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Le Parisien Week-end - 23 02 2018

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Supplément au Parisien N°22853. Ne peut être vendu séparément. Disponible en France métropolitaine. Commission paritaire N° 2000 C 85979
VENDREDI 23 FÉVRIER 2018
L’agriculture
à la mode de chez nous
Enquête
Mazarin et la reine,
au cœur de l’Etat
Histoire
Marlène Schiappa
Une pasionaria au pouvoir
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Première page
Week-End
Les 10 choses
que l’on a apprises
en faisant ce numéro
1. Ludwig Briand, qui jouait dans le ilm Un Indien dans la ville,
est devenu grefier. Un destin d’homme de plume. p. 13
2. Pour la comédienne Valérie Bonneton,
la liberté est le plus grand luxe. Après huit saisons
de « Fais pas ci, fais pas ça », on peut comprendre. p. 14
3. Des chercheurs américains ont transformé
des feuilles de cresson en source lumineuse.
Et on ne vous raconte pas de salades. p. 16
4. Pour quelques dizaines d’euros par page, des sociétés
font disparaître de la Toile vos infos ou photos gênantes.
Pas très net, tout ça… p. 30
5. Le sociologue Michel Mafesoli a dirigé la thèse de l’astrologue
Elizabeth Teissier. C’est bon ou mauvais signe ? p. 40
6. La résine qui embaumait les momies égyptiennes
a été utilisée plus tard comme pigment par les peintres.
Akhenaton pas fait pour l’art ! p. 46
7. Raz-de-marée annoncé : le ilm La Forme de l’eau,
du Mexicain Guillermo del Toro, est nominé 13 fois aux Oscars. p. 48
8. Dans le métro de Tokyo, le raisin se vend l’équivalent
de 18 euros la grappe. Il faut avoir un grain pour en acheter. p. 52
9. Le diable de Tasmanie, un marsupial
au cri féroce, est menacé de disparition à cause
d’une tumeur qui décime l’espèce. C’est l’enfer ! p. 68
10. Le 18 mai 1643, Anne d’Autriche reçut les pleins pouvoirs
lors d’une séance exceptionnelle avec le Parlement, appelée « lit de justice ».
Ce jour-là, elle tira la couverture à elle. p. 76
photos © Getty, Maxppp, Leemage, Sipa, Age Fotostock - 284
4
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
6
Par Philippe Geluck.
Chat fait du bien
Week-End
©2017 CURIOSA FILMS – MOANA FILMS – VERSUS PRODUCTION – FRANCE 2 CINÉMA – FRANCE 3 CINÉMA – SOLO FILMS – KOROKORO – AUVERGNE-RHÔNE-ALPES CINÉMA – VISA D’EXPLOITATION N°146 066 – DÉPÔT LÉGAL 2017 – TOUS DROITS RÉSERVÉS.
©PHOTOS : CHRISTINE TAMALET. CONCEPTION GRAPHIQUE : ©2018 STUDIOCANAL.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
“UNE MISE EN SCÈNE MODERNE ET
SPECTACULAIRE”
OUEST FRANCE
“UNE COMÉDIE TENDRE
“OMAR SY, ÉLÉGANT
ET SOLAIRE”
ET GÉNÉREUX”
FEMME ACTUELLE
LE PARISIEN
DISPONIBLE EN DVD, BLU-RAY™ ET VOD
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
8
Sommaire
Week-End
Ça fait du bien !
BONNE NOUVELLE
10
Un train d’avance
contre le sexisme
La révélation du comportement
prédateur d’Harvey Weinstein, il y a
à peine quatre mois, aura mis in à une
longue omerta. Après les grands combats
des femmes des deux siècles derniers, et
leur conquête de droits fondamentaux,
celui de voter, de disposer de leur corps
ou d’avoir un compte en banque, voici
venu le temps du vrai respect et de
l’égalité, celui de la tolérance zéro face
aux agressions. Les hommes, en tout
cas en Occident, ouvrent peu à peu les
yeux. Un nouveau féminisme apparaît,
qui s’exprime dans tous les milieux
et se conjugue au pluriel. En France,
« Balance ton porc » a fait mouche.
Il incarne pourtant une version jugée
dangereuse par ses détracteurs, de même
que son équivalent américain « Me Too »
ou italien « Quella volta che » (« la fois
où »), puisque ces mouvements incitent
à dénoncer sans preuves. Ils tranchent
avec la vision résolument « libertaire »
d’autres femmes, qui se disent elles aussi
féministes, telles Catherine Deneuve,
Sophie de Menthon ou Peggy Sastre,
signataires de la tribune publiée dans
Le Monde pour défendre la « liberté
d’importuner ». Les diférences de
sensibilité traduisent aussi des clivages
politiques. Marlène Schiappa, la secrétaire
d’Etat chargée de l’Egalité entre les
femmes et les hommes, en couverture
de ce numéro, est vue comme une
« féministe de droite » par des militantes
de gauche. Elle ne serait « pas à la
hauteur » sur la gestation pour autrui
(GPA) ou l’oppression des femmes dans
les banlieues. « Décevante » lorsqu’elle
vole au secours de ses collègues du
gouvernement, Nicolas Hulot et Gérald
Darmanin (lire page 22). Son projet de loi
contre les violences sexistes et sexuelles,
qui doit être présenté le 7 mars, lui
vaudra sans doute autant de soutiens
que de critiques. Car Marlène Schiappa
a le délicat privilège d’incarner, à un
moment clé, un féminisme engagé et,
« en même temps », modéré. Laurent Guez
Suivez-nous au quotidien sur @LeParisienWE
couverture © Ed Alcock
C’EST FORMIDABLE
12
Walter Benjamin : « J’ai lancé
un message de paix »
NOUVEAU DÉPART
13
Ludwig Briand : l’« Indien dans
la ville » est devenu grefier
LA LISTE DE SES ENVIES
14
Valérie Bonneton
LE MEILLEUR EST AVENIR
16
Et si on éclairait les rues
grâce à des plantes ?
12
Walter Benjamin,
rescapé
de l’attentat
de Bruxelles.
A la une
EN COUVERTURE
18
Marlène Schiappa,
une pasionaria au pouvoir
TENDANCE
RENCONTRE
26
Le bobo est dans le pré
DÉCRYPTAGE
30
Rattrapés par leur passé
numérique
RÉCIT
32
REPORTAGE
36
L’envers des décors
38
Doug Jones à visage
découvert
L’AIR DE RIEN
40
Les inavouables
de Michel Mafesoli
et l’humeur d’Yves Derai
Gallimard dans
de beaux draps
18
Marlène Schiappa
sous les feux
de la rampe.
photo © Philippe Garcia
Féminisme pluriel
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9
Sommaire
Vendredi 23 février 2018
Le guide week-end
COUP DE CŒUR/COUP DE SANG
44
Livres : « Brisa », de Bénédicte Martin/
« Microictions 2018 », de Régis Jaufret
LE CHOIX DE LA LIBRAIRE
46
« Ma ZAD », de Jean-Bernard Pouy
HISTOIRE D’HUMOUR
49
47
« Art », de Yasmina Reza
QUE DU BONHEUR
Margot Robbie,
glaçante dans
le biopic sur
la patineuse
Tonya Harding.
48
« La Forme de l’eau »,
de Guillermo del Toro
INCONTOURNABLES
49
Cinéma : « Moi, Tonya »
Musique : « Plan B »,
de Grand Corps Malade
SI VOUS AVEZ UN QUART D’HEURE
51
« Morale 2Luxe », de Roméo Elvis
ILS SONT FOOD !
52
Très chers fruits japonais
CARNET GOURMAND
54
Méert, à Lille
LE TUTO APÉRO
55
Une afaire qui roule !
COMME UN CHEF
55
DO IT YOURSELF
Maki le tour ?
58
Allumez le pot !
Envies
VOYAGE
VISITE PRIVÉE
La Tasmanie,
belle en diable
60
Renaissance
d’une reine
MOI, PERSO...
MODE
Santé, psycho,
droits, argent
64
La coquette
de l’espace
AUTOMOBILE
56
Les pommes au four
de Jean-François Rouquette
HISTOIRE
66
68
72
JEUX
78
INTERVIEW SMS
82
Jacques Mailhot
74
76
La reine et le cardinal,
l’alliance secrète
Travaux
d’agrandissement:
on ferait tout
pour toit.
PHOTO : ROMAIN BOÉ / ABACA PRESS
Audi A8
LA CURIOSITÉ
EST UN
VILAIN DÉFAUT
LUNDI-VENDREDI
14H-15H
SIDONIE BONNEC
& THOMAS HUGUES
L’ÉMISSION DE TOUTES
LES CURIOSITÉS !
Entourés d’intervenants passionnés et passionnants,
Sidonie Bonnec et Thomas Hugues répondent aux
questions que l’on se pose tous et à celles que l’on
ne s’est jamais posées !
RTL.fr
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10
Ça fait du bien !
Week-End
Bonne nouvelle
Aujourd’hui,
la SNCF emploie
21 % de femmes…
Un train d’avance
contre le sexisme
Une étude menée récemment en interne met en
lumière les progrès accomplis par la SNCF en matière
d’égalité hommes-femmes. En parallèle, le groupe
tente de renforcer la sécurité de ses « usagères ».
Par Julien Solonel.
U
ne salariée que son collègue
appelle « ma cocotte ». Une
autre à qui on demande si elle a ses
règles. Des allusions déplacées sur une
tenue jugée trop courte. A la SNCF,
comme dans beaucoup d’entreprises,
l’éventail des attitudes misogynes est
large. Mais, selon un baromètre interne
sur le « sexisme ordinaire »* auquel nous
avons eu accès, ces comportements sont
en recul chez les cheminots. En 2017,
46 % des agents ont ainsi entendu une
femme se faire interpeller de manière
inappropriée, contre 53 % en 2015.
L’enquête montre la même évolution
du côté des phrases caricaturales (44 %
en 2017, en baisse de 4 points) ou des
remarques sur le physique ou la tenue
(42 %, en recul de 7 points). Certes, tout
n’est pas rose, mais d’après cette étude,
85 % des agents estiment que l’égalité
hommes-femmes au sein de la SNCF est
« bonne », contre 76 % pour l’ensemble
des salariés français, selon une autre
étude Ifop.
« Ces résultats sont encourageants,
apprécie Mathias Vicherat, directeur général adjoint du groupe SNCF. Ils montrent
que la politique volontariste de promotion de l’égalité et de la mixité engagée
depuis plusieurs années porte ses fruits. »
Bastion masculin, notamment dans les
métiers de la conduite et de la maintenance, la SNCF partait de loin : dans les
années 1980, elle ne comptait que 10 % de
femmes. Aujourd’hui, elles représentent
21 % des 260 000 salariés du groupe, dont
6 % des conducteurs et 27 % des cadres.
« Ce n’est pas suisant, martèle Mathias
Vicherat. Nous avons l’objectif d’augmenter de 50 % le nombre de recrutements
de femmes d’ici à 2025, notamment grâce
à des campagnes beaucoup plus ciblées. »
« Libérer la parole »
En plus de féminiser ses efectifs, le transporteur a mis en place diférentes actions
pour lutter contre le sexisme ou les
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Vendredi 23 février 2018
11
Ça fait du bien !
Le chiffre
3,76
millions
C’est le nombre
de véhicules Renault
vendus dans le monde
en 2017, soit une hausse
de 8,5 % par rapport
à 2016.
photos © Matthieu Rafard/SNCF, Rue des archives, Julien Muguet, Getty
… bien plus qu’il y
a soixante-dix ans
(ici la reine des
cheminots 1948).
discriminations. Des guides et des outils
de sensibilisation ont été difusés auprès
des salariés. En 2015, un accord d’entreprise sur la mixité a été adopté par l’ensemble des organisations syndicales.
Créé en 2012, le réseau SNCF au féminin compte aujourd’hui 6 500 membres
(dont 15 % d’hommes), ce qui en fait le
premier du genre en France. Il propose
notamment du mentorat, des ateliers
de développement personnel ou, nouveauté 2018, des formations en ligne pour
aider les femmes confrontées à des agissements sexistes à en parler.
Dans la foulée de l’afaire Weinstein,
Guillaume Pepy, le PDG, a écrit in
novembre une tribune sur le réseau social
LinkedIn dans laquelle il souligne que le
nombre de cas de harcèlements identiiés « parle de lui-même : seulement une
dizaine (…) sont ainsi dénoncés chaque
année au sein de l’entreprise ». Pour
« libérer la parole » et mettre in aux
comportements inappropriés, un dispositif d’alerte a aussi été créé en 2011.
Chaque salarié peut le déclencher par
téléphone ou par mail, de façon anonyme. « La SNCF a intérêt à agir sur le
sujet du sexisme, décrypte Pascale Pitavy,
directrice associée d’Equilibres, cabinet
spécialisé dans l’égalité au travail. Non
seulement parce que la notion d’agissement sexiste est inscrite dans le code du
travail depuis la loi Rebsamen de 2015,
Un record annoncé le 16 février
lors de la présentation des résultats
inanciers du groupe.
mais aussi pour augmenter les performances et améliorer le climat social…
Enin, c’est très important pour la réputation de l’entreprise. D’après une étude
récente, 20 % des “bad buzz” de 2017
étaient liés à des questions de sexisme. »
Verbatim
Une appli contre
le harcèlement
Alertée par une enquête réalisée en 2015
montrant que 100 % des femmes avaient
déjà été victimes de harcèlement dans les
transports, la SNCF agit aussi pour les
« usagères ». Grâce au numéro d’urgence
31 17 (31 177 par SMS), utilisable
24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, ces dernières peuvent contacter, en cas de problème sur le réseau ferroviaire, un
opérateur qui recueillera les informations
et déclenchera éventuellement une intervention. L’entreprise a aussi mis en place
des « marches exploratoires » dans plusieurs gares. Objectif ? Réunir des femmes
autour d’un itinéraire prédéini, en recensant les lieux qu’elles jugent sensibles, et
trouver des solutions. Enin, la SNCF lancera, le 5 mars, en partenariat avec Ile-deFrance Mobilités (ex-Stif) et la RATP, une
application contre le harcèlement, ainsi
qu’une grande campagne d’aichage pour
sensibiliser l’ensemble des usagers.
* Baromètre « Perception du sexisme ordinaire
à la SNCF », réalisé par l’Ifop pour la SNCF
en septembre 2017.
« Le soleil est
dans l’obligation
de se présenter
tous les matins
du lundi au
dimanche dans
la ville de
Challans et,
par extension,
dans tout
le département
de la Vendée »
Serge Rondeau,
le maire de la ville de Challans
en Vendée, dans un (faux)
arrêté municipal daté du 15 février.
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12
Ça fait du bien !
C’est formidable
Week-end
L
e 22 mars 2016, Walter Benjamin
est à l’aéroport de Bruxelles
quand deux terroristes ailiés à Daech
se font exploser, tuant douze personnes.
Amputé d’une jambe, ce Franco-Belge de
confession juive appellera, quelques jours
plus tard, depuis son lit d’hôpital, à ne
pas s’en prendre à la communauté musulmane. Aujourd’hui, à 49 ans, il raconte
son parcours dans un livre, J’ai vu la mort
en face – Une vie après l’attentat (éditions
du Rocher, à paraître le 28 février).
Pourquoi ce message depuis l’hôpital ?
Walter Benjamin La télé belge est venue,
et c’est sorti naturellement. J’ai dit
que 99 % des musulmans de Bruxelles
étaient des gens formidables. Quelque
700 000 ou 800 000 Maghrébins vivent en
Belgique. Si 100 d’entre eux sont prêts à
se faire sauter, cela représente quoi ? C’est
Hassan, un musulman marocain, qui m’a
sauvé la vie. Il aurait pu partir mais il a tout
fait pour m’aider. Il est venu me voir tous
les jours à l’hôpital. Hassan s’est occupé
de moi comme un frère. Mon « 99 % » a
été très bien reçu dans la communauté
musulmane. Un jeune, Oussama, m’a
ensuite ouvert les portes de Molenbeek.
Vous êtes allé rencontrer une
quarantaine d’ados de cette
commune de Bruxelles d’où
viennent beaucoup de terroristes...
« J’ai lancé un
message de paix »
Walter Benjamin,
rescapé de l’attentat
de Bruxelles
Cette rencontre a-t-elle été utile ?
J’étais encore en fauteuil roulant. Certains
gamins avaient les larmes aux yeux. Je leur
ai dit que j’étais juif. Un dialogue s’est instauré. Mais, tout seul, je ne peux pas changer le monde. J’ai lancé un message de
paix. J’aimerais que, de l’autre côté, il y ait
également une impulsion. Le monde
musulman doit aussi changer. Et il faut que
l’Etat belge restaure son autorité. Là, il n’y
a pas de volonté politique. Pour l’instant,
on va vers le chaos.
Propos recueillis par Benjamin Jérôme.
photo © Virginie Nguyen Hoang
Sur la Grand-Place
de Bruxelles,
Oussama, un jeune
de Molenbeek, et
Walter Benjamin.
Je voulais savoir qui étaient ces gamins
qui, demain, pourraient aussi décider de
se faire sauter. C’est important d’aller
vers eux. Des gens m’ont dit : ce ne sont
pas les victimes, ce sont des voyous. Mais
alors, on fait quoi ? On continue comme
ça et on crée des centaines de petits
Salah Abdeslam (impliqué dans les attentats parisiens du 13 novembre 2015,
NDLR) ou on change le système ?
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13
Ça fait du bien !
Vendredi 23 février 2018
Nouveau départ
Ludwig Briand
(ci-dessus dans le ilm
d’Hervé Palud, en 1994)
a préféré un boulot sûr
à une vie bohème.
Ludwig Briand
L’« Indien dans la ville »
est devenu grefier
reportage photo © Rüdy Waks photo © Leroy/Canal+/Christophel
L
e nom de Ludwig Briand ne vous dit
sans doute rien, mais vous n’avez
probablement pas oublié celui de MimiSiku. Vous savez, ce petit Amazonien qui,
chevelure et pagne au vent, le visage grimé
de rouge, arpentait Paris dans Un Indien
dans la ville. Dans ce ilm d’Hervé Palud
sorti en 1994, Ludwig Briand, aujourd’hui
âgé de 36 ans, était Mimi-Siku. « J’ai eu la
chance d’avoir la bonne bouille et les cheveux longs au bon moment, raconte-t-il.
Il y a une grande part de hasard dans une
carrière d’acteur. » Un hasard sur lequel
il n’a pas souhaité fonder sa vie d’adulte,
préférant « un boulot sûr » à une carrière
bohème. Après quelques expériences dans
l’immobilier et les boutiques de duty-free,
il oicie désormais comme greier en
région parisienne. Aucun regret pour le
jeune homme, qui a perdu en densité de
cheveux, mais gagné une barbe. « J’adore
la fonction publique, et travailler pour
l’intérêt général où il n’est pas question
d’argent, mais de service rendu. »
Poker et karaté
Du ilm aux 8 millions d’entrées, il garde
quelques beaux souvenirs : un Festival de
Cannes, un voyage au Japon et le numéro
de téléphone de Thierry Lhermitte,
« pas du tout par intérêt, uniquement
parce que je l’apprécie ! » insiste-t-il.
Après le succès du ilm, l’acteur avait
convaincu le producteur de tripler le
cachet du garçon. Avec ses 45 000 euros,
Ludwig Briand s’est acheté une maison.
« J’ai continué à tourner jusqu’à l’âge de
17 ans, dans les téléilms La Caverne de la
Rose d’or (1995) ou Un et un font six, une
série pour TF1 (1997). Mais mes parents
et moi tenions à ce que j’aie une scolarité
normale. Je connaissais la vie d’intermittent du spectacle car mon beau-père est
chanteur, et cela ne m’a jamais tenté ! » Il
ne signe donc pas pour la deuxième saison de Un et un font six, dont le tournage
a lieu l’année de son bac. Ludwig monte
encore un peu sur les planches, en amateur,
avant de se mettre… au poker et au
karaté ! « On m’a proposé plusieurs fois
de faire de la téléréalité, mais je ne me
reconnais pas dans cette quête de célébrité de notre époque. Je voulais monter
sur scène et devenir quelqu’un d’autre,
pas avoir la lumière sur moi ! A un
moment, je disais même que ce n’était
Antoine Besse
pas moi, Mimi-Siku. »
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14
Ça fait du bien !
Week-End
Valérie Bonneton,
liberté, égalité, éternité !
A l’affiche de « La Ch’tite Famille* » au côté de Dany Boon, l’actrice rêve
de monter sur les planches dans une comédie musicale, d’interpréter
une écorchée vive… Mais aussi de vivre et de jouer jusqu’à 110 ans !
Propos recueillis par Christine Lamiable, photo Julien Bourgeois.
Obtenir un rôle
dramatique. J’aimerais interpréter
une femme en soufrance ou une écorchée vive.
Un rôle tragique, en tout cas, comme celui
de Cate Blanchett (photo) dans Blue
Jasmine (2013), réalisé par Woody
Allen. Ça ne veut pas dire que je veux
arrêter les comédies, hein ! De toute
façon, le rire s’inscrit aussi dans une
veine dramatique. C’est simplement
une soufrance que l’on détourne.
Faire un disque
avec Benjamin
Biolay. Je l’écoute tout
le temps, sans jamais me lasser !
Je rêve aussi de jouer dans une
comédie musicale au théâtre. Il faudrait que
ce soit une pièce moderne. Plus jeune, j’ai pris
des cours de chant au conservatoire. Et j’ai
fredonné, à mes débuts, dans le ilm Jeanne
et le Garçon formidable, d’Olivier Ducastel
et Jacques Martineau (1998).
photos © Kobal Collection, Sakellarides/Photo 12, M. Bertrand/Hanslucas, V. Leloup/Divergence, Onlyword
La liste de ses envies
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Vendredi 23 février 2018
15
Ça fait du bien !
Me remettre à la
sculpture. A 16 ans,
Podium
je modelais des visages jusqu’à
2 ou 3 heures du matin. Si
je trouvais le temps de m’y
remettre, ce serait formidable.
J’aime ces moments où l’on se
retrouve seul face à soi-même.
Faire plus de yoga. Je pratique cette
activité depuis peu, mais je suis déjà accro. Chaque
geste a un sens, comme au théâtre. On en sort
droit comme un « i » et en pleine conscience de
soi, physique et psychologique.
Voir toutes les femmes
gagner leur indépendance
inancière. Je trouve merveilleux qu’elles
s’expriment sur le harcèlement au travail et
dans la rue. Mais je voudrais qu’elles apprennent
également à ne pas dépendre d’un homme. C’est la
seule manière de s’afranchir, dans le couple, d’une
violence psychologique insidieuse liée au pouvoir
de l’homme. Etre libre, c’est le plus grand des luxes.
Discuter avec le chef Alain
Passard. J’ai eu la chance de dîner à deux
reprises dans son restaurant parisien,
Arpège, et j’ai trouvé sa cuisine à base
de légumes divine. Je l’écouterais
volontiers me parler de sa passion
et de ses recettes.
photos © K. Hong-Ji/Action images/Panoramic, P. Victor/ArtcomArt, M. Monteils/SAIF
Gagner en coniance.
Martin Fourcade
Je ne doute pas de moi en tant qu’actrice.
Dit comme ça, c’est afreux (rires) ! C’est juste que
j’y vais pleinement. Mais, dans la vie, il m’arrive de
redevenir timide et d’avoir l’impression de repartir
de zéro. Je crois qu’il n’y a pas grand-chose à faire,
si ce n’est s’entourer de personnes aimantes.
Au sommet ! En remportant, mardi 20 février,
son cinquième titre olympique, le biathlète est
devenu le Français le plus titré de l’histoire des JO,
hiver et été confondus. Il devance les escrimeurs
Christian d’Oriola et Lucien Gaudin (4 médailles).
Aller au Brésil. Quand je voyage,
Ophélie Gaillard
j’ai la sensation d’être vivante. Si j’avais trois
semaines de liberté, j’irais au Brésil. J’ai vu
un reportage sur ce pays et il m’a semblé
de toute beauté. La nature luxuriante, les
oiseaux, les singes…
A la suite d’un SOS lancé sur Facebook,
la musicienne a récupéré le 17 février son
violoncelle, d’une valeur de 1,2 million d’euros.
Le précieux instrument, datant de 1737, lui avait été
volé deux jours plus tôt près de son domicile,
à Pantin (Seine-Saint-Denis).
Vivre jusqu’à 110 ans.
C’est possible, si je fais du yoga ! Line Renaud
(qui joue la mère de Dany Boon dans La Ch’tite
Famille, NDLR) me donne envie de vieillir. A 89 ans,
elle fait sa gym, est curieuse de tout, ultra-coquette,
attentionnée… J’ai tant d’envies que je me vois bien
continuer de jouer jusqu’à la in de ma vie.
* En salle dans les Hauts-de-France, et à partir du 28 février
dans toute la France.
Nekfeu
Le rappeur a du cœur. Ken Samaras – son vrai
nom – a participé mardi 20 février à un concert
caritatif organisé à la salle Pleyel, à Paris, en
compagnie, notamment, du DJ Cut Killer.
Les bénéices iront à l’association Fu-Jo, qui organise
des actions culturelles et sociales en prison.
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16
Ça fait du bien !
Week-End
Le meilleur est avenir
La ville de nuit selon
la start-up Glowee : des
plaques de bactéries
produisent la lumière,
sans électricité.
Inspirées par des végétaux et bactéries naturellement
lumineuses, plusieurs équipes de chercheurs
travaillent sur des solutions d’éclairage plus douces
pour l’environnement, et pour nos yeux.
Par Maïa Wasserman.
emplacer l’éclairage urbain par
des bactéries lumineuses qui ne
consommeraient pas d’électricité ? L’idée
a germé dans l’esprit de Sandra Rey, jeune
fondatrice de la start-up Glowee, lancée
en 2015 à Evry (Essonne). Sa société utilise des bactéries bioluminescentes (qui
émettent naturellement de la lumière),
insérées dans d’autres bactéries, puis
placées à l’intérieur de plaques à poser
sur les surfaces à illuminer. « Notre
solution permet d’éclairer de manière
100 % autonome pendant presque une
semaine », airme l’entrepreneuse. Avec
ses installations, lumineuses comme des
bougies, sa société a décoré le marché de
Noël d’Arpajon (Essonne) en décembre
dernier. Un premier pas avant de recouvrir un jour des bâtiments, des parcs
ou encore des passages piétons de ces
lampadaires vivants. « Dans les trois
photos © Glowee, Bioglow, Romaric Nivelet/Bled’Art
Et si on éclairait
les rues grâce
à des plantes ?
R
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Vendredi 23 février 2018
L’éclairage
représente
10 % de la
consommation
nationale
d’électricité
prochains mois, elle devrait progresser et
réussir à produire de vraies lampes d’intérieur », promet le biologiste.
Un manque de
luminosité à combler
prochaines années, nous espérons avoir
un projet pilote optimisé qui pourra se
déployer un peu partout », poursuit-elle.
Les tarifs ne sont pas encore indiqués.
Economies d’énergie
Une société rivale alsacienne s’est montée avec la même ambition. Créée par des
chercheurs de l’université de Strasbourg,
Ghislain Auclair, Rose-Marie Vesin et
Rémy Kreder, Greenovation utilise des
plantes dont les cellules sont modiiées
pour devenir bioluminescentes, sans
même avoir recours à des bactéries. « Si
on arrive à remplacer les installations
urbaines par nos plantes, on dépolluera
et notre éclairage sera, en plus, 100 %
recyclable ! », s’enthousiasme Ghislain
Auclair. Ce dernier mène en ce moment
des tests dans les laboratoires de l’université pour valider son concept.
Ces travaux prometteurs résoudraient un problème de fond. A raison
de 25 sources de lumière par foyer en
moyenne et de 9 millions de sources en
extérieur en France, l’éclairage représente plus de 10 % de la consommation
nationale d’électricité, selon l’Ademe
(Agence de l’environnement et de la
maîtrise de l’énergie). La bioluminescence
ofre une solution durable pour faire
chuter cette consommation d’énergie.
Ce phénomène naturel chez la luciole,
certains vers luisants, des bactéries et
quelques champignons (lire l’encadré)
est dû à une réaction chimique qui ne
nécessite ni soleil ni courant électrique.
Seulement une molécule (la luciférase),
une enzyme (la luciférine) et de l’oxygène. Seule réserve, la lumière émise
reste d’une intensité faible.
Les premières percées de cette technologie ont eu lieu en 2010, avec la
publication de travaux de recherche
de biologistes de l’université de New
York, dirigés par Alexander Krichevsky.
Ils ont travaillé sur des végétaux classiques, comme des plants de tabac, et
y ont introduit une séquence d’ADN
17
Ça fait du bien !
L’entreprise américaine Gleaux
commercialise depuis quelques mois
des lampes-plantes décoratives.
de bactéries bioluminescentes. « Avec
ce procédé, nos plantes se sont mises
à éclairer de manière stable, pendant
plusieurs mois », raconte le chercheur.
Certes, l’intensité est restreinte : de
200 à 400 fois moins qu’une ampoule
de 40 watts. Mais l’idée est si prometteuse qu’elle essaime vite. Une entreprise américaine, Gleaux, s’inspire des
travaux d’Alexander Krichevsky et vend
depuis quelques mois ses premières
lampes-plantes, pour 60 dollars pièce.
Pour l’instant, ce sont plutôt des objets
de décoration que de vrais points d’éclairage, mais ce n’est qu’un début. « Si notre
équipe récupère assez de fonds dans les
D’autres chercheurs, au Massachusetts
Institute of Technology de Boston, ont
présenté, en décembre dernier, un projet
avec des feuilles de cresson, qui ne nécessite aucune manipulation génétique. Les
scientiiques ont recouvert les feuilles de
molécules bioluminescentes emprisonnées dans des nanoparticules ain de les
rendre lumineuses. « Cette technique a
l’avantage de pouvoir s’appliquer à n’importe quelle plante pour la transformer
en une source d’éclairage. En jouant sur
les nanoparticules, nous pensons aussi
pouvoir faire varier l’intensité de notre
lampe, et même créer un interrupteur ! »,
airme Seon-Yeong Kwak, auteur principal des travaux. « L’intensité produite
n’est pas encore suisante mais nous
allons l’améliorer », promet-elle. Il n’est
pas forcément nécessaire d’égaler celle
des lampadaires actuels. Déployer de
nombreuses petites lampes vivantes dans
des squares, des vitrines ou des abribus
suirait pour difuser une lumière tamisée, et limiterait la consommation
d’énergie globale et la pollution lumineuse. Un spectacle que l’on est impatient de découvrir.
Les champignons s’allument
Une soixantaine de champignons peuvent
émettre de la lumière naturellement.
Fort de ce constat, un duo français
constitué d’un chercheur, Didier Blaha, et
d’une designer, Héléna Amalric, a testé
diférentes souches et trouvé une espèce
bioluminescente, Panellus, qui éclaire
avec une intensité d’environ 10 lumens,
l’équivalent d’une bougie. « Avec ce
champignon, nous avons fabriqué une
veilleuse qui peut servir d’éclairage
décoratif d’intérieur », précise Héléna
Amalric. La luminosité reste trop faible
et instable pour pouvoir être déployée
en extérieur, mais l’équipe poursuit ses
recherches. « Nous voulons reproduire la
réaction chimique du champignon et créer
ainsi de nouveaux éclairages urbains »,
poursuit-elle, en précisant que des tests
devraient démarrer à l’automne prochain.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
18
En couverture
Week-End
Marlène
Schiappa
Une pasionaria
au pouvoir
Elevée dans une cité parisienne par un père trotskiste
et libertaire, la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre
les femmes et les hommes assume son caractère bien
trempé. Femme de com et de réseaux, cette personnalité
emblématique de la « génération Macron » a puisé dans
son adolescence la force de son engagement.
Coifure et maquillage Chantal Pinault
Par Gaëtane Morin, photos Ed Alcock.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Marlène Schiappa
nous a reçus
le 14 février dans
ses bureaux du
secrétariat d’Etat
chargé de l’Egalité
entre les femmes
et les hommes
(Paris 7e).
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Marlène
Schiappa
doit présenter
un projet de loi
contre les
violences
sexistes et
sexuelles dans
les semaines
qui viennent.
En couverture
as une semaine ne s’écoule sans qu’elle
se retrouve sous le feu des projecteurs.
P
Elle les cherche autant qu’elle les fuit, selon que
l’actualité valorise ses combats ou la plonge dans
l’embarras. Côté pile, Marlène Schiappa, 35 ans,
se saisit de l’affaire Jonathann Daval, qui a
avoué avoir tué sa femme Alexia « par accident »,
pour dénoncer les violences conjugales. Et juge
« scandaleuse » la défense du mari mettant en
cause « la personnalité écrasante d’Alexia ».
Côté face, la secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les
femmes et les hommes se révèle beaucoup moins
loquace sur les accusations d’agressions sexuelles
qui ébranlent ses collègues au gouvernement,
Gérald Darmanin et Nicolas Hulot. Le ministre
de l’Action et des Comptes publics « est présumé
innocent à ce stade, mais la femme qui est accusée de dénonciation calomnieuse (...) aussi »,
Week-End
élude-t-elle. Avant de s’offusquer des révélations du magazine Ebdo (9 février) concernant le
ministre de la Transition écologique et solidaire.
Auteure d’une tribune au vitriol dans Le Journal
du dimanche (11 février), elle attaque la presse,
défend Hulot, « un homme charmant », et…
n’a pas un mot de compassion pour la victime
présumée, qui n’est même pas citée. Vilipendée
par certaines féministes, elle assume, et assure le
service après-vente sur les réseaux sociaux.
Petite, elle jouait à la Barbie
autant qu’au foot
Elle est comme ça, Marlène Schiappa. Sûre d’elle
et de son propos, sourde aux critiques, persuadée
de la légitimité de ses combats, elle fonce droit
devant sans jamais se retourner. Son mari l’appelle
« le bulldozer », et l’on devine que ce caractère en
Ses femmes, ses œuvres
LE LIVRE « KING KONG
THÉORIE », DE
VIRGINIE DESPENTES
« C’est un livre
fondateur, au même
titre qu’Emilie,
Emilie, d’Elisabeth
Badinter,
ou Le Deuxième
Sexe, de Simone
de Beauvoir. »
LE FILM « LES SUFFRAGETTES »,
DE SARAH GAVRON (2015)
« Ce ilm retrace la conquête du droit
de vote des femmes, en Grande-Bretagne,
par des protagonistes qui n’avaient pas
toutes conscience d’être féministes. »
L’ACTRICE MARLENE DIETRICH
« Elle s’habillait en homme, était
résistante et, surtout, libre. »
photos © A. Morissard/IP3, Z. Kamil/Sipa, Ruby Films/Christophel, The Kobal Collection/Aurimage, Riyoko Ikeda, D. Boulanger/Presse Sports, YouTube, SP
20
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Vendredi 23 février 2018
En couverture
21
« Son père l’a poussée
à avoir une
pensée critique
et argumentée »
Debora Kahn-Sriber, éditrice chez Stock
acier trempé lui vient de loin. De son père corse
d’abord, militant trotskiste et libertaire, chez qui
elle a choisi de vivre à 13 ans, avec sa sœur, après
le divorce de ses parents. « Il l’a poussée à avoir
une pensée critique et argumentée », témoigne
Debora Kahn-Sriber, son éditrice chez Stock.
Formée depuis l’enfance aux joutes oratoires,
dont les éclats lui parvenaient le samedi soir dans
sa chambre, elle se devait d’avoir un avis. Sur les
grandes causes, surtout. Son père l’a emmenée
tracter devant les hôpitaux pour la défense de
l’IVG ou celle du métier de gynécologue, menacé
de disparition. « Il me tirait du lit le matin, ça me
saoulait », glisse-t-elle dans un sourire.
Militante avant l’heure, mais pas encore féministe. Enfant, elle jouait à la Barbie et aux voitures
télécommandées, pratiquait la danse et le foot,
s’identiiait aux Petites Filles modèles de la comtesse de Ségur et à l’héroïne du dessin animé Lady
Oscar, élevée comme un garçon. Seuls interdits,
le « Club Dorothée », les jeux vidéo et, plus tard,
les sorties en soirée. Adolescente, elle préférait les
copains aux copines et s’habillait « comme une
ille dans un clip de R’n’B : brassière, mini-short
et bottes, même l’hiver, et plein de maquillage,
plein de bijoux ». Depuis la fenêtre de son appartement parisien, porte de Vanves, elle guettait avec
sa sœur les allées et venues des bandes de la cité
où elle vivait. « On regardait où et combien ils
étaient, on évaluait les forces en présence, et on
élaborait une stratégie pour pouvoir sortir
Le 25 novembre dernier, avec Emmanuel Macron, lors de la Journée
internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.
LA SPORTIVE
SARAH OURAHMOUNE
LA CHANSON « RUN THE WORLD (GIRLS) »,
DE BEYONCÉ
LE DESSIN ANIMÉ « L ADY OSCAR »
« C’est un magniique message pour
les jeunes illes qui galèrent, et qui
peuvent croire à un avenir meilleur. »
« Oscar est une jeune ille
élevée comme un garçon,
et je m’identiiais à elle. »
« Cette boxeuse
française a
une résilience
incroyable. Après
sa maternité, elle
est remontée sur
le ring pour devenir
vice-championne
olympique, à Rio,
en 2016. »
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
22
En couverture
« ELLE EST TROP SEULE »
LAURENCE ROSSIGNOL, EX-MINISTRE
(PS) DES DROITS DES FEMMES (2017)
« Marlène Schiappa fait le job,
mais il n’y a personne pour
embrayer derrière elle au
gouvernement ! Or les sujets
qu’elle porte sont transversaux
et les vrais leviers se trouvent
dans les autres ministères.
Par exemple, Gérald Darmanin
annonce une grande réforme
de la fonction publique et ne
mentionne à aucun moment
les écarts salariaux entre
hommes et femmes, qui sont
de l’ordre de 20 %. Résultat,
ça ne percute pas. »
Week-End
« ELLE N’EST PAS À LA HAUTEUR »
ÉLIETTE ABÉCASSIS, AUTEURE
« Marlène Schiappa a certes beaucoup de
mérite, mais elle manque d’informations sur les
sujets féministes les plus importants aujourd’hui.
Quand elle évoque le débat PMA-GPA, elle
tend à instaurer une confusion – la GPA est
un marché et la PMA, une technique médicale.
A propos de l’oppression des femmes dans
les banlieues, on ne l’entend pas du tout.
Concernant le harcèlement des femmes, elle
répond par des boutades, ce qui montre qu’elle
n’est pas tout à fait au niveau de son poste
ni des problèmes actuels. Or le féminisme doit
se réinventer et il y a beaucoup à faire. »
Ce qu’elles
pensent d’elle…
Cinq féministes, de tous âges et horizons, nous ont fait part
de leur regard sur l’action de la secrétaire d’Etat.
« ELLE INCARNE UN FÉMINISME DE DROITE »
EMMA, AUTEURE D’« UN AUTRE REGARD » (SÉRIE DE BD
SUR LA CHARGE MENTALE, MASSOT ÉDITIONS, 2017)
« Elle a le mérite d’avoir porté dans le débat public
des sujets qui n’étaient jamais débattus, comme
les violences obstétricales. Mais je n’attends rien
d’elle. Son féminisme est un féminisme de droite,
qui parle de l’émancipation des femmes par le travail.
Elle ne tient pas compte de la précarité des plus
démunies. Et elle incarne un féminisme de réseaux
sociaux : elle sature l’espace médiatique de ses discours
et de son image, mais est très peu dans l’action. »
« JE L’OBSERVE ET J’ATTENDS »
YVETTE ROUDY, EX-MINISTRE (PS)
DES DROITS DE LA FEMME (1981-1986)
« JE LUI SOUHAITE BON COURAGE »
CLÉMENTINE AUTAIN, DÉPUTÉE
(LA FRANCE INSOUMISE)
« Je ne vois personne aujourd’hui,
parmi les féministes, à qui je puisse
m’assimiler. J’ai recommandé à la
nouvelle secrétaire d’Etat d’exiger le
rang de ministre ain qu’elle participe
au Conseil. Il faut qu’elle comprenne
que le féminisme est un fait politique.
Pour l’instant, je l’observe, j’attends
de voir ce que contiendra son
projet de loi (contre les violences
sexistes et sexuelles, prévu avant
l’été, NDLR). A mon avis, il faudra
encore attendre un siècle ou deux
pour constater de réels progrès. »
« Jusqu’aux cas Darmanin et Hulot,
Marlène Schiappa m’apparaissait
comme une femme de convictions
qui suscitait le respect mais n’avait
pas les moyens de ses ambitions.
Aujourd’hui, elle me déçoit. Elle a une
façon de protéger Hulot et Darmanin,
sans avoir un mot de compassion
pour les victimes présumées !
Je lui souhaite bon courage pour
porter sa loi contre les agressions
sexuelles, notamment quand il s’agira
de défendre l’allongement du délai
de prescription en cas de viol... »
photos © Martin Colombet/Hans Lucas, Antoine Doyen/Leemage, Frédéric Pitchal/Divergence, Florent Moreau/La Voix du Nord/Maxppp, Nicolas Messyasz/Hans Lucas
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sans être ennuyées. » Elles l’étaient quand
même. Malgré les dénégations de leur père qui,
lui, afirmait que le quartier était « tranquille et
sécurisé ». « Quand je rentre à 1 heure du matin,
personne ne m’emmerde », arguait-il. « Mais,
papa, t’es un mec de 40 ans, avec un physique
de bagarreur, bien sûr que personne ne t’emmerde ! » rétorquait Marlène Schiappa.
Son père lui apprend
à faire un poing américain
Membre du service d’ordre des manifs
trotskistes, réputées violentes, Jean-Marc
Schiappa a appris à ses illes à se défendre.
Notamment à son aînée Marlène, qui devait
prendre le métro toute seule et traverser Paris
pour se rendre à l’école, en CM2. « Si quelqu’un
essaie de t’enlever ou de t’agresser, tu te colles
à une femme plus âgée et tu fais comme si elle
était ta mère, tu te places sous sa protection. Si tu
es suivie, ne te retourne pas d’un air craintif : soit
tu accélères en regardant droit devant toi pour
« Si j’ai été agressée ?
Comme plein de femmes,
j’ai eu droit à tout l’éventail »
Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’Egalité femmes-hommes
le semer, soit tu t’arrêtes et tu lui dis en ayant
l’air très sûre de toi : “Je vous en prie, allez-y” »,
lui conseille-t-il avant de lui montrer comment
faire un poing américain avec des clés.
Ceinture marron de judo, Marlène Schiappa, qui
a préparé le concours de la gendarmerie l’année de son bac avant d’y renoncer, n’a pourtant
pas échappé aux intimidations, au harcèlement
de rue. On lui pose la question franchement :
« Avez-vous été agressée sexuellement ? » Elle
hésite. Puis lâche une petite bombe. « Ben oui,
comme plein de femmes, j’ai eu droit à tout
l’éventail. » Silence. Elle se reprend. « Ai-je été
violée ? Je ne répondrai pas à cette question. Je
n’ai pas envie de rentrer dans les détails.
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La secrétaire
d’Etat chargée
de l’Egalité entre
les femmes
et les hommes
est une habituée
des studios
radio et des
plateaux télé.
En couverture
Je n’ai pas intérêt à raconter ce qui m’est
arrivé à moi en particulier, au risque de déporter
le sujet. Je ne veux pas que mon combat pour
l’égalité entre les femmes et les hommes apparaisse comme un combat personnel. » Elle dit
avoir entendu des femmes lui raconter « des
choses bien plus terribles » que ce qui a pu lui
arriver. Consent seulement à évoquer ce jour
où elle marchait dans les couloirs du métro, en
lisant un magazine. « D’un coup, je suis tirée par
deux mecs qui m’emmènent à l’abri des regards.
L’un d’eux me plaque contre le mur et l’autre
essaie de me déshabiller. Dans ma tête, je me
dis : “Ça y est, je vais y passer.” Je suis sidérée,
mais je me souviens d’un conseil de mon père :
“Si on t’agresse, donne un coup de genou entre
les jambes pour te libérer.” Je mets le coup de
genou, je me dégage et sors du métro. J’appelle,
toute tremblante, un de mes meilleurs amis. Et
là, il me répond : “Mais pourquoi tu lis dans le
métro ? Il faut être vigilante !” Sur le moment,
« Dans le monde d’Emmanuel
Macron, les gens ont un
peu peur de sortir du cadre.
Mais pas elle »
Jean Viard, sociologue et éditeur
Week-End
je m’en suis voulu, j’ai culpabilisé. » C’est ce
qu’elle appelle « la culture du viol », titre de
son essai paru en février*. Les femmes, selon
elle, ont tendance à « minimiser » ce qui leur
arrive et à « trouver cela normal ».
De femme au foyer
à femme engagée
Longtemps, jusqu’à sa première maternité, à
24 ans, Marlène Schiappa a fait de même. Et a
reproduit le schéma « stéréotypé », selon son
mot, de la femme au foyer. « La première fois que
je me suis mariée, je préparais les repas, m’occupais de tout à la maison, se souvient-elle. Avoir
une ille m’a ouvert les yeux. Je ne voulais pas
qu’elle grandisse dans ce monde-là, qu’on le lui
présente comme une fatalité. » A l’époque, elle
travaille dans la pub, chez Euro-RSCG. Concilier
sa vie de famille et sa vie professionnelle, les
horaires à rallonge et les réunions à 18 heures, se
révèle vite impossible. Elle démissionne, devient
journaliste au Bondy Blog et crée son propre blog,
Maman travaille. Son récit résonne chez d’autres
femmes, qui réagissent et témoignent à leur tour.
« C’est là que le déclic se fait, afirme-t-elle. Je
décide de m’engager après avoir constaté que nous
avions toutes vécu des choses terribles en matière
de harcèlement, de discrimination ou de violences sexuelles. Il fallait en parler, faire tomber
les tabous. Et mettre un terme à la double peine. »
photos © Europe 1, CNews, France 5, France Inter, Twitter, SP
24
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Vendredi 23 février 2018
25
En couverture
Son féminisme est empirique et pragmatique, en
rupture avec celui, doctrinaire et dogmatique, du
XXe siècle. Si elle a lu les fondamentaux – elle
cite Une chambre à soi, de Virginia Woolf, Emilie,
Emilie ou l’Ambition féminine au XVIIIe siècle, d’Elisabeth Badinter, ou Le Deuxième Sexe, de Simone
de Beauvoir –, elle afirme ne s’identiier
« à personne ». « Marlène parle des sujets du
quotidien, elle n’est pas enfermée dans l’idéologie, éclaire Jérémie Peltier, le directeur des
études à la Fondation Jean-Jaurès avec qui elle
a coécrit un livre sur la laïcité (Laïcité, point ! Les
Editions de l’Aube). Elle sort des querelles d’intellectuels pour avoir une audience plus large,
et s’empare de tous les sujets, même ceux qui
peuvent apparaître secondaires. Elle estime qu’il
en va de son devoir. »
Femme de com et de réseaux, aguerrie politiquement, Marlène Schiappa ose, bouscule,
dérange. « Dans le monde d’Emmanuel Macron,
les gens ont un peu peur de sortir du cadre. Pas
elle. Elle descend dans l’arène, sans craindre de
prendre des coups. Elle aime la bagarre », observe
le sociologue Jean Viard, qui a édité La Culture
du viol. Un sentiment partagé par Jean-Claude
Boulard, maire du Mans, où elle est élue depuis
2014. « Elle a le sens de la répartie et du débat.
C’est une vraie politique, elle est tombée dedans
toute petite. Et son combat féministe ne relève
pas d’une posture, il est viscéral. » Au point de
l’avoir poussée à prendre des décisions radicales.
« Un monde meilleur »
Pour la naissance de sa cadette, il y a six ans, elle
choisit ainsi d’être suivie par un homme sagefemme. Quant à son aînée, aujourd’hui âgée de
11 ans, elle ne l’a habillée qu’en body blanc
pendant un an ! « Je ne voulais pas qu’elle porte
du rose, trop iille », se souvient Marlène
Schiappa, qui a ini par craquer devant la dificulté
à trouver des vêtements dans d’autres couleurs.
Résultat : sa ille est « hyper-girly, elle adore la
mode, le maquillage et veut devenir styliste. »
« Un jour, je lui ai demandé comment elle trouvait ma tenue et elle m’a répondu : “Si tu vas dans
une ferme de mormons, c’est super, mais si tu vas
à l’Assemblée nationale, il faut te changer,
maman !” » Elle rit. Regrette de ne pas être davantage présente pour ses enfants, mais se console
avec l’idée qu’elle œuvre pour « un monde meilleur », dans lequel elles pourront grandir sans être
confrontées aux agressions subies par les générations précédentes. C’est ce qu’elle va leur expliquer dans son nouveau livre, à paraître en mai
chez Stock. Reprenant le modèle des Lettres de
Madame de Sévigné, écrites au XVIIe siècle, elle
s’adressera directement à ses deux illes.
*« La Culture du viol », Les Editions de l’Aube, 160 p., 11,90 €.
Des polémiques, aucun regret
Nommée au gouvernement en mai 2017, Marlène Schiappa
est aussitôt rattrapée par ses écrits. En cause, Osez... l’amour
des rondes, qu’elle a publié en 2010 aux éditions La Musardine.
Avec second degré et légèreté, elle dénonce la « grossophobie »
et tente de décomplexer les femmes en surpoids. Raté.
Plusieurs blogueuses dénoncent la litanie des idées reçues,
comme celle-ci, dès l’introduction : les rondes « sont sexy,
elles sont sensuelles, elles attirent le mâle en rut et, quand
on y a goûté, on ne peut plus s’en passer ». Ou ce chapitre
consacré à « la fellation, la spécialité des rondes ». La ministre
regrette-t-elle ces propos ? « Il ne faut jamais rien regretter
dans la vie, en général », dit-elle d’une petite voix. On sent
qu’on ne l’y reprendra plus. Mais, déjà, d’autres polémiques ont
surgi. Sa lettre de soutien aux Femen, en plein procès
pour exhibition sexuelle, en mai 2017.
Parmi les tollés
qui jalonnent
sa carrière,
un livre publié
en 2010…
… et les fameux tweets
de 2017.
Un mois plus tard, sa mise en scène nocturne,
en robe à mi-genoux, dans le quartier parisien de
la halle Pajol, laissant entendre que le harcèlement de
rue n’existe pas, contrairement à ce que prétendent les
riveraines. Des chifres erronés concernant le nombre
d’épisiotomies en France, lors de son audition par le Sénat,
en juillet. Son annonce prématurée, en septembre, de la
légalisation de la PMA (procréation médicalement assistée)
en 2018, alors que le gouvernement n’a pas encore ixé
de feuille de route. Passée tout près de la sortie lors du
remaniement ministériel de novembre, selon un député
La République en marche en lien direct avec l’Elysée,
Marlène Schiappa se remet en selle avec l’afaire Weinstein.
Au Château, on reconnaît qu’elle « gère particulièrement
bien la séquence », d’autant que cela booste son projet
de loi contre les agressions sexuelles et sexistes, déjà annoncé
et qui devrait être présenté au Parlement avant l’été prochain.
Depuis, Emmanuel Macron l’a « à la bonne », murmure-ton dans les rangs de l’Assemblée nationale.
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Légende ferrée
à gauche dans
bloc avec 2 mm
de marge
autour. En noir
ou défonce
Marché
éphémère
de la Ruche
qui dit Oui,
dans la très
tendance
Belleviloise,
à Paris (20e).
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Tendance
Vendredi 23 février 2018
Le Marché sur l’eau organise à Paris des ventes
de produits acheminés depuis la Seine-et-Marne.
Le bobo est
dans le pré
Succès croissant des circuits courts, citadins tentés
par la vie à la campagne, attrait pour le look « nature »…
L’agriculture devient branchée. Immersion plein champ.
Par Brice Perrier, photos Antoine VIncens de Tapol.
n samedi matin, à la Bellevilloise. Dans
cette salle de concerts et d’expositions de
U
l’est parisien (20 ), l’ambiance est chaleureuse et
photos © C. Touzart/Marché sur l’eau
e
les oliviers qui ornent les lieux sont en harmonie avec l’événement de la matinée. Des pommes
et des légumes sont posés sur les grandes tables.
C’est l’heure, comme chaque semaine, du marché
éphémère de La Ruche qui dit oui, un réseau dont
l’ambition est de « renouer avec le monde rural ».
Partout en France, près de 700 points de distribution comme celui-ci permettent à 4 500 producteurs de vendre, en ligne, à des consommateurs en
quête d’achats de proximité.
Le salon de l’agriculture
séduit les urbains
« Je suis d’une génération qui a besoin de se
reconnecter avec ce qu’elle mange, explique
Sarah, conceptrice Web de 28 ans venue chercher
sa commande de la semaine. Ici, je sais d’où
viennent mes carottes et mes poireaux. Et leur
goût est incomparable par rapport à celui des
légumes de supermarché. » Tandis que Parveen,
la responsable de la Ruche, se déhanche sur un
air de R’n’B au milieu des légumes encore
terreux, Stéphane, universitaire à la barbe de
hipster, se réjouit à son tour : « L’agriculture
vient à nous, en évitant tout intermédiaire. »
A deux pas de là, toujours en territoire bobo, le
tout nouveau magasin Au bout du champ propose
lui aussi aux Parisiens des produits frais récoltés
dans un périmètre réduit. Et encore dans l’est
de Paris, au bassin de la Villette (19e), le Marché
sur l’eau, lancé en 2012, organise le samedi
matin des ventes de produits issus d’exploitations situées sur les rives des canaux de Seineet-Marne. Cet intérêt des urbains pour le travail
de la terre se vériie dans les travées du salon
27
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
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de l’agriculture, qui se déroule du 24 février
au 4 mars porte de Versailles à Paris (15e). Car
la « plus grande ferme de France » attire de
plus en plus de personnes issues des catégories socio-professionnelles favorisées. « Depuis
quatre ans, il y a une montée en gamme. Avec le
succès des circuits courts, les consommateurs se
sentent davantage concernés par l’agriculture »,
constate Valérie Le Roy, directrice du salon, un
rendez-vous devenu tendance malgré les diicultés du secteur.
Signe des temps, pour la précédente édition du salon est sorti le premier numéro de
Life & Farms, un magazine agricole lifestyle (art
de vivre), comme le déinit son créateur, le
sociologue Ronan Chastellier. Ce journal gratuit, qui s’apprête à paraître pour la troisième
fois, parle avec humour de la ruralité à ceux qui
« aiment retourner à la campagne et ne veulent
plus d’une nourriture aseptisée », précise Ronan
Chastellier, amoureux d’un mode de vie… qui
fait toujours plus d’adeptes.
« Cette année, on refuse beaucoup de monde,
faute de place. Et les gens présents sont moins
militants et plus jeunes », note Sophie, 54 ans,
maraîchère dans le Val-d’Oise. L’agricultrice s’est
lancée en 2006 grâce à une Amap (association
pour le maintien d’une agriculture paysanne) et
vend par ce biais ses légumes chaque semaine
aux adhérents. Elle accueille régulièrement sur
son exploitation sa clientèle parisienne venue
l’aider. « J’ai l’impression d’y faire quelque
chose qui a du sens », souligne Elise, statisticienne de 32 ans.
Place aux « bourus »,
les bourgeois-ruraux
Le sens, Florent, 38 ans, l’a trouvé en s’installant
récemment en Saône-et-Loire comme agriculteur. En 2011, l’appel de la terre l’avait d’abord
conduit à quitter son travail dans la communication pour créer un gîte, intégré au réseau
Accueil paysan – le tourisme rural représente
aujourd’hui 30 % des nuitées en France. Florent
héberge quantité d’urbains venus chercher chez
lui la nature et une assiette remplie des saveurs
de son champ. « Beaucoup rêvent de mon choix
de vie, fascinés par un lever de soleil et par le
goût des produits », constate-t-il.
Sophie, qui travaille dans l’événementiel pour la
boîte de nuit très branchée Le Baron (Paris 8e),
a, depuis in 2016, un pied dans le pré et l’autre
dans la ville. A la tête de La Cantine clandestine, qu’elle présente comme le premier traiteur maraîcher, elle propose des plats cuisinés
avec les produits qu’elle cultive en permaculture
(une méthode qui reproduit les échanges invisibles entre les diférents écosystèmes) non loin
Week-End
« Les adhérents à notre Amap sont
moins militants et plus jeunes »
Sophie, maraîchère dans le Val-d’Oise
de Paris, en Seine-et-Marne. Ses quatre acolytes
fournissent, eux, des restaurants de la capitale
en légumes oubliés. « Depuis toujours je rêvais
de vivre à la campagne avec des animaux »,
conie la jeune femme de 31 ans, ajoutant susciter autour d’elle « beaucoup d’envie ». Le
magazine Technikart l’a d’ailleurs présentée en
octobre dernier comme une igure emblématique des « bourus », les bourgeois ruraux, des
bobos partis se réaliser à la campagne.
La presse se fait,
depuis peu,
l’écho de
l’engouement
des urbains pour
la campagne.
Dans les magazines, l’heure
est au rustique chic
« L’imaginaire de la nature est de plus en
plus fort dans la population urbaine, souligne Nathalie Damery, directrice de la société
d’études L’Observatoire Société et consommation, qui vient de publier une étude à ce
sujet. Quelque 62 % des habitants d’Ile-deFrance aspirent à vivre ailleurs, avec un désir
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
29
Vendredi 23 février 2018
« Les paysans sont
à la mode »
SOCIOLOGUE DES TENDANCES, RONAN CHASTELLIER
A CRÉÉ « LIFE & FARMS », LE JOURNAL GRATUIT
CONSACRÉ À L’ART DE VIVRE AGRICOLE.
Pourquoi avoir lancé Life & Farms ?
Les urbains ont un feeling grandissant avec les
agriculteurs car ils incarnent, à leurs yeux, une
forme d’authenticité idyllique. Les paysans plaisent
et sont même devenus à la mode, bien lookés, avec
leur « countrywear ». Je voulais donc faire un journal
décontracté pour les citadins qui apprécient
les bons produits, le terroir, la vie… Ce que
j’ai superficiellement baptisé le côté « agricole
lifestyle ». Mais cela m’a dépassé.
photos © Cyril Marcilhacy/Item, Thomas Laisne, DR
Comment ça ?
Je pensais faire un journal marrant et décalé pour les
bobos dans l’air du temps. Mais, en ville, il y a eu une
réelle rencontre avec les agriculteurs, un nouveau
lien avec les producteurs « au cul du camion » s’est
créé grâce à Internet. Ce lien a pris tout de suite. Et
puis un truc un peu métaphysique s’est produit…
de ralentir et une quête de nouvelle identité qui passe par le terroir et ses produits. »
Largement idéalisé, cet imaginaire se concrétise dans la consommation. Alimentaire, bien
entendu, mais aussi décorative. En témoigne le
succès des tissus aux motifs animaliers de la très
renommée Maison Thevenon. « Des thèmes de
poule qui paraissaient ringards sont aujourd’hui
demandés par les plus grands architectes »,
remarque Vincent Thevenon, dirigeant de
l’entreprise de tissus d’ameublement. L’heure
est au « rustique chic », comme l’attestent les
pages mode des magazines féminins en mettant
à l’honneur sabots, chapeaux de paille, sacs en
osier et robes à leurs.
Autre marqueur fort : le regain d’intérêt de la
génération née avec le numérique pour des spécialités régionales tombées en désuétude,
comme la cancoillotte, un fromage fondu produit en Haute-Saône, ou les caillettes, des petits
pâtés ardéchois. Longtemps perçues comme
surannées, voire carrément indigestes, elles
relèguent désormais guacamole et autres
brownies au rang de tenants de la malboufe
dépassée et mondialisée. Un nouveau kif urbain
qui pourrait certainement faire les afaires de
l’agriculture française…
A la ferme
du Boucher,
dans l’Allier,
des citadins
mettent la main
à la plante.
La reconnexion ville-campagne ?
Oui, la nature se rappelle toujours à nous,
poétiquement ou politiquement. Mais c’est plus
qu’une simple envie de verdure, ou une cure
de détox. On a tous un côté agricole et il faut
le revendiquer à l’ère des start-up.
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Rattrapés
par leur passé
numérique
L’afaire Mennel rappelle qu’il faut bien peser ses mots sur les réseaux
sociaux. Comme d’autres avant elle, la candidate de « The Voice », qui a
quitté le télécrochet, a vu ressurgir d’anciens tweets compromettants.
Par Benjamin Jérôme, illustration Sébastien Thibault.
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Vendredi 23 février 2018
31
Décryptage
éions-nous, Internet a de
la mémoire ! La dernière
M
à l’avoir appris à ses dépens est une
photos © captures d’écran Twitter et YouTube
candidate de « The Voice ». A peine
Mennel Ibtissem, 22 ans, illumine-telle le télécrochet de TF1, le 3 février
dernier, que d’anciens tweets gênants
refont surface. La chanteuse réagissait
à l’attentat de Nice, le 14 juillet 2016 :
« C’est bon, c’est devenu une routine,
un attentat par semaine !! » L’artiste
s’est désormais retirée de l’émission. Elle n’est pas la seule à avoir été
rattrapée par son passé numérique.
En février 2017, Mehdi Meklat, l’exchroniqueur du Bondy Blog, voit ressurgir des tweets nauséabonds, où il
attaque homos, femmes et juifs sous
le pseudo Marcelin Deschamps. « Un
personnage de iction maléique »,
se défendra-t-il. A peine auréolée
du césar du meilleur espoir féminin
début 2017 pour son rôle dans Divines,
Oulaya Amamra, 20 ans, doit se justiier
pour d’anciens messages homophobes
et racistes. Rattrapé par ses saillies antisémites, le comédien Olivier Sauton,
qui cartonnait dans son spectacle
Fabrice Luchini et moi, a, un temps,
été privé de salle. Sans oublier Bruno
Roger-Petit, le porte-parole de l’Elysée,
moqué pour ses anciennes prises de
position contre certains membres
du gouvernement, ou Rayan Nezzar,
porte-parole d’En Marche ! obligé de
quitter son poste après la mise au jour
de ses tweets d’étudiant où il injuriait
politiques et journalistes.
Plus visibles, donc
plus vulnérables
Bien sûr, nul besoin du Web pour que
le passé rejaillisse au pire moment.
Combien de Miss ont perdu leur
écharpe pour des photos dénudées
qu’elles croyaient oubliées ? Mais
à l’époque, des iltres, les médias,
ampliiaient une information ou, à
l’inverse, la mettaient sous le boisseau. Les réseaux sociaux ont changé
la donne. N’importe qui peut désormais fouiller vos anciennes publications. Et les difuser. « Internet nous
rend plus visibles mais aussi plus vulnérables, estime la philosophe Gloria
Origgi, auteure de La Réputation (PUF,
2015). Vous ne contrôlez pas ce qu’il va
advenir des traces que vous laissez. Ce
Les excuses,
sur les réseaux
sociaux, de Mehdi
Meklat et Mennel.
sont les autres qui ont le contrôle. » Or
la réussite attire les projecteurs. Et les
détracteurs. « Il se trouvera toujours
quelqu’un pour confronter votre vérité
d’aujourd’hui à celle d’hier », prévient Pierre Vallet, directeur général de
l’agence Reputation Age.
« Chambre d’écho »
Mieux vaut avoir le compte Facebook
propre, car tout ce que vous avez pu
écrire peut se retourner contre vous.
On l’oublie, mais si dix personnes
seulement vous lisent aujourd’hui,
vous vous adressez en réalité au monde
entier. « Nous avons du mal à anticiper la notoriété que nous pourrions
avoir plus tard et la chambre d’écho
de n’importe quel post ou tweet »,
remarque le sociologue Pierre-Marie
Chauvin, spécialiste de la réputation.
Pour ne pas se faire piéger, faut-il alors
se taire sur le Web ? « Plutôt en faire un
usage plus malin, conseille la philosophe Gloria Origgi. Ce qu’on écrit a
des conséquences réelles. Il faut adapter sa stratégie de communication,
apprendre à maîtriser ces nouveaux
médias. C’est aussi un trésor si vous
savez les utiliser. » Mennel s’est excusée dans une vidéo Facebook vue
1,9 million de fois, faisant des réseaux
sociaux, source de ses problèmes, une
partie de la solution.
Profession : nettoyeur du Web
Des entreprises comme iProtego
ou Net Ofensive interviennent
pour que disparaissent de la Toile
vos infos ou photos personnelles.
Elles contactent les sites pour
obtenir le retrait des pages gênantes
et éviter que celles-ci ne ressortent
lors d’une recherche Google.
Comptez quelques dizaines d’euros
par page. Mais, souvent, ce sont
vos anciennes prises de parole sur
les réseaux sociaux qui posent
problème. Vous pouvez les efacer
mais n’êtes pas à l’abri de les voir
ressurgir. « Il faut faire un bilan »,
note Pierre Vallet, directeur général
de Reputation Age, qui conseille
les personnalités. Il s’agit d’identiier
les tweets passés qui pourraient
vous embarrasser. Les réseaux
sociaux s’enlammant vite, l’idée
est de préparer sa réponse si ces
messages sont exhumés. « Il faut
assumer et être capable d’expliquer
pourquoi on a changé. Les gens
peuvent comprendre », assure
Pierre Vallet. « A l’époque, ce
qui me plaisait, bêtement, c’était
d’enfreindre l’interdit »,
s’est ainsi
Légende
justiié le comédien Olivier
ferréeSauton
à
gauche
après la divulgation de
tweets e
autour.
antisémites. L’excusemarge
classique
est
En noir ou
d’invoquer une erreur
de
jeunesse,
défonce
comme l’a fait Oulaya Amamra
(photo), rattrapée par des messages
homophobes et racistes. Invitée
du JT de France 2 le 25 février 2017,
l’actrice a soulé : « On dit un peu
tous des bêtises à 14 ans. »
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32
Fin 2016, Antoine
Gallimard, éditeur,
François Gibault,
exécuteur
testamentaire
de Céline (en haut),
et Pierre Assouline,
écrivain (de g. à dr.),
se réunissent en vue
de rééditer les
pamphlets sulfureux.
Récit
Week-End
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Vendredi 23 février 2018
33
Récit
De 1937 à 1941,
Louis-Ferdinand
Céline signe
trois textes
anti-juifs.
Gallimard
dans de
beaux draps
Fin 2017, Gallimard annonce la réédition de trois pamphlets antisémites
de Louis-Ferdinand Céline. La polémique éclate, des personnalités s’écharpent,
le Premier ministre s’en mêle... et l’éditeur init par capituler.
Par Adeline Fleury, illustrations Seb Jarnot.
in novembre 2017, la rentrée
littéraire vient de se terminer.
F
Les prix ont été équitablement distribués. Pour les professionnels du livre,
il faut déjà envoyer les bons à tirer des
ouvrages qui paraîtront en janvier.
Ainsi s’écoule la vie à Saint-Germaindes-Prés, dans le 6e arrondissement de
Paris, centre névralgique de l’édition
française. Cependant, un bruit persistant enle. Gallimard se préparerait
à rééditer Bagatelles pour un massacre,
L’Ecole des cadavres et Les Beaux Draps,
trois pamphlets ouvertement antisémites de Louis-Ferdinand Céline
(1894-1961), prônant l’extermination
du peuple juif et faisant l’apologie
d’Hitler, publiés en 1937, 1938 et 1941.
Ce nom sent le soufre, puisqu’il
concentre tout ce que l’humanité a
de génial et de monstrueux : auteur
sublime du Voyage au bout de la nuit,
antisémite et collaborateur notoire
pendant la seconde guerre mondiale.
Déjà sur Internet
En décembre 2016, François Gibault,
exécuteur testamentaire de Céline,
et Pierre Assouline, auteur et spécialiste du sujet, réunis dans le bureau
de l’éditeur Antoine Gallimard, commencent à étudier la question : une
édition des pamphlets, agrémentée de très nombreuses annotations,
étant sortie en 2012 au Québec sans
entraîner de remous particuliers,
pourquoi ne pas envisager un tel
projet en France ? Reste à convaincre
Lucette Destouches, la veuve de
Louis-Ferdinand Céline, alors âgée
de 104 ans. Cette dernière s’est toujours opposée à la réédition des pamphlets, respectant ainsi la volonté de
son défunt époux, qui estimait que
ces écrits étaient l’une des causes de sa
condamnation, en 1950, pour « actes
ayant pour vocation de nuire à la
défense nationale ». Deux arguments
inissent par lever ses réticences. D’une
part, la réédition, en 2015 chez Robert
Lafont, des Décombres, le pamphlet de
l’écrivain antisémite Lucien Rebatet
(1903-1972), accompagné lui aussi
d’un important appareil critique, n’a
pas fait de vagues. D’autre part, des
éditions pirates des écrits sulfureux de
Céline circulent déjà sur Internet.
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34
En juillet 2017, l’écrivain
Philippe Sollers est le
premier à révéler le projet
éditorial de Gallimard.
Récit
La nouvelle de la réédition est
annoncée par un amoureux et in
connaisseur de Céline : Philippe
Sollers. Dans son bureau de la revue
L’Infini, publiée par Gallimard, l’écrivain accorde une interview au journaliste Philippe Chauché. Au cours
de l’entretien, publié le 19 juillet 2017
sur le site La Cause littéraire, Chauché
demande : « Vous avez réuni vos textes
sur Céline dans un petit livre éponyme
aux éditions Ecriture. Mais que dire
des pamphlets ? » Réponse de Sollers,
du tac au tac : « La seule édition critique des pamphlets est disponible au
Canada (...), et c’est cette édition-là,
probablement, qui sera enin publiée
en France, c’est un scoop que je vous
donne là, c’est ce que m’a conirmé
Antoine Gallimard. » L’info, dévoilée
au cœur de l’été sur un site peu connu
du grand public, passe inaperçue.
A l’automne, Antoine Gallimard se
rend à Meudon (Hauts-de-Seine),
où réside la veuve de Céline, pour lui
faire signer un contrat. Des bruits circulent : la vieille dame aurait des problèmes inanciers, son état de santé
déclinant nécessiterait des soins de
plus en plus coûteux. Ces arguments
exaspèrent François Gibault qui sait
que madame Destouches ne percevra
aucun à-valoir et qu’elle a encore toute
A l’automne, Antoine Gallimard se
rend à Meudon, où réside la veuve de
Céline, pour lui faire signer un contrat
Week-End
sa tête. Gallimard rachète ensuite les
droits de l’appareil critique à Huit, la
petite maison d’édition québécoise qui
a publié le pavé de plus de 1 000 pages
en 2012, sous le titre édulcoré Ecrits
polémiques.
L’Etat s’en mêle
Dans le « milieu célinien », la rumeur
de la prochaine réédition des pamphlets continue de se répandre.
Romaric Sangars, rédacteur en
chef culture du nouveau mensuel
L’Incorrect, très ancré à droite, décide
de vériier l’information. Il contacte
Rémi Ferland, l’éditeur canadien. Sans
succès. Romaric Sangars appelle alors
François Gibault qui, lui, conirme
tout. Le 1er décembre, L’Incorrect publie
sur son site Web : « Les pamphlets de
Céline vont inalement être réédités
par Gallimard courant 2018, avec un
important appareil critique. »
Le 5 décembre, L’Express précise les
choses : la parution, prévue pour
mai 2018, reprendra l’intégralité de
l’édition québécoise et sera augmentée d’une préface de l’écrivain Pierre
Assouline. Le 12 décembre, après avoir
été alerté de la nature haineuse et
profondément raciste des pamphlets
par le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif ) et la
Ligue internationale contre le racisme
et l’antisémitisme (Licra), Frédéric
Potier, à la tête de la Délégation
interministérielle à la lutte contre le
racisme, l’antisémitisme et la haine
anti-LGBT (Dilcrah), adresse une lettre
François Gibault,
l’éxécuteur
testamentaire,
se rend à son
tour chez la
veuve de
l’écrivain, le
31 décembre
2017.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Vendredi 23 février 2018
à Antoine Gallimard : « Je vous serais
très reconnaissant de bien vouloir
m’éclairer sur les conditions d’élaboration de cette édition critique et sur
les mesures prises pour en garantir la
scientiicité et la pluridisciplinarité. »
Une délégation interministérielle
qui intervient dans la décision de la
publication ou non d’un ouvrage : de
mémoire d’éditeurs, c’est un fait rarissime. Le 19 décembre, mis au pied du
mur, Antoine Gallimard est contraint
d’aller s’expliquer devant les intéressés, dans les locaux de la Dilcrah, dans
le 7e arrondissement de Paris.
Vague d’indignation
La rencontre entre Frédéric Potier, son
adjointe Johanna Barasz, historienne
de formation, un conseiller juridique
de la Dilcrah, Antoine Gallimard et
Pierre Assouline dure une heure.
L’atmosphère est tendue. Assouline
prend beaucoup la parole, va jusqu’à
demander s’il y a « d’autres juifs que
lui autour de la table ». Le malaise
s’installe. La Dilcrah exige des garanties
sur l’appareil critique, parle de nécessité de pédagogie envers les jeunes, de
montée de l’antisémitisme. Antoine
Gallimard estime que personne n’a
à lui donner de leçons en matière de
responsabilité d’éditeur.
L’avocat Serge Klarsfeld, président de
l’association Fils et illes des déportés juifs de France, est mis au courant. A 82 ans, toujours aussi vaillant,
l’homme qui a consacré sa vie à traquer
les nazis est indigné, tant par l’entreprise de Gallimard que par le fait que
la Dilcrah accepte la réédition, même
à la condition qu’elle soit étayée d’un
appareil critique. Le 20 décembre,
il réclame, sur Bibliobs, site de débat
littéraire publié par l’Obs, l’interdiction de toute publication. Gibault et
Gallimard se concertent dans l’aprèsmidi ain de réléchir à la suite. Face
à une autorité morale telle que Serge
Klarsfeld, pas question de rester sans
réaction. « Il ne faut pas se précipiter,
estime François Gibault, il faut publier
quand nous serons vraiment prêts. » Le
soir même, Antoine Gallimard envoie
un communiqué à l’AFP : il réairme
sa volonté de publier les pamphlets,
mais n’évoque plus la date de mai 2018.
Légère reculade.
35
Récit
Le 9 janvier 2018, l’éditeur
refuse toute autocensure.
Deux jours plus tard, il capitule
Pendant les fêtes de Noël, la tempête
se calme. Gibault passe le réveillon avec
la veuve de Céline. Le 7 janvier, interrogé dans Le Journal du dimanche sur
Céline, le Premier ministre Edouard
Philippe déclare : « Il y a d’excellentes
raisons de détester l’homme, mais
vous ne pouvez pas ignorer l’écrivain
ni sa place centrale dans la littérature
française. Je n’ai pas peur de la publication de ces pamphlets, mais il faudra soigneusement l’accompagner. »
C’en est trop pour Serge Klarsfeld. Le
lendemain, il contre-attaque : « Il est
probable que le Premier ministre n’a
pas lu une seule page de ces abjects
pamphlets anti-juifs. Nous ne laisserons pas republier de tels textes qui ont
mené nos parents à la mort. » Malgré
les coups de il de lecteurs courroucés,
les débats sur les réseaux sociaux et les
tribunes d’historiens peu favorables
à cette réédition, Antoine Gallimard
n’en démord pas. « On n’a pas à pousser les éditeurs à s’autocensurer. Il n’y
a aucune raison de ne pas publier ces
livres, il y a bien pire », déclare-t-il à
l’AFP le 9 janvier. Deux jours plus tard,
« Nous ne
laisserons pas
republier de
tels textes »,
s’insurge
l’avocat Serge
Klarsfeld,
le 8 janvier.
encore dans les locaux d’Europe 1, où il
vient de débattre avec François Gibault,
Klarsfeld reçoit un coup de téléphone
d’Edouard Philippe. L’avocat rappelle
au Premier ministre les paroles qu’a
tenues Emmanuel Macron le 16 juillet dernier, lors du 75e anniversaire
de la rale du Vél d’Hiv : « C’est la
France (...) de Bagatelles pour un massacre, c’est la France où Louis Darquier
de Pellepoix (homme politique français d’extrême droite, NDLR) peut,
sans être inquiété une seconde, proclamer en 1937 : “Nous devons résoudre de
toute urgence le problème juif soit par
l’expulsion, soit par le massacre.” » Un
discours en contradiction avec la réédition des trois textes.
Le jour même, Gallimard capitule. Il
suspend son projet, « jugeant que les
conditions méthodologiques et mémorielles ne sont pas réunies pour l’envisager sereinement ». Serge Klarsled
savoure sa victoire, François Gibault et
la veuve Destouches se disent soulagés,
Antoine Gallimard parle de suspension, et non d’annulation. Le feuilleton
n’est peut-être pas terminé.
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La cour de la
maison Lanzani, à Paris,
donne le ton.
L’envers
des décors
C’est une vénérable maison qui donne vie, au cinéma, à des univers variés,
parfois inquiétants ou même loufoques. Lanzani, une caverne d’Ali Baba
de 20 000 objets et accessoires en plein Paris, nous a ouvert ses portes.
Par Cécile Fournier, photos Joseph Melin.
eux guillotines, des poêles
en fonte, trois pirogues, une
D
cabine de funiculaire… Bienvenue chez
Lanzani ! Dans cette maison spécialisée
dans la location de décors de cinéma,
au coeur du 11e arrondissement de Paris,
le bric-à-brac de la cour se prolonge sur
4 000 mètres carrés d’ateliers. Passage
obligé pour nombre de professionnels
de l’image, c’est ici que se sont fournis
les décorateurs de La Promesse de l’aube,
d’Au Revoir là-haut et du Redoutable,
trois ilms en lice pour le prix du meilleur décor lors de la 43e cérémonie des
César, vendredi 2 mars.
Pour se repérer dans ce dédale, mieux
vaut être accompagné par le maître des
lieux, Didier Lanzani, 66 ans, patron
de l’entreprise familiale. Le sexagénaire à
l’impressionnante stature en connaît
les moindres recoins. Avant de prendre,
dans les années 1980, la succession
de son grand-père, fondateur de la
société, il avait, enfant, fait de ces
bâtiments ouverts à tous les vents
son terrain de jeu. Aujourd’hui, celui
qui se destinait à devenir commissaire-priseur est à la tête d’une entreprise de dix employés, dont le chifre
d’afaires s’élevait, en 2016, à près de
1,2 million d’euros. Une société plutôt
lorissante dans un marché diicile où
les loueurs se comptent désormais sur
les doigts d’une main.
L’expert des ilms
d’époque
Didier Lanzani fait le tour du propriétaire à grandes enjambées. Il remet
une chaise sur ses pieds, pousse une
porte brinquebalante, caresse un
ours blanc empaillé, traverse une
salle encombrée par des dizaines
d’étagères. Sur l’une d’elles, la vaisselle en porcelaine leurie du ilm
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Vendredi 23 février 2018
Reportage
37
Parmi les
objets
à louer :
un fœtus
humain,
une tête
dans le
formol
et des
trophées.
Didier
Lanzani,
66 ans,
le patron
de la
société.
Marie-Antoinette, de Soia Coppola
(2006). L’homme init par s’arrêter
dans un couloir, véritable cabinet de
curiosités, pour désigner ses deux
objets préférés, une tête dans le formol, rendue célèbre par Les Rivières
pourpres de Mathieu Kassovitz (2000),
et un fœtus humain. Pour le reste,
seul un œil averti peut repérer parmi
les centaines de bibelots, ceux utilisés dans Le Fabuleux Destin d’Amélie
Poulain (2001), La Môme (2007),
Mesrine (2008), ou plusieurs
ilms de Louis de Funès…
Même le maître des
lieux peine à raviver
ses souvenirs, tant sont
nombreux les décorateurs de cinéma venus
faire leurs emplettes ici.
« Lanzani est incontournable, surtout pour un
ilm d’époque », explique
Elsa Boyadjian, décoratrice. La maison possède
plus de 20 000 objets,
du Moyen Age aux
années 1960, et s’est
forgé sa réputation sur sa
collection du XVIIIe siècle. « Je préfère louer qu’acheter à des particuliers, précise la décoratrice. Même si
cela revient plus cher, tout est fourni
clé en main, et ces professionnels
connaissent bien leur métier. »
Des articles trouvés
dans les foires
Chez Lanzani, tout se loue, « même le
perroquet de mon frère Christian »,
s’amuse Didier. Un ara
jaune et bleu qui reste
perché sur sa cage,
en attendant de rentrer le soir avec son
maître. L’entreprise ne
vend rien, à quelques
exceptions près.
« Dernièrement, un
célèbre couturier a insisté
pour acheter nos miroirs
vénitiens, loués pour
une publicité. Il voulait
les ofrir à son égérie.
On a ini par céder. »
Pour dénicher de nouvelles perles, Didier
Lanzani, aidé de son
frère Christian, 68 ans, et de son neveu
Gaetan, 30 ans, arrivés depuis peu
dans l’aventure, écume les salles des
ventes et les foires au moins une fois
par semaine. Il arrive parfois que des
particuliers se déplacent pour leur
proposer des objets. « Nous ne cherchons pas des œuvres de valeur, mais
celles qui représentent leur époque »,
précise-t-il.
Leurs dernières acquisitions ? Un lot
de tableaux et une mini-armure achetés à Locatema, un concurrent qui
vient de fermer boutique. Sur le
bureau du patron, gribouillée sur un
papier, igure la liste des objets commandés par des clients : un buste de
Louis XV, des lacons de sels, des chevalières à poison, des selles touareg, des caméras de surveillance…
« C’est une chasse perpétuelle. J’ai
mis plusieurs mois à trouver un vieux
brasero que beaucoup de personnes
me réclamaient à une époque. » Au
mot « retraite », Didier Lanzani se
raidit, puis concède : « J’en ai l’âge,
mais j’aime vraiment ce métier. Je
souhaite continuer le plus longtemps
possible. »
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38
Rencontre
Week-End
Doug Jones
à visage
découvert
C’est une igure du cinéma américain, mais
personne ne le reconnaît dans la rue. Et pour
cause, il n’incarne que des « créatures ». Le
bouleversant homme-poisson de « La Forme
de l’eau », en salle, en commente quelques-unes.
Par Véronique Trouillet.
oug Jones parle avec les mains.
D
Des mains agitées, ichées au bout
de deux bras aussi interminables que
ses jambes, qu’il peut d’ailleurs croiser
derrière sa nuque. A 57 ans, c’est un
acteur à la silhouette atypique. Avec
son 1,92 mètre pour 70 kilos, il
a toujours détonné parmi les
solides gaillards de son Indiana
natal. Dès l’école, il utilise l’humour comme défense, préférant faire rire que d’essuyer
des moqueries. Puis, il apprend
à contrôler ce corps dégingandé
dans des cours de mime. « Je rêvais
de devenir une star de sitcom, d’être
célèbre et pourchassé par les paparazzis.
Mais quand j’ai débarqué à Hollywood,
en 1985, je me suis retrouvé caché derrière
des masques de monstre dans des œuvres
sombres et des publicités. »
Une centaine de rôles
Dès 1986, grâce à son personnage à la tête
en forme de quartier de lune pour les campagnes de McDonald’s, il devient une référence chez les maquilleurs experts en efets
spéciaux. L’un d’eux le repère pour jouer
un cafard humanoïde dans Mimic (1997), de
Guillermo del Toro. Le réalisateur mexicain
se souviendra de lui pour incarner Abe
Sapien dans Hellboy (2004). Aujourd’hui,
Doug Jones compte une centaine de créatures à son palmarès. « Je suis inalement
heureux de la tournure qu’ont prise les
choses et ier de ce que j’ai accompli. Je vis
le meilleur des deux mondes : je peux aller
au café du coin dans l’anonymat le plus
complet et me prendre pour une célébrité
pendant les rencontres avec les fans et les
premières. Que demander de plus ? »
LE FAUNE, DANS « LE LABYRINTHE DE PAN », EN 2006
« C’est une créature hybride magniique, croisement
entre une chèvre, un homme et un arbre. Guillermo
del Toro m’a demandé d’étudier les mouvements
des bovidés pour reproduire leur façon de poser
le sabot à terre et de bouger leur postérieur. Je me
déplaçais aussi sur des échasses, car le Faune mesure
2,14 mètres. Chaque fois que j’apparaissais dans
le même cadre que la petite Ivana Baquero, qui
mesurait 1,52 mètre, Guillermo me criait de me
pencher vers elle. Je devais veiller à ne pas perdre
l’équilibre. J’ai des cuisses en béton maintenant. »
LE TRITON, DANS « HELLBOY » (2004)
ET « HELLBOY II » (2008)
« Ain de créer Abe Sapien, je me
suis inspiré de mon poisson rouge
pour la luidité des mouvements.
Et parce qu’un poisson dans un bocal
a un efet calmant dans une pièce,
comme Abe sur Hellboy. Dans
mon bestiaire, c’est la
créature qui me ressemble
le plus, et qui m’a le plus
touché. Il est réléchi, il
parle beaucoup avec les
mains. Il n’a pas d’identité
secrète, contrairement
à d’autres superhéros.
Il a l’impression d’être
perçu comme une bête
curieuse. C’est un
sentiment que tout
humain éprouve un
jour. »
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Vendredi 23 février 2018
Rencontre
39
UN ALIEN, DANS LA SÉRIE « STAR TREK : DISCOVERY » (2017)
« Un nouvel alien doit être diférent de tous ceux qui l’ont
précédé. Saru a un look peu courant de par sa taille, sa minceur
et ses pieds qui ressemblent à des sabots. C’était comme marcher
avec des talons aiguilles. Pour garder l’équilibre, j’ai les hanches
en avant, ce qui me donne une posture et une démarche uniques.
Saru est aussi le premier de sa race, les Kelpiens, à devenir oicier
sur un vaisseau. Il a donc tout à prouver, d’où son air ier, son
côté guindé, sa politesse exagérée et sa diction qu’il veut parfaite.
En fait, le personnage de Saru ressemble à un majordome. »
ET CE N’EST PAS TOUT…
photos © The Kobal collection, G. Walzer/Réa, Christophel, 2017 K. Hayes/Twentieth Century Fox
Doug Jones a incarné
le Clown dans Batman,
le déi, Billy Butcherson
dans Hocus Pocus : les trois
sorcières, le Surfer d’argent
dans Les 4 Fantastiques
et le Surfer d’argent. Il était
La Gueule dans Gainsbourg
(Vie héroïque), Cochise
dans la série Falling Skies,
Deathbolt dans Arrow
et dans The Flash…
L’AMPHIBIEN, DANS
« LA FORME DE L’EAU » (2018)
« Il se rapproche plus
de l’animal sauvage que
de la créature aquatique. Il est
vénéré comme un dieu dans
son pays d’origine, je devais
donc lui donner une posture
et une présence qui fassent
écho à cette adoration.
Guillermo del Toro voulait
que j’y ajoute une touche de
matador. Je ne me suis jamais
senti aussi sexy ! Mais la plus
grande diiculté, c’était de
faire passer de l’amour et de
la beauté, déguisé en hommepoisson, plongé dans l’eau ou
suspendu à des câbles devant
un fond vert. Et tout ça sans
dire un mot. Un déi aussi
émotionnel que physique. »
(lire aussi notre critique p. 48).
LE GENTLEMAN, DANS LA SÉRIE
« BUFFY CONTRE LES VAMPIRES » (2000)
« Joss Whedon, le réalisateur, m’a dit :
“Avec son horrible sourire, ce type m’a vraiment
foutu la frousse.” C’est le plus beau compliment
que je pouvais recevoir. Qu’il soit bon ou
maléique, je dois aimer mon personnage pour
lui rendre justice et créer de la compassion.
Même le pire des êtres cherche à survivre.
Et il ignore qu’il est diabolique. Le Gentleman
n’est pas conscient que c’est mal d’arracher
un cœur. C’était un monstre délicieux à jouer. »
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
40
L’air de rien
Les inavouables
Week-End
Michel Mafesoli
« Aujourd’hui,
on baigne
dans le
moralisme »
Dans son nouveau livre*, le sociologue,
qui se déinit comme un « anarchiste
attaché à la tradition », brosse le portrait
d’Emmanuel Macron. Surprenant !
Propos recueillis par Yves Derai.
d’une certaine manière,
ils incarnent une forme
de révolte contre cette
intelligentsia dominante
pour qui le peuple sent
toujours mauvais.
LE PETIT BLANC,
AU COMPTOIR
LE LIBERTINAGE
Le mien, en tout cas,
inspiré d’une vieille idée
du XVIIIe siècle selon
laquelle la liberté de pensée
s’accompagne d’une liberté
de mœurs. Cela fait partie
d’une tradition française à
laquelle je suis très attaché.
Actuellement, on baigne
dans le moralisme…
UN CERTAIN
POPULISME
J’y mettrai aussi bien Donald
Trump qu’Emmanuel Macron
ou même Silvio Berlusconi
(photo). Ils correspondent
aux choix des peuples et
cela se respecte parce que,
C’est l’électricité de l’esprit.
Avant d’aller travailler,
il est bon de se griser un
peu. Et pour ma part, je
n’aime pas le vin rouge.
J’avoue, je n’aime pas…
LES INTELLECTUELS
L’essence de l’intellectuel
réside dans sa neutralité.
D’un côté, le savant,
de l’autre, le politique. Je
pousse moi-même la logique
jusqu’au bout puisque je
n’ai pas de carte d’électeur.
l’astrologue Elizabeth
Teissier (qu’elle a soutenue
en 2001, NDLR), mais
je considère que, à partir
du moment où des millions
de gens consultent leur
horoscope, cela devient
un phénomène sociologique
qu’il convient d’analyser.
LE CULTE DU CHIFFRE
LAURENT RUQUIER
J’ai parfois l’impression
que si l’on ne dégaine
pas des chifres
(statistiques,
sondages...),
on ne peut pas
être considéré
comme un vrai
scientiique,
notamment dans
le domaine des
sciences humaines.
Moi, je préfère parler de ce
que je renile plutôt que des
tendances qui se dégagent
d’études prétendument
« scientiiques ».
On m’a beaucoup reproché
d’avoir dirigé la thèse de
Il est le symbole d’une télé
formatée qui cherche à
tuer le temps. Quant
à sa chroniqueuse
Christine Angot,
derrière sa
pseudo-insolence,
je vois beaucoup
de conformisme
et de « prêtà-penser ».
Le vieil anarchiste
que je suis préfère aller
chez Frédéric Taddeï,
dans son émission « Europe 1
Social Club », ou dans
celles d’Yves Calvi.
ENGAGÉS
* « Etre postmoderne »,
Les Editions du Cerf, 256 p., 19 €.
photos © Thomas Gogny/Divergence, Nattier/La Collection, AFP, Age Fotostock
J’avoue, j’aime…
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
4 A 4 PRODUCTIONS ET CINETELEFILMS PRÉSENTENT
QUAN D L A FEM M E PR EN D LE POUVOI R …
28
FÉV.
U N FI LM D E M EH D I B EN AT TIA
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
42
L’air de rien
Week-End
Humeur
Yves Derai
Qu’est-ce
qu’on déguste !
ous laissez faire le chef ? » Ah, cette phrase
rituelle du maître d’hôtel lorsqu’il veut vous
proposer ce qu’on appelle le menu « dégustation » !
Depuis une bonne dizaine d’années, la formule, censée receler moult avantages, a pris de l’importance
dans les restaurants dits gastronomiques.
Plutôt que de vous laisser choisir entrée, plat et
dessert, et vous noyer dans les afres de l’hésitation
pendant d’interminables minutes, elle vous suggère
un « clé en main » du meilleur goût, puisque c’est
celui du chef en personne. Pour un prix forfaitaire,
vous avez généralement droit à deux entrées, deux
plats, un fromage, et même un avant-dessert, qui
vous amène doucement vers le inal, lamboyant,
le dessert. Eh bien, à la manière du regretté Jean
Yanne qui détestait les routes départementales dans
son fameux sketch du Permis de
conduire, je hais les menus
« dégustation » ! Je
sais, c’est un problème de riche
qui, en regard
des tragédies qui nous
entourent, gagnerait à être passé sous silence par
votre serviteur. Mais, récemment, l’expérience du
menu à rallonge m’a été à nouveau inligée et, ce
soir-là, j’ai pris la décision de ne plus me taire.
Dîner en paix Il faut rappeler en préambule que, dans ce genre de
restaurant, on vous explique en détail chaque
assiette avant la fameuse dégustation. Donc, plus
vous en avez, plus le serveur intervient pendant
votre dîner. Quand vous êtes avec votre dulcinée ou
quelques amis avec qui vous avez envie de faire un
brin de causette et qu’il vous interrompt à
dix reprises, du premier amuse-bouche aux mignardises, la moutarde vous monte au nez. Je conçois
que, pour certains convives, ce rituel fasse justement le sel du repas mais tel n’étant pas le cas de
tout le monde, je préconise que le professionnel qui
vous accueille demande à son client, à son arrivée,
s’il souhaite un inventaire détaillé au il du dîner, ou
pas. D’autre part, sur un plan culinaire, je sors
immanquablement déçu et frustré par cette igure
imposée. Certains plats ne me plaisent pas, tout simplement parce qu’ils ne correspondent pas à mes
goûts. Et, pour ceux que je découvre avec bonheur,
les petites quantités servies dans cette vaisselle pour
dînette qui caractérisent le menu « dégustation »
sont insuisantes pour me combler. Voilà, voilà,
c’était ma mauvaise humeur de la semaine, mais je
n’étais sans doute pas dans mon assiette...
photos © Romin Favre, Michel Labelle
V
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Le guide
Pomme-pomme girl
Au Japon, le prix des pommes peut faire tomber dans les pommes. Chez nous,
au moins, on les coupe en deux pour le dessert. Et on va au cinéma pour découvrir
l’histoire d’une patineuse paumée qui s’attira quelques pépins.
Illustration Paul Garland.
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44
Le guide week-end
Week-End
Coup de cœur
La chair
en héritage
ROMAN . Bénédicte Martin
veut comprendre la femme
de 39 ans qu’elle est devenue.
L’histoire de sa grand-mère,
aux mœurs très libérées,
lui fournira quelques pistes…
Par Adeline Fleury.
P
ierre est flic dans le Paris d’aprèsguerre, au commissariat de la
Goutte-d’or. Il côtoie les voyous du
bas Montmartre, il a des indics chez les
prostituées, celles des hôtels miteux du
quartier, et se lie d’amitié avec madame
Yvonne, maquerelle aussi repoussante
que flamboyante. Avant, elle était
Eléonore, fille d’une blanchisseuse et
d’un riche armateur de Toulon. Eléonore
aime les femmes, vit pendant des années
à l’hôtel Lutetia, sort tous les soirs au
Monocle ou Chez Moune, clubs historiques de lesbiennes, part en voyage en
Argentine et, à son retour à Paris, dit
définitivement adieu à sa féminité. Elle
se coupe les cheveux, les gomine, s’habille et parle comme un homme. Lors
d’une vente à la bougie, elle acquiert
un hôtel dans le 18e arrondissement, le
transforme en maison close qu’elle dirige
d’une main de fer. Un soir, Pierre lui présente sa femme, Brisa, dont elle tombe
instantanément amoureuse.
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Vendredi 23 février 2018
Le guide week-end
Coup de sang
Noir, c’est (trop) noir
Pierre et Brisa sont les grands-parents
de Bénédicte Martin. Aujourd’hui, l’auteure de 39 ans vit avec son ils dans
l’appartement de ses aïeuls un peu sulfureux. Elle analyse, dans ce roman autobiographique, sa construction féminine
au travers de cet héritage charnel et
intellectuel, grâce à un procédé littéraire ingénieux : elle fait des va-et-vient
entre un « je » au présent et le récit au
passé de l’histoire de ses grands-parents.
Madame Yvonne fait partie de son identité trouble : « J’ai grandi avec des maisons où trônaient partout des photos de
Madame Yvonne, même si j’ai compris un
jour que, bien que je voyais un homme
en costume, il s’agissait d’une femme
(…) J’ai compris que mon héritage n’était
pas sonnant et trébuchant mais plutôt un
legs insaisissable. »
RÉCITS.
Onze ans après « Microictions », Régis
Jaufret livre 500 nouvelles tranches de vie
encore plus brutales et cruelles. L’exercice
de style est réussi… au détriment du fond.
R
égis Jaufret est un génie de la forme. Ce n’est plus à prouver.
En 2007, ses Microfictions, 500 récits de deux pages chacun,
réveillaient le paysage éditorial. « Je est tout le monde et n’importe qui »,
clamait-il en exergue. Ainsi, pas de mise à distance possible entre l’auteur
et ses personnages. Onze ans après, il récidive avec 500 nouvelles microhistoires d’une noirceur rare, sèche, cruelle. Autant la première cuvée
était novatrice, portée par une langue époustoulante, autant la version
2018, encore plus noire, est décevante. L’exercice de style l’emporte sur
le fond, de plus en plus malsain. Tout est macabre, les crimes abjects
s’enchaînent, les suicides se multiplient, les histoires
compressées se disputent la palme de la misère et
de la violence. Jaufret dresse un portrait monstrueux
de l’humanité, maltraitante ou maltraitée. A force,
la lecture devient nausée – c’est, bien sûr, ce que
l’auteur recherche –, puis vient la lassitude, jusqu’au
dégoût. Aucune rédemption possible. On sort de cet
A. F.
univers éprouvé et déprimé.
Parfois cru,
souvent poétique
« Brisa »,
de Bénédicte
Martin,
JC Lattès,
200 p., 18 €.
« Microictions 2018 », de Régis Jaufret, Gallimard, 1 024 p., 25 €.
photos © Mantovani/Lattès, Mantovani/Gallimard via Leemage, SP
Ainsi l’auteure comprend pourquoi la
décadence des femmes la fascine, pourquoi elle aime écrire sur « les sexualités
périphériques », pourquoi elle n’a « jamais
su choisir entre la sueur des aisselles des
illes et le liquide blanc des gars ». Elle
pose l’ambivalence sexuelle comme l’un
de nos derniers bastions de liberté.
Révélée en 2003 par Frédéric Beigbeder
avec Warm up (Flammarion), recueil de
nouvelles érotiques, puis remarquée
en 2014 pour son essai poétique puissant
sur la féminité et le féminisme, La Femme
(Equateurs), Bénédicte Martin signe, avec
Brisa, un premier roman audacieux et
moderne. C’est cru par moments, poétique souvent, certaines phrases collent à
la peau comme un tatouage. « Je suis simplement un corps qui aime aimer.
Une femme au gingembre. »
45
Régis Jaufret dresse
un portrait monstrueux
de l’humanité dans
« Microictions 2018 ».
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46
Le guide week-end
Week-End
Le choix de la libraire…
« Une âpre radiographie
du monde zadiste »
POLAR . Alexandra Vilcocq, de
la librairie Arthaud, à Grenoble*,
s’est délectée du roman à
suspense de Jean-Bernard Pouy.
Propos recueillis par Mathilde Nivollet.
D
iicile de résister à un roman de JeanBernard Pouy. A 72 ans, le maître du polar
français conserve l’art de dézinguer la société avec
humour et âpreté. Son héros, Camille Destroit,
quadra discret, travaille dans une supérette de
Cassel, dans le Nord. Il ile un coup de main à ses
camarades activistes de la ZAD (zone à défendre)
de Zavenghem, qui luttent contre des industriels du
BTP. Sa vie bascule le jour où il est interpellé par la
police, lors de l’évacuation du site. Sa garde à vue
est le point de départ d’une délagration intérieure.
Licencié, quitté par sa copine et lynché par des
fachos, il se radicalise peu à peu. En se rapprochant
des zadistes, Camille commet l’irréparable.
L’écrivain lève le voile sur le fonctionnement de ces
squats dressés contre le capitalisme et en esquisse
une radiographie – l’auteur s’est notamment inspiré
de Sivens – loin des stéréotypes
véhiculés par les médias.
Un roman très court auquel
on pense longtemps. »
*Librairie Arthaud : 23, Grande Rue,
Grenoble (Isère). Tél. : 04 76 42 49 81.
La Grenobloise
Alexandra Vilcocq aime
l’art qu’a l’auteur de
« dézinguer la société ».
« Ma ZAD », de Jean-Bernard Pouy,
Gallimard, Série noire, 208 p., 18 €.
GUIDE . Plus question
de faire tapisserie, avec
cet ouvrage richement
illustré et synthétique.
Par Sarah Belmont.
V
ous pensez être ignare
en art ? Voilà le livre qu’il vous
faut. Parue aux éditions First, dans
la collection « Pour les nullissimes »,
cette chronologie richement illustrée
et ponctuée de textes courts et
accessibles fourmille d’anecdotes. On
y apprend que la résine embaumant
les momies égyptiennes a servi au
XVIe siècle de pigment pour les peintres,
que Picasso a dissimulé dans ses
Demoiselles d’Avignon (1907) un matelot
client des cinq prostituées... L’ouvrage
fait aussi la part belle aux femmes
artistes, telles Elisabeth Vigée-Lebrun,
portraitiste de la reine Marie-Antoinette,
la peintre dada Sophie Taeuber-Arp ou
la sculptrice Camille Claudel. Il est signé
Alexia Guggémos, une critique d’art
très douée pour la vulgarisation.
« L’Histoire de l’art pour les nullissimes »,
d’Alexia Guggémos, First Editions, 288 p., 24,95 €.
photos © Pierre Duvert, SP
… et le nôtre
Un chef-d’œuvre de vulgarisation
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Vendredi 23 février 2017
Le guide week-end
47
Histoire d’humour
Trois
hommes et
un tableau
THÉÂTRE .
Plus de vingt ans après
sa création, « Art », la pièce
de Yasmina Reza, est rejouée
à Paris. Ce texte mordant
met au jour la fragilité et
les tourments masculins.
Par Christine Monin.
C
’est un tableau entièrement blanc. Une toile
immaculée de 1,60 sur 1,20 mètre. Mais, de
près, on peut y distinguer quelques lignes blanches
en diagonale. L’œuvre ne pourrait être qu’une peinture conceptuelle parmi d’autres, elle va devenir une
pomme de discorde, divisant trois amis de longue
date. Serge, amateur d’art contemporain, a déboursé
30 000 euros pour ce tableau. Marc ne le supporte
pas. Il y voit la négation de tout ce qui l’unit à Serge.
Quant à Yvan, allergique à la confrontation, il soutient
tantôt l’un, tantôt l’autre, pour ne pas les fâcher.
photos © Pascal Victor/ArtcomArt
Irrésistible de drôlerie
Yasmina Reza a l’art de s’appuyer sur une situation
apparemment anodine pour tricoter des pièces grinçantes qui font voler en éclats la bienséance et
révèlent la sauvagerie des êtres humains. Il y a près de
vingt-quatre ans, le texte joué par Fabrice Luchini,
Pierre Vaneck et Pierre Arditi interrogeait la vanité de
l’art contemporain. Repris en 2018 par Alain
Fromager, Charles Berling et Jean-Pierre Darroussin
(de gauche à droite, photo du centre), il résonne un
peu diféremment. Comme une mise en exergue de
la fragilité et des tourments masculins. Les trois
hommes s’envoient au visage leurs quatre vérités,
révélant en creux leurs angoisses existentielles et
interrogations sur leur identité et leur virilité. C’est
savoureux, souvent cruel et toujours irrésistible de
drôlerie. Jean-Pierre Darroussin, en particulier, fait
merveille dans le rôle de l’indécis sur lequel ses amis
s’essuient vigoureusement les pieds. Un régal.
« Art », de Yasmina Reza. Mise en scène de Patrice Kerbrat.
Avec Charles Berling, Jean-Pierre Darroussin et Alain Fromager.
Au Théâtre Antoine, Paris (10e).
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48
Le guide week-end
Week-End
Que du bonheur
CINÉMA. Dans « La Forme de l’eau », le Mexicain
Guillermo del Toro raconte l’histoire d’amour
entre une jeune femme muette et une étrange
créature aquatique. On nage en plein rêve .
Par Olivier De Bruyn.
es Etats-Unis, début des années 1960.
Embauchée comme femme de ménage,
Elisa parcourt, de nuit, le gigantesque et inquiétant laboratoire où des scientiiques se livrent
à des expériences sur une mystérieuse créature aquatique. La jeune femme, muette et
solitaire, init par se prendre d’afection pour
ce « monstre » dont elle est la seule à comprendre les sentiments et les désirs. Peu à peu,
leur complicité se transforme en passion amoureuse, et Elisa entreprend de libérer son compagnon. Ce couple improbable, interprété par
Sally Hawkins, épatante d’expressivité, et par le
surprenant Doug Jones (lire aussi p. 38), doit
alors afronter de nombreuses épreuves pour
échapper au pire.
La Forme de l’eau, du Mexicain Guillermo del
Toro, à qui l’on doit Hellboy et Le Labyrinthe de
Pan, triomphe dans les salles américaines depuis
sa sortie, en décembre. Ses treize nominations
en font aussi le grand favori dans la course aux
oscars, dont la cérémonie aura lieu le 4 mars.
On comprend aisément pourquoi. Digne héritier du Terry Gilliam de Brazil, le réalisateur
crée un univers onirique où chaque scène est un
émerveillement, un miracle de poésie surréaliste et d’humour insolent. Sans jamais s’abîmer
dans des démonstrations sentencieuses,
Guillermo del Toro évoque, en iligrane, l’intolérance, le racisme, le nationalisme…
Des thèmes qui résonnent avec force dans
l’Amérique de Donald Trump.
« La Forme de l’eau », de Guillermo del Toro,
Etats-Unis (2 h 03). Avec Sally Hawkins, Michael Shannon,
Richard Jenkins, Doug Jones, Octavia Spencer…
Au fond, « La Forme
de l’eau » est
un hymne
à la tolérance.
photo © 2017 Twentieth Century Fox
Bain de poésie
L
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49
Le guide week-end
Vendredi 23 février 2018
Incontournable
Margot Robbie
(au centre)
pourrait bien
remporter un
oscar pour le rôle
de la patineuse
Tonya Harding.
Le feu sur la glace
CINÉMA.
Tonya Harding a défrayé la chronique en 1994. Son tempérament
et sa rivalité avec Nancy Kerrigan détonnaient dans le monde policé
du patinage artistique. « Moi, Tonya » retrace son itinéraire chaotique.
Par Olivier De Bruyn.
photo © Mars Films
L
e patinage artistique, un univers
où règnent la concorde et l’élégance ? Rien n’est moins sûr… En 1994,
à quelques mois des Jeux olympiques
d’hiver de Lillehammer, en Norvège, la
championne américaine Nancy Kerrigan
est violemment agressée. L’enquête policière prouve que l’entourage de sa grande
rivale, Tonya Harding, est impliqué. Le
scandale est énorme et Harding devient
la cible de toutes les critiques.
Qui était vraiment Tonya Harding, dont
le tempérament volcanique et le look atypique faisaient tache dans le petit monde
feutré du patinage ? Un film captivant,
Moi, Tonya, répond à la question et nous
entraîne dans une histoire à la fois cocasse
et émouvante. Pour dresser le portrait de
son héroïne, Craig Gillespie remonte à
l’enfance de la patineuse.
Tendresse
et humour noir
Gamine issue d’un milieu modeste, élevée par une mère violente et perverse,
qui veut à tout prix faire d’elle une star,
Tonya ne parvient pas à se faire accepter
dans un milieu où n’évoluent que des
jeunes filles de bonne famille. Plus tard,
les relations de la patineuse avec son
premier mari, un loser infréquentable,
n’arrangeront rien. Avec un regard décapant sur les us et coutumes du patinage,
une bonne dose d’humour noir et beaucoup de tendresse pour cette fille détestée de tous, Craig Gillespie signe un
biopic nerveux qui dynamite les clichés.
La prestation sidérante de Margot
Robbie, aussi convaincante sur la glace
que dans les scènes de conflit avec ses
« proches », pourrait lui valoir un oscar
le 4 mars.
« Moi, Tonya », de Craig Gillespie, Etats-Unis (2 h).
Avec Margot Robbie, Allison Janney,
Sebastian Stan, Paul Walter Hauser…
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50
Le guide week-end
Week-End
Incontournable
Accords
et âme
MUSIQUE.
Grand Corps Malade
revient avec un sixième album
touchant et original. Le slameur
s’essaye même au chant !
Par Tanneguy de Kerpoisson.
C
’est lui qui a popularisé le slam en France.
Fabien Marsaud, dit Grand Corps Malade,
sort son sixième album studio, Plan B. Un titre qui
fait référence à son histoire personnelle. A 20 ans,
celui qui se destinait alors à une belle carrière dans le
basket-ball perd l’usage de ses jambes après un grave
accident de plongeon dans une piscine. Son remède, il
le trouvera grâce à son « plan B », la musique. Fabien
n’a pas besoin de crier pour exprimer sa rage. Ses
rimes léchées, qu’il pose sur quelques notes de piano,
frappent en plein cœur un public ému par son histoire.
Après son
accident, Fabien
Marsaud, alias
Grand Corps
Malade, a mis
la musique
au premier plan.
Douze ans après son premier disque, Midi 20, la
magie opère toujours. Plan B est une œuvre à la fois
singulière et touchante, puissante et apaisante. La
direction musicale a été assurée par Angelo Foley,
compositeur qui aime marier l’électro et le son
organique des instruments. Dans 1 000 vies, une
guitare électrique joue un air de bossa nova sur une
boîte à rythmes entraînante.
Autre originalité du disque, le slameur ose enfin chanter. Celui qui a donné à Renaud l’envie de remonter
sur scène lui emprunte en retour son phrasé si particulier dans la chanson Tu peux déjà, jolie ballade aux
accents country sur l’amour qu’il porte à ses fils. Il y
a du Brassens aussi dans le drôlissime Patrick, titre où
il ne ménage pas Patrick Balkany, maire de LevalloisPerret (Hauts-de-Seine). Mais Grand Corps Malade
excelle surtout dans ses textes humanistes. Et des
frissons nous parcourent le corps à l’écoute du titre
Au feu rouge, monologue intérieur de Yana, réfugiée
syrienne condamnée à l’exil.
« Plan B », Universal Music, 13,99 €.
photo © Olivier Roller
Il se paie la tête
de Patrick Balkany
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Le guide week-end
Week-End
Si vous avez un quart d’heure
Roméo Elvis,
25 ans, le
Crocodile Dundee
du hip-hop.
Spécimen rap
MUSIQUE .
Une tournée à guichets fermés, un disque réédité par le prestigieux label
Barclay, une gueule qui ne passe pas inaperçue et des textes qui visent juste...
Le jeune artiste belge Roméo Elvis persiste et signe.
Par Franck Vergeade.
oméo Elvis (Roméo Van Laeken
de son vrai nom) compte parmi
les sensations du rap francophone, avec
Lomepal, Damso ou Hamza. A 25 ans
seulement, le rappeur belge a déjà beaucoup fait parler de lui depuis la sortie, en
mars 2017, de l’album Morale 2 – tout
juste réédité dans une version augmentée, Morale 2Luxe, par le prestigieux label
Barclay. Il est actuellement en tournée en
France, et joue très souvent à guichets fermés. En promo, on l’a vu rapper au côté
du chanteur Philippe Katerine, preuve que
l’intérêt pour Roméo Elvis dépasse largement les frontières du hip-hop.
Avec Le Motel, nom de scène de son producteur, biberonné aux musiques électroniques, Roméo Elvis a rapidement trouvé
la formule gagnante : voix traînante, mélodies insidieuses et sens de la rime.
Pour cette réédition, le Bruxellois n’a pas
fait les choses à moitié, ofrant pas moins
de dix inédits dans lesquels il parle de
fumette, du Thalys ou des acouphènes
dont il soufre depuis des années. Son
single phare, Drôle de question, a déjà inspiré au duo français Double X un remix
entêtant. Autre titre marquant de l’album, J’ai vu, un duo avec sa sœur Angèle
(auteure du tube La Loi de Murphy) :
imparable. Citons aussi Chanmax, qui
permet à Roméo Elvis d’évoquer son
ascension et sa « musique de jeunes »
qui cartonne.
« Morale 2Luxe », Barclay/Universal, 13,99 €.
En concert le 24 mars à Nîmes, le 30 à Reims...
Les morceaux
les plus écoutés*
1. « Désaccordé » Vald.
2. « Havana » Camila Cabello.
3. « Diarabi » Kaaris.
4. « Vaï et viens » Lartiste.
5. « Reine » Dadju.
* en France, classement du 12 au 18 février.
photo © Gallone
R
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Melons
120pièce€
Au magasin Takano,
à Tokyo, les melons
sont présentés
dans des écrins,
comme des bijoux.
Très chers fruits japonais
CURIOSITÉ. Croquer
dans une pomme
au goûter, inir
le repas par quelques
grains de raisin ?
Pas vraiment dans
la tradition, au Japon,
où les fruits sont
des produits de luxe,
dégustés et oferts
pour les grandes
occasions.
Par Estelle Dautry, photos Victor Point.
L
e magasin Takano, situé au cœur
de Tokyo, occupe quatre étages
d’un bâtiment. Créée il y a plus de cent
trente ans, cette enseigne ne vend que
des fruits de luxe. Ici, les melons sont
présentés dans des écrins, tels de précieux bijoux, et peuvent se vendre entre
100 et 120 euros la pièce, tandis que la
poire s’adjuge pour 7 euros. Le magasin ne désemplit pas. Une exception
au Japon ? Loin de là… A quelques pas
d’ici, dans le métro, le raisin aiche le
tarif exorbitant de 18 euros la grappe.
A ce prix-là, on réléchit avant de céder
à la tentation ! Au restaurant – la capitale
japonaise en compte plus de 160 000 –,
les fruits sont quasi inexistants dans les
menus. Sauf pour les soirées spéciales,
comme les dîners d’anniversaire. A ces
occasions, le chef ofre un dessert supplémentaire : deux quartiers de pomme,
deux de igue et deux grains de raisin
à partager. S’ils s’achètent à prix d’or,
c’est parce que, hormis les bananes, les
pommes et les oranges, la culture fruitière est historiquement peu développée
sur l’archipel. Il a fallu attendre la in du
XIXe siècle (l’ère Meiji) et l’ouverture du
pays à l’étranger pour que la production
se diversiie. Importées, de nouvelles
variétés ont alors été cultivées et se sont
vendues comme des produits d’exception.
L’apparence
prime sur le goût
Six jours sur sept, à 5 heures du matin,
producteurs et acheteurs se retrouvent
au marché de vente en gros de Kyoto, le
plus vieux du pays, pour des séances de
ventes éclair. Les fruits sont remportés
par le plus ofrant lors d’enchères. « Les
Japonais ne consomment pas de fruits
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Vendredi 23 février 2018
53
Le guide week-end
Ils sont food !
Fraises
30
€
les quinze
Poires
50les sept€
En 2017, la poire La France a fait son apparition sur les étals.
au quotidien. Ils en achètent pour faire
des cadeaux, décrypte Greg de SaintMaurice, chercheur en anthropologie
culturelle, spécialiste de l’agriculture au
Japon. Le critère le plus important est
l’apparence. Viennent ensuite le prix et la
rareté. Le goût est accessoire. » Le melon
est par exemple scruté pendant toute sa
croissance. « Les nervures doivent être
régulières, et sa forme, parfaite. Sur un
plant, seulement un ou deux fruits sont
conservés jusqu’à maturation. Pour une
très belle pièce, dix sont jetées », nous
apprend Takayaki Fujimura, pépiniériste
près de Kyoto. Ces dernières années,
chaque saison voit apparaître un nouveau
fruit ou une nouvelle variété. En 2017, ce
fut la poire La France. En 2016, la prune,
et, en 2015, le muscat d’Alexandrie.
« Dans la culture japonaise, ofrir des
cadeaux est une tradition, deux fois
par an. Pour Oseibo, en in d’année, et
Ochugen, l’été, on ofre des fruits, du riz,
du thé voire de la bière à ses relations
professionnelles et aux personnes qui
nous ont rendu service, précise Greg
de Saint-Maurice. Mais ofrir une variété
rare est une vraie marque d’intérêt. » Le
prix compte également. Il serait inenvisageable d’ofrir un présent bon marché.
La tradition se perd cependant. « Dans
les années 1980, l’économie était au
plus haut. Tout le monde envoyait des
produits fantastiques, décrit Greg de
Saint-Maurice. Avec les diicultés économiques, la folie du fruit s’est calmée. »
Vendus sur Amazon
Pourrait-elle repartir ? Pour séduire les
jeunes, moins enclins à ofrir des fruits
à leur entourage, ils sont dorénavant
proposés sur Amazon Japon ou
Des fraises parfaitement calibrées.
Rakuten, le plus grand site de commerce en ligne du pays. Le fruit est
emballé dans du papier japonais et livré
dans un sac. C’est beau, c’est tentant,
mais le goût est-il au rendez-vous ? Une
dégustation de fraises a été réalisée,
sans contrôle d’huissier, par deux palais
français. Verdict : c’est bon, mais ça ne
vaut pas la somme déboursée !
Au marché de vente en gros de Kyoto, les acheteurs signalent
leur intérêt pour les lots de fruits et font grimper les enchères.
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Le guide week-end
Week-End
Carnet gourmand
Un homard à la Méert !
BRASSERIE . On y va d’abord pour ses fameuses gaufres,
mais la maison Méert, institution lilloise, propose également
des classiques joliment réinterprétés.
Par Olivier Poels. Photo François Bienaimé.
C
ommander une salade de homard
dans une brasserie, c’est un peu
comme jouer au casino, les chances de
gagner sont quasi nulles. Il faut croire
que j’étais en veine le jour où j’ai poussé
les portes de Méert. Si l’institution lilloise, fondée en 1761, est réputée pour
ses gaufres à la vanille, qui valent à elles
seules le déplacement, celles-ci ne doivent
cependant pas faire oublier qu’elle est
également un restaurant.
La carte, alléchante, simple et eicace,
signée par Maxime Schelstraete depuis
2011, propose un convaincant menu du
marché à 29 euros et quelques grands
classiques habilement réinterprétés : ris
de veau rôti au sautoir ou encore blanquette de veau à la viande conite et
fondante. Mais le best-seller ici, c’est la
salade de homard, et on comprend pourquoi. Baptisée « César », avec cuisse de
volaille et ine dentelle de pain grillé, elle
se paie surtout le luxe de vous ofrir, pour
26 euros (en version plat), un homard
entier cuit à la perfection. La salade est
fraîche et croquante, et la sauce façon
crème aillée remplit parfaitement son rôle
de liant. Bingo, donc !
Gardez une petite place pour les pâtisseries maison, signées du chef Michaël
Duyck. Tout fait envie ici et incite à la
gourmandise. Du mont-blanc à la tarte
au citron meringuée, la maîtrise est
Festival Omnivore
Du neuf à table
Mets mots
Maison Bréguet
Rémi Dechambre
Maison de la Mutualité, 24, rue Saint-Victor,
Paris (5e). Programme sur www.omnivore.com
98, rue Fondaudège, Bordeaux. Fermé dimanche,
lundi soir et mardi soir. Menu déjeuner à 18,50 €,
menu dîner à partir de 32 €. Tél. : 05 57 83 38 24.
Le festival de la jeune cuisine Omnivore
se déroulera du 4 au 6 mars. On y
rencontrera plus de 430 chefs cuisiniers,
pâtissiers, barmen et artisans, parfois
venus de loin. Car la particularité de
cet événement est de mettre en avant
les nouveaux talents en dépassant
nos frontières. Cette année, l’invitée
d’honneur est la Flandre. En plus des
dégustations, six scènes permettront
d’assister à des démonstrations.
Du plat
au dessert,
tout est bon.
Seul bémol,
les vins au
verre, un peu
trop chers.
Le chef Léo Forget, 31 ans, vient tout
juste d’ouvrir son restaurant en plein
cœur de Bordeaux grâce à la dotation
Gault & Millau pour les jeunes talents.
Cet ancien de chez Pierre Gagnaire
propose de très belles assiettes,
à l’image de ses poireaux fondants,
vinaigrette, cacahuète et huîtres
d’Arcachon n° 2, ou de son pigeon
rôti, compotée de chou rouge et sauce
cacaotée. A découvrir d’urgence ! R. D.
parfaite. Seule ombre au tableau : la
sélection des vins au verre manque d’originalité et de modération tarifaire. Un
verre de chablis sans personnalité à
12 euros, c’est pousser le bouchon un
peu loin…
Méert, 25-27, rue Esquermoise, Lille.
Tél. : 03 20 57 93 93. www.meert.fr
Déjà à la tête de plusieurs adresses
parisiennes, David Lanher et Marco
Marzilli ont inauguré, à côté de la
Bastille, au cœur d’un nouvel hôtel,
baptisé la Maison Bréguet, une table
tendance sous la houlette du chef
Giulian Maiuri. On aime son bar de ligne
et écume de lard et yuzu (26 euros), qui
explose en bouche, ou son délicieux
quasi de veau rosé, panais et lait de
noisette (28 euros). Impeccables menus
du midi à 24 et 29 euros. R. D.
8, rue Bréguet, Paris (11e). Ouvert tous les jours.
Tél. : 01 43 38 04 31. www.maisonbreguet.com
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Le guide week-end
Vendredi 23 février 2018
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.
Le tuto apéro
Une afaire qui roule !
AMUSE - BOUCHES .
Epatez vos convives avec les kimbaps, ces douceurs colorées
venues de Corée. Et arrosez le tout de vin d’Alsace…
Verres La Trésorerie, assiettes Serax pour Merci
Texte et stylisme Chae Rin Vincent, photo Guillaume Czerw/Agent Mel.
EXQUIS MAKIS
TWIST ALSACIEN
Au royaume des makis, la Corée n’est pas borgne… grâce à
ses kimbaps. Plongez 250 g de riz rond rincé dans 30 cl d’eau salée portée
à ébullition. Diminuez le feu et, après une dizaine de minutes, laissez refroidir
à couvert avec un filet d’huile de sésame. Placez une feuille d’algue sur une natte
de bambou, étalez le riz refroidi en une couche fine, disposez des lanières
d’omelette, de radis daïkon saumuré, de carottes cuites à la vapeur et d’épinards
préalablement blanchis et essorés. Roulez serré, tranchez et parsemez de graines
de sésame. Répétez l’opération sur trois autres feuilles d’algue.
Etonnant gewurztraminer
du Languedoc : Les Jamelles, 6,95 €.
Un assemblage élégant :
Black Papillon, Wolfberger, 8,60 €,
boutique.wolfberger.com
Préparation : 20 minutes. Cuisson : 12 minutes.
DÉLICES DU JAPON
Verde maki saumon, corner Sushi Daily,
Monoprix, 5,90 € les 125 g.
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Le guide week-end
Week-End
Comme un chef
« J’ai imaginé ce dessert
pour mon ils »
RECETTE . A la tête du restaurant parisien étoilé Pur’, l’Aveyronnais
Jean-François Rouquette prépare une recette toute simple, à base
de pommes acidulées. Un régal pour petits et grands !
Par Rémi Dechambre, photo Emanuela Cino/Agent Mel.
e suis quasiment né dans une cuisine ! Comme beaucoup d’Aveyronnais, mes parents étaient à la tête
d’un café-restaurant. Ils s’étaient établis à Montlignon, dans le Val-d’Oise. La
région parisienne des années 1960 ne
ressemblait pas du tout à ce qu’elle est
aujourd’hui . C’était un vaste chantier de
construction. Ma mère faisait une cuisine ouvrière, savoureuse et roborative.
Gigots et poulets rôtis étaient volontiers
accompagnés d’aligot (purée de pommes
de terre et tome fraîche, NDLR). Je l’aidais parfois à couper les pommes pour ses
tartes. Elle étalait la pâte avec ses mains
enduites d’huile, un peu comme on le fait
au Moyen-Orient. Cela lui donnait une
saveur et une texture légèrement briochées que je n’ai jamais retrouvées…
C’est en me rappelant ces moments
que j’ai imaginé ce dessert pour mon ils
Joseph. Il l’adore ! Et il n’est pas le seul.
Mon truc pour réussir cette recette que
j’ai baptisée « doubles pommes » : utiliser des pommes acidulées qui ont une
bonne tenue à la cuisson. J’ai une préférence pour la variété reine des reinettes,
mais ça marche aussi avec des canadas.
Pour ajouter une note d’exotisme, je saupoudre le tout d’une pointe de poivre de
Timut, aux délicates saveurs d’agrumes,
ou de cannelle.
Artisan d’art
Mon restaurant Pur’, à Paris, est bien différent de celui de mes parents et aussi
très éloigné de la “cuisine spectacle”
qu’on voit à la télé ou de la rude ambiance
de certaines maisons par lesquelles je suis
passé. Je travaille dans une grande cuisine
ouverte qui ressemble à un atelier. Cela
correspond à la façon dont j’envisage mon
métier, une sorte d’artisanat d’art où c’est
par la répétition ininie de gestes précis,
dans une ambiance sereine, que l’on arrive
à créer les plus belles assiettes. »
Un Pur’ délice
A 52 ans, Jean-François Rouquette
est à la tête de Pur’, la table étoilée
de l’hôtel Park Hyatt Paris-Vendôme
(2e). Il y sert une cuisine française dans
laquelle s’exprime son amour des leurs,
qu’il aime utiliser dans ses assiettes,
et des saveurs dépaysantes. Mention
spéciale à ses ormeaux dorés au beurre
d’algues, vadouvan (épices indiennes)
et tobiko (œufs de poissons volants).
www.paris-restaurant-pur.fr
Trois bouteilles pour le bon accord
UNE BIÈRE BLANCHE
UN CIDRE DEMI-SEC
UN GEWURZTRAMINER
Qu’elle est fraîche et légère,
cette bière bretonne !
En bouche, céréales, orange
et coriandre sont à la fête.
Produites par un domaine
réputé, ces bulles à la fois
douces et acidulées ont leur
place sur les tables étoilées.
Avec ses arômes de fruits
mûrs, de miel et d’épices,
ce blanc d’Alsace est parfait
pour le dessert.
Blanche, brasserie Britt,
à partir de 1,78 € les 33 cl.
Sidre Brut Tendre, domaine Eric
Bordelet, à partir de 7,50 € les 75 cl.
Vendanges tardives, domaine Klipfel,
à partir de 19 €.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.
J
Larousse, 192 p., 24,95 €.
photos © SP
RETROUVEZ TOUTES NOS RECETTES DANS LE LIVRE
« Le Dimanche des chefs »
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Les pommes au four de
Jean-François Rouquette
Diiculté
Coût
Préparation 25 minutes
Cuisson De 45 à 50 minutes
Pour 4 personnes 8 pommes reine
des reinettes, 80 g de crème épaisse,
50 g de sucre muscovado (sucre de
canne non rainé) ou de cassonade,
50 g de poudre de noisette, 20 g de
raisins secs, les zestes d’un citron jaune.
Coupez les pommes en deux
horizontalement pour obtenir
16 moitiés de taille égale. Evidez-les mais
gardez la peau. Placez-en 8 dans un plat
à four beurré, et disposez par-dessus
de petits morceaux de beurre. Versez un
verre d’eau dans le plat et laissez cuire
au four, pendant 30 minutes, à 160 °C.
Râpez les 8 autres demi-pommes,
crues et pelées, dans un cul-de-poule.
Ajoutez le sucre, les raisins, la crème,
les zestes et la poudre de noisette.
Mélangez le tout délicatement. A l’aide
d’une cuillère, façonnez sur chaque
demi-pomme cuite un dôme avec ce
mélange. Montez votre four à 210 °C,
ajoutez quelques petits copeaux de
beurre sur chaque dôme et enfournez
jusqu’à coloration de ce dernier
(comptez entre 15 et 20 minutes).
Servez les pommes tièdes. Vous pouvez
les accompagner d’une boule de glace
à la vanille ou d’une crème anglaise.
Cette recette et cette photo ont été réalisées
par nos soins, dans notre cuisine.
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Le guide week-end
Week-End
Do it yourself
FOURNITURES
• 1 boîte de conserve
• 1 cordon électrique
avec interrupteur et iche
• 1 douille E14
• 1 ampoule LED
à culot à vis E14.
Allumez
le pot !
OUTILS
• 1 perceuse électrique
• 1 scie cloche pour
métaux (ø 30 mm)
• 1 tournevis d’électricien.
DÉCO. Vous manquez de
lumière ? Ce n’est pas la in
des haricots ! Transformez
une jolie boîte de conserve
en lampe baladeuse
à suspendre ou à poser
où vous voulez.
Niveau Facile
Réalisation
30 minutes
Budget
25 euros environ
Par Charlotte Vannier, photos Didier Bizet.
1
2
3
PRÉPAREZ LA BOÎTE
INSTALLEZ LA DOUILLE
ASSEMBLEZ LES ÉLÉMENTS
Ouvrez, videz et nettoyez une boîte
de conserve dont vous aimez l’étiquette,
que vous veillerez à ne pas mouiller.
Puis, avec votre perceuse électrique munie
de la scie cloche, faites un trou parfaitement
centré dans le fond de la boîte.
Séparez tous les éléments de la douille
(le culot, le noyau, le fourreau et la bague).
Enilez le culot sur le cordon électrique,
vissez les ils sur le noyau à l’aide
du tournevis, puis revissez le fourreau
sur le culot.
Glissez la douille dans le trou de la boîte,
ixez-la en vissant la bague à l’intérieur, puis
vissez l’ampoule dans la douille. Branchez le
cordon (déjà doté d’un interrupteur et d’une
iche mâle). Vous n’avez plus qu’à poser ou
suspendre votre lampe baladeuse !
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Envies
La France a d’incroyables talons
Dans les ateliers Schiaparelli, on n’est pas là (que) pour eniler des perles.
Avant de prendre la route dans une limousine de luxe allemande, suivez
nos conseils pour être la plus belle de l’univers.
Illustration Paul Garland.
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Sept personnes
s’activent autour de
Romane pour ajuster
la robe « Majaji
de Kush » en maille
de nylon bayadère.
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Vendredi 23 février 2018
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Envies
Visite privée
Confection d’une robe de tulle ornée de dentelle de Chantilly.
Renaissance d’une reine
Il y a six ans, la maison Schiaparelli, fondée en 1927, faisait
son retour sur les podiums. Quelques jours avant un déilé
ethnique et poétique, elle nous a ouvert ses ateliers parisiens,
où la minutie et l’audace raniment l’esprit d’antan.
Par Hélène Brunet-Rivaillon, photos Letizia Le Fur.
A
u cinquième et dernier étage de l’hôtel de
Fontpertuis, situé au numéro 21 de la place
Vendôme, à Paris, une quinzaine d’artisans turbinent.
Ici, à l’adresse historique de la maison fondée par
Elsa Schiaparelli en 1927, on enfile avec une infinie
minutie des perles sur un bustier, on assemble des
ailes de papillon en dentelle sur une robe, on place
des poches immenses sur une veste. Chacun est
absorbé par sa tâche, aiguille ou ciseaux à la main.
Dans quatre jours, les 43 silhouettes de la collection printemps-été 2018 seront dévoilées lors du
défilé qui aura lieu deux étages plus bas (l’événement
s’est déroulé le 22 janvier). Pour la troisième saison
consécutive, la maison de haute couture a choisi
de présenter ses tenues dans ses salons pour faire
renaître l’esprit d’autrefois. Le lieu est imprégné de
l’âme de la fondatrice, une proche du peintre surréaliste Salvador Dali, du sculpteur Alberto Giacometti
et de Jean Cocteau. Connue dans le monde entier
pour ses créations loufoques, à l’image de son chapeau-chaussure, son imprimé homard ou encore sa
robe squelette, Elsa Schiaparelli a marqué son époque.
Les actrices Marlene Dietrich, Katharine Hepburn,
Lauren Bacall et Arletty ne juraient que par « La
Schiap’ », qui se retira de la mode en 1954 pour se
consacrer à l’écriture de ses Mémoires. Elle mourut
à Paris en 1973, à l’âge de 83 ans. Depuis la réouverture de la maison, en 2012, la marque n’a cessé de
rendre hommage à la grande dame native de Rome.
Dans les années 1930, 700 employés travaillaient
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62
Envies
Week-End
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1
2
4
1. Robe plissée
en organza
voilée de tulle.
3. Robe bustier
en maille de nylon
sable perlé.
2. Poches brodées
d’un tailleur
en raphia tissé,
couleur bois
de rose.
4. Les croquis des
silhouettes, signés
Bertrand Guyon,
directeur du style
de la maison.
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Vendredi 23 février 2018
Envies
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5
« J’ai donné des noms
de reines africaines
oubliées à presque
toutes mes tenues »
Bertrand Guyon, directeur du style
au sein de cet hôtel de 98 pièces, qui abritait la
boutique au rez-de-chaussée. Aujourd’hui, la société
emploie 37 personnes et n’occupe plus que quatre
des cinq étages, mais ses salons se sont étendus à
l’immeuble voisin.
Clin d’œil à une collection
de 1938
Retour au dernier étage, sous les toits. A quelques
mètres de l’atelier, Bertrand Guyon, le directeur du
style, a les yeux rivés sur Romane, une mannequin
présente pour les essayages. Les bras croisés, le
regard un peu inquiet, il examine l’ensemble veste et
short en raphia et demande à son équipe d’une voix
douce : « Est-ce qu’on peut changer la ceinture et
mettre un lien plus discret autour de la taille ? »
Derrière lui, la grande planche d’inspirations qui a
servi de point de départ à sa collection comprend
beaucoup d’images piochées dans les cultures
d’Afrique qui le passionnent. « J’ai donné des noms
de reines africaines oubliées à presque toutes mes
tenues », explique-t-il. Après avoir fait ses armes
dans des maisons aussi célèbres que Givenchy, Pierre
Cardin, Christian Lacroix et Valentino, il a été choisi
pour prendre en charge la direction du style de
Schiaparelli (la haute couture et le prêt-à-porter)
en 2015. Intitulée « Déesse païenne, la nuit qui
songe, mythologie du rêve », sa nouvelle collection
est pleine de poésie. « J’ai imaginé des divinités
6
5. Bertrand
Guyon,
directeur
du style chez
Schiaparelli,
est un ancien
de Givenchy
et Christian
Lacroix.
6. Les perles
sont enilées
à la main sur
les étofes.
contemporaines, pour faire un clin d’œil à la collection réalisée par Elsa Schiaparelli en 1938. » Ses
nymphes sont vêtues de mélanges de matières aussi
inattendues que le lin, le raphia et le nylon, tissées
avec de la soie, ornées de plumes ou sublimées par
des motifs formés en perles de Swarovski. La confection de la robe bustier en maille de nylon brodée de
850 000 micro-perles aura né cessité deux cent
vingt heures de tricotage (chez une fabricante de
textile artisanal indépendante) et pas moins de deux
cent cinquante heures de travail d’assemblage au
sein de l’atelier ! Une des autres pièces maîtresses
est une robe composée d’un patchwork de 504 morceaux de dentelle brodés sur du tulle. La luidité des
tenues évoque les plumages de grands oiseaux exotiques, les franges rappellent des herbes hautes. Les
teintes pastel telles que l’ocre, l’« eucalyptus » et le
« rose des sables » sont réchaufées par des dégradés plus foncés – « ébène », « café », « savane ».
L’ensemble de la collection est divin !
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Envies
Mode
La coquette
de l’espace
ÉCLIPSE
Sac à main
en cuir, 495 €,
Viser la Lune, ça ne
vous fait pas peur ?
Alors envolez-vous
dans la galaxie
tout en gardant les
pieds sur terre !
Tila March.
Stylisme Virginie Fauconnier,
photos Fabrice Cormy.
SOLAIRE
Veste en coton
et il lurex, 390 €,
Ci-contre
1. DÉCOLLAGE
Laurence Bras.
Sac fusée en similicuir,
29,99 €, New Look.
2. STAR
Barrette en acétate
et cristal de Swarovski,
280 €, Alexandre de Paris.
3. GRAVITÉ
VOIE LACTÉE
Baskets en cuir,
525 €, Golden Goose.
Chemise et jupe
en velours, 270 €
chacune, Côme.
4. CÉLESTES
Bottines en velours,
39,95 €, Just Fab.
5. SCINTILLANTE
Mise en place Claire Gilet
Ceinture en similicuir et
paillettes, 29,99 €, Naf Naf.
6. ASTRONAUTE
Gants en cuir,
79,90 €, Isotoner.
7. SIDÉRALES
CONSTELLATION
Bottes en cuir,
209 €, Minelli.
Baskets en cuir, 105 €,
Karl Marc John.
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66
Envies
Week-End
Automobile
Et à la in, c’est
l’allemande
qui gagne
Modèle haut de gamme du constructeur
germanique, l’Audi A8 arrive
dans une nouvelle version, alliant
équipements modernes et design
traditionnel. Une déinition du luxe
motorisé qui a bien sûr un prix…
Par Benjamin Cuq.
U
ne semaine après la DS7 d’Emmanuel Macron, il est
temps d’essayer l’Audi A8 d’Angela Merkel, dont c’est
la voiture de fonction depuis son arrivée à la chancellerie, en
2005. Si la DS7 est la résurrection du « luxe à la française »,
cette limousine symbolise, depuis la première Audi V8, lancée en 1988, la puissance et la constance germaniques avec
un luxe intemporel. Aujourd’hui, le constructeur lance la quatrième génération de sa limousine. Et, pour l’essayer, direction
les routes, non pas de Bavière, où siège la marque, mais celles,
plus ensoleillées, des Alpes-Maritimes, entre Monaco et le parc
national du Mercantour. Premier constat, le design de l’A8
évolue mais ne change pas. Contrairement à ses rivales BMW
Série 7 et Mercedes Classe S qui, d’une génération à l’autre,
se métamorphosent radicalement, l’A8 assure « le changement
dans la continuité ». Certes, la face avant est plus découpée,
mais elle ne s’éloigne pas totalement de la précédente livraison.
Une sensation de grâce
et de légèreté
Si l’Audi A8 semble très classique de prime abord, elle se révèle
moderne au quotidien. Certes, son gabarit de 5,17 mètres de long
est peu adapté aux rues des villages provençaux, où les manœuvres
se révèlent compliquées, il ofre un confort de première classe sur
la route. Les assistances à la conduite de la voiture, entièrement
en aluminium, lui confèrent une allure pleine de grâce et de légèreté. Avec sa transmission intégrale Quattro et ses roues arrière
directrices, l’A8 colle à la route dans les virages. Sa suspension
active compense la moindre aspérité du bitume. Si la probabilité
de vous voir un jour remplacer madame Merkel est quasi nulle,
celle de monter dans un taxi Audi A8 est nettement plus élevée.
Une perspective des plus réjouissantes.
« Le changement
dans la
continuité »,
tel semble être
le credo d’Audi,
qui modernise
par petites
touches son A8.
Audi A8 50 TDI
Prix A partir de 92 600 €.
Puissance iscale 17 CV.
Consommation 5,6 litres aux 100 km.
Vitesse maxi 250 km/h.
Accélération De 0 à 100 km/h
en 5,9 secondes.
Dimensions 5,17 m (L) x 1,95 m (l)
x 1,47 m (h).
Volume du cofre 505 litres.
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67
Envies
Vendredi 23 février 2018
Le saviez-vous ?
Les quatre anneaux d’Audi sont
en réalité ceux d’Auto Union.
En 1932, quatre marques
automobiles allemandes
(Audi, DKW, Horch et
Wanderer) s’associent sous
ce label pour survivre face à
la crise économique. En 1964,
Volkswagen rachète Auto Union
et relance – à partir de 1970 –
Audi, en conservant les quatre
anneaux entrelacés.
C’est top !
Dans le cofre, on peut caser…
Le détail en plus
photos © Getty, SP
+
+
+
+
=
505 litres
L’Audi A8 est la première
voiture avec un « niveau 3 »
d’autonomie : elle peut
conduire seule sur une route
avec séparateur central,
et jusqu’à 60 km/h. Elle gère
la vitesse et la direction
de manière stupéiante. Très
pratique en cas de traic
en accordéon. Sauf que le
législateur n’a pas encore
autorisé son utilisation…
La planche de bord est
entièrement laquée. C’est,
en soi, déjà magniique.
Mais, une fois le contact
enclenché, elle s’illumine
et devient tactile. L’Audi
n’a plus le moindre bouton.
Le plus blufant, c’est encore
le traitement de surface :
il donne l’impression d’un
enfoncement de touche avec
un clic et résiste (assez bien)
aux traces de doigts. Sans
hésitation, c’est le plus bel
intérieur du moment.
C’est bof...
La commande de
déverrouillage des portières
est diicile à trouver et la
colonne centrale empêche
le conducteur de se pencher
pour ouvrir côté passager.
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68
Voyage
Envies
Week-End
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Vendredi 23 février 2018
69
Envies
La Tasmanie,
belle en diable
Sur cette île du sud de l’Australie, les forêts luxuriantes et les lacs entourés
d’étendues sauvages ont émerveillé notre voyageuse. Et les marsupiaux
bondissants ont mis beaucoup de vie dans son périple.
Par Ingrid Pohu, illustrations Marielle Durand.
L
a Tasmanie, c’est un trip pour les amoureux de la nature ! »
Anaïs Muñoz, biochimiste de 33 ans, a le sentiment d’avoir
découvert un nouveau monde. « Je ne savais pas ce que j’allais
trouver sur cette île grande comme l’Irlande. Et waouh ! C’est
une succession de paysages à couper le soule, entre montagnes,
prairies multicolores et forêts. » Lors de son road-trip dans cet
Etat d’Australie – « on roule à gauche mais on s’y fait vite » – ,
cette baroudeuse a fait étape dans le parc naturel de Cradle
Mountain-Lake St Clair. « La randonnée au pied de cette montagne en forme de berceau est très accessible. On marche autour
du lac Dove, cerclé de leurs blanches de manuka et bordé de
cabanes de pêcheurs. » La jeune femme a passé la nuit sur place,
dans un mobile-home du camping installé en pleine nature. « Ici,
plus de réseau Internet, c’est très apaisant. »
Avec 504 000 habitants, la Tasmanie n’est pas surpeuplée. « Mais
il y a toujours de la vie grâce aux animaux sauvages, note-t-elle.
On en croise partout ! » Certains font trempette dans les eaux
turquoise de la célèbre Wineglass Bay du parc national Freycinet.
« Cette plage de sable blanc est peuplée de wallabies. » Anaïs a
aussi croisé le fameux diable de Tasmanie. « Ce marsupial au cri
si féroce est menacé de disparition à cause d’une tumeur faciale
qui ravage son espèce. » Un animal « plus mignon » que le surprenant ornithorynque « à bec de canard, queue de castor et
pattes palmées ».
HOBART, JUSTE AVANT L’ANTARCTIQUE
La capitale de la Tasmanie, cité portuaire à taille
humaine, compte un peu plus de 200 000 habitants. Elle
se situe dans le sud-est de l’île, sur les rives de la rivière
Derwent et près du mont Wellington, dont le sommet
domine la baie. Elle fait partie des villes qui possèdent
l’air le plus pur du monde. « Et sous son apparence
calme et paisible, Hobart dégage une incroyable
atmosphère qui m’évoque un vieux port de pirates,
notamment par mer agitée, quand les eaux bleues
deviennent noires. » Anaïs a aussi apprécié « l’esprit
écolo » des agriculteurs et des artisans du marché
de la place Salamanca.
LA RÉSERVE DE CATARACT GORGE
Ce site se trouve à vingt minutes à pied du centre-ville
de Launceston (nord). « En chemin, vous croiserez
des wallabies pressés ou gourmands, qui cohabitent
avec des paons au milieu d’une forêt ou du
jardin leuri à l’anglaise qui entoure un charmant
restaurant. » Anaïs a traversé le pont suspendu
pour accéder au versant sud des gorges,
où une piscine a été construite au bord de l’eau.
« Elle est en totale harmonie avec cette nature,
et j’ai eu envie de retraverser les gorges à bord
du vieux télésiège à deux places, ain de survoler
ce paysage magique et surprenant. »
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70
Envies
Week-End
L’ANCIEN BAGNE DE PORT ARTHUR
LE PARC NATIONAL DU MONT FIELD
De 1830 à 1877,
12 000 prisonniers furent
envoyés à Port Arthur
(sud). « Leur évasion était
impossible puisque la
péninsule de Tasman, où
se trouve Port Arthur, est
reliée au reste de l’île par
un bras de terre d’à peine
100 mètres de large. »
« On est dans un paysage
de collines idyllique, avec
des champs dorés prêts à
être moissonnés. On a une
sensation contrastée :
il y a du soleil, mais dans
les couloirs de l’ancien bagne,
l’atmosphère est lourde. »
A la nuit tombée, Anaïs a
participé à la balade fantôme
(ghost tour, à réserver sur
portarthur.org.au) pour
découvrir à la lueur d’une
lanterne « l’atmosphère grave
et envoûtante de ce site aux
nombreuses légendes. »
Au bout d’un sentier, Anaïs a découvert une forêt
enchantée abritée par des fougères arborescentes
où s’épanouit la mousse. « C’est un jardin d’Eden
façon forêt imaginaire de Peter Pan et de la
fée Clochette ! » Elle a traversé cette jungle
humide qui l’a menée jusqu’à de fabuleuses
cascades en étages, les chutes Russell. « C’est
un rideau d’eau très fin qui ressemble à un voile
de mariée, sous lequel on devine la continuité
du mur végétal. Face à ce paysage grandiose, j’ai
vécu un moment magique. » Avec des tas d’yeux
rivés sur elle ! « Comme dans un dessin animé,
de petits kangourous vous épient partout. J’avais
l’impression d’être dans un petit village de lutins. »
ON Y VA ?
ON MANGE OÙ ?
ON DORT OÙ ?
En avion Vol Paris-Hobart, escales
Restaurant Mures, à Hobart
Hill View House, à Launceston
à Abu Dhabi et Melbourne, à partir
de 1 000 euros avec Virgin Australia.
« Il est situé sur les docks, face aux bars
à cocktails et aux tavernes de pirates.
On y mange des fruits de mer ou un
fish and chips typique, c’est une valeur
sûre. En plus, la déco rappelle l’intérieur
d’un bateau. » Entrée, plat, dessert
à la carte pour environ 55 euros.
« Juché sur les hauteurs
de la ville, ce bed & breakfast
est installé dans une charmante
maison victorienne, très british.
C’est confortable, l’accueil est super,
et on est bien placé. »
70 euros la chambre double.
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Température moyenne
AUSTRALIE
TASMANIE
En février, mars,
avril : 22°C.
Monnaie 1 euro =
1,50 dollar australien.
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Moi, perso…
Week-End
Santé
Tournez le dos au mal de dos
Rester couché pour vaincre les douleurs lombaires ? Grave erreur !
L’exercice physique est le meilleur moyen d’en venir à bout. Allez, tenez-vous
bien droit sur votre chaise et lisez ce qui suit.
Par Alain Ducardonnet, illustration Loïc Froissart
éritable charpente du corps humain, la co­
lonne vertébrale supporte au quotidien aussi
bien les charges lourdes que les émotions négatives,
tel le stress. Un travail accentué par les mauvaises pos­
tures, en position allongée, assise et debout. Résultat,
la pression ne se relâche jamais. L’inlammation appa­
raît, les muscles et les ligaments s’abîment, les disques
intervertébraux, petits coussins coincés entre les ver­
tèbres, s’afaissent, et la douleur s’installe.
Yoga, natation, cyclisme…
La première tentation serait de passer plus de
temps allongé. Erreur ! Le « mal du siècle » doit au
contraire être traité par le mouvement. Car là aussi,
nous faisons face à une maladie de l’environnement.
La sédentarité et l’absence d’activité physique
afaiblissent l’incroyable réseau de 244 muscles du
dos. Pas question de tout relâcher, mais place, au
contraire, aux exercices.
Le point positif avec cette partie du corps est
qu’une petite augmentation de l’activité physique
est bénéique à sa musculature. Et chacun peut en
trouver une qui lui convienne. Le yoga, la nata­
tion, l’escalade, la marche nordique ou encore
le cyclisme ont prouvé leur eicacité. Même une
bonne après­midi de jardinage sera bénéique. Si les
douleurs sont trop vives, n’hésitez pas à consulter
votre médecin ou kinésithérapeute, qui vous gui­
dera dans vos premiers pas.
Il faut ensuite apprendre à mieux utiliser son corps
dans la vie quotidienne. Evitez les sièges trop bas ou
trop mous, dans lesquels on s’enfonce. Tenez­vous
bien droit et veillez à travailler à une hauteur confor­
table. Pensez aussi à noter les situations qui pèsent
sur votre colonne et entraînent des douleurs ain de
vous débarrasser des mauvaises habitudes.
Les vertus des étirements
L’autre avantage avec le dos est qu’on peut le faire
travailler allongé. Place aux étirements au réveil, voire
durant la nuit si les douleurs troublent votre sommeil.
Couché, attrapez d’abord votre genou droit pour le
ramener le plus près de votre poitrine. Gardez la
position au moins trente secondes, jusqu’à ce que
vous sentiez l’étirement au niveau des lombaires. Puis
passez à l’autre genou. Enin, évitez les mouvements
brusques au réveil. Ainsi, glissez d’abord les jambes
hors du lit et poussez sur les bras pour redresser le
tronc. A bon pied levé, bon dos réveillé !
“VOTRE SANTÉ M’INTÉRESSE”
SAMEDI 6H50 & 16H50 / DIMANCHE 16H50
AVEC LE DR ALAIN DUCARDONNET
PREMIÈRE SUR L’INFO
Notre expert,
le Dr Alain
Ducardonnet,
est médecin
à Paris.
photo © Patrick Fouque
V
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73
Moi, perso…
Vendredi 23 février 2018
Psycho
Allons enfants
de l’empathie
Il est bon de savoir mettre les formes quand on doit
annoncer une nouvelle désagréable. Une sorte de politesse du cœur
dont vous serez rapidement récompensé.
Par François Lelord, illustration Loïc Froissart.
A
François Lelord
est psychiatre
et écrivain. Son
livre « Le Voyage
d’Hector
ou la Recherche
du bonheur »
s’est vendu dans
35 pays.
ppelant un restaurant pour
réserver, vous avez déjà
entendu cette réponse, sèche et
sans retour : « On est complet ! »
Ou, allant chercher votre voiture
au garage, on vous annonce d’un
ton bougon : « Pas encore prête ! »
Le soir, coniant à votre partenaire
votre envie de sortir, vous n’obtenez qu’un déinitif : « Non, je suis fatigué(e). » Rien de dramatique, sinon de
quoi vous causer l’envie d’éviter à l’avenir ce restaurant, de changer de garagiste
ou même de rêver à ce que serait votre vie
avec quelqu’un plus en accord avec vous.
Dans ces trois exemples, vos interlocuteurs
ont manqué d’empathie, cette capacité de comprendre les sentiments de l’autre, de se mettre à sa
place, de lui montrer qu’on le respecte.
Et pourtant, ce n’est pas si compliqué d’ajouter
un « malheureusement » à « on est complet », un
« je suis vraiment désolé » à « votre voiture n’est
pas prête » ou un « je regrette, je sens que tu avais
envie de sortir » à « je suis fatigué (e) ». Alors, pourquoi n’exprime-t-on pas d’empathie plus souvent ?
La plupart du temps, par crainte de paraître trop
conciliant. Or c’est l’inverse ! Plus on exprime de
l’empathie, donc du respect, envers l’autre, plus on
peut être ferme dans sa position.
EXPRIMER DE L’EMPATHIE N’EMPÊCHE
photo © Julien Lienard
PAS DE RESTER FERME SUR SON IDÉE.
« Je comprends que tu sois déçu(e) par mon attitude, et j’en suis désolé(e), mais vraiment je ne
veux pas te rendre ce service. » Même un manager
qui licencie un collaborateur peut lui montrer qu’il
comprend sa colère ou sa détresse, sans changer sa
décision pour autant. Un médecin peut reconnaître
l’insatisfaction et la déception de son patient, tout
en maintenant qu’il n’y a pas eu d’erreur médicale
dans son dossier.
NE CONFONDEZ PAS L’EMPATHIE AVEC
L’HYPOCRISIE.
On entend parfois : « Je vais le
virer, c’est une mauvaise nouvelle, à quoi bon lui
passer la pommade ? » Mais, quand c’est sincère, ce
n’est pas hypocrite de montrer à l’autre que l’on
comprend sa contrariété, sa déception ou sa colère
– même quand nous en sommes à l’origine.
DITES-EN PLUTÔT PLUS QUE MOINS.
Un simple « désolé » ne suit souvent pas. Prenez
donc un peu de temps pour en dire plus, tout en
étant précis sur les sentiments que vous percevez
chez votre interlocuteur. « Je suis désolé(e), je sens
que… » suivi, selon les situations, de « tu es déçu(e),
contrarié(e), en colère, triste, tu m’en veux », etc.
Cela ne résoudra pas tous les désaccords. Mais montrer de l’empathie, donc du respect, permettra
souvent de laisser votre interlocuteur sans ressentiment contre vous. Vous aurez ainsi fait un pas vers
un monde meilleur.
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74
Moi, perso…
Week-End
Droits
Comment agrandir sa maison
en étant dans les clous ?
Lancer des travaux d’extension de son domicile impose d’anticiper
certains risques et de s’entourer de professionnels aguerris :
architectes, maîtres d’œuvre, artisans…
Par Thierry Lévêque, illustration Loïc Froissart.
V
éranda, pièce ou étage supplémentaires, mais
aussi surélévation de la toiture : suivant l’importance des travaux, l’extension d’une maison ou
d’un appartement est soumise à diverses règles. Le
recours à un architecte, qui orchestrera les interventions des diférents sous-traitants, se révèle très souvent pertinent. Il faut aussi penser à souscrire une
assurance dommages-ouvrage, même si le défaut de
souscription n’est pas sanctionné pénalement
pour les particuliers.
Tout dépend
de la surface
Un pro à la manœuvre
Certains propriétaires, pour réduire les coûts,
renoncent à solliciter un maître d’œuvre (architecte ou non). « Mais se passer de cet intervenant,
rémunéré par un pourcentage du montant des travaux, c’est prendre un risque », estime Me Sandrine
Vara, avocate à Lyon. Chargé de superviser le chantier et de coordonner les sous-traitants, ce professionnel a les compétences pour mener à bien les
travaux. Ce n’est pas forcément le cas du propriétaire : « Si ce dernier met trop son grain de sel,
il peut en découler des malfaçons ou
des imperfections. »
Si l’extension ne dépasse pas
5 mètres carrés, et que l’aspect extérieur de la maison
n’est pas modiié, aucune formalité n’est nécessaire. Sinon,
dans une zone régie par un plan
local d’urbanisme (PLU), et si
l’extension dépasse 40 mètres
carrés d’emprise au sol – ou si elle
a pour résultat de porter la surface
totale au sol de la maison à plus de
150 mètres carrés –, le permis de
construire est obligatoire, comme, de ce
fait, l’intervention d’un architecte.
Hors zone régie par un PLU, ce seuil
est de 20 mètres carrés. En dessous
de ces surfaces, on se contente d’une
simple déclaration préalable de travaux.
Notre experte,
Sandrine Vara,
avocate à Lyon.
Assurez-vous !
Enin, que faire en cas de malfaçon importante relevant de la
garantie décennale, c’est-à-dire
menaçant la solidité de l’ouvrage
ou le rendant impropre à sa destination ? Sachez que l’assurance
dommages-ouvrage permet de
pré-inancer les réparations avant
toute décision de justice.
L’assureur est tenu à des délais très
stricts (90 jours à partir de la déclaration). Si cette assurance est obligatoire, son défaut n’est pas sanctionné
pénalement pour les particuliers. « Les
particuliers s’en passent souvent, alors
que les risques sont bien réels. »
Posez vos questions
en ligne en quelques clics
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vous déplacer
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75
Moi, perso…
Vendredi 23 février 2018
Argent
Se chaufer à moindres frais
grâce au chèque énergie
D’un montant moyen de 150 euros par an et par ménage, cette aide inancière
remplace les tarifs sociaux auparavant accordés sur les contrats de gaz
ou d’électricité. Les foyers concernés la recevront dès la in mars.
Par Pauline Janicot, illustration Loïc Froissart.
P
photo © DR
Xavier Pinon,
fondateur de
Selectra, un
comparateur
d’ofres de gaz et
d’électricité.
lus de 6 millions de Français consacrent plus
de 10 % de leurs revenus aux dépenses de
chaufage, et plus de 11 millions déclarent soufrir du
froid, comme le souligne le dernier rapport annuel
de la fondation Abbé-Pierre. Pour donner un coup de
pouce aux ménages en situation de « précarité énergétique », l’Etat a mis en place un « chèque énergie »,
dont le montant varie entre 48 et 227 euros. Cette
année, 4 millions de foyers vont en bénéicier.
Aucune démarche
à efectuer !
Distribué sous conditions de ressources et destiné à remplacer les
anciens tarifs sociaux permettant
d’obtenir un rabais sur sa facture de gaz ou d’électricité, le
chèque énergie sera envoyé
dès la in mars, sans qu’aucune démarche ne soit
nécessaire. « Son attribution dépend du revenu
iscal de référence et
de la composition
du foyer », explique
Xavier Pinon, fondateur de Selectra,
un comparateur
d’ofres pour les
contrats de gaz
et d ’électricité
notamment. Pour y
avoir droit, une personne seule devra toucher moins de 7 700 euros
par an (11 550 euros pour un couple +
2 350 euros par personne supplémentaire dans le logement). « En 2018, cette
aide s’élèvera en moyenne à 150 euros.
Elle passera à 200 euros l’an prochain »,
précise le fondateur de Selectra.
Ce chèque permet d’honorer ses frais d’énergie,
quels que soient le fournisseur et le mode de chauffage : électricité, gaz, ioul, bois, propane… « Il sufit de l’envoyer lors du règlement de sa facture
par courrier, ou d’indiquer son numéro pour payer
en ligne », ajoute Xavier Pinon. Il permet aussi à
ceux qui sont logés dans un foyer éligible à l’aide
personnalisée au logement (APL) de
régler les charges de chaufage
incluses dans leur redevance.
Enin, il peut servir à inancer des travaux destinés
à réduire sa consommation énergétique,
à condition d’être
efectués par un
artisan « reconnu
garant de l’environnement » (RGE).
Simulateur
en ligne
Envoyé dès le 26 mars et valable
jusqu’au 31 mars de l’année suivante, le chèque énergie n’est pas
le seul avantage ac cordé. Les
bénéiciaires de cette aide ont
aussi droit, en cas de déménagement, à la mise en service gratuite de leur compteur
d’électricité et de gaz, et à un rabais sur certains frais en cas d’incident de paiement (réouverture
du compteur, etc.). Pour vériier
que l’on est éligible, un simulateur
est disponible sur le site cheque energie.gouv.fr. En cas de
question, on peut également appeler un nu méro vert (gratuit) :
0 805 204 805.
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76
Siècles de légende
Week-End
Histoire
« Anne d’Autriche
et Mazarin »
(1826), la toile
du peintre anglais
Richard Parkes
Bonington, est
visible au Louvre.
La reine et le cardinal,
l’alliance secrète
Quelques jours après la mort de son époux Louis XIII, en mai 1643, Anne d’Autriche
parvient à se saisir des rênes du royaume, avec l’appui du cardinal Mazarin.
La complicité entre la régente et son ministre éclate enin au grand jour.
U
ne silhouette rouge se faufile
entre les colonnes du PalaisRoyal. Même la nuit ne parvient pas à faire
disparaître le halo écarlate qui ondoie sur
les pierres. Le cardinal Mazarin presse le
pas, son impatience est palpable. En cette
soirée du 17 mai 1643, il doit retrouver
la reine, Anne d’Autriche, qui va être
nommée régente, dès le lendemain matin,
par le Parlement de Paris, à l’occasion du
« lit de justice », l’une des cérémonies les
plus solennelles de la monarchie.
Passion et pouvoir
La reine et le cardinal ont l’habitude
de ces rencontres clandestines, entre
passion et politique. Mais cette fois, les
événements récents vont donner un tour
public à leur entente. Le roi Louis XIII est
mort quelques jours plus tôt, cinq mois
après son fidèle ministre, le cardinal de
Richelieu. Il a laissé le trône au jeune
Louis XIV, son fils de 4 ans, cerné de
toutes parts par les grands du royaume
photo © Franck Raux/RMN-GP
Par Amélie de Bourbon Parme, historienne et romancière.
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Vendredi 23 février 2018
qui veulent proiter de sa minorité
pour asseoir leur pouvoir, prendre leur
revanche sur la politique autoritaire de
Richelieu et défendre leurs intérêts.
Le cardinal Mazarin jette un œil pardessus son épaule avant de se glisser dans
le vestibule de ce Palais-Royal initialement
construit pour Richelieu. Anne d’Autriche
s’y est installée dès le lendemain de la
mort du roi, quittant le Louvre dont elle
détestait l’humidité et le froid. Les salons
y sont plus chaleureux et les jardins, plus
vastes. Le dauphin Louis et son frère cadet
Philippe, ses ils, y ont davantage de place
pour jouer et proiter de l’insouciance
de l’enfance. La reine accueille le cardinal dans le salon attenant à la grande salle
d’apparat de l’aile nord-est.
« Je vous attendais avec tant d’impatience ! » s’exclame-t-elle en prenant les
mains de Mazarin. L’air soudain inquiet,
elle lui serre le poignet. « Pensez-vous que
tout se passera comme nous le souhaitons ? » La robe noire dont elle est vêtue
fait ressortir la douceur de son teint et les
relets de ses cheveux relevés en arrière,
semés de boucles anglaises. A 40 ans, elle
n’a jamais été aussi belle. Peut-être parce
qu’elle s’apprête à prendre la place que le
roi n’a jamais voulu lui laisser. Juste avant
de mourir, le souverain a ainsi fait part de
sa volonté que soit créé un conseil souverain de régence, au sein duquel Anne
d’Autriche n’aurait qu’un rôle limité.
« Je pense que vous n’aurez aucune dificulté à casser le testament de votre
époux, murmure le cardinal en portant
la main de la reine à ses lèvres. Grâce à
vos habiles négociations, le Parlement, et
même les princes, sont résolus à vous laisser tous les pouvoirs ! »
Un jeu de dupes
Les yeux de la reine brillent de joie. Son
regard plonge dans celui du cardinal. Elle
y retrouve cette part d’elle-même, mystérieuse, ambitieuse et forte, qu’elle rêve
d’exprimer. Depuis son départ d’Espagne,
il y a près de trente ans, elle n’a subi que
des avanies : humiliée par sa belle-mère,
Catherine de Médicis, délaissée par son
mari, écartée par Richelieu, éloignée du
pouvoir comme si elle n’était pas loyale
envers son pays d’adoption. Inconnue de
tous, cette alliance improbable avec le cardinal Mazarin va lui permettre de prendre
sa revanche. Car c’est avec lui qu’elle veut
gouverner le pays.
77
Siècles de légende
« Votre mise en scène fonctionne parfaitement », soule-t-elle, admirative.
Depuis la mort du roi, Mazarin feint en
efet d’être sur le départ et de vouloir
retourner à Rome, sa ville d’origine.
Tout le monde s’attend à ce que la reine
l’évince. Comment Anne d’Autriche,
arrière-petite-ille de Charles Quint,
roi d’Espagne pendant quarante ans,
pourrait-elle choisir comme ministre
cet homme qui se revendique comme
l’héritier de Richelieu, dont la politique
consistait, entre autres, à soutenir la
guerre contre la péninsule ibérique ? Mais
depuis la naissance de son ils, Anne a
changé de point de vue. Désormais, elle
veut défendre l’héritage du jeune Louis.
Cette évolution n’est pas sans lien avec la
complicité qui l’unit en secret au cardinal
Mazarin. Elle, la reine bafouée, ière et
austère. Lui, le conseiller ambitieux qui
rêve d’occuper la première place.
« Je ne serai pas présent demain lors du
lit de justice. Mieux vaut que je garde mes
Cette promotion
déclencha
de nombreux
complots et des
haines solides
distances. Evitons d’éveiller les soupçons de ceux qui espèrent vos faveurs. »
La reine sourit. Au-delà de cette fascination mutuelle, ils partagent un même
idéal pour l’absolutisme royal, une même
conception de l’exercice du pouvoir.
Dans ce moment solennel, elle lui rappelle
cette anecdote qui l’a tant marquée et l’a
presque irrémédiablement attachée à lui :
« Vous souvenez-vous du jour où vous
m’avez ofert cet argent que vous aviez
gagné au jeu ? Jamais je n’aurais accepté un
tel cadeau d’un autre que vous. »
Mazarin se remémore cette première
rencontre au Louvre, lors d’une partie de
cartes. Elle y avait assisté avec sa suite,
fascinée par la concentration du cardinal, tandis que ce dernier décidait de
tout risquer pour plaire à cette femme si
élégante. Il avait attribué sa victoire à sa
présence et, pour la remercier, lui avait
ofert 50 000 écus d’or, la sachant privée
d’argent pour ses dépenses personnelles.
« C’était une somme modeste si c’est elle
qui m’a valu votre coniance éternelle et
ma future place à vos côtés », dit le cardinal en eleurant ses lèvres d’un baiser.
Mazarin disparaît quelques instants plus
tard par le petit couloir qui mène à la cour,
troublé par cette idée que le lendemain,
leur alliance, leur complicité surtout, ne
sera plus un secret pour personne.
Le mystère perdure
Le lendemain, peu après le lit de justice qui
cassa le testament de Louis XIII en présence du petit Louis XIV, la reine annonça,
à la stupéfaction générale, qu’elle choisissait le cardinal Mazarin comme Premier
ministre. Les jalousies suscitées par cette
promotion inattendue, et cette entente
visiblement ancienne, alimentèrent de
nombreux complots et des haines solides.
Ensemble, le cardinal et la reine brisèrent la Fronde menée, dès 1648, par
le Parlement et la noblesse, qui réclamaient une monarchie modérée. Mazarin
accompagna et conseilla Anne d’Autriche jusqu’à la majorité de Louis XIV,
en 1651 – il a alors 13 ans. Malgré l’impopularité de son ministre, jamais la
régente ne lui retira sa coniance.
La nature de leurs sentiments, intimement
liés aux intérêts du royaume et à une certaine conception de l’Etat, resta une
énigme pour la plupart de leurs contemporains. Quoi qu’il en soit, le duo établit
les bases de la monarchie absolue qui
atteignit son apogée sous Louis XIV, préparant ainsi le plus grand règne de l’histoire de France. Les conseils et
l’intelligence du cardinal ne furent pas
étrangers à ce commentaire que le RoiSoleil it à la mort de sa mère, qu’il adorait : « Plus qu’une grande reine, elle fut un
grand roi. »
POUR ALLER PLUS LOIN
Mazarin l’Italien, d’Olivier Poncet,
Tallandier (2018).
Les Enigmes de l’histoire de France,
sous la direction de Jean-Christian
Petitils, Perrin (2018).
Les Amours de l’histoire de France, de
Pierre Lunel, Editions Alphée (2010).
Mazarin, le maître du jeu, de Simone
Bertière, Editions de Fallois (2007).
La Reine et le Cardinal, téléilm
de Marc Rivière (2009).
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
78
Des lettres et des chifres
Jeux
Week-End
Mots léchés
AVEC OU
SANS
MARTEAU
À L’ÉTABLE
ELLES SONT
SOUVENT
MULTISOCS
PAS CUIT
PARFUMÉE
IL GARDE
LA MÉMOIRE
DE L’ORTF
RÉDUIRE
LA LUMIÈRE
VILLE
NORMANDE
CLASSEMENT
1
ÉLÉMENT
RADIOACTIF
NETTOYAS
BIEN
BRANCHÉ
LA FACE
ROMAINS
EMPEREUR
ROMAIN
ELLE HACHE
ET FAUCHE
DOUBLES ET
VICE VERSA
BRADYPE
5
AGENCE EUROPÉENNE
ELLE BOSSE
SUR MÉTIER
AVEC LA MOISSONNEUSE
ELLE FAIT
DU FOIN
IL TIRE LES
ENGINS
MONNAIE
ROUMAINE
ENDROIT
ÉQUERRES
ÉLIMER
TRESSÉ
IL GARNIT
LE SILLON
GRANDES
DAMES
LA BUTTEUSE
LA TASSE
ENTACHÉ
DIPLÔME
POST-BAC
6
COMPRESSE
IL VIT
COMME
UN CASTOR
JOURS
DE REPOS
ALOURDIT
ELLE BRISE
LA TERRE
SE RENDRAIENT
LE
BERKÉLIUM
HIC
USAIENT
LENTEMENT
DES TÊTES
TÊTUES
RECHERCHAS DE
VIEUX
OBJETS
ALLONGEONS
TRANSPIRER
C’EST PAREIL
COMME
CELA
TRAIN
FRANCILIEN
ELLE SORT
LES BETTERAVES
FOURGONS
CHANGE DE
DIRECTION
BONS À
RÉCOLTER
SA LETTRE A
DES NOTES
ROULE SUR
LA PLAGE
D’ÉTRETAT
ENJEU
8
OPÉRATION
AVEC UN
SÉCATEUR
PÉRIODE
ARCHITECTE
AMÉRICAIN
ACCORD
VENTILER
QUAKER
ANGLAIS
N’ADMET
PAS
AXE DE
ROSE
CONJONCTION
NOTE
ELLE PEUT
ÊTRE
CHARGEUSE
OU PRESSE
PORT
DE ROME
CONSACRÉ
4
BAIE
DU JAPON
3e PASSAGE
DE LA
CHARRUE
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
OUTILS AGRICOLES Avec les cases numérotées, reconstituez une machine à ratisser.
SOLDAT
AMÉRICAIN
LOURDE
CHARGE
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Des lettres et des chifres
Vendredi 23 février 2018
ROULEAU
ASIATIQUE
1
2
3
4
DIFFICILES
À TROUVER
PRIVÉS
D’HABITS
CAHOT
6
7
ÉTÉ
CAPABLE
VILLE DE
MAYENNE
POÈME
ABAISSAS
UN NIVEAU
5
8
9
CARABINE
À LONG
CANON
IL DISPERSE
DU LISIER
PERSONNEL
3
HUILE DANS
LE PÉTROLE
POISSON
CARNASSIER
PAS
DU TOUT
EN
DÉSORDRE
LEVER LES
PATTES
JUMENT
FLEUVE
ALLEMAND
BUS À PETITS
COUPS
ATTACHÉ
CRÉATURES
REVUE
LITTÉRAIRE
CHEF DU
PERSONNEL
ÉCHANGE
APPEL
À L’AIDE
LAC
D’ITALIE
IL A DES
DENTS
GLACIÈRE
À L’ÉTABLE
IMPÉRATRICE DE
BYZANCE
SE RENDIT
OBLIQUE
L’OCCASION DE
TRINQUER
INCONTESTABLE
HABILLE
ARBRES
PROVENÇAUX
TERRE
ISOLÉE
ROULEMENT
ARRIVÉ
APRÈS NEUF
MOIS
LE 9e ART
PETITE
CHARRUE
À MAIN
ADORER
2
BAS
DE GAMME
9
INSTRUMENT POUR
MOISSONNER
VILLE
DU JAPON
L’AMOUR
D’HERCULE
IMPÔT
TRANCHÉ
COURANT
GRANDE
VOILE
BLOTTIES
METTRE
DANS L’EMBARRAS
REGARDÉES
ELLE POINTE
DERRIÈRE
LE TRACTEUR
LETTRE
GRECQUE
BINETTE
LE JOUR
D’AVANT
DURILLON
ÉCRIVAIN
ITALIEN
LE SYMBOLE
DU FER
7
LE SIEVERT
LA PEUR
IMAGINÉS
photos © Naturimages
ÎLE DE
CHARENTE
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
80
Des lettres et des chifres
Sudoku
Mots croisés
Remplissez la grille de manière que chaque
ligne, chaque colonne et chaque carré
de 3 par 3 contiennent une seule fois tous
les chifres de 1 à 9.
Horizontalement
3
8
6
9
3
6
A. Avec lui on passe au bac. B. Pagnes de
plage. Note. Permission d’aller. C. Princes
du Qatar. Muni de pignons. D. Collège.
Arme à il. Il avance par rames. E. Attaques
Une lettre grecque. Astre. Bref sile- au foie. Pascal. F. Sport d’équipe. Ornement. 5. Prendre une certaine attitude. ments d’église. G. Tout à fait tendance.
Rose orangé. Complète la licence. 6. Cu- Lieux d’accueil. Père à moitié. H. Ecole
3
2
3
8
1
1
6
7
7
8
4
bitus ou tibia. Grands dangers. Arrange.
7. Contrit. Un centième du mètre. Un
point dans l’eau. 8. Bonne quand elle est
riche. Forme le pronominal. Porté au
nombril ou à l’arcade. 9. Réponse négative. Mathématicien. Paresseux brésilien.
Cours à Saint-Omer. 10. Angoisse du
direct. Club de Lyon. Gisant. 11. Partie
de l’œil. Suivant du regard. Authentique.
12. Dieu brûlant. S’oppose à la force.
Cité azuréenne. Cap sur la boussole.
5
5
3
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1
1
9
4
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5
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4
2
9
8
Verticalement
1. Mentionner clairement. On y veille le
malade. 2. Garnir une ligne. Tables d’exposition. 3. D’origine noble. Grand ou
petit aux cartes. 4. Lieu de baignade.
facile
4
Week-End
2
A
4
B
C
D
E
F
G
pour profs. Blonde peu capiteuse. Assis,
mais sans voix. I. Isolés. Appareil de levage.
J. Alcool antillais. Il est battu à l’œil.
Conjonction toujours doublée. K. Hors
de proportions. Pour ne pas dire plus.
L. Prénom féminin. Type même de l’avare.
M. Temps de vacances. Marchand du quartier. N. Beauté diabolique. Baba d’une
histoire. Accueillis en famille. O. Article
castillan. Chants à la belle. P. Mouche
africaine. Pays d’Astérix.
H
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1
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moyen
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1
12
Solutions du numéro précédent
diicile
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2
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D
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5
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Le nom à trouver est : PARK GEUN-HYE.
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1
mots léchés
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moyen
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2 1
4 7
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РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Fubuki
Takuzu
Placez dans la grille les pions verts
disposés sur la gauche, de façon
à obtenir la somme indiquée au bout
de chaque ligne et de chaque colonne.
Remplissez la grille avec les chifres
0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doivent contenir autant de 0 que de 1.
Les lignes ou colonnes identiques
sont interdites. Il ne doit pas y avoir
plus de deux 0 ou 1 placés l’un
à côté, ou en dessous de l’autre.
facile
3
8
9
2
18
Pour envoyer un mail : première lettre du prénom suivie
du nom@leparisienmag.fr
6
1
22
14
16
Directrice Claire Lénart
Directeur de la rédaction Laurent Guez
Rédacteur en chef Yves Derai
Rédactrices en chef adjointes
Sandrine Briclot (actu)
Yolaine de Chanaud (art de vivre)
Chef d’édition Marie Gratias
Directrice artistique Valérie Bier-Eudier
Chefs de studio Mathieu Gelézeau,
Déborah Rousseaux avec Françoise Coulbois
Directeur photo Xavier Lucas
Editrice adjointe Clémence Callies
Coordinatrice print/web Marine Brugeron
Assistante administrative Valérie Costesêque
12
Chef de service Christine Monin
Rédacteur Tanneguy de Kerpoisson
10
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1
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2
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3
Président Francis Morel
Principal associé Uipar (LVMH)
Directrice générale et directrice
de la publication Sophie Gourmelen
Directeur des rédactions Stéphane Albouy
Fabrication José Raposo
L. P. M.
17
5
LE PARISIEN LIBÉRÉ
10, boulevard de Grenelle, 75738 Paris cedex 15.
Société par actions simplifiées.
Ce magazine est conçu et réalisé par la société L.P.M.
pour le compte de la SAS Le Parisien, éditeur.
4
7
81
Des lettres et des chifres
Vendredi 23 février 2018
CULTURE
9
4
SOCIÉTÉ, ÉCONOMIE, INTERNATIONAL
8
5
Chef de service Julien Solonel
Rédacteurs Chloé Belleret, Benjamin Jérôme
17
ENQUÊTE, POLITIQUE, SPORT
Chef de service Gaëtane Morin
Reporter Stéphane Loignon
9
21
15
MODE, BEAUTÉ
Chef de service adjoint Airy Aubry
diicile
ÉDITION
Julie Dufour (1re SR), Geofroy Buisson,
Caroline Fleur, Anne-Claire Gras,
Sébastien Ruszniewski avec Léa Giret
6
1
3
8
4
9
2
9
RÉDACTION PHOTO
Véronique Feunteun, Delphine Henry,
Marie-Anne Méhay, Francis Rieth,
Maud Taylor avec Valérie Delafosse
14
MAQUETTE
Benjamin Plet, Aude Seïté
avec Sébastien De Poortere
7
5
22
CONCEPT GRAPHIQUE
Funny Bones
PHOTOGRAVURE
16
11
Keygraphic
18
IMPRESSION
Maury imprimeur
Route d’Etampes, 45330 Malesherbes.
Newsprint
1, boulevard d’Italie, 77127 Lieusaint.
takuzu
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diicile
diicile
mots croisés
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Origine du papier principal : Suède. Taux de fibres recyclées : 0 %.
Le papier de ce magazine est issu de forêts gérées durablement
et porteur de l’Ecolabel européen sous le numéro FI/011/007.
Eutrophisation : Ptot 0,005 kg/tonne de papier.
PUBLICITÉ
Présidente Corinne Mrejen
Directeur général Philippe Pignol
Directrice de publicité Emmanuelle Astruc
B
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ABONNEMENT
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01 76 49 11 11 (prix d’un appel local)
Aujourd’hui en France Week-End
01 76 49 14 14 (prix d’un appel local)
n°ISSN Aujourd’hui en France Week-End 2558-2135
n°ISSN Le Parisien Magazine 2263-2506
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
82
Interview SMS
Jacques Mailhot
Week-End
« Hollande et
Sarkozy étaient
des étalons de la
plaisanterie ! »
Depuis un demi-siècle, le patron du Théâtre des 2 Anes, à Paris,
se moque de nos politiques avec intelligence et audace.
Tout est bon dans le Mailhot, même par SMS…
Textos recueillis par Yves Derai.
Erreur, j’ai acheté ce théâtre en
1995. Avant, j’ai joué à l’Echelle
de Jacob, aux Boufes parisiens,
et j’ai surtout passé des années
à France Inter et RTL. Donc la
mobilité, je connais un peu
Les documents du Théâtre
disent « débuts en 1978 »…
Parce que j’ai joué une saison
en 1978.
Ok, je comprends mieux.
Le spectacle actuel que vous
jouez jusqu’en juin s’appelle
Tout est bon dans le Macron.
Est-ce à dire que notre
?
président est un
Non, mais il n’y a rien à jeter chez
ce premier de la classe. Le CV est
parfait, on va voir la pratique
Entre Sarkozy, Hollande
et Macron, lequel amuse le plus
votre public ?
On sort de deux sujets
exceptionnels, deux étalons
de la plaisanterie… Derrière,
Macron va avoir du mal !
Qui sont les nouveaux
chansonniers ? La génération
Jamel ?
Un peu… Et déjà celle d’après. Je
pense à Tanguy Pastureau, à Olivier
de Benoist, à mon neveu Régis, à Alex
Vizorek, qui jouent avec beaucoup de
drôlerie et d’intelligence de la politique.
Vous les trouvez plus audacieux
que les « anciens » ?
Très audacieux, d’autant qu’ils ont
sur eux une chape de « politiquement
correct » que nous n’avions pas. Ils sont
plus exposés que nous à des poursuites
et même à des exclusions…
Dans ce domaine, que dire
des années 1940 ! Pourtant,
le Théâtre des 2 Anes a
continué pendant l’Occupation.
On chambrait les Allemands ?
C’est vrai que c’était encore plus risqué.
Les chansonniers devaient présenter
leurs textes à la Kommandantur
Pierre Dac a dû partir à Londres.
Mais Robert Rocca a continué le
combat en utilisant les subtilités de la
langue française pour se moquer des
Allemands. Le théâtre a quand même
subi deux fermetures disciplinaires
Faire rire, c’est parfois résister.
Merci.
Oui. C’est un acte républicain
pour protéger la liberté de penser
autrement.
Tout est bon dans le Macron, jusqu’au 30 juin
au Théâtre des 2 Anes, Paris (18e).
photo © Sipa
Jacques Mailhot, vous jouez aux
2 Anes depuis quarante ans !!
Vous avez entendu parler
de la mobilité professionnelle ?
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Prénom ............................................................................................................................................................................................
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DÉBITEUR
1 - TITULAIRE DU COMPTE À DÉBITER
M. ❏ Mme ❏
2 - DÉSIGNATION DU COMPTE À DÉBITER
Ville ...................................................................................................................................................................................................
IBAN :
/
/
/
Créancier : S.A.S. Le Parisien
10 Boulevard de Grenelle - CS 10817 - 75738 PARIS CEDEX 15
Adresse ..................................................................................................................................................................................................................................................
Code Postal
/
CRÉANCIER
Nom ...................................................................................... Prénom ............................................................................................................
Code Postal
Date de naissance :
MGL18002
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Adresse ...........................................................................................................................................................................................
Téléphone :
Ville....................................................................................................................................................................................
BIC :
/
* Avant 7H la semaine, avant 8H
le dimanche et les jours fériés
/
Email : ..................................................................... @.....................................................................................
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3 - FAIT À : ...................................................................................................................... Le :
4 - SIGNATURE :
/
/
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