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Le Figaro - 03 09 2018

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lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 034 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
AL PACINO
JACQUES JULLIARD
LE COMÉDIEN, QUI JOUERA EN
OCTOBRE AU THÉÂTRE DE PARIS,
SE CONFIE AU « FIGARO » PAGES 30 ET 31
Didier Deschamps :
« Entraîner des béni-ouioui ne m’intéresse pas »
Les bonnes
recettes
pour rester
en forme
PAGES 9 À 12
PROCHE-ORIENT
Alors qu’il paraissait intouchable, le président est,
comme ses prédécesseurs, rattrapé par les difficultés.
Il doit notamment procéder à un remaniement délicat
et se sortir de l’imbroglio du prélèvement à la source.
Visite controversée
de Rodrigo Duterte
en Israël PAGE 6
ÉDUCATION
Blanquer veut des
professeurs plus
performants PAGE 8
Emmanuel Macron avait habitué les Français au respect
des engagements pris pendant
la campagne. Mais depuis
juillet et l’affaire Benalla, tout
a changé. Le chef de l’État,
TRANSPORT
Vélib’ amorce son
redémarrage PAGE 22
CHAMPS LIBRES
Les matinales au
banc d’essai PAGE 36
1958, la
naissance d’une
« monarchie
républicaine »
L’Iran se
radicalisera-t-il
face aux
sanctions
américaines ?
La chronique
de Nicolas
Baverez
La tribune
d’Emmanuel
Hirsch
n
n
PAGES 16 À 19
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de samedi :
Faut-il reporter la mise
en place du prélèvement
à la source prévue
en janvier 2019 ?
OUI
61 %
NON
39 %
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@t@a@d@k";
TOTAL DE VOTANTS : 65 577
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
L’évaluation des
professeurs est-elle une
bonne initiative ?
SHOOTING STAR/SPUS/ABACA JENS MEYER/AP
niel Cohn-Bendit d’entrer au
gouvernement ; tandis que le
couac autour de la mise en
place du prélèvement à la
source a fini de jeter le trouble
sur l’action de l’exécutif.
Allemagne : l’AfD renforcée
par les manifestations
antimigrants de Chemnitz
C’est également la rentrée pour les champions du monde,
qui défieront l’Allemagne jeudi soir à Munich. À la veille
de retrouver « ses » Bleus, le sélectionneur s’est longuement confié au Figaro. Sa méthode, sa personnalité, son
évolution au contact de la nouvelle génération, le discret
« DD » lève une partie du voile. PAGES 14 ET 15
Le parti
Alternative für
Deutschland (AfD) a rassemblé samedi plusieurs milliers
de manifestants dans la ville
saxonne, devenue l’épicentre
de la mobilisation de l’extrême droite contre les étrangers. La formation populiste,
qui «surfe » sur cette contestation depuis plus d’une semaine, a réussi à faire l’union
de l’extrême droite en Saxe.
Cinq ans après sa fondation,
elle est même en passe de faire du Land son bastion.
PAGE 4
ÉDITORIAL par Vincent Trémolet de Villers vtremolet@lefigaro.fr
n
n
M 00108 - 903 - F: 2,60 E
KEVIN LEINSTER POUR LE FIGARO
RADIOS
qu’aucune critique ne semblait affecter, est aujourd’hui
fragilisé. La démission surprise de Nicolas Hulot a obligé à
un remaniement rendu plus
compliqué par le refus de Da-
è PRÉLÈVEMENT À LA SOURCE : LES HÉSITATIONS ÉLYSÉENNES è LE REMANIEMENT ATTENDU
SE FERA SANS DANIEL COHN-BENDIT è BERN : « MON SEUL PARTI, C’EST LE PATRIMOINE »
è LES ÉLUS DE DROITE S’ESTIMENT DÉSORMAIS « PLUS AUDIBLES » PAR LES FRANÇAIS
è ENCENSEMENT DÉMESURÉ, CONDAMNATION EXCESSIVE PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
COMMERCE
Trump décidé
à faire céder
le Canada PAGE 23
Macron :
la machine
se détraque
C
Signal d’alerte
e président ne devait pas vivre ça.
Il avait promis l’audace dans les
réformes, l’efficacité dans l’exercice du pouvoir, la dignité dans son
incarnation. Après les heures
confuses du hollandisme succéderait une
mécanique de décision. Les premiers mois, la
promesse fut tenue, mais désormais tout se
dérègle. La ligne claire laisse place à des courbes déroutantes. Le président écolo assiste,
impuissant, au départ de Nicolas Hulot, le
président vertical hésite sur le prélèvement à
la source, le président libéral effleure à peine
la dépense publique, le président philosophe
se perd dans les petites phrases, le président
littéraire confond Romain Gary et Philippe
Besson. L’opinion se cabre et, déjà, les laudateurs du nouveau monde s’apprêtent à brûler
ce qu’ils ont adoré. Leur désillusion est aussi
excessive que l’a été leur naïveté. Emmanuel
Macron n’est pas Jupiter et le gouvernement
des hommes n’aura jamais la fluidité d’une
application numérique, ni le rythme d’un clip
de campagne. Disons-le, de Benalla en Hulot,
de « fainéants » en « Gaulois », on trouve une
suite d’erreurs, de fautes ou de maladresses,
mais, pour le moment, aucune affaire d’État…
Il serait trop facile, cependant, d’attribuer ce
désamour au pouvoir d’amplification de la
sphère médiatique, à la vigueur retrouvée des
opposants. Ces défaillances en effet dévoilent
la fragilité d’un pouvoir solitaire, d’un gouvernement insignifiant, d’une majorité atone. Elles altèrent l’image du chef de l’État,
dévitalisent son verbe, étiolent son autorité.
La preuve ? François Hollande lui-même, du
haut de ses résultats
mirifiques, s’autorise
quelques
conseils !
Ce n’est pas un hasard si ces agitations politiciennes
remontent à la surface au point d’occuper tout l’espace. Comment en serait-il autrement ? Les profondes
réformes économiques se font attendre et
l’urgence régalienne n’est pas traitée. « Les
questions centrales sont l’immigration et le poids
des impôts », confiait Nicolas Sarkozy après la
démission de Hulot. Immigration, impôts :
c’est sur ces deux sujets - et l’ancien président l’a payé au prix fort - que les citoyens,
dans les urnes, feront le bilan. ■
Les profondes
réformes
économiques
se font
attendre
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ISSN 0182.5852
A
FIGARO SANTÉ
« LA FRANCE RECONNAÎT UNE DOUBLE
LÉGITIMITÉ, CELLE DES PROFESSIONNELS DE
LA POLITIQUE, CELLE DES INTELLECTUELS » PAGE 18
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lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
«
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
2019 sera sûrement l’année la plus
dure du quinquennat, puisque
nous avons encore toute une série
de chantiers à mener qui ne produisent
leurs effets qu’à moyen terme
JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
»
DÉPUTÉ LAREM DE LA HAUTE-VIENNE
Macron à l’épreuve
de la crise
Le président de la République doit cette semaine
procéder au remplacement compliqué de Nicolas Hulot
et faire face au couac du prélèvement à la source.
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
LE NOUVEAU pouvoir macroniste
avait habitué les Français, depuis un
an, au respect des engagements pris
et à une communication ultramaîtrisée. Après des années de zigzag permanent et de cafouillages au
sommet de l’État, Emmanuel Macron voulait incarner la rupture. Las !
Depuis juillet, les fondements sur
lesquels s’érigeait cette nouvelle
pratique de la politique menacent de
s’effondrer. Après le coup de tonnerre de l’affaire Benalla, la démission de Nicolas Hulot - et alors que le
couple exécutif cherche encore
comment le remplacer -, la confusion autour de la mise en place du
prélèvement à la source, initialement prévu pour janvier 2019, empoisonne dangereusement l’exécutif. « Aucune anticipation négative sur
le fait qu’on puisse le faire ou non »,
jure-t-on à l’Élysée. « Il n’y a pas de
drame », rassure Matignon. « La fusée est sur le pas de tir, le compte à rebours a commencé, ce qui explique
pourquoi la pression est plus forte »,
argue l’entourage du premier ministre, alors qu’un report de calendrier
est plus que jamais d’actualité.
Une décision définitive est attendue mardi, jour d’un ultime rendezvous entre le président de la République et le ministre de l’Action et
des Comptes publics sur le sujet.
Pour la première fois, des lignes divergentes ont apparu publiquement
au sommet de l’État. Le ministre en
charge du dossier, Gérald Darmanin,
a eu beau jeu de s’afficher tout le
week-end dans diverses foires dans
le nord de la France, en tenue traditionnelle, comme si de rien n’était.
Mais sa crédibilité est sérieusement
mise à mal par les doutes émis par le
chef de l’État.
En plus du problème politique
causé par le départ de Nicolas Hulot
et de la cacophonie autour de cette
réforme fiscale, le président de la
République a créé une nouvelle fois
la polémique avec sa petite phrase
sur les « Gaulois réfractaires », au
point de devoir se justifier depuis
l’étranger… La nomination du romancier Philippe Besson, un proche
d’Emmanuel Macron, comme
consul à Los Angeles a fait des vagues, tout comme celle de l’ex-patronne de l’INA, Agnès Saal, désormais haut fonctionnaire au ministère
de la Culture après avoir été suspen-
“
La rentrée est
toujours compliquée
pour le pouvoir
en place
”
FRANÇOIS PATRIAT,
PRÉSIDENT DU GROUPE LAREM AU SÉNAT
due pour des frais de taxi astronomiques. « Tout cela donne le sentiment
que le nouveau monde n’est pas si
nouveau que ça », soupire un député
La République en marche (LaREM).
« Les militants nous interpellent sur
Besson, Saal, Hulot. Il faut faire attention », met-il en garde.
Le coup de pression de Stéphane
Bern, chargé par l’Élysée d’une mission sur la sauvegarde du patrimoine
(lire ci-dessous), a fini d’achever
cette semaine noire pour l’exécutif.
« Chaque rentrée est un moment de
cristallisation », minimise l’Élysée.
« Le cap et le calendrier des réformes
seront mis en œuvre. » Même messa-
ge du patron des sénateurs LaREM,
François Patriat : « La rentrée est
toujours compliquée pour le pouvoir en
place, souligne-t-il. Mais le président
retournera la situation en un tour de
main. »
Dans les rangs de la majorité, tous
ne partagent pas cet optimisme.
Certains députés craignent une
« hollandisation » du président désormais au plus bas dans les sondages. « Les couacs et les polémiques en
série, ce n’est pas bon, et c’est exactement ce qu’on avait dit qu’on ne ferait
pas », déplore un pilier du groupe
LaREM à l’Assemblée. « Le problème,
c’est que depuis juin plus personne ne
parle de ce qu’on fait », constate, impuissant, un membre du gouvernement. « Il faut réaffirmer une feuille
de route, une ambition, plaide un député macroniste. Un mandat présidentiel est souvent marqué par la première année. Or, même si on a fait des
choses enthousiasmantes, le sentiment d’injustice, la critique sur le président des riches, ça a pris dans l’opinion. Si on perd sur le tableau de
l’écologie, notre électorat ne nous
soutiendra plus. »
À quelques mois des élections
européennes, qui s’annoncent plus
compliquées que prévu, l’exécutif
compte sur les résultats de sa politique pour inverser la vapeur. Mais sur
ce terrain-là aussi, les bonnes nouvelles se font attendre. « 2019 sera
sûrement l’année la plus dure du quinquennat, puisque nous avons encore
toute une série de chantiers à mener
qui ne produisent leurs effets qu’à
moyen terme », annonce déjà le député LaREM Jean-Baptiste Djebbari.
Et que les oppositions vont tout faire
pour prospérer sur les difficultés
d’Emmanuel Macron. ■
Emmanuel Macron,
le 29 août à
Copenhague.
Le coup de tonnerre
de l’affaire Benalla,
la démission
de Nicolas Hulot et
la confusion autour
de la mise en place
du prélèvement
à la source
empoisonnent
la rentrée du chef
de l’État.
LUDOVIC MARIN/AFP
Bern : « Mon seul parti, c’est le patrimoine »
A
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
ON ATTENDAIT l’animateur Stéphane Bern sur le terrain du loto du
patrimoine, lancé ce lundi matin
dans tous les bars-tabacs et maisons de la presse. Mais, vendredi,
Bern a tout simplement menacé de
jeter l’éponge. « On est prêts à distribuer 450 millions pour le Grand
Palais à Paris alors que les églises de
nos campagnes sont en train de demander grâce et que je me bats pour
récolter entre 15 et 20 millions
d’euros avec le loto du patrimoine »,
a-t-il lancé dans plusieurs quotidiens régionaux, puis sur des radios. « J’ai l’impression d’écoper un
bateau qui prend l’eau avec une
cuillère à soupe […]. Si, à la fin de
l’année, je vois que j’ai échoué, je
partirai. Je ne veux pas être un cache-misère. »
Quatre jours après la démission
fracassante de Nicolas Hulot, la petite phrase n’a laissé personne indifférent, et surtout pas le chef de
l’État qui a souhaité échanger avec
Stéphane Bern, ce week-end. Depuis deux jours, le portable de
l’animateur vibre au son des « Tenez bon ! » ou des « Ne lâchez
rien ! ». Son ami l’historien Franck
Ferrand a même lancé une péti-
tion : « Tous derrière Stéphane Bern
pour sauvegarder le patrimoine !
Donnons, agissons et luttons contre
la terrible loi Elan ! »
Car c’est aussi et surtout cette loi,
portée le ministre de la Cohésion
des territoires, Jacques Mézard, qui
enflamme les milieux patrimoniaux. Le texte vise à développer
l’offre de logements sur tout le territoire. Un de ses articles concerne
le rôle des architectes des bâtiments de France (ABF). Au nombre
de 180, dépendant du ministère de
la Culture, ces hauts fonctionnaires
veillent à la conservation des monuments historiques d’État, mais
aussi aux secteurs sauvegardés.
Leur pouvoir est étendu : 19 722
communes possèdent un espace
protégé par le Code du patrimoine
(centres historiques, maisons remarquables, parcs classés…) et il y
a, en France, 43 000 monuments
historiques et 6 800 sites classés.
Excès de « naïveté »
Très reconnus par les milieux de la
conservation, les ABF passent pour
des empêcheurs de tourner en rond
auprès de certains élus ou de certaines entreprises.
La loi Elan s’attaque à l’un de
leurs pouvoirs, celui de donner des
avis. À chaque demande de permis
de construire ou de démolir (lors-
que ces derniers ont pour effet de
modifier des espaces protégés), ces
architectes doivent se prononcer.
Jusque-là, leurs avis étaient dits
« conformes », donc opposables.
Si la loi est définitivement adoptée,
leur avis concernant l’implantation d’antennes de téléphonie
mobile et ou « l’habitat indigne », ne sera plus que simple
et consultatif - c’est-à-dire
sans grand effet.
« Les maires ne sont pas irresponsables. Ils ont besoin de l’avis
des ABF, ils n’ont pas non plus dans
certains cas à se soumettre à un
pouvoir excessif », a lancé Jacques
Mézard, qui renvoie les critiques à
de l’« incompréhension ».
Dimanche, face au déferlement médiatique, Stéphane Bern plaidait, lui,
un excès de « naïveté ».
« Sur le fond, a-t-il affirmé au Figaro, je maintiens mes propos. Mais
je passe pour quelqu’un qui a essayé de
déstabiliser le président : or, je ne fais
pas de politique, mon
seul parti, c’est le patrimoine. » ■
L’animateur Stéphane Bern.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Le remaniement attendu se
DANIEL COHN-BENDIT n’entrera
pas au gouvernement. Dimanche
soir, l’ex-leader de Mai 68 a annoncé sur LCI avoir « décidé d’un
commun accord » avec le président
de la République qu’il ne succédera
pas à Nicolas Hulot. « On a pris la
décision ensemble, on a mis d’un
côté ma personnalité, ma capacité
d’influencer sur les choses […] il m’a
dit : “écoute, notre contact depuis
le début c’est la liberté, si tu es ministre, tu perds ta personnalité, tu
n’as plus cette liberté, est-ce que tu
veux cela ?” Effectivement, c’est
une fausse bonne idée », a expliqué
l’ancien eurodéputé.
Cohn-Bendit, qui avait soutenu
Emmanuel Macron pendant la
campagne présidentielle, a affirmé
qu’il avait « échangé plusieurs
fois » avec le président de la République, et qu’il se rendrait à l’Élysée
d’ici à lundi. Le militant écologiste
a assuré que « pour la première fois
de [sa] vie », il s’était dit « pourquoi
pas ». « Ce n’est pas mon truc », at-il répété, poussant les noms de
Pascal Canfin, président du WWF
France et de Laurence Tubiana, exnégociatrice principale pour la
COP21, ses « deux favoris » pour
remplacer Nicolas Hulot.
Dans les rangs de la majorité, les
noms du président de l’Assemblée
nationale, François de Rugy, et celui
de la présidente de la commission
du développement durable, Barbara
Pompili, reviennent régulièrement.
« Mais Emmanuel Macron aime surprendre », rappelle, avec malice, un
député La République en marche.
Prélèvement à la source : les
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
LE PRÉLÈVEMENT à la source semble n’avoir jamais été aussi proche
d’un abandon. Même Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des
Comptes publics, en charge du dossier, a reconnu qu’il était possible
que la réforme soit stoppée. « Nous
choisirons ensemble politiquement
l’avancée ou l’arrêt de la réforme, lors
d’une réunion mardi avec le président de la République et le premier
ministre, a-t-il confirmé samedi sur
France Inter. Est-ce que techniquement on est prêts ? Oui, on est prêts.
Est-ce que psychologiquement les
Français sont prêts ? C’est une
question à laquelle collectivement nous devons répondre. »
C’est une petite phrase du
premier ministre, à la toute
fin de son interview de rentrée publiée par le Journal du
dimanche du 26 août, qui lance la polémique. « Nous ferons le point sur la préparation
de cette réforme dans les prochaines semaines », précise-t-il.
Le doute qui transpire de la réponse du chef du gouvernement
contraste avec l’assurance de son
ministre de l’Action et des Comptes publics, qui répète à qui veut
l’entendre que la réforme se fera bel
et bien. Las, le ministre est contredit
par le président Emmanuel Macron
lui-même, lors d’une conférence de
presse jeudi à Helsinki. « J’ai plutôt
l’intention de conduire cette réforme à
son terme, mais j’ai demandé aux ministres compétents de répondre à toutes les questions qui se posent encore,
avant de donner une directive finale »,
indique le chef de l’État, qui n’a
pourtant pas l’habitude de douter à
voix haute.
À la direction générale des finances publiques (DGFiP), à Bercy, les
équipes qui planchent depuis trois
ans sur le prélèvement à la source
blêmissent. Officiellement, un seul
problème est à régler : le traitement
des 250 000 employés à domiciles
qui paient l’impôt sur le revenu.
À peine le président exprime-t-il
ses doutes à Helsinki que son ministre Gérald Darmanin, en déplacement à Pau – justement sur le thème
du prélèvement à la source – temporise. « Tout fonctionne et j’aurai l’occasion de le démontrer au président et
au premier ministre lors de notre prochain point », affirme-t-il… avant de
reconnaître, au micro de France Inter, deux jours plus tard, le risque
« psychologique » lié à la réforme qui
va amputer les salaires de l’impôt sur
le revenu.
Dimanche, Le Parisien relance la
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 3 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
«
Il faut être clair : la hausse
de la CSG et la forte baisse du pouvoir
d’achat qui en découle ne sont pas
des mesures de droite
»
FRANÇOIS BAROIN
MAIRE LR DE TROYES, DANS LE JDD
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Encensement démesuré,
condamnation excessive
C
fera sans Daniel Cohn-Bendit
dévoiler la nouvelle équipe gouvernementale, mais ne fait aucun
commentaire.
« Envoyer un signal
politique »
Le couple exécutif va-t-il remplacer poste pour poste l’ancien ministre emblématique Nicolas Hulot
ou bien faire le choix de recomposer plus largement le gouvernement, comme il était prévu à l’approche des élections européennes ?
« Silence radio. Le premier ministre
travaille. Tout se passe très tranquillement et discrètement comme
d’habitude », élude l’entourage
d’Édouard Philippe. « Il y a besoin
d’un remaniement large pour envoyer un signal politique », argue un
député proche de l’exécutif, qui
s’attendait cependant à un ajustement a minima de l’équipe actuelle. « Au gouvernement, tous poussent pour repousser le big-bang. »
Un tel scénario aurait toutefois
pour conséquence de contraindre
le chef de l’État et le premier ministre à procéder à un nouveau remaniement, en vue des élections
européennes et municipales, au
moins pour permettre aux futurs
candidats - par exemple Benjamin
Griveaux, Gérard Collomb, ou encore Christophe Castaner - de faire
campagne en vue des scrutins.
« De mon côté, je n’ai jamais reçu de
reproches de la part du président de
la République », se targue, avec
malice, un membre du gouvernement dont l’hypothèse du départ a
déjà circulé. ■
M. S.
polémique. Le quotidien publie des
résultats de la deuxième phase de
test, menée depuis près de douze
mois par la DGFiP, les éditeurs de logiciels, des employeurs publics et de
grandes entreprises du CAC 40. Le
bilan est « effrayant », rapporte le
journal : « Non seulement les bugs
sont légion mais, pour certains, il n’y
a, a priori, pas de possibilité de s’en
prémunir ». Plus que l’effet psychologique avancé, l’administration
“
Non seulement les
bugs sont légion mais,
pour certains, il n’y a, a
priori, pas de possibilité
de s’en prémunir
”
« LE PARISIEN », QUI A PUBLIÉ DANS
SON ÉDITION DE DIMANCHE DES EXTRAITS
D’UNE NOTE CONFIDENTIELLE DE LA DGFIP
SUR LA DEUXIÈME PHASE DE TEST
aurait-elle caché qu’elle n’était pas
prête ? « Les anomalies identifiées
lors des tests (portant sur 0,1 % des
données) ont été résolues, a immédiatement contre-attaqué la DGFiP. Le
système est prêt pour janvier 2019. »
De fait, les 352 000 erreurs relevées par Le Parisien lors du test en février ont été identifiées et traitées : il
y avait des doublons dans la transmission des fichiers de la part de la
Caisse nationale d’assurance vieillesse. « Contrairement à ce qui est relayé, il est impossible que ces doublons
conduisent à un double prélèvement
des contribuables », affirme aussi la
DGFiP. C’est en effet l’employeur –
ou la caisse de retraite – qui prélève
l’impôt au moment où il verse le salaire – ou la pension. Pas le fisc.
Surtout, les 352 000 erreurs relevées en février, ou les 132 000 identifiées en mars, sont à remettre en
perspective avec les volumes de
données échangées à l’occasion du
test, prévient-on du côté des éditeurs de logiciels, où on n’a souvenir
que de problèmes précis et ponctuels. Pas moins de 116 millions de lignes de revenus ont été traitées, pour
plus de 20 millions de feuilles de paie
éditées chaque mois, indiquait en effet la DGFiP dans un premier bilan
sur la participation au test, début
juillet.
Le rapport de l’administration sur
ces essais à grande échelle servira de
base à la réunion de mardi, durant
laquelle Darmanin devra défendre la
réforme devant le président et le
premier ministre. Il pourra aussi
rappeler que 60 % des Français soutiennent la réforme, d’après un sondage Ifop publié dimanche dans le
JDD. Un chiffre qui chuterait évidemment en cas de bugs en série le
1er janvier. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
Les élus de droite s’estiment désormais
« plus audibles » par les Français
MARION MOURGUE
£@MarionMourgue
SORIANO/LE FIGARO
hésitations élyséennes
très bien lorsqu’elle frappait
les représentants d’un « vieux
monde » qu’ils prétendaient
mettre à bas.
Présomption ou naïveté ?
Macron devait s’attendre à cette
rafale qui a cloué sur place Jacques
Chirac, Nicolas Sarkozy et François
Hollande avant lui. Avec un
calendrier voisin et des arguments
voisins. Du seul fait de l’alternance
qu’ils incarnaient, tous été investis
d’un espoir démesuré au regard
de la capacité d’action réelle
d’un président. Leurs qualités sont
devenues des défauts. Sarkozy,
applaudi pour son volontarisme,
sifflé pour son activisme ; Hollande
salué pour son désir d’apaisement,
rejeté pour son incapacité
à trancher. Macron, à son tour,
encensé hier pour sa prétention
à faire table rase du passé et
aujourd’hui fustigé parce que tout
n’est pas transformé en un an ;
des louanges lorsqu’il restaurait
la transcendance de la fonction
présidentielle qui se transforment
en procès contre un exercice
solitaire du pouvoir.
À ce moment critique - au-delà
des correctifs d’attitude nécessaires
- Emmanuel Macron a le choix
entre deux solutions. L’humilité
du « message reçu », mais
en composant, en reculant,
en se reniant, bref en rangeant
le macronisme au rayon bien
chargé des alternances ayant déçu ;
ou l’orgueil du « je maintiendrai »,
en s’exposant à l’accusation
d’entêtement. Autrement dit
redresser son image à court terme
ou sauver son bilan à long terme.
L’expérience est là pour lui rappeler
qu’en choisissant la première
solution, ses prédécesseurs
n’ont réussi qu’à sacrifier
et leur image et leur bilan. ■
Cette
« réforme
(du
prélèvement
à la source,
NDLR) était
censée être
simple et
indolore. Or,
plus le temps
passe, plus
elle paraît
chaotique
»
ÉRIC WOERTH,
PRÉSIDENT
DE LA COMMISSION
DES AFFAIRES
ÉCONOMIQUES
DE L’ASSEMBLÉE
EN POLITIQUE, les malheurs des
uns peuvent aussi faire le bonheur
des autres. En cette rentrée
brouillée de l’exécutif, Les Républicains affichent un sourire gourmand. « C’est de la folie, l’exécutif a
totalement perdu la main ! Ils vivent
leur crash test », s’enflamme un député LR. « La machine déraille totalement, on ne va pas se priver de regarder le spectacle ! », embraye un
autre. De quoi faire reprendre des
couleurs à « l’ancien monde » lassé
depuis un an des leçons du nouveau. « C’était un bonheur d’être sénateur LR fin juillet », s’enthousiasme l’un d’eux en faisant référence à
l’affaire Benalla et la commission
d’enquête parlementaire au Sénat.
« On aurait voulu faire une campagne de com, on n’aurait pas obtenu le
dixième des résultats ! »
Alors que les « nuages s’amoncellent », au-dessus de l’exécutif, selon l’expression de Xavier Bertrand, les critiques des élus de
droite sont désormais « plus audibles », reconnaît Laurence Sailliet,
l’une des porte-parole de LR. « Il y
a une désillusion et une déception
chez les électeurs de droite qui
avaient voté Macron, ajoute-t-elle.
On les sent se tourner davantage vers
nous. » Comme sur la question du
pouvoir d’achat que les ténors LR
essayaient depuis des mois de mettre au cœur du débat. « On ne peut
continuer à tout demander aux classes moyennes sans rien leur donner.
Je suis convaincu que la France a besoin de la droite pour refuser que,
faute d’économies sur le gaspillage
de l’argent public, le gouvernement
ponctionne, avec la CSG, les familles
et les retraités », martelait déjà Laurent Wauquiez, au soir de son élection, le 10 décembre dernier, sans
parvenir alors à être entendu.
« Macron ne fait plus rien »
Pareil pour Éric Woerth qui depuis
des mois mettait en garde le gouvernement contre la réforme du
prélèvement à la source et son effet
sur le pouvoir d’achat des Français.
« Lorsqu’arrivera, en janvier 2019, la
première fiche de paie avec un salaire
largement raboté, l’effet psychologique sera considérable », expliquait le
président de la commission des affaires économiques de l’Assemblée,
dans une interview au Figaro, le
9 juillet. « Cette réforme était censée
être simple et indolore. Or, plus le
temps passe, plus elle paraît chaotique », déclarait-il.
Deux mois plus tard, c’est précisément cet effet psychologique que
le gouvernement pourrait faire valoir pour ne pas mettre en place la
mesure. Un report que les élus LR
voient déjà comme l’illustration
d’un renoncement plus grand à
poursuivre les réformes annoncées.
« Macron ne fait plus rien, il est englué dans l’attention permanente aux
sondages, d’où cette rentrée illisible,
juge Geoffroy Didier. On découvre le
côté nulle part du “en même
temps” », égratigne le secrétaire général délégué. « Emmanuel Macron
avait promis la transformation. Or sa
politique ne produit pas de résultats et
elle est injuste », ajoutait le président
du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, ce week-end à La Baule.
Façon aussi pour ces élus de se distinguer de la politique d’Emmanuel
Macron et de rappeler que l’opposition de droite est toujours là. « Il
faut être clair : la hausse de la CSG et
la forte baisse du pouvoir d’achat qui
en découle ne sont pas des mesures de
droite », a rappelé François Baroin,
ce week-end, dans le JDD. ■
A
« Dany le rouge » représentait
pourtant un espoir pour plusieurs
membres de l’exécutif et de la majorité. Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, avait
ainsi vanté « une voix connue, une
conscience libre de l’écologie politique, de l’Europe aussi », dimanche
matin sur Europe 1 et CNews.
« L’avantage de Cohn-Bendit, c’est
que ça effaçait Nicolas Hulot tout de
suite », analyse, a posteriori, un
parlementaire macroniste déçu du
refus de l’écologiste.
Tout le week-end, avant l’annonce d’un remaniement attendue
au plus tard ce mardi, le président
de la République et le premier ministre ont multiplié les consultations en toute discrétion. L’Élysée a
fixé un « moment théorique » pour
omme un éternel
recommencement.
Emmanuel Macron, à son
tour, subit l’implacable loi
voulant qu’un président soit voué
aux gémonies après avoir été porté
aux nues.
En cette rentrée, la barque est
chargée pour le chef de l’État :
l’affaire Benalla a terni son image,
la démission de Nicolas Hulot
le prend de court et l’incroyable
imbroglio de l’impôt à la source fait
planer pour la première fois sur son
action l’ombre du « recul », mot
tout aussi maudit pour un politique
que celui de « corde » sur le pont
d’un navire. Sans parler des
craintes sur le pouvoir d’achat,
et pas uniquement des retraités.
Tous les motifs du
mécontentement et de
l’impopularité se cumulent.
Le prisme grossissant des sondages
et des médias entretient l’idée que
« rien ne va plus » (titre du JDD)
et que le chef de l’État est engagé
sur le toboggan du rejet. Plus
encore que l’impact spécifique
de chaque événement ou chaque
décision, c’est cette petite musique
qui est dangereuse pour Macron.
Car c’est elle qui trouble les fidèles,
qui accrédite les critiques des
opposants et qui, surtout, leste
toute possibilité de rebond.
Une forme de macronphobie
est en train de s’installer enterrant
une macronlatrie qui a longtemps
dominé. Tout reproche hier était
dénoncé comme excessif ; tout
bémol à la critique est aujourd’hui
suspect. Comme si tout portrait
nuancé était proscrit. L’homme
qui réussissait tout, jusqu’à casser
les camps politiques adversaires,
devient l’homme qui rate tout,
même une réforme de son
prédécesseur (l’impôt à la source).
Le réquisitoire est aussi total
que le panégyrique était obligé.
Les amis du président vont
dénoncer une logique de
l’acharnement… qui leur convenait
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
4
INTERNATIONAL
À Chemnitz, l’AfD agrège les colères
contre les réfugiés
Le parti, qui a réalisé samedi l’union de l’extrême droite en Saxe, est en passe de faire de ce Land son bastion.
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
ENVOYÉ SPÉCIAL À CHEMNITZ
ALLEMAGNE Deux Allemagne se font
face. D’un côté, une musique volontairement festive, des pancartes colorées,
des slogans pour dire « non à la haine »
et « oui à l’ouverture ». Des inscriptions
sans appel sur ce que l’on pense ici de
ceux qui se trouvent de l’autre côté :
avoir « du cœur plutôt qu’(être) une
crotte », lit-on, ou bien « pas de place
pour les nazis ».
Les manifestants de gauche attendent
les antimigrants venus défiler samedi
dans les rues de Chemnitz. Mais le cortège, mené par le parti populiste Alternative für Deutschland (AfD), est bloqué
à plusieurs centaines de mètres, invisible, de l’autre côté du carrefour, là où
une semaine auparavant un Allemand
de 35 ans a été poignardé par deux réfugiés. Dans cette foule, plus importante
que la première, la colère se mêle à la
tristesse et à l’angoisse. Les militants de
l’AfD, des groupes d’extrême droite,
mais aussi de simples habitants désabusés de la politique, marchent en noir. Ils
sont environ 8 000 contre 3 000. Certains portent une rose blanche en hommage à la victime.
Samedi, pendant plusieurs heures,
Chemnitz a été paralysée et coupée en
deux. Une semaine après la rixe qui a
entraîné la mort de Daniel H. et provoqué des affrontements dans la ville entre
extrémistes de droite et militants de
gauche, l’AfD a tenté une démonstration de force en appelant à « une marche » silencieuse.
Elle ne l’est pas toujours. Régulièrement, alors que la police stoppe leur
avancée par crainte d’échauffourées
provoquées par l’un ou l’autre camp, les
antimigrants crient leur rage : « Résistance », « nous sommes le peuple ». La
presse est conspuée, les politiques sont
vilipendés, en premier lieu Angela Merkel. « L’afflux d’étrangers met en cause
notre sécurité. Le problème ne date pas
d’hier mais les responsables doivent entendre maintenant », confie Jens, qui
vient d’enfiler un casque de vélo. « Les
gauchistes ont ramassé de pierres pour
attaquer », dit-il en montrant comme
preuve une vidéo sur Internet, où l’on
ne voit rien d’autre qu’un tas de pavés
descellés. « Nous voulons renverser ce
gouvernement. Les réfugiés sont partout,
c’est intolérable », proteste Hans un peu
plus loin. Vêtu d’un T-shirt « Je suis
Chemnitz », il vient de Bavière, à des
centaines de kilomètres de Saxe.
D’autres comme lui ont fait le voyage de
toute l’Allemagne. Chemnitz est devenue le symbole de leur protestation.
En début de cortège, les organisateurs
font défiler les portraits des victimes des
Le cortège des manifestants de l’extrême droite, samedi, à Chemnitz (Saxe), épicentre de la contestation antimigrants en Allemagne.
derniers faits divers impliquant des rémouvement identitaire ou de groupusfugiés dans le pays. La liste fait sens, secules divers. Les néonazis se sont faits
lon eux. « L’Allemagne ne doit plus longdiscrets. Mais quelques manifestants ne
temps fermer les yeux face à cette
dissimulent pas leur envie d’en découréalité », explique le député AfD Paul
dre physiquement s’il le faut. Leur préHampel, en estimant que si « l’État de
sence est tolérée par la foule.
droit ou la justice avaient été respectés »,
Après plusieurs heures de face-à-faces drames auraient pu être évités. Pour
ce, les deux manifestations se sont disl’AfD, qui veut incarner la première forpersées globalement sans débordece d’opposition, le drame
ments. Contrairement au
de Chemnitz est du pain bérassemblement de lundi
nit. « La protestation des
dernier, aucun salut hitléhabitants de Chemnitz est lérien n’a été remarqué. En
gitime, a déclaré à la ZDF le
marge de la manifestation,
président du parti Alexandix-huit personnes ont touder Gauland. Ils ont le droit
tefois été blessées, selon les
de juger Angela Merkel reschiffres communiqués par la
ont été blessées
ponsable. »
police. En périphérie de la
samedi, selon les
À Chemnitz, Björn Höc- chiffres communiqués ville, un Afghan de 20 ans a
ke, le leader de Thuringe, le
été roué de coups par des
par la police
meneur de l’aile dure et
hommes masqués.
l’homme fort dans les couL’AfD peut se dire satisfailisses, défile en tête de cortège. Il ne dira
te. Samedi, le parti a réalisé l’union de
pas un mot. Derrière lui, il a rassemblé
l’extrême droite en Saxe et cinq ans
le chef de file de Pegida, le mouvement
après sa fondation, il est en passe de faire
« anti-islamisation » né il y a quatre ans
du Land son bastion. L’AfD y a déjà remà Dresde ou le petit groupe « Proporté ses meilleurs résultats électoraux
Chemnitz », qui avait organisé les prelors des élections fédérales de septemmières manifestations en début de sebre 2017, devançant de peu la CDU.
maine. On croise aussi des membres du
L’hypothèse qu’elle l’emporte lors des
18
personnes
élections régionales du 1er septembre
2019 n’est plus à exclure. Avec 25 %
d’intentions de vote contre 28 % pour la
CDU dans la dernière enquête Insa, l’AfD
semble en mesure de devenir la première force politique locale. En 2014, la CDU
avait obtenu 39,4 % et l’AfD 9,7 % aux
élections.
Les chrétiens-démocrates locaux
sont aujourd’hui mis en cause pour leurs
discours trop modérés vis-à-vis de
l’extrême droite. Pour leurs opposants,
ils auraient fait trop de place aux débats
sur « la culture dominante » ou la « patrie ». Dans ce Land, trop peu aurait été
fait contre l’extrême droite depuis les
émeutes de Hoyerswerda en 1991. Le
parti néonazi NPD y a obtenu ses
meilleurs résultats.
Toute l’Allemagne de l’Est est en réalité tentée par la droite radicale de l’AfD.
En Thuringe, en Saxe-Anhalt ou dans le
Brandebourg, l’AfD dépasse les 20 %
d’intentions de vote dans les sondages.
Si la progression du parti ne faiblit pas,
la formation de majorités régionales
pourrait se révéler impossible dans ces
Länder.
La CDU/CSU est désemparée. Pour ne
pas donner prise aux attaques de ses ad-
Salvini veut un « parti unique du centre droit »
Le ministre populiste, qui souhaite siphonner l’électorat de Forza Italia, pourrait tirer profit
des déboires judiciaires de la Ligue pour rebaptiser le parti et en redéfinir les contours.
RICHARD HEUZÉ rheuze@lefigaro.fr
ROME
ITALIE Matteo Salvini étudie la formation d’un « parti unique du centre
droit ». Son objectif serait de réunir
l’ensemble des formations qui ont
concouru ensemble aux élections du
4 mars : la Ligue, Forza Italia, la formation de Silvio Berlusconi, et les néofascistes de Fratelli d’Italia.
Les déboires judiciaires de la Ligue lui
fourniraient une occasion toute trouvée
pour y parvenir, à l’occasion du verdict
LE 5/7
MATHILDE
MUNOS
A
Retrouvez le mardi à 6h44
Histoires Politiques avec Marcelo Wesfreid
du quotidien
À SUIVRE SUR TWITTER
#LE57INTER
attendu ce mercredi au tribunal milanais
du réexamen des décisions de justice.
Vendredi, son bras droit, le député Giorgio Giorgetti, secrétaire d’État à la Présidence du Conseil a formulé une mise en
garde : « Si le tribunal de Milan décidait le
5 septembre prochain de saisir les comptes de la Ligue, le parti cesserait d’exister
car il n’aurait plus de liquidités. »
Le 3 juillet, la Cour de cassation avait
validé la saisie de 48,9 millions d’euros
ordonnée par le tribunal de Gênes en
juillet 2017 sur tous les fonds et comptes
de dépôt du parti, après avoir condamné
son ancien secrétaire Umberto Bossi et
son trésorier national Francesco Belsito
pour fraude aux dépens de l’État sur des
remboursements électoraux illicites.
Le fait que Matteo Salvini ait entretemps succédé à Umberto Bossi et que le
parti ait changé d’appellation - de Ligue
du Nord en Ligue tout court - n’a pas été
retenu comme circonstance atténuante.
À ce jour, seulement deux millions
d’euros ont pu être récupérés par la justice. Matteo Salvini parle d’un « procès
politique » et de fonds dont il n’a « jamais vu la couleur ».
Pour contourner la justice, il envisage
donc de fonder une formation différente
de la Ligue pour ses militants et ses 183
parlementaires, avec une direction politique élargie. « La création d’un nouveau
sujet politique limiterait notre intervention. Nous ne pourrions plus saisir les cotisations futures », reconnaît le procureur
en chef du parquet de Gênes, Francesco
“
Si le tribunal
nous retire tout,
nous devrons bien
inventer
quelque chose !
”
MATTEO SALVINI , SAMEDI LUCA BRUNO/AP
Cozzi, magistrat expérimenté, par
ailleurs chargé de l’enquête pénale sur
l’effondrement du viaduc Morandi.
« Si mercredi le tribunal nous retire
tout, nous devrons bien inventer quelque
chose ! », a lancé samedi Matteo Salvini
devant le stand Ferrari du Grand Prix
de Monza, où il a fait une apparition
surprise. Giorgio Giorgetti s’est montré
plus prolixe. Il a expliqué qu’une étude
était à un stade avancé pour constituer
un « parti unique du centre droit » englobant Forza Italia, dont la Ligue veut
siphonner l’électorat. Hormis le gouverneur de Ligurie Giovanni Toti, qui
est le dirigeant de Forza Italia le plus
proche de Matteo Salvini, une majorité
de leaders historiques fidèles à Silvio
Berlusconi appellent à préserver l’identité de leur formation. Antonio Tajani,
président du Parlement européen et vice-président de Forza Italia, le dit clairement : « nous continuons de défendre
l’idée d’une coalition unitaire », mais
composée de forces distinctes.
Pour sa part, Matteo Salvini poursuit
ses consultations informelles. Après le
premier ministre hongrois, Viktor Orban, mardi dernier à Milan, il recevra
ce mardi l’ancien chef du gouvernement britannique Tony Blair au ministère de l’Intérieur. Les commentateurs
se demandent quels points en commun
pourront se trouver l’ancien leader travailliste et le chantre du souverainisme. ■
AP
versaires, Angela Merkel s’est contentée du minimum pour critiquer les manifestations de Chemnitz. Mais son
ministre de l’Intérieur Horst Seehofer
s’est aussi montré circonspect. « Je
comprends la préoccupation des habitants », a-t-il déclaré. Le leader de la
CSU s’inquiète pour les élections d’octobre en Bavière. Les conservateurs subissent eux aussi la concurrence de l’extrême droite qui pourrait leur faire
perdre leur majorité absolue.
À gauche aussi, le paysage politique
est sous pression. Dans Bild am Sonntag,
le ministre des Affaires étrangères SPD
Heiko Maas a exhorté les Allemands en
général et les électeurs sociaux-démocrates en particulier à sortir « de leur
coma éveillé » et de leur « confort » pour
s’opposer à l’extrême droite. Du côté de
Die Linke, le signal d’alarme aussi a été
tiré. La chef de file du parti de gauche
Sahra Wagenknecht doit lancer mardi
un nouveau mouvement baptisé
« Aufstehen » (« debout »). Avec ses
positions critiques envers l’immigration, elle espère reconquérir des électeurs de gauche, qui considèrent que la
protestation passe désormais par l’AfD
pour être entendue. ■
EN BREF
Brexit : Barnier ouvert à
un court délai pour négocier
Le négociateur en chef de l’UE sur
le Brexit, Michel Barnier, a ouvert
la porte dimanche à une brève
prolongation des négociations
avec Londres, à ce jour dans
l’impasse, en indiquant qu’elles
devraient être bouclées « d’ici
à mi-novembre ». Jusqu’ici, il est
prévu qu’elles aboutissent d’ici
au Conseil européen du 18 octobre.
Attentat suicide meurtrier
à Mogadiscio
Six personnes au moins ont été
tuées dimanche à Mogadiscio dans
un attentat suicide à la voiture
piégée qui a détruit un bâtiment
gouvernemental et une école
coranique. L’attaque, dans
le quartier central de Hawlwadag,
a été revendiquée par le groupe
islamiste insurgé al-Chebab.
Explosions sur une base
militaire près de Damas
Au moins deux personnes ont été
tuées dans la nuit de samedi
à dimanche lors d’explosions
sur le site de l’aéroport militaire
de Mezzé près de Damas, selon
l’Observatoire syrien des droits
de l’homme (OSDH), évoquant un
« probable tir de missile israélien ».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Visite controversée de Rodrigo Duterte en Israël
Le président philippin, qui doit signer de nouveaux contrats d’armement, avait fait scandale en 2016 en se comparant à Hitler.
MARC HENRY
JÉRUSALEM
PROCHE-ORIENT Accueillir en Israël un
président qui n’a pas hésité à se comparer à Adolf Hitler en évitant tout esclandre : tel est le périlleux exercice diplomatique auquel se livre depuis dimanche et
pour quatre jours Benyamin Nétanyahou
avec la visite du très controversé président philippin, Rodrigo Duterte. Au nom
de la raison d’État, le premier ministre
israélien, pourtant très sensible sur la
question de la Shoah, a préféré passer
l’éponge en acceptant les excuses du
président philippin qui avait frappé très
fort il y a deux ans, en affirmant que le
chef de l’Allemagne nazie avait « tué
3 millions (sic) de Juifs, il y a 3 millions de
drogués, je serai heureux de les massacrer. » Des paroles qui ne sont pas restées
lettre morte : des milliers de trafiquants,
de drogués, mais aussi d’opposants ont
été tués sans procès depuis l’accession au
pouvoir de Rodrigo Duterte.
Histoire de faire oublier ce parallèle
plus que douteux, le président philippin
va devoir donner des gages. Il va effectuer des visites à Yad Vashem, le mémo-
rial de l’Holocauste à Jérusalem ainsi qu’à
un monument rendant hommage aux
Philippines qui ont ouvert leurs portes à
des centaines de réfugiés juifs durant la
Seconde Guerre mondiale. Bref, un véritable acte de contrition. Reste à savoir si
Rodrigo Duterte saura éviter les faux pas.
Exploitation pétrolière
Seule certitude en tout cas : la première
visite d’un chef d’État philippin en Israël
sert avant tout les intérêts bien compris
des deux pays. Israël espère conclure des
contrats d’armement notamment en
vendant des drones aux Philippines, à un
moment à l’Asie est considérée comme le
marché le plus prometteur pour les exportations militaires. L’importante délégation philippine comprend d’ailleurs le
ministre de la Défense et des officiers qui
auront droit à des visites de bases et des
démonstrations d’armes. Une société israélienne Ratio Petroleum mise aussi, selon les médias, sur le feu vert que pourrait
donner le président Duterte à un accord
pour l’exploitation d’un champ pétrolier
au large des côtes de son archipel.
Sur le front diplomatique, Benyamin
Nétanyahou a toutes les raisons de « soigner » ses relations avec un président dont
le pays s’est abstenu à plusieurs reprises
lors de votes de résolutions de l’ONU hostiles à Israël. Cette attitude « réaliste » a été
dénoncée par des ONG israéliennes de défense des droits de l’homme qui s’élèvent
contre ce « cynisme ». Tzipi Livni, chef de
l’opposition, est également critique, mais
plus nuancée. « Israël n’a pas à fermer ses
portes, mais n’était pas non plus obligé de
dérouler le tapis rouge, a affirmé l’ancienne
ministre des Affaires étrangères. Il y a des
situations dans lesquelles mieux vaut privilégier les valeurs et la morale plutôt que de
céder à des considérations uniquement économiques. » ■
L’inégibilité
de Lula rebat
les cartes de
la présidentielle
À cinq semaines du scrutin, son parti, le PT,
doit promouvoir un dauphin quasi inconnu.
MICHEL LECLERCQ £@mgmleclercq
RIO DE JANEIRO
CRÉDIT PHOTO // MATIAS ANTONIASSI
BRÉSIL La figure familière de Luiz Inacio Lula da Silva aurait dû apparaître
samedi soir dans les premiers spots
électoraux diffusés sur les écrans. La
campagne officielle à la radio et à la télévision a commencé samedi, et, avec
elle, la course à la présidence a été véritablement lancée, à 37 jours du premier
tour d’une élection qui a rarement été
aussi indécise. Mais les Brésiliens n’ont
pas vu sur les écrans le populaire ancien président de 72 ans, grand favori
dans les sondages. Seulement son dauphin, le quasi inconnu Fernando Haddad, qui a réitéré sa « loyauté à Lula ».
Vingt-quatre heures plus tôt, dans la
nuit de vendredi, les sept juges du Tribunal supérieur électoral (TSE), à Brasilia, ont prononcé un verdict sans appel :
après une dizaine d’heures de débat, six
juges sur sept ont rejeté la candidature
de l’icône de la gauche, enterrant ses
espoirs de conquérir un troisième mandat, en application de la loi dite « Ficha
Limpa » (casier vierge) de moralisation
de la vie politique. Lula a été condamné
en appel pour corruption passive et
blanchiment d’argent pour un appartement qui lui aurait été offert en échange
de faveurs et purge depuis le 7 avril une
peine de douze ans et un mois de prison
à Curitiba, dans le sud du pays. Ce, mal-
gré une recommandation du Comité
des droits de l’homme de l’ONU appelant le Brésil à autoriser Lula à participer à l’élection présidentielle tant que
tous ses recours n’auront pas été jugés.
Un seul juge Edson Fachin a estimé que
cette recommandation s’imposait à la
justice brésilienne, comme le faisait valoir la défense de l’ancien président.
Malgré ce nouveau revers, le Parti
des travailleurs (PT), fondé par Lula, a
défié la justice et maintenu une posture
intransigeante de soutien à la candidature de son chef historique, dénonçant
un nouveau « coup » contre « la volonté du peuple ». Une stratégie payante au
moins à l’étranger où les soutiens de
personnalités de gauche, comme François Hollande ou l’ancien président du
Parlement
européen,
l’Allemand
Martin Schulz, se sont multipliés.
Le PT mise sur la nostalgie
Les autres candidats ont accueilli avec
un soulagement à peine dissimulé la
mise hors course de Lula. « Je suis triste
mais le côté positif, c’est que nous aurons
maintenant plus de clarté dans le processus électoral », a dit Ciro Gomes, un
candidat de centre gauche qui espère
capter une partie de l’électorat orphelin de l’ex-président. Car, au fil des
mois, Lula a continué à grimper dans
les sondages. Sans participer aux débats, sans réunion électorale, sans intervention à la télévision, l’ancien lea-
der syndical recueille jusqu’à 39 % des
intentions de vote au premier tour,
près du double de son plus proche
poursuivant, l’ex-capitaine d’extrême
droite Jair Bolsonaro.
Dans ce pays plongé dans une profonde crise économique, sociale et politique, le souvenir des années de croissance et de réduction de la pauvreté des
années Lula est vivace chez des millions de Brésiliens. Le PT joue ainsi à
fond la carte de la nostalgie : voter Lula-Haddad, « c’est le Brésil à nouveau
heureux », proclame son slogan.
Si la justice a levé l’hypothèque Lula,
de nombreuses incertitudes obscurcissent encore le scénario électoral. « La
première concerne la capacité de l’ex-
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dent, qui a commencé à sillonner le pays
pour se faire connaître, notamment
dans le Nordeste, le fief du PT, où la
moitié des électeurs n’a jamais entendu
parler de l’ancien ministre de l’Éducation. « Sans un soutien actif de Lula, la
campagne de Fernando Haddad sera très
difficile », a estimé David Fleischer, professeur honoraire de l’université de Brasilia. Le temps presse : les juges ont donné dix jours au PT pour changer de
candidat sous peine d’être banni de la
campagne électorale. Fernando Haddad
pourrait se rendre lundi à Curitiba pour
s’entretenir avec Lula, qui continue à
décider de tout depuis sa cellule. Ses
soutiens espèrent un passage de témoin
le plus rapidement possible. ■
Le Kremlin accuse à demi-mot Kiev d’avoir fomenté l’attentat contre
Alexandre Zakhartchenko et de miner l’instable processus de paix de Minsk.
CORRESPONDANT À MOSCOU
CHUT !
président à transférer ses voix à l’exmaire de Sao Paulo Fernando Haddad,
souligne la professeur de sciences politiques à l’université de Sao Paulo Marilde
Loiola. Jusqu’à présent, les sondages
montrent une chute spectaculaire de la
préférence de l’électorat quand Lula est
substitué par Haddad : de 39 % pour
Lula, elle tombe à 4 % pour Haddad.
Toutefois, considérant que Haddad est un
illustre inconnu pour la majorité du peuple
brésilien, on ne connaît pas encore le nouveau scénario dans lequel Lula adouberait
son successeur avec le slogan “Lula, c’est
Haddad” », a ajouté la politologue.
« Tant qu’il ne pourra s’exprimer, je
serai la voix et les jambes de Lula », a dit
récemment le colistier de l’ex-prési-
Donetsk la séparatiste enterre
son « président » assassiné
PIERRE AVRIL pavril@lefigaro.fr
N° 1 DE LA MONTRE DE LUXE
D’OCCASION DEPUIS 25 ANS !
A
En campagne pour le Parti des travailleurs à Garanhuns, samedi, dans l’État de Pernambouc (nord-est), le colistier de Lula,
Fernando Haddad, ancien maire de Sao Paulo (deuxième à droite), est pressenti pour le remplacer. AFP
EUROPE ORIENTALE À l’échelle de sa république virtuelle de deux millions d’habitants, Alexandre Zakhartchenko a eu
droit, dimanche, à des funérailles d’homme d’État. Dans la plus parfaite tradition
soviétique, des dizaines de milliers de
personnes, dont de nombreux fonctionnaires « convoqués » par leur administration, ont fait la queue dimanche matin
dans les rues de Donetsk, pour honorer la
dépouille du président de la République
autoproclamée, tué vendredi dans une
explosion, alors qu’il était au restaurant.
Son catafalque a été exposé dans le
grand théâtre de la ville. Au pied du cercueil, son béret bleu de chef militaire,
mort pour la cause de l’indépendance
prorusse. Déposée sur un attelage de canon, sa dépouille a été lentement acheminée le long de la principale artère de
Donetsk, puis conduite au cimetière, où
elle reposera dans « l’Allée des héros ».
Âgé de 42 ans, fils de mineur et électricien, Alexandre Zakhartchenko était le
dernier des représentants historiques des
rebelles du Donbass parvenus au pouvoir
dans la foulée de l’annexion de la Crimée et
des émeutes anti-ukrainiennes déclenchées dans cette région du sud-est du
pays. Il avait lui-même participé à l’assaut
contre l’administration municipale de Donetsk, le 16 avril 2014. Certains de ses prédécesseurs furent exfiltrés de la région par
l’entremise du Kremlin et vivent aujourd’hui à Moscou. Les autres – la majorité –
ont péri sur place de mort violente. Selon
un décompte de l’agence TASS, pas moins
de douze chefs militaires ou responsables
politiques des deux républiques rebelles
(DNR et LNR) ont été victimes d’attentats
depuis le 1er janvier 2015. Les auteurs n’ont
jamais été formellement identifiés.
« Propagande incessante »
Sans surprise, les autorités ukrainiennes
et leurs services secrets ont été accusées
du meurtre. Et ces derniers ont rejeté la
responsabilité sur les ennemis internes de
Zakhartchenko, voire sur ses parrains
russes. Le Kremlin a relayé l’accusation
menant à Kiev, mais sur un mode plus allusif. Le comité d’enquête russe a ouvert
une instruction pour « terrorisme international ». Accusée par les Occidentaux
de porter à bout de bras les deux républiques autoproclamées, Moscou ne les a cependant pas reconnues. Si Vladimir Poutine a adressé ses condoléances, la Russie
n’a envoyé aux funérailles qu’une délégation parlementaire de second rang.
La France et l’Allemagne, les deux marraines occidentales du processus de
Minsk, qui ces derniers mois faisaient miroiter une possible levée des sanctions en
échange d’un effort diplomatique russe,
n’ont fait aucune allusion à sa mort, même
si l’intéressé fut impliqué dans l’accord de
paix du 12 février 2015. « Ce dernier est désormais ramené à zéro », a déclaré le speaker de la Douma, Viatcheslav Volodine
tandis que la diplomatie russe repousse
sine die toute future négociation quadripartite. Pendant ce temps, Kiev se réarme
peu à peu avec l’aide de Washington.
Selon plusieurs témoins, ces atermoiements exaspèrent la population de Donetsk qui vit depuis quatre ans au rythme
de la mobilisation patriotique, sans espoir
durable de paix. Pour leur part, obsédés
par la question de leur légitimité, les leaders de la DNR désespèrent de voir un
jour leur république intégrée à la Russie.
« Même si Zakhartchenko avait indéniablement ses partisans, les gens de Donetsk
étaient totalement indifférents à son sort.
Ils ne veulent pas revenir sous la tutelle de
l’Ukraine, mais ils sont fatigués de la propagande incessante des autorités locales
qui présentent Donetsk comme une jeune
république promise à un avenir radieux. Ils
vivent au jour le jour », témoigne Oleg, un
entrepreneur originaire de la ville.
Zakhartchenko lui-même représente
une victime de plus dans ce conflit qui en
a fait plus de dix mille. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 3 septembre 2018
SOCIÉTÉ
7
Cortège trop bruyant : Estrosi
refuse de célébrer un mariage
ZOOM
Une « artiste » se dénude
au sanctuaire de Lourdes
Comme le maire de Nice, bien des villes cherchent à en finir avec ces débordements.
SÉCURITÉ Un mariage en ville n’est pas
une équipée sauvage. Christian Estrosi,
le maire LR de Nice, a reporté samedi
l’union civile d’un couple qui semblait
l’avoir oublié, malgré la charte de bonne
conduite qu’il avait signée, comme c’est
la pratique depuis 2012 autour de la baie
des Anges, mais aussi dans de nombreuses communes de France.
Le 1er septembre, le cortège nuptial
était parti du quartier Saint-Barthélemy,
dans le nord de Nice. Très vite, ce jourlà, de multiples infractions au Code de la
route sont constatées, avec mise en danger de la vie d’autrui. Des conducteurs
de deux-roues se livrent à un rodéo, devenu une infraction pénale depuis peu.
Les véhicules roulent sur les trottoirs,
bloquent des accès, les passagers sortent
à moitié de l’habitacle des voitures, semant pagaille et consternation. Au premier contrôle de police fusent outrages
et insultes. L’élu de permanence en mairie, informé par la police, rend compte
au premier magistrat de la ville qui
prend la seule décision qui s’impose à ses
yeux : report du mariage à ce lundi.
Une charte pour les mariés
Nice fait face à un problème récurrent
qui s’étend un peu partout en France.
Comme ces cas relevés à Belfort, le
31 mars dernier, mais aussi à Beauvais
(Oise), Charleville-Mézières (Ardennes), Nevers (Nièvre), Nîmes (Gard),
Flers (Orne), Roubaix (Nord), Nanterre
(Hauts-de-Seine), mais aussi SaintÉtienne, Mulhouse, Nantes, Cavaillon…
Conduite dangereuse, bouchons, stationnement
anarchique,
cortèges
bruyants et même coups de feu pour exprimer sa joie, entre deux salves de
« youyous » : ces dernières années,
nombre d’élus ont exprimé leur répro-
ARNAUD DUFRESNE/PHOTOPQR/VOIX DU NORD
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
La Franco-Luxembourgeoise
Déborah De Robertis devra
comparaître devant la justice
en mai pour exhibition sexuelle
après s’être exposée nue à l’entrée
de la grotte de Lourdes.
Vendredi, elle s’y était placée,
mains jointes et tête couverte
d’un voile bleu. Elle a été
interpellée par la police puis
placée en garde à vue.
Évoquant « un acte prémédité,
lié à une démarche prétendument
artistique » et déplorant
« un tel mépris », le sanctuaire de
Lourdes a annoncé porter plainte.
La jeune femme a déjà fait l’objet
de rappels à la loi pour s’être
dénudée au Musée d’Orsay devant
l’Olympia de Manet et L’Origine
du monde de Courbet.
EN BREF
Une boucherie vandalisée
par des militants vegan
La vitrine d’une boucherie
d’Épinay-sur-Orge (Essonne)
a été dégradée samedi et un tag
antispéciste a été retrouvé
sur place. Une enquête a été
ouverte pour « dégradation ».
De multiples infractions au Code de la route sont souvent commises lors de ces défilés (ici dans une ville du nord de la France).
Deux bombes anglaises
neutralisées à Caen
bation face à ces pratiques qui accompagnent des célébrations nuptiales. Des
dérapages souvent filmés par leurs
auteurs et diffusés sur les réseaux sociaux, comme s’il s’agissait d’un
concours.
Dans plusieurs agglomérations, des
riverains et des commerçants ont porté
plainte. En 2011, le maire socialiste de
Forbach (Moselle) avait dû établir une
charte pour les mariés, afin qu’ils s’engagent à respecter certaines règles de
bienséance. Nice en a fait de même l’année suivante, édictant parallèlement un
arrêté pour pouvoir sévir en cas de désordre. Non sans polémique.
Pour le maire, il était clair que les noces à l’hôtel de ville devraient désormais
Deux bombes anglaises
d’environ 213 kg chacune
et datant de la Seconde Guerre
mondiale ont été neutralisées
dimanche dans le centre-ville
de Caen (Calvados).
se dérouler sans cris, ni sifflets, ni « drapeaux notamment étrangers », ni groupe
de musique « folklorique » non autorisé,
sous peine de voir la cérémonie repoussée de 24 heures. Ces comportements
sont « de nature à troubler la tranquillité
pour les riverains et la solennité de l’instant », selon lui. Tandis que son opposant socialiste a aussitôt crié à la « stigmatisation ».
Six ans plus tard, le dispositif est devenu définitif. Il n’a été visé par aucun
recours. Depuis sa mise en œuvre, un
seul couple a refusé de signer la charte,
dans une ville qui célèbre entre 1 300 et
1 500 mariages chaque année. Au final,
beaucoup moins de troubles sont à déplorer. Seulement cinq mariages ont été
reportés suite à l’application de l’arrêté
Estrosi. Mieux : « Plusieurs villes nous ont
saisis pour nous demander de leur fournir
le modèle de charte et d’arrêté niçois »,
assure l’édile.
Il rappelle qu’à chaque incident, « les
autres mariages célébrés le même jour ont
eu à pâtir des retards occasionnés par les
débordements ». Le phénomène des cortèges anarchiques a cependant la vie
dure. À Lille, à Marseille ou dans l’est de
la France, il n’est pas rare de voir des
noceurs sortir de leurs voitures pour improviser des danses. Le périphérique parisien ou l’A13 ont déjà été bloqués volontairement par des cortèges. En 2012,
un véhicule de mariés avait même foncé
dans la grille du château de Versailles. ■
Triple homicide
à l’arme blanche
Un homme âgé de 31 ans,
interpellé sur les lieux du drame,
a tué à l’arme blanche son père,
sa mère et sa sœur. Les faits
se sont produits dimanche près
de Cannes (Alpes-Maritimes),
dans un drame familial dont
les raisons seraient d’ordre
psychiatrique.
L’ennui des enfants,
une activité en vogue
CAROLINE COUPAT £@carolinecoupat
FAMILLE Les activités extrascolaires
confèrent-elles réellement aux enfants
des capacités supérieures à celles de
leurs camarades moins occupés ?
Gwenaëlle Jouannin en doute. Cette institutrice en CM1 et CM2 dans l’Allier a pu
observer que les emplois du temps de
ministres que certains parents imposent
parfois à leur progéniture produisent rarement l’effet escompté. « Certes, il
existe des enfants hyperactifs qui ont besoin d’activités quotidiennes pour se canaliser, mais cela doit concerner 3 % des
élèves. Dans les autres cas, cela donne des
enfants qui font un peu de tout mais rien
de manière suivie et qui sont surtout très
fatigués », regrette-t-elle. Alors, pour
ses propres rejetons de 8 et 11 ans, Gwenaëlle limite les activités : « L’an dernier,
l’un a fait du handball, l’autre du dessin.
Le reste du temps, mes garçons prennent
le temps de se reposer, de jouer, de vivre
leur vie d’enfants ! »
Retour à la simplicité
Suzy Houssiaux, une psychologue lyonnaise, estime que ce temps de repos est
essentiel : « Pour son développement, il
est primordial de donner à l’enfant du
temps pour lui, rappelle-t-elle. Il a besoin
de s’ennuyer, de trouver par lui-même
des moyens de s’occuper, de se prendre en
main. À partir du moment où l’enfant
s’ennuie, il crée. » Justine, maman de
deux enfants, dont une petite fille de
6 printemps, est de cet avis : « Je suis
heureuse de donner à Lison la possibilité
de faire du poney, mais je pense qu’il ne
faut pas lui mettre la pression. Je préfère
lui laisser le loisir de développer son imagination plutôt que de la surcharger d’activités », explique la jeune femme. Les
parents qui choisissent d’alléger le plan-
ning de leurs enfants se montrent aussi
souvent plus disponibles. C’est le cas de
Vanessa, secrétaire dans une école du
Cher et maman de deux petits garçons
de 6 et 8 ans. « On se balade beaucoup en
famille, on part tous ensemble à la découverte de nouveaux lieux, raconte-t-elle.
Je préfère cela plutôt que les conduire à
des activités qu’ils pratiqueront seuls. »
« Passer du temps avec l’enfant est fondamental, confirme Suzy Houssiaux.
Beaucoup de parents pensent s’occuper de
leur enfant en faisant le taxi d’une activité
à l’autre, mais ce n’est pas du temps partagé. Il peut être beaucoup plus profitable
de rester simplement à la maison, le samedi matin, à lire avec son fils ou sa fille.
Cela permet aussi de lui faire comprendre
que la vie, ce n’est pas être constamment
débordé et qu’il faut aussi savoir apprécier les moments moins palpitants. »
Difficile cependant d’appliquer ce
principe quand la pression sociale se fait
forte, concède Inès, une attachée de
presse parisienne. « Je me suis demandé
un temps si je ne devais pas inscrire mon
fils de 3 ans à de multiples activités, comme le font beaucoup de mes proches.»
Inès a finalement choisi de partager un
maximum de moments privilégiés avec
son petit garçon : « Si je danse avec mon
fils, c’est aussi bien qu’un atelier d’éveil
corporel. Et si on pèle ensemble des
concombres, c’est comme un atelier
d’éveil à la cuisine. Je les invente, les activités », sourit la jeune maman.
Un retour à la simplicité d’autant plus
salutaire que cette superposition d’activités peut avoir des effets néfastes. « Une
des conséquences possibles, pour ces enfants, peut aussi être une difficulté à développer une intelligence émotionnelle »,
met en garde Suzy Houssiaux. La psychologue conseille donc plutôt d’opter
pour un nombre restreint d’activités,
mais pratiquées dans la durée. ■
A
Après l’école, de plus en plus de parents
choisissent de laisser du temps libre à leurs petits.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Blanquer veut des profs plus performants
Établissements évalués, part de variable dans les salaires : un vent de libéralisme souffle sur la rentrée scolaire.
CAROLINE BEYER £@BeyerCaroline
ET MARIE-ESTELLE PECH £@MariestellPech
ÉDUCATION Pragmatique, mais avant
tout libéral. À l’occasion de sa première
vraie rentrée - celle de 2017-2018 avait
été orchestrée par le gouvernement Hollande -, le ministre de l’Éducation a donné toute la mesure de son ambition pour
l’école et ses professeurs. Évaluation du
système, autonomie des chefs d’établissement, contrats d’objectifs, introduction d’une part de variable dans le salaire
des enseignants de l’éducation prioritaire renforcée… Les réformes annoncées, à
court et moyen terme, promettent de secouer le mammouth - « pachyderme
préhistorique », préfère-t-il dire…
L’heure de la modernisation des ressources humaines, du management et de
l’obligation de résultat est-elle venue
pour le 1,2 million de personnels du paquebot Éducation nationale ? Comme il
l’a écrit dans ses nombreux ouvrages sur
l’école, Jean-Michel Blanquer rêve d’un
système fait de souplesse, où l’évaluation
des élèves, des enseignants et des établissements aura toute sa place.
« La douche froide nous arrive toujours
de l’extérieur », a lancé le ministre, lors
de la conférence de presse de rentrée, en
référence aux classements internationaux Pisa, qui viennent tous les trois ans
accabler la France. Dès le premier semestre 2019, une instance d’évaluation
du système sera créée, a-t-il annoncé.
C’est d’ailleurs une promesse d’Emmanuel Macron. Pendant sa campagne, il
s’était aussi prononcé en faveur d’un recrutement par les chefs d’établissement.
Au-delà de ses convictions, le ministre
de l’Éducation applique donc la ligne
fixée par le chef de l’État. Lequel entend
moderniser la fonction publique dans
son ensemble. Et l’Éducation nationale
n’y fera pas exception, y compris en termes de suppressions de postes.
Quel est le programme concret pour
les enseignants ? Ils devront mener des
A
Les syndicats rejettent le
pilotage par les résultats
SUR LES PHOTOS estivales officielles, le ministre de l’Éducation
fait du kayak, du paddle ou de l’escalade… Parmi ses interviews de
rentrée, il a donné la primeur à Paris Match, où il s’affiche sur une
planche à voile, lors d’une visite
ministérielle à Vouglans, dans le
Jura. Si Jean-Michel Blanquer
soigne son image auprès de l’opinion, il fait moins de cas du dialogue social.
« Nous ne pouvons plus négocier
sur la base de dossiers de presse ! »
s’insurge Jean-Rémi Girard, président du Snalc, qui décrit « un calendrier politique très contraint ».
Classé à droite, le syndicat d’enseignants soutient très largement la
révision des programmes scolaires
de Blanquer, qui sonne le retour
aux fondamentaux, l’attachement
à la grammaire, l’enterrement du
« prédicat »… Mais il ne suit pas le
ministre sur l’autonomie qui pourrait être donnée aux chefs d’établissement pour recruter ses enseignants. « Ce serait une rupture
d’égalité ! Dans l’Éducation nationale, les personnels partent sur la
même ligne de départ. Ils ne sont pas
jugés sur leurs relations ni leur carnet d’adresses », assène Jean-Rémi
Girard. Il rejette tout aussi catégoriquement l’instance d’évaluation
du système scolaire annoncée par
Blanquer pour le premier trimestre
2019 : « Une instance indépendante,
ça n’existe pas ! Je rappelle que nous
avons le Cnesco, mis en place sous
Peillon, qui n’est autre que le Conseil
national d’évaluation du système
scolaire ! »
En cette rentrée, les organisations syndicales ont donc vertement réagi au ton libéral du ministre. « Nos collègues ont suivi cet été
l’affaire Benalla. Elle est venue
prouver qu’il faut maintenir les
fonctionnaires sous statut », attaque Frédérique Rolet, secrétaire
générale du Snes, syndicat majoritaire du second degré, qui dénonce
à la fois l’annonce d’un « profilage » des postes d’enseignants, la
part de modulable introduite dans
la « prime Rep + » (dans l’éducation prioritaire renforcée) et le recours croissant aux contractuels.
évaluations nationales des élèves. Lancées l’an dernier en CP et en 6e, elles seront étendues cette année aux classes de
CE1 et seconde. Comment seront-elles
utilisées ? Les résultats des évaluations
menées en 2017-2018 en 6e, publiés le
29 août, font apparaître d’importants
écarts entre les académies mais aussi entre des établissements de même profil
“
Un pays qui va bien
est un pays qui aime
ses professeurs
JEAN-MICHEL BLANQUER
Jean-Michel Blanquer
lors de sa conférence
de presse de rentrée,
mercredi, au ministère
de l’Éducation
nationale.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
« Risque de formatage »
Le syndicat observe aussi que la
rentrée 2018 verra le nombre de
professeurs stagiaires diminuer de
2 600 par rapport à l’an dernier,
alors que les collèges et les lycées
accueilleront 26 000 élèves supplémentaires. Il s’inquiète enfin
des annonces, fin août, du premier
ministre : la suppression de 4 500
emplois dans la fonction publique
et une Éducation nationale qui,
cette fois, ne sera pas épargnée les 3 300 créations de postes
concerneront la justice et la police.
Quant à la culture de l’évaluation, promise par le ministre, et le
pilotage par les résultats des élèves, les syndicats y sont farouchement opposés. « Risque de formatage », dénonce l’Unsa.
On l’aura compris, les rapports
du ministre Blanquer avec les partenaires sociaux ne sont pas au
beau fixe. Quant à la communauté
« pédagogiste », elle est plus active
que jamais sur les réseaux sociaux.
En cette rentrée, Philippe Meirieu
- le père, dans les années 1990, des
IUFM - publie un ouvrage virulent :
dans La Riposte, il critique l’action
du ministre et défend notamment
l’importance du « plaisir » dans les
apprentissages. ■
C. B.
”
sociologique. Pourraient-elles être utilisées dans l’évaluation des enseignants ?
Le ministre, qui évoque la mise en place
de contrats d’objectifs, a annoncé qu’il
allait ouvrir cette année une réflexion sur
l’évaluation des établissements. Une idée
qui fait l’unanimité syndicale contre elle,
y compris chez les organisations qui sou-
La Cour des comptes
recommande de fonder
le système des
mutations sur une
meilleure adéquation
entre le profil
des enseignants et
les exigences du poste.
GILLES BASSIGNAC/
DIVERGENCE
tiennent largement les programmes scolaires réécrits par Blanquer et le fameux
retour aux fondamentaux. Les enseignants dénoncent les effets pervers
d’une telle politique.
Jean-Michel Blanquer entend aussi
donner davantage de marge de manœuvre aux chefs d’établissement, en
leur permettant de recruter certains enseignants sur des « postes à profil ». À en
croire le ministre, 1 % à 10 % des enseignants pourraient être concernées à terme. Une liberté en trompe l’œil, cependant. Car aujourd’hui, le directeur
d’école ou le chef d’établissement ne
peut pas choisir son équipe, même pour
les nombreux postes à profil déjà existants. La décision est prise au niveau ministériel ou rectoral et pour le premier
degré, au niveau de l’inspection, la direction de l’établissement ou de l’école
n’étant pas sollicitée ! « La seule expérimentation donnant aux chefs d’établissement une véritable responsabilité en matière de recrutement » est intervenue
dans le cadre du programme d’éducation
prioritaire Éclair, mis en place en 2011.
Elle a été abandonnée en 2012… JeanMichel Blanquer entend-il réellement
réamorcer cette expérience innovante ?
La Rue de Grenelle mise aussi sur la
performance des enseignants et n’est pas
opposée à l’introduction d’une part de
variable dans leurs rémunérations. C’est
en tout cas le projet pour la prime de
1 000 euros supplémentaire, qui sera
versée cette année aux professeurs de
l’éducation prioritaire renforcée. Un sujet qui hérisse là aussi le monde enseignant. « Un pays qui va bien est un pays
qui aime ses professeurs […]. Je serai attentif, dans les mois et les années qui viennent, à la condition des enseignants », a
martelé Jean-Michel Blanquer, lors de sa
conférence de rentrée. « Il n’y a pas
d’amour. Il n’y a que des preuves
d’amour », rétorque de son côté JeanRémi Girard, le président du Syndicat
national des lycées et collèges, plutôt favorable au ministre. ■
Recrutement au profil : l’évolution
laborieuse de l’Éducation nationale
LA MULTIPLICATION des « postes
à profil » dans l’Éducation nationale
est présentée par le ministère comme une innovation d’importance.
Car ces postes échapperont « à l’affectation aveugle de la machine »,
affirme Jean-Michel Blanquer.
Aujourd’hui, les affectations des
professeurs sont régies selon un barème de points qui prend en compte
l’ancienneté et la situation familiale
du professeur. Les fonctions sont le
plus souvent considérées comme
équivalentes et les enseignants tous
jugés également qualifiés.
« Nous voulons donner un peu
d’air au système, permettre aux enseignants qui le souhaitent de suivre
des parcours plus singuliers. Et qu’on
ne caricature plus l’Éducation nationale en pachyderme préhistorique »,
a expliqué Jean-Michel Blanquer,
qui entend relancer ce mécanisme,
lequel pourrait concerner entre « 1
et 10 % » des recrutements. Il répond en cela aux injonctions de la
Cour des comptes qui, dans ses rapports, recommande de fonder le
système des mutations sur une
meilleure adéquation entre les exigences du poste et le profil des enseignants. « L’utilisation des postes
à profil reste soumise à une logique
d’ensemble restrictive. Si leur accroissement est réel depuis 2011, elle
est d’une ampleur insuffisante pour
modifier les conditions de l’allocation
des enseignants aux postes », écrivait-elle en 2017.
Rien de révolutionnaire
Reste qu’un poste à profil aujourd’hui, c’est le plus souvent un poste
de professeur dans un lycée français de l’étranger, dans une classe
préparatoire, dans une classe pour
enfants handicapés ou dans une
zone d’éducation prioritaire. Rien
de révolutionnaire là-dedans sur
un plan pédagogique ou administratif. Plus innovante, une expérience avait été testée en 2011, à
l’époque de Nicolas Sarkozy, dans
400 établissements de quartiers défavorisés. Les « postes à profil »
permettaient d’affecter des professeurs en prenant réellement en
compte l’avis du chef d’établissement, après un entretien.
Ainsi le collège de La Belle-deMai, à Marseille, recherchait un
professeur qui « souhaitait s’engager dans l’éducation prioritaire »,
désireux de s’occuper d’élèves en
« grande difficulté scolaire ». Ailleurs, une enseignante spécialisée
avait été recrutée pour faciliter le
passage entre l’école primaire et la
sixième. Les volontaires étaient reçus par les chefs d’établissement
qui émettaient un « avis » après un
entretien de recrutement. Malgré
une prime et des décharges horaires
importantes, les postes n’avaient
pas tous trouvé preneur, notamment en banlieue parisienne.
Ce sont des titulaires des zones
de remplacement, des contractuels
ou des professeurs stagiaires qui
avaient parfois été appelés pour
combler les places. Mais beaucoup
de chefs d’établissement avaient
aussi apprécié cette liberté. Comme
cette principale adjointe d’un collège de Douai qui affirmait que « l’entretien permettait de discuter avec
les enseignants et de voir lequel était
à même de s’impliquer le mieux dans
notre projet ». En 2012, avec l’arrivée de François Hollande au pouvoir, les syndicats hostiles à ce projet qui remettait en question le
sacro-saint système de points
avaient réussi à le tuer dans l’œuf.
« Cette disposition n’a pas été reconduite à partir de 2012 et aucun véritable bilan n’en a été fait », regrettait l’an dernier la Cour des
comptes. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 3 septembre 2018
SANTÉ
9
DOSSIER
PSYCHO
La faculté
de médecine
de Lille suspend
son diplôme
d’homéopathie
CE QUE TOUT MYOPE
DOIT SAVOIR PAGE 10
LA BIENVEILLANCE,
UNE PRISE DE RISQUE
PAGE 12
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Pratiquer une activité physique d’intensité modérée pendant 30 minutes et 5 fois par semaine, c’est réduire son risque d’infarctus du myocarde ou d’accident vasculaire.
Existe-t-il une recette
pour rester en bonne santé ?
L’activité physique et la lutte contre la sédentarité sont des éléments fondamentaux
pour réduire de nombreux risques de maladies.
ANNE PRIGENT
FORME La rentrée est, avec le mois
de janvier, la période de l’année où les
magazines distillent leurs conseils pour
vous aider à prendre de bonnes résolutions. Le Figaro Santé se prête aussi à
l’exercice et s’interroge sur les mesures
à adopter pour rester en bonne santé le
plus longtemps possible. Nos fonctions
physiologiques commencent à décliner
très tôt, vers 25-30 ans, et l’infléchissement s’accélère entre 60 et 70 ans, faisant le lit des maladies. « Jusqu’à cet
âge, on ne se sent pas en mauvaise santé
et, le plus souvent, on ne fait pas beaucoup d’efforts pour la conserver. Or nous
devons aujourd’hui comprendre que
nous allons vivre cent ans et que nous
avons tout intérêt à essayer de le faire en
meilleur état de santé possible », explique le professeur Olivier Guérin, chef
du pôle gérontologie au CHU de Nice.
Car même lorsque nous nous sentons
en forme, nos réserves physiologiques
s’amenuisent, nous devenons plus fragiles, nous récupérons moins bien et le
moindre stress (maladie, deuil, chute…) peut alors nous faire basculer de
l’état de personne en bonne santé à celui de malade dépendant.
Pour les gériatres, l’objectif est de
pouvoir rester autonome le plus longtemps possible. Ce qui signifie préserver les fonctions essentielles comme la
capacité de se déplacer, se nourrir,
s’habiller… « Or aujourd’hui à 65 ans,
l’espérance de vie est de vingt ans en
moyenne, dont dix en bonne santé et dix
en situation de handicap ou de déficit »,
rappelle le professeur Patrick Berche,
à l’origine du premier Centre de recherche sur la longévité, à l’Institut
Pasteur de Lille (lire ci-dessous). Cette
situation n’est pourtant pas inéluctable. À condition de l’anticiper, le plus
tôt possible. « Le capital santé s’entretient dès le plus jeune âge et tout au long
de la vie », insiste le professeur Guérin. Comment ? La recette est complexe. Mais les ingrédients, multiples sont
connus : ne pas fumer, ne pas (trop)
boire d’alcool, manger équilibré en
privilégiant un régime de type méditerranéen, surveiller sa pression artérielle, son tour de taille, son taux de
sucre dans le sang, son cholestérol,
participer aux dépistages organisés
des cancers, évaluer sa vue et son
audition…
“
Quel que soit votre âge,
vous devez pouvoir
monter quatre étages
d’un bon pas, sans être
anormalement essoufflé.
C’est-à-dire en pouvant
continuer à parler
”
PR FRANÇOIS CARRÉ, CARDIOLOGUE ET
MÉDECIN DU SPORT AU CHU DE RENNES
Mais pour ce numéro de rentrée, période des bonnes résolutions, Le Figaro
a choisi deux composants à privilégier :
la lutte contre la sédentarité et la pratique régulière d’une activité physique et
sportive. Pratiquer une activité physi-
que d’intensité modérée (marche soutenue, vélo, natation…), pendant trente
minutes et cinq fois par semaine, c’est
réduire son risque d’infarctus du myocarde, d’accident vasculaire, de diabète, de cancer du côlon et du sein ou encore de maladie d’Alzheimer. Les effets
de l’activité physique pour prévenir les
maladies chroniques seraient notamment liés à une action anti-inflammatoire. « En effet, l’inflammation chronique et le stress oxydatif font le lit des
maladies chroniques, comme l’athérosclérose. Inflammation qui augmente
avec une alimentation déséquilibrée, le
tabac, l’alcool, les drogues, mais aussi le
stress, le manque de sommeil et d’activité physique », explique le professeur
François Carré, cardiologue et médecin
du sport au CHU de Rennes.
Mais attention, pour avoir une action
positive sur la santé, l’exercice doit
être régulier. Les deux heures passées
sur un vélo ou à la piscine le week-end
ne compenseront pas l’inactivité de la
semaine. En effet, non seulement nous
ne bougeons pas assez, mais un nouveau danger nous guette : la sédentarité. Notre temps passé devant les écrans
ne cesse de croître : depuis 2006, il est
passé de 3 h 20 à 5 h 07 en moyenne,
soit une augmentation de 53 %. Or,
rester assis ou allongé est dangereux
pour la santé. « Aujourd’hui, les AngloSaxons disent “sitting is the new smoking”, la sédentarité est le nouveau tabac. Ne pas bouger tue aussi », martèle
le professeur François Carré. C’est
pourquoi le spécialiste estime
qu’aujourd’hui, plutôt que de doser le
taux de cholestérol nous ferions mieux
de mesurer la capacité physique.
« Quel que soit votre âge, vous devez
pouvoir monter quatre étages d’un bon
pas, sans être anormalement essoufflé.
C’est-à-dire en pouvant continuer à
parler », explique le cardiologue. Si ce
n’est pas le cas, vous pouvez avoir une
pathologie non diagnostiquée ou, plus
sûrement, manquer sérieusement
d’entraînement. Il est alors temps de se
remettre à bouger. Et si la perspective
de faire trente minutes de marche par
jour vous affole, pas de panique. C’est
le premier pas qui compte. « Mais quel
que soit l’âge, il y a toujours un bénéfice
à récupérer de la capacité physique »,
conclut François Carré. ■
UNIVERSITÉ La tribune des 124 médecins et professionnels de santé publiée
en mars dans Le Figaro contre les médecines alternatives et l’homéopathie a provoqué cette semaine une conséquence
inattendue : la faculté de médecine de Lille
a suspendu son diplôme d’homéopathie
pour l’année universitaire 2018-2019.
« La faculté de médecine de Lille décide
de suspendre son diplôme d’université
d’homéopathie pour l’année universitaire
débutante dans l’attente de la position de
la HAS et d’échanges nationaux sur l’encadrement de cette pratique et de son enseignement », peut-on lire sur le compte
Twitter de la faculté de médecine de Lille. Il
s’agit d’une position prise « dans le cadre
d’une réflexion scientifique et pédagogique », a indiqué à l’AFP le doyen de cette
faculté, Didier Gosset.
« Force est de constater que nous enseignons une médecine fondée sur les
preuves - on tient à une rigueur scientifique, absolue -, et force est de constater
qu’en parallèle l’homéopathie n’a pas évolué, que c’est une doctrine qui est restée
en marge du mouvement scientifique, que
les études sont rares sur l’homéopathie,
qu’elles sont peu solides. Maintenir notre
enseignement serait le cautionner », a-t-il
affirmé.
Le débat sur l’utilité de l’homéopathie a
ressurgi avec vigueur en France, numéro
un mondial des préparations homéopathiques, depuis la publication mi-mars dans
nos colonnes d’une tribune au vitriol d’une
centaine de médecins opposés à cette
pratique et réclamant l’arrêt de sa prise en
charge partielle par l’Assurance-maladie.
Cette tribune attaquait les « médecines
alternatives », dont l’homéopathie, pratiquées selon les signataires « par des charlatans en tout genre qui recherchent la
caution morale du titre de médecin pour
faire la promotion de fausses thérapies à
l’efficacité illusoire ».
Des médecins favorables à l’homéopathie ont répliqué en portant plainte devant
le Conseil de l’ordre des médecins contre
les signataires. Des dizaines de procédures
sont actuellement en cours.
À la suite de cette polémique, le ministère de la Santé a saisi la Haute Autorité
de santé pour évaluer l’efficacité de l’homéopathie et le bien-fondé de son remboursement et attend son avis d’ici fin
février. Contrairement aux autres médicaments, les produits homéopathiques
disposent d’une dérogation qui les dispense de faire la preuve scientifique de leur
efficacité.
(AVEC AFP)
+
SUR LE WEB
» Les régimes pauvres
en glucides sont dangereux
pour la santé
» L’Angleterre veut interdire
la vente de boissons
énergisantes aux enfants
» L’alcool et le tabac
endommagent les artères
dès l’adolescence
À Pasteur Lille, un bilan complet pour dépister la fragilité
DEPUIS quelques mois, l’Institut Pasteur de Lille expérimente un parcours
longévité. Un bilan, très complet, le
temps d’une demi-journée a pour but
d’évaluer l’âge physiologique, de le
comparer l’âge réel et de dépister les
personnes « fragiles », c’est-à-dire
celles qui pourraient glisser rapidement vers un handicap, suite à une
maladie par exemple.
À qui s’adresse ce bilan ? « Toute
personne qui souhaite mettre en place, à
partir de 45 ans, ce que j’appelle un
vieillissement actif est potentiellement
concernée. Mais pour le moment, nous
sommes en période d’expérimentation et
nous avons surtout vu des aidants de
personnes atteintes de la maladie
d’Alzheimer et principalement des retraités », explique le professeur Éric
Boulanger, directeur médical du Centre prévention santé longévité (CPSL)
de l’Institut Pasteur de Lille.
La santé physique
et cognitive au crible
L’examen proposé par le centre passe la
santé physique et cognitive au crible.
Ainsi outre une analyse de sang et un
auto-questionnaire, le bilan comprend
une recherche d’éventuels problèmes
auditifs et visuels « Nous faisons un bilan
de l’audition mais dans le bruit afin de
dépister les presbyacousies débutantes.
Et pour la vision nous recherchons une
DMLA, la cataracte, le glaucome et la rétinopathie du diabétique », explique le
professeur Éric Boulanger. Le bilan
neuropsychologique teste la mémoire,
la fluence verbale, mais aussi l’humeur
et l’anxiété. Au niveau cardiovasculaire,
le centre évalue des paramètres encore
du domaine de la recherche. Il mesure
ainsi la rigidité artérielle, un facteur de
risque émergent, responsable d’insuffisance cardiaque. Il évalue également la
glycation de la peau : reflet du vieillissement des tissus, elle pourrait devenir un
indicateur de risque cardiovasculaire.
À la fin de la journée, les résultats
sont restitués et expliqués. « Lorsque
nous dépistons une maladie, nous orientons vers les spécialistes concernés. Sinon, nous allons proposer des coachings
pour l’activité physique, la nutrition, ou
encore le stress et l’anxiété », précise le
professeur Éric Boulanger. Si les financements le permettent, le spécialiste
souhaite pouvoir mettre en place un
suivi pendant plusieurs semaines, puis
un nouveau bilan au bout de dix-huit
mois, afin d’évaluer l’impact des messages délivrés et des coachings. Mais
une chose est d’ores et déjà certaine, ce
parcours est loin d’être inutile. Sur
46 bilans réalisés, une seule personne
est repartie sans aucune recommandation pour améliorer sa santé. ■
A. P.
A
V. KEY/VICU9/STOCK.ADOBE.COM
lefigaro.fr/santé
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lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
10
DOSSIER SANTÉ
Ce que tout myope doit savoir
On compte deux fois plus de myopes
qu’il y a quarante ans. Or ce trouble visuel
expose à des complications peu connues
des principaux intéressés.
Des rayons lumineux qui convergent trop tôt
PRINCIPE DE LA MYOPIE AXIALE
Image
cette opacité empêche une partie de la
lumière de parvenir jusqu’à leur rétine
et dévie la trajectoire des rayons lumiVUE D’ici à 2050, la moitié de la po- neux qui focalisent encore plus en avant
de la rétine, d’où une aggravation de la
pulation mondiale devrait être atteinte
2
myopie. Il n’y a pas d’autre choix que
de myopie, ce qui représente cinq mild’opérer. Mais dans ce cas, c’est un mal
liards de myopes. Parmi eux, un milL’œil est trop long, il fait trop converger
pour un bien puisque l’ophtalmologiste
liard devrait avoir une forte myopie
les rayons lumineux. L’image de l’objet
va remplacer leur cristallin devenu opa(nécessitant une correction d’au moins
se forme avant la rétine et apparaît
que par un implant correcteur, leur persix dioptries), réputée la plus à risque
floue au niveau de celle-ci.
mettant de retrouver une vision quasi
pour ce qui est des complications ocunormale sans aucune correction (ni lulaires. Or les myopes n’en sont pas
nette, ni lentille) ou avec une correction
toujours informés ! « L’existence de
minime pour la vision de loin après l’infortes myopies n’est pas un phénomène
tervention. La pose d’un implant multinouveau, fait remarquer le Dr Laurent
focal (qui corrige de près comme de loin)
Benzacken, chef du service d’ophtaln’a rien de systématique chez les myomologie à l’hôpital Robert-Ballanger
pes, car ces implants peuvent altérer un
(Aulnay-sous-Bois). La trace d’écrits
peu la vision des contrastes et donc gêanciens de très petite taille a été retrouner la vision dans la pénombre et/ou favée, avec un paragraphe entier tenant
voriser la perception de halos gênants.
dans une pièce de monnaie ! Pour parveL’ophtalmologiste peut donc proposer la
nir à écrire si petit, il fallait être doté
Illustration : Olivier Cailleau
“technique de la bascule” (ou “monovid’une myopie si forte qu’aujourd’hui
sion”), qui consiste à corriger l’œil doaucun humain n’en serait capable. »
minant par un implant permettant de
S’il y a eu quelques myopies excepretrouver une bonne vision intermédiaitionnelles dans le passé, ce qui change
re et une vision de loin correcte tandis
aujourd’hui, c’est véritablement l’exque l’œil dominé est corrigé par un implosion de myopies petites, moyennes
plant permettant de lire parfaitement de
ou fortes. Si elles posaient juste le proprès. C’est le cerveau qui fait ensuite le
blème de leur correction par lunettes,
tri entre les images
nettes et floues
LES COMPLICATIONS de la myopie
Les myopes devraient tous bénéficier qu’il reçoit des
autres que la cataracte sont plus sourdeux yeux, ce qui
noises et plus dangereuses. « Les
d’un suivi ophtalmologique tout
permet de bien voir
contraintes exercées par un œil trop
au long de leur vie. Avoir bénéficié
de près comme de
long sur les structures internes de l’œil,
d’une chirurgie réfractive de la myopie,
loin. Les deux yeux
ainsi que le grossissement du cristallin
peuvent être opéen cas de cataracte, peuvent favoriser la
qui consiste à remodeler la cornée
rés à une semaine
survenue d’un glaucome chronique,
pour bien voir sans lunettes ni lentilles,
d’intervalle si belongtemps silencieux », insiste le Dr
n’exonère en rien de cette surveillance
soin (pas en même
Damien Gatinel (Fondation Rothstemps)
»,
explique
child,
Paris).
DR DAMIEN GATINEL, FONDATION ROTHSCHILD (PARIS)
le Dr Benzacken.
En effet, le globe oculaire est une
coque inextensible dans laquelle est
Ces cataractes
lentilles ou chirurgie réfractive, ce ne
sécrété en permanence un liquide
précoces tombent souvent très mal serait pas si grave. Mais ces myopies
normalement évacué via un canal. En
chez des personnes encore en activité
s’accompagnent d’un risque accru de
cas d’obstacle ou de modification ana-, mais, en permettant de retrouver
complications : cataracte précoce,
tomique, le liquide reste à l’intérieur
une bonne vision, elles offrent une
glaucome chronique, décollement de la
de l’œil et la pression augmente, com« deuxième vie » au myope opéré ! Seul
rétine, etc. « Être myope, c’est avoir un
primant les fibres du nerf optique, qui
bémol : cette lune de miel visuelle est
œil trop long, précise le Dr Damien Gapeuvent également être distendues
parfois entachée ponctuellement par la
par l’élongation de l’œil myope. Lorstinel, chef du service d’ophtalmologie
fibrose du sac cristallinien (cataracte
qu’une baisse de la vision apparaît, le
de la Fondation Rothschild (Paris). Ce
secondaire). Il n’y a pas besoin de nounerf optique est déjà bien endommagé
qui peut favoriser une traction sur les
velle opération : une simple séance de
et ce qui a été perdu ne pourra être
structures internes de l’œil, les fragiliser
laser suffit. Lorsque la seule complicarécupéré.
et favoriser ces différents problèmes. Et
tion de la myopie est une cataracte
Des collyres voire une chirurgie
ce risque est d’autant plus grand que la
précoce, ce n’est donc pas si grave. Le
mini-invasive (pour permettre au
myopie est forte (et donc que l’œil est
vrai problème, ce sont toutes les autres
trop-plein de liquide de s’évacuer)
long) et/ou qu’elle continue de progrescomplications qui mettent en jeu le
peuvent résoudre le problème, mais
ser à l’âge adulte sans se stabiliser. Pour
pronostic visuel. ■
toutes ces raisons, les myopes devraient
tous bénéficier d’un suivi ophtalmologique tout au long de leur vie. Attention, le
fait d’avoir bénéficié d’une chirurgie réfractive de la myopie, qui consiste à remodeler la cornée pour bien voir sans lunettes ni lentilles, n’exonère en rien de
cette surveillance car la longueur de l’œil
n’a pas changé et donc, les complications qui vont avec, non plus. »
Tous les myopes ne vont pas faire
toutes les complications. Le risque
d’être victime d’une cataracte précoce
est néanmoins assez important. Dans ce
cas, la lentille naturelle située à l’intérieur de l’œil (cristallin) devient opaque : la vue baisse, la sensibilité aux lumières vives augmente, la perception
des couleurs se modifie. Si les retraités
s’attendent un jour à vivre cette éventualité, les quinquagénaires, les quadras
et les trentenaires, beaucoup moins !
« C’est pourtant ce qui guette bon
nombre de myopes, souvent atteints des
deux yeux en même temps. Comme le
noyau de leur cristallin devient opaque Les lunettes permettent de corriger la myopie, mais celle-ci s’accompagne parfois
d’où le nom de “cataracte nucléaire” de complications : cataracte précoce, glaucome, décollement de la rétine. SHUTTERSTOCK
1 Vision normale
Les rayons lumineux passent à travers la pupille et l’iris qui font office
de diaphragme. Ils passent ensuite à travers la cornée et le cristallin qui
les concentrent jusqu’à la rétine, où se forme l’image transmise au
cerveau par le nerf optique.
NATHALIE SZAPIRO-MANOUKIAN
Pupille
Image
L’image se forme
à l’avant de la rétine
Cornée
Cristallin
Image
3 Myopie corrigée
Une lentille divergente placée devant l’œil modifie
le trajet des rayons lumineux pour qu’ils convergent
plus loin, juste au niveau de la rétine.
L’image redevient nette.
Infographie
D’autres complications,
plus rares et plus graves
«
»
encore faut-il savoir que les fibres du
nerf optique sont en danger. « Et c’est
tout le problème chez le myope, poursuit le Dr Gatinel. En effet, les chiffres
retrouvés lors de la prise de la tension
oculaire ne reflètent pas toujours l’existence et l’importance d’un glaucome.
C’est encore pire après une chirurgie
réfractive, où les risques d’erreur de
mesure sont encore plus grands. C’est
pourquoi la surveillance ne doit pas seulement porter sur la tension, mais aussi
sur la réalisation régulière de champs
visuels et sur la surveillance de la papille
du nerf optique au fond d’œil. »
Prendre garde
dès les premiers signes
Un œil trop long peut aussi tirer sur la
rétine et provoquer des déchirures,
voire un décollement de la rétine,
c’est-à-dire une perte d’adhérence
entre la rétine et le corps vitré (gel visqueux occupant l’espace derrière le
cristallin). Même s’il n’y a que 7 % à
8 % de myopes concernés par ce type
de complication, sa gravité potentielle
justifie d’en connaître les symptômes.
La perception d’éclairs lumineux
bleutés, dont la position est fixe dans la
périphérie du champ visuel, est souvent le premier signe. La rétine peut
saigner, ce qui se traduit par la perception d’une pluie de gouttelettes
noires qui semblent surgir de nulle
part. Et si la rétine se décolle vraiment,
alors apparaît un voile noir opaque qui
s’agrandit et finit par recouvrir tout le
champ visuel de l’œil concerné.
« Au stade de déchirure, il est encore possible d’intervenir par laser. Mais
au stade de décollement, il n’y a pas
d’autre choix que de se faire opérer
par un ophtalmologiste rétinologue,
qui va réaliser une photocoagulation », poursuit le Dr Laurent Benzacken (hôpital Robert-Ballanger,
Aulnay-sous-Bois).
Bonne nouvelle pour les femmes
enceintes et myopes, toutefois :
« Alors que l’on pensait autrefois qu’elles devaient accoucher par césarienne
pour éviter que le travail ne favorise un
décollement de rétine, les études ont
montré que ce n’était pas utile », rassure le Dr Gatinel. ■
A
« C’est ma façon de dormir qui pose problème ! »
MARIE VALERAY, 24 ans, ingénieure en
environnement, est myope depuis l’âge
de 6 ans. « Ayant une forte myopie (- 7
dioptries) et un peu astigmate, j’alterne
entre lunettes et lentilles selon mon activité.
Mais contrairement à ma mère qui est encore plus myope que moi (- 8 dioptries), ma
myopie n’arrive pas à se stabiliser comme
c’est le cas de la plupart des myopes après
18 ans. Gênée par cette aggravation (surtout au niveau de l’œil droit, le plus difficile
à corriger) et ennuyée pour conduire de
nuit en raison de halos colorés qui apparaissent dès que je croise un autre véhicule,
tous feux allumés, j’ai passé de nouveaux
examens. Fin 2015, on m’a ainsi diagnostiqué un kératocône. Je n’en avais jamais entendu parler auparavant et c’est pourquoi
j’encourage toute personne sujette aux halos de nuit à en parler à leur médecin. »
« C’est aussi à cette occasion que l’ophtalmologiste m’a expliqué qu’un appui sur
la cornée pouvait être responsable. Nous
avons d’abord pensé à une trop forte pression exercée lors du frottement des yeux,
mais mon kératocône a continué d’évoluer
à droite alors que je faisais très attention.
Après enquête, c’est finalement ma façon
de dormir qui semble être le problème : en
effet, je dors sur le ventre, en m’appuyant
sur le bras droit, ce qui exerce une pression
sur ma cornée ! Je dois donc prochainement
faire un essai avec une coque protectrice
sur l’œil. J’ai bien sûr alerté mon entourage
sur ce danger que peu connaissent. »
Pour Mathilde Lyon, 53 ans, myope et
travaillant sur ordinateur, la complication a pris une autre forme : « Alors que
ma myopie est parfaitement stable depuis
trente-cinq ans, mes lentilles ne m’ont
soudainement plus suffi. Quand j’ai enfin
vu l’ophtalmologiste après six mois d’at-
Rétine
Iris
Myopie
tente, j’ai appris que je n’avais plus qu’un
dixième à l’œil gauche et une cataracte
très avancée aux deux yeux. J’ai été fort
surprise car pour moi, la cataracte, ce
n’était pas avant 70 ans et je n’avais jamais
entendu parler de cette prédisposition des
myopes à cette complication ! Rapidement
opérée de chaque œil à huit jours d’intervalle, j’ai pu apprécier le changement :
après l’opération et grâce à l’implant mis à
la place du cristallin, j’ai retrouvé une bonne vision sans correction. Pour moi qui
portais des lentilles depuis mes 17 ans, c’est
magique de bien voir dès le réveil. » ■
2050
D’ici à cette date,
la moitié de la population
mondiale devrait
être atteinte de myopie,
ce qui représente
cinq milliards d’individus.
ORIGINE DU
KÉRATOCÔNE
Un kératocône
est une déformation
et un amincissement
de la membrane superficielle
de l’œil (cornée), à l’origine
d’une myopie évolutive.
Or, le Dr Damien Gatinel
(Fondation Rothschild, Paris)
pense avoir récemment
découvert la cause de cette
affection (https://
defeatkeratoconus.com).
« Même s’il peut y avoir
une part héréditaire, c’est
le fait de se frotter les yeux
qui est en cause, surtout
quand le frottement
est vigoureux et réalisé
avec les phalanges plutôt
qu’avec la pulpe des doigts.
L’architecture du tissu
cornéen serait alors menacée
par les contraintes exercées
sur ce tissu lors
d’un frottement des yeux
énergique. Certaines périodes
de la journée y sont plus
propices comme le matin
au réveil ou après une séance
prolongée sur ordinateur
ou après avoir retiré ses
lentilles ou son maquillage.
Comme le geste est machinal,
il faut que l’entourage donne
l’alerte et passe ce message
que se frotter les yeux peut
être dangereux », insiste
le Dr Gatinel. « En cas
de kératocône, il y a moyen
de corriger les troubles visuels
induits - par le port de lentilles
spéciales, le laser,
des anneaux intra-cornéens,
de la vitamine B12 associée
à des UVA pour rigidifier
la cornée - mais ce n’est pas
toujours suffisant.
Une greffe de cornée peut
alors s’envisager en dernier
recours », précise
le Dr Laurent Benzacken
(hôpital Robert Ballanger,
Aulnay-sous-Bois).
N. S.-M.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 3 septembre 2018
QUESTIONS-RÉPONSES SANTÉ
DOCTEUR
JEAN-FRANÇOIS
CATANZARITI
SSR pédiatrique Marc SauteletVilleneuve-d’Ascq (Association
des paralysés de France).
Chercheur-auteur de travaux
financés par la Fondation
Yves Cotrel–Institut de France
VEZ
RETROUOS AVIS
N
S
U
TO
RTS
D’ EXPE
SUR
RO.FR
LEFIGA
+@
C
es temps-ci, Françoise Dolto
est célébrée comme il se doit et
beaucoup de médias ont grandement participé à ce qui fut le
plus souvent une démonstration hagiographique. Et ceux qui ont osé
critiquer la grande psychanalyste sont,
comme d’habitude, traités de « réactionnaires » ou tout simplement de crétins des Alpes qui n’ont ni lu ni compris
sa pensée. Je serais donc dans cette lignée et profite de cette tribune pour expliciter mon propos.
Il n’est pas question d’envoyer aux
oubliettes tout ce qu’a fait Dolto pour la
défense de l’enfant. Souvenons-nous, au
XIXe siècle, des bébés emmaillotés accrochés aux patères des murs pour qu’ils
ne gênent pas. Inutile de rappeler les dégâts des éducations autoritaristes toujours d’actualité au siècle dernier : les
enfants dressés par un paterfamilias le
plus souvent violent ne peuvent pas
« être », ce ne sont que des « enfants
objets ». F. Dolto, dans la lignée de A.S.
Neill et de M. Montessori, qui l’ont précédée d’une cinquantaine d’années,
s’insurge contre cette tyrannie parentale
et avec raison. L’enfant existe, il est un
être d’émotions, et c’est souvent avec
son corps, avec des souffrances somatiques qu’il s’exprime puisque sa parole ne
compte pas. Il est donc juste de ne plus le
considérer comme un tube digestif, de
ne plus brider son caractère ou de tenter
de cloner sa personnalité. L’enfant est
un être humain à part entière.
Je suis né dans les années 1950 et
nous, les gamins terrorisés par des tyrans domestiques ou des instituteurs
souvent malveillants, aurions voulu
qu’une Dolto se fasse entendre. Alors
« merci Françoise » pour avoir prôné
l’autonomie du tout-petit pour qu’il ne
subisse pas l’unique désir parental au
détriment de sa singularité, merci pour
avoir promu la relation, la communication entre l’enfant et ses parents, véritables pierres angulaires de son développement. Son émission radiophonique
« Lorsque l’enfant paraît » diffusée en
1976 est tout à fait révolutionnaire à cette
époque. Mais les temps ont changé !
Et les longs mois de travail et d’étude
de toute l’œuvre de F. Dolto qu’ont nécessités les deux ouvrages que je lui ai
consacrés m’ont révélé les dangers de
certaines affirmations « doltoïennes »
pour les générations actuelles.
« Enfants rois »
Nous ne sommes plus à cette époque où
l’estime de soi et la confiance en soi de
l’enfant n’étaient pas à l’ordre du jour.
De même, les paterfamilias de ce début
de XXIe siècle sont rares et la loi protège
l’enfant contre les abus et la malveillance. Dans un contexte socioculturel de la
consommation immédiate, de stimulations constantes et d’individualisme
exacerbé, l’enfant actuel, même si des
abus existent toujours, est bien loin de
ressembler aux Cosette d’antan. Ceux
qui viennent consulter dans nos cabinets
ne présentent que rarement des pathologies dites du « refoulement », mais
plutôt des symptômes de « défoulement » : intolérance aux frustrations,
refus de toute autorité, de l’effort, volonté de toujours rester dans le plaisir,
Pendant longtemps, scoliose n’a pas
rimé avec sport, avec une exception
parfois pour la natation, même si les
recherches actuelles ne lui confèrent
pas forcément tous les avantages… À
moins qu’il s’agisse de natation synchronisée ! Ce sport facilite la construction d’une nouvelle référence posturale en alliant plusieurs avantages : il
se pratique dans un milieu micro-gravitaire, l’eau, qui modifie les informations sensorielles ; les exercices en position verticale symétrique permettent une
Ce sont les sports d’équilibre,
remise à niveau des
comme la planche à voile ou le ski, muscles du tronc… Toutefois, si le sport adapté
qui permettent d’acquérir les
thérapeutique évolue en
meilleures performances posturales permanence en fonction des données scientifiques les plus récentes, il n’est plus
Là encore, aux différentes techniadmissible que persistent les idées reques de gainage réalisées avec le
çues qui ont proscrit certains sports,
kinésithérapeute s’ajoute un renforceou dispensé d’exercice physique des
ment musculaire par des entraînegénérations d’enfants et d’adolescents
ments spécifiques courts et intenses et
scoliotiques.
des méthodes douces comme la gymIl faut d’urgence alerter les parents,
nastique Pilates, en veillant à ce que
les médecins, les enseignants et les ences exercices soient suffisamment perfants eux-mêmes : non seulement on
sonnalisés pour ré-axer le sujet scoliopeut faire du sport avec une scoliose,
tique sur la verticale gravitaire… Quitmais on le doit ! Et tous les sports sont
te, au début, à lui donner la sensation
permis, même asymétriques, voire en
d’« être de travers »… Pour déclencher
compétition, comme l’ont brillamdans son cerveau un signal d’autocorment démontré de grands champions,
rection automatique, on utilise alors
comme Usain Bolt, pour ne citer que le
un certain nombre d’astuces pour baliplus emblématique d’entre eux… On
ser sa vie quotidienne, par exemple des
ne le dira jamais assez : ce n’est pas
gommettes de couleurs placées à cerparce qu’on a une scoliose qu’on ne
tains endroits « clés » comme la trousdoit pas pratiquer une activité physise ou le téléphone portable. Le sport
que régulière. Comme tout le monde.
est d’autant plus efficace pour cette
Participez aux 1res SCOLIMPIADES :
autocorrection qu’il allie travail
une manifestation multi-sports-relais
musculaire et aptitude à la mobilité,
Berck – Amiens–Chantilly-Paris (Insdans un esprit ludique, en laissant le
titut de France) du 7 au 9 septembre
choix de la pratique, que l’on soit
prochain (www.scolimpiades.org). ■
sportif ou non.
lade, en empruntant des voies et des
prises spécifiques ; en marche nordique, en utilisant des appuis particuliers
sur les bâtons de marche ; au football,
lors d’un exercice de jonglage, en position corrigée, sur plan instable… Encore faut-il, pour maintenir cette nouvelle position, que la musculature
suive… Sachant que le port d’un corset
de nombreuses heures par jour, pendant plusieurs années, induit une perte
musculaire au niveau du tronc.
«
figaro.fr
sante.le
VIACHESLAV IAKOBCHUK/STOCK.ADOBE.COMJEAN-PAUL GUILLOTEAU/ROGER-VIOLLET
L
a scoliose idiopathique touche
environ 2 % des adolescents
entre 10 et 16 ans, dont huit
filles pour un garçon en
moyenne. Problème de croissance par excellence, elle doit être dépistée le plus tôt possible. C’est un geste simple, qui peut être pratiqué par un
médecin mais aussi par les parents
(http://tinyurl.com/depistagescoliose). Dite idiopathique, parce qu’on
n’en connaît pas la cause, elle commence toutefois à révéler ses mystères
aux chercheurs et de nouvelles données scientifiques ouvrent des perspectives inédites de prise en charge.
Nous savons aujourd’hui que les enfants scoliotiques grandissent avec une
perception faussée de la verticale gravitaire. Cette perception nous permet
normalement, du fait de l’attraction
terrestre permanente et identique pour
tous, de nous tenir debout, de nous déplacer, que ce soit simplement en marchant ou en descendant un slalom
géant lors d’une compétition de ski.
Ainsi, les adolescents souffrant
d’une scoliose idiopathique
à convexité droite perçoivent la verticale gravitaire
décalée vers la droite. Placés face à un
miroir, ils ne reconnaissent pas leur
déformation et, plus la scoliose est sévère, plus ils la sous-estiment… Or
c’est par le mouvement que l’enfant
construit son schéma corporel et acquiert la capacité à distinguer son
corps de l’environnement, de sorte
qu’à tout âge l’activité physique améliore le contrôle postural et l’image de
soi. C’est pourquoi ce sont les sports
d’équilibre, comme la planche à voile
ou le ski, par exemple, qui permettent
d’acquérir les meilleures performances
posturales, du fait d’une utilisation optimale du placement du corps dans
l’espace - ce qu’on appelle la proprioception – en comptant le moins possible sur la vision pour se tenir debout, à
l’inverse des adolescents scoliotiques.
La prise en charge classique de la
scoliose se résume à la kinésithérapie,
au port d’un corset et, dans les cas les
plus sévères, à une chirurgie correctrice. L’activité physique et sportive,
sous réserve qu’elle soit adaptée au
type de scoliose et encadrée par des
professionnels formés, est une véritable arme thérapeutique, en accord
avec les découvertes récentes sur la
perturbation du contrôle postural chez
le patient scoliotique. Elle complète
utilement la rééducation pratiquée par
un kinésithérapeute. Celle-ci a pour
objectif d’aider l’adolescent à voir et
« sentir » sa déformation et à lui apprendre à s’autocorriger afin d’acquérir une nouvelle référence posturale.
Par exemple, lors d’une séance d’esca-
Faut-il tout oublier
chez Dolto ?
DIDIER
PLEUX
Psychologue
et psychothérapeute
addictions à tout ce qui est « fun », égocentrisme démesuré avec l’inévitable
délitement du lien « Soi-Autrui ».
Dès lors, favoriser l’ego ou l’autonomie de l’enfant et défendre une horizontalité enfant-parent deviennent une
aberration. Et lorsque l’on rencontre ces
« enfants rois », c’est toujours la carence
éducative qui domine. Ils ont vécu dans
un environnement permissif. F. Dolto
n’est pas responsable de cet enfant roi,
mais ses idées sur l’éducation peuvent,
de nos jours, participer à son avènement : laisser, par exemple, l’enfant libre de se nourrir quand il le veut, de décider de son heure de coucher, sacraliser
sa parole, ne sont pas de bons conseils.
Et ce soupçon toujours présent qui pèse
sur les parents possibles destructeurs
d’ego doit cesser : la rébellion des « ados
en crise » a surtout besoin d’adultes significatifs qui transmettent, instruisent,
accompagnent mais aussi et surtout qui
exigent, contraignent et parfois sanctionnent. Le « complexe du Homard »
de F. Dolto fait de l’adolescent une éternelle victime et je préfère y substituer
mon « complexe de Thétis » qui demande aux parents de savoir éduquer au
plaisir et au… déplaisir, au frustrant !
« Lorsque le parent paraît », lorsqu’il
retrouve une juste autorité, quand il sait
harmoniser « amour et frustration », il
libère chez l’enfant son statut d’être en
devenir et non celui d’un être d’égale
importance avec l’adulte. Au déséquilibre des siècles précédents où, pour les
enfants, les frustrations l’emportaient
sur l’amour, s’est substitué l’inverse :
l’amour a oublié cet ingrédient de la
construction psychique de l’enfant, savoir accepter les frustrations du principe
de réalité.
Je ne défends donc aucune idéologie,
je tiens simplement compte d’un nouveau contexte de vie qui ne peut plus
accepter de nombreuses hypothèses
doltoïennes trop anachroniques. Les
croyances éducatives de F. Dolto sont,
avant tout, le fer de lance d’une doctrine : j’ai toujours évoqué cette « psychanalisation » de l’éducation qu’elle désirait tant. Quand les otites de l’enfant
signent un refus d’entendre, quand
l’angine traduit qu’il a du mal à avaler ce
qu’il vit, quand l’autisme est lié aux
« mères froides », quand l’anorexie
n’est qu’un refus de la féminité, je ne
peux que me révolter contre ces interprétations. Et je combattrai toujours
cette formule absurde que « tout est
langage » qui fait croire aux parents que
derrière tout comportement d’enfant
existe un « sens » caché. C’est la meilleure façon d’oublier le « bon sens éducatif » ! Oui, un comportement peut
« signifier », mais cela ne saurait être la
règle.
Alors gardons de F. Dolto ce qui restera toujours incontestable : le respect absolu de la personnalité de l’enfant mais
oublions son mode d’emploi ! ■
A
Pourquoi est-il
indispensable
de faire du sport
en cas de scoliose ?
11
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lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
12
SANTÉ PSYCHOLOGIE
La bienveillance,
une prise de risque
Ce sentiment d’a priori favorable et tolérant envers autrui
se révèle de plus en plus précieux.
ALTRUISME Est-ce un effet boomerang, un pare-feu à la croissante méchanceté ambiante ? Au moment même
où le chercheur François Jost publie une
captivante analyse de la médisance et du
« bashing » se diffusant inexorablement
sur les réseaux sociaux ou dans les
« commentaires » des médias (La Méchanceté en actes à l’ère numérique, CNRS
Éditions), jamais on n’aura autant parlé
de bienveillance : colloques d’enseignants, de soignants, conférences de
philosophes, de méditants autour de ce
thème se multiplient. Ces appels à travailler avec précision et persévérance,
comme les muscles abdominaux, une
disposition plutôt naturelle et désintéressée peuvent sembler contre-productifs. À force d’appeler à la bienveillance,
ne risque–t-on pas d’en altérer les élans
spontanés ?
S’il se réjouit du succès de cette dimension altruiste qu’il étudie depuis des
années et affirme qu’en effet « nous sommes en train de changer d’univers mental », Jacques Lecomte, spécialiste de
psychologie positive, et auteur notamment de La Bonté humaine (Éd. Odile
Jacob), craint toutefois une dérive. « Il
faut être attentif, notamment dans le
monde de l’entreprise. Cette notion “d’attention bienveillante” risque parfois de
servir la recherche de profits au détriment
d’une attention authentique aux personnes. Concernant la bienveillance, il faut
toujours s’interroger : est-ce désintéressé
ou pas ? »
Encore faut-il s’entendre sur ce qu’est
la bienveillance. À l’occasion d’un récent
colloque (« Le bien-être dans l’éducation », qui s’est tenu les 2, 3 et 4 octobre
2017 à la Sorbonne Info https://wellbeing-educ.sciencesconf.org/program/
graphic/date/2017-10-) , la chercheuse
Céline Giron analysait l’entrée du
concept de bienveillance dans le champ
scolaire et notait : « La bienveillance, entendue ici comme une disposition qui incline à vouloir du bien à autrui, prend des
formes très diverses. Sur le millier d’occurrences répertoriées sur le portail Eduscol du ministère de l’Éducation nationale,
il est indifféremment question selon les
projets d’école bienveillante, de bienveillance éducative, de climat sécurisant et
bienveillant, […] de travail bienveillant,
d’esprit de bienveillance et même de stigmatisation bienveillante » (sic).
Pour Jacques Lecomte, la bienveillance précède l’action. Elle est « la bonté » déclinée dans la vie quotidienne, ordinaire, et n’a rien de spectaculaire.
« Ceux qui la pratiquent ne sont pas des
“héros sauveteurs” mais ont un regard a
priori positif sur autrui, la capacité à ressentir ce qu’il ressent, notamment s’il
souffre - c’est l’empathie - et leur altruisme s’exprime en actes. »
Bernadette Lemoine, psychologue et
psychothérapeute expérimentée, développe une même approche dans l’aide
aux parents. Pour elle qui publie (avec
Diane de Bodman) Petites Phrases à leur
dire pour les aider à grandir (Éd. Albin
«
Il faut être attentif,
notamment dans le
monde de l’entreprise.
Cette notion « d’attention
bienveillante » risque
parfois de servir
la recherche de profits
au détriment d’une
attention authentique
aux personnes
»
JACQUES LECOMTE, SPÉCIALISTE
DE PSYCHOLOGIE POSITIVE
Michel), être bienveillant avec les enfants qu’on éduque, c’est d’abord veiller
sur eux, être attentif à eux. Une attitude
profonde qui influence chaque geste et
décision. « Éduquer, ce n’est plus donner
des ordres de manière raide, à la militaire,
mais dans un cœur à cœur avec l’enfant,
avec souplesse… Toute l’ambiance familiale en est transformée. »
Attention cependant, être bienveillant
avec son enfant, ce n’est pas seulement
lui faire plaisir : « le problème de nombreux adultes, c’est qu’ils n’entendent
dans le mot bienveillance que “ce qui est
bien et facile pour l’enfant” », observe la
psychologue. Or, si jusqu’à 3 ans, l’en-
fant est en effet le centre du monde, les
parents doivent ensuite veiller à le décentrer de lui-même afin que son plaisir
seul ne domine pas, mais qu’il apprenne
à faire plaisir aux autres. Sinon, le risque
est de donner des enfants « no limits »
qui, en fin de compte, ne savent ni se
respecter, ni respecter l’autre dans le
« bien vivre ensemble ». En revanche,
selon Bernadette Lemoine, mettre l’enfant en face de ses choix (« est-ce que tu
veux bien cesser de jouer pour aller te
doucher ? » ) et des conséquences que
ceux-ci entraînent, (« Non ? Comme tu
te comportes comme un tout-petit, tu
mangeras donc avec les petits ce soir ? »)
se révélera plus constructif.
La réelle condition de cette bienveillance tant louée est le non-jugement.
« En France, où l’esprit critique est surdéveloppé, nous avons encore une sacrée
marge de progression en ce domaine »,
estime Jacques Lecomte. Et de rappeler
qu’agir sans juger autrui est d’abord une
prise de risque. « Trop souvent, nous voulons bien coopérer, mais à condition que
les autres le fassent en premier, observe le
chercheur. Si personne n’initie le mouvement, rien ne bouge. En revanche, si on s’y
met soi-même, on peut devenir source
d’inspiration pour autrui, et on rompt le
cycle infernal de la malveillance. » La
bienveillance a donc tout d’un pari sur
l’avenir. ■
« Ce n’est pas une recette “tout-terrain” »
AUXERRE TV
PASCALE SENK
DR AURÉLIA
SCHNEIDER
Psychiatre
Aurélia Schneider est médecin,
psychiatre, spécialiste en psychothérapies comportementales
et cognitives. Elle vient de publier
La Charge mentale des femmes
aux Éditions Larousse.
LE FIGARO. - Le terme de
« bienveillance » avait-il sa place
dans les études de médecine
que vous avez faites ?
Aurélia SCHNEIDER. - La bienveillance n’est pas spécialement
enseignée à la faculté ! Mais je
pense que c’est une vertu probablement implicite à la vocation
de médecin, car celle-ci implique de faire attention à l’autre,
de ne pas le juger, de garder le
secret sur ce qui s’est dit en
consultation, d’être empathique… Malheureusement, il y a
une dimension technique du soin
où la bienveillance n’a guère de
place : la médecine se doit d’être
parfois intrusive, notamment
lors de certains examens, elle explore et en ce sens peut se montrer brutale.
En est-il de même concernant
la psychiatrie ?
Nous psychiatres, nous nous devons d’être bienveillants, et surtout lors de la pratique d’une psychothérapie de soutien. Cette
fameuse « neutralité bienveillante » dont parlent les psychanalystes nous invite à écouter
activement ce que vivent nos patients sans être dans le jugement.
Parfois, c’est plus délicat, par
exemple lorsque la personne vit
des situations condamnables – je
pense à une patiente qui sous-estimait le risque de pédophilie
“
De nombreuses
femmes peuvent
avoir cette tendance
à fort bien s’occuper
des autres,
quitte à le vivre
dans une dimension
sacrificielle
”
DR AURÉLIA SCHNEIDER
chez un proche. En tant que thérapeute, j’espère l’aider en restant dans le non-jugement. Mais
en tant que médecin, si des enfants risquent d’être en danger, il
est de mon devoir de le lui signaler clairement… Lorsque le jugement se présente à nous, c’est un
signal. Il nous faut travailler à en
comprendre les ressorts et l’assouplir.
Comment définiriez-vous alors
la bienveillance dans votre
pratique quotidienne ?
Elle est un outil magnifique ! C’est
elle qui nous permet de penser :
« J’ai face à moi cet être humain
admirable, avec sa mécanique
subtile et complexe, il y a du potentiel à l’intérieur de lui ! Certes,
actuellement quelque chose dysfonctionne et cette personne est
en plein désarroi, mais je vais
l’aider à dépasser cela. » Cette
bienveillance est une capacité
d’accueil souriant, attentif, et
avant tout indulgent. Et ce regard
que je pose sur ce patient va en
quelque sorte l’envelopper, le
« contenir » pour lui procurer un
temps dont il a besoin pour se libérer de sa difficulté, et avancer.
C’est la bienveillance qui me permet de comprendre ce dont cet
autre singulier a besoin. Ce n’est
pas une « recette » tout-terrain.
Par ailleurs, on a trop souvent
tendance à n’en voir que l’aspect
émotionnel. Mais la bienveillance, c’est veiller de manière
adéquate et cadrée à cette personne-là.
Vous avez fait des recherches sur
la « charge mentale » dont
souffrent actuellement de
nombreuses femmes. Peut-on
voir celle-ci comme l’incapacité
à bien veiller sur soi-même ?
Je pense qu’en effet cette situation révèle combien on peut
oublier d’être indulgent avec soi.
De nombreuses femmes peuvent
avoir cette tendance à fort bien
s’occuper des autres, quitte à le
vivre dans une dimension sacrificielle : elles oublient d’éprouver
de la bienveillance envers ce
qu’elles accomplissent. Or celleci implique d’accepter ses limites,
de ne pas vouloir TOUT réussir
parfaitement, de reconnaître le
coût psychologique de cette
charge.
Peut-on apprendre cela
en psychothérapie ?
Oui, nous faisons monter le niveau d’acceptation de soi des patientes dont l’anxiété génère
beaucoup de contrôle. Peu à peu,
elles acquièrent la capacité à accueillir plus d’imprévu dans leur
quotidien, et à lâcher prise. Surtout, elles apprennent un dialogue intérieur bienveillant où
elles se parlent comme à une
amie. Je leur demande souvent,
quand elles sont dans une difficulté : « Si une personne que vous
aimez beaucoup était dans ce cas,
que lui diriez-vous ? » ■
PROPOS RECUEILLIS PAR P. S.
A
Derrière chaque général se cachent cent scientifiques
Elle est « L’écrivain scientifique la plus
drôle des États-Unis » d’après le
Washington Post, comme le rappelle
la couverture de La drôle de science des
humains en guerre. Mary Roach n’en est
pas à son coup d’essai. Tout ce qu’elle
aime, c’est « explorer avec humour
ce qu’il advient du corps humain dans
les situations les plus extrêmes ». Avec
le thème qu’elle a choisi pour son
nouveau livre, elle est - et nous aussi bien servie. « Derrière chaque général,
cent chercheurs livrent bataille contre
des ennemis sous-estimés mais
redoutables : la fatigue, les charges trop
lourdes, la chaleur extrême, les bruits
assourdissants, les bactéries ou les
mouches, la panique… » Et elle ne se
contente pas d’aller interroger des
soldats d’élite à qui il manque telle ou
telle partie du corps, des chercheurs
enthousiastes et hallucinants, des
officiers supérieurs plus ou moins
sourds, elle donne de sa personne dans
les stands de tir, dans les « studios de
mode » de l’armée ou dans le silence
d’un sous-marin nucléaire. Car toutes
les recherches de pointe qu’elle nous
détaille avec précision, verve et
sagacité n’ont qu’un but : « maintenir
les soldats en un seul morceau, frais
et dispos, sains et non infectés, plutôt
que de les tuer ».
Première étape, le Natick, ou plus
exactement le « Centre de recherche,
de développement et d’ingénierie pour
le soldat de l’US Army à Natick
(Massachusetts) ». C’est là qu’officient
les stylistes de l’armée autour de Peggy,
la « déesse du feu ». « Tout ce qu’un
LE PLAISIR
DES LIVRES
PAR JEAN-LUC NOTHIAS
jlnothias@lefigaro.fr
soldat porte, mange, tout ce sur ou sous
quoi il dort, est inventé ou au moins testé
ici. » Peggy est spécialisée en tissu
ignifugé. Elle les teste en… les brûlant.
Mais les uniformes doivent aussi
pouvoir garder les soldats au frais et au
sec, protéger des flammes, explosifs et
balles, et qu’ils soient bien sûr
« agréables à porter, élégants et pas trop
chers »… Les cochons, à la peau
proche de celle de l’homme, sont
régulièrement grillés, vêtus
d’uniformes faits sur mesure. Des
volontaires testent des tissus sous
le déluge, sous des jets de moutarde,
de ketchup, de café, comme dans
« une bagarre de cantine », mais aussi
d’huile de vidange et de kérosène.
Au chapitre « la sécurité routière sur
les routes minées », Mary Roach nous
raconte la lutte incessante de
chercheurs dont le défi est « procuronsnous des véhicules qui puissent passer
sur des bombes en gardant tout le monde
en vie à l’intérieur ». Car rajouter du
blindage au blindage conduit à des
véhicules de plus en plus lourd, et donc
de plus en plus patauds et sujets aux
pannes. De châssis en V et à plusieurs
pans aux sièges absorbeurs de choc, la
technologie s’essaye à suivre le rythme.
Mais là aussi, il faut tester tout cela.
Et le mannequin de crash-test utilisé
par l’industrie automobile s’est révélé
bien insuffisant pour recréer
précisément le type de blessures et leur
gravité infligées aux soldats. L’armée
développe donc son propre prototype
au nom de code de WIAMan, pour
Warrior Injury Assessment Manikin.
Et sa mise au point, encore en cours,
nécessite l’utilisation de cadavres…
ce qui n’est pas si simple.
Mais avec Mary Roach,
on s’en amuse.
LA DRÔLE DE SCIENCE
DES HUMAINS
EN GUERRE
Mary Roach.
Éd. Belin. 316 p. 23 €.
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lundi 3 septembre 2018
LE CARNET DU JOUR
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naissances
Edouard MIRABAUD
a la joie de vous faire part
de la naissance de son petit-fils
Marcel
MIRABAUD GLAIRON
au foyer de
Douce MIRABAUD
et de Jean-François GLAIRON
le 18 août 2018, à Guingamp.
deuils
Dominique Beaux,
Anne et Pierre Compagnon,
ses enfants,
Louis, Jeanne et Judith,
Alexandre, Clémence
et Nicolas,
ses petits-enfants,
Jacqueline et Michel Lamotte,
sa belle-sœur et son beau-frère,
ses neveux,
ses cousins
ont la douleur
de faire part du décès de
Colette BEAUX
née Dausque,
survenu le 27 août 2018,
à Nice, à l'âge de 85 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 5 septembre,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy,
10, rue de l'Annonciation,
à Paris (16e),
suivie de l'inhumation
au cimetière d'Auteuil,
57, rue Claude-Lorrain,
à Paris (16e).
Olivier et Isabelle
Camps-Vaquer,
Juliette Camps,
ses enfants,
Marie et Pauline
Camps-Vaquer,
ses petites-filles,
ainsi que toute sa famille
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Ramon CAMPS
survenu le 29 août 2018,
à l'âge de 86 ans, à Versailles.
Les obsèques auront lieu
au cimetière nouveau
de Neuilly-sur-Seine,
rue de Vimy, à Nanterre
(Hauts-de-Seine),
le mardi 4 septembre 2018,
à 11 heures.
ont la tristesse de faire part
du décès le 21 août 2018, munie
des sacrements de l'Église, de
53-55, rue Exelmans,
78000 Versailles.
Isabelle
Chassin de Kergommeaux,
son épouse,
Thomas,
Matthieu et Bénédicte,
Olivier (†),
ses enfants,
Jean, Gabriel, Lucie, Simon,
ses petits-enfants,
Violaine et Jean
des Courtis de la Groye,
Ronan
Chassin de Kergommeaux,
Yves-Malo et Maria
Chassin de Kergommeaux,
Xavier
Chassin de Kergommeaux,
Véronique et Rasmus Moller,
Diane et Thierry Rousseau,
ses frères, sœur,
beaux-frères et belles-sœurs,
ses neveux et nièces,
Solange de Savignac,
sa belle-mère,
ont la douleur
de faire part du décès,
dans l'Espérance et dans la Foi,
de
Loïc
CHASSIN de KERGOMMEAUX
survenu le 31 août 2018,
à Suresnes, à l'âge de 60 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 5 septembre,
à 10 heures, en l'église
Saint-Pierre-Saint-Paul,
place de l'Église,
à Rueil-Malmaison
(Hauts-de-Seine),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Père-Lachaise,
à Paris (20e).
Il rejoint,
dans la Paix du Seigneur,
ses parents,
Guy et Jacqueline
Chassin de Kergommeaux,
(†) 11 décembre 2007,
(†) 12 décembre 2016,
et son fils,
Olivier,
(†) 18 septembre 2011.
15, rue des Dix-Huit-Arpents,
92500 Rueil-Malmaison.
Magali, Amélie,
ses petites-filles,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Mme Roger
COULAUD-DUTHEIL
née Bénédicte
de La Cropte de Chantérac,
survenu à Paris, le 30 août 2018,
dans sa 96e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre-de-Chaillot,
à Paris (16e), le samedi
8 septembre 2018, à 11 heures.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 6 septembre 2018,
à 9 h 30, en l'église
Saint-François-de-Molitor,
à Paris (16e).
Elle sera inhumée au cimetière
de Blond (Haute-Vienne).
Cet avis tient lieu de faire-part.
vjanklewicz@gmail.com
Mme Odile BÉDHET
ont la tristesse de faire part
du décès, le 29 août 2018, de
Élisabeth CRÉMER
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
à Paris (16e), le mercredi
5 septembre 2018, à 10 h 30.
L'inhumation aura lieu
dans l'intimité familiale.
Cet avis tient lieu de faire-part.
M. et Mme Luc Janklewicz,
M. Patrick Bédhet,
M. et Mme Frédérick Mussat,
ses enfants,
M. et Mme
Charles-Antoine Mailliart,
M. Edouard Mussat,
ses petits-enfants,
Capucine et Emilie Mailliart,
ses arrière-petites-filles,
François-Xavier Boussageon,
son époux,
Isabelle Juton,
Florence Frings,
ses filles,
Marie, Charlotte, Nicolas,
Stanislas,
ses petits-enfants,
et toute sa famille
Mme Claude Deguines,
née Annik Bonningue,
son épouse,
Marie-Hélène et Dominique
Jaubert,
Isabelle et Jean-Louis Peix,
Anne et Patrick Sallé de Chou,
Claire et Bruno Segré,
ses filles et gendres,
Guillaume, Bénédicte,
Constance, Charles,
Matthieu, Delphine, Edouard,
Eléonore,
Antoine, Camille, Ombeline,
Mathilde,
Augustin, Baudouin, Juliette,
Philippine,
ses petits-enfants,
leurs conjoints
et ses 26 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
13
Thérèse et Patrick Michaud,
Jacqueline Fayeton,
Nicole et Pascal Ordonneau,
Monique Fayeton,
Sylvie Fayeton (†),
Charles Fayeton
en union avec Charlotte (†),
ses enfants,
Louis-Paul et Emilie,
Agnès et Gregory,
Charlotte et Grégoire,
Ferdinand,
Alexandre et Virginie,
Jean,
Camille et Alexandre,
Bertrand et Daisy,
ses petits-enfants,
ses quatorze
arrière-petits-enfants,
les familles Joyeux, Fayeton,
Ramond, Baquey, Mandonnet,
Mangin
ont l'immense tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Marguerite FAYETON
le 1er septembre 2018,
à Toulon, dans sa 94e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi
5 septembre 2018, à 14 heures,
en l'église Saint-Paul
du Mourillon, à Toulon (Var).
Il reposera au cimetière
de Wissant (Pas-de-Calais).
On nous prie d'annoncer
le décès de
Mlle Monique DESFOSSES
munie des sacrements
de l'Église, le 31 août 2018,
en union de prière
avec son époux,
Jean Fayeton
1908-1968
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Augustin, à Paris (8e),
le jeudi 6 septembre, à 10 h 30
et suivie de l'inhumation
dans l'intimité familiale.
Marsanne (Drôme).
Antoine Fière
et Nicole Faucher,
Bernard et Olivia Fière
Aline et Paul Goossens,
ses enfants,
Margot, Camille, Maud, Paul,
Etienne, Clara,
ses petits-enfants,
L'inhumation aura lieu
dans l'intimité familiale,
au cimetière de Bannay (Cher),
le mercredi 5 septembre,
à 16 h 30.
Françoise Lacambre,
son épouse,
Anne et Denis Lacambre,
ses enfants,
Éric Boullenger,
son beau-fils,
Benoît Foussier,
son gendre,
Agnès Lontrade,
Patricia Oudit
et Julie Patrier-Lacambre,
ses belles-filles,
Joséphine, Léandre et Livio,
ses petits-enfants,
Jean LACAMBRE
ancien conservateur en chef
des Musées nationaux,
chevalier des Arts et Lettres,
survenu le 1er septembre 2018,
à l'âge de soixante-dix-sept ans,
à La Bernerie-en-Retz.
et toute sa famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
1, rue du Docteur-Richelot,
44760 La Bernerie-en-Retz.
Anne FIÈRE
née de Mazières.
De la part de
ses frères et sœurs,
neveux et nièces :
M. (†) et Mme Xavier Evrain,
leurs enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
M. et Mme Jacques Desfosses,
leurs enfants et petits-enfants,
Mlle Françoise Desfosses (†),
M. (†) et Mme
Bernard Desfosses,
leurs enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
Mlle Eliane Desfosses,
M. (†) et Mme Jacques Bindels,
leurs enfants et petits-enfants,
M. et Mme
Guillaume de Lauzon,
leurs enfants et petits-enfants,
M. et Mme Bruno Desfosses,
leurs enfants et petits-enfants,
M. et Mme
Gérard Leschallier de Lisle,
leurs enfants et petits-enfants,
M. et Mme Jean Louis Boile,
leurs enfants et petits-enfants,
ses neveux,
Gérald et Alix
de Montaigne de Poncins,
et leurs enfants,
Louis, Thomas et Julien.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Cet avis tient lieu de faire-part.
La messe de funérailles
sera célébrée en l'église
Sacré-Cœur du Prado,
à Cannes, le mardi
4 septembre 2018, à 14 h 45.
La crémation aura lieu
le mardi 4 septembre, à 15 h 30,
au crématorium
de Saint-Nazaire.
Ni fleurs ni couronnes.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi
4 septembre 2018, à 15 heures,
en l'église de Roynac.
La famille remercie
l'ensemble du personnel
de la résidence La Providence,
à Dijon, pour leur présence
et leur gentillesse tout au long
de ces derniers mois.
Mme Hubert
de FRANQUEVILLE
le 31 août 2018, à Cannes.
ont l'immense tristesse
de vous faire part du décès de
à Dijon, le 30 août 2018,
à l'âge de 89 ans.
Elle avait foi et confiance
en la miséricorde de Dieu.
La cérémonie sera célébrée
le mercredi 5 septembre 2018,
à 16 heures,
en l'église de Bagneux (Allier),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Bagneux,
dans le caveau familial.
font part du rappel à Dieu de
née Joyeux,
capitaine de vaisseau (h.)
Claude DEGUINES
École navale 1945,
officier de la Légion d'honneur,
Cannes (Alpes-Maritimes).
M. Hubert de Franqueville,
son époux,
Stéphen et Géraldine
de La Blanchardière,
Régis et Sibylle
de Bonet d'Oléon,
Aymar et Bénédicte
de Franqueville,
ses enfants, gendres
et belle-fille,
ses 18 petits-enfants
Ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la grande tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu,
le 30 août 2018,
à l'âge de 103 ans, du
commissaire général de
division (2S) Marcel MOREAU
Jean-Louis Comarteau,
son neveu,
et son épouse Françoise,
Francisque et Philippe
des Garets,
ses cousins,
ainsi que les familles Villermin,
Comarteau, des Garets,
Quentin
ont la tristesse de faire part
du décès le 29 août 2018,
dans sa 104e année, de la
comtesse Olivier
de GARNIER des GARETS
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 4 septembre, à 14 h 30,
en l'église
Saint-Pierre-et-Saint Paul
de Givry (Saône-et-Loire).
L'inhumation aura lieu
au cimetière de la Villette,
46, rue d'Hautpoul, Paris (19e),
le mercredi 5 septembre,
à 15 heures.
Jean-Louis Comarteau,
29, rue du Moulin-Madame,
71640 Dracy-le-Fort.
Philippe des Garets,
5, chemin de la Poste,
91630 Marolles-en-Hurepoix.
Saint Cyr, promotion
Maréchal Lyautey,
officier de la Légion d'honneur,
commandeur
de l'ordre national du Mérite.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 7 septembre 2018,
à 9 h 30, en l'église
Saint-Pierre-Saint-Paul
de Vaux-le-Pénil.
Nogent-le-Rotrou
(Eure-et-Loir).
Le docteur René Sgard,
son époux,
le docteur Daniel Sgard,
le docteur Jean-Noël Sgard,
Marie-Laure Oheix,
ses enfants, et leurs conjoints,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la douleur
de faire part du décès,
le 1er septembre 2018,
à l'âge de 95 ans, de
Giselle SGARD
née Boulland.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Notre-Dame
de Nogent-le-Rotrou,
le jeudi 6 septembre,
à 15 heures.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Un souvenir inoubliable !
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lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
14
SPORT
Didier Deschamps : « J’entre dans le cerveau
Le sélectionneur de l’équipe de France
s’est longuement livré au « Figaro » à la veille
de la rentrée des champions du monde.
Qui affronteront l’Allemagne jeudi soir.
PROPOS RECUEILLIS À MONACO PAR
BAPTISTE DESPREZ £@batdesprez
FOOTBALL Ce lundi, Didier Deschamps
retrouve à Clairefontaine son staff et ses
champions du monde (Hugo Lloris,
touché à la cuisse, devrait déclarer forfait ; Steve Mandanda, blessé, est absent) après le sacre planétaire du
15 juillet à Moscou. Depuis cette finale,
et le retour en France, le sélectionneur
des Bleus s’est montré discret après un
été en famille sur la côte d’Azur. Souriant et détendu, le teint hâlé et la ligne
svelte (« C’est grâce à mon heure de gainage quotidienne ») dans son costume
bleu nuit, le double champion du monde a reçu Le Figaro vendredi dans un
grand hôtel à Monaco, non loin de son
domicile, pour un entretien qui devait
durer trente minutes et en a fait quasiment le double. Très demandé (117
propositions
d’entretiens
venues
de France et de l’étranger), « DD » se
livre dans une interview riche et dense,
où il aborde, entre autres, la psychologie dont il fait preuve avec ses protégés.
LE FIGARO. - Comme en 1998,
avez-vous eu l’impression d’être un
Beatles cet été après le sacre en Russie ?
Didier DESCHAMPS. - Des garçons
comme Liza (Lizarazu, NDLR) et
d’autres étaient devenus les Beatles. Ils
ont changé leur vie, moi je ne l’ai pas
fait (sourire). C’est toujours difficile de
comparer ces deux grands moments. Il
y en a un que j’ai connu dans la plus belle vie, quand on est joueur. Je savais que
c’était celle-là et je vous confirme que
c’est celle-là. En tant que sélectionneur,
c’est aussi beau et fort, je ne dis pas plus,
mais aussi. C’est un détail important.
Parvenez-vous à prendre du recul
sur cette vague de sympathie ?
Ce n’est pas désagréable et je préfère ça
plutôt que de recevoir des tomates. Je
ne veux pas faire le prétentieux mais j’ai
déjà vécu ces moments dans ma vie et
j’arrive à prendre du recul. Ce n’est que
du bonheur. On était dans une bulle, il a
donc fallu du temps pour réaliser. La
seule chose que j’ai vraiment ressentie,
c’est que je n’ai pas fini la Coupe du
monde fatigué, sans contrecoup physique ou mental. J’étais tranquille et en
forme. Parce qu’en Russie j’ai toujours
bien dormi, avec des nuits complètes.
Ça paraît anodin, mais c’est fondamental pour rester lucide et serein.
Qu’est-ce qui vous a le plus touché
durant l’été ?
J’ai reçu beaucoup de marques d’affection et énormément de messages. J’ai
deux téléphones, dont un avec le même
numéro que du temps où j’étais joueur
- vous pouvez dire que ça date, je ne
vous en voudrais pas (sourire) - et j’ai
même reçu des messages de gens que je
ne connais pas. Bon, c’est propre au
football, je ne suis pas surpris. Quand
on gagne les matchs, je reçois plus de
messages (rires). Ce n’est que du positif.
Après, je sais qui est sincère, qui peut
l’être un peu moins…
A
Vous dites que Paul Pogba s’est libéré
d’un poids : la presse. Que lui avezvous dit à ce sujet durant le Mondial ?
Je lui ai dit de normaliser la relation avec
la presse (le milieu des Bleus a répondu
plusieurs fois aux médias après une longue période de silence). J’en ai eu des discussions avec lui sur le sujet ! Ce n’est
pas tout de lui dire : «Tu dois faire ça. »
J’ai mis en avant des arguments, car j’ai
bien connu cette situation. Très bien
connu, même, pour l’avoir suffisamment payé et certains continuent de me
le faire payer (allusion à Christophe
Dugarry, avec lequel il est fâché après
plusieurs déclarations de son ancien partenaire en Bleu), je voulais que Paul normalise tout ça avec les médias. Mais il
avait des arguments aussi. Je n’ai pas la
prétention de dire « J’ai fait changer
Paul », mais il l’a beaucoup mieux vécu.
Est-ce que ça lui a permis d’être libéré et
plus performant sur le terrain ? Je l’espère. Lorsqu’il est venu vous voir en
conférence de presse la première fois (le
24 juin, deux jours avant France-Danemark), il a été dit que ce n’était plus le
même Pogba. Guy (Stéphan, son adjoint)
me dit : « Les médias le voient tranquille,
apaisé, qui a gagné en maturité. » Mais
c’était le même deux heures avant ! Ne
serait-ce que le fait d’y aller, de parler
avec vous, c’était un pas en avant. Paul
est comme il est. Je ne vais pas dire extravagant, mais c’est lui. Je ne veux pas
le changer, je plaisante avec lui. Il a voulu avoir une coupe de cheveux plus
sobre ? Tant mieux ou tant pis, ce sont
eux qui décident, même si je ne me prive
pas de les taquiner. Je suis là pour les
aider, leur dire les choses quand ça ne va
pas, leur donner mon avis. Quand je dis
quelque chose, c’est pour leur bien, celui
du collectif aussi, mais c’est leur vie.
De façon plus générale,
dans votre façon de manager,
certains joueurs ont confié
que vous aviez évolué…
Oui, je me suis adapté à la génération
que j’avais en face de moi. Mais je ne me
suis pas forcé. C’est une génération plus
affective. Moi aussi, peut-être, même si
je ne suis pas comme ça dans ma vie de
tous les jours. Je n’ai jamais été un grand
démonstratif mais, en Russie, je l’ai été
beaucoup plus. Et ça ne m’a pas coûté.
N’avez-vous pas envie, à bientôt 50 ans,
de vous montrer différent en public,
de casser cette image austère ?
Oui, j’en ai envie. J’ai toujours été
chambreur, taquin, tout en restant exigeant. Je me suis montré plus démonstratif avec mes joueurs car le côté affectif se faisait ressentir dans le groupe. Je
me suis adapté à ça. Je ne vais pas dire
que j’ai changé, mais je me suis adapté.
C’est le maître mot pour un sélectionneur. En conférence de presse, je ne
vais pas mettre un nez rouge pour faire
rire l’assemblée. Certains disent que je
ne dis rien lors de cet exercice, mais il
faut écouter aussi des fois. Ce n’est pas
parce que je ne dis pas ce qu’on veut
entendre que la réponse n’est pas intéressante (sourire). Je dis ce que j’ai envie de dire. De temps en temps, je fais
un peu d’humour, mais je suis en représentation dans l’exercice de ma
fonction. Dans ma vie de tous les jours,
je ne suis pas comme ça. Heureusement, d’ailleurs.
Bio EXPRESS
1968
Naissance à Bayonne.
1985
Premier match professionnel,
sous le maillot du FC Nantes.
1993
Vainqueur de la Ligue des champions
avec l’OM.
1998 et 2000
Capitaine de l’équipe de France
sacrée championne du monde,
puis championne d’Europe.
2004
Finaliste de la Ligue des champions
en tant qu’entraîneur de Monaco.
2012
Nommé sélectionneur de l’équipe
de France. Finaliste de l’Euro en 2016.
Champion du monde le 15 juillet 2018.
En interne, vous impressionnez
vos joueurs et votre staff par votre
capacité à renouveler vos discours.
Quelle est votre recette ?
Quand j’arrive face à eux, je sais ce que
je vais dire, en combien de temps et
avec quel ton. J’ai toujours des axes. Ce
n’est pas que pour la fameuse causerie
d’avant-match. Ça peut être le lendemain d’un match, trois jours avant, tout
dépend ce que je sens (il se touche le
nez), ce que je vois, ce qui nous attend.
J’adore faire ça !
Mais, concrètement, comment
le préparez-vous pour viser juste ?
Je prends du temps pour moi, seul, à réfléchir, et je me parle à moi-même. Il n’y
a aucune note, rien n’est écrit sur un
papier ou un cahier. Je ne lis jamais
aucune feuille lorsque je parle aux
joueurs, sauf quand il y a des statistiques
et qu’il faut être ultraprécis. J’ai toujours
aimé faire ça, chercher certains leviers,
ne pas forcément parler que des axes
techniques. Des mots reviennent, certaines phrases aussi, même si maintenant j’en ai enlevés, comme le « tactiquement et physiquement » (il avait été
raillé par les « Guignols de l’info » sur la
prononciation de ces termes), que je
n’utilise plus. Je suis là pour surprendre,
mettre en éveil. Le renouvellement est
indispensable.
Avez-vous des sources d’inspiration
en dehors du sport ?
J’aime tout ce qui touche la psychologie
et le management. Ce sont des sujets qui
m’intéressent. Je lis beaucoup d’ouvrages là-dessus. Il y en a un que j’ai lu
pendant la Coupe du monde, Choisir sa
vie, de Tal Ben-Shahar. C’est de la psychologique positive. Je n’ai rien découvert mais c’est une façon de voir la vie,
d’appréhender le moment des décisions. Certains n’adhèrent pas, estiment
que c’est du pipi de chat, pas moi.
Je me suis montré plus
démonstratif avec mes
joueurs car le côté
affectif se faisait
ressentir dans le groupe.
Je me suis adapté à ça.
Je ne vais pas dire
que j’ai changé, mais
je me suis adapté.
C’est le maître mot
pour un sélectionneur
»
Et des personnes qui vous inspirent ?
J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour Claude Onesta (l’ancien sélectionneur de l’équipe de France de handball, double champion olympique et triple
champion du monde). Il le sait car on a
eu l’occasion d’échanger. Avant même
de le connaître - ça m’arrive peu de
prendre du temps, d’écouter, de
lire -, j’éprouvais un intérêt à le suivre.
Je lui ai piqué une phrase en disant notamment que je n’allais pas sélectionner les vingt-trois meilleurs joueurs
pour la Coupe du monde. C’est la réalité. Après, vous pouvez lire, penser ou
imaginer ce que vous voulez, le résultat
vient des joueurs. Le foot est fait
comme ça. Mais j’ai choisi ces garçons
et c’était la chose la plus importante de
la Coupe du monde. Je peux évoluer,
mais il y a des choses sur lesquelles je
serai intransigeant comme le cadre, le
collectif. Je ne suis pas un policier, encore moins un instit’, mais les joueurs
savent que je serai toujours là pour les
protéger publiquement. Ce qui ne
m’empêchera pas de leur dire ce que je
pense en tête à tête.
Cela fait-il écho à un échange
avec Lilian Thuram, avant le Mondial,
qui assurait dans nos colonnes
que le problème ne peut venir
que de l’intérieur d’un groupe
et non le contraire.
Oui. Si les ennuis arrivent de l’intérieur
du groupe, c’est foutu. Rédhibitoire.
Entrez-vous dans le cerveau
de vos joueurs ?
Oui. Je fais en sorte d’y entrer. Il y a
ceux qui écoutent, d’autres qui écoutent moins. Je ne suis pas Sa Sainteté.
Mais cela fait partie de mon job et si on
m’enlevait ça, je le vivrais mal. J’adore
ça. Ce n’est pas de la prétention, mais
une grande partie de ma responsabilité
de sélectionneur concerne ce domaine.
Ceux qui regardent les matchs peuvent
avoir une analyse sur un joueur. C’est
une chose. Moi, ce qui m’intéresse,
c’est de connaître l’homme. Jeunes,
moins jeunes, j’ai besoin de savoir ce
qu’ils ont dans le ventre.
Vous avez besoin d’être entouré
de bons mecs…
Ce terme est trop réducteur. C’est quoi,
un bon mec ? Le gars qui dit bonjour est
bien éduqué ? Coacher des béni-ouioui ne m’intéresse pas. Il n’y a pas si
longtemps, on disait que mon équipe
manquait de caractère et de leader. En
Russie, j’avais des leaders et mon
groupe avait du caractère, toujours
selon ces mêmes personnes. Surtout
quand tu vois qui le dit… Mais bon,
passons à autre chose.
Vous avez changé votre façon
d’aborder la finale et de désacraliser
l’évènement entre 2016 et 2018.
Expliquez-nous ce que cela veut dire.
Totalement. Je ne vais pas entrer dans les
détails mais je vais argumenter. Ça a servi les joueurs qui avaient perdu la finale
de l’Euro contre le Portugal (Lloris, Um-
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LE FIGARO
lundi 3 septembre 2018
SPORT
de mes joueurs »
Noir c’est noir pour
le tennis français…
Gasquet, Pouille et Garcia éliminés, il n’y a plus
de Français à l’US Open. Une mauvaise habitude.
L’avenir, à moyen terme, repose,
a priori, sur les seules épaules de Lucas
Pouille. Depuis ses deux quarts de finale
TENNIS À la veille de l’US Open, dernier à Wimbledon et à l’US Open, il y a deux
ans, le Nordiste n’a atteint qu’une fois la
Grand Chelem de la saison, personne
seconde semaine d’un Majeur (huitième
n’espérait grand-chose du tennis frande finale à New York en 2017). Les désilçais masculin dans le dur. Sur ce pointlusions s’enchaînent cette année puislà, il n’a pas déçu. L’élimination attenque l’actuel 17e mondial s’est incliné dedue du dernier Français en lice à l’US
Open, Richard Gasquet, au 3e tour face à
puis janvier dès son entrée en lice
pratiquement dans un tournoi sur deux !
Novak Djokovic, a conclu une bien triste
Derrière Pouille, 24 ans, difficile de
cuvée 2018 avec aucun joueur tricolore
trouver l’équivalent d’un Tsonga ou
en quart de finale d’un des quatre plus
d’un Monfils parmi les jeugrands tournois du monde.
nes pousses. À 20 ans, CoPour trouver trace d’une
rentin Moutet flirte avec le
campagne entière sans
top 100 et a affiché quelques
Français à ce stade la
belles promesses. Tout comcompétition, il faut remonme la surprise de l’été, Ugo
ter à… 1980. Alors qu’à
Humbert. Vainqueur de son
l’Open d’Australie et à RoFrançais n’a atteint
land-Garros, aucun joueur les quarts de finale de premier match en Grand
tricolore n’a atteint la Grand Chelem en 2018. Chelem à l’US Open, le Mesdeuxième semaine, Wim- Une (triste) première sin de 20 ans, 700e il y a un
depuis 1980.
bledon avait marqué une
an et désormais proche du
légère embellie puisque
top 100, a connu un été protrois de nos représentants
lifique avec trois finales de
(Mannarino, Simon et Monfils) y ont atChallenger (la deuxième division du cirteint les huitièmes, sans aller plus loin
cuit) pour une victoire. Prometteur mais
toutefois.
encore loin des pépites de la nouvelle géToucher le fond et creuser encore.
nération. Le Grec Stefanos Tsitsipas, 20
Avec un seul quart disputé en 2017 (Joans, est déjà membre du top 15. Le CanaWilfried Tsonga à l’Open d’Australie),
dien Denis Shapovalov, 19 ans, pointe
les Bleus avaient, alors, signé leur pire
dans le top 30. L’Australien Alex De Mibilan en Grand Chelem depuis 2005
naur, 19 ans, n’en est plus très loin…
(quart de finale de Sébastien Grosjean à
Le tennis féminin français, lui, repose
Wimbledon). Aucun Français en
essentiellement sur Carla Caroline Gardeuxième semaine. Ce simple épiphécia. Mais si la leader tricolore (éliminée
nomène pourrait devenir la norme.
de l’US Open au 3e tour par Suarez NaOpéré du ménisque gauche au prinvarro), passée en deux ans du top 30 au
temps, Tsonga n’a plus joué depuis fin
top 5, est régulière sur le circuit (douze
février. Or, le Manceau est de loin le
quarts de finale en 2018), elle n’arrive
meilleur Français en Grand Chelem
pas à se transcender en Grand Chelem,
depuis dix ans avec quinze quarts de fioù elle peine à assumer son nouveau
nale au compteur (autant que Monfils,
statut, alors qu’elle avait un bon coup à
Gasquet et Simon réunis). En son abjouer lors de cet US Open. Progrès
sence, le bilan s’affaiblit forcément,
attendus en 2019 car, au regard des diffid’autant que les trois autres trentenaires
cultés des hommes, la Lyonnaise pourvivent un lent déclin. La génération
rait bientôt devenir l’alpha et l’oméga
Tsonga vieillit et la relève tarde.
du tennis français… ■
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
0
Votre sélection est jeune. À quand
date votre dernier coup de vieux ?
J’ai été préparé à ça avec mon fils de
22 ans, donc je ne suis pas surpris. Montrer ce que l’on mange, dire ce que l’on
fait sur les réseaux sociaux, ça ne me
viendrait pas à l’idée ! Ils sont comme
ça. Je n’ai pas de compte et je n’en aurai
jamais. Ce n’est pas pour moi. Ça existe,
ça ne me pose pas de problème, mais il
faut cadrer ça aussi par rapport à une
vie collective, un adversaire ou des
partenaires.
Malgré leur victoire 4-2,
les Parisiens ont tangué face
à des promus manquant
d’expérience et de grands talents,
mais pas de courage et d’envie.
Revenus à 2-2 après avoir été
menés 0-2, les Crocos nîmois ont
continué à pousser. C’est au plus
fort de la furia gardoise que Kylian
Mbappé a inscrit son 4e but
en 4 matchs (comme Neymar).
L’attaquant des Bleus a fini par
s’énerver en fin de match pour
récolter un carton rouge. Un geste
dont il s’est excusé dimanche sur
Twitter. Une nervosité à gommer
avant de défier Liverpool et Naples
en Ligue des champions.
4E JOURNÉE LIGUE 1
LYON (7)
NÎMES (9)
ANGERS (18)
DIJON (2)
GUINGAMP (20)
REIMS (10)
STRASBOURG (15)
SAINT-ÉTIENNE (8)
RENNES (5)
MONACO (13)
0-1
2-4
1-0
0-2
1-2
0-1
2-3
0-0
2-0
hier
NICE (17)
PARIS SG (1)
LILLE (4)
CAEN (11)
TOULOUSE (3)
MONTPELLIER (6)
NANTES (16)
AMIENS (14)
BORDEAUX (19)
MARSEILLE (12)
EN BREF
F1 : Hamilton s’échappe
Lewis Hamilton (Mercedes) a
remporté le GP d’Italie devant
Raïkkonen (Ferrari). Parti à la
faute dès le 1er tour, Vettel n’a pu
faire mieux que 4e et compte 30
points de retard au championnat
sur son rival britannique. Bottas
(Mercedes) complète le podium.
Grosjean termine 6e et Ocon 7e.
Voile : direction l’Espagne
Le départ de la 2e étape de la
Solitaire Urgo Le Figaro a été
donné dimanche devant la baie
de Saint-Brieuc. Arrivée à la Ria
de Muros-Noia, en Galice, après
520 milles alternant parcours
côtier autour de la Bretagne puis
traversée du golfe de Gascogne.
KEVIN LEINSTER POUR LE FIGARO
Que fait Didier Deschamps
quand il ne regarde pas du foot ?
Il vit sa vie. Tranquillement, discrètement. J’ai ma vie, je passe du temps
avec ma famille, j’ai plus de temps. En
tant que sélectionneur, on a une vie
sociale. Entraîneur de club, pas vraiment. C’est aussi pour ça que je me sens
épanoui dans cette fonction. Après, il
faut gagner des matchs, sinon tu n’es
plus là…
Dans le foot, tout va très vite.
Mais si on vous dit que dans dix ans
vous serez encore là ?
Je ne me pose pas la question. Je suis
encore sous contrat et programmé pour
être là encore deux ans. Après, on
verra. Dix ans, c’est un peu exagéré.
Ça fait long, quand même (sourire). Je
ne suis pas là pour battre des records. Si
à un moment je ne le sens plus, ou si
on me dit que c’est terminé, j’en prendrai note et tout le monde passera à
autre chose. Ce n’est jamais présent
dans mon esprit. Merci le football,
je n’ai pas à me soucier du lendemain.
Quoi qu’il se passe, j’aurais une belle vie
après.
L’hypothèse de replonger
dans le quotidien d’un club est
totalement écartée dans votre esprit ?
Pas forcément. Je ne vais pas dire un
non catégorique. J’ai commencé à
33 ans le poste d’entraîneur et, en club,
ça use. Sélectionneur, c’est différent.
Après, il y a une usure qui peut arriver
dans le fonctionnement, la façon de
voir les choses. Ce n’est pas mon cas
aujourd’hui. J’ai ma propre liberté de
dire stop ou encore. Avec mon président, bien entendu. Après, tout
dépend des situations. Mais bon, ça
tient à quoi, le foot, des fois ? FranceUkraine (barrages retour de qualification à la Coupe du monde 2014), si on
ne gagne pas 3-0, je ne serai pas là à
vous parler. Idem avec une issue différente contre l’Argentine lors des 8es de
finale en Russie. Aujourd’hui, je me
sens bien, épanoui. Prêt à relever de
nouveaux défis avec cette équipe de
France. ■
Clermont fait tomber
l’Arena du Racing 92
Balayés 17 à 40, les Franciliens ne sont plus invaincus dans leur salle.
ARNAUD COUDRY £@ArnaudCoudry
RUGBY Coup de tonnerre en clôture de
la 2e journée du Top 14 avec la large et
éclatante victoire des Auvergnats sur la
pelouse synthétique des Racingmen.
u Et l’Arena a fini par tomber…
Il fallait bien que ça arrive un jour. Le
Racing s’est incliné pour la première fois
dans son Arena, balayé par Clermont
(17-40). Depuis décembre 2017, les Ciel
et Blanc restaient sur huit victoires dans
leur enceinte moderne et totalement
fermée. Pour le premier match de leur
deuxième saison à Nanterre, les Racingmen ont été secoués par des Jaunards
plus tranchants dans les rucks, plus
solides en mêlée. Une domination
concrétisée par la botte de l’Écossais
Greig Laidlaw (3 pénalités d’entrée) et
Camille Lopez, auteur d’un drop plein
d’aplomb (27e). Trop indisciplinés et
hors du coup, les Franciliens, à force de
subir, encaissaient un essai par Welsey
Fofana, parfaitement décalé dans
l’en-but par un coup de pied de son
ouvreur (32e). Au retour des vestiaires,
les coachs franciliens avaient fait le
ménage (4 changements) pour une réaction immédiate du Racing qui marquait
par Vakatawa (41e, 10-19). Mais la
révolte n’était que de courte durée. Les
coéquipiers de Chavancy retombaient
dans leurs travers. Clermont en profitait
pour enfoncer le clou, en marquant deux
fois par Betham (63e) puis Penaud (66e).
« Ici, c’est Montferrand !» montait alors
des tribunes.
u Le retour en force des Jaunards
L’an dernier, les Auvergnats avaient
vécu une saison cauchemardesque,
après le bouclier de Brennus soulevé en
2017. Les déroutes s’étaient accumulées,
mais la pire avait eu lieu à l’Arena de
FRANCK FIFE/AFP
Vous dites entretenir une bonne
relation avec Noël Le Graët,
votre président. En quoi est-elle forte
et importante dans votre mode
de fonctionnement ?
On se titille un peu sur les questions de
foot. Il a son mot à dire et on a beaucoup
de respect mutuel. Cette relation est
capitale pour les joueurs car s’ils
sentent une tension entre le sélectionneur et son président, ce n’est pas
l’idéal. Pour moi aussi, même si je
m’adapte et ai déjà connu ça en club
(avec Jean-Claude Dassier, son ancien
président à l’OM). Il le sait, c’est lui
qui décide. Mais s’il peut plaisanter
avec moi sur le choix des joueurs, il
sait aussi que sur ce sujet-là, c’est moi
le décisionnaire. On se taquine, il adore
le foot.
Didier Deschamps, le 31 août, lors de son
interview, à l’hôtel Métropole, à Monaco.
ZOOM
Foot : le PSG perd ses nerfs,
et Mbappé, à Nîmes
Le Jaunard Damian Penaud (au centre), auteur du troisième essai clermontois.
TOP 14, 2E JOURNÉE
RACING 92 (7)
AGEN (10)
PAU (8)
MONTPELLIER (5)
ST. FRANÇAIS (2)
GRENOBLE (12)
CASTRES (3)
17-40
25-23
20-10
36-14
20-8
20-23
19-16
CLERMONT (1)
PERPIGNAN (13)
TOULON (14)
LA ROCHELLE (9)
BORDEAUX (6)
TOULOUSE (4)
LYON (11)
Nanterre, où ils avaient été balayés 58-6,
début janvier. Une triste soirée marquée
par le terrifiant K.-O. subi par Samuel
Ezeala, dans un violent choc avec Virimi
Vakatawa. Pour le retour de l’ASM à
Nanterre, le jeune ailier a été préservé
pour éviter de focaliser toute l’attention.
Les confrontations Racing-Clermont
ont souvent été houleuses ces dernières
saisons, surtout celles à l’avantage des
Franciliens. À l’image de la demi-finale
2016 à Rennes (34-33 a.p.). Ou encore le
quart de finale européen de l’an dernier
(28-17). Mais dimanche, les Jaunards ont
pris une revanche éclatante. Et remis les
pendules à l’heure. Clermont, déjà large
vainqueur d’Agen pour la reprise (6723), est bel et bien de retour.
u Un Russell trop timoré
La recrue phare du Racing 92 n’a pas
réussi sa première à l’Arena. Finn Russell, l’ouvreur du XV du Chardon, avait
réussi des débuts tonitruants la semaine
dernière à Toulon (9-21). Auteur de deux
essais, il avait ébloui de toute sa classe.
Dimanche, l’Écossais a été plus en retrait. Certes son équipe a été dominée
par Clermont, mais l’ancien joueur de
Glasgow n’a pas apporté la petite étincelle, le petit coup de génie qu’on attend
de lui. Un match en retrait, plutôt discret. Les Racingmen ont manqué de
tranchant en attaque, leur jeu était stéréotypé, sans imagination. À l’image de
la partie livrée par Finn Russell. En face,
son partenaire à la charnière écossaise,
Greig Leidlaw (qui débute sa deuxième
saison en Auvergne), a, lui, signé une
partition impeccable avec Clermont. ■
A
titi, Pogba, Matuidi, Griezmann, Giroud)
dans leur manière d’appréhender l’évènement. J’ai modifié ma façon de faire
car ça avait été trop dans l’émotion.
J’avais trop chargé dans cet aspect-là.
Même par rapport à moi-même. En
2016, je ne voulais pas savoir ce qui pouvait arriver après la finale de l’Euro. Que
ce soit dans l’organisation, le programme, etc. Tout ce qui était anticipation, le
fameux « Si on est champions d’Europe », je ne pouvais en entendre parler.
J’avais l’habitude de fonctionner comme
ça. En 2018, c’était le jour et la nuit. Je
n’avais aucun problème avec ça et j’ai pu
donner mon avis sur l’après-finale en
toute décontraction. Ça ne m’a pas gêné
et je sentais de la retenue avec les membres du staff ou de la FFF. C’est moi qui
leur disais que ça ne me posait aucun
problème de discuter de ces choses avant
la finale. Ce n’est pas ça qui va vous faire
gagner, mais ça peut vous faire perdre.
La Fédération a été très performante sur
toutes ces questions d’organisation et
d’anticipation.
15
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
RÉCIT
1958, la naissance d’une
« monarchie républicaine »
Le 4 septembre 1958,
au cours d’une grande
cérémonie place
de la République,
à Paris, le général
de Gaulle lançait
la campagne référendaire
pour la Ve République :
un régime qu’il voulait
doté d’un exécutif fort,
pour rompre
avec l’instabilité
des précédentes
institutions.
Place de la République, à Paris,
le 4 septembre 1958,
le général de Gaulle présente
la nouvelle Constitution
de la Ve République.
RUE DES ARCHIVES/ AGIP
rendent compte à un comité consultatif constitutionnel. Cette démarche rompt avec la tradition
républicaine des Assemblées constituantes et rappelle plutôt celle de l’an VIII où la Constitution fut
rédigée par le premier consul seul, avec Sieyès et
Daunou.
L’objectif du général de Gaulle est d’aller vite on a même parlé de précipitation. De Gaulle veut,
comme il l’a déjà souligné en 1946 dans son discours de Bayeux, trouver les moyens institutionnels de contrer la perpétuelle effervescence politique dont la France est l’objet depuis la Révolution.
Pour ce faire, il importe de créer notamment un
chef de l’État digne de ce nom, qui deviendrait la
« clef de voûte » des institutions. Cette nécessité
de redonner un « chef » à l’État remontait aux réflexions gaullistes de l’entre-deux-guerres, notamment La Discorde chez l’ennemi (1924). Le
Général s’était convaincu de la permanence des
logiques guerrières au sein des États. Cela ne signifiait pas pour lui qu’il faille renoncer aux institutions parlementaires car de Gaulle est contre tout
régime « présidentialiste » à l’américaine, inadapté à un pays aussi divisé que la France. Il veut
seulement « rationaliser » le Parlement pour éviter les « crises d’autorité » (d’où le fameux art. 16)
et restaurer ce que Georges Burdeau appellera le
« pouvoir d’État » pour le combiner avec le « pouvoir du Peuple ». Car le Général reste attaché à la
souveraineté du peuple (d’où le référendum) ; il
n’entend pas consacrer le pouvoir de la technocratie et des « conseillers auliques » qui s’imposeront surtout à partir des années 1970 puis avec le
processus d’intégration européen.
Jacques de Saint Victor
C’
A
Respect des grands équilibres
du régime parlementaire
L’affaire est complexe : pour abattre la IVe République, de Gaulle doit éviter tout rapprochement
avec le 10 juillet 1940, lorsque Pétain s’est débarrassé de la IIIe République. L’ombre d’un putsch
militaire plane sur les débats. Beaucoup de politiciens de la IVe sont inquiets. Mitterrand parlera de
« coup d’État ». « Dans le Parlement, ce qui frappe,
note Félix Gouin en mai 1958, c’est un état d’esprit
comparable à celui surgi dans les heures vécues à
Vichy en 1940. La peur s’insinue dans l’esprit de
Une « République orléaniste »
certains collègues. » On ne saura jamais si l’opération « Résurrection » était une sorte d’intoxication destinée à accélérer la fin de la IVe ou si le
Général aurait été prêt au coup d’État militaire
pour revenir au pouvoir. Les dirigeants de la
IVe République, René Coty ou Guy Mollet, chef du
Parti socialiste, vont éviter à de Gaulle de devoir
utiliser la force en lui faisant place libre. Ainsi
pourra-t-il s’exonérer d’un piteux 19 brumaire.
Mais ces hommes de « l’ancien régime » ont
posé leurs conditions. Il est tacitement entendu
que le Général doit réformer les institutions en
respectant les grands équilibres du régime parlementaire.
De Gaulle se veut rassurant. Dès le 19 mai, il a
pris soin de déclarer que ce n’est pas à 67 ans qu’il
envisage de « commencer une carrière de dictateur ». Mais il ne peut se contenter de bonnes paroles. Georges Bidault ironise : « Aujourd’hui musique de chambre, demain musique militaire. »
Alors, par la loi de révision du 3 juin, de Gaulle va
s’engager à respecter juridiquement dans la future
Constitution un certain nombre de « principes républicains » (souveraineté du peuple, séparation
des pouvoirs, garantie d’indépendance de l’institution judiciaire, responsabilité du gouvernement
devant le Parlement, etc.).
Au début de l’été 1958, l’activité du Parlement
est alors « suspendue » pendant quelques mois,
laissant la rédaction du texte fondamental aux
mains de quelques hauts fonctionnaires, réunis
autour du garde des Sceaux, Michel Debré et d’un
membre du Conseil d’État, Raymond Janot, qui
RUE DES ARCHIVES/OVRM
était il y a soixante ans. Le
4 septembre 1958. Place de
la République. Pour le général de Gaulle, il s’agit de
présenter au peuple la future Constitution de la
Ve République et de s’inscrire dans la continuité républicaine. À cet égard,
le lieu et la date ne sont pas choisis au hasard.
C’était un 4 septembre 1870 que Jules Favre avait
rétabli la République pour la troisième fois depuis
1792.
Ainsi, ce jour-là, le héros du 18 Juin lance la
campagne référendaire pour la nouvelle Constitution qui sera finalement adoptée le 28 septembre
1958 à une très large majorité (près de 80 % des
suffrages exprimés en métropole) et promulguée le
4 octobre 1958. La cérémonie est grandiose et la
scénographie impressionnante : la tribune a été
surmontée d’un immense V de quarante mètres de
haut ! Il surplombe dans le ciel de toute sa majesté
la statue de la République. Dans son discours, le
général utilise de façon appuyée les références à la
« République ». Le juriste Georges Burdeau écrira
que le mot « sonne à chaque paragraphe du même
éclat de cuivre (que) dans les heures sombres de
1792, de 1870, de 1940 », tous ces moments où il
fallut réaffirmer, dit le Général, cette unité nationale que la monarchie avait su maintenir « au long
des siècles ».
Assurément, le mot de République vise à la fois,
dans les propos gaullistes, les grands principes qui
fondent la collectivité nationale depuis 1789 (souveraineté nationale, liberté et justice) mais aussi
l’État dans sa permanence (la République de Jean
Bodin, le théoricien au XVIe siècle de la souveraineté absolue). Le général de Gaulle est convaincu
que les institutions se sont fourvoyées depuis la révolution et surtout depuis 1879, date de la véritable
accession des « républicains » à la République. Par
hantise du césarisme, ces derniers ont créé un
« parlementarisme absolu » (Carré de Malberg) qui
fait la part trop belle au pouvoir législatif et a, selon le général de Gaulle, considérablement affaibli
le pays, avec des ministères fantoches, sautant au
gré des combinaisons parlementaires. Après deux
Républiques de ce genre, la crise algérienne est
l’ultime épreuve de vérité. Alors qu’un « comité
de salut public » se constitue à Alger le 13 mai
1958, défiant les autorités de la métropole, le président de la IVe République, René Coty, fait appel
« au plus illustre des Français » pour sortir le pays
de l’impasse. Mais le général de Gaulle n’entend
pas se limiter à rétablir la situation en Algérie. Il
veut changer de régime.
Les commentateurs se sont beaucoup interrogés
sur la nature du régime dont le général de Gaulle
dévoile la teneur aux Français ce 4 septembre dans
une relative indifférence de l’opinion (selon un
sondage Ifop de septembre 1958, les Français déclarent à 56,5 % qu’ils n’ont jamais discuté du
« projet constitutionnel » avec leur entourage).
En 1958, il n’est encore prévu que d’élire le président par un collège de « notables », rappelant le
« pays légal » de la monarchie de Juillet. Alors,
l’analyse la plus fine fut celle du juriste Maurice
Duverger, qui, avant de forger sa formule célèbre à
propos de la « monarchie républicaine », va parler
d’une « République orléaniste », en référence à la
monarchie de Juillet. Au regard de la puissance du
futur président, très supérieure à celle d’un monarque constitutionnel actuel, au fait que le gouvernement réponde tant devant le président que
devant les Chambres (dualisme), la comparaison
est stimulante. Le couple président-gouvernement peut se comparer au couple Louis-Philippe
et Guizot, rappelant ainsi l’importance souvent
négligée de « l’esprit orléaniste » dans les débats
constitutionnels depuis 1830.
La nature monarchique du nouveau régime
s’accentuera en 1962, après l’attentat du PetitClamart, lorsque de Gaulle imposera par une révision constitutionnelle l’élection du président de la
République au suffrage universel. Dans Le Mal
français, Alain Peyrefitte rapporte le propos du général : « Ce que j’ai essayé de faire, c’est d’opérer la
synthèse entre la monarchie et la République. »
Marcel Gauchet a parlé de « syncrétisme républicain » pour en finir « avec la guerre de l’Ancien
Régime et la Révolution ». Le 6 octobre 1966, de
Gaulle aurait déclaré vouloir faire « une monarchie
sans le nom » : « Hélas, les Français ne sont pas un
peuple monarchique ; ils sont même plutôt fiers
d’être républicains. » De fait, l’opinion restera profondément attachée depuis 1962 à ce compromis
« césariste » entre monarchie et démocratie qui lui
permet de choisir son « roi » puis de le renvoyer.
Mais, dans un monde marqué par les médias et les
sondages, ce processus électif finit par aspirer toute l’énergie nationale, paralysant en partie le jeu
institutionnel et créant une puissance inconnue
dans les autres démocraties européennes.
Par instants, à la faveur de tel ou tel incident
(comme récemment « l’affaire Benalla »), le peuple prend conscience des apories de cette « monarchie républicaine » qui était surtout faite pour
un homme exceptionnel comme de Gaulle dont
Mauriac disait qu’il disposait de « l’incroyable pouvoir d’oser dire “Moi, la France” et d’être cru ». ■
Ce que j’ai essayé de faire,
c’est d’opérer la synthèse entre
la monarchie et la République
GÉNÉRAL DE GAULLE
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 3 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
INTERNATIONAL
17
L’Iran se radicalisera-t-il face
aux sanctions américaines ?
£@Malbrunot
HASSAN ROHANI
SOUS PRESSION, L’IRAN
FRAGILISÉ PAR LES
❙SANCTIONS
AMÉRICAINES, ❙ PEUT-IL CÉDER SUR SON
INFLUENCE RÉGIONALE
LES GARDIENS
OU LE BALISTIQUE ?
DE LA RÉVOLUTION
PEUVENT-ILS PRENDRE
LE POUVOIR ?
C’est ce que demandent la France et les
États-Unis, notamment. « Que vous le
vouliez ou non, l’Iran fait peur », a dit,
selon un témoin, Emmanuel Macron à
Hassan Rohani, il y a un an lors de leur
tête-à-tête à New York. Le chef de
l’État pointait le rôle « déstabilisateur » de l’Iran au Yémen et en Syrie,
où Téhéran soutient Bachar el-Assad,
via une noria de milices. Sur le Yémen,
des pourparlers ont déjà commencé.
Depuis janvier, Téhéran a accepté
d’évoquer ce sujet lors de deux rencontres avec la France, l’Allemagne, la
Grande-Bretagne et l’Italie. Une troisième pourrait se tenir en septembre.
« On parle de cessez-le-feu, d’accès
humanitaire, c’est un début », confie un
diplomate à Paris. Plusieurs responsables iraniens nous ont confirmé leur
désir de négocier sur le Yémen. « C’est
le théâtre le plus facile », note un autre
diplomate européen à Téhéran. « Au
Yémen, ils ont fait un investissement en
hommes et en armes minimum, et stratégiquement leur intérêt est de garder un
aiguillon qu’ils agitent face aux Saoudiens. » En Syrie, en revanche, c’est
plus compliqué. L’Iran a un problème
de stratégie. Que veut Téhéran à court,
moyen et long terme ? « Les Iraniens,
analyse ce diplomate à Téhéran, veulent conserver une influence avec un régime avec lequel ils sont alliés depuis
très longtemps, et surtout, ils veulent
garder la voie sacrée vers le Hezbollah », la formation chiite libanaise
qu’ils approvisionnent en armes contre
Israël à partir de l’aéroport de Damas.
Comment y parvenir ? « En maintenant
une présence de milices de morts de faim
qu’ils financent comme chair à canon ? Il
y a peut-être d’autres façons, suggère
ce diplomate. Le problème, c’est que les
Iraniens n’ont pas l’habitude d’être dans
une réflexion de recul. »
Pour des raisons historiques et idéologiques, négocier leurs missiles balistiques est encore plus difficile. « En négociant le nucléaire, estime un militaire
à Paris, les Iraniens ont renoncé à un
atout stratégique majeur. Il leur faut
donc conserver un autre outil stratégique, certes conventionnel, y compris
dans l’esprit du modéré Rohani. » « Notre capacité défensive n’est pas négocia-
Ce sera le scénario du « dernier recours », affirme au Figaro Kanani Moghadam, ancien haut responsable des
gardiens. Mais il n’est pas le plus plausible. Avant même les premières sanctions américaines, entrées en vigueur le
6 août, après l’annonce par Washington
en mai de son retrait de l’accord nucléaire de 2015, celles-ci ont asphyxié
l’économie. Le rial a perdu plus de 50 %
de sa valeur. Les importateurs ont
beaucoup de mal à se procurer des dollars, et à l’étranger, l’accès aux banques
se referme implacablement. Hassan
Rohani, le président modéré, est affaibli. Initiative rarissime, il a été convoqué le 28 août devant le Parlement.
Deux de ses ministres ont été démis. Les
Iraniens sont déçus par sa politique
économique. Depuis six mois, les manifestations se multiplient. À court terme,
faute d’alternative crédible, le pouvoir
n’est pas en danger. « Mais si la crise
devenait ingérable, temporairement, les
gardiens de la révolution pourraient
prendre les commandes », prévient un
diplomate occidental à Téhéran. « Le
régime pourrait alors évoluer vers un bonapartisme, souligne l’économiste
Saeed Leylaz, ex-conseiller du président Hassan Rohani. Les gardiens sont
les seuls à avoir des intérêts généraux »
en contrôlant l’économie et la sécurité.
« Ils ont 40 milliards de dollars de trésor
de guerre et beaucoup d’or, ajoute-t-il,
qu’ils pourraient utiliser pour calmer la
grogne et financer le changement qu’ils
préconisent. » Un homme symbolise ce
durcissement : Qassem Soleimani, le
patron de la Force al-Qods, le bras
armé de l’Iran hors de ses frontières.
C’est lui qui a permis à l’Iran d’étendre
son influence depuis quinze ans en Irak,
en Syrie et au Yémen. Il veut un retour
sur investissement. Son portrait trône
désormais à l’aéroport de Téhéran. Ses
tweets sont autant de mises en garde.
Hassan Rohani ne l’apprécie pas. Mais
depuis qu’il a été élu président en 2013,
il n’est pas parvenu à rogner les ailes
des gardiens dans l’économie. « Oui, le
pouvoir des gardiens sera renforcé avec
les sanctions », anticipe Kanani Mogha-
1 Le pouvoir en Iran, les pasdarans et...
BULGARIE
Élisent
Hassan Rohani
Nomme et dirige
Mer
LIBAN 2
Méditerranée
Ali Khamenei
ISRAËL
Contrôle
AZERBAÏDJAN
Té h é ran
Base aérienne
de Doshan Tappeh
(QG des pasdarans)
IRAK
SYRIE
1
ÉGYPTE
4
Gardiens de
la révolution
Mohammad Ali Jafari
Armée
régulière
(Artesh)
*
Force al-Qods
Armée
de l’air*
Armée
de terre*
Marine*
Renseignements*
Bassidji
(milice de
volontaires)
*forces indépendantes de l’armée régulière
Dirige
Qassem Soleimani
3
ARABIE SAOUDITE
Programme balistique opérationel
Programme balistique en développement
ÉMIRATS
ARABES UNIS
OMAN
Rouge
Mer d’Oman
Site ayant un lien supposé avec
le nucléaire militaire
Autre site nucléaire
LA POLITIQUE D’INFLUENCE DE TÉHÉRAN
Pays hostile à l’Iran
ÉRYTHRÉE
1
YÉMEN
PAYS DANS LESQUELS L’IRAN MÈNE UNE POLITIQUE D’INFLUENCE ACTIVE
Participation à des conflits internes (Syrie, Irak et Yémen) 1
ÉTHIOPIE
Infographie
Unité d’élite (dont l’unité spéciale des opérations extérieures ou « Unité 400 ») qui soutient
des groupes armés (Hezbollah) et intervient dans les conflits à l’étranger (Irak, Syrie et Yémen)
alaouites...)
Golfe
Persique
QATAR
Mer
SOUDAN
Population de
confession apparentée
au chiisme (alévis,
LA MENACE IRANIENNE
4
BAHREÏN
Contrôlent
(duodécimains
ismaéliens
et zaydites)
AFGHANISTAN
PAKISTAN
KOWEÏT
État-major
unifié
Programme
b alistiq u e
CHINE
Population de
confession chiite
4
IRAN
Conseil suprême
de la sécurité
nationale
Dirige
Programme
n u clé aire
TADJIKISTAN
TURKMÉNISTAN
2
Dirige
Min istè re d e s
e n se ign e me n ts
OUZBÉKISTAN
L’IRAN AU CENTRE
DU MONDE CHIITE
1
Guide suprême
Participe
Min istè re d e
la Dé fe n se
Sh ah ab -3
250 km
KAZ.
Mer
Caspienne
3
Nomme
Gou ve rn e me n t
Sh ah ab -5
Parce que Paris soupçonne Téhéran
d’être derrière un projet d’attentat sur
AR.
TURQUIE
Assemblée
des experts
Pré sid e n t
Min istè re d e
l’Intérieur
LA RELATION
SE TEND ENTRE PARIS
❙ETPOURQUOI
TÉHÉRAN ?
GÉORGIE
Élisent
Confirme et contrôle
Changer le régime ou changer le comportement du régime ? Les « faucons »
autour du conseiller à la Sécurité nationale, John Bolton, voudraient renverser
la République islamique. Mike Pompeo,
le secrétaire d’État, affirme s’en tenir à
un « changement du comportement » du
régime, qu’il arrête, surtout, de soutenir
le Hezbollah anti-israélien. Américains
et Israéliens ont mis au point une cellule
spéciale pour attiser les troubles en Iran.
Officiellement, Trump dit être convaincu que, sous la pression des sanctions,
l’Iran finira par négocier avec lui. « Ni
guerre ni négociation », lui a répondu le
guide suprême, Ali Khamenei. Mais le
pouvoir iranien sait être pragmatique.
« Quelle est sa compréhension des priorités américaines ? s’interroge, toutefois,
un expert étranger à Téhéran. Sous
Obama, ils savaient que sa priorité était le
nucléaire, puis le balistique et enfin la
stabilité du Moyen-Orient. Trump, lui,
privilégie la région. Mais est-ce que le
jour où les Iraniens se tiendront mieux au
Moyen-Orient, les Américains seront
prêts à dialoguer avec l’Iran ? Pas sûr,
compte tenu du traumatisme anti-iranien
aux États-Unis et des puissants lobbies
anti-iraniens là-bas ». Et puis négocier
quoi ? « Le Yémen et la Syrie, ce n’est pas
suffisant, les États-Unis veulent zéro enrichissement, rappelle cet observateur.
Et quand ils voient l’efficacité de leur
stratégie, ils disent : “ne répétons pas
l’erreur d’Obama”, qui, selon eux, a négocié trop tôt, le régime n’était pas encore assez affaibli. Aujourd’hui, l’Administration Trump veut un Iran à genoux ».
RUSSIE
Mer Noire
Él ec teurs iraniens
Parle me n t
(Majlis)
VEULENT
LES ÉTATS-UNIS ?
❙ QUE
le sol français. Une première depuis
trente ans. Le 30 juin, Merhad A, un
Belgo-Iranien de 54 ans, est interpellé
dans sa chambre d’hôtel à Paris. Il est
en possession d’un téléphone portable
doté d’une carte SIM autrichienne, qui
ne contenait qu’un seul numéro de téléphone, autrichien lui aussi. Ce même
jour, à Bruxelles, un couple belge
d’origine iranienne est arrêté avec,
dans sa voiture, 500 grammes de
TATP, un explosif artisanal ; et en Allemagne, un diplomate iranien est également interpellé. Assadollah Assadi
était en poste en Autriche, et appartiendrait au ministère iranien du Renseignement. Selon le parquet fédéral
allemand qui l’inculpe, il est en charge
de « l’observation et de la lutte contre
les groupes d’opposition à l’extérieur de
l’Iran ». C’est lui qui aurait remis l’explosif au couple de Bruxelles. De son
côté, Merhad A est soupçonné de
« tentative d’assassinat terroriste » et
de « préparation d’attentats », selon
les termes du mandat d’arrêt européen
émis par la justice belge. En effet, ce
30 juin, des opposants iraniens, les
Moudjahidins du peuple, tenaient leur
rassemblement en banlieue parisienne,
auquel participaient deux proches de
Donald Trump, dont l’ex-maire de
New York, Rudy Giuliani, et deux anciens ministres français des Affaires
étrangères, Bernard Kouchner et Philippe Douste-Blazy, tous dûment rémunérés. « Une telle réunion ne peut se
tenir sans l’aval des services français,
confie un officiel à Téhéran. On l’a dit à
l’Élysée, cela casse la confiance entre
nous ». « Il semble bien que ce soit l’Iran
derrière le projet d’attentat », révèle un
haut représentant du Quai d’Orsay, qui
ajoute : « Le président Rohani et son
ministre des Affaires étrangères, Javad
Zarif, n’étaient pas au courant, ils sont
les premières victimes. » Le projet serait l’œuvre de factions radicales de
« l’autre Iran », opposé à tout rapprochement avec l’Occident. L’affaire a de
graves conséquences. Selon nos informations, Paris a suspendu la nomination d’un nouvel ambassadeur à Téhéran. Et mardi dernier, Reuters révélait
qu’une note du Quai d’Orsay appelait
ses diplomates à « différer » tout déplacement en Iran. Pour Téhéran, il
s’agit d’une manipulation orchestrée
par ses « ennemis », israéliens et
américains. ■
2 ... leur rôle dans l’activisme régional
ORGANIGRAMME SIMPLIFIÉ DE L’APPAREIL SÉCURITAIRE DE LA RÉPUBLIQUE ISLAMIQUE
D’IRAN ET LE RÔLE DES GARDIENS DE LA RÉVOLUTION (PASDARAN)
Élisent
ble », confirme Kanani Moghadam.
Mais « concernant notre conflit avec
l’Arabie saoudite, déclare au Figaro un
officiel iranien à Téhéran, ce n’est dans
l’intérêt de personne que cela dégénère. Il
faut trouver un moyen de discuter. Il faut
une négociation. Mais nous avons besoin
d’un catalyseur. Les Russes ? Non. La
France a cette capacité. Elle a de bonnes
relations avec l’Arabie, on a fait passer
ce message à Paris. Emmanuel Macron
doit préparer quelque chose ». Mais, au
préalable, Paris réclame que l’Iran, qui
a riposté à Trump en menaçant de sortir
de l’accord nucléaire et de relancer
l’enrichissement nucléaire, « arrête ses
menaces », a déclaré Jean-Yves
Le Drian à son homologue iranien,
Javad Zarif, début juillet à Vienne.
dam. « Les investissements que l’étranger ne financera pas avec le départ de ses
entreprises, les gardiens, eux, les financeront. » Et le pire est à venir avec les
sanctions, à partir de novembre, contre
les exportations du pétrole iranien que
Washington mettra en place.
Georges Malbrunot
Golfe d’Aden
Sources : M. Izady, Gulf/2000 Project - Columbia University, 2014 et Reuters
Les régions de peuplement mixte où les chiites ne sont pas majoritaires apparaissent en hachuré
Soutien à des organisations terroristes (Hezbollah, Hamas) 2
Rapprochement géopolitique pour affaiblir ses ennemis (Turquie, Qatar) 3
Soutien aux minorités chiites (monarchies du Golfe, Afghanistan, Pakistan) 4
A
Après le retrait
américain, Téhéran
menace de sortir
de l’accord
nucléaire, si les
Européens ne lui
garantissent pas
des circuits
de financement
alternatifs.
Mais, alors que les
« ultras » haussent
le ton, la marge
de manœuvre
est réduite.
Des négociations
ont déjà eu lieu
sur le Yémen.
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lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
DESSIN FABIEN CLAIREFOND
Les caractères originaux
de l’histoire intellectuelle
Le
Carnet
DE JACQUES
JULLIARD
L’historien et essayiste*
s’est plongé avec délice
dans « La Saga des
intellectuels français.
1944-1989 », de François
Dosse, un ouvrage
monumental qui paraît
chez Gallimard
le 6 septembre.
Jacques Julliard dessine
les traits distinctifs,
fortement accusés,
de l’intellectuel en
France, ce personnage
indissociable de l’histoire
nationale.
On ne s’est jamais tant occupé des
intellectuels que depuis qu’on les dit
sur leur déclin. En témoigne
le formidable pavé (1 326 pages,
2 volumes chez Gallimard) que leur
consacre François Dosse pour la seule
deuxième moitié du XXe siècle (19441988). On échappe ainsi aux horreurs
de l’Occupation et aux langueurs
du temps présent. Dans ce cas, faut-il,
comme le fait l’auteur, parler
de « saga » ? Non, en termes
chronologiques, car la saga remonte
d’ordinaire aux origines de la famille.
Oui, si l’on signifie par là quelque
chose qui évoque l’histoire des
Atrides, avec leurs secrets, leurs
haines recuites, les crimes vite
étouffés, les cadavres dans l’armoire.
Je dois dire que je ne me suis pas
ennuyé une seconde dans un livre au
long cours, solidement documenté,
malgré une ou deux inexactitudes,
où les positions de chacun sont
analysées avec beaucoup de rigueur
et d’honnêteté. Il ne manque ici pas
un phonème pour les linguistes, pas
un miroir pour les psychanalystes,
pas une pétition pour les militants,
pas une visite triomphale du couple
Sartre-Beauvoir dans le pays qui, à un
moment donné, Russie, Chine, Cuba,
a tenu lieu de pèlerinage. Aucune non
plus de ces affaires désignées par le
nom du personnage principal, qu’il
s’appelle Henri Martin, Lyssenko ou
Soljenitsyne. Comme il est naturel,
la place des revues, Esprit, Les Temps
modernes, La Nouvelle Critique,
Arguments, Le Débat, Commentaire,
et bien d’autres encore, est centrale :
pas de vie intellectuelle digne de ce
nom sans cette médiatrice essentielle
qu’est la revue. Seule lacune grave :
elle concerne le rapport de
l’intellectuel et du politique au social.
C’est ainsi que le nom de
Reconstruction, organe de la minorité
de la CFTC, devenue grâce à elle CFDT,
qui a fait plus pour changer l’univers
mental et social que toutes les revues
que l’on vient de citer, n’est même pas
mentionné. Mais qu’importe, nous
avons là un monument qui désormais
va servir de référence à quiconque
voudra s’informer sur l’atmosphère
intellectuelle de notre après-guerre,
jusqu’à la chute du communisme en
1989. Une date, qui comme 1492 ou
1789, est appelée à scander l’histoire
du monde. Mais je m’arrête ici,
n’ayant pas l’intention de proposer un
compte rendu détaillé de ce livre
imposant qui sera cette semaine
en librairie.
Je veux seulement, s’agissant du
statut et de l’histoire des intellectuels,
présenter librement les réflexions
que m’a inspirées sa lecture.
PAS UN SAVANT,
MAIS UN POLITIQUE
L’intellectuel est un homme qui
transpose dans le champ de la
politique un savoir, une recherche,
une œuvre, mais aussi souvent une
notoriété qui appartiennent à d’autres
domaines, tels la science, l’art,
l’information. Tous les savants,
tous les artistes ne sont pas des
intellectuels. Et tous les intellectuels
ne sont pas, hélas, des savants
ou des artistes…
Nul mieux qu’Alexis de Tocqueville
n’a décrit la naissance du phénomène
dans un chapitre célèbre de L’Ancien
Régime et la Révolution, que son titre
décrit à lui seul : « Comment, vers le
milieu du XVIIIe siècle, les hommes de
lettres devinrent les principaux hommes
politiques de leur temps, et des effets
qui en résultèrent » (1).
L’entrepreneur est
le révolutionnaire
volu
de l’économie.
A
Joseph Schumpeter
Les intellectuels
français, fidèles
à l’utopie
rousseauiste,
entendent
s’adresser
directement
au peuple
»
Oui, en effet, comment ?
L’explication donnée par Tocqueville
est à la fois profonde et passionnante.
C’est parce que la monarchie française
les tint soigneusement à l’écart des
affaires - c’est ici Louis XIV qui est
principalement visé - que les « gens
de lettres » - nous dirions aujourd’hui
les « intellectuels » - se sont réfugiés,
faute de mieux, dans l’abstraction et la
spéculation politique. Or l’absolutisme
tient aussi le peuple hors de l’exercice
concret de la responsabilité. C’est
pourquoi ce dernier est à son tour
séduit par l’abstraction et les idées
générales ! Et voilà comment les
intellectuels finissent par jouir d’une
véritable connivence avec le peuple !
Il en résulte l’implantation en France
d’une « politique littéraire »,
décrite par Tocqueville dans un texte
admirable :
« Il n’y eut pas de contribuable lésé
par l’inégale répartition des tailles
qui ne s’échauffât à l’idée que tous les
hommes doivent être égaux, pas de petit
propriétaire dévasté par les lapins du
gentilhomme son voisin qui ne se plût
à entendre dire que tous les privilèges
indistinctement étaient condamnés par
la raison. Chaque passion politique
se déguisa ainsi en philosophie ; la vie
politique fut violemment refoulée dans la
littérature, et les écrivains, prenant en
main la direction de l’opinion,
se trouvèrent un moment tenir la place
que les chefs de parti occupent
d’ordinaire dans les pays libres. »
Il n’y a pas grand-chose à ajouter à
cette page magistrale, si ce n’est ceci :
les « gens de lettres » deviennent
certes, aux yeux du public, des
hommes politiques de premier plan ;
pour autant ils ne gouvernent pas.
Ils ne détiennent de ministère
que celui de l’opinion publique. D’où
l’établissement durable en France
d’une sorte de politique parallèle, de
méta-politique dominée par l’opinion,
rivalisant sans cesse avec les pouvoirs
institués. Combien difficile pour le
gouvernement d’un pays qui reconnaît
en permanence une double légitimité,
celle des professionnels de la politique,
celle des intellectuels. Voilà la France
d’hier et d’aujourd’hui, voilà la France
éternelle !
LA FRANCE, TERRE
D’ÉLECTION DE LA
« POLITIQUE LITTÉRAIRE »
Le phénomène est-il général ou bien
est-il particulier à notre pays ?
C’est un fait : le modèle français a été
souvent imité par les intellectuels
étrangers, il ne s’est nulle part imposé
comme ici.
D’abord parce qu’un certain nombre
de pays, à commencer par les ÉtatsUnis, ont eu la sagesse d’intégrer des
intellectuels à la machine politique et
les rendre ainsi partie prenante du
pouvoir réel. Récemment encore, ils
ont fait d’Henry Kissinger, au départ
un pur universitaire, un des hommes
les plus puissants du monde comme
secrétaire d’État, tandis que son
homologue français, Raymond Aron, a
dû se contenter d’être, à l’écart des
affaires, l’un des principaux penseurs
politiques de son temps…
Ajoutons à cela que la centralisation
à la française ne se limite pas à la
politique et à l’administration. Elle a
son répondant en littérature. C’est
à Paris que résident les principales
maisons d’édition, les journaux
et périodiques que l’on qualifie de
nationaux, les principales institutions
culturelles. Ne sommes-nous pas
le pays qui a fait de la culture un
portefeuille ministériel à part entière ?
De Gaulle, en digne héritier de la
monarchie française, avait compris
cela mieux que personne. D’où la place
réservée à Malraux. En tant que
« protecteur de l’Académie
française » (tout un programme)
n’avait-il pas, nous raconte François
Dosse, envisagé pour celle-ci à la
Libération une fournée patriotique
qui eût fait entrer d’un coup sous la
Coupole André Gide, Paul Claudel,
Jacques Maritain, Georges Bernanos,
André Malraux, Paul Éluard, Roger
Martin du Gard, Jules Romains, Louis
Aragon, Jean Schlumberger, Wladimir
d’Ormesson, Léon-Paul Fargue,
Tristan Bernard, Julien Benda ?
On renâcla Quai Conti.
Quelle occasion manquée !
POUVOIR D’INFLUENCE
ET POPULISME
Hormis cette exception gaullienne,
l’intelligentsia française a été tenue
à l’écart du pouvoir, elle a dû se
contenter de l’influence. Son arme,
c’est donc en permanence l’appel
au peuple, par-dessus et par-delà les
institutions. Il y a donc en France,
à l’instar de la Russie tsariste,
un populisme latent propre aux
intellectuels. On le trouvait déjà chez
Rousseau. C’est ainsi que s’explique,
à mon avis, l’une des dispositions les
plus extravagantes du Contrat social :
la souveraineté du peuple n’est pas
transmissible. C’est donc contre
Rousseau que s’est édifiée toute
la théorie démocratique de la
représentation, par le biais du suffrage
universel dans les démocraties
« bourgeoises », par celui du parti
dans les démocraties « populaires ».
Mais les intellectuels français sont dans
ce domaine demeurés fidèles à l’utopie
rousseauiste : ils entendent s’adresser
directement au peuple, comme
instituteurs, comme tribuns, à
l’occasion comme meneurs. Ils font
comme Mélenchon ou Marine Le Pen :
ils lancent des mots d’ordre qu’ils
savent absurdes ou hors d’atteinte, en
spéculant sur la circonstance unique,
l’hapax, qui leur fera gagner le gros lot.
L’ARME SPÉCIFIQUE
DES INTELLECTUELS :
LA MORALE
Quel est le fond de leur prédication ?
Un principe simple et valable en toutes
circonstances : le primat de la morale
sur la politique. L’expression politique
de cette morale naturelle, ce sont les
droits de l’homme. Quand Voltaire
mène campagne pour réhabiliter
Calas, quand Zola fait de même pour
Dreyfus, quand Hugo lutte contre la
peine de mort, ils se placent du point
de vue des droits de l’homme. Ceux-ci
ont pourtant connu une longue éclipse
au XXe siècle sous l’influence du
communisme marxiste qui dénonçait
en eux une mystification bourgeoise.
C’est ainsi qu’on a vu, pendant
la guerre d’Algérie, deux formes
d’opposition à la politique coloniale :
l’une qui se plaçait du côté des droits
de l’homme pour dénoncer la torture
- principalement les chrétiens -,
l’autre qui mettait en avant le droit des
peuples. Depuis la fin de l’imposture
communiste, les droits de l’homme
ont fini par occuper tout l’espace.
Mais le « droit de l’hommisme »
est un principe, non une politique.
C’est ici la limite du pouvoir
des intellectuels.
L’ILLIBÉRALISME
POLITIQUE
Dans ces conditions, il n’est pas
étonnant que le libéralisme politique,
c’est-à-dire la philosophie qui garantit
les droits de l’homme aux citoyens,
ait trouvé si peu de défenseurs chez les
intellectuels français. Si l’on excepte
Camus et René Char pour la gauche
libertaire, Raymond Aron pour la
droite libérale, François Mauriac pour
les chrétiens, il ne s’est trouvé, parmi
les intellectuels qui ont marqué le
XXe siècle, que bien peu de gens
pour échapper à la tentation, soit du
fascisme, avec les quatre grands de la
trahison, Drieu, Brasillach, Céline et
Rebatet, soit du communisme stalinien
avec Aragon, Éluard, Picasso, JoliotCurie. Une liste un peu complète
remplirait plus d’une page de
ce journal. Comme si chez les
professionnels de la pensée, de la
recherche, de l’évasion romanesque
surgissait immanquablement une
tentation compensatoire pour la
violence. Comme si encore chez les
champions du non-conformisme et de
l’indépendance était né, sous prétexte
d’« engagement », ce que La Boétie
appelait la tendance à la « servitude
volontaire » et Henry Duméry
la « tentation de faire du bien ».
Comment expliquer autrement que
si peu des grands esprits de la scène
intellectuelle aient échappé à l’une
ou à l’autre des grandes impostures
de gauche du XXe siècle ?
Les intellectuels français ne sont pas
au XXe siècle des démocrates, voilà
la vérité nue.
Après tout ce qui vient d’être dit,
je me garderai bien de tomber à mon
tour dans la tentation du moralisme.
Les faits se suffisent à eux-mêmes.
Je me bornerai à deux conclusions.
La première, c’est qu’il existe
en France deux pouvoirs. L’un
institutionnel, soumis au suffrage
universel, l’autre spirituel, soumis
à l’empire de l’opinion publique. Pour
bien gouverner la France, ll faut peu
ou prou obtenir l’aval de chacun de
ces deux pouvoirs. Exercice difficile,
assez rarement réalisé.
La seconde, c’est que pour obéir
à sa véritable vocation, l’intellectuel
a le devoir de résister à la tentation
de chasser en bande, voire de
« s’engager ». Nul besoin de le faire,
puisque, comme dit Pascal,
nous sommes de toutes façons
« embarqués ». En bande,
l’intellectuel se décompose, ses vertus
se décolorent au soleil des honneurs,
son esprit critique tombe sous
l’éteignoir. Il ne reste plus qu’un
pauvre saltimbanque, complice
consentant d’un terrifiant Ubu
collectif qui ne connaît ni la raison
ni la pitié.
Pour rester fidèle à lui-même et ne
pas s’isoler du peuple, l’intellectuel
a le devoir de reste un solitaire.
(1) « L’Ancien Régime et la Révolution »,
livre III, chap. I, Gallimard, 1952, p. 174.
* Éditorialiste de l’hebdomadaire
« Marianne ».
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mercredi 5 septembre
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LE FIGARO
lundi 3 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
CHRONIQUE
Nicolas Baverez
£@NicolasBaverez
Un budget et quatre enterrements
epuis l’élection
d’Emmanuel Macron,
de très importantes
réformes ont libéralisé
le fonctionnement
du marché du travail,
transformé la formation professionnelle,
normalisé la fiscalité des entreprises
et du capital, reconfiguré l’éducation
ou la SNCF. Mais les grandes lignes
du projet de loi de finances annoncent
une nouvelle occasion manquée pour
réformer la France avec la poursuite
de la stratégie de décroissance à crédit.
Les effectifs de la fonction publique
stagnent en dépit de départs à la retraite
massifs (4 500 suppressions de postes
après 1 600 en 2018 sur 2,4 millions de
fonctionnaires d’État soit une diminution
D
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
de 0,0018 %). Pire le nouveau monde
renoue avec les méthodes les plus éculées
et inefficaces de l’ancien : coups de rabots
budgétaires ; artifices de trésorerie avec
la hausse des acomptes de l’impôt sur
les sociétés et le report des allégements
de charge à octobre 2019 pour
les entreprises ; report des économies sur
le prochain quinquennat ; foisonnement
de nouvelles taxes – jusqu’au sel
avec le rétablissement de la gabelle.
Macron ne fait nullement le choix
du travail ou de l’innovation mais celui
de l’État, en préservant les dépenses
publiques et les effectifs de fonctionnaires
au détriment du pouvoir d’achat
des Français et de la compétitivité
des entreprises. Et au prix de quatre
enterrements.
ENTRE GUILLEMETS
3 septembre 1499 : naissance de Diane de Poitiers,
maîtresse d’Henri II célèbre pour sa beauté.
Michelet
Elle profitait des froides
heures du matin,
se levait de bonne heure […]
en toutes saisons se lavait
d’eau glacée»
MARY EVANS/RUE DES ARCHIVES
19
Enterrement de la réduction du déficit
et du désendettement. Le déficit public
s’élèvera à 2,6 % au lieu de 2,3 % en 2018
et remontera autour de 2,9 % en 2019.
La dette publique atteindra 98 % du PIB
à la fin de cette année et frôlera 100 %
du PIB l’an prochain. Dans le même
temps, l’excédent allemand culmine
à 48 milliards d’euros, soit 2,9 % du PIB,
au premier semestre 2018. Le déficit
et la dette publics ont chuté à 0,1 %
et 86,8 % dans la zone euro, à 0,5 %
et 81,5 % du PIB dans l’Union – dont
13 des 28 membres affichent des surplus
budgétaires.
Enterrement de la réforme de l’État.
Le secteur public, qui mobilise 56 %
du PIB et pèse lourdement sur la nation
par sa faible efficacité, se trouve au cœur
de la conversion du modèle français.
Sa réforme a systématiquement échoué
car elle a toujours privilégié les moyens
sans jamais donner la priorité aux fins
avec une réflexion globale sur les missions
et l’organisation de l’État. Cette démarche
stratégique, qui se trouve à l’origine
du succès des politiques de changement
conduites au Canada et en Suède, fondait
les propositions des experts de CAP 22, qui
préconisaient une baisse de 30 milliards
d’euros des dépenses publiques d’ici à la
fin du quinquennat. Leurs conclusions ont
été ignorées. Le budget de 2019 n’est guidé
que par l’objectif de tenir le déficit en
dessous de 3 % du PIB tout en engageant
de nouvelles dépenses ruineuses
(service universel, tiers payant généralisé
dans la santé, extension du champ
de l’assurance-chômage). Les réformes
structurelles de l’État ou de la protection
sociale sont mort-nées. La prolétarisation
de l’État régalien afin de sanctuariser
les dépenses sociales s’accélère.
Enterrement de la reprise.
Après une éphémère embellie en 2017,
le décrochage de l’économie française
a repris. La croissance sera limitée à 1,7 %
cette année et 1,5 % en 2019 contre
2 % dans la zone euro. La compétitivité
continue à régresser comme le souligne
la hausse du déficit de la balance
commerciale. Le chômage remonte,
touchant 5,645 millions de personnes
soit 9,2 % de la population active contre
8,4 % dans la zone euro et 7 % dans
l’Union. Le réveil de l’inflation, qui atteint
2,3 % en rythme annuel et progresse plus
vite que les salaires, lamine le pouvoir
d’achat des ménages. La dégradation
de l’environnement international
explique pour partie le ralentissement
en raison de la hausse des taux d’intérêt
et des prix du pétrole, de la guerre
commerciale, technologique et monétaire
lancée par Trump, du renouveau
des tensions sur l’euro du fait de l’Italie.
Mais les erreurs de politique économique
de Macron pèsent surtout très lourd.
Le nouveau choc fiscal qui a mis
4,5 milliards de prélèvements
supplémentaires sur les ménages,
l’explosion de la fiscalité sur les
carburants et sur l’immobilier
ont tétanisé consommation
et construction. Le prélèvement
à la source qui opérerait un vaste transfert
de charges de l’État vers les ménages
et les entreprises donnerait le coup
de grâce à la demande en 2019.
Enterrement du projet de Macron
de refonder l’Europe. Sa légitimité auprès
de nos partenaires comme de nos alliés
dépend de la capacité à remettre
la France sur le chemin de la croissance,
du plein-emploi et de l’équilibre
budgétaire. Dire adieu à une baisse
structurelle des dépenses publiques
fondée sur la modernisation de l’État,
c’est dire en même temps adieu
aux réformes et à l’Europe.
Révision de la loi bioéthique : le débat
parlementaire de tous les dangers
CLAIREFOND
L
EMMANUEL HIRSCH
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
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SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
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Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
à son propos la notion « d’éthique
universelle ». La bioéthique se doit
d’être comptable de cette mémoire
et de cette conscience qui déterminent
des principes inconditionnels.
Les transgresser, ne serait qu’en
les relativisant au nom d’intérêts
estimés supérieurs, c’est mettre
en cause des valeurs d’humanité,
de dignité et de liberté qui constituent
les plus remarquables conquêtes
de notre histoire.
Sommes-nous prêts à céder
lorsque certains discours prônent
des conceptions opposées à nos
principes démocratiques, réfractaires
à un humanisme soucieux de l’autre
dans son identité
Tenter de distinguer l’acceptable
et ses vulnérabilités ?
La numérisation
et ce qui ne le serait pas,
de l’humain selon
c’est se voir accusé de mépris
des stratégies qui
à l’égard de revendications qui arguent visent à le dépouiller
de sa dignité préfigure
du principe de justice pour demander
une forme moderne de
l’accès à tous les possibles
barbarie qui pourrait
susciter l’expression
d’une mobilisation dont notre législation
sont inspirés par le Code de Nuremberg
bioéthique devrait témoigner.
qui a édicté en 1947, à la suite
Trop souvent les arbitrages rendus
de la Shoah, les règles intangibles
par les compétences investies d’une
des pratiques de la recherche menée
autorité en ce domaine s’évertuent
sur l’Homme. Reconnaître la personne
à accompagner et à cautionner
dans son autonomie et sa capacité
des évolutions en préservant encore
à consentir, l’informer avec loyauté,
quelques formes dont on sait l’inanité.
respecter son intégrité et lui témoigner
Alors que s’engagent les travaux
une bienveillance, ne pas l’exposer
parlementaires de révision de la loi
à des risques disproportionnés, être juste
de bioéthique de 2011, un sentiment
à son égard et considérer que son intérêt
d’incertitude, de confusion pour ne pas
est toujours supérieur à ceux
dire d’impuissance s’exprime au détour
de la recherche et de la société :
des prises de position. J’y vois une crise
tels sont quelques-uns des fondements
profonde des légitimités qui, on le sait,
de l’approche bioéthique.
affecte l’autorité et la sphère politique
Un an après le Code de Nuremberg,
d’un point de vue plus global.
la Déclaration universelle des droits
Est-il encore possible d’encadrer,
de l’homme fut promulguée. On évoque
justifieraient des investigations
qui nous éclaireraient davantage
sur les idéologies et les logiques
en œuvre que ne le font les discours
prophétiques annonciateurs
d’un humanisme transcendé. Tel est
le défi actuel auquel doit se confronter la
pensée bioéthique. Dès lors lui incombe
une responsabilité dont on a mieux saisi
la portée au cours des États généraux
de la bioéthique, organisés entre janvier
et mai 2018 : il ne s’agit pas moins que de
se concerter sur les valeurs et les choix
qui conditionneront notre devenir.
Il me semble essentiel d’aborder
les enjeux de la bioéthique en tant
que démocrates. Nos fondamentaux
«
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
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direction.redaction@lefigaro.fr
d’interdire ? Le contexte est propice
à l’amplification du phénomène de
dérégulation des pratiques scientifiques
et des avancées technologiques.
Elles prospèrent sur une tendance
à l’individualisme, à l’affirmation
du souci de soi et de l’intérêt particulier
au regard du bien commun. Adopter une
position simplement prudente, tenter
de distinguer l’acceptable et ce qui ne
le serait pas, c’est se voir d’emblée
accusé de passéisme, voire de mépris
à l’égard de revendications qui arguent
du principe de justice pour demander
l’accès à tous les possibles. C’est le cas
en ce qui concerne l’assistance médicale
à la procréation en dehors de motifs
d’ordre médical, au bénéfice
par exemple d’un couple de femmes.
Il en sera de même dans le champ
de la génomique et des neurosciences
afin de favoriser à travers le triage,
la manipulation ou l’augmentation,
la qualité et les performances du vivant.
En matière de bioéthique, nos
responsables politiques pourraient
estimer que des enjeux de compétitivité
internationale en matière d’intelligence
artificielle, de traitement des données
massives ou de génomique justifieraient
certaines concessions du point de vue
de nos principes. De même, leur
appréciation de l’acceptabilité sociale
d’évolutions dans nos représentations
de la famille les incitera peut-être
à l’ouverture de la biomédecine
à des demandes qui initialement
ne la concernaient pas. Nous
observerons dans quelques mois ce que
seront les choix des pouvoirs publics.
* Directeur de l’Espace de réflexion
éthique de la région Île-de-France.
A notamment publié « Le Soin, une valeur
de la République » (Les Belles Lettres,
2016).
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
Commission paritaire n° 0421 C 83022
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Origine du papier : France. Taux de fibres recyclées : 100%. Ce journal
est imprimé sur un papier UPM porteur de l’Ecolabel européen
sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
A
a bioéthique se prête
à des interprétations et
à des applications extensives.
Il s’agissait initialement
d’une réflexion éthique
portant sur les évolutions
des connaissances et des capacités
d’intervention dans le domaine
des sciences du vivant, du point de vue
de leur acceptabilité sociétale.
Rappelons-nous les années 70 avec
l’émergence des questions de greffes
d’organes, d’assistance médicale
à la procréation, de don de gamètes.
Les innovations biomédicales
en embryologie, génétique médicale,
neurosciences, imagerie et numérisation
ont par la suite justifié un encadrement :
la loi relative à la bioéthique leur
est consacrée.
Nos conceptions de la santé
ont ensuite évolué, du fait des capacités
d’intervention que les techniques
permettent. Actuellement, nous
discutons des limites d’intervention sur
le génome, du traitement de données
de masse et de l’intelligence artificielle
en biomédecine ou de modification
voire d’augmentation de l’Homme.
Des innovations se sont implantées
dans le paysage de la biomédecine.
Il convient donc d’inventer
une bioéthique pour aujourd’hui,
d’investiguer des champs scientifiques
inédits, d’identifier les enjeux éthiques
émergents, d’envisager des modes
de concertation
publique dans
la perspective
d’arbitrages
nécessaires
Il devient ingrat et difficile de recommander
même s’ils s’avèrent
la prudence en matière de bioéthique, s’inquiète
précaires.
le professeur d’éthique médicale à la faculté de
La bio-économie
médecine de l’université Paris-Sud XI/Paris-Saclay*. ou la bio-finance
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
20
Sophie de Tarlé
M
LE FIGARO. - Quelles sont les entorses à la laïcité
les plus courantes ?
Frédéric BÉGHIN. - La cantine est un haut lieu de
frictions. Des élèves boudent la viande si elle n’est
pas halal, et, pire, font pression sur les autres. La
loi qui interdit le port du voile est globalement respectée. Mais les enseignants doivent souvent rappeler à l’ordre des jeunes filles qui portent un bandana le plus large possible ou qui portent une jupe
longue, ce qui n’est pas interdit, mais qui peut inquiéter le personnel. La sortie scolaire peut virer
au casse-tête, quand certaines élèves ne veulent
pas être vues dans la rue nu-tête. L’absentéisme
lors des fêtes religieuses peut être massif, et les
certificats médicaux fleurissent les jours de piscine. Mais la loi est mal comprise. Beaucoup d’élèves, et pas que les croyants, vivent ces interdictions comme une brimade. Ils ont l’impression
qu’en France on n’aime pas la religion, et pas seulement l’islam. Mais ce qui paraît le plus inquiétant, c’est la contestation des enseignements : des
élèves qui mettent en cause Darwin et la théorie de
l’évolution, la lecture de Madame Bovary, de Tartuffe ou qui refusent d’aller au musée, car il y a des
nus. Leurs sources d’information sont ailleurs, sur
Internet. La France a cru résoudre les problèmes
avec la loi de 2004 (sur le port des signes religieux
dans l’école publique, NDLR), alors que ce n’est pas
tant ce qu’on porte sur la tête qui importe, mais ce
qu’on a dans la tête.
L’Éducation nationale a-t-elle sous-évalué les
problèmes vécus dans les classes le 8 janvier 2015,
le lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo ?
« Les enseignants sont
moins massivement
à gauche. Et, surtout,
ils sont aujourd’hui moins
convaincus et militants
de la laïcité telle qu’elle
était portée par les
instituteurs de Jules Ferry.
Pour certains, il est
devenu difficile de parler
de l’islam sans paraître
mal intentionné,
“laïcard”. »
Frédéric Béghin : « Sur la laïcité,
l’Éducation nationale fait l’autruche »
Pour le journaliste, auteur d’une enquête fouillée, les enseignants sont mal à l’aise face
aux revendications communautaristes, craignant parfois de paraître « islamophobes ».
Il est évident que cela n’a pas été le grand moment
d’unité nationale qu’on attendait. Il y avait, en
janvier 2015, la volonté de ne pas jeter d’huile sur
le feu. Le jour de la minute de silence, le ministère
de l’Éducation nationale a relevé 70 incidents seulement, ce qui parut peu crédible. Certains enseignants m’ont dit qu’ils avaient été très surpris par
la réaction de certains jeunes. Plusieurs proviseurs
ont préféré organiser ce moment dans les classes,
plutôt que dans la cour, ce qui a laissé les enseignants seuls face à leurs élèves et a créé d’autres
remous… Le ministère a envoyé dans l’urgence sur
le site Eduscol des tas de documents destinés aux
enseignants, mais c’était insuffisant. Selon un
sondage du Cnal paru en juin 2018*, 94 % des enseignants interrogés n’ont pas bénéficié de formation continue à la laïcité. Et 74 % n’en ont pas eu
lors de leur formation initiale.
Les enseignants ne sont donc plus les hussards
de la République ?
Les enseignants sont moins massivement à gauche. Et, surtout, ils sont aujourd’hui moins
convaincus et militants de la laïcité telle qu’elle
était portée par les instituteurs de Jules Ferry.
Pour certains, il est devenu difficile de parler de
Le jardin
d’Eve
Eve
Ruggieri
..............................
17h-18h
Ce qui paraît le
« plus
inquiétant,
c’est la
contestation des
enseignements :
des élèves
mettent en cause
Darwin
et la théorie
de l’évolution,
la lecture
de « Madame
Bovary »,
de « Tartuffe »
ou refusent d’aller
au musée
»
FRÉDÉRIC BÉGHIN
A
et votre journée devient plus belle.
l’islam sans paraître mal intentionné, « laïcard »,
voire islamophobe. J’ai un exemple en tête. Un
enseignant de CP (cours préparatoire) avait demandé aux enfants de dessiner des dieux grecs.
Certains ont refusé, par respect pour leur religion. Ce cas fut examiné dans une École supérieure du professorat et de l’éducation. Et la formatrice a été sidérée de voir, que, certes, un tiers
des stagiaires, avait répondu qu’il fallait respecter le programme mais un autre tiers qu’il fallait
laisser tomber pour éviter de faire des vagues, et
le dernier tiers qu’il fallait adapter le programme
à la culture des enfants et respecter leurs convictions. C’est ce dernier tiers qui lui paraissait le
plus inquiétant. Vincent Peillon, quand il était
ministre de l’Éducation nationale, en 2012, avait
souhaité au départ une « morale laïque », ce qui
avait choqué les enseignants. C’est bizarre car
dans un sondage** paru au même moment, 91 %
des Français y étaient favorables. Lorsque finalement l’EMC (éducation morale et civique) a été introduite en classe, en septembre 2015, beaucoup
de professeurs y ont presque vu une incitation à
l’athéisme.
La formation professionnelle a-t-elle évolué
depuis les attentats de 2015 ?
Elle est devenue plus concrète. Ces formations se
déroulent souvent sous forme de jeux de rôle.
Depuis septembre 2015, il existe un référent laïcité
dans chaque École supérieure du professorat de
l’éducation (ESPE). Leur rôle est de créer une
culture commune, d’harmoniser le nombre
d’heures, afin que les futurs professeurs puissent
répondre sur le fond, et expliquer par exemple que
le fait que la terre soit ronde n’est pas une opinion
parmi d’autres.
Et l’enseignement dans les classes ?
La difficulté est parfois de trouver des professeurs
volontaires, outre les professeurs d’histoire-géo,
pour enseigner l’EMC, qui est obligatoire du CP à la
terminale. C’est presque un cours de philo : par
exemple, sur un fait d’actualité, les enseignants
font échanger les élèves. Mais l’EMC ne date que
de 2015, et il est un peu tôt pour faire le bilan. Il
existe une foule d’initiatives socioculturelles sur la
laïcité. La troupe de théâtre Entrées de jeu, dirigée
par Bernard Grosjean, fait par exemple un travail
remarquable en intervenant dans les classes, et en
mettant en scène les situations à problème : Shoah
en histoire, Anne Frank en français… Ce qui permet aussi aux professeurs de n’être plus seuls, ce
qui les arrange bien d’ailleurs.
Vous employez souvent les termes de « grande
autruche » en parlant de l’Éducation nationale.
Avez-vous eu du mal à réaliser votre enquête ?
C’est exactement ça : s’enfoncer la tête dans le
sable pour ne pas voir. C’est un professeur de lycée professionnel qui a utilisé cette expression.
Lors de cette enquête, ce fut compliqué de passer
par la voie officielle. Il arrivait parfois que certains professeurs refusent d’avoir leur nom cité
sans l’aval de leur hiérarchie. Une fois, alors que
je sollicitais l’interview d’un principal de collège
auprès du rectorat, on m’a répondu : « Pourquoi
vous intéressez-vous à ce collège sans histoire,
d’une académie sans problème ? » Enfin, le cabinet
du ministère de l’Éducation nationale était au
courant de ma démarche, sans pour autant
accepter de me rencontrer. ■
*Ifop/Cnal auprès de 650 enseignants du public sur
leur rapport à la laïcité.
* *Sondage Ifop/« Dimanche Ouest-France »/2012.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
enus à la cantine, port du voile,
sorties scolaires, mixité, fêtes
religieuses, contenu des enseignement : les raisons de frictions ne manquent pas dans les
établissements scolaires. Selon
un sondage Ifop, diffusé par le Comité national
d’action laïque (Cnal) en juin, 59 % des enseignants estiment la laïcité en danger. Et l’adresse
Internet créée fin mai pour recueillir les signalements des personnels de l’Éducation nationale a
été sollicitée jusqu’à trente fois par jour avant les
vacances d’été, selon l’Éducation nationale. Journaliste indépendant, Frédéric Béghin est allé à la
rencontre des enseignants. Son livre Une prière
pour l’école. Les profs face au casse-tête de la laïcité
(Plon) révèle leur malaise, leur solitude, et parfois
le flou de l’institution.
RENCONTRE
£@Sdetarle
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 034 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
SEMAINE
CRUCIALE POUR
L’ARGENTINE
lefigaro.fr/economie
RÉMUNÉRATIONS BUZZ MÉDIA
2018, UN BON MILLÉSIME
POUR LES SALAIRES
DES CADRES PAGE 26
LE GROUPE TF1
MISE SUR LA FICTION
PAGE 28
Ara Aprikian, directeur délégué pour les contenus du groupe TF1
Trump accentue la pression
sur le Canada
Pour boucler les négociations commerciales sur la zone de libre-échange
nord-américaine, le chef de la Maison-Blanche menace son allié traditionnel.
de décennies de relations stratégiques, économiques, culturelles
entre les deux pays. Le Canada est
pourtant un excellent client et allié des États-Unis, qui dégagent
avec lui un excédent de plus de
8 milliards de dollars. Et les questions les plus importantes ont été
réglées, même si certains dossiers
bloquent encore, comme les aides
aux producteurs de lait ou l’exception culturelle qui permettrait
à Ottawa de soutenir des productions artistiques face aux groupes
américains. Une sortie de l’Alena
serait catastrophique pour l’économie canadienne : les trois
quarts des exportations canadien-
nes sont destinés aux États-Unis.
Les négociations qui doivent reprendre mercredi s’annoncent
tendues. En pleine campagne des
législatives de novembre, ce tweet
est aussi un message de Trump à
sa base populaire du Midwest. Et
un avertissement à la Chine et à
l’Europe. PAGE 23
FRANÇOIS BOUCHON, JEAN-CHRISTOPHE MARMARA, SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO, GROUPE ECLOR
Après
le fiasco, le
défi de Vélib’
La rentrée sera une
épreuve pour Vélib’,
le service parisien
de partage de vélos.
Smovengo, le
nouveau prestataire
du service, a mis les
bouchées doubles cet
été pour être prêt et
faire oublier le fiasco
du premier semestre.
Il joue gros. La Mairie
de Paris aussi. PAGE 22
le PLUS du
FIGARO ÉCO
GRÈCE
Le pays donne
naissance à des
pépites du luxe
PAGE 24
DÉCRYPTAGE
La Poste ou les
affaires en famille
de l’État actionnaire
PAGE 25
LIBRES
ÉCHANGES
Donald Trump
est le rejeton
caricatural
de la culture
américaine
PAGE 25
LIVRES & IDÉES
Ces « bulles »
qui nous entourent…
et nous menacent
PAGE 25
H. R.
Le Maire exhorte les
banques à réduire les
Le roi du cidre français s’attaque au
premier marché mondial, l’Angleterre… frais des plus fragiles
L'HISTOIRE
On l’ignore souvent, les Britanniques ne sont
pas seulement de gros buveurs de bière
ou de whisky, ils sont aussi les champions
du monde de la consommation de cidre.
Du Calvados à l’Angleterre, il n’y a qu’un pas.
Pas étonnant donc que le normand Agrial
ait décidé de le franchir et de traverser
la Manche pour profiter de cette manne.
Le groupe coopératif agricole et
agroalimentaire, qui commercialise les
salades Florette ou les soupes Créaline,
mais aussi les marques de cidres Écusson
ou Loïc Raison (ci-contre), réalise un joli coup
en mettant la main
sur le premier
cidrier
indépendant du
Royaume-Uni,
Aston Manor. Le
leader français a
annoncé ce weekend le rachat, via
sa branche
boissons Eclor, de
cette entreprise
comptant
300 salariés,
quatre sites de
production et 134 millions de livres de chiffre
d’affaires. Sans révéler le montant de la
transaction, les dirigeants de l’entreprise de
Caen, qui réalise 5,5 milliards d’euros de chiffre
d’affaires, se félicitent de cette emplette qui
permet à sa branche boissons et à son activité
cidre, déjà présente aux États-Unis, de
poursuivre son développement international.
Si, au niveau mondial, le cidre est un petit
marché, généralement proportionnel à celui
de la bière, il est en forte croissance. Et au-delà
des périodes Épiphanie-Chandeleur auxquelles
il était traditionnellement rattaché, il tend
à se désaisonnaliser et à devenir une boisson
branchée dans les
pays anglo-saxons
notamment, grâce
à une stratégie
active d’innovation.
Un marché
prometteur qui
intéresse de grands
brasseurs comme
Carlsberg,
qui ont aussi
décidé de s’y
engouffrer. ■
CAROLE BELLEMARE
Haro sur les frais d’incident
bancaire, que le gouvernement entend faire baisser !
Pour cela, l’exécutif va présenter trois mesures aux banques françaises, lors d’une
rencontre ce lundi soir réunissant François Villeroy de
Galhau, gouverneur de la
Banque de France, Laurent
Mignon, président de la Fédération bancaire française
(FBF), et les membres du comité exécutif de la FBF.
« Je souhaite que nous parvenions à un plafonnement des
frais bancaires à 200 euros par
an maximum pour les personnes les plus fragiles, celles qui
bénéficient de ce qu’on appelle
l’offre spécifique », a annoncé
dimanche le ministre de
l’Économie et des Finances,
Bruno Le Maire, sur BFMTV.
Créée en 2014, cette offre doit
être proposée par toutes les
banques aux personnes en situation de fragilité financière. « Aujourd’hui, les plus modestes sont ceux qui sont le plus
exposés à ces frais bancaires.
Certains, qui ont peu de revenus, pas de salaire, peuvent
payer jusqu’à 400, 500,
600 euros par an de frais bancaires. C’est inacceptable », a
fustigé le ministre.
Deuxième mesure, « je souhaite 30 % d’augmentation de
cette offre spécifique pour les
plus fragiles », a ajouté le ministre, estimant que l’offre,
s’adressant aujourd’hui à
375 000 personnes, est insuffisante. Enfin, Bruno Le Maire
souhaite élargir la réflexion à
l’ensemble des Français et
mettre en place un système
d’alerte plus efficace que celui en vigueur. Le ministre
veut que ces mesures soient
mises en place dans le cadre
de la loi Pacte. « Parions sur la
coopération avec les banques.
Je souhaite qu’elles jouent le jeu
[…], si nous voyons d’ici six
mois que ça ne fonctionne pas,
nous prendrons d’autres mesures », a-t-il prévenu. À
M.-C. R.
bon entendeur…
A
En un tweet, Donald Trump a
franchi un nouveau palier. Il menace d’exclure le Canada de la
zone de libre-échange nord-américaine dont il renégocie, avec son
voisin du nord et avec le Mexique,
les termes depuis des mois. Accusant le Canada d’« abus », il se dit
prêt à faire table rase du passé et
Confrontée à une profonde crise
économique et à l’effondrement de
sa monnaie, l’Argentine s’apprête à
vivre une semaine décisive.
Pour tenter de rassurer les marchés, le gouvernement doit dévoiler
ce lundi un nouveau train de mesures d’austérité. Le ministre argentin
de l’Économie, Nicolas Dujovne, devrait annoncer de nouvelles coupes
budgétaires et un renforcement des
taxes pour les grands exportateurs
agricoles pour rassurer les marchés
et convaincre le FMI de lui apporter
son aide.
Dès le lendemain, il doit en effet se
rendre à Washington au siège de
l’institution internationale pour
s’entretenir avec sa directrice générale, Christine Lagarde.
Ces derniers jours, la devise argentine, le peso, a été attaquée sur le
marché des changes. En une semaine, elle a perdu 17 % de sa valeur et
depuis janvier, elle s’est désormais
effondrée de plus de 50 % face au
dollar.
L’annonce mercredi dernier par le
gouvernement du déblocage d’un
nouveau crédit du FMI en sus des
15 milliards déjà alloués en juin a fait
l’effet d’une bombe sur les marchés.
Loin de rassurer les investisseurs,
elle a au contraire semé le doute sur
la situation réelle du pays.
Pour les cambistes, si l’Argentine a
été contrainte de frapper de nouveau à la porte du FMI, c’est que le
plan de soutien adopté en juin est
déjà obsolète et que la situation
économique du pays s’est encore
dégradée durant l’été.
Vendredi, la Banque centrale de la
République argentine (BCRA) est
parvenue à stabiliser le peso. Mais
elle a payé le prix fort. Il a fallu
qu’elle injecte 675 millions de dollars
sur le marché des changes. Dans le
pays, face à l’inflation galopante, la
grogne monte. La plupart des spécialistes estiment que le scénario de
2001 qui avait précipité la faillite de
l’État ne devrait pas se reproduire.
Mais la confiance des investisseurs
reste « fragile », prévient l’institut
Capital Economics, qui redoute que
le gouvernement argentin peine à
convaincre lundi en présentant son
nouveau plan d’austérité.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Une rentrée à risques pour Vélib’
Après le fiasco à Paris, le système de vélo-partage a amorcé son redémarrage cet été.
9 189
Vélib’
étaient disponibles
le 29 août contre
4 758 le 18 juillet
805
stations
étaient électrifiées
sur les 815 en service
le 29 août
Pour beaucoup
d’utilisateurs, floués
depuis trop longtemps,
Vélib’ n’est toujours pas
fiable. SÉBASTIEN SORIANO/
LE FIGARO
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
TRANSPORT Vélib’, le retour.
Après six mois de coma dû à l’amateurisme du nouveau prestataire,
Smovengo, le service de vélo-partage parisien a amorcé un redémarrage cet été. Ces bicyclettes qui
avaient déserté la capitale sont
réapparues en plus grand nombre.
Une impression corroborée par
les chiffres : en fin de semaine dernière, plus de 30 000 courses par
jour ont été réalisées en Vélib’
contre 13 000 mi-juillet. Il y a plus
de vélos, et 3 000 bicyclettes électriques ont été mises à disposition.
« Tout ce que nous avions promis
pour le 31 août, nous l’avons tenu.
C’est la première fois que Smovengo
respecte ses engagements », résume
Arnaud Marion, le redresseur d’entreprise appelé à la rescousse en mai
pour diriger cette entreprise.
La recette pour commencer à remonter en selle ? Une dose d’informatique avec une nouvelle version
du logiciel, deux doigts de mécanique avec des guide-roues pour
mieux accrocher les vélos et l’électrification de la majorité des stations (805 sur 815) pour éviter les
problèmes à répétition.
Pas de quoi pavoiser pour autant.
Il y a un an, quand JCDecaux
exploitait Vélib’, c’est plus de
100 000 courses quotidiennes qui
étaient comptabilisées. Et une
question demeure, à laquelle on
n’aura la réponse que dans quelques
semaines : avec la rentrée, Vélib’,
qui va être beaucoup plus sollicité
qu’au creux de l’été, va-t-il continuer à monter en puissance sans
accroc ? Le système ne risque-t-il
pas de craquer une nouvelle fois ?
L’interrogation est légitime car
beaucoup de problèmes ne sont pas
réglés. « Régulièrement, l’appli indique qu’il y a des vélos en station et
quand on arrive, il n’y en a pas, souligne Charles Maguin, président de
Paris en Selle, une association de
cyclistes. Les informations sont
aussi souvent fausses sur la disponibilité des places pour raccrocher un
vélo en station. »
Bref, le service n’est pas 100 %
fiable, ce qui irrite encore pas mal
de clients. La semaine dernière,
Graphic Factory s’en émouvait sur
Twitter : « Allo Vélib ? Y a quelqu’un ? 3 stations tentées, ZERO
VELO FONCTIONNEL ». Quant aux
touristes qui utilisent le service occasionnellement, beaucoup laissent
des commentaires incendiaires sur
TripAdvisor. Ils ne comprennent
pas pourquoi on les fait payer
5 euros la journée alors que, trop
souvent, ils n’arrivent pas à décrocher une bicyclette. Enfin, nombre
de villes de banlieue déplorent
l’absence de stations ouvertes
quand tout le système aurait dû être
opérationnel dès fin mars.
Pas de résiliation en vue
En attendant, avec ce redémarrage, Smovengo a gagné des points
pour éviter le pire : la résiliation de
son contrat qui, début juillet, était
évoquée notamment par Anne Hidalgo. « Tout n’est pas parfait mais
on se rapproche du bout du tunnel,
estime-t-on dans l’entourage de la
maire de Paris. Pour ce qui est de
Paris, nous avons une situation qui
fait escompter un Vélib’ 100% satis-
faisant dans le courant de l’automne.
L’hypothèse de la résiliation du
contrat de Smovengo s’éloigne
donc. » « Nous allons observer comment fonctionne Vélib’ à la rentrée
avec un nombre d’usagers plus élevé, ajoute Catherine Baratti-Elbaz,
présidente du SAVM (Syndicat
Autolib’ Vélib’ Métropole). Mais, à
ce stade, nous n’avons pas d’éléments qui nous conduisent à envisager la résiliation du contrat avec
Smovengo. »
Quant aux perspectives d’un
fonctionnement normal, il se murmure que les 1 400 stations prévues
au contrat devraient toutes être
ouvertes au premier trimestre
2019. Et qu’avant la fin de l’année le
cap des 100 000 trajets serait dépassé. Des bruits qui laissent sceptiques les utilisateurs. « On est parti
pour un service qui va marcher cahin
-caha pendant quinze ans, estime
l’un d’entre eux, Emmanuel. Simplement parce qu’il a été mal conçu à
la base. Et tous ces correctifs n’empêcheront pas les couacs. » Pas facile de reconquérir des clients floués
depuis trop longtemps. ■
ÉVOLUTION DU NOMBRE DE COURSES
JOUR PAR JOUR EN VÉLIB
31 593
30 000
25 000
20 000
15 000
10 000
8 500
5 000
0
1er juillet 2018
30 août 2018
UN CONTRAT
ATTAQUÉ
EN JUSTICE
C’est une épée de
Damoclès au-dessus de la
tête d’Anne Hidalgo, déjà
vilipendée pour le crash
de Vélib’ au premier
semestre. Cet automne,
le tribunal administratif
de Paris va examiner
une demande de résiliation
du contrat signé avec
Smovengo pour le
système de vélo-partage
parisien. C’est JCDecaux
qui intente cette action
en justice. Le groupe, qui
a exploité Vélib’ de 2007 à
2017, n’a pas digéré d’avoir
été évincé de ce marché.
Au printemps 2017, il avait
déjà contesté en référé
la légalité de cet appel
d’offres devant le tribunal
administratif. Et la justice
lui avait donné tort. Cette
fois-ci, l’affaire sera jugée
au fond. Un dossier suivi
de près à la Mairie de Paris.
Dans l’entourage d’Anne
Hidalgo, on se souvient
qu’en 2006, lors de
l’attribution du premier
marché Vélib’, JCDecaux
avait fait annuler
en justice l’appel d’offres
que son concurrent
britannique Clear Channel
s’apprêtait à remporter.
Et lorsqu’un nouvel appel
d’offres avait été lancé,
le français l’avait gagné. Or
si le tribunal administratif
ordonne la résiliation
du contrat avec
Smovengo, le SAVM
(Syndicat Autolib’ Vélib’
Métropole) aura beau
contester la décision
devant la cour
administrative d’appel,
cela a très peu de chances
d’empêcher le jugement
d’être exécutoire.
Smovengo devrait donc
arrêter le service et
arracher ses bornes.
Un scénario catastrophe
pour les usagers…
et pour la maire de Paris.
Source : Smovengo
En région parisienne, la fin d’Autolib’ laisse un vide
A
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
ET J.-Y. G.
Pour l’instant, la fin d’Autolib’
s’est déroulée suivant le planning
prévu. Depuis le 1er août, le système d’auto-partage en région parisienne ne fonctionne plus. Et
Bolloré, qui avait jusqu’au 31 août
pour retirer les 4 000 voitures
électriques et débrancher les
1 100 stations, a tenu son engagement. « Les dernières Autolib’ ont
été enlevées de notre territoire
mi-août », affirme Grégoire de La
Roncière, président de GPSO
(Grand Paris Seine Ouest) qui
regroupe huit communes (Boulogne, Issy-les-Moulineaux, Sèvres,
Meudon…).
Toutes les Blue Car sont aujourd’hui stockées sur un parking à
Romorantin dans le Loir-et-Cher,
à côté de la seule casse automobile
en France apte à déconstruire une
voiture électrique. Ce n’est toutefois pas l’objectif de Bolloré qui
compte bien réutiliser la grande
majorité de ces véhicules. Une petite partie pourrait être réinjectée
dans les autres services d’autopartage du groupe, pour l’essentiel
à Lyon ou Bordeaux. Le solde sera
vendu à des particuliers ou à des
entreprises.
Le sort des bornes qui permettait de recharger les Blue Car est
plus nébuleux. L’écrasante majorité des 103 communes qui ont ces
équipements sur leur territoire
souhaite qu’elles puissent servir à
recharger les voitures électriques
des particuliers qui le souhaitent.
« Il faut évidemment préserver ce
maillage de bornes de recharge
électrique », affirme ainsi Sophie
Dechiens, adjointe au maire de
Levallois-Perret, en charge de la
voirie. Mais il y a un problème : si
les collectivités locales sont propriétaires des bornes, c’est à Bolloré qu’appartient le système informatique permettant de les faire
fonctionner, notamment de facturer les clients. Or il n’est pas prévu
que le SAVM (Syndicat Autolib’
Vélib’ Métropole) le lui rachète.
Le free floating débarque
Les collectivités locales vont donc
devoir trouver un prestataire qui
développe un logiciel spécifique
pour elles. Une opération qui
prendra pas mal de temps. « Notre
objectif est de faire en sorte qu’à
Paris les véhicules électriques puissent se recharger au printemps
2019 à ces bornes », affirme-t-on
dans l’entourage d’Anne Hidalgo,
la première élue de la capitale.
Pour rendre le système plus efficace, les clients pourraient utiliser
le même badge que dans le réseau
Belib’, les bornes de recharge de
véhicules électriques ouvertes depuis deux ans à Paris.
En banlieue, où l’on ne pourra
pas s’appuyer sur l’expérience Belib’, le redémarrage des ex-bornes
Autolib’ sera plus lent. « Il faudra
compter de 12 à 18 mois pour qu’un
nouveau système permette de faire
payer les automobilistes qui rechargent leur voiture électrique », souligne Catherine Baratti-Elbaz,
présidente du SAVM. En revanche, pour les communes qui accepteront la recharge gratuite des
véhicules, cela pourrait être disponible dans quelques semaines.
En attendant, les places qu’occupaient les Autolib’ sont vides. Ce
n’est pas pour autant que tous les
automobilistes peuvent s’y garer
impunément. Sur ce plan, chaque
ville édicte ses règles. À Paris,
seuls les véhicules électriques
peuvent s’y garer, mais pas plus de
six heures de suite. Pas sûr qu’avec
la rentrée et la difficulté de se garer dans la capitale, les automobilistes qui roulent dans des véhicules thermiques respectent la règle.
Parallèlement, plusieurs acteurs
comptent bien combler le vide
laissé par la disparition d’Autolib’.
Renault veut lancer son système
d’auto-partage fin septembre. Le
groupe PSA a l’objectif de déployer le sien d’ici à la fin de l’année. Tout n’est cependant pas réglé. Car les nouveaux services
seront différents d’Autolib’ : plus
question de stations dédiées et de
bornes, mais place au « free floating » avec des voitures qui peuvent se garer où elles veulent.
Reste que le modèle économique
nécessite une quasi-gratuité des
places de parking. Ce qui ne semble pas encore être totalement négocié avec la mairie de Paris. ■
Renault
« compte
lancer
son système
d’autopartage fin
septembre,
le groupe
PSA d’ici
à la fin de
l’année.
Des solutions
sans stations
dédiées
»
Madrid, championne
de l’auto-partage en Europe
PIERRE CHAPERON£@pierrechaperon
MADRID
Cela fait déjà quelques mois que Miguel, Madrilène à peine trentenaire,
employé dans un commerce au nord
de la capitale, utilise le service. « Je
me suis rendu compte que j’avais besoin des transports en commun uniquement pour aller au travail, dit-il.
J’ai donc troqué mon abonnement aux
transports en commun pour ce système d’auto-partage. » Comme lui, ils
sont des milliers à Madrid à utiliser
ces voitures en libre-service : des
ZOE (service Zity de Renault), des
Smart Fortwo (Car2go de Daimler),
des Citroën C-Zéro d’Emov (associant PSA au gestionnaire de stationnement Eysa). Kia et le groupe
pétrolier Repsol viennent de lancer
en version « bêta » le service Wible.
L’inscription est gratuite et se fait
par une application disponible sur
smartphone. L’usager indique son
adresse, ses coordonnées bancaires
et les références de son permis de
conduire. Le service d’auto-partage
vérifie les informations et donne son
feu vert à la conduite du véhicule
qu’on localise ensuite grâce à son téléphone mobile. La course est facturée à la minute : 0,21 euro pour
Car2go, 0,25 euro pour Emov,
0,26 euro pour Zity. Des réductions
sont possibles en achetant des
« packs minutes ».
La Mairie voit d’un bon œil les
quelque 1 600 véhicules électriques
en service. « C’est très positif, souligne Paz Valiente, coordinatrice à
l’environnement et à la mobilité à la
Mairie de Madrid. Ici, il y a une vraie
culture de la voiture. Mais il s’agit
surtout de véhicules diesel et anciens.
Le développement de l’auto-partage
va réduire la pollution et va désengorger la ville. » Une aubaine, donc,
pour la municipalité car Madrid
connaît de nombreux pics de pollution chaque année.
Études d’impact
Et c’est un succès auprès des Madrilènes. En début d’année, Car2go
comptait 187 000 utilisateurs ;
Emov, 160 000 et Zity, installé ici
depuis la fin de l’année 2017, déjà
10 000. Seuls les loueurs de voitures
craignent que leur clientèle de touristes se tourne, elle aussi, vers
l’auto-partage. Des études d’impact sont en cours, mais Paz Valiente est confiante. « Ce n’est pas le
même marché, estime-t-elle. Celui
de l’auto-partage concerne surtout
le centre-ville. Et il n’est pas forcément connu des touristes qui louent
une voiture pour sortir de Madrid et
se rendre à Ségovie ou Tolède. »
Quoi qu’il en soit avec la multiplication des voitures, auxquelles il faut
ajouter les scooters, la capitale
espagnole est en pointe en Europe
dans l’auto-partage. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 3 septembre 2018
ÉCONOMIE
23
Trump décidé
à faire céder
le Canada
Les discussions ont été suspendues vendredi, dernier délai initialement accordé par Donald
Trump aux Canadiens pour se rallier à un accord déjà conclu quelques jours plus tôt avec le Mexique. La Maison-Blanche a
immédiatement mis sa menace à
exécution, en proposant au
Congrès un simple accord bilatéral
États-Unis-Mexique, en guise de
remplacement de l’Alena en vigueur depuis vingt-quatre ans.
Donald Trump laisse maintenant
au Canada l’option de se rallier au
texte « s’il le souhaite », ce qui
n’est guère du goût de nombreux
élus du Congrès, attachés à l’intégration du Canada à l’économie
américaine.
Le président américain menace
son voisin de l’exclure de l’Alena.
PIERRE-YVES DUGUA £@Pdugua
WASHINGTON
COMMERCE Donald Trump semble vouloir faire de sa manière de
traiter le Canada un exemple de sa
dureté en négociations. Il menace
explicitement d’exclure cet excellent client et allié des États-Unis de
la zone de libre-échange nordaméricaine dont il renégocie les
termes depuis plusieurs mois.
« Il n’y a pas de nécessité politique à garder le Canada dans le nouveau marché conclu sur l’Alena
(Accord de libre-échange nordaméricain). Si nous ne parvenons
pas à un accord équitable pour les
États-Unis après des décennies
d’abus, le Canada sera exclu », a
twitté le président Trump. Il ne
resterait alors dans l’Alena que les
États-Unis et le Mexique. Cette af-
firmation, contraire à des décennies de considérations stratégiques, économiques et culturelles,
est tellement choquante qu’on a du
mal à la prendre au sérieux. Elle va
néanmoins peser sur le climat des
négociations qui doivent reprendre mercredi entre Robert Lighthizer, le représentant du président Trump pour les affaires
commerciales, et Crystia Freeland,
ministre canadienne des Affaires
étrangères.
À deux pas de la Maison-Blanche, les pourparlers tendus mais
courtois entre leurs délégations
durent depuis près d’une semaine.
Chaque partie s’est bien gardée de
discuter publiquement des points
de friction qui restent à régler (voir
encadré). On sait toutefois que les
questions les plus importantes sont
d’ores et déjà résolues. Le Mexique
Excédent commercial
Donald Trump lors d’une
conférence, vendredi,
à Charlotte, en Caroline
du Nord. PABLO MARTINEZ
MONSIVAIS/AP
+
» Lire aussi
PAGE 25
est en fait le pays qui a le plus cédé
à ce jour. À commencer par son
acceptation, saluée par Ottawa, du
principe d’une augmentation du
contenu nord-américain nécessaire dans un véhicule pour qu’il soit
exempté de droit de douane.
Quelques heures plus tôt, le climat
s’était détérioré. Donald Trump
venait de reconnaître avoir dit en
confidence à un journaliste de
Bloomberg qu’il ne voulait faire
aucune concession au Canada mais
que si cela se savait, la délégation
d’Ottawa serait tellement humiliée
que les négociations échoueraient…
Exclure le Canada d’un Alena
modernisé serait catastrophique
pour l’économie canadienne dont
la croissance est largement appuyée sur l’imbrication de ses
échanges avec son grand voisin du
sud. Les trois quarts des exportations canadiennes sont destinées
aux États-Unis. Des centaines
d’entreprises, dont des géants
comme General Motors et Ford,
sont à cheval sur les deux pays.
Quelque 600 milliards de dollars
d’échanges annuels entre les deux
nations culturellement très proches sont en jeu.
La thèse de Donald Trump selon laquelle « les États-Unis sont
victimes d’abus de la part du Canada » est difficilement défendable. Les États-Unis dégagent un
excédent de plus de 8 milliards de
dollars avec le Canada. Le Canada
est le meilleur client de 35 États
américains. Même en tenant
compte des contentieux actuels
sur le lait ou sur les aides dont le
secteur canadien du bois, il est
choquant de voir la Maison-Blanche proposer de fait de « jeter le
bébé avec l’eau du bain ».
On ne peut expliquer ce pari que
par le souci du président, en pleine
campagne des législatives de novembre, de démontrer à sa base
populaire dans le Midwest qu’il est
prêt à tout pour défendre les intérêts des producteurs laitiers.
L’autre message est implicitement
adressé à la Chine, voire aux Européens : la Maison-Blanche est
convaincue qu’elle a moins à perdre que ses partenaires à user de
l’arme commerciale. ■
Les dossiers qui coincent
● Le lait : Washington veut
une réforme du système d’aides
aux producteurs canadiens.
● Le chapitre XIX : le Mexique
a accepté l’élimination
de ce chapitre qui prévoit que
des panels d’experts tranchent
des litiges commerciaux entre
deux pays de la zone. Les
États-Unis accusent souvent
leurs partenaires de dumping.
● L’exception culturelle :
Ottawa veut pouvoir aider
des productions artistiques
et culturelles face aux groupes
américains anglophones.
P.Y.D.
Innovez.
Nous vous
protégeons.
Pénicaud vise 7 %
de chômage en 2022
La ministre du Travail était l’invitée
du « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI ».
Pas de « tabou »
Sur la réforme de l’assurance-chômage, au menu des discussions de
rentrée, Muriel Pénicaud a indiqué
que le gouvernement « n’avait
aucun tabou », y compris au sujet
de la dégressivité des indemnités.
Cette idée de dégressivité, avancée
récemment par le député LaREM
Aurélien Taché, vise en particulier
les cadres, alors même que ces
derniers contribuent au système
via leurs cotisations beaucoup plus
qu’ils ne reçoivent. « Ce n’est pas
forcément un sujet de cadres », a
Muriel Pénicaud, hier,
sur le plateau du « Grand Jury
RTL-Le Figaro -LCI »
glissé la ministre. Muriel Pénicaud
est en revanche bien décidée à se
battre contre la permittence (travail par intermittence, alternant
avec des périodes indemnisées).
« Il y a des règles qui se révèlent être
des pièges et se referment sur les
gens. Vous pouvez travailler 15 jours
puis être au chômage indemnisé
15 jours, et ça peut durer ainsi toute
la vie. 800 000 personnes sont dans
ce cas », a-t-elle fustigé. La ministre a rappelé que la réforme de
l’assurance-chômage avait deux
buts essentiels : « lutter contre la
précarité excessive » et « inciter au
retour à l’emploi ». Tout en rappelant la nécessité de désendetter
l’Unedic, qui supporte 35 milliards
d’euros de dette garantie par
l’État.
Quant au travail du dimanche,
qui a fait cet été l’objet d’une tribune de députés LaREM souhaitant
« aller plus loin », la ministre a répondu : « Ce n’est clairement ni à
mon agenda, ni dans mes priorités »
car « aujourd’hui on a un système
relativement équilibré ». ■
Nous avons tous une mission, la nôtre consiste à
protéger votre activité. La sécurité a toujours été
notre priorité et nous savons comment protéger
chacun de nos clients.
Que vous innoviez dans la distribution ou que vous
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A
SOCIAL Le gouvernement garde
le cap : même si la croissance ralentit et que le taux de chômage
(autour des 9 %) baisse moins vite
que prévu, « notre ambition est
toujours de parvenir à 7 % de chômage en fin de quinquennat », a indiqué la ministre du Travail, Muriel
Pénicaud, invitée dimanche du
« Grand Jury RTL-Le Figaro
-LCI ». « On a mis en place une
partie des réformes qui doit permettre de faire baisser le chômage
de masse », a-t-elle affirmé, expliquant que les ordonnances travail « ont déjà commencé à produire des effets », en particulier
auprès des TPE « qui disent ne plus
avoir peur d’embaucher ».
Muriel Pénicaud, qui est apparue
pugnace et déterminée alors que la
rentrée sociale s’annonce compliquée, a également vanté les mesures prises en faveur de l’apprentissage. « Une révolution est en train
de se faire, on a libéré tous les leviers
pour favoriser l’apprentissage, on a
45 % de demandes de jeunes en plus
en cette rentrée, cela n’est jamais
arrivé », s’est-elle réjouie.
RTL/FREDERIC BUKAJLO/SIPA PRESS
MARIE-CÉCILE RENAULT
£@Firenault
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
24
ENTREPRISES
L’épargne
salariale
a besoin d’un
coup de fouet
10 salariés ou plus a été de
2 369 euros (+ 2% par rapport à
2015) par employé bénéficiaire, selon l’étude de la Dares.
Les TPE à la traîne
La loi Pacte, dont l’examen débute
mercredi, doit doper des dispositifs
qui ont permis le versement
de 17,7 milliards d’euros en 2016.
MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault
ENTREPRISES Mieux associer les
salariés à la bonne marche de l’entreprise. C’est la promesse du projet
de loi Pacte, dont l’examen commencera mercredi en commission
spéciale à l’Assemblée. Outre de
nombreuses mesures de simplifica-
Seulement 56 % des
salariés du secteur privé
ont eu accès en 2016
à au moins un dispositif
d’épargne salariale.
TORWAI/GETTY IMAGES/
ISTOCKPHOTO
tion et le feu vert à plusieurs privatisations, le texte prévoit d’engager
une réforme en faveur de l’épargne
salariale. « Je veux retrouver le cœur
de ce qu’est une entreprise. Tout le
monde, quand ça va mieux, doit
pouvoir en profiter », avait déclaré
Emmanuel Macron en avril dernier. Le texte prévoit ainsi de simplifier les dispositifs d’intéresse-
ment et de participation en
encourageant notamment leur
mise en place dans les entreprises
de moins de 50 salariés. Le « forfait
social », payé par les entreprises
sur les produits d’épargne salariale,
sera ainsi supprimé pour les entreprises de 0 à 250 salariés en ce qui
concerne l’intéressement, et pour
les entreprises de 0 à 50 salariés en
ce qui concerne la participation. Le
fonctionnement de l’épargne retraite sera également assoupli pour
doper ce produit.
Un sujet majeur alors que l’épargne salariale reste peu développée
en France : seulement 56 % des salariés du secteur privé (hors agri-
culture), soit 8,9 millions de personnes, ont eu accès en 2016 à au
moins un dispositif d’épargne salariale, selon une enquête de la
Dares, le service de statistiques du
ministère du Travail. Parmi ces salariés, 7,5 millions ont bénéficié
d’une prime, que ce soit sous forme de participation, d’intéressement ou d’abondement de plans
d’épargne.
Près de 17,7 milliards d’euros ont
ainsi été versés par les entreprises
en 2016 au titre des différents dispositifs, soit 4,4 % de plus qu’en
2015. Le montant moyen perçu au
titre de ces compléments de rémunération dans les entreprises de
Les salariés des grandes entreprises
ont eu bien plus souvent accès à au
moins un dispositif (93 % d’entre
eux dans les groupes de 1 000 salariés ou plus) que leurs homologues
des petites entreprises (13 % dans
les TPE de 1 à 9 salariés). L’accès aux
dispositifs est plus répandu dans les
entreprises offrant les salaires les
plus élevés : dans celles où le salaire
annuel moyen versé a dépassé
27 960 euros, 69,7 % des salariés
ont eu accès à au moins l’un d’entre
eux, selon l’étude de la Dares.
Les outils d’épargne salariale
sont très répandus dans certains
secteurs, comme l’énergie ou la fabrication de matériel de transports,
mais beaucoup plus limités dans
l’action sociale ou l’hébergementrestauration.
Le plan d’épargne entreprise
(PEE) reste le plus utilisé des dispositifs (46,3 % des salariés sont
couverts), devant la participation
(42,6 %), l’intéressement (36,2 %)
et le Perco (plan d’épargne pour la
retraite collectif), qui continue sa
diffusion avec 24,3 % de salariés
couverts (3,9 millions de personnes), soit six fois plus qu’il y a
dix ans. ■
Ces pépites du luxe font rayonner la Grèce
Miel, huile d’olive, vêtements haut de gamme, ces produits de niche à forte identité grecque s’exportent bien.
ALEXIA KEFALAS £@alexiaKefalas
ATHÈNES
EUROPE Alors que la Grèce s’apprête à sortir - officiellement le
20 août - de la tutelle budgétaire
imposée il y a huit ans par le FMI et
l’UE, le gouvernement grec tente,
tant bien que mal, de tourner la
page de l’austérité. Certains ont pris
les devants, à l’image de Yannis Karypidis et de son épouse Stavroula,
devenus producteurs de miel aux
feuilles d’or.
Tout a commencé en 2012, au plus
fort de la crise, lorsque le chômage
touchait un jeune sur deux et que les
mesures de rigueur étaient de plus en
plus drastiques. Yannis, ancien footballeur professionnel, et Stavroula,
enseignante, décident d’émigrer en
Angleterre. « L’avant-veille de notre
départ, invités au mariage d’un ami,
nous avons découvert que les convives
appréciaient le champagne aux
feuilles d’or », raconte Yannis. Le
couple se prête alors à rêver. « Les
grands-parents de Stavroula possèdent des ruches qui produisent du miel
de thym d’exception. Nous avons
commandé de l’or comestible 24 carats
de Suisse et nous avons démarré par-
cimonieusement d’abord sur Internet. » Ils décalent leur départ, se
mettent à fabriquer ce miel. Le succès est immédiat, essentiellement
dans les nouveaux marchés comme
au Moyen-Orient et en Russie.
« Porter la Grèce »
Aujourd’hui, le miel aux feuilles
d’or est en vente dans 26 pays et
rapporte quelque 2 millions d’euros
de chiffre d’affaires par an. Yannis
reconnaît que tout a été très vite,
mais n’a pas toujours été simple.
« Même si nous avons un excellent
miel de thym et un concept original,
être grecs ne nous a pas toujours
aidés, explique le quadra. Le pays
avait un déficit de crédibilité important. Les paiements se faisaient plusieurs mois après livraison, bien que
nous faisions tout pour rassurer nos
acheteurs en nous pliant à chaque
particularité des marchés. En Corée
du Sud par exemple, nous vendons un
miel de pin dans les émissions de télémarketing. C’est incroyable ! » Yannis admet qu’il n’a même pas essayé
de démarcher le marché allemand,
par peur de remarques déplacées,
mais compte bien, un jour, y faire
ses preuves.
Mareva Grabowski et Dimitra
Dimitra Kolotoura
et Mareva Grabowski
ont créé Zeus et Dione,
une ligne de vêtements
et d’accessoires,
estampillée luxe
et hellène.
COLLECTION PERSONNELLE
Kolotoura ont connu les mêmes réticences à l’étranger. En 2012, agacées par la mauvaise publicité dont
pâtissait la Grèce, elles quittent leurs
emplois respectifs dans la finance et
utilisent toutes leurs économies
pour créer une ligne de vêtements
et d’accessoires, estampillée luxe et
hellène. Elles la nomment Zeus et
Dione. « L’héritage du pays est tellement lourd que les Grecs eux-mêmes
boudaient ce patrimoine. Il fallait
agir, explique Mareva. Nous sommes
allées chercher les meilleurs matériaux du pays comme la soie du village de Souffli, dans le Nord, où la mar-
que Chanel venait se fournir il y a
quelques années. »
Les ateliers artisanaux de ces régions, qui fermaient les uns après les
autres, ont peu à peu repris la production dès les premières commandes. « Les tresses brodées que Dior
achetait en Grèce ornent aujourd’hui
nos chemisiers et nos robes. Nous
avons aussi développé des sandales
basées sur le style ancien spartiate,
avec, certes, du cuir d’Italie, mais le
sandalier est athénien ! » précise-telle. Depuis, elles produisent trois
collections de 60 à 90 pièces par an
et se lancent dans une collection de
tenues de plage. Voir Isabelle Adjani
porter l’une de leurs chemises dans
un magazine féminin est pour Dimitra et Mareva un réel aboutissement.
« Nous sommes entrées dans la cour
des grands mais au début, en pleine
crise, les acheteurs nous testaient sur
tout, tant sur la qualité que sur la livraison à temps. Heureusement, nous
avons reçu un accueil chaleureux des
clients qui n’achètent pas une simple
nouvelle marque de luxe, mais portent
la Grèce. Ils sont partie prenante
d’une histoire, à partir de matériaux
authentiques faits par une maind’œuvre unique et ancestrale. » Depuis quelques mois, elles sont pré-
sentes en Italie, en Suisse, en
Allemagne, au Moyen-Orient, aux
États-Unis, en Chine et même au
Bon Marché à Paris.
« Nous devrions recevoir une médaille, parce que nous restons en
Grèce, malgré les taxes et l’impossibilité d’embaucher facilement », résume Giorgos Kolliopoulos. Lui
aussi a utilisé les produits du terroir
de luxe. Cet ancien publicitaire,
passionné par l’huile d’olive, a tout
misé sur un embouteillage original.
« La plupart de la production d’huile
d’olive est italienne mais elle vient en
réalité de Grèce et est embouteillée en
Italie. J’ai donc gardé la qualité parfaite de l’huile grecque et ai conçu
une bouteille de luxe. » Tel un flacon
de parfum précieux, son huile,
Lambda, la lettre L en grec, est exposée chez Harrods en Angleterre
et fait le tour du monde. Aujourd’hui, 90 % de la production, encore familiale, va à l’export. Il ne produit que 1 000 tonnes d’huile
d’olive extravierge par an, « mais
les commandes arrivent aussi d’Afrique du Sud et d’Alaska, et je manque
de main-d’œuvre ». Une belle perspective pour résorber le chômage
qui plafonne encore à 20 % de la
population active. ■
EN BREF
Le Petit Ballon veut développer un réseau physique
Le spécialiste de la vente en ligne de box et de grands crus ouvre une boutique à Paris.
«
L’objectif,
c’est
de devenir
un caviste
moderne
en ligne et
hors ligne
»
A
MATTHIEU LESNE,
COFONDATEUR
DU PETIT BALLON
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
VINS Depuis mercredi dernier, les
passants de la rue des Entrepreneurs, à Paris (XVe), découvrent le
logo aux formes rondes de Petit
Ballon dans une rue de la capitale.
En sept ans, ce spécialiste des box
vins et e-caviste s’est surtout fait un
nom sur le Web. Mais avec 18 millions d’euros de chiffre d’affaires
attendus en 2018, et accompagné
depuis dix-huit mois par Venteprivée.com (qui détient 51 % du capital), le pionnier de la vente de vin
par abonnement fourmille d’idées
et ouvre sa première vraie boutique
physique.
« Dès le départ, la vente de box vin
était plus un moyen qu’une fin : l’objectif, c’est de devenir un caviste moderne en ligne et hors ligne », détaille
Matthieu Lesne, cofondateur de
cette start-up en 2011. Cette activité
désormais bien installée – la vente
de bouteilles sur son site représente
35 % de son chiffre d’affaires de
12 millions d’euros en 2017 à côté
des box -, le Petit Ballon veut passer
à l’étape suivante : renforcer le lien
physique avec ses clients. « Notre
ambition reste la même : démocratiser le vin de façon ludique en faisant
découvrir aux abonnés des crus qu’ils
aiment, grâce notamment à une
classification basée sur le goût et non
sur les appellations. Avec cette boutique, nous voulons améliorer l’expérience client dans une approche
omnicanale », explique Matthieu
Lesne. Les clients pourront ainsi recevoir les bouteilles chez eux ou en
boutique, être conseillés ou faire
leur choix en ligne voire, à moyen
terme, faire de l’e-reservation ou
même être livré en express en
moins d’une heure
Le point de vente inauguré ce
mercredi sur 70 m2 se divise entre
deux espaces : un lieu de retrait de
commandes en ligne et un espace
présentant une sélection d’une
centaine de vins, toujours choisis
par le sommelier (et associé) du
Petit Ballon, Jean-Michel Deluc.
Toute l’offre pourra être consultée
en ligne. Principale cible : ces abonnés qui viennent en magasin retirer
leurs emplettes et en profitent pour
découvrir de nouveaux crus.
Notre force, c’est notre connaissance
du client. Notre ambition n’est pas de
concurrencer Nicolas, qui s’installe
sur des emplacements très passants,
mais de développer le drive-to-store : nos abonnés qui viennent du Web
au magasin. L’avenir du vin, ça reste
le Web », explique le dirigeant.
Le soutien et les ambitions
de Venteprivée.com
Avec cet investissement de
120 000 euros, la start-up n’en est
pas à son coup d’essai. Ses anciens
locaux dans le VIIIe arrondissement
parisien ont ainsi été convertis par
hasard en une version 0 du concept.
Bilan : 500 000 euros de chiffre
d’affaires par an, et des bénéfices.
Un niveau de ventes que le Petit
Ballon espère atteindre sur ce nouveau point de vente pour rester
rentable, sa priorité. « Il faudra va-
lider le concept avec un ou deux nouveaux magasins l’an prochain,
conclut Matthieu Lesne. Si ça marche, on pourra se fixer un premier
objectif à une vingtaine de boutiques
à moyen terme, et pas seulement à
Paris. » L’Île-de-France regroupe
45 % de ses abonnés. L’exercice est
délicat,
certaines
incursions
d’e-commerçants dans le physique
s’étant soldées par des échecs (Pixmania...).
Pour franchir cet éventuel cap, la
start-up compte sur la puissance de
son actionnaire majoritaire depuis
un an, Venteprivée.com. Le spécialiste de la vente événementielle n’a
pas caché ses ambitions dans le vin.
Il a confié à sa nouvelle filiale les tests
de ses vins et a repris sa classification
pour son activité vin et gastronomie.
De nouveaux projets pourraient
aussi bientôt se concrétiser comme
la vente en primeur ou le lancement
d’une gamme de bières et de spiritueux sur le site du Petit Ballon,
comme dans ses boutiques. Pour définitivement être un vrai caviste. ■
WPP : MARK READ
REMPLACERA SORRELL
£ Ancien patron des activités
numériques de WPP, Mark
Read devrait être nommé
au poste de directeur général
du géant mondial de la
publicité dès la semaine
prochaine. Le groupe
britannique privilégie ainsi la
piste interne pour remplacer
son emblématique fondateur,
Martin Sorrell, contraint
en avril dernier de quitter
l’entreprise qu’il avait fondée
dans les années 1980, après
avoir été mis en cause pour
« comportement inapproprié »,
une accusation qu’il conteste.
GRÈCE : LES MARINS
EN GRÈVE POUR
DES AUGMENTATIONS
£ Aucune liaison maritime
ne doit être assurée lundi en
Grèce, notamment avec les îles,
suite à une grève de 24 heures
organisée par la puissante
Fédération nationale
des marins pour revendiquer
des hausses de salaires.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 3 septembre 2018
CHRONIQUES
25
L’État actionnaire ou Donald Trump est le rejeton caricatural
les affaires en famille de la culture américaine
DÉCRYPTAGE
Bertille Bayart
£@BertilleBayart
Les grandes manœuvres sont
lancées. Cette semaine, on a annoncé à Bercy le rapprochement
de la Banque postale et de CNP
Assurances, et de ce fait, la prise
de contrôle de La Poste par la
Caisse des dépôts et consignations (CDC). Le ministre Bruno Le
Maire a ainsi salué la naissance
d’un « grand pôle financier public ». Mais il faudrait beaucoup
de culot ou alors très peu de mémoire pour y voir une rupture de
politique économique ou la preuve d’un nouveau monde.
Car on ne compte plus le nombre de fois où les bans d’un pôle
public financier ont été publiés.
Dans ce secteur, l’histoire récente est celle d’un mouvement
perpétuel de respiration. Un
jour, il expire – et cède ses activités de financement des collectivités locales, l’ex-Dexia, ou de
banque d’investissement, l’exIxis. Un jour, il inspire – et crée
la Banque publique d’investissement, BPI France, ou comme
aujourd’hui arrime La Poste à
son périmètre. Mais toujours on
salue. Et le mouvement stratégique est étayé par une priorité
politique du moment : accessibilité bancaire, financement des
entreprises, ou, cette fois, accompagnement des territoires et
des collectivités.
Si l’opération annoncée cette
semaine est disruptive, c’est en
fait plus sur la méthode que sur le
fond. Une fois n’est pas coutume,
l’État a su aligner ses moyens et
ses troupes pour réussir sa
manœuvre. Et c’est sans trop de
psychodrame que l’exécutif a obtenu de la Caisse des dépôts ce
que l’institution de la rue de Lille
avait toujours refusé : la cession
du contrôle direct de la CNP.
La transaction tend en revanche à conforter une habitude de
plus en plus ancrée dans le périmètre de l’État actionnaire au
sens large : celle de procéder à
des opérations en famille. C’est
entre entités publiques que l’on
se vend et que l’on s’achète les
entreprises et les participations.
Dans le cas présent, la Caisse
des dépôts, institution publique,
apporte ses parts de la CNP à La
Poste dont elle deviendra ainsi
l’actionnaire majoritaire tandis
que l’État, au travers de l’Agence
des participations de l’État (APE)
en conservera une minorité de
blocage au capital. Au terme de
ce jeu de bonneteau, insistent les
protagonistes, « La Poste restera
100 % publique ». Tout change
mais rien ne change, en somme.
L’État avait procédé de façon
similaire en d’autres occasions.
Par exemple début 2017 quand la
Caisse des dépôts et CNP Assurances avaient acheté à EDF
49,9 % de RTE, le réseau de
transport
d’électricité.
Ou
quand, la même année, c’est EDF
qui avait acquis auprès d’Areva sa
filiale réacteurs, Framatome. Ou
encore, toujours en 2017, quand
la BPI avait repris à l’APE ses
parts dans le groupe automobile
PSA… Des milliards d’euros
s’échangent ainsi, et passent de la
poche droite à la poche gauche de
l’État.
Double contrainte
On peut trouver à chaque opération une justification industrielle.
Il y a du sens à faire travailler ensemble La Poste et la Caisse des
dépôts. Il y a du sens à voir la
CDC investir dans un actif d’infrastructure comme RTE. Il y a du
sens à ramener la fabrication de
réacteurs dans le giron de l’opérateur qui les exploitera…
Mais toutes ces transactions
expriment aussi une double
contrainte. La première est financière. L’État est impécunieux,
ce qui lui donne moins d’options
quand il étudie des dossiers industriels. La Poste a besoin de
fonds propres supplémentaires
pour surmonter l’épreuve de la
baisse du courrier. Et Bercy était
bien en peine de lui apporter de
l’argent frais. La puissance publique s’est donc tournée, comme
en 2010 d’ailleurs, vers la CDC.
La seconde contrainte est évidemment politique. Réaliser des
transactions à l’intérieur du périmètre public évite la question qui
fâche, celle de la privatisation. Là
encore, chaque cas a ses raisons.
Ainsi, on peut juger légitime de
laisser la détention d’un fabricant
de réacteurs nucléaire ou du service public postal entre les seules
mains du secteur public. Mais
l’accumulation des cas particuliers tend à démontrer une
constante : l’État français, quelle
que soit la couleur de l’exécutif
qui en a la charge, a décidément
du mal à couper le cordon avec
ses actifs.
Jeudi dernier, Bruno Le Maire a
défendu sans frémir la pertinence
d’un pôle financier public, insistant sur le rôle que peuvent jouer
La Poste et la Caisse des dépôts
dans les territoires. Le ministre
de l’Économie n’a pas vu dans ces
activités d’espace pour un désengagement de l’État qu’il défend
pourtant quand il s’agit d’activités concurrentielles.
Il aura cette semaine l’occasion
de donner plus de gages d’une
rupture concernant l’État actionnaire, avec l’examen en commission de la loi Pacte qui prépare la
privatisation d’Aéroports de Paris et de La Française des jeux. ■
Culte de la brutalité, obsession de l’ennemi, cupidité généralisée.
T
out au long de cet été
torride,
Donald
Trump nous a fait vivre des moments
inouïs, bien plus palpitants que la série The
West Wing (À la Maison-Blanche)
et ses 155 épisodes. La réalité dépasse la fiction, dira-t-on. En
même temps, les films constituent
la meilleure propédeutique pour
comprendre « la vie réelle ». Si le
45e président des États-Unis peut
nous étonner par la brutalité de ses
propos et de ses actes, il ne saurait
surprendre les fans du cinéma
américain qui les a accoutumés à
de telles violences.
Le 15 juillet dernier, lors d’un
entretien avec la chaîne CBS,
Trump a présenté sans vergogne
les États-Unis comme un pays assiégé. « La Russie est un ennemi par
certains aspects. La Chine est un
ennemi économique, évidemment
c’est un ennemi… L’Union européenne est le principal compétiteur,
le principal ennemi dans le monde
en ce moment », a-t-il égrené.
De telles jérémiades paraissent
pour le moins inconvenantes
émanant de la première économie
mondiale (dont les entreprises
multinationales, et pas seulement
les Gafa, écument la planète), de la
première puissance militaire de
l’univers qui affiche des dépenses
d’armement dépassant celles des
sept pays suivants réunis !
Pourtant, rien de nouveau sous
le soleil : l’industrie cinématographique de Hollywood regorge depuis des lustres de telles stigmatisations des étrangers. « Hollywood
est une usine à rêves, certes, mais
aussi une formidable machine à générer de l’ennemi », écrit l’expert
militaire Pierre Conesa dans un livre au titre évocateur (Hollywar,
Hollywood arme de propagande
massive, Éd. Robert Laffont).
Cela a commencé « avec le western ; plusieurs générations de
spectateurs ont considéré les cowboys comme les bons et les Indiens
comme les méchants ». Le cinéma
hollywoodien n’a de cesse de
« véhiculer des stéréotypes quand il
traite de l’Autre, le non-Américain,
le Noir, le (Peau-)Rouge, le Jaune,
le basané, le Blanc nazi ou le communiste ». Et Pierre Conesa
d’ajouter, « avec l’arrivée au pouvoir de George W. Bush, puis de Donald Trump, de nouveaux ennemis
sont apparus, dont le petit Français
et l’Arabo-Irano-musulmano-terroriste ».
Cette vindicte obsessionnelle
découle de l’Histoire comme l’a
bien décrit Tocqueville en 1835 (La
Démocratie en Amérique) à propos
des Blancs, des Noirs et des Indiens qui se partagent le même
territoire : « On découvre en eux,
LIVRES
LIBRES
ÉCHANGES
JEAN-PIERRE ROBIN
dès le premier abord, trois races
naturellement distinctes, et je pourrais presque dire ennemies. »
Or quand on a des ennemis, il
faut se défendre. Le fameux
« Deuxième amendement de la
Constitution américaine » (il date
de 1791) stipule qu’« une milice
bien organisée étant nécessaire à la
sécurité d’un État libre, le droit qu’a
le peuple de détenir et de porter des
armes ne sera pas transgressé ». La
National Rifle Association, le lobby
des armes à feu, ne manque jamais
de brandir ce texte sacré au lendemain des tueries de masse dans
les écoles ou les lieux publics. Lesquelles sont devenues si récurrentes, qu’il est, dit-on, plus risqué pour sa vie d’étudier au lycée
que de s’engager dans l’armée
américaine.
Hollywood peut aussi véhiculer
« des
stéréotypes quand il traite
de l’Autre, le non-Américain, le Noir,
le (Peau-)Rouge, le basané, le Blanc
nazi ou le communiste
»
PIERRE CONESA, DANS « HOLLYWAR, HOLLYWOOD
ARME DE PROPAGANDE MASSIVE »
Le climat de violence est entretenu à l’envi par Hollywood. « La
violence fait partie de la culture. Je
suis un grand fan de l’action et de la
violence au cinéma. C’est pour cela
que Thomas Edison a inventé la caméra », a pu déclarer le réalisateur
Quentin Tarantino. L’actuel chef
de la Maison-Blanche baigne dans
ce culte qui guide tous ses faits et
L’Oncle Sam, figure symbolique, allégorie des États-Unis,
dont Donald Trump exacerbe les mauvais côtés.
IDÉES
gestes, y compris en économie.
Donald Trump n’est pas de ces
farfadets qui, au sortir la guerre
froide, ont entonné l’hymne de la
mondialisation : « faites du commerce, pas la guerre ». Il entend au
contraire associer les deux, et il se
rengorge avec gourmandise des
« guerres commerciales (qui) sont
bonnes et faciles à gagner » (sic).
La violence, tout comme le protectionnisme commercial revendiqué haut et fort, appartient à une
longue tradition. Présentés à juste
titre comme le défenseur du monde libre et du libre-échange après
1945, les États-Unis ont été à l’origine funeste du protectionnisme
des années 1930, de même qu’ils
l’avaient été à la fin du XIXe siècle.
La force militaire au service des
intérêts commerciaux et à l’inverse les sanctions économiques érigées en outil diplomatique, ces
pratiques quotidiennes (à l’encontre de l’Iran ou de la Turquie entre
autres) remontent à loin. En 18531854, le commodore américain
Perry (contre-amiral) aborda les
côtes nippones à la tête d’une escadre armée pour forcer le Japon à
s’ouvrir économiquement, ce qui
fut fait. À partir de 2001, le président George W. Bush a utilisé le
dollar pour faire respecter les embargos des « États voyous », et son
successeur Barack Obama n’a pas
dévié d’un pouce, comme les banques européennes en ont fait l’expérience. La police économique
unilatérale que Trump met en place est dans la lignée de la politique
du big stick (le gros bâton) initiée
au début du XXe siècle par le président Theodore Roosevelt en Amérique latine.
Donald Trump pratique une
autre vertu yankee, « la cupidité
généralisée » (greed en anglais).
Rien n’est gratuit aux États-Unis,
ni les toilettes dans les fast-foods,
ni les services publics. « Les Américains calculent tout », observe un
banquier français qui a vécu longtemps outre-Atlantique. Certes, la
comptabilité analytique est gage
de transparence des coûts et d’efficacité.
Mais toute société doit accepter
des formes de mutualisation sinon
elle est emportée par des inégalités
inacceptables. Et au niveau mondial, la division internationale du
travail, dont l’Amérique est l’un
des grands gagnants quoi qu’en
dise Trump, devrait s’imposer à
tous. Une telle bienveillance
semble aller à l’encontre de l’idéologie belliqueuse, méfiante et égoïste, dont se prévaut Donald
Trump, la face odieuse de la culture américaine.
+
» Lire aussi PAGE 23
Marie Visot£@MarieVisot
Sur 200 pages, Marc Touati analyse et dissèque chaque bulle qui a
été créée depuis dix ans, cet « écart
cumulatif et auto-entretenu entre la
MICHAEL GUEZ
FINANCE « Flambée boursière excessive des deux côtés de l’Atlantique,
valorisation extravagante de nombreuses entreprises du numérique
n’ayant jamais réalisé le moindre profit, taux d’intérêt obligataires anormalement bas, explosion de la dette
privée en Chine et de la dette publique
en Europe et aux États-Unis, engouement écervelé pour le bitcoin et les
cryptomonnaies, cours immobiliers
historiquement élevés. » N’en jetez
plus ! La liste des excès financiers
dressée par l’économiste Marc
Touati dans son dernier ouvrage Un
monde de bulles (Bookelis), qui sort
ce mercredi, ressemble à un inventaire à la Prévert. Pour faire peur ?
« Pas du tout ! » répond l’auteur,
fondateur du cabinet ACDEFI. Pour
ne pas rééditer « les erreurs passées,
dix ans après la dernière grave crise
économico-financière qui a failli plonger le monde dans une dépression au
moins aussi grave que celle de 1929 ».
MARC TOUATI
« UN MONDE DE BULLES »
Bookelis
valeur financière d’un actif et sa valeur réelle ». Rappelant que la première identifiée comme telle fut
celle de la tulipe hollandaise du
XVIIe siècle, et après un détour par
le jeudi noir américain ou la crise
asiatique de 1997, il se penche sur
les « pièges » contemporains.
L’euro ? « À chaque fois qu’il
s’apprécie de 10 % sur une année, il
retire 0,5 point à la croissance eurolandaise », car il renchérit la valeur
des exportations et rend les biens
importés plus compétitifs que ceux
des entreprises nationales.
« Aveuglement collectif »
La bulle grecque ? « Un aveuglement collectif », répond Marc
Touati. Et d’oser la comparaison :
« Qui aurait l’idée saugrenue de
confier des bonnes bouteilles de vin à
un ivrogne invétéré ? Certainement
pas grand monde. C’est pourtant ce
que ne cessent de faire de (trop)
nombreux investisseurs internationaux lorsqu’ils prêtent leurs deniers
à certains États dont la dette publique ne cesse d’augmenter. »
La bulle des dépenses publiques ? C’est « un braquage à la
française ». Elles sont passées de
180 milliards d’euros en 1979 à
525 milliards en 1990, puis
760 milliards en 2000 et, enfin,
1 292 milliards en 2017. « Depuis
1957, elles n’ont jamais baissé… »,
alerte l’économiste. Lequel reste
pragmatique : « À la rigueur, si cette hausse effrénée des dépenses publiques françaises avait engendré
une croissance forte, on pourrait
s’exclamer “au diable l’avarice”. »
Mais c’est loin d’être le cas…
C’est peut-être sur le bitcoin,
cette nouvelle monnaie virtuelle,
que Marc Touati a les mots les plus
durs. C’est « l’arnaque du siècle »,
clame-t-il. « Il n’est basé sur rien,
c’est-à-dire sur aucune création de
richesses […]. Si le bitcoin s’effondre
complètement, personne ne remboursera ses détenteurs. Il va bien
falloir un jour retrouver le chemin de
la raison. »
Un jour… Car pour l’instant, tout
va - plutôt - bien. Mais c’est « lorsque tout le monde pense la même
chose qu’il faut commencer à s’inquiéter », prévient Marc Touati.
Lequel rappelle que jusqu’à début
2008, le FMI, la BCE et la Commission européenne prévoyaient une
belle croissance pour… 2009 ! Lutter contre les bulles est « voué à
l’échec », admet-il. Raison pour laquelle il faut, autant que faire se
peut, « essayer de prévoir leur dégonflement et le cas échéant l’ampleur et la brutalité de ce dernier.
Par contre, refuser d’alerter sur la
formation des bulles, en se réfugiant
dans l’aveuglement collectif est une
grave erreur ». Mieux vaut prévenir que guérir… ■
A
Ces « bulles » qui nous entourent… et nous menacent
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
26
DÉCIDEURS
AVEC
Les salaires des cadres
bondissent de 2,7 % cette année
Ils enregistrent
leur plus forte
hausse depuis 2012
selon le baromètre
Expectra. La pénurie
de talents est forte.
La hausse se confirme
TOP 10 des revalorisations salariales
ÉVOLUTION ANNUELLE DU SALAIRE
DES CADRES DEPUIS 2009, en %
PAR MÉTIER
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
2,5
2,0
1,5
1,0
0,5
0,0
YANN LE GALES £@YannLeGales
QUALIFICATION
2,7
2009
10
2011
- 0,5
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
- 1,0
ENQUÊTE 2018 est un bon cru pour les
cadres. Selon la 16e édition du baromètre Expectra, filiale du groupe Randstad
France spécialisée dans l’intérim et le
recrutement des cadres et des agents de
maîtrise, leurs salaires bondissent de
2,7 % cette année. Leurs rémunérations
enregistrent la plus forte hausse depuis
2012. Elles progressent de 1 % par rapport à 2017. Le salaire annuel médian qui
divise ces catégories en deux parts égales - une moitié qui gagne plus, une
autre qui gagne moins - s’élève à
44 720 euros selon l’étude de 77 249 fiches de paie.
Plusieurs raisons expliquent ce bond
en avant. Confiantes, les entreprises investissent. « Nous assistons à un effet
rattrapage avec un retard de six mois.
Nous avions observé une croissance très
forte de l’activité d’intérim et de recrutement des cadres l’an dernier. Mais ce redémarrage ne s’est pas traduit en 2017
par un rebond des salaires, observe
Christophe Bougeard, directeur général
d’Expectra. Le taux de chômage des cadres est très bas. Il est inférieur de 1 point
au plein-emploi. » La conjoncture favorable entraîne également une pénurie de
main-d’œuvre dans de nombreux secteurs. « Les cadres sont dans une situation favorable pour négocier leur salaire.
Ils le sont d’autant plus que les entreprises
privilégient les augmentations individuelles pour retenir leurs collaborateurs ou
recruter des talents extérieurs », précise
Christophe Bougeard. Les employeurs
acceptent bon gré mal gré cette envolée
car la rémunération demeure le premier
critère dans le choix d’un poste selon
l’étude Employer Brand Research 2018
menée par le groupe Randstad France.
Cet envol des rémunérations s’explique
enfin par l’accélération de la transformation numérique dans les six domaines passés au crible par l’enquête Expectra.
Le BTP et la construction sont le secteur qui connaît la progression la plus
- 1,5
-1,6
Chef de projet Webmarketing
2017
8,60 %
45 720 €
Ingénierie & Industrie
8,50 %
39 730 €
BTP
Ingénieur maintenance
8,10 %
41 770 €
Ingénierie & Industrie
Responsable logistique
7,90 %
41 100 €
Ingénierie & Industrie
Ingénieur sécurité
7,90 %
42 270 €
Informatique & Télécoms
Chef de projet informatique études
7,40 %
44 670 €
Informatique & Télécoms
Responsable comptabilité
7,30 %
44 730 €
Comptabilité & Finance
Ingénieur process
7,10 %
36 090 €
Ingénierie & Industrie
Comptable trésorerie
6,70 %
33 620 €
Comptabilité & Finance
ÉVOLUTION ANNUELLE, en %
1,3
4,2
Chef de
chantier
+ 8,5
+6
+ 5,8
39 730
33 430
27 680
2,7
1,8
4 Ingénierie & Industrie
2,6
1,9
5 Comptabilité & Finance
2,5
1,1
6 RH, Paie & Juridique
MÉDIAN NATIONAL*, en euros
2,4
* salaire annuel brut exprimé en euros. Le salaire médian, à ne pas confondre avec le salaire moyen, divise la population en deux parties égales : l'une gagne moins, l'autre gagne plus
spectaculaire (4,2 %) alors que les salaires n’avaient augmenté que de 5,3 % sur
les quatre années précédentes dont
1,3 % en 2017. Les investissements dans
les quartiers, les aéroports et les infrastructures expliquent cette embellie.
L’accélération est favorisée par la rareté
de la main-d’œuvre. « Les entreprises
connaissent de grandes difficultés pour
embaucher des chefs de chantier, des ingénieurs BTP et des conducteurs de travaux. La tension dans le secteur est renforcée par le recours de plus en plus
répandu à des outils numérique de gestion
des chantiers qui nécessitent des compétences encore plus rares », souligne
Christophe Bougeard. Cette tendance
permet aux ingénieurs BTP de bénéficier
de la plus forte hausse de salaire (8,5 %)
devant le chef de chantier (6 %) et le
technicien d’études bâtiment (5,8 %).
Portées par la croissance et un manque
d’experts, les technologies de l’information arrivent en seconde position
avec une évolution de 2,7 % contre
1,3 % en 2017.
Connaître le numérique
« La progression est plus modérée pour ce
secteur mais reste dynamique alors que
les entreprises multiplient les projets de
transformation numérique et les infrastructures. Mais certains experts comme
les ingénieurs en sécurité et les chefs de
projet informatique connaissent des
hausses nettement supérieures », constate Christophe Bougeard.
Le commercial et le marketing est en
troisième position avec une amélioration de 2,7 %. Sa progression est moins
forte que celle de l’informatique et les
télécommunications par rapport à 2017
(1,9 %). Surfant sur la vague du commerce électronique, les cadres connais-
sant le numérique sont très demandés.
Comme l’an dernier, le chef de projet
webmarketing est en tête des augmentations (9,5 %). Son salaire annuel atteint 39 900 euros. Confrontées à de
profonds changements dans leurs relations avec les consommateurs et à une
concurrence accrue, les entreprises ont
de plus en plus de mal à attirer des ingénieurs commerciaux et des technicocommerciaux. 54,3 % de leurs recrutements sont jugés difficiles contre 48,6 %
en 2017.
L’ingénierie et l’industrie se placent
en quatrième position. La hausse des
salaires est de 2,6 % (1,8 % en 2017).
Comme dans les autres secteurs, les entreprises ne trouvent pas les « cerveaux » dont elles ont besoin. Les dessinateurs possédant des compétences
logiciel sont difficiles à embaucher. Les
ingénieurs et les cadres en méthodes et
TOP
GAILLARD/REA, DARTY, STUDIO CYAN
MANAGEMENT PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
1998
Développe la Fnac
au Portugal
2004
Devient « M. Zone
Ibérique »
2012
Dirige la France
et l’Europe du Nord
2016
Rapproche Fnac
et Darty en France
A
2017
Devient DG du
groupe Fnac Darty
Frédérique
Giavarini
Olivier Theulle
Benoît Jaubert
Infographie
process sont eux aussi très recherchés.
La comptabilité et la finance sont les
métiers qui progressent le moins en
2018 par rapport à l’an dernier (2,5 %
contre 1,9 %). Ils arrivent en cinquième
position. Les entreprises ont du mal à
recruter. Elles recherchent de plus en
plus des professionnels maîtrisant le numérique et les langues étrangères alors
que les comptables en place sont
« vieillissants ».
Les ressources humaines, les spécialistes de la paie et les juristes sont les
cadres qui ont le moins bénéficié de
l’envolée des salaires. Ces secteurs arrivent à la sixième place avec une amélioration annuelle de 2,4 % (1,3 % en
2017). Mais certains profils réalisent de
belles performances : les juristes en
droit social (5,6 %), les gestionnaires de
paie (4,5 %) et les gestionnaires en ressources humaines (3,8 %). ■
www.decideurs.lefigaro.fr
Benjamin Perret
Jean-Brieuc
Le Tinier
Marcos Ruao
Charles-Henri
de Maleissye
Anne-Laure
Feldkircher
DÉCIDEURS du groupe Fnac Darty
Enrique Martinez L’enseigne française devrait voir bientôt le
DATES
CLÉS
Technicien d'études
bâtiment
2,7
1,9
3 Commerce & Marketing
Source : Baromètre Expectra des salaires des cadres en 2018
Ingénieur
1,3
2 Informatique & Télécoms
â LES
Commerce
Ingénieur BTP
2018
Annabel
Chaussat
FILIÈRE
39 900 €
Les trois meilleures progressions
de salaire annuelles dans la filière BTP
1 BTP & Construction
Vincent Gufflet
MÉDIAN
NATIONAL*
Responsable des études
Les plus fortes hausses
de salaires par filière
EN %
ÉVOLUTION
ANNUELLE
9,50 %
bout du tunnel, après la fusion. Malgré un
chiffre d’affaires en légère baisse au premier
semestre, Fnac Darty repasse dans le vert
pour atteindre un bénéfice net de 8 millions
d’euros contre une perte nette de 103 millions un an auparavant. « Ce qui confirme le
succès de l’intégration des deux enseignes, à
peine vingt-quatre mois après leur fusion »,
assure l’actuel DG, Enrique Martinez. Après
le départ d’Alexandre Bompard mi-2017,
c’est à lui que le conseil d’administration a
accordé sa confiance. Et pour cause, entré
dans le groupe en 1998, il dirigeait depuis
2012 la France et l’Europe du Nord, avant
d’œuvrer, avec succès, à l’intégration des
deux enseignes. Une longue expérience qui
lui offre aujourd’hui toute la connaissance et
la légitimité pour parachever la fusion de
Fnac et Darty. « Notre objectif est d’atteindre
130 millions d’euros de synergies fin 2018 »,
précise encore l’Espagnol de 47 ans, passé
d’abord par la Fnac. Diplômé de sciences
économiques et de l’Iese Business School de
Madrid, il a réuni autour de lui une équipe
« paritaire, composée de personnes issues de
la Fnac, de Darty, mais aussi de l’extérieur ».
« Être un bon coach »
Des collaborateurs « de talent » pour lesquels
il se veut être « un bon coach ». Parmi cet
état-major, il y a d’abord Vincent Gufflet.
Diplômé d’Isae-Supaero, il est entré chez
Darty en 2003 et pilote à présent la direction
commerciale produits et services pour la
France. La direction marketing et e-commerce revient à l’Edhec Annabel Chaussat.
Avec vingt ans d’expérience dans le retail,
cette transfuge du groupe Beaumoir a rejoint
l’aventure Fnac Darty en mars dernier.
Frédérique Giavarini est aux manettes des
ressources humaines depuis 2014, soit
26 000 salariés. Après des débuts en conseil,
cette Sciences Po avait intégré le groupe Fnac
en 2007. Directeur des opérations et des systèmes d’information, Olivier Theulle supervise les activités logistiques, livraison et SAV
du groupe, ainsi que les systèmes d’information. Passé chez McKinsey, cet Essec avait
pris la direction de Lafuma de 2006 à 2009,
avant de rejoindre le groupe Kering, puis la
Fnac en 2013. Aux commandes de la direction exploitation, soit du réseau des
748 magasins franchisés ou intégrés, Benoît
Jaubert dirige aussi les activités « B to B », le
segment cuisine, ainsi que la Fnac en Suisse
et aux Pays-Bas (BCC). Diplômé de l’Essec lui
aussi, il avait rejoint Darty en 1998 et pris la
direction générale de l’enseigne en juin 2016.
Directeur de la communication et des affaires publiques du groupe, le Sciences Po
Benjamin Perret avait exercé des fonctions
similaires chez ADP, après un passage à la
Caisse des dépôts puis dans un cabinet
ministériel. Jean-Brieuc Le Tinier, directeur
financier et secrétaire général, a rejoint le
groupe après la fusion. Cet HEC dispose
d’une solide expérience financière dans des
groupes comme Carrefour et Korian. En
charge de la coordination de la zone ibérique, Marcos Ruao dirige la Fnac Espagne. Cet
ingénieur avait rejoint la Fnac Portugal en
2007, dans les pas d’Enrique Martinez.
Charles-Henri de Maleissye est directeur
général de Fnac Vanden Borre en Belgique,
principal distributeur d’électroménager du
pays. Diplômé de la Sorbonne et de l’IAE de
Paris, il avait rejoint Vanden Borre en 2008.
Enfin, Anne-Laure Feldkircher, arrivée en
janvier 2018, pilote la stratégie et les fusionsacquisitions de Fnac Darty. Sciences Po et
Essec, celle qui est aussi secrétaire du comité
exécutif s’est forgé une solide carrière au
BCG, chez Hermès ou encore Casino.
A. B.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 3 septembre 2018
27
CHEF DE PROJETS RH
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lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Ara Aprikian
« TF1 exporte
ses séries aux
États-Unis »
maintenant trois. Après 250 épisodes, Demain nous appartient est un
énorme succès. C’est un pari industriel gagnant et ce n’était pas joué
d’avance. Et je peux vous dire que
depuis le lancement du feuilleton de
France 2, Demain nous appartient
continue de battre des records.
Vous n’avez perdu
aucun téléspectateur ?
Aucun ! Nous faisons une excellente
rentrée depuis lundi. Notre JT qui
s’est renouvelé, ainsi que « 20 H le
Mag »
battent
des
records
d’audience et nous avons creusé
l’écart avec le JT de France 2. Nous
avons eu d’exceptionnels succès sur
le sport avec la Coupe du monde,
sur l’information ou le divertissement. Sur les huit premiers mois de
l’année, nous avons ainsi augmenté
notre différentiel d’audience avec
notre principal concurrent privé de
plus de 25 %.
INTERVIEW Ara Aprikian,
directeur délégué pour les contenus
du groupe TF1, est l’invité
du « Buzz Média Le Figaro ».
PROPOS RECUEILLIS PAR
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
Après un bel été grâce à la Coupe du
monde, la rentrée de TF1 est marquée par de multiples nouveautés
en fiction. L’enjeu est maintenant
de les exporter.
LE FIGARO.- Netflix vient de signer
un accord avec Harlan Coben
qui avait travaillé avec TF1.
Le danger est-il que Netflix
rachète tous les talents ?
Ara APRIKIAN.- Je me réjouis que
Netflix suive les pas de TF1 car notre
chaîne a été le premier diffuseur
mondial d’une adaptation d’un de
ses ouvrages avec Une chance de
trop. Par ailleurs, nous avons beaucoup d’autres projets très ambitieux. Nous faisons avec la MGM
l’adaptation américaine de La Vérité sur l’affaire Harry Quebert
d’après le best-seller de Joël Dicker
et réalisé par Jean-Jacques Annaud.
C’est une innovation TF1 qui va être
un événement mondial. La série
sera diffusée aux États-Unis et mettra en valeur le savoir-faire d’un
grand réalisateur français.
TF1 investit 150 millions d’euros
dans la fiction quand Netflix investit
8 milliards de dollars. Comment
continuer à se battre ?
Nous investissons 150 millions dans
la fiction mais notre investissement
total dans les programmes est plus
proche du milliard d’euros. Nous
apportons au public français le
meilleur de la production nationale
et internationale. TF1 est la plus
grande chaîne commerciale d’Europe. Nous faisons 20 % de part
d’audience, ce qui n’existe nulle
part ailleurs. Dans la bataille avec
les plateformes mondiales, nous
avons un atout unique : c’est notre
capacité d’exposition instantanée
extrêmement forte d’une œuvre au
public. Par exemple, Good Doctor a
ARA APRIKIAN,
dans le studio
du Figaro.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
@
Le Buzz
MEDIA
en vidéo sur
www.lefigaro.fr/medias
rassemblé 6,7 millions sur notre
chaîne et probablement 1 million de
plus en télé de rattrapage. Seule la
télévision apporte cette puissance.
Nous sommes créateur de valeur
pour les contenus et les marques.
Cette télévision de la création et de
l’événement a de l’avenir y compris
sur ses déclinaisons digitales. C’est
tout l’enjeu de la transformation
que nous menons avec Gilles Pélisson à la tête du groupe.
Comment exporter la fiction
française ?
Aujourd’hui, nos séries s’exportent.
Nous avons vendu Demain nous appartient à l’étranger, comme nous
avions vendu les séries d’Harlan
Coben ou La Mante à Netflix. Nous
proposons 15 grandes nouveautés
dans ce domaine cette saison avec
des genres très différents : du soap,
de la saga, du feuilleton quotidien,
de la série événementielle, historique et de la comédie. Je suis
convaincu qu’avec nos nouvelles
fictions comme Insoupçonnable, Infidèle, Le Bazar de la charité ou Balthazar, nous séduirons le public
français et notamment les jeunes
qui auparavant ne s’intéressaient
qu’à la fiction américaine.
Êtes-vous condamné à vous
recroqueviller sur le marché
et le public français ?
Absolument pas. Je pense que le savoir-faire de nos auteurs et de nos
talents permet d’exporter à l’international. Les plateformes mondiales ont ouvert de nouvelles perspectives pour nos productions.
L’évolution du secteur conduit
à des alliances inédites comme
« Salto » qui regroupe TF1, M6 et
France Télévisions. Est-il temps que
les acteurs européens réagissent ?
Le fait de construire une offre alternative rassemblant le meilleur de la
télévision nationale est une bonne
stratégie, car l’offre audiovisuelle
française est extrêmement riche et
diversifié.
France 2, France 3 et TF1
ont chacune leur feuilleton.
Qui va gagner cette guerre ?
Je ne considère pas que la concurrence est forcément la guerre. Au
contraire, la multiplication des
feuilletons permet de proposer les
meilleurs programmes aux téléspectateurs. Dans beaucoup de pays,
il y a plusieurs feuilletons. Il n’y en
avait qu’un en France, puis deux et
Le flux est le parent pauvre
de la télé. Allez-vous remettre
l’accent sur ces formats ?
Je ne suis pas d’accord. Nous gardons un très fort accent sur le flux.
Nous avons renouvelé nos grandes
marques avec « Ninja Warrior » qui
a repris vendredi et bientôt « Danse
avec les stars » avec Camille Combal. Nous allons lancer un nouveau
jeu de prime time « Big Bounce »
adapté d’un grand succès de RTL en
Allemagne et nous avons une politique dynamique de création de programmes de flux que nous exportons comme « Mon plus beau
Noël », « La plus belle mariée »…
Sans parler du succès phénoménal
de « Quotidien » et « Burger Quiz »
sur TMC.
Désormais, il faut partager les Bleus
champions du monde avec M6.
Avez-vous un regret ?
Non, nous avons fait le choix de
partager certains matchs de l’équipe de France avec M6 comme nous
l’avions fait lors de l’Euro 2016.
Après la Coupe du monde de foot
2018, il y aura deux autres coupes
du monde en exclusivité sur TF1 en
2019 : celle de foot féminin qui aura
lieu en France et celle de rugby à
l’automne 2019. TF1 est la chaîne
des victoires des équipes de France
en sport collectif. Nous avons accompagné la victoire du handball
masculin puis féminin et des Bleus à
Moscou. Nous espérons que cette
chance va continuer de nous accompagner l’année prochaine. ■
Le don aux médias
fait son chemin
Ces clubs visent à laisser les articles
en libre accès contre des avantages.
A
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
PRESSE BuzzFeed s’apprête à faire
appel à la générosité de ses lecteurs.
Le pureplayer américain est en train
de tester un outil permettant aux internautes de faire un don au média,
allant de 5 à 100 dollars. Ces dons ne
concernent que la verticale BuzzFeed News, centrée sur l’actualité.
« Nos journalistes couvrent les sujets
qui vous intéressent et exposent des
injustices. Votre soutien nous aidera à
mieux vous informer », peut-on lire
dans cet appel.
BuzzFeed News refuse de mettre
en place un paywall, solution privilégiée par les médias face à la chute des
revenus publicitaires. « Si tous les sites passent au payant, il sera compliqué d’avoir des citoyens informés »,
explique à Digiday Jonah Peretti, le
PDG de BuzzFeed. D’autres voix se
sont alarmées d’une future fracture
entre les internautes capables de
payer pour lire une information de
qualité, et ceux qui ne pourront
consulter que des contenus gratuits,
au risque qu’ils soient douteux, biaisés ou mensongers. La solution du
don ou du « club » se dessine comme
un entre-deux : les articles restent en
libre accès mais les lecteurs sont incités à mettre la main à la poche. En
échange, ils se voient offrir des déductions fiscales ou des avantages,
comme l’accès à des conférences ou à
des rencontres avec la rédaction.
D’après une étude de l’institut Reuters, 15 à 30 % des internautes européens se disent prêts à faire de tels
dons. Les moins de 35 ans sont particulièrement intéressés, car ce modèle
leur permettrait de soutenir des sites
qu’ils aiment sans avoir à débourser
plusieurs abonnements à 10 euros par
mois, peu tenable avec leur budget.
L’exemple du « Guardian »
En France, le don est utilisé par des
médias militants, comme Acrimed,
Agoravox ou Le Média, mais commence doucement à s’étendre. The
Conversation France, qui publie des
articles d’universitaires pour le
grand public, vient de lancer une
campagne en ce sens. Tous ont en
tête la réussite de The Guardian. Le
quotidien britannique refuse le
paywall. À la place, il permet de faire
un don ou bien de devenir membre
de son club contre 5 à 60 livres par
mois. Fin 2017, 300 000 internautes
faisaient partie du club, et 300 000
autres avaient fait un don. Le quotidien a ainsi pu récolter plusieurs
millions de livres. « Si nous ajoutons
nos 200 000 abonnés papier, désormais nos lecteurs nous apportent plus
d’argent que nos annonceurs », se
réjouissait en octobre le Guardian.
Ce succès est-il réplicable ? Un prérequis semble en tout cas indispensable : avoir bâti une véritable relation de confiance avec ses lecteurs. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 034 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
STYLE
SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX,
LES CORPS PARFAITS ET TATOUÉS
INSPIRENT LES MILLENNIALS :
ANATOMIE D’UN NOUVEAU CULTE PAGE 33
HIGH-TECH
CE QUE CACHE LA CAMPAGNE D’APPLE,
GOOGLE ET FACEBOOK CONTRE
LA DÉPENDANCE AU SMARTPHONE
PAGE 34
Al Pacino :
« À nous
deux, Paris ! »
HOSAIN MUNAWAR/STARTRAKS/ABACA
Le légendaire comédien américain
sera sur les planches du Théâtre de Paris
en octobre. Il revient pour nous sur sa passion
pour la scène. PAGES 30-31
Al Pacino, lors d’une
conférence de presse,
le 15 mars à Los Angeles.
Anna Calvi, la force et l’audace
NOS FIGURES DE LA RENTRÉE La chanteuse et guitariste britannique revient avec un troisième album puissant,
sur lequel elle explore avec finesse les questions de genre.
a chanteuse et guitariste anglaise nous a terriblement
manqué. Après deux albums
fantastiques, Anna Calvi a
disparu des radars en 2014, à
la fin de sa dernière tournée. Cette petite femme charismatique, à la voix sidérante, qui occupe si bien la scène,
s’est fait oublier plusieurs années.
« J’ai voulu prendre mon temps »,
confirme-t-elle. Pendant cette absence, elle a même envisagé de ne peutêtre jamais refaire de disque. « Il y a
déjà bien assez de musique et de bruit
dans le monde, à quoi bon en ajouter
encore ? » Cette Londonienne s’était
même installée à Strasbourg pour être
aux côtés de l’être aimé. « Ma partenaire est française. Vivre dans une ville
L
où je ne connaissais personne était intéressant. N’étant distraite par rien, j’ai
pu avancer dans l’écriture de nouvelles
chansons. » Hunter (Domino Records), troisième album de la chanteuse, vient tout juste de sortir. Elle a
fait précéder cette parution d’une apparition explosive dans le cadre du
festival Rock en Seine, quelques semaines après une prestation du même
tonneau à la Gaîté Lyrique.
Explorer les contrastes
Pendant son interruption, la jeune
femme a collaboré avec Bob Wilson
sur un projet d’opéra, The Sandman,
dont la première a eu lieu l’an passé
en Allemagne. Le spectacle sillonne
actuellement l’Europe. Après avoir
enregistré deux albums à Angers,
dans le cadre prestigieux des studios
Black Box, Anna Calvi a gravé sa nou-
ILLUSTRATION SOLEDAD ; RII SCHROER/EYEVINE/BUREAU233
« Ce disque, je l’ai voulu courageux
et honnête », confie Anna Calvi.
velle production à Londres. « Je me
suis sentie plus détendue en travaillant
dans un petit studio », explique-t-elle. Après son séjour alsacien, elle est
d’ailleurs redevenue londonienne.
Son nouvel album la voit explorer
des thématiques inédites pour elle.
« Je me suis beaucoup interrogée sur la
définition de ce qui fait qu’on est une
femme. Je la trouve tellement limitée,
tout comme celle de l’homme. Les éléments se sont mis en place progressivement. Cela m’a menée à une exploration personnelle et intime de qui je
suis », confie-t-elle. On n’avait jamais connu la trentenaire aussi explicite. « Ce disque, je l’ai voulu courageux et honnête. Je n’ai pas eu peur de
me montrer sous un jour de femme forte et volontiers sexuelle. En tout cas,
j’ai souhaité aller le plus loin possible
dans l’exploration des contrastes. »
À force d’être considérée comme
une petite chose fragile en raison de
sa taille réduite et de sa grande timidité, Anna Calvi a fini par se transcender. « Ça a toujours été présent
dans ma musique, mais j’ai voulu repousser les limites. » Elle met sa belle
voix grave et son jeu de guitare virtuose au service de compositions plus
simples et directes que jamais. « Je ne
suis plus aussi obsédée par les mélodies
complexes. Parfois, une note suffit
pour toucher l’auditeur. Je n’ai pas
conçu un disque cérébral, loin de là ! »
Hier encore très inspirée par le travail des compositeurs classiques, Anna
Calvi a mis au point des chansons plus
primitives et plus charnelles. « Autrefois, j’avais honte d’être aussi réservée.
Aujourd’hui, je vois ça comme un avantage : cela me permet de tout donner sur
scène. » ■
A
OLIVIER NUC £@oliviernuc
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
30
Mes premiers
« souvenirs
« Au cinéma,
j’ai toujours
cherché la
spontanéité
du théâtre ! »
pour deux soirs,
en octobre,
au Théâtre
de Paris avec
une conférencespectacle.
Le cinéma ne l’a
jamais éloigné
des planches.
Il revient sur
son parcours, de
ses jeunes années
à ses projets.
I
PROPOS RECUEILLIS PAR
ARMELLE HÉLIOT
aheliot@lefigaro.fr
l rêvait depuis des années
d’une halte parisienne. Jean Reno, son
ami, lui a présenté le producteur et codirecteur du Théâtre de Paris, Richard
Caillat, et Laurent Morlet, son collaborateur pour les États-Unis. Et tout s’est
décidé très vite pour deux soirées exceptionnelles les 22 et 23 octobre prochain, au Théâtre de Paris. Si le monde
entier connaît l’extraordinaire star de
cinéma, on sait moins qu’Al Pacino est
né au théâtre et qu’il n’a jamais quitté les
planches. Il a tout joué : Strindberg, Horovitz, Tennessee Williams, O’Neill,
Mamet, Sophocle. Il a été l’hallucinant
Arturo Ui de Brecht mais c’est évidemment son parcours avec Shakespeare
qui impressionne des scènes de théâtre
où il a joué Richard III, Jules César,
Hamlet, Othello, Le Marchand de Venise,
notamment, à l’indépassable Looking for
Richard de 1996.
LE FIGARO. - Qu’est-ce qui vous a décidé
à présenter « Pacino on stage » à Paris ?
Al PACINO. - Richard Caillat et Laurent
Morlet ont assisté à une pièce à New
York. Ils m’ont salué en coulisses et
m’ont proposé de venir à Paris. J’ai répondu : bien sûr ! Je voulais y jouer depuis des années et j’étais franchement
heureux de voir que cela s’avérait possible. Je leur ai dit que j’avais une
conférence spectacle que j’avais déjà
donnée et trouvée intéressante. J’y
parle de ce qui m’est arrivé dans la vie
et cela me permet de donner des extraits d’un certain nombre de pièces,
tout en discutant avec le public, ce qui
est précieux car il y a quelque chose de
spontané et d’une certaine façon, on
apprend sur soi-même.
Pouvez-vous nous expliquer en quoi
consiste ce moment de théâtre ?
Est-ce une « master class » ?
Ce n’est en rien une master class. C’est
plus informel que cela. Il est même difficile d’expliquer car chaque soirée est
différente. Les pièces que je choisis d’interpréter ne sont pas les mêmes chaque
soir. Certaines scènes viennent de films,
d’autres de pièces que j’ai aimé voir ou
que j’ai jouées depuis des années. Le côté
que je préfère vient des questions du public parce que c’est à chaque fois nouveau et que je suis conduit à exprimer
des choses différentes. Il y a quelque
chose de très intime dans la relation qui
s’institue.
Y a-t-il une part d’improvisation ?
Oui, il s’agit d’improvisation. Il y a de
l’improvisation dès que j’entre en scène.
C’est ce qui me séduit et j’espère que le
public aussi. Certaines choses sont prévues, de temps à autre, mais souvent je
décide sur le moment car l’environnement change tout. On se laisse la place
pour cela. Ce qui me plaît est justement
qu’il ne s’agit jamais du même spectacle.
Il y a des soirs qui ne ressemblent à aucun
autre.
Vous avez eu dès l’enfance le goût
du théâtre et du jeu. Est-ce que l’on naît
comédien ?
Tout est inné. Tout ce pour quoi vous
avez de l’appétit est en vous et je pense
que les acteurs ont des raisons différentes
de choisir leur voie. Pourquoi exactement, on ne le sait pas et je ne suis pas assez savant pour essayer de l’expliquer.
Avant l’Actors Studio, vous avez eu
un ami et mentor, Charlie Laughton.
Que vous a-t-il appris ?
J’ai rencontré Charlie Laughton à
Greenwich Village dans les années 1960.
Une période de renaissance, avec le Living Théâtre. Judith Malina et Julian
Beck étaient les leaders de ce théâtre à la
source d’une époque fertile et innovante
dans le Village. Charlie et moi avons fait
partie de ce mouvement. J’ai suivi les
cours qu’il donnait et j’ai rencontré des
comédiens comme Penny Allen ou
Martin Sheen et nous avons formé une
troupe. Nous jouions dans les cafés du
Village qui étaient alors vivants, très
créatifs. Nous jouions des pièces en un
acte, des stand up, des choses très différentes. Ces lieux, pour en citer quelquesuns, c’était le Village Vanguard, le Bitter
End, le Cafe Cino, La Mama. Un temps
d’idées neuves pour le théâtre. Cette
époque avec Charlie, au Village, a eu une
influence d’autant plus importante pour
moi que je n’avais aucune formation.
J’avais 17 ans. Nous pouvions jouer jusqu’à seize fois dans la semaine et nous
n’étions payés qu’au chapeau. Juste de
quoi survivre. C’est une époque inoubliable, aussi heureuse que fertile. C’est
là que j’ai grandi et trouvé mon art. Je
pense que cela a été la plus grande influence de ma vie artistique et certains
de mes films, Looking for Richard, notamment, ont directement été influencés par cette première expérience. Je
veux redire que Charlie Laughton a été
mon mentor. Je lui dois tout et d’une
certaine façon, si je suis vivant, c’est
grâce à lui.
LES MATINS.
Guillaume Erner et la rédaction
© Radio France/Ch. Abramowitz
A
du lundi au vendredi > 7H
Retrouvez Eugénie Bastié ou
Alexandre Devecchio demain à 8H57.
franceculture.fr
@Franceculture
en partenariat
avec
»
L’esprit
d’ouverture.
Al Pacino
PRESSE
INTERVIEW Il sera
datent de l’école.
Nous devions
monter un
spectacle intitulé
« Melting Pot »
et je devais
représenter
l’Italie. À 10 ans,
je ne savais pas
où était l’Italie
senter l’Italie, ce qui, pour moi, était très
étonnant car à 10 ans je ne savais même
pas où était l’Italie. Je n’avais que de vagues notions puisque mes grands-parents
ne parlaient italien que lorsqu’ils ne voulaient pas que je comprenne. Je me souviens avoir scruté une fille aux cheveux
noirs qui elle aussi devait représenter
l’Italie, curieux de savoir à quoi ressemblait une Italienne ! Nous devions dire nos
noms et réciter quelque chose dont je n’ai
aucun souvenir. Ensuite sont venues les
pièces montées à l’école. J’avais un certain plaisir à faire le mime ou le clown.
Mais ce que je
voulais, c’était
Je n’ai jamais eu un réel désir de jouer
être joueur de ba“Hamlet” et pourtant il a été une source se-ball. Je savais
que cela n’arrived’inspiration tout au long de ma vie
rait jamais. Jouer
était un second
choix. J’ai auditionné pour The High
danse, etc. C’est la formule et le cœur de
School of the Performance and the Arts et
l’Actors Studio et cela le demeure. J’y ai
ils m’ont accepté. Je n’ai pas compris que
passé du temps, j’y retourne, j’emmène
je voulais être comédien jusqu’au modes amis qui ne connaissent pas avec moi.
ment où il m’est apparu que c’était l’enCertains sont séduits, d’autres moins.
droit idéal pour exprimer des sentiments
Mais cela demeure un lieu important. Un
et des idées et même avoir accès à des zolieu privé et non commercial. Certains
nes inconscientes que vous n’articulez
profs sont très connus, d’autres non. J’ai
pas mais que vous êtes capable d’expritravaillé là sur toutes sortes de pièces :
mer en interprétant les grands rôles du
Oedipus rex, Richard III, Hamlet, dans
répertoire. Je pouvais exprimer mes senl’intimité de cet endroit. Un endroit pour
timents à propos du futur et du passé vu
consolider son art, expérimenter. Le plus
par les grands écrivains. Une fois cela acextraordinaire est que c’est gratuit, que
quis, j’ai été libre de continuer et de coml’on soit jeune ou vieux, une bénédiction
prendre que ce serait ma vie. Interpréter,
dans notre époque.
m’exprimer par les personnages des pièces que je jouais.
Quels souvenirs avez-vous
de vos premiers pas en public ?
Mes débuts sur scène, j’avais 11-12 ans.
Tout de long de votre très grande carrière
Mais j’avais commencé à jouer encore
au cinéma, vous êtes parvenu à ne jamais
plus jeune. Mes premiers souvenirs datent
lâcher le fil du théâtre. Est-ce que cela
de l’école, dans une salle de réunion. Nous
a été difficile ?
devions monter un spectacle intitulé The
Tout est difficile. Sauf quand c’est facile.
Melting Pot et je devais représenter l’Italie. C’était à propos de la diversité amériC’est en voyant La Mouette de Tchekhov
caine. La plupart des enfants de mon écoque vous avez vraiment compris la force
le étaient des enfants d’immigrants du
du théâtre. Mais vous ne l’avez guère
monde entier et j’étais donc censé repréjouée. Pourquoi ?
Vous avez intégré l’Actors Studio
il y a plus de cinquante ans.
Est-ce que ces années de formation
vous servent encore aujourd’hui ?
Oui. Je n’ai jamais connu un endroit aussi
ouvert et libre que l’Actors Studio. Sa
spécificité est qu’il offre à de jeunes acteurs, de vieux acteurs ou des non-acteurs la possibilité de se présenter et d’en
devenir membre. C’est une institution.
On peut assister à des représentations,
rencontrer des gens, se faire des contacts.
Et il ne s’agit pas seulement de jeu, mais
aussi de mise en scène, d’écriture, de
«
»
Je n’ai pas besoin de jouer les pièces
pour en mesurer la valeur. Je n’ai jamais eu un réel désir de jouer Hamlet et
pourtant il a été une source d’inspiration tout au long de ma vie. J’aime
Tchekhov, Molière et de nombreux
autres écrivains de théâtre. Je connais
mieux la littérature européenne. Les
autres poètes, les autres continents ne
me sont pas accessibles. J’en ai lu certains. Mais en traductions et j’ai longtemps été récalcitrant devant les traductions car si on lit plusieurs
versions, on se rend compte qu’elles
sont très différentes. Que trois ou quatre mots diffèrent, et vous êtes conduit
ailleurs. Lorsque je lis Shakespeare, je
le traduis moi-même et lis diverses
traductions. Je tiens à l’anglais, une
langue avec laquelle je suis en pays de
connaissance.
Au centre de votre art d’acteur,
il y a Shakespeare. Est-il pour vous
le plus grand poète dramatique qui soit ?
Je n’en ai pas idée. Mais pour moi, il est
au plus haut.
Qu’est-ce qu’être un acteur
shakespearien ?
La seule chose que je puisse dire est : si
vous jouez du piano, du violon ou un instrument à vent, comment sonne-t-il
lorsque vous interprétez Bach ou Mozart ? C’est ce que je vois comme image la
plus proche.
Avez-vous été étonné du succès
de Looking for Richard ?
Parfois, on ne peut pas parler de succès.
Le succès, c’est d’être parvenu à faire le
film ou la pièce. D’autres fois, on vous
remet un prix. Mais on n’est jamais sûr,
c’est ce que j’essaie de dire. La question,
toujours, avec Shakespeare et d’ailleurs
avec tout autre, est : avez-vous le sentiment d’être parvenu à exprimer quelque
chose que vous cherchiez à atteindre ?
Quelques fois vous n’y parvenez pas
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
CULTURE
Quel est votre prochain projet,
au théâtre ?
Je ne sais pas. C’est ouvert. ■
« Pacino on stage », au Théâtre de Paris
les lundi 22 et mardi 23 octobre. En langue
anglaise,sans surtitrage, car une grande
partie de la soirée est improvisée.
Un « meneur de jeu » accompagne
le comédien. Les places seront en vente
les 11 et 12 septembre, uniquement
sur venteprivée.com
AFRO NEWSPAPER/GADO/GETTY IMAGES
LES ARTS
Adrien Goetz
emain matin, une conférence de presse réunira, au
musée d’Unterlinden de
Colmar, des journalistes inquiets. La conservatrice en
chef, Pantxika De Paepe, annoncera officiellement la composition de l’équipe
qui mènera à bien le chantier de restauration d’une des œuvres les plus célèbres de toute l’histoire de l’art, le retable d’Issenheim. L’idée d’une opération
de communication est astucieuse, et à
vrai dire indispensable. Les questions de
restauration font à chaque fois les délices des polémistes, surtout quand il
s’agit, comme ici, d’une Joconde.
En 2011, un premier essai avait provoqué tant de remous que le ministère
de la Culture, dans un souci de prudence, avait tout interrompu. Didier
Rykner, sur le célèbre site latribunedelart.com, avait dénoncé l’opacité d’un
travail mené sans que les indispensables
garanties scientifiques aient été réunies.
Il ne disposait à cette date d’aucun élément susceptible de le rassurer sur cette
opération lancée trop vite et il avait raison de s’alarmer.
Dans Le Point, Marion Cocquet avait
dénoncé « le nettoyage » de l’œuvre sacrée. Guy Boyer, en revanche, avait eu
le courage d’écrire dans Connaissance
des arts, après être allé sur place quelques mois plus tard, ce qui semble
aujourd’hui évident : le volet restauré,
L’Agression de saint Antoine par les démons, irradie de toutes ses couleurs retrouvées. Son pendant, La Visite de saint
Antoine à saint Paul ermite, apparaît ter-
« AMERICAN
BUFFALO »
De 1980 à 1984, Al Pacino a joué
cette grande pièce de David
Mamet, des États-Unis à Londres,
notamment. Elle date de 1975.
S’il ne l’a pas créée, il a reçu un prix
pour son interprétation. Mamet
est l’un des très grands auteurs
américains, au théâtre comme
au cinéma. La pièce a été traduite
et souvent jouée en France.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
On est en 1971 au Longacre
Theatre de New York. Le jeune
Al Pacino joue une pièce, jamais
traduite en français, de David
Rabe sur la guerre au Vietnam.
Avec lui, Tisa Chang, Anne
Miyamato, Don Blakely.
Le retable d’Issenheim de Matthias Grünewald, au musée d’Unterlinden de Colmar.
ne, sans relief, avec des bleus devenus
verdâtres et des zones plates.
L’étude, menée par une équipe
scientifique indépendante, a apporté
des conclusions très rassurantes. La
restauration de 2011 n’a pas mis
l’œuvre en péril, elle s’est bornée à un
allégement des vernis on ne peut plus
normal, sans toucher bien évidemment à la couche picturale elle-même.
Cela a suffi à redonner au premier
panneau cet éclat incomparable. Les
vernis anciens s’étaient opacifiés, les
craquelures avaient noirci, des atteintes superficielles.
Retrouver la subtilité
des teintes
La restauration va donc reprendre, sous
le regard d’Isabelle Pallot-Frossard, directrice du Centre de recherches et de
restauration des musées de France, avec
un comité scientifique comprenant des
spécialistes comme Philippe Lorentz,
professeur à la Sorbonne, et des conservateurs du Louvre comme Sébastien Allard, Sophie Jugie ou Sophie Caron. Elle
durera au moins trois ans et sera complète : elle comprendra aussi le remarquable ensemble sculpté par Nicolas de
Haguenau – on oublie souvent que le
retable « de Grünewald », une fois que
tous ses panneaux sont ouverts, est aussi l’œuvre d’un grand sculpteur. Elle
s’attachera aussi aux encadrements, qui
sont d’époque et très repeints : il est
sans doute possible de retrouver la subtilité de leurs teintes.
À chaque étape, le public pourra venir voir ce lent miracle s’opérer. L’image de Grünewald va changer : l’homme
de douleurs et de ténèbres, qui inspira
ses plus belles pages à Joris-Karl Huysmans et dont la dimension expressionniste fascine, ne disparaîtra pas, mais
s’imposera peut-être d’abord comme
l’interprète génial de la Résurrection, le
peintre du manteau de l’archange. ■
« SALOMÉ »
Al Pacino cite parmi ses œuvres
préférées cette pièce d’Oscar
Wilde. Il y est revenu plusieurs
fois. Il en a fait également un film,
un « docudrame » qui s’interroge
sur le destin de l’écrivain et
déploie la complexité de la pièce.
Un travail exemplaire de sa quête.
Ici, en 2012, dans le rôle d’Hérode,
pour une répétition générale.
« LE MARCHAND
DE VENISE »
Shakespeare est au cœur
de sa vie, de sa démarche
de comédien. Après Hamlet,
qui hante son parcours,
le voici dans le rôle de Shylock, en
2010 (ici au moment des saluts).
Une interprétation extraordinaire,
forte et bouleversante.
Une leçon de théâtre.
1
Après « Pacino on stage »,
vous reverra-t-on au théâtre, à Paris ?
C’est un rêve, pour moi. Je sais que je
vais faire quelque chose. Il le faut. Mais
en ce moment je suis attaché à Los Angeles car mes plus jeunes enfants y vivent et que je suis un papa célibataire.
Cela peut être contraignant. On veut
être le plus proche possible de ses enfants, aussi il faut trouver des projets à
Los Angeles. C’est ma vie depuis dixhuit ans, mais les portes s’ouvrent et je
contemple l’horizon en espérant venir à
Paris et jouer pour vous.
CHRONIQUE Après les polémiques de 2011 qui avaient interrompu
le chantier, celui-ci va se poursuivre.
A
Patrice Chéreau rêvait de vous voir
incarner Napoléon dans son film
sur les derniers jours de l’Empereur
à Sainte-Hélène. Il a dû renoncer.
Un regret ?
Patrice Chéreau est l’un des plus grands
artistes que j’aie jamais rencontré. Je
l’ai beaucoup aimé et je regrette que
nous n’ayons pas pu faire le film ensemble. On m’a plus d’une fois proposé
Napoléon, plus que tout autre rôle et
l’incarner serait pour moi un honneur
et une joie. Encore faut-il que le texte
soit digne de la profondeur du personnage. Peut-être que j’ai enfin trouvé le
texte qui convient. Une pièce merveilleusement écrite par William Mastrosimone, un dramaturge new-yorkais. Le projet est presque lancé. Je dis
« presque » parce que vous savez combien il est difficile de nos jours de monter des projets. Avec un tel sujet, la
question des droits est encore plus
complexe. Avec Chéreau, nous y étions
presque arrivés, mais le texte ne nous
allait pas. Avec ce nouveau texte, qui
correspond mieux à mes attentes, je
suis prêt à y aller en un éclair. La mort
de Patrice Chéreau nous a tous bouleversés. Cela a été une période très triste
pour moi.
Colmar : la restauration du
retable d’Issenheim va reprendre
D
« THE BASIC TRAINING
OF PAVLO HUMMEL »
DAVE HOGAN/GETTY IMAGES
Qui sont pour vous, aujourd’hui,
les grands dramaturges américains ?
C’est difficile à dire. Il y a les évidents.
Je dois être clair : je n’ai pas lu certains
des auteurs contemporains considérés
comme les plus modernes. Jusque dans
les années 1980, j’ai joué David Mamet,
Tony Kushner, David Rabe et ses pièces
sur le Vietnam, plus particulièrement
The Basic Training of Pavlo Hummel.
Nous avons Tennessee Williams, Edward Albee. Des grands. Et puis il y a le
grand et unique Eugène O’Neil. J’ai eu le
privilège mettre en scène et de jouer
Hughie et de faire une tournée. Je viens
de jouer une pièce de Tennessee
Williams intitulée God Looked Away,
comme une sorte d’essai, à Pasadena. Je
me suis toujours senti proche de ces
auteurs.
31
ALLEN J. SCHABEN/LA TIMES VIA GETTY IMAGES
Le cinéma est-il un moyen d’élargir
le cercle du public du théâtre ?
C’est ce que j’espère lorsque je transpose des pièces au cinéma. J’essaie toujours de retrouver la dynamique du
théâtre, la spontanéité qui est l’essence
même du théâtre. C’est ce qui m’anime.
Je ne sais pas si je vais trouver de nouveaux sujets, mais je vais continuer
d’avancer dans cette direction. J’ai
tourné Wilde Salomé, un docudrame qui
explore, une fois de plus, la grande pièce d’Oscar Wilde et son sort, son destin,
sa tragédie personnels. En même
temps, il s’agissait d’arriver au plus
près de la pièce Salomé, qui est une de
mes préférées. Nous montrons la pièce
elle-même et chacun peut voir les tentatives que j’ai faites pour lier la pièce et
le film, cet objet hybride. Je ne sais pas à
quel point j’y suis parvenu, mais je suis
certainement assez fou pour essayer à
nouveau. Huit semaines sur scène pour
permettre de parvenir au film fait en un
mois, avec la même distribution, dans
la régularité et l’harmonie. Jessica
Chastain était particulièrement remarquable dans ce rôle.
AU FIL
DU TEMPS
L'ÉVÉNEMENT
ANDY KROPA/AFP
mais vous êtes tout de même félicité et au
contraire, parfois, vous avez atteint
quelque chose mais vous n’êtes pas félicité. À la place, vous prenez un coup sur
la tête, ce qui est toujours plus facile si
vous avez le sentiment d’être arrivé à
quelque chose. Mais c’est particulièrement douloureux quand vous savez que
vous n’y êtes pas arrivé, que vous prenez
le coup sur la tête en n’ayant personne
pour compatir…
lundi 3 septembre 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
32 CULTURE
La Mostra
a sa théorie
du genre
Q
ils pistent l’homme à abattre, un
chimiste, Warm (Riz Ahmed), qui voyaMARIE-NOËLLE TRANCHANT
ge en compagnie d’un détective (Jake
mntranchant@lefigaro.fr
Gyllenhaal). Leur tandem d’intellectuels
ENVOYÉE SPÉCIALE À VENISE
apporte un contrepoint politique et utopiste au duo des frères, plongé dans la
ui a dit que les Français
violence primitive de l’Ouest, dont
ne savaient pas pratiCharlie s’accommode avec un cynisme
quer le cinéma de gendésenchanté, tandis que le sensible Eli
re ? Les trois films en lice pour le Lion
rêve d’en sortir pour retrouver une vie
d’or, présentés ce week-end, semblent
normale. À travers un récit linéaire et
avoir été choisis par Alberto Barbera, le
une mise en scène très graphique,
délégué artistique de la Mostra, pour
Audiard affine peu à peu la relation de
démentir cette assertion courante.
ces deux enfants mal grandis, pleine de
Jacques Audiard n’a jamais boudé les
conflits et de nostalgie. Son « appropriacodes du cinéma de genre. Il prétend
tion culturelle » du western va vers une
seulement leur donner un style personréflexion intime sur les liens familiaux.
nel. Avec Les Frères Sisters, son premier
Et il dédie son film à son frère aîné, mort
film américain, tiré d’un roman de Paà 25 ans.
trick deWitt, il s’attaque au western.
Plutôt comme on s’attaque à une montaUn ton à la Woody Allen
gne qu’à une diligence. Il ne s’agit pas de
piller, mais de parcourir des paysages et
Avec Doubles vies d’Olivier Assayas, le
des figures que le cinéma hollywoodien a
cinéma d’auteur français en tant que tel
rendus mythiques. Les deux frères du tiapparaît comme un genre. Dans le bain
tre, Charlie et Eli Sisters (Joaquin Phoeinternational de la Mostra, le film est renix et John C. Reilly), sont des tueurs à
gardé comme un produit typiquement
gages en chemin pour exécuter un noufrançais. On parle, on mange, on couveau contrat. De l’Oregon à la Californie,
che, activités qui ont rendu fameuse no-
MAGALI BRAGARD/UGC DISTRIBUTION
FESTIVAL Jacques Audiard, Olivier Assayas
et David Oelhoffen représentent le cinéma
français à Venise. Un cocktail de films
d’auteur et de genre.
John C. Reilly, Joaquin Phenix, Riz Ahmed, Jake Gyllenhaal et Jacques Audiard (de gauche à droite) sur le tournage des Frères Sisters.
tre civilisation sous le nom de conversation, de gastronomie et de galanterie.
Assayas en donne une version contemporaine, à l’heure de la réalité virtuelle.
Guillaume Canet est un éditeur inquiet
de la dématérialisation du livre. Il vit
avec une actrice de séries (Juliette Binoche), qui le trompe avec un de ses
auteurs (Vincent Macaigne), lequel vit
avec la directrice de communication
d’un homme politique. L’éditeur a luimême une aventure avec la jeune responsable du développement numérique
qu’il a engagée. Cette petite bande d’intellectuels très germanopratins se retrouve constamment pour agiter les thèmes obsédants du passage au
numérique, du virtuel et du réel, de
l’autofiction et du narcissisme généralisé, de la viralité des réseaux sociaux… Un
peu trop sérieux et laborieux au départ,
le film évolue vers une légèreté ironique
et un ton à la Woody Allen. Ce qui n’est
pas contradictoire. On connaît les affinités du cinéaste new-yorkais avec l’esprit
français.
David Oelhoffen, qui avait déjà apporté à Venise Loin des hommes, d’après
Albert Camus, s’intéresse plutôt aux réseaux asociaux. Frères ennemis réunit
Matthias Schoenaerts et Reda Kateb
dans un polar de banlieue très lisible et
très rythmé. Ils ont grandi dans la même
cité et pris des chemins opposés. Manuel
(Schoenaerts) trempe dans le trafic de
drogue, Driss (Kateb) est entré dans la
brigade des stups grâce à sa connaissance du milieu. Un règlement de comptes
sanglant remet les deux amis face à face.
Driss tente de sauver la peau de Manuel
tout en faisant son boulot. Sa position
d’agent double est aussi acrobatique que
celle de Manuel, pris dans les rivalités de
divers trafiquants concurrents. C’est un
thriller bien mené, dans la ligne du cinéma efficace et populaire d’un Verneuil
ou d’un Boisset – à qui on ne faisait pas
les honneurs des grands festivals.
Pour l’instant, les Américains, du Nord
et du Sud, font la course en tête, à la Mostra. Ce serait bien le diable si on ne retrouvait pas au palmarès l’étincelant Ballade de Buster Scruggs des frères Coen,
anthologie du western aussi virtuose par
son scénario et ses dialogues que par sa
mise en scène. Ils sont chez eux sur ce
terrain, et d’une aisance stupéfiante dans
le maniement de la légende, passant du
comique désopilant à l’ironie macabre
avec des touches de mélancolie et de fantastique. Roma, la grande saga autobiographique d’Alfonso Cuaron, domine
aussi la compétition. Netflix a bien joué
(les deux films sont ses productions).
Mais les cinéastes aussi : ils ont obtenu le
label cinéma et la sortie en salles de leurs
œuvres initialement destinées aux seuls
abonnés de la plateforme numérique,
pour pouvoir briguer les Oscars. ■
À Deauville, l’Amérique désenchantée
CINÉMA La 44e édition du Festival du cinéma américain a dévoilé une compétition sombre, reflétant les doutes d’une jeunesse délaissée.
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
ENVOYÉE SPÉCIALE À DEAUVILLE
i le cinéma dépeint l’ère du
temps, l’Amérique que dessine
depuis vendredi la 44e édition du
Festival du cinéma américain de
Deauville est celle d’une nation
en proie aux doutes et à l’angoisse. Les
quatorze films indépendants que départagera le jury, emmené par la comédienne
Sandrine Kiberlain, « sont sombres avec
peu d’espoir », reconnaît le directeur artistique Bruno Bade. Et d’ajouter : « Deux
ans après la victoire de Donald Trump, les
S
réalisateurs posent leur regard sur des
communautés inquiètes et marginalisées :
latinos, femmes, afro-américains. Les enfants sont au centre des préoccupations,
souvent malheureux et malmenés. »
Ce bonjour tristesse, qui fait la part belle
aux premiers films et aux réalisatrices, a
résonné dès Friday’s Child, de A. J. Edwards, ancien monteur de Terrence Malick, sur l’impossible retour à la vie normale d’un ado placé en familles d’accueil.
Le jeune Tye Sheridan ancre le drame, inspiré de Crime et Châtiment de Dostoïevski,
dans un réalisme âpre que brouille, hélas,
une mise en scène onirique à la Tree of Life.
Avec American Animals, Bart Layton dé-
nonce une jeunesse à laquelle on interdit la
banalité. Il reconstitue le cambriolage osé
d’étudiants qui dérobèrent en 2004 des livres anciens à leur université. Le film alterne les scènes entre les vrais protagonistes et les acteurs qui les incarnent à
l’écran. Cette comédie noire a apporté un
peu de légèreté avant Nancy, de Christina
Choe, dans lequel une femme à l’existence
étriquée confond fiction et réalité.
Un peu de douceur est venue de Puzzle,
applaudi à plusieurs reprises. Marc Turtlelaub y dépeint l’éveil à la vie d’une mère
au foyer (Kelly MacDonald) dévouée à
son mari et à ses enfants. Mais la concurrence à venir est rude. Encensé par la cri-
tique américaine, Leave No Trace, de
Debra Granik, suit un père (Ben Foster) et
sa fille vivant en reclus. Primé à Sundance, We the Animals, de Jeremiah Zaglar,
raconte la sortie de l’enfance de trois frères. Thunder Road, de Jim Cummings,
montre les péripéties tragicomiques d’un
policier élevant sa fille.
Tapis rouge
aux réalisateurs français
Deauville, qui a couronné jadis Spike Jonze
et Damien Chazelle, déroule le tapis rouge
aux réalisateurs français ayant traversé
l’Atlantique, auteurs selon Bruno Bade de
« films on ne peut plus américains ». Méla-
nie Laurent a dévoilé son road-movie noir
Galveston, avec Elle Fanning, lauréate du
trophée Nouvel Hollywood. Mais le plus
attendu est Jacques Audiard, qui présentera mardi Les Frères Sisters. Son western
repartira avec le prix du 44e festival qui
aura aussi honoré pour leurs carrières
Morgan Freeman (Seven, Les Evadés), la
Britannique Kate Beckinsale (Underworld), Sarah Jessica Parker (Sex and the
City), l’Australien Jason Clarke (second
rôle caméléon, de Zero Dark Thirty à La
planète des singes) et Shailene Woodley
(Divergente). « Deauville célèbre tout le cinéma américain, des blockbusters aux films
indépendants », rappelle Bruno Barde. ■
THE ART INSTITUTE OF CHICAGO, DIST. RMN - GRAND PALAIS
Henri-Edmond Cross sous le soleil
ARTS À Giverny, le musée local propose une exposition sur le plus solaire
et méditerranéen des néo-impressionnistes.
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
lages de Baigne-Cul ou de la Vignasse, calanque des Antibois,
cap Layet : partout le cagnard et
cette mer aveuglante. Inutile de
se départir de sa crème anti-UV
et de son chapeau de paille avant de pénétrer, à Giverny (Eure), dans le Musée
des impressionnismes. Une rétrospective
Henri-Edmond Cross (1856-1910) s’y
tient, coproduite avec le Museum Barberini de Potsdam.
Cimaises sable et outremer et climatisation de rigueur pour ces toiles parmi
les plus solaires du néo-impressionnisme. « Les réunir était une gageure, explique Marina Ferretti, directrice scientifique de l’institution et commissaire.
Durant sa vie abrégée par un cancer,
Cross n’a guère exécuté plus de deux
cents huiles. Toutes sont fragiles, certaines n’étaient pas localisées et un bon
nombre se trouve en mains privées. » Les
autres viennent des musées d’Orsay, du
Havre, de Grenoble et de grandes collections étrangères. Au total, 110 œuvres,
en incluant celles sur papier, qui permettent de suivre l’évolution esthétique
tout en ménageant des surprises.
A
P
On découvre que Cross fut excellent
dessinateur. Dans le style ligne claire et
dans celui aux motifs sans contours nets.
Les premiers témoignent d’une admiration envers Puvis de Chavannes. Les seconds sont d’une beauté à peine moindre
que ceux de Seurat. Voilà les deux pans de
la carrière résumés. Car Cross fut académique, mi-symboliste mi-réaliste, avant
de tout renier en 1891 pour exceller dans
le pointillisme.
Quête effrénée du bonheur
Ce style contamine jusqu’aux aquarelles
avec leur touche vermiculaire virtuose.
Cross les expose souvent à côté de ses tableaux. Parmi ceux-ci, les plus solaires
comptent peu de personnages. Quelques
enfants au bain, des paysans au travail,
quelques figures allégoriques résiduelles :
ses groupes paraissent se dissoudre sous
l’effet de la température. Partout l’herbe
rougeoie, le ciel crépite, les arbres se tordent en flammèches tandis que comme
dans Sous les chênes-lièges (collection
Hepama) les ombres colorées irradient.
Dans la première salle, consacrée à la
première manière, ces portraits de proches déçoivent. Cross, à la fois élève de
Carolus-Duran et amateur de Corot, y
apparaît dans un autoportrait en malade.
Il souffrira toujours de rhumatismes.
D’où ce besoin de l’air sec du Sud et cette
quête effrénée du bonheur. À partir de
1883, il séjourne l’hiver à Monaco et s’intéresse à la lumière méridionale. Sa palette s’éclaircit. En 1884, il participe à la
fondation de la Société des artistes indépendants, à laquelle il sera fidèle jusqu’à
sa mort. Cross rencontre Seurat et Signac
puis, dans le sillage de Van Gogh, devient
le deuxième artiste nordique (il est né à
Douai) à s’implanter dans le Midi.
Ce n’est qu’en 1891, année de la mort
de Seurat, qu’il adopte la technique de la
division des couleurs et se rallie au groupe des « néos ». Son manifeste est encore
un portrait mondain, celui d’Irma Clare
(Musée d’Orsay), une belle qu’il a ravie au
romancier Hector France. Cette effigie en
pied grandeur nature doit beaucoup à La
Dame au gant de Carolus-Duran. Avec
Irma, il roucoule d’abord à Cabasson
(Var) avant de faire construire à SaintClair, près du Lavandou. Les salles suivantes aux murs outremer jettent tous ses
feux, dominées par Les Îles d’or (Orsay)
où la description du littoral se perd dans
la vibration de petites touches allant du
bleu au jaune pâle. Comme La Chevelure
(Orsay également), cet art touche à l’abstraction tant l’approche est synthétique.
« Ici nos plages sont désertes, commente
le peintre. L’élégance ne réside que dans
Plage de Baigne-Cul (1891-1892), Henri-Edmond Cross.
les pins qui sortent du sable et dans la délicieuse demi-lune que forme le rivage. Mais
que cela est éternellement beau ! »
Le pointillisme fait aussi merveille dans
Course de taureaux, œuvre inédite, avec
une contre-plongée exacerbée très inspirée du Cirque de Seurat. Ou dans ces
autres compositions, véritables découvertes, Le Cygne (thème symboliste), Quai
à Passy, vue urbaine avec chantier, et le
très japonisant La Mer clapotante avec son
écume de ronds et de pointillés. La Ferme
(soir) et plus encore Nocturne (Petit Palais
de Genève) sont aussi des performances,
le pointillisme étant appliqué à des scènes
crépusculaires. À partir de 1895, la touche
se fait plus large, les contrastes plus forts
et les nus abondent. Liberté ? Cet anarchiste doux, grand lecteur de Ruskin, de
Nietzsche (qu’il évoque dans une aquarelle) et ami de Gide, n’en semble jamais
repu. Les fauves s’en souviendront. Surtout Matisse, dont le premier chefd’œuvre, Luxe, calme et volupté, arpente
largement la voie déjà ouverte. ■
Musée des impressionnismes, Giverny (27),
jusqu’au 4 novembre. Tél. : 02 32 51 94 65.
www.mdig.fr. Du 17 novembre au 17 février
2019 au Museum Barberini de Potsdam
(Allemagne). Catalogue Prestel, 271 p., 29 €.
À voir au musée voisin de Vernon (27), « Lucie
Cousturier, artiste néo-impressionniste »,
jusqu’au 14 octobre. Tél. : 02 32 21 28 09.
musee@vernon27.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 3 septembre 2018
STYLE
33
Époque tattoo
BEAUTÉ Sous
L
LINH PHAM
es corps bodybuildés, tatoués, piercés, épilés, voire remodelés à
coups d’implants, sont devenus relativement courants sur Instagram. Et il ne
s’agit pas de performances de professionnels, mais bien des selfies de M. et
Mme Tout-le-Monde, fiers d’exhiber
aux yeux de la planète leurs attraits magnifiés. Certains chiffres du marché
parlent d’eux-mêmes. Les Français dépensent en moyenne 2 500 € par an
pour s’entretenir, dont 958 € sont
consacrés au seul poste « gym coaching » (abonnement à une salle de
sport, coach personnel). L’esthétique
médicale et chirurgicale enregistre une
croissance de 8 %, dopée par les techniques de remodelage du corps comme la
cryolipolyse pour débarrasser des rondeurs, la radiofréquence ou les ultrasons
microfocalisés pour raffermir, les augmentations de fesses et de pectoraux, etc.
Alors que pour les générations précédentes, l’unique préoccupation était
de se délester de quelques kilos à l’arrivée des beaux jours, ce nouveau
culte du corps pousse à se façonner
une enveloppe non seulement parfaite
mais extraordinaire, afin de doper sa
popularité sur les réseaux sociaux et
décupler son « moi ». Du moins dans
le monde idéalisé de l’instagrammeur,
car comme le rappelle justement le
sociologue et philosophe Gilles
Lipovetsky, « entre les représentations
et la réalité sociale, il y a un monde. Il ne
faut pas oublier que l’obésité reste l’un
des fléaux majeurs de nos sociétés ».
On peut également évoquer le mouvement « Body positivisme » dénonçant
les injonctions en matière de beauté et
prônant l’acceptation de soi. Mais, s’il
prouve en effet que les approches
1
2
DIOR, NATASHA DENOVA ET DAVID BECKHAM. ILLUSTRATION SOLEDAD
l’influence
des réseaux sociaux,
les millennials
embrassent
un nouveau culte
du corps…
qui n’a pas échappé
aux marques
de cosmétiques.
ques, obligeant à surveiller de près hygiène
alimentaire,
sportive
et
cosmétique afin de garder la maîtrise
parfaite de « l’œuvre ». Spectaculaire
mais épuisant.
Logiquement, l’industrie de la beauté
cherche comment s’inscrire dans cette
nouvelle tendance. « De plus en plus de
produits sont développés dans une optique “full body” : les dernières formules
calquent leurs bénéfices sur celles du visage pour répondre au désir d’embellissement global », explique Julia Sarhy,
directrice études consommateurs international au sein du groupe L’Oréal.
Par exemple, des produits « perfecteurs » qui lissent, unifient le grain de
peau, rehaussent l’éclat de l’épiderme.
Voire raffermissent, si besoin (Visibly
Renew lait-sérum de Neutrogena). Le
« zoning » (soin ciblé par zones), qui
existait déjà sur le visage, se déplace sur
le corps, avec des masques et des scrubs
pour le cou, les bras, le buste, le ventre,
les fesses, et même les aisselles au Brésil ! De même, l’offre de produits s’appliquant indifféremment sur le visage et
le corps s’enrichit (Mask of Magnaminty de Lush) tandis que la cosmétique
instrumentale (brosses nettoyantes,
LED anti-âge…) adopte aussi cette
polyvalence.
3
1. Lait pour le corps Runway Proof Dior Backstage. 2. Lait hydratant corps tatoué House99 By David Beckham
3. Poudre Éclat Chatoyant Visage & Corps de Natasha Denona Makeup, chez Sephora.
concernant le corps ne sont pas homogènes, il tend parfois à une autre
forme de tyrannie, celle de s’aimer à
tout prix.
Anatomie du body-telling
De l’avis des intellectuels, il faut voir à
travers cette survalorisation de l’anatomie une expression du narcissisme
contemporain. « Jadis, les normes
étaient dictées par l’appartenance à une
classe sociale et par la religion. Celles-ci
ayant disparu, il ne reste que l’optimisation de soi. La nouvelle culture du corps
passe par la volonté de se re-posséder. La
compétition avec soi-même n’a jamais
été aussi forte », note Gilles Lipovetsky.
Le plus surprenant en cette époque est la
démarche quasi artistique qui préside
désormais à toute transformation. « On
assiste à une véritable “artialisation” du
corps par l’adoption de signes choisis (tatouages et autres), qui tranche avec les
codes des anciens, lesquels utilisaient
plutôt le vêtement pour se différencier »,
poursuit-il. Ainsi, nous devenons les
artistes de nos propres œuvres, travaillées à même la chair. « Avec le ta-
touage et l’épilation, on façonne la surface du corps, avec le bodypainting, on lui
donne une dimension 3D, avec le piercing, on s’offre une expérience sensorielle, détaille le philosophe Bernard
Andrieu. Chacun travaille son “bodytelling” à sa façon, pour se raconter, se
réindividualiser. » Un corps « augmenté » présumé démultiplier les capacités
de séduction.
« Reste qu’à force de partager les mêmes codes, constate M. Andrieu, cette
jeunesse ne fait que recréer des normes. » Lesquelles sont devenues drasti-
Le boom du maquillage
pour le corps
Autre catégorie en plein boom, les
gammes spécifiques des peaux tatouées
promettant d’entretenir l’éclat de la
couleur, tout en préservant la jeunesse
cutanée, indispensable pour des motifs
aux contours nets au fil des années. Le
tatouage permanent est cependant de
plus en plus challengé par le semi-permanent, qui dure jusqu’à dix-huit jours
(Inkbox). Existe même une déclinaison
pour les ongles dont les motifs
s’estompent avec le renouvellement de
la kératine.
En parfumerie, y compris au rayon
des marques de luxe, le maquillage du
corps se développe considérablement.
En particulier, les fonds de teint et les
« body glow », ces laits capables de révéler l’éclat de la peau tout en masquant ses menues imperfections
(Runway Proof Dior Backstage, Lotion
Éclat pour le Corps et Poudre Éclat
Chatoyant Visage & Corps de Natasha
Denona Makeup, chez Sephora). « À
côté de cette demande d’embellissement,
existe une forte attente de bénéfices
émotionnels, ajoute Julia Sarhy. Les
marques elles-mêmes commencent à
proposer des rituels de beauté censés reconnecter le corps et l’esprit, par exemple avec une dimension méditative. »
Mens sana in corpore sano à l’heure des
réseaux sociaux. ■
À lire Plaire et toucher de Gilles Lipovetsky
(éd. Gallimard) et Dictionnaire du corps
de Bernard Andrieu (éd. CNRS)
Un sac d’écolier devenu grand
PHÉNOMÈNE Créé en 1978 pour prévenir les problèmes de dos
des petits Suédois, le sac à dos emblématique de Fjällräven
a depuis conquis les hipsters du monde entier et, à leur tour, nos écoliers.
e matin, si vous êtes passé devant une maternelle ou un lycée, en province ou à Paris,
vous aurez forcément croisé
un de ces sacs à dos de couleurs vives, aux lignes carrées, cousu
d’un écusson à l’effigie d’un renard
roulé en boule. Le Kanken, créé en 1978
par la marque suédoise Fjällräven afin
de prévenir les problèmes de dos des
écoliers, était encore inconnu des Français il n’y a pas cinq ans. Seulement, à
l’heure d’Internet, alors que les produits
locaux sont devenus désirables à
l’échelle internationale, ledit modèle a
tapé dans l’œil des hipsters en quête
d’authenticité.
Il faut dire que le Kanken coche toutes
les cases par son design fonctionnel propre à la tradition suédoise (il peut contenir deux classeurs A4, se porter à la main
grâce à ses poignées et dispose d’un
rembourrage amovible à utiliser comme
coussin lors de pique-niques) et par ses
lignes identifiables - notamment son
logo à la coolitude indémodable. Quelques saisons plus tard, le sac à dos finissait par retrouver les bancs de l’école…
dans l’Hexagone : la boucle est bouclée.
C
Pourtant, rien ne vouait l’entreprise
à un destin aussi branché. « J’ai grandi
avec Fjällräven. Si vous êtes suédois,
c’est une marque qui fait forcément
partie de votre vie, raconte Jonny
Johansson, fondateur du label Acne
Studios. Vous emportez votre sac à dos
Kanken à l’école, vous portez ses vestes
techniques à la campagne… Les pièces
se transmettent de génération en génération. Elle n’est pas perçue comme une
marque de mode, elle s’inscrit dans
l’inconscient collectif. » On ne s’étonnera donc pas que les deux labels
scandinaves cosignent une collection
remarquée sur Instagram bien que
commercialisée seulement à partir de
jeudi.
L’esprit « Scandi cool »
Cette collaboration donne ainsi lieu à
trois nouvelles versions du fameux sac
d’écolier estampillées d’un logo vieux
rose Acne Studios x Fjällräven : le classique désormais doté de poches latérales à pressions, un hybride à porter
sur le dos ou en bandoulière et un modèle miniature. Également à l’affiche,
des vêtements techniques pour le
grand air revus à la sauce Acne : la veste Expedition Down, le best-seller enrichi d’une capuche bordée de fausse
fourrure et de patchs réfléchissants ;
un pantalon à zip transformable en
short ; un tee-shirt imprimé de photos
de trek et même un sac de couchage.
« Fjällräven est connu en Suède, mais
beaucoup moins à l’international, hormis le Kanken [qui serait l’un des sacs à
dos les plus vendus au monde, NDLR],
explique M. Johansson. Nous voulons
montrer au public une autre facette de
cette marque, qui fait notre fierté de
Suédois. »
Une façon aussi d’exporter encore
cette culture locale qui fait déjà des
émules un peu partout dans le monde.
On parle même de « Scandi cool », cette
attitude qui privilégie des produits de
bonne qualité, plutôt minimalistes mais
toujours relax et colorés, à l’image de
cette collab de rentrée qui fait la part
belle au jaune et au bleu suédois (pensez
Ikea), à l’orange chantier, au kaki et à
l’imprimé camouflage multicolore. ■
De 120 € à 200 € pour les sacs,
130 € le tee-shirt et 450 € l’anorak,
le 6 septembre dans les réseaux Fjällräven
et Acne Studios.
+ @SUR LE WEB
» Plus de mode sur
www.lefigaro.fr/lifestyle
Les deux labels suédois Acne Studios et Fjällräven cosignent une collection
qui sera commercialisée à partir de jeudi. ACNE X FJÄLLRÄVEN
A
MADELEINE VOISIN
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
34
HIGH-TECH
Les géants
du numérique
contre l’addiction
DIGITAL DÉTOX Grâce à de nouveaux outils,
Apple, Google et Facebook veulent nous
aider à consommer avec modération
les smartphones et les réseaux sociaux.
Une initiative louable qui n’est pas dénuée
d’arrière-pensées.
C’
DIDIER SANZ
£@sanzdidier
est le monde à
l’envers ! Alors que Facebook, Google et
Apple gagnent de l’argent grâce à Internet et aux smartphones, ces entreprises
veulent maintenant nous en éloigner…
Google a lancé le mouvement avec la
nouvelle version 9.0 de son logiciel Android pour mobiles. Elle s’accompagne
en effet de diverses fonctions pour analyser et contrôler l’utilisation du téléphone de manière à y passer moins de
temps. Un tableau de bord fournit des
statistiques d’usage (durée d’utilisation
des applications, nombre de déverrouillages, quantité de notifications reçues) et une fonction permet de limiter
le temps passé sur une application. En
prime, le mode « Ne pas déranger », qui
s’active quand on retourne le smartphone, permet de filtrer les alertes sonores et visuelles. Et une nouvelle option, baptisée « Wind Down » (réduire
la pression), limite la luminosité, lance
le mode « Ne pas déranger » et change
l’affichage en noir et blanc.
De son côté, Facebook, a imaginé une
fonction pour aider ses membres à lever
un peu le pied. Un tableau de bord permet ainsi de mesurer le temps passé sur
le service et de le restreindre, mais aussi
de filtrer les notifications ou de passer
en mode « Ne pas déranger ».
Aucun doute : Google, Facebook et
Apple admettent qu’il y a un problème.
Le fait est que l’addiction au smartphone commence à être considérée comme
une sorte de mal du siècle. Apparu
comme un moyen de communication
pratique, à la fois mobile et multifonction, le téléphone portable a rapidement créé un phénomène de dépendance en multipliant ses usages et ses
capacités. L’avènement des réseaux sociaux, l’explosion des applications de
santé et la déferlante de jeux ont aggravé la situation. Au point que l’abus du
smartphone est accusé de tous les
maux : déconcentration, isolement,
stress, troubles du sommeil, tendance à
la dépression… « Nous n’avons jamais
voulu que les gens passent beaucoup de
temps, ou tout leur temps, sur leurs
smartphones », s’est défendu le PDG
d’Apple, Tim Cook. Lequel s’est
d’ailleurs rendu compte qu’il passait
Démarche identique chez Apple. Prévue
cet automne, la nouvelle version d’iOS,
le logiciel système de l’iPad et de l’iPhone, reprend les mêmes recettes pour limiter l’utilisation du smartphone.
« L’idée est d’aider les utilisateurs à prendre conscience du temps qu’ils passent sur
leur appareil et à réagir en conséquence »,
explique Craig Federighi, vice-président
d’Apple, chargé du logiciel. D’abord,
l’option « Ne pas déranger », qui filtre
les appels pendant une période déterminée, permet désormais de désactiver les
notifications pour ne les afficher qu’au
réveil de l’appareil. Une nouvelle fonction, baptisée « Screen Time », apparaît :
elle indique, par semaine ou par mois, le
temps passé sur les applis et les sites
Web, la quantité de notifications reçues
et le nombre de fois où l’appareil est pris
en main. On peut même déterminer la
durée maximale à passer sur une application et être averti par une alarme en
cas de dépassement. En prime, les parents consulteront à distance le rapport
d’activité de l’iPhone de leurs enfants et
leur fixeront des limites.
du jour
Comment
prendre
une photo
par commande
vocale ?
Les systèmes d’exploitation
pour mobiles Android
(à gauche) et iOS
(ci-dessous) ainsi que
l’application Facebook
(en bas) mesurent le temps
passé par les utilisateurs
sur leur téléphone.
Pour aller plus vite et éviter
les risques de flou au moment
de déclencher une photo
avec son smartphone, rien ne
vaut une commande vocale.
Suivez le guide.
APPLE, GOOGLE, FACEBOOK
■ Si vous disposez d’un
téléphone équipé d’un système
de reconnaissance vocale,
il vous suffit de connaître
les ordres à prononcer.
Sur la plupart des Samsung,
notamment les S5, S6, S7, S8
et S9, commencez par ouvrir
les paramètres dans l’appli
de l’appareil photo et appuyez
sur l’icône « Contrôle vocal »
pour activer cette option.
Il faudra alors dire « Sourire »,
« Cheese » ou « Capture »
pour déclencher la prise de vue.
Le principe est comparable
sur les appareils LG et Huawei.
beaucoup plus de temps que nécessaire sur son téléphone, comme il l’a confié lors d’une interview.
C’est pourtant une drôle de
croisade que lancent en même
temps ces entreprises dont la
croissance économique repose
précisément sur le temps d’utilisation des smartphones. Véritable prise de conscience ou
démarche intéressée ? L’initiative des géants du numérique
répond d’abord à l’offensive
de nombreuses associations
qui tirent le signal d’alarme
depuis quelques années, surtout aux États-Unis et en Corée du Sud.
■ Pour les autres smartphones
Android, il est possible d’utiliser
l’assistant Google pour ouvrir
l’appli de l’appareil photo, mais
il faudra ensuite déclencher
manuellement la prise de vue.
Il existe cependant des
applications qui servent
à créer des raccourcis activés
à la voix, comme Tasker (conçu
pour automatiser des actions
sur l’appareil), ce qui permet
de déclencher l’appareil photo.
Lutter contre le risque
de saturation
« Notre société est piratée par la technologie », martèle notamment Center for
Human Technology, qui constate que
« Snapchat redéfinit la façon dont nos enfants mesurent l’amitié, Instagram glorifie l’image de la vie parfaite, érodant notre valeur individuelle, Facebook nous
répartit dans des chambres d’écho, fragmentant nos communautés, et YouTube
diffuse automatiquement la vidéo suivante en quelques secondes, même si elle empiète sur notre sommeil ». Et puis, deux
actionnaires d’Apple ont lancé un pavé
dans la mare en janvier dernier : ils ont
demandé au fabricant de l’iPhone de
prendre ses responsabilités et de lutter
contre l’addiction au smartphone. Apple ne pouvait pas laisser s’amplifier
cette agitation sans réagir. Avec ses
nouvelles fonctions conçues pour aider
à déconnecter, la société de Tim Cook
étouffe dans l’œuf les critiques en même
temps qu’elle se donne l’image d’une
entreprise préoccupée par le bien-être
numérique de ses clients.
Une attitude qui inspire également
Facebook, soucieuse de redorer son
blason après les scandales qui l’ont touché ces derniers mois. Google, qui cher-
Mal du siècle
Question
■ Sur iPhone, c’est l’assistant
vocal Siri qui sera mis à
contribution. Mais il vaut mieux
pouvoir l’utiliser quand le
téléphone est en veille plutôt
que d’avoir à saisir le code,
à passer par la reconnaissance
faciale ou le lecteur d’empreinte
digitale pour le déverrouiller.
Dans les Réglages, appuyez
sur « Siri et Recherche », puis
déplacez à droite les curseurs
« Siri avec écran verrouillé »
et « Détecter “Dis Siri” ».
On pourra alors prononcer les
formules « Dis Siri, prend une
photo » ou « Dis Siri, prend un
selfie ». Seul souci : l’assistant
se contente de lancer l’appli
de l’appareil photo (avec
la configuration demandée)
et il faut agir manuellement
pour déclencher la photo,
soit en appuyant sur le bouton
rond, soit en utilisant l’un
des boutons de réglage
du volume sur le côté.
che à être présent dans tous les aspects
de notre vie (au réveil, au travail, pendant les loisirs, sur la route), veut aussi
se montrer un conseiller dévoué pour
prouver sa loyauté. « Une partie des utilisateurs d’Android disent qu’ils auraient
aimé dépenser autrement le temps qu’ils
ont passé sur leurs écrans, observe Sameer Samat, responsable d’Android
chez Google. La technologie devrait vous
aider dans votre vie, et non vous en distraire. » Pour ces entreprises, le digital
détox n’est pas seulement un nouveau
combat social à mener, comme ont pu
l’être pour d’autres la protection de
l’environnement ou les causes éthiques.
C’est aussi un moyen de conserver l’attachement des utilisateurs. En les incitant à consulter leur smartphone avec
modération, ils espèrent lutter contre le
risque de saturation qui pourrait
conduire à y renoncer définitivement.
Mais aussi concentrer leur intérêt sur
des activités plus rentables pour leurs
services. Et, accessoirement, détourner
l’attention des sujets qui fâchent comme l’exploitation des données personnelles. ■
D. S.
Un Galaxy Note 9 sans vraies surprises
TEST En concentrant plusieurs nouveautés déjà connues, le smartphone grand format de Samsung
attendez pas d’incroyables innovations
sur le dernier-né de la
famille Note de Samsung. Le nouveau modèle, neuvième de sa génération, se distingue surtout de son prédécesseur par
des petits aménagements et des recettes
déjà éprouvées sur d’autres produits de
la marque. Physiquement, il reprend le
même format et la même taille que le
Note 8, mais son écran Super Amoled
est légèrement plus spacieux, affichant
une diagonale de 6,4 pouces contre
6,3 pouces. L’écran reste remarquable,
précis (2 960 × 1 440 pixels), lumineux et
bien contrasté. Son boîtier étanche inspire confiance et ses deux hautparleurs AKG produisent un son
agréable.
Conçu essentiellement pour la prise
de notes manuscrites, d’où son nom, le
A
N’
Galaxy Note est livré avec un stylet qui
se range dans l’épaisseur du boîtier. On
peut ainsi s’en servir pour griffonner
sur l’écran sans le déverrouiller et annoter des messages. Petite nouveauté :
ce stylet émet un signal Bluetooth, ce
qui permet d’utiliser son bouton comme une télécommande, par exemple
pour déclencher l’appareil photo ou
pour faire défiler des diapositives à
l’écran. À l’usage, cette fonction se révèle pratique pour éviter les tremblements qui risquent de rendre floue la
photo.
Relié à la télévision
D’ailleurs, en parlant de l’appareil photo, on observera qu’il s’agit du même
système que sur le Galaxy S9+, composé
de deux modules photo de 12 mégapixels : l’obturateur du premier s’ouvre
ou se ferme automatiquement en fonc-
tion de la luminosité ambiante (f/1.5 ou
f/2.4) et l’autre offre un zoom 2 × qui
sert également à produire un flou en arrière-plan. Mais pour l’occasion, Samsung a amélioré le logiciel qui gère la
prise de vue. Le résultat est surtout appréciable en basse lumière, où peu de
détails échappent à l’objectif et sans
trop de grain. On note aussi que le procédé de lissage est moins prononcé que
sur le Galaxy S9+, ce qui produit des
images plus fidèles que sur les précédents modèles de la marque. En prime,
l’appareil photo prévient en cas de problème (yeux fermés, image floue, objectif sale) et une intelligence artificielle
ajuste automatiquement les réglages
selon les conditions de prise de vue.
L’appareil photo frontal, de 8 mégapixels, se distingue par une généreuse
ouverture de f/1.7, ce qui garantit des
selfies particulièrement lumineux. Il in-
tervient dans le procédé de reconnaissance faciale utilisé pour déverrouiller
l’appareil, qui associe reconnaissance
du visage et des iris. En pratique, ce dispositif manque d’efficacité : il faut bien
tenir l’appareil à la bonne distance et à
la bonne hauteur, de préférence sans
couvre-chef, pour qu’il accepte d’identifier un visage… Au besoin, on se tournera plutôt vers le lecteur d’empreintes
digitales situé au dos.
Autres fonctions intéressantes : le
Galaxy Note 9 peut se relier à un téléviseur par cordon HDMI pour profiter des
films et des jeux sur grand écran. Et
même être utilisé comme un PC, si on le
connecte à un moniteur et à un clavier :
on obtient alors un environnement qui
rappelle Windows. Enfin, sa batterie de
4 000 mAh, rechargeable sans fil, lui
fournit une quinzaine d’heures d’autonomie. À quoi s’ajoutent un comparti-
SAMSUNG
réussit à faire évoluer le concept. Mais au prix fort.
ment pour deux cartes SIM, une mémoire de 128 Go extensible à 512 Go par
carte microSD et un processeur octocœur particulièrement rapide. Bref,
un équipement soigné pour ce beau
produit qui coûte tout de même 1 009 €
en version avec 6 Go de mémoire et
128 Go de stockage ou 1 259 € en version
avec 8 Go de mémoire et 512 Go de
stockage… ■
D. S.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 3 septembre 2018
AUTOMOBILE
ESSAI L’injection à forte
dose des codes du coupé
renforce la sportivité
de la deuxième
génération du BMW X4.
SYLVAIN REISSER
sreisser@lefigaro.fr
MW n’imagine plus sa vie
sans SUV. Il a placé l’année 2018 sous le
signe du X. En attendant l’arrivée prochaine d’un X5 entièrement remodelé
et d’un inédit X7, BMW a étoffé son catalogue voici quelques mois d’un X2 et à
présent d’une nouvelle génération du
X4. Comme son prédécesseur, ce SUV
est produit aux États-Unis, en Caroline
du Sud. Il repose sur la plateforme du
récent X3 dont il se distingue par l’emprunt de nombreux traits de caractère
habituellement dévolus au coupé. La
recette, qui a fait le succès de la première version qui s’est écoulée à
200 000 unités en quatre ans, dont
10 000 rien qu’en France, a été perfectionnée.
Garé à côté de son successeur, le premier X4 passerait presque pour un
brouillon. Les lignes sont devenues plus
athlétiques et traduisent une influence
latine au sein du bureau de style. Le
double bossage du becquet de lunette
arrière renvoie ainsi au carrossier milanais Zagato. Ajoutez un pavillon fuyant
comme un coupé, ce qui fait le sel du
modèle, des feux arrière et un becquet
de malle inspirés du coupé Série 8 et
vous obtenez un SUV diablement excitant. Comparé au modèle précédent, le
nouveau X4 s’allonge de 81 mm dont
54 mm au niveau de l’empattement,
s’élargit de 37 mm et s’abaisse de 3 mm.
Face à un gabarit qui n’a rien de compact (4,75 m de long), on ne peut que
louer la présence de radars de parking
et de caméras pour faciliter les
manœuvres de stationnement.
Lorsque l’on apprend que le X4 se
dote de réglages de suspensions
concourant à l’agilité, on se demande
ce qu’il peut bien rester au X3. Ce dernier conserve l’attrait de versions deux
roues motrices (le X4 est associé d’office à la transmission intégrale), d’un tarif plus accessible (- 3 000 €), d’une accessibilité aux places arrière plus aisée,
d’une garde au toit et d’un coffre plus
généreux. Alors que celui à double fond
du X4 a gagné 25 litres (525 l), celui du
X3 avoue 25 l de mieux. Avec l’accès
confort (+ 600 €), il s’ouvre et se referme automatiquement en passant le pied
sous le bouclier. Ce système connaît ses
limites dans un parking souterrain où,
en cas de faible hauteur, aucun capteur
ne vient interrompre la manœuvre.
Sous le capot
Moteur
Cylindrée
Type
Puissance
Couple
1 998 cm
4 cylindres turbo essence
252 ch de 5 200 à 6 500 tr/min
350 Nm de 1 450
à 4 800 tr/min
Transmission
Type
Boîte
Intégrale
Auto. 8 rapports
Dimensions/poids
L/l/h
Coffre
Poids
4 752/1 918/1 621 mm
525 litres
1 795 kg
Performances
0-100 km/h
Vitesse
6,3 secondes
240 km/h
Consommation/émissions
Mixte UE
CO2
Prix
La dynamique
des formes
7,2 l/100 km
164 g/km
à partir de 56 400 €
Le X4, nouveau SUV de BMW, adopte des lignes plus athlétiques que celles de son prédécesseur.
Ce SUV emprunte son ambiance intérieure et ses principaux équipements
au X3. Si les compteurs à aiguilles se
sont convertis au numérique, la présentation demeure très classique avec
une console centrale orientée vers le
conducteur et intégrant en son sommet
la tablette tactile. L’ergonomie est parfaite et on navigue dans le menu sans
quitter la route des yeux, à l’aide de la
molette logée sur la console. De simples
gestes permettent aussi de piloter certaines fonctions, comme la réception
d’un appel téléphonique ou le réglage
du son, mais à l’usage, cette option
(+ 300 €) s’avère superflue. L’affichage
tête haute de série (option couleur à
1 000 €) participe au confort mais les
reflets du soleil brouillent sa lisibilité.
Les jours d’ondées, l’absence d’essuieglace de lunette arrière s’avère d’autant
plus gênante que la visibilité vers l’arrière est vraiment réduite.
Un début de conduite
autonome
Comme toujours chez BMW, la position
de conduite excellente est renforcée par
la présence de sièges semi-baquets en
cuir dont le motif à damiers épouse parfaitement la colonne vertébrale. Les dos
fragiles écarteront l’option jantes de
21 pouces (2 050 €) trop ferme. Notre
véhicule d’essai nous a aussi permis de
nous familiariser avec le système de
conduite semi-autonome. À condition
de circuler sur des voies bien délimitées,
après avoir actionné deux boutons au
volant, le X4 prend la main, c’est-à-dire
qu’il accélère et freine à votre place et se
maintient dans la voie en effectuant de
lui-même les corrections sur le volant.
La législation n’autorisant pas encore ce
genre de situation, après quelques secondes, le système vous enjoint de remettre les mains sur le volant. Le dispositif avoue ses limites lorsque les lignes
blanches sont estompées ou trop espacées. Le véhicule perd alors les pédales !
Mais sur une autoroute, une simple impulsion sur le clignotant déclenche un
changement de voie. Impressionnant !
Sous le capot, reflet de l’époque, les
4-cylindres essence et diesel règnent
en maître. Notre choix s’est porté sur
un X4 30i, la version à essence la plus
performante du catalogue facturée
5 700 euros de plus que l’entrée de
gamme 20i (184 ch). Avec ses 252 chevaux boostés par un turbo à double entrée, le 30i affiche des performances
correctes validées par un 0 à 100 km/h
abattu en 6,3 secondes. En termes
d’agrément, il ne peut cependant pas
tenir la comparaison avec un 6-cylindres en ligne. S’il n’en a ni le velouté, ni
la souplesse, il souffre aussi d’un manque de brio au démarrage. La conséquence d’un étagement long de la remarquable boîte automatique à
8 rapports dans l’optique d’abaisser la
consommation. Opération réussie :
après plus de 1 600 km d’un parcours
varié, l’ordinateur se stabilisait à
PHOTOS ALBERTO@ALBERTO.FR/MARTINEZ ALBERTO
10,9 l/100 km, soit une autonomie de
620 km. C’est 3,5 l/100 km de plus que
les valeurs officielles mais cela constitue déjà une belle performance pour un
moteur à essence. Conduire le pied léger ce SUV coupé n’est pas une sinécure
tant le dynamisme du châssis incite à
forcer le rythme. On se surprend même
à enrouler les courbes comme une GT,
bien aidé par les réglages de la suspension Directdrive de série et la direction
à démultiplication variable très incisive. Le centre de gravité élevé et une
masse qui, malgré un gain de 50 kg par
rapport à la précédente génération, dépasse encore les 1 800 kg, finissent par
nous ramener à la réalité. ■
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À partir du X3, BMW réussit à proposer
un SUV sensiblement différent et franchement plus enthousiasmant à
conduire. Malgré un poids toujours élevé. Si l’espace et la fonctionnalité ne
sont pas une priorité et si vous êtes prêt
à quelques concessions au niveau du
portefeuille, ce X4 ne vous décevra pas.
Reste des émissions de CO2 qui, dans le
cas de notre véhicule doté de plus de
20 000 euros d’options, atteignaient
167 g/km, ce qui représente un malus
de 4 050 euros. ■
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lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
Les matinales au banc d’essai
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Arrière-pays
« On n’est pas couché »
France 2 | 23 h 15 | Samedi
B
on, c’est reparti pour une
saison. Tournez manège.
Yann Moix a laissé sa chaise,
patate chaude, à Charles Consigny.
Ce dernier, qui était un des piliers
des « Grandes Gueules » (RMC),
se retrouve donc chez Laurent
Ruquier tout à côté de Christine
Angot. Il se passe des choses comme
ça dans la vie, cher Charles
Consigny, on ne sait pas très bien
pourquoi, pourquoi on se retrouve
à côté de Christine Angot. En voilà
une expérience. Voyage en terre
inconnue. Alors, presque couchés,
les yeux encalminés, nous avons
regardé les premiers pas de ce
chroniqueur de 29 ans, écrivain,
futur avocat revendiqué à droite
toute mais de droite avec un zeste
d’« humour ». Remplacer Yann
Moix n’est pas une mince affaire.
On verra la semaine prochaine,
dit-on, l’auteur de Naissance
(prix Renaudot 2013) chez Thierry
Ardisson (« Salut les Terriens »,
C8). Moix, lui, a un arrière-pays,
connaît son Péguy et son Bataille
par cœur. Mais revenons
au charmant Consigny que l’on
considère ici et là dans la presse
comme un « réac sympa », et il était
sympa Consigny avec l’invité
politique de l’émission, Aurélie
Filippetti, qui vient de publier
un roman chez Fayard, Les Idéaux.
De sa voix miaulante, un peu
chamallowesque, il lui dit cela :
« J’ai pris beaucoup de plaisir à lire
ce livre, je vous vois hausser
les sourcils […]. Vous avez un côté
infernal […], de séduisant,
de sympathique […] vous avez
une colère sincère, vous estimez
que la gauche a failli sous Hollande,
que ce président a complètement
tourné le dos à son mandat…»
Et, là nous nous sommes endormis.
Réveillés par le merveilleux
Jean-Claude Carrière (La Vallée
du néant, Odile Jacob) invité
chez Patrick Cohen (« C’est arrivé
demain », Europe 1, 10 heures).
Comme il était doux d’écouter
cet auteur alors qu’il causait
de Chateaubriand, de la mort,
cette visiteuse de la nuit. On peut
mourir heureux, vous savez.
À lire, à lire ! Sans ordonnance.
Après une semaine de rodage, c’est reparti pour la bataille des ondes. Europe 1 mise tout sur Nikos
Aliagas, France Info renoue avec son ADN et les autres stations ajustent leur grille. Passage en revue.
1, « Deux heures d’infos »,
u Europe
7 h-9 h, Nikos Aliagas
Même Nikos Aliagas peut avoir la pression. Comment expliquer autrement ses
débuts fébriles et sa difficulté à se caler
avec Céline Da Costa, ex-présentatrice
météo de Radio France qui succède à Julie
Leclerc ? La voix historique, quarantecinq ans d’antenne, reste présente pour la
chronique de Nicolas Canteloup et enchaîne avec le 9 h-11 h de Wendy Bouchard (« On fait le tour de la question »).
Malgré ces tâtonnements, cette matinale
prend une tournure plus chaleureuse et
populaire, n’hésitant pas à sonder ses
auditeurs sur les sujets du jour. Pour le
reste, Jean-Michel Apathie, de retour
dans la maison bleue, est la caricature de
lui-même. Pas sûr que l’on réussisse à
distinguer le vrai de celui qui va être imité
toute l’année par Canteloup. Comme
Nikos, Audrey Crespo-Mara, en charge
de l’interview politique, prend ses marques. Tendre pour ses débuts, hésitant à
relancer, elle s’est montrée plus ferme
face au ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert. Les deux grandes satisfactions
de cette matinale sont David Doukhan,
qui présente avec une belle vigueur le
journal de 8 heures, et David Abiker, drôle et pertinent dans l’exercice de la revue
de presse.
u
« RTL matin », 7 h-9 h, Yves Calvi
Toujours aussi détendu derrière son
micro, le chef d’orchestre de « RTL Matin » depuis 2014 a le chic pour mettre à
l’aise invités et chroniqueurs. Avec lui,
jamais de stress, l’émission tourne. Elle
ronronne même peut-être un peu trop,
diront les mauvaises langues. Reste qu’il
n’y a pas de raison de modifier une matinale qui est en tête des audiences. Notons
tout de même l’arrivée d’Isabelle Saporta. Sa chronique quotidienne, à 7 h 11, intitulée « C’est comme ça », éclaire l’actualité avec drôlerie et fraîcheur.
Inter, « Le 7/9 », 7 h-9 h,
u France
Nicolas Demorand et Léa Salamé
La modestie est peut-être la vertu des
tièdes mais fallait-il que Nicolas Demorand et Léa Salamé offrent sur les réseaux sociaux le making-of de leur interview de Nicolas Hulot ? Premier gros
coup de cette rentrée radio, l’annonce à
leur micro de la démission du ministre
de la Transition écologique et solidaire se
suffisait à elle-même. À côté de ce tandem bien rodé, quelques nouveautés
dont Pierre Haski. L’ex-journaliste de
Libération remplace donc Bernard Guetta, parti voir comment le monde ne
tourne pas rond. Embarrassé par l’exercice de la chronique, c’est d’une lumière
encore un peu faiblarde qu’il éclaire la
situation internationale. Quant à Florence Paracuellos, qui a la lourde tâche de
présenter le journal le plus écouté de
l’Hexagone en lieu et place de Marc Fauvelle, elle a décidé de jouer la carte d’une
certaine familiarité. Ce qui n’est pas le
pire moyen pour trouver sa place.
« Bourdin Direct », 6 h-9 h,
u RMC,
Jean-Jacques Bourdin
Le show de Jean-Jacques Bourdin est de
retour ! Celui qui ne se lasse pas de faire
ami ami avec les auditeurs reste égal à
lui-même. Un showman, certes, mais
aussi un grand professionnel, par exemple quand il interviewe, vendredi, Costa
Gravas, au lendemain de l’annonce erronée sur Twitter de la mort du cinéaste.
Signalons aussi la nouvelle recrue Djena
Tsimba, avec son excellente chronique,
« J’ai testé pour vous ».
Info 7 h-9 h 30,
u France
Marc Fauvelle
L’info, sur France info, c’est du sérieux !
Mais il y a encore sans doute un espace à
trouver entre les blagounettes de Bruce
Toussaint (qui sévit désormais nuitamment sur BFMTV) et la rigueur pour
l’instant un brin mécanique de son successeur, Marc Fauvelle. Heureusement,
le transfuge d’Inter a trouvé rapidement une certaine complicité avec Renaud Dély. L’ex-directeur de la rédaction de Marianne endosse le costume
d’éditorialiste politique et intervient,
souvent à propos, à 7 h 23 et 8 h 30. On
lui sait gré de ne pas faire de numéro
comme Jean-Michel Apathie. Deux
nouvelles chroniques s’ajoutent à celles
de la saison dernière. Dans « La Médaille du jour », Jérôme Cadet décrypte
les infos inattendues à travers la planète. Bref mais bien. Jean-Matthieu Pernin, dont on ne comprend toujours pas
pourquoi il a été débarqué des « Informés », revient pour sa part dans « Vous
le partagerez aujourd’hui ». Avec l’ambition de traiter de manière décalée des
sujets dont nous parlerons autour de la
machine à café. Comme le départ de Nicolas Hulot, qu’il considère ironiquement comme la dernière victime d’un
été trop chaud, ou le nouvel amour de
Manuel Valls, un ancien premier ministre peu réfractaire au changement,
comme dirait l’autre.
Radio, « Le Grand Matin »,
u Sud
6 h-10 h, Patrick Roger
va bien pouvoir apporter à cette matinale très incarnée par son animateur
vedette.
Les Matins de France Culture »,
u «7 h-9
h, Guillaume Erner
On ne change pas une formule qui gagne
des auditeurs. Ou à la marge. Le billet
économique de Jean-Marc Chardon a
disparu au profit du « Son du jour ». Camille Magnard remplace avec aisance
Thomas Cluzel dans la revue de presse
internationale. Guillaume Erner annonce, lui, très tôt les titres de la presse française. Autre nouveau rendez-vous, à
7 h 24 : « Le Reportage de la rédaction ».
On a écouté celui sur la psychiatrie publique en proie à la dépression. Et l’on
s’est rendormi, déprimé. Si l’on n’est pas
toujours séduit par les chroniques de
Mathilde Serrell et d’Aurélien Bellanger,
saluons le niveau élevé des invités. Il faut
réécouter l’interview passionnante et
bien menée de Boualem Sansal vendredi
dernier.
classique,
u Radio
« La Matinale », 7 h 30-9 h,
Guillaume Durand
L’aventure de Patrick Roger à Sud Radio
prend corps. Il donne une voix forte et
précise à « Parlons vrai », le slogan de
cette antenne. C’est avec autorité qu’il
recadre parfois certains invités. Ainsi,
vendredi dernier, n’a-t-il pas laissé dérouler ses éléments de langage au porteparole du Rassemblement national, Jordan Bardella. L’animateur a su très bien
s’adapter aussi à l’annonce de la démission de Nicolas Hulot, notamment dans
son rendez-vous avec les auditeurs,
« Prenez la parole ». On attend de savoir
ce que Cécile de Ménibus, ex-comparse
de Sébastien Cauet, qui remplace Sophie
Gaillard à partir de ce lundi 3 septembre,
Serein et pugnace, Guillaume Durand
fait parler son expérience, en particulier
dans son entretien politique. Outre les
rendez-vous habituels, notamment
l’édito de notre confrère Guillaume Tabard et la revue de presse complète de
Michel Grossiord, notons l’arrivée des
« Spécialistes » : Dimitri Pavlenko (économie), Élodie Fondacci (culture) et Jacques Sanchez (télévision) évoquent l’actualité. Malheureusement sans débattre
entre eux. Autre nouveauté: « Le Journal
imprévisible » de Renaud Blanc, qui a le
mérite de l’être vraiment. Enfin, à 9 h (et
14 h), place à l’excellent nouveau venu,
Franck Ferrand.
FRANÇOIS AUBEL
ET BLAISE DE CHABALIER
J.-C. MARMARA/LEFIGARO ; C. ABRAMOWITZ/RADIO FRANCE
36
LE BUZZ TV
Invité : Cyril Hanouna
interviewé par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez, aujourd’hui sur :
De gauche à droite : Nikos Aliagas (Europe 1), Florence Paracuellos (France Inter), Marc Fauvelle (France Info) et Isabelle Saporta (RTL).
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4821
HORIZONTALEMENT
1. A un peu d’embonpoint. - 2. Tragédie d’héroïne. - 3. Petit pot au lait.
- 4. Aride site brûlant. Province
arabe qui domine la mer Rouge. - 5.
Vétilles. Divers gauche. - 6. Table de
treize. Vaut le coup. - 7. Vient de
l’Atlantique. - 8. Petit lieutenant.
Plaça une mise. - 9. Un poisson qui
a inspiré Tchekhov. Il avait de la
grâce au temps jadis. - 10. Fritz
dans une histoire alsacienne.
Élément de chaîne. - 11. Nettoie la
fillette. - 12. Font partie des lâches.
VERTICALEMENT
1. Doctrinaire en chef et vieil ami
de Talleyrand. - 2. Élimine les
périodes de chaleurs. - 3. Partie
la plus récente de l’ère tertiaire.
Assura la direction. - 4. A poussé
avec vigueur. Ne comprend strictement rien. Démonstratif. - 5.
Un Méditerranéen qui monte. Passe
à Kaunas. - 6. Sorts communs.
Frite ou patate. Musical quel que
soit le sens. - 7. Mot de diplôme.
Zeus y fut élevé par une nymphe.
A un coffre fort. - 8. Soulèvent un
vent de panique.
3
A
VERTICALEMENT 1. Stupéfaction. - 2. Tyrrhénienne. - 3. Arte. Latte.
- 4. Daisne. Riser. - 5. INC. Arman. Li. - 6. enalP. Étêtée. - 7. Rinceuse.
Air. - 8. Setiers. Boss.
4
5
6
7
8
PROBLÈME N° 2906 :
Timing et déductions
D4
RV54
A 10 9 2
10 8 7
N
O
4
5
6
8
HORIZONTALEMENT 1. Stadiers. - 2. Tyrannie. - 3. Urticant. - 4.
Prés. LCI. - 5. Eh. Napée. - 6. Fêler. Ur. - 7. Ana. Mess. - 8. Citrate. - 9.
Tétine. - 10. Inés. Tao. - 11. On. Éléis. - 12. Négriers.
3
1
2
7
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4819
2
BRIDGE
9
10
11
12
E
S
A R V 10 9
32
R D V 8
D2
Contrat : Sud joue 4 Piques, après
qu’Ouest a passé d’entrée.
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2905 :
À portée de bras
Contrat : Sud joue 6 Piques.
Entame : Roi de .
Douze levées vous tendent les bras. Enfin, avezvous bien observé les ? Si le Valet est troisième
dans une main, la couleur est bloquée et ne vous
fournit plus que quatre plis en l’absence de rentrée
au mort. Comment faire disparaître ce fâcheux
embouteillage ?
Rien de plus simple, à condition d’y penser ! Purgez
les atouts, encaissez As-Roi de (Ouest défausse)
et jouez le 8 de en défaussant un de votre main.
Voilà, les sont désormais débloqués grâce à cet
habile jeu de perdante sur perdante et douze levées
vous tendent bel et bien les bras.
953
85
ARD43
V76
Entame : As, Roi et Valet de ,
coupé (Est montre quatre cartes).
8742
R D V 10
8
D 10 8 2
6
976432
V52
R95
A R D V 10
A
10 9 7 6
A43
N
O
E
S
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lundi 3 septembre 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
37
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Grégoire
Soleil : Lever 07h10 - Coucher 20h28 - Dernier quartier de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 Nos chers voisins. Série.
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton. Avec V. Kaprisky.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Film TV. Thriller
Série. Policière
Film. Espionnage
19.55 Suburgatory. Série. Tout pour
Carmen - Mange, prie, mange.
MATIN
14
21.00 Appels d’urgence
Magazine. Société. Prés. : Hélène
Mannarino. 1h50. Accidents et sauvetages extrêmes pour les pompiers du Sud. Inédit. - Pompiers
Bouches-du-Rhône. Inédit.
30
13
14
13
15
14
16
15
14
14
11
22.55 Appels d’urgence. Magazine.
Présentation : H. Mannarino.
15
13
12
12
15
12
14
11
30
12
Piégés
Meurtres au paradis
Casino Royale
Fra. 2018. Réal. : Ludovic ColbeauJustin. 2h05. (1 et 2/2). Inédit. Avec
Odile Vuillemin. Une femme peut
bénéficier d’un héritage d’un million d’euros à la condition de tuer un
homme «qui mérite de mourir».
GB. Saison 7. Avec Ardal O’Hanlon,
Ginny Holder, Danny John-Jules. La
mort est un best-seller. Inédit. Le
célèbre auteur de thrillers Frank
O’Toole est retrouvé poignardé
dans le cœur au milieu de l’océan.
EU-Ital-GB-République Tchèque.
2006. Réal. : Martin Campbell. 2h18.
Avec Daniel Craig, Eva Green. James
Bond doit ruiner «Le Chiffre», un
banquier véreux, lors d’une partie
de poker à hauts risques.
20.50 Casque d’or
23.05 New York, unité spéciale
22.10 Meurtres au paradis Série.
Série. Policière 1.35 Chicago Police
Department. Série.
Policière 1.15 Les enfants de la télé
2.00 Les enfants de la télé, la suite
23.30 Soir/3 0.10 Qui sommesnous ? Documentaire 1.55 Des
racines et des ailes. Magazine.
22.30 C dans l’air23.35 Avis de sorties
23.45 C à vous. Magazine.
15
14
20.20 Embarquement immédiat.
Série doc. La région de l’Isan.
14
14
9
15
20
17
Film. Drame. Fra. 1952. NB. Réal. :
Jacques Becker. 1h35. Avec Simone
Signoret. À Paris, une prostituée
s’éprend d’un jeune charpentier, qui
assassine le souteneur de celle-ci.
16
14
19
16
19
20
19
APRÈS-MIDI
20
30
22
23
18.30 L’info du vrai 19.55 L’info du
vrai, le mag. 20.55 Catherine et Liliane. Divertissement.
18.55 Le Japon vu du ciel. Série doc.
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes
20.46 50 nuances de Grecs. Série.
19.45 Le 19.45. Présentation : Xavier
de Moulins 20.25 Scènes de ménages.
Série. Avec Marion Game.
21.00
20.50
21.00
Série. Policière
Film. Policier
Téléréalité
21
21
22
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Johnny Galecki. (2 épisodes).
23
21
22
24
23
23
24
19
25
20.55 Crimes au bord des lacs
de Savoie
23
26
22
26
Magazine. Société. 1h50. Au sommaire
de ce numéro qui prend de l’altitude :
«Les mystères de Chevaline» ; «Ami
ou ennemi ?».
25
24
20
23
29
22.45 Crimes dans le Poitou. Mag.
0.35 Crimes en bord de Loire. Mag.
25
28
28
25
27
27
29
25
25
40
26
19.10 Americars. Téléréalité. L’affaire
du siècle - Challenge ambitieux.
Babylon Berlin
Yakuza
L’amour est dans le pré
All. Saison 1. Avec Volker Bruch,
Liv Lisa Fries, Peter Kurth, Severija
Janusauskaite. 2 épisodes. Inédits.
Alexej Kardakow a échappé au massacre. Swetlana Sorokina tente de
détourner le wagon rempli d’or.
EU. 1975. Réal. : Sydney Pollack. 1h52.
Avec Robert Mitchum, Brian Keith,
Ken Takakura, Herbert Edelman.
Un trafiquant d’armes demande à
un ami de se rendre au Japon pour
délivrer sa fille, qui a été enlevée.
Prés. : Karine Le Marchand. 2h10.
Inédit. Quatre nouveaux agriculteurs célibataires s’apprêtent à
rencontrer les prétendantes qu’ils
ont choisies pour la première fois.
Seront-ils comblés ?
22.40 Crime Time S é r i e . T h r i l -
22.40 Les 7 samouraïs Film.
Aventures 1.55 L’effet domino.
Documentaire 3.10 Arte journal
23.30 L’amour est dans le pré
l e r . F r a . 2017. Saison 1. Inédit 23.25
L’atelier. Film 1.15 Happy End. Film.
25
T (en °c)
20.50 Méga convois
Science et technique. GB. 2016. 1h40.
Voiture de rallye. Inédit. Dans le nordouest de l’Angleterre, Mike Stuart
doit traverser cinq pays en trois
jours. - Transport ferroviaire. Inédit.
<-10 à 0
Téléréalité. Présentation : Karine Le
Marchand 1.00 La robe de ma vie
18.30 Rénovation impossible.
Concours de style - Ça tourne !
MARDI
21.00 Kaamelott
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec David Salles.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Le labyrinthe
21.00 Taken
21.00 C8 fait sa rentrée
Film. Science-fiction. EU. 2014. Réal. :
Wes Ball. 1h53. Avec Dylan O’Brien, Will
Poulter. Des jeunes gens amnésiques
se retrouvent pris au piège dans un
labyrinthe géant.
Film. Action. Fra. 2007. Réal. : Pierre
Morel. 1h25. Avec Liam Neeson.
Un ex-agent secret américain a
quelques heures pour arracher sa
fille des mains d’un gang albanais.
Prés. : Cyril Hanouna. 3h00. En direct.
Invités, notamment : Thierry Ardisson, Laurent Baffie, Tom Villa, Carole
Rousseau. Les animateurs de C8
livreront en exclusivité leur projet.
23.05 Shark Alert. Film TV. 0.45
Lake Placid vs. anaconda. Film TV.
22.45 The Chase : toujours plus vite.
Film. Action. Avec Adriana Ugarte.
0.00 Touche pas à mon poste ! Présentation : Cyril Hanouna.
MOTS FLÉCHÉS N°2065
28/35
23/27
11/20
16/21
14/23
22/28
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
22.30 Méga convois. Série doc. Cargaison marseillaise - Hélico de luxe.
0 à 10
15/29
19/28
14/22
15/26
14/22
16/27
17/31
26/34
18/27
21/29
20/24
17/23
26/33
JEUDI
16/23
15/22
15/25
0.00 Kaamelott. Série. Avec
Alexandre Astier, Audrey Fleurot.
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
MERCREDI
16/23
13/23
15/24
19/30
15/21
9/16
26/32
20/29
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
16/23
Série. Comédie. Fra. 2005. Saison 1.
Avec Alexandre Astier. Ve siècle, en
Bretagne. Le royaume de Kaamelott
s’organise autour du roi Arthur à la
recherche du Saint Graal.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
16/24
15/26
18/30
21/29
21/29
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
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IMAGINER
PRÉCISION
EXPLOSION
BAIGNÉ DE
LUMIÈRE
ELLE
PROVOQUE
UNE AFFECTION
V
EA
U
FORCE 2
IL ÉPOUSE
LA FORME
DU
BATEAU
AURAI
LE CRAN
COMPAGNIE
HOMME
MIS
AU PAS
TINT TÊTE
U
AMÉLIORE
LA GLISSE
O
POT À DÉCOCTION
N
DÉSORDRES
CÔTES DE
POISSON
BLESSER
ACHILLE
AU
CIRQUE
APPRENDRE À VIVRE MIEUX
ET PLUS LONGTEMPS
FLÈCHE
EMPOISONNÉE
MÉDUSE
FAIRE
REPARTIR
EMPLI
DE PAIX
ELLE
NOUS
TROMPE
OSTÉITE
UN DES
50 ÉTATS
AMÉRICAINS
ARGENT
EN
RÉCOMPENSE
TRAVAILLE
À
SES CASSEROLES
PORTE
AUX NUES
PETIT
PROBLÈME
CAPILLAIRE
IMPALPABLE
HORS
DE COMBAT
CONTAMINÉ
COLÈRE
DE JADIS
CHIFFRES
ROMAINS
PIÈCE
BANCAIRE
POINTS
OPPOSÉS
PRÉCISE
UNE POSSESSION
COMÉDIEN
FRANÇAIS
CELUI-CI
MÉTAMORPHOSE DE
PAPILLON
Un dossier complet de
60 pages pour comprendre
et agir au plus tôt.
INDICATION SUR
UNE
CAISSE
MÉGOTE
DANS
UN SENS
NÉGATIF
ARTÈRE
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lundi 3 septembre 2018 LE FIGARO
38
ALBIN LOHR-JONES/NEWSCOM/SIPA
Bob Woodward,
d’un président l’autre
SUCCÈS Le journaliste du « Washington Post », devenu célèbre en révélant,
avec son collègue Carl Bernstein, le scandale du Watergate, publie
le 11 septembre prochain un livre sur la présidence de Donald Trump.
Maurin Picard
£@MaurinPicard
New York
out a commencé par une interviewfleuve de Donald Trump, en
avril 2016. Le milliardaire new-yorkais n’était encore qu’un candidat
aux primaires républicaines, mais il
avait accepté avec plaisir la demande
d’entretien adressée par le plus grand
des journalistes américains : Bob
Woodward. On ne refuse pas une telle faveur au célèbre reporter du Washington Post qui, avec son
compère Carl Bernstein, exposa le scandale du Watergate en 1972, ce qui lui valut de remporter le prix
Pulitzer du service public. Woodward, qui émarge
toujours au « Post » en qualité de rédacteur en chef,
T
DOMAINE
DE SAINT-CLOUD
avait soigneusement préparé ses questions, comme à
l’accoutumée. L’une d’entre elles touchait une corde
sensible, Barack Obama, la bête noire du candidat.
Donald Trump approuvait-il la définition donnée
par celui-ci du « vrai pouvoir », selon laquelle « vous
parvenez à vos fins sans recourir à la violence » ? La
réponse fut laborieuse. « Eh bien, je pense qu’il y a là
une certaine vérité, bégaya Trump. Le vrai pouvoir,
c’est le respect. » Avant d’ajouter, après une pause :
« Le vrai pouvoir, je n’ose même pas prononcer le mot,
c’est… la crainte. » Fear, en anglais.
Minutieux et tenace
Deux ans et demi plus tard, Fear est aussi le nom du
19e livre de Bob Woodward*. Un ouvrage consacré
cette fois à la Maison-Blanche sous Donald Trump,
sur lequel plane l’ombre d’une procédure de destitution, comme jadis sur Richard Nixon, qui démissionna le 8 août 1974. Et c’est un tremblement de
terre, tout à la fois littéraire et politique. Littéraire,
parce que chaque manuscrit de Woodward est un
événement en soi. L’homme est réputé minutieux,
épris d’exactitude et, surtout, tenace. En 2014, l’ancien directeur de la CIA, Bob Gates, avait avoué ses
regrets de n’avoir jamais pu recruter la star du
« Post » comme espion : « Il a cette capacité extraordinaire d’inciter des adultes habituellement responsables à déballer tout ce qu’ils ont sur le cœur, à leur
faire dire ce qu’ils ne devraient surtout pas dire. »
Tout simplement, peut-être, parce que certains
comme Albert Hunt du Wall Street Journal voient en
Woodward « le journaliste le plus doué de son époque ». Un tremblement de terre politique, ensuite,
car les « adultes responsables », cette fois-ci, sont
les employés de la Maison-Blanche. Depuis quelque
temps, les observateurs à Washington avaient noté
la raréfaction des apparitions publiques de Woodward et ses manœuvres en coulisses : visites impromptues à la tombée de la nuit pour des interviews sans préavis, invitations chez lui d’officiels de
l’Administration Trump. Les initiés appellent cela le
« traitement classique à la Woodward ». Le journaliste n’hésite pas à ouvrir les portes de sa demeure, à
faire découvrir sa bibliothèque légendaire avant
24-25
NOVEMBRE 2018
Venez courir pour soutenir l’
Bio
EXPRESS
1943
Naissance à Geneva,
dans l’Illinois (États-Unis)
1971
Entre au Washington
Post comme reporter.
1973
Prix Pulitzer pour son
enquête sur le
Watergate avec Carl
Bernstein.
2016
Interviewe Trump
pendant la campagne.
2018
Sortie, le 11 septembre
aux États-Unis, de son
19e livre, Fear, Trump in
the White House.
d’interviewer ses « proies », lors d’un brunch ou
d’un dîner, en les persuadant de partager carnets
personnels, notes manuscrites et commentaires
présidentiels.
« Un examen final pour la démocratie »
Difficile de résister aux grands yeux perçants et au
sourire ravageur du septuagénaire toujours très alerte.
Qui est loin, très loin des méthodes de Michael Wolff,
ce journaliste qui publia, en janvier dernier, Fire and
Fury. Un brûlot, best-seller controversé fourmillant
d’anecdotes dévastatrices pour Donald Trump - décrit comme un Néron reclus dans ses appartements
privés, mangeant de la junk-food devant ses trois
écrans géants retransmettant les câble news en continu -, mais aussi d’erreurs. Woodward, lui, n’écrit rien
à la légère. Bien qu’il n’ait reçu aucun aval officiel durant ses dix-neuf mois d’enquête, ses informations sur
les dessous de la présidence Trump sont toujours
étayées à force d’être recoupées, après des centaines
d’heures d’interviews. Faisant assaut de charme, il
détient l’arme absolue : le bouche-à-oreille, implacable d’efficacité dans cette ville d’intrigues qu’est la capitale fédérale. Que la rumeur coure ! Puisque tout le
monde parle au journaliste, et que la rumeur se propage, ceux à la traîne se mettent à redouter d’être
« ceux qui n’auront pas parlé à Woodward » et en pâtiront. Autant se mettre à table pour éviter les déformations. « Il a mis le grappin sur quelqu’un et il a insufflé la
crainte de Dieu chez tout le monde », confesse un officiel à Annie Karni, de Politico, tandis qu’un autre assure que le livre « va faire mal », puisque « tout le monde a parlé à Woodward ».
Que recèlent les 448 pages de Fear que l’on ne sache
déjà ? L’éditeur de Woodward, Simon & Schuster, refuse toute divulgation du manuscrit, avant la sortie calée le 11 septembre. Bob Woodward, alors, devrait resurgir à la lumière, pour affronter la tempête
médiatique que ne manquera pas de déclencher l’occupant de la Maison-Blanche. Tant mieux, doit penser
Woodward, qui ne fait pas mystère de ses convictions :
lors d’une master class de journalisme en 2017, il jugeait l’ère de Trump comme un « test » pour la profession, qualifiée d’« ennemie du peuple » par le président
américain. « Ne soyons pas des poules mouillées face à
tout cela, déclarait Woodward. C’est un examen final
pour la démocratie. » Celle-là même qui, selon la une
du Washington Post, « se meurt dans les ténèbres ». ■
* Publié chez Simon & Schuster
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
oN CouRT
pOur
Qu’iLs GaGneNT
Couac [kou-a-k] n. m.
Canard rapporté par les journaux.
a rentrée politique du gouvernement est marquée par une série de couacs.
Le mot est formé d’une onomatopée qui exprime un son discordant, produit
par une voix ou un instrument de musique.
Simple, évocateur, il a remplacé dysfonctionnement, ou impair. Ou, puisqu’il ressortit
au vocabulaire musical : fausse note. Ainsi, dans un moment qu’Emmanuel Macron
aurait voulu harmonieux – un concert de satisfaction et de louanges –, la voix éraillée
par l’émotion de Nicolas Hulot ou une note (de service) sur les problèmes de l’impôt à
la source sont autant de couacs qui ont produit un effet de cacophonie dans la petite
musique gouvernementale. Pour cela, il faut tendre l’oreille.
- C’est la rentrée, quoi de neuf ? Couac.
- Quoi ? Que nenni ! Tout se déroule à merveille, au contraire. (On sent que l’exécutif
voudrait tordre le cou à quelque rumeur…) Couac.
Vous avez entendu : tout va bien, couac : quoique… Des bémols, jusqu’à quand ?
Si ça continue, le feuilleton politique va bientôt s’intituler « Couacs en stock ». ■
L
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Au milieu des figures politiques républicaines et démocrates
réunies samedi à Washington pour les obsèques du sénateur
John McCain, l’acteur Warren Beatty (photo) faisait figure
d’exception hollywoodienne. Les deux hommes étaient
devenus amis au début des années 1990 en collaborant sur
une cause commune : la limitation du financement des
campagnes électorales. Beatty, un démocrate, avait même
pensé se présenter à la présidentielle. Il y avait renoncé en
disant : « Ce serait comme être candidat à la crucifixion. »
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A
Naissance du prix Michel-Déon
L’ambassadeur d’Irlande en France, Patricia O’Brien, a annoncé la première
édition du prix Michel-Déon qui sera décerné cette année par la Royal Irish
Academy. Le prix a pour vocation de distinguer un auteur de non-fiction –
biographie, essai, etc. Honorant la mémoire et l’héritage littéraire du grand
romancier et académicien français, qui vécut plus de quarante ans dans l’ouest de
l’Irlande, cette récompense sera donnée alternativement en Irlande et en France.
Le prix sera administré par la Royal Irish Academy et par l’Académie française.
JOSHUA ROBERTS/REUTERS
Warren Beatty, McCain et la crucifixion
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