deux ans.
Le célèbre nu est exposé
au Musée d’Orsay à Paris.
Presse
« Astrapi »
fête ses 40 ans
Astrapi,
le bi-mensuel (70 000
exemplaires)
du groupe
Bayard pour
les 7 à 11 ans,
soule ses
40 bougies
avec « un
numéro spécial plein de surprises et de folies ». On y trouve
des souvenirs d’anciens
« Astrapiens », des superhéros célébrant l’anniversaire
de leur magazine préféré, une
énigme sur un gâteau perdu,
une « capsule temporelle »
à fabriquer et une enquête
sur ce qui rend les enfants
heureux, fourmillant de
témoignages et conseils.
Musique T
L’entreprise Pandora
rachetée par l’opérateur
radio SiriusXM
Le groupe SiriusXM, qui
domine la radio par satellite
aux États-Unis, va racheter
Pandora, le premier service
de streaming musical du pays
pour 3,5 milliards de dollars
(3 milliards d’euros). SiriusXM
est numéro un de la radio par
abonnement aux États-Unis
avec 36 millions d’abonnés
en Amérique du Nord, et ses
programmes sont très prisés
des automobilistes. Pandora
compte 70 millions d’utilisateurs actifs tous les mois.
X
sur la-croix.com
t Cinéma : les critiques
de « Raiki » EE, ilm
kényan de Wanuri Kahiu,
et de « Le vent tourne » EE,
de Bettina Oberli
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
Services
20
carnet
Paris
décès
75 - Paris
t Le 23 septembre 2018,
Constitution
à l’aube de ses 98 ans, Marie-Madeleine BLAVOT,
née Duval-Arnould, est entrée dans la paix
du Seigneur.
Les obsèques seront célébrées
vendredi 28 septembre à 10 heures
en l’église Saint-Gabriel,
5 rue des Pyrénées, Paris 20e.
De la part de ses enfants,
Pascal et Chantal Blavot,
Isabelle et Henri-Pierre Guilbert,
Christophe et Sophie Blavot,
Paule et Jean-Marc Morellet,
Claire Blavot et Pierre Oustinof,
Hélène et Bruno Didier,
Alexis et Marie-Céline Blavot,
de ses 21 petits-enfants et
de ses 18 arrière-petits-enfants.
[283 bd Voltaire 75011 Paris.]
t Les familles Deforge, Renard
ont la tristesse de vous faire part
du décès de
Mme Colette DEFORGE,
survenu le 20 septembre 2018,
à l’âge de 80 ans.
Les obsèques seront célébrées
le jeudi 27 septembre à 14 h 15
en l’église Sainte-Marie
des Vallées, à Colombes,
suivies d’une crémation
au crématorium du
Mont-Valérien à Nanterre.
« Le Seigneur est mon berger,
je ne manque de rien. (...)
Il me mène vers les eaux
tranquilles et me fait revivre. »
Ps 22.
bloc-notes
annonces légales
Par Acte SSP du 20/09/2018 il a été constitué
la SNC dénommée :
SNC RESIDENCE
RAMBOUILLET
Capital : 1000 €
Siège social : 4 rue Christophe Colomb,
75008 PARIS
Objet : La création, l’achat et l’exploitation
de tous fonds de commerce de prestations
d’hébergements fournies dans des conditions proches de l’hôtellerie, et notamment
l’achat de murs et la création et l’exploitation
d’un fonds de commerce sous la forme
para hôtelière d’un immeuble situé à Rambouillet. La participation de la société par
voie d’apport, achat ou souscription de
titres, parts d’intérêts ou droits sociaux,
fusion, société en participation ou autrement, de toutes sociétés ou entreprises dont
l’activité peut se rapprocher de l’objet social.
Toutes prestations de services se rattachant
à l’objet social.
Gérants : FINANCIERE JL, SAS au
capital de 5 688 000€, sise 4 rue Christophe
Colomb, 75008 PARIS, représentée par
M. Pierre PELLET, immatriculée au
RCS de PARIS n°531 729 853 et
JJR DEVELOPMENT, SAS au capital
de 100 000€, sise 4 rue de Penthièvre,
75008 PARIS, représentée par
M. Pierre PELLET, immatriculée
au RCS de PARIS n°839 430 147.
Associés en nom : FINANCIERE JL,
4 rue Christophe Colomb 75008 PARIS et
JJR DEVELOPMENT, 4 rue de Penthièvre
75008 PARIS
Durée : 99 ans à compter de
l’immatriculation au RCS de PARIS
Soirée-débat
Quel renouvellement démocratique est-il nécessaire
pour repenser le lien entre
l’Europe et les peuples ?
Table ronde organisée le jeudi
27 septembre à 18 h 30 au Collège
des Bernardins avec la participation de Jean-Christophe Ploquin,
rédacteur en chef à La Croix,
Jean-Baptiste Arnaud, théologien,
Collège des Bernardins, Philippe
Bénéton, politologue, professeur
à l’université de Rennes 1, Hubert
du Mesnil, directeur du Collège
des Bernardins, Lena MorozovaFriha, déléguée générale
d’EuropaNova, Olivier Poquillon,
secrétaire général de la Comece à
Bruxelles (Commission des
épiscopats de l’Union européenne),
Philippe Segretain,
administrateur des Semaines
sociales de France.
20 rue de Poissy, 75005 Paris
Inscriptions : www.collegedesbernardins.fr
scolaire Saint-Nicolas,
Regards croisés sur les
tentatives de paix en 1917.
Le 2 octobre de 9 à 17 heures
à l’Institut hongrois.
Une première table ronde
réunira des historiens français
et étrangers pour l’examen de
ces tentatives de paix et
la seconde évoquera plus
particulièrement les eforts
du pape Benoît XV.
19 rue Victor-Hugo, 92130 Issy-lesMoulineaux. M° Corentin Celton.
Accès libre, participation aux frais : 10 €.
Site : www.baptises.fr
Nathalie Jira (agenda.lacroix@
bayard-presse.com)
Publicité
92 rue Bonaparte, 75006 Paris.
Site : www.parizs.balassiintezet.hu/fr/
Réservation : reservation@
instituthongrois.fr
Tél. : 01.43.26.06.44.
RECONNUE D’UTILITE PUBLIQUE
DEPUIS 25 ANS
Exonérée de droits
Legs
Donations
Assurances-vie
Hauts-de-Seine
Conférence
Le christianisme n’existe pas
encore : la Conférence catholique
des baptisé-e-s francophones
invite Dominique Collin, philosophe et théologien dominicain,
samedi 29 septembre à 20 h 30,
à l’auditorium du groupe
Bien transmettre !
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Tél. 01 78 91 94 51
transfert de siège
Le hors-série
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SASU au capital de 2 000 €
Siège social : 187 Avenue de Clichy,
75017 PARIS
RCS PARIS 833 252 463
Bioéthique, le grand débat
Par décision de Président du 18/09/2018,
le siège social est transféré au
81 rue Réaumur, 75002 PARIS
à compter du 01/10/2018.
Pour avis au RCS de PARIS
Alors que le comité consultatif national d’éthique rend
son avis et que les débats s’ouvrent à l’Assemblée
nationale, LA CROIX vous aide à mieux comprendre
les enjeux des prochaines lois qui engageront
l’avenir de nos sociétés.
Pour vos annonces
judiciaires et légales
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La ligne en gras est facturée
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Par arrêté des préfets
PMA, don d’organes, recherche sur l’embryon
ou encore �in de vie… LA CROIX vous propose
d’aborder la complexité de ces questions souvent
sensibles dans une approche scienti�ique,
socio-économique et, bien sûr, éthique. Pour chaque
thème, LA CROIX vous explique : ce que dit la loi,
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au 01 41 38 86 15.
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des départements intéressés,
Infographies, explications, entretiens… nous donnons
la parole à tous les acteurs et présentons
tous les points de vue au-delà des clivages.
La Croix a été désigné comme
publicateur oiciel pour recevoir,
en 2018, dans les départements
de Paris (5,50 €), Essonne (5,25 €),
Au sommaire
Hauts-de-Seine (5,50 €) et
t Ce qu’en disent les Français : sondage
sur l’évolution de l’opinion avec l’Ifop
t Les nouveaux enjeux
t Les dernières évolutions
t Les recherches du futur et innovations
Val-de-Marne (5,50 €)
toutes les annonces judiciaires
et légales, en matière de procédure civile et de commerce,
Recueil d’articles parus dans LA CROIX entre janvier et mars 2018
Tarifs H.T. à la ligne déinis
par l’arrêté ministeriel
du 21 décembre 2017.
12€
Format 15,5 x 4 cm
132 pages
COMMANDEZ SUR la-croix.com/hs-bioethique
ainsi que les actes de société.
ou par téléphone
0 825 825 832
0,18 € / min
du lun. au ven. 8h30�19h – le sam. 9h-18h
Ce hors-série est imprimé à chaque demande. Il n’est donc pas stocké en nombre, ce qui nous permet de contribuer à l’efort de
conservation des ressources papier. Un délai de livraison d’environ 2 semaines est à prévoir.
JEUDI 27 SEPTEMBRE
Thomas Mesnier
Député LREM de la Charente
Yohan Bonnet / AFP
Colloque
dans
face
chrétiens
aux
DANS � FACE AUX CHRÉTIENS �
17H SUR RCF � 20H40 SUR KTO � 19H SUR RADIO NOTRE�DAME � CE VENDREDI DANS LA CROIX
avec
présentée par
Dominique Gerbaud
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
Télé-radio
21
le choix de La Croix
Fleurs de prison
Les Impatientes
à 21 heures sur France 2
Noémie Lvovsky, Léonie Simaga et Roxane Potereau interprètent
trois camarades de cellule aux caractères opposés. Fabrice Lang/FTV
TF 1
France 2
Les impatiens (ou impatiences)
sont des fleurs qui poussent à
l’ombre. « Comme nous », lance
Maude à sa codétenue. Coiffeuse
quinquagénaire au regard doux, elle
a été incarcérée quelques semaines
plus tôt, après avoir renversé en voiture le jeune homme responsable du
décès de sa ille unique. Un coup de
folie qu’elle ne s’explique toujours
pas. Sous le choc, elle découvre
l’univers de la prison, ses codes et
sa violence intrinsèque, ses petits
traics et ses rapports de force.
Elle apprend aussi à supporter la
promiscuité, 9 m2 à partager avec
deux codétenues aux caractères
France 3
Arte
opposés : la placide Isabelle, ex-médecin et chercheuse, qui purge une
peine de sept ans de prison, et l’explosive Leïla, petite amie d’un caïd
de cité, arrêtée pour détention de
drogue.
Bien qu’il dépeigne sans fard
le quotidien carcéral, le téléfilm
en trois parties Les Impatientes se
concentre avant tout sur les rapports humains et sur la résilience
possible de ces femmes brisées. Le
réalisateur Jean-Marc Brondolo (qui
a signé plusieurs épisodes d’Engrenages, d’Un village français ou encore des Hommes de l’ombre) ilme
avec bienveillance la complicité qui
se tisse entre les trois détenues, interprétée avec justesse par Noémie
Lvovsky, Roxane Potereau et Léonie
Simaga. Les seconds rôles – Thierry
France 5
Godard en maton amoureux, François Morel en juge et Catherine Jacob en prisonnière « historique »
faisant sa loi dans la cour de promenade – témoignent d’un même
souci de qualité.
À l’issue de la mini-série, Marie
Drucker, qui a tourné en 2016 un
documentaire bouleversant sur le
quartier des femmes d’un grand
centre de détention français (Détenues, redifusé à 0 h 40), invite à réléchir à la discrimination que subissent les femmes incarcérées en
France. Sur le thème « Femmes en
prison : la double peine ? », le débat
réunit d’anciennes détenues, Adeline Hazan, contrôleuse générale
des lieux de privation de liberté, et
la magistrate Isabelle Rome.
Cécile Jaurès
M6
Et aussi...
9.20 Petits secrets en famille; 10.25 Demain nous
appartient; 11.00 Les
feux de l’amour; 12.00
Les douze coups de midi;
13.00 Journal; 13.55 Ma
nounou est un homme!
Téléilm sentimental;
15.35 Lieutenant nounou.
Téléilm de suspense;
17.10 Quatre mariages
pour une lune de miel;
18.15 Bienvenue chez
nous; 19.20 Demain nous
appartient; 20.00 Journal; 20.35 Le 20h le mag.
9.35 Amour, gloire et
beauté ; 10.00 C’est au
programme ; 10.50 Motus ; 11.20 Les Z’amours ;
12.00 Tout le monde
veut prendre sa place ;
13.00 Journal ; 13.55 Ça
commence aujourd’hui ;
15.05 Je t’aime, etc ; 16.20
Afaire conclue, tout le
monde a quelque chose
à vendre ; 18.05 Tout le
monde a son mot à dire ;
18.45 N’oubliez pas les
paroles ; 20.00 Journal ;
20.40 Un si grand soleil.
9.50 9H50 le matin; 10.50
L’instant R ; 11.15 Midi en
France : « La Trinité-surMer » ; 12.00 12/13 ; 12.55
Météo à la carte; 13.50
Rex ; « Musique, maestro !» ; « Croisière mouvementée » ; « La malédiction du Caravage » ; 16.10
Des chifres et des lettres;
16.45 Personne n’y avait
pensé! ; 17.30 Slam ; 18.10
Questions pour un champion ; 19.00 19/20 ; 20.00
Vu ; 20.20 Plus belle la
vie ; 20.45 Tout le sport.
12.50 Arte journal; 13.00
Arte regards; 13.35 Zorba
le Grec. Comédie dramatique de Michael Cacoyannis; 16.05 Paysages
d’ici et d’ailleurs; 16.30
Invitation au voyage;
17.10 X:enius; 17.35
Les chemins de l’équitable: « Le cacao de Côte
d’Ivoire »; 18.05 Islande:
l’été des renards polaires;
19.00 Paradis de rouille:
« Engins militaires: l’adieu
aux armes »; 19.45 Arte
journal; 20.05 28 minutes.
11.45 La quotidienne:
« Acides gras trans: faut-il
les interdire dans l’alimentation? »; 13.05 Entrée
libre; 13.40 Le magazine
de la santé; 14.40 Allô,
docteurs!; 15.15 Bienvenue
chez les orangs-outans;
15.40 La famille éléphant
et moi: « Retour en terre
africaine »; 16.35 Dans
la vie d’un chien:
« Le meilleur ami de
l’homme »; 17.30 C à dire?!;
17.45 C dans l’air; 19.00 C à
vous; 20.20 Entrée libre.
10.00 Desperate Housewives ; « Nos amis nous
disent la vérité » ; « Un
mauvais souvenir » ;
« Le meilleur de nousmêmes » ; 12.45 Le 12.45 ;
13.30 Scènes de ménages;
13.40 Le baiser de Valentine. Téléilm dramatique
(1 et 2/2) de Sarah Harding. Avec Katja Weitzenböck ; 17.25 Les reines
du shopping ; 18.35 La
meilleure boulangerie de
France ; 19.45 Le 19.45 ;
20.25 Scènes de ménages.
21.00 Esprits criminels. Série américaine :
« Souillure ». 2 Avec
Joe Mantegna, Kirsten
Vangsness. Le BAU est
appelé à l’aide lorsque la
police de La NouvelleOrléans découvre une
fosse commune à l’intérieur d’une crypte vandalisée dans un cimetière
local ; « Soule coupé ».
0 ; « Derek ». 2 ; 23.25
Blacklist. Série américaine : « Le groupe Kilgannon (N°48) ». 0 Avec
James Spader ; « Ian Garvey (N°13) » ; « Alaska ».
21.00 Les impatientes.
Série française. Avec
Noémie Lvovsky, Roxane
Potereau, Léonie Simaga.
En prison, trois femmes
que tout sépare se retrouvent incarcérées dans la
même cellule, où elles
sont contraintes de cohabiter ; 23.35 Femmes
en prison, la double
peine? Débat. Présenté
par Julian Bugier ; 0.40
Détenues. 0 ; 1.45 Émissions religieuses ; 2.45 Ça
commence aujourd’hui ;
3.50 Montréal, la ville du
monde entier.
21.00 Des racines et
des ailes. « Le Morbihan,
entre terre et océan ». Magazine présenté par Carole
Gaessler. Depuis Carnac,
au cœur du plus grand
ensemble de mégalithes
au monde, Carole Gaessler part à la découverte
du Morbihan, de Pontivy
à Belle-Ile-en-Mer. Au
sommaire:Côté terre. Côté
mer; 23.05 Soir 3; 23.35
Culture, dans votre région. Magazine; 0.30
La police de Vichy; 2.10
Midi en France: « Depuis
La Trinité-sur-Mer ».
20.55 Les combattants.
Comédie française (2014),
de Thomas Cailley, avec
Adèle Haenel (1 h 35). Un
jeune homme rencontre
une jeune femme obsédée par la survie de l’espèce humaine. Séduit,
il décide de la suivre à
un cours de préparation
militaire ; 22.30 Blaise
Cendrars, comme un
roman. Documentaire
de Jean-Michel Meurice;
23.25 L’olivier. Drame
d’Icíar Bollaín ; 1.00 Arte
journal ; 1.25 Les héritiers ;
3.15 De l’art et du cochon.
20.55 La grande librairie. Magazine présenté
par François Busnel. Invités : Alain Mabanckou,
Éric Fottorino, Sophie
Daull, Olivia de Lamberterie, Élisabeth de
Fontenay ; 22.25 C dans
l’air. Magazine présenté
par Caroline Roux, Axel
de Tarlé ; 23.35 C à vous ;
0.30 C à vous la suite ;
0.50 Entrée libre ; 1.15
Les plus beaux treks :
« La grande traversée du
Jura » ; 2.05 24 heures
dans la nature : « Brésil,
l’ombre et la lumière ».
21.00 Le meilleur pâtissier. « Voyage dans
le temps ». Jeu présenté
par Julia Vignali. Invité :
Jefrey Cagnes. Pour
cette troisième semaine
de concours, la tente du
«Meilleur Pâtissier» se
transforme en machine
à voyager dans le temps,
avec la participation du
chef Jefrey Cagnes, qui
dirige la plus ancienne
pâtisserie de Paris ; 23.30
Le meilleur pâtissier, à
vos fourneaux! « Voyage
dans le temps » ; 0.45 Incroyables gâteaux.
Canal+ CRYPTÉ : 21.00
Football. Paris-SG/Reims.
Ligue 1 Conforama.
7e journée. En direct.
France 4 20.55 Michou
d’Auber. Comédie dramatique française (2007), de
Thomas Gilou, avec Gérard Depardieu (2 h 05).
LCP 20.00 Aviation : l’héritage de 14-18. Documentaire de Nicolas Jallot.
W9 21.00 Enquêtes criminelles. « Afaire Daval: un
pacte familial? ». Présenté
par Nathalie Renoux.
RTL 9 20.40 La chute du
Faucon noir. 2 Film de
guerre américain (2001),
de Ridley Scott, avec Josh
Hartnett (2 h 25).
KTO
19.40 À la source; 20.10
Vêpres; 20.40 L’ange
aujourd’hui. Documentaire de Jean-Claude Duret; 21.35 Vies de famille;
21.45 Églises du monde.
« Irak ». Magazine; 22.15
Audience générale; 23.30
Quèsaco?: « Ange »; 23.40
En marche vers dimanche; 23.50 Chapelet.
Séance du mardi 25 septembre. Cours en clôture. Les cours en direct sur bourse.la-croix.com
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23 940,26
3 419,12
7 507,56
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193,00
246,00
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43,58
189
8,4
109,9
105,08
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39,01
92,35
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65,18
39,37
27,715
109,85
107,25
23,475
77,5
74,3
54,68
3,776
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22,71
111,1
16,345
35,98
2,498
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12,886
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-38,14
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-28,84
-34,26
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-5,48
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-5,29
+19,96
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Faurecia
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Gemalto
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Icade
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40,44
33,01
15,595
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20,04
12,25
90,95
124,25
68,1
483,4
57,25
8,01
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68,95
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50,26
21,6
10,895
62,55
559
79,8
115,65
63,95
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-3,87 -42,10
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+1,05 +45,22
+0,38 -14,53
+0,27 -10,67
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Nexity
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Peugeot
Plastic Omnium
Publicis Groupe Sa
Remy Cointreau
Renault
Rexel
Rubis
S.e.b.
Safran
Saint Gobain
Sanofi
Sartorius Sted Bio
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30,5
31,64
203,8
26,11
63,4
303,9
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14
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103,9
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26,9
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13,685
113,4
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51,22
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74,07
13,14
48
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37,295
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-0,60
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-0,59 +23,84
-1,74 -33,99
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-0,06 -16,88
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-3,24 -47,37
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-4,06 +37,89
-2,86 -12,02
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-5,54
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-1,36 -18,89
+1,02
+3,84
+1,93 +92,74
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Worldline
69,46
40,1
17,79
38,07
92,38
71,4
1,04
116,85
142,4
16,73
16,44
12,18
22,04
1,036
27,83
162,1
9,575
119,55
55,59
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94,96
174,12
38,56
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17,115
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129,8
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-0,04
+1,28
-1,93
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La Croix -mercredi 26 septembre 2018
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L’histoire a gardé peu de traces
précises de la vie de Côme et de
Damien, venus d’Arabie. Selon
la tradition, ces deux frères de
confession chrétienne, médecins,
prodiguèrent leurs soins gratuite-
Mercredi
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26 °
29 °
27 °
25 °
26 °
24 °
26 °
Demain Saint Vincent de Paul
méditation
Jeudi
de la 25e semaine
du temps ordinaire
>28°
26/28°
24/26°
22/24°
20/22°
18/20°
16/18°
14/16°
<14°
(Lc 9, 7-9)
Jeudi
ui est Jésus ? Il parcourt la
Galilée, il étonne par ses miracles et sa parole. Est-il un
prophète envoyé par Dieu, comme
Jean le Baptiste qu’Hérode avait fait
jeter en prison, ou comme un prophète d’autrefois ? Il enseigne dans
les synagogues, et les auditeurs se
divisent… Il parcourt le pays, opère
des guérisons et enseigne… Sa renommée parvient jusqu’à Hérode,
gouverneur de Galilée, homme dépravé et sans scrupule, qui avoue
avoir fait décapiter Jean. Luc ne
transmet pas le récit de la mise à
mort du baptiste ; il s’attarde sur le
personnage d’Hérode perplexe et
curieux devant la nouvelle de Jésus, il désire voir l’homme dont on
Q
Vendredi
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les marchands de journaux
parle tant. Luc écrira dans le récit
du procès de Jésus, que le gouverneur désirait voir un miracle, déçu,
il traitera Jésus avec mépris. Hérode est le type de l’incrédule qui
n’espère pas la résurrection des
morts. A-t-il lu Qohéleth ? Blasé car
« tout est vanité » et il n’y a « rien de
nouveau sous le soleil ». Il ne peut
pas pressentir que l’homme dont
on parle, annonce une « bonne nouvelle », pouvant toucher la vie et lui
donner sens. Ce Jésus qu’il méprise
n’est pas Jean Baptiste ressuscité…
mais très vite Luc va mettre dans
la bouche de Jésus l’annonce de sa
propre résurrection. Le sage pourra
dire : « Voilà enin du nouveau ! » et
saint Vincent, fêté en ce jour, en a
vécu au profit des plus pauvres.
Quelle nouveauté sera ma surprise
aujourd’hui ?
Une bénédictine
de l’abbaye de Maumont
Autres textes : Qo 1, 2-11 ; Ps 89.
mots croisés
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Senèze. Responsable de la vente au numéro :
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ment et réconfortèrent ceux qui
en avaient besoin. Après avoir été
torturés, ils moururent décapités
en Syrie vers le IIIe ou le IVe siècle,
sur ordre du gouverneur Lysias
qu’ils avaient pourtant soigné.
Problème n° 6963 d’Arthur Gary
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
I
6 suppléments thématiques
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
Horizontalement. – I. Camions à eau. – II. A été remplacé par des
camarades. Instrument du chef. – III. Religieuse, prix Nobel de la paix.
À force d’être sur les pointes, il init sur les rotules. – IV. Célèbre lady.
Monnaie bulgare. – V. Non modiiés. – VI. Grosse entreprise. Faire des
économies de bouts de chandelle. – VII. On y attache une bête de trait.
Un stage en station. – VIII. Traitement humiliant. Lentilles. –
IX. Négation. Sport de détente. C’est fou ce qu’il trouve à lier. – X. On y
it de la réclame. Rude.
Verticalement. – 1. Ofrant des pleurs. – 2. Abîmé. Elles marchent
vite. – 3. Fut lent. Possessif. – 4. Inlammation des glandes
parotides. – 5. Parasites internes. – 6. Pierres semi-précieuses.
Prise. – 7. Note. Prénom de rois nordiques. Boîte privée. – 8. Arrivée. –
9. Tremplin permettant de saisir un portefeuille au vol. Étrangler. –
10. Pères d’impairs. Ce n’est parfois que de la littérature.
Solutions du n° 6962 : Horizontalement. – I. Respectant. – II. Élargi.
Cou. – III. Silo. Abcès. – IV. E.-S.-E. Cour. – V. R.F.A. Sumo. – VI. Va. Arma.
Ir. – VII. Ouvrières. – VIII. Inétendues. – IX. Retard. Réa. – X. Ses. Aéré.
Verticalement. – 1. Réservoirs. – 2. Élis. Aunée. – 3. Saler. Vêts. –
4. Pro. Farta. – 5. Eg. Cariera. – 6. Ciao. Mende. – 7. Busard. – 8. Accru.
Eure. – 9. Noé. Misée. – 10. Tussor. Sac.
Lundi :
Économie&entreprises
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facilement l’économie,
suivre la vie au travail
et le secteur solidaire.
Jeudi
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pour vous éclairer
sur toute l’actualité
littéraire.
Mardi :
Sciences&éthique
pour suivre l’évolution des
connaissances scientifiques,
leurs applications et leurs
enjeux éthiques.
Vendredi
Initiatives&solidarité
pour découvrir l’action
d’associations ou
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pour tout
comprendre de
l’éducation
des enfants.
Samedi-Dimanche
Religion&spiritualité
avec un grand sujet
religieux, un espace de
formation et de débat.
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La Croix -mercredi 26 septembre 2018
SPORT
23
Ryder Cup, avec Tiger Woods,
il va y avoir du sport
tLe retour au sommet
de la légende américaine
promet d’illuminer à partir
de vendredi la 42e édition
de la compétition phare
du monde golfique, au
point presque de gommer
les autres enjeux sportifs.
Son nom est sur toutes les
lèvres. C’est l’événement dans
l’événement, qui prend presque
le pas sur tout le reste. À
48 heures du départ de la Ryder
Cup au Golf national de SaintQuentin-en-Yvelines, la planète
golf tourne à nouveau autour de
son astre retrouvé : Tiger Woods,
vainqueur dimanche dernier de
son 80e tournoi, le premier après
très exactement 1 876 jours de
disette. La légendaire star était
donc capable de ce « come back » retentissant, inespéré
après tant d’errances, de doutes
et de larmes à cause d’un dos en
soufrance pendant des lustres.
Sidérante performance et timing
incroyable.
À la veille du duel au sommet,
le « Tigre » rugit et la nouvelle
chamboule tout. Peut-il continuer sur sa lancée et réussir enin
une Ryder Cup digne de son talent ? Sur cette compétition, son
bilan est bien maigre : 33 matchs
« Nous ne craignons
personne
en particulier,
c’est contre toute
l’équipe américaine
que nous devons
nous battre. »
joués mais seulement 13 victoires en sept participations depuis 1997. Surtout, ses 16 défaites
en 26 rencontres en double montrent que la principale diiculté
est de trouver un partenaire au
roi des greens. Saura-t-il faire
taire aujourd’hui son ego et se
fondre dans l’équipe américaine ? « Il a remporté dimanche
un titre individuel, et je sais ce
que cela représente, à quel point
c’était important pour lui, mais il
a tourné la page très rapidement
et il est ravi d’avoir rejoint ses coéquipiers et de se mettre au service
de l’équipe », éludait ce lundi le
capitaine de l’équipe américaine
Jim Furyk.
Côté européen, s’inquiète-t-on
de la renaissance du géant ? Ou
du fameux poids psychologique
qu’il faisait peser sur ses adver-
essentiel
Football
Didier
Deschamps
sacré meilleur
entraîneur
de l’année
Photo Ben Stansall/AFP
Les golfeurs américains Tiger Woods (2e à gauche), Bryson DeChambeau et Patrick Reed lors de
l’entraînement, hier, sous le regard du vice-capitaine, David Duval (à gauche). Jamie Squire/Getty Images/AFP
saires du temps de sa splendeur,
tétanisant souvent ses rivaux ?
Cette fois, c’est le capitaine de la
sélection européenne, le Danois
Thomas Bjørn, qui préfère ne pas
s’appesantir : « Nous ne craignons
personne en particulier, c’est
contre toute l’équipe américaine
que nous devons nous battre. »
Et ce n’est déjà pas une mince
afaire. Car sur le papier, l’armada
d’outre-Atlantique débarque avec
un bagage impressionnant. Les
douze Américains cumulent 31
victoires dans les quatre tournois
majeurs (l’équivalent de ceux du
Grand Chelem au tennis), 14 rapportés par le seul Tiger Woods,
quand les douze Européens n’en
ont remporté que sept. De ce fait,
il est beaucoup question dans
les gazettes de l’équipe « la plus
forte de tous les temps ». Avec les
très expérimentés Tiger Woods
et Phil Mickelson (48 ans et une
douzième participation record à
la Ryder Cup cette année), les copains cogneurs Brooks Koepka et
Dustin Johnson et les as du jeu
en double Jordan Spieth et Patrick Reed, la sélection américaine, tenante du titre, peut légitimement prétendre s’imposer
sur le Vieux Continent, un exploit après lequel les États-Unis
courent depuis 1993.
L’incertitude demeure cependant sur leur capacité à présenter la même eicacité collective
qu’en 2016. Ce fut longtemps la
grande faiblesse américaine,
gommée il y a deux ans, mais
toujours en filigrane chez les
« boys » surdoués.
Une absence française
C’est la première fois que la Ryder Cup se déroule en l’absence
de joueur local : les résultats des meilleurs Français ne leur
ont pas permis de se qualiier pour l’événement. Alexander
Levy, meilleure chance tricolore en début de saison, pointe aujourd’hui à la 91e place mondiale. L’équipe européenne risquet-elle, du coup, de manquer de soutien face à un public attendu
composé d’environ 40 % de Français, et ce d’autant que les amateurs de la petite balle blanche pourraient surtout vibrer pour
la légende américaine Tiger Woods ? C’est peut-être cette crainte
qui a poussé Thomas Bjørn, le capitaine européen, à associer
à son équipe comme assistants deux joueurs Bleus : Grégory
Havret, 41 ans, et Raphaël Jacquelin, 44 ans, entre autres chargés de faire le lien entre les cordes du parcours avec le public.
Leurs conseils seront aussi précieux, car ils connaissent par
cœur les pièges du parcours de l’Albatros.
Une cohésion qui est souvent le
point fort de l’équipe européenne.
Reste à savoir si l’alchimie sera
toujours de mise avec l’entrée en
jeu de cinq nouveaux (« rookies »)
qui découvriront la compétition
cette année. Un équilibre à trouver entre la comète basque espagnole Jon Rahm ou le bouillant
anglais Tyrrell Hatton, deux caractères bien trempés, et les solides Justin Rose et Ian Poulter,
hommes de base de la sélection,
ou la star Rory McIlroy, génie du
jeu mais qui se cherche depuis
quelques mois.
Les Européens peuvent en
tout cas miser sur un autre atout
de taille : leur connaissance du
parcours. La Ryder Cup, c’est un
peu comme la Coupe Davis des
cousins du tennis, où l’équipe
qui reçoit a l’avantage du terrain
en choisissant sa surface. Les 18
trous de l’Albatros n’ont guère
de mystère pour les hommes du
Vieux Continent.
Deux des joueurs de la sélection se sont imposés à l’Open de
France qui se déroule sur le site :
l’Anglais Tommy Fleetwood en
2017, et le Suédois Alexander Noren en juillet dernier. Et l’Italien
Francesco Molinari y a terminé
trois fois deuxième (2010, 2012 et
2016). L’équipe compte bien sur
les trous techniques et le tracé
étroit du Golf national pour piéger les frappeurs américains. Certitude : à partir de vendredi, le
duel promet d’être intense.
Jean-Luc Ferré
Et un trophée de plus pour
le sélectionneur des Bleus
champions du monde. Didier
Deschamps a reçu lundi soir à
Londres le titre de meilleur
entraîneur de l’année décerné
par la Fédération internationale de football (Fifa). Il a été
préféré à son ancien coéquipier de France-1998, Zinedine
Zidane, ainsi qu’à Zlatko Dalic,
qui a mené la Croatie en inale
de la Coupe du monde en Russie. Un carton plein pour les
Français puisque dans la catégorie des entraîneurs d’équipes
féminines, c’est le maître à
jouer des championnes d’Europe de l’Olympique lyonnais,
Reynald Pedros, qui a été récompensé. Côté terrain, le
Croate Luka Modric, inaliste
du Mondial et vainqueur de la
Ligue des champions avec le
Real Madrid, a été élu meilleur
joueur, titre que se partageaient Cristiano Ronaldo et
Lionel Messi depuis dix ans.
Judo T
Un Mondial à quatre
médailles pour les Bleus
Avant les épreuves par équipes
des Mondiaux de Bakou (Azerbaïdjan) demain, le camp tricolore est allé de déception en
déception hier avec l’élimination en – de 78 kg de Madeleine
Malonga au repêchage et d’Audrey Tcheuméo au troisième
tour. En – de 100 kg, Cyrille
Maret et Alexandre Iddir sont
sortis dès le deuxième tour.
Le compteur des Bleus est bloqué à quatre médailles : l’or de
Clarisse Agbegnenou (– 63 kg),
l’argent de Marie-Eve Gahié
(– 70 kg) et le bronze pour
Amandine Buchard (– 52 kg)
et Axel Clerget (– 90 kg).
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
Grand format
Chartreuse
24
Les liqueurs
Chartreuse
distillent
un parfum
d’histoire
Cela fait plus de quatre siècles que les moines
préservent le secret de la recette des liqueurs
Chartreuse, savant mélange de 130 plantes
et épices. Avec sa nouvelle distillerie, inaugurée
in août, l’entreprise souhaite assurer
son avenir pour les 200 prochaines années,
sans renier son héritage monacal.
Voiron, Entre-deux-Guiers (Isère)
De notre envoyé spécial
C
’est au cœur du massif de la Chartreuse,
en Isère, au beau milieu des pics couverts
d’un manteau de verdure, qu’est gardé le secret depuis
plus quatre cents ans. Encore aujourd’hui, la recette des liqueurs
Chartreuse, aux arômes d’anis,
de mélisse ou encore de verveine,
reste impénétrable. « Sur chaque
facture, Frère Jean-Jacques eface
au correcteur automatique les
noms des plantes entrant dans la
composition des liqueurs », s’amuse
le PDG de l’entreprise, Emmanuel Delafon, barbe grisonnante
et sweat noir loqué du logo de la
Chartreuse.
Ils ne sont que deux moines
– Frère Jean-Jacques et Dom
Benoît – à connaître la recette de
ce mystérieux breuvage dont les
origines remontent à 1605. La date
choisie par le maréchal d’Estrées
pour remettre aux moines de la
Chartreuse de Vauvert, à Paris, un
manuscrit révélant la formule d’un
« élixir » composé de 130 plantes.
« Lorsqu’ils doivent voyager, ils ne
Ain
Métrop.
Lyon
GrandeChartreuse
Entredeux-Guiers
Savoie
Voiron
Grenoble
25 km
ISÈRE
Drôme
HautesAlpes
prennent jamais tous les deux le
même avion ou la même voiture »,
conie Emmanuel Delafon.
Ce manuscrit existe toujours : il
est conservé dans la bibliothèque
du monastère de la Grande-Chartreuse, à Saint-Pierre-de-Chartreuse. « Mais les deux moines sont
les seuls à connaître les proportions
de chaque plante », précise le jeune
patron de 37 ans. Ce travail est effectué par Frère Jean-Jacques,
dans la « salle des plantes » du monastère, niché dans la montagne.
Seul face aux dizaines de sacs, il
pioche, hume et choisit méticuleusement chaque feuille et épice.
Pas moins de 24 tonnes de plantes
sont livrées tous les ans au monastère par sacs de 150 kg.
Mais impossible pour les
simples visiteurs de pénétrer
dans le monastère. Un réalisateur
allemand, Philip Gröning, a dû attendre seize ans avant d’obtenir le
privilège d’y tourner un long métrage, Le Grand Silence, sorti en
France en 2006. Pour les curieux,
un pré surplombe l’immense monastère, où vivent une trentaine de
moines. De là, il est possible d’observer les bâtiments qui le composent, et notamment l’enilade de
petites maisons au toit noir, servant d’ermitages pour les pères.
C’est dans ce monastère du
XVIe siècle qu’a été créé, en 1737,
après plus d’un siècle de tentatives
infructueuses, le premier Élixir Végétal de la Grande-Chartreuse, 69°
d’alcool au compteur, utilisé pour
soigner les troubles digestifs. « De
cet élixir dériveront ensuite les liqueurs Chartreuse », raconte Emmanuel Delafon. La verte, produit
phare de la marque Chartreuse,
55° d’alcool, a été mise au point
près de trente ans plus tard, en
1764, avant la jaune (40°) en 1838.
Mais l’histoire des liqueurs ne
fut pas un long leuve tranquille.
Dispersés durant la Révolution
française de 1789, les chartreux
ne sont de retour sur leurs terres
qu’en 1816. L’activité de fabrication des liqueurs prenant trop de
place dans le monastère, ils décident en 1860 de construire une
distillerie à quelques kilomètres de
là, à Fourvoirie, sur la commune
de Saint-Laurent-du-Pont. « C’est
la première fois que des laïcs interviennent dans la production », souligne le PDG.
En 1903, deux ans avant la séparation des Églises et de l’État, les
moines vivent une seconde expul-
sion. La distillerie de Fourvoirie
et le monastère sont abandonnés
à l’État. « À cette époque-là, deux
afaires font la une des journaux :
l’afaire Dreyfus et l’expulsion des
chartreux », assure Emmanuel Delafon. Ils se réfugient à Tarragone,
en Espagne, où ils bâtissent une
nouvelle distillerie.
Ils ne retrouvent Fourvoirie
qu’en 1930. Mais cela ne dure pas
longtemps. Cinq ans plus tard, un
glissement de terrain détruit la
distillerie, située à lanc de montagne. Aujourd’hui, des ruines témoignent de la lorissante activité
économique passée. En 1935,P P P
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
Grand format
25
Le nouveau site d’Aiguenoire. Stéphane Couchet
repères
10 000 visiteurs par an
Il existe deux sociétés distinctes : la Compagnie française
de Grande Chartreuse, qui gère
la production, et Chartreuse
Difusion, qui commercialise
les bouteilles depuis 1970.
P P P les moines transfèrent donc
dans l’urgence leur production à
Voiron, à quinze kilomètres de là,
où ils possèdent déjà une cave et
des entrepôts.
Puis, plus aucune péripétie pendant plus de soixante-quinze ans.
Jusqu’en 2011. « Cette année-là,
une réglementation européenne
classe la liqueur comme hydrocarbure, car c’est un liquide très inlammable », relate Emmanuel Delafon. Cet ancien auditeur de chez
Gucci prend les rênes de l’entreprise en 2013, et se retrouve d’entrée face à un choix diicile : investir pour sécuriser le site historique
de Voiron, qui stocke deux millions de litres de liqueur en plein
centre-ville, ou déménager. C’est
la seconde option qui est choisie.
« Cela coûtait trop cher de mettre
la distillerie aux normes », explique
celui dont le père était administrateur des liqueurs Chartreuse.
L’entreprise part donc à la recherche d’un nouveau site de production. Le choix se porte directement sur Aiguenoire, hameau de
la petite commune d’Entre-deuxGuiers, situé au milieu des champs
et des pâturages. « C’est un retour
aux sources pour les moines, car ils
ont utilisé ce site de 1618 à 1791 pour
leurs activités agricoles et piscicoles », pointe Emmanuel Delafon.
Après dix-huit mois de travaux et
un investissement de 10 millions
d’euros, la septième distillerie de
l’histoire des chartreux entre en
activité en novembre 2017. Mais
l’inauguration n’a eu lieu que le
30 août dernier. « C’est un choix
symbolique, car c’est quatre cents
ans jour pour jour après l’arrivée
des moines sur la parcelle. »
Les moines y retrouvent leur
grange historique, qui a été rénovée pour l’occasion. En face d’elle,
une distillerie a été construite,
dans le même style architectural,
paux sont les États-Unis,
l’Allemagne, l’Espagne,
le Canada et le Mexique.
La Chartreuse verte
représente 80 % des ventes
de l’entreprise aujourd’hui,
alors que ce n’était que le tiers
à la in du XIXe siècle.
Ces deux sociétés emploient
70 salariés, auxquels il faut
ajouter deux moines, payés
en redevances (l’équivalent
des royalties).
Une bouteille de 70 cl coûte
environ 30 €. Une bouteille
de collection, produite à
Tarragone (Espagne) dans les
années 1960, vaut aujourd’hui
entre 2 000 et 2 500 €.
1,5 million de bouteilles
sont produites chaque année.
Il y a une cinquantaine de pays
d’exportation, dont les princi-
Le centre de visites
des liqueurs Chartreuse
à Voiron accueille
100 000 visiteurs par an.
créant un efet miroir. À l’intérieur,
trois alambics, dont l’un en cuivre
provenant du site de Voiron, très
bien conservé malgré son grand
âge. « Les sacs contenant les mélanges de plantes, dont le contenu
est codé, arrivent ici, puis nous leur
appliquons trois procédés de fabrication : distillation, macération et
extraction », explique Bertrand de
Nève, ancien caviste devenu responsable de la distillerie. Pour éviter aux deux moines responsables
de la production les allers-retours
entre leur monastère et la distillerie, un système de liaison par ordinateurs a été installé. « Cela existait déjà sur le site de Voiron depuis
1985 », met en avant Bertrand de
Nève. Toutes les trois semaines,
près de 42 000 litres de liqueur
sont obtenus.
Une fois cette étape passée,
celle-ci est expédiée grâce à des
tuyaux en cuivre jusqu’à la cave
de vieillissement, où s’alignent
les immenses tonneaux de chêne,
qui pourront accueillir deux millions de litres à terme. Elle y repose alors de nombreuses années.
Quant à connaître la durée exacte,
Bertrand de Nève répond par une
pirouette : « À peu près, et parfois
un peu plus qu’à peu près… » Secret, quand tu nous tiens…
Mais pas question d’abandonner pour autant le site historique
de Voiron. Celui-ci fait partie intégrante du projet « Grand Avenir »
de l’entreprise, une feuille de route
« pour les 200 prochaines années ».
L’embouteillage, qui se fait encore
là-bas, va être transféré en 2020 à
Aiguenoire. Mais la cave de vieillissement des liqueurs, « la plus longue du monde avec ses 164 mètres »,
va continuer à accueillir 10 % de la
production, dans ses dizaines de
vieux tonneaux entreposés les uns
à côté des autres dans l’obscurité.
« L’objectif est de faire de Voiron
un véritable site de spiritourisme,
indique Emmanuel Delafon. L’un
de nos projets est d’y installer des
tables gastronomiques autour de la
chartreuse. »
Mais, selon les dires du jeune
patron, le proit n’est pas ce qui le
fait courir. « Nous voulons rester le
plus grand des petits producteurs
de liqueurs, et rester une distillerie artisanale. » L’an dernier, le
chifre d’afaires de l’entreprise a
atteint 17 millions d’euros. « Nous
vendons aujourd’hui davantage
à l’étranger qu’en France, notamment aux États-Unis », affirme
le patron. Preuve de sa célébrité
ou tre-Atlan ti que, le réalisateur
Quentin Tarantino a utilisé la liqueur dans des scènes de deux de
ses ilms, Boulevard de la mort et
Inglourious Basterds.
Julien Da Sois
La Croix - mercredi 26 septembre 2018
Jeunes et catholiques
synode
des jeunes
À l’approche du Synode des jeunes, du 3 au 28 octobre à Rome,
« La Croix » propose durant quinze jours une radiographie
de la jeunesse catholique française.
octobre 2018
Première semaine. Dans la société: leur rapport à la politique (3/5)
Leur foi à l’épreuve
de l’engagement politique
L
François
et les jeunes
Alberto Pizzoli/AFP
« Il est urgent
que puisse
grandir,
surtout parmi
les jeunes,
une nouvelle
vision de
l’engagement
politique. »
or s de la veillé e de
prière des Journées
mondiales de la jeunesse, en 2016 à Cracovie (Pologne), le
pape François a exhorté les participants à être des « protagonistes de l’histoire », à ne pas
rester dans leur « canapé » mais
à chausser « des crampons » en
tant que « joueurs titulaires ».
Bref, à s’investir dans la vie de
la cité. « L’intérêt pour la politique est aujourd’hui relativement peu partagé chez les jeunes
catholiques, il est surtout le fait
d’une minorité médiatisée »,
analyse Charles Mercier,
maître de conférences en
histoire contemporaine à
l’université de Bordeaux.
« Il s’agit d’un intérêt cyclique. Aux yeux de la génération 68, tout était politique, avec un transfert
des espérances du théologique
vers le politique et un engagement
à gauche. Puis, dans les années
quatre-vingt, il y a eu un désinvestissement du champ politique. La
génération de 2013, avec La Manif
pour tous et les “veilleurs”, a marqué un retour au politique, cette
fois à droite. »
Fondateur de l’association Acteurs d’avenir, l’abbé Pierre-Hervé
Grosjean (1) perçoit ainsi au sein
de la jeunesse catholique « une
prise de conscience que leur anthropologie et leur vision du monde
ne sont plus une évidence pour tous
et qu’il leur faut devenir des décideurs ». Reste à savoir à quel poste
sur le terrain. Une enquête réalisée par l’hebdomadaire La Vie
auprès des inscrits aux dernières
JMJ a conirmé leur tropisme politique : parmi les 65 % qui ont
accepté de se situer sur l’échelle
droite-gauche, 65 % se sont positionnés à droite, 14 % à égalité au
centre ou à l’extrême droite, 6 % à
gauche et 2 % à l’extrême gauche.
Solenn, 22 ans, milite justement à Toulouse dans des mou-
vements anticapitalistes et écologistes. « Mes camarades sont
athées, je leur explique l’importance pour moi d’être croyante,
même si je ne comprends pas certaines positions conservatrices
de l’Église », raconte celle qui
contribue à l’animation musicale des offices. « Mes convictions interrogent dans les milieux
catholiques, car ils ne correspondent pas à mon éducation, insiste
Solenn. Ce qui me dérange, c’est
quand la messe du dimanche devient un acte mondain sans que
le pratiquant essaye de faire bouger les choses dans la vie de tous
les jours. »
« S’engager est
exigeant et diicile
car on voit aussi les
arrière-boutiques
décevantes. » De l’autre côté de l’échiquier,
Léa, 23 ans, fille d’agriculteurs
des Yvelines, parle souvent politique avec d’autres croyants.
« Nous partageons généralement
beaucoup d’idées communes, notamment sur les thématiques
identitaires et sociétales, la question anthropologique étant centrale pour de nombreux catholiques », rapporte l’adhérente du
Rassemblement national (ex-FN),
bien que de temps en temps la
discussion soit « plus virulente
mais non moins intéressante ».
Léa n’a en revanche « pas l’habitude » d’évoquer sa foi avec les
militants. « Qui dit militantisme
dit toutefois naissance d’amitiés,
et donc discussions privées sur des
préoccupations plus intimes, dont
la spiritualité », nuance-t-elle.
Il en est de même pour Gonzague, 29 ans, élu au conseil national des Républicains, et Nathanaël, 27 ans, membre d’En
marche ! depuis sa création.
« Je parle rarement de religion dans les milieux politiques, relate Gonzague.
Dès qu’on en discute en
groupe, quelqu’un s’irrite au
nom de la laïcité et une polémique
s’engage. C’est dans les échanges
personnels, de cœur à cœur, que
je parle de ma foi. Par exemple,
quand un collègue apprend que
je vais à Lourdes ou à Jérusalem
et me sollicite pour une prière ou
un geste de foi. » Publiquement, le
jeune homme ne renie pourtant
pas son appartenance religieuse,
sa fonction de délégué syndical
CFTC étant « suffisamment explicite » auprès des autres assistants parlementaires. « Le thème
religieux surgit à l’occasion d’un
débat, à l’image de celui sur les
crèches de Noël dans des bâtiments publics, ou d’une fête religieuse, sous la forme d’une explication de culture générale dans
une société qui a perdu ses repères », poursuit-il.
« J’aborde peu le sujet, sauf de
manière incidente en évoquant
une église que j’ai découverte ou
une retraite en abbaye », narre
Nathanaël. Il en était tout autrement lorsqu’il militait aux « Poissons roses », éphémère sensibilité chrétienne du PS. À l’époque,
il était d’ailleurs « fréquemment
sollicité par des aumôneries »
pour venir témoigner. « Lors
d’événements familiaux ou paroissiaux, mon travail à l’Assemblée nationale suscite d’innombrables questions, bienveillantes
à quelques exceptions près », décrit Gonzague. « Je suis régulièrement mis sur le gril par des catholiques, de droite ou de gauche,
qui mettent ma foi à l’épreuve de
l’action de la majorité, renchérit
Nathanaël. S’engager est exigeant
et diicile, car on voit aussi les arrière-boutiques décevantes. »
C’est pourquoi l’abbé PierreHervé Grosjean a eu l’intuition
de proposer « un accom- P P P
de mon
temps…
« La politique
était une façon
de vivre notre foi »
Eve Metaxian, professeure
d’anglais à la retraite, Paris
« Je me suis engagée au Parti
socialiste uniié (PSU) au
début des années 1960. C’était
la période qui précédait les
événements de Mai 68. J’étais
étudiante à l’université d’Aixen-Provence et j’y préparais
le Capes d’anglais. Nous étions
un petit groupe de l’aumônerie
de l’université à nous intéresser
au PSU. Nos convictions politiques venaient de notre engagement religieux, le militantisme politique était une façon
de vivre notre foi. Pour nous, la
religion ne pouvait seulement
être un investissement spirituel, nous avions besoin d’actions concrètes, d’œuvrer pour
le bien social et l’égalité des
chances. Il nous semblait inconcevable d’être chrétien et de
ne pas s’impliquer dans la vie
de la cité. Quand je vois des
jeunes aujourd’hui dans ma
paroisse, je n’ai pas le sentiment
qu’ils éprouvent le même
besoin, la politique ne semble
pas être leur première
préoccupation. »
Recueilli par Lucie Alexandre
La Croix - mercredi 26 septembre 2018
Jeunes et catholiques
27
Atelier des Chrétiens en grande école sur le thème « à quoi bon perdre
son temps en politique ? », en janvier 2017. Guillaume Poli/Ciric
P P P pagnement ain d’entrer sur
le terrain politique tel qu’il est et
non tel qu’on l’a rêvé, en acceptant
forcément, dans une société sécularisée, des compromis, mais sans
jamais tomber dans des compromissions ». Au il des universités
d’été, le prêtre du diocèse de Versailles a en outre perçu que les
jeunes catholiques « choisissent
davantage une personnalité qu’un
parti, avec une très haute exigence
en termes de cohérence et de idélité dans les convictions ». Selon
lui, « si la foi chrétienne était parfois vécue en politique comme un
obstacle ou comme un paramètre
privé à mettre sous le boisseau, une
nouvelle génération l’assume désormais ». Tel que l’expose l’Évangile de saint Matthieu : « On n’allume pas une lampe pour la mettre
sous le boisseau ; on la met sur le
lampadaire, et elle brille pour tous
ceux qui sont dans la maison. De
même, que votre lumière brille devant les hommes. »
Laurent de Boissieu
(1) Publie, le 3 octobre, Donner sa vie,
Artège, 196 p., 14 €.
Demain
Foi et nouvelles technologies
l’initiative
Une fratrie engagée
pour « la France des petits gestes »
tColine, jeune catholique
de 20 ans, et ses deux frères
sont partis à la rencontre
des acteurs de la lutte contre
l’exclusion sociale, lors d’un
tour de France partagé sur
les réseaux sociaux.
Coline est catégorique : pas question de faire de la religion un argument idéologique. À titre individuel
pourtant, croyance et engagement
politique sont pour elle intimement imbriqués. « La foi, cette force
d’amour qui nous unit aux autres,
m’apparaît en résonance totale avec
mes convictions de gauche », explique la jeune catholique de 20 ans.
L’hiver dernier, Coline s’est lancée
dans un projet un peu fou avec ses
deux frères – dont l’un se présente
comme athée. Ils ont organisé un
« Solitour », une virée estivale à vélo,
à la rencontre des « petits acteurs »
de la solidarité, qui luttent contre
l’exclusion sociale « à leur niveau »,
« au quotidien ». Depuis la maison
familiale de Villemoisson-sur-Orge
(Essonne), la fratrie a sélectionné
des initiatives, sollicité individus
et associations, ixé des rencontres.
« On voulait un peu casser les clichés
sur cette France où soi-disant tout le
monde se plaint tout le temps, montrer qu’il y a plein de Français d’une
grande générosité », raconte l’étudiante en double licence droit et
économie à la Sorbonne.
Dès les premiers jours de l’été,
ils sont allés à Privas (Ardèche),
rejoindre une visiteuse de prison
« On voulait un peu
casser les clichés
sur cette France
où soi-disant tout le
monde se plaint tout
le temps, montrer
qu’il y a plein
de Français d’une
grande générosité. »
solitaire. À Marseille, ils ont été accueillis par Schebba, une association d’aide aux femmes des milieux
défavorisés des quartiers Nord. À
Dijon, ils ont passé du temps dans
les paroisses qui se relaient pour
fournir quotidiennement des repas aux réfugiés. Chaque échange a
été partagé sur les réseaux sociaux
et sur leur site « Solitour », sous la
forme de vidéos amateurs. Le trio
a interrogé les personnes en diiculté, aussi bien que ceux qui les
aident, « pour montrer que l’engagement prodigue aussi un bienfait
pour soi-même ». La défense de
ces petites associations, Coline la
présente comme « son combat ».
« Elles sont inaudibles alors qu’elles
sont indispensables au paysage politique », regrette-t-elle, avant d’assurer : « C’est aussi de voir cette solidarité à l’œuvre qui contribue à me
donner la foi. »
Lucie Alexandre
La Croix -mercredi 26 septembre 2018
La dernière page
28
Rendez-nous les herboristes et les herboristeries !
La chronique de Cécile Guilbert
Dessin Christopher Evans
U
ne fois n’est pas
coutume : cette chronique me sert de cahier de doléances et
j’en proite pour lancer un appel en faveur de l’herboristerie (une pétition circule sur
Internet) car il y a urgence écologique, médicale, économique,
politique – urgence humaine ! Le
sujet me tient très à cœur. J’avais
déjà failli l’évoquer à l’occasion
de la disparition à 97 ans, en janvier dernier, de Marie Roubieu,
dernière titulaire du diplôme
d’herboriste supprimé en 1941
par le régime de Vichy.
Outre que j’utilise depuis
plusieurs années des plantes et
des huiles essentielles pour me
soigner d’une douzaine de
pathologies et surtout éviter de
tomber malade en me félicitant
tous les jours de leurs bienfaits,
j’y ai « converti » ma famille et
beaucoup de gens après avoir
été initiée par une amie que j’ai
eu la chance d’accompagner à
Madagascar, paradis végétal où
poussent 12 000 plantes endémiques (c’est-à-dire introuvables
ailleurs). Depuis, je me passionne
pour la phytothérapie presque
autant que je m’enfurie de l’attitude des pouvoirs publics. Pourquoi cette loi scélérate de Vichy
n’est-elle toujours pas abrogée ?
Et pourquoi la proposition de loi
déposée en 2012 par le sénateur
Jean-Luc Fichet visant à rétablir
le diplôme d’État d’herboriste a-telle été enterrée ? Vous me répondrez spontanément « à cause du
lobbying des grosses irmes
pharmaceutiques et de l’Ordre
national des pharmaciens » ?
C’est exact mais encore faut-il
comprendre l’absurdité perverse
de la situation. D’un côté, les
pharmaciens ont reçu quelques
notions d’herboristerie durant leurs études et détiennent
le monopole légal de la vente
des plantes médicinales : argument qui sert le statu quo actuel. En réalité, ils ne sont pas
herboristes, n’y connaissent
rien, n’ont pas la place de stocker des centaines de plantes en
vrac utiles aux décoctions, hydrolats et autres tisanes, préférant vendre des médicaments
Le hic, c’est qu’il
n’y a pas d’issue
pour ceux
qui voudraient
se soigner
par les plantes.
plus rentables. Le hic, c’est qu’il
n’y a pas d’issue pour ceux qui
voudraient se soigner par les
plantes. Car de l’autre côté, les
herboristeries ont le droit de
commercialiser seulement 148
espèces médicinales mais pas
celui de délivrer des prescriptions ou des conseils à leurs
clients sous peine d’être traînées
en justice « pour exercice illégal
de la pharmacie ».
C’est ce qui est arrivé en 2013
à Michel Pierre, responsable de
la célèbre herboristerie parisienne du Palais-Royal, envoyé
en correctionnelle sur plainte
de l’Ordre national des pharmaciens et condamné pénalement
à des amendes. Même chose en
l’image
«
L’amitié,
c’est ce qui
vient au cœur
quand on fait
ensemble
des choses
belles
et difficiles.
»
Abbé Pierre
Pyramide humaine (castell,
en catalan), le 24 septembre,
durant le traditionnel festival
de La Mercè à Barcelone.
Matthias Oesterle/Zuma Press/MaxPPP
2016 pour son collègue JeanPierre Raveneau, condamné à
un an de prison avec sursis alors
qu’il est titulaire d’un doctorat
en pharmacie ! Résultat ? Alors
que 80 % des maladies peuvent
être combattues avec des plantes
et que moult scandales sanitaires
ont ébranlé notre coniance dans
l’industrie du médicament, il
n’existe plus qu’une vingtaine
d’herboristeries en France contre
23 000 pharmacies ! Alors oui,
bien sûr, le pouvoir de soigner
implique une grande responsabilité et celui des plantes n’est
pas anodin, il est même très puissant, raison de plus pour y avoir
recours et rétablir le diplôme
d’herboriste professionnel tout
en permettant aux herboristeries de vendre toutes les espèces
végétales ad hoc. Mais le temps
presse et il y a des raisons de
s’inquiéter. Car ce mercredi sera
remis un rapport issu de la mission d’information lancée en
avril dernier par le Sénat « sur le
développement de l’herboristerie et des plantes médicinales, des
ilières et des métiers d’avenir ».
Or si les auditions de personnalités qualiiées ont eu lieu et que
le rapporteur semble un écologiste convaincu, la présidente
de la mission sénatoriale est une
pharmacienne qui s’est déjà laissée aller à des propos n’étant pas
de nature à laisser penser qu’elle
est neutre, au contraire. De même
les ministères de l’enseignement
supérieur et de la santé ont fait
savoir qu’ils ne voulaient pas
d’un diplôme oiciel d’herboriste, lequel existe en Allemagne,
en Belgique et en Suisse. Où est
l’Europe ? Cette afaire ne devrait-elle pas être défendue sur le
plan d’une harmonisation réglementaire ? Et à y bien réléchir,
herboristerie et phytothérapie
ne sont-elles pas utiles et bénéiques aux peuples, au trou de la
Sécu, à l’agriculture, à la planète,
à l’éducation, au pouvoir d’achat,
à la consommation et à l’emploi ?
Si notre gouvernement est tellement obsédé par l’économie, que
ne comprend-il pas qu’il y a dans
ce domaine une demande en
hausse, une ofre en baisse et
des tas de bénéices à la clé !
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