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Le Figaro - 05 09 2018

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mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 036 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
MMA Entrepreneurs
d’Assurances
aide les PME
à élaborer leur
Plan de Continuité
d’Activité
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
ENQUÊTE
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FIGARO ENTREPRENEURS
LES « FRUGALISTES », CES
FRANÇAIS QUI ARRÊTENT DE
TRAVAILLER À 40 ANS PAGE 11
VINGT ANS APRÈS, LA SERBIE
ET LE KOSOVO SUR LE CHEMIN
DE LA RÉCONCILIATION PAGE 16
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NOTRE CAHIER
SPÉCIAL
ALLEMAGNE
FOOTBALL
Un entretien avec
Blaise Matuidi PAGE 13
CHAMPS
LIBRES
Le ministère
de l’Écologie est-il
vraiment un
ministère maudit ?
La chronique
de Mathieu
Bock-Côté
Les tribunes de
Benoît Pellistrandi
et de Pierre
Steinmetz
L’analyse de
Guillaume Perrault
Après dix jours de flottement au sommet de l’État, Édouard Philippe a annoncé
que l’impôt sur le revenu serait bien retenu à la source à compter du 1er janvier 2019.
PAGES 2, 3, 4 ET L’ÉDITORIAL
Rugy à l’Environnement, bataille
pour la présidence de l’Assemblée
L’écologiste François de
Rugy, ancien candidat malheureux à la primaire de la
gauche en 2017, président
LaREM de l’Assemblée nationale, a quitté l’Hôtel de
Lassay pour s’installer dans
le fauteuil laissé vacant par
Nicolas Hulot. Son entrée au
n
n
n
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de lundi :
Daniel Cohn-Bendit
serait-il une bonne tête
de liste pour LaRem
aux européennes ?
OUI
27 %
NON
73 %
TOTAL DE VOTANTS :
M 00108 - 905 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@j@a@p@k";
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Approuvez-vous la
nomination de François
de Rugy à la place
de Nicolas Hulot comme
ministre de la Transition
écologique ?
ARMEND NIMANI/AFP - SEBASTIEN
SORIANO/LE FIGARO - STEPHANE DE
SAKUTIN/AFP
gouvernement annonce un
jeu de chaises musicales à
l’Assemblée, où déjà Richard Ferrand, patron du
groupe LaREM, et Yaël
Braun-Pivet, présidente LaREM de la commission des
lois, convoitent son siège.
PAGES 5, 6 ET 17
Le ministre de l’Économie
présente dans un entretien au
Figaro le projet de loi Pacte,
qui arrive ce mercredi devant
la commission spéciale de
l’Assemblée. Ce texte « ambitionne de donner aux entreprises les moyens d’innover, de se
transformer, de grandir », af-
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
P
ourquoi avoir entretenu un tel suspense, laissé pareille cacophonie
s’installer ? Le prélèvement à la
source de l’impôt sur le revenu entrera finalement en vigueur, comme annoncé, le 1er janvier prochain.
D’un coup, les doutes présidentiels sur sa
mise en place technique seraient donc levés.
Les craintes d’essuyer la colère de contribuables dépités de voir leur salaire mensuel rogné au début de l’expérience auraient été,
faut-il en déduire, surestimées. Avec assurance, le premier ministre l’a affirmé mardi
soir à la télévision. Tout de même, tout ça
pour ça !
Sans doute Emmanuel Macron n’a-t-il pas
voulu ajouter un ubuesque épisode au mauvais feuilleton élyséen de l’été, après l’affaire
Benalla et la démission inopinée de Nicolas
Hulot. En quelques semaines, Jupiter a perdu
de sa superbe, jusqu’à être comparé à son hésitant prédécesseur. Voir le macronisme dilué
dans la sauce hollandaise lui est probablement devenu insupportable. Il lui fallait reprendre la main, faire acte d’autorité, stopper
la chute dans les sondages.
Symboliquement, le hasard a mal fait les cho-
ses, puisque c’est précisément avec une mesure lancée - et laissée en plan comme souvent - par François Hollande que le chef de
l’État tente de se redresser. Une réforme accompagnée d’un tapage médiatique inversement proportionnel à son importance, quand
l’urgence commanderait de s’attaquer
d’abord à la réduction des dépenses publiques. Une disposition à laquelle les entreprises, croulant déjà
sous la bureaucratie, ont
été, bien malgré elles,
associées.
Rien n’obligeait Emmanuel Macron à reprendre à son compte le prélèvement à la source.
Ayant écarté le risque d’être accusé d’un recul en rase campagne, il en prend maintenant
un autre. Plus lourd peut-être. Si la mise en
musique de cette réforme débouche sur un
échec, il en sera tenu pour seul responsable.
En consacrant ses efforts à la baisse des impôts plutôt qu’à la façon de les prélever, il
aurait probablement fait œuvre plus utile
pour les Français, mais aussi pour sa popularité… ■
firme-t-il. Au menu : la suppression du seuil social de 20
salariés, le développement de
l’intéressement et de la participation, mais aussi la protection des entreprises stratégiques et la privatisation de La
Française des jeux et d’Aéroports de Paris. PAGES 22 ET 23
En collaboration avec
En collaboration avec
parttner
Tout ça pour ça !
n
PAGES 18 ET 19
Le Maire : « Nous voulons bâtir
la nouvelle prospérité française »
d’assurances
C’est à la
baisse des
impôts
qu’il faut
s’attaquer
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
PME : un Plan de Continuité
d’Activité pour mieux gérer
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Rendez-vous
avec
page 3 du Figaro
entrepreneurs
A
Stationnement
payant, cette
nouvelle
commission
qui règle les
contentieux PAGE 9
Prélèvement à la source :
finalement, c’est oui...
LIEWIG CHRISTIAN/ABACA
JUSTICE
© Westend61
L’égérie de
l’extrême gauche
allemande
« debout » contre
les migrants PAGE 7
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mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
UNE RÉFORME
COÛTEUSE
La préparation et la mise
en place du prélèvement
à la source auront coûté
195 millions d’euros, d’après
la députée LaREM Cendra
Motin, auteure d’un rapport
sur le sujet. En particulier,
une grande campagne
de communication est menée
depuis 2017, qui se concrétise
auprès du grand public
par des spots télévisés
diffusés depuis
une semaine et demie.
Mais le coût principal
concerne la formation
des personnels
et le développement des
systèmes d’information
de l’administration fiscale.
« Au total, ce sont
plusieurs dizaines de milliers
d’agents qui seront formés
en 2017 puis en 2018
avec des sessions de
formation de 1 à 2 jours selon
les cas », peut-on lire
dans l’étude d’impact
de la réforme publiée
à l’automne 2016.
Quant aux développements
informatiques, ils ont été
très conséquents. « Une
quarantaine de composants
du système informatique
de l’administration fiscale
devront être créés ou évoluer
entre 2017 et 2019 », estimait
Bercy, là encore en 2016.
63
%
des Français
favorables
à l’instauration du
prélèvement à la source,
selon un sondage Odoxa
pour Aviva, Challenges
et BFM Business
RECORD
D’IMPOPULARITÉ
POUR MACRON
Ce n’est pas vraiment dans ce
domaine qu’Emmanuel Macron
espérait surpasser son
prédécesseur. C’est pourtant
bien sur les pas de François
Hollande que marche le chef de
l’État en termes d’impopularité.
Selon un sondage Ifop-Fiducial,
publié ce mardi par
Paris- Match, le président
de la République décroche
durement en cette rentrée.
Il n’enregistre plus désormais
que 31 % d’opinions favorables.
Soit 10 points de moins
qu’au début du mois de juillet.
À la même époque de son
quinquennat, François Hollande
rassemblait 32 % d’opinions
favorables, contre 41 % pour
Nicolas Sarkozy en 2008.
Le locataire de l’Élysée perd
dans toutes les catégories,
notamment chez les premiers
soutiens de sa politique, comme
les cadres et professions
libérales qui ne sont plus
que 44 % à le soutenir contre
69 % au mois de juillet. Sous
les assauts de La France
insoumise ou du PS qui
dénoncent une politique
insuffisamment sociale,
le président décroche
de 14 points à gauche. Tout
en enregistrant sa plus grosse
baisse à droite, où seuls
27 % des sympathisants LR
s’estiment satisfaits
(-16 points).
Macron tranche pour l’impôt
Après une longue semaine
de flottement, l’exécutif a décidé,
sous réserve de quelques modifications,
la mise en place du dispositif dès 2019.
MARCELO WESFREID
ET GUILLAUME GUICHARD £@mwesfreid
RÉFORME La fin d’une incroyable hésitation. Sur le plateau de TF1, mardi
soir, le premier ministre Édouard Philippe a donc tranché. Le prélèvement à
la source verra bien le jour, après un
flottement spectaculaire au sommet de
l’État. « L’impôt sur le revenu sera prélevé à la source au 1er janvier 2019 », a
affirmé Édouard Philippe. Nous avons
travaillé d’arrache-pied depuis des mois
pour faire en sorte que cela soit possible. » Sous la pression de l’Élysée, Gérald Darmanin a amélioré sa copie.
Concrètement, la ponction sur les salaires défavorisera les contribuables car
elle ne prendra pas en compte les crédits et réductions d’impôts. Mais ceuxci seront remboursés dans un deuxième
temps. Pour compenser ce décalage, un
premier acompte de 30 % du seul crédit
d’impôt pour l’emploi à domicile devait
être versé en janvier aux ménages
concernés. Après l’intervention d’Emmanuel Macron, qui a longuement
échangé mardi matin avec le ministre
de l’Action et des Comptes publics, le
montant de cet acompte a été doublé à
60 %. De plus, précise-t-on dans l’entourage de Gérald Darmanin, « ce dispositif sera étendu aux réductions d’impôt en faveur de l’investissement locatif
(Pinel, Duflot, Scellier, investissement
social et logement dans les DOM, CensiBouvard) et aux réductions et crédits
d’impôts en faveur des dons aux œuvres,
des personnes en difficulté et des cotisations syndicales ». Une avance de
5 milliards d’euros. Pour les dons aux
œuvres, cette décision concernera
5 millions de foyers fiscaux, a précisé le
premier ministre.
Dernier détail qui restait encore à régler, quatre mois à peine avant la mise
en œuvre de la réforme, le cas des employés à domicile. Le gouvernement ne
veut pas demander aux particuliers employeurs de calculer eux-mêmes l’impôt de leur salarié. Trop complexe. Les
salariés à domicile ne seront donc pas
soumis au prélèvement à la source, l’année prochaine. À la place, ils devront
payer un acompte en septembre 2019.
Pour l’exécutif, cette semaine
d’atermoiements ne restera pas dans
les annales. Elle rappelle le stop-andgo de l’ère Hollande. Quand la pyramide du pouvoir était déstabilisée depuis
son sommet. Quand les arbitrages se
faisaient sur la place publique.
Alors que 38 millions de foyers fiscaux ont reçu une lettre de Gérald Darmanin les assurant de l’imminence de
la réforme, alors que 10 millions
d’euros de spots télévisés ont été engagés pour vanter « un impôt qui s’adapte
à votre vie », le chef de l’État avait
semé le doute. « Cette séquence a été
hyperanxiogène, commente l’avocate
fiscaliste Gaëlle Menu-Lejeune. Le président a pointé des problèmes, là où les
Français n’en voyaient pas encore ».
“
Mais pourquoi
n’a-t-on pas été foutu
de rappeler que cette
réforme ne vient pas
de nous?
”
AU GOUVERNEMENT, EN PRIVÉ
Tout commence, le 30 août. Depuis
la Finlande, Emmanuel Macron déclare, à la surprise générale, réserver sa
décision finale. « J’ai besoin d’une série
de réponses très précises et d’être sûr de
ce que nos concitoyens vivront le jour où
on le mettra en place si on le met en place », avait alors lâché le président,
sous le regard éberlué du premier ministre Juha Sipilä. En réalité, ce n’est
pas la première fois qu’Emmanuel Macron exprime des doutes et veut des
assurances.
Il y a près d’un an et demi, pendant
l’entre-deux-tours de la présidentielle, l’argumentaire était déjà le même, à
la virgule près… « Sur le principe, je
suis pour [le prélèvement à la source,
NDLR], avait-il déclaré dans une interview au Figaro, 28 avril 2017. C’est
un bon mécanisme qui permet de lisser
les à-coups et que beaucoup de pays
voisins ont mis en œuvre. Mais je suis
effectivement très prudent sur l’application. Avant toute chose, je veux m’assurer que cela ne représente pas une charge indue pour les employeurs. » Il
Édouard Philippe,
mardi soir, sur
le plateau de TF1.
BLONDET ELIOT/ABACA
ajoutait un second commentaire, d’ordre « psychologique » : « Je me méfie
du jour où le salarié verra sa fiche de
paie baisser et pensera qu’on lui a baissé
son salaire, prévenait-il. Il faut donc
faire beaucoup de pédagogie, ce qui
n’est pas la qualité première de l’État.
Or les impôts représentent un sujet très
important pour la confiance qu’ont les
gens à l’égard du pouvoir politique. Je
veux donc avoir un premier ministre et
un ministre de l’Économie qui puissent
me dire les yeux dans les yeux : “Ça
marche, on est sûrs, on a testé.”»
Au gouvernement, en privé, certains
regrettent la séquence. « Mais pourquoi
n’a-t-on pas été foutu de rappeler que
cette réforme ne vient pas de nous ?»,
marmonnait, ainsi, un ministre, dési-
reux de rappeler que François Hollande
était à l’origine de ce chantier risqué
techniquement et politiquement.
Justement, Bercy a tout fait pour se
montrer rassurant, multipliant les
tests grandeur nature. Mais certains
résultats se sont révélés plus inquiétants. « Si c’est vrai qu’il y a eu
350 000 anomalies sur les tests de février, alors le président a eu raison de
prendre des précautions », glissait l’un
de ses proches.
Emmanuel Macron a-t-il pris en
compte ces 63 % de Français qui, selon
un sondage Odoxa publié mardi, se disent favorables à cette retenue à la
source ? Une chose est sûre : s’il a tergiversé, il n’a pas reculé Pour Emmanuel Macron, c’était le principal. ■
Victoire sur le fil pour le ministre Gérald Darmanin
IL Y A UN paradoxe Darmanin. Le trentenaire est incontestablement la valeur
montante de la macronie. Apprécié
dans la majorité, homme de terrain,
rare profil politique capable de sortir de
ses dossiers sectoriels dans les médias,
le ministre de l’Action et des Comptes
publics a su gommer son image d’ancien coordonnateur de la campagne de
Nicolas Sarkozy à la primaire de la
droite. Il s’est rendu incontournable.
« C’est pour Emmanuel et Brigitte Macron l’une des heureuses surprises du
gouvernement », note un ami du couple. Le président a même fait entrer
l’ex-maire de Tourcoing dans le saint
des saints : la réunion du lundi soir à
l’Élysée, où sont conviés quelques historiques de la macronie. Et, pourtant,
le chef de l’État n’est pas toujours tendre avec son protégé, qui prend beaucoup la lumière. Il n’hésite pas à le
mettre à l’épreuve, comme s’il voulait
tester sa solidité pour l’avenir. Dans le
jargon managérial, cela porte un nom :
« challenger » un haut potentiel…
À plusieurs reprises, Emmanuel Macron l’a rappelé à l’ordre. D’abord, en
retoquant la première mouture de son
projet de loi sur le droit à l’erreur.
« Manque de souffle », avait grincé
l’Élysée, à l’été dernier, exigeant une
version améliorée. Puis en regrettant la
communication hasardeuse du ministre
sur les coupes budgétaires, annoncées
en un seul paquet, dans une interview
en juillet 2017 au Parisien. Sans accompagnement, sans pédagogie : ses annonces avaient semé un vent de panique, notamment auprès des élus locaux.
À quoi s’était ajoutée la polémique de la
baisse des APL, l’une des premières
épreuves du quinquennat. À l’époque,
Gérald Darmanin, à l’issue du Conseil des ministres, le 31 août, à l’Élysée.
tous les regards s’étaient tournés vers le
locataire du troisième étage de Bercy.
Cette fois, avec l’imbroglio sur le
prélèvement à la source, il s’agit d’une
mise en cause publique, qui aurait pu
passer pour un désaveu. Le 30 août
2018, le président révèle ses doutes sur
la faisabilité de la réforme du prélèvement à la source, alors que Gérald Darmanin est en train de promouvoir sa réforme devant les caméras, dans un
centre des impôts de Pau. Humiliant
pour un ministre qui assurait urbi et
orbi que sa réforme était fin prête techniquement. « L’impôt à la source, ce
sera en janvier 2019, avait-il ainsi martelé, quelques heures auparavant, sur
Europe 1. Je ne peux pas vous le dire
S. SAKUTIN/AFP
autrement. Je peux vous le dire en chinois
médiéval ou en ch’timi ! Je serai le ministre qui fera l’impôt à la source. »
Son chantier, son trophée
Darmanin l’avait aussi écrit noir sur
blanc dans un courrier envoyé à tous
les foyers assujettis à l’impôt sur le revenu. C’était son chantier, son trophée.
Pour cela, il n’avait pas lésiné sur les
moyens ni sur le temps, enchaînant
une trentaine de déplacements depuis
avril et des interviews dans la presse
nationale et régionale à la chaîne. Rencontrant des chefs d’entreprise - pour
les rassurer, il avait instauré un assouplissement des sanctions pénales, les
concernant en cas d’irrégularités dans
les déclarations fiscales. Le cafouillage
sur le prélèvement était intervenu alors
que Gérald Darmanin pensait avoir un
boulevard devant lui : une réforme
structurelle en cours et un avenir judiciaire dégagé, après une période compliquée sur le plan personnel. Il avait
dû affronter des accusations de viol et
d’abus de confiance. Le 16 août, en effet, un juge rendait une ordonnance de
non-lieu.
Mardi, au cours d’un rendez-vous à
l’Élysée d’une heure et demie, Gérald
Darmanin s’est échiné à convaincre le
chef de l’État que le projet était mûr,
malgré les risques de bugs relayés dans
la presse par certains experts anonymes
de l’administration fiscale. Au cours de
ces échanges, le président a « demandé
des clarifications et identifié des améliorations possibles », a indiqué l’Élysée.
« On a l’ensemble des réponses à nos
questions », a déclaré en fin de journée
Édouard Philippe sur TF1.
Pendant la phase d’atermoiements, le
ministre ne s’est pas départi de son
sourire, même s’il cachait mal une
pointe de fébrilité. Ce week-end, il arpentait la braderie de Tourcoing et remettait des fournitures à des élèves.
Comme si de rien n’était. « C’est un
malin, Darmalin, glisse un ministre, en
reprenant le surnom dont il avait hérité
chez Les Républicains. Il fait beaucoup
de communication en revenant toujours à
son côté homme de terrain. »
Avec la décision de maintien du prélèvement à la source, le chouchou de la
macronie va maintenant pouvoir développer un autre trait d’image : celui du
ministre tenace qui aura su lever les
doutes du président, en bataillant jusqu’au bout. ■
M. W.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
à la source
3
Droite et gauche dénoncent ensemble
une « usine à gaz »
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
L’OPPOSITION n’a pas manqué, mardi,
de s’élever contre le maintien du prélèvement à la source. « S’il n’y avait pas de
problème, alors pourquoi tout ce pataquès ? », s’interroge l’ancien ministre du
Budget, Éric Woerth, joint par Le Figaro.
Le député LR de l’Oise pense que « l’administration a forcé la main du président
de la République » et que « les problèmes
restent entiers ». Il regrette que les entreprises soient transformées en « collecteurs d’impôt ».
Très critique, le député LR Philippe
Gosselin lance « Édouard Philippe confirme le prélèvement à la source malgré le
mur qui est là. C’est beau, l’intelligence
politique qui fait aller dans le décor. Le
problème c’est que ce sont les Français qui
vont trinquer. » « L’usine à gaz est en
marche », abonde le sénateur LR Philippe Dallier. « Macron est en train de devenir le président de l’enfer fiscal », tance
l’eurodéputé Geoffroy Didier. Qui ajoute : « Les Français qui ont élu Macron attendaient des réformes de fond, pas de la
tuyauterie. »
« Un péché d’orgueil qui va
coûter cher aux Français »
« On acte le passage d’un mode de collecte
qui a fait ses preuves - avec un taux de recouvrement de 98 % - à un modèle bien
moins fiable dans d’autres pays européens », poursuit le député LR Julien
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Tenter de reprendre
le contrôle de l’action
M
ontrer qu’il y a un pilote
dans l’avion. Alors que
le crash se profile,
Emmanuel Macron
se devait de reprendre la maîtrise
d’une action qui, depuis le début
de l’été, semble lui échapper. Le
remaniement effectué et le verdict
sur l’impôt à la source rendu, il serait
illusoire pour le président de croire
que tout redeviendra comme avant
et que le quinquennat pourra
reprendre son cours normal après
un aestas horribilis. Dans les deux cas,
il n’avait le choix qu’entre des
mauvaises solutions. Mais au moins
peut-il se satisfaire a minima d’avoir
repris l’initiative.
Gouvernement, fiscalité : sur ces
deux crises tellement prévisibles qu’il
ne les a pas vues venir, il a choisi les
issues qui lui évitent de se retrouver
dans une situation d’empêchement
de fait. Beaucoup lui conseillaient
de solenniser, il a choisi
de dédramatiser. De minorer
les crises pour éviter d’être emporté
par elles. De la jouer le plus sobre
possible pour ne pas être pris dans
un maelström aux conséquences
incertaines.
C’est vrai du remaniement. La
démission de Nicolas Hulot et, cerise
sur le gâteau, celle de Laura Flessel
ont été un coup dur pour le président,
qui a perdu ses deux ministres les
plus connus et les plus populaires.
Mais en profiter pour procéder
à un remaniement plus vaste aurait
été mettre en évidence un problème
politique global, avouer une
insuffisance générale de l’équipe
gouvernementale, rouvrir le débat
sans fin sur son équilibre politique,
réveiller les querelles sur le ratio
entre la politique et la société civile.
Polémiques qui auraient souligné son
embarras. En les remplaçant poste
pour poste, Macron veut dire qu’il
a réglé deux cas individuels et que
la turbulence gouvernementale est
close. Les termes du communiqué
de l’Élysée sont d’ailleurs significatifs
: « Le président de la République a mis
fin aux fonctions de Nicolas Hulot
et Laura Flessel » ; comme
si ce n’étaient pas eux qui avaient pris
l’initiative de partir. Formulation
juste selon les termes de
la Constitution mais qui trahit
l’impatience du chef de l’État
à redevenir maître des événements.
C’est vrai de l’arbitrage sur l’impôt
à la source. La question était plus
périlleuse encore. Renoncer, quels
qu’en soient l’habillage et les
modalités, c’était admettre un recul
spectaculaire et symbolique. Alors
que le macronisme se définissait
initialement comme un volontarisme
réformateur, un abandon l’aurait
ravalé au rang de simple avatar
du hollandisme ou du chiraquisme.
Une telle décision aurait peut-être
sonné le glas de toute réforme
à venir. Pour un soulagement à court
terme, une condamnation à long
terme. Voilà pourquoi Emmanuel
Macron a finalement évacué
ce scénario. Pour ne pas condamner
par anticipation sa présidence.
C’est donc un choix politique.
Même si le premier ministre
a déployé sur TF1 sa flegmatique
habileté pour expliquer que
le pragmatisme et l’efficacité étaient
les seules boussoles de l’exécutif.
Comme pour Notre-Damedes-Landes, mais avec une issue
inverse, c’est à Édouard Philippe
qu’est donc revenue l’annonce. Avec
la même argumentation : sans parti
pris, sans idéologie, le gouvernement
met tout sur la table, se pose toutes
les questions et, une fois les réponses
obtenues, tranche. La volonté
de rassurer et sur la faisabilité
de l’impôt à la source et sur l’autorité
au sommet de l’État était manifeste.
Mais maintenant qu’Emmanuel
Macron a publiquement affiché
ses doutes, un « 20 heures » ne suffira
pas à effacer l’inquiétude
des contribuables. Ce risque
de l’incompréhension et de la colère,
qu’il avait justement diagnostiqué,
est toujours devant lui. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8h10
sur Radio Classique
Éric Woerth, en février, à Paris.
MICHAEL BAUCHER/PANORAMIC
Dive. Tandis que Daniel Fasquelle y voit
un « péché d’orgueil qui va coûter cher
aux Français et à nos entreprises ».
« Le président a tremblé et fait trembler
l’administration fiscale pour finalement
entériner cette réforme injuste et complexe initiée par François Hollande », charge
le député FN Sébastien Chenu, qui regrette que le gouvernement « transforme
les contribuables en tiroirs-caisse et ajoute de la complexité pour les entreprises ».
À gauche, le sénateur PS Rémi Féraud
demande « pourquoi avoir créé un tel psychodrame ces derniers jours ? ». « Ce n’est
pas aux entreprises de participer au prélèvement à la source », pense le député
Alexis Corbière. Le communiste Ian
Brossat s’interroge lui aussi : « À quoi servait la prise de parole d’Emmanuel Macron
la semaine dernière, si ce n’est à décrédibiliser l’administration ? » Tandis qu’Olivier Dartigolle, de son côté, dénonce « un
acharnement contre le pouvoir d’achat ».
Député LaREM, Hugues Renson pense
qu’« il ne pouvait en être autrement ».
« C’est une mesure de simplification, de lisibilité et de prévisibilité pour les contribuables », argue-t-il. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
La retenue à la source,
un feuilleton vieux de… 80 ans
La lettre du ministre
Gérald Darmanin envoyée
aux contribuables,
début août,
pour expliquer et
défendre la réforme.
MOURAD ALLILI MOURAD/SIPA
En place de 1940
à 1948, ce système
a ensuite fait
l’objet de plusieurs
réformes avortées.
CÉCILE CROUZEL £@ccrouzel
mots du défenseur du projet, Valéry
Giscard d’Estaing, alors ministre des
Finances, Gérald Darmanin ne les renierait pas : « Le gouvernement est
convaincu - et l’opinion avec lui - que la
retenue à la source représente un élément
décisif de modernisation de notre système
fiscal. »
Décision
de François Hollande
Après une longue pause, l’instauration
en 1991 de la CSG, un quasi-impôt proportionnel et prélevé à la source, relance
l’intérêt pour la mesure. Les rapports se
succèdent au tournant des années 2000.
Mais Laurent Fabius, alors ministre des
Finances, ne réussit pas à convaincre la
majorité de gauche. Les lignes finissent
toutefois par bouger, et, fin 2006, le premier ministre UMP Dominique de
Villepin annonce la mise en place du
prélèvement à la source pour l’impôt sur
le revenu. Son ministre de l’Économie,
Thierry Breton, a cette fameuse phrase :
« Il n’y aura plus qu’à appuyer sur le bouton lors du vote du PLF (projet de loi de finances, NDLR) 2008 » pour une entrée
en vigueur en 2009. En fait de bouton,
l’arrivée à l’Élysée de Nicolas Sarkozy
tue la réforme.
Elle est relancée par son successeur,
François Hollande, mais pour des raisons
assez particulières. Lors de la campagne
présidentielle de 2012, le candidat socia-
CONFÉRENCE - DÉBAT
ÉRIC ZEMMOUR, LA FRANCE AU CŒUR
Passionné d’Histoire de France, Éric Zemmour trouve dans chaque épisode de notre roman national
des leçons pour notre temps.
Lors de cette rencontre Salle Gaveau, l’essayiste qui publie un nouvel ouvrage au mois de septembre
chez Albin Michel, racontera aussi ses années d’enfance et d’adolescence où apparaît l’attachement
profond pour son pays. Une forme d’autobiographie intellectuelle, historique et littéraire.
liste avait promis « la fusion à terme de
l’impôt sur le revenu et de la CSG dans le
cadre d’un prélèvement simplifié sur le revenu ». Mais la « remise à plat de la fiscalité », chère à Jean-Marc Ayrault, ne survit pas à son départ de Matignon en mars
2014. Car le président s’est aperçu que
cette fusion ferait de nombreux perdants
parmi les classes moyennes. Pour ne pas
avoir l’air de se dédire et pour calmer sa
majorité remuante, il lance en juin 2015 la
réforme du prélèvement à la source. Elle
est votée fin 2016, et la date du 1er janvier
2018 est choisie pour son application.
Sauf qu’entre-temps se produit une
nouvelle élection présidentielle. Emma-
nuel Macron arrive au pouvoir. Dès le
7 juin 2017, Édouard Philippe annonce le
report au 1er janvier 2019 de l’entrée en
vigueur, afin de s’assurer qu’il n’y ait pas
de bugs. On croyait l’histoire terminée,
mais non… Dans la toute dernière ligne
droite, le 30 août, Emmanuel Macron fait
part de ses interrogations depuis une
conférence de presse à Helsinki (Finlande). Pour finalement trancher mardi en
faveur du maintien de la réforme. Reste
maintenant, pour le gouvernement, à
réussir l’étape la plus ardue : mettre en
œuvre en janvier ce changement radical
du mode de prélèvement de l’impôt. Et
sans bug significatif… ■
Copé : « Le fait du prince
n’est plus possible »
JEAN-FRANÇOIS COPÉ,
mardi, dans le studio du Figaro.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
E. Zemmour © Jean-Christophe Marmara
« Le coup de la note technique »
ÉRIC
ZEMMOUR
JEUDI 20 SEPTEMBRE 2018
20H00 - SALLE GAVEAU
45-47 rue La Boétie, 75008 Paris
TARIF : 25 €
Placement Libre
Réservez vos places sur
www.lefigaro.fr/rencontres
Informations au 01 70 37 31 70
Alors que Le Parisien a publié dimanche
une note sur les « bugs » que connaîtrait
Bercy dans la mise en œuvre de la réforme, Jean-François Copé en sourit. « Je
connais par cœur le coup de la note technique de Bercy qui sort comme par hasard
pour arranger le politique », insiste-t-il
en défendant l’administration fiscale.
« Bercy sait faire, fait-il encore valoir.
Que des bugs soient constatés, c’est normal jusqu’au jour où ça démarre. Et s’il y a
des loupés, on les gère. L’administration
fiscale sait dialoguer avec le contribuable
s’il y a eu des erreurs, reprend-il. Le problème aujourd’hui n’est pas technique, il
est politique. Il est de savoir si oui ou non,
on appuiera sur le bouton », insiste-t-il.
La décision de maintenir la réforme a finalement été prise dans la soirée.
Pour le maire de Meaux, les explications avancées par l’exécutif sur un
éventuel effet psychologique de la me-
»
GEOFFROY DIDIER,
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DÉLÉGUÉ
DES RÉPUBLICAINS
80 ans
C’est le temps qu’il a fallu
pour que le prélèvement
à la source revienne
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
INVITÉ du « Talk Le Figaro », le maire
LR de Meaux trouvait hier matin « désolant » que la réforme du prélèvement à la
source soit susceptible d’être remise en
cause. Ce n’est finalement pas le cas, mais
il prévenait. « Ça donnerait un contre-signal terrible à l’esprit de réforme que le
président de la République a voulu insuffler
depuis le début de son quinquennat », indique l’ex-ministre délégué au Budget.
« Non seulement je suis pour, mais quand
j’étais ministre du Budget, j’avais préparé
les choses », assure-t-il avant que le projet
ne soit ensuite abandonné.
Surpris par les atermoiements de
l’exécutif sur ce dossier, Jean-François
Copé liste les « avantages » de cette réforme. « C’est une modernisation de la
collecte de l’impôt, un moyen de faire des
économies pour l’État, de payer les impôts qui correspondent à l’année, et l’année où ça se fait, c’est un cadeau d’une
année d’impôts pour les Français », détaille-t-il.
Nous
redemandons
solennellement
l’abandon de cette
réforme qui n’est
pas une bonne
réforme pour
les Français
sure, n’étaient pas satisfaisantes. « Il faut
arrêter de sous-estimer les Français, ils
connaissent leur feuille de paie, si on leur a
signalé une déduction d’impôts, ils savent
qu’ils n’auront pas à la payer deux ou trois
mois plus tard », assure-t-il. Mais surtout le maire de Meaux déplore les deux
discours de l’État. « On a demandé à des
dizaines de milliers d’entreprises, des collectivités locales, d’acheter les logiciels, de
former les personnels. Ce que nous avons
fait », expose-t-il. « À un moment, le fait
du prince - “j’y vais, j’y vais pas, j’hésite”
- ce n’est plus possible », prévenait Copé,
finalement entendu.
Pour le maire de Meaux, « les réformes doivent être absolument mises en
œuvre, ça traîne ! On voit bien que ça cafouille sur les finances publiques, les déficits, la sécurité, les questions régaliennes. Il faut vite reprendre les choses en
main », conseille Jean-François Copé. ■
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
EN CONFIRMANT la mise en place du
prélèvement à la source au 1er janvier
prochain, Édouard Philippe a mis fin à
un long, à un très long feuilleton, allant
bien au-delà des atermoiements gouvernementaux de ces dix derniers jours.
L’histoire des allers et retours sur le sujet
commence par une note positive pour les
tenants de ce système. Entre 1940 et
1948, la retenue à la source est appliquée
en France, sous le doux nom de « stoppage à la source ». Sans informatique,
donc : voilà qui peut rassurer sur la faisabilité technique de l’actuelle réforme.
Cependant, la ponction sur le salaire
portait à l’époque sur un impôt très différent : il était proportionnel, avec un
barème simplifié tenant compte des frais
professionnels et des charges de famille,
comme l’explique un rapport du Conseil
des prélèvements obligatoires (CPO) de
2012. Rien à voir donc avec l’actuel impôt sur le revenu, progressif (son taux
augmente selon la tranche de revenus),
comportant de nombreuses exonérations et fonctionnant par foyer fiscal.
C’est bien cette complexité et cette « familialisation » qui rend plus difficile la
mise en œuvre de la retenue à la source
en France que dans d’autres pays. Et explique qu’elle ait mis soixante-dix ans à
renaître de ses cendres.
Le débat sur le mode de prélèvement
de l’impôt n’a pourtant jamais cessé.
Avec des arguments et des contre-arguments qui ressemblent furieusement
à ceux d’aujourd’hui. Un premier projet, élaboré par une commission présidée par un certain… Jacques Chirac,
alors secrétaire d’État à l’Économie, est
enterré en mai 1968 par les accords de
Grenelle. Les syndicats n’en voulaient
pas (la majorité d’entre eux sont encore
sur cette ligne) au motif que les salariés
auraient eu l’impression de gagner
moins, la dernière ligne de la feuille de
paye étant amoindrie. Suivra une nouvelle tentative en 1973, qui avortera rapidement. « L’État se déchargerait sur
les employeurs de l’impopularité de la
ponction fiscale […]. On peut craindre que
la retenue à la source n’entraîne des revendications généralisées en matière de
salaires », expliquait alors le rapporteur
général du Sénat… comme a pu le dire le
Medef ces derniers temps. Quant aux
Toute cette
histoire n’est
qu’une affaire
politique.
La majorité
craignait de payer
dans les urnes
aux prochaines
européennes,
des fiches de paie
et des bulletins
de pensions avec
des montants
en baisse
»
CHRISTIAN ECKERT, ANCIEN
SECRÉTAIRE D’ÉTAT AU BUDGET
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
POLITIQUE
5
Macron contraint
d’amorcer
le changement
de sa gouvernance
Au pied du mur, le chef de l’État remplace
Hulot, remanie a minima en prévision
d’autres transformations.
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
ET MARCELO WESFREID£@mwesfreid
EXÉCUTIF C’est le remaniement a minima qui camoufle le chambardement
en profondeur. Une semaine après la
démission de Nicolas Hulot du ministère de la Transition écologique et solidaire, l’Élysée a annoncé son remplacement par François de Rugy, le
président de l’Assemblée nationale.
Dans le même temps, la ministre des
Sports, Laura Flessel, a démissionné
pour problèmes fiscaux et a été remplacée dans la foulée par l’ancienne
nageuse Roxana Maracineanu. Emmanuel Macron a tout fait pour minimiser
au maximum l’importance de ce remaniement, acté par un simple communiqué, sans la traditionnelle déclaration
du secrétaire général sur le perron de
l’Élysée.
« Le président a penché très tôt pour
un changement poste pour poste, glisse
l’un de ses conseillers. Pas question de
faire de la politique à l’ancienne, où on
déplace les ministres d’un portefeuille à
l’autre, au gré des remaniements. »
L’option Rugy se serait dessinée assez
tôt dans l’esprit du président. Emmanuel Macron l’aurait évoquée vendredi,
lors d’un échange avec le premier ministre. Mais le choix final n’était pas arrêté. Dimanche, c’est le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, qui
rencontrait un autre candidat potentiel,
le président du WWF France, Pascal
Canfin, qu’Emmanuel Macron avait
déjà approché il y a un an et demi. Mais
ses exigences et ses réticences sur la ligne politique auraient refroidi le chef
de l’État. « Emmanuel Macron veut des
ministres qui fassent leur job, sans
couacs. Il a trop vu l’impuissance de la
machine sous Hollande », raconte un visiteur du soir. L’Élysée assure par
ailleurs qu’à aucun moment Emmanuel
Macron n’a proposé à Daniel CohnBendit d’intégrer l’équipe d’Édouard
Philippe. Pendant sa longue cogitation,
le chef de l’État a sondé le président du
MoDem, François Bayrou.
Avec l’entrée de deux nouvelles personnalités, l’équilibre politique du gou-
Passation de pouvoirs entre François de Rugy et Nicolas Hulot, au ministère de l’Écologie, mardi.
vernement demeure inchangé. Mais
derrière cet affichage de quasi-stabilité,
c’est pourtant toute l’architecture du
pouvoir macroniste qui va connaître de
profonds changements ces prochaines
semaines. À petites touches.
“
La réunion du bureau
exécutif de La République
en marche, lundi soir,
était un peu surréaliste,
c’était le débat sur le sexe
des anges
”
UN DES PARTICIPANTS
À l’Assemblée nationale d’abord,
puisque les députés sont désormais
appelés à choisir un nouveau président
(lire page 6). Au sein de la majorité LaREM, deux ont déjà déclaré leur candidature : le président de groupe, et fidèle de la première heure du chef de
l’État, Richard Ferrand, et Yaël
Braun-Pivet, présidente de la commission des lois, qui préside également
la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Benalla. Et les changements ne devraient pas s’arrêter aux
portes du Palais Bourbon.
La gestion par le pouvoir de l’affaire
Benalla l’a montré cet été, les failles
sont béantes dans le dispositif du chef
de l’État. Ministres aphones, relais parlementaires inexistants, parti aux
abonnés absents… face aux attaques des
oppositions, les troupes macronistes
restent souvent inaudibles. « La réunion
du bureau exécutif de La République en
marche, lundi soir, était un peu surréaliste, c’était le débat sur le sexe des anges », se lamente l’un des participants.
Au bout du compte, c’est souvent
Emmanuel Macron lui-même qui se
trouve contraint de monter au front
pour donner le la de la contre-offensive. Pour y remédier, le chef de l’État
veut revoir l’ensemble du dispositif, en
passant par la haute fonction publique
et jusqu’à l’organisation même de
l’Élysée. Emmanuel Macron a d’ailleurs
chargé Alexis Kohler de lui remettre
des propositions pour une réforme du
Palais annoncée pour la fin de l’année.
SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Elle s’étalera « sur plusieurs mois », selon une source interne. Un directeur
général des services sera nommé pour
piloter une maison de 800 personnes. Si
l’hypothèse du départ du porte-parole
de la présidence, Bruno Roger-Petit,
alimente toutes les rumeurs, de premiers changements ne devraient pas
tarder à intervenir, avec notamment le
transfert prochain de Marion Burlot,
chef du service de presse de l’Élysée.
Selon nos informations, elle devrait
occuper un poste important au sein du
service d’information du gouvernement (SIG), le bras armé de la communication gouvernementale. Cette désignation n’est pas anodine. Le SIG
dépend en effet de Matignon. Y nommer une transfuge de l’Élysée montre la
volonté de la présidence de rependre en
main cet organisme de 70 personnes,
doté d’un budget de 7 millions d’euros
et jugé trop peu efficace par l’Élysée.
Un directeur devrait prochainement
être nommé à la tête de la structure
pour en faire une agence de communication plus performante, au service de
l’exécutif. ■
François de Rugy, un écologiste converti au macronisme
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
ADJOINT au maire, conseiller municipal, député, vice-président de groupe,
président de l’Assemblée nationale et
enfin… ministre de la Transition écologique et solidaire. Mardi, l’écologiste
François de Rugy, ancien candidat malheureux à la primaire de la gauche en
2017, a quitté l’hôtel de Lassay pour
s’installer quelques mètres plus loin à
l’hôtel de Roquelaure, dans le fauteuil
laissé vacant par Nicolas Hulot. « L’urgence écologique est un appel à l’urgence
d’agir. Je suis ici pour agir pour l’écologie
avec méthode, détermination et persévérance, dans le temps », a déclaré le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire, lors de la passation de
pouvoirs. « Il a choisi de descendre du
Perchoir pour redescendre dans l’arène,
[…] il a envie de s’inscrire dans cette logique de transformation », a salué le premier ministre Édouard Philippe, mardi
soir. En nommant cet ancien cadre
d’Europe Écologie-Les Verts, 44 ans, le
président de la République et le premier
ministre ont fait le choix d’un profil politique, à la fois expert de l’écologie et
“
C’est un opportuniste
au sens footballistique
du terme. Il sait être
au bon moment au bon
endroit, pour avancer
DANIEL COHN-BENDIT
”
réformateur. « Il est aligné sur les positions de l’exécutif sur le fond, et devenir
président de l’Assemblée nationale lui a
permis d’acquérir une stature, commente l’Élysée. Il porte une vision de l’écologie en prise avec le réel, et il n’y a aucune
distorsion entre lui et la majorité. »
Mardi matin, lors d’une réunion du
bureau du groupe La République en
marche à l’Assemblée, Richard Ferrand
a appelé François de Rugy. Les députés
présents ont effectivement chaudement
applaudi la nomination de l’écologiste,
qui passe de quatrième personnage de
l’État à numéro 3 du gouvernement,
dans l’ordre protocolaire. À la présidence de l’Assemblée nationale, l’élu de
Loire-Atlantique avait eu du mal à imposer sa voix, désavoué par l’exécutif
sur certaines propositions de réforme
des institutions. Bon élève, apprécié
pour son sens du consensus, il est aussi
souvent pointé du doigt pour son côté
« carriériste ». « C’est un opportuniste au
sens footballistique du terme, jugeait Daniel Cohn-Bendit, dans les colonnes du
Figaro, en novembre. Il sait être au bon
moment, au bon endroit, pour avancer. »
Un historique de la campagne présidentielle se souvient. «On l’a vu au sixième
étage du QG de campagne venir vendre
son âme dix jours avant le premier tour »,
raille un élu.« Il a pris un risque politique
en rejoignant Macron », corrige l’Élysée
qui loue sa « loyauté envers ses idées ».
Roxana Maracineanu, une ancienne
championne de natation engagée
MARTIN COUTURIÉ £@martincouturié
UNE ANCIENNE championne de natation succède donc à une championne
d’escrime au ministère des Sports.
L’enfant de l’Europe de l’Est n’a
cependant pas grand-chose en
commun avec la fille des Antilles, si
ce n’est cette passion du sport,
cette haine de la défaite et ce
caractère bien trempé.
Roxana
Maracineanu,
née en 1975 à Bucarest, a
commencé par la gymnastique et le patinage
avant de bifurquer vers
la natation et de débarquer en France à
l’âge de 9 ans dans les
valises de ses parents
fuyant la Roumaine et
le régime du dictateur
Ceaucescu.
Après des passages à Riecsur-Bélon et Blois, la famille
se pose à Mulhouse où la jeu-
ne fille découvre la natation et brille rapidement dans la discipline du dos.
Naturalisée, elle devient ainsi la
première Française championne du monde (sur 200 m dos)
en 1998, puis décroche une
médaille d’argent aux Jeux
olympiques de Sydney en
2000. Avec son sens aigu de la
recherche de la perfection, elle
montre ainsi la voie à une
certaine Laure Manaudou,
devenant son idole, avant
de se retirer des bassins
en 2004.
Démontrant mieux que
personne qu’un sportif
peut être à la fois « la
tête » et « les jambes »,
elle décroche une maîtrise de sciences et techniques en traduction (cinq
Roxana Maracineanu,
en juillet.
JN GUILLO/PHOTOPQR/
LE PARISIEN/MAXPPP
langues parlées, le français, l’allemand,
l’espagnol, le roumain et l’anglais) et un
diplôme de management. Bouillonnante
d’idées et capable de prises de position
engagées (et musclées), elle s’implique
dans différentes associations après sa retraite sportive, sans couper avec la natation qu’elle couvre en tant que consultante dans les médias (France Télévisions,
L’Équipe, Europe 1).
Conseillère régionale en 2010
Sa marotte? Savoir nager. Pour essayer
de réduire le nombre de noyades, elle
organise ainsi des stages pour les enfants en bas âge et les aquaphobes avec
son association « J’peux pas, j’ai piscine ». En la choisissant pour succéder à
Laura Flessel, le premier ministre (à qui
elle a remis cet été un rapport réclamant des initiations à la nage plus poussées) et le président de la République
mettent en avant une femme engagée
de 43 ans qui connaît déjà le monde politique, après avoir été élue conseillère
régionale d’Île-de-France sous la bannière socialiste. ■
Pourtant, pendant la primaire de la
gauche, François de Rugy avait critiqué
Emmanuel Macron. « Il ne parle pas
d’écologie », dénonçait-il à l’époque. Le
nouveau ministre a depuis mis ses critiques en sourdine, tout comme ses positions iconoclastes sur la proportionnelle intégrale ou la légalisation du
cannabis.« C’est un zadiste de la pensée », balance un député MoDem.
En succédant à Nicolas Hulot, François de Rugy sait qu’il est attendu au
tournant. Il devra mettre sa connaissance des dossiers - transports, énergie - au
service de l’exécutif. « Il saura, à la différence de Hulot, faire de la politique et
gagner des arbitrages », croit savoir un
ancien compagnon de route du ministre. Sous le précédent quinquennat,
Rugy avait attendu son heure, en vain.
Lors de la formation du premier gouvernement, Emmanuel Macron l’avait
appelé. « Il m’a dit que j’aurais été légitime pour être ministre, mais qu’on ferait
d’autres choses », avait confié Rugy. ■
+
» Lire aussi PAGES 6 ET 17
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
COMMUNIQUE
ANNONCE LÉGALE
À LA HAUTE COUR DE JUSTICE (HIGH COURT OF JUSTICE)
CR-2018-008839
BUSINESS AND PROPERTY COURTS OF ENGLAND AND WALES
(Tribunaux du commerce et de l’immobilier de l’Angleterre et du Pays de Galles)
COMPANIES COURT (ChD)
DANS L’AFFAIRE
ROYAL & SUN ALLIANCE INSURANCE PLC
ET
DANS L’AFFAIRE
RSA LUXEMBOURG S.A.
ET
DANS L’AFFAIRE
THE FINANCIAL SERVICES AND MARKETS ACT 2000 (LOI SUR LES MARCHES ET LES SERVICES FINANCIERS)
AVIS EST DONNÉ que le 3 août 2018, Royal & Sun Alliance Insurance plc (RSAI) et RSA Luxembourg S.A. (RSAL) ont
adressé une demande (la Demande) à la High Court of Justice (la Cour) conformément à la Section 107(1) de la loi
Financial Services and Markets Act 2000 (la FSMA) pour une ordonnance conformément à la Section 111 de la FSMA
afin d’autoriser un plan de transfert de l’activité d’assurance (le Plan) et de prendre des dispositions accessoires dans le
cadre du Plan, conformément à la Section 112 de la FSMA.
Le Plan prévoit le transfert à RSAL, une filiale directe à 100% de RSAI, de :
(a) la totalité de l’activité d’assurance générale et de réassurance réalisée par les succursales néerlandaise, belge,
allemande, française et espagnole de RSAI ; et
(b) cette partie de tout ou partie des polices d’assurance (autre que toute police qui atteste d’un contrat de réassurance)
établies ou prises en charge par l’établissement britannique de RSAI concernant des risques situés dans les États de
l’EEE autres que le Royaume-Uni, avec les provisions et les actifs de réassurance correspondants et certaines
dispositions concernant l’administration des sinistres.
Des copies d’un rapport sur les conditions du Plan préparé conformément à la Section 109 de la FSMA (le Rapport
d’Expert indépendant), un document établissant les dispositions du Plan et le résumé du Rapport d’Expert indépendant
sont disponibles gratuitement sur le site Internet http://www.rsagroup.com/brexit ou en écrivant à RSA, 153, rue SaintHonoré, 75001 Paris - France, en inscrivant clairement au recto la mention :« RSA BREXIT », ou par e-mail à
RSABrexit@equiniti.com avec la référence « RSA BREXIT » ou en appelant le centre d’appel RSA réservé au Brexit au
+44 121 441 7704 L’assistance téléphonique est ouverte de 9h à 19h, heure d’Europe centrale. Les appels peuvent être
enregistrés. Les documents justificatifs et toutes autres informations concernant le Plan seront publiés sur le site Internet
pour que vous puissiez consulter les mises à jour.
La Demande sera entendue devant un juge le 29 novembre 2018 à l’adresse suivante : The Rolls Building, Fetter Lane,
London, EC4A 1NL, Royaume-Uni. Si elle est approuvée par la Cour, il est prévu que le transfert prenne effet
immédiatement après minuit (GMT) le 1er janvier 2019.
Toute personne pensant subir des effets négatifs suite à la réalisation du Plan peut faire part de ses préoccupations à la
Cour par écrit et/ou être entendue en personne (ou par l’intermédiaire d’un avocat) à l’audience de la Demande le
29 novembre 2018. Ces personnes peuvent aussi faire part de leurs préoccupations à RSAI en téléphonant et RSAI ouvrira
un dossier et le communiquera à la Prudential Regulation Authority, la Financial Conduct Authority, l’Expert indépendant
et la Cour.
Toute personne ayant l’intention de faire part de ses préoccupations (par téléphone ou par écrit) ou de se présenter à
l’audience de la Cour est priée (mais non tenue) de fournir les détails de ses déclarations ou d’avertir de son intention de
se présenter à la Cour et de fournir les détails de ses préoccupations aussitôt que possible, et de préférence avant le
16 novembre 2018 en utilisant les coordonnées indiquées ci-dessus.
Date : 5 septembre 2018
Reynolds Porter Chamberlain LLP
Tower Bridge House, St Katharine’s Way, London E1W 1AA, Royaume-Uni
Ref. : ROY25.23/AP02/MG02
Avocats des requérants
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Jeu de chaises musicales à l’Assemblée
Trois candidats LaREM, dont Richard Ferrand et Yaël Braun-Pivet, ont fait acte de candidature pour le Perchoir.
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
PARLEMENT La nomination de François
de Rugy au gouvernement n’était même
pas encore officielle, mardi matin, que les
députés macronistes étaient déjà en ébullition. Dans les boucles Telegram, au téléphone, à la buvette de l’Assemblée : tous
se sont mis à phosphorer sur le jeu de
chaises musicales à venir au Palais Bourbon. Dès la fin de la matinée, le président
de groupe Richard Ferrand a annoncé à
ses troupes lors d’une réunion du bureau
qu’il était candidat à la présidence de
l’Assemblée, laissée vacante par le départ
de l’écologiste au gouvernement.
L’élu finistérien lorgnait le poste depuis longtemps, et ne faisait pas mystère
de ses divergences avec de Rugy. Le président de la République, dont il est très
proche, lui a donc dégagé la voie. « Macron préfère un mauvais ministre de l’Écologie à un mauvais président de l’Assem-
“
On est 310, mais pour
trouver la perle rare,
ça va être compliqué
UN DÉPUTÉ LREM
”
blée », glisse-t-on au Palais Bourbon.
« Le remaniement disrupte complètement
l’écosystème parlementaire, reste à savoir
si cette stratégie était délibérée de la part
de Macron », s’interroge un élu.
Dans la foulée, la présidente de la commission des lois Yaël Braun-Pivet a elle
aussi annoncé sa candidature pour le Perchoir, comme la députée de l’Isère Cendra Motin, qui veut « changer les choses
de l’intérieur ». « François de Rugy était
clivant dans son message », juge la macroniste. Des députés écologistes de la
majorité poussent aussi la candidature de
Barbara Pompili, actuelle présidente de la
commission développement durable.
L’intéressée « se pose des questions », in-
Richard Ferrand, le 31 juillet à l’Assemblée nationale, lors des débats relatifs aux motions de censure déposées par l’opposition, à la suite de l’affaire Benalla.
dique son entourage. «La sensibilité à une
candidature féminine est très vive au sein
du groupe», constate un député. Les prétendants ont jusqu’à minuit mercredi
pour se faire connaître avant d’être départagés par un vote à bulletins secret qui
aura lieu à Tours, lundi matin, lors du séminaire des députés macronistes.
Une désignation de Richard Ferrand,
qui part favori, déclencherait automatiquement une guerre de succession en interne pour le remplacer à la tête du grou-
pe. Une élection dont se seraient bien
passés les parlementaires, tant aucun
candidat ne s’impose naturellement pour
succéder à l’ex-socialiste. « On est 310,
mais pour trouver la perle rare, ça va être
compliqué », observe un député.
Le nom de Gilles Le Gendre, vice-président du groupe, revient le plus fréquemment. « Richard Ferrand l’avait pris
comme lieutenant pour le former », fait savoir une source interne. L’élu parisien a
eu l’occasion à plusieurs reprises d’assu-
rer l’intérim. Issu des réseaux strausskahniens, cet ex-entrepreneur de 59 ans
a l’avantage d’apparaître consensuel aux
yeux d’un grand nombre de députés,
sans toutefois faire l’unanimité. « Il n’est
pas assez politique », grince un élu.
Roland Lescure, actuel président de la
commission des Affaires économiques et
rapporteur général de la loi Pacte pourrait aussi faire partie du casting. « Je ne
suis candidat à rien », répète-t-il pour
l’instant. La présidente de la commission
NICOLAS MESSYASZ/SIPA
des Affaires sociales, Brigitte Bourguignon, qui anime la sensibilité sociale à
l’Assemblée, pourrait aussi être tentée.
Très médiatiques, les porte-parole Gabriel Attal et Aurore Bergé, pourraient figurer sur la ligne de départ. L’élection
n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour.
« On veut prendre le temps d’organiser les
choses », assure l’entourage de Richard
Ferrand. La désignation pourrait avoir
lieu lors de la réunion de groupe du
18 septembre. ■
Entre nucléaire et loi mobilités, les dossiers Flessel quitte le terrain
chauds laissés en cours par Hulot
sur fond d’ennuis fiscaux
AVEC SON DÉPART précipité, Nicolas
Hulot laisse à son successeur des dossiers
en cours complexes, avec des arbitrages
à venir qui paraissent incertains.
du nucléaire
uL’avenir
C’est à la fois le dossier le plus inflammable sur le plan politique, et le plus
brûlant en termes de calendrier. Dans les
prochaines semaines, le gouvernement
devra présenter son texte de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE),
et mettre ainsi noir sur blanc sa stratégie
en matière d’énergie nucléaire. François
de Rugy devra donc défendre ce texte
que Nicolas Hulot redoutait d’avoir à
porter. La PPE va en effet fixer l’horizon
auquel l’exécutif entend avoir réduit à
50 % la part de l’atome civil dans le mix
électrique. Hulot espérait une échéance
vers 2030. Ce pourrait être plutôt 2035.
Le texte devra ensuite poser les jalons des
prochaines fermetures de réacteurs nucléaires, en plus de Fessenheim. L’ancien
ministre de la Transition écologique militait pour que des arrêts soient effectifs
dès ce quinquennat, quand EDF envisage
de commencer à couper le courant à
partir de 2029. La décision la plus douloureuse pour un écologiste ne devrait en
revanche pas être prise tout de suite : le
gouvernement semble décidé à attendre
le démarrage de l’EPR de Flamanville prévu fin 2019 au plus tôt - avant de se
prononcer sur l’opportunité de lancer un
programme de construction de nouveaux réacteurs pour remplacer le parc
existant. Dans le domaine de l’énergie, le
nouveau ministre devra aussi piloter la
montée en puissance des renouvelables,
et gérer les fermetures, socialement sensibles, des dernières centrales à charbon
françaises d’ici à la fin du quinquennat. Y
compris celle, sur ses terres, de Cordemais en Loire-Atlantique.
temps dernier, elle doit ni plus ni moins
conduire à repenser l’organisation des
transports en France pour les prochaines décennies. Le projet de loi est seulement en cours d’examen par le Conseil
d’État et ne sera pas étudié avant octobre en Conseil des ministres. Il ne sera
probablement pas soumis au vote des
députés avant le début de l’année prochaine. Le texte actuel évite soigneusement l’épineuse question des grandes
infrastructures (autoroutes, lignes TGV).
L’ambition affichée était de favoriser les
« mobilités douces » (comprendre la
marche, le vélo et les transports électriques) afin de réduire les émissions de gaz
à effet de serre et de particules fines.
L’ambitieux plan vélo voulu par Nicolas
Hulot, dont l’objectif était de faire tripler
la part de ce mode de 3 à 9 % d’ici à
2024, n’y est pas mentionné. Des annonces qui devaient être effectuées vendredi sur le sujet ont finalement été repoussées, selon Europe 1.
la COP24
uPréparer
La 24 conférence des parties qui se
e
tiendra en Pologne à la fin de l’année
s’annonce compliquée. Des règles précises d’application de l’accord de Paris,
texte approuvé en 2015 à l’issue de la
COP21 et qui prévoit de limiter le réchauffement « bien en dessous de 2°C »
d’ici à la fin du siècle, devaient y être
prises mais les négociations préliminaires patinent déjà. La France, supposée
jouer un rôle moteur, ne parvient pas elle-même à respecter les plafonds qu’elle
se fixe. Plafonds pourtant déjà insuffisants pour tenir l’objectif fixé de 2 °C…
Dans ce contexte, la révision de la
« stratégie nationale bas carbone
(SNBC) » qui doit être effectuée à la fin
de l’année s’annonce acrobatique.
les abeilles et les ours
uEntre
Avant l’été, Nicolas Hulot avait promis un grand plan en faveur de la biodiversité, pour sauver les espèces animales
et végétales menacées, comme les
abeilles et les oiseaux des campagnes.
Mais que restera-t-il d’un plan qui se
voulait ambitieux, notamment sur la fin
de l’artificialisation des sols, mais ne
semblait pas contenir de mesures
contraignantes ? Dans le même volet,
François de Rugy mettra-t-il en application le projet de réintroduction de
deux ours dans les Pyrénées, qui fait
hurler les éleveurs de brebis ? ■
LE PASSAGE de Laura Flessel au ministère des Sports vient confirmer la tendance : les anciens sportifs font rarement
de grands ministres. La double championne olympique d’escrime était arrivée
par surprise le 17 mai 2017, doublant pour
le poste Amélie Oudéa-Castéra, l’ancien
espoir du tennis français et proche d’Emmanuel Macron. Et la sextuple championne du monde a, ce mardi, annoncé
dans un communiqué qu’elle quittait le
gouvernement « pour des raisons personnelles ». Quelques heures plus tard, Le
Canard enchaîné annonçait, lui, « une démission pour ennuis fiscaux ». Et Mediapart révélait que la Commission des infractions fiscales (CIF) de Bercy avait été
récemment saisie par le fisc en vue d’une
possible plainte pénale pour fraude. Des
manquements déclaratifs concerneraient
Flessel & Co, sa société de droit à l’image.
Concernant son action au ministère, il
faut porter au crédit de la « Guêpe »
d’avoir fait adopter la loi olympique devant l’Assemblée nationale (au printemps)
dans la foulée de l’attribution des Jeux
olympiques 2024 à Paris, martelé le leitmotiv du sport pour tous, symbole d’une
nation toujours plus sportive, et accompagné les succès internationaux de la France
sur le terrain et dans la coulisse, notamment avec la Coupe du monde de football.
de façon précipitée que l’objectif de la
France aux Jeux de 2024 serait de 80 médailles) et stratégiques croissants.
Brandissant le « désarroi que peuvent
avoir les acteurs de terrain », Denis Masseglia, le président du Comité national
olympique et sportif français, a multiplié
les « cris d’alarme » ces derniers mois et
lancé la menace d’une pétition nationale,
faisant remonter les inquiétudes des
clubs sur un certain nombre de sujets :
« La disparition des emplois aidés, la réduction des crédits de l’État aux collectivités territoriales et la diminution des
moyens du Centre national du développement du sport (CNDS). Le gouvernement
avait, moins de 15 jours après l’obtention
des JO, annoncé un budget du sport en
baisse de 7 %, compensée en partie seulement lors de l’examen de la loi de Finances ». C’est dans ce contexte, coincée entre l’impatience des uns et les limites de
son action dans un univers politique au
sein duquel elle n’a pas su trouver sa place que Laura Flessel a décidé de quitter le
terrain. Dans la foulée, et après une réunion à Matignon lundi, Denis Masseglia a
annoncé qu’il mettait entre parenthèses
sa menace de pétition afin de maintenir le
dialogue avec le gouvernement. ■
Le désarroi des acteurs de terrain
loi mobilités qui traîne
uUne
La « loi pour l’orientation des mobilités » (LOM), très attendue, a pris beaucoup de retard. Annoncée pour le prin-
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJuliebnEzvan
La centrale nucléaire EPR de Flamanville (Manche). Son démarrage est prévu fin 2019
au plus tôt. PHILIPPE CHÉREL/PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP
À son débit, après avoir été escortée par la
bienveillance lors de ses premiers pas,
une période lui offrant de figurer régulièrement parmi les ministres les plus populaires, la championne olympique a dû
composer avec les critiques des acteurs
institutionnels, notamment pour ce qui
concerne l’érosion du budget alloué aux
sports et les circonvolutions autour de la
réforme de la gouvernance du sport français, lancée en novembre 2017. Le vaste
projet ayant comme piliers de « renforcer
l’autonomie du mouvement sportif et clarifier le rôle de l’État et des collectivités territoriales, en vue d’augmenter le nombre de
médailles et le nombre de pratiquants. »
Un défi de taille amplifié par les défis
olympiques (Laura Flessel avait annoncé
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
BERTILLE BAYART£@BertilleBayart,
CYRILLE VANLERBERGHE£@CyrilleVan
ET TRISTAN VEY£@veytristan
La ministre des Sports, Laura Flessel,
le 18 juin à Paris.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
INTERNATIONAL
7
L’égérie de l’extrême gauche allemande
« debout » contre les migrants
Avec son mouvement « Aufstehen », Sahra Wagenknecht veut reconquérir les électeurs de l’AfD.
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
ALLEMAGNE Aufstehen. Impératif, le mot
veut dire « debout ». C’est le nom choisi
par Sahra Wagenknecht, l’égérie de la
gauche radicale allemande, pour le mouvement qu’elle a lancé mardi à Berlin. La
députée, présidente du groupe Die Linke
au Bundestag, est claire dans ses intentions : bousculer le paysage politique allemand, rassembler à la base à l’image de
Podemos en Espagne ou des Insoumis en
France et opposer une résistance aux courants populistes qui attirent de plus en plus
l’électorat ouvrier, celui que la gauche
croyait acquis. Sahra Wagenknecht veut
renouer avec lui.
Le projet, né après l’échec de la gauche
aux élections législatives de septembre 2017, était en gestation depuis
plusieurs mois. Après les manifestations et
des affrontements à Chemnitz, où l’extrême droite a battu le pavé, Sahra Wagenknecht assure que l’alerte est donnée.
« Chemnitz montre que nous avons urgemment besoin d’un renouveau, déclare-t-elle. Si nous ne faisons rien, ce pays sera méconnaissable dans cinq ou dix ans », ajoutet-elle en s’inquiétant du climat « de
rudesse » et « d’agressivité » dans la société allemande : « Nous vivons une profonde
crise démocratique », dit-elle.
problèmes existaient déjà avant la crise migratoire », souligne Wagenknecht. « Celle-ci a facilité le travail de l’AfD » pour attirer les électeurs déçus.
« Avec Aufstehen, nous voulons juguler la
montée de l’AfD », a expliqué sur les médias allemands Oskar Lafontaine, le compagnon de Sahra Wagenknecht et artisan
de l’ombre du nouveau mouvement.
« Regardez ce qui se passe en ex-Allemagne
de l’Est : l’AfD y est devenu le parti des travailleurs et des demandeurs d’emploi. Cela
doit nous faire réfléchir, à gauche, sur ce
que nous avons raté », a-t-il poursuivi.
Au-delà des intentions, le mouvement
manque pour l’instant d’un programme
concret. Sahra Wagenknecht semble aussi écarter l’idée d’en faire un parti politique en tant que tel, laissant les observateurs allemands sceptiques. Elle ne
compte pas peser sur les élections européennes, a-t-elle dit.
Jusqu’à présent, Aufstehen n’existe que
sur Internet, où le mouvement revendique
plus de 100 000 membres sur son site. En
réalité, tous ceux qui se sont inscrits à la
newsletter. La députée de Die Linke voudrait lui donner une réalité et sortir des limites de l’extrême gauche. À côté d’elle,
ce mardi matin, Sahra Wagenknecht aligne donc ses alliés : la maire SPD de Flensburg, Simone Lange, qui s’était présentée
sans succès à la présidence du Parti socialdémocrate au printemps, un ancien leader
des Verts, Ludger Volmer, un dramaturge,
Bernd Stegemann, un professeur de com-
munication politique, Hans Albers. Le
bouleversement promis par Sahra Wagenknecht n’affole pas encore les étatsmajors politiques traditionnels. Vu du
SPD, Aufstehen n’est que la manifestation
d’une lutte interne au sein de Die Linke.
Car si Sahra Wagenknecht est la figure de
proue du parti de gauche, son idée de lancer un mouvement parallèle n’a pas été
soutenue par son parti. Ambitieuse, elle
n’a pas l’intention de s’arrêter pour
autant. ■
Sahra Wagenknecht, leader du parti Die Linke, mardi, à Berlin, lors du lancement de son mouvement « Aufstehen » (debout).
Mélenchon sur la même ligne que Sahra Wagenknecht
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
CHRISTOPHE SIMON/AFP
Sahra Wagenknecht voudrait briser deux
tabous. Le premier était clairement exprimé mardi : elle veut le pouvoir. « Je ne
veux pas être durablement dans l’opposition », assure-t-elle en regrettant
qu’avant 2017 les trois partis de gauche au
Bundestag, le SPD, les Verts, Die Linke,
n’aient pas réussi à former une majorité.
Arithmétiquement, ils la détenaient. Mais
les lignes rouges tracées notamment par
Die Linke et Sahra Wagenknecht elle-même avaient rendu toute coalition impossible. Elle semble croire que l’affaiblissement politique du SPD le conduira à des
concessions.
L’autre tabou concerne la politique
d’asile et d’immigration. La leader d’Aufstehen a, tant qu’elle a pu, essayé d’éviter
de répondre clairement à la question mardi. Durant la crise migratoire, elle avait
choqué ses camarades en posant des limites à l’accueil et en remettant en cause le
dogme des « frontières ouvertes » qui fait
partie de l’idéologie de Die Linke. « Celui
qui abuse de l’hospitalité perd le droit à
l’hospitalité », avait-elle déclaré en voulant se faire l’écho du malaise d’une partie
de l’électorat qui manifeste avec l’AfD.
« Je ne veux pas laisser la rue au mouvement (anti-islam, NDLR) Pegida ou à l’extrême droite », a-t-elle expliqué mardi en
estimant que ceux qui protestent « se sentent laissés pour compte ». « Je veux reconquérir ces gens » qui « ne sont pas tous racistes », a-t-elle assuré. Mais elle n’a pas
voulu prendre position sur l’asile. Le problème principal, « c’est la question sociale », a-t-elle insisté en critiquant le creusement des inégalités en Allemagne. « Les
TOBIAS SCHWARZ / AFP
100 000 membres sur Internet
Les vagues
« migratoires
peuvent
poser de
nombreux
problèmes
aux pays
d’accueil
»
JEAN-LUC MÉLENCHON
ENTRE Jean-Luc Mélenchon,
Oskar Lafontaine et Sahra Wagenknecht, la fidélité est ancienne. En
2008, lors du lancement du Parti de
gauche, la formation lancée par
Mélenchon à sa sortie du PS, les
deux leaders allemands étaient à ses
côtés. Leur formation, Die Linke,
était présentée comme un modèle
par le futur candidat à la présidentielle. Aujourd’hui, les liens ne se
sont pas desserrés alors que Mélenchon fait face à des critiques à gauche sur l’immigration. D’autant
plus appuyées que ses positions populistes, et assumées comme telles,
sont rapprochées de celles de Sahra
Wagenknecht.
À Marseille, lors de la rentrée politique de La France insoumise
(LFI), ses propos ont fait sursauter
nombre de ses pairs de la gauche
radicale. « Oui, il y a des vagues migratoires », a-t-il lancé. « Oui, elles
peuvent poser de nombreux problèmes aux pays d’accueil. Elles posent
de nombreux problèmes quand certains s’en servent pour faire du profit
sur le dos des malheureux […] Nous
disons : honte à ceux qui organisent
l’immigration par les traités de libreéchange et qui l’utilisent ensuite pour
faire pression sur les salaires et les
acquis sociaux ! »
Le grand capital comme responsable des douleurs de l’immigration. Une position loin d’être nouvelle mais qui ne s’était pas encore
affichée avec autant de force. Manuel Bompard, qui devrait codiriger la liste Insoumise aux européennes, en rajoute. Il va jusqu’à
éprouver, dit-il au Figaro, « une
forme de réticence à (se) revendiquer
de gauche car la gauche, pour beau-
coup, c’est François Hollande, qui
n’a pas répondu aux attentes populaires ». Mélenchon a souvent dit
vouloir parler aux « fâchés pas fachos ». Quels qu’ils soient.
À l’horizon des européennes, le
virage est tactique, mais audacieux
alors que Mélenchon espère ratisser
large à gauche. En attendant, le
responsable des questions internationales de LFI, Djordje Kuzmanovic est enthousiaste sur le mouvement de Wagenknecht. « Comme
nous, dit-il, elle dépasse le cadre
partisan pour rassembler de façon
plus vaste. Avec elle, nous considérons que ce qui compte, c’est la souveraineté nationale et populaire.
Nous sommes unis face à ce qui est
bafoué en Europe, l’indépendance de
nos pays et la démocratie. » Kuzmanovic se réjouit d’une même dynamique en Italie avec le lancement
par l’ex-ministre Stefano Fassina,
Européennes : Merkel prête à jouer la carte Manfred Weber
SANS RIEN DIRE, Angela Merkel va laisser
une pièce s’avancer. La bataille pour la
présidence de la Commission européenne
vient de commencer officiellement et la
chancelière, qui a fait de l’Europe sa priorité, entend suivre de près cette partie
compliquée. Elle en a sûrement parlé avec
Jean-Claude Juncker, qu’elle a reçu à huis
clos mardi, à Berlin. Elle s’était aussi entretenue discrètement la semaine dernière avec Manfred Weber, le chef de file au
Parlement européen du Parti populaire
(PPE), dont la CDU/CSU est une composante centrale. Depuis des mois, ce Bavarois de 46 ans ne cache plus son ambition
d’être candidat à la succession de Juncker
après les élections européennes de
mai 2019. Angela Merkel ne l’en a pas dissuadé. Mercredi, à l’issue d’une réunion
de groupe, il a prévu de s’exprimer pour
en dire davantage sur ses intentions. Le
bureau du PPE doit ensuite se réunir à
Vienne. Alors qu’elle est affaiblie politiquement en Allemagne, Angela Merkel
veut ancrer, quand il en est encore temps,
son influence au sein des institutions
européennes. Dans une Europe fragmen-
tée, la présidence de la Commission est
devenue un poste clé. « Elle fixe l’agenda,
définit les priorités, trace des lignes rouges », explique Claire Demesmay, spécialiste des questions européennes à l’institut
DGAP. La chancelière a donc laissé dire
qu’elle revendiquait désormais le poste
pour un Allemand. Ce serait une première
depuis Walter Hallstein, président de
l’ancienne Communauté économique
européenne entre 1958 et 1967.
« Une candidature par défaut »
Prudente, Angela Merkel a cependant refusé d’exprimer pour l’instant un choix
public définitif. Ce n’est pas sa méthode.
« Aucune décision n’a été prise », a-t-elle
déclaré à la fin du mois d’août. Jusqu’à
présent, Berlin semblait vouloir placer
Jens Weidmann, le patron de la Bundesbank, à la présidence de la Banque centrale européenne. Celle-ci sera aussi vacante
à la fin de l’année 2019. L’Allemagne ne
pourra occuper qu’un poste majeur.
Manfred Weber pense être l’homme de
la situation. « C’est une candidature par
défaut », assène plutôt un député euro-
péen du PPE. « Angela Merkel lui a cherché
une alternative sans trouver », poursuiton. Les noms du ministre de l’Économie
Peter Altmaier et de la ministre de la Défense Ursula von der Leyen ont circulé.
Mais le premier est trop proche de la
chancelière, qui aurait donné le sentiment
à ses partenaires européens de vouloir
placer son bras droit à Bruxelles. Quant à
la deuxième, elle doit d’abord régler les
difficultés de la Bundeswehr.
De son côté, Manfred Weber a des
atouts. Les parlementaires européens
peuvent accueillir favorablement la candidature d’un des leurs. Le député est par
ailleurs membre de la CSU, l’aile la plus
conservatrice de la démocratie chrétienne
allemande. Son profil pourrait rassurer la
frange eurosceptique du PPE, notamment
les partisans du premier ministre hongrois
Viktor Orban. Cela suffira-t-il ? Sans expérience gouvernementale, Manfred Weber ne fait pas l’unanimité. D’autres prétendants peuvent surgir avant la fin du
dépôt des candidatures mi-octobre. Le
Français Michel Barnier, chargé des négociations du Brexit, serait, par exemple,
tenté. Quoi qu’il en soit, celui qui sera désigné Spitzenkandidat, c’est-à-dire tête de
liste européenne, lors du congrès du PPE à
Helsinki les 7 et 8 novembre, aura des raisons d’y croire. En 2014, les chefs d’État et
de gouvernement avaient admis le principe de désigner comme président de la
Commission le chef de file de la force politique arrivée en tête aux élections. Pour
l’instant, le PPE tient la corde.
Mais la règle des Spitzenkandidaten
n’est pas gravée dans le marbre. « Je m’y
suis résignée », avait déclaré en juin Angela Merkel lors d’une réunion du PPE. Ses
doutes pourraient ressurgir opportunément au lendemain des élections, si le
Parlement européen se retrouve sans majorité claire et que les chefs d’État et de
gouvernement doivent s’entendre sur un
autre profil qui fasse consensus. Emmanuel Macron, qui doit recevoir vendredi la
chancelière à Marseille, s’est, par exemple, toujours opposé au principe des Spitzenkandidaten. L’heure venue, Angela
Merkel saura comment tirer profit de la
carte Manfred Weber ou la sacrifier. Pour
l’instant, elle avance prudemment. ■ N. B.
de Patria e costituzione (Patrie et
Constitution). « On nous accuse de
proximité avec l’extrême droite parce qu’ont dit qu’il faut arrêter le flux
migratoire ? C’est une mauvaise
blague », s’agace Kuzmanovic.
« L’extrême droite veut traquer les
migrants, ce qui est inhumain et une
aberration économique. »
Auteur de Bruxelles ne répond
plus (à paraître aux éditions Arcanes 17), l’eurodéputée communiste
Marie-Pierre Vieu se dit « hostile à
la ligne très identitaire » qui s’exprime en Allemagne. Et elle prévient : « Loin de moi l’idée de dire
que Mélenchon est raciste ou égale
Le Pen. Ce serait faux et injuste. Mais
entre lui et moi, il y a de profondes
divergences. »
Jean-Luc Mélenchon affirme :
« Ma ligne politique est de rassembler le peuple, pas de fédérer les appareils de gauche.» ■
ZOOM
Libye : Salvini se pose en
sauveur et accuse la France
Le ministre italien de l’Intérieur,
Matteo Salvini, s’est dit prêt à
« courir quelques risques » pour
retourner « bientôt » à Tripoli,
en proie depuis huit jours à des
combats, et a lancé une nouvelle
charge sur le rôle de la France
dans le chaos que vit le pays.
Le patron de l’extrême droite
italienne et homme fort du
gouvernement a aussi partagé
une vidéo de déclarations lundi
à des journalistes : « Évidemment
il y a quelqu’un derrière
les combats actuels, NDLR).
Cela n’arrive pas par hasard.
Ma crainte, c’est que quelqu’un,
pour des motifs économiques
nationaux, mette en péril la
stabilité de toute l’Afrique du Nord
et par conséquent de l’Europe. »
Et quand les journalistes lui
demandent si la Libye est un pays
sûr pour y raccompagner les
migrants, il réplique seulement :
« Demandez-le à Paris. »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Afghanistan : mort du puissant chef du réseau Haqqani
Jalaluddin Haqqani s’était rallié en 1995 au mouvement des talibans, au sein duquel son réseau a pris de plus en plus de poids.
EMMANUEL DERVILLE £@e_derville
NEW DELHI
ASIE CENTRALE Lundi, les talibans ont
annoncé le décès de Jalaluddin Haqqani,
ex-chef et fondateur du réseau éponyme.
Vétéran de la guerre contre les Soviétiques
dans les années 1980, il s’était rallié au
mouvement des talibans en 1995. Le réseau Haqqani avait pris de plus en plus de
poids dans l’organisation du mollah Omar
après 2001 si bien qu’aujourd’hui, le fils de
Jalaluddin, Sirajuddin Haqqani, est le numéro deux des talibans.
Responsable de dizaines d’attaques suicide, proche d’al-Qaida, l’organisation
est la bête noire des forces afghanes. Elle
figure sur la liste des organisations terroristes du département d’État américain et
sur celle du Conseil de sécurité de l’ONU.
La mort de Jalaluddin, « malade et alité
depuis des années », précise le communiqué des talibans, ne changera pas le cours
de la guerre, son fils Sirajuddin lui ayant
succédé il y a plusieurs années.
Des soutiens dans le Golfe
Si le réseau Haqqani est un adversaire aussi redouté, c’est notamment parce que Jalaluddin Haqqani a forgé un solide réseau
de soutiens et de donateurs en Asie du Sud
et dans le Golfe. Le Pakistan, les Émirats
arabes unis et l’Arabie saoudite ont finan-
cé son mouvement pendant des années et
continuent sans doute de le faire. Cet appui reflète les rivalités régionales qui alimentent le conflit afghan. Tandis que le
Pakistan compte sur ce mouvement pour
contrer le rayonnement de l’Inde sur place, l’Arabie saoudite voit en lui un atout
pour endiguer l’influence de l’Iran.
Né en 1939, Jalaluddin Haqqani devient
l’un des principaux chefs de la résistance
après l’invasion soviétique en 1979. Il est
armé par l’ISI, l’agence pakistanaise de
renseignements. Pour obtenir des fonds, il
multiplie les voyages en Arabie saoudite et
aux Émirats. Jalaluddin Haqqani ouvre des
bureaux dans ces deux pays pour collecter
de l’argent et recruter des volontaires ara-
bes. Il publie même une série de magazines, « La fontaine du djihad », pour communiquer auprès de l’opinion publique,
détailler son lobbying auprès des autorités
locales et du clergé. Au Pakistan, il dispose
d’une base arrière dans la région frontalière du Waziristan du Nord.
Après 2001, la présence du réseau Haqqani dans le Golfe se fait plus discrète
sans disparaître pour autant. En 2014, le
département du Trésor américain révèle
que le clan Haqqani a continué de voyager aux Émirats pour lever des fonds durant les années 2000 et 2010. Et des ressortissants afghans aux EAU payeraient le
réseau Haqqani pour protéger leurs propriétés laissées au pays.
Côté saoudien, le département américain du Trésor déplore en 2014 que
l’adjoint de Jalaluddin Haqqani est allé
régulièrement en Arabie saoudite,
mentionnant entre autres un séjour en
2013, pour collecter des fonds. Enfin, le
réseau Haqqani dispose toujours de solides appuis dans l’armée pakistanaise.
Fin 2016, une source du renseignement
occidental confiait que les responsables
du groupe assistaient à des réunions
dans des bases militaires pour échapper
aux drones américains. Aujourd’hui
encore, de hauts responsables pakistanais admettent à mots couverts que leur
pays héberge des cadres du réseau
Haqqani. ■
Idlib : des raids
aériens, prélude
à l’offensive
russo-syrienne
OMAR HAJ KADOUR/AFP
Le Pentagone soutient une opération
antiterroriste mais pas une attaque d’envergure.
60 km
PIERRE AVRIL pavril@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À MOSCOU
MOYEN-ORIENT Appuyé par ses alliés
russes, le régime de Damas a livré un
prélude à l’offensive russo-syrienne
contre la province d’Idlib, tant redoutée par les Occidentaux. Malgré les mises en garde émises le matin même par
le président américain Donald Trump,
l’aviation russe a repris ses raids aériens, après trois semaines d’interruption, visant l’ouest du territoire, l’une
des rares poches de résistance encore
contrôlées par les rebelles. L’information a d’abord été rendue publique par
un responsable des insurgés, ainsi que
par l’Observatoire syrien des droits de
l’homme, proche de l’opposition.
Au moins une vingtaine d’attaques
auraient été menées par trois appareils
russes ayant décollé de la base militaire
russe de Hmeimim, en Syrie. Les villes
de Ghani, Sirmaniyah et Muhambal, situées à l’ouest d’Idlib, ainsi que Zazyun,
au nord-est de Hama, auraient été visées. Au moins neuf civils, dont cinq
enfants, auraient péri. La veille, des
frappes rebelles dirigées contre le fief
d’Assad à Lattaquié, avaient fait trois
morts.
De son côté, l’agence de presse proDamas, al-Masdar, évoque le lance-
Territoire
contrôlé par
les rebelles et...
... l’armée turque
TURQUIE
Afrine
Jisr al-Choughour
Lattaquié
Mer
Méditerranée
Alep
Idlib
Hmeimim
SYRIE
Hama
Infographie
ment d’une « campagne aérienne massive » de l’armée syrienne dirigée
contre la province d’Idlib, prélude selon elle à une offensive généralisée. Selon un communiqué militaire syrien, la
ville de Jadariya, située à l’ouest de la
province et contrôlée par les rebelles islamistes de Hayat Tahrir-Al-Cham, a
notamment été bombardée. Il s’agit de
la première fois depuis le 21 août et la
fête religieuse de l’Aïd-el-Kébir, que
l’aviation syrienne a bombardé cette
Un camion de pompiers circule dans les rues de Muhambal, au sud-ouest d’Idlib, visée mardi par les bombardements de l’aviation russe.
province « avec autant d’intensité »,
rapporte al-Masdar.
En revanche, le ministère russe de la
Défense, dont les avions fournissent un
appui aérien sans précédent aux troupes
de Bachar el-Assad, et sans qui Damas
serait incapable de récupérer Idlib, n’a
fait aucun commentaire. Ce silence est
conforme aux habitudes des militaires
russes qui, à de multiples occasions font
volontairement planer l’incertitude sur
les responsabilités respectives de Moscou et de Damas dans le déclenchement
de leurs offensives aériennes. Ainsi, le
doute peut continuer à planer sur le calendrier à venir des futures opérations.
« Il faudra attendre les prochains jours
pour voir si ces frappes se poursuivent et
connaître la nature exacte des cibles visées. L’offensive peut prendre un caractère graduel, se poursuivre par des tirs
d’artillerie limités et des attaques sporadiques avant la grande offensive générale », avance Kirill Semionov, analyste au
Centre des études islamiques.
Ces derniers jours, tant Damas que
Moscou et l’allié iranien n’ont pas fait
mystère de leur intention « d’en finir »
avec Idlib. Il s’agit d’un « nid de terroristes » qui sape le processus de paix et
sert de base arrière à la préparation
d’attaques contre les forces russes,
mettait en garde mardi matin, le porteparole du Kremlin, Dmitri Peskov. Damas utilise la même rhétorique, mais
dans les faits, la situation est plus compliquée : la province est majoritairement contrôlée par les djihadistes de
Hayat Tahrir al-Cham, un groupe dominé par l’ex-branche syrienne d’alQaida. De l’autre côté, on trouve diverses factions rebelles sponsorisées par la
Turquie, elle-même alliée de la Russie.
Sur le terrain, ces deux camps anti-Assad se livrent à des luttes intestines.
Ankara, seul contrepoids
Moscou semble prêt à ignorer les avertissements croissants émis par les Occidentaux. L’appel, lancé par le ministre
français des Affaires étrangères, JeanYves Le Drian, à laisser la porte « ouverte à la négociation », pourrait rester lettre morte. De son côté, le Pentagone ne
condamne plus a priori le principe
d’une offensive russo-syrienne sur
Idlib. « L’opération antiterroriste devrait
avoir lieu de sorte à atténuer le risque de
pertes de vies innocentes », recommande simplement le général Joseph Dunford, le plus haut gradé américain.
Trois millions de civils vivent dans
cette province. Déjà, samedi dernier, la
Russie avait lancé par surprise des
manœuvres aériennes et navales
conjointes en Méditerranée. Ces exercices inédits depuis la chute de l’URSS,
sont vus par plusieurs experts comme
une répétition générale de l’offensive
contre Idlib.
Ces manœuvres doivent s’achever
jeudi, soit la veille du sommet de Téhéran entre les présidents russe, turc et
iranien. Parrain du processus de paix
d’Astana qui avait notamment élu Idlib
comme « zone de désescalade », Ankara représente aujourd’hui le seul
contrepoids à une offensive massive
contre le territoire. Sans attendre vendredi, l’envoyé spécial de l’ONU pour la
Syrie, Staffan de Mistura, a demandé à
Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan de parler d’urgence « au téléphone »
pour éviter « un bain de sang ». ■
Corbyn peine à dissiper les accusations d’antisémitisme
Le chef du Parti travailliste britannique est taxé de complaisance face aux dérives de militants antisionistes qui déchirent le Labour.
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
ROYAUME-UNI Quelques dizaines de
manifestants pro et anti-Corbyn s’affrontaient, mardi après-midi, devant le
siège du Labour à Londres, alors que le
chef du Parti travailliste cherchait à
mettre un terme à des mois de polémiques sur l’antisémitisme en son sein.
Une réunion de son comité exécutif à
huis clos devait décider d’adopter ou
non la stricte définition de l’antisémitisme élaborée par l’Alliance internationale pour le souvenir de l’Holocauste
(IHRA). Il s’y était jusqu’à présent refusé, au motif que cela pourrait brider la
liberté d’expression et de critique de la
politique de l’État d’Israël. Des dizaines
de gouvernements à travers le monde
reconnaissent pourtant cette définition
et les exemples qui l’illustrent. Mais le
Labour a ainsi refusé de reconnaître
comme des exemples d’antisémitisme
« l’accusation [à l’encontre] de citoyens
juifs d’être plus loyaux à Israël ou aux
priorités supposées des Juifs dans le monde, qu’aux intérêts de leur propre nation »
ou la « comparaison de la politique actuelle d’Israël à celle des nazis ».
La controverse fait rage au Labour depuis l’arrivée à sa tête du gauchiste propalestinien et antisioniste Jeremy Corbyn en 2015. Elle s’est accentuée cet été
après différentes affaires. Plusieurs de
ses membres, dont l’ancien maire de
Londres Ken Livingstone, ont été suspendus pour des déclarations jugées antisémites. Une photo de Corbyn déposant une gerbe en 2014 sur la tombe de
terroristes palestiniens qui avaient tué
11 athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en 1972 n’a rien arrangé. Le dirigeant travailliste est accusé
par ses détracteurs de ne pas en faire assez pour mettre fin au problème.
Des élus juifs du parti témoignent
d’incessantes attaques contre eux venant de son aile gauche dure. La police
enquête sur plus de 40 plaintes. La députée et ancienne ministre blairiste
Margaret Hodge dit avoir ressenti ces
attaques « davantage comme une haine
des Juifs » que comme un souci de « justice pour la Palestine ». « Tes actions font
de toi un raciste antisémite », a-t-elle accusé de front son leader lors d’une réunion. Elle a été menacée de sanctions
pour cela.
Autre vétéran du Labour, son collègue
Frank Field en a claqué la porte la semaine dernière. « La direction ne fait rien
de significatif face à l’érosion de nos valeurs fondamentales. Cela m’attriste de
dire que notre parti est de plus en plus vu
comme raciste », justifiait-il dans sa
lettre de démission. Le numéro deux
travailliste, Tom Watson, a brandi le risque de voir le parti « s’enfoncer dans un
tourbillon de honte éternelle ». L’ancien
premier ministre Gordon Brown est
sorti de sa retraite, dimanche, pour appeler son parti à adopter de façon « unanime, immédiate et sans équivoque » la
définition de l’antisémitisme de l’IHRA
et « effacer » ainsi la « tache ».
Jeremy Corbyn a fini par reconnaître
début août « un réel problème que le Parti
travailliste s’efforce de surmonter ». Il a
assuré avoir pour priorité d’« éliminer
l’antisémitisme du parti et de restaurer la
JEREMY CORBYN
LEADER DU PARTI TRAVAILLISTE
«
C’est un réel problème que le Parti travailliste s’efforce
de surmonter. Éliminer l’antisémitisme du parti et
restaurer la confiance sont nos priorités NICK ANSELL/AP
»
confiance ». Celle-ci est visiblement brisée avec la communauté juive. Trois
journaux juifs britanniques, le Jewish
Chronicle, le Jewish News et le Jewish Telegraph ont proclamé leur unité devant
la « menace existentielle » présentée par
Jeremy Corbyn. Selon un ancien grand
rabbin, lord Jonathan Sacks, de plus en
plus de Juifs songeraient à quitter le pays
en raison de ce climat. « Les Juifs vivent
en Grande-Bretagne depuis 1656 et je ne
connais pas d’autre moment au cours de
ces 362 ans où, dans leur majorité, ils se
sont demandé : “est-ce que nos enfants
sont en sécurité dans ce pays ?”» a-t-il
déclaré à la BBC.
Les élus travaillistes modérés se désolent de voir leur parti se déchirer dans
ces polémiques lamentables au lieu de
jouer son rôle d’opposition au gouvernement, quelques mois avant la mise en
œuvre du Brexit, un sujet qui semble
loin des préoccupations de Jeremy Corbyn. Ses partisans dénoncent une cabale
de ses détracteurs destinée à l’affaiblir. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
SOCIÉTÉ
9
Stationnement payant : cette nouvelle
commission qui règle les contentieux
À Limoges, une juridiction a fraîchement été créée pour traiter le flot massif des contestations d’amendes.
ANGÉLIQUE NÉGRONI
anegroni@lefigaro.fr
ENVOYÉE SPÉCIALE À LIMOGES
JUSTICE Encore méconnue des Français
et commençant à trouver son rythme
de croisière loin de Paris, à Limoges
(Haute-Vienne), la commission du
contentieux du stationnement payant
(CCSP) va pourtant devenir incontournable. Comme son nom ne l’indique
pas, elle est une juridiction, fraîchement créée dans le cadre de la réforme
du stationnement payant.
Depuis que le « PV » unique de
17 euros a disparu au profit des nombreux forfaits post-stationnement (FPS)
à prix variable selon les villes, c’est elle
qui, depuis janvier, se penche sur toutes
les contestations. Se substituant aux
nombreux tribunaux de police qui s’occupaient jusqu’alors de ce contentieux
de masse, la CCSP est ainsi érigée seul
juge de tous les automobilistes du pays
qui refusent de payer leur amende.
Mais avant de frapper à la porte de
cette nouvelle autorité, ces derniers
doivent se plier à la nouvelle procédure (voir infographie ci-dessous). Ils
doivent tout d’abord introduire un recours administratif préalable obligatoire - un Rapo. Cet acronyme peu
heureux désigne un premier examen
de la contestation réalisé par les services d’une ville ou par une société, en
cas de délégation. S’il n’obtient pas
gain de cause à ce stade, l’usager de la
route pourra alors solliciter la CCSP. À
l’heure où les tarifs des FPS peuvent
grimper jusqu’à 60 euros, comme à
Lyon, nombreux sont ceux qui ne veulent pas lâcher prise. Limoges est alors
saisi par l’envoi d’un formulaire.
Abritée dans l’aile d’une caserne
militaire désaffectée, la nouvelle commission s’attend d’ailleurs à une rafale
de recours dès sa première année de
fonctionnement. « Avant la réforme,
les 10 à 12 millions d’amendes annuelles
donnaient lieu à 45 000 actions devant
les tribunaux de police. On mise aujour-
Comment
contester l'avis
de paiement ?
d’hui sur quasiment le double, avec
100 000 requêtes », explique la magistrate Christine Mège, nommée viceprésidente de la commission au côté
de son responsable, Christophe Hervouet. En prévision, la commission
s’est donc déployée en conséquence.
Fonctionnant avec à peine plus de
80 personnes aujourd’hui, elle va accueillir en septembre 40 autres employés.
Installé sur plusieurs étages, tout
ce personnel s’active aujourd’hui
avec l’état d’esprit qui anime les
aventuriers. Tous explorent des
terres nouvelles du droit. « Nous
créons cette juridiction et nous
mettons en place son organisation
au fur et à mesure. C’est exceptionnel », se réjouit la magistrate.
Déjà, la juridiction a connu
son premier épisode de surchauffe. Alors qu’elle fonctionnait au rythme de 150 requêtes
par jour, son activité a décollé en
juillet avec 500 recours quotidiens et des pics atteignant les
1 200. Cette hausse soudaine est
liée au fonctionnement d’autres
structures qui s’occupent aussi du
stationnement payant.
C’est le cas de l’Antai, l’Agence
nationale des traitements automatisés des infractions, située à Rennes. En place depuis plusieurs années et s’occupant du contentieux
routier, elle est ici mise à contribution pour relancer tous ceux qui ne
s’acquittent pas de leur FPS. Les
premières émissions massives – avec
majoration de paiement à la clé – ont
eu lieu en juin. En l’espace de deux
mois jusqu’à juillet, 700 000 conducteurs ont alors reçu une « facture »
bien lourde. Surpris, ils ont saisi la
CCSP.
De compétence nationale, au service des centaines de villes qui ont
opté pour le stationnement payant,
celle-ci œuvre pour l’heure en majorité pour la capitale. 60 % des requérants vivent en effet à Paris, où de-
tre d’entre elles ont donné raison aux
automobilistes. Invisibles dans les couloirs de cette juridiction, puisque tout
se passe par courrier, ces derniers
pourraient quand même être appelés à
se déplacer. La commission compte, en
effet, tenir quelques audiences publiques pour rendre des décisions attendues. « On va établir notre jurisprudence », signale Christine Mège. Dans une
salle d’audience jamais encore utilisée,
les magistrats vont donc prendre place
pour la première fois en septembre.
“
Avant la réforme, les
10 à 12 millions d’amendes
annuelles donnaient lieu
à 45 000 actions devant
les tribunaux de police.
On mise aujourd’hui
sur quasiment le double,
avec 100 000 requêtes
”
CHRISTINE MÈGE, VICE-PRÉSIDENTE DE LA CCSP
Mais face à ce nouveau droit, nombre
d’usagers sont perdus. Entre tous ces
nouveaux acteurs et ces formulaires à
retirer sur divers sites, beaucoup ne savent plus comment contester un FPS. À
Paris, certains regrettent de ne pouvoir
joindre par téléphone les deux sociétés
qui se chargent des sanctions et des
Rapo. Ils atterrissent alors à l’accueil
téléphonique de la CCSP, dont le numéro est visible sur Internet. « Cela devient un service d’aide et ce n’est pas notre vocation », indique Christine Mège.
Ce mardi matin, c’est un vieil automobiliste parisien de plus de 80 ans qui
appelle. Il a reçu un FPS alors qu’il possède une carte d’invalidité. « Je ne
comprends rien ! Comment je dois m’y
prendre pour ne pas payer ? » Malgré les
explications fournies, ce dernier a finalement payé, renonçant à saisir la
commission. Découragé par une procédure nouvelle jugée trop complexe et
encore trop méconnue. ■
EUGÉNIE RAGOT/ LE FIGARO
Recours administratif
préalable obligatoire
(RAPO) dans un délai
maximum d'un mois.
1 Contestation
PROCÉDURE ADMINISTRATIVE
PRÉCONTENTIEUSE DU FORFAIT
DE POST-STATIONNEMENT (FPS)
puis janvier dernier il pleut
des FPS distribués par deux
sociétés privées. Marseille
arrive en deuxième position.
Dans le cadre de cette procédure écrite, tous ces courriers de contestation atterrissent dans un premier
service où tout est scanné.
Bienvenue dans ce nouveau
monde dématérialisé… Malgré ce contentieux de masse,
les étagères des services ne
croulent pas sous des piles de
dossiers. Dans ces pièces soigneusement rangées, seul un
ordinateur trône sur chaque
bureau.
Dans ce nouveau temple de
la contestation, les agents
s’assurent tout d’abord que
chaque dossier est dûment
rempli. C’est loin d’être le cas
aujourd’hui. La moitié des recours, et malgré des relances
pour rectifier le tir, sont irrecevables et finissent à la poubelle. L’erreur principale
tient à l’obligation de payer.
Malgré
la
contestation,
l’automobiliste doit s’acquitter en effet, du FPS. « Les gens
ne comprennent pas la règle »,
indique la magistrate.
Dans ces lettres fleuves où
l’automobiliste tente de se
dédouaner, divers arguments
reviennent
régulièrement.
Certains certifient qu’ils
avaient bien payé leur place,
d’autres indiquent des usurpations de plaque d’immatriculation. Dans le cadre de
cette procédure écrite et
contradictoire, tout doit alors
être prouvé. L’automobiliste
a donc intérêt à conserver
ticket, clichés et courriers de
l’administration.
Après huit mois de fonctionnement, une vingtaine de décisions ont été rendues et qua-
Le RAPO est examiné par
l'autorité compétente dans
un délai d'un mois suivant
la date de réception.
2 Examen
RAPO
Le silence de l'autorité
compétente au terme
du délai d'un mois vaut
rejet du recours.
3 Refus
Si l'autorité accepte
le recours, elle notifie
au demandeur un avis
de paiement rectificatif.
3 Acceptation
Possibilité de contester le rejet
du RAPO auprès de la Commission
du contentieux du stationnement payant
(CCSP), dans un délai d'un mois.
4 Seconde contestation
La saisie de la CCSP
n'est possible
qu'après avoir
CCSP
réglé le montant
du FPS.
Source : Cerema
La collectivité a trois mois
pour effectuer le remboursement
du FPS.
5 Décision favorable
MA
IRI
E
Infographie
Des avocats pour les villes,
rarement pour les particuliers
Aux abois, les
loueurs de voitures
doivent payer les PV
Les smartphones, nouveaux
horodateurs de poche
PARIS, qui connaît naturellement le
plus grand nombre de contestations de
FPS (ex-amendes), s’est adjoint les services d’un cabinet d’avocats. C’est le
cabinet Claisse qui désormais défend
ses intérêts devant la commission du
contentieux du stationnement payant
(CCSP) à Limoges. « C’est un contentieux très factuel », note l’un de ses
La réforme du stationnement payant
est une catastrophe pour les loueurs
de voitures. Ils paient désormais
les amendes de leurs clients. Depuis
janvier, certaines entreprises ont déjà
perdu près de 10 000 euros par mois,
et les grandes enseignes s’attendent
à débourser plusieurs millions d’euros
par an. « Avant, le loueur donnait
les coordonnées du client responsable
à l’officier du ministère public, et l’État
se chargeait du recouvrement »,
indique Didier Fénix, responsable
au Conseil national des professions
de l’automobile (CNPA). Maintenant, les
textes prévoient que les titulaires des
cartes grises paient. C’est le cas des
loueurs, qui tentent vainement de se
retourner vers leurs clients pour qu’ils
s’acquittent des FPS. « Des services
sont mis en place pour envoyer
des courriers, faire de la relance. C’est
aussi coûteux qu’inefficace, se navre
Didier Fénix, qui demande aux pouvoirs
publics de changer les règles.
Des entreprises sont à deux doigts
de mettre la clé sous la porte. »
A. N.
LES PV LOCAUX établis à la carte par
les villes, aux montants bien plus élevés qu’avant, ainsi que les contrôles,
désormais plus nombreux, portent
leurs fruits : l’automobiliste paie davantage sa place, comme le souhaitaient les élus qui ont fait le choix du
stationnement payant sur leur territoire. Les chiffres traduisent cette tendance. À Paris, notamment, 25 % des
conducteurs versent leur obole, au lieu
de 9 % avant la réforme entrée en vigueur en janvier dernier. « Le paiement
par horodateur a augmenté. On comptabilise 1 million de tickets par mois au
lieu de 700 000 avant janvier dernier »,
note-t-on chez Flowbird, qui gère les
horodateurs de 450 villes.
Mais la réforme fait aussi décoller le
recours aux applications qui permettent
de payer sa place par smartphone. Dans
la capitale, trois opérateurs - PayByPhone, ParkNow et Whoosh - se partagent ce juteux marché en expansion.
Les avantages de ces « horodateurs de
poche » sont multiples, par exemple en
permettant d’ajouter des « pièces » à
distance. Une aide inespérée quand on
“
Depuis la réforme,
nombre de personnes
sont totalement perdues.
Notre cabinet est devenu
un centre d’assistance !
ME MORAND-LAHOUAZI, AVOCAT
”
avocats, Me Jean-Alexandre Cano, qui a
eu à connaître un dossier dans lequel
l’automobiliste a obtenu gain de cause.
Alors que celui-ci était garé dans le
XIIIe arrondissement, l’agent verbalisateur, qui était dans le Ve, a indûment
infligé un FPS plus onéreux : 50 euros
au lieu de 35 euros. « C’est le problème
des rues à cheval sur deux arrondissements et pour lesquels les montants des
FPS sont différents », note l’avocat, qui
dénombre aujourd’hui 200 recours par
mois devant la CCSP. Une goutte d’eau
par rapport aux près de 2 millions de
FPS distribués depuis janvier à Paris.
Mais alors que les villes s’appuient
sur des spécialistes du droit pour se
défendre, les particuliers, eux, saisissent la CCSP sans soutien. Pour défendre quelques dizaines d’euros, recourir
à un avocat serait, en effet, trop coûteux. Les parties ne se présentent donc
pas à armes égales devant la nouvelle
juridiction.
Toutefois, quelques rares particuliers
font appel à des conseils. Me Yakouti et
son confrère Me Morand-Lahouazi,
tous deux du même cabinet, ont ainsi
épaulé quelques automobilistes. « Mais
surtout, on nous appelle pour nous demander de simples renseignements :
comment trouver une adresse, un formulaire. Depuis la réforme, nombre de personnes sont totalement perdues », indique ce dernier. « Notre cabinet est
devenu un centre d’assistance ! » ■ A. N.
est coincé dans la salle d’attente du médecin… À l’inverse, si par bonheur on en
sort plus vite que prévu, « on peut récupérer une partie de la somme versée pour
payer le juste prix », fait-on valoir chez
PayByPhone, le leader français.
Alerte en cas de dépassement
« Si on ne fait pas attention à l’heure et
qu’on risque le dépassement, on reçoit une
alerte », indique-t-on chez Whoosh.
Autre intérêt : l’application permet dans
certaines villes de payer son FPS (exPV) qui, lorsqu’il est réglé sans tarder,
est minoré. Enfin, tous ces systèmes
permettent de conserver les traces de
notre vie d’automobiliste. En cas de
contestation du PV, le conducteur doit
apporter la preuve de ce qu’il avance.
Toutefois, nombre d’usagers ne sont
pas encore familiarisés avec ce mode de
paiement. « Les personnes actives, à l’aise
avec les outils urbains, correspondent au
profil des utilisateurs », note-t-on chez
ParKnow. Peu commode et toujours situé loin de la voiture en cas d’averse,
l’horodateur devrait rester quelques années encore dans nos rues. ■
A. N.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
L’accès au mont Blanc désormais limité
Pour éviter la surfréquentation du toit de l’Europe, seuls 214 alpinistes par jour pourront tenter l’ascension.
et de fortes tensions entre le gardien et les
hôtes n’ayant pas de réservation, commente Jean-Marc Peillex. Nous avons dû
demander l’intervention des gendarmes.
Nous ne pouvions pas en rester là. Il fallait
trouver une solution durable ».
ÉRIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
GREGORY YETCHMENIZA/PHOTOPQR/LE DAUPHINE
“
La surfréquentation du mont Blanc et de ses refuges (ci-dessus, celui du Goûter) a créé des troubles à l’ordre public, cet été.
Ce phénomène s’est accentué au cours
des dix dernières années, remarque une étude
publiée par l’Insee.
AUDE BARIÉTY abariety@lefigaro.fr
DÉMOGRAPHIE « Les Français font
plutôt des bébés hors mariage », titrait déjà Le Figaro en 2008. L’année
précédente, pour la première fois
dans l’Hexagone, plus d’un nouveau-né sur deux était issu d’un couple non marié. En 10 ans, cette tendance n’a cessé de se confirmer. Et
l’année 2017 ne fait pas exception :
l’an dernier, 60 % des 770 000 bébés
nés en France avaient des parents
non mariés, selon une étude de
l’Insee parue mardi.
« La diffusion du Pacs (pacte civil de
solidarité) et des unions libres, au détriment du mariage, ainsi que le recul de
l’âge du mariage ont rendu les naissances hors mariage majoritaires » dès le
milieu des années 2000, souligne
l’étude. « Celles-ci ont pendant longtemps été perçues comme contraires
aux normes sociales et les conceptions
hors mariage donnaient souvent lieu à
un mariage peu après la conception. Les
naissances hors mariage sont doréna-
« La diffusion du Pacs et des unions
libres ont rendu les naissances hors
mariage majoritaires », souligne
une étude réalisée par l’Insee.
EDITHRUM/STOCK.ADOBE.COM
vant le fait de couples stables », poursuit l’Insee.
Cette prépondérance des enfants nés
de parents non mariés n’est pourtant
pas la norme dans l’Union européenne
où, en moyenne, 57,2 % des bébés sont
issus de couples mariés.
“
Les naissances hors
mariage sont dorénavant
le fait de couples stables
UNE ÉTUDE DE L’INSEE
”
Avec ses 60 %, la France détient
même le record des naissances hors
mariage dans l’UE. En Slovénie, en
Bulgarie, en Estonie, en Suède, au Danemark, au Portugal et aux Pays-Bas,
les parents de plus d’un enfant sur
deux ne sont pas mariés. En revanche,
c’est le cas de moins d’un bébé sur
cinq en Croatie et à Chypre, et même
de moins d’un bébé sur dix en Grèce !
En France, ces naissances hors mariage sont plus fréquentes chez les jeunes. Plus les couples sont âgés, moins
elles sont fréquentes. Lorsque la mère
est âgée de moins de 25 ans, 79,8 % des
enfants naissent hors mariage. Cette
proportion baisse à 57,1 % lorsque la
mère a entre 25 et 39 ans, et à 52,8 %
lorsque la mère a plus de 40 ans.
« Les naissances hors mariage sont
les plus fréquentes dans les départements et régions d’outre-mer », note
par ailleurs l’Insee : 9 naissances sur 10
en Guyane et à Mayotte, 8 sur 10 en
Guadeloupe, en Martinique et à La
Réunion. En métropole, c’est en Bretagne que le phénomène est le plus fort
(69 %), et en Île-de-France qu’il est le
moins répandu (entre 40,4 % dans les
Hauts-de-Seine et 47 % à Paris).
À noter enfin que le phénomène des
naissances hors mariage en France
varie fortement en fonction de la nationalité des mères. Il s’agit d’« une
pratique courante pour les mères de
nationalité française, africaine (hors
Maghreb), américaine ou océanienne », souligne l’Insee. En revanche, la
part des naissances hors mariage
s’établit seulement à 5 % chez les Tunisiennes, 9,4 % chez les Marocaines,
10 % chez les Turques et 10,4 % chez
les Algériennes. ■
U
de capacité dont 6 jours de suite (du 7 au
12 juillet, NDLR) avec un pic à 140 personnes », rappelle-t-on à la préfecture
d’Annecy. Une situation que ne veulent
plus revivre les pouvoirs publics ni les
professionnels de la montagne. « Cela a
créé des problèmes de sécurité, d’hygiène
Même si les modalités pratiques de cette
nouvelle réglementation restent à définir,
des pistes se dessinent. Ce permis ou laissez-passer pourrait être délivré par l’office du tourisme de Saint-Gervais. Par
ailleurs, pour faire appliquer ces nouvelles
conditions, le maire de la commune envisage « la création d’une brigade blanche ou
verte qui aurait le pouvoir de faire respecter
la loi et dresser des procès-verbaux en cas
d’infraction ». Cette police assermentée
serait située au départ du train menant au
pied de l’ascension du sommet le plus haut
d’Europe (4 809 mètres). Par ailleurs, cela
implique la création d’une plateforme
commune de réservations de lit dans l’un
des trois refuges. Un nouveau contexte qui
devrait rendre le mont Blanc plus paisible.
Quelque 25 000 touristes s’y sont rendus
cette année contre 20 000 en 2017. ■
EA
En 2017, six bébés
sur dix sont nés hors
mariage en France
qui passe par Saint-Gervais, car c’est la
moins compliquée techniquement. La
surfréquentation a créé des troubles à
l’ordre public cet été. Le célèbre refuge
du Goûter, de forme ovoïde, a été totalement saturé. « Le début de saison a été
marqué par 12 jours sur 27 de dépassement
”
JEAN-MARC PEILLEX, MAIRE DE SAINT-GERVAIS
UV
tée », indique-t-on à la préfecture de
Haute-Savoie.
Avec cette nouvelle codification, tout
le monde ne pourra avoir accès au mont
Blanc en même temps. À la belle saison,
environ 300 personnes s’engagent quotidiennement par « la voie royale », celle
Nous limitons l’accès
au mont Blanc en fonction
du nombre de places
disponibles dans
les trois refuges
NO
MONTAGNE Enfin ! Le maire de SaintGervais peut souffler. Après quinze années de combat acharné pour sauver l’intégrité du mont Blanc qui se situe sur sa
commune, il a eu gain de cause. Afin que
la montagne reste à l’état pur et ne se
transforme en une vaste décharge à ciel
ouvert, de nouvelles règles du jeu vont
être mises en place dès l’été prochain.
« Après une réunion de deux heures à la
préfecture d’Annecy ce lundi soir, nous
sommes tombés d’accord sur le principe de
limiter l’accès au mont Blanc en fonction du
nombre de places disponibles dans les trois
refuges qui se situent au Goûter, à Tête
Rousse et au Nid d’aigle », explique JeanMarc Peillex.
Le principe de cette réglementation a
été acté par les partenaires concernés tel
le peloton de gendarmerie de haute montagne de Chamonix ainsi que les compagnies de guides. « Il s’agit d’une décision
consensuelle. On distribuera aux alpinistes
un document, c’est-à-dire une forme de
permis, pour qu’ils puissent s’engager vers
le mont Blanc à condition qu’ils aient une
nuitée dans l’un de ces trois établissements. Ils peuvent accueillir 214 personnes
par jour. Cela leur laissera la possibilité de
faire l’ascension à leur rythme ». « Pour
les alpinistes aguerris, une minorité, ils devront faire une déclaration sur l’honneur
qu’ils peuvent faire l’ascension sans nui-
fr
l
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
SOCIÉTÉ
11
« Frugalisme » :
ces Français
qui choisissent
de vivre de peu
Importé des États-Unis, ce mode de vie
séduit des jeunes actifs, qui décident
de travailler moins, quitte à gagner moins.
CLOTILDE COSTIL£@ClotildeCostil
TENDANCE Un beau matin, Éric s’est
fait une raison. Lassé par la routine de
ses journées de courtier, le gris des buildings de la Défense, le café trop serré de
la machine et ce rythme métro-boulotdodo qui n’en finissait pas, il a décidé de
tout plaquer.
En 2017, à l’aube de la redoutée « crise
de la quarantaine », Éric et sa compagne
Sophie ont rejeté en bloc leur vie à cent à
l’heure. « Nous avions un fils, de nouvelles priorités, des envies différentes », expliquent-ils. La jeune mère de famille
renonce à l’architecture d’intérieur. Son
époux quitte son poste mais sans se dé-
tourner complètement de la finance. À
40 ans, Éric et Sophie prennent leur retraite anticipée. Ils sont devenus tenants
du frugalisme
Ce mode de vie touche de plus en plus
d’Occidentaux, notamment aux ÉtatsUnis, et débarque progressivement en
France. Objectif : accumuler le plus rapidement possible un capital afin de se
retirer de la vie active et de retrouver un
mode de vie plus sain, loin du consumérisme. À l’annonce de ce nouveau choix
de vie, leur entourage ne comprend pas
et s’interroge : « Quelles seront désormais vos sources de revenus ? » Réponse :
« Nos économies, nos placements et, surtout, nos investissements en Bourse. »
C’est là où le passé professionnel d’Éric
Après avoir accumulé le plus rapidement possible un capital, des quadragénaires choisissent de se retirer de la vie active
pour retrouver un mode de vie plus sain, loin du consumérisme. GILLES ARROYO/GOODLUZ/STOCK.ADOBE.COM
intervient. « J’ai eu la chance de bien gagner ma vie en tant que trader, ce qui m’a
permis de mettre suffisamment d’argent
de côté pour le réinvestir ensuite. »
C’est aussi l’objectif que s’est fixé Bertrand, créateur du site revenusetdividendes.com. À 46 ans, il est indépendant financièrement depuis deux ans. Sa
méthode ? Des investissements boursiers dans les actions en dividendes sur
les marchés français et américains. Ce
père de famille a eu auparavant une vie
professionnelle bien fournie. Tour à tour
salarié, travailleur indépendant, puis
chef d’entreprise, Bertrand a finalement
fait le choix d’être rentier. « Certes,
j’avais la certitude d’avoir un salaire qui
tombe à la fin du mois en étant salarié,
présente
Exceptions de la langue
française : certains Belges
les détestent, mais nous,
on les adore !
Jean-Loup Chiflet nous entraîne dans une nouvelle
promenade passionnante, surprenante, érudite et
humoristique à travers les exceptions, bizarreries
et autres étrangetés qui font tout le charme
de la langue française.
Collection‘‘Mots & Cætera’’
Pour aller plus loin dans la découverte de la langue française.
12
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EN VENTE ACTUELLEMENT
Disponible chez tous les marchands de journaux
et sur www.figarostore.fr
mais j’étais dépendant d’un patron. Même
chose pour la vie de chef d’entreprise, qui
m’obligeait à dépendre des clients. Mon
nouveau train de vie m’a libéré de tout
cela. » Désormais, Bertrand passe 50 %
de son temps en vacances, à raison de
12 semaines par an, ajouté à cela tous les
mercredis consacrés aux enfants. Seuls
deux jours de la semaine sont dédiés à
l’achat d’actions en Bourse et au partage
de sa méthode sur son site. Avec
3 000 euros de revenus et un capital
doublé en l’espace de quatre ans, il
considère qu’il vit confortablement.
« J’ai commencé mes investissements en
2012 avec un capital de départ de
300 000 euros et la vente de mon appartement. J’ai gagné entre début 2012 et fin
2016 exactement 238 465 euros », précise-t-il. Ce petit pactole ne restera jamais
au chaud. « Si j’ai 500 euros disponibles,
je ne vais pas l’investir dans des meubles
ou objets superflus. » De même ne possède-t-il plus de voiture, « inutile » à son
goût.
Le minimalisme, composante du frugalisme, incite ces familles à rogner sur
leurs consommations et à vivre « frugalement », parfois même en autosuffisance. Bertrand songe par exemple à
créer son propre potager d’ici quelques
mois. « Afin d’atteindre une indépendance financière, il est nécessaire d’adopter
une attitude financièrement “raisonnable”, basée sur la prévision et la maîtrise
de ses dépenses », explique Éric. À coups
de tableaux Excel et de calculs sur le
long terme, le ménage évalue désormais
ses dépenses et anticipe au mieux. « Ma
compagne calcule pour les dépenses alimentaires un “panier food ” mensuel de
1 100 euros, qui comprend tous les repas
sur un mois, n’intégrant que des produits
“
Il est important
de rappeler que
ce mouvement touche
en premier lieu les classes
moyennes, voire
les classes supérieures
”
ANNY PARISE, SPÉCIALISTE DES MODES
DE CONSOMMATION ET ANTHROPOLOGUE
À L’UNIVERSITÉ DE LAUSANNE
simples et locaux, un peu de poisson,
beaucoup de légumes, mais très peu de
viande », précise Éric. « Nous nous autorisons tout de même deux tablettes de
chocolat noir par semaine », ironise la
mère de famille. Dans la salle de bains, le
savon de Marseille remplace désormais
les gels douche au paraben. « Le mois de
juin, avec les différentes invitations à la
maison, les goûters d’anniversaire de
mon fils avec ses camarades, a par
ailleurs fait exploser le budget », regrette-t-elle. Les vacances de la famille sont
aussi révisées avec en priorité le choix
de destinations plus locales : « La France
possède aussi de très jolis coins », argumente Éric. Enfin, pour la garde-robe,
réduite au strict minimum, la famille
achète « moins mais mieux ». Conscients
des nouvelles contraintes que ce modèle
de vie leur impose, Éric et Sophie retiennent surtout ces nouvelles activités
auxquelles ils se consacrent désormais :
les livres, le sport…
« Ces tendances émergentes disent
beaucoup de la société actuelle », analyse
Fanny Parise, spécialiste des modes de
consommation et anthropologue à
l’université de Lausanne. « Dans les
deux cas, l’argent et le fait de consommer
ne sont plus des fins en soi, mais des
moyens d’atteindre un mode de vie plus
vertueux »,
précise-t-elle,
avant
d’ajouter : « L’idéologie du culte de la
performance comme réussite sociale est
en train de disparaître, parce que les individus se sont retrouvés face à leurs propres échecs : épuisement professionnel,
qualité de vie qui baisse, aspiration nou-
velle. » Le frugalisme est-il pour autant
atteignable par tout un chacun ? Ce
mouvement a-t-il du sens pour des gens
aux revenus déjà modestes ? Certes, une
attention massive est portée à la
consommation de produits sains, faits
maison. De grandes enseignes alimentaires ou de bricolage surfent sur ce courant mainstream et proposent par
exemple des espaces « Do-it-yourself ».
« Pas si sûr que le mode de vie soit aussi
satisfaisant pour des individus ayant de
petits revenus. Il est important de rappeler que ce mouvement touche en premier
lieu les classes moyennes, voire les classes
supérieures », souligne encore Fanny
Parise.
Reste que cette forme de retraite anticipée est assez mal considérée en France. C’est en tout cas ce dont Bertrand
s’était rendu compte lorsqu’il avait proposé à son banquier de se porter garant
dans le cadre d’un emprunt étudiant
pour sa fille. « Mes parents ont finalement
assumé la caution à ma place. Le banquier
ne croyait pas que je puisse gagner ma vie
sur mes rentes boursières. C’est mal vu de
ne pas travailler », regrette-t-il. ■
ZOOM
Jugée pour avoir lâché
son bébé du 7e étage
Une femme de 34 ans est jugée aux
assises à Paris pour la mort de son
bébé, qu’elle a lâché du 7e étage
d’un immeuble. L’enfant avait
été conçu avec un homosexuel
par une « insémination artificielle
artisanale ». Les parents s’étaient
rencontrés via un site Internet
mettant en relation des personnes
souhaitant avoir un enfant.
Le père s’est constitué partie
civile, ainsi qu’un autre homme,
également homosexuel,
avec lequel cette femme avait
eu auparavant un autre bébé,
via le même site Internet.
EN BREF
Corse : prison requise
contre Charles Pieri
La procureur de Bastia a requis
mardi 5 mois d’emprisonnement
et 15 000 euros d’amende contre
la figure du nationalisme corse
Charles Pieri, jugé pour
un message Facebook insultant
la veuve du préfet Érignac.
Ce message, qui la comparaît
notamment aux « femmes
françaises ayant eu des relations
sexuelles avec des soldats
allemands pendant la Seconde
Guerre mondiale », avait été publié
après une cérémonie d’hommage
au défunt préfet, assassiné vingt
ans plus tôt.
À Marseille, un homme
tué par balle
Un homme a été tué par balle
lundi soir dans une épicerie
du centre de Marseille où il s’était
réfugié. L’auteur du meurtre,
un homme seul d’après les
premiers témoignages, était
en fuite mardi matin.
Coquilles Saint-Jacques :
la marine française mobilisée
La marine française est « prête
à intervenir » pour éviter des
« heurts » entre pêcheurs français
et britanniques, en conflit sur
les zones de pêche de la coquille
Saint-Jacques, a déclaré mardi le
ministre français de l’Agriculture
et de la Pêche, Stéphane Travert.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
12
SCIENCES
Première étude sur l’alcoolisation fœtale
On relève en moyenne un cas par jour de trouble du développement lié à la prise d’alcool pendant la grossesse.
DAMIEN MASCRET £@dmascret
SANTÉ PUBLIQUE Voilà des années que
les messages répètent qu’il ne faut pas
boire d’alcool pendant la grossesse.
Logiquement, puisque les dégâts sur le
développement de l’embryon et du
fœtus sont largement connus scientifiquement, quel que soit le stade de la
grossesse, y compris dans les premières semaines (voir infographie). Ils sont
très variés selon les cas et regroupés
sous l’expression « troubles causés par
l’alcoolisation fœtale » (TCAF) ou syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF)
dans leur forme la plus sévère.
Pourtant, en dépit de l’enjeu de santé publique que représente la prise
d’alcool pendant la grossesse, notamment dans ses formes nouvelles
d’ivresse aiguë (binge drinking), on ne
disposait pas, jusqu’à récemment, de
chiffres précis sur ce qui se passe en
France. Mais Santé publique France a
publié mardi des données d’hospitalisation portant sur la période 20062013. « Le syndrome d’alcoolisation
fœtale est la première cause de handicap
mental non génétique et d’inadaptation
sociale de l’enfant en France, car l’alcool
traverse le placenta et est toxique pour
le
bébé »,
remarque
François
Bourdillon, le directeur de l’organisme
public.
“
J’ai accouché d’un bébé
qui pesait 2 kg et mesurait
46 cm. On m’a juste dit
qu’elle devait avoir eu un
retard de croissance
CAROLINE, MÈRE DE JANIS*
Le développement des principaux organes est impacté par la consommation d’alcool
Le cœur
Les reins
La tête et le visage
Le cerveau
Retard de croissance
Le cerveau
Communications
anormales entre les
cavités cardiaques.
Trop petits,
rétrécissement des
voies excrétrices, etc.
Nombreuses
anomalies possibles :
yeux, nez, oreilles…
Globalement plus petit
que la normale, anomalies
de structures.
Souvent global, à la fois
pour la taille, le poids et
le périmètre crânien.
Troubles du
développement.
LORS DE L’ALLAITEMENT
Infographie
dent de SAF France, qui organise un
Safthon (dons ouverts au 0800 119 120)
les 8 et 9 septembre sur le modèle du
Téléthon. « Et surtout, ce n’est que la
partie émergée de l’iceberg, car cela ne
prend en compte que les formes d’atteinte importantes, souligne le pédiatre
de La Réunion, mais les formes moins
marquées sont de véritables bombes à
retardement qui explosent à l’âge scolaire : troubles de l’attention, des
apprentissages, du comportement, difficultés d’adaptation sociale, manque
d’autocontrôle, etc. »
« C’est un risque majeur de perturbation du développement de l’enfant, et
il n’a pas forcément la place qu’ont les
autres [génétique et accidentel, NDLR]
dans notre système de santé », estime le
neuropédiatre David Germanaud, à
l’hôpital Robert-Debré à Paris. Il plaide
aussi pour un meilleur suivi des fem-
Toute la France est touchée
pour 1 000 naissances par région
0,9
HAUTENORMANDIE
PICARDIE
BASSENORMANDIE
0,42
1,02
0,53
ÎLE-DEFRANCE
0,31
BRETAGNE
0,52
Pour 1 000 naissances
Moins de 0,3
De 0,3 à 0,5
De 0,5 à 1
Plus de 1
NORD-PASDE-CALAIS
FRÉQUENCE DES TROUBLES ET SYNDROMES
D’ALCOOLISATION FOETALE
”
Selon les bases de données médicoadministratives, on a diagnostiqué
chez 3 207 enfants un trouble causé par
l’alcoolisation fœtale au cours de la période étudiée, « soit environ un enfant
par jour », observe Nolwen Regnault,
épidémiologiste et coordinatrice du
programme de surveillance de la santé
périnatale à Santé publique France,
« et environ un par semaine avec un
SAF », soit 452 enfants entre 2006 et
2013.
« Ce sont des données a minima puisqu’elles ne concernent que le premier
mois suivant l’accouchement, mais elles
ont le mérite d’exister enfin », explique
au Figaro le Dr Denis Lamblin, prési-
DURANT TOUTE LA GROSSESSE
EN DÉBUT DE GROSSESSE
PAYS DE
LA LOIRE
CENTRE
0,74
0,28
0,9 LORRAINE
CHAMPAGNE- 0,78
ARDENNE
BOURGOGNE
0,41
0,36
GUADELOUPE
0,68
MARTINIQUE
POITOUCHARENTES
0,51
LIMOUSIN
0,43
ALSACE
FRANCHECOMTÉ
RHÔNEALPES
0,76
AUVERGNE
0,13
0,76
0,23
AQUITAINE
GUYANE
0,3
RÉUNION
0,44
MIDIPYRÉNÉES
0,66
PROVENCEALPESCÔTE D'AZUR
0,33
1,22
Source : Santé publique France
0,32
LANGUEDOCROUSSILLON
CORSE
0,17
mes ayant une consommation à risque
pendant la grossesse : « On sait qu’elles
n’arriveront pas à zéro alcool, mais il
faut les aider et les accompagner. »
Et puis peut-être faudrait-il aussi
briser le tabou qui entoure la consommation d’alcool lorsqu’une femme essaie d’avoir un enfant. La campagne
« rappelle aux femmes qu’elles ont le
libre choix de consommer de l’alcool
mais que ça comporte des risques », fait
Zéro alcool pendant
la grossesse
Pour sensibiliser au syndrome
d’alcoolisation fœtale, Santé
publique France lance le
9 septembre, une nouvelle
campagne : « Parce qu’aujourd’hui
personne ne peut affirmer
qu’un seul verre soit sans risque
pour le bébé : par précaution,
zéro alcool pendant la grossesse. »
Une initiative utile puisque seul
un Français sur quatre sait qu’il n’y a
pas de consommation d’alcool sans
risque pendant la grossesse
(enquête BVA 2015 pour Santé
publique France).
Outre le numéro d’appel non surtaxé
d’Alcool Info Service 0 980 980 930
à partir duquel on peut poser
directement ses questions 7 jours
sur 7 de 8 heures à 2 heures du
matin, les femmes qui auraient
besoin d’un soutien plus appuyé
trouveront également sur le site
alcool-info-service.fr un annuaire
des structures d’aide spécialisée
proches de leur domicile.
D. M.
Infographie
valoir Caroline Marcel-Orzechowski,
chargée de la campagne de Santé publique France.
Caroline n’a pas eu cette chance. Elle
avait 19 ans lorsqu’elle a appris qu’elle
était enceinte. « J’étais jeune, je faisais
la fête et je buvais jusqu’à une bouteille
de whisky le week-end, raconte-t-elle
au Figaro, on nous avait appris à l’école
à enfiler une capote sur une banane mais
personne n’a jamais pensé à nous mettre
en garde contre l’alcool. »
« J’ai accouché d’un bébé qui pesait
2 kg et mesurait 46 cm. On m’a juste dit
qu’elle devait avoir eu un retard de
croissance [un signe fréquent, NDLR],
mais j’ai remarqué tout de suite qu’il y
avait quelque chose qui clochait : elle
n’avait pas de cils, pas de sourcils, pas
d’ongles. » Le début d’une longue errance diagnostique en dépit de la multiplication de signes de retard (marche,
propreté), de difficultés d’alimentation, d’apprentissage, d’émotivité.
Aujourd’hui, Janis*, la fille de Caroline, a 17 ans. Elle entre en terminale
mais conserve des troubles importants
qui nécessitent une organisation familiale sans faille et des aménagements
scolaires. « L’équipe pédagogique est
exceptionnelle. Toutes les tâches de Janis doivent être soigneusement décomposées et répétées des dizaines de fois »,
raconte Caroline qui vit dans un petit
village. Elle aimerait que le syndrome
d’alcoolisation fœtale ne soit plus tabou et que le diagnostic soit posé plus
tôt (seules les formes sévères sont repérées à la naissance). Elle voudrait
surtout que les jeunes filles soient
mieux informées qu’elle ne l’était.
« J’aime ma fille mais j’aurais tellement
voulu lui éviter tout cela. C’est si simple
quand on sait comment faire. » ■
*Le prénom a été changé.
Un trou de perceuse à l’origine de la fuite dans l’ISS
Les agences spatiales ont un instant soupçonné un impact de micrométéorite,
avant qu’un responsable russe ne reconnaisse une origine humaine.
CYRILLE VANLERBERGHE£@cyrillevan
ESPACE Les six astronautes à bord de la
Station spatiale internationale ont eu un
réveil inattendu le 30 août dernier. Les
centres de contrôle de Houston et de
Moscou leur ont appris que leur vaisseau
perdait de l’air dans le vide, et qu’ils devaient trouver et réparer la fuite. Une situation de crise qui n’a pas provoqué de
panique à bord : la perte de pression détectée par les équipes des centres de
contrôle américain et russe était très lente, et la Station avait à ce rythme dixhuit jours de réserve d’air. Les contrôleurs ont d’ailleurs laissé dormir les
astronautes, considérant que la dépressurisation était trop lente pour présenter
un danger immédiat.
Bien entraînés à ce type de crise, les
astronautes n’ont pas tardé à trouver
l’origine de la fuite : le vaisseau Soyouz
MS-09, amarré au segment russe du
grand laboratoire orbital. Il ne s’agit
heureusement que d’un petit trou de
2 mm de diamètre dans le module orbital, la partie haute du vaisseau. En attendant une réparation, le spationaute allemand Alexander Gerst, de l’Agence
spatiale européenne, a d’abord mis le
doigt sur le trou pour colmater la fuite.
Un ruban autocollant renforcé prend en-
Le trou était-il déjà
présent quand le Soyouz
MS-09 a décollé de
Baïkonour avec trois
occupants à bord ?
suite le relais, avant un colmatage plus
sérieux et plus définitif effectué par le
Russe Sergueï Prokopiev avec de la résine d’époxy, à solidification rapide. La réparation est pour le moment efficace,
puisque les instruments de bord ne détectent plus aucune perte de pression,
même lente.
En premier lieu, Dmitri Rogozine, le
patron de l’agence spatiale russe Roskosmos, a expliqué aux médias que la fuite
avait probablement été provoquée par
un impact d’une micrométéorite avec la
Station. Un événement très possible, car
si les débris d’origine humaine sont soigneusement suivis en orbite, il est en revanche impossible de prévoir la chute
d’une minuscule météorite. Mais, avec
quelques jours de recul, on sait désormais que la météorite était une fausse
piste : le problème a été provoqué par un
trou de perceuse malencontreux dans la
coque, a finalement reconnu Dmitri
Rogozine ! Le petit trou dans la coque en
aluminium est en effet accompagné par
des éraflures dans la peinture caractéristiques d’un mandrin qui a malencontreusement touché la paroi.
Par chance, ce trou dans la coque a été
repéré dans le module orbital du Soyouz,
la partie sphérique à son sommet, et non
pas dans la capsule qui va servir aux astronautes pour redescendre sur Terre, et
Le trou dans la coque a été repéré dans le module orbital du vaisseau russe Soyouz
MS-09 (à gauche, ici photographié par la Nasa, le 24 juin dernier). NASA/AP
qui doit résister à un très fort échauffement en rentrant à 28 000 km/h dans
l’atmosphère. En revanche, le trou étaitil déjà présent quand le Soyouz MS-09 a
décollé de Baïkonour avec trois occupants à bord ? C’est très possible, dans
l’hypothèse d’un incident lors de l’assemblage du vaisseau : un technicien
russe a pu tenter de camoufler sa bêtise
en rebouchant le trou. Mais Dmitri Rogozine n’exclut pas que le forage ait été fait
intentionnellement en orbite ! Un scénario improbable qui ressemble plus à un
moyen de disculper une éventuelle défaillance russe dans le processus de
contrôle qualité avant un vol habité. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
SPORT
13
Blaise Matuidi : « Même les personnes
âgées me reconnaissent »
Le milieu de terrain des Bleus s’est confié au « Figaro » sur son nouveau statut de champion du monde.
de. Pour moi, arrêter là-dessus, ce
n’était pas possible. J’ai envie de
continuer l’aventure jusqu’à
l’Euro 2020 avec ce groupe et
après on verra. J’ai conscience que
je suis capable de faire de bonnes
choses, j’évolue dans un très
grand club et je reste compétitif.
Et puis, à 31 ans, on n’est pas si
vieux que ça. Le Mondial dans
quatre ans au Qatar, ça me semble
un peu loin, même si dans le football il ne faut fermer aucune porte.
Il y a des super-exemples de longévité, mais il faut aussi avoir
conscience qu’il y a du très haut
niveau derrière avec les jeunes qui
poussent au milieu.
PROPOS RECUEILLIS PAR
BAPTISTE DESPREZ £@Batdesprez
LE FIGARO. - Est-ce que votre vie
a changé ?
Blaise MATUIDI. - Oui. J’ai vécu
un été fabuleux, magique. J’avais
la banane tous les jours. Voir le
sourire des gens procure une sensation inimaginable. C’est un pouvoir intense et fort. Comment tu
ne peux pas être fier ? Avant
d’être des joueurs de foot, on reste
des hommes. On a touché tout un
pays, et dès notre arrivée en France, on a pris une gifle. Il faut en
profiter, car c’est rare et cela n’arrive pas à tout le monde.
Avez-vous pris la grosse tête
cet été ?
Non. Je reste le même et ma famille est là pour me le rappeler.
Nous sommes des privilégiés, mais
c’est vrai qu’il a été difficile de revenir sur terre. Pendant tout l’été,
j’ai plané. Après, quand tu reviens
à la Juventus, tu remets les pieds
sur terre rapidement. Même si je
suis arrivé en bombant le torse
dans le vestiaire. Attendez, j’avais
deux étoiles sur le maillot, il fallait
représenter le pays (sourire).
Est-ce qu’il y a des choses que vous
ne pouvez plus faire au quotidien ?
Sans prétention, j’étais déjà une
personne assez reconnue, mais là
c’est incomparable. Même les
personnes âgées me reconnaissent
(rires). Ce qui m’a marqué, c’est
qu’aux États-Unis, on m’a reconnu aussi. On a passé des vacances
en famille et certains Américains
m’ont arrêté dans la rue, alors que
ce n’est pas le sport numéro un làbas. Tu prends conscience que tu
es champion du monde. De la planète et pas seulement de ton quartier ou de ton pays.
Quelle est la marque d’affection
qui vous a le plus touché durant
l’été ?
On a fait une réception en France,
avec pas mal de monde entre amis
et famille. Forcément, il y avait du
bruit et une personne a sonné à la
porte pour s’en plaindre. J’ai
ouvert et dès qu’elle m’a vu, elle a
fondu en larmes. Cette dame avait
plus de 80 ans et m’a remercié
Blaise Matuidi,
à son arrivée
à Clairefontaine,
le 3 septembre.
SZWARC HENRI/ABACA
pour le bonheur qu’on avait procuré. Il n’y a que le football qui
peut procurer de telles émotions
intergénérationnelles.
Vous êtes-vous fait un plaisir
personnel après ce titre ?
Oui, on a craqué pour un road trip
aux États-Unis avec ma femme et
mes trois enfants. On a commencé
au Mexique à Cancun, puis après
Los Angeles, Las Vegas et enfin
New York. On en avait besoin et
c’était important de se ressourcer
en famille.
Vos enfants se rendent-ils compte
que leur papa est champion
du monde ?
Ils voient la Coupe du monde tous
les jours à la maison. J’ai une réplique et s’ils ont le droit de toucher, il faut faire attention car
elle est lourde. Interdiction de la
casser.
Bio
EXPRESS
J’ai gagné en expérience. Mon
statut a changé et celui de l’équipe aussi. Après, le garçon que je
suis reste le même. Je suis et je
reste une personne simple. C’est
uniquement le regard des gens qui
évolue.
9 avril 1987
Naissance à Toulouse
23 novembre 2004
Début en
professionnel
à Troyes en Ligue 2
7 septembre 2010
1re sélection avec
l’équipe de France
contre la Bosnie
12 mai 2013
Champion de France
avec le Paris SG
15 juillet 2018
Champion du monde
avec l’équipe
de France
Avez-vous envie de vous servir
de ce nouveau statut pour rendre
encore plus visible votre
engagement associatif ?
Un peu, forcément. Pour moi, c’est
important, ça me tient à cœur. Je
veux faire prendre conscience aux
gens de certaines choses, d’être
plus en alerte (son association, les
Tremplins Blaise Matuidi, vient en
aide aux enfants en difficulté dans le
monde entier, NDLR). Un concert
sera organisé le 22 octobre à la Cigale à Paris, 100 % des bénéfices
seront reversés à l’organisme. Et si
mon aura peut aider, je ne vais pas
me priver.
En quoi Blaise Matuidi a-t-il
changé ?
En Russie, vous répétiez votre
bonheur de vivre avec les Bleus.
Pour moi, arrêter
là-dessus, ce
n’était pas possible.
J’ai envie de
continuer l’aventure
jusqu’à l’Euro 2020
avec ce groupe
et après on verra
»
Vos partenaires vous ont-ils
manqué cet été ?
Ce sont mes frères, et quand tu ne
les vois pas pendant un moment,
ils te manquent. Tous les instants
de partage, dans le bus, les vestiaires, aux entraînements, à table…
Ça m’a manqué, et là, de les retrouver, ça nous a rendus tous
heureux.
À 31 ans, avez-vous hésité
à reprendre avec les Bleus et à
ne pas finir sur ce titre mondial ?
Je n’ai pas hésité une seule secon-
Le temps se gâte pour Roger Federer
Privé de magie, le Suisse a été surpris par l’Australien John Millman en huitièmes de finale de l’US Open.
magicien. La recette ne produit pas cette
année les mêmes effets. Lauréat de
l’Open d’Australie en janvier, Roger Federer avait, après avoir fait l’impasse sur
Roland-Garros, été surpris en quarts de
finale à Wimbledon par le Sud-Africain
Kevin Anderson. Le n° 2 mondial descend
du dernier Grand Chelem de l’année,
scotché dès les 8es de finale, lui qui rêvait
dix ans après son cinquième et dernier titre à New York d’une nouvelle couronne.
Pour la première fois depuis 2003, il n’y
aura pas de Suisse en quarts de finale de
l’US Open.
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
Assommé par la chaleur
EDUARDO MUNOZ ALVAREZ/AFP
TENNIS Les yeux braqués sur le quart de
finale royal devant opposer Roger Federer
à Novak Djokovic, New York masquait
mal son impatience depuis le tirage au
sort. Le duel serait le match à ne rater sous
aucun prétexte. Surpris 3-6, 7-5, 7-6
(9/7), 7-6 (7/3) en 3 h 34 par l’Australien
John Millman (29 ans, 55e mondial, professionnel depuis 2006, 47 victoires pour
58 défaites sur le circuit ; aucun titre ATP,
neuf matchs victorieux en treize tournois
du Grand Chelem, avant l’US Open), le
légendaire Suisse ne sera pas au rendezvous. Lui qui ne s’était jamais incliné à
l’US Open contre un joueur classé au-delà
de la 50e place mondiale. Federer, métronome déréglé une nuit de forte chaleur,
encaissant, liquéfié, sa sixième défaite en
trente-sept matchs.
Un gros coup de massue sur la tête du
chasseur de records qui, ces derniers
mois, a pris l’habitude de se produire
avec parcimonie (neuf tournois disputés
cette année ; trois titres : à Melbourne,
Rotterdam et Stuttgart). Un rythme qui,
en 2017, lui avait permis de combiner
fraîcheur et réussite maximum (sept titres, dont deux du Grand Chelem), lui
avait offert de sculpter sa légende en se
faisant désirer lors des parenthèses choisies avant de surgir avec à-propos. Intermittent à l’efficacité redoutable. Éternel
Le Suisse Roger Federer s’est incliné
lundi face à l’Australien John Millman
en 4 sets , 3-6, 7-5, 7-6, 7-6.
Federer, sans chercher d’excuses, a raconté avoir été assommé par la chaleur et
le taux d’humidité (80 %). Privé d’air,
d’idées, de jambes, de service (dix doubles fautes), de jeu (soixante-dix-sept
fautes directes) : « Il faisait chaud ! Quand
vous vous sentez comme ça, rien ne fonctionne… Je me suis déjà entraîné dans des
conditions plus difficiles, j’ai déjà joué en
pleine chaleur en journée, mais parfois, ce
n’est juste pas le jour où votre corps peut le
gérer. Depuis que le toit est installé, l’air ne
circule plus dans le stade. Ça en fait un US
Open complètement différent. Vous êtes
trempé, les balles aussi, et tout se ralentit
alors que vous essayez de frapper des
points gagnants. » Interrogé sur le poids
des ans, le n° 2 mondial (37 ans) a résumé : « Je ne pense pas. Ce n’est pas une
Didier Deschamps assurait
dans nos colonnes qu’il entrait
dans le cerveau de ses joueurs.
Vous confirmez ?
Oh oui. Par moments, il est entré
dans le mien, donc je ne peux pas
vous dire le contraire. C’est quelqu’un de très intelligent, le fait
qu’il ait un fils de 22 ans lui permet
de voir la différence des générations entre les jeunes et moins jeunes. C’est comme ça qu’il s’adapte, évolue et module son discours.
Il a changé au fil des années, pris
en expérience. Le groupe lui a
permis de se libérer, d’être encore
plus proche de nous. Après, il a été
dur quand il le fallait. Un papa,
quand il est trop gentil, ça ne va
pas tout le temps, il faut dire les
choses quand il y a un problème.
Le coach a eu ce rôle-là. C’est notre papa à tous.
question d’âge, c’est une question d’humidité. Quand tu joues dans des conditions
comme ça pendant quatre heures, c’est
difficile à gérer. C’est l’une des premières
fois que ça m’arrive. J’avais l’impression
de ne pas trouver d’air. J’ai eu du mal […]
Je vais prendre du repos maintenant et
j’espère finir fort la saison. » Pour tenter
de chasser l’impression d’érosion. ■
Les quarts de finale de l’US Open. Messieurs : Nadal
(Esp, 1)-Thiem (Aut, 9), Del Potro (Arg, 3)-Isner (E-U,
11), mardi soir ; Cilic (Cro, 7)-Nishikori (Jap, 21),
Djokovic (Ser, 6)-Millman (Aus), ce mercredi.
Femmes : S. Williams (E-U, 17)-Pliskova (Rtc, 8),
Stephens (E-U, 3)-Sevastova (Let, 19) mardi soir ;
Suarez-Navarro (Esp, 30)-Keys (E-U), Osaka (Jap,
20)-Tsurenko (Ukr) ce mercredi.
Si vous aviez une minute
à revivre de cette Coupe
du monde, laquelle serait-elle ?
Sans hésiter avant le coup de sifflet final. Je suis dans un état second, je me tiens la tête à deux
mains. On savait que le match
était gagné, je me trouvais sur le
banc des remplaçants et là tu vois
toute ta vie défiler. Mon enfance
en banlieue parisienne avec mes
parents et frères et sœurs, mes
débuts de footballeur à Troyes, la
suite à Saint-Étienne, le PSG et
maintenant à la Juve. Tous les
sacrifices fournis pour en arriver
là. Tu es comme dans un film
quand on te retrace les moments
marquants de ta vie. C’est
magique… ■
EN BREF
Solitaire Urgo Le Figaro :
une 2e étape express
Partis dimanche de Saint-Brieuc,
les figaristes étaient attendus dans
la nuit de mardi à mercredi à la ria
de Muros y Noia (Galice), après
une traversée du golfe de Gascogne
tout schuss. En fin d’après-midi
mardi, Sébastien Simon (BretagneCMB Performance) menait la flotte
devant Éric Péron (Finistère Mer
Vent), le vainqueur de la 1re étape
Anthony Marchand, (Groupe
Royer-Secours Populaire)
étant pointé à 6 milles.
Cyclisme : doublé de Viviani
L’Italien Elia Viviani, déjà
vainqueur en 1re semaine, a
remporté au sprint la 10e étape
du Tour d’Espagne. Simon Yates
a conservé son maillot de leader.
La surprise Paire pour défier l’Espagne
Benoît Paire rêvait de jouer la demifinale de Coupe Davis à Villeneuved’Ascq (14-16 septembre). Son appel
du pied à Yannick Noah a été entendu.
L’Avignonnais va connaître, à 29 ans,
sa première sélection dans cette
épreuve. Il accompagne Lucas Pouille
et Richard Gasquet en simple : «
Benoît a un profil intéressant par rapport
à nos adversaires », affirme Noah.
Le 56e joueur mondial s’était fait exclure
des JO en 2016, pour « manquements
au règlement ». Pas de quoi inquiéter
le capitaine des Bleus. « Je pense qu’il
va parfaitement se fondre dans l’équipe.
Ce qui m’inquiète par-dessus tout, c’est
le gaucher espagnol au mental d’acier. »
À moins d’une blessure de dernière
minute, le numéro 1 mondial, Rafael
Nadal, sera bien de la partie. En double,
Nicolas Mahut ne sera pas épaulé par
Pierre-Hugues Herbert, absent en raison
d’une blessure aux ischiojambiers, mais
du néoretraité Julien Benneteau.
R. S.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018
LE CARNET DU JOUR
14
naissances
M. Antoine RUPP-DAHLEM
et Mme, née Faustine
de Lassus Saint-Geniès,
ont la joie d'annoncer
la naissance de
Félix
le 15 août 2018, à New York.
deuils
Saint-Jean-de-Luz. Paris.
M. Patrice Aubé,
son époux,
M. et Mme
Arnaud Gardey de Soos
et leurs enfants,
M. et Mme
Stanislas Toy-Riont
et leurs enfants,
Mme Benjamine Aubé,
M. Matthieu Besrest,
et leurs enfants,
ses frères, sœur,
beaux-frères et belles-sœurs,
ses neveux et nièces
font part du rappel à Dieu de
Mme Patrice AUBÉ
née Marie-Christine Pollet,
le 2 septembre 2018,
à Saint-Jean-de-Luz.
La messe de funérailles
sera célébrée en l'église
Saint-Antoine-de-Padoue,
Paris (15e), sa paroisse,
le vendredi 7 septembre,
à 15 heures.
Ni fleurs ni couronnes.
La Baule-Escoublac
(Loire-Atlantique).
Florence Boissier,
née Chardon, son épouse,
Grégoire, Marion et Timothée,
ses enfants,
Marie-Françoise Boissier,
née Gerard, sa maman,
Jean-François et Antonella
Boissier,
son frère et sa belle-sœur,
et leur fille Lucrézia,
Lionel Boissier (†),
son frère,
Marine, Paul et Caroline
Balian,
Laure-Agathe Boissier
et Nicolas,
Arthur Boissier,
ses nièces et neveux,
et sa petite-nièce,
Monique Gerard,
sa tante et marraine,
et sa famille,
Jean Chardon,
son beau-père,
Pierre et Béatrice Himoff,
son beau-frère et sa belle-sœur,
et leur famille,
Yves et Nathalie Belaud,
son beau-frère et sa belle-sœur,
ses cousins, cousines
et toute la famille
ont la grande douleur
de vous faire part du décès de
M. André BOISSIER
survenu à La Baule,
le 30 août 2018,
à l'âge de 59 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 6 septembre, à 14 h 30,
en l'église Notre-Dame
de La Baule,
suivie de l'inhumation
au cimetière Parc de La Baule.
Dons pour les associations
Autisme-Ouest
et Espoir du Val-d'Oise.
Cet avis tient lieu de faire-part.
M. et Mme Christian Audras,
M. et Mme Jean-Pascal Roux,
M. et Mme
Jean-Gabriel Lacouture,
M. et Mme Eric Audras,
M. et Mme Jean-Denis Becq,
Famille Boissier,
78, allée de Pampelune,
95410 Groslay.
ses seize petits-enfants,
ses neuf arrière-petits-enfants,
et leurs conjoints
Mme Patrick
Bonamy-Buonamici,
née Marie-Antoinette Carré,
son épouse,
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Marcel AUDRAS
née Françoise Tassin.
La cérémonie religieuse aura
lieu le jeudi 6 septembre 2018,
à 14 h 30,
en l'église Saint-Blaise
d'Ecully (Rhône),
suivie de l'inhumation
au cimetière
de Charbonnières-les-Bains
(Rhône).
Sophie et Bertrand Lefort,
Benoît Ballu,
Catherine et Claude Grenier,
Olivier et Carole Ballu,
Marion et Yves Cherest,
ses enfants,
ses 15 petits-enfants
et leurs conjoints,
ses 17 arrière-petits-enfants,
Marie-Lucie Morane,
sa sœur,
et toute la famille
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
Jeanne BALLU
née Guyard,
le 31 août 2018,
dans sa 93e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 6 septembre,
à 11 heures, en la chapelle
Notre-Dame-de-Compassion,
Paris (17e).
L'inhumation aura lieu
au cimetière ancien,
de Neuilly-sur-Seine,
dans le caveau familial.
Mme Pierre Berton,
née Monique Barrault,
son épouse,
Christine et Dominique Vigin,
Philippe et Isabelle Berton,
Marie-Sylvie Berton,
Olivier et Anne-Marie Berton,
Nicolas et Florence Berton,
Xavier et Christiane Berton,
ses enfants,
ses 19 petits-enfants
et leurs conjoints,
ses 18 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Pierre BERTON
le 1er septembre 2018,
dans sa 89e année.
La messe d'à-Dieu
sera célébrée
le jeudi 6 septembre,
à 15 heures, en l'église
Saint-Médard de Brunoy
(Essonne).
Une célébration religieuse
aura lieu
le vendredi 7 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame de Châteauroux
(Indre),
suivie de l'inhumation.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme François Dellon,
ses enfants et petits-enfants,
M. et Mme François de Sailly,
leurs enfants et petits-enfants,
ses sœurs, beau-frère
et neveux,
ont la tristesse
de faire part du décès de la
vicomtesse Charles
de BROSSIN de MÉRÉ
née Jeanne de Place,
survenu le 2 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu en la chapelle
Notre-Dame-de-Compassion,
place du Général-Kœnig,
Paris (17e),
ce mercredi 5 septembre,
à 14 h 30.
Marie-Raphaëlle, Edwige,
Domitille, Wilhelm, Inès,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
colonel (e.r.) Patrick
BONAMY-BUONAMICI
Saint-Cyr, promotion Vercors,
officier de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce mercredi 5 septembre 2018,
à 14 heures,
en l'église Saint-Hilaire
d'Antigny (Vendée), suivie
de l'inhumation au cimetière
de la Bouteillerie, à Nantes
(Loire-Atlantique).
Françoise de Menthon,
Mona Thillaye du Boullay,
Jacques Bordeaux Montrieux,
ses sœurs et frère,
Alain et Constance
Fauchier Delavigne,
Hervé et Claudie
Fauchier Delavigne,
Claire et Bertrand (†) Geoffroy,
Cécile et Michel de Broissia,
Martine et Louis Charles
de La Taille,
René et Martine de Menthon,
Catherine et Pierre-Edmond
Loiseau,
Olivier et Marie-France
Bordeaux Montrieux,
Christian et Anne
Thillaye du Boullay,
Emmanuel et Marie-Raphaële
Thillaye du Boullay,
Maurice de Menthon
et Barbara Baumel,
Agnès et Dario Tarantelli,
Guillaume et Catherine
Bordeaux Montrieux,
Marie et Olivier de Mercey,
Jean-Marie de Menthon (†),
Ghislaine et Philippe Bonhoure,
Jean-Baptiste et Dominique
Bordeaux Montrieux,
Fanny de Liedekerke (†),
Charles et Françoise
Thillaye du Boullay,
Pierre-Henri et Delphine
de Menthon,
Pierre et Amélie
Bordeaux Montrieux,
ses neveux,
ses très nombreux
petits-neveux
et arrière-petits-neveux
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Yves BORDEAUX MONTRIEUX
le 1er septembre 2018,
dans sa 92e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 6 septembre,
à 14 heures, en l'église
de Talmay (Côte-d'Or).
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Mme Christiane CAUCHARD
née Georgen,
survenu le 30 août 2018,
dans sa 91e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée ce mercredi
5 septembre 2018, à 16 heures,
en l'église Saint-Quentin
de Luc-sur-Mer (Calvados),
suivie de l'inhumation, à 17 h 15.
Congé-sur-Orne (Sarthe).
M. Xavier Carot,
son époux,
Lucie et Bertrand Bazin,
Benjamin et Amélie Agache,
Marion Agache,
ses enfants,
Raphaël, Nathanaël
et Valentin,
ses petits-fils,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Murielle CAROT
née Dunoyer de Segonzac,
survenu
le samedi 1er septembre 2018,
à l'âge de 61 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce mercredi 5 septembre,
à 15 h 15, en la salle de réunion
du crématorium du Mans,
128, rue Etienne-Falconet.
Condoléances sur registre.
De préférence des bouquets
champêtres et colorés.
Cet avis tient lieu de faire-part.
En union avec son époux,
Alain de Casabianca,
le lieutenant-colonel
et la comtesse Maerten
Denis Ward Doncoeur,
ses enfants,
M. et Mme Patrice Cauchard,
M. et Mme Jean-Marc Aublant
ses enfants,
Aurélie, Stéphanie, Guillaume,
Olivier, Thomas,
ses petits-enfants,
Victor, son arrière-petit-fils,
Philippe et Amélie
de Casabianca,
Bérengère et Hervé
Plasse-Fauque,
Fleur et Edouard Bouyé,
ses enfants,
Louis, Astrid, Maylis, Raphaël,
Basile, Aliénor, Capucine,
Timothée, Philibert, Alexis,
Camille, Hilaire, François,
Géraud, Marguerite,
ses petits-enfants,
Isabelle Piot,
Bertrand (†)
et Anne-Dauphine (†) Piot,
Catherine
et Graham (†) Garratt,
Henri et Live Piot,
Emmanuel
et Marie-Christine Piot,
ses sœurs, frères,
beau-frère et belles-sœurs,
ses neveux et nièces
et toute la famille
vous font part
du rappel à Dieu de
Mme Alain de CASABIANCA
née Françoise Piot,
le 1er septembre 2018,
à l'âge de 69 ans,
munie des sacrements
de l'Église.
La cérémonie religieuse
aura lieu le samedi 8 septembre,
à 15 heures,
en l'église Saint-Sylvestre
de Lignol-le-Château (Aube).
Paris (16e).
Agnès Daubord-Catherine,
son épouse,
Angèle Daubord,
sa belle-mère,
Yves (†) et Carole,
Daniel et Catherine,
Michel et Marylène (†),
Pierre et Chantal,
ses frères et belles-sœurs,
Bertrand Daubord,
Marie-Line et Sylvain
Daubord,
ses beaux-frères
et belle-sœur,
ses treize neveux et nièces,
ses seize petits-neveux
et petites-nièces
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Alain CATHERINE
ingénieur de l'ENSCB 67
(École nationale supérieure
de chimie, de biologie),
conseil
en propriété intellectuelle,
survenu le 31 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, à Paris (16e),
le vendredi 7 septembre,
à 10 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Son épouse,
ses enfants et petites-filles
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Roger DARMON
survenu le 2 septembre 2018,
à l'âge de 92 ans, à Paris.
Les obsèques a eu lieu au
cimetière du Montparnasse,
Paris (14e),
le mardi 4 septembre 2018.
Trévoux (Ain).
Béatrice Dubuis Charbonnet,
sa fille,
Olivier Dubuis,
Guillaume et Dina Dubuis,
Benjamin et Estelle Dubuis,
Thibaud et Marion Radisson,
Damien et Delphine Radisson,
ses petits-enfants,
Kamila, Alina, Valentine,
Gaspard, Jade, Mathis,
Ambre, Ilan,
ses arrière-petits-enfants,
Camille, Sophie
et Laurence Duchemin,
ses filles,
Marina Cousté,
son épouse,
Anne-Marie Duchemin,
sa sœur,
Juliette et Raphaël,
ses beaux-enfants,
les familles Melot et Cousté
ont la douleur de vous
faire part de la disparition de
Wladimir DUCHEMIN
conseil en propriété industrielle,
ancien membre du bureau de la
CNCPI (Compagnie nationale
des conseils
en propriété industrielle),
associé au cabinet Casalonga,
fondateur de la société Artema,
ancien directeur de la
SPADEM (Société
de la propriété artistique
des dessins et modèles),
survenue le 31 août 2018.
La cérémonie religieuse sera
célébrée par le père Normand,
en l'église Saint-Séverin,
à Paris (5e),
le vendredi 7 septembre 2018,
à 10 h 30.
L'inhumation aura lieu
au cimetière russe de
Sainte-Geneviève-des-Bois,
dans l'intimité familiale.
les familles Maire et Vacheret,
ses neveux et nièces,
Cet avis tient lieu de faire-part.
toute sa famille
et ses amis
Le colonel et Mme
François-Régis Dabas,
le colonel et Mme
Tanguy Eon Duval,
M. et Mme
Jean-François Valentin,
M. et Mme Hervé Eon Duval,
M. et Mme
Emmanuel de Vaulchier,
ses enfants,
vous font part
du retour à Dieu de
Françoise CHARBONNET
née Maire,
le 3 septembre 2018,
à l'âge de 96 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 6 septembre,
à 9 h 30, en l'église de Trévoux.
La comtesse
Christian Dadvisard,
née Yolande Vieljeux,
son épouse,
Jean-Philippe et Isabelle
Dadvisard,
Frédéric et Cécile Dadvisard,
Marie-Caroline (†)
et Yves de Petiville,
Isabelle
et Grégoire Postel-Vinay,
Antoine et Anne Dadvisard,
ses enfants, gendres
et belles-filles,
Charles-Henri
et Constance Dadvisard,
Laetitia Dadvisard,
Maylis, Rémi, Quentin
Dadvisard,
Pierre et Marie-Alix
de Montecler,
François-Xavier et Astrid
Peytavin,
Pierre-Louis et Pauline
de Petiville,
Hervé et Cécilia de Petiville,
Guillaume et Tiphaine
Postel-Vinay,
Bertrand et Constance
Croharé,
Xavier, Marc-Antoine
Postel-Vinay,
Aliénore, Bérénice, Balthazar
Dadvisard,
ses petits-enfants,
Margaux, Corentin, Léonard,
Damien, Olivia, Charles, Cyril,
Alexis, Augustin, Philippine,
Thibault,
Adélaïde et Léopold,
ses arrière-petits-enfants,
font part du rappel à Dieu du
comte Christian DADVISARD
capitaine de vaisseau (h.),
chevalier
de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
croix de guerre des TOE,
le 1er septembre 2018,
à l'âge de 97 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-François-Xavier,
12, place du PrésidentMithouard, à Paris (7e),
le jeudi 6 septembre, à 10 h 30.
Laurence Ravanel,
sa mère,
Jean-Loup et Sylvie Desrosiers,
son père et sa belle-mère,
Juliette et Quentin André,
sa sœur et son beau-frère,
Charlotte et Eloise,
ses nièces,
Gregory Pays,
son demi-frère,
et Alexandra
ainsi que leur fille Carla,
Rémi Meynadier,
son compagnon,
Clémence et Armand,
ses amis de toujours,
ses oncles, tantes, cousins,
cousines et amis
ont la grande tristesse
d'annoncer le décès de
Louise DESROSIERS
Elle était âgée de 36 ans.
Les obsèques ont eu lieu
dans l'intimité familiale.
ses 28 petits-enfants
ainsi que toute la famille
vous font part
du rappel à Dieu de
Mme Loïc EON DUVAL
née Françoise Aussedat.
La messe sera célébrée
ce mercredi 5 septembre 2018,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Clément de Nantes.
Des prières et des messes.
Mme René de Vienne,
sa sœur,
M. Henri de Charnacé,
son frère, et son épouse,
la baronne de Charnacé,
la baronne Jean de Charnacé,
Mme Bernard de Charnacé,
ses belles-sœurs,
ses très nombreux
neveux et nièces
et particulièrement
Sabine Brochard
et Pierre Duret,
sa fidèle Betty
vous font part du décès à Paris,
le 3 septembre 2018,
à l'âge de 95 ans, de
Mlle Lucie
GAUTIER de CHARNACÉ
La messe d'A-Dieu
sera célébrée
le vendredi 7 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Médard, à Paris (5e),
suivie de l'inhumation
à 15 heures, au cimetière
d'Aulnoy (Seine-et-Marne).
Hervé et Isabelle,
Christian et Patricia,
ses enfants,
Charlotte et Ignace,
Vincent et Lisa,
Charles, Siegfried et Edouard,
ses petits-enfants,
Raphaël, son arrière-petit-fils,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Roger HEINSCHILD
le 31 août 2018,
à l'âge de 94 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 6 septembre,
à 11 heures,
en l'église Saint-Wandrille,
1, avenue du Pavillon-Sully,
au Pecq (Yvelines),
suivie de l'inhumation
au cimetière Ouest d'Angers
(Maine-et-Loire),
rue Meignanne, à 16 h 30.
Thibaut La Flaquière,
son fils,
Jeanne et Pauline Vuathier,
ses petites-filles,
ainsi que toute sa famille
ont la grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Georges LA FLAQUIÈRE
née Marie-Thérèse Jeanpierre,
endormie
dans la Paix du Seigneur,
le 3 septembre 2018.
Lyon. Paris.
Nicole et Henri Rochet,
sa sœur et son beau-frère,
Annie Patouillet,
sa belle-sœur,
Jean Picard,
son beau-frère,
ses neveux et petits-neveux,
parents et amis
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
père Marcel JACQUEMOUD
salésien de Don Bosco,
le 31 août 2018,
à l'âge de 83 ans.
La messe de funérailles
sera célébrée en l'église
Saint-Jean-Bosco,
79, rue Alexandre-Dumas,
Paris (20e),
le samedi 8 septembre 2018,
à 11 heures.
La Vie qu'ils l'aient
en abondance.
Jean X, 10.
M. et Mme Alain Lechiguero
et leurs filles,
Claire et Marianne,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Mme Arlette LECHIGUERO
survenu le 1er septembre 2018,
à Saint-Raphaël (Var),
à l'âge de 91 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 7 septembre,
à 9 h 45, en la basilique
Notre-Dame-de-la-Victoire,
à Saint-Raphaël.
Paris. Étretat.
Sa famille et ses amis
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Roseline
MAITRE-DEVALLON
survenu dans sa 92e année.
Les familles de
M. Hervé Henri Joseph
de LA FOURNIÈRE
ont la douleur
de vous faire part de son décès
survenu le 26 août 2018,
à l'âge de 77 ans.
La cérémonie religieuse
a eu lieu le jeudi 30 août,
en l'église Saint-Maur,
à Ensuès-la-Redonne,
suivie de l'inhumation
au cimetière communal.
Maria Carmen Cadarsode Lard de Regoullière,
son épouse,
ses enfants et petits-enfants,
M. et Mme Stanislas
de Lard de Regoullière,
ses parents,
ses frères et sœurs,
beaux-frères et belles-sœurs,
neveux et nièces,
ses tantes
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Bruno
de LARD de REGOULLIÈRE
survenu le 31 août 2018,
à Vitoria (Espagne),
dans sa 65e année.
La cérémonie aura lieu
ce mercredi 5 septembre,
à 15 heures, en l'église
Nativité-de-Notre-Dame,
à Cabriès, suivie
de l'inhumation dans l'intimité,
dans le caveau familial.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 7 septembre 2018,
à 14 heures, en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption
d'Étretat.
L'inhumation aura lieu
le lundi 10 septembre,
à 12 heures, au cimetière
du Montparnasse, à Paris (14e).
Michel Marchais,
son époux,
Bertrand et Anne Marchais,
Bénédicte Marchais,
Arnaud et Isabelle Marchais,
ses enfants,
Clothide et Geoffrey,
Marine et Nicolas,
Gauthier et Claire,
Alexis et Sophie,
Constance et Louis,
Quentin, Maëva et Charles,
Augustin, Ludovic,
Nicolas, Stanislas, Gwenaëlle,
ses petits-enfants,
Axel, Blanche, Alexia, Lara,
Heïdi, Ysance et Elise,
ses arrière-petits-enfants,
Evelyne et Benoist
Dupont-Fauville,
Odile et Jacques Jonnart,
Patrice et Mariel Carbonaro,
ses sœurs, frère, belle-sœur
et beaux-frères,
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu,
le vendredi 31 août 2018,
dans sa 96e année et dans
sa 73e année de mariage, de
Josette MARCHAIS
née Carbonaro.
Le général de corps d'armée
Guy
de La Rochette de Rochegonde,
commandeur
de la Légion d'honneur,
son époux,
Anne et Bertrand Marchais,
Thierry et Catherine
de La Rochette de Rochegonde,
Xavier et Emmanuelle
de La Rochette de Rochegonde,
ses enfants,
ses onze petits-enfants,
leurs conjoints
et ses trois
arrière-petits-enfants,
son frère,
Denis Lesage,
et son épouse Brigitte,
ses belles-sœurs,
Monique Tissandier,
Françoise
de La Rochette de Rochegonde,
Béatrix
de La Rochette de Rochegonde,
Nicole
de La Rochette de Rochegonde,
ont la douleur de faire part
du rappel à Dieu de la
comtesse Guy
de LA ROCHETTE
de ROCHEGONDE
née Marie-Odile Lesage,
le 2 septembre 2018,
au château de La Rochette.
La cérémonie religieuse
a été célébré
le mardi 4 septembre,
en l'église
de Villeneuve-d'Allier
(Haute-Loire),
suivie de l'inhumation
dans le caveau de famille.
M. Christian Laubie,
son époux,
Julien et Sophie,
ses enfants,
Sarah et Maxime,
leurs conjoints,
Maxime, Alice, Simon,
Mathias, Solal,
ses petits-enfants,
toute sa famille et ses amis
ont le regret
de vous faire part du décès de
Mme Françoise LAUBIE
Elle a rejoint son mari, le
général Georges La Flaquière,
et sa fille Sophie.
née Nicourt,
survenu le 2 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en la cathédrale
Saint-Pierre, à Condom (Gers),
le jeudi 6 septembre 2018,
à 15 heures.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 7 septembre,
à 10 heures, en l'église
de Vannes-sur-Cosson.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 6 septembre 2018,
à 16 heures, en l'abbaye
de Juaye-Mondaye (Calvados).
Route de Saint-Léger,
14250 Ducy-Sainte-Marguerite.
Le Bourgneuf-la-Forêt.
Versailles. Ferrières-d'Aunis.
Taillis. Rennes. Tours.
M. Pierre
des Rieux de la Villoubert,
M. et Mme Alain de Maynard,
Mme Hervé de Maynard,
M. et Mme Henri du Boberil,
M. et Mme Léon Noël Chantry,
M. et Mme François
du Fou de Kerdaniel,
et ses neveux et nièces,
petits-neveux, petites-nièces,
arrière-petits-neveux
et arrière-petites-nièces
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
comte Christian de MAYNARD
survenu le 1er septembre 2018,
à l'âge de 85 ans.
La cérémonie religieuse aura
lieu ce mercredi 5 septembre,
à 14 h 30, en l'église
du Bourgneuf-la-Forêt.
Il repose dans la chapelle
du château de Fresnay.
Visites de 10 h 30 à 12 heures.
Alice Moock,
son épouse,
Sylvie, Nathalie, Brian,
ses filles et son gendre,
Edith Kaim,
sa sœur,
et toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Francis MOOCK
survenu le 2 septembre 2018,
à l'âge de 87 ans.
Les obsèques auront lieu
le jeudi 6 septembre, à 10 h 30,
au cimetière du Montparnasse,
3, boulevard Edgar-Quinet,
Paris (14e).
Ni fleurs ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
98, avenue de Saint-Mandé,
75012 Paris.
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mercredi 5 septembre 2018
LE CARNET DU JOUR
Le docteur et Mme André
Philippe Davody,
M. (†) et Mme
Richard Descoing,
M. et Mme François Marik,
M. et Mme Raphael Marik,
Mme Alexandra Marik
et M. Julien Maillet,
ses enfants,
Mme Margot Marik,
son épouse,
Mme Jacqueline Igersheim,
Jonathan, Antoine, Noémie,
Gala, Benjamin, Thomas,
Juliette, Etienne,
Gabriel, Zacharie et Noah,
ses petits-enfants,
Ruben, Raphael, Anna, et Elsa
ses arrière-petits-enfants,
ont la douleur de faire part
du rappel à Dieu de
M. Bohuslav Maurice MARIK
dans sa 89e année,
le dimanche 2 septembre 2018,
à Paris.
La messe sera célébrée
le jeudi 6 septembre 2018,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Charles-de-Monceau,
22 bis, rue Legendre,
à Paris (17e).
Fleurs blanches uniquement.
Jean-Luc Mayer (†),
Alain Mayer (†),
Laurence Mayer,
Olivier et Anabell Mayer,
ses fils, fille et belle-fille,
Guillaume, Antoine, Henry,
Clarisse, Axelle, Cécile,
Laurène, Stéphanie,
Aurélie, Arthur,
ses petits-enfants,
toute sa famille et ses amis
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Léon Jacques MAYER
chevalier
de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
croix de guerre 1939-1945,
médaille des évadés,
médaille commémorative
des services volontaires
dans la France libre,
médaille de Normandie
du débarquement,
Presidential Unit Citation,
survenu le 2 septembre 2018,
à l'âge de 96 ans.
L'inhumation aura lieu
le jeudi 6 septembre,
à 11 heures,
au cimetière de Ville-d'Avray
(Hauts-de-Seine).
Cet avis tient lieu de faire-part.
145, avenue Achille-Peretti,
92200 Neuilly-sur-Seine.
Martine Hubault,
Nicolas et Isabelle Monnier,
ses enfants et sa belle-fille,
Antoine et Clémence,
Manuel et Perrine,
Julie et Nicolas,
Paul,
ses petits-enfants,
La disparition du
docteur Alain MONET
oto-rhino-laryngologistephoniatre,
le 29 août 2018,
à l'âge de 90 ans,
unit dans une immense tristesse
Françoise, son épouse,
ses enfants,
Patrice Monet
et Catherine Monet-Kuntz,
ses petits-enfants,
Lucie et Léa Monet-Antoine,
Violaine et Thibaud Kuntz,
ses trois arrière-petits-enfants,
les familles Monet, Bertrand,
Dumoulin.
Un temps de recueillement
et d'adieux a eu lieu
au funérarium du cimetière
du Père-Lachaise, Paris (20e).
Ses cendres seront déposées
dans la sépulture familiale
du cimetière du Montparnasse.
Il était notre force ;
il sera le guide spirituel
de ceux qui l'ont aimé.
Françoise Monet,
46, rue Fabert, 75007 Paris.
alain.monet@wanadoo.fr
Patrice Monet,
1, place de l'EscadrilleNormandie-Niemen,
75013 Paris.
patrice.monet@wanadoo.fr
Catherine Kuntz,
9, impasse de la Forêt,
27930 Irreville.
catherine.helene.kuntz
@gmail.com
On nous prie d'annoncer
le décès de
Mme André MORAND
née Marie-Laurence Praslon,
née Marie Claude Lestra,
survenu
le samedi 1er septembre 2018,
à l'âge de 91 ans.
Elle a rejoint son mari,
et sa fille,
Paul
Pascale
Une célébration religieuse aura
lieu le vendredi 7 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
Paris (16e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme Hugues Moreau,
son épouse,
le contre-amiral et Mme
François Moreau
et leurs enfants,
Mlle Claire Moreau,
M. et Mme Jean Moreau
et leurs enfants,
M. et Mme Michel de Rovira
et leurs enfants,
M. et Mme Vincent Moreau
et leurs enfants,
ses enfants et petits-enfants,
font part du rappel à Dieu de
M. Hugues MOREAU
le 1 septembre 2018,
à l'heure de l'angélus.
er
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
à Chémeré-le-Roi (Mayenne),
le vendredi 7 septembre 2018,
à 14 h 30.
Isabelle et Damien,
Laurent, Benoît,
Thierry,
Sandrine et Aymeric,
Matthieu et Laura,
Gaëlle, Antoine et Sabrina,
Anne-Laure,
Laure, Christelle,
ses petits-enfants,
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de
Olivier, Claire, Margaux,
Valentin, Romain, Baptiste,
Charlotte, Angel, Paul,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Cécile MOULINIER
survenu le 2 septembre 2018,
dans sa centième année.
La cérémonie religieuse aura
lieu le vendredi 7 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame, à Versailles,
suivie de l'inhumation,
au cimetière de
Vouvray-sur-Loir (Sarthe),
où elle reposera
au côté de Pierre, son époux.
Les familles
Dazel, Petit-Roulet, Labour,
Saint-Paul, Carton et Clisson
M. Jacques PETIT-ROULET
directeur honoraire
de la Banque de France,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
survenu le 27 août 2018,
à l'âge de 95 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi
11 septembre, à 14 h 30,
en l'église Notre-Dame,
à Boulogne-Billancourt.
La cérémonie religieuse
a été célébrée
en l'église des franciscains,
à Nantes (Loire-Atlantique),
dans l'intimité familiale,
le mardi 4 septembre 2018.
De la part de
Jean-René et Arielle Morand,
Marie-Angèle
Morand Fructus,
Anne et Philippe
Koller-Brussier,
Isabelle Morand Picot,
Denis Morand
et Carmen Carreño,
Michel et Patricia Morand,
Jacques et Françoise Morand,
Pierre et Jeanne Morand,
Paul-André Morand
et José Hanocque,
Claire et Claude Chardavoine,
Agnès et Christophe Després,
ses enfants,
Louis-Guillaume, Anne-Céline,
Marie-Flore, Stéphanie (†),
Marie-Charlotte, Pauline,
Nadège, Astrid, Alix, Basil,
François, Pia, Zoé, Inès,
Geoffrey, Chloé, Iris, Nicolas,
Camille, Jules, Cléance,
Coline, Julien, Caroline,
ses petits-enfants,
Aurel, Hugo, Louis, Victoria,
Diego, Andréa,
ses arrière-petits-enfants,
les familles Morand, Praslon,
Thévenot,
leurs enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants.
Paris (6e).
Beti et Didier Gayet,
Anne et Brice Gayet,
Carole et Joël Gayet,
Sophie de Paillette,
ses enfants,
ses enfants et leurs conjoints,
Nicolas et Anne-Claire,
Guillaume et Tatiana,
Madeleine, Camille, Hortense,
Laure et Julien,
Christophe et Gabrielle,
Pierre et Mélanie,
Stanislas et Magali,
Alexandre et Anne-Charlotte,
Isaure et Pierre-Maxime,
Eugénie,
Jean-Baptiste et Alixane,
Stéphanie et Eric,
Laetitia,
Alice et Mattia,
Adrien et Luana,
Jean-Lucas, Paul,
Sébastien et Céline,
Maxime et Marion,
Sandrine,
ses petits-enfants
et leurs conjoints,
et ses 21 arrière-petits-enfants,
ont la grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Jacques PAGNARD
chevalier
de la Légion d'honneur,
le 3 septembre 2018,
à l'âge de 93 ans.
Il a rejoint son épouse,
Mariel
(†) 2 janvier 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 7 septembre,
à 14 h 15,
en l'église Stella-Matutina,
68, avenue du Maréchal-Foch,
à Saint-Cloud.
née Dominique le Gorrec,
croix de guerre 1944-1945,
le 1er septembre 2018,
dans sa 97e année, munie
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 7 septembre,
à 10 h 30, en l'église
d'Ambérieux-d'Azergues (Rhône),
suivie de l'inhumation à 15 h 30,
au cimetière de Voiteur (Jura).
Fabienne Riom,
son épouse,
Capucine, Timothée, Camille
et Clément,
ses enfants,
Maëlle, sa petite-fille,
Joël et Véronique (†) Riom,
ses parents,
Florence et Gilles Robin,
Sophie et Francisco de la Vega,
Olivier et Caroline Riom,
ses frère, sœurs,
beaux-frères et belle-sœur,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Nicolas RIOM
le samedi 1 septembre 2018,
à l'âge de 59 ans.
er
La cérémonie religieuse aura
lieu le vendredi 7 septembre,
à 15 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, Paris (16e).
L'inhumation se fera
dans l'intimité familiale,
au cimetière de Mesquer.
Ni fleurs ni couronnes,
la famille vous invite à verser
vos dons à la recherche
sur le cancer à travers deux
organisations, en particulier
la Fondation Arc
fondation-arc.org
ou la Ligue contre le cancer
ligue-cancer.net
Geneviève Delépine,
sa sœur,
ses 10 petits-enfants,
ses 21 arrière-petits-enfants
et toute sa famille
Marion, Christian, Catherine,
Eric,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Enora, Félix, Julia, Augustin,
ses arrière-petits-enfants,
Mme Jacques-Hubert
PRADON VALLANCY
née Janie Gusman,
survenu le 29 août 2018,
à l'âge de 91 ans, à Paris.
La cérémonie religieuse
a été célébrée en l'église
Saint-Sulpice, à Paris (6e),
dans l'intimité familiale,
le lundi 3 septembre 2018.
Elle repose au cimetière
de Vaugirard, à Paris (15e).
Ghislaine et Alain (†) Bellan,
Chantal et Olivier Wallaert,
Pierre et Nicola Roquette,
Odile et Jean-Yves Dolidon,
Michel et Marie-Christine
Roquette,
Béatrice et Arnaud Quelquejay,
Paul et Tiffany Roquette,
ses enfants,
ses 35 petits-enfants,
ses 24 arrière-petits-enfants,
les familles Roquette,
Mabille de Poncheville,
Desjonquères,
Quentin de Gromard
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Denis ROQUETTE
née Monique Desjonquères,
survenu le 3 septembre 2018,
à l'âge de 93 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 7 septembre,
à 15 heures, en l'église
Sainte-Jeanne-d'Arc,
place Elisabeth-Brasseur,
à Versailles.
Elle sera inhumée
au côté de son mari,
à Saint-Amans-des-Cots
(Aveyron).
Linda Pinto
et les collaborateurs du
Cabinet Alberto Pinto
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Stéphane ZALEJSKI
leur collègue et ami.
Un hommage lui sera rendu
le vendredi 7 septembre 2018,
à 11 heures,
en l'église de Vaucresson,
place de l'Église.
Paris (16e).
Mme Jean-Pierre Vanderpol,
son épouse,
Mme Marie Vanderpol
et son époux,
M. Jean-Michel Marco,
M. Alfred Vanderpol
et sa fiancée, Mlle Maria Jose
De Alba Garcia,
ses enfants,
M. et Mme Michel Vanderpol,
Mme Muriel
Decaris Vanderpol,
ses frère, belle-sœur et sœur,
ainsi que toute sa famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Jean-Pierre VANDERPOL
survenu le 3 septembre 2018,
à l'âge de 79 ans, à Paris.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Honoré-d'Eylau,
avenue Raymond-Poincaré,
à Paris (16e), le vendredi
7 septembre 2018, à 10 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
29, rue Copernic, 75116 Paris.
Paris.
Ses parents,
Jean-Christophe et Pascale
Vidal,
sa petite sœur, Emmanuelle,
ses grands-parents,
Jacques Vidal,
Martial Guigue
et Françoise Lefeuvre,
ses tantes et oncle,
Sophie-Laurence Vidal,
Muriel et Daniel Dauphin,
Carole Guigue,
ses cousins et cousine,
Benjamin, Antoine, Alexandre
et Marion,
sa famille,
Philippe et Françoise Ginestié,
Michèle Goeury,
Fanchette Ter Schiphorst,
Ginette Canton,
Jacques et Josette Dubois,
ont la grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Yann VIDAL
M. Patrick Sauvegrain,
Mlle Brigitte Sauvegrain,
M. et Mme
Raymond Sauvegrain,
ses enfants,
Cet avis tient lieu de faire-part.
Arnaud et Laurence Pagnard,
Bruno et Laurence Pagnard,
Claire et Olivier Humeau,
Dolorès (†) et Stéphane Lion,
Magali Roux-Pagnard,
André-Jacques et Nathalie
Pagnard,
Mme Bernard RACT-MADOUX
née Voisin,
survenu dans sa 90e année,
le 1er septembre 2018.
et toute sa famille
Mme Paul MONNIER
M. et Mme
Pascal Ract-Madoux,
Victoire,
Mme Jérôme Ract-Madoux,
Louis-Charles, Élisabeth,
Clotilde
ont la douleur
de faire part du décès de
Paolo,
son arrière-petit-fils,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jacques et Christine Moulinier,
Jean et Chantal Moulinier,
Alain et Raluca Moulinier,
Claire et Jean-Pierre Cenci,
Aude et Bertrand Nilles,
ses enfants,
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Christiane SAUVEGRAIN
née Durand,
le 3 septembre 2018,
dans sa centième année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 7 septembre,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
88, rue de l'Assomption,
Paris (16e).
Ses cendres rejoindront celles
de son cher époux, Roger,
au colombarium
de Sainte-Maxime.
Ni fleurs ni couronnes,
des messes.
Nous avons la profonde
douleur de vous faire part
du décès de
Jean SEITLINGER
avocat honoraire,
député honoraire de la Moselle,
maire honoraire
de Rohrbach (Moselle),
député européen (1979-1984),
conseiller général
honoraire,
membre du Conseil
de l'Europe (1988-1997),
président du Centre européen
Robert Schuman (2000-2008),
officier de la Légion d'honneur,
survenu le 2 septembre 2018,
à son domicile,
à Rohrbach-lès-Bitche,
dans sa 94e année.
La messe d'enterrement
sera célébrée
ce mercredi 5 septembre,
à 15 heures,
en l'église Saint-Rémi
de Rohrbach-lès-Bitche.
De la part de :
ses enfants,
François Seitlinger
et son épouse
Dominique, née Stiebert,
Maria Seitlinger
et son époux,
Pascal Schwarzenbart,
ses petits-enfants,
Jean-François et Isabelle,
Jean et Amélie, Vincent, Pierre,
Joseph et Noémie,
Claire et Jérôme,
ses arrière-petits-fils,
Arthur, Louis, Paul et Jules,
Une pensée pour son épouse,
Georgette Seitlinger
décédée en 2009.
15
Droit de réponse à propos
du colonel Georges Barazer
de Lannurien
Nous sommes les petites-filles du colonel Georges Barazer de Lannurien,
décédé en 1988, qui fut
membre des services français de renseignement
dans les années 1960.
L’honneur et la réputation
de notre grand-père sont
mis en cause dans un article du mardi 7 août dernier intitulé « L’espion
français qui défia de Gaulle ». Cet article accuse notre grand-père d’avoir
été, au sein du SDECE de
l’époque, une taupe au
service de l’URSS au motif
que lui et une autre personne « cochent toutes les
cases des portraits-robots » dressés par un
transfuge soviétique passé
à l’Ouest. Les analystes et
observateurs de l’histoire
du Renseignement s’accordent à considérer que,
au début des années 1960,
le SDECE a traversé une
période de très fortes turbulences imputables à des
manœuvres d’infiltration,
mais aussi d’intoxication,
menées par les Soviétiques
dans le but de déstabiliser
les services secrets occidentaux. Par ailleurs, notre grand-père n’est pas
« tombé » du fait d’un
« nettoyage »
accompli
par Alexandre de Marenches mais a quitté de son
propre chef le SDECE en
mai 1964, soit six ans
avant la nomination de ce
dernier à la tête du Service. Enfin, l’article accuse
le colonel de Lannurien
d’avoir eu « le toupet »
d’accepter une décoration
tchécoslovaque. L’attribution de cette distinction
par la Tchécoslovaquie a
une raison parfaitement
connue : Georges de Lannurien, jeune officier évadé, a créé en 1944 dans les
Carpates de Slovaquie un
maquis de près de
200 combattants français
qui ont mené la vie dure
durant l’hiver 1944-1945
aux troupes SS allemandes. Le Groupe des partisans français de Slovaquie,
également appelé « Compagnie Lannurien », aura
été, avec l’escadrille Normandie-Niemen, l’une des
deux unités de la France
combattante
à
lutter
contre l’Allemagne nazie
aux côtés de l’armée soviétique.
En
décembre 1944, le général de
Gaulle a salué le fait d’armes exceptionnel de la
Compagnie Lannurien et a
souligné que celui-ci
« constitue un vivant témoignage du patriotisme
français ». Officier de la
Légion d’honneur, titulaire de la Croix de guerre
1939-1945 avec palmes,
Georges Barazer de Lannurien, notre grand-père,
était non seulement un
authentique héros de la
Résistance mais une figure
d’officier et de patriote
unanimement respectée.
Mathilde et Marine
BARAZER de LANNURIEN
le 29 août 2018,
au Mont-Dore,
à l'âge de 17 ans.
Une messe sera célébrée
ce mercredi 5 septembre,
à 15 heures, en l'église
Saint-Jacques-du-Haut-Pas,
à Paris (5e).
Priez pour lui.
souvenirs
Ses guides thématiques
pour accompagner les événements de votre vie.
Lanloup (Côtes-d'Armor).
Le 5 septembre 2017,
Mme Martine BOUTBIEN
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
nous quittait
laissant sa famille et ses amis
dans un chagrin profond.
Manoir de la Noë Verte,
22580 Lanloup.
Il y a dix ans,
Marcelle DEVAUD
nous quittait
et rejoignait son époux,
Stanislas.
Que ceux qui l'ont aimée,
connue, ont collaboré avec elle
se souviennent.
Prénoms
Pour ceux qui l'ont connue
et aimée,
souvenez-vous de
Mme François SOUCHAL
née Geneviève Boucher,
rappelée à Dieu,
le 4 septembre 1988.
Obsèques
offices religieux
Le Beth Loubavitch
a le plaisir de vous adresser
ses meilleurs vœux de
Chana Tova
une bonne et douce année 5779.
La Fondation
Chmouel et Bassie Azimov
vous informe que
Mariage
Roch Hachana
aura lieu du dimanche 9 au
mardi 11 septembre 2018 :
- veille du 1er jour,
le dimanche 9 septembre 2018,
allumage des bougies,
à partir de 19 h 59,
- veille du 2e jour,
le lundi 10 septembre 2018,
allumage des bougies,
à partir d'une flamme
existante, après 21 h 02
(horaires pour l'Ile-de-France).
N'oubliez pas de vous rendre
dans votre synagogue
pour écouter les sonneries
du Choffar lundi et mardi.
Demandez-les par courriel :
carnetdujour@media.figaro.fr
par courrier :
Le Carnet du Jour • Le Figaro
14 boulevard Haussmann • 75009 Paris
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mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
Angela Merkel à côté
du président du Kosovo
Hashim Thaçi (à gauche)
et du chef de l’État serbe,
Aleksandar Vucic, lors
du sommet UE-Balkans,
à Sofia, en mai 2018.
La Serbie et le Kosovo
sur le chemin de la paix
Isabelle Lasserre
ilasserre@lefigaro.fr
D
ans l’histoire des conflits, la paix
est souvent faite par les acteurs de
la guerre, les concessions, comme
celle de De Gaulle avec l’Algérie,
accordées par les nationalistes.
Quand aux territoires, ceux qui
les ont conquis les cèdent toujours plus facilement. En 1999, l’intervention militaire de l’Otan avait mis fin à la guerre entre la Serbie et le Kosovo après 13 000 morts, dont 80 %
d’Albanais. Ballottée depuis l’Antiquité entre orthodoxes et musulmans, la province avait été placée
sous administration internationale. Mais depuis, un
conflit gelé menaçait, comme une cellule cancéreuse, de faire voler en éclats la fragile stabilité de cette
région d’Europe qu’on appelle les Balkans occidentaux. Rien n’avait permis de le réchauffer, pas
même la chute, en 2000, de l’ancien président
Slobodan Milosevic, l’incendiaire des Balkans, ni
l’indépendance du Kosovo en 2008. Depuis 2013,
Belgrade et Pristina ont tenté de normaliser leurs
relations, sous l’égide de l’Union européenne. Mais
sans jamais trancher le nœud gordien que représente le statut de l’ancienne province serbe et donc sa
reconnaissance par la Serbie. L’actualité qui accompagne les mutations géopolitiques charrie en ce moment tant de mauvaises nouvelles pour le Vieux
Continent qu’il est au minimum rafraîchissant de
voir aujourd’hui deux hommes que tout oppose
– l’histoire, la culture, la religion, la politique – se
rapprocher pour faire la paix.
Le premier, Hashim Thaçi, est un ancien guérillero de l’UCK, l’armée de libération du Kosovo, devenu président du pays. Avant d’être élu chef de l’État
serbe, le second, Aleksandar Vucic, avait fait ses armes politiques dans le parti ultranationaliste serbe
de Vojislav Seselj, inculpé de crimes contre l’humanité par le Tribunal pénal international de La Haye.
Les deux hommes ne s’aiment pas. Mais ils ont décidé, au nom de la paix et de la stabilité, d’œuvrer en
faveur de la réconciliation de leurs peuples. Quitte à
briser l’un des tabous les plus sensibles de l’Occident, l’intangibilité des frontières. Ils ont rendezvous vendredi à Bruxelles, sous le bienveillant
parrainage de Federica Mogherini, la chef de la diplomatie de l’Union européenne, pour entrer dans
les détails de leur explosif projet : échanger le nord
du Kosovo, peuplé de Serbes, contre un bout du sud
de la Serbie, dans la vallée de Presevo, habitée par
des Albanais. Un troc qui permettrait de débloquer
la reconnaissance serbe du Kosovo. Dans la foulée,
Aleksandar Vucic doit effectuer samedi et dimanche
une visite à très forte connotation symbolique à
Mitrovica, la ville divisée du nord du Kosovo, pour
« expliquer (son) projet » aux Serbes locaux. Et si tout
se passe comme prévu, les présidents serbe et kosovar pourraient concrétiser leur rapprochement minovembre à Paris, en marge du Forum pour la paix
organisé par l’Élysée.
Prêts à des échanges
de territoires,
Aleksandar Vucic
l’orthodoxe et Hashim
Thaçi le musulman
se font « une forme
de confiance ». Les deux
présidents ont un intérêt
commun : marcher
ensemble vers l’Europe.
Mais leur pari n’est pas
encore gagné.
20 km
Principaux
monastères
serbes au
Kosovo
Belgrade
SERBIE
Présence d’une autre
minorité albanaise
en Serbie
Mitrovica
MONT.
Pristina
KOSOVO
Presevo
MACÉDOINE
ALBANIE
Présence d’autres
minorités serbes au Kosovo
TERRITOIRES SUSCEPTIBLES D’ÊTRE ÉCHANGÉS
Kosovo
Serbie
Serbie
Kosovo
Infographie
« Prendre de gros risques politiques »
Pourquoi le souffle de la paix s’est-il levé d’un coup
pour chasser les vents noirs de la guerre ? D’abord
parce que deux hommes d’envergure se sont rencontrés au bon moment, comme jadis Nelson Mandela et Frederik de Klerk, qui ont reçu le prix Nobel
de la paix pour avoir changé le destin de l’Afrique du
Sud en 1993 et mis fin ensemble, le Blanc et le Noir, à
l’apartheid. Aleksandar Vucic l’orthodoxe et
Hashim Thaçi le musulman se font « une forme de
confiance », explique un diplomate français proche
du dossier. Suffisamment pour prendre l’Union
européenne de vitesse. « Ils ont proposé d’aller plus
loin que l’accord intermédiaire proposé par Bruxelles
et de régler la question définitivement en trouvant un
accord “gagnant-gagnant”. Ils se sont donné un an et
ont accepté de prendre de gros risques politiques »,
poursuit-il.
Belgrade et Pristina étaient dans l’impasse. En refusant de reconnaître l’indépendance du Kosovo, la
Serbie bloquait son accès aux organisations internationales, poussant chaque mois davantage ce minuscule pays dans un trou noir hanté par les mafias,
la pauvreté, le chômage et l’intégrisme religieux.
L’existence d’un abcès purulent sur la frontière bloquait en outre toute possibilité, pour la Serbie, de se
rapprocher de l’Union européenne. « Nous ne pouvons plus vivre avec ce conflit gelé, qui nous tient éloignés de l’Europe, qui freine les investisseurs étrangers
et empêche les Serbes du Kosovo de vivre normalement », explique une source diplomatique serbe.
Vingt ans après la guerre, les Serbes du nord de
l’Ibar, la rivière qui sépare Mitrovica en deux, ne reconnaissent toujours par les institutions du Kosovo
et considèrent toujours Belgrade comme leur capitale. La cloche produit le même son au sud. « Le statu quo est néfaste pour tout le monde », affirme
Bekim Çollaku, le chef de cabinet de Hashim Thaçi.
Les deux présidents ont en revanche un intérêt
commun : marcher plus vite, côte à côte, vers l’Europe. « Il faut être deux pour danser le tango », aime
répéter Aleksandar Vucic, le président serbe.
Mais c’est aussi le contexte international qui a
changé. Longtemps, la communauté internationale
avait refusé par principe tout changement de frontières dans les Balkans. Ce tabou a récemment sauté
aux États-Unis, l’un des principaux parrains du Kosovo – il existe une rue George Bush à Pristina.
L’Amérique de Donald Trump a renversé la table :
John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale, a
affirmé fin août que Washington ne s’opposerait pas
à des ajustements territoriaux. La France est aussi
favorable à ce changement, de même que l’Autriche. Federica Mogherini est prête à sponsoriser ce
que le président kosovar présente comme une
simple « correction » territoriale. « Il existe une fenêtre d’opportunité avant les élections européennes. Il
faut agir vite », commente un diplomate français.
Car après, la nouvelle Commission pourrait être à la
fois plus nationaliste et plus rétive à un nouvel
élargissement.
« La paix entre le Kosovo et la Serbie est inévitable », affirmait Hashim Thaçi au Figaro en juin dernier. Mais la partie est encore loin d’être gagnée.
Dans le camp occidental, l’Allemagne maintient son
opposition à toute modification des frontières, qui
pourrait selon elle ouvrir la boîte de Pandore balkanique en réveillant les revendications des minorités : les Serbes de Bosnie, les Hongrois de Voïvodine,
les Albanais de Macédoine. Emmanuel Macron espère convaincre Angela Merkel vendredi, avant la
réunion de Bruxelles. « L’Allemagne est notre plus
gros problème. Elle a beaucoup investi dans le pays et
est très populaire en Serbie. On ne pourra pas aller
contre elle. À défaut de soutien, on aimerait au moins
son silence », confie une source officielle serbe. Car
ceux qui œuvrent au rapprochement serbo-kosovar, à Belgrade et à Pristina mais aussi à Bruxelles et
à Paris, révoquent toute idée de « partition ». « Il ne
s’agit que d’un ajustement territorial », affirme un
Il existe une fenêtre d’opportunité avant
les élections européennes. Il faut agir vite
UN DIPLOMATE FRANÇAIS
»
diplomate français. Qui de surcroît, pour la première fois dans les Balkans, recueille l’assentiment des
deux parties. « Rien n’empêche que deux gouvernements élus, par consentement mutuel et avec le soutien de la communauté internationale, changent le
tracé de leurs frontières. Et si c’est le prix à payer pour
la paix et la stabilité, pourquoi pas ? », commente le
politologue et spécialiste de l’Europe centrale et
orientale Jacques Rupnik. Les négociateurs promettent qu’il s’agit d’un cas « sui generis ». Pas davantage que l’indépendance du Kosovo en 2008 il ne
saurait créer de « précédent » dans les Balkans ou
dans le Caucase. « La Serbie donnera des garanties
d’intégrité à la Bosnie. La seule chose qui nous importe, c’est de trouver une solution pacifique avec la Serbie », affirme Bekim Çollaku, le chef de cabinet de
Hashim Thaçi, chargé des négociations avec Belgrade. Reste que dans les Balkans, prévient Jacques
Rupnik, « les exceptions sont toujours présentées
comme des précédents ». À Pristina et à Belgrade, la
question pourrait être tranchée par un référendum.
Mais pour l’instant, on est encore loin du consensus.
« La paix est parfois plus difficile à faire que la guerre », poursuit le bras droit du président kosovar.
La Russie en embuscade
L’initiative pragmatique des deux présidents rencontre en effet de fortes oppositions au niveau local.
Le premier ministre kosovar, Ramush Haradinaj,
considère qu’une partition du Kosovo « conduirait à
la guerre ». Or, dans les Balkans, le feu prend toujours très vite. L’opposition radicale, qui refuse la
moindre concession aux Serbes, accuse Thaçi d’être
« un traître à la patrie ». Le Parlement kosovar envisage même une motion de défiance pour lui barrer
la route. En Serbie, c’est l’Église orthodoxe qui rejette cette solution de compromis. Elle s’inquiète du
sort qui sera réservé à la minorité serbe du Kosovo
mais surtout à ses monastères, qui ne feront pas
partie des zones échangées et resteront donc au Kosovo, protégés par un statut particulier. Ultranationaliste, l’Église orthodoxe est toujours attachée au
mythe fondateur de la Serbie, la défaite du « champ
des Merles » contre l’Empire ottoman, qui fit du Kosovo le « berceau de la nation serbe ». Elle est très
proche de l’Église orthodoxe russe, elle-même alliée
de Vladimir Poutine. Comment va réagir le
Kremlin, qui refuse aux régions musulmanes de
Russie ce qu’il s’est octroyé de force en annexant la
Crimée ukrainienne ? « C’est la question à mille
euros. Si les Russes veulent faire capoter le deal, ils
agiront via l’Église », poursuit la source officielle
serbe. Elle s’inquiète d’une manifestation prévue
début novembre en Serbie, « comme par hasard juste avant le forum de Paris sur la paix ! ». Comme dans
le Caucase, les conflits gelés dans les Balkans permettent à Moscou de faire monter la pression en cas
de besoin tout en tenant l’Union européenne et
l’Otan éloignées.
En gelant les frontières des Balkans après les
guerres, la communauté internationale voulait éviter un morcellement de la région selon des lignes
ethniques. Beaucoup espéraient qu’avec le temps le
modèle multiethnique si cher à la France et à l’Allemagne se réimposerait naturellement. Ce ne fut jamais le cas et cette époque-là est révolue. « Cet événement est symptomatique d’un changement de
paradigme. Le multilatéralisme est en train de céder
la place à des logiques bilatérales et unilatérales. Nous
sommes en train de passer d’un modèle à l’autre »,
constate une source diplomatique proche du dossier. Elle y voit néanmoins une chance « historique »
pour la région : « Après le règlement de la question
macédonienne, puis de celle du Kosovo, on pourra
s’attaquer à la Bosnie. Si en revanche Belgrade et
Pristina ne vont pas au bout, on repartira pour vingt
ans de guerre froide. » ■
VASSIL DONEV/POOL VIA REUTERS
16
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LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
POLITIQUE
17
Le ministère de l’Écologie est-il
vraiment un ministère maudit ?
en chiffres
1971, le 7 janvier
création du ministère
de la Protection de la nature
et de l’environnement
25 ministres
en 47 ans depuis 1971
(26 passages puisque
Ségolène Royal a occupé
le poste à deux reprises)...
11
... et
ministres délégués
ou secrétaires d’État
rattachés à un ministre
directement en charge de
l’environnement
246, boulevard
Saint-Germain
hôtel de Roquelaure,
siège du ministère de
la Transition écologique
et solidaire
£@GTabard
GOUVERNEMENT François de Rugy
est le 26e ministre de l’Écologie depuis la
création de ce ministère. Nicolas Hulot est
resté 1 an, 3 mois et 11 jours. C’est moins
que la moyenne de ses prédécesseurs.
MINISTÈRE CRÉÉ
PAR POMPIDOU EN 1971
❙ UN
Président de l’industrialisation de la
France et du « tout-voiture » - les voies
sur berges à Paris, par exemple -,
Georges Pompidou est aussi celui qui
aura eu l’intuition de l’importance de la
question environnementale. C’est à
Chicago, le 28 février 1970, lors d’une
visite officielle aux États-Unis, que le
successeur du général de Gaulle pousse
ce cri d’alarme : « L’emprise de l’homme
sur la nature est telle qu’elle comporte le
risque de destruction de la nature ellemême. Il est frappant de constater qu’au
moment où s’accumulent et se diffusent de
plus en plus les biens dits de consommation, ce sont les biens les plus élémentaires
et les plus nécessaires à la vie, comme l’air
et l’eau, qui commencent à faire défaut.
La nature nous apparaît de moins en
moins comme la puissance redoutable que
l’homme du début de ce siècle s’acharnait
encore à maîtriser, mais comme un cadre
précieux et fragile qu’il importe de protéger pour que la Terre demeure habitable
par l’homme. » (1)
Quelques semaines plus tard, une direction de «la protection de la nature» est
créée au ministère de l’Agriculture. Et le
10 juin 1970, les mesures en faveur de
l’environnement préparées au sein de la
délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (Datar) - ellemême créée sept ans plus tôt - sont
confiées à un haut comité de l’environnement, présidé par le député (et bientôt
maire) de Dijon, Robert Poujade. Alors
âgé de 42 ans, c’est (avec Jacques Chirac,
Bernard Pons ou Pierre Mazeaud) un des
« jeunes loups » de Pompidou. Enfin, à
l’occasion d’un remaniement, le 7 janvier 1971, le gouvernement de Jacques
Chaban-Delmas s’enrichit d’un ministère « chargé de la protection de la nature
et de l’environnement ». Dans un premier temps simple ministère délégué
auprès du premier ministre, il est confié
à Poujade qui porte ainsi cette nouvelle
fonction sur les fonts baptismaux.
46 ANS
❙ 25ENTITULAIRES
Avec Poujade, ils sont 25 à avoir occupé
cette fonction abandonnée la semaine
Sur les 25 occupants de ce ministère, 16
ont été des hommes et 9 des femmes.
Soit un peu plus d’un tiers. La première
fut Huguette Bouchardeau, en 1981 ; suivie de Ségolène Royal, Corinne Lepage,
Dominique Voynet, Roselyne Bachelot,
Nelly Ollin, Nathalie Kosciusko-Morizet, Nicole Bricq et Delphine Batho.
C’est une proportion nettement plus
forte que les ministères de l’Intérieur,
des Affaires étrangères et de l’Éducation
nationale qui n’ont été occupés qu’une
fois par une femme sous la Ve Républi-
3 Des ministres durables ?
NOMBRE DE MINISTRES DEPUIS 1971
Environnement
25
(2 passages pour S. Royal)
+
Agriculture
1 . Michel d’Ornano
4 ans, 1 mois, 14 jours
21 . André Fosset
e
(1976)
15e
4 ans, 1 mois, 13 jour
25
(1997-2001)
Affaires européennes (depuis 1978)
Nicolas HULOT
(2017-2018)
4 ans 1 mois, 6 jours
1 an, 3 mois, 11 jours
4e. Brice Lalonde
24
(1988-1992)
Intérieur
24
3 ans, 10 mois, 21 jours
5 . Jean-Louis Borloo
e
(2 passages pour P. Joxe, C. Pasqua et N. Sarkozy)
(2007-2010)
Culture
3 ans, 4 mois, 24 jours
21
7 mois, 13 jours
22 . Vincent Ansquer
e
(1976-1977)
7 mois, 2 jours
23e. Alain Peyrefitte
21
(2 passages pour R. Gallery)
Affaires étrangères
1 mois, 2 jours
25e. Alain Juppé
19
(2 passages pour R. Dumas et A. Juppé)
MÉTHODOLOGIE :
Ont été pris en compte dans le calcul du nombre des ministres
et de leur longévité les ministres ayant la charge directe ou la
tutelle de l’écologie. Les secrétaires d’État chargé spécifiquement de l’écologie, mais dépendant d’un ministre de tutelle
(par exemple A. Bombard auprès de M. Crépeau, C. Jouanno
auprès de J.-L. Borloo ou S. Lecornu et B. Poirson auprès de
Nicolas Hilot) ont été comptés à part.
-
... l’Environnement
- entre 2002 et 2014
9
... CHEZ LES SECRÉTAIRES D’ÉTAT*
... l’Écologie et du
développement durable
- entre 2014 et 2017
... l’Environnement
7
4
LES APPELLATIONS DU MINISTÈRE
(MOT DOMINANT)
- entre 1971 et 2002
16
- entre 2017 et 2018
*ou minsitres délégués
50
45
42 %
40
35
16e mois (sept. 2018)
45
40 %
4 Madame ou Monsieur le ministre de... ?
LA PARITÉ...
... CHEZ LES MINISTRES
55
50
(2012)
(2007)
20
65
3 mois, 27 jours
24e. Nicole Bricq
1 mois
Défense
COTES DE POPULARITÉ DES MINISTRES, en %
1er mois (juin 2017)
(1974)
(2 passages pour J. Lang)
Éducation
Dans un premier temps ministre
délégué auprès du premier ministre,
Robert Poujade se classe au 20e rang de
l’ordre gouvernemental protocolaire.
60
(1977-1981)
3e. Dominique Voynet
2007, NUMÉRO DEUX
DU GOUVERNEMENT
❙ EN
62 %
er
(1992-1993 / 2014-2017)
Justice
Le premier intitulé fut donc ministère de
la Protection de la nature et de l’Environnement. Cet intitulé a été fréquemment modifié au fil des remaniements.
Le mot « environnement » est resté généralement présent dans l’appellation
jusqu’en 2002. Sauf au début du septennat de Valéry Giscard d’Estaing, où il a
pris le nom de « ministère de la Qualité
de la vie ». Après la réélection de Jacques
Chirac, c’est le mot « écologie » qui lui a
été préféré, associé à l’expression « développement durable ». Avec la nomination de Nicolas Hulot, en 2017, il a pris
le nom de « ministère de la Transition
écologique et solidaire ».
À deux reprises (1974 et 1977), l’environnement a été accolé, voire rattaché à
celui de la culture. En 1986, il a été intégré au ministère de l’Équipement (avec
le logement et l’aménagement du territoire). En 1997, c’est l’inverse : c’est
l’aménagement du territoire qui a été
rattaché à l’environnement, point de
départ d’une extension du périmètre de
ce ministère.
C’est en 2007 qu’un tournant structurel
est pris avec la création d’un grand ministère de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables
(Médad). Pour souligner la dimension
environnementale de toute l’activité
économique, les secteurs clés des transports, du logement, et même de l’énergie y sont intégrés. L’aménagement du
territoire en fait toujours partie. Le secrétariat d’État chargé par Nicolas
Sarkozy de penser le Grand Paris dépend ainsi de l’écologie. À partir de
2008, les négociations internationales
sur le climat sont explicitement mentionnées, soit dans l’appellation du ministère, soit dans celle d’un secrétariat
d’État qui lui est rattaché.
Après les 16 ministres de plein exercice
et les 3 autres ministres délégués rattachés à Matignon.
Avec les législatives de 1973, Poujade
conserve son poste et ses attributions,
mais devient ministre de plein exercice, ce qui lui permet de grimper à la
12e place dans l’ordre protocolaire.
Après les portefeuilles régaliens et les
finances, mais avant la culture, l’agriculture ou l’industrie. Signe du sérieux
accordé par l’exécutif à la question
environnementale.
Pendant plus de trois décennies, le ministère va se maintenir dans la 2e moitié
du classement. Avec des variations qui
tiennent plus à la personnalité nommée
qu’à la reconnaissance de l’enjeu proprement dit. Ainsi dans le gouvernement Barre I (1976), le gaulliste Vincent
Ansquer n’est que 16e sur 18, mais dans
Barre II (1977), Michel d’Ornano, l’élu et
l’ami le plus proche du président Valéry
Giscard d’Estaing, est propulsé au 7e rang
protocolaire. En 1981, l’Environnement,
confié à Michel Crépeau, est relégué en
queue de classement (28e place) dans la
première équipe composée par Mitterrand. En 1995, dans Juppé I, Corinne
Lepage n’est pas mieux traitée (24e sur
27). Mais six mois plus tard, après le renvoi des « juppettes », celle-ci remonte à
la 11e place, devenant ainsi la première
femme de la liste de l’équipe Juppé II.
Ségolène Royal (Bérégovoy) ou Roselyne
Bachelot (Raffarin) occupent la 10e place.
La grande bascule intervient en 2007.
Durant la campagne présidentielle,
Nicolas Hulot fait signer un pacte à tous
les candidats prévoyant notamment de
faire du titulaire de l’Environnement un
« vice premier ministre », numéro 2 du
gouvernement. Élu, Nicolas Sarkozy ne
reprendra pas ce titre, mais fera bien du
ministre de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables le
numéro 2 du gouvernement, avec rang
de ministre d’État (Alain Juppé puis
Jean-Louis Borloo). C’est le plus haut
rang hiérarchique occupé par ce ministère. Et ce durant trois ans et demi.
Lorsqu’en 2010 Borloo partira, Nathalie
Kosciusko-Morizet reculera à la 4e place. Sous le gouvernement Ayrault,
l’Écologie, avec Nicole Bricq et Delphine
Batho a replongé dans le classement (9e
et 10e places). Le retour de Ségolène
Royal, en 2014, la ramène en haut du
classement : numéro 3 du gouvernement (derrière les Affaires étrangères
confiées à Laurent Fabius). Rang
conservé par Nicolas Hulot dans le gouvernement d’Édouard Philippe (derrière l’Intérieur, confié à Gérard Collomb),
mais avec la distinction honorifique de
ministre d’État. ■
(1) Discours cité par Bettina Laville dans
« Du ministère de l’impossible au ministère
d’État », Revue française d’administration
publique, n° 134, 2010, pp.277-311.
5 Des ministres populaires ?
LONGÉVITÉ DES MINISTRES : DES PLUS DURABLES… AUX PLUS ÉPHÉMÈRES
2e. Ségolène Royal
25
ÉCOLOGIE, TRANSITION
❙ ENVIRONNEMENT,
N. H
2 Quel turnover ?
MINISTÈRE
PLUS FÉMINISÉ
❙QUEUN
LA MOYENNE
que (Michèle Alliot-Marie pour les deux
premiers, Najat Vallaud-Belkacem pour
le dernier). Plus forte également qu’à
l’Agriculture (2 femmes), la Défense (3)
ou la Justice (6 femmes). Seul ministère
proportionnellement autant féminisé
que l’Écologie : la Culture, occupée depuis la même échéance de janvier 1971
par 13 hommes et 8 femmes, soit près de
40 % des titulaires.
Sur les 11 secrétaires d’État, 5 furent des
femmes (Tokia Saïfi, NKM, Chantal
Jouanno, Barbara Pompili et Brune
Poirson).
... de la Transition écologique
40
S. R
1 Le ministère
Guillaume Tabard
dernière par Nicolas Hulot. Le rappel de
ce chiffre a donné le sentiment que ce
ministère était maudit, incapable de retenir ses occupants. Compte tenu du fait
que Ségolène Royal est revenue à ce poste en 2014 après l’avoir occupé une première fois en 1992, cela fait donc 26 passages au ministère de l’Écologie. Soit
une moyenne de 1 an, 9 mois.
Cela peut paraître peu en effet. Mais estce si hors norme au regard de la vie gouvernementale ? Quand on prend le
même point de départ chronologique, le
7 janvier 1971, le turn-over est (presque)
aussi important dans d’autres ministères supposés plus stables. Il y a eu ainsi
25 titulaires différents aux ministères de
la Justice et de l’Agriculture, 24 au ministère de l’Intérieur (et 27 passages en
tous puisque trois - Pierre Joxe, Charles
Pasqua et Nicolas Sarkozy - l’ont été
deux fois), 21 à ceux de l’Éducation nationale et de la Culture, 20 à la Défense et
19 aux Affaires étrangères.
La longévité des ministres de l’Écologie
a été variable. Le trio de tête se tient
dans un mouchoir de poche : 4 ans,
1 mois et 14 jours pour Michel d’Ornano
(1977-1981), et 13 jours pour Ségolène
Royal (1992-1993 et 2014-2017, en deux
fois, donc), et 6 jours pour Dominique
Voynet. Avec plus de 3 ans d’affilée à ce
poste, Brice Lalonde, Jean-Louis Borloo
et Hugette Bouchardeau (celle-ci à
quelques jours près) ont pu laisser leur
empreinte.
Inversement, Delphine Batho a été limogée à peine sa première bougie soufflée à l’hôtel de Roquelaure, et 7 autres
n’ont pas même tenu un an. Victime de
sa défaite aux législatives à Bordeaux,
Alain Juppé détient le record de brièveté : 1 mois tout juste.
Avec 1 an, 3 mois et 11 jours, Nicolas
Hulot se classe en 15e position en termes
de longévité. Juste devant Nathalie
Kosciusko-Morizet, laquelle peut rajouter ses 19 mois d’abord passés dans ce
ministère comme secrétaire d’État de
Jean-Louis Borloo. À ces 25 ministres
s’ajoutent en effet 11 secrétaires d’État
qui leur furent rattachés.
35
30
21 %
1er mois (avril 2014)
J.-L. B
Avant François
de Rugy,
25 personnalités
(16 hommes
et 9 femmes) se sont
succédé à ce poste,
créé en janvier 1971.
Un turnover élevé,
mais finalement
guère plus que bien
d’autres ministères.
Ségolène Royal,
Michel d’Ornano
et Dominique Voynet
y sont restés chacun
plus de quatre ans.
60 %
1er mois (juin 2007)
Source : baromètre des cotes de popularités, TNS Sofres pour Le Figaro Magazine
38e mois (mai 2017)
25
20
60
55
50
45
36 % 40
35
42e mois (nov. 2010)
Infographie
30
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mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Oui, les européennes
seront un référendum sur l’immigration
L
a formule s’impose
de plus en plus : les élections
européennes de juin 2019
prendront la forme
d’un « référendum sur
l’immigration » qui pourrait
accélérer la recomposition de l’espace
politique européen. C’est ce que semblent
souhaiter, chacun à sa manière,
Emmanuel Macron, en croisade contre
la « lèpre populiste » et désireux de
mater les nations dissidentes d’Europe
de l’Est et Matteo Salvini, qui entend
reconstituer la frontière européenne
et en finir avec l’immigration massive.
Les deux se méprisent ouvertement
et rêvent manifestement de s’affronter.
Depuis quelques décennies, la politique
européenne contenait la délibération
politique à l’intérieur du consensus
progressiste. Cette fois, deux imaginaires
distincts s’affronteront. La politique
se délivre du corset gestionnaire
et redevient passionnelle.
Si certains médias s’entêtent à faire
passer Salvini pour un infréquentable
absolu, il faut surtout convenir
que le leader italien est parvenu à faire
passer la droite populiste de la fonction
tribunicienne à la fonction
gouvernementale, et cela, au cœur d’un
des grands pays de l’UE. Plus encore,
elle parvient à faire alliance avec la droite
conservatrice, comme en témoigne son
pacte avec la Hongrie de Viktor Orban.
Il se pourrait bien, après un certain
temps, que ces deux familles politiques,
n’en fassent plus qu’une, dans la mesure
où le populisme européen est souvent
un conservatisme qui a trop longtemps
baigné dans une culture d’opposition.
Les deux forces,
malgré
des sensibilités
distinctes,
VENTS D’OUEST
s’accordent
généralement
Pour notre chroniqueur québécois, l’enjeu majeur
autour d’un
pour la droite française est de traduire politiquement programme
l’instinct de conservation du peuple.
commun : défense
MATHIEU BOCK-CÔTÉ
de la souveraineté nationale et populaire,
critique de l’immigration massive et
du gouvernement des juges, célébration
des racines chrétiennes de l’Europe.
Nul besoin d’apprécier les leaders
hongrois et italien, dont les excès sont
indéniables et plus que regrettables, pour
constater qu’ils concrétisent une vieille
idée que l’on ne parvenait plus à prendre
au sérieux : celle d’une autre politique,
rompant avec le dogme immigrationniste
et plus largement, avec la mystique
droit-de-l’hommiste qui l’enrobe.
La renaissance conservatrice qui partout
se laisse deviner trouvera-t-elle en 2019
une traduction politique ? Certains
diront que la recomposition politique
On ne pourra pas toujours faire croire
que le viol des frontières est sans
conséquence. De même, l’aventure
estivale de l’Aquarius a illustré
de manière pathétique l’impuissance
de l’Europe et sa soumission au chantage
humanitaire. À travers cela, d’une vague
à l’autre, qu’elle soit « légale »
ou « illégale », l’immigration de masse
transforme démographiquement
la civilisation européenne et pose
ouvertement la question de sa survie.
De grandes catégories sociales
hantées par l’insécurité culturelle
semblent au seuil de l’insurrection
civique. La décomposition
anthropologique de sociétés hantées
par des tensions
identitaires
C’est un instinct de conservation
de plus en plus
vives bouleverse
qui se réanime et le politiquement
la dynamique
correct parvient de moins en moins bien politique.
C’est un instinct
à l’inhiber en l’assimilant au repli sur soi
de conservation
ou au racisme
qui se réanime
et le politiquement
est une vieille lune. Le système électoral
correct parvient de moins en moins bien
européen a souvent favorisé la poussée
à l’inhiber en l’assimilant au repli sur soi
de forces protestataires, mais souvent,
ou au racisme, ou pire encore,
elles refluaient lorsque le scrutin
en mobilisant contre lui la mémoire
redevenait national, comme
de la Seconde Guerre mondiale,
si les élections européennes avaient
en laissant croire que les démons sortis
pour vocation de susciter des jacqueries
des entrailles de l’Europe au siècle
électorales pour mieux les neutraliser
dernier seraient de retour et pousseraient
à une échelle où elles ne portent pas
les peuples vers la pente fatale
vraiment à conséquence.
de la régression ethnique. Plus encore,
Mais c’est une nouvelle époque
cette instrumentalisation malsaine
qui se dessine, avec ses enjeux
du souvenir des horreurs du dernier
spécifiques, qui désarçonnent les partis
siècle rend inintelligible une situation
traditionnels. Il est de plus en plus
historique inédite, dans laquelle
difficile de faire croire que l’âge
la pensée politique ne devrait pas voir
diversitaire est paisible. L’image d’une
l’éternel retour du même.
immigration massive mais bienfaitrice
Si la formule n’était pas usée,
ne tient plus, quand on pense non
on pourrait dire du conservatisme
seulement à l’insécurité qui s’est installée
qu’il est appelé à mener une politique
partout sur le Vieux Continent,
de civilisation, ce qui implique de définir
mais à des images comme celles
l’Europe non pas comme un ensemble
de la pénétration agressive de colonnes
désincarné, technocratique et flou, mais
de migrants, comme on l’a vu à Ceuta.
comme une réalité historique vivante.
«
»
Théoriquement, ce devrait être
la vocation de la droite, dans chaque
pays, de porter ce projet. Cela implique
de tenir compte de la culture politique
de chacun. La France n’est pas l’Italie,
non plus que l’Autriche. Son histoire
est trop singulière pour qu’elle s’imagine
transposer chez elle une expérience
étrangère. La droite française
doit trouver son propre chemin.
Elle a moins avantage à multiplier
les combinaisons compliquées pour tenir
ensemble toutes ses composantes
artificiellement rassemblées depuis
trop longtemps qu’à définir une ligne
claire explicitant son rapport à la nation,
à l’Europe et à l’époque. Trop longtemps,
la droite française s’est contentée
d’évoluer dans les paramètres
de respectabilité fixée par ses adversaires
en donnant des gages idéologiques,
dans l’espoir de se faire décerner
un certificat d’humanisme médiatique
récompensant sa docilité. 2019, pourrait
ainsi représenter une élection
de rupture pour la droite, si elle y voit
l’occasion de s’inscrire pleinement
dans le nouveau contexte européen.
On devine spontanément le principe
fondateur d’une doctrine renouvelée :
un pays n’est pas un no man’s land
désincarné. Il faut que la France
reste la France. Un certain souverainisme
retrouverait ainsi sa pertinence
en reconstituant un pouvoir politique
sans lequel rien n’est possible.
C’est par exemple au nom de la
civilisation européenne et du droit
de ses nations à persévérer dans leur être
que la droite serait en droit de contester
la tutelle idéologique de la Cour
européenne des droits de l’homme,
devenue le symbole du gouvernement
des juges à l’échelle
de l’UE. Plus largement, la droite
conservatrice devra se réapproprier
le principe de la souveraineté populaire,
qui n’a rien d’une fantaisie illibérale.
C’est la question du régime qui remonte
aujourd’hui à la surface.
Exhumation de Franco : l’instrumentalisation
sectaire d’une question légitime
F
ranco, mort chef d’État
le 20 novembre 1975, fut
enterré deux jours plus tard
dans la basilique du Valle
de los Caidos, lieu hautement
représentatif du régime.
Perchée à plus de mille mètres
d’altitude, dans la Sierra
de Guadarrama, la basilique, que
domine une croix de près de 150 mètres
de haut, a été voulue par le dictateur
comme un symbole de réconciliation
après la guerre civile. Construite
entre 1940 et 1959 par des prisonniers
politiques, elle est avant tout l’éclatante
manifestation de l’idéologie nationalecatholique. Une grande mosaïque
évoque le combat des insurgés
et on peut y voir un Franco en chef
de guerre, à la manière des rois
médiévaux. L’ossuaire abrite plus
de 30 000 combattants des deux camps.
Mais les républicains qui y reposent
ont été transférés d’autorité, sans
l’accord des familles. Il est raisonnable
de penser que, pour la plupart, c’est une
profanation que de reposer dans
un monument qui exalte une lecture
catholique de l’Espagne, alors que leur
idéal était plus laïque voire anticlérical,
plus socialiste et naturellement
antifranquiste.
L’enterrement de Franco dans ce lieu
fut une décision un peu précipitée.
L’agonie du dictateur avait duré
un mois, mais il n’avait laissé aucune
consigne… et personne ne s’était permis
de lui en demander ! La décision du roi
Juan Carlos semblait permettre de clore
de manière honorable et logique
la vie de Franco. Il retournait
d’où il procédait : de la guerre.
Aujourd’hui le
pouvoir franquiste
n’existe plus.
Il n’est même pas
tapi dans l’ombre.
Alors que le processus de retrait de la dépouille
Pourtant le
du dictateur de son mausolée a été lancé par
monument de la
le gouvernement socialiste, l’historien* revient sur
Valle de los Caidos,
avec Franco, pose
les enjeux mémoriels de la guerre civile espagnole.
BENOÎT PELLISTRANDI
un problème depuis une vingtaine
d’années. Le consensus de la transition
démocratique a laissé place à une solide
démocratie qui vit sur le clivage gauchedroite. Sánchez, dont
la position est fragile – son groupe
parlementaire ne dispose que
de 84 députés sur 350 et le Parti
populaire (droite) en a 137 –, a besoin
d’asseoir son autorité sur toute la
gauche. En chassant Franco de la Valle
de los Caidos, il marque un point. Cela
lui permet de s’inscrire dans la
continuité de l’action de José Luis
Rodriguez Zapatero, qui, en 2007,
avait impulsé une loi dite de « mémoire
historique », instrument juridique d’une
élimination de la mémoire franquiste.
Né en 1972, Sánchez représente une
nouvelle génération
qui entend liquider les prudences
de la transition démocratique.
La guerre civile espagnole fut
une lutte fratricide qui provoqua plus de
300 000 morts. Une moitié furent des
victimes combattantes, l’autre
des victimes civiles. Elle fut
un déchaînement de violences et
de haines. Aucune lecture équitable
de la guerre civile ne pourra jamais
rendre compte des atrocités commises
dans les deux camps. Il y eut un
vainqueur qui imposa sa mémoire
après avoir imposé son ordre par
une répression durable : l’état de guerre
dura jusqu’en 1948 et la « loi
de responsabilités politiques »
promulguée en 1939, demeura en
vigueur jusqu’en 1963. Ce fut
l’instrument juridique de la répression.
Toute personne ayant milité dans des
organisations hostiles au « soulèvement
national » (donc les partis et syndicats
de gauche) pouvait faire l’objet d’une
enquête et d’une condamnation,
souvent à mort.
La gauche d’aujourd’hui voudrait
prendre une revanche posthume
en imposant une lecture uniquement
centrée sur la répression franquiste
et en atténuant, voire en occultant, le
souvenir de l’arbitraire républicain. Elle
tourne ainsi le dos à la réconciliation qui
suppose la reconnaissance mutuelle des
tueries des deux camps.
En exhumant la dépouille de Franco,
Sánchez ne règle pas le sort de la Valle de
los Caidos, évidente survivance
du national-catholicisme. Faudrait-il,
comme certains le suggèrent,
abandonner le lieu et le laisser tomber en
ruines ? Faudrait-il le « séculariser » en
détruisant cette grande croix qu’on peut
apercevoir depuis Madrid quand la
pollution
ne l’empêche pas ? Ce serait mutiler
le lieu en le rendant incompréhensible.
La Valle de los Caidos, haut lieu
touristique dans les années 1960-1970, a
progressivement perdu de sa charge
politique. Proche de l’Escurial,
l’ensemble est une curiosité qu’on vient
voir (le site est grandiose) et dont
communauté bénédictine à qui fut
confié l’entretien spirituel du lieu serait
le bienvenu. Plutôt que de continuer à
défendre la mémoire d’un Franco
chrétien, elle rendrait à l’Espagne un
grand service en acceptant la
désacralisation de la basilique pour
permettre sa transformation en
Mémorial.
Franco est mort et bien mort.
L’Espagne est tellement post-franquiste
qu’on ne réveille pas un fantôme
en l’exhumant. Mais on fait vibrer une
corde sensible dans la culture politique
de la gauche espagnole et on espère
placer la droite en difficulté.
Le Parti populaire et Ciudadanos,
favorables au principe de l’exhumation,
sont réservés face à ce qui est
une manœuvre politique. En outre,
ces deux formations estiment que
les acquis de la réconciliation
sont supérieurs
aux réparations
La gauche d’aujourd’hui voudrait
à concéder, non
prendre une revanche posthume en
plus à des victimes
imposant une lecture uniquement centrée directes, mais
à leurs héritiers
sur la répression franquiste et en
politiques… ou
atténuant, voire en occultant, le souvenir supposés tels.
Ce n’est pas
de l’arbitraire républicain
en prétendant
effacer l’histoire
la signification politique échappe
qu’on aura un rapport équilibré
à beaucoup. Franquistes et phalangistes
au passé de l’Espagne. Ce n’est pas son
qui s’y rassemblent chaque 20 novembre
instrumentalisation sectaire qui rend
sont à peine une centaine aujourd’hui.
service au pays. Sur ce plan, les politiques
Une politique d’État aurait consisté
espagnols devraient davantage
à mener d’abord une négociation secrète
ressembler à leurs électeurs qui disent,
avec la famille Franco avant d’envisager
sondage après sondage, quels sont les
de procéder de façon autoritaire. Un
vrais problèmes du pays. Jusqu’à ce jour,
accord aurait grandi
Franco n’apparaissait jamais sur la liste.
la famille qui s’est, au contraire,
Mais la corruption, le chômage,
engouffrée dans le piège de la
l’intégrité des responsables politiques,
protestation. Ensuite, il serait judicieux
l’unité du pays, l’immigration
de convoquer une commission pluraliste
y figuraient en bonne place.
de personnalités respectées pour
* Auteur de « Histoire de l’Espagne,
travailler à une transformation de la
des guerres napoléoniennes
basilique afin d’en faire un équivalent
à nos jours »(Perrin, 2013),
espagnol du Mémorial de la paix
agrégé d’histoire et enseignant
de Caen. Enfin, un geste de la
en classes préparatoires au lycée Condorcet.
«
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
19
De l’utilité du premier ministre
D
FABIEN CLAIREFOND
ans une intervention
radiophonique récente,
François Hollande,
constatant que
le raccourcissement
du mandat présidentiel
faisait de plus en plus de son titulaire
le chef du gouvernement, préconisait
la suppression du premier ministre.
Comme on ne saurait imaginer qu’une
telle proposition soit avancée pour
« faire le buzz », ni que le président
sortant propose de
mener à son terme
une évolution qu’il
juge au fond de lui
fâcheuse, on doit
Alors que François Hollande a émis l’idée
supposer que,
de se passer de chef de gouvernement,
dans son esprit,
l’ex-directeur de cabinet de Jean-Pierre Raffarin
cette évolution
à Matignon défend la dyarchie de l’exécutif.
serait bénéfique.
PIERRE STEINMETZ
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
À l’inverse on peut avancer quelques
éléments, oubliés tant ils paraissent
acquis, en faveur du maintien de la
dyarchie. Tocqueville nous a appris
que « la pente qui entraîne la démocratie
à obéir, en politique, à des sentiments
plutôt qu’à des raisonnements,
et à abandonner un dessein longuement
mûri pour la satisfaction d’une passion
momentanée », l’incite à conduire sa
politique extérieure « pour des raisons
du dedans ». De ce point de vue, il est
donc souhaitable que le responsable
ultime soit aussi à l’abri que possible des
péripéties de la vie politique nationale.
La politique menée par M. Trump
est à cet égard, un contre-exemple
convaincant, même s’il faut le tempérer
du fait du régime électoral américain,
qui fait dépendre le résultat de l’élection
présidentielle d’une victoire dans
ENTRE GUILLEMETS
5 septembre 1914 : mort au combat de l’écrivain Charles Péguy à Villeroy.
Ève
ALBERT HARLINGUE/ROGER-VIOLLET
Mère voici vos fils
et leur immense armée.
Que Dieu mette avec eux
un peu de cette terre
Qui les a tant perdus
et qu’ils ont tant aimée»
des circonscriptions clefs, ce qui
accentue les tentations clientélistes.
Plus profondément, les temporalités
du président de la République et du
premier ministre ne sont pas les mêmes.
Lorsque le premier ministre est amené,
ce qui est sa fonction première,
à concilier ou à arbitrer des intérêts
différents ou opposés mais également
légitimes, il est naturellement enclin
à prendre davantage en compte,
même s’il fait effort pour s’en défendre,
les préoccupations de court terme
– qui sont, en clair, ses ennuis de demain.
Là encore, il importe qu’un
président, plus distant des vicissitudes
de l’actualité et des contraintes
de l’action gouvernementale, rappelle
les préoccupations de long terme.
C’est évidemment le cas pour la Défense
nationale au moment des arbitrages
budgétaires. Ce devrait l’être pour
la politique écologique, et de façon
générale pour toutes les politiques
« horizontales » à longue échéance.
Par ailleurs, les journées n’ayant
que 24 heures, il est sans doute bon que
celui qui « est en charge de l’essentiel »
puisse réfléchir et décider en prenant
la hauteur voulue, à l’abri des pressions
du quotidien. Sans tenter de faire
la part entre la logique institutionnelle
et celle des caractères, il est de fait
que l’activisme de certains présidents
les conduit à monter eux-mêmes très
vite « en première ligne ». On observe
avec fréquence les inconvénients
de cette implication. Il est sans doute
souhaitable qu’elle ne devienne pas
permanente. De même, il est bon que
le premier ministre préserve le temps
présidentiel. La coordination,
certes, a un aspect chronophage,
mais dans une bien moindre mesure.
Si le président devenait chef
du gouvernement, il perdrait le droit
de dissolution. Il y aurait alors risque de
blocage et de paralysie. Ce n’est pas une
hypothèse théorique, comme on peut le
voir parfois aux États-Unis au moment
du vote du budget (et alors même que le
pays est en guerre extérieure). On peut
appeler cela la démocratie : ce ne serait
pas la meilleure. À l’inverse, l’existence
d’un premier ministre est un facteur de
stabilité et de souplesse institutionnelle.
Son remplacement est le moyen
de donner un nouvel élan à l’action
du gouvernement, ou de traduire
un changement d’orientation,
ou de constituer la solution
d’une sortie de crise. C’est cette
fonction de fusible, au bon sens
du terme, que l’on perdrait avec
la suppression du premier ministre.
Il faut d’ailleurs noter que le régime
parlementaire strict, comme en GrandeBretagne, suppose que le premier ministre
dispose d’une majorité disciplinée, faute
de quoi le « système » se dérègle, comme
en témoigne les suites du referendum sur
le Brexit, qui trouve son origine dans la
volonté de David Cameron de ramener
l’ordre dans son parti. On peut d’ailleurs
avancer l’hypothèse que l’évolution
des mœurs comme celle des moyens
de communication favorisent un
morcellement de l’opinion et que
la crise des partis en est partiellement
la conséquence. En ce cas, la dyarchie
française, avec un président fédérateur,
pourrait être une formule d’avenir et non
pas du passé. Pour ajouter une note
d’humour, avançons une considération,
propre à notre pays, qui n’a rien de
scientifique : les Français ont la double
aspiration à s’identifier au souverain
et à lui couper la tête ; compte tenu
de cette propension, la dissociation
symbolique du monarque est
peut-être la formule la mieux adaptée
à notre idiosyncrasie nationale.
VOX
ANALYSE
Guillaume Perrault
gperrault@lefigaro.fr
La Ve République a 60 ans : fautil la remercier ou la maudire ?
L
es Français « deviennent jaloux
de l’autorité au moment même
où ils l’ont confiée »,
avertissait Mirabeau à
l’Assemblée le 17 octobre 1789.
Compte tenu de ce trait de
caractère, ce n’est pas un mince exploit,
pour la Ve République, d’avoir atteint
l’âge respectable de 60 ans.
Le 4 septembre 1958, place de la
République à Paris, de Gaulle présenta les
institutions nouvelles et demanda « une
adhésion franche et massive » au projet
de loi constitutionnelle. Le 28 septembre,
la Constitution, soumise aux Français par
référendum, fut approuvée par 79,2 %
des votants. La participation atteignit
un record (84,9 %). La Constitution
fut promulguée le 4 octobre 1958.
De Gaulle plaça la barre très haut :
la Ve République ambitionne d’assurer
à l’État l’assise « dont il est privé depuis
169 ans », c’est-à-dire depuis l’exécution
de Louis XVI en 1793, expliquera-t-il
dans ses Mémoires d’espoir. Le présidentmonarque tire sa légitimité de l’élection
au suffrage universel direct (1962).
L’Assemblée, toute-puissante sous
la IVe République, a perdu une partie
de ses prérogatives au profit de l’exécutif.
Le gouvernement est presque assuré
de durer. Pendant plusieurs décennies,
les mauvais souvenirs de la IVe assurèrent
aux nouvelles institutions la faveur
des Français. L’alternance, en 1981,
fit miraculeusement perdre à la gauche
ses préventions initiales.
Or voilà que le sentiment d’un déclin
relatif du pays suscite, depuis les années
1990, les interrogations d’hommes
de qualité : et si la Ve République, loin
d’avoir garanti l’efficacité de l’action
publique, était l’une des causes
de nos blocages ? Dès 1992, tandis que se
traînait le second septennat de François
Mitterrand, la thèse fut défendue par
Jean-François Revel dans un pamphlet
étincelant et très drôle, L’Absolutisme
inefficace - Contre le présidentialisme
à la française. Pour le penseur libéral,
l’élection présidentielle entretient la
croyance illusoire des Français envers la
toute-puissance de l’État. La campagne
suscite un immense espoir impossible à
satisfaire. Une fois dégrisés, les Français
sont immanquablement conduits à
honnir le président qu’ils avaient d’abord
adoré. Isolé dans l’empyrée élyséen,
entouré par sa cour, le chef de l’État,
lui, se complaît dans le sentiment
de son infaillibilité. N’est-il pas l’élu ?
D’où une série de conséquences
fâcheuses, qui forment autant
de chapitres du livre de Revel :
« Le despotisme irrésolu »,
« La présidence incapacitante »,
« La fiction du premier ministre »,
« Les transferts d’irresponsabilité » ou
encore « Gouverner, c’est nommer ».
Le retournement spectaculaire
des médias et de l’opinion envers
Emmanuel Macron paraît vérifier
de façon implacable la thèse de Revel.
Un des anciens collaborateurs de Nicolas
Sarkozy à l’Élysée, l’essayiste et historien
Maxime Tandonnet, fidèle signature
des pages Débats du Figaro et de
FigaroVox, juge d’ailleurs lui aussi,
à la lumière de son expérience, que
l’omnipotence du président le condamne
paradoxalement à l’impuissance.
Aux interrogations légitimes de
penseurs sincères s’ajoutent cependant
des procureurs aux arrière-pensées
moins pures. Une classe politique
incapable de résoudre les maux du pays
peut désirer faire porter la responsabilité
de ses échecs à nos institutions. Il faut
bien que la Constitution soit coupable
pour qu’elle-même soit innocente.
Au reste, le diagnostic séduisant
d’un Revel ne peut pas se muer en
ordonnance pour guérir le patient.
La Ve, les Français l’ont adoptée puis
raffermie par deux référendums (en 1958
et 1962) et ils l’aiment. Qui peut croire
que nos citoyens accepteraient qu’on
leur ôte le droit d’élire le président au
suffrage universel direct, seul scrutin
où ils se rendent encore en masse ?
Qui pourrait penser que le pays verrait
sans réagir le chef de l’État, désigné par
lui, cantonné à un rôle de représentation
et d’influence, au profit des chefs
de parti, « les notables et les notoires »,
comme les appelait de Gaulle ?
Nous sommes embarqués dans le
système de la monarchie républicaine.
Impossible de descendre. Prenons-en
notre parti. C’est dans d’autres directions
qu’il faut chercher les moyens de conjurer
le danger de la paralysie politique qui
guette toujours en France. Le référendum
d’initiative populaire en vigueur en
Suisse, dans une moindre mesure en Italie
et dans certains États des États-Unis,
comme la Californie, n’est certes pas
exempt de dangers, mais possède un
immense mérite : garantir au suffrage
universel qu’il aura le dernier mot pour
imposer ses vues sur les sujets jugés
cruciaux par lui. Un heureux moyen
de rénover des institutions menacées de
désaffection. Et un beau sujet de réflexion
pour la droite si elle veut retrouver
la confiance de ses propres électeurs.
POLITIQUE
Et si la gauche devenait
audible en se remettant
à parler d’immigration ?
L’analyse du professeur
de finance Steve Ohana
ÉCOLOGIE
« Nous pouvons agir
sans attendre
les gouvernements »
Entretien avec Cyril Dion,
cofondateur
du mouvement
des Colibris
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
ÉRIC ZEMMOUR
le jeudi 20 septembre 2018,
20 heures
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mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 036 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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LA BARRE DES
1 000 MILLIARDS
DE DOLLARS
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TÉLÉCOMS
POUR LA PREMIÈRE FOIS,
L’OPÉRATEUR FREE
PERD DES CLIENTS PAGE 27
ASSURANCE
SCOR REJETTE
TOUT RAPPROCHEMENT
AVEC MMA ET GMF PAGE 25
économie
« La loi Pacte
Bruno Le Maire
Dans un entretien au
« Figaro », le ministre
de l’Économie explique
comment son projet
de loi doit permettre
de bâtir « une nouvelle
prospérité française ».
PAGES 22 ET 23
Vélib’ : Smovengo promet un service total début 2019
TRANSPORT C’est le temps des bonnes résolutions de rentrée pour Vélib’.
« Nous aurons déployé la totalité des
1 400 stations et des 20 000 vélos au
premier trimestre 2019 », affirme Arnaud Marion, président exécutif de
Smovengo, qui exploite le service de
vélo-partage en région parisienne. Si
l’opérateur prend ce genre d’engagement, c’est qu’il a commencé dans le
courant de l’été à remédier à une situation catastrophique. Lundi, on a
comptabilisé 34 400 courses en Vélib’,
contre seulement 8 500 le 1er juillet.
SANTÉ
Les hôpitaux
réclament une
réforme ambitieuse
PAGE 24
LA SÉANCE
DU MARDI 04 SEPTEMBRE 2018
CAC 40
5342,70
-1,31%
DOW JONES (18h)
25869,64 -0,37%
ONCE D’OR
1190,85 (1200,05)
PÉTROLE (lond)
78,570 (78,110)
EUROSTOXX 50
3359,10 -1,06%
FOOTSIE
7457,86 -0,62%
NASDAQ (18h)
7605,07 -0,65%
NIKKEI
22696,90 -0,05%
S’il souffle un vent d’optimisme
chez Smovengo, c’est que l’opérateur a réglé plusieurs problèmes :
une nouvelle version du logiciel et
l’installation de guide-roues et de
nouvelles fourches sur une partie de
la flotte ont diminué les bugs qui
rendaient aléatoire le décrochage
ou le raccrochage des vélos. L’électrification de la majorité des stations
ouvertes (805 sur 815) a permis aussi
de rendre le service plus fiable.
Courant septembre, Smovengo
n’ouvrira pas de nouvelles stations,
mais en profitera pour fiabiliser le
système en terminant notamment
l’installation des guide-roues sur la
flotte de bicyclettes. Et, en octobre,
l’opérateur reprendra l’ouverture de
stations, à raison d’au moins une
centaine par mois. Avec, pour les
clients, une perspective intéressante : si le service fonctionne bien au
printemps 2019, la part de vélos
électriques pourrait passer de 30 à
40 %. C’est le souhait de la mairie de
Paris, et cette éventualité est prévue
dans le contrat de Smovengo. J.-Y. G.
L'HISTOIRE
IVAN LETESSIER
En collaboration avec
Les pièces précieuses, nouvelle recette
de la fortune pour l’Australie
L
es Australiens ont identifié
un vrai filon et entendent bien
le faire fructifier. Après le succès
de la vente d’une pièce en or,
la Kimberley Treasure,
cédée pour l’équivalent de 860 000 euros
en moins de 48 heures à un richissime
Dubaïote voici deux ans, ou l’Australian
Trilogy (1,1 million d’euros, en 2017), ils ont
décidé de frapper encore
plus fort avec la
Discovery… un véritable
bijou de 2 kg, incrusté de
4 diamants roses extraits
de la mine d’Argyle. Son
prix ? 1,5 million d’euros.
Voilier, chercheurs d’or
et baobab symbole
de la région de Kimberley
y sont gravés.
Cette pièce de collection
raconte en effet l’histoire,
entre pauvreté
et fortune, des premiers
colons australiens
et de la ruée vers l’or.
La Discovery évoque,
sur son autre face,
Holey Dollar, l’une des premières pièces
locales fabriquées en Australie en 1814.
Richard Hayes, directeur de l’Hôtel de la
monnaie de Perth est optimiste : il assure que
cette pièce - la plus chère jamais réalisée dans
le pays - répondra à « la demande en nette
augmentation pour les objets de luxe rares »
et pense qu’elle rejoindra la collection d’une
grande fortune du Moyen-orient ou d’Asie.
Aussi chère soit-elle,
Discovery est loin du record
détenu par Flowing Hair
Dollar, une pièce en argent
américaine de 1795 acquise
pour 10 millions de dollars
en 2013. Voilà pour
les pièces sur le marché.
Mais la pièce la plus chère
jamais évaluée - 20 dollars
or Coronet Double Eagle
de 1849 -, propriété d’un
musée de Washington, n’est
pas à vendre : réalisée avec
les premières pépites de la
ruée vers l’or, elle vaudrait,
paraît-il, entre 10 et
20 millions de dollars. ■
CHARLES GAUTIER
La mission sociétale
des entreprises sur le devant
de la scène
avec
Rendez-vous
page 9 du Figaro
entrepreneurs
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
Un redressement loin d’être terminé : en 2017, quand JCDecaux exploitait le système, il enregistrait
plus de 100 000 locations par jour.
Et si la disponibilité des vélos est
passée de 25 % à 70 % au cours des
deux derniers mois, elle reste insuffisante. « J’ai réussi à prendre deux
Vélib’ depuis le début de l’année.
Peut-être que j’en aurai quatre en
2019 », glisse Hub sur Twitter.
« Début 2019, nous devrions atteindre
les 90 % de taux de service », souligne Arnaud Marion.
© Getty images / Tu xa Ha Noi
SEBASTIEN SORIANO; BERTRAND RIOTORD/LE FIGARO
va créer de
la croissance »
Un mois après Apple, Amazon est la
seconde firme privée au monde à atteindre la barre des 1 000 milliards de
dollars de capitalisation boursière. Le
géant de l’e-commerce a franchi ce
cap en début de séance, mardi, à Wall
Street. Le libraire en ligne, fondé par
Jeff Bezos en 1994 à Seattle, s’est imposé en moins de deux décennies
comme le leader mondial du commerce en ligne, toutes catégories de produits confondues, bouleversant le
paysage de la distribution partout
dans le monde. S’il n’a pas réussi à
percer en Chine, où les autorités ont
réussi à privilégier l’émergence d’acteurs locaux pour repousser les Gafa,
Amazon est devenu le « pure player »
de l’e-commerce ultradominant dans
tous les pays où il est implanté.
Il a non seulement poussé à la faillite
certains distributeurs, dans le livre et
dans l’électronique grand public notamment, mais il a contraint toutes les
enseignes à réinventer leur modèle
économique. Ces acteurs traditionnels n’ont pas toujours été récompensés de leurs efforts par les marchés boursiers : depuis le milieu des
années 1990, la capitalisation cumulée
des distributeurs cotés en Bourse a
longtemps été stable, mais Amazon y
a pris une part de plus en plus prépondérante, avant de faire exploser les
compteurs. À titre de comparaison,
l’américain WalMart, premier distributeur mondial par le chiffre d’affaires,
pèse 283 milliards de dollars, Carrefour, 12 milliards d’euros, et Casino,
3 milliards d’euros.
Amazon n’a longtemps pas gagné
d’argent dans son activité de distribution, donnant à ses rivaux l’espoir que
sa stratégie consistant à casser les
prix était intenable. Mais Jeff Bezos a
su étendre ses activités et se diversifier dans le cloud computing, source
de profits. L’ogre de Seattle, désormais rentable (1,8 milliard de dollars
pour 178 milliards de chiffre d’affaires
l’an passé), a les moyens d’investir
pour continuer de révolutionner le
commerce (avec son assistant vocal,
par exemple) et racheter des acteurs
traditionnels. Son nouveau record
devrait apporter de l’eau au moulin de
ceux qui critiquent la position ultradominante des Gafa.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
La loi Pacte veut aider les entreprises
LES 5
CHIFFRES
CLÉS
DU PROJET
DE LOI
Le texte protéiforme porté par Bruno Le Maire commence à être examiné par la commission
SOURCE: BERCY
962
MARIE VISOT £@MarieVisot
pages (dans la version PDF
sur le site de l’Assemblée)
POLITIQUE ÉCONOMIQUE Le plan
d’action pour la croissance et la
transformation des entreprises (la
loi Pacte) « ambitionne de donner aux
entreprises les moyens d’innover, de
se transformer, de grandir ». C’est
Bercy qui le dit. Il permettra même
de créer « une nouvelle prospérité
française », assure Bruno Le Maire,
le ministre de l’Économie qui le porte, dans une interview au Figaro. Le
constat de départ – le même depuis
des années – est simple : les entreprises françaises peinent à croître à
la même cadence que chez nos voisins européens. La France compte
5 800 entreprises de taille intermédiaire (ETI), contre 12 500 en Allemagne. Or ce sont ces entreprises
qui ont le plus de moyens pour investir, qui vont à la conquête de
nouveaux marchés. Bref, qui créent
de l’emploi et de la croissance.
À vaste sujet, vaste loi. Du moins
en tentant d’aborder le plus grand
nombre d’aspects possibles pour
soutenir l’activité des entreprises.
« Et pour récompenser les salariés »,
insiste le ministre de l’Économie. Ce
projet de loi – avec ses 4 chapitres et
ses 73 articles –, Bruno Le Maire le
défendra bec et ongles, après avoir
eu du mal à imposer le texte dans le
calendrier parlementaire du printemps. Comme Emmanuel Macron
l’avait fait en 2015 pour sa loi Croissance, il participera à toutes les réunions de la commission spéciale
créée pour examiner le texte dans le
cadre d’une procédure accélérée et
qui se réunit ce mercredi pour la
première fois. Le débat dans l’Hémicycle, qui durera quinze jours,
commencera à la fin du mois.
Guichet unique à l’export, réforme de l’épargne retraite, durée des
soldes, expérimentation de véhicu-
4
chapitres (dont le dernier
fourre-tout)
73
0,9
articles
point de PIB de retombées
(20 milliards d’euros) attendu
à long terme et 0,3 en 2025
30 000
emplois créés à long terme
par les deux principales
mesures (seuil et forfait
social)
AGENDA
5 SEPTEMBRE
Audition de Bruno
Le Maire et Delphine
Gény-Stephann
par les 71 membres
de la commission spéciale
DU 6 AU
15 SEPTEMBRE
Examen en commission
spéciale des 73 articles
du projet de loi
FIN SEPTEMBRE
Examen en procédure
accélérée (en 15 jours)
du texte en séance
plénière
Coralie Dubost, députée
LaREM de l’Hérault,
va prendre la lumière
lors de l’examen
du texte. Rapporteure
des chapitres III et IV,
elle va gérer la partie
contestée sur
« des entreprises plus
justes », dont la révision
du Code civil. Juriste
de formation, cette brune
de 35 ans est membre des
commissions des lois et
des affaires européennes.
Référente LaREM
dans l’Hérault depuis
septembre 2016, d’aucuns
la voient briguer la mairie
de Montpellier en 2020
ou les européennes en
2019. Pour l’heure, c’est
non, et elle n’est pas sûre
de continuer en politique
après 2022… « J’ai
toujours eu des métiers
en lien avec l’intérêt
général, explique-t-elle.
Je verrai où tout ça me
mène. »
M. L.
3/ Repenser la place de l’entreprise dans la société
Le Code civil sera révisé pour pouvoir prendre
en compte les enjeux sociaux et environnementaux
dans la stratégie et l’activité des entreprises
Bruno Le Maire : « Nous
4/ Créer son entreprise 100 % en ligne à moindre coût
Une plateforme en ligne unique sera développée
pour créer son entreprise, quelles que soient
son activité et sa forme juridique
Le ministre de l’Économie, Bruno Le
Maire, détaille au Figaro les ambitions de la loi Pacte.
1/ Simplifier les seuils des entreprises
Le seuil social de 20 salariés est supprimé
et un moratoire de 5 ans est institué pour se mettre
en règle en cas de franchissement d’un seuil
5/ Faciliter le rebond des entrepreneurs
La procédure de liquidation judiciaire simplifiée
deviendra la norme pour les PME de moins de 5 salariés
LE FIGARO. - Quel est votre objectif
avec le projet de loi Pacte, dont
l’examen en commission spéciale
débute ce mercredi ?
Bruno LE MAIRE. - Nous voulons
bâtir une « nouvelle prospérité française ». Les entreprises françaises
vont bien : elles ont confiance et elles
investissent davantage aujourd’hui.
Mais elles pourraient être encore
plus dynamiques, embaucher et investir plus. C’est pourquoi nous nous
attaquons aux vrais obstacles : le financement, les seuils, la transmission notamment. La loi Pacte va
donner aux entreprises les moyens
de croître et à notre économie de
prospérer.
6/ Rapprocher la recherche publique de l’entreprise
Le parcours des chercheurs souhaitant créer
ou participer à la vie d’une entreprise sera simplifié
7/ Faciliter la transmission d’entreprise
Le pacte Dutreil sera simplifié pour les transmissions à
titre gratuit et la transmission aux salariés, encouragée
8/ Simplifier et assurer la portabilité des produits
d’épargne-retraite
Chacun pourra conserver et alimenter son produit
d’épargne tout au long de son parcours professionnel
et la sortie en rente sera facilitée
9/ Soutenir les PME à l’export
Un guichet unique en région sera créé
pour que l’international devienne un débouché
naturel pour les PME
10/ Protéger les entreprises stratégiques
La liste des secteurs protégés en cas d’OPA
sera étendue, notamment aux semi-conducteurs,
à l’intelligence artificielle ou le stockage de données
Olivia Grégoire, une combattante
à la tête de la commission spéciale
CHRISTOPHE MORIN/IP3 PRESS/MAXPPP
À SUIVRE
2/ Supprimer le forfait social sur l’intéressement
et la participation
Seuls subsisteront les 9,70 % de CSG et CRDS
sur l’intéressement dans les entreprises
de moins de 250 salariés
les autonomes, plateforme en ligne
unique pour les formalités des entreprises, levée de fonds en cryptomonnaie, coup d’envoi des privatisations (ADP et Française des jeux),
création d’un pôle financier public
avec le rapprochement entre La
Poste et la CDC… Toutes les mesures, qui n’ont parfois pas grandchose à voir les unes avec les autres,
seront passées au crible. Quelquesunes vont réellement simplifier la
vie des entreprises : l’allégement
des obligations liées aux seuils est la
LA LOI PACTE RÉSUMÉE
EN 10 MESURES
Les députés de l’opposition - et plus
largement ceux qui vont vouloir, y
compris au sein de la majorité, édulcorer ou défaire le projet de loi porté
par Bruno Le Maire - n’ont qu’à bien
se tenir. « J’ai du sang breton finistérien, je ne lâche jamais rien », prévient, avec le franc-parler qui la
caractérise, Olivia Grégoire, la présidente de la commission spéciale
chargée d’examiner, jusqu’au
15 septembre, les 73 articles du texte.
Et c’est peu dire que la députée
LaREM du XVe arrondissement de
Paris, camarade de promotion
d’Emmanuel Macron à Sciences Po,
est prête : cette ex-conseillère technique de Xavier Bertrand au ministère de la Santé, qui était selon ses
dires « en marche avant qu’En marche ! soit créé », connaît par cœur
“
Olivia sait partir des
expériences terrain pour
améliorer les textes
XAVIER BERTRAND, PRÉSIDENT
DES HAUTS-DE-FRANCE
”
les 962 pages d’un texte qu’elle a
contribué à écrire. « C’est neuf mois
de combat de mon côté », précise
cette professionnelle de la communication qui a fait partie des six binômes (parlementaire et dirigeant
d’entreprise) retenus à l’automne
par Bercy pour réfléchir au contenu
du futur projet de loi - et dont 70 %
des propositions, assure-t-elle, ont
été reprises dans le texte final.
Cette grosse fumeuse, qui adore à
ses rares heures perdues cuisiner et
peindre des tableaux abstraits, maîtrise d’autant mieux tous les aspects
du texte qu’elle vient du monde de
l’entreprise. « J’ai été pendant quinze ans salariée ou dirigeante de société, rappelle cette ex-cadre sup de
Saint-Gobain et fondatrice, en 2014,
d’un cabinet de conseil en stratégie
d’influence. J’ai vu mieux que quiconque que la vie de l’entrepreneur
est un combat de tous les jours avec
l’administration, ses salariés, ses
clients, ses fournisseurs, sa famille… » Et c’est la raison pour laquelle, sitôt élue en juin 2017, la députée et (toujours) porte-parole du
groupe majoritaire à l’Assemblée
s’est vite positionnée sur le thème
de l’entreprise, en montant un
groupe de réflexion sur le sujet et en
décrochant le titre de rapporteure
entreprise au sein de la très convoitée commission des finances.
« La politique ne m’a pas faite », a
d’ailleurs l’habitude de dire cette
ex-fêtarde qui vit avec son chien, un
bouledogue fauve baptisé Fonzie
Fonzarelli, alias Fonfon. Qu’on ne
s’y trompe pas : Olivia Grégoire,
40 ans le 30 septembre, est une
guerrière qui s’est toujours battue
pour obtenir ce qu’elle voulait. Une
ténacité que cette fille unique autre point commun qu’elle dit
avoir avec le président de la République - tient de son père, polytraumatisé après un accident de moto
quand elle avait 7 ans et qu’elle a
épaulé pendant une trentaine d’années. « J’ai passé beaucoup de temps
dans les hôpitaux », plaide cette
combattante qui se dit « orpheline »
depuis le décès brutal de sa mère au
printemps. « Je sais ce que c’est que
de se battre pour survivre, je connais
le prix de la vie. »
Autant de raisons qui font que cette fonceuse, plus à l’aise en jean teeshirt qu’en tailleur Chanel, a toujours eu du mal à se projeter. « Les
deux choses qui me guident sont le
bonheur et l’utilité, résume cette ambitieuse. Si je ne me retrouve plus
dans ce que je fais, je me barre. »
C’est pourquoi elle n’aura, dit-elle,
aucune difficulté à entamer une troisième vie « en dehors de la politique »
en 2022 mais toujours liée au monde
de l’entreprise. « Peut-être de manière plus syndicale », souffle-t-elle.
Rendez-vous dans quatre ans. ■
M. L.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
22
politique
« neLa m’a
pas faite.
Je tire mon
expérience
de mon
parcours. J’ai
été pendant
15 ans
salariée
ou dirigeante
d’entreprise :
j’ai vu
que la vie de
l’entrepreneur
est un
combat
de tous
les jours…
»
OLIVIA GRÉGOIRE,
DÉPUTÉE LAREM
ET PRÉSIDENTE
DE LA COMMISSION
SPÉCIALE SUR LA LOI
PACTE
Comment ?
Nous allons faciliter la vie des entreprises et mieux récompenser les salariés. Les premières mesures attendues par les TPE et les PME
concernent la simplification et l’allègement des obligations liées aux
seuils sociaux et fiscaux. Il n’y aura
plus qu’un seul mode de calcul des
seuils, et non quatre comme aujourd’hui. Ensuite, nous supprimons le
seuil des 20 salariés et les obligations
légales qui vont avec, à l’exception
de celles liées aux travailleurs handicapés. C’est un allégement de
charges d’un demi-milliard d’euros.
Enfin, les entreprises auront désormais cinq ans pour s’adapter avant
d’appliquer les obligations liées au
franchissement d’un seuil. Elles
pourront continuer à investir et embaucher, avec toute la souplesse nécessaire en cas de retournement de
conjoncture. Nous levons aussi les
obstacles au financement des entreprises : elles doivent se financer
principalement en fonds propres et
pas en dette. Pour cela, nous développerons l’épargne retraite et le
PEA-PME. Les chefs d’entreprise
auront tous les atouts pour investir
et innover davantage, exporter et rivaliser avec les meilleurs produits
mondiaux. La loi Pacte boostera notre économie.
Vous parlez aussi de récompenser
les salariés…
Oui, car les salariés doivent toucher
les fruits de leurs efforts. Notre philosophie est simple : le travail doit
payer. Concrètement, cela se traduit
par la suppression du forfait social de
20 % sur l’intéressement pour les
entreprises de moins de 250 salariés.
Ne resteront que la CSG et la CRDS
sur le forfait social. Cette mesure
doit nous permettre d’ici la fin du
quinquennat de doubler le nombre
de salariés qui bénéficient d’un accord d’intéressement dans les TPE et
PME. Toutes les entreprises pourront télécharger un formulaire type
leur permettant de signer dès janvier
2019 un accord d’intéressement
avec leurs salariés. De plus, la transformation de l’épargne-retraite représentera aussi un avantage important pour les salariés : ils pourront
changer d’entreprise en gardant le
même produit d’épargne-retraite.
Ils pourront sortir leur épargne pour
financer leur logement principal. Ils
pourront enfin choisir librement
une sortie en rente ou en capital au
moment du départ à la retraite. Simplicité et liberté, ce sont les maîtresmots de cette transformation qui
première d’entre elles. Le gouvernement va supprimer le seuil des
20 salariés.
CPME et Medef pour
Les entreprises auront en outre
cinq ans avant d’être soumises aux
obligations en cas de franchissement d’un seuil. Et ce, afin d’encourager les embauches. La CPME
a applaudi la mesure, le Medef
aussi. « C’est avec les entreprises
que nous réussirons la transformation économique du pays, mais aus-
L’enjeu,
à terme,
c’est
de sortir
du chômage
de masse
et de la
croissance
affaiblie par
une dépense
publique
et une dette
trop
lourdes
»
permettra enfin de développer
l’épargne retraite dans notre pays.
Ne craignez-vous pas l’opposition
du patronat à la révision
du Code civil sur la définition
de l’entreprise ?
La révision du Code civil est nécessaire pour reconnaître le rôle social
et environnemental des entreprises.
L’entreprise ne peut plus se résumer
à la seule recherche de profits. Les
entreprises ont un rôle bien plus
vaste : accélérer la transition énergétique, lutter contre le réchauffement climatique, faire une place à
chacun dans notre société par le travail. Il est donc légitime et juste de
reconnaître ce rôle. Certains disent
que ça détournerait les investisseurs
étrangers, je crois tout le contraire.
Les investisseurs recherchent désormais des placements en accord
avec les attentes des citoyens et le
respect de l’environnement.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
23
à se développer et à innover
spéciale à l’Assemblée nationale. Il vise à doper le potentiel de croissance de l’Hexagone.
si en réconciliant les Français avec
l’entreprise », indique Delphine
Gény-Stephann, secrétaire d’État
auprès de Bruno Le Maire, qui va
défendre une partie du texte avec
lui.
Le projet de loi prévoit aussi de
supprimer le forfait social sur l’intéressement pour les entreprises
de moins de 250 salariés ainsi que
sur la participation et l’abondement employeur pour les entreprises de moins de 50 salariés.
Aujourd’hui, seuls 16 % des sala-
riés des entreprises de moins de
50 salariés sont couverts par au
moins un dispositif d’épargne salariale, rappelle Bercy.
Au gros chantier du projet de loi
– qui ne va pas manquer de susciter
du débat sur les bancs : la transformation de l’objet social de l’entreprise. Au grand dam du patronat,
le Code civil sera modifié afin de
renforcer « la prise en considération
des enjeux sociaux et environnementaux dans la stratégie et l’activité des entreprises ». Et ce pour ne
plus faire du profit le but unique
d’une entreprise. « Je continue à
penser que le Code civil, outil universel par excellence, n’était pas
forcément le meilleur outil pour légiférer », a encore redit le nouveau
président du Medef, Geoffroy Roux
de Bézieux, lors de l’Université
d’été du mouvement la semaine
dernière. Les entreprises préviennent en outre que c’est tout à fait le
genre de dispositif qui rebute les
investisseurs étrangers – ce que
réfute Bruno Le Maire – et que le
voulons bâtir une nouvelle prospérité française »
lérer encore le développement et la
croissance de nos entreprises. En revanche, nous sommes réservés sur
tout ce qui complique ou qui encadre
excessivement. Nous ne reviendrons pas, par exemple, sur la suppression du stage préalable à l’installation des artisans, ou sur la
suppression de l’obligation de recourir à un commissaire aux comptes pour les petites entreprises.
Redoutez-vous que la question des
cessions d’actifs enflamme le débat ?
S’il doit y avoir un débat politique vif
sur ce sujet, tant mieux ! Les cessions
envisagées priveraient-elles l’État
des leviers nécessaires de politique
économique et de régulation ? Certainement pas. Nous les renforcerons dans la loi. Les cessions d’Aéroports de Paris et de La Française des
jeux serviront à financer l’innovation de rupture. C’est un choix politique clair et fort. Je ne crois pas à un
État rentier qui touche des dividendes, je crois à un État investisseur qui
prépare le futur de nos enfants. Si
nous n’investissons pas massivement dans les technologies de rupture, nous perdrons notre indépendance technologique. Veut-on
rouler dans des véhicules électriques
avec des batteries chinoises ou avec
des batteries françaises ou euro-
péennes ? Nous avons perdu la bataille des panneaux solaires, ne perdons pas la guerre des nouvelles
technologies : l’intelligence artificielle, les batteries électriques, les
lanceurs spatiaux. Enfin, nous souhaitons associer les Français à ces
cessions d’actifs. C’est pourquoi
nous développerons un actionnariat
populaire.
Vous attendez-vous
à une obstruction de principe
ou à une démarche constructive
de l’opposition ?
Que l’opposition soit au rendezvous et qu’elle fasse des propositions
crédibles ! Car l’enjeu, à terme, est
de sortir du chômage de masse et de
la croissance affaiblie par une dépense publique et une dette trop
lourdes. L’année dernière, nous
avions eu des débats de grande qualité, y compris avec ceux qui à l’Assemblée nationale refusent l’économie de marché. Je n’ai pas peur des
débats musclés : je défendrai le projet pour lequel le président de la
République a été élu. Et si les Républicains parviennent à nous faire
comprendre leur programme économique, tant mieux ! Parce que
pour l’instant, c’est confusion à tous
les étages : entre ceux qui proposent
de revaloriser le smic de 20 % et
ceux qui refusent de voter la moindre réduction de dépense publique,
j’ai du mal à m’y retrouver.
gouvernement, partant d’une
bonne intention, pourrait in fine les
priver de ressources financières.
Des effets concrets
Plusieurs milliers d’amendements
ont été déposés. Le ministre de
l’Économie s’attend à un débat
musclé sur plusieurs points. Sur les
cessions de participations publiques
mais aussi sur les aspects qui touchent à des intérêts particuliers.
Des amendements veulent ainsi revenir sur la fin du stage préalable à
l’installation des artisans ou modifier les seuils qui ont été définis
pour la suppression de l’obligation
de recourir à un commissaire aux
comptes. D’autres veulent aller
plus loin que le passage de 1 à 2 salariés administrateurs pour les
conseils d’administrations de plus
de huit membres. Ils risquent bien
de ne pas être accueillis favorablement par le gouvernement !
L’essentiel pour l’exécutif : que ce
texte ait des effets concrets sur
Le possible retour dans le texte
du statut des « sociétés à mission »
Retirée in extremis du projet
de loi, la partie sur les « sociétés
à mission » pourrait bien faire
sa réapparition par amendement
parlementaire. Troisième étage
de modification de la définition
de l’entreprise, elle vise
à compléter la révision promise
de l’article 1833 du Code civil
« pour affirmer la nécessité
pour les sociétés de prendre
en considération les enjeux
sociaux et environnementaux
inhérents à leur activité ». Mais
aussi la réécriture de l’article
»
De quels amendements
parlementaires êtes-vous prêts
à discuter ? Et lesquels
refuserez-vous ?
La majorité a fait un formidable travail autour notamment de la présidente et du rapporteur général de la
commission spéciale, Olivia Grégoire et Roland Lescure. De nombreux
amendements déposés améliorent le
texte. Je pense notamment à celui
qui propose de faire de l’entreprise
individuelle à responsabilité limitée
(EIRL) le régime de droit commun.
Nous sommes ouverts à des amendements qui permettraient d’accé-
L’affaiblissement de la croissance
complique toutefois la construction
du budget 2019, que vous devez
présenter à la fin du mois…
Tout ce qui affaiblit la croissance
complique évidemment l’équation
budgétaire. Mais nous tiendrons le
cap de la restauration de nos finances publiques. Il n’y aura pas de rétablissement de notre compétitivité
et de croissance durable sans des finances publiques bien tenues.
PROPOS RECUEILLIS PAR
ANNE DE GUIGNÉ, MARC LANDRÉ,
JACQUES-OLIVIER MARTIN
ET MARIE VISOT
SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Regardez le succès de la finance verte, que nous portons avec le président de la République. La France est
aujourd’hui un des pays les plus attractifs en Europe. Afficher notre
volonté en matière sociale et environnementale la rendra encore plus
attractive.
Êtes- vous inquiet
du ralentissement actuel
de la croissance ?
Non. Notre croissance autour de
1,7 % est solide et reste à un niveau
élevé. C’est près d’un point de plus
que la moyenne des années 20082017. Mais nous ne sommes pas
condamnés à faire moins que nos
partenaires européens. Il faut donc
renforcer nos entreprises. D’autant
plus que les menaces sur la croissance mondiale sont réelles : risque de
guerre commerciale et incertitudes
en Europe en particulier.
1835 « pour reconnaître
la possibilité aux sociétés qui
le souhaitent de se doter d’une
raison d’être dans leurs statuts
et ainsi définir leur activité ».
Un nouveau statut de « sociétés
à mission », pour les entreprises
souhaitant mieux intégrer toutes
les parties prenantes en liant
missions sociétales et rentabilité,
est donc à l’étude. Pour l’heure,
les débats sont vifs avec Bercy,
notamment sur la nature
du contrôle de ces sociétés
(tiers ou marché).
M. L.
Les avertissements du
Conseil d’État à l’exécutif
ANNE DE GUIGNÉ £adeguigne
Je ne crois
pas à un
État rentier,
je crois
à un État
investisseur
qui prépare
le futur
de nos
enfants
l’économie. Pour en chiffrer les bénéfices, Bercy s’appuie sur une étude du Trésor encore confidentielle
montrant que trois mesures essentielles (simplification des seuils,
suppression du forfait social, réforme du droit des faillites) feront gagner de la productivité au pays et
rapporteront 0,3 point de PIB à l’horizon 2025 puis 0,9 à long terme (environ 20 milliards d’euros de richesse potentielle supplémentaire). La
réforme des seuils d’effectifs pourrait créer, à terme, 10 000 emplois,
et celle du forfait social, 20 000.
Reste l’enjeu financier. « Le coût
de ces mesures reste mesuré, de l’ordre de 0,1 point de PIB », écrit le
Trésor dans cette étude que Le
Figaro a pu consulter. Plus de
2 milliards d’euros, quand même.
Pour le financer, Bercy s’est notamment engagé à baisser les aides
aux entreprises. Un premier milliard devrait figurer dans le projet
de loi de Finances qui sera présenté
à la fin du mois. ■
Le Conseil d’État a rendu, fin
juin, son avis sur le projet de loi
Pacte. Ses doutes, concentrés
essentiellement sur quatre articles, pèseront lors des débats
parlementaires. Le plus saillant
concerne un point central du
texte : l’exonération du forfait
social pour les sommes versées
au titre de l’intéressement des
entreprises entre 50 et 250 salariés, un dispositif censé donner
un nouveau souffle au principe
gaullien de la participation des
salariés à l’entreprise.
« Une exonération totale du
forfait social présente un risque
juridique sérieux au regard du
principe d’égalité, notamment en
raison de la situation des entreprises dont les effectifs sont supérieurs à 250 salariés et dont le
taux de couverture par un accord
d’intéressement n’est pas considérablement plus élevé », écrivent
les Sages, qui recommandaient
alors de retirer cette mesure afin
d’éviter le risque d’inconstitutionnalité. Le Conseil d’État a en
revanche validé sans état d’âme
la fin du forfait social sur la participation et l’intéressement dans
les entreprises de moins de
50 salariés car « le nombre d’accords volontaires conclus par ces
entreprises […] reste très faible ».
Deuxième sujet d’inquiétude,
la réécriture du Code civil, notamment de l’article 1833 qui
précisera désormais que « la société est gérée dans son intérêt
social, en considérant les enjeux
sociaux et environnementaux de
son activité ». Si le Conseil
d’État n’a pas eu en soi de doute
sur la qualité constitutionnelle
de la réforme, ses juges semblaient dubitatifs quant à son
intérêt.
Ils estiment en effet l’étude
d’impact « incomplète », s’interrogent sur « le contenu et la portée de la notion de “raison d’être”
[d’une entreprise] » introduite à
l’article 1835 du Code civil et
s’inquiètent des « conséquences
juridiques des modifications envisagées du Code civil et du Code de
commerce notamment du point de
vue de la responsabilité des sociétés et des dirigeants ». Les sages
craignent enfin que ces dispositifs soient « de nature à pénaliser
des petites structures dotées d’une
faible capacité d’expertise ».
Sans les remettre en cause
d’un point de vue juridique, les
sages expriment encore un certain étonnement devant les modalités choisies pour la cession
des titres Aéroports de Paris
(ADP). Le Conseil d’État souligne en effet « le caractère singulier de la réforme envisagée qui
“
Le texte tient
compte des réserves
du Conseil d’État
”
OLIVIA GRÉGOIRE, PRÉSIDENTE
DE LA COMMISSION SPÉCIALE
SUR LE PROJET DE LOI PACTE
conduit à prévoir un mécanisme
sui generis d’indemnisation de la
société ADP présentant une
grande complexité », en raison
notamment de la difficulté à valoriser une société comme ADP à
horizon 70 ans.
Le Conseil d’État déplore enfin
la faiblesse des argumentaires
autour de la suppression des
seuils sociaux et fiscaux. «Les
données empiriques et statistiques
permettant de justifier le choix
d’une durée de cinq années consécutives pour le franchissement à la
hausse des seuils ne sont pas suffisamment décrites », souligne ainsi la juridiction administrative. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
24
ÉCONOMIE
Santé : la ministre
attendue sur sa
capacité à réformer
La Fédération hospitalière de France réclame des
mesures fortes, améliorant la pertinence des actes.
MARIE-CÉCILE RENAULT
£@Firenault
SANTÉ «Il y a urgence à renforcer
l’attractivité des carrières médicales », alerte Frédéric Valletoux,
président de la Fédération hospitalière de France (FHF), alors que
le gouvernement doit présenter
mi-septembre sa grande réforme
du système de santé. «Sans médecins, le système ne peut fonctionner ! », martèle le président de la
FHF, rappelant le taux de vacance
important (27,4 %) pour les postes
de praticiens hospitaliers à temps
plein.
Car la France fait face à un paradoxe : les patients ne trouvent
plus de médecins, renoncent à se
soigner face aux « déserts médicaux » qui se multiplient, alors que
dans le même temps le numerus
clausus brise la vocation de nombreux étudiants, et que l’hôpital
doit faire face à l’afflux de patients
Les urgences
du centre hospitalier
Victor-Jousselin
à Dreux.
sans en avoir les moyens ni financiers ni humains.
«Aujourd’hui 64,6 % des départements voient simultanément leur
nombre de passages aux urgences
augmenter et leur nombre de médecins généralistes baisser. La corrélation est évidente. On se retrouve
avec des patients aux urgences qui
n’ont rien à y faire », poursuit Frédéric Valletoux, notant que la fréquentation des urgences ne donnant pas lieu à une hospitalisation
a encore augmenté de 7 % au premier semestre. «C’est un dysfonctionnement majeur du système qu’il
faut casser », alerte-t-il, rappelant que le budget de la Sécu 2018
contraint l’hôpital à réaliser
1,6 milliard d’euros d’économies
cette année, « un plan d’économies
qu’il ne fera pas car il n’est pas en
capacité de le faire ».
Très attendue, la réforme de la
santé - qui doit englober à la fois la
médecine de ville et l’hôpital pour
mieux les coordonner - se focalise
VINCENT BOISOT/
LE FIGARO
sur cinq chantiers : la pertinence
des actes, la qualité des soins, les
ressources humaines, le numérique et les territoires. Mais la méthode laisse circonspect. « Pour
l’heure, nous n’avons pas de son,
pas d’image. Il paraît que la
concertation a eu lieu, mais nous
n’y avons pas participé », s’est
étonné Frédéric Valletoux… avant
de recevoir en direct, quelques
minutes après, un SMS lui donnant
rendez-vous avec la ministre,
Agnès Buzyn, le 12 septembre !
« 40 à 60 milliards
d’économies »
« La ministre évoque 30 % d’actes
inutiles. Soit ! C’est un débat qui
peut concerner nos pratiques. Mais
nous n’avons pas peur. Qu’on réforme ! Cela fera 40 à 60 milliards
d’euros d’économies à réinjecter là
où on en a besoin », poursuit Frédéric Valletoux.
Cartes à l’appui, la FHF a publié
lundi une enquête révélant « des
écarts majeurs entre régions, qui
confirment l’ampleur du recours
aux actes inutiles », dans les établissements privés et publics, pour
trois actes courants que sont la
chirurgie du canal carpien (écart
de 1,1 à 3,6 pour 1 000 habitants),
l’arthroscopie du genou (de 1,6 à
4,3) et la coronarographie (de 3,6 à
9,9). « Rien ne permet d’expliquer
de tels écarts entre les régions. La
pertinence des actes doit être la
boussole de la réforme », insiste
Frédéric Valletoux.
Attendant une réforme « volontariste et ambitieuse », les hôpitaux
publics incitent les pouvoirs pu-
blics à « enfin ouvrir le chapitre des
solutions ». S’inspirant du Québec,
la FHF va lancer à l’automne une
expérimentation de grande ampleur sur le diabète dans cinq territoires (régions de Quimper,
Douai, Niort, l’Aube et la HauteSaône). Objectif : démontrer qu’il
est possible, grâce à une meilleure
coordination entre la ville et l’hôpital, de mieux prendre en charge
les populations tout en réduisant
les coûts. « Par exemple, dans le
Douaisis, 43 % des personnes hospitalisées pour un diabète souffrent
d’obésité. Repérer cette obésité et la
prendre en charge en amont grâce à
une action coordonnée, c’est mieux
pour le patient et c’est aussi moins
coûteux pour le système de santé »,
conclut Antoine Malone, directeur
du projet à la FHF. À suivre. ■
En Allemagne, 35 % des médecins ne recommanderaient pas leur propre hôpital
Coupes dans les budgets, manque
de personnel, vétusté des équipements, infrastructures insuffisantes… La grogne des médecins
s’accroît partout en Europe face à
la dégradation de leurs conditions
de travail et son impact sur la
qualité des soins. Un sentiment
qui s’est largement aggravé depuis deux ans et qui atteint un
« niveau alarmant », selon la dernière enquête sur les systèmes de
santé en Europe réalisée par le
cabinet de conseil en stratégie
Bain & Company, dont Le Figaro a
eu l’exclusivité.
À tel point que 35 % des méde-
cins en Allemagne, 25 % au
Royaume-Uni et 23 % en Italie,
ne recommanderaient pas leur
propre hôpital à des proches souhaitant recevoir des soins. À l’inverse, en France, ce taux est bien
plus faible (15 %) et en amélioration.
« L’inversion de tendance en
France par rapport au reste de
l’Europe s’explique probablement
en partie par l’arrivée d’un nouveau gouvernement et la promesse
de réformes à venir, estime Loïc
Plantevin, associé de Bain Paris,
leader européen du conseil en
santé. En revanche, il y a une vraie
«
La grogne
des
médecins
quant à leurs
conditions
de travail
a atteint
un niveau
alarmant
en Europe
»
LOÏC PLANTEVIN, ASSOCIÉ
BAIN & COMPANY
crise de confiance en Allemagne
qui souffre d’un sous-effectif chronique de médecins. C’est un signal
fort quant à la capacité du pays à
retenir ses médecins et à continuer
à susciter des vocations. C’est
d’autant plus paradoxal que l’Allemagne est un pays où les comptes
sociaux sont positifs. » Au final,
cette enquête met en évidence
une crise majeure du système de
santé et l’urgence pour les employeurs à réimpliquer et fidéliser
leurs professionnels de santé.
Outre la pression accrue sur les
coûts, les restrictions budgétaires
et les coupes dans les effectifs, le
mécontentement
grandissant
s’explique aussi par la lenteur
d’adoption des nouvelles formes
d’accès aux soins permises par les
technologies numériques, affirme
l’étude.
Accélérer la digitalisation
« Les médecins regrettent le manque d’outils d’accompagnement
dans la décision, le diagnostic, et la
prescription, ou encore le retard du
dossier électronique qui n’a pas
avancé dans un certain nombre de
pays et complique leur travail »,
explique Loïc Plantevin. Pour
améliorer les choses, « ils recom-
La banque centrale turque contrainte
au durcissement pour enrayer la chute de la livre
L’institut monétaire est prêt à prendre toutes les mesures nécessaires pour contrer la forte
inflation qui approche 18 %. Mais le président Erdogan reste hostile aux hausses de taux.
ANNE CHEYVIALLE £@AnneCheyvialle
TURQUIE Après le krach subi début août par la livre turque, le statu
quo monétaire n’est plus tenable.
Dans la seule journée du 10 août, la
monnaie a dévissé de 19 % suite à la
décision de Donald Trump d’appliquer des taxes douanières sur
l’acier et l’aluminium. Prise depuis
des mois entre le marteau et l’enclume, entre la défiance croissante
des marchés qui redoute un brusque atterrissage de l’économie turque et la pression du président
Erdogan - se déclarant lui-même
« ennemi des taux d’intérêt » qui
pénalisent l’activité -, la banque
centrale s’est dite prête, lundi, à
durcir sa politique pour contrer
l’envolée de l’inflation.
L’annonce via un communiqué
est intervenue après la publication
des derniers chiffres pour le mois
d’août. La hausse des prix a atteint
17,9 % sur un an, un pic depuis
2003, et surtout, un niveau nettement plus élevé que la cible de 5 %.
« Les évolutions récentes des perspectives pour l’inflation témoignent
des risques significatifs pour la stabilité des prix », indique la banque
centrale. En précisant que des ajustements seront effectués lors de la
prochaine réunion, le 13 septembre. Le ministre des Finances Berat
Albayrak a défendu dans une interview à Reuters l’indépendance de
la banque centrale et la nécessité
pour le pays d’engager « une guerre
totale » contre l’inflation. Sa nomination après les élections de juin
alors qu’il est le gendre d’Erdogan
avait renforcé les craintes d’une
mainmise du président sur la politique économique du pays.
Au-delà des prix à la consommation, les prix à la production, ceux
payés par les entreprises, ont bondi
de 6,6 % sur un mois, soit une
hausse de 32,1 % sur un an, car
beaucoup de biens intermédiaires
sont importés. « L’inflation résulte à
la fois de la dégringolade de la livre,
de la surchauffe de l’économie sous
l’effet de la politique expansionniste
des autorités depuis deux ans et aussi de la hausse ces derniers mois des
prix de l’énergie », explicite Sylvain
Bellefontaine, expert émergents de
BNP Paribas. La Turquie subit le
mouvement de balancier des investisseurs qui, en raison de la
hausse des taux d’intérêt aux ÉtatsUnis et du renchérissement du dollar, se détournent des émergents.
Les plus fragilisés sont visés, comme la Turquie, dont le déficit courant structurel s’est creusé, en rai-
COURS DE LA LIVRE TURQUE en dollar
0,149 $
Source : Bloomberg
-43,5%
depuis
le début
de l'année
0,260
0,240
0,220
0,200
Le 10 août, Donald Trump
annonce des sanctions
douanières contre la Turquie
0,180
-24%
(du 8 au
13 août)
0,160
janvier 2018
La hausse
« des
taux
peut arrêter
la volatilité
de la livre,
mais elle
va renchérir le
coût du crédit
déjà proche
de 40 % et
aura un effet
récessif
»
SELTEM IYIGUN (COFACE)
4 septembre 2018
son de la forte hausse des
importations, consécutive de la
surchauffe et de la facture pétrolière. Or beaucoup d’entreprises sont
endettées en devises, et les banques
doivent aussi se financer en dollar
pour alimenter l’économie turque.
« Le risque d’assèchement de la liquidité extérieure pourrait fragiliser
le secteur bancaire et les entreprises
non financières », insiste Sylvain
Bellefontaine. Signe des difficultés,
les délais de paiement se rallongent.
La situation qui s’était dégradée à
l’approche des élections s’est emballée début août pour des raisons
géopolitiques. Une crise diplomati-
que avec les États-Unis a mis le feu
aux poudres. En représailles au refus d’Ankara de libérer le pasteur
américain Andrew Brunson, accusé d’espionnage et emprisonné en
Turquie depuis 2016, Donald
Trump a imposé des sanctions
commerciales sur l’acier et l’aluminium, les mêmes qu’appliquées
à l’Union européenne et d’autres
partenaires.
Menace de stagflation
Reste à savoir si l’action de la banque centrale suffira à éteindre l’incendie. « La hausse des taux peut
arrêter la volatilité de la livre, mais
elle va renchérir le coût du crédit
déjà proche de 40 % et aura un effet
récessif », prévient l’économiste de
Coface, Seltem Iyigun, basée à Istanbul. Elle table sur un ralentissement de l’économie sur la deuxième partie de l’année. La Turquie est
menacée de stagflation, d’autant
que le gouvernement pourrait être
également contraint à des restrictions budgétaires. Après une hausse de PIB de 7 % en 2017, le consensus il y a encore quelques semaines
d’une croissance à 4 % cette année
et 3 % en 2019 semble hors de portée. La banque américaine JPMorgan a d’ores et déjà abaissé sa prévision à 1 % l’an prochain. ■
mandent notamment d’accélérer la
digitalisation des données patients, l’usage du dossier électronique ou encore des bases de données croisées pour faire de la
médecine prédictive », indique
Loïc Plantevin.
Enfin, les professionnels de
santé attendent également de la
part des laboratoires pharmaceutiques et industriels des dispositifs médicaux une amélioration
de
la
qualité
de
l’information, « qui soit plus objective, non biaisée, précise et
pertinente », indique Loïc Plantevin. Vaste chantier. ■
EN BREF
KLM CONCLUT
UN ACCORD
AVEC SES PILOTES
£ Le syndicat néerlandais
des pilotes de KLM a annoncé
être parvenu à un accord avec
sa direction sur une nouvelle
convention collective.
Le syndicat qui menaçait
de déclencher une grève avait
fait appel à un médiateur.
L’AFRIQUE DU SUD
EN RÉCESSION
£ Le PIB de l’Afrique du Sud
a reculé pour le deuxième
trimestre consécutif, de 0,7 %
entre avril et juin après avoir
chuté de 2,6 % au premier
trimestre. Le pays est pénalisé
par un repli dans l’agriculture,
les transports et la distribution.
LOI AVENIR
PROFESSIONNEL
VALIDÉE
£ Le Conseil constitutionnel
a validé mardi les principales
dispositions du projet de loi
« avenir professionnel »
qui comprend la réforme
de l’apprentissage,
de la formation professionnelle
et de l’assurance-chômage.
+@
» Le solaire français
redoute une nouvelle
offensive chinoise
» Les entrepôts logistiques,
nouvel eldorado
des promoteurs immobiliers
www.lefigaro.fr/economie
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
ENTREPRISES
25
Scor entre en conflit avec Covéa,
son premier actionnaire
La maison mère de MMA, Maaf et GMF a tenté de lancer une offre amicale sur Scor pour créer
un champion français de l’assurance. Si Scor l’a aussitôt rejetée, Covéa réaffirme son intérêt.
ASSURANCE Coup de théâtre dans
l’assurance. Le groupe mutualiste
Covéa, poids lourd de l’assurance
avec ses marques MMA, Maaf et
GMF, a officialisé mardi le fait qu’il a
formulé une offre amicale pour racheter le réassureur Scor. Mais celui-ci l’a rejetée. Cette annonce intervient à la veille d’une réunion
d’investisseurs de Scor et à quelques jours de la rencontre annuelle
des réassureurs à Monaco, où les
prochains contrats seront négociés.
Le 24 août, Covéa, premier actionnaire de Scor, avec un peu plus
de 8 % du capital, a adressé par
courrier au président du conseil
d’administration une proposition
amicale en vue d’acquérir la totalité
de son capital. Le groupe mutualiste, dont le patron, Thierry Derez,
siège au conseil du réassureur, proposait d’acquérir en numéraire les
actions de Scor au prix unitaire de
43 euros, soit environ une prime de
30 % par rapport au cours moyen
du réassureur ces trois derniers
mois et de 21 % par rapport à celui
de clôture de lundi. Ce qui valorise
Scor à 8,3 milliards d’euros !
En 2016, lorsqu’il a racheté près
de 6 % du capital de Scor à l’assureur japonais Sompo, Covéa s’est
engagé (standstill) à ne pas détenir
plus de 10 % du capital et des droits
de vote du réassureur jusqu’en
avril 2019, à moins d’obtenir l’accord de la société. Qu’il n’a pas obtenu. Le 30 août, les administrateurs de Scor ont décliné l’offre à
l’unanimité, refusant d’engager
des discussions sur le sujet. « Le
conseil d’administration, indique
Scor, a examiné en détail les termes
et conditions de cette proposition
non sollicitée et a conclu qu’elle était
fondamentalement
incompatible
avec la stratégie d’indépendance de
Scor, qui est un facteur clé de son
développement. Dans ces conditions,
tout projet d’offre publique serait réputé hostile. » Covéa, conseillé noVINCENT JAROUSSEAU/HANSLUCAS.COM
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
Le prix proposé
par Covéa
n’a pas été considéré
comme assez élevé
par les administrateurs
de Scor
tamment par Rothschild & Co, a
pris acte de cette décision et a retiré
son offre, sans pour autant
s’avouer vaincu. De fait, mardi, il a
réaffirmé « son intérêt pour une
opération amicale avec Scor », assurant que son projet était financé sur
ressources propres et par endettement sécurisé auprès des banques
Barclays et Credit Suisse.
« Le groupe ne veut pas devenir
une filiale de Covéa, une mutuelle
sans réelle expérience internationale
et sans expertise dans la réassurance », explique au Figaro Denis Kessler, PDG de Scor. Il se dit surpris
d’avoir reçu une telle demande
malgré l’engagement de Covéa. « Il
n’existe aucun projet industriel derrière leur proposition, ajoute-t-il.
« Le groupe ne veut pas
devenir une filiale
de Covéa, une mutuelle
sans réelle expérience
internationale,
et sans expertise
dans la réassurance »,
déclare Denis Kessler,
PDG de Scor.
Nous n’avons aucunement besoin de
nous adosser à un groupe d’assurances : Scor se situe dans les premiers
rangs mondiaux de la réassurance
avec la meilleure notation, est très
solvable, se développe rapidement et
est rentable. »
Sous la houlette de Denis Kessler,
Scor, qui avait frôlé la faillite au début des années 2000 après les attentats du World Trade Center, a mené
au pas de charge une profonde
réorganisation. Le groupe, qui emploie 2 800 salariés, revendique désormais la place de quatrième réassureur mondial, présent dans
160 pays, avec une forte présence
dans la réassurance-vie. De son
côté, Covéa, réalise 90 % de son activité d’assurance en France
(11,5 millions de clients et sociétaires) et compte 21 000 salariés.
Le prix proposé par l’assureur
mutualiste, qui a les moyens de ses
ambitions, n’a pas été considéré
comme assez élevé par les administrateurs de Scor. « Il ne correspond
ni à la valeur intrinsèque ni à la valeur stratégique de la société », estime Denis Kessler. Selon les analystes du courtier de Jefferies, Scor
vaudrait plutôt entre 45 et 46 euros
par action, soit près de 9 milliards
d’euros.
Cette tentative de rapprochement intervient dans un secteur
en pleine concentration, y compris désormais entre assureurs et
réassureurs. En janvier, l’assureur
américain AIG a mis la main sur le
réassureur Validus pour plus de
5 milliards de dollars. Quelques
semaines plus tard, Axa a créé la
surprise en reprenant l’assureur
et réassureur bermudien XL, pour
plus de 12 milliards d’euros. « On
s’aperçoit que la frontière historique entre réassureurs et assureurs
a tendance à s’émousser, estime
Marc-Philippe Juilliard, directeur
chez S&P Global Ratings. Des assureurs qui historiquement avaient
pu choisir de se concentrer sur le
marché de l’assurance primaire
trouvent désormais de l’intérêt à
avoir ces deux activités sous le
même toit pour se positionner sur
différents maillons de la chaîne de
valeur et diversifier leur exposition
aux risques. »
Si un jour il se réalisait, le mariage entre Covéa et Scor donnerait naissance à un nouveau
champion mondial de l’assurance
diversifiée, sur le modèle du groupe allemand Talanx-Hannover Re,
pesant plus de 30 milliards d’euros
de primes. L’ensemble deviendrait le deuxième groupe français
et le sixième groupe européen
d’assurance-réassurance diversifié. L’action Scor s’est envolée
mardi de 9,53 %, à 38,83 euros. Et
ce n’est peut-être pas fini, selon ce
que décidera Covéa lorsqu’il sera
libéré de son engagement de
standstill en avril 2019. ■
Déraillement du TGV à Marseille : la rupture d’un rail en cause
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
TRANSPORT Toute la lumière n’a
pas été apportée mardi par le rapport d’enquête de la SNCF sur le
déraillement du TGV 6145 à Marseille Saint-Charles le 24 août
dernier, à 200 mètres seulement
du heurtoir. Heureusement, le
train circulait à 27 km/h et aucun
voyageur n’a été blessé.
La direction des audits de sécurité de la SNCF a publié quatre pages de conclusions illustrées de
graphiques et de photos. « Ce qui
s’est passé, c’est un déraillement de
la rame de queue à la suite d’une
rupture sur un rail à l’intérieur d’un
appareil de voie, a décrit Olivier
Bancel, le directeur général opération et production de SNCF Réseau. Ce qui a occasionné une rupture est un défaut oxydé sous un
rail, datant de 1986, qui a évolué en
fissure puis en rupture, ce qui a
provoqué le déraillement », détaille
le dirigeant de la SNCF. Il souligne
le « contexte très particulier d’une
zone très sinueuse en zone de
gare » accentuant les efforts sur
l’infrastructure. Mais le dirigeant
reconnaît que cela ne suffit pas à
expliquer le déraillement. La cause initiale du déraillement n’a pas
été découverte, affirme Olivier
Bancel. « Des investigations supplémentaires vont avoir lieu.
D’abord une simulation du déraillement pour comprendre comment il
a pu avoir lieu. Et aussi une enquête
sur le matériel roulant pour étudier
une éventuelle cause. »
Le dirigeant a écarté toute responsabilité des équipes de maintenance, même si le fameux « défaut oxydé du rail », devenu une
rupture et causant le déraille-
V. VREL/PHOTOPQR/LA PROVENCE/MAXPPP
La SNCF a livré les conclusions de son enquête interne. Celle-ci écarte toute négligence de la maintenance.
Des agents
de la SNCF à pied
d’œuvre, dimanche
26 août, sur le lieu
du déraillement
d’un TGV en gare
Saint-Charles,
à Marseille,
survenu le 24 août.
ment, n’avait pas été détecté.
L’équipement de voie en cause
avait pourtant été visité en août
dernier. « Les normes ont été respectées. C’est une conjonction
d’événements qui a causé le déraillement », dit-il.
« Une “blessure” sur un rail succédant à un choc, ça peut arriver,
explique le dirigeant de SNCF Réseau. Elle s’oxyde avec les intempéries au bout de quelques jours ou
quelques semaines et devient une
fissure. Aujourd’hui, un défaut de
surveillance et d’entretien n’est pas
notre conclusion. » Ces premières
conclusions n’éclairent que partiellement le déraillement.
La vitrine trop belle
de l’usine du futur
Ce flou contraste avec l’opération de communication orchestrée par la SNCF il y a une semaine sur sa transformation digitale,
notamment dans le domaine industriel. À Hellemmes, près de
Lille, où se trouve le plus vieux
site industriel de la SNCF, les dirigeants du groupe mettaient
l’accent sur le bond technologique réalisé par la SNCF dans le
domaine de la maintenance pré-
dictive : 20 000 capteurs sur les
30 000 kilomètres de réseau d’ici
à 2020 pour améliorer la maintenance, la transformation des
technicentres de la SNCF en
« usines du futur »…
Une vitrine forcément trop belle, quand la réalité vient rappeler
que tout n’est pas sous contrôle.
Interrogé sur les conséquences
d’un tel défaut du rail si la rame
avait circulé à grande vitesse, Olivier Bancel est catégorique : « Le
déraillement ne serait pas arrivé en
ligne avec plus de vitesse. »
En parallèle des conclusions de
la SNCF et des résultats de ses prochaines investigations, le bureau
d’enquêtes sur les accidents de
transport terrestre (BEA-TT) donnera sa propre version du déroulement des faits et livrera ses hypothèses sur l’origine de cet
accident. ■
Les producteurs le lait s’inquiètent de prix toujours bas
Les éleveurs craignent que les déboires du chinois Synutra en France ne fassent baisser les tarifs.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
AGRICULTURE « Tous les signaux
sont au vert : la sécheresse qui limite
la production laitière en Europe, le
prix du beurre qui remonte et un bilan des états généraux de l’alimentation plutôt positif. Pourtant, les
prix payés au producteur n’augmentent pas. » Pour André Bonnard, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs
de lait (FNPL), après un léger
mieux ces derniers mois, la tendance baissière des prix du lait se
dessine. Selon la fédération, si Sodiaal paye encore entre 320 et
340 euros la tonne sur le trimestre
en cours, le géant Lactalis a revu
ses tarifs autour de 310 euros la
tonne. Soit les mêmes niveaux que
la coopérative Agrial. Un écart
creusé cet été. « Auparavant, la ligne rouge de tous était de ne pas
passer sous le prix payé par Sodiaal.
Désormais, même cette ligne rouge
n’existe plus, renchérit Thierry
Roquefeuil, président de la FNPL.
Les industriels n’ont plus peur de
reconstituer leurs marges sur le dos
des producteurs. »
310
euros
Prix de la tonne de lait
chez le géant Lactalis
Après des crises laitières à répétition depuis la fin des quotas en 2015,
la fédération s’interroge sur les effets de l’affaire des boîtes de lait infantile contaminées à la salmonelle
ayant touché fin 2017 une usine
mayennaise du géant Lactalis.
Industriels critiqués
« On nous a juré que cela n’aurait
pas d’impact sur les prix du lait. Or
je ne suis pas sûr que les tarifs actuels de Lactalis ne reflètent pas, au
moins en partie, la crise de l’année
dernière, explique le président. En
tout cas, on ne comprend pas où
sont les carences. Au mieux on fait
payer au producteur la salmonelle,
au pire les industriels augmentent
leurs marges ».
Une fois n’est pas coutume, Sodiaal est désigné comme le bon élève. Mais certains craignent que ses
déboires avec le chinois Synutra,
installé depuis deux ans à Carhaix,
ne finissent par fragiliser la coopérative et par voie de conséquence
ses producteurs. Victime d’impayés
de la part de son client, la coopérative qui produit entre autres le lait
Candia négocie une reprise du site
finistérien de l’industriel chinois, à
la santé financière défaillante.
« C’est une bonne chose si ça correspond à une vraie stratégie, et si ce
n’est pas juste un moyen de perdre
moins d’argent », juge André Bonnard. Malgré l’affaire Synutra, qui a
aussi touché les Maîtres laitiers du
Cotentin (nos éditions du 4 septembre), la FNPL croit toujours au potentiel du marché chinois. « On ne
peut pas faire une croix sur ce pays,
mais il faut que les transformateurs
soient irréprochables si on ne veut
pas que les promesses de ce marché
se transforment en mirage »,
conclut le secrétaire général. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
26 ENTREPRISES
Après GM&S, un
autre équipementier
auto en difficulté
Les Ateliers de Janves, qui emploient
320 personnes en France, ont été placés
en redressement judiciaire.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
INDUSTRIE Les pouvoirs publics
risquent de s’intéresser rapidement au sort de la société Ateliers
de Janves. L’équipementier automobile, situé à Bogny-sur-Meuse
(Ardennes), vient d’être placé en
redressement judiciaire par le
tribunal de commerce de Paris.
La société est le premier fabricant
français de bielles, destinées notamment à l’industrie automobile. Il emploie 320 personnes dans
deux usines et a réalisé un chiffre
d’affaires de 71 millions d’euros
en 2017.
Ces éléments pourraient rappeler GM&S aux pouvoirs publics.
Les déboires de l’équipementier
de la Creuse avaient empoisonné
le début du quinquennat d’Emmanuel Macron l’an dernier.
Aujourd’hui, 120 des 280 salariés
que comptait l’usine de La Souterraine début 2017 ont repris le
travail, après la reprise par le
français GMD.
La situation des Ateliers de Janves semble toutefois quelque peu
différente. D’abord, la société affirme ne pas manquer de commandes, mais avoir été confronté
à un problème de trésorerie. C’est
la conséquence, notamment,
d’une augmentation des délais
d’approvisionnement en acier en
raison d’une forte demande.
Les Ateliers de Janves reconnaissent, également, que l’outil
industriel est vétuste, faute d’investissements depuis 2015. « Le
secteur de la forge, dans lequel opère Ateliers de Janves, est très capitalistique, analyse Patrick Pudduy,
associé en charge de l’industrie
chez Advancy. Il faut une taille significative pour réaliser les investissements, ce qui fait défaut aux
La fonderie des Ateliers de Janves, à Bogny-sur-Meuse (Ardennes), est le premier fabricant français de bielles,
destinées à l’industrie automobile. DOMINIQUE FAGET/AFP
acteurs français encore largement
familiaux. » Les Ateliers de Janves,
Sifco, Gévelot Extrusion ou Farinia
ont effectivement un niveau d’activité qui se chiffre au maximum à
200 millions d’euros. L’allemand
Hirschvogel, qui est un concurrent
direct, affichait pour sa part près
de 1,2 milliard d’euros de chiffre
d’affaires l’an dernier. Ce niveau
permet de réaliser plus facilement
des investissements et d’accompagner les donneurs d’ordre à
l’international.
Avec une taille réduite, le moindre problème opérationnel peut
mettre la survie de l’entreprise en
jeu. C’est ce qui vient de se passer
avec les Ateliers de Janves. Pour
être moins vulnérables, les acteurs
français doivent changer de taille.
« Pour le secteur en France, l’enjeu
porte sur la consolidation », confirme Patrick Pudduy.
Un échec pour Bpifrance
C’est le rôle que s’est fixé Bpifrance. La banque publique d’investissement est d’ailleurs présente au capital d’Ateliers de
Janves, par le biais du Fonds avenir automobile (FAA). Celui-ci a
participé à plusieurs augmentations de capital de la société ardennaise, notamment en 2010
avec un apport de 3 millions
d’euros. L’idée était de contribuer au développement international de l’entreprise et d’aider à
la consolidation de ce secteur de
la forge en France. Sur ce plan, le
placement en redressement judi-
ciaire d’Ateliers de Janves représente un échec pour le FAA.
Pour autant, la situation n’est
pas désespérée, loin de là. La direction du petit équipementier affirme ainsi avoir reçu pas moins
de sept marques d’intérêt de la
part d’investisseurs potentiels.
C’est sans doute ce nombre important de repreneurs potentiels
- même si aucune offre ferme n’a
été formulée pour l’instant - qui
rend la comparaison avec GM&S
moins pertinente.
Une consolidation hexagonale
est encore possible, même si les
marques d’intérêt peuvent aussi
provenir de concurrents internationaux - européens comme asiatiques - ou des fonds spécialisés
dans les entreprises en difficulté. ■
La farine française fragilisée par ses difficultés à l’export
Les Grands Moulins de Strasbourg sont placés en redressement judiciaire. La meunerie tricolore pâtit de la concurrence.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
«
La situation
reste
difficile chez
les quatre
principaux
meuniers
français
»
GROUPE SOUFFLET,
POIDS LOURD
DU SECTEUR
EN FRANCE
AGROALIMENTAIRE Les cours du
blé ont beau être dans un cycle bas
depuis trois ans, la meunerie
hexagonale reste très fragile. Lundi, le groupe des Grands Moulins
de Strasbourg (GMS) a été placé en
redressement judiciaire, après sa
déclaration en cessation de paiements mercredi 29 août. Le groupe explique avoir pâti depuis 2012
d’une série de charges imprévues.
D’une part, une amende de
l’Autorité de la concurrence de
29 millions d’euros pour des ententes illicites entre 2002 et 2008
avec d’autres meuniers en France
et en Allemagne. D’autre part, des
impayés de plus de 58 millions
d’euros en 2012, créance non honorée par un de ses actionnaires,
l’homme d’affaires Imad Bakri,
entré au capital il y a dix ans.
Mercredi, le groupe expliquait
ne pouvoir honorer ses créances à
hauteur de 31,4 millions d’euros.
Seuls le holding GMS SA et sa filiale strasbourgeoise, GMS Meunerie, sont concernés par la procédure judiciaire. « Les Grands
Moulins de Strasbourg se sont mis
en grande partie seuls dans une impasse, estime un connaisseur du
secteur. D’abord sur ces ententes,
puis en laissant entrer un actionnaire avec lequel ils sont en conflit.
Surtout, la famille fondatrice s’est
découvert des envies d’expansion
LES DÉCIDEURS
â PHILIPPE BONNAVE
Bouygues Construction
Le conseil de la branche BTP (historique) du
groupe Bouygues renouvelle sa confiance à
Philippe Bonnave, réélu PDG pour un nouveau
mandat. Pour l’entourer, il a également validé
l’entrée au comité exécutif de Bernard Mounier, désormais directeur général délégué,
Nicolas Borit, président de Bouygues Bâtiment
international, et Marie-Luce Godinot, DG
adjointe de Bouygues Construction.
â ALEXANDRE DE PALMAS
Carrefour
À 44 ans, ce transfuge d’Elior rejoint le comité
exécutif de la filiale française du distributeur.
Nommé à la tête de la division proximité,
l’énarque remplace Christophe Rabatel, parti
prendre la tête de la Pologne.
â LAURENCE BRETON-MOYET
AFD
Avec une solide expérience du développement acquise à la Banque mondiale, chez EDF, puis à l’Agence française de développement (AFD), cette ingénieur
commerciale dirigera désormais la stratégie,
les partenariats et la communication.
avec des investissements parfois
hasardeux. » Le groupe, qui a réalisé 220 millions de chiffre d’affaires en 2017, est en redressement
judiciaire avec une période d’observation de six mois, le temps de
trouver un repreneur.
Difficultés en Afrique
La destinée du groupe qui possède
12 moulins en France et en Allemagne illustre surtout les difficultés de la filière farine française. La direction de GMS explique
ainsi avoir perdu un de ses principaux marchés à l’exportation,
l’Angola. Concurrencées depuis
une petite dizaine d’années par
les meuniers turcs qui vendent
environ 20 % moins cher que les
groupes européens, les quelque
400 meuneries françaises souffrent d’un manque de compétitivité pour écouler leurs farines
hors de nos frontières. Les exportations des meuniers turques, notamment à destination de l’Afrique, ont ainsi quintuplé en
quelques années, pour dépasser
5,5 millions de tonnes équivalentes blé, en 2017. « Les capacités de
production se sont retrouvées disponibles pour le marché français,
qui est ainsi devenu surcapacitaire
de l’ordre de 800 000 tonnes. La
situation reste difficile chez les
quatre principaux meuniers français », reconnaît-on chez le
groupe Soufflet, poids lourd du
secteur en France.
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Kering : les Pinault confient la grande
Chine à Jinqing Cai, venue de Christie’s
Elle est l’archétype de la
superwoman à l’américaine. Influente, complète et
grande défenseure des
droits des femmes, l’Asiatique Jinqing Cai a su s’imposer auprès des
Pinault, qu’elle a rejoints en 2012 comme (première) directrice générale de Christie’s China à
Shanghaï. Aujourd’hui, tout en gardant un rôle
de conseil au niveau de la maison de ventes
comme vice-présidente de l’Asia Advisory
Board, celle qui en devint aussi présidente
poursuit sa route auprès de la famille avec un
nouveau rôle clé. Mère de deux enfants, férue
d’art et de culture, siégeant aux conseils de
l’Orchestre philharmonique de New York et de
Teach for China, elle décroche le poste créé de
présidente de Kering Grande Chine. Coiffant
Chine continentale, Hongkong, Macao et
Taïwan, elle prendra ses fonctions dès ce
10 septembre à Shanghaï. Sa mission : « Renforcer la visibilité du groupe de luxe dans la
région et consolider ses liens avec les partenaires
locaux. » Rattachée au DG délégué Jean-François Palus, elle va ainsi mettre à profit son solide entregent et sa bonne connaissance des différents acteurs du marché. La création de son
poste s’inscrit dans la volonté de Kering de
renforcer l’organisation sur fond d’envolée du
marché chinois. Depuis l’ouverture du premier
magasin Gucci en Chine, en 1997, la griffe phare du groupe, notamment, y connaît une croissance exponentielle. Avec une hausse de plus
de 20 % des ventes attendue cette année, la
région reste le principal moteur du marché du
luxe, selon le cabinet Bain & Company. Avec
aussi Saint Laurent, Bottega Veneta, Balenciaga, Boucheron ou Pomellato, le groupe y a fortement développé sa présence, notamment sur
les réseaux sociaux, captant une partie de la
jeune clientèle chinoise. « Kering a commencé à
investir en grande Chine il y a de nombreuses
années, et y a construit les bases d’une activité
fructueuse et pérenne, tout en renforçant
constamment ses liens avec ses partenaires
locaux », se félicite, toujours plus ambitieux, le
PDG François-Henri Pinault, dont le groupe
réalise globalement 33 % de son chiffre d’affaires en Asie-Pacifique.
C’est à New York que Jinqing Cai débuta sa carrière dans le conseil en stratégie, avant de
poursuivre à Hongkong dans le private equity
dédié aux médias, puis de cofonder un cabinet
de relations publiques à Pékin. Dans ce cadre,
elle organisera le premier Boao Forum, le
Davos asiatique. Influence qu’elle mettra
ensuite au service du cabinet Brunswick Beijing, qu’elle fonde en 2005, jouant un rôle clé
dans les transactions internationales accompagnées par le cabinet de relations publiques. C. B.
Selon l’Association nationale
de la meunerie française
(ANMF), les exportations françaises de farines (314 088 tonnes
en 2017, soit 10 % de la production française), ont chuté de
20 % par rapport à 2017. Et la
qualité du blé français, en nette
hausse sur cette moisson 2018,
restera insuffisante pour avoir
une préférence nette des marchés export. Surtout, malgré
une baisse de tension depuis la
rentrée, la tendance haussière
des cours du blé pèsera à nouveau sur la rentabilité déjà en
berne du secteur, craint l’ANMF.
Entre 2013 et 2017, le nombre de
moulins français est passé de 435
à 417 dans l’Hexagone. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â STEFANO CANTINO
Louis Vuitton
Une pointure de Prada chez Louis Vuitton. Michael Burke recrute ce pro de la communication
stratégique et opérationnelle, rompu à l’international, comme directeur des activités communication et événements de la Maison. Directement rattaché au PDG, l’Italien remplace
Jenny Galimberti, appelée à de nouvelles fonctions dans le groupe LVMH. Diplômé en sciences
politiques à Turin, Stefano Cantino a rejoint en
1997 Prada dont il fut directeur de la communication et des relations extérieures avant de diriger à partir de 2014 le marketing stratégique de
Miu Miu, Prada, Car Shoe et Church’s.
â VIRGINIE DE CHASSEY
Eramet
La directrice des affaires publiques de
PSA rejoint le groupe minier comme
directrice de la communication et du
développement durable et devient membre du
comex. Succédant à Catherine Tissot-Colle, qui
devient conseiller du PDG Christel Bories, elle
assistera cette dernière sur les dossiers de politique industrielle, et notamment dans sa mission
de présidente du comité stratégique de filière
(CSF) mines et métallurgie. Âgée de 49 ans, Virginie de Chassey, diplômée d’histoire et d’information et communication, est aussi une ancienne de Pechiney.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
TECH
27
Free en quête d’un nouveau modèle
L’opérateur télécoms de Xavier Niel perd des abonnés pour la première fois de son histoire.
ELSA BEMBARON £@ElsaBembaron
TÉLÉCOMS La roue tourne dans
les télécoms français. Free en fait
les frais, avec des résultats « décevants » depuis le début de l’année.
Pour la première fois de son histoire, le groupe enregistre un recul
de son chiffre d’affaires. Iliad, la
maison mère de Free, affiche un
revenu trimestriel en repli de
0,2 %, à 2,39 milliards d’euros.
Hors Italie, où le groupe s’est lancé
« deFreebonsa fait
résultats
dans la fibre.
Il investit
massivement
dans cette
technologie,
c’est plutôt
bon signe
pour
la suite
UN EXPERT
DU SECTEUR
au début de l’été, le recul serait de
plus de 2 %. Tous les indicateurs financiers sont en baisse, avec un
excédent brut d’exploitation (Ebitda) en baisse de 2,2 % en France et
un résultat net qui perd 0,4 %, à
232 millions d’euros.
Thomas Reynaud, directeur général d’Iliad, préfère mettre en
avant des « bases financières solides », notamment au regard du
faible taux d’endettement du
groupe (la dette s’élève à 3,3 milliards d’euros à fin juin). Il concè-
de, en revanche, que Free a réalisé
« un mauvais semestre sur le plan
commercial ». « Free n’arrive plus à
conquérir de nouveaux clients », résume Tariq Ashraf, consultant Télécoms chez Bearing Points. En effet, pour la première fois depuis
son arrivée sur le marché du mobile en 2012, Free perd des clients sur
ce segment. En trois mois, ce sont
même 200 000 abonnés mobile qui
ont filé à la concurrence, ramenant
sa base installée à 13,6 millions de
clients. « Ce sont des clients à 0 et à
2 euros qui sont partis. Depuis le début de l’année nous avons gagné
500 000 abonnés à notre offre à
19,99 euros (15 euros pour les abonnés Freebox) », se défend Thomas
Reynaud. Néanmoins, ce n’est jamais très bon signe quand un opérateur télécoms commence à perdre des clients en masse, fussentils
les
moins
rentables.
L’expérience vécue par SFR en
2015 et 2016 l’a prouvé. Ensuite,
cela signe l’échec de la stratégie de
« montée en gamme » de Free, qui
»
essayait de faire passer ses abonnés
d’un forfait à l’autre. Enfin, le directeur général de Free affirme
que, parmi les nouveaux clients, la
part de ceux qui ont profité de la
promotion à 9,99 euros (au lieu de
19,99 euros) est marginale. Au final, Free se refuse à commenter
l’évolution de son revenu mensuel
moyen par abonné (Arpu). Il y a
trois ans, Xavier Niel l’avait estimé
à 10 euros. Depuis, le groupe est
resté muet sur le sujet.
Autre point préoccupant, le revenu moyen par abonné continue
de dévisser, cette fois dans le fixe, à
32,8 euros. Une lente glissade qui
vient grever les marges du groupe.
Or, faut-il le rappeler, Free a fait du
fixe son socle financier pour financer son développement dans le
mobile. Au deuxième trimestre, il a
perdu 20 000 abonnés (et 47 000
sur le semestre), ramenant sa base
à 6,47 millions de clients. Il subit de
plein fouet l’offensive de Bouygues
Telecom qui multiplie les promotions dans le domaine. À cela
s’ajoute la montée en puissance
inexorable d’Orange dans la fibre.
L’opérateur historique vient tailler
des croupières à Free sur son cœur
de marché, les centres urbains, et
plus particulièrement Paris et l’Ilede-France.
Marges étroites
Xavier Niel,
vice-président d’Iliad,
la maison mère de Free.
AURELIEN MORISSARD/IP3
Vers une plus grande mutualisation du réseau avec Orange
Trois opérateurs ou quatre ? La
question n’en finit plus de tarauder
les télécoms français. Ce mardi matin, il a suffi d’une petite phrase
ambiguë de Xavier Niel, le fondateur de Free, devant un parterre
d’analystes financiers pour mettre
le feu aux poudres. Interrogé sur
une possible cession de Free, il s’offusquait qu’on veuille « le mettre à
la retraite ». La suite de la réponse
est plus ambiguë, oscillant entre
une fin de non-recevoir… et une
porte ouverte pour qui accepterait
de mettre le prix pour s’offrir Free !
Thomas Reynaud, le directeur général d’Iliad, a ensuite tempéré les
propos de son principal actionnaire : « la consolidation n’est pas un
sujet structurant pour l’entreprise,
nous sommes en ordre de marche
pour un marché à quatre. »
Trop tard. L’action Iliad a flambé
ce mardi à la Bourse de Paris, en
hausse de plus de 7 %, à 116 euros.
Mais difficile de dire si les investisseurs croient à un mariage, aux
promesses d’amélioration des résultats faites par la direction ou s’il
s’agit d’une simple correction. En
effet, il ne faut pas oublier que le titre a cédé près de la moitié de sa valeur depuis son plus haut de l’année
dernière. Autrement dit, quasiment
tous les gains enregistrés depuis le
lancement de Free mobile il y a six
ans ont été effacés.
New deal entre opérateurs
La capitalisation d’Iliad a chuté, à
6,3 milliards d’euros. De quoi raviver les ambitions d’éventuels acquéreurs. Le groupe n’est pas pour
autant à la merci d’une OPA, Xavier
Niel en reste le principal actionnaire
avec 50,96 % du capital Rien ne
peut se faire sans son aval. Or
l’homme a plus d’un tour dans sa
manche. Un autre scénario se dessine en coulisse dans lequel deux
blocs pourraient émerger… avec à la
clé une relance de la machine Free.
« Le partage de réseau pourrait
être un palliatif à la consolidation »,
résume Thomas Coudry, analyste
chez Bryan Garnier. En effet, SFR et
Bouygues Telecom partagent déjà
leur réseau pour 57 % de la population, ce qui correspond à 85 % du
territoire. De l’autre, Orange et
Free soldent peu à peu leur contrat
d’itinérance. Or ces deux opérateurs pourraient être tentés, eux
aussi, par une solution de mutualisation, ou, au moins, par un partage
de leurs infrastructures mobile.
D’autant que le « New deal », ce
contrat signé entre les opérateurs
télécoms et l’État pour mieux couvrir les zones rurales, prévoit une
mutualisation de certains équipements. Et plus Free étoffe son réseau, plus ce scénario devient crédible. Au minimum, Free pourrait
installer ses équipements électro-
LA SÉANCE DU MARDI 4 SEPTEMBRE
LE CAC
JOUR
%VAR.
ACCOR .............................................. 44,16
♣
AIR LIQUIDE ..................................
106,55
AIRBUS ..............................................105,16
ARCELORMITTAL SA ..................................
25,345
ATOS .............................................. 102,2
AXA .............................................. 22,03
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
50,88
BOUYGUES ..............................................
36,03
CAPGEMINI ..............................................
109,9
CARREFOUR ..............................................
15,345
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,08
DANONE ..............................................66,62
ENGIE .............................................. 12,59
ESSILOR INTL. ..................................123,9
HERMES INTL ..................................547,6
KERING ..............................................451,9
L'OREAL ..............................................
203,1
LEGRAND ..............................................64,1
LVMH .............................................. 291,7
♣
MICHELIN ..............................................
100,55
+1,85
-2,16
-2,18
-2,26
+0,34
-0,41
+0,43
-2,54
-0,81
-0,9
+1,65
-1,84
-0,08
-0,32
-2,63
-2,23
-1,88
-0,84
-3,51
-0,74
+HAUTJOUR
44,26
109
107,94
26,15
102,65
22,295
51,68
37,02
111,2
15,545
12,144
68,07
12,725
124,8
563,8
465,4
208
64,84
304,8
101,75
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,33
106,1
104,1
25,195
100,65
21,915
50,17
35,72
109,3
15,3
11,91
66,21
12,52
123
546,2
451,2
201,6
63,62
291,35
99,9
0,49
0,234
0,156
0,118
0,312
0,276
0,358
0,438
0,25
0,267
0,374
0,242
0,237
0,228
0,055
0,222
0,087
0,182
0,158
0,262
+2,7
+1,43
+26,7
-6,53
-15,78
-10,94
-18,27
-16,81
+11,13
-14,94
-12,46
-4,76
-12,17
+7,79
+22,71
+23,71
+9,81
-0,14
+18,87
-15,89
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................13,84 -0,79
PERNOD RICARD ..................................
136,25
0
PEUGEOT ..............................................
23,37
-1,39
♣ 53,24 -3,16
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
72,37
-1,39
SAFRAN ..............................................
110,15 -2,05
SAINT GOBAIN ..................................
36,185 -0,89
SANOFI ..............................................73,15
-1,81
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
68,88 -1,74
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
35,7
+0,93
SODEXO ..............................................90,66 +1,14
SOLVAY ..............................................
112
-2,35
STMICROELECTRONICS .............................
17,265 -2,54
TECHNIPFMC ..................................26,19 -0,76
TOTAL .............................................. 53,63 -0,94
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
175,12
-1,11
VALEO .............................................. 38
-1,14
VEOLIA ENVIRON. ..................................
18,035 -0,25
♣
VINCI .............................................. 81,1
-1,24
VIVENDI ..............................................22,27 -0,13
+HAUTJOUR +BAS JOUR
13,98
136,5
23,69
54,8
73,31
113,15
36,615
74,57
70,56
35,915
90,86
114,9
17,83
26,6
54,31
178
38,71
18,235
82,26
22,42
13,76
135,65
23,07
53,04
71,59
109,7
36,01
73,06
68,54
35,155
89,22
112,25
17,185
26,17
53,58
173,8
37,81
17,98
80,56
22,13
%CAP.ECH
0,24
0,182
0,266
0,478
0,354
0,239
0,371
0,165
0,257
0,556
0,274
0,225
0,301
0
0,185
0,403
1,13
0,332
0,198
0,246
31/12
-4,39
+3,26
+37,84
-6,02
-13,75
+28,22
-21,3
+1,81
-2,79
-17,07
-19,09
-3,36
-5,16
+1,32
+16,47
-38,98
-15,23
-4,76
-0,67
niques sur les pylônes d’Orange…
en attendant un partenariat technique plus poussé. Cela permettrait
à Free de compléter son dispositif
dans les zones rurales, en s’appuyant sur les infrastructures
d’Orange. Ce dernier pourrait demander une contrepartie financière
à son partenaire, afin d’équilibrer la
donne. En effet, le réseau d’Orange
est bien plus développé que celui de
Free. Finalement, un partage de réseau coûte bien moins cher que de
déployer et d’entretenir seul de
100 % des infrastructures.
Mais les discussions entre les
deux opérateurs sont limitées pour
le moment : théoriquement, ils
n’ont pas le droit de mener de tels
pourparlers avant la fin de l’année.
En effet, la procédure d’attribution
de fréquences en cours leur interdit
de mener toutes négociations qui
pourraient avoir une influence sur
l’attribution. ■
E. B.
LES DEVISES
SICAV ET FCP
plique par plusieurs éléments. Tout
d’abord une légère hausse des taux d’intérêt dans la zone euro, en lien avec les inquiétudes sur l’élaboration du budget italien qui fait craindre des choix de politique
économique pouvant déboucher sur un
creusement du déficit budgétaire du pays.
La crainte d’un retour de l’inflation dans
la zone euro, au-dessus de l’objectif de
en ordre
de marche
pour
un marché
à quatre
»
THOMAS REYNAUD,
DIRECTEUR GÉNÉRAL
D’ILIAD
1 EURO=
1,6091
1,5234
0,9006
9,0758
128,6
1,1261
1,1562
3,216
11,103
7,7188
20,815
7,9079
82,7665
137,2028
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33110
33940
-4,72
NAPOLEON ..................................................... 199,2
199,9
-3,72
PIECE 10 DOL USA .....................................................
595
595
+1,19
PIECE 10 FLORINS .....................................................
208
208
-2,26
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1138
1138
-2,57
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
195
195
-4,41
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
276
276
-9,51
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1250
1252,25
-4,58
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
109,9
100
+0,09
PIECE SUISSE 20F .....................................................
191
193,5
-5,77
PIECE LATINE 20F .....................................................
195
195
-3,89
SOUVERAIN ..................................................... 240,9
252,8
-7,59
KRUGERRAND .....................................................1097,5
1097,5
-1,9
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
283,94 31/08/18
NET REBOND DES VALEURS BANCAIRES À LA BOURSE DE PARIS
Une fois n’est pas coutume, les banques
se sont distinguées à la hausse dans un
marché globalement baissier (- 1,31 %
pour l’indice CAC 40). L’action Crédit agricole a gagné 1,65 %, à 12,08 euros, Société
générale 0,95 %, à 35,70 euros, et BNP
Paribas 0,43 %, à 50,88 euros. Le retour
en grâce des valeurs bancaires, très mal
traitées depuis le début de l’année, s’ex-
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
Nous
« sommes
Mais, là encore, le groupe se veut
rassurant. Tout d’abord en annonçant « une nouvelle box dans quelques semaines ». Outil de conquête
par excellence chez Free, la box
nouvelle génération se fait toutefois attendre. Cela fait près de deux
ans que l’opérateur de Xavier Niel
maintient le suspense. Ensuite,
Thomas Reynaud souligne l’avancée de Free dans la fibre, avec
7,9 millions de prises disponibles et
734 000 abonnés. « Free a fait de
bons résultats dans la fibre. Il investit massivement dans cette technologie, c’est plutôt bon signe pour la
suite », appuie un expert du secteur.
Thomas Reynaud promet « un
nouveau cycle de croissance », mais
les marges de manœuvre semblent
étroites, du moins sur le très
concurrentiel marché du grand
public français. La croissance
peut-elle venir d’Italie, où le groupe s’est lancé fin mai ? Les débuts y
sont prometteurs, avec 1,5 million
de clients séduits par l’offre mobile
d’Iliad, à cette date. Mais le marché
transalpin est plus concurrentiel
que ne l’était le français en 2012. En
outre, le groupe va devoir consentir d’importants efforts d’investissement des deux côtés des Alpes
pour développer ses réseaux très
haut débit fixe et mobile. Et ce,
sans même parler de la 5G, la future technologie de téléphonie mobile, qui devrait nécessiter des milliards d’investissement. ■
BETELGEUSE ................................................
48,43 31/08/18
BELLATRIX C ................................................
332,11 31/08/18
SIRIUS ................................................55,42 31/08/18
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rlaskine@lefigaro.fr
2 % annuels fixé par la BCE, n’est également pas étrangère à une remontée des
rendements obligataires dans plusieurs
pays de la zone euro. Or la faiblesse persistante des taux d’intérêt, qui comprime
les marges bénéficiaires sur les prêts
consentis par les établissements bancaires, est une des principales raisons de la
sous-performance boursière du secteur.
Dans une étude récente, des analystes
de Barclays estiment ainsi que les éléments négatifs ayant pesé sur le secteur
au cours de ces derniers mois sont désormais bien intégrés dans les cours. Même
s’ils restent réservés sur le potentiel de
progression des profits des banques à
moyen terme, en raison des changements structurels auxquels elles sont
confrontées, ils estiment que le potentiel
de hausse des valeurs du secteur en Europe est attrayant dans une optique de
court terme. C’est notamment le cas des
banques françaises, qui sont dans l’ensemble très faiblement valorisées, alors
qu’elles sont généreusement capitalisées,
qu’elles sont profitables et offrent de
bons rendements à leurs actionnaires. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
WPP entame
une nouvelle ère avec
Mark Read à sa tête
Le numéro un mondial de la publicité détaillera bientôt
sa stratégie. Le virage technologique devrait être affirmé.
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
COMMUNICATION C’est peu de
dire qu’il a du pain sur la planche.
Mais Mark Read, confirmé lundi au
poste de directeur général de WPP,
a pu présenter mardi des résultats
semestriels plutôt rassurants. Le
groupe britannique, numéro un
mondial de la communication, a
enregistré sur les six premiers mois
de l’année un revenu de 7,5 milliards de livres (8,3 milliards
d’euros), en baisse de 2,1 %, mais en
hausse de 1,6 % hors effets de change et à périmètre constant. D’avril à
juin, cette croissance organique a
même atteint 2,4 %.
« C’est le premier trimestre de
croissance à données comparables
depuis le premier trimestre 2017, et les
performances du groupe ont été solides à la fois dans le gain et la conservation de contrats », s’est félicité le
successeur de Martin Sorrell. Au
rang des bonnes nouvelles, WPP a
remporté plusieurs budgets importants lors de la période récente de
« Mediapalooza » (concentration de
compétitions pour de gros budgets
mondiaux) avec le gain net de deux
clients majeurs dans la grande
consommation, Mars et Mondelez.
À 51 ans, Mark Read, un surdoué
passé par Cambridge, Harvard et
l’Insead, hérite d’un groupe tentaculaire, composé de 3 000 bureaux
émanant de 400 sociétés structurées autour des métiers de l’achat
médias (GroupM), du digital/data
(AKQA, Wunderman), de la création publicitaire (Ogilvy, Grey,
Y&R…), des relations publiques
(Burson Marsteller, Hill & Kwolton)
et des études (Kantar).
Même si ses revenus patinent depuis dix-huit mois, WPP reste une
belle « cash machine ». Au premier
semestre, le groupe a dégagé
672,4 millions de livres de bénéfice.
Certes, les marges sont plus faibles
qu’il y a un an. Mais Mark Read affiche sa volonté de se détacher du
court-termisme pour restructurer
WPP en profondeur et lui donner le
cadre d’une croissance durable. Des
perspectives pas vraiment du goût
des investisseurs : l’action WPP a
perdu plus de 6 % mardi à la Bourse
de Londres.
Peu importe. Mark Read veut lui
aussi être maître des horloges. Il a
annoncé qu’il allait préciser d’ici à
la fin d’année sa stratégie, qui devrait passer par une revue complète
des actifs. Après s’être délesté des
participations minoritaires non
stratégiques, comme sa part de 15 %
dans la plateforme programmatique AppNexus, en passe d’être rachetée par AT&T, ou ses 9 % dans
Vice Media, WPP pourrait vendre
des activités considérées comme
pas assez performantes et, surtout,
revoir son organisation en rapprochant certains de ses réseaux, voire
en supprimant des enseignes.
Pour les prochains mois, la priorité du groupe sera donnée à « renforcer ses positions sur le marché
américain, notamment les réseaux
créatifs », a détaillé Mark Read. Les
États-Unis, premier marché publicitaire mondial actuellement en
forte croissance, est aussi le premier
marché de WPP (7 milliards de dollars de revenu l’an passé). C’est la
seule véritable ombre au tableau
des résultats publiés hier, puisque la
baisse du chiffre d’affaires américain s’est accrue entre le premier et
le deuxième trimestre.
Concentration des moyens
Pour redresser la barre, le nouveau
patron n’exclut rien a priori. Mais le
schéma envisagé ne ressemble pas à
un démantèlement. Ce sera plutôt
une simplification de l’organisation, avec une concentration des
moyens à la clé. Il semble en particulier que le virage à l’étude soit
plutôt celui d’une concentration
des investissements sur l’adtech
(lire ci-dessous) et d’une politique
soutenue de recrutement de talents
dans la technologie et la création.
Mark Read prend son poste au
moment où l’industrie de la communication traverse une période de
bouleversement liée à la révolution
numérique. Ces dernières années,
les annonceurs ont en effet rapidement fait migrer leurs investissements du « off line » au « on line »
c’est-à-dire sur Internet, ce qui
modifie toutes leurs approches de
communication et nécessite de
réorganiser leur marketing. Et implique du même coup une transformation des partenaires qui les accompagnent. Le groupe réalise déjà
40 % de ses revenus dans le digital,
et cette part est appelée à croître.
Mark Read a pour lui de bien
connaître l’univers digital et son écosystème complexe. Il a été pendant
douze ans le patron de la division numérique de WPP, et avait pris en 2015
la tête du réseau digital Wunderman,
en pointe dans l’exploitation de données et les services marketing. Autre
avantage, il connaît fort bien la maison, qu’il a rejointe en 1989 alors qu’il
avait 22 ans. ■
AVEC NRJ ET
LES ENCEINTES CONNECTÉES
VOUS ÊTES À UNE SECONDE
DE L’ACHAT
Désormaisdurantl’écouted’unepublicitésurNRJavecuneGoogleHome,
l’auditeur peut dire par exemple :
Enceinte connectée pour le média le plus connecté...
Le futur de la radio commence aujourd’hui.
Contact NRJ Global : Laurence BUCQUET - 01 40 71 44 06 - lbucquet@nrjglobal.fr - www.nrjglobal.com
TOBY MELVILLE/REUTERS
EN BREF
LES ÉCHOS-LE PARISIEN
INVESTIT
DANS LES PODCASTS
£ Le groupe Les ÉchosLe Parisien est en discussions en
vue d’une prise de participation
minoritaire dans l’éditeur
de podcasts Binge Audio.
Ce dernier produit déjà pour
Le Parisien un bulletin d’info
quotidien diffusé via Alexa,
l’assistant vocal d’Amazon.
NOUVEAU DG DU SNEP
£ L’actuel secrétaire général
du Syndicat national de l’édition
phonographique, Alexandre
Lasch, va succéder à Guillaume
Leblanc à la direction générale
du syndicat, sous la présidence
d’Olivier Nusse, président
d’Universal Music France.
Mathieu Morgensztern
veut accélérer dans la tech
ELISA BRAUN £ElisaBraun
DeBonneville-Orlandini
Avec l’arrivée des enceintes connectées dans les foyers français,
une nouvelle page s’écrit pour NRJ. La radio, média le plus proche
de l’acte d’achat de par sa mobilité, entre dans une nouvelle dimension.
Mark Read, ici, en juin
dernier, à Londres,
a été confirmé, lundi,
au poste de directeur
général de WPP.
Mardi, il a présenté des
résultats semestriels
plutôt rassurants.
Il aura fallu du temps pour trouver
celui qui reprendrait les rênes de
WPP en France, après le départ en
décembre de Pierre Conte pour le
monde de l’édition. De tous les
noms fameux qui ont circulé, c’est
finalement celui de Mathieu Morgensztern qui a émergé. À 45 ans,
cet expert du marketing digital
s’est forgé une réputation aussi bien
chez Havas ou Publicis que chez
Accenture. Sa prise de fonction n’a
pas été évidente, après le départ en
tempête en avril dernier de Martin
Sorrell. Désormais bien installé à
Neuilly dans d’élégants bureaux
avec vue sur la Défense, et alors que
Mark Read vient d’être nommé,
Mathieu Morgensztern se sent à
présent en pleine capacité d’afficher son ambition pour la France.
« Nos activités médias se portent
très bien, assure-t-il d’emblée. Cet
été, nous avons gagné les quatre
principaux appels d’offres médias
(Mars, Mondelez, Shell et Adidas) et
nous avons remporté l’an dernier
deux budgets importants, PSA et
Richemont, qui étaient auparavant
détenus par Havas et Publicis. La
preuve que le duopole Publicis-Havas n’est pas une réalité ! »
WPP a beau rester un groupe discret dans le paysage français, la
marque de conseil médias GroupM
est déjà très bien installée. Elle s’est
même hissée au rang de numéro un
au dernier classement ComVergence des gains nets de budgets en
2017, devant Havas et Publicis. Les
résultats annuels de WPP en 2017
citaient un chiffre d’affaires de
602 millions d’euros pour sa branche française. Certes, c’est dix fois
moins que le chiffre d’affaires réalisé aux États-Unis, mais le temps où
l’Hexagone était cité comme la bête
noire du groupe semble bien révolu. La croissance y a grimpé de 10 %
en 2017, et cette année s’annonce
sur la même lancée. Loin de s’arrêter à ces bons résultats, dans un
secteur qui accuse un sérieux coup
de mou, Mathieu Morgensztern
semble décidé à mettre en œuvre
une stratégie de rupture pour faire
émerger WPP.
Cap sur la donnée
L’adtech est la clé de voûte de son
ambition, et mise sur les atouts nationaux qu’il maîtrise bien. « La
France est très forte sur ce secteur,
souligne le patron en égrenant les
noms de pépites. Beaucoup de capitaux sont investis dans le domaine et
la législation est en avance. » La démarche s’inscrit en outre dans la
droite lignée de la stratégie de WPP
monde, déjà très portée sur les
technologies.
« Nous sommes le groupe qui a le
plus investi dans la tech : 7 milliards
de dollars, avec de la R&D, des acquisitions, du rachat de données sur
ces huit dernières années », précise
avec un certain plaisir Mathieu
Morgensztern. Pour WPP France, la
prochaine étape sera l’intelligence
artificielle, qui « permettra d’améliorer la pub programmatique, en
baissant les coûts et en améliorant les
performances des campagnes »,
s’enthousiasme Mathieu Morgensztern, passionné par ces sujets
qu’il a lui-même étudiés dans ses
jeunes années.
Au-delà du feu d’artifice technologique, WPP France entend monter en capacité dans le domaine du
conseil en s’adjoignant les services
de consultants de haut vol. « La plupart de nos clients accusent un véritable problème de croissance, exception faite du secteur du luxe. Parmi
les produits de grande consommation, les vingt-cinq premières entreprises représentent 45 % des ventes
mais seulement 3 % de la croissance.
Le premier levier pour développer
cela, c’est aujourd’hui le marketing,
alors qu’hier l’heure était à la mondialisation. Nos équipes de consulting
accompagnent nos clients dans ces
changements. » Dans cette perspective, WPP France table sur une intégration toujours plus poussée des
métiers au sein d’équipes dédiées
pour rafler les grands comptes. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 036 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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DES TEMPS FORTS DE LA RENTRÉE PAGES 34 ET 35
PAGE 33
Gucci
Chanel
SHUTTERSTOCK/SIPA
Le sceau Bergman
Documentaires,
rétrospective,
adaptations
au théâtre…
Cent ans après
sa naissance,
le cinéaste des
âmes torturées
suscite toujours
l’admiration.
Ingmar Bergman,
à la fin des
années 1960.
PAGE 30
David Reiland :
à l’Est, du nouveau !
C H AU S S U R E S
SOINS
AC C E S S O I R E S
NOS FIGURES DE LA RENTRÉE Le chef
belge de 38 ans débute ce mois-ci son mandat
à la tête de l’Orchestre national de Metz.
D
es dehors d’une grande
douceur. Mais un geste
sûr, exprimant avec lyrisme le feu intérieur qui
brûle au fond de lui. À
38 ans, le Wallon David Reiland a le
profil idéal pour reprendre le pupitre
de l’Orchestre national de Metz (exOrchestre national de Lorraine). Une
phalange marquée par le mandat de
son prédécesseur, Jacques Mercier,
resté seize ans à sa tête. Mais qui se
trouve aujourd’hui face aux défis d’un
monde musical en pleine mutation.
Notamment depuis le lancement, en
2016, de la Cité musicale de Metz : entité regroupant aussi bien l’orchestre
et la salle de l’Arsenal (l’une des plus
belles acoustiques de France) que les
deux autres salles messines que sont
les Trinitaires et la Boîte à musiques.
Un profil qui a donc séduit Jacques
Mercier en personne. Mais aussi et
surtout les musiciens de l’orchestre,
qu’il avait déjà dirigés à trois reprises
depuis 2013. « S’il s’inscrit dans la
continuité de Jacques Mercier pour ce
qui est de la défense du répertoire français, il offre aussi une vraie complémentarité par sa maîtrise du répertoire
fin XVIIIe siècle et son expérience comme chef d’opéra », commente à juste
titre Florence Alibert, directrice
générale de la Cité musicale de Metz.
Le chef, dont le mandat à la tête de
l’Orchestre de chambre du Luxembourg voisin s’est achevé l’an dernier,
reste en effet le premier invité de
l’Opéra-Théâtre de Saint-Étienne. Et
son expérience lyrique lui a déjà permis de s’illustrer, outre à SaintÉtienne, à l’Opéra de Lausanne, au
Bolchoï de Moscou et en Corée, où il
dirige ces jours-ci la production du
Cosi fan tutte du festival d’Aix-enProvence. « Une aubaine pour l’orchestre, qui collabore également à la
saison de l’Opéra-Théâtre de MetzMétropole »,
poursuit
Florence
Alibert.
NOUVELLE ADRESSE
L’homme de la situation
Avec au moins vingt semaines de présence assurées à l’orchestre chaque
année, et une grande connaissance de
la région Grand Est et des pays voisins, David Reiland semble bien
l’homme de la situation. D’autant
qu’il adjoint à son expertise du répertoire classique, de la musique française et du lyrique une quatrième casquette, non des moindres : celle de
compositeur, et par conséquent une
affection particulière pour le répertoire contemporain. Sa première saison à la tête de l’orchestre, qui
s’ouvre le 14 septembre, s’en fera le
reflet, allant de Mozart et Haydn jusqu’à John Adams… En passant par
l’opérette, en plein retour en grâce
dans notre pays. ■
PRESSE ; FILIPPO FIOR, ALESSANDRO LUCIONI/IMAXTREE.COM ; AGE FOTOSTOCK/MANUEL CUADRO
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mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
30
L'ÉVÉNEMENT
À la source
d’Ingmar
Bergman
â LA CRITIQUE
Captivée par Ingmar Bergman
dès sa jeunesse, quand elle a découvert Le Septième Sceau, Margarethe von Trotta, d’abord comédienne, lui doit son envie de
passer à la mise en scène. Des
années plus tard, la réalisatrice
allemande a rencontré son maître en faisant partie d’un jury
qu’il présidait. Bergman prisait
beaucoup son film Les Années de
plomb, et Margarethe von Trotta
s’autorise de ces affinités profondes pour lui rendre un hommage très personnel, résolument subjectif. Elle se filme
elle-même partant sur les traces
de Bergman à travers les lieux et
les paysages qui furent les décors de ses films ou de sa vie, à
travers les rencontres avec ses
proches, ses interprètes, ses
techniciens, ou des cinéastes
marqués par son influence. Cela
donne un portrait oblique, assez
fragmentaire. Une sorte de
journal intime où se dessine la
personnalité très sombre de
Bergman, aux prises avec ses
« démons intimes », en même
temps qu’un parcours de son
œuvre parfois trop allusif. Plus
qu’un documentaire au sens
classique du mot, c’est un exercice d’admiration pour l’œuvre,
qui n’exclut pas la lucidité sur
l’homme.
M.-N. T.
cinéma et le théâtre rendent
hommage au génie suédois à l’occasion
du centenaire de sa naissance.
I
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
l y a cent ans, le 14 juillet 1918,
naissait Ingmar Bergman. Onze ans
après sa disparition, en 2007, son ombre s’étend toujours sur le septième art
comme celle d’un arbre puissant aux
racines ténébreuses, aux branches
tourmentées. Le cinéma et le théâtre
rendent hommage au grand metteur en
scène suédois en ce début de saison.
Outre une rétrospective de ses œuvres,
deux documentaires, À la recherche
d’Ingmar Bergman, de Margarethe von
Trotta, et Bergman, une année dans une
vie, de Jane Magnusson (sortie le
26 septembre), se font écho pour explorer la personnalité et l’influence du
cinéaste : comment est-il devenu cette
figure immense ?
En 1953, son film Monika va faire le
tour du monde. Deux adolescents
amoureux, un été sur une île de rêve,
l’érotisme, le naturel – et l’usure amère. Déjà Bergman dissèque le couple,
explore les visages. Godard admire
l’audace du gros plan face caméra de
Harriet Andersson, prenant le spectateur à témoin de sa désillusion. Dans
Les Quatre Cents Coups, Truffaut envoie Antoine Doinel voler une photo de
“
Je me sers de moimême comme arbre
et comme hache. En fait,
c’est tout ce que j’ai
INGMAR BERGMAN
”
Monika. Les jeunes critiques des Cahiers du cinéma qui vont devenir les
réalisateurs de la nouvelle vague admirent Bergman comme un maître. Sur
leurs pas, Margarethe von Trotta, venue vingt ans plus tard étudier à Paris,
va le découvrir à travers une de ses
œuvres majeures, Le Septième Sceau.
Curieusement, les deux documentaires commencent par des extraits du
Septième Sceau. Scènes saisissantes : on
n’avait jamais donné à la Mort cette
présence physique qui en fait un protagoniste du drame. Bergman, qui voyait
dans le cinéma « un formidable moyen
de dépasser les limites », admettait
qu’on ne suive pas : « Soit on accepte
l’allégorie, soit on ne voit qu’un acteur
au visage blême dans un grand manteau
noir. » En tout cas, la sombre figure est
révélatrice. On ne peut parler de Bergman sans parler de la mort, qui le hantait. La même année 1957, il tourne Le
Septième Sceau et Les Fraises sauvages,
où le vieux professeur se voit dans un
cauchemar sortir de son propre cercueil. « Il appartient à cette littérature
de nuit du romantisme allemand », dit
Margarethe von Trotta. Le cinéma lui
fournit la puissance de rêve qui permet,
dit-il « de percer le voile de la réalité,
d’atteindre d’autres mondes, de condenser des situations et des tensions ».
Bergman, une année dans une vie
montre l’obsession créatrice du metteur en scène. Outre Le Septième Sceau
et Les Fraises sauvages, il monte au
théâtre un Peer Gynt très acclamé puis
Le Misanthrope, prépare un Faust,
commence un troisième film, entretient cinq ou six liaisons.
Bergman est aussi l’homme de toutes les névroses, et la façon magistrale
dont il les a exploitées à travers ses
personnages, masculins et féminins,
est peut-être la part la plus contemporaine de son œuvre. « Je ne connaissais
pas sa vie privée, dit Margarethe von
Trotta, et j’ai essayé de montrer comment il a été poursuivi par ses démons. »
Angoissé, jaloux, maniaque, manipulateur, drogué de travail et de sexe
pour échapper à la dépression et à la
douleur des ulcères à l’estomac, cruellement indifférent à tout ce qui n’est
pas son art, notamment à ses enfants,
il a mis en scène « ses démons » avec
une terrible vérité. L’interview de son
fils Dan est impitoyable. Bergman ne
fera jamais le moindre geste pour
adoucir le ressentiment de son fils, au
contraire. Mais il tourne Sonate
d’automne, retrouvailles entre une
pianiste obsédée par sa carrière et sa
fille délaissée (Ingrid Bergman et Liv
Ullmann). Pour lui, « le cinéma est un
instrument prodigieux quand il s’agit de
capter l’âme humaine, la façon dont elle
se lit sur un visage ».
« Je me sers de moi-même comme arbre et comme hache. En fait, c’est tout ce
ULLSTEIN BILD/ULLSTEIN BILD VIA GETTY IMAGES
CINÉMA Le
Ingmar Bergman,
en 1980.
que j’ai », dit-il encore. Une matière
première largement traumatique, déposée au fond de lui depuis l’enfance. Il
a beaucoup raconté son enfance dans
ses livres de souvenirs, la sévérité de
son père pasteur, la lanterne magique
qui lui ouvre la porte du cinéma. Il en a
fait le merveilleux Fanny et Alexandre,
plein d’effrois et d’enchantements.
L’enfance va avec le cinéma, qui va
avec le rêve. Ingmar est ébloui de pouvoir modifier le rythme d’une image en
tournant plus ou moins vite la manivelle de son projecteur. Ce monde de
l’illusion lui offre tout de suite un refuge idéal pour s’évader de la réalité
trouble et violente. Il y aura aussi dans
ses films des forains et des clowns, des
magiciens, des comédiens. Des masques et des visages.
« Il crée des plans d’une beauté stupéfiante, mais il n’est jamais formaliste,
remarque Margarethe von Trotta. Je me
souviens de sa réponse à Theo Angelopoulos, qui se plaignait qu’il devienne de
plus en plus difficile de faire du cinéma :
“Mais pourquoi vous ne faites pas de la
télé ? Vous trouvez plus facilement les
financements, ça va vite et vous avez
beaucoup de spectateurs.” Il était sans
préjugés, sans arrogance. Pour lui, c’est
le contenu qui comptait. Scènes de la vie
conjugale a un côté telenovela, d’ailleurs
il disait s’être souvenu de Dallas. » De la
réalité triviale aux abîmes métaphysiques, du conscient à l’inconscient, sa
caméra traverse toutes les strates de
l’existence. Il parle aux cinéastes comme Woody Allen ou Olivier Assayas, ce
qui n’empêche pas Roger Corman, réalisateur de séries B et distributeur d’art
et essai, de se vanter joliment de l’avoir
apporté dans les drive-in.
Dans Une année avec Bergman, un
intervenant le voit comme un grand
explorateur : « On pense aux navigateurs des XVIe et XVIIe siècles partis à la
découverte d’autres continents. Il a joué
ce rôle avec une ambition quasi colonisatrice. Il veut conquérir de nouveaux territoires du cinéma, inconnus de nous,
inaccessibles, et les rendre visibles. » ■
Au commencement, il y a une lanterne
magique et un théâtre de marionnettes.
Au commencement, il y a des images,
des visages. Ingmar Bergman le raconte
dans sa bouleversante autobiographie
Laterna Magica, comme il le racontera
plus tard dans son film magnifique, Fanny et Alexandre.
Au commencement, il y a un petit appareil de projection, des séances au cinéma avec sa grand-mère, et une imagination qui s’emballe. Étudiant, il se dirige
vers la littérature mais est déjà happé par
le théâtre. Joue, exceptionnellement.
Met en scène. Il le fera tout au long de sa
vie et lorsque, au milieu des années 1980,
il avait annoncé qu’il renonçait au cinéma pour se consacrer complètement à
l’art dramatique, cela n’avait étonné
personne. Même s’il devait un jour revenir derrière la caméra.
Dans sa longue vie, il aura écrit des
pièces, dirigé des théâtres prestigieux,
monté des auteurs aussi différents que
Shakespeare, Molière, Schiller, Büchner,
Tchekhov, Ibsen, Strindberg bien sûr,
Enquist, Gombrowicz. Le théâtre hante
toute son œuvre cinématographique.
Bien plus, ses films sont d’essence théâtrale, il le revendique. Et c’est en fonc-
Entrée au répertoire
Tout d’abord Infidèles, d’après le scénario et des pages de Laterna Magica. Un
travail collectif mené par quatre interprètes de la troupe magistrale, Ruth Becquart, Robby Cleiren, Jolente De Keers-
Avec Infidèles, le scénario d’Ingmar Bergman semble côtoyer ses propres personnages.
■
L’avis du Figaro : ○○¡¡
3 Oscars
du meilleur film
en langue étrangère
ont été attribués
à Ingmar Bergman,
pour La Source,
À travers le miroir
et Fanny et Alexandre.
Agenda
Du 19 septembre
au 11 novembre
Intégrale
à la Cinémathèque
Le 26 septembre
cadre du festival d’Automne, présente
deux spectacles eux aussi inspirés d’Ingmar Bergman et donnés en langue française au Théâtre de la Bastille où la compagnie belge a ses habitudes.
STEF STESSEL
ARMELLE HÉLIOT aheliot@lefigaro.fr
de Margarethe von Trotta
Avec Margarethe von Trotta,
Liv Ullmann, Ruben Östlund
Durée 1 h 39
En plus de 40 films,
la Cinémathèque (Paris XIIe)
retrace la carrière
du réalisateur suédois.
Un théâtre des âmes en souffrance
tionnant comme une troupe, avec un
noyau irradiant de comédiens, qu’il a
toujours travaillé sur les plateaux du septième art.
Centenaire de sa naissance ou non,
Ingmar Bergman ne quitte jamais les scènes. De très grands metteurs en scène ont
signé des spectacles inspirés de ses pièces
ou de ses scénarios. Ainsi Ivo van Hove
a-t-il éclairé de sa lumière vive Après la
répétition et Persona. À Paris, ces tempsci, c’est le groupe Tg Stan, qui, dans le
« À la recherche
d’Ingmar Bergman »
Documentaire
maeker, Frank Vercruyssen. Infidèles est
à la fois un scénario de Bergman, mais
aussi un film de Liv Ullmann, Infidèle au
singulier. Ici, c’est un peu comme si
l’auteur, l’artiste Bergman côtoyait ses
propres personnages.
Dans Après la répétition, deux protagonistes seulement - alors qu’ils sont
trois habituellement - Frank Vercruyssen et Georgia Scalliet (lire nos éditions du
4 septembre). La jeune sociétaire est
Anna, comédienne qui va jouer Le Songe
de Strindberg. Le metteur en scène Henrik Vogler a autrefois dirigé sa mère dans
ce rôle…
Enfin, en 2019, Bergman fait son entrée au répertoire de la Comédie-Française avec la mise en scène, par Julie Deliquet, d’une adaptation de Fanny et
Alexandre qui fut un roman avant d’être
un film, à la télévision puis au cinéma.
Tout est « affaire d’âme » comme le savait son grand traducteur, le regretté
Vincent Fournier. ■
Infidèles, du 10 au 28 septembre,
puis en 2019, en tournée en France.
Après la répétition du 25 octobre
au 14 novembre. Théâtre de la Bastille
(Paris XIe)/ Festival d’Automne.
Tél. : 01 43 57 42 14.
Fanny et Alexandre, Comédie-Française
(Paris Ier), en alternance salle Richelieu
du 9 février au 16 juin. Tél. : 01 44 58 15 15.
« Bergman, une
année dans une vie »
Le documentaire de Jane
Magnusson offre une plongée
dans l’univers du cinéaste
en retraçant l’année 1957,
celle de la sortie
des Fraises sauvages
et du Septième Sceau.
À partir du 26 septembre
Ressorties en salle
Vingt des films d’Ingmar
Bergman sont réédités
en salle. Parmi eux, Le Silence,
L’Œil du diable, De la vie des
marionnettes, Une passion…
À partir du 19 octobre
« Ingmar Bergmanla suite »
L’Institut suédois (Paris IIIe)
expose des œuvres
d’artistes et de créateurs
contemporains qui s’inspirent
de Bergman. À découvrir :
courts-métrages, photos
de mode, costumes de théâtre,
mobilier…
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LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
CULTURE
La fin du monde
est proche. Dans
« Invasion », Kiyoshi
Kurosawa provoque
l’angoisse avec
une remarquable
économie de moyens.
Les autres
Dans un monde
en ruine, un homme
et une femme tentent
de se reconstruire.
films
ARTHOUSE FILMS
■ « FREE SPEECH »
Documentaire
de Tarquin Ramsay, 1 h 19.
JUPITER FILMS
CHRONIQUE
31
LE CINÉMA
Éric Neuhoff
eneuhoff@lefigaro.fr
Ç
a n’est pas du tout ce qu’on
croit. Les extraterrestres nous
ressemblent. Ils n’ont pas
d’yeux globuleux ni de longs
bras translucides. Pour comprendre les humains, ils leur volent des
concepts : la famille, la fierté, le passé. Il
n’y a qu’un détail qui leur échappe :
l’amour. Cette donnée les dépasse. Quelle
histoire ! Etsuko se demande ce qui arrive
à tous ses proches. Son mari n’est plus le
même. Son patron devient bizarre. Peu à
peu, elle comprend la situation. La météo
s’emballe. Des pluies diluviennes s’abattent sur la planète. Les radars sont
brouillés. Pour réaliser leur plan, les Martiens ont besoin de guides. Les gens
s’évanouissent sur leur passage.
À quoi reconnaît-on qu’on a été contaminé ? La main droite s’engourdit, puis
est envahie d’une douleur sourde. Dans
les rues, la population s’enfuit par paquets. Dans les hôpitaux, les docteurs
sont perplexes. Dans l’usine de textile où
travaille l’héroïne, le contremaître change de comportement. Les envahisseurs se
posent des questions. Est-ce que ça vaut
vraiment la peine de conquérir la Terre ?
Il y a sûrement d’autres galaxies. C’est
infernal : il faut apprendre la peur de
mourir, assimiler un tas d’émotions. Ils
étaient bien mieux dans leur pays.
Kiyoshi Kurosawa pratique une sciencefiction au quotidien. Les effets spéciaux
ne sont pas son registre. Une inquiétante
Humains, trop humains
étrangeté baigne les journées les plus banales. La fin du monde arrivera comme si
de rien n’était. Qu’est-ce qu’on devra
sauver, alors ? L’humanité se résume à
peu de chose. Deux êtres se plaisent, vivent ensemble - et c’est le grand mystère. Des avions de chasse traversent le ciel.
Ils ne suffiront pas à enrayer le phénomène. Ce fantastique serein a du charme et
du mystère.
De vastes émotions s’y déploient. Le
couple, ce champ de bataille. Un homme
et une femme se reconstruisent au milieu
des ruines et des menaces. Un alien en
blouse blanche est presque effrayé de son
pouvoir. Cette ouvrière déplace des montagnes. Elle entend des choses qui l’intriguent, se méfie du moindre détail. Tout
est suspect. Tout est dangereux. La
coexistence avec les intrus n’est pas une
issue. La révolte gronde. Etsuko fonce tête
baissée, défend son époux contre vents et
marées. Au milieu du désastre, elle se
dresse comme un menhir sur la lande.
Étrangeté de la normalité
Cette résistance de tous les instants mérite d’être saluée. Les cités se vident. Les
informations sont de plus en plus inquiétantes. Les couloirs sont jonchés de corps
inanimés. Kurosawa étudie la vie. Il donne des cauchemars aux personnages. Il
n’a pas besoin de cultiver l’extravagance.
La normalité lui suffit. Elle est assez
étrange comme ça. À cause de lui, on
considérera les passants d’un autre re-
Les malheurs de « Sofia »
gard. On observera ses collègues de bureau avec des doutes grandissants. Un
bruit, une lueur sur un mur, tout prend
une couleur nouvelle. Telle est le prodige
de ce film qui n’a l’air de rien (c’est une
de ses principales qualités). À la fin, une
terrible averse éclate. C’est l’orage dans
les cœurs, l’incertitude sous les nuages.
Kurosawa est une sorte de magicien. Son
Japon est partout. ■
« Invasion »
Thriller de Kiyoshi Kurosawa
Avec Kaho, Shôta Sometani
Durée 2 h 20
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Réaliser un film sur la liberté
d’expression. Le défi est lancé
en 2011 par son père au jeune
Tarquin Ramsay, 15 ans.
Le Britannique décide de filmer
ses camarades de classe en les
interrogeant sur la fondamentale
et épineuse question : qu’est-ce
que la liberté d’expression ?
Cinq ans plus tard, le projet Free
Speech, parler sans peur
est bouclé. À l’image de son
documentariste, il a bien mûri.
Artistes activistes biélorusses,
lanceurs d’alerte, journalistes
exilés : le panorama
d’intervenants a de l‘allure.
Julian Assange, Jude Law ou John
Kiriakou se frottent tour à tour
à l’insoluble problématique
et tentent de définir les contours
d’une notion nébuleuse.
La démarche est honorable.
Le sujet, lui, sent le réchauffé.
Trop scolaire, son traitement
manque aussi d’excentricité pour
accrocher. Pourtant, il y avait
matière à faire dans les tréfonds
d’un bunker post-apocalyptique
où une communauté de hackers
se protège des « aliens » et
d’un monde liberticide. Mais
le réalisateur préfère tirer son
sujet vers la paranoïa dystopique
et s’évertue à cultiver l’idée
que Big Brother garde
en permanence un œil
malveillant sur tous.
ROBIN CANNONE
■ L’avis du Figaro
: ○¡¡¡
FRÉDÉRIC NIEDERMAYER PRÉSENTE
CINÉMA En filmant une jeune mère célibataire
confrontée à sa famille, Meryem Benm’Barek
s’attaque aux inégalités sociales au Maroc.
“
Sofia est une enquête
sociologique, un portrait
du Maroc contemporain
MERYEM BENM’BAREK
”
« Sofia est une enquête sociologique, un
portrait du Maroc contemporain, reprend
la cinéaste. La question de la lutte des classes est malheureusement universelle. »
« Accompagnée », dit-elle, par les cinémas d’Asghar Farhadi et de Nuri Ceylan,
la réalisatrice instaure du suspense dans
son récit avant de dériver vers le drame,
voire la tragédie. Des personnages se retrouvent pris au piège d’un système où la
loi du plus fort triomphe.
Meryem Benm’Barek filme les victimes sans porter de jugement moral.
« J’ai tourné ce film parce qu’il me manquait quelque chose dans le cinéma arabe
qui reste naïf et bien-pensant. Je souhaitais déconstruire tout cela. » Pessimiste
en ce qui concerne l’avenir de son pays
natal, elle songe à son second long-métrage qui traitera également d’une réalité
sociale. ■
« Sofia »
Drame de Meryem Benm’Barek
Avec Maha Alemi, Lubna Azabal,
Sarah Perles…
Durée 1 h 19
■
L’avis du Figaro : ○○○¡
CRÉDIT PHOTO © PASCAL CHANTIER ET MOBY DICK FILMS.
C
ontrairement à Much Loved
dans lequel Nabil Ayouch
mettait en scène des prostituées à Marrakech, Sofia de
Meryem Benm’Barek ne devrait pas créer la polémique. Dans ce
premier long-métrage, la réalisatrice de
34 ans pointe du doigt les inégalités sociales et le poids du carcan patriarcal
dans la société marocaine. Avec subtilité.
« Je veux que le film suscite le débat au
Maroc, il a été fait avec beaucoup de pudeur et de réflexion. Il est construit comme
un point d’interrogation, je n’ai pas les
clefs pour répondre à toutes les questions
qu’il pose », précise-t-elle. Présenté au
Festival de Cannes à Un certain regard,
puis récemment à Angoulême, il a obtenu deux prix du scénario. « Depuis, je
n’ai pas constaté de changement notable
dans ma vie », glisse Meryem Benm’Barek en souriant.
L’histoire s’inspire de récits de plusieurs
femmes marocaines, dont ceux de sa mère
et d’« amies d’amies ». À Casablanca, en
plein repas de famille, Sofia (Maha Alemi)
ne comprend pas pourquoi elle a mal au
ventre. Étudiante en médecine, sa cousine
Lena (Sara Perles) devine qu’elle est enceinte. Sous un prétexte fallacieux, les
deux jeunes femmes se rendent à l’hôpital,
mais le personnel refuse d’accueillir Sofia.
Pour avoir eu des relations sexuelles hors
mariage, elle risque la prison. Elle est obligée d’accoucher clandestinement.
« Les vingt premières minutes, on découvre une jeune femme enceinte confrontée à une famille traditionnelle, puis on entre ensuite dans le vif du sujet », prévient
Meryem Benm’Barek. Suivront la recherche du père de l’enfant dans les
quartiers populaires et la nécessité d’unir
les deux « prétendants ». Face au déshonneur que la situation ne manquerait
pas de provoquer, les parents souhaitent
la légaliser le plus vite possible.
« Tous les Marocains ont été confrontés
à des accouchements de mères célibataires, c’est courant, ce qui est tabou, c’est la
fracture sociale, le fossé entre les privilégiés et les plus modestes, l’inégalité de
traitement entre les deux », signale Meryem Benm’Barek qui s’était déjà illustrée avec Jennah à l’Institut national supérieur des arts du spectacle de Bruxelles
(prix du meilleur court-métrage au festival de Rhode Island aux États-Unis en
2014).
CRÉATION
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
32 CULTURE
Jean-Bernard
Marlin,
Marseille
au cœur
PORTRAIT Le réalisateur est revenu
dans sa ville natale pour son premier film.
« Shéhérazade », révélé à Cannes,
a conquis le Festival d’Angoulême.
N
ÉTIENNE SORIN
esorin@lefigaro.fr
ulle trace d’accent.
Jean-Bernard Marlin vit depuis trop
longtemps à Paris. Mais il retourne souvent à Marseille et il jure qu’il a une collection de maillots de l’OM. Marseille, il
la porte dans son cœur et il y a tourné
son premier long-métrage, Shéhérazade, remarqué au Festival de Cannes (Semaine de la critique), et couronné de
trois prix au Festival du film francophone d’Angoulême, dont le valois de diamant décerné par le jury présidé par
Karin Viard, sensible à cette histoire
d’amour entre un voyou et une prostituée, tous deux mineurs.
Une claque et la naissance d’un cinéaste de 38 ans. Maurice Pialat ou Jacques Audiard avaient passé 40 ans
quand ils ont tourné leur premier film
mais tout de même, Marlin aura mis le
temps. « J’ai fait comme j’ai pu », dit-il
simplement. Marlin n’est pas un enfant
de la balle. Il grandit à Marseille dans le
XIIIe arrondissement, « entre les cités
pauvres et les quartiers tranquilles ». Il
appartient à la « classe moyenne basse ». « Mon père était routier, pendant
longtemps il n’a pas travaillé, après il est
mort. Ma mère, d’origine arménienne, a
passé un bac pro de technicienne de laboratoire. Elle a élevé seule trois enfants. »
Après deux ans de fac à Montpellier,
Marlin passe les concours des écoles publiques de cinéma. Il entre à Louis-Lumière en section image, pour être directeur de la photo. Il a 20 ans,
découvre Paris et la dèche. « C’était un
choc. » Sans garant pour louer un appartement, il dort dans un foyer les premiers mois. « À Montpellier, j’allais voir
l’assistante sociale de la fac qui me donnait un peu d’argent ou des tickets resto.
À Paris, ce n’était pas le cas. » À l’école,
il est plus intéressé par la mise en scène
que par la technique. « J’étais plus en
salle de montage que sur les plateaux.
J’étais fasciné par le cinéma expérimental
à cette époque. Je faisais mes petits films
un peu ratés. » En sortant de Louis-Lumière, il tient deux jours en tant qu’assistant opérateur sur une comédie. Il
préfère les petits boulots qui lui laissent
le temps d’écrire et de réaliser des
Shéhérazade (Kenza Fortas) fait fondre le cœur de Zachary (Dylan Robert), un gangster en herbe qui vient de sortir de prison.
courts-métrages. Seul travail artistique
qui l’excite en attendant d’être réalisateur : enseigner le métier d’acteur. Il
donne ainsi des cours d’art dramatique
au Cours Florent de 2016 à 2018. Il vivote, touche parfois le fond et le RSA.
Rivalités entre bandes
Ses courts-métrages le font connaître.
En 2007, La Peau dure, l’histoire d’un
garçon qui manque de tuer un jeune de
son quartier pour attirer l’attention de
son père, fait le tour de nombreux festivals. En 2013, La Fugue, sur une jeune
fille en foyer et son éducatrice en attente d’un verdict au tribunal, reçoit l’ours
d’or à Berlin et une nomination aux César. Les producteurs lui font de l’œil. Un
seul, Grégoire Debailly, a l’idée de le
payer pour écrire un scénario. Marlin a
carte blanche. Pendant dix mois, il vit le
rêve de tout jeune réalisateur. Il retourne à Marseille pour écrire Shéhérazade.
« J’avais envie de raconter une histoire
d’amour dans un milieu pauvre. Je peux
me projeter dans cette histoire, même si je
ne l’ai pas vécue. »
La plupart des comédiens viennent
des rues de la Belle de Mai, zone coincée
entre le centre-ville et les quartiers
Nord, au taux de chômage record. Dylan Robert (Zachary), 17 ans, sortait de
prison quand il a passé le casting, accompagné de son éducatrice. « Il m’a
plu dès notre première rencontre. Il me
raconte sa vie avec un côté gangster à
l’ancienne. On fait plusieurs essais et il
progresse très vite dans le jeu. Je voulais
des jeunes gens proches de leurs personnages mais aussi capables de vivre une
émotion devant la caméra. » Un des acteurs auxquels Marlin tenait purge une
peine de prison. Il obtient l’accord du
juge pour passer le prendre et le ramener en cellule à la fin de chaque journée
de tournage.
Éprouvant, le tournage. Certains acteurs sont pris dans des rivalités entre
bandes. Impossible de tourner dans le
« décor » prévu, sous peine de règlements de comptes. « Ma plus grande
fierté, ce n’est pas le film, c’est d’avoir
terminé le tournage, d’être allé au bout »,
dit Marlin aujourd’hui. Cela ne l’empêche pas de vouloir prendre des risques
sur son prochain film : tourner avec des
acteurs professionnels. Un caprice de
star est si vite arrivé. ■
AD VITAM
â LA CRITIQUE
À Marseille, Zachary, 17 ans, sort de
prison et retrouve la rue. Il tombe sur
Shéhérazade, fleur de trottoir qui suce
encore son pouce entre deux passes.
Zac la protège, fait office de mec et de
mac. La « pute » devient sa « petite ». Il
est amoureux. L’amour est un sentiment compliqué quand on est un minot
des quartiers chauds.
Pour son premier long-métrage, JeanBernard Marlin parvient à concilier la
force du naturalisme à la Kechiche et le
meilleur du film de gangster, du Mean
Streets de Scorsese au Pusher de Nicolas
Winding Refn. À Marseille aussi les rues
sont méchantes. Après les Marius et
Jeannette de Robert Guédiguian, voici
les Zac et Shéhérazade de Marlin. ■ É. S.
« Shéhérazade »
Drame de Jean-Bernard Marlin
Avec Dylan Robert, Kenza Fortas,
Idir Azougli
Durée 1 h 49
■
L’avis du Figaro : ○○○¡
Whitney, itinéraire
d’une enfant pas gâtée
DOCUMENTAIRE Le réalisateur Kevin MacDonald propose une enquête
exigeante qui permet de cerner les paradoxes de la star disparue.
OLIVIER NUC £@oliviernuc
K
evin MacDonald, qui avait
réalisé un passionnant documentaire sur Bob Marley
voici quelques années, n’a
jamais été transi d’admiration pour la chanteuse Whitney Houston, qui est l’objet de son nouveau
long-métrage. « Je n’étais pas un fan,
c’est vrai, mais je le suis davantage désormais. J’ai appris à reconnaître son
génie dans l’art d’exprimer les émotions », avoue-t-il à présent.
Initialement, l’Écossais avait refusé
de se pencher sur le personnage. C’est
lorsqu’il a rencontré son ancienne manageuse qu’il a dit oui. « Cette femme
de plus de 70 ans, qui avait travaillé de
longues années avec Whitney, m’a expliqué qu’elle l’adorait sans jamais
l’avoir comprise. Elle me demandait de
percer le mystère en lui consacrant un
film. » On n’aurait pas pensé qu’une
personnalité que l’on jugeait aussi lisse
puisse faire l’objet d’un documentaire
aussi passionnant.
C’est en dépassant son propre rapport avec la chanteuse et sa musique
que MacDonald a pu obtenir des témoignages aussi puissants de son entourage. « Mon rôle a été de consacrer
un film sérieux à quelqu’un qui ne m’intéressait pas beaucoup. J’ai abordé ce
travail comme une enquête pour l’apprécier et la comprendre. »
La force du chant et du talent
À son apparition dans les années 1980,
Whitney Houston incarne la jeune fille
sage au succès insolent qu’il n’est pas
très « cool » d’admirer. Les tubes
s’enchaînent, qui masquent la profondeur du personnage derrière des apparences aussi brillantes que trompeuses.
« C’est en lisant un article du New Yorker au sujet de sa version de l’hymne
américain que j’ai commencé à l’écouter
plus attentivement », explique le cinéaste. Cette performance qui prouve
la force de son chant et de son talent
pour faire passer des émotions constitue un tournant dans la narration du
film.
À mesure qu’il questionne les membres de la famille de la chanteuse,
MacDonald découvre de nombreuses
vérités cachées. « Il ne m’avait jamais
été aussi difficile d’obtenir des propos
intéressants. Ses proches se sont montrés très protecteurs, au début. Il m’a
fallu leur parler trois ou quatre fois pour
arriver à des révélations. »
La plus marquante, MacDonald l’obtiendra de la collaboratrice privilégiée
de Whitney Houston deux semaines
seulement avant la fin de son tournage. « Dans les images d’archives, j’ai
constaté qu’elle n’était pas à l’aise avec
son corps, ce qui trahit souvent un traumatisme survenu pendant l’enfance,
ajoute-t-il. Elle a été trahie à deux reprises : d’abord par l’Église, ensuite lors
du divorce de ses parents. À 40 ans passés, elle continuait de pleurer à l’évocation de la séparation de son père et de sa
mère. » Whitney Houston n’avait ja-
Whitney Houston trinque avec Bobby Brown, qui fut son mari durant quatorze années :
une relation toxique et destructrice pour la chanteuse vedette. WH ESTATE CLEAN
mais guéri de son enfance. Le film
montre comment elle s’est jetée à
corps perdu dans sa relation avec Bobby Brown, un être pourtant très toxique pour elle. « Elle avait décidé qu’il
serait son prince charmant. Cette obsession l’a détruite. »
Véritable tragédie, le parcours de
Whitney Houston se déchiffre à travers les frustrations de sa mère, Cissy,
qui n’a jamais réussi à devenir une
chanteuse connue, et le ressentiment
de son père. Les scènes qui montrent
celui-ci réclamant de l’argent sont
d’une grande violence, tout comme les
témoignages de ses frères, qui l’ont
initiée à la drogue très jeune. Selon
Kevin MacDonald, Whitney Houston
aurait eu une meilleure destinée si elle
était apparue à notre époque plutôt
qu’au milieu des années 1980. « Les
progrès, en termes de tolérance raciale
autant que sexuelle, lui auraient permis
de mieux s’épanouir qu’au cours des
années Reagan », explique-t-il. ■
« Whitney »
Documentaire de Kevin MacDonald
Avec Whitney Houston
Durée 2 heures
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Famille, je vous aime
CINÉMA Dans son deuxième long-métrage, Cécilia Rouaud évite les clichés sur l’histoire d’une smala qui nous ressemble.
NATHALIE SIMON nsimon @lefigaro.fr
C
écilia Rouaud s’est trompée.
En écrivant « toute seule » et
pendant plusieurs années
son second film, Photo de famille, la quadragénaire pensait qu’elle n’intéresserait personne.
C’est le contraire. L’histoire de cette
smala bariolée nous concerne tous. Gabrielle (Vanessa Paradis), Elsa (Camille
Cottin) et Mao (Pierre Deladonchamps)
se revoient à l’enterrement de leur
grand-père avec leur géniteur (JeanPierre Bacri) et son ex-femme, leur
mère (Chantal Lauby).
Les circonstances ne les incitent pas à
se rapprocher, chacun est venu avec ses
préoccupations personnelles. Cécilia
Rouaud dessine les membres de la tribu
avec justesse et tendresse. « La famille
est un terreau de névroses et de rires qui
vont bien ensemble qui nous accompagnent et nous constituent. Quand on parle aux gens, le sujet des parents et de la
fratrie viennent vite », estime-t-elle à
raison.
«Le film représente bien la famille qui
peut aussi bien être toxique que bienveillante, on retrouve des moments qu’on
a vécus et on assiste à d’autres qui sont
possibles », renchérit Camille Cottin. La
réalisatrice a su à la fois s’« éparpiller »
et prendre du recul avec ses personnages familiers. « J’ai l’impression qu’on
est tous éparpillés, moi j’ai besoin qu’on
se rassemble », dit justement l’une des
protagonistes.
La « mamie » de Gabrielle, Elsa et
Mao répète qu’elle veut mourir à SaintJulien, le berceau des vacances et de
l’insouciance, un synonyme de bonheur pour le trio. Le souhait de l’aïeule
incite ces grands enfants à s’interroger
sur leur vie, leurs rêves, un essentiel
enfin qui semble leur échapper.
Cécilia Rouaud a d’abord voulu appeler son film Big Bang. « J’aimais cette expression pour expliquer l’idée d’un éclatement et d’un renouveau, on est plus lié les
uns aux autres que ce qu’on ne le croit »,
observe-t-elle. Après Je me suis fait tout
petit en 2012 avec Denis Ménochet et
déjà Vanessa Paradis, la cinéaste livre un
film très fin sur la transmission et la fra-
ternité. « Elle ne porte pas de jugement
sur les personnages et n’est pas dans le
cynisme, ils ont tous à la fois des raisons
d’être montrés du doigt et aimés »,
conclut joliment Camille Cottin. ■
« Photo de famille »
Comédie de Cécilia Rouaud
Avec Vanessa Paradis, Camille Cottin,
Jean-Pierre Bacri, Pierre
Deladonchamps
Durée 1 h 38
■
L’avis du Figaro : ○○○¡
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
VOYAGE
33
La Galice fête les marins de la Solitaire
ESCAPADE Dans le nord-ouest de l’Espagne, les cinq communes de la ria de Muros y Noia, avant-dernière étape
de la 48e édition de la Solitaire Urgo Le Figaro, se plient en quatre pour accueillir les 36 voiliers encore en lice.
e n’est pas une ville balnéaire qui s’apprête à recevoir cette
nuit les 36 Figaro Bénéteau, mais tout
un estuaire ! Dès le départ, le comité
d’accueil s’est organisé autour de la ria
de Muros y Noia, où débouche le Tambre, et de ses cinq concellos (communes). Du nord au sud, en suivant le dessin de ses côtes : Muros, Outes, Noia,
Lousame et Porto do Son. « Cinq concellos se sont mis d’accord pour que l’étape
de la Solitaire permette de faire connaître
l’ensemble de la zone », explique Fernando Gonzalez, le comodoro (directeur) du club nautique de Portosin, port
d’arrivée de la Solitaire, sur la commune de Porto do Son.
C’est donc tout un bout de la Galice,
pays de marins, terre celtique, morceau
d’Espagne à l’identité bien trempée, qui
ouvre ses bras aux navigateurs. La plus
septentrionale des Rias Baixas, comme
sont connus les estuaires de la façade
atlantique occidentale, a beaucoup à offrir : des plages et des collines, des fruits
de mer et du vin blanc, les traces d’une
histoire millénaire et l’accueil spontané
d’habitants à qui le tourisme n’a pas fait
perdre la tête.
À la différence de certains ports habitués à recevoir de grands événements
sportifs, ici l’étape de la Solitaire est vécue comme un honneur et un événement ; les pouvoirs publics et les hôteliers se sont pliés en quatre pour
accueillir la course.
Qu’on ne se méprenne pas pour autant :
Portosin ne découvre pas la voile ! Le
club a été créé, spécialement pour les
voiliers, il y a quarante ans, une éternité
en Galice… Dans cette région de l’extrême nord-ouest de l’Espagne, considérer la mer comme un terrain de jeu est
une relative nouveauté. Portosin a accueilli de belles compétitions, comme le
championnat du monde de Platu 25 en
2013, et formé de grands champions, tel
Iago Lopez Marra, champion du monde
de 49er. Les habitants se souviennent
même d’une longue escale de Tabarly.
La ria de Muros y Noia a échappé aux
grands circuits touristiques. Les
mauvaises langues disent que ce sont
surtout la météo, plus bretonne que
caribéenne, et la fraîcheur de l’eau qui
ont évité que l’estuaire cède à la bétonisation des côtes espagnoles. L’estuaire
du Tambre reste ainsi un secret de plages
naturelles et d’habitants aux petits soins.
rive sud de la ria,
uLa
de Portosin à Berona
Quelque 250 amarres, dont 50 pour les
navigateurs de passage. Le club nautique, encore détenu par ses socios, les
membres fondateurs, est l’un des plus
actifs de toute la Galice. Les moussaillons peuvent s’inscrire toute l’année
à son école. En longeant la côte vers le
sud-ouest pendant 10 km, on recule de
vingt siècles. Au terme d’une promena-
!
uÀLatable
Galice voue un culte aux fruits de
Les navigateurs de la Solitaire sont attendus cette nuit à Portosin, où débouche la rivière du Tambre.
de de quinze minutes à compter du parking, on découvre le joyau tout au bout
d’une presqu’île qui s’avance dans l’Atlantique. Le Castro de Berona, ruines
magnifiques de fortifications vieilles de
deux mille ans, nous plonge dans les racines celtes de la Galice.
Club nautique de Portosin.
Tél. : (+ 34) 981 766 583,
www.rcnportosin.com
u
Noia et Freixo :
le fond de l’estuaire
En remontant vers le nord, on passe de
l’Antiquité au Moyen Âge. Noia (ou
Noya en castillan) est une petite ville
médiévale qui sait chérir ses visiteurs.
Les visites organisées par l’Office du
tourisme (2 €, déductibles dans les restaurants participant à l’opération) à
10 heures et à 15 heures permettent de
voir en quelques heures ses plus beaux
attraits, notamment l’inattendue collection de pierres tombales de Santa
Maria a Nova, que chaque corps de métier personnalisait en y gravant ses symboles. Complétez le circuit par une visite
des moulins (moinos), à côté du pont de
San Lazaro. Pour quelques euros, Maria
Teresa, une charmante grand-mère galicienne, vous fera tourner le sien. Vous
repartirez avec un petit sac de farine de
maïs fraîchement moulue.
Le port de Freixos, qui appartient à la
municipalité d’Outes, vaut aussi le détour. Que ce soit pour un cours de voile
ou pour embarquer sur le magnifique
Joaquin Vieta, un balandro centenaire.
Office de tourisme de Noia.
Tél. : (+ 34) 981 82 41 69.
Maria Teresa. Tél. : (+ 34) 981 82 14 01.
VENIR
Prévoir une location de voiture
puis s’envoler pour Saint-Jacquesde-Compostelle (avec Vueling)
à 40 minutes de voiture de Noia ;
ou Vigo (avec Iberia), à 1 h 10.
L’aéroport portugais de Porto,
à 2 h 30 de route est une bonne
alternative depuis Marseille, Lyon,
Bordeaux, Toulouse, Nantes, etc.,
de même qu’une escale à Madrid
avant de rejoindre Saint-Jacques
ou La Corogne (à 40 minutes
de voiture).
DORMIR
+
Carnet de route
Longues plages isolées ou petite langue de
sable à deux pas de l’hôtel ? Puisqu’il faudrait plusieurs semaines pour toutes les
explorer, citons celles qui nous ont paru
les plus agréables. Au nord, celle de Carnota : immense et peu peuplée, on y parvient après une promenade sur caillebotis
au-dessus d’un lit vert de végétation. Visitez au passage l’horreo de la commune,
les greniers traditionnels de la région :
Carnota possède l’un des plus grands du
monde. À deux pas du Monte Louro, Area
Maior se prête au surf, en école ou en location. À l’intérieur de la baie, la plage de
Brona est un bon compromis entre facilité
d’accès et beauté du paysage. Côté sud,
Aguieira est très agréable. Et, à la limite
de la ria, la magnifique Praia das Furnas
partage sable fin aux roches aiguisées.
C’est un paradis pour les surfeurs.
MATHIEU DE TAILLAC
£@mdetaillac
Près d’Outes, coup de cœur pour
les Cabanitas del bosque. Le luxe
d’une suite cinq étoiles - chambre,
salon, cuisine, salle de bains et jacuzzi
en terrasse - dans une cabane entre
les arbres ou à deux pas de la plage.
21 cabanes réparties sur quatre sites,
certaines accessibles aux personnes
à mobilité réduite. Le tout 100 %
écologique, avec en option
les produits cuisinés sur place.
De 96 à 160 € la nuit.
Tél. : +34 981 850 903
et www.cabanitasdelbosque.com
Trois étoiles moderne et propre,
l’Hotel Noia, 29 chambres, est situé
au cœur de l’estuaire, à deux pas
Centre nautique de Freixo.
Tél. : (+ 34) 616 32 40 98,
www.outes.gal/es/centro-nautico.
Joaquin Vieta. Tél. : (+ 34) 657 670 826,
www.joaquinvieta.com
et le nord du bassin
uMuros
« 15 euros ! 14,90, 80, 70, 60, 50, 40,
30, 20, 10. 14 euros ! 13,90, 80, 70, 60… »
Cet après-midi, les percebes (poucespieds) sont finalement partis à 7 euros et
des poussières le kilo. Une misère, pour
ce mollusque considéré en Espagne
comme un mets de banquet. Si vous
À Freixo, l’excellent Rios o Freixo,
face au Joaquín Vieta. Les zamburinas
au Rias Baixas y sont à tomber.
Autour de 35 €.
Tél. : +34 981 76 51 20
À Portosin, le Bodegon O Pescador,
sans chichi, propose sandwichs,
fruits de mer exquis et un menu
du jour à 10 €.
Tél. : + 34 981 76 68 21. En face,
A Casa do Tella e Rosalía : patio
agréable et cuisine excellente.
35 € environ.
Tél. : +34 981 76 65 29
et www.casadotella.com
À Noia, La Parra Tapería
est plutôt tapas et fruits de mer.
Compter 20 €.
Tél. : + 34 981 97 28 83.
Tandis que le Meson O Forno mise
sur la tradition. Compter 35 €.
Tél. : +34 981 82 16 04
SE RENSEIGNER
Office de tourisme de Noia.
Tél. : + 34 981 82 41 69
AGE FOTOSTOCK/MANUEL CUADRO
Rendez-vous le 11 septembre
pour une escapade à Saint-GillesCroix-de-Vie, port d’arrivée
de la Solitaire Urgo Le Figaro.
Ce n’est pas du cinéma... c’est pire !
LE BUREAU
présente
Par
les CRÉATEURS
de STRIP TEASE
l’émission culte de la
télévision belge
de la vieille ville. Ne lui manque
qu’un petit supplément d’âme.
À partir de 85 €.
Tél. : +34 981 822 552
et www.hotelnoia.com
BONNES TABLES
mer, la plupart de la ria. L’étiquette
« Km 0 » signifie que le produit a voyagé
moins de 100 km avant votre assiette.
Les mejillones (moules) viennent peutêtre des parcs de Freixo, les berberechos
(coques) ont sûrement été trouvés tout
près. Ne manquez pas les zamburinas
(pétoncles noirs), délicieuses seules ou
en sauce au vin blanc local. Nous sommes en pleines Rias Baixas, prestigieuse
AOC. Les farouches carnivores ne sont
pas à plaindre : la ternera gallega (bœuf
galicien) est de renommée nationale. Les
meilleurs restaurants se trouvent sur les
ports de Freixo et de Portosin et dans le
vieux quartier de Noia. Là, goûtez la fameuse empanada galicienne (des feuilletés salés), vendue au marché. Noia la
prépare aux berberechos et au maïs. ■
n’avez jamais assisté à la criée, courez la
voir à la lonja (marché au gros) de Muros. Si vous connaissez déjà, allez-y
quand même : vous ne l’avez probablement jamais vue à la galicienne : les enchères sont à la baisse, le décompte en
galicien, et la technologie est oubliée. Le
centre historique de Muros est charmant et se visite rapidement. Ce qui
laisse le temps de rejoindre le phare de
Monte Louro, à la pointe nord de la Ria,
d’où les perspectives sont magnifiques.
Confrérie des pêcheurs de Muros.
Tél. : (+ 34) 981 82 61 43.
Le 5 septembre en DVD
© TITANE GRAPHIC
C
a la playa
uVamos
Plutôt grosses vagues ou calme plat ?
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL
EN GALICE
L’ÉTRANGE FESTIVAL
PARIS
BFI LONDON
FILM FESTIVAL
IDFA FESTIVAL INTERNATIONAL
DU FILM DOCUMENTAIRE D’AMSTERDAM
“La réalité est souvent
beaucoup plus forte que la fiction”
“Madame la juge,
on vous adore !”
“Un documentaire choc”
“Un strip-tease magistral”
LE FIGARO
ELLE
DIRECT MATIN
LE PARISIEN
“Une bonne dose d’humour très noir”
LE JDD
© LE BUREAU - ARTEMIS PRODUCTIONS - FRANCE 3 CINEMA - RTBF - 2017
© 2018 LAYOUT AND DESIGN SONY PICTURES HOME ENTERTAINMENT INC. TOUS DROITS RÉSERVÉS.
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QUOI
DE
NEUF
CETTE
SEMAIN
PAGES RÉALISÉES PAR MADELEINE VO
AVEC ÉMILIE FAURE, MARIE-GABRIELLE GRAFF
GUÉDON, FRÉDÉRIC MARTIN-BERNARD ET ÉMILIE
Avec la régularité d’un coucou, tous les mercredis, la rédaction sélectionne pour vous le meilleur des sorties de la semaine : tendances m
TENDANCE
MODE EN SOIE
Elle était la révélation de la dernière
Fashion Week de Paris. À 26 ans, Marine
Serre (1) a marqué les esprits de ses
silhouettes hybrides, entre sport futuriste
et ultrasensualité. À l’instar de ses robes
créées à partir d’un stock de
1 500 foulards vintage, selon cette
technique d’upcycling (recyclage) qui
agite actuellement l’industrie (1 800 €.
www.the-broken-arm.com).
La
demoiselle n’est pas la seule à s’être
intéressée à la soie imprimée des carrés.
Deux Italiens excellent dans ce registre :
Salvatore Ferragamo (2) et sa robe
chemise à capuche (1 590 € sur
www.ferragamo.com) et Gucci (voir
page 29) avec son modèle incrusté de
laine porté avec des baskets bijoutées
typiques du style d’Alessandro Michele
(3 500 € sur www.gucci.com).
MAROQUINERIE
NE VOUS FIEZ PAS
AUX APPARENCES
Surtout pas aux looks de ces deux sacs qui
manient l’illusion à la perfection ! L’Alma
Time Trunk de Louis Vuitton (7) reprend,
en faux trompe-l’œil, les codes de la
malle historique, en toile enduite cousue
d’empiècements de cuir brillant, de clous
dorés et de motifs fermetures (1 920 €.
Tél. : 09 77 40 40 77). Quant au Bloomy
de Valentino (3) et sa forme drapée
singulière, si vous pensez y voir la
peinture d’une fleur, il s’agit en fait d’une
complexe incrustation de plusieurs
peaux, petit bijou de savoir-faire
(2 950 €. www.valentino.com).
BASIQUE
À CHACUN SON BLEU
Cette veste d’ouvrier en coton griffée
Celio (6) coche toutes les cases de
l’indispensable de mi-saison. Sa forme
centenaire a déjà fait ses preuves. Son
prix infiniment doux (49 €) en séduira
plus d’un. Et, cerise sur le gâteau, pour les
plus chanceux, elle pourra être
customisée par Nicolas Ouchenir. Le
calligraphe que la mode s’arrache, sera
en tournée dans trois boutiques de
l’enseigne (le 14 septembre à Paris, le 15 à
Nice et le 19 à Lyon) pour personnaliser le
précieux bleu de travail d’un mot, d’une
initiale ou d’une esquisse au gré des
envies de son futur propriétaire.
[www.celio.com].
MUST
MODÈLE DU GENRE
Sachez-le, le blouson de cuir à la
dégaine années 1980, porté épaules
tombantes et manches retroussées,
façon Kelly McGillis dans l’inoubliable
Top Gun, est une valeur sûre de l’hiver.
On a déjà dans la peau le bombardier
vieilli de Miu Miu (4) (3 500 €.
www.miumiu.com) et la veste en
patchwork de peaux exotiques de Saint
Laurent Paris (5) (en agneau et python,
5 290 €. www.ysl.com).
EXPOS
INVITATION AU VOYAGE
Ceux qui regrettent déjà les grandes
vacances
d’été
se
réjouiront :
les expositions de la rentrée sont
prétexte
à
l’évasion.
Jusqu’au
21 octobre, Le Bon Marché Rive
Gauche (11) met à l’honneur Los
Angeles, la contrée ensoleillée des Beach
Boys et de la « cool attitude » à travers
un événement articulé autour de trois
espaces – Sunrise, Sunlight et Sunset –
calqués sur les rythmes de la journée
type des Californiens. Au programme,
près de 200 marques tous domaines
confondus : la déco (voir les posters des
plages photographiées par Gray Malin à
2 000 € tout de même, notre photo), la
mode (les baskets ultraperformantes
d’APL), la beauté (les soins non toxiques
de Goop, le label de Gwyneth Paltrow)…
Mais aussi des ateliers dont le studio de
yoga pour petits et grands tenu par
Catalina Denis, une rampe de skate et
même les tatouages du célébrissime Dr
Woo qui officiera jusqu’à ce week-end
puis du 25 septembre au 2 octobre lors
de la Fashion Week de Paris (Le Bon
Marché, 24, rue de Sèvres, Paris VIIe.
Infos et rendez-vous au 01 44 39 80 81).
À l’autre bout du globe, l’Asie qui a tant
inspiré Yves Saint Laurent. Le couturier y
a pourtant très peu voyagé. « J’ai abordé
tous les pays par le rêve », disait celui qui
a exploré ce continent au fil des saisons,
comme la Chine impériale, influence de
son automne-hiver 1977 et, bien sûr, de
son parfum best-seller Opium ; comme
le Japon dont il réinterprétera souvent
le kimono ; comme l’Inde dont il aimait
passionnément les bijoux et les saris
traditionnels. Des créations mises en
regard d’objets d’art prêtés par le Musée
Guimet et des collectionneurs privés,
à voir à partir du 2 octobre, au Musée
Yves Saint Laurent Paris (10) (« L’Asie
rêvée d’Yves Saint Laurent », 5, avenue
Marceau, Paris XVIe).
Si vous passez à Milan entre le
19 septembre et le 6 janvier, visitez
le musée l’Armani/Silos. Outre le
bâtiment impressionnant signé Tadao
Ando, vous pourrez y admirer l’univers
de Sarah Moon (9) à travers une
monographie baptisée « From One
Season to Another » dont elle est la
curatrice. Un parcours alternant clichés
de mode (notamment pour Giorgio
Armani) et travail personnel dont
cette série inspirée par le peintre et
scénographe de ballet allemand, Oskar
Schlemmer disparu en 1943 (Armani/
Silos, via Bergognone, 40, Milan).
ACCESSOIRES
DES VILLES ET DES CHAMPS
Mai 1968, à Paris, les étudiantes battent le
pavé en patte d’eph et sabots hippie.
Cinquante ans plus tard, chez Dior (8),
Maria Grazia Chiuri célèbre leur fougue et
imagine une bande de filles, casquette de
gavroche sur la tête et socques de bois
(couture, tout de même) aux pieds (existe
en patchwork brodé, cuir noir et en toile
Oblique, à partir de 750 €.
www.dior.com). Même année, autre côté
de l’Atlantique, le jeune Ralph Lauren (12)
lance, à New York, sa marque de cravates
avant d’étendre son empire aux grands
classiques américains, du chic WASP à
l’allure preppy, en passant, of course, par
la botte de cow-boy. Sa santiag revient,
cet hiver, en édition limitée à
60 exemplaires, cousue main au Texas et
taillée dans un patchwork de tissus
italiens (2 000 €. Tél. : 01 44 77 28 00).
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QUOI
DE
NEUF
CETTE
MAINE
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S RÉALISÉES PAR MADELEINE VOISIN
FAURE, MARIE-GABRIELLE GRAFFIN, VALÉRIE
ÉRIC MARTIN-BERNARD ET ÉMILIE VEYRETOUT
aine : tendances mode, nouveautés cosmétiques, objets de désir, expos et lieux originaux… À noter dans son agenda.
LIVRES
RÉVISER SES CLASSIQUES
Un
manège
féerique,
une
scénographie (et une Kate Moss)
digne de Portier de nuit, des
escalators signés Daniel Buren, un
vaisseau spatial posé au Louvre… Les
défilés de Louis Vuitton (13) comptent
parmi les événements les plus
marquants de la semaine de la mode
parisienne - même si les débuts de
son prêt-à-porter à contre-courant
ont pu décontenancer. Les 632 pages
(et 1 350 images) de Louis Vuitton
Défilés retracent vingt années de
collections féminines, de la première
saison de Marc Jacobs en 1998 au
récent automne-hiver 2018 par
Nicolas Ghesquière (Éditions de La
Martinière,
59
€,
sortie
le
13 septembre). Tout aussi collector,
l’ovni littéraire de Loewe (14). Don
Quijote de Miguel de Cervantes,
Madame Bovary de Gustave Flaubert,
Dracula de Bram Stoker, Le Portrait
de Dorian Gray d’Oscar Wilde, Au
cœur des ténèbres de Joseph Conrad
et Les Hauts de Hurlevent d’Emily
Brontë, soit six chefs-d’œuvre de la
fin du XIXe siècle (hormis le célèbre
hidalgo du début XVIIe) sélectionnés
par le directeur artistique Jonathan
Anderson et édités dans leur langue
originale.
En
bonus,
chaque
couverture reprend un cliché culte
du photographe Steven Meisel (450 €.
www.loewe.com).
PARFUM
OH LORD !
La famille de parfums Portraits de
Penhaligon’s (18), prisée des amoureux
de jus racés et de flacons à
collectionner, s’agrandit. La vénérable
maison anglaise s’encanaille avec deux
personnages hauts en couleur et en
odeur. Constance est une femme
moderne, elle fume, flirte, vocifère : sa
traduction olfactive est donc un
oriental épicé autour du piment, du
caramel au beurre salé et du tabac. Son
double masculin, Sam, un Américain
parlant fort et dépensant sans
compter, laisse derrière lui un sillage
chaud, mélange de cumin, de poivre
noir, de patchouli et de bois de cèdre.
Irrésistibles. [Changing Constance et
The Blazing Mister Sam, 235 € les 75 ml.
www.penhaligons.com]
HOMME
UNE ÂME D’ENFANT
Les collections masculines de la
saison sont cousues de références à
nos jeunes années : gamme de
nuances classiques émaillée de
coloris tendres (bleu et rose layette
pour Berluti, jaune poussin chez
Ermenegildo
Zegna
Couture),
vêtements à l’effigie de personnages
de bande dessinée (Calvin Klein,
J.W. Anderson), messages et logos
rigolos (« Peace & Love » de Louis
Vuitton, inscription « Fabulous » sur
un pull Fendi, collaboration entre
Ami et Smiley)… Dans ce même
courant juvénile, ces trois exemples
de paysage aux grands aplats de
couleur ne sont pas sans rappeler les
cahiers de coloriage : pour grands
uniquement, le cachemire deux fils
d’Hermès (16) (1 350 €. Tél. :
01 40 17 47 00), le pull laine et
cachemire de Paul Smith (17) (610 €.
Tél. : 01 53 63 13 19) et le blouson
griffé Boss (15) représentant un
joueur de base-ball en patchwork
de drap de laine (750 €. Tél. :
01 44 17 16 81).
BIJOU
DIVINE
Robe rouge cardinal, port de reine et
sautoir amulette à double tour : le
top-modèle Vittoria Ceretti semble
échappé d’un portrait de cour de la
Renaissance. Terry, son bijou griffé
Chloé (19) par Natacha Ramsay-Levi,
symbolise
la
féminité
toutepuissante. [En laiton doré et argent.
550 € sur www.chloe.com]
NÉOCLASSIQUE
LA CONTRE-OFFENSIVE
BOURGEOISE
Détourner la veste de chasse
traditionnelle est un jeu auquel la
mode se prête avec délectation. Dans
un monde de sportswear, il est
plaisant de voir revenir au galop ce
standard du vestiaire de campagne…
comme chez Balenciaga (20) avec
une tenue extra, une seule et même
pièce composée d’une nuisette,
d’un kilt et d’un foulard et portée par
une blonde au carré propret
(3 500 € en précommande sur
www.balenciaga.com). Comme chez
Chanel (voir page 29) et ce blouson,
court, irisé et rebrodé de sequins,
taillé dans le même cuir que le 31, le
sac de la saison (prix sur demande.
Tél. : 0800 255 005). Lutz Huelle (21),
lui, n’en garde que la trame, le
damier du matelassage. Découpé,
doré et cousu sur une veste en
denim, géante, il se dévergonde
(560 €. www.lutzhuelle.com).
BEAUTÉ
PLUS FERME
Inscription au sport, reprise de la
routine cosmétique… Septembre est le
mois
des
bonnes
résolutions.
Sisley (22) lance son programme
intensif avec Sisleÿa L’Intégral AntiÂge, un sérum à l’efficacité
raffermissante surprenante qui regalbe
l’ovale du visage, à utiliser chaque
jour, dès 40 ans, sous son soin habituel
- encore mieux, avec un léger
modelage (Sérum Concentré Fermeté,
370 €, le 15 septembre. www.sisleyparis.com). Si la dernière Crème
Fondante Absolue de Lancôme (23)
était une activité physique, elle
s’apparenterait plus à une séance de
yoga, douce et réjouissante sur le
moment, fortifiante et tonifiante sur le
long terme. Avec sa rose aux
propriétés régénérantes et sa texture
multisensorielle, elle est bénéfique à
tout âge, pour tous les types de peau,
comme une salutation au soleil (195 €
à
partir
du
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septembre.
www.lancome.fr).
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mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
36
TÉLÉVISION
Deschamps,
itinéraire
d’un assoiffé
de victoires
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Tout sucre,
tout sucre
« Access prime time »
Lundi
Ç
LE BUZZ TV
Invité : David Ginola
interviewé par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez aujourd’hui sur :
Un portrait positif et intime du double champion
du monde, qui retrace à la manière d’un conte
de fées un parcours hors norme.
BAPTISTE DESPREZ
£@batdesprez
N
ostalgiques du sacre des
Bleus en Russie, amoureux de la personnalité de
Didier Deschamps ou tout
simplement fans des
contes de fées, le documentaire diffusé ce mercredi sur C8 est fait pour
vous. Pendant plus d’une heure, toute la vie du sélectionneur de l’équipe
de France - de sa naissance au Pays
basque à la victoire en Coupe du
monde le 15 juillet dernier - est passée en revue par le réalisateur Timothée Vienne. Un mélange savoureux
d’images d’archives, de témoignages
forts (Thuram, son ami d’enfance,
son premier coach à Bayonne,
Hollande, Olmeta, Matuidi, Pavard
ou encore son coach à la Juventus, le
mythique Marcello Lippi) et d’une
voix off utilisée à bon escient.
Ce qui permettra aux téléspectateurs
de se plonger dans l’histoire de l’homme phare de l’équipe de France et sans
doute la personnalité emblématique de
tout un pays sur l’année 2018. Un régal
pour le grand public qui pourra en savoir plus sur le parcours du patron des
Bleus, tandis que les fans de foot et vrais
suiveurs de « DD » resteront quelque
peu sur leur faim, sans rien apprendre
de vraiment nouveau.
Séquencé en différentes parties (son
enfance à Bayonne, son éclosion en tant
que footballeur, la mort de son frère
aîné, ses années fastes en club comme
en sélection, ses premières expériences
sur le banc, son poste de sélectionneur)
plus ou moins riches, ce documentaire
a le mérite d’insister sur le caractère
bien trempé du double champion du
monde et sa soif de victoire jamais totalement assouvie.
Des témoignages
qui font mouche
Didier Deschamps, le 3 septembre à Clairefontaine-en-Yvelines.
Ce portrait plus que positif se situe bien
loin de celui entrevu sur France 2 avant
le Mondial dans le cadre de l’émission
« Complément d’enquête », qui avait
laissé poindre la suspicion autour de
Deschamps en abordant les thèmes fâcheux du dopage à la Juventus ou de la
corruption à l’OM. Ce qui avait au passage fait enrager le sélectionneur, absent du plateau de l’émission de service
public pour apporter une explication.
C’est sans doute aussi
ce qui manque dans ce
documentaire : la parole du sélectionneur.
○○○¡
Ou à défaut, de l’un de
ses proches comme sa femme, Claude,
à ses côtés depuis toujours, ou de son
fils Dylan, aperçu à maintes reprises en
Russie et notamment après la finale à
travers des clichés largement relayés et
commentés durant l’été. Un tel témoignage aurait apporté un vent de nouveauté dans un portrait qui tient largement la route, mais manque un peu
d’originalité.
Autre petite ombre au tableau, une
introduction un peu
trop axée sur le drame
vécu par la famille Deschamps après le décès
du frère aîné de Didier
son, intitulée « La Course infernale »,
s’en sort plutôt bien. Même si les chiffres
sont loin d’être mirobolants.
ÉMILIE GEFFRAY £@emiliegeffray
Q
uatre ans après avoir arrêté
« Pékin Express » faute de
public, M6 peut aujourd’hui
se targuer d’avoir réussi son
pari en relançant son jeu
d’aventure présenté par
Stéphane Rotenberg. « Notre défi numéro
un était de ne pas décevoir les fans de la
première heure et je crois qu’il a été
relevé », analyse le producteur Thierry
Guillaume.
Avec une moyenne de 2,5 millions de
téléspectateurs, soit 14,5 % de part
d’audience sur les quatre ans et plus et
25,5 % sur les ménagères, la onzième sai-
MOTS CROISÉS
HORIZONTALEMENT
1. Donne la banane. - 2. Elle permet
de faire le point. - 3. Brille dans un
jeu de mots. - 4. Souvent bu ou dit
outre-Manche. Rire aux éclats.
- 5. Celui-là, on le retient ! Dans
l’Atlas. - 6. Fut île. Dans le même
secteur industriel que la Cogema,
les OGM en moins. - 7. Fruit signifiant « le parfum des parfums »
pour les Amérindiens. - 8. Il figure
sur la liste noire des agents de
voyage. Huile sacrée des Anciens.
- 9. Questions élémentaires.
Frontière liquide entre le Nord et le
Pas-de-Calais. - 10. Produit de
nettoyage. Palindrome à l’endroit.
- 11. Valves cardiaques. - 12. N’a
pas une belle cambrure.
en 1987, l’utilisation trop forcée de certaines musiques pour accentuer telle ou
telle émotion et quelques raccourcis
dans le temps mal sentis qui font passer
le téléspectateur de France-Ukraine
2013 aux déclarations de Benzema
avant l’Euro 2016 puis aux attentats de
novembre 2015 au Stade de France. Si
l’on comprend l’impossibilité de tout
raconter dans un laps de temps réduit,
le choix de certaines séquences peut
parfois surprendre. Malgré tout, certains témoignages font mouche, en disent long sur le principal intéressé et
rendent ce documentaire réussi dans sa
globalité. ■
M6 a remis sur les rails son jeu d’aventure, dont la finale a lieu ce soir, à Tokyo.
La onzième saison, présentée par Stéphane
Rotenberg, a rassemblé une moyenne
de 2,5 millions de téléspectateurs.
PROBLÈME N° 4823
21.00
CHRISTOPHE ENA/AP
Retour gagnant pour « Pékin Express »
KENJI RYOKUJI / M6
a sentait bon la rentrée, celle,
entre autres, des « access
prime time », l’avant-soirée,
si vous préférez. Nous avons
daigné y jeter un coup d’œil.
Nous avions l’embarras du choix,
c’est qu’il fallait avoir la main leste
sur la télécommande : « Touche
pas à mon poste ! » (C8, 19 h 10),
« Quotidien » (TMC, 19 h 10),
« 28’ » ( Arte, 20 h 05), « L’Info du
vrai » (Canal +, 18 h 20), ou encore
« C à vous » (France 5, 19 h 00). Ici
et là, on a astiqué un peu les décors.
Nous avons un petit penchant pour
« C à vous », un petit pincement
pour la gaieté naturelle d’AnneÉlisabeth Lemoine et sa bande :
Patrick Cohen, Maxime Switek,
Pierre Lescure, Marion Ruggieri,
Anne-Laure Bonnet… L’invité
principal du jour ? Laurent Ruquier.
Il est venu présenter sa nouvelle
pièce, Pourvu qu’il soit heureux
(Théâtre Antoine), une pièce sur
l’homosexualité. Il dit : « Je pense
que beaucoup d’acteurs cachent
encore leur homosexualité parce
qu’ils ont peur de perdre des rôles.
Ça, c’est évident. Dans le milieu des
footballeurs aussi car c’est un milieu
dit “viril” même si je crois que
les choses évoluent […] Ce sont
les décideurs, les producteurs qui
se disent : “Non, je ne vais le prendre
lui, parce que les femmes… ne vont
pas s’identifier. Chez les chanteurs
de charme, c’est la même chose…” »
On pense tout d’un coup à Luis
Mariano, à nos grands-mères
qui se pâmaient en écoutant
La Belle de Cadix !
Sur TMC, « Quotidien ». Yann
Barthès, distingué. L’affable Charles
Consigny, commente sa première
prestation à « On n’est pas
couché », l’adjoint de Christine
Angot ne se démaquille plus.
Il est content de lui, déjà un vieux
routier : « Vous savez, dans la vie,
il faut être content de ce que l’on fait,
si on a l’impression d’avoir bien
travaillé. Moi, j’ai trouvé que
c’était pas mal. J’étais content. »
Mais oui, mais oui. Tout sucre,
tout sucre, pépère.
Par Vincent Labbé
VERTICALEMENT
1. Métier de berger. - 2. Un pape
du pop art. - 3. Donna son accord.
Entailles dans le bois. - 4. Assortit
des couleurs. Pour le joueur ou le
buveur. Avait bien du courage
chez Brecht. - 5. Rome et eau.
Leur poids nous altère. Coupure
de journal. - 6. Tullius Hostilius lui
était hostile. A l’œil sur le PAF. Passe
à Colmar. - 7. Minéral argileux.
A un type raffiné. - 8. Dame de
l’édam.
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4822
HORIZONTALEMENT 1. Décisive. - 2. Épigones. - 3. Gélule. - 4. Orle. Der.
- 5. UVA. Viso. - 6. Li. Pattu. - 7. Intensif. - 8. Ain. Vé. - 9. ARN. Étau. - 10.
Dari. ENS. - 11. Érémiste. - 12. Sécantes.
VERTICALEMENT 1. Dégoulinades. - 2. Épervin. Rare. - 3. Cilla. Tanrec.
- 4. Igue. Pei. imA. - 5. Sol. Vanné. In. - 6. Inédits. Test. - 7. Vé. Estivante.
- 8. Esboufreuses.
1
1
2
3
4
2
3
4
5
6
7
8
Une autre saison à l’horizon
En comparaison, la précédente saison, « À
la découverte des mondes inconnus »,
avait signé la plus faible audience avec une
moyenne de 2,3 millions de fidèles, soit
10,4 % sur les quatre ans et plus et 15 %
sur le FRDA-50. Soit à peine 200 000 téléspectateurs d’écart avec l’édition qui
prend fin ce mercredi soir à Tokyo au Japon avec Christina et Didier, la patronne et son
employé, et Florian et
Gabriel, duo qui ne se
○○○¡
connaissait pas avant de
partir. « Aujourd’hui, les chaînes ont compris qu’elles ne battront plus les records
d’audience. On n’est plus dans les scores d’il
y a cinq ans. Au début, les dirigeants étaient
un peu surpris de découvrir que les chiffres
ne progressaient pas d’année en année.
Maintenant, ils acceptent que cela varie en
fonction des saisons, de la concurrence… »,
souligne Stéphane Rotenberg.
Forte de ce constat, M6 a déjà commandé une douzième saison et a récemment
lancé les castings. « Nous avons déjà reçu
plus de 30 000 candidatures », se réjouit le
producteur. Avant de
conclure, lucide : « Maintenant, le problème, c’est
qu’il va falloir faire encore
mieux. » ■
21.00
Mercredi 5 septembre
BRIDGE
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
PROBLÈME DE DÉFENSE N° 2908 : Sans risque
V8
A D 10 5
DV643
A8
O
N
S
E
Contrat : Sud joue 5 Carreaux contré.
A 10 6 4 3
RV43
A
R 10 2
La séquence (E.-O. vuln.) :
Sud Ouest Nord
Est
1
3
4
5 contre
Entame : Roi de , coupé. Sud rejoue pour votre As
(Ouest ayant écarté le 2 de ) et vous insistez à . Sud
coupe derechef (le 7 de en Ouest) avant de jouer pour
la Dame (le 2 en Ouest). Vous faites le Roi. Et maintenant ?
5
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2907 : Les As font la loi
6
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : 2 de . Vous trouverez les 3-2.
7
8
9
10
11
12
Si Ouest a l’As de et Est l’As de , vous n’allez sûrement pas gagner, c’est la loi du bridge.
Est-ce à dire que vous devez espérer l’As de bien placé pour accéder à vos ? Que nenni !
Dès la deuxième levée, jouez pour votre Roi. De deux choses l’une :
R83
- Ouest prend et contre-attaque à . L’As de devra être à
A
gauche.
V 10 9 8 2
- Le Roi de fait la levée. Votre contrat est désormais
7543
assuré. Encaissez vos six honneurs rouges (il n’y a plus ni ,
D 10 2
AV954
ni en flanc - carte d’entame oblige) et ressortez de la 10 8 7 2
N
9653
Dame de (ou d’un petit si Ouest a défaussé au premier 5 4 3
O E 76
S
tour de la couleur). Au pire, Est peut bien encaisser trois , V 9 8
A 10
mais il devra ensuite vous livrer le Roi de , le neuvième pli.
76
Notez que votre sort ne sera pas le même si vous jouez le Roi
RDV4
de de votre main à la huitième levée. Est prendra de l’As et
ARD
RD62
ressortira à . Une de chute !
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mercredi 5 septembre 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
37
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Raïssa
Soleil : Lever 07h13 - Coucher 20h24 - Dernier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 Nos chers voisins. Série.
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton.
19.00 19/20 20.00 Vu 20.20 Plus
belle la vie. Feuilleton 20.45 Tout
le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Série. Policière
Série. Policière
Magazine. Reportage
19.55 Suburgatory. Série. Thérapie
par le luxe - L’homme de décembre.
MATIN
21.00 Joséphine, ange gardien
18
20
Série. Comédie. Fra. 2011. Saison 13.
Avec Mimie Mathy. Une prof. Joséphine apparaît devant un collège
pour aider une professeure de français qui débute sa carrière.
17
16
18
EU. Saison 13. Avec Joe Mantegna,
Matthew Gray Gubler, Daniel Henney. Une ville sous influence. Inédit.
L’unité est dépêchée en Virginie où
Trish Gaines, l’épouse du chef de la
police, a été retrouvée morte.
21.50 Esprits criminels Série.
Avec Shemar Moore. 3 épisodes
0.20 Les experts. Série. 2 épisodes.
Alex Hugo
Fra. Saison 3. Avec Samuel Le Bihan,
Lionnel Astier, Mikaël Fitoussi. Pour
le meilleur et pour le pire. Inédit. Alex
Hugo est le témoin du mariage de
Juliette dans une petite chapelle isolée au cœur de la montagne.
22.45 Alex Hugo Série. Marche ou
crève - Comme un oiseau sans ailes
1.40 Dans quelle éta-gère... Mag.
Des racines et des ailes
20.50 La grande librairie
23.05 Soir/3 23.30 Enquêtes
de régions Magazine 0.25 Qui
22.25 C dans l’air 23.30 C à vous
0.25 C à vous, la suite. Magazine.
sommes-nous ? Documentaire.
19.55 L’info du vrai, le mag (C).
Magazine 20.55 Catherine et Liliane
(C). Divertissement.
19.00 Le Japon vu du ciel. Série doc.
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes
20.50 50 nuances de Grecs. Série.
19.45 Le 19.45. Présentation : Xavier de Moulins 20.25 Scènes de
ménages. Série.
21.00
20.55
21.00
Film. Comédie
Film. Drame
Jeu
Magazine. Littéraire. Présentation :
François Busnel. 1h30. En direct.
Pour la première de la saison, François Busnel reçoit notamment Jérôme Ferrari («À son image»).
17
15
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Vues d’en haut
Présentation : Carole Gaessler.
2h00. Passion patrimoine : sur la
route des Grandes Alpes. Sur la
route des Grandes Alpes, pour un
voyage de 680 km entre Thononles-Bains et Menton.
13
16
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30
16
13
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17
16
18
18
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22.50 Joséphine, ange gardien. Série
0.40 Confessions intimes. Mag.
Esprits criminels
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APRÈS-MIDI
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19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Jim Parsons. 2 épisodes.
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23
Film TV. Action. EU. 2015. Réal. :
William Kaufman. 1h25. Avec Mike
Mizanin, Josh Blacker, Matthew
MacCaull, Danielle Moinet.
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22.40 Ransom Games. Film TV 0.45
Mission Storm Catcher. Film TV.
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20.55 The Marine 4 :
Moving Target
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29
19.10 Americars. Téléréalité. Toujours plus loin ! - L’étau se resserre.
Tamara
Fra. 2016. Réal. : A. Castagnetti. 1h45.
Inédit. Avec Héloïse Martin, Rayane
Bensetti, Oulaya Amamra. Tamara, 15 ans, décide à son entrée en
seconde de se débarrasser de son
étiquette de «grosse».
22.45 Petit paysan Film. Drame
0.15 Babylon Berlin. Série 1.45
Money Monster. Film. Thriller.
Welcome
Fra. 2008. Réal. : Philippe Lioret.
1h50. Avec Vincent Lindon, Firat Ayverdi, Audrey Dana, Derya Ayverdi.
Un maître nageur de Calais décide
d’aider en secret un jeune réfugié
kurde à traverser la Manche.
22.40 Fuocoammare, par-delà
Lampedusa Film. Doc. 0.30 Manille :
dans les griffes des ténèbres. Film.
Pékin express :
la course infernale
Présentation : Stéphane Rotenberg. 2h20. La finale. Inédit. Dernier effort pour les finalistes, qui
vont devoir s’affronter à Tokyo à
l’occasion de trois sprints.
23.20 Pékin express : itinéraire
bis Jeu. Prés. : S. Rotenberg 0.20
30
T (en °c)
20.50 Retour à l’instinct
primaire
Téléréalité. 1h00. Afrique du Sud :
Patrick et Gabrielle. Inédit. En
Afrique du Sud, Patrick et Gabrielle
sont livrés à eux-mêmes.
21.50 Retour à l’instinct primaire.
Téléréalité 22.50 Top Gear. Mag.
Pékin express : itinéraire bis. Jeu.
<-10 à 0
19.20 Rénovation impossible. Un cas
d’école - Être rond comme...
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
20.55 La petite histoire de France.
Série.
19.05 TPMP : première partie 20.05
Touche pas à mon poste !
21.00 Burger Quiz
21.00 Enquêtes criminelles
21.00 Didier Deschamps,
les secrets d’une légende
Jeu. Présentation : Alain Chabat.
2h40. Inédit. Des candidats joyeusement assistés par des personnalités
tentent de remporter un maximum
de «Miam». - Best of.
23.40 L’extraordinaire naissance du
1er bébé panda de France. Doc.
Magazine. Société. Présentation :
Nathalie Renoux. 2h10. «Affaire
Delecluse : un coup en plein cœur»
- «Affaire Rousselet : mais qui a tué
le psychologue ?».
23.10 Enquêtes criminelles : le magazine des faits divers
SU DO KU
GRILLE 2654 MOYEN
SOLUTION DU N° 2653
4 5
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FIGARO_sem-36.indd 3
21.00 Storage Wars :
enchères surprises
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CHARMÉ
CITÉ
PICARDE
FLEUR
DES PRÉS
RÉSERVE
D’IMAGES
ACCLIMATÉE
NON
D’ENFANT
CHERCHE
À
TOUCHER
par téléphone :
20/29
REVENU
DE TOUT
COUPE
LA TÊTE
PLANTATION
D’ARBRES
C’EST MOI
NOUVEAU
présente
On adore
les détester !
SOUTENEUR
EN MOUVEMENT
RAMES
RAPIDES
JEUNE
JARS
ENGRAIS
NATUREL
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LA VIANDE
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PORTÉE
ASSURA
LE TRANSPORT
PARTICIPE
POUR
POUVOIR
LE
CERCLE,
C’EST
SON RAYON
CHASSE
DES
TÊTES
SENS DU
BERGER
14/28
et sur
2,99 /appel
DÉVASTE
UNE VILLE
BRUIT SEC
JOUE UN
MAUVAIS
TOUR
10/24
LIVE 24/24 SUR
€
BRILLER
DE MILLE
FEUX
PUNCH
ENGAGER
DE FORCE
11/23
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
RÉPÉTÉES
ENCORE...
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FORCE 2
UNE
RELIGION
DRAME AU
THÉÂTRE
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SAMEDI
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22.05 Storage Wars : enchères
surprises. Téléréalité.
22.50 Didier Deschamps, les secrets
d’une légende. Débat.
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ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
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22/29
20/31
VENDREDI
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Téléréalité. 1h05. Le livre de Dave.
Les acheteurs se rendent à Torrance, en Californie - Dan est au
régime - Enchères et contre tous.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
JEUDI
MOTS FLÉCHÉS N°2067
Chaque jour un peu plus difficile
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Doc. Fra. 2018. Réal. : T. Vienne. 1h50.
Inédit. Ce documentaire présente
l’histoire méconnue du sélectionneur des champions du monde.
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20/27
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
BOULEVERSÉ
CONVICTION
DISPOSÉ
EN
PALIERS
VENT
ELLE FAIT
LA
GROSSE
VOIX
PRÉFIXE
PRIVATIF
PETIT
STÈRE
IL VISE
LES
NANTIS
BIEN À TOI
BIEN
FICELÉ
MÈRE À
CALCUTTA
PAS POUR
TOUTES
LES
OREILLES
PANNEAU
À
CARREAUX
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F
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SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
38
FRANCK CASTEL/MAXPPP
Camille Cottin,
actrice multiple
SUCCÈS L’actrice joue au cinéma dans « Photo de famille »
de Cécilia Rouaud, en salle aujourd’hui, et sera dans la 3e saison
de « Dix pour cent » sur France 2.
Nathalie Simon
nsimon@lefigaro.fr
déré pour l’école : « J’avais du mal à tenir en place,
j’avais hâte de rentrer et de jouer. Ma mère m’a raconté qu’elle avait hésité à m’inscrire dans une école de
cirque. » L’enfant grandit rue Montmartre, à Paris,
et passe son adolescence à Londres. Sa mère qui a
travaillé avec un archéologue, donné des cours d’espagnol et été documentaliste et son père, dessinateur
et peintre, l’« accompagnent » dans son désir d’être
comédienne, mais souhaitent qu’elle fasse des études, « au cas où ». Leur fille passe cinq ans au Lycée
français de Londres et fait un stage de théâtre d’un
mois à Berkeley en Californie à 18 ans. Bac en poche,
elle revient à Paris, suit les cours Périmony, entame
des études de théâtre et d’anglais. « Quand je me suis
confrontée à la réalité d’un personnage, j’ai compris
que je n’étais pas Leonardo DiCaprio ! J’ai dû apprendre beaucoup et l’envie de jouer n’a fait que grandir.
Nous sommes plusieurs à avoir monté des spectacles
au Théâtre du Nord-Ouest et au Théâtre d’Edgar. »
Camille Cottin se fait connaître du grand public
en 2013 en interprétant « La Connasse », une pas-
Bio
EXPRESS
CE SOIR À 20H50
1978
Naissance à Paris.
2009
Intègre la troupe
de Pierre Palmade.
2013
Joue Connasse (Canal +),
puis, en 2015, au cinéma,
Conasse, princesse
des cœurs. Au théâtre
dans Le Fils du comique.
2016
Joue dans Cigarettes
et chocolat chaud.
2015-2019
Joue dans la série
de France 2,
Dix pour cent.
2018
Joue dans Photo
de famille.
tille humoristique dans le « Grand Journal » de
Canal +. Dans ce programme conçu avec Noémie
Saglio et Éloïse Lang qui l’a mise en scène dans
Larguées, l’actrice campe une Parisienne tête à
claques et sans gêne. Un rôle de composition bien
sûr. « Je ne l’ai pas vue dans ce programme, mais
dans Dix pour cent et des films comme Toute première fois, de Noémie Saglio et Maxime Govare, se
remémore Cécilia Rouaud. Même quand elle n’a
que des apparitions, elle marque de façon durable.
Dans Dix pour cent, son personnage est dur, mondain et pénible, mais on sent également ses failles et
sa douleur. Camille Cottin est généreuse, doute, sait
faire et refaire, elle est un peu l’actrice idéale ! »
Habitée par l’histoire
En 2015, la jeune femme conforte sa notoriété avec
le rôle d’Andréa, un agent d’acteurs dans Dix pour
cent. Enceinte de son patron, elle espère reconquérir la femme qu’elle aime (Ophélia Kolb). « Cette
fiction est divertissante et bien écrite. Fanny Herrero,
la créatrice de la série, aborde des sujets de société
notamment dans la 3e saison, elle parle d’une famille
qui doit se réinventer dans une société formatée »,
précise Camille Cottin qui a passé trois castings
avant d’être engagée. « Le personnage d’Andréa a
une féminité qui me plaît beaucoup, sans coquetterie,
ni calcul, elle ne se pose pas comme objet de désir,
c’est elle qui désire. Elle est forte et peut paraître froide, mais est aussi fragile », analyse Camille Cottin à
propos de ce personnage inspiré d’Élisabeth Tanner.
La comédienne n’a pas pour habitude de se reposer sur ses acquis. Ses choix sont guidés par les
metteurs en scène. « Je continue à avoir besoin de
bosser, de réfléchir en amont et d’infuser pour avoir
la liberté d’être dans l’instant sur un plateau avec
mes partenaires, d’obtenir leur confiance et d’être
habitée par l’histoire. » Elle cite l’exemple de Juliette Binoche, dont elle était la fille dans Telle
mère, telle fille en 2017 : « Elle travaille beaucoup
avant et aborde les prises dans la continuité, c’est
organique, elle laisse les choses venir à elle pendant
les prises. » Au fil des rôles, l’actrice a pris de l’assurance : « C’est l’avantage de l’âge, s’esclaffe cette mère de deux enfants. On a appris à se connaître, on choisit des projets qui nous font du bien. Il y a
un vécu et un champ des possibles, l’opportunité de
construire une vie professionnelle et familiale. » ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Escrime [è-skri-m’] n. f.
Exercice qui ne prémunit pas contre les coups
de poignard.
L
a championne d’escrime Laura Flessel a démissionné du gouvernement.
Le mot vient de l’italien scrima qui désigne l’art de manier l’épée. De là à en être
une dans un gouvernement, il y a un pas que la quintuple médaillée olympique
n’est visiblement pas parvenue à franchir. On en déduirait facilement qu’en politique,
l’escrime ne paie pas, mais l’affaire est plus compliquée.
Durant des mois, conformément à sa spécialité, Laura Flessel s’est escrimée,
ou si l’on préfère échinée, à faire et à croiser le fer. Hélas, une championne d’escrime
peut être experte ès lames, sans forcément l’être ès crocs : ainsi quand on sabre
dans son budget, comment se défend une épéiste ? Quand des rumeurs de fraude
fiscale sourdent, que peut-elle faire ? Esquiver, feinter, riposter ?
C’est là qu’elle est redevenue une grande escrimeuse : elle a dégainé une botte gardée
secrète, craignant de ne pouvoir y demeurer droite plus longtemps : la démission. ■
24 Français vont repousser leurs limites
le temps d’une réelle expérience de survie, inédite à la TV.
© Photo Maximo Gedda Quiroga
Jean-Christophe Lagarde fait un pas de
plus pour une liste UDI aux européennes
DISPONIBLE SUR LE CANAL 24
Alors que l’université d’été de l’UDI aura lieu ce week-end,
le président du parti « ne voit pas de raison de ne pas faire
de liste » UDI aux européennes. « Je lis depuis un an que
c’est M. Macron qui donne le tempo et qu’il y a une alliance
obligatoire avec LaREM. Ils nous ont fait des propositions d’intégrer leur liste, mais
c’est nous qui déciderons tout seuls », confie-t-il en petit comité. « Notre parti
politique est évidemment légitime à le faire. Et quelle autre liste peut exister [entre
LaREM et LR, NDLR] ? Personne ne peut le faire. On est le seul mouvement politique
qui a la structure partisane, parlementaire et financière », indique-t-il clairement.
Samia Ghali avec le petit-fils de Mandela à l’ONU
La sénatrice PS de Marseille est attendue, mercredi et jeudi, au siège de l’ONU
à New York, dans le cadre d’un sommet parlementaire consacré aux questions
d’éducation, à la culture de la paix et à la mise en œuvre d’objectifs de
développement durable. Elle a été choisie parmi l’ensemble des parlementaires
français pour représenter Paris. Elle aura, au cours de ces deux jours, l’occasion de
dialoguer avec Chief Nabdeka, petit-fils de Nelson Mandela et directeur du Mandela
Royal House South Africa, également membre de cette délégation internationale.
S. SORIANO/LE FIGARO
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
DeBonneville-Orlandini
P
ierre Palmade assure que Camille
Cottin est capable de tout jouer. Et
elle ne cesse de le prouver. Après
avoir été la sœur rock’n’roll de Camille Chamoux dans Larguées
d’Éloïse Lang, l’actrice interprète
une « handicapée de la tendresse »,
la fille de Chantal Lauby et de JeanPierre Bacri, dans Photo de famille, le second film
de Cécilia Rouaud qui sort le 5 septembre. « J’aime
ses contradictions, assure Camille Cottin, elle est
très affective, a un idéal familial et se met en colère
pour se protéger, mais c’est presque la plus tendre
des membres de cette tribu. »
«Elle a lu le scénario et m’a appelée le lendemain,
c’était élégant, se souvient Cécilia Rouaud. C’est
une personnalité charmante, respectueuse du travail
des autres. Elle fait rire très sérieusement et a la légèreté qu’il faut dans l’émotion. » « Plutôt habituée
aux comédies, elle peut aussi s’illustrer dans des rôles graves, c’est une actrice complète », admire Dominique Besnehard, producteur de la série de
France 2, Dix pour cent, où sa protégée tient l’un
des rôles principaux.
Actuellement, Camille Cottin tourne à Angoulême
Les Vœux, un premier long-métrage « assez dur »
de Sarah Suco où elle incarne une mère de quatre
enfants, une intégriste religieuse confrontée à une
secte. « J’ai connu Sarah aux ateliers de Pierre Palmade, on y travaillait nos gammes comme des musiciens », se souvient Camille Cottin qui a eu envie de
« jouer à » depuis qu’elle est « toute petite ». « Me
déguiser me rendait dingue, l’été, j’imaginais des
spectacles avec mes cousins dans les maisons de vacances », confie-t-elle. Gamine, elle a un goût mo-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 036 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
ÉDITORIAL
COMMERCE
ALEXIS ROUX DE BÉZIEUX,
ÉPICIER À PARIS
PAGE 12
En bonne
compagnie
LA PME DU MOIS
LA BOTTE GARDIANE,
DANS SON NOUVEL ATELIER
EN CAMARGUE PAGE 10
Maud Le Barh
dans son
restaurant
Les Bariolés
de Maud,
à Paris (IXe).
iEntreprendrei
ien soloi
Les créateurs d’entreprise préfèrent
en majorité se lancer seuls.
Conseils pratiques et témoignages. PAGES 2 À 8
I
ls ont choisi de jouer leur partition en solo, de créer leur
entreprise seuls, sans associé
ni salarié. La France compte
quelque 2 millions de très petites
entreprises et plus de la moitié
d’entre elles n’emploient aucun
salarié. Deux raisons principales
peuvent guider ces entrepreneurs solitaires dans leur choix.
La première raison est économique : le volume d’activité ne
leur permet pas de rémunérer un
ou plusieurs salariés. La prudence s’impose donc. Si l’affaire se
développe, ils réviseront leurs
plans : ils recruteront ou feront
appel à des prestataires extérieurs, des autoentrepreneurs,
par exemple.
Une autre raison est d’ordre
psychologique. On choisit de
créer une affaire à sa main et
d’en calibrer l’activité pour rester seul maître à bord, n’avoir de
comptes à rendre à personne, sinon à soi-même. On peut aussi
préférer travailler seul, faute
d’avoir rencontré l’associé ou le
salarié avec lequel on aura des
atomes crochus.
À y regarder de plus près, ces
entrepreneurs en solo ne sont
pourtant pas si seuls que cela. Ils
ont tous leur réseau, sur lequel ils
peuvent compter s’ils ont besoin
d’un conseil ou d’un coup de
main. C’est la famille ou les amis,
l’expert-comptable ou la chambre consulaire, leurs pairs… Car,
pour paraphraser L’Idée fixe de
Paul Valéry, un entrepreneur
seul est toujours en mauvaise
compagnie.
BRUNO JACQUOT
➜
Le prochain numéro
du « Figaro entrepreneurs »
paraîtra le 10 octobre
LA VIE DE BUREAU
Une journée d’été du mois d’août
rarchique, un certain niveau de
passée au bureau - alors que le
rémunération, un certain âge…
temps est radieux, naturellement
Une chose est sûre : lorsqu’on
- est propice à un vagabondage
« ose », c’est que l’on estime être
sur Internet : recherches absurquelqu’un d’assez important ! Un
des, de lien en lien… Les onglets
stagiaire ne s’y risquerait pas. J’ai
s’ouvrent et ne se referment pas.
posé la question sur mon compte
En parcourant mon fil Twitter, je
LinkedIn : plus de 200 commentombe sur une vieille photogrataires à propos de ce geste qui ne
phie de Barack Obama, en réulaisse manifestement pas indiffénion au sommet dans le Bureau
rent.
ovale.
Une majorité dénonce une posCinq conseillers se tiennent deture très irrespectueuse pour ses
bout devant le fameux Resolute
interlocuteurs, un geste associé au
desk. L’ancien président des
syndrome du « petit chef », proÉtats-Unis est assis - avachi,
pre aux individus présomptueux
presque - les pieds croisés sur le
ou odieux. « Pour moi, c’est l’embureau… Quelle tenue pour un
blème du cow-boy satisfait après
homme d’une telle
avoir dompté son
élégance !
troupeau », comL’ancien
Le cliché est simente ainsi Migné Pete Souza,
chel-Édouard Leprésident
photographe
en
clerc.
des États-Unis
chef à la MaisonD’autres
estiBarack Obama
Blanche durant le
ment qu’il s’agit
est un véritable
mandat de Barack
d’une agréable attimaître dans l’art tude de décontracObama. Quelques
clics plus tard, plution qui doit rester
de poser
sieurs photos mondans la sphère perses pieds
trent qu’Obama est
sonnelle.
Enfin,
sur le bureau !
un véritable aficiocertains
louent
nado des pieds sur
ceux qui s’adonle bureau ! Le Daily Mail a même
nent « avec élégance » aux pieds
consacré un article à ce sujet.
sur le bureau, et une différence de
Dès lors, que penser de cette
perception entre la culture amépratique étonnante, si répandue
ricaine et européenne… In fine,
dans le monde du travail ? À partir
tout dépend de qui met les pieds
de quel moment peut-on se sentir
sur le bureau, et de la situation.
légitime pour « poser ses pieds sur
N’est pas Barack Obama qui
le bureau », devant ses collègues ?
veut. ■
QUENTIN PÉRINEL
Où se situe le « feu vert » ? Peut£@quentinperinel
être à une certaine position hié-
«
»
@ 2017 Atelier de design graphique ezz-thetic - Communication éditoriale ID2com
Les pieds sur le bureau
mais avec élégance
A
L’assurance perte d’emploi des dirigeants et des entrepreneurs, souscrite par l’Association auprès d’un pool de co-assureurs (Groupama SA - Allianz - Generali - MMA – SMABTP) dont Groupama SA est l’assureur apériteur. Entreprises régies par le Code des Assurances
et soumises au contrôle de l'ACPR (61 rue Taitbout -75009 Paris) Tél : 01 45 72 63 10 - contact@gsc.asso.fr – www.gsc.asso.fr. N° Orias : 12068162 (www.orias.fr). Mandataire exclusif soumis au contrôle de l’ACPR. Mandant : Groupama SA, 8-10 rue d’Astorg - 75383 Paris Cedex 08.
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO ; FRANCK PRIGNET/LE FIGARO MAGAZINE
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mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
2
DOSSIER
3,8
millions
d’entreprises
sont immatriculées
en France :
87 % sont
de très petites
entreprises
employant moins
de 10 salariés.
(Source : Insee)
Près de 600 000 entreprises
nouvelles en 2017
CRÉATIONS ANNUELLES
D’ENTREPRISES, en milliers
Source : Insee
591,3
600
500
400
300
200
100
0
2007 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17
ENTREPRISE
INDIVIDUELLE :
LA SIMPLICITÉ
AVANT TOUT
Pour créer une entreprise
individuelle, il suffit
de l’immatriculer
auprès de la chambre de
commerce ou d’industrie
ou de la chambre
de métiers et de l’artisanat,
ou de la déclarer à l’Urssaf
lorsque l’activité
envisagée est libérale.
L’entreprise individuelle
ne nécessite pas de créer
d’entité juridique distincte
de l’exploitant,
ni de constituer de capital
social. Il n’y a pas non plus
de statuts à rédiger.
L’entrepreneur individuel
gère seul son activité
et n’a pas l’obligation
de publier ses comptes
annuels. Il est imposé
à l’impôt sur le revenu (IR),
son entreprise étant
confondue avec
son patrimoine personnel.
L’EIRL :
POUR MIEUX
SE PROTÉGER
L’EIRL - entrepreneur
individuel à responsabilité
limitée - reprend
les caractéristiques
de l’entreprise individuelle
mais s’en distingue sur
deux points. D’une part,
la responsabilité
de l’entrepreneur
est limitée à concurrence
des biens affectés
à l’activité. Le chef
d’entreprise a ainsi
la possibilité de créer
un patrimoine
professionnel, appelé
patrimoine d’affectation,
qui peut être saisi en cas
de difficultés. D’autre part,
l’EIRL permet,
dans certains cas, d’opter
pour l’impôt sur les
sociétés. Les cotisations
sociales sont alors
calculées non plus sur
les bénéfices de la société,
mais sur la rémunération
du dirigeant.
Les Français préfèrent lancer
leur entreprise en solo
Les travailleurs indépendants et les TPE représentent l’essentiel des activités nouvelles.
CÉLINE TRIDON
En France, 96 % des 3,1 millions d’entreprises recensées par l’Insee sont de très
petites entreprises. Et 55 % d’entre elles
sont des entreprises sans salarié. Ce chiffre grandit d’année en année. Il y a vingtcinq ans, l’Hexagone comptabilisait
250 000 entreprises nouvelles chaque année, désormais, le pays enregistre entre
550 000 et 600 000 créations annuelles. À
l’origine de cette tendance, deux éléments : d’une part, la loi Dutreuil de 2003
sur l’initiative économique et sa mesure
phare qu’est la SARL à capital variable
(autrement dit, la SARL à 1 euro) et,
d’autre part, la création du régime
d’autoentrepreneur en 2009. « Il y a de
réels points de croissance en 2003 et 2009
concernant les chiffres de la création d’entreprises. Cela signifie qu’à chaque fois
qu’on démocratise l’accès à l’entrepreneuriat, il y a un flot de Français qui franchit le
pas », commente Alain Bosetti, président
du salon SME.
Pour Sandra Azria, avocate spécialisée
dans les TPE, les PME et les nouvelles
technologies, le phénomène s’explique
aussi par une volonté des Français de
donner plus de sens à leur vie profession-
nelle. « Avant, ils se lançaient dans l’entrepreneuriat pour gagner plus d’argent, analyse-t-elle. Aujourd’hui, c’est différent : ils
veulent créer un projet qui leur tient à cœur
ou avoir une vie privée plus équilibrée. Les
paramètres de choix sont très différents. »
En effet, l’entrepreneuriat est devenu
une phase d’une trajectoire professionnelle. Il s’y inclut au même titre qu’un
congé sabbatique ou qu’une période de
formation. Toujours selon les chiffres de
l’Insee, la moyenne d’âge des créateurs
d’entreprise avoisine les 37 ans. Mais de
nombreux autres profils apparaissent,
comme les plus de 50 ans qui veulent
conclure leur carrière par un rôle de
consultant spécialisé ou, a contrario, les
jeunes diplômés qui ne sont pas prêts à
rejoindre le schéma classique du salariat.
De même, les femmes sont désormais à
l’origine d’un tiers des créations d’entreprises.
« L’entrepreneuriat a fait une entrée en
force dans les mentalités, dans la vie des
Français, ajoute Alain Bosetti. On assiste à
une “transition entrepreneuriale”, c’est-àdire l’évolution progressive d’une société de
salariés en CDI vers une société d’entrepreneurs et d’indépendants. » Reste à savoir
« utiliser » cette nouvelle ressource et à en
tirer profit.
« L’ensemble des TPE et des entrepreneurs individuels pourrait représenter d’ici
à 2020 jusqu’à 1,5 million d’emplois non
salariés supplémentaires. Il est donc possible de faire du travail indépendant l’un des
leviers de la création d’emploi », soutient
Guillaume Cairou, PDG de DidaxisHiworkers (spécialisé dans le portage
salarial) et membre fondateur de l’Observatoire du travail indépendant.
“
Il est possible de faire
du travail indépendant
l’un des leviers
de la création d’emploi
”
GUILLAUME CAIROU, PDG DE DIDAXIS-HIWORKERS
Autre phénomène qui vient aussi nourrir la transition entrepreneuriale, la multi-activité, facilitée par le régime de
l’autoentrepreneur et les nouvelles technologies accessibles à tous. Les Français
qui cumulent des activités, des métiers ou
des régimes sont désignés sous le terme de
« slasheurs » (en rapport avec la barre
oblique en informatique, le slash). Selon
les chiffres du salon SME, 16 % des actifs
sont des slasheurs et 77 % exercent dans
un domaine différent de leur activité
principale. En tout, 4 millions de personnes sont concernées en France.
De quoi envisager un nouvel avenir
pour les TPE françaises ? L’Insee estime
que, de manière générale, les TPE sont
tournées vers l’économie locale. Elles
œuvrent notamment dans le commerce
(22 % des TPE), les services aux entreprises (20 %) et la construction (17 %). La
moitié des TPE en France ne réalise jamais
d’investissements et leur présence à
l’export est quasi nulle. Pour Sandra
Azria, l’entrepreneuriat en solo peut modifier le visage des TPE françaises et s’affirmer comme un levier de souplesse économique pour les PME. « Quand les boîtes
grandissent, les entrepreneurs ont peur
d’embaucher, souligne-t-elle. La souplesse économique résidera dans le fait de créer
des partenariats avec des petites boîtes et
des prestataires indépendants. » Avant, la
figure de l’entrepreneur indépendant se
retrouvait dans celle de l’artisan ou du
commerçant. Maintenant, tous les métiers peuvent se décliner en solo : enseignant, consultant, commercial… Face au
manque de création d’emplois, nombreux
sont ceux à avoir bien compris et saisi cette nécessité d’être son propre patron. Mais
chacun est-il fait pour entreprendre ? ■
Maud Le Barh,
restauratrice
à Paris.
SÉBASTIEN
SORIANO/
LE FIGARO
« Jamais, je n’avais imaginé créer
un jour mon entreprise » Maud Le Barh
Jeune ingénieure passionnée de cuisine, elle a
créé à Paris sa marque de sandwichs. Seule
aux commandes, elle est sur tous les fronts.
DOMITILLE ARRIVET £@darrivet
Ils sont verts et joufflus, roses et croustillants, parfois bigarrés, noir et orange.
Alignés sur des plateaux couverts de papier
sulfurisé, ces ballotins de pâte sans levain
multicolores renferment d’appétissants
en-cas salés ou sucrés. Ils sont l’invention
de Maud Le Barh, une pétillante ingénieure
en biologie de 29 ans qui se fraye un chemin dans le milieu très concurrentiel de la
restauration sur le pouce. Les petits sandwichs, qu’elle façonne carrés mais qu’elle
coupe en deux pour les commercialiser en
triangles, la jeune entrepreneuse les a appelés Les Bariolés de Maud. Un nom et une
marque qu’elle a vite déposés, afin de protéger cette pâte colorée qui enveloppe des
garnitures maison : poulet-tomates-paprika, chèvre-ricotta-pain d’épices ou
fondant pistache-framboises et pépites de
chocolat.
Restaurateur et traiteur, c’est maintenant le métier de Maud. Pas tout à fait par
hasard. « Petite, j’étais passionnée de cuisine et de pâtisserie, confie-t-elle, assise sur
un tabouret haut de son lumineux restau-
rant du IXe arrondissement à Paris. J’inventais des recettes. J’ai fait des études de
biologie et de biochimie et j’aime l’univers
agroalimentaire. Jamais, je n’avais imaginé
créer un jour mon entreprise. » La voilà
pourtant devenue chef d’entreprise.
Après trois années comme salariée
d’une PME qui développe des produits
pour la restauration rapide, Maud prend
du champ et choisit d’inventer pour son
compte. C’était en 2015. « Dans la cuisine
du petit appartement que je partage avec
ma sœur, j’ai testé des tas de recettes de
pâtes et de garnitures. J’ai essayé, nous
avons goûté, j’ai recommencé, nous avons
goûté encore », raconte la souriante brunette dont la queue-de-cheval bat la mesure de son récit.
Un jour, elle tient enfin sa formule. Celle
de cette pâte qui se colore au curcuma, à
l’encre de seiche ou à la spiruline ; qui reste
fine mais résistante, souple mais pas friable.
Maud se jette à l’eau et vend ses premiers
Bariolés à La Ruche qui dit oui, magasins
alimentaires prisés des locavores. Succès
très rapide. Le chiffre d’affaires dépasse vite
le plafond autorisé par son statut de microentrepreneur. « J’ai alors créé ma société,
une société par actions simplifiée (SAS) »,
explique l’entrepreneuse en solo. Elle y met
toutes ses économies et part à la recherche
de financements complémentaires. Elle
pousse d’abord la porte de son agence bancaire, une assiette de Bariolés dans une
main, un business plan dans l’autre. « La
banque m’a proposé un prêt à un taux qui me
paraissait bon. Je ne suis pas allée chercher
plus loin », sourit-elle.
Dans le grand bain
Ensuite, pour acquérir son premier pétrin
et son premier four, elle fait appel au financement participatif. À coups de dons
de 16 à 1 000 euros, elle recueille en ligne
les 12 500 euros destinés à ces actifs fondateurs. Les signatures griffonnées sur un
mur de son restaurant depuis le jour de
l’inauguration témoignent de l’engagement de ses microfinanceurs dans son
aventure.
À cette manne s’ajoute un prêt à taux
zéro de la Ville de Paris, et voilà Maud lancée dans le grand bain. Elle repère un local
- « J’ai pris celui dont je pouvais me payer le
bail » -, entreprend de grands travaux
- « Très longs pour les autorisations et très
compliqués avec le voisinage » -, et démarre à cent à l’heure. Son rythme est presque
infernal : le restaurant est ouvert 7 jours
sur 7. Maud doit assurer les approvisionnements le matin, la restauration sur place
à midi, les livraisons et la cuisine les aprèsmidi, les apéros le soir, les brunchs le
week-end… Sans compter la gestion, la
communication, les nouvelles recettes à
concocter, les devis traiteur à envoyer.
Impossible pour une seule personne.
D’autant qu’elle tient à garder un temps
pour les cours de natation synchronisée
qu’elle donne chaque semaine avec sa
sœur.
Les parents viennent à la rescousse.
Papa, ingénieur retraité, se charge des
achats chez Metro et des livraisons. Maman, puéricultrice en activité, se colle à la
vaisselle le week-end. Et la sœur cadette,
qui gagne sa vie dans le cinéma, paie le
loyer pour deux en attendant que Maud
fasse fortune. Elle pourrait, avec davantage de temps.
Les deux premières années d’exploitation, la société a frisé les 100 000 euros de
chiffres d’affaires. « Depuis septembre dernier, mon chiffre d’affaires a doublé »,
confie la jeune entrepreneuse, un peu dépassée. L’été 2016, elle a décidé de se faire
aider. Elle travaille maintenant avec
Cyrielle, une adjointe multitâche, et
Leman qui assure le service et les livraisons
à temps partiel. Mais cela ne suffit pas.
L’avenir est ouvert : d’autres restaurants,
des stands de street food, l’élargissement
de la gamme, d’autres recrutements… « Il
faudrait lever davantage de fonds mais je
n’ai pas envie que des actionnaires s’immiscent dans ce que je fais », affirme-t-elle. La
restauratrice est confiante : « Je suis
contente d’avoir commencé avec peu d’expérience, comme cela je n’ai pas peur. Et si
cela ne marche pas, je revendrai. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
En collaboration avec
d’assurances
partner
Les PME séduites par le Plan de Continuité d’Activité
Pour réduire l'impact des sinistres dont elles peuvent être victimes, les entreprises quelle que soit leur
taille ont intérêt à élaborer en amont un Plan de Continuité d’Activité en se faisant accompagner par leur
assureur.
Prévoir des solutions de secours
Pour éviter de tomber du mauvais côté
des statistiques, les dirigeants de PME
réfléchissent de plus en plus en amont
à ce qu’ils pourraient faire juste après
la survenue d’un sinistre. Comment ?
En élaborant conjointement avec leur
assureur un Plan de Continuité d’Activité
(PCA). En complément des garanties du
contrat d’assurance, les PME se dotent
ainsi de solutions de secours pour
assurer la continuité d’activité malgré
la perte de ressources critiques. Si un
événement déstabilisant survient, le
PCA va alors contribuer à supporter le
choc, en limitant les pertes et la durée
de la crise, en tenant les engagements
vis-à-vis des clients et fournisseurs et
en maintenant la visibilité sur le marché.
Plutôt que de prendre des décisions
dans l’urgence, le dirigeant pourra
s'appuyer sur ce document qui explore
différents scénarios et les moyens d’y
faire face. Se préparer à surmonter une
crise majeure qui peut avoir plusieurs
causes et/ou conséquences sur la
gestion de la production, des ressources
humaines, des systèmes d’information
RH,
informatique,
les
relations
commerciales,
la
communication
requiert en effet du temps. Une
solution conçue précipitamment dans
le stress sera nécessairement moins
performante que celle découlant d’une
réflexion mûrie, pensée et couchée
sur papier. Le jour où un événement
malheureux
survient,
le
chef
d’entreprise pourra alors se concentrer
sur la bonne exécution de son PCA.
Le principal avantage du PCA pour
l’entreprise est de mieux se prémunir
contre le risque qu’elle encourt. Si le
PCA est validé par l’assureur, les coûts
seront minimisés de par l’anticipation
du risque, compte tenu du fait qu'il aura
prévu en amont des mesures adéquates
pour réduire les conséquences. Mais
au-delà, un bon PCA a également pour
vertu de rationaliser la couverture
assurantielle en aidant le client à mieux
identifier ses risques.
Après avoir séduit les grandes firmes,
cette stratégie intéresse de plus en plus
les ETI et les PME. « Nous pouvons
considérer qu’une PME sur dix a entamé
une démarche pour se doter d’un outil
de type PCA », estime Eric Lagarde,
Directeur des Offres entreprises au
sein de la Direction Développement
Entreprises chez MMA.
le PCA organise la réaction opérationnelle,
puis la sortie de crise pour retrouver un
niveau de fonctionnement normal.
Si par exemple le sinistre rend inaccessible une usine ou un siège social, le PCA
déclinera en détail la procédure à suivre
pour
délocaliser
l'activité et les institutions à solliciter
pour de l’aide. Le
Plan prendra alors
en compte le basculement des données et applications informatiques
sur un système
“cloud” qui prendra
le relai, le déménagement physique des
activités transférables sur un site de repli
(annexe du site sinistré, bâtiment public
prêté par une collectivité locale…), la mise
en place du télétravail pour une partie du
personnel...
Nous sortons de notre rôle
traditionnel d’assureur pour
nous positionner comme un
fournisseur de services à haute
valeur ajoutée
- Eric Lagarde
Comment construire un PCA ?
La première étape consiste à
cartographier les risques en évaluant
leur niveau de criticité : concrètement
l’entreprise
liste
ses
activités
essentielles,
les
processus-clés
nécessaires à son fonctionnement, ainsi
que les ressources indispensables à
son activité (infrastructures, systèmes
d’information, ressources humaines,
prestations externes…). A partir de cette
cartographie, « l’entreprise établit avec
son assureur -agent ou courtier- un
diagnostic des points de vulnérabilité
dans son fonctionnement, qui peuvent
être causés par des salariés, clients,
fournisseurs, catastrophe naturelle ou
accident industriel. C’est une démarche
à 360 degrés », précise Eric Lagarde.
Naturellement, ces risques doivent être
évalués par ordre de priorité selon leur
impact et leur plausibilité.
Une fois le diagnostic réalisé, l’entreprise
va déterminer pour chaque point de
vulnérabilité susceptible de stopper son
activité quelle mesure peut être prise
pour y remédier. Selon divers scénarios,
© Westend61
Loin d’être un dogme figé, le PCA est
voué à évoluer car les priorités des
entreprises se transforment, en fonction
des obligations contractuelles ou
réglementaires et des relations avec des
partenaires externes (fournisseurs ou
clients). Pour cette raison, il est nécessaire
de le réviser régulièrement.
Publi-communiqué réalisé par 14HAUSSMANN
L
e décès soudain d’un
dirigeant qui tenait un
rôle-clé.
Une
machine
indispensable qui tombe
en panne et impossible à
réparer avant longtemps. Un incendie
qui ravage l’entrepôt contenant tout
le stock. Une inondation qui barre les
accès routiers à l’usine. Ces évènements
auxquels peuvent être confrontées les
PME sont susceptibles de menacer
leur pérennité en leur faisant perdre
des clients, des parts de marché ou en
nuisant à leur réputation. Ils ne font pas
forcément la Une des journaux mais
n’en ont pas moins des conséquences
dramatiques pour l’emploi et l’activité
économique : preuve en est, 70 %
des entreprises victimes d’un sinistre
majeur disparaissent dans les mois qui
suivent selon l’INRS (Institut National
de Recherche et de Sécurité).
MMA à la pointe du PCA
L’entreprise MMA qui a lancé son offre de
PCA en 2016 entend jouer un rôle pionnier
dans sa promotion auprès des PME. L’idée
est d’apporter à ses clients un éclairage
différent dans la gestion des risques et
de mieux répondre à leurs besoins qui
s’élargissent. « Ce faisant, nous sortons
de notre rôle traditionnel d’assureur pour
nous positionner comme un fournisseur
de services à haute valeur ajoutée. Ces
nouvelles prestations constituent un
avantage concurrentiel à une époque où
les contrats d’assurance se banalisent »,
reconnaît Eric Lagarde. Chez MMA les
souscripteurs et les préventeurs en
risques d'entreprise proposent à leurs
clients un outil d’autodiagnostic très
structuré et normé : en 80 questions, il
livre un premier diagnostic gratuit sur les
vulnérabilités. À l’issue de cette première
phase, le client qui souhaite aller plus loin
peut se faire accompagner par MMA pour
la mise en place de son PCA. L’assureur
facture ce service qui permet à l’entreprise
de trouver des solutions concrètes,
et ce à un niveau très fin. « Pour un
fournisseur incontournable, nous allons
conseiller de définir le niveau de stock
nécessaire que le client doit détenir,
précise Eric Lagarde. Ce procédé permet
de palier un arrêt subit des livraisons
», ajoute-t-il. L’expertise de MMA est
fondée sur des retours d’expériences
d’entreprises comparables. Cela a pour
but de sensibiliser les chefs d’entreprise
aux risques auxquels ils ne pensent pas.
Pour assurer un prosélytisme en faveur
du PCA, MMA s’appuie sur son réseau
d’agents et courtiers dont 200 ont
déjà été formés à la mise en place de
cette stratégie. Au vu des premiers
retours terrain, les PME industrielles,
naturellement les plus exposées sont
aussi celles qui sont les plus sensibles
à la démarche. Quoiqu’il en soit le PCA
est promis à un bel avenir, puisqu’il reste
encore 90% de PME à convertir.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
4
DOSSIER
Willie Knoll
a monté un atelier
de customisation
de motos.
CLUTCH MOTORCYCLES
« Le Web
est un allié
précieux »
William Knoll
HENRI DE LESTAPIS
Il faut faire partie des initiés pour dénicher l’atelier de customisation de motos
Clutch Motorcycles. Tapi dans un obscur
recoin de hangar du XIIe arrondissement
de Paris, l’endroit a pourtant de quoi faire rêver les aficionados de la fine mécanique. Entre clés à cliquet, pinces étau et
postes à souder, on y trouve tout
l’outillage nécessaire pour mener une
opération de haute chirurgie sur une bécane. C’est dans cet antre du génie que
travaille William Knoll, 34 ans, dit
« Willie ».
Un peu ours au premier abord, cet ancien photographe de mode franco-américain est un autodidacte pur sucre. Depuis l’acquisition de son premier vélo
d’adolescent, il monte et démonte tout ce
qui peut l’être. De cette manie, il a fait son
métier en 2011, avec la création de la
Clutch Motorcycles, une société par actions simplifiée (SAS). Aujourd’hui, Willie
s’est fait un nom dans ce petit monde
confidentiel de la customisation. Ses
créations - car il s’agit bien de cela - se
négocient entre 30 000 et 65 000 euros.
Ancien photographe de mode
franco-américain, autodidacte,
Willie Knoll a monté à Paris son atelier
de customisation qu’il pilote seul.
« J’ai appris tout seul », dit-il en ajustant
le montage d’un réservoir sur un engin
tout droit sorti du film Easy Rider. « Un
bon préparateur moto ne doit pas se limiter
à faire de l’assemblage de pièces. Il doit être
capable d’en fabriquer lui-même. »
Un an et demi de commandes
Dans un coin de l’atelier trône une grosse
machine de tournage et fraisage. Il l’a
achetée d’occasion à un organisme de
formation qui fermait ses portes, il s’en
sert pour fabriquer des pièces sur mesure. Dans un autre, c’est une plieuse pour
confectionner des éléments de carrosserie. « J’ai appris à me servir de ces machines sur Internet, explique-t-il. Lorsque
l’on est seul et que l’on manque de temps
pour aller à des formations, le Web est un
allié précieux. »
Bien ancré dans sa génération, Willie
mise aussi sur la Toile pour se faire
connaître. Avec un carnet de commandes bouclé à un an et demi, il n’a plus tellement besoin de démarchage commercial. Le bouche-à-oreille a assuré sa
notoriété. Mais il tient à jour son site Internet et prend parfois le temps d’alimenter en photos fraîches son compte
Instagram. « Ça ne coûte pas grand-chose
et, au XXIe siècle, c’est nécessaire », souligne-t-il.
En revanche, cet homme aux doigts
noircis de cambouis est aussi talentueux
face à un établi que maladroit lorsqu’il se
confronte à la gestion et aux contraintes
administratives de sa petite entreprise.
« Quand tu es seul, raconte-t-il, tu fais le
job de quatre personnes : il faut répondre
au téléphone, faire du commercial, assurer la comptabilité et faire le métier luimême. C’est infernal. » Pour pallier ce
problème, Willie s’appuie sur deux alliés : un expert-comptable et… sa mère.
« Elle contrôle tout, confie-t-il. Parfois,
lorsque je suis en retard, elle me donne un
coup de main à l’atelier. Elle s’en sort
mieux que certains apprentis que j’ai
employés ! »
« Trop d’assistanat
dans ce pays ! »
Willie travaille seul et ne s’en plaint pas
car son tempérament l’y prédispose. Il
n’est pas hostile à envisager un recrutement. Mais, jusqu’à présent, entre les absences injustifiées et les salariés qui travaillent quelques mois pour pouvoir
s’inscrire au chômage dans la foulée, ses
rares expériences d’employeur n’ont pas
été concluantes. « Trop d’assistanat dans
ce pays ! s’exclame-t-il. Aux États-Unis,
ce n’est pas comme ça. »
Pour l’heure, il s’en tient donc au travail en solo. Il regrette néanmoins le
manque d’échange et de collaboration
avec les autres préparateurs moto, ce qui,
d’après lui, tirerait la communauté vers
le haut. Dans ce marché de niche, dont
les créations connaissent en ce moment
une vague d’engouement chez les
motards, on s’observe plutôt en chiens
de faïence.
Pourtant, les styles - très différents des uns et des autres devraient les mettre
à l’abri d’une concurrence trop féroce.
Une ou deux fois par an, Willie se rend à
des festivals (tels que Wheel and Waves,
Midnight Garage Festival…), histoire de
rompre avec la solitude et de se divertir
un peu. Car lorsque l’on travaille seul, il
importe de savoir décrocher de temps en
temps. Pour sa part, l’entrepreneur n’y
parvient pas… « Je suis un stressé de nature. Même en vacances avec ma copine, je
pense “moto”. C’est un boulot d’amour et
de haine ! Parfois, j’ai envie de tout balancer ! » Quand on lui demande ce qu’il ferait alors, il répond en riant : « De la customisation de motos ! » Et d’ajouter, après
un bref instant de réflexion : « En fait, je
ne me vois plus faire autre chose… » ■
Les précautions à prendre avant de se lancer et… les bonnes résolutions à tenir
S’il doit rester focalisé sur le développement de son chiffre d’affaires, l’entrepreneur - surtout lorsqu’il travaille seul
- doit aussi veiller à ce que l’intendance
suive et à tout faire pour se préserver des
mauvaises surprises. Voici six conseils
simples pour piloter son activité.
1
Se poser les bonnes questions
Avant de se lancer, il faut se poser
les bonnes questions. Suis-je capable et ai-je vraiment envie de travailler
seul ? Se lancer en solo ne consiste pas
uniquement à se consacrer à son métier.
C’est assurer un minimum de comptabilité, entretenir ses relations client, effectuer des démarches commerciales,
contrôler sa communication, gérer son
site Internet et sa présence sur les réseaux sociaux. « Il faut aimer un minimum faire tout cela, car on ne fait bien
que ce que l’on aime, rappelle Laurence
Piganeau, directrice expertise et production éditoriale de l’Agence France
entrepreneur (AFE). Il faut être capable
de s’organiser, être rigoureux, rythmer
son planning et, surtout, être capable de
décider seul. Quand on a été salarié en
entreprise, on n’a pas forcément été habitué à cela ! » Ces questions se posent
en même temps que l’on réalise son
étude de marché et que l’on s’assure de
la viabilité de sa future entreprise : ai-je
les bons fournisseurs, les bons clients ?
Mes prix sont-ils fixés au bon niveau ?
Ai-je sollicité les bons réseaux d’accompagnement (lire aussi page 7) ? Si je
n’ai pas toutes les compétences, puis-je
me former ou avec qui m’associer ?
2
Rencontrer
son expert-comptable
une fois par an
Une faute de gestion de la part du dirigeant peut entraîner de graves conséquences sur l’entreprise. Il est donc
préférable de confier à un expertcomptable la vérification des comptes.
Le voir tous les ans permet d’effectuer
un balayage général de la situation de
l’entreprise, d’optimiser la situation
fiscale et sociale et de voir si, au regard
de son évolution, il n’est pas intéressant
de changer de régime juridique. « Le
choix d’un bon régime peut amortir le
coût de l’expert-comptable », assure
Jean-Yves Moreau, président de la
commission entreprise de l’Ordre des
experts-comptables, en conseillant
également en cas de mésentente avec
l’expert, de « ne pas changer en cours
d’année, mais attendre plutôt la fin du bilan annuel ». Il est à noter que le site Internet de l’AFE propose un test pour vérifier que le régime d’une entreprise est
bien adapté à sa situation.
3
Tenir des comptes simplifiés
au moins une fois par semaine
Une première précaution est
d’ouvrir un compte bancaire spécifiquement dédié à l’activité professionnelle (car selon le statut de l’entreprise,
ça n’est pas obligatoire). Cela permet de
tracer les opérations de recettes et de
paiement. « L’idéal est de le faire tous les
jours, convainc Jean-Yves Moreau.
C’est un travail simple, de bon sens, comme ferait un bon père de famille pour son
foyer. » Cela permet en outre de fournir
à la banque un compte de résultat si elle
le réclame.
4
Numériser et classer
tous les documents
Les entreprises font aujourd’hui
leurs déclarations par Internet. Pouvoir
les numériser et envoyer des documents est nécessaire. C’est également
utile pour communiquer des documents
à son cabinet comptable. Beaucoup
d’entre eux proposent aujourd’hui des
services en ligne, certains cabinets pour
PME travaillent même uniquement de
cette façon. Quoi qu’il en soit, en version papier ou numérisée, rendre à son
expert-comptable des documents bien
classés fait gagner du temps et coûte
donc moins cher à l’entreprise. Un bon
classement est aussi utile en cas de
contrôle fiscal. Il simplifiera le contrôle
et donc la relation avec le contrôleur.
5
Vérifier la solvabilité
des clients
Avant de conclure avec un nouveau client, il importe de vérifier sa solvabilité auprès d’autres professionnels,
en fouinant sur Internet ou en consultant les bases de données des greffes des
tribunaux de commerce. Si la relation
est bonne, on peut également demander à son banquier s’il peut se renseigner auprès de la Banque de France.
Toujours en amont, il faut négocier avec
le client les conditions de paiement,
voire se faire verser des arrhes. En aval
de la prestation, il ne faut pas tarder à
envoyer la facture et à suivre les paiements pour effectuer sans tarder les re-
lances éventuelles. On peut aussi prévoir, en dernier recours, de faire appel à
un avocat ou à une société de recouvrement. Dans le cadre d’un travail de
sous-traitance, on peut également faire
appel à la médiation de la soustraitance.
6
Sauvegarder
automatiquement
ses données informatiques
Que l’on choisisse de sauvegarder ses
données informatiques chez soi sur un
disque dur ou sur un serveur externe
(Microsoft Azure, Dropbox, Adbackup…), il existe aujourd’hui un grand
nombre de solutions peu coûteuses
pour ne pas perdre ses données. Les
préserver sur un serveur externe - dans
le cloud - permet de les récupérer à
n’importe quel endroit de la planète, à
condition de disposer d’une connexion
Internet. Cette solution est donc bien
adaptée aux travailleurs nomades. Il
importe de songer également à la sécurité de son système informatique, voire
au cryptage des documents que l’on envoie (avec Zed ! par exemple) s’ils sont
de nature sensible. ■
H. L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
DOSSIER
5
SME, salon des TPE et des start-up,
fête ses 20 ans
Cofondateur de cette manifestation, Alain Bosetti analyse l’évolution de l’entrepreneuriat depuis 1998.
PROPOS RECUEILLIS PAR
BRUNO JACQUOT bjacquot@lefigaro.fr
Il y a vingt ans, le salon SME, dont Le
Figaro entrepreneurs est partenaire, organisait sa première édition. Il soufflera
ses vingt bougies avec en guise de cadeau d’anniversaire le Prix Jeune entrepreneur qui sera décerné le 2 octobre. Le
public peut visionner les vidéos des candidats sur le site Internet de SME et voter
pour l’un des quatre finalistes. Depuis
1998, Alain Bosetti, cofondateur du salon, a été un témoin privilégié de la
France entrepreneuriale. Il revient sur
ces deux décennies décisives pour l’esprit d’entreprise.
LE FIGARO.- Comment avez-vous vu
évoluer la création d’entreprise
et les entrepreneurs depuis 1998 ?
Alain BOSETTI.- Ce sont vingt années
d’une transformation silencieuse mais
profonde, comme l’enfant que l’on ne voit
pas grandir. Pendant ces deux décennies,
le nombre de créations d’entreprises est
passé en moyenne de 200 000 à 600 000
par an. Surtout, le regard porté sur les entrepreneurs a changé. Il y a vingt ans, on
leur disait : « Tu crées ta boîte ? Mais tu es
fou ! » Il n’y avait pas d’entrepreneurs
vedettes comme aujourd’hui. Le regard
sur l’échec aussi a changé : il fait partie de
l’expérience nécessaire de l’entrepreneur. J’ai même entendu un investisseur
dire : « Le startuppeur qui n’a pas échoué,
je ne le finance pas ! » Aujourd’hui, entreprendre, c’est presque à la mode. Les médias ont joué un grand rôle : ils étaient focalisés sur les grands groupes. Avec la
vague Internet qui a précédé l’an 2000, ils
se sont intéressés aux entrepreneurs qui
sont devenus des héros.
La création d’entreprise est-elle devenue
moins complexe ?
Oui, là aussi, les choses ont changé. Des
barrages qui contenaient l’esprit d’entreprendre ont cédé. En 2003, la loi
Dutreil, avec par exemple la SARL à
1 euro de capital, a montré une volonté
politique d’assouplir le cadre administratif de l’entrepreneuriat. En 2009,
l’instauration du régime de l’autoentrepreneur, créé par Hervé Novelli, a aussi
marqué un tournant qui offre la possibilité de tester une activité avant de se lancer vraiment. Guillaume Gibault, le
créateur du Slip français, qui emploie
aujourd’hui une centaine de salariés, a
débuté comme autoentrepreneur. Sur
quarante ans, il est intéressant de noter
que les entreprises de plus de 500 salariés ont perdu 35 à 40 % de leur effectif
et qu’il y a eu un transfert vers celles de
moins de 9 salariés.
Et les nouvelles technologies ?
L’iPhone, Facebook ou LinkedIn
n’existaient pas il y a vingt ans.
Google émergeait à peine.
Ces vingt dernières années
ont été celles de la révolution Internet et des outils
numériques.
Aujourd’hui, grâce aux nouveaux outils numériques,
nous sommes tous
doués du don
d’ubiquité
et nous disposons de formidables outils qui
améliorent notre efficacité professionnelle. Les nouvelles technologies sont porteuses à la fois de nouvelles activités, de nouveaux business et de nouvelles manières
de travailler en réseau. Elles modifient de
manière profonde et durable le rapport
au travail. Mais, pour les entrepreneurs, l’usage croissant et quotidien des nouvelles technologies doit s’équilibrer, à
mon avis, par une maîtrise
croissante des « soft skills »
comme la communication
interpersonnelle, l’empathie
et l’agilité relationnelle,
c’est-à-dire la capacité à
connecter les hommes, les
idées et les ressources.
Cette évolution
bouleverset-elle
la relation
au travail ?
Il y a vingt ans,
pour caricaturer, lors des entretiens de recrutement les salariés
Alain Bosetti,
cofondateur
du salon SME.
SME
posaient des questions sur les titres-restaurants ou le comité d’entreprise et les
cadres ne comptaient pas leurs heures.
Aujourd’hui, les salariés sont demandeurs de télétravail et ce sont les travailleurs indépendants qui ne comptent
pas leurs heures. Il existe une aspiration à
prendre son destin en main avec une implication et une relation au travail différentes. Nous vivons une période de transition entrepreneuriale : de plus en plus
de Français vont devenir des agents économiques indépendants, plus entreprenants, avec une ou plusieurs activités.
Dans les prochaines années, des métiers
vont disparaître, à cause des nouvelles
technologies. Quelles compétences
peuvent émerger demain ?
Il y aura, selon moi, une bipolarisation
entre des hyper-compétents et des hyper-généralistes. Les premiers seront des
experts de domaines très spécifiques ; les
seconds auront la capacité de connecter
et d’orchestrer différents domaines et
expertises. ■
SME, l’événement des créateurs
et dirigeants de start-up et TPE, les 1er
et 2 octobre, au Palais des congrès, Paris.
Informations : www.salonsme.com
Dell recommande Windows 10 Pro.
La SASU, la forme
juridique très prisée
des entrepreneurs
La société par actions simplifiée
unipersonnelle séduit grâce
à ses nombreux avantages. Pour autant,
elle ne doit pas être un choix irréfléchi.
les charges sociales sont plus élevées que
dans une EURL ou une SARL. En cas
d’absence de rémunération, il n’y a pas
Lors d’une création d’entreprise, plude cotisations sociales minimales à
sieurs choix s’offrent au futur dirigeant,
payer. « Avec la SASU, il paie directement
notamment en termes de statuts. La soses charges à la fin du mois, contraireciété par actions simplifiée unipersonment à d’autres types de sociétés qui nénelle (SASU) est l’une des formes les plus
cessitent des appels prévisionnels. Il gaplébiscitées par les entregne ainsi en simplicité et en
preneurs en solo : en 2016,
visibilité. Ce qui est un atout
les SASU représentaient un
non négligeable pour les chefs
tiers des entreprises nouveld’entreprise en solo qui débules devant les SARL (24 %),
tent », poursuit Sandra Azria.
les SAS (23 %) et les entreLe statut social de la SASU
prises individuelles (16 %).
permet aussi de bénéficier
Alors que la SAS doit
d’une meilleure couverture
comporter au minimum
retraite que celle proposée
deux associés comme la
sous le régime des indépenSARL, la SASU n’en exige
dants. « Elle est relativement
qu’un. Et, contrairement à
chère. Elle n’est donc pas forl’EURL (entreprise uniperDes modèles cément utile à 25 ans, mais le
sonnelle à responsabilité lisera davantage à partir de
comme
mitée) qui compte égale45 ans », ajoute l’experte. Sur
la SARL ou
ment un seul associé, la
ce point, l’âge entre en compSASU offre une plus grande
te dans le choix du statut.
l’EURL sont
souplesse. « Des modèles
Par ailleurs, les cotisations
beaucoup
comme la SARL (société à
sociales du président associé
plus
responsabilité limitée) ou
unique d’une SASU sont unil’EURL sont beaucoup plus
contraints par quement calculées sur la base
contraints par le Code du
de ses rémunérations. Si l’enle Code du
commerce, avec un certain
trepreneur privilégie le vercommerce
nombre de règles auxquelles
sement de dividendes, il ne
on ne peut pas déroger, exsera pas soumis aux cotisaRAPHAËL DELATTE,
plique Raphaël Delatte,
tions sociales, peu importe
AVOCAT CHEZ
avocat au sein du cabinet
leur montant.
LÉGALIX AVOCATS
Légalix Avocats. Avec la
Enfin, en créant une SASU,
SASU, il y a bien sûr des garde-fous, mais
l’entrepreneur opte automatiquement
aussi une grande liberté sur le plan statupour une imposition des bénéfices à
taire. » Autrement dit, la SASU s’impose
l’impôt sur les sociétés (IS). Il ne sera
quand l’entrepreneur a des perspectives
donc pas, contrairement aux entreprises
de croissance rapide, voire de modificatype EURL et EIRL (qui n’ont pas opté
tion des statuts pour y intégrer de futurs
pour l’IS), imposé personnellement sur
associés. « Si l’entrepreneur envisage de
les bénéfices réalisés par la société. Cerester seul, la souplesse n’est pas un arpendant, la SASU permet d’opter pour le
gument à retenir », souligne Sandra
régime des sociétés de personnes pour
Azria, avocate.
une durée de cinq ans et d’être soumis à
L’autre argument qui pousse les enl’impôt sur le revenu.
trepreneurs à retenir la SASU est le prinLe choix dépend donc de nombreux
cipe du dirigeant assimilé salarié. Le
paramètres, variables selon les entreprésident de SASU bénéficie en effet
preneurs. Le chef d’entreprise a donc
d’une protection sociale identique à celtout intérêt à se rapprocher d’un expert
le des salariés affiliés au régime général
pour étudier la solution la plus avantade la Sécurité sociale. En revanche, il ne
geuse et se décider en toute connaissanbénéficie pas de l’assurance-chômage et
ce de cause. ■
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Capital 1 782 769 € Siège Social 1 rond-point Benjamin Franklin 34000 Montpellier. France. N° 351 528 229 RCS Montpellier –APE 4651Z. Prix et spécifications techniques corrects à la date
de parution. Prix et spécifications techniques modifiables sans avis préalable. Photos non contractuelles. Dell n’est pas responsable des erreurs de typographie ou de photographie. Les offres
promotionnelles sont limitées à 5 systèmes maximum par client. Les offres et les prix indiqués en ligne sont uniquement valables pour les achats effectués à la boutique en ligne Dell. Pour plus de
renseignements, merci de bien vouloir contacter notre équipe commerciale. Les Conditions Générales de Vente et de Services de Dell s’appliquent. Vous pouvez les consulter à l’adresse www.dell.fr.
Ultrabook, Celeron, Celeron Inside, Core Inside, Intel, le logo Intel, Intel Atom, Intel Atom Inside, Intel Core, Intel Inside, le logo Intel Inside, Intel vPro, Itanium, Itanium Inside, Pentium, Pentium Inside,
vPro Inside, Xeon, Xeon Phi, Xeon Inside et Intel Optane sont des marques commerciales d’Intel Corporation ou de ses filiales aux États-Unis et/ou dans d’autres pays.
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mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
6
DOSSIER
Depuis son atelier
auvergnat,
ce menuisier
ébéniste cultive
un réseau discret
de professionnels
fidèles avec lesquels
il fait affaire
ou échange
simplement
des conseils.
Cyrille Wedrychowski
dans son atelier,
à Condat-lès-Montboissier
(Puy-de-Dôme).
ATELIERS DE MEYDAT
HENRI DE LESTAPIS
« Être ultra-volontaire à l’ouvrage et
ultra-compétent dans son domaine. »
Voici les deux conseils très simples
que Cyrille Wedrychowski prodigue
à quiconque souhaite travailler seul.
Menuisier ébéniste, il a créé son entreprise unipersonnelle, Les Ateliers
de Meydat, en 2006. Deux ans auparavant, préférant l’odeur du bois à
celle de la poudre à canon, il avait
abandonné les rangs serrés de l’École
spéciale militaire de Saint-Cyr pour
suivre une formation d’ébénisterie
traditionnelle à l’École Boulle, à Paris. Aujourd’hui, il est installé en
Auvergne, à Condat-lès-Montboissier (Puy-de-Dôme). Il pousse le rabot dans un atelier niché au fond des
bois, situé à 20 kilomètres de son domicile et 800 mètres d’altitude. Seul
le bruit de ses machines couvre sporadiquement les gazouillis des
oiseaux alentour.
Travailler toute une journée ainsi,
sans pouvoir blaguer ou discuter
avec un collègue, lui apparaît davantage comme une belle liberté qu’un
isolement contraint. Il n’est pas misanthrope pour autant, ainsi qu’il en
témoigne lui-même : « Lorsque j’interviens sur les chantiers, j’aime
beaucoup échanger avec les autres
artisans. Il y a toujours à apprendre
d’eux », explique-t-il. Ses clients se
situent entre l’Auvergne et Paris
(40 % de sa clientèle). Il est donc
souvent au volant de son utilitaire et
ne compte pas ses heures travaillées.
« Un travailleur solo ne doit pas avoir
en tête de le faire ! Je débute habituellement mes journées vers 8 h 30 et les
termine vers 20 heures, avec une petite pause déjeuner », détaille-t-il.
Avec un chiffre d’affaires de
75 000 euros en 2017 et un carnet de
commandes qui lui donne une visibilité de six mois, Cyrille a fait le choix
de ne pas embaucher. À cause du
coût du travail, mais aussi par
confort. En restant seul, il estime ga-
« Quand on travaille seul, il ne faut pas
compter ses heures » Cyrille Wedrychowski
déclarations mensuelles, de la TVA,
du bilan… Cela m’épargne ce travail et
me permet de me concentrer sur mon
métier. »
Par le bouche-à-oreille
gner en liberté et en indépendance.
Ses contraintes administratives en
sont également réduites. Pour les gérer, il s’est d’ailleurs entendu avec
d’autres artisans auvergnats. Ensemble, ils partagent une salariée.
« C’est une femme multi-employeurs.
Elle travaille quatre heures par mois
pour mon entreprise. Elle s’occupe des
À ses débuts, Cyrille Wedrychowski
a développé son entreprise en sillonnant les salons nationaux, liés au
secteur du bois. Il a également créé
un site Internet mais il fait assez peu
usage des réseaux sociaux pour se
faire connaître. Son activité s’est
surtout développée par le bouche-àoreille et ne nécessite plus énormément de démarchage commercial.
Aujourd’hui, il estime que cela occupe environ 10 % de son temps.
À Paris, il collabore avec l’entreprise de rénovation PHD, spécialisée
dans l’habitat et la décoration haut
de gamme. D’autres ébénistes de son
réseau professionnel lui renvoient
également du travail et vice versa.
De la même façon, ils n’hésitent pas
à s’appeler entre eux pour échanger
des conseils techniques.
Cyrille n’a guère le temps de sortir
la tête de l’établi pour rencontrer des
chefs d’entreprise. « J’ai songé un moment rejoindre les petits-déjeuners
d’entrepreneurs organisés par la Confédération des PME (CPME) d’Auvergne.
Mais je vois peu mes trois enfants. Je
préfère donc leur consacrer mon temps
libre, en prenant soin de couper totale-
ment les ponts avec mon travail. Cette
rupture avec le boulot est importante ! »
Il espère néanmoins parvenir bientôt à bloquer un mois pour suivre une
formation de menuiserie à Avignon.
Elle devrait lui ouvrir les portes des
prestigieux chantiers des monuments
historiques. En y réfléchissant bien, il
n’exclut pas d’embaucher un jour.
Avant tout par nécessité physique :
« Mon travail requiert de l’endurance,
et beaucoup de manutention. Quand je
commencerai à fatiguer, je penserai
peut-être à embaucher », s’amuse-til. Passé militaire oblige, le personnage est un athlète. On devine donc
qu’un recrutement n’est pas pour tout
de suite… ■
Un bureau à partager avec d’autres entrepreneurs
Les espaces de coworking évitent de louer un local commercial et permettent de limiter les frais d’installation.
DOMITILLE ARRIVET £@darrivet
Lorsqu’il est revenu du Maroc, après
avoir vendu sa galerie d’art, Geoffrey Chapuis a choisi de se lancer
dans une nouvelle aventure professionnelle, à Paris. Avec le coup de
main de quelques amis, ce diplômé
de l’école de commerce Audencia a
créé début 2018 sa marque de vêtements. Son dispositif est simple : il
commercialise sur Instagram des
tee-shirts et des casquettes précommandés par ses clients.
Les quatre premiers mois, l’entrepreneur de 27 ans a démarré son petit business dans son appartement.
Mais très vite il s’est senti beaucoup
trop seul. « Il fallait que je sorte de
chez moi. Des amis m’ont suggéré de
visiter des bureaux partagés. C’est
comme ça que j’ai atterri chez Morning Coworking Trudaine », racontet-il. Dans cet espace professionnel de
coworking dans la capitale, Geoffrey
dispose maintenant pour 400 euros
par mois de 2 mètres linéaires de bureau - dans une rangée qu’il partage
avec trois autres entrepreneurs -,
d’une chaise et d’un casier où il entrepose quelques échantillons le soir
quand sa journée est terminée. « Fini
le frigo à portée de main, les grasses
matinées. Je m’impose d’être là tous
les matins à 9 heures. C’est beaucoup
plus efficace : je fais en deux semaines
ce que j’ai fait en quatre mois de chez
moi », se félicite-t-il.
Sur le plateau dédié aux microentrepreneurs où il est installé, chacun développe en solo sa propre affaire. Mais
les échanges sont stimulants. « Nous
sommes tous dans le même bateau.
Dans les espaces communs, on parle finance, gestion, achats… En plus, ces
locaux partagés hébergent aussi des
grosses boîtes qui ont réussi. Cela nous
tire vers le haut », témoigne le jeune
chef d’entreprise.
Le principe des bureaux partagés
connaît un essor fulgurant. Les créateurs de petites structures trouvent
plaisir à se mêler à d’autres pour vivre
les hauts et les bas de leurs aventures
professionnelles, tout en se déchargeant des contraintes matérielles liées
aux locaux.
Anticiper sa croissance
Geoffrey Chapuis, jeune chef d’entreprise, commercialise sur Instagram des tee-shirts
et des casquettes précommandés par ses clients. @GEOFFREYCHAPUIS
« Dans les espaces de coworking, on
ne fait pas de bail. C’est un contrat de
prestation de services à durée illimitée, que l’on peut résilier avec un
préavis de 1 à 3 mois », souligne Mathilde Lebatteux, directrice commerciale chez Bureaux à Partager,
une plateforme de mise en relation
entre loueurs et chefs d’entreprise.
Cette apparente simplicité n’empêche pas qu’il convient, en s’engageant, de penser à quelques détails
d’importance. « Tout d’abord veiller à
bien s’assurer », recommande Mathilde Lebatteux.
En effet, la responsabilité civile de
l’entrepreneur ne couvre que les
dommages causés à autrui. Pour les
éventuels dégâts matériels, il s’agit
de vérifier si l’assurance est intégrée
dans le contrat de prestation. C’est
en général le cas pour les locations de
très courte durée. Mais, au-delà de
quelques jours, c’est au locataire de
souscrire une assurance multirisques
bureaux. Ensuite, il faut aussi prévoir
les frais annexes liés à l’utilisation de
salles de réunion, de photocopieuses
ou de machines à café. Et aussi anticiper sa croissance. « Pour éviter
d’avoir à déménager, il faut avertir
l’espace de coworking au plus vite.
Cela permet de faire évoluer les bureaux en fonction des besoins des
clients », ajoute Mathilde Lebatteux.
Bien sûr, dans les bureaux partagés,
quelques règles de vie comme ne pas
laisser traîner ses affaires ou respecter la concentration et la confidentialité sont indispensables. « Mais le
plus important est de très vite s’intégrer. Ne pas hésiter à se présenter aux
autres, à participer aux rencontres
que nous organisons, à se faire des
amis, suggère Mathilde Lebatteux. Il
faut en profiter pour être flexible, apprendre des autres de nouvelles méthodes de travail. C’est la partie communautaire qui fait la valeur ajoutée
du coworking. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
DOSSIER
« Je suis dans une
logique inverse de
celle des start-up »
Capucine Graby
Cette grande voyageuse crée
des escapades sur mesure
pour les globe-trotteurs
en quête de destinations atypiques.
OLIVIA DÉTROYAT £@ Oliviader
Douce soirée de printemps, dans un
appartement de l’Ouest parisien décoré
avec goût. Présidant une tablée d’une
dizaine de personnes, Capucine Graby
anime tout en sourire et avec passion
un dîner pour le moins original, sur le
thème du poulpe… Recettes goûteuses
dans les assiettes concoctées par un de
ses amis, accompagnées d’une liste de
destinations dépaysantes où l’on trouve l’octopode, l’auditoire est tout ouïe.
Étonnamment, la glace est vite rompue
entre ces convives qui ne se connaissaient pas quelques minutes auparavant et qui échangent vite bonnes
adresses et anecdotes de voyage.
Nous sommes dans un des dîners organisés, le plus souvent chez elle, par
Capucine Graby. Des repas privés pour
75 à 80 euros et parler voyages, destinations inconnues ou expériences inédites. Prochain voyage : le 17 octobre.
Au menu : l’Inde, que la journaliste de
formation a redécouverte cet été. Le
13 octobre, ce sera un atelier d’écriture
autour du voyage.
Après être passée par diverses rédactions (BFM Business, Le Figaro, i-
Télé…), cette quadragénaire férue de
voyage s’est en effet lancée il y a quatre ans dans l’aventure de l’entrepreneuriat en créant MyMoonSpots, mes
bonnes adresses sur la lune. Un blog
de voyage et une newsletter tout
d’abord, auxquels s’abonnent rapidement 3 000 personnes. Ce succès lui
donne des idées. Elle décide de monter
sa boîte, pour monétiser le succès de
son site et y décliner les inspirations
pour ses abonnés mais aussi les services autour de sa passion.
Organisation de dîners privés à Paris ou New York, préparation de
voyages de presse ou sur mesure pour
des particuliers et sociétés (par l’intermédiaire d’une agence de voyages
partenaire), réservations pour ses
clients les plus fidèles, organisation
d’expériences insolites comme ce
week-end au ski avec un champion
olympique… L’entrepreneuse n’est
jamais à court d’idées. Toujours avec
le même objectif : inciter les gens à
sortir des sentiers battus.
«J’ai écrit il y a quelques années un livre avec Marc Simoncini (fondateur de
Meetic et Sensee NDLR) sur les startuppeurs. Je pense que cela m’a décomplexée sur l’entrepreneuriat. De toute
En solo mais accompagné
Entreprendre seul ne doit pas rimer
avec isolement.
CÉLINE TRIDON
Avec plus de 550 000 entreprises créées
en 2017 (chiffres Insee), l’entrepreneuriat tente un nombre croissant de Français, de salariés notamment. Mais franchir le pas pour entreprendre seul ne
peut donc pas s’envisager sans un minimum de soutien. « Dans la société actuelle, explique Héloïse Tillinac, auteur du
Guide du solo-preneur (éditions Gualino),
il y a une évidence salariale mais pas encore une évidence “solopreneuriale“. Aussi,
chacun se construit comme il peut, en attendant d’obtenir des repères clairs. C’est
pourquoi il faut se faire accompagner pour
trouver sa place, son identité, son rythme… et faire comprendre à son entourage
sa nouvelle situation. »
L’objectif ? Aider l’entrepreneur dans
son changement de paradigme s’il s’agit
d’un ancien salarié et réduire le doute et
l’anxiété parfois inhérents au projet entrepreneurial. « Il faut toujours vérifier
que la personne ait les présupposés pour
réussir, comme la capacité à s’organiser
ou à gérer le stress, entre autres. Dans un
premier temps, l’accompagner signifie
l’aider à choisir : peut-elle réellement se
lancer dans cette aventure ? », souligne
Sophie Jalabert, directrice générale de
BGE, réseau d’accompagnement à la
création d’entreprise. L’experte parle de
« cohérence personne–projet » : ou comment s’assurer que le futur entrepreneur
pourra endosser ce rôle sur le long terme.
Les différents interlocuteurs à sa disposition lors d’une création d’entreprise pourront lui détailler ce qu’est le
quotidien d’un entrepreneur afin de
mieux s’y projeter. D’où l’importance
de se constituer dès le départ un réseau, une ressource aussi précieuse que
l’aide au financement ou les premiers
contacts de fournisseurs. « Il y a une
vraie problématique d’isolement, ajoute
Sophie Jalabert. C’est pourquoi le futur
entrepreneur doit pouvoir multiplier les
contacts avec d’autres personnes. » Le
réseau d’entrepreneurs permet de ne
pas être seul, de se placer dans un environnement de personnes qui partageront les mêmes problématiques, voire
échangeront des conseils.
La convivialité
de la machine à café
Le risque est en effet de poursuivre son
activité sans prendre le recul nécessaire
pour bien la piloter. Le besoin d’accompagnement ne se fait pas sentir uniquement à la création, mais tout au long de la
vie de l’entreprise. Pour Héloïse Tillinac,
il s’agit même de retrouver des « petites
choses du quotidien qui permettent de sortir de l’isolement ». Pour cela, incubateurs, pépinières et espaces de coworking facilitent les rencontres entre
homologues. « Ces espaces favorisent les
synergies avec des personnes plus ou
moins proches de son domaine et ils offrent, a minina, une forme de soutien moral. D’une certaine manière, cela remplace
les discussions à la machine à café du
temps où la personne était salariée »,
ajoute Héloïse Tillinac.
Comme auprès des réseaux professionnels, il est aussi possible d’y échanger des expériences, sorte de trocs de
services, monnayables ou non, qui ajoutent des compétences à celles de l’entrepreneur solo. S’entourer, c’est aussi inscrire, dans son carnet d’adresses, des
contacts à solliciter quand l’entrepreneur se trouvera face à une tâche qui sort
de son domaine de compétence.
Enfin, la formation favorise elle aussi
les connexions. Souvent délaissée par
les entrepreneurs, elle est pourtant un
véritable vivier d’idées nouvelles. Les
différents participants s’enrichissent
du groupe, ils réfléchissent ensemble.
Chacun peut ainsi appliquer dans son
projet personnel ce qu’il a appris en
groupe. « Et c’est aussi une première façon de travailler en réseau », complète
Sophie Jalabert. ■
7
façon, dès que j’ai été en CDI quelque
part, je me suis vite sentie oppressée »,
explique-t-elle.
Chaque adresse est testée par Capucine elle-même, sur ses propres deniers, pour rester la plus objective possible. « Je prépare beaucoup en amont
mes propres voyages pour aller dans les
lieux les plus singuliers. Et quand les
gens font appel à moi, je prends toujours
un café avec eux pour cerner leurs envies et leurs habitudes. Avec le temps, je
sais ce qu’ils aimeront et ce qui les surprendra », explique la globe-trotteuse.
Elle doit pourtant éviter de trop éventer ses précieuses cachettes. Un équilibre difficile à trouver entre confidentialité des bons « spots » de la planète et
notoriété du site.
Tout faire toute seule
MyMoonSpots affiche aujourd’hui
120 destinations pour différents budgets mais le plus souvent kids friendly,
Capucine voyageant souvent avec ses
trois enfants. Accueillant dès le départ
les bannières publicitaires de Chanel
puis d’autres marques de luxe, MyMoonSpots a tout de suite été rentable.
Les activités annexes : dîners, conciergerie de luxe… constituent le deuxième pilier financier du site. Victime de
son succès, l’entrepreneuse, qui a fait
de son nom sa marque de fabrique,
commence à toucher du doigt les limites de l’entrepreneuriat en solo.
Tout passant par son regard expérimenté, elle doit repenser son organisation, notamment en se délestant de
certaines tâches. « Je réponds personnellement à tous ceux qui m’écrivent.
Je m’occupe aussi souvent des réservations, ce qui, jusqu’ici, me prenait trop
de temps. Dans quelques semaines, les
Moon Spotters seront mis en lien direct
avec les adresses de la collection pour
réserver. »
Mais il n’est pas question encore
d’embaucher, malgré un emploi du
temps chargé : elle continue à narrer
ses périples dans les colonnes et sur
les antennes qu’elle a fréquentées.
« J’ai tellement peur que l’on dénature
mon approche cousu main que je préfère tout faire toute seule. Les gens viennent d’ailleurs sur MyMoonSpots pour
avoir les conseils et les émotions que
j’ai pu ressentir lors de mes voyages. »
Capucine Graby
créatrice
de MyMoonSpots.
MÉLANIE BORDAS
Une croissance à son rythme qu’elle
assume, quitte à atteindre un palier. « Je
suis dans une logique inverse de celle des
startuppeurs classiques qui ont souvent
un business plan très précis et veulent
grossir vite pour se faire racheter. C’est
une approche moins speed en accord avec
moi-même, c’est-à-dire avec passion,
mais qui marche aussi. La sincérité est
devenue la clef de mon business », plaide
la maman de trois enfants.
Accompagnés dès 2015 par le cabinet
de conseil en stratégie Altermind, Capucine et son bébé MyMoonSpots commencent toutefois à sonder l’extérieur
pour accompagner cette dynamique.
Des contacts ont déjà été pris avec certains groupes pour des collaborations,
voire - pourquoi pas ? - faire entrer des
investisseurs pour que MyMoonSpots
puisse continuer à ouvrir de nouveaux
sentiers à explorer. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
8
DOSSIER
« Grâce au statut d’autoentrepreneur, je
n’ai pas hésité à créer ma boîte » Anne Houal
La microentreprise
en rythme de croisière
Installée à Saint-Malo, Anne Houal a créé sa petite entreprise Légèreté d’être,
qu’elle gère avec la même rigueur qu’une grande.
300
CRÉATIONS ANNUELLES DE
MICROENTREPRISES, en milliers
Source : Insee
350
241,8
250
200
HENRI DE LESTAPIS
Après avoir été coiffeuse à Paris et à
Rennes, Anne Houal a décidé de se mettre à son compte à Saint-Malo. Elle y a
ouvert un salon de coiffure et de massage
de la tête. Depuis six ans, elle fait bon
ménage avec le statut d’autoentrepreneur (ou plus exactement de microentrepreneur). « Grâce à ce statut, dit-elle, je
n’ai pas hésité à créer ma boîte. » Elle ne
tarit pas d’éloges sur la microentreprise.
La grande facilité de ce statut, qui permet
de créer son entreprise en ligne dans la
journée et de ne pas payer de cotisations
sociales tant qu’on ne réalise pas de chiffre d’affaires, lui a mis le pied à l’étrier il
y a six ans.
Anne était alors coiffeuse, animée par
l’idée de créer un nouveau concept : un
salon de coiffure où l’on masse la tête du
client durant trois quarts d’heure, avant
de le shampouiner et de le coiffer. En
somme, un véritable soin du crâne, d’où
l’on ressort détendu comme un aï. Anne
s’est installée à Saint-Malo. Un choix
mûrement réfléchi, puisque n’en déplaise aux fantômes des corsaires, l’ancien
bastion de Surcouf est devenu un haut
lieu de la thalassothérapie.
Elle a débuté par des prestations dans
les hôtels et à domicile, en comptant sur
ses seuls mollets pour se déplacer. « J’ai
investi mes économies dans un vélo avec
une charrette, sur laquelle j’ai fait imprimer le logo de mon entreprise Légèreté
d’être, explique-t-elle. Je faisais ainsi ma
publicité en me déplaçant. J’ai aussi créé
un site Internet et j’ai démarché autour de
moi. » Avec succès.
tants imposables, elle insiste néanmoins
sur la nécessité d’être rigoureux et organisé : « Il faut scrupuleusement comptabiliser ses recettes et faire ses déclarations
tous les mois ou tous les trimestres, explique-t-elle. Pour ma part, même si ça n’est
pas une obligation, j’ai trois comptes en
banque : l’un où je place l’argent qui sert à
payer le RSI (régime social des indépendants), l’autre pour l’entreprise, le troisième personnel. »
Au fil du temps, Légèreté d’être a gagné en notoriété. Les Malouins séduits
par le massage ont fait travailler le bou-
che-à-oreille. Anne s’est installé dans
un confortable cabinet en ville. Le chiffre d’affaires de la petite entreprise a
grimpé. Il affleure aujourd’hui le seuil
limite des 70 000 euros, au-delà duquel
une microentreprise de services doit
passer au statut d’entreprise à part entière. Pour une activité de commerce
ou alimentaire, le seuil de chiffre d’affaires est de 170 000 euros. « Le statut
de microentreprise n’est donc pas idéal
pour tout le monde !, précise Anne. Tout
dépend de l’activité. Il faut être vigilant,
et surveiller régulièrement son chiffre
150
d’affaires pour voir si l’on est toujours
dans les clous. »
Le statut n’ayant pas de limitation dans
le temps, Anne n’est pas tenue de changer.
Seul le succès croissant de son activité lui
dictera la conduite à tenir. Désormais bien
rodée au fonctionnement d’une entreprise, elle perçoit néanmoins cette éventualité sans appréhension. Elle s’interroge
même sur la création d’une franchise où
elle dupliquerait sa méthode de massage
de la tête, visiblement très au point. Même
les chauves vont enfin trouver une raison
de retourner dans les salons de coiffure… ■
100
50
0
2009 10 11 12 13 14 15 16 17
SARL :
LA FORME
LA PLUS
RÉPANDUE
Fiscalité, charges sociales : un régime simplifié
Si le mot autoentrepreneur
s’est imposé dans la vie courante,
les termes officiels sont en fait
microentreprise et microentrepreneur
depuis 2016. Son activité,
l’autoentrepreneur l’exerce dans
le cadre d’une entreprise individuelle qui
relève d’un régime fiscal et d’un régime
social simplifiés, ceux
de la microentreprise. Sur le plan fiscal,
le microentrepreneur n’est pas
assujetti à la TVA. Il est imposé à l’impôt
sur le revenu. Le bénéfice est calculé
de façon forfaitaire par l’administration
fiscale. Ce régime fiscal est valable
jusqu’à 70 000 € de chiffre d’affaires
annuels pour les activités de services
et de 170 000 € pour les activités
de commerce. Sur le plan social,
les cotisations sociales, calculées
en fonction du chiffre d’affaires,
sont déclarées chaque mois ou chaque
trimestre et payées à ce rythme,
sans décalage dans le temps.
B. J.
Anne Houal a débuté
par des prestations
dans les hôtels
et à domicile avant
d’ouvrir son cabinet.
Trois comptes en banque
LÉGÈRETÉ D’ETRE
Car Anne ne s’est pas improvisée masseuse de tête. En vraie passionnée du
bien-être, elle a suivi des formations,
s’est rendue dans différents pays d’Asie
pour y rencontrer les meilleurs spécialistes de ce domaine. Au fil du temps, elle a
mis au point ses propres méthodes. Si elle
reconnaît volontiers les qualités du statut
de microentrepreneur, où l’administration fiscale se charge de calculer les mon-
François Hurel : « Les Français sont prêts à contribuer à la création
d’activités dans leur voisinage »
PROPOS RECUEILLIS PAR
BRUNO JACQUOT bjacquot@lefigaro.fr
Président de l’Union des autoentrepreneurs, François Hurel explique les évolutions nécessaires à apporter à ce statut.
LE FIGARO. – Le régime de l’autoentrepreneur aura dix ans en 2019.
Quel bilan peut-on dresser ?
François HUREL – Un bilan très positif
puisque ce régime a indiscutablement
changé le regard des Français sur l’entrepreneuriat, l’initiative et même le travail. Quand le régime de l’auto-entrepreneur a été créé en 2009, la France
s’est inspirée de ce qui existait de mieux
dans beaucoup d’autres pays, par exemple en Grande-Bretagne, aux États-Unis,
au Brésil et en Australie… Nous avons,
sans doute aujourd’hui, le meilleur dispositif de création d’activité. L’une de
ses vertus est d’être universel et il
s’adapte à toutes les activités, que l’entrepreneur s’y consacre exclusivement
ou en la cumulant avec une autre source
d’activités ou de revenus. Certains y
consacrent 100 % de leur temps,
d’autres 10 %. Autre vertu, il est très
simple et toutes les formalités sont faites
en ligne. Enfin il est sans surprise puisque le prélèvement à la source est appliqué pour les cotisations sociales et les
impôts, sans décalage dans le temps.
L’auto-entrepreneur sait dès le départ ce
qu’il devra payer. Il sait donc ce qu’il devra facturer. Statistiquement, c’est un
succès puisque 350 000 nouvelles activités se créent tous les ans. Maintenant si
nous avons la plus belle pouponnière du
monde nous ne savons pas suffisamment
bien les faire grandir et profiter de toutes
les potentialités.
Pourquoi ?
Le système dans sa forme actuelle présente encore deux imperfections. D’une
part, les auto-entrepreneurs ne disposent pas d’un cadre juridique pour travailler ensemble et donner
ainsi une plus grande envergure à leur activité. D’autre
part, il leur est souvent difficile de trouver les 10 000 à
50 000 euros nécessaires
pour franchir les étapes d’une
croissance future.
tester leur association. Nous sommes les
champions des formes juridiques d’entreprises. Pourtant aucune n’offre vraiment la
souplesse que souhaitent les auto-entrepreneurs. Il reste donc à inventer une forme d’association commerciale qui pourrait
s’inspirer du partnership tel qu’il existe en
droit anglais. S’ils apprenaient à travailler
ensemble, ils pourraient alors proposer des
prestations plus étoffées, complémentaires
et même créer leurs propres plateformes.
Ce serait une évidente manière de faire
grandir ces autoentrepreneurs.
Quel type de financement
serait le mieux adapté ?
Il existe de nombreux réseaux d’appui – CCI, CMA,
BGE ou Adie. Ils s’inscrivent
dans une démarche d’intermédiation en faisant le lien
entre les créateurs de petites entreprises et les banques. Mais elles ne peuvent
traiter tous les dossiers et
tous les projets de développement. La meilleure solution reste, à mon avis, la
mobilisation de l’épargne
de proximité. Les Français
créé
sont très attachés à leur terL’autre frein, selon vous,
à côté
ritoire et sensibles à son déserait la difficulté pour
veloppement économique.
les autoentrepreneurs
de chez eux
Ils sont prêts, j’en suis cerde s’associer… Pourquoi
et avec leur
tain, à contribuer, à la créan’est-ce pas si facile ?
contribution
tion et au développement
Un travailleur indépendant,
d’activités dans leur voisis’il cherche à s’associer, ne
FRANÇOIS HUREL
nage. Ils le sont d’autant
veut pas forcément s’engager
plus qu’il ne s’agit pas d’investissements
dans une forme juridique trop rigide. Pour
importants et les Français n’ont pas beles entendre, je suis certain qu’ils préféresoin de grandes leçons d’économie pour
raient un format juridique souple, agile,
comprendre que l’emploi de demain
une sorte de droit de « s’allier » pour trasera mieux créé à côté de chez eux et
vailler avec amis ou relations professionavec leur contribution.
nelles, pour répondre à des opportunités et
Un autre frein – du côté des donneurs
d’ordre, cette fois – reste le risque
de requalification en emploi salarié
d’une prestation servie par un travailleur
indépendant : cela peut dissuader
des grandes entreprises de faire appel
à des autoentrepreneurs…
Ce qui est compréhensible. La requalification d’un travailleur indépendant en salarié
est passible d’une triple sanction, y compris pénale, pour travail illégal. La France
perd ainsi une potentialité de 1,5 million
d’activités nouvelles. Réduire le risque de
requalification ne sera possible qu’en faisant converger les droits sociaux qui motivent la requalification par le juge. Un pas a
été fait avec la création récente d’un amortisseur chômage dans le texte de Muriel Pénicaud. Il ne faut pas s’arrêter en chemin,
l’enjeu économique et social est trop important. Toute autre démarche et notamment celle qui envisagerait de faire contribuer des plateformes aux cotisations
sociales des gens qui travaillent pour elles
n’aboutirait qu’à la création d’un troisième
statut de « travailleur pauvre », à mi-chemin entre salarié et indépendant. Évitons à
tout prix que des auto-entrepreneurs deviennent économiquement dépendants et
socialement subordonnés. ■
C’est en quelque sort du crowdfunding
et il existe déjà de nombreuses plateformes
Internet…
Ces plateformes ne couvrent pas tous les besoins de financement. Et les Français qui investissent, si le projet aboutit,
retrouvent leur mise. En cas
d’échec, en revanche, ils ne
peuvent déduire les pertes. De
même, en 2003, ont été créés les
fonds d’investissement de
proximité (FIP) mais c’est un
outil réservé à des projets de plus
grande dimension. Je suis
convaincu que les collectivités
locales et leurs élus ont un rôle à
Les Français jouer dans le développement
d’une véritable mobilisation de
n’ont pas
l’épargne de proximité. Je
besoin de
compte sur l’attention à ce sujet
grandes leçons des parlementaires qui étudieront bientôt la loi de croissance
d’économie
Pacte. Je sais qu’ils sont nompour
breux, notamment autour de la
présidente de la commission
comprendre
spéciale à l’Assemblée, Olivia
que l’emploi
Grégoire, à s’intéresser à ces
de demain
questions. C’est maintenant
avant qu’il ne soit trop tard.
sera mieux
»
La SARL - société
à responsabilité limitée est constituée
au minimum de deux
associés. Elle permet
la création d’une société
avec peu de capitaux :
1 euro suffit et 20 % de ces
capitaux doivent être
libérés à la création
et le solde versé
dans les cinq ans
qui suivent la constitution
de la société.
La responsabilité
des gérants est limitée
à leur apport. Cela signifie
que si la SARL rencontre
une difficulté, les associés
ne perdront que
leur apport, qu’il soit en
nature ou en numéraire.
Les associés se réunissent
au minimum une fois par
an en assemblée générale
ordinaire où sont
approuvés les comptes
annuels et les décisions
ordinaires. La SARL
est soumise à l’impôt
sur les sociétés.
LA SA, POUR
LES PROJETS
IMPORTANTS
La SA - société
anonyme - rassemble
des personnes
qui peuvent ne pas
se connaître
et dont la participation est
fondée sur les capitaux
qu’ils ont investis dans
l’entreprise. Son capital
social est donc composé
d’actions et ne peut être
inférieur à 37 000 euros.
Il existe deux modes
de gestion possible
de la SA : avec un conseil
d’administration
et un directeur général,
ou avec un directoire
et un conseil de
surveillance. Une SA
doit aussi désigner
un commissaire
aux comptes titulaire
et un suppléant dès
la constitution. Les statuts
de la SA doivent être
réalisés par écrit
et respecter
une procédure stricte.
La SA est soumise
à l’impôt sur les sociétés.
Elle peut néanmoins
opter, à certaines
conditions, pour le régime
des sociétés de personnes,
pour une durée
de cinq ans maximum.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
en collaboration avec
La mission sociétale des entreprises
sur le devant de la scène
Aujourd’hui, de nombreuses entreprises s'engagent en éclaireurs dans l’élargissement de leur statut afin d’inscrire dans
leur objet social le sens de leur action.
entreprises l’ont déjà expérimenté.
Partager la croissance et inscrire dans
son ADN, la promesse d'une gestion
plus respectueuse de son écosystème,
certains établissements français s'y
sont déjà appliqués. D'autres s'y sont
intéressés plus récemment. C’est
ainsi que les fondations d’entreprise
ont fleuri depuis une décennie.
Grâce à ses multiples actions, cette
banque responsable participe au
développement économique de la
région et s'engage sur son territoire.
FOCUS
Les berges de la rivière Saone à Lyon.
A
vec plus de 140 000
PME/ETI (Source : BPI
France Le Lab 2018) en
France, il est logique que
ces dernières aient un
impact sociétal important. Aujourd’hui,
les PME emploient d’ailleurs plus de
six millions de salariés (Source : Insee
2017). Afin d’allier économie et société,
ces entreprises françaises pourraient
bientôt être accompagnées par un
projet de loi destiné à améliorer leur
croissance. Le gouvernement a, en
effet, la volonté de mettre à disposition
des entreprises, un cadre nouveau dont
l’objectif est d’alléger leurs contraintes
et les inviter à plus d'audace.
par exemple, par l'élargissement
du nombre de bénéficiaires de
l'intéressement et de la participation
aux résultats. Il existe aussi au
cœur de ce dispositif, la volonté
d'inscrire dans la loi une mission
élargie de l'entreprise, à la fois
économique et sociétale.
Nous assumons
pleinement cette
responsabilité sociétale
Dans le même temps, l'exécutif tient
à ce que cette amélioration du tissu
économique, et notamment des PME,
se fasse avec un meilleur partage des
fruits de leur croissance. Cela passe,
Vers une floraison
d’engagements
Ce que la loi Pacte (plan
d'actions pour la croissance et la
transformation des entreprises)
entend aujourd'hui instituer, certaines
© Christian Ganet
© Getty images/Tu xa Ha Noi
« Nous sommes une banque,
nous finançons l’activité, et nous
assumons
pleinement
cette
responsabilité
sociétale.
Mais
ce rôle nous oblige. Il n’est pas
que financier », déclare Philippe
Delacarte, président du directoire
de la Banque Rhône-Alpes et de la
fondation d’entreprise.
Une mobilisation profonde
En acteur convaincu de sa
responsabilité envers les territoires,
la Banque Rhône-Alpes s'engage
dans une politique de responsabilité
sociétale de plus en plus impactante.
Pour ce faire, elle s'est inscrite
en éclaireuse en créant sa propre
fondation d'entreprise. C'était en
2005. « L’objet de la fondation est
de structurer, sur notre territoire,
l’ensemble de nos actions médicosociétales en faveur du soulagement
de la douleur chez l’enfant »,
souligne Philippe Delacarte. Depuis
deux ans, la fondation soutient
particulièrement des programmes
de recherche autour du cancer
chez l'enfant. Elle a donc participé
au financement d’essais cliniques
pédiatriques pour que ces enfants
bénéficient de traitements adaptés.
MÉCÉNAT ET FONDATION :
UNE ACTION COMMUNE
Depuis douze ans, la Banque
Rhône-Alpes soutient, en
tant que mécène fondateur,
le célèbre théâtre des
Célestins de Lyon. Symbole
des passerelles entre le
monde économique et
le monde culturel, ce lieu
bicentenaire, classé monument
historique, figure parmi les
plus beaux d'Europe. Audelà d’un mécénat culturel,
la Banque Rhône-Alpes
organise ponctuellement des
événements permettant à des
enfants malades d'assister à
des représentations proposées
au théâtre.
Publi-communiqué réalisé par 14HAUSSMANN
Philippe Delacarte,
« Exercer sa responsabilité sociétale, c’est être un acteur engagé »
© Geraldine Aresteanu
Filiale du groupe Crédit du Nord, la Banque Rhône-Alpes accorde une attention particulière à sa clientèle d’entrepreneurs.
La Banque Rhône Alpes, née
de l'agrégation de plusieurs
établissements, a une histoire
originale…
Notre banque fête cette année ses
30 ans. Nous sommes les benjamins
du groupe Crédit du Nord. Cependant,
nos racines sont plus anciennes car
nous sommes issus du rapprochement
de plusieurs réseaux qui comptaient
notamment une banque grenobloise
et une banque ardéchoise. Nous
sommes nés de cette opportunité
saisie par le Crédit du Nord d’acquérir
un établissement local afin de
renforcer son ancrage régional. C'est
une valeur cardinale de notre groupe.
La Banque Rhône-Alpes est une
entreprise à taille humaine, une sorte
de PME bancaire. Nous comptons 600
collaborateurs, nous intervenons dans
10 départements et deux régions.
de ceux qui entreprennent ». Cela se
ressent fortement dans notre activité :
les deux tiers de nos clients sont des
professionnels tels que les commerçants
et les artisans, ou les entreprises / PMEETI - souvent familiales.
En tant que PME de proximité,
comment solidifiez-vous cette
relation qui vous lie à vos clients ?
Notre première responsabilité sociétale
est à mon sens d’accompagner
nos clients dans leurs projets. Nous
sommes un acteur économique et
nous contribuons au développement
du territoire. En 2017, notre production
de crédit a progressé de près d’un tiers,
c’est considérable. Favoriser le crédit,
c’est déjà assumer une responsabilité
sociétale.
Notre maillage territorial nous permet
d'être au plus proche des centres de
décisions de nos clients. C'est une
politique très volontariste d'intégrer
au niveau le plus fin les cercles
entrepreneuriaux et d'avoir ainsi
une forte connexion avec le tissu
économique local. Notre conseil de
surveillance associe, par exemple,
cinq administrateurs externes qui
sont des chefs d’entreprise des
différents territoires que nous
couvrons. Nous encourageons aussi
les collaborateurs à être actifs dans
des instances telles que la CCI, la
CPME, le réseau Entreprendre… Nous
aimons nous définir comme « la banque
Parmi les valeurs que vous
défendez, le rôle sociétal de la
banque est en pole position…
sont exigeants. Ils attendent de notre
part de la proximité et de la réactivité.
Nos organisations sont donc très
horizontales : il n'y a que trois niveaux
hiérarchiques. Du fait de notre ancrage
territorial, 95% des décisions de crédit
sont prises régionalement.
soixantaine de collaborateurs, venus
spécialement à Paris, ainsi que 300
personnes appartenant au groupe
Crédit du Nord. Pour nous, exercer sa
responsabilité sociétale, c’est être un
acteur engagé dans la cité.
L'engagement de la Banque
Rhône-Alpes
sur
son
territoire prend-il d'autres
formes ?
L’aspect sociétal fait partie
intégrante des enjeux économiques.
Quant à l'enjeu économique de
l’entreprise, il dépasse celui strictement
financier. On peut mettre en place
des actions pour accompagner les
clients, mais nous avons aussi un devoir
d’exemplarité. J'en veux pour preuve
notre implication dans le mécénat
culturel. Le plus emblématique
Notre première
étant celui avec le théâtre des
responsabilité sociétale
Célestins.
Notre
fondation
d'entreprise permet également
est d’accompagner
de mobiliser nos salariés dans
nos clients
la recherche pour les enfants
atteints de cancers. Cela notamment
Pour faciliter l'accès aux financements,
au travers de la course « Enfants sans
nous misons sur les circuits courts.
cancer » à laquelle participent une
Entrepreneurs comme particuliers,
LYON
GRENOBLE
FICHE D’IDENTITÉ
Dénomination :
Banque Rhône-Alpes
Date de création : 1988
Collaborateurs : 627
Périmètre géographique :
Ain, Ardèche, Côte-d’Or, Doubs, Drôme,
Isère, Jura, Loire, Rhône, Saône-et-Loire
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
10
LA VIE DES ENTREPRISES
La Botte Gardiane avance à son rythme
L’entreprise gardoise
privilégie
une croissance
lente et maîtrisée
pour ne pas grandir
trop vite.
TEMPS FORTS
ORIGINES
La Botte Gardiane est créée
en 1958.
FRATRIE
En 2002, Antoine Agulhon
succède à son père, qui avait
racheté la société en 1995.
Il est rejoint par son frère
Julien et sa sœur Fanny.
GUILLAUME MOLLARET £@Newsdusud
ENVOYÉ SPÉCIAL À AIGUES-VIVES (GARD)
LA PME DU MOIS Sa main embrasse le
cuir pour le présenter à la pique d’une
machine à coudre. Apposée à la tige
d’une botte, la lanière est recourbée
afin d’être fixée à l’extérieur puis à
l’intérieur d’une bottine de cuir de
veau. Arrivées par plaques dans l’atelier d’Aigues-Vives (Gard), les peaux
travaillées par les 21 salariés de la Botte
Gardiane sont coupées, trouées, cousues, collées, formées par une huitaine
de métiers organisés selon une logique
industrielle de marche en avant.
« Nous produisons environ 12 000 paires de bottes, chaussures et sandales par
an, soit environ 40 par jour. Notre capacité de production est de 15 000 paires
annuelles, mais nous ne sommes pas
pressés d’atteindre ce plafond », sourit
Antoine Agulhon, depuis son bureau
dominant l’atelier flambant neuf inauguré au printemps. Au sein de la Botte
Gardiane, les dirigeants ne sont pas
adeptes de la croissance à tous crins. Ici,
on la préfère lente mais sûre. L’entreprise a réalisé 1,2 million de chiffre d’affaires en 2017.
Si, en 2017, l’entreprise a connu une
croissance de 16 %, elle le doit
d’abord à l’amélioration de son process industriel et à la création de nouvelles gammes plus qu’à une volonté
farouche de développer une croissance forte et rapide. « Nous sommes
vraiment l’anti-start-up. Notre logi-
Antoine et Julien Agulhon,
dans les ateliers
de la Botte Gardiane,
à Aigues-Vives (Gard).
DÉMÉNAGEMENT
En 2018, l’entreprise s’installe
dans des locaux flambant
neufs à Aigues-Vives,
en Camargue.
GMOLLARET/LE FIGARO
que est de développer et diffuser un savoir-faire en respectant les métiers »,
détaille Antoine Agulhon. Ainsi, cette
société labellisée Entreprise du patrimoine vivant (EPV) travaille notamment avec des cuirs de la société
Degermann, une tannerie alsacienne
qui est aussi fournisseur d’Hermès.
Cogérant avec son frère cadet Julien, Antoine Agulhon a repris voilà
quelques années l’entreprise gérée
par son père alors qu’elle traversait
des difficultés. « Lui-même avait repris cette société à la barre du tribunal
de commerce en 1995, raconte le quadragénaire. L’entreprise réalisait alors
25 000 francs de vente (3 750 euros) !
Je suis arrivé en 2002, dès ma sortie de
la fac, après mon master en finances. À
l’époque, je vivais au-dessus de l’usine.
Il y avait 6 salariés. J’étais à la fois à la
production, au commerce et à la comptabilité. »
Construits aux portes de la Camargue, les ateliers de la Botte Gardiane
n’ont pas toujours été installés ici. Ils
se trouvaient dans un premier temps à
La Calmette, un village au nord de Nî-
mes. Une inondation a convaincu
l’entreprise de déménager à une trentaine de kilomètres, à Villetelle, près
de Sommières. « Là-bas, explique Julien, nous avions un problème de place
et il nous manquait une visibilité. En
s’installant aujourd’hui à Aigues-Vives
en bordure de route nationale, nous
avions l’ambition de créer un magasin
d’usine. »
« Un prêt ? Pour quoi faire ? »
D’un point de vue commercial, les dirigeants ont, depuis quelques années, fait
le choix de réduire le nombre de distributeurs en vendant notamment leur
production sur le site Internet de l’entreprise (16 % des ventes) et dans des
boutiques à Paris, Lyon et Aigues-Vives
et gérées par Fanny, la sœur des deux
dirigeants. « Opérer ainsi nous a permis
d’arrêter les salons qui représentent un
investissement qui ne rapportait que deux
semaines de chiffre d’affaires. Pour une
entreprise comme la nôtre, c’est bien peu.
Par ailleurs, si nous étions plus distribués,
nous ne ferions pas de marge », détaillent
les dirigeants.
Ce recentrage valable pour la France, ne l’est pas à l’exportation, où la
Botte Gardiane réalise 32 % de ses
ventes, notamment au Japon, aux
États-Unis et d’autres pays européens. « Même si les marges sont faibles à l’étranger, ces ventes permettent
de nourrir notre fonds de roulement. On
remarque aussi que dans les pays où
nous avons un bon distributeur, nos
ventes sur Internet s’accélèrent par
ailleurs », précise Julien Agulhon.
Malgré ces revirements nombreux et
récents, la stratégie semble payante :
« L’entreprise n’a jamais perdu d’argent depuis que nous l’avons reprise »,
assurent les deux frères.
Cette réussite tape dans l’œil de la
banque publique Bpifrance qui leur
propose un prêt. « Nous avons décliné,
raconte Julien. Nous nous sommes demandé : “Un prêt ? Pour quoi faire ?”
Dans ce métier, si on veut grossir vite, il
faut mettre des millions d’euros dans le
marketing. Ce n’est pas notre ambition.
Nous avons fait le choix avec mon frère
de travailler quatre jours par semaine.
Nous gagnons 2 000 euros net par mois,
plus des primes en fonction de nos résultats. Cela nous convient très bien. »
Repousser une proposition de Bpifrance n’a pas empêché l’entreprise de
faire appel à sa banque historique, le
CIC, au moment d’investir 1,4 million
d’euros dans sa nouvelle usine. Accompagné par la chambre de commerce et
d’industrie (CCI) du Gard, la Botte Gardiane a monté un dossier auprès de
l’Union européenne pour obtenir une
subvention du fonds de développement
économique régional (Feder) de
185 000 euros ainsi qu’un crédit d’impôts sur les métiers d’art (15 000 euros),
avec le concours de la chambre départementale de métier et de l’artisanat.
Dans l’atelier, plusieurs paires de
chaussures, dont beaucoup sont réalisées à la demande, attendent leurs futurs propriétaires qui ont, sur la route
de leurs vacances, promis de passer directement à l’entreprise pour les récupérer. Située à proximité de Port-Camargue et des plages de La GrandeMotte, la Botte Gardiane compte aussi
sur l’attrait des communes voisines
pour se faire connaître. ■
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LE FIGARO
mercredi 5 septembre 2018
Le CE laisse
la place
au CSE
11
Alexis Vaillant,
fondateur
d’Alterfood.
VIRGILE PUYAU
AVOCAT ASSOCIÉ,
WINSTON & STRAWN
Le Comité social et
économique (CSE) est destiné
à remplacer l’ensemble des
institutions représentatives
élues du personnel
de l’entreprise (IRP).
D’ici le 1er janvier 2020, il
se substituera définitivement
aux délégués du personnel,
au comité d’entreprise
et au CHSCT.
■ La création du CSE
est le produit d’une lente
maturation législative
et de l’aboutissement
d’un processus de fusion
des IRP qui aura pris près de
vingt-cinq ans. L’ordonnance
n° 2017-1387 du 22 septembre
2017 parachève cette
évolution. Elle impose la mise
en place d’un CSE à brève
échéance dans les entreprises
d’au moins 11 salariés
et opère une fusion des trois
institutions (DP, CE
et CHSCT).
■ La fusion est réelle
également du côté
des attributions du CSE et des
modalités d’exercice de ces
attributions. Si l’on retrouve
la plupart des missions
des anciennes instances
représentatives du personnel,
elles sont réorganisées
et simplifiées.
■ Dans les entreprises de 11 à
49 salariés, les attributions du
CSE sont celles de délégués du
personnel « allégés ». Le CSE
reprend la mission principale
des délégués du personnel
en des termes inchangés :
« La délégation du personnel
au comité social et économique
a pour mission de présenter
à l’employeur les réclamations
individuelles ou collectives
relatives aux salaires, à
l’application du Code du travail
et des autres dispositions
légales concernant notamment
la protection sociale, ainsi que
des conventions et accords
applicables dans l’entreprise. »
Cependant, certaines
compétences des délégués
du personnel disparaissent
des prérogatives du CSE des
entreprises de 11 à 49 salariés.
Il en est ainsi de la
consultation des délégués
du personnel sur le CICE
ou encore sur le recours
aux contrats précaires au sein
de l’entreprise.
■ Dans les entreprises
de 50 salariés et plus,
les attributions du CSE
ont aussi fait l’objet
d’un large remaniement.
Si, globalement, le CSE
dans ces entreprises reprend
les attributions des délégués
du personnel, du comité
d’entreprise et du CHSCT,
de nombreuses simplifications
ont été concédées. Le CSE
a toujours pour mission
d’assurer une expression
collective des salariés.
Surtout, il reprend désormais
les compétences du CHSCT en
matière de santé et de sécurité
dans les entreprises de 50
à 300 salariés. Dans
les établissements à risques
et de plus de 300 salariés,
des commissions dédiées
à la sécurité (CSST)
seront mises en place
pour exercer ces attributions.
ALTERFOOD
L’EXPERTISE
LA VIE DES ENTREPRISES
La soif de croissance d’Alterfood
La PME de boissons sans alcool s’est développée sans posséder d’outil de production.
Elle fait une exception pour sécuriser son approvisionnement dans le bio.
MARIE NICOT
AGROALIMENTAIRE Lorsque Alexis
Vaillant passe un été dans les Alpilles, ce
n’est pas pour écouter les cigales. Le
fondateur d’Alterfood, PME spécialisée
dans les boissons sans alcool, a pris une
participation majoritaire dans La
Conserverie de Provence de SaintAndiol (Bouches-du-Rhône). Cette entreprise, qui avait besoin d’un investisseur, produit jusqu’à 5 millions de bocaux et bouteilles de jus de fruits et
légumes par an. Conçu par Marcel Bal,
un des pionniers de la culture bio, cet
outil est à la fois stratégique et symbolique pour Alexis Vaillant.
Depuis sa création en 2009, Alterfood
prospère sans usine. Ses sept marques,
Marcel Bio (soupes labellisées AB),
Hugo le Maraîcher (jus de fruits et légumes), Wat Water (eau gazeuse aromatisée), In/Fusion (tisane glacée bio),
Bahia (fruits exotiques)… sont préparées par des partenaires industriels. Si
l’on ajoute la quinzaine d’autres marques qu’Alterfood distribue, le chiffre
d’affaires, qui s’élevait à 7 millions
d’euros en 2017, est parti pour croître
de 35 % cette année.
À 37 ans, Alexis Vaillant fait une entorse à sa stratégie initiale. « La demande est si forte sur les matières premières
labellisées AB que je dois sécuriser les approvisionnements, explique-t-il. Or La
Conserverie de Provence que je connais
depuis dix ans fidélise une centaine
d’agriculteurs de la région. Pour autant,
le contrôle capitalistique n’est pas une fin
en soi. »
Goût du risque
En dépit de cette exception pour le bio,
Alexis Vaillant reste fidèle à son modèle
sans usine. Une stratégie dictée par la
nécessité. En 2009, le jeune diplômé de
l’ISG de Paris part d’une feuille blanche
avec la rage d’entreprendre par lui-même et une obsession : lancer des produits
sains. « J’ai grandi en Haute-Savoie, près
de la nature, raconte-t-il. Si j’avais été
manuel, je serais devenu cuisinier. Je suis
un excellent vendeur si j’ai la conviction
que le produit est bon pour la santé. »
Le jeune homme pressé est aussi un
adepte du principe anglo-saxon de
l’apprentissage par l’erreur. « Je prends
dix ans pour chaque année de ma vie
d’entrepreneur. J’ai le goût du risque »,
assure-t-il.
De fait, la sous-traitance en alimentaire est en général l’apanage des grandes enseignes comme Casino ou Système U, qui confient la fabrication de leurs
marques à des PME. Pourtant le modèle
évolue : les start-up de la foodtech française n’investissent pas dans des machines mais dans le marketing et la communication. Alexis Vaillant a fait école.
Et pour cause. Les marques d’Alterfood rencontrent le succès dans plus de
4 000 points de vente (Monoprix, Carrefour…). Dégagé des lourdeurs de la gestion industrielle, Alexis Vaillant se
concentre sur l’innovation. Grand
voyageur, amateur de boxe comme de
yoga, il surfe sur les modes urbaines qui
privilégient les produits sains à base de
végétaux. Ses soft drinks remplissent
tous les bons critères : bio, sans sucre
ajouté, détox, « made in France »…
À la fois boîte à idées et machine commerciale, Alterfood a l’avenir devant
elle. En juin, Alexis Vaillant a bouclé sa
première levée de fonds de 3 millions
d’euros auprès de BNP Paribas et de
Rives Croissance, filiale de la Banque
populaire Rives de Paris. L’investissement dans La Conserverie de Provence
de 450 000 euros, emprunts compris, a
tout juste entamé l’enveloppe de 3 millions d’euros. D’ores et déjà, Alexis
Vaillant a recruté sept collaborateurs
pour développer le marketing en ligne
et la présence des marques en magasins
avec l’organisation d’animations, de
dégustations…
Depuis Paris, l’entrepreneur pilote
désormais une trentaine de personnes :
« Après un démarrage en solo, dit-il, je
me retrouve à la tête d’une belle équipe. Je
délègue progressivement. »
Il lui faudra encore de l’énergie pour
s’imposer sur le ring où s’affrontent les
grands comme Coca-Cola et PepsiCo.
Pour se donner une nouvelle virginité,
ces groupes investissent dans des boissons « vertueuses » : les smoothies
Innocent appartiennent à Coca-Cola,
Naked à PepsiCo… Ces ex-petites marques nées dans l’imagination de précurseurs tels qu’Alexis Vaillant sont tombées dans l’escarcelle des géants des
bulles. Ils dépensent sans compter pour
s’offrir les plus prometteuses… ■
Helen Traiteur contre le gaspillage alimentaire
Depuis 2007, l’entreprise de restauration s’est engagée dans une politique RSE.
Elle a mis en place une procédure pour éviter que des produits ne partent à la poubelle.
CÉLINE TRIDON
ENVIRONNEMENT
Comment faire
quand un client commande un cocktail
dînatoire pour 400 personnes alors que
seuls 200 participants sont finalement
présents ? Jeter l’excédent de nourriture ? Pour Helen Traiteur, cette solution
n’est pas envisageable. Le traiteur basé à
Morières-lès-Avignon (Vaucluse) déclenche alors sa procédure antigaspi. « À
partir du moment où la nourriture n’est
pas sortie du camion réfrigéré, et n’a donc
pas subi de rupture de la chaîne du froid,
le réflexe du maître d’hôtel est de proposer
au client de donner la nourriture en trop à
une association », explique Éric-Helen
Louis, président de Helen Traiteur.
Si le client donne son accord, c’est un
système bien rodé qui se met place. Les
produits toujours présents dans le camion réfrigéré sont identifiés. Ils retournent dans les locaux d’Helen Traiteur pour être déchargés en priorité.
Une équipe déconditionne la marchandise (alors présentée sur des plats de réception en Plexiglas ou en verre) pour la
poser sur des plats jetables. Elle la replace sous film alimentaire, la réétiquette et la reconditionne en carton.
Pendant ce temps, le responsable
qualité d’Helen Traiteur sollicite les associations partenaires : les plats reviennent à la première qui dit oui. « C’est
très motivant. L’alimentation n’est plus
jetée mais offerte à des gens qui en ont be-
soin. C’est une grande fierté pour les
équipes, qui sont très impliquées. Une
fois, nous ne trouvions pas d’association
qui disposait de camion réfrigéré. Le maître d’hôtel a alors pris sur son temps personnel pour livrer les repas », ajoute ÉricHelen Louis, convaincu de l’importance
d’une démarche RSE (responsabilité sociale et environnementale) depuis 2007.
C’est en effet cette année-là que l’entreprise reçoit la certification ISO 9001,
sorte de guide pour le management et
l’organisation d’une entreprise. Le dirigeant veut aller encore plus loin, en accord avec l’évolution de la société et les
préoccupations environnementales.
Épaulé par une agence de conseil, il
mène une réflexion globale autour
d’une démarche RSE qui inclurait
l’ensemble de ses 80 collaborateurs. Il
crée un comité du développement durable, depuis rebaptisé comité des possibles. Il rejoint le comité Cèdre de la
région Paca, destiné à appliquer une
avancée de RSE grâce à des échanges
de bonnes pratiques. En octobre 2017,
Helen Traiteur est certifié ISO 20121,
une norme destinée aux entreprises
événementielles soucieuses du développement durable.
En parallèle, Éric-Helen Louis préside l’association des Traiteurs de Fran-
Helen Traiteur privilégie les circuits courts auprès de fournisseurs engagés
et signataires d’une charte d’achats responsables. HELEN TRAITEUR
ce, une fonction qu’il occupe depuis
douze ans. Il y diffuse ses initiatives,
comme par exemple la lutte antigaspillage, qui est suivie par tous les
membres de l’association. « Mettre fin
au gaspillage est un travail de tous les
jours, qui demande une réelle organisation et représente un coût pour l’entreprise. Mais c’est aussi valorisant. Les
batailles sont permanentes», glisse
Éric-Helen Louis.
Jeunes en difficulté
Parmi ses autres efforts : privilégier les
circuits courts auprès de fournisseurs
engagés et signataires d’une charte
d’achats responsables (80 % de l’offre
d’Helen Traiteur est issue d’entreprises
régionales), élaborer des menus avec
des produits de saison, favoriser le tri
sélectif des déchets et former régulièrement les salariés pour les faire monter
en compétences.
Le nouveau projet d’Helen Traiteur
pour la fin d’année 2018 ? Apprendre
l’autonomie alimentaire à des jeunes
en difficulté. La Tablée des Chefs, un
réseau de chefs de renom, interviendra dans différents foyers pour proposer des ateliers culinaires. Le programme a pour ambition d’enseigner aux
jeunes les techniques de base de la cuisine, d’apprendre les bonnes pratiques
alimentaires, d’hygiène et de sécurité,
de sensibiliser à la lutte contre le gaspillage, mais également de partager
des moments conviviaux. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 5 septembre 2018 LE FIGARO
12
LA VIE DES ENTREPRISES
Cousin du président du Medef,
Alexis Roux de Bézieux est épicier à Paris.
HENRI DE LESTAPIS
COMMERCE Le 3 juillet, les patrons
réunis au Medef applaudissaient l’élection de leur nouveau président, Geoffroy Roux de Bézieux. Son cousin germain Alexis est animé par la même fibre
entrepreneuriale. Mais son créneau à
lui, c’est l’épicerie de quartier. Et les
épiciers de quartier, qui n’en sont pas
moins patrons, l’ont porté, en mars, à la
tête de leur Medef à eux : la Fédération
nationale de l’épicerie, caviste et spécialiste en produits bio (FNDECB).
Un choix mûrement réfléchi. Car,
côté petits commerces, Alexis en
connaît un rayon. Son électrocardiogramme à lui ne s’accorde pas sur la ligne oscillante du CAC 40, mais plutôt
sur les battements de cœur économique
des centres-villes, qu’il déplore de voir
s’essouffler au profit des centres commerciaux de périphérie. Il y a dix ans, il
a écrit L’Arabe du coin (éditions Dilecta), avec Thomas Henriot, son pote de
toujours.
À cette occasion, les deux amis sont
allés à la rencontre de dizaines d’épi-
ciers de quartier et se sont plongés jusqu’aux narines dans cet univers.
« L’épicier de quartier, dit-il, c’est le
commerçant chez lequel tout le monde
passe. Il connaît des familles entières.
C’est un acteur du lien social qui contribue à rompre la solitude des villes. Au
cours des 40 dernières années, les épiceries ont été décimées… Aujourd’hui, leur
nombre tend à se stabiliser. »
Alexis s’inquiète tout de même à
l’idée que les supérettes de la grande
distribution continuent à proliférer et à
leur tailler des croupières. Avec les épiciers, il cherche des solutions. « L’avenir des épiceries, ajoute-t-il, passe sans
doute par la formation, la différenciation
de leurs commerces et l’apport de services additionnels. Mais, pour un commerçant, le tournant n’est pas évident à
prendre lorsqu’il a le nez dans le guidon. » L’entrepreneur parle là encore
en connaissance de cause.
Après avoir œuvré plusieurs années
chez Arthur Andersen et EY, puis comme auditeur pour le compte d’une ONG
au Kurdistan irakien, il lance sa toute
première épicerie de quartier en 2009.
Elle ouvre rue Notre-Dame-de-Lorette,
UNIQUE
Alexis Roux de Bézieux
est le président
de la Fédération nationale
de l’épicerie,
caviste et spécialiste
en produits bio.
dans le IXe arrondissement de Paris, à
l’enseigne Causses. Il y a placé toutes ses
économies.
Dans cette boutique où Coca-Cola n’a
pas droit de cité, on ne trouve que des
bons produits du terroir français
qu’Alexis achète auprès de 200 fournisseurs soigneusement ciblés. C’est un
endroit qui fleure le vrai jambon du
Sud-Ouest, le cageot de peuplier et le
légume fraîchement sorti de terre.
« Nous ne sommes ni des ayatollahs du
bio, ni une épicerie fine onéreuse. Mais
une épicerie normale, avec juste des bons
produits, explique l’entrepreneur. Le
panier moyen tourne aux alentours de 10
ou 15 euros. La clientèle est en quête de
saveurs authentiques. Elle vient chercher
une alimentation de qualité dans une am-
comme votre vision de demain.
IMAGINONS L’AVENIR
biance conviviale. Causses, c’est le magasin que j’avais envie d’avoir en bas de
chez moi. »
Un humaniste bosseur
Comme tous ses confrères de l’épicerie,
Alexis se confronte aux difficultés de ce
métier, où l’on fait de petites marges financières en manipulant de gros volumes, où l’on achète à la tonne, pour revendre au gramme. Il a optimisé au
maximum sa logistique, utilise des logiciels informatiques performants pour
fluidifier autant que possible ses opérations financières et administratives. Il a
bâti une épicerie moderne.
Mais il sait surtout l’importance des
relations humaines et garde un œil attentif autant sur la relation de ses équipes entre elles, que sur les contacts
qu’elles ont avec les clients. Au fond,
c’est un humaniste bosseur, qui porte
sur tous les métiers un regard bienveillant dès lors qu’ils sont exercés avec
cœur. Pour lui, le bon patron est celui
qui sait se mettre au service de son équipe, pourvu qu’elle soit elle-même composée d’hommes et de femmes de bonne
volonté. Il préfère d’ailleurs embaucher
ses salariés sur leur savoir-être plutôt
que le savoir-faire. Pour autant, il ne
verse pas dans l’angélisme béat : « La
confiance est un seau qui se remplit à la
petite cuillère et se renverse d’un coup de
pied », cite-t-il.
En 2014, il a ouvert un second Causses, rue Saint-Martin. En 2016, un
troisième s’est installé sous la Canopée
des Halles. L’ambiance est en effet
conviviale. Les vendeurs sont sympas
et, une fois ses courses effectuées, on
peut même les dévorer en direct sur les
tables installées à l’extérieur. Avec une
trentaine de salariés, Causses réalise
4 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Alexis est au four et au moulin, courant
d’une boutique à l’autre, parfois derrière la caisse, parfois aux livraisons.
De son cousin Geoffroy, dont il est
parrain de la fille, il ne dit que du bien.
Même si son regard sur l’entreprise est
porté sous un autre angle : « Dans un
grand groupe, une branche rentable peut
parfois en supporter une malade. Alors
qu’une PME, c’est comme un vélo. Quand
tu t’arrêtes de pédaler, tu tombes », résume-t-il en retournant vite vite auprès
de ses salariés. ■
Un sommet du G20
pour les jeunes
entrepreneurs
La manifestation se tiendra
les 20 et 21 septembre à Buenos Aires.
de 40 ans, rencontreront des acteurs de
l’écosystème local susceptibles de les
aider à s’implanter en Amérique latine.
INTERNATIONAL La guerre commerPrésident et fondateur de Biotopia,
ciale et les velléités protectionnistes de
une société qui recense et classe les proDonald Trump risquent d’accaparer
duits bio, Philippe Mouillard participe
l’agenda du G20 qui se tiendra les
pour la troisième fois au G20 Jeunes En30 novembre et 1er décembre à Buenos
trepreneurs. « À Pékin en 2016, raconAires. Moins médiatique mais peut-être
te-t-il, j’ai pu enquêter sur les modes de
plus constructif, un mini-sommet en
production de céréales bio en Chine en
amont de l’événement réunira 400 jeurencontrant des experts de EY, Accenture
nes entrepreneurs des pays du G20, les
et Business France. À Berlin l’an dernier,
20 et 21 septembre dans la capitale arj’ai approché des acteurs locaux et cela a
gentine. Ils formuleront leurs recomdébouché sur un partenariat avec une somandations pour favoriser la croissance
ciété allemande. Faire partie de la déléet l’innovation en prenant,
gation française s’est avéré
pour cette 10e édition, le
utile en termes d’image car
prisme de l’éducation.
cela crédibilisait mon entreLa France y enverra une
prise. »
délégation de 35 jeunes diriSous-représentées dans
geants qui sont à la tête de
l’entrepreneuriat, les femstart-up comme Aircall
mes composeront un tiers
(centre d’appels) ou Desde la délégation tricolore
dirigeants
BrasEnPlus (aide au démécette année. « Je me sens
composeront
nagement) mais aussi de la délégation française ambassadrice de mon pays et
PME et d’ETI de divers secde ma région, c’est une
au G20 des Jeunes
teurs : logiciels, e-commergrande fierté de participer à
Entrepreneurs
ce, mode, gastronomie, etc.
ce sommet », s’enthousiasDe retour en France, ils reme Mathilde Boulachin,
mettront leurs conclusions au ministre
fondatrice de la société viticole Pierre
de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer,
Chavin à Béziers qui réalise 80 % de ses
lors de la Conférence annuelle des enventes à l’international. La dirigeante
trepreneurs qui se tiendra le 26 novemde 39 ans n’a pas de plan commercial à
bre à Bercy.
court terme en Argentine. Mais elle
« Les entrepreneurs vont tenter d’incompte profiter du déplacement pour
fluer positivement sur la politique de leur
approcher des acheteurs locaux même
pays. Ils pourront aussi échanger et dési le pays n’est pas prioritaire pour elle.
velopper du business avec leurs homolo« Notre business se fait surtout avec
gues des États-Unis, de Chine et des
l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord »,
autres pays », souligne l’association
reconnaît-elle. Mais alors, ce sommet à
Citizen Entrepreneurs, qui conduit la
Buenos Aires, n’est-ce pas du temps
délégation française.
perdu ? « Ce n’est pas en restant dans les
La veille du sommet, elle participera à
murs de l’entreprise qu’on arrive à innoune journée de prospection à Buenos
ver, lance-t-elle. Les bonnes idées, il faut
Aires en collaboration avec l’agence pualler les chercher à l’extérieur. Je compte
blique Business France et le service écorencontrer le maximum de gens, m’inspinomique de l’ambassade de France. Les
rer des bonnes pratiques de l’étranger et
dirigeants, dont la moyenne d’âge est
revenir avec de l’énergie positive ! » ■
THOMAS LESTAVEL £ @lestavelt
35
jeunes
FRANCK PRIGNET/LE FIGARO MAGAZINE
L’autre Roux
de Bézieux
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