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Le Figaro - 04 09 2018

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mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 035 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
AUTOMOBILE
ASTON MARTIN, JAGUAR…
LE GRAND RETOUR
DES MODÈLES MYTHIQUES PAGE 28
Jaguar XKSS
REPORTAGE
COQUILLE SAINT-JACQUES :
LA NOUVELLE BATAILLE
DE NORMANDIE PAGE 14
Google, une hyperpuissance
qui suscite l’inquiétude
EUROPÉENNES
LaREM plébiscite
Cohn-Bendit
comme tête de liste
PAGE 6
ROYAUME-UNI
Boris Johnson lance
sa stratégie
de conquête
du pouvoir PAGE 7
Bruxelles, Donald Trump et même certains salariés… vingt ans après sa création, de plus en
plus de voix s’élèvent contre les ambitions et la puissance financière de la firme californienne.
ASIE
En deux décennies, la start-up
créée en Californie par deux
entrepreneurs géniaux est devenue un mastodonte qui
dérange. Incontournable pour
La Chine étend
son influence
en Afrique à coups
d’investissements
des milliards d’internautes de
plus en plus dépendants de
cette société qui multiplie les
services innovants gratuits
pour les utilisateurs, le groupe
a acquis une position dominante dans de nombreux domaines.
L’Europe a condamné Google à
plusieurs reprises à de lourdes
amendes. Donald Trump est
également très critique. Et
même certains salariés s’élèvent contre les pratiques de
l’entreprise.
è D’UN SIMPLE PROJET ÉTUDIANT À UN EMPIRE MONDIAL DE LA PUBLICITÉ EN LIGNE è OLIVIER BABEAU : « POUR GOOGLE, AUCUNE LIMITE N’EST POSÉE »
è POURQUOI L’EUROPE N’A PAS FAIT ÉMERGER UN CONCURRENT PAGES 20, 21 ET L’ÉDITORIAL
ANTILLES
Saint-Martin peine
à se remettre
d’Irma PAGE 10
Scandales en série :
le Vatican dans la tourmente
ARGENTINE
Remaniement,
prélèvement
à la source :
Macron doit
trancher
Une cure
d’austérité
pour stopper
l’hémorragie PAGE 22
MODE
n
n
ALESSANDRO BIANCHI/REUTERS
CHAMPS LIBRES
Les hommes
vont-ils enfin céder
aux sacs ? PAGE 29
Face aux scandales de pédophilie et aux polémiques sur la présence d’un « lobby gay » dans les hautes sphères
de l’Église, le Pape a choisi de garder le silence. Mais il semble dépassé par l’ampleur de la crise. PAGES 2 ET 3
ÉDITORIAL par Gaëtan de Capèle gdecapele@lefigaro.fr
n
n
PAGES 15 À 17
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de lundi :
L’évaluation des
professeurs est-elle
une bonne initiative ?
OUI
87 %
NON
13 %
TOTAL DE VOTANTS : 30 541
M 00108 - 904 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@t@a@o@a";
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Daniel Cohn-Bendit
serait-il une bonne tête
de liste pour LaREM aux
européennes ?
NICK DIMBLEBY - FRANÇOIS BOUCHON /
LE FIGARO
I
Googlisés jusqu’où ?
l existe peu d’exemples, dans l’histoire
du capitalisme mondial, d’ascensions
aussi fulgurantes que celle de Google.
Avec sa technologie inégalée et ses innovations incessantes, moins de vingt
ans ont suffi au célèbre moteur de recherche
pour éliminer toute concurrence et asseoir sa
suprématie sur le Web. Insatiable, fort de sa
position hégémonique, il capte aujourd’hui à
son profit le plus fabuleux des trésors, que recherchent toutes les entreprises du monde :
des milliards de données personnelles laissées
par les internautes au fil de leur navigation.
Avec la digitalisation fulgurante de l’économie et de la vie en société, la fortune de Google n’est pas près de se tarir. Comme ses ambitions, qui dépassent le simple commerce
pour s’étendre au transhumanisme et à la recherche de la vie éternelle.
Jusqu’où les États laisseront-ils se développer
cette hyperpuissance, qui leur échappe et les
défie ? C’est la question désormais ouvertement posée, y compris aux États-Unis, où
l’on célèbre habituellement l’entreprise et la
réussite. De l’autre côté de l’Atlantique, la
position ultra-dominante de Google suscite à
intervalles réguliers le même débat anti-trust
que celui qui avait conduit au démantèlement
de la compagnie pétrolière Standard Oil voici
cent ans, ou plus récemment l’éclatement de
l’opérateur de téléphone AT&T. Si cette hypothèse paraît peu probable, la nécessité de
réguler sérieusement les activités de Google et des Gafa en général - ne prête plus à discussion.
Longtemps aux abonnés absents, l’Europe se
réveille enfin. Aiguillonnée par une commissaire danoise intrépide, elle s’est décidée à sanctionner
les abus de position
dominante de Google. À Bruxelles, le
combat est engagé
pour fiscaliser les
bénéfices des Gafa.
Au printemps, une réglementation a été mise
en place pour renforcer la protection de la vie
privée des internautes. La prochaine bataille,
celle du « droit voisin », arrive : contraindre,
ou non, les géants d’Internet à rémunérer les
contenus produits par les éditeurs, dont ils
accaparent les revenus. Un véritable test sur
la volonté d’émancipation de l’Europe. ■
Le président devrait prendre, ce
mardi, deux décisions majeures
pour la suite de son quinquennat.
Il doit en effet annoncer un remaniement dont on ne connaît pas
encore l’ampleur mais qui doit au
moins assurer le remplacement
de Nicolas Hulot au ministère de
la Transition écologique. Le chef
de l’État pourrait également décider du report ou de la mise en
place dès janvier 2019 du prélèvement à la source à l’issue d’une
rencontre à l’Élysée avec Édouard
Philippe et Gérald Darmanin, le
ministre des Comptes publics. Un
dossier qui a pris des allures de
couac majeur. PAGES 4 ET 5
MERCREDI 5 SEPTEMBRE
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aux abonnés
absents,
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réveille enfin
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ISSN 0182.5852
L’ A B U S D ’ A L C O O L E S T D A N G E R E U X P O U R L A S A N T É , À C O N S O M M E R A V E C M O D É R AT I O N .
A
PAGE 8
Faut-il gérer
son patrimoine
privé comme
une
entreprise ?
Les bonnes
feuilles de
« La Comédie
(in)humaine »
de Nicolas
Bouzou et Julia
de Funès
La chronique
de Renaud
Girard
L’analyse de
Nicolas Barotte
Désormais, de plus en plus de
voix appellent à une meilleure
régulation pour tenter de limiter l’hégémonie de Google et
des Gafa en général.
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mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Cette tempête
qui s’abat
sur le Vatican
Scandales de pédophilie, polémiques sur un « lobby
gay » : dans la tourmente, le Pape s’en tient au silence.
JEAN-MARIE GUÉNOIS £@jmguenois
COMMENT éteindre l’incendie qui
menace ? L’Église catholique n’est
pas en flamme, mais elle subit depuis une bonne semaine un sinistre
d’une rare intensité. Il est romain,
mais d’ampleur internationale. Il
est lié à de multiples scandales
d’ordre sexuel. L’aura considérable
du pape François ne parvient pas à
calmer la tempête.
Dimanche, le chef de l’Église catholique a observé un silence strict
à ce sujet. Il a simplement demandé
à rejeter « l’hypocrisie ». Lundi matin, lors de sa messe privée, il a réitéré la nécessité « du silence et de la
prière » pour combattre « le scandale et la division » que des « personnes malintentionnées » peuvent
fomenter, tels des « chiens sauvages ». Le Seigneur, a-t-il assuré,
« nous donne la grâce de discerner
quand nous devons parler et quand
nous devons nous taire », car il faut
savoir repérer « le père du mensonge, l’accusateur, le diable », qui
cherche à détruire « l’unité ». Il faut
donc parfois « se contenter de donner son avis, et puis se taire ». Ses
déclarations ne calmeront pas la
confusion qui s’installe dans les
rangs de l’Église. Les divisions se
multiplient. Les polémiques atteignent une violence rare. Tous les
éléments d’une crise de confiance
dans l’institution sont réunis. De
nombreux fidèles et de nombreux
prêtres attendent des explications
sérieuses.
Aux États-Unis, dimanche, l’actuel archevêque de Washington,
Mgr Donald Wuerl, a été pris à partie, en pleine messe : « Honte sur
vous ! » lui a lancé un fidèle. Là-bas
également le mouvement Catholic
Women’s Forum (CWF) a lancé,
vendredi 31 août, une pétition
adressée au Pape et signée par
14 000 femmes. Elles veulent qu’il
apporte une « réponse directe » à
l’affaire Vigano.
Ancien nonce aux États-Unis, ce
prélat italien a, le 25 août, dans une
lettre ouverte, accusé le Pape
d’avoir couvert l’homosexualité
active de l’ancien archevêque de
Washington, Mgr McCarrick, et
d’en avoir fait son conseiller spécial
pour l’Amérique du Nord. À travers
ce cas, Carlo Maria Vigano dénonce
surtout une « homosexualité » minoritaire mais relativement répandue, selon lui, dans les hautes
sphères de l’Église… Il cite une série
de noms à l’appui. Ce constat, celui
d’un « lobby gay », avait déjà été
étayé dans l’audit secret du Vatican
que Benoit XVI avait fait établir
suite au scandale Vatileaks, avant
de donner sa démission en 2013.
L’enquête n’a jamais été rendue
publique, mais le pape émérite l’a
officiellement transmise à son successeur.
L’explosion publique de ce nouveau scandale « homosexuel » ajoute un effet de sidération chez de
nombreux fidèles. Ils étaient déjà assommés depuis des années par des
questions de pédophilie d’une minorité du clergé. Les voilà scandalisés par des pratiques très inattendues de la part du monde clérical.
Effet de ciseaux
Lors de l’ordination sacerdotale, le
prêtre s’engage à la chasteté. C’est
un trait spécifique de l’Église latine.
La plupart la vivent de façon remarquable et sainte. Cette chasteté
fonde une partie de l’autorité spirituelle du clergé.
Mais la puissance de cette tempête pour l’Église et le Vatican est aussi décuplée par un effet de ciseaux :
aux scandales « extérieurs », quasiment tous liés aux affaires de pédophilies, essentiellement aux ÉtatsUnis, en Europe, mais aussi au Chili,
Le pape François
lors de l’audience
générale sur la place
Saint-Pierre de Rome,
le 29 août au Vatican.
ALBERTO PIZZOLI/AFP
en Australie… et à la couverture
épiscopale qu’elles ont pu connaître
- c’est la première lame – s’ajoute,
seconde lame, la pression de cette
lourde affaire très « intérieure » au
Vatican, d’ordre homosexuelle, dénoncée par la lettre de Mgr Vigano.
Une semaine après sa publication,
elle n’est pas encore vraiment démentie sur le fond (lire ci-contre).
Sans oublier qu’au-delà de « la
polémique Vigano » se pose éga-
lement dans l’opinion une question éthique cruciale : celle d’une
certaine compromission face à la
pédophilie d’une part de la hiérarchie ecclésiastique. Elle s’est
exprimée par le silence épiscopal, chape de plomb, non pas sur
une affaire, mais sur des milliers
de dossiers. Stratégie de fer qui
voulait « préserver l’image de
l’Église » et éviter, selon le principe d’une « raison d’État », tout
Les protagonistes de l’affaire McCarrick
A
Église et homosexualité :
la doctrine officielle et les non-dits
Sur l’homosexualité, l’Église
catholique pense trois choses,
exprimées dans son Catéchisme
officiel publié en 1992.
Au numéro 2357, elle rappelle
que « la Sainte Écriture »
présente les relations
homosexuelles comme
des « dépravations graves »,
que « la Tradition » de l’Église
a « toujours déclarées »
comme « intrinsèquement
désordonnées » et « contraires
à la loi naturelle » et qu’elles
« ne sauraient recevoir
d’approbation en aucun cas ».
En second lieu, au numéro 2358,
l’Église insiste pour que les
personnes homosexuelles
soient « accueillies avec
respect, compassion et
délicatesse ». Avec cette
recommandation : « On évitera
à leur égard toute marque de
discrimination injuste. » Enfin,
elle insiste au numéro 2359 :
« Les personnes homosexuelles
sont appelées à la chasteté. »
L’homosexualité chez certains
membres du clergé, dénoncée
par le document de Mgr Vigano,
a toujours été considérée
comme un tabou. Mais
le cardinal Ratzinger, alors
préfet de la Congrégation
pour la doctrine de la foi, avait
dû rappeler, dans un document
officiel en 1986, qu’« au sein
même de l’Église s’est formé
un courant, constitué par des
groupes de pression […] avec
des personnes homosexuelles
qui ignorent l’enseignement
de l’Église ou cherchent
d’une manière ou d’une autre
à le saper ». Il ajoutait :
« On assiste même, en certaines
nations, à une véritable
tentative de manipulation de
l’Église pour obtenir le soutien,
souvent bien intentionné,
de ses pasteurs en faveur
d’un changement des normes
de la législation civile. » C’est
une « propagande trompeuse ».
À deux reprises, en 2013, année
de son élection, le pape François
a reconnu l’existence d’un
« lobby gay » dans l’Église. En
juin, il avait confié à des religieux
latino-américains : « Au Vatican,
il y a des gens qui sont de vrais
saints, vraiment, mais il y a aussi
un courant de corruption […]
Et on parle de “lobby gay”, c’est
vrai, il existe. » Puis, fin juillet,
de retour des JMJ du Brésil,
François, interrogé à propos
d’un scandale d’homosexualité
concernant l’un de ses proches
collaborateurs, Mgr Ricca
– toujours en fonction –, avait
dit : « On doit distinguer le fait
d’être gay du fait de faire un
lobby […] Si une personne est
gay et cherche le Seigneur,
fait preuve de bonne volonté,
qui suis-je pour la juger ? » J-M. G.
»
Vigano, un diplomate qui connaît
tous les arcanes du Saint-Siège
Qui est Mgr Carlo Maria Vigano ?
À 77 ans, cet archevêque
est en retraite de toutes ses
charges. Le dernier poste occupé
par ce diplomate de l’Église
catholique fut la nonciature
apostolique de Washington
aux États-Unis. Nommé là
par Benoît XVI en octobre 2011,
il y séjourna jusqu’en avril 2016.
De 2009 à 2011, Vigano fut
surtout secrétaire général
du gouvernement de la cité
du Vatican, également nommé
là par Benoît XVI. C’est à
ce poste clé qu’il a alors déjà
dénoncé – non publiquement –
la corruption financière. Ce qui
avait déplu à beaucoup. Ces
alertes adressées à Benoît XVI
se sont retrouvées dans
la presse. Le Souverain Pontife
a alors dû nommer outreAtlantique, loin du Vatican,
cet homme aussi rigide
qu’intègre. Tenu au secret
pontifical, ce prélat qui sait tout
du Vatican a toutefois choisi
« en conscience » de rompre
publiquement sa réserve.
Il a publié le 25 août,
un « témoignage » de 11 pages
en deux langues, italien et
anglais, où il développe plusieurs
thèses : la première est que
le pape François aurait choisi,
dès son élection en 2013,
comme conseiller personnel
pour les États-Unis, l’ancien
archevêque de Washington,
le cardinal Theodore McCarrick,
alors qu’il savait, affirme Vigano,
la pratique homosexuelle de
ce prélat avec ses séminaristes.
La deuxième thèse est que
le pape Benoît XVI, informé à
partir de 2009 par une enquête
interne des mœurs de ce prélat,
avait donné l’injonction à cet
archevêque de se retirer de la vie
publique. Mais ce dernier avait
toujours refusé d’obtempérer.
La troisième thèse de Mgr Vigano
revient à dénoncer l’existence
d’un « réseau homosexuel »
dans le clergé catholique,
dont certains prêtres
et prélats seraient « actifs ».
Cette semaine, alors qu’il se tient
en retrait, Mgr Vigano a confirmé
ses propos, apportant même
des précisions.
J-M. G.
ANDREW MEDICHINI/AP
«TÉMOIGNAGE» DE MGR VIGANO, LE 25 AOÛT
GREGORY A. SHEMITZ/REUTERS
TIZIANA FABI/AFP
Nous devons détruire
la conspiration du silence
qui a permis à des prêtres
et des évêques de se protéger
aux dépens de leurs fidèles
Le pape François dépassé
par l’ampleur du scandale
Pour la première fois depuis
le début de son pontificat,
le pape François, 81 ans,
élu en mars 2013, affronte
une crise d’ampleur mondiale
où s’entrecroise le dossier
de la lutte contre la pédophilie,
où il est très engagé, et,
depuis une semaine, avec
le rapport Vigano, le dossier
de l’homosexualité chez
certains membres du clergé,
lettre publique assortie d’une
demande de démission…
du Pape ! François a vraiment
été pris de court, car il était
alors en voyage en Irlande.
Pour l’heure, il a choisi de ne pas
dire « un mot » sur ce scandale.
Mais il a fait savoir cette
semaine qu’il était « serein ».
Il est clair qu’une démission
de sa part est vraiment
très peu probable à ce stade.
Beaucoup d’épiscopats, tout
en lui renouvelant publiquement
leur confiance, le pressent
toutefois de s’exprimer sur
ces affaires car elles sèment
un trouble profond chez les
fidèles. François avait publié,
le 20 août, une « lettre au
peuple de Dieu » sur le scandale
de la pédophilie où il renouvelait
l’engagement de l’Église pour
« éradiquer » cette réalité
minoritaire mais réelle dans
l’Église, lançant un « jamais
plus » d’une rare intensité.
Revenant sur ces sujets
en Irlande, le 24 et 25 août,
il semble ne pas avoir
convaincu. Non sur sa ferme
intention de dénoncer les
prêtres pédophiles à la justice,
mais sur la question
du jugement des évêques
qui ont couvert ces abus.
Après trois décennies marquées
par la sortie, un à un, des
scandales des prêtres pédophiles,
c’est en effet le chapitre II
de ce dossier qui est désormais
ouvert. Avec une question : la
responsabilité des évêques qui
les ont couverts par leur silence.
Le Pape avait institué en 2015
un tribunal spécial au Vatican
pour juger ces évêques, mais il
a annoncé à son retour d’Irlande
qu’il n’était « pas possible »
à mettre en œuvre. Déclarant
de plus, qu’il serait « le seul »
juge de ces évêques.
Ce qui a provoqué, vendredi 31,
une réaction sévère de la part
de Marie Collins, irlandaise,
victime de prêtres, qui avait été
nommée puis avait démissionné
de la commission pontificale
pour la protection des mineurs,
également créé par François.
Depuis Benoît XVI, l’Église,
a beaucoup fait pour lutter
contre la pédophilie. Mais elle est
à présent clairement attendue
sur le traitement des évêques
qui ont couvert ces abus. J.-M. G.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 4 septembre 2018
KILCOYNE/REUTERS
ROURKE/AP
FRANKLIN/AP
L'ÉVÉNEMENT
scandale public. Mais comment
justifier à présent cet insensible
silence ?
L’Église en a vu d’autres. Mais,
cette fois, c’est son capital propre
- sa crédibilité morale – qui s’effrite. La secousse tellurique n’a rien de
superficiel. Son dénouement sera
long. Le pape François l’a parfaitement compris. Il préfère donc se
taire et prier, plutôt que de justifier
l’injustifiable. ■
Bio
EXPRESS
Mgr Theodore
McCarrick
À 88 ans, l’ancien archevêque de
Washington, de 2000 à 2006, est
rattrapé par ses comportements
homosexuels avec des
séminaristes, notamment quand
il était évêque de Newark dans le
New Jersey. Mais il est visé depuis
peu par une affaire de pédophilie
qui lui a valu - fait exceptionnel d’être radié du collège des
cardinaux par le pape François.
Bio
EXPRESS
Josh Shapiro
Procureur
de l’État de Pennsylvanie, aux
États-Unis, il a piloté le rapport
sur les affaires de pédophilie
mettant en évidence que
300 prêtres auraient pendant
des décennies agressé plus de
1 000 enfants. Il est également
connu pour être l’un des
conseillers et avocats du
mouvement LGBT, qui défend
la reconnaissance des droits
des personnes homosexuelles.
Bio
EXPRESS
James Martin
Ce jésuite
américain est l’auteur d’un livre,
Construire des ponts, publié
en 2017 pour mieux accueillir
les homosexuels dans l’Église.
Sa conférence « Montrer du
respect et de la bienveillance
envers nos paroissiens LGBT+ »
au récent Rassemblement
mondial des familles à Dublin, où
il était invité avec la bénédiction
de François, a fait polémique.
3
Les critiques pleuvent sur Mgr Vigano
mais ses allégations sont prises au sérieux
UNE SEMAINE après le scandale
provoqué par la lettre ouverte de
Mgr Carlo Maria Vigano, ancien
nonce aux États-Unis, la lumière a
été faite sur la personnalité de ce
prélat. Il a été violemment attaqué
par une série d’articles ad hominem. Beaucoup a aussi été écrit sur
des incohérences de son texte, essentiellement formelles, des imprécisions de dates notamment.
Mais personne n’a encore sérieusement remis en cause la substance
de son « J’accuse » : l’existence,
selon lui, d’un réseau de « prélats
homosexuels », « actifs » ou non, et
de « prélats pro-gays », au plus
haut niveau du Vatican, y compris
dans « l’entourage » immédiat du
pape François, cherchant à « subvertir » l’enseignement de l’Église
contre l’homosexualité.
Que reproche le flot d’articles à ce
prélat italien ? Il a rompu le « secret » de sa charge et son serment de
fidélité au Pape ; il se serait querellé
pour de « l’argent » avec ses frères
au moment de l’héritage de sa riche
famille ; il n’a pas été rigoureux dans
la gestion d’une affaire de prêtre pédophile à Minneapolis ; il a fait revoir
la version finale de son texte par un
journaliste italien « ennemi du pape
François » ; il a signé un jour une pétition théologique critique sur François ; nommé nonce aux États-Unis,
il n’aurait jamais accepté son exclusion du Vatican, d’où cette volonté
de « revanche » de « frustré » ; dans
sa charge diplomatique, il a participé
– photos publiées à l’appui – à des
réunions publiques avec McCarrick
alors qu’il savait qui il était et qu’il
aurait pu le dénoncer plus tôt ; enfin,
trait dominant de cette avalanche de
critiques sur sa personne : c’est un
« conservateur »,
instrument
consentant du complot des conservateurs visant à la chute de François
et de ses réformes.
Articles à charge, dont le plus
emblématique en France fut même
publié sur le site du Point.fr, mais
curieusement muets sur la question
centrale que seul un jésuite américain, le père Tom Reese – qui s’est
toujours affiché en faveur de François –, a osé poser publiquement.
Lui, comme toutes les personnes
informées, prend au sérieux ce que
dit Vigano. Reese pense que c’est au
Pape – et à « lui seul » de dire – ce
qu’il en est. Et de le dire « vite ». Ce
jésuite affirme : « Le Vatican doit
révéler ce qu’il savait, quand il l’a su,
ce qu’il a fait et ce qu’il n’a pas fait.
Le commencement de la restauration
de la crédibilité de l’Église catholique
passera a minima par-là ».
“
Le Vatican doit
révéler ce qu’il savait,
quand il l’a su,
ce qu’il a fait
et ce qu’il n’a pas fait
LE PÈRE JÉSUITE TOM REESE
”
Reese a été notamment relayé
par l’un des rares journalistes italiens – également soutien de ce
pontificat – qui n’a pas cédé à la curée générale anti-Vigano, Marco
Politi. Ce dernier explique : « On
peut tout dire sur Vigano mais on ne
peut pas tourner autour d’affirmations cruciales de Vigano : sont-elles
vraies ou non ? »
Plus globalement, le microcosme
romain informé sait que la violence
des attaques contre la personne de
Vigano est un nuage de fumée,
signe d’un embarras au plus haut
niveau sur ce que dénonce le
prélat. Même si la prudence est plus
que de mise en matière de dénonciation de mœurs, il apparaît, une
semaine après, que personne n’a
encore radicalement démenti
Vigano sur le fond.
Une série de signaux objectifs
confirmerait même ce que le diplomate français, Mgr Jean-François
Lantheaume – ancien premier
conseiller de la nonciature de
Washington et témoin direct des
faits – a écrit, lundi 27 août, noir sur
blanc, à l’agence catholique américaine CNA : « Mgr Vigano dit la vérité. C’est tout ».
Premier signal : le Pape lui-même. Il a dit à son retour d’Irlande :
« Je ne dirai pas un mot là-dessus »,
sans démentir. Second signal, l’Osservatore Romano qui s’est contenté d’un sobre commentaire : un
« nouvel épisode des oppositions internes ». Troisième signal, l’épiscopat américain : le président de la
conférence des évêques, Mgr Daniel N. DiNardo, n’a rien nié mais a
demandé une enquête précise sur
toutes ces allégations pour apporter
des « réponses » publiques aux fidèles. Quatrième signal, Mgr Charles Chaput, archevêque de Philadelphie, poids lourd de l’épiscopat
américain, n’a pas hésité à faire
part de sa solidarité avec Mgr Vigano. Cinquième signal, Mgr Blase
Cupich, archevêque de Chicago,
promu par François, proche de lui
et mis en cause dans le rapport, a
relativisé mais sans démentir : pour
lui, le Pape a des choses « plus importantes » à traiter, comme les
« questions de l’environnement, la
protection des migrants ». Sixième
signal : Mgr Thomas Tobin, évêque
de Providence aux USA, pourtant
très proche de François, a considéré que les allégations du rapport Vigano étaient « substantielles » et
qu’elles demandaient une « enquête rapide et juste ». L’affaire est
donc plus épineuse qu’une simple
cabale
conservatrice
contre
François. ■
J-M. G.
En France, aux États-Unis, des scandales de pédophilie
102 477
signatures
pour la pétition
en faveur
de la démission
du cardinal
Barbarin
BOB EDME/AP
Benoît XVI, qui connaît bien l’affaire
McCarrick, « ne commentera pas »
GREGORIO BORGIA/AP
Le succès d’une pétition appelant
à la démission du cardinal Barbarin
Dans le feu d’artifice polémique
que Rome connaît depuis huit
jours sur l’affaire Vigano, l’un des
chapitres touche le pape émérite
Benoît XVI. Mgr Vigano affirme
que ce dernier aurait donné
l’ordre à Mgr McCarrick de se
retirer et de ne plus apparaître
publiquement compte tenu
de son inconduite personnelle,
mais que ce dernier aurait
toujours refusé d’obtempérer.
Selon Mgr Vigano, cette
demande a été formulée
directement à Mgr McCarrick
par son prédécesseur nonce, et
par lui-même quand il était nonce
apostolique aux États-Unis.
François, le sachant, affirme
encore Vigano, aura toutefois
choisi McCarrick comme
conseiller spécial pour
la nomination d’évêques
« pro-gays » aux USA.
François a finalement mis à pied
McCarrick, le 28 juillet dernier,
lui retirant même son titre
de cardinal – sous la pression
de la presse américaine ayant
prouvé ses relations sexuelles
avec des séminaristes – mais
aussi parce que McCarrick
se trouve à présent visé
par une accusation de pédophilie.
Interrogé par le journal allemand
Tagespost, le secrétaire
particulier de Benoit XVI,
Mgr Georg Gänswein, a assuré
que le pape émérite « n’a pas
commenté le mémorandum
de l’archevêque Vigano
et qu’il ne le fera pas ». Phrase
neutre qui a été manipulée
par certains pour assurer que
« Benoît XVI ne confirmait pas »
les affirmations de Mgr Vigano.
Ce qui est inexact. Benoît XVI
connaît trop bien l’affaire :
il ne confirme pas, ni n’infirme
les propos de Vigano.
J.-M. G.
L’affaire « Barbarin », du nom
de l’archevêque de Lyon,
vient de revenir dans l’actualité
à la suite d’une initiative d’un
prêtre qui a lancé une pétition,
le 21 août, pour demander
sa démission. À ce jour,
le père Pierre Vignon, du diocèse
de Valence, juge canonique,
a recueilli plus de 100 000
signatures. Il est notamment
soutenu par l’association
« La Parole libérée », à l’origine
de la procédure engagée contre
Mgr Barbarin. Cette association
a été créée par d’anciennes
victimes du père Preynat,
toutes révoltées par le fait
que ce pédophile notoire était
encore en activité en 2015.
Publiée au lendemain d’une lettre
du pape François « au peuple
de Dieu » sur la pédophilie,
cette pétition introduisait aussi
l’audience de consignation,
fixée lundi 3 septembre à Lyon,
nécessaire à la comparution
du cardinal Philippe Barbarin.
Le prélat est poursuivi pour
ne pas avoir dénoncé à la justice
des agressions pédophiles,
même si une enquête du parquet
pour « non-dénonciation » a été
classée sans suite à l’été 2016.
Mais lundi 3 septembre, l’audience
n’a pas pu se tenir pour des
raisons de procédure. Elle a été
reportée au 7 janvier. En effet,
les plaignants, association
de victimes et autres,
veulent absolument que
les sept prévenus, dont
le cardinal Barbarin et le préfet
de la Congrégation pour
la doctrine de la foi, Mgr Luis
Ladaria Ferrer, un Espagnol,
comparaissent ensemble
et non de façon séparée. Leur
idée est de mettre en évidence
la responsabilité de l’ensemble
de la hiérarchie catholique.
Il apparaît en effet que le cardinal
Barbarin, suivant la procédure
canonique, avait consulté
la Congrégation pour la doctrine
de la foi au Vatican sur l’affaire
Preynat. On lui aurait alors
conseillé de le sanctionner,
ce qu’il fit mais en évitant
le scandale public.
Cette guerre de délais est une
stratégie qui a été justifiée lundi
par l’avocat des victimes.
« Il s’agit de faits qui sont
liés, ces personnes doivent
comparaître en même temps »,
a observé Me Nadia Debbache.
Mais elle est contestée par le
parquet et la défense : « Depuis
des mois, Mgr Barbarin est l’objet
d’une campagne violente et nous
attendons l’audience pour rétablir
factuellement et juridiquement
la vérité », a déclaré lundi
l’avocat du primat des Gaules,
Me Jean-Félix Luciani. En janvier,
parquet et défense s’opposeront
à un nouveau renvoi.
J.-M. G.
d’enfants auraient
été agressés par
des prêtres pendant
des décennies
dans le seul État
de Pennsylvanie,
selon un rapport
d’août dernier
En Pennsylvanie, un rapport choc qui
pointe du doigt plus de 300 prêtres
MATT ROURKE/AP
»
LE PAPE FRANÇOIS, À PROPOS DE LA LETTRE DE MGR VIGANO,
LE 26 AOÛT
Un millier
Le rapport du Grand Jury de l’État
de Pennsylvanie publié le 14 août
dernier sous la responsabilité
de Josh Shapiro, procureur
de cet État, a créé l’émoi,
notamment après les affaires
pédophiles de l’Église du Chili
au printemps. Cette enquête,
limitée aux ressortissants
de la Pennsylvanie et conduite
par un jury populaire, affirme
que 301 prêtres auraient agressé
plus d’un millier d’enfants
pendant des décennies. Comptes
établis, non pas uniquement sur
des condamnations juridiques
mais sur une compilation de
documents dont certains sont
de simples signalements sans
preuves. 80 % des prêtres cités
dans ce rapport sont aujourd’hui
décédés et la majorité des autres
sont hors de portée juridique,
par prescription. Le but réel
- et atteint - de ce rapport
était plutôt de mettre en cause
la gestion de ces prêtres par
la hiérarchie qui a couvert ces
comportements. Quatre autres
États aux USA ont annoncé qu’ils
allaient conduire des enquêtes
similaires. L’Église catholique
américaine est toutefois l’une
des plus exemplaires, dans
la lutte contre la pédophilie.
En 2002, elle a mis en place des
mesures drastiques ainsi qu’une
enquête annuelle publique qui
rend compte des plaintes de
l’année et du suivi des autres.
En 2004, elle a publié le rapport
du John Jay College of Criminal
Justice de New York. Il évalue
à 4 400 le nombre de prêtres
accusés d’abus sur mineurs aux
États-Unis entre 1950 et 2002.
Soit 4 % des 110 000 prêtres en
fonction pendant cette période.
Les victimes, à 80 % masculines,
sont estimées à 11 000.
J.-M. G.
A
Je ne dirai pas un mot là-dessus.
Je pense que le document parle
de lui-même
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Philippe cherche à peser davantage
Les choix du président illustreront l’équilibre politique de
la nouvelle équipe, mais aussi le poids du premier ministre.
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
EXÉCUTIF Qu’il est loin le temps de la
constitution de son premier gouvernement. C’était en mai 2017. Édouard
Philippe n’était alors qu’une prise de
guerre juppéiste. L’ancien maire du
Havre n’eut guère son mot à dire sur le
casting de l’équipe initiale, piloté par
l’Élysée. Pire, il dut batailler pour ne
pas se voir imposer son propre directeur de cabinet par Emmanuel Macron, lequel voulait lui adjoindre les
services de Nicolas Revel, ex-secrétaire général adjoint de François Hollande. Le nouveau locataire de Matignon
enrôla in extremis son ami, Benoît Ribadeau-Dumas.
Depuis, deux réorganisations ministérielles ont eu lieu, où le poids
d’Édouard Philippe s’est affirmé, par
petites touches : le 21 juin 2017, avec
l’entrée du secrétaire d’État à la Transition écologique Sébastien Lecornu,
proche de l’ancien maire du Havre.
Puis, le 24 novembre 2017, avec le renfort de Delphine Gény-Stephann, une
connaissance du premier ministre, qui
travailla dans le même bureau à SaintGobain que l’actuel conseiller en communication du chef du gouvernement,
Charles Hufnagel.
Moins égratigné par le feuilleton
Benalla, moins cabossé dans les sondages que le chef de l’État (un écart record de six points s’est établi en faveur
d’Édouard Philippe dans le sondage
Ifop pour le JDD, du 25 août 2018),
jouissant d’une bonne image dans la
majorité, le premier ministre a, pour la
première fois, une vraie carte à jouer
dans un remaniement. Le chef de
l’État devra-t-il davantage prendre en
compte les desiderata de son premier
ministre et faire entrer certains de ses
proches ? Ou sera-t-il d’abord soucieux d’équilibre politique, en puisant
à gauche, pour compenser le départ du
plus célèbre des écologistes ?
Dès l’annonce du départ de Nicolas
Hulot, Édouard Philippe a en tout cas
déclaré sans complexe qu’il jouerait à
plein son rôle prévu par la Constitution : « J’aurais l’occasion au cours des
jours qui viennent de faire des propositions au président de la République […] et
lui proposer des suggestions s’agissant
de la composition du gouvernement », at-il prévenu, devant les caméras.
“
Quand Édouard Philippe
a défendu le bilan
du gouvernement lors
de la motion de censure,
il n’a pas eu un mot
sur l’écologie
NICOLAS HULOT
”
Les deux têtes de l’exécutif cogitent,
en confiance. « Édouard Philippe a complètement intégré le côté étanche de l’entourage d’Emmanuel Macron », glisse
un proche du chef de l’État. Leurs directeurs de cabinet respectifs participent à la réflexion. Lundi, le premier
ministre a passé une partie de la journée
enfermé dans son bureau. Ce mardi, le
petit déjeuner de la majorité autour du
chef du gouvernement à Matignon, en
présence des présidents de groupe parlementaire LaREM et MoDem devait
être reporté. « Le premier ministre donnera à Emmanuel Macron son ressenti
sur les ministres, pense savoir un proche
du président. C’est lui qui leur a fait passer des entretiens d’évaluation, cet été ».
Ses critiques n’épargnent pas Jacques
Mézard (Cohésion des territoires), Annick Girardin (Outre-mer), Stéphane
Travert (Agriculture) et Françoise Nyssen (Culture). Emmanuel Macron suivra-t-il ses avis ? Un déjeuner au sommet, est calé, ce mardi.
En coulisses, le premier ministre n’a
guère goûté les manœuvres de Ségolène
Royal pour se rappeler au bon souvenir
de l’exécutif. Considéré comme pronucléaire, l’ancien directeur des affaires
publiques d’Areva s’est vu reprocher
par Nicolas Hulot son tropisme pour
l’atome… « L’autre jour, quand Édouard
Philippe a défendu le bilan du gouvernement lors de la motion de censure, il n’a
pas eu un mot sur l’écologie », se plaignait début août la vedette d’« Ushuaia », à une journaliste de Libération.
Sa discrétion pendant la polémique
sur le prélèvement à la source a également fait jaser. « Il est quand même
ahurissant de voir le chef de l’État et son
ministre des Comptes publics Gérald
Darmanin se renvoyant la balle sur la
question du prélèvement à la source,
sans que le premier ministre intervienne, note un ancien conseiller de Matignon de l’ère Hollande. C’était à lui de
faire la police et de demander des précisions techniques, pas au président. »
C’est d’ailleurs à l’Élysée qu’a lieu,
ce mardi à 11 heures 15, une réunion
avec Gérald Darmanin pour faire le
point sur l’avancement du chantier. Il
faudra de solides arguments au locataire de Bercy pour convaincre Emmanuel Macron, qui doute chaque jour
davantage de l’intérêt de déclencher
une telle réforme pour 38 millions de
foyers fiscaux. ■
À Laval, une bouffée d’oxygène pour
Macron, malgré « la fébrilité de la rentrée »
ARTHUR BERDAH £@arthurberdah
ENVOYÉ SPÉCIAL À LAVAL (MAYENNE)
UN REMANIEMENT ? Quel remaniement ? Lundi, Emmanuel Macron est
venu chercher une parenthèse à Laval, en
Mayenne, où il a participé à la rentrée
scolaire des 6es du collège Jules-Renard.
Alors qu’il traverse l’une des pires crises
de son quinquennat, le chef de l’État a
soigneusement veillé à se montrer détendu et souriant. Flanqué du très populaire
ministre de l’Éducation nationale, JeanMichel Blanquer, et de la secrétaire d’État
chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, le président a été accueilli par
un orchestre de percussions composé
d’une quinzaine de collégiens. Une rentrée « en musique », selon ses propres
mots… Ce qui n’empêche pas la multiplication des fausses notes et de la cacophonie autour de lui ces derniers jours.
S’adressant à plusieurs élèves et à leurs
parents, le chef de l’État a d’ailleurs luimême évoqué « la fébrilité de la rentrée ».
Difficile de ne pas y voir un double sens.
Interrogé sur le fait que l’« élève » Nicolas
Hulot manque à l’appel de la rentrée de
l’exécutif (lire ci-dessus), Emmanuel Macron a toutefois préféré répondre par
l’humour, soulignant que le gouvernement « n’est pas une classe ». Rebelote
lorsque les journalistes lui demandent si
sa visite du jour lui a permis de trouver la
« perle rare » censée remplacer le démissionnaire : le chef de l’État ironise encore, disant en avoir « vu plusieurs dizaines
aujourd’hui ». Le tout dans un sourire.
« C’est vraiment la prérogative du premier ministre et du président. Vous verrez,
vous n’avez que vingt-quatre heures à attendre », balaie Blanquer, envoyé au
1
Laurence Tubiana,
clé de voûte de la COP21
MÉLANIE VOLLAND £@MelanieVolland
Pour ce premier jour de classe, lundi, le chef de l’État a fait la rentrée avec des élèves
de 6e du collège Jules Renard de Laval (Mayenne). LUDOVIC MARIN/AFP
front pour répondre aux questions des
journalistes sur le profil du remplaçant
idéal. « C’est la rentrée des enfants qui
compte », esquive quant à lui le chef de
l’État, avant de s’engouffrer dans son véhicule gris en direction de la préfecture
de la Mayenne pour un échange avec les
élus et parlementaires locaux.
Popularité en berne
À son arrivée sur place, comme à son départ, Macron s’est offert un petit bain de
foule auprès de la poignée de badauds venus l’accueillir. Alors que sa popularité a
atteint son plus bas historique, il a été interpellé sur les pensions d’invalidité ou le
montant des retraites mais ne s’est jamais
trop attardé dans ses réponses. À un adolescent qui l’interrogeait sur le remplaçant de Nicolas Hulot, il a esquivé en répondant qu’il serait annoncé « en temps
voulu et par qui de droit ».
Parmi les objectifs de ce déplacement,
Les informés de franceinfo
A
DEUX SUCCESSEURS POSSIBLES À
Une émission de Jean-François Achilli
du lundi au vendredi de 20h à 21h
chaque mardi avec
Macron tenait à se sortir de la spirale négative qu’il traverse depuis une semaine.
Pour cela, il n’a pas hésité à exagérer sa
sympathie et son empathie pour les enfants qu’il a rencontrés toute la journée. Il
a, par exemple, accepté de dresser son
propre portrait chinois. S’il était un animal ? « Un chien », car il les « aime beaucoup » et qu’il en a « toujours eu ». Un
sport ? Le « football ». Un objet ? Le « livre ». Un plat cuisiné ? « La blanquette de
veau », car c’est son « plat préféré »… Et
que la réponse fait sourire Jean-Michel
Blanquer, qui s’amuse de la ressemblance
phonétique avec son nom de famille.
Voilà pour la séquence personnelle.
Quant au métier ? « Président », comme
le lui suggère un élève ? « Je ne suis pas sûr
que ce soit un métier », répond-il, louant le
« beau métier » de « professeur ». « Président, c’est élu, c’est le temps d’un mandat. Il
y a des compétences comme dans un métier
mais on ne peut pas dire que ce soit vraiment
un métier », juge-t-il encore. Est-ce à dire
qu’il est un privilégié ? « Non, c’est le peuple qui choisit. Un privilège, c’est quelque
chose qui t’est octroyé », se défend-il, rappelant qu’on « a aboli les privilèges en France » et que l’on vit dans une « société démocratique ». « Après, ça dépend comment
tu vois les choses. Je pense que c’est toujours
un honneur. Il y a des jours, c’est un privilège, d’autres jours ce n’est pas un privilège.
Des jours qui sont faciles, d’autres jours
non… », conclut-il. Il est facile d’imaginer
dans quelle catégorie il range sa rentrée. ■
DANIEL COHN-BENDIT a été l’un des
premiers à la désigner comme candidate idéale pour le poste. « Laurence Tubiana a l’intelligence et l’expérience de la
négociation », a-t-il réaffirmé lundi au
micro de France Inter après son renoncement. L’eurodéputé Pascal Durand,
proche de Nicolas Hulot, a lui aussi salué
les « capacités de négociation » de cette
ancienne ambassadrice pour le climat,
qui a géré les négociations de la COP21
qui s’est tenue à Paris en décembre 2015. « Elle connaît très bien ses dossiers. Elle est très respectueuse des
échanges et de ses interlocuteurs. Elle
écoute les gens. Ce serait un excellent
choix », rappelle Durand.
« Une figure internationale »
Charlotte Daviau, l’une de ses collaboratrices à la Fondation européenne pour
le climat, confirme que Laurence Tubiana dispose du « leadership » nécessaire
pour remplacer Nicolas Hulot. « Elle est
une figure internationale, qui connaît
tous les interlocuteurs environnementaux
et répond aux ambitions internationales
que s’est données la France. »
C’est Lionel Jospin qui a offert son premier rôle politique à Laurence Tubiana,
née en 1951 à Oran, en Algérie. Alors fraîchement diplômée de Sciences Po Paris,
à la fin des années 1970, elle assiste celui
qui enseigne alors l’économie à l’IUT de
Sceaux. Après son arrivée à Matignon, il
nomme cette docteur en sciences économiques chargée de mission sur les questions environnementales. L’économiste
conseillera le premier ministre jusqu’au
terme de son mandat, en 2002.
Ce chapitre ministériel clos, Laurence
Tubiana fonde en 2002 l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Un an
plus tard, elle hérite de la chaire de
développement durable de Sciences Po Paris. Déjà investie dans la
protection de l’environnement,
elle avait créé dès les années 1980
l’ONG Solagral, spécialisée dans la
sécurité alimentaire. En 2012, Laurence
Tubiana se positionne en faveur de
François Hollande. Elle quitte la direction du think-tank qu’elle a créé en
2014, date à laquelle elle est missionnée
pour préparer la COP21. Laurent Fabius
la nomme représentante spéciale de la
France pour la conférence sur le climat.
C’est à l’économiste qu’incombe la
lourde mission de négocier avec 195
États pour réduire l’impact du changement climatique. Une semaine après la
conclusion de l’accord, la négociatrice
raconte avoir fondu en larmes la veille
de sa signature. Épuisée, elle avait eu la
surprise de se voir réconfortée par ses
collègues négociateurs, y compris les
opposants à un accord. En janvier 2016,
Laurent Fabius la désigne « championne
pour le climat », afin qu’elle maintienne
la dynamique jusqu’à la COP22, organisée au Maroc.
Depuis la signature de l’accord de Paris, Laurence Tubiana s’est investie dans
diverses organisations. Elle préside notamment la Fondation européenne pour
le climat, le conseil d’administration de
l’Agence française de développement,
le conseil scientifique de l’Agence de
l’environnement et de la maîtrise de
l’énergie (Ademe) depuis mai 2018. ■
Ancienne
ambassadrice
pour le climat,
Laurence Tubiana
a géré les
négociations
de la COP21.
V. ISORE/IP3
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 4 septembre 2018
POLITIQUE
dans le remaniement
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Pas « facile » : Jupiter
de retour chez les humains
U
Édouard Philippe
à l’Élysée, à l’issue
du Conseil des ministres
du 3 août.
Pascal Canfin, un écologiste
« idéaliste pragmatique »
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
SELON ses propres mots, Pascal Canfin est « un idéaliste pragmatique ». En
homme fidèle à lui-même, il se définit
de cette façon depuis des années. Depuis la démission surprise de Nicolas
Hulot, son nom circule pour le remplacer, de façon insistante.
Prudent, Canfin a indiqué jeudi sur
France Inter qu’il était « très bien » à la
tête du département français du
World Wide Fund for Nature, première ONG mondiale en matière d’environnement. Mais il n’a pas complètement écarté la possibilité de rejoindre
le gouvernement. À 44 ans, ce serait sa
deuxième expérience.
Pascal Canfin a été ministre délégué
au Développement dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault de 2012 à
2014. Mais, par refus d’une nouvelle
orientation politique à gauche, jugée
trop centriste, il s’était accordé avec
Cécile Duflot, l’autre écologiste du gouvernement, pour quitter la partie si Manuel Valls devenait premier ministre.
Député européen de 2009 à 2012, il a
commencé à militer chez les Verts en
2001, poursuivant en parallèle une ac-
Pascal Canfin
a été ministre
délégué dans
le gouvernement
de Jean-Marc
Ayrault
de 2012 à 2014.
C. MORIN/IP3
tivité de journaliste pour Alternatives
économiques. À sa sortie du gouvernement en 2014, Canfin devient
conseiller principal pour le climat du
World Resources Institute, un thinktank américain majeur dans le domaine de l’environnement. Et, début 2016,
il prend la direction du WWF France.
Pour Daniel Cohn-Bendit, que Benjamin Griveaux ou Christophe Castaner
avaient conseillé à Emmanuel Macron
de prendre comme ministre de l’Environnement, « Pascal Canfin est intellectuellement un poids lourd, donc il peut
s’imposer comme un bon ministre, capable de négocier et même d’influencer
un ministre de l’Agriculture ».
« Très motivé »
« Pascal Canfin, je le connais très bien,
puisqu’il était avec moi au Parlement
européen, a expliqué Cohn-Bendit.
C’est un grand spécialiste de la finance
verte, de la taxation écologique et de
comment faire basculer les charges sur
la taxation écologique. Il a une expérience européenne, une expérience de
ministre et un pragmatisme rigoureux. »
« C’est un bon techno, mais, franchement, je ne le vois pas s’opposer à Emmanuel Macron. Et s’il est certain qu’il
arrivera avec de bonnes idées, je ne le
pense pas en mesure de les imposer »,
relativise un ancien ministre de François Hollande. Et ce même ministre
d’ironiser sur l’évolution idéologique
de Canfin, « même s’il a le droit d’avoir
évolué en trois ans ».
Même si certains le disent « très motivé », Canfin a fait preuve de prudence jeudi, prévenant qu’aucun écologiste « n’ira dans ce gouvernement s’il
n’y a pas un big bang » dans la politique environnementale de l’exécutif.
« Nous sommes absolument
convaincus que la leçon à tirer
du départ de Nicolas Hulot est
que ça ne peut pas continuer
comme avant, sinon c’est la
chronique d’un échec annoncé, ça n’a aucun intérêt », a-t-il souligné. ■
BENOIT TESSIER/REUTERS
ne confidence ou une
évidence ? Il n’est donc
pas toujours « facile »
d’être président de la
République. Ou plutôt, « il y a
des jours qui sont faciles et d’autres
non », comme l’a glissé Emmanuel
Macron à des collégiens de Laval
peut-être plus soucieux de leur
rentrée scolaire que de la sortie
gouvernementale de Nicolas Hulot.
Et il n’est pas besoin d’être grand
clerc pour savoir que le chef de l’État
classe dans la catégorie des « pas
facile » ce mardi 4 septembre où
il doit à la fois désigner un nouveau
ministre de l’Écologie et décider du
sort de l’impôt à la source. Un choix
humain et une décision politique aux
conséquences lourdes, au moment
où il traverse sa plus forte zone
de turbulences depuis son élection.
Que la fonction présidentielle
soit difficile, qui en doute ?
Cela va tellement de soi que
c’est l’aveu qu’en fait l’intéressé
qui est significatif. Cet épanchement
n’est pas fait pour émouvoir. Il serait
indécent - et Macron le sait de se plaindre de la difficulté
d’une fonction que l’on a tout fait
pour occuper et que personne
ne vous a forcé à briguer ; lui encore
moins qu’un autre.
Dans ce contexte précis, on peut
plutôt y déceler un message
d’humilité adressé aux Français.
Une forme de « je vous ai compris »
alors qu’une distance, confinant
à l’incompréhension, tend
à s’instaurer entre le président de
la République et ceux qui l’ont élu.
Dieu sait que les macronistes ont usé
et abusé de cette image du président
Jupiter. Il s’agissait tout à la fois de
restaurer la transcendance de la
fonction et de valoriser la puissance
d’un homme qui, par sa jeunesse,
sa compétence, son charisme,
allait enfin transformer le pays.
Les Français ont un temps acheté
ce récit, cette aura suprême faisant
aussi un peu leur fierté. Mais voilà :
on leur a vendu un président dans
les hauteurs ; la bise étant venue,
ils ne voient plus qu’un président
hautain.
Reconnaître que ce n’est pas
« facile » tous les jours,
c’est admettre : je ne suis ni tout-
puissant, ni insensible, ni à toute
épreuve, mais je suis comme vous,
avec mes hauts et mes bas. Pour
renouer le fil avec ses « Gaulois »,
Jupiter redescend chez les humains.
Dans l’espoir de susciter non pas
de la compassion, mais au moins
de la compréhension.
Mais s’il faut seize mois au
président pour confesser
publiquement la difficulté de la
tâche, peut-être est-ce en raison
d’un déni personnel qui a frappé
tous les présidents de la République.
Élu au suffrage universel au terme
d’une campagne aussi enivrante
que conquérante, bénéficiant
du contraste avec un prédécesseur
qui, par définition, sort lessivé
de l’Élysée, ne mesurant pas encore
les contraintes et les surprises
de la tâche, un nouveau président
a sans doute le sentiment sincère
qu’avec lui tout deviendra possible ;
et qu’il lui suffit de faire l’inverse
de ce qui s’est fait jusqu’à présent
pour réussir. Il lui faut donc
« un certain temps », comme aurait
dit Fernand Raynaud, pour admettre
qu’être président n’est pas
« facile ». D’ailleurs Nicolas Sarkozy
et François Hollande avaient eu aussi
ce moment où, en difficulté,
ils avaient entonné ce même refrain
« ce n’est pas facile ». Comme
s’ils avaient le besoin, bien humain,
de partager leur lourd fardeau. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
On leur
a vendu un
président dans
les hauteurs ;
la bise étant
venue, ils ne
voient plus
qu’un
président
hautain
»
Pour Ségolène Royal, « il faut laisser
toutes ses chances » au président
convaincus en dernière ligne droite qui
sont les plus farouches défenseurs de
l’environnement », affirme-t-elle. L’ancienne ministre veut que le président
« annonce que l’environnement devient
une priorité » et que cela se traduise
« fiscalement et économiquement ». « Le
ministère de l’Économie et des Finances
doit être mis au service de la croissance
verte », argue Ségolène Royal.
TRISTAN QUINAULT-MAUIPOIL
£@TristanQM
SÉGOLÈNE ROYAL fait feu de tout
bois. Depuis la démission de Nicolas
Hulot, celle qui a occupé le ministère de
l’Environnement de 2014 à 2017 multiplie les déclarations pour demander que
« la question environnementale revienne
au premier plan des priorités ». « Non
seulement du gouvernement mais aussi de
l’humanité », dit-elle au « Talk Le Figaro ». « Il y a urgence », martèle la socialiste qui s’alarme du « drame qui est
devant nous ». D’autant plus qu’elle sent
« l’inertie » qui freine les politiques volontaristes, quand bien même « les Français sont favorables à l’écologie […]. Même
si ce n’est pas leur priorité, ils ont compris
que dans la question du pouvoir d’achat, il
y avait une dimension liée à l’environnement. Regardez l’indice des prix, quelles
sont les composantes essentielles de cette
hausse ? Ce sont (les coûts) de l’énergie et
des transports, deux domaines majeurs
(liés) au ministère de l’Environnement »,
note l’ancienne candidate à l’élection
présidentielle de 2007.
« La France et l’Europe doivent absolument reprendre le leadership climatique. Lorsqu’il y a une crise à la tête du
ministère de l’Environnement, c’est un
mauvais signal (au reste du monde). Il
faut remettre de l’ordre », insiste l’ambassadrice chargée de la négociation
internationale pour les pôles arctique et
antarctique. Au-delà de cette démission, Royal critique certaines orientations de la première année du quin-
« Rétablir la situation »
SÉGOLÈNE ROYAL, lundi,
dans le studio du Figaro.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
quennat : « Aujourd’hui, il y a des
problèmes dans le domaine du bâtiment.
Je suis convaincue qu’une des grandes
raisons de ces difficultés, c’est le recul
des aides fiscales données aux travaux
d’économies d’énergie », livre-t-elle
comme exemple. Et de faire un vœu :
« Il faut absolument imposer le principe
de non-régression. Un gouvernement ne
doit jamais reculer sur les acquis engrangés. »
Malgré ces griefs, Ségolène Royal
compte encore sur le chef de l’État :
« Souvent ce sont les gens qui sont
Alors qu’Emmanuel Macron fait face à
une rentrée compliquée - « un tournant » du quinquennat -, Ségolène
Royal juge qu’il « faut lui laisser toutes
ses chances ». « Il y a encore quatre ans…
Je suis toujours du côté de ceux qui reconnaissent leurs erreurs et qui essaient de
rétablir la situation », ajoute l’ambassadrice qui refuse de dire si elle accepterait
de revenir au gouvernement. Face à une
« rentrée sociale cruciale, il ne faut pas
faire d’erreur et tirer les conséquences
d’erreurs de gouvernance ». La socialiste
estime que « les Gaulois ne sont pas réfractaires à la réforme. […] Ils ne veulent
pas de réformes injustes, inefficaces ou
incompréhensibles », dit-elle, en référence à la boutade du président de la République, lors de son déplacement la semaine dernière au Danemark.
Interrogée sur l’avenir de son engagement politique - son nom circule
pour les européennes de mai 2019 ou
pour les municipales à Paris en 2020 -,
elle élude dans un éclat de rire : « Je regarde tout ce qui se passe et il faudra
compter sur moi pour défendre la question climatique. » ■
A
NICOLAS HULOT
5
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Daniel Cohn-Bendit et Emmanuel Macron lors d’un débat sur l’Europe, en octobre 2017, à Francfort.
LUDOVIC MARIN/AFP
Européennes : la majorité verrait d’un
bon œil Cohn-Bendit comme tête de liste
Le nom de l’écologiste revient avec insistance depuis qu’il a dit qu’il n’entrerait pas au gouvernement.
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
PARTIS Emmanuel Macron va-t-il abattre la carte Daniel Cohn-Bendit pour les
élections européennes ? En annonçant
dans le même temps dimanche qu’il
n’entrerait pas au gouvernement mais
qu’il n’excluait rien quant à une candidature comme tête de liste pour la majorité
aux élections de mai 2019, l’ancien leader
de Mai 68 a relancé les spéculations
autour de son rôle dans ce scrutin capital
pour le président de la République. Certains pensent même que le chef de l’État
aurait promis cette place à l’écologiste
comme lot de consolation.
« Le président n’est pas dans la tambouille, c’est un raccourci facile », balaie
un député La République en marche (La-
REM). Et un marchandage qui fleure bon
l’ancien monde. Il n’empêche. À neuf
mois des élections européennes, la majorité cherche activement le profil idéal
pour mener la liste « progressiste » voulue par le chef de l’État. Et Cohn-Bendit,
du haut de ses 73 ans dont vingt passés au
Parlement européen, présente l’avantage
de cocher plusieurs cases. « C’est une figure européenne, il est écolo, de gauche, il
sait faire une campagne et est proche
d’Emmanuel Macron », résume un élu de
la majorité. « Il a beaucoup à nous apporter, on gagnerait à faire appel à son expertise, que ce soit sur la liste ou en soutien »,
pousse un membre du gouvernement.
L’hypothèse d’une candidature de
l’écologiste semble en tout cas plutôt bien
accueillie dans les rangs de la majorité.
« Cohn-Bendit incarne précisément ce
Merkel et Wauquiez ont
rendez-vous fin septembre
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
C’EST LEUR première rencontrera officielle. Selon les informations du Figaro,
Angela Merkel recevra Laurent Wauquiez le 24 septembre à la Chancellerie.
Un entretien symbolique dans le contexte politique actuel et après le rendezvous entre la chancelière allemande et le
chef de l’État, le 7 septembre, à Marseille. « Si Angela Merkel le reçoit maintenant, ce n’est pas pour rien », veut
croire l’entourage de Laurent Wauquiez,
qui confirme la date de l’entretien.
« C’est une logique de rééquilibrage de la
droite allemande par rapport à Emmanuel
Macron », assure-t-on au siège des Républicains.
Si Laurent Wauquiez et Angela Merkel
se sont déjà croisés à plusieurs reprises,
comme fin juin à Bruxelles, au moment
du sommet du PPE (Parti populaire européen), la chancelière allemande avait peu
considéré le président de LR depuis son
élection à la tête du parti. Le patron des
Républicains n’avait pas non plus ménagé la chancelière allemande. « Est-ce que
vous considérez qu’elle incarne le pouvoir ? », avait-il fait mine de s’interroger
devant les étudiants de l’EM Lyon, en février dernier, en évoquant le compte
Instagram de la chancelière : « Croyezmoi, pour y trouver du charisme, il faut
vraiment se lever de bonne heure », ajoutait-il. Pas de quoi faciliter les contacts.
A
Désaccords politiques
Ces derniers mois, Laurent Wauquiez
avait d’ailleurs souligné leurs désaccords
politiques. Interrogé fin juin par Les
Échos, sur le budget de la zone euro dont
le principe avait été annoncé par Emmanuel Macron et Angela Merkel, Laurent
Wauquiez s’était montré sceptique : « Je
ne crois pas à la capacité du couple franco-allemand à imposer seul sa volonté sur
la scène européenne. »
À sept mois des prochaines élections
européennes, Laurent Wauquiez a entrepris une tournée des responsables européens de droite. Hasard du calendrier, en
plus de leur tête-à-tête du 24 septembre,
Laurent Wauquiez et Angela Merkel se
croiseront aussi le 19 septembre, en
Autriche, pour un nouveau sommet du
PPE, dont les Républicains et la CDU sont
membres. Une double occasion d’échanger, entre autres, sur le Brexit, la crise
des migrants, la montée des nationalismes mais aussi la succession de JeanClaude Juncker à la présidence de la
Commission européenne.
Désireux d’incarner une troisième
voie entre les projets d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, le chef de file
des Républicains, qui a martelé qu’il ne
serait pas tête de liste, entend défendre
en mai prochain une « ligne europrotectrice ». « Une question de vie ou de mort
se pose pourtant à l’Union européenne :
soit l’Europe protégera, soit elle disparaîtra. Plutôt que d’accélérer dans le mur ou
de sauter de la voiture, nous voulons changer de direction », expliquait ainsi Laurent Wauquiez dans une tribune au Figaro, signée par les trois présidents de
groupe LR. ■
qu’on est : il est progressiste, européen,
créatif, audacieux, notamment sur les enjeux migratoires. Où qu’il soit, il a beaucoup à apporter à notre collectif », vante
Hugues Renson, vice-président de l’Assemblée nationale.
« L’engagement de sa vie »
« Son nom revient régulièrement, rappelle
Pieyre-Alexandre Anglade, député LaREM des Français du Benelux. Ce n’est
pas illégitime puisque l’Europe est l’engagement de sa vie, qu’il soutient le projet de
refondation d’Emmanuel Macron depuis le
début. » Et le macroniste d’ajouter : « À
force de discuter en permanence de la tête
de liste, on passe à côté de l’essentiel,
c’est-à-dire la crise politique en Europe. »
Cohn-Bendit s’exprime régulièrement
sur la situation politique européenne. Il
connaît parfaitement les rouages de la
politique de l’Union européenne. Lundi
matin sur France Inter, ce soutien du
président de la République depuis la
campagne présidentielle a une nouvelle
fois mis en garde contre la tentation du
« repli national » de certains pays. « Le
débat aujourd’hui, c’est le repli national ou
l’explication de ce qu’est la souveraineté
nationale […]. Et ça, ça ne s’organise pas
seulement en France mais dans toute l’Europe sinon c’est (le premier ministre antimigrants hongrois Viktor) Orban et tout ça
qui vont prendre le pouvoir », a averti
l’ancien leader de Mai 68, appelant à la
formation d’un « pacte » des « forces du
centre, de gauche, écologistes européennes » pour refuser d’élire un président de
Commission ou président de Parlement
issu d’un parti soutenant Viktor Orban.
Hervé Juvin, favori pour la tête de liste RN
tielle. Auteur de nombreux ouvrages
publiés aux éditions Gallimard, comme
La Grande Séparation ou L’Occident
mondialisé, il avait animé plusieurs tables rondes d’essayistes et d’enseignants afin de nourrir le programme de
la candidate malheureuse, l’abreuvant
de notes ou contribuant à ses discours,
sur l’écologie notamment.
CHARLES SAPIN £@csapin
LE SUSPENSE touche à sa fin. Huit mois
avant les élections européennes, le Rassemblement national semble enfin tenir
sa tête de liste. Une désignation d’importance, puisqu’il s’agira de la première à ne pas porter le nom Le Pen à un
scrutin européen. Élue députée du Pasde-Calais en juin 2017, Marine Le Pen
avait prévenu qu’elle ne repartirait pas
personnellement à la conquête du Parlement européen. Trop attachée à la tribune que lui offre l’Assemblée nationale, la dirigeante du parti à la flamme
expliquait que sa formation était devenue « un grand parti maintenant, dont la
présidente n’a plus besoin de se porter
tête de liste à toutes les élections ».
Particulièrement convoitée en interne, la place ne devrait échoir à aucun
des lieutenants de Marine Le Pen : « La
tête de liste ne sera ni Nicolas Bay, ni
Louis Aliot », confiait peu avant l’été Sébastien Chenu. Le député RN du Nord,
qui plaide depuis un an pour un profil
« d’ouverture, issu de la société civile »,
semble avoir été entendu. Les profils les
plus variés ont d’ailleurs circulé en interne. C’est finalement à l’intellectuel
Hervé Juvin que devrait être confiée la
tête de la liste Rassemblement national
Grincement de dents
Hervé Juvin, réputé proche du courant
« nouvelle droite », est un novice
en politique. J.-C. MARMARA/LE FIGARO
pour le scrutin du 26 mai. Durant l’été,
Le Pen a mûri son choix. « Même si elle
veut encore rassembler plusieurs avis extérieurs avant d’acter définitivement sa
décision », tempère son entourage.
Souverainiste convaincu, réputé proche du courant « nouvelle droite »,
l’homme de 62 ans s’était déjà fait remarquer lors de la dernière présiden-
Les socialistes se cherchent encore et se divisent toujours
Julien Dray s’est déclaré candidat
cet été pour être tête de liste aux
européennes. Or sa détermination en
cette rentrée n’a pas baissé d’un iota.
Manifestement sûr de lui, il pourrait
demander à la direction de son parti
de trancher par un vote des militants.
En privé, certains jugent Dray capable
de claquer la porte du PS s’il n’était
pas entendu. Mais ce proche de
Stéphane Le Foll n’est pas le seul à
Très critique sur la politique menée en
France par le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, « Dany » pousse à la création d’une agence européenne des réfugiés, avec un budget spécifique. Cette
proposition est aussi défendue par le patron de LaREM, Christophe Castaner.
L’ex-eurodéputé, qui a plusieurs fois
annoncé sa retraite politique, était d’ailleurs la tête d’affiche du tout premier meeting de campagne de LaREM pour les
européennes, le 21 mars, à Paris. « N’ayons
pas peur de dire que l’Europe est la dernière
utopie pour laquelle ça vaut le coup de se
battre », avait lancé le tribunitien, proposant la création d’une armée européenne
et d’une bourse pour « tous les jeunes
Européens qui sont au chômage ». CohnBendit avait même appelé à « oser dépasser la pensée d’Emmanuel Macron ». ■
vouloir que les choses avancent, et
vite. C’est le cas d’Emmanuel Maurel
sur l’aile gauche du parti. Sans le dire
aussi ouvertement que Dray, lui aussi
est candidat pour prendre la tête
de liste. Sa menace de rejoindre
Jean-Luc Mélenchon, si son exigence
d’un virage à gauche du PS n’est pas
entendue par le premier secrétaire
Olivier Faure, est prise très au sérieux.
Tous vont profiter du bureau national
de rentrée du PS, mardi soir, pour se
faire entendre. Le BN s’annonce donc
explosif sur fond d’une réinstallation
désormais assumée de François
Hollande sur la scène de gauche. Alors
même que pour Maurel la chose est
tranchée : « Hollande, ce n’est pas
possible. » Au milieu de ce maelstrom
et de l’absence d’une candidature
évidente, la déprime menace
sérieusement Olivier Faure…
S. DE R.
« Nous avions trois possibilités : prendre
quelqu’un du Front, ce qui n’aurait pas
fait très rassemblement. Prendre quelqu’un d’un autre parti comme DupontAignan, ce qui nécessitait un accord et
n’aurait pas été logique vu nos scores
respectifs à la présidentielle. Ou enfin,
prendre quelqu’un de totalement extérieur au jeu politique », justifie le
conseiller politique de Marine Le Pen,
Philippe Olivier.
Dans un parti où il est de tradition de
se méfier des « numéros 2 », ce dernier
scénario a l’avantage d’éviter d’installer
d’ambitieux cadres du parti comme
suppléants - et donc potentiel rivaux –
de Marine Le Pen. Il permet également à
d’autres têtes de proue du mouvement
de se réserver pour des élections futures, à l’image du député des PyrénéesOrientales, Louis Aliot, qui ne cache pas
son appétit pour la mairie de Perpignan.
Reste que l’hypothèse d’une tête de
liste « non politique », qui plus est inconnue du grand public, pour conduire
la première bataille électorale du quinquennat fait grincer des dents en interne : « C’est une élection capitale, on ne
peut pas envoyer un novice se faire massacrer sur les plateaux ou sécher en plein
20 heures », s’affole un eurodéputé à
l’image de plusieurs cadres du parti.
Des craintes, auxquelles l’entourage de
Marine Le Pen pense avoir trouvé la
parade, en l’inscrivant en dernière de
liste : « Non seulement Marine Le Pen
conduira la campagne, mais elle sera
extrêmement présente médiatiquement.
Elle va exister dans le débat », promet
Philippe Olivier. ■
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LE FIGARO
mardi 4 septembre 2018
INTERNATIONAL
7
Boris Johnson lance sa stratégie de
conquête du pouvoir contre Theresa May
L’ancien ministre
juge « désastreuse »
l’approche de la
première ministre
sur le Brexit.
Il cherche à se
placer en recours.
Boris Johnson (ici à Londres,
en février) a choisi
la provocation pour ajouter
une rhétorique anti-islam
à son pedigree europhobe.
PETER NICHOLLS/REUTERS
pas un tel texte. Or, sans majorité suffisante derrière elle, Theresa May risque
d’avoir bien du mal à faire ratifier un accord – si tant est qu’il était accepté par les
Européens. Le négociateur de la commission, Michel Barnier, en a déjà rejeté
l’essentiel des propositions. Ancien ministre conservateur proeuropéen qui a
tourné casaque contre la première ministre, Nick Boles juge que ses chances de
“
Avec le plan
de « Chequers »,
nous resterons dans le taxi
de l’UE mais, cette fois,
enfermés dans le coffre,
sans aucun mot à dire
sur la destination
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
ROYAUME-UNI Aussi prévisible que la
rentrée des classes, Boris Johnson attaque à nouveau Theresa May. L’ex-ministre, qui a démissionné en juillet en protestation contre le projet de la première
ministre britannique sur le Brexit, le
taille en pièces pour le résumer à un
« désastre », dans sa tribune hebdomadaire au quotidien conservateur Daily
Telegraph. Son pays, écrit-il, est parti à la
« bataille un drapeau blanc flottant audessus de notre char d’assaut ». Une
« victoire pour l’UE, avec le Royaume-Uni
au tapis », se profile. Si elle n’est une
surprise pour personne, l’offensive médiatique calculée à la veille de la rentrée
parlementaire donne le ton des mois à
venir. En parallèle du compte à rebours
sur les négociations du Brexit, se dessine
en effet une lutte acharnée pour le pouvoir.
En claquant la porte du gouvernement, Boris Johnson n’avait pas l’intention de se retirer sur son Aventin pour
s’adonner aux joies de l’écriture. L’ancien maire de Londres a passé l’été à
peaufiner sa stratégie de conquête. Il a
consulté Steve Bannon, l’ex-éminence
grise de Donald Trump dans sa course à
la Maison-Blanche, désormais investi
aux côtés des mouvements d’extrême
droite européens. Louant son « potentiel
d’être un grand premier ministre », celuici lui a conseillé de « rester Boris, fidèle à
sa nature et à sa vocation ». Ce n’est pas
BORIS JOHNSON
un hasard si Johnson a décidé au creux
du mois d’août de lancer une polémique
sur la burqa. Un sujet beaucoup moins
controversé en Grande-Bretagne que
dans d’autres pays européens comme la
France. En lançant un débat sur la nécessité de priver les femmes musulmanes de
cet attribut qui les fait ressembler à des
« boîtes aux lettres » ou à des « braqueurs de banques », le politicien conservateur a choisi la provocation pour ajouter une rhétorique anti-islam à son
pedigree europhobe.
La stratégie consiste à prendre le Parti
conservateur, profondément divisé sur
le Brexit, par sa droite. Elle implique une
absorption des thèmes cultivés par
l’UKIP (United Kingdom Independence
Party), moribond depuis le référendum
de 2016. Ancien donateur du parti europhobe et anti-immigration fondé par Ni-
gel Farage, Arron Banks a lancé une
campagne d’entrisme auprès de ses militants pour qu’ils rejoignent le Parti
conservateur afin d’y peser en faveur du
Brexit, notamment en cas d’élection
d’un nouveau leader. Boris Johnson s’est
par ailleurs assuré les services du gourou
électoral australien Lynton Crosby, qui
l’avait aidé à conquérir Londres et David
Cameron à se faire réélire en 2015… avant
d’avoir contribué au fiasco des législatives anticipées de juin 2017, qui ont coûté
à Theresa May sa majorité parlementaire.
Boris Johnson cherche à rallier derrière lui les « brexiters », inquiets de se voir
trahis par les concessions de Theresa
May à Bruxelles. Le plan, dit de « Chequers » (du nom de la résidence de campagne des premiers ministres britanniques), accouché dans la douleur lors d’un
séminaire gouvernemental en juillet, est
considéré par la majorité d’entre eux
comme un Brexit qui n’en aurait que le
nom. Il prévoit une union douanière avec
l’UE pour les marchandises et le respect
des normes européennes par les industriels britanniques. Comme le traduit à sa
façon Boris Johnson, « nous resterons
dans le taxi de l’UE mais, cette fois, enfermés dans le coffre, sans aucun mot à dire
sur la destination ». Ce « serait pire que
rester dans l’UE », renchérit son allié
conservateur Conor Burns. Ce dernier
fait partie d’une vingtaine de députés
tory unis derrière un nouveau mouvement, StandUp4Brexit, qui vise à faire
échouer le projet de Chequers. Parmi
eux, plusieurs anciens ministres eurosceptiques. David Davis, auparavant en
charge du ministère du Brexit, qui a démissionné en même temps que Boris Johnson, a déjà annoncé qu’il ne voterait
”
le voir adopter au Parlement sont « très,
très faibles, aussi proches de zéro qu’on
peut l’être en politique ». Si un accord finit par être décroché à Bruxelles cet
automne, le risque d’un rejet par le Parlement de Westminster semble un écueil
encore plus grand pour May. La crise politique lui coûterait sans doute sa place et
pourrait entraîner de nouvelles élections
anticipées.
D’où les manœuvres d’un Boris Johnson pour se positionner en recours. Naguère très populaire au-delà des factions
politiques, ce tribun jovial de 54 ans a
brûlé de nombreuses cartouches par son
approche brouillonne et souvent opportuniste du Brexit. « Il n’y a pas de nouvelle
idée dans son article », a balayé Downing
Street, rappelant que l’heure exigeait
« un leadership sérieux ». Au gré de ses
saillies, Johnson a cultivé sa base de supporteurs tout en s’aliénant une bonne
partie de ses collègues tory. L’une d’entre elles, Sarah Wollaston, raillait lundi
« le grand charlatan ». Or les députés
conservateurs sont censés désigner les
noms d’un éventuel futur leader du parti,
soumis par la suite aux militants. Un obstacle non négligeable pour Boris Johnson, qui espère s’imposer face à d’autres
figures du Brexit, comme le très distingué Jacob Rees-Mogg. ■
États-Unis : une bataille décisive
s’engage pour la Cour suprême
Si Trump obtient la confirmation de ce nouveau juge suprême avant les
élections de mi-mandat, ce sera un succès majeur pour le camp conservateur.
AMÉRIQUE Brett Kavanaugh a passé un
été studieux. Le deuxième « nominé »
par Donald Trump pour siéger à la Cour
suprême s’entraîne depuis des semaines,
jusqu’à huit heures par jour, dans une
salle spécialement aménagée de l’Executive Eisenhower Building qui jouxte la
Maison-Blanche. Sénateurs républicains
et juristes se relaient pour le bombarder
de questions, comme il le sera à partir de
ce mardi matin par les 21 membres de la
commission des Affaires juridiques du
Sénat. « Il est prêt, il maîtrise ses dossiers
et ses réponses », assure Raj Shah, porteparole adjoint de la Maison-Blanche, détaché auprès de Kavanaugh pour cette
mission d’importance primordiale.
Si le président obtient la confirmation
de ce nouveau juge suprême dans les
deux mois, après celle de Neil Gorsuch en
avril 2017, ce sera un succès majeur pour
son camp, dont il pourra se prévaloir
pour les législatives du 6 novembre. Les
démocrates comptent faire traîner les
auditions autant qu’ils le pourront, mais
ils se sont privés de l’arme de la « flibuste » – l’exigence de 60 voix pour surmonter une obstruction parlementaire –
en la supprimant en 2013 pour les juges
nommés par Barack Obama dans les
cours fédérales. La majorité républicaine
l’a abolie pour toutes les nominations judiciaires en 2017.
Le pugilat s’est durci après que Michael Cohen, son ancien avocat, a incriminé Trump dans des violations de la loi
électorale le mois dernier. « Il est inconvenant que le président choisisse un juge à
REUTERS
CORRESPONDANT À WASHINGTON
“
Il est
inconvenant que le
président choisisse
un juge qui pourrait
bientôt devenir un juré
dans une affaire impliquant
Trump lui-même
”
CHUCK SCHUMER, CHEF DE FILE
DES DÉMOCRATES AU SÉNAT
Ces escarmouches, et l’interrogatoire
très serré auquel peut s’attendre Brett
Kavanaugh, soulignent l’enjeu considérable de cette bataille. Succédant au juge
Anthony Kennedy, nommé par Reagan
mais réputé modéré, le choix de Trump
affiche un impeccable pedigree conservateur qui pourrait ancrer la cour solidement à droite pour trois ou quatre décennies. Nommés à vie, les juges suprêmes
ont le dernier mot sur des questions de
société comme l’avortement, la peine de
mort, l’affirmative action, la protection
de l’environnement ou l’étendue des
pouvoirs présidentiels, tous sujets sur
lesquels Kavanaugh affiche des positions
conformes aux dogmes républicains.
À 53 ans, la carrière de ce brillant juriste a déjà connu trois moments clefs. À
la fin des années 1990, il est un des adjoints du procureur spécial Kenneth
Starr, instruisant le dossier d’impeachment contre Bill Clinton dans l’affaire
Monica Lewinsky. Dans la décennie suivante, il est conseiller juridique du président Bush quand le statut des « ennemis
combattants » est élaboré, conduisant à
Guantanamo, aux « interrogatoires musclés » et aux prisons secrètes de la CIA.
Après un délai de trois ans dû à l’opposition des démocrates, il est nommé juge
fédéral à la Cour d’appel de Washington,
où il produit en douze ans une abondante
littérature juridique.
Dans son premier rôle d’inquisiteur,
Kavanaugh s’était montré pugnace,
s’opposant « fermement à l’octroi du
moindre répit au président » Clinton. Mais
l’expérience du pouvoir l’a fait ensuite
changer d’avis. S’il affirme n’avoir joué
qu’un rôle « marginal » dans les lois
d’exception antiterroristes de Bush, il en
est sorti convaincu que le président doit
être à l’abri de toute enquête ou procédure, civile ou criminelle. Un point de
vue apprécié par Donald Trump, sous la
menace d’une assignation par le procureur spécial Robert Mueller.
« Sur les questions vitales de la protection des libertés religieuses et des restrictions à l’avortement, aucun juge dans le
pays n’affiche un bilan plus solide et
constant que Brett Kavanaugh », écrit
Sarah Pitlyk dans la conservatrice National Review. Divers groupes de pression
ont exprimé leur opposition et deux élues
républicaines, Susan Collins (Maine) et
Lisa Murkowski (Alaska), ont menacé de
voter contre lui s’il devait renverser la
Brett Kavanaugh (ici le 9 juillet, à la Maison-Blanche) est le deuxième « nominé »
par Donald Trump pour siéger à la Cour suprême. JIM BOURG/REUTERS
jurisprudence de 1973 légalisant l’avortement. Mais 150 professeurs de droit ont
signé une lettre de soutien et trois sénateurs démocrates en péril dans des États
conquis par Trump en 2016 – Joe Manchin en Virginie-Occidentale, Heidi
Heitkamp dans le Dakota du Nord et Joe
Donnelly dans l’Indiana – envisagent de
voter pour lui.
Le jeu de tout candidat à la Cour suprême consiste à répondre de la manière la
plus évasive possible aux sénateurs, les
réduisant à l’exégèse de ses déclarations
passées. Celles de Brett Kavanaugh montrent un juge convaincu depuis vingt ans
que le critère racial a vécu dans le mode
de recrutement des universités et
qu’aucune agence fédérale ne doit émettre de réglementation hors d’un mandat
spécifique du Congrès. Pour Lisa Blatt,
une avocate démocrate invitée à le présenter au jury sénatorial, comme l’ancienne secrétaire d’État Condoleezza
Rice, « c’est un choix non polémique, évident, conventionnel pour un conservateur.
Si Jeb Bush avait été président, il aurait
nommé Brett Kavanaugh avant Neil Gorsuch ». À moins d’un faux pas majeur de
l’intéressé, Donald Trump aura bientôt
son deuxième juge suprême. ■
EN BREF
Catalogne : Sanchez
promet un référendum
pour une autonomie élargie
Le chef du gouvernement
espagnol, Pedro Sanchez,
a promis lundi aux Catalans un
référendum sur un nouveau statut
de leur région comportant plus
d’autonomie. Arrivé au pouvoir
le 1er juin, le socialiste a écarté
une fois de plus l’hypothèse
d’un vote sur l’indépendance
réclamé par les séparatistes.
Birmanie : deux journalistes
condamnés à 7 ans de prison
Deux reporters de Reuters
accusés d’« atteinte au secret
d’État » pour avoir enquêté
sur un massacre de musulmans
rohingyas par l’armée
en Birmanie ont été condamnés
lundi à sept ans de prison,
au terme d’un procès qui
a entaché un peu plus l’image
de la Prix Nobel de la paix
Aung San Suu Kyi.
A
la Cour suprême qui pourrait bientôt devenir un juré dans une affaire impliquant
le président-lui-même », s’offusque le
chef de l’opposition, Chuck Schumer.
Les démocrates protestent aussi contre
le refus de la Maison-Blanche de dévoiler 100 000 pages de documents sur
l’action du candidat auprès du président
George W. Bush dans les années 2000,
bien que 415 000 pages leur aient déjà
été transmises.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
La Chine étend son influence en Afrique
à coups d’investissements
Lors d’un sommet sino-africain à Pékin, Xi s’est engagé à ne pas réclamer de contreparties politiques.
que. Il a toutefois indiqué que cette coopération ciblait « les principaux goulets
d’étranglement » du développement,
mais ne devait pas servir à des « projets
DIPLOMATIE Ne surtout pas prêter le vaniteux ».
flanc aux critiques faisant de la Chine une
Principale annonce, le maître de Pékin
nouvelle puissance coloniale. Tel sema promis qu’il allait débloquer 60 milblait être l’objectif du président chinois
liards de dollars supplémentaires pour le
Xi Jinping, qui accueillait lundi à Pékin un
développement africain. Mais, alors que
sommet sino-africain susla Chine est souvent accusée
ceptible d’accroître encore
de contribuer à l’envolée de
l’emprise de la Chine sur
la dette de certains de ses
l’Afrique, à grands coups
partenaires, Xi Jinping a
d’aide et de financements.
voulu montrer patte blan« L’empereur rouge » a
che. « Oncle Xi » a précisé
profité de cet événement
que ce soutien comprendrait
triennal pour célébrer son
15 milliards de dollars
de dollars
projet phare des « nouvelles
« d’aide gratuite et de prêt
supplémentaires
routes de la soie », qui
sans intérêt ». Il a aussi assuré
débloqués
consiste à construire de gique la Chine « annulerait »
par Xi Jinping
gantesques infrastructures, pour le développement une partie de la dette des
notamment sur le continent
pays africains les plus en difafricain
africain. Mais il a assuré que
ficulté. Le montant total de
l’enveloppe - le même que
ces investissements ne s’accelui dévoilé lors de l’édition de 2015 –
compagnaient « d’aucune condition policomprendra toutefois des lignes de crétique ». « La Chine ne s’immisce pas dans
dits de 20 milliards de dollars. Et les enles affaires intérieures de l’Afrique et ne
treprises chinoises seront encouragées à
lui impose pas sa volonté », a-t-il martelé
investir « au moins 10 milliards de dollundi matin, lors d’un forum économiCYRILLE PLUYETTE £@CyrillePluyette
CORRESPONDANT À PÉKIN
60
milliards
lars » en Afrique au cours des trois prochaines années.
Une cinquantaine de dirigeants étaient
réunis autour du président chinois. L’ensemble des pays africains étaient représentés, sauf l’eSwatini, qui n’a pas été
convié. Et pour cause : l’ex-Swaziland est
le dernier allié de Taïwan sur ce continent. Le Burkina Faso ayant rompu cette
année ses liens avec « l’île rebelle », que
Pékin considère comme faisant partie de
son territoire, tous les autres pays africains ont établi des relations avec le régime communiste.
Bon élève, Cyril Ramaphosa, le président sud-africain, a réfuté l’idée, parfois
avancée par des « détracteurs » occiden-
taux, que l’aide chinoise s’apparenterait
à du « néocolonialisme ». Il a toutefois regretté une situation « où l’Afrique exporte des matières premières vers la Chine,
tandis que la Chine nous exporte des produits finis ».
Alors que la guerre commerciale avec
les États-Unis pourrait s’intensifier, la
Chine « cherche à la fois à soutenir sa
croissance économique et à renforcer son
influence internationale » en accroissant
sa présence en Afrique, résume Lauren
Johnston, sinologue à l’université de
Melbourne. Preuve de l’importance stratégique que revêt ce continent, c’est à
Djibouti que le géant asiatique a inauguré
l’an dernier sa première base militaire à
l’étranger. De son côté, l’Afrique « souhaite des créations d’emplois et des infrastructures à des conditions acceptables sur
les plans financier et environnemental »,
poursuit cette spécialiste. Il est parfois reproché aux entreprises chinoises d’employer surtout de la main-d’œuvre issue
de leur propre pays ou de ficeler des
contrats qui leur sont trop favorables.
L’ascendant grandissant de la Chine n’est
d’ailleurs pas du goût de tous les Africains. Récemment, le président namibien, Hage Geingob, a remis à sa place
l’ambassadeur de Chine, qui voulait lui
prémâcher ses déclarations lors du sommet. « Nous ne sommes pas des marionnettes », lui a-t-il rétorqué. ■
L’autoritarisme de Xi Jinping
critiqué dans son propre pays
LE PRÉSIDENT chinois, Xi Jinping,
semblait avoir réussi à museler toute
voix discordante, après avoir obtenu le
droit, en mars, de se maintenir au pouvoir aussi longtemps qu’il le souhaiterait. Mais, alors que le mercure n’avait
jamais grimpé aussi haut à Pékin depuis
près de soixante ans, « l’empereur rouge » a vécu un été inconfortable suite
aux critiques qui se sont élevées contre
son autoritarisme, à la montée des tensions commerciales avec les États-Unis
ou à un retentissant scandale de vaccins
défectueux.
La charge la plus féroce est venue
d’un professeur de la prestigieuse université pékinoise Tsinghua. « À travers
la Chine, les gens, y compris l’ensemble
de la classe bureaucratique, doutent de la
direction prise par le pays et sont inquiets
pour leur propre sécurité. Cette inquiétude croissante a créé une sorte de panique
dans la société », écrit Xu Zhangrun,
depuis le Japon, dans un essai publié fin
juillet sur le site Internet du think-tank
libéral chinois Unirule.
Le texte, l’un des plus virulents diffusés sous le règne de fer de Xi Jinping,
qui réduit au silence ou punit toute dissidence, a été partagé sur les réseaux
sociaux chinois, où il a depuis été effacé
par la censure. L’auteur s’inquiète du
culte de la personnalité dont fait l’objet
l’actuel leader chinois et d’un possible
retour aux dérives totalitaristes de Mao
Tsé-toung.
Et demande aux députés de revenir
sur l’annulation de la limite de deux
mandats présidentiels dans la Constitution. « Les intellectuels sont en colère
depuis le coup de filet, en juillet 2015,
contre de nombreux avocats et militants
des droits de l’homme. Les craintes ont
encore augmenté en mars dernier, avec
cette réforme constitutionnelle », explique l’historien indépendant Zhang Lifan, à Pékin.
“
Les gens, y compris
l’ensemble de la classe
bureaucratique, doutent
de la direction prise par le
pays et sont inquiets pour
leur propre sécurité
”
XU ZHANGRUN, PROFESSEUR D’UNIVERSITÉ
Mais l’escalade récente de la guerre
commerciale amorcée par les ÉtatsUnis, qui menace l’économie chinoise
- et donc des intérêts particuliers - « a
catalysé le mécontentement » éprouvé
par les intellectuels et une partie des
officiels du Parti communiste chinois
(PCC), précise le politologue Chen
Daoyin, basé à Shanghaï. « Beaucoup
d’observateurs chinois jugent que le régime a mal géré cette crise dès le départ, en adoptant un ton triomphaliste,
croyant que l’économie était capable de
Une cinquantaine de dirigeants africains étaient réunis autour du président chinois Xi Jinping, lundi à Pékin.
tenir le choc, alors que ce n’était pas le
cas », complète Zhang Lifan.
Li Xiao, professeur d’économie à
l’université de Jilin, a ainsi dénoncé fin
juin « l’arrogance aveugle » du pays
après des décennies de croissance effrénée, malgré « l’énorme fossé technologique » subsistant entre la Chine et les
États-Unis.
Sur la même longueur d’onde, l’économiste Gao Shanwen a estimé dans un
discours – qu’il a depuis renié – que
l’attitude de Pékin à l’international
avait contribué à détériorer la relation
sino-américaine, clé selon lui des succès chinois de ces 40 dernières années.
Le gouvernement a « fidèlement respecté pendant une longue période » l’héritage de l’ancien dirigeant Deng Xiaoping qui préconisait la discrétion en
politique étrangère. Mais « depuis 2018,
ou même 2015 », ce n’est plus le cas, et
« les États-Unis considèrent de plus en
plus la Chine comme un nouvel ennemi »,
déplore cet expert.
Dans une volonté de calmer le jeu
avec Washington, la presse d’État a
insisté récemment sur la nécessité de
mettre en sourdine la propagande
nationaliste.
Témoignant d’un certain malaise au
sein de l’élite, les grincements de dents
de l’été sont cependant loin d’avoir fragilisé le dirigeant le plus puissant depuis
Mao, qui n’a pas tardé à reprendre les
choses en main. Les médias officiels ont
notamment annoncé fin juillet une
campagne idéologique destinée à remettre les intellectuels dans la ligne du
Parti, via des formations.
Cette initiative a toutefois peu de
chance de modifier leurs convictions.
POOL/REUTERS
« La plupart d’entre eux sont dépités,
mais ils gardent le silence et se mettent à
l’abri du danger », témoigne un universitaire. De quoi détériorer encore un
environnement déjà peu propice à la
recherche…
Parallèlement, Xi Jinping a encore
alourdi la chape de plomb qui pèse sur
le régime. Publiée dimanche dernier,
une nouvelle circulaire visant à renforcer la discipline interne interdit à ses
membres de remettre en cause les décisions du Parti. Une solution radicale
pour éteindre toute contestation.
Enfin, le président a fait tomber une
douzaine de responsables politiques
après l’affaire des vaccins fabriqués de
façon illégale, qui avait provoqué un
tollé. Pas question de laisser dire que sa
croisade contre la corruption laisse à
désirer… ■
C. P.
A
Pékin réécrit l’histoire pour valoriser son cher « Oncle Xi »
IL Y A DIX ANS, Deng Xiaoping était la
vedette de l’exposition du Musée d’art
national de Chine, à Pékin, consacrée
au 30e anniversaire du lancement des
réformes économiques chinoises, en
1978. L’ancien dirigeant chinois est largement considéré comme le père de ce
tournant stratégique, qui allait permettre à l’empire du Milieu de connaître
des décennies de croissance étourdissante et de devenir la deuxième économie mondiale. Mais cet été, au même
endroit, pour le 40e anniversaire, Deng
Xiaoping a été relégué au second plan,
dans un événement qui a duré une dizaine de jours.
Les plus grandes peintures étaient
consacrées à l’actuel président Xi
Jinping… et à son père, Xi Zhongxun,
un ancien héros de la guérilla communiste, victime d’une purge sous Mao
Tsé-toung, puis réhabilité après la mort
de ce dernier. Sur la toile la plus imposante, le président est entouré par une
foule enthousiaste, tandis que, dans le
lointain, on distingue à peine une statue
évanescente du « petit timonier ». Tout
un symbole. Une autre œuvre représente Xi senior - qui, en réalité, a
contribué à la création de la « zone économique spéciale » de Shenzhen à la
demande de l’homme fort de l’époque en train d’indiquer sur une carte à un
Deng Xiaoping sagement assis et attentif où mettre en œuvre les réformes. La
même réécriture de l’histoire, visant à
minimiser le rôle de l’ancien leader et à
valoriser Xi Jinping – et son père – est à
l’œuvre dans un musée de Shenzhen, a
constaté le Wall Street Journal.
Le passé,
une matière malléable
Le message est on ne peut plus clair. La
célébration du début de la libéralisation
économique « est orchestrée pour servir
les intérêts de Xi Jinping et du Parti communiste chinois (PCC) aujourd’hui. Toute
autre interprétation est écartée ou interdite », explique Julian Gewirtz, chercheur à l’université de Harvard, qui
rappelle que les leaders chinois ont toujours traité le passé comme une matière
malléable.
Des affiches composées de dessins
représentant Xi Jinping et de certaines
de ses citations, en mars, sur un marché
de Pékin. ANDY WONG/AP/SIPA
Le maître de Pékin, qui affirme que la
Chine est entrée dans une « nouvelle
ère » et promet un futur radieux à son
pays, « revendique aussi une position
centrale dans l’histoire des réformes »
afin de renforcer son autorité, résume
cet expert. La propagande officielle a
« créé un mythe » autour de sa contribution à la transformation du pays,
poursuit Julian Gewirtz. Les journaux
d’État vantent la « success story » de Xi
Jinping dans la province du Fujian, où il
eut des responsabilités de 1985 à 2002.
« L’expérience de Jinjiang », du nom
d’une ville de la région, a ainsi été élevée au rang des théories à étudier et à
reproduire, alors qu’elle n’avait pas attiré autant d’attention lors de sa parution, en 2002. Cette doctrine « joue encore un rôle de guide aujourd’hui », a
insisté fin juillet Li Zhanshu, l’un des
sept membres du comité permanent du
politburo, lors d’une visite locale.
Pour Xi Jinping, la figure de Deng
Xiaoping, que le Parti avait érigé en icône, est par ailleurs probablement devenue moins utile, voire gênante. Et pour
cause : le numéro un chinois s’est éloigné d’une bonne partie de l’héritage du
« petit géant », qui avait voulu prémunir
le pays contre le retour d’un dictateur à
la Mao, en instaurant une direction plus
collective du Parti et un renouvellement
régulier à la tête du régime. Il prônait
également une attitude consistant à faire
profil bas à l’international. Autant de
principes que Xi Jinping a sérieusement
mis à mal, en obtenant notamment la
possibilité constitutionnelle de rester au
pouvoir à vie.
Désireux de consolider la légitimité
du PCC, « Oncle Xi » ne perd en revanche pas une occasion de raviver le mythe de l’époque révolutionnaire, en
s’inscrivant dans les pas de Mao, le fondateur de la République populaire. Mais
là encore, le passé est réinventé. « Dans
les manuels d’histoire, toute allusion aux
violences, destructions ou erreurs de la
Révolution culturelle a été effacée », relève Jean-Pierre Cabestan, sinologue à
l’université baptiste de Hongkong. En
Chine plus qu’ailleurs, l’histoire est loin
d’être une science exacte… ■
C. P.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 4 septembre 2018
SOCIÉTÉ
9
En Corse,
Charles Pieri
à nouveau
devant la justice
indépendantistes, organisateurs de
l’événement. Sauf qu’au moment de
monter sur scène, les trois hommes refusent la discussion. La cause de ce revirement ? La présence de Charles Pieri, habillé d’un tee-shirt floqué Deus
(Dieu), cadre de Corsica Libera, comme
meneur des débats…
« Système Pieri »
BASTIA
PROCÈS Son retour public parmi la famille nationaliste est loin d’être passé
inaperçu. Son procès, prévu ce mardi à
Bastia, devant le tribunal correctionnel
en est le symbole. Charles Pieri est accusé d’être le titulaire du compte Facebook qui a publié un message injurieux
envers la veuve du préfet Érignac, assassiné par un commando en 1998 à
Ajaccio. Le texte, publié le 6 février dernier, lors de l’hommage au préfet, compare Dominique Érignac aux femmes
françaises ayant collaboré avec les Allemands pendant la Seconde Guerre
mondiale. Une « mauvaise publicité »
dont se serait bien passé l’ensemble des
forces nationalistes. Quelques heures
après la publication, Gilles Simeoni, le
président de la collectivité de Corse
Charles Pieri lors d’une manifestation nationaliste à Ajaccio, en février 2018.
5 août dernier lors des Journées internationales de Corte, qui rassemblent les
indépendantistes de Corsica Libera et
les autonomistes de Femu a Corsica.
Moment de communion et de débats
politiques que les différents mouvements nationalistes renouvellent chaque année. Sauf que cette fois, le débat
prévu à la tribune ne se passe pas comme prévu. Jean-Christophe Angelini,
conseiller exécutif au sein de la collectivité de Corse (CDC), Jean-Félix Acquaviva, député de la 2e circonscription de
Haute-Corse et Gilles Simeoni, président de la CDC, tous membres de Femu
a Corsica sont invités à débattre par les
FORUM
avait condamné les propos : « Quel
qu’en soit l’auteur, le contenu de ce texte,
injurieux et profondément choquant, est
inacceptable. Il est contraire à ce que
nous sommes aux plans philosophiques,
éthiques et politiques. » Jean-Guy Talamoni, le président de l’Assemblée de
Corse, avait réagi en trois lignes : « Quel
qu’en soit l’auteur, je n’en partage évidemment pour ma part ni la forme ni la
teneur… » Les propos avaient même
suscité une réaction du président de la
République, Emmanuel Macron, à la
veille de son discours à Bastia, jugé très
ferme par la majorité nationaliste au
pouvoir. Charles Pieri risque un an de
prison et 45 000 euros d’amende.
Depuis sa sortie de prison en 2015, le
« vieux » est redevenu le centre des
discussions en Corse. Comme s’il avait
toujours été là. Quiconque suit la vie
politique insulaire a son avis sur la
question. Le dernier épisode date du
ANTOINE GIANNINI £@antoine giannini
PASCAL POCHARD-CASABIANCA/AFP
L’ex-chef présumé du FLNC est accusé
d’avoir tenu des propos injurieux envers
la veuve du préfet Érignac.
« Il y a une incompatibilité politique forte » avec Charles Pieri, se défend Gilles
Simeoni. Pour comprendre les raisons
de cette incompatibilité, il faut plonger
dans le passé de celui qui était considéré
comme l’ancien chef du FLNC (Front de
libération nationale de la Corse).
Condamné à cinq ans de prison par la
cour d’appel de Paris en 2001 pour association de malfaiteurs en lien avec une
entreprise terroriste, détention d’armes, de munitions et d’explosifs, il a
aussi écopé de huit ans de prison en
2006, devant la cour d’appel de Paris,
pour extorsions de fonds en lien avec
une entreprise terroriste. À l’époque,
les juges avaient parlé de « système Pieri », l’accusation avait même pointé « le
climat de peur et de soumission » que le
prévenu faisait régner dans l’île.
L’homme avait été reconnu coupable de
racket au préjudice de plusieurs sociétés pour financer le FLNC, son train de
vie et celui de ses proches. Avant ces
condamnations, l’indépendantiste avait
défrayé la chronique pour avoir survécu
à une tentative d’assassinat à l’explosif
sur le vieux port de Bastia en 1996, sur
fond de guerre entre nationalistes. Pour
les autonomistes, représentés par Gilles
Simeoni, celui qui se définit comme un
simple militant incarne, aujourd’hui les
dérives du mouvement. Malgré cette
gêne, le « vieux » multiplie les apparitions publiques depuis plusieurs mois.
Nommé en 2017 secrétaire national du
mouvement Corsica Libera, Charles
Pieri, âgé de 67 ans, n’est pas prêt à
prendre sa retraite. ■
Mort de Clément Méric : trois skinheads aux assises
En 2013, l’étudiant de 18 ans avait succombé sous les coups d’un groupe d’extrême droite dans un affrontement au cœur de Paris.
JUSTICE Rixe tragique ou guet-apens
politique ? Cinq ans après la mort de
Clément Méric, 18 ans, qui n’a pas survécu aux coups reçus lors d’un affrontement avec des skinheads, les jurés de
la cour d’assises de Paris vont devoir
trancher.
Le 5 juin 2013, dans le quartier des
grands magasins, deux groupes rivaux
se retrouvent face à face, en marge des
ventes privées d’une marque de vêtements prisée par les uns et les autres.
Cinq militants d’extrême gauche « Antifa », dont la victime, autant de militants d’extrême droite proches du
mouvement Troisième Voie, dirigé par
un certain Serge Ayoub et dissous depuis. Dans la foulée, le gouvernement
socialiste de l’époque obtiendra la dis-
28 ans, ancien agent de sécurité, poursuivi pour le délit de violences volontaires non mortelles, passible de cinq
ans de prison.
L’instruction n’a pas permis d’établir
de manière irréfragable qu’Esteban
Murillo - qui a reconnu avoir frappé
Clément Méric à mains nues - avait fait
usage d’un poing américain, bien que
“
Ce n’est pas une bagarre,
c’est une agression
”
L’AVOCATE DE LA FAMILLE MÉRIC
deux de ces dangereux accessoires de
combat aient été découverts chez lui en
perquisition. Le rôle exact de Samuel
Dufour n’a pas non plus été déterminé,
ce dernier s’étant targué, dans un SMS,
d’avoir utilisé un poing américain, tout
en affirmant à la police n’avoir pas
frappé la victime.De même, l’autopsie
de la victime, étudiant de constitution
fragile, qui se remettait d’un traitement
contre la leucémie, n’a pas indiscutablement prouvé qu’il avait été frappé
avec une arme - les experts divergent
sur ce point capital. Une chose est certaine : la mort de Clément Méric est
consécutive à « des traumatismes crâniaux-cérébraux à l’origine d’une hémorragie méningée (œdème cérébral) ».
Celle-ci a pour origine « une multiplicité
de coups portés au visage », le décès ne
pouvant s’expliquer par la chute du
jeune homme.
La défense devrait plaider le
concours de circonstances, d’autant
que, selon le témoignage « formel »
d’un agent de sécurité, Émir Ahmed F.,
« les skinheads ne voulaient pas l’affrontement et ne cherchaient pas la bagarre ». Selon lui, c’est l’un des militants
« Antifa », surnommé « le boxeur » car
Les lycées de Défense entament leur mue
En déplacement au Prytanée militaire de La Flèche, la secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées
a annoncé une enveloppe de 100 millions d’euros pour rénover ces prestigieux établissements.
LOUIS HEIDSIECK £@louisheidsieck
ÉDUCATION L’heure est aux grands
chambardements pour les six lycées de la
Défense. Lundi matin, devant les bâtiments séculaires du Prytanée national
militaire, le fameux lycée militaire de La
Flèche, la secrétaire d’État auprès de la
ministre des Armées Geneviève Darrieussecq a présenté son « plan lycées », avec
trois priorités: rénover les bâtiments,
ouvrir des formations professionnelles
plus adaptées aux nouveaux métiers de la
Défense et travailler à un règlement commun pour tous ces établissements. La surveillance accrue du bizutage et des dérapages sexistes, après les cas avérés de
harcèlements sexuels en classe préparatoire à Saint-Cyr, fera également l’objet
de toutes les attentions. L’objectif est de
redonner leurs lettres de noblesse à ces six
lycées séculaires, composés à 70 % d’enfants de militaires, qui proposent des internats « longue durée » où les élèves
peuvent rester le week-end.
EUGÉNIE RAGOT/LE FIGARO
ENVOYÉ SPÉCIAL À LA FLÈCHE (SARTHE)
Geneviève Darrieussecq, lundi, au
Prytanée national militaire de La Flèche.
« D’ici à 2025, nous allons mettre
100 millions d’euros sur la table pour rénover les bâtiments de ces lycées », a annoncé
la secrétaire d’État. Saint-Cyr et La Flèche
mobiliseront le plus de moyens. Les premiers travaux ont déjà eu lieu cet été du
côté du Prytanée, où les bâtiments nécessiteront plus de 50 millions d’euros de rénovation. Un chiffre record, même si
Guy-Michel Chauveau, le maire PS de La
Flèche qui en est à son cinquième mandat,
reconnaît avec malice que « le bâtiment
est en travaux permanents depuis le début
de (son) premier mandat ».
À côté du volet rénovation, la formation va aussi évoluer. « Nous devons nous
rapprocher des nouveaux métiers de la Défense et allons développer des BTS en cyberdéfense à Saint-Cyr et en mécatronique
(discipline alliant la mécanique, l’électronique et l’informatique, NDLR) à Toulon », a encore précisé Geneviève Darrieussecq, avant d’annoncer qu’un
règlement commun à tous les établissements allait bientôt être mis en place. Parallèlement, un autre pan des réformes à
venir vise à limiter le machisme et le bizutage dans les classes préparatoires, mis en
lumière dans une enquête de Libération
fin mars. « Nous voulons que l’encadrement soit plus féminisé, explique Geneviè-
ve Darrieussecq au Figaro. Afin que cela
corresponde davantage à la mixité qui
existe dans les classes. » La secrétaire
d’État précise aussi ne pas être contre « la
transmission des traditions », qui n’est
« pas un gros mot ». Mais elle exige que
« ces activités soient connues de la hiérarchie et toujours encadrées ». « Tout débordement sera plus sévèrement puni, poursuit-elle. Nous ferons attention à ce qu’un
élève exclu d’un lycée de Défense ne puisse
plus s’inscrire dans un autre. » Enfin, les
classes prépas ne seront plus organisées
en fonction des « corniches », les spécialités que choisissent les élèves pour les
différents concours (navale, armée de
l’air…), qui « créent des castes au sein des
classes préparatoires ». Le colonel Nachez, qui commande le Prytanée depuis
2016, supplie de ne pas « mettre les grosses pancartes du harcèlement sexuel partout » même si lui et son proviseur font
tout pour limiter ces cas qu’il dit minoritaires. Depuis deux ans, il a fait renvoyer
quatre élèves pour des comportements
déplacés - intrusion dans le dortoir des
filles - assimilables à du « bizutage ». ■
il avait des gants de boxe dans son sac,
qui « incitait les autres à attendre les
skinheads ». Émir Ahmed F. estime que
« si le boxeur ne l’avait pas incité à se
battre, le jeune [Clément Méric] serait
encore en vie ».
Malheureusement, Clément Méric est
mort, et il est devenu malgré lui un
symbole. Pour l’avocate de sa famille,
citée par l’agence Reuters : « Ce n’est
pas une bagarre, c’est une agression. »
« Clément est mort parce qu’il a refusé
de baisser les yeux », soutient pour sa
part le groupe Action antifasciste ParisBanlieue dans lequel il militait. Il dit
vouloir aussi faire de ce procès un
« moment de vérité » sur la « fascisation
des institutions ».
L’atmosphère s’annonce donc tendue aux abords de la cour d’assises de
Paris, les militants de gauche étant appelés à venir soutenir la partie civile.
Verdict attendu le 14 septembre. ■
EN BREF
Un mort dans une fusillade
à Martigues
Un homme d’une trentaine
d’années a été tué lundi
de plusieurs balles à l’entrée
de l’hôpital de Martigues
(Bouches-du-Rhône). La victime
a été atteinte par plusieurs
projectiles d’arme automatique.
Grégory : la garde à vue
de Bolle en 1984 au menu
de la Cour de cassation
La Cour de cassation examine
mardi une question prioritaire de
constitutionnalité (QPC) déposée
par Murielle Bolle, personnage
clé de l’affaire Grégory, qui a vu
sa mise en examen annulée
et conteste désormais la validité
de sa garde à vue de 1984 dans
ce feuilleton judiciaire vieux
de trois décennies.
Sangliers : un comité
de lutte contre
les dégâts causés
Le gouvernement a annoncé
lundi la création d’un comité
de lutte contre les dégâts causés
par du gibier, notamment des
sangliers, quelques jours après
les critiques de la présidente
de la FNSEA, Christiane Lambert.
A
solution de deux autres groupuscules de
la même mouvance xénophobe et homophobe, les Jeunesses nationalistes
révolutionnaires et l’Œuvre française.
L’enquête s’oriente, initialement,
vers l’acte volontaire de l’un des skinheads, soupçonné d’avoir porté le coup
fatal à l’aide d’un poing américain : Esteban Murillo, agent de sécurité, âgé
aujourd’hui de 25 ans. Le parquet requiert sa mise en examen pour meurtre.
Mais le juge qualifie les faits en « violences volontaires ayant entraîné la
mort sans intention de la donner »,
commises en réunion et avec usage ou
menace d’une arme. Un crime passible,
du fait de ces deux circonstances aggravantes, de vingt années de réclusion.
À ses côtés, deux individus comparaissent : Samuel Dufour, 25 ans, boulanger, qui, considéré comme coauteur,
répond également de violences volontaires mortelles, et Alexandre Eyraud,
STÉPHANE DURAND-SOUFFLAND
sdurandsouffland@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
Saint-Martin peine à se remettre d’Irma
Un an après, l’île des Caraïbes porte encore les stigmates du passage dévastateur de l’ouragan.
ENVOYÉE SPÉCIALE À SAINT-MARTN
d’une agence immobilière de Marigot.
Elle raconte : « Vivre ici, ce n’est pas toujours facile avec ce paysage dévasté sous les
yeux en permanence. »
La crainte du retour d’un cyclone
Difficile, pourtant, d’appréhender l’exacte situation de Saint-Martin : l’été, basse
saison touristique, est aussi l’occasion de
fermer boutique pour vacances, travaux,
ou définitivement. Alors Marigot, ou
même Grand Case, haut lieu de la gastronomie de Saint-Martin, sont un peu mor-
nes en ce début du mois de septembre. Il
se murmure que la partie hollandaise est
plus dynamique. À la simple visite, ce
n’est pas si flagrant. La grande crainte des
habitants, c’est le retour d’un cyclone.
Depuis quelques jours, les Saint-Martinois ont les yeux rivés sur Florence, une
tempête tropicale qui pourrait forcir. Peu
de risque que sa trajectoire vienne heurter
l’île meurtrie. Mais tout de même, Florence ravive des souvenirs pas si lointains : l’an dernier, tout avait commencé
de cette façon. ■
MERCREDI 5 SEPTEMBRE
MA
RQUABLE
85
PTIONNEL
CE
90
AMANDINE ASCENSIO/LE FIGARO
RE
TERRITOIRE « La voiture est un peu cyclonée encore, mais bon, elle a des vitres »,
sourit l’employée de l’agence de location
automobile à l’aéroport de Grand Case, a
Saint-Martin. Elle se justifie : « C’est compliqué de faire réparer les véhicules : il n’y a
pas assez de garages pour la totalité des
voitures à remettre en état. » L’échange
est symptomatique de la situation de
Saint-Martin, ravagée en septembre 2017
par Irma, le cyclone le plus puissant de
l’histoire des ouragans de l’Atlantique.
Depuis, le moral des habitants éprouvés
par la catastrophe oscille entre détermination et lassitude. En sillonnant les routes de la partie française de cette île des
Caraïbes, les stigmates d’Irma sont encore
là. Des toits sont toujours arrachés, bâchés ou en chantier. Des maisons portent
les traces de l’explosion des murs sous la
Fnes-FSU menaçait encore de perturber
la rentrée prévue ce mardi. Dans les établissements du secondaire, les travaux
ont pris du retard. « Il manque encore 6
classes mobiles (sur 10, NDLR), mais ça
n’empêchera pas la rentrée de se tenir »,
souligne Mostafa Fourar, le recteur d’académie de Guadeloupe venu accueillir les
nouveaux enseignants, dont la principale
difficulté reste de trouver un logement :
les prix s’envolent. « J’ai vu du personnel
hospitalier interrompre un contrat faute de
logement », indique Sidi Lawen, salariée
pression des vents, et les fenêtres des immeubles sont encore scotchées. À Quartier d’Orléans, l’un des plus pauvres de la
partie française, certaines personnes vivent toujours dans des immeubles éventrés ou dans les tentes données par les
ONG. Le plus souvent, les maisons ont été
rafistolées. Alors les tentes servent de débarras. Sans assurance, souvent sans emploi, ou alors non déclarés, pour les habitants il reste compliqué d’actionner les
leviers légaux pour améliorer sa situation.
Alors ils pratiquent l’autoconstruction et,
faisant fi des normes de sécurité, tâchent
de reprendre leur vie de tous les jours.
Les « lolos » ont rouvert depuis longtemps. On s’y arrête pour discuter, boire
un verre. Irma monopolise les conversations. Les galères qui ont suivi, le traumatisme, ceux qui sont partis, ceux qui sont
restés, les réparations qui tardent. On se
remémore la chaotique rentrée 2017. Cette année, tous les élèves devaient être accueillis, mais, lundi, un appel à la grève du
EX
AMANDINE ASCENSIO £@Aascensio
Des toitures encore sommaires dans le quartier d’Orléans, à Saint-Martin, en août.
Le rapport qui dénonce
la gestion du territoire
ANGÉLIQUE NÉGRONI anegroni@lefigaro.fr
EN UNE CENTAINE de pages, le rapport
de la chambre territoriale des comptes,
qui vient d’être rendu public, étrille la
collectivité de Saint-Martin, qui gère l’île.
Il pointe le fait que, en plus de devoir gérer
l’après-Irma, elle doit procéder à une série de réformes incontournables.
Passant en revue l’organisation de ses
services et les résultats de sa politique
dans de nombreux domaines qui lui incombent, les juges ont balayé la période
de 2007 à 2016, juste avant la prise de
fonction de Daniel Gibbs (LR). Élu président du conseil territorial en mars 2017, ce
dernier est le nouvel homme fort de cette
collectivité qui, en 2007, a récupéré nombre de compétences jusqu’alors dévolues
à l’État mais aussi à d’autres collectivités.
Ils relèvent que la collectivité ne s’est pas
donné les moyens d’assumer son rôle. Sur
fond « d’irrégularités » en matière statutaire et de rémunération, la cour parle de
retard, de défaillance ou de recrutement
d’agents peu qualifiés. Alors que le tourisme est le secteur sur lequel repose l’économie de l’île, les juges reprochent à la collectivité de ne pas avoir pris la mesure de sa
compétence dans ce domaine et plus généralement de ne pas s’être emparée de la
question du développement économique.
Le rapport signale encore que la collectivité méconnaît sa situation patrimoniale en
l’absence « d’inventaire convenablement
suivi ». Faute d’outils efficaces, la collectivité se prive de rentrées d’argent. Évoquant sa situation financière fragile mais
qui s’est néanmoins améliorée au fil des
ans, le rapport note que les recettes reposent à plus de 80 % sur la fiscalité. Or ajoutent-ils, « la fiscalité directe est incertaine
car mal contrôlée et mal recouvrée ».
La chambre s’attarde sur l’un des fléaux
qui sévit sur ce territoire : la fraude aux
prestations sociales. Sans mesure efficace
prise par la collectivité, elle a pris une telle
ampleur qu’elle s’est « institutionnalisée ». Le RSA fait notamment l’objet
d’abus à Saint-Martin, mais aussi sur la
partie néerlandaise de l’île. En bénéficiant
du statut de ressortissants de l’Union
européenne ou d’une double nationalité,
certains de ses habitants « s’installent
sans formalité dans la partie française pour
y percevoir les prestations sociales, notamment le RSA ». Travaillant dans la partie
néerlandaise, ils se déclarent sans revenus
côté français. Le rapport s’attarde aussi
sur cet urbanisme galopant et non
contrôlé que l’ouragan a mis à terre. En
2015, le plan local d’urbanisme (PLU)
n’avait pas été voté, rappellent les magistrats, « laissant, de fait, perdurer, les errements antérieurs dominés par la loi du plus
fort ». Interrogé sur ce rapport, Daniel
Gibbs indique que des réformes, retardées
par l’ouragan, sont prévues afin de redresser la situation. « J’entame notamment une réforme fiscale », dit-il en faisant valoir diverses avancées. ■
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Philippe Gustin : « Seuls 40 % des gens étaient assurés »
LE FIGARO. - Comment se passe
la rentrée scolaire ?
Philippe GUSTIN. - Dans le premier degré, elle se déroule normalement.
Même si deux écoles ont été détruites,
tous les enfants sont pris en charge
dans des établissements remis en état.
Concernant le secondaire, c’est plus
compliqué. Pour accueillir tous les élèves, il nous faut attendre l’arrivée de
modulaires en septembre.
Qu’est-ce qui freine à Saint-Martin,
où la reconstruction est plus lente
qu’à Saint-Barthélemy ?
Saint-Barthélemy a été beaucoup moins
impacté, et ses hôtels, qui étaient bien
assurés, ont pu mobiliser leurs ressources propres et lancer sans tarder les travaux. À Saint-Martin, les gens n’avaient
pas forcément la trésorerie suffisante.
Avec des liaisons endommagées et des
difficultés de logements, les experts
d’assurance ont aussi tardé à venir,
alors que le travail était colossal. On estime à 2 milliards l’indemnisation qui
devra être versée sur les deux îles. Irma
est à l’origine de la plus grosse catastrophe naturelle des vingt dernières an-
nées. Mais ces deux îles ont aussi rencontré des difficultés communes.
Manquant de spécialistes pour suivre
des chantiers importants, elles se sont
“
AFP
Philippe Gustin, délégué interministériel pour la reconstruction des îles de
Saint-Barthélemy et de Saint-Martin,
est depuis mai dernier préfet de Guadeloupe.
€
On estime
à 2 milliards
l’indemnisation qui
devra être versée
sur les deux îles
”
PHILIPPE GUSTIN, PRÉFET DE GUADELOUPE
heurtées à des problèmes d’approvisionnement car le port principal a été
lourdement endommagé. Concernant le
parc privé, 40 % du bâti est aujourd’hui
réparé à Saint-Martin. Les travaux ont
été aussi ralentis par le souci des propriétaires de vouloir reconstruire autrement en tirant les leçons de l’ouragan.
À Saint-Martin, le défaut d’assurance
important a-t-il été un autre frein ?
C’est évident. Seuls 40 % des gens
étaient assurés. Certains ont alors tout
perdu. L’État leur a apporté une aide
d’urgence. Mais certains également
n’avaient pas de permis de construire.
On estime à 700 le nombre de personnes qui sont dans une situation de
grande précarité. Certaines logent encore aujourd’hui dans des tentes.
L’île est-elle mieux armée
face au risque cyclonique ?
Aujourd’hui, 1 700 places d’abri sont
disponibles. La situation n’est pas
optimale, mais l’île de Saint-Martin
est capable de faire face à un cyclone
de force normale. La collectivité a par
ailleurs élaboré un règlement provisoire d’urbanisme qui tient compte
de la nouvelle carte de submersion
marine faite par l’État après Irma.
Elle a aussi mis en place une police de
l’urbanisme et de la construction
avec cinq agents. C’est un changement radical de philosophie sur ce
territoire. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR A. N.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 4 septembre 2018
SCIENCES
11
Médicaments : comment
restaurer la confiance
DAMIEN MASCRET £@dmascret
SANTÉ Le 29 novembre dernier, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, mettait
en place une mission « pour améliorer
l’information des patients et des profes-
sionnels de santé sur les médicaments ».
Une réponse à « l’affaire Levothyrox »,
au cours de laquelle les autorités de santé n’avaient su ni anticiper ni gérer la
crise due au changement de formulation du médicament. La mission, présidée par le Dr Gérald Kierzek (urgentiste
et journaliste) et Magali Leo (association
Renaloo), qui a rendu lundi ses propositions, veut promouvoir une véritable
transparence. La ministre de la Santé a
réagi positivement au rapport : « J’ai
toujours considéré que l’accès à l’information est un droit essentiel du patient. »
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Le rapport préconise de mieux prendre en compte les avis des patients et associations.
Elle n’a, en revanche, pas donné de calendrier précis pour la suite.
sur un seul site ne saurait être suffisant, il
faut d’abord que l’information soit juste. »
Le rapport Kierzek-Leo met d’emblée les
pieds dans le plat en soulignant « le biais
techniciste » de l’information dans la crise du Levothyrox. L’Agence du médicament (ANSM) ayant opté pour une communication centrée sur « la meilleure
stabilité » de la nouvelle formulation, au
lieu d’analyser et de répondre aux effets
indésirables rapportés par les malades.
« Le système traditionnel est trop rigide et
lent », concluent Kierzek et Leo.
« L’ANSM n’a pas encore compris qu’il
fallait faire de la communication et pas
seulement de l’information », ajoute Gérard Raymond, président de la Fédération française des diabétiques. Il le faudra
bien car le ministère de la Santé a d’ores
et déjà annoncé son intention de « confier
la communication d’urgence en cas d’alerte portant sur un médicament à l’ANSM» .
Le ministère compte aussi sur les nouvelles technologies pour « repérer des signaux faibles d’alerte en dehors du système de pharmacovigilance ». La mission
s’est aussi étonnée que les autorités de
santé ne disposent pas, en 2018, d’un
outil rapide opérationnel pour alerter
l’ensemble des professionnels de santé en
cas de problème majeur. Mais, au-delà
des situations de crise, c’est toute l’information sur le médicament qui est à revoir
pour Kierzek et Leo (lire encadré ci-dessous). Le ministère de la Santé a annoncé
son intention de « mettre en place une
source unique d’information sur le médicament en s’appuyant sur sante.fr », mais
Patrick Baudru, administrateur de l’association Épilepsie France, est sceptique.
« Les RCP (résumés des caractéristiques
du produit) de chaque médicament sont
gigantesques, cela dépasse souvent les
100 pages par médicament si on prend la
documentation complète : aucun médecin
ne peut tout connaître, même sur une classe de médicaments donnée, explique-t-il.
Et agréger des informations incomplètes
Évidemment, le rapport insiste sur la nécessité de donner aux citoyens un
meilleur accès aux données, ce qui passe
par une structuration qui la rende intelligible. Un point crucial pour Emmanuel
Jammes de la Ligue contre le cancer :
« Quelles informations veut-on mettre en
transparence ? se demande-t-il. Si c’est
pour se retrancher une fois de plus derrière
le secret des négociations et des affaires et
aboutir à ces rapports entièrement biffés
de la commission de transparence de la
Haute Autorité de santé, ça ne sert à
rien. » Même inquiétude devant la proposition de faire entrer un représentant
des patients au CEPS (le comité économique des produits de santé, qui négocie
les prix avec les laboratoires), qui serait
« dans tous les cas tenu comme les autres
membres au respect des secrets protégés
par la loi ». Pour Emmanuel Jammes,
« Hors de question de participer à un système dont nous dénonçons l’opacité si
c’est pour perdre sa voix ! ».
informations
u Des
plus intelligibles
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Après la crise du Levothyrox, un rapport donne des pistes
pour améliorer l’information sur les médicaments.
SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
u Renforcer
la transparence
confiance
u Faire
aux associations
Le principal intérêt du rapport KierzekLeo n’est pas tant dans la série de mesures techniques proposées. Non, le plus
important dans ce rapport est la révolution des mentalités qui sous-tendent les
mesures proposées : faire confiance aux
patients. On en est loin aujourd’hui. Leur
faire confiance lorsqu’ils font remonter
des informations, même si celles-ci
semblent incohérentes. Leur faire confiance aussi pour être des acteurs impliqués du système à tous les échelons.
« Nous sommes prêts à travailler en amont
avec les industriels du médicament et les
institutions », explique Gérard Raymond.
Enfin, donner aux associations les
moyens financiers de se former à la vie
du médicament et de communiquer, à
leur façon, auprès de la population. ■
Le droit des patients d’être informés
génère un flux ininterrompu d’informations
Trop d’infos, tue l’info ! C’est l’un
des paradoxes pointé par le Dr Gérald
Kierzek et Magali Leo dans
leur rapport. Ils soulignent un effet
imprévu du renforcement
de l’obligation d’information
sur le médicament qui s’est imposé
au fil des années, notamment
avec la loi du 4 mars 2002 relative
aux droits des malades. Cela aboutit
à un tel flux en provenance
des industriels du médicament
et des autorités de santé que
des informations importantes
peuvent être noyées dans la masse.
Le Code de la santé publique laisse
peu de marge (article L. 1111-2) :
« Toute personne a le droit d’être
informée sur son état de santé. Cette
information porte sur les différents
traitements, investigations ou actions
de prévention qui sont proposés, leur
utilité, leur urgence éventuelle, leurs
conséquences, les risques fréquents
ou graves normalement prévisibles
qu’ils comportent ainsi que sur
les autres solutions possibles et sur
les conséquences prévisibles en cas
de refus. » Et le devoir d’informer
s’applique même après les actes :
si des risques nouveaux sont
identifiés, « la personne concernée
doit en être informée, sauf en cas
d’impossibilité de la retrouver ». D. M.
Des drones « bio-inspirés » passent partout
Des perruches, des poissons, des crocodiles et des mouches ont permis d’élaborer des engins originaux pour des missions ciblées.
INDUSTRIE S’inspirer du vol des oiseaux,
notamment de celui des perruches qui
rapprochent leurs ailes pour franchir des
obstacles : telle a été l’idée de chercheurs
de l’Institut des sciences du mouvement,
du CNRS et de l’université Aix-Marseille,
pour concevoir un drone qui modifie sa
forme en plein vol. Avant de passer un
obstacle, l’engin replie ses deux « bras »
et ses quatre rotors se trouvent alignés.
Avec cette transformation, le drone réduit son envergure et emprunte des passages étroits. Une fois l’obstacle franchi,
chacun des deux « bras » tourne à angle
droit. Et le vol est mieux stabilisé.
« La bio-inspiration permet d’envisager
des drones qui rampent comme un crocodile, nagent comme un poisson ou volent
dans les airs à la manière d’un oiseau »,
explique le Dr Jan Kerschgens, responsable de transferts technologiques à l’École
polytechnique fédérale de Lausanne
(EPFL). Une des entreprises essaimées
par l’EPFL s’est inspirée du vol d’un insecte pour concevoir un drone qui résiste
aux collisions. Une mouche ne conti-
nue-t-elle pas son vol après avoir percuté
un obstacle ? L’idée a donc été de concevoir une sorte de cage, en fibres de carbone. Elle a la forme d’un ballon évidé qui
tourne librement autour du drone. Cette
protection absorbe les chocs et permet de
conserver le centre de gravité de l’engin
au milieu du dispositif. Il peut ainsi « emprunter des trous d’homme de 40 cm de
diamètre », explique Patrick Thévoz, cofondateur de Flyability.
Cet engin est très prisé sur le marché
naissant des « drones d’intérieur ». L’in-
dustrie pétrolière, gazière et les armateurs l’utilisent pour « visiter » les cales
d’un bateau ou l’intérieur d’une barge ou
des citernes. Son prix unitaire (22 000
euros) en fait un équipement professionnel, même s’il ressemble à un jouet. « Notre plus grosse commande a été passée par
un fabricant de centrales nucléaires aux
États-Unis pour quinze acquis d’un coup »,
complète Patrick Thévoz.
Équipé d’un flash, d’une caméra optique
et thermique, le drone est utilisé dans des
salles radioactives pour observer l’intérieur
de gros équipements, comme les générateurs de vapeur et vérifier qu’il n’y a pas de
fissures ! Ce drone a été également retenu
pour voir à l’intérieur des pales d’éoliennes, lors d’opérations de maintenance.
Par ailleurs, des forces de sécurité de
sept pays, dont le Raid en France, ont acquis chacune au moins deux drones de
l’entreprise helvétique. Les policiers l’utilisent pour avoir une vue d’ensemble d’un
terrain d’opérations et préparer l’intervention lors d’une prise d’otages. ■
M. C.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
12
SPORT
Une rentrée entre plaisir et sourires pour les Bleus
Les champions du monde ont effectué leur retour à Clairefontaine, lundi, en vue des rencontres face à l’Allemagne et les Pays-Bas.
BAPTISTE DESPREZ £@Batdesprez
FOOTBALL La rentrée des classes ne se limite pas qu’aux enfants ou aux adolescents. Avec la dose de trac qui diffère selon
l’âge. Preuve en est du retour des champions du monde à Clairefontaine, lundi,
un peu plus d’un mois après leur sacre
planétaire décroché le 15 juillet dernier à
Moscou. Dans la joie et la bonne humeur,
les hommes de Didier Deschamps n’ont
pas boudé leur plaisir à l’idée de se retrou-
ver au château en prévision des rencontres face à l’Allemagne jeudi (20 h 45) à
Munich et contre les Pays-Bas dimanche
(20 h 45) au Stade de France dans le cadre
de la (nouvelle) Ligue des nations.
Deux affiches alléchantes
Une compétition new-look imaginée par
Michel Platini, et qui s’avère, à peu de
chose près, une façon déguisée d’organiser des matchs amicaux de haute volée
entre les grands du Vieux Continent. Ce
qui a au moins le mérite d’offrir deux affi-
ches alléchantes aux suiveurs des tout
nouveaux champions du monde. « Ce ne
sera pas aussi excitant et palpitant qu’une
finale de Coupe du monde, mais ça reste de
beaux rendez-vous pour une rentrée »,
temporise Didier Deschamps, tout heureux de retrouver ses troupes et pas le
dernier à s’offrir des accolades avec cette
« génération affective » comme il la qualifiait dans nos colonnes lundi.
Titre suprême oblige, tout a été pensé à
Clairefontaine pour accueillir les Bleus
dans les meilleures conditions. Tee-shirts
et maillots avec les deux étoiles distribués
aux joueurs, grande bâche bleue accolée
au mur du château avec un message explicite (« Bienvenue à nos champions »)…
Pour une réussite totale au regard des retrouvailles chaleureuses entre vingtdeux des vingt-trois sacrés de juillet.
Hugo Lloris, touché à la cuisse, avait
quand même fait le déplacement jusque
dans les Yvelines pour faire constater sa
blessure et son forfait, signe d’un plaisir
non-feint. Ce qui au passage offrira à
Benjamin Lecomte (27 ans, 0 sélection),
le portier de Montpellier, sa première venue en équipe de France et à Alphonse
Areola, sa première titularisation contre
les Allemands, jeudi (Steve Mandanda,
absent, a été remplacé par Benoît Costil).
« Il y a un côté festif de se revoir tous, admet « DD », muscle saillant dans son teeshirt aux deux étoiles. Faisons en sorte que
cela reste agréable avec les deux matchs à
venir. » L’homme fort des Bleus, qui n’a
pas envie de tourner trop vite la page russe, déteste toujours autant la défaite.
Chassez le naturel… ■
Del Potro prêt à redevenir
le roi de New York
Opposé ce mardi à John Isner en quart de finale, l’Argentin rêve
de s’imposer, de nouveau, à l’US Open, neuf ans après son sacre.
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
TENNIS « L’US Open est mon tournoi préféré et j’ai toujours de grandes attentes
ici. » Porté par la forte communauté argentine de New York, Juan-Martin del
Potro évolue presque à domicile à
Flushing Meadows. « Ici, c’est chez
moi », avait-il d’ailleurs déclaré au public
après son succès contre Roger Federer en
quart de finale la saison dernière. Face au
« vrai » local, l’Américain John Isner, les
« oléééééé, olé, olé, olééé, Del Poooo, Del
Poooo!» vont encore résonner ce mardi
sur le court Arthur-Ashe.
L’actuel troisième mondial, qui n’a encore pas concédé la moindre manche depuis le début de sa quinzaine, dispute son
sixième quart de finale à l’US Open. C’est
sur les courts de Big Apple que le jeune Del
Potro, alors âgé de 19 ans, a remporté, à ce
jour, son unique tournoi du Grand Chelem.
En septembre 2009, il terrassait en finale le
maître Roger Federer, alors dans son jardin
new-yorkais (5 titres de 2004 à 2008) à
l’issue d’un combat en cinq sets de plus de
quatre heures. En demi-finale, Del Potro
avait eu raison d’un certain Rafael Nadal.
L’exploit était de taille. Vaincre les deux légendes du tennis lors d’un même tournoi.
S’appuyant sur son coup droit à plat dévastateur et un service destructeur, « Delpo » avançait en rouleau compresseur vers
les sommets. Avant d’être terrassé par les
blessures, avec pas moins de trois opérations au poignet entre 2010 et 2015. Ces
blessures récurrentes ont même bien failli
écourter sa carrière. Il n’avait ainsi disputé
que 14 matchs seulement entre 2014
et 2015 et de sérieux doutes subsistaient
sur son avenir tennistique.
Après son élimination par Stan
Wawrinka en quart de finale en 2016, touché par l’engouement populaire qu’il suscitait, le géant de 1,98 m avait quitté le
court central en larmes pour son grand retour à Flushing Meadows après trois ans
d’absence. Alors 142e mondial, il avait bénéficié d’une invitation de la part des organisateurs, lui qui sortait de deux saisons
presque blanches. 2016 a marqué sa renaissance avec l’un des come-back les plus
retentissants de l’histoire de son sport.
1 045e joueur mondial le 8 février 2016, Del
Potro avait terminé l’année au 38e rang
après avoir notamment décroché la médaille d’argent des Jeux olympiques et gagné la Coupe Davis (après quatre ans d’absence). En 2017, la « Tour de Tandil » - sa
ville natale, à 360 kilomètres de Buenos
Aires - a confirmé son retour au plus haut
niveau en terminant l’année aux portes du
top 10. Épargné (enfin) par les blessures, il
joue en 2018, à 29 ans, l’un des meilleurs
tennis de sa carrière. II s’est imposé fin février à Acapulco et a, surtout, décroché
son premier titre en Masters 1000 à Indian
Wells en mars denier, barrant la route, une
nouvelle fois, à la légende Federer.
Finaliste à Miami, demi-finaliste à Roland-Garros pour la première fois depuis
2009, quart de finaliste à Wimbledon,
l’Argentin a grimpé sur le podium au cœur
du mois d’août. Son meilleur classement à
ce jour : «Maintenant, je me sens bien. Parfois, je dois faire face à une douleur au poignet, ce qui est assez normal après toutes
mes chirurgies. Je dois juste prendre soin de
moi quand ces douleurs arrivent, sinon il n’y
a aucun problème. Ma confiance est à un niveau élevé, mais je sais que je peux encore
mieux jouer. » Prêt à redevenir le roi de
New York, neuf ans plus tard. ■
Rafael Nadal toujours debout
Secoué par le Russe Karen Khachanov
lors du 3e tour durant 4 sets et 4 h 23,
Rafael Nadal avait été strappé
à deux reprises au genou droit
et l’inquiétude planait sur son intégrité
physique avant son 8e de finale
contre le Géorgien Nikoloz Basilashvili
(37e joueur mondial). L’Espagnol,
tenant du titre à New York, a tout
au long d’un match accroché évolué
sans bandage et sans gêne, avant
d’empocher la qualification 6-3, 6-3,
6-7 (6/8), 6-4. Sur la route
du numéro 1 mondial se pose
maintenant l’Autrichien Dominic Thiem
(n° 9) qui a dominé le Sud-Africain
Kevin Anderson 7-5, 6-2, 7-6 (7/2).
Dans le tableau féminin, l’Américaine
Sloane Stephens, la lauréate sortante,
s’est qualifiée pour les quarts de finale
en muselant la Belge Elise Mertens
(15e) 6-3, 6-3. Elle a rendez-vous
avec la Lettonne Anastasija
Sevastova (18e).
Juan Martin del Potro, qui a dominé le Croate Borna Coric en 8e de finale de l’US Open,
défiera l’Américain John Isner, mardi en quart de finale. EDUARDO MUNOZ ALVAREZ/AFP
EN BREF
Alan Roberts, le patient anglais
Ultra trail : Thévenard
dans la légende de l’UTMB
Le Britannique, 5e de la 1re étape, rêve de gagner la Solitaire Urgo Le Figaro et de disputer le Vendée Globe.
Sur le deuxième tronçon, vers la Ria de
Muros-Noia, il était encore dans le
groupe de tête lundi après-midi à l’approche de l’entrée du golfe de Gascogne : « Après tous les milles proches des
cailloux en Manche, nous allons enfin vers
le large, plus libres, avec des sensations
différentes, avec du vent portant et de la
vitesse », confiait-il.
SERGE MESSAGER smessager@lefigaro.fr
A
À BORD DU BATEAU DE LA DIRECTION DE COURSE
VOILE Son français est aujourd’hui
« fluent », son sourire toujours permanent, son toucher de barre éminemment
efficient. En débarquant en Bretagne il y
a de cela quatre ans, Alan Roberts (Seacat Services) ne parlait pas un traître mot
de la langue de Molière. Un Grand-Breton baragouinant. Mais, quand on
connaît le langage de la mer, tout devient possible plus aisément. Et le sujet
de Sa Gracieuse Majesté a su s’imposer la
même discipline dans son apprentissage
de la course en solitaire. Un concept interlope de par chez lui. « À mon arrivée,
je ne savais rien de la France. Suivre une
conversation était très difficile. Depuis, je
comprends même l’argot et tous les termes techniques de la voile. L’hiver prochain, je pense même prendre des cours
avec un professeur. Quant à la façon de
naviguer, c’est une école permanente.
Tous les grands favoris de cette Solitaire
Urgo Le Figaro apprennent encore tous
les jours », explique le jeune homme de
28 ans, coaché par Yann Eliès, l’un des
rares triples vainqueurs de la Solitaire.
À l’issue de la première étape, Alan
Roberts pointait en 5e position, à seule-
Une formation d’architecte
naval
Alan Roberts (Ici au Havre le 24 août)
est coaché par Yann Eliès. A. COURCOUX
ment 6 minutes du leader, Anthony
Marchand (Groupe Royer-Secours Populaire). Conservant toutes ses chances
pour obtenir un bon résultat à l’issue de
la dernière manche à Saint-GillesCroix-de-Vie le 14 septembre prochain.
Né d’une mère brésilienne championne
de squash et d’un père mathématicien
un peu Géo Trouvetou, Alan Roberts a
suivi une formation d’architecte naval à
Southampton, sa ville de naissance. Se
disant spécialiste dans les structures
composites : « C’est une vraie passion. Je
m’intéresse aussi à l’hydrodynamisme.
D’ailleurs, j’ai suivi de près le projet du Figaro Bénéteau 3 au début avec Yoann Richomme. Le bateau me plaît beaucoup. »
L’an prochain, ce petit gabarit tout en
énergie avec une tête bien faite va faire
tout son possible pour trouver des subsides afin d’être présent sur la Solitaire
avec ce tout nouveau coursier des figaristes : « La presse spécialisée s’intéresse
à nous, en Angleterre. C’est plus dur avec
la presse classique. C’est pour cela qu’il
est dur de trouver des sponsors. On va
tous partir d’une page blanche. Les bateaux seront tous vraiment identiques, et
cela va être enthousiasmant. Mais je
cherche aussi de l’argent pour un projet
de 60 pieds pour participer au Vendée
Globe 2024. »
Patient, Alan Roberts sait qu’il doit
encore et toujours se remettre à l’ouvrage, ne rechignant jamais à aller sur l’eau
l’hiver par tous les temps. Délaissant
peut-être un peu trop son amie londonienne. Mais ce sacrifice peut un jour
être récompensé. Il serait alors le premier Anglais à remporter la Solitaire. ■
Le Jurassien Xavier Thévenard
est entré dans le cercle très fermé
des triples vainqueurs
de l’Ultra trail du Mont-Blanc
en s’imposant en 20 h 44 min
sur la plus célèbre des courses
d’endurance. L’Espagnol Kilian
Jornet a abandonné à mi-parcours
après avoir été piqué par une
abeille 3 heures avant le départ.
Football : Ronaldo rachète
un club espagnol
L’ancien attaquant brésilien
Ronaldo a racheté 51 % des actions
du Real Valladolid, club qui vient
de remonter en Liga.
Les pieds dans le golfe de Gascogne
Un vent portant soutenu a permis
aux 36 concurrents de la 2e étape de la
Solitaire Urgo Le Figaro d’entamer leur
navigation hauturière dans le golfe de
Gascogne, ce lundi, après avoir longé
les côtes de la Bretagne. Direction
la Ria de Muros y Noia, où ils sont
attendus mercredi matin. Si les écarts
semblaient minimes par rapport au but,
deux options se dessinaient lundi en fin
d’après-midi. Une à l’ouest, menée par
Gildas Mahé (Breizh Cola), et une plus
proche de la route directe conduite
par Anthony Marchand.
Classement lundi à 17 h 30 : 1. Leboucher
(Guyot Environnement) à 370 milles
de l’arrivée ; 2. Marchand (Groupe RoyerSecours Populaire) à 0,2 m. ; 3. Roberts
(Seacat Services) à 0,6 m. ; 4. Dalin
(Skipper Macif 2015) à 0,6 m. ; 5. Simon
(Bretagne-CMB Performance) à 0,8 m.
6. Macaire (Groupe Snef) à 1,1 m. ;
7. Chabagny (Gedimat) 1,6 m. ;
8. Quiroga (Skipper espoir CEM) à 1,8 m…
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de vous faire part du décès de
Reprise des annonces sur :
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M. André BOISSIER
survenu à La Baule
le 30 août 2018,
à l'âge de 59 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 6 septembre, à 14 h 30,
en l'église Notre-Dame
de La Baule,
suivie de l'inhumation
au cimetière Parc de La Baule.
deuils
Sophie et Bertrand Lefort,
Benoît Ballu,
Catherine et Claude Grenier,
Olivier et Carole Ballu,
Marion et Yves Cherest,
ses enfants,
Dons pour les associations
Autisme-Ouest
et Espoir du Val-d'Oise.
Cet avis tient lieu de faire-part.
ses 15 petits-enfants
et leurs conjoints,
ses 17 arrière-petits-enfants,
Famille Boissier,
78, allée de Pampelune,
95410 Groslay.
Marie-Lucie Morane,
sa sœur,
et toute la famille
ont la tristesse
de faire part du décès de la
vicomtesse Charles
de BROSSIN de MÉRÉ
née Jeanne de Place,
survenu le 2 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu en la chapelle
Notre-Dame-de-Compassion,
place du Général-Kœnig,
Paris (17e),
le mercredi 5 septembre,
à 14 h 30.
Mme Patrick
Bonamy-Buonamici,
née Marie-Antoinette Carré,
son épouse,
Jeanne BALLU
née Guyard,
le 31 août 2018,
dans sa 93e année.
le lieutenant-colonel
et la comtesse Maerten
Denis Ward Doncoeur,
ses enfants,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 6 septembre,
à 11 heures, en la chapelle
Notre-Dame-de-Compassion,
Paris (17e).
Marie-Raphaëlle, Edwige,
Domitille, Wilhelm, Inès,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
L'inhumation aura lieu
au cimetière ancien,
de Neuilly-sur-Seine,
dans le caveau familial.
colonel (e.r.) Patrick
BONAMY-BUONAMICI
Saint-Cyr, promotion Vercors,
officier de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite.
Mme Pierre Berton,
née Monique Barrault,
son épouse,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 5 septembre 2018,
à 14 heures,
en l'église Saint-Hilaire
d'Antigny (Vendée), suivie
de l'inhumation au cimetière
de la Bouteillerie, à Nantes
(Loire-Atlantique).
Christine et Dominique Vigin,
Philippe et Isabelle Berton,
Marie-Sylvie Berton,
Olivier et Anne-Marie Berton,
Nicolas et Florence Berton,
Xavier et Christiane Berton,
ses enfants,
ses 19 petits-enfants
et leurs conjoints,
ses 18 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Françoise de Menthon,
Mona Thillaye du Boullay,
Jacques Bordeaux Montrieux,
ses sœurs et frère,
Pierre BERTON
le 1er septembre 2018,
dans sa 89e année.
La messe d'à-Dieu
sera célébrée
le jeudi 6 septembre,
à 15 heures, en l'église
Saint-Médard de Brunoy
(Essonne).
Une célébration religieuse
aura lieu
le vendredi 7 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame de Châteauroux
(Indre),
suivie de l'inhumation.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Souvenirs, Messes...
Partagez le souvenir
d’un être cher
dans le carnet du jour
Alain et Constance
Fauchier Delavigne,
Hervé et Claudie
Fauchier Delavigne,
Claire et Bertrand (†) Geoffroy,
Cécile et Michel de Broissia,
Martine et Louis Charles
de La Taille,
René et Martine de Menthon,
Catherine et Pierre-Edmond
Loiseau,
Olivier et Marie-France
Bordeaux Montrieux,
Christian et Anne
Thillaye du Boullay,
Emmanuel et Marie-Raphaële
Thillaye du Boullay,
Maurice de Menthon
et Barbara Baumel,
Agnès et Dario Tarantelli,
Guillaume et Catherine
Bordeaux Montrieux,
Marie et Olivier de Mercey,
Jean-Marie de Menthon (†),
Ghislaine et Philippe Bonhoure,
Jean-Baptiste et Dominique
Bordeaux Montrieux,
Fanny de Liedekerke (†),
Charles et Françoise
Thillaye du Boullay,
Pierre-Henri et Delphine
de Menthon,
Pierre et Amélie
Bordeaux Montrieux,
ses neveux,
ses très nombreux
petits-neveux
et arrière-petits-neveux
© Gettyimages
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Yves BORDEAUX MONTRIEUX
le 1er septembre 2018,
dans sa 92e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 6 septembre,
à 14 heures, en l'église
de Talmay (Côte-d'Or).
Trévoux (Ain).
Marsanne (Drôme).
Béatrice Dubuis Charbonnet,
sa fille,
Antoine Fière
et Nicole Faucher,
Bernard et Olivia Fière
Aline et Paul Goossens,
ses enfants,
Margot, Camille, Maud, Paul,
Etienne, Clara,
ses petits-enfants,
et toute sa famille
Olivier Dubuis,
Guillaume et Dina Dubuis,
Benjamin et Estelle Dubuis,
Thibaud et Marion Radisson,
Damien et Delphine Radisson,
ses petits-enfants,
Kamila, Alina, Valentine,
Gaspard, Jade, Mathis,
Ambre, Ilan,
ses arrière-petits-enfants,
les familles Maire et Vacheret,
ses neveux et nièces,
toute sa famille
et ses amis
vous font part
du retour à Dieu de
Françoise CHARBONNET
Congé-sur-Orne (Sarthe).
M. Xavier Carot,
son époux,
Lucie et Bertrand Bazin,
Benjamin et Amélie Agache,
Marion Agache,
ses enfants,
Raphaël, Nathanaël
et Valentin,
ses petits-fils,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Murielle CAROT
née Dunoyer de Segonzac,
survenu
le samedi 1er septembre 2018,
à l'âge de 61 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 5 septembre,
à 15 h 15, en la salle de réunion
du crématorium du Mans,
128, rue Etienne-Falconet.
née Maire,
le 3 septembre 2018,
à l'âge de 96 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 6 septembre,
à 9 h 30, en l'église de Trévoux.
Son épouse,
ses enfants et petites-filles
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Roger DARMON
survenu le 2 septembre 2018,
à l'âge de 92 ans, à Paris.
Les obsèques auront lieu au
cimetière du Montparnasse,
3, boulevard Edgar-Quinet,
Paris (14e),
ce mardi 4 septembre, à 15 h 45.
Condoléances sur registre.
De préférence des bouquets
champêtres et colorés.
Cet avis tient lieu de faire-part.
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
Tél. 01 56 52 27 27
Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Mme François Dellon,
ses enfants et petits-enfants,
M. et Mme François de Sailly,
leurs enfants et petits-enfants,
ses sœurs, beau-frère
et neveux,
13
Laurence Ravanel,
sa mère,
Jean-Loup et Sylvie Desrosiers,
son père et sa belle-mère,
Juliette et Quentin André,
sa sœur et son beau-frère,
Charlotte et Eloise,
ses nièces,
M. et Mme Patrice Cauchard,
M. et Mme Jean-Marc Aublant,
ses enfants,
Aurélie, Stéphanie, Guillaume,
Olivier, Thomas,
ses petits-enfants,
Victor, son arrière-petit-fils,
Gregory Pays,
son demi-frère,
et Alexandra
ainsi que leur fille Carla,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Rémi Meynadier,
son compagnon,
Mme Christiane CAUCHARD
née Georgen,
survenu le 30 août 2018,
dans sa 91e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mercredi
5 septembre 2018, à 16 heures,
en l'église Saint-Quentin
de Luc-sur-Mer (Calvados),
suivie de l'inhumation à 17 h 15.
Clémence et Armand,
ses amis de toujours,
ses oncles, tantes, cousins,
cousines et amis
ont la grande tristesse
d'annoncer le décès de
Louise DESROSIERS
Elle était âgée de 36 ans.
Les obsèques ont eu lieu
dans l'intimité familiale.
La comtesse
Christian Dadvisard,
née Yolande Vieljeux,
son épouse,
Jean-Philippe et Isabelle
Dadvisard,
Frédéric et Cécile Dadvisard,
Marie-Caroline (†)
et Yves de Petiville,
Isabelle
et Grégoire Postel-Vinay,
Antoine et Anne Dadvisard,
ses enfants, gendres
et belles-filles,
Charles-Henri
et Constance Dadvisard,
Laetitia Dadvisard,
Maylis, Rémi, Quentin
Dadvisard,
Pierre et Marie-Alix
de Montecler,
François-Xavier et Astrid
Peytavin,
Pierre-Louis et Pauline
de Petiville,
Hervé et Cécilia de Petiville,
Guillaume et Tiphaine
Postel-Vinay,
Bertrand et Constance
Croharé,
Xavier, Marc-Antoine
Postel-Vinay,
Aliénore, Bérénice, Balthazar
Dadvisard,
ses petits-enfants,
Margaux, Corentin, Léonard,
Damien, Olivia, Charles, Cyril,
Alexis, Augustin, Philippine,
Thibault,
Adélaïde et Léopold,
ses arrière-petits-enfants,
font part du rappel à Dieu du
comte Christian DADVISARD
capitaine de vaisseau (h.),
chevalier
de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
croix de guerre des TOE,
le 1er septembre 2018,
à l'âge de 97 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-François-Xavier,
12, place du PrésidentMithouard, à Paris (7e),
le jeudi 6 septembre, à 10 h 30.
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Anne FIÈRE
née de Mazières.
La cérémonie religieuse
sera célébrée ce mardi
4 septembre 2018, à 15 heures,
en l'église de Roynac.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Lyon. Paris.
ses 28 petits-enfants
ainsi que toute la famille
vous font part
du rappel à Dieu de
Mme Loïc EON DUVAL
née Françoise Aussedat.
La messe sera célébrée
le mercredi 5 septembre 2018,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Clément de Nantes.
Des prières et des messes.
Hervé et Isabelle,
Christian et Patricia,
ses enfants,
Charlotte et Ignace,
Vincent et Lisa,
Charles, Siegfried et Edouard,
ses petits-enfants,
Raphaël, son arrière-petit-fils,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Roger HEINSCHILD
le 31 août 2018,
à l'âge de 94 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 6 septembre,
à 11 heures,
en l'église Saint-Wandrille,
1, avenue du Pavillon-Sully,
au Pecq (Yvelines),
suivie de l'inhumation
au cimetière Ouest d'Angers
(Maine-et-Loire),
rue Meignanne, à 16 h 30.
Bertrand et Anne Marchais,
Bénédicte Marchais,
Arnaud et Isabelle Marchais,
ses enfants,
Clothide et Geoffrey,
Marine et Nicolas,
Gauthier et Claire,
Alexis et Sophie,
Constance et Louis,
Quentin, Maëva et Charles,
Augustin, Ludovic,
Nicolas, Stanislas, Gwenaëlle,
ses petits-enfants,
Axel, Blanche, Alexia, Lara,
Heïdi, Ysance et Elise,
ses arrière-petits-enfants,
Evelyne et Benoist
Dupont-Fauville,
Odile et Jacques Jonnart,
Patrice et Mariel Carbonaro,
ses sœurs, frère, belle-sœur
et beaux-frères,
Nicole et Henri Rochet,
sa sœur et son beau-frère,
Annie Patouillet,
sa belle-sœur,
Jean Picard,
son beau-frère,
ses neveux et petits-neveux,
parents et amis
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu,
le vendredi 31 août 2018,
dans sa 96e année et dans
sa 73e année de mariage, de
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 6 septembre 2018,
à 16 heures, en l'abbaye
de Juaye-Mondaye (Calvados).
père Marcel JACQUEMOUD
salésien de Don Bosco,
le 31 août 2018,
à l'âge de 83 ans.
La messe de funérailles
sera célébrée en l'église
Saint-Jean-Bosco,
79, rue Alexandre-Dumas,
Paris (20e),
le samedi 8 septembre 2018,
à 11 heures.
La Vie qu'ils l'aient
en abondance.
Jean X, 10.
Villefranche-de-Lauragais
(Haute-Garonne).
Paris.
Françoise et Laurent Lugand,
Isabelle et Thierry Métais,
ses filles et gendres,
Fabrice, Sophie, Olivier
et Philippe,
ses petits-enfants,
Arnaud,
son arrière-petit-fils,
parents et alliés
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Mme Pierrette JAHIER
née Dussel,
à l'âge de 94 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce mardi 4 septembre 2018,
à 11 heures, en l'église
de Villefranche-de-Lauragais,
suivie de l'inhumation
au cimetière.
La famille remercie par avance
toutes les personnes
qui s'associeront à sa peine.
Les familles de
M. Hervé Henri Joseph
de LA FOURNIÈRE
Le colonel et Mme
François-Régis Dabas,
le colonel et Mme
Tanguy Eon Duval,
M. et Mme
Jean-François Valentin,
M. et Mme Hervé Eon Duval,
M. et Mme
Emmanuel de Vaulchier,
ses enfants,
Michel Marchais,
son époux,
ont la douleur
de vous faire part de son décès
survenu le 26 août 2018,
à l'âge de 77 ans.
La cérémonie religieuse a eu
lieu le jeudi 30 août, à 9 h 30,
en l'église Saint-Maur,
à Ensuès-la-Redonne,
suivie de l'inhumation
au cimetière communal.
Le général de corps d'armée
Guy
de La Rochette de Rochegonde,
commandeur
de la Légion d'honneur,
son époux,
Anne et Bertrand Marchais,
Thierry et Catherine
de La Rochette de Rochegonde,
Xavier et Emmanuelle
de La Rochette de Rochegonde,
ses enfants,
ses onze petits-enfants,
leurs conjoints
et ses trois
arrière-petits-enfants,
son frère,
Denis Lesage,
et son épouse Brigitte,
ses belles-sœurs,
Monique Tissandier,
Françoise
de La Rochette de Rochegonde,
Béatrix
de La Rochette de Rochegonde,
Nicole
de La Rochette de Rochegonde,
ont la douleur de faire part
du rappel à Dieu de la
comtesse Guy
de LA ROCHETTE
de ROCHEGONDE
née Marie-Odile Lesage,
le 2 septembre 2018,
au château de La Rochette.
La cérémonie religieuse
aura lieu
ce mardi 4 septembre,
à 15 heures, en l'église
de Villeneuve-d'Allier
(Haute-Loire),
suivie de l'inhumation
dans le caveau de famille.
Josette MARCHAIS
née Carbonaro.
Route de Saint-Léger,
14250 Ducy-Sainte-Marguerite.
Laurence Mayer,
sa fille,
Olivier et Anabell Mayer,
son fils et sa belle-fille,
Guillaume, Antoine, Henry,
Clarisse, Axelle, Cécile,
Laurène, Stéphanie,
Aurélie, Arthur,
ses petits-enfants,
toute sa famille et ses amis
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Léon Jacques MAYER
chevalier
de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
croix de guerre 1939-1945,
médaille des évadés,
médaille commémorative
des services volontaires
dans la France libre,
médaille de Normandie
du débarquement,
Presidential Unit Citation,
survenu le 2 septembre 2018,
à l'âge de 96 ans.
L'inhumation aura lieu
le jeudi 6 septembre,
à 11 heures,
au cimetière de Ville-d'Avray
(Hauts-de-Seine).
Cet avis tient lieu de faire-part.
145, avenue Achille-Peretti,
92200 Neuilly-sur-Seine.
Le Bourgneuf-la-Forêt.
Versailles. Ferrières-d'Aunis.
Taillis. Rennes. Tours.
M. Pierre
des Rieux de la Villoubert,
M. et Mme Alain de Maynard,
Mme Hervé de Maynard,
M. et Mme Henri du Boberil,
M. et Mme Léon Noël Chantry,
M. et Mme François
du Fou de Kerdaniel,
et ses neveux et nièces,
petits-neveux, petites-nièces,
arrière-petits-neveux
et arrière-petites-nièces
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
comte Christian de MAYNARD
survenu le 1er septembre 2018,
à l'âge de 85 ans.
La cérémonie religieuse aura
lieu le mercredi 5 septembre,
à 14 h 30, en l'église
du Bourgneuf-la-Forêt.
Il repose dans la chapelle
du château de Fresnay.
Visites de 10 h 30 à 12 heures
et de 15 heures à 18 heures.
On nous prie d'annoncer
le décès de
Mme André MORAND
née Marie-Laurence Praslon,
survenu dans sa 90e année,
le 1er septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi
11 septembre, à 14 h 30,
en l'église Notre-Dame,
à Boulogne-Billancourt.
De la part de
Jean-René et Arielle Morand,
Marie-Angèle
Morand Fructus,
Anne et Philippe
Koller-Brussier,
Isabelle Morand Picot,
Denis Morand
et Carmen Carreño,
Michel et Patricia Morand,
Jacques et Françoise Morand,
Pierre et Jeanne Morand,
Paul-André Morand
et José Hanocque,
Claire et Claude Chardavoine,
Agnès et Christophe Després,
ses enfants,
Louis-Guillaume, Anne-Céline,
Marie-Flore, Stéphanie (†),
Marie-Charlotte, Pauline,
Nadège, Astrid, Alix, Basil,
François, Pia, Zoé, Inès,
Geoffrey, Chloé, Iris, Nicolas,
Camille, Jules, Cléance,
Coline, Julien, Caroline,
ses petits-enfants,
Aurel, Hugo, Louis, Victoria,
Diego, Andréa,
ses arrière-petits-enfants,
les familles Morand, Praslon,
Thévenot,
leurs enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants.
Cet avis tient lieu de faire-part.
M. et Mme
Pascal Ract-Madoux,
Victoire,
Mme Jérôme Ract-Madoux,
Louis-Charles, Élisabeth,
Clotilde
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de
Mme Bernard RACT-MADOUX
née Dominique le Gorrec,
croix de guerre 1944-1945,
le 1er septembre 2018,
dans sa 97e année, munie
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 7 septembre,
à 10 h 30, en l'église
d'Ambérieux-d'Azergues
(Rhône),
suivie de l'inhumation à 15 h 30,
au cimetière de Voiteur (Jura).
Nous avons la profonde
douleur de vous faire part
du décès de
Jean SEITLINGER
avocat honoraire,
député honoraire de la Moselle,
maire honoraire
de Rohrbach (Moselle),
député européen (1979-1984),
conseiller général
honoraire,
membre du Conseil
de l'Europe (1988-1997),
président du Centre européen
Robert Schuman (2000-2008),
officier de la Légion d'honneur,
survenu le 2 septembre 2018,
à son domicile,
à Rohrbach-lès-Bitche,
dans sa 94e année.
La messe d'enterrement
sera célébrée
le mercredi 5 septembre,
à 15 heures,
en l'église Saint-Rémi
de Rohrbach-lès-Bitche.
De la part de :
ses enfants,
François Seitlinger
et son épouse
Dominique, née Stiebert,
Maria Seitlinger
et son époux,
Pascal Schwarzenbart,
ses petits-enfants,
Jean-François et Isabelle,
Jean et Amélie, Vincent, Pierre,
Joseph et Noémie,
Claire et Jérôme,
ses arrière-petits-fils,
Arthur, Louis, Paul et Jules,
Une pensée pour son épouse,
Georgette Seitlinger
Alice Moock,
son épouse,
Sylvie, Nathalie, Brian,
ses filles et son gendre,
Edith Kaim,
sa sœur,
et toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Francis MOOCK
survenu le 2 septembre 2018,
à l'âge de 87 ans.
Les obsèques auront lieu
le jeudi 6 septembre, à 10 h 30,
au cimetière du Montparnasse,
3, boulevard Edgar-Quinet,
Paris (14e).
Ni fleurs ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
98, avenue de Saint-Mandé,
75012 Paris.
décédée en 2009.
souvenirs
Il y a dix ans,
Marcelle DEVAUD
nous quittait
et rejoignait son époux,
Stanislas.
Que ceux qui l'ont aimée,
connue, collaboré avec elle
se souviennent.
Pour ceux qui l'ont connue
et aimée,
souvenez-vous de
Mme François SOUCHAL
née Geneviève Boucher,
rappelée à Dieu,
le 4 septembre 1988.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
REPORTAGE
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Franck Tousch,
le capitaine du Sachal’éo,
présent lors de
l’altercation en baie
de Seine le 28 août :
« En 33 ans de métier
je n’avais encore
jamais vu cela. J’ai eu la
peur de ma vie. »
En baie de Seine, la guerre
de la coquille Saint-Jacques continue
Éric de la Chesnais
£@plumedeschamps
Envoyé spécial
à Port-en-Bessin-Huppain
algré le soleil radieux et une
mer calme, la tension est très
vive en ce premier week-end de
septembre à Port-en-BessinHuppain. Dans ce joli petit port
de pêche normand, aux allures
paisibles, c’est la veillée d’armes, à un mois de l’ouverture de la saison de la coquille
Saint-Jacques. Les marins scrutent en permanence
l’application MarineTraffic AIS. Elle donne en temps
réel la localisation des bateaux et leur nationalité. Pour
l’instant, seul un petit navire battant pavillon anglais,
le Morning Star, a été repéré, peut-être un éclaireur.
Les marins anglais, vont-ils revenir en nombre, avec
fusils et lance-pierres, comme ils l’ont promis lors de
la violente altercation sur les flots avec leurs confrères
français dans la nuit du lundi 27 au mardi 28 août dernier ? Pour éviter tout dérapage, un patrouilleur de la
gendarmerie a été envoyé là où se sont produits les
violents incidents à titre préventif.
Bref retour en arrière. Il y a huit jours, une trentaine
de bateaux français qui pêchaient en Manche-Est dans
la baie de Seine, un endroit réputé pour ses coquilles
Saint-Jacques, se sont regroupés autour de six gros navires britanniques (30 mètres). Le but de la manœuvre
était de les empêcher de venir pêcher cette ressource
qu’ils s’interdisent de prélever entre le 15 mai et le
1er octobre pour des questions de développement durable. Géographiquement, cette zone est située entre
12 miles (22 kilomètres) et 20 miles (37 kilomètres) au
large des plages du Débarquement. « La Saint-Jacques, c’est notre gagne-pain. Elle représente 80 % de
notre chiffre d’affaires annuel pour les petits bateaux
comme le mien, c’est-à-dire les moins de 15 mètres. On
ne va pas se faire piller la ressource devant nos yeux sans
rien dire », explique d’emblée Frédéric Hubert, patron
pêcheur du Kevin II.
M
Les marins français et
britanniques se sont livrés
à une véritable bataille
navale fin août, au large
des côtes de l’est de la
Manche. Une réunion
mercredi à Londres
doit aboutir à un accord
sur la pêche du précieux
coquillage. Sans quoi,
les marins français
promettent de repartir
à l’assaut.
100 km
ROYAUME-UNI
Boulogne
Fécamp
St-Vaast
Manche
Grandcamp
A
« J’ai entendu mon bateau craquer »
C’est sur son bateau (9,60 mètres) qu’un navire anglais, le Honeybourne (plus de 30 mètres), a mis les gaz
lors de cette bataille navale des temps modernes. La
violence du choc a été telle que le haut du portique en
ferraille, qui sert à enrouler les filets, a plié. Le pont en
bois a aussi été endommagé, sans compter les dommages invisibles à l’œil nu. « Il y en a pour au moins un
mois d’immobilisation, raconte Frédéric Hubert. Je ne
sais pas si je pourrai faire l’ouverture de la SaintJacques. Je perdrai alors près de 3 000 euros par jour soit
trois fois plus qu’aujourd’hui. C’est dramatique, j’ai
quatre enfants à nourrir. Je relativise en me disant que je
suis toujours en vie. » Effectivement il s’en est fallu de
peu que le marin ne chavire et ne se retrouve broyé par
les hélices du navire rival.
Il aura fallu l’intervention d’un autre bateau tricolore, celui de Franck Tousch, patron du Sachal’éo, pour
faire diversion. Il a, lui aussi, essuyé les foudres du pavillon anglais. Il en a encore des sueurs froides. « En
33 ans de métier je n’avais encore jamais vu cela, raconte
le marin. J’ai eu la peur de ma vie. Après le choc, j’ai entendu mon bateau craquer. Heureusement, il est en fibres
de verre, c’est plus souple. S’il avait été en bois, cela
n’aurait fait qu’un tas d’allumettes. Mon matelot, qui
était à l’avant du bateau, a trébuché et s’est rattrapé in
Dieppe
Cherbourg
Loguivy
Roscoff
St-Quay- Erquy
Portrieux
BRETAGNE
Granville
St-Malo
Le Havre
Honfleur
NORMANDIE
Port-enBessin
Principaux gisements
de coquille Saint-Jacques
Infographie
extremis au bastringue. C’est vraiment dommage d’en
arriver là. Mais s’il faut repartir pour nous défendre,
j’irai sur un autre bateau avec les collègues. »
De mémoire de marins, il faut remonter au début
des années 2000 pour retrouver des incidents de ce
genre. C’était au large de Port-en-Bessin, Franck
Tousch était à l’époque simple marin à bord du
Cocody. « Un navire britannique, le Jacoba, nous avait
accostés, mais de façon nettement moins violente », se
souvient-il.
Appel au dialogue
Conscient de la gravité de la situation, Stéphane
Travert, ministre français de l’Agriculture et de la
Pêche, s’est entretenu longtemps avec son homologue
britannique George Eustice jeudi soir. Tout en
condamnant « les actes de violence » et en exhortant
« les marins pêcheurs anglais et français à rester calmes », ils ont appelé « au dialogue ». Une réunion entre les deux administrations, française et britannique,
doit avoir lieu ce mercredi à Londres. « Il y a urgence à
conclure un accord entre professionnels français et britanniques afin que la saison de la pêche à la coquille
Saint-Jacques puisse se dérouler dans des conditions sereines », ont-ils convenu. Pour ces deux responsables
politiques, « ces actions violentes sont motivées par
l’absence de reconduction de l’accord annuel bilatéral ».
En effet depuis plusieurs années, les professionnels
de la pêche des deux côtés de la Manche négocient un
modus vivendi pour que l’ouverture de la Saint-Jacques se passe au mieux. En clair, que les bateaux britanniques de plus de 15 mètres ne commencent pas à
pêcher le précieux coquillage avant les Français. Cette
année, non seulement les gros navires sont arrivés dès
la fin août mais en plus avec davantage de petits bateaux. Les marins-pêcheurs normands veulent désormais la prise en compte des navires britannique de
moins de 15 mètres dans cet accord annuel. « Cette
nouvelle donne n’a pas permis de signer d’engagement
franco-britannique pour 2018, créant les tensions actuelles », constate pour sa part le Comité régional de la
pêche. « On attend les résultats de la réunion de mercredi. Si ce n’est pas satisfaisant, on repartira à l’assaut »,
prévient d’emblée Frédéric Hubert. Mais d’ores et
déjà, les marins-pêcheurs semblent avoir revu leurs
prétentions à la baisse. Conscients que les Britanniques
se trouvent en toute légalité européenne lorsqu’ils sont
au-delà des 12 miles des côtes françaises, ils veulent
seulement qu’ils respectent le début de la pêche à la
Saint-Jacques en baie de Seine, c’est-à-dire à partir du
1er octobre. « On ne demande pas plus et on arrêtera de
batailler », assure Pierre Marie, jeune patron à bord de
la Bonne Sainte Rita.
L’enjeu économique de la coquille Saint-Jacques est
de taille pour cette commune de près de 2000 habitants. Port-en-Bessin-Huppain, est devenu au fil des
années le premier port de pêche normand, avec
25 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel dont
C’est comme si les Anglais qui viennent
en France pouvaient rouler sur nos routes
à 100 km/h sans prendre d’amende, alors
que les Français doivent rouler à 80 kilomètres.
Il faut les mêmes règles pour tous
»
LE PÈRE EMMANUEL, CURÉ DE LA PAROISSE DE PORT-EN-BESSIN ET SAUVETEUR EN MER
plus du tiers dans la coquille Saint-Jacques. Il fait vivre
150 marins pour 45 navires sans compter les emplois
dans les chantiers navals, les coopératives maritimes et
les commerces du centre-ville. « On a tous, dans nos
familles, plusieurs proches qui sont marins. On est solidaire avec eux », confirment Liliane, patronne du bar
L’Océan et Nicolas salarié du restaurant voisin, La
Fleur de Sel. « Pour nous, la coquille, c’est vital », indiquent Christophe Anquetil, patron du bateau Oceano
Nox et Julien Lesveque du Droopy, en mer lors du
conflit. « Les mois d’octobre à décembre, on peut gagner plus de 10 000 euros par mois, cela compense les
mois d’été où l’on ne touche rien », remarque Yann, jeune marin salarié à bord d’un coquillard. Même le père
Emmanuel, curé de cette paroisse tournée vers la mer
avec ses ex-voto qui pendent dans la nef et ses bannières au nom de chaque bateau accrochées au mur, comprend les marins. « C’est comme si les Anglais qui viennent en France pouvaient rouler sur nos routes à
100 km/h sans prendre d’amende, alors que les Français
doivent rouler à 80 kilomètres. Il faut les mêmes règles
pour tous », lance-t-il sur le parvis de l’église à la sortie
de la messe dominicale.
Invectives sur les réseaux sociaux
Tous les marins ne sont pas favorables à un nouvel affrontement. « Il faut mieux privilégier le dialogue, »,
insiste pour sa part Pierre (*), frère d’un marinpêcheur engagé dans cette nouvelle bataille navale.
« Les bateaux représentent notre outil de travail. On ne
peut pas les envoyer se faire casser. Nous avons investi
1,3 million d’euros dans un chalutier. Nous en avons 2 et
on en fait construire un troisième. Au total, nous employons 27 personnes », poursuit cet associé d’une petite entreprise de pêche et mareyage. Par ailleurs, les
marins français bénéficient d’une réciprocité auprès
des côtes anglaises. « Lorsque cela souffle en baie de
Seine, les plus gros chalutiers tricolores vont se protéger
à 6 miles au sud des côtes britanniques », explique
Frank (*), le représentant d’un armateur de Port-enBessin qui possède deux chalutiers. « Mais si le Brexit
se met en place en 2019, cet accord survivra-t-il ? »,
interroge-t-il.
Tous les regards sont donc tournés vers Londres car
si aucun accord n’est trouvé, la situation pourrait à
nouveau dégénérer. La dernière fois, les affrontements
ont duré près de cinq heures. Il aura fallu attendre l’intervention de vedettes de la préfecture maritime, un
peu désemparées d’après les conversations enregistrées par le mouchard d’un chalutier, pour calmer les
esprits. Les fonctionnaires ont procédé à un contrôle
de routine administratif à bord d’un navire anglais. Les
marins britanniques ont alors bien voulu s’éclipser audelà de la zone problématique des 20 miles mais à
condition d’être escortés par les forces de l’ordre.
En attendant, marins français et anglais continuent de s’invectiver et s’insulter sur les réseaux sociaux. « On ne parle pas bien anglais mais le traducteur automatique nous permet de nous comprendre.
J’ai dit à mes interlocuteurs que s’ils revenaient sur la
zone, on les ferait déguerpir manu militari. Ils m’ont
répondu qu’ils viendraient à 40 navires anglais cette
fois-ci pour rafler toutes les coquilles Saint-Jacques »,
montre Pierre Sophie sur son écran de smartphone.
Ce jeune marin-pêcheur, comme des dizaines
d’autres, est prêt à en découdre par la force s’il le
faut. À bord du Bel Espoir, un chalutier de 15 mètres,
il est reparti en mer et attend les consignes qui suivront la réunion de Londres. ■
* Les prénoms ont été changés.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 4 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
15
ÉCONOMIE
Faut-il gérer son patrimoine
privé comme une entreprise ?
Jean-Pierre Robin
jprobin@lefigaro.fr
SOCIÉTÉ La rentrée, c’est maintenant.
Mais à l’instar de François Hollande prétendant ne pas faire sa rentrée politique
puisqu’il n’a jamais quitté la politique
claironne-t-il, est-il bien sûr que vous
avez vraiment arrêté de travailler pendant les vacances ? Ne parlons pas des emails, des courriels, que certains ne cessent de consulter en temps réel sur la
plage alors que d’autres se sont totalement déconnectés, laissant ce message :
« je suis absent(e) du bureau jusqu’au
4 septembre ». À chacun son truc.
En revanche, vous avez « donné en location » votre appartement parisien
avant de partir, grâce à Airbnb. De
même avez-vous fait appel au site
Swimmy pour « prêter », plusieurs jours
durant, la piscine hors sol de votre résidence de Bormes-les-Mimosas, façon
d’amortir (un peu) les 34 000 euros
qu’elle vous a coûté. Tout comme vous
avez fait du covoiturage avec BlaBlaCar,
de Paris à Toulon, payant ainsi les péages
de l’autoroute, tout en dépannant deux
pauvres âmes que la SNCF avait laissées
en rade.
Avec l’Internet et les plateformes qui
mettent en relation M. Dupont et
Sir Smith de Londres ou Mme Butterfly de
Tokyo, pour échanger appartement,
piscine, voiture, simple perceuse - ou
plus si affinités -, et toujours moyennant
finance, la frontière entre vie privée et
vie professionnelle a-t-elle encore un
sens ? Quand n’importe qui peut s’improviser hôtelier, chauffeur de voiture
ou banquier (par le crowdfunding, le financement participatif) de façon à faire
fructifier son patrimoine personnel,
comment distinguer l’amateur du professionnel ?
Certes, la sous-location, le covoiturage
et le troc ont de tout temps existé. Sauf
qu’ils prennent une ampleur inédite
avec les « marketplaces » qui relient désormais la terre entière. Ce qui était
échange de bons procédés gratuits entre
voisins devient un commerce mondialisé
à prix fort. « L’utopie du partage » a le
sens de l’argent ! « La vie est un métier », disait sentencieusement le père à
son fils arrivé au seuil de la vie adulte. Un
métier à but lucratif 24 heures sur 24, au
risque de transformer nos existences en
un tiroir-caisse obsédant ?
PARTAGE
❙ LADU RÉVOLUTION
On nous avait expliqué que « la fourmi
n’est pas prêteuse, c’est là son moindre
défaut ». Or ce défaut est en train de se
corriger à grande vitesse : « 65 % des
Français se disent aujourd’hui prêts à
partager ou prêter des objets qu’ils utilisent. Ils n’étaient que 54 % en 2014 », annonce une enquête du Credoc sur les
conditions de vie et les aspirations des
Français réalisée en 2017.
L’Internet a-t-il aboli
la frontière entre amateurs
et professionnels ?
1 65% des Français sont
Allemagne
19 %
Italie
17 %
UE à 28
17 %
Entre l’économie marchande classique,
avec ses salariés et ses entreprises d’un
côté, et de l’autre « l’économie domestique » des travaux ménagers faits chez
soi et pour soi que la comptabilité nationale du PIB (produit intérieur brut) a
toujours délibérément ignorée, une troisième voie est en train de se dessiner :
« l’économie de partage » où les particuliers s’échangent entre eux des services ou des produits contre rémunération. « Se pose la vieille question de la
distinction entre échange commercial et
échange de partage », l’un étant soumis à
l’impôt et aux cotisations sociales, alors
qu’on y échappe quand on troque des leçons de mathématiques contre la peinture de son salon, note Jean Tirole, dans
son livre Économie du bien commun. Et le
Prix Nobel d’économie d’enfoncer le
clou : « Ces questions sont particulièrement prégnantes en France où le travail
est fortement taxé. »
Comment faire pour que cette économie
collaborative, où chacun cherche à optimiser l’usage de son patrimoine physique de façon quasi commerciale, ne
constitue pas une concurrence déloyale
vis-à-vis des secteurs professionnels,
comme l’hôtellerie ? Bercy a d’ores et
déjà prévu qu’à compter de 2019, Drivy,
Abritel ou Airbnb, entre autres, transmettent directement au fisc les revenus
de leurs adhérents. Mais le covoiturage
n’est pas concerné, pour le moment, ni
les plateformes tel Leboncoin pour la
raison qu’elles ne sont pas « des intermédiaires de paiement »…
Restera à régler la question de la collecte de l’impôt. « Si vous voulez que la plateforme prélève l’impôt directement, il
s’agit nécessairement d’un impôt à la
source, lors de l’échange ou de la transaction », explique Maya Bacache, professeur d’économie à Télécom ParisTech. Les plateformes vont drainer une
part grandissante des échanges économiques « de pair à pair ». Et si c’était la
principale justification, et sans doute la
seule pertinente, car elle porte sur
l’avenir de notre société, du prélèvement à la source ? ■
4 Les non-salariés
travaillent plus
Nombre de Français assurant une activité de façon indépendante,
par choix (à titre principal ou occasionnel), ou
par nécessité (avec réticence ou à court d’argent)
REVENU PREMIER
REVENU COMPLÉMENTAIRE
Durée hebdomadaire effective des salariés
et des non-salariés de plus de 15 ans
Non salariés
51,2
39
Par choix
4 millions
5 millions
Statut
d'indépendant
Gains épisodiques
8%
Royaume-Uni
8%
Espagne
47,9
39,9
47,3
40,3
1 million
12 %
Belgique
48,7
40,4
UE à 28
14 %
Pays-Bas
Salariés
France
Allemagne
15 %
Danemark
Source : enquêtes du Crédoc sur les conditions de vie des Français, 2014 et 2017
FISCALE
DÉLOYALE
❙ CONCURRENCE
35 %
Espagne
Chypre
Loin d’être réticents au changement,
comme on le leur reproche en haut lieu,
« les Français sont les plus grands utilisateurs des plateformes collaboratives en
Europe », souligne le Credoc, qui s’appuie sur le baromètre comparatif de la
Commission européenne (voir graphique). 36 % déclarent en avoir utilisé une
plusieurs fois par an, au moins une fois
par mois. « Une proportion largement supérieure à la moyenne européenne (17 %)
mais également à celle observée dans des
pays traditionnellement à la pointe des
usages numériques comme le Danemark
(14 %) ou la Suède (15 %) », précise Sandra Hoibian.
De toutes les grandes villes européennes,
Paris est celle où Airbnb est le plus pré-
20 %
Autriche
2017
FRANÇAIS
À LA POINTE EN EUROPE
❙ LES
sent (29 logements sur mille, contre 7 à
Londres et à Rome et 5 à Berlin, selon le
cabinet Roland Berger).
En même temps, l’économie de partage
est en train de reconfigurer de fond en
comble le marché du travail. Une enquête internationale de McKinsey a dénombré 13 millions « de travailleurs indépendants » en France, en se fondant
sur les trois critères « haut degré d’autonomie, relation contractuelle de court terme entre le travailleur et son client, paiement à la tâche ou à la commande ». C’est
quatre fois plus que le nombre des indépendants statutaires répertoriés par
l’Insee qui applique le Code de la sécurité
sociale et ignore les activités d’appoint.
Lesquelles vont de la location de son mas
provençal aux coursiers supplétifs mis
en place par Leader Price et Franprix
pour assurer la livraison des voisins du
quartier.
occasionnels ou permanents
36 %
Irlande
mobiles appartenant à GM mais à des
propriétaires privés.
Le modèle est déjà bien rodé. Drivy, société française créée en 2010 et aujourd’hui implantée dans une bonne partie
de l’Europe, propose aux conducteurs
des villes un accès direct à une flotte de
véhicules mis à disposition par des propriétaires particuliers et professionnels.
« Laissez votre voiture travailler pour
vous. Gagnez jusqu’à 1 100 euros par mois
en la partageant aux gens de votre quartier », promet Drivy sur son site.
Il faut rendre à César ce qui est à César,
François Mitterrand est le véritable père
idéologique de la formule… « Aujourd’hui, on peut s’enrichir en dormant »,
avait lancé le président de la République
en mai 1990, pour stigmatiser « les propriétaires de bonnes valeurs mobilières ou
les propriétaires de bons terrains ». Il
n’avait pas imaginé que le système honni
se démocratiserait de cette façon !
Aux États-Unis, Mary Meeker, grande
prêtresse de l’économie d’Internet à
Wall Street, note que les ménages américains tirent aujourd’hui en moyenne
6 100 dollars par an en sous-louant leur
appartement. Des revenus qui ont permis à 12 % des propriétaires de garder
leur logement, selon elle, car ils auraient
été incapables sinon de faire face à leurs
mensualités d’emprunt. Persuadée que
« nous vivons dans une période de changement sans précédent, et d’opportunité
sans précédent » (sic), Mary Meeker prévoit que l’économie collaborative permettra à terme d’accroître de 40 % le revenu moyen des foyers américains,
(actuellement de 52 000 dollars).
Il y en a pour toutes les bourses, tous les
milieux sociaux sont concernés. Propriétaire d’un mas avec deux hectares de
terrain dans le Luberon qu’il évalue à
2,5 millions d’euros, ce Londonien nonrésident fiscal français nous expose son
« business model » : « En tenant compte
des impôts locaux, des frais de jardinage,
des réparations, de l’entretien de la piscine
qui est un gouffre, mes coûts s’élèvent à
8 000 euros par mois. À raison de
7 000 euros la semaine de location, je parviens à tirer entre 70 000 et 100 000 euros
de revenus bruts par an. Sur quoi il me faut
payer l’impôt sur le revenu au fisc français, 6 000 euros en 2017. »
3 13 millions de travailleurs indépendants
% des gens ayant utilisé plusieurs fois par an une plateforme
collaborative (permettant des transactions entre personnes
qui proposent et utilisent un service)
% de français de 18 ans ou plus qui se déclarent prêts
à partager ou à prêter des objets et ne pas en être
l’usager exclusif
2014
« Faites travailler votre voiture. » C’est
par ce slogan que General Motors vient
de lancer un service de location de véhicules entre particuliers. Une extension
de sa plateforme de location de véhicules
Maven, sauf qu’il ne s’agira pas d’auto-
l’économie collaborative
France
54 %
EST LE PATRON
DE SON PATRIMOINE
❙ ON
2 La France à la pointe pour
prêts à prêter leurs biens
65 %
Location ou échange de logements, covoiturage ou autopartage (on prête son
automobile comme un loueur professionnel), revente de biens entre particuliers, sont entrés dans les mœurs. « 61 %
des Français déclarent avoir eu déjà recours au moins une fois à la vente/achat/
prêt/échange de matériel neuf ou d’occasion, dont 30 % pour le covoiturage et
26 % pour la location ou l’échange de logement », renchérit un sondage Elabe
publié le mois dernier par l’Institut Montaigne et Les Échos.
Airbnb et Abritel (logement), eBay (ventes d’objets), BlaBlaCar (covoiturage),
Drivy (autopartage), Leboncoin (petites
annonces gratuites), leurs noms sont sur
toutes les lèvres. Ces plateformes sont
devenues les entremetteuses du troisième millénaire. Leur métier est en soi le
plus vieux du monde qui consiste à mettre en relation un vendeur et un acheteur. Seule la technologie a changé. L’Internet et la logique des réseaux selon
laquelle « plus grand est le nombre
d’utilisateurs du site, plus forte la probabilité de trouver l’appariement (matching) parfait » ont démultiplié les possibilités de rencontre. Les Québécois ont
trouvé le bon mot : « accorderie », a été
retenu par le Petit Robert dans l’édition
2019 du dictionnaire.
Pour les particuliers, s’ouvrent des
perspectives miraculeuses pour rentabiliser leur patrimoine privé. « Nous sommes partis du constat que les voitures ne
sont utilisées que 5 % de leur temps. Je
suis convaincu que le covoiturage existerait depuis 1909 si l’Internet était apparu
la même année que la Ford T qui a été
créée en 1908 », expliquait Frédéric
Mazzella, président fondateur de BlaBlaCar dans une interview au Figaro (16
avril 2018).
À l’évidence, le covoiturage correspond
à un besoin ancien qui avait d’ailleurs fait
déjà l’objet de plusieurs tentatives de
systématisation outre-Atlantique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le
gouvernement américain avait lancé le
« carpooling » pour lutter contre les risques de pénurie d’essence, et à nouveau
dans les années 1970, celle des premiers
chocs pétroliers, la formule avait connu
un certain regain. L’économie numérique lui offre une nouvelle chance en facilitant « la mise en relation de personnes
ne se connaissant pas a priori, mais ayant
un intérêt à partager l’usage d’un même
véhicule, alors qu’historiquement le covoiturage concernait surtout des personnes
ayant des liens familiaux ou entretenant
des relations de voisinage », résume une
étude de l’Insee. Sur Internet et les réseaux sociaux, l’occasion fait le larron et
nous pouvons gérer nos actifs - voiture,
logement, appareils ménagers - comme
le ferait un chef d’entreprise.
Par nécessité
À contrecœur
3 millions
À court d’argent
Royaume-Uni
45,8
42,3
Italie
45,8
2%
Source : Commission européenne, Eurobaromètre
38,8
Source : Enquête Mckinsey Global Institute, 2016
Infographie
Sources : Eurostat et Insee
A
Avec l’Internet
et l’économie
de partage, chacun
peut faire fructifier
ses biens, logements
et voitures entre
autres, comme le
feraient des loueurs
de métier. C’est une
révolution pour les
finances des foyers,
mais aussi pour les
États et pour le fisc.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Nicolas Bouzou et Julia de Funès :
« Le management moderne
est une tyrannie inefficace »
BONNES
FEUILLES
Mantra du « collectif »,
lourdeur des process,
obsession
de la transparence,
réunions interminables
et séminaires ludiques…
L’économiste
et la philosophe passent
en revue tous les maux
du management
contemporain
dans « La Comédie
(in)humaine » (Éditions
de l’Observatoire).
Ils s’érigent contre
« l’idéologie
bonheuriste »
qui voudrait faire
du bonheur la condition
du travail alors
qu’il devrait être
la conséquence
d’un travail ayant
du sens. Les auteurs
proposent plusieurs
pistes pour retrouver
un véritable
management qui
cesse de « faire fuir
les meilleurs »
et redonne place au
courage et à l’autorité,
vertus cardinales
d’un véritable
leadership. Le Figaro
publie en exclusivité
des extraits d’un essai
iconoclaste et roboratif.
ENTREPRISE
SANS FINALITÉ
Au cœur du problème, l’entreprise est
vue par ses actionnaires et dirigeants
comme une « organisation technicienne » et non comme une « organisation
finalisée ». La technique est au service
de la technique et l’innovation au service du changement, sans que ces transformations s’inscrivent dans un projet
explicite. Cette « définalisation » a des
conséquences concrètes. Le leadership
s’efface au profit du management et du
contrôle. S’ensuit une inflation des réunions inutiles, des brainstormings
ineptes, des présentations PowerPoint
sans intérêt, tout cela orchestré par un
management qui détruit plus de valeur
qu’il n’en crée. Les salariés perdent de
vue le but et le résultat tangible de leur
travail. Les plus fragiles souffrent de
maladies professionnelles, les désormais tristement célèbres burn-out, bore-out et brown-out. […] Au fond, les
salariés sont aux prises avec deux injonctions contradictoires : les entreprises exigent de plus en plus de travail de
leurs salariés, mais dans les faits l’accumulation de process et de réunions les
empêche de travailler ; alors que les salariés auraient besoin de sens et d’autonomie, on leur demande instamment
d’être heureux au travail.
L’ABSURDIE
Pour développer l’inventivité de ses
salariés, une entreprise organise des
ateliers créatifs (ou plutôt récréatifs !).
Les salariés d’une grande banque sont
ainsi enfermés dans une pièce de
9 heures à 18 heures pour jouer aux
Lego et à la pâte à modeler, comme
s’ils étaient revenus… à la crèche. […]
Les activités imposées aux collaborateurs lors de ces séminaires frisent
souvent le ridicule : relaxation pour
évacuer le stress, escalade pour renforcer la solidarité du groupe, raid en
quad ou escape games pour se défendre de la concurrence et l’abattre… Le
ridicule peut même tuer. L’un de nous
deux se souvient d’un décès lors d’un
séminaire auquel il était intervenu
pendant la crise financière en 2008. Un
homme de 50 ans succomba à une crise
cardiaque lors d’un match de football.
L’autre se rappelle le malaise d’une
jeune femme en raison du stress que
représentaient pour elle des exercices
de prise de parole en public… Les pompiers ont dû intervenir.
SURVEILLANCE
ET TRANSPARENCE
A
DESSINS CLAIREFOND
Sur les campus d’entreprises les plus
récents, l’architecture des bureaux répond à cette exigence de visibilité. Tout
est vitré pour être transparent.
Tout devient visible et observable, on ne peut plus se
cacher ailleurs qu’aux
toilettes. Les bâtiments
ne sont plus faits pour
être vus eux-mêmes
pour la beauté
d’une architectu-
re, mais pour mieux voir, pour rendre
visibles ceux qui s’y trouvent. La surveillance et la transparence deviennent
ainsi des opérateurs économiques. Ce
pouvoir disciplinaire que décrit Foucault est paradoxal : d’un côté, il est absolument indiscret puisqu’il est partout
en ne laissant aucune zone d’ombre, et
de l’autre, absolument discret puisqu’il
n’est détenu par personne et fonctionne
en silence. Il rend visible en étant invisible : les salariés s’y soumettent en
n’obéissant à personne.
La lourdeur de l’entreprise n’est donc
pas simplement administrative ; elle est
aussi et surtout normalisatrice. Les salariés sont contraints de faire converger
leurs comportements et leurs apparences, y compris vestimentaires, car la
norme est le signe d’appartenance à un
corps social homogène. Le problème,
c’est que cette sanction normalisatrice
peut étouffer les collaborateurs et diminuer leur capacité à créer, à prendre des
initiatives, à innover et tout simplement
à agir.
LE PIÈGE
DU « COLLECTIF »
Dans beaucoup d’entreprises, le « collectif » est un totem. Cette passion pour
le collectif constitue l’une des explications de l’inflation de réunions et parfois de séminaires. D’évidence, dans le
conscient ou l’inconscient de l’entreprise, ce qui est « collectif » est bon et
ce qui est « individuel » individualiste
donc mauvais. Ce parti pris anti-individualiste nous semble dans bien des cas
relever d’une mythologie mensongère.
Bien sûr, nous ne méconnaissons pas
l’intérêt des échanges interindividuels et
du travail en équipe. Il est évident que
rien de grand ne s’accomplit seul, que
l’efficacité d’un groupe peut l’emporter
sur l’efficacité d’un seul, qu’une victoire
se remporte souvent à plusieurs. Simplement, le collectif est devenu un impératif catégorique, et rien n’est moins
efficace que l’imposture qui consiste à
placer le « collectif » partout, quitte à ne
plus laisser travailler les salariés de manière autonome. Les entreprises survalorisent le collectif quand elles sous-valorisent un individu dont l’autonomie et
la singularité peuvent inquiéter.
LA DICTATURE
DES PROCESS
Cette idéologie de la peur mène à l’accumulation de process, une des plus
grandes mythologies managériales du
temps présent. Process médical, process administratif, process de recrutement, process informatique, process
d’inscription, process pour joindre
n’importe quel service (pour obtenir…
tapez 1, pour obtenir… tapez 2), process
pour jeter ses ordures (poubelle bleue,
jaune, verte), nous vivons sous la dicta-
ture des process. Tous trouvent une
justification rationnelle mais tous engendrent des réflexes de comportements automatisés, comme une mise en
série contrôlée d’opérations… humaines. Cette invasion procédurale doit
être soigneusement séparée du droit. La
procédure n’est pas le légalisme. En effet, là où la loi tranche entre le permis
et le défendu, entre le légal et l’illégal,
et établit des interdits, le process établit
des normes comportementales. Le droit
interdit. La norme oblige.
Soumis à ces normes, les salariés incorporent dans leurs comportements des
gestes ritualisés et des automatismes
qui finissent par leur ôter capacité critique et bon sens. Or la réification des
humains est mauvaise pour les entreprises et pour le capitalisme lui-même.
LE NIVELLEMENT
PAR L’ÉGALITARISME
dans leur travail, ils se sentiront d’autant
plus joyeux. Le travail doit pouvoir être
une cause de joie. Si cela contribue au
bonheur, tant mieux. Soutenir à l’inverse que le bonheur constitue une condition pour bien travailler relève d’une tyrannie inefficace. Nous constatons
malheureusement que, trop souvent, le
baby-foot, les plantes vertes et la méditation express du midi se substituent au
projet, au travail et au sens.
Le bonheur ou la joie comme conséquence d’un travail réussi, oui ; le bonheur ou la joie comme condition de
performance, non. Le bonheur serait
alors une notion instrumentalisée dans
un but économique, or le bonheur doit
impérativement être une affaire privée.
QUE FAIRE ?
MOINS DE RÉUNIONS !
Développer le télétravail
Le télétravail présente deux avantages :
il est plébiscité par les salariés et oblige
les entreprises à instaurer des relations
de confiance entre le management et les
collaborateurs. On ne peut pas d’un côté
exiger la mobilité des travailleurs et de
l’autre freiner le développement du télétravail des quatre fers. Variante du
télétravail : les entreprises doivent accepter les enfants des collaborateurs
quand, par exemple, leur professeur est
absent. Chacun comprend que les entreprises ne sont pas des crèches. Mais
pourquoi ne pas offrir aux collaborateurs
une aide simple pour un vrai besoin ?
Tous ceux qui ont dû, en catastrophe,
placer leur progéniture chez un parent
ou prévenir, tendu, leur employeur seront d’accord avec nous.
Diminuer de 50 % le temps passé
en réunions ou en brainstormings
La moitié des réunions ne servent à rien
et pourraient être remplacées par une
communication
plus
fluide au sein de l’entreAu lieu de faire du bonheur
prise ou, au pire, par des
réunions téléphoniques.
une condition de travail,
L’autre moitié des réuconsidérons la joie comme
nions sont, la plupart du
une conséquence. Faisons tout
temps, organisées en
dépit du bon sens. Rappour que les salariés trouvent sens
pelons donc les bons
et s’accomplissent dans leur travail
principes d’organisation
d’une réunion : le thème
et le point de sortie sont annoncés à
l’égalité ne doit pas être recherchée,
l’avance ; elle réunit moins de 10 perpar exemple dans la relation entre le
sonnes ; elle dure au maximum 45 mimaître et l’élève. […]
nutes ; elle a lieu avant le milieu de
Comment diriger une entreprise dans
l’après-midi ; elle commence par des
ces conditions ? Les managers sont
souvent les complices de cette confu- exposés individuels de 4 minutes ; elle
se poursuit par un dialogue confrontant
sion conceptuelle. Ils préfèrent les
les points de vue et constructif ; elle se
contrôles et les process à l’autorité asclôt par une décision et jamais par la
sumée. Or l’autorité, véritable, légitiplanification d’une autre réunion.
me, grandit les deux parties.
Remplacer les formations inutiles
par des formations en humanités
Pour éviter les mots creux, les slides insignifiantes et les raisonnements faibles,
remplaçons les formations inutiles ou
divertissantes par des formations en huDerrière le jeu, c’est la promesse du
bonheur qui envahit les entreprises. manités. Au lieu de faire de la pâte à modeler et des loisirs créatifs, enrichissons
Voilà même que, dans certaines sociéla pensée, nuançons les mots, apprenons
tés, on arbore des tee-shirts « Talk less,
aux salariés à écrire correctement pour
smile more » (« Parle moins et souris
affûter les esprits, les rendre plus perfordavantage »). On ne compte plus les
mants, plus riches en vocabulaire et
formations et les séminaires qui explidonc en idées précises. Aidons-les à
quent l’impact positif du « bonheur en
prendre de la hauteur pour adopter une
entreprise » sur les performances finanvision systémique de l’entreprise, de son
cières, ni les conventions d’entreprise
environnement, de ses problématiques.
qui forcent les salariés à danser avec une
Les salariés se sentiront plus accomplis à
joie plus ou moins sincère sur le Happy
la fin de ces formations, ils auront acquis
de Pharrell Williams, devenu sans le
vouloir le chanteur attitré du manage- des compétences fondamentales et durables. Ces compétences transversales
ment contemporain. Le bonheur est devenu un facteur de production qu’il leur serviront autant dans leur vie personnelle que professionnelle et quelle
convient de maximiser pour augmenter
que soit la fonction qu’ils occuperont
les prix. Salarié heureux = salarié rentaplus tard. Ne privilégions pas toujours les
ble. Cette mode du bonheur en enformations prétendument « business ».
treprise s’est même traduite par la
Misons sur les fondamentaux : la pensée
création d’un nouveau
et le langage. ■
métier, le Chief Happiness Officer (CHO). […]
BONNES FEUILLES SÉLECTIONNÉES
Le raisonnement à suivre
PAR EUGÉNIE BASTIÉ
pour faire des salariés des
collaborateurs bien au travail est l’inverse de l’illusion
bonheuriste : au lieu de faire
du bonheur une condition
■ La Comédie
de travail, considérons la
(in)humaine
joie comme une conséPAR NICOLAS BOUZOU
quence. Faisons tout pour
ET JULIA DE FUNÈS, ÉDITIONS
DE L’OBSERVATOIRE,
que les salariés trouvent
176 P., 17 €.
sens et s’accomplissent
L’autorité se définit comme non négociable. Elle suppose de la part de celui
qui obéit la reconnaissance de la légitimité du donneur d’ordres. Pour que
l’autorité agisse, il ne faut pas seulement qu’elle s’impose, sinon elle n’est
que force, mais qu’elle soit reconnue
et acceptée. Or reconnaître et accepter
une supériorité entre en contradiction
avec l’interprétation courante de la
valeur démocratique moderne de
l’égalité selon laquelle tout se vaut,
tout se discute, tout doit tendre à
l’uniformité. À l’âge démocratique,
l’inégalité frustre, diminue et indigne.
Ce sentiment répandu vient d’une
confusion. Aujourd’hui, toute prise en
considération de la différence est assimilée à une inégalité et toute inégalité
à une injustice. La discrimination devient la grille de lecture exclusive des
relations humaines, y compris quand
«
»
L’IDÉOLOGIE
BONHEURISTE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 4 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Renaud Girard
rgirard@lefigaro.fr
Iran-Amérique : deux stratégies sans issue
epuis que la victoire
de leur allié baasiste dans
la guerre civile syrienne
est apparue évidente,
les gardiens de la révolution
iraniens n’ont pas manqué
de se gargariser de leur stratégie. Quels
progrès la République islamique d’Iran
n’avait-elle pas accomplis depuis 1988,
date à laquelle, épuisée par huit ans de
guerre, elle avait dû accepter un armistice
sans bénéfice avec son agresseur, l’Irak de
Saddam Hussein ! Il y a peu, les pasdarans
se vantaient encore auprès de leurs
visiteurs étrangers que la Perse
des mollahs avait conquis son accès
à la Méditerranée et mis la main sur quatre
grandes capitales arabes : Bagdad, Damas,
Beyrouth et Sanaa. Ce n’est pas
D
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
entièrement faux et l’axe chiite
est une réalité au Moyen-Orient.
Le militaire qui monte à Téhéran,
le général Qassem Soleimani, patron
de la Force d’intervention al-Qods, le fer
de lance à l’étranger du corps de gardiens
de la révolution, a indéniablement accru
l’influence régionale de son pays. Tel
un bon judoka, l’Iran a su depuis trente
ans retourner en sa faveur les attaques,
directes ou indirectes, déclenchées
contre lui ou contre ses alliés.
Sur quatre crises, on peut dresser
des constats qui se terminent à l’avantage
de l’Iran. Lorsque les Américains
se retirent militairement en août 2010
de l’Irak, qu’ils avaient envahi
en mars 2003, c’est pour - bien
involontairement - le donner
ENTRE GUILLEMETS
4 septembre 1768 : il y a 250 ans, naissance de Chateaubriand.
François-René de Chateaubriand
BRIDGEMAN IMAGES/RDA
Je me suis rencontré
entre les deux siècles comme
au confluent de deux fleuves ;
j’ai plongé dans leurs eaux
troublées, m’éloignant à regret
du vieux rivage où j’étais né»
ANALYSE
Nicolas Barotte
nbarotte@lefigaro.fr
Chemnitz : l’émotion légitime
et les statistiques nuancées
vant Chemnitz, il y a eu
Freiburg, Wiesbaden ou
encore Kandel mais aussi
les attaques terroristes
à Berlin ou Würzburg.
Depuis la crise migratoire
de 2015, l’extrême droite et les
opposants à la politique d’asile d’Angela
Merkel dressent en Allemagne la liste
des villes endeuillées et des victimes
d’agression impliquant des réfugiés.
Chaque fait divers permet de pointer
du doigt les failles et les limites
d’un système qu’ils dénoncent.
Abdul D., qui a été condamné lundi
à huit ans et demi de prison
pour le meurtre de son ex-petite amie,
Mia, à Kandel, en décembre dernier,
avait par exemple menti sur son âge
en arrivant en Allemagne. C’est
pourquoi il n’avait pas été expulsé alors
que sa demande d’asile avait été rejetée.
Depuis trois ans, les émotions
légitimes suscitées par ces tragédies
mobilisent. Dans les rues de Chemnitz,
les manifestants qui défilent depuis
une semaine évoquent tous leur
« peur de sortir le soir » ou les « groupes
de jeunes étrangers qui traînent dans
la rue ». À Kandel, la mort de Mia
avait déclenché une réaction similaire
et des rassemblements à répétition
pour réclamer « justice ».
L’Alternativ für Deutschland (AfD),
le parti anti-islam au Bundestag, s’est
emparée de cette liste pour accréditer
son discours anti-migrants : les réfugiés
mentent sur leur situation (Kandel),
leur religion les pousse à la misogynie
jusqu’à la violence (Cologne),
des terroristes se cachent parmi eux
(Berlin), l’État ne remplit pas
ses fonctions en ne parvenant pas
A
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
sur un plateau d’argent aux forces
politiques chiites pro-iraniennes.
Au début de l’été 2015, personne
n’aurait parié un kopeck sur le sort
du régime laïc de Bachar el-Assad
en Syrie, qui a réuni contre lui Turquie,
Arabie saoudite, Qatar, États-Unis, France
et djihadistes sunnites de l’ensemble
du monde arabo-musulman. Damas
est à deux doigts de tomber. L’Iran est très
préoccupé par son vieil allié syrien, le seul
qu’il ait eu lors de la guerre du Golfe
de 1980-1988. Le général Soleimani fait
alors le voyage de Moscou,
pour convaincre Vladimir Poutine
d’envoyer un corps expéditionnaire russe
en Syrie. C’est chose faite
en septembre 2015 et le régime est sauvé.
Au Liban, le Hezbollah sort
politiquement victorieux des 33 jours
de guerre qu’il a faite à Israël pendant l’été
2006. La milice chiite libanaise (fondée par
les pasdarans en 1982) n’a bien sûr pas
battu militairement l’État hébreu. Mais
comme elle a résisté à l’anéantissement
que lui promettaient les dirigeants
israéliens – une première chezles Arabes -,
elle peut proclamer sa « divine victoire ».
En mai 2008, après une démonstration
de force dans les quartiers sunnites
de Beyrouth, le Hezbollah va obtenir
ce qu’il a toujours recherché : un droit
de veto sur toutes les décisions stratégiques
du gouvernement libanais.
Au Yémen, la coalition arabe dirigée
par l’Arabie saoudite, principal rival
régional de l’Iran, piétine ; elle ne parvient
pas à reprendre la capitale
aux montagnards houthistes,
que Téhéran soutient à très peu de frais.
Mais à quoi servent à l’Iran ses succès
militaires avérés ? En quoi lui profite
son « accès à la Méditerranée » ? Quel est
le bilan coûts-avantages du fameux axe
chiite ? Désormais soumise à un terrible
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
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Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
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Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
à expulser ceux qui n’ont pas droit
à l’asile ou qui ont déjà été condamnés
(Wiesbaden)… En se plaçant du côté
des victimes, les populistes détournent
aussi le débat sur la récupération
des manifestations de deuil par des
groupuscules néonazis. « On parle d’un
mort ! Quel est le plus important ? Qu’il
y ait des néonazis dans les cortèges ou
qu’une personne ait été tuée ? », criaient
ainsi les manifestants de Chemnitz.
Face à la mécanique de la colère
utilisée par les extrêmes, les chiffres
apportent-ils une aide ? « L’insécurité
est au plus bas en Saxe », expliquait le
ministre de l’Intérieur de Saxe, Rolland
Wöller, la semaine dernière. Ces propos
renvoient aux vieux débats sur
l’insécurité et le sentiment d’insécurité
et la généralisation des cas particuliers.
L’Allemagne est un pays
objectivement sûr. En 2017,
la criminalité en Allemagne a reculé
dans son ensemble de 5,1 %, selon
un rapport du ministère de l’Intérieur
publié en mai, pour atteindre son plus
bas niveau depuis 1992. Dans le détail,
la criminalité a augmenté entre 2014
et 2016 pour reculer fortement en 2017
(- 9,6 % par rapport à l’année
précédente). À titre de comparaison,
le pays a compté moins d’homicides
que la France : 785 (en hausse de 3,2 %)
contre 825.
À y regarder de près, ces statistiques
ne sont toutefois pas toujours favorables
aux défenseurs de l’asile. L’impact
de la vague migratoire de 2015 et 2016
sur la criminalité en Allemagne
n’est pas à minimiser. Les migrants
demeurent proportionnellement
surreprésentés parmi les auteurs
de crimes et délits : 8,5 % en 2017
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
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Sciences),
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(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
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Frédéric Picard
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Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
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alors qu’ils ne représentent que 2 %
de la population. La proportion atteint
15,9 % pour les agressions sexuelles
ou 15,1 % pour la criminalité violente.
La proportion d’étrangers suspectés
d’actes criminels a progressé entre 2014
et 2017, passant de 28,7 % à 35 %.
Le nombre d’homicides commis
par des étrangers a augmenté :
83 en 2017 contre 52 en 2015.
Les additions peuvent toutefois être
trompeuses. L’arrivée de 1,4 million
de réfugiés en l’espace de trois ans
a mécaniquement fait bondir le nombre
de demandeurs d’asile soupçonnés
d’actes criminels. Les migrants sont par
ailleurs majoritairement des hommes
jeunes avec des difficultés sociales,
autant de groupes où la criminalité
est plus forte, quelle que soit l’origine.
En regardant plus précisément,
le panorama se trouble encore : la
proportion des crimes et délits commis
par des Syriens, des Irakiens
ou des Afghans (les trois principales
origines des migrants enregistrés)
est « nettement plus faible » que la
proportion de ces nationalités parmi
les migrants, écrit l’Office des
statistiques de la criminalité (BKA) dans
son dernier rapport. Les ressortissants
des pays du Maghreb sont en revanche
surreprésentés, ajoute le BKA.
Mais en nombre total, les premiers
sont plus nombreux que les seconds.
Face à des chiffres piégeux
qui empêchent les généralisations
commodes pour un camp ou l’autre,
les populistes ont choisi, pour défendre
leur cause, l’émotion. Celle-ci
est plus palpable que les statistiques.
Les responsables allemands
auraient tort de la sous-estimer.
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
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direction.redaction@lefigaro.fr
régime de sanctions américaines,
l’économie iranienne s’effondre.
La population se lasse des aventures
extérieures de ses dirigeants.
Au demeurant, les prises de guerre
ne sont pas si belles : le territoire syrien
est ravagé ; la colère populaire gronde
dans le port irakien de Bassora, toujours
privé d’électricité et d’eau potable ;
encouragé par les Émiriens, le sud
du Yémen se prépare à faire sécession ;
redevenu une place financière, le Liban
applique à la lettre les diktats du Trésor
américain. À quoi sert de hurler contre
Israël, alors que les nations arabes se
rapprochent de l’État juif ? À quoi sert une
puissance qui n’apporte pas la prospérité
à son peuple ? La stratégie iranienne
apparaît de plus en plus sans issue.
Invoquant leur dignité bafouée, les
dirigeants iraniens ont eu tort de refuser
l’offre de dialogue de Donald Trump. Mais
la Maison-Blanche aurait tort de suivre
les recommandations extrêmes de John
Bolton (conseiller à la Sécurité nationale),
qui veut asphyxier les Iraniens, pour
les forcer à changer de régime. Cela
ne se produira pas. Le résultat risque
d’être l’inverse : l’éviction du président
modéré Rohani, et le couronnement
du général Soleimani.
L’Iran, dont les élites estudiantines
et entrepreneuriales sont prooccidentales,
se transformera par la réforme
progressive, pas par une nouvelle
révolution ou quelque violent changement
de régime. Washington semble ne pas
l’avoir compris. L’Iran et l’Amérique
entretiennent l’un avec l’autre
des stratégies sans issue. Tant que se
poursuivront ces haines recuites, le Grand
Moyen-Orient ne connaîtra ni la stabilité
politique ni le retour de la confiance
économique, pourtant indispensables au
développement harmonieux de la région.
VOX
… IDÉES
« René Rémond,
conscience éternelle
des droites françaises »,
tribune de Julien Leclerc.
… SOCIÉTÉ
« Asia Argento, Weinstein,
une présomption
d’innocence à idéologie
variable », chronique
de Gilles-William Goldnadel.
… POLITIQUE
« Le macronisme a-t-il
toujours le contrôle
de son avenir ? », analyse
d’Arnaud Benedetti.
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
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le jeudi 20 septembre 2018,
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Édition nationale :
1er cahier 18 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
A
CHRONIQUE
17
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RTL ÉLUE
MEILLEURE STATION DE RADIO
© Nicolas GOUHIER – Antoine FLAMENT-William BEAUCARDET / RTL / M6
SAISON RECORD DEPUIS
10 ANS EN PART D’AUDIENCE*
1ÈRE RADIO
DE FRANCE
SOURCE : MÉDIAMÉTRIE 126 000, SEPT 2017-JUIN 2018, LUNDI-VENDREDI, 5H-24H, RTL, 13 ANS ET +, AC, QHM, PDA, DEA
*MEILLEURE PDA DEPUIS LA SAISON 2007-2008
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mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 035 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
ARGENTINE
CASINO
MACRI N’ARRIVE PAS
À STOPPER LA CHUTE
DU PESO PAGE 22
LE DISTRIBUTEUR
VEUT RASSURER
SUR SA DETTE PAGE 23
Google, un géant
de plus en plus contesté
Le groupe fête ses 20 ans. Son emprise sur le monde du numérique
inquiète les autorités européennes et même américaines. PAGES 20 ET 21
Le siège de Google à Mountain View en Californie.
L’Europe lève ses punitions contre le solaire chinois
Cinq ans après leur entrée en vigueur, la Commission européenne
a décidé de mettre fin à ses mesures antidumping (des surtaxes
douanières) sur les panneaux solaires chinois. Cette levée des barrières commerciales prend effet ce
mardi 4 septembre. Bruxelles justifie cette décision en invoquant
les nouveaux objectifs de l’Europe
en matière d’énergie renouvelable, qu’il sera difficile d’atteindre
avec des prix d’achat de panneaux
photovoltaïques rendus plus chers
le PLUS du
FIGARO ÉCO
DIDI
Le « Uber chinois »,
dans la
tourmente
PAGE 25
LA SÉANCE
DU LUNDI 03 SEPTEMBRE 2018
CAC 40
5413,80
+0,13%
DOW JONES
Marché clos
ONCE D’OR
1200,05 (1202,45)
PÉTROLE (lond)
78,110 (77,480)
EUROSTOXX 50
3394,82 +0,06%
FOOTSIE
7504,60 +0,97%
NASDAQ
Marché clos
NIKKEI
22707,38 -0,69%
que le marché mondial, à cause de
ces mesures protectionnistes.
L’industrie européenne du solaire
est divisée sur le dossier. D’un
côté, l’organisation EU ProSun,
dont les plaintes sont à l’origine
des mesures antidumping de 2013,
représente les fabricants européens de panneaux et de composants. Il en reste une quarantaine
sur le Vieux Continent selon EU
ProSun. L’association estime que
la levée des barrières européennes
ne relancera pas le marché du
photovoltaïque, contraint, selon
elle, par la réglementation et non
par les prix. La décision de
Bruxelles ne fera que remplacer
les panneaux vietnamiens, malaisiens, allemands ou français par
des panneaux chinois, regrette le
patron de EU ProSun, Milan
Nitzschke, cité par le site PV Tech.
De l’autre côté, SolarPower
Europe, qui regroupe les installateurs, pour lesquels les cellules
photovoltaïques ne sont qu’un
composant parmi d’autres dans
une installation complète, pense,
au contraire, que la levée des
tarifs douaniers va donner un
nouveau coup de fouet au marché
européen.
Le ministère chinois du Commerce s’est pour sa part félicité de la
décision de Bruxelles. Il en a profité pour lancer une pique à la politique commerciale de Donald
Trump en soulignant que le geste
européen constitue un « modèle de
résolution de tensions commerciales
F. N.-L.
par la concertation ».
Les banques françaises se sont engagées lundi à plafonner les frais pour incidents de paiement facturés aux personnes les plus fragiles financièrement.
Elles ont accepté de limiter ces frais à
200 euros par an, à la demande de
Bruno Le Maire, qui a réuni lundi à Bercy
les dirigeants des grands réseaux français ainsi que François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France. Ces 200 euros représentent un vrai
gain pour nombre de personnes modestes, qui paient en moyenne
320 euros de frais bancaires par an, selon l’Observatoire de l’inclusion bancaire (OIB), voire 500 euros pour 20 %
d’entre elles, contre 180 euros pour
l’ensemble de la population. « Cela
montre notre détermination à aider les
publics les plus fragiles dans notre
pays », a expliqué Bruno Le Maire.
Cependant, chaque établissement reste libre de fixer son propre plafond
dans la limite de ces 200 euros. L’Observatoire de l’inclusion bancaire et le
superviseur bancaire (ACPR) vérifieront que les banques jouent le jeu. Si ce
n’est pas le cas, le gouvernement
pourrait décider de rendre la mesure
contraignante en l’inscrivant dans la loi.
Ce plafonnement concerne les
350 000 Français ayant souscrit fin
2017 l’« offre bancaire spécifique » à
prix et services réduits. Ce qui ne représente que 10 % des 3,5 millions de
personnes en situation difficile et pouvant y prétendre. Les banques se sont
donc aussi engagées à élargir de 30 %
(soit 130 000 personnes supplémentaires) le nombre de bénéficiaires en
2019. « Les banques partagent l’ambition du ministre d’une augmentation
très significative du nombre de nouvelles souscriptions, écrit la FBF dans
un communiqué. Elles s’engagent à
contacter individuellement chaque
client éligible. »
Enfin, des mesures préventives sont
prévues pour tous les clients afin de
leur éviter que leur compte vire au
rouge, entraînant des frais d’incidents
de paiement. Les réseaux mettront
notamment en place des « services
d’information et d’alerte sur la situation de leur compte (SMS…) ». Mieux
informés, les Français, dont 60 % dépassent tous les ans leur découvert
autorisé, seront-ils plus vigilants ? D. G.
Reprise de la
production de l’usine
Les étudiants payent le prix fort pour
se loger dans les villes les plus grandes Sanofi de Mourenx
L'HISTOIRE
L
es étudiants choisiront-ils un jour
la ville où ils font leurs études
en fonction du prix du logement ?
En tout cas, selon le réseau
d’agences immobilières Guy
Hoquet, qui publie mardi une étude sur huit
grandes métropoles, les loyers payés par ces
locataires vont du simple au double, et même
un peu plus, suivant la ville. Sans surprise, la
palme du loyer moyen le plus cher revient à
Paris, avec 812 euros par mois. À l’autre bout
du spectre, Caen, où un étudiant se loge pour
370 euros mensuels. Pour ces prix-là, un
étudiant dans la capitale n’occupe pas un
palace. En moyenne, il se loge dans un 26 m2.
À Brest, en
revanche, il a
droit à un
37 m2. Et l’écart
se creuse
entre les
plus grosses
métropoles
et des villes
moins grandes.
Quand à Caen
les loyers
étudiants ont
baissé de 7 % cette année, ils ont grimpé de 16 %
à Toulouse et de 15 % à Lyon. Si les prix
s’emballent pour les étudiants dans les grandes
villes, c’est qu’ils ont droit à un traitement
spécial guère avantageux. En clair, ils payent
plus cher au mètre carré que le reste de la
population. À Lyon, ils déboursent 22 euros/m2
contre 14 euros pour les autres locataires.
Pas question ici de discrimination. Plutôt de
l’inexorable loi de l’offre et de la demande.
« Les petits appartements que recherchent les
étudiants ne sont pas assez nombreux, explique
Fabrice Abraham, directeur général de
Guy Hoquet. Du coup, leur prix augmente. »
En plus, le mètre carré dans les studios
ou les deux-pièces
se loue toujours plus
cher que dans les
quatre ou cinq-pièces.
Une évolution qui fait
le jeu de la colocation.
Selon le site
locservice.fr,
20 % des étudiants se
tournent désormais
vers cette formule
moins onéreuse. ■
JEAN-YVES GUÉRIN
Après deux mois de chômage
technique, la production de
l’usine Sanofi de Mourenx,
dans les Pyrénées-Atlantiques,
a repris ce lundi. Elle avait été
interrompue brutalement début juillet après la révélation
de rejets toxiques hors norme,
notamment de valproate de
sodium. La préfecture a donné
son feu vert après avoir mené
une étude d’évaluation qui
conclut à « des niveaux de risque très inférieurs à la valeur de
référence pour les populations
riveraines ». L’Institut national
de l’environnement industriel
et des risques (Ineris) a également donné un avis favorable
le 31 août.
Ce site produit notamment
l’antiépileptique Dépakine, qui
contient du valproate, un ingrédient servant de base à la
fabrication de médicaments,
antiépileptiques et antidépresseurs entre autres. Sanofi a
dû se plier à des contraintes
environnementales accrues.
Concrètement, les seuils de
toxicité du valproate ont été
revus à la baisse à la lumière de
recommandations de l’Agence
nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement et du travail. Des
analyses sur le secteur sont
menées régulièrement. En revanche, Sanofi n’en a pas encore fini avec la mise en
conformité du site. La préfecture estime, en effet, que les
résultats de l’évaluation « ne
permettent pas de conclure à
l’absence de risques pour les travailleurs, dans un rayon de l’ordre de 50 mètres autour de la
source de rejet ».
Cette affaire avait écorné
l’image du laboratoire. Des associations de riverains et de
défense de l’environnement
avaient saisi la justice. Le parquet de Pau s’est dessaisi en
juillet de la procédure visant
Sanofi, pour infraction à la législation sur les installations
classées, au profit du tribunal
de grande instance de Paris.
K. L.
A
HO/AFP, TIM SOMERSET/MAXPPP, JUSTIN SULLIVAN/AFP, FLORENCE DURAND/SIPA
Le président argentin Mauricio Macri, lundi
BANQUE : LES
FRAIS BAISSENT
POUR LES CLIENTS
FRAGILES
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mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
INTERNET Sundar Pichai n’a pas
assez de ses dix doigts, ni ceux de
Larry Page et de Sergueï Brin, pour
compter le nombre de personnes
fâchées contre leur entreprise. Rien
que cet été, les polémiques se sont
enchaînées pour Google. En juillet,
la Commission européenne l’a
condamné à une amende de
4,34 milliards d’euros pour pratiques anticoncurrentielles. Donald
Trump, président des États-Unis, a
accusé la société de le snober volontairement dans ses résultats de
recherche. Des associations, et les
propres employés de Google, se
sont indignées à cause d’un projet
de moteur adapté à la censure en
Chine. On a accusé la société de suivre à la trace ses utilisateurs, en récupérant la géolocalisation de leur
smartphone sans leur consentement, et collaborer avec le Pentagone sur un projet d’intelligence
artificielle militaire.
La rentrée ne promet pas d’être
plus calme pour Google. Deux dossiers brûlants attendent le géant
américain. Aux États-Unis, il doit
témoigner cette semaine, aux côtés
de Facebook et Twitter, devant le
comité de renseignement du Sénat
pour discuter de ses efforts contre
les tentatives russes de manipulation de l’élection présidentielle
2016. En Europe, le Parlement
réexamine le 12 septembre la réforme du droit d’auteur, qui pourrait
lui imposer de nouveaux devoirs
vis-à-vis des éditeurs de presse. Les
tensions sont multiples, mais le
problème est, au fond, toujours le
même : Google inquiète car il est
toujours plus puissant, et toujours
aussi peu transparent.
Le projet étudiant né dans un garage est devenu une société de
85 000 employés. Ses services, mus
par des algorithmes invisibles, nous
accompagnent tous les jours. Google se charge de notre divertissement, du bon fonctionnement de
notre smartphone et de notre maison, de notre communication, de
nos déplacements, de nos activités
professionnelles, de nos informa-
tions, et même de gérer nos courses. C’est sans compter, par ailleurs,
le prisme tentaculaire de sa maison
mère Alphabet, qui s’intéresse
autant à l’intelligence artificielle
qu’aux drones, en passant par l’investissement dans les start-up et les
biotechnologies pour rallonger notre espérance de vie.
Google n’est pas la seule entreprise du Web faisant face à une méfiance grandissante. C’est plus généralement toute l’industrie des
nouvelles technologies qui doit affronter les inquiétudes du grand
public et des politiciens, dépassés
face à ces sociétés immenses et
donc ils ne comprennent pas toujours les activités, tant elles sont
nombreuses. En mars, Facebook a
dû gérer les conséquences de l’affaire Cambridge Analytica, jetant
une lumière peu flatteuse sur son
modèle économique et son manque
de contrôle de l’exploitation de nos
données personnelles. Twitter, lui,
se retrouve au cœur d’un débat
houleux sur la liberté d’expression,
incapable de gérer son problème de
harcèlement et de violence en ligne.
Amendes records
Google se distingue par sa volonté
de rester à l’écart de ce genre de polémiques. Sundar Pichai se montre
beaucoup moins que Mark Zuckerberg (Facebook), Jack Dorsey
(Twitter) ou même le discret Tim
Cook (Apple). Le PDG de Google
devrait d’ailleurs être absent de
l’audition très attendue des principaux réseaux sociaux devant le Sénat américain, prévue mercredi,
ainsi que Larry Page, PDG d’Alphabet. C’est l’un des vice-présidents
de la société, Kent Walker, qui a été
proposé comme participant à la
réunion. Même discret, Google
n’échappe pas aux pressions. En
Europe, il a reçu, en 2017 et en 2018,
deux amendes records en Europe.
Au total, la Commission européenne lui a réclamé 6,72 milliards
d’euros, pour le punir de pratiques
anticoncurrentielles
concernant
Google Shopping, son service de
comparatif de prix, et Android. La
société américaine a fait appel de
ces décisions. Une troisième en-
quête est toujours en cours sur ses
pratiques publicitaires. « Ma mission est de protéger les consommateurs européens, déclarait, en juillet,
la commissaire européenne à la
Concurrence, Margrethe Vestager,
à la chaîne américaine CNBC. [Google] développe des produits que nous
apprécions tous. […] Mais son comportement est illégal, car il s’agit
d’une entreprise dominante, et elle
restreint la compétition, l’innovation
et les choix que nous aimerions tous
avoir. »
Le problème pour Google ne se
pose pas encore en termes financiers. Fin juillet, quelques jours
après l’annonce de la sanction
européenne, la société a publié des
profits en hausse de 3,2 milliards de
dollars lors du deuxième trimestre
2018. Ces résultats tenaient pourtant compte d’une provision de
5 milliards de dollars, constituée
dans le but de payer l’amende européenne. Néanmoins, Google peut
s’inquiéter d’un potentiel phénomène de contagion. Plusieurs dossiers ouverts par l’Union européenne (lutte contre l’optimisation
fiscale, le droit à l’oubli, la protection des données grâce au RGPD, la
concurrence sur la publicité en ligne, la géolocalisation) ont fait des
émules en dehors de ses frontières.
La semaine dernière, le sénateur
américain Orrin Hatch a demandé à
la FTC, le gendarme des consommateurs aux États-Unis, de rouvrir
une enquête sur les pratiques publicitaires de Google. L’institution a
déjà assuré qu’elle regarderait la
sanction européenne « de très
près ». Au pays du libéralisme et du
laisser-faire économique, les médias débattent désormais de l’intérêt d’une intervention étatique
pour casser des monopoles, surtout
dans le domaine des nouvelles
technologies. « Réguler les grandes
entreprises n’est pas une décision
politique, c’est un enjeu économique,
assurait, dimanche soir, Rana
Foroohar, éditorialiste pour le
Financial Times. Google est bien parti pour devenir l’entreprise de technologie la plus détestée, devant
Facebook. » On a connu meilleur
cadeau d’anniversaire. ■
en
Notre
entreprise
est le
symbole
de beaucoup
de choses.
On doit être
meilleurs que
tout le monde.
Chacune
de nos erreurs
nous coûte
très cher
SUNDAR PICHAI,
PDG DE GOOGLE
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r is
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a
s
»
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A
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X
Laboratoire de recherche secret
où Sergueï Brin, lui-même,
supervise le développement
d’innovations de rupture.
DEEPMIND
Créateur d’Alphago, le 1er programme
d’intelligence artificielle capable
de battre un joueur professionnel
au jeu de go.
WAYMO
Développement
de la voiture
autonome,.
PAUL VOORHAM
Le groupe, qui fête ses vingt ans, est devenu un empire
dans le numérique. Il traverse une période troublée.
ZAYNE SEAH
Google, un géant de
plus en plus contesté
14
20
Google a
privé les
consommateurs
du bénéfice
d’un choix
de services
et il a freiné
l’innovation
CALICO
Branche spécialisée
en biotechnologies,
dont le projet
n’est rien de moins
que de « tuer la mort ».
»
MARGRETHE VESTAGER,
COMMISSAIRE EUROPÉENNE
À LA CONCURRENCE
D’un simple projet étudiant à un empire mondial de la publicité en ligne
A
ÉLISA BRAUN £@ElisaBraun
Tout est parti d’une dispute, dans la
moiteur de l’été 1995. À l’université
de Stanford, en Californie, le jeune
doctorant Sergueï Brin fait visiter le
campus aux nouveaux, parmi lesquels se trouve un certain Larry
Page. Entre les deux prodiges des
mathématiques, le courant ne passe
pas. « Nous nous sommes trouvés
tous les deux odieux », racontent-ils
au magazine Wired. Le duel entre
ces esprits aiguisés ne s’arrête pas à
ces premières étincelles. Ils s’escriment à trouver la solution du plus
grand problème posé au développement d’Internet : l’organisation
de l’information. L’idée sur laquelle
ils finissent par s’accorder porte
dans son nom même, Google, toute
leur ambition. Un « googol » est un
nombre dont la représentation décimale s’écrit avec le chiffre 1 suivi
de 100 zéros. Une référence à l’infinie quantité d’informations que le
duo entend ordonner, et monétiser.
Serge Abiteboul a vécu les premières heures du moteur de recherche révolutionnaire. Professeur invité au département
informatique de Stanford entre
1995 et 1997, l’informaticien français émérite participe à sa première
démonstration. Et en ressort médusé. « Sergueï m’avait fait taper le
mot de mon choix sur Google, et un
autre sur Infoseek [un moteur de
recherche créé en 1994]. J’avais
choisi Rodin. Google m’a immédiatement proposé le musée parisien.
Infoseek était hors de propos », se
souvient-il. Très vite, le laboratoire
entier de Stanford veut travailler
autour des deux génies, car le potentiel de Google ne fait déjà aucun
doute. L’université de Stanford est
obligée de calmer le jeu, de peur de
se voir voler ses talents. Mais elle
accepte de soutenir le projet, en
l’hébergeant dès 1996 sur ses propres serveurs. Une générosité qui
fera sauter à plusieurs reprises son
réseau informatique, victime de la
puissance de Google. Sergueï Brin
et Larry Page se rapprochent alors
d’investisseurs. Ils n’ont aucun mal
à décrocher leur premier million.
Idées venues d’ailleurs
Contrairement à la légende, l’idée
de génie derrière Google n’est pas
totalement celle de Brin ou de Page.
Tous deux reprennent le travail
d’un informaticien, John Kleinberg. Ce dernier a inventé un algorithme pour mesurer l’autorité
d’une information par rapport à
une autre en observant le nombre
de liens qui la citent comme source.
Les deux hommes ont l’idée d’appliquer cette technique sur un volume considérable de pages Web.
PageRank est né, mais reste à savoir comment le monétiser. Là encore, l’idée de génie vient
d’ailleurs. Bill Gross, un entrepre-
neur, a eu l’intuition que les internautes ne recherchaient pas seulement des informations sur un
moteur de recherche, mais qu’ils y
déposaient des indices sur leurs intentions d’achat. En tapant « Bob
Dylan » sur Google, on peut laisser
soupçonner un intérêt pour l’achat
de CD. Google reprend ce principe
sur un programme appelé Adwords
(devenu Google Ads), dans lequel
les annonceurs paient pour que
leurs publicités soient affichées
chaque fois qu’un utilisateur tape
des mots-clés. Si l’utilisateur clique
sur la publicité (un « lien sponsorisé »), Google génère des revenus.
Ce système va rapporter plusieurs
dizaines de milliards de dollars à
Google, et seulement quelques centaines de millions à Bill Gross - qui
les obtiendra à la suite d’un procès.
2003 marque une nouvelle étape
pour l’entreprise. Son programme
Larry Page (à gauche)
et Sergueï Brin,
cofondateurs
de Google.com au siège
de la société à Mountain
View en Californie,
en 2001. G. BARCLAY/
BWP MEDIA/MAXPPP
AdSense vend aux annonceurs des
espaces publicitaires sur des sites,
via un système d’enchères et de
coût au clic. Il permet à Google
d’accroître son revenu au point de
se lancer en Bourse en 2004. Le
prix de l’action à l’ouverture est de
85 dollars, mais grimpe à 700 dollars à la fermeture. Page et Brin deviennent milliardaires. L’achat de
DoubleClick, société spécialisée
dans les bannières d’affichage et
les publicités vidéo, assoit la position ultradominante de Google sur
la publicité en ligne. Non sans
heurts : Microsoft et AT&T font
front commun pour que les autorités de la concurrence bloquent la
fusion.
Mark Read, alors directeur de la
stratégie chez WPP, se montre très
préoccupé par la vaste base de données de Google, qui forme un « cercle vertueux » avec les services
« gratuits » qu’il développe (YouTube, Gmail, Maps… voir infographie). Lawrence Lessig, qui enseigne le droit à Stanford et étudie la
culture numérique, résume cela au
New Yorker : « Google est génial
parce qu’il conçoit son système de
telle sorte que lorsque les gens interagissent avec Google, ils lui donnent
quelque chose. Si je veux envoyer un
email, je donne des données
Google. » Des données qui nourrissent aujourd’hui un chiffre d’affaires à plusieurs décimales. Mais pas
encore proches du Googol. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 4 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
DÉCRYPTAGE
Lucie Ronfaut
£@LucieRonfaut
Autres
Google Cloud
LOON
Réseau mondial de ballons volant
à haute altitude pour apporter
Internet dans les zones reculées.
SIDEWALK
En proposant des solutions
de villes connectées aux communes,
Google trouve aussi un nouveau levier
pour collecter des données.
JIGSAW
Objet hybride à la croisée du think-tank
et de l’incubateur de technologies connu
pour avoir développé des solutions contre
le terrorisme.
VERILY
Spécialisé dans la recherche en santé,
il ambitionne de déterminer
les signes avant-coureurs
des maladies.
GVENTURES ET CAPITALG
WING
Sociétés d'investissement
dans des start-up.
Start-up développant
des drones de livraison,
particulièrement sensible
pour l’e-commerce.
Vous rappelez-vous de Quaero ?
Lancé en 2005, ce programme
européen de recherche et d’innovation franco-allemand avait pour
but de développer un outil d’indexation de contenus en ligne, à
destination des entreprises, des
scientifiques et du grand public.
Autrement dit : faire concurrence à
Google. Le projet aura coûté au total
198 millions d’euros, dont une large
part de subventions publiques françaises. Il s’est achevé en 2013, laissant derrière lui de nombreux brevets, de véritables innovations
bénéficiant à la recherche, des entreprises (comme Exalead)… mais
pas de moteur de recherche capable
de rivaliser avec les grands noms
américains.
Pourquoi l’Europe n’a-t-elle pas
construit son propre Google ? Le
moteur américain occupe aujourd’hui 90 % des parts de marché de
la recherche en ligne dans le monde, d’après les estimations du site
statcounter. L’Europe est au-dessus
de la moyenne avec 92 %. La situation est différente dans d’autres
pays. Aux États-Unis, cette part est
plus basse (84 %), car Bing (moteur
développé par Microsoft, 7 % de
parts de marché) et Yahoo! (6%)
continuent de se battre. En Russie,
c’est le concurrent local Yandex qui
domine le secteur (53 %). En Chine,
où le géant américain a disparu du
Web en 2010, les sites Baidu (67 %)
et Shenma (développé par Alibaba,
18 %) se partagent le haut du
podium.
Des géants inquiétants
Depuis l’échec de Quaero, il existe
toujours quelques alternatives
européennes au géant américain.
Qwant, fondé en France, se veut
être un moteur de recherche plus
respectueux de la vie privée et des
données personnelles. Framabee
soutient l’open-source, Lilo finance
des initiatives sociales et l’allemand
Ecosa reverse une partie de ses bénéfices à un programme de reforestation. La majorité de ces projets
sont en fait des « métamoteurs »,
des sites qui envoient les requêtes
de leurs utilisateurs à d’autres moteurs de recherche et qui en affichent ensuite les résultats. Ils pro-
CHRONICLE
Laboratoire secret dédié
au cybercrime et
à la cybersécurité.
posent une offre de niche, pour
séduire les déçus de Google, plutôt
que d’espérer le concurrencer
vraiment.
Le problème dépasse celui du
seul secteur de la recherche. Historiquement, l’industrie du Web a
d’abord prospéré aux États-Unis,
grâce au soutien financier de son
gouvernement et de son armée. On
compte aujourd’hui dans le monde
158 start-up de nouvelles technologies, non cotées en Bourse, qui sont
valorisées à plus d’un milliard de
dollars. 60 % sont américaines.
Viennent ensuite les sociétés asiatiques (25 %), notamment chinoises,
puis l’Europe (10 %). Après un retard au démarrage, l’Europe bénéficie aujourd’hui d’un écosystème
numérique de qualité, avec quelques belles réussites à son actif.
Mais est-il déjà trop tard ? En vingt
ans, Google a tissé sa toile et s’est
rendu indispensable dans notre
quotidien en ligne. Le groupe recrute les meilleurs ingénieurs et investit dans tous les secteurs en ligne
pour y proposer ses services en
priorité. Google est désormais un
véritable écosystème. Son système
d’exploitation mobile Android
équipe 85 % des smartphones dans
le monde, et 60 % des internautes
utilisent son navigateur Web
Google Chrome. Sa marque est devenue synonyme d’aller sur Internet. On ne cherche pas quelque
chose en ligne, on le « google ».
À défaut de lui opposer un
concurrent, l’Europe se défend
contre l’ultra-domination d’une
entreprise si puissante qu’elle est
capable de mettre à terre d’autres
sociétés en un changement d’algorithme. Comparer le Vieux Continent à la situation d’autres pays, où
Google est moins présent, est compliqué. La Russie et la Chine sont
des autocraties : l’Internet y est
étroitement contrôlé par l’État.
L’Europe n’a jamais interdit l’utilisation de Google. Elle se bat donc
sur un autre territoire. Elle cherche
à inspirer l’industrie des nouvelles
technologies, en poussant sa vision
d’un Internet plus juste et respectueux de notre vie privée, dans ses
frontières et en dehors. Le Règlement général sur la protection des
données (RGPD) fait des émules
jusque chez les politiciens américains, inquiets des dérives de leurs
champions nationaux. Même aux
États-Unis, l’heure est à la méfiance
face aux géants du Web. Cette révolution-là est européenne. ■
Olivier Babeau : « Pour Google, aucune limite n’est posée »
PROPOS RECUEILLIS PAR
VINCENT TRÉMOLET DE VILLERS
£@vtremolet
Économiste et essayiste, Olivier
Babeau est président du thinktank Sapiens
LE FIGARO. – La puissance de
Google l’entraîne à aborder toutes
les dimensions de l’existence.
Comment qualifier le projet
de cette entreprise ?
Olivier BABEAU. – Il y a d’abord
une incontestable logique économique dans la multiplication des
produits de Google. C’est en fournissant des services gratuits de
toutes sortes qu’il peut attirer
massivement les internautes, capter leurs données, et engranger les
revenus publicitaires associés.
Mais l’extension incessante des
services offerts va au-delà de la
simple stratégie commerciale. Il
ne s’agit pas seulement de parvenir à une hégémonie économique.
Derrière la soif permanente de diversification que Larry Page expliquait innocemment en 2010 par
la volonté de « gagner plus d’argent », il existe en réalité un projet beaucoup plus ambitieux dont
les extraordinaires moyens financiers amassés ne sont que le carburant. Google veut façonner le
monde de demain et en être le
point de référence.
« Homme augmenté », « Mort
de la mort »… Quel crédit donner
à ces ambitions ?
Google, comme les autres géants
du numérique, veut devenir un
fournisseur universel capable de
répondre à tous les besoins. Or la
santé et la survie sont les besoins
ultimes. Les considérables investissements dans des sociétés
comme Calico (pour California
Life Company) spécialisées dans
la lutte contre le vieillissement
traduisent très clairement une
adhésion de Google au courant
transhumaniste souhaitant faire
échec à la mort. Certains parlent
d’ambition prométhéenne, mais
c’est beaucoup plus que cela : c’est
bien plutôt le coup d’État de Zeus
contre les Titans que Google souhaite réaliser, en faisant de
l’homme un Dieu ! Pour les
transhumanistes, toutes les
possibilités données par la
science devront être exploitées : manipulation
génétique, amélioration de nos capacités,
Olivier Babeau.
FRANÇOIS BOUCHON/
LE FIGARO
hybridation
homme-machine,
voire abandon du corps physique,
aucune limite n’est posée. Le projet est tout à fait sérieux et assumé.
Les vieilles formes politiques,
notamment l’État nation, sontelles menacées par une entreprise
d’une telle puissance ?
Les États nations ont d’ores et déjà
abdiqué leur rôle de promoteur
“
Certains parlent
d’ambition
prométhéenne, mais
c’est beaucoup plus
que cela
”
OLIVIER BABEAU
des changements, au profit de
ces organisations privées
étendant leur contrôle sur la
foule de ceux qui choisissent
d’en utiliser les services. Le
« monopole de la violence légitime », qui définissait selon
Max Weber le pouvoir de
l’État, semble mis en échec
par notre extraordinaire dépendance vis-à-vis des GAFA
qui sont au cœur des grandes
évolutions actuelles de la société. Ce ne sont pas seulement
les populations, mais aussi les
industries et les États qui ne sauraient se passer de leurs services.
La dépendance atteint son paroxysme avec la diffusion de l’intelligence artificielle dans tous les
objets qui nous environnent, et
dont les fournisseurs sont outreAtlantique. Le sujet fiscal, qui occupe souvent les débats, est en
réalité secondaire, presque un
contre-feu : il cherche à établir
quelle quantité de miettes Google
laissera tomber de sa table au
profit des États… Le vrai problème
est de savoir si le pouvoir réel
n’est pas en train d’échapper aux
institutions élues, convertissant
les États en simples voitures-balais d’une course numérique dont
ils ne comprennent ni ne maîtrisent rien.
Où s’arrêtera l’expansion
de Google ?
Certains prônent un démantèlement d’Alphabet à la manière de
celui qui mit fin à la domination de
la Standard Oil de Rockefeller en
1914. Une telle décision n’est pas
vraisemblable car briser les GAFA
serait simplement laisser la porte
grande ouverte à la domination
globale des BATX, les géants numériques chinois ! Une perspective guère réjouissante. D’une façon
ou d’une autre, le pouvoir politique élu devra faire alliance avec
Google et les autres géants occidentaux, en faisant jouer leur
concurrence pour limiter leur
pouvoir. ■
110
milliards
de dollars
de chiffre d’affaires
annuel en 2017
Une forte dépendance
à la publicité
99,56 %
Google
0,44 %
le reste
d’Alphabet
Source : Google
do
86 %
nt re
ve n u p u blicita
ire
RÉPARTITION DU REVENU
D’ALPHABET AU 2E TRIM. 2018,
en pourcentage
12
milliards
de dollars
de profits en 2017
85 %
des smartphones
sont équipés
d’Android
60 %
des
internautes
naviguent
sur le Web grâce
à Google Chrome
6,7
milliards
d’euros
Le montant
des amendes
infligées
par l’Europe
à Google entre
2017 et 2018
LE 5/7
MATHILDE
MUNOS
Retrouvez le mercredi à 6h48
Histoires Économiques
avec Jacques-Olivier Martin
du quotidien
À SUIVRE SUR TWITTER
#LE57INTER
A
Pourquoi l’Europe n’a pas
fait émerger un concurrent
21
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
22
ÉCONOMIE
Assurance-chômage :
l’idée choc du Medef
La CGT et FO s’opposent à la proposition inédite
du patronat d’une indemnisation à plusieurs étages.
CÉCILE CROUZEL £@ccrouzel
SOCIAL La prochaine réforme de
l’assurance-chômage - la troisième en deux ans - aboutira-t-elle à
un big bang ? C’est ce que souhaite
le Medef : son nouveau président,
Geoffroy Roux de Bézieux, propose en effet un système inédit et révolutionnaire à trois étages pour
indemniser les chômeurs. Aujourd’hui, le régime est financé par des
cotisations patronales, payées par
les entreprises, et salariales,
payées par les salariés. Il est, pour
l’essentiel, piloté par le patronat et
les syndicats, qui l’ont créé en
1958. Surtout, il est assurantiel :
chaque chômeur, lorsqu’il y a
droit, perçoit une allocation fixée
en fonction de son ancien salaire,
et donc des cotisations versées.
Comme pour les retraites
Mais à compter du 1er octobre, les
cotisations salariales à l’assurance-chômage disparaîtront. Le régime sera en partie financé par un
quasi-impôt qui frappe tous les
revenus, y compris du capital : la
CSG. Dès lors, l’État, qui garantit
la dette de l’assurance-chômage,
aura davantage son mot à dire.
Le Medef en prend acte, avec
son schéma à plusieurs étages. Le
premier serait constitué d’une
« indemnisation universelle forfaitaire », a précisé Geoffroy Roux de
Bézieux aux Échos. Comprendre :
d’un montant fixe, sans lien avec
l’ancien salaire, comme au
Royaume-Uni. Cette allocation
qui intégrerait des prestations annexes (ASS des personnes en fin de
droits, minima sociaux…) serait financée par la CSG. Ce premier régime serait géré par l’État.
Les chômeurs bénéficieraient
également d’une indemnisation
complémentaire, cette fois proportionnelle à l’ancien salaire. Ce
« régime assurantiel complémentaire obligatoire », deuxième étage
de la fusée, serait géré par le patronat et les syndicats. Une gouvernance logique puisqu’il serait
alimenté par les seules cotisations
patronales et que l’État n’en garantirait pas la dette. Il aurait
l’obligation d’être à l’équilibre.
Une vraie révolution, le régime
actuel ayant accumulé 35 milliards
d’euros de dette. Enfin, le Medef
propose un troisième étage, celui
« d’un régime supplémentaire »,
non obligatoire, pour les indépendants et les chefs d’entreprise.
Avantages de cette architecture, qui ressemble à celle des retraites des salariés, où cohabite un
régime général piloté par la Sécu
et des retraites complémentaires,
gérées par le patronat et les syndi-
Geoffroy Roux
de Bézieux, lors
de l’université d’été
du Medef, le 27 août,
à Paris.
E. PIERMONT/AFP
Le fait
« que
la CSG
devienne
une des
sources de
financement
de
l’assurancechômage
change
la donne
»
MARYLISE LÉON,
SECRÉTAIRE GÉNÉRALE
ADJOINTE DE LA CFDT
cats ? Les partenaires sociaux seraient maîtres chez eux au sein du
nouveau régime complémentaire,
avec les responsabilités financières allant de pair. L’État gérerait
seul son régime et les rôles seraient ainsi clarifiés.
Reste un obstacle idéologique :
le premier étage de l’allocation
forfaitaire serait en rupture avec
la tradition française, puisqu’il ne
serait plus assurantiel. Philippe
Martinez, leader de la CGT, n’en
veut pas. Plus gênant, FO qui est
un des fondateurs de l’assurance-chômage, est sur la même ligne. « Nous voulons préserver le
système assurantiel », assure au
Figaro son secrétaire général,
Pascal Pavageau.
Sans se prononcer sur le schéma
proposé par le Medef, la CFDT estime, quant à elle, nécessaire de
revoir l’architecture générale.
« Le fait que la CSG devienne une
des sources de financement de l’assurance-chômage change la donne », convient Marylise Léon, sa
secrétaire générale adjointe, qui
accompagnera ce mardi Laurent
Berger à Matignon pour rencontrer le premier ministre.
Reste que les syndicats sont unis
contre le patronat pour inventer
un système de bonus-malus sur
les contrats courts, une promesse
de campagne d’Emmanuel Macron à laquelle tient le président.
Tous se prononceront après le
21 septembre sur une possible entrée en négociation, une fois la
feuille de route de la réforme
connue. Les 8 organisations syndicales et patronales devaient envoyer lundi un courrier au ministère du Travail détaillant les
thèmes qu’ils souhaitent voir
abordés. ■
AMÉRIQUE LATINE Le ton du président argentin était solennel et le
visage grave. Dans une allocution
télévisée, lundi matin heure de
Buenos Aires, Mauricio Macri a annoncé un vaste plan d’économies.
L’enjeu est de stopper l’hémorragie, d’enrayer la dégringolade du
peso qui n’en finit plus malgré les
interventions répétées de la banque
centrale. Le peso a perdu 52 % de sa
valeur depuis le début de l’année
face au dollar. Rien que dans la
journée de jeudi dernier, il a dévissé de plus de 12 %.
L’annonce intervient à la veille
d’un déplacement, à Washington,
de son ministre de l’Économie afin
d’obtenir une accélération et une
révision du programme d’aide du
FMI négocié au printemps. Sur
l’enveloppe de 50 milliards de dollars obtenus sur trois ans, Buenos
Aires a reçu 15 milliards en juillet et
vise un nouveau décaissement très
rapide de 3 milliards. Car la situation économique s’est encore dégradée. Outre l’effondrement de la
monnaie, l’économie sud-américaine n’arrive pas à juguler l’infla-
Le peso a perdu
52 % de sa valeur
depuis le début
de l’année face
au dollar.
» Les prix de l’immobilier
devraient atterrir
en douceur à travers l’Europe
www.lefigaro.fr/economie
+@
E. ABRAMOVICH/AFP
COURS DU PESO
ARGENTIN. en dollar
Source : Bloomberg
0,0324 $
0,0259 $
-20%
en une
semaine
0,032
0,030
0,028
-12,22%
(journée
du 30/08)
0,026
0,024
27 août 2018
Infographie
3 sept. 2018
vons que c’est une mauvaise taxe,
mais je vous demande de comprendre que c’est une urgence », s’est-il
défendu à l’adresse des riches exportateurs agricoles. Il est prévu
d’augmenter les taxes sur l’industrie, les produits miniers et sur les
céréales. Cette décision, qui touche
un pan clé de l’économie argentine
- les céréales sont le premier poste
d’exportation -, témoigne de la
gravité de la situation. « Ces taxes
permettent d’augmenter les recettes
de l’État rapidement. Le gouvernement dispose de très peu de marge de
manœuvre face au risque social, explique Adriana Meyer, économiste
risque pays à Bpifrance. Il peut difficilement augmenter les impôts et
couper dans les dépenses, ils ont déjà
arrêté pas mal de projets d’investissement. »
Depuis le début de l’année,
95 000 postes de fonctionnaires ont
été supprimés et les prix de l’électricité et de l’eau ont encore aug-
menté début août, liés à la fois aux
suppressions des subventions octroyées pendant des années et à la
hausse de la facture énergétique,
conséquence de la chute du peso.
Les Argentins subissent depuis des
mois une baisse de leur pouvoir
d’achat, qui alimente la grogne sociale. Les mouvements de protestation se multiplient et une grève
générale est prévue pour le 25 septembre. La colère vise aussi la tutelle du FMI, vu comme un épouvantail, tenu responsable par une
partie de la population de la faillite
de 2001.
Équilibre en 2019
Pour retrouver la confiance des investisseurs et stopper la spirale, le
gouvernement durcit la trajectoire
de redressement budgétaire. Après
avoir ramené le déficit public de
6 % en 2015 à 3,9 % en 2017, l’engagement initial auprès de l’institut
de Washington était de le réduire à
Trophée s "Les Fe mm es de l'éc onomi e"
Edition Nouvelle-Aquitaine
Mardi 11 septembre 2018 à l'Hôtel de ville de Bordeaux
Invitation sur www.femmes-economie.com
A
£ La Société générale a
annoncé lundi avoir entamé
des « discussions plus actives »
avec les autorités américaines,
afin de régler un litige aux
États-Unis. Celui-ci concerne
des transactions en dollars
effectuées par la banque
et impliquant des pays faisant
l’objet de sanctions
américaines. L’établissement
« s’attend à ce que le montant
des amendes […] soit presque
intégralement couvert par
la provision pour litiges allouée
à ce dossier ».
£ Un an après le passage
de l’ouragan Irma, qui
a dévasté les îles de SaintMartin et de Saint-Barthélemy,
les assureurs ont indemnisé
pour 1,26 milliard d’euros
de dégâts, a annoncé lundi
la Fédération française
de l’assurance (FFA).
« 95 % des dommages ont été
indemnisés », précise la FFA.
Il s’agit de la catastrophe
naturelle la plus coûteuse
de l’histoire de l’assurance
outre-mer.
L’annonce du plan d’économie de
Macri n’a pas enrayé la chute du peso.
tion, qui oscille sur l’année entre 30
et 35 %. La banque centrale a décidé la semaine dernière une hausse
spectaculaire de ses taux d’intérêt
de 45 à 60 %. Et le gouvernement
vient de revoir sa prévision économique, anticipant désormais une
récession de 1 % alors que le FMI
tablait encore sur 2 % de croissance
en avril dernier. À l’origine du recours au FMI, un cafouillage de politique économique en début d’année : une sous-estimation de
l’inflation assortie de la décision de
baisser les taux d’intérêt, auquel
s’est greffée une sécheresse qui a
pesé sur les récoltes.
Le plan d’économies, détaillé par
le ministre suite à l’allocution du
président, prévoit un amaigrissement du gouvernement, ramené de
19 à 10 ministres, et une hausse des
taxes sur les exportations. Pourtant, à son arrivée en décembre 2015, lorsque le président libéral avait engagé une normalisation
de l’économie après le dirigisme de
l’ère Kirchner - ce qui avait permis
de redonner de la crédibilité à l’Argentine et accéder aux financements internationaux -, il avait décidé l’inverse ainsi que la levée du
contrôle des changes. « Nous sa-
SOCIÉTÉ GÉNÉRALE :
RÈGLEMENT DE LITIGE
EN VUE
OURAGAN IRMA :
LES ASSUREURS ONT
VERSÉ 1,3 MILLIARD
Argentine : une cure
d’austérité pour
stopper l’hémorragie
ANNE CHEYVIALLE £@AnneCheyvialle
EN BREF
1,3 % en 2019 et de parvenir à
l’équilibre en 2020. Cet objectif est
ramené à 2019. « L’Argentine traîne
depuis 70 ans un déficit chronique.
En le réduisant, la nécessité d’émettre de la dette diminue. L’unique
manière de construire un pays stable
et d’éradiquer la pauvreté est d’assainir les comptes publics », a justifié le ministre de l’Économie, Nicolas Dujovne. Mauricio Macri
promet d’épargner les plus défavorisés et pour cela s’engage à « renforcer les allocations, les programmes alimentaires et le plafonnement
du prix de certains produits de
base ». Il espère bien redresser la
barre dans la perspective des élections de fin 2019. « Les indicateurs
sont tous dans le rouge et la situation
ne devrait pas s’améliorer avant
plusieurs mois », alerte l’économiste de Bpifrance. Les annonces du
jour n’ont pas convaincu les marchés. Le peso a encore perdu 4 %
dans la journée. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 4 septembre 2018
ENTREPRISES
23
Casino tente de
rassurer les marchés
sur son endettement
hedge funds, parfois créés très récemment, n’hésitent pas à diffuser
des informations dans l’intention
de faire plonger le cours. Dernier en
date, Muddy Waters, qui s’était déjà
attaqué à Casino fin 2015 : son patron a affirmé vendredi sur Twitter
que Casino n’avait pas déposé les
comptes de l’une de ses filiales au
greffe du tribunal. Cette publication
a accéléré la chute du cours, amorcée une heure auparavant. Certains
observateurs s’interrogent sur un
« harcèlement, sur la base d’informations fausses, destiné à déstabiliser Casino ».
L’agence S&P dégrade la note du groupe, qui pointe
« les attaques spéculatives répétées » sur son titre.
Bonnes performances
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
DISTRIBUTION Nouveau coup de
massue pour Casino. Moins de trois
ans après avoir dégradé la note du
distributeur stéphanois dans la catégorie « junk bonds », S&P l’a de
nouveau baissée ce lundi. L’agence
de notation estime que le niveau
d’endettement de Casino (10 milliards d’euros à fin juin) reste trop
élevé et, surtout, que la baisse significative de son cours de Bourse
(-47 % depuis janvier) rend plus
risqué le refinancement par Rallye,
sa maison mère, de sa propre dette.
Pourtant, depuis 2016, l’endettement de Casino a bel bien baissé,
notamment avec la cession des filiales en Thaïlande et au Vietnam.
Et le groupe a dévoilé avant l’été
son projet de céder pour 1,5 milliard d’euros d’actifs, pour l’essentiel des murs de magasins. La direction de Casino, qui avait été
avertie vendredi matin de la décision de S&P, a regretté lundi que
l’agence ne prenne pas en compte
dans son appréciation ce plan de
cession, en cours de réalisation.
Elle relève toutefois avec satisfaction que « S&P n’a repris aucun des
commentaires sur la situation économique du groupe contenus dans
des notes hostiles ».
Ce qui est problématique, selon
S&P, c’est en réalité la situation de
Rallye, qui détient 51,1 % du capital
de Casino (63,7 % des droits de
vote). Cette holding cotée en Bourse
est elle-même endettée, avec des
échéances pour rembourser près
d’un milliard d’euros d’obligations : 370 millions le 2 octobre,
300 millions le 15 octobre et
300 millions en mars 2019. Si le
marché ne permet pas à Rallye
d’émettre de nouvelles obligations,
la société dispose pour 1,7 milliard
d’euros de lignes de crédit pour
rembourser celles arrivant à
Le niveau
d’endettement de
Casino de 10 milliards
d’euros à fin juin
reste trop élevé,
selon l’agence de
notation S&P.
DUGIT/LE PARISIEN/MAXPPP
échéance. Or, une grande partie de
ces lignes de crédit (1,4 milliard
d’euros) ne peut être tirée que si
Rallye gage auprès des banques
prêteuses des titres Casino pour un
montant équivalent. Plus le cours
de Casino baisse, plus Rallye doit
donc gager un nombre important
de ses actions pour tirer sur une
même ligne de crédit. Depuis des
mois, certains observateurs spécu-
lent sur un niveau de cours de
Bourse de Casino en deçà duquel
Rallye ne disposerait pas suffisamment de titres Casino à nantir. La
direction de Rallye n’a pas souhaité
commenter.
Pour ne rien arranger, 19 % du
capital de Casino est aux mains de
vendeurs à découvert, faisant de
Casino l’entreprise la plus « shortée » d’Europe. Pire, certains de ces
« Le conseil d’administration de Casino, réuni le 31 août 2018, constate
que le cours de l’action Casino fait
l’objet d’attaques spéculatives répétées, assure le groupe. Il a pris
connaissance des analyses des
conseils financiers de la société, et
observe que le groupe possède une
résilience opérationnelle, une solidité
financière et des ressources immédiatement disponibles non reflétées
dans le cours de Bourse actuel. »
Les performances opérationnelles de Casino sont plutôt bonnes
(« meilleures que nos concurrents »,
selon un proche du groupe), ce
qu’admet S&P. Mais celles-ci n’ont
pas permis de faire décoller le cours
de Bourse pour le moment ; pas plus
que les offensives de Casino dans le
e-commerce ces derniers mois
(partenariats avec Ocado et Monoprix). La direction du groupe stéphanois est prête à se battre pour
démontrer la pertinence et l’efficacité de sa stratégie. ■
Carrefour accélère sur ses engagements alimentaires
Le distributeur met en place un comité pour développer le changement dans ses rayons.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
DISTRIBUTION « Nous lançons un
programme d’actions concrètes,
parce que les consommateurs qui ne
nous font guère confiance, pas plus à
Carrefour qu’aux autres, ont besoin
de preuves. » Comme pour la
transformation digitale, le constat
d’Alexandre Bompard - à la tête du
groupe depuis l’été 2017 - sur le
changement de modèle alimentaire au sein de Carrefour est sévère. Le PDG veut accélérer sur la
« transition alimentaire », projet
phare du plan stratégique présenté
le 23 janvier pour relancer l’attractivité de ses grandes surfaces.
Traçabilité, bio, suppression des
substances controversées, le groupe s’engage cette semaine sur une
dizaine de points concrets, déclinés dans tous les pays où il est présent. À moyen terme, l’enseigne va
ainsi bannir 100 substances (additifs…) controversées de ses produits à marque Carrefour. Elle
s’engage sur la suppression d’une
série de pesticides chimiques de ses
filières végétales à marque Carrefour et Reflets de France, et de certains traitements antibiotiques en
élevage. Le groupe confirme son
objectif de réaliser 5 milliards
d’euros de chiffre d’affaires dans le
bio et entend doubler sa gamme
végétarienne Carrefour Veggie.
« Les grands sujets de transformation ne sont pas que l’apanage
des États, mais aussi de la responsabilité des acteurs de la société
civile », a appuyé lundi Alexandre
Bompard en présentant ces enga-
gements. Après une série d’actes
précis pris par tous les distributeurs depuis trois ans, Carrefour
s’engage, lui aussi, fortement.
Avancées sur le bio
Carrefour a pour
objectif de réaliser
5 milliards d’euros
de chiffre d’affaires
dans le bio. O. LEJEUNE/
LE PARISIEN/MAXPPP
Surtout, pour accélérer ce changement, le groupe qui entend être
leader de la transition alimentaire
fait évoluer sa gouvernance. Carrefour a annoncé dimanche la mise
en place d’un comité d’orientation
alimentaire regroupant 7 membres
tous engagés, mais issus de l’industrie (Emmanuel Faber, PDG de
Danone), de la restauration (le chef
Jean Imbert), du monde agricole
ou du monde médical. Chargé de
souffler des pistes nouvelles pour
« manger mieux », ce comité
consultatif se réunira une à deux
fois par an. Le but : accélérer la
mutation, par nature lourde dans
un groupe de 88 milliards d’euros
de chiffre d’affaires et présent en
direct dans 10 pays.
« Ce n’est pas un shadow comité ni
un comité de parties prenantes, mais
un groupe appelé à dialoguer au plus
haut niveau avec la direction pour
aiguiller les changements, donner
des pistes et initiatives pour challenger l’interne », explique Laurent
Vallée, secrétaire général de Carrefour, en charge notamment de ce
pilier stratégique qu’est la transition alimentaire.
Les effets de cette nouvelle instance mettront probablement plusieurs semaines à se matérialiser en
rayon. En revanche, des changements sont déjà perceptibles en
magasin sur d’autres sujets. Comme sur le bio, dont le distributeur
veut presque quintupler le poids
d’ici à 2022 (de 1,2 milliard à 5 milliards d’euros). L’expérimentation
d’un « shop in shop » bio dans son
hypermarché de Chambourcy sur
600 m2 sera étendue à 4 hypermarchés d’ici à la fin de l’année, « et à
plusieurs dizaines en 2019 », selon
Benoît Soury, venu du réseau spécialisé bio La Vie Claire pour développer le segment chez Carrefour.
À côté de son enseigne Carrefour
Bio, qui compte une vingtaine
d’unités en France sur des formats
moyens de 200 m2, le groupe
compte aussi sur « So Bio ». Rachetée cet été, cette chaîne régionale spécialisée sur des formats
plus larges (600 à 800 m2), avec des
marques spécifiques aux réseaux
bio, passera rapidement de 8 à
11 magasins. ■
Frichti se lance dans la livraison de produits du marché
La start-up de plats préparés dans ses propres cuisines et livrés à domicile diversifie ses services.
millions d’euros
Somme levée
depuis la création
de Frichti
L’entrepreneur est
le révolutionnaire
volu
de l’économie.
Joseph Schumpeter
banlieue « en 18 minutes », assurent
les fondateurs, qui préparaient depuis 18 mois cette diversification
sous le nom de code « Frigo cool ».
« C’est une autre façon d’atteindre
notre mission de “rendre le bon enfin
possible au quotidien”, expliquentils. Depuis notre création, nous avons
dû relever pas mal de défis en augmentant notre capacité de production de plats préparés et en réduisant
nos délais de livraison. Après cette
phase d’intensification, nous entrons
dans une phase de diversification. »
Frichti mise sur un assortiment
réduit et une rotation rapide de ses
stocks pour garantir leur fraîcheur.
La société compte sur son savoirfaire dans le choix des produits et
dans la logistique.
« Acteur de référence »
« Nous maîtrisons la technologie de
livraison, notamment l’optimisation
des routes de tournées, ce qui nous
permet de servir plus de huit clients
dans un périmètre de deux rues à
chaque tournée », assure Julia Bijaoui. La livraison (1,5 euro avec un
minimum d’achat de 8 euros) est
gratuite pour les abonnés au service
Frichti+ (5 euros par mois) lancé en
juin. Les dirigeants de Frichti, qui
disent assurer des centaines de milliers de livraisons de plats préparés
par mois (sans plus de précisions
sur les chiffres), espèrent bientôt
réaliser la moitié de leur activité
avec les produits du marché. Après
avoir levé 43 millions d’euros depuis la création de Frichti, dont
30 millions en mai 2017, les fondateurs partiront à la recherche de
nouveaux fonds l’an prochain.
« Nous voulons devenir l’acteur de
référence sur les produits frais, explique Quentin Vacher. Il faut être
numéro 1 ou 2 sur son segment. » Le
marché de la « foodtech », en plein
essor depuis quelques années, est
bousculé depuis plusieurs mois.
Après Take Eat Easy, Foodora vient
de cesser ses activités sur le marché
de la livraison depuis les restaurants ; Sodexo a racheté FoodChéri
(livraison de repas à domicile, sur le
modèle de Frichti) en janvier, et
Carrefour s’est offert Quitoque (livraison de paniers-repas par abonnement) en mars. « Désormais, nos
concurrents sont aussi Carrefour et
Casino », observe Quentin Vacher,
visiblement peu ému d’avoir à défier de tels rivaux… ■
I. L.
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Dossier spécial « Entreprendre en solo »
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En vente avec votre quotidien
A
43
RESTAURATION Virage stratégique pour Frichti. Trois ans après
sa création par Quentin Vacher et
Julia Bijaoui, la start-up spécialisée
dans la livraison de plats préparés
dans ses propres cuisines (neuf à
cette date en région parisienne) se
diversifie dans les produits bruts. À
partir de ce mardi, il est possible de
commander depuis le site Internet
Frichti et son application mobile
près de 200 produits du marché :
fruits, légumes, viande, poisson,
fromage et une sélection d’articles
d’épicerie. Les clients sont livrés
dans Paris et 28 villes de la proche
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
24
ENTREPRISES
Lait : Synutra lâche une coopérative française
Le groupe chinois met fin à son
contrat avec les Maîtres laitiers.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
AGROALIMENTAIRE Coup dur
pour les Maîtres laitiers du Cotentin. Après avoir investi l’an dernier
près de 115 millions d’euros dans
une usine à Méautis (Manche) destinée notamment à la production de
briquettes de lait pour Synutra, le
numéro deux chinois du lait, la
coopérative normande subit les déboires de son principal client sur ce
site. Vendredi, la coopérative normande, qui regroupe 1 200 producteurs sur 770 exploitations, a indiqué « avoir été informée récemment
de la décision unilatérale de Synutra
de rompre son contrat avec les Maîtres laitiers du Cotentin, alors même
que notre dossier d’agrément lait infantile était désormais parvenu
auprès des autorités chinoises ».
«Nous avons pu constater l’évolution récente de la position problématique de Synutra en France avec
d’autres industriels français ainsi
qu’avec les Maîtres laitiers du Cotentin », précise la direction dans
un communiqué.
Alors que l’usine de Méautis était
à l’arrêt depuis début août, les déboires des Maîtres laitiers confirment que l’eldorado chinois promis
par son client se révèle moins reluisant que prévu. Avec apparemment
des difficultés à écouler les volumes
commandés. « Au cours des derniers mois, nous avons constaté,
d’une part, des ventes inférieures
aux engagements volumétriques pris
par Synutra […] et, d’autre part, des
stocks très élevés toujours détenus
par notre client pour lesquels plusieurs créances sont exigibles », explique ainsi la coopérative. Lors de
la mise en service de l’usine, Synutra s’était ainsi engagé sur 11 ans
pour 690 millions de briquettes par
an de lait liquide à destination de
l’empire du Milieu.
Redéploiement des équipes
La fin de ce contrat (50 % des volumes de Méautis) est un gros
manque à gagner pour la coopérative normande, qui a fait du grand
export un débouché majeur pour
son site. En septembre dernier, les
Maîtres laitiers expliquaient pour-
Synutra s’était engagé
avec le groupe normand
Méautis (ici, la chaîne
de production
dans la Manche)
pour 690 millions
de briquettes de lait
sur 11 ans. TRIBALLEAU/AFP
tant avoir déjà tempéré les ardeurs
de Synutra, désireux lors des négociations de s’engager sur des
volumes trois fois supérieurs. Une
prudence apparemment insuffisante.
Pour pallier cette défection, la
coopérative a redéployé 80 des
120 salariés de l’usine sur ses sites
voisins de Sottevast et Valognes. La
quarantaine de postes restant opérationnels sur le site sont dédiés à la
production de beurre et de lait AOP.
« Avec nos sociétaires, une réorganisation de la collecte laitière vers nos
autres sites industriels nous permet
La France à la pointe de l’entrepreneuriat responsable
Sélectionné pour un prix européen, le programme d’Initiative France a aidé 400 sociétés.
« C’est
un outil pour
motiver les
entrepreneurs
qui ont envie
d’apporter
leur part
à l’inclusion
OLIVIER KERSALÉ,
INITIATIVE FRANCE
»
CORINNE CAILLAUD
£@corinnecaillaud
SOCIAL La France se distingue une
nouvelle fois de façon positive sur
la création d’entreprises. Le programme « Initiative remarquable »
vient d’être sélectionné pour participer à la finale du prix européen de
la promotion de l’esprit d’entreprise de la Commission européenne, dans la catégorie entrepreneuriat inclusif et responsable.
Ce dispositif a été lancé en 2014
par Initiative France, premier réseau français de financement et
d’accompagnement des créateurs
d’entreprise, présidé par Louis
Schweitzer, ancien patron de Renault. Alimenté par des fonds
d’épargne salariale et solidaire
(Mirova, Amundi Asset Management, CM-CIC Asset Management
et BNP Paribas), le programme Initiative remarquable a un objectif :
accélérer l’émergence d’entreprises qui allient efficacité économique et responsabilité sociétale. Les
financements peuvent aller de
5 000 à 25 000 euros maximum.
Depuis sa création, près de
400 entreprises en ont bénéficié
pour un montant de 7 millions
d’euros au total. À cela s’ajoutent
7 millions d’euros des prêts d’honneur (prêts sans intérêts et garanties) versés par les plateformes locales d’Initiative France, le tout
ayant permis de générer auprès des
banques un financement additionnel de 46 millions d’euros.
« C’est un outil pour motiver les
entrepreneurs qui ont envie d’apporter leur part à l’inclusion et à
l’économie responsable », souligne
Olivier Kersalé, responsable du
pôle innovation chez Initiative
France. Sarah Da Silva est une
d’entre eux. Elle a profité du coup
de pouce du programme Initiative
remarquable pour la création en
LES DÉCIDEURS
â GISÈLE ROSSAT-MIGNOD
Caisse des Dépôts
À 48 ans, l’ex-dircab d’Augustin de Romanet
chez ADP va piloter le réseau de la Banque des
territoires lancée fin mai par la Caisse. Vétérinaire de formation, formée aussi à l’IHEDN,
l’ex-sous-préfète a aussi dirigé chez ADP
depuis 2014 une partie des opérations et les
affaires publiques avant de rejoindre le PDG.
â BRUNO HALLAK
Credit Suisse
Cet X-Pont diplômé d’économie,
passé par le Trésor, Merrill Lynch et
Deutsche Bank avant de rejoindre
Credit Suisse comme vice-président EuropeMiddle East IBCM, devient en plus responsable
de la banque d’affaires de Credit Suisse (France)
que dirige Bruno Angles.
A
â ÉLISE DUCRET
L’Oréal France
À la suite de Sébastien Garcin, la quadragénaire
entrée dans le groupe en 1998 se voit confier le
marketing pour la France. Reconnue par ses pairs
pour ses connaissances en digital et marketing,
elle intègre ainsi le comité de direction en bonne
place, reportant au DG France, Hervé Navellou.
2015 de « Constant et Zoé », sa
marque de prêt-à-porter et accessoires astucieux et esthétiques
pour personnes handicapées. Une
problématique à laquelle elle a été
confrontée très tôt avec son frère,
infirme moteur cérébral, qui ne
peut se vêtir seul et pour lequel il
était compliqué de trouver des
vêtements adaptés. Trois ans
après le lancement de son entreprise, la jeune femme de 29 ans est
en train de recruter un 6e collaborateur et vise pour l’an prochain les 250 000 euros de chiffre
d’affaires.
Succès de la microfinance
Dans un tout autre registre, le dossier de l’Atelier Tuffery a également été sélectionné par le réseau
associatif. Cette entreprise familiale, créée il y a cent vingt-cinq ans
dans les Cévennes, est la plus ancienne manufacture française de
jeans. Julien Tuffery et sa compa-
gne ont décidé de se lancer dans sa
reprise et se sont vu accorder un
prêt de 12 000 euros par la branche
locale Initiative Lozère. « Nous
avons aussi été reconnus remarquables, une belle récompense de nos efforts pour faire perdurer un savoirfaire artisanal fortement ancré sur
son territoire, tout en repensant le
fonctionnement de l’entreprise pour
la faire entrer dans l’ère 2.0 ! », indique Julien Tuffery. En trois ans,
l’activité de la société a progressé
de 600 %. Elle emploie 8 personnes
et, en 2017, un nouvel atelier a été
inauguré à quelques centaines de
mètres du site de 1892.
Pour Olivier Kersalé, la présence
d’Initiative France en finale du prix
européen de la promotion de l’esprit d’entreprise, qui se déroulera à
Graz, en Autriche, du 19 au 21 novembre prochain, représente « une
belle opportunité de faire connaître
un exemple concret de microfinance
ayant déjà fait ses preuves ! » ■
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Laurent Mignon, big boss de BPCE
et super-lobbyiste des banquiers
L’année 2018 sera pour lui à
marquer d’une pierre blanche. À 54 ans, l’HEC formé à
Stanford, big boss depuis le
1er juin de BPCE, deuxième
groupe
bancaire
tricolore,
fédérant
Banque populaire et Caisse d’épargne, et nouveau président de la filiale Crédit foncier,
accroît encore un peu plus son influence en
endossant aussi le costume de super-lobbyiste
des banquiers. Désigné en juillet par ses pairs, il
s’installe officiellement à la présidence de la
Fédération bancaire française, prenant pour un
an, en vertu du principe de présidence tournante, le relais de Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas.
Grand défenseur et « patron » donc aussi désormais d’un ensemble de 347 banques françaises et
étrangères présentes sur le territoire, véritable
pivot de l’économie se posant avec 366 200 salariés parmi les tout premiers employeurs privés
de France. Les questions réglementaires bancaires et financières au niveau français, européen et
international, les sujets relatifs à la place de la
banque dans la société… : autant de champs
d’intervention pour la FBF, qui dispose aussi de
représentations à Bruxelles et à Francfort et
délivre toutes les statistiques du secteur. L’association réunissant le gratin des banquiers est
influente. Elle a notamment été à l’origine de la
proposition « Green Supporting Factor », un
bonus prudentiel visant à permettre d’accélérer
le financement de la transition énergétique en
France et en Europe. Laurent Mignon a l’entregent et la légitimité pour continuer à faire
entendre sa voix.
Fils de médecin, l’ex-bon élève de Saint-Jean
de Passy et de Carnot, père de trois enfants, est
présenté comme un as de la finance et de la
banque. Expérience ciselée d’abord chez Indosuez, AGF et Oddo, avant que son prédécesseur
chez BPCE, François Pérol (reparti chez Rothschild), ne l’appelle en 2009, au cœur de la
grande crise financière, pour remettre à flot la
banque de marché Natixis en perdition. Attelé
aujourd’hui à la restructuration du groupe
BPCE, il devient donc aussi le premier de cordée d’une profession en pleine transformation
sous l’effet de la vague numérique, où fermetures d’agences et suppressions d’emplois sont
autant de sujets d’inquiétudes. Ajoutée à cela,
l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché
(Le Compte Nickel, Orange Bank…). Peu de
répit, donc, pour le nouvel omni-président,
qui a inauguré ce lundi sa nouvelle casquette à
la FBF, en compagnie des membres du comité
exécutif, par une rencontre à Bercy avec le
ministre de l’Économie. Celui-ci en appelle à la
coopération des banquiers pour réduire les
frais des plus fragiles.
C. B.
de continuer à collecter 100 % du
lait », complète la direction.
Après ce coup dur, les Maîtres
laitiers planchent sur d’autres débouchés à l’étranger. Mais la
concurrence est rude. Que ce soit
chez les coopératives laitières (Sodiaal, Maîtres laitiers du Cotentin,
Isigny-Sainte-Mère…) ou les groupes privés (Lactalis), le marché de
la nutrition infantile - en poudre ou
liquide - fait ainsi partie des axes
stratégiques de développement de
la majorité des laitiers français.
Outre la Chine, des zones comme le
Moyen-Orient sont ainsi fortement
convoitées.
Récemment, Sodiaal, première
coopérative laitière de France avec
5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, a aussi fait les frais des errements
de Synutra en France. Constatant les
difficultés du groupe chinois à monter en puissance sur son usine flambant neuve de Carhaix (Finistère), le
producteur de Candia a décidé de
reprendre la main. Contrairement
aux Maîtres laitiers, il n’avait investi
que très à la marge sur le site finistérien. Il négocie actuellement avec
Synutra la reprise d’une partie de cet
énorme site pensé pour approvisionner l’empire du Milieu. La
conquête de l’eldorado chinois du
lait sera plus longue que prévu. ■
EN BREF
AIR LIQUIDE OUVRE
UN NOUVEAU SITE
£ Air Liquide a inauguré lundi
un site pilote de production
d’hydrogène, sans émission
de carbone, à Hobro dans le nord
du Danemark. Il fonctionne par
électrolyse de l’eau et permet
de produire 500 kg d’hydrogène
par jour. Ce site comporte
un centre de remplissage
pour les clients industriels
livrés par camion.
LA CROISSANCE
GRECQUE RALENTIT
£ L’économie grecque a
enregistré en avril-juin
un sixième trimestre consécutif
de croissance mais à un rythme
ralenti, selon les données
de l’Institut national
de la statistique (Elstat).
Le PIB a progressé de 0,2 %
en données corrigées des
variations saisonnières après
une croissance de 0,9 % au
premier trimestre. Sur un an, la
croissance ressort à 1,8 % après
+2,5 % au premier trimestre.
www.lefigaro.fr/decideurs
â FRANÇOIS CHABAS
Groupe Bureau Veritas
Grandes manœuvres au sommet du
leader mondial de l’évaluation de la
conformité et la certification. Le directeur financier Europe prend du galon au sein de
l’actif phare de Wendel comme vice-président
exécutif et grand argentier du groupe. Il monte
au comex. Cet HEC de 44 ans, diplômé aussi en
histoire, remplace pour partie l’ex-inspecteur
des finances Nicolas Tissot, sur le départ. François Chabas a rallié le «BV» en 2003 après avoir
débuté chez EY comme auditeur interne et a enchaîné ensuite les responsabilités en Europe. De
son côté, le manager de transition indépendant
Pascal Quint intègre le groupe également comme vice-président exécutif, responsable des risques et de la conformité, et directeur juridique.
â ANTOINE LEVAN
PMU
Un nouveau directeur marketing pour
la filiale de France Galop. Agé de
50 ans, Antoine Levan, Dauphine et
Celsa, a travaillé chez Shell-Butagaz, Bouygues
Telecom, Leclerc et Conforama. il est recruté
par le nouveau directeur général Cyril Linette,
ancien patron de L’Équipe. Sa mission : relancer
la marque et la gamme des produits, distribuée
dans ses réseaux physiques et numériques, ainsi
que le pilotage de la relation client.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 4 septembre 2018
ENTREPRISES 25
Didi, le « Uber chinois »,
dans la tourmente
La start-up pékinoise est fragilisée par le viol
et le meurtre d’une cliente.
mière plateforme mobile de transport au monde », comme aime à se
présenter Didi. Surtout, l’affaire ne
serait que la partie émergée de
l’iceberg, selon des révélations de
la presse locale. Plus de 50 cas de
viols impliquant des chauffeurs de
Didi auraient été relevés par les
autorités selon les informations du
Nanfang Zhoumo, un hebdomadaire réputé de Canton.
plus grande crise depuis sa création, infligeant un coup d’arrêt à sa
croissance spectaculaire, qui lui
avait permis de bouter l’américain
Uber hors de Chine.
Ce drame, qui succède à un
autre viol d’une jeune femme en
mai, a déclenché le feu des critiques en ligne, mais également une
mise au pas par le régime, avide de
répondre à l’émotion populaire.
Les excuses publiques de Jean Liu,
la cofondatrice de Didi, ainsi que la
suspension de son programme de
covoiturage Hitch, n’ont pas suffi à
convaincre l’opinion sur la capacité de la start-up à vérifier le profil
de ses chauffeurs et assurer la sécurité de ses passagers. Deux jours
avant le viol, une passagère avait
en effet dénoncé le comportement
agressif de ce chauffeur à « la pre-
SÉBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
SHANGHAÏ
TRANSPORTS « Au revoir » Didi.
La starlette Wang Xiaochen a enfoncé l’application de taxi chinoise
dans la tourmente en l’effaçant ostensiblement de son smartphone,
capture d’écran à l’appui, accompagné de ce commentaire lapidaire. Le boycott de l’actrice aux
9 millions d’abonnés sur Weibo, le
Twitter chinois, illustre la colère
grondante sur les réseaux sociaux à
l’encontre de Didi, depuis le viol et
le meurtre d’une jeune passagère,
le 24 août, dans la ville côtière de
Wenzhou. La start-up pékinoise
aux 550 millions d’utilisateurs,
dont la valeur boursière est évaluée
à 56 milliards de dollars, connaît sa
suspension de licence. Ce rappel à
l’ordre porte un rude coup aux
perspectives de croissance de l’appli, faute de pouvoir recruter plus
de chauffeurs « en règle », et offre
une opportunité à une concurrence
jusqu’ici écrasée par le mastodonte.
Déjà, à Pékin et Shanghaï, Didi doit
se séparer des conducteurs n’ayant
pas de « hukou », le certificat de
résidence, et le scandale force ses
dirigeants à changer de stratégie.
« Didi va cesser de mesurer son succès à l’aune de la croissance. Nous
allons donner la priorité à la sécurité », a déclaré la présidente Jean
Liu, fille du fondateur de Lenovo.
Plus de 50 cas de viols
impliquant des
chauffeurs de Didi
auraient été relevés
par les autorités.
CARLOS JASSO/REUTERS
Introduction en Bourse
L’application, qui est devenue le
sésame indispensable de la vie quotidienne de la Chine urbaine, est
désormais dans le collimateur des
autorités. Dénonçant un « crime »,
le ministère des Transports a sommé la start-up de se mettre en
conformité avec les règlements,
laissant planer la menace d’une
La crise arrive au mauvais moment pour la start-up, alors
qu’elle cherche à séduire les investisseurs en vue d’une possible
entrée en Bourse l’an prochain, et
part à la conquête de l’international. Didi, qui a investi dans l’appli
estonienne Taxify, présente à Paris, venait d’annoncer le lancement de ses opérations au Japon,
après avoir racheté l’opérateur
brésilien 99 Taxi, pour un milliard
de dollars en janvier. En Amérique
latine, le géant chinois faisait de la
sécurité l’un de ses arguments de
vente pour séduire ces nouveaux
marchés. ■
Le succès de la Peugeot 3008 perturbe les usines de PSA
Le site de boîtes de vitesses de Valenciennes n’a pas réussi pendant plusieurs jours à répondre à la demande.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
Les clients
« seront
livrés
AUTOMOBILE La rançon du succès. C’est ainsi qu’il faut comprendre les arrêts de production de
Peugeot 308 la semaine dernière
dans l’usine PSA de Sochaux. En
cause, un manque de boîtes de vitesses mécaniques à six rapports.
Ces boîtes sont fabriquées dans
l’usine du groupe à Valenciennes.
Et elle produit déjà à sa capacité
nominale, c’est-à-dire 1 800 boîtes 6 vitesses par jour. Pas suffisant, compte tenu du succès de la
marque Peugeot aujourd’hui. Notamment le SUV Peugeot 3008. En
France, il s’est vendu à plus de
58 000 exemplaires depuis le dé-
et il n’y aura
pas d’impact
sur les
ventes
du second
semestre
»
UN PORTE-PAROLE
DE PEUGEOT
but de l’année. C’est le troisième
véhicule le plus vendu dans
l’Hexagone, ce qui n’est jamais arrivé pour une voiture de cette
taille. Et son succès en Europe est
quasiment aussi important. Ce qui
contribue à la bonne performance
de la marque Peugeot. En six mois,
elle a vu ses immatriculations
européennes progresser de 8,9 %,
à 535 000 exemplaires.
Le constructeur, confronté à la
pénurie de boîtes de vitesses, a
toutefois préféré couper la production de la Peugeot 308, plus petite
et moins margée que sa grande
sœur. Le constructeur estime toutefois que ces difficultés d’approvisionnement seront sans conséquence. « Les clients seront livrés et
il n’y aura pas d’impact sur les ventes du second semestre, estime un
porte-parole du constructeur. Et
aujourd’hui, la production est revenue à la normale. »
Investissements
à Valenciennes
La situation pourrait toutefois
avoir des conséquences, si elle se
renouvelle. « Nous devons analyser
si cette demande exceptionnelle de
boîtes manuelles six rapports était
exceptionnelle, ou pas. » Dans ce
cas, il faudrait investir plus fortement dans l’usine de Valenciennes,
qui emploie aujourd’hui 2 000 personnes, pour augmenter les capacités de production. « Il s’agit d’un
problème positif, car il montre que
les voitures du groupe se vendent
très bien », relativise Franck Don,
de la CFTC. Ce souci montre les enjeux complexes que doivent résoudre les constructeurs automobiles.
Les consommateurs changent
aujourd’hui très rapidement de
comportement. Le succès du SUV
Peugeot 3008 le montre bien. Mais
c’est aussi le cas du basculement
très rapide des motorisations diesels vers l’essence. À l’inverse, les
investissements dans les usines ne
sont rentabilisés que sur le long
terme. Il faut donc être particulièrement prudent avant de les réaliser. « C’est plutôt une bonne chose
que les dirigeants de PSA soient
prudents avec les investissements à
Valenciennes, concède Franck
Don. C’est rassurant pour l’avenir.
Mais il est clair que les salariés ne
peuvent pas être sollicités le weekend sur le long terme. »
Quelle que soit la décision prise,
le site de Valenciennes ne sera pas
en déficit d’investissements. Il a
été choisi, en mars dernier, pour
accueillir la fabrication d’une boîte
de vitesses, mais automatique celle-là, fabriquée sous licence du japonais Aisin. Ce produit était déjà
présent dans les voitures du groupe
PSA, mais importé depuis le Japon.
La hausse des volumes a cependant
incité le constructeur à rapatrier sa
fabrication en Europe. Et c’est le
site de Valenciennes qui a été choisi. Objectif : 300 000 boîtes automatiques à l’horizon 2020. ■
LA SÉANCE DU LUNDI 3 SEPTEMBRE
JOUR
%VAR.
+0,6
+0,37
+1,17
-0,04
-1,31
+1,72
+0,16
-2,79
+0,05
+0,75
+0,78
+0,07
-0,24
0
+0,39
-1,24
+0,15
-0,4
+0,15
-0,64
+HAUTJOUR
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,52
108,9
107,7
26,055
103,25
22,14
50,7
38,24
111,1
15,565
11,906
68,03
12,65
124,6
562,4
468,6
207,2
65
303,75
101,6
42,85
0,221
107,95
0,115
105,94
0,077
25,8
0,06
100,8
0,206
21,785 0,296
50,37
0,163
36,83
0,387
110,2
0,121
15,32
0,308
11,774
0,173
67,72
0,113
12,555 0,135
123
0,154
557
0,023
460,2
0,128
205,5
0,036
64,3
0,128
297,6
0,098
100,45
0,252
+0,84
+3,66
+29,52
-4,37
-16,07
-10,57
-18,62
-14,64
+12,04
-14,16
-13,88
-2,97
-12,1
+8,13
+26,03
+26,53
+11,92
+0,7
+23,19
-15,27
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................13,95
0
PERNOD RICARD ..................................
136,25 +0,18
PEUGEOT ..............................................
23,7
0
♣ 54,98 -0,58
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
73,39 -1,09
SAFRAN ..............................................112,45 +0,13
SAINT GOBAIN ..................................
36,51
-1,5
SANOFI ..............................................74,5
+1,1
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
70,1
-0,2
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
35,37 +0,37
SODEXO ..............................................89,64 -0,09
SOLVAY ..............................................
114,7
+0,04
STMICROELECTRONICS .............................
17,715 +0,06
TECHNIPFMC ..................................26,39 +0,08
TOTAL .............................................. 54,14 +0,5
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
177,08 -2,17
VALEO .............................................. 38,44 -1,71
VEOLIA ENVIRON. ..................................
18,08 -0,44
VINCI♣.............................................. 82,12 -0,53
VIVENDI ..............................................22,3
-0,22
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14
136,25
23,71
55,26
73,89
112,75
37,095
74,76
70,34
35,5
89,74
114,8
17,77
26,62
54,25
181,3
39,1
18,16
82,54
22,47
13,815
135,6
23,4
54,7
73,17
111,95
36,235
73,75
69,92
35,225
88,7
114,15
17,505
26,29
53,66
177,06
38,33
18,025
81,58
22,29
%CAP.ECH
0,155
0,091
0,181
0,215
0,186
0,107
0,321
0,114
0,127
0,341
0,149
0,106
0,082
0
0,086
0,267
0,928
0,207
0,108
0,145
LES DEVISES
31/12
-3,63
+3,26
+39,78
-2,95
-12,54
+30,89
-20,6
+3,69
-1,07
-17,84
-20
-1,04
-2,69
+2,09
+17,58
-38,27
-15,02
-3,56
-0,54
5e ÉDITION
progresser de 7 % à périmètre constant, à
10,87 milliards d’euros, et le résultat opérationnel a augmenté de 33 %, à 544 millions
d’euros. La baisse de 71 % du profit net ne
constitue pas une surprise, elle s’explique
par une base de comparaison avec un premier semestre 2017 qui avait été gonflé
par un profit exceptionnel consécutif à l’intégration globale de Vivendi.
1 EURO=
1,6109
1,5175
0,9016
9,1129
129,03
1,1268
1,1609
3,216
11,103
7,7104
20,815
7,9219
82,6735
137,2028
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33940
33670
-2,33
NAPOLEON ..................................................... 199,9
199,9
-3,38
PIECE 10 DOL USA .....................................................
595
598,75
+1,19
PIECE 10 FLORINS .....................................................
208
203
-2,26
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1138
1149,5
-2,57
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
195
195
-4,41
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
276
271
-9,51
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1252,25
1279
-4,41
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
100
109
-8,93
PIECE SUISSE 20F .....................................................
193,5
193,8
-4,54
PIECE LATINE 20F .....................................................
195
196,9
-3,89
SOUVERAIN ..................................................... 252,8
251,7
-3,03
KRUGERRAND .....................................................1097,5
1099
-1,9
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
286,87 30/08/18
LES SEMESTRIELS DE BOLLORÉ SÉVÈREMENT SANCTIONNÉS
Les résultats semestriels du groupe Bolloré ont été très fraîchement accueillis à la
Bourse de Paris. La valeur a démarré la
semaine sur une chute de 6,40 %, à
3,86 euros. Depuis le début de l’année, elle
affiche une baisse de près de 14 %. Le
groupe diversifié dans les médias, le transport, la logistique et le stockage de l’énergie, a pourtant vu son chiffre d’affaires
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
BETELGEUSE ................................................
48,85 30/08/18
BELLATRIX C ................................................
333,79 30/08/18
SIRIUS ................................................55,74 30/08/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
La principale déception vient de l’activité stockage d’électricité (batteries, véhicules électriques et autopartage). Celle-ci
voit sa perte opérationnelle réduite de
79 à 77 millions d’euros, mais elle reste
malgré tout lourdement déficitaire pour
un chiffre d’affaires n’ayant pas excédé
161 millions d’euros. La direction du groupe
fait état de « dépenses maîtrisées » dans
le contexte de la résiliation de son service
d’autopartage Autolib’ à Paris. Visiblement, le marché ne perçoit pas les déboires du groupe dans la voiture électrique de manière aussi positive. Les autres
activités donnent satisfaction. Le résultat
opérationnel de la branche communication a bondi de 50 % grâce aux bonnes
performances de Vivendi, notamment
Le Particulier vous
invite à sa journée de débats
le vendredi 12 octobre 2018 de 8 h 45 à 19 h 30
Maison de la Chimie - Paris 7e
Les meilleures solutions pour valoriser
et transmettre votre patrimoine
ins
celles d’Universal Music Group. Celui de la
branche transport et logistique a augmenté de 10 % à périmètre constant, bénéficiant de la bonne marche des terminaux portuaires et de la croissance des
activités de la logistique pétrolière. Le
groupe annonce le détachement, le
7 septembre, d’un acompte sur dividende
de 0,02 euro par action. ■
GRENTR
AT ÉE
UIT
E
P
cri our
ve ac
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/F
RP
P1
En partenariat avec :
8
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 43,36
♣
AIR LIQUIDE ..................................
108,9
AIRBUS ..............................................107,5
ARCELORMITTAL SA ..................................
25,93
ATOS .............................................. 101,85
AXA .............................................. 22,12
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
50,66
BOUYGUES ..............................................
36,97
CAPGEMINI ..............................................
110,8
CARREFOUR ..............................................
15,485
CREDIT AGRICOLE ..................................
11,884
DANONE ..............................................67,87
ENGIE .............................................. 12,6
ESSILOR INTL. ..................................124,3
HERMES INTL ..................................562,4
KERING ..............................................462,2
L'OREAL ..............................................207
LEGRAND ..............................................64,64
LVMH .............................................. 302,3
♣
MICHELIN ..............................................
101,3
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Humensis affiche ses ambitions dans l’édition
La filiale du réassureur Scor, née de la fusion entre PUF et Belin, vient d’acquérir les Éditions des Équateurs.
ALEXANDRE DEBOUTÉ
ET CHLOÉ WOITIER
£@axel_deb @W_Chloe
ÉDITION Rentrée chargée pour Humensis. Le groupe d’édition axé sur
la connaissance, né de la fusion fin
2016 des Presses universitaires de
France (PUF) et de l’éditeur scolaire Belin, vient de faire l’acquisition
des Éditions des Équateurs afin de
renforcer son pôle littérature générale. Créée en 2003 par Olivier Frébourg, cette maison d’édition vient
de publier un des best-sellers inattendus de la saison estivale, Un été
avec Homère de Sylvain Tesson,
écoulé à 150 000 exemplaires. Il
s’est aussi bien classé dans le top
des ventes avec Le Tour de France
“
Nous cherchons des
romans qui racontent le
monde d’aujourd’hui
”
MURIEL BEYER, DIRECTRICE GÉNÉRALE
ADJOINTE D’HUMENSIS
par deux enfants d’aujourd’hui
(Pierre Adrian, Philibert Humm) et
Petite, de la globe-trotteuse Sarah
Gysler. « C’est un éditeur très original dont le catalogue est profondément lié aux goûts d’Olivier Frébourg, notamment pour le voyage »,
note Muriel Beyer, directrice générale adjointe d’Humensis.
Le groupe d’édition vient en parallèle de lancer un magazine économique à destination des lycéens,
Pour l’éco. Ce mensuel, qui vise une
diffusion de 40 000 exemplaires,
vient chasser sur les terres d’Alternatives économiques avec un ton
plus libéral. « Nous allons envoyer
35 000 exemplaires à des professeurs d’économie. Et un partenariat
avec l’assureur GMF va nous permettre d’abonner gratuitement les
centres de documentation des lycées », relate Frédéric Mériot, directeur général d’Humensis. Pour
l’éco va renforcer son segment
presse, déjà actif avec Pour la science et Cerveau et psycho.
EN BREF
MARK READ CONFIRMÉ
À LA TÊTE DE WPP
£ Le Britannique de 51 ans,
qui a piloté les activités
numériques du numéro un
mondial de la communication
et dirigé le réseau Wunderman,
a officiellement été nommé
directeur général
de WPP en remplacement
de Martin Sorrell.
Croissance externe
Humensis, soutenu par son propriétaire, le réassureur Scor, se dit
ouvert à toute autre opportunité de
croissance externe. Mais il tient à
rester cohérent avec sa ligne éditoriale. « Nous sommes un groupe de
connaissance et de savoir qui accompagne les lecteurs de la maternelle à leur vie professionnelle », via
des manuels scolaires, des ouvrages
universitaire et des essais et romans, poursuit Frédéric Mériot. Le
groupe pesait en 2017 un peu plus
de 45 millions d’euros de chiffre
d’affaires pour 200 salariés, ce qui
le place à la 17e place du classement
Livres Hebdo des éditeurs français.
Une partie importante de l’activité, via Belin, est liée au marché du
livre scolaire qui accélère fortement lors de la mise en œuvre de
nouveaux programmes. Les exercices 2019 et 2020, qui rimeront avec
la réforme du lycée, s’annoncent
sous les meilleurs auspices. Mais
pour lisser cet effet cyclique sur les
comptes, Humensis a décidé, peu
après sa création, de lancer un département dédié à la littérature générale. Il est dirigé par Muriel
Beyer, directrice éditoriale pendant vingt ans de Plon (Editis), reine du livre politique et détentrice
NUMÉRO 23 REBAPTISÉ
RMC STORY
d’un très beau carnet d’adresses :
Michel Onfray, Luc Ferry, Alain
Duhamel, Raphaël Enthoven…
« Tous m’ont suivi aux Éditions de
l’Observatoire, que j’ai créé ex nihilo
chez Humensis », sourit-elle. Au
programme de cette rentrée, des
ouvrages d’Alain Duhamel, Natacha Polony ou de Frédéric Beigbeder. Mais l’Observatoire a aussi
pour objectif de publier de jeunes
auteurs prometteurs, qu’ils soient
romanciers ou essayistes. « Nous
cherchons des romans qui racontent
le monde d’aujourd’hui. Nous écartons volontairement plusieurs genres, comme le feel good (roman op-
Le groupe d’édition fait
l’acquisition des Éditions
des Équateurs (qui ont
publié Un été avec
Homère de Sylvain
Tesson) afin de renforcer
son pôle littérature
générale et a lancé
en parallèle un magazine
économique à
destination des lycéens,
Pour l’éco.
IMG ; EDITIONS EQUATEURS
PARALLÈLES
Quand on fait
bien la pub
des annonceurs,
ce sont eux qui
font la vôtre.
FranceTV Publicité
élue régie de l’année 2018
par les annonceurs.
timiste où le héros trouve le
bonheur dans sa vie quotidienne) », poursuit Muriel Beyer.
Humensis est désormais réorganisé en quatre pôles : savoirs (PUF),
éducation et formation (Belin),
culture et connaissance (Que saisje) et littérature générale (Observatoire, Équateurs). L’un de ses prochains objectifs est l’expansion
numérique. « La stratégie sera axée
sur les services », indique Frédéric
Mériot. Parmi les pistes de réflexion, des applications éducatives
pour les adultes ayant des lacunes
en français, en mathématiques ou
en langues étrangères. ■
INTÉRIM À L’EXPRESS
£ L’Express a officialisé lundi
le départ de son patron
Guillaume Dubois. Avant
la nomination d’un nouveau
directeur de la rédaction
« dans les prochaines semaines »,
l’intérim sera assuré par Anne
Rosencher et Emma Defaud
aux côtés d’Alexis Lacroix,
Christian Makarian, Éric
Mettout et Mathieu Scherrer.
Natacha Polony à la
barre de « Marianne »
Le magazine a été
racheté par un
groupe tchèque.
PRESSE La nouvelle risque d’en
déboussoler quelques-uns. Natacha Polony a été nommée lundi directrice de la rédaction de l’hebdomadaire Marianne. À 43 ans, la
chroniqueuse du Figaro (qui va
cesser sa collaboration avec le
quotidien après cette nomination),
spécialisée dans les sujets de société, ancienne de la bande à Laurent
Ruquier dans « On n’est pas couché », va succéder à Renaud Dély,
ancien de L’Obs qui avait pris le
poste en 2016 et dont le départ
pour France Info avait été annoncé
en juillet.
Le nom de Natacha Polony avait
déjà circulé en 2015 quand le magazine cherchait un successeur à
Joseph Macé-Scaron, lui aussi
d’ailleurs passé par Le Figaro avant
de diriger Marianne. La journaliste, épouse à la ville du critique gastronomique Périco Légasse, qui
officie à Marianne, est elle-même
une ancienne du magazine, pour
lequel elle a travaillé entre 2002
et 2009 avant de rejoindre Le Figaro au service Société, où elle
couvrait les sujets sur l’éducation.
Positions tranchées
A
£ Numéro 23, chaîne de la TNT
lancée en 2012, s’est rebaptisée
RMC Story, dans le cadre d’une
nouvelle stratégie pour accroître
son audience. Ce changement
de nom avait été annoncé début
juin par Alain Weill, dirigeant
d’Altice Europe, la maison mère
de l’opérateur SFR qui détient
la chaîne ainsi que BFMTV
et RMC depuis l’acquisition
du groupe NextRadioTV.
Marianne est un journal en difficulté depuis plusieurs années. Placé en redressement judiciaire au
début de l’année dernière, après
des années de pertes, il est aujourd’hui racheté par le groupe tchèque Czech Media, qui est aussi en
négociation exclusive pour la reprise du magazine Elle au groupe
Lagardère.
Avec une moyenne de 140 000
exemplaires vendus chaque semaine, Marianne est le quatrième
« newsmagazine » français, après
Le Point (310 000 exemplaires),
L’Obs (290 000) et L’Express
(270 000 exemplaires), selon
Natacha Polony prend les rênes
d’un titre connu pour son goût de
la polémique et la réactivité de ses
ventes en kiosque. J.-C. MARMARA/
LE FIGARO
l’ACPM. Une famille de presse qui
reste très affectée par l’érosion des
ventes.
Réputée pour ses positions tranchées et non conventionnelles,
Natacha Polony prend les rênes
d’un titre connu pour son goût de
la polémique et la réactivité de ses
ventes en kiosque, qui représentent un petit tiers de sa diffusion
payée. Le titre avait connu un pic
de diffusion, au-delà des 500 000
exemplaires, avant et après le début de la présidence de Nicolas
Sarkozy, entre 2010 et 2013. Depuis, ses ventes se sont fortement
érodées, alors que celles de son
concurrent
Valeurs
actuelles
(110 000 exemplaires au premier
trimestre) ont augmenté. La journaliste arrive dans une rédaction
qui emploie une cinquantaine de
journalistes. Dans ses bagages,
Laurent Valdiguié, ancien journaliste au JDD qui avait rejoint la brève aventure d’Ebdo en début d’année, prend le titre de grand
reporter. La rédactrice en chef du
site de Marianne depuis 2015, Delphine Legouté, est nommée directrice de la transition numérique.
Elle « aura en charge la mise en place d’une organisation bimédia et
l’accélération des développements
numériques » du magazine. ■ A. D.
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mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 035 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
MODE MASCULINE
MUSIQUE
LES SACS DE LA RENTRÉE VONT-ILS
(ENFIN) CONVAINCRE LES HOMMES
D’EN PORTER ? PAGE 29
DANIEL BARENBOÏM
COORGANISE LA PREMIÈRE
BIENNALE CONSACRÉE
À PIERRE BOULEZ PAGE 30
Bleu de Chauffe
Des répliques à prix d’or
NICK DIMBLEBY
Neuf copies de la fameuse Jaguar XKSS, dont
l’acteur Steve McQueen possédait un exemplaire
à la fin des années 1950, ont été vendues en 2016
au prix unitaire de 1,27 million d’euros hors taxes.
Aston Martin, Jaguar et Porsche mettent sur le marché des copies de quelques modèles phares. Les collectionneurs
se les arrachent. Est-ce le début d’un nouveau phénomène ? PAGE 28
Georgia Scalliet, tout feu, tout flamme
FIGURE DE LA RENTRÉE Sociétaire de la Comédie-Française, aussi belle que talentueuse, elle joue cette saison
William Shakespeare salle Richelieu, Ingmar Bergman à la Bastille et même Federico Fellini au Vieux-Colombier.
u repos, son beau
visage classique et
grave, son regard
songeur inspirent
calme et volupté.
Mais est-elle jamais au repos,
Georgia Scalliet ? L’iris scintille d’un feu intérieur que rien
ne semble devoir apaiser. Jamais la même, jamais sur les
mêmes chemins, toujours à
l’aventure. Elle est une artiste
rare, très imaginative, profonde et légère, irrésistible.
Elle est entrée dans la troupe
de la Comédie-Française en
septembre 2009. Elle avait à
peine 23 ans. Alain Françon,
qui avait été son professeur à
l’Ensatt (École nationale supé-
A
rieure des arts et techniques
du théâtre, à Lyon), avait suggéré son engagement à Muriel
Mayette. Il montait Les Trois
Sœurs de Tchekhov. Il la
voyait en Irina. Elle eut le Molière de la révélation.
Georgia Scalliet a grandi à
Dijon. Dans sa famille, on adore Caubère, mais on ne va pas
tellement au théâtre. Elle devine tout enfant qu’il y a là
quelque chose… Un stage à
Pernand-Vergelesses, patrie
de Jacques Copeau, la confirme
dans son intuition. Belgique,
États-Unis (sa maman est
américaine), Grande-Bretagne, elle suit des enseignements très ouverts.
Le théâtre, c’est sa voie, sa
vie. Depuis près de dix ans, elle
n’arrête pas, ne se contentant
jamais de ce qui est tout tracé.
BLEU DE CHAUFFE ; MONIKA RITTERSHAUS ; BRIGITTE ENGUERAND/DIVERGENCE
Dea Loher ou Botho Strauss. À
la Colline, dirigée par Alain
Françon, elle a été l’énigmatique Marie Steuber de Grand
et petit.
Une pièce qui subvertit
l’ordre social
Georgia Scalliet (Wendla Bergmann) dans L’Éveil du printemps,
à la Comédie-Française, en avril dernier.
Elle passionne les metteurs en
scène, et son intelligence et sa
sensibilité illuminent des personnages, des auteurs très di-
vers. Tchekhov, Molière, Racine, mais aussi Hugo,
Feydeau, Goldoni, Marivaux,
Andersen, Wedekind, comme
Shakespeare est fait pour elle.
Anne Page des Joyeuses Commères de Windsor, Cressida
dans Troïlus et Cressida, la
merveilleuse
Miranda
de
La Tempête, à chaque fois elle
est éblouissante. Dans La Nuit
des rois ou tout ce que vous
voulez, retour au titre complet
par la plume d’Olivier Cadiot,
elle est Viola qui prend l’habit
d’un homme et, sous le nom de
Cesario, trouble chacun, tandis
qu’elle recherche son jumeau
Sébastien. C’est la première
mise en scène de Thomas
Ostermeier salle Richelieu. Elle
est grisée par ce « cadeau du
travesti », bouleversée par
l’exigence en acte. On redécouvre la magie d’une pièce
qui subvertit l’ordre social et
« pose la question du genre ».
Première le 22 septembre.
En même temps, elle sera au
Théâtre de la Bastille, où elle
retrouve sa famille d’adoption,
le tg Stan. Face à Frank Vercruyssen, elle est Anna dans
Après la répétition d’Ingmar
Bergman, qu’ils avaient créé à
Toulouse, il y a plusieurs saisons, et qu’elle n’avait jamais
eu l’occasion de reprendre à
Paris. Et ce n’est pas tout : en
mars, elle s’embarque, avec
Marie Rémond, pour Le Voyage de G. Mastorna, ou le film
impossible de Federico Fellini.
Au travail ! ■
A
ARMELLE HÉLIOT
aheliot@lefigaro.fr
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mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
28
L'ÉVÉNEMENT
La mode des répliques
de modèles mythiques
UN MARCHÉ
DOMINÉ PAR
LES ANGLAISES
AUTOMOBILE Aston Martin et Jaguar jouent les faussaires avec la réédition
de modèles emblématiques de leur histoire. Ces initiatives pourraient
donner des idées à d’autres constructeurs de véhicules exclusifs.
ASTON MARTIN
DB4 GT
Les 25 exemplaires produits
en 2017 sont conformes aux
huit châssis « lightweight » usine
de 1959. Non homologuée pour la
route, la DB4 GT Continuation était
facturée 1,5 million d’euros. Deux
fois moins qu’un modèle original.
JAGUAR XKSS
A
C
SYLVAIN REISSER
sreisser@lefigaro.fr
e n’est plus du cinéma. À
partir de 2020, vingt-cinq privilégiés
pourront s’identifier à James Bond. Aston
Martin, en coopération avec EON, le producteur des films du célèbre agent secret
anglais, a décidé de rééditer une série de
DB5 identique à celle qui avait été spécialement réalisée en 1964 pour accompagner les aventures de 007 dans Goldfinger. Le constructeur de Gaydon suit ainsi
une démarche initiée par Jaguar.
D’où vient cette manie de ressusciter
d’anciennes gloires ? Péché d’orgueil ou
opération commerciale ? On vous laisse
juge, mais, après avoir combattu, parfois
jusqu’en justice, les officines pratiquant la
construction de répliques de leurs modèles de légende, les deux constructeurs anglais de voitures de sport ont cédé à la
tentation d’investir à leur profit ce marché juteux. Qu’il faille ou non les qualifier
de répliques ou plutôt les considérer
comme des modèles hors série est une
question dont on pourrait disserter longtemps.
À vrai dire, le phénomène, développé
par des ateliers privés, ne date pas d’hier.
Dans les années 1960 déjà, des ateliers
argentins sont passés maître dans l’art de
copier les monstres sacrés des Années
folles : la Bugatti de Grand Prix et l’Alfa
Romeo 8C. Plus de cinquante ans après,
même les experts ont bien du mal à démêler le vrai du faux devant la qualité de
ces chefs-d’œuvre sculptés à partir
d’une feuille l’aluminium et dont la patine des carrosseries fleure le vécu.
Au début des années 1980, Alain
Garnier, un réparateur de téléviseurs de
Bernay, en Normandie, passionné de Ferrari, achève la fabrication, à partir de sa
250 GTE, d’une réplique de la 250 GTO, le
Graal pour tous les collectionneurs de la
marque. Le résultat est si prodigieux que
les plus grands connaisseurs se laissent
piéger. Un marchand ayant pignon sur
rue dans le sud de la France flaire la bonne
affaire. Il convainc l’homme aux doigts
d’or de lancer la production à grande
échelle de nouveaux exemplaires de la
reine des Ferrari. Sans vergogne, le marchand vend les voitures comme de vraies
GTO. Un Allemand se fera avoir. Lorsqu’il
découvre la supercherie, le client berné
viendra rechercher les 600 000 francs en
employant, paraît-il, la méthode forte !
Les complices du trafic ne rendent pas les
armes pour autant. Il suffit de présenter
les GTO comme des 250 GT recarrossées
pour poursuivre leur petit commerce.
Lorsqu’il prendra de l’ampleur, après la
parution de publicités dans la presse spécialisée et l’impression de catalogues appâtant le collectionneur autour du fait
qu’« il était encore possible d’acheter une
Ferrari 250 GTO », le constructeur italien
vit rouge et porta l’affaire devant la justice. Depuis, de peur de déclencher une
nouvelle fois le courroux de la firme de
Maranello, personne ne s’aventure à découvert sur ce terrain. Quant à Ferrari, il
n’a pour l’instant pas osé franchir le Rubicon.
Jaguar n’a pas eu ces scrupules et a
ouvert la boîte de Pandore en 2014 en annonçant la fabrication de six répliques de
la fameuse Type E Lightweight de 1963.
Pour exhumer l’une des plus belles pages
“
Les six voitures sont
vendues comme des
véhicules d’époque de
compétition et font l’objet
d’une homologation FIA leur
permettant de participer
aux épreuves historiques
JAGUAR, À PROPOS DES RÉPLIQUES
DE LA TYPE E LIGHTWEIGHT
”
sportives de son histoire, la marque au
félin s’abrite derrière le fait qu’elle
n’avait produit à l’époque que 12 des
18 châssis prévus. Pour les puristes, la
démarche de Jaguar interpelle. Personne
n’avait jamais entendu parler d’une production initiale de 18 véhicules. Développées pour rivaliser sur la piste avec les
Ferrari GTO et les AC Cobra, les Type E de
course étaient produites à la demande.
Comment doit-on juger ces six nouveaux
exemplaires ? Peuvent-ils prétendre au
statut de véritables E lightweight et sontils éligibles dans les épreuves pour voitures historiques ? La marque anglaise bat
en brèche toute contestation : « Les six
voitures sont vendues comme des véhicules
d’époque de compétition et font l’objet
d’une homologation FIA leur permettant
de participer aux épreuves historiques. »
Au passage, Jaguar a soulagé la frustration d’amateurs qui ne sont pas en mesure de débourser près de 7 millions d’euros
pour un exemplaire de la série des douze.
Réalisées selon les techniques modernes
de développement et de construction, les
nouvelles Type E sont splendides. À part
le numéro de châssis et le pedigree sportif, rien ne les différencie de leurs sœurs
de 1963. Dans vingt ou trente ans, elles
seront peut-être considérées comme des
vraies.
Fort de ce premier succès, Jaguar a
continué à fouiller son passé et s’est souvenu que, des 25 fameuses XKSS qu’il
avait prévu de produire, seulement
16 châssis avaient pu être livrés. Les neuf
exemplaires restants avaient été détruits
lors de l’incendie qui avait ravagé l’usine
de Browns Lane à Coventry, le 12 février
1957. Au risque de s’attirer une nouvelle
fois les foudres des défenseurs de
l’authenticité et des propriétaires des
16 voitures où figure Ralph Lauren, le département Special Operations en charge
des programmes spéciaux s’est lancé
dans la réédition des neuf voitures manquant à l’appel. Au regard de l’afflux de
demandes, il aurait pu en produire beaucoup plus. Le culte exercé par la XKSS repose sur le fait qu’il s’agit de biplaces de
sport à peine civilisées de la Type D qui a
trusté les victoires sur les circuits du
monde entier et remporté trois éditions
consécutives des 24 Heures du Mans
(1955, 1956 et 1957) et que Steve McQueen en a possédé un exemplaire au début des années 1960. L’acteur américain
s’en voulait tellement de l’avoir cédé
qu’il le racheta en 1977 et le conserva jusqu’à son décès le 7 novembre 1980. La
cote d’une vraie, située autour de 12 millions d’euros, et l’absence de changement de propriétaire alimentent la fascination pour le modèle.
De la XKSS à la Type D, sa mère, il n’y a
qu’un pas que Jaguar s’est décidé à franchir. En février dernier, le constructeur a
donné le coup d’envoi, lors du salon Rétromobile, d’un programme de construction des 25 exemplaires de la Type D jamais produits à l’époque et pourtant
convertis en XKSS. Peu importe qu’il
s’agisse d’une nouvelle entorse à l’histoire. Afin que ces barquettes de sport soient
assemblées aux spécifications d’origine,
les ingénieurs ont ressorti les plans de
l’époque archivés et font appel aux compétences des ateliers de restauration anglais qui refabriquent depuis belle lurette
des coques de Type D en aluminium. Les
clients ont même le choix entre le modèle
à nez court de 1955 et la version de 1956 à
capot allongé et dérive de requin derrière
l’appuie-tête du pilote. À l’instar de la
Type E lightweight et de la XKSS, la
Type D n’est pas homologuée pour la route. Nul doute que les heureux bénéficiaires de ces bolides trouveront la solution
de faire sauter ce verrou.
Ces arrangements de l’histoire ont
également trouvé un écho favorable
auprès d’Aston Martin. Sortie exsangue
de la crise de 2008, la marque préférée de
James Bond a trouvé, à travers la réédition de vingt-cinq DB4 GT conformes à la
version de 1959, un moyen d’accélérer
son redressement. En l’espèce, le
constructeur n’est pas réfugié derrière
une prétendue série de châssis programmée mais jamais produite pour cautionner son projet. Version sportive de la
DB4, l’exclusive GT, produite à 75 unités
entre 1959 et 1963, a suffisamment marqué les esprits pour qu’Aston soit assuré
de la réussite de son entreprise. Ces
DB4 GT Continuation produites dans
l’ancienne usine historique de Newport
Pagnell n’étaient qu’une mise en bouche.
On sait à présent que la DB5 de James
Bond va avoir vingt-huit sœurs, dont
seulement vingt-cinq seront commercialisées, au tarif de 2,75 millions de livres sterling, sans les taxes, soit un peu
plus de 3 millions d’euros. Un défi d’un
nouveau genre puisque cette automobile,
bien que dérivant d’une voiture de série,
n’a jamais été proposée au public. Ces
DB5 seront conformes au modèle apparu
dans Goldfinger et revenu six fois à
l’écran pour accompagner James Bond,
dans Thunderball (1965), GoldenEye
(1995), Tomorrow Never Dies (1997), Casino Royale (2006), Skyfall (2012) et Spectre (2015). Cela signifie-t-il que la DB5
aura des pare-chocs rétractables, des
lance-roquettes ou des découpe-roues ?
Sans doute pas, mais Chris Corbould,
Mister Q des effets spéciaux des James
Bond, a été sollicité pour intégrer quelques gadgets fonctionnels. Des plaques
minéralogiques réversibles sont évoquées. Des facéties autorisées par l’absence de titre de circulation.
À son tour, Porsche teste ce marché.
Vingt ans après l’arrêt de la production de
la génération 993, la dernière à moteur à
refroidissement par air, la firme de
Zuffenhausen a construit un nouvel
exemplaire de la 911 Turbo de 1998 en
puisant dans l’impressionnant stock de
pièces neuves de l’usine. La voiture sera
vendue aux enchères, au profit d’une
œuvre caritative, dans le cadre du
Porsche Center d’Atlanta le 27 octobre
prochain.
Tous les regards sont désormais tournés vers Ferrari. Les intentions qu’on lui
prête régulièrement vont-elles se confirmer ? Rééditer ses modèles de légende
serait perçu par la communauté des collectionneurs comme un crime de lèsemajesté. La dernière 250 GTO s’est vendu
42 millions d’euros aux enchères voici
quinze jours en Californie. ■
JAGUAR TYPE E
LIGHTWEIGHT
Il fallait débourser 1,25 million
d’euros pour acquérir l’une
des six voitures répondant
aux spécifications du modèle
de course de 1963. Le 6-cylindres
en ligne 3,8 litres était associé,
au choix, à trois carburateurs
double corps Weber
ou à l’injection mécanique Lucas.
JAGUAR TYPE D
Le constructeur a promis
25 répliques de sa voiture la plus
glorieuse. La facture s’élève à
1,2 million d’euros (hors taxes).
Presque une bonne affaire
si l’on se réfère aux 19,23 millions
d’euros qu’un amateur
a déboursés en 2016 pour devenir
propriétaire de la Type D
victorieuse au Mans en 1957.
PORSCHE 911 TURBO
Fabriquée par le département
Classic du constructeur allemand
avec un stock de pièces neuves,
cette copie d’un modèle de 1998
ne préfigure pas la réédition
d’une série. L’enthousiasme
manifesté par les amateurs
lors de sa présentation à Pebble
Beach pourrait toutefois
encourager Porsche à s’engager
dans cette voie.
ASTON MARTIN , NICK DIMBLEBY, JOHN WYCHERLEY, JAGUAR, PORSCHE
Après la DB4 GT, la marque Aston Martin met
en vente 25 unités de la DB5 spécialement réalisée
en 1964 pour le film Goldfinger.
RUE DES ARCHIVES/BCA
Avant même de lever le voile sur
le programme courant 2016,
la série des neuf copies de XKSS
était déjà attribuée au prix unitaire
de 1,27 million d’euros (hors taxes).
Presque une bonne affaire puisque
l’un des 16 châssis produits
en 1957 flirte actuellement
avec les 12 millions d’euros.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 4 septembre 2018
STYLE
Baurain
Prada
BAURAIN, PRADA, ALDOCASTOLDI, DIOR, BLEU DE CHAUFFE
29
Fendi
Les hommes vont-ils enfin céder aux sacs ?
DÉCRYPTAGE Bien que les défilés masculins abondent d’accessoires originaux et que la rue consacre
le phénomène du sac à dos, ces messieurs entretiennent toujours un rapport ambigu à la maroquinerie.
D
FRÉDÉRIC
MARTIN-BERNARD
fmartinbernard@lefigaro.fr
L’exercice alliant style et usage résume
la grande dualité de la maroquinerie
lorsqu’une marque cherche à la conjuguer au masculin. Une diversification à
laquelle quasiment toutes les griffes et
créateurs, petits et grands, se sont prêtés au cours des dix dernières années,
dans l’espoir de créer un phénomène
similaire à la folie des it bags féminins.
En vain. « Un sac pour homme n’est pas
un sac mode, tranche le créateur spécialisé Jérôme Dreyfuss, qui a tenté
l’aventure pendant six saisons, avant
de se raviser. Au départ, j’ai dessiné mes
premiers modèles parce que des copains
se plaignaient de ne pas trouver le
“compagnon idéal”. L’un était architecte, l’autre cadre à Bercy ou danseur à
l’Opéra de Paris. Chacun avait des attentes spécifiques auxquelles je me suis
appliqué à répondre. Puis, nous avons
commencé à les vendre, c’était cool et,
très rapidement, je me suis aperçu que
lorsqu’un mec trouve le sac qui lui
convient, moi le premier, il n’en change
pas. Celui-ci l’accompagne, lui rend service en contenant ses affaires personnelles, mais il n’est pas un marqueur social
ou une manifestation de style comme
dans la mode féminine. »
Le rapport à l’objet aurait tout de
même évolué à en croire Alexandre
Rousseau derrière Bleu de Chauffe. Le
label fondé avec Thierry Batteux, en
2009, produit désormais quelque
15 000 pièces dans l’Aveyron. « Si les
hommes ont toujours utilisé quelque chose
pour transporter leurs affaires – le carta-
ble, la mallette, le porte-documents, le sac
à dos, la sacoche en bandoulière, etc. -, ils
montrent désormais une sensibilité plus
grande à la mode, se préoccupant davantage de leur apparence. Longtemps, ils
ont veillé au choix de leurs chaussures par
rapport à leur look. Aujourd’hui, le sac
fait pleinement partie de cette silhouette.
Bien sûr, ils n’en changent pas comme de
chemise ni même de souliers, mais il existe
tout de même une demande plus forte que
le luxe a bien saisie. »
Ce qu’il dit de la vie
de son propriétaire
Le malentendu serait de vouloir transformer cet allié de tous les jours en accessoire de mode, donc forcément soumis à la tendance. « L’investissement
technique et financier dans la mise au
point d’un modèle est tellement supérieur
à la faible attente du marché en nouveautés que le business n’était pas rentable pour une structure comme la mienne », confie Jérôme Dreyfuss qui s’est
recentré sur les réticules féminins. « Il
est vrai que les rythmes de renouvellement
de la maroquinerie masculine ne vont pas
de pair avec le prêt-à-porter comme c’est
le cas chez la femme. Mais, depuis quelques saisons, on perçoit tout de même une
envie croissante de sacs de mode en Asie,
abonde le styliste Nicolas Baurain qui a
lancé sa marque mixte, axée sur le design, et collabore en sous-marin avec de
grandes maisons. Fendi, par exemple,
répond à cette attente précise en réinterprétant pour ce profil de clients ses bestsellers comme le Peekaboo. Chez Dior,
Kim Jones cible également ce public en
masculinisant le Saddle bien connu des
femmes (présenté lors du défilé
printemps-été 2019 en juin dernier,
NDLR). On observe dorénavant deux
types de maroquinerie pour homme : une
offre pointue pour une clientèle aiguisée et
éloignée des goûts occidentaux, et une
plus traditionnelle, classique et lente dans
son évolution stylistique qui correspond
davantage à nos habitudes. »
Bleu de Chauffe a su tirer profit de
cette frilosité majoritaire sous nos latitudes en appuyant son style sur des anciens sacs de métiers qui ont fait leurs
preuves dans l’inconscient collectif.
+ @ SUR LE WEB
» Plus de mode homme
www.lefigaro.fr/lifestyle
Lady Gaga donne le la
F
in de semaine dernière, il a suffi d’un cliché
d’un rédacteur de mode britannique (Pierre
A. M’Pelé, alias « pam_boy » sur Instagram)
pour enflammer la Toile et, éventuellement,
rappeler qu’un des événements les plus attendus
de la future Fashion Week de Paris sera le premier
défilé d’Hedi Slimane pour Celine, le 28 septembre
à 20 h 30. L’image en question ? Lady Gaga posant
devant La Joconde au Louvre, un sac à main
négligemment jeté sur l’épaule désigné
comme la première création officielle du directeur
artistique pour la maison parisienne. Si, chez Celine,
les équipes de communication déclarent « n’avoir pas
de commentaire à faire sur cette photo »,
le styliste personnel de la chanteuse a garanti
au site Business of Fashion que la griffe de LVMH
se cachait bien derrière ce réticule sobre en cuir noir,
à la large rainure dans le prolongement du fermoir
comme une sangle sur toute la hauteur.
Depuis, l’artiste américaine aux 29 millions
de followers a publié, sur son propre compte,
deux autres visuels avec le modèle à ses initiales
bien en vue. Rappelons que Lady Gaga avait eu
déjà la primeur, en 2012, d’une tenue issue
du premier show d’Hedi Slimane qui débutait
alors chez Saint Laurent.
F. M.-B.
A
La quête du compagnon idéal
Bleu
de Chauffe
Dior
INSTAGRAM PAM_BOY
epuis des années que
les créateurs imaginent des sacs pour
eux, quand ces messieurs vont-ils finir
par franchir le pas ? Certes, le cas de
l’indéboulonnable sac à dos en dit long
sur les habitudes urbaines de nos
contemporains. Les porte-dossiers et
les modèles conçus pour les ordinateurs ont également bonne place dans
la panoplie des hommes. Reste que les
sacs créatifs les ont longtemps laissés
indifférents ou, pire, dubitatifs. Le renouvellement générationnel et les propositions plus adéquates pourraient
faire évoluer les mentalités.
Ainsi, Miuccia Prada qui, cette rentrée, confie habilement la conception
de créations griffées Prada, non pas à
des spécialistes de la maroquinerie,
mais à des architectes - le Néerlandais
Rem Koolhaas et les Suisses Jacques
Herzog et Pierre de Meuron - et des designers de renom - l’Allemand Konstantin Grcic et les Français Ronan &
Erwan Bouroullec. Le brief de la créatrice milanaise ? Pas de consigne, justement, si ce n’est de partir du Black Nylon des sacs Prada très en vogue dans
les années 1990, une toile synthétique
dotée d’une résistance folle et d’un
tomber proche de la soie. Ce projet
« Prada Invites » donne lieu à de nouvelles formes au porter différent… qui
n’oublient jamais la fonction première
d’un sac : contenir et transporter.
«Même si nos clients craquent plus
souvent, cela n’est pas un achat d’impulsion mais une acquisition mûrement
réfléchie, observe Alexandre Rousseau.
Certains peuvent revenir trente fois sur le
site avant de passer commande. Ils
prennent leur temps, ils étudient, ils
comparent. Ils recherchent une qualité et
une durabilité en termes de produit et,
aussi, de style. Il va falloir que leur sac
dure dans le temps. Et puis il y a tous les
effets qu’ils veulent glisser à l’intérieur.
Leurs outils électroniques sont de plus
en plus performants, stylés, précieux…
L’étui doit être à la hauteur. Et fonctionnel. »
Le premier critère de choix est le
format lié à la taille de l’ordinateur. Ensuite, viennent la légèreté et le côté
pratique. « Les préoccupations portent
sur l’usage. Les sacs hybrides plaisent de
plus en plus dans la mesure où leurs
multiples fonctions sont discrètes et ne
racontent pas trop de la vie de leur
propriétaire. Naguère, des hommes se
rendaient au bureau avec un porte-documents pour signifier qu’ils rapportaient du travail à la maison. La caricature, c’est le ministre qui arrive
systématiquement à l’Élysée avec des
gros dossiers sous le bras. De nos jours,
les hommes dissimulent davantage qui ils
sont dans leur sac. Une demande fréquente est, par exemple, de faire tenir
discrètement à l’intérieur une bouteille
isotherme. Ou s’il y a de la place pour des
baskets, un tee-shirt et un short sans que
tout le monde sache que, oui, sur le
chemin du boulot ou entre midi et deux,
monsieur se défoule et entretient sa
forme. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
30
CULTURE
Le « Salvator Mundi » restera caché
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
’
accrochage du Salvator Mundi
dans les salles du Louvre Abu
Dhabi devait être un coup
d’éclat pour les Émirats arabes unis. Mais, le 3 septembre, le département de la Culture et
du Tourisme d’Abu Dhabi a annoncé,
dans un simple tweet, que le chefd’œuvre ne serait finalement pas
montré.
En juin dernier, le département
s’était pourtant réjoui de son dévoilement, à partir du 18 septembre. « Perdu
et caché pendant une longue période, entre des mains privées, le chef-d’œuvre de
Vinci sera notre cadeau pour le monde »,
avait déclaré son excellence Mohamed
Khalifa Al Mubarak, président du département de la Culture et du Tourisme
d’Abu Dhabi.
L
Personne, hier, ni à Paris ni à Abu
Dhabi, ne voulait ou ne pouvait expliquer ce report. Questions techniques ou
purement politiques ? Mélange des
deux ? Dans son édition de lundi, The
National, un quotidien émirien bien informé, indiquait seulement qu’aucune
nouvelle date n’était fixée.
Cela aurait pourtant été un immense
événement pour le musée émirien, tête
de pont pour la nouvelle politique touristique locale et pour le pays. Ce dernier a enregistré 4,8 millions de visiteurs internationaux en 2017, soit 18 %
de plus qu’en 2016, et vise 8,5 millions
de touristes dans trois ans.
Dans ce concert, le da Vinci représentait une occasion unique d’attirer les
foules. Le tableau figure un Christ portant le monde. Il a été mis en vente en
décembre 2017, par Christie’s à New
York. Alors qu’on ne compte plus
qu’une vingtaine de peintures de Léonard de Vinci dans le monde, l’œuvre a
MOHAMMED ELSHAMY/ANADOLU AGENCY/AFP
ART Le tableau de Léonard de Vinci ne sera pas exposé au Louvre Abu Dhabi comme annoncé en juin.
En décembre 2017, le Salvator Mundi
a été vendu 450 millions d’euros
par Christie’s, à New York.
été acquise pour la somme astronomique de 450 millions d’euros, un record pour des enchères de ce type. Elle
draine par ailleurs un parfum de secrets.
Le Louvre Abu Dhabi a toujours tu
l’identité de l’acheteur initial, confirmant seulement que le département de
la Culture et du Tourisme émirien avait
acquis le chef-d’œuvre.
Bataille d’experts
Au moment de la vente, le New York Times avait identifié l’acheteur comme
étant le prince saoudien Badr Ben Abdallah. Et le Wall Street Journal avait
rapporté, plus tard, que Badr Ben Abdallah avait agi au nom du puissant
prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane. L’Arabie saoudite, gardienne de La Mecque, n’a jamais confirmé ou informé l’achat de
cette icône chrétienne, creusant un peu
plus la légende autour de l’œuvre.
Ce manque de clarté, voire cette
omerta, ne cesse d’alimenter les discussions autour du Salvator Mundi. Un
expert anglais, Matthew Landrus, assure ainsi que l’œuvre n’est pas de Léonard de Vinci mais de son assistant Bernardino Luini.
Une autre querelle oppose les experts sur sa provenance : selon l’historienne de l’art Margaret Dalivalle,
l’œuvre n’aurait pas appartenu à la
princesse Henriette Marie, fille
d’Henri IV et future femme de
Charles Ier, mais au duc d’Hamilton.
Qu’importe ? Il faudra tout de même
faire la lumière sur la trajectoire de ce
tableau, et sur son authenticité. Ne
serait-ce que parce que le Louvre Paris
l’a réclamé pour l’exposer lors de sa
grande rétrospective consacrée à
Léonard de Vinci, en octobre 2019.
Pour l’instant, le prêt est confirmé,
affirme-t-on simplement au Musée du
Louvre. ■
Daniel Barenboïm : « Pierre Boulez
avait un grand sens de l’humain »
INTERVIEW Le chef coorganise la première Biennale Pierre Boulez, qui se déroulera à Paris et à Berlin.
Il dirige trois concerts à la Philharmonie. L’occasion d’évoquer ses souvenirs du maître.
’
S
chose ! » C’était d’un pragmatisme déconcertant. Mais de la
part d’un artiste aussi charismatique, ce simple conseil ôtait tout
complexe.
PROPOS RECUEILLIS PAR
THIERRY HILLÉRITEAU
£@thilleriteau
il concède avoir dirigé assez peu d’œuvres de Pierre
Boulez, le pianiste et chef d’orchestre Daniel Barenboïm a développé avec celles qu’il compte à
son répertoire un compagnonnage de longue date… Héritage de
liens d’amitié forts noués avec le
compositeur depuis les années
1960. C’est donc naturellement
que le musicien, qui lui dédia il y a
un an et demi sa nouvelle salle de
concert berlinoise, dessinée par
Frank Gehry et inaugurée dans un
ancien entrepôt de l’Opéra Unter
den Linden (la « Boulez Saal »),
s’est associé à la Philharmonie de
Paris pour créer la première
Biennale dédiée à l’œuvre et au
rayonnement du maître disparu
en janvier 2016.
A
LE FIGARO. – Comment est née
cette biennale franco-allemande,
dédiée à Pierre Boulez ?
Daniel BARENBOÏM. – Tout le
mérite en revient à Laurent Bayle,
président de la Philharmonie de
Paris. Il sait les liens d’amitié qui
m’unissaient de longue date au
compositeur. Il est venu me trouver pour me parler de cette biennale en hommage à cette immense
figure de la musique du siècle
dernier, sans qui la musique
aujourd’hui ne serait pas ce
qu’elle est. Je n’ai pas hésité. La
mise en résonance de nos deux
capitales, qui ont toutes deux
depuis la mort du maître une salle
à son nom, me paraissait évidente.
Cela fut d’autant plus facile
que j’avais déjà un concert programmé à Berlin avec la Staatskapelle, dans lequel je devais diriger Rituel in memoriam Bruno
Maderna.
Vous dirigerez également
le Sacre du printemps
de Stravinsky, et plusieurs pages
symphoniques de Debussy…
On sait l’importance de ces deux
compositeurs dans la trajectoire
de Boulez. Il aimait décrire Debussy comme une respiration
dans l’histoire de la musique, et je
crois que nous nous retrouvions
sur ce point. Plus largement, il me
semble important, alors que son
œuvre reste encore trop peu jouée
et reconnue, y compris dans son
pays, de montrer que Boulez
n’était pas l’homme fermé que
l’on a pu décrire, mais une per-
Daniel Barenboïm dirige l’orchestre de la Staatskapelle, à Berlin, en 2017.
sonnalité curieuse et avide de dialogue. Ouverte sur le répertoire
qui le précédait, dont il avait une
connaissance absolue en tant que
chef. Comme sur celui qui le
suivait.
Est-ce pour cela que vous avez
créé le Boulez Ensemble à Berlin,
il y a un an et demi ?
Oui. Je ne voulais pas fonder en
Allemagne un Ensemble intercontemporain tel que Boulez l’a fait
ici, dans les années 1970, exclusivement dédié à la création et à la
musique du XXe siècle. La naissance de l’Intercontemporain
avait du sens parce que c’était lui.
Et que ça répondait à l’époque,
pour lui, à un réel besoin. Le
Boulez Ensemble est un orchestre
de chambre à géométrie variable,
constitué de musiciens de la
Staatskapelle, mais aussi du
West-Eastern Divan Orchestra
qui rassemble de jeunes Israéliens
et Palestiniens. Un orchestre voué
à la transmission, donc. Mais
aussi, comme son nom l’indique à
la diffusion de l’œuvre et de l’esprit de Pierre Boulez. Esprit que
nous espérons faire perdurer
en faisant dialoguer sa musique
avec celle des compositeurs du
passé.
MONIKA RITTERSHAUS
Quel souvenir gardez-vous
de l’homme qu’il était ?
C’était quelqu’un de profondément humain. Pragmatique, aussi.
Mais d’une honnêteté artistique et
intellectuelle absolue. Je me rappellerais toujours notre première
rencontre. J’avais 21 ans et c’était
en tant que pianiste, pour mon
premier concert avec le Berliner
Philharmoniker. Je devais jouer le
premier concerto de Bartok, et
c’est lui qui dirigeait. À l’époque
c’était encore un tout jeune chef
d’orchestre. C’était autant un défi
pour moi que pour lui, mais nous
avons eu un excellent contact
musical et humain. J’ai immédiatement senti que le courant allait passer entre nous. Et je
crois que c’était réciproque.
D’ailleurs, ce n’est pas vrai du tout
que c’était un homme froid. Je me
souviens de sa présence chaleureuse, et de sa compassion lorsque
ma première épouse Jacqueline du
Pré est tombée gravement malade. Et sous ses dehors efficaces il
pouvait être très pédagogue :
j’ai beaucoup appris avec lui
comme chef.
En quel sens ?
Il était très facilement accessible
pour ceux qui souhaitaient lui
Il me semble
« important,
alors que son
œuvre reste
encore trop
peu jouée
et reconnue, y
compris dans
son pays,
de montrer
que Boulez
n’était pas
l’homme
fermé
que l’on a pu
décrire,
mais une
personnalité
curieuse
et avide
de dialogue
DANIEL BARENBOÏM
»
demander des conseils. Et avait
surtout un grand sens pratique.
Quelques années après notre premier concert commun à Berlin, je
me souviens être allé le voir à
Londres, sur une répétition avec
l’orchestre de la BBC, où il dirigeait Pelléas et Melisande de
Schönberg. Je suis venu avec la
partition et je l’ai observé. Sur tel
accord, il regarde la deuxième
trompette et lui dit : « Le mi est
trop haut ». Puis la fois suivante :
« Votre sol est trop bas ». Cela me
fascinait. Je venais du piano, je
n’avais jamais eu à me soucier des
problèmes de justesse. Je ne savais si je serais capable d’entendre aussi bien les intonations.
À la fin, je suis donc allé le trouver
en lui demandant si cela pouvait
s’apprendre. Il m’a souri : « Sachez que l’intonation est un point
sensible chez tous les musiciens.
Mais n’ayez jamais peur de leur
faire une remarque car c’est comme ça que vous apprendrez. Dites à
un trombone qu’il joue trop bas et
vous avez trois possibilités. Soit il
vous dit que vous avez raison. Soit
il vous dit que c’est vous qui vous
trompez car il est trop haut. Soit il
vous dit que ce n’est pas lui, mais le
basson. Dans les trois cas de figure, vous aurez appris quelque
Vous arrivait-il d’être
en désaccord avec
ses interprétations comme chef ?
Bien sûr. Par exemple avec certaines des lectures qu’il a faites, à
New York, de la musique du
XVIIIe siècle. Mais nous avons en
même temps eu de vrais échanges,
profonds, sur certaines œuvres
sans qu’il y ait jamais d’irrespect
d’un côté ou de l’autre. J’ai eu la
chance de l’héberger lorsque je dirigeais la Tétralogie en Allemagne
en 1988. Il connaissait parfaitement le Ring de Wagner qu’il avait
dirigé. Quel luxe de pouvoir bavarder avec lui après les représentations ! Il me félicitait de certaines
options, me disait que lui avait fait
tel passage différemment… C’était
passionnant ! Au fond, lui et moi
avons fait le chemin inverse dans
la direction. Il s’est développé
rapidement en cherchant d’abord
le squelette, la forme, la transparence. Et avec le temps il a appris à se sentir plus libre. Mois j’ai
commencé à diriger en cherchant
la liberté. Et j’ai trouvé avec les
années le moyen d’exprimer ce
que je voulais de manière plus
concise.
Comment était-il en tant
que compositeur ?
Très poli mais extrêmement exigeant. Il avait une oreille surhumaine et entendait absolument
tout. Je me souviens de sa présence aux répétitions, lorsque nous
préparions Notations avec l’Orchestre de Paris, une œuvre que
nous lui avions commandée. Il
fallait parfois prendre sur soi car il
n’hésitait jamais à dire les choses.
Mais sans dureté. Avec le recul, je
peux dire que ce fut d’une grande
aide pour appréhender ce qui
reste l’une des plus grandes pages
symphoniques du siècle dernier.
Comment est-il perçu
en Allemagne ?
Comme un génie difficile à comprendre. Ce qu’il était. Mais cela
ne doit pas faire oublier son sens
de l’humain tout à fait unique, et
qui à mon sens reste trop souvent
passé sous silence. Personnellement, il me manque encore presque quotidiennement !
Biennale Pierre Boulez :
jusqu’au 8 septembre
à la Philharmonie de Paris (XIXe).
www.philharmoniedeparis.fr
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LE FIGARO
mardi 4 septembre 2018
CULTURE
31
MICHAELA RIHOVA/AP/SIPA
Condamnation
expéditive pour
Daniele Gatti
CHRONIQUE. Le chef a été renvoyé
du Concertgebouw d’Amsterdam
sur la seule foi d’un article de presse.
Comme si #MeToo permettait de se passer
d’une procédure contradictoire.
LE CLASSIQUE
Christian Merlin
i l’on nous avait dit un jour que
nous prendrions la défense de
Daniele Gatti ! Ce n’est un secret pour personne, nous
n’avons jamais été très réceptif
à l’art du chef d’orchestre italien, pourtant l’un des plus demandés au monde,
de Bayreuth à Salzbourg en passant par
Vienne et Milan. Nous l’avons même
régulièrement égratigné dans ces colonnes, notamment quand il était directeur musical de l’Orchestre national
de France, avec lequel nous persistons à
penser que l’alchimie n’a jamais pris.
Comme les instrumentistes et chanteurs, nous sommes impressionné par
la maîtrise souveraine de son bras, tellement virtuose que son geste est immédiatement compris dans la fosse, et
aussi par sa mémoire, qui lui permet de
diriger par cœur les partitions les plus
complexes. Mais nous ne comprenons
pas toujours où il veut en venir musicalement, son obsession de la lenteur et
de la profondeur tournant pour nous
trop souvent à la lourdeur et au statisme, tandis que son attitude renfermée
au pupitre ne donne pas envie de le sui-
S
vre. Quand il a été nommé à la tête du
Concertgebouw d’Amsterdam, l’un des
trois plus beaux orchestres du monde,
nous n’avons donc pas sauté de joie.
Aussi, quand l’administration du
Concertgebouw a publié au cœur de
l’été un communiqué annonçant le licenciement de Gatti, nous aurions dû
nous sentir conforté. C’est pourtant le
contraire qui s’est produit : nous avons
trouvé le procédé révoltant. Que s’estil passé ? Si l’on avait déclaré que la
collaboration entre le maestro et l’orchestre ne donnait pas les résultats espérés sur le plan artistique et humain,
admettons. C’est par exemple ce qui a
conduit Daniel Harding à démissionner
de l’Orchestre de Paris, geste courageux. Même si l’on aurait pu protester
que tirer une telle conclusion au bout
de deux saisons était bien prématuré,
tant une relation chef-orchestre se
construit dans la durée : Simon Rattle
divisait l’orchestre et la critique au début de son mandat à Berlin, il est resté
seize ans !
Abus intolérables et délation
Or l’argument n’était pas artistique.
C’est de harcèlement sexuel qu’il a été
question pour justifier le renvoi du
chef. En l’occurrence, des faits rapportés dans un article paru dans le
Washington Post du 25 juillet, évoquant
Daniele Gatti (ci-dessus le 15 mai dernier à Prague), soupçonné de harcèlement sexuel, a dû démissionner le 2 août.
les allégations de deux cantatrices avec
qui Gatti aurait eu un comportement
déplacé : à Chicago en 1996 et à Bologne
en 2000… Le secteur de la musique
classique n’échappe pas au mouvement
#MeToo, et ce n’est en rien surprenant :
l’idée que la musique adoucit les mœurs
est une légende ! Entendons-nous bien :
nous ne nous prononçons pas ici sur les
faits mais sur la méthode. S’il s’agit de
changer les mentalités et d’en finir avec
des abus intolérables, tant mieux. S’il
s’agit d’entrer dans l’ère de la délation
et de la toute-puissance de l’opinion
publique, c’est inquiétant.
Le communiqué du Concertgebouw
d’Amsterdam nous a fait une impression désagréable. Parce qu’il fonde la
décision sur un article de journal américain reposant sur des témoignages
recueillis sans débat contradictoire.
Parce qu’il ajoute une phrase très vague selon laquelle des musiciennes du
Concertgebouw se seraient plaintes à
leur tour, après avoir lu l’article. Parce
que la décision a été prise unilatéralement, sans passer par le droit et la loi,
ces garde-fous démocratiques qui ont
été inventés pour éviter l’arbitraire.
Parce que l’on a pris le risque de démolir en dix lignes la carrière et la vie
d’un artiste qui, qu’on le tienne ou non
pour un grand chef, a bâti à force de
travail un parcours exceptionnel, et
pour qui la présomption d’innocence
n’existe pas.
Le sentiment diffus est que le Concertgebouw cherchait à se débarrasser
du maestro et a trouvé le bon prétexte.
Mais à quel prix ? Dans la foulée, le
Mahler Chamber Orchestra, dont Gatti
est aussi directeur musical, a entrepris
une démarche surréaliste, écrivant à
chacune de ses musiciennes pour les
inviter à signaler si elles ont à déplorer
un comportement déplacé du maestro.
Où va-t-on ?
Récemment, le mari de la grande
cantatrice Anne Sofie von Otter, Benny
Fredriksson, s’est suicidé après une
campagne de presse contre lui, faisant
dire à la mezzo soprano suédoise, accablée, qu’elle avait l’impression de vivre
« au Moyen Âge, où l’on clouait au pilori
et lapidait quelqu’un ». Il est urgent que
l’on revienne à un peu de raison. Si un
homme y regarde désormais à deux fois
avant d’abuser d’une position dominante, on aura progressé. Si l’on est
passé dans la dictature discrétionnaire
de la condamnation expéditive, on aura
régressé.
» Retrouvez Christian Merlin
tous les dimanches
de 9 heures à 11 heures.
Prochaine émission :
« Les orchestres américains »
EN BREF
Le Musée national de Rio
détruit par un incendie
Un incendie a ravagé dimanche
le Musée national de Rio
de Janeiro, un sinistre qualifié
de « tragédie pour la culture »
mais qui n’a fait aucune victime.
Créé par le roi Jean VI et ouvert
en 1818, il compte parmi
les musées les plus anciens
et les plus prestigieux du Brésil.
L’incendie, d’origine inconnue, a
eu lieu alors que l’établissement
était fermé au public, réduisant
en cendres des collections et des
archives de grande valeur,
ont indiqué les médias brésiliens.
Réouverture de la Piscine
à Roubaix
Après 18 mois de travaux et
6 mois de fermeture, la Piscine,
le musée de Roubaix, rouvrira
au public le 20 octobre prochain.
2 000 m2 de surface d’exposition
complémentaire sont consacrés
notamment à la reconstitution
de l’atelier d’Henri Bouchard.
La saison artistique mettra
en valeur trois artistes, Di Rosa,
Giacometti et Picasso.
Petrenko et les Berliner
galvanisent les « Proms »
de Simon Rattle l’an prochain, effectue à Londres
sa première tournée avec son futur orchestre.
n critique musicale, on a souvent recours à des métaphores.
Il nous arrive par exemple de
dire qu’une interprétation était
« enivrante ». Dimanche soir,
en nous levant après la Septième de
Beethoven par le Philharmonique de Berlin dirigé par Kirill Petrenko, nous avons
réellement dû chercher un appui : nous
ne marchions pas droit ! L’enjeu ? La première tournée internationale des Berliner
Philharmoniker avec leur directeur musical désigné, qui n’entre en fonction que
dans un an. On ne sait plus quels termes
trouver pour qualifier l’art du chef russe,
qui nous a encore aimanté dans Parsifal à
Munich il y a un mois. Peut-être tout
simplement l’évidence ?
Les deux concerts donnés dans le cadre
des « Proms » en disent long. D’abord sur
sa capacité à redonner vie à des œuvres
oubliées : qui joue encore La Péri de Paul
Dukas et la Quatrième symphonie de
Franz Schmidt, chefs-d’œuvre de l’impressionnisme français et du postromantisme autrichien ? L’orchestre, en tout
CHRIS CHRISTODOULOU / BBC
E
Le virtuose chef Kirill Petrenko a mis
le public du Royal Albert Hall en transe.
cas, ne les avait plus donnés depuis 1960
et 1961 ! Lectures extraordinairement ciselées, où rien n’est laissé au hasard, de
deux œuvres qui privilégient la demiteinte, quand les orchestres en tournée
favorisent les pièces brillantes. Même le
Troisième concerto pour piano de Prokofiev, avec l’éblouissante Yuja Wang, préfère les climats poétiques à la motorique
pétaradante. Le lendemain, territoires
plus familiers avec Richard Strauss, dont
Mort et transfiguration frappe par sa
construction serrée et son mélange unique de clarté et de richesse sonore.
Et puis le défi : Beethoven, pain quotidien de l’orchestre où Petrenko ne s’était
pas encore hasardé. Effectif allégé (douze
premiers violons) pour une lecture si
fraîche et inventive qu’on a l’impression
d’entendre certains détails pour la première fois (les cors !). Interprétation tout
à la fois ludique et guerrière, incroyablement chantante dans l’allegretto (ce
phrasé lié sur un tempo vif : irrésistible !).
C’est certes très tenu et volontariste,
qualité du chef qui peut aussi être sa limite, mais plus libre que quelques jours
avant à Berlin. Jusqu’à ce final grisant, en
forme de tarentelle tournoyante, qui met
public et musiciens en transe. L’orchestre
refuse de se lever pour applaudir le chef
(les Berliner ne le font jamais avec le directeur musical), Petrenko serre le premier violon Daishin Kashimoto dans ses
bras : il s’est passé quelque chose. Comment, il est vrai, ne pas être porté par
l’ambiance des « Proms », cette saison de
concerts d’été fondée en 1895, financée
par la BBC depuis 1927 et qui se tient au
Royal Albert Hall depuis 1941 ? Pour un
prix minuscule, le public se tient debout
au parterre, formant une marée humaine
à la fois enthousiaste et experte, combinaison idéale d’exigeant et de populaire si
difficile à obtenir ailleurs ! ■
C. M.
Enin à la maison.
AGENT POUR LA FRANCE
AMFD - Maurice Dubs
Tel. +33 663700491
dubsmaurice@gmail.com
A
CLASSIQUE Le chef, qui prendra la succession
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mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
32 CULTURE
« La Marseillaise » d’Ai Weiwei
ARTS L’artiste dissident chinois rend hommage à son père, le poète Ai Qing, dont la première escale en Occident
fut la France en 1929. Voyage du souvenir au Mucem jusqu’au 12 novembre.
A
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
ENVOYÉE SPÉCIALE À MARSEILLE
Ai Weiwei a suivi sur Skype l’installation de son exposition, au Mucem.
faiblit pas (Ai Weiwei, Dropping a Han
Dynasty Urn [« Laisser tomber une urne de
la dynastie Han »], 2015, triptyque en
grisaille de briques de Lego).
Un jeu de références
Et, il faut le reconnaître, c’est en maître de
l’espace qu’Ai Weiwei réussit au Mucem à
se dévoiler sous un nouveau masque. Il est
venu à l’été 2017 à Marseille sur les traces
de son père, « personnage à la fois lointain
et décisif », nous dit-il. Arpenter le port et
découvrir le musée dessiné par l’architecte Rudy Ricciotti. Il n’est pas revenu pour
le montage de l’exposition ni pour son
vernissage. Mais il a suivi sur Skype l’évolution de la mise en place. Quitte à faire
déplacer d’un mètre, juste avant le vernis-
FRANÇOIS DELADERRIÈRE
sage, la monumentale Maison colorée,
2015, compliquant la tâche en un pays qui
pratique les week-ends. Mais lorsque le
visiteur entre dans « Fan-Tan », il reste
saisi devant cette structure en bois provenant de la province de Zhejiang et du début de la dynastie Qing (1644-1912) qu’Ai
Weiwei a recouverte de peinture industrielle - comme ses fameux vases Han siglés Coca-Cola. Elle repose miraculeusement sur des boules en cristal, comme
celle vue à Art Basel Unlimited en 2017.
Il y a toujours un jeu de références dans
le monde inquiet d’Ai Weiwei (Le Pendu,
1985, portrait de Marcel Duchamp de
profil avec juste un cintre, l’une de ses
premières œuvres lorsqu’il vivait, jeune
et inconnu, à New York). L’affiche orange
NO
UV
EA
U
i Weiwei et Marseille, a
priori l’équation est fort conceptuelle.
Pourtant, en pleine construction de sa
lignée, l’artiste dissident chinois, né le
28 août 1957 à Pékin, a ancré là l’histoire
de son père, le poète Ai Qing (1910-1996),
qui découvrit l’Occident en 1929 après
avoir débarqué sur les quais de la Joliette, à
proximité du Mucem. Il lui chantait
La Marseillaise, enfant. Ai Weiwei a puisé
dans ce souvenir comme un sourcier
manie sa baguette. À sa manière acérée,
cet observateur incessant de la société,
chinoise comme sa terre natale, allemande comme sa terre d’accueil, où il a
créé un incroyable studio souterrain,
française comme le pays de la Déclaration
des droits de l’homme et du citoyen de
1789, trouve matière dans toute réflexion.
La destruction de son studio de Pékin par
les autorités chinoises, début août, a
donné naissance à une série d’énigmes sur
Instagram. Jonglant entre l’histoire violente de la Chine et la vie du peuple à Marseille, il crée un récit encore différent, jeu
de l’oie fait de petites et grandes choses.
Comment peut-on encore être étonné
par Ai Weiwei dont les expositions se succèdent à une cadence infernale, de la Royal
Academy de Londres à la Narodni Gallery
de Prague, du Palazzo Strozzi de Florence à
trois expositions cet automne à Los Angeles ? « Le facteur humain », répondrait Graham Greene. Comme ce Masque mortuaire, 2014, réalisé lors du décès de son père
Ai Qing en 1996 alors que cette pratique
était délaissée, et qui renvoie autant à
l’Antiquité qu’au masque mortuaire d’André Breton. Tout le propos de « Ai Weiwei
Fan-Tan » est de redonner chair à un mythe personnel parfois tonitruant, de rafraîchir un intérêt comme un « préquel » de
blockbuster et de réaffirmer le talent d’un
artiste dont l’appétit de faire et de dire ne
présente
On adore les détester !
et bleue qui montre Ai Weiwei sur fond de
port marseillais joue les portraits doubles
face à la Andy Warhol. Le titre de l’exposition, « Fan-Tan », choisi par Ai Weiwei,
est plus offensif qu’il n’y paraît. Il s’agit
d’un char d’assaut anglais qui opérait sur
le sol français durant la Première Guerre
mondiale, offert par un homme d’affaires
chinois dans le cadre de l’effort de guerre
et décoré sur ses flancs d’un œil comme
certains bateaux chinois. Il a été peint par
des engagés volontaires des forces chinoises (Chinese Labour Corps) qui contribuaient à l’effort de guerre auprès de
l’Angleterre et de la France. Pour les
Chinois, « Fan-Tan » est le nom d’un
jeu de paris local comme la roulette
(Pneu, 2016, quatre bouées de sauvetage
L’été indien des
comédies sentimentales
THÉÂTRE La saison a débuté dès fin août dans
des salles parisiennes de qualité. Premier aperçu.
ARMELLE HÉLIOT
aheliot@lefigaro.fr
A
Jean-Loup Chiflet nous entraîne dans
une nouvelle promenade passionnante,
surprenante, érudite et humoristique
à travers les exceptions, bizarreries
et autres étrangetés qui font tout
le charme de la langue française.
12,90€
EN VENTE ACTUELLEMENT
Disponible chez tous les marchands de journaux et sur www.figarostore.fr
des réfugiés de Lesbos dans le marbre des
stèles funéraires).
Avec le propos affirmé du Mucem d’allier art contemporain et art populaire, de
marier le global et le local, les cinquante
œuvres d’Ai Weiwei sont mises en parallèle avec 50 objets des collections du musée
et autres Images d’archives (La Chine,
Pékin, Armée chinoise, Supplices, Grande
muraille de Chine, 1900, vues sur verre du
Musée national de l’Éducation). Sont habilement opposés les concepts « Orient » et
« Occident », « original » et « reproduction », « art » et « artisanat », « destruction » et « conservation » (Table avec deux
pieds sur le mur, 1997, table de la dynastie
Qing modifiée pour un usage impossible).
Nos systèmes d’interprétation et nos réflexes sont défiés par la confrontation des
images et des époques (Assiette en porcelaine bleue et blanche (Manifestations),
2017, soit un procédé classique pour raconter le drame actuel des réfugiés).
« Ai Weiwei s’intéresse beaucoup à la
perception des Chinois par l’Occident,
explique la commissaire Judith Benhamou-Huet. Dans les collections du Mucem,
nous avons trouvé un grand nombre de
“cartes réclames” du début du XXe siècle.
Un sentiment xénophobe qualifié de “péril
jaune” se développait en Europe, dans un
contexte de recherche de nouveaux débouchés commerciaux des Occidentaux qui
avait mené à la première et à la deuxième
guerre de l’opium. Cela avait entraîné des
révoltes de la part de la population locale.
Les Chinois étaient alors considérés par les
Européens comme des barbares ; et ces cartes réclames faisaient l’apologie du soldat
français en territoire chinois. On les trouvait dans des produits de consommation
comme le chocolat – une forme de propagande politique à travers des objets du début de la société de consommation. » Jeu de
pistes, donc. ■
« Ai Weiwei Fan-Tan », jusqu’au 12 novembre
au Mucem de Marseille. Catalogue bilingue
français anglais « Fan-Tan : Ai Weiwei »
(Coédition Mucem / Manuella Éditions, 30 €).
ommençons par la grande histoire. La grande histoire du
théâtre. Passionné par l’œuvre
et la vie de Jean-Baptiste Poquelin, Gérard Savoisien imagine, dans Mademoiselle Molière, ce qu’a
pu être la douloureuse rupture du chef
de troupe avec celle dont il avait tout
appris, Madeleine Béjart. Les faits sont
tragiques, mais le dramaturge qui interprète lui-même l’auteur de L’École des
maris sous la houlette franche d’Arnaud
Denis, ne craint pas ce qu’il y a de prosaïque dans une telle trahison. On peut être
heurté, d’ailleurs, de voir le grand Molière
en homme faible et libidineux. Une rupture d’autant plus scandaleuse qu’il
abandonne Madeleine pour sa fille, Armande. On sait de quels mensonges dut
souffrir le trio. Interprétée avec aristocratie et grâce par Anne Bouvier, Madeleine
est le grand personnage de cette évocation
assez libre.
Autre grand homme, autre passion d’un
comédien pour un grand écrivain, Valjean.
Christophe Delessart vit littéralement à
l’intérieur de l’immense roman de Victor
Hugo Les Misérables depuis sa jeunesse.
Jean Valjean est son frère. Il a connu le forçat, mais, avec le temps, c’est la générosité, la force d’âme du personnage qui le
bouleversent. Il a composé un monologue
qu’il interprète en toute probité sous le
titre Valjean. Il s’adresse à nous, simplement, directement. La petite salle de l’Essaïon convient parfaitement à ce moment
de confidences qui nous permet de retrouver tous les grands épisodes de ce chemin
légendaire, du vol de l’argenterie chez un
homme d’Église qui l’accueille et le protège, aux retrouvailles avec Cosette.
Beaucoup plus ludique est la fantaisie
composée par Henri Courseaux, Tendresse
C
à quai, que met en scène avec alacrité
Stéphane Cottin. Au commencement, deux
personnages seulement. Un écrivain âgé,
qui a connu son heure de gloire, a obtenu le
prix Goncourt, mais est un peu las, sinon
en panne d’imagination. C’est Henri
Courseaux lui-même qui l’incarne. Dans
une gare, une jeune femme attend elle aussi
un train pour Toulouse. On apprend qu’elle
est commerciale. C’est Marie Frémont.
Tout glisse immédiatement. Qui sont-ils
donc ? Sur un ton léger, on touche à de graves questions. L’auteur s’amuse, les comédiens se délectent. Le public est touché.
Des bleus à l’âme
Plus franche et cocasse est la comédie de
David Basant, qui signe la mise en scène, et
de Mélanie Reumaux, psychologue clinicienne. Dans Pour le meilleur et pour le dire,
il y a justement une « psy », au centre. Les
personnages fréquentent tous son cabinet.
Ils ont des bleus à l’âme. L’une (Céline Perra, grave et sensible) rêve d’un enfant, mais
son compagnon (Roger Contebardo, très
fin) est déjà père d’un jeune enfant. Il a
rompu il n’y a pas longtemps. Il tait un drame qui le noue. L’analyse l’aidera-t-elle ?
La thérapeute hyperactive, experte en
jeux de mots et répliques à tiroirs (l’épatante Tessa Volkine), est au centre d’une
galaxie amicale où gravitent également
son fils (Édouard Giard, très sympathique)
et une amie idéale mais non dépourvue
d’ambiguïté (Caroline Brésard, mobile à
souhait). C’est une pièce enlevée, aux moirures graves, mais le rire et l’émotion
l’emportent. L’amitié triomphe. ■
Mademoiselle Molière, au Lucernaire (Paris VIe),
tél. : 01 45 44 57 34.
Valjean, à Essaion (Paris IVe),
tél. : 01 42 78 46 42.
Tendresse à quai, au Petit Hébertot
(Paris XVIIe), tél. : 01 42 93 13 04.
Pour le meilleur et pour le dire,
à la Manufacture des Abbesses (Paris XVIIIe),
tél. : 01 42 33 42 03.
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mardi 4 septembre 2018
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mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
Mères sous X, souffrance et espoir
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Cinq femmes qui, adolescentes, ont confié leur bébé à l’adoption, racontent leur expérience.
Nicolas Bourgoin et Nathalie Perrier ont recueilli ces récits poignants d’existences brisées à jamais.
En Bern
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
« Morandini Live »
CNews | 10 h 30 | Lundi
Q
uelle histoire ! Stéphane
Bern défend en désespoir
sa cause, la cause du
patrimoine. Un journaliste
chez Morandini nous rappelle les
propos du célèbre présentateur
qui pique une petite crise de
colère : « Je ne veux pas être un
cache-misère […]. Je ne veux pas
être un pantin. » Il n’a pas tort,
Bern, il crépite, il s’agite sur son
tabouret - c’est qu’il a la France
aux trousses -, il est en mission,
il se sent bien seul, il met en garde
le président, il sort l’épée, il est
déjà, à l’aube, dans le pré, prêt
au duel, la fleur au fusil. Il chauffe,
« M. Patrimoine », il est tout
rouge : « Quand je vois qu’on donne
450 millions pour le Grand Palais,
alors que nos églises et nos
campagnes sont en train d’être
détruites ou de disparaître les unes
après les autres, je trouve ça
injuste. » À l’Élysée, on modère ses
propos. Il aurait eu un petit coup
de sang. Le régime crétois n’a pas
que des qualités.
Aux « Grandes Gueules »,
Arnaud Montebourg. Depuis
qu’il a « quitté » la politique,
Montebourg fait dans les abeilles,
citoyen ordinaire. À gauche,
il semblait être le premier de
la classe. Brillant, pittoresque. Du
charme en veux-tu en voilà. De
l’avenir, il en avait, un beau setter.
Mais il lui manquait quelque chose,
sans doute ce vieux goût d’être un
autre, d’être un vieux chouchen.
Alors, il s’est reconverti dans
le miel et il en parle très bien. Il est
« made in France ». A créé
sa marque, Bleu Blanc Ruche : « Le
miel est une cause qu’on peut tous
partager […]. L’électeur doit voter
pour la France ou pour la Chine
ou pour l’Allemagne ? […] Il y a
aussi la disparition des amandes
françaises… Ce qu’il faut, c’est
le repeuplement. » Montebourg,
futur ministre de l’écologie ?
ersonne ne s’est soucié de mon
devenir à moi, et encore moins
de celui de ce petit enfant […]. Je
n’ai pas pu le garder parce
qu’on n’a pas voulu de lui, on n’a
pas voulu de nous deux. » Janine, 57 ans,
les larmes aux yeux, se souvient de la détresse qui était la sienne quand, adolescente, elle a annoncé aux siens qu’elle
était enceinte. « Si seulement mes parents
[…] m’avaient un peu soutenue, je crois
que j’aurais eu une vie différente », ajoute-t-elle. Ce sont les témoignages déchirants de Janine, mais aussi de quatre
autres mères ayant accouché sous X
lorsqu’elles étaient encore de toutes jeunes filles, que rassemble l’excellent documentaire de Nicolas Bourgoin et Nathalie Perrier, Mères sous X, mères de
l’ombre, diffusé ce soir sur France 5.
Ces paroles de souffrance, mais aussi
d’espoir, jettent une lumière crue sur
les difficultés rencontrées par ces femmes qui furent amenées
à confier leur bébé à
l’adoption. Elles sont
encore aujourd’hui en○○○○
tre 400 et 600 à recourir chaque année en
France à cette procédure légale, qui
n’existe en Europe que chez nous et au
Luxembourg. Au fil des témoignages de
Janine, Éliane, Danielle, Emmanuelle et
Alice, de bouleversants portraits de
femme se dessinent. Ces mamans ont
des histoires et des profils très différents, mais dans la façon dont elles ont
vécu leur épreuve, des points communs
apparaissent.
La solitude de ces adolescentes face à
leur famille est frappante. L’absence de
soutien des parents, voire leur hostilité
pure et simple, illustre bien sûr une
époque, mais pas seulement. Il y a trente, quarante ou cinquante ans, une jeu-
P
«
20.50
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
bjet cathodique culte des années 1990 et 2000, la saga de
l’été connaît une résurgence, même si les chaînes
prennent un malin plaisir à
programmer leur feuilleton à la rentrée.
C’est le pari de France 3 avec Noces rouges, suspense en six épisodes présidé par
Cristiana Reali qui campe Claire, une restauratrice étoilée et mère exigeante. Une
scène d’ouverture forte permet de fermer
les yeux sur les grosses ficelles suivantes.
Quelques heures après s’être mariée, la
fille cadette de Claire, Sandra, s’écrase
sur les rochers de la terrasse familiale,
O
Invitée : Valérie Benaïm
interviewée par Nicolas Vollaire
et Damien Canivez aujourd’hui sur :
Sandra est retrouvée morte le soir de son
mariage. L’accident pourrait être un
meurtre. COPIN/SCARLETT PRODUCTION/FRANCE 3
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4822
VERTICALEMENT
1. Coulées d’un liquide visqueux.
- 2. Bosse au jarret du cheval.
Dur à avoir. - 3. Donna un coup
d’œil. Boule piquante. - 4. Puits de
sciences (naturelles). A donné un
nouvel éclat au Louvre. Poteau
renversé. - 5. En bas ou dans l’air.
Moulu. Point dépassé. - 6. Frais
pondus. Protège l’oursin. - 7. Revient
souvent dans les commentaires de
César. Elle profite des moments
chauds de la révolution. - 8.
Vedettes féminines du cinoche.
1
2
3
4
Retrouvées par leurs fils
La souffrance endurée au moment de la
séparation d’avec leur enfant est également partagée par toutes ces femmes. Se
remémorant son accouchement, Alice,
38 ans, explique : « Quand il est sorti, je
me suis interdit de pleurer. Je l’ai entendu
crier et je me suis dit : non, tu ne le prends
pas. » Danielle, 53 ans, confie : « Je n’ai
pas été installée dans une chambre seule
mais avec d’autres mamans qui étaient
avec leurs bébés. Elles me demandaient
5
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4821
HORIZONTALEMENT 1. Rondelet. - 2. Overdose. - 3. Yaourt. - 4. Erg.
Asir. - 5. Riens. Di. - 6. Cène. Paf. - 7. Océane. - 8. Lt. Nippa. - 9. Lotte.
An. - 10. Ami. Mont. - 11. Rinceuse. - 12. Détendus.
VERTICALEMENT 1. Royer-Collard. - 2. Ovariectomie. - 3. Néogène.
Tint. - 4. Dru. Néant. Ce. - 5. edraS. Niémen. - 6. Lots. Pep. Oud. - 7. Ès.
Ida. Pansu. - 8. Terrifiantes.
2
3
4
5
6
7
8
encore parée de ses plus beaux atours. Sa
sœur aînée Alice (Alexia Barlier, La Forêt)
mène sa propre enquête, quitte à gêner
son ex, le policier en charge de l’affaire.
Ce mardi, deuxième soir de diffusion,
lève le voile sur le secret qui a poussé Alice à rompre les amarres avec les siens.
Ressorts mélodramatiques
« Noces rouges est né, il y a trois ans, de
l’idée d’explorer le monde de la gastronomie, de dépeindre le quotidien de deux
femmes à travers un établissement huppé
et une simple paillote familiale », se souvient la
productrice
Florence
Dormoy, qui voulait
○○¡¡
tourner sous le soleil du
BRIDGE
PROBLÈME N° 2907 :
Les As font la loi
R83
A
V 10 9 8 2
7543
N
O
E
S
76
RDV4
A R D
RD62
6
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8
A
qu’elle n’avait pas ses règles, sans oser
en dire plus, sa mère a préféré faire
semblant de ne pas avoir compris.
pourquoi je n’avais pas le mien, s’il était
malade […]. J’étais très mal, c’était extrêmement douloureux. »
Mais l’espoir jaillit, au fil d’une vie
chamboulée à jamais par ce qui est tantôt
défini comme un abandon, tantôt comme le don d’un enfant par ces mères
meurtries. Le bonheur d’Éliane et Janine,
retrouvées par leurs fils devenus adultes,
est éclatant. Celui de Danielle, même si
sa fille n’est pas encore prête à la rencontrer, est grand. Grâce à son gendre, elle a
fait la connaissance de ses deux « petitsenfants ». Enfin, Emmanuelle et Alice,
qui ont redonné la vie, espèrent revoir
un jour leur enfant né sous X. ■
France 3 relance sa saga de l’été à la rentrée. Efficace mais un peu trop kitsch.
LE BUZZ TV
HORIZONTALEMENT
Après avoir accouché sous X à l’adolescence, Alice est redevenue mère des années plus tard.
ne fille enceinte hors mariage était bien
sûr souvent considérée comme une
honte pour sa famille. Mais l’impossibilité de subvenir aux besoins de l’enfant
explique aussi, encore aujourd’hui, la
solitude de ces mamans. Ainsi le père de
Janine, en apprenant la grossesse de sa
fille, est allé s’asseoir, en larmes, en disant : « Qu’est-ce que j’ai fait de ma
vie ? » Quant à Éliane, 75 ans, elle se
souvient de la réaction de sa mère :
« Elle m’a fait monter dans ma chambre,
elle n’avait jamais levé la main sur moi,
mais là, j’ai été battue. » Emmanuelle,
41 ans, fut confrontée au mutisme de sa
maman. Après lui avoir confié deux fois
« Noces rouges », polar en cuisine
RECTIFICATIF
Dans notre édition d’hier,
nous indiquions que la matinale de RTL
occupait la « tête des audiences ».
La première place revient en réalité à
France Inter avec 3,8 millions d’auditeurs.
1. S’avère déterminant. - 2. Pâles
imitateurs. - 3. Se prend avec
affection. - 4. Ceint l’écu. Ce que
crurent faire les poilus. - 5. Rayon
des lampes à bronzer. Le plus
haut sommet des Alpes du Sud.
- 6. Quoi de plus normal s’il se
répète dans la palilalie ! A les
jambes lourdes. - 7. Très soutenu.
- 8. Se jette dans le Rhône à
Anthon. Regarde vers Marseille.
- 9. Simple brin de vie. Il faut lui
serrer la vis si l’on veut qu’il fasse
son travail. - 10. Langue de lettres
persanes. Normale sup’. - 11.
Gagne-petit naguère. - 12. Coupent la ligne.
KM PRODUCTION
34
9
10
11
12
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : 2 de . Vous trouverez
les 3-2.
Sud et profiter des calanques de Cassis.
Les scénaristes avaient aussi comme
consigne d’éviter le cliché des clans rivaux. Il n’est pas questions de luttes ancestrales ou d’héritages. Le drame fondateur est beaucoup plus récent.
Mais la mise en scène succombe trop
aux sirènes du kitsch au gré de flash-back
répétés de couleur sépia autour d’Alice et
de Sandra. Ceci en dépit d’une distribution solide réunissant Stéphane Freiss et
Alexandra Vandernoot. Malgré des rebondissements mélodramatiques, l’explication derrière le sort
de cette mariée tragique
est simple et crédible.
Elle n’aurait pas déplu à
Agatha Christie. ■
21.00
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2906 :
Timing et déductions
Contrat : Sud joue 4 Piques, après qu’Ouest a passé
d’entrée.
Entame : As, Roi et Valet de , coupé (Est montre
quatre cartes).
Si vous purgez les atouts (en quatre tours, cela arrivera
une fois sur deux environ) avant de jouer , la défense
fera un , la quatrième levée du flanc (car, à ce stade,
vous n’aurez plus d’atouts).
Vous devez donc retarder la purge des atouts et
jouer tout de suite vers Roi-Valet pour trouver votre
dixième levée tant qu’il reste des atouts au mort pour
contrôler les .
Allez-vous placer le Roi ou le Valet ? Ouest, passeur
d’entrée, a déjà montré huit points (à ). Il ne saurait
détenir en outre l’As de , auquel cas il aurait ouvert
(avec douze beaux points). Espérez qu’il détienne la
Dame et appelez le Valet.
D4
Ces quatre jeux récomRV54
pensent votre timing et
A 10 9 2
vos déductions.
10 8 7
8765
D98
76
ARV5
32
A 10 7 6
543
9643
A R V 10 9
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RDV8
D2
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S
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 4 septembre 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
35
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Rosalie
Soleil : Lever 07h12 - Coucher 20h26 - Dernier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 Nos chers voisins. Série.
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Série. Drame
Magazine. Scientifique
Série. Drame
18.05 La villa : la bataille des couples.
Téléréalité 19.55 Suburgatory
MATIN
18
21.00 2012
Film. Catastrophe. EU-Can. 2009.
Réal. : R. Emmerich. 2h32. Avec J. Cusack. Un romancier et sa famille tentent d’échapper à des catastrophes
annonciatrices de la fin du monde.
10
15
13
16
14
15
16
14
15
15
10
23.50 San Andreas : alerte séisme.
Film TV. Science-fiction.
15
13
12
13
17
12
15
12
30
The Good Doctor
Les pouvoirs
extraordinaires…
EU. Saison 1. Avec Freddie Highmore,
Nicholas Gonzalez, Antonia Thomas.
2 épisodes. Inédits. Transportant
un organe destiné à un don, Claire
et Shaun doivent se dépêcher de
retourner à l’hôpital.
Noces rouges
… du corps humain.
Prés. : M. Cymes, A. Karembeu. 2h15.
Les super pouvoirs de nos héros
préférés. Inédit. Invités, notamment : Kylian Mbappé, Teddy Riner.
22.45 New York, unité spéciale
23.15 Les pouvoirs extraordinaires du corps humain Mag. 3.05
Série. 3 épisodes 1.15 New York,
unité spéciale. Série.
Dans quelle éta-gère... Magazine.
11
14
16
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Vues d’en haut
13
16
11
15
Fra. Saison 1. Avec Cristiana Reali,
Alexia Barlier, Lannick Gautry,
Alexandra Vandernoot. 2 épisodes.
Inédits. Claire dévoile à Alice ce qu’il
s’est passé le soir de l’accident dans
lequel le frère de Vincent est mort.
20.50 Mères sous X,
mères de l’ombre
22.45 Soir/3 23.20 In situ Mag.
0.15 Le pitch cinéma 0.20 Mireille
Darc, la femme libre. Doc.
22.00 Débat 22.40 C dans l’air 23.45
C à vous 0.45 C à vous, la suite
19
17
16
Doc. 2018. 1h10. Inédit. Aujourd’hui
encore, malgré la pilule et l’avortement, 400 à 600 femmes accouchent chaque année sous X.
15
19
20
21
30
21
APRÈS-MIDI
22
10
22
23
19.50 L’info du vrai, le mag (C).
Magazine 20.59 Catherine et Liliane
(C). Divertissement.
19.00 Le Japon vu du ciel. Série doc.
Du pays de neige à Tokyo 19.45 Arte
journal 20.05 28 minutes. Mag.
19.45 Le 19.45. Présentation : Xavier de Moulins 20.25 Scènes de
ménages. Série. Avec Claire Chust.
21.00
20.50
21.00
Film. Comédie dramatique
Documentaire. Société
Série. Comédie
24
23
22
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Johnny Galecki. 2 épisodes.
24
25
22
25
26
25
25
24
26
20.55 L’homme qui voulait
vivre sa vie
27
26
Film. Thriller. Fra. 2009. Réal. : Eric
Lartigau. 1h51. Avec Romain Duris.
Un coup de folie meurtrier fait basculer l’existence d’un homme.
25
27
27
27
20
26
31
23.05 De vrais mensonges. Film.
Comédie 1.05 Julie Lescaut. Série.
27
29
31
25
29
26
32
27
25
30
27
19.10 Americars. Téléréalité. Tout
s’accélère - La Chevrolet de 1955.
Les grands esprits
Révolutions sexuelles
Scènes de ménages
Réal. : Olivier Ayache-Vidal.
1h46. Inédit. Avec Denis Podalydès,
Abdoulaye Diallo. Un professeur de
Lettres quitte un prestigieux lycée
parisien pour la banlieue, où il aide
une classe de collège.
Fra. 2018 (1 et 2/2). 1h50. Le droit
au plaisir. Inédit. Portée par les féministes et les gays, la révolution
sexuelle engendre une redéfinition radicale du rapport hommes/
femmes. - Réinventer l’amour. Inédit.
Fra. Saison 10. Avec Didier Bourdon,
Marion Game, Gérard Hernandez.
Au boulot ! Inédit. C’est la rentrée,
l’occasion de découvrir les couples
de «Scènes de ménages» dans leur
univers professionnel.
22.50 Tchi tcha M a g a z i n e 23.40
Braquage à l’ancienne. Film. Comédie 1.15 Cherchez la femme. Film.
22.40 God Save Russia Documentaire 23.40 Biélorussie, une dictature ordinaire. Documentaire.
23.10 Scènes de ménages Série.
26
T (en °c)
20.50 Evian : au cœur
de la machine
<-10 à 0
Doc. Science et technique. 2018.
0h50. Inédit. La bouteille d’Evian est
l’eau minérale la plus vendue : 1,6 milliard de litres écoulés chaque année.
21.40 Monaco, le rocher de tous les
défis. Documentaire.
Ave Valérie Karsenti, Frédéric Bouraly. Aventures sous les tropiques.
19.20 Rénovation impossible. Téléréalité.
18.50 Les Marseillais vs le reste du
monde. Téléréalité.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 90’ enquêtes
21.00 Babysitting 2
21.00 Pattaya
Mag. Prés. : T. Silva. 1h20. Arnaques,
vols et bons plans : comment éviter
le Paris-piège à touristes ? Inédit.
Pour assurer la sécurité des touristes,
la police est sur le pied de guerre.
Film. Comédie. Fra. 2015. Réal. : N.
Benamou, P. Lacheau. 1h30. Avec P.
Lacheau. Lors d’une excursion dans
la forêt amazonienne, une bande de
copains disparaît dans la nature.
Film. Comédie. Fra. 2015. Réal. :
F. Gastambide. 1h37. Inédit. Avec
Franck Gastambide. Deux galériens
des cités rejoignent un pote qui a
monté un business en Thaïlande.
22.20 90’ enquêtes. Paris secret : la
face cachée de la Ville Lumière.
22.45 Paul. Film. Comédie. Avec
Simon Pegg, Nick Frost.
23.00 Touche pas à mon poste !
Divertissement.
SU DO KU
16/26
17/30
GRILLE 2653 FACILE
IL MANQUE
D’IMPRÉVU
PARÉES
FRUSTRÉ
EN
DESSOUS
DE TOUT !
HOMMES
D’EILAT
NON
ÉVASÉ
par téléphone :
GENTILLE
GRANDMÈRE
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LIVE 24/24 SUR
et sur
INSTABLES
FLACON
CREVÉE
PIÈCES À
BUCAREST
LUTTE DE
CLASSES
ORNER
UN LIVRE
NOUVEAU
présente
On adore
les détester !
CELLULE
NERVEUSE
PAS
SUCRÉE
8
7 6
3 5
DÉPOUILLÉ
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MARRENT
LUNE
INVISIBLE
IMPRODUCTIF
RÉPONSE
À LA
QUESTION
BALAI
VÉGÉTAL
AU SUC
AMER
À MOI
COULE
DE
SOURCE
ARGILE
ROUGE OU
JAUNE
PAS LUI
QUI NE
RESTE
PAS
EN PLACE
SECRÉTAIRE
DEVANT
LIBITUM
RÉUNION
DE CHEFS
LE
SCANDIUM
VILLE
NORMANDE
UN APPEL
PLANTES
AROMATIQUES
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LEVIER
À TOURNER
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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FORCE 2
PÉRIODE
PRÉCÉDENT
LA
TEMPÊTE
AU SUD
DU GLOBE
PARTIRA
VITE
UN TOIT
POUR
LA VAHINÉ
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lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
ÉLOGES
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23.10 Greystoke, la légende de Tarzan. Film. Aventures.
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VENDREDI
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MOTS FLÉCHÉS N°2066
Chaque jour un peu plus difficile
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
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23/31
20/30
JEUDI
16/22
Film. Aventures. EU-Irl. 2003. Réal. :
Antoine Fuqua. 2h06. Avec Clive
Owen. Le départ des Romains de la
Grande-Bretagne laisse l’île sous la
menace d’une invasion des Saxons.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
MERCREDI
21.00 Le roi Arthur
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
28/32
22/27
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ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
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mardi 4 septembre 2018 LE FIGARO
36
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Monsieur le Prof,
écrivain masqué
SUCCÈS Ce professeur d’anglais de 30 ans, dont le compte Twitter
rassemble 470 000 abonnés, publie un deuxième livre, rempli
d’anecdotes et de réflexions sur son quotidien d’enseignant au lycée.
L’occasion de se dévoiler, un peu.
Clotilde Costil
£@ClotildeCostil
À
quoi ressemble Monsieur le
Prof ? Ce professeur d’anglais
aux 470 000 abonnés, dont la
photo de profil Twitter n’est
autre qu’un avatar griffonné au
feutre noir sur du papier. On
l’imagine dissimulant, derrière
ce masque, un sourire sarcastique et un sourcil interrogateur. On le devine étudiant les propos de son interlocuteur pour les compiler ensuite en blagues potaches sur les réseaux. En cinq ans de célébrité, il a
cultivé son anonymat et sa réputation « d’enseignant
aimé des jeunes sur Twitter mais pas en vrai ».
Dans la vraie vie, Monsieur le Prof s’appelle
William. Il a 30 ans et une barbe aussi fournie
qu’en dessin. Il n’avait pas non plus menti sur son
humour, pourtant dans la retenue. Né en 1988 au
Pays basque, le jeune homme suit « un parcours
scolaire classique ». Bac S « parce que ça ouvre plus
de portes », puis hypokhâgne, non pas suivie
d’une khâgne car trop « académique ». Il poursuit
son cursus avec une licence et un master d’anglais. Le tout couronné par un Capes obtenu dès la
première tentative. « Étudiant, je n’avais pas spécialement une vocation pour l’enseignement. Moi,
c’était plutôt le journalisme qui m’attirait », raconte celui qui consignait déjà par écrit sa vie d’étudiant en prépa, puis de « pion ». « J’ai toujours
sente déjà tous les signes d’un succès. « J’ai eu des reécrit. Pour moi dans un premier temps. Puis pour les
tours positifs sur les réseaux sociaux », précise-t-il.
autres, afin de leur donner des conseils que moiRencontré dans les locaux de son éditeur, à Pamême j’aurais aimé obtenir plus tôt. »
ris, le jeune prof apparaît entre deux interviews,
Une fois affecté au collège puis au lycée, ce prof
une veste de costume bleu marine pour la forme,
observateur trouve matière à écrire, peut-être bien
sous laquelle se cache un tee-shirt à
plus qu’ailleurs. Il compile alors cerimprimés au style adolescent. Il est
taines bourdes, comme lorsqu’un élèce genre de prof « exigeant mais déve lui demande s’il est « angleterrien »
contracté, la blague facile en clasparce qu’il donne des cours en anglais
se », indique Simon, un ancien élèou un autre qui s’interroge : « Madave de terminale. « Nous avions droit
gascar est aux États-Unis ? » Suivi
1988
à des petites anecdotes de sa vie de
aujourd’hui sur Twitter par quantité
Naissance
tous les jours avant qu’il ne les poste
de professeurs et de personnalités, à
au Pays basque.
en ligne. » Comme ce jour de rencommencer par le ministre de l’Édu2006-2008
trée improbable où sa Clio 2 tombe
cation nationale, Jean-Michel BlanAprès un bac scientifique, en panne au beau milieu de l’autoquer, William ne prend pourtant pas
hypokhâgne puis licence
route, à quelques minutes de sa prela grosse tête. À la question, « À quoi
d’anglais à l’Université
mière heure de cours au lycée. C’est
tient, selon vous, votre notoriété ? »,
de Bretagne occidentale.
« tout essoufflé et la barbe ébouriffée
« Peut-être à ma régularité dans mes
2008
par cette course folle » qu’il renconpublications », répond-il timidement
Assistanat scolaire
tre pour la première fois sa classe de
avant de concéder, les yeux rieurs :
en Écosse.
terminale ES. Dans son établisse« Mes posts assez punchline et rentre2011
ment désormais, tout le monde ou
dedans s’adaptent plutôt bien au forObtient son Capes.
presque connaît ses activités « exmat Twitter ».
Première année
trascolaires ». Dès le premier jour
d’enseignement
« Exigeant mais décontracté »
de classe, les élèves sont prévenus :
dans un collège
« Ici je suis votre prof et non MonSon deuxième livre, intitulé Éthique et
de banlieue parisienne.
sieur le Prof. Certains ont toujours
responsable (Flammarion) en référenCrée son compte Twitter. des attentes, mais je leur dis “Vous
ce à une épreuve du Capes, prend la
2016
allez vite vous rendre compte que je
forme d’un journal de bord commencé
Publication
suis un prof normal qui donne des
le 3 septembre, jour de la rentrée, et se
de Monsieur le prof.
contrôles surprises, des verbes irréterminant le 23 juin, dernier jour des
2018
guliers à apprendre et a aussi des
épreuves du bac. Une semaine seulePublication de Éthique
‘coups de gueule’.” »
ment après sa publication, ce tome II,
et responsable.
Cette année, Monsieur le Prof enta« moins cynique que le premier », com(Flammarion)
mera sa septième rentrée « comme si
me se plaît à le dire son auteur, pré-
Bio
EXPRESS
de rien n’était », tient-il à préciser, avant d’ajouter à
la volée « j’espère bien que mes élèves auront tous lu
mon livre ». « Non, plus sérieusement, se reprend-il,
au lycée je suis un prof comme les autres. Je ne me vois
pas arriver le premier jour en lançant dans les couloirs
un “laissez-moi passer” condescendant et en grillant
tout le monde au self. »
Dans la salle des profs, tous ne partagent pourtant
pas son autodérision et ses propos, jugés par quelques-uns « peu éthiques et responsables ». Certains
iront jusqu’à le qualifier de « honte de l’Éducation nationale ». « On peut croire qu’il y a une cohésion des
profs au collège comme au lycée. Mais parfois, nous
sommes un peu isolés, face à nos propres problèmes. »
Dans cette perspective, l’écriture, à l’interclasse ou à
midi, a tout d’un exutoire.
S’il s’adresse avant tout à lui-même dans ce texte
confession, Monsieur le Prof espère aussi que ses lecteurs pourront s’identifier à son vécu. « Je souhaitais
leur parler de cette école de façon vraie sans en faire
quelque chose d’idyllique ni de noir. » Cette réalité
d’après lui, ce sont « les 90 % de réussite au bac, par
souci d’économie, mais qui ne sont pas forcément mérités ». C’est aussi l’épreuve de pédagogie au Capes
qui n’a plus rien de pédagogique : « Lorsque je passais
mon concours il y a sept ans, un prof nous a fait écrire
des noms que l’on collait sur nos fronts en nous disant
que c’était une activité que l’on pouvait reproduire en
classe. C’est très infantilisant. »
Plutôt mal à l’aise sur les plateaux télé, William
aimerait toutefois y entendre davantage la parole des
profs pour parler éducation. « Moi, je fais des blagues, ma présence à la télé n’est pas pertinente. Et je ne
souhaite pas me politiser ni être le porte-parole de qui
que ce soit. Mon objectif à court terme, c’est déjà d’apprendre le nom de mes élèves plus vite. » ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Transition
[tran-zi-sion] n. f.
Passage qui peut se révéler à vide.
a démission de Nicolas Hulot a contraint Emmanuel Macron à se mettre
en quête d’un nouveau ministre de la Transition écologique.
Le mot vient du verbe latin transire, action de passer : à cet égard,
le ministre de la Transition écologique n’a effectivement fait que passer :
un an à peine, au poste.
Sic transit, a-t-on songé à l’annonce de son départ : ainsi se succèdent les ministres.
Les contraintes politiques et administratives avaient - dit-on - le don de transir
Nicolas Hulot. Non pas de froid. Elles lui échauffaient plutôt les oreilles. Il est vrai
qu’il n’entendait guère transiger : les couleuvres constituent un menu déprimant ;
et mauvais pour le transit, fût-il celui d’un ministre.
Une démission ministérielle ouvre toujours une période de transition, et déclenche
immanquablement une incroyable transe, politique et médiatique. C’est peu dire
que la transition de Hulot a agité les esprits et les transistors. Que d’énergie !
De toute façon, il faut bien un ministre de la transition. En espérant pour le gouvernement
que, tout appliqué qu’il soit à faire avancer sa cause, le nouveau titulaire du poste
ne sera pas transitoire. ■
L
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
La « droite constructive »
se renforce à Paris
A
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Le mouvement « Agir, la droite
constructive » va enregistrer l’arrivée
de trois nouveaux élus dans la capitale.
Daniel-Georges Courtois, conseiller
du XVe arrondissement et vice-président
de la métropole du Grand Paris, Pierre
Auriacombe, conseiller de Paris du XVIe,
et Jean-Philippe Pierre, adjoint au maire
du XVe, vont rejoindre le mouvement
animé localement par le député PierreYves Bournazel (photo), qui ambitionne
d’être candidat aux municipales de 2020.
Une nouvelle monnaie
virtuelle en Israël
Christian Malard
« en liberté »
D’anciens membres de l’unité d’élite
israélienne, la 8200, spécialisée dans la
cyberguerre, l’espionnage électronique,
est devenue une véritable pépinière
de créateurs de start-up. Ils vont lancer
dans les prochains mois une nouvelle
monnaie virtuelle qui concurrencera
notamment le Bitcoin. La réputation
de cette unité est telle que plusieurs
milliers de clients potentiels israéliens
se sont déclarés prêts à participer
à l’aventure sur les réseaux sociaux.
Sur i24News, la chaîne
internationale du groupe Altice
Média, le consultant diplomatique
- ex-RTL, La Cinq et France
Télévisions - va multiplier
les interventions dans les grands
journaux des réseaux français et
anglais avec une chronique hebdo,
le week-end, intitulée « Malard en
liberté », et deux chroniques
par semaine en prime time,
à 20 h 30, sur le réseau américain.
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Журналы и газеты
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